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Le Figaro - 06 09 2018

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jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 037 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
PAUL MCCARTNEY
LE DERNIER OPUS
D’UNE LÉGENDE VIVANTE
PAGES 34 ET 35
Pour sa
communication,
Macron se replie
sur son premier
cercle de fidèles
PAGE 4
ENTRETIEN
À deux mois des élections
législatives de mi-mandat,
Donald Trump ne cherche
pas à esquiver le verdict sur
deux ans d’une présidence
qui a chamboulé l’Amérique
ROYAUME-UNI
Affaire Skripal :
Londres accuse
deux agents
militaires russes
au 6 novembre. L’enjeu est
colossal, car l’issue du scrutin sera déterminante pour
la seconde moitié de son
mandat et pour ses chances
en vue d’une éventuelle réé-
lection. Si les deux premières années ont été conflictuelles, elles feront penser à
un long fleuve tranquille en
comparaison de ce qui l’attend si les démocrates re-
n
n
La rentrée romanesque, très féminine cette année, est lancée. Parmi les 90 premiers
romans parus, nous en avons sélectionné 10, qui font déjà parler d’eux. NOTRE SUPPLÉMENT
PAGES 18 À 21
LACOSTE LADIES
OPEN DE FRANCE
DE GOLF
CAHIER SPÉCIAL
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mercredi :
Approuvez-vous la
nomination de François
de Rugy à la place
de Nicolas Hulot comme
ministre de la Transition
écologique ?
OUI
29 %
NON
71 %
TOTAL DE VOTANTS : 45 109
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Êtes-vous favorable
à la fin du numerus
clausus pour les études
de médecine ?
JAN LEHNER - Y.R. - COURTESY OF
BURBERRY - BRETT LLOYD COURTESY OF RONAN GALLAGHER FOR
GUCCI
Riccardo Tisci
(Burberry)
prennent le contrôle de la
Chambre des représentants.
Il leur faudrait pour cela un
gain net de 23 sièges : pas facile à atteindre, mais à leur
portée.
Vers la fin
du numerus
clausus
pour les
études de
médecine
Le gouvernement envisage très
sérieusement de réformer le
numerus clausus, cette limite
qui définit chaque année le
nombre d’étudiants en médecine qui seront acceptés en
deuxième année. Ce système
très décrié est déjà contourné
par les médecins étrangers, qui
ont le droit de s’installer en
France. Il crée une sélection sur
des matières comme les maths
qui ne sont pas au cœur de la
pratique médicale.
PAGES 11 ET 21
ÉDITORIAL par Arnaud de La Grange adelagrange@lefigaro.fr
Un référendum américain
T
rump était contre le « système ».
C’était son cri de campagne, son
combat. De ce point de vue-là, il a
réussi un tour de force. Le système
n’est plus. Le système, désormais,
c’est lui. L’Amérique était souvent donnée en
modèle de démocratie aux multiples centres
de pouvoir. Aujourd’hui, ce système équilibré semble se résumer à lui, et lui seul. Le
quarante-cinquième président concentre
tout, les décisions, l’attention médiatique, la
fascination et la haine.
Du coup, ces élections de mi-mandat ont des
allures de référendum, pro ou anti-Trump.
Pour lui, elles sont cruciales. Ce peuple
auquel il prétend s’adresser directement va
parler. Le scrutin va enfin permettre de jauger ce phénomène inclassable. Comme une
échelle de Beaufort estimant la force de la
tempête…
Quel est l’état des forces, à deux mois de ce
combat électoral ? Trump est sous le feu des
affaires, qu’il s’agisse de la Russie ou de frasques sexuelles, mais les tirs semblent ricocher sur lui sans l’atteindre. Dans les milieux
conservateurs, sa popularité électorale est
intacte. La « base » lui sait gré de faire ce qu’il
a dit, en plaçant « l’Amérique d’abord ». Et le
crédite des bons résultats économiques,
même si la vigoureuse croissance ne lui doit
certainement pas tout. Quant à l’élite républicaine, elle suit d’un pas lourd, taraudée par
la peur de couler avec le capitaine si elle le lâchait…
Mais les midterms sont traditionnellement
défavorables au parti au pouvoir. Et les démocrates espèrent
une forte mobilisation de tous ceux qui
rejettent Trump. Ils
misent aussi sur de
nombreuses candidatures féminines.
Cette élection dira si
persiste ce grand décalage entre le pays
profond et la sphère politico-médiatique.
Si Trump perd sa majorité à la Chambre des
représentants, la bagarre washingtonienne
franchira encore quelques paliers. S’il gagne,
la voie est ouverte vers une réélection. Et les
Européens pourront se préparer aux vents
forts. Car la diplomatie américaine « décomplexée » risque de décoiffer de plus belle. ■
Le scrutin
va enfin
permettre
de jauger le
phénomène
Trump
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LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
w w w . d a n i e l f e a u . c o m
A
n
JC MARMARA / LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
et le monde. Le président a
au contraire prévu de s’investir encore plus que ses
prédécesseurs,
avec
au
moins quarante jours de
campagne sur le terrain d’ici
Rentrée littéraire : les femmes en première ligne
n
n
Alessandro
Michele (Gucci)
è L’ÉCONOMIE AMÉRICAINE EST DANS UNE EXCELLENTE PASSE è EN ARIZONA, LES SUPPORTEURS DU PRÉSIDENT GARDENT LA FOI
è BOB WOODWARD : LA MAISON-BLANCHE, « UN MONDE DE FOUS » PAGES 2, 3, 20 ET L’ÉDITORIAL
PAGE 7
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@j@k@q@a";
Hedi Slimane
(Celine)
Étrillé par les médias et par ses anciens collaborateurs, le président américain s’engage à fond
dans la campagne des législatives du 6 novembre, déterminantes pour la fin de son mandat.
Philippe Bas :
« La thèse officielle
sur la mission
de M. Benalla paraît
fragile » PAGE 6
M 00108 - 906 - F: 2,60 E
LES DIX DESIGNERS
QUI VONT BOUSCULER
LA SAISON PAGE 32
À mi-mandat, le scrutin de
vérité pour Donald Trump
ÉLYSÉE
« Food
bashing »,
quand le doute
plane sur
nos assiettes
Les
chroniques
d’Éric
Zemmour
et de Luc Ferry
Le tête à tête
de Charles
Jaigu
La tribune
de Jean-Pierre
Chevènement
L’analyse
de Damien
Mascret
MODE
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jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Trump face au piège des élec
LEAH MILLIS/REUTERS
Le président américain s’engage
à fond dans la campagne pour
les législatives du 6 novembre, qui
détermineront la suite de son mandat.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
C’est un idiot.
C’est inutile
d’essayer
de le convaincre
de quoi que ce soit.
Il a complètement
déraillé. On est
chez les fous.
Je ne sais même
pas ce que nous
faisons là
JUSQU’ICI, en dépit des apparences,
tout a été plutôt facile pour Donald
Trump. Élu avec seulement 46,1 % des
voix, le 45e président des États-Unis a
pris les rênes d’un pays à sa main : les
deux chambres du Congrès contrôlées
par son parti, 33 des 50 États gouvernés
par les républicains, un nombre sans
précédent de sièges vacants à pourvoir
dans les tribunaux fédéraux (107) et déjà
deux nominations à la Cour suprême…
Malgré ces atouts, les deux premières
années de sa présidence ont été un
combat permanent : contre l’opposition
démocrate et sa propre majorité parfois
indocile ; contre la justice revendiquant
son indépendance de troisième pouvoir ; contre son prédécesseur, Barack
Obama, dont l’œuvre a été effacée ;
contre la bureaucratie de « l’État profond », via l’annulation des protections
sociales ou le rétablissement d’un droit
de polluer ; contre les pays alliés ou rivaux, indistinctement ; contre les organisations internationales et les accords
multilatéraux, qu’ils portent sur le
commerce, le climat, le nucléaire ou la
culture ; contre le « politiquement correct » étendu au consensus démocratique ; et bien sûr contre les médias qui
le harcèlent, qualifiés « d’ennemis du
peuple »…
Cette bagarre générale a été orchestrée pendant que se déroulait à la
Maison-Blanche un soap opera inédit :
une moisson quotidienne de tweets publiés sans filtre, instruments d’autocé-
»
JOHN KELLY, SECRÉTAIRE
GÉNÉRAL DE LA MAISONBLANCHE (AU SUJET DE DONALD
TRUMP) TEL QUE CITÉ DANS LE
LIVRE DE BOB WOODWARD, FEAR
60 %
des électeurs
abordent ce vote
« essentiellement
en fonction de leur
opinion de Trump »
selon une enquête
du Pew Research Center
lébration, de propagande ou de combat,
tour à tour provocateurs, défensifs,
vantards, candides, injurieux ou mensongers, au risque de dévaluer globalement la parole présidentielle ; un flot
ininterrompu de rumeurs et de « fuites », quasiment toujours vérifiées et
parfois orchestrées par le président luimême ; une rotation des collaborateurs
à donner le tournis ; des accusations
d’anciennes maîtresses, des retournements de veste d’anciens alliés, des livres dévastateurs, une enquête fédérale
virant au pugilat personnel…
Le but recherché est atteint : toute la
politique américaine tourne autour de
Trump. Et, à deux mois des législatives
de mi-mandat, il ne cherche pas à en
esquiver le verdict. Le président a au
contraire prévu de s’investir encore
plus que ses prédécesseurs, avec au
moins quarante jours de campagne sur
le terrain d’ici au 6 novembre, comme
ces jeudi et vendredi dans le Montana et
les deux Dakotas. « Il est le meilleur
atout de son parti, assure un conseiller à
la Maison-Blanche. Il entend stimuler la
participation de ses supporteurs et
convaincre les électeurs au-delà des
rangs républicains. » Son camp s’appuie
sur des coffres qu’il a contribué à bien
remplir : 227 millions de dollars à distribuer aux candidats capables de préserver sa majorité au Congrès.
Car l’enjeu est colossal. Si les deux
premières années ont été conflictuelles,
elles feront penser à un long fleuve
tranquille en comparaison de ce qui
l’attend si les démocrates reprennent le
contrôle de la Chambre des représentants. Il leur faudrait pour cela un gain
Le Congrès sortant
CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS
La totalité des sièges est à renouveler
LE SÉNAT
33 sièges à renouveler
soit un tiers des sénateurs
6 sièges
vacants
2 sénateurs indépendants
Affiliés aux démocrates
(2 sièges à renouveler)
47
193
(23 sièges
à renouveler)
236
Infographie
(8 sièges
à renouveler)
100
sénateurs
435
représentants
DÉMOCRATES
51
RÉPUBLICAINS
DÉMOCRATES
Source : Congrès
RÉPUBLICAINS
S'ajoute le renouvellement d'un siège démocrate et
d'un siège républicain qui était prévu en 2020
Les deux premières années
de Donald Trump à la Maison-Blanche
(ici dans le Bureau ovale, en 2017)
ont été un combat permanent :
contre l’opposition démocrate
et sa propre majorité parfois indocile.
CARLOS BARRIA/REUTERS
net de 23 sièges : pas facile à atteindre,
mais à leur portée en cas de « vague
bleue ». « Nous nous battons contre l’histoire », souligne le même conseiller de
Trump. De fait, les premières élections
suivant la présidentielle sont rarement
favorables à l’occupant du Bureau
ovale : en 1994, la « révolution conservatrice » de Newt Gingrich avait repris
54 sièges aux démocrates de Bill Clinton ; en 2006, les troupes de George
Bush avaient perdu 31 de leurs positions
et, en 2010, celles de Barack Obama
avaient reculé de 63 places…
Avec un président aussi controversé
que Donald Trump, l’effet « référendum » des législatives de mi-mandat
s’annonce plus fort que jamais. Selon le
Pew Research Center, 60 % des électeurs
abordent ce vote « essentiellement en
fonction de leur opinion de Trump », 26 %
comme une occasion de le soutenir, 34 %
comme une chance de le sanctionner.
Pour 68 % des inscrits, le contrôle du
Congrès constitue le principal enjeu du
scrutin, nettement devant le choix de la
personnalité la mieux à même de les représenter à Washington. Ces taux sont
les plus élevés depuis trois décennies.
La carte électorale complexe présente
pour le président une combinaison
d’atouts et de handicaps. Si les 435 députés de la Chambre basse remettent
leur mandat en jeu tous les deux ans, un
nombre remarquablement élevé de sièges – 61 au total – sont « ouverts », leur
titulaire ne se représentant pas. Côté républicain, ils sont 14 à viser plus haut (un
poste de sénateur ou de gouverneur) et
28 à prendre leur retraite politique, dont
le speaker Paul Ryan, pourtant âgé de
48 ans seulement. La raison tient en général à leur incapacité de remporter une
primaire de leur parti face aux inconditionnels du président, faute de l’avoir
assez soutenu ou d’avoir reçu son appui.
Si Trump sauve sa majorité, il pourra
compter sur un Congrès encore plus docile, d’où les fortes têtes auront disparu.
Côté démocrate, l’exode à la Chambre est deux fois moins important : dix
élus se retirent et neuf se présentent à
une autre élection. De même, un seul
sénateur démocrate abandonne son
siège, contre quatre républicains. En
outre, l’opposition présente un nombre
record de femmes à la Chambre (près
de 200), quatre fois plus que de républicaines. Face à un électorat à 52 % féminin, et avec un président visé par de
nombreuses accusations de harcèlement, la stratégie peut être payante. En
1998, en pleine affaire Monica Lewinsky, un contingent sans précédent de
43 femmes avait été élu au Congrès.
Dans les États, où 36 postes de gouverneur sont en jeu, le GOP (« grand
vieux parti ») en défend 26, les démocrates neuf (le gouverneur de l’Alaska
est indépendant). Au Sénat en revanche,
renouvelé d’un tiers, les républicains ont
l’avantage : ils ne remettent que neuf
A
DONALD TRUMP se plaint constamment d’un « État profond » voué à sa
perte, mais le dernier livre de Bob
Woodward apporte la révélation inverse : sans les institutions qui l’encadrent et les bureaucrates qui le couvrent, sa présidence aurait déraillé
depuis longtemps.
Dans Fear (la peur) (1), à paraître
mardi prochain, le journaliste vedette
du Washington Post décrit des scènes
stupéfiantes à la Maison-Blanche, brossant le portrait d’un président traité par
son propre entourage comme un danger pour la sécurité du pays. On avait eu
des échos similaires dans Le Feu et la
Fureur de Michael Wolff, paru en janvier, comme dans la plupart des récits
d’anciens proches de Trump. Mais la
crédibilité de Woodward, vétéran du
Watergate qui a déjà passé au crible huit
présidences et enregistre méthodiquement toutes ses interviews, complique
les démentis des protagonistes.
En évoquant « un coup d’État administratif » contre le président, l’auteur
semble lui donner raison, mais la substance des machinations de ses collaborateurs, visant à gérer les pulsions d’un
homme « ignorant, incurieux et indiscipliné », mène à la conclusion opposée.
On voit ainsi Gary Cohn, l’ancien
conseiller économique, carrément subtiliser sur le bureau du président une déclaration qu’il s’apprête à signer sans
consultation pour abroger l’accord de libre-échange avec la Corée du Sud. Un
peu plus tard, il fait de même avec l’Alena, le traité de commerce nord-américain, afin que puissent s’engager des négociations avec le Canada et le Mexique.
Après les attaques chimiques en Syrie en avril 2017, Trump appelle son secrétaire à la Défense, James Mattis, et
lui ordonne de planifier l’assassinat de
Bachar el-Assad : « Tuons-le putain !,
s’exclame le président. Allons-y,
tuons-en un bon paquet ! » - « Je m’en
occupe », lui répond le général en retraite. Il raccroche et déclare posément : « Nous n’allons rien faire de tout
ça. » Mattis prépare alors une riposte
qui verra Trump ordonner le lancement de 34 missiles contre une base
syrienne. Un peu plus tard, le président
lui demande à quoi sert le dispositif du
Pentagone sur la péninsule coréenne :
« À prévenir la troisième guerre mondiale », lui répond le vieux combattant.
Avant de glisser à ses adjoints : le commandant en chef « a le niveau de compréhension d’un élève de 6e ».
Il n’est pas seul à le penser. Quand le
secrétaire général de la présidence,
John Kelly, perd patience avec ce patron qu’il juge « dérangé », cela donne
des tirades d’anthologie : « Ce type est
un imbécile. Ça ne sert à rien d’essayer
de le convaincre de quoi que ce soit. Il est
à l’ouest. C’est un monde de fous. Je ne
sais même pas pourquoi nous sommes là.
C’est le pire boulot que j’aie jamais eu ! »
Reince Priebus, son prédécesseur, surnommait la chambre à coucher du président « l’atelier du diable » : quand il y
tweete en rafales, posté devant Fox
News, c’est « l’heure de la sorcellerie ».
Incohérences, contradictions
et mensonges
Les avocats de Donald Trump ont pris les
grands moyens pour le dissuader de témoigner devant l’équipe du procureur
spécial Robert Mueller. En janvier, ils
l’ont soumis à une simulation : il s’est rapidement noyé dans les incohérences,
les contradictions et les mensonges,
avant d’exploser au bout de trente minutes. « Ne déposez pas, l’a mis en garde
John Dowd, c’est ça ou la combinaison
orange » des prisonniers. Le 5 mars,
Dowd et son compère Jay Sekulow sont
allés jusqu’à rejouer la scène devant Ro-
bert Mueller, pour lui montrer qu’un interrogatoire du président était impossible : « Je ne vais pas le laisser passer pour
un idiot, l’a prévenu Dowd. Vous laissez
fuiter la transcription et les dirigeants
étrangers vont dire : “Je vous l’avais bien
dit que c’était un imbécile, je vous avais dit
que c’était un foutu abruti, pourquoi discute-t-on avec cette andouille” ? »
La Maison-Blanche tente de discréditer l’auteur et ses sources anonymes,
Mattis ironisant sur « une œuvre de fiction », Kelly recyclant un démenti déjà
paru en mai pour assurer : « Je n’ai jamais traité le président d’idiot, en fait
c’est l’inverse ! » Dowd a nié la scène
avec Mueller et Sarah Sanders, la
porte-parole, a dénoncé « des histoires
fabriquées par d’anciens employés
amers ». Trump a tweeté une douzaine
de fois sur le sujet, faisant passer Bob
Woodward pour « un démocrate en
mission. Vous avez remarqué le timing ? » – à deux mois des élections de
mi-mandat. En mars 2013, le même
Trump avait tweeté : « Il n’y a que la
Maison-Blanche d’Obama qui puisse
s’en tirer en attaquant Bob Woodward. » ■
PH. G. (À WASHINGTON)
(1) « Fear, Trump in the White House »,
Simon & Schuster, 448 pages.
KIMBERLY WHITE/AFP
Bob Woodward : la Maison-Blanche, « un monde de fous »
Dans Fear (la peur), Bob Woodward brosse
le portrait d’un président traité
par son propre entourage comme
un danger pour la sécurité du pays.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 6 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
tions de mi-mandat
L’économie américaine est
dans une excellente passe
PIERRE-YVES DUGUA £@Pdugua
CORRESPONDANT À WASHINGTON
Les élections sont une
bataille d’intensité, et il est
clair que Trump mobilise
fortement contre lui
”
JOHN ZOGBY, PATRON DE L’INSTITUT
DE SONDAGE ZOGBY STRATEGIES
L’enjeu pour Donald Trump est non
seulement politique, mais aussi personnel. En cas de perte de la Chambre, il
verrait ses projets de réforme s’enliser
et devrait gouverner à coups de décrets
ou de veto présidentiels, comme ses
deux prédécesseurs. Il pourrait aussi
subir l’incessant tracas d’un procès en
destitution (impeachment), qu’il revient
à la Chambre d’instruire et au Sénat de
trancher. Probablement pas au point de
risquer une condamnation, qui exige
67 voix dans la Haute Assemblée. Mais
ce tintamarre couvrirait tout le reste. Et
croient pas les médias « ennemis » et
n’ont que faire de ses frasques avec des
playmates ou des actrices pornos. Plus
de 80 % des évangéliques, qui votent
prétendument sur les valeurs morales,
lui gardent leur confiance.
Avec deux bases partisanes « solidifiées » par Trump, l’enjeu électoral se
concentre sur les indépendants, environ un tiers des votants se ralliant alternativement à l’un des deux camps. Une
majorité d’Américains applaudit à la
bonne santé de l’économie et au recul
de l’activisme régulateur de l’État fédéral. Mais l’opinion s’inquiète aussi
d’une guerre commerciale généralisée
de la Chine à l’Europe et au Canada,
souhaite la préservation des alliances
politico-militaires et veut voir le procureur Mueller finir son enquête sur les
interférences de la Russie (à 63 %).
Pour Donald Trump, le pouvoir
s’évalue à la peur qu’il suscite. Avec la
manière forte, il a mis au pas son propre
parti et semé le trouble sur la scène internationale. « Trump, c’est la brute qui
met fin aux brutalités subies par ses supporteurs et par l’Amérique en général »,
décrypte Zogby. Mais en démocratie,
les électeurs votent sans crainte : ils lui
fourniront le 6 novembre la mesure
exacte de son soutien. ■
+
possible des taux de croissance de 4 % et
plus. Le poids relatif de la dette est donc
censé baisser.
Il est vrai aussi que, pour le moment,
les hausses moyennes de salaires sont
maigres. Plus frustrant encore : le réveil
timide de l’inflation est en train d’éliminer les hausses réelles de salaires. À cela
les républicains répondent : patience !
Les hausses de salaires, lorsqu’elles reflètent des hausses de productivité, ne
feraient que commencer. La pénurie de
main-d’œuvre stimule déjà, il est vrai,
des hausses de rémunération.
Les sanctions commerciales prises par
Donald Trump pour forcer les partenaires commerciaux des États-Unis à faire
des concessions n’empêchent pas pour
l’instant Wall Street de battre ses re-
“
Il est possible qu’en dépit
de notes favorables
accordées à sa gestion de
l’économie, de nombreux
électeurs n’attribuent pas
la vigueur de l’économie
aux politiques de Trump
MICHAEL BOSKIN, ANCIEN CONSEILLER
ÉCONOMIQUE DE GEORGE BUSH PÈRE
”
cords. C’est aux yeux du président une
preuve que les marchés lui donnent
raison. Il est convaincu qu’en se montrant dur à l’égard de la Chine, des Européens et même des Canadiens, il confortera sa popularité dans l’Amérique
industrielle, sans trop freiner le fort élan
de croissance de son pays.
La corrélation, en apparence médiocre, entre la bonne conjoncture et la popularité de Donald Trump, est peut-être
le résultat du style agressif du président ? C’est ce que suggère Michael Boskin, ancien conseiller économique de
George Bush père : « Trump peut porter
tort à ses chances et à celles de son parti,
particulièrement parmi les femmes dans
les banlieues, en lançant des attaques
personnelles contre ceux qui le critiquent,
par exemple contre le basketteur LeBron
James. Il est possible qu’en dépit de notes
favorables accordées à sa gestion de
l’économie, de nombreux électeurs n’attribuent pas la vigueur de l’économie aux
politiques de Trump. » Le président devrait donc laisser les chiffres parler
d’eux-mêmes ? Ce n’est pas son genre. ■
La croissance au plus haut, le chômage au plus bas
ÉVOLUTION DE LA CROISSANCE DU PIB,
en rythme annuel, en %
4,2
3
4,5
3,9
2,3 2,2
T1
Chevènement PAGE 20
en % de la population active
4,8
2,8
4
1,8
» Lire la tribune de Jean-Pierre
TAUX DE CHÔMAGE
T2 T3
2017
T4
3,5
Source : bls.gov
“
s’il perdait la majorité au Sénat ne serait-ce que d’une voix, ses nominations, en particulier à la Cour suprême,
pourraient être ralenties ou bloquées.
Les démocrates n’ont pas placé l’hypothèse d’un impeachment au centre de
leur campagne. Ils misent plutôt sur les
préoccupations pratiques de leur électorat : l’assurance maladie, l’éducation, le
creusement des inégalités. De son côté,
le président cultive sa double image de
« gagnant » aux succès hyperboliques et
de « victime » poursuivie par la meute.
« Je ne pense pas que les démocrates aient
intérêt à promettre plus de chaos dans une
ère de turbulences, estime John Zogby,
vétéran des sondages à la tête de Zogby
Strategies. Cela profite en général à celui
qui se victimise. Mais les élections sont
une bataille d’intensité, et il est clair que
Trump mobilise fortement contre lui. »
La popularité du président reste médiocre, quoiqu’elle semble à l’épreuve
des balles. Depuis deux ans, il n’a jamais
atteint la ligne de flottaison des 50 %
d’opinions favorables. Au dernier
décompte, il se situe quelque part entre
les 36 % d’avis positifs de l’enquête
ABC/Washington Post, les 40 % de Gallup et les 48 % de Rasmussen. Ce qui est
sûr, c’est que près de neuf républicains
sur dix continuent de le soutenir : selon
le Pew Center, ils sont 87 % à l’apprécier, 63 % à l’adorer. Ceux-là tiennent
comme lui les enquêtes de la justice
pour une « chasse aux sorcières », ne
IL FAUDRAIT toute la mauvaise foi de
rigueur en campagne électorale américaine pour nier que la situation économique des États-Unis est bonne. La
croissance au second trimestre a atteint
4,2 % en rythme annuel, ce qui a surpris
les économistes. Le chômage est au plus
bas depuis 2000. Du jamais vu : on dénombre même aux États-Unis plus de
postes à pourvoir que de chômeurs.
L’indice du Conference Board montre
qu’à deux mois des législatives la
confiance des Américains est au plus
haut depuis octobre 2000. Près de 43 %
des personnes sondées par l’institut de
recherche économique pensent que
les «emplois sont faciles à trouver».
Moins de 13% les estiment « difficiles à
trouver ».
Les détracteurs de Donald Trump affirment que sa politique économique n’y
est pour rien. On vivrait selon eux
aujourd’hui les conséquences de la bonne gestion de Barack Obama et des taux
d’intérêt anormalement bas pratiqués
par la Réserve fédérale. Autre argument : la politique protectionniste mise
en place petit à petit n’aurait pas encore
eu le temps de plomber l’investissement
et la consommation. Ses conséquences
néfastes ne seront tangibles que l’an
prochain. Le plus souvent, les démocrates affirment aussi que la croissance
forte n’est qu’un feu de paille.
Leur argument le plus convaincant
tient à la fiscalité. Les baisses d’impôts
fédéraux votées fin 2017, entrées en vigueur dès janvier 2018 grâce à la réduction immédiate d’une fraction de la retenue à la source sur les salaires, dopent
la consommation cette année, mais leur
effet va s’estomper en 2019. Entretemps, le déficit budgétaire américain se
sera nettement aggravé. Si un président
démocrate avait pratiqué une telle
politique fiscale, les conservateurs
l’auraient traité d’irresponsable.
La part du déficit budgétaire dans le
PIB dépasse ainsi à nouveau 4 %. À
moins que la croissance continue d’excéder les anticipations, elle franchira la
barre de 5 % en 2022. La Maison-Blanche rétorque que la déréglementation et
la hausse de l’investissement industriel
vont structurellement changer l’économie au point de rendre durablement
Source : bea.gov
sièges en jeu, contre 26 pour les démocrates. Parmi ces derniers, huit sont en
position précaire dans des États remportés par Trump en 2016, tandis que trois
sénateurs républicains seulement paraissent en danger. « Un basculement de
la Chambre des représentants est possible,
analyse David Wasserman, du Cook Political Report, mais c’est beaucoup plus
improbable au Sénat. Il faudrait une vague bleue difficile à anticiper. »
3
3
T1 T2
2018
Janvier 2017
Juillet 2018
Rien au cours des deux dernières
années n’a fait vaciller ses convictions.
L’enquête sur le soupçon de collusion
avec la Russie durant la campagne ?
« Autant que je puisse en juger, ce n’est
que de l’excitation médiatique. Il n’y a
rien là-dedans, sinon on aurait déjà vu
les preuves depuis longtemps. » Les
frasques du président avec des playmates payées pour leur silence ne la
troublent pas non plus. « Personnellement, je préfère les bons pères de famille,
dit Terry. Mais ce qui se passe en dehors
de la fonction, ça fait des milliers d’années que ça existe, non ? »
Cette « fidèle chrétienne » ne va pas
jusqu’à prétendre que « Donald Trump
est l’envoyé de Dieu ». Mais c’est exactement ce qu’affirme Laura Berkeley,
membre d’une congrégation conservatrice à Fountain Hills, dans la banlieue de Phoenix. « Notre pasteur nous a
expliqué dans un sermon que Donald
Trump était la version contemporaine du
roi Cyrus le Grand, dont parle la Bible »,
raconte cette supportrice de l’ancien
shérif anti-immigration Joe Arpaio.
Le ondateur de l’empire perse au
VIe siècle avant Jésus-Christ « était un
païen mais il a protégé les juifs », précise-t-elle.
200 km
NEVADA
Los Angeles
CALIFORNIE
UTAH
COLORADO
“
ARIZONA
Phoenix
Tucson
tout ce qui se passe dans le monde est le
résultat d’un plan divin. Trump est l’instrument du Seigneur pour sauver la civilisation chrétienne », assure cette ancienne comptable à la retraite, qui
s’inquiète « de l’emprise des musulmans
sur le pays » (1,1 % de la population aux
États-Unis).
NOUVEAUMEXIQUE
TEXAS
MEXIQUE
Infographie
La théorie d’un mécréant choisi
pour faire l’œuvre de Dieu s’est répandue dans les milieux évangéliques
depuis la parution d’un livre en 2016,
God’s Chaos Candidate, du Dr Lance
Wallnau, un prêcheur et homme d’affaires texan. Laura l’a lu et a été convaincue : « Comme le dit le prophète Jérémie,
Tru mp est l’in stru men t
du Seign eu r pou r sau ver
la civilisation ch rétien n e
”
LAURA BERKELEY, MEMBRE D’UNE CONGRÉGATION
CONSERVATRICE À FOUNTAIN HILLS
Laura en veut pour preuve « les nominations à la Cour suprême et l’ouverture de
l’ambassade à Jérusalem ». Elle s’accommode volontiers « de tous les péchés » du
président s’il permet de revenir sur « le
mal absolu de l’avortement » et de rétablir
« la sacralité du mariage entre un homme
et une femme ». Donald Trump n’est « pas
un moindre mal, il est une bénédiction car il
choisit des juges qui défendent la vie et
protègent les convictions religieuses contre
les diktats des libéraux », applaudit-elle.
Ce soutien inconditionnel n’est pas
unanime dans les rangs conservateurs.
Si Vance Rice, un juriste de 51 ans, a
voté aux primaires républicaines fin
août en Arizona, il se présente comme
un électeur « indépendant ». Naguère
militant du GOP (« grand vieux parti »,
le Parti républicain), il estime aujourd’hui qu’« une majorité d’Américains se sent comme moi sans affiliation. Ce que je cherche chez un candidat,
c’est quelqu’un d’honnête, doté d’une
morale et d’un bon jugement. Je n’aime
pas les suiveurs. Si vous n’avez pas le
caractère pour vous dresser contre votre
propre camp, je ne veux pas que vous me
représentiez. »
Malgré ces positions de principes,
Vance prend moult précautions pour
évoquer le président. « Mon impression
est qu’il sera un facteur très important
dans ces élections, dit-il. Je pense que le
pays est à un point de basculement. Même
certaines personnes qui approuvent des
politiques problématiques de Trump,
comme sur l’immigration, ont de sérieux
doutes sur sa façon de les appliquer et son
comportement. Il est anxiogène, il accroît
la tension dans notre société déjà très divisée. » Pour ce modéré, voter le 6 novembre visera à « faire baisser la
température ». ■
PH. G. (EN ARIZONA)
A
En Arizona, les supporteurs du président gardent la foi
MÊME dans un État solidement républicain comme l’Arizona, Terry n’ose pas
livrer le fond de sa pensée. « L’évaluation
de mon travail par mes clients en a déjà
pâti dans le passé », assure cette conductrice d’un taxi privé. Il faut passer de la
conversation informelle à l’interview
pour que la sexagénaire se confie.
« Je l’adore ! », réagit-elle au nom de
Donald Trump. « Dès l’instant où il a
descendu cet escalator (dans la Trump
Tower pour annoncer sa candidature
en juin 2015), j’ai été avec lui. J’ai toujours pensé qu’il nous fallait un homme
d’affaires. Ce n’est pas une conspiration,
hein, mais il y a beaucoup de corruption
partout ! », assure cette femme volontaire qui travaille depuis l’âge de 13 ans,
et nourrit ses opinions « de [s]es recherches sur Internet ».
Qu’est-ce qui lui plaît chez le président ? « Il dit la vérité, il présente les
choses comme elles sont, répond Terry.
Il y a trop de politiquement correct. Il a
raison sur l’immigration. L’économie est
en plein essor, les impôts ont baissé. Je
suis un petit entrepreneur, je n’aurai
jamais un million de dollars mais je sais
ce qui est bon pour mon business. Trump
est un gagnant. Il ne se laisse pas bousculer par les Chinois ou nos alliés. »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Pour sa communication,
Macron se replie sur son
premier cercle de fidèles
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Jupiter cherche
Mercure désespérément
S
ur l’Olympe, Jupiter n’était
pas seul. Mais s’il ne
descendait pas de ses cimes
inaccessibles aux mortels,
d’autres dieux se chargeaient de
communiquer ses messages aux
humains. Pas de Jupiter sans Mercure.
Pas d’action, même si elle se veut
claire, ni de pensée, surtout si elle se
dit « complexe », sans parole pour les
relayer, les expliquer.
Or depuis son élection, Emmanuel
Macron a oscillé entre deux types de
présence distincts, sinon
contradictoires. D’abord, une
omniprésence silencieuse. Sous
l’oxymore, une volonté : agir, se
montrer et s’exprimer par des
discours thématiques, mais
s’interdire les interviews où le
Dans la tourmente, le président réorganise ses services et refait
confiance à Sylvain Fort, son conseiller presse de la campagne.
ARTHUR BERDAH £@arthurberdah
ET MARCELO WESFREID £@mwesfreid
ÉLYSÉE C’est à de petits détails qu’on
voit les grands changements. Dans le
huis clos du Salon Murat de l’Élysée,
deux pieds de caméra avaient été installés, mercredi, par le service de
communication, afin que les journalistes puissent immortaliser le premier Conseil des ministres du nouveau gouvernement. Mieux, une
équipe était autorisée, perche à la
main, à enregistrer le propos introductif du président Emmanuel Macron, appelant ses ministres à « tenir » face aux nombreux « défis » qui
les attendent. « Le semestre qui
s’ouvre ne sera pas plus tranquille ni
plus oisif que celui qui précède », lançait-il. Avant d’ajouter : « Rien de ce
que nous entreprenons depuis quinze
mois n’est fait pour l’immédiat. » Assis
à la droite du premier ministre, François de Rugy, le successeur de Nicolas
Hulot, écoutait, le regard plongé dans
la fresque monumentale trônant face
à lui, représentant un carrosse longeant un lac. Dans la foulée, un séminaire gouvernemental faisait office de
séance de remobilisation générale.
Voilà pour la partie visible. Mais, en
coulisses, aussi, l’exécutif cherche à
repartir d’un meilleur pied en matière
de communication. À commencer par
un cas qui fait jaser : celui du porteparole de la présidence et ancien éditorialiste, Bruno Roger-Petit (lire cidessous). Si son départ n’est pas
officiellement confirmé, il est considéré comme acquis par certains piliers du
Palais. Car la greffe n’a pas pris. « Il y
avait des rivalités en interne, reconnaît
un parlementaire en vue. Emmanuel
Macron a choisi de trancher ce problème
interne » : en se repliant sur son noyau
dur, les grognards de la présidentielle.
Comme l’ont révélé Les Échos, Sylvain Fort, la plume du président, reprend la direction de la communication du chef de l’État. Ce spécialiste
d’opéra et de littérature romantique
allemande avait déjà assuré la communication du candidat Macron. Un retour aux sources. Depuis l’élection, et
sa nomination au poste de « conseiller
discours et mémoire », sa parole
s’était raréfiée. Il lui revient désormais
de remettre à plat les différents services. L’actuelle conseillère presse du
président, Sibeth Ndiaye, reste en place. Quant à la chef du service de pres-
se, Marion Burlot, elle doit rejoindre
prochainement le Service d’information du gouvernement, comme nous
l’écrivions hier (lire l’édition du mercredi 5 septembre).
« Pédagogie permanente »
Le premier cercle d’Emmanuel Macron
reconnaît en privé des « erreurs » dans
son approche globale des rapports avec
la presse. Un mea culpa peu habituel en
macronie. Les stratèges du président
estiment que les méthodes adoptées durant la campagne, qui se sont révélées
payantes, ne sont pas adaptées à l’exercice du pouvoir. Dans une présidentielle, il faut doser ses messages, privilégier
ou éviter certains canaux de communication en fonction des publics visés. À
l’Élysée, c’est l’inverse. Seules la « pédagogie permanente » et la réactivité
comptent. Ne pas apporter de précisions
ou de réponses équivaut à abandonner
le terrain à ses détracteurs. Voire à donner l’impression d’un Palais « bunkerisé ». Pour certains, cette attitude des
communicants est la cause du procès en
arrogance instruit contre le président.
« Il ne faut pas confondre la situation du
chef de l’État qui, lui, peut instaurer une
forme de distance avec les journalistes et
celle de son service de communication,
qui doit expliquer la cohérence de l’action », décrypte un proche.
Si le chantier de la communication
politique est prioritaire, l’Élysée a également entamé une réflexion sur le
compte rendu de l’action d’Emmanuel
Macron à l’étranger.
Actuellement, celle-ci est essentiellement narrée par la cellule diplomatique. Des spécialistes en géostratégie,
peu rodés aux rouages politiques et médiatiques. Or, « le récit international a
un impact sur le récit national, souligne
un habitué des lieux. On manque de liant
entre les deux. Il faut les faire converger
davantage ». Dans ce contexte, le rôle
de la conseillère en communication internationale Barbara Frugier, qui accompagne Emmanuel Macron depuis
Bercy, pourrait être amené à évoluer.
En interne, le remaniement ne fait que
commencer. ■
Une bonne
communication
se construit
avec ceux
qui comptent
auprès du
président
»
» Retrouvez
Lors du Conseil des ministres, mercredi, à l’Élysée, Emmanuel Macron a appelé ses ministres à tenir face aux nombreux défis
qui les attendent. POOL/REUTERS
Le sort du porte-parole de l’Élysée en suspens
A
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
C’EST un poste maudit. À en croire
un ministre, c’est même « un poste
de merde ». Porte-parole de l’Élysée
depuis à peine plus d’un an, Bruno
Roger-Petit est en train d’en faire
l’amère expérience. Sur fond de
réorganisation de la communication
de l’Élysée et de rivalités internes,
l’ancien journaliste se voit aujourd’hui poussé vers la sortie avec plus
ou moins de délicatesse. Plusieurs
médias affirment qu’il démissionne ?
« Fake news », répond l’intéressé en
assurant qu’il dispose toujours d’un
bureau au Palais. « On ne commente
pas les rumeurs », élude-t-on à
l’Élysée. Pourtant, l’intéressé est
fragilisé, et pas seulement depuis
l’affaire Benalla.
Depuis sa nomination, il n’était jamais apparu publiquement, distillant
dans l’ombre ses confidences et analyses auprès de journalistes choisis. Le
19 juillet, alors que l’affaire Benalla
s’embrase, il est envoyé au front pour
sa première et unique déclaration publique avec un objectif : éteindre l’incendie. Ratage complet. « Il y a peu de
président se fait spectateur ou
commentateur de sa propre action.
Cette distance voulue, notamment
avec la presse, visait à rappeler qu’il
était acteur et non observateur. Et à
traduire une conviction : l’entre-soi
médiatique, où l’on se soucie plus des
coulisses que de l’action, loin de
nourrir le lien avec les Français,
dresse un écran entre eux et Lui. Avec
des vidéos mises en ligne, l’Élysée a
cherché depuis quelques mois à
instaurer un lien direct avec les
Français jusqu’à mettre en scène la
préparation d’un discours - ce qui a
donné la polémique sur le « pognon de
dingue ». On est passé de la distance
érigée en principe à la proximité
utilisée en outil de communication.
Du chef des armées en command car
au président en bras de chemise.
Les deux extrêmes ont montré leurs
limites. Lors de ses vœux à la presse,
en janvier dernier, Emmanuel
Macron avait jugé « saine » cette
distance garantissant à la fois la
transcendance présidentielle et
l’indépendance des médias. Mais,
dans un souci de compréhension et de
lisibilité de son action, le chef de l’État
doit se soucier tout autant de la
manière dont sa parole est relayée que
de la manière dont il s’exprime luimême. Toute Écriture appelle son
exégèse. Le chef de l’État a désigné il y
a un an un porte-parole officiel qui
n’a été mandaté qu’une fois - dans
l’affaire Benalla, avec l’impact qu’on a
vu - pour parler publiquement. C’est
moins la personnalité qui a été mal
choisie que la fonction qui a été mal
définie. Un authentique porte-parolat
est pensable, comme à la MaisonBlanche ou auprès des principaux
exécutifs européens. L’outil peut être
utile, à condition de l’assumer.
Depuis Georges Pompidou, tous les
présidents ont aussi entretenu des
contacts, choisis mais réguliers, avec
des journalistes. Certains avec
discernement, d’autres - comme
François Hollande - imprudemment.
Mais une bonne communication se
construit aussi avec ceux qui
comptent auprès du président. Qui,
avec prudence mais compétence,
savent expliquer ce que veut et ce que
fait le chef de l’État. Ce chaînon-là
aussi est nécessaire, sauf à laisser
prospérer un second cercle qui se
gonflera d’importance en s’autoproclamant relais d’une parole qu’il
ne connaît pas vraiment. Plus Macron
voudra retrouver sa hauteur
jupitérienne, plus il devra organiser
cette médiation, gage d’une bonne
compréhension. ■
porte-parole qui ont marqué à ce point
l’histoire du porte-parolat. Surtout du
point de vue télévisuel. Sa performance
d’acteur pur était césarisable. Je pense
que ça restera », grince l’un de ceux
qui ne le portent pas dans son cœur au
Palais. Plus conciliant, un autre minimise : « Est-ce que vous pensez une
seule seconde qu’il a écrit son texte
dans son coin et décidé tout seul d’aller
le lire en direct à la télé ? »
En réalité, l’épisode de la déclaration a agi comme une loupe sur les
ennuis de Bruno Roger-Petit. À la
lumière de l’affaire Benalla,
son isolement au sein du
Palais est apparu au grand
jour, de même que les limites de sa mission.
Chargé de mettre en
perspective le quinquennat d’Emmanuel
Macron, d’inscrire l’action du président de la
République dans le
temps long, Bruno Roger-Petit s’est vite vu
Bruno Roger-Petit,
porte-parole de l’Élysée.
JACQUES WITT/SIPA
imposer deux contraintes sous forme
d’injonctions contradictoires.
« Quand il est arrivé, la conseillère
presse et communication, Sibeth
Ndiaye, a expliqué à tous les journalistes
qu’il ne parlerait pas en “off” », raconte un proche du président, en
référence à ces propos tenus auprès de la presse
mais n’ayant pas vocation
à être sourcés. Dans le
même temps, « le secrétaire général de l’Élysée,
Alexis Kohler, a demandé
qu’il ne fasse pas de
“on” », poursuit ce
proche d’Emmanuel Macron, en
référence
cette
fois aux propos
tenus publiquement au nom de
l’Élysée.
Pas le droit de
parler en off, pas le
droit non plus de
parler en on… autant
dire que la mission du
porte-parole s’annonçait pour le moins délicate. Dans les premiers temps, Bruno
Roger-Petit s’en est sorti en montant
des opérations pour Emmanuel Macron, comme cette première interview accordée à TF1 en octobre 2017.
Difficile de s’imposer
Les premiers temps, il va chercher à
trouver un modus operandi avec les
conseillers de la première heure d’Emmanuel Macron. Depuis la victoire de
leur boss à l’élection présidentielle, ils
veillent jalousement sur le lien privilégié qu’ils ont tissé avec celui qui est
devenu président de la République.
Difficile voire impossible de s’imposer dans ce cercle. La journaliste Laurence Haïm en a fait les frais. Recrutée
comme porte-parole du candidat pendant la campagne présidentielle, elle
n’avait jamais réussi à trouver sa place
et avait finalement décidé de retourner exercer son premier métier aux
États-Unis avec en mémoire un très
mauvais souvenir de la « brutalité »
des conseillers d’Emmanuel Macron.
Bruno Roger-Petit en est là. Au bord
du constat d’échec, sans doute déterminé à ne pas se laisser faire. Comme
avant lui David Martinon, éphémère
porte-parole de Nicolas Sarkozy, qui
avait été nommé consul général de
France à Los Angeles. ■
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
ZOOM
Pour Adrien Quatennens,
le président
« ne sait pas où il va »
Invité du « Talk Le Figaro »,
Adrien Quatennens a dénoncé
l’attitude du chef de l’État qui
« se pose dans la rhétorique
de la marche mais sans
savoir où il va ». Malgré
cette « absence de
direction », le
député Insoumis
du Nord juge
qu’Emmanuel
Macron « est en
train de défaire
la France » avec
sa « remise en cause du modèle
de la République sociale ».
« On ne peut pas danser sur des
cendres et sur un tel chaos »,
a-t-il cependant souligné. Sans
nier que le prochain combat,
celui des européennes, allait être
mené tambour battant. « Toute
la macronie nous chante le couplet
de l’Europe qui protège, a-t-il
fustigé, en oubliant de dire qui elle
protège : les gros pollueurs,
les multinationales, les plus riches.
Et nous voulons, face à cela,
réinstaurer une Europe
des peuples souverains. » S. de R.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 6 septembre 2018
POLITIQUE
Yaël Braun-Pivet.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Cendra Motin.
OGRETMEN IBO/SIPA
Richard Ferrand.
S. SORIANO/LE FIGARO
Barbara Pompili.
F. BOUCHON/LE FIGARO
Mathilde Panot.
5
LE GOFF/PANORAMIC
Richard Ferrand face à un front féminin
Pour le Perchoir, le favori de la majorité est concurrencé par trois députées. LFI en présente une autre.
MATHILDE SIRAUD
£@Mathilde_Sd
PARLEMENT Et si le futur président de
l’Assemblée nationale, quatrième personnage de l’État, était une femme ?
L’idée fait son chemin dans les couloirs
du Palais Bourbon… et dans les rangs de
la majorité. Ainsi, après l’annonce de la
candidature de Richard Ferrand, favori
pour succéder à François de Rugy, la
présidente de la commission des Lois
Yaël Braun-Pivet et la députée de l’Isère
Cendra Motin se sont elles aussi lancées
dans la course.
Mercredi, c’était au tour de Barbara
Pompili, présidente de la commission
développement durable, de se placer sur
la ligne de départ. « Il faut que des femmes émergent, c’est ça le nouveau monde ! », plaide une députée La République
en marche (LaREM). « L’Élysée et Matignon sont sensibles à ce sujet. »
Le premier ministre Édouard Philippe
n’a officiellement pas pris position pour
l’un ou l’autre des candidats macronistes mais a toutefois évoqué, après le
Conseil des ministres, le « symbole »
d’une femme au Perchoir. « Si c’est un
homme ce sera très bien, si c’est une fem-
me ce sera très bien aussi […] Je comprends très bien la portée du symbole que
représenterait l’élection d’une femme à la
présidence de l’Assemblée nationale », at-il indiqué. « Seule la compétence
compte », a jugé de son côté Benjamin
Griveaux, porte-parole du gouvernement. « L’égalité femme-homme fait
partie de notre promesse initiale, rappelle
le député écolo-macroniste Matthieu
Orphelin, qui soutient la candidature de
Barbara Pompili. Il faut commencer par
se l’appliquer à nous-mêmes. »
Un formidable signal politique
Au sein du groupe, 48 % des députées
sont des femmes, 52 % sont des hommes. Les postes à responsabilité – viceprésident, porte-parole, président de
commission… – ont été répartis en respectant la parité. « Le Perchoir, ce serait
un formidable signal politique, les Marcheurs sont en attente de la présence de
femmes aux postes clés », indique un pilier du groupe LaREM. « Il faut aussi
pouvoir démontrer à nos électeurs que
nous sommes en capacité d’assurer le renouvellement », argue de son côté la députée Olga Givernet, qui soutient Yaël
Braun-Pivet.
Faut-il y voir une menace sérieuse à la
candidature de Richard Ferrand ? « Une
élection n’est jamais gagnée d’avance »,
a déclaré l’intéressé, dans les colonnes
de Ouest France. D’ici au vote interne de
lundi, les prétendants vont faire campagne et compter leurs troupes en interne.
Certains députés poussent les candidates à discuter ensemble dans l’optique de
proposer une candidature unique.
« Des discussions peuvent se faire,
confirme Olga Givernet. Tout comme un
rapprochement entre les deux tours de
l’élection. » La députée Cendra Motin
semble pourtant déterminée « à aller au
bout ». « Je ne me présente pas parce que
je suis une femme, mais parce que je porte
une vision pour l’institution et me sens légitime », confie-t-elle, évoquant son
passage à la vice-présidence de l’Assemblée, de juin à octobre 2017.
L’écologiste Barbara Pompili, ex-secrétaire d’État chargée de la biodiversité
sous François Hollande et ancienne coprésidente du groupe écologiste à l’Assemblée, entend mettre en avant son
expérience. L’élue d’Amiens est une
proche de François de Rugy.
Yaël Braun-Pivet, députée novice en
politique, s’est fait connaître du grand
public en étant rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Benalla. Une prestation jugée très sé-
vèrement par plusieurs ténors du
groupe… Quant à la députée Cendra Motin, chargée d’une mission sur la mise en
place du prélèvement à la source, elle
avait soutenu une liste dissidente à celle
proposée par Christophe Castaner lors du
premier conseil du mouvement LaREM.
Dans l’opposition, La France insoumise a désigné une femme, la députée Mathilde Panot, pour briguer la présidence.
« Une femme parmi les quatre premiers
personnages de l’État ! Il est temps », a
écrit, sibyllin, Jean-Luc Mélenchon sur
Twitter. Les députés de tous bords voteront mercredi, jour de l’ouverture de la
session parlementaire. ■
Les amis de Hulot
pensent à son avenir
Des proches de l’ex-ministre se retrouvent autour de
Gérard Feldzer et rêvent de le voir nommé à l’ONU.
ENVIRONNEMENT À peine parti du
gouvernement, Nicolas Hulot pense à la
suite. Les ambitions politiques, « c’est
terminé », avait-il dit sur France Inter
lors de l’annonce de sa démission. Ses
proches nuancent. « S’il dit que sa vie
politique est terminée, ce n’est pas le cas
de son engagement citoyen », temporise
son ami Serge Orru, ex-directeur général du WWF France. Pour lui, « Nicolas
Hulot est entré dans le studio de France
Inter en étant vilipendé et en est ressorti
en étant salué. Il a pris une autre dimension ». « Ceux qui pensent qu’Hulot c’est
terminé se mettent le doigt dans l’œil »,
ajoute-t-il. Pas question, d’ailleurs, de
perdre une minute.
“
Hulot a un destin devant
lui, j’en suis convaincu.
Je le vois entamer une
carrière internationale.
Il a la capacité d’être
le nouveau Al Gore
GÉRARD FELDZER
”
Mercredi soir, ses acolytes devaient
se retrouver sur la péniche du consultant en aéronautique Gérard Feldzer, un
confident de longue date. « J’essaie de
jouer les go-between », dit-il au Figaro.
Sur le navire amarré à mi-chemin entre
l’Assemblée nationale et l’Élysée, ils ont
planché sur l’avenir de leur champion.
« Il a un destin devant lui, j’en suis
convaincu. Je le vois entamer une carrière
internationale. Il a la capacité d’être le
nouveau Al Gore », se projette Gérard
Feldzer. Le député LaREM Matthieu Orphelin n’était pas présent mais juge
« qu’on a besoin de la voix de Nicolas Hulot dans le débat public, après un temps de
régénération, de prise de recul ». « Il y a
mille et une façons de porter ce combat
(pour la planète), à l’ONU ou ailleurs »,
ajoute l’élu qui insiste toutefois : « Nicolas Hulot ne cherche rien. » Être envoyé
à l’ONU ? « S’il le voulait », Emmanuel
Macron « pourrait le pousser à la tête
d’un des organismes environnementaux
de l’ONU », abonde Gérard Feldzer qui
souligne que Nicolas Hulot a tissé de
nombreuses relations à travers le monde à l’occasion de la préparation de la
COP21 puis en tant que ministre.
Quid d’un retour à la tête de sa fondation ? « Pour le moment, son retour
n’est pas prévu », note Audrey Pulvar,
qui a pris la présidence de la Fondation
pour la nature et l’homme après l’entrée de Nicolas Hulot au gouvernement.
Toutefois, un des proches de l’ex-ministre ne l’exclut pas. Il souligne que
« travailler sans collaborateur ce n’est
pas évident », que la Fondation « est un
bel outil » et qu’il « ne serait pas idiot »
qu’il y retrouve une place de choix.
Quand bien même Nicolas Hulot a expliqué lors de sa démission qu’il ne voulait pas gêner l’exécutif, ses mots, mardi
soir, lors de la passation de pouvoir montrent qu’il n’a pas renoncé à une parole
libre. « Ne doutez à aucun instant que ma
démission signifie une forme de résignation. Elle est simplement le signal d’une
nouvelle mobilisation », a-t-il lâché devant son successeur, François de Rugy.
« Une forme d’avertissement », veut
croire un proche. Gérard Feldzer rêve de
le voir « jouer un rôle aux européennes »
de mai 2019. Pas spécialement en étant
candidat, ou alors en position non éligible, imagine-t-il. « La question, c’est sur
quelle liste. L’équation n’est pas facile »,
complète-t-il bien que Nicolas Hulot
avait écarté la semaine dernière l’idée de
participer à une telle échéance. ■
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A
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Philippe Bas :
« La thèse
officielle
sur la mission
de M. Benalla
paraît fragile »
cielle. Elle consiste à dire que
M. Benalla aurait été suffisamment sanctionné par sa suspension suivie d’une rétrogradation
et que la transmission au Parquet
aurait été du seul ressort de l’Élysée. Cette interprétation de l’article 40 n’est pas correcte. Toute
autorité informée d’un délit est
obligée de transmettre à la justice. Et d’ailleurs, dès que les faits
ont été découverts, le procureur
n’a pas hésité devant leur gravité
et il a ouvert aussitôt une enquête. Mais surtout, nous avons du
mal à comprendre comment on a
pu conserver dans l’équipe de
l’Élysée un collaborateur qui
avait manqué à ses devoirs. Ce
qui frappe, ce n’est pas la sanction infligée en mai, c’est la
confiance maintenue.
Dans un premier temps, vous étiez
réticent sur le caractère public
de vos travaux mais vous avez
finalement jugé cette
transparence bénéfique
pour le Sénat. Pourquoi ?
Oui, cela a été bénéfique. Nous
avons pu montrer notre souci de
rigueur, une méthode faite de
pluralisme, d’écoute et de respect
mutuel ; peut-être aussi une pédagogie de l’État et une volonté
d’impartialité. Au Sénat, nous recherchons de bonne foi des solutions et nous évitons l’invective et
la polémique. Nous restons néanmoins prudents sur le caractère
public de notre travail, qui ne doit
pas être systématique. Il faut faciliter l’expression des personnes
entendues. Une audition n’est pas
une comparution. Nous ne faisons
le procès de personne. Notre but
est de réunir les informations nécessaires pour éclairer nos concitoyens sur le fonctionnement de
l’État et l’améliorer. La transparence sera aussi garantie par notre
rapport public.
Les auditions reprennent
la semaine prochaine. La commission
n’exclut pas d’entendre
l’ex-conseiller du président.
PROPOS RECUEILLIS PAR
EMMANUEL GALIERO
egaliero@lefigaro.fr
SÉNAT Philippe Bas est sénateur
de la Manche et président de la
commission des lois au Sénat. Il
préside également la mission
d’information sénatoriale sur l’affaire Benalla. En exclusivité pour
Le Figaro, l’ex-secrétaire général
de l’Élysée expose les enjeux de
l’enquête parlementaire qui sera
relancée dans les prochains jours.
LE FIGARO. - L’affaire Benalla
est-elle une affaire d’État,
dans le sens d’une affaire
politique mettant en jeu
le sommet de l’État ?
Philippe BAS. - S’il y a une « affaire Benalla », c’est celle dont la
justice est saisie. Ce n’est pas l’affaire du Sénat. Le Sénat contrôle
l’État. Il analyse les défaillances
constatées à la Préfecture de police, au ministère de l’Intérieur et à
“
Nous n’avons
toujours pas la fiche
de poste et le salaire
de M. Benalla
PHILIPPE BAS
prononçons pas de condamnations, nous ne faisons pas de procès, nous ne menons pas d’instruction, nous ne disposons pas de
la police judiciaire. Ce que nous
défendons en tant que représentants de la nation, c’est l’État de
droit, le bon fonctionnement des
institutions et des administrations
dont nous votons les crédits, la séparation des pouvoirs, et une certaine conception de la transparence en démocratie. La justice
peut d’ailleurs nous y aider en
sanctionnant quiconque ferait
obstacle à notre mission, mais elle
ne peut ni ne doit faire à notre
place ce travail essentiel.
Après une suspension durant l’été,
la mission d’information que vous
présidez reprend ses travaux.
Quel est votre calendrier et
quelle sera la liste des nouvelles
auditions ? Avez-vous noté
Philippe Bas, dans
des obstructions ou des difficultés
Existe-t-il ou a-t-il existé
son bureau au Sénat,
pour obtenir certaines pièces
une police parallèle à l’Élysée ?
mercredi à Paris.
(vidéos, sons…) ?
À ce stade de nos travaux, on ne
S. SORIANO/LE FIGARO
Nous redémarrerons nos audipeut pas l’affirmer. Mais il appations la semaine prochaine. Mais
raît vraisemblable, malgré les dénotre travail ne s’arrête pas là :
négations, que M. Benalla a rempli
nous demandons aussi des
une fonction de protection
documents internes à la
personnelle du chef de
présidence, aux ministères
l’État alors que, dans nos
Il apparaît
de l’Intérieur et des Affaiinstitutions, c’est la resvraisemblable, malgré
res étrangères, à la Préfecponsabilité d’un service de
ture de police et aux orgal’État. Cette mission esles dénégations, que
nismes
publics
qui
sentielle pour la RépubliM. Benalla a rempli une
peuvent éclairer nos traque ne peut reposer sur un
fonction de protection
vaux. Nous observerons
arrangement privé. Face
aussi les systèmes étranau risque terroriste, il en
personnelle du chef
gers en matière d’organiva de la personne du préside l’État alors que,
sation de la sécurité des
dent mais aussi de la
dans nos institutions,
chefs d’État et de gouvercontinuité de l’État et de la
nement. Les personnes
stabilité de nos instituc’est la responsabilité
auditionnées se sont montions. La protection du
d’un service de l’État
trées respectueuses de noprésident doit respecter
tre mission, même s’il
des règles. Les agents qui
n’est pas exclu qu’un ceren sont chargés doivent
tain nombre de réponses faites
être des fonctionnaires ciaient été concertées. En tout cas,
vils et militaires sélectionla thèse officielle d’un employé
nés, formés, encadrés et
qui se consacrait uniquement à
évalués dans des conditions
une fonction d’organisation sans
garantissant une sécurité de
prendre part à la protection du
très haut niveau.
président nous paraît pour le
moins fragile. Par ailleurs, si nous
Allez-vous entendre M. Benalla ?
avons reçu une majorité des doIl est mis en cause dans une encuments internes demandés, nous
quête judiciaire. Si nous l’entenn’avons toujours pas la fiche de
dons, comme il semble le souhaiposte et le salaire de M. Benalla. La
ter, nous ne devrons lui poser
transparence ne saurait être à
aucune question relevant des faits
géométrie variable !
qui lui sont reprochés. Mais il peut
«
”
la présidence. Le travail de la
commission des lois et de ses deux
rapporteurs, Jean-Pierre Sueur et
Muriel Jourda, c’est d’examiner le
fonctionnement des institutions
pour faire des recommandations.
Il s’agit de notre mission constitutionnelle de contrôle. Dans la réforme institutionnelle, je souhaite
d’ailleurs que nos pouvoirs d’enquête et de contrôle soient
confortés, dans l’intérêt de la
démocratie.
Pourtant, Nicole Belloubet,
garde des Sceaux, a critiqué le rôle
des commissions d’enquêtes
parlementaires, ne jugeant
« pas sain d’empiéter sur le travail
judiciaire ». Quel est votre avis ?
Nous sommes avant tout soucieux
du respect de la Constitution. Or,
empiéter sur le travail judiciaire,
non seulement ce ne serait pas
sain, mais surtout ce serait gravement inconstitutionnel. Nous ne
»
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La protection
du président doit
respecter des règles
PHILIPPE BAS
contribuer à nous éclairer sur ses
fonctions, sur l’organisation de la
sécurité du président et des déplacements présidentiels, et sur
les raisons pour lesquelles sa mission pouvait impliquer un port
d’arme, un passeport diplomatique et les attributs matériels exceptionnels que l’on sait.
Le coffre-fort évoqué par
M. Benalla lors de sa garde à vue
a disparu: la perquisition de son
domicile n’a rien donné.
Un conseiller du chef de l’État
(Ismaël Emelien) aurait obtenu
des images de vidéosurveillance de
manière douteuse… La commission
peut-elle éclairer ces zones
d’ombre qui demeurent ?
Là, nous sommes en plein dans
l’enquête judiciaire. S’il se confirmait qu’elle a été entravée et
que des objets ont été soustraits à
la justice, ce serait évidemment
très grave. C’est au procureur de
se prononcer sur ce point et pas à
la commission d’enquête parlementaire.
Vous avez rappelé l’article 40
du code de procédure pénale (1).
Pourquoi aucun fonctionnaire
n’a-t-il jugé utile d’alerter
la justice lorsque les agissements
de M. Benalla ont été constatés ?
Nous ne pouvons prendre pour
argent comptant la réponse offi-
”
À l’Assemblée nationale,
la commission des lois a explosé,
certaines personnalités n’ayant
pas pu être auditionnées.
Vous n’avez pas été confronté
aux mêmes difficultés.
Le Sénat est-il, selon vous,
le seul contre-pouvoir fiable
dans notre pays ?
Oui, le Sénat est un contre-pouvoir nécessaire, mais pas seulement : il vote aussi la loi à égalité
avec l’Assemblée nationale, sauf
quand le dernier mot est donné à
celle-ci, ce qui doit rester exceptionnel. On ne peut réviser la
Constitution sans lui. Ses pouvoirs
d’enquête sont les mêmes que
ceux de l’Assemblée, mais il les
exerce sans inhibition car il n’est
pas tenu à un devoir de solidarité
avec le gouvernement. Il a donc
les moyens politiques d’exercer
pleinement sa mission de contrôle. Le Sénat est dans la République
le seul pouvoir non aligné, libre et
indépendant. Le mode d’élection
des sénateurs, leur enracinement
dans nos collectivités sont pour la
démocratie une garantie de liberté
et de pragmatisme. ■
(1) Toute autorité constituée, tout
officier public ou fonctionnaire qui,
dans l’exercice de ses fonctions,
acquiert la connaissance d’un crime
ou d’un délit est tenu d’en donner
avis sans délai au procureur de la
République et de transmettre à ce
magistrat tous les renseignements,
procès-verbaux et actes qui y sont
relatifs.
De hauts responsables entendus sous serment
Les travaux de la commission des lois
s’inscrivent dans le cadre d’une
mission d’information. Cette mission,
créée le 23 juillet, dispose des
pouvoirs d’une commission
d’enquête. Les personnes
convoquées répondent sous serment,
sachant qu’un faux témoignage est
passible de 5 ans d’emprisonnement
et de 7 500 euros d’amende.
Les comptes-rendus et vidéos des
échanges sont accessibles sur le site
Web du Sénat. La commission a déjà
entendu Alexis Kohler, secrétaire
général de l’Élysée ; Patrick Strzoda,
directeur de cabinet du président
de la République ; le colonel Lionel
Lavergne, chef du groupe de sécurité
de la présidence de la République ;
Frédéric Auréal, chef du service
de la protection ; Gérard Collomb,
ministre de l’Intérieur ; son directeur
de cabinet, Stéphane Fratacci ; et
Jean-Marie Girier, son chef de cabinet
qui dirigea la campagne d’Emmanuel
Macron. La commission a également
reçu le général Richard Lizurey,
directeur général de la gendarmerie
nationale ; Éric Morvan, préfet,
directeur général de la police
nationale ; Marie-France MonégerGuyomarc’h, cheffe de l’inspection
générale de la police ; Michel
Delpuech, préfet de police de Paris ;
Jacques Toubon, défenseur des
droits ; Christophe Castaner, délégué
général du mouvement
La République en marche.
E. G.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 6 septembre 2018
INTERNATIONAL
7
Affaire Skripal :
Londres accuse
deux agents
militaires russes
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
ROYAUME-UNI Les agents du GRU,
aussi discrets que brutaux, ont la dent
dure. À côté, ceux du KGB - devenu
FSB - passeraient presque pour des enfants de chœur. La direction générale
des renseignements de l’état-major des
forces armées de la Fédération de Russie est un organe secret redouté. C’est
dans ses rangs que Sergueï Skripal a fait
carrière, terminée avec le grade de colonel, avant d’être démasqué comme
un agent double travaillant pour le MI6
britannique, condamné, emprisonné
dans un camp, puis échangé par la
Grande-Bretagne, où il a trouvé refuge
en 2010. Et ce sont des officiers du
même service qui auraient été chargés
d’appliquer huit ans plus tard la vengeance promise aux traîtres par Vladimir Poutine.
Ils sont arrivés à l’aéroport de Gatwick en provenance de Moscou le vendredi 2 mars à 15 heures par le vol Aeroflot SU2588. Alexander Petrov et Ruslan
Boshirov, les noms figurant sur leurs
passeports authentiques, sont vraisemblablement des identités d’emprunt, selon les autorités britanniques. Des photomatons montrent deux hommes de la
quarantaine, la tête de l’emploi. Au
cours de leurs 48 heures en Grande-
Bretagne, on les retrouve à plusieurs reprises sur des images extraites de
11 000 heures de vidéosurveillance décryptées par Scotland Yard. Depuis l’aéroport, ils ont gagné Londres en train,
pris les transports en commun pour
s’enregistrer dans un hôtel 2-étoiles banal de l’est de Londres, le City Stay, où
des traces de novichok ont été retrouvées dans leur chambre. Le lendemain,
samedi, ils effectuent ce qui semble un
voyage de reconnaissance à Salisbury,
une heure et demie de train depuis la
gare de Waterloo. On les voit regagner la
capitale en fin d’après-midi.
Le dimanche matin, ils se rendent à
nouveau dans la petite ville de l’ouest
de l’Angleterre, où ils sont filmés à
proximité du domicile de Sergueï Skripal. Puis ils repartent le soir même vers
Moscou depuis l’aéroport d’Heathrow,
mission accomplie. Dans l’après-midi,
l’ex-agent double Skripal et sa fille Ioulia sont retrouvés inconscients sur un
banc, après une sortie au restaurant. À
l’issue de plusieurs semaines de soins
intensifs, ils ont pu sortir de l’hôpital.
Un policier venu à leur secours a lui
aussi été intoxiqué.
Les enquêteurs établissent que Sergueï et Ioulia Skripal ont été contaminés par l’agent neurotoxique novichok
retrouvé sur la poignée de la porte de la
maison. Le produit aurait été transporté
dans un petit flacon de parfum Premier
Alexander Petrov et Ruslan Boshirov, probablement des identités d’emprunt, ont été inculpés par la justice britannique de tentative
de meurtre, coups et blessures volontaires et possession d’armes chimiques. HANDOUT/REUTERS
Jour de Nina Ricci. La bouteille a été
ressortie d’une poubelle non loin de là
en juin par des habitants du coin, Charlie Rowley et Dawn Sturgess, à leur tour
contaminés par de fortes doses du poison. Cette dernière n’y a pas survécu.
“
L’opération a presque
certainement été
approuvée en dehors
du GRU, à un niveau élevé
de l’État russe
”
THERESA MAY, PREMIÈRE MINISTRE BRITANNIQUE
Tous ces éléments permettent à la justice britannique d’inculper Alexandre
Petrov et Ruslan Boshirov de tentative
de meurtre, coups et blessures volontaires et possession d’armes chimiques. Un
mandat d’arrêt européen a été émis
contre eux, à défaut de coopération de
l’État russe dans l’extradition de ses ressortissants. Cette « attaque remarquablement sophistiquée », selon le chef de
l’antiterrorisme britannique Neil Basu,
reconstituée en grand détail par ses services, rappelle le modus operandi suivi
par les assassins présumés de l’ex-agent
du KGB Alexandre Litvinenko, empoisonné au polonium en 2006.
Ce nouvel épisode réveille la guerre
froide avec Moscou. « Le GRU est une
entité très disciplinée avec une chaîne de
commandement clairement établie. Il ne
s’agissait donc pas d’une opération clandestine. Elle a presque certainement été
approuvée en dehors du GRU, à un niveau élevé de l’État russe », a déclaré
Theresa May devant le Parlement. La
première ministre britannique met en
cause un service qui « a joué un rôle clé
dans l’activité malfaisante de la Russie
ces dernières années » et « présente une
menace contre tous nos alliés et tous nos
citoyens ». Elle appelle ses partenaires à
muscler à leur tour leur réaction à ses
côtés. Elle s’en est entretenue par téléphone mardi avec Donald Trump et a
réclamé une réunion d’urgence du
conseil de sécurité de l’ONU, ce jeudi.
À Moscou, le ministère des Affaires
étrangères a affirmé ignorer les noms
des individus incriminés par Londres.
« Vu que ces noms sont apparemment
des pseudonymes selon Scotland Yard, je
ne comprends pas quel signal les Britanniques cherchent à envoyer. C’est difficile
à comprendre », a réagi un porte-parole
du Kremlin, qui fustige depuis le début
des « manipulations d’informations ».
Selon le député travailliste Ben
Bradshaw, « les mots fermes de Theresa
May vont sonner creux tant que le gouvernement n’aura pas agi sur l’argent
sale russe et fait la lumière sur l’intervention du Kremlin dans le référendum
sur l’UE ». ■
ZOOM
Le Japon frappé
par le puissant typhon Jebi
Même s’il est loin d’être
le plus meurtrier, le typhon Jebi
qui a balayé le Japon restera
dans les annales. Au moins
11 personnes ont été tuées et plus
de 600 blessées. Avec des vents
dans la partie centrale dépassant
160 km/h et près de 220 km/h en
périphérie, ce 21e cyclone de la
saison a laissé dans son sillage des
maisons tout ou partie détruites,
des poteaux à terre, des arbres
arrachés, des toitures envolées
(comme à la gare de Kyoto), des
grues affaissées ou des véhicules
accidentés. L’aéroport Kix, situé
sur une île artificielle au large
d’Osaka, a été inondé et fermé,
avec 3 000 passagers et des
centaines d’employés bloqués
à l’intérieur, car le pont reliant
les installations à la terre ferme a
été endommagé par un pétrolier
qui s’y est encastré. Ils ont passé
la nuit dans les terminaux, sans
électricité ni air conditionné,
par une chaleur étouffante, avant
d’être évacués par ferry et bus
dans la journée. Les opérations
devraient se poursuivre ce jeudi.
A
Ces membres présumés des services
de renseignement du GRU sont inculpés
pour l’empoisonnement de l’ex-espion.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
En Birmanie, les silences coupables
d’Aung San Suu Kyi
L’ex-icône de la
démocratie ne s’est
pas élevée contre
la condamnation
de deux journalistes
de l’agence Reuters.
semble largement suivre le discours sécuritaire dominant et antimédia sur la
question des Rohingyas », rappelle Moe
Thuzar, chercheuse au Institute of
South East Asian Studies, basé à Singapour. Un constat qui ne penche pas en
faveur de la clémence envers les journalistes. Alors que l’Occident brûle son
idole, les foules birmanes offrent un
soutien aveugle à la septuagénaire qui
assume « faire de la politique » et marche sur la corde raide face à une junte à
l’affût du moindre de ses faux pas. « Son
silence est peut-être la meilleure option
qu’elle a pour l’heure. Il illustre les
SÉBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
SHANGHAI
ASIE Un sinistre bandeau noir barre la
Une du 7 Day Daily, sous le titre « triste
jour pour la Birmanie ». La condamnation de deux journalistes de l’agence
Reuters, Wa Lone et Kyaw Soe Oo, à
sept ans de prison, ce lundi, « étouffe à
jamais l’espoir que le gouvernement actuel ne respecte la liberté de la presse »
conclut, résigné, ce média de Yangon, à
la pointe du Printemps Birman. Ironie
mordante, ce journal avait été interdit
par la Junte en 2010 pour avoir affiché
en Une un portrait d’Aung San Suu Kyi,
alors figure de proue du mouvement
démocratique.
Aujourd’hui, la « Lady », mise en
scène par Luc Besson, est devenue chef
du gouvernement, et se mure dans un
silence assourdissant, au sujet des deux
reporters condamnés pour atteinte au
« secret d’État », alors qu’ils enquêtaient sur les massacres de Rohingyas
perpétrés par l’armée birmane. « Le
monde découvre le véritable visage
d’Aung San Suu Kyi : une dirigeante
autocratique, vaine et égocentrique »
déclare au Figaro l’ancien prisonnier
politique Khin Zaw Win.
Un an après la violente campagne
militaire qui a tué 10 000 musulmans
dans l’Arakan, et entraîné un exode de
700 000 civils au Bangladesh voisin, selon un nouveau rapport de l’ONU,
l’icône fracassée de la démocratie birmane se retrouve une nouvelle fois sous
le feu des critiques internationales. Depuis un an, elle est accusée d’avoir fer-
“
Le monde découvre
le véritable visage d’Aung
San Suu Kyi : une
dirigeante autocratique,
vaine et égocentrique
”
KHIN ZAW WIN, ANCIEN PRISONNIER POLITIQUE
Aung San Suu Kyi, lors d’une rencontre avec des étudiants de l’université de Yangon, à Myanmar, le 28 août.
mé les yeux sur le « génocide » conduit
par le chef de l’armée, le général Min
Aung Hlaing, selon l’enquête onusienne. Un « océan de désinformation »,
avait à l’époque répliqué hautaine la dirigeante de 73 ans, face aux rapports sur
les massacres et viols à grandes échelles
menés par les militaires et des milices
bouddhistes.
La lourde condamnation de Wa Lone
et Kyaw Soe Oo, la replace sur la sellette, alors que la communauté internationale appelle à une amnistie en faveur
des deux jeunes reporters arrêtés en
décembre dernier. Le vice-président
américain Mike Pence a appelé mardi le
gouvernement à réviser le verdict, accentuant la pression des ONG. Cette
condamnation « politique » selon Amnesty International, « marque un nouveau recul des droits sous le gouvernement d’Aung San Suu Kyi », selon Brad
Adams, directeur Asie-Pacifique de
l’ONG Human Rights Watch. Les journalistes enquêtaient dans un village sur
un massacre de dix Rohingyas, cette
minorité musulmane apatride, car jamais reconnue par l’État birman. Ce
verdict devient l’ultime test de la volonté de la dirigeante à défendre des valeurs démocratiques qui lui ont valu le
prix Nobel de la Paix, et qu’elle semble
renier une à une depuis son accession
au pouvoir.
Les regards internationaux se tournent vers « l’héroïne de Rangoon » murée dans son silence, face à la Junte avec
qui elle partage le pouvoir, formant un
inconfortable attelage depuis sa victoire
historique aux élections en 2015. Alors
que les militaires gardent la haute main
sur les questions de sécurité nationale et
des frontières, la Constitution offre au
gouvernement civil la possibilité d’une
AUNG SHINE OO/AP
amnistie judiciaire. « Elle a le droit de
prendre cette décision et elle doit le faire.
Elle a ainsi encore la possibilité de redorer sa réputation », juge Khin, directeur
du think-tank Tampadipa, basé à Yangon. « Mais je doute qu’elle ne le fasse »,
ajoute ce militant de la cause démocratique, qui fit onze ans de prison, mais a
très tôt pris ses distances avec l’icône.
À Yangon, nombre de partisans de la
démocratie dénoncent à mot feutré
l’autoritarisme de la fille du général
Aung, enfermée dans sa tour d’ivoire.
Mais la dirigeante au port altier reste
révérée comme une sainte par le petit
peuple, qui voit en elle l’héritière de ce
héros anticolonialiste assassiné en 1947.
Et les masses n’ont que peu de sympathie pour une minorité musulmane
« apatride », arrivée dans les fourgons
de la colonisation britannique honnie,
selon l’histoire officielle. « L’opinion
contraintes auxquelles elle doit faire face
avec l’armée et qui pourraient être considérablement plus forte que beaucoup le
pensent », juge Thuzar.
Mais les militaires subissent une
pression internationale toujours plus
forte, isolant un régime contraint de
s’appuyer sur le géant voisin Chinois.
Six haut gradés sont menacés d’être déférés devant la Cour Pénale Internationale, dont le général Min Aung Hlaing,
désormais privé de compte Facebook
pour ses discours de haine contre les
Rohingyas. Une sanction lourde dans
un pays ou le réseau social est le principal canal d’information de la population. À la veille de l’Assemblée générale
de l’ONU, où le régime sera la cible des
critiques, un geste en faveur des journalistes permettrait de desserrer l’étau
diplomatique sur Naypyidaw, et redonnerait un minimum de crédit à Aung
San Suu Kyi. Pour autant, les promesses
du Printemps Birman ont fait long feu.
« Tout le monde doit savoir que la démocratie ne survivra pas à un âge sombre de
l’information », prévient un éditorial du
7 Day Daily. ■
L’incendie du Musée de Rio, symbole des maux du Brésil
Huit autres institutions culturelles sont parties en fumée ces dernières années dans un pays frappé par l’incurie des politiques.
un coup au cœur. C’est comme s’ils
avaient perdu en même temps le Louvre, le Musée d’histoire naturelle et
Versailles. Édifié au milieu du parc de
Boa Vista, ce palais de style néo-clasAMÉRIQUE LATINE Une « tragédie ansique a été la résidence de la famille
noncée ». Comme à chaque nouvelle
impériale. Il était la mémoire du pays
catastrophe, les mêmes paroles reavec 20 millions d’objets, dont la pièce
viennent dans une sorte de métaphore
maîtresse était le crâne de Luiza, « la
des maux du Brésil. Car l’incendie qui
mère » des Brésiliens. Avec ses
a réduit en cendres dimanche soir la
11 000 ans, elle était considérée complus grande part des inestimables colme le plus ancien humain du continent
lections du Musée national à Rio de Jalatino-américain. Jugée
neiro, le plus ancien du
perdue dans l’incendie,
pays, était bien trop prél’espoir est revenu après
visible après des décenque des fragments ont été
nies de négligence, de
retrouvés sous les décomcoupes budgétaires et
bres fumants. Mercredi,
d’incurie politique. Une
de la bibliothèque
les experts fouillaient ensimple comparaison donont heureusement
core les ruines pour tenter
ne une idée des priorités
été épargnés
de retrouver d’autres pièdu Brésil englué dans la
ces de valeur.
crise : en 2017, le budget
Autre star du musée, un
alloué au Musée national,
météorite de cinq tonnes et de 4 milfondé il y a 200 ans, était égal aux
liards d’années a résisté au feu. Le très
sommes dépensées par la Chambre des
riche herbier et les 500 000 ouvrages
députés pour laver ses 83 voitures offide la bibliothèque ont aussi été éparcielles. Le calcul a été fait par l’ONG
gnés. En revanche on sait que la colContas Abertas (Comptes ouverts) qui
lection de momies égyptiennes, le
contrôle les dépenses publiques.
squelette d’un dinosaure ou les fresPour les Brésiliens, voir le Musée
ques de Pompéi ont été réduits en cennational dévoré par les flammes a été
MICHEL LECLERCQ
RIO DE JANEIRO
500 000
ouvrages
PUBLICATIONS JUDICIAIRES
A
01.49.04.01.85 - annonces@osp.fr
Par arrêt du 04 mai 2017 La CA de Bordeaux
- Conirme le jugement du TGI de Bordeaux du 03 mars 2015 opposant la SAS VALORIS
DEVELOPPEMENT FRANCHISEUR DU RESEAU TEMPORIS aux défendeurs In Temporis France devenue
In tensive work, In Temporis Europe, Novalis Polska et M. Pierre Maksymowicz en ce qu’il a dit que ces
personnes ont commis des actes de contrefaçon de la marque Temporis ;
- Etend cette condamnation à la société In Temporis Polska, imitant la marque Temporis 00/3001639 pour des
services d’agence de travail temporaire et intérimaire visant un public français ;
- Condamne in solidum les sociétés susvisées et M. Maksymowicz à verser au titre :
- du manque à gagner 134 000 €
- du préjudice moral pour atteinte à l’image de marque 50 000 €
- des dommages et intérêts 8 000 €
- des dépens et de l’article 700, 16 000 €
- Ordonne la publication de la décision aux frais des sociétés appelantes et de M. Maksymowicz dans trois journaux
ou publications professionnels.
dres. Mais peut-être la plus grande
perte, pour beaucoup, a été la disparition de la collection d’objets indigènes,
une des plus importantes au monde.
« Notre mémoire a été effacée », s’est
lamenté Utau Guajajara, un leader des
droits des Indiens. L’émotion a dépassé les frontières : la France, le Portugal, l’Unesco ont proposé leur aide
alors que le Louvre a déploré une
« grande perte pour le Brésil et le patrimoine mondial ». Au Brésil, la colère a
vite succédé à la tristesse. « J’ai le
cœur brisé […]. Une honte pour un pays
qui méprise la culture, son passé, qui
dédaigne l’éducation. Les mots me
manquent pour exprimer ma révolte et
ma tristesse », a écrit une internaute.
Le budget culturel sacrifié
Des images prises à partir d’un drone, lundi, montrent l’étendue des dégâts subis
par le Musée de Rio, rongé par les flammes la veille. MAURO PIMENTEL/AFP
Les signes annonciateurs ne manquaient pas : fils électriques dénudés,
infiltrations d’eau, fissures, chute de
pans de murs, invasion de termites…
De nombreuses salles avaient dû fermer. « Le musée va brûler », avait prédit, dès 2004, un ministre après une
visite. Malgré les risques, pas de portes
coupe-feu, ni de sprinklers (arroseurs), et quand les pompiers sont arrivés, les bouches d’incendie n’avaient
pas d’eau, résultat d’un budget en
baisse constante ces dernières années.
L’incendie du Musée national n’est
pas un cas unique : pas moins de huit
institutions culturelles ont été la proie
des flammes ces dernières années,
dont le Musée d’art moderne de Rio en
1978. Et les experts préviennent que
des dizaines de bâtiments historiques à
Rio sont menacés de ruine, faute de
budget. Aujourd’hui en fin de mandat,
le très impopulaire président Michel
Temer s’est engagé à financer la reconstruction du musée, en partenariat
avec de grands groupes privés.
Mais plus encore que l’argent, man-
que la volonté politique. « On a besoin
de préserver notre mémoire pour les
prochaines générations. Mais la culture
nationale n’a jamais été une priorité.
Notre politique est à très court terme et
les projets qui vont au-delà des prochaines élections sont négligés », affirme l’ancien ministre de la Culture
Marcelo Calero.
Celui-ci, aujourd’hui candidat à la
députation, s’est rendu célèbre pour
avoir affronté un des ministres les plus
puissants – et corrompus - de Michel
Temer, qui voulait réaliser une opération spéculative dans un immeuble
historique à Salvador de Bahia. Il a démissionné après six mois au gouvernement. Un an plus tard, la police a
découvert un trésor dans l’appartement de ce ministre, Geddel Vieira
Lima : 51 millions de réais (10,5 millions d’euros) en liquide. Marcelo Calero y voit un symbole, celui d’une
« confrontation entre une opération de
spéculation immobilière et une politique
pérenne de défense du patrimoine ». ■
EN BREF
Double attentat à Kaboul
Au moins 20 personnes ont été
tuées et 70 blessées dans un double
attentat survenu mercredi
dans un quartier chiite de Kaboul.
Une première explosion a eu lieu
lorsqu’un kamikaze a fait sauter
sa charge dans une salle de sports
où s’entraînaient des lutteurs.
La seconde s’est produite
lorsqu’un véhicule a explosé
près des secours affairés avec
les blessés.
Pakistan : Pompeo veut
tourner la page de la brouille
Lors d’une brève visite au Pakistan
mercredi, le secrétaire d’État
américain, Mike Pompeo,
a déclaré vouloir « réinitialiser
les relations » entre Islamabad
et Washington, mises à mal par
la guerre en Afghanistan.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 6 septembre 2018
SOCIÉTÉ
9
Cavale de
Redoine Faïd :
la police explore
la piste familiale
ZOOM
Perpignan : retenus à bord
d’un avion pour
une suspicion de choléra
Quelque 150 passagers d’un vol
Oran-Perpignan ont été autorisés
mercredi à quitter l’aéroport
du sud de la France après avoir
été pris en charge par les secours,
en raison d’une suspicion de
choléra sur un enfant à bord. Ils
ont été évacués de l’appareil après
avoir été retenus à bord environ
une heure. Les analyses effectuées
à l’hôpital sur cet enfant ont
finalement montré qu’il ne
souffrait pas de cette maladie.
En août, une épidémie de choléra
est apparue en Algérie.
Une cinquantaine d’enquêteurs ont mené
mercredi six perquisitions pour trouver un
indice conduisant à l’insaisissable braqueur.
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
ÉVASION Après plus de 67 jours de cavale, Redoine Faïd était toujours introuvable mercredi. Depuis sa spectaculaire
évasion par hélicoptère de la prison de
Réau (Seine-et-Marne), le 1er juillet dernier, le braqueur multirécidiviste a semblé à plusieurs reprises à portée de main
avant de se volatiliser dans la nature.
Pour capturer ce très médiatique fugitif,
la fine fleur de la police, lancée à ses
trousses, explore la piste familiale. Mercredi à l’heure du laitier, une cinquantaine d’hommes ont mené six perquisitions dans son très proche entourage :
cinq dans le Val-d’Oise où Redoine Faïd
puise ses racines criminelles ainsi
qu’une à Paris, selon plusieurs sources.
Objectif ? Trouver une trace, même tenue, susceptible de réorienter la traque.
Les enquêteurs n’ignorent pas que la
famille est un maillon central pour le
caïd en cavale. C’est à la faveur d’une
visite de son frère Brahim au parloir
qu’il avait pu se faire la « belle » avec la
complicité de deux hommes portant
des cagoules et des brassards de police,
équipés de fusils d’assaut de type kalachnikov et de disqueuses pour aller le
récupérer et le ramener jusqu’à la cour
d’honneur du centre pénitentiaire.
EN BREF
Coquilles Saint-Jacques :
accord entre pêcheurs
britanniques et français
C’est aussi en compagnie de son frère
aîné Rachid qu’il avait échappé de peu,
le 24 juillet, aux forces de l’ordre, dans
le Val-d’Oise. Les deux hommes, qui
circulaient tête nue et non grimés, ont
été reconnus sur des bandes de vidéosurveillance.
Lors d’une rencontre à Londres,
Français et Britanniques ont
renouvelé leur accord sur la pêche
de la coquille Saint-Jacques dans
la Manche, une semaine après de
violents accrochages entre pêcheurs
au large des côtes normandes.
« Excessivement dangereux »
Au terme d’une course-poursuite avec
les gendarmes, ils avaient abandonné
leur voiture dans le parking d’un centre
commercial de Sarcelles avant de prendre la fuite. Le nom de Rachid Faïd a été
évoqué à propos d’un projet d’évasion
de Redoine, fomenté au printemps 2017,
quand ce dernier était derrière les barreaux à Fresnes. Rachid avait été soupçonné de jouer les intermédiaires pour
obtenir un coup de main du caïd corse
Jacques Mariani, alors sous bracelet
électronique. Mais l’entreprise avait viré
à l’aigre et Redoine s’était retrouvé
transféré à Réau. Les policiers se rappellent enfin que la piste « familiale » avait
permis de le cueillir en douceur, fin
mai 2013, allongé sur son lit de la chambre numéro 38 de l’hôtel B & B de Pontault-Combault (Seine-et-Marne). Pris
de stupeur, Faïd s’était laissé prendre
sans moufter, ni s’emparer de l’arme de
poing qu’il avait à portée de main. Cette
interpellation ponctuait six semaines de
L’association Le Refuge
habilitée pour accompagner
les migrants LGBT
Reproduction de la fiche de Redoine Faïd sur le site d’Interpol, en 2013.
cavale pour celui qui s’était déjà évadé le
13 avril 2013 en moins d’une demi-heure de la prison de Lille-Sequedin, en
prenant quatre surveillants en otages,
qu’il avait utilisés ensuite comme boucliers humains. Depuis le 1er juillet, tout
est à refaire et la police n’exclut pas que
le braqueur fasse une erreur fatale. « Un
fugitif a besoin de finances, de complices,
de moyens de repli qui s’inscrivent dans le
temps », confiait en juillet dernier Philippe Véroni, sous-directeur de la lutte
contre le crime organisé. Rappelant
qu’« au-delà du folklore, c’est un individu
excessivement dangereux, qui a déjà tué
et qui ne se réintégrera jamais », ce haut
fonctionnaire a lâché : « L’interpeller
L’association Le Refuge, dont
l’objectif est de permettre à de
jeunes homosexuels rejetés par
leurs proches de se reconstruire,
est désormais habilitée par l’Office
français de protection des réfugiés
et apatrides pour accompagner
des demandeurs d’asile.
AFP
avant un nouveau passage à l’acte, c’est
notre Graal. » Un faisceau d’indices laisse penser que Redoine Faïd cherche à
« remonter au braquage » pour trouver
de l’argent frais. Dans la voiture retrouvée à Sarcelles, les policiers ont découvert de fausses plaques d’immatriculation et des explosifs factices. Deux
semaines auparavant, ils avaient mis la
main au nord de Paris sur un sac contenant notamment des armes, des cagoules et une disqueuse qu’ils soupçonnent
d’avoir appartenu au commando de
quatre ou cinq « fidèles » ayant pris part
à l’« hélivasion » de leur mentor. Au
moindre faux pas, ce dernier sait qu’il
retournera à la case prison. ■
Le rappeur Rohff porte plainte
pour harcèlement
Habitué des clashs, le rappeur
Rohff a porté plainte pour
harcèlement contre une femme
qu’il accuse de l’avoir assailli de
milliers de commentaires, de lui
avoir volé du courrier, de l’avoir
appelé sur son téléphone portable
et d’avoir sonné chez lui.
À Calais, un festival
vegan sous tension
La tenue de cette manifestation, obtenue
par voie de justice, ne fait pas l’unanimité.
SÉCURITÉ Des risques d’affrontements
entre pro et anti-viande ont failli annuler
un festival réunissant des associations véganes, prévu ce week-end à Calais. Mais
ces militants, opposés à la consommation
de tout produit d’origine animale, vont finalement pouvoir se regrouper dans une
salle municipale.
Leur réunion, autorisée dans un premier temps en avril dernier, avait été interdite fin août par la maire Natacha Bouchart. Saisi en référé par l’association
vegan L214 pour entrave à « la liberté
d’expression », le tribunal administratif
de Lille a suspendu mardi la décision de la
mairie de Calais. « Des éléments portés à
ma connaissance par différents réseaux, y
compris les organisateurs, laissaient entrevoir des risques de troubles à l’ordre public,
“
Nous mettrons
les moyens de force
publique pour éviter
tout débordement
autour de ce festival
UN PORTE-PAROLE DU PRÉFET
”
confie au Figaro la première magistrate de
cette ville de plus de 75 000 habitants. La
justice en a décidé autrement. J’en prends
acte mais je crains des risques de débordements ». Brigitte Gothière, porte-parole
de L214, estime pour sa part que
« d’autres festivals vegan ont été organisés
dans plusieurs villes de France sans
qu’aucun incident n’ait été à déplorer ».
La tenue du Calais Vegan Festival, où est
attendue une centaine de personnes, n’est
pas du goût de tout le monde. Onze signataires, représentants des élus politiques
régionaux, des fédérations professionnelles et de loisirs, notamment celles des
chasseurs, pêcheurs, éleveurs ou artisans
bouchers se sont réunis autour d’un collectif : le « Comité de défense pour la liberté des choix de vie des Hauts-de-France ». Ils ont décidé de se rendre de
« manière pacifique » devant le Forum
Gambetta samedi matin à partir de 11 heures pour une prise de parole dénonçant
« le comportement extrémiste de certains
militants antispécistes et le silence des associations véganes à leur égard ». « Nous ne
sommes pas opposés à ceux qui ne mangent
pas de viande, en revanche nous ne voulons
pas qu’ils imposent leur façon de vivre au
reste de la population », dénonce Jean-Michel Taccoen, conseiller régional délégué à
l’environnement des Hauts-de-France et
membre du collectif. « Je ne veux pas que
mon petit-fils de 12 ans ne puisse plus manger de viande à la cantine. » « Ce n’est pas
une provocation vis-à-vis des associations
véganes mais nous ne pouvons accepter
qu’elles fassent circuler de fausses informations sur l’exercice de notre métier d’éleveurs dont l’objectif est de nourrir des êtres
humains », ajoute Pierre Hannebique,
président de la FNSEA du Pas-de-Calais.
Pour leur part, les artisans bouchers et
commerçants de bouche dénoncent « les
actes de vandalisme de plus en plus récurrents dont ils font l’objet, particulièrement
dans les Hauts-de-France, avec 16 attaques, notamment des caillassages de vitrines, en 24 mois ». Un climat sous haute
tension que scrute de près la préfecture
du Pas-de-Calais. « Nous mettrons les
moyens de force publique pour éviter tout
débordement autour de ce festival, indique
un porte-parole du préfet. À ce stade,
nous n’avons toujours pas reçu de déclaration de manifestation des anti-vegans, qui
doivent la déposer 48 heures avant. » En
attendant, le sous-préfet de Calais doit
rencontrer jeudi les organisateurs du festival afin de « s’assurer des conditions de
sécurité et filtrage, prévues pour cet événement payant ». ■
ARCHEOLOGIE ÉGYPTIENNE
& EGYPTOMANIA
13 OCTOBRE 2018
Fernando Botero
ADJUGÉ 1 400 000 €
À MONACO LE 22 JUILLET 2018
TÊTE ROYALE MASCULINE
Calcaire. Les yeux incrustés de bronze,
verre et quartz.
H_ 28 cm
EGYPTE, TROISIEME PERIODE
INTERMEDIAIRE (circa 1000 av. J.-C)
Provenance :
Collection M.Claude F.A. Schaeffer
(1898-1982)
Exportée d'Egypte dans les années 30 et
munie d'un visa d'exportation n°2205 du
Service des Antiquités du Musée du Caire.
Publication :
Monuments et Mémoires, Une tête inédite
de Toutânkhamon, Etienne Drioton,
Académie des Inscriptions et Belles-Lettes,
Fondation Eugène Piot, T.52
FIGURINE D'HIPPOPOTAME
Faïence à glaçure turquoise
et peinture noire
H_ 4,5 x 7,8 cm
Collection privée hollandaise
Galerie - 2000 annex Curiosa,
5 Avril 1970
EGYPTE, MOYEN-EMPIRE
(2033-1710 AV. J.-C)
Collection de
M. & Mme Robert VAN D.
20 OCTOBRE 2018
EXPERT BIANCA MASSARD
François Pompon
Ours en pierre de Lens, d'un ensemble
de 30 sculptures en bronze, pierre et plâtre
Jean Dunand
Panneau en laque provenant d'un ensemble
de 10 objets
HOTEL DES VENTES DE MONTE-CARLO
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ÉRIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
Parcoursup est un système
qui permet aux universités
de choisir leurs étudiants,
et aux candidats de postuler
où ils le souhaitent.
CYRIL ENTZMANN
Parcoursup : les universités ont gagné
en liberté, les lycéens aussi
Malgré des inquiétudes liées à la lenteur du processus, le système a laissé plus de choix aux deux parties.
CAROLINE BEYER £@BeyerCaroline
ÉDUCATION Lenteurs, inquiétudes estivales des lycéens « en attente » ou recalés, incertitudes des universités et filières
sélectives quant au remplissage de leurs
promotions… Avec Parcoursup, la nouvelle plateforme d’orientation vers l’enseignement supérieur, le gouvernement
d’Emmanuel Macron a fait le pari d’un
système qui, jusqu’au bout, fait jouer
l’offre et la demande. Un système plus
libéral, qui doit permettre aux universités de choisir leurs étudiants en les classant, et aux candidats de postuler où ils le
souhaitent, sans contraindre leur choix
par une hiérarchisation des vœux. Les
deux parties sont-elles satisfaites de cette liberté nouvelle ?
Le 5 septembre, date de clôture de la
procédure principale, 63 % des
812 000 candidats à l’enseignement supérieur avaient une affectation défini-
tive. Près de 9 % avaient obtenu une réponse positive mais maintenaient des
vœux « en attente », mettant à profit les
larges délais offerts par le nouveau système pour décrocher la formation de
leurs rêves (*). Au 5 septembre, à minuit,
ils devaient cependant avoir fait un
choix, avant l’ouverture de la phase
complémentaire qui court jusqu’au
21 septembre.
« Sélectionner davantage »
À cette date, le ministère de l’Enseignement supérieur promet de dresser un
bilan de cette année de rodage de Parcoursup. Mais du côté de la CPU, l’instance représentative des universités, on
se satisfait déjà d’avoir « gagné en autonomie ». « Une grande avancée, estime
Gilles Roussel, son président. Nous verrons, à terme, si le classement des dossiers a eu un vrai impact sur les profils des
étudiants retenus, et si le taux de réussite
en première année de licence progresse. »
cément à nos attentes », observe le présiIl se situe aujourd’hui à 40 %. Une chose
dent. Le système promettait aussi une
est certaine : l’accès aux dossiers scolaidésectorisation. Mais dans les faits, la
res des lycéens et la mise en place
proportion de lycéens affectés hors de
d’« attendus » ont permis aux universileur académie d’origine, notamment
tés de sélectionner les profils en fonction
dans les universités paride leur capacité à réussir. Et
siennes, n’a pas explosé.
de mettre loin sur la liste
Frustration assurée du côté
d’attente les bacheliers non
des candidats.
souhaités.
« Le système fonctionne
Pour autant, le système
parfaitement pour les bons
reste largement régulé par
des 812 000 élèves, mais il propose peu de
l’État. « Sur le papier, nous
solutions pour les plus fradevions pouvoir sélectionner
candidats
giles », estime pour sa part
davantage », explique Guilà l’enseignement
laume Leyte, le président supérieur avaient une Thomas Le Corre, porte-pad’Assas. Mais en juillet, alors affectation définitive role du Syndicat général des
lycéens (SGL). Parmi ses adque les chiffres de la plateau 5 septembre
hérents, il cite le cas d’un
forme n’évoluent plus, le
bachelier technologique reministère procède à un
fusé en BTS et recasé en première année
« surbooking » de 10 % dans les facs pade médecine… Dans les filières sélectirisiennes, les invitant à aller chercher
ves, les candidats ont fait jouer jusqu’au
plus loin dans les listes d’attente. « Nous
bout la concurrence entre les établisseavons donc accueilli 200 lycéens suppléments susceptibles de les accepter. Mais
mentaires, qui ne correspondront pas for-
63 %
Un processus à améliorer
MARIE-ESTELLE PECH £@MariEstellPech
LE RAPPORT ministériel sur Parcoursup sera délivré fin septembre, avec
plusieurs « correctifs » à la clef, comme
l’a annoncé Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur. Voici
les différentes hypothèses.
délais de réponses plus courts
uDes
demandés aux étudiants
Agacés par la lenteur du processus, les
responsables de classes préparatoires
aux grandes écoles ont plusieurs fois
manifesté leur volonté de faire pression
sur le ministère pour avancer le futur
calendrier. Fin août, à quelques jours de
la rentrée, beaucoup ne savaient toujours pas combien d’étudiants ils allaient accueillir. Les délais de réponses
des candidats aux propositions d’admission « font partie des choses qui
peuvent s’adapter », est convenue Frédérique Vidal. Parcoursup offre actuellement aux étudiants sept jours de réflexion pour répondre à chaque
proposition d’admission, au début du
processus, réduits à trois jours pendant
l’été, puis à un jour à la fin. Ces délais
pourraient être éventuellement raccourcis. Mais Frédérique Vidal ne manque pas de rappeler que le maintien
d’un temps pour discuter des propositions en famille « est une vraie demande,
au moins au début » du processus d’admission de la part des étudiants.
des présidents d’université plaident
pour la réintroduction d’une forme de
hiérarchisation. Le ministère n’a
« qu’un seul mot à la bouche, la liberté de
choix des étudiants. Mais trop de choix
tue le choix », estime Sébastien Cote,
président des professeurs de classes
prépas littéraires. Jusqu’alors la ministre a répété son refus de la réintroduction du classement : « Les principes politiques de la réforme ne seront pas remis
en cause. Hiérarchiser les vœux reviendrait à nouveau à réduire la capacité de
décision des étudiants. » La non-hiérarchisation permet au candidat de garder
« le dernier mot », ce qui est positif, a
appuyé Jimmy Losfeld, président de la
Fage, première organisation étudiante.
mobilité académique accrue
uUne
Les recteurs ont fixé des pourcenta-
ges de « mobilité académique », formation par formation, pour permettre à la
fois aux lycéens de sortir de leur ville
d’origine et d’éviter que les candidats
locaux n’aient pas de places dans leurs
établissements de proximité. « Cela fait
partie des critères qui peuvent bouger
l’année prochaine », a indiqué Frédérique Vidal en reconnaissant la prudence
des recteurs et des présidents d’université cette première année…
rang du dernier appelé connu
uLe
Certains étudiants ont pu se décou-
rager cette année, affolés par leur
300e rang sur liste d’attente dans Parcoursup. L’an prochain, le ministère
proposera d’indiquer le rang du dernier
étudiant appelé en 2018, dans chaque
formation : les bacheliers sauront ainsi
que le dernier reçu de l’année passée
était 1 000e et qu’ils ont raison d’attendre. C’était impossible de le faire en
2018 puisque c’était la première année
que le système fonctionnait… ■
A
rétablissement d’une dose
uLe
de hiérarchisation des vœux
Faut-il réintroduire une hiérarchisation
des vœux, ce qui permettrait d’accélérer le processus Parcoursup ? Les acteurs de l’enseignement supérieur sont
divisés. Certains proviseurs comme les
responsables de prépas ou la conférence
Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, au rectorat de Lille,
le 30 août. PASCAL BONNIERE/VOIX DU NORD/MAXPPP
ils ont aussi plongé le monde des classes
préparatoires dans l’incertitude. Dans le
précédent système, celles-ci bouclaient
leur recrutement avant les résultats du
bac. Cette année, fin août, 20 % des candidats n’avaient pas accepté de proposition de manière définitive. « À ce jour,
avant l’ouverture de la phase complémentaire, 10 % des classes préparatoires
scientifique observent une baisse inhabituelle de leurs effectifs, principalement les
petites structures de proximité », explique
Mickaël Prost, président de l’Union des
professeurs de prépas scientifiques
(UPS), qui demande une accélération du
calendrier. Même souhait du côté des
BTS où, fin août, seuls deux tiers des candidats avaient répondu de manière définitive. Les filières sélectives n’apprécient visiblement pas de se voir imposer
les mêmes délais que les universités… ■
* 1 % n’avait pas encore de proposition,
22 % avaient quitté la plateforme
et 5 % étaient déclarés « inactifs ».
Petit à petit, les « recalés »
trouvent des places
LES « CAES » ou commissions d’accès à
l’enseignement supérieur font partie
des nouveautés introduites avec la plateforme d’orientation Parcoursup. Mises en place dans chaque académie, ces
instances pilotées par le recteur, composées de proviseurs, d’universitaires,
d’inspecteurs, ont pour mission de faire des propositions aux recalés de Parcoursup, ces candidats qui avaient uniquement postulé dans des formations
sélectives ou dans des filières universitaires dites « en tension », en droit,
médecine, staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives) et psychologie. Le 5 septembre, à
la veille de la clôture de la phase d’affectation principale, quelque 7 700 bacheliers ou étudiants en réorientation,
toujours à la recherche d’une place
dans l’enseignement supérieur, étaient
encore suivis par ces commissions (soit
environ 1 % des candidats sur Parcoursup). Il y a un mois, ils étaient plus de
16 000. Qui sont-ils ?
« Dans l’académie de Paris, 1 200 élèves ont saisi la commission au moment
des résultats du baccalauréat. Beaucoup étaient “en attente” sur l’ensemble
de leurs vœux et ont un peu paniqué »,
explique Laurent Hugot, chef du service de l’information et de l’orientation. Mais ces cas se sont rapidement
résolus. » La semaine dernière, ils
n’étaient plus que 560, essentiellement des bacheliers professionnels,
qui avaient postulé en BTS, une formation sélective.
Constat similaire dans les autres académies. À Strasbourg, seuls une vingtaine de jeunes sont encore sans solution, contre près de 800 en début de
procédure. « Nous avons fait un travail
de dentelle », explique la rectrice de
l’académie, Sophie Béjean, qui porte
par ailleurs la parole des recteurs au
sein du comité de suivi de la loi orientation et réussite des étudiants (ORE).
« La mise en place de ces commissions
est un réel progrès », poursuit-elle. Elle
estime que Parcoursup a permis de
« rendre transparente la période allant
du 14 juillet à la rentrée, au cours de laquelle sont gérées les files d’attente dans
les filières sélectives ». Récemment,
l’académie a débloqué 52 places à destination des bacs pros, dans des classes
dites « passerelles ». Annoncées en mai
par le premier ministre, ces classes de
remise à niveau d’un an, conçues comme un tremplin vers le BTS, accueilleront lors de cette rentrée 2 000 élèves
sur l’ensemble de la France.
Beaucoup de bacheliers
professionnels en attente
À Créteil, le recteur Daniel Auverlot,
sans donner de chiffres, évoque parmi
les accompagnés n’ayant pas encore
trouvé de point de chute « une proportion non négligeable de bacheliers
professionnels en gestion-administration ». Une filière dont le ministre de
l’Éducation entend justement réduire
de moitié les effectifs, faute de débouchés suffisants.
« Il faut réfléchir à l’orientation et à la
poursuite d’études des bacheliers professionnels. Et sur cette question, l’université est très marginalement concernée », explique Gilles Roussel, patron
de conférence des présidents d’université (CPU). Jusqu’alors, c’est pourtant à l’université qu’échouaient ces
bacs pros refusés en BTS. Où leur taux
de réussite est infinitésimal. ■
C. B.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 6 septembre 2018
SCIENCES
11
Réforme de la santé : une modification
du numerus clausus à l’étude
Le gouvernement
envisage de réformer
le système de quotas
limitant le nombre
d’étudiants
en deuxième année
de médecine.
MARIE-ESTELLE PECH
£@MariEstellPech
« Une solution
pour l’avenir »
Sans surprise, si elle se dit « favorable à
une refonte des études de médecine », la
CSMF, premier syndicat de médecins
libéraux, s’est déclarée mercredi « opposée à une dérégulation totale du nombre
de médecins formés », appelant à « une
grande concertation ». Pour le député
LaREM Olivier Véran (voir ci-dessous), si
la suppression du numerus clausus n’est
certes pas « une solution de court terme
pour les déserts médicaux, c’est une solution pour l’avenir ». De fait, si on augmente aujourd’hui le numerus clausus,
les médecins sortiront de l’université en
2030, alors que la démographie médicale
aura de nouveau augmenté, affirment
les syndicats de médecins…
Près de 1 500 étudiants ont présenté, en 2016, le concours d’entrée à la faculté de médecine de Nantes.
Même une dérégulation du numerus
clausus « ne suscitera pas un appel d’air
très important. Il n’est évidemment pas
question de multiplier les étudiants par
deux. Ce n’est ni souhaitable, ni faisable », estime Frédéric Dardel, président de l’université Paris-V. Les universités sont limitées par leurs capacités
d’accueil pédagogique et par les possibilités de stages dans les centres hospitaliers, même si les partisans de cette réforme plaident pour la multiplication
des stages en médecine libérale, par
exemple. Le président de Paris-V estime
ne pas pouvoir intégrer plus d’étudiants,
mais d’autres universités plus récentes
comme Bobigny ou Saint-Quentin-enYvelines seraient en revanche en capacité de le faire « dans une certaine mesure, comme elles le font déjà régulièrement
depuis quelques années », observe-t-il.
La question du coût des étudiants en
médecine pèse aussi dans la balance,
rappellent les universitaires. Et il ne
plaide pas en faveur d’une forte augmentation des places. La formation annuelle d’un interne représente environ
50 000 euros par an à l’État.
Des partiels
à la place du concours
Il faut néanmoins sortir du numerus
clausus actuel, insatisfaisant, trop coercitif et qui laisse au bord de la route de
très bons étudiants, estime Jean Sibilia,
président de la conférence des doyens de
médecine, qui propose « plus de flexibilité mais dans un système régulé ». « Certaines régions, les Hauts-de-France par
exemple, peuvent décider d’accueillir plus
d’étudiants en médecine. » Et tenter ensuite de les retenir par divers moyens
incitatifs, comme des contrats d’installation ou encore des cellules d’aide à
l’installation incluant les acteurs universitaires, le Conseil de l’ordre des médecins, les collectivités.
Reste qu’aujourd’hui près de 50 % des
AlORS QUE le film Première année,
réalisé par Thomas Lilti avec Vincent Lacoste, sort actuellement au
cinéma et décrit le calvaire de la
première année de médecine, tout
cela ne sera bientôt qu’un vieux
souvenir… Annoncée depuis des
mois, la réforme du numerus
clausus, ce couperet qui sanctionne la première année commune
des études de santé (Paces), sera
bien inscrite dans la stratégie de
transformation du système de
santé, que doit présenter le président de la République le 18 septembre prochain.
Jugeant le numerus clausus
« injuste et inefficace », Emmanuel
Macron avait promis durant la
campagne « la fin de ce dispositif
périmé » où « chaque année, des
milliers de vocations sont brisées,
parfois, pour quelques QCM ». La
ministre de la Santé, Agnès Buzyn,
déplorant encore en juin dernier
«ce gâchis absolu de milliers de jeunes qui ont une mention TB au bac S
et sont désespérés à l’issue du
concours de Paces, où l’on n’en
garde que 10 % à 15 %», y travaillait depuis un an.
La mesure sera officiellement
présentée dans le cadre de la réforme du système de santé, qui a
l’ambition d’être bien plus qu’un
énième « plan hôpital » et vise à
refonder la totalité du système de
soins, médecine de ville incluse,
en allant de la pertinence des actes
à la qualité des soins, en passant
par le numérique et les ressources
humaines. « Dans ce vaste plan, il
est normal que l’on couvre tous les
sujets, y compris la formation des
médecins », explique le cabinet du
ministre.
Désespoir des jeunes
En revanche, l’exécutif précise
que la réforme du numerus
clausus n’est en rien une réponse
aux « déserts médicaux »… puisque cette mesure ne produira ses
effets que dans dix ou quinze ans
- le temps que les nouveaux étudiants soient formés - alors que le
déficit actuel en médecins appelle
une solution immédiate. La réponse aux déserts médicaux passe
plutôt par une série de mesures qui
déchargent les médecins de certaines tâches sur d’autres professionnels de santé. C’est le cas de la
77,7 %
des externes
en médecine auraient déjà songé
à abandonner leurs études
vaccination, qui peut désormais
être effectuée par les pharmaciens, ou du décret créant le statut
d’infirmière de pratiques avancées
(diplôme bac +5 au lieu de bac +3)
autorisée à suivre les patients atteints de maladies chroniques.
« En réformant le numerus
clausus, on n’ouvre pas les vannes,
on choisit les étudiants différemment pour qu’ils soient mieux
adaptés à leurs missions, indique le
cabinet d’Agnès Buzyn. On ne recherche pas la quantité mais la
qualité. »
C’est aussi une réponse au malêtre des étudiants en médecine,
alors que 5 internes se sont suicidés depuis le début de l’année. Et
que les syndicats d’étudiants en
médecine tirent régulièrement la
sonnette d’alarme : un étudiant
sur cinq aurait déjà eu des idées
suicidaires, 27,7 % souffrent de
dépression, 77,7 % des externes
auraient déjà pensé abandonner
leurs études…
« On repose la question du mode
de sélection, qui participe aussi au
désespoir des jeunes médecins, déclarait Agnès Buzyn en juin dernier. On ne sélectionne que des jeunes avec mention TB au bac S, qui
travaillent avec acharnement durant deux ans. Puis, on les projette
dans le monde médical qui nécessite
de l’empathie alors qu’ils ne sont
sélectionnés que sur les maths et la
physique. » Un vrai challenge. ■
S’il s’agit d’une aberration pour Frédéric Dardel – « Comment se réorienteraient les étudiants recalés au bout de
trois ans ? » –, il s’agit d’une piste à étudier sérieusement, selon Jean Sibilia,
pour qui ces professions vont être de
plus en plus amenées à travailler ensemble. Les doyens de médecine parient aussi sur l’expérimentation francilienne qui impose cette année la fin du
redoublement en première année de
médecine. Ces jeunes pourront aussi de
nouveau postuler pour rejoindre les
études de santé à l’issue d’une deuxième ou troisième année de licence d’une
autre discipline. Cette deuxième chance
profitera aussi à des jeunes qui ont besoin d’un temps de maturité plus long.
Et devrait permettre d’inclure des profils un peu différents parmi les futurs
médecins. ■
+
» Lire aussi PAGE 21
« Un outil de régulation
inefficace et inutile »
L’exécutif n’y voit pas une réponse
au problème des déserts médicaux
MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault
FRANCK DUBRAY/PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP
étudiants qui passent ensuite l’internat
(ECN) changent de région et donc sortent de l’université et du territoire qui les
ont formés pendant leurs études. L’affaire n’est pas simple. « La réforme
n’aura d’effet que si un dialogue direct de
qualité se noue avec les collectivités »,
insiste Jean Sibilia. La réforme gouvernementale sera une réforme d’ordre
« pédagogique bien plus que démographique », avertit-il. L’enjeu, aujourd’hui, c’est d’adapter la formation aux
besoins de la médecine de demain « qui
sera plus ambulatoire et davantage pluridisciplinaire ». C’est aussi d’adoucir
l’entrée dans les études de médecine.
Pour remplacer le système actuel, le
concours pourrait aussi être remplacé
par des partiels. La véritable sélection
n’interviendrait qu’à l’issue d’une licence de santé orientant les étudiants vers
les différentes professions de santé et paramédicales : médecin, kinésithérapeute, infirmier, dentiste, sage-femme, etc.
PROPOS RECUEILLIS PAR
DELPHINE CHAYET £@DelChayet
« lesDansrégions
souffrant
d’un manque
de médecins,
la pression
des élus
et des
populations
poussera
sans doute
les doyens
des
universités
à ouvrir leur
formation
et à créer
des places
OLIVIER VÉRAN
»
DÉPUTÉ LaREM de l’Isère, médecin hospitalier neurologue, Olivier
Véran est rapporteur général de la
commission des affaires sociales. Il
plaide depuis plusieurs années
pour une refonte de la première
année de médecine.
LE FIGARO. - Pourquoi supprimer
le numerus clausus ?
Olivier VÉRAN. - Cet outil de régulation est devenu complètement
inutile. Aujourd’hui, le numerus
clausus n’est qu’un moyen d’empêcher des étudiants français de se
former dans leur pays. Le paradoxe, c’est qu’un quart des médecins s’installant en France ont un
diplôme étranger. Et le système
pousse des Français qui cherchent
à éviter l’écueil de la première année à étudier dans des universités
francophones ouvertes en Roumanie ou en Espagne… Avec la liberté
de circulation en Europe, le numerus clausus ne sert plus à rien.
Que reprochez-vous à l’examen
de première année ?
C’est une sélection brutale, inadaptée, qui oblige les étudiants à
ingurgiter des tonnes d’informations qu’ils n’utiliseront jamais.
J’en ai fait l’expérience en tant que
candidat. Quel est l’intérêt d’inter-
roger les futurs médecins sur Aristote ou la physique quantique dans
des QCM ? Le concours repose exclusivement sur la mémoire, alors
qu’il y a bien d’autres compétences
à évaluer. Après un an de travail
acharné, la sanction tombe comme
un couperet : avec 14,76 sur 20
vous êtes reçu ; à 14,75, recalé.
En cas de suppression du numerus
clausus, les facultés de médecine
ont prévenu qu’elles ne pourraient
pas accueillir des milliers
d’étudiants supplémentaires.
Je suggère de laisser aux universités la liberté de déterminer le
nombre d’étudiants reçus en
deuxième année, mais en leur imposant un effectif minimum.
Dans les régions souffrant d’un
manque de médecins, la pression
des élus et des populations poussera sans doute les doyens des
universités à ouvrir leur formation et à créer des places. C’est
tout à fait possible ! N’oublions pas
qu’avant l’instauration du numerus clausus, il y a cinquante ans, la
France comptait quinze millions
d’habitants de moins mais formait
12 000 médecins, soit 50 % de plus
qu’aujourd’hui.
Des solutions pratiques existent :
développer les enseignements numériques, l’apprentissage par simulation et chercher de nouveaux
terrains de stage, par exemple
dans les cabinets de ville. ■
A
ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR Le gouvernement pourrait décider lors de la
présentation de la réforme des systèmes
de santé, le 18 septembre, de transformer les études de médecine, modifiant
notamment le numerus clausus instauré en 1972. En lançant la concertation
préalable à cette réforme qui entend
transformer le système de santé, le
gouvernement avait promis en février
« une réflexion sans tabou sur le numerus
clausus », qui fixe chaque année le quota d’étudiants admis en deuxième année de médecine à l’issue d’un concours
exigeant qui élimine 80 % des candidats. Le gouvernement aurait « deux
options sur la table » selon France Info :
soit remplacer le numerus clausus par
un « numerus apertus », c’est-à-dire un
nombre minimal de places défini à
l’échelle nationale et qui pourrait varier
selon les régions, soit laisser le choix
aux universités de former autant de
médecins qu’elles le souhaitent.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
12
SPORT
Ryder Cup : Tiger Woods swinguera bien à Paris
La star américaine a été choisie par son capitaine pour compléter l’équipe US qui défiera l’Europe au Golf National, fin septembre.
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
GOLF Il y a encore six mois, sa présence
au Golf National en tant que joueur de la
Ryder Cup (28 au 30 septembre), organisée pour la première fois sur le sol français, relevait de la science-fiction. Du
rêve à la réalité. Les amateurs français de
la petite balle blanche qui ont décroché
leur précieux sésame pour assister au
mythique duel des équipes d’Europe et
des États-Unis pendant trois jours vont
pour la plupart d’entre eux admirer pour
la première fois le Tigre en action, dont la
présence en France est exceptionnelle. Il
faut remonter à 1994 pour voir la star du
golf rugir dans la capitale. Alors, âgé de
18 ans, le jeune Tiger avait remporté le
championnat du monde amateurs par
équipes au Golf National. « C’était une
bonne expérience de jouer ce parcours, se
souvenait-il pour Le Figaro en 2014. Je me
rappelle que les deux derniers trous sont
plutôt durs et exigeants. Ils font qu’on peut
gagner ou perdre sur la fin. »
Tiger Woods n’était pas encore Tiger
Woods. Le champion qui a révolutionné
sa discipline et l’a fait basculer dans une
autre dimension. Opéré du dos à plusieurs reprises ces dernières années et
annoncé perdu pour le haut niveau, la légende vivante de 42 ans, enfin débarrassée de ses soucis physiques, a réussi un
come-back inespéré, passant en huit
mois de la 1199e place mondiale fin 2017 à
la 26e, signant six top 10 et frôlant la victoire lors des deux derniers Grands Chelems (6e au British Open et 2e à l’USPGA).
Après l’officialisation automatique des
huit premiers qualifiés de l’équipe américaine, le capitaine américain Jim Furyk a
dévoilé le nom de trois de ses quatre choix
pour compléter son groupe. Woods, initialement prévu comme vice-capitaine, a
été logiquement désigné pour compléter
la dream team US, aux côtés de l’inusable
Phil Mickelson et de la pépite Bryson DeChambeau. « En début d’année, l’un de
mes buts était de faire partie de cette équipe. Quand je regarde ce que j’ai accompli
depuis le début de l’année, c’est incroyable,
c’est plus que spécial », savoure l’homme
aux 14 titres en Majeurs. Woods, qui va
disputer sa 8e Ryder Cup, sera-t-il le
maillon fort de l’équipe américaine ? Une
autre histoire… En sept participations, la
star compte plus de défaites (17) que de
victoires (13, et 3 nuls). Mais sa présence
suffit au bonheur du public français. ■
Les 12 joueurs européens sont désormais connus :
Rose (Ang), Hatton (Ang), Fleetwood (Ang), Casey
(Ang), Poulter (Ang), McIlroy (N. Irl), Rahm (Esp),
Garcia (Esp), Noren (Suè), Stenson (Suè), Olesen
(Dan), Molinari (Ita).
Rentrée de feu pour les Bleus à Munich
Les champions du
monde effectuent
leur première sortie
en Allemagne
depuis leur titre
suprême acquis
cet été.
programme chargé et sinueux qui attend les nouveaux patrons du foot
mondial. « On est dans le très haut niveau tout de suite, savoure Didier
Deschamps, plus que jamais ambitieux
et désireux de réussir le doublé avec
l’Euro 2020 dans deux ans, comme il
l’avait fait vingt ans plus tôt sur le terrain. Ce titre n’est pas un poids ou un
fardeau, bien au contraire. C’est fabuleux, les joueurs doivent s’en nourrir et
ne pas s’endormir. » Inutile de dire que
« DD » saura trouver les mots pour remobiliser des troupes euphoriques et
heureuses de se revoir cinquante-trois
jours après cet historique 15 juillet qui
aura changé leur vie à jamais.
BAPTISTE DESPREZ £@Batdesprez
Copie quasi conforme
DAVE WINTER/ICON SPORT
FOOTBALL Imaginez un peu. Pour leur
rentrée des classes, à défaut de cartable
neuf, de crayons de papier bien taillés
ou d’équerres encore dans leur emballage d’origine, les hommes de Didier
Deschamps étrenneront ce jeudi soir à
Munich (20 h 45, TF1) leur nouveau
statut et enfileront surtout leur maillot
bleu à deux étoiles que tout un pays envie depuis le sacre décroché à Moscou
le 15 juillet dernier. Le tout face aux rivaux historiques allemands, balayés en
Russie cet été dès le premier tour (lire
ci-dessous) et devant des millions
(spectateurs et téléspectateurs compris) de personnes impatientes de retrouver leurs héros estivaux. Ici réside
en quelques mots l’attente et le désir du
public français pour les retrouvailles
avec les Griezmann, Mbappé ou encore
Pogba et Varane.
Il y a pire que de débuter un nouveau
cycle face à des anciens champions du
monde revanchards et dans une Allianz
Arena de Munich pleine à craquer.
Cette entrée en matière, après un été à
fêter l’étoile glanée au stade Loujniki,
ne laisse aucun répit aux héritiers des
Antoine Griezmann et Lucas Hernandez à l’entraînement, lundi, à Clairefontaine, avant la rencontre ce jeudi avec l’Allemagne.
Zidane, Thuram et Barthez pour se remettre la tête à l’endroit. Sans aller jusqu’à dire que cela valide déjà l’existence de la Ligue des nations - cette
nouvelle compétition pensée du temps
de Michel Platini président de l’UEFA
(lire notre encadré) pour mettre fin aux
« matchs amicaux sans intérêt »-, l’affrontement entre deux des monstres du
Vieux Continent a de quoi faire saliver,
avant que l’automne ne pointe véritablement le bout de son nez et que le
rouleau compresseur des compétitions
de clubs n’écrase à nouveau tout sur
son passage dans les semaines et mois à
venir.
Ne boudons pas notre plaisir de revoir vingt et un des vingt-trois mondialistes (Lloris et Mandanda sont blessés et forfaits) dans ce qui s’apparente
L’Allemagne en reconstruction après
la déroute du Mondial et l’affaire Özil
ARTCURIAL
CHRISTOPHE REMISE £@Cremise77
Statuette Sepik,
Papouasie-Nouvelle-Guinée,
18 cm. © Hughes Dubois,
Brussels / Paris
A SCULPTOR’S EYE
Importante collection
d’Arts d’Afrique et d’Océanie
A
Exposition à Paris
Du 7 au 14 septembre 2018
Artcurial
7 Rond-Point
des Champs-Elysées
75008 Paris
déjà à un premier test pour la génération Griezmann pour savoir si les vacances ont été bien digérées ou non.
Trois jours plus tard, il en sera de même
au Stade de France, devant les PaysBas, pour le premier match des champions sur le sol français et avec le trophée (enfin la réplique) de la Coupe du
monde en guest-star. Une tout autre
histoire qui témoigne malgré tout du
Côté terrain, signe d’une continuité logique aussi tôt dans la saison et d’états
de forme divers et variés, le onze des
Bleus devrait être une copie quasi
conforme à celle de la finale gagnée
face aux Croates. En dépit de l’absence
du capitaine Hugo Lloris, remplacé par
le Parisien Alphonse Areola qui étrennera au passage sa première cape sous
le maillot frappé du coq. Avec un style
de jeu propre à cette équipe, basé sur
l’attaque rapide, plutôt que le jeu de
possession à outrance. La marque de
fabrique, qui en a fait jaser certains,
d’une équipe désormais sur le toit du
monde. « On a tous envie de faire honneur à ce maillot, nous assurait Blaise
Matuidi mardi, qui devrait être avec
Olivier Giroud le seul trentenaire aligné
d’entrée en Bavière côté bleu. La fête
est finie, charge à nous d’assumer notre
nouveau statut. » Et de prouver que
toute cette bande, surprenante de maturité en Russie, semble déjà être redescendue de son nuage. Tel un élève
modèle et studieux déjà prêt à relever
de nouveaux défis. Vive la rentrée. ■
Vente aux enchères
à Bruxelles
24 octobre 2018
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LE JOUR d’après pour l’Allemagne.
Après le coup de tonnerre que représente
son élimination au premier tour de la
Coupe du monde 2018, la Mannschaft est
de retour aux affaires ce jeudi à Munich
face à la France. « On veut juste revenir au
football. On sait tous qu’on a quelque chose à se faire pardonner », jure Manuel
Neuer. Et pour cause, on a beaucoup parlé d’autre chose que de ballon cet été de
l’autre côté du Rhin…
En fait, cela avait commencé avant la
campagne de Russie, quand Ilkay Gündogan et Mesut Özil avaient posé aux côtés du président turc Recep Tayyip Erdogan, avec ledit Gündogan conspué par le
stade de Leverkusen contre l’Arabie
saoudite. Özil n’était pas entré en jeu lors
de cette ultime répétition avant le Mondial. Dégoûté par les critiques puis évoquant du « racisme » et un manque de
soutien de la fédération (DFB), le meneur
d’Arsenal a d’ailleurs depuis claqué la
porte de la sélection. Son compatriote de
Manchester City, lui, est dans la liste de
Joachim Löw. Quel accueil lui réservera
le public munichois ce jeudi ?
L’autre sujet de l’été aura justement
été le sélectionneur, finalement maintenu malgré la calamiteuse campagne de
Russie, mais dont l’aura a pris un sérieux
coup… Ainsi, seuls 27 % des amateurs de
ballon rond allemands estiment qu’il est
toujours l’homme de la situation, d’après
un sondage réalisé fin août. C’est peu…
Ligue des nations, comment ça marche ?
Compétition new look imaginée par
Michel Platini, la Ligue des nations,
qui débute cette semaine, regroupe
les 55 pays membres de l’UEFA
répartis en quatre poules (Ligues A,
B, C et D) en fonction de leur
coefficient. En clair, les nations les
plus clinquantes et performantes
figurent dans le haut du panier et les
autres suivent, avec un système de
montée et de descente en fonction
du classement. Chaque groupe est
composé de trois ou quatre équipes
et les quatre premiers se
retrouveront du 5 au 9 juin 2019
pour un tournoi final d’une
compétition disputée tous les deux
ans. Le but de cette nouvelle
compétition ? En finir avec les
matchs amicaux inintéressants et
offrir aussi quatre tickets pour l’Euro
2020 à des nations non qualifiées
par le biais des éliminatoires
classiques. Un vaste programme. B. D.
Löw semble avoir tiré les leçons du
Mondial, parlant « d’arrogance » tactique et prenant sur lui l’entière responsabilité de cet échec retentissant. « Ma plus
grande erreur aura été de croire qu’on
pouvait sortir de la phase de poules avec ce
football de possession. J’ai été presque arrogant », admet-il.
“
Ma plus grande
erreur aura été
de croire qu’on
pouvait sortir de
la phase de poules avec
ce football de possession
JOACHIM LÖW, SÉLECTIONNEUR
”
En attendant, la plupart des joueurs
présents au Mondial sont reconduits. On
notera l’absence de Sami Khedira, la présence de trois « bleus », dont le néo-Parisien Thilo Kehrer, et le retour du grand
absent en Russie, Leroy Sane. Suffisant
pour parler de reconstruction, de renouveau ? C’est surtout en termes d’attitude
et d’animation que la Mannschaft doit se
réinventer. Et ça, c’est le travail d’un
Joachim Löw qui, de sources allemandes,
ferait bien de décrocher de bons résultats
face à la France en Ligue des nations, puis
contre le Pérou en amical, afin de rester
en place… « Nous sommes sous une forte
pression », reconnaît-il bien volontiers.
Les Bleus sont prévenus… ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
LARRETCHE :
DIANA LUNA :
« ICI, LES FILLES
VONT FRAPPER FORT ! » PAGE 14
« L’OPEN DE FRANCE
M’A TOUJOURS INSPIRÉE… » PAGE 15
PBALLET/ASO
GOLF DU MÉDOC
Sport
GOLF DU MÉDOC
Le Lacoste Ladies Open de France
s’installe au Golf du Médoc
GOLF En raison de travaux à Chantaco, l’Open de France féminin se dispute désormais en Gironde.
Cent huit proettes vont tenter de s’y imposer jusqu’au dimanche 9 septembre.
L’armada française
à l’assaut
d’un nouveau territoire
E
st-ce vraiment une sur- domiciles de mes parents et de mon
prise ? Avec vingt-et-une frère. Ce sera aussi génial d’être
joueuses engagées, la supportée par son public ! »
France possède la plus forte délé- Lauréate en Australie sur le LET
gation cette semaine au Golf du (Ladies European Tour) au mois
Médoc Resort. Les Françaises de février dernier, Céline Boutier,
devancent les Anglaises (15), l’autre membre tricolore du
les Suédoises (10) et les Espagno- LPGA Tour présent cette semaine,
les (9). À l’image de
fait figure de favorite
l’Open de France au
avant de prendre part à
Golf National chez les
l’Evian Championship,
garçons, disputer le
dernier Majeur de la
Lacoste Ladies Open
saison (13-16 septemde France est toujours
bre). À suivre égaleun privilège quand on
ment Astrid Vayson
affiche un cœur bleu
de Pradenne, qui s’est
et le métier de golfeuimposée au début du
À suivre,
se professionnelle.
mois de juin au Jabra
Camille
Victorieuse en 2015
Ladies Open, un douChevalier,
du côté de Chantaco,
ble badge LET-Letas,
victorieuse
Céline Herbin, memCamille Chevalier,
en Inde en
bre du LPGA Tour et
victorieuse en Inde
présente en Gironde
octobre 2017
en octobre 2017 et qui
pour cette 28e édicherche à obtenir un
PHILIPPE MILLEREAU/DPPI
tion, ne dira pas le
droit de jeu aux
contraire.
États-Unis via le Symetra Tour (la
« Remporter le Lacoste Ladies deuxième division US), Isabelle
Open de France fut un moment Boineau, détentrice du Scottish
énorme dans ma carrière. C’est Open 2016, Agathe Sauzon,
toujours très spécial de jouer son meilleure tricolore à l’Open de
Open national. Je vais faire tout France 2017 (6e), ou encore
mon possible pour de nouveau Sophie Giquel-Bettan. La Bretonl’emporter. Il y a bien longtemps ne, vainqueur au Portugal en
que je n’ai plus joué au Golf du 2007 et qui a joué sur le LPGA
Médoc mais je garde en mémoire Tour en 2009, participe ici à son
un magnifique design avec de 208e et dernier tournoi en tant
nombreux trous compliqués à que golfeuse professionnelle,
négocier. J’ai hâte de revenir du après quatorze années passées sur
côté de Bordeaux, qui n’est qu’à le LET. Émotion garantie. ■
LIONEL VELLA
une centaine de kilomètres des
»
CALIBRE RM 07-01
© Didier Gourdon
BOUTIQUES RICHARD MILLE
PARIS 8e
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jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
14 LACOSTE LADIES OPEN DE FRANCE
Le Médoc prend le relais
du Pays basque jusqu’en 2021
EN BREF
Démonstration et session
d’autographes le samedi
Les joueuses parrainées
par l’équipementier Lacoste,
sponsor titre de l’épreuve, offriront
au public une démonstration
de leur talent clubs en main
le samedi 8 septembre, à 17 heures.
Animé par Patricia MeunierLebouc, dernière Française
à s’être imposée en tournoi
du Grand Chelem (au Kraft Nabisco
Championship 2003)
et ambassadrice de la marque
au crocodile, ce Clinic sera suivi
d’une session d’autographes.
ÉVÉNEMENT La 28e édition du Lacoste Ladies Open de France se dispute
du 6 au 9 septembre au Golf du Médoc Resort, en Gironde. Le parcours de Chantaco
est en travaux pour quatre ans. Les 108 joueuses du tournoi annoncent un bon cru.
A
LIONEL VELLA
l’image du
Golf National, hôte habituel de l’Open de France
masculin, on pensait bien que Chantaco
deviendrait lui aussi un repère incontournable pour accueillir le Lacoste
Ladies Open de France, jusque-là trop
souvent écartelé entre le nord et le sud
de la France. C’était le cas depuis 2012,
mais la famille Lacoste, qui est propriétaire des lieux, a décidé de redonner un
« coup de jeune » au sublime parcours
du Pays basque en lançant un vaste
programme de travaux de réfection.
Il fallait donc trouver une nouvelle terre
d’accueil. Et le parcours des Châteaux
au Golf du Médoc Resort, en Gironde,
s’est très vite et logiquement imposé. Ce
par 71 de 6 574 mètres, créé par l’architecte américain Bill Coore, est loin
d’être un « débutant » en matière de
compétition. Dans un passé récent, il a
ainsi accueilli l’European Tour (Open de
France 1999), la grande finale du Challenge Tour (entre 2001 et 2004) ou
encore le Grand Prix PGA Schweppes de
2006 à 2015. Bref, organiser de grands
événements au Médoc, on sait faire !
« Ce n’est pas pour autant que l’on ne ressent pas un petit stress à quelques heures
du coup d’envoi, rétorque son directeur
général, Vincent Paris. Le haut niveau
fait partie de l’ADN du Golf du Médoc et
on a tellement envie de faire de cet événement une réussite. En tout cas, c’est une
très belle opportunité. Le parcours est de
qualité. Le système d’arrosage a été totalement changé l’an passé et malgré les
dernières fortes chaleurs que nous avons
connues cet été, le tracé est impeccable. »
Rien de définitif
Le Médoc est assuré d’accueillir le
Lacoste Ladies Open de France pour les
quatre prochaines années. Et après ? La
logique voudrait que le tournoi reparte
à Chantaco. Mais rien n’est encore définitivement arrêté. En revanche, la
dotation de l’épreuve passe de 250 000
à 275 000 euros. Et pourrait atteindre les
300 000 euros en 2019.
« Nous sommes ravis de voir Lacoste et
Richard Mille nous renouveler leur
confiance jusqu’en 2021, explique JeanBaptiste Durier, le directeur du tournoi.
Cette visibilité va nous permettre de
continuer à faire grandir, ensemble, le
tournoi, avec dès cette année un champ de
joueuses élargi et un prize money augmenté. »
Outre le changement de date, puisque
le Lacoste Ladies Open de France est
fixé désormais au début du mois de septembre (contre début octobre les
années précédentes), la nouveauté
réside dans le champ de joueuses, avec
cent huit proettes au départ contre
soixante-dix-huit auparavant.
Double vainqueur (en 2013 et 2014),
l’Espagnole Azahara Munoz sera l’une
des grandes favorites, contrairement à
l’Américaine Cristie Kerr, tenante du
titre. Cette égérie de la marque Lacoste
n’a pas confirmé sa présence cette année
dans le Sud-Ouest, malgré un break
opéré cette semaine-là par le LPGA Tour.
Sera présente, en revanche, sa compatriote Beth Allen, victorieuse en 2016.
Le plateau s’annonce d’ailleurs très
riche avec notamment quinze lauréates
sur le Ladies European Tour (LET) entre
2017 et 2018. Le clan tricolore est également copieusement représenté avec
une vingtaine d’unités dont les membres actuels du Circuit US, Céline
Boutier et Céline Herbin, mais aussi celles qui rêvent de les rejoindre telles Justine Dreher, Marion Ricordeau ou
encore Camille Chevalier, victorieuse
en Inde en fin de saison 2017 sur le LET.
Seizième à Chantaco l’an passé, cette
dernière trépigne d’impatience.
PRATIQUE
l UN TOURNOI GRATUIT
ET OUVERT À TOUS
Du jeudi au dimanche,
les amateurs, supporters
et curieux peuvent suivre
les parties du Lacoste
Ladies Open de France au plus
près des golfeuses, sur le parcours
des Châteaux, en accès gratuit :
à partir de 9 heures les jeudi
et vendredi, puis dès 8 h 30
les samedi et dimanche.
l COMMENT Y ALLER
Adresse : Golf du Médoc Resort,
chemin de Courmateau,
33290 - Le Pian Médoc.
Depuis la rocade de Bordeaux,
prendre la sortie n° 8, direction
Le Verdon, 5 km après
Le Taillan, direction Le Pian
Médoc lieu-dit « Louens »,
au rond-point de Louens, tourner
à gauche, le Golf du Médoc
Hôtel & Spa est à 800 m
sur votre droite.
Plus d’informations :
golfdumedocresort.com
« Le parcours est top »
« J’ai hâte d’y être. Le parcours est top. Je
l’ai joué une fois, quand j’étais plus jeune…
Pour moi, c’est plus un parcours de
Championnat que Chantaco. Jouer l’Open
de France, c’est super cool. Le public
français vous suit, on se sent très soutenue. C’est sympa. À Chantaco l’an dernier, je l’avais remarqué. À part Cristie
Kerr, qui était clairement la vedette, les
gens suivaient en priorité les joueuses
bleues. C’est une des premières fois dans
ma jeune carrière qu’il y avait autant de
monde autour de ma partie… Au début,
j’ai eu du mal à gérer tout cela mais au
final, c’est super agréable d’être supportée et de surfer sur la vague du public. » ■
DOSSIER COORDONNÉ PAR
Laurent LOUËT
Le parcours des Châteaux
Ce par 71 de 6 574 mètres a accueilli,
entre autres, le Grand Prix PGA
Schweppes de 2006 à 2015.
GOLF DU MÉDOC RESORT
Le Pian-Médoc (Gironde)
12
13
16
11
15
17
Petite
Jalle
3
5
14
4
8
6
7
10
Co
18
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9
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Club-House
Practice
Départ du trou
Nunéro du trou
1
Parcours
2
Green
GOLF DU MÉDOC
Fairway
Vers la D1 et Bordeaux
Bunker
1
Étang
100 m
Infographie
Larretche : « Les filles vont se lâcher sur le parcours des Châteaux »
Consultant sur le petit écran pour la
chaîne Canal + lors des tournois du PGA
Tour, Dominique Larretche est d’abord
un homme de terrain. Né il y a près de
soixante ans dans la ferme qui borde le
trou n° 1 de Chantaco, le petit Dominique a arpenté en large et en travers les
fairways de ce golf mythique de SaintJean-de-Luz lorsqu’il était enfant.
« C’était comme mon jardin », souffle-til. Puis, formé à l’école basque des caddies de Chantaco comme Pascassio,
Laffitte, Tapia, Artola ou Mendiburu,
Dominique Larretche a forgé sa fantastique connaissance du jeu sur tous les
terrains de France puis d’Europe, au
contact des meilleurs joueurs et joueuses professionnels. « Je ne me lasserai
jamais de découvrir des parcours de golf,
ils ont tracé ma vie. » Élu meilleur
entraîneur européen de l’année 2012
par l’European Tour, il est aujourd’hui
enseignant au sein du centre d’entraînement du Golf du Médoc Resort. Larretche connaît donc tous les recoins du
parcours des Châteaux qui accueillera
le Lacoste Ladies Open de France ces
quatre prochaines années.
« Un dix-huit-trous
très sportif »
« Le parcours des Châteaux est un vrai
parcours de championnat, magnifique.
Le décor y est vraiment superbe, mais il ne
faut pas se tromper, c’est un dix-huittrous très sportif », explique-t-il,
reprenant les mots de Grégory Havret,
Dominique Larretche (ici, pendant
une leçon) : « Le parcours des Châteaux
est un vrai parcours de championnat,
magnifique. » J. BURLEN/GOLF DU MÉDOC
joueur professionnel sur le Circuit européen, qui s’y entraîne toute l’année avec
ses collègues Julien Quesne, Matthieu
Pavon, Édouard Dubois…
« À la différence de Chantaco qui serpente dans la forêt, le parcours des Châteaux
est très large, sur certains trous. Il y a de
l’espace pour lâcher des premiers coups.
Aujourd’hui, les filles tapent fort et elles
ne sont pas habituées à jouer sur ce genre
de terrain lors des étapes du Ladies European Tour ou du Letas. Elles évoluent en
général sur des fairways plus serrés »,
note Larretche, qui ajoute : « Au Médoc,
une joueuse qui figure parmi les meilleures frappeuses de la LPGA pourrait se
lâcher et “envoyer” ses drives comme elle
peut le fait régulièrement aux ÉtatsUnis ! »
Dans le sillage de Beth Allen, il faut donc
s’attendre à ce que les joueuses longues
se sentent à l’aise au Golf du Médoc. Ce
qui risque de bouleverser quelque peu
la hiérarchie de l’Open de France. A
fortiori en l’absence de l’Américaine
Cristie Kerr, vainqueure l’an dernier.
« Beaucoup, parmi les plus jeunes, vont
jouer sans retenue, conclut Dominique
Larretche. Attention, les pars 3 des trous
n° 5 et n° 8 avec de l’eau partout sont difficiles. Le trou n° 11 est un peu “tricky”.
Mais, globalement, si ce parcours est un
challenge, il laisse aussi pas mal de liberté. Les greens sont très grands et l’entretien est vraiment impeccable. On ne peut
qu’apprécier ! » De fait, lorsqu’on les
interroge, les filles adorent. ■
LAURENT LOUËT
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 6 septembre 2018
LACOSTE LADIES OPEN DE FRANCE 15
Diana Luna : « On doit se
battre pour sauver le LET »
A
PROPOS
RECUEILLIS PAR
LAURENT LOUËT
vec cinq
victoires
professionnelles depuis 2004 sur le
LET (Ladies European Tour), Diana
Luna est une joueuse respectée.
Maman de deux filles (Elena et Flavia), elle est une habituée des places
d’honneur à l’Open de France.
est un tournoi qui vous inspire…
Oui, j’ai terminé deux fois 2e à Chantaco et deux fois 2e au Paris International Club. Je suis italienne mais je
me sens comme chez moi en France.
Ce pays m’a adoptée avec beaucoup
de sympathie.
Quelle sera la clé du succès
cette semaine ?
Les filles qui ont pu jouer cet été sur le
LPGA ou le Letas seront avantagées.
Moi, je suis en très bonne forme parce
que je me suis bien entraînée. Je n’ai
pas décroché, sans avoir disputé de
compétition. Cela dit, il m’est déjà
arrivé de gagner un tournoi après un
break de six mois ! Avec le golf, on
n’est jamais à l’abri d’un bon résultat.
LE FIGARO. - Le Lacoste Ladies
Open de France quitte Chantaco
Les jeunes joueuses frappent fort,
en raison de travaux
aujourd’hui, non ?
qui y sont effectués cette année.
Oh oui, elles arrivent avec une puisConnaissez-vous le golf
sance folle ! Comme des
du Médoc ?
Diana LUNA. - Non, je ne le
hommes. Cela n’a plus
connais pas. Je n’y avais
rien à voir avec ce que
jamais joué avant les parnous connaissions il y a
EXPRESS
ties d’entraînement de cetdix ans. On peut parler
1982
te semaine. J’avais entendu
du matériel si on veut,
Naissance
à
Rome
(Italie).
dire que c’était un très beau
mais ces filles sont
2004
parcours. J’avais donc hâte
surentraînées et elles ont
Première
de le découvrir. Ici, c’est
des muscles remarquade ses cinq victoires
un « nouveau tournoi » et
bles. La nouvelle généraprofessionnelles,
c’est sympa de jouer un
tion est incroyable phyà Tenerife
(îles Canaries).
parcours différent, même
siquement. Pour le reste,
2009
si Chantaco est magique,
la balle de golf est touDispute la Solheim
très beau et très agréable.
jours ronde !
Bio
Sportivement,
l’Open de France
Cup avec l’Europe.
2016
2e du Lacoste Ladies
Open de France.
féminin, qui souffre
depuis quelques saisons ?
Le Ladies European Tour (LET) a souffert d’une mauvaise gestion qui a duré
plusieurs années. Le nombre de tournois en Europe a considérablement
baissé. Je sais que la tendance est en
train de s’inverser. On va avoir de
nouveaux tournois dès l’année prochaine. Il n’y a pas de tournoi féminin
en Italie, par exemple. Heureusement
que la France tient bon et continue
d’accueillir et de lancer des tournois,
en particulier sur le Let Access.
Quels sont les motifs d’espérer
pour le LET ?
Quand on voit ce que les joueuses ont
réussi à faire dans le tennis, en se battant pour être reconnues aussi bien
que les hommes, il faut continuer à y
croire dans le golf. Il n’y a pas de rai-
Diana Luna :
« On a des joueuses
fantastiques en Europe,
qu’il faut mettre
en lumière comme
le fait la LPGA
aux États-Unis,
qui se porte très bien. »
son qu’on n’y arrive pas. Il faut juste
de la volonté, un peu de patience et
une bonne gestion avec des gens qui
savent valoriser le beau produit que
nous sommes ! On a des joueuses fantastiques en Europe, qu’il faut mettre
en lumière comme le fait la LPGA aux
États-Unis, qui se porte très bien.
Personnellement, vous entretenez
une relation fidèle avec vos sponsors,
qui ne vous ont jamais lâchée…
J’ai la chance de travailler avec des
gens géniaux, et je suis très honorée
de faire partie d’une vraie équipe. La
maison Richard Mille a une histoire
extraordinaire. Et je m’entraîne avec
toujours autant de bonheur au Old
Course de Cannes-Mandelieu, que je
représente depuis plus de dix ans. ■
présente
Quel regard portezvous sur le circuit
Pendant ce temps,
Chantaco se refait
une beauté
pain sur la planche. Le club-house,
avec le hall et la salle de restaurant, va
subir un sérieux relooking pour un rendu définitif en début d’année 2019.
Avant un ravalement extérieur avec
des couleurs originales, notamment
l’ocre rouge qui rappelle la terre battue
chère à René Lacoste.
Travail de décompactage
Côté parcours, toute l’irrigation, qui
date de 1991, va être changée, ainsi que
les tees de départ, plus grands, mieux
positionnés dans l’axe de jeu et plus
faciles à entretenir. Un liner sera posé
sous chaque bunker, certains greens
trop pentus vont être remodelés (sur les
trous 2, 3, 10 et 14). Pour les fairways,
un travail important de décompactage,
d’aération et de ré-ensemencement
avec des graminées qui résistent mieux
à la sécheresse ou à l’excès d’humidité a
déjà été engagé. Sans oublier l’assainissement autour du parcours. Les neuf
premiers trous seront traités à partir de
l’automne. Tout cela n’empêchera pas
Chantaco de rester ouvert.
« Durant cette phase de travaux,
conclut Jean-Marie Lacoste, nos membres et les visiteurs auront parfois un trou
de moins à jouer mais on travaillera un
trou après l’autre. Je veux que Chantaco
soit toujours un lieu de convivialité et de
LIONEL VELLA
rencontres ! » ■
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Durant six éditions, Chantaco fut l’hôte
privilégié du Lacoste Ladies Open de
France. Un lieu mythique, propriété de
la famille Lacoste, où certains des
meilleurs golfeurs français (Jean
Garaialde, Bernard Pascassio, Catherine
Lacoste) ont fait leurs gammes. Mais
l’état du parcours, dessiné en 1928 par
l’Anglais Harry Colt, n’offrait plus toutes les garanties pour accueillir dignement un tel événement. D’où ce déménagement vers le Médoc. Pour au moins
quatre ans.
Un vaste programme de travaux de
réfection a été entrepris dès 2018 et il
devrait s’achever en 2021. Pour un coût
qui pourrait se situer entre 4 et 5 millions d’euros. « Mais j’espère qu’on aura
terminé avant », lance dans un sourire
Jean-Marie Lacoste, le président de
Chantaco, petit-fils de René Lacoste et
Simone Thion de la Chaume, fils de
François Lacoste, qui fut pendant quarante ans le trésorier du club, et neveu
de Catherine Lacoste, victorieuse de
l’US Open 1967.
« L’objectif principal de ces travaux est
de replacer Chantaco à la hauteur de sa
réputation, annonce Jean-Marie Lacoste. Je veux que chacun prenne du plaisir
en venant à Chantaco, que chacun sente
que c’est un endroit particulier. Faire
revenir l’Open de France à Chantaco en
2022 ? Ce serait une très belle finalité. »
En attendant cette éventualité, il y a du
RICHARD MILLE
ENTRETIEN La plus française des joueuses italiennes porte
un regard lucide et engagé sur l’avenir du golf féminin en Europe.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
16
SPORT
Rafael Nadal,
le forçat
des courts
Le numéro un mondial a dû puiser
dans ses réserves depuis le début
de l’US Open. Pas une bonne nouvelle
avant de défier Juan Martin Del Potro
en demi-finale.
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
TENNIS Depuis le début de la quinzaine,
l’inusable Nadal plie, mais ne rompt pas
à l’US Open. Poussé mardi dans ses derniers retranchements par Dominic
Thiem, le Majorquin, au bout de luimême, au bout de l’effort, au bout de la
nuit (le match s’est terminé après
2 heures du matin) a encore trouvé des
ressources insoupçonnées pour dominer en quart de finale l’épatant Autrichien en 4 h 49 d’un sublime combat
(0-6, 6-4, 7-5, 6-7 [4], 7-6 [5]). «C’était
un match très éprouvant, dans tous les
domaines, a soufflé Nadal. Les conditions
(météo) aussi étaient compliquées. J’ai
connu un début de match très difficile. »
C’était en effet seulement la troisième
fois de sa carrière que Nadal perdait un
premier set sur une bulle en Grand Chelem, la première étant déjà à l’US Open,
en 2004 face à Roddick, et la deuxième à
Wimbledon en 2006 contre Federer.
Après ce faux départ, le tenant du titre
a remis le bleu de chauffe, en mode
guerrier : «Dans les trois derniers sets,
mon niveau de jeu a grimpé. C’est un pas
en avant pour moi dans la dynamique du
tournoi. Je me suis battu jusqu’à la fin. J’ai
Rafael Nadal au service face à Dominic Thiem lors d’un quart de finale épique (0-6, 6-4, 7-5, 6-7, 7-6), mardi à l’US Open.
joué beaucoup de matchs longs et difficiles
dans ma carrière. C’en était un de plus.
J’aime ces matchs-là, mais en même
temps vous vous sentez fatigué après. » Il
faut dire que le roi de Roland-Garros
avait déjà souffert lors des tours précédents face à Karen Khachanov (victoire
en quatre sets et 4 heures) puis Nikoloz
Basilashvili (victoire en quatre sets et
3 heures 15). Aura-t-il récupéré pour
défier Juan-Martin Del Potro (vainqueur
en quart de John Isner, 6-7, 6-3, 7-6,
6-2) vendredi en demi-finale ?
Un genou qui grince
« Si je devais jouer demain, ce serait un
facteur très important. Vendredi, j’espère
que ça ne le sera pas, je pense que ça peut
ne pas l’être. » La question sur l’état
physique de Rafa reste toutefois brûlante. D’autant que le forçat des courts a été
strappé au genou droit contre Khachanov. Ce genou qui grince régulièrement
a causé beaucoup de tourments au Majorquin en fin de saison dernière.
Sur le papier, Nadal, en quête d’un
quatrième trophée à Flushing Meadows, demeure le favori face à l’Argentin. Il a ainsi remporté onze des seize
matchs les ayant opposés et reste sur
trois succès consécutifs face au troisiè-
le début du tournoi, le vainqueur de
l’édition 2009 n’a laissé échapper qu’un
seul set (en quart contre John Isner),
quand le numéro un mondial a dû puiser dans ses réserves.
Nadal au bord de la rupture ? Un doute
subsiste sur sa participation à la demi-finale de Coupe Davis contre la France, la
semaine prochaine à Lille (14 au 16 septembre). Si sa présence a été confirmée,
le Grand Chelem new-yorkais risque de
laisser des traces. Le capitaine des Bleus,
Yannick Noah, ne s’attend toutefois pas
à défier un gladiateur lessivé. « S’il gagne l’US Open, il sera plein de confiance…
Je ne compte pas énormément sur la fatigue de Nadal. » Inusable Majorquin. Le
refrain est connu et demande une nouvelle confirmation. ■
D. EMMERT/AFP
EN BREF
Football : à défaut d’Henry,
Bordeaux rappelle Ricardo
Faute d’accord avec Thierry
Henry, le directeur sportif
de Santos, Ricardo, ancien
entraîneur de Bordeaux de 2005
à 2007, a été nommé manager
général des Girondins. Malgré
les 278 matchs qu’il a déjà dirigés
en L1 de 1996 à 2009, le Brésilien ne
dispose toujours pas des diplômes
requis pour entraîner en France.
Cyclisme : De Marchi
s’impose en solitaire
L’Italien Alessandro De Marchi
(BMC) a remporté en solitaire
la 11e étape de la Vuelta, mercredi.
Simon Yates reste en rouge.
Fin des quarts de finale messieurs, mercredi soir :
Cilic (Cro, 7) - Nishikori (Jap, 21),
Djokovic (Ser, 6) - Millman (Aus).
Sébastien Simon, légitime leader
de la Solitaire Urgo Le Figaro
Le Vendéen a pris les commandes de la course en remportant la 2e étape.
Serena face à la surprise Sevastova
Tombeuse de Karolina Pliskova (6-4,
6-3) en quart de finale, Serena Williams
n’est plus qu’à deux marches
d’un 24e trophée en Grand Chelem,
pour égaler le record absolu de sacres
en Majeurs détenu par Margaret Court.
La cadette des sœurs Williams a éjecté
mardi la dernière survivante du top 10
et confirmé qu’elle avait retrouvé de
bonnes sensations. De retour à Flushing
Meadows un an après avoir donné
naissance à sa fille Olympia, Serena,
me mondial lors de trois des quatre
dernières levées du Grand Chelem. En
demi-finale, à New York, l’année dernière, Del Potro avait coincé physiquement contre le Majorquin (4-6, 6-0,
6-3, 6-2). « La tour de Tandil », au
bout du rouleau, n’avait pas récupéré
d’un combat gagnant de cinq sets
contre Thiem au tour précédent. À Roland-Garros, début juin, « Delpo » a
été balayé sur les terres de Nadal dans le
dernier carré (6-4, 6-1, 6-2). En quarts
de finale de Wimbledon début juillet, le
duel avait, en revanche, tourné au choc
de titans (7-5, 6-7, 4-6, 6-4, 6-4). Mais
une nouvelle fois, le dernier mot avait
été pour l’Espagnol.
L’Argentin semble, cette fois, en mesure de stopper son rival. Cette année,
le Sud-Américain de 29 ans dispose de
l’atout fraîcheur à l’heure de défier son
bourreau. Très impressionnant depuis
SERGE MESSAGER smessager@lefigaro.fr
tête de série 17, n’a concédé qu’un seul
set depuis le début du tournoi (face
à Kaia Kanepi en 8es). Elle s’avance
en favorite ce jeudi en demi-finale
contre Anastasija Sevastova, tombeuse
surprise en quart de Sloane Stephens, la
tenante du titre (6-2, 6-3). La Lettonne
dispute face à Serena sa première
demi-finale de Grand Chelem.
R. S.
La fin des quarts dames, mercredi soir :
Ozaka (Jap) - Tsurenko (Ukr) ;
Suarez Navarro (Esp) - Keys (E-U).
ENVOYÉ SPÉCIAL A PORTOSIN
VOILE Échouant d’un rien sur la première étape de la Solitaire Urgo Le Figaro, alors qu’il avait caracolé en tête
avec un sacré cœur sur la quasi-totalité du parcours entre Le Havre et la
baie de Saint-Brieuc, Sébastien Simon
(Bretagne-CMB Performance) s’est
adjugé de belle manière les lauriers du
deuxième tronçon, mercredi matin
dans la ria de Muros y Noia (Galice).
Mettant à distance ses principaux rivaux espérant tout comme lui inscrire
leurs noms sur les tablettes de
l’épreuve reine. Sa deuxième victoire
sur une étape de la Solitaire, après celle de 2015 à Concarneau, ne souffre
aucune contestation tant le jeune marin de 28 ans a dominé la fin des débats sur le parcours de 520 milles.
ARTCURIAL
Console, Paris, vers 1730,
attribuée à Sébastien-Antoine
et Paul-Ambroise SLODTZ d’après
un modèle attribué à Germain BOFFRAND
Estimation : 200 000 - 300 000 €
d’une école d’ingénieur à Bordeaux,
en structure et composite, il s’est inscrit à la fin de son cursus au Challenge
Bretagne CMB Espoir en 2013. Une
rampe de lancement pour jeunes marins visant une carrière tournée vers
des horizons iodés. Banco. La belle
aventure pouvait commencer.
Alors que la troisième étape doit
prendre son envol samedi prochain à
midi depuis la ria de Muros y Noia
pour rejoindre Saint-Gilles-Croixde-Vie, le berceau du groupe Bénéteau, Sébastien Simon sait que son
avance vis-à-vis de l’adversité
(26 minutes sur Xavier Macaire) ne
rime encore à rien. Même s’il déclarait
avec un soupçon d’arrogance mercredi peu avant l’aurore qu’il était uni-
quement là pour la gagne qui ne pouvait lui échapper : « La Solitaire fait
partie des plus belles années de ma vie.
Pour moi, c’est l’année ou jamais et être
un petit peu insolent me plaît bien.
Maintenant, pour la suite du parcours,
il peut y avoir un incident mais cela
m’étonnerait tant je me suis bien préparé. Je suis d’un tempérament conservateur, m’appuyant sur ma vitesse.
Quand j’ai empanné avant les autres
dans le golfe de Gascogne, personne ne
m’a suivi. Ce n’était donc pas moi le
suiveur. »
Gonflé à bloc, Sébastien Simon,
n’en doutons pas, fera en sorte d’aligner ses planètes pour l’emporter en
conservant son avance légitimement
gagnée. ■
“
Pour moi, c’est l’année
ou jamais et être
un petit peu insolent
me plaît bien
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début octobre 2018
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7 Rond-Point
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Isabelle Bresset
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Pour une sortie de l’UE, un CITES de ré-export sera nécessaire
Expertises gratuites et
conidentielles sur rendez-vous
Agrément cvv du 25/10/2001 - Commissaire-priseur : Isabelle Bresset
SÉBASTIEN SIMON
”
Au départ de cette 49e édition, Sébastien Simon savait que son avenir
dans la course au large était assuré
pour un temps. Dès l’an prochain,
toute son attention sera focalisée sur
son projet d’un Imoca neuf en vue du
Vendée Globe 2020. Libéré par l’idée
de sa nouvelle monture dont il rêve
depuis sa prime jeunesse, le Sablais
abordait donc cette épreuve sans
pression démesurée, un de ses travers
avoué quand l’enjeu est de taille : « Le
Vendée Globe, c’était pour moi quelque
chose d’inaccessible, c’était la même
chose pour la Solitaire quand j’étais petit. Si j’avais dit un jour à mes parents
que j’arrêtais mes études pour chercher
de l’argent pour faire de la course au
large, ils m’auraient demandé de revenir à la réalité. Ce futur projet, c’est
avant tout une histoire humaine. Pour
moi, le sponsoring sportif doit être l’accompagnement d’une personne, pour
partager une aventure ensemble. »
Fils unique d’un ancien conseiller
en patrimoine, passionné de croisière,
il fait vivre à son père une sorte de
rêve. Une fierté pour lui. Diplômé
Sébastien Simon célèbre sa victoire dans la deuxième étape de la Solitaire Urgo
Le Figaro, mercredi dans la ria de Muros y Noia (Galice). A. COURCOUX POUR LE FIGARO
Enfin des (gros) écarts
Classement 2e étape : 1. Simon
(Bretagne CMB Performance)
en 2 j 14 h 5 mn 55 sec ; 2. Macaire
(Groupe SNEF) à 19’57 ; 3. Péron
(Finistère Mer Vent) 20’06 ;
4. Marchand (Groupe Royer–Secours
Populaire) 35’16 ; 5. Chabagny
(Gedimat) 35’42 ; 6. Dalin (Skipper
Macif 2015) 36’56 ; 7. Roberts
(Seacat Services) 47’25 ; 8. Dutreux
(Sateco-Team Vendée Formation)
48’20 ; 9. Cardrin (Team Vendée
Formation) 49’55 (1er bizuth) ;
10. Douguet (NF Habitat) 52’55 ;
11. Berrehar (Bretagne CMB Espoir)
55’03 ; 12. Le Pape (Skipper Macif
2017) 56’50 ; 13. Leboucher
(Guyot Environnement) 1 h 02’53 ;
14. Mettraux (Teamwork) 1 h 03’35...
Classement général : 1. Simon ;
2. Macaire à 26’31 ; 3. Marchand
30’51 ; 4. Chabagny 34’23 ; 5. Dalin
36’09 ; 6. Péron 48’09 ; 7. Roberts
49’13 ; 8. Dutreux 1 h 00’28 ;
9. Douguet 1 h 02’ ; 10. Cardrin
1 h 02’35…
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jeudi 6 septembre 2018
LE CARNET DU JOUR
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ses frères, sœur,
beaux-frères et belles-sœurs,
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- Le sage est-il indifférent ?
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Michel Eltchaninoff,
Véronique et Christian Etienne,
Béatrice Lemaitre (†),
Antoine et Catherine Branchu,
Xavier Branchu (†),
Anne Branchu,
Rémi Branchu (†),
le père Denis Branchu,
ses enfants,
ancien président
de l'Amicale des chefs
d'établissement de la Poste,
Aboubakr Chraïbi.
Cet avis tient lieu de faire-part.
- Les mille et une nuits
M. Luc Frot,
Mme Françoise Bonito
et la famille Frot
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Pierre FROT
survenu le 4 septembre 2018.
Les obsèques auront lieu
au cimetière de Montmartre,
à Paris (18e), le vendredi
7 septembre 2018, à 11 h 30.
On se réunira à l'entrée
du cimetière.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Paris (16e).
Agnès Daubord-Catherine,
son épouse,
Angèle Daubord,
sa belle-mère,
Yves (†) et Carole,
Daniel et Catherine,
Michel et Marylène (†),
Pierre et Chantal,
ses frères et belles-sœurs,
Bertrand Daubord,
Marie-Line et Sylvain
Daubord,
ses beaux-frères
et belle-sœur,
ses treize neveux et nièces,
ses seize petits-neveux
et petites-nièces
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Alain CATHERINE
ingénieur de l'ENSCB 67
(École nationale supérieure
de chimie, de biologie),
conseil
en propriété intellectuelle,
survenu le 31 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, à Paris (16e),
le vendredi 7 septembre,
à 10 h 30.
Mme Claude DAVID-UGRAY
le 5 septembre 2018, à Paris.
La cérémonie religieuse aura
lieu le lundi 10 septembre,
à 15 heures, en l'église
Saint-Pierre-de-Montrouge,
82, avenue du Général-Leclerc,
Paris (14e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Caroline Giard-David,
121, avenue de la République,
59110 La Madeleine.
M. Louis Joseph Huré,
son époux,
M. et Mme Guillaume Huré,
M. et Mme Etienne Huré,
M. et Mme Arnaud Lebrusque,
M. et Mme Yves de Parseval,
ses enfants,
Mathilde, Thibaud,
Pierre-Louis, Raphaëlle,
Jean, Louis,
Henri, Marguerite, Françoise,
Hubert, Thomas,
ses petits-enfants,
... et recevez Le Figaro
gracieusement
pendant 3 mois
Tél. 01 56 52 27 27
Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
Mme René de Vienne,
sa sœur,
M. Henri de Charnacé,
son frère, et son épouse,
la baronne de Charnacé,
la baronne Jean de Charnacé,
Mme Bernard de Charnacé,
ses belles-sœurs,
ses très nombreux
neveux et nièces
et particulièrement
Sabine Brochard
et Pierre Duret,
sa fidèle Betty
vous font part du décès à Paris,
le 3 septembre 2018,
à l'âge de 95 ans, de
Mlle Lucie
GAUTIER de CHARNACÉ
La messe d'A-Dieu
sera célébrée
le vendredi 7 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Médard, à Paris (5e),
suivie de l'inhumation
à 15 heures, au cimetière
d'Aulnoy (Seine-et-Marne).
ses 35 petits-enfants,
ses 24 arrière-petits-enfants,
En vente
vendredi 7
et samedi 8 septembre
avec votre Figaro
les familles Roquette,
Mabille de Poncheville,
Desjonquères,
Quentin de Gromard
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Denis ROQUETTE
survenu le 3 septembre 2018,
à l'âge de 93 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 7 septembre,
à 15 heures, en l'église
Sainte-Jeanne-d'Arc,
place Elisabeth-Brasseur,
à Versailles.
Elle sera inhumée
au côté de son mari,
à Saint-Amans-des-Côts
(Aveyron).
ont la tristesse
de faire part du rappel à Dieu,
le 4 septembre 2018, de
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 7 septembre,
à 14 heures, en l'église
de Darcey (Côte-d'Or),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Darcey.
Ni fleurs ni couronnes.
Des prières et des messes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Thibaut La Flaquière,
son fils,
Jeanne et Pauline Vuathier,
ses petites-filles,
Vaubadon (Calvados).
L'abbé Eric Simonot,
Chantal Destouches,
Sophie Heidemann
font part du rappel à Dieu de
Madeleine SIMONOT
née Géghre,
veuve du
chef de bataillon
Olivier Simonot
le 4 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église de Vaubadon,
le samedi 8 septembre 2018,
à 11 heures.
ainsi que toute sa famille
ont la grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Georges LA FLAQUIÈRE
née Marie-Thérèse Jeanpierre,
endormie
dans la Paix du Seigneur,
le 3 septembre 2018.
Elle a rejoint son mari, le
général Georges La Flaquière,
et sa fille Sophie.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en la cathédrale
Saint-Pierre, à Condom (Gers),
ce jeudi 6 septembre 2018,
à 15 heures.
Fabienne Riom,
son épouse,
Capucine, Timothée, Camille
et Clément,
ses enfants,
Maëlle, sa petite-fille,
Joël et Véronique (†) Riom,
ses parents,
Daniel et Annie Semanaz,
ses beaux-parents,
Florence et Gilles Robin,
Sophie et Francisco de la Vega,
Olivier et Caroline Riom,
Nathalie et Jacques Buisson,
ses frère, sœurs,
beaux-frères et belles-sœurs,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Nicolas RIOM
le samedi 1er septembre 2018,
à l'âge de 59 ans.
La cérémonie religieuse aura
lieu le vendredi 7 septembre,
à 15 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, Paris (16e).
L'inhumation se fera
dans l'intimité familiale,
au cimetière de Mesquer.
Un souvenir inoubliable !
Publiez l’annonce de
votre mariage dans
Ghislaine et Alain (†) Bellan,
Chantal et Olivier Wallaert,
Pierre et Nicola Roquette,
Odile et Jean-Yves Dolidon,
Michel et Marie-Christine
Roquette,
Béatrice et Arnaud Quelquejay,
Paul et Tiffany Roquette,
ses enfants,
née Monique Desjonquères,
née Charlotte
Benoist d'Anthenay.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Claude BRANCHU
Paris (18e).
Mme Louis Joseph HURÉ
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Patrick Dandrey,
- Le premier Molière
Cet avis tient lieu de faire-part.
31, rue de Beauvau,
78000 Versailles.
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 7 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Consolation,
à Orléans.
- Chateaubriand
L'inhumation aura lieu
au cimetière Nord de Reims,
le lundi 10 septembre 2018,
à 14 heures.
Véronique David
et ses enfants,
Philippe Marescaux
et ses enfants,
Francine David,
Jean-Jacques et Caroline
Giard-David
et leurs enfants,
Marie-Christine David
survenu le 4 septembre 2018,
à l'âge de 90 ans.
Jean Delabroy,
La cérémonie religieuse
sera célébrée dans la crypte
de l'église Sainte-Jeanne-d'Arc,
place Elisabeth-Brasseur,
à Versailles,
le vendredi 7 septembre 2018,
à 10 h 15.
Orléans.
- La modernité en poésie
Boris Lyon-Caen,
Jean BURNOD
survenu le 4 septembre 2018,
à l'âge de 97 ans, à Versailles,
muni des sacrements
de l'Église.
Cet avis tient lieu de faire-part.
- L'aventure au cœur du roman
(1913-1958)
Denis Labouret,
ont la tristesse de faire part
du décès de
17
Ni fleurs ni couronnes,
la famille vous invite à verser
vos dons à la recherche
sur le cancer à travers deux
organisations, en particulier
la Fondation Arc
fondation-arc.org
ou la Ligue contre le cancer
ligue-cancer.net
Ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de faire part
du rappel à Dieu de
Mme Jacques ROLLAND
née Anne Darrigan,
le 4 septembre 2018,
dans sa 97e année.
La cérémonie religieuse aura
lieu le mardi 11 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
90, rue de l'Assomption,
Paris (16e).
Andrée Françoise
STARZYNSKA
née Levy,
a choisi de nous quitter
le 28 août 2018,
à l'âge de 90 ans.
Ses cousines vous en font part
avec tristesse.
M. Pierre Vialle,
son époux,
Philippe et Bernadette Vialle,
Christian et Claire Vialle,
Catherine et Dominique
Héraud,
Véronique et François Petit,
Patrick et Jennifer Vialle,
ses enfants,
ses quinze petits-enfants,
ses dix-huit
arrière-petits-enfants
et toute la famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Suzanne VIALLE
née Quignard,
survenu en son domicile,
le 3 septembre 2018,
à l'âge de 92 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 8 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Sulpice, Paris (6e),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Père-Lachaise,
dans la sépulture de la famille.
Ni fleurs ni couronnes.
Les éditions du Figaro
Linda Pinto
et les collaborateurs du
Cabinet Alberto Pinto
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Stéphane ZALEJSKI
leur collègue et ami.
Un hommage lui sera rendu
le vendredi 7 septembre 2018,
à 11 heures,
en l'église de Vaucresson,
place de l'Église.
souvenirs
Il y a dix ans,
le 6 septembre 2008,
Louis GUIZE
nous quittait.
Souvenez-vous de lui dans
vos prières ou vos pensées.
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jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
Aspartame, dioxyde de titane, nitrite de sodium… La liste des ingrédients controversés contenus dans l’alimentation ne cesse de s’allonger avec 400 additifs autorisés en Europe.
TANIALERRO - STOCK.ADOBE.COM
« Food bashing », quand le doute
plane sur nos assiettes
Olivia Détroyat
odetroyat@lefigaro.fr
A
C
et été, il était difficile de ne pas les
croiser dans les rayons des hypers et
supermarchés. Qui ? Les utilisateurs
de Yuka, cette application qui, en un
scan de code-barres, vous indique si
ce que vous mangez est « excellent », « bon », « médiocre » ou
carrément « mauvais ». Cofondée il y a un an par
Julie Chapon, une jeune trentenaire, le projet a fait
un carton inattendu : 5,5 millions de téléchargements au compteur depuis son lancement en 2017.
Un succès que n’attendaient pas ses créateurs, qui
misaient sur 20 000 utilisateurs actifs après la première année de lancement. Ce buzz est très révélateur de l’état d’esprit de ces millions de Français qui,
malgré la mort annoncée de l’hypermarché, font
leur plein chaque semaine dans les grandes enseignes. Échaudés par les fraudes et scandales alimentaires à répétition (vache folle, lasagnes à la viande
de cheval, œufs au fipronil, scandale Lactalis plus
récemment), les consommateurs inquiets s’en remettent à leurs smartphones pour se rassurer.
Quand ce n’est pas pour s’assurer qu’on ne les empoisonne pas ! Une peur qui confine à l’irrationnel,
voire à l’hystérie collective.
Ainsi, malgré les autorisations légales, Yuka n’hésite pas à qualifier les additifs de « nocifs », « douteux » ou « à éviter », selon la bibliographie scientifique épluchée par ses équipes. « Au-delà du fait que
nous sommes totalement indépendants, Yuka vient
apparemment combler un immense besoin de transparence des consommateurs », décrypte Julie Chapon
pour expliquer le boom de son appli. De quoi faire
sérieusement grincer des dents les industriels et distributeurs. « La nutrition ne peut être résumée à un
algorithme, ou enfermée dans une couleur rouge, vert,
orange », conteste l’un d’eux. Mais même ces derniers suivent le mouvement : Système U a lancé
mercredi sa propre appli (« Y’a quoi dedans »)
« pour permettre à chacun de mieux consommer sans
substances controversées », promet l’enseigne.
Ce phénomène d’attention aiguë du consommateur sur ce qu’il a dans son assiette n’est pas nouveau. « Les peurs alimentaires sont très anciennes,
explique Catherine Chapalain, directrice générale à
l’Ania, qui regroupe 15 000 acteurs de l’agroalimentaire français. Outre des crises alimentaires très médiatisées et des fraudes inexcusables de certains qui
jettent le discrédit sur toute une profession, la cacophonie médiatique et nutritionnelle entretient la perte
de repères des consommateurs et facilite les amalgames. » Le numérique a accéléré cette tendance, en
démultipliant les données accessibles aux clients :
provenance, origine, composition des produits et
des emballages… En mars, Carrefour s’est appuyé
sur la technologie de la blockchain pour lancer un
système très poussé de traçabilité de sa filière poulet.
Mais le PDG du groupe, Alexandre Bompard, reconnaît lui-même qu’encore aujourd’hui « le consommateur ne nous fait pas confiance, pas plus à Carrefour qu’aux autres ».
De fait, rarement la conscience de pouvoir nuire à
sa santé en se nourrissant n’a été aussi aiguë. Ce qui
entretient le « food bashing », un questionnement –
scientifique ou éthique, mais quasi permanent – des
Malgré la qualité
très élevée du modèle
alimentaire tricolore,
l’exigence voire le doute
des Français sur ce qu’ils
consomment ne cesse
de croître. Leur vigilance
est d’autant plus grande
qu’ils ont accès
à davantage
d’informations
grâce à la communication
numérique.
Face à ce phénomène,
les industriels tentent
de réagir.
produits alimentaires et de leurs ingrédients. Même
les plus naturels (miel, lait, œufs) sont devenus la cible des véganes, ces militants refusant la consommation de toute protéine issue de l’animal. Se nourrir restant vital, ce phénomène vire au fantasme.
« Parler de défiance est exagéré : 85 % des Français
affirment avoir confiance dans ce qu’ils mangent
contre 75 % après le scandale de la viande de cheval en
2014, tempère Pascale Grelot-Girard, directrice à
l’institut de sondages Kantar TNS. Il s’agit plutôt
d’une prise de conscience de l’impact de ce qu’on mange sur sa santé. Les Français prennent de la distance,
ils veulent se réapproprier leurs choix alimentaires en
étant plus sélectifs (circuits courts, bio…) et surtout ne
croient plus de façon aveugle à ce qu’on leur dit. »
Les débats sans fin tels que celui sur le système
d’étiquetage nutritionnel Nutriscore, voulu par l’ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine, entretiennent aussi régulièrement l’idée que les industriels ont quelque chose à cacher. Plus en amont de la
filière alimentaire, les allers-retours gouvernementaux sur les néonicotinoïdes et certains pesticides
comme le glyphosate accroissent aussi ce flou latent
sur la nocivité de nos produits agricoles. Quand ce
ne sont pas les reportages anxiogènes sur le contenu
de nos assiettes.
Des consommateurs prêts à payer plus
Or le consommateur n’accepte plus le doute.
« L’époque où il était si sensible au prix qu’il mangeait
n’importe quoi est terminée, constate Dominique
Amirault, président de la FEEF, Fédération des Entreprises et des Entrepreneurs de France. On a cru
après-guerre, et en toute bonne foi, qu’on pourrait
produire plus pour nourrir le monde à coups de produits chimiques sans que cela n’ait un impact sur la
santé et la planète. Nous en sommes arrivés à un système industriel où le consommateur a été nourri à
coups de publicité pour faire du profit. Mais ce temps
est fini, la société de consommation ne fonctionne plus
comme il y a vingt ans ».
Pourtant, jamais les industriels n’ont déployé
autant d’efforts pour rendre leurs usines irréprochables. « Le paradoxe, c’est que notre modèle alimentaire est envié partout, le monde entier nous achète nos
fromages, nos chocolats et nos charcuteries, mais jamais le food bashing n’a été aussi fort. On accepte le
débat et la contradiction, mais la charge qui nous est
faite est trop forte », se désole Catherine Chapalain à
l’Ania. D’un avis unanime, la sécurité alimentaire en
France est en effet une des meilleures au monde.
« On ne meurt plus subitement de ce que l’on mange,
reconnaît Michèle Crouzet, rapporteuse de la commission d’enquête parlementaire sur la nourriture
industrielle. Mais ce très haut niveau de sécurité s’est
fait au détriment du goût, et surtout de la qualité nutritionnelle. Quand on voit 30 additifs dans une pizza,
on peut se demander s’il n’y a pas un problème. »
Aspartame, dioxyde de titane, nitrite de sodium,
voire viande rouge… La liste des ingrédients – naturels et chimiques – controversés ne cesse de s’allon-
Le monde entier nous achète nos fromages,
nos chocolats et nos charcuteries, mais
jamais la critique de notre modèle alimentaire
n’a été aussi forte
»
CATHERINE CHAPALAIN , DIRECTRICE GÉNÉRALE À L’ANIA.
THIERRY L-STURM/ANIA
ger. Sous l’effet des avancées scientifiques, mais
aussi du nombre croissant d’ingrédients utilisés par
les industriels, avec 400 additifs autorisés en Europe. « On joue parfois un peu les apprentis sorciers »,
avoue Dominique Amirault à la FEEF. C’est précisément ce qui inquiète les consommateurs. D’autant
que même le bio, sur lequel se ruent les consommateurs, ne résiste pas à ces doutes, des pesticides
ayant été retrouvés sur des produits estampillés
agriculture biologique (AB), censés être vierges en
produits douteux.
En mars, des épidémiologistes ont créé un petit
séisme en posant le débat : comme le tabac, la
nourriture industrielle serait cancérigène. Une
étude de l’Inserm et de l’Inra suggérait ainsi un
lien entre consommation de plats ultratransformés (pizzas industrielles, céréales du petit-déjeuner, snacks, soupes instantanées…) et risque accru
de cancers. L’étude observait une cohorte de plus
de 100 000 personnes suivies pendant 8 ans, une
hausse de 10 % du risque de cancer liée à une surreprésentation de 10 % d’aliments ultratransformés dans leur régime. Elle a provoqué un tollé
chez les industriels. « Il s’agit d’une étude d’observation, précise le Dr Mathilde Touvier, chercheuse
de l’Inserm ayant coordonné l’étude. Mais même
sans être une preuve, nos données suggèrent clairement des effets potentiellement délétères des plats
très transformés sur la santé. » Selon distributeurs
et agriculteurs, les consommateurs seraient
d’ailleurs prêts à payer jusqu’à 10 % plus cher pour
des produits de meilleure qualité ou respectant
mieux les producteurs et la planète. Sur ce point, le
risque d’une alimentation à deux vitesses pointe
entre les détenteurs d’un portefeuille trop
contraint pour accéder à une alimentation plus
qualitative et les autres.
L’industrie met donc les bouchées doubles pour
retrouver ses lettres de noblesse. Les géants de
l’agroalimentaire dépensent des millions d’euros par
an pour assainir leurs recettes, baissant leurs taux de
sucres, de sels et de gras jusqu’à 60 %, et ôtant les
additifs douteux. Un casse-tête : contrairement aux
Anglo-Saxons, les Français ne font pas de concessions sur le goût. Certaines marques, comme Herta,
Guiguoz ou Fleury Michon, ouvrent aussi leurs usines aux consommateurs pour les rassurer. Enfin, la
plupart des multinationales de l’alimentation ont
commencé à céder des pans entiers de leurs activités. Quitte à faire une croix sur le plaisir ? Nestlé a
ainsi vendu ses activités de confiserie aux ÉtatsUnis, l’américain Mondelez (Milka, Oreo, Granola…)
s’est séparé de Carambar, La Pie qui chante et Krema
en 2016. Chez les industriels de l’Ania, on reconnaît
avoir adopté une communication favorisant la
confusion, et l’urgence de « passer à la vitesse supérieure en termes de transparence ».
« Passons vraiment aux actes, emboîte Dominique
Amirault à la FEEF. Ce changement inédit de paradigme chez le consommateur ouvre des possibilités immenses ». Les mastodontes du secteur mettront sûrement encore plusieurs années à s’adapter, mais les
PME souvent locales tirent déjà leur épingle du jeu.
N’ayant pas de grandes marques, elles ont investi
des marchés de niche, développant un dialogue collaboratif avec les enseignes, et de confiance avec
leurs clients. Davantage obligées de jouer la carte de
la transparence pour contrer leur faiblesse marketing, elles réalisent 80 % de la croissance des enseignes sur un marché atone. Les Français n’ont pas
perdu le goût du bon. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 6 septembre 2018
CHAMPS
IDÉES
LIBRES
19
Macron le Suédois : un décalage si français
Quelle est l’inspiration
de Macron ? Et si
c’était le modèle
suédois ? C’est la thèse
du journaliste
Alain Lefebvre. Mais
si ce modèle suédois
était justement
devenu désuet ?
MACRON LE SUÉDOIS
Alain Lefebvre,
PUF, 261 P., 19 €.
CHRONIQUE
Éric Zemmour
ezemmour@lefigaro.fr
M
acron et le modèle allemand de Schröder.
Macron et le modèle
canadien de Trudeau.
Macron et le modèle
anglais de Blair. Macron et le modèle italien de Renzi. Depuis
son avènement, il y a plus d’un an, le nouveau président français a fait le tour du
monde des modèles, références étrangères que les médias lui accolaient ou auxquelles il se référait spontanément. C’est
en vérité, peu ou prou, le même centrisme politique, qui s’efforce de concilier le
discours de droite d’adaptation à la mondialisation et le filet social, plus ou moins
troué, qui reste à la gauche. Le même héritage très franco-français, venu de la Révolution de 1830 et de l’avènement de
Louis Philippe, autour d’une alliance des
bourgeoisies, orléaniste et républicaine,
mélange de libéralisme et de saint-simonisme technocratique. La même idéologie
« mondialiste » qui domine depuis la chute du mur de Berlin, en 1989, parmi les
élites économiques, politiques, médiatiques, technocratiques d’Occident. Les
mêmes idées auxquelles s’accrochent
tous les partis sociaux-démocrates d’Europe pour ne pas disparaître. Tout ce qui
leur reste de leur antique rêve socialiste.
Cette gauche-là est née il y a près d’un
siècle, dans les années 1930, à Stockholm.
C’est le fameux « modèle suédois ». Tant
que la gauche française fut hantée par son
fantasme révolutionnaire, elle vilipenda
les « sociaux-traîtres » vikings. Alors,
c’était la droite qui tressait des louanges à
cette gauche si raisonnable : Servan-
geants suédois. Le vrai social-démocrate
suédois, ce fut Hollande. Et les Français
ont détesté. De surcroît, le modèle suédois tant vanté par nos éditorialistes libéraux protège aussi bien les salariés que
son homologue français. Il ne contraint
pas moins les patrons, et même davantage, avec ses syndicats puissants. Le licenciement coûte aussi cher aux entreprises
suédoises qu’aux françaises. De même, la
fameuse « flexisécurité » danoise est un
mythe, un argument marketing - ce que
démontre fort bien notre auteur : « On
peut même dire que comparativement à la
France il n’y a pas plus de flexibilité pour
les entreprises, et que le niveau de sécurité
a baissé, ce qui n’empêche nullement le
pays d’être en situation de plein-emploi. »
Alors, pourquoi cette différence ? Alain
Lefebvre n’a pas de réponse. En le lisant,
on a envie de lui souffler à l’oreille, comme
à un jeu télévisé. Comme la lettre volée
d’Edgar Poe, que personne ne trouve et
qui traîne sur une table aux yeux de tous,
on rappellera que le
Danemark comme la
Suède n’ont pas adhéC’est le génie français du décalage
ré à l’euro. Que ces
chronique. Un an après les victoires
deux pays ont conservé leur monnaie nalibérales de Reagan et Thatcher,
tionale. Bien sûr, il sela France portait à l’Élysée l’union
rait
stupide
de
de la gauche de Mitterrand. On élit
considérer que c’est la
seule
raison
des
succès
le centriste Macron alors que se lève
scandinaves et des
partout en Europe la vague populiste
échecs français. Mais
peut-on ignorer totalement l’impact de la politique monétaire
Notre auteur le pressent d’ailleurs, qui
sur la croissance et l’emploi ?
passe son temps à montrer les limites de
sa propre comparaison. Cela donne de
Il est vrai que Macron lui-même n’en
longs chapitres (sur les retraites ou la réparle pas non plus. Lui aussi s’inspire de
forme de l’administration) aussi enla Suède sans tenir compte de la monnaie.
nuyeux qu’un rapport de l’OCDE. Le
Mais il y a plus grave encore. Macron se
pouvoir vertical de Jupiter-Macron est
réfère à un modèle en phase terminale.
aux antipodes du fonctionnement transLors des prochaines législatives du 9 sepparent et anti-hiérarchique des diritembre, tous les sondages annoncent la
Schreiber, Chaban-Delmas, Giscard et
même Chirac eurent leur moment suédois.
C’est même le gaullisme au pouvoir qui accoucha de la social-démocratie à la française, avec la bénédiction tacite du Parti
communiste. Complexités françaises.
Mais quand le PCF fut englouti par la fin
de l’URSS, quand la gauche mitterrandienne ne parvint pas à changer la vie,
quand Thatcher et Reagan imposèrent à
l’Occident leur révolution libérale, le
modèle suédois repassa de droite à gauche sur les berges de la Seine. Rocard,
Jospin, Hollande reprirent le flambeau
abandonné par la droite qui ne jurait que
par leurs nouveaux maîtres anglosaxons. Et aujourd’hui, Macron. Notre
président est donc suédois, comme tous
les gouvernements centristes européens.
Comme le fut son prédécesseur et comme
le sont ses homologues. Lorsque Alain
Lefebvre intitule son ouvrage Macron le
suédois, c’est factuellement vrai, mais
également évident. Donc vain.
«
»
percée inédite des « populistes », les Démocrates de Suède (SD). Comme en Allemagne avec l’AfD, comme en Italie, ou en
Autriche, ou en Hongrie, c’en sera fini du
consensus centriste et social-démocrate.
C’est le génie français du décalage
chronique. Un an après les victoires libérales de Reagan et Thatcher, la France
portait à l’Élysée l’union de la gauche de
Mitterrand. On a payé très cher ce
contretemps économique et historique. Et
on recommence. On élit le centriste Macron alors que se lève partout en Europe la
vague populiste. Le « modèle suédois »
reposait sur une gestion rationnelle des
conflits sociaux et un économisme prosaïque. L’irruption massive des migrants
venus d’Afrique a remis de la violence
dans des sociétés pacifiées ; de la brutalité
viriliste dans des sociétés égalitaristes et
féministes. De la haine dans des sociétés
bienveillantes. La vague migratoire a remis le tragique au cœur de sociétés qui
croyaient être sorties de l’Histoire.
Le modèle suédois, avec ses prisons
ouvertes et son discours politiquement
correct de respect des minorités, est désarmé. Personne à gauche ne veut entendre les oracles - un sociologue américain
comme Robert Putman par exemple - qui
expliquent que le principe de la redistribution sociale repose sur la confiance entre les citoyens, et la confiance sur la
proximité culturelle, voire ethnique. Ce
n’est pas un hasard si les pays scandinaves
sont les pays les plus égalitaires du monde,
alors qu’ils sont demeurés très longtemps
groupés autour de quelques grandes parentèles familiales liées depuis des siècles.
Pas un hasard si les États-Unis sont le pays
le plus inégalitaire d’Occident, les Blancs
aisés ayant longtemps refusé de payer
pour les Noirs déshérités. État-providence
ou frontières ouvertes, universalisme ou
identité nationale, la Suède sera bientôt
contrainte de choisir. Macron aussi. ■
Le neurologue face au « mammouth »
TÊTE À TÊTE
Charles Jaigu
cjaigu@lefigaro.fr
S
on cerveau et celui de quelques collaborateurs sont posés sur son bureau. Pour un
cinéphile imaginatif, Stanislas
Dehaene pourrait être un
nouveau docteur Mabuse.
Mais les cerveaux sont des moulages, et le
scientifique au regard très concentré
n’arbore pas de projets fous. Dehaene est
le nouveau « cerveau » de l’éducation
nationale, depuis que Jean-Michel Blanquer l’a nommé à la tête du Conseil scientifique l’année dernière. Auteur depuis
dix ans de plusieurs livres sur l’apprentissage des maths ou de la lecture, le jeune
professeur au Collège de France – il a été
nommé à 40 ans, il en a 52 – est donc
chargé d’insuffler un nouvel état d’esprit
dans ce très vieux et rafistolé vaisseau de
charge qu’est l’Éducation nationale – le
« mammouth », au moins par la taille.
Apprendre !, le livre qu’il publie ces joursci en est le manifeste vulgarisé.
La montée en puissance des sciences
cognitives dans l’univers éducatif n’est
pas nouvelle. Ses adversaires pointent déjà
l’emprise d’un nouveau scientisme au
service d’une idéologie ultralibérale. Certes, un cognitiviste jargonnant ne vaut pas
mieux qu’un pédagogue fumeux. Mais ce
sont surtout ces derniers qui ont fait des
ravages ces quarante dernières années. Le
livre de Dehaene avance quelques idées
solides qui confirment très souvent, et
c’est heureux, ce que le bon sens suggère.
Il est vrai cependant que la psychologie
appliquée ne met pas les mains dans le
cambouis : l’enseignement est un combat
contre l’ennui et l’inattention qui se
mène au jour le jour, loin des méthodes
livresques. C’est là qu’entre en scène
l’adulte, qui est souvent le professeur.
Prenons le cas Dehaene. C’est la lecture
vers l’âge de 15 ans du livre de Jean-Pierre Changeux sur le cerveau qui décida de
sa vocation – il intégrera l’équipe du neurologue à 19 ans ! Mais avant cela, c’est un
professeur de mathématique qui lui apprit à huit ans comment extraire des racines carrées. « J’avais ensuite créé une société secrète des extracteurs de racines
carrées », nous raconte-t-il. Dehaene ne
nie pas que les professeurs, « sont en première ligne ». Mais il nous convainc aussi
que tous les cerveaux commencent leur
vie avec des facultés identiques. Et qu’ils
sont animés d’un désir immédiat d’apprendre. « Le bébé est un scientifique en
herbe », répète-t-il. Il suffirait donc de
stimuler au mieux cette disposition dans
les classes et à la maison. « L’éducation ne
peut pas reposer sur l’école toute seule,
c’est bien un effort conjoint des parents et
des professeurs », rappelle-t-il aussi.
Quand nous le retrouvons à l’Institut
NeuroSpin, à une heure de Paris, où il anime une équipe de 60 personnes, il nous fait
visiter ce bâtiment futuriste où sont logés
six spécimens uniques d’IRM. Le dernier,
SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Pour obtenir
« l’engagement
actif
du cerveau il faut
l’encourager
à risquer
une hypothèse,
cela crée
une réceptivité forte
aux signaux d’erreur
et c’est comme cela
qu’il mémorise
STANISLAS DEHAENE
»
en cours de construction, est un mastodonte plus large que le réacteur d’un
A 380. Il permettra d’observer un cerveau
avec une extrême précision – soit un demi-millimètre. Désormais les résultats de
cette recherche rejaillissent sur la vie quotidienne des élèves. À lire Apprendre !, on
peut décrire, à la manière d’un roman
d’anticipation, quelle serait l’éducation
presque parfaite. Si un élève cobaye se développait dans ce monde idéal, on le ferait
grandir dans une classe de quinze élèves. Il
recevrait moins d’heures de cours, et les
programmes seraient itératifs, de façon à
imprimer profondément ses circuits neuronaux d’un savoir durable. Ses professeurs alterneraient des cours magistraux
avec des séances de petits tests. Chacun
réfléchirait sur ses erreurs et sur les erreurs
des autres, sans reproches et sans moqueries. On n’abuserait pas de la notation traditionnelle, mais on ne la bannirait pas. On
demanderait en revanche aux élèves de se
tromper le plus souvent possible et de le
dire. On éviterait l’écoute passive, mais
cela ne bannirait pas pour autant le cours
magistral qui peut au contraire solliciter
l’attention s’il est bien mené. On s’inspirerait de la pédagogie Montessori qui pendant longtemps n’a été célébrée que par les
parents en rupture avec l’Éducation nationale. On préférerait des élèves qui savent
peu mais bien et que beaucoup et mal.
Enfin, les deux déesses protectrices de
l’Éducation nationale seraient l’attention
et la mémoire longue. On éliminerait
dans les classes les décorations qui distraient et dans les livres les illustrations
qui sont là « juste pour décorer ». On
chasserait partout la tentation de « faire
deux choses en même temps », car aucun
cerveau n’en est capable, sauf quand il
s’agit d’une activité complètement automatisée – comme la marche ou la
conduite. Pour exercer l’attention, et engager le corps tout entier, on ne négligerait pas l’apprentissage du dessin. « C’est
une technique que tout le monde apprenait
auparavant », regrette Dehaene. On insisterait aussi sur l’apprentissage d’un
instrument de musique. Les savoirs pratiques compteraient autant que les cours
généraux. Et on s’aiderait des jeux vidéo
pour construire des programmes d’apprentissage ludique. « À petite dose, ils
aident le cerveau à se concentrer », note
Dahaene qui donne tort aux « tradis » qui
veulent bannir l’écran de l’école. On
oublierait aussi l’absurdité des « pédagogies de la découverte » qui ont répandu
ces quarante dernières années l’idée ab-
surde que l’enfant devait retrouver intuitivement les savoirs complexes construits
par 3 000 ans de tâtonnement de l’espèce
humaine. On bannirait définitivement la
méthode globale. Ce qui donne cette foisci tort aux progressistes. On ferait en sorte que l’enfant dorme. Et aussi qu’il ne lâche pas prise à l’école soit en surestimant
ses capacités – l’« enfant précoce » – soit
surtout en les sous-estimant. Le fameux
« je ne vais pas y arriver », ou « ce n’est
pas pour moi » étant très tôt intériorisé.
On regrettera que le livre ne dise rien
des manières pratiques d’obtenir l’attention dans une classe. Au-delà du débat
sur les moyens – les locaux, le nombre de
professeurs –, il est un ensemble de circonstances qui pourraient contribuer à
mettre l’esprit dans un certain état
d’écoute. L’uniforme, tant raillé, en est
un. Le respect de l’autorité professorale,
défendu par les proviseurs, en est un
autre. La nécessité de petits rituels qui
installent le silence dans la classe.
Les neurosciences ne font pas que donner une nouvelle jeunesse aux préceptes
de nos grands-parents, elles corrigent
aussi d’ancestrales notions. Ils pensaient
que l’esprit est une cire molle qui se façonne de l’extérieur. C’est tout le contraire. C’est en le sollicitant, en l’amenant à
formuler des paris sur ce qui est probable
ou non qu’il se met en situation d’apprendre. « Pour obtenir l’engagement actif du
cerveau il faut l’encourager à risquer une
hypothèse, cela crée une réceptivité forte
aux signaux d’erreur et c’est comme cela
qu’il mémorise ». Ils pensaient aussi que le
sommeil est seulement repos. Il est en fait
suractivité cognitive et moment privilégié
d’accélération de l’apprentissage. « À
l’avenir on pourra peut-être orienter certaines séquences du sommeil pour apprendre mieux ». La vraie bonne nouvelle de
ce livre, quand on découvre les pouvoirs
du cerveau, c’est que les algorithmes ne
sont pas encore près de nous rattraper. ■
APPRENDRE !
Stanislas Dehaene,
Éd. Odile Jacob,
317 p., 22,90 euros
A
Les grands principes
de l’enseignement
s’apprennent-ils
dans un laboratoire ?
Stanislas Dehaene
le pense, et donne tour
à tour raison et tort
aux anciens
et aux modernes.
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jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
20
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Entre Trump et Merkel, adapter
la politique de la France
+
» Lire aussi PAGES 2 ET 3
JEAN-PIERRE
CHEVÈNEMENT
A
DESSIN CLAIREFOND
Les choix de l’hôte
de la Maison-Blanche
en matière
de commerce
et de diplomatie
doivent être examinés
sans passion
et appellent
une appréciation
nuancée, argumente
l’ancien ministre
d’État. Confronté
au bras de fer entre
Washington et Pékin,
Paris ne trouvera pas
son salut dans
une intégration
européenne accrue,
avertit l’auteur*.
a critique que l’establishment
nord-américain exerce
à l’égard de la politique
de Donald Trump juxtapose
de très nombreux griefs.
Ainsi, l’ancien président
Obama incrimine un réflexe de
conservatisme émanant de couches
sociales menacées dans leur « stabilité
économique », leur « statut social »,
leurs « privilèges » ou leur « identité
culturelle » (discours de Johannesburg
du 17 juillet 2018). Cette critique
trop rapide me paraît révélatrice
d’une certaine tache aveugle
qui dissimule à l’establishment
nord-américain les fractures sociales
engendrées par la globalisation dans
les régions industrielles traditionnelles –
ainsi la « Rust Belt » – et surtout
la montée d’une inquiétude plus générale
dans la société américaine : et si
la globalisation conduisait non seulement
à la désindustrialisation mais aussi
à un certain déclin des États-Unis ?
publiques. Ensuite la dénucléarisation
de la Corée du Nord, véritable test
à l’égard de Pékin. En troisième lieu
le déficit avec l’Union européenne
(160,8 milliards de dollars),
principalement avec l’Allemagne
qui ne consacre par ailleurs qu’un
très modeste effort à sa défense
(1,1 % de son PIB). Trump, enfin, veut
remettre en cause la domination de l’Iran
sur le Moyen-Orient, résultat des deux
guerres du Golfe, en dénonçant l’accord
du 14 juillet 2015 qui était pourtant
un autre moyen de la contenir.
Le président des États-Unis se veut
« antisystème » : il combat le libreéchange qui est la philosophie de base
des institutions de Bretton Woods (FMI,
Banque mondiale) et plus encore de
l’OMC. Il rompt avec le multilatéralisme
qui organisait autour de l’establishment
américain la solidarité de tous les autres,
y compris le Parti communiste chinois,
au sein d’un ensemble mondial
hiérarchisé. Son mot d’ordre : « America
first!» exprime
avant tout
Pour Trump, le déficit commercial
la volonté
abyssal des États-Unis est le résultat
de rebattre
les cartes d’un jeu
de l’alliance déséquilibrée nouée entre
dont il estime
les firmes multinationales américaines
que les règles
et le Parti communiste chinois au temps doivent être
revues, l’objectif
de Deng Xiaoping
central étant
évidemment
d’enrayer la montée de la Chine sur
Trump, sans le dire explicitement,
le long terme et de perpétuer
incrimine les conséquences des choix
l’hégémonie mondiale des États-Unis.
opérés il y a quatre décennies par
Ce retournement de tendance
l’establishment américain, républicain
historique par rapport au paradigme
d’abord puis démocrate, en faveur
libre-échangiste et multilatéral qui
du libre-échange notamment avec
organisait depuis quarante ans
la Chine. L’actuel déficit commercial
l’hégémonie « soft » des États-Unis
américain (862,7 milliards de dollars en
sur leurs alliés prend ceux-ci
2017 dont 395,8 milliards avec la Chine)
par surprise. Ils sont confrontés à une
ne montre pas que les États-Unis vivent
hégémonie « hard » qui les transforme
au-dessus de leurs moyens : pour Trump,
en États tributaires. Ainsi leurs
ce déficit abyssal est d’abord le résultat
entreprises, si elles rechignent à plier
de l’alliance déséquilibrée nouée entre
devant les oukases du Centre (en matière
les firmes multinationales américaines
d’investissements à l’étranger par
et le Parti communiste chinois au temps
exemple), sont-elles mises à l’amende
de Deng Xiaoping.
en vertu de l’extraterritorialité du droit
Trump attaque sur tous les fronts
américain. En maintenant un conflit
à la fois.
à demi gelé en Ukraine, les États-Unis
D’abord le déficit commercial avec
croient s’être enfin approprié la clé
la Chine, dont par ailleurs le PIB
de la sécurité européenne.
(en dollars courants) s’approche de celui
Dans le système de domination
des États-Unis (12 237 milliards de dollars
états-unien, un paradigme dur s’est
contre 19 390) et l’a même nettement
ainsi substitué à un paradigme mou.
dépassé en parité de pouvoir d’achat
À bien y réfléchir, cela a commencé
(23 000 milliards de dollars contre
avant Trump : avec les « révolutions
19 000), selon la Banque mondiale,
arabes » et la crise ukrainienne. Dans
une Chine qui n’applique qu’avec
les deux cas, la volonté d’exporter
réticence les règles de l’OMC en matière
les « valeurs occidentales » a engendré
de propriété intellectuelle
la crise (sanctions ou diverses formes
et de subventions
d’ingérence en Libye et en Syrie).
Ce changement de paradigme se fait
au nom de l’intérêt national américain :
ce sont deux conceptions de l’intérêt
national qui s’affrontent dans le débat
de politique intérieure américaine
sur le multilatéralisme.
La cristallisation de ce débat autour
de la Russie n’est qu’un trompe-l’œil.
Le vrai sujet, c’est la Chine. Trump
avec elle raisonne d’abord en termes
commerciaux. L’establishment
traditionnel met davantage
en avant les « valeurs » face aux régimes
qualifiés d’« autoritaires ». La Russie
à cet égard n’est qu’une pièce dans
un dispositif plus vaste. Confrontés
à l’échec de leur politique
de « changement de régime »
à Moscou, les États-Unis aujourd’hui
ne peuvent espérer
freiner le rapprochement
de la Russie avec
la Chine et l’Asie
qu’en revoyant
une politique
des sanctions
manifestement
contreproductive.
Il suffirait pour
cela d’exercer
sur l’Ukraine
les pressions
qui l’amèneraient
à appliquer
enfin les clauses
de l’accord de Minsk
qui lui incombent.
Tel ne semble pas être
aujourd’hui le chemin
choisi. En attendant, rien
ne s’opposerait à des « deals »
circonscrits (à la Syrie
par exemple), où la realpolitik,
des deux côtés, trouverait son compte,
si la question de l’Iran n’y faisait obstacle.
Fondée sur des rapports de force
L
«
»
brutaux, la politique de Trump
peut paraître procéder d’une logique
simpliste : un déficit commercial abyssal
peut-il être réduit par la hausse des droits
de douane ? Cette politique ne sera-t-elle
qu’une parenthèse qui se refermera
bien vite ? Il peut paraître bizarre
de substituer à une politique étrangère
globale visant à rassembler des alliés
une somme de « deals » dont le premier
effet est de rapprocher adversaires
et partenaires. Ceux-ci dans l’immédiat
paraissent tétanisés et divisés
quant à la réponse à apporter
issu des élections de 2017 ne veut d’une
« union de transferts » que le président
Macron ne lui a d’ailleurs pas proposée.
Un budget de la zone euro « à deux
chiffres » ne peut être l’outil d’une
politique économique contracyclique
sérieuse. Certes la France pourrait
proposer une politique contracyclique
plus efficace où les investissements
s’effectueraient principalement sur le
territoire des pays contributeurs. Il serait
peut-être ainsi possible de tempérer
le mercantilisme allemand (un excédent
de la balance courante, manifestement
excessif,
de 8,1 % du PIB).
L’accord entre Washington et Mexico
La France
est un bon accord, qui subordonne
et l’Allemagne
l’importation aux États-Unis de voitures pourraient aussi
essayer de
fabriquées au Mexique à un salaire
promouvoir l’euro
minimum des ouvriers mexicains
comme monnaie
internationale
à une politique dont le véritable
parallèlement au dollar, mais la volonté
objet – la perpétuation de la suprématie
politique en existe-t-elle alors que
américaine – est soustrait au débat
les Européens, depuis les accords
public.
de la Jamaïque (1976), se sont toujours
L’Union européenne est divisée
accommodés de l’abus du privilège
par nature. Elle n’est pas capable
du dollar par les États-Unis ?
aujourd’hui de définir une relation
Plus encore qu’une politique
stratégique avec la Chine ou face
économique contracyclique, ce qui fait
aux États-Unis. Sur l’Iran ou en matière
défaut à l’Union européenne, c’est une
commerciale, Trump est en position
capacité d’action stratégique dans le
de force. Il peut sans peine exciter
domaine monétaire mais aussi en matière
au sein de l’Union européenne
de politique extérieure et d’intervention
les contradictions : Brexit, taxation
militaire, de politique migratoire, d’aide
des grosses cylindrées, insuffisant effort
au développement, et enfin de
de défense des Européens, et notamment
promotion des technologies du futur.
de l’Allemagne, dont le statut politicoÀ ces défis, l’intégration n’est pas une
militaire limite la capacité qu’elle a
bonne réponse : les processus de décision
de jouer « dans la cour des grands »,
à vingt-sept ou à dix-neuf sont trop
sanctions rédhibitoires à l’égard
lents. Surtout manque la volonté
des entreprises qui ne respecteraient
politique appuyée sur un puissant
pas les orientations de la politique
sentiment d’adhésion populaire qui
américaine en Iran, faiblesse intrinsèque
pourrait fonder une ambition stratégique
de la monnaie unique face aux secousses
à l’échelle mondiale. Soyons réalistes :
internationales prévisibles, etc.
l’Union européenne restera pour
Une lecture historique de la première
l’essentiel une union de nations, c’est-àmondialisation (1860-1914) ne permet
dire une confédération. La nation reste
pas sans aveuglement d’écarter
en effet le cadre de la démocratie et de
un scénario qui ressusciterait encore
l’affirmation de la volonté politique des
une fois le « piège de Thucydide »,
peuples. Au sein de l’Union européenne,
c’est-à-dire le déclenchement
plusieurs grands États pourraient
par accident d’une « guerre préventive »
ensemble constituer le noyau
entre deux coalitions formées
d’une entité stratégique opérationnelle.
l’une autour d’une puissance dominante
Un traité dans les traités serait sans doute
pour cela
L’Union européenne pourrait tirer parti nécessaire.
Il n’y a pas de
du néoprotectionnisme américain :
contradiction entre
ce « noyau dur » et
la défense de l’État social en effet exige
l’UE à vingt-sept
des frontières
ou la zone euro
à dix-neuf, mais
(Athènes au Ve siècle avant J.-C. ou
au contraire complémentarité. Ce qui
compte, c’est la volonté politique
la Grande-Bretagne au XIXe siècle),
de défendre les intérêts européens.
l’autre autour d’une puissance montante
Par ailleurs, le bon sens commanderait
(Sparte dans la guerre du Péloponnèse
de réfléchir à un nouveau partenariat
ou le IIe Reich allemand avant 1914).
stratégique avec la Russie pour lever
Ce scénario qui fait partie du jeu
l’hypothèque de la sécurité européenne.
de Trump face à la Chine peut rester
L’Europe, à ces conditions seulement,
virtuel. Y a-t-il une alternative ?
pourrait peser comme acteur stratégique
La Chine sera de toute façon demain
mondial. Elle pourrait ainsi desserrer
une très grande puissance mais pas
les pinces du « G2 » et contribuer à
forcément la puissance hégémonique
restaurer un véritable multilatéralisme,
mondiale. L’Union européenne,
plus propice que le tête-à-tête sinoà certaines conditions réalistes, pourra
américain à la stabilité et à la paix dans
peut-être devenir une entité stratégique.
le monde.
Ce n’est pas tant le
L’Union européenne pourrait même
néoprotectionnisme de Trump
tirer parti du néoprotectionnisme
qui menace la paix dans le monde.
américain : la défense de l’État social en
En effet, le regain du protectionnisme
effet exige des frontières. Une certaine
à la fin du XIXe siècle a montré que
régionalisation de l’économie mondiale
la croissance de l’économie mondiale et
permettrait une meilleure régulation
même celle du commerce international
sociale au plan intérieur. De même,
pouvaient s’en accommoder. L’accord
en matière migratoire, la prise
avec le Mexique est un bon accord,
en compte de tous les facteurs
malheureusement trop peu commenté,
(développement des pays d’origine
qui subordonne l’importation aux Étatsqui ont besoin de leurs élites, capacité
Unis de voitures fabriquées au Mexique
d’intégration des sociétés d’accueil)
à un salaire minimum des ouvriers
pourrait conduire à un « mix »
mexicains. Le néoprotectionnisme
consensuel entre pays du Nord et pays
peut aller de pair avec le recentrage
du Sud, autour de formules équilibrées,
des économies chinoise et américaine
cohérentes avec le maintien des valeurs
sur leur marché intérieur. C’est plutôt
universelles : il faudrait pour cela aider
de la configuration bipolaire du monde
les pays du Sud à devenir de véritables
(en « G2 ») et de l’exacerbation des
États nations.
tensions entre les deux pôles que procède
Trump incarne un défi qui ne peut être
aujourd’hui le plus grand danger.
relevé que sur la base d’une vision
Un certain multilatéralisme peut-il
stratégique, par une France remise
être restauré ?
au centre du jeu européen », selon
Avec peu de moyens, la Russie a rétabli
la formule employée, un jour, par
sa souveraineté.
le président de la République.
L’Union européenne ne peut,
De toute évidence, des révisions
selon moi, y parvenir par la voie
s’imposent à notre politique pour tenir
de l’intégration. Les rapports de force
compte des changements majeurs
en son sein sont trop déséquilibrés.
intervenus depuis un an.
Les résultats de notre commerce
extérieur témoignent du manque
* Président de la Fondation Res Publica.
de compétitivité de l’économie française
Dernier ouvrage paru : « Un défi
qui depuis quatre décennies a laissé
de civilisation - La seule stratégie
s’effilocher son industrie. Moins que
pour la France » (Fayard, 2016).
jamais le gouvernement de Mme Merkel
«
»
«
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 6 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Luc Ferry
luc.ferry@yahoo.fr
www.lucferry.fr
Vacances et divertissement
e divertissement sous
toutes ses formes (jeu,
consommation, farniente…)
occupe en général
l’essentiel des vacances.
On l’oppose volontiers
au travail qui reprend ses droits
avec ce mot que personne n’aime,
la « rentrée », pour dominer ensuite
le reste de l’année. Sans vouloir jouer
à bon compte les marginaux, je vis
plutôt l’inverse. C’est pendant
la période estivale, à l’écart
de l’agitation de la ville,
que je travaille le mieux. Dans ma
jeunesse, j’aimais les loisirs et les jeux,
je m’en méfie davantage aujourd’hui,
en quoi je me sens plus proche de la
critique qu’en faisait Lucrèce, bien
L
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
avant Pascal, dans son fameux poème,
De la nature des choses (De rerum
natura). C’est selon lui une certaine
angoisse de mort qui nous pousse
vers tout ce qui relève de la dimension
ludique. Pourtant, le divertissement
nous rend plus mortels que jamais
car il nous pousse en général vers
le consumérisme. Or la consommation
s’apparente à l’addiction.
Qu’est-ce qu’un drogué ? C’est
quelqu’un qui, passé un certain seuil,
ne peut s’empêcher d’augmenter
les doses et de rapprocher les prises. Il
ressemble à ces enfants qui convoitent
un jouet qu’ils n’ont pas encore
et se désintéressent de ceux qu’ils ont.
Cette course désespérée au bonheur
s’oppose à la véritable sérénité. Elle
ENTRE GUILLEMETS
6 septembre 1683 : mort de Colbert, contrôleur général des finances de Louis XIV.
Mot d’époque, auteur inconnu
JOSSE/LEEMAGE
Ci-gît l’auteur de tous
impôts / Dont à présent
la France abonde. /
Ne priez point pour
son repos / Puisqu’il
l’ôtait à tout le monde»
nous interdit d’habiter le présent.
Le sage selon Lucrèce est celui qui
parvient à vaincre ces deux maux
qui pèsent sur la vie humaine, le passé
et le futur, pour habiter le moment
présent, pour savourer un instant qui
n’étant plus relativisé par la nostalgie
ou l’espérance devient comme un
fragment d’éternité. Pour y parvenir,
il faut se garder d’entrer dans
la logique de ces plaisirs artificiels
qui nous ancrent dans une temporalité
évanescente, celle de la fuite en avant.
De là une deuxième idée qui domine
la vision du monde que Lucrèce
emprunte à son maître Épicure :
lorsqu’on est dans l’addiction,
dans la course au « toujours plus »,
qu’on cherche sans cesse des excitants
nouveaux, la vie ressemble au tonneau
des Danaïdes. On n’est jamais satisfait
de ce qu’on a et on désire ce que
l’on n’a pas. Dans le Livre III de son
De rerum natura, Lucrèce évoque trois
grands mythes pour faire comprendre
et illustrer l’absurdité de la course
aux avoirs : Tantale, Sisyphe
et surtout les Danaïdes.
Les Danaïdes sont les cinquante
filles de Danaos. Quarante-neuf
d’entre elles ont cédé à l’injonction
de leur père qui leur ordonnait
de tuer, pendant leur nuit de noce,
les cinquante cousins qu’elles devaient
épouser. Les malheureuses seront
punies aux Enfers, dans l’Hadès :
elles devront indéfiniment remplir
une jarre percée qui se vide au fur
et à mesure qu’elles y versent de l’eau.
Celui qui cède à la logique
de ce « tonneau des Danaïdes »
qu’est la consommation sans fin
se place lui aussi, sans le savoir
ni le vouloir, dans l’insatisfaction
permanente. Perpétuel insatisfait,
il se jette dans l’illusion la plus funeste
qui soit, celle des plaisirs « immenses
et creux », comme dit Épicure, dans
cette vanité des vanités que stigmatise
Lucrèce dans ce passage de son poème
que je cite dans la belle traduction
qu’en a donnée mon ami André
Comte-Sponville dans son livre
Le Miel et l’Absinthe : « Tel s’est
précipité hors sa vaste demeure, lassé
d’être chez lui, puis soudain y retourne,
ne sentant aucun mieux à s’ennuyer
dehors. Il presse le pas, court, harcèle
sa monture, comme allant au secours de
sa maison en flamme. Le seuil à peine
atteint, il se met à bâiller, tombe en un
lourd sommeil pour y chercher l’oubli, à
moins qu’il ne se hâte à nouveau vers la
ville… Tant que nous n’avons pas l’objet
tant convoité, le manque fait son prix.
L’avons-nous obtenu, c’est un autre
aussitôt que visent nos désirs. »
Où l’on mesure au passage à quel
point l’image de l’épicurien pourceau,
qui se vautre dans les plaisirs
matériels, est aux antipodes
de la réalité. Il en va de l’épicurisme
comme du « machiavélisme » :
on oublie la vérité d’une philosophie
au profit des poncifs les plus éculés.
Machiavel était tout sauf
machiavélique et les épicuriens
se voulaient être de véritables sages.
Ils pensaient simplement que le but
de l’existence humaine est
de parvenir, comme les dieux, à
l’autosuffisance, l’idéal étant d’aimer
ce qu’on a plutôt que désirer ce que
l’on n’a pas, ce qui ne va évidemment
pas de soi. Il s’agit plutôt d’un Idéal
élevé que nos sociétés modernes
de consommation, de loisirs et de
divertissements sans fin, malgré tous
leurs incontestables bienfaits, rendent
pratiquement impossible à réaliser.
ANALYSE
Damien Mascret
dmascret@lefigaro.fr
Faculté de médecine : s’attaquer
enfin au numerus clausus
haque nouvel étudiant
qui rêve de devenir médecin
n’a qu’un chiffre en tête :
le numerus clausus.
Le nombre d’étudiants
autorisés à poursuivre
des études médicales en deuxième année.
Un chiffre fixé précisément chaque
année, pour chaque faculté, par un arrêté
conjoint du ministère de la Santé et du
ministère de l’Enseignement supérieur.
Selon une indiscrétion révélée
le 5 septembre par Franceinfo,
le gouvernement voudrait mettre fin
à ce système ou plutôt en modifier
les modalités. Et peut-être même
l’annoncer dans quelques jours
lors de la présentation du plan
de transformation du système de santé.
Il est vrai que le concours actuel,
incroyablement sélectif mais
notoirement stupide dans ses modalités,
laisse sur le carreau bien des étudiants
brillants à la fin de la première année
(85 % échouent). Qu’il en sélectionne
d’autres qui sont de belles « bêtes
à concours » mais parfois dénués de
l’empathie et de l’humanité nécessaires
à la pratique médicale. Qu’il en pousse
certains, enfin, à s’exiler pour aller se
former en Roumanie ou en Espagne – où
n’existent pas de concours – et à revenir
en France au terme de leurs études.
De fait, depuis une dizaine d’années un
quart des nouveaux médecins qui
s’inscrivent chaque année pour exercer
ont des diplômes étrangers. Le Conseil
national de l’Ordre des médecins a plaidé
l’an dernier pour « un numerus clausus
régionalisé, à partir des capacités
de formation des établissements
et des possibilités d’organisation
des stages durant la scolarité ».
C
+
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Dassault Médias
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Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
dans des villages, des quartiers, des
hôpitaux. Aucun territoire n’est épargné.
La logique comptable est pourtant encore
très présente dans les ministères. L’an
dernier le numerus clausus était fixé à
8 205 places. Soit 400 médecins de moins
qu’en 1972, preuve que des technocrates
tiennent fermement la barre depuis un
demi-siècle. Est-ce bien raisonnable ?
Dans le monde merveilleux des
prévisions optimistes dont se bercent
nos décideurs politiques, la démographie
médicale tient une
place à part. Chacun à
Le concours actuel pousse certains
leur tour, les ministres
de la Santé se penchent
à aller se former en Roumanie
sur les courbes et
et à revenir en France au terme
les projections les plus
de leurs études. Un quart des nouveaux optimistes pour
médecins qui s’inscrivent pour exercer conclure dans un bel
élan que l’on ne
ont des diplômes étrangers
manque pas vraiment
de médecins
en France. Évidemment, cette
Voilà qui aurait le mérite de laisser
affirmation est contredite par la réalité
à chaque région, en mettant tous
des territoires, à la campagne, à la ville
les acteurs autour de la table, le soin
et à l’hôpital. Les statisticiens s’en tirent
d’ouvrir plus ou moins grand son
d’une pirouette en précisant que si l’on
numerus clausus. Les régions oseronten manque à certains endroits c’est
elles saisir cette liberté nouvelle ?
qu’ils sont mal répartis.
Les facultés vont-elles doubler ou tripler
On pourrait rire de cette lapalissade si
leurs capacités de formation grâce
elle ne traduisait pas cette étrange façon
à un investissement massif dans
de raisonner en oubliant que l’humain
les nouvelles technologies ? À voir.
ne se plie pas si facilement à la volonté
La crainte de former « trop »
de ses dirigeants. C’était vrai dans
de médecins n’est pas nouvelle, puisque
« l’ancien monde », ça l’est encore dans
le numerus clausus a été créé en 1972
le nouveau. Le fantasme de planifier
pour éviter cela. On affirmait alors
à dix ans est illusoire. Qui peut savoir
qu’un médecin coûtait 1 million
quelles seront les envies d’exercice
de francs à la sécurité sociale. Moins
et d’installation des étudiants dans
de prescripteurs, c’est moins
plus de dix ans, alors qu’eux-mêmes
de prescriptions, donc moins
les ignorent ? Formons ! Formons !
de dépenses. Imparable. Résultat,
Il en restera bien quelque chose.
aujourd’hui on manque de médecins
Fin juin, Agnès Buzyn, la ministre
de la Santé avait reconnu devant
les parlementaires, « réfléchir à une
réforme globale des études de santé
où la question du numerus clausus est
clairement posée ». L’idée du neurologue
et député LREM, Olivier Véran (lire
page 11), de fixer un « numerus apertus »
fait son chemin. Il s’agirait pour
le ministère de déterminer un nombre
minimum d’étudiants à former par
faculté et non plus un nombre limité.
«
Arnaud de La Grange
(International),
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… POLITIQUE
Pourquoi le peuple
français n’a-t-il
plus confiance
en ses présidents ?,
par Maxime Tandonnet,
essayiste et historien.
… POLÉMIQUE
Laurent Bouvet,
professeur de science
politique, répond
à la gauche identitaire
et à ses alliés.
Les rencontres
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FIGARO
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1er cahier 22 pages
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A
CHRONIQUE
21
B O U T I Q U E E N LI G N E D I O R .C O M
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 037 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
VIVENDI PASSE
À L’OFFENSIVE
CONTRE ELLIOTT
lefigaro.fr/economie
TRANSPORT
FISCALITÉ
CE QU’IL FAUT SAVOIR
SUR LA RETENUE À LA SOURCE
ET LES CRÉDITS D’IMPÔTS PAGE 26
L’absentéisme augmente
toujours en France
Dans les entreprises privées, les absences pour maladie ou accident du travail
représentent en moyenne 17,2 jours par an et par salarié. PAGES 24 ET 25
Le nautisme français à ses niveaux d’avant la crise
PLAISANCE Oubliée, la crise de
2008. L’industrie nautique française a retrouvé lors de la saison 20162017 ses meilleurs niveaux avec des
performances quasi identiques à
celles enregistrées avant la crise,
s’est réjouie mercredi la Fédération
des industries nautiques (FIN). Dopée par les exportations, la filière
nautique française a réalisé, la saison dernière, un chiffre d’affaires
de 4,8 milliards d’euros (+2 %).
« En dix ans, la production française
exportée est passée de 62 à 75 % du
le PLUS du
FIGARO ÉCO
FISCALITÉ
Berlin a des états
d’âme sur la taxation
des Gafa
total de la production réalisée », a
souligné Yves Lyon-Caen, président de la FIN. On se souvient que la
violence de la crise financière de
2008 avait notamment provoqué
une chute de 50 % du marché français, et de 60 % à 70 % des ventes
en Espagne et au Royaume-Uni.
Dans le détail, l’activité de la seule
filière industrielle s’est établie à
1,8 milliard, contre 1,9 milliard lors
de 2008. En tout, quelque 53 000
embarcations de toutes tailles ont
été produites pendant cette pério-
de, dont 3 449 voiliers, et 11 190 bateaux à moteur, atouts majeurs des
chantiers français. Cette hausse de
l’activité de l’industrie s’est traduite aussi par la création de 946 emplois, ce qui porte les effectifs de la
filière (41 456 postes) à un niveau
comparable à 2008, soit également
le niveau d’il y a dix ans.
La FIN note que l’embellie a été facilitée par une progression de 9 %
du marché français. Cependant, la
fédération s’efforce de rester prudente. Les premiers chiffres relevés
LA SÉANCE
22580,83 -0,51%
ELSA BEMBARON
L'HISTOIRE
Au Japon vieillissant, Shinzo Abe veut
inciter à partir à la retraite après 70 ans
A
u pays du Soleil-Levant,
les chiffres de la démographie
sont si désespérants que
certains l’ont renommé le
« pays du Soleil-Couchant ».
Chaque année, la population de l’Archipel se
DU MERCREDI 05 SEPTEMBRE 2018 réduit de 300 000 âmes. Tout simplement
parce que depuis dix ans, le nombre
CAC 40
de décès dépasse celui des naissances.
5260,22 -1,54%
Les plus de 65 ans représentent plus
du quart de la population. En 2050,
DOW JONES (18h)
soit dans à peine plus de trente ans, plus
25950,67 -0,01%
d’un Japonais sur trois aura plus de 65 ans.
ONCE D’OR
Avec une pyramide des âges aussi fragile
à la base,
1196,70 (1190,85)
le financement
PÉTROLE (lond)
des retraites est
77,290 (78,570)
de plus en plus
problématique.
EUROSTOXX 50
C’est pour relever
3316,19 -1,29%
le défi que le premier
ministre, Shinzo Abe,
FOOTSIE
a proposé, dans une
7383,28 -1,00%
interview à la Nikkei
NASDAQ (18h)
Asian Review,
7521,90 -1,32%
de repousser l’âge
de la retraite au-delà
NIKKEI
de 65 ans.
PAGE 26
pour la saison 2017-2018 font craindre un tassement de 1 % de la croissance du marché français. Dans ce
contexte, le dynamisme des exportations sera déterminant. Heureusement, les marchés internationaux
restent bien orientés. Le marché
européen demeure solide, alors que
les ventes sont en croissance en
Amérique du Nord. Les prochains
salons nautiques de Cannes et de
Paris renforceront peut-être l’activité en France, comme l’espère la
CH. G.
profession.
Vivendi n’a pas rendu les armes.
Trois mois après avoir été bouté
hors du conseil de Telecom Italia
(TIM) par le fonds activiste américain Elliott, Vivendi sonne une première charge. Dans un communiqué
cinglant, le groupe de Vincent Bolloré accuse l’activiste de tous les
maux. Selon lui, la gestion d’Elliott
est la seule responsable du plongeon
boursier de l’opérateur italien. « Il
est au plus bas depuis 5 années
alors que dans son “position paper”
du 9 avril, Elliott promettait un doublement du cours de Bourse en deux
ans », insiste Vivendi dans son communiqué. Il reproche aussi au fonds
d’être à l’origine de rumeurs provoquant des « dysfonctionnements
nuisibles à la bonne marche et aux
résultats de TIM ». La chute vertigineuse du cours de Bourse de TIM a
de quoi agacer Vivendi qui détient
24 % de son capital. Au cours actuel
de 0,52 euro par action, la perte potentielle de Vivendi dépasse 1,5 milliard d’euros. Ce dernier pourrait saisir l’occasion pour reconvoquer une
assemblée générale et tenter de reprendre les commandes de l’italien,
comme évoqué au printemps.
Mais le groupe français oublie un peu
rapidement un élément clé de
l’équation italienne : le lancement de
Free - plus précisément d’Iliad sur le
marché Italien. Le trublion des télécoms a engrangé plus de 1,5 million
d’abonnés depuis son arrivée, le
28 mai dernier. Une prouesse commerciale qui faisait dire mardi au directeur général d’Iliad « qu’un seul
opérateur mobile a fait mieux à ses
débuts… Free ! ». Dans un tel
contexte, les concurrents sont forcément affectés. C’est aussi passer
sous silence le fait que la bérézina
boursière n’affecte pas seulement
TIM. Vodafone, aussi présent sur le
marché italien, a vu son cours de
Bourse reculer de près de 22 % sur
la même période. D’ailleurs, Iliad
n’est pas non plus à l’abri des turbulences boursières. Le titre a perdu la
moitié de sa valeur en un an et 27 %
depuis son entrée sur le marché italien ! Ce qui tendrait à prouver que la
gestion de TIM par le fonds activiste
Elliott n’est peut-être pas la seule
raison de la déconfiture boursière…
Mieux - ou pire selon le point de vue -,
le dirigeant nippon, qui n’a pour sa part
que 63 ans, voudrait inciter financièrement
ses concitoyens à travailler au-delà
de 70 ans. Actuellement, un Japonais
peut prétendre à la retraite dès 60 ans
mais est déjà encouragé à travailler
jusqu’à 65 ans pour arrondir sa pension.
Dans les faits, de nombreux seniors
de l’Archipel travaillent à un âge avancé,
parfois au-delà de 80 ans, en particulier
les personnes modestes qui occupent des
emplois dans la restauration et le commerce.
Même en prenant sa retraite à 70 ans,
un Japonais pourra,
en moyenne,
en profiter encore
longtemps puisque
selon l’OMS,
c’est au Japon que
l’espérance de vie
est la plus longue
du monde : 81,1 ans
pour les hommes,
et 87,1 ans
pour les femmes. ■
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DANS PARIS PAGE 28
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jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
24
L'ÉVÉNEMENT
MÉTHODOLOGIE
Le 10e baromètre
de l’absentéisme
et de l’engagement, édité
par le groupe de conseil
en performance Ayming
et dont Le Figaro publie
cette année les résultats
en exclusivité, contient
en réalité deux parties.
La première partie, qui traite
à proprement parler du sujet
de l’absentéisme, est basée
sur une étude quantitative
en 2017 réalisée, en
partenariat avec AG2R
La Mondiale, auprès
de 46 540 entreprises
employant 1,84 million
de salariés du secteur privé.
La seconde partie porte en
revanche sur une étude
qualitative, réalisée cette
fois par Kantar TNS auprès
de 1 000 salariés du secteur
privé sur leur engagement
dans l’entreprise.
La
manipulation
de patients
provoque des
troubles musculosquelettiques
qui engendrent
des arrêts longs
»
FABIEN PIAZZON,
CONSULTANT CHEZ AYMING,
AU SUJET DE L’ABSENTÉISME
DANS LE SECTEUR DE LA SANTÉ
L’absentéisme progresse encore
Selon le 10e baromètre Ayming sur la question, le nombre d’absences pour maladie
ou accident du travail a augmenté en 2017, pour atteindre 17,2 jours par salarié et par an.
CORINNE CAILLAUD £@corinnecaillaud
SANTÉ Rebelote ! Pour la troisième
année consécutive, le taux moyen
d’absentéisme des salariés dans les
entreprises privées poursuit son
inexorable hausse en France, passant de 4,59 % en 2016 à 4,72 % en
2017, selon le 10e baromètre de l’absentéisme et de l’engagement réalisé par le cabinet de conseil Ayming
et dont Le Figaro publie en exclusivité les résultats. Cette nouvelle
progression fixe la moyenne nationale à 17,2 jours d’absence par an et
par salarié pour des arrêts maladie,
des accidents du travail ou des maladies professionnelles, contre 16,8
l’année précédente.
Trois secteurs se détachent particulièrement. Dans la santé (établissements privés), le taux d’absentéisme dépasse ainsi la moyenne et
grimpe à 5,31 %, contre 5,04 % en
2016. « La manipulation de patients
provoque des troubles musculosquelettiques difficiles à soigner, engendrant des arrêts longs. De plus,
cette population active est vieillissante et son renouvellement y est plus
faible qu’ailleurs », assure Fabien
Piazzon, consultant chez Ayming.
L’industrie est, quant à elle, passée
d’un taux d’absentéisme de 3,43 à
3,94 % en un an, quand le commerce a vu son taux grimper de
4,30 à 4,86 %. Là aussi, les troubles
musculo-squelettiques sont présents en nombre à cause du port de
Un absentéisme
en forte hausse qui...
... est inégalement réparti
sur le territoire...
Taux d'absentéisme national
Par régions, en 2017
En nombre de jours
par salarié
charge. Par ailleurs, le renouvellement du personnel dans le commerce est très fort et le sentiment
d’appartenance à l’entreprise y est
plus faible qu’ailleurs. « L’activité
commerçante est devenue mineure
aujourd’hui. Le personnel met les articles en rayon, il n’y a pas de réflexion sur les postes. Il est important
de redonner du sens au travail pour
motiver les collaborateurs », pointe
Fabien Piazzon. Bonne nouvelle:
l’embellie se poursuit dans les services avec un taux qui régresse à
4,84 %, contre 5,48 % en 2016.
tent à en changer. Une insatisfaction professionnelle qui entraîne de
l’absentéisme.
Avec des arrêts maladie de longue durée plus nombreux (45 %),
l’absentéisme des seniors est plus
élevé et s’établit à 7,11 % en 2017. Ils
sont dus à des maladies graves et
une rémission moins rapide sur des
pathologies classiques. En revanche, si le taux des moins de 30 ans
est plus faible (3,23 %), ces derniers
sont plus souvent absents mais pour
des causes moins sérieuses. Une
particularité cependant chez les
moins de 25 ans, où l’absentéisme
de plus de 90 jours est fort, puisqu’il
culmine à 7 %. La raison ? La désil-
Les femmes plus exposées
Sans surprise, l’écart entre le taux
d’absentéisme des hommes et des
femmes demeure élevé, atteignant
respectivement 3,54 % et 5,3 %.
Comme les années précédentes, il
ressort que les femmes sont plus
exposées physiquement avec des
tâches répétitives. De plus, elles assurent toujours plus de charges domestiques que leurs conjoints, et
sont plus nombreuses en situation
monoparentale.
Les disparités territoriales restent
également conséquentes, avec de
fortes hausses en Corse (à 6,99 %),
en Normandie (à 4,90 %), dans le
Grand Est (à 5,06) et en Occitanie (à
5,50 %). Des niveaux plus élevés
que la moyenne qui s’expliquent
par le taux de chômage important
enregistré dans ces territoires.
Même si les salariés ne se sentent
pas bien dans leur emploi, ils hési-
Comparaison difficile entre public
et privé par manque de données
Il est très difficile de faire des
comparaisons avec le public.
La raison ? Les données font
défaut. Tout juste peut-on
approcher le problème dans
la fonction publique territoriale
grâce à l’enquête réalisée
chaque année par le courtier
en assurances Sofaxis.
Selon les résultats provisoires
de juin, les collectivités
territoriales ont ainsi compté
9,8 agents absents en
permanence sur 100 en 2017,
... se concentre sur quelques secteurs...
Par secteurs
2017
2016
4,72 %
5,04 %
5,31 %
4,69 %
5,48 %
4,84 %
4,86 %
4,3 %
3,94 %
17,2
3,43 %
4,59 %
4,9 %
4,55 %
5,06 %
3,31 %
5,14 %
16,8
16,6
4,33 %
4,6 %
4,59 %
Santé
2015
2016
2017
... touche plus les femmes
que les hommes...
Commerce
HOMMES
3,54 %
Services
Industrie-BTP
... et sur les plus âgés
4,87 %
5,04 %
7,11 %
Par âges, en 2017
5,81
Par sexes, en 2017
FEMMES
5,3 %
contre 9,5 en 2016. Soit une
hausse de 33 % en dix ans
pour arriver à une moyenne
de durée d’absence (congé
maternité inclus) de 33 jours
par agent et par an. Quant à
l’État ou à l’hôpital, il faut se fier
à une étude de 2012 qui évalue
le nombre de jours d’absence
(pour maladie ordinaire)
à 7,1 jours dans la fonction
publique d’État, 12,1 jours
dans la territoriale et 12,2 jours
dans les hôpitaux.
M. L.
lusion des jeunes face à une réalité
professionnelle différente de leurs
attentes.
Par ailleurs, le taux d’absentéisme fluctue en fonction de l’ancienneté. Il est plus grand pour les salariés arrivés dans l’année que pour
ceux en poste depuis plus longtemps. À partir de cinq ans de présence dans l’entreprise, le taux diminue de plus de 30 % pour
certaines catégories d’âge. Mais
pour Fabien Piazzon, « l’absentéisme n’est pas une affaire d’âge ». Il
alerte cependant sur la nécessité
des employeurs à adapter les
conditions de travail aux capacités
physiques des seniors, les aînés
étant aujourd’hui plus vieux au travail qu’il y a vingt ans.
Quant au rapport au travail selon
les générations, ce 10e baromètre
Ayming relève que si « les entreprises investissent davantage dans les
jeunes générations, les seniors sont
une population qui pourrait être une
grande source de performance pour
peu qu’elles prennent mieux en
compte leurs particularités ». Ainsi,
ces derniers répondent à 78 % présents quand le patron a besoin
d’eux, contre 60 % des jeunes.
Quoi qu’il en soit, la demande
d’autonomie est une préoccupation
qui fait consensus, pour toutes les
tranches d’âge. « Oser parler de
nouvelles façons de travailler peut
être une des réponses à cette hausse
permanente de l’absentéisme », indique Fabien Piazzon. ■
%
4,59 %
4,78 %
3,23 %
5,5 %
3,6 %
2,21 %
6,99 %
Source : Ayming
Infographie
Moins 26-30 ans 31-40 ans 41-50 ans 51-55 ans Plus
de 25 ans
de 56 ans
A
Ces entreprises qui traquent les salariés fraudeurs
Si le contrôle médical est longtemps resté un sujet tabou, de plus
en plus de dirigeants y ont aujourd’hui recours. La contre-visite, à
l’initiative de l’employeur, permet
de vérifier que l’arrêt de travail est
bien médicalement justifié et de
plus en plus de grandes entreprises les intègrent, en toute
transparence, dans leur politique
de maîtrise de l’absentéisme.
Si certaines optent pour des vérifications exhaustives, quitte à
créer souvent des ambiances délétères en interne, d’autres préfèrent des contrôles aléatoires. Mais
dans tous les cas, elles s’adressent
à des cabinets spécialisés, comme
l’entreprise belge Securex, experte dans la prévention des risques
en entreprise et présente sur le
marché des contrôles médicaux
depuis 1971.
Avec un panel d’environ
4 000 médecins libéraux, Securex
effectue entre 35 000 et 40 000
contrôles d’arrêt maladie par an
dans toute la France. « Le nombre
d’entreprises qui font inspecter
leurs salariés reste toutefois
faible », indique Bruno Pernet, le
directeur de Securex Medical Services, la filiale du groupe basée à
Lille. Et ce, essentiellement… par
méconnaissance de la législation.
« Peu de dirigeants savent que,
dès lors qu’ils payent le complément
de salaire à leurs collaborateurs, ils
sont en droit de procéder à des vérifications », assure Bruno Pernet.
Et pour cause. Quand un salarié
est en arrêt de travail, des indemnités journalières lui sont automatiquement versées par la Sécurité
sociale. Et c’est son employeur,
selon le principe de subrogation,
qui lui verse un complément de
salaire partiel ou total.
Nombre de cachets
Tous les contrôles, dont le coût
varie entre 80 et 150 euros, s’effectuent sur le même schéma. Si
lors de première visite le salarié
est absent, le médecin lui notifie
son passage et lui fixe un deuxième
rendez-vous. « S’il n’est pas présent la seconde fois, le dirigeant est
fondé à lui demander des explications et peut lui supprimer son complément de salaire », précise Bruno
Pernet.
Lors de sa visite, le médecin demande au salarié ses ordonnances
et résultats d’examen, vérifie qu’il
prend son traitement - en comptant le nombre de cachets dans les
boîtes - et peut l’examiner si le patient l’y autorise. Au vu des différents éléments fournis ou non, le
médecin formule un avis. Il peut
estimer qu’à l’instant où il a ausculté le patient, l’avis médical
« n’est plus justifié » et que la personne est en état de reprendre son
travail. En aucun cas, il ne peut aller à l’encontre de l’avis initial.
Cependant, le dernier avis médical étant celui qui fait foi, le salarié
peut tout à fait retourner chez son
médecin et se faire arrêter de nouveau. Toutefois, les arrêts qui ne
sont plus médicalement justifiés
remontent obligatoirement à la
sécurité sociale…
Reste que la plupart des salariés
contrôlés semblent ne pas tricher.
Sur l’ensemble des inspections effectuées en 2017 par Medicat Partner, autre spécialiste du secteur,
65 % des arrêts étaient valables.
Seuls 3 % n’étaient « plus médicalement justifiés ».
Dans 23 % des autres cas, le
salarié était absent, pour 8 %
l’adresse était incomplète ou erronée, et pour 1 %, le salarié a refusé
de s’y soumettre. « Le contrôle est
une bonne solution dans l’urgence,
mais une entreprise qui présente un
taux d’absentéisme de 10 % devra
mettre en œuvre une politique de
prévention adaptée », précise Caroline Noailly Laporte, la gérante
de Medicat Partner. ■
CO. C.
Syndicats et patronat divergent
MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault
politique
« deLamaîtrise
de
l’absentéisme
d’une
entreprise doit
être basée
sur plusieurs
outils, comme
la prévention
des risques,
et la formation
managériale
»
BRUNO PERNET,
DIRECTEUR DE SECUREX
MEDICAL SERVICES
Face à la levée de boucliers du patronat, Édouard Philippe a juré il y a
dix jours qu’il n’y aura pas de
« transfert brutal » du financement
des indemnités journalières (IJ) de
la Sécu vers les entreprises, en cas
d’arrêt maladie de moins de 8 jours.
Mais les partenaires sociaux vont
devoir apporter des solutions pour
trouver, avant la fin de l’année, une
solution à cette dépense de 10 milliards d’euros qui progresse de 4 %
par an, deux fois plus vite que les
dépenses de santé. Or ils sont loin
d’être d’accord.
Le patronat, qui a senti le vent du
boulet, veut renforcer les efforts de
prévention. Des mesures ont déjà
été prises, dans le BTP par exemple,
qui ont contribué à réduire les accidents du travail. « Mais il y a encore
un certain nombre de métiers où l’on
peut progresser », assure Alain Griset, le président de l’U2P (artisans).
Et de citer l’exemple de la coiffure,
« où les artisans ont acheté des fauteuils réglables en hauteur qui améliorent la santé des collaborateurs ».
Seconde proposition : le patronat
plaide pour un renforcement des
contrôles de la Sécu. « Les médecins
font leur boulot mais, derrière, ce
n’est pas toujours facile pour eux. Il
faut qu’il y ait des contrôles plus systématiques », plaide Alain Griset.
Enfin, troisième piste avancée par
l’U2P, qui risque de faire grincer des
dents : mettre fin à la prise en charge des jours de carence (les trois
premiers d’arrêt dans le privé), financés par l’employeur dans les
grandes entreprises et souvent par
la mutuelle dans les petites.
Un droit du salarié
Mais ce triptyque est loin de faire
consensus. « Les entreprises doivent
payer car les arrêts de courte durée
sont en grande partie dus aux conditions de travail délétères. Les gens
ont un peu de fièvre mais, comme ils
sont à bout, ils restent chez eux, affirme Martine Keryer, médecin du
travail et déléguée CFE-CGC. La
prévention, c’est bien joli, mais les
entreprises ne prennent pas en
compte ce qui rend les gens malades :
objectifs trop importants, manque de
sens et de reconnaissance, connexion
permanente via les nouvelles technologies. » La syndicaliste cadre veut
donc étendre le débat aux arrêts
longue durée, estimant que « 20 % à
25 % d’entre eux sont dus aux risques psychosociaux ».
À l’inverse, FO veut conserver le
système actuel. Pas question de fai-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 6 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
Édouard Philippe bien décidé à s’attaquer
au dérapage très coûteux des arrêts maladie
CÉCILE CROUZEL £@ccrouzel
Pas le temps de traîner. Sitôt bouclées les rencontres bilatérales
avec le patronat et les syndicats, le
premier ministre leur a envoyé,
mercredi, un document récapitulant les sept chantiers à aborder
lors de l’année à venir. Certains
sont particulièrement sensibles,
comme celui des arrêts maladie.
Matignon, qui veut lutter contre le
dérapage de ces dépenses (+4%
par an pour dépasser les 10 milliards d’euros), va missionner
deux experts, Jean-Luc Bérard, le
DRH de Safran, et Stéphane
Seiller, conseiller-maître à la Cour
des comptes. Leur mission ? Élaborer d’ici à la fin de l’année un
rapport posant un diagnostic et
proposant des leviers d’action, en
faisant un premier point d’étape
en octobre. Pour cela, ils auditionneront toutes les parties prenantes : patronat, syndicats, médecins, caisses de Sécu.
« Il faut que les dépenses soient
soutenables et que le système soit
plus juste et plus équitable. Aujourd’hui, les situations sont différentes
selon qu’on travaille dans une PME
ou un grand groupe, selon la couverture complémentaire », insistet-on dans l’entourage du premier
ministre.
De fait, les fonctionnaires ont un
jour de carence (jour d’arrêt maladie non payé), les salariés du privé,
trois. Mais ces trois jours sont très
souvent pris en charge par les mutuelles dans les grandes entrepri-
ses, et rarement dans les petites.Ce
chantier sur les arrêts maladie se
recoupera avec celui de la santé au
travail. Un thème englobant la
prévention des risques professionnels, la médecine du travail, la
qualité de vie au travail. Le rapport
préconisant la création d’un guichet et d’une cotisation uniques a
été bien accueilli par les partenaires sociaux. Le gouvernement devrait leur envoyer un document
d’orientation dans la deuxième
quinzaine d’octobre. Une négociation et des concertations devraient
s’ensuivre, pour aboutir au printemps 2019.
35 milliards de dette
L’autre dossier explosif est celui de
l’assurance-chômage. Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, a
déclaré dimanche n’avoir « aucun
tabou », faisant référence à la dégressivité des allocations-chômage. Une piste proposée pour les
hauts cadres par le député LaREM
Aurélien Taché, mais qui fait bondir les syndicats. Autre point de
tension : les économies à réaliser
pour redresser la situation financière d’un régime qui a accumulé
35 milliards d’euros de dette.
« La logique est de construire une
trajectoire financière où il y aura
des excédents. Si le régime est tout
juste à l’équilibre en période haute
comme aujourd’hui, cela va devenir
difficile le jour où la conjoncture
sera défavorable », souligne-t-on
à Matignon. Comprendre en
creux : la trajectoire actuelle - retour à l’équilibre en 2019, excédent
de 1,6 milliard en 2020 et de
3,6 milliards en 2021 - ne suffit
pas. Il faudra faire des efforts supplémentaires. Le chiffre de 0,8 à
1 milliard d’euros circule. Or les
syndicats, y compris la CFDT, ne
veulent pas d’une baisse des droits
des chômeurs ni d’une réforme au
prisme budgétaire.
Quant au patronat, il reste opposé au bonus-malus sur les
contrats courts, cher aux syndicats
mais surtout à l’exécutif - il s’agit
d’une promesse du candidat Macron pour lutter contre la précarité
dans les embauches. Reste aussi la
question de l’architecture générale
du système. Le Medef propose un
big bang, avec une indemnisation
à 3 étages (nos éditions du 4 septembre). La CFDT est ouverte à des
changements. Le gouvernement
devrait envoyer la lettre de cadrage, fixant les orientations de la réforme, le 21 septembre, après une
phase de concertation. Chaque organisation patronale et syndicale
décidera alors d’entrer en négociation, prévue pour durer quatre
mois. Et il n’est pas certain que
tous disent oui.
À ce menu copieux s’ajoutent la
réforme des retraites et celle de la
dépendance. Les plans pauvreté et
hôpital seront, eux, annoncés les
13 et 18 septembre. Enfin, les numéros un des syndicats et du patronat se réuniront le 12 septembre
pour élaborer ensemble leur propre agenda social. Ils pourraient y
inscrire la question des nouvelles
formes d’emploi et des mutations
liées au numérique. ■
25
Deux rapports pour enrichir
le plan pauvreté
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
Il ne s’agit pas
de renvoyer
vers tel ou tel
le coût de ces
indemnisations.
C’est ensemble
qu’il faut
résoudre
le problème.
Je veux dire
à tous que cela
ne peut pas
durer
»
ÉDOUARD PHILIPPE,
DANS LE « JDD »
DU 26 AOÛT, AU SUJET
DES DÉPENSES D’ARRÊTS
MALADIE
SORIANO/LE FIGARO
Matignon affine la copie du « plan
pauvreté » dont la présentation
officielle, qui sera effectuée par
Emmanuel Macron, est annoncée
pour le 13 septembre. Pour enrichir le texte, Édouard Philippe a
reçu mercredi deux rapports sur
lesquels ont notamment planché
des parlementaires LaREM. Le
premier, écrit par le sociologue Julien Damon et la députée d’Ille-etVilaine Christine Cloarec, propose
des pistes de réforme des prestations sociales. Le texte plaide pour
une unification des aides versées
« au moins leurs bases ressources ». Une allocation sociale unique (ASU) « ne saurait être forfaitaire. Par unique, il faut entendre
qu’elle relèverait d’un régime unique », précisent toutefois les
auteurs. Pour unifier les bases de
ressources à partir desquelles sont
calculées les prestations, ils suggèrent de prendre en compte le revenu net imposable.
Les auteurs recommandent encore d’instaurer une meilleure
« contemporanéité » des bases de
calcul des prestations afin de les
ajuster aux situations des allocataires. Le chantier est pour l’instant
ouvert pour les allocations logement. « D’autres minima sociaux,
le CMU-C, les prestations familiales
sous conditions de ressource »
pourraient rejoindre ce régime.
« Nous voulons également réduire
les déclarations, avance au Figaro
la députée Christine Cloarec. Il ne
faut plus que les gens aient besoin
d’envoyer plusieurs justificatifs car
c’est une source de renoncement
aux allocations. » La solution ? Le
partage de données entre les gestionnaires d’allocations. Simple en
apparence, mais technique dans la
mise en œuvre.
Le deuxième rapport reçu par
Édouard Philippe est l’œuvre de la
députée des Bouches-du-Rhône,
Claire Pitollat, et du président du
conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, Mathieu Klein. Il
se penche sur le sujet brûlant de
l’accompagnement des bénéficiaires du RSA avec un constat
sévère : de nombreux allocataires
ne sont tout simplement plus du
tout accompagnés vers un retour à
l’emploi.
Centraliser le financement
Pour y remédier, les deux auteurs
présentent une méthode choc : « le
financement par l’État d’une allocation de solidarité, telle que le RSA
aujourd’hui, et la contractualisation
des politiques d’insertion avec les
territoires ». Autrement dit, les
départements, qui financent
aujourd’hui la prestation, se dédieraient désormais à l’accompagnement tandis que le financement serait recentralisé.
Le rapport préconise encore de
raccourcir au maximum les délais
d’ouverture des droits, d’améliorer l’orientation des bénéficiaires
ou d’instaurer un accompagnement global, qui appréhende
« l’ensemble de la situation de la
personne ». ■
Résultats 1er semestre 2018
Résultat net +16 %
S1 2018
18/17
209,3
218,7
+5 %
Marge brute
136,6
139,1
+2 %
% Chiffre d’affaires
65,3 %
63,6 %
Résultat opérationnel
% Chiffre d’affaires
Résultat net part du groupe
% Chiffre d’affaires
M€ (chiffres audités)
33,1
34,8
15,8 %
15,9 %
21,7
25,2
10,4 %
11,5 %
31/12/17 30/06/18
+5 %
Bilan
18/17
421,8
421,9
-
Trésorerie & actifs in. courants
221,1
50,5
176,7
40,4
-20 %
-20 %
Compte de résultat
Grâce à l’amélioration des prix de revient de
certaines lignes, la marge brute à devises constantes
a progressé au premier semestre 2018. Pour autant,
l’évolution défavorable de la parité euro/dollar(1) a
partiellement pesé sur cet indicateur qui afiche une
progression limitée à 2 % à devises courantes sur la
période.
Dans une période sans lancement majeur, la société
a cependant poursuivi ses efforts en consacrant plus
de 46 millions d’euros (21 % du chiffre d’affaires) à
ses dépenses de marketing et publicité. Pour autant,
le résultat opérationnel progresse de plus de 5 %
par rapport au premier semestre 2017, la marge
opérationnelle atteignant ainsi près de 16 %.
ne sert
« deRienculpabiliser
les entreprises,
les salariés ou
les médecins.
Il faut
responsabiliser
chacun
et parier sur
l’intelligence
collective
»
CATHERINE PINCHAUT,
CFDT
Philippe Benacin, Président-Directeur Général, a
déclaré : « Les parfums Coach ont réalisé une
performance remarquable avec un chiffre d’affaires
de plus de 37 millions d’euros sur la période, après
seulement 24 mois d’exploitation, et conirment
leur statut de troisième pilier du groupe. Avec les
parfums Montblanc et Jimmy Choo notamment,
nous disposons d’atouts solides pour accélérer notre
croissance au cours des prochaines années. »
Interparfums
4 rond-point des Champs Elysées
75008 Paris - France
Tél. 01 53 77 00 00
La baisse des taux d’imposition aux Etats-Unis et
le retour d’une parité euro/dollar inférieure à 1,20
durant les deux derniers mois du semestre ont
permis de constater un gain de change latent sur la
période. Cet effet ampliie l’évolution du résultat net,
ainsi en progression de 16 % par rapport au premier
semestre 2017.
+16 %
Capitaux propres (part du groupe)
Emprunts & dettes inancières
sur les solutions
re payer les entreprises, « car ce
serait remettre en cause le principe
intrinsèque de solidarité de la Sécurité sociale et exposer au risque de voir
augmenter les jours de carence»,
juge Serge Legagnoa, secrétaire
confédéral, en rappelant que « l’arrêt maladie, c’est un droit du salarié
qui cotise pour cela, via la CSG ».
Pour FO, la hausse des IJ s’explique
par le recul de l’âge de départ en retraite, « le périmètre de discussion va
donc être très circonscrit ».
Du côté de la CFDT, qui a fait de la
lutte contre la pénibilité son combat, la prévention est le sujet clé.
« À part la grippe ou la jambe cassée
au ski, les arrêts courts sont souvent
liés à l’organisation ou aux conditions de travail. Pour les éviter, la
prévention doit être remise au cœur,
on peut agir pour éviter les risques
psychosociaux ou les troubles musculo-squelettiques », défend Catherine Pinchaut, secrétaire nationale
en charge des questions de santé au
travail à la CFDT. Pour la centrale
réformiste, il faut commencer par
établir un diagnostic précis des causes des arrêts de travail courts. En
attendant, « rien ne sert de culpabiliser les entreprises, les salariés, ou
les médecins. Il faut responsabiliser
chacun et parier sur l’intelligence
collective », conclut-elle. ■
S1 2017
Chiffre d’affaires
L’augmentation des stocks de certaines lignes, liée
aux lancements prévus dans les 12 prochains mois
et à la croissance de l’activité, notamment sur les
parfums Coach, a provisoirement pesé sur le besoin
en fonds de roulement du premier semestre 2018.
Après paiement du dividende 2017 pour 26 millions
d’euros et remboursement du prêt Rochas pour
10 millions d’euros, la trésorerie nette d’emprunts
reste importante, à plus de 135 millions d’euros au
30 juin 2018, montant comparable à celui du 30 juin
2017.
Prochains rendez-vous
Publication du chiffre
d’affaires du 3e trimestre 2018
25 octobre 2018
( ava n t o u ve r t u re d e
la Bourse de Paris)
Publication
des perspectives 2019
13 novembre 2018
( ava n t o u ve r t u re d e
la Bourse de Paris)
Salon Actionaria 2018
22 & 23 novembre 2018
Contact Analystes
et Investisseurs
Philippe Santi
Directeur Général Délégué
psanti@interparfums.fr
Contact Presse
Cyril Levy-Pey
Directeur Communication
clevypey@interparfums.fr
Informations
aux actionnaires
(1)
1,21 au premier semestre 2018 contre 1,08 au premier semestre 2017
Philippe Santi, Directeur Général Délégué, a
ajouté : « Comme l’an passé, au premier semestre,
nous
afichons
une
marge
opérationnelle
particulièrement élevée à près de 16 %. Sur la base
d’une parité budgétaire euro/dollar à 1,20, et de
dépenses de marketing et publicité structurellement
plus importantes sur la seconde partie de l’année,
nous reconirmons notre objectif de marge
opérationnelle de 13 à 13,5 % sur l’ensemble de
l’année 2018. »
Retrouvez-nous
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Reuters : IPAR.PA
Bloomberg : ITP
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Eligible au PEA PME
A
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Paris, le 6 septembre 2018,
M€ (chiffres audités)
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jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
26
ÉCONOMIE
Retenue à la source : la solution généreuse
mais imparfaite des crédits d’impôts
L’exécutif a décidé de doubler
l’acompte de crédit d’impôt aux
particuliers pour ne pas qu’ils
y perdent avec la réforme. Ce
qui n’est pas sans effet pervers.
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
15 janvier,
« leLepremier
choc
psychologique
de l’impôt
à la source
sera positif,
puisqu’on
remboursera,
ce qui n’a
jamais été fait,
les crédits
d’impôts
»
GÉRALD DARMANIN,
MINISTRE DE L’ACTION
ET DES COMPTES
PUBLICS
FISCALITÉ Les contribuables ne
devront pas y perdre avec le passage, en janvier prochain, au prélèvement à la source. Pour s’en assurer, Emmanuel Macron a
demandé quelques ajustements
supplémentaires en faveur des
ménages, en particulier ceux bénéficiant de crédits d’impôts. Ces
derniers toucheront finalement,
par chèque ou virement, un
acompte de 60 % le 15 janvier au
titre des crédits d’impôts, et non
pas de 30 % comme prévu initialement. Voilà qui va « doubler la
somme versée sur les comptes en
banque » des ménages éligibles,
insiste la Direction générale des finances publiques (DGFiP).
Jusqu’à présent, cette avance ne
devait profiter qu’au seul crédit
d’impôt emploi à domicile. Sur décision de l’Élysée, il a été étendu
aux réductions pour les dons aux
œuvres et aux personnes en difficulté, et pour les cotisations syndicales. L’acompte sera aussi octroyé
au titre des crédits d’impôts récurrents en faveur de l’investissement
locatif (Pinel, Duflot, Scellier, investissement social et logements
dans les DOM, Censi-Bouvard).
« Ces
différentes
dispositions
conduiront à verser une avance de
plus de 5 milliards d’euros à plusieurs millions de personnes »,
contre 1,5 milliard avec le dispositif
initial, insiste l’entourage du ministre de l’Action et des Comptes
publics. Cinq millions de personnes sont concernées pour les dons
aux œuvres et environ 60 000 pour
l’investissement locatif, « mais les
montants les concernant sont importants », a précisé Gérald Darmanin sur franceinfo mercredi.
Gérald Darmanin (à droite) à la sortie du conseil des ministres, mercredi, à l’Élysée.
Si le chef de l’État a voulu gonfler ce chèque de début d’année que certains qualifient déjà
« d’étrenne fiscale » -, c’est parce
que les contribuables bénéficiant
de crédits d’impôts étaient les
grands perdants de la réforme du
prélèvement de l’impôt sur le revenu. En effet, les niches fiscales
ne seront pas prises en compte
dans le calcul des montants ponctionnés directement sur les salaires. D’où une avance de trésorerie
importante pour ces ménages… s’il
n’y avait pas cet acompte. « Il n’y
aura aucun perdant en trésorerie de
la réforme de l’impôt à la source »,
a promis Gérald Darmanin, alors
qu’il y en avait « à peu près trois
millions » dans la réforme initialement proposée.
Bricolage fiscal
Ce système d’acompte relève toutefois du bricolage fiscal. L’immense avantage du prélèvement à
la source consiste à supprimer le
décalage d’un an entre le moment
où le contribuable reçoit son salaire ou sa pension et le moment où il
paie ses impôts dessus. Ce décalage, cependant, subsistera pour les
seuls réductions et crédits d’im-
pôts. Il existera toujours un délai
d’un an entre la dépense ayant
donné droit à une niche fiscale et
la prise en compte de ce crédit ou
réduction d’impôt par le fisc.
«Pour savoir s’il doit verser un
acompte le 15 janvier 2019, le fisc
consultera les dernières données
dont il a connaissance, c’est-à-dire
celles transmises dans la déclaration des revenus 2017, remplie au
printemps 2018 », détaille Nadia
Hamya, associée chez Taj. Par
STEPHANE LEMOUTON/BESTIMAGE
conséquent, les contribuables qui
ont employé une personne à domicile à partir de 2018 ne toucheront leur premier acompte qu’en
janvier 2020. En effet, le fisc ne
sera au courant de cette embauche
à domicile que grâce à la déclaration de revenus de l’ensemble de
l’année 2018… remplie par le
contribuable au printemps 2019.
Plus d’une centaine de milliers de
personnes seront concernées par
ce délai pour l’emploi à domicile,
Dix jours pour choisir son taux
Les particuliers ont jusqu’au
15 septembre pour choisir, sur
leur page personnelle sur le
site impots.gouv.fr, le taux de
prélèvement à la source qui
s’appliquera au 1er janvier. Ils
ont trois options, et
notamment conserver le taux
calculé par le fisc sur la base
des revenus du foyer. S’ils
préfèrent cacher à leur
employeur ce taux conjugalisé
- parce que le conjoint gagne
plus, par exemple -, ils peuvent
opter pour le taux « neutre »,
dont le barème se rapproche
de celui d’un célibataire sans
enfant. Troisième solution, un
couple peut choisir un taux
individualisé, qui sera calculé
par l’administration fiscale en
fonction du revenu de chacun
des membres du foyer. En cas
d’écart de salaire, ce taux
permet de moins ponctionner
celui qui gagne le moins.
G. G.
Berlin a des états d’âme sur la taxation des Gafa
L’industrie allemande, qui mise sur le numérique, redoute les projets fiscaux de Bruxelles.
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
Olaf Scholz, le ministre
des Finances allemand,
fin août à Berlin.
A
JOACHIM HERRMANN/
REUTERS
ALLEMAGNE Le titre de Bild, qui a
révélé l’information, est sévère
avec le ministre des Finances allemand : « Olaf Scholz plie devant
Google, Facebook et Cie. » Selon le
quotidien le plus lu d’Allemagne,
qui cite un rapport interne, le gouvernement allemand s’apprêterait
en effet à s’opposer à la taxation
des géants du numérique au niveau
européen. « Il ne faut pas diaboliser » le numérique, assure le rapport cité par le journal. Aux yeux
de Berlin, la disposition étudiée
par les Européens ne serait pas
« efficace ».
L’information a ravi les milieux
économiques allemands. « L’Allemagne ne doit plus soutenir l’introduction d’un impôt sur le numérique », a conseillé aussitôt le BDI, le
patronat, en estimant que cette taxe
« pénaliserait » les entreprises allemandes.
Le ministère des Finances a cependant appuyé sur la pédale de
frein. « Aucune décision n’a été prise », a déclaré un porte-parole.
« Le gouvernement veut toujours assurer une taxation juste des groupes
Internet », a-t-il ajouté. Le rapport
interne cité par Bild n’est qu’un document de travail, assure-t-on.
Mais les mots officiels, soigneusement pesés, révèlent quoi qu’il en
soit les doutes de Berlin. Même s’il
est membre du parti social-démocrate, qui avait fait campagne sur la
taxation des Gafa, Olaf Scholz n’est
pas emballé par la proposition de la
Commission européenne de taxer à
hauteur de 3 % les entreprises du
numérique dont le chiffre d’affaires
annuel dépasse 750 millions
d’euros et le chiffre d’affaires dans
l’UE atteint au moins 50 millions
d’euros par an. « Il reste beaucoup
de travail intellectuel à faire », expliquait-on dans son entourage
avant l’été.
Le ministre s’inquiète notamment des répercussions internationales : d’autres pays seraient alors
susceptibles de modifier leur législation pour taxer les lieux de
consommation plutôt que les lieux
de production. Grand pays exportateur, l’Allemagne serait perdante
là où ses produits sont vendus.
Automobile connectée
La position allemande ne surprend
vraiment ni à Paris ni à Bruxelles.
« Nous ferons de notre mieux pour
rassurer Berlin », explique-t-on
dans l’entourage du ministre français Bruno Le Maire, qui pousse en
faveur de la proposition de la Commission. L’Autriche, qui préside
actuellement l’Union européenne,
« continue de penser qu’il faut une
taxe de 3 %, ajoute-t-on à Bruxelles. Mais on sent que l’Allemagne, à
différents niveaux, ne tient pas le
même discours sur le sujet ».
Les entreprises allemandes, qui
L’impôt sur les sociétés s’allège dans
les pays riches mais rapporte plus
La tendance est observée dans
les 38 pays développés passés
à la loupe par l’OCDE
(l’Organisation de coopération
et de développement
économiques) : le taux de l’impôt
sur les sociétés (IS) est en recul.
Et affiche une moyenne de 23,9 %.
Mais, grâce à la reprise
économique, cet allègement fiscal
n’a pas amputé les recettes des
États. Celles-ci représentaient
en moyenne 2,8 % du PIB en 2016,
contre 2,7 % en 2009, après
la crise financière. En 2018, huit
pays ont réduit leur taux d’IS.
Dont la France qui doit l’abaisser,
de 33,3 % en 2017 à 25 % en 2022.
La réforme la plus spectaculaire
est celle de Donald Trump, avec
un allègement de 35 % à 21 %
pour l’IS fédéral.
F. N.-L.
ont fait du numérique un axe majeur de leur développement, pourraient effectivement être concernées par la taxe à 3 %. Le secteur
automobile est concerné en premier lieu. Volkswagen a par exemple présenté le 22 août ses ambitions
numériques. Le constructeur veut
produire des véhicules capables de
collecter les données de ses clients
et pouvoir ensuite les monétiser.
Volkswagen a prévu d’investir
3,5 milliards d’euros d’ici à 2025.
La réunion des ministres européens des Finances vendredi et samedi à Vienne permettra de mesurer le rapport de forces au sein de
l’UE. Paris espère encore parvenir à
un accord au niveau européen
« avant la fin de l’année ». Mais
l’unanimité est requise en matière
fiscale. Les hésitations de Berlin
vont donner du grain à moudre aux
pays qui s’opposaient déjà à la proposition de la Commission, comme
l’Irlande, le Luxembourg ou les pays
nordiques.
Côté allemand, on assure toujours
que l’on veut parvenir à ce que le
secteur numérique contribue au financement de l’économie. En mai,
la chancelière Angela Merkel avait
tenté de poser les bases d’une réflexion plus large. « Donner un prix
aux données, notamment celles de
consommateurs, est un problème
central pour l’avenir », avait-elle déclaré. Entre-temps, la Commission
européenne voudrait déjà agir. ■
d’après la Fédération des particuliers employeurs (Fepem).
À l’inverse, un ménage ayant
cessé, cette année, d’employer un
salarié à domicile touchera tout de
même l’acompte le 15 janvier
2019 ! Les contribuables dans ce
cas devront donc rester vigilants,
car ils pourraient devoir rembourser tout ou partie de cet acompte
de 60 % neuf mois après l’avoir
touché, lors du paiement du solde
en septembre. Sans compter
qu’« en décidant de doubler
l’acompte, le gouvernement a aggravé les problèmes liés au décalage
d’un an et les risques de régularisation a posteriori », prévient Nicolas Jacquot, avocat associé chez
Arsène.
Conscient de ces défauts, la Fepem demande l’immédiateté du
versement du crédit d’impôt.
« Nous saluons la mise en place de
l’acompte de 60 %, mais ce n’est
pour nous qu’un dispositif transitoire », explique Marie-Béatrice Levaux, la présidente de la fédération. La députée LaREM Cendra
Motin, en charge du prélèvement
à la source à la commission des finances, travaille avec Bercy sur le
sujet. ■
EN BREF
LA CGT-CHEMINOTS
RENONCE À LA GRÈVE
LE 18 SEPTEMBRE
£ La CGT-cheminots organisera
des « rassemblements », mais
pas une grève, contre la réforme
ferroviaire le 18 septembre, jour
de reprise des négociations de la
convention collective nationale
de la branche ferroviaire.
En revanche, le syndicat
indique qu’il participera
à la grève interprofessionnelle
du 9 octobre.
RYANAIR : LES PILOTES
VALIDENT L’ACCORD
NÉGOCIÉ EN AOÛT
£ Les pilotes irlandais
de Ryanair ont validé l’accord
négocié avec le syndicat Forsa
le 23 août pour mettre fin
à un mouvement de cinq jours
de grève dans le pays. Ces
discussions avaient pu aboutir
à la suite de la désignation
d’un médiateur, alors que
la situation paraissait bloquée.
Cela pourrait conduire
la compagnie à reconsidérer sa
décision de réduire la voilure à
Dublin. Elle menaçait de réduire
de 20 % sa flotte à Dublin
cet hiver, ce qui menaçait
300 emplois en Irlande.
» Porté par l’affaire Fillon,
« Le Canard enchaîné » a
vu ses résultats bondir en 2017
» La France est en retard pour
l’autoconsommation d’énergie
www.lefigaro.fr/economie
+@
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 6 septembre 2018
ENTREPRISES
27
Le groupe PSA
prêt à externaliser
2 000 ingénieurs d’Opel
Le siège d’Opel
à Rüsselsheim,
en Allemagne.
R. ORLOWSKI/REUTERS
Toyota rappelle
1 million de voitures
Nouveaux clients
Toyota va rappeler 1,026 million
de véhicules dans le monde
(dont 32 700 en France) utilisant
sa technologie hybride. Il s’agit
de modèles Prius hybride, Prius
hybride rechargeable et C-HR
hybride fabriqués entre juin 2015
et mai 2018. Une accumulation
de poussière dans le faisceau
moteur pourrait provoquer un
court-circuit, amenant un possible
incendie. Toyota ne sait pas
si et combien de fois un tel indicent
a pu se produire. Le groupe est
aujourd’hui le premier acteur dans
le monde de cette technologie
hybride. Il se montre très vigilant
sur les rappels, n’hésitant jamais
à communiquer sur le sujet.
E. E.
Segula a sans doute profité de sa
proximité avec PSA pour l’emporter. C’est en effet la troisième fois
depuis 2014 que la société prend en
charge une partie de l’activité du
constructeur français. Les opérations précédentes n’avaient, toutefois, pas la même taille. L’opération est majeure pour Segula : ses
effectifs vont progresser de près de
20 % : 2 000 personnes s’ajouteront à ses 11 000 salariés actuels.
De plus, il faudra trouver de nouveaux clients pour occuper ces salariés. Laurent Germain n’a pourtant guère d’inquiétude. « C’est
une vraie acquisition de développement que nous voulons effectuer,
détaille-t-il. Elle n’est pas seule-
motopropulseur. L’opération est
toutefois loin d’être finalisée. PSA
et Segula devront convaincre les
salariés concernés, le comité d’entreprise d’Opel et le puissant syndicat IG Metall. Le dynamisme du
secteur les aidera sans doute.
Martin Lange, directeur général
de Segula en Allemagne, a également rassuré en précisant être
« disposé à appliquer la clause de
protection contre les licenciements,
convenue jusqu’en juillet 2023 ».
Un temps long pour le secteur
mais c’est le prix à payer pour entrer dans un pays chantre de la
cogestion. ■
Les équipes de R&D du constructeur allemand
devraient passer chez Segula Technologies.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
SEGULA
TECHNOLOGIES
EN CHIFFRES
SOURCE : SOCIÉTÉ
700
millions d’euros
de chiffre d’affaires
11 000
140
salariés
implantations
dans 28 pays
AUTOMOBILE C’est une très belle
opération que pourrait réaliser
Segula Technologies. Le groupe
français d’ingénierie mène des
négociations avec PSA en vue de
la reprise d’environ 2000 ingénieurs d’Opel. En juillet, le
constructeur français avait indiqué son intention de céder une
partie des équipes de R&D de la
marque allemande rachetée en
août 2017. Ces équipes travaillaient en effet exclusivement
pour General Motors, l’ancien
propriétaire.
Tous les acteurs de l’ingénierie
- les français Altran, Akka ou Assystem Technologies ou l’allemand Bertrandt - ont regardé le
dossier. Ce qui est logique : le
marché de la R&D externalisée,
notamment dans l’industrie automobile, est aujourd’hui très important. Et il connaîtra une forte
croissance dans les prochaines
années. « En 2018, ce segment représentait 4 milliards d’euros de
chiffre d’affaires en Allemagne. Il
devrait passer à 6 milliards d’euros
d’ici à 2023 », explique Laurent
Germain, directeur général de Segula. Plusieurs acquisitions ont
d’ailleurs été initiées par les acteurs français ces dernières années comme Akka avec MBTech
en 2012.
ment défensive mais nous permettra
de nous développer afin de profiter
de la révolution qui se passe actuellement dans le monde automobile. »
Véhicules électriques, systèmes
antipollution, nouveaux usages ou
conduite autonome : les terrains
d’innovation ne manquent pas. Les
équipes d’Opel que devrait récupérer Segula travaillent plus spécifiquement sur le développement
de véhicules complets et le groupe
Le pari réussi de BioMérieux en biologie moléculaire
Son PDG, Alexandre Mérieux, veut continuer à faire la course en tête malgré l’offensive de nouveaux acteurs.
KEREN LENTSCHNER £@Klentschner
Alexandre Mérieux,
PDG de BioMérieux.
THOMAS SAMSON/AFP
PHARMACIE Moins d’un an après
avoir endossé son rôle de PDG,
Alexandre Mérieux reste serein sur
l’avenir de BioMérieux. « On s’attend à une continuité de la dynamique actuelle » au second semestre,
s’est réjoui le patron de 43 ans. Il
s’est félicité d’une « solide dynamique commerciale » en ce début
d’année après avoir publié en 2017
des résultats records (2,3 milliards
d’euros de chiffre d’affaires,
+ 8,8 %). BioMérieux a ainsi relevé
ses objectifs, visant désormais une
croissance de ses ventes annuelles
d’environ 9,5 %.
L’entreprise, dont le capital reste à 70 % familial, continue de re-
cueillir les fruits de sa diversification. Quatre ans après s’être lancé
dans un nouveau métier, la biologie moléculaire, le champion du
diagnostic in vitro spécialisé dans
les maladies infectieuses a sans
aucun doute réussi son pari. Cette
technologie permet d’obtenir des
résultats en quelques heures aux
prélèvements effectués (salive,
urine, sang…). Elle présente aussi
l’avantage d’identifier les résistances aux antibiotiques, un enjeu de
santé publique.
Accès à l’innovation
Lorsque l’entreprise lyonnaise
avait racheté la société américaine
BioFire, le coût de l’opération avait
fait jaser. Au cours de l’exercice
2017, comme au premier semestre
2018, BioFire a généré 60 % de la
croissance de l’entreprise.
Son produit vedette, FilmArray,
fait figure de véritable pépite pour
BioMérieux. Cette machine permet
de diagnostiquer en moins d’une
heure jusqu’à trente virus ou bactéries dans les domaines respiratoires, gastro-intestinaux et dans
des cas de méningites. Ce qui permet d’éviter de recourir à une
multiplication de tests. Plus de
7 000 unités ont été installées,
contribuant à une croissance de
BioFire de 40 % à 230 millions
d’euros. La biologie moléculaire
génère aujourd’hui près du quart
du chiffre d’affaires de BioMérieux.
« La priorité est désormais de
réussir l’internationalisation du FilmArray », insiste Alexandre Mé-
rieux. Le produit, qui reste en très
forte croissance aux États-Unis, a
été lancé en Inde, à Hongkong et
au Japon. Le groupe attend toujours l’agrément en Chine. Ce test
étant vendu plus de 100 euros aux
laboratoires d’analyses, la pédagogie est de mise. Dans de nombreux
pays, il n’est pas remboursé. Des
forces de vente, composées de
commerciaux et de médecins, sont
dédiées à FilmArray pour convaincre biologistes et physiciens.
Le marché promet d’être bataillé
alors que de nouveaux entrants
comme Genmark, Luminex ou
Kiagen, ou des mastodontes comme Roche ou Abbott s’y intéressent. « Tout l’enjeu est de continuer
à faire la course en tête », ajoute
Alexandre Mérieux.
L’accès à l’innovation reste
l’une des préoccupations majeures
de l’entreprise qui investit 13 % de
son chiffre d’affaires en R&D. « Le
premier risque, ce sont les ruptures
technologiques, explique Alexandre Mérieux. Il y a cinq ans, FilmArray n’existait pas. L’un des enjeux est de réduire les délais des
tests. » La croissance externe reste
à l’ordre du jour dans un objectif
de complémentarité technologique ou géographique. BioMérieux
a ainsi racheté au printemps
l’américain Astute Medical pour se
renforcer dans les immuno-essais
et il a pris une participation minoritaire cet été dans le chinois Hybiome. 90 % de l’activité du groupe sont aujourd’hui réalisés à
l’international. ■
Ascenseurs : le finlandais Kone accélère dans les services
les plus grosses métropoles, nous
avons compris qu’il fallait se déployer
dans un grand nombre de villes. »
Par contre, il y a quatre ans, Kone
ne pointait qu’à la quatrième place
sur le segment des services.
Aujourd’hui, il occupe la troisième
place. Et, en 2017, ce sont les services qui ont permis au groupe d’afficher une croissance de son chiffre
d’affaires de 1,8 % à 8,9 milliards
d’euros : quand les ventes en valeur
de nouveaux équipements ont reculé de 0,5 %, la division services a
enregistré une augmentation de son
revenu de 4,6 %.
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
1,2
milliard
d’euros
Résultat d’exploitation
de Kone en 2017
INDUSTRIE Et si le finlandais Kone
et l’allemand ThyssenKrupp fusionnaient pour ravir à Otis la place de
numéro un mondial des fabricants
d’ascenseurs ? Mi-juillet, la presse
allemande a évoqué des discussions
entre les plus gros actionnaires des
deux groupes. « Nous ne commentons pas les rumeurs, explique au Figaro Henrik Ehrnrooth, le PDG de
Kone. Sur le principe, une consolidation aurait du sens car, par exemple,
seulement 50 % du marché européen
est aux mains des quatre plus grands
ascensoristes mondiaux. Encore faudrait-il que les deux parties trouvent
un accord. » L’idée de ce rapprochement n’est pas neuve : les premières
discussions entre le finlandais et
l’allemand remontent à… 1994.
Ces plans sur la comète n’empêchent pas Kone de dérouler son plan
pour gagner des parts de marché. Sa
priorité depuis trois ans : se développer dans les services. « C’est là
qu’est la croissance la plus vigoureu-
Étage programmé
Henrik Ehrnrooth, PDG de Kone : « C’est dans les services qu’est la croissance
la plus vigoureuse, plus que dans les nouveaux équipements. » KONE
se, plus que dans les nouveaux équipements », estime Henrik Ehrnrooth. Pour l’entreprise, ce mot
d’ordre est un bouleversement car
sa grande force a toujours été de
vendre des ascenseurs neufs. Kone a
pris le leadership sur ce segment en
connaissant une croissance spectaculaire entre 2005 et 2014 en Chine
devenu le plus gros marché mondial
sur le neuf. « Nous sommes arrivés
en Chine après les autres, raconte
Henrik Ehrnrooth. Mais, à la différence de nos concurrents restés dans
Le développement de cette activité
passe par le lancement de nouvelles
offres. Début 2018, Kone a lancé Residential Flow qui permet notamment aux habitants des immeubles
de faciliter la livraison de colis. L’appli sur smartphone permet de déverrouiller à distance la porte d’entrée du bâtiment ou la porte d’un
garage. Avec la même appli, le propriétaire aura, quand il rentre chez
lui, l’ascenseur programmé pour aller à l’étage où il habite. « Sur l’écran
dans l’ascenseur, suivant qu’il aime le
foot ou l’opéra, l’utilisateur pourra
avoir des informations sur tel ou tel
sujet », complète Henrik Ehrnrooth.
Au bureau, les employés n’auront
plus à sortir leur badge pour passer
les portes automatiques. Par
ailleurs, l’analyse des flux dans les
ascenseurs des tours permet de proposer une meilleure organisation
pour limiter les temps d’attente.
« Avec ces données, il vaudra peutêtre mieux installer la salle de pausecafé au 10e étage qu’au 11e », argumente Henrik Ehrnrooth.
Plus simplement, aujourd’hui, les
ascenseurs sont bourrés de capteurs
capables de détecter l’usure des
composants et donc de diminuer les
pannes. Une révolution nécessitant
d’être expliquée. « En Finlande,
nous ne réalisons que 1,7 % de notre
chiffre d’affaires avec 4 % des employés du groupe, souligne Henrik
Ehrnoorth. Si je veux rencontrer les
autres, il faut que je voyage. Je passe
50 % de mon temps à l’étranger. » ■
A
Après s’être développé en vendant des appareils neufs en Chine, le fabricant mise sur les produits connectés.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
28 ENTREPRISES
La « fintech » Wirecard évince Commerzbank de l’indice Dax
La banque allemande, qui peine à sortir de la crise, laisse sa place à un leader du paiement sur Internet.
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
22,5
milliards
d’euros
La capitalisation
boursière de Wirecard,
dont le titre a presque
doublé depuis le début
de l’année
FINANCE Tout un symbole ! Mercredi soir, Commerzbank, la
deuxième banque allemande, a
laissé sa place au sein de l’indice
Dax, qui regroupe les 30 premières
valeurs allemandes, à Wirecard,
une jeune pousse de la finance (ou
fintech). Créée en 1999, comme une
plateforme de conseil juridique,
l’entreprise allemande s’est reconvertie en 2005 dans le paiement sur
Internet et sur téléphone mobile.
Elle s’est imposée comme un des
leaders mondiaux.
Son arrivée au sein de l’élite
boursière n’est pas seulement un
affront pour Commerzbank fondée
en 1870 et dont l’État allemand détient 15 % depuis la crise de 2008.
En se hissant au troisième rang des
groupes financiers cotés à Francfort, derrière les assureurs Allianz et
Munich Re, Wirecard (22,5 milliards d’euros de capitalisation) a
aussi détrôné la première banque
allemande,
Deutsche
Bank
(20,5 milliards d’euros), qui devrait
bientôt sortir de l’indice européen
Eurostoxx 50.
La déchéance boursière de ces
établissements historiques qui,
contrairement à leurs concurrents
européens, peinent à sortir de la crise, semblait inéluctable. « Leur manque de rentabilité a fait chuter leurs
cours de Bourse et fondre leur capitalisation boursière », explique Jérôme
Legras, directeur de la recherche
chez Axiom AI. De fait, depuis janvier, Commerzbank a perdu 32 % de
sa valeur (10,66 milliards de capitalisation) et Deutsche Bank, 38 %.
Essor de l’e-commerce
A contrario, Wirecard, qui grignote
des parts de marché aux banques
traditionnelles dans les paiements, a
presque doublé de valeur (+ 96%),
son titre clôturant mercredi à
182,10 euros (+ 2 234 % en 10 ans).
« Le groupe se paie désormais 62 fois
les bénéfices », pointe Maxime Dubreil, analyste chez Invest Securities. La société bavaroise, qui comp-
te parmi les précurseurs du
paiement sur Internet, en répondant
au départ aux besoins des consommateurs des sites de jeux d’argent ou
de films pornographiques, doit son
succès fulgurant à ses efforts d’innovation. Elle a pris de l’envergure
avec l’essor du commerce électronique, en garantissant le règlement
des transactions au bénéfice d’une
panoplie de clients professionnels.
« Wirecard a dès le départ obtenu
une licence bancaire en Allemagne,
ce qui lui a permis de proposer quasiment tous les services autour du
paiement digital (gestion de la fraude, solutions de portefeuilles électroniques…), avant ses concurrents »,
souligne Maxime Dubreil. Le grou-
pe, qui depuis 2016 a amélioré sa
communication financière, a aussi
changé de taille, en multipliant les
acquisitions à l’étranger. L’an dernier, il a notamment racheté le portefeuille de 20 000 marchands de
Citigroup dans 11 pays en Asie.
Résultat, la société, qui emploie
près de 5 000 personnes, a dégagé
259,7 millions d’euros de bénéfices
en 2017, pour un chiffre d’affaires
de 1,48 milliard d’euros, en hausse
de près de 50 % sur un an. « Wirecard a deux avantages : il est positionné sur un secteur porteur et tire
pleinement profit de sa diversification hors d’Europe », estime Maxime Dubreil. Le succès ne semble pas
près de s’arrêter. ■
Txfy se lance dans la trottinette électrique
C’est le troisième opérateur à proposer ce type d’engins dans les rues parisiennes.
rapidement mises en circulation.
À terme, c’est plutôt par milliers
que les Bolt devraient occuper les
rues de Paris.
La réservation des trottinettes
se fera sur Smartphone, avec la
même application que pour les
VTC. Une course sera facturée
1 euro, plus 15 centimes la minute.
Un trajet de 10 minutes sera donc
facturé 2,50 euros.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
La
« trottinette
électrique en
libre-service
est le mode
de
déplacement
qui nous a
semblé le
plus
complément
aire du taxi
ou du VTC
»
HENRI CAPOUL, TXFY
TRANSPORT
Lime, Bird et
aujourd’hui Bolt. Les acteurs de la
trottinette électrique en libre service ont décidé de faire de Paris
leur champ de bataille. Les premières sont arrivées au début de
l’été. Les trottinettes vertes de
Lime et les noir et rouge de Bird se
sont multipliées sur les trottoirs
du centre de la capitale. Il y en a
aujourd’hui plusieurs centaines.
L’objectif de ces deux start-up
américaines est de les déployer
par milliers.
C’est désormais au tour de Bolt,
le nom choisi par Txfy, d’arriver
sur le bitume de Paname. Taxify,
qui a dû changer son nom en Txfy
en France, est une plateforme de
VTC. D’origine estonienne, elle revendique 15 millions d’utilisateurs
dans le monde et 500 000 chauffeurs utilisateurs dans 25 pays. Et
un soutien de son actionnaire, le
géant chinois du VTC Didi. Arrivé
à Paris depuis moins d’un an, Txfy
revendique déjà la place de numéro deux sur ce marché, derrière
Uber. Un succès qui est sans doute
pour une bonne partie dû à une
stratégie commerciale, vis-à-vis
des chauffeurs, très agressive. Sur
chaque course, Txfy prélève une
commission de 15 % quand ses
concurrents se situent entre 20 et
25 %.
Rechargées tous les soirs
Après son service de VTC l'an dernier, l’entreprise estonienne Txfy prévoit de déployer plusieurs milliers
de trottinettes électriques en libre service pour compléter son offre de mobilité à Paris. LOUIS GENSOLLEN/TXFY
Mais Taxify a une stratégie plus
large que la simple mise en relation de clients et de chauffeurs de
VTC. « Nous avons l’ambition
d’être une application qui aide à se
déplacer mieux dans les villes »,
explique Henri Capoul, responsable de Txfy en France. D’où la volonté de se développer sur ce segment des trottinettes. « C’est le
premier développement du groupe
â PHILIPPE BERTRAND
La Poste
Inspecteur général des services actifs de la
police, l’ex-collaborateur de Jean-Marc
Ayrault à Matignon remplace François Hamet
à la direction de la sécurité du groupe.
â AURÉLIEN BOSC
Pathé Gaumont
L’ancien auditeur d’EY, passé également par
les finances de Carrefour, prend à 38 ans la
tête des cinémas Pathé Gaumont France.
L’énarque et normalien Marc Lacan quitte
pour sa part la direction générale de Pathé
Films qu’il occupait depuis 2007. Quant à
l’ESCP et ex-PWC Anne-Laure JulienneCamus, elle devient directrice financière de
Pathé.
A
â CHRISTOPHE DESPREZ
Credit Suisse
L’ex-associé gérant de Rothschild &
Co, où il œuvrait depuis 1999,
rejoint comme vice-président
l’équipe de la banque d’investissement et des
marchés de capitaux (IBCM), dirigée par
Bruno Hallak.
CAMILLE METAIRIE/ONET
LES DÉCIDEURS
dans ce segment et Paris nous a
semblé la ville idéale pour cela »,
ajoute le dirigeant .
La société estonienne constate
qu’un trajet Txfy sur cinq à Paris
fait moins de trois kilomètres. Et
que 50 % des trajets dans les villes
se font à pied. « La voiture n’est
pas toujours adaptée à tous les types de trajets, surtout dans le centre de Paris, où les rues n’ont pas
du tout été conçues pour la voiture,
constate Henri Capoul. C’est
pourquoi nous avons décidé de proposer cette offre de trottinettes
électriques en libre service, qui est
le mode de déplacement qui nous a
semblé le plus complémentaire du
taxi ou du VTC. »
Txfy a de grandes ambitions sur
ce nouveau segment. Plusieurs
centaines de trottinettes seront
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Onet : Émilie de Lombarès, l’héritière
aux manettes du no 1 de la propreté
Assez discrète, l’entreprise
fait partie de ces sagas
familiales nées à Marseille
des activités portuaires, à
l’instar de Sodexo, CGM ou
Daher. Un club en réalité. « Toutes ces
familles se connaissent bien », glisse Émilie de
Lombarès, 36 ans, représentante de la cinquième génération de la famille Reinier, fondatrice il y a plus de cent cinquante ans
d’Onet, qui prend aujourd’hui la présidence
du directoire du numéro un de la propreté.
Un événement : avec elle, un représentant de
la famille reprend la main après trente ans de
règne de l’emblématique président Max Massa, auquel avait succédé en 2012 le manager
extérieur Denis Gasquet. Marseillais et polytechnicien, ce dernier, ex-homme lige
d’Henri Proglio chez Veolia Environnement,
a su impulser un esprit neuf, déployer les
divers métiers du groupe (sécurité, logistique, intérim…) et poser les jalons d’un développement international.
Ce passage de relais n’est pas une surprise,
car Denis Gasquet faisait figure en quelque
sorte de régent. « C’est quelque chose qui avait
été travaillé le jour de son recrutement, mais je
devais être formée et ma mise sur orbite validée », explique Émilie de Lombarès, mariée
et mère de trois enfants. Sa mère, Élisabeth
Coquer-Reinier, l’héritière, est la grande
gardienne de l’empire familial à la présidence
du conseil de surveillance d’Onet et du holding Reinier. Et ses deux frères, l’un médecin, l’autre patron du pôle propreté santé,
s’intéressent de près à la stratégie du groupe.
Qui défend farouchement son indépendance,
malgré les nombreuses offres de rachat qu’il
reçoit. Le secteur de la propreté et des services aux entreprises reste très atomisé, et,
comme nouvelle patronne, Émilie de Lombarès entend conforter les parts de marché
d’Onet tout en accélérant aussi à l’international (15 %). Des acquisitions ont été faites il
y a peu en Argentine et en Espagne, où elle
dirigeait auparavant la filiale à Madrid. Un
temps coté et accompagné par les Peugeot via
FPP, Onet est à présent détenu à 93 % par la
famille, qui a fait entrer à ses côtés l’an dernier le fonds EMZ. « Un regard extérieur et
une vision opérationnelle » précieux pour la
jeune patronne, diplômée de l’Edhec, qui,
après des débuts chez Mazars, évolue depuis
2008 dans l’entreprise (1,9 milliard de CA et
70 000 collaborateurs). Ambition de cette
sportive résolue à perpétuer l’aventure familiale et patrimoniale : accélérer en innovant
(technique, organisation du travail), mais
aussi via des emplettes. « On est attentifs à
tout ce qui se passe. »
C. B.
Le modèle économique est totalement différent de celui des VTC.
Dans ce dernier cas, Txfy se
contente d’être un intermédiaire
entre le client et le chauffeur. Pour
les trottinettes, Txfy en sera propriétaire. Chaque soir, toutes seront récupérées, rechargées et redisposées dans la ville. Et ce sont
les équipes de Txfy qui s’en chargeront.
L’un des objectifs est d’avoir
un plus grand contrôle sur l’utilisation et le dépôt de ces engins.
« Nous voulons être exemplaires et
discutons avec la Mairie de Paris
pour signer une charte de bonne
conduite »,
souligne
Henri
Capoul. L’objectif est de prévenir
les polémiques consécutives à
l’arrivée massive de vélos en libre
service et encombrant la chaussée. Mais c’est bien évidemment
les utilisateurs qu’il faudra
convaincre d’agir d’une manière
citoyenne. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â CHRISTINE PIGEYRE
Vivendi
Depuis dix ans dans le groupe, la directrice des relations extérieures
décroche en plus une double casquette de présidente. Elle devient en plus
PDG de CanalOlympia et présidente de Vivendi Sports. De quoi permettre de regrouper
les activités de Vivendi Village en Afrique :
CanalOlympia, le premier réseau de salles de
cinéma et de spectacles en Afrique subsaharienne ; Vivendi Sports, qui organise des
compétitions sportives ; et des « Vivendi Village Africa » qui rassemblent des infrastructures culturelles et sportives ainsi que des espaces de formation et d’innovation. Corinne
Bach qui dirigeait CanalOlympia devient directrice du développement et des opérations
de StudioCanal.
â DENIS KESSLER
Scor
Au lendemain de l’assaut rejeté de Covéa, le PDG du réassureur « prépare
l’avenir et renforce le capital humain de
son groupe », avec plusieurs nominations ; Brona Magee comme DG adjointe de Scor Global
Life, Xavier Savigny en tant que directeur des
ressources humaines et transformation et Michael Nguyen comme « groupe head of operations strategy & project office ».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 6 septembre 2018
TECH
29
Launchmetrics lève
50 millions d’euros
et se rêve en licorne
Sheryl Sandberg, numéro 2 de Facebook, et Jack Dorsey, PDG de Twitter, prêtent serment mercredi avant leur audition devant la commission du Sénat.
Twitter et Facebook
face au Sénat américain
Les réseaux sociaux ont été interrogés sur leurs efforts pour contrer
l’influence étrangère sur les élections américaines. Google était absent.
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
TECHNOLOGIES Le Sénat américain prend très au sérieux les risques d’interférences étrangères
dans les élections de mi-mandat en
novembre. Mercredi, il a invité
Twitter et Facebook à être auditionnés par son comité sur le renseignement. Les deux réseaux sociaux
étaient représentés par Sheryl Sandberg, numéro 2 de Facebook, et
Jack Dorsey, PDG de Twitter. En revanche, Google a opté pour la politique de la chaise vide. Le moteur de
recherche, convié comme les
autres, avait d’abord proposé la venue de Kent Walker, vice-président
en charge des affaires juridiques du
géant américain. Le Sénat a refusé,
réclamant la présence de Larry
Page, cofondateur de Google et PDG
d’Alphabet, sa maison mère. Cette
demande a été ignorée. Sur la table,
les sénateurs ont quand même posé
un pupitre marqué du nom de Google pour bien marquer leur mécontentement face à cette absence. « Je
suis extrêmement déçu que Google
n’ait pas voulu envoyer ses dirigeants
les plus importants », a regretté
Mark Warner, vice-président du
comité sur le renseignement. Plusieurs sénateurs ont eux aussi signalé lourdement cette absence.
Le thème de l’audience était, officiellement, « l’utilisation des réseaux
sociaux dans le cadre d’opérations
étrangères d’influence ». Son contenu a largement dépassé ce thème.
Les géants du Web se sont déjà ex-
primés à de nombreuses reprises sur
le sujet de l’élection américaine de
2016. Fin août, ils avaient devancé
les critiques en annonçant, chacun
leur tour, avoir suspendu de nombreux comptes ou pages liés à la Russie ou l’Iran, soupçonnés de vouloir
influencer la vie politique américaine. La veille de l’audition, Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, s’est
même engagé à « protéger la démocratie », au travers d’une tribune
publiée dans le Washington Post.
Menaces juridiques
Les élections de mi-mandat, qui
doivent renouveler une partie du
Congrès en novembre, sont considérées comme un test crucial, pour
prouver les efforts des géants du
Web pour s’améliorer. « Nous en
avons davantage appris sur les réseaux sociaux et leur fonctionnement
ces dix-huit derniers mois que durant
toute notre vie », a commenté Richard Burr, président du comité.
« L’ère du far west pour les réseaux
sociaux est terminée », a ajouté Mark
Warner. Les sénateurs ont confronté
Twitter et Facebook à leurs nombreuses difficultés : l’achat de publicités politiques par des acteurs mal
identifiés, la manipulation de l’opinion via la création de fausses pages
et de comptes automatisés qui incitent à la division politique ou les violences ethniques, la propagation de
fausses informations, de la part d’organisations ou de simples citoyens,
leurs relations avec les gouvernements étrangers. Certains, comme le
sénateur démocrate Ron Wyder, ont
carrément remis en cause leur modèle économique comme étant la
cause de leurs dérives les plus graves. « La vie privée est aussi une question de sécurité nationale. Les données
personnelles sont l’arme de choix des
politiques d’influence de l’opinion »,
a-t-il jugé.
D’autres questions ont porté sur
des points très précis, signe que les
sénateurs du comité maîtrisaient
leur sujet. Parmi les sujets abordés, le
cas de sites prétendant que les survivants de tuerie ou les parents de victimes seraient des acteurs payés
pour mentir, comme cela s’est vu
pour le massacre de Sandy Hook ou
la fusillade de Parkland. Un phénomène qualifié de « terriblement choquant » par Sheryl Sandberg. Pourtant, Facebook ne supprime pas
toutes ces fausses informations,
considérant qu’il ne doit pas être un
arbitre de vérité.
L’audition, qui a duré deux heures, ne signifie pas la fin des ennuis
pour les réseaux sociaux. Twitter
devait s’exprimer durant la nuit,
cette fois-ci devant la Chambre des
représentants, sur un autre sujet
brûlant : la liberté d’expression. Par
ailleurs, quelques minutes après la
conclusion de l’audition du Sénat,
le département de la Justice des
États-Unis a annoncé qu’il allait
réunir les procureurs généraux des
différents États afin de discuter
« des inquiétudes quant à ces entreprises qui pourraient mettre à mal le
principe de concurrence et ralentir
l’échange des idées ». La fin d’année
promet d’être chargée. ■
Nous en
« avons
davantage
appris sur
les réseaux
sociaux ces
18 derniers
mois que
durant toute
notre vie
RICHARD BURR,
SÉNATEUR
»
ELISA BRAUN £@ElisaBraun
INTERNET Aujourd’hui, dans les
premiers rangs des défilés de
mode, on trouve, à côté des papesses de la presse mode, des
« influenceurs ». Simples anonymes devenus stars des réseaux sociaux, comme Chiara Ferragni, ou
stars de la téléréalité, comme Kylie Jenner, ces influenceurs ont le
pouvoir de doper les ventes d’une
entreprise en un seul post Instagram. La start-up franco-américaine Launchmetrics compte
parmi les premières à s’être spécialisées dans ce domaine du
marketing d’influence. Un flair
qui lui vaut de boucler ce 5 septembre un tour de table assez
conséquent, de 50 millions
d’euros, pour continuer à développer ses activités dans le secteur
de la mode, du luxe et de la cosmétique (MLC).
Launchmetrics a de nouveau
convaincu le fonds Large Venture
de la BPI, déjà présent au capital à
travers son fonds ambition numérique. Le secteur des MLC est
stratégique pour le directeur adjoint du fonds large venture de la
BPI, Nicolas Herschtel : « Si on arrive à rendre nos champions français en MLC encore plus performants, notamment avec les outils
de Launchmetrics, on est ravis. »
Seventure, Cipio Partners et Famille C (Clarins) ont également
pris part au capital.
Quadrupler son chiffre
Launchmetrics est née de la fusion en 2016 entre le français
Augure, éditeur de logiciels de
marketing d’influence, et l’américain Fashion GPS. Leur union
est très complémentaire, sur un
marché en plein essor. Fondée en
2002 et présente en Europe continentale (France, Espagne, Belgique, Suisse), Augure a développé
un savoir-faire pointu dans
l’identification des influenceurs
sur les réseaux sociaux : ceux-ci
sont évalués à travers plus de
80 critères (audience, capacité à
être relayé, part de voix sur une
thématique donnée…). De son
côté, Fashion GPS s’est spécialisée
dans l’édition de logiciels qui permettent de gérer toute la logistique liée au lancement d’un produit (événements, gestion des
stocks proposés en ligne, diffusion de produits auprès des influenceurs…). La société est im-
plantée aux États-Unis, au
Royaume-Uni et en Asie. Réunies
en une même entité, « les offres de
Launchmetrics couvrent toute la
chaîne de valeur du lancement d’un
produit, une proposition unique sur
le marché », assure Michael Jaïs,
PDG de l’entreprise. La start-up
détecte en amont les conversations autour d’une marque et
dresse un audit, puis repère les
influenceurs et active ensuite le
lancement de campagnes pour
des marques comme Givenchy,
Swarovski, Dior, Net à Porter, le
Groupe Swatch et Adidas, mais
aussi de nombreuses agences. La
société a doublé de taille en deux
ans et atteint un chiffre d’affaires
de 25 millions d’euros, qu’elle espère quadrupler d’ici à 2022.
Le secteur est porteur. Selon les
récents rapports de Luxury Insight
et Bain, les dépenses en marketing
des entreprises du secteur MLC
sont estimées à 248 milliards de
dollars par an. Ce sont aussi celles
qui ont le plus important ratio entre dépenses marketing et chiffres
d’affaires. « Pour le luxe, c’est
10 % du chiffre d’affaires qui est
réinvesti dans le marketing, et pour
la beauté, 20% », note Michael
Jaïs. Pour les marques, le recours
aux influenceurs est notamment
indispensable pour toucher la cible jeune des millenials. Cette génération, née entre 1980 et 2000,
ne répond pas aux logiques de
consommation habituelles. Ils représentent déjà près de la moitié
de leurs clients, mais encore une
part très faible des ventes. ■
LAUNCHMETRICKS
DREW ANGERER/AFP
La start-up franco-américaine
est leader dans la mise en relation
entre marques et influenceurs.
« Launchmetrics couvre toute
la chaîne de valeur du lancement
d’un produit, une proposition unique
sur le marché », assure Michael Jaïs,
PDG de l’entreprise.
LA SÉANCE DU MERCREDI 5 SEPTEMBRE 2018
JOUR
%VAR.
-1,43
-0,89
-2,05
-1,99
-2,1
-0,14
+0,45
-1,61
-3,32
-1,53
+1,61
-1,76
-1,95
-2,3
-3,14
-2,81
-1,8
-1,28
-3,58
-1
+HAUTJOUR
44,18
106,4
105,28
25,18
102,15
22,1
51,77
35,94
109,7
15,385
12,376
66,3
12,555
123,9
548,2
453
203,2
64,1
290,15
100,35
JOUR
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,4
105,15
103
24,625
99,56
21,84
50,54
35,31
106,25
15,095
12,05
65,12
12,325
120,95
530,4
438,5
198,95
63,26
280,05
98,68
0,454
0,309
0,179
0,131
0,406
0,356
0,477
0,353
0,435
0,465
0,422
0,321
0,299
0,306
0,05
0,119
0,063
0,074
0,111
0,177
+1,23
+0,52
+24,1
-8,39
-17,55
-11,06
-17,9
-18,15
+7,44
-16,24
-11,06
-6,43
-13,88
+5,31
+18,86
+20,23
+7,84
-1,42
+14,61
-16,74
PRISES DE BÉNÉFICE SUR SCOR
Au lendemain de l’OPA proposée par Covea, à 43 euros par action sur Scor, le numéro un français de la réassurance, la
tension est retombée sur la valeur. Ce
mercredi, le titre a perdu 2,78 % à
37,75 euros mais conserve un gain de
près de 20 % sur les trois derniers mois.
La fin de non-recevoir adressée par
Denis Kessler, le PDG de Scor, à son ac-
%VAR.
ORANGE ..............................................13,64 -1,45
PERNOD RICARD ..................................
134,7
-1,14
PEUGEOT ..............................................
23,19 -0,77
♣ 51,62 -3,04
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
72,26 -0,15
SAFRAN ..............................................
109,1
-0,95
SAINT GOBAIN ..................................
36,38 +0,54
SANOFI ..............................................72,55 -0,82
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
67,92 -1,39
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
36,135 +1,22
SODEXO ..............................................89,58 -1,19
SOLVAY ..............................................
112
-0,36
STMICROELECTRONICS .............................
16,49 -4,49
TECHNIPFMC ..................................25,21 -3,74
TOTAL .............................................. 52,53 -2,05
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
175,34 +0,13
VALEO .............................................. 37,39 -1,61
VEOLIA ENVIRON. ..................................
17,845 -1,05
♣
VINCI .............................................. 79,46 -2,02
VIVENDI ..............................................21,64 -2,83
+HAUTJOUR +BAS JOUR
13,8
135,7
23,43
53,42
72,72
110,5
36,505
73,16
68,68
36,4
90,78
112,75
17,23
26,09
53,35
175,4
38,04
17,99
80,9
22,21
13,61
133,75
23,13
51,32
71,5
108,6
35,845
72,35
67,76
35,515
89,58
111,4
16,375
24,99
52,53
172,64
37,12
17,76
79,2
21,61
%CAP.ECH
0,123
0,179
0,171
0,16
0,162
0,1
0,209
0,083
0,158
0,84
0,085
0,142
0,198
0
0,283
0,349
0,92
0,202
0,271
0,133
31/12
-5,77
+2,08
+36,77
-8,88
-13,88
+26,99
-20,88
+0,97
-4,15
-16,06
-20,05
-3,36
-9,42
-2,48
+14,08
-39,96
-16,12
-6,68
-3,48
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,6144
1,5263
0,9033
9,0913
129,17
1,1288
1,1582
3,216
11,103
7,724
20,815
7,9128
83,1035
137,2028
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33030
33110
-4,95
NAPOLEON ..................................................... 195,9
199,2
-5,32
PIECE 10 DOL USA .....................................................
550
595
-6,46
PIECE 10 FLORINS .....................................................
208
208
-2,26
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1101
1138
-5,74
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
195
195
-4,41
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
287
276
-5,9
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1275
1250
-2,67
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
102
109,9
-7,1
PIECE SUISSE 20F .....................................................
192,1
191
-5,23
PIECE LATINE 20F .....................................................
195
195
-3,89
SOUVERAIN ..................................................... 249
240,9
-4,49
KRUGERRAND .....................................................1097,5
1097,5
-1,9
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
284,09 03/09/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
48,42 03/09/18
BELLATRIX C ................................................
331,83 03/09/18
SIRIUS ................................................55,34 03/09/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
laskine@lefigaro.fr
tionnaire mutualiste lors d’une journée
investisseurs organisée à Paris, en lui demandant de « ne pas le déranger », est
très claire. Après une telle déclaration, les
investisseurs peuvent difficilement miser
sur une OPA à 43 euros dans un secteur
où les prises de contrôle hostiles ne sont
pas dans les usages.
Le marché a, en revanche pris, à cette
occasion, conscience de la faible valorisation de la compagnie. Elle se paie moins
de 12 fois les profits attendus pour l’année en cours. Les perspectives sont
d’autant plus attrayantes que la direction
du groupe, devant un parterre d’analystes financiers, a révisé à la hausse ses
hypothèses de croissance annuelle des
primes sur la période du plan stratégique
2016-2019. Grâce à la bonne tenue de
l’activité dans les branches dommages et
responsabilité, les dirigeants ont réaffirmé leur ambition de parvenir à un taux de
rendement des capitaux propres (ROE)
supérieur à 800 points de base au-dessus du taux sans risque à 5 ans, avec un
ratio de solvabilité renforcé. Ces prévisions expliquent qu’en dépit des prises de
bénéfices de ce mercredi, le titre se traite
désormais à ses plus hauts niveaux historiques. Scor a apporté la preuve de sa
capacité à diversifier ses risques et à préserver ses marges. La valeur offre
aujourd’hui une perspective de rendement de l’ordre de 5 %, sur un dividende
attendu en progression par rapport au
1,65 euro distribué en mai. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 43,53
♣
AIR LIQUIDE ..................................
105,6
AIRBUS ..............................................103
ARCELORMITTAL SA ..................................
24,84
ATOS .............................................. 100,05
AXA .............................................. 22
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
51,11
BOUYGUES ..............................................
35,45
CAPGEMINI ..............................................
106,25
CARREFOUR ..............................................
15,11
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,274
DANONE ..............................................65,45
ENGIE .............................................. 12,345
ESSILOR INTL. ..................................121,05
HERMES INTL ..................................530,4
KERING ..............................................439,2
L'OREAL ..............................................199,45
LEGRAND ..............................................63,28
LVMH .............................................. 281,25
♣
MICHELIN ..............................................
99,54
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
30
MÉDIAS et PUBLICITÉ
M6 mise sur les contenus « made in France »
Face à l’offensive des géants
mondiaux de la vidéo, la chaîne opère
un mouvement stratégique.
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
TÉLÉVISION Penser local dans un
univers audiovisuel globalisé. Pour
contrer l’érosion de son audience,
en recul de 0,6 point, à 9,2 %, la
saison dernière, M6 va recentrer sa
grille sur des programmes « made
in France ». De nouveaux magazines d’information, des grands divertissements familiaux (adaptés
ou créés) et des fictions, tous produits localement, vont alimenter
l’antenne. Venant s’ajouter aux
marques emblématiques telles que
« L’amour est dans le pré », « Top
Chef » et autre « Recherche appartement ou maison ».
M6 ou la tentation du protectionnisme télévisuel ? La posture
correspond plus à celle d’un Gaulois réfractaire à l’immobilisme.
« Nous sommes un groupe en mouvement, agile, flexible et déterminé », répond Nicolas de Tavernost,
le président du directoire du groupe. Alors que le paysage audiovisuel français est colonisé par les
Goliath internationaux de la vidéo,
ce recentrage tricolore est une manière de s’adapter aux mutations
actuelles. « Nous sommes face à des
plateformes mondiales de télévision
qui diffusent à la demande des programmes dans tous les pays du
monde. Il faut se battre en accélérant
sur la production locale d’œuvres
originales, qui correspondent aux
attentes du public français. Sur ce
terrain, les grandes chaînes nationales ne peuvent pas être égalées par
les géants de la vidéo », estime Thomas Valentin, le vice-président du
directoire du groupe M6.
Certes, Netflix ou Amazon peuvent réaliser une poignée de séries
tricolores par an. Néanmoins,
« l’argent qui est aujourd’hui investi
par les chaînes nationales dans la
production locale est considérable.
C’est notre force et notre réponse
vis-à-vis des grands acteurs internationaux », poursuit le dirigeant.
Pour M6, le changement d’orientation mis en place cette saison
constitue en tout cas « un mouvement massif ».
La chaîne n’est pas le seul acteur
du PAF à se dresser sur ses ergots
tricolores. TF1 est aussi passé à la
vitesse supérieure sur la fiction
française. Avec France Télévisions,
M6 et TF1 vont par ailleurs créer
une plateforme commune qui doit
rassembler le meilleur de la télévision nationale.
Parallèlement, en juin, le groupe
M6 a inauguré un pôle unique dédié
à la fiction et au cinéma. Objectif :
alimenter les chaînes du groupe
aussi bien que le marché de
l’audiovisuel dans son ensemble.
Durant les deux prochaines années,
la chaîne veut en effet augmenter
significativement le nombre de fictions proposées en prime time.
D’un autre côté, « il y a un appétit
pour les programmes télévisuels, linéaires et non linéaires, qui est
aujourd’hui considérable. C’est la
très bonne nouvelle des mutations en
cours. Nous allons produire pour
l’international, les grandes plateformes et pourquoi pas les autres chaînes françaises », espère Thomas
Valentin. Son studio Golden
Network, spécialisé dans les contenus digitaux à destination des
Millennials, vient ainsi de vendre à
YouTube Premium, version payante de la plateforme, Les Emmerdeurs (10 × 26 minutes), sa première comédie hexagonale. « C’est un
axe de développement stratégique
pour M6 », insiste le dirigeant. Des
projets ont d’ores et déjà été présentés à Netflix et Amazon.
Publicité au beau fixe
Faire croître cette activité va permettre à M6 d’étoffer son portefeuille de droits afin d’en tirer profit en les revendant en France ou à
l’étranger. Au printemps dernier,
Netflix a par exemple annoncé qu’il
allait dépenser un milliard de dollars dans les contenus européens.
Autant essayer d’empocher une
partie, même faible, de cette manne. « Les évolutions en cours sont
pleines d’opportunités pour un groupe comme M6 », assure Thomas
Valentin.
Preuve que le groupe est à l’offensive, en septembre, le ciel est
dégagé sur le front publicitaire.
« Nos recettes publicitaires seront ce
mois-ci à un niveau jamais égalé.
Notre taux de remplissage des coupures pub est historiquement haut »,
s’est réjoui Nicolas de Tavernost
lors de la présentation des grilles de
rentrée. ■
M6 adapte la comédie à succès Papa ou Maman en série télévisée avec Florent Peyre et Emilie Caen.
ERIC DESSONS/ ADE ADJOU/M6
Moitié moins de séries américaines en prime time
Cette
« diminution
se fera
au profit de
programmes
locaux
produits ou
commandés
par la chaîne
et faits pour
le marché
français
»
THOMAS VALENTIN,
VICE-PRÉSIDENT
DU DIRECTOIRE
DU GROUPE M6
La fin d’une époque pour M6. Si les
séries américaines ont longtemps
régné en maître sur les grilles de
programmes de la chaîne, ce ne
sera plus le cas à partir de la rentrée. « Nous allons supprimer
50 soirées consacrées aux fictions
américaines. C’est quasiment une
soirée par semaine », annonce Thomas Valentin, le vice-président du
directoire du groupe M6. Un changement de cap majeur. M6 proposait jusqu’alors une centaine de
prime time consacrés aux séries
US. Ce sera moitié moins cette saison. Exit Bones, Scorpion ou Once
Upon a Time (basculé sur 6Ter).
Principale raison : en Europe,
l’audience des séries américaines
s’érode depuis cinq ans. « Le phénomène a touché la France un peu
plus tard, mais il est bien là »,
constate Thomas Valentin.
Non pas que les séries américaines soient moins bonnes qu’auparavant. Mais l’offre spécifiquement
destinée à la télévision gratuite
s’est raréfiée à mesure que le format des séries plus clivantes et
« feuilletonnantes », privilégié par
les plateformes vidéo et les chaînes
payantes pour mieux fidéliser leurs
abonnés, s’imposait. Pendant des
années, X-Files, Buffy contre les
vampires, Prison Break, Desperate
Housewives, NCIS ou Sex and the
City ont participé au succès de M6.
Aujourd’hui, les fictions qui ont la
préférence du public s’appellent
Games of Thrones (HBO), Stranger
Things (Netflix) ou encore The
Handmaid’s Tale (Hulu).
Si la chaîne avait commencé à
réduire un peu la voilure l’an dernier, ce mouvement de fond va
s’amplifier largement durant la saison qui démarre. Et c’est le « made
in France » qui va en profiter. « La
diminution du nombre de soirées
consacrées aux séries américaines
se fera au profit de programmes locaux produits ou commandés par la
chaîne et faits pour le marché français », détaille Thomas Valentin.
Info, fiction et
divertissement
M6 va investir dans de nouveaux
magazines d’information, tels que
« Contre-Enquête » ou « Nouvelle
Vie », présenté par Ophélie Meunier et qui s’intéressera à des familles ayant décidé de changer de
vie, ou encore « Welcome », une
série documentaire d’immersion
autour du quotidien de gens appartenant à une même communauté.
La chaîne mettra également l’ac-
Samsung, Google et Amazon sont les marques
les plus considérées par les Français
Decathlon est la première marque française d’un classement réalisé par Kantar pour Y&R.
vague de sondages en 2016, sont la
plateforme de streaming payant
Netflix ou le distributeur allemand
Lidl, qui a été l’un des plus gros investisseurs médias de son secteur
ces deux dernières années.
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
L’ÉTUDE MONDIALE
« BRAND ASSET
VALUATOR » (BAV)
DE Y&R/KANTAR
EN CHIFFRES
59 000
marques passées
au crible
75
54
indicateurs clés
A
pays couverts
MARKETING Concurrencées par
les marques des distributeurs, mécaniquement moins nombreuses
dans les points de vente de proximité et menacées par l’essor annoncé des assistants personnels,
les marques ont du fil à retordre.
L’agence Young & Rubicam a
publié mercredi un classement intéressant, qu’elle réalise depuis
vingt-cinq ans mais dont elle a
dévoilé cette fois davantage les résultats. Le sondage ne concerne
pas les préférences des Français
dans leurs choix de consommateurs au quotidien, mais le jugement qu’ils portent sur les marques, à travers deux dimensions :
la force d’une marque (ses degrés
de différenciation et de pertinence) et sa stature (l’estime qui lui est
portée et sa familiarité, c’est-àdire sa popularité positive).
« Ce sondage qualitatif, qui porte
sur un panel important [13 000
consommateurs, NDLR] interrogé
par Kantar, nous instruit sur ce que
pensent les Français des marques,
qu’ils les consomment ou non », explique Cécile Lejeune, la nouvelle
Chute de Canal +
L’enseigne Decathlon, à la fois distributeur et fabricant innovant,
est plébiscitée par les consommateurs français. DECATHLON
présidente de Y&R Paris (WPP).
Selon cette étude, Samsung,
Google et Amazon sont les marques les mieux perçues. La pertinence de leurs offres, leur apport
technologique et leur accessibilité
assurent à ces trois marques d’être
les plus plébiscitées. La première
française du classement est Decathlon, à la fois distributeur et fabricant innovant. Les autres tricolores dans le top 50 sont Tefal (10),
Danone (17), L’Oréal (21), Fnac
(31), Arte (32), Renault (33), Bic
(34), TF1 (35), Orange (36), Leclerc (37), Leroy Merlin (39), Danette (46), LU (48) et EDF (50). Les
marques françaises se défendent
très bien (34 % du top 50), devant
les américaines (30 % dont six
dans le top 10) et les allemandes
(12 % avec notamment Volkswagen, première marque automobile
classée 28e avant Renault).
Les hauts et bas du classement
sont riches en enseignements.
Ainsi, les marques qui ont le plus
progressé depuis la précédente
Dans les médias, si la chute
d’image de Canal + ne surprend
pas, celle d’Apple interroge. La
marque iconique, immense succès
commercial et boursier, a perdu
douze places au classement - elle
se classe tout de même 15e - mais
elle baisse nettement sur le critère
de la pertinence. Les consommateurs estiment qu’Apple vend trop
cher des produits qui se sont
aujourd’hui banalisés.
L’étude française passe 1 200
marques (dans 80 catégories) au
crible de 72 critères, ce qui permet, en croisant les données, de
faire de la prospective. L’étude
montre par exemple qu’Orange
est bien placé pour profiter du
boom attendu du marché des assistants personnels. « Amazon et
Google devraient se tailler la part
du lion, mais Orange a une carte à
jouer », estime par exemple Cécile
Lejeune. ■
cent sur de grands divertissements
ainsi que sur la fiction française. Les
téléspectateurs pourront ainsi découvrir une adaptation du film
Papa ou Maman, La Faute, un thriller psychologique porté par Valérie
Karsenti et Natacha Lindinger ou
encore l’adaptation du roman de
Michel Bussi Un avion sans elle,
avec Bruno Solo et Agnès Soral.
En dehors des formats courts,
M6 avait peu investi le genre. Rien
d’illogique. Il y a encore cinq ans,
les Français plébiscitaient largement la fiction US. En 2013, les séries américaines, Mentalist, Unforgettable et Dr. House en tête,
trustaient 58 places au palmarès
des 100 meilleures audiences de
l’année. En 2017, cette part est
tombée à quatre places. Pendant ce
temps, la fiction française, qui
n’avait guère la préférence des
téléspectateurs hexagonaux, a repris des couleurs. L’an dernier, elle
s’octroyait 42 places du top 100 des
plus fortes audiences. Les séries
made in France étant capables de
fédérer largement les téléspectateurs, M6 peut espérer en tirer de
meilleures recettes publicitaires.
Ce n’est pas Nicolas de Tavernost,
le président du directoire du groupe M6, qui s’en plaindra. ■
C.S.
EN BREF
INSTAGRAM VEUT
SON APPLI DE SHOPPING
£ Instagram réfléchit à lancer
sa propre application
d’e-commerce, IG Shopping.
Ce service, en cours de
développement, permettrait
aux utilisateurs du réseau
d’acheter des produits ou
des vêtements directement
à l’intérieur de l’écosystème
Instagram.
ALTICE INTÉRESSÉ PAR
LA TÉLÉ LOCALE TLM
£ Selon plusieurs sources,
le groupe Altice France serait
en négociations exclusives pour
reprendre la télévision locale
de Lyon (TLM), détenue par
plusieurs entrepreneurs
lyonnais. Déjà actionnaire
minoritaire du réseau
ViaOccitanie (ex-TV Sud),
NextRadioTV, filiale d’Altice,
a lancé la chaîne BFM Paris
en novembre 2016.
LA FOX INVESTIT DANS
LE JEU VIDÉO EN LIGNE
£ Le groupe de médias
21st Century Fox a investi
100 millions de dollars dans
la jeune société Caffeine,
spécialisée dans la diffusion
en ligne de parties de jeux
vidéo, un secteur de plus
en plus concurrentiel.
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jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 037 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
JOAILLERIE
L’EXUBÉRANCE
DE LA RENAISSANCE S’IMMISCE
DANS LES COLLECTIONS PAGE 33
MUSIQUE
LE RETOUR EN FORCE
DE PAUL MCCARTNEY
PAGE 34
MODE
Premier défilé
Louis Vuitton Homme
signé Virgil Abloh,
à Paris en juin dernier.
MAXIME LA/NYT-REDUX/REA
Les dix designers
qui marqueront
la saison
Ils s’appellent Hedi Slimane, Alessandro Michele, Riccardo Tisci, Miuccia Prada ou Rihanna. Plus ou moins connus
du public, ils sont à la tête des grandes marques qui influencent le style de la rue. PAGE 32
L’élan de Pierre
Deladonchamps
NOS FIGURES DE LA RENTRÉE
Le comédien est à l’affiche de trois films,
dont « Photo de famille » sorti cette semaine.
rère adulescent de Vanessa
Paradis et Camille Cottin dans
Photo de famille de Cécilia
Rouaud, ce mercredi, amoureux écolo de Mélanie Thierry
dans Le Vent tourne de Bettina Oberli (le
26 septembre) et pédophile dans Les
Chatouilles d’Éric Métayer et Andréa
Bescond (le 14 novembre), Pierre Deladonchamps est sur tous les fronts, quel
que soit le registre.
Pourtant, il y a quelques années, ce
Nancéien qui vit en Lorraine avait décidé d’arrêter le métier. « J’avais 30 ans,
les choses ne bougeaient pas, j’avais peur
de ne rien faire d’autre qu’attendre », se
souvient-il. C’est grâce au directeur de
casting Stéphane Batut que le comédien
a « rebondi » avec L’Inconnu du lac,
d’Alain Guiraudie qui lui a valu le César
du meilleur espoir masculin (2014).
« Stéphane savait que peu d’acteurs allaient accepter de se
mettre nus, ce tournage m’a
beaucoup apporté, Alain Guiraudie était à l’écoute, c’était
difficile de faire mieux comme
entrée dans le milieu du cinéma », observe Pierre
Deladonchamps. Depuis,
ce fils d’une ancienne
professeur des écoles et
d’un père qui a créé une
association de retour à
l’emploi pour les chômeurs de longue durée a
F
enchaîné les rôles. En mai dernier, au
Festival de Cannes, il était un écrivain
homosexuel dans Plaire, aimer et courir
vite de Christophe Honoré. « Je me sens
chanceux, j’essaie de faire les bons choix,
d’aller en dehors de ma zone de confort »,
confie Pierre Deladonchamps, « épanoui ». Photo de famille est sa première
comédie. « Une aubaine, dit-il. J’ai découvert le mot “dramédie”, c’est un vrai
film choral entre rire et larmes. »
« Je l’avais vu dans L’Inconnu du lac
et Le Fils de Jean, de Philippe Lioret, il a
un beau regard, un peu perdu, et une mélancolie chevillée à la voix, remarque Cécilia Rouaud, qui l’a dirigé. En le rencontrant, j’ai découvert qu’il était drôle. Il
travaille sérieusement sans se prendre au
sérieux. Généreux et instinctif, il se laisse
surprendre. » « Il est bienveillant, enthousiaste et pur », renchérit Camille
Cottin, sa sœur dans Photo de famille.
L’actrice ajoute : « Il est heureux
d’exercer ce métier. » « L’idée d’être comédien est venue assez vite, j’avais été
bluffé par La vie est un long fleuve tranquille », explique son partenaire, passé
par le Cours Florent. Après avoir accouché d’un court-métrage, Âmes sœurs,
autour d’un couple, dans le cadre
des Talents Adami, il entend réaliser son premier long-métrage
sur une famille dysfonctionnelle. Auparavant, il tournera
en octobre le prochain film
de Valérie Donzelli, Notre
dame, une autre comédie. ■
Pierre Deladonchamps :
« Je me sens chanceux. »
ALESSANDRO LUCIONI/IMAXTREE.COM, MJ KIM, YOHAN BONNET/AFP
A
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
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jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
32
Les dix noms qui vont faire
la mode cette saison
150
Dans une industrie du luxe en pleine mutation, sous l’influence
des réseaux sociaux et de l’e-commerce, le profil des designers stars évolue.
État des lieux de ceux qui marqueront l’actualité.
DÉCRYPTAGE
milliards
d’euros
C’est le chiffre d’affaires
de l’industrie
de la mode française,
dont 33 milliards d’euros
à l’export
S
Source : IFM, octobre 2016
ÉMILIE FAURE
efaure@lefigaro.fr
ur quels critères se baser pour
déterminer les dix personnalités de la
mode qui compteront dans les mois à
venir ? À la fois sur leur créativité, leur
influence auprès des jeunes générations,
leur capacité à bousculer le modèle des
marques dont ils ont la charge et, plus
ne, dont le premier défilé pour la marque Celine aura lieu le 28 septembre
prochain. Va-t-il continuer d’explorer
le sportswear ambiant ? Va-t-il réhabiliter le costume masculin ? La réponse
sera visible dans la rue dès cet automne.
Même attente envers le premier
show de Riccardo Tisci (ex-Givenchy),
désormais aux manettes de Burberry,
l’institution britannique en berne ces
dernières saisons. Il faudra également
suivre l’actualité de Miuccia Prada, la
trivialement, leur génie à vendre des
vêtements, des accessoires, des parfums
au monde entier. Bien d’autres designers ont du talent et du pouvoir, mais
ces dix visages, ces dix noms, vont occuper la scène soit parce qu’ils arrivent
dans une nouvelle maison aux enjeux
colossaux, soit parce qu’ils font et défont
les tendances, ou encore parce qu’ils
sont particulièrement prometteurs.
Dans cette liste, le champion au
buzzomètre n’est autre qu’Hedi Slima-
doyenne en plein come-back, de Raf
Simons, le darling de New York à la tête
de Calvin Klein, d’Alessandro Michele,
l’homme derrière le succès prodigieux
de Gucci, de Virgil Abloh, idole des
millennials et styliste de Louis Vuitton
Homme, de Demna Gvasalia, l’énigme
derrière Balenciaga, de Kim Jones, le
renouveau de Dior, de la star Rihanna
et de la jeune mais déjà fort remarquée
Marine Serre. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Qui influencent-ils ? ■
Hedi
SLIMANE
RIHANNA
Marque
FENTY
Lieu de naissance
La Barbade
30 ans
LVMH, TechFashion
Aucune
64 millions
Marine
SERRE
TISCI
143 000
RAF
2,9 millions
Belgique
50 ans
LOUIS VUITTON
OFF-WHITE
New York
États-Unis
37 ans
Paris
LVMH, New Guard
Génie civil à Chicago
PVH (Calvin Klein)
Académie royale
des beaux-arts
d'Anvers
KIM
JONES
DIOR
Royaume-Uni
40 ans
Paris
LVMH
Central Saint Martins
487 000
ALESSANDRO MICHELE
GUCCI
Italie
45 ans
France
26 ans
Kering
Académie des
beaux-arts de Rome
Paris
PRADA
Italie
69 ans
Géorgie
30 ans
400 000
53 700
jets que beaucoup tentent de copier. Son
outsider au sein même de Kering, Demna
Gvasalia (chez Balenciaga depuis
trois ans), ne laisse, lui non
plus, pas indifférent. Radical,
il a fait du hoodie le vêtement
de la bourgeoisie et de ses
Triple S, les baskets préférées
des (autres) designers et bien
au-delà. Plus jeune et moins expérimentée,
Marine Serre, qui a fait ses classes chez
Balenciaga, est l’une des révélations de la
dernière Fashion Week. Sa mode intelligente et son tempérament de battante ont
valu à cet ancien espoir du tennis français le
prestigieux LVMH Prize. Karl Lagerfeld luimême lui prédit un grand destin. ■
LES RÉVO UTIO
L
NNAIR
ES
Si les têtes d’affiche pointent chez LVMH,
les révolutionnaires sont à l’œuvre chez
Kering. À commencer par Alessandro
Michele, l’ovni sorti du chapeau de Gucci
en janvier 2015 et qui, depuis, a mis sur orbite la griffe rhabillant de son style extravagant et de son logo GG les moins de 35 ans
sur la planète. Si certains guettent son déclin, cette personnalité charismatique sait
prendre des risques et démultiplie les pro-
2,3 millions
Simons qui supervise désormais les collections maison et lance un parfum pour
Calvin Klein. Et d’Hedi Slimane à qui
Bernard Arnault a confié la création du
prêt-à-porter masculin et des fragrances
au sein de Celine. On dit que sa mission est
de doubler le chiffre d’affaires de la maison en cinq ans, soit passer de 1 à 2 milliards d’euros. Ces trois champions seront
en compétition ce mois de septembre
avec leurs défilés, le 11 à New York pour
Simons, le 17 à Londres pour Tisci et le 28 à
Paris pour Slimane. ■
LE MO DÈL
PRADA
BALENCIAGA/VETEMENTS
A
Plus ou moins de la même génération,
« Hedi » (Celine), « Raf » (Calvin Klein) et
« Riccardo » (Burberry) comptent parmi
les têtes d’affiche depuis plus de dix ans.
Tous trois passés par LVMH ils ont, chacun
dans sa cour, changé le visage de la mode
du XXIe siècle. Surtout, s’ils ont connu le
succès avant les réseaux sociaux, ils en
maîtrisent les codes, bien que, hormis
Tisci qui donne de sa personne, Slimane et
Simons ne s’y mettent pas en scène. Omnipotents et payés des fortunes, ils
contrôlent l’image des marques dont ils
tiennent les rênes, définissent les concepts de boutiques, redessinent le logo et
même renomment les griffes (Hedi
Slimane qui avait supprimé le Yves de
Saint Laurent, efface l’accent aigu de
Celine) ! À leur niveau, ils étendent leur
champ de compétences. À l’instar de Raf
Miuccia
Demna GVASALIA
Kering
Académie royale des beauxarts d’Anvers
LES BA KAB
N
LE
Paris (Milan)
MARINE SERRE École de La Cambre
Paris
Burberry
Central Saint Martins
CALVIN KLEIN
ABLOH
BURBERRY
Italie
44 ans
Londres
SIMONS
VIRGIL
S’ils sont de nationalité différente, le Britannique Kim Jones (Dior), l’Américain
Virgil Abloh (Louis Vuitton) et la Barbadienne Rihanna (Fenty) incarnent un
profil nouveau de designer (maîtrisant les
codes du luxe et du streetwear) et les valeurs chères à la génération millennials,
comme la diversité et le « body positivisme » - être fier de son corps tel qu’il est.
Amis dans la vie, ils partagent le même
réseau (Kanye West, David Beckham,
Kate Moss). Surtout, ils savent répondre
aux attentes de la jeunesse en diversifiant
leurs créations (maquillage, sportswear,
lingerie pour Rihanna), en lançant des
collaborations ultramédiatisées (Jones a
œuvré à la collection Supreme × Louis
Vuitton quand il officiait chez le malletier), en élargissant leur domaine à
d’autres univers (Abloh avec Nike, Ikea,
Murakami…). Bref, tout ce qu’ils touchent se transforme en or et se revend sur
le marché d’occasion à des prix exorbitants. À suivre particulièrement, le show
lingerie de Rihanna le 12 septembre à
New York. Si la chanteuse est la seule de
cette liste à n’avoir aucune formation
mode, sa marque Fenty, qui a conquis la
critique et les jeunes filles, intéresserait
fortement les grands groupes du secteur. ■
LVMH
École du Louvre
Riccardo
Groupe
École
LES PO STA
RS
P
Paris
Défilé
N ew York
Nombre
de followers
CELINE
France
50 ans
Milan
Prada Group
Université de Milan
E
Elle est l’une des rares à faire l’unanimité auprès de ses pairs. Et sa contribution à l’histoire de la mode est immense. Pionnière du sportswear de luxe,
chantre d’un vestiaire cérébral (on a
souvent dit de sa mode qu’elle plaisait
aux femmes mais pas à leurs maris),
proche du milieu artistique, Miuccia
Prada a ouvert la voie à la nouvelle
génération de designers dont fait partie
Alessandro Michele. Pourtant, ces dernières saisons, les chiffres du groupe
avaient baissé et la stratégie n’était plus
en phase avec les nouveaux consommateurs. Cette rentrée devrait signer le
retour de notre doyenne. Elle qui avait
négligé le numérique corrige le tir et
s’ouvre à une distribution moins sélective. De même, elle cible les plus jeunes en relançant ses sacs en Nylon et sa
ligne sport Linea Rossa, qui ont contribué à son succès dans les années 1990 :
leur design vintage (et leurs prix plus
accessibles) est calibré pour le public
des réseaux sociaux et les nostalgiques
de l’âge d’or de Prada. ■
Crédit photos : Swan Gallet/WWD/Shutter/SIPA, F. Montique, JULIEN
MIGNOT/NYT-REDUX-REA, Willy Vanderperre, Y.R. , Courtesy of
Burberry - Brett Lloyd , GUIA BESANA/The New York
Times-REDUX-REA, Stefani Pappas , DAN & CORINA LECCA,
Gettyimages.
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LE FIGARO
jeudi 6 septembre 2018
STYLE
L’indémodable
magnificence
des bijoux
baroques
1
2
IMAXTREE.COM, TOPFOTO / ROGER-VIOLLET, UGO VANNIER, PRESSE,
33
3
6
7
Or texturé
et perles baroques
Chez Buccellati, ce sont les techniques de gravure qui restent les mêmes que celles utilisées par les orfèvres de la Renaissance, qui
ciselaient et repoussaient le métal
au burin. Au XXIe siècle comme
au XVIe siècle, chez l’italien, l’or
ne brille jamais. Avec sa surface
minutieusement texturée façon
rigato, segrinato, ornato ou modellato, il devient soyeux et velouté. À
l’exemple de cette manchette en or
et diamants que l’on imaginerait
volontiers au poignet d’une héritière
des Médicis ou des Sforza. De la
Renaissance, le joaillier milanais ressuscite également le travail autour des
perles baroques. En témoigne l’étrange
bestiaire commencé en 2003 par Gianmaria Buccellati. « Je pensais à la façon
dont les orfèvres de l’époque avaient utilisé les perles baroques, ou scaramazze,
terme alors employé. Ils avaient l’habitude de les greffer dans une armilla (broche
d’apparat) dans laquelle la perle, avec sa
forme particulière, devenait le corps d’un
guerrier, d’un animal ou d’un insecte,
selon l’inspiration que sa forme inusuelle
suggérait », relatait Buccellati pour définir cette collection qui compte désormais une centaine de pièces fantasques.
Emblématiques du XVIe siècle - se
reporter aux portraits peints par
Raphaël ou Botticelli -, les perles baroques fascinent toujours autant joailliers
et créateurs de mode. Chez Celine, où
elles défilent depuis plusieurs saisons,
elles se piquent aux oreilles et sont incrustées, cet hiver, d’agates vertes ou
de strass. Tandis que Sarah Burton pour
Alexander McQueen associe leurs sublimes imperfections à de gros pendentifs émeraude ou vermillon. Sans
8
9
10
1. Collection Dolce & Gabbana automne-hiver 2018. 2. Pendentif en forme d’Amour Entravé, Allemagne ou Pays-Bas,
vers 1590-1620, Musée national de la Renaissance-château d’Écouen. 3. Isabelle Adjani dans La Reine Margot. 4. Bague en or, perles,
diamants gris et blancs, Gucci, 2 650 €. 5. Collier en laiton, pâte de verre et perles Swarovski, Gripoix, 1 020 €. 6. Bague en bronze
et émail, Samuel François, à partir de 350 €. 7. Bague en or, opale, saphirs jaunes et calcédoines, Marc Deloche, 14 000 €.
8. Boucles d’oreilles en or, saphirs, tourmaline, corail, rubis, Dorette chez White Bird, 3 500 €. 9. Broche en or, perle baroque,
diamants et rubis, Buccellati, 90 000 €. 10. Bague en argent, Maxime Rips à la Galerie Elsa Vanier, 3 600 €.
oublier, bien sûr, les pièces du duo
Dolce & Gabbana, spécialiste ès-baroque, qui mêle ses perles à une accumulation de chaînes à gros maillons, de
croix saturées de couleurs ou de cristaux directement brodés sur les robes,
vestes et manteaux. « Dès la Renaissance, les bijoux deviennent un élément du
costume, poursuit Julie Rohou. Apposés
sur le textile, sur les manches et les chapeaux, ces ornements se cousent et se
recousent sans cesse. Ils suivent l’encolure d’une robe, se portent autour du cou
ou directement dans les cheveux. »
Une étrangeté fascinante
Autre réminiscence de cette époque féconde pour les arts : les bijoux mettant
en scène créatures étranges et fantasmagoriques. On pense, bien sûr, aux bi-
parfois en vermeil et en argent, et largement influencée par l’Italie et ses
œuvres baroques. « Aucune ligne n’est
droite mais plutôt courbe et souvent imparfaite, insiste le créateur. Mes pièces
relèvent davantage du modelage et s’inspirent de la ville de Naples et de son
atmosphère très particulière avec ses sublimes catacombes, ses niches mortuaires et ses ex-voto. » Têtes de mort
émaillées et petits os dorés sont, ici,
montés sur d’imposants plastrons à
l’étrangeté fascinante. Dans le même
registre, retenons enfin cette bague à
secret signée Maxime Rips et dont la
tête de méduse en argent oxydé se soulève malicieusement. Pour y glisser
philtres d’amour ou poisons mortels
comme René le Florentin, fournisseur
de Catherine de Médicis ? ■
joux de mémoire et aux fameux
Memento mori (« Souviens-toi que tu
vas mourir ») du Vénitien Attilio
Codognato, qui fait côtoyer, dans sa
boutique près de la place Saint-Marc,
des vanités aux yeux d’émeraudes, de
sublimes anneaux aux écailles de diamants, des broches majestueuses figurant des Maures au buste d’ébène…
D’étranges créatures, il est également question, cette saison, chez Gucci
avec tête de fauves ou corps de serpents
tout en diamants blancs et gris à enrouler autour du doigt. Mais aussi chez la
New-Yorkaise Alice Waese, qui façonne ses singuliers félins à l’aide d’un or
brut, presque rugueux. Autre curiosité,
la collection que vient de lancer Samuel
François. Soit une centaine de bijoux
principalement en « bronze d’art »,
Dernière minute
l faut revoir La Reine Margot,
chef-d’œuvre voluptueux et funèbre de
Patrice Chéreau. Et s’attarder sur la
scène d’ouverture, celle du mariage, où
Isabelle Adjani-Marguerite de Valois
apparaît impassible, diaphane et sublime dans sa robe de brocart rouge, cascade de perles sur le buste, lourds pendants aux oreilles et magnifique
diadème posé sur sa chevelure de jais.
Une couronne ouvragée comme au
XVIe siècle, faite de perles baroques et
de grenats rouge sang. « Il y a là toute
l’opulence de la Renaissance : les formes
courbes, les motifs floraux, la richesse
des couleurs, note Julie Rohou, conservatrice du patrimoine au Musée national de la Renaissance, à Écouen, où est
exposée une magnifique collection de
parures, pendentifs, bagues et médailles. À l’époque, on ne sait pas encore
tailler les pierres. En cabochon ou “en
table” - rectangulaires et plates -, elles
brillent peu et les orfèvres valorisent davantage la couleur, notamment le rouge
du rubis, alors très en vogue. »
Cette joyeuse explosion de nuances,
on la retrouve, aujourd’hui, sur les
bijoux de Catherine Lévy, fondatrice de
la marque Dorette, qui mêle saphir, rubis, tourmaline, améthyste, corail…
« J’adore ces combinaisons très spontanées, avoue la créatrice. Cela part dans
tous les sens mais toujours avec des pierres aux tons francs et aux formes jamais
calibrées, ce qui nécessite un mélange de
serti griffe et de serti clos et accentue
l’effet baroque. » Un charivari multicolore repéré aussi sur les croix en pierres
et émail du romain Percossi Papi ou sur
les pendentifs en volutes de pâte de
verre de Gripoix. À retenir également,
ce gros cabochon d’opale aux reflets
magnétiques, un peu magique, monté
avec deux saphirs jaunes et deux
calcédoines et serti sur une bague aux
volumes
surdimensionnés
que Marc Deloche présentera,
à la fin du mois, dans sa prochaine collection de joaillerie
Numéro 5.
5
Nicolas Ouchenir signe une deuxième
collection pour Arthus-Bertrand
«
n calligraphe et un
graveur, l’association
allait de soi », s’amuse
Nicolas Ouchenir, qui
vient de signer une ligne de six médailles pour l’entreprise
française. Dans le même esprit que sa
première collection de chevalières inspirées par les archives maison, l’artiste
appose son tracé bien particulier sur le
métal. « J’avais envie qu’on perçoive la
densité de l’écriture et même quelques
traces d’encre, ici et là. » Rien à voir
donc avec les très pieuses médailles de
baptême qui ont fait la réputation de la
marque bicentenaire. « Celles-là se
portent comme autant de grigris en accumulation autour du poignet ou du cou,
sur une chaîne en or ou un simple cordon
de cuir et sans hésiter à mélanger les
tailles (24 ou 40 mm) et les matières. »
Ici, les disques de vermeil ou d’argent
sont gravés d’extraits des conversations amoureuses entre Napoléon Bonaparte et Joséphine, chargées d’histoire et de romantisme, mais aussi de
U
dessins aériens – plume, aigle (à
partir de 125 euros). Ils seront
également personnalisables
en y superposant des breloques en forme d’initiales à
l’allure rock.
Dynamiser
l’offre de bijoux
Pour réaliser cette collection
Talisman, le calligraphe a pu
collaborer avec les artisans
des manufactures de Palaiseau (Essonne) et de Saumur
(Maine-et-Loire), où ArthusBertrand produit tous ses modèles - mais également certains bijoux pour de grandes maisons de luxe.
« Gravure, fonte, frappe, estampage,
polissage : tous ces savoir-faire y sont
encore défendus plus de deux siècles
après la création de la maison », insiste
Nicolas Ouchenir.
Née en 1803, l’entreprise d’abord
spécialisée dans les broderies et insignes militaires élargit rapidement son
activité à la fabrication de médailles honorifiques, décorations et trophées frappés ou
sculptés dans le métal. Parmi
les plus prestigieux, le grand
collier de la Légion d’honneur
porté par le président de la
République française mais aussi
les épées de nombreux académiciens et bâtons de commandement de maréchaux. ArthusBertrand a fabriqué aussi le
modèle d’origine de la statue
de la Liberté (en bronze et
mesurant 55 centimètres de
hauteur) signé Frédéric Auguste
Bartholdi, collaborateur régulier de
l’entreprise au XIXe siècle.
Sans renier cet incroyable patrimoine
historique et technique, la marque entend bien, aujourd’hui, dynamiser son
offre. « Ces collections régulières avec
Nicolas Ouchenir représentent une
formidable occasion de dépoussiérer
l’image parfois trop classique de nos médailles ou chevalières, souligne Julien
FEDERICO MARTINS, PRESSE
FOCUS En quête de renouveau, le bijoutier a demandé au calligraphe
de poser sa plume singulière sur des médailles en argent et vermeil.
Nicolas Ouchenir. À gauche,
médailles de la collectionTalisman.
Rousseau, directeur général délégué de
la marque. Et c’est dans ce même esprit
de modernisation que nous venons de
nommer Camille Toupet au poste de
directrice artistique. » Passée par Louis
Vuitton ou Dinh Van, la créatrice
devrait livrer ses premières pièces au
début de l’année 2019. ■
P. C.
Diadème royal
Lyse Nœtter - traduire du
danois par « Nuits claires » -,
c’est le nom de ce diadème
créé par Mauboussin et porté
par la princesse Marie de
Danemark, la semaine dernière,
lors du dîner officiel donné
à l’occasion de la visite d’État
d’Emmanuel Macron à
Copenhague. Tout en motifs
fleuris, ce bijou en or blanc
est pavé de 13,15 carats
de diamants et de 13,58 carats
de saphirs avec, en son centre,
un saphir de Ceylan taillé
en poire de 6,82 carats.
Un travail minutieux qui aura
nécessité plus de 400 heures
de travail. « Cette pièce nous
permet surtout de lancer
une ligne de diadèmes
et de bijoux de tête, puisqu’elle
sera très bientôt déclinée
dans différentes versions »,
se réjouit Alain Nemarq,
président de Mauboussin,
qui souhaite ainsi développer
ses collections mariage.
+
I
PAULINE CASTELLANI
4
P. C.
A
explosion de couleurs et bestiaire étrange,
les créateurs s’inspirent de la Renaissance
et de son exubérance créative.
RMN-GRAND PALAIS (MUSÉE DE LA RENAISSANCE, CHÂTEAU D’ECOUEN) _ MATHIEU RABEAU, ALESSANDRO LUCIONI/
TENDANCE Exagération du mouvement,
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jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
34
CULTURE
P
Paul McCartney
en studio à Los Angeles
en 2017. MJ KIM/MPL
OLIVIER NUC
£@oliviernuc
COMMUNICATIONS
rès de 32 millions. Il s’agit
du nombre ahurissant de vues réalisées sur YouTube par un programme télévisé initialement diffusé en juin sur la chaîne
américaine CBS. Animé par James
Corden, le « Carpool Karaoke »
consacré à Paul McCartney bat déjà
tous les records. Voir le musicien
égrener ses souvenirs au fil d’un
périple en voiture dans les rues de
sa ville natale, Liverpool, est proprement irrésistible. Qu’il rende
visite au salon de coiffure évoqué
dans Penny Lane ou commente la
visite de sa maison d’enfance, Paul
McCartney est bouleversant : impossible de ne pas pleurer en l’entendant donner un concert surprise
dans un pub de quartier. Nous
sommes en 2018 et Paul McCartney
est considéré comme un monument de la culture britannique. Il
lui aura fallu du temps, mais cet
homme de 76 ans a réussi à faire
l’unanimité, plus que nul autre
musicien du Royaume-Uni. Anobli
par la reine en 1997, Sir Paul est
aussi le chouchou des sujets de sa
Très Gracieuse Majesté, qu’il mettait gentiment en boîte dans Her
Majesty, en conclusion de l’album
Abbey Road des Beatles.
Le mauvais rôle
Pourtant, après la séparation du
groupe - qu’il avait lui-même annoncée dans un communiqué accompagnant la sortie de son premier album solo - Paul a longtemps
déçu les attentes. D’abord en assemblant Wings, une formation
forcément pas à la hauteur après le
cataclysme suscité par les Fab Four.
Ensuite en survivant à John
Lennon, canonisé immédiatement
après son assassinat le 8 décembre
1980. Face à son alter ego, figé dans
la jeunesse et pétri de contestation,
Paul a longtemps tenu le mauvais
rôle, vieillissant sous nos yeux et
s’institutionnalisant au fil des ans.
Alors que George Harrison fuyait
les projecteurs et que Ringo enchaînait les navets, Paul se retrouvait seul ou presque à assumer l’héritage de Quatre Garçons dans le
vent, portant ce fardeau sans jamais se dérober. Depuis qu’il a repris le chemin des scènes à la fin
des années 1980, Paul McCartney a
acquis un statut nouveau : celui
d’ambassadeur d’un répertoire en
or auprès des générations qui n’ont
jamais vu les Beatles en scène. Infatigable, l’homme n’a jamais cessé
Paul McCartney,
le dernier roi de la pop
MUSIQUE À 76 ans, la superstar
fait l’unanimité alors que sort
un nouvel album inspiré,
«Egypt Station».
d’enchaîner les disques et les tournées, à un rythme soutenu, en élargissant au passage son horizon avec
des incursions dans la musique
classique, l’électro ou le jazz.
C’est pourtant le mouvement
Brit-pop du milieu des années 1990
qui allait l’adouber définitivement.
Alors qu’Oasis tenait le haut du
pavé, Noel Gallagher ne manquait
pas une occasion de citer le maître
en référence absolue. Les disparitions successives de son épouse Linda et de son plus vieil ami George
Harrison ont conféré une épaisseur
nouvelle à celui qui s’incarnait en
personnage joyeux sur toutes les
images. En acceptant de vieillir,
Paul McCartney allait continuer à
inspirer de génération en génération. Idole mondialisée, le bassiste
gaucher a marqué durablement des
dizaines de milliers de musiciens.
Tombé sur un exemplaire de la
compilation The Beatles 1967-1970
dans la discothèque de ses parents,
Calogero est tombé dans la marmite
très jeune. « À la vision de la pochet-
te, j’avais le sentiment qu’ils habitaient dans une ZUP pas loin de chez
moi. Leur grande force est d’avoir
toujours ressemblé aux gens qui les
écoutaient », explique-t-il. Malgré
sa gloire et sa fortune, Paul
McCartney continue d’emprunter le
métro, confondant ceux qui seraient tentés de l’aborder. Dans sa
biographie de référence parue en
2016, Philip Norman explique que
Paul McCartney n’a jamais eu recours aux gardes du corps que son
statut pourrait lui assurer.
C’est certainement cette simplicité qui lui a permis de rester un
héros populaire, et un type dans le
coup. « Dans les Beatles, il est le mec
jovial et à la fois très arty. Il y a une
vraie folie chez lui, cela s’entend
dans sa façon de chanter », explique
Calogero. Une saine folie qui lui a
permis de rester créatif et de
conserver l’enthousiasme d’un
jeune musicien. « Sur son nouvel
« Egypt Station », des
Linda McCartney, photographe de l’intime et de l’uto
pépites et des longueurs
LA MUSIQUE
Olivier Nuc
A
CAPITOL
Les deux premiers extraits d’Egypt
Station, nouvel album pop de Paul
McCartney, avaient été dévoilés
avant l’été. Le titre rock Come On To
Me et la ballade I Don’t Know
n’étaient pas de nature à bouleverser
notre perception du
bonhomme. Mais l’attente valait la peine :
Egypt Station est bien
l’un des albums les plus
satisfaisants du Beatle
depuis de longues années. Il faut remonter
au chef-d’œuvre de
2005, Chaos and Creation in the Backyard, pour trouver un
album aussi stimulant que celui-ci.
Pour le confectionner, Sir Paul a
fait appel à l’Américain Greg Kurstin, cofondateur du groupe culte
Geggy Tah et réalisateur de disques à
succès pour Adele, Beck, Lily Allen
et les Foo Fighters. Et c’est entouré
de son groupe régulier depuis quinze ans qu’il a enregistré le disque. Le
génie mélodique d’un des plus
grands compositeurs pop en activité
est au rendez-vous. Les morceaux
sont plus vivifiants et inventifs que
ce qu’on pourrait attendre d’un
homme de 76 ans. Et l’interprétation
explore une dimension nouvelle, qui
rend Paul plus touchant que d’ordi-
naire. À condition d’accepter le
vieillissement du timbre du chanteur, qui a perdu la souplesse d’antan, comme on avait pu s’en apercevoir pendant les dernières tournées.
Peut-être les expérimentations du
chanteur avec Rihanna et Kanye
West lui ont fait reprendre goût à ce
qu’il sait faire de mieux : enchaîner
couplets et refrains indélébiles.
McCartney est assez joueur, aussi,
notamment avec la chanson Fuh
You, qui a déjà fait couler beaucoup
d’encre. L’amour, dans
toutes ses dimensions, est
au cœur des préoccupations de McCartney. Happy With You est un bel
hommage au bonheur
conjugal aux échos autobiographiques (Je buvais
trop / J’oubliais de rentrer à
la maison / Je mentais au
docteur / Mais je ne le fais plus / Car je
suis heureux avec toi).
L’auteur est plus maladroit sur la
trop premier degré People Want Peace, le genre de chansons sur lesquelles Lennon excellait. Sur Repeated
Warnings, un peu trop chargée sur le
plan de la production, McCartney retrouve l’inspiration de la face B d’Abbey Road ou de pièces comme Uncle
Albert / Admiral Halsey, qui superpose les mélodies avec grâce et fluidité.
Le principal défaut de ce nouvel album est sa durée. Avec quatre ou six
chansons de moins, ce disque fleuve
de seize titres aurait été un must. ■
Egypt Station (Capitol).
Sortie le 7 septembre.
Paul and Mary.
Scotland, 1970,
Linda McCartney.
À droite, Linda
McCartney, 1969,
Paul McCartney.
PAUL MCCARTNEY/
LINDA MCCARTNEY
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
Lady McCartney est née Linda Louise Eastman, une pure Américaine,
en 1941 à New York. Second enfant
d’une fratrie de quatre, elle est la
fille d’un juriste dédié au monde du
spectacle, Lee Eastman, né Leopold
Vail Epstein de parents réfugiés juifs
russes, et de Louise Sara Lindner, issue d’une lignée d’immigrés juifs allemands et fille de Max J. Lindner,
fondateur d’une compagnie textile
dans l’Ohio. Rien à voir, donc, avec
la légende tenace, qui la veut apparentée à George Eastman, le fondateur de l’empire Kodak (1854-1932).
Même si son long profil un peu chevalin, sa crinière blonde, sa frange
drue, son visage peu ou pas maquillé, ce mélange de réserve et
d’autorité, ont été révélés au monde
par un appareil photographique
derrière lequel elle s’abrite.
Le destin de ce fort caractère,
tempérament anti-mondain marqué par l’esprit de famille, a été déterminé par le hasard des rencontres. L’amour des siens irradie
toutes ses photos en Écosse, album
de famille marqué par le désir gentiment hippie du retour à la terre des
stars. En témoignait sa rétrospective
au Pavillon populaire à Montpellier
en 2014. En témoignera la donation
de 63 de ses photos, du plus glamour
au plus familial, au tout nouveau
V&A Photography Center qui sera
inauguré le 12 octobre à Londres.
Avec ce don de Paul McCartney au
grand musée de Londres, c’est à la
fois sa propre légende qui s’y installe
définitivement. Et le regard, adorateur, fervent et frais, qu’a porté sur
lui son épouse Linda, muse pop et
végétariste des années 1970.
Esprit rebelle
Linda est encore sage aux Beaux-Arts
en Arizona, lorsque sa mère est tuée
dans un accident d’avion en 1962
(elle en garda la phobie des voyages
en avion, toute sa vie). Après un premier mariage éclair et une fille, Heather, avec Melville See, elle décroche
un petit boulot en 1965 à Town
& Country Magazine, apprend la
photographie en regardant travailler
son compagnon David Dalton, se
porte volontaire pour couvrir une
fête sur un yacht pour la promotion
d’un album des… Rolling Stones ! Le
déclic. Peu à peu, la jeune femme
moins rangée que son allure, teint de
rose et visage pâle, se confronte aux
coulisses de la musique, photographie quelques mois plus tard les
Beatles en « backstage » à Shea Stadium dans le Queens, à New York.
En mai 1967, elle rencontre Paul
McCartney au Bag O’Nails Club de
Londres où le chanteur et organiste
britannique de R&B Georgie Fame
fait un concert. Quatre jours plus
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 6 septembre 2018
CULTURE 35
Mélodies imparables
Taxé de sentimentalisme par certains détracteurs pour son art de
trousser des ballades, il a rectifié le
tir en rappelant qu’il a été le plus
avant-gardiste des membres des
Beatles. Différents ouvrages du
pape de l’underground londonien
des sixties Barry Miles ont depuis
largement attesté de la proximité
de Sir Paul avec les milieux de l’art.
« À l’époque où Lennon buvait des
bières chez lui, Paul courait les soirées branchées de Londres », rappelle Calogero, qui le considère
comme le Picasso de la pop. « C’est
un surdoué qui n’a jamais oublié qu’il
venait du rock’n’roll. Dans les années 1950, il était un rocker à
brillantine. » Plusieurs albums de
reprises de standard fifties sont venus rappeler ponctuellement que
ce compositeur de mélodies imparables place Little Richard pardessus tout.
L’annonce de ce nouvel album
s’accompagne de celle d’une nouvelle tournée. Fidèle aux musiciens
qui l’accompagnent depuis le début
du siècle, Paul McCartney offre de
longs concerts qui revisitent les
différentes phases de sa carrière.
Attaché
à
son
répertoire,
McCartney propose de luxueuses
rééditions de ses albums de référence. Ce qui permet de réhabiliter
des disques un peu négligés lors de
leur sortie, tel le lumineux Flowers
in the Dirt, sur lequel il signait plusieurs chansons avec Elvis Costello,
retrouvant ainsi le plaisir des joutes
créatives qui l’opposaient à John
Lennon vingt ans auparavant.
« Évidemment, le fantasme ultime,
c’est de me retrouver avec lui pour
écrire des chansons. Je n’ai pas peur
de mes rêves », avoue Calogero. ■
En concert le 28 novembre
à l’U Arena à Nanterre (93).
pie conjugale
tard, elle le croise de nouveau, à la
soirée de lancement de Sgt. Pepper’s
Lonely Hearts Club Band à la Brian
Epstein’s House. Paul, le beau gosse
du groupe, se dira séduit par cette liane, cet esprit rebelle, cette indépendante née. Linda Eastman deviendra
Linda McCartney le 12 mars 1969. Elle
le restera farouchement, quitte à
monter sur la scène des Wings avec
une gaucherie désarmante et une
bonne volonté pleine de raideur.
Ses titres de gloire appartiennent
pourtant à d’autres rois et reines de la
musique que son beau gars de Liverpool. Todd Rundgren, Aretha Franklin, Grace Slick, Jimi Hendrix, Bob
Dylan, Janis Joplin, Eric Clapton, Simon & Garfunkel, The Who, The
Doors, The Animals, John Lennon et
Neil Young (sa photo de 1967 fera la
couverture de Sugar Mountain – Live
at Canterbury House 1968 en 2008,
soit dix ans après sa mort d’un cancer
du sein). Comme le montraient si
bien l’exposition de Montpellier et le
livre monument publié alors par
Phaidon, le regard de Linda cherchait
toujours ce moment où Paul, John,
George et Ringo échappent à la pose.
Un cheval qui trône en majesté
dans les fleurs. Les sourcils de Mary,
arqués comme ceux de son père Paul
au charme éternellement ado. L’œil
un peu rond de leur deuxième fille
Stella, comme celui de la star. La nature, comme seul vrai paradis. La
barbe mal taillée de Paul comme un
colon du Nouveau Monde débarqué
du Mayflower. Au V&A, ces gloires
pop rejoignent les icônes de Talbot et
Fenton, les cyanotypes de fougères
d’Anna Atkins et les femmes fleurs
de Julia Margaret Cameron. ■
L’Amérique moderne à Paris
ENCHÈRES Une
sélection des pépites
de la collection de
Barney A. Ebsworth
est montrée
en avant-première
chez Christie’s,
avant une tournée
mondiale et une
vente mi-novembre
à New York.
Toile iconique
et mélancolique
de 1929, Chop Suey,
de Edward Hopper,
constitue
le point d’orgue
de la vente
de la collection du
célèbre philanthrope
et homme d’affaires
américain.
CHRISTIE’S IMAGES LTD
C
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
inq ans après avoir fait la
une de la grande rétrospective du
Grand Palais, revoilà l’un des chefsd’œuvre d’Edward Hopper à Paris,
dans les salons de Christie’s, avenue
Matignon. Condensé des rêves que
nous inspire le fabuleux nom d’Amérique, Chop Suey, grande toile iconique
et mélancolique de 1929, est aujourd’hui à vendre autour de 70 millions
de dollars. On n’en connaît pas
d’autres de cette importance en mains
privées. Elle a appartenu au célèbre
philanthrope et homme d’affaires
américain Barney Alec Ebsworth, décédé en avril dernier, à l’âge de 83 ans.
Mondialement célèbre, ce Hopper
aux accents cinématographiques, par
ses étranges jeux de lumière capturant
une scène de restaurant dans l’Upper
West Side de New York, est le point
d’orgue de sa fabuleuse collection,
mise en vente, pour une estimation
avoisinant les 300 millions de dollars,
par sa fille Christiane, épouse de Mark
Ladd, habitant Chicago. Elle fera date,
mi-novembre à New York, pendant la
traditionnelle semaine des ventes d’art
moderne et contemporain. C’est sur le
sol français que Christie’s a décidé de
la montrer en premier, avant de faire
voyager une sélection des plus belles
pièces, de Hongkong à Los Angeles, en
passant par San Francisco.
Ce choix est éminemment stratégique, car la capitale est censée être en
pleine effervescence cette semaine.
D’un côté, l’exposition « Picasso,
chefs-d’œuvre » vient d’ouvrir au
Musée Picasso, avant celle sur la période bleue et rose à Orsay, dont la
Fillette à la corbeille fleurie, vendue
115 millions de dollars à la vente Rockefeller chez Christie’s, sera l’une
des attractions. De l’autre, la Biennale des antiquaires, rebaptisée Biennale Paris, ouvre au public dès ce
week-end, au Grand Palais. Un bon
nombre d’Américains conviés par
Christopher Forbes, président de la
commission Biennale, sont déjà là
pour le gala de ce jeudi. Et le lendemain, Christie’s convie ses plus gros
clients pour admirer dix des chefsd’œuvre de la collection Ebsworth,
l’une des plus célèbres en matière
d’art moderne américain.
signé plusieurs donations importantes. »
Né dans le Missouri à Saint-Louis en
1934, l’autodidacte qui a siégé entre
autres au conseil du Seattle Art Museum (dont il fut vice-président), du
MoMa et de la National Gallery de
Washington a été élu parmi les « 200
plus grands collectionneurs du monde » et « les 100 meilleurs collectionneurs d’Amérique ». La liste de ses donations à Seattle et à Washington est
impressionnante par la qualité des
œuvres signées Georgia O’Keeffe
(Music-Pink and Blue I), Philippe de
Champaigne (La Visitation), Francisco
de Zurbarán (La Fuite en Égypte). Dans
les affaires (il fut aussi un investisseur
dans le business des animaux en peluche Build-A-Bear Workshop) comme
dans l’art, Barney A. Ebsworth a toujours eu du flair.
Sa passion est née lors de son passage à Paris avec l’armée américaine en
1956 qui lui a fait visiter le Louvre. Jusqu’à sa mort, il a toujours acheté le
meilleur : Willem de Kooning (Woman
as a Landscape, 1955, une des seules
peintures de ce format et de cette période majeure encore en mains privées, estimée autour de 60 millions de
dollars), Jackson Pollock (Composition
With Red Stroke, toile de 1950, au sommet de sa carrière, estimée autour de
50 millions de dollars), Jasper Johns
(Gray Rectangles, première œuvre de
l’artiste acquise par les légendaires
collectionneurs Victor et Sally Ganz,
estimée 20 à 30 millions de dollars) ou
encore Joan Mitchell (12 Hawks at
3 O’clock, estimée 14 à 16 millions de
dollars). Toutes ces pépites, soit
85 œuvres signées encore par Georgia
O’Keeffe,
Franz
Kline,
Claes
Oldenburg, Patrick Henry Bruce,
Arthur Dove, meublaient sa demeure
de Seattle construite en 2004 par l’architecte Jim Olson. En hommage à la
dernière galerie d’Alfred Stieglitz (le
mari d’O’Keefe) installée au 17e étage
d’un gratte-ciel sur Madison Avenue à
New York, Ebsworth lui a donné le
nom de « An American Place ». Chez
ce collectionneur, on retrouvait le
même esprit et surtout les mêmes artistes. Évoquant la toute-puissante
Amérique, le titre figurera en tête du
catalogue de New York. ■
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Une passion née au Louvre
Six mois après la mythique vente
Rockefeller qui a battu un record à
835 millions de dollars, la maison de
François Pinault décroche à nouveau le
gros lot ! C’est une fois de plus grâce à
Marc Porter, patron de la branche
américaine de Christie’s. Cette
nouvelle vente devrait lui assurer de
conserver la première place sur ce
marché, face à sa rivale Sotheby’s. Une
course entre géants à laquelle ce fin
stratège œuvre depuis vingt-huit ans.
« Je connais cette collection depuis
plus de trente ans, raconte Marc Porter. J’ai moi-même rencontré Ebsworth
dans sa maison de Seattle peuplée de
tableaux et de sculptures de grands
maîtres du XXe siècle. C’était un collectionneur fantastique au goût visionnaire et très sûr. Certes son nom est moins
connu médiatiquement que celui de David et Peggy Rockefeller. Mais il est archicélèbre en Amérique. L’homme a fait
fortune dans l’industrie des transports
maritimes et aériens en créant la Royal
Cruise Line et la Clipper Cruise Line,
avant de se lancer dans la compagnie de
voyage de luxe Intrav. Il a été très impliqué dans de nombreux musées et a
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A
album Egypt Station, on sent qu’il
assume d’être un classique. S’il
brille, c’est en étant lui-même, avec
la passion et la fraîcheur d’un débutant », ajoute le chanteur français,
lui aussi bassiste et gaucher comme
son modèle. « Il m’a envoyé un mot
l’année où j’ai remporté l’album de
l’année sur RTL. Cela disait: “J’adore que tu joues de la basse, j’adore
que tu sois gaucher et j’adore que tu
m’aimes.” »
Le passage des ans aura été clément pour Paul McCartney, qui bénéficie d’un respect comparable à
peu d’artistes de son âge. En un peu
plus de cinquante années de carrière, l’homme a tissé la bande-son
des vies de millions de personnes
en véhiculant des sentiments nobles et simples.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 6 septembre 2018
36
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Alexander Kraft, PDG de Sotheby’s International Realty France
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«Lemarchédel’immobilierdeprestigeesteuphorique »
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A l’occasion de la publication de sa note de conjoncture et des tendances dans le haut de gamme, Alexander Kraft se félicite
du dynamisme de ce secteur, marqué par le retour en force des acquéreurs français.
Par Olivier Marin @OlivierMarin1
défauts et proposés à des prix réalistes, se venl’immobilier de prestige ?
dent en moins de 24 heures. La reprise du
ALEXANDER KRAFT : Au cours du deuxième trimestre marché parisien, après l’ère Hollande, qui a
2018, nous avons a réalisé un volume de ventes commencé en 2017, dans le segment des appardans le haut de gamme de plus de
tements familiaux de 1 à 3 millions
230 millions d’euros. Ce résultat
d’euros, touche aujourd’hui les
Le marché
représente une hausse d’environ
biens les plus élevés. Au cours de
parisien
72 % par rapport à la même période,
ces derniers mois, nous avons vendu
l’an dernier. Cela illustre très
quasiment chaque semaine, un bien
ressemble à
clairement que le marché immobicelui de Londres d’exception dont le prix est compris
lier de prestige est en parfaite santé.
entre 5et 20 millions d’euros. Le
d’autrefois
Nous vivons actuellement une renmarché parisien ressemble à celui de
trée extrêmement active avec une
Londres d’autrefois : il est ultradydemande ininterrompue à Paris et en régions. namique et atteint des sommets. Il y a
également une hausse d’activité dans les 11 ème et
12 ème arrondissements, voire dans les 14 ème et
Comment évolue le marché parisien ?
Il est porté par le retour des acquéreurs fran- 15ème arrondissements, ainsi qu’à Vincennes qui
çais. Ils ont retrouvé leur passion pour la pierre devient « le miroir » de Neuilly-sur-Seine.
et l’immobilier de prestige. 70 % de nos ache- J’ajoute que nous venons de vendre deux hôtels
teurs à Paris sont Français. De grandes familles particuliers sur la Rive gauche dont l’un, pour
françaises reviennent aussi de l’étranger de Bel- plus de 45 millions d’euros.
gique, de Suisse, du Luxembourg et bien sûr de
Londres. Nous connaissons la meilleure activité A quel rythme les prix progressent-ils ?
depuis plus d’une décennie. Pour preuve, A Paris, les prix de l’immobilier de prestige sont
actuellement, des biens d’exception, sans en hausse d’environ 10%, sur un an, parfois
«
»
Nous constatons encore une présence encourageante d’acquéreurs étrangers depuis ce
printemps, particulièrement des acheteurs américains, moyen-orientaux et chinois. « L’effet
Macron » se fait toujours ressentir à l’international et aide nos clients étrangers à garder
confiance dans le marché de l’immobilier de
prestige français. Avec tous ces signes encourageants, je pense que 2018 sera l’une des
meilleures de ces 10 dernières années.
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et achats
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davantage pour les arrondissements les plus
convoités mais cette hausse est amenée à ralentir. Dans d’autres grandes villes comme
Bordeaux et Nantes par exemple, la progression
est beaucoup plus limitée (2% à 5%). Cependant, il faut mettre ces augmentations de prix
en relation avec les baisses des années 20122017 : nous n’avons pas encore réatteint les
records de l’année 2011 ! Par ailleurs, en
régions, nous avons pu conclure des ventes
importantes ces derniers mois comme par
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LE FIGARO
jeudi 6 septembre 2018
TÉLÉVISION
37
Mystérieux premiers Américains
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Dans ce docufiction, deux chercheurs tentent de prouver que des humains seraient arrivés en Amérique
du Nord par l’Atlantique il y a 20 000 ans, et non pas via le détroit de Béring 6 000 ans plus tard.
Grosse tête
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
LE BUZZ TV
Invité : Jean-Luc Reichmann
interviewé par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez aujourd’hui sur :
es Européens ont-ils été les
premiers humains à fouler
le sol d’Amérique du Nord,
il y a 20 000 ans ? C’est en
tout cas l’hypothèse formulée par deux archéologues américains, Bruce Bradley et Dennis Stanford, dans le documentaire francocanadien de Robin Bicknell, L’Énigme
des premiers Américains, diffusé ce soir
sur France 5. Ce film inédit, réalisé en
2017, développe cette thèse étonnante
qui va à l’encontre de celle admise par
la majorité des scientifiques. Selon cette
dernière, les premiers habitants du
nouveau continent sont arrivés par le
détroit de Béring, alors asséché, il y a
entre 14 000 et 16 000 ans.
Les deux scientifiques rebelles fondent leur hypothèse sur leurs découvertes effectuées en 2012 dans le Maryland.
Dans la baie de Chesapeake, ils ont, avec
leur équipe, mis au jour dans une couche de limon datée d’il y
a 20 000 ans plusieurs
outils en pierres taillées :
des lames et des pointes
○○○¡
de lance. De quoi penser
que des humains se seraient installés dans le Nord-Est américain quelque 6 000 ans avant l’arrivée
de populations venant de l’Ouest via la
Béringie, le pont terrestre qui existait
entre l’Alaska et la Sibérie.
D
Faisceau d’indices
Face à leurs détracteurs, Bruce Bradley
et Dennis Stanford ne se découragent
pas. Selon eux, les silex finement taillés
trouvés à Chesapeake ont été façonnés
par des Européens solutréens (qui vivaient au paléolithique supérieur sur le
territoire de la France actuelle et de la
péninsule ibérique). Problème : comment ces populations auraient-elles pu
20.55
L’Énigme des premiers Américains de Robin Bicknell s’appuie sur les travaux de Bruce Bradley et Dennis Stanford,
deux archéologues avançant une hypothèse iconoclaste mais séduisante.
réussir à traverser l’Atlantique ? C’est
en particulier sur ce point que se
concentrent les critiques qui s’expriment largement dans le documentaire.
On suit Bruce Bradley, qui mène
l’enquête en France pour prouver que
les outils découverts dans l’Est
américain ressemblent de façon inouïe
à ceux des solutréens. Il se rend en
Dordogne, au Musée national de la préhistoire. Là, le spécialiste français du
paléolithique supérieur, André Morala,
affirme face à une lame découverte à
Chesapeake : « Oui, d’un point de vue
technique, elle est acceptable pour un solutréen. »
Bruce Bradley visite également les
grottes d’Isturitz, dans les Pyrénées,
avec leur propriétaire Joëlle Darricau.
En observant des fresques pariétales, il
met en évidence les liens entre les
hommes du solutréen et l’Atlantique.
Ces hommes qui vivaient dans des
grottes en bord de mer, en pleine période glaciaire, auraient assez naturellement pu se tourner vers l’océan.
L’Atlantique regorgeaient en effet de
proies faciles à chasser, avec notamment de grands pingouins (80 cm de
haut, une espèce disparue au XIXe siècle) mais aussi des baleines et des poissons. « Il y avait un véritable supermar-
ché en libre-service sur la glace ! » dit
Bruce Bradley. Les solutréens auraient
pu, petit à petit, traverser l’Atlantique
qui, en partie gelé, était moins large
qu’aujourd’hui. Ceci, soit en faisant du
cabotage le long d’une banquise envahissante, sur des canots ressemblants à
ceux des Inuits préhistoriques, soit en
alternant navigation et traversée à
pieds de vastes icebergs.
Ce à quoi les détracteurs des deux archéologues répliquent : où sont les traces de ces embarcations ? Si les preuves
manquent, les travaux de Bradley et
Stanford rassemblent un faisceau d’indices fascinants et stimulants. ■
Depardieu, Hiroshima son amour
Le comédien visite la cité martyre pour la série « Gérard de par le monde ».
«
avais 4 ans, j’étais à trois kilomètres de l’explosion, mais
j’ai plus que senti le souffle…
Il m’a renversé de mon vélo et
j’ai perdu connaissance », se
souvient Masao Itoh. Cet homme qui a
survécu, contrairement à ses parents, à
la première bombe atomique utilisée
dans l’histoire, larguée le matin du
8 août 1945 sur Hiroshima, se confie à
Gérard Depardieu. Le comédien vagabond, comme il se définit lui-même,
visite le Japon dans le cadre d’une nouvelle série d’Arte, « Gérard de par le
monde » diffusée cette semaine (après
« À pleines dents ! », consacrée à la
bonne chère en Europe et au Maroc). La
chaîne a maintenu ce programme alors
J’
Dans son périple au Japon en cinq
épisodes Gérard Depardieu s’est rendu
aussi à Kyôto (ici, face à la cloche
de prière du temple Kurumazaki-Jinja).
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4824
HORIZONTALEMENT
1. En bouquet pour une Marguerite.
- 2. La vie rêvée. - 3. Style indolent.
- 4. Poudre ou liquide. Couleur de
mental haut. - 5. Claire à l’opéra,
blonde chez le crémier. Tel est
pris. - 6. Entrain des artistes.
Police antiémeute. - 7. Agir sous
le masque. - 8. Faire parler la
musique. - 9. Oncle jaune. Petits
nids douillets. - 10. Très éloigné
du cens commun. Se déplace
en courant. - 11. En Espagne, en
Bretagne ou de Bruxelles. Change
de couleur en cours de route. - 12.
Accompagnements de légumes.
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S
ur Europe 1, tous les matins,
entre la matinale
de Nikos Aliagas
et « Anne Roumanoff ça fait
du bien », Wendy Bouchard
présente un magazine de société,
« Le Tour de la question ».
Rien de bien nouveau
sous le soleil mais une émission
qui n’endort pas. Épaulée
par Julie, la journaliste
nous entretient donc des choses
de la vie. Ainsi mercredi
« l’impôt à la source,
mode d’emploi » ou encore
« le cerveau et ses mystères ».
Sur ce dernier thème, un invité,
Stanislas Dehaene, qui n’a pas
laissé ses neurones aux vestiaires.
Ce chercheur en sciences
cognitives vient de publier
Apprendre ! Les talents
du cerveau, le défi des machines
(éd. Odile Jacob), on y jettera
un œil. Très instructif lorsqu’il
déclare à propos des bébés
- ça nous ramène à notre
berceau, à notre parc :
« Il y a déjà en eux une sorte
de scientifique en herbe
qui projette des hypothèses sur
le monde extérieur et vérifie leurs
validités, les rejette ou les accepte.
Le bébé naît avec la notion
de l’objet. Il sait que c’est un tout
cohérent qui va se déplacer,
sait qu’il ne se divise pas en deux
pas exemple, qu’il ne peut pas être
à deux endroits en même temps.
En revanche, il ne connaît pas
la gravité et donc il doit apprendre
qu’un objet qui est suspendu
en l’air, ça n’existe pas, il va
tomber […] et c’est ainsi qu’il fait
des expériences, qu’il pousse
sa cuiller hors de la table dix
ou vingt fois histoire
de comprendre qu’un objet doit
être posé sur un autre objet. »
Votre serviteur semble n’avoir
toujours pas compris la gravité.
Cet idiot n’a de cesse de faire
tomber sa fourchette.
Aurait-il gardé une âme
scientifique d’enfant ?
Il veut le croire.
VERTICALEMENT
1. Si ce passionné aime la paix,
c’est tout à fait symbolique. - 2.
Réflexions tordues. - 3. Il élimine
les sons. Triangle sur la mer des
Bermudes. - 4. Sables mouvants.
Cinq livres pleins d’enseignements.
Des scènes pour la mousmé. - 5.
Corde d’arrimage. Roi d’Iolcos et
grand-oncle d’Ulysse. - 6. Lac
traversé par l’Oglio. Vin pétillant
comme du champagne. - 7. Faire
un drôle d’effet. Empêche la
chaîne de dérailler. - 8. Membrane
tapissant certains organes. Dissipent les vapeurs.
2
3
VERTICALEMENT 1. Pastoralisme. - 2. Lichtenstein. - 3. Agréa.
Adents. - 4. Nua. Gin. Mère. - 5. Tibre. Ans. Al. - 6. Albe. CSA. Ill. - 7. Illite.
Racée. - 8. Néerlandaise.
4
5
6
7
8
PROBLÈME N° 2909 :
Précipitation suicidaire
R
R9654
AD8
10 7 4 2
N
O
4
5
E
S
A75
D V 10 8 7 2
6
865
6
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4823
3
BRIDGE
1
7
HORIZONTALEMENT 1. Plantain. - 2. Aiguille. - 3. Scrabble. - 4. Thé.
Reir. - 5. Otage. Tl. - 6. Ré. CEA. - 7. Ananas. - 8. LSD. Nard. - 9. Items.
Aa. - 10. Séné. Ici. - 11. Mitrales. - 12. Ensellée.
2
que l’acteur est visé par une enquête
préliminaire pour « viols et agressions
sexuelles ». Cette fois, dans son périple
au pays du Soleil-Levant qu’il effectue
en mémoire de son ami récemment décédé, Toshiro Kudora (fondateur de
l’Association des becs fin de saké), Depardieu ne s’intéresse pas seulement à
la gastronomie, mais aussi à la culture et
à l’histoire du Japon.
Ainsi dans l’épisode proposé ce soir,
le monstre sacré du cinéma français fait
une halte dans la cité martyre, guidée
par l’actrice nippone
Eriko Takeda. Frappé
par la force de caractère des Japonais, qui ont
○○○¡
su se relever après la
9
10
11
12
Contrat : Sud joue 4 Cœurs.
Entame : Valet de .
dévastation, l’acteur se recueille devant
l’un des derniers vestiges de l’explosion : les ruines du dôme de Genbaku,
l’ancien Palais des expositions industrielles de la ville. Silence et méditation,
également, au Mémorial de la paix, un
musée bâti en 1955 sur pilotis afin de
symboliser l’homme debout face au désastre, nous explique Depardieu en voix
off.
Face au survivant Masao Itoh, digne
et posé, la vedette semble apaisée, en
écoutant ses paroles: « Tu sais, malgré le
passé, je pense et j’espère que Hiroshima restera
pour toujours un symbole
d’espérance
et
de
paix. » ■
B. DE C.
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Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME DE DÉFENSE
N° 2908 : Sans risque
Contrat : Sud joue 5 Carreaux contré.
La séquence (E.-O. vuln.) : Vous ouvrez de 1, Sud
barre à 3, Ouest saute à 4, Nord dit 5 et vous contrez.
Entame : Roi de , coupé. Sud rejoue pour votre As
(Ouest ayant écarté le 2 de ) et vous insistez à .
Sud coupe derechef (le 7 de en Ouest) avant de
jouer pour la Dame (le 2 en Ouest). Vous faites le Roi.
Et maintenant ?
Sud est marqué avec sept , deux , zéro et donc
quatre .
Vous avez le choix entre trois retours. en coupe et
défausse permettra au déclarant de couper en main tout
en faisant disparaître le perdant du mort. No good.
Le retour à aura exactement le même effet si
Sud possède la Dame. Il ne vous reste que le retour à ,
sans risque. Certes, il livre aussi une levée mais le
déclarant devra encore concéder un .
V8
A D 10 5
DV643
A8
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jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
38 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Bertrand
Soleil : Lever 07h15 - Coucher 20h22 - Dernier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h. Présentation :
Gilles Bouleau.
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
20.35
21.00
21.00
Football
Magazine. Historique
Film. Drame
19.55 Suburgatory. Série. L’homme
de décembre - Le choix de Tessa?
MATIN
21.00 La ligne verte
17
Film. Drame. EU. 2000. Réal. : Frank
Darabont. 3h01. Avec Tom Hanks.
Un étrange détenu fait son arrivée
dans le bloc des condamnés à mort
d’un pénitencier de Louisiane.
30
15
15
16
15
15
16
17
16
13
14
0.20 Appels d’urgence. Magazine.
Société.
17
17
15
16
17
15
17
17
40
16
Allemagne/France
Secrets d’Histoire
Philomena
Ligue des nations. Groupe A. En
direct de l’Allianz Arena, à Munich.
Les hommes de Didier Deschamps
affronteront la Mannschaft, championne du monde 2014, dans le cadre
de la Ligue des nations.
Présentation : Stéphane Bern.
2h00. La légende noire de la reine
Margot. La vie de Marguerite de
Valois (1553-1615) est l’une des
plus fascinantes de l’histoire de
France.
GB-Fra-EU. 2013. Réal. : Stephen
Frears. 1h38. Avec Judi Dench, Steve
Coogan, Sophie Kennedy Clark. Une
femme de 70 ans part à la recherche
de l’enfant qu’elle a dû abandonner
dans les années 1950.
20.50 L’énigme des premiers
Américains
22.55 Les experts Série. Avec
23.00 Complément d’enquête
22.45 Soir/3 23.25 La tragédie
Elisabeth Shue. Retour de flammes
- Avis de tempête - Échec et mort.
Magazine. Prés. : Jacques Cardoze
0.30 Catone in Utica. Opéra.
21.40 L’homme-mystère de l’âge de
pierre. Doc. 22.35 C dans l’air
Doc. 1.05 Christian Dior, la France
des Brigades internationales
19
17
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Vues d’en haut
18
18
17
19
21
20
18
Doc. 2017. 0h50. Inédit. Il y a
25 000 ans, des voyageurs seraient
passé d’Europe en Amérique du Nord
via un pont de glace.
17
20
18
20
10
21
APRÈS-MIDI
20
30
20
20
19.50 L’info du vrai, le mag (C). Magazine 20.55 Catherine et Liliane (C).
Divertissement.
18.55 Le Japon vu du ciel 19.45 Arte
journal 20.05 28 minutes. Magazine
20.50 50 nuances de Grecs
18.35 La meilleure boulangerie de
France. Jeu 19.45 Le 19.45 20.25
Scènes de ménages. Série.
21.00
20.55
21.00
Série. Drame
Série. Drame
Film. Comédie
24
20
20
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Kaley Cuoco. 2 épisodes.
21
24
19
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26
23
22
24
24
20.55 Suspect
24
23
Film. Thriller. EU. 2013. Réal. : Scott
Walker. 1h45. Avec Nicolas Cage.
Aux yeux de tous, Robert Hansen
est un père de famille attentionné.
Mais il cache un terrible secret.
25
24
20
24
30
20
25
22.55 Forces spéciales. Film. Action
1.00 Terrapocalypse. Film TV.
24
24
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23
26
24
24
20
29
19.10 Americars. Téléréalité. Souvenir du lycée - Le départ d’Aaron.
This Is Us
EU. Saison 2. Avec Lyric Ross, Susan
Kelechi Watson, Sterling K. Brown,
Chrissy Metz. 2 épisodes. Inédits. La
mère de Deja, Shauna, va accoucher.
Elle donne naissance à son enfant, à
seulement 16 ans.
Elven, la rivière
des secrets
27
T (en °c)
20.50 Machines de génie
À vif !
Norvège. Saison 1. Avec Espen
Reboli Bjerke. 2 épisodes. Inédits.
Un couple lapon vient en aide à
Thomas et Mia, et prend également
soin des soldats blessés.
EU. 2015. Réal. : John Wells. 1h40.
Inédit. Avec Bradley Cooper, Sienna
Miller, Daniel Brühl, Omar Sy. Adam
Jones, chef cuisinier talentueux
qui a connu le succès puis l’échec,
se relance à Londres.
22.30 Better Things Série. 3 épi-
22.25 La vie n’est pas un jeu
23.00 Cauchemar en cuisine
sodes 23.35 K.O. Film. Thriller 1.25 Le
journal du hard. Magazine.
Film TV. Comédie 23.45 Arte journal
0.10 Austin Powers. Film.
Magazine. Prés. : Philippe Etchebest.
Mandelieu-la-Napoule - Peyruis.
Série doc. Science et technique.
1h40. Train à haute vitesse. Inédit.
Le Tokaido Shinkansen est le train
à grande vitesse le plus fréquenté
au monde - Monstre des rails. Inédit.
<-10 à 0
19.20 Rénovation impossible.
Téléréalité.
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
18.50 Les Marseillais vs le reste du
monde. Téléréalité.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 20 ans d’écart
21.00 Esprits criminels :
unité sans frontières
21.00 Whitney Houston :
révélations…
Série. Policière. EU. 2016. Saison 1.
Avec Gary Sinise, Daniel Henney, Joe
Mantegna, Alana De La Garza, Annie
Funke. 2 épisodes.
… sur le destin brisé de la star
Doc. 2h. Inédit. À l’occasion de la sortie du biopic «Whitney», pleins feux
sur ce que cachait la star de la pop.
22.30 Esprits criminels : unité sans
frontières. Série.
23.00 Un an avec Céline Dion.
Documentaire.
Film. Comédie sentimentale. Fra.
2013. Réal. : D. Moreau. 1h30. Avec
V. Efira. Pour obtenir un poste de
rédactrice en chef, Alice feint d’avoir
une liaison pour changer son image.
22.50 La doublure. Film. Comédie
0.35 90’ enquêtes. Magazine.
SU DO KU
GRILLE 2655 CONFIRMÉ
SOLUTION DU N° 2654
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par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
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lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
EMPRESSÉS
SPORT
À L’ÉCOLE
LETTRE
GRECQUE
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0.30 Les rois de la piscine. Téléréalité.
DONNER
DES
COULEURS
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VIEILLE
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SYMBOLE
DU
CHROME
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DIMANCHE
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VOLER
DES AÇORES, PAR
EXEMPLE
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FAIT
MARCHE
ARRIÈRE
DÉFRISÉE
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
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SAMEDI
13/19
Film. Comédie. Fra. 1982. Réal. : Jean
Girault. 1h42. Avec Louis de Funès.
Un ennemi invisible s’acharne sur
les gendarmettes de Saint-Tropez.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
VENDREDI
21.00 Le gendarme
et les gendarmettes
MOTS FLÉCHÉS N°2068
Chaque jour un peu plus difficile
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ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
22.30 Les trains de l’extrême. Outback Australien - Bullet Train.
0 à 10
IDÉAL
ÉTABLES À
COCHONS
LEVA
L’IRIDIUM
POUR LE
CHIMISTE
POSSESSIF
PORT
ANTIQUE
OISEAU
GRIMPEUR
FRAUDEUR
BOURSIER
DORURES
MUSIQUE
RYTHMÉE
TOUR
ABRÉGÉ
A ÉTÉ
À MÊME
COURS
DE TURIN
QUALITÉ
DE
DIAMANT
STOPPER
SATISFAIT
SON INDISCRÉTION
RECUEILS
DE NOTES
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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A M I E N S
E T I N C E L E
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LE FIGARO
jeudi 6 septembre 2018
39
Nicolas Philibert,
l’art de l’empathie
Marie-Noëlle Tranchant
mntranchant@lefigaro.fr
Bio
EXPRESS
Prenez le temps
d 'être heureuse
Son premier documentaire, La Voix de son
maître, coréalisé avec Gérard Mordillat en
1978, était très politique : composé d’interviews de divers patrons de l’industrie, il traitait du pouvoir, de la hiérarchie, de l’emprise
de la finance.
L’expérience a permis à Philibert de comprendre ce qu’il ne voulait pas faire. « C’était une approche théorique, d’autant plus que lorsqu’on est
deux à mettre en scène, il faut bien formuler un
discours. Il y a une forme de “vouloir dire” qui ne
me convenait pas. Tous les films que j’ai faits ensuite reposent sur l’empathie. »
Les préoccupations politiques et sociales sont
loin de lui être étrangères, mais elles passent toujours par la rencontre attentive et informelle avec
l’autre : « Ce qui me donne à penser, c’est la
confrontation avec ce qui n’est pas forcément proche de moi. Si on reste au milieu de gens qui nous
ressemblent, on stagne. Je crains les replis identitaires, qui sont fondés sur la peur. Je crois à l’importance de l’hétérogénéité. »
Il a inventé un style de documentaire proche
de la fiction, qu’il veut « déconnecté de l’information » et du souci de rendre compte : « Dès qu’on
pose une caméra quelque part, on intervient dans
les événements et on les interprète. J’assume une
lecture subjective, qui est une porte d’entrée sur le
monde. » Une approche du réel très libre, à la fois
attentive et vagabonde, qu’on pourrait dire poétique s’il ne se méfiait du mot.
« Dès qu’il est affiché, il y a un danger de tomber dans l’esthétisme. J’aime que la poésie, la
beauté, se glissent par effraction dans le film. »
Regarder, écouter, et laisser venir les choses,
c’est la méthode Philibert. ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Choléra [ko-lé-ra] n. m.
Impose à tout âge la quarantaine.
n possible cas de choléra a été détecté sur un enfant, dans un avion
en provenance d’Algérie.
Le mot vient du grec kholera, qui désigne à l’origine diverses maladies
et provient lui-même de kholê, la bile. Il est vrai qu’à l’annonce du retour de ce terrible
mal endémique, il y a de quoi s’en faire.
Le choléra est une maladie ancestrale ramenant à des temps où entre deux maux,
on ne pouvait choisir le moindre. Albert Camus, lui, pour son roman avait choisi
un mot : la peste. Étonnamment, c’est aussi d’Oran qu’arrive ce choléra.
Son nom sidère l’homme moderne, dont le souci en matière de santé se limite
désormais la plupart du temps au simple cholestérol.
Quel remède face à ce mal redoutable qui emprunte le colon, et peut faire
de nombreuses victimes – sans parler des collatérales ?
La colère, quoique ayant la même étymologie que le choléra – on est toujours du côté
de la bile –, est mauvaise conseillère : elle ne sera d’aucun effet face à une situation
cholérique. La prudence s’impose donc plutôt. ■
U
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Face aux Gafa, la presse s’active pour
réclamer l’instauration de droits voisins
À la veille de la présentation de la loi au Parlement européen,
le groupe Les Échos-Le Parisien, engagé dans cette
démarche, tout comme Le Figaro et de nombreux titres,
organise un colloque sur « la bataille pour les droits voisins :
comment financer une presse libre et indépendante près de
chez vous ? » En présence du député Patrick Mignola (photo), en pointe
sur la question, il réunira, le 10 septembre, à Paris, l’avocat Christophe Caron,
Pierre Louette, PDG du groupe Les Échos-Le Parisien, Marc Feuillée, directeur
général du groupe Figaro, Claire Léost, de Lagardère Active, Pascal Ruffenach,
président du directoire de Bayard, et le spécialiste des médias Olivier Bomsel.
ACTUELLEMENT CHEZ VOTRE
MARCHAND DE JOURNAUX
Daniel Cohn-Bendit
au Quai d’Orsay
Manuel Valls très
présent à Barcelone
Après avoir interrogé Tony Blair et Nigel
Farage en juillet, Daniel Cohn-Bendit
continue sa série d’interviews pour
la chaîne Euronews, en rendant visite
à Jean-Yves Le Drian, au ministère
des Affaires étrangères. Dans l’entretien
qui sera diffusé vendredi, à partir de
23 h 15, Le Drian s’en prend à Donald
Trump en l’accusant de « déconstruction
méthodique de tous les outils de régulation
du multilatéralisme qui existent dans
notre vie en commun sur cette planète ».
Et de déplorer : « Ce n’est pas
uniquement l’Amérique, “America first”.
Ça devient “America alone” ».
L’ancien premier ministre
présentera, ce jeudi soir,
dans une librairie de Barcelone,
le livre Anatomia del proces
(éditions Debate), un ouvrage
collectif consacré à la crise
catalane, dont il signe
la préface. Le député
de l’Essonne, qui consulte
activement les forces politiques
locales, dira à la fin du mois
- début octobre au plus tard s’il se présente à la mairie
de Barcelone à l’occasion
des municipales de mai.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Q
uand je tourne un film, je ne
sais pas où il va m’emmener »,
dit Nicolas Philibert, qui fait
sa rentrée avec un nouveau
documentaire sur les infirmières, De chaque instant, et
avec une rétrospective de son
œuvre. Y figure toujours en
bonne place Être et avoir, son
titre le plus célèbre, qui a touché un immense public depuis sa sortie en 2002 :
une année dans une école primaire à classe unique d’un village d’Auvergne. Ce fin documentariste nous a déjà conduits au zoo (Nénette, sur
l’orang-outan du Jardin des plantes), au Louvre
(La Ville Louvre), dans le monde du son (La Maison de la radio) et celui du silence (Le Pays des
sourds), dans un hôpital psychiatrique (La Moindre des Choses) ou chez des paysans normands
(Retour en Normandie). Mais ne lui demandez pas
comment il choisit ses sujets :
« Je n’ai pas de sujets, j’ai des projets, dit-il.
Traiter un sujet est antinomique avec ma philosophie : si on a un cadre et qu’on se fixe un cahier des
charges, les choses sont verrouillées à l’avance et
ça ne m’intéresse pas. J’aime avoir un point de départ prometteur, et puis je me mets à la recherche
du film en le faisant. Je filme ce qu’on veut bien me
donner, sans souci d’illustrer un propos. » Il pourrait dire avec l’écrivain humoriste : « Tout ce que
je sais, je l’ai appris dans les livres que j’ai écrits. »
Il était en fac de philo quand il a entendu dire
L’humour, il n’en manque pas. Il y a de la grâce
que René Allio, le réalisateur de La Vieille Dame
et de la fantaisie chez ce sexagénaire au visage
indigne et de Rude journée pour la reine, cherouvert, et ses cheveux malicieusement dressés
chait des stagiaires pour son tournage des Camien mèches pointues lui donnent un air de lutin
sards dans les Cévennes.
malicieux.
Importance
Rien ne lui paraît plus plaisant que
de l’hétérogénéité
de découvrir quelque chose qu’il
n’avait pas vu dans l’un de ses docu« On est partis avec un copain esmentaires, grâce à une discussion
sayer de se faire engager. J’ai
avec des spectateurs : « Je me soutravaillé à la déco, avec les ma1951
viens d’une dame qui m’a dit à propos
chinos, un peu de tous les côtés.
Naissance
à
Nancy
d’Être et avoir : c’est un film sur la séPeu à peu, Allio m’a remarqué et
(Meurthe-et-Moselle).
paration. Et je me suis rendu compte
j’ai passé plusieurs années à ses
1972
qu’en effet, il est question de cela tout
côtés. Quand il a réalisé Moi,
1er stage de cinéma
le temps. Les enfants déposés à l’école
Pierre Rivière, ayant égorgé ma
sur le film de René Allio,
le matin par les parents, le maître qui
mère, ma sœur et mon frère… en
Les Camisards.
va prendre sa retraite, les grands qui
1975, il m’a chargé de recruter
1978
vont partir pour le collège… Les endes acteurs paysans. C’était for1er documentaire,
fants grandissent en apprenant à tourmidable d’essayer de convaincre
coréalisé
ner les pages. »
des gens qui sont à des annéesavec Gérard Mordillat,
lumière du cinéma de venir interChemin très personnel
La Voix de son maître.
préter un fait divers criminel du
2002
XIXe siècle. Ça a créé des liens
Nicolas Philibert a pris dès le début
1er grand succès
très forts. »
de sa carrière un chemin très personavec
Être
et
Avoir,
nel. Né en 1951 à Nancy, il a su très
Au point que Nicolas Philibert a
qui obtient le prix
jeune qu’il voulait faire du cinéma,
eu envie de les retrouver trente
Louis-Delluc.
mais, dit-il, « je n’étais pas bon en
ans après et qu’il en a fait un film,
2018
maths ni en physique-chimie, et à
Retour en Normandie (2007) :
Sortie de De chaque
l’époque, les deux principales écoles de
« Étrangement, c’était plus diffiinstant, documentaire
cinéma, l’Idhec (devenu la Femis) et
cile: les gens étaient plus intimidés
sur la formation
l’École Louis-Lumière, étaient très
devant la caméra, parce qu’ils
des infirmières.
axées sur les bases techniques, la
n’avaient pas de rôle. » Mais
Rétrospective
chimie, l’optique. La seule autre soluc’était une nouvelle aventure hude ses 9 films précédents maine, et c’est ce qui importe
tion était de se former sur le tas en
dans toute la France.
trouvant des stages ».
toujours au réalisateur.
A
«
YOHAN BONNET/AFP
SUCCÈS Son nouveau film, « De chaque instant », consacré
aux infirmières, vient de sortir. Et on peut voir à partir de cette
semaine une rétrospective de ses documentaires. Portrait
d’un cinéaste qui prend le temps d’aller à la rencontre du réel.
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JULIEN COURBET
ÇA PEUT VOUS ARRIVER 9H30-11H
© William BEAUCARDET/RTL
ON A TELLEMENT
DE CHOSES À SE DIRE
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jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23037 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
l ittérai re
lefigaro.fr/livres
MAYLIS
DE KERANGAL
STEFAN ZWEIG
INÉDIT : QUAND L’AUTEUR
DU « MONDE D’HIER » ÉTAIT
UN VA-T-EN-GUERRE PAGE 6
LE ROMAN DES ORIGINES,
PUISSANT ET OBSCUR PAGE 4
Les nouveaux visages
de la rentrée littéraire
DOSSIER Quatre-vingt-quatorze premiers romans
paraissent ces jours-ci. Voici nos dix coups de cœur.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO, FRANCESCA MANTOVANI-ÉDITIONS GALLIMARD, IMAGNO/ROGER-VIOLLET
PAGES 2 ET 3
Dix jeunes romanciers de la rentrée littéraire sur les toits de Paris.
De gauche à droite : Aurélie Razimbaud, Camille Brunel, Pauline
Delabroy-Allard, Laurent Seyer, Adeline Dieudonné, Inès Bayard,
Clémentine Haenel, Thi Thu, Estelle-Sarah Bulle et Amélie Cordonnier.
LA CHRONIQUE
d’Étienne
de Montety
mence. Une vie qu’elle a jugée aussi absurde
que son travail de photographe localier.
Antonia étouffe, cherche le grand air et
surtout un sens à cette existence insulaire.
Alors que le mur de Berlin tombe, les siens
en érigent entre eux. Leur engagement est
devenu dérisoire. Un slogan peint avec de
grossières fautes d’orthographe sera le déclic. Peut-on être pris au sérieux quand on
est un analphabète ?
Car si la violence est au cœur de l’homme,
alors Antonia veut la voir, non pas au
travers de pauvres coups de main, mais en
panoramique. Elle quitte l’île, Pascal – mais
se sépare-t-on d’un militant sans manquer
à la cause ? - se rend à Vukovar pour voir la
guerre, l’horreur à côté de quoi les assassinats fratricides dont elle fut le témoin ont
quelque chose de misérable. Émancipée des
siens, elle l’affronte en face. Qu’importe ce
qu’elle en rapportera, si c’est la liberté.
Ferrari a bâti son roman en suivant la liturgie catholique des obsèques. Étonnante
construction, grâce à quoi il rend hommage
à un texte séculaire, à sa beauté, qui rend
superflu tout ce qui sort de la bouche des
hommes. Il mêle les détails de la vie quotidienne d’une femme au XXe siècle, la
chronique d’une île et l’intemporel des
paroles sacrées.
Le romancier, auteur du Sermon sur la chute de
Rome, qui lui avait valu le prix Goncourt, manie une prose drue comme une pluie d’été : les
mots, les images, les couleurs affluent, serrés.
Le rythme est tenu. À son image rappelle les
meilleures pages d’Où j’ai laissé mon âme, où
déjà des personnages étaient aux prises avec
la vérité. En lisant le beau livre de Ferrari, on
se prend à songer que la
Corse, son âpreté et ses
secrets, se prête admirablement à ce combat. ■
À SON IMAGE
De Jérôme Ferrari,
Actes Sud,
220 p., 19 €.
ALAIN
MABANCKOU
A
épouse celle du mouvement nationaliste des
trente dernières années. La jeune femme a
longtemps partagé la vie d’un militant,
Pascal B. Si elle a accepté son idéalisme, elle
a éprouvé très vite la vanité et les impasses
de son action. Elle a connu les séjours en
prison de son homme, l’attente et ses
retours sur l’île avant que tout ne recom-
RENTRÉE LITTÉRAIRE
NTONIA a été photographe de
guerre en ex-Yougoslavie. Depuis, elle fait surtout des mariages, en Corse : images du
bonheur après celles du malheur. Elle aime l’art de l’arrêt sur image qui
consiste à « immortaliser » ce qui est d’ordinaire l’apanage de Dieu. Vieux débat sur la
représentation…
C’est au retour d’une séance de pose avec un
jeune couple qu’Antonia bascule dans un
ravin avec sa voiture, dans l’Ostriconi. Ses
obsèques sont célébrées par son parrain,
celui qui lui a offert son premier appareil. Ce
prêtre est le moins conventionnel qui soit.
Et pourtant, en matière d’ecclésiastique, la
littérature, de Bernanos à Greene, nous a
réservé quelques beaux spécimens. Celui de
Ferrari – il n’a pas de nom - n’est ni un saint
ni un apostat. C’est un Corse avec la foi et le
caractère qui, dit-on, vont avec, entre mer
et montagne.
Cet homme a eu une vie avant la prêtrise,
vocation qui lui est tombée dessus sans crier
gare. Depuis, il tend vers le ciel, ministre inclassable d’une église de plein air, qui prend
l’humanité telle qu’elle est. Sa théologie est
simple, Dieu n’est jamais terni par la boue et
le sang, il leur confère une nouvelle dignité :
pesanteur et grâce.
La cérémonie commence et la vie d’Antonia
défile dans la mémoire de l’officiant. Elle
© Nico Therin
A
Ferrari, la pesanteur et la grâce
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jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
2
PAULINE DELABROY-ALLARD
Ça raconte Sarah
Éditions de Minuit,
192 p., 15 €.
INÈS BAYARD
Le Malheur du bas
Albin Michel,
270 p., 18,50 €.
LAURENT SEYER
Les poteaux étaient carrés,
Finitude,
140 p., 15 €.
AMÉLIE CORDONNIER
Trancher
Flammarion,
161 p., 17 €.
CLÉMENTINE HAENEL
Mauvaise passe,
« L’Arpenteur », Gallimard,
127 p., 11,50 €.
L'ÉVÉNEMENT
littéraire
PAULINE DELABROY-ALLARD
L’amour à mort
INÈS BAYARD
La femme de la situation
L’affaire pourrait être
banale sauf qu’elle
ne l’est pas du tout.
La narratrice du vertigineux
coup d’essai de Pauline
Delabroy-Allard traverse
un « moment de latence »
et marche dans les rues
« comme un fantôme ».
En s’appliquant du mieux
qu’elle peut à franchir
les jours. La jeune femme
est professeur,
mère d’une enfant dont
le père a disparu
« sans crier gare ».
Dans sa « vie chagrine »,
il y a pourtant un nouveau
garçon bulgare qu’elle
appelle son « compagnon ».
Un 31 décembre,
dans l’appartement
guindé où elle réveillonne,
débarque une drôle de fille prénommée Sarah. Une violoniste avec des yeux absinthe de serpent
aux paupières tombantes, un nez austère d’oiseau de proie, une beauté mystérieuse. Une vraie tornade,
cette Sarah, malgré son menu format. Tout dans l’exubérance, l’excès, le magnétisme. Leur amitié
commence petit à petit au début de la nouvelle année. Avec des rendez-vous, des sorties au théâtre
et au cinéma, des cadeaux, des bières dans les bars, des conversations à n’en plus finir.
Avant de se transformer en passion amoureuse après un premier baiser sur le trottoir du boulevard
du Montparnasse, une nuit de mars. La narratrice se retrouve soudain prise en pleine tempête. Elle a le corps
qui tremble, brûle de l’intérieur, se sent vivante comme jamais. À la fois déboussolée et follement
éprise d’une Sarah enfantine et imprévisible qui ne sait pas choisir et s’émerveille de la couleur des nuages.
Le lecteur ne quitte pas les amantes d’une semelle et les accompagne dans les trains vers l’Aveyron,
Marseille ou Venise. En écoutant la musique d’India Song, Les Quatre Saisons de Vivaldi ou le treizième
quatuor de Beethoven, opus 130. En prenant de plein fouet les moments de jouissance et de déchirement,
de douceur et de douleur, de fougue et de soufre. L’intense Ça raconte Sarah possède deux temps,
deux rythmes, mais une même maîtrise narrative et stylistique. Pauline Delabroy-Allard parle du désir
et du manque, du chagrin et de la folie, de l’obsession et de la dérive. Elle vient d’entrer en littérature
et au catalogue des Éditions de Minuit par la grande porte.
ALEXANDRE FILLON
Une scène de crime. Par leur concision et la froideur des termes, les trois pages inaugurales
du premier roman d’Inès Bayard semblent avoir été empruntées à un rapport de police.
Toute trace d’affect gommée au profit d’un état des lieux. Dans sa chaise haute, le petit
garçon n’a pas eu le temps de finir sa compote. Une femme assise droite, tête basculée
en arrière, est la deuxième victime. La troisième, et le seul survivant du massacre, est
un homme qui gît au sol, des litres de sang et de vomi recrachés sur le carrelage. Sinon,
tout est à sa place. En ordre, rangé, le repas à peine refroidi. Et Inès Bayard peut
commencer à explorer superbement le long délitement conjugal né d’un drame. Une plongée
en eaux très troubles en commençant par la fin. Construction littéraire classique, la prolepse
permet de harponner le lecteur dès le début pour que le romancier puisse dérouler sa pelote
en paix. Marie, jeune femme amoureuse de son mari – lui avocat d’affaires, elle dans la
banque –, mène l’existence heureuse de ces jolis couples aimants et calmes du
XIe arrondissement de Paris. L’ensemble est accordé à la narration plate adoptée par
l’auteur pour cette première partie, avant que le drame ne survienne. Car, un soir en sortant
de son travail, Marie se fait violer par son
directeur, qui la frappe, la sodomise, l’injurie,
avant de la menacer de briser sa carrière et
celle de son mari si elle parle. Donc, Marie ne
dira rien. Jamais et à personne.
Deuxième partie : adieu fadeur des mots. Inès
Bayard plonge à vif dans l’intimité physique
d’une femme dépassée par la violence de ce
qu’elle a subi. Une femme qui lâche et
s’emmure dans le dégoût jusqu’à vouloir en
finir avec tout ce qu’elle a chéri. Dégoût de
son mari qui ne comprend rien - comment
pourrait-il ? « Marie le trouve de plus en plus
laid. Avec… son air béat de bonheur
permanent… elle a envie de lui cracher
dessus. » Dégoût d’elle-même. Dégoût
de l’enfant qu’elle met au monde avec horreur
persuadée qu’il est le fruit du viol. Dans
la lignée des écrivains autrichiennes Elfriede
Jelinek (Nobel de littérature 2004) ou
Ingeborg Bachmann, qui explorent les « zones
d’inconfort » des relations humaines vues d’un
prisme féminin, Inès Bayard signe à 27 ans
un texte d’une puissance inaccoutumée.
ISABELLE SPAAK
Premiers romans : une année
DOSSIER Parmi les nouveaux auteurs, voici nos dix préférés. À noter la montée en puissance des femmes. Elles
LAURENT SEYER
Le soir de la finale
AMÉLIE CORDONNIER
La bête et la belle
Ce n’était pas si mal sous Giscard. L’Allemagne était coupée en deux. Dans tous
les lycées de France, on trouvait encore un vieux professeur à la chevelure
blanche qui tirait son autorité de son « histoire personnelle d’ancien responsable
d’un réseau de résistance durant la Seconde Guerre mondiale ». Et dans toutes
les familles, un aïeul entêté qui continuait de dire « les Boches » lorsqu’il parlait des
Allemands. Une finale de la Coupe d’Europe de football disputée à Glasgow entre
le club de Saint-Étienne et celui de Munich avait le don de rouvrir des blessures
mal cicatrisées. C’était beau, pourtant. Les joueurs portaient des maillots
moulants vierges de toute publicité. Ils galopaient crinière au vent, libres comme
des poneys sauvages. La vulgarité n’avait pas encore envahi les stades. Dans
le poste, une voix fredonnait : « Europe 1, c’est naturel ». Et, dans les cours de
récréation, on chantait : « Qui c’est les plus forts ? Évidemment, c’est les Verts. »
Les poteaux étaient carrés restitue avec subtilité l’ambiance douce-amère
de ces années vides que l’on croyait pleines. Nicolas Laroche, le narrateur, a treize
ans et demi le 12 mai 1976. Assis dans le canapé familial, il regarde à la télévision
la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions entre l’ASSE et le F.C. Bayern
Munich, comme la plupart de ses camarades. Mais Nicolas est moins serein que
ses copains. Car les années Giscard n’ont pas été seulement une dernière séance
des Trente Glorieuses. Elles ont aussi été le galop d’essai du cauchemar climatisé
des années 1980 : désordre amoureux, parents lâcheurs, familles recomposées.
Quelques mois avant la finale des Verts, l’Assemblée a voté la loi du 11 juillet 1975,
censée dédramatiser le divorce. Ce qui n’a pas empêché Nicolas de morfler.
Cet enfant triste en veut à son père d’avoir laissé partir sa mère et de l’avoir
remplacée par une fausse blonde, assise à côté de lui sur le canapé familial, avec
son fils bouffi, le soir de la finale. Le match s’écoule sans que ne cesse sa rage.
« Nous n’avons partagé aucun instant joyeux depuis le départ de maman. » Un joli
roman sur les catastrophes affectives engendrées par la modification des mœurs.
Sept ans. 2 555 jours, 61 320 heures, 3 679 200 minutes, 220 752 000 secondes. L’idylle aura
tenu sept ans. « Ferme ta gueule une bonne fois pour toutes, connasse, si tu veux pas
que je la réduise en miettes », lâche Aurélien. Le coup est parti sans prévenir. Rien n’aurait
pu laisser présager une telle menace. Aurélien avait juré avoir changé. Avait remplacé les noms
d’oiseaux par des fleurs. Avait dit : « Tu es ma priorité. » Mais il a cédé. Vomi une nouvelle
insulte. Comme sept ans auparavant. Galant, brillant, précoce, l’homme avait tout pour séduire.
C’est à lui d’ailleurs, don Juan, que sa future femme, dont
on ne connaîtra jamais le nom durant le roman, s’est
donnée. Mais les contes de fées ne sont pas éternels.
Et le prince charmant accouche bientôt d’un ignoble
bestiaire. « Sale chienne », « sale truie »… Cendrillon
tombe en dépression, part, avant de dire pardon.
Jusqu’à ce samedi de septembre. Aurélien recommence.
Jure malgré lui. À table, devant les enfants. C’en est trop.
Alors la mère prend une décision : « PARTIR
ou RESTER » et se laisse jusqu’à son quarantième
anniversaire, pour réfléchir. Pour le lecteur, la question
ne se pose pas. La violence conjugale verbale d’Aurélien
est insupportable. On ne peut d’ailleurs s’empêcher
de s’interroger sur l’avenir des enfants. Pourtant,
face à cette mère qui « ne veut plus de son mari »
et « ne veut pas le perdre non plus » et ce père qui tente
de bien faire et se laisse consumer par sa haine,
notre cœur balance. Et voilà le tour de force d’Amélie
Cordonnier : les personnages sont admirablement
détestables. Un sentiment renforcé par un point de vue
externe qui nous laisse penser qu’aucune sortie
n’est vraiment une issue.
ALICE DEVELEY
SÉBASTIEN LAPAQUE
A
CLÉMENTINE HAENEL
Une dérive vertigineuse
« La nuit, je m’ouvre. Je me dévoile ; je me déshabille. On peut me rouler dessus. » L’incipit donne le ton
de Mauvaise passe, roman mené tambour battant, une grosse centaine de pages durant. Le récit
de la dérive d’une jeune femme, dans un Paris fait de gris et d’ennui. Plus d’attaches, plus d’amarres.
La narratrice boit, elle flotte, fréquente les bistrots, a parfois des envies de meurtre. « Il y a des nuits
d’aliénation. Je me trouve l’otage des bras, la proie des draps. » : dormir chez des inconnus ne l’effraie pas.
Fréquenter les bas-fonds non plus, quitte à faire de (très) mauvaises rencontres. Lucide sur elle-même,
cette paumée, une beauté aux yeux bleus et aux longs cheveux auburn, nous lâche : « Je m’enfonce dans
mes travers. » Y compris celui de sa peau et de la chair des autres, qui comptent parmi ses obsessions.
Ici tout va très vite : écriture resserrée, tout en nerfs, sans gras : qu’elle parle de ses amants, qu’elle évoque
ses séjours à Berlin, New York ou Londres, ou qu’elle revienne sur ses séjours en hôpital psychiatrique…
Imaginez un texte de Marguerite Duras interprété par Courtney Love. D’ailleurs, Clémentine Haenel
mentionne à plusieurs reprises Le Ravissement de Lol V. Stein, un de ses livres de chevet, aux côtés
de ceux d’Hervé Guibert. Quelques moments de pause, dans cette errance étourdissante, notamment
le retour - provisoire - chez sa mère, porté par des pages lumineuses. L’éclaircie s’annonce dans
les dernières pages ; la narratrice aux souvenirs confus a tourné le dos aux ténèbres. « Je n’aspire à rien
d’autre qu’à des jours tendres, des moments de campagne qui ont l’odeur des feuilles et de l’herbe,
des instants de soleil. » De la bien belle ouvrage.
THIERRY CLERMONT
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ADELINE DIEUDONNÉ
La Vraie Vie
L’Iconoclaste,
266 p., 17 €.
AURÉLIE RAZIMBAUD
Une vie de pierres chaudes
Albin Michel,
237 p., 18 €.
ESTELLE-SARAH BULLE
Là où les chiens aboient
par la queue
Liana Levi, 288 p., 19 €.
THI THU
Presque une nuit d’été
Rivages,
208 p., 18,50 €.
jeudi 6 septembre 2018
3
CAMILLE BRUNEL
La Guérilla des animaux
Alma,
276 p., 18 €.
L'ÉVÉNEMENT
littéraire
ADELINE DIEUDONNÉ
La jeune fille et les monstres
AURÉLIE RAZIMBAUD
Du soleil, des baisers et des parfums sauvages
« À la maison il y avait quatre chambres. La mienne,
celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents
et celle des cadavres. » Un premier roman qui
commence de la sorte ne peut pas être mauvais.
La Vraie Vie de la Belge Adeline Dieudonné est une sorte
de conte à ne pas mettre entre tous les yeux.
Reprenons. Il était une fois dans une ville sans nom
d’un pays sans nom, une gamine sans nom qui vivait
dans un lotissement sans charme. Son père travaillait
dans un parc d’attractions. Ses seules passions ?
Chasse, télé et whisky. Cogner sa femme est plus
une habitude qu’une passion. Cette dernière, piètre
cuisinière, a deux marottes : le jardinage et les chèvres
miniatures. Sa fille la voit comme « une amibe »
ou un « ectoplasme ». Heureusement, il y a Gilles,
le petit prince de quatre ans son cadet. Avec lui l’enfance
se passe à jouer dans le Bois des Petits Pendus
ou la casse du coin. Les gamins adorent rendre visite
à Monica, sorte de sorcière bienveillante avec « sa voix
de vieux klaxon et de parfum de plage ». Et puis il y a
la camionnette du marchand de glaces annoncée chaque
fois par un air de Tchaïkovski. Les enfants ne ratent
jamais le rendez-vous. Jusqu’au jour où un drame atroce
survient qui transforme Gilles en zombie. Pour retrouver
le gamin adorable, sa grande sœur, élève précoce,
passionnée par les sciences, fan de Marie Curie, décide
d’inventer une machine à remonter le temps comme
dans Retour vers le futur. Elle prend des cours avec
un savant dont la femme muette porte un voile pour
masquer son visage rongé par l’acide. Entre les fauves
empaillés qu’elle entend lui rugir à l’oreille, les voisins mal lunés, le père tape dur, la mère amibe et le frère
prostré qui se met à ressembler « à un personnage de Stephen King », la narratrice a du mérite de rester
optimiste. Penser au voisin tout en muscles chez qui elle fait du baby-sitting l’aide beaucoup. Quelques mois
après My Absolute Darling du prodige américain Gabriel Tallent, mettant en scène une héroïne résiliente
de toute beauté, Adeline Dieudonné sauve du cauchemar son histoire avec une autre héroïne magnifique
de liberté et d’intelligence. Son conte est bon, sans gras, tendu comme un arc, et si l’on souffre parfois de tant
de noirceur et de chairs à vif, il nous arrive de rire (jaune) quand, par exemple, l’ogre de la maison, affalé
sur son canapé, sanglote en écoutant Le téléphone pleure de Cloclo. Couronnée par le prix Première Plume
2018, l’auteur, qui peut remporter le prix Fnac le 14 septembre, semble avoir l’avenir devant elle ! BRUNO CORTY
Alger, été 1965, une grande maison blanche, un orchestre dans un parc, le soleil doré sur les bras
nus des femmes. Un bal réunit la poignée d’expatriés restés après l’indépendance, pour la plupart
salariés de la grande compagnie pétrolière française. Rose a dix-huit ans. Il est minuit passé.
Elle a dansé et ri toute la soirée avec Antoine, si galant, attentionné. Mais sur le côté de la piste,
un autre homme la regarde, des yeux clairs et durs qui foudroient la jeune fille. Louis est un
ancien appelé de la guerre d’Algérie. Il était dans la même section qu’Antoine, en Kabylie. L’année
suivante, Rose et Louis sont mariés. Louis fait des cauchemars. Rose le réconforte, sans savoir
de quoi il retourne. Cet homme taiseux, ombrageux, elle ne le comprend pas, mais elle l’aime.
Il travaille, beaucoup, s’absente, souvent. Une rumeur court. Rose souffre, Louis se mure.
La tension monte, magnifiée par le soleil, la mer et tout ce silence qu’Aurélie Razimbaud, trentecinq ans, excelle à créer, avec ses phrases courtes, mates, une écriture allusive qui ne fait pas
de bruit, une narration elliptique. Elle ne raconte pas les faits principaux de l’histoire mais laisse
le lecteur les imaginer en les évoquant ou en montrant leurs conséquences à travers des scènes
apparemment accessoires pour l’intrigue. Des scènes brèves qui respectent la pudeur des
personnages, ne force pas leur intimité, donne à voir et à sentir le mystère qui les enveloppe, leur
amour et leurs douleurs rentrées : un déjeuner chez les parents de Rose, un verre au bar du grand
hôtel avec Antoine, un dîner mondain, un petit déjeuner qui dérape. La première partie du roman
oscille entre 1964 et 1973, lorsque, après la nationalisation de la compagnie pétrolière et leur
retour forcé à Marseille, une part du secret de Louis éclate au grand jour. La seconde partie va
et vient entre 1998 et 1958. Le personnage de Rose se retire au deuxième plan, restera auréolé
de mystère. Louis passe
sur le devant de la scène.
Le temps des explications
vient. Goutte à goutte,
le récit élucide son énigme,
y perd parfois de sa grâce
frémissante, mais dessine un
personnage complexe, subtil,
dense. Tandis que la fille
du couple, devenue adulte,
demande des comptes à son
père, la romancière, elle, a
à cœur de faire comprendre
cet homme dont on aurait
vite fait de penser qu’il est
un salaud, et de le faire aimer.
Un roman sombre, sensuel,
élégant qui tient le lecteur
en haleine. ASTRID DE LARMINAT
incroyablement riche en talents
ont d’ailleurs déjà attiré l’attention des jurés littéraires.
ESTELLE-SARAH BULLE
Les mille et une nuits de Pointe-à-Pitre
Mieux qu’un roman, ce livre est une tranche de vie de la Guadeloupe, l’histoire de deux sœurs nées au début des
années 1930, et de leur petit frère. Leur père, Hilaire, arrière-petit-fils d’esclaves, cultivait la canne, élevait
quelques bœufs sur ses cinq hectares. Par sa faconde, il s’était imposé comme le patriarche d’une nombreuse
parentèle qui vivait à ses crochets. Il était l’homme fort du canton. Au point qu’il avait réussi à épouser la belle
Eulalie, descendante de colons bretons qui avaient échoué à faire fortune et vivaient en vase clos, travaillant
le sol, pas plus riches que leurs voisins noirs mais auréolés de leur peau claire qui suscitait les convoitises.
L’auteur, née en 1974, est la fille de ce « petit frère » arrivé à Paris en 1967, où il épousa une jeune femme du
nord de la France. Devenue adulte, Estelle-Sarah Bulle, qui grandit à Créteil, a voulu connaître le monde disparu
où son père et ses tantes avaient vu le jour. Elle les a fait parler à tour de rôle de leur enfance, de la façon
dont ils se sont émancipés du village en tentant leur chance à Pointe-à-Pitre dans les années 1950, puis à Paris.
L’aînée de ses tantes est une conteuse hors pair, belle et grande femme truculente, une forte personnalité,
calme et déterminée, sans peur et sans reproche, dure et généreuse, travailleuse. Elle parle avec les anges
et les saints mais ignore la morale courante, traficote des diamants, tombe amoureuse d’un ex-bagnard,
s’improvisera mère maquerelle à l’ombre du Sacré-Cœur. Sa sœur, couturière de la bonne société, convaincue
d’être une descendante d’aristocrate, et son « petit frère », très engagé à gauche, complètent son point de vue.
Leurs trois récits que l’auteur présente tels quels, dans leur fraîcheur, leurs nuances, sans arrondir les angles,
convergent sur les faits, divergent dans leur appréciation. L’air de rien, ils écrivent les mémoires de l’île.
Un roman choral, attachant, piquant, qui a la saveur des histoires vraies.
ASTRID DE LARMINAT
Il est rare qu’un écrivain prenne trois pages à la fin
de son roman pour expliquer sa démarche. Camille Brunel
a osé, comme s’il se sentait très proche du narrateur,
Isaac Obermann. Ce n’était pas nécessaire, car La Guérilla
des animaux n’est pas un essai, mais un excellent et troublant
premier roman, tant par son sujet – la défense à tout prix
des animaux – que par ce personnage singulier, idéaliste,
prêt à tuer dès que l’on touche à la vie d’une bête. Le roman
s’ouvre sur une scène de meurtre : Isaac assassine froidement
des braconniers qui avaient massacré un jeune éléphant
et une tigresse pleine. Durant tout le roman, ce sera ainsi : œil
pour œil, dent pour dent. Partout dans le monde, et on voyage
beaucoup – Inde, Brésil, Vietnam, Kirghizstan, Gabon, Congo,
Swaziland, Amazonie… –, Isaac défend les animaux avec les
méthodes d’un intégriste. Il n’en démordra pas, quitte à rompre
avec son père, il est sûr d’avoir raison. Même s’il est souvent seul – la belle Yumiko le rejoindra
dans son combat. Il n’hésite pas à parler de génocide, à comparer le sort des bêtes
à l’extermination des Juifs ! Greenpeace ou WWF ne feraient que du marketing. Isaac fait peur,
y compris à la frange la plus dure des activistes animaliers : « Il aurait peut-être fallu laisser
cet illuminé-là au port », dit l’un d’eux à propos du narrateur. « On a trop longtemps considéré
que les crimes contre l’humanité ne visaient que les humains, alors que les massacres de loups,
de bovins, de baleines constituent des crimes contre l’humanité aussi […] », pense Isaac.
Les dialogues, où certains le mettent face à ses contradictions, sont de très haute tenue,
tout comme les nombreux passages où Isaac laisse sa pensée dériver. Il y a, parfois, des airs
des Racines du ciel, de Romain Gary. La scène où l’auteur se met dans la peau d’un requin à l’île
de La Réunion – ils ont tué à plusieurs reprises – est glaçante et grandiose, à l’image du livre.
Camille Brunet démontre que la littérature est aussi là pour déranger.
MOHAMMED AÏSSAOUI
A
À vingt-huit ans, la Française d’origine vietnamienne Thi Thu
signe un étrange premier opus. Écrit à la première personne du singulier,
son roman gigogne déploie une suite de scènes, de personnages
« jetés dans la vie », d’ombres et de silhouettes, de souvenirs, de rêves
nocturnes, portés et emportés dans un flux qui deviendra au fil des pages
de plus en plus nébuleux, tortueux. Un récit articulé en quatre parties,
qui tient tout à la fois du conte, du chant, de la légende et du poème,
porté par la voix comme chuchotée de la narratrice, photographe amateur
qui déambule dans les rues et les « souterrains froids de la ville »
à la poursuite d’anonymes dont elle saisit l’image à leur insu.
Et toujours avec cette volonté de « capter l’humain en chacun ».
Il y a la « dame au châle noir », le tatoueur Loan et son rival Kim,
le mystérieux Yoru et sa sœur Kaguya, une chamane, Ibtissen aux yeux
tristes… Flottant dans une sorte d’embu perpétuel, la narratrice, obsédée
par la « véritable innocence » des hommes et des bêtes, nous entraîne
dans son monde, nous fait franchir les latitudes, déboussole nos fuseaux
horaires. Retour à Paris, retour à la réalité avec un dialogue avec les morts
et le recueillement sur la tombe d’Emil Cioran (qui a inspiré les titres
des quatre chapitres), au cimetière du Montparnasse, en compagnie
d’une bouteille de whisky et de quelques tranches de charcuterie…
Retour aussi sous forme de question, poétiquement énoncée :
« Que voient les hommes quand ils se meurent, / Quand ils passent
de l’autre côté ? / Est-ce un grand vide qui les entoure / Ou renaissent-ils
souvenirs ôtés, / Âme renouvelée, cœur apaisé ? / Te l’es-tu demandé ? »
Presque une nuit d’été vient de recevoir le prix du premier roman
du festival Les Écrivains chez Gonzague Saint Bris (ex-La Forêt des livres).
Une promesse, donc, à tenir.
THIERRY CLERMONT
CAMILLE BRUNEL
La condition animale
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA / LE FIGARO
THI THU
Un monde déboussolé
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
4
EN TOUTES
confidences
canadien, qui avait publié plusieurs recueils
de poèmes et deux romans avant de se
lancer dans la chanson, y affiche ses
thèmes de prédilection : l’amour et la
jalousie, l’aspiration à la sagesse et
l’érotisme, le spleen et la dérision. The
Flame paraîtra au Seuil, le 11 octobre.
Un excellent complément à l’imposante
biographie de référence de Sylvie Simmons traduite il y a quelques semaines à
L’Échappée par E. Domergue et F. Vella.
CRITIQUE
littéraire
UN TOURNANT
DE LA VIE
De Christine Angot,
Flammarion,
182 p., 18 €.
CHRIS PIZZELLO/AP
Le testament littéraire
de Leonard Cohen
Alors qu’il se savait condamné par la maladie,
Leonard Cohen (1934-2016) avait soigneusement préparé son testament littéraire en puisant dans les nombreux carnets qui l’avaient accompagné durant toute sa vie. Le chanteur
Michael Jackson, Venise et Miro
Publiée par la Réunion des musées nationaux, la
collection « Cartels » va s’enrichir de trois nouveaux titres (illustrés), liés à de grandes expositions à venir au Grand Palais de Paris. Mathias
Enard ouvrira le bal dès le 19 septembre avec
Désir pour désir, récit ayant pour cadre la Venise du XVIIIe siècle. Suivront Vie et mort de
Michael Jackson contés par l’académicien Marc
Lambron, et une fiction d’Adrien Goetz faisant
revivre le peintre catalan Joan Miro.
« Jules et Jim » version Harlequin
CHRISTINE ANGOT Une femme a deux hommes dans sa vie : un preneur de son et un chanteur.
Lequel choisir ?
ANTHONY PALOU
apalout@lefigaro.fr
P
OUR ÊTRE tout à fait
honnête, nous y allions
un peu à reculons. On se
disait, voilà enfin le nouveau Christine Angot,
cette femme-sandwich revendiquée
de l’autofiction ; il va falloir tenir sur
la bête. On ne va pas beaucoup
voyager si ce n’est au bout de sa
chambre. Et nous avons tenu malgré
quelques avaries car nous avons
chaussé nos bottes et enfilé nos cirés.
De quoi s’agit-il ici ? D’un trio. En
gros, la narratrice, un jour, aperçoit
Vincent dans la rue. Vincent, elle a
eu une aventure avec lui, il y a neuf
ans. Il est chanteur. Elle vit désormais avec Alex, un preneur de son
sans le sou ami de Vincent, mais elle
est toujours amoureuse de ce dernier. Bref, ces deux-là ont travaillé
dans le même corps, le sien. Bien
sûr, cela crée des tensions. On vous
raconte la fin car il n’y a ici guère de
suspense : Vincent est un petit manipulateur, Alex, un pauvre type qui
n’arrête pas de dire qu’il veut partir
à la Martinique. Il finira à l’hosto
sous dialyse.
Dès les premières pages, le lecteur
se retrouve dans une bluette.
L’auteur enfile les perles comme
autant de clichés. On pense à la col-
lection Harlequin. Cela posé, le roman à l’eau de rose vire rapidement,
et peut-être trop facilement, à l’eau
de boudin.
Inutile de préciser que nous en
avons eu plein les oreilles de leurs
scènes de méninges entre deux coucheries. Alex et elle, Vincent et elle.
Mémoires d’une balustrade
Ce côté poisseux de leurs relations.
Angot aime le répétitif. Page 20 :
« Alex regardait au loin accoudé à la
balustrade. » Page 23 : « Il s’est accoudé à la balustrade. » Page 25 :
« Alex est resté une heure accoudé à
la balustrade. » Page 41 : « Alex était
accoudé à la balustrade. » Page 79 :
« Il s’est accoudé à la balustrade. »
Elle aurait dû écrire ses mémoires,
cette balustrade. Les coups de rein
de Vincent sont admirables : lors
d’un séjour en Normandie, il y a cette séquence torride entre eux, ça
vaut le coup d’œil : « Au milieu de la
nuit, j’ai senti une main qui me dénudait. Il m’a léchée. Il est entré en moi.
C’a été comme une décharge électrique. J’ai pensé : “Sa forme est adaptée à la mienne. C’est parfait. C’est
merveilleux.” Il entrait, il sortait,
mon regard partait ailleurs. Dans un
autre monde. On a joui […]. »
Écartelée entre deux hommes,
nous l’avons compris, la narratrice
qui passe son temps le téléphone
portable fixé à son oreille - c’est
agaçant ! - n’est pas une garce, elle
est amoureuse. Juste faite, bas-bleu,
pour le bonheur.
La romancière ne fait pas dans le
beau style. Ses dialogues creux vous
déchirent le tympan. Elle assèche
ses phrases, les encalmine et écope
ses malheurs, tentant d’engluer ses
lecteurs.
Bon, nous avons refermé le livre.
Au Tournant de la vie, on préférera…
un Harlequin, on vous laisse le
choix : La Trahison d’un amant, Un
délicieux simulacre, Tendres retrouvailles ou encore Séduire par vengeance, et plus si affinités. Angot,
encore un effort ! ■
Portrait de l’artiste en tortue de mer
MAYLIS DE KERANGAL L’auteur de « Réparer les vivants » publie un nouveau roman passionnant, mais ardu.
ASTRID DE LARMINAT
adelarminat@lefigaro.fr
À travers la peinture
en trompe-l’œil, Maylis
de Kerangal interroge
la capacité de l’écriture
à transcrire le réel.
FRANCESCA MANTOVANI/
GALLIMARD
D
U DÉBUT à la fin,
l’auteur suit comme
son ombre une jeune
fille dont il serait impropre de dire qu’elle
est l’héroïne parce que les personnages ne sont presque pas le sujet de ce
roman. Elle s’appelle Paula Karst. Et
comme le karst, structure géomorphologique issue de roches calcaires,
formant un paysage tourmenté,
creusé de cavités et de rivières sou-
terraines, Paula et le texte dans
lequel elle est insérée ont quelque
chose de minéral, une beauté fossile.
Néanmoins, ce roman, comme tous
ceux de Maylis de Kerangal, est rigoureusement réaliste, calqué sur le
monde contemporain. Il se déroule
entre l’automne 2007 et l’hiver 2015,
avec de brusques décrochages dans
le passé, souvenirs d’enfance de Paula, mais aussi mémoire de l’enfance
du monde.
Paula est une jeune peintre formée
par le prestigieux Institut du trompel’œil de Bruxelles. Le premier tiers du
livre est le récit de son apprentissage.
On voit Paula au travail, ses postures
fascinantes de symétrie, sa façon de
s’incorporer des quantités de savoirs
pour alimenter son imagination, la
manière dont elle visualise la matière
qu’elle va reproduire avec des pigments afin qu’on croie que c’est vrai,
vivant. Là, Maylis de Kerangal décrit
en fait son propre processus d’écriture - tard dans la nuit, le noir, jusqu’à épuisement. Et comme toujours, avec une jubilation empreinte
de crainte sacrée, l’auteur nomme le
monde - ici « les outils créés pour refaire le monde » : pinceau à Lavis, petit-gris à soies de porc, effilé à hampe
de bois en martre, pinceau à laque en
poils d’ours d’Alaska. Énumérations
dont on se délecte, dont on se lasse
aussi. Heureusement, Paula s’est liée
avec deux autres étudiants, Kate, irlandaise, grande gueule, cheveux
« strawberry blonds », peinturlurée
de tatouages, et Jonas, génie taiseux,
force de la nature, la parole rare mais
qui tombe toujours juste, sorte
d’idéal masculin personnifié, malgré
son éternelle casquette.
Plongée en eaux profondes
L’école finie, les trois amis, qui ont
vécu corps à corps dans le même appartement, se séparent pour faire
leur vie. On suit Paula sur ses chantiers, en Italie, à Moscou. Partout,
c’est le même travail collectif, comme celui des artisans du Moyen Âge,
associés anonymement à la création
des cathédrales. Maylis de Kerangal
semble gênée par le statut que l’épo-
FEDERICA BER
De Mark Greene,
Grasset,
204 p., 18 €.
Les champs magnétiques
MARK GREENE Entre Paris et les Dolomites, l’histoire éternelle d’une fugitive passée
comme un éclair dans la vie d’un homme.
I
A
marin, qui lui donnait l’impression
que moderne accorde aux écrivains
« d’être signalée comme un être
et aux artistes. Paula, son alter ego,
connecté aux mers clandestines, aux
prétend d’ailleurs qu’elle ne veut pas
profondeurs obscures, partie prenante
être peintre, juste peindre. La rod’un ordre planétaire invisible ».
mancière maîtrise à la perfection sa
Bien qu’il y ait de l’amour dans ce
technique de narration. Les dialoroman, entre un homme et une femgues – rares - sont fondus dans le réme, un amour fait de connivence,
cit, comme si la parole des persond’« une vie commune qui incorpore les
nages n’était qu’un élément de la
silences, les absences, n’exige pas de
matière du monde. Les histoires setout voir, de tout savoir
condaires, celle d’une
de l’autre », d’une « incarrière de marbre cerUN MONDE
timité qui fraye sous
fontaine, de la découÀ
PORTÉE
DE
MAIN
le langage », comme
verte de la grotte de LasDe Maylis de Kerangal, « s’il s’agissait seulecaux, des studios de
Verticales,
ment d’habiter ensemble
Cinecittà, l’histoire du
286 p., 20 €.
au même endroit du
bleu outremer utilisé au
monde », il y a surtout
début de la Renaissance à
une puissante aspiration
la place de l’or, un bleu
à retrouver un temps
qu’on allait chercher au
perdu, l’innocence de
bout du monde, sont
l’enfance, voire même la
coulées dans la narrapure présence sensotion, la submergent parrielle d’avant la naissanfois : comme si toutes
ce, et le monde incorles époques coexistaient
rompu de l’aube des
dans les lieux qu’arpente
temps. À la fin de leur
Paula, comme si le préannée d’étude, Paula,
sent n’était qu’un préciKate, Jonas avaient prépité de passé. Le texte a
senté chacun un projet.
des longueurs, on a envie
L’un avait choisi de faire un marbre,
de dire, des épaisseurs, on manque
l’autre un bois. Paula, une écaille de
d’air. Un grand silence écrasant
tortue. Du minéral, du végétal, de
règne sur ce roman spéléologique,
l’animal. « Mais alors qui fera les
sous-marin, qui fonctionne comme
hommes, on oublie les hommes ?, inun sonar, dont toutes les scènes ont
terrogea Paula. Qui veut encore des
lieu l’hiver, dans le froid, à l’excephommes ?, murmura Jonas. » Maylis
tion des souvenirs d’enfance, une
de Kerangal a réussi un roman matribu de cousins en été. Mais déjà,
gnifique où les êtres humains, comparmi ceux-ci, il y a le souvenir d’un
me des étoiles filantes, se dissolvent
tee-shirt offert à Paula par son pardans l’univers. ■
rain officier, siglé du nom d’un sous-
SÉBASTIEN LAPAQUE
L Y A beaucoup d’enfance dans
les romans de Mark Greene, de
la fraîcheur, de la grâce et une
innocence sans niaiserie qui se
rencontrent peu dans les romans français de notre date. Les écrivains qui se promettent d’être légers
sont généralement très lourds. Ils
« textent » préfabriqué comme
d’autres assemblent leur étagère Ikea.
À l’écart de ces grosses manières, loin
du train du monde et des intérêts du
temps, presque en apesanteur, Mark
Greene écrit des phrases comme ça :
« À partir d’un certain âge, on devient
le bienfaiteur d’un parti qui porte son
propre nom. Il s’agit, évidemment,
d’une cause perdue. Et c’est tant
mieux : les causes désespérées sont les
seules auxquelles on puisse se livrer in-
finiment… On devient le gardien de
musée de sa propre vie, un établissement dont les salles sont mal éclairées,
les collections incomplètes, imparfaitement mises en valeur. Dans ce musée,
inconnu des guides touristiques, il ne
vient jamais personne. »
Entre Nadja et Fantômette
Federica Ber, c’est l’histoire éternelle
d’une fugitive passée comme un
éclair dans la vie d’un homme. Le
narrateur se souvient de cette étoile
filante un lundi matin, en lisant dans
le journal le récit d’un fait divers survenu en Italie, dans les Dolomites : les
corps sans vie de deux architectes romains ont été retrouvés au pied d’une
paroi rocheuse, mystérieusement attachés l’un à l’autre. Une troisième
personne les accompagnait à leur départ pour les sommets : Federica Ber-
saglieri, âgée d’une quarantaine
d’années.
Federica Bersaglieri, c’est un peu
comme Sylvie Parachutiste : un nom
qui ne s’oublie pas. Vingt ans auparavant, le narrateur a connu cette femme. C’était l’été, sur les Grands Boulevards. Il a rencontré Federica dans
une salle de jeux, près du métro Richelieu-Drouot, avant d’aller boire
avec elle des petits verres de rosé à la
terrasse d’un café de la rue Saint-Fiacre, « la dernière semaine de juillet,
dans un Paris surchauffé, moite, envahi de touristes ». Ils se sont découverts
à l’occasion d’une dérive de quelques
jours, pleine de sentiments retenus.
Comme la Nadja d’André Breton, Federica a entraîné son compagnon
d’insouciance à mi-chemin du rêve
et de la réalité ; et comme la Fantômette de Georges Chaulet, elle lui a
appris à voltiger sur les toits « sous un
ciel bleu nuit ». Vingt ans plus tard, le
drame des Dolomites hante le narrateur. Il mène l’enquête en épluchant
la presse italienne et en traquant les
traces de Federica Bersaglieri à Paris.
Prêtant son bras à l’ombre chérie de la
jeune Italienne, il poursuit leur dérive
urbaine comme si elle avait cessé la
veille. Passage des Panoramas, résonne en lui l’écho des maximes de Federica : «Une chose dont on ne se souvient
pas, c’est qu’elle n’est pas importante.
Il faut faire confiance à sa mémoire.
C’est elle qui décide. » La presse italienne rapportant que la mystérieuse
randonneuse est introuvable, son
imagination prend le relais. En rêvant
à Federica Bersaglieri, il devine ce qui
s’est vraiment passé dans les Dolomites. C’est alors, pour Mark Greene,
qu’écrire devient un acte magique. ■
Le passage des Panoramas, à Paris,
cher aux surréalistes.
JEAN MICHEL VOGE/LE FIGARO MAGAZINE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
&
LE FIGARO
ÇÀ
LÀ
Le Callet
chez J.K. Rowling
Blandine Le Callet publiera le
10 octobre chez Stock Le Monde
antique de Harry Potter, une encyclopédie consacrée aux innombrables références à l’Antiquité dans l’œuvre de la
romancière anglaise J.K. Rowling.
De A comme Abraxan à W comme Worme Augustus, elle recense des personnages, des animaux, des plantes, des lieux, des
formules magiques…
Le crépuscule de Jean Clair
Victor Hugo selon Winock
Le 4 octobre, Gallimard publiera un
récit très personnel de Jean Clair,
Terre natale. Contes du crépuscule.
L’académicien revient sur son enfance, la campagne des années
1950, le grand âge, l’insomnie, l’Italie,
le souvenir des femmes aimées…
Un ouvrage qui s’inscrit dans la lignée des Derniers jours (2013) et
de La Part de l’ange (2016).
Après s’être replongé dans
l’œuvre gigantesque de Victor
Hugo, l’historien Michel Winock
vient de brosser le portrait de
cet homme-siècle, aussi complexe que fascinant, notamment à
travers ses pensées et ses combats, et ses amours. Le Monde
selon Victor Hugo est publié chez
Tallandier.
5
Et de deux
pour Didion
Grasset va publier simultanément deux ouvrages inédits de
l’Américaine Joan Didion : un roman datant de 1970, Mauvais
joueurs, narrant la dérive d’une
actrice de Hollywood, âgée d’une
trentaine d’années, ainsi que des
carnets de voyage, Sud & Ouest.
Sortie le 17 octobre.
Avec un mélange de naïveté et de
lucidité Jim Crace peint un monde
futuriste qui ressemble beaucoup au
nôtre. PHILIPPE MATSAS/OPALE/LEEMAGE
LA MÉLODIE
De Jim Crace,
traduit de l’anglais
par Laetitia Devaux,
Rivages,
270 p., 21 €.
La loi du plus fort
JIM CRACE Dans une ville sans nom d’un pays inconnu, l’agression
d’une célébrité pousse les promoteurs à chasser sans-abri et bêtes sauvages.
CHRISTOPHE MERCIER
D
ANS une ville imaginaire d’un pays imaginaire, où l’on garde
la mémoire de Victor
Hugo, mais dont le
lecteur apprend incidemment
qu’on n’y parle ni l’anglais ni le
français, en une époque non précisée, un vieux chanteur de charme veuf et bedonnant termine sa
vie dans la maison qui l’a vu naître
et qui tombe en ruine et en poussière. Il a pour seule compagnie
son piano, sur lequel est posée
l’urne en forme de cercueil contenant les cendres de sa défunte
épouse. La maison est lorgnée par
des promoteurs, car c’est la
dernière villa de bord de mer qui
subsiste, et qu’elle a une vue imprenable. Les autres demeures
bourgeoises ont été remplacées
par des immeubles. Elle est encadrée par le jardin des Indigents,
où se réfugient les sans-abri, et
par une forêt sauvage, le « maquis », dit aussi « Parc de la Pauvreté », peuplé d’animaux dont
certains, mystérieux, pourraient
bien remonter à la Préhistoire.
Alfred Busi, dit Mister Al, doit
être fêté par la Ville : son buste va
être érigé sur l’allée de la Gloire,
où sont célébrés les héros de la
cité. Mais, la nuit précédant le
grand jour, alors qu’il va chasser
des animaux qui fouillent les
poubelles dans sa cour, il est
agressé par un être à deux pattes,
nu, qui lui lacère le visage. Mister
Al imagine qu’il s’agit d’un jeune
garçon appartenant à la horde des
sans-abri et rêve de l’apprivoiser
jeudi 6 septembre 2018
et d’en faire son fils. Mais les officiels de la ville et les journaux à
sensation en profitent pour lancer une campagne visant à se débarrasser de la sous-population
coupable de misère.
Hyperréalisme froid
Quelques jours plus tard, Mister Al
se fait détrousser et tabasser dans
le jardin des Indigents. Il se sent
d’autant plus démuni que son neveu Joseph, avide promoteur, intrigue pour s’emparer de sa villa et
construire à la place un immeuble
CRITIQUE
littéraire
« de luxe », et qu’il soupçonne sa
belle-sœur Terina d’être sa complice. Heureusement, il trouve du
réconfort auprès d’une jeune fille
appartenant à la bande de squatteurs crasseux qui occupent la villa
jumelle de la sienne.
Ce neuvième roman traduit de
l’anglais de Jim Crace est un curieux mélange de fable futuriste
fustigeant le monde sans pitié du
profit à tout va, et de pamphlet
écologique, un mélange de 1984
- la chasse aux sans-abri, massacrés, déportés - et du Domaine des
dieux - lorsque les habitants de la
ville, leurrés par les puissances de
l’argent et leur discours démagogique, entreprennent de « relocaliser » les animaux du maquis, afin
de faire place nette et de pouvoir
construire un nouvel immeuble
futuriste à partir du bois récupéré.
On imagine Idéfix pleurant au
milieu des chênes abattus par les
Romains dans la forêt voisine du
« Petit Village gaulois que nous
connaissons bien ». On pense aussi
au décor fantastique, à force d’hyperréalisme froid, de certaines
nouvelles de Noël Devaulx, notamment à Avec vue sur la Zone.
Les 250 pages de ce roman glaçant brassent tant de thèmes
qu’on a parfois du mal à y voir
clair, et que les morceaux sont
souvent plus convaincants que
l’ensemble. Une certaine naïveté
cohabite avec une impitoyable
lucidité concernant le monde
de demain. Mais quand on pense
aux constructions prétendument
luxueuses qui ont défiguré une
partie du sud de la France - La
Grande-Motte et autres « marinas » - et, à l’opposé, à la « jungle » de Calais, et à la façon dont
sont traités les migrants, on se dit
que ce monde terrifiant, décrit
avec le plus grand naturel, sans
emphase ni prophétisme grandiloquent, est celui dans lequel nous
vivons déjà, et que Jim Crace, plus
qu’un visionnaire inquiet, est un
Douanier Rousseau résigné qui
peint la société nouvelle qui naît
sous nos yeux. ■
AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Par Éric Neuhoff eneuhoff@lefigaro.fr
Folle de Philip Roth
Ils éclatent sur la page. Les scènes de sexe
E L’HUMOUR, avec ça. Chaque
sont plaisantes, lumineuses, d’une douceur
année, il rate le Nobel. Ezra
de soie.
Blazer prend ça avec bonhoSoudain, le ton change. Nous voici à
mie. Ça n’est pas par hasard
Heathrow où Amar, un Irako-Américain,
qu’un de ses livres s’intitule Le
est interrogé à la douane. Le morceau de
Comique de répétition. Son numéro est masbravoure laisse perplexe.
qué. Lui ne l’est pas beaucoup. On reconLa troisième partie, une longue
naît tout de suite Philip Roth
interview d’Ezra, expliquera le
dans ce personnage drôle, fin,
pourquoi du comment. Lisa Halligénéreux. Pas étonnant que la
day ne cache pas son jeu. Son prejeune Alice en tombe amoureuse,
mier roman est tendre, sinueux,
malgré la différence d’âge. Voilà
malin. Oui, elle a eu une liaison
ce que c’est de travailler dans
avec Philip Roth. Le talent vient
l’édition, de manger des glaces
en supplément. Elle n’était peutsur un banc dans un parc de
être pas obligée de jouer par moManhattan. Ils couchent ensemments à la déconstruction. Ce péble. Il a mal au dos. Il la couvre
ché est pardonnable.
de cadeaux, rembourse son prêt
Halliday se glisse dans son hisétudiant, lui offre Huckleberry
toire comme on plonge sous des
Finn, Céline, Tendre est la nuit.
draps en hiver. Un disque de PaIl lui demande d’acheter la
Il
la
blo Casals passe en sourdine. Sur
confiture Little Scarlett de chez
couvre de l’oreiller, un vieux monsieur fait
Tiptree. Ils vont au cinéma voir
un clin d’œil. Il s’appelle Ezra
les Marx Brothers, regardent
cadeaux,
Blazer. Il s’appelle Philip Roth. On
Top Hat ou des matchs de baserembourse ne sait plus. On s’en moque. Il est
ball à la télévision. Il va à l’hôpidevenu un héros de roman. Il n’en
tal. Elle se casse la main droite.
son prêt
serait pas revenu. À propos, la
Leur relation est franche, natuétudiant,
confiture Little Scarlett est très
relle, pétillante. Quelle intellilui offre
bonne. Elle est aux fraises des
gence ! On croirait entendre la
bois. Blazer avait du goût.
voix de Roth, ce ton pince-sansHucklerire, ce constant second degré.
berry Finn,
La première partie ressemble aux
Céline,
films de Mike Nichols avec Candice Bergen. Il y a une panne
Tendre est ASYMÉTRIE
d’électricité à New York. Ils ont
De Lisa Halliday,
la nuit
des mots de passe, cette façon de
traduit de l’anglais (États-Unis)
dire « De rien », le jour où il dépar Hélène Cohen,
cide de la rebaptiser Samantha Batelier.
Gallimard,
L’amour est fait de ces mille petits secrets.
342 p., 21,50 €.
© DR
D
«
LA RENCONTRE DE
DEUX FRATERNITÉS
»
Suivez-nous sur
DISPONIBLE EN LIBRAIRIE ET EN NUMÉRIQUE
RENTRÉE LITTÉRAIRE - PLON
A
Le roman passionnant
d’un huis clos inattendu entre
l’un des plus grands acteurs français,
incarcéré et torturé par les nazis,
et un aumônier allemand.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
6
Nancy plus que jamais la ville du Goncourt
parle
ON EN
HISTOIRE
littéraire
LA 40E ÉDITION DU LIVRE SUR LA PLACE
AURA LIEU À NANCY LES 7, 8
ET 9 SEPTEMBRE. LA PREMIÈRE
SÉLECTION DU PRIX GONCOURT
SERA ANNONCÉE À CETTE OCCASION.
Entre Nancy et les Goncourt,
c’est une vieille histoire. Les frères Edmond et Jules y sont nés.
La ville abrite les archives de
l’académie Goncourt. Et chaque
année, le Goncourt de la biographie est décerné lors de la manifestation Le Livre sur la place, qui
se déroule du 7 au 9 septembre.
Et tout récemment, Françoise
Rossinot, commissaire générale
du Livre sur la place, est devenue
la déléguée générale de l’académie Goncourt. La 40e édition
renforce ces liens en faisant du
prestigieux jury littéraire son
président. « À année exceptionnelle, événement exceptionnel »,
affirment les organisateurs : pour
la première fois à Nancy, sous la
houlette de Bernard Pivot, la liste
des quinze lauréats en lice pour
le prix Goncourt 2018 sera dévoilée le 7 septembre à la mairie.
Après, il sera temps d’aller écouter et de voir les 600 auteurs
présents, dont Salman Rushdie,
Alain Mabanckou, Delphine de
Vigan, Jérôme Ferrari, Christophe Boltanski, Jean-Christophe Rufin, Dany Laferrière…
MOHAMMED AÏSSAOUI
La tentation nationaliste de Zweig
INÉDIT Avant de devenir le pacifiste que l’on connaît, le jeune Autrichien fut passionnément un patriote.
Des articles parus durant la Première Guerre mondiale en témoignent.
SEULS LES
VIVANTS CRÉENT
LE MONDE
De Stefan Zweig,
traduit de l’allemand
par David Sanson,
Robert Laffont,
208 p., 15 €.
En librairie
le 13 septembre
Bio
EXPRESS
A
1881
Naissance à Vienne.
1914
Jugé inapte
au front, est enrôlé
au bureau
de la propagande
des armées.
1921
Publie Romain
Rolland.
Sa vie, son œuvre.
1922
Publie Amok.
1932
Publie
Marie-Antoinette.
1934
Après un autodafé
de ses œuvres
à Berlin, quitte
l’Autriche
pour Londres.
1942
Peu de temps après
avoir rencontré
Georges Bernanos,
qui tente de lui
redonner espoir,
l’écrivain, effondré
par les victoires
du nazisme, se donne
la mort le 22 février
avec sa femme Lotte,
à Petropolis, au Brésil.
Dès 1915, il choisit
« son
camp :
PAR DOMINIQUE BONA
DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE
A
IMÉ, admiré jusqu’à
l’idolâtrie,
Stefan
Zweig est devenu un
personnage de premier plan parmi les
écrivains d’aujourd’hui. Sa notoriété peut surprendre : elle a éclipsé celle de presque tous ses
contemporains, les Jules Romains,
Arthur Schnitzler ou Heinrich
Mann, dont la vogue jadis égalait
ou dépassait la sienne. Ses livres,
aux couleurs crépusculaires, peuplés d’ombres solitaires, mais
d’une redoutable concision, d’une
efficacité narrative que peuvent
lui envier les conteurs les plus
aguerris, ont autant de succès que
dans les années trente. Par une
sorte de performance qui confine
au prodige, son lectorat, qui
compte beaucoup d’adolescents,
rajeunit tandis que le temps passe.
Aussi tout nouveau texte du
Viennois est-il une aubaine pour
la librairie, une promesse de gros
tirages. Je l’avoue sincèrement :
depuis quelques années, des inédits qui ressemblent un peu trop à
des fonds de tiroirs m’ont paru
d’inutiles ajouts à son œuvre, si
belle et complète, et à laquelle sa
mort tragique à Petropolis, en février 1942, apporte une lumière
définitive. Cette nouvelle publication, cependant, des plus sobres et
intéressantes, répond à un louable
désir de parachever le portrait de
l’écrivain, ou plutôt de nuancer la
caricature un peu trop lisse que
nous avons de lui. Bertrand Dermoncourt a eu l’idée de réunir en
volume des articles de l’écrivain,
parus en Autriche, entre août 1914
et octobre 1918, pour la plupart
dans la Neue Freie Presse, où il a
commencé d’écrire à l’âge de
vingt ans. Humaniste et pacifiste,
Zweig ? La réponse est oui, bien
sûr. Mais il n’est pas né avec ces
dons de sage, déposés dans son
berceau par quelque fée bénéfique. Il est devenu humaniste, il est
devenu pacifiste, et il lui a fallu
pour cela traverser l’épreuve de la
Première Guerre – du moins ses
premiers mois.
À la déclaration de guerre,
Zweig est en vacances au Coq
- une station balnéaire proche
d’Ostende. Non loin de chez Émile
Verhaeren, qu’il admire et dont il
a traduit les poèmes. Passé trente
ans, il est encore un amateur dans
le monde des lettres, voyage, rencontre ses maîtres, et en est encore à l’apprentissage de soi. Comme tout le monde, en août 1914, il
est stupéfait et saisi d’effroi.
Contrairement à d’autres esprits
éclairés, qu’on traitait alors de
Cassandre, et avant de devenir
lui-même, à l’aube de la prochaine guerre, un de ces prophètes du
malheur que personne n’entend,
alors que sa compatriote Bertha
von Suttner avait clairement diagnostiqué la montée des périls et
annoncé la catastrophe, il n’a rien
vu venir. La guerre non seulement
le surprend mais elle provoque
chez ce pur produit de la Mitteleuropa, aux racines multiples,
au cœur universaliste, et qui était
amoureux de la France, sa seconde patrie, la réaction la moins
attendue : le voilà —patriote,
passionnément
pro-allemand,
dans un conflit qui lui rappelle
l’existence des frontières, un audelà, un en deçà du Rhin. Il a raconté tout cela dans son journal et
dans bien des pages du Monde
d’hier, mais ses premiers articles
le soulignent d’un trait rouge : la
fièvre patriotique l’a tenu assez
Comme pour beaucoup
d’hommes de sa génération,
l’épreuve de la Première
Guerre mondiale a fait
basculer Stefan Zweig
du patriotisme au pacifisme.
celui de l’humain.
Il ne sera plus jamais
du côté de la victoire.
Et il se gardera
de tous les instincts
de domination
IMAGNO/ROGER-VIOLLET
»
dans un ministère, au bureau
« deEnrôlé
la propagande, ce grand Européen,
ce cosmopolite, prince de la tolérance
et de l’amitié entre les hommes, qui écrira
un jour l’éloge de la défaite et de l’échec,
va travailler à la victoire de l’Allemagne
»
fort pour qu’à la date du 19 septembre 1914, il dise « adieu » à ses
amis « de l’étranger » - « Adieu,
mes chers amis, compagnons de
tant d’heures fraternelles en
France, en Belgique et jusqu’en
Angleterre, il nous faut prendre
congé pour longtemps. »
C’est un jeune Autrichien patriote qui va bientôt porter l’uniforme de soldat et se voir promu
adjudant. Enrôlé dans un minis-
tère, au bureau de la propagande,
ce grand Européen, ce cosmopolite, prince de la tolérance et de
l’amitié entre les hommes, qui
écrira un jour l’éloge de la défaite
et de l’échec, va travailler à la victoire de l’Allemagne. Il va observer avec angoisse le déroulé des
batailles sur les cartes d’état-major et compter les mètres carrés de
territoire, conquis ou repris, la
guerre est pour lui d’abord une
abstraction. C’est une mission en
Galicie où on l’a envoyé recueillir
des tracts de la propagande russe
- ironie du sort pour un futur bibliophile - qui lui ouvre les yeux.
Le spectacle des corps blessés ou
mutilés, la misère des campements et des tranchées, des villes
et des villages détruits, des enfants orphelins, abandonnés sur
les routes, vont choquer son cœur
et réveiller son humanisme endormi.
Romain Rolland a joué le plus
grand rôle dans cette prise de
conscience. Pour ce pacifiste de la
première heure, qui n’a pas hésité
un seul instant avant de se placer
« au-dessus de la mêlée », et qui
passera la guerre en Suisse, point
n’était besoin de dire adieu à ses
amis. C’est Rolland qui par ses
écrits, par son exemple, rappelle à
son cadet - et ami - les valeurs
supérieures de l’esprit. Et que
seules méritent qu’on se batte
pour elles la paix, l’amitié, l’entente supranationale et universelle. Leur correspondance est abondante pendant ces années de
guerre - plus d’une centaine de
lettres. La censure autrichienne
laisse passer l’ouvrage interdit Au-dessus de la mêlée -, accompagné d’une lettre fraternelle, où le
jeune écrivain, encore incertain,
verra l’un des bonheurs de sa vie,
« comme une colombe blanche,
sortie de la bestialité hurlante ».
Au fil des jours, peu à peu, comme dégrisé, Zweig prend la mesure des événements, comprend
l’importance du « désengagement » et tire pour lui-même les
leçons de l’Histoire. Dès 1915, il
choisit son camp : celui de l’humain. Il ne sera plus jamais du
côté de la victoire. Et il se gardera
de tous les instincts de domination. Son ton est encore empreint
d’invective : « Nous sommes des
défaitistes : c’est-à-dire que vos
jours de gloire sont pour nous la
gangrène de l’histoire humaine. » Il
cherche la paix en lui-même, ne
trouve que l’excès, la passion. La
lecture du Feu d’Henri Barbusse
(1916) est un autre temps fort de
son cheminement. On le sait,
Zweig va bientôt rejoindre Romain Rolland en Suisse, grâce à un
laissez-passer officiel, et il y restera jusqu’après l’armistice, mettant à profit l’exil pour rencontrer
d’autres figures d’intellectuels, de
Hermann Hesse à Annette Kolb
parmi beaucoup d’autres, et pour
envoyer à la Neue Freie Presse
des chroniques sur ce qu’il voit,
entend et ressent depuis Zurich,
Bâle, Lucerne ou Genève. Devenu
citoyen du monde et fermement
décidé à le rester, c’est en rentrant en Autriche, et croisant le
train qui emporte vers l’exil l’empereur Charles Ier et sa famille,
qu’il mesurera son attachement
profond au vieil empire, désormais démantelé et appauvri, quasiment rayé de la carte, où il avait
vécu jusque-là si heureux.
Dans une préface d’une rigoureuse clarté, Bertrand Dermoncourt fait le point sur le pacifisme
de Zweig, qui fut une douloureuse
conquête et, ainsi que le montrent
ces treize articles, le résultat d’un
combat
intérieur.
Peut-être
aurait-il dû souligner davantage
le drame vécu par Zweig – de voir
se déchirer l’Europe et se délier
les amis d’autrefois. Dès la première guerre, le calvaire est en
place : lorsque le scénario se reproduira vingt ans plus tard,
Zweig aura cette fois la prescience
de la catastrophe, mais il ne sera
plus capable de l’affronter. Son
suicide est sans doute déjà en germe dans les décombres du premier conflit mondial. En disciple
d’Érasme, convaincu qu’il faut
être homo pro se – un homme
pour soi-même et en toute
conscience, par-delà les drapeaux, les bannières –, il y aura
perdu la confiance et la volonté de
renaître. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
Une famille difficile,
c’est une aubaine
pour un écrivain
DOUGLAS KENNEDY
SUR LE FIGARO.FR, RUBRIQUE LIVRES
SUR
WWW.LEFIGARO.FR/
LANGUE-FRANCAISE
1 317
C’est le nombre de pages
du volume Occupation, romans et biographies
que publie Pierre Assouline
dans la collection « Bouquins » de Robert Laffont.
Sabotage amoureux
Terrage, société d’import-export,
cette femme d’une vingtaine d’années sirote son célibat à la terrasse
d’un café. Quand un homme, Claude,
vient l’aborder. Outragée par les
compliments du monsieur, Dominique s’en va… Avant de le rappeler, de
le présenter à ses parents, de douter
et, finalement, de l’aimer à la
réception d’un flacon de Chanel No 5.
Le cliché est de taille. Nothomb se
moque. Mais l’ingénue croit au prince
charmant et le suit à Paris.
L’
AMOUR est un sujet
ni facile ni original.
Mais il est « le » sujet
dont tout le monde
parle. Surtout lorsqu’il est question de rupture. En général, il y a peu de chose à en dire.
Quand elle arrive, la déchirure se solde soit par une foule d’injures, soit par
un flot de larmes ou un filet de silence.
Ce qui n’excède jamais quelques
Rastignac
lignes. Oui, mais en littérature, un
des temps modernes
« largage » peut s’étendre sur plusieurs pages. Le largué et le largueur
Claude, transformé en Rastignac des
peuvent alors prendre leur temps,
temps modernes, monte alors sa
s’adonner à leur rage,
boîte, filiale de Terrage.
leur désespoir et nourrir
Mais l’entreprise ne lui
leur vendetta. C’est le
suffit pas. « Est-il normal
LES PRÉNOMS
cas du nouveau roman
que tu ne sois toujours
ÉPICÈNES
d’Amélie Nothomb. Il
pas enceinte ? » lance-tD’Amélie Nothomb,
raconte l’histoire d’un
il un jour à Dominique.
Albin Michel,
homme, Claude, qui se
Trois ans passent, quand
162 p., 17,50 €.
fait larguer par sa copiDominique accouche
ne, Reine, et qui a décidé
enfin d’une fille nomde se venger.
mée Épicène. Un préLa rupture est expénom comme celui de ses
ditive. Nothomb ne
parents, qui ne spécifie
s’embarrasse pas de
pas de quel sexe elle est.
détails et consume un
Comme toujours chez
amour vieux de cinq ans
Nothomb, l’enfant est
en deux pages avant de
extraordinaire. Comme
passer à ce qui restoujours aussi, l’amour
semble à une tout autre
se déforme avec lui.
histoire, celle de DomiDans son précédent
nique. Secrétaire chez
livre, Frappe-toi le
EN VUE
littéraire
On retrouve, dans sa
livraison annuelle, tous
les thèmes de prédilection
d’Amélie Nothomb. Avec
délectation ou lassitude.
AMÉLIE NOTHOMB La romancière publie
« Les Prénoms épicènes », un conte intelligent mais facile.
ALICE DEVELEY
adeveley@lefigaro.fr
7
LE CHIFFRE DE LA SEMAINE
Retrouvez sur Internet
la chronique
« Langue française »
@
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
jeudi 6 septembre 2018
PRODUCTION ICONOCLAST IMAGE
/JEAN-BAPTISTE MONDINO
cœur, la romancière explorait à travers deux de ses personnages la relation mère-fille. Les mamans y étaient
présentées comme des êtres destructeurs. Ici, le monstre, c’est le père. Dès
lors qu’Épicène arrive dans la famille,
il la déteste. Mais grand bien lui fasse.
« À l’âge de cinq ans, Épicène sut
qu’elle n’aimait pas son père », écrit
Nothomb. La vie suit alors son cours.
Dominique se noie dans la mondanité
que lui offre à « coût » de Chanel son
mari tandis qu’Épicène s’enfonce
dans le silence des livres et des bonnes
notes. Chacun tient son rôle. Quand
un jour, Claude a besoin de faire affaire avec un certain M. Cléry. L’homme
est inaccessible. Sauf peut-être par sa
femme, qui est aussi maman de deux
filles dans la classe d’Épicène…
On ne mentira pas en disant
qu’Amélie Nothomb excelle à planter
une atmosphère, où le beau sait s’allier
au laid. Les Prénoms épicènes offre
pour cela un joli conte cruel. On mentirait toutefois en disant que ce nouveau roman est excellent. Il se parcourt plutôt comme un miroir de ses
précédents titres. Amour, horreur, jalousie, génie, soumission… Tous les
thèmes de prédilection de l’auteur ont
un goût de refroidi. On lit du Nothomb
qui sait faire du Nothomb. C’est intelligent mais déjà vu. Tant pis. Les nombreuses références de l’auteur ont le
don de nous faire redécouvrir certains
classiques de la littérature. Alors ne
nous arrêtons pas à ce livre-ci. ■
Au nom de tous les siens
SOPHIE DAULL Mêlant réalité et fiction, l’auteur imagine qu’elle rencontre l’homme qui a tué sa mère.
textes pourtant sans pathos, simplement justes et déchirants. Cette fois,
elle met en scène le meurtrier de sa
mère, en tous les cas tel qu’elle se le
représente. Car, bien sûr, elle ne sait
ce qu’il est advenu de lui. Elle l’imagine sorti de prison après dix-huit
ans de détention et devenu employé
des espaces verts de Nogent-le-Rotrou. Un drôle de type qui ne fait pas
de vagues et tente de se débarrasser
de son lugubre passé. Mais un jour, il
découvre devant son écran de télévision une femme qu’il reconnaît
sur-le-champ. Cette femme est romancière et c’est la fille de sa victime. Pétrifié, il sait que c’en est fini
de cette existence banale et solitaire
qu’il s’oblige à vivre. Le visage de
l’écrivain l’obsède, met fin à ce qu’il
lui reste de quiétude. Il pensait
oublier, son histoire lui revient en
pleine face. Car « la fille de la télé »
va venir dans une librairie de sa ville
et l’idée même de la rencontrer le
ronge et l’aimante à la fois.
Tombeau pour les absents
Sophie Daull mêle la parole de sa
narratrice à celle de cet homme, dit
le chagrin de l’une et décortique la
personnalité complexe de l’autre,
ses pulsions de violence, ses sursauts de lucidité. Elle lui fait racon-
ter ses années de prison, son amour
pour le bel Alexandre, le temps de sa
splendeur et son quotidien seulement animé par les fleurs et les
plantes dont il a la charge. Elle évoque aussi le documentaire consacré
à cet assassin – un documentaire qui
a bel et bien existé -, brocarde le
journaliste et le psychologue qui
l’ont manipulée lorsqu’elle n’était
qu’une jeune femme en deuil, la
manière dont ils ont transformé ce
coupable en simple victime de la société. C’est toute l’ambiguïté de ce
roman : en mêlant fiction et réalité,
Sophie Daull nous ébranle et nous
déstabilise. Elle fait de ce criminel
Escale Littéraire à Luxembourg
C
HANGER DE REGARD
« Est-ce qu’Ariane se
trompait de vie? « Un
bon p’tit soldat » ; c’est
ce qu’on disait toujours d’elle.
Les chutes d’eau dévalaient
en cascade au creux des
remparts. Les pensées d’Ariane
s’éparpillaient, ricochaient ça
et là sur les pierres du bassin.
Des moineaux piaillaient par
instants dans les feuillages. A
la question d’apprentissage
scolaire « choix de la langue »,
Ariane,
autrefois,
avait
demandé celle, universelle, des
oiseaux. Sur le bureau de sa
chambre aux larges baies sur
le parc, l’hôtel avait disposé
carnets et crayons. Si Ariane
recherchait les voyages, les
escales d’inspiration, si elle
croyait avoir choisi par hasard
le Duché du Luxembourg, les
sensations la débordaient et
tout allait plus vite, dans sa tête,
que le déferlement des cumulus
qui écumaient le ciel. »
CATHERINE ENJOLET
Auteur de romans, d’essais
et de Nouvelles, Catherine
Enjolet conjugue l
ittérature et
engagement. Universitaire, elle
écrit contre l’indicible et ses
ravages. Elle déploie, au travers de
un personnage de roman, à la fois
beau, intelligent et monstrueux,
d’ailleurs, elle peut tout faire de lui.
Car cette fois, c’est elle qui a la main
et elle en profite. Elle n’écrit pas
pour pardonner, ce n’est pas son
propos, préférant s’interroger sur
celui qui a commis l’irréparable et a
gâché bien plus que sa propre vie. À
travers ces lignes, Sophie Daull met
à l’abri ce qui peut être sauvé et que
personne ne pourra jamais lui enlever : l’amour qu’elle porte à ses absents. À présent, elle peut tourner la
page, même si elle pèse une tonne,
et avancer presque sereinement
vers l’avenir. ■
en collaboration avec
et les insignes de Chevalier des
Arts et Lettres. Son écriture est
sobre et ses récits intenses.
son action internationale et de ses
livres, son concept « Les Liens du
Sens ». Elle a reçu les insignes de
Chevalier de la Légion d’Honneur
HOTEL SOFITEL LUXEMBOURG
LE GRAND DUCAL
L’imposante structure en verre
avec ses lignes et ses courbes
spectaculaires font de cet hôtel
5 étoiles de Luxembourg un
véritable monument, parmi les
sites historiques, culturels et
naturels du pays. L’élégance
du design contemporain signé
Philippe Capron rend hommage
aux
talents
naturels
de
Luxembourg : les affaires et la
créativité.
A
I
LAURENCE CARACALLA
L RESTE L’écriture. Pour ne
pas être la seule à se souvenir,
mieux, pour ne jamais
oublier. Il y a trois ans, Sophie
Daull avait raconté, dans un
livre magnifique, Camille, mon envolée, la mort de sa fille de 16 ans,
emportée par une maladie fulgurante. Un an plus tard, elle avait
consacré un roman à sa mère,
l’énigmatique Nicole, et fait allusion
à la cause de sa disparition : Nicole a
été violée et sauvagement assassinée
par un inconnu trente ans plus tôt.
Deux drames innommables, deux
© Moisés Bowé Paredes
AU GRAND LAVOIR
De Sophie Daull,
Philippe Rey éditeur,
160 p., 16 €.
Lire la suite sur www.escales-litteraires-sofitel.com/
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 6 septembre 2018 LE FIGARO
8
Murakami, prix Nobel… alternatif ?
L’HISTOIRE
semaine
de la
EN MARGE
littéraire
LES BIBLIOTHÉCAIRES SUÉDOIS
ONT DONNÉ LA DERNIÈRE LISTE
DE LEUR « NOBEL ALTERNATIF »,
SUR LAQUELLE FIGURE LE JAPONAIS
HARUKI MURAKAMI.
Événement Le prix Nobel de
littérature ayant explosé en vol
après le scandale sexuel qui a
éclaboussé certains des membres de l’Académie suédoise et
entraîné la démission de plusieurs autres, nous aurons, ô
chance, la possibilité de nous
consoler le 12 octobre avec un
« Nobel alternatif ». Un prix imaginé par « La Nouvelle Académie », un groupe d’artistes suédois. Lequel a mandaté une
assemblée de bibliothécaires
suédois pour qu’elle sélectionne
une cinquantaine d’auteurs in-
ternationaux. Les internautes
ont dû choisir, entre le 10 juillet
et le 14 août, quatre finalistes en
respectant la parité hommefemme. L’excellent Édouard
Louis ayant été éliminé, les espoirs de la francophonie reposeront sur la Française Maryse
Condé et la Québécoise Kim
Thuy. L’auteur de fantastique
Neil Gaiman sera de la partie ainsi que le Japonais Murakami.
L’éternel finaliste du Nobel « non
alternatif » remportera-t-il le
million de couronnes en jeu ? Le
suspense est insoutenable. B. C.
L’éducation sentimentale de Julian Barnes
PORTRAIT
L’auteur
du « Perroquet
de Flaubert »
publie
un magnifique
roman sur une
histoire d’amour
entre un jeune
homme et
une femme
qui pourrait être
sa mère.
Rencontre.
La littérature
« me
maintient.
BRUNO CORTY
ENVOYÉ SPÉCIAL À LONDRES
A
E
N cette fin juillet, le
temps semble s’être figé
dans ce quartier résidentiel du nord de Londres, à deux foulées de la
lande de Hampstead et du cimetière de Highgate où reposent et Karl
Marx et George Michael. Il y a dixhuit ans, pour la sortie d’England,
England, nous étions devant cette
même maison, et le même propriétaire nous accueillait avec amabilité. Les cheveux sont sans doute plus
gris qu’alors, mais le discret Julian
Barnes, soixante-douze ans, a toujours cette haute silhouette élancée. « Pour quel livre était-ce ? » interroge-t-il dans un français
toujours aussi fluide. «Venez, nous
allons nous installer à l’étage, au
même endroit que la dernière fois. »
On passe devant un mur couvert de
portraits d’artistes, pour la plupart
écrivains, qu’il vénère : Updike,
Flaubert, Mauriac, Colette, Camus,
Baudelaire… Sur la droite, le bureau
du maître. Les murs sont d’un jaune
soutenu, qu’on devine récent :
« C’est pour garder le moral toute
l’année ! » Enfin, on entre dans la
pièce tout en longueur qui donne à
la fois sur rue et sur un petit jardin à
l’arrière. Le gigantesque billard est
bien là, toujours couvert de dossiers. Des rayonnages de livres occupent tous les murs de la pièce.
Une bibliothèque d’honnête homme où sont alignés les classiques
anglais et américains et beaucoup
de Français aussi. Sur un guéridon
posé devant un vélo d’appartement
qui semble n’avoir pas servi depuis
longtemps, une pile de Maigret au
format poche.
Depuis la mort de sa femme, Pat
Kavanagh, célèbre agent littéraire,
en 2008, Julian Barnes a refusé la
plupart des demandes d’interview,
comme muré dans une douleur
qu’il a magnifiquement exprimée
en 2014 avec l’essai Quand tout est
déjà arrivé. Dix ans ont passé et
l’auteur du Perroquet de Flaubert a
rouvert sa maison pour parler de
son très beau seizième roman, La
Seule Histoire, récit d’un amour entre un jeune homme et une femme
de trente ans son aînée, dans l’Angleterre des années 1960. Un thème
qui n’était qu’effleuré à la fin d’Une
fille qui danse (roman qui valut à son
auteur de recevoir le Booker Prize
en 2011, après trois échecs en 1984,
1998 et 2005) et qu’il a décidé de développer, suivant ainsi une veine
romanesque dont L’Éducation sentimentale de son cher Flaubert est
l’un des fleurons. « Je ne l’ai pas relu
depuis longtemps, contrairement à
Madame Bovary. Il faut que je le reprenne. » Quand on évoque Le Blé en
herbe de Colette, son œil s’illumine :
« Je la cite au début du livre. » En fait,
(...) Pour l’instant,
je ressens toujours
la nécessité d’écrire.
C’est une question
de santé mentale
JULIAN BARNES
le nom de Colette n’apparaît pas :
« Vous êtes sûr ? » Et Barnes d’aller
chercher son édition anglaise, de la
feuilleter et de s’avouer vaincu :
« C’est incroyable, j’ai écrit ces lignes
en pensant à elle et j’étais sûr de
l’avoir citée ! »
Julian Barnes chez lui,
dans le nord
de Londres.
URSZULA SOLTYS
Mœurs anglaises
Ce qui séduit particulièrement dans
cette histoire d’amour hors norme,
c’est que les personnages ne se
contentent pas de la rêver et la vivent jusqu’au bout. Paul, du haut de
ses dix-neuf ans, et de son inexpérience en amour, est celui qui mène
la danse. Susan, femme mûre et pas
très heureuse en ménage avec un
mari adipeux et cogneur, ne l’a pas
détourné du bon chemin (« Susan
n’est pas une initiatrice, on n’est pas
en France ! ») mais a décidé d’assumer cet amour honteux aux yeux de
la bonne société. « J’ai écrit un roman anglais sur les mœurs anglaises.
Susan est aussi peu rodée aux choses
de l’amour que Paul. Elle a une naïveté, une simplicité qui attire Paul. »
Sur la construction du roman en
trois parties et l’utilisation successive dans le récit de Paul du « je », du
« vous » et du « il », le romancier
s’explique : « Avant même de commencer le livre, je savais que le récit
des débuts de cet amour serait écrit à
la première personne. De même qu’il
était évident que la dernière partie de
l’histoire, où Paul est devenu un
homme âgé, serait écrite à la troisième personne, pour donner du recul.
Quant à la partie du milieu, l’utilisation de la deuxième personne du pluriel était une façon de retenir le lecteur, de l’encercler, au moment de lui
raconter des choses un peu tristes
comme l’alcoolisme de Susan… »
L’écrivain arrête sa phrase. À deux
mètres derrière lui, on entend battre les ailes d’un papillon, coincé
dans la fenêtre à guillotine. Barnes
se lève. « Oh, le pauvre. » Il sort de la
pièce et revient avec un verre en
cristal et une feuille de papier. Avec
précaution, il le récupère dans le
verre et nous le montre : « Regardez, c’est un amiral rouge, un papillon très rare et très beau. »
Barnes appartient à cette génération dorée d’écrivains anglais arrivés à maturité au début des années
1980, avec les Martin Amis, Jona-
LA SEULE
HISTOIRE
De Julian Barnes,
traduit de l’anglais
par Jean-Pierre
Aoustin,
Mercure de France,
260 p., 22,80 €.
than Coe, Ian McEwan, Graham
Swift, William Boyd, Kazuo Ishiguro. Cette génération a raflé tous
les prix jusqu’au Nobel l’an dernier,
avec Ishiguro. Que pense-t-il des
propos que nous tenait il y a peu Coe
sur la place, selon lui, de plus en
plus réduite de l’écrivain dans la société anglaise (« La littérature n’est
plus considérée comme quelque chose
de capital. Même un John le Carré
pourrait marcher dans les rues de
Londres sans craindre d’être dérangé. ») « Coe est un peu pessimiste. À
l’époque, il y avait déjà assez peu
d’émissions littéraires et rien de
comparable à “Apostrophes” par
exemple. Au début des années 1980,
le roman littéraire est devenu à la
mode. Cela a duré environ quinze
ans. À cette époque, il devenait plus
facile de vendre nos livres à l’étranger. Aujourd’hui nous avons tous des
statuts différents. Coe et Boyd sont
plus connus en France que d’autres.
McEwan est célèbre partout dans le
monde. Quant au statut de l’écrivain… Croyez-moi, personne n’ignore qui est John le Carré, que je croise
régulièrement lorsque je vais marcher du côté de Hampstead. Tout le
monde le reconnaît mais peu l’abordent. Les gens respectent les écrivains en Angleterre. Mes voisins me
font en général un petit signe ou un
clin d’œil mais pas plus. »
Football et Nobel
Quand il se retourne sur ses quatre
décennies de carrière, que voit-il ?
« Ces quarante années ont passé assez vite. Aujourd’hui, la littérature
m’intéresse encore plus qu’à mes débuts. Je comprends mieux ce que je
fais. Je suis très encouragé par mes
lecteurs. À la publication de Levels of
Life (2013, Quand tout est déjà arrivé, en 2014), où j’analysais la notion
de deuil et de perte, leurs lettres
m’ont transpercé. » L’écriture
l’aurait-elle sauvé ? Comme à chaque question, Barnes prend le temps
de répondre, pèse ses mots : « La littérature me maintient. J’espère que je
serai à même de reconnaître le moment où il faudra arrêter. C’est toujours difficile. Pour l’instant, je ressens toujours la nécessité d’écrire.
C’est une question de santé mentale.
Je suis malheureux les semaines où je
n’écris pas d’articles, mon journal ou
de la fiction. Je me souviens du moment où Philip Roth a dit qu’il était
heureux d’arrêter parce qu’écrire
était une souffrance. Je n’en suis pas
à ce stade. Écrire est un des plus
grands plaisirs de ma vie. » On
le constate en lisant ses articles dans
la London Review of Books, à laquelle il collabore régulièrement. Le
20 avril, il évoquait le Brexit qu’il
considère toujours comme « une
grande tristesse et une sorte de mutilation de soi ». Six jours plus tard, il
racontait sa visite de l’exposition
Mary Cassatt à Paris. Il vient aussi
de remettre à un éditeur l’appareil
critique d’une édition du Journal de
Jules Renard, qu’il adore. Mais,
contrairement à La Doulou de Daudet, qu’il a fait découvrir aux Anglais, il ne s’est pas occupé de la traduction : «Vous imaginez le
travail ! » Quand il n’écrit pas, Barnes lit. De tout. Une biographie de
John Updike l’a enchanté : « C’est le
meilleur ! Sa tétralogie “Rabbitt” est
à mes yeux le plus grand roman américain des années 1950 à nos jours. »
Puisqu’on a parlé de Philip Roth,
maudit du Nobel, on ne peut s’empêcher de l’interroger sur le sacre
de son compatriote Ishiguro . « C’est
assez étonnant. Il a peu publié. Je
l’aurais donné à Kadaré dont l’œuvre
est immense. »
Dix jours après la finale de la Coupe du monde de foot, on s’en serait
voulu de ne pas le questionner sur
ce sujet. L’œil du supporteur de Leicester s’allume alors : « Je souhaitais
voir une finale Belgique-Croatie, car
aucune de ces deux belles équipes
n’avait encore gagné la Coupe. J’ai
tout de même soutenu l’Angleterre,
au parcours honorable, et la France
de Mbappé. Mon plus grand plaisir
aura tout de même été l’élimination
au premier tour de l’Allemagne. Vous
vous souvenez de la phrase de Lineker : “Le football est un sport qui se
joue à onze contre onze, et, à la fin,
c’est l’Allemagne qui gagne” ? Eh
bien, cette défaite contre la Corée a
été un plaisir extrême ! » La rencontre s’achève sur cette saillie. Le
maître des lieux nous raccompagne
à la porte. Faisant allusion au début
de notre conversation, il ajoute avec
l’humour qui le caractérise : « On se
reverra donc en 2036, quand j’aurais
quatre-vingt-dix ans ! » ■
»
Bio EXPRESS
1946
Naissance à Leicester.
Années 70
Travaille comme linguiste
pour l’Oxford English
Dictionary puis
comme journaliste
pour le TLS, la New Review
et The New Yorker.
1980
Publie son premier roman,
Metroland.
1986
Le Perroquet de Flaubert
remporte le prix Médicis essai.
1992
Love, etc. remporte
le prix Femina étranger.
2008
Mort de sa femme,
Pat Kavanagh,
célèbre agent littéraire.
2011
Après avoir été finaliste
en 1984, 1998 et 2005,
Barnes finit par remporter
le prestigieux
Man Booker Prize
pour The Sense of an Ending,
devenu en français Une fille,
qui danse, au Mercure
de France (l’éditeur de tous
ses livres à l’exception de
ses quatre polars, disponibles
en poche chez Actes Sud).
Le roman sera adapté
au cinéma avec Charlotte
Rampling par Ritesh Batra
en 2017 sous le titre
À l’heure des souvenirs.
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