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Le Figaro - 07 09 2018

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vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 038 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Dernière édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
THÉÂTRE
REPORTAGE
LES PIÈCES DE LA RENTRÉE
À NE PAS MANQUER
LA TRANSNISTRIE SAISIE
PAR LA TENTATION
EUROPÉENNE PAGE 15
PAGES 28 ET 29
Les militants de l’écriture
inclusive ne désarment pas
DROITE
Christian Estrosi :
« Le terrain, je le dis
au président, ce
n’est pas un gros
mot » PAGE 6
SÉNAT
Larcher fustige
la méthode
Macron PAGE 7
Alors que les autorités ont donné consigne de ne pas l’utiliser dans les textes administratifs,
ce langage gagne du terrain en France, notamment dans les universités.
ÉTATS-UNIS
Donald Trump
acculé dans une
Maison-Blanche
« en pleine
décomposition »
L’écriture inclusive ? L’Académie française y voit un
« péril mortel ». Le premier
ministre a demandé, l’an dernier, qu’elle ne soit pas utilisée
pour les textes administratifs.
Le ministre de l’Éducation s’y
PAGE 8
JUSTICE
oppose et le patron de La République en marche, Christophe Castaner, trouve ça « un
peu couillon ». Reste que l’on
compte pas mal de « récalcitrant.e.s ».
Longtemps cantonné aux as-
sociations féministes ou à la
gauche de la gauche, ce langage s’est répandu depuis les recommandations, en 2015, du
Haut Conseil à l’égalité entre
les femmes et les hommes.
Dans les universités, on utilise
déjà abondamment cette écriture. Certaines entreprises,
comme la SNCF, s’y mettent.
« Ça a pris d’une manière absolument
extraordinaire »,
s’extasie la linguiste et « professeuse » Éliane Viennot.
Transport maritime : la France
dans la course au gigantisme
À la barre,
Booba et Kaaris
font profil bas PAGE 11
SURPOIDS
Cure d’austérité
en chirurgie
de l’obésité PAGE 12
FOOTBALL
Les Bleus
souffrent
en Allemagne
PAGE 13
CHAMPS LIBRES
PAGE 26
Les tribunes
de Guillaume
Larrivé et de
Laurent
Alexandre
Le bloc-notes
d’Ivan Rioufol
L’analyse de
Jean-Marie
Guénois
n
n
PAGES 16 ET 17
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de jeudi :
Êtes-vous favorable à la
fin du numerus clausus
pour les études de
médecine ?
OUI
75 %
NON
25 %
TOTAL DE VOTANTS : 35 659
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@t@k@h@a";
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Faut-il bannir l’écriture
inclusive des documents
officiels ?
MARCEL HARTMANN - PLAINPICTURE/
CHRISTIAN A. WERNER
Quand le
doute
s’immisce
dans les
rangs
macronistes
L’été mortifère et la rentrée
cataclysmique d’Emmanuel
Macron ont laissé des traces.
Même ses proches s’interrogent. Celui qu’ils avaient
connu si déterminé, si tranchant et si inflexible leur
semble désormais hésitant,
fébrile, voire dépassé, comme il l’a montré sur le prélèvement à la source. Au point
de faire planer le doute sur
ses troupes. Même Gérard
Collomb reconnaît désormais
que « peut-être, les uns ou les
autres, nous avons manqué
d’humilité ». PAGES 4 ET 5
ÉDITORIAL par Étienne de Montety edemontety@lefigaro.fr
n
@
M 00108 - 907 - F: 2,60 E
Bruno Le Maire a baptisé jeudi au Havre le Saint-Exupéry, plus grand porte-conteneurs battant pavillon
français, propriété du groupe CMA CGM. Long de 400 mètres, équipé des dernières technologies
et propulsé au gaz naturel liquéfié, il peut transporter jusqu’à 20 600 conteneurs. PAGES 20 et 21
è DELACOMPTÉE : CETTE
TENDANCE « DÉFIGURE
OUTRAGEUSEMENT TOUTE
LANGUE » PAGES 2, 3
ET L’ÉDITORIAL
«
Trissotin et Trissotine
Byzance tomba aux mains des Turcs
en discutant du sexe des anges. »
Cette phrase de Jean-François Revel aurait dû clore le débat sur
l’écriture inclusive. En effet, en
France, l’apprentissage de la lecture, l’acquisition de l’orthographe et de la grammaire
sont en crise, notamment dans les milieux les
plus défavorisés, et pendant ce temps, de
beaux esprits, certainement passés par les
meilleures écoles de la République, s’offrent
la coquetterie de promouvoir une nouvelle
écriture. Bien sûr, au nom de la lutte contre
« les stéréotypes », et pour l’égalité.
Le premier ministre, le ministre de l’Éducation nationale se sont certes prononcés
contre cette pratique, décrétant qu’elle serait
bannie des textes officiels, mais rien n’y a fait.
L’inclusif prospère dans les ministères et les
institutions publiques.
Traditionnellement, c’est l’usage qui polit la
langue, et la fait évoluer, pas l’intervention de
Trissotin et Trissotine, armés d’entonnoirs
pour faire ingurgiter de force au bas peuple
un indigeste brouet de mots et de morse.
Au passage, Revel le notait aussi, ces militants
distingués confondent tout, notamment le
genre grammatical et le sexe : un homme peut
fort bien être une canaille et une femme un
génie, sans rien perdre de ce qui fait leur éminente dignité. D’ailleurs, qui a décrété que le
« e » final féminisait forcément un mot : que
fait-on alors de la clé, de l’amitié, et à l’inverse du lycée ?
C’est ainsi : la langue française est pleine
d’exceptions, de chausse-trapes. Il suffit de
les expliquer, et surtout d’apprendre aux
élèves le recours fréquent au dictionnaire.
Cette histoire serait risible si l’épidémie de
points médians, et la
cacophonie
qu’elle
entraîne, ne risquait pas de créer, selon les
mots de l’Académie, « une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité ».
À l’heure où le délitement du tissu national
demanderait plutôt qu’on offre aux Français
un langage commun, qu’on le nomme celui
de Molière, de Senghor ou de Yourcenar,
l’entreprise inclusive ressemble bien à une
navrante expérience d’apprenti sorcier. ■
L’inclusif,
un indigeste
brouet
de mots
et de morse
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
C
Une majorité
d’Européens
veut faire payer
les Gafa
BENOIT TESSIER/REUTERS
PRESSE
è LA FRANCE DERNIER HÉRAUT
DE SA GRAMMAIRE
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vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
Microsoft propose depuis
2017 une option permettant
de suggérer du « langage
inclusif » sur Office 365,
sa suite de bureautique
en ligne. Par exemple,
une personne qui écrit
« j’ai besoin d’un expert
pour réparer mon
ordinateur » se verra
suggérer « j’ai besoin
d’un expert ou d’une
experte pour réparer
mon ordinateur ».
En France, l’Afnor
- organisme de
certification et association
qui coordonne l’élaboration
de normes - a travaillé
sur deux nouveaux
modèles de claviers
pour les consommateurs
français. Ils comprennent
chacun une touche dédiée
au point médian, parfois
utilisé pour l’écriture
inclusive. On pourra écrire,
par exemple, « les élèves
sont ravi·e·s de retourner
à l’école ».
L’introduction du point
médian sur un clavier
avait d’abord pour but
de permettre l’écriture
du catalan et de l’occitan.
Cette nouvelle norme
sera proposée aux
fabricants de matériel
informatique fin 2018
et ne sera pas obligatoire.
Les
administrations
relevant
de l’État doivent
se conformer
aux règles
grammaticales
et syntaxiques,
notamment
pour des raisons
d’intelligibilité
et de clarté
de la norme
ÉDOUARD PHILIPPE
»
DANS UNE CIRCULAIRE DU 22 NOVEMBRE 2017
BANNISSANT L’ÉCRITURE INCLUSIVE
DES TEXTES OFFICIELS
Malgré les
résistances,
l’écriture
inclusive
progresse
BERTRAND RIOTORD/LE FIGARO ET DR
DE NOUVEAUX
OUTILS
BUREAUTIQUES
Alors que les autorités ont donné
consigne de ne pas l’utiliser dans
les textes administratifs, ce langage
gagne du terrain en France,
notamment à l’université.
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
L’ÉCRITURE inclusive ? L’Académie
française y voit un « péril mortel », le
premier ministre a donné consigne, l’an
dernier, de la bannir des textes administratifs, le ministre de l’Éducation s’y
oppose, et le chef de La République en
marche, Christophe Castaner, trouve ça
« un peu couillon ». Reste que l’on compte pas mal de « récalcitrant.e.s ». Que ce
soit « dans les institutions, les municipalités, les universités, les médias, les partis
politiques ou les syndicats - de gauche -,
ça a pris d’une manière absolument extraordinaire, s’extasie la linguiste Éliane
Viennot*. Toutes les recommandations
ne sont pas forcément utilisées, mais chacun pioche dedans ».
« Voilà longtemps que certains usages
du langage inclusif ont commencé de se
répandre, poursuit celle qui se présente
comme une “professeuse”. Le fameux
“Françaises, Français !” du général de
Gaulle en relève, comme le “né(e)” qui figure sur nos cartes d’identité. Depuis
une quinzaine d’années, ces usages se
sont banalisés tout en évoluant, aussi
bien dans la vie courante que dans la
communication publique. On a pu s’en
rendre compte lors de la campagne électorale du printemps 2017, où les doublets
(à l’oral) et les abréviations (à l’écrit) ont
été utilisés d’un bout à l’autre de l’échiquier politique. »
agent.e.s, les professionnel.le.s. » Des
« petits pas » sont chaque jour recensés
par le groupe Facebook « taglinclusive ».
Le Cnam, Conservatoire national des
arts et métiers, est devenu une « école
d’ingénieur.e.s ». La « Semaine des ambassadeurs »
s’intitule
désormais
« Conférence des ambassadeurs et ambassadrices ». À la SNCF, on « recrute en
2018 3 000 technicien.ne.s, technicien.ne.s supérieur.e.s et ingénieur.e.s ».
Longtemps cantonné aux associations
féministes ou à la gauche de la gauche,
ce langage s’est répandu depuis les recommandations, en 2015, du Haut
Conseil à l’égalité entre les femmes et les
hommes. En octobre dernier, la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les
femmes et les hommes, Marlène
Schiappa, et la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, présentaient le guide Mon
entreprise s’engage à destination des
TPE-PME : « Usez du féminin et du masculin dans vos discours, pour que chacun
et chacune puisse se sentir concerné.e par
votre message, indique ce guide. Par
exemple, dites “les clientes et les clients”,
“les agentes et les agents”. Par écrit vous
pouvez simplifier : les client.e.s, les
Féminiser les terminologies
En juin, un amendement déposé par une
quinzaine de députés LaREM proposait
une réécriture de la Constitution afin
d’en féminiser les terminologies. Et
lorsque Marlène Schiappa convie à un
Un langage « non sexiste » aux multiples formes et déclinaisons
LE LANGAGE inclusif, que l’on appelle aussi langage épicène, langage neutre ou langage « non sexiste », désigne la représentation égale des
femmes et des hommes dans la langue. Ses modalités possibles sont
multiples : féminisation des titres, des
métiers, double flexion (les étudiantes
et les étudiants), accord de proximité,
accord à la majorité et, enfin, utilisation des très polémiques mais en réalité peu utilisés points médians (les
étudiant·e·s.).
En 2015, le Haut Conseil à l’égalité
(HCE) entre les femmes et les hommes avait publié un guide incitant
du féminin et du masculin,
uUser
par la double flexion, l’épicène
les pouvoirs publics à adopter une
communication « sans stéréotypes
de sexe ». Un manuel d’écriture
inclusive a aussi été récemment
édité par l’agence de communication Mots-Clés. Trois principes en
découlent.
ou le point milieu
en genre les noms
uAccorder
de fonctions, grades,
métiers et titres
On écrit désormais « présidente »,
« directrice, « chroniqueuse », « professeure », « intervenante », « pompière », « auteure » ou encore « maîtresse de conférences ».
SNCF
2
Panneau SNCF avec de l’écriture inclusive.
Le masculin ne l’emporte plus sur le
féminin. Il est donc conseillé d’évoquer les deux sexes grâce au « point
milieu ». Ce signe typographique, situé à mi-hauteur des lettres, peut être
utilisé alternativement en composant
un mot comme « lycéen·ne » comme
suit : racine du mot + suffixe masculin
+ le point milieu + suffixe féminin.
Les mots épicènes, c’est-à-dire dont la
forme ne varie pas selon le genre,
comme un.e élève, un·e membre, un·e
fonctionnaire, sont à privilégier.
Dans le monde francophone, la France dernier héraut de sa grammaire
A
MARIE-ESTELLE PECH £@MariEstellPech
LES BELGES auraient décidé de déclarer
la « guerre » à l’orthographe française,
dégainait Libération lundi. Le pays entend instaurer l’invariabilité du participe
passé employé avec l’auxiliaire avoir, affirment deux anciens professeurs belges
militant pour cette simplification… Ils
aimeraient pouvoir écrire « les crêpes que
j’ai mangé » plutôt que « les crêpes que
j’ai mangées », selon l’orthographe correcte en vigueur. Leur tribune a fait
grand bruit en France même si le gouvernement de la Fédération WallonieBruxelles a précisé depuis que ni la ministre de l’Éducation ni celle de la Culture
n’avaient pour le moment été saisies d’un
tel souhait de réforme. « On a des réflexions, c’est une question intellectuellement intéressante, mais c’est absolument
prématuré », affirment ces instances.
Il n’empêche, cet exemple est symptomatique des demandes pressantes et
répétées de réviser la langue française, de
la simplifier ou de la rendre plus
« inclusive ». Avec un mantra en tête,
celui d’un progressisme nécessaire de la
langue. Cette dernière doit s’adapter
parce que son orthographe supposée trop
complexe, trop élitiste, n’est plus appli-
quée et parce que les femmes n’y sont pas
suffisamment prises en compte. En
France, ce discours est porté par les milieux féministes, avec la caution scientifique de l’infatigable professeur de lettres
Éliane Viennot. Cette dernière milite tour
à tour indifféremment pour la simplification de l’orthographe et pour l’écriture
inclusive.
Un manuel scolaire d’école primaire,
Hatier, utilisait pour la première fois cette écriture l’an dernier, mettant le feu
aux poudres. Depuis, le 26 octobre 2017,
l’Académie française a publié un avis fortement négatif, qualifiant l’usage de
l’écriture inclusive de « péril mortel ». Le
21 novembre, le premier ministre,
Édouard Philippe, allait jusqu’à émettre
une circulaire invitant à ne pas utiliser les
règles de l’écriture inclusive faisant usage de tirets ou de points médians dans
l’administration. Une circulaire qui a
calmé le jeu mais qui n’empêche pas cette
écriture de continuer à fleurir dans tous
les milieux sensibles à la cause féministe.
Pourtant, ces débats linguistiques récurrents interloquent quand ils ne font
pas sourire dans les pays francophones.
Car en Belgique, au Canada francophone
ou en Suisse, ces sujets sur la modification
de la langue ne suscitent pas autant
d’émois, tant s’en faut. Hormis l’écriture
avec un « point milieu » réservée à des
cercles ultramilitants dans toute la francophonie, tout le reste progresse. La féminisation lexicale qui fait toujours débat
chez nous a ainsi été encouragée dès 1979
par l’Office québécois de la langue française. Un avis largement suivi, dès le début des années 1980. Dès 2000, la Chancellerie fédérale suisse publiait un Guide
de formulation non sexiste des textes admi-
“
Au Québec, comme
en Belgique et en Suisse,
la cause est presque
entendue. Dans l’Hexagone,
la résistance se fait
encore sentir
”
PAUL ROUX, CONSEILLER LINGUISTIQUE
À « LA PRESSE » (QUOTIDIEN QUÉBÉCOIS)
nistratifs et législatifs de la Confédération.
Le débat n’y est pas clos mais ce type
d’écriture a été adopté. « C’est sans hésitation, par exemple, que nous appelons Valérie Plante mairesse (et non maire) de
Montréal et cheffe (et non chef) de Projet
Montréal », écrit Paul Roux, conseiller
linguistique à La Presse. Pour lui, « refuser
pareille féminisation dans des sociétés qui
valorisent l’égalité entre les femmes et les
hommes est un combat d’arrière-garde ».
Après tout, si l’on dit infirmière et institutrice, pourquoi ne pourrait-on pas dire
écrivaine ? « Au Québec, comme en Belgique et en Suisse, la cause est presque entendue. Dans l’Hexagone, la résistance se fait
encore sentir, même du côté des femmes.
Mais elle s’effrite peu à peu, malgré les
hauts cris de l’Académie », estime-t-il.
De même, les rectifications orthographiques, pourtant venues de France en
1990 pour simplifier la langue française,
ne passent pas ou peu chez nous… Alors
que la Belgique, le Québec et la Suisse les
ont majoritairement intégrées en raison
d’une politique volontariste de leurs
gouvernements. Les enseignants les
connaissent à plus de 66 % dans ces pays,
quand seuls 25 % de leurs homologues
français en ont entendu parler, selon des
enquêtes menées entre 2006 et 2009.
Seuls 10 % des étudiants français les appliquent contre près de 60 % des francophones. Certaines de ces rectifications
sont complètement rejetées dans tout le
monde francophone, comme ognon/
oignon (avec alignement de la graphie
sur la prononciation) ou la suppression
de l’accent circonflexe. Ces enquêtes
confirmaient en revanche qu’une majorité avaient adopté la régularisation du
pluriel de mots composés et écrivaient
désormais « évènement » au lieu
d’« événement ». Beaucoup se sont également mis à franciser les mots d’origine
étrangère, écrivant désormais « à capella » plutôt qu’« a cappella ».
Pour André Racicot, professeur à
l’École de traduction et d’interprétation
de l’université d’Ottawa, en Europe, « la
simple idée de moderniser le français – ne
serait-ce que de la façon la plus modérée –
est pure hérésie. Les arguments avancés
relèvent le plus souvent d’une émotivité qui
empêche toute discussion rationnelle. En
filigrane, on décèle cette idée que le français n’a pas à évoluer. Non, la langue française n’est pas en péril, mesdames et messieurs de l’Académie. Elle évolue, comme
elle le fait depuis des siècles. C’est tout ».
À l’inverse, pour le linguiste français
Alain Bentolila, cette résistance qui nous
différencie des pays francophones « ne
doit pas être analysée comme une marque
de conservatisme. Si nous résistons à ces
changements, c’est parce que nous
sommes très attachés, nous Français, au
lien entre la langue et la pensée - une
pensée forte et précise - quand les pays
francophones ont un rapport plus utilitariste à la langue. Nous sommes le peuple
des Lumières. Nous n’avons pas la même
histoire… » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 7 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
Jean-Michel Delacomptée : Cette tendance « défigure
outrageusement toute langue »
Jean-Michel Delacomptée est l’auteur de
Notre langue française (Fayard, 2018).
Invitation de Marlène Schiappa
contenant de l’écriture inclusive :
« accompagné.e de votre éditeur.ice ».
dîner de rentrée littéraire, c’est « accompagné.e de votre éditeur.ice ».
Dans les universités, on utilise déjà
abondamment cette écriture. « Pourquoi cela choque-t-il lorsque l’on parle de
maîtresse de conférences - alors qu’il y en
a quand même beaucoup - tandis que
personne n’est gêné par les maîtresses
d’école ?, interroge l’économiste Hélène
Périvier, directrice du programme Presage à Sciences Po, qui fut coordinatrice
du projet européen Egera (pour une
égalité réelle entre femmes et hommes
dans l’enseignement supérieur). À
Sciences Po, on a réfléchi à une communication non sexiste, et abouti, en 2017, à
une charte pour nos personnels. » Trois
règles prévalent dans ce « guide interne », explique Régine Serra, référente
égalité femmes-hommes. « Le dédoublement des termes, comme “chères étudiantes, chers étudiants”, l’ordre alphabétique : “bonjour à tous et à toutes”, et le
recours à l’écriture épicène. On féminise
bien évidemment tous les métiers, grades
et titres. On a mis en place des ateliers de
formation. Au début, on y réfléchit un
peu, puis ce sont des automatismes… et
nos jeunes sont très ouverts sur le sujet. »
Le défi, maintenant, « c’est d’homogénéiser les pratiques, relève Éliane Viennot. Car ça part un peu dans tous les sens :
des néologismes comme “acteurices” ou
“joueureuses”, que l’on mette un point médian ou pas, ça ne va pas du tout… On doit
tout de même respecter le français ! ». ■
* Qui publie « Le Langage inclusif :
pourquoi, comment », aux Éditions iXe
Pour les déterminants, l’usage de l’ordre alphabétique intervient en cas de
terme épicène (« la.le journaliste »,
« du.de la fonctionnaire »).
plus mettre de majuscule
uNe
de prestige à « Homme »
Pour le langage inclusif, mieux vaut
utiliser les termes « droits humains »
ou « droits de la personne humaine »
plutôt que « droits de l’Homme ».
Mieux vaut utiliser des mots « englobants », comme une personne, un être
humain, le corps professoral, le peuple, le public… ■
M.-E. P.
LE FIGARO. - Le Conseil de la langue
française et de la politique linguistique
de la Fédération Wallonie-Bruxelles
a recommandé de rendre l’accord
du participe passé avec l’auxiliaire avoir
invariable. Cette mesure est-elle salutaire ?
Jean-Michel DELACOMPTÉE. - Salutaire ? Mais alors, pourquoi s’arrêter en si
bonne pente ? Certes, l’accord du participe avec l’auxiliaire avoir a ceci de compliqué qu’il varie selon les genres et le
nombre. Étant compliqué, il contrevient
au principe d’égalité démocratique.
Comme il en va de même pour les adjectifs, la démocratie gagnerait à rendre les
adjectifs invariables. Et cela vaut aussi
pour le temps des verbes : pourquoi ne
pas tout mettre au présent, comme le font
déjà la plupart des livres pour enfants ?
Un seul genre, un seul nombre, un seul
temps. Assécher la grammaire, tel est le
secret du bonheur !
Une langue n’est-elle pas vouée
à évoluer ?
En effet, la langue française est fort
complexe, comme toutes les langues,
d’ailleurs. Mais vous avez raison, elle
évolue, ce qui nous offre la possibilité de
la simplifier au hachoir sans nous soucier
des conservatismes. Les traditions nous
freinent ? Abrogeons-les. Soyons résolument modernes, que les nouveaux usages
effacent les anciens ! Ceux qui s’opposent
ont forcément tort, puisqu’ils refusent de
s’adapter à l’évolution des choses, qui,
par définition, est toujours positive, bénéfique, désirable. Ce genre de raisonnement est malheureusement courant.
de la civilisation européenne, passerait
dans le broyeur de la parité absolue, scellée sous toutes les formes et dans tous les
domaines. L’invention de l’imprimerie a
fondé le processus civilisateur de l’Occident chrétien puis laïque. Ce processus a
connu de terribles défaillances, il n’en
est pas moins prodigieux,
et, pour une grande
part, nous en
sommes les
débiteurs.
ARA/LE
FIGARO
EUGÉNIE BASTIÉ £@EugenieBastie
J.-C. MARM
PROPOS RECUEILLIS PAR
Le narcissisme fiévreux des champions
de l’immédiat a de quoi horrifier. Une fois
les tables renversées, que resterait-il ? Du
pragmatique, de l’efficient, du gris, désastre où l’on s’apercevrait qu’on a jeté la
saveur des plats et la finesse du goût avec
la porcelaine.
Vous avez appelé dans Le Figaro
à la tenue d’« états généraux
de la langue française ». Pourquoi ?
C’est un appel à une large réflexion
populaire sur notre langue, c’està-dire sur l’idiome grâce auquel
les Français s’expriment, éprouvent et pensent. Le problème, c’est
que la rationalité économique, obsédée par les chiffres, néglige le substrat culturel qui pourtant la détermine.
À cet égard, le pas de deux récemment
opéré par le président Macron
me semble révélateur du
malaise qu’affichent
nos gouvernants. En
mars dernier, ce
dernier noyait la
langue française
dans l’océan de
la francophonie. Fin août, devant les
ambassadeurs, il se réjouissait, non sans
courage : « Partout dans le monde,
l’identité profonde des peuples est revenue. Et c’est au fond une bonne chose. »
Or quel trait d’identité d’un peuple paraît plus évident que la langue maternelle dont il use ? La nécessaire défense
de la francophonie impose de respecter
la centralité du français hexagonal, non
parce que celui-ci serait par nature supérieur, mais tout simplement parce
que c’est à la fois la langue officielle de la
République française, la langue mère de
la francophonie et notre propre langue
maternelle. Étendre, comme je l’ai fait,
aux pays d’expression française l’appel
à des états généraux relève d’une logique politique sinon irrécusable, du
moins éminemment souhaitable. Et justement, à ce titre, il serait judicieux de
se demander en quoi ce mouvement
belge affecte le français de France.
Autrement dit, de se demander si, à travers l’affaissement de notre souveraineté linguistique ne se profile pas l’affaiblissement du rôle de notre pays hors de
ses frontières. ■
«
Quel trait d’identité
d’un peuple paraît plus
évident que la langue
maternelle dont il use ?
JEAN-MICHEL DELACOMPTÉE
»
L’Académie française s’est illustrée
l’année dernière en s’opposant
fermement à l’écriture inclusive.
En Espagne, le gouvernement socialiste
envisage, lui, de faire entrer l’écriture
inclusive dans la Constitution.
Que vous inspire cette tendance ?
Trêve de plaisanterie. On assiste à une
sorte de panique devant un avenir dont le
sens nous échappe. Le contemporain
outrancier s’enferme en lui-même,
sourd à ce qui fut, aveugle à ce qui sera.
Enclos dans les murs du temps présent,
les tenants autoproclamés du progrès,
dont ils sont incapables de prévoir les
conséquences, qualifient de « réac » quiconque répugne à leur signer un chèque
en blanc. Qualifier de « réac » votre opposant, clore ainsi le débat, merveilleux
confort : on s’épargne la peine de penser,
l’anathème suffit. Mais seule la paresse
intellectuelle y trouve son compte, ainsi
que les dégâts futurs. L’écriture inclusive
défigure outrageusement toute langue.
Vouloir l’inscrire dans la Constitution espagnole démontre à l’envi l’urgence dont
s’enivrent les idéologues négateurs de la
somme d’expériences humaines qui les a
précédés. La littérature espagnole, assise
sur l’œuvre de Cervantès, ce monument
MATHIEU DE TAILLAC £@mdetaillac
MADRID
POUR le conseiller dans son ambition de
féminiser sa Constitution, le gouvernement espagnol a désigné l’une des institutions les plus réfractaires à l’écriture inclusive : l’Académie royale espagnole
(RAE). La vice-présidente du gouvernement, Carmen Calvo, numéro deux de
Pedro Sánchez, a chargé l’Académie de
préparer un rapport sur « l’adéquation de
la Constitution à l’écriture inclusive, correcte et véritable d’une démocratie à laquelle
participent les hommes et les femmes ». La
RAE n’a pu faire autre chose que d’accepter la demande de l’exécutif et a constitué
fin juillet un groupe de travail composé de
quatre académiciens (deux hommes et
deux femmes). Les conclusions de ce
groupe seront étudiées ce mois-ci par une
commission puis transmises à la mi-octobre à l’Assemblée plénière.
La Constitution espagnole, adoptée au
sortir du franquisme en 1978, utilise le
masculin pluriel pour se référer par
exemple aux « citoyens » ou aux « députés » et encadre les fonctions du « roi » et
du « prince héritier », alors que c’est
aujourd’hui la fille aînée de Felipe VI,
Leonor, qui est appelée à lui succéder.
Avant même que son institution ne se
mette au travail, le directeur de la RAE a
refroidi les ardeurs du gouvernement le
plus féminin du monde (onze femmes ministres contre sept hommes). Dario Villanueva a indiqué ne pas voir « la moindre
possibilité » de réformer la Constitution. Il
a rétorqué à Carmen Calvo que la Carta
Magna n’est pas un texte « au masculin »,
comme elle l’affirme, mais « une Constitution écrite en espagnol, une langue dont la
grammaire est la décantation de plusieurs
siècles d’histoire qui l’ont dotée de deux
genres » et qu’« existe un genre non marqué par lequel le masculin inclut le féminin ».
Très hostile lui aussi à l’écriture inclusive, l’écrivain à succès Arturo Pérez-Reverte a menacé de quitter l’Académie si
cette dernière l’adoptait. « Vous avez ma
parole ! », a-t-il assuré à un citoyen qui
l’interpellait sur Twitter. Si le résultat
n’est pas à la hauteur de ses attentes, Calvo passera outre. « J’ai demandé à la RAE
qu’elle nous fasse des recommandations.
S’il n’y a pas de recommandations, évidemment le processus continuera. » ■
A
L’Espagne veut féminiser
sa Constitution
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
L’ombre d’un doute plane sur la macronie
Après un été difficile et une rentrée calamiteuse, les proches du président perçoivent chez lui pour la première fois
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
EXÉCUTIF Un grand trouble traverse la
macronie. Que se passe-t-il avec le
président ? Depuis quelque temps, celui qu’ils avaient connu si déterminé, si
tranchant et si inflexible leur semble
désormais hésitant, fébrile voire dépassé. L’été mortifère et la rentrée cataclysmique d’Emmanuel Macron ont
laissé des traces. Au point de faire planer sur ses troupes comme l’ombre
d’un doute.
L’idée revient en boucle dans la
bouche des macronistes. À commencer par l’un des premiers d’entre eux,
le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. « Peut-être, les uns ou les
autres, nous avons manqué d’humilité », a-t-il suggéré mercredi. Il est
loin d’être le seul à s’interroger. C’est
un autre ministre qui le constate :
« Ce président donnait l’impression de
décider et de trancher sans hésiter. À
partir de l’affaire Benalla, il a commencé à laisser apparaître une part de
doute. » C’est un parlementaire en
vue qui s’interroge : « Avec le prélèvement à la source, c’est la première fois
que je ne comprends pas ce que fait
Emmanuel Macron et que je le vois hésiter. Or le doute, c’est l’inverse de
lui. » C’est un compagnon de la première heure qui le reconnaît : « Il va
sans doute falloir avancer moins à la
hussarde et consacrer plus de temps à
l’écoute et au dialogue. »
Quant à Emmanuel Macron, il a luimême baissé d’un ton. Être président,
c’est « un honneur », mais « il y a des
jours qui sont faciles et d’autres non »,
a-t-il glissé lundi à des collégiens lors
d’un déplacement à Laval pour la rentrée scolaire. Comme si le président de
la République encaissait tout à la fois le
contrecoup de l’affaire Benalla, du départ de Nicolas Hulot et de la valse-hésitation sur le prélèvement à la source.
En réalité, le changement de ton était
amorcé bien avant.
Dès la fin du printemps, les proches
d’Emmanuel Macron avaient identifié
des failles dans la gouvernance de
l’Élysée. Risque de concentration des
pouvoirs, de dérive autoritariste, de
péché d’arrogance… le diagnostic était
sévère. Et les angles d’attaques potentiellement dévastateurs pour le chef de
l’État. « Manuel Valls a confondu autorité et autoritarisme, il en est mort politiquement », rappelle un proche d’Emmanuel Macron.
Dès le mois de juillet, dans son discours du Congrès de Versailles, le président de la République avait d’ailleurs
amorcé un changement de ton. « Je
sais que je ne peux pas tout et je sais que
je ne réussirai pas tout, avait-il alors reconnu devant les parlementaires. Tout
président connaît le doute, je n’y fais pas
exception. […] Si on est réaliste, on porte
l’humilité - ô combien ! - mais l’humilité
pour soi, pas pour la France. » Le doute
et l’humilité déjà.
Il s’agissait alors de préparer la
deuxième année du quinquennat et no-
tamment la réforme à haut risque des retraites. « Durant la première année, nous
avons fait des réformes structurelles pour
lesquelles il fallait aller vite. D’où, par
exemple, le recours aux ordonnances qui a
sans doute donné cette image très verticale du pouvoir, explique le porte-parole du
gouvernement Benjamin Griveaux. Les
projets de la rentrée appellent désormais
“
Ce n’est pas
un quelconque trou d’air
ou une quelconque baisse
de popularité qui va nous
émouvoir
”
FRANÇOIS PATRIAT, SÉNATEUR DE LA CÔTE-D’OR
ET PRÉSIDENT DU GROUPE LAREM AU SÉNAT
des méthodes différentes. » Plus de dialogue, d’écoute, de concertation, c’est
donc la promesse que joue désormais
l’exécutif sur l’air de « le Macron nouveau est arrivé ». Voilà pour la forme.
Sur le fond, en revanche, rien ne change.
« Ce n’est pas un quelconque trou
d’air ou une quelconque baisse de popularité qui va nous émouvoir, jure le sénateur François Patriat. Emmanuel
Macron ne laisse pas transparaître le
moindre doute sur sa détermination à
mettre en œuvre le projet pour lequel il a
été élu. » Le chef de l’État est toutefois
conscient du trouble qui a saisi sa majorité et, au-delà d’elle, les Français.
D’autant que l’épisode du prélèvement à la source a laissé apparaître
une nouvelle faille dans le macronisme : l’hésitation. « On a laissé pousser
cette graine, c’est embêtant », déplore
un membre du gouvernement. En déplacement jeudi au Luxembourg, Emmanuel Macron a tenté de retourner à
son avantage cette valse-hésitation
d’une semaine sur l’avenir du prélèvement à la source. Il ne faisait que tenir compte des inquiétudes des Français. « Il faut toujours écouter nos
concitoyens, a plaidé le président de la
République. Je crois dans l’écoute et le
doute sain. Entre la réforme qui ne s’ar-
Au Luxembourg,
le président mise sur
l’Europe pour se relancer
ARTHUR BERDAH £@arthurberdah
ENVOYÉ SPÉCIAL AU LUXEMBOURG
IL Y A un an presque jour pour jour, Emmanuel Macron refusait les questions sur
Bruno Roger-Petit avec le sourire. À
l’époque - c’était déjà au Luxembourg ! -,
il s’agissait de confirmer la rumeur de sa
nomination au poste de porte-parole de
l’Élysée. Aujourd’hui, le contexte est différent, mais les acteurs sont les mêmes. Et
pour cause, la rumeur a changé : elle évoque désormais le limogeage imminent de
l’ex-journaliste, sur fond de réorganisation de la communication présidentielle
(lire notre édition du 6 septembre).
En visite dans le Grand-Duché, jeudi, le
chef de l’État a accepté de revenir sur les
difficultés qu’il rencontre actuellement à
Paris (lire ci-dessus). Mais il n’était pas
venu pour ça. Lancé dans une campagne
active en vue des européennes de
mai 2019, Emmanuel Macron a tenu à afficher sa bonne entente avec ses partenaires du Benelux, présentés comme des
« amis et collègues ». Une relation restée
« chaleureuse » malgré la demi-heure de
retard avec laquelle le président est arrivé
au château de Bourglinster, où les premiers ministres luxembourgeois, néerlandais et belge - Xavier Bettel, Mark
Rutte et Charles Michel - l’attendaient
pour un déjeuner de travail.
A
Photo de famille
Accueilli par ses partenaires, il a pris le
temps d’une rapide photo de famille à
leurs côtés, avant de s’engouffrer dans la
bâtisse pour un déjeuner de travail de
moins d’une heure et un bref entretien
quadrilatéral. Là, les discussions ont principalement porté sur les questions migratoires et les négociations du Brexit. L’occasion pour Emmanuel Macron de se
poser une nouvelle fois comme le « principal opposant » des leaders populistes hongrois et italien, Viktor Orban et Matteo
Salvini, en vue des élections européennes
de mai 2019. « À mes yeux, les solutions
progressistes que nous portons sont, d’une
part, les plus respectueuses des principes de
l’histoire de l’Europe, mais aussi les plus efficaces pour faire face à nos défis », a-t-il
estimé, fustigeant les solutions « nationalistes », jugées « inefficaces » et « contraires à nos valeurs ». « Ceux qui sont d’accord sur le nationalisme qui détruit ne sont
jamais d’accord pour construire ensemble », a-t-il asséné. Une charge qu’il a
poursuivie lors de la « consultation citoyenne » à laquelle il a participé en fin de
journée, à la Philharmonie de Luxembourg. « Aujourd’hui, nous sommes au début d’une vraie confrontation : politique,
philosophique, et de civilisation. […] (Les
populistes) prônent le nationalisme, et le
nationalisme, c’est la guerre », a-t-il encore martelé, citant François Mitterrand.
Devant une assemblée d’environ
2 000 personnes (1 500 dans le public, 300
dans une salle annexe, et 150 élèves sur la
scène), le président français et le premier
ministre luxembourgeois se sont lancés
dans une ode au Vieux Continent. Avec,
en ligne de mire, les élections européenes,
pour lesquelles La République en marche
n’est plus créditée que de 20 %, selon un
dernier sondage de l’Ifop.
Citant ses aïeux immigrés, ses origines
juives et son homosexualité, Xavier Bettel
a par exemple estimé qu’il n’aurait pas pu
avoir la vie qui est la sienne sans l’Europe.
Une version approuvée par Emmanuel
Macron, selon qui « ce que nous sommes en
train de vivre est exceptionnel ». « L’Europe est une conquête », a-t-il lancé à l’endroit des jeunes générations, les invitant à
ne jamais s’y habituer. « Je me souviens,
quand j’ai commencé ma campagne présidentielle, on disait “mais il est fou lui, ça ne
marchera jamais” », a ensuite plaisanté le
chef de l’État, en référence aux drapeaux
européens que ses sympathisants agitaient
lors de ses meetings.
Comme à l’époque où il était candidat,
Macron a d’ailleurs exhorté le public à
cesser ses sifflets lorsqu’un jeune étudiant
s’est attiré l’hostilité du public en renvoyant dos à dos le « capitalisme » et la
« xénophobie » qui régneraient aujourd’hui en Europe. Interpellé sur plusieurs
autres sujets dont l’identité européenne, la
taxation du numérique, ou encore l’écologie, Emmanuel Macron a été contraint de
revenir sur le « cri d’alerte » de Nicolas
Hulot : « L’écologie en action, c’est du
concret. […] On peut aimer l’écologie dans
les grands débats. Mais la plupart des gens
qui aiment les principes, il faut qu’ils viennent m’aider ! » ■
Emmanuel Macron intervient
lors d’une conférence de presse,
jeudi au Château de Bourglinster,
au Luxembourg.
GEERT VANDEN WIJNGAERT/AP
Plus de 7 Français sur 10 jugent que le chef de l’État a effectué
Les Français, le remaniement et le prélèvement à la source
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
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É P
P   
Un remaniement gouvernemental
vient d’être annoncé à la suite des démissions
de Nicolas Hulot et Laura Flessel. Pour chacune
des 2 nominations suivantes, dites-nous si
vous pensez que c’est une bonne ou
une mauvaise décision ?
QUESTION :
Le premier ministre Édouard Philippe
est intervenu sur TF1 hier soir mardi 4 septembre
Il a notamment expliqué le remaniement effectué
et a assuré qu’il mènerait au 1er janvier 2019
la réforme du prélèvement à la source. D’après
ce que vous en savez, diriez-vous que le premier
ministre a été convaincant ?
Selon vous a-t-il bien fait de
maintenir sa décision de mettre en place
le prélèvement à la source au 1er janvier
2019 ?
QUESTION :
... F  R
22 %
1 % NSP
40 %
Une
Non, pas convaincant
du tout
Une
mauvaise
décision
... R M
qui remplace Laura Flessel au poste de
ministre des Sports
Une
Non
Comment qualifieriez-vous
la rentrée politique d’Emmanuel Macron ?
Diriez-vous qu’elle est …
26 %
QUESTION :
... une
60 %
34 %
Une
Oui, plutôt
convaincant
bonne
décision
décision
oui
L   M
Non, plutôt
pas convaincant
1 % NSP
mauvaise
LFI : 46 %
PS : 60 %
LaREM : 87 %
LR : 60 %
FN : 44 %
Non
38 %
1 % NSP
39 %
Sympathisants
60 %
bonne
décision
58 %
42 %
qui remplace Nicolas Hulot au poste de
ministre de la Transition écologique
59 %
QUESTION :
Oui, tout à fait
5 % convaincant
39 %
Oui
bonne
74 %
... une
mauvaise
rentrée
Étude réalisée par Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Figaro et Franceinfo. Enquête réalisée auprès d’un échantillon de Français interrogés par internet les 5 et 6 septembre
2018. Échantillon de 1 004 Français représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas
appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, niveau de diplôme et profession de l’interviewé après stratification par région et catégorie d’agglomération
rentrée
SANS AUCUNE ambiguïté. La rentrée
d’Emmanuel Macron est jugée « assez
mauvaise » par une très large majorité
de Français, soit 74 % des personnes interrogées par Odoxa-Dentsu Consulting
pour France Info et Le Figaro. Ils sont
même 32 % à la juger « très mauvaise ».
Y compris chez les sympathisants de son
mouvement, La République en marche,
30 % des sondés estiment qu’elle est
mauvaise et seuls 12 % la jugent « très
bonne »… La rentrée du président est à
l’image de son été : « funeste », estime
Céline Bracq, directrice générale d’Odoxa. Il a été plombé cet été par l’affaire
Benalla, puis par la démission de Nicolas
Hulot et la valse-hésitation sur le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu.
Sur les réseaux sociaux les 4 et 5 septembre, les mots les plus utilisés dans les
plus de 900 000 messages le concernant
évoquaient sa sortie sur les « Gaulois »
réfractaires au changement, sa « chute »,
une « déception » ou le « vieux monde ».
Le remplacement du ministre de la
Transition écologique et solidaire n’a pas
non plus été une mince affaire. Après
plusieurs jours d’apparentes tergiversations, le nom de celui qui tenait jusque-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 7 septembre 2018
POLITIQUE
une hésitation qui les inquiète.
rête pas et l’inaction, il y a l’action réfléchie. » Ou comment concilier l’humilité et la détermination.
Car dans sa majorité, le chef de l’État
a commencé à resserrer les boulons.
Passé le contrecoup de la démission
surprise de Nicolas Hulot, la nomination du président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, au ministère de la Transition écologique, a
dégagé la voie du perchoir pour Richard Ferrand, un autre fidèle de la
première heure.
Dans cette opération de reprise en
main, tout le monde est prié de marcher au pas. À commencer par celles ou
ceux qui viseraient aussi le perchoir.
Mercredi matin, la présidente de la
commission des lois, Yaël Braun-Pivet,
défendait sa candidature en déplorant
que Richard Ferrand n’incarne pas assez le renouvellement. Quelques heures plus tard, elle annonçait toutefois se
retirer de la course, appelait à soutenir
Richard Ferrand et jurait n’avoir reçu
« aucune pression ».
Côté gouvernement, Emmanuel
Macron a là aussi sonné la mobilisation
générale. « Le semestre qui s’ouvre ne
sera pas plus tranquille ni plus oisif que
celui qui précède », a-t-il prévenu
mercredi lors d’un séminaire de rentrée à l’Élysée. Et au Palais aussi, la reprise en main est en marche. Avant la
grande réorganisation de la présidence de la République annoncée pour la
fin de l’année, il a d’ores et déjà remanié le pôle communication en le
confiant, là encore, à un fidèle : sa
plume Sylvain Fort.
« Il y a peut-être un passage à vide
dans le marais des macronistes mais
chez les cadres, on ne ressent aucune
difficulté, assure un poids lourd de
l’Assemblée nationale. Ce ne sont pas
les quelques désagréments que l’on subit
qui vont nous empêcher d’avancer. »
D’abord distillées dans les premiers
cercles, les consignes du président de
la République commencent à infuser
dans la majorité. Emmanuel Macron ne
lâche rien, mais avec humilité. ■
5
À Barcelone, Manuel Valls
entretient le suspense
L’ancien premier ministre se rapproche chaque jour un peu plus
d’une candidature anti-indépendantiste à la mairie de la capitale catalane.
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
ENVOYÉ SPÉCIAL À BARCELONE
MAJORITÉ Ira, ira pas… La tentation de
Barcelone est grande pour Manuel
Valls, qui a multiplié jeudi les signes
d’intérêt en vue d’une candidature aux
municipales de mai 2019 dans la capitale catalane. Dès le réveil, les Barcelonais
l’ont entendu expliquer à la radio
RNE-4 qu’il était plus que jamais intéressé par l’avenir de leur ville. Dans les
journaux, son nouveau poste de professeur à l’Esade (une grande école de la
ville) y est abondamment relayé. « Cela
fait un an que je donne des conférences.
Le faire dans la ville où je suis né est une
fierté », souligne Manuel Valls, qui est
devenu Français à l’âge de 20 ans.
En fin de journée, il avait rendez-vous
dans une librairie du centre-ville pour
présenter Anatomía del procés, un livre
qui évoque la crise catalane. Il y signe la
préface, aux côtés de plusieurs figures
hostiles à l’indépendance de la Catalogne. « Je me suis toujours senti fier d’être
né à Barcelone, d’être Catalan, Espagnol,
Français et Européen », y écrit-il en se
remémorant ses souvenirs d’enfance
dans la ville, alors qu’il est grimé dans les
médias locaux comme un parachuté. Le
texte est aussi une charge contre les « séparatistes ». « Ils veulent extirper non
seulement sa part espagnole mais aussi
européenne » à la Catalogne (…) « Cette
fuite en avant n’obéit pas à un projet positif, mais plutôt à un plan d’éradication »,
cingle-t-il. Un plaidoyer répété devant
quelques dizaines d’invités triés sur le
volet, et une foule de journalistes français venus observer l’improbable mercato se préparer.
Si l’appétit de l’ancien socialiste pour
la mairie de Barcelone ne fait aucun doute, il s’interroge encore sur la faisabilité
d’une candidature. Après avoir reçu au
Manuel Valls multiplie les consultations avec les forces politiques locales pour tenter
de prendre la tête d’une large liste de rassemblement. JOAN VALLS/URBANANDSPORT
printemps une proposition du parti Ciudadanos (centre droit), Manuel Valls
multiplie les consultations pour tenter de
prendre la tête d’une large liste de rassemblement.
S’inspirant de l’arc européen défendu
par Emmanuel Macron, l’ancien premier
ministre rêve de construire à Barcelone
un arc anti-indépendance. « Barcelone
ne peut pas être la capitale d’une hypothétique République catalane. Barcelone est
une capitale mondiale, une des capitales
européennes et la capitale du sud de la
Méditerranée », a-t-il plaidé jeudi.
« Il y a une envie »
Mais dans cette ville où l’identité catalane
est exaltée à chaque coin de rue, ce discours trouvera-t-il un espace suffisant ?
D’autant plus que la candidature d’un
homme qui a fait toute sa carrière politique en France peut freiner certains Barcelonais. « Manuel Valls ne peut pas plaider sa connaissance de la ville. Il ne peut
axer sa campagne que sur l’anti-indépendantisme. Or cette question est moins porteuse dans un scrutin municipal », pense
Anthony Sfez, attaché d’enseignement à
Paris-II Panthéon-Assas et coanimateur
du blog « Le débat catalan ».
En attendant la décision de Manuel
Valls - avant octobre -, ses amis parisiens observent de loin. « Il y a une envie,
c’est clair. Il faut maintenant que cette envie rejoigne le possible. Il est extrêmement
méticuleux et étudie tout pour que ça puisse se faire », commente Harold Hauzy,
son ex-conseiller en communication.
« Manuel Valls aime les batailles, les défis
et l’aventure », relève Yves Colmou, son
ancien conseiller à Matignon qui rappelle
que l’ex-premier ministre, « a un rapport très personnel à ses racines ».
Surtout, Manuel Valls peut trouver là
l’occasion de rebondir après avoir été
marginalisé depuis sa défaite à la primaire de la gauche. « S’il réussit, c’est le roi
du pétrole, c’est une saga ! S’il se rate,
c’est terminé », fait remarquer un cador
de l’ancien quinquennat qui juge que
Manuel Valls pourra difficilement faire
campagne en Espagne sans abandonner
son mandat de député de l’Essonne, qu’il
avait conservé de justesse en juin 2017.
Ce retour en Catalogne est à quitte ou
double… ■
une mauvaise rentrée
59 % des Français
estiment que le choix
de François de Rugy en
remplacement du ministre
de la Transition écologique
n’est pas le bon
d’État est largement rejetée du Rassemblement national (67 % de rejet), par La
France insoumise (81 % de « mauvaise
décision »), en passant par LR (57 %) et
le PS (58 %).
Sur les réseaux sociaux, les 4 et 5 septembre, les mots les plus utilisés le
concernant, sur 79 800 messages, ont
été les suivants : « Expert », « servilité », « politicien » et « lobby ». Pas franchement positif.
Le nom de l’ancienne nageuse Roxana
Maracineanu, qui remplace Laura Fles-
sel au poste de ministre des Sports, est
en revanche bien reçue par les Français.
Soixante pour cent d’entre eux trouvent
que c’est une bonne décision, et jusqu’à
86 % chez les sympathisants LaREM. Un
capital sympathique non entamé.
Le chef du gouvernement, Édouard
Philippe, tire un peu mieux son épingle
du jeu. Il a eu un réel succès d’audience
avec son interview dans le journal télévisé de TF1 mardi soir (6,5 millions de
téléspectateurs, 2 millions de plus que
France 2). Mais il n’a pas pour autant séduit les Français puisque 60 % disent ne
pas avoir été convaincus par son interview : 39 % des socialistes et 35 % des
LR l’ont tout de même trouvé « plutôt
convaincant ». Comme 23 % et 22 % de
ceux qui se reconnaissent chez les Insoumis et au Rassemblement national.
Le premier ministre est en effet venu
assurer aux auditeurs que le gouvernement ne reviendrait pas sur le prélèvement à la source et 58 % des personnes
sondées jugent qu’il a bien fait de maintenir cette réforme. Au PS et chez LR,
60 % y sont favorables. La proportion
tombe à 46 et 44 % chez LFI ou au RN.
« Aux yeux des Français, cette décision est bonne. Elle leur simplifiera la vie
et leur permettra d’avoir une meilleure
idée de leur réel pouvoir d’achat », note
Céline Bracq. ■
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C
là le perchoir de l’Assemblée, François
de Rugy, est loin de faire l’unanimité.
Les Français sont ainsi 59 % à estimer
que le choix de celui qui fut aussi candidat à la primaire de la gauche à la présidentielle n’est pas le bon.
Si son nom est tout de même plébiscité par 72 % des sympathisants LaREM,
la nomination du nouveau ministre
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Le trouble des élus LR Macron-compatibles
Alors que les cotes de popularité d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe sont en forte baisse, les élus LR
tentés de les rejoindre ou qui avaient quitté leur parti s’interrogent sur la stratégie à suivre.
DROITE Existe-t-il un espace politique
pour les élus Macron-compatibles ? Alors
que l’année dernière, les parlementaires
et maires LR lorgnaient du côté d’Emmanuel Macron, les forts reculs des cotes de
popularité du chef de l’État et du premier
ministre, couplés aux messages brouillés
de cette rentrée, en ont refroidi plus d’un.
« Les récoltes des Vendanges s’annoncent
moins importantes que prévu… », rit sous
cape un élu LR en allusion au rendezvous d’Alain Juppé ce week-end à Bordeaux.
Si des élus de droite et du centre s’interrogent toujours sur la pertinence d’une
liste aux européennes indépendante de
celle de LR, un sondage Ifop pour ParisMatch y voit une stratégie « vouée à
l’échec ». Une liste Agir-Droite indépendante de LR soutenue par Jean-Pierre
Raffarin et Alain Juppé ne recueillerait
que 4 % des suffrages et ne changerait pas
la donne pour LaREM (21 %) et LR (14 %).
« C’est terminé, cette plaisanterie ! », veut
croire un ténor LR en allusion à la structuration d’un courant de droite Macroncompatible. « Il n’y a plus aucun espace »,
soutient-il encore. Faux, rétorque Franck
Riester, cofondateur d’Agir. « À partir du
moment où nos idées sont partagées par
d’autres, pourquoi ne pas les soutenir et les
accompagner ? C’est ça, être constructif », répond-il.
Certains des élus qui ont pris leurs distances avec Les Républicains ne cachent
cependant pas leur déception vis-à-vis de
l’exécutif. « Je ne comprends pas qu’en un
an et demi, Emmanuel Macron n’ait pas
structuré la droite Macron-compatible en
répondant aux élus, en les associant », décrypte un élu de droite dit Macron-compatible. « Ou peut-être que justement, le
chef de l’État ne voulait pas le faire… pour
qu’il n’y ait pas une tête qui dépasse ! Et qui
lui fasse ensuite de l’ombre en 2022 »,
poursuit-il. Quand un autre affiche le calendrier : « On décidera d’ici à la fin de
l’année, en fonction du contexte économique et politique. Est-ce qu’Emmanuel Macron aura obtenu des résultats ? Dans quelle situation se trouvera l’exécutif ? On
verra », détaille-t-il encore.
Chez LR, on espère désormais pouvoir
rassembler l’ensemble de la famille poli-
tique de droite. Alors que le président du
groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, appelait le week-end dernier à « tendre la
main » aux élus LR partis rejoindre Emmanuel Macron, « plutôt que de les montrer du doigt », Gérard Larcher a tenu le
même discours lors de sa conférence de
rentrée (lire page 7).
Une seule liste de droite
« Je reste convaincu que la force d’un
mouvement politique est sa capacité à rassembler, dans le respect de ses sensibilités ! », a fait valoir le président du Sénat.
« Cette attente, cette demande de rassemblement, je la sens chez les militants, les
sympathisants et nos électeurs », a-t-il
argué, en se prononçant pour une seule
Christian Estrosi :
« Le terrain,
je le dis au président,
ce n’est pas un gros mot »
PROPOS RECUEILLIS PAR
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
Christian Estrosi est le maire LR de Nice.
Il est aussi le président de la Métropole
de Nice Côte d’Azur.
LE FIGARO.- Quel regard portez-vous
sur cette rentrée brouillée de l’exécutif ?
Christian ESTROSI. - La démission des
deux ministres les plus populaires du
gouvernement est le symptôme de cette
rentrée difficile et elle pose le problème
de gouvernance du pouvoir en place.
Quand on fait appel à des personnalités
issues de la société civile, dont la politique n’est pas le métier, on sait à quoi on
s’expose. Mais surtout, l’été a été meurtrier pour le pouvoir d’achat des Français. Ça ne peut plus être la variable
d’ajustement des politiques économiques. Les Français sont prêts à faire des
efforts mais il y a un moment où la baisse
du pouvoir d’achat devient de la spoliation. La fiscalité a atteint un record absolu, le pouvoir d’achat des retraités est
amputé à chaque annonce économique.
Il faut stopper l’hémorragie.
Le terme spoliation est fort.
Vous êtes déçu par la politique
d’Emmanuel Macron ?
Incontestablement, des réformes ont été
accomplies. Il faudra juger sur la durée.
Mais on ne peut pas gouverner uniquement pour la minorité de Français qui
sont les gagnants de la mondialisation.
J’attends du président et du premier ministre qu’ils travaillent pour tous les
Français, de ceux qui ont réussi à « ceux
qui ne sont rien », selon l’expression
consacrée. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Il y avait une promesse d’Emmanuel Macron qui était qu’aucune catégorie de Français ne verrait de baisse de
son pouvoir d’achat. L’accepter pour
certaines catégories, c’est rompre avec
cette promesse. Je demande qu’on revienne sur la décision de désindexer le
montant des pensions de retraite sur
l’inflation. On ne peut pas traiter de manière identique une petite retraite et une
retraite confortable.
Vous étiez pour la réforme
du prélèvement à la source.
Vous êtes donc satisfait
par son maintien ?
J’y suis favorable à une condition :
transférer aux TPE et PME des moyens
supplémentaires pour les accompagner
alors qu’on les charge d’une compétence qui appartient à l’administration
fiscale.
Christian Estrosi,
jeudi à Paris.
EUGÉNIE RAGOT/LE FIGARO
tissement doivent être soutenues car ce
sont elles qui soutiennent l’emploi localement et donc de fait aussi l’emploi pour
la France ! Il est temps aussi d’arrêter de
taxer l’argent qui est réinvesti dans
l’outil de production. Nous demandons
que soient exonérés d’impôt les bénéfices réinvestis dans l’entreprise. Cette
mesure est le meilleur moyen de favoriser l’investissement dans nos TPE, PME
et PMI. Nous pourrions également autoriser la défiscalisation de l’argent investi
dans une start-up, TPE, PME, PMI sur le
modèle anglais des business angels. Pour
ça, nous demandons la défiscalisation à
hauteur de 40 % de l’argent investi dans
ce type d’entreprises par des personnes
extérieures au capital. Enfin, nous demandons la mise en place d’un livret
épargne territorial européen pour favo-
Vous avez regretté le départ
de Nicolas Hulot. François de Rugy
peut-il avoir suffisamment de marge
de manœuvre pour agir ?
J’attends que François de Rugy clarifie
tout de suite sa position sur le nucléaire.
Je suis ancien ministre de l’Industrie. Je
connais l’importance de la place du nucléaire dans l’industrie. Je souhaite que
nous passions du militantisme de la décroissance à l’écologie pragmatique et la
croissance verte et durable. Et s’il y a
bien pour moi un sujet écologique, c’est
l’industrie nucléaire qui nous permet
d’avoir une électricité parmi les moins
chères d’Europe et une énergie propre.
En revanche, quand je vois le président
de l’Assemblée nationale accepter de
devenir le troisième ministre du gouvernement, le gaulliste que je suis ne
peut qu’y voir un affaiblissement des
institutions. Et je le regrette.
“
Je dis que
Les Républicains doivent
réussir à aller plus loin
pour apporter leur part
à un grand rassemblement
de la droite et du centre
”
“
CHRISTIAN ESTROSI
CHRISTIAN ESTROSI
riser l’innovation, la recherche et la solidarité territoriale. Ce livret d’épargne
serait commun à tous les États membres.
Emmanuel Macron nous dit « l’Europe,
l’Europe ». Voilà un beau combat à mener sur la scène européenne pour montrer à nos concitoyens que l’Europe leur
apporte quelque chose de concret.
Je demande qu’on
revienne sur la décision
de désindexer le montant
des pensions de retraite
sur l’inflation
”
Vous avez parlé d’inexpérience
pour les ministres, vous n’êtes pas
en train de faire une offre de service ?
J’ai toujours été très clair sur ce sujet. J’ai
fait le choix de quitter la présidence de
ma région pour me consacrer à ma ville
et à ma métropole. Je n’ai pas changé. Et
je ne changerai pas. Mais modestement,
fort de mon expérience, j’essaie de faire
entendre cette voix des territoires.
Les territoires justement. Vous étiez
à une réunion d’élus le 2 août à l’Élysée,
comme l’avait révélé Le Canard
enchaîné. À quoi a-t-elle servi ?
Elle n’avait rien de secret, c’était la troisième que nous tenions, après celle d’octobre 2017 et de février 2018. On est rentré par la grande porte à l’Élysée, pas par
une porte dérobée ! La réunion portait sur
le statut de cinq métropoles. Avec l’objectif que la France soit territorialement à
égalité avec l’Allemagne et l’Espagne.
Qu’est-ce qu’il y a de contestable à ça ?
Éric Ciotti y a vu un acte
de « grave trahison politique »…
Ça ne mérite pas d’être commenté.
Vous faites votre rentrée avec votre
mouvement La France audacieuse.
Comment concevez-vous son rôle
Faut-il une autre liste alternative
à celle de LR aux européennes ?
À La France audacieuse, nous ne sommes pas tous issus de LR. Chacun se déterminera librement et aura à observer
ceux qui porteront nos propositions.
Mais au moment où l’Europe est si mal
en point et menacée, il faut surtout que
l’Europe soit incarnée. L’élection européenne ne favorise pas cela. Je suggère
l’élection au suffrage universel direct du
président de la Commission. Il faut donner une vraie légitimité à celui qui gère
l’exécutif européen.
au moment où les relations
État et collectivités sont très fraîches ?
La France audacieuse peut être la force
de réconciliation entre la ruralité et le
monde urbain. Notre pays ne réussira
que si l’État fait de nouveau confiance
aux territoires. Sans cette confiance, il
n’y aura ni réussite, ni prospérité, ni
croissance durable. Le terrain, je le dis au
président, ce n’est pas un gros mot et les
cerveaux ne sont pas qu’à Paris ! Quand
on écoute les acteurs du territoire, on ne
se salit pas, on s’enrichit. Il est urgent
que le président se reconnecte avec la
AVEC
A
liste de droite aux européennes. « Je suis
pour ma famille politique pour une seule
liste avec des idées plurielles, pas plusieurs
listes qui défendent chacune leur petite
chapelle », a-t-il appuyé.
Ce week-end, Alain Juppé et de nombreux élus (Valérie Pécresse, Jean-Pierre
Raffarin, Maël de Calan, Dominique
Bussereau, etc.) plancheront, entre
autres, sur l’échéance des élections
européennes et la stratégie à adopter
pour défendre leurs idées. Comme les
élus d’Agir qui se réuniront le 16 septembre en congrès. Avec comme invité…
Alain Juppé. L’occasion pour tous de
souligner qu’ils comptent bien se faire
entendre dans le débat, et notamment à
droite. ■
M. M.
BENJAMIN SPORTOUCH - RTL
GUILLAUME ROQUETTE - LE FIGARO
CHRISTOPHE JAKUBYSZYN - TF1-LCI
Dimanche 9Septembre 2018 I 12H-13H
France des territoires. C’est la condition
sine qua non pour gouverner autrement.
À l’image de ce qui se fait en Allemagne.
Il faut une sorte de cogestion entre les
administrations de l’État et les collectivités territoriales, dans un nouveau
grand mouvement de décentralisation
pour lequel j’appelle à un big bang.
C’est compatible avec la « verticalité »
jupitérienne ?
C’est l’appel qu’on lui lance. Qu’a-t-il à
redouter des territoires ? Il a besoin de
gagner la bataille de l’emploi, de la
croissance, de ramener du PIB dans notre pays. 70 % de commande publique
faite dans notre pays l’est par les collectivités. Le PIB, c’est nous ! Nous attendons de l’État qu’il renforce la compétitivité des entreprises que nous
cherchons à attirer chez nous, notamment sur la fiscalité des entreprises. La
France audacieuse demande l’exonération d’impôts pour les entreprises qui
font plus de 30 % de leur chiffre d’affaires dans la recherche et le développement. Celles qui font cet effort d’inves-
Quel regard portez-vous sur LR ?
Laurent Wauquiez est le président de ma
formation politique. Je respecte une ligne dans laquelle je ne me reconnais pas
totalement mais qui ne peut pas être la
seule conformément à notre histoire. Je
me reconnais dans l’esprit de l’UMP et
dans celui des Républicains, version
Sarkozy. Et je dis que Les Républicains
doivent réussir à aller plus loin pour apporter leur part à un grand rassemblement de la droite et du centre.
Éric Ciotti voit en vous « le président
officieux d’En marche ! ». Est-ce exact ?
La division est un poison. Qu’on ne
compte pas sur moi pour me prêter à ces
jeux politiciens qui nous affaiblissent.
Avez-vous l’intention de vous
représenter à la présidence
de la fédération LR des Alpes-Maritimes,
à laquelle Éric Ciotti est candidat ?
S’agissant d’une élection interne, vous
comprendrez que je réserve ma réponse
à ceux qui m’ont apporté leur confiance
depuis tant d’années… ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 7 septembre 2018
POLITIQUE
Larcher fustige
la méthode Macron
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
La révision constitutionnelle
plus que jamais en sursis
Dans un discours de rentrée offensif, le président Les Républicains
du Sénat a dénoncé les limites du « en même temps ».
L
EMMANUEL GALIERO egaliero@lefigaro.fr
CHRISTOPHE ARCHAMBAULT/AFP
SÉNAT Le ton est inédit dans la bouche de
Gérard Larcher. Le président LR du Sénat
a effectué sa rentrée politique, jeudi, en
débutant son intervention par l’affaire
Benalla. « Cette affaire a semé le doute sur
la République exemplaire qu’on nous avait
promise et affecté l’image du président », a
constaté le président LR du Sénat. Cette
affaire visant un conseiller de l’Élysée est,
selon Larcher, « l’expression d’une crise
plus grave qui tient au mode de fonctionnement de la présidence de la République et à
la façon personnelle du chef de l’État
d’exercer son mandat ».
Le président du Sénat a décrit les limites du « concept dit novateur » du « en
même temps » et « l’illusion » du « nouveau monde ». Et pour servir son analyse,
il s’est lancé dans une longue énumération, construite comme un condensé des
échecs et des fautes politiques de l’exécutif. « Prôner une République exemplaire et
“en même temps” des passe-droits inexplicables et des nominations discutables ; affirmer une volonté réformatrice à toute
épreuve et “en même temps” ne pas affronter l’obstacle d’une réduction indispensable
de la dépense publique et de la pression fiscale ; insister sur le retour d’un exécutif qui
décide et “en même temps” donner le spectacle d’atermoiements sous forme de psychodrame sur le prélèvement à la source.
Annoncer un pacte de confiance entre l’État
et les territoires et “en même temps” tenir
une conférence nationale des territoires
sans les maires, les départements et les régions. Imaginer une modernisation de notre
Constitution et de nos institutions pour un
meilleur fonctionnement de notre démocratie et “en même temps” porter atteinte aux
droits du Parlement et à la représentation
des territoires. »
Gérard Larcher a dénoncé, jeudi, le fait de « prôner une République exemplaire
et “en même temps” des passe-droits inexplicables et des nominations discutables ».
Puis Gérard Larcher ne s’est pas arrêté
là. « En vérité, le plus dur reste à faire », at-il prévenu, en citant l’élaboration du
budget 2019 confronté à quatre difficultés
(faiblesse de la croissance, inflation proche de 2 %, engagements européens sur le
déficit public et fragilité de l’économie).
Concernant la révision constitutionnelle,
il a rappelé ses lignes rouges, comme le
fait de ne pas toucher aux droits du Parlement et au bicamérisme. « Le temps n’est
plus aux menaces mais au dialogue », a-til indiqué.
Passivité de l’Europe
Si Larcher estime que « la page de l’hypercommunication, des effets d’annonces et
d’un exercice solitaire du pouvoir se tourne ! », il désigne la crise européenne comme une menace politique. Car selon lui,
cette Europe, qui risque la « déconstruction », est « paralysée par le poids de sa
technostructure, de son incapacité à se
réinventer, du fossé qu’elle a créé avec ses
citoyens ». Les peuples européens vont
« exiger » des solutions face à la crise migratoire, a-t-il prévenu. D’ailleurs, il a dénoncé la passivité de l’Europe « qui a laissé
pendant quatre ans l’Italie gérer seule l’afflux de migrants par manque de la plus élémentaire des solidarités et de courage ».
Dénonçant un droit d’asile « dévoyé »,
le président du Sénat a réclamé les « mesures qui s’imposent » : « limiter les demandes d’asile aux seuls réfugiés politiques
et victimes des guerres », « limiter les aides
sociales » et « revenir sur les nouvelles dispositions du regroupement familial ». Face
à une situation qu’il juge inquiétante pour
la France, le président du Sénat a conclu
en assurant le gouvernement de la solidarité sénatoriale. « Mais, a-t-il ajouté, nous
serons inflexibles à chaque fois que nous estimerons que le gouvernement fait fausse
route. » C’était, semble-t-il, tout le sens
de ce discours de rentrée. ■
7
a révision constitutionnelle ?
Le gouvernement, Édouard
Philippe l’a rappelé dans
le JDD, la veut toujours. Le
président du Sénat, Gérard Larcher,
vient de se dire à nouveau « ouvert
au dialogue », en vue de son adoption.
Le report provoqué par l’affaire
Benalla n’aura-t-il donc été qu’une
simple parenthèse ? Le feuilleton
est au contraire loin d’être écrit
jusqu’au bout. Compliqué avant l’été,
il reste plus que jamais périlleux.
Le climat a en effet radicalement
changé pour Emmanuel Macron
et cela pèse sur l’état d’esprit
de la majorité. Initialement, ce big
bang politique devait symboliser
l’émergence du nouveau monde.
Aujourd’hui, chacun a compris
qu’une offensive, même victorieuse
sur ce terrain, ne résoudrait en rien
la crise de confiance entre le chef
de l’État et les Français. Le désaveu
porte sur leurs préoccupations
de pouvoir d’achat et de vie
quotidienne, pas sur du Meccano
institutionnel. C’est pour cela
qu’il a été finalement jugé préférable
de rouvrir la session avec la loi
Pacte de Bruno Le Maire, destinée
à faciliter la vie des entreprises, donc
à favoriser la croissance et l’emploi.
Et c’est sur cette promesse-là que se
jouera la crédibilité du macronisme.
Remettre d’emblée sur le tapis
la révision constitutionnelle aurait pu
être pris pour une manœuvre
de diversion. D’où la solution
prudente de se faufiler dans
les espaces libres du calendrier
parlementaire en fin d’année.
Mais cette inscription tardive
n’est pas plus une garantie d’aboutir.
Pour deux raisons. La première,
c’est que le temps réservé est court
et qu’on imagine mal les oppositions
faire au gouvernement le cadeau
d’une discussion express. Si les vents
se sont retournés contre le président,
ils sont symétriquement plus
porteurs pour toutes ces oppositions
qui ne feront rien pour accorder
une victoire politique au président.
En clair, les trois cinquièmes
sont encore moins garantis qu’avant
l’été. Ce qui renforce le pouvoir
de négociation de ceux qui, comme
Larcher à droite, affichent leur bonne
volonté, et le pouvoir de nuisance
de ceux qui, unanimes à la LFI et au
RN, et sans doute majoritaires à LR,
ne veulent rien concéder à Macron.
La seconde raison relève tout
simplement de la procédure.
Le président du Sénat l’a souligné
dans sa conférence de presse : entre
le délai incompressible d’examen
entre les deux assemblées
et les navettes obligatoires, tout cela
ne peut pas être bouclé en un jour.
Le chef de l’État peut-il s’offrir
un long tunnel d’incertitude ?
L’ensemble de son paquet
institutionnel est réparti en trois
textes de nature différente : une loi
constitutionnelle, une loi organique
et une loi simple. Larcher a prévenu :
pas question de les découpler,
c’est « trois en un ». Pour préserver
ce qu’il y a de plus symbolique,
Emmanuel Macron a les moyens
d’imposer (par la loi simple) la dose
de proportionnelle pour les députés ;
mais il devra composer avec le Sénat
(sur la loi organique) pour réduire
- peut-être moins qu’il le voudrait le nombre de parlementaires et sera
peut-être contraint de renoncer
au volet constitutionnel, au contenu
central, pour éviter un échec. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
Grand Paris : un État
« opaque » selon Bédier
Le président LR des Yvelines dénonce le processus
électoral du conseil de surveillance.
choix du président du conseil de surveillance aux élus.
Le communiste Patrick Braouezec,
président de l’établissement public territorial Plaine Commune et membre de
la SGP depuis le 14 juillet, devrait accéder au poste. « Braouezec est élu par le
préfet de Paris, Cadot ! » fustige Bédier. Il
accuse directement l’État d’avoir organisé cette élection en donnant des consignes précises aux fonctionnaires d’État,
majoritaires au sein du conseil de surveillance. « Les élus n’ont plus confiance
en l’État, qui est un État menteur. Nous
voulons retrouver cette confiance mais
comment peut-on le faire avec de tels systèmes ? » interroge Bédier.
“
Les élus n’ont
plus confiance
en l’État, qui est
un État menteur
PIERRE BÉDIER
”
En outre, l’élu des Yvelines estime que
cette société du Grand Paris est
confrontée à un problème de « nontransparence » et que la mise en place de
Braouezec en est une illustration. « Cela
montre que l’État continuera à gérer cette
société de façon opaque. Il ne veut surtout
pas que les élus mettent leur nez là-dedans. On nous ment depuis le début »,
blâme encore Bédier, en pointant « l’explosion » des budgets et des délais pour
la réalisation du Grand Paris Express.
Certains élus auraient réclamé un
audit sur le dossier. Les critiques florissantes contre l’État « centralisateur »,
déjà reprises en chœur par les régions,
les départements et les communes, ont
encore de beaux jours devant elles en
Île-de-France. ■
E. G.
A
AFP
TERRITOIRE Les relations entre les élus
locaux franciliens et l’État se tendent
autour de la Société du Grand Paris
(SGP). Cet établissement public à caractère industriel et commercial a la lourde
responsabilité de concevoir et réaliser le
Grand Paris Express. Ce réseau de transport public du Grand Paris représente
un chantier colossal, dont le coût a déjà
dérapé dans des proportions inquiétantes, passant de 25,5 milliards à plus de
38,5 milliards.
En janvier, la Cour des comptes avait
dressé un constat alarmant, croyant
« nécessaire d’alerter sur le dérapage
considérable du coût prévisionnel du projet de Grand Paris Express », pouvait-on
lire dans son rapport. L’institution avait
également exprimé ses doutes quant à la
réalisation de ce réseau avant le début
des Jeux olympiques de 2024. Une
échéance que personne ne juge tenable
aujourd’hui.
Au-delà des problèmes financiers et
techniques, la Société du Grand Paris se
retrouve aujourd’hui au cœur d’un
conflit politique. Alors que Gilles Carrez, député LR du Val-de-Marne, devait remettre son rapport sur la SGP
jeudi soir au premier ministre et que le
conseil de surveillance de cette même
SGP doit se réunir vendredi pour désigner son président, Pierre Bédier ne décolère pas. Le président LR du département des Yvelines, candidat à la
présidence du conseil de surveillance,
dénonce une mainmise du pouvoir.
« L’État choisit l’élu qu’il veut. Cette
procédure n’est absolument pas démocratique. Cela rappelle singulièrement le
Second Empire, lorsque le préfet désignait les élus. Il est d’ailleurs surprenant
que Braouzec se prête à ce bonapartisme
de pacotille ! » s’insurge l’élu, en regrettant le non-respect d’une « tradition » consistant, selon lui, à confier le
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Donald Trump acculé dans une MaisonBlanche « en pleine décomposition »
Après la tribune assassine d’un collaborateur anonyme mettant en question son « aptitude » à exercer
la fonction suprême, le président américain a lancé la traque du traître au sein de son Administration.
de est convaincu que le responsable ne
pourra pas longtemps se maintenir
dans ses fonctions. « Ce lâche devrait
démissionner », tranche la porte-parole
de la présidence, Sarah Sanders.
« Quelle meilleure façon d’obtenir un
contrat juteux pour un livre ? » lance
Nate Silver du site FiveThirtyEight. « Ce
texte est ridicule et pompeux, déclare à
Politico un ancien de l’Administration.
On n’est pas là pour se prendre pour Dieu
mais pour servir la présidence. »
Si l’objectif autoproclamé de cette
« conspiration vertueuse » est d’agir de
l’intérieur pour protéger le pays et sauver le président de lui-même, il faut
croire qu’elle y parvient. L’auteur de la
tribune est le premier à estimer que
« beaucoup de ses politiques ont déjà
rendu l’Amérique plus sûre et plus pros-
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
ÉTATS-UNIS Donald Trump avait donc
raison. Il y a bien une conspiration de
l’État bureaucratique contre lui. L’un
des participants à ce complot le confesse dans une tribune pour le moins exceptionnelle publiée anonymement par
le New York Times. « Beaucoup de responsables nommés par Trump ont fait le
vœu d’agir autant qu’il leur est possible
pour préserver nos institutions démocratiques en déjouant ses impulsions malavisées jusqu’à ce qu’il ne soit plus en
fonction », écrit la taupe.
C’est peu dire que le président est en
colère. Au lendemain des révélations
contenues dans le dernier livre de Bob
Woodward, Fear (« La peur. Donald
Trump à la Maison-Blanche »), c’est
comme si les agents de « l’État profond » qu’il dénonce depuis longtemps
s’étaient donné le mot pour sortir du
bois, à deux mois des législatives de
mi-mandat. L’intéressé réfute cette
appellation pour lui préférer celle
« d’État persistant ». Quel que soit le
jugement de valeur attaché à la formule, « la chasse est ouverte contre le président », commente un ancien collaborateur dans le Washington Post. « Les
cellules dormantes se sont réveillées »,
murmure un texto qui circule depuis
mercredi entre les employés de la Maison-Blanche.
“
Les portes des bureaux
sont fermées. Tout
le monde a l’air affolé
tandis que chacun essaie
de deviner qui est derrière
l’article du « Times »
LE TÉMOIGNAGE D’UNE EMPLOYÉE
DE LA MAISON-BLANCHE
”
On avait commencé à observer ce réveil la semaine dernière durant les funérailles nationales du sénateur John
McCain, hissé au rang de preux héros
bardé de principes. Les cérémonies ont
montré un rejet des méthodes de
Trump qui n’est pas limité à un petit
cercle de comploteurs mais englobe des
pans entiers de la nation et des institu-
“
J’assèche le marigot
(de Washington),
et le marigot essaie
de riposter
DONALD TRUMP
Donald Trump, mercredi, dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche.
tions. Le pamphlet du « haut responsable » ajoute la confirmation d’un
témoin direct aux scènes stupéfiantes
relatées par Bob Woodward dans son
livre, dans lesquelles des ministres subtilisent des documents sur le bureau du
président, ignorent certains de ses
ordres irréfléchis et le traitent en aparté
d’imbécile.
En fait, rien ou presque n’a changé
depuis la campagne : la question centrale porte toujours sur « l’aptitude » de
l’ex-promoteur immobilier à exercer la
fonction suprême. Principale différence : elle n’est plus posée par ses
concurrents politiques, mais par ceux
qui le voient à l’œuvre tous les jours.
La traque du traître est lancée à la
Maison-Blanche. Trump veut à tout
prix identifier « le dégonflé » qui
dénonce anonymement son « amoralité », sa façon de gouverner « impétueuse, conflictuelle, mesquine et inefficace »,
produisant « des décisions boiteuses,
EVAN VUCCI/AP
mal informées et occasionnellement
dangereuses sur lesquelles il faut ensuite
revenir ». L’homme ou la femme qui se
vante de faire partie des « adultes dans
la pièce » ayant pris sur eux de
« contrecarrer […] de l’intérieur des pans
de son programme et ses pires inclinations ». Celui ou celle qui pense que le
président « a abaissé [les États-Unis] en
tant que nation » et a envisagé, avec
d’autres conspirateurs, d’actionner le
25e amendement de la Constitution –
lequel permet en théorie au cabinet de
déposer un président « incapable d’assumer les responsabilités et les charges
de sa fonction ».
Si cette source « existe vraiment, le
New York Times doit, pour raisons de
sécurité nationale, la livrer au gouvernement sur-le-champ ! » a tweeté Trump.
À ceux qui lui reprochent « de piétiner la
liberté d’expression », la Maison-Blanche rétorque que l’auteur est peut-être
en charge de secrets d’État. Le prési-
dent avait déjà ordonné à son staff
d’identifier tous ceux qui avaient parlé
à Bob Woodward. L’effort pour débusquer la « gorge profonde » – référence à
la source qui avait trahi Nixon durant le
Watergate – a envoyé les collaborateurs
aux abris, chacun se faisant le plus discret possible tandis que Trump arpente
les couloirs en pressant de questions
ceux qu’il croise. « Des réunions ont été
annulées et les portes des bureaux sont
fermées, raconte une employée. Tout le
monde a l’air affolé tandis que chacun
essaie de deviner qui est derrière l’article
du Times. »
Ce petit jeu a gagné la presse et les sites de paris en ligne. L’un des suspects
souvent cités est le vice-président,
Mike Pence, en raison d’une référence
dans l’article à « l’étoile polaire », formule déjà apparue plusieurs fois dans
ses discours. Mais l’audace de la démarche ne lui ressemble pas. En vérité,
personne ne sait, même si tout le mon-
”
père », citant « une dérégulation efficace, une réforme des impôts historique,
une armée plus robuste, et davantage
encore ». Le texte du New York Times et
le livre de Woodward s’accordent pour
décrire un Trump ignorant, incurieux,
impulsif et narcissique ? « C’est ce qu’on
avait tous compris dès le premier jour,
lâche le sénateur républicain Bob Corker. C’est pourquoi on a toujours encouragé les gens de valeur dans son entourage à rester. »
Le locataire de la Maison-Blanche est
tout de même en droit de se demander à
qui il peut faire encore confiance dans
sa propre Administration. Si le but de
l’auteur anonyme était de l’amener à
plus de modération, il risque fort d’obtenir le résultat inverse : un président
encore plus paranoïaque, se repliant sur
sa famille – les conseillers Ivanka et Jared Kushner, jusqu’ici marginalisés par
manque de compétences. « La MaisonBlanche est en pleine décomposition »,
assure une source interne dans Politico.
Trump n’en reste pas moins combatif :
« J’assèche le marigot [de Washington],
a-t-il rappelé jeudi à ses supporteurs, et
le marigot essaie de riposter. Ne vous inquiétez pas, nous vaincrons ! » ■
L’Inde légalise l’homosexualité
et s’excuse auprès des gays
Considérées comme un délit au titre d’une loi coloniale, les relations sexuelles
entre personnes de même sexe ont été dépénalisées jeudi par la Cour suprême.
EMMANUEL DERVILLE £@e_derville
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ASIE Jeudi, alors que les principaux médias retransmettaient en direct la lecture
de l’arrêt de la Cour suprême par les
juges, les homosexuels avaient le sentiment de vivre une journée historique en
Inde. « Avant, nous étions considérés
comme des criminels et on devait se battre
pieds et poings liés. Désormais, la justice
nous donne la possibilité de lutter pour nos
droits », se félicite Gautam Bhan, sociologue et militant de la cause homosexuelle.
La plus haute instance judiciaire a cassé l’article 377 du Code pénal qui, depuis
1861, punissait « les rapports charnels allant à l’encontre de l’ordre naturel ».
L’expression visait notamment les relations entre personnes de même sexe. Le
moment est d’autant plus important que
la juge Indu Malhotra, qui a lu le verdict,
a d’abord tenu à s’excuser au nom du
corps social. « L’histoire doit des excuses
à la communauté gay, lesbienne et transgenre pour les souffrances qui leur ont été
infligées », a déclaré la magistrate.
Puis la Cour a ordonné aux autorités et
à la police de prendre des mesures pour
lutter contre les discriminations dont les
homosexuels sont victimes. Cette décision était attendue. En août 2017, la Cour
avait proclamé le droit à la vie privée
comme un droit fondamental, le définissant comme « la protection de l’intimité,
le caractère sacré de la vie familiale […] et
l’orientation sexuelle ». Ce jugement rendait l’article 377 impossible à appliquer :
comment prouver et condamner un
couple homosexuel si leur orientation
relève de la sphère privée et doit être
respectée ?
Une première étape pour
changer les mentalités
Beaucoup d’homosexuels ne crient pas
victoire pour autant. « L’arrêt rendu jeudi
n’est pas l’arme absolue qui changera tout
du jour au lendemain, poursuit Gautam
Bhan. Les violences policières, la difficulté
à trouver un travail et un logement, la discrimination ordinaire, tout cela ne va pas
s’estomper de sitôt. La guerre continue. »
Une affirmation que tempère Arvind
Narrain, cofondateur de l’Alternative
Law Forum, un collectif d’avocats basé à
Bangalore : « Changer la loi est une première étape pour tordre le cou aux idées
reçues et changer les mentalités. »
Dans un sondage réalisé auprès des
jeunes de 15 à 34 ans et publié en 2017 par
le Center for the Study of Developing
Societies de Delhi, 61 % des quelque
6 000 personnes interrogées considéraient qu’une relation entre deux hommes était immorale.
Enfin, le lobby gay va continuer de
s’opposer aux mouvements religieux.
Alors que les chrétiens et les musulmans
affrontent souvent les persécutions des
fondamentalistes hindous, le rejet des
homosexuels est l’une des rares thématiques sur laquelle ils s’accordent. Ces dernières années, nombre de personnalités
religieuses ont critiqué l’homosexualité.
En 2013, Yogi Adityanath, actuel ministre en chef de l’État de l’Uttar Pradesh, l’avait déclarée « dangereuse pour
la moralité. Si les normes sociales et les règles sont supprimées, il n’y a plus de différence entre l’homme et l’animal ». Certains font valoir que l’homosexualité
aurait été importée de l’Occident et serait étrangère à la culture indienne. Un
gourou parmi les plus connus du pays,
Baba Ramdev, affirmait d’ailleurs pouvoir la « guérir » par le yoga. « Ce qui
vient de l’Occident, ce n’est pas l’homosexualité, mais l’homophobie. Après tout,
l’article 377 a été instauré par les Britanniques durant la colonisation », rappelle
Arvind Narrain. Le débat est révélateur
du poids que l’histoire coloniale continue
d’exercer dans l’Inde d’aujourd’hui. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 7 septembre 2018
INTERNATIONAL
9
En Italie, un sursaut de réalisme du gouvernement
Après ses envolées contre Bruxelles, la première coalition antisystème d’Europe a adopté un ton plus conciliant sur le budget.
RICHARD HEUZÉ rheuze@lefigaro.fr
ROME
Matteo Salvini, vice-président du Conseil
italien, jeudi, à Rome. MASSIMO PERCOSSI/AP
EUROPE Le premier gouvernement antisystème italien aura mis cent jours à s’assagir. Après avoir tonitrué tout l’été
contre Bruxelles, les ténors de la majorité
ont tenu des propos singulièrement
conciliants, jeudi, lors du premier Conseil
des ministres de la rentrée consacré au
budget. « Que les marchés et les ménages
se rassurent. Nous ne défierons pas
l’Europe », a lancé le leader du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio. « Nous respecterons les règles imposées », a renchéri
le leader de la Ligue, Matteo Salvini.
La semaine dernière, les deux viceprésidents du Conseil rivalisaient de déclarations guerrières contre la règle des
3 % de déficit public qu’ils se faisaient
fort de dépasser pour financer leurs folles
promesses électorales. Les marchés ont
apprécié : dans la foulée, le « spread »
avec l’Allemagne s’est resserré de 20
points, preuve d’inquiétudes moindres
envers l’Italie… C’est encore 100 de plus
que lors des élections du 4 mars dernier.
Proclamations idéologiques
Autre volte-face : les enfants de moins de
6 ans devront obligatoirement être vaccinés pour être admis à la prochaine rentrée
scolaire dans une crèche ou une maternelle publique. La ministre (5 étoiles) de la
Santé, Giulia Grillo, a révoqué jeudi une
dérogation d’un an pour la présentation
du certificat de vaccination. Dérogation
adoptée en août par la majorité au gouvernement, à la vive inquiétude du président
de la République, Sergio Mattarella, et de
la communauté médicale.
Les commentateurs parlent d’un
« sursaut de réalisme ». « À ne rien faire,
on ne se trompe pas. Ce gouvernement a
une vertu : “le dynamisme immobile” »,
raille La Repubblica. L’unique loi adoptée
en cent jours est le décret « dignité » sur
le coût du travail, qui a fait contre lui
l’unanimité des industriels et des syndicats. Pour le reste, ce ne sont encore que
proclamations idéologiques, rigidités
dogmatiques, promesses électorales irréalistes et confrontations serrées entre
les « deux âmes » du gouvernement, les
5 étoiles étatistes qui veulent nationaliser
de larges pans de l’économie (autoroutes,
Alitalia, sidérurgie, etc.) et la Ligue qui
défend la petite propriété industrielle.
Sur le « revenu de citoyenneté » cher
aux premiers et sur la révolution fiscale
avec seulement deux tranches d’impôts,
défendue par la seconde, aucun progrès
L’alliance entre
Merkel et les
Bavarois minée
par Chemnitz
« La question migratoire est la mère
de tous les problèmes dans ce pays.
Cela fait trois ans que je le dis »,
a expliqué le ministre de l’Intérieur, Horst
Seehofer, dans un entretien au quotidien
Rheinische Post. MARKUS SCHREIBER/AP
Le leader de la CSU, Horst Seehofer,
s’est démarqué de la chancelière, en prenant
le parti des manifestants antimigrants.
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
ALLEMAGNE La trêve entre Angela Merkel et son ministre de l’Intérieur Horst
Seehofer aura duré à peine plus de deux
mois. Après avoir osé le bras de fer avec la
chancelière CDU sur la question migratoire fin juin, le leader de la CSU s’est de nouveau démarqué d’elle. « La question migratoire est la mère de tous les problèmes
dans ce pays. Cela fait trois ans que je le
dis », a expliqué le leader bavarois de la
CSU, dans un entretien au quotidien Rheinische Post, en montrant de la
« compréhension » pour les manifestations
antimigrants en Saxe la semaine dernière.
Angela Merkel lui a répondu jeudi soir, sur
RTL, en apportant plus de nuances : « Je ne
dis pas les choses de cette manière. La question migratoire nous pose des défis. Il y a des
problèmes mais il y a aussi eu des succès »,
a-t-elle expliqué. L’alliance entre la CDU
et la CSU n’est toujours qu’une apparence.
Après les échauffourées de Chemnitz, où
l’extrême droite a défilé contre les migrants, Horst Seehofer a pris le parti des
manifestants. « Si je n’avais pas été ministre, je serais aussi descendu dans la rue », a-
t-il expliqué. « Pas avec les radicaux, bien
sûr », a-t-il toutefois ajouté, en condamnant les violences qui ont suivi le meurtre
d’un Allemand de 35 ans par deux migrants dans cette ville de Saxe le 26 août.
« La population doit aussi savoir que l’on
comprend l’indignation d’un crime aussi
brutal », a-t-il aussi déclaré mercredi soir
lors d’une réunion de députés de la CSU.
Contrecarrer la poussée
électorale de l’AfD
La bienveillance du leader bavarois
contraste avec la condamnation claire formulée par Angela Merkel. Les images sont
nettes, « il y a eu de la haine, et des gens innocents ont été poursuivis » dans la rue, at-elle insisté en faisant référence aux vidéos montrant des étrangers être
« chassés » par des manifestants. « Tout est
dit », a-t-elle assené. Elle réagissait aussi
aux déclarations du ministre-président de
Saxe, Michael Kretschmer (CDU), assurant
qu’il n’y avait pas eu à Chemnitz « de chasse à l’homme ».
En Allemagne, les termes à employer
pour décrire les événements de la semaine
passée font polémique : l’extrême droite
conteste les mots qui pourraient évoquer le
passé nazi du pays. Une partie de la CDU,
substantiel n’est encore fait. Il faudra attendre les arbitrages du 27 septembre sur la
prochaine loi de finances pour comprendre
si la coalition « jaune-vert » a les moyens
financiers de ses ambitions électorales.
Le seul à avoir marqué des points cet été
est Matteo Salvini. En interdisant le débarquement des migrants dans les ports italiens, il a contraint l’Europe à sortir de son
immobilisme. En flirtant avec les pays les
plus hostiles à l’immigration, il a ébauché
un rapprochement entre souverainistes
qui risque de peser lourd à Strasbourg lors
des élections européennes de mai 2019. Il
apparaît aujourd’hui comme l’instigateur
d’une dynamique d’extrême droite qui pèsera dans les équilibres au sein de la majorité en Italie ainsi que dans l’Europe tout
entière. Et il a le vent en poupe : le dernier
sondage SWG le crédite de 32 % devant le
M5S qui rétrograde à 28,3 %. ■
sensible à la colère des habitants, veut aussi éviter de stigmatiser un électorat à reconquérir. « Il n’y a pas eu de pogroms à
Chemnitz », a donc affirmé Michael Kretschmer. À un an des élections régionales, le
ministre-président espère encore contrecarrer la poussée électorale de l’AfD. Le
parti populiste pourrait rendre le Land ingouvernable. Cette perspective fait trembler les états-majors politiques locaux. De
son côté, Angela Merkel n’en démord pas.
Jeudi encore, elle a fustigé les « débordements qui ne sont pas tolérables », en pensant notamment aux saluts nazis qui
avaient émaillé les manifestations de la semaine passée.
La joute entre la chancelière et son ministre a laissé la gauche pantoise. « Horst
Seehofer est le père de tous les problèmes du
gouvernement à Berlin », s’est amusé le vice-président du SPD, Ralf Stegner.
« Quand il parle de la mère de tous les pro-
blèmes, Horst Seehofer pense à Angela Merkel », a résumé la présidente du SPD, Andrea Nahles. « La CSU rallume les tensions
de l’été. Ça doit cesser. Le gouvernement a
plutôt pour mission de résoudre les problèmes », s’est-elle agacée.
Avant l’été, la coalition gouvernementale d’Angela Merkel avait déjà failli exploser sur la question migratoire : l’aile
conservatrice de son camp, menée par
Horst Seehofer, réclamait une réorientation de la politique allemande dans un
sens plus restrictif. La CDU et la CSU, alliées depuis des décennies, avaient frôlé la
rupture. Le bilan du bras de fer est mitigé
deux mois plus tard au niveau européen :
l’Allemagne et l’Italie n’ont, par exemple,
toujours pas conclu d’accord sur la gestion des migrants.
Mais électoralement, la situation est
clairement négative : la CSU continue de
perdre du terrain en Bavière alors que les
élections régionales auront lieu le 14 octobre. À 36 % d’intentions de vote dans le
dernier sondage du 28 août, elle est à son
plus bas niveau jamais atteint. Le parti
risque de perdre sa majorité absolue au
parlement régional, ce qui équivaudra à
une catastrophe politique pour cette formation qui domine la Bavière depuis des
décennies.
Les divisions du camp conservateur
entre Angela Merkel et ses opposants font
le miel de l’AfD, qui ne cesse de progresser dans les sondages. Les populistes la
tiennent pour responsable de tensions
dans le pays. La chancelière a plaidé pour
une « confrontation politique » avec les
populistes alors que certaines voix s’élèvent pour mettre le parti sous surveillance. Sa proximité avec les groupes
d’extrême droite, présents dans les
cortèges de Chemnitz, pourrait motiver
le service de renseignement intérieur.
Selon les médias allemands, celui-ci a
décidé d’étudier le cas de l’AfD de
Thüringe, dirigée par Björn Höcke, le
chef de file de l’aile radicale du parti.
Dimanche dernier, il avait défilé au premier rang à Chemnitz. ■
Orban vient défier les eurodéputés à Strasbourg
ANNE ROVAN £@AnneRovan
CORRESPONDANTE À BRUXELLES
PARLEMENT Viktor Orban sera bel et bien
présent mardi prochain à Strasbourg, lors
de la plénière du Parlement européen. Le
leader hongrois, qui selon les mots d’un
opposant également membre du PPE, « n’a
pas pour habitude de se dérober », avait annoncé sa venue avant l’été. Au terme de
plusieurs jours de flottement sans grand
suspense, la conférence des présidents du
Parlement européen a confirmé jeudi sa
présence. L’homme fort de Budapest prendra donc la parole en plénière. Comme il l’a
déjà fait à plusieurs reprises et souvent à sa
demande.
L’enjeu est de taille puisque les eurodéputés débattront alors des violations des
valeurs de l’Union européenne par la Hongrie en vue de l’éventuel déclenchement de
l’article 7 du traité de l’Union qui prévoit la
suspension de « certains droits découlant de
l’application des traités à l’État membre en
question, y compris les droits de vote du représentant du gouvernement de cet État
membre au sein du Conseil européen ».
Le rapport, rédigé par l’eurodéputée
écologiste Judith Sargentini, validé par la
commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du Parlement,
sera donc discuté mardi, en présence de
Viktor Orban. Ce rapport pointe les interférences du pouvoir hongrois dans le fonctionnement du système constitutionnel et
électoral, dénonce les entraves à l’indépendance du pouvoir judiciaire et aux
droits des juges, s’inquiète des droits des
minorités et de ceux des demandeurs
d’asile. Le vote, lui, aura lieu mercredi
après-midi, au grand dam du président de
la Commission, Jean-Claude Juncker, qui
redoute, semble-t-il, que son dernier discours sur l’état de l’Union prononcé le matin ne soit totalement éclipsé…
Les Verts, tout comme la majorité des
eurodéputés anti-Orban, ne se font
guère d’illusion sur l’issue du vote. C’est
du reste ce qu’a répété Judith Sargentini,
jeudi matin, au cours d’une conférence
de presse : « Je comprends tout à fait
“
Il ne se passera rien
tant que nous serons
soumis à la majorité
des deux tiers !
”
JUDITH SARGENTINI, EURODÉPUTÉE ÉCOLOGISTE
que vous aimeriez savoir ce qui va se passer ensuite (après le vote, NDLR). Mais il
ne se passera rien tant que nous serons
soumis à la majorité des deux tiers ! »
De fait, l’initiative n’a guère de chance
d’aboutir. En raison effectivement de
cette majorité des deux tiers qui sera
bien difficile à obtenir. À supposer que ce
soit le cas, ce serait ensuite au Conseil
européen de se saisir du dossier et de
décider d’enclencher ou non l’article 7. Il
faut pour cela un accord à l’unanimité
des États-membres, à l’exception du
pays visé bien sûr. « Le Conseil décidera
probablement de ne pas y donner suite »,
affirme un eurodéputé. En toile de fond,
l’alliance qui pourrait être passée
entre la Hongrie et la Pologne, elle-même visée par la même procédure déclenchée mi-août par la Commission
cette fois.
À neuf mois des européennes, ce vote
sera quoi qu’il en soit riche d’enseignements. Car il permettra d’avoir une
photographie des rapports de force entred’un côté les libéraux, soucieux du
respect des valeurs européennes, et les
illibéraux, qui n’en finissent pas de prendre du poids sur le Vieux Continent.
Le vote permettra également d’y voir
plus clair sur le centre de gravité d’un
groupe PPE que l’on sait très divisé sur la
présence de Viktor Orban en son sein.
« Avant l’été, je pensais que l’on était à
50/50. Maintenant, je ne sais pas »,
confie, désabusé, un eurodéputé.
Conscient des lignes de fractures qui
traversent ses troupes, le chef de file
des députés PPE et désormais candidat
à la présidence de la Commission,
Manfred Weber, a pris les devants
dès jeudi affirmant qu’« il ne peut y
avoir de traitement de faveur dans la
famille du PPE sur les questions des valeurs fondamentales », mais ajoutant
dans la foulée que l’on ne peut « mener
l’Europe avec des méthodes d’exclusion ». Il tente ainsi de ne froisser personne. Un membre éminent du PPE
attend avec impatience la séquence
strasbourgeoise à venir : « Si Orban
tombe dans les bras de Weber comme il
l’avait fait au congrès de la CSU, ce sera le
baiser du diable. » ■
A
Le premier ministre hongrois interviendra mardi lors du débat parlementaire visant à condamner ses atteintes aux libertés.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO
10
INTERNATIONAL
À Tripoli, calme précaire après les combats
Les affrontements
entre milices, qui
ont fait 63 morts
dans la capitale
libyenne, sapent
les plans de l’ONU
pour stabiliser
le pays.
MARYLINE DUMAS
TUNIS
AFRIQUE DU NORD « Les violences qui
ont ravagé la capitale ont brisé la façade de calme qui prévalait à Tripoli depuis mai 2017. Des chars et de l’artillerie lourde ont été déployés dans des
quartiers résidentiels […] La ville était
au bord de la guerre totale. » C’est ainsi que Ghassan Salamé, chef de l’Unsmil (mission de l’ONU en Libye) a
commencé son rapport au Conseil de
sécurité mercredi soir. Depuis le
26 août, 63 personnes ont été tuées,
159 blessées et plus de 1 800 familles
ont été déplacées. Le diplomate libanais s’est félicité du cessez-le-feu obtenu mardi. Le calme demeure cependant précaire.
« Le centre-ville de Tripoli est mort.
Beaucoup de magasins sont encore fermés. Ces derniers jours ont été chaotiques et terribles », expliquait, mercredi, par téléphone, Ahmed, un
habitant. Les combats ont éclaté le
26 août entre la « Brigade des révolutionnaires de Tripoli » (BRT) et la
« 7e brigade » de Tarhouna, située à
une centaine de kilomètres au sud-est
de la capitale.
Les deux groupes disent dépendre
du Gouvernement d’union nationale
(GNA), reconnu par la communauté
internationale, le premier étant prétendument sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, le second de la Défense. Mais il serait plus juste de dire
que c’est le GNA qui dépend des brigades, dans ce pays où les institutions
Un tir de roquette a frappé, le 2 septembre, un secteur de Tripoli occupé par des populations fuyant les combats, alors que des groupes
rivaux se sont récemment affrontés jusqu’au cœur de la capitale libyenne. STRINGER/REUTERS
sécuritaires sont à construire : le gouvernement s’est installé, au printemps
2016, dans la capitale après négociations directes de l’ONU avec les groupes armés qui assurent sa sécurité.
Preuve de sa faiblesse, le GNA a affirmé qu’il avait dissous la 7e brigade.
« Nous assistons à l’effondrement d’un
équilibre instable qui était une espèce de
plaisanterie et qui a été poussé le plus
loin possible », juge Jalel Harchaoui,
doctorant à Paris-VIII sur la Libye.
Face à ces violences – qui ont entraîné la fermeture de l’aéroport et
l’évasion de 400 prisonniers de droit
commun –, l’ONU a obtenu, mardi, un
cessez-le-feu. Le calme semblait revenu mercredi et jeudi, mais beaucoup
doutent de sa solidité. Et pour cause,
une trêve annoncée la semaine dernière n’a tenu que quelques heures.
La propagation du conflit est un risque avec ces alliances volatiles. La BRT
a reçu le soutien des autres groupes
qui forment le « cartel » des milices
“
Le centre-ville de Tripoli
est mort. Beaucoup
de magasins sont encore
fermés. Ces derniers jours
ont été chaotiques
et terribles
”
AHMED, UN HABITANT DE LA CAPITALE
tripolitaines, dont la puissante Rada,
appartenant au réseau madkhaliste
(salafiste) qui se développe partout en
Libye. La 7e brigade, elle, pourrait se
renforcer de groupes chassés de la
capitale depuis 2014, comme ceux de
Zintan et de Misrata – réconciliés au
printemps - ou encore d’islamistes.
« Ce n’est pas une guerre idéologique
ou régionale. C’est une guerre ouverte
avec des alliances d’intérêts qui se font
et se défont. Chacun veut sa part du
gâteau qu’est Tripoli », estime
Mohamed Ben Lamma, ancien doyen
de la faculté de sciences politiques de
Bani Walid. Il note que la 7e brigade a
profité du découragement de la
population tripolitaine : « Ils disent
qu’ils viennent purger la capitale des
groupes qui pratiquent la corruption.
C’est un tournant : les habitants sont
restés neutres. »
La population avait, au printemps
2017, salué les milices qui avaient
chassé des groupes islamistes. Aujourd’hui, elle ne supporte plus de voir ces
Yémen : les deux camps attendus à Genève
Jusqu’au dernier moment, la présence des rebelles houthistes pro-iraniens n’était pas garantie
pour ces consultations qui s’annoncent difficiles.
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
C
ENVOYÉ SPÉCIAL À GENÈVE
PÉNINSULE ARABIQUE C’est la conférence de l’espoir. Mais un espoir bien timide, tant les défis sont immenses avant
que les armes se taisent. Pour la première
fois depuis plus de deux ans, les parties au
conflit devaient se réunir, à partir de ce
vendredi pour deux ou trois jours, à Genève. Mais il ne s’agit pas de « négociations » pour stopper une guerre civile qui
s’est internationalisée dans un pays, coupé en deux, mais plus modestement de
« consultations » pour tenter de s’entendre sur « des gestes de confiance », qui
apaiseraient une population épuisée par
des violences, ayant fait plus de 10 000
morts parmi les civils.
D’un côté, les représentants du gouvernement légitime exilé en Arabie saoudite, soutenu par la communauté internationale ; de l’autre, une délégation
parlant au nom des rebelles d’inspiration
chiite, les houthistes. Épaulés par le Hezbollah et l’Iran, ils ont chassé les loyalistes du pouvoir à Sanaa en 2014, puis étendu leur contrôle sur une partie du pays,
bombardé depuis 2015 par une coalition
arabe conduite par l’Arabie et les Émirats
arabes unis. Ces deux pouvoirs ont deux
légitimités concurrentes, et un objectif
encore très lointain : se partager les rênes
d’un nouvel État yéménite, dont les
contours restent à définir.
Signe de l’absence de la moindre
confiance entre les deux camps, le maître
d’œuvre de ces pourparlers, l’émissaire
de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, a dû annoncer un report de 24 heures des consultations. À Sanaa, la capitale
tenue par les houthistes, ceux-ci n’ont
pas voulu partir, mécontents de ne pas
avoir obtenu un avion omanais pour se
rendre à Genève via Mascate pour y dé-
poser des blessés, et l’assurance que leurs
délégués ne resteraient pas bloqués en
Suisse, comme cela s’était produit en
2016. Une délégation houthiste avait alors
été retenue pendant trois mois à Oman,
après les négociations de Koweït. Ces tergiversations ont exaspéré les loyalistes
qui menaçaient jeudi soir de quitter Genève si les houthistes n’arrivaient pas
d’ici à 24 heures.
Pour venir, « il faut beaucoup de courage aux deux parties et l’assurance que cela
en vaut la peine », a lui-même reconnu
devant la presse, Martin Griffiths. Les
précédents pourparlers de Koweït étaient
restés lettre morte. À Genève, pas de face-à-face dans une même salle, « nous
sommes encore au stade où nous essayons
de comprendre de quelle façon les dirigeants souhaitent dialoguer, sur quelles
questions et à quel endroit », constate
Martin Griffiths.
Obtenir des résultats sur des libérations de prisonniers et la vaccination
d’enfants serait déjà un premier succès,
selon l’émissaire onusien. Il y a une semaine, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU avertissait que les pluies
“
Il faut beaucoup de
courage aux deux parties
et l’assurance que cela
en vaut la peine
”
MARTIN GRIFFITHS, ÉMISSAIRE DE L’ONU
actuelles « accentuaient le risque » d’une
troisième vague de choléra. Une épidémie affecte, depuis seize mois, plus de
1,1 million de cas présumés, ayant entraîné la mort de 2 310 personnes. L’accès
aux soins et à l’eau potable, notamment
près de la ligne de front, est la principale
L’émissaire de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths (mercredi, à Genève),
a dû annoncer un report de 24 heures des consultations. FABRICE COFFRINI/AFP
préoccupation des humanitaires. Avant
de rentrer dans le vif du sujet – le retrait
des houthistes de Sanaa et du port de
Hodeïda sur la mer Rouge, mais aussi la
restitution des armes lourdes et la formation d’un gouvernement d’union nationale – des questions techniques, comme
l’unification de la banque centrale (éclatée entre Sanaa et Aden, au sud, tenue par
la coalition) doivent être réglées, afin de
permettre à plus d’un million de fonctionnaires d’être de nouveau payés.
« C’est d’une grande importance pour la
population », insiste le chercheur et spécialiste du Yémen, Franck Mermier.
La bataille lancée en juin par la coalition arabe pour reprendre aux houthistes
le port de Hodeïda par lequel est acheminée l’aide humanitaire pèse sur ces pourparlers, même si les Émirats arabes unis,
en pointe dans cette offensive, ont accepté une trêve, pour donner sa chance à
l’ONU. « Mais renoncer à cette bataille
n’est pas une option, souligne-t-on à Abu
Dhabi, sinon nous aurons dans les années à
venir une milice type Hezbollah au Yémen. » Un scénario inacceptable pour
l’Arabie, dont le fief des houthistes, dans
la province de Saada, borde sa frontière
sud. L’expertise des combattants du Hezbollah auprès des houthistes est avérée.
Récemment, la milice chiite libanaise « a
encore vraisemblablement libéré des forces
dont elle a moins besoin en Syrie pour les
envoyer combattre avec les houthistes au
Yémen », avertit un expert arabe du
Moyen-Orient. Un service de renseignements du Golfe a également détecté des
transferts, auprès des houthistes, de miliciens chiites irakiens, pro-iraniens. En
juin, une ébauche de plan de paix onusien
appelait les houthistes à céder leurs missiles balistiques qu’ils tirent sur l’Arabie,
en échange de l’arrêt des bombardements de la coalition saoudo-émirienne
sur leurs positions au Yémen. ■
mêmes groupes faire la loi dans un
contexte économique difficile. Le chef
de la BRT, Haithem Tajouri, aimant
publier des photos de lui à l’étranger
ou avec des vêtements de marque, alimente la colère. Ghassan Salamé a
promis mercredi de « réviser les dispositifs de sécurité de Tripoli [avec lesquels collabore l’ONU depuis 2016,
NDLR] afin de réduire l’influence des
groupes qui utilisent les armes pour leur
propre compte. » Mais la 7e brigade
n’est pas plus considérée comme une
solution : « Avec un peu de chance, ils
s’entretueront et il n’en restera plus un
seul », espère Ahmed à Tripoli.
La dimension internationale n’est
pas à négliger. Chaque chef de brigade
libyenne est en contact direct avec
certains pays, Émirats arabes unis en
tête. Mais la France et l’Italie ne sont
pas en reste. Selon nos informations,
Haithem Tajouri a été reçu à Paris en
2017. « Toute tentative de médiation est
nulle tant qu’il y aura des contacts directs », constate Jalel Harchaoui. Le
chercheur estime cependant que les
États-Unis pourraient faire pression
sur les pays tiers, alors que GrandeBretagne et Italie sont opposées à l’initiative française du 29 mai qui proposait des élections d’ici à décembre.
« Peut-être qu’au vu de la catastrophe,
les États-Unis vont remobiliser les
chancelleries qui se reposent depuis des
mois sur la perspective d’élections irréalistes », pense Jalel Harchaoui.
Au niveau national, le blocage est
évident. Après trois réunions sur le
sujet et de nombreux retards, le
Parlement de Tobrouk n’a toujours pas
proposé de loi électorale, censée
organiser le scrutin. Ghassan Salamé
l’a constaté mercredi : « [Beaucoup des
députés] n’ont tout simplement pas
l’intention de renoncer à leurs positions.
Ils ont mis en place des dispositions
légales pour maintenir leur autorité à
perpétuité. J’ai épuisé les moyens
traditionnels pour faire avancer le processus législatif. » Le représentant de
l’ONU de conclure : « Si la législation
ne voit pas le jour rapidement, nous
clôturerons le chapitre sur cette approche. Il y a d’autres moyens de parvenir à
un changement politique pacifique et
nous les adopterons sans hésitation,
avec enthousiasme même. » ■
EN BREF
Brésil : le candidat
d’extrême droite poignardé
Jair Bolsonaro, candidat à la
présidentielle d’octobre au Brésil
a été attaqué lors d’un meeting.
Évacué par ses partisans, il a été
touché au foie et transporté à
l’hôpital où il a subi une
intervention chirurgicale.
Largement en tête des sondages,
Jair Bolsonaro est crédité de 22%
des intentions de vote.
Affaire Skripal : Paris,
Berlin et Washington
soutiennent Londres
La France, l’Allemagne,
les États-Unis et le Canada
ont annoncé jeudi, dans
une déclaration conjointe,
avoir « entièrement confiance »
dans les conclusions de la police
britannique dans l’enquête
sur l’empoisonnement en mars
d’un ex-espion russe à l’agent
innervant Novichok,
en Angleterre.
Rohingyas : la CPI
va pouvoir enquêter
sur leur déportation
La Cour pénale internationale
(CPI) a déclaré jeudi qu’elle était
compétente pour enquêter
sur la déportation de la minorité
musulmane des Rohingyas en
Birmanie, qui pourrait constituer
un crime contre l’humanité.
Vingt ans requis contre
un ex-président sud-coréen
Le parquet a requis jeudi
vingt ans de réclusion criminelle
à l’encontre de l’ancien
président sud-coréen (2008
à 2013), Lee Myung-bak,
jugé pour corruption, abus
de pouvoir, détournements
de fonds ou encore évasion
fiscale. En Corée du Sud,
les quatre ex-présidents encore
en vie ont tous été soit inculpés,
soit condamnés.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 7 septembre 2018
SOCIÉTÉ
11
Le nombre
d’agressions
continue
de flamber
Les violences sexuelles, notamment, ont bondi
de 23,1 % au cours des sept derniers mois.
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
SÉCURITÉ Sur les tableaux de bord du
ministère de l’Intérieur, les voyants virent toujours au rouge concernant les
agressions. En présentant les chiffres de
la délinquance sur les sept premiers mois
de l’année, Gérard Collomb a annoncé
jeudi que les atteintes à l’intégrité physique des personnes (Avip) continuent
d’augmenter de 5,7 % depuis janvier.
« Mais il faut avoir à l’esprit ce que cette
réalité recouvre », a insisté le ministre. Si
les agressions crapuleuses sont en repli de
8,8 % (25 faits de moins recensés chaque
jour), poursuivant une baisse entamée il y
a quatre ans, les violences gratuites augmentent quant à elles de 8 %.
À eux seuls, les coups et blessures volontaires sont passés de 129 000 à 139
000 faits en un an, soit une hausse de
7,5 %. « Mais 80 % de cette hausse est
due à l’augmentation des violences au sein
de la famille (+ 8 000 faits) », a rappelé le
ministre avant d’ajouter : « Et sans sur-
prise, celle-ci touche d’abord les femmes
puisque, sur les 8 000 faits nouveaux enregistrés cette année au sein de la sphère
familiale, 6 000 ont pour victimes des
femmes ».
Globalement, les violences sexuelles
ont explosé de 23,1 %, avec 27 728 faits au
cours des sept premiers mois de 2017.
« En 2018, les services de police et de gendarmerie ont, en outre, enregistré 3 357
faits de harcèlement sexuel de plus qu’en
2017 – année qui, déjà, avait connu, une
nette progression », a déploré le ministre.
« Tant dans les brigades de gendarmerie
que dans les commissariats, nous avons
formé spécifiquement nos forces au recueil
des plaintes, installé des espaces dédiés
animés par 74 psychologues et 261 intervenants sociaux », a détaillé Gérard Collomb qui a confirmé en outre le lancement en octobre « d’une plateforme de
signalement de ces violences sexuelles et
sexistes, de manière à ce que les femmes
qui sont victimes de tels faits puissent plus
facilement les signaler ». « On pose plus
difficilement plainte pour ce genre d’affai-
Gérard Collomb, jeudi, lors de sa conférence de presse au ministère de l’Intérieur.
res sous le regard des autres dans un commissariat que sur Internet », a argumenté
Gérard Collomb qui prévient : « Nous savons qu’en termes statistiques, cela
conduira à une augmentation des chiffres.
Mais ce qui compte, c’est bien évidemment
de faire changer la réalité. »
Voyants au vert
Sur le plan des atteintes aux biens, les
voyants sont en revanche au vert, avec
une baisse de 3,9 %, soit 48 000 faits de
moins depuis le début de l’année. « Même
s’il faut rester prudent à ce stade de l’année, cette baisse est, pour l’heure, la plus
importante jamais enregistrée depuis dix
ans », s’est félicité le premier flic de
France. Elle concerne tous les agrégats :
vols avec violence (- 8,8 %), vols à main
VINCENT BOISOT/LE FIGARO
armée (- 17,7 %), délinquance liée à
l’automobile (- 4,8 %). »
Sur le front des cambriolages, marqué
par une stabilité relative l’année dernière
(- 0,14 %), les chiffres sont en recul de
6,2 %. « C’est la plus forte diminution enregistrée depuis dix ans, tant en zone de
compétence de la police nationale que de la
gendarmerie nationale », souligne l’hôte
de Place Beauvau. Le seul « point de vigilance » se situe à Paris, où les cambriolages sont en progression de 6,3 %. « Il y a
là une situation spécifique et j’ai demandé
au préfet de police de pouvoir examiner
pourquoi nous connaissons une telle situation, à rebours de la tendance nationale »,
a jugé Gérard Collomb.
Le regard tourné vers les trois prochains mois, Gérard Collomb a confirmé
le déploiement de 22 000 nouvelles tablettes aux policiers dans le cadre de la
PSQ (police de sécurité du quotidien) et la
mise en place d’une « trentaine de quartiers de reconquête républicaine (QRR) d’ici
l’été 2019 ». Face aux trafics et aux incivilités répétées qui minent certains territoires, le ministre de l’Intérieur avait annoncé en février dernier sa volonté de frapper
du poing sur la table. Au total, ce sont
donc 1 300 policiers qui sont attendus en
renfort au sein des quartiers pour une
thérapie de choc. Une première vague de
300 fonctionnaires va se déployer sur 15
sites d’ici à décembre prochain et des effectifs prendront leurs fonctions dès les
prochains jours dans des cités sensibles de
Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Pau,
Corbeil-Essonnes ou encore Nouméa. ■
Les filles moins engagées politiquement que les garçons
Une étude montre des écarts entre les sexes, chez les lycéens, en matière d’engagement politique et citoyen.
ticiperont aux rendez-vous électoraux
locaux, nationaux et européens. Globalement, deux tiers des élèves de terminale expliquent qu’ils voteront à toutes
les élections.
Défiance à l’égard
des institutions démocratiques
À l’image de leurs aînés, ils nourrissent
une défiance à l’égard des institutions
démocratiques. Seuls 22 % déclarent faire confiance au gouvernement… Leur
confiance dans les institutions est plus
solide, l’armée arrivant en tête (74 %),
suivie de la police (56 %). À leur niveau,
la démocratie lycéenne est perçue com-
me une façade illusoire. Près de la moitié
d’entre eux pense que l’avis des délégués
de classe n’est pas pris en compte.
Au-delà de l’engagement politique
traditionnel, les jeunes « veulent s’engager autrement », explique le Cnesco, à
travers des « formes de participation à la
vie de la cité ». Et les filles sont plus présentes sur ce champ. Elles sont ainsi plus
nombreuses à faire du bénévolat dans
une association (83 %) que les garçons
(66 %). Au total, plus de 40 % des lycéens expliquent avoir une expérience
d’engagement associatif dans l’humanitaire ou la défense de l’environnement.
Une proportion élevée, mais encore éloi-
Rixe à Orly : un an d’emprisonnement
avec sursis requis contre Booba et Kaaris
Un mois après leur bataille rangée à l’aéroport, les deux ennemis du rap français se sont renvoyé la faute,
jeudi, au tribunal de Créteil.
PAULE GONZALÈS £@paulegonzales
JUSTICE Loin des « punchlines » des
cadors du rap. De longues heures de
suspension de séances, de brillantes batailles de procédures en nullité et d’interminables exégèses des vidéos de surveillance n’ont pas altéré la patience de
Booba et Kaaris, ces deux stars connues
pour leur impétuosité et leur révolte
contre l’ordre social et les institutions.
Les deux ennemis jurés du rap français
et neuf membres de leurs clans respectifs étaient jugés jeudi devant le tribunal
correctionnel de Créteil pour leur bataille rangée dans un hall de l’aéroport
parisien d’Orly début août. La boutique
de duty free à proximité avait servi de
réservoir à projectiles. Bilan : quelques
blessés légers, plusieurs vols retardés et
plus de 50 000 euros de préjudice.
Les deux meneurs - Booba en chemise
écossaise grise et Kaaris en chemise tendue sur une musculature saillante - ont
à peine échangé, à leur arrivée, un regard de défi. Pourtant deux personnalités singulières ont peu à peu émergé de
cette audience marathon, entièrement
basée sur le visionnage de vidéos de sur-
veillance ou tournée par des témoins.
Booba, visage fermé, a eu du mal à
respecter le rituel élémentaire de la
cour : se lever et s’adresser à elle en la
regardant. Il a toutefois avoué avoir asséné des coups à son rival avec du parfum. « Pas sur la tête, je vise le dos », at-il précisé. Kaaris, plus détendu, a
“
Cette rencontre
ne pouvait que se conclure
par un déchaînement
de violence
LE PROCUREUR
”
judicieusement pris le soin, d’entrée de
jeu, de « s’excuser pour ce qui s’est passé à Orly ». « C’est pas bien. Il y avait
des femmes et des enfants. Et quelques
minutes avant, je faisais des selfies avec
des familles. Je ne suis pas à l’origine de
ce qui s’est passé. J’ai dû me défendre. Le
procès montrera la vérité », a-t-il déclaré, en prônant désormais « l’apaisement ». Leurs fans et leurs proches,
casquettes posées sur les pupitres, ont
également écouté sagement, parfois
somnolents, Mes Yann Le Bras et Steve
Ruben pour le clan Booba et Yassine
Yakouti et David-Olivier Kaminski
pour celui de Kaaris. Bouteilles en plastique et papier de barres chocolatées
s’accumulaient sous les bancs de
l’audience tandis que les avocats plaidaient les nullités - pour notifications
tardives des droits lors des gardes à vue,
pour l’irrégularité du procès-verbal de
comparution immédiate et le retard
dans l’accès au dossier au moment des
déferrements - finalement jointes au
fond par la présidente Pascale Perard.
Les onze prévenus - les deux clans se
poursuivant d’une haine indicible -,
sont tous poursuivis pour violences aggravées et vol, avec trois circonstances
aggravantes : l’usage ou menace d’une
arme, en réunion, et dans un lieu destiné à l’accueil des transports pour le public. Deux prévenus sont en récidive.
Tous s’accusent mutuellement d’être
à l’origine des violences. La première
vidéo défile péniblement seconde par
seconde. L’atmosphère se tend entre les
avocats, au point que la présidente doit
élever la voix. Ceux de Booba ont à
cœur de prouver que ce sont quatre
membres du clan Kaaris qui se sont levés et ont marché vers le rappeur de
Boulogne, et que c’est l’un des siens qui
a entamé les hostilités. « Vérités d’avocats », s’agace David-Olivier Kaminski
tandis que Yann Le Bras promet de
« raconter toute l’histoire uniquement
dans ce tribunal », menace-t-il. « Si
vous avez un album photo horodaté, je
suis preneuse », sourit la présidente.
« On continue ? », poursuit-elle.
Alors que le procès s’est poursuivi
jusque tard dans la nuit, le parquet a requis un an de prison avec sursis à l’encontre des deux rappeurs. Des peines
allant jusqu’à huit mois d’emprisonnement ferme ont été réclamées pour les
membres de leurs clans respectifs.
L’hypothèse du guet-apens a donc été
écartée : « Cette rencontre est fortuite,
mais elle ne pouvait que se conclure par
un déchaînement de violence », a déclaré
le procureur.
Les deux rivaux sont « tous deux responsables » de la rixe du 1er août, lors
de laquelle ils ont « perdu toute lucidité », a estimé le représentant du ministère public. Ce sont eux qui ont échangé
les premiers coups et ils ont « entraîné
leurs gardes rapprochées » dans la bagarre, a-t-il dénoncé, les qualifiant de
« petits bourgeois du clash ». ■
gnée de celle des jeunes Américains qui
ne peuvent décrocher l’équivalent du
bac sans avoir mené de telles activités.
Fait inquiétant, seuls 54 % des lycéens
français disent pouvoir comprendre
« facilement » la plupart des questions
politiques et 37 % se sentent capables
d’intervenir dans la vie politique. L’école
française, l’une des rares à proposer un
cours d’éducation civique, de l’école
primaire au lycée, ne les forme-t-elle
pas suffisamment ? ■
* Enquête menée en ligne ente le 26 mars
et le 18 mai 2018 auprès de 16 000 élèves
de collèges et lycée.
EN BREF
Rodéos motorisés :
30 infractions constatées
depuis la nouvelle loi
Trente infractions ont été
constatées au titre de la nouvelle loi
du 3 août visant à lutter contre les
rodéos sauvages, a annoncé jeudi
la ministre Jacqueline Gourault.
Festival vegan de Calais :
la contre-manifestation
est annulée
De crainte que des casseurs ne se
joignent à leur mouvement qui se
voulait pacifiste, les opposants au
festival vegan de Calais ont annulé
leur contre-manifestation. Les
chasseurs et les artisans bouchers
devaient se réunir ce samedi
à 11 heures devant le lieu de ce
salon, le Forum Gambetta, pour
dénoncer « la violence » dont font
preuve les vegans à leur égard.
France : des prostituées
attaquent la loi pénalisant
leurs clients
Neuf associations, dont le Syndicat
du travail sexuel (Strass), et cinq
travailleuses du sexe ont déposé
mercredi un recours en justice
contre la loi « prostitution »,
adoptée en 2016, la jugeant
contraire à la Constitution.
En pénalisant leurs clients,
la loi a, selon les prostituées,
fait baisser leurs revenus et les
a obligées à exercer dans des
endroits plus isolés, les exposant
davantage aux agressions.
1
CITOYENNETÉ Des lycéens plus nombreux à être délégués de classe et à s’engager politiquement, des lycéennes davantage impliquées dans les activités du
lycée et les associations humanitaires…
La question de l’engagement politique et
citoyen, comme bien d’autres, fait apparaître des écarts entre les sexes. C’est
l’un des constats issus de l’étude publiée
ce 7 septembre par le Cnesco, le conseil
d’évaluation du système scolaire. « Ce
sont principalement les engagements à
l’âge scolaire qui fondent les engage-
ments civiques à l’âge adulte », souligne
l’instance, qui a mené une enquête sur
Les attitudes et engagements politiques
de lycéens *.
Si le militantisme politique (engagement dans un parti, un syndicat) est globalement en déclin chez les jeunes – il
concerne 12 % des élèves de terminale
—, les garçons restent davantage investis
dans le domaine (16 %) que les filles
(9 %). Ces dernières ne sont d’ailleurs
que 15 % à envisager, à terme, une candidature politique, contre 25 % chez les
garçons…
Pourtant, les jeunes filles, plus que les
jeunes hommes, expliquent qu’elles par-
C
CAROLINE BEYER £@BeyerCaroline
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO
12
SCIENCES
Cure d’austérité en chirurgie de l’obésité
Un rapport de l’Igas recommande de réduire le nombre d’établissements autorisés à ce type de procédure.
DAMIEN MASCRET £@dmascret
3 techniques de réduction gastrique
1
2
Vingt et une fois
plus d’opérations en
France depuis 1997
3
xcl
u
e
tiv
e
s
SURPOIDS Il y a tout juste deux ans, la
Anneau gastrique
Sleeve gastrectomie
Bypass
Haute Autorité de santé (HAS) avait inCréation d’une poche
Amputé des deux tiers,
Un anneau gastrique,
terrogé 501 établissements pratiquant de
haute, où passent les
l’estomac est réduit à un
ajusté par serrage, vient
la chirurgie bariatrique en France. Un bon
aliments, sur laquelle on
tube par lequel la nourriture
créer une poche qui réduit
tiers d’entre eux avaient accepté de réL’évolution est impressionnante.
raccorde l’intestin grêle
gagne plus vite l’intestin
le volume utile de
pondre. Après avoir mouliné ses indicaEntre 1997 et 2016, le nombre
en court-circuitant
l’estomac et donc celui
Estomac
teurs de qualité, la HAS concluait à « une
de séjours à l’hôpital enregistré
son début
de nourriture ingérable
prise préopératoire qui s’améliore (sur 3
dans les bases de données pour
ans, NDLR) mais encore insuffisante pour
une intervention (ou ré-intervention)
garantir la réussite de chaque opération ».
de chirurgie bariatrique est passé
de 2 800 à 59 300.
Le rapport que vient de rendre l’Ins« Les femmes représentent plus
pection générale des affaires sociales
Poche
de 80 % des patients opérés »,
(Igas) sur la situation de la chirurgie de
Poche gastrique
haute
l’obésité le dit en termes moins diplomanotaient en février dernier, dans
Boîtier
Anneau
tiques : « S’agissant d’un acte dont l’effila revue Études & statistiques,
sous-cutané Estomac
gastrique
restant
cacité a pour corollaire des effets potenPhilippe Oberlin et Christine
tiellement graves, il n’est pas acceptable
de Peretti, deux analystes de la
que la chirurgie bariatrique soit aussi peu
DREES (Direction de la recherche,
s
Estomac
Sé c r
ge
i
e
d
encadrée et suivie. »
des études, de l’évaluation et des
s
é
n
t
io
Po c h e
L’Igas émet 33 recommandations, esstatistiques). La part des hommes
timant qu’« au-delà de la chirurgie ba« stable à 13 % avant 2006, atteint
riatrique, il est indispensable de renforcer
20 % en 2016 », précisaient-ils.
la politique générale de prise en charge de
L’âge moyen des patients opérés
Partie de l’intestin
l’obésité » et en particulier de l’obésité
augmente. Il est passé de 39,8 ans
Vers l’intestin
Vers l’intestin
ne recevant
morbide (sévère) qui mériterait, estime
en 1998 à 41,6 ans en 2016.
plus d’aliments
Raccordement :
les rapporteurs, d’être reconnue comme
Très populaires il y a une dizaine
les aliments
« une maladie chronique faisant l’objet
d’années, les anneaux gastriques
Illustration : Sophie Jacopin
se mélangent aux
d’une prise en charge spécifique ».
(voir infographie ci-contre)
Infographie
sécrétions digestives
Pour mettre un peu plus la pression
représentent désormais moins de 4 %
sur l’État et compte tenu des enjeux de
des interventions contre 53,6 %
santé publique, l’Igas considère « indisen 2006. En revanche, les sleeve
tionnistes, coach sportif, etc. (nos édiCe rapport Igas met les autorités de
chirurgie bariatrique en 2015. Cepenpensable de s’assurer de la bonne mise en
gastrectomies, qui n’ont bénéficié
tions du 29 juin 2018). Actuellement,
santé au pied du mur : on ne peut pas en
dant, 192 d’entre eux effectuaient moins
œuvre du plan dans trois ans et de procéd’un codage spécifique qu’en 2010,
l’Igas estime que « la moitié des personmême temps faire de la lutte pour la
de 50 interventions par an et si le seuil
der simultanément à une réévaluation de
représentent aujourd’hui 58,5 %
nes opérées ne seraient pas suivies ou inqualité des soins une priorité de santé et
retenu par le ministère était fixé à 100 inla situation de la chirurgie bariatrique ».
suffisamment, alors que c’est une condine pas prendre les mesures que cela
des actes. Les bypass sont stables
terventions, il faudrait en ajouter 91 de
D’ailleurs, certaines mesures peuvent
tion pour prévenir certains risques et
implique. La balle est chez Agnès
plus, soit un total de 283 établissements
autour de 25 % depuis 2009.
D. M.
être prises immédiatement, comme la
optimiser les effets de la chirurgie ».
Buzyn. ■
qui ne pourraient plus réaliser ce type
restriction des établissements autorisés à
d’opération.
la pratiquer, comme cela a été fait dans la
À première vue, la proportion semble
chirurgie des cancers.
importante puisque cela représente deux
établissements sur trois,
« Afin de mieux encadrer
mais au total cela ne reprél’offre de chirurgie bariatrique
sente plus en 2015 que 8 %
et d’impliquer davantage les
des opérations réalisées
établissements dans l’accom(3 900 sur 47 937) si le seuil
pagnement et le suivi postopéminimum est fixé à 50 et
ratoire, la mission recomman22 % (10 382 sur 47 937) si le
de de soumettre cette chirurgie
seuil minimal est à 100 interà un régime d’autorisation
pratiquaient
multicritère inspiré de celui de la chirurgie bariatrique ventions par an. Tout cela
sans préjuger des critères de
la chirurgie des cancers, inen 2015
qualité requis par une réglecluant un seuil minimum de 50
mentation plus stricte qui
à 100 interventions par an. »
pourrait aussi invalider des établisseLa qualité et la sécurité des soins étant le
MARC CHERKI £@mcherki
ments en dépit d’une activité chirurgimantra de la HAS dont Mme Buzyn, l’accale supérieure au seuil retenu.
tuelle ministre de la Santé, fut présidente,
Cette évolution permettrait de
après l’avoir également appliqué lorsARCHÉOLOGIE Peu à peu, les connaisconcentrer les moyens sur les équipes les
qu’elle dirigeait l’Institut national du cansances progressent sur la fabrication
mieux formées et surtout d’améliorer
cer, la mesure pourrait bien entrer en
des premiers fromages de l’humanité.
l’avant (sélection des patients, indicaœuvre rapidement.
Des vestiges avaient déjà permis de dations chirurgicales bien posées) et
ter à 8 000 ans, au début du néolithique,
Les données quantitatives donnent
l’après-chirurgie : suivi régulier par une
la plus ancienne fabrication de fromage
déjà une idée des conséquences qu’aurait
équipe multidisciplinaire comprenant
de l’histoire, sur le site de Çatalhöyük,
une telle décision. Selon les données de
des spécialistes de l’éducation thérapeudans l’actuelle Turquie, où les premièla Caisse nationale de l’assurance-malatique, psychologues, diététiciens, nutrires fouilles remontent aux années 1960.
die, 441 établissements pratiquaient la
Pour l’Europe, en 2012, dans la revue
Nature, des preuves ont été apportées
Un des 47 récipients du néolithique retrouvés autour de Sibenik, en Croatie.
sur une première production de fromaTrois quarts d’entre eux étaient imprégnés d’acides gras, caractéristiques d’une
ges en Pologne il y a 7 500 ans. Cette
production de fromages. PHOTO PRINTED UNDER A CC BY LICENSE, WITH PERMISSION FROM
MUZEJ GRADA ŠIBENIKA 2018
fois, un groupe d’anthropologues, de
géochimistes, de chimistes et de physiciens américains et britanniques affirs’agit très probablement de lait de chècomplète l’ingénieur du CNRS qui n’a
ment avoir trouvé les premières traces
vre. De plus, une protéine qui vient
pas participé à ces travaux. De ce fait,
de production de fromage au bord de la
d’une bactérie, la brucella, a également
des os antiques, conservés dans un muMéditerranée, il y a 7 200 années. Cette
été retrouvée à l’intérieur des vieux vasée croate, ont été envoyés aux Étatsdécouverte, publiée dans la revue PLOS
ses. « La brucella doit être éliminée de nos
Unis pour effectuer la datation.
One le 5 septembre, a été obtenue après
jours dans les fromages pasteurisés, car
Mais d’autres fromages auraient pu
« des fouilles effectuées autour de la ville
sinon elle peut provoquer une maladie, la
être fabriqués dans les mêmes villages,
de Sibenik, en Croatie, il y a environ une
brucellose. Mais est-ce qu’elle a été utiliavant ceux datés autour de 5 200 ans
dizaine d’années », précise Clayton Masée pour la fabrication du fromage ou estavant notre ère. C’est en tout cas ce que
gill, géochimiste à l’université d’Édimce une contamination postérieure des
pense, à titre personnel, le géochimiste
bourg (Grande-Bretagne) et coauteur
échantillons ? », s’interroge Ricardo RoClayton Magill. Selon ce dernier, des
de l’article.
driguez de la Vega.
fromages plus anciens, qui auraient été
Des excavations dans deux villages
conservés dans des caillettes (morceaux
néolithiques de la côte dalmate, à Pod’estomac d’animaux), n’ont pas pu
krovnik et à Danilo Bitinj, ont permis
transmettre leurs artefacts jusqu’à notre
P o u r l a p r e m i è r e f o is,
de découvrir 47 récipients, dont les l e s c h e r c h e u r s o n t m i s
époque. Car ces restes organiques ont été
trois quarts étaient imprégnés d’acides
totalement dégradés au fil des siècles.
e
n
é
v
i
d
e
n
c
e
p
l
u
s
i
e
u
r
s
gras, caractéristiques d’une production
Mais certains scientifiques ne sont
de fromages et de produits fermentés f o r m e s d e c a s é i n e , q u i
pas convaincus par les analyses réalicomme des yaourts. Pour les chersées dans ces poteries dalmates. Rie s t l a p ri n c i p a l e p r o t é i n e
cheurs, les résidus lipidiques (ou les
chard Evershed et Mélanie Roffet-Sal« acides gras ») sont spécifiques de la d e s f r o m a g e s
que, spécialistes des produits laitiers du
RICARDO RODRIGUEZ DE LA VEGA, INGÉNIEUR
production de fromages.
néolithique, estiment que les mesures
DE RECHERCHE À L’UNIVERSITÉ PARIS-SUD
isotopiques pourraient aussi bien pro« L’article est très intéressant, estime
venir de restes de viande que de lait…
Ricardo Rodriguez de la Vega, ingénieur
de recherche à l’université Paris-Sud, à
La fermentation du lait en fromage
Quoi qu’il en soit, il est en revanche
Orsay (Essonne). Car jusqu’à présent,
aurait pu être obtenue par un processus
certain que la fabrication de fromage au
seules de petites molécules, telles que des
enzymatique (au moyen de bactéries)
néolithique pouvait avoir de nombreux
acides gras, avaient permis d’identifier la
ou à l’aide d’un acide. De son côté,
avantages. Elle aurait permis de conserfabrication de fromages. Or, pour la preClayton Magill indique qu’il y a sans
ver une source de protéines pendant
Vente aux enchères
www.artcurial.com
mière fois, les chercheurs ont mis en évidoute eu l’utilisation « d’un enzyme naune longue durée. Cette transformation
Jeudi 13 septembre 2018 - 14h
dence plusieurs formes de caséine qui est
turel ». Mais les travaux se poursuivent
du lait en fromage permet aussi de ré7 Rond-Point des Champs-Élysées
Contact:
75008 Paris
Laurie Matheson
la principale protéine des fromages. De
pour tenter de découvrir le mécanisme
duire fortement la quantité de lactose,
et Luc Dabadie
plus, cette dernière molécule peut être
le plus précis possible pour la producmal digéré par les adultes de ces réExposition publique
+33 (0)1 42 99 16 33
caractéristique du type de lait utilisé pour
tion de fromages.
gions, contrairement à leurs enfants qui
+33 (0)1 42 99 16 34
Mercredi 12 septembre 2018
la
fabrication
du
fromage,
à
savoir
de
n’avaient pas encore ce type d’intoléDe
plus,
la
datation
des
échantillons
vins@artcurial.com
12h – 17h
chèvre, de brebis ou de vache ».
rance. Ces restes témoignent également
au carbone 14 a été obtenue en étudiant
12 rue de Ponthieu 75008 Paris
d’un niveau accru de techniques, favoles autres vestiges biologiques, « comme
Dans le cas des vestiges trouvés en
risé par le développement de l’élevage
les os d’animaux qui ont été découverts
Croatie, en isolant les composants des
et la sédentarisation des populations. ■
dans la même strate archéologique »,
protéines, les chercheurs estiment qu’il
En Méditerranée, des traces
de fromage datant de 7 200 ans ?
441
établissements
A
VINS FINS &
SPIRITUEUX
Agrément cvv du 25/10/2001 - Commissaire-priseur : Stéphane Aubert
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération
Des chercheurs affirment avoir trouvé des résidus caractéristiques de lait
fermenté dans deux anciens villages de l’actuelle Croatie.
“
”
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 7 septembre 2018
SPORT
13
Avec un Areola
héroïque, les
Bleus accrochés
à Munich
Mis en difficulté en Allemagne (0-0),
les champions du monde ont malgré tout
été dignes de leur nouveau statut.
BAPTISTE DESPREZ £@BatDesprez
ENVOYÉ SPÉCIAL À MUNICH (ALLEMAGNE)
FOOTBALL Il est souvent difficile de redescendre sur terre quand on a touché
les étoiles. Les Bleus ont prouvé jeudi
soir, face à des Allemands accrocheurs
et dangereux, qu’ils en étaient capables
au regard du match nul décroché pour
leurs débuts en Ligue des nations (0-0).
Sans briller, les hommes de Deschamps
ont assuré l’essentiel. Ce qui n’est pas si
mal, tôt dans la saison. La réception des
Pays-Bas dimanche au Stade de France,
avec la présentation de la Coupe du
monde au public français, pourrait
même clôturer une semaine idéale en
cas de succès.
recette bleue reste la même
uLa
Sur le terrain, « DD » n’avait, sans
grand étonnement, réservé aucune
surprise dans son onze de départ. En
dehors de Lloris, remplacé par Areola,
les dix autres champions du monde alignés en finale le 15 juillet dernier étrennaient fièrement leur tunique à deux
étoiles avec une mentalité identique à
celle entrevue en Russie cet été. Signe
de la sérénité et de la confiance engrangées depuis leur épopée. Preuve aussi
de la marque de fabrique de cette équipe de France siglée « DD » et que l’adage du « on ne change pas une équipe qui
gagne… » reste plus que jamais d’actualité. La recette ? Un bloc défensif solide,
Kanté infatigable au milieu, des cadres
précieux bien que très loin de leur forme optimale (Pogba, Matuidi, Griezmann, Giroud) et Mbappé capable de
fulgurances (16e, 43e, 45e, 69e). Sur quasiment chaque ballon, le Parisien coupait le souffle d’un public bavarois at-
Déterminant à plusieurs reprises, Alphonse Areola a répondu à toutes les attentes pour sa première cape en sélection.
tentif au comportement de la pépite du
foot mondial. Et les Boateng, Hummels
ou Kimmich s’en méfiaient comme de
la peste. Au pays de Poutine, grâce aux
Bleus, l’international de 19 ans a bel et
bien changé de statut. «Il faut continuer, toujours aller plus haut», a-t-il
soufflé au micro de TF1 après la rencontre.
Areola sauve
uHéroïque,
la maison bleue
En face, les Allemands de Joachim Löw,
encore sous le choc et fébriles après
leur fiasco du Mondial, auraient pu,
avec plus de réussite, retrouver le goût
du succès devant leur public. C’était
sans compter sur un certain Alphonse
Areola qui, du haut de ses 25 ans, a repoussé tous les assauts et répondu à
toutes les attentes pour sa première
cape en sélection. C’est simple, en fin
de match, avec ses partenaires dans le
dur physiquement, il a pris ses responsabilités devant Reus (65e), Hummels
(72e), Muller (75e) ou Ginter (76e) entre
parades, détente sèche et sens du timing. Magistral. Pour le plus grand plaisir
de Didier Deschamps qui sait désormais
pouvoir compter sur le portier du Paris
SG, dont l’été ne semblait pas s’annoncer sous d’aussi bons hospices avec
l’arrivée de Gianluigi Buffon au sein de
la capitale. Encore un homme dont le
statut a changé et qui semble s’en départir avec une facilité déconcertante.
Ça s’appelle l’état de grâce. Pourvu que
ça dure un peu plus qu’en politique.
champions du monde
uLes
respectés et fêtés à Munich
Plus généralement, on voit la grandeur d’une équipe et du respect
qu’elle inspire dans les yeux et le
FRANCK FIFE/AFP
comportement de ses adversaires.
Jeudi soir à Munich, ce fut criant de
vérité. Et symbolique de la nouvelle
dimension prise par les Bleus. Il est
impossible de passer sous silence
l’hommage des Allemands envers les
nouveaux champions du monde. Que
ce soit Joachim Löw, ses joueurs ou le
public, l’estime fut totale et sincère
pendant 24 heures. Même le speaker
de l’Allianz Arena - subtilement parée des couleurs allemandes et françaises sur la façade - s’y est mis lors
de l’entrée des Français sur la pelouse
: « Félicitations et prenez bien soin de
la Coupe, car nous comptons bien la
retrouver un jour. » Une façon aussi
de rappeler que rien ne sera plus désormais pareil pour la bande à Varane, capitaine d’un soir. Aux Bleus
d’en être forts et dignes pendant
quatre ans. ■
Éprouvé par la chaleur, l’US Open est à bout de souffle
Djokovic, présent comme Nadal dans le dernier carré de Flushing Meadows, s’est plaint du manque d’air sous le toit du Central.
TENNIS Depuis son implantation dans le
Queens à la fin des années 1970,
l’US Open était une soucoupe violente.
Adorée ou redoutée. Indomptable. Traversée par les rafales de vent, secouée par
les manifestations intempestives des
spectateurs, l’épreuve se mangeait, se
buvait et se vivait bruyamment, rythmée
par le bal des avions de l’aéroport La
Guardia. C’était avant la pose d’un toit,
en 2016, sur le court Arthur-Ashe (puis
sur le court Louis-Armstrong, cette année) pour lutter contre les intempéries (la
finale ayant dû être décalée cinq années
de suite entre 2009 et 2013). Un habillage
qui a progressivement offert un autre environnement. En modifiant les conditions de jeu.
Cette année, l’édition (posée sur un
court plus lent multipliant les échanges)
sue à grosses gouttes et a, dès le départ,
regardé les joueurs tomber (douze abandons dans le tableau masculin, dont neuf
au 1er tour). Depuis, les visages se suivent
et se ressemblent, hébergent la fatigue,
l’accablement. L’US Open éprouve les
juniors, comme les joueurs confirmés.
Roger Federer, l’homme qui depuis deux
décennies joue sans effort et sans laisser
perler la moindre goutte de sueur, se déplaçait avec des semelles de plomb et
promenait un visage creusé lors de son
élimination en huitièmes de finale contre
l’Australien John Millman, avant de
confier, marqué : « Depuis que le toit est
installé, l’air ne circule plus dans le stade.
Ça en fait un US Open complètement diffé-
rent. Vous êtes trempé, les balles aussi, et
tout se ralentit alors que vous essayez de
frapper des points gagnants. J’avais l’impression de ne pas trouver d’air. Il n’y
avait aucun courant d’air. J’ai eu du mal
avec les conditions, l’humidité surtout,
c’est toujours un danger ici. C’est une des
premières fois que ça m’arrive. C’est désa-
Novak Djokovic, visiblement éprouvé par la chaleur suffocante qui règne sur le court,
mercredi, lors du quart de finale contre John Millman. FRANK FRANKLIN II/AP
gréable. Vous transpirez de plus en plus au
fil du match, et ça vous fait perdre de
l’énergie au fur et à mesure. À un moment
donné, j’étais juste content que le match
soit terminé… »
Un bain glacé
en cours de match
Plus tôt dans le tournoi (1er tour), Novak
Djokovic et le Hongrois Marton Fucsovics avaient en cours de match partagé
un bain glacé. John Millman a, dans le
deuxième set de son quart de finale perdu
contre Novak Djokovic (6-3, 6-4, 6-4),
été autorisé à aller se changer de la tête
aux pieds, arguant d’une sueur excessive
et de conditions glissantes, dangereuses
en raison de la chaleur et de l’humidité (à
Melbourne, c’est la chaleur sèche qui accable). « Je n’ai jamais autant transpiré
qu’ici, c’est incroyable. Je dois prendre au
moins 10 tee-shirts par match ! Et au bout
de deux jeux, je suis trempé. De jour comme de nuit, il n’y a pas d’air du tout. On se
croirait dans un sauna. C’est fantastique
d’avoir un toit. La pluie n’interrompt pas
les matchs. Mais avec tous les abandons
qu’il y a eus au 1er tour, et tous les joueurs
qui ont du mal à respirer, en particulier sur
le court Arthur-Ashe où l’air ne circule pas
du tout, surtout au niveau du court, je pense que c’est quelque chose à quoi il faut ré-
Cyclisme : Geniez gagne
et chute sur la Vuelta
Alexis Loison et Erwan Tabarly étaient cités parmi les favoris de la Solitaire Urgo Le Figaro.
Mais, dès l’issue de la deuxième étape en Galice, leurs espoirs de victoire se sont envolés.
ENVOYÉ SPÉCIAL À PORTOSIN (ESPAGNE)
VOILE Alors qu’ils en sont à vingt-neuf
participations à eux deux, ils souhaitaient, au départ du Havre le 26 août dernier, honorer leur contrat de la plus belle
des manières. Las ! La Solitaire Urgo Le
Figaro, qui leur échappe depuis tant
d’années, répète une fois encore l’antienne de leur comédie humaine. Sauf
péripétie incroyable, leurs chances de
décrocher enfin la timbale sont réduites
à peau de chagrin. La course au temps est
devenue une course à l’échalote.
Avec une heure cinquante de retard
sur le leader actuel, Sébastien Simon
(Bretagne-CMB Performance), le Cher-
bourgeois Alexis Loison (Custo Pol) ne se
fait plus d’illusions. L’affaire est pratiquement entendue, bâchée. Même s’il
s’accroche à certaines performances du
passé, il veut garder les pieds sur terre
après avoir marché de travers sur l’eau.
« Il n’y a pas une Solitaire comme une
autre. En 2015, Xavier Macaire avait récupéré une heure trente sur Yann Éliès
avant d’être finalement déclassé. Comme
ils sont seize devant moi, il faudrait que je
gagne une heure sur eux à chaque étape
qu’il reste. Et ce ne sont pas des petits rigolos. J’ai toujours eu un profil d’attaquant et je n’ai pas l’intention de changer
d’attitude, surtout dos au mur. Mais
quand cela ne paye pas… On a toujours
des regrets après une contre-performance. Si l’option de passer Ouessant par
l’Ouest avait fonctionné, je l’aurais regrettée si j’étais resté dans le peloton. Il y
a souvent des bons coups mais aussi des
mauvais. Maintenant, refaire le match ne
sert à rien. Il faut savoir aller de l’avant. »
Un golfe de Gascogne au près
Frère de la côte dans la même bévue
avant d’entamer la traversée du Gascogne pour rejoindre la Ria de Muros y
Noia, le Breton Erwan Tabarly (Armor
Lux), 18e à 2 h 08 du meneur de la patrouille, sait que cette course à nulle
autre pareille demande de raison garder. Et ce n’est pas la première fois qu’il
doit accepter de perdre gros . « Il est certain que, pour la victoire finale, c’est cuit.
Mais j’ai connu pire. Lors d’une étape à
Dingle, en Irlande, j’étais resté planté une
Simple dames, quarts de finale : Keys (E-U/14) bat
Carla Suarez (Esp/30) 6-4, 6-3 ; Osaka (Jap/20) bat
Tsurenko (Ukr/36) 6-1, 6-1 ; demi-finales dames, la
nuit dernière : S. Williams (E-U/ 17)-Sevastova
(Let/19), Keys (E-U/14)-Osaka (Jap/20).
Simple messieurs, quarts de finale : Nishikori
(Jap/21) bat Cilic (Cro/7) 2-6, 6-4, 7-6 (7/5), 4-6, 64 ; Djokovic (Ser/6) bat Millman (Aus/55) 6-3, 6-4,
6-4; demi-finales messieurs , dans la nuit de
vendredi à samedi (à partir de 22 h, Eurosport) :
Nishikori (Jap/21)-Djokovic (Ser/6), Nadal (Esp/1)Del Potro (Arg/3).
EN BREF
La Solitaire des illusions perdues
SERGE MESSAGER smessager@lefigaro.fr
fléchir, qu’il faut prendre en considération
et dont il faut s’occuper », a résumé Novak
Djokovic après un succès lui ouvrant les
portes d’une 11e demi-finale à New York.
En début de tournoi, l’Argentin Leonardo
Mayer avait lancé, alarmiste : « Tant
qu’un joueur ne sera pas mort, ils [les organisateurs] n’arrêteront pas. Je pense
que nous ne devrions plus jouer cinq sets. »
Sur New York, les prévisions météorologiques sont, pour la fin du tournoi, annoncées moins extrêmes. Dans les années à venir, en revanche… Wimbledon,
doté d’un toit depuis 2009 sur le Center
Court (le court n° 1 sera équipé en 2019),
et le court Philippe-Chatrier à RolandGarros (pour l’édition 2020) ouvriront de
nouvelles perspectives, sans éteindre les
polémiques, pas uniquement celles tournant autour de la chaleur. ■
douzaine d’heures devant la baie de l’arrivée. À mi-parcours, se flageller et penser faire le reste de la course en convoyage serait idiot. L’objectif d’être dans les
dix, voire mieux, reste encore jouable
pour moi. Car la troisième étape qui part
samedi vers Saint-Gilles-Croix-de-Vie
va être compliquée. Nous allons retraverser le golfe de Gascogne avec du près.
Donc avec des bords à tirer dans du petit
temps ou du médium pendant plus de trois
jours. Tout le monde sait que ce type de
conditions crée souvent des écarts. »
Ayant connu les splendeurs et misères des courtisans de la Solitaire, ces
deux marins feront en sorte d’être aux
avant-postes sur le troisième tronçon
de 440 milles annoncé. Pour redorer
leur orgueil un tout petit peu écorné. ■
Le Français Alexandre Geniez
(AG2R La Mondiale) a remporté
jeudi la 12e étape du Tour
d’Espagne en réglant au sprint
ses compagnons d’échappée près
du phare d’Estaca de Bares
(Galice), où l’Espagnol Jesus
Herrada (Cofidis) s’est emparé
du maillot rouge de leader. Geniez
a néanmoins connu une frayeur
en chutant juste après le passage
de la ligne. C’est sa 3e victoire
d’étape sur la Vuelta après 2013
et 2016 et une belle revanche après
son exclusion de l’édition 2017
pour s’être accroché à sa voiture.
Volley : le club de Paris
menacé de disparition
Le Paris Volley, 9 fois champion
de France depuis sa création
en 1998, pourrait déposer le bilan
en fin de semaine suite à un déficit
de trésorerie de 300 000 euros.
C
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 7 septembre 2018
LE CARNET DU JOUR
14
Les annonces sont reçues avec justification d’identité
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Pierre-Yves TRÉMOIS
01 56 52 27 27
de l'Académie des beaux-arts,
dédicacera son livre
Trémois catalogue raisonné
(éditions Monelle Hayot),
textes d'Yvan Brohard,
par télécopie
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par courriel : carnetdujour@media.figaro.fr
en nos bureaux : 14 boulevard Haussmann, 75009 Paris,
sur notre site : www.carnetdujour.lefigaro.fr
les samedi 15
et dimanche 16 septembre 2018
de 15 heures à 17 heures,
à l'Institut de France,
23, quai de Conti, Paris (6e),
lors des Journées du patrimoine.
Mme Jean Burnod,
née Brigitte Duval-Arnould,
son épouse,
Roselyne et Alain Jaumouillé,
Véronique Burnod,
Florence et Thierry Beaugé,
Isabelle et Thierry Petitclerc,
Béatrice et Jérôme Fannius,
François et Christine Burnod,
Nathalie et Philippe Cloüet,
ses enfants,
ses 31 petits-enfants,
ses 19 arrière-petits-enfants
Jacques Godfrain,
président de la
Fondation Charles de Gaulle
a la grande tristesse
de vous faire part du décès de
l'amiral François FLOHIC
ancien aide de camp
du général de Gaulle,
membre de la convention de la
Fondation Charles de Gaulle.
Naissances,
Saint-Valentin,
Commémoration, Souvenirs,
Adoptions,
Noces,
Signatures,
Baptêmes,
Fiançailles,
Communications
diverses,
Vœux,
Mariages,
Conférences,
Deuils,
Anniversaires,
Thèses,
Condoléances,
Centenaires,
Portesouvertes,
Remerciements,
Ordination,
FêtedesMères,
Distinctions,
FêtedesPères,
Nominations,
Messeset
anniversaires,
Vœux
monastiques.
Officesreligieux,
Départsenretraite, Prised’habit,
Jubilé,
Jubilésacerdotal,
Catherine
de Cussac Bouchard,
Bénédicte et Michel Toumelin,
Eric et Marie-Laure Bouchard,
Muriel de Villepin Bouchard,
Nicolas (†) et Aurélie
Bouchard Marconnet,
Martine et Vincent Legris,
ses enfants,
ses 23 petits-enfants
et ses 13 arrière-petits-enfants
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de
Anne-Marie BOUCHARD
née Hodez,
le 4 septembre 2018,
dans sa 92e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 10 septembre,
à 15 heures, en l'église
Saint-André de Reims.
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www.dansnoscoeurs.fr
Téléphone abonnements
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Véronique et Christian Etienne,
Béatrice Lemaitre (†),
Antoine et Catherine Branchu,
Xavier Branchu (†),
Anne Branchu,
Rémi Branchu (†),
le père Denis Branchu,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Claude BRANCHU
ancien président
de l'Amicale des chefs
d'établissement de la Poste,
Mariage
Faites paraître votre annonce
dans le carnet du jour
survenu le 4 septembre 2018,
à l'âge de 90 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce vendredi 7 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Consolation,
à Orléans.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Brigitte, Christian et Joëlle,
ses enfants,
Jean-Pierre, Marie-Hélène
et Guillermo,
leurs conjoints,
Charles et Louise,
ses petits-enfants,
Arlette Arnaud,
sa sœur,
toute sa famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Françoise DEVEAUD
née Arnaud,
survenu le 3 septembre 2018,
à l'âge de 91 ans.
... et recevez Le Figaro gracieusement
pendant 3 mois
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La cérémonie religieuse
sera célébrée dans la crypte
de l'église Sainte-Jeanne-d'Arc,
place Elisabeth-Brasseur,
à Versailles,
ce vendredi 7 septembre 2018,
à 10 h 15.
L'inhumation aura lieu
au cimetière Nord de Reims,
le lundi 10 septembre 2018,
à 14 heures.
Cet avis tient lieu de faire-part.
31, rue de Beauvau,
78000 Versailles.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le mardi 11 septembre,
à 9 h 30, en l'église
Saint-François-de-Molitor,
44, rue Molitor, Paris (16e),
suivie de l'inhumation
à 16 h 30, au cimetière Nord
de Saint-Pierre-en-Port
(Seine-Maritime).
ses petits-enfants,
son arrière-petit-fils
ainsi que l'ensemble
de sa famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
née de Malibran,
survenu à l'âge de 84 ans.
Aurélia, Samantha et Julien,
ses enfants,
Louis, son petit-fils,
Sylvie Lesouëf,
sa sœur,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 8 septembre 2018,
à 10 heures,
en l'église de Demigny.
Fleurs naturelles uniquement.
Mme Henry Crabos,
née Marie-Christine
Boss Colbert,
son épouse,
Magali et Fabien, Sébastien,
Gabriel, Alexandre,
ses petits-enfants,
Maddie et Mia,
ses arrière-petites-filles,
ont le chagrin
de vous annoncer le décès,
le 2 septembre 2018, de
Henry CRABOS
Le culte sera célébré
le samedi 8 septembre,
à 11 heures,
dans la salle Edouard-Herriot
du crématorium
du cimetière de la Guillotière,
228, avenue Berthelot,
à Lyon (8e).
remerciements
Victot-Pontfol. Caen.
Lors du décès de
Jérôme DUPONT
sa famille a été profondément
émue par votre chagrin,
très sensible à vos signes
de sympathie et t ouchée
par votre présence massive
et recueillie au cours
de la cérémonie d'hommage
à Jérôme.
Ces manisfestations d'affection
à son égard et au nôtre, nous
ont apportés un profond
réconfort.
Nous vous en sommes
sincèrement reconnaissants.
Cet avis tient lieu de faire-part.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Maurice Mane,
Christine GARDEL
née Lesouëf,
survenu le 2 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 11 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Pierre-Saint-Paul,
à La Celle-Saint-Cloud.
Marie-Catherine, François,
Guillaume, Anne-Laure,
ses enfants,
Didier Lombaert,
son frère,
et toute la famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
Alain LOMBAERT
survenu le 29 août 2018.
Olivier et Lindinalva Crabos,
Etienne et Sylvie Crabos,
ses enfants,
Orléans.
Les annonces sont reprises sur
survenu le 4 septembre 2018,
à l'âge de 97 ans, à Versailles,
muni des sacrements
de l'Église.
Florence et Kéa Suon,
Isabelle et Dominique Drouet,
Fabrice et Cécile Parodi,
ses enfants et leurs conjoints,
Magdeleine PARODI
ont la tristesse de faire part
du décès de
Jean BURNOD
deuils
Demigny (Saône-et-Loire).
9, rue Anatole-France,
94300 Vincennes.
Mavilly-Mandelot
(Côte-d'Or).
Mme Laure Henry,
son épouse,
Mme et M. Laurent Henry,
sa belle-fille et son fils,
Louis-Anne
Henry de Clermont-Tonnerre,
son petit-fils,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Jean-Louis HENRY
La cérémonie religieuse
aura lieu
le mardi 11 septembre 2018,
à 15 heures, en l'église
de Mavilly-Mandelot.
Cet avis tient lieu de faire-part.
mccrabos@gmail.com
Vaubadon (Calvados).
L'abbé Eric Simonot,
Chantal Destouches,
Sophie Heidemann
font part du rappel à Dieu de
Madeleine SIMONOT
née Géghre,
veuve du
chef de bataillon
Olivier Simonot
le 4 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église de Vaubadon,
le samedi 8 septembre 2018,
à 11 heures.
M. et Mme Jean Mane
et leurs enfants,
Mme Françoise Mane
et ses enfants,
M. et Mme Michel Mane
et leurs enfants
remercient très sincèrement
toutes les personnes qui,
par leur présence, leur envoi
de fleurs et leurs messages
de sympathie se sont associées
à leur chagrin lors du décès de
M. Maurice MANE
La famille remercie
tout particulièrement ceux
et celles qui l'ont accompagné
avec leurs soins
et leur affection.
souvenirs
Il y a deux ans,
le 7 septembre 2016,
Luce GLASER
née Demornex,
nous a quittés.
Tu n'es plus là où tu étais
mais tu es partout là où je suis.
Victor Hugo.
offices religieux
Le Beth Loubavitch
a le plaisir de vous adresser
ses meilleurs vœux de
Daniel, son mari,
Corinne, Alexandra, Sébastien,
ses enfants,
sa belle-fille et ses gendres,
ses dix petits-enfants
ont la douleur
de faire part du décès de
Marie-Françoise FISCHER
née Rousselle,
M. Louis Joseph Huré,
son époux,
M. et Mme Guillaume Huré,
M. et Mme Etienne Huré,
M. et Mme Arnaud Lebrusque,
M. et Mme Yves de Parseval,
ses enfants,
Mathilde, Thibaud,
Pierre-Louis, Raphaëlle,
Jean, Louis,
Henri, Marguerite, Françoise,
Hubert, Thomas,
ses petits-enfants,
qui s'est endormie
dans la paix du Christ, munie
des sacrements de l'Église,
le 3 septembre 2018.
ont la tristesse
de faire part du rappel à Dieu,
le 4 septembre 2018, de
L'inhumation a eu lieu
le mercredi 5 septembre 2018,
dans le caveau familial,
au cimetière de Pionsat
(Puy-de-Dôme).
Mme Louis Joseph HURÉ
Une messe de requiem
sera célébrée
le jeudi 13 septembre,
à 19 heures,
dans la crypte de l'église
Saint-Ferdinand-des-Ternes,
Paris (17e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Priez pour elle.
50, boulevard Murat,
75016 Paris.
6, place Tristan-Bernard,
75017 Paris.
née Charlotte
Benoist d'Anthenay.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce vendredi 7 septembre,
à 14 heures,
en l'église de Darcey
(Côte-d'Or),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Darcey.
Ni fleurs ni couronnes.
Des prières et des messes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Chana Tova
Vigeois (Corrèze).Versailles.
une bonne et douce année 5779.
Les familles Tocanne, Maligne
ainsi que ses amis
La Fondation
Chmouel et Bassie Azimov
vous informe que
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Mme Simone TOCANNE
née Roget,
survenu à l'âge de 88 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 11 septembre 2018,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Symphorien
de Versailles, suivie
de l'inhumation au cimetière
de Montreuil-Versailles.
Ni fleurs ni plaques.
Une pensée est demandée
pour son époux,
Maurice
décédé le 1er janvier 2000.
La famille remercie par avance
toutes les personnes
qui prendront part à sa peine,
ainsi que le personnel
de l'Orpea, à Limoges,
pour son dévouement
et sa gentillesse.
Roch Hachana
aura lieu du dimanche 9 au
mardi 11 septembre 2018 :
- veille du 1er jour,
le dimanche 9 septembre,
allumage des bougies,
à partir de 19 h 59,
- veille du 2e jour,
le lundi 10 septembre,
allumage des bougies,
à partir d'une flamme
existante, après 21 h 02
(horaires pour l'Ile-de-France).
N'oubliez pas de vous rendre
dans votre synagogue
pour écouter les sonneries
du Choffar lundi et mardi.
L'allumage des bougies
de Chabbat avec bénédiction
deux bougies pour
les femmes mariées, une bougie
pour les jeunes filles, se fera
ce vendredi 7 septembre 2018,
avant 20 h 03, à partir d'une
flamme existante
(horaire pour l'Ile-de-France).
Le respect des lumières
de Chabbat conduira
aux lumières de la Rédemption.
Renseignements
Beth Loubavitch : 01 45 26 87 60.
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LE FIGARO
vendredi 7 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
15
JEREMY SUYKER/ITEM
REPORTAGE
Le buste de Lénine devant la Maison de conseils, à Tiraspol, capitale de la Transnistrie. Malgré son étiquette de dernier bastion communiste, le pays profite de l’accord de libre-échange entré en vigueur en 2016 entre la Moldavie et l’UE.
La Transnistrie se tourne
lentement vers l’Europe
A
u premier abord, le bâtiment n’a
rien d’exceptionnel. Grand, blanc
et rectangulaire, il ressemble à
n’importe quelle autre usine soviétique. La peinture s’écaille un
peu en haut des murs, et on pourrait presque le dire abandonné.
Mais dès qu’on ouvre la porte, on entend un ronronnement insistant surgir du bout du couloir. Dix
mètres plus loin, l’atmosphère est bien différente.
Dans une grande salle blanche, des dizaines de machines blanches filent des mètres et des mètres de
coton, créant des énormes bobines de fil blanc. Elles
traverseront encore deux hangars pour être affinées, transformées, tissées, teintes, et, enfin, ressortir sous forme de drap ou de taie d’oreiller.
Nous sommes à Tirotex, une usine de textile de la
banlieue de Tiraspol, « capitale » de la Transnistrie
- ou officiellement « République moldave du
Dniestr », du nom de la rivière qui délimite sa frontière ouest. Une étroite bande de terre de 4 000 km2
à l’est de la Moldavie, qui a fait sécession de cette
dernière en 1991, au moment où l’URSS s’effondrait.
L’État a gagné une indépendance de facto après un
bref conflit armé, et vit depuis une existence non
reconnue par la communauté internationale.
Modèle d’intégration verticale, l’usine reçoit du
coton brut, et effectue toutes les étapes, jusqu’à obtenir des draps, serviettes ou nappes, emballées et
prêtes à l’emploi. La plus grande partie du processus
- du filage à l’empaquetage, en passant par l’impression au laser - est automatisée. « Dans toute
l’Europe et dans tout l’espace post-soviétique, il n’y a
pas une seule usine similaire à la nôtre », énonce
fièrement Andreï Mezhinsky, le directeur de l’entreprise. Et de mettre en valeur sa production annuelle de 4 à 5 millions de mètres de tissus, dont
70 % partent vers le marché européen - principalement l’Italie, mais aussi l’Allemagne, la France et les
pays scandinaves.
L’exemple est parlant. Malgré son étiquette de
dernier bastion du communisme, le petit territoire
sur la rive gauche du Dniestr change. Bien sûr, le
pays est encore une image d’Épinal de la ville soviétique parfaite. Décor digne de la Russie des
années 1980, Tiraspol impressionne par ses immeubles communistes aux appartements serrés les
uns contre les autres et par ses débordements de
propagande - des panneaux à la gloire de l’indépendance chèrement gagnée contre la Moldavie
et des squares célébrant la victoire de 1945 contre
l’ennemi allemand émaillent la ville. Des soldats
russes - présents depuis le confit de 1991 - arpentent les rues d’un air ennuyé, et une impressionnante statue de Lénine se dresse à plusieurs mètres
de hauteur devant le Parlement. Quant au drapeau
national, c’est le dernier au monde à arborer encore la faucille et le marteau, symbole de l’Union
soviétique.
50 km
République
sécessionniste
de Transnistrie
Dn
ies
Moldaves
tr
Russes
31,9 %
30,4 %
28,8 %
MOLDAVIE
Chisinau
ROUMANIE
Ukrainiens
Tiraspol
UKRAINE
Odessa
Mer Noire
Source : Reuters
Mais cela n’empêche pas le pays d’exporter de
plus en plus vers l’Ouest. Du textile, mais aussi du
cognac et du caviar, qui profitent de l’accord de libre-échange entré en vigueur en 2016 entre la Moldavie et l’UE. Chiffre significatif, la part des exportations transnistriennes partant vers l’UE a atteint
37 % en 2017, passant devant la part destinée au
grand frère russe. Et les autorités ne comptent pas
s’arrêter là : début juin, elles ont invité tous les ambassadeurs des pays de l’UE présents en Moldavie à
venir visiter une sélection de leur fleuron industriel.
Il y avait Tirotex bien sûr, mais aussi Aquatir, qui
produit 5 tonnes de caviar par an, conforme aux
normes internationales ISO selon son site Internet.
Plus à l’Ouest, Intercentre Lux se targue de produire
des vêtements pour Prada, Armani, Moncler, Burberry, Peuterey et Calvin Klein.
L’export vers l’Union européenne se fait par un
tour de passe-passe : la Transnistrie n’étant pas reconnue par la communauté internationale, les biens
doivent être estampillés « Made in Moldova ». « Environ 70 % des exportations moldaves vers l’Europe
proviennent en fait de Transnistrie », affirme
Alexandre Skoulios, président de la Chambre de
commerce et d’industrie France-Moldavie. La Moldavie, dont l’économie est vacillante et dont les capacités industrielles sont beaucoup plus faibles que
celles de sa région séparatiste, a elle-même beaucoup à gagner à cette situation. Les entreprises
transnistriennes doivent en effet s’enregistrer à
Chisinau, la capitale moldave, et y payer des impôts.
« Une petite révolution »
Ce rapprochement discret ne s’arrête pas au domaine économique. Une série d’accords, négociés
sous l’égide de l’Organisation pour la sécurité et la
coopération en Europe (OSCE), sont en train d’entrer en vigueur. Ils visent à résoudre des questions
pratiques, mais revêtent aussi une forte portée
symbolique, et soulignent une certaine mainmise de
Chisinau sur son territoire séparatiste.
Ainsi, à partir du 1er septembre, les voitures immatriculées en Transnistrie pourront circuler en
Moldavie et dans l’UE. À condition d’avoir été homologuées dans la province séparatiste par des officiels moldaves, et d’arborer un autocollant « MD »
(Moldavie) sur le coffre arrière. « Cela veut dire que
des fonctionnaires moldaves vont travailler en territoire transnistrien - une petite révolution en soi », insiste un diplomate occidental. Avant le début de
l’hiver, les habitants de la Transnistrie devraient
pouvoir accéder à nouveau au réseau de télécommunication moldave, sous réserve de licences spéciales délivrées par Chisinau. Depuis juillet, des fermiers moldaves ont pu réaccéder à leurs terres en
Transnistrie, dont ils avaient été expulsés durant les
affrontements armés de 1991. Et depuis ce printemps, les diplômes de l’université de Tiraspol sont
Ce territoire, ici, appartient à la Russie.
Avec la Moldavie, nous ne serons jamais
en sécurité
»
ANDREÏ MEZHINSKY, DIRECTEUR DE L’USINE DE TEXTILE TIROTEX, À TIRASPOL
reconnus dans l’UE, à condition d’avoir reçu une
apostille officielle de Chisinau - un programme
Erasmus a même été mis en place avec l’université
de Navarre, en Espagne. Alina Brobeve, chargée des
relations internationales de l’académie, affirme
vouloir développer les échanges avec le reste de
l’Europe, tout en admettant que la langue - tous les
cours sont en russe - constitue un problème.
Au vrai, Tiraspol n’a pas vraiment le choix. Même
s’il continue à être soutenu par Moscou, qui verse
10 dollars par mois à chaque retraité, le régime se
retrouve hors de la sphère d’influence de Moscou
depuis le basculement pro-UE de l’Ukraine. « Le
temps de la Transnistrie est compté », résume un
banquier en poste à Chisinau.
« Les mains liées »
L’Union européenne profite de la situation pour
jouer de la carotte et du bâton. Carotte : le budget
européen finance une bonne centaine de projets en
Transnistrie dans le cadre des « mesures de
confiance » - par exemple l’office du tourisme
ouvert à Tiraspol l’année dernière. Les montants alloués sont variables, mais certains projets dépassent
les 200 000 euros. Bâton : Bruxelles a monté une
mission avec des douaniers moldaves et ukrainiens
pour contrôler la frontière avec l’Ukraine, et assurer
le verrouillage complet de la région.
La fin de la Transnistrie n’est cependant pas pour
demain. Malgré les avancées célébrées par l’OSCE,
rien ne bouge au niveau politique. La Moldavie
continue de réclamer la « réintégration » du territoire, sans s’accorder en interne sur le niveau
d’autonomie qui pourrait lui être accordé. De son
côté, Tiraspol défend encore fièrement son indépendance.
« Il est vrai que depuis un ou deux ans la Transnistrie s’est ouverte davantage », reconnaît Vitali Ignatiev, le ministre des Affaires étrangères de ce pays.
« Mais parce que nous avons les mains liées. » Dans
son bureau au centre de Tiraspol, où trônent une
photo de Lénine et une horloge reprenant la silhouette de la péninsule de Crimée, il dénonce les
« restrictions » et les « blocus » dont son pays fait
l’objet - la non-reconnaissance des diplômes, l’interdiction d’exporter vers l’Europe sans payer de
taxe à Chisinau, ou encore l’impossibilité pour les
véhicules immatriculés en Transnistrie de circuler
en Moldavie ou dans l’UE. « Notre but n’est pas de
construire de liens plus forts avec la Moldavie, mais
seulement de résoudre les problèmes rencontrés par
les gens ordinaires », affirme-t-il. « Les premiers résultats que nous avons eus montrent que c’est la bonne
stratégie. »
Dans l’usine Tirotex, Andreï Mezhinsky fait la
liste des foires et expositions européennes où il présente ses produits, quand on l’interroge sur le futur
politique de la Transnistrie. Il s’interrompt, et va
chercher une photo en noir et blanc posée sur son
bureau - son grand-père, qui a combattu avec le
tsar Nicolas II durant la guerre russo-japonaise de
1904, et y a perdu une jambe. « Ce territoire, ici, appartient à la Russie. Avec la Moldavie, nous ne serons
jamais en sécurité ». Même dans le fleuron industriel
de la rive gauche du Dniestr, la rhétorique guerrière
n’est jamais loin. ■
A
Envoyé spécial à Tiraspol
Depuis que son voisin
ukrainien
s’est rapproché
de l’Union européenne,
la république séparatiste
de Transnistrie se tourne
vers l’UE pour survivre.
Mais elle reste opposée
politiquement à toute
forme de rattachement
avec la Moldavie, dont
elle s’est séparée en 1991.
Infographie
Jean Comte
£@JeanComte
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Ne tombons pas dans le piège européiste de Macron
européisme
d’Emmanuel Macron
relève de la pensée
magique. Sa feuille de
route est un concentré
chimiquement pur
de la doxa dominante à Bruxelles depuis
les années 1980. C’est pourquoi il plaide
pour une poursuite de l’élargissement
de l’UE aux Balkans et de l’espace
Schengen à la Roumanie et à la Bulgarie,
l’instauration d’un budget de la zone
euro alimenté par un impôt européen,
la formation de diverses agences
et autres bidules intégrés, l’affirmation
des juges supranationaux, la création
d’un mécanisme automatique d’accueil
et de répartition des migrants, et même
la disparition du siège permanent
français au sein d’une Commission
européenne reconfigurée.
Ce fétichisme européiste présente
un léger défaut de conception : il ne
convainc quasiment personne parmi
les chefs d’État et de gouvernement
de l’Europe. M. Macron rêvait de fonder
une République européiste en marche.
Quelques mois plus tard, il se retrouve
en marge des nations européennes,
qui rejettent légitimement
le fédéralisme sans frontières
dont il se veut le prophète.
Partout les peuples se réveillent,
car ils ouvrent les yeux
Pour le député LR, la bataille binaire
sur la réalité : la théorie
entre le camp du « progrès »
européiste se révèle, en pratique,
et celui de la « régression » que voudrait contraire à l’intérêt
installer le président de la République
des Européens. Soumise
est une fausse alternative.
à tous les vents, l’UE a oublié
DESSINS CLAIREFOND
L’
GUILLAUME LARRIVÉ
ce pour quoi elle avait été constituée :
protéger les peuples d’Europe en
affirmant une puissance continentale.
Au fil des années, l’Europe a manqué
le rendez-vous avec les grands sujets
qui engagent l’avenir des Européens.
Ainsi, les États de l’UE se sont comportés
comme s’ils pouvaient bénéficier des
dividendes de la paix au moment même
où l’insécurité globale a appelé, partout
ailleurs, un réarmement régalien des
nations. Et cette faiblesse militaire ne
signifie pas, pour autant, que l’Europe
ait fait le choix de la puissance civile.
L’UE ne défend pas suffisamment nos
intérêts économiques dans le monde,
parce qu’elle prétend être le meilleur
élève de la mondialisation et qu’elle crée
des règles qu’elle est la seule à s’imposer.
Elle s’est ainsi révélée incapable
de protéger le continent dans la
compétition commerciale, industrielle,
agricole et technologique brutale que
lui livrent les puissances américaines
et asiatiques.
En Europe, le dogme de la concurrence
et l’aboulie bureaucratique empêchent
la constitution de champions européens
tout en ouvrant nos marchés publics
à des rivaux qui, eux, prennent soin
de fermer les leurs. La naïveté coupable
de l’UE et l’absence de réciprocité qu’elle
tolère ont pour conséquence de fragiliser
les consommateurs et plus encore
les salariés européens. Parallèlement,
l’environnement réglementaire et fiscal
de l’UE n’a pas permis l’émergence,
sur notre continent, de l’équivalent
des GAFAM ou des BATX : pendant
LAURENT RUQUIER
LES GROSSES TÊTES 16H-18H
© William BEAUCARDET/RTL
A
ON A TELLEMENT
DE CHOSES À SE DIRE
que les géants de l’intelligence artificielle
sont américains ou chinois, l’Europe
accueille aujourd’hui moins de 2 %
de la capitalisation mondiale
des entreprises numériques.
L’UE a ainsi réussi la triste performance,
dans les deux premières décennies
du nouveau siècle, de rester un nain
digital, colonisé par des plateformes
extérieures venant puiser chez nous leurs
matières premières, c’est-à-dire
les données personnelles passivement
produites par les Européens.
Plus gravement encore, l’UE est restée
prisonnière du dogme absolu de la libre
circulation des personnes : elle a failli
dans sa mission de protection des
frontières extérieures et subit désormais
l’accélération d’une immigration
massive de peuplement, dont les réalités
démographiques de l’Afrique ne font
qu’accentuer le rythme et le volume.
De tout cela, M. Macron ne comprend
pas les grands dangers. Et il insulte
désormais les peuples qui ont le mauvais
goût de ne pas partager ses chimères.
C’est ainsi qu’il ose dénoncer,
dans l’aspiration légitime des nations
d’Europe à défendre leurs frontières
et à préserver leur mode de vie,
une « lèpre qui monte ». Cyniquement,
il veut installer l’idée d’une bataille
binaire entre le camp du progrès
et celui de la régression : moi ou
le chaos, la lumière ou les ténèbres.
De fait, les eurobéats sont aujourd’hui
les meilleurs agents électoraux des
europhobes, tant le ressentiment antieuropéiste pollue le sentiment européen.
La responsabilité de la droite,
aux côtés de Laurent Wauquiez,
est de refuser le piège macroniste.
Dans les mois qui nous rapprochent
des élections au Parlement européen,
nous proposerons, dans l’intérêt
national, une ligne euroréaliste :
celle qui rassemble les patriotes
voulant réinventer notre coopération
avec les nations d’Europe. Le progrès
ne viendra pas des macronistes
européistes, mais des Républicains
européens parce que patriotes.
Stop aux écologistes
apocalyptiques !
et d’énergie va entraîner la fin de notre
civilisation. Les théoriciens de ce collapsus
écologique comme le Mouvement pour
l’extinction volontaire de l’humanité,
proposent même que nous arrêtions
de faire des bébés de manière à disparaître
de la surface terrestre pour laisser place
à une Nature immaculée. À l’opposé,
les transhumanistes américains et chinois
veulent créer Homo Deus. Ainsi, Jeff Bezos
d’Amazon, est conquérant : « Je veux que
mes petits-enfants vivent dans un monde
de pionniers, d’exploration et d’expansion
dans le cosmos. Nous pourrons exploiter des
mines dans les astéroïdes… L’alternative
serait la stagnation de la Terre, le contrôle
des naissances et la limitation de notre
consommation d’énergie. Je ne crois pas que
la stagnation soit compatible avec la liberté
et ce serait un monde ennuyeux. »
Après le capitalisme marchand inventé
par Venise puis le capitalisme industriel,
né en Angleterre, le capitalisme
cognitif – c’est-à-dire l’économie
de la connaissance, de l’IA et du big
data – modifie radicalement la hiérarchie
des nations. En 1960, la Corée du Sud
avait la même richesse par habitant
que l’Afrique noire. Ces bouleversements
géopolitiques sont la conséquence des
immenses investissements éducatifs et
scientifiques des pays d’Asie de l’Est. Leur
montée en puissance dans le classement
PISA des systèmes scolaires devrait
davantage inquiéter que la prétendue fin
du monde. Pourtant, au lieu d’investir
dans l’éducation et la recherche, nous
dépensons 7 milliards d’euros par an pour
subventionner des éoliennes et panneaux
solaires. La Corée du Sud dépense deux
fois plus que la France en recherche :
au moment où la captation des meilleurs
cerveaux mondiaux fait rage, la France
paye ses savants au lance-pierre.
La peur névrotique de l’avenir
nous empêche de comprendre la guerre
technologique qui est en cours.
Contrairement à ce que Francis
Fukuyama écrivait en 1992, la fin
de l’histoire n’est pas arrivée. La Chine,
qui est devenue la première puissance
transhumaniste et où règne un consensus
sur les manipulations génétiques,
l’augmentation cérébrale
et le déploiement de l’IA, dispose d’un
avantage considérable dans la société
de l’intelligence : 90 % des Chinois contre
un tiers des Français pensent que l’IA
sera bonne pour la société. Nous sommes
en guerre. Une guerre technologique
implacable et l’Europe n’est pas loin d’un
décrochage définitif. L’Europe devient
un nain géopolitique parce qu’elle est un
nain technologique. Le président chinois,
qui a annoncé que son pays deviendrait la
première puissance mondiale grâce à l’IA,
l’a bien compris. Pour ne pas devenir
les perdants du capitalisme cognitif,
il nous faut une politique de puissance. Et
un ministre de l’Environnement
qui ne passe pas ses journées
à convaincre les Français
de l’imminence de la fin
du monde. Puisse François
La nomination du pragmatique François
de Rugy être plus pragmatique
de Rugy est une bonne nouvelle, estime
que son prédécesseur.
l’essayiste*, car Nicolas Hulot incarnait,
*Auteur de « La Guerre
selon lui, une écologie pessimiste.
des intelligences » (JC Lattès, 2017)
a nomination au poste
de ministre de la Transition
écologique de François
de Rugy, « un macroniste
vert pâle, pragmatique
et non idéologue »,
est une bonne nouvelle politique.
Nicolas Hulot est aux yeux des Français
une icône, voire un saint. L’ancien
ministre de l’Environnement a colporté
un discours plus que pessimiste : il est
sincèrement convaincu que l’apocalypse
est à notre porte. Au moment où la France
devrait se mobiliser pour stopper
son déclin industriel, ce discours quasi
délirant est paralysant et risque de nous
faire sortir de l’Histoire. Les écologistes
apocalyptiques travaillent en toute bonne
foi à aggraver notre handicap
technologique face à l’Asie de l’Est :
ils sont, en pratique, les idiots utiles
de l’Asie. Pendant que nous hurlons
« la planète brûle », l’Asie de l’Est
conquiert le leadership technologique
en contemplant notre suicide
géopolitique. La France vit dans
une dépression constante : même
les Afghans sont plus optimistes !
Le XXIe siècle sera certes vertigineux
mais la fin du monde n’est pas au coin
de la rue. En 1894, le Times écrivait que
Londres serait bientôt enfouie sous deux
mètres de crottin : l’automobile changea
la donne. La pollution était jadis bien
plus dramatique : le grand smog de 1952
a tué 12 000 Londoniens en 72 heures.
Les sondages témoignent de la crainte
d’une catastrophe imminente :
disparition du travail, pollution
mortifère, famines apocalyptiques,
peurs des OGM. Même s’il existe de réels
problèmes environnementaux,
nous vivons la période la plus fascinante
que l’humanité ait connue :
augmentation de la durée de la vie,
manipulations génétiques, maîtrise
de notre cerveau…
Deux courants philosophiques
se font face : les collapsologues pessimistes
qui attendent l’apocalypse et les
transhumanistes optimistes qui préparent
le futur. Les collapsologues sont persuadés
que la pénurie de matières premières
L
LAURENT ALEXANDRE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 7 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Ivan Rioufol
irioufol@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/rioufol
Cohn-Bendit, le mauvais génie de Macron
ye-bye Dany !
Cinquante ans après Mai 68,
Daniel Cohn-Bendit a raté
son entrée au gouvernement.
Vaguement pressenti pour
succéder à Nicolas Hulot,
l’ancien leader du mouvement étudiant
a rencontré Emmanuel Macron, le weekend dernier, à l’Élysée. Les deux amis
sont tombés d’accord pour qualifier,
en fait, de « fausse bonne idée » l’arrivée
de l’ex-agitateur, toujours en quête
à 73 ans d’un rôle à la mesure de son ego.
En réalité, l’idée n’était bonne que pour
« Dany », persuadé d’être resté dans l’air
du temps. « Je suis l’incarnation
du en même temps », avait-il déclaré
en juin 2017, ne cachant rien de
« l’espérance » qu’il mettait dans le chef
B
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
ENTRE GUILLEMETS
GRANGER NYC/RUE DES ARCHIVES
7 septembre 1812 : bataille de Borodino
Sylvain Tesson, Bérézina
La Retraite de Russie repose ainsi sur ce paradoxe,
pressenti par Koutouzov, unique dans l’Histoire des
Hommes : une armée marcha, de victoire en victoire,
vers son anéantissement total.
»
ANALYSE
Jean-Marie Guenois
jmguenois@lefigaro.fr
est maintenant sommée, avec raison,
de rendre des comptes sur ces crimes
commis dans ses rangs, il ne vient à l’idée
de personne d’interpeller semblablement
les beaux esprits pour leur abject combat
d’hier. Le relativisme alimente
une « philosophie devenue folle » (1).
Certains intellectuels ne font même plus
la différence entre l’homme et l’animal.
Le politiquement correct, qui préfère
l’insulte au débat, est le fruit de cet
« humanisme » en lambeaux qui a repris
de la vigueur avec Macron. Quand
le président désigne « la lèpre qui monte »
chez les populistes, quand il dénonce
la « haine » chez ceux qui refusent
l’immigration clandestine et l’islam
politique, quand il se glorifie
de représenter l’intelligence
contre l’obscurantisme,
il est dans l’intimidation morale
et l’autocontentement dont ont toujours
abusé Cohn-Bendit et ses groupies. C’est
un pied de nez à ce monde oppressant
que lance le journaliste Frédéric Taddei
en rejoignant la télévision publique russe
RT, dans sa version française. Il y
animera les débats libres qu’il dit ne plus
pouvoir tenir sur les chaînes françaises.
« Interdit d’interdire », sera le titre
de son émission quotidienne : c’est
la reprise du slogan phare de Mai 68,
avant que l’événement ne se perde
dans l’intolérance des nouveaux pères
la morale. Qui veut encore
de ce « monde ancien », qui ne voit rien
du besoin des gens de revenir à des
racines, des limites, des protections ?
Le tournant macronien
Macron est-il prêt à écarter son
mauvais génie en la personne de CohnBendit ? L’Élysée a pris soin, mardi, de
préciser qu’à aucun moment le président
n’avait eu l’intention de le nommer
au gouvernement. La cote du visiteur
du soir s’affiche à la baisse. Il est douteux
que le chef de l’État avalise sa
désignation comme tête de liste LaREM
pour les Européennes. Dans l’immédiat,
la nomination de François de Rugy,
terne président de l’Assemblée nationale,
pour succéder à Hulot met un terme
Quand le président Macron
reçoit les francs-maçons à dîner
l serait très inconvenant de lier
ces deux soirées présidentielles.
L’une, mardi 4 septembre, à la
grande synagogue de la Victoire,
à Paris, où Emmanuel Macron
échangeait avec la communauté
juive ses vœux de nouvelle année 5779,
selon cette tradition religieuse.
L’autre, mercredi 5 septembre au soir,
où le même président recevait
à sa table élyséenne les représentants
des principales… loges maçonniques
françaises !
Il serait perfide de préciser qu’il y fut
servi un délicieux châteauneuf-dupape 2016, domaine du Beaurenard,
selon le menu ! Sans doute un clin d’œil.
Il faut de l’humour pour résister
à la pression de la fonction de président
de la République française.
Car c’est bien de la République française
qu’il s’agit. Il est donc parfaitement
incongru d’établir un quelconque lien
entre la soirée religieuse - où Macron
n’a pas pris la parole, par respect,
précisément, de la laïcité - et ce dîner
laïque, non inscrit à son agenda.
Ce fut une pure coïncidence
de calendrier. Mais cette juxtaposition
pose à merveille le cadre et la difficulté
du sujet, la République et les religions.
Si les obédiences maçonniques ont
frappé à la porte d’Emmanuel Macron
qui les a « chaleureusement » reçues
en compagnie de son ministre
de l’Intérieur, chargé des cultes,
I
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
de l’État, disciple né en 1977. CohnBendit aimerait désormais obtenir la tête
de liste de La République en marche pour
les Européennes de mai 2019. Une telle
personnification du macronisme
serait une aubaine pour ses adversaires :
ce choix viendrait rappeler les graves
impensés d’une génération qui croit
détenir les clés du nouveau monde.
Les nouveaux contestataires sont
à l’opposé de ces utopistes tapageurs.
Ceux qui protestent aujourd’hui rejettent
les harangueurs avides de lumière.
La joyeuse impertinence des soixantehuitards de jadis s’est transformée,
un demi-siècle après, en un radotage
amer de vieux combattants susceptibles.
La nation, la famille, l’école, la culture
portent pourtant les blessures de leur
domination, construite sur le relativisme
et l’individualisme. À force d’avoir voulu
tout casser de l’héritage bourgeois et de
l’esprit national, Cohn-Bendit et ses
suiveurs en sont venus à ne plus vouloir
de frontières ni de limites aux droits
individuels. Dans un monde où tout
se vaut et où le choix est prohibé au nom
de la non-discrimination, un peuple
peut aussi bien en remplacer un autre.
Or cette idéologie est rejetée par de plus
en plus de citoyens, partout en Europe.
Personne n’a d’ailleurs eu l’idée,
cette année, de célébrer les 50 ans
d’un mouvement faussement libératoire.
Le manichéisme a toujours servi
d’argument aux promoteurs du
« moi je » et à leurs héritiers. Cet univers
en noir et blanc dit le vide intellectuel
qui accompagne les donneurs de leçons.
Macron, qui a titré son livre programme
« Révolution », est dans la lignée de ces
nombrilistes persuadés d’être porteurs
d’audace et de création. L’autodérision
n’est guère plus prisée que l’autocritique
chez ces adeptes de l’admiration
mutuelle et de la reductio ad hitlerum
pour les opposants. Ceux qui, au nom
de la liberté sexuelle des enfants, se sont
vautrés dans l’éloge de la pédophilie dans
les années 1980, ont oublié les pétitions
qu’ils signaient dans Libération
ou le Nouvel Observateur pour défendre
cette pratique odieuse. Si l’Église
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Gérard Collomb, c’est que
les défenseurs républicains de la laïcité
pensent que l’hôte de l’Élysée manque
de « neutralité » face aux religions.
Tout est venu de l’Église catholique
qui l’avait invité pour une soirée
cocktail au collège des Bernardins
le 9 avril 2018. Macron y avait tendu
une main explicite aux cathos.
Il leur avait demandé de s’engager
en politique au même titre que d’autres,
mais en tant que catholiques.
Sans attendre, en retour, d’influence
décisive sur les débats en cours,
la bioéthique notamment. Sur ce point,
leur « avis » serait seulement entendu,
parmi d’autres. Ce faisant, Emmanuel
Macron cherchait à « réparer »,
selon son mot, le lien de la République
avec les catholiques.
Ce qui provoqua la colère de certaines
obédiences maçonniques. Philippe
Foussier, alors grand maître du Grand
Orient de France - il a été remplacé
le 23 août par Jean-Philippe Hubsch
- a publiquement tonné le 1er mai.
Il dénonça « la confusion entre spirituel
et temporel » du président pourtant
« chargé de garantir le caractère
indivisible, laïque, démocratique
et social de notre République ». Avec
cette question : « Comment peut-on,
sans risque pour la paix civile, inviter des
courants religieux à se transformer en
force politique ? » Il lui reprocha d’avoir
osé parler d’une « radicalisation de la
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
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Rédacteur en chef
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(Édition Web)
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du pôle news
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Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
laïcité » et d’aller prendre possession de
son titre de chanoine du Latran. Requête
finale de ce réquisitoire : « les questions
religieuses » ne devraient en aucun cas
« envahir la vie sociale et civique ».
Le tout vertement adressé à un
président dont le dernier péché était
d’être le recordman de la fréquentation
des « religions » depuis son investiture.
Fâcheries donc, mais le gouleyant
châteauneuf-du-pape a eu sa vertu
apaisante, mardi soir. L’un des grands
maîtres présents, Édouard Habrant,
représentant la Grande Loge mixte
de France (GLMF), « ne peut pas parler
au nom des dix obédiences présentes »
mais il a constaté « une ambiance
détendue » autour de la table. « Chacun
a pu s’exprimer », notamment sur
la laïcité et la citoyenneté, l’Europe et la
bioéthique. Il assure : « Il n’y a jamais eu
de “malaise” entre les francs-maçons et
le président mais des “questionnements”
car certaines loges n’ont aucun problème
avec la vision macronienne de la laïcité. »
Du reste, précise-t-il, « devant tous,
le président a assumé sa vision du lien
avec les religions ».
Une « transparence » somme toute
appréciée par les maçons, qui saluent
un « échange constructif ». Notamment
quand ils ont reçu l’assurance de
l’abandon d’une idée d’un « concordat »
avec l’islam de France. Deux heures,
ce fut trop bref pour tout se dire. L’hôte
a promis de les réinviter à sa table.
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
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Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
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direction.redaction@lefigaro.fr
au macronisme flamboyant qui invitait
au rêve. Les doutes exprimés par le chef
de l’État sur la réforme de l’imposition
à la source – interrogations levées mardi
par le premier ministre qui a confirmé
la réforme sur TF1 – ajoutent la touche
de modestie qui fait descendre Jupiter
parmi les mortels. Les éléments
de langage répétés ces jours-ci
par l’Élysée - le président met les mains
dans le cambouis, sous le capot, dans
le moteur, etc. – dessinent la correction
d’un quinquennat trop hautain, plus
soucieux du people que du peuple.
L’épreuve d’humilité ne fait sans doute
que commencer pour le chef de l’État.
Il prétendait incarner un nouveau monde
qui s’est révélé être une grossière
propagande. Un tournant s’impose
dans sa communication si peu nuancée.
N’est pas fasciste, en effet, celui
qui met en garde contre l’immigration
clandestine ou l’islam politique.
D’ailleurs, plus les dénonciations
morales accablent les « conservateurs »
que Macron veut combattre, plus
ces bannis gagnent en audience et en
soutien. En Allemagne, la création mardi
du mouvement Aufstehen (« Debout »)
par l’égérie de la gauche radicale, Sarah
Wagenknecht, a replacé l’immigration
au centre des défis politiques.
À l’ode aux « migrants » reprise
sottement par la gauche relativiste,
la présidente de Die Linke au Bundestag
rappelle qu’Angela Merkel aurait mieux
fait de consacrer aux « nécessiteux
en Allemagne » les milliards déboursés
en 2015 pour accueillir un peu plus
d’un million d’étrangers (voir mon blog).
Le Labour antisémite ?
C’est par complaisance avec
l’immigration musulmane que le Parti
travailliste britannique s’est avachi dans
un antisionisme aux relents antisémites.
Mardi, Jeremy Corbin, le leader
du Labour, a enfin accepté d’avaliser
une charte contre l’antisémitisme.
Une partie de la gauche française tarde
à se confronter à ce même démon.
(1) « La Philosophie devenue folle »,
Jean-François Braunstein, Grasset.
VOX
...
POLÉMIQUE
Accusation de racisme
contre Rokhaya Diallo :
la réponse de Laurent
Bouvet, auteur
de L’insécurité culturelle
...
JUSTICE
Affaire Clément Méric :
le décryptage du journaliste
Christophe Bourseiller
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
ÉRIC ZEMMOUR
le jeudi 20 septembre 2018,
20 heures
Salle Gaveau.
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sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
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se compose de :
Édition nationale
1er cahier 18 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
Sur certaines éditions
Cahier 4
Magazine 156 pages
Cahier TV 88 pages
Cahier 5
Madame 212 pages
A
LE BLOC-NOTES
17
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vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO
18
Pierre de Panafieu : « L’autonomie des
établissements scolaires est primordiale »
Marie-Laetitia Bonavita
£@mlbo
a notoriété de l’École alsacienne n’est
plus à prouver. Fondé après la défaite de
Sedan pour accueillir à Paris les enfants
protestants d’Alsace-Lorraine, l’établissement privé sous contrat avec
l’État et laïque se situe à deux pas du jardin du Luxembourg. Ont défilé sur ses bancs Georges
Clemenceau, Stéphane Hessel ou encore le Goncourt
Laurent Gaudé. L’établissement, dont la devise est
« habitués à aller vers la nouveauté », est dirigé depuis 2001 par Pierre de Panafieu, historien de formation et ancien élève de l’école. Il publie avec Éric
Chol, patron de Courrier international, lui aussi exélève de l’établissement, Cas d’écoles chez Fayard.
L
Comment cela se traduit-il concrètement ?
La reconnaissance des capacités de nos élèves ne se
fonde pas seulement sur les seules performances
scolaires mais sur la musique, le sport ou le théâtre
qu’ils peuvent pratiquer au sein de l’établissement… De même, nous multiplions l’offre de langues étrangères et de séjours hors de France. Nous
croyons également aux vertus du travail collaboratif dans et en dehors des classes et entre élèves de
niveaux différents.
Autre caractéristique : assurer une continuité de
l’apprentissage scolaire. Les deux tiers de nos élèves entrés à l’école primaire se retrouvent en terminale. La contrepartie est la liberté de choisir nos
élèves, soit, chaque année, 200 recrues sur près de
2 000 candidats.
LE FIGARO. - Quelle est la spécificité
de l’École alsacienne ?
Pierre de PANAFIEU. - C’est la relation que nous
nouons avec nos 1 800 élèves. Notre mission est de
leur fournir les moyens d’exploiter au mieux leur
potentiel pour s’insérer dans le monde tel qu’il est
et qu’il sera. Aussi, l’élève doit-il disposer d’une
bonne culture générale, avoir confiance en lui et
savoir accorder sa confiance.
L’origine sociale de vos élèves est un atout.
Il est vrai que le VIe arrondissement est devenu l’un
des quartiers les plus chers de Paris. Mais notre
bonne réputation repose sur d’autres facteurs :
pour nous, l’école vise à l’apprentissage de la
culture scolaire, dans un lieu où les élèves doivent
apprendre à construire des relations avec autrui,
relations qui ne sont ni choisies ni héritées.
Si l’école n’est pas la famille, nos fondateurs ont,
toutefois, toujours défendu l’importance de la relation entre les deux. Tous les mois, un comité quadripartite, qui réunit représentants des élèves, des
parents, professeurs et la direction débat des options fondamentales de l’école.
Un héritage protestant des fondateurs…
Ou plus précisément de leur héritage culturel car
notre établissement est laïque. Nos fondateurs ont
cru en une école qui élève les enfants en essayant
de les convaincre plutôt que de les contraindre.
D’où l’absence, par exemple, du port de l’uniforme, l’introduction de la mixité dès 1905 ou l’usage
maîtrisé aujourd’hui du numérique. Historiquement, cette vision libérale s’oppose à celle des jésuites qui, soucieux de former une élite au service
de Dieu, attendaient la restitution d’un savoir déjà
établi par une autorité extérieure. Nous avons gardé cet esprit d’ouverture.
Comment améliorer cette relation parents-école
dans les zones moins favorisées ?
En accueillant les parents dans l’établissement
comme des partenaires naturels et légitimes. En les
aidant, surtout, à comprendre les différents parcours que peuvent suivre leurs enfants en fonction
de leurs capacités. Pour cela, il est important de favoriser les relations entre les établissements d’enseignement général, professionnel et technologique. D’où notre programme de bourses « JeanBaptiste Charcot », développé avec le collège
Pierre-de-Ronsard, classé en réseau d’éducation
prioritaire, à Tremblay-en-France.
RENCONTRE
Le directeur de l’École alsacienne livre une réflexion
sur notre système éducatif.
« La reconnaissance
des capacités de nos
élèves ne se fonde
pas seulement sur les
seules performances
scolaires mais sur la
musique, le sport ou le
théâtre qu’ils peuvent
pratiquer au sein
de l’établissement. »
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
Les anciens élèves de l’École constituent
un réseau à vie.
Nos anciens élèves ne partagent ni ce sentiment de
« l’entre soi », ni un système de cooptation pour
d’éventuels postes. En revanche, ils pratiquent
avec les actuels élèves une forme d’entraide qui
permet d’échanger des informations sur les filières
et les métiers qui peuvent les intéresser.
Quid des réformes de rentrée
de Jean-Michel Blanquer ?
Le ministre, un fin connaisseur du système éducatif, a pris de bonnes décisions, comme l’interdiction du portable au collège, la division par deux des
classes de CP et de CE1 ou la réforme du baccalauréat avec son tronc commun qui permettra aux
élèves de suivre une formation plus proche de leurs
goûts et de leurs aptitudes. En revanche, il faudra
repenser Parcoursup en y introduisant l’obligation
pour les lycéens de hiérarchiser leurs vœux pour
éviter qu’une trop longue attente les inquiète inutilement. Enfin, il faut plus de précisions sur le
projet d’évaluation des établissements. C’est un
sujet qui nécessite temps et concertation.
Quelle est la mesure prioritaire à prendre ?
Dans le respect des obligations fixées par l’État, il
faut accorder davantage d’autonomie aux établissements publics, à l’image du fonctionnement des
établissements privés sous contrat avec l’État tel
que la loi Debré l’a défini en 1959. Une plus grande
marge de manœuvre financière permettrait d’harmoniser les besoins matériels en fonction des priorités pédagogiques. De même, une plus grande liberté doit être accordée dans le recrutement des
professeurs et des élèves. Tout cela doit pouvoir
faire l’objet d’un débat dépassionné pour le plus
grand bénéfice de nos élèves. ■
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vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 038 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
PRESSE
NUCLÉAIRE
LES EUROPÉENS FAVORABLES
À LA RÉMUNÉRATION DES
CONTENUS PAR LES GAFA PAGE 26
EDF CONSULTE LES
FRANÇAIS SUR LA DURÉE
DE SES CENTRALES PAGE 23
La SNCF fait exploser
la dette de la France
La requalification en administration de SNCF Réseau, imposée par l’Europe,
fait grimper le taux d’endettement public à hauteur de 98,5 % du PIB fin 2017.
Encore une mauvaise nouvelle pour
Emmanuel Macron. Sur la recommandation d’Eurostat, l’office statistique européen, l’Insee a été obligé de revoir à la hausse les niveaux
de déficit et dette pour les années
2016 et 2017, qui ressortent en
conséquence fortement dégradés.
Le taux d’endettement de la France
grimpe ainsi de plus de 1,5 point de
PIB sur les deux années pour représenter, fin 2017, pas moins de
98,5 % de la richesse nationale, dépassant donc les 2 257 milliards au
31 décembre. Un record. Calculée
trimestriellement, la dette publique
a même dépassé, par deux fois il y a
un an, la barre des 100 % du PIB,
avant de redescendre mécaniquement par la suite.
Cette dégradation s’explique par
l’intégration plus tôt que prévu dans
les comptes publics français des
lourdes pertes de SNCF Réseau et de
la recapitalisation d’Orano (ex-Areva) réalisée par l’État. Ce mauvais
résultat complique un peu plus la
trajectoire quinquennale de retour à
l’équilibre des comptes publics
envoyée en avril à Bruxelles.
èLA DETTE PUBLIQUE A DÉPASSÉ
DÉBUT 2017 LES… 100 % DU PIB
èPRÉLÈVEMENT À LA SOURCE :
LES VRAIS CHIFFRES DES BUGS
QUI ONT CRÉÉ LA PANIQUE PAGE 22
BENOIT TESSIER/REUTERS, PQR/VOIX DU NORD/MAXPPP, FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Un nouveau
géant des
mers pour
CMA CGM
L’Antoine-de-SaintExupéry de CMA CGM
a été baptisé jeudi
au Havre. Ce porteconteneurs illustre
la course au gigantisme
des transporteurs
maritimes. Depuis
dix ans, le nombre
de bateaux est stable,
mais leur capacité
a augmenté de 40 %.
RETRAITES :
L’EXÉCUTIF
LANCE LA
CONSULTATION
CITOYENNE
La consultation citoyenne sur les
retraites, c’est parti ! Jean-Paul
Delevoye, le haut-commissaire
chargé du dossier, a lancé jeudi, à
Montreuil en banlieue parisienne, le
premier atelier participatif sur la réforme des retraites qu’il prépare.
Une centaine de « citoyens » ont
planché toute la journée sur le sujet
et posé des questions, dans une
ambiance
toujours
studieuse,
parfois un peu houleuse, à l’ex-médiateur de la République. Sept autres
ateliers participatifs sont programmés d’ici à la Toussaint en province
(Lorient, Arras, Strasbourg, Toulon, etc.).
Cette consultation citoyenne, voulue par Jean-Paul Delevoye pour que
les Français s’approprient le sujet
très technique des retraites, se tient
en parallèle de la concertation avec
les partenaires sociaux démarrée il y
a plus de six mois. Lancées mi-avril
sous la forme de discussions bilatérales, les discussions se poursuivront avec une « multilatérale dans
la première quinzaine d’octobre », a
indiqué Jean-Paul Delevoye. « On
tirera le bilan des six premiers mois
et on tracera les travaux des six
prochains mois », a-t-il ajouté.
Cette multilatérale sera l’occasion,
pour l’exécutif, de préciser ses objectifs sur les sujets débattus, comme les taux de cotisation, les mécanismes de solidarité, les pensions de
réversion ou les droits familiaux. Et
ce n’est qu’ensuite que le hautcommissaire aux retraites ouvrira la
concertation sur une nouvelle série
de thèmes épineux comme l’âge de
départ, la durée de cotisation, la prise en compte des carrières longues
ou des primes des fonctionnaires.
Autant de sujets sensibles qui pourraient rallonger le temps de concertation et pousser la réflexion jusqu’à
l’hiver 2019, alors qu’Emmanuel
Macron a promis en juin que la réforme serait « votée dans le premier
semestre » de l’année prochaine.
« C’est mon souhait », a affirmé
Jean-Paul Delevoye, tout en reconnaissant que « le calendrier parlementaire du dépôt de la loi n’est pas
encore calé ».
M.-C. R.
PAGES 20 ET 21
ENTREPRISE
Les femmes encore
peu présentes
aux postes
de direction
PAGE 21
LA SÉANCE
DU JEUDI 06 SEPTEMBRE 2018
CAC 40
5243,84
-0,31%
DOW JONES
25995,87 +0,08%
ONCE D’OR
1205,15 (1196,70)
PÉTROLE (lond)
76,010 (77,290)
EUROSTOXX 50
3297,50 -0,55%
FOOTSIE
7318,96 -0,87%
NASDAQ
7453,17 -0,93%
NIKKEI
22487,94 -0,41%
L'HISTOIRE
PUBLICITÉ
La France est bien championne
d’Europe des prestations sociales
A
près avoir lancé en juin
le débat sur les aides sociales
qui « coûtent un pognon
de dingue », Emmanuel Macron
présentera le 13 septembre
son plan pauvreté. Tout l’enjeu est, pour lui,
de rendre ces dépenses plus efficaces
afin qu’elles facilitent le retour à l’emploi et
n’enferment pas dans la pauvreté. Car c’est un
fait : la France est en tête des pays d’Europe
pour les dépenses de protection sociale,
souligne la Drees, le service statistique du
ministère de la Santé, dans une étude publiée
ce vendredi. « C’est d’abord à cause
des retraites, où l’on dépense beaucoup
plus que le reste
de l’Europe, et de la
santé. Mais, sur les
minima sociaux,
la France est
aussi parmi ceux
qui dépensent
le plus », jure
son directeur,
Jean-Marc Aubert.
Ainsi 4,15 millions
de personnes
percevaient
fin 2016 au moins un des dix principaux minima
(RSA, AAH, minimum vieillesse, ASS, etc.).
Avec les conjoints et les enfants, 7 millions
de personnes sont couvertes, soit 11 %
de la population. En termes de dépenses,
cela représente 26,2 milliards d’euros
(1,2 % du PIB).
Reste que ces prestations réduisent bien
les inégalités puisqu’elles permettent de contenir
le taux de pauvreté à 14,2 % au lieu de 22,3 %.
Combattant l’idée reçue que les minima sociaux
dissuadent de travailler, le ministère
dirigé par Agnès Buzyn note aussi que 12 %
des bénéficiaires du RSA étaient salariés fin 2015,
dont 32 % en CDI. Néanmoins, la persistance
dans les dispositifs
reste forte :
20 % des
bénéficiaires
du RSA ont passé
les 10 dernières
années dans
les minima
sociaux et 49 %
au moins les quatre
dernières
années. ■ MARIECÉCILE RENAULT
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Source Profideo, septembre 2017
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FORTUNEO - TSA 41707 - 35917 RENNES CEDEX 9.
C
le PLUS du
FIGARO ÉCO
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vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
20
Le « Saint-Exupéry », nouveau géant des
Bruno Le Maire a baptisé le navire de CMA CGM, le plus grand porte-conteneurs battant pavillon français.
ENVOYÉE SPÉCIALE AU HAVRE
Les cinq premiers
armateurs ont
plus de 60 %
du marché
EN MILLIONS D' EVP*
*l’équivalent vingt pieds (EVP)
mesure la capacité des navires
correspondant au nombre de
conteneurs qu’il peut transporter
4
17,9%
part de
marché
Danemark
14,4%
3,2
part de
marché
Suisse
2,8
Chine
12,5%
part de
marché
TRANSPORT Quand on s’approche
de l’Antoine de Saint-Exupéry, c’est
d’abord une impression de gigantisme qui domine… Gigantisme du
navire lui-même, avec ses 400 mètres de long et son hélice de près de
11 mètres de diamètre ; gigantisme
des conteneurs qui culminent à 55
mètres de haut. À l’intérieur, toujours cette même immensité : de la
passerelle, ce lieu où le commandant pilote le bateau ; du « moteur
cathédrale » - appelé ainsi car la
salle des machines dans laquelle il
se trouve est aussi grande que Notre-Dame de Paris. « C’est un géant
aux pieds agiles », s’amuse le commandant, Pierre Jaspard, qui assure
pouvoir le piloter avec deux doigts.
Le Saint-Exupéry, plus grand
porte-conteneurs battant pavillon
français, a été livré en janvier. Mais
c’est ce jeudi qu’il a été baptisé au
Havre par le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. D’une capacité de 20 600 conteneurs équivalent
vingt pieds (EVP), il fait la fierté de
l’entreprise marseillaise. « C’est un
beau symbole de la mondialisation
positive », confie Rodolphe Saadé,
PDG du groupe. « Je veux voir dans
ce navire de tous les records, a lancé
le ministre de l’Économie, un symbole de notre ambition économique
pour notre pays : avoir une France
compétitive et conquérante, avec des
entreprises fortes, capables d’exporter aux quatre coins du monde. »
riple de trois mois. Avec, dans les
conteneurs, de la viande française les Chinois en sont de grands
consommateurs ; des huiles et lubrifiants utilisés par les industries automobiles ou aéronautiques ; des fruits
et légumes, grâce à ses conteneurs
réfrigérés ; le Saint-Exupéry pourra
même transporter des bateaux de
plaisance construits en France ou des
métros. Quelque 6 millions de tonnes de produits français sont transportés chaque année par CMA CGM.
La construction du navire a coûté
150 millions de dollars. À l’intérieur,
tout est flambant neuf, du carré des
officiers à la salle de sport, en passant par la salle à manger et les cabines des passagers. Le Saint-Exupéry
est le navire « le plus vert de sa catégorie, doté des meilleures technologies au service de la protection de
l’environnement », se targue aussi
CMA CGM. L’entreprise est bien
consciente de l’image de pollueur
du transport maritime, qui utilise du
fuel lourd - le pire des combustibles
- pour ses navires. « Les nouveaux
moteurs ont permis de réduire les
émissions de CO2 de moitié depuis une
dizaine d’années », insiste Pierre
Jaspard. Il faudra les successeurs de
ce bateau pour que les choses
s’améliorent vraiment. Les neuf
prochains, prévus à la livraison en
2020, seront propulsés au gaz naturel liquéfié (GNL). « Ce sera une innovation mondiale », insiste Rodolphe Saadé. Les émissions de CO2
Un navire d'une capacité de 20 600 conteneurs
VOITURE
AIRBUS A 380
50m
0
100m
PORTE-CONTENEURS ANTOINE DE SAINT EXUPÉRY
PORTE-AVIONS CHARLES-DE-GAULLE
150m
200m
seront réduites de 25 % et celles de
soufre et de particules fines de 99 %.
Au pied du bateau, La Marseillaise
résonne. Comme un symbole, à la
veille des 40 ans de la Compagnie
maritime d’affrètement (CMA),
créée par Jacques Saadé le 13 septembre 1978, après avoir fui un Liban meurtri par la guerre civile. Depuis, le groupe a écrit une longue
histoire : l’expansion asiatique dans
les années 80, le rachat de la Compagnie générale maritime (CGM) à
250m
400 m
LE QUEEN MARY 2
300m
350m
400m
Le navire « le plus vert
de sa catégorie »
11,7%
2,6
part de
marché
France
1,5
Allemagne
7%
part de
marché
Source : Alphaliner, septembre 2018
Quelques minutes plus tard, le ruban était coupé, des danseuses apparaissaient sur la coque pour une
gracieuse chorégraphie, la bouteille
de champagne était - comme le
veut la tradition - brisée sur le navire. Et une convention était signée
avec l’agence publique Business
France pour mettre à disposition
des PME françaises le réseau des 755
agences de CMA CGM.
En cette journée ensoleillée au
Havre, les 26 membres d’équipage
sont à l’honneur. Le commandant
multiplie les anecdotes sur ses 40
années passées en mer. La chef mécanicien, Laurence Perrot - que son
petit chien Médor ne quitte pas explique sans relâche le fonctionnement des machines. Le chef cuisinier philippin s’agite. « On ne
changerait de vie pour rien au monde », assure un membre d’équipage.
Tous savent que cette journée
n’est qu’une parenthèse. Dès ce
vendredi, ils repartiront pour un pé-
Le Saint-Exupéry, un navire
de 400 mètres de long, soit
l’équivalent d’un peu plus de quatre
terrains de football mis bout à bout.
CMA CGM/TEAM MEDIA
A
CMA CGM accueille 1 000 passagers
sur ses bateaux chaque année
Cela fait vingt ans que CMA CGM,
à bord de ses porte-conteneurs,
réserve quelques-unes de ses cabines à quelques passagers. Pour
embarquer le temps de deux,
trois voire quatre semaines des
amoureux de paysages maritimes. « Nous accueillons tous les
profils, explique-t-on chez le
transporteur. Mais ils ont tous en
commun d’avoir envie de prendre
le temps et de déconnecter. »
Ces dernières années, beaucoup de retraités, de jeunes ayant
envie de voyager en réduisant
leur empreinte carbone. Un couple y a même fait son voyage de
noces ! Des artistes ont aussi partagé la vie des équipages. Ainsi,
une artiste des Antilles a embarqué au Havre ; à son arrivée en
Guadeloupe, elle avait peint, sur
une toile de 17 mètres, l’évolution
des couleurs du ciel et de la mer
au cours de la traversée. Une
sculptrice est également montée
à bord avec ses kilos d’argile et a
sculpté, au cours de ses semaines
de navigation, les 17 membres
d’équipage.
Pour les 125 euros par jour que
cela leur coûte, ces passagers
partagent des moments de vie
avec le personnel à bord. « À table, je leur raconte des histoires de
pirates, d’amour, d’escale », sourit le commandant Pierre Jaspard. Et puis, ils regagnent leurs
cabines - entre 25 et 40 mètres
carrés. Sur le Saint-Exupéry,
deux suites de grand standing ont
même été aménagées. La compagnie accueille environ 1 000 passagers par an. ■ M. VT (AU HAVRE)
Le groupe français et ses concurrents sont
dans une course à la taille
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
L’une des cabines à bord
du porte-conteneurs
Antoine
de Saint-Exupéry.
CMA CGM/TEAM MEDIA
La course ne s’arrêtera jamais. Il y
a six ans, CMA CGM baptisait le
« plus gros porte-conteneurs au
monde » ! Le Marco Polo, un navire
de 396 mètres de long, était capable de transporter 16 000 conteneurs. L’Antoine de Saint-Exupéry, célébré jeudi au Havre, est un
peu plus long (400 mètres), mais il
accueille 5 000 « boîtes » de plus,
soit 20 600 !
Les supergéants des mers mis
en service par les champions du
transport maritime sont de plus
en plus grands et, surtout, capables de transporter un nombre
croissant de conteneurs. Actuellement, le hongkongais OOCL détient la palme avec six navires
d’une capacité de 21 413 conteneurs chacun. Le phénomène a
gagné tous les grands armateurs
sur tous les continents. En cinq
ans, le nombre des navires dans la
flotte mondiale est resté plutôt
stable (6 155 en septembre 2018)
alors que leur capacité globale a
grimpé de 40 %.
Face à cette course aux bateaux,
toujours plus chargés afin de réduire les coûts du transport, une
autre compétition rebat les cartes :
la concentration du marché dans
les mains d’un petit nombre
d’opérateurs. À ce jeu-là, le français CMA CGM, longtemps troisième opérateur mondial, vient de se
faire détrôner.
Cet été, le chinois Cosco, quatrième au classement mondial des
opérateurs de porte-conteneurs,
lui a ravi la place après avoir acquis le septième, OOCL. Le maintien de deux sociétés distinctes,
Cosco d’un côté et OOCL, toujours coté à la Bourse de Hongkong, de l’autre, lui permet d’afficher encore sa troisième place.
Mais le classement des 100 premiers opérateurs, publié par Alphaliner et soigneusement mis à
jour, place désormais Cosco au
troisième rang.
Le tiercé mondial était composé
jusqu’à présent de trois groupes
européens : le danois APM
Maersk, l’italo-helvétique MSC et
le français CMA CGM. Ce jeudi au
Havre lors du baptême du Saint-
Exupéry, Rodolphe Saadé, le PDG
du groupe marseillais, a rappelé
qu’il comptait tenir son rang : « Le
secteur du transport maritime se
consolide encore et s’il y a des opportunités, le groupe CMA CGM est
en mesure d’être sur les rangs pour
une nouvelle opération. » Pendant
un temps, l’acquisition d’Hapag
Lloyd avait été examinée par le
français : « On a regardé et on a
fermé le dossier, on est passé à
autre chose », rappelle Rodolphe
Saadé.
Des solutions
de « bout en bout »
Dernière grosse proie avalée par
CMA CGM en 2016, le singapourien NOL. Grâce à cette acquisition, qui lui a coûté 2,4 milliards
de dollars, la plus importante
dans l’histoire de l’armateur
français, CMA CGM avait consolidé sa position de leader : un chiffre d’affaires de 21 milliards de
dollars en 2017 et une flotte de
500 navires.
Les alliances entre concurrents
ont aussi permis de mutualiser des
moyens et de standardiser les of-
Source : CMA CGM
MARIE VISOT £@MarieVisot
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 7 septembre 2018
ÉCONOMIE
ÉCONOMIE
mers
Les femmes accèdent peu
aux postes de direction
30 000 salariés
Si elles ont réussi à pénétrer les conseils d’administration,
leur présence dans les instances de gouvernance fait toujours défaut.
CORINNE CAILLAUD £@corinnecaillaud
BENOIT TESSIER/REUTERS
Aujourd’hui, c’est une entreprise en
bonne santé financière que dirige Rodolphe Saadé, secondé par sa sœur,
depuis le décès de leur père, en
juin 2017 ; l’an dernier, 19 millions de
conteneurs ont été transportés et le
chiffre d’affaires a progressé à
21 milliards de dollars avec 494 bateaux naviguant entre tous les continents. L’entreprise emploie 30 000
salariés, dont près de 4 500 en France. « Nous sommes fiers, et même plus
que ça, du travail accompli depuis l’arrivée de la famille à Marseille », confie
Tanya Saadé, voix douce et regard
chaleureux. Au siège de l’entreprise,
dans la Cité phocéenne, la photo de
Jacques Saadé est toujours dans le
hall. Son fils lui a rendu un hommage
ému, ce jeudi, en évoquant « un visionnaire unique ». Avec la ferme intention de poursuivre son œuvre… ■
Ni les navires de CMA
CGM ni ceux de ses
concurrents ne portent
la signature des
Chantiers de l’Atlantique
ou d’un autre chantier
européen. Ce n’est pas
leur spécialité. Le groupe
français, comme tous
les grands armateurs, se
fournit en Asie : en Corée
du Sud, en Chine, aux
Philippines. L’Antoine
de Saint-Exupéry a ainsi
été construit par les
chantiers philippins
Hanjin Heavy Industries
& Construction (HHIC)
de Subic Bay. Deux
autres navires jumeaux
devraient être livrés
en 2018 à CMA CGM.
Parmi les autres grands
chantiers navals
construisant les porteconteneurs, Hyundai
Heavy Industries,
Daewoo Shipbuilding
& Marine Engineering,
Samsung Heavy
industries…
Le Saint-Exupéry
exploite la French Asia
Line (FAL 1), qui relie
l’Asie à l’Europe et
constitue l’une des plus
longues routes
maritimes. Ce service
offre une desserte
hebdomadaire
comprenant 16 escales
pour une durée de
rotation de 84 jours.
V. C.
engagés
fres. Désormais, chacun cherche à
se différencier pour gagner des
nouveaux clients ou éviter de les
perdre. Les armateurs réfléchissent aux moyens de proposer des
solutions de transport « de bout
en bout » et pas seulement d’un
port à l’autre. Une préoccupation
actuellement partagée par toutes
les entreprises de transport, que
les clients soient des particuliers
ou des « chargeurs ».
Au printemps, GMA CGM a
d’ailleurs fait évoluer sa stratégie.
Le groupe s’est aventuré en dehors de son métier de transporteur maritime. Il a investi 317 millions d’euros dans un groupe de
logistique, Ceva Logistics. Cette
entreprise ne se limite pas au
transport maritime mais utilise
tous les modes de transport : la
route, l’aérien, le train… CMA
CGM n’a pris que 25 % du capital
de Ceva Logistics, que Geodis, filiale de la SNCF, convoitait.
Ensemble CMA CGM et Ceva
Logistics pourraient créer une
société commune pour proposer
un service « multimodal » à ses
clients. ■
Le secteur
du transport
maritime
se consolide
encore
et s’il y a des
opportunités,
CMA CGM
est en mesure
d’être sur
les rangs pour
une nouvelle
opération
»
RODOLPHE SAADÉ,
PDG DE CMA CGM
21
milliards
de dollars
Chiffre d’affaires
de CMA CGM
en 2017
PARITÉ En progrès, mais peut
mieux faire. Preuve de l’utilité de la
loi Copé-Zimmermann de 2011, qui
fixait à 40 % le nombre de femmes
dans les conseils d’administration
des grandes entreprises, leur part
atteint aujourd’hui 42,5 % dans les
conseils du CAC 40, selon le baromètre IFA-Ethics & Boards publié
cet été. On compte désormais dans
ces entreprises 211 administratrices
pour 286 administrateurs, contre
respectivement 157 et 367 en 2014.
Au sein des conseils du SBF 120,
elles sont même actuellement légèrement plus nombreuses : 43,3 %
précisément versus 12,5 % il y a
huit ans.
Une belle progression qui masque toutefois des disparités profondes. Ainsi, quand certaines femmes
cumulent les mandats (et les jetons
qui vont avec), d’autres peinent à
intégrer les conseils d’administration. C’est précisément pour booster celles qui restent à la traîne que
PWN Paris (Professional Women
Network), réseau international de
femmes cadres dirigeantes qui
compte près de 900 membres en
France, vient de lancer, en partenariat avec le Cercle Gouvernance et équilibre, « The Board
Network ». Cette initiative vise à
mettre directement en relation des
profils qualifiés et motivés avec des
instances de gouvernance. « L’idée
était de créer un environnement professionnel, bienveillant et collaboratif pour mettre en relation des femmes en recherche de mandat avec
des instances de gouvernance », indique Isabelle Lange, vice-présidente de PWN Paris.
Concrètement, le réseau a mis en
place un comité de sélection qui
évalue les compétences et la motivation des candidats. « The Board
Network » compte à ce jour une
soixantaine de personnes, dont
deux hommes. L’idée ? Lorsqu’un
membre identifie un mandat pour
lequel il n’est pas qualifié, il en informe le réseau.
Coup de pouce politique
Une initiative, parmi d’autres, qui
doit permettre également à ce que
les femmes administratrices soient
désignées à l’avenir à la tête des
comités spéciaux (audit, risques,
rémunérations, nominations), des
postes aujourd’hui trustés par des
hommes. Et qui doit aussi faciliter
leur présence dans les instances
dirigeantes, avec une fonction
exécutive, des grandes entreprises.
Au sein du SBF 120, trois sont présidentes de conseil et six présidentes de directoire ou directrices
générales.
«Depuis deux ans, on a l’impression que cette entrée des femmes
dans les conseils d’administration
n’a pas eu d’impact sur les nominations dans les conseils exécutifs,
constate Agnès Arcier, la présidente
de la Fédération des femmes administrateurs (FFA). L’effet d’entraînement ne va pas venir spontanément, il faudrait que des dispositions
soient prises, pour aller dans le sens
d’une gouvernance plus moderne. »
Même sentiment d’Isabelle Lange
pour qui « les politiques ont un rôle à
jouer ». Et la vice-présidente de
PWN Paris de préciser qu’ils « n’ont
évidemment pas à faire d’ingérence
dans les nominations des comex mais
peuvent mettre en œuvre des mesures incitatives ». Des mesures comme celles poussées par Coralie Dubost, députée LaREM de l’Hérault et
rapporteur des chapitres III et IV du
projet de la loi Pacte à l’Assemblée,
qui va déposer des amendements
pour appliquer un dispositif, qui
n’existe pas aujourd’hui, de nondiscrimination aux nominations
dans des fonctions exécutives. ■
La part des femmes
atteint les 42,5% dans
les conseils du CAC 40,
selon le baromètre
IFA-Ethics &Boards
publié cet été.
STOCK.ADOBE.COM
Coralie Dubost : « Les entreprises doivent mettre
en place des critères pour les nominations »
Juriste d’affaires, Coralie Dubost a
été élue en juin 2017 députée LaREM
de l’Hérault et siège dans les commissions des lois et des affaires
européennes. Elle est rapporteure
des chapitres III et IV du projet de
loi Pacte actuellement examiné en
commission spéciale.
LE FIGARO. - Les femmes accèdent
peu aux postes de direction
dans les entreprises. Que
proposez-vous pour y remédier ?
Coralie DUBOST. - Il y a déjà une
obligation légale d’atteindre les
40 % de femmes dans les conseils
d’administration des grandes entreprises. Avec un peu de recul, on
constate que l’objectif est quasiment atteint partout. Mais parfois
ce sont 40 % inutiles, parce que les
femmes sont mises en situation de
minorité. On observe aussi qu’elles
ne sont pas sur des décisions majeures. Donc ce qui pourrait être intéressant, et ce que je vais soumettre dans le cadre d’un amendement
rapporteure au projet de loi Pacte,
c’est d’appliquer un dispositif de
non-discrimination, non seulement sur les conseils d’administration, mais aussi sur les nominations
aux fonctions exécutives, le dispositif qui existe déjà en droit du travail en matière de recrutement non
discriminatoire. Parce que c’est là
que c’est important. La loi sur les
40 % n’a pas permis d’avoir plus de
femmes dirigeantes social, plus de
femmes dans les comités exécutifs,
plus de femmes présidentes de comités de rémunération. Si on impose aux conseils d’administration les
mêmes règles que celles qu’on impose dans le recrutement sur les ca-
ractères discriminatoires, on peut
avoir à terme une véritable mixité
de ces fonctions de direction exécutive. C’est un dispositif juridique qui
impulse un véritable changement
culturel, non un sentiment de
contrainte.
Et dans les ETI et PME
où les 40 % sont loin d’être atteints ?
J’ai une réserve pour les TPME auxquelles je ne veux pas imposer un
chiffre parce qu’elles font face à une
difficulté d’ordre pratique que rencontrent aussi les grandes entreprises. Lorsque ces dernières ne
veulent pas être seulement dans la
conformité des 40 % mais souhaitent faire appel à des femmes aptes à
prendre des décisions et à piloter,
elles ont beaucoup plus de difficultés à recruter des femmes administrateurs que des hommes. Deux raisons à cela : il y en a moins qui sont
formées et elles sont culturellement
moins nombreuses à avoir cette
ambition. Et dès qu’un conseil en a
une compétente, elle est chassée
par les autres entreprises. Donc il
faut faire de la formation dédiée très
tôt dans les écoles de commerce, les
lycées. Il est temps d’avoir des modules d’orientation d’administrateur de grandes entreprises dédiés,
dans lesquels les écoles s’occupent
d’attirer des profils féminins.
Quel sera l’impact
de votre proposition ?
À chaque fois qu’une personne sera
nommée à un poste exécutif, les entreprises devront se poser la question de la pertinence du profil en
termes de compétence, de savoirfaire, de savoir-être, de façon indé-
pendante des autres critères qui
sont discriminatoires, c’est-à-dire
le sexe, l’âge, l’apparence physique, etc. Ce qui veut dire concrètement que, par exemple, les entreprises pourront mettre en place une
grille de critères pour la nomination. En le faisant, certains recruteurs ont reconnu qu’il y avait des
profils qu’ils n’auraient pas choisis
au feeling, alors qu’ils se sont révélés parfaitement adéquats. Le feeling est souvent biaisé par des stéréotypes qui peuvent se transformer
en préjugés parce qu’ils sont ancrés
depuis longtemps culturellement.
Et cela améliorera vraiment
le fonctionnement des instances
de direction ?
Je crois dans l’effet des politiques
de diversité, les études l’ont démontré. C’est pourquoi je soutiens
les dynamiques RSE depuis des années, et plus particulièrement dans
ce chapitre III du projet de loi Pacte,
ça correspond aussi à la modification du Code civil. On sait que la
performance globale est améliorée
quand vous avez une équipe diverse avec une multiplicité de profils.
Ça favorise l’esprit de créativité. Un
débat de contradictions constructives permet de faire émerger des
idées meilleures. Si vous êtes dans
l’endogamie et dans la reproduction des schémas existants, vous
n’aurez pas une performance différenciante de très long terme. Il est
toujours utile d’aller chercher des
profils différents. On n’est certainement pas en train de dire que
ceux en place sont incompétents,
mais il faut les diversifier. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR CO. C.
Coralie Dubost, députée
LaREM de l’Hérault,
en juillet à Montpellier.
ALAIN ROBERT/SIPA
A
la fin des années 90, les nombreuses
acquisitions dans les années 2000, la
prise d’otage du Ponant en 2008 ou
encore la crise de 2009 qui manquera d’emporter CMA CGM, endettée
de près de 5 milliards. « En 40 ans,
que d’épopées ! Que de belles réalisations ! », a salué la ministre des
Transports, Élisabeth Borne.
UN BATEAU
VENU D’ASIE
21
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
Les pertes de la SNCF dégradent
fortement les comptes français
Le reclassement
de la dette
de l’entreprise
pèse sur les
soldes publics
de la France.
£ Les syndicats du Crédit
mutuel s’inquiètent du projet de
divorce d’Arkéa, qui regroupe
les fédérations Bretagne,
Sud-Ouest et Massif central
de la banque mutualiste. Jeudi,
l’intersyndicale a déclenché
un mécanisme interne en vue
de préserver l’emploi en cas
de sécession d’Arkéa.
Le taux de chômage en Grèce
est revenu à 19,1 % en juin,
contre un chiffre révisé
de 19,3 % en mai, un plus bas
depuis septembre 2011,
selon l’institut national de la
statistique. Il reste cependant
le plus élevé de la zone euro
avec un nombre officiel
de personnes sans emploi à
909 528 et le chômage des 1524 ans s’élève encore à 39,1 %.
+@
» Une appli VTC réservée
aux femmes suscite
un débat avant son lancement
www.lefigaro.fr/economie
L’État a repris la dette
de la SNCF à partir
de 2016.
S. SORIANO/LE FIGARO
de son « patron » européen. Le
traitement des pertes de la SNCF
surprend également. La France tablait sur un reclassement en 2019,
suivant la règle européenne qu’une
entreprise qui dépend à plus de
50 % des financements publics doit
être requalifiée en administration et
sa dette intégrée aux comptes de
l’État. Selon les comptes du groupe,
les recettes de SNCF Réseau - qui
proviennent des péages payés par
les opérateurs - représentaient
52 % de l’ensemble des revenus du
groupe en 2017. Las, « Eurostat a
encouragé l’ensemble des pays européens à plutôt retenir des hypothèses
hautes quant au calcul de la consommation de capital fixe », ou la dépense d’investissement, indique
l’Insee.
Cette nouvelle modalité a immédiatement fait basculer la part des
recettes marchandes sous la barre
des 50 % des revenus dès 2016.
D’où la nécessité pour l’État de reprendre la dette de la SNCF à partir
de cette année-là. Avec, au final, la
dégradation du ratio français de
dette sur PIB qui a atteint, fin 2017,
le chiffre astronomique de 98,5 %.
« Cela nous renforce dans notre
objectif de faire baisser la dette »,
commente-t-on à Bercy. Bruno Le
Maire a bien sûr à cœur de ne pas
devenir le ministre des 100 % de
dette, une étiquette difficile à porter
quand on vient de la droite. Sur le
papier, grâce à la faiblesse des taux
d’intérêt, le gouvernement devrait
éviter, du moins à court terme, de
franchir ce palier essentiellement
symbolique, car sans conséquence
économique particulière. Reste que
cette dégradation va donner du
grain à moudre à ceux qui, à la
Commission européenne, estiment
que la France de Macron renoue
avec ses vieux démons. Objectifs de
finances publiques sur le quinquennat envoyés en avril revus à la baisse, ambitions très modestes en termes d’économies structurelles dans
le cadre du budget 2019… La passe
d’armes entre Paris et Bruxelles ne
fait peut-être que commencer… ■
La dette publique a dépassé début 2017 les… 100 % du PIB
Bercy sûr de son bon droit
Mais dans le fond, elle illustre surtout une tendance inquiétante pour
la France : l’augmentation récente
des frictions entre l’agence de statistique de l’Union européenne,
Eurostat, et son correspondant domestique, l’Insee. Des divergences
qui fragilisent les anticipations des
technos du ministère des Finances
et, par ricochet, leur crédibilité. Sur
Orano, Bercy, appuyé par l’Insee,
était ainsi sûr de son bon droit. Mais
« les échanges intervenus entre
l’Insee et Eurostat depuis la fin avril
n’ont pas permis d’arriver à un diagnostic partagé », pointe l’institut
français, qui a dû se ranger à l’avis
CRÉDIT MUTUEL :
LES SYNDICATS
INQUIETS
GRÈCE : LE CHÔMAGE
À 19,1 % EN JUIN
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
FINANCES PUBLIQUES Si même
Eurostat s’y met… Les comptables
européens ont un peu plus assombri
la rentrée, déjà très noire, d’Emmanuel Macron. Suite à leurs décisions sur la dette de SNCF Réseau et
sur la recapitalisation d’Orano (exAreva), l’Insee a dû revoir à la
hausse les niveaux de dette et de
déficit publics pour 2016 et 2017. Le
déficit est désormais plus élevé de
0,1 point, à 3,5 % en 2016 et 2,7 %
en 2017. Le niveau de dette sur PIB
s’accroît de son côté de 1,6 point en
2016, pour atteindre 98,2 %, et de
1,7 point en 2017, à 98,5 %.
L’exécutif est resté placide devant la nouvelle. Il s’agit certes du
passé, de chiffres qui concernent
essentiellement l’ère Hollande. La
forte croissance de la fin 2017 a par
ailleurs donné au pays des marges
de manœuvre inespérées pour affronter une mauvaise nouvelle sur
le volet du déficit. De facto, sa réévaluation de 2,6 % à 2,7 % fin 2017
ne change pas la donne pour Paris,
qui reste certes avant-dernier
européen, mais dans les clous des
traités ! Au final, cette dégradation
pourrait même paraître salutaire en
offrant au gouvernement une base
de comparaison plus flatteuse pour
les prochains budgets.
EN BREF
101 %
du PIB
Taux de dette publique
mathématiquement
atteint,
sauf réajustement
comptable, fin juin 2017
Quand Emmanuel Macron est entré
à l’Élysée en mai 2017, la dette française dépassait en valeur, selon toute vraisemblance, le produit intérieur brut (PIB) du pays. L’Insee,
qui actualisera le 28 septembre sa
série de dette publique trimestrielle, devrait en effet confirmer qu’aux
premier et deuxième trimestres
2017 l’Hexagone a franchi le seuil
symbolique des… 100 % de PIB suite
au reclassement de la facture SNCF
Réseau.
Auparavant, le niveau de la dette
pour ces deux trimestres atteignait
respectivement 99,1 % et 99,3 %.
Or l’opération SNCF a plombé l’année dernière la dette publique de
39,4 nouveaux milliards d’euros, ou
1,7 point de PIB. Sauf réajustement
comptable, la dette a alors mathématiquement atteint 100,8 % du
PIB fin mars et même 101 % fin juin.
À la fin de l’année 2017, seule
échéance qui compte pour Bruxelles, le niveau de dette avait reflué à
98,5 %.
Ce mouvement de yoyo de la dette en taux est classique. Les États
ont en effet tendance à concentrer
au premier semestre leur programme d’émissions de dette car les rentrées fiscales sont plus abondantes
en fin d’année. Paris prévoyait dans
le programme de stabilité, envoyé
en avril à Bruxelles, de finir l’année
2018 à 96,4 %. Le niveau final sera
supérieur en raison de l’opération
SNCF mais il devrait rester, sauf
grave crise, en deçà des 100 %.
Taux d’intérêt
Deux leviers jouent sur l’évolution
de l’endettement publique d’un
pays. Le premier est d’ordre budgétaire. La France ne brille pas par ses
efforts pour assainir ses comptes
mais a au moins le mérite d’encadrer de près ses émissions de dette.
Leur montant annuel est fixé chaque année en loi de finances. En
2018, pour rembourser la dette qui
arrive à échéance et financer le déficit, Bercy prévoit ainsi de lever à
moyen et long terme 195 milliards
d’euros. Un montant record mais
qui ne devrait pas déraper.
Le deuxième levier, lié à la
conjoncture, est par nature plus incertain. Si la croissance du PIB passe
en dessous des taux d’intérêt, les
dépenses d’intérêt de la dette croissent davantage que le PIB. Dans cette situation, la dette publique dérive
suivant un effet « boule de neige ».
La France n’en est pas là puisque le
taux de l’OAT atteignait 0,69 % jeudi. Tout l’enjeu pour le gouvernement est alors de redresser les finances publiques avant un éventuel
croisement des courbes des taux
d’intérêt et de croissance. ■
A. G.
Prélèvement à la source : les vrais chiffres des bugs qui ont créé la panique
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
Doublons, homonymies, doubles
prélèvements d’impôts sur les
pensions ou les feuilles de paie… Le
cataclysme informatique, prédit
par certains lors de la mise en place
du prélèvement à la source en janvier 2019, n’aura pas lieu, d’après
les résultats - récoltés par Le Figaro - des phases de tests. Les bugs
ont en effet été très peu nombreux,
indique un des organisateurs de ces
essais, le GIP-MDS. Cette structure
indépendante gère la déclaration
sociale nominative (DSN), système
par lequel passeront les données
échangées entre les entreprises et
le fisc - et par lequel transitent déjà
les cotisations sociales. Ces résultats, qui divergent de ceux alarmistes publiés la semaine dernière,
ont été confirmés dans un second
temps par la Direction générale des
finances publiques (DGFiP).
Les phases de test ont eu lieu entre le printemps 2017 et juillet 2018.
Durant ces quinze mois, la plus importante anomalie a été détectée le
29 janvier lorsque le GIP-MDS a vu
arriver 352 000 fichiers erronés,
envoyés par les « émetteurs »,
c’est-à-dire les entreprises, éditeurs de feuilles de paie, caisses de
retraite et employeurs publics participant aux tests. Ce volume
conséquent de fichiers non
conformes représentait alors 1 %
du volume total traité par les serveurs et concernait exclusivement
un des deux dispositifs servant au
prélèvement à la source, le système Pasrau, utilisé temporairement
par les structures publiques et
parapubliques.
Un tiers de fichiers
erronés dans le public
En cinq jours, le problème a été
identifié. De gros émetteurs
n’avaient pas inscrit le premier
zéro du code postal des villes et villages des neuf premiers départements français. « Nous ne pouvons
pas prévoir tous les comportements
atypiques de nos interlocuteurs, explique Élisabeth Humbert-Bottin,
la directrice du GIP-MDS. Mais il y
COTATIONS HEBDOMADAIRES
Nom du Fonds
Date de valorisation :
Valeur a la
Valeur
Valeur
création précédente liquidative
05/09/2018
AFER ACTIONS EURO
AFER-SFER
AFER PATRIMOINE
A. DIVERSIFIE DURABLE
AFER ACTIONS MONDE
A
Aviva Investors France
24-26, rue de la Pépinière 75008 Paris
Tél. : 01 76 62 90 00 / 01 76 62 91 01
Vocation
ACTIONS ZONE EURO
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIE
ACTIONSINTERNATIONALES
76,00
15,00
500,00
500,00
500,00
137,35
62,27
605,69
746,33
964,38
135,36
61,66
605,16
741,85
954,50
PROCHAINE PARUTION : 14/09/2018
(1) Dédoublé 2 fois. (2) divisée par 2. (3) divisée par 8. (4) divisée par 30. (5) divisée par 100. (6) divisée par 10. (7) divisée par 5. (8) divisée par 6.
*Ou dernier cours connu.
Quand on
« traite
des
millions et
des millions
de données,
il peut toujours
y avoir des
petits bugs.
Mais s’ils
surviennent,
ils n’auront
pas d’impact
sur le
contribuable
»
MARYVONNE LE
BRIGNONEN, DIRECTRICE
DU PROJET PRÉLÈVEMENT
À LA SOURCE À LA DGFIP
en a toujours, et les tests servent
justement à les détecter. » Moins
d’un mois après, le système a été
mis à jour. Désormais, si une entité
omet le premier zéro du code postal, il est ajouté automatiquement.
Les bugs les plus spectaculaires
sont aussi les plus rares. Il en va
ainsi des homonymies. En quinze
mois de tests, seules dix personnes,
sur plusieurs dizaines de millions,
ont été confondues par le système.
La conséquence ? Se voir attribuer
le taux de prélèvement de son homonyme, un risque ne concernant
toutefois que les personnes nées à
l’étranger n’ayant pas fourni de
numéro de Sécurité sociale à l’entité qui effectue le prélèvement
- souvent une caisse de retraite.
Quant aux doublons, ces déclarations de prélèvement envoyées
deux fois de suite au système, ils
n’ont représenté que 0,0031 % des
échanges. Ils surviennent de façon
aléatoire lorsqu’un serveur traite
par erreur un fichier déjà enregistré par un autre serveur. Le salaire
ou la pension de retraite du contribuable n’est pas pour autant ponctionné deux fois. D’abord, parce
que le prélèvement est effectué par
l’entreprise ou la caisse de retraite,
avant l’envoi de la fiche. Ensuite,
parce que la DGFiP élimine auto-
matiquement les doublons qu’elle
reçoit de la part de la DSN ou de
Pasrau. Au passage, si le double
n’était pas écarté, le fisc croirait
que le contribuable a payé deux
fois l’impôt au lieu d’une.
Au vu des tests réalisés depuis le
printemps 2017, le système informatique du prélèvement à la source semble donc robuste. En revanche, les employeurs doivent
encore s’exercer à remplir les formulaires. Dans le privé, 10 % des
entreprises ont envoyé des fichiers
erronés durant la phase de tests.
Dans le public, qui utilise Pasrau,
c’est trois fois plus, soit 30 %. Heureusement, ces déclarations tronquées n’auront pas ou peu d’incidence sur les contribuables.
Employeurs et caisses de retraite
disposent d’un délai de deux semaines pour renvoyer les données
correctes.
«Nous n’avons pas d’inquiétude
technique sur la mise en place du
prélèvement à la source, affirme la
directrice du projet Prélèvement à
la source à la DGFiP, Maryvonne
Le Brignonen. Ceci dit, quand on
traite des millions et des millions de
données, il peut toujours y avoir des
petits bugs. Mais s’ils surviennent,
ils n’auront pas d’impact sur le
contribuable. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 7 septembre 2018
ENTREPRISES 23
Durée de vie des centrales nucléaires :
EDF en appelle aux Français
Une grande concertation est lancée pour huit installations qui franchiront le cap des 40 ans d’ici à 2030.
EN CHIFFRES
41
ans : âge de la doyenne
des centrales nucléaires
françaises, Fessenheim
(Haut-Rhin), mise
en service en 1977.
58
réacteurs nucléaires sont
en service en France :
34 ont une puissance
de 900 mégawatts (MW)
chacun ; 20 de 1 300 MW
et quatre de 1 450 MW.
202,6
térawattheures (TWh) :
production d’électricité
nucléaire d’EDF en France
au premier semestre,
en hausse de 2,7 %.
Penly
Flamanville
Dampierre
Brennilis
Fessenheim
Belleville
Centrale nucléaire
en service
André François-Poncet,
président du directoire
de Wendel. VINCENT
ISORE/IP3 PRESS/MAXPPP
« Grand carénage »
Chinon
Autre site nucléaire
OPÉRATEUR
DES RÉACTEURS
EN COURS DE
DÉMANTÈLEMENT
Bugey
Civaux
St-Alban
Creys-Malville
Blayais
EDF
Cruas
CEA
Tricastin
ÂGE DES RÉACTEURS
D’EDF EN SERVICE
40 ans (2 réacteurs)
Marcoule**
Golfech
Fermeture prévue en 2020
De 30 à 39 ans (44)
De 20 à 29 ans (8)
De 16 à 19 ans (4)
Source : EDF
Infographie
*Chooz-A : SENA (EDF et une compagnie d'électricité belge) **Phénix : EDF et CEA
EPR en construction (1)
intelligibles pour un public non
averti mais qui se sent concerné.
« Chaque
année,
environ
100 000 visiteurs découvrent nos
centrales, souligne Philippe Sasseigne, directeur du parc de production nucléaire d’EDF. Il y a
donc un réel intérêt pour la découverte de la réalité du nucléaire.
Grâce à la concertation, nous souhaitons encore plus satisfaire à cet
Le holding vient de céder plusieurs participations.
INVESTISSEMENT Wendel, le
holding d’investissement attaché
à la dynastie des maîtres de forge
de Lorraine, a connu un premier
semestre chargé. D’abord, en
changeant sa direction : André
François-Poncet en a pris la présidence du directoire, remplaçant
Frédéric Lemoine, tandis que Nicolas ver Hulst, un membre de la
famille, a succédé à la tête du
conseil de surveillance à François
de Wendel.
Ensuite, sous la houlette du
nouveau tandem, le holding a décidé de recentrer sa stratégie. Il
prévoit d’investir 3 milliards
d’euros à horizon 2020, mais pas
en Asie du Sud-Est comme cela
avait été envisagé par le passé. Il
veut continuer à cibler les ÉtatsUnis et l’Afrique et se renforcer en
Europe, surtout en France, où il a
une marque établie avec des réseaux forts. Il sonde à nouveau
très activement ce marché, tout
en restant prudent. Alors que les
prix des actifs sont de plus en plus
élevés, le groupe, à la recherche
d’entreprises solides qu’il conservera pendant longtemps, prendra
son temps avant d’investir.
Au premier semestre, Wendel a
poursuivi la simplification de son
portefeuille. « Nous avons tiré
parti du contexte actuel de valorisations favorables pour nous dé-
Cattenom
Nogentsur-Seine
St-Laurent-des-Eaux
Wendel veut accroître ses
investissements en France
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
Chooz*
Paluel
sengager de nos investissements
dans CSP Technologies, Mecatherm
et Saham Group », indique André
François-Poncet. La valeur de son
portefeuille, composé de sociétés
cotées et non cotées (ou ANR, actif
net réévalué), a augmenté de
4,2 % pour atteindre 7,99 milliards d’euros. Pour les sociétés
d’investissement, il s’agit de l’indicateur de performance le plus
pertinent.
Perte nette
Les sociétés non cotées dans lesquelles Wendel est présent, comme l’entreprise de services américaine Allied Universal, le fabricant
d’emballages flexibles Constantia
Flexibles ou encore le chimiste
Stahl ont en effet enregistré de
bonnes performances. Idem pour
Bureau Veritas (coté à Paris), dont
la marge opérationnelle s’est légèrement améliorée. « La plupart
des sociétés du portefeuille ont enregistré une croissance organique
solide au premier semestre, bien
que certaines d’entre elles aient fait
face à des effets de change négatifs », relève André François-Poncet. Résultat, le chiffre d’affaires
consolidé du groupe tricentenaire
a augmenté de 3,1 % à 4,17 milliards d’euros. En revanche, Wendel a enregistré une perte de nette
de 900 000 euros sur le premier
semestre, due à des éléments non
récurrents (dépréciations d’une
filiale, frais…). ■
le cahier des charges qui fixera
les critères à respecter dans la
perspective de l’allongement jusqu’à 50 ans. Ces échanges doivent se prolonger jusqu’en 2020,
sur la base d’un document de
350 pages fourni par l’électricien
et de la concertation à venir.
« Les améliorations de la sûreté
bâties actuellement par l’entreprise visent à rendre les anciennes
centrales aussi sûres que celles
que nous pourrions construire actuellement, explique Philippe
Sasseigne. Outre les dispositifs
post-Fukushima, nous avons inclus des modifications renforçant
la sûreté. »
appétit et répondre à toutes les
questions qui peuvent se poser. »
Un dialogue serré
Selon lui, les compétences techniques et l’aval de l’ASN ne suffisent
pas pour prolonger sereinement le
parc : « Une bonne acceptabilité
des populations, juge-t-il, est aussi nécessaire pour que nous puissions travailler efficacement. »
EDF, l’ASN et le Haut comité
soulignent aussi que cette
concertation publique ne modifiera en rien le déroulement du
processus qui doit conduire - ou
pas - à l’autorisation nécessaire
pour prolonger des réacteurs.
L’ASN reste seule décisionnaire,
centrale par centrale. Le gendarme de l’atome a engagé un dialogue serré avec EDF pour définir
Cette concertation est distincte de
la Programmation pluriannuelle
de l’énergie (PPE), le document
de référence qui fixera la politique
énergétique de la France jusqu’en
2028. En cours d’élaboration, il
devra être présenté fin octobre.
Le gouvernement dira alors à
quelle échéance la part du nucléaire dans la production d’électricité doit reculer de 75 à 50 %.
D’ores et déjà, le calendrier établi
par l’ancien président de la République François Hollande, qui
avait fixé comme échéance 2025,
est caduc.
Depuis son conseil d’administration de juillet 2016, EDF rappelle régulièrement que son parc
de centrales a vocation à dépasser
le seuil initial des 40 années de
fonctionnement, pour au moins
dix années supplémentaires. Dans
cette perspective, le groupe a lancé un programme, dit de « grand
carénage », qui vise à moderniser
tous les réacteurs. Le coût de ce
chantier a été estimé à 48 milliards d’euros - sur la période
2014-2025. Dans cette enveloppe,
7 milliards sont consacrés à la remise à niveau des huit centrales
de 900 MW, comme l’a indiqué
EDF, jeudi. ■
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1
LE PARC NUCLÉAIRE
D’EDF
ÉNERGIE Le nouveau ministre de
la Transition écologique, François de Rugy, ne s’est pas encore
emparé du dossier que le nucléaire français entend plus que
jamais asseoir son développement et conforter son image dans
l’opinion publique. Jeudi, le Haut
comité pour la transparence et
l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN), EDF et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ont
officialisé le « lancement de la
concertation sur l’amélioration de
la sûreté des réacteurs de
900 mégawatts (MW) du parc,
dans le cadre de leur 4e réexamen
périodique ».
Cet examen, qui a lieu tous les
dix ans, vise à permettre la prolongation jusqu’à 50 ans du fonctionnement de huit centrales
d’EDF. Il s’agit de celles du Blayais
(Gironde), du Bugey (Ain), de
Chinon (Indre-et-Loire), CruasMeysse (Ardèche), Dampierreen-Burly (Loiret), Gravelines
(Nord), Saint-Laurent-des-Eaux
(Loir-et-Cher) et du Tricastin
(Drôme). Ces installations sont
parmi les plus anciennes du parc :
elles atteindront 40 ans entre 2019
pour Tricastin 1 et 2030 pour
Chinon 4.
La phase de concertation est
prévue pour durer six mois, jusqu’en mars. Elle s’articulera
autour d’une plateforme numérique et d’une série de rencontres
organisées par les commissions
locales d’information des sites
nucléaires concernés. Tous les citoyens pourront y participer. Cette initiative, la première du genre,
suscitera-t-elle un engouement ?
Les questions liées à la sûreté nucléaire sont complexes - conformité des infrastructures, accidents graves, obstacles internes
ou externes… - et difficilement
Gravelines
Un parc de 58 réacteurs
en activité
A
FRÉDÉRIC DE MONICAULT
fdemonicault@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO
24 ENTREPRISES
Le géant Sodexo
prêt à accélérer
Le groupe français de restauration collective
veut porter sa croissance à plus de 3 % d’ici à 2020,
contre moins de 1,5 % cette année.
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
Notre
« ambition
est de servir
un jour
un milliard
de consommateurs,
contre
100 millions
aujourd’hui
SOPHIE BELLON,
PRÉSIDENTE
(NON EXÉCUTIVE)
DU CONSEIL
D’ADMINISTRATION
DE SODEXO
»
SERVICES « Un plan de remise en
forme. » C’est ainsi que Denis
Machuel, qui a pris en janvier les
rênes de Sodexo, a baptisé le projet stratégique présenté jeudi aux
investisseurs. « J’ai commencé à
le préparer à l’été 2017, juste après
ma nomination, confie au Figaro
le directeur général du groupe de
restauration collective, qui emploie 427 000 salariés dans le
monde pour un chiffre d’affaires
de plus de 20,7 milliards d’euros.
Faire le diagnostic, définir les
priorités et fixer les objectifs,
c’était en quelque sorte mes devoirs de vacances. »
Sophie Bellon, fille du fondateur et présidente (non exécutive) du conseil d’administration
depuis janvier 2016, a fait la
même chose de son côté, et les
deux dirigeants ont confronté
leurs copies à la rentrée. « Nous
étions tout à fait alignés, et nous
avons construit ce plan ensemble,
car nous croyons dans le collectif, abonde la présidente, qui
tient à donner l’exemple d’un
tandem efficace de dirigeants à
la tête d’un grand groupe. Nous
savions que cela n’allait pas être
simple et que les enjeux étaient
importants. »
Pour ne rien arranger, Sodexo
a été contraint, de façon inattendue, à diffuser un avertissement
sur ses résultats en mars. Ses dirigeants ont alors revu à la baisse
leurs objectifs pour l’exercice
annuel clos fin août (croissance
des ventes de 1 à 1,5 %, au lieu de
2 à 4 %, et une marge autour de
5,7 %, contre 6,5 %) et abandonné leurs objectifs à moyen terme.
« Nous nous en serions bien passé,
assure Denis Machuel, mais ce
profit warning nous a permis de
montrer à tout le monde l’urgence
de ce plan. »
Réaliser des acquisitions
Il ne s’agit pas d’abandonner les
ambitions du groupe de « services
de qualité de vie » dans le facility
management, où il réalise 30 % de
ses ventes : non seulement Sodexo
enregistre depuis 2007 une croissance annuelle de 9,7 % dans ce
Sophie Bellon, fille du fondateur de Sodexo et présidente (non exécutive) du conseil d’administration,
et Denis Machuel, directeur général. P.CASTANO
domaine, mais le marché, au niveau mondial, est largement supérieur (580 milliards d’euros) à
celui de la restauration collective
(320 milliards).
« Nous pouvons garder les deux
moteurs, assure Denis Machuel.
Mais depuis dix ans, la croissance
de notre activité restauration, à
2,6 % en moyenne, était insuffisante, quand le marché mondial
augmentait de 3 à 4 %. Nous allons regagner des parts de marché dans ce secteur. C’est seulement quand nous serons revenus
parmi les meilleurs de la classe en
termes de croissance que nous serons satisfaits. Notre objectif est
de continuellement faire mieux
que le marché. »
Le groupe a surtout souffert
aux États-Unis, son premier
marché, en particulier sur les
segments des universités et des
hôpitaux. Il a décidé d’y changer son management et son organisation, afin de remettre les
clients au cœur de son modèle.
« Nous avons été complaisants
avec nous-mêmes », reconnaît
le patron.
Si le groupe ne fixe plus d’objectif à moyen terme, il estime
pouvoir réaliser une croissance
de son chiffre d’affaires supérieure à 3 % (hors impact
d’éventuelles acquisitions) lors
de l’exercice clos en août 2020,
« avant un retour durable à une
marge d’exploitation supérieure
de 6 % ».
« Notre ambition est de servir
un jour un milliard de consommateurs, contre 100 millions
aujourd’hui », assure Sophie
Bellon. D’ici là Sodexo devra
passer d’un modèle BtoB (les
clients étant des entreprises ou
des administrations) à un modèle BtoBtoC, où l’utilisateur final est crucial. Il est prêt pour
cela à augmenter ses investissements et à réaliser des acquisitions. « Préparer l’avenir ne
consiste pas à régler les problèmes, assure Sophie Bellon. Avec
la digitalisation, notre marché
évolue de façon profonde et définitive. »
Preuve de sa nouvelle stratégie, Sodexo vient de racheter
Crèche Attitude et Food Cheri (livraison de repas à domicile), et
développe des services à domicile
pour senior ainsi que des services
de conciergerie. ■
Novartis élague son activité de médicaments génériques
Le laboratoire suisse se recentre sur les traitements innovants.
KEREN LENTSCHNER @Klentschner
Vasant Narasimhan,
directeur général
de Novartis.
GIAN MARCO CASTELBERG
PHARMACIE Novartis fait le ménage chez Sandoz, sa filiale de médicaments génériques qui représente
20 % de son activité. Après plusieurs
mois d’efforts, le laboratoire suisse
est enfin parvenu à céder le maillon
faible de Sandoz aux États-Unis. Il
s’agit de ses activités en dermatologie, ainsi qu’un portefeuille de médicaments oraux, soit 300 produits au
total, qui ont généré 600 millions de
dollars de chiffre d’affaires au cours
des six premiers mois de l’année.
C’est le groupe indien Aurobindo
qui a mis la main sur ces actifs. Si le
prix que Novartis en a obtenu
(900 millions de dollars) reste modeste, plusieurs analystes estiment
que mieux valait s’en séparer au plus
vite plutôt que de négocier trop
longtemps les termes de la cession.
Ces activités étaient, en effet, en recul de 25 % au premier semestre,
plombant depuis plusieurs mois les
ventes et la rentabilité de Sandoz.
Son résultat opérationnel avait ainsi
reculé de 5 % l’an passé à 1,4 milliard
de dollars. Or la tendance ne semble
pas s’améliorer puisqu’une baisse de
20 % des ventes de ces activités
américaines est attendue sur l’ensemble de l’année. Cela s’explique
par la concurrence féroce à laquelle
LES DÉCIDEURS
â MIKAËL COHEN
Groupama
L’ingénieur et ex-directeur des investissements de CNP Assurances œuvrera désormais
au côté du directeur financier du groupe
d’assurance mutuelle française. Aux commandes des opérations financières et des
investissements de Groupama, le quinqua
poursuit sa carrière de financier d’entreprise.
â GAËTAN PONCELIN
DE RAUCOURT
Fiducial Sécurité
Le général de corps d’armée et conseiller du
gouvernement pour la défense, bascule à
58 ans dans le privé en prenant la direction
générale de la filiale sécurité du groupe français Fiducial.
A
â MARIE-LOUISE ANTONI
Caisse des Dépôts
Ex-journaliste, reconvertie dans les
affaires en 1993, elle tourne la page
Generali, dont elle chapeautait le
projet d’entreprise, la communication et la
RSE de la filiale française. Elle secondera
désormais le DG de la Caisse, Éric Lombard,
comme conseillère à la transformation.
se livrent les différents laboratoires
sur le marché américain des génériques. Elle s’est intensifiée depuis
dix-huit mois exerçant une pression
forte sur les prix.
Revue stratégique
Novartis, qui a généré l’an passé
49,1 milliards de dollars de chiffre
d’affaires, ne faisait pas mystère de
son intention de recentrer l’activité
de Sandoz sur les médicaments à
forte valeur ajoutée ainsi que sur les
biosimilaires (en croissance de 12 %
l’an passé). Les analystes d’Oddo
considèrent que c’était la dernière
étape de recentrage nécessaire cette année au laboratoire suisse et
qu’il est désormais prêt pour aborder 2019.
Au terme d’une longue revue
stratégique de ses activités, le groupe
pharmaceutique a décidé de se focaliser sur son activité pharmaceutique
pure et, en particulier, sur les traitements innovants, parmi lesquels la
thérapie génique et cellulaire. Son
nouveau patron, Vasant Narasimhan, qui a pris les rênes en février
dernier, a ainsi annoncé cet été la
scission d’Alcon, son activité ophtalmologique (7 milliards de dollars
de chiffre d’affaires). L’entreprise,
qui avait été rachetée à Nestlé en
2010, devrait être introduite en
Bourse au premier semestre 2019.
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Boiron : la no 2 Valérie Poinsot succède
à l’emblématique Christian Boiron
« Je suis une passionnée »,
lance-t-elle d’entrée de
jeu. Audacieuse et militante
aussi. Une personnalité qui
aura servi cette mère de
trois enfants, visiteuse médicale chez Fournier
à ses débuts, passée aussi par Urgo, et qui, dixhuit ans après son entrée chez Boiron, succède
à l’emblématique Christian Boiron, 71 ans, à la
tête du no 1 français et mondial de l’homéopathie. « C’était dans les tuyaux depuis un
moment. Cela faisait trois ans que Christian
parlait de retraite », confie la DG déléguée, qui
deviendra officiellement le 1er janvier directrice générale des Laboratoires Boiron. « Sa compétence et sa connaissance intime du groupe ne
sont plus à démontrer », fait valoir Christian
Boiron, pharmacien de formation entré dans
le laboratoire familial en 1970 et qui en partagea à plusieurs reprises la direction avec son
frère Thierry. Ce dernier restera président du
conseil d’administration, et lui-même administrateur. C’est la première fois que le groupe
lyonnais, fondé à la fin des années 1960 par le
père et l’oncle de Christian Boiron, qui lui
insuffla une patte très sociale, sera dirigé par
un membre extérieur à la famille.
C’est au cours de l’été que ce patron réputé
très social a informé sa dauphine qu’il allait lui
céder la barre. Un passage de témoin qui
intervient sur fond de turbulences, alors que
le groupe de 617 millions de chiffre d’affaires
et de 3 200 salariés a annoncé mercredi des
résultats semestriels en baisse et que le débat
récurrent sur l’efficacité de l’homéopathie
s’est enflammé récemment. Si Christian Boiron rappelle que cela fait 250 ans que
l’homéopathie est régulièrement remise en
question, Valérie Poinsot s’insurge de « la
voix qui est donnée à cette poignée de scientifiques, non ouverts, qui attaquent l’homéopathie ». « Une insulte aux 30 millions de Français qui veulent être soignés aussi par
homéopathie et l’utilisent chaque jour », souligne cette mère de famille convaincue de son
efficacité au côté des autres traitements médicaux. Reste que la ministre de la Santé vient de
demander à la Haute Autorité de santé (HAS)
une évaluation plus précise. Un éventuel
déremboursement ne serait pas sans conséquence sur le groupe détenu à 63 % par la
famille et qui réalise plus de 60 % de son chiffre d’affaires en France. Si le cours de l’action
a chuté en Bourse, la sportive dirigeante, présidente aussi de l’International Women’s
Forum Rhône-Alpes reste confiante et se dit
prête « à travailler d’arrache-pied avec son
équipe ». À l’international aussi, où le groupe
avance notamment ses pions en Inde, premier
marché mondial de l’homéopathie.
C. B.
Avant cela, le groupe avait cédé au
britannique GlaxoSmithKline ses
parts dans leur coentreprise de médicaments sans ordonnance. Ce qui
lui a permis, quelques mois plus tard,
de casser sa tirelire pour racheter
une biotech américaine, Avexis,
pour 8,7 milliards de dollars.
Le laboratoire suisse peut compter sur un portefeuille de produits
bien rempli avec une quinzaine de
lancements prévus cette année.
Parmi eux, celui de l’Aimovig, le
premier médicament préventif
contre la migraine, lancé aux
États-Unis, et qui vient d’obtenir
une autorisation de mise sur le
marché en Europe. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â VÉRONIQUE
DELVOLVÉ-ROSSET
Ipsen
Le groupe biopharmaceutique accueille une nouvelle directrice des
affaires publiques et de la communication pour la France. À l’œuvre
chez Eli Lilly depuis 2012, cette Sciences Po
-HEC avait aussi travaillé dans le conseil en
communication chez Tilder.
â CAROLE CHRÉTIEN-OZENNE
Medef
Deux mois après l’élection de Geoffroy Roux de Bézieux à la tête de
l’organisation patronale, la directrice générale déléguée et secrétaire générale s’en va. Arrivée en 2014, elle n’a pas
souhaité s’engager dans un nouveau mandat
de cinq ans.
â JORDAN BEHEM
Groupon
À 35 ans, il prend les rênes de l’entité française du groupe d’e-commerce. Diplômé de
l’Edhec, ce soldat de la première heure a gravi
un à un les échelons depuis son entrée comme
commercial en 2010 dans la maison.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 7 septembre 2018
TECH
25
Un quart
des Américains
ont effacé
l’appli Facebook
Les télécoms
américains brident
Netflix et YouTube
Conséquence du scandale Cambridge
Analytica, de nombreux utilisateurs
boudent le réseau social.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
INTERNET Le chiffre est presque
trop impressionnant. D’après une
étude publiée mercredi par le Pew
Research Center, 26 % des utilisateurs américains de Facebook ont
supprimé l’application du réseau
social de leur smartphone cette année. Cette proportion est encore
plus importante (44 %) pour les
jeunes internautes, entre 18 et
29 ans. Chez les plus de 65 ans, en
revanche, seuls 12 % des personnes
interrogées affirment avoir supprimé cette application.
Le Pew Research Center précise
que son étude a été menée au mois
de juin, soit deux mois après le début de l’affaire Cambridge Analytica, qui a plongé Facebook dans la
tourmente pendant de nombreuses
semaines. Le réseau social était
alors accusé d’avoir laissé une société britannique récupérer illégalement les données personnelles de
50 millions d’utilisateurs.
Des pratiques différentes
Le scandale a-t-il été l’affaire de
trop ? Les internautes fuient-ils Facebook, trop inquiets pour leur vie
privée ? La réalité est sans doute
plus complexe. Tout d’abord, le
nombre d’utilisateurs américains
sur Facebook est stable depuis un
an. Il n’a ni vraiment progressé, ni
vraiment baissé, malgré les scandales. À fin juin 2018, le réseau social revendiquait 185 millions
d’utilisateurs quotidiens (qui se
connectent tous les jours à ses services) aux États-Unis et au Canada.
Il est possible que les personnes interrogées continuent en fait à aller
sur Facebook, mais par d’autres
moyens, sur leur ordinateur ou leur
navigateur mobile.
Ensuite, l’étude du Pew Research
Center porte uniquement sur l’application-vitrine du réseau social.
Les personnes interrogées ne l’ont
pas été sur leurs pratiques relatives
à Messenger, WhatsApp ou Instagram. Ces trois services sont pourtant développés par Facebook et
partagent de nombreuses données
avec leur maison mère. Enfin, la
suppression d’une application ne
signifie pas un départ définitif d’une
plateforme en ligne. Au deuxième
trimestre 2018, Facebook a seulement connu une petite chute
d’audience en Europe, de 3 millions
d’utilisateurs actifs. Cette baisse
avait été attribuée par le réseau social à la mise en place du règlement
sur la protection des données personnelles (RGPD), en vigueur depuis le mois de mai. Cela représentait une baisse d’environ 1 % de son
audience en Europe, par rapport au
trimestre précédent.
Facebook est une entreprise très
surveillée. À chaque scandale, on
prédit une baisse de ses utilisateurs,
comme une punition à ses éventuelles dérives. Néanmoins, ces
prédictions se réalisent rarement.
Début mai, quelques semaines
après le début du scandale Cambridge Analytica, une étude réalisée
par Ipsos et Reuters n’avait pas révélé d’exode massif : un quart des
utilisateurs interrogés déclarait
« utiliser le site un peu moins », mais
un autre quart affirmait « l’utiliser
plus ». Les autres n’avaient pas
changé leurs habitudes. En outre,
les autres applications de Facebook
bénéficient d’une croissance exponentielle. Plus d’1,5 milliard de personnes se connectent tous les mois à
sa messagerie WhatsApp. Messenger, son autre service de communication, revendique 1,3 milliard
d’utilisateurs. Quant à Instagram,
La fin de la Net neutralité
aux États-Unis a ses premières
conséquences concrètes.
son audience s’élève à 800 millions
de personnes dans le monde. Pourtant, plus de 60 % des Américains
ignorent que l’application de photos est la propriété de l’entreprise
de Mark Zuckerberg.
La majorité des membres de Facebook utilise donc toujours le réseau social. Mais peut-être ont-ils
changé leurs habitudes. Par exemple, les jeunes ont tendance à passer moins de temps sur Facebook
que leurs aînés. D’après Médiamétrie, les Français de 15-24 ans plébiscitent d’abord YouTube (18 minutes de consommation moyenne
par jour) et Snapchat (12 minutes)
que Facebook, à qui ils consacrent
en moyenne 9 minutes par jour.
Toujours dans l’étude du Pew Research Center, 54 % des personnes
interrogées affirment avoir modifié leurs paramètres de confidentialité entre 2017 et 2018. Signe
d’une certaine prise de conscience
sur les enjeux de sécurité et de
l’exploitation de nos données personnelles, au cœur du scandale
Cambridge Analytica. ■
Préoccupés
par la protection
de leurs données
personnelles, de plus
en plus d’internautes
ont décidé de s’éloigner
de Facebook. SASCHA
STEINBACH/EPA/MAXPPP
54 %
des
utilisateurs
américains
de Facebook
ont modifié
leurs paramètres
de confidentialité
TÉLÉCOMS Les opérateurs télécoms américains n’ont pas tardé à
s’engouffrer dans la brèche.
L’évolution de la doctrine de
Washington sur la neutralité des
réseaux Internet (Net neutralité)
leur a offert une formidable opportunité. Ils peuvent brider les
débits de certains fournisseurs de
contenus. YouTube, Netflix, le
service vidéo d’Amazon Prime et
NBC Sports sont les premières
victimes de cette mesure de restriction. L’enquête, dévoilée par
Bloomberg, a été réalisée par les
universités de Northeastern et
celle du Massachusetts.
Les plus grands opérateurs mobile américains, (Verizon, AT&T,
T-Mobile, Sprint…) ont commencé
à limiter les débits des plus grands
fournisseurs de contenus, à commencer par Netflix, il y a quelques
mois. Ils justifient cette position
par l’importance de la bande passante occupée par les vidéos de ces
plateformes sur leurs réseaux.
Pour les opérateurs, Netflix et
consorts sont assimilables à des
transporteurs routiers dont les camions occuperaient toute la place
sur une autoroute, sans payer un
centime de péage. Les opérateurs
télécoms - et pas seulement les
américains - rêvent de faire payer
ces gros utilisateurs de réseau. Ils
reprochent aux plateformes vidéo
d’engranger de formidables profits
sans débourser un centime pour
accéder aux réseaux télécoms
qu’ils utilisent tous les jours. Pire,
les profits des fournisseurs de
contenus s’envolent, ceux des
opérateurs stagnent. Et pourtant,
ils investissent massivement dans
leurs réseaux.
Faute de parvenir à faire payer
Netflix ou YouTube, les opérateurs
mobile américains font passer les
consommateurs à la caisse. Ainsi,
Verizon décline trois types d’abonnements « illimités » en 4G. Dont
le prix varie de 40 à 60 dollars par
mois (hors taxe). Pour le moins
cher, l’abonné est prévenu « en cas
70 %
des données
consommées en ligne
aux États-Unis sont des vidéos
de congestion du réseau, la vitesse
de téléchargement peut être réduite ». Mais s’il accepte de débourser
60 dollars, il aura droit à 75 gigas de
données « à pleine vitesse » !
L’opérateur a donc une large marge de manœuvre pour apprécier le
degré de congestion de son réseau
et décider de brider ou non l’accès
à certains services. Cette gradation
est une première étape vers la mise
en place d’une facturation différenciée en fonction des contenus
consommés. T-Mobile, la filiale
américaine de Deutsche Telekom
propose une offre « Binge On » qui
inclut un accès illimité au flux vidéo des grandes plateformes vidéo,
dont Netflix, Amazon, Hulu. Les
consommateurs qui ne prennent
pas cette option doivent se montrer
un peu plus patients pour télécharger un film en HD sur leur portable.
Position claire
Les opérateurs télécoms européens lorgnent ces pratiques avec
envie. En France, la consommation de données en mobilité double chaque année depuis quatre
ans, selon le régulateur des télécoms (Arcep). Les abonnés regardent toujours plus de vidéos sur
leurs smartphones, sans que les
opérateurs parviennent à le monétiser. Pour le moment, la position des autorités européennes et
françaises sur le sujet est claire.
Elle leur interdit d’appliquer des
tarifs différents en fonction des
usages. Elle reste attachée au postulat de base de la neutralité du
Net, qui garantit « l’égalité de
traitement et d’acheminement de
tous les flux d’information sur Internet, quel que soit leur émetteur
ou leur destinataire ». ■
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*Le service LIVE TRADER ainsi que les diverses informations et analyses présentes sur la plateforme
ne constituent en aucun cas des conseils en investissement de la part de Fortuneo.
LA SÉANCE DU JEUDI 6 SEPTEMBRE
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
-1,95 43,39
-0,47 106,1
+1,24 105,78
-0,5
25,325
-0,83 100,2
-0,16
22,175
-0,23
51,78
-0,99 35,52
-1,13 106,2
+0,5
15,295
-0,05
12,39
-0,05 65,75
-0,53
12,41
-1,78 120,9
-0,3 532,8
-2,07 438,9
-1,1
199,1
-0,38 63,52
-0,21 284,4
+0,08 100,95
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
42,52
104,9
103,24
24,66
98,42
21,845
50,7
35
104,5
15,005
12,182
64,92
12,275
118,85
527
428,2
197,25
62,9
280,4
98,82
0,454
0,259
0,169
0,081
0,259
0,228
0,296
0,137
0,307
0,326
0,258
0,198
0,223
0,32
0,03
0,16
0,038
0,089
0,081
0,199
-0,74
+0,05
+25,64
-8,85
-18,24
-11,2
-18,09
-18,96
+6,23
-15,83
-11,1
-6,48
-14,34
+3,44
+18,5
+17,74
+6,65
-1,79
+14,36
-16,67
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................13,5
-1,03
PERNOD RICARD ..................................
132,75
-1,45
PEUGEOT ..............................................
22,97 -0,95
♣ 50,98
PUBLICIS GROUPE SA .............................
-1,24
RENAULT ..............................................
71,84 -0,58
SAFRAN ..............................................116,05 +6,37
SAINT GOBAIN ..................................
35,86 -1,43
SANOFI ..............................................72,27 -0,39
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
67,84 -0,12
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
35,9
-0,65
SODEXO ..............................................88,24 -1,5
SOLVAY ..............................................111
-0,89
STMICROELECTRONICS .............................
16,24 -1,52
TECHNIPFMC ..................................24,7
-2,02
TOTAL .............................................. 52,03 -0,95
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
173,06 -1,3
VALEO .............................................. 36,98 -1,1
VEOLIA ENVIRON. ..................................
17,875 +0,17
VINCI♣.............................................. 80,4
+1,18
VIVENDI ..............................................21,55 -0,42
+HAUTJOUR +BAS JOUR
13,615
134,15
23,26
52,08
72,58
119,15
36,455
72,82
68,34
36,49
89,46
111,95
16,51
25,32
52,78
175,74
37,33
18,045
81,18
21,71
13,47
132,65
22,92
50,86
71,79
112,7
35,86
72,25
67,14
35,88
85,04
110,2
16,09
24,7
52,03
173,06
36,9
17,855
79,36
21,5
%CAP.ECH
0,149
0,081
0,12
0,142
0,091
0,321
0,156
0,065
0,163
0,212
0,352
0,152
0,179
0
0,089
0,21
0,736
0,107
0,162
0,084
31/12
-6,74
+0,61
+35,48
-10,01
-14,38
+35,08
-22,01
+0,58
-4,26
-16,61
-21,25
-4,23
-10,79
-4,45
+12,1
-40,61
-15,98
-5,58
-3,88
LES DEVISES
chiffre d’affaires et de rentabilité pour
l’année en cours. Le groupe vise désormais une progression d’environ 20 % de
son résultat opérationnel courant contre
7 % à 10 % auparavant. La croissance organique du chiffre d’affaires devrait
quant à elle se situer entre 7 % et 9 %, au
lieu des 2 % à 4 % initialement prévus. Il
faut dire qu’au premier semestre, Safran
1 EURO=
1,6164
1,5338
0,8982
9,1324
129,55
1,1275
1,1634
3,216
11,103
7,6282
20,815
7,9451
83,7175
137,2028
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33490
33030
-3,63
NAPOLEON ..................................................... 195,9
195,9
-5,32
PIECE 10 DOL USA .....................................................
576
550
-2,04
PIECE 10 FLORINS .....................................................
208
208
-2,26
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1130
1101
-3,25
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
195
195
-4,41
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
287
287
-5,9
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1269
1275
-3,13
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
109,9
102
+0,09
PIECE SUISSE 20F .....................................................
193,7
192,1
-4,44
PIECE LATINE 20F .....................................................
195
195
-3,89
SOUVERAIN ..................................................... 248,9
249
-4,53
KRUGERRAND .....................................................1097,5
1097,5
-1,9
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
280,82 04/09/18
SAFRAN REVOIT À LA HAUSSE SES PRÉVISIONS DE RÉSULTATS
Les performances semestrielles de
l’équipementier aéronautique français
ont été saluées par une hausse de 6, 37 %
du titre jeudi, à 116,05 euros, dans un
marché pourtant orienté à la baisse
(- 0,31 % pour l’indice CAC 40). Ce bond,
qui porte à 35 % la progression du cours
de l’action depuis le 1er janvier, s’explique
par le relèvement des perspectives de
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
BETELGEUSE ................................................
48,42 03/09/18
BELLATRIX C ................................................
331,83 03/09/18
SIRIUS ................................................55,34 04/09/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
a dépassé les attentes avec un bénéfice
opérationnel courant de 1,39 milliard
d’euros et un chiffre d’affaires de
9,50 milliards.
Le groupe estime que Zodiac Aerospace, consolidé depuis début mars, contribuera cette année à hauteur de 260 à
300 millions d’euros au résultat opérationnel et de 3,6 à 4 milliards au chiffre
d’affaires. L’acquisition de Zodiac, qui
s’était révélée plus difficile que prévu, devrait dès lors contribuer à améliorer le résultat net par action. Le pôle d’intérieurs
de cabines de Zodiac, largement responsable des retards de livraisons passés, a
effacé ses pertes. Autre bonne nouvelle,
Safran et Dassault Aviation ont annoncé
être parvenus à un accord à l’amiable :
l’équipementier versera 280 millions de
dollars à l’avionneur pour le dédommager
des problèmes du moteur Silvercrest qui
ont entraîné l’abandon du jet Falcon 5X,
remplacé depuis par le 6X. Le montant de
cette indemnité ayant été provisionné, la
conclusion de cet accord ne change pas
les perspectives de rentabilité et de génération de cash-flow de Safran. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 42,68
♣
AIR LIQUIDE ..................................
105,1
AIRBUS ..............................................104,28
ARCELORMITTAL SA ..................................
24,715
ATOS .............................................. 99,22
AXA ..............................................
21,965
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
50,99
BOUYGUES ..............................................
35,1
CAPGEMINI ..............................................
105,05
CARREFOUR ..............................................
15,185
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,268
DANONE ..............................................65,42
ENGIE .............................................. 12,28
ESSILOR INTL. ..................................118,9
HERMES INTL ..................................528,8
KERING ..............................................430,1
L'OREAL ..............................................197,25
LEGRAND ..............................................63,04
LVMH .............................................. 280,65
♣
MICHELIN ..............................................
99,62
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Presse : une majorité d’Européens
veut faire payer les Gafa
Selon un sondage Harris, les consommateurs
militent pour une juste rémunération des auteurs.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
Les
« citoyens
européens
ont parlé,
désormais
les
responsables
politiques
doivent
agir
»
VÉRONIQUE
D ES B R O S S ES ,
D I R EC T R I C E G É N É R A LE
D U G R O U P EM EN T
EU R O P É EN D ES
S O C I É T É S D ’A U T EU R S
ET C O M P O S I T EU R S
( G ES A C )
PRESSE Le vent semble tourner
pour les grandes plateformes
Internet. Un sondage Harris Interactive dessine un mouvement de
défiance envers les Gafa chez les
internautes européens. Ainsi, la
majorité des Français sondés estiment que Google, Facebook ou
Apple ne protègent pas leurs données (71 %), affaiblissent l’information de qualité (61 %) et menacent la souveraineté des États
(63 %). Les deux tiers des Français
pensent ainsi que les Gafa ont
aujourd’hui plus de pouvoir que les
institutions
européennes.
À
l’échelle du continent, ce taux
monte à 67 %, et peut atteindre
78 % en Italie et 77 % en Grèce.
Cette étude a été commandée
par Europe for Creators, un mouvement lancé par le Gesac, le regroupement des ayants droit européens. Ce dernier milite pour
l’adoption par le Parlement européen de la directive autour de la
protection du droit d’auteur sur
Internet, qui sera remise au vote le
12 septembre après un premier
échec en juillet (lire ci-dessous). Et
les autres résultats du sondage ont
de quoi lui mettre du baume au
cœur. Ainsi, 87 % des Européens
souhaitent que l’Union européenne
mette en place des règles qui permettent de protéger la rémunéra-
tion des artistes sur les plateformes
comme YouTube, Facebook ou
Google. Soit l’objet de l’article 13 de
la directive sur le droit d’auteur.
Les internautes sondés sont à 66 %
convaincus que les Gafa ne partagent pas suffisamment avec les
créateurs de contenus (musiciens,
chanteurs, vidéastes…) les revenus
qu’ils perçoivent par le biais de la
publicité et des abonnements à
leurs services. Ce taux monte à
76 % en France.
Les Européens soutiennent
la directive droit d'auteur
SONDAGE HARRIS INTERACTIVE POUR EUROPE FOR CREATORS,
MENÉ AUPRÈS DE 6 600 INTERNAUTES EUROPÉENS DANS 8 PAYS
66 %
estiment que les Gafa ne rétribuent
pas équitablement les créateurs
de contenus
81%
pensent que les Gafa devraient rémunérer les
médias lorsqu’ils utilisent leurs contenus
87 %
attendent de l’Europe qu’elle protège
les droits d’auteurs des créateurs
sur Internet
Soutien au droit voisin
Le sondage s’intéresse également à
la rémunération des médias par les
Gafa. Cela fait déjà plusieurs années
que la quasi-intégralité du marché
de la publicité en ligne est captée
par les géants d’Internet, ne laissant que des miettes aux sites d’information, qui s’affaiblissent financièrement. Pour les tenants de
la directive sur le droit d’auteur,
cette situation n’a que trop duré et
les médias européens doivent avoir
la possibilité de négocier une rétribution auprès des Gafa, qui indexent leurs contenus ou créent
des services autour (Google News,
Apple News, Google Image…). C’est
le contenu de l’article 11 de la directive, qui souhaite créer un « droit
voisin » pour les médias. D’après
l’étude Harris Interactive, 81 % des
internautes européens estiment
que les médias méritent rétribution
en cas de réutilisation sur les plate-
Source : Harris Interactive
formes de leurs articles, vidéos ou
photos. « Ce sondage est la démonstration formidable que les internautes européens soutiennent la directive droit d’auteur », affirme
Denis Bouchez, délégué général du
Syndicat national de la presse quotidienne nationale (SQPN). « Les citoyens européens ont parlé, désormais les responsables politiques
doivent agir lors du vote du 12 septembre »,
ajoute
Véronique
Desbrosses, directrice générale du
Gesac. L’étude expose toutefois des
lignes de fracture entre les pays
sondés. Ainsi, la République tchè-
Infographie
que, la Pologne ou la Roumanie ne
s’alarment pas outre mesure du
pouvoir des Gafa.
La mobilisation prodirective ne
va pas faiblir d’ici au scrutin de
mercredi. Jeudi, 400 représentants
du monde de la culture se sont réunis au Palais-Royal, à Paris, pour
apporter leur soutien au texte.
« Les grandes plateformes comme
YouTube et Facebook se nourrissent
des créations que nous leur livrons.
Qu’en font-ils ? De la pâte à publicité. Nous rémunèrent-ils ? Une misère », a dénoncé sur scène la
chanteuse Emily Loizeau. Au
EN BREF
PUB EN LIGNE : LES
RÉSEAUX SOCIAUX EN
POSITION ÉCRASANTE
£ Au premier semestre, les
réseaux sociaux ont capté en
France 83% des investissements
sur mobile et 53% de la pub
display, selon le Syndicat des
régies Internet.
EXPORT AUDIOVISUEL :
325 MILLIONS EN 2017
£ En 2017, les exportations
audiovisuelles françaises ont
représenté 325 millions d’euros,
en baisse de 3,2 % par rapport à
2016, qui était une année record,
ont annoncé TV France
International et le CNC.
LES COMMUNAUTÉS
ONT LA COTE
£ À l’occasion des Rencontres de
l’Udecam (syndicat des agences
médias) qui se tenaient jeudi,
Kantar a dévoilé les résultats
d’un sondage selon lequel 53 %
des consommateurs se déclarent
intéressés pour rejoindre
une communauté de marque.
même moment, plusieurs artistes
et musiciens britanniques se rassemblaient devant le siège londonien de Google sous la bannière
« Sauvons la musique en ligne ».
D’après leur mouvement #LoveMusic, une chanson écoutée un
million de fois sur YouTube rapporte seulement 600 euros à l’artiste concerné. Lundi, un colloque
autour des droits voisins pour la
presse sera organisé au siège du
groupe Les Échos-Le Parisien. Les
grands groupes de médias français,
dont Le Figaro, répondront
présents. ■
À Bruxelles, l’heure
de vérité pour la presse
européenne
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
PRESSE C’est un moment de vérité
pour la presse européenne, engagée
dans un combat pour obtenir un
droit voisin obligeant les Gafa à rémunérer les contenus qu’ils utilisent. Le 12 septembre, les députés
européens vont débattre à Strasbourg de la directive sur les droits
d’auteur. La première mouture
proposée par la Commission européenne a été retoquée au Parlement
le 5 juillet dernier. Depuis, les Gafa
ont exercé un intense lobbying
auprès des élus européens pour lutter contre la création d’un droit
voisin. De très nombreux amendements ont été déposés et seront
examinés mercredi prochain. Le
député allemand Alex Voss, nommé
rapporteur du texte, en a déposé un
en faveur de la création d’un droit
voisin pratiquement identique à celui qui avait été présenté le 5 juillet.
C
« Un filet de protection »
« Au moment où on parle, ce texte
n’a pas de majorité politique et il ne
devrait donc pas être voté », analyse
Jean-Marie Cavada, député européen apparenté Alde et invité du
« Talk Le Figaro ». « J’ai donc déposé un autre amendement, une sorte
de filet de protection, pour faire en
sorte que la presse dispose au moins
d’un corpus juridique », ajoute-t-il.
Problème, cet amendement rédigé
par le groupe politique de Jean-Marie Cavada exclurait des droits voisins, les très courts extraits (ou
snippets) accompagnant la présentation des résultats sur un moteur
de recherche. En clair, il permettrait bien la création d’un droit voisin mais vidé de sa substance car les
snippets représentent environ la
moitié des contenus repris par les
Gafas.
Pour la fédération des éditeurs de
presse européens ENPA « toute exception, notamment sur les très
courts extraits, est une porte d’en-
trée donnée aux Gafa pour éviter une
réelle application du droit voisin ».
« Au départ, j’étais en faveur de ne
rien donner gratuitement aux Gafa :
ni titre ni texte. Mais nous avons été
battus le 5 juillet. En politique il faut
trouver un compromis pour faire voter un texte même s’il n’est pas parfait. Mon texte devrait être adopté
car il dispose d’une majorité. Il n’y a
pas d’autres alternatives si ce n’est
un vide juridique », justifie JeanMarie Cavada. « Mais il y a encore
deux autres étapes ».
En effet, le texte sera ensuite
examiné par le trilogue composé
du Conseil européen, la Commission et le Parlement puis par le
Parlement français lors de la
transposition de la directive en
droit français. « Et j’ai confiance
dans les politiques français pour
durcir encore ce texte lors de la loi
de transposition », ajoute JeanMarie Cavada. Pour lui, l’important est « de ramener les Gafa dans
la loi morale : on ne vole pas les produits que l’on utilise mais on doit les
acheter et on doit payer ses impôts
là où se trouve le consommateur. Il
faut obliger les Gafa à payer pour ce
qu’ils empruntent. C’est une question de démocratie ». ■
Jean-Marie Cavada, jeudi,
dans le studio du Figaro.
EUGÉNIE RAGOT/LE FIGARO
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 038 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
STYLE
LE COMMERCE
RESPONSABLE EST-IL
L’AVENIR DE LA MODE ?
Galeries Lafayette
PAGE 30
RENDEZ-VOUS
PARIS DESIGN WEEK,
DES PROMENADES THÉMATIQUES
AU CŒUR DE LA CRÉATION
CONTEMPORAINE PAGE 31
Théâtre
Fric -Frac, d’Édouard Bourdet,
mis en scène par Michel Fau,
au Théâtre de Paris,
à partir du 11 septembre.
MARCEL HARTMANN
La rentrée des artistes
120 nouveaux spectacles seront à l’affiche des salles parisiennes d’ici au 20 octobre. Une profusion qui
fait la part belle aux metteurs en scène de renom et aux grands auteurs. Morceaux choisis. PAGES 28 ET 29
Francesco Mura, la fougue qui fait mouche
NOS FIGURES DE LA RENTRÉE Sujet du Ballet de l’Opéra, le jeune Italien a défendu
les couleurs de l’école française lors du concours international de Varna, en Bulgarie.
ls étaient trois cette année à défendre les couleurs de l’école
française au concours international de Varna : une Australienne
surdouée, Bianca Scudamore, un
Chinois prometteur, Chun Wing Lam,
et deux Italiens, Giorgio Fourès et le
débordant Francesco Mura. Bianca
Scudamore a été couronnée de l’argent
en catégorie junior. Lam a reçu un prix
spécial du jury. Francesco Mura a reçu
la médaille de bronze senior. Ça n’est
pas rien. Varna est l’endroit où naissent les étoiles depuis qu’en 1964 Emil
Dimitrov a ouvert le concours dans un
petit théâtre de verdure de cette ville,
alors la plus grande station balnéaire
de Bulgarie.
La référence ? Les Jeux olympiques.
Désormais, les étoiles seraient sacrées
I
ici comme les champions sur l’Olympe. Comme pour les Jeux, on y allume
une flamme en lisière du théâtre, qui
brûlera le temps de la compétition, et
on borde la scène des drapeaux de
trente-cinq pays compétiteurs. Patrick Dupond, Aurélie Dupont, Sylvie
Guillem… les grandes étoiles sont effectivement nées ici. Et même Vladimir Vasiliev, qui a accepté cette année
de tenir la présidence du jury.
Ce sacre, Francesco Mura, 22 ans,
est venu le chercher à Varna, du 15 au
30 juillet, parmi 150 danseurs : « J’en
rêvais. Comme Bianca Scudamore a
bien voulu être ma partenaire et que
nous dansions ensemble en gala dans le
groupe des Italiens de l’Opéra, nous
nous sommes inscrits », dit-il. Né dans
une famille de danseurs en Italie, il se
met à la barre à 11 ans, obtient la médaille d’or au « Civitanova dance for
tomorrow » et remporte une bourse
PRESSE ; SÉBASTIEN MATHÉ – OPÉRA NATIONAL DE PARIS
d’études pour l’École de la Scala de
Milan. De là, il rejoint l’École de danse
du Ballet de l’Opéra de Paris en 2013 et
franchit les rangs de la hiérarchie
comme un seul homme. Premier au
concours d’entrée dans le ballet en
2015, couronné par le prix jeune espoir
de l’Arop. Au dernier concours de promotion interne, il a gagné ses galons de
sujet, le grade qui permet d’accéder
aux rôles de solistes.
« Il flambe d’énergie »
« Il a la fougue, une présence scénique
qui marque d’emblée le public », dit Sonia Dimitrova, directrice du concours.
« Il flambe d’énergie et possède une attaque assez belle », poursuit Éric Vu-An,
directeur du Ballet de Nice, médaillé à
Varna et membre du jury cette année.
Préparés par Karl Paquette et Wilfried Romoli, Francesco Mura et Bianca Scudamore ont dansé Le Corsaire,
La Belle au bois dormant et Don
Quichotte, attendant souvent
tard dans la nuit que la pluie
cesse pour pouvoir se produire. Déjà, Francesco Mura avait
dansé de nombreux rôles :
tambourineur dans Le Bal des
cadets, chef des Gitans dans Don
Quichotte, danseur du Sacre du
printemps de Pina Bausch… On le verra
dans Decadance d’Ohad Naharin donné en ouverture de la saison du Ballet
de l’Opéra de Paris *: « C’est un tout
autre style qu’on aborde. Quelque
chose qu’on n’a jamais vu à l’Opéra
et qui est très intéressant à travailler. Pour le public, c’est tout
en muscles, mais pour nous,
c’est une danse spirituelle »,
dit-il. ■
* Au Palais Garnier,
à partir
du 25 septembre.
Francesco
Mura (ici
dans Don
Quichotte)
a reçu
la médaille de
bronze senior
à Varna.
A
ARIANE BAVELIER £@arianebavelier
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO
28
L'ÉVÉNEMENT
De sacrées têtes d’affiche !
THÉÂTRE Du « Tartuffe » par Peter Stein à « La Nuit des rois » par Thomas Ostermeier,
les spectacles des grands noms de la mise en scène internationale marquent le début de saison.
LE THÉÂTRE
Armelle Héliot
aheliot@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/theatre
utant commencer par un
coup de théâtre! Kanata, le
spectacle conçu par Robert
Lepage pour la troupe du
Théâtre du Soleil qui a failli
disparaître complètement des écrans en
juillet dernier, aura bien lieu. Un communiqué publié avant-hier sous l’intitulé très clair « Le ressaisissement »
l’annonce. Ils l’avaient dit le 27 juillet :
Ariane Mnouchkine et le Soleil se donnaient « le temps de réfléchir, d’analyser, d’interroger et de s’interroger ». Au
Japon, pays où depuis sa jeunesse, elle
s’est souvent ressourcée, la grande
artiste a conçu très vite l’essentiel : faire
de la controverse même matière à
réflexion théâtrale.
C’est sur la loi que le Soleil appuie sa
décision. Sur la lecture du Code pénal
pour mieux répliquer : « N’étant donc
pas obligé juridiquement et surtout moralement de se soumettre à d’autres injonctions, même sincères, et encore moins de
céder aux tentatives d’intimidation idéologiques en forme d’articles culpabilisants, ou d’imprécations accusatrices, le
plus souvent anonymes, sur les réseaux
sociaux, le Théâtre du Soleil a décidé, en
accord avec Robert Lepage, de poursuivre avec lui la création de leur spectacle et
de le présenter au public aux dates prévues, sous le titre Kanata - Épisode I - La
Controverse. »
Année culturelle oblige
Une belle victoire de l’intelligence et de
la légitimité artistique ! Une très bonne
nouvelle pour le public et pour le Festival d’Automne qui avait mis Kanata à
son programme. Marie Collin, chargée
du théâtre, et Emmanuel DemarcyMota, le directeur, ont toujours été aux
côtés d’Ariane Mnouchkine, de Robert
Lepage et de la troupe. Un festival, qui,
cette saison, renoue d’une manière
puissante avec sa grande tradition : de
très grands noms de la scène internationale sont présents, tout comme de jeunes pousses en devenir. Mais la part de
l’art dramatique est impressionnante !
PASCAL VICTOR/ARTCOMPRESS
A
Félicien Juttner, Pierre Arditi et Jacques Weber (de gauche à droite), dans Le Tartuffe, monté par Peter Stein au Théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris à partir du 14 septembre.
Clin d’œil au Soleil et à ses inoubliables Richard II et Henry IV à la samouraï,
l’Empire des signes est très présent, année culturelle « Japonismes » oblige. Si
les choix sont parfois dictés par la diplomatie, la haute qualité des productions
impressionne. Grand Kabuki Shochiku à
Chaillot, Hiroshi Sugimoto à l’Espace
Cardin-Théâtre de la Ville, Kurô Tanino
puis Shû Matsui à Gennevilliers, Toshiki
Okada au Centre Pompidou.
Parmi les phares de la mise en scène
en Europe, eux aussi au rendez-vous de
l’Automne, citons le Polonais Krystian
Lupa et Le Procès d’après Kafka à
l’Odéon, le Suisse Milo Rau et La Repri-
Classiques et modernes,
le renouvellement
u Édouard Bourdet
Édouard Bourdet est-il un auteur classique ? Oui. La preuve par la plus originale
de ses comédies, sortie d’un certain oubli
par Michel Fau. Il s’est souvenu pour notre grand plaisir que, derrière ce chefd’œuvre de film qu’est Fric-Frac, de
Maurice Lehmann et Claude Autant-Lara,
il y a une pièce, admirablement construite, écrite et qui permet à l’argot des années 1930 de faire une entrée irrésistible
au théâtre. Bourdet, qui fut un administrateur général de la Comédie-Française
lucide et courageux, est fait pour notre
temps. Julie Depardieu, Régis Laspalès,
Michel Fau lui-même et Emeline Bayart
reprennent les rôles d’Arletty, Fernandel,
Michel Simon, Hélène Robert dans des
décors colorés et inventifs et des costumes superbes. Au Théâtre de Paris, à partir du 11 septembre.
u
Shakespeare
À la Comédie-Française, c’est le patron
de la Schaubühne de Berlin, Thomas Ostermeier, qui met en scène, dans une
nouvelle traduction d’Olivier Cadiot (qui
en restitue le titre complet) La Nuit des
Rois ou tout ce que vous voulez, avec, entre
autres étoiles, Denis Podalydès, Adeline
d’Hermy, Laurent Stocker, Georgia Scalliet. Avec Ostermeier, tout est toujours
neuf ! Du 22 septembre au 28 février, en
alternance.
A
u Molière
Le cher Molière est très présent, on en
reparlera longuement, notamment avec
Le Tartuffe de la Porte Saint-Martin qui
réunit Arditi et Weber et George Dandin
par Jean-Pierre Vincent à la MC 93 du
26 septembre au 7 octobre.
u Marivaux
Pas de saison sans Marivaux. Il est au
Vieux-Colombier, toujours avec la troupe
du Français. Emmanuel Daumas pose son
regard sur L’Heureux Stratagème, du
19 septembre au 4 novembre, en complicité avec de subtils interprètes, de Jennifer Decker à Laurent Lafitte, de Julie
Sicard à Jérôme Pouly. Thomas Jolly, lui,
renoue avec Arlequin poli par l’amour, le
spectacle de sa jeunesse, un spectacle qui
a 12 ans et dont la fraîcheur s’accommodera de la nuit bleue de la Scala. Du
29 septembre au 27 octobre. À l’Aquarium, Benoît Lambert, qui s’est longtemps
tenu dans le pur présent, s’est pris d’intérêt pour le répertoire. Après trois Molière
et trois Musset, il choisit à son tour Marivaux avec l’étourdissant Jeu de l’amour et
du hasard. Du 26 septembre au 21 octobre.
u Pas de saison, non plus, sans Stefan
Stefan Zweig
Zweig. Retenons une des propositions : La
Légende d’une vie, au Théâtre Montparnasse, dans une mise en scène de Christophe Lidon avec Natalie Dessay, Macha
Méril, Gaël Giraudeau, Bernard Alane,
Valentine Galey. Cruelle situation d’un
jeune auteur, en 1919, à Vienne, qui voudrait échapper à l’ombre d’un père disparu, écrivain, dont la mémoire est magnifiée par sa mère. À partir du 12 septembre.
u Tennessee Williams
Tennessee Williams se fait plus rare. Au
Poche, Charlotte Rondelez dirige un quatuor d’interprètes excellents, dans La
Ménagerie de verre traduite par Isabelle
Famchon. La plus autobiographique des
pièces de l’écrivain, la plus bouleversante
sans doute. Déjà à l’affiche.
A. H.
se. Histoire(s) du théâtre (I) à NanterreAmandiers, les Flamands du tg STAN à
la Bastille, le Français Claude Régy,
dont on reprend Rêve et Folie de Trakl à
Nanterre-Amandiers et, dans le même
théâtre, le rare Alain Cavalier dans sa
Conversation avec Mohamed El Khatib.
Quant à Tiago Rodrigues il offre sa profondeur et sa fantaisie lusitaniennes
avec Sopro à Chelles et à la Bastille, ce
bijou qu’est By Heart à Saint-Ouen, et il
est encore présent par la grâce d’un
merveilleux spectacle de Thomas
Quillardet, Tristesse et joie dans la vie
des girafes qui fera une tournée de Paris
à ses environs. Une histoire qui enchan-
te les enfants et ravit les adultes. En cette rentrée 2018-2019, le jeune public
n’est pas oublié. Emmanuel DemarcyMota et ses proches ont ce souci. Antoine Vitez en avait fait une règle, Olivier
Py se passionne pour ce répertoire que
servait si bien le regretté Richard
Demarcy.
Regardons plus loin : c’est en juin,
aux Nuits de Fourvière que sera créé le
spectacle le plus attendu de l’année, un
projet de Robert Wilson à l’instigation
d’Emmanuel Demarcy-Mota, également directeur du Théâtre de la Ville :
Jungle Book ou Le Livre de la jungle en
lumière, musique et jeu. Mais ce n’est
pas tout. La grande nouveauté de cette
saison, c’est la présence d’un des plus
grands metteurs en scène européens,
l’Allemand Peter Stein, dans deux salles
prestigieuses du circuit privé : dès
septembre il monte Le Tartuffe avec
notamment Pierre Arditi et Jacques
Weber, à la Porte Saint-Martin et un
peu plus tard Le Misanthrope au Comedia avec Lambert Wilson, Pauline
Cheviller, Brigitte Catillon.
Salle Richelieu, c’est Thomas Ostermeier qui fait une entrée éclatante avec
sa mise en scène de La Nuit des rois.
Bref, Paris est la capitale mondiale du
théâtre. ■
Contemporains français et étrangers
à foison
de famille
uHistoire
Commençons par le plus lyrique
des auteurs du jour. Simon Abkarian
présente deux volets d’une même histoire. Histoire de famille, histoire de
Méditerranée : Le Dernier Jour du jeûne et L’Envol des cigognes, qui se déroule dix ans plus tard. C’est copieux,
coloré, poétique, épique. Simon
Abkarian, que tout le monde connaît
par le cinéma et la télévision, est un
ancien du Soleil. Ariane Mnouchkine
lui a confié son théâtre. Il y joue, notamment avec Ariane Ascaride, Océane Mozas, Chloé Réjon, Catherine
Schaub, David Ayala. En deux soirs ou
en intégrale les week-ends. Théâtre
du Soleil, jusqu’au 14 octobre.
ministre et la star
uLe
Très finement composée, insolite et
intéressante est la pièce d’Isabelle Le
Nouvel Skorpios au loin. En 1959, sur le
yacht d’Onassis, alors que la Callas est
à bord, Winston Churchill rencontre
Greta Garbo. C’est vrai. Ce qu’ils se
dirent, nul ne le sait. Mais le face-àface est vraisemblable et troublant :
entre Niels Arestrup et Ludmila
Mikaël, rencontre au sommet également, Baptiste Roussillon est le majordome. Bouffes Parisiens, à partir du
18 septembre.
retour des vedettes
uLe
Déjà à l’affiche dans son Théâtre
Rive Gauche, Eric-Emmanuel Schmitt
joue Monsieur Ibrahim et les fleurs du
Coran pour trente représentations
exceptionnelles, tandis que les pièces
d’Alexis Michalik continuent sur leur
lancée, et en particulier Edmond au
Palais-Royal ! En attendant le film
présenté à Angoulême qui sort en salle
en janvier.
à succès
uComédie
À l’affiche également la nouvelle
mouture du Prénom à Édouard VII,
avec une bande de jeunes comiques
survoltés, Jonathan Lambert, Sébastien Castro, notamment, et la ravissante Marie-Julie Baup, mis en scène
par Bernard Murat et la version
théâtre de Trois hommes et un couffin,
mise en scène par Coline Serreau
elle-même au Gymnase, là aussi avec
de jeunes personnalités très comiques : Ben, Bruno Sanches, Alex
Vizorek que vous pouvez d’ores et
déjà applaudir.
génie sur les planches
uUn
La très belle surprise des pièces ré-
centes est celle d’un interprète très
fin et sensible qui s’est pris de passion
pour le destin funeste du mathématicien anglais Alan Turing. Sous le titre
La Machine de Turing, Benoit Solès a
composé une évocation remarquable
du tragique parcours de cet homme
de génie qu’il interprète, face à
Amaury de Crayencour, dans une
mise en scène de Tristan Petitgirard.
L’un des grands succès du Festival off
d’Avignon. Le spectacle est repris le
4 octobre au Théâtre Michel.
uColère et justice
À Hébertot, on retrouvera Douze
hommes en colère, mais on peut déjà
voir Misery de William Goldman,
d’après la nouvelle de Stephen King,
dans une mise en scène de Daniel
Benoin, avec Myriam Boyer et
Francis Lombrail. C’est Daniel
Benoin, également, qui dirige le
toujours étonnant Patrick Chesnais
dans Tu te souviendras de moi du
Québécois François Archambault,
avec Fanny Valette, Emilie Chesnais,
Nathalie Roussel, Frédéric de Goldfiem. Histoire de mémoire… Salle
Réjane du Théâtre de Paris, à l’affiche. Enfin saluons Richard Berry qui
avec Justice s’empare au Théâtre Antoine de grandes plaidoiries réunies
par Matthieu Aron et qui dirige
Gérard Darmon dans L’Ordre des
choses de Marc Fayet à la Michodière.
A. H.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
CULTURE
nouveaux
spectacles
sont à l’affiche
entre le 20 août
et le 20 octobre
En régions
TNS STRASBOURG
« Partage de midi » de Paul
Claudel, mise en scène d’Éric
Vigner, du 5 au 19 octobre.
« Les Terrains vagues »
de Pauline Haudepin, mise
en scène de l’auteur,
du 11 au 24 novembre.
LA CRIÉE MARSEILLE
« Ombre » d’après Dante,
mise en scène Lamine Diagne
et Valérie Puech,
du 26 octobre au 7 novembre.
« La Fuite » d’après
Boulgakov, mise en scène
Macha Makeieff et Jean
Bellorini, du 29 novembre
au 13 décembre.
TNB RENNES
« La Dame aux Camélias »
d’Alexandre Dumas fils, mise
en scène Arthur Nauzyciel,
du 26 septembre
au 10 octobre.
« Tous des oiseaux »
de Wajdi Mouawad,
mise en scène de l’auteur,
du 7 au 11 novembre.
TNP VILLEURBANNE
« Illusions » d’Ivan Viripaev,
mise en scène d’Olivier
Maurin, du 27 septembre
au 13 octobre.
THÉÂTRE DE LA CITÉ/TNT
TOULOUSE
« Festen » de Thomas
Vinterberg, mise en scène
de Cyril Teste,
du 20 au 24 novembre.
FAB BORDEAUX
C’est le festival le plus
important en région
à l’automne. Dans divers lieux
de la ville, trois semaines
très riches en spectacles
et en rencontres.
Du 5 au 24 octobre.
THÉÂTRE DE CORNOUAILLE
« Le Misanthrope » de Molière,
mise en scène de Rodolphe
Dana, du 3 au 5 octobre.
« Looking for Alceste »
de Nicolas Bonneau
et la compagnie de La Volige,
les 15 et 16 octobre.
Benoit Solès, auteur
et interprète de
La Machine de Turing,
au Théâtre Michel, à Paris.
FABIENNE RAPPENEAU
CULTURE 29
Villa Médicis :
fin de partie brutale
pour Muriel Mayette
POLITIQUE CULTURELLE La directrice,
dont le mandat n’a pas été renouvelé à la tête
de la prestigieuse institution, fait valoir son bilan.
CLAIRE BOMMELAER cbommelaer@lefigaro.fr
oilà des mois que les rumeurs
allaient bon train sur le sort
de Muriel Mayette, la directrice de la Villa Médicis, à
Rome. Mardi soir, au téléphone, elle a finalement appris de la bouche de la ministre de la Culture qu’elle ne
sera pas renouvelée. Mayette, 54 ans,
avait été nommée par François Hollande
en 2015, pour une durée de trois ans, potentiellement renouvelable. Alors qu’il
est d’usage pour un directeur de l’académie de France à Rome de faire au moins
deux mandats, elle devra rejoindre Paris
dans les semaines qui viennent.
Dans une tribune rédigée dans la foulée de ce coup de fil, et qu’elle a transmise au figaro.fr, l’ancienne directrice s’indigne de la décision de Françoise
Nyssen : « La culture n’est pas un jeu du
pouvoir, estime-elle. Diriger une grande
institution culturelle française […] n’est ni
une posture, ni un privilège, mais avant
tout défendre une vision. » Déroulant son
bilan, elle termine sa lettre ouverte en
grinçant : « Si je n’ai pas l’art de plaire à
tout le monde, j’ai su convaincre le public.
Faisons fi des querelleurs qui voudraient
bien ma place, elle est libre. » Pour l’instant, le gouvernement n’aurait pas de
successeur désigné. Ce n’est qu’une
question de semaines : la direction de la
Villa, qui est un des plus beaux bâtiments
de Rome, est un poste très prisé. « Le recrutement sera ouvert et transparent », a
annoncé la ministre de la Culture, hier,
indiquant que la Villa ne serait pas un hochet de la République - comme elle l’a
souvent été.
En juin, Muriel Mayette avait tout de
même senti que le vent n’était pas favorable, puisque ce même mois, le prési-
V
dent de la République avait négligé de
venir visiter la Villa, lors de son déplacement officiel à Rome. Le cortège présentiel s’était arrêté à deux pas de l’académie, avant de prendre la direction du
Vatican. En juillet, Françoise Nyssen
avait bien reçu la directrice, mais sans lui
donner d’indication, dans un sens, ni
dans un autre.
Reprise en main
Sur le papier, tant la fréquentation de la
Villa que ses travaux de restauration,
sont pourtant allés bon train pendant
trois ans. Comédienne, peu versée dans
l’histoire de l’art - ce qui avait fait grincer des dents lors de sa nomination -,
Muriel Mayette a tenté d’ouvrir le lieu sur
l’extérieur et de jouer la carte du public.
Superbement située sur la colline du Pincio, l’ancienne demeure des Médicis est à
l’écart du bruit de Rome, et peut quasiment vivre sur elle-même. Elle s’est
d’ailleurs longtemps centrée sur son rôle
de résidence d’artistes (seize par an),
auxquels on ne demande pas de comptes.
Petit à petit, elle s’est tout de même
ouverte à des visites, puis à des expositions. Depuis 2015, la directrice a notamment créé les « jeudis de la Villa », sortes
de cartes blanches données à des personnalités culturelles (15 000 personnes par
an), offert des expositions d’art contemporain, lancé une série de festivals (Villa
Aperta, Cinema all’aperto, théâtre en
plein air). En décembre et en janvier dernier, dix-sept grands artistes internationaux avaient installé des œuvres dans les
jardins, lors d’un nouveau festival des
lumières. En 2017, 40 000 personnes ont
visité une exposition, et 60 000 ont suivi
une visite guidée - un record à mettre à
l’actif de Mayette.
Mais ces « chamboulements », ainsi
que le caractère entier de la directrice, ne
Muriel Mayette avait été nommée en 2015 par François Hollande à la tête
de la Villa Médicis pour un mandat de trois ans. ÉRIC VANDEVILLE/ABACA
plaisaient pas à tout le monde. Il est de
notoriété publique que Mayette était en
opposition avec la conseillère culturelle
d’Emmanuel Macron, laquelle connaissait bien la maison pour en avoir tenu le
secrétariat général, entre 2013 et 2016.
En mars dernier, une tribune d’anciens
pensionnaires avait agité Rome. Baptisée
« contre une marchandisation de la Villa », elle dénonçait une programmation
« tapageuse et ordinaire ». Non signée,
sauf d’un « collectif », la tribune n’avait
pas débouché sur grand-chose. Mais elle
avait permis d’alimenter les critiques sur
ce lieu, son but et le management de sa
directrice, jugé peu serein.
Burt Reynolds, star de
«Délivrance», est décédé
.L’acteur américain,
D ISPARITION
Delivrance, Reynolds prend la pose
pour le magazine Cosmopolitan, nu sur
une peau d’ours. Il aura beau regretter
la publicité faite autour de cette séance
photo, son corps est son meilleur atout
à Hollywood.
vedette d’Hollywood
dans les années 70
et 80, est mort jeudi
à l’âge de 82 ans.
Un Golden Globe
pour Boogie Nights
PAR ÉTIENNE SORIN
esorin@lefigaro.fr
P
as étonnant que Quentin Tarantino ait pensé à lui. Burt
Reynolds, à 82 ans, était un acteur comme le réalisateur les
aime, une vieille gloire du cinéma
américain des années 1970-1980 négligée par Hollywood. La star de Délivrance ne verra finalement pas la fin du
tournage d’Il était une fois à Hollywood,
évocation du gourou et criminel psychopathe Charles Manson. Il a une
bonne excuse. Reynolds s’est éteint
jeudi 6 septembre dans un hôpital de
Floride, a annoncé son agent au Hollywood Reporter.
Reynolds, né en 1936 dans l’État de
Géorgie, aurait dû devenir joueur de
football américain si une blessure au
genou ne l’avait pas éloigné des terrains. Tous les chemins mènent à Shakespeare, qu’il se met à déclamer au
cours de théâtre du collège de Floride
où sa famille a emménagé. To be or not
to be un acteur ? Sa carrière commence
par des petits rôles pour la télévision.
Sa moustache et sa carrure commencent à lui valoir une petite réputation.
La consécration arrive au début des
années 1970 avec Delivrance, un film du
réalisateur britannique John Boorman.
Burt Reynolds en 2000 à Las Vegas.
SGRANITZ/WIREIMAGE
Pourtant, Delivrance faillit ne jamais se
tourner. Peter Biskind, dans Le Nouvel
Hollywood, rappelle les réticences des
patrons du studio Warner Bros, hésitant quant à une adaptation du roman
de James Dickey : « Quand Barry Beckerman pressa Calley de l’acheter, tout
le monde pensa qu’il était devenu fou :
«Attends une minute, trois mecs avec
des canoës qui vont passer un week-end
à la campagne, un mongolien qui joue de
la guitare sur un pont et un des mecs qui
se fait enculer par un dégénéré, tu crois
que ça fait un bon film ? » Boorman en a
fait un chef d’œuvre. Et Burt Reynolds
trouve son meilleur rôle. Si son honneur est préservé, son personnage de
tireur à l’arc viril revient la queue entre
les jambes. Au moment de la sortie de
Après le kayak dans Délivrance, il enchaîne des films d’aventures où ses
qualités athlétiques sont mises au premier plan : Plein la gueule (1974) de Robert Aldrich, ou encore Cours après moi
Shériff (1977) et L’Equipée du Cannonball (1981). Et, comme nombre de stars
du Nouvel Hollywood, les années 1980
mettent un frein à sa carrière. Le sexsymbol à la vie sentimentale agitée ne
roule plus des mécaniques. Fini de
jouer les gros bras, il essaye de jouer les
jolis cœurs. Il se tourne vers les comédies romantiques. Il apparaît dans
L’Homme à femmes (1983) de Blake Edwards, aux côtés de Julie Andrews et de
Kim Basinger. Dans les années 1990, il
semble condamner à travailler pour la
télévision (les séries Beverly Hills, Cybill
ou encore X-Files) quand le jeune cinéaste Paul Thomas Anderson lui donne une occasion inespérée de faire un
come-back grâce à un personnage en or
dans Boogie Nights, en 1997. Pour son
interprétation d’un réalisateur de films
pornographiques, Reynolds est nommé
à l’Oscar du meilleur acteur dans un
second rôle. Il n’obtient pas la statuette
mais gagne, cette année-là, un Golden
Globe pour ce même film. L’embellie
est de courte durée. Reynolds ne retrouve pas de rôle consistant et sa santé
se dégrade. En 2010, il doit subir un
quintuple pontage au cœur.
La légende veut qu’il ait refusé les
rôles de de James Bond et de Han Solo
dans Star Wars, dont il trouvait le scénario trop « enfantin ». ■
Quel qu’il soit, le successeur de Muriel
Mayette aura aussi du fil à retordre.
L’Élysée a demandé au conseiller d’État
Thierry Tuot de dresser un bilan des forces et faiblesses des 500 résidences d’artistes soutenues par l’État - dont les trois
grandes situées à l’étranger, la Villa
Kujoyama à Kyoto, la Casa Velasquez à
Madrid et la Villa Médicis. Le rapport, qui
doit être rendu prochainement, plaiderait pour une reprise en main de ces maisons, et pour une gestion plus ou moins
centralisée. Prestigieuse, belle et considérée comme chère pour les deniers publics, la Villa Médicis devrait connaître
un nouveau tournant dans sa vie. ■
ZOOM
Une donation Duchamp
de poids
Le musée Hirshhorn
à Washington a annoncé
avoir reçu 50 œuvres de Marcel
Duchamp et ses contemporains,
à l’occasion du cinquantenaire
de la mort de l’artiste francoaméricain. La donation,
effectuée par un couple de
collectionneurs de Washington,
Barbara et Aaron Levine,
comprend 35 œuvres majeures
de Duchamp et 15 portraits,
photographies ou travaux
sur papier de ses contemporains
comme Man Ray, Tristan Tzara
ou Henri Cartier-Bresson.
Avec cette donation, le musée
Hirshborn devient l’un des
principaux centres mondiaux
pour l’étude de son œuvre.
Exposition prévue fin 2019.
EN BREF
L’album posthume de Johnny
sortira le 19 octobre
Le 51e album studio de Johnny
Hallyday, intitulé Mon pays
c’est l’amour, sortira le 19 octobre,
a annoncé hier Warner, la maison
de disques de la star disparue
le 5 décembre 2017. Une photo
en noir et blanc montrant l’artiste
debout, une main sur la hanche,
regardant au loin derrière
l’objectif dans une rue déserte,
illustre la pochette de cet album
très attendu par ses fans.
Dolorès O’Riordan décédée
par accident
La chanteuse du groupe de rock
Cranberries, Dolores O’Riordan,
est morte accidentellement
par noyade en janvier dans
la baignoire de sa chambre d’hôtel
après une consommation
excessive d’alcool, a établi jeudi
un tribunal londonien. L’artiste
était décédée soudainement
à 46 ans le 15 janvier dernier.
C
120
vendredi 7 septembre 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO
STYLE
30
La mode en crise
de conscience
’
S
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
il fallait dater la prise de
conscience des dérives de l’industrie de la
mode, on donnerait le 24 avril 2013. Ce
jour-là, les conditions de travail de certains fournisseurs du secteur au Bangladesh ont été révélées au grand jour par la
tragédie du Rana Plaza. L’effondrement
de cet immeuble de Dacca a provoqué la
mort de plus de 1 100 employés pour environ 2 500 rescapés. Depuis lors, sur les
réseaux sociaux, dans les écoles, dans les
centres commerciaux, le public s’interroge sur le coût en vies humaines d’un
tee-shirt à bas prix. Fashion victims, ok,
mais pas victimes de la mode.
Autre date clé, 2015 et la COP21. Le sujet du développement durable est sur la
table, les médias commencent à désigner
la filière textile comme la deuxième industrie la plus polluante au monde. S’il
est difficile de trouver des données et des
sources fiables quant à ce classement, les
chiffres actualisés (Quantis, février 2018)
sont édifiants comme ces 6,7 % des gaz à
effet de serre mondiaux imputables au
secteur. On connaît également les conséquences néfastes de la culture du coton
qui nécessite trop de pesticides, l’empreinte carbone inhérente à la délocalisation de la fabrication, la pollution causée par l’entretien des vêtements ou
encore la surconsommation liée au boom
des enseignes de fast fashion et son textile
bon marché.
Économie circulaire
Il y a moins d’un an, la Fondation Ellen
MacArthur publiait elle aussi un rapport
choc en rappelant que la production de
vêtements a doublé ces quinze dernières
années et qu’en 2017, nous avons jeté pour
460 milliards de dollars d’habits encore
portables. Ce manifeste à lire sur Internet
milite pour l’économie circulaire (location de vêtement, recyclage, etc.), qui est
déjà un phénomène chez les millennials.
Si la question est complexe, la réaction
des consommateurs est simple. En particulier parmi cette fameuse nouvelle génération qui s’intéresse à l’origine des
produits et aux valeurs des marques. De
l’autre côté du miroir, de plus en plus
d’acteurs de la mode proposent des alternatives à cet état de fait. Ainsi, dans les
écoles, en France et à l’étranger, pas un
étudiant en design ou en marketing qui
n’intègre cette dimension « responsable » dans son projet.
Aujourd’hui, Le Figaro rencontre
Guillaume Houzé, directeur de l’image et
de la communication des Galeries Lafayette, le grand magasin qui lance ces jours-ci
l’opération « Go For Good » en faveur
d’un commerce responsable. ■
PRESSE
DÉVELOPPEMENT DURABLE Toute l’année, « Le Figaro » donnera
la parole aux créateurs, aux startuppeurs, aux grands patrons
qui s’engagent en faveur d’une création responsable.
Collection Stella McCartney pour l’opération « Go For Good » aux Galeries Lafayette.
Guillaume Houzé : « Rendre accessible le beau, le bon et désormais le bien »
LE FIGARO. - Pourquoi cette opération
Go For Good ?
Guillaume HOUZÉ. - C’est une réponse
pragmatique à un constat terrible : la
mode qui bat au cœur de nos magasins
est aujourd’hui l’une des industries les
plus polluantes au monde, avec des
conséquences sociales parfois dévastatrices - on se souvient de la tragédie du
Rana Plaza. C’est aussi une réponse à nos
clients, nous n’avons pas fait d’étude
spécifique, mais nous savons qu’ils sont
en quête de sens et exigent davantage de
transparence. Au sein du groupe, nous
possédons une solide expérience de ces
questions – quand mon père (Philippe
Houzé, NDLR) dirigeait Monoprix, il a
lancé les premières gammes de produits
alimentaires bio. Mais nous avions des
difficultés à décliner cet engagement sur
les vêtements. Il y a six ans, nous nous
sommes fixé des objectifs sur trois axes :
être un employeur solidaire, agir en faveur de la transition écologique et devenir la vitrine de la mode responsable.
Aujourd’hui, nous devons prendre position, Go For Good est en quelque sorte la
synthèse de cette ambition. Il ne s’agit
pas d’un coup de com mais d’un engagement ancré dans notre culture d’entre-
prise. Désormais à notre slogan « Rendre
accessible le beau et le bon », nous ajoutons la notion de bien.
A-t-il été difficile de convaincre
les marques de s’engager à vos côtés ?
Les Galeries Lafayette ont un rôle clé à
jouer en tant que « maison de marques »
pour embarquer, avec nous, les designers, les griffes établies, les jeunes labels
sur cette nouvelle voie. Certains partenaires étaient engagés, d’autres y songeaient ; nous avons su les convaincre de
nous rejoindre et de se lancer. Pour l’instant, ce sont près de 500 marques qui
sont associées aux Galeries Lafayette dans
cette opération. Mais le mouvement va se
poursuivre et nous continuerons à promouvoir les produits qui œuvrent au bénéfice de l’environnement, le développement social ou le « made in France »
par la préservation des emplois locaux.
Comment inscrire cette initiative
dans le temps ?
Go For Good est un mouvement pérenne. Jusqu’au 10 octobre, nous mettons
en lumière son lancement à travers une
manifestation d’envergure déployée sur
l’ensemble de notre réseau en France.
Boulevard Haussmann, une zone dédiée
de 300 m2 (au 2e étage) synthétise notre
offre mode pointue, responsable et séduisante à la fois. Par la suite, la signalétique sera maintenue dans tous nos magasins pour permettre à nos clients
d’identifier les produits répondant au
cahier des charges Go For Good. Nos
équipes d’achat ont été formées pour
orienter leur choix sur des marques et
des initiatives intéressantes du point de
vue de la sustainability. Enfin, toutes nos
futures opérations commerciales com-
“
La mode qui bat
au cœur de nos magasins
est aujourd’hui l’une
des industries les plus
polluantes au monde
”
Embarquez sur le Yangzi Explorer, le plus petit et le plus convivial des bateaux voguant
sur le Yang-Tsé ; un bateau entièrement privatisé pour les lecteurs du Figaro.
Entre forêts de pins, rizières en terrasses, extravagantes formations rocheuses, votre
voyage vous fera découvrir, au cours des escales, les trésors d’une civilisation millénaire.
La colline sacrée à Fengdu, le parc du mont Lushan, les murailles de Nankin, le jardin
du Pin ancien à Mudu... autant de lieux exceptionnels qui vous enchanteront.
A
Arnaud de La Grange, Directeur adjoint du Figaro, ancien correspondant en Chine,
vous fera partager, lors de ses conférences à bord, sa passion toujours intacte pour
ce grand pays.
porteront un volet de développement
durable. Nous espérons rallier à notre
cause l’ensemble des marques que nous
distribuons. Nous avons, par ailleurs,
engagé une réflexion sur la place de la
fourrure dans notre offre. Nos marques
propres n’y auront plus recours à partir
des collections automne-hiver 2019 et
nous favoriserons les initiatives de nos
partenaires qui apportent des garanties
sur la traçabilité et le bien-être animal.
Vous avez créé dans le magasin
d’Haussmann un espace d’échange
« pédagogue, jamais moralisateur »
afin d’informer le grand public
sur votre action.
Notre démarche n’est en aucun cas dogmatique. Nous avons conscience que nous
devons être humbles dans la manière de
traiter le sujet. Mais quand nous parlons
de mode responsable, nous parlons de
mode, de créativité, de désirabilité.
GALERIE S LAFAYETTE
Mercredi soir, les Galeries Lafayette lançaient le mouvement « Go For Good »
pour un commerce responsable, en présence de sa marraine, Stella McCartney.
Au-delà de l’opération commerciale
s’achevant le 10 octobre prochain, le
grand magasin s’engage désormais à
promouvoir et à signaler, dans ses
rayons, les produits répondant à des critères environnementaux, sociaux ou
« made in France ».
Guillaume Houzé, directeur
de l’image et de la communication
des Galeries Lafayette.
Dans une approche d’économie
circulaire, vous proposez désormais
un service de location de vêtements
(avec la start-up Panoply) et distribuez
la mode vintage du site Re-See.
Ces offres ne vont-elles pas à l’encontre
de la vocation d’un grand magasin
et ne vous mettent-elles pas
en porte-à-faux avec vos marques
partenaires ?
Nous avons beaucoup réfléchi avant de
mettre en place ces services inédits. Or,
ils correspondent aux nouvelles habitudes des consommateurs et nous nous devons d’être en phase avec cette attente.
Mieux, de l’anticiper. Pour l’instant, ces
services complètent notre offre actuelle
plus qu’ils ne la mettent en péril.
Dans le débat sur la mode responsable,
les enseignes de fast fashion
sont le plus souvent montrées
du doigt. Pensez-vous que ce système
soit caduc, que nous sommes à la fin
d’un cycle ?
Je ne sais pas si nous sommes à la fin d’un
cycle : les entreprises de la fast fashion
sont puissantes et démontrent une capacité remarquable à se réinventer. La réalité nous contraint tous, marques, distributeurs, institutions, gouvernements, à
changer notre grille de lecture. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR H. G.
+ @SUR LE WEB
» Plus de mode
www.lefigaro.fr/lifestyle
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LE FIGARO
DESIGN
vendredi 7 septembre 2018
31
Deux cents installations dédiées à la création
PARCOURS
Version 2018,
la Paris Design Week
se dote de pôles
d’attraction inédits
et de lieux alternatifs
tel Ground Control.
C’
CATHERINE DEYDIER
cdeydier@lefigaro.fr
De haut en bas : Textiles lumineux, Design Percept ; Siège conversation du designer brésilien Jose Zanine Caldas à la galerie Chastel-Maréchal ; « Impermanence » installation
de la designer libanaise Paola Skar, à la Gallery S. Bensimon. CHRISTIAN LARIT, J. BEYLARD/V. LUC-AGENCE PHAR, PRESSE
menades sont organisées autour de thèmes très précis et porteurs. Au choix,
Art & design, Fashion, Food, Iconic Design, Japon, Projets, Savoir-faire, Upcycling. Bien sûr, on n’oubliera pas le circuit Love Italia totalement dédié,
déroulé sur quinze adresses où la fine
fleur du design transalpin affiche ses plus
belles réalisations. Une expression toujours surprenante de la créativité italienne qui mène sur les traces de Boffi à
Foscarini, De Padova, Poltrona Frau,
Promemoria ou Zanutta, entre autres.
Les neuf promenades
sont organisées autour
de thèmes très porteurs :
Art & design, Fashion, Food,
Iconic Design, Japon,
Projets, Savoir-faire,
Upcycling et Love Italia
Dans ces parcours, les nouvelles générations sont aussi forces créatives avec la
participation des grandes écoles de design, d’art et d’architecture telles Boule,
l’Ecal, l’Ensci, Les Ateliers, Paris College
of Art… ou de jeunes maisons d’édition
comme Petite Friture chez Serendipity,
alors que Merci accueille les Dénicheurs
du monde et nomades de plusieurs pays.
Le designer Philippe Nigro, lui, s’amuse
chez Leroy Merlin, qui fête ses 95 ans, à
réinterpréter la richesse de l’enseigne
connue de tous pour scénographier un
espace éphémère dans le Marais alors
que José Levy présente ses créations inspirées par le Japon dans l’annexe du
Musée Guimet, l’hôtel d’Heidelbach, qui
vient d’être rénové.
Motoko et Akari-Lisa Ishii, dont on
connaît la précision, mettront leur savoir-faire en lumière les soirs des 13 et
14 septembre pour illuminer la tour Eiffel. Cette œuvre d’art temporaire s’inscrit dans le cadre de Japonismes 2018.
Si vous ne connaissez pas le Musée de
minéralogie de l’École des mines, l’exposition « Resminérale »
piration
présentée par Caroline
Besse (peintre de
Nihonga) et Manon
Clouzeau (céramiste),
vous offrira l’occasion
rêvée de découvrir ses
richesses. Chez Deyrolle, Frédérique Morel
recycle les tapisseries
anciennes en sculptures
animalières. L’association Mériguet-Carrère,
défenseur des artisanats et
savoir-faire
menacés,
inaugure un showroom qui
leur est consacré en lieu et
place d’un antiquaire à l’angle
Bac/Saint-Germain. Clin d’œil
du hasard. Pour faire écho aux Rising Talents de Maison & Objet qui invitent six jeunes designers libanais, la
Gallery S. Bensimon les expose, ainsi que
d’autres talents qu’elle a invités et qui
portent l’énergie de la création à Beyrouth dont la galeriste Joy Mardini.
Les gourmands ne sont pas oubliés et
ne manqueront pas un passage à la Maison du Danemark pour découvrir l’installation de jeunes designers danois
autour de l’univers culinaire, tandis que
les Ateliers de Paris se penchent sur le
design à manger avec Céline Pelcé qui
s’intéresse à l’hospitalité et glisse de l’espace d’une salle à manger à celui d’une
galerie d’art. Si elle n’hésite pas à se déployer jusqu’aux puces de Saint-Ouen,
la Paris Design Week invite, pour la première fois, à un détour par La Biennale
Paris au Grand Palais et par AD Intérieurs à l’hôtel de la Bûcherie, manifestations qui se déroulent aux mêmes dates.
Une convergence dont les amateurs de
décoration, de design et d’art de vivre ne
peuvent que se réjouir. ■
www.parisdesignweek.fr
Inspiré par la nature
PRESSE
« Lampe
Brume »
de Jean-Baptiste
Durand,
le lauréat du Prix
du jury Rado.
« Tighten-Up », pièces de Hiroyuki Morita,
finaliste du Rado Prize France 2018.
À
découvrir dans le cadre de
l’exposition LE OFF, les dix
finalistes du Rado Star Prize 2018, dont on pourra apprécier les projets jusqu’au
9 septembre au cœur du salon.
Le thème retenu cette année, « Le
design inspiré par la nature », les a visiblement inspirés au vu de leurs différentes propositions qui veulent répondre aux préoccupations actuelles de
pérennité et de durabilité des matériaux. Une diversité de réflexions, parfois poétique (paroi décorative et modulable Nuages de Laura Cambon),
enveloppante (le fauteuil Dune de
Caroline Rigal) ou bien encore tonique
(l’assise colorée Agrume d’Hélène
Quatrefages).
Mais c’est à la Lampe Brume de JeanBaptiste Durand que les professionnels
ont décerné le prix du jury en juin dernier, en attendant le prix du public révélé aujourd’hui. Le lauréat - 31 ans -,
formé à l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne, a pris son indépendance et monté son propre studio
en novembre dernier. Il a investi ses
économies pour produire les quatre
projets annonciateurs de la Lampe
Brume. Ce rêveur qui préfère fréquenter les musées d’art plutôt que les manifestations professionnelles l’avoue
avec un grand sourire, « le hasard a
fait le reste ». Outre la somme de
5 000 euros, il recevra une montre
Rado True Thinline Nature. Cela coule
de source. ■
C. D.
A
est dans une ambiance festive que la Paris Design Week
vient d’être lancée mardi autour de
40 acteurs de la jeune scène du design
mis à l’honneur.
Au programme, jusqu’au 15 septembre, 200 installations canalisées dans
quatre « grands quartiers » et neuf
promenades. Alors que le salon professionnel Maison & Objet redéfinit ses cadres et finalise sa mue cette saison, la
Paris Design Week se réinvente, elle
aussi, d’évidence et en particulier Now !
Le Off, qui devient LE OFF et investit
Ground Control, rue du Charolais, derrière la gare de Lyon. Avoir traversé la
Seine pour occuper ce site qui appartient
à SNCF Immobilier s’impose comme le
changement de taille de la saison. Où
mieux que dans ce lieu de vie créatif,
temporaire, alternatif et expérimental
- une friche unique en son genre dans le
paysage parisien il y a peu encore -, la
nouvelle génération de designers pouvait-elle se retrouver ?
« Nous avons été séduits par l’approche
de Ground Control et par ses installations
éphémères dans l’air du temps, explique
Franck Millot, directeur de Paris Design
Week. Un esprit tout à fait en accord avec
celui de l’exposition de nos jeunes talents. » Moins nombreux que les années
précédentes, le lieu ayant imposé une
sélection plus rigoureuse. Outre les finalistes du concours organisé par le partenaire officiel Rado également présentés à Ground Control, on peut y
découvrir le Talent Lab, et les créations
déjà éditées par la plateforme de crowdsourcing et crowdfunding initiée par le
duo de MADE.com, Ruth Wassermann
et Jessica Delpirou.
Les talks ne manquent pas non plus le
rendez-vous. Quatre tables rondes réunissent cette saison, autour du thème
« Les objets dans la ville », des personnalités comme Patrick Jouin, Matali Crasset,
Thomas Le Thierry, Pauline Deltour ou
bien encore Mathieu Lehanneur.
Puis une exposition produite avec
Syctom, opérateur public de traitement
des déchets ménagers, prendra le relais
du 12 au 16 septembre, pour présenter les
résultats du concours Design Zéro Déchet lancé pour générer des solutions de
recyclage dans les lieux publics qui produisent des déchets : salons, expositions,
festivals, gares, aéroports, concerts, festivals… Marraine de cette 7e édition,
Matali Crasset accompagne par ailleurs
le groupe verrier O-I, Owens-Illinois,
pour redessiner la bouteille en verre.
Que l’on choisisse la voie Opéra/
Concorde/Étoile, celle qui mène de
Barbès via Stalingrad au marché aux puces de Saint-Ouen, la balade Les Halles/
Marais/Bastille ou l’incontournable
Saint-Germain-des-Prés, les neuf pro-
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vendredi 7 septembre 2018
32
AUTOMOBILE
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en in de contrat avec paiement des frais de remise en état standard et des kilométrages supplémentaires.
Mazda CX-3 2018 Élégance : consommations mixtes (L/100 km) 6,2 – Émissions de CO2 (g/km) 141. Valeurs de consommation de carburant et d’émissions de
CO2 en application du règlement 2017/1153. À partir du 1er septembre 2018, les valeurs de consommation de carburant et d’émissions de CO2 de certains véhicules
neufs sont déterminées sur la base d’une nouvelle règlementation (WLTP), et les valeurs obtenues ont été converties en NEDC pour permettre la comparabilité.
Mazda CX-5 2018 Dynamique : consommations mixtes (L/100 km) 6,4 – É missionsde CO2 (g/km) 146. Valeurs de consommation de carburant et d’émissions
de CO2 en application du règlement 2017/1153. En cours d’homologation. À partir du 1er septembre 2018, les valeurs de consommation de carburant et d’émissions de CO2 de certains véhicules neufs sont déterminées sur la base d’une nouvelle règlementation (WLTP), et les valeurs obtenues ont été converties en NEDC
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LE FIGARO
vendredi 7 septembre 2018
TÉLÉVISION
33
Coup de mou pour « Ninja Warrior »
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
En conserve
« Journal télé »
Les héros de TF1 sont fatigués. En cette troisième saison et malgré un parcours d’obstacles repensé,
le divertissement enregistre une baisse considérable de son audience.
ÉMILIE GEFFRAY £@emiliegeffray
TF1 | 13 heures | Jeudi
l y a une semaine, TF1 lançait la
troisième saison de « Ninja Warrior : le parcours des héros », jeu
de force et d’équilibre présenté
par Denis Brogniart, Christophe
Beaugrand et notre Miss Univers, Iris
Mittenaere. Adapté de l’émission japonaise « Sasuke », créée en 1997, le divertissement est un véritable parcours
du combattant. Ses nombreux obstacles
quasi infranchissables appellent les exploits mais surtout les innombrables
chutes. L’escalator, les disques renversés, les cylindres d’acier, les cubes de
cristal… Rien n’est épargné aux candidats. À ce jour, personne n’a encore
réussi à atteindre en moins de trente
secondes le haut de la tour des héros,
sommet de la gloire que l’on peut toucher du doigt après avoir grimpé une
corde de vingt-trois mètres.
Il faut dire que sur les centaines de
candidats retenus par TF1 à chaque édition, certains sont loin
d’avoir les qualités requises pour réussir à venir à bout de cette épreu○○¡¡
ve. « Il faut qu’il y ait un
phénomène d’identification, qu’il y en ait pour tout le monde. Si
vous ne prenez que des “warriors”, le téléspectateur aura l’impression que c’est
un champion, plus un champion, plus un
autre champion, etc. Ce ne serait pas intéressant », souligne Denis Brogniart.
Chutes à répétition
Forte de ce constat, la production fait la
part belle aussi bien aux sportifs qu’à M.
et Mme Tout-le-Monde, dont quelquesuns, certainement amusés de passer à la
télévision, se déguisent en Peppa Pig,
Scooby-Doo, Batman ou Iron Man…
À mi-chemin entre l’édition américaine qui privilégie le côté sportif et la
21.00
Le premier épisode de la troisième saison de « Ninja Warrior » a réuni 3,9 millions de téléspectateurs.
version anglaise qui avantage l’humour, « Ninja Warrior » se veut pour
toute la famille. Enfin pas si sûr. Une
année, une candidate s’est intégralement déshabillée. Une séquence que
TF1 n’a pas hésité à diffuser à une heure
de grande écoute. Un parti pris à double
tranchant. En effet, ceux qui affectionnent la compétition peuvent rapidement délaisser le divertissement, lassés
de voir des chutes (humiliations ?) à répétition. Et il y en a à la pelle ! « Il faut
qu’il y ait du spectacle, mais aussi un
haut niveau, parce que c’est aussi grâce
à ça que le programme tient en haleine »,
justifie l’animateur, qui reconnaît atta-
cher plus d’importance à la compétition. « J’en ai déjà parlé à la production
et leur ai demandé quel était leur but.
Avoir des personnes qui font les plus belles chutes ou des gens qui vont le plus
loin ? » La réponse semble claire pour
lui. Elle n’est pas si évidente pour les
téléspectateurs perdus entre un divertissement potache ou une compétition
de haut vol.
Certainement désabusés, ils sont
nombreux à avoir déserté le programme. Vendredi dernier, le premier épisode de la troisième saison a réuni
3,9 millions de téléspectateurs, soit
21,4 % de part d’audience sur les 4 ans
et plus et 31,7 % sur les femmes « responsables des achats » de moins de
50 ans. Un score bien en deçà du lancement de la précédente édition qui, en
juin 2017, avait attiré 4,7 millions de
personnes. Et bien plus encore en comparaison avec le démarrage de la première saison suivi par 5 millions de curieux. Habituellement diffusé au cours
de l’été, « Ninja Warrior » a vu sa programmation bousculée à la suite de
l’annulation du tournage de « KohLanta » en raison d’une agression
sexuelle présumée sur une candidate.
Un obstacle de plus pour retrouver son
ancien public. ■
Les métamorphoses de l’amour
La série « The Innocents » raconte avec poésie le passage à l’âge adulte.
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
«
ans un monde prompt à
ériger des barrières, à
être soit dans la haine,
soit dans l’opposition,
nous souhaitions dépeindre l’idéalisme du premier amour. The
Innocents prône l’acceptation de soi à un
âge où l’on se cherche et évoque le pouvoir
transformatif de l’amour », confiaient au
Figaro fin août, à Londres, les créateurs
de la nouvelle série fantastique de
Netflix. Présentée hâtivement comme
un Roméo et Juliette passé à la sauce
Twilight, The Innocents se révèle un récit
déroutant, souvent poétique, de passage
D
LE BUZZ TV
Invitée : Iris Mittenaere
interviewée par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez aujourd’hui sur :
June (Sorcha Groundsell) et Harry
(Percelle Ascott), issus de foyers
en souffrance, fuient le lugubre Yorkshire
pour le vibrionnant Londres. SPINKS/NETFLIX
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4825
HORIZONTALEMENT
1. Sorti d’affaire. - 2. La Vénus érotique de Miller (prénom et nom).
- 3. Joue un rôle déterminant. - 4.
Vieux mamelon. Cactus. - 5. Cité
sous-marine. Voies d’eau. - 6.
Râpées. - 7. Tour de contrôle.
Poisson d’Europe centrale. - 8.
Mère d’Artémis et d’Apollon. À l’est
d’Eden. - 9. Laissée dans l’oubli.
Nazillon avant l’heure, chez Brecht.
- 10. Il nous glace les eaux. Arme
de poliste. - 11. Sans expérience.
- 12. Employée sans expérience.
LAURENT VU/TF1
I
VERTICALEMENT
1. Alphabet manuel des sourds.
- 2. Plantation de conifères. - 3.
Sport de détente. Effectuer un
retranchement. - 4. Terre sous
la botte. Change rarement de
chaîne. Gaz en symbole. - 5. Jouit
du droit d’ânesse. Décor originel.
- 6. Réunit toutes les bandes. Un
grand blanc dévoré par les requins
rouges. Chargé du transfert en
cellule. - 7. Trous de missiles.
Point de départ. - 8. Victime de
son mariage secret. Résolue.
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4824
HORIZONTALEMENT 1. Camélias. - 2. Onirisme. - 3. Langueur. - 4.
Omo. Rose. - 5. Motte. Eu. - 6. Brio. CRS. - 7. Opérer. - 8. Phraser. - 9.
Hô. Homes. - 10. ISF. Nage. - 11. Léon. Nil. - 12. Escortes.
VERTICALEMENT 1. Colombophile. - 2. Anamorphoses. - 3. Minotier.
Foc. - 4. Erg. Torah. Nô. - 5. Liure. Éson. - 6. Iseo. Crémant. - 7. Amuser.
Régie. - 8. Séreuse. Sels.
1
2
3
2
3
4
5
6
7
8
sode 4. Tourné en Angleterre et en
Norvège, le feuilleton combine des accents de drame familial et social, très
british, à une atmosphère oppressante à
la manière d’un thriller scandinave. Le
fantastique ne prend jamais l’ascendant
sur le voyage intérieur des personnages.
« Tout doit avoir une explication rationVoyage intérieur
nelle », dit le showrunner Simon Duric.
Avec sa coscénariste Hania Elkington, il
Le couple d’ados fuit le lugubre
s’est emparé du mythe nordique des
Yorkshire pour le vibrionnant Londres.
« berserks ». Ces guerriers entraient en
L’échappée belle déraille lorsque June
transe, envahis par un esprit animal fé(Sorcha Groundsell) se découvre un don
roce. « Moderniser et féminiser
de métamorphose. Elle peut hacette légende nous a passionbiter le corps de personnes
nés. » Avant de conclure :
qu’elle touche. La série abat len« Nous avions une grande marge
tement ses cartes. Il faut accep○○○¡
d’inventivité. » ■
ter de trépigner à partir de l’épià l’âge adulte, sur les traces de Harry et
de June. Les tourtereaux, campés par de
jeunes acteurs prometteurs, sont issus
de foyers en souffrance. Le père de June
veut déménager sur une obscure île
écossaise. Harry (Percelle Ascott) soigne le sien, terrassé par une attaque.
BRIDGE
PROBLÈME N° 2910 :
Un maximum de petites
précautions
A632
42
AR64
R 10 9
N
4
5
6
O
E
S
D
A R 10 6 3
V 8
AV876
7
Contrat : Sud joue 6 Trèfles.
8
Entame : Valet de pris de l’As
(le 8 en Est).
9
10
11
12
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2909 :
Précipitation suicidaire
Contrat : Sud joue 4 Cœurs.
Entame : Valet de .
Jouer tout de suite atout serait suicidaire. Éliminer les et les avant de jouer atout le serait tout autant
car vous auriez toutes les chances de concéder ensuite
trois .
Vous devez faire disparaître sans attendre une perdante
à et il vous faut jouer courageusement le Roi de pris de l’As (premier obstacle) puis pour la Dame
(deuxième obstacle).
Lorsqu’elle fait la levée, écartez un sur l’As de et jouez seulement maintenant atout.
R
R9654
AD8
10 7 4 2
V 10 9 8
3
R432
AD93
N
O
E
S
D6432
A
V 10 9 7 5
RV
A75
D V 10 8 7 2
6
865
A
T
F1 aura beau changer le décor
de son JT, la chaîne ne pourra
pas remplacer le révérend
père, Jean-Pierre Pernaut.
En presque trente ans de service,
miracle, il n’a pas changé de corps.
La télé est une boîte de conserve,
une boîte de sardines,
de maquereaux au vin blanc
ou de foie de morue. Il suffit
de les retourner de temps en temps
dans la cave, histoire d’arroser
leurs chairs délicates, et puis oh !,
c’est reparti pour un tour, pour une
bonne vingtaine d’années. Michel
Drucker est encore comestible.
Le bonhomme est nickel, une
occasion vendue comme neuve.
Ne fume pas, ne boit pas, fidèle.
Date de péremption ? 2038.
Lors d’une interview la semaine
dernière, il a déclaré, sérieux : « Il
ne faut jamais arrêter ! Comme mon
ami Aznavour, 94 ans. Tant qu’on
a des projets et qu’on est en forme, il
faut continuer. » L’employé modèle.
Sans limite. Mais revenons à notre
Jean-Pierre Pernaut. On l’aime
comme il est. Comme disait Bernard
Frank, à propos de Jacques Chirac,
il est « dans sa nature comme
ces enfants sur les chevaux de bois
de manèges, d’accrocher dix, vingt
anneaux au passage mais comment
le retenir. Cet homme dont l’esprit
en apparence est sans mystère
semble perpétuellement battre
la campagne. » Sauf que Pernaut
n’était pas au rendez-vous
mercredi, remplacé par son joker,
Jacques Legros, toujours au taquet.
Legros pointe et tire parfaitement
sur le cochonnet Pernaut.
Son double. De quoi nous a-t-il
informés ? De la récolte du jasmin
sur la Côte d’Azur, « ces petites
fleurs cueillies à la main » et
de l’oignon doux au goût, fondant,
jutant, sucré. Une journaliste dit :
« Paraît qu’on pourrait en faire
un bon potage » ou encore « crus
dans la salade, caramélisés… »
Jean-Pierre Pernaut n’était pas là
mais la soupe était au rendez-vous.
Il y avait du jasmin et des oignons.
Demain, il y aura des poireaux
et des patates, des échalotes
et des choux-fleurs, c’est bien.
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vendredi 7 septembre 2018 LE FIGARO
34 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Reine
Soleil : Lever 07h16 - Coucher 20h20 - Dernier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 Nos chers voisins. Série.
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu.
Prés. : Nagui 20.00 20 heures 20.40
Un si grand soleil. Feuilleton.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
19.55 Suburgatory. Série. Le choix
de Tessa - Toutes griffes dehors.
MATIN
14
21.00 On a échangé
nos mamans
21.00
21.00
21.00
Divertissement
Série. Policière
Documentaire. Biographie
30
1h50. Annick vs Élodie. Inédit. Dans
la famille «Maman cool» il y a Annick, la maman, Thierry le beau-père
et trois enfants.
14
14
15
10
14
13
14
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22.50 On a échangé nos mamans.
Divertissement.
13
10
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11
12
12
15
10
20
Ninja Warrior Le parcours des héros
Prés. : Denis Brogniart, Christophe
Beaugrand, Iris Mittenaere. 2h20.
Inédit. Les concurrents de ce jeu
viennent se défier sur un parcours
d’obstacles gigantesques.
Les petits meurtres
d’Agatha Christie
Fra. Saison 2. Avec Blandine Bellavoir. Meurtres en solde. Inédit. Le
propriétaire du Bon Temps, un grand
magasin, est retrouvé assassiné un
matin à l’ouverture.
13
Eddy Mitchell
itinéraires
16
15
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Vues d’en haut
16
15
12
16
20.50 La maison France 5
Magazine. Société. Prés. : Stéphane
Thebaut. 1h30. Charente-Maritime
- Île d’Oléron. Inédit. Au sommaire,
notamment : «Ambiance maison de
famille à la campagne».
22.20 Silence, ça pousse ! Magazine
23.15 C dans l’air 0.25 C à vous
23.20 Vendredi, tout est permis
avec Arthur Divertissement. Pré-
22.45 Les petits meurtres d’Agatha Christie Série. 2 épisodes 2.00
22.55 La vie secrète des chansons Magazine 23.50 Soir/3
sentation : Arthur.
Ça commence aujourd’hui. Mag.
0.30 Libre court. Magazine
18
16
Fra. 2016. Réalisation : Bernard
Faroux. 1h55. On a tous l’impression de bien le connaître. Mais
Eddy n’est pas seulement un acteur
et un chanteur.
19
15
18
19
20
20
21
APRÈS-MIDI
19
20
21
21
18.30 L’info du vrai (C) 19.55 L’info
du vrai, le mag (C) 20.55 La boîte à
questions (C). Divertissement.
19.00 Le Japon vu du ciel 19.45 Arte
journal 20.05 28 minutes 20.52
50 nuances de Grecs. Série.
18.35 La meilleure boulangerie de
France. Jeu 19.45 Le 19.45 20.25
Scènes de ménages. Série.
21.00
20.55
21.00
Film. Fantastique
Film TV. Thriller
Série. Policière
24
20
17
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Jim Parsons. 2 épisodes.
21
23
17
20
23
24
23
22
23
20.55 Julie Lescaut
25
22
Série. Policière. Fra. 2007. Saison 16.
Avec V. Genest. L’affaire du procureur. Une jeune femme est retrouvée étranglée dans son appartement. Elle aurait été l’objet d’un viol.
24
24
24
25
20
23
27
22.50 Julie Lescaut. Série. Dangereuses rencontres - Une affaire jugée.
24
26
29
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29
25
28
29
24
50
30
19.10 Americars. Résister à l’épreuve
du temps - Fou de Dragster.
Thor : Ragnarok
EU. 2017. Réal. : Taika Waititi. 2h10.
Inédit. Avec Chris Hemsworth, Idris
Elba, Tessa Thompson. Thor doit
affronter sa sœur, Hela, déesse de la
mort, qui a pris le pouvoir sur Asgard
et semble invincible.
Sept heures
avec un tueur
23
T (en °c)
20.50 39-45 : batailles
sous les mers
Bull
All. 2018. Réal. : Christian Gorlitz.
1h28. Inédit. Avec Bibiana Beglau.
Une psychologue est prise en otage
par un détenu de la prison de haute
sécurité pour laquelle elle travaille.
EU. Saison 2. Avec Michael Weatherly, Freddy Rodriguez, Geneva
Carr, Jaime Lee Kirchner. 2 épisodes.
Inédits. L’ancien colocataire d’université de Bull est accusé d’avoir tué
le responsable d’un casino.
23.10 Transformers : The Last
22.25 Tokyo Girls Doc. Les Pop
22.50 Bull Série. Policière. Collision
Knight Film. Action 1.40 Wonder
Woman. Film. Aventures.
Girls du Japon 23.20 Tracks. Magazine 0.05 Splash ! Festival 2018
23.35 NCIS. Série. La règle 38 - La
chevauchée sauvage - K.O.
<-10 à 0
Série documentaire. Historique.
1h40. Opération à haut risque.
Inédit. - Commandement tactique.
Inédit.
22.30 39-45 : batailles sous les
mers 23.20 La Résistance
19.20 Rénovation impossible. Un
diamant brut - Concours de style.
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec David Salles.
20.10 Touche pas à mon poste !
Divertissement.
21.00 Mentalist
21.00 Enquête d’action
Série. Policière. EU. 2011. Saison 4.
Avec Simon Baker, Tim Kang. 2 épisodes. Le fils d’un mafieux est abattu
dans son jacuzzi au cours d’une fête
dans sa maison de campagne.
Mag. Société. Prés. : M.-A. Casalta.
2h00. Police de la route : dans l’enfer
du trafic parisien. Inauguré le 25 avril
1973, le boulevard périphérique de
Paris fêtait ses 40 ans en 2013.
21.00 Animaux à adopter :
nouvelle famille…
22.40 Mentalist. Série 0.20 Londres,
police judiciaire. Série.
23.00 Enquête d’action. Magazine.
Prés. : Marie-Ange Casalta.
SU DO KU
GRILLE 2656 DIFFICILE
SOLUTION DU N° 2655
A
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7 9 5
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17/28
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1
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6
9
2
CONTESTÉE
PETITS
CHEVAUX
TROISIÈMEMENT
PETITE
DERNIÈRE
par téléphone :
COUVERT
DE
FLEURS
SPATULE
IL EST
ENTRE
DEUX ÂGES
13/25
13/27
16/29
20/28
21/30
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
FORCE 2
CHOQUANTE
11/23
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
NAVETTE
IL SERT
AU
BRICOLEUR
13/23
12/25
17/29
22.15 Les Simpson. Série. Animation. 9 épisodes.
22.45 Les incroyables naissances
des bébés animaux. Documentaire.
LUNDI
13/27
MOTS FLÉCHÉS N°2069
Chaque jour un peu plus difficile
9
6
3
2
8
5
7
1
4
… pour une nouvelle vie
Documentaire. Animalier. Fra. 2018.
Réal. : Jean-Marc Giovanangeli et
Julien Mansio. 1h45. Inédit.
12/26
24/31
18/22
19/28
18/26
15/24
27/32
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
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14/18
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19/29
22/31
DIMANCHE
10/22
Série. Animation. EU. 1998. Saison 10. 3 épisodes. Les Simpson
découvrent une nouvelle série policière dont le personnage principal
porte le nom d’Homer.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
SAMEDI
21.00 Les Simpson
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
26/30
20/26
14/22
17/19
10/18
20/25
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
BRUIT DE
RUPTURE
PIERRES
ROUGES
NATUREL
PERDUE
NOUVEAU
présente
DIVISER
PAR DEUX
On adore
les détester !
GAUFRÉE
HUMUS
AFFRONT
POTENTIELLE
HOMMES
ISOLÉS
OISEAU
EXOTIQUE
DÉSAVEU
CHAMPIGNON
PARFUMÉ
SENTENCE
CHEMIN
SUR
BERGE
ID EST
PRÉNOM
DE
FEDERER
DIEU
RADIEUX
MOT DU
RÊVEUR
MANCHE
PARFOIS
LONGUE
EN ÉTÉ
MÉLANGEA
MOTS
DE
COLMAR
À BREST
ARBITRÉE
STRIES
LIÉ
AU LION
LIGNE LUMINEUSE
PENDANT
PARTAGER
ASSISTE
LA
RÉDACTION
PARTIE
DU YEN
PREND
SES
DISTANCES
IL RAMPE
BUFFET
DE
SERVICE
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
SYMBOLE
CHIMIQUE
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L’ARGON D E C R E P E E
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M E R
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S A
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V E
I R
I E
12,90€
EN VENTE ACTUELLEMENT
Disponible chez tous
les marchands de journaux
et sur www.figarostore.fr
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LE FIGARO
vendredi 7 septembre 2018
35
Françoise Rossinot,
au nom des livres
Mohammed Aïssaoui
maissaoui@lefigaro.fr
orsque l’on contacte Françoise
Rossinot, fraîchement désignée déléguée générale de l’académie
Goncourt, elle prévient d’emblée :
« Je ne veux pas me mettre en
avant. » Ne pas se mettre en avant
et mettre les autres dans la lumière,
c’est un peu l’histoire de cette femme, épouse d’André Rossinot, homme politique
influent, ancien ministre de la Fonction publique
et des Relations avec le Parlement (sous les
gouvernements de Jacques Chirac et d’Édouard
Balladur), président du Parti radical, maire de
Nancy durant plus de trente années et actuel président de la grande métropole de Nancy. Être au
service d’une personnalité de premier plan n’a pas
empêché cette ancienne journaliste de vivre une
existence pleine et passionnante. Et, à 64 ans, ça
n’est pas près de s’arrêter avec cette nouvelle
fonction hautement stratégique.
C’est un usage, il fallait l’unanimité des dix jurés de l’académie Goncourt pour arrêter ce choix
et remplacer Marie Dabadie, partie à la retraite en
juin dernier. Comment Françoise Rossinot a-telle appris la nouvelle ? « C’est Bernard Pivot qui
m’a appelée, raconte-t-elle avec le soleil dans sa
voix. Il m’a dit que le jury qu’il préside avait pensé
à moi pour l’aider dans le fonctionnement de l’académie Goncourt et s’il y avait une possibilité que je
L
FRED MARVAUX
SUCCÈS Organisatrice du Livre sur la place à Nancy,
l’une des plus importantes manifestations littéraires,
elle devient déléguée générale du prestigieux prix Goncourt.
les rejoigne. C’est l’un de plus beaux coups de fil de
Grandes Rencontres, à l’Opéra de Nancy, où elle
ma vie ! »
interviewe une personnalité des lettres. « Elle possède une formidable connaissance du milieu littéraiEn désignant Françoise Rossinot, les dix memre, de la presse littéraire et de l’édition. Et puis elle a
bres du Goncourt ont choisi une femme d’enverprouvé avec Le Livre sur la place, qu’elle était une
gure, forte et discrète, qui connaît très bien les
grande organisatrice d’événements. J’ajoute qu’elle
rouages de l’édition, pour s’occuper depuis une
a aussi beaucoup de qualités humaines, de biendizaine d’années du salon Le Livre sur la place, à
veillance et d’attention aux autres », a expliqué
Nancy, l’une des plus importantes manifestations
Bernard Pivot, à L’Est républicain.
littéraires, qui se déroule du 7 au
Le 1er octobre, elle quittera donc
9 septembre*. D’une petite manifestation locale, elle a fait – avec son
ses deux casquettes pour se consaéquipe et la programmatrice Mariecrer pleinement à son nouveau rôle
Madeleine Rigopoulos – un grand
de déléguée générale, consciente de
rendez-vous national et internatiola charge qui l’attend. Car, que l’on
1953
nal. Ce que note Pierre Assouline,
ne s’y trompe pas, le poste requiert
Naissance
juré du Goncourt, journaliste et écridiplomatie et savoir-faire. Être
sur la Côte d’Azur.
vain : « Grâce à Françoise Rossinot et
présente et invisible. Cela lui rap1979
à son mari, Le Livre sur la place est
pelle quelque chose, dont elle parle
1re édition du Livre
devenu un salon avec lequel personne
avec franchise. « Vous savez, être
sur la place, à Nancy.
n’a osé encore rivaliser. Celui de la
journaliste politique et femme d’un
1985
rentrée littéraire. Un concept fort qui,
dirigeant politique, ce n’est pas facile
Mariage
d’année en année, en augmentant la
aujourd’hui, ça l’était encore moins
avec André Rossinot.
voilure tout en restant fidèle à une liquand je me suis mariée, en 1985. J’ai
1994
gne directrice, à une certaine exigendû arrêter mon métier. André en a
Organise
ce, et en nouant de manière intelligensouffert pour moi. Mais j’ai trouvé
les
Grandes
Rencontres
te des partenariats avec les médias,
ma place grâce au livre. » Comme le
à l’Opéra de Nancy,
s’est imposé comme un rendez-vous
livre l’a construite dans son adolesavec Elie Wiesel
incontournable. »
cence quand sa mère a ouvert une
comme premier invité.
librairie.
Diplomatie et savoir-faire
2018
Déléguée générale de l’académie
40e édition du Livre
Goncourt est un travail aux dimenLes jurés du Goncourt ne découvrent
sur la place.
sions et aux missions variables, qui
pas Françoise Rossinot. Ils connaisLe 1er octobre,
ne s’arrête pas à la seule remise de
sent son travail depuis longtemps
elle deviendra
la plus prestigieuse des récompen– en plus de sa casquette de commisdéléguée générale
ses littéraires, un après-midi de nosaire général du Livre sur la place,
de l’académie Goncourt.
vembre. « Je voudrais mettre en luelle a organisé régulièrement les
Bio
EXPRESS
mière tous les prix décernés par le jury, c’est-à-dire
les Goncourt de la nouvelle, de la poésie, de la biographie, du premier roman et les onze “Choix du
Goncourt” attribués dans onze pays francophones », souligne-t-elle. Et d’ajouter, avec force :
« Mais je veux d’abord écouter, être à leur côté,
mais discrète. Je ne suis pas jurée : je suis là pour
travailler pour eux. Ce ne sont pas que des jurés qui
votent, leurs actions pour l’encouragement de la lecture sont extrêmement importantes. Ce travail pour
la promotion de la littérature et de la langue française est un défi magnifique. »
Elle possède un avantage certain : entre les
Goncourt et Nancy, les liens sont tissés depuis de
nombreuses années. Edmond de Goncourt est né
à Nancy en 1822. Toutes les archives des délibérations sont conservées par la ville. « C’est un
trésor de la littérature française », s’enthousiasme-t-elle. Et de citer l’attribution du premier
Goncourt ; celui, reporté, de 1914 ; le sacre de
Proust en 1919 ; les paraphes de Colette lorsqu’elle
était présidente ; les discordes avec Aragon ; le refus d’être couronné de Julien Gracq… « Il y a de
quoi faire une exposition permanente », sourit-elle.
Le Goncourt de la biographie-Edmonde CharlesRoux est remis lors du Livre sur la place. Et dès sa
première édition, en 1979, des jurés Goncourt
étaient déjà présents, tels qu’Hervé Bazin, Armand
Lanoux et Didier Decoin (en tant que lauréat, il rejoindra l’académie plus tard).
Ce 7 septembre 2018, Françoise Rossinot, pour la
40e édition, fera encore mieux : pour la première
fois, l’annonce de la première sélection du prix
Goncourt sera délocalisée… À Nancy. Ça ne pouvait pas mieux commencer… ■
* Voir programme sur www.lelivresurlaplace.fr
UN DERNIER MOT
U 8
EA E 201
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
UV EMBR
NO SEPT
Anonyme [a-no-ni-m’] adj.
Écrit qui peut provoquer un tumulte sans nom.
L
–
ÛT
AO
e New York Times publie une tribune anonyme contre Donald Trump
qui proviendrait d’un membre de la Maison-Blanche.
Le mot vient du grec onoma, le nom, précédé du an privatif, ce qui signifie
sans nom, c’est-à-dire sans visage.
Il y a toujours quelque chose d’une anomalie dans un écrit anonyme : il manque
quelque chose. Sans compter que l’auteur du propos anonyme est obligé d’adopter
un style qui le soit aussi. Mais reconnaissons-le, ce n’est guère facile de publier
quand on ne souhaite pas être identifié. Comment faire ? Il y a cependant d’autres
moyens que l’anonymat : ainsi l’adoption d’un pseudonyme, par exemple
un patronyme très répandu, favorisant l’homonymie.
Toute société a un côté anonyme. Est-ce bien ou doit-on le déplorer ? Cela dépend :
un don anonyme sera salué comme un beau geste. Une lettre non signée, au contraire,
sera jugée odieuse : l’anonymat étant un masque, nombre de courriers de ce type
ânonnent mensonges et insultes.
Alors, on n’est plus tant dans l’anonyme que dans l’innommable. ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Alors que l’un des plus anciens fragments connus de
l’Odyssée vient d’être découvert sur une tablette à
Olympie, Le Figaro Histoire explore cet été l’œuvre
passionnante et généreuse d’Homère. Le poète aveugle
a-t-il existé ? La guerre de Troie a-t-elle eu lieu ? Faisant
la part du mythe et de l’histoire, les meilleurs spécialistes
se penchent sur l’histoire du monde mycénien, des
siècles obscurs et de la cité grecque émergente, et
partent sur les traces de Schliemann, le découvreur de
Troie. Un portfolio du masque d’or d’Agamemnon et du
trésor de Priam, un dictionnaire des héros de l’Iliade et
un décryptage de la série Troie complètent ce numéro
exceptionnel.
8
€
,90
Au cœur de l’actualité, Le Figaro Histoire revient sur
l’histoire cachée du printemps de Prague en montrant
comment, il y a cinquante ans, les troupes du pacte de
Varsovie écrasèrent les tentatives de démocratisation
de la Tchécoslovaquie avec l’accord tacite de De
Gaulle. Côté reportage, il vous emmène au Vietnam,
sur les sentiers secrets de la piste Hô Chi Minh, et vous
fait visiter les coulisses d’un tournoi de béhourd, ce
spectaculaire sport de combat qui reproduit dans les
règles de l’art les joutes médiévales.
Le Figaro Histoire, 132 pages.
En vente chez tous les marchands de journaux
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tout reste à découvrir
Un nouveau laboratoire
d’idées sur les territoires
L’association d’élus Villes
de France, présidée par la maire
de Beauvais, Caroline Cayeux,
lance son laboratoire d’idées.
L’association, qui fête cette année
ses 30 ans d’existence, veut en faire
un think-tank « incontournable »
auprès des pouvoirs publics.
L’objectif : être une force
de proposition écoutée et entendue
sur les finances locales, la politique
de la ville, la modernisation
de la fonction publique territoriale…
« Nous allons être des incubateurs
d’idées ! » affirme Caroline Cayeux.
Européennes : LR lancera
ses ateliers-projets
le 2 octobre
C’est lors d’un conseil national
consacré à l’Europe, le 30 juin
dernier, que Les Républicains avaient
amorcé leurs positions sur l’Europe
autour de sept grands thèmes,
dont les frontières, les migrants,
l’Europe qui protège. L’été a été
studieux. Argumentaires et slides
ont été édités. Ils seront pour la
première fois présentés aux militants
le 2 octobre, lors d’ateliers-projets,
au siège parisien du parti. Une façon
de lancer de façon pédagogique la
campagne des européennes.
A
La guerre de Troie a-t-elle eu lieu ?
L’héroïne, à son corps défendant, d’un célèbre scandale
sexuel à la Maison-Blanche avec Bill Clinton a interrompu
brusquement une interview en public, lors d’un colloque
sur les médias à Tel-Aviv. La journaliste lui demandait
d’entrée de jeu si elle espérait des excuses de l’ex-président
américain. « Cette question ne faisait pas partie de nos
arrangements », a-t-elle lancé en quittant soudainement
la salle de conférences alors qu’elle souhaitait s’exprimer
sur la campagne qu’elle mène contre les violences verbales et les révélations
sur la vie personnelle d’adolescents qui prolifèrent sur les réseaux sociaux.
Monica Lewinsky se présente volontiers comme la première femme à avoir
été « humiliée » mondialement sur Internet.
THEO WARGO/AFP
Monica Lewinsky claque la porte
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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