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Le Figaro - 10 09 2018

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lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 040 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
ART
FIGARO SANTÉ
PAGES 34 ET 35
NOTRE CAHIER SPÉCIAL
LES EXPOSITIONS
PHARES DE LA RENTRÉE
LES RAISONS PSYCHOLOGIQUES
QUI NOUS EMPÊCHENT D’AGIR
L’alarmante propagation
de l’idéologie islamiste
PARLEMENT
Les quinze mois
agités de Ferrand
à la tête de LaREM
à l’Assemblée PAGE 6
DROITE
Immersion
en NouvelleCalédonie
pour Wauquiez
Alors que l’Institut Montaigne dévoile un rapport détaillant ce phénomène, la puissance de
feu et d’audience d’Internet et des réseaux sociaux en fait un outil majeur de prosélytisme.
PAGE 7
Dans les villes mais aussi les
bourgs et les campagnes,
l’idéologie islamiste gagne du
terrain. Grâce à des réseaux
très structurés qui, dans le
ÉTATS-UNIS
Obama défie Trump
avant les élections
de mi-mandat
monde réel, ont d’abondantes
et d’actives ramifications mais
aussi, désormais, grâce à Internet, que les idéologues radicaux ont surinvesti, comme le
détaille le rapport de l’Institut
Montaigne sur la fabrique de
l’islamisme. Professant leurs
thèses depuis l’Arabie saoudite,
la Turquie ou encore l’Égypte
sur les réseaux sociaux, ces influenceurs nourrissent à la fois
la sphère purement islamique
et le grand public dans un foisonnement de pages Facebook
et autres comptes Twitter. Au
point d’avoir autant de followers, et donc d’audience,
que des personnalités politiques ou des stars de la chanson.
è INTERNET, CE « MUEZZIN » QUI APPELLE À L’ISLAMISATION MONDIALE è ÉCOLE, SPORT… LES BASTIONS DE LA PROPAGANDE è À ROUBAIX, « L’IDÉOLOGIE POLITIQUE »
A GAGNÉ UN QUARTIER è UN RÉSEAU PROPAGANDISTE ORGANISÉ ET GLOBALISÉ PAGES 2, 4, 5 ET L’ÉDITORIAL
PAGE 11
FOOTBALL
Ballon d’Or 2018,
les Bleus peuvent
rêver PAGE 18
La Corée du Nord
célèbre ses 70 ans
en se gardant de
toute provocation
n
n
n
DANISH SIDDIQUI/REUTERS
CHAMPS LIBRES
Made in France,
l’industrie tricolore
en mode
reconquête PAGE 26
Des milliers de soldats, de l’artillerie et des chars ont défilé dimanche à Pyongyang, mais Kim Jong-un s’est abstenu
de montrer ses missiles balistiques intercontinentaux, « un message très positif », a tweeté Donald Trump. PAGE 10
ÉDITORIAL par Vincent Trémolet de Villers vtremolet@lefigaro.fr
n
n
PAGES 20 À 23
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de samedi :
Faut-il développer
davantage les filières
en apprentissage ?
OUI
96 %
NON
4%
TOTAL DE VOTANTS : 1 622
M 00108 - 910 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@t@l@a@a";
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Européennes : les
juppéistes doivent-ils
s’allier avec LaREM ?
THE STATE HERMITAGE MUSEUM /
PHOTO BY PAVEL DEMIDOV - SUCESSION
ALBERTO GIACOMETTI. FONDATION
GIACOMETTI, ADAGP, PARIS 2018
O
Défi de civilisation
n ne pourra pas dire que l’on ne
savait pas. Depuis des années,
intellectuels et écrivains sonnent le tocsin. Michel Houellebecq en a fait un roman saisissant, Boualem Sansal une œuvre
vertigineuse, les théoriciens de l’islam politique eux-mêmes ne se cachent pas : ils ont
un projet, un imaginaire, un agenda. Le rapport de l’Institut Montaigne sur la fabrique de
l’islamisme les dévoile en détail. Deux ans
après sa précieuse enquête qui révélait la
tentation sécessionniste d’une partie des
musulmans de France, cette nouvelle étude,
dirigée par Hakim El Karoui, décrit minutieusement le processus par lequel un jeune
Français se sépare intellectuellement, politiquement, religieusement de la communauté
nationale. La théorie s’élabore en Arabie
saoudite, en Turquie ou sous l’égide des Frères musulmans. Une littérature abondante la
diffuse, les réseaux sociaux l’amplifient, des
mosquées de plus en plus dominantes attestent de sa puissance. Vêtements, nourritures, musique, tout, jusqu’aux usages les plus
communs, doit obéir à la loi coranique. Les
prédicateurs proclament qu’ils défendent le
véritable islam, le rapport de l’Institut Montaigne considère qu’il s’agit d’une idéologie
aussi cohérente et mortifère que le communisme. Malheureusement, l’islamisme est en
train de régler ce débat théologique. Si, comme l’écrit Suleiman Mourad, l’islam est une
mosaïque, le projet wahhabite comme le
projet salafiste sont comparables à « une comète attirant à elle toute la poussière et les corpuscules se trouvant sur
son chemin, dotée de la
force d’attraction d’un
mouvement promettant
de transformer la théorie
en pratique ». Face à ce
péril, c’est toute la société (et en premier lieu
les Français musulmans) qu’il faut mobiliser. En étant intraitable avec ce qui fragmenterait notre République, en cessant
d’accueillir des populations que nous ne pouvons plus intégrer, mais surtout en promouvant notre art de vivre, les splendeurs de notre héritage, la richesse de notre histoire. Si
nous ne savons plus qui nous sommes, comment affronter ce défi de civilisation ? ■
Selon les premières estimations, avec près de 40 % des
voix, la coalition de droite
l’emporterait. Elle devancerait la coalition de gauche (36 %), les sociaux-démocrates
au
pouvoir
réalisant leur plus faible
score depuis un siècle. En
progression moindre que
celle qui était annoncée par
les sondages, les populistes
du parti Démocrates de
Suède dirigé par Jimmie
Akesson seraient crédités
de 16 à 19 % des suffrages.
PAGE 9
DULON
ARTS D’AFRIQUE
ET D’OCEANIE
Face à ce
péril, c’est
toute la
société
qu’il faut
mobiliser
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A
CONSOMMATION
Saint-Pierreet-Miquelon
part à la pêche
aux touristes
Idlib :
comment
éliminer les
djihadistes
sans que les
civils soient
massacrés ?
Les tribunes
de Marc Lazar
et de François
CornutGentille
La chronique
de Nicolas
Baverez
L’analyse
de Jean-Pierre
Robin
Suède :
poussée
de l’extrême
droite aux
législatives
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lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Internet, ce « muezzin » qui
appelle à l’islamisation mondiale
Jadis circonscrit à de petits foyers, l’islamisme se propage activement grâce aux réseaux sociaux.
JEAN CHICHIZOLA ET CHRISTOPHE CORNEVIN
EN CES TEMPS de crise des partis et des
idéaux, une idéologie a connu, en moins
de quinze ans, en France, une augmentation de 900 % du nombre de ses fidèles.
Dans les années 1990, les renseignements
généraux comptabilisaient quelques centaines de « salafistes » aux curieuses tenues et aux thèses islamistes, Algériens
sortis tout droit des « années noires » ou
« Tablighis » soucieux de « réislamisation ». En 2004, toujours selon les RG, le
nombre des adeptes était passé à 5 000 sur
le territoire. En 2015, un ancien responsable du ministère de l’Intérieur parlait de
« 15 000 à 20 000 ». Et, selon les dernières
estimations, le salafisme réunirait aujourd’hui de 30 000 à 50 000 personnes.
L’évolution est visible dans nombre de
quartiers français, de la région parisienne
à Roubaix ou à Marseille, où les salafistes
contrôlent de plus en plus de commerces
et d’activités sociales (lire ci-contre), mais
aussi dans les bourgs et les campagnes.
Encore ce chiffre est-il très probablement
sous-estimé puisqu’il est essentiellement
fondé sur la fréquentation des lieux de
culte, de plus en plus nombreux, dûment
identifiés par les services spécialisés. Et
l’estimation n’englobe que les salafistes
« militants » et non les simples sympathisants ou l’entourage « sous influence ».
Si les spécialistes distinguent salafistes
« quiétistes » (professant leur apolitisme
et leur pacifisme), « protestataires » (plus
politiques) et « djihadistes » (violents), les
services de renseignement ont une approche beaucoup plus nuancée en rappelant que les événements de ces trois dernières décennies ont montré l’existence
de passerelles entre ces écoles. Une chose
est sûre : dans la France des années 2010,
l’idéologie salafiste, si elle reste ultraminoritaire dans l’islam de France, séduit
donc de plus en plus. La France est même
à la pointe, devant le Royaume-Uni ou
l’Allemagne par exemple, également
concernés par le phénomène. Encore le
salafisme ne constitue-t-il que la face
émergée de l’iceberg, à l’heure où les thèses islamistes gagnent du terrain.
L’une des clés de cette attirance tient
notamment au passage réussi des islamistes du monde réel à l’univers virtuel,
comme le décrit avec précision le rapport
de l’Institut Montaigne sur la fabrique de
l’islamisme (lire pages 4 et 5). Professant
une rupture avec la République et les
« tares » de la société française, ils se sont
imposés sur le Net et les réseaux sociaux.
Et ce, à un double niveau : dans la sphère
purement islamique d’abord, en monopolisant le discours et en marginalisant
des voix plus modérées ou moins reli-
gieuses. Mais également en s’imposant
dans la compétition féroce des pages Facebook et autres comptes Twitter.
Aujourd’hui, des individus, tout particulièrement saoudiens, professant les règles
à suivre pour être un bon musulman,
comprenez un bon islamiste, comptent
autant de « followers » que des personnalités politiques ou des stars de la chanson.
Erdogan, nouvel acteur
La présence éminente de Saoudiens dans
ce palmarès des vedettes islamistes du
Net ne doit pas étonner. Avant une mondialisation remontant aux années 19601970, qui lui permet aujourd’hui de gagner de l’influence dans les cités de
région parisienne ou de Marseille, l’islamisme est né bien au-delà de nos frontières, en Égypte, en Arabie saoudite, en
Turquie. En promouvant, comme le
communisme en son temps, une idéologie politique englobante, imposant à ses
sujets à la fois une interprétation du
monde, une organisation sociale et une
singulière relation au pouvoir. Chaque
École, sport… les bastions de la propagande
SPORT amateur, écoles, commerces…
l’islamisme est à la fois une contreculture et un business florissant.
lièrement ciblés : le culturisme, le fitness
et le paintball. Autant d’univers véhiculant une image de « survirilisation ».
En 2015, une note du Service central
du renseignement territorial portée à la
connaissance du Figaro tirait déjà le signal d’alarme. Intitulée « Le sport, vecteur de communautarisme, voire de radicalisme », elle soulignait le « prosélytisme au profit de la religion musulmane », l’« opiniâtre refus de la mixité »,
la « soudaine apparition de tenues traditionnelles et des prières sur le terrain ou
dans les vestiaires »… Lors d’un colloque
sur le sport et la radicalisation, Loïc Garnier, l’ex-chef de l’Unité de coordination de lutte antiterroriste, révélait,
l’année dernière, que « 18 % des radicalisés dits “sportifs” » se trouvent en Ilede-France. Selon Patrick Karam, viceprésident de la région Ile-de-France
chargé de la jeunesse et des sports,
829 profils à risques ont été signalés dans
les divers clubs de la région. Selon nos
informations, le travail du comité interministériel de prévention de la
délinquance et de la radicalisation (CIPDR) et du ministère des Sports a permis
de former 150 responsables sportifs à la
détection des comportements suspects.
Quatre cents autres le seront cet automne pour arriver à 700 en un an. Particu-
LCI », le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, reconnaissait en décembre dernier qu’il y a un
problème de radicalisation dans le corps
professoral : « Il est exact que nous sommes testés par des groupes fondamentalistes. » Selon un dernier état des lieux
porté à la connaissance du Figaro,
1 977 mineurs ont été signalés pour radicalisation au 31 août sur un total de
13 719 personnes inscrites au fichier de
traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère
terroriste. Pour mémoire, sur les
7 079 signalées fin 2015, 1 491 étaient des
mineurs. « La part des mineurs est en
baisse, se félicite Muriel Domenach, secrétaire générale du CIPDR. Les actions
de prévention menées tant par l’Éducation
nationale que les associations, notamment
via les maisons des adolescents, fonctionnent. » Cent cinquante mille professeurs
ont été formés à la détection de comportements suspects. Quant à la contrepropagande en direction de la jeunesse,
diverses initiatives ont été mises en
œuvre par l’État, notamment sous l’égide du CIPDR. Un des vecteurs est le
u Le sport amateur ciblé
sanctuaire de l’école menacé
u Le
Invité du « Grand Jury RTL, Le Figaro,
théâtre, notamment avec la pièce Djihad,
de l’auteur belgo-marocain Ismaël Saïdi,
qui met en scène trois enfants d’immigrés partis s’enrôler en Syrie. Véritable
succès, ce réquisitoire contre l’embrigadement tourne dans les quartiers.
u Des commerces islamisés
Au fil des années, la hausse constante
du nombre de fidèles a fait des activités
« communautaires » un petit business.
Les abords des quelque 150 mosquées
salafistes (sans compter les lieux de
culte plus éphémères) comptent toujours une ribambelle de commerces islamistes : librairies, boutiques de vêtements, restaurants… Comme le
soulignait, dès 2016, une note policière,
les islamistes mettent en place « de véritables stratégies locales » visant notamment au « contrôle de l’offre commerciale ». Régulièrement, des mairies entrent
en conflit avec des gérants d’épicerie où
des consommateurs déplorent la disparition de l’alcool ou du jambon… La généralisation du halal, un marché de
plusieurs milliards d’euros, a également
vu des islamistes investir les secteurs
des abattoirs ou des boucheries. Ces
derniers exploitent enfin d’autres créneaux « religieux » : comme l’organisation de pèlerinages à La Mecque ou de
grandes cérémonies familiales (mariages, enterrements). ■
J. C. ET C. C.
individu se voit ainsi intégré dans un
projet total (rapport hommes-femmes,
normes halal, finance islamique…) visant
à codifier toute son existence.
Au-delà de leurs rivalités, affrontements feutrés ou violents, les deux
« grands frères » de l’islamisme ont été
d’un côté les Frères musulmans, nés en
Égypte, puis actifs dans d’autres pays du
monde arabe, et de l’autre le wahhabisme
en Arabie saoudite. Les premiers, ou leurs
disciples plus ou moins clandestins, ont
ensuite créé en Europe des organisations
comme l’UOIF en France, le Muslim
Council of Britain ou l’Islamische Gemeinschaft Deutschland sans oublier la
Fédération des organisations islamiques
en Europe (FOIE) réunissant les fédérations de près de trente pays européens
(dont la Turquie et la Russie).
L’islamisme d’État saoudien s’est,
quant à lui, appuyé sur des organisations
comme la Ligue islamique mondiale pour
la diplomatie, l’Université islamique de
Médine pour la formation d’imams, prédicateurs et missionnaires, la World Assembly of Muslim Youth pour les jeunes
et l’International Islamic Relief Organization pour l’action caritative. La stratégie de l’État saoudien a d’abord visé
l’Asie du Sud-Est et l’Afrique, qui compte
des pays musulmans très peuplés, mais
aussi des « maillons faibles » européens
comme les Balkans ou la Belgique. Puis
l’ensemble de l’Occident, en fournissant
imams et financement.
Dans cette sorte de « marché mondial
de l’islamisme », un nouvel acteur s’est
imposé ces dernières années. Sous la
houlette de son président Erdogan, la
Turquie veut jouer sa partition. Et elle
peut s’appuyer sur des relais dans sa diaspora (5 millions de personnes en Europe
dont 3 millions en Allemagne et 500 000
en France). Fin août, Emmanuel Macron
tenait des propos fort peu diplomatiques
devant les ambassadeurs, en évoquant le
« projet panislamique du président turc régulièrement présenté comme antieuropéen ». Des boutiques de Seine-SaintDenis aux palais nationaux, l’islamisme
est devenu un enjeu sociétal, sociologique
et politique majeur. ■
13
719
personnes
en France sont inscrites au fichier
de traitement des signalements
pour la prévention de la radicalisation
à caractère terroriste, au 31 août 2018,
dont 1 977 mineurs.
Une rue du quartier
de l’Épeule, à Roubaix, où la
majorité de ses habitants
est musulmane. Un quartier
« mélangé » pour certains,
un «ghetto» pour d’autres.
MARIE TRANCHANT
A
ROUBAIX
ROUBAIX, islamisée ? Face au sujet, il y a
ceux qui se braquent, ceux qui confirment
ou ceux qui ironisent : « Évidemment,
vous avez pris votre visa ? Vous vous êtes
converti en arrivant ? » À la terrasse des
cafés de la rue de l’Épeule, des hommes
boivent leur thé à la menthe, leur café. Pas
forcément de signe ostentatoire de religion, mais les commerces, eux, prouvent
bien que, ici, une majorité de la population est musulmane : boucheries halal, librairies coraniques, magasins vendant
des foulards. Les rares femmes sont souvent voilées ou portent le jilbab, ce long
vêtement couvrant corps et cheveux.
Au début de la rue, la mosquée Bilal
n’est qu’à quelques centaines de mètres
d’une église. Dans cette artère très commerçante, on compte aussi un café portugais, un restaurant thaïlandais, un autre à
vocation solidaire. « Tout le monde est mélangé et tout le monde s’entend, affirme
Mourad, 43 ans, alors que Mohamed taille
sa barbe. Il n’y a pas de communautarisme. » Au café L’Opéra, un autre Mohamed
évoque la « tolérance » du quartier :
STEPHANE DUBROMEL POUR LE FIGARO
À Roubaix, « l’idéologie
politique » a gagné un quartier
« Ceux qui pratiquent pratiquent. »
D’autres parlent de « respect », comme
Kamel, 37 ans dont dix-huit à l’Épeule :
« Ici, les gens évitent de manger devant
nous pendant le ramadan. Il y a une grande
mosquée mais personne ne nous force à y
aller. » Maxime, 33 ans, ne partirait de son
quartier pour rien au monde. « C’est un
quartier vivant, pas cher (1), tout le monde
se connaît. Il y a une étiquette sur Roubaix,
mais les nouvelles générations ne parlent
même pas arabe. »
« Dans un pays étranger »
On raconte pourtant, à demi-mot, que
certaines fêtes de l’Aïd ont gêné le voisinage, même si la situation semble évoluer. Hamida travaille pour le comité de
quartier Le fil de l’Épeule et décrit : « On
accueille beaucoup de primo-arrivants. La
population musulmane est centralisée ici,
on n’a pas l’impression d’être à Roubaix
mais dans un pays étranger. Mais ce sont
des personnes qui veulent bien s’intégrer. »
À quelques rues de là, sur les murs de la
cour de l’école publique Lakanal, une
inscription : « Nos différences ne devraient jamais nous diviser. » « On est tous
des étrangers ici, mais on ne se sent pas
étrangers », philosophe Kamel. Derrière
cette sérénité de façade, d’autres avis
sont plus négatifs, comme celui d’Akli,
arrivé en 1964 à Roubaix, et qui raconte,
tout en poursuivant sa partie de rami, que
« ça s’est dégradé ». « On a mis des immigrés et des cas sociaux dans des ghettos,
explique-t-il, aujourd’hui, les élus récoltent ce qu’ils ont semé. »
Mehdi Massrour (2), élu d’opposition
PS, estime aussi qu’on a « construit des
quartiers autour des mosquées et des clubs
de foot » dans les années 1980. « Le problème n’est pas la pratique religieuse, poursuit-il, mais bien l’idéologie politique. Il faut
donc contrer cette idéologie et en combattre
les causes. » Il cite la culture, l’éducation,
le vivre-ensemble et évoque la question
des libertés individuelles : « Doit-on avoir
un dress code dans la rue ? » Les femmes
voilées, les hommes en djellaba et aux longues barbes posent parfois question. Pour
Xavier et Nathalie, responsables d’Optiqu’Epeule, le quartier « s’arabise fortement ». « Il y a moins de femmes dehors,
plus d’hommes, décrit Xavier, 56 ans, installé là depuis 1991. Il y a trente ans, seules
les femmes âgées étaient voilées. »
À Roubaix, l’islam est plus présent, plus
visible, depuis quelques années. Le salafisme s’est installé à certains endroits, faisant craindre une étape suivante : le dji-
hadisme. C’est ce qui est arrivé à la
grande sœur d’Amine Elbahi, étudiant en
droit et militant LR, il y a quatre ans. « Elle
avait 19 ans, elle est partie de Roubaix en
2014 mais son recrutement n’est pas passé
par une mosquée de la ville », affirme-t-il.
Depuis son départ, il a eu quelques
contacts avec elle depuis la Syrie, « juste
pour dire qu’elle était en vie ». ■
(1) Roubaix est considérée comme la ville
la plus pauvre de France : elle compte
95 000 habitants dont 45 % sous le seuil de
pauvreté (étude du cabinet Compas, 2014).
(2) Le maire LR de la ville,
Guillaume Delbar, était indisponible
pour répondre à nos questions.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
Un réseau propagandiste
Comment les contenus islamistes se propagent sur Twitter et ailleurs,
des prédicateurs saoudiens au grand public francophone.
L’Institut Montaigne a filtré, huit mois
durant, tous les posts publics mentionnant
les grands prédicateurs wahhabites
saoudiens (tels Cheikh Albani, Cheikh Ibn
Baz, Cheikh Otheymine, Salih Al-Fawzan
et Rabi Madkhali). Au-delà des cinq
influenceurs majeurs (en rouge sur notre
infographie), ces recherches font apparaître
deux communautés distinctes : d’un côté
des experts en théologie (en bleu foncé),
de l’autre des comptes-relais
sympathisants francophones (en bleu clair)
qui diffusent et utilisent les contenus
de la première communauté.
GILDAS DES ROSEAUX
ET STÉPHANE SAULNIER
SI LE RÉSEAU TWITTER reste très
largement dominé par les acteurs
du divertissement (chanteurs, sportifs,
acteurs, etc.), c'est également un vecteur
très prisé des influenceurs en tout genre.
Parmi les 200 comptes qui ont le plus
de followers sur Twitter, une quinzaine
peuvent être rattachés à des influenceurs
idéologiques (personnalités politiques,
intellectuelles ou religieuses). Au milieu
de ces grands comptes, on trouve cinq
comptes arabophones d'obédience
wahhabite qui s’expriment essentiellement
sur des thématiques religieuses.
Un réseau très dense est apparu entre ces
acteurs, ce qui démontre des connexions
intenses entre les différents comptes.
Le premier groupe (bleu foncé)
est composé d’anciens étudiants
de l’université de Médine, de prédicateurs
salafistes influencés par des oulémas
saoudiens, de traducteurs ayant un certain
bagage théologique, ainsi que des sites
salafistes se référant exclusivement
au corpus wahhabite. Ces derniers ont
entre 5 000 et 15 000 followers.
Le second groupe, celui des relais
francophones, est composé de
comptes anonymes diffusant
et utilisant les publications
du premier groupe. Ils ne
sont pas experts du sujet
mais jouent un rôle très
important dans la diffusion
des idées et possèdent une audience
importante comprise entre 15 000 et
100 000 followers, leur permettant de
transmettre les publications salafistes
du noyau dur expert vers le grand public.
MISHARY RASHID
AL-AFASY
@Alafasy
14,1
millions
de followers
42 ans. Imam koweïtien, récitateur du Coran.
Il est actuellement imam à la grande mosquée
de Koweït-City. Il possède une chaîne
de télévision Alafasy TV, qui diffuse
des programmes sur l’islam.
Cinq islamistes pointent au TOP 15
des influenceurs et idéologues sur Twitter
Manhuj Al Haqqm
NOMBRE DE FOLLOWERS, EN MILLIONS
Barack Obama
102,4
@BarackOama
Donald J. Trump
51,7
@realDonaldTrump
Frériste
Bill Gates
@BillGates
46
Narendra Modi
42,4
@narendramodi
PMO India
23
@POTUS
Mohamed al-Arifi
21,6
@MohamadAlarefe
Ahmad al-Shugairi
@shugairi
Paulo Coelho
@paulocoelho
Salman al-Awdah
73 600 followers
Sulayman
yman Al-Ha
Al-Hayiti
President Trump
@DalaiLama
Salafiste
le_Musulman
26,2
@PMOIndia
Dalai Lama
97 100 followers
33
@Pontifex
@Dr_alqarnee
19,2
18,6
18
15,6
@salman_alodah
14,5
Mishary Rashid
al-Afasy @Alafasy
14,1
87,4
Rigoriste
Hadith du jour
25 300 followers
millions de followers
Humanitaire
Si l’on additionne les cinq comptes Twitter
d’obédience wahhabite les plus importants,
ce groupe d’influenceurs se positionne
juste derrière Barack Obama, mais loin devant
le compte personnel de Donald Trump.
Chiffres Institut Montaigne, relevés le 3 mai 2018.
Tariq Ramadan et Menel Ibtissem : deux affaires, un même réseau
Ummah Charity
23 000 followers
Cheikh al-Hajiri
AHMAD AL-SHUGAIRI
@shugairi
18
A
Plus proche de nous et en
langue française, on retrouve
cet activisme autour
de l'affaire Tariq Ramadan
et de l'affaire Menel, la jeune
candidate voilée de « The
Voice ». Comme le montre
ce graphique, dans ces deux
affaires, les mêmes réseaux
s'activent à travers plusieurs
comptes et alimentent la polémique.
Source : Institut Montaigne
Sulayman al-Hayiti
24 500 followers
Salafiste
Apprendre l’Islam
Pape François
Aid al-Qarni
Ajib.fr
millions
de followers
45 ans. Célèbre réalisateur et présentateur
de programmes de télévision saoudien, dont
« Khawater shab » (Les pensées d’un jeune)
qui fit son succès. Il étudia aux États-Unis
avant de rentrer en Arabie au milieu
des années 1990.
Militante antiraciste
Sihame Assbague
44 400 followers
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 10 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
5
organisé et globalisé
Une diffusion présente
sur tous les réseaux
COMMENT LIRE CETTE INFOGRAPHIE ?
Comptes des cinq prédicateurs wahhabites les plus influents sur Twitter
Principaux comptes Twitter saoudiens alimentés par des experts en théologie
Tous réseaux confondus, l’audience générale relative aux contenus rigoristes
sur le « Web musulman » francophone est estimée a minima à 1,2 million
de comptes. Soit environ 30 % des musulmans français potentiellement
influencés par ces contenus. Voici les principaux acteurs de cette sphère activiste.
Principaux comptes Twitter francophones qui diffusent et relaient les publications
des experts saoudiens
Mehdi Abou Abderrahmane
Média communautaire
Décompte et sélection effectués par l’Institut Montaigne en mai 2018
Al Kanz
47 500 followers
Salafiste
1,2
Rappel du Jour
Aliftar
39 700 followers
million
de comptes islamistes
francophones
Saudi News Fr
Principales pages Facebook
NOMBRE DE FANS, EN MILLIONS
Tariq Ramadan
Frériste
MOHAMED AL-ARIFI
@MohamadAlarefe
21,6
2,07
Rappels Islam
millions
de followers
Rigoriste
1,2
Organisation
communautaire
48 ans. Théologien saoudien dont les prêches
ont suscité de nombreuses polémiques. Il s’en
est pris aux juifs, aux homosexuels et aux
chiites. Ses discours sont parfois peu différents
de ceux des mouvances djihadistes al-Qaida
et Daech. En 2014, la Grande-Bretagne lui
a interdit l’entrée sur son territoire.
Syria Charity
CCIF**
Humanitaire proche des fréristes
34 700 followers
1,09
** Collectif Contre l'Islamophobie en France
Information Culte Musulman
Fréristes Salafiste
0,78
BarakaCity
Humanitaire proche des fréristes
0,75
Abdelmalik
Abou Adam
Adam
Principales chaînes YouTube
Humanitaire
NOMBRE DE VUES, EN MILLIONS
BarakaCity
(total des vidéos vues sur le compte)
53 000 followers
Militant antiraciste
Imam
de Brest
Marwan Muhammad
17,44
millions
de followers
15,15
62 ans. Islamiste
Islamist libéral
al saoudien qui appela
à l’établissement
ement d’une monarchie
monar
constitutionnelle
de défendre
ionnelle en Arabie. Avant
A
le « djihad » contree les Américains
en Irak
Améric
vien
à partir de 2003. La justicee saoudienne vient
de requérir
equérir la peine de mort contre
c re lui.
9,54
10,84
Islam
Dourous.net Darifton &
Sounnah TV
Compagnie
AID AL-QARNI
@Dr_alqarnee
19,2
3ilmchari3i
Rachid
Eljay
Princiaux comptes Instagram
millions
de followers
40 ans. Prédicateur et écrivain saoudien,
dont les livres sont très diffusés dans le monde
arabe. En 2012, il a émis une fatwa, appelant
à assassiner le président syrien Bachar
el-Assad.
Hassan
Iquouissen
NOMBRE DE PERSONNES INFLUENCÉES
186 000
55 700
ISLAMIQUEMENT
COMBLÉ
100 000
ESPACE MUSLIM
RAPPEL CITATION
A
14,5
23,87
40 300 followers
SALMAN AL-AODAH
@salman_alodah
Infographie
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lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Les quinze mois agités de Richard Ferrand
à la tête de LaREM à l’Assemblée
Après une prise en main dans la douleur, ce fidèle du président a su se faire adopter par les élus Marcheurs.
Avec sa gestion de l’affaire Benalla, il avait même rallié les récalcitrants. Il brigue désormais le perchoir.
PARLEMENT Sauf surprise, Richard
Ferrand devrait être désigné lundi par
ses pairs comme candidat de la majorité à la présidence de l’Assemblée nationale. En nommant la semaine dernière
François de Rugy au gouvernement,
Emmanuel Macron a exfiltré l’écologiste du perchoir, où il était critiqué. Le
président de la République a ainsi choisi de dégager la voie pour son fidèle Richard Ferrand, qui lorgnait le siège depuis des mois. S’il remporte l’élection,
ce « Marcheur historique » - comme le
qualifient ses soutiens – laissera la main
à la présidence du groupe La République en marche. Un départ a priori sans
regrets, tant le poste est ingrat. « Il n’a
pris aucun plaisir et ça s’est vu », observe un cadre du groupe.
À l’origine, le chef de l’État lui avait
pourtant taillé un portefeuille sur-mesure au gouvernement : la Cohésion des
territoires. L’ex-socialiste, élu depuis
vingt ans, cochait toutes les cases pour
ce ministère qu’il rejoint dès mai 2017.
Sauf qu’au bout de quatre petites semaines, mis en difficulté par les révélations du Canard enchaîné sur l’affaire
des Mutuelles de Bretagne, Ferrand se
retrouve contraint de quitter prématurément le gouvernement.
Un crève-cœur pour ce Breton ombrageux et besogneux qui n’avait jamais pris la lumière. « Je veux que tu
sois mon Pierre Joxe », lui demande
Emmanuel Macron, en référence à la
main de maître de l’ancien président
de groupe socialiste sous François Mitterrand. Richard Ferrand, qui avait été
réélu député du Finistère, retourne
donc à l’Assemblée nationale, avec la
lourde tâche de piloter un groupe composite de 312 élus, pour beaucoup novices en politique. Un véritable sacerdoce… Les premiers mois sont chaotiques.
Les débats sur le projet de loi de moralisation de la vie publique tournent au
vinaigre, les députés inexpérimentés
font face au procès en amateurisme des
“
Quand je prends
une décision, je fais
un ingrat et dix déçus
RICHARD FERRAND
”
oppositions qui moquent les « godillots » de Macron. En interne, les
dysfonctionnements et difficultés du
début sont vite attribués à Richard
Ferrand.
On dit de lui qu’il est « absent », davantage préoccupé par ses affaires judiciaires que par la vie du groupe. « Au
début de la mandature, il s’est refermé
sur lui-même parce qu’il était frustré »,
se souvient le président d’un autre
groupe. L’affaire, classée sans suite en
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
Le président du groupe LaREM, Richard Ferrand, devrait être désigné lundi par ses pairs comme candidat de la majorité à la présidence de l’Assemblée nationale.
octobre puis relancée par Anticor, pèse
sur son quotidien. « Il l’a vécue comme
une injustice crasse, raconte Florian Bachelier, le « député le plus proche » de
Richard Ferrand. S’il y en a un qui a un
rapport distancé avec l’argent, c’est
bien lui. » Ferrand doit distribuer les
postes à responsabilité et gérer les frustrations de députés ambitieux. « Quand
je prends une décision, je fais un ingrat
et dix déçus », a-t-il coutume de dire.
Certains se plaignent de l’opacité des
décisions, du manque de débat interne
et de la personnalité « cassante » du
président de groupe. « C’est vrai qu’il a
un côté un peu ours, concède Aurélien
Taché, député du Val-d’Oise. C’est
l’homme qui est comme ça, ça lui est
parfois reproché mais c’est un moindre
mal par rapport à ses qualités, à son sens
politique, à sa capacité à faire face. »
Les débats budgétaires font apparaître des premiers doutes au sein du collectif. La réforme de l’ISF est mal vécue
par une partie des députés, chahutés
sur le terrain.
Richard Ferrand tente malgré tout de
faire régner la discipline. L’hiver sera la
véritable épreuve de feu, avec le texte
de Gérard Collomb sur l’asile et l’immigration. Plusieurs parlementaires
n’hésitent pas à exprimer leurs divergences, quitte à s’exposer à l’ire de leur
président de groupe. « S’abstenir est un
péché véniel, voter contre est un péché
mortel », répète le chef de file. « Les
méthodes de management de Richard
Ferrand ne sont pas en phase avec ce que
porte le mouvement, déplore la députée
Martine Wonner, qui a ferraillé contre
certaines dispositions du projet de loi
asile et immigration. Il ne voulait voir
qu’une seule tête. »
L’ancien socialiste porte en horreur
les dégâts causés par les frondeurs sous
le quinquennat de François Hollande.
Ces mois de tension se soldent finalement par quatorze abstentions de députés Marcheurs et un vote contre, celui de Jean-Michel Clément, qui
annonce dans la foulée son départ du
groupe. « Personne n’avait envie de faire un truc de frondeur ! Il y a eu trop de
dramatisation », regrette Matthieu Orphelin, député LaREM et auteur de
nombreux amendements sur ce texte.
Les lois sont votées à un rythme effréné. Richard Ferrand, qui a l’oreille du
président de la République avec qui il
partage notamment le goût des lettres,
remplit son rôle d’intermédiaire entre
le Parlement et l’exécutif. « Il a toujours préservé l’indépendance et défendu
la liberté des députés vis-à-vis du gouvernement, loue la secrétaire d’État en
charge de l’Égalité femme-homme,
Marlène Schiappa. Il s’est battu pour
que la loi contre les violences sexistes et
sexuelles puisse passer rapidement à
l’Assemblée ».
Même des députés avec qui les relations n’ont pas toujours été au beau fixe
conviennent qu’il a « tenu la baraque »
et réussi à maintenir une cohésion de
groupe. « Il était là quand on était en
difficulté, raconte Sacha Houlié.
Ferrand, même s’il a le rang de général,
ça reste un soldat. Et comme les soldats,
il connaît le moral de ses troupes. » L’in-
“
Richard est le meilleur
candidat, il s’est battu pour
faire émerger des députés,
il a tenu le groupe
LUDOVIC MENDÈS
”
téressé tire lui-même un bilan positif de
cette année à la tête du groupe. « On
nous promettait les pires difficultés. Or
les textes de transformation adoptés démontrent qu’il y a bien, après débats, une
unité de pensée et d’action », expliquaitil au Figaro, mi-juin.
La dernière épreuve en date est sans
aucun doute celle qui a le plus marqué
les députés. La gestion de l’affaire
Benalla par Richard Ferrand a achevé
de convaincre certains élus récalcitrants qu’il était bien le maître à bord.
« Il s’est transformé en chef de guerre,
affirme sans ciller Florian Bachelier. Au
moment où les oppositions font tout pour
bloquer, où les députés sont sous tension,
il nous réunit tous avec un discours fort,
historique, sur les valeurs de la démocratie. » Cet épisode de « recrédibilisation », selon certains, lui vaut aujourd’hui d’être respecté d’une grande
majorité des députés, qui pour la plupart estiment qu’il a un « bon bilan » à
la tête du groupe.
Les quolibets ont laissé place à un
concert de louanges. « En juillet, c’était
le taulier, le patron, il a assuré. Par moments, il avait envie de tout lâcher, mais
il a géré avec brio », loue Ludovic Mendès, qui fait partie de son entourage.
S’il remporte largement l’élection
interne pour le perchoir, lundi, face à
Barbara Pompili (lire ci-dessous), Cendra Motin et Philippe Folliot, ce vote
achèvera d’asseoir son autorité. « Richard est le meilleur candidat, il s’est
battu pour faire émerger des députés, il
a tenu le groupe », juge Mendès. Au
point que certains semblent déjà le regretter… La députée Olga Givernet fait
campagne pour Barbara Pompili au
perchoir, dans l’espoir que Richard
Ferrand, qui a « toutes les qualités »,
puisse « continuer à gérer notre groupe ». « S’il n’y a pas d’évidence pour sa
succession, c’est parce que lui l’était »,
décrypte Sacha Houlié. « Ça va susciter
des ambitions », redoute le député des
Côtes-d’Armor, Éric Bothorel. « Et il y
a peut-être une part de nous encore réfractaires au changement. » ■
Barbara Pompili, une campagne éclair menée tambour battant
CHRISTINE DUCROS £@christineducros
QUAND elle arrive au rendez-vous le lendemain de la victoire des Bleus à la Coupe
du monde, Barbara Pompili, présidente
LaREM de la commission du développement durable à l’Assemblée, est évidemment tout sourire. Elle a fait la fête à
Amiens une partie de la nuit et apprend
devant nous par SMS qu’elle est invitée le
soir même à la cérémonie à l’Élysée. À
43 ans, elle jubile comme une midinette et
s’enorgueillit joyeusement de pouvoir féliciter les champions du monde.
Mais elle délaisse assez vite la ferveur
footballistique du jour pour défendre
haut et fort un autre champion, en difficulté celui-là. Après la polémique sur
le glyphosate, Nicolas Hulot est à nouveau sur la sellette. Partira ? Partira pas
du gouvernement ? Le débat est relancé, l’hommage vibrant. « Il faut rétablir
la vérité. On ne peut pas dire qu’il n’a
rien fait. Des sujets aussi énormes que le
réchauffement climatique, l’arrêt du nucléaire ou la biodiversité ne se traitent
pas en six mois. Au début, Nicolas luimême doutait de son efficacité mais je
crois qu’il a compris qu’on avait tous be-
LES MATINS.
Guillaume Erner et la rédaction
« De bonnes chances »
© Radio France/Ch. Abramowitz
A
du lundi au vendredi > 7H
Retrouvez Eugénie Bastié ou
Alexandre Devecchio demain à 8H57.
franceculture.fr
@Franceculture
en partenariat
avec
soin de lui, il faut qu’il soit patient. »
Comme un méchant pressentiment…
Un mois et demi plus tard alors qu’Hulot a renoncé, Pompili, députée LaREM de
la Somme, ex-secrétaire d’État chargée
de la Biodiversité sous François Hollande,
est même citée comme pouvant lui succéder. Le président opte finalement pour
François de Rugy qu’elle connaît bien.
Elle a, avec lui, coprésidé le groupe Europe Écologie-Les Verts à l’Assemblée en
2012. C’est Noël Mamère qui avait alors eu
l’idée de ce binôme, un homme-une femme. À l’époque, les deux députés, toujours
flanqués l’un de l’autre, avaient hérité
d’un surnom, Barbie et Ken. Une comparaison plastique qui agaçait passablement
cette native du Pas-de-Calais, - elle a
passé son enfance à Liévin - et ses deux
grands-pères travaillaient à la mine.
L’esprit
d’ouverture.
Alors faute de remplacer Hulot, parviendra-t-elle à succéder à Ken au perchoir…
A-t-elle des chances de l’emporter ?
Hier, la candidate estimait « avoir de bonnes chances ». Durant sa campagne, elle a
fait malicieusement remarquer qu’il
s’agissait d’un vote à bulletins secrets
dans le cadre d’un scrutin uninominal
majoritaire…
Connue pour son franc-parler et sa ténacité, elle a annoncé sa candidature dans
la foulée de la passation de pouvoir HulotRugy et mène une campagne éclair qui
suscite l’enthousiasme dans les rangs des
jeunes marcheurs. Si elle est élue, elle
promet de « sortir l’écologie de son petit
coin à part » car, dit-elle, « elle doit irriguer la société civile ». Dès mars 2017,
cette diplômée de Sciences Po Lille, exassistance parlementaire, avait été la
première membre de l’ancien gouvernement à soutenir Macron. On
avait déjà à l’époque parlé d’elle pour
la présidence de l’Assemblée. Et,
puis une femme au perchoir,
ça donnerait du panache à la
difficile rentrée du prési-
Barbara Pompili,
présidente LaREM
de la commission
du développement durable
à l’Assemblée.
dent ! Ce serait en tout cas une première,
après le règne de 246 hommes depuis 1789
comme l’a calculé le député LaREM Matthieu Orphelin qui la soutient dans Le
Journal du dimanche.
« Je mène, confie-t-elle, une campagne
positive autour d’un projet de valeurs portées par Emmanuel Macron et ce projet rencontre manifestement une attente
des citoyens. Dans une période
de questionnement comme
celle que nous traversons,
ma candidature est l’occasion de rappeler que la démocratie fonctionne », observe-t-elle. Pour le député
LaREM
François-Michel
Lambert, issu de l’Union
des démocrates et écologistes (UDE) « l’égalité
est dans l’ADN d’En
marche ! » et l’élection
d’une femme « incarnerait le renouveau démocratique pour lequel les Français se
sont prononcés en
2017 ». ■
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LE FIGARO
lundi 10 septembre 2018
POLITIQUE
7
Immersion
en NouvelleCalédonie
pour Wauquiez
Deux mois avant le référendum
d’autodétermination, le président
des Républicains passe cinq jours sur place.
EMMANUEL GALIERO £@egaliero
ENVOYÉ SPÉCIALA NOUMÉA
DROITE Jusqu’au référendum du 4 novembre portant sur son indépendance, la
Nouvelle-Calédonie est en campagne.
Laurent Wauquiez, président des Républicains, a choisi ce temps fort pour s’imprégner d’un territoire de contrastes, où
la droite est elle-même morcelée. « Il n’y
va pas pour prêcher la bonne parole mais
pour écouter », explique l’un de ses conseillers, justifiant la présence d’un responsable politique dans un tel contexte,
surtout quand celui-ci préside le premier
parti d’opposition. Il doit y passer cinq
jours.
Laurent Wauquiez défend le maintien
de la Nouvelle-Calédonie au sein de la
République française. Il n’a jamais fait
mystère de sa position sur le sujet. « Mais
c’est évidemment autre chose de venir le
dire sur place et d’expliquer pourquoi Les
Républicains sont favorables à ce maintien », souligne un proche. En six mois,
après La Réunion et Mayotte, c’est la troisième fois que le président des Républi-
cains se déplace outre-mer. « Ce n’est
pas un hasard car il souhaite renouer le lien
entre la droite française et ces territoires. Il
y aura d’autres voyages », annonce-t-on.
Éric Ciotti, député des Alpes-Maritimes et président de la commission nationale des investitures LR, l’accompagne.
Si certains ont voulu voir un message politique caché derrière ce tandem, le parti
écarte cette idée. Le président souhaite
simplement inclure des cadres LR de manière systématique dans tous ses déplacements, explique-t-on.
Un message pour l’outre-mer
Sous sa casquette de président de parti,
Wauquiez souhaite également poursuivre
son travail de reconstruction du parti.
Comme en métropole, la droite calédonienne n’a pas été épargnée par les divisions. Il souhaite encourager chacun à se
rassembler. « La situation locale est complexe. Il faut être prudent. Mais il est important de réenclencher une dynamique
d’union », insiste un conseiller.
Laurent Wauquiez entretient des liens
avec certains acteurs politiques locaux,
mais ce voyage est une première pour lui.
Laurent Wauquiez, dimanche, lors d’une promenade sur le marché de Nouméa.
Le menu de son immersion a été conçu
pour lui permettre de se faire une idée
précise des enjeux. Il vient aussi découvrir ce territoire avec l’intention de porter un message plus large sur l’outre-mer
et son importance pour la France. Dès dimanche, il a déposé une gerbe au pied de
la Croix de Lorraine à Nouméa, avant une
visite du marché et du centre culturel Tjibaou. Lundi, petit déjeuner avec Thierry
Lataste, le haut-commissaire de la République, chargé d’assurer la bonne marche
du référendum. Dans la foulée, Laurent
Wauquiez échangera avec des représentants de l’UC-FLNKS (favorables à l’indépendance) et des Républicains calédoniens. Il souhaite rencontrer également
des élus et des acteurs de la société civile.
TWITTER @LAURENTWAUQUIEZ
Après Nouméa, il rejoindra la commune
de Boulouparis administrée par Alain Lazare (membre du Rassemblement, antiindépendantiste), avant la visite d’une
exploitation agricole (TUAL).
Mardi, après une rencontre avec les
jeunes du RSMA à Koumak (régiment du
service militaire adapté), il échangera
avec des chefs d’entreprise et des responsables de fédérations patronales chez Bluescope Acier. Puis s’entretiendra avec le
comité des sages, réunissant douze personnalités calédoniennes chargées de
contrôler le déroulement du référendum.
La journée s’achèvera par un entretien
avec le parti UNI-Palika. Le tempo restera
soutenu mercredi : Syndicat des industries de la mine, visite de la mine Vulcain,
échanges avec les Républicains-Rassemblement-MPC et Calédonie Ensemble
puis réunion publique le soir. Enfin, pour
sa dernière journée, après un petit déjeuner avec des chefs d’entreprise, Laurent
Wauquiez se rendra au Sénat coutumier,
structure composée de 16 sénateurs,
créée en 1998 par l’accord de Nouméa.
En avril, dans Le Figaro, Laurent Wauquiez avait demandé à Emmanuel Macron d’adopter « une position ferme pour
défendre l’appartenance de la NouvelleCalédonie à la France ». Présent sur ces
îles d’Océanie, à 16 700 kilomètres de Paris, le président LR ne change pas de ligne. Son message politique est clair : la
Nouvelle-Calédonie au cœur de la France
restera une chance pour tous. ■
Quand le président
piège l’opposant…
À Marseille, Macron a habilement affirmé vendredi
que Mélenchon n’était pas son « ennemi ».
Arthur Berdah
£@arthurberdah
OPPOSITION Jean-Luc Mélenchon était
sûr de son coup. Lui que les Marseillais
ont placé en tête du premier tour à la présidentielle de 2017 ; lui qui s’est fait élire
député des Bouches-du-Rhône dans la
foulée ; lui qui tente d’imiter l’accent et le
vocabulaire locaux ; lui qui feint même
d’aller supporter l’OM au Stade Vélodrome de temps en temps… Qu’aurait-il pu
lui arriver, ici chez lui ? Rien ! Qui aurait
pu lui faire de l’ombre, sous le soleil de la
Cité phocéenne ? Personne ! Car il « ne
craint dégun », comme on dit dans le Sud.
Et surtout pas Emmanuel Macron. Trop
parisien.
Vendredi, l’occasion était donc trop
belle. Emmanuel Macron et Angela Merkel à Marseille, en train de surplomber la
ville depuis les hauteurs du somptueux
palais du Pharo ? Parfait. Il fallait montrer
les muscles, une fois pour toutes. JeanLuc Mélenchon n’avait donc plus qu’à
descendre sous l’ombrière du Vieux-Port
et se mettre au niveau du « vrai peuple ».
Là, il aurait prononcé un discours très offensif, devant la gauche radicale réunie
sous toutes ses formes (politique, syndicale, associative). Le scénario était idéal.
Mais la mobilisation a fait un flop. Et c’est
là que les ennuis ont commencé. Car,
pour offrir un autre spectacle que celui du
public famélique venu l’écouter, JeanLuc Mélenchon a fait ce qu’il sait faire de
mieux : il s’est emporté. Et voilà comment Emmanuel Macron est devenu, en
un instant, « le plus grand xénophobe
qu’on ait ».
À l’Élysée, la phrase a d’abord fait sourire. Mais, pour le président comme pour
ses stratèges, elle s’est très vite transformée en une opportunité. Celle de prendre
Jean-Luc Mélenchon à son propre piège.
Après dîner, Emmanuel Macron a donc
décidé de se rendre non loin du restaurant où se trouvait l’Insoumis, sur le
Vieux-Port, pour improviser un bain de
foule nocturne. Entouré d’une gigantesque meute de curieux, il a longuement
déambulé. Jusqu’à arriver à la terrasse où
son meilleur ennemi s’était déplacé dans
l’espoir de le croiser. Les deux hommes,
qui ne se sont pas revus hors cadre officiel
depuis la présidentielle, allaient-ils enfin
s’affronter en duel ? Emmanuel Macron
n’aurait pas été contre.
Mais Jean-Luc Mélenchon lui a facilité
la tâche, en apparaissant gêné. Pire, il n’a
pas osé assumer ses propos de l’aprèsmidi, et il a plaidé une « légère exagération marseillaise ». Trop facile. Le président n’a même pas eu besoin d’enfiler
son armure pour faire tomber le costume
de « premier opposant » dont rêve l’Insoumis. « M. Mélenchon n’est pas mon ennemi », a-t-il simplement minimisé devant les caméras. L’intéressé n’a pas eu
d’autre choix que d’encaisser. Et de sourire. Tel est pris qui croyait prendre… ■
Jean-Luc
Mélenchon
et Emmanuel
Macron se
serrent la main,
vendredi soir à
Marseille, après
que le premier
a traité le second
de « plus grand
xénophobe
qu’on ait ».
A. BERDAH
A
DÉCRYPTAGE
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lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
8
POLITIQUE
Les juppéistes planchent
sur l’Europe
sans se mettre d’accord
Si tous « partagent les mêmes valeurs et les mêmes convictions »,
tous n’en tirent pas les mêmes conclusions.
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
ENVOYÉE SPÉCIALE À BORDEAUX
DROITE Les juppéistes ? Ils sont partout ! », s’amuse Alain Juppé. Mais divisés en trois tiers. Membres des Républicains, ex de LR et soutiens de la majorité
présidentielle, ils étaient réunis ce weekend autour d’Alain Juppé pour la deuxième édition des Vendanges de Bordeaux.
« Cette rencontre n’est pas le moment fondateur d’un nouveau parti politique, ni de je
ne sais quelle chapelle, ce n’est pas non plus
une commission d’investiture pour les prochaines élections européennes, c’est une
rencontre entre amis », balaie Alain Juppé
assis symboliquement à côté de la députée Agir, Agnès Firmin-Le Bodo, successeur d’Édouard Philippe en Seine-Maritime. Façon de souligner que si le premier
ministre n’est pas là, il reste toujours proche d’Alain Juppé, avec lequel il s’est encore entretenu cette semaine par téléphone. « Tu t’occuperas bien d’Agnès
pour la présenter à tout le monde », avait
d’ailleurs glissé le chef du gouvernement
à son conseiller Gilles Boyer présent aux
Vendanges de Bordeaux.
Autour de la table, si tous « partagent
les mêmes valeurs et les mêmes convictions » et entendent défendre une « Europe de la liberté, de la paix et de la justice,
et de la solidarité entre les peuples », insiste Alain Juppé, tous n’en tirent pas les
mêmes conclusions politiques pour les
élections européennes de mai prochain.
Premier choix prôné par une partie des
juppéistes : une liste centrale proeuropéenne « contre les populistes » et « qui
intégrerait LaREM, le centre, la droiteproeuropéenne et la gauche proeuropéenne », définit un élu présent à Bordeaux.
Un choix soutenu notamment par Gilles
Boyer mais qui ne fait pas l’unanimité
chez les juppéistes. « Avec Emmanuel
Macron, c’était possible de le soutenir il y a
six mois mais aujourd’hui avec les difficultés de la rentrée, nos électeurs ne le comprendraient pas », glisse un des participants. « Notre stratégie électorale sera
aussi établie en fonction de la popularité du
président au moment de l’élection », reconnaît clairement un autre.
Deuxième scénario défendu par les
juppéistes, partis de LR, ayant ou non adhéré à Agir : une liste proeuropéenne indépendante de celle de LaREM et de LR
pour occuper « un espace qui est en train
de se créer entre Emmanuel Macron et
Laurent Wauquiez », décrypte JeanPierre Raffarin. « Il est rare qu’un espace
ne soit pas comblé par une offre », veut
croire l’ex-premier ministre, persuadé
qu’une telle liste pourrait séduire les
Français. « À 8 %, on est les rois de l’avenir ! », argue Jean-Pierre Raffarin qui
s’amuse à titiller Gilles Boyer sur le sujet :
« Gilles, tu es d’accord qu’on l’annonce ?
On y va vraiment ! »
« Il n’y a pas le feu »
Enfin, troisième offre défendue par les
amis d’Alain Juppé membres de LR, à
l’instar de Valérie Pécresse ou Maël de
Calan, il est possible de « peser » sur le
projet et la liste des Républicains en installant un rapport de force à l’intérieur du
parti. « Je veux peser sur la ligne de ma famille politique et l’infléchir dans un sens
proeuropéen. Je serai parfaitement vigilante », assure la présidente de Libres !
« On a déjà eu un certain nombre d’avancées, on ne parle plus de l’Europe des 6 par
exemple. » Pas de quoi convaincre les
juppéistes favorables aux deux premiers
scénarios. « Maël, si l’aile gauche de la
majorité pèse, c’est qu’elle est à l’intérieur
de la majorité ! », tente de le convaincre
Gilles Boyer pour l’encourager à rejoindre la majorité présidentielle. « Viens
avec nous Maël ! Tu es pro européen,
qu’est-ce que tu fais à LR ? », renchérit
Fabienne Keller qui, elle, aimerait le
convaincre d’adhérer à Agir.
Quant à Alain Juppé qui assure qu’« il
n’y a pas le feu » pour trancher, il ne se
déterminera qu’en fonction des projets
publiés par LaREM et LR. « Je soutiendrai
la liste dont je me sens le plus proche, pour
l’instant, je ne connais pas les projets et je
me déterminerai à la lumière de ce qui est
proposé », expose-t-il en soulignant qu’il
« ne se sent plus membre d’aucun parti politique, à ce stade ». Si Alain Juppé compte
se prononcer sur « le fond », le maire de
Bordeaux tiendra aussi compte de la
« forme », assure-t-il, et de la manière
dont les responsables politiques parleront
de l’Europe. « Si c’est pour lui faire porter
tous les péchés, ou pour la dénoncer à cor et
à cri, ce n’est pas une bonne manière
d’aborder le débat européen », prévient-il
en condamnant ceux qui transformeraient l’élection européenne « en référendum pour ou contre le gouvernement.
Ce serait tout à faire regrettable ».
Alors qu’un sondage Ifop pour Le JDD
place Alain Juppé comme deuxième personnalité « incarnant le mieux la droite »,
derrière Nicolas Sarkozy auprès des sympathisants LR (68 %) comme de l’ensemble des Français (58 %), le maire de Bordeaux rappelle qu’il n’a plus « d’ambition
politique ». Avant de se reprendre « nationale ou européenne ! ». Pas question
pour le maire de Bordeaux de renoncer à
sa ville ni à ses idées qu’il souhaite voir
« l’emporter ». Et de conclure en bottant
en touche : « Si j’écoutais les sondages, je
serais président de la République ! » ■
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Faire vivre le juppéisme
ou fédérer les juppéistes ?
Q
uel cru sortira des
« Vendanges de Bordeaux » ?
Le maire de la cité vinicole
attend de connaître les menus
européens qui seront
concoctés par La République en marche
d’un côté et par Les Républicains
de l’autre avant de choisir la cuvée
qu’il servira. On sent où penche
sa préférence. Son désir d’entendre
parler « positivement » de l’Europe,
sa dénonciation des pays « illibéraux »
et son combat contre ceux qui « veulent
casser l’Europe » sont plus que voisins de
la démarche d’Emmanuel Macron. Mais
la priorité qu’il accorde à la question
de l’immigration et à un contrôle plus
strict des « flux économiques »
ne disqualifie pas a priori une liste LR.
L’impossibilité ou le refus d’Alain
Juppé d’aller plus loin pour l’instant
tient à la position particulière qu’il
occupe désormais dans la vie politique.
Il y a toujours une sensibilité juppéiste,
dominée par l’adhésion à la construction
européenne ; il y a toujours des amitiés
juppéistes. Mais il n’y a plus d’offre
politique juppéiste, au sens
de perspective de conquête de pouvoir
autour de lui. Il l’a d’ailleurs confirmé
ce dimanche : il n’a plus d’« ambition
électorale ». D’où ce paradoxe. Les
électeurs de droite se sentent toujours
les mieux représentés par Alain Juppé
et Nicolas Sarkozy, deux figures qui,
après d’ultimes tentatives en 2017,
semblent se résigner à ne plus jouer les
premiers rôles en France. Leurs résultats
à la primaire avaient montré la volonté
des électeurs de droite de passer eux
aussi à un « nouveau monde » qui
ne serait pas porté par des revenants.
Leur popularité tient sans doute
d’ailleurs en partie à leur retrait.
Ils peuvent être écoutés aujourd’hui
avec d’autant plus d’attention qu’ils
ne sont plus suspectés de courir pour
eux-mêmes. Ils intéresseront d’autant
plus qu’ils se montreront désintéressés.
En parlant des « valeurs » de l’Europe
qui lui tiennent à cœur, le maire
de Bordeaux fait vivre le juppéisme.
Et comme toujours, sa contribution
au débat est tout sauf médiocre.
S’il s’engageait dès maintenant pour une
liste spécifique, il serait accusé de jouer
les agents électoraux des juppéistes.
Cela affaiblirait son crédit.
Et le juppéisme portera d’autant plus
que les juppéistes ne chercheront pas
à instrumentaliser Juppé. S’afficher
au côté du maire de Bordeaux ou se
revendiquer de lui, c’est en effet brandir
une caution dans des querelles internes
à la droite. C’est jouer de l’image
subliminale d’un fédérateur contre
Laurent Wauquiez. Or, ceux qui
se revendiquent de lui se partagent entre
partisans d’un ralliement rapide
à Macron, tenants d’une compétition
interne à LR et ceux qui estiment
prudent d’attendre de voir comment
évolueront les sondages du président.
Préserver son aura et son influence
auprès de tous suppose pour Juppé
de ne s’identifier à aucun. Et
de renvoyer le débat tactique au plus
tard possible. Après tout, le débat
de fond ne peut qu’y gagner. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
Tokia Saïfi, Fabienne Keller, Jean-Pierre Raffarin, Alain Juppé et Agnès Firmin-Le Bodo (de droite à gauche) réunis, dimanche, pour les Vendanges de Bordeaux.
MEHDI FEDOUACH/AFP
Hamon dénonce un « gouvernement pauvrophobe »
Invité du « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI », le leader de Génération.s a ciblé Macron et Mélenchon.
ARTHUR BERDAH £@arthurberdah
Benoît Hamon, dimanche, lors
du « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI ».
A
RTL/FREDERIC BUKAJLO/SIPA PRESS
GAUCHE Emmanuel Macron doit présenter jeudi prochain son plan de lutte contre
la pauvreté. Mais qu’importe, Benoît Hamon a déjà un avis bien tranché sur la
question et il n’attend pas grand-chose de
ce rendez-vous. « J’écoute les associations
qui s’occupent, elles, tous les jours des pauvres, et pas un jour sur 365 comme M. Macron quand il fait un “plan pauvreté”, voire
un jour sur le quinquennat », a-t-il prévenu dès dimanche, lors du « Grand Jury
RTL-Le Figaro-LCI ». Dénonçant un
« gouvernement pauvrophobe », le leader
de Génération.s a « opposé une colère froide à Emmanuel Macron ». En cause : la
« suppression […] de la prise en compte de
l’exposition au risque chimique dans la pénibilité ». « Je le dis aux Français : (le chef
de l’État) est ignorant des conséquences
absolument désastreuses de ses politiques
sur les plus modestes », a-t-il asséné.
« Non seulement ce gouvernement n’aime
pas les pauvres, mais il y a une forme de racisme social quand le président de la République s’exprime avec autant de mépris à
l’égard de ceux qui n’ont qu’un petit salaire
ou une petite pension pour pouvoir vivre »,
a encore fustigé l’ex-candidat à la présidentielle.
Très critique vis-à-vis du chef de l’État,
Benoît Hamon a également décidé de durcir le ton à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon. Après avoir un temps envisagé de
s’allier, les deux hommes ont pris acte de
leur incapacité à s’entendre et ils sont entrés en guerre depuis. Ainsi, le leader de La
France insoumise ne retient plus ses coups
en privé contre le chef de file de Génération.s. Et ce dernier le lui rend bien.
Même s’il jure qu’il n’est « pas là pour
injurier qui que ce soit », Benoît Hamon a
étrillé Jean-Luc Mélenchon… En veillant
toutefois à ne pas le nommer. Il l’a ainsi
accusé de s’inscrire dans une « opposition
théâtrale » plutôt que de construire une
« alternative crédible », et il a estimé que
l’« union de la gauche et des écologistes »
qu’il refuse valait mieux que le « populisme » qu’il porte.
Une charge en règle, donc, et pour cause : Benoît Hamon n’a pas renoncé à ses
ambitions, et il espère toujours reprendre
le leadership à gauche. Cela pourrait passer par les européennes de 2019, où il
n’exclut pas de conduire la liste de Génération.s… Mais aussi par la présidentielle
de 2022. « Les idées que j’ai développées
sont en train d’éclore un peu partout. Et je
me sens une crédibilité et une légitimité à
continuer à les défendre », admet-il luimême. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 10 septembre 2018
INTERNATIONAL
9
L’extrême droite ne parvient pas
à bouleverser le paysage politique
Les sondages sortie
des urnes donnent
39 % à la droite,
36 % à la gauche
et entre 16 et 19 %
au parti antimigrants.
FRÉDÉRIC FAUX
STOCKHOLM
Dimanche, le couvre-feu a été
levé à Bassora, dans le sud de
l’Irak, théâtre depuis cinq jours
de manifestations meurtrières
au cours desquelles des bâtiments
gouvernementaux ont été
saccagés et 12 personnes tuées.
Le consulat d’Iran a été incendié
vendredi soir. Les protestataires
dénoncent la corruption
qui gangrène la vie politique.
Samedi, le Parlement s’est réuni
en urgence à Bagdad. Le premier
ministre, Haïdar al-Abadi,
a été attaqué de toutes parts.
Il pourrait être la principale
victime de la fronde à Bassora.
Les groupes politiques négocient
toujours la nomination d’un
prochain premier ministre, après
les élections législatives de mai.
Samedi, al-Abadi a été lâché par
son allié, la liste de Moqtada alSadr, arrivée en tête du scrutin.
EN BREF
Jimmie Akesson, dirigeant des Démocrates de Suède (extrême droite), a voté, dimanche, à Stockholm.
vains, acteurs - mais aussi le fils d’Olof
Palme, premier ministre social-démocrate assassiné dans les années 1980 –
ont de leur côté créé un groupe au nom
sans ambiguïté : « Tout sauf le DS ».
L’irruption de ce nouvel acteur n’a ne
semble-t-il pas fait complètement dérailler l’ordonnancement du paysage
suédois. L’alliance de centre gauche, le
premier parti depuis un siècle, perdrait
sa première place, selon les premiers résultats qui la créditerait de quelque 36 %
des suffrages. Bien loin toutefois de ses
scores d’antan, la coalition de gauche
obtenant encore en 1994 45 % des voix.
La coalition de centre droit était, elle,
créditée de 39,6 %, devançant ainsi sa
rivale. « Nous nous acheminons vers la
formation de trois blocs – la gauche et la
droite à environ 40 % chacun, l’extrême
droite à 20 % - qui n’auront pas de majorité et qui vont refuser de travailler ensemble, prédisait l’éditorialiste Matilda Molander. Le futur gouvernement sera donc
minoritaire, les DS n’ont aucune chance
d’accéder au pouvoir, mais ce n’est finalement pas le plus important. Ils vont peser,
les autres partis alignent déjà leur politique sur eux, et c’est ça qui fait peur. »
Le principal révélateur de ce glissement de terrain politique est la question
migratoire, qui a été au centre de la campagne. Les Démocrates de Suède, qui
considèrent que l’accueil de plus
300 000 réfugiés depuis 2014 constitue
une menace économique et culturelle
– aucun pays en Europe n’a fait un tel effort –, ont finalement imposé leurs vues.
Trouver un consensus
Dès 2015, le gouvernement du social-démocrate Stefan Löfven avait dû imposer à
nouveau un contrôle strict aux frontières
du pays, limitant le regroupement familial, proposant même une aide au retour.
Les Modérés, le principal parti de la droite, ont aussi remisé aux oubliettes les discours de leur ancien premier ministre,
Fredrik Reinfeldt, qui avait déclaré en
2014 que les Suédois devaient « ouvrir leur
INTS KALNINS/REUTERS
cœur » aux réfugiés. Pour Toïvo Sjoren,
qui dirige les enquêtes politiques du sondeur Kantar Sifo, ces élections sont « les
plus ouvertes » qu’a connues la Suède. Un
euphémisme pour désigner le brouillard
dans lequel sont perdus tous les analystes : « Les DS sont annoncés très haut, mais
on les a vus baisser ces dernières semaines,
constatait-il avant le scrutin. Peut-être
parce que la canicule et les feux de forêt
qu’a subis la Suède pendant l’été ont déplacé le débat vers les enjeux climatiques… »
Li Bennich Björkman, professeur à
l’université d’Uppsala, s’interrogeait
aussi sur la difficulté de cerner cet électorat DS : « Certains sondeurs les plaçaient à
17 %. Mais d’autres, ceux qui ont été les
plus proches de la réalité en 2014, les annonçaient à 25 %, ce qui ferait d’eux le
premier parti du pays ! » Une incertitude
qui risque encore de persister pendant de
longs jours : les députés, une fois élus,
auront droit à quatre tentatives pour
trouver un consensus autour du nom du
futur premier ministre. ■
L’ONU dénonce l’Égypte
L’ONU a dénoncé dimanche
comme « injuste » la confirmation
en appel par la justice égyptienne
de la condamnation à mort
de 75 personnes, dont des chefs
islamistes.
Yémen : 84 morts après
l’échec des pourparlers
Onze combattants
progouvernementaux et
73 rebelles houthistes ont été tués
au Yémen dans de nouveaux
combats autour de la ville
stratégique de Hodeïda (Ouest),
après l’échec de pourparlers
à Genève la semaine dernière.
Allemagne : deux Afghans
arrêtés suspectés de meurtre
Des appels au calme ont été lancés
dimanche après l’arrestation
de deux Afghans en lien avec
la mort d’un jeune Allemand
à Köthen, dans l’est du pays.
La compagnie la plus
ponctuelle au monde
2016 et 2017
A
LÉGISLATIVES Vendredi soir, lors du
dernier débat réunissant à la télévision
publique suédoise les candidats au poste
de premier ministre, l’inconcevable est
arrivé. La journaliste Martina Nord, avant
de rendre l’antenne, a lâché que sa chaîne
ne pouvait cautionner les propos du candidat d’extrême droite Akesson, qui venait d’affirmer que si beaucoup d’immigrés ne trouvaient pas de travail, « c’est
parce qu’ils ne sont pas suédois », « parce
qu’ils ne s’adaptent pas à la Suède ». Dans
ce pays du consensus, où il est de bon ton
de ne jamais montrer ses opinions ou ses
ressentiments, la petite phrase a fait l’effet d’une bombe. Aussitôt, Jimmie Akesson, dirigeant des Démocrates de Suède
(DS), a assuré qu’il ne répondrait plus aux
questions des journalistes de Sveriges Television, tout en dénonçant « un scandale
sans précédent dans l’histoire moderne
suédoise. »
L’incident est révélateur du climat
inhabituel dans lequel se sont déroulées
ces élections législatives, lors desquelles, dans les premiers sondages sortie
des urnes, les Démocrates de Suède ont
été mesurés entre 16 et 20 %, alors que
ce parti avait obtenu 13 % en 2014. Leur
leader, Jimmie Akesson, avait pourtant
retenu toutes les attentions, affirmant
avoir reçu des menaces de mort de l’État
islamique. Plus de 250 artistes, écri-
ZOOM
Irak : calme à Bassora,
mais al-Abadi en danger
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
10
INTERNATIONAL
Kim Jong-un fait profil bas pour
les 70 ans du régime de Corée du Nord
En ôtant ses missiles balistiques du défilé militaire, le « Maréchal » tente d’amadouer les négociateurs américains.
ENVOYÉ SPÉCIAL À SÉOUL
ASIE Kim Jong-un camoufle ses missiles
intercontinentaux. Sur la tribune surplombant la place Kim-Il-sung, baptisée
en l’honneur de son grand-père, le leader suprême nord-coréen a présidé dimanche au cœur de Pyongyang le défilé
au pas de l’oie des fantassins vert olive de
l’armée populaire de Corée, célébrant les
70 ans d’un régime « communiste » qui
défie les vents de l’histoire. Sous un ciel
bleu cristallin, les experts et diplomates
ont scruté avec anxiété le défilé des
tanks et les véhicules blindés, guettant
l’ombre sinistre du Hwasong-15, le dernier-né des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM). « L’enjeu était de
savoir si Kim oserait bander ses muscles
nucléaires », explique Go Myung-hyun,
chercheur à l’Asan Institute, un thinktank de Séoul. Le « Maréchal » trentenaire a choisi la retenue, rangeant au
placard ses missiles balistiques intercontinentaux, capables en théorie de frapper l’ensemble du territoire des ÉtatsUnis, ainsi que ses engins à portée
intermédiaire, menaçant les bases américaines à Okinawa, ou à Guam. Lors de
sa dernière parade, en février, Pyongyang avait exhibé les Hwasong-14 et 15
sur leur lanceur mobile, mais en mettant
en sourdine leur exposition médiatique,
à l’amorce du rapprochement diplomatique spectaculaire qui allait conduire au
sommet de Singapour avec Donald
Trump.
Cette fois, le régime fait un geste
d’apaisement supplémentaire en direction du président américain, à l’heure où
les négociations sur la dénucléarisation
patinent, et alors que le scepticisme
grandit à Washington. « Les Nord-Coréens saisissent les dynamiques à l’œuvre
dans l’Administration américaine. Montrer ces missiles maintenant aurait eu un
effet désastreux, renforçant la main des
faucons à la Maison-Blanche », juge Go.
Le régime montre une fois encore sa
maîtrise de la communication et du
calendrier, évitant de mettre Trump
dans l’embarras à l’orée de la délicate
campagne des élections législatives de
mi-mandat. Mais, sur le fond, il n’a démantelé en rien son arsenal atomique et
balistique, en dépit des promesses de dénucléarisation professées lors du sommet du 12 juin, à Singapour. Le régime
aurait même poursuivi le développement de son programme, selon des
sources du renseignement américain.
Le leader, élevé en Suisse, fait profil
bas, et est resté coi à la tribune, laissant
le chef de l’État en titre, Kim Yong-Nam,
prononcer un discours mettant l’accent
sur le développement économique, la
nouvelle priorité affichée du régime. Les
festivités se sont poursuivies avec la reprise du spectacle de masse Arirang,
A
La petite visite
de Depardieu et Moix
Sa légendaire carcasse n’est pas
restée longtemps incognito dans le
pays le plus fermé du monde.
Gérard Depardieu a été aperçu ce
week-end à Pyongyang, déclenchant
les supputations sur les raisons de
la visite surprise au royaume de Kim
Jong-un de ce grand admirateur
de Vladimir Poutine. Dans le lobby
de l’hôtel Yangakkdo, où le régime
parque la plupart des visiteurs
étrangers, l’acteur français est apparu
en compagnie de l’écrivain Yann Moix,
accompagné d’un caméraman,
rabrouant les journalistes qui tentaient
de l’interroger. La visite de Depardieu
s’inscrit dans le cadre d’un projet
cinématographique de Moix, a confié
une source proche de l’organisation au
Figaro. « Il ne savait même pas qu’il y
avait un défilé », affirme cette source.
Sa présence lors des festivités serait
une coïncidence liée à des contraintes
logistiques imposées par les hôtes
nord-coréens. Yann Moix s’est rendu
à plusieurs reprises en Corée du Nord,
à l’invitation des autorités,
où il a travaillé à un documentaire
S. F.
suspendu depuis 2012, à la gloire du développement national et de l’amitié avec
la Chine. Tout sourire, le jeune Kim a
brandi la main de Li Zhanshu, le numéro 3 de l’appareil chinois, la plus haute
personnalité à faire le voyage à Pyongyang depuis le début de son règne.
Affaiblissement économique
La mise en scène du réchauffement rapide des relations avec son grand voisin
répond à des impératifs économiques,
tout en envoyant un message aux ÉtatsUnis. « Le temps joue à l’encontre de la
Corée du Nord. Les sanctions commencent
à mordre, et elle a besoin de l’appui chinois
pour tenir », juge Kim Jiyoon, chercheuse à l’Asan Institute. Depuis le sommet
de Singapour, Pékin a desserré l’étau sur
le commerce transfrontalier, tolérant de
nouveau les trafics et offrant un bol d’air
aux marchands des deux rives du fleuve
Yalu. Mais les sanctions les plus dures
restent en place, notamment l’interdiction d’importation du charbon, source
essentielle de devises pour un régime
étranglé. L’ampleur du repli économique est difficile à quantifier, faute de
statistiques fiables, mais la rétractation
de l’activité est flagrante, obscurcissant
l’horizon du maître de Pyongyang. La
Corée du Nord est entrée en récession,
selon la Banque de Corée à Séoul, et les
importations chinoises auraient fondu
de près de moitié en 2018, indiquant une
nette baisse du pouvoir d’achat.
Cet affaiblissement économique réduit les marges de manœuvre de la di-
plomatie nord-coréenne et contribue à
l’enlisement des négociations sur le nucléaire. Pyongyang veut arracher une
levée rapide des sanctions pour soulager
son économie mais se heurte à un mur.
Depuis l’annulation abrupte de la visite
du secrétaire d’État américain, Mike
Pompeo, le mois dernier, les discussions
sur la dénucléarisation lancées à Singapour sont dans l’impasse. Pyongyang
refuse d’offrir aux États-Unis une liste
des sites sensibles à démanteler ainsi
qu’une feuille de route sur la dénucléarisation. « Ils font ce qu’ils ont toujours fait :
des tactiques dilatoires pour gagner du
temps et arracher des concessions. Ils
veulent monnayer une feuille de route sur
le nucléaire contre une levée progressive
des sanctions », analyse Go. Même
Donald Trump refuse ce marchandage,
soulignant que la levée des mesures ne
viendra qu’à l’issue du démantèlement
de l’arsenal atomique.
Pour prévenir une crise, le Maréchal
soigne sa relation avec le président américain, réaffirmant sa confiance en l’hôte
de la Maison-Blanche, mais sans rien lâcher dans la négociation. Mercredi, il a
réaffirmé son engagement en faveur de
la dénucléarisation en recevant les émissaires du président sud-coréen, Moon
Jae-in. Mais il a également appelé
Washington à assouplir sa position en
répondant aux efforts déjà accomplis par
son régime, qui a suspendu ses essais balistiques et atomiques depuis le début de
l’année. Washington et Pyongyang rentrent dans le vif du sujet. ■
Kim Jong-un (ici avec Li Zhanshu, président du Congrès national du peuple chinois) a présidé, dimanche à Pyongyang, le défilé de l’armée populaire de Corée du Nord.
ED JONES/AFP
Séoul négocie la fin officielle de la guerre avec Pyongyang
«
Pékin
est attaché
au statu quo
et a intérêt
à la division
de la
péninsule
»
KIM JIYOON,
CHERCHEUSE À L’ASAN
INSTITUTE DE SÉOUL
SOULAGEMENT à la Maison
bleue. Mercredi, le commando
diplomatique envoyé en mission
à Pyongyang par le président
sud-coréen, Moon Jae-in, a été
reçu par Kim Jong-un en personne. Le « leader suprême » nordcoréen avait disparu publiquement depuis plusieurs jours, mais
il a surgi tout sourire pour accueillir la garde rapprochée de
son homologue « sudiste », venue relancer un processus diplomatique bloqué dans l’impasse
nucléaire. Comme en mars, lorsqu’il avait transmis une invitation du « Maréchal » à Donald
Trump, le chef de la délégation,
Chung Eui-yong, joue la navette
diplomatique entre Pyongyang,
Washington et les chancelleries
régionales, réaffirmant les engagements sur le nucléaire de la
part du troisième des Kim.
Trois mois après le sommet
historique de Singapour, dont il
fut l’entremetteur discret, Moon
tente une relance diplomatique
pour prévenir un nouveau cycle
de tensions sur la péninsule, alors
que le scepticisme grandit à la
Maison-Blanche sur les perspectives d’une dénucléarisation de la
péninsule.
Le président de centre gauche
sait que le temps presse et tiendra
un troisième sommet avec son
homologue, du 18 au 20 septembre à Pyongyang, avec pour ambition d’approfondir les liens
avec le frère ennemi du Nord, en
poussant un projet diplomatique
aussi symbolique qu’ambitieux :
mettre une fin symbolique à la
guerre de Corée (1950-1953), en
remplaçant l’armistice en vigueur par une déclaration qui
ouvrirait la porte à des négociations sur un régime de paix durable. « L’objectif principal de
notre politique est qu’il n’y ait plus
jamais de guerre sur la péninsule.
Afin de bâtir la confiance, il serait
formidable d’avoir une déclaration
mettant fin aux hostilités d’ici à la
fin de l’année », a déclaré le président dans une interview au journal indonésien Kompas.
Moon, dont les parents, originaires du Nord, fuirent le communisme durant la guerre, grâce
à une opération risquée de l’US
Navy, porte la déchirure de la péninsule dans sa chair. « Il ne fait
pas de la communication. Il veut
marquer l’histoire et rendre la paix
irréversible », juge Kim Jiyoon,
chercheuse à l’Asan Institute, à
Séoul. L’ancien avocat des droits
de l’homme est à la manœuvre
depuis les Jeux olympiques d’hiver à Pyeongchang, pour rapprocher Kim et Trump et assurer la
pacification de la péninsule, à défaut de sa réunification.
Séoul lance une nouvelle offensive diplomatique d’automne
pour arracher des nations belligérantes une déclaration solennelle de fin des hostilités qui serait un premier jalon ouvrant
des négociations vers un traité
de paix, qui pourrait, lui, mettre
des années à se conclure. « Moon
cherche à relancer la dynamique
tout en ouvrant un nouvel espace
de négociation qui permettrait à
terme d’alléger les sanctions
contre le Nord, et donc de développer des projets de coopération
transfrontaliers », analyse Go
Myong-hyun, chercheur à
l’Asan. Des perspectives toujours interdites par les sanctions
internationales.
Réticences américaines
Le président avait lancé une première offensive en amont du
sommet de Singapour, et il espérait rejoindre Donald Trump et
Kim Jong-un dans la cité-État
pour signer une déclaration
spectaculaire. Le projet s’était
heurté aux réticences de Pyongyang, sous la pression de son
grand frère chinois. « Pékin est
attaché au statu quo et a intérêt à
la division de la péninsule », juge
Kim Jiyoon. Pour contourner son
veto, les deux Corées avaient envisagé une négociation à trois,
incluant les États-Unis mais pas
la Chine, lors de leur premier
sommet à Panmunjom, en avril
dernier.
Séoul rêve d’entraîner Kim
Jong-un à l’Assemblée générale
de l’ONU fin septembre à New
HWANG GWANG-MO/AP
SÉBASTIEN FALLETTI £@falletiseb
Le président sud-coréen Moon Jae-in (ici vendredi à Séoul) tente
d’assurer la pacification de la péninsule, à défaut de sa réunification.
York, pour signer une déclaration en compagnie de Donald
Trump, voire du président
chinois Xi Jinping. Mais cet ambitieux projet se heurte aux réticences grandissantes de l’Administration américaine, échaudée
par l’absence de progrès sur le
front nucléaire. Depuis juillet,
Washington exige en vain des
engagements précis sur la dénucléarisation, assortis d’un calendrier et d’une liste des sites sensibles à démanteler. L’absence de
progrès a conduit le président
américain à annuler abruptement
la visite à Pyongyang de son secrétaire d’État, Mike Pompeo, le
mois dernier.
Ce contexte aiguillonne Séoul
mais réduit ses marges de
manœuvre, alors que la crainte
d’une escalade des tensions après
les élections américaines à mimandat en novembre grandit. « Il
sera très difficile de convaincre les
Américains de signer une déclaration de paix sans une feuille de
route sur la dénucléarisation »,
juge Lawrence Friedman, professeur à Oxford et ancien conseiller
de Tony Blair. Pour rassurer son
allié, la diplomatie sud-coréenne
affirme que la fin des hostilités
n’entraînerait pas un retrait des
28 500 GI postés sur la péninsule.
Un geste en direction des faucons
américains, comme le conseiller
national à la sécurité nationale,
John Bolton, qui voient dans un
traité de paix une manœuvre
nord-coréenne pour affaiblir
l’alliance Séoul-Washington.
Afin de maintenir la dynamique diplomatique, Moon sait
qu’il ne pourra revenir du sommet de Pyongyang les mains vides. « Il va devoir convaincre Kim
de faire un geste tangible sur le
nucléaire », juge Kim Jiyoon.
L’entremetteur de Séoul s’embarque dans la plus difficile des
missions. ■
S. F. (À SÉOUL)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 10 septembre 2018
INTERNATIONAL
11
Obama défie
Trump avant
les élections
de mi-mandat
Fondation Obama recrute et forme des
« organisateurs de communauté »
comme le 44e président à ses débuts,
soutient des « jeunes leaders » en Afrique et sélectionne des boursiers à travers le monde (« Obama Fellows »)
qu’elle aide à développer des projets
innovants. « C’est la mise en pratique
de la philosophie d’Obama, dit le directeur David Simas : la démocratie
dépend de citoyens actifs. » L’ancien
président ne veut donc pas d’un pugilat avec son successeur qui détournerait l’attention des « vrais enjeux ». Il
espère avant tout mobiliser les électeurs pour le 6 novembre, persuadé
qu’à l’heure des comptes, « les justes
vaincront ». ■
U
La tirade n’est pas passée inaperçue. « Il
est très décevant de voir le président Obama rompre avec la tradition et devenir si
politique », a déploré le vice-président,
Mike Pence, dimanche sur Fox News.
« Plus Obama évoque le bon vieux temps,
plus Trump a de chances d’être réélu », a
prédit le sénateur Lindsey Graham.
« J’ai écouté et je me suis endormi, a
commenté l’intéressé en campagne dans
le Dakota du Nord. Il est très, très bon
pour s’endormir. » Cette ironie masque
en fait un profond agacement. Le président est obsédé par la couverture favorable que les médias octroient à son prédécesseur : même Fox News a diffusé
son discours intégralement, avant de
couper celui de Trump.
Les stratèges républicains rappellent
que le bilan électoral d’Obama n’a rien
de glorieux lorsqu’il n’est pas lui-même
part de la Maison-Blanche, l’ancien
président n’a pas été inactif. Il travaille
à la rédaction de ses Mémoires – un juteux contrat d’édition dont bénéficie
aussi Michelle, l’ex-First Lady. Le couple a également été enrôlé par Netflix
pour produire des films ou des séries
télévisées sur des causes civiques qui lui
tiennent à cœur. Surtout, Barack Obama a lancé sa Fondation, dont la vocation n’est pas seulement de créer une
bibliothèque et musée présidentiels à
Chicago, conformément à la tradition.
Son ambition principale est de faire
éclore la relève politique en partant de
la base.
Avec déjà 250 millions de dollars récoltés auprès de donateurs privés, la
EA
« Tournant de l’histoire »
candidat : son camp a perdu les législatives de 2010 et de 2014 et la présidentielle de 2016. « J’avais l’intention de
suivre la judicieuse tradition des présidents quittant élégamment la scène politique et laissant la place à de nouvelles
voix et de nouvelles idées », a-t-il expliqué vendredi dans l’Illinois. Mais « je
suis ici aujourd’hui parce que nous sommes à l’un de ces tournants de l’histoire
où, en tant que citoyens américains, nous
devons décider qui nous sommes ». Sa
réponse aux maux du pays tient en une
simple recette : que la nouvelle génération prenne le pouvoir en allant voter.
Son retour sur les estrades n’est que
la partie la plus visible de cette stratégie. S’il est resté discret depuis son dé-
V
ÉTATS-UNIS Le professeur en chef est
de retour dans l’arène. Après vingt
mois passés loin des projecteurs, Barack Obama sort de son silence et se
lance sur le sentier de la guerre contre
Donald Trump, à deux mois des législatives de mi-mandat.
Vendredi, lors d’un discours devant
l’université de l’Illinois, il a exhorté les
jeunes à voter pour « restaurer l’honnêteté, la décence et la légalité dans notre
gouvernement ». Samedi, il est allé soutenir sept démocrates en campagne
dans des fiefs républicains en Californie. Jeudi prochain, il sera dans l’Ohio
au côté de l’aspirant gouverneur Richard Cordray. Dans la foulée, il se rendra en Pennsylvanie et retournera dans
l’Illinois avant la fin du mois. À la faveur de l’été, il a apporté son soutien à
81 candidats démocrates dans 14 États.
Une sélection qui met l’accent sur la
jeunesse et la diversité, avec l’intention
de favoriser l’émergence des prochains
dirigeants de son parti.
Si le défi lancé à Trump n’était pas
assez clair, le 44e président est sorti de
sa réserve au sujet de son successeur - qui le cite en permanence et
s’acharne à détruire son bilan. Prononçant pour la première fois son nom, il
l’a traité de « démagogue » s’appuyant
sur « un nationalisme racial » et cherchant à « saper les normes », tout en
« détournant l’attention grâce à la version électronique du pain et des jeux ». Il
lui a reproché le recours « au tribalisme, à la peur, une recette vieille comme le
monde ». « Donald Trump est un symptôme, pas la cause, a-t-il dit, il capitalise
sur un ressentiment que les politiciens ont
alimenté depuis des années. […] Malheureusement, la politique de division, de revanchisme et de paranoïa a trouvé refuge
au Parti républicain. »
U
CORRESPONDANT À WASHINGTON
O
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
Barack Obama (ici samedi à Anaheim, en Californie) a traité Donald Trump de « démagogue » s’appuyant sur « un nationalisme
racial » et cherchant à « saper les normes ». MIKE BLAKE/REUTERS
N
Sortant de sa réserve, l’ex-président a ciblé
son successeur et compte poursuivre
sa campagne pour le Parti démocrate.
APPRENDRE À VIVRE MIEUX
ET PLUS LONGTEMPS
La défense fait
sa rentrée des classes
Europe, innovation et jeunesse seront au cœur de
la 16e université d’été de la Défense, lundi et mardi
ARMÉES Traditionnel rendez-vous de
rentrée d’une « communauté » composée de militaires, de politiques et d’experts, la 16e université d’été de la Défense
(UED) se tiendra cette année au milieu du
gué. Une page s’est tournée avec la
promulgation, le 13 juillet, d’une loi de
programmation militaire notoirement
prodigue qui doit permettre au budget de
la Défense d’atteindre annuellement
50 milliards d’euros courants en 2025.
Un nouveau chapitre s’ouvre désormais, sur lequel planent déjà nombre de
défis et de menaces et où devra s’écrire
cette « remontée en puissance ». Outre les
discours de la ministre, Florence Parly, du
chef d’état-major des armées, le général
François Lecointre, et d’autres hauts responsables de la Défense, quelque soixante-dix intervenants plancheront lundi et
mardi à Satory (Yvelines) et à l’École militaire, devant 500 participants, sur trois
thématiques qui définiront l’avenir : l’Europe, l’innovation, la jeunesse. Parmi les
orateurs, beaucoup d’Européens : cette
année, les présidents des commissions de
la défense de l’Assemblée nationale et du
Sénat, piliers des UED, seront rejoints par
une dizaine de leurs homologues de l’UE,
dont celui du Bundestag.
Dans un contexte de turbulences transatlantiques et de Brexit (également sous
la loupe de l’UED, cette année), c’est en
matière de défense que l’impulsion européenne d’Emmanuel Macron aura été, à
ce stade, la plus tangible. De nombreux
représentants d’entreprises allemandes
de la défense seront présents. Reste à forger une vision et une culture stratégiques
communes - tel est précisément le pari de
l’initiative européenne d’intervention
lancée par le chef de l’État. « Cette année,
nous avons voulu innover en étant plus
ouverts aux Européens, aux jeunes, pour
apporter une vision différente des questions militaires, qui ne soit pas seulement
celle des spécialistes », explique Olivier
Darrason, commissaire général de l’UED
et président de la société de conseil en
stratégie et en management des risques
CEIS. Pour la première fois, les débats se
prolongeront, mardi après-midi, par
deux séquences consacrées à l’innovation
et à la jeunesse, sous la forme d’exposés
courts et directs, à l’américaine. Sept
conférences de 15 minutes illustreront
ainsi le futur de la défense, avant une intervention du délégué général pour l’armement, Joël Barre.
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“
Cette année,
nous avons voulu apporter
une vision différente
des questions militaires,
qui ne soit pas seulement
celle des spécialistes
OLIVIER DARRASON,
COMMISSAIRE GÉNÉRAL DE L’UED
”
Sur le volet jeunesse, une centaine de
lycéens, étudiants, apprentis, jeunes en
recherche d’emploi ont été conviés pour
une conférence, présidée par la secrétaire
d’État Geneviève Darrieussecq, autour
des questions de la vocation, de la formation et de l’insertion. Cette séquence sera
conclue par le général Daniel Ménaouine,
directeur du service national de la jeunesse et chef d’orchestre du projet présidentiel de service national universel (SNU),
dont les grandes lignes ont été annoncées,
mais qui est toujours sur le métier avant
son expérimentation, en 2019. ■
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lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
12
SOCIÉTÉ
Avec ses migrants, Châteaudouble voit rouge
Dans ce petit village,
la conversion de
la maison de retraite
en centre pour
demandeurs d’asile
crée un vif émoi.
VINCENT-XAVIER MORVAN
£@vincentxaviermo
IMMIGRATION « Les nôtres avant les
autres. » Avec l’arrivée à Châteaudouble, petit village de 400 âmes de la
campagne varoise, de 72 demandeurs
d’asile, tous de sexe masculin, l’antienne du Rassemblement national a
trouvé un terreau éminemment fertile.
Marine Le Pen, déjà, a évoqué la situation de cette localité reculée de la Dracénie, dont la maison de retraite,
inaugurée en 2014 et fermée en 2016
faute de résidents, a été choisie par la
préfecture pour ouvrir, d’ici à quelques jours, un centre d’accueil et
d’orientation (CAO) pour demandeurs
d’asile.
Dimanche, une vingtaine de militants de Génération Nation (GN), exFront national de la jeunesse, ont mené
une action d’éclat dans le village en déployant une banderole « Stop Migrants », drapeaux bleu-blanc-rouge
au vent. « Nous sommes venus soutenir
la population et protester contre la colonisation de nos villages, explique Dorian
Munoz, responsable local de GN. On
part du principe que la solidarité doit
s’appliquer avec les nôtres avant les
autres. Ce village est un symbole car, si
ça peut arriver ici, ça peut arriver partout. Et c’est un symbole car les clandestins vont s’installer dans une maison de
BERTRAND RIEGER/HEMIS.FR
CHÂTEAUDOUBLE (VAR)
Dimanche, une vingtaine de militants de Génération Nation ont manifesté contre l’ouverture d’un centre d’accueil pour demandeurs d’asile à Châteaudouble, dans le Var.
retraite qui a fermé parce qu’elle était
trop isolée. Eux, ils vont avoir une navette pour aller s’amuser à Draguignan. »
Dans le bourg, que l’on soit pour ou
contre le principe de l’accueil des migrants, tous ou presque considèrent
que le nombre de demandeurs d’asile
accueillis est disproportionné par rapport au nombre d’habitants. « C’est
trop », estime Georges Rouvier, le
maire de ce petit village perché à l’entrée des gorges de la Nartuby, chiffonné aussi d’avoir été, selon lui, mis
« devant le fait accompli ». Pour protester, le conseil municipal avait annulé le 13 juillet le « vin français » qui,
traditionnellement, permet à l’édile de
prononcer un discours sur la prise de
la Bastille avant de partager une sangria avec ses administrés. Maxime et
Maryvonne, un couple de retraités de
77 ans, estiment aussi que c’est « beaucoup trop ». « On est pour les accueillir,
mais ça risque de perturber la vie de ce
petit village tranquille », glissent-ils.
Au Cercle Saint-Martin, un café associatif, Nicolas, le barman, avait prévu
de fermer son établissement pour ne
pas avoir à servir les militants frontistes. Mais lui aussi estime que 72 demandeurs d’asile, « c’est énorme ».
« Et là il fait beau, mais cet hiver,
qu’est-ce qu’ils vont faire ? s’inquiète le
quadragénaire. Ce sont des gens qui
communiquent avec leur famille sur
Skype mais ici, Internet, on est toujours
en train de se battre avec. »
Une installation
pas assez « réfléchie »
Pour Cyprien, 28 ans, étudiant en
sciences de l’éducation et favorable à
l’accueil des migrants, l’installation du
centre n’a pas été assez « réfléchie ».
« Je comprends les inquiétudes »,
concède-t-il. « Oui, j’ai peur, et ça, on
ne peut pas l’enlever, lâche Valérie. J’ai
une fille de 20 ans et un petit de 11 ans.
La bienveillance, elle doit être des deux
côtés. » Cette aide ménagère de 50 ans
demande plus « d’équité », trouvant
Élections syndicales : la police chauffée à blanc
Temps de travail, indemnités, salaires… La grande consultation nationale de novembre revêt des enjeux
sensibles. Les organisations professionnelles fourbissent leurs armes et la fièvre monte dans les rangs.
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
SÉCURITÉ « Soyez là le 21 novembre, ça
va être chaud… » Cette confidence d’un
syndicaliste de haut rang, deux mois
avant l’événement, en dit long sur le
climat au ministère de l’Intérieur à l’approche des élections professionnelles
dans la police. Le 21 novembre se situera
à une semaine du premier tour de cette
grande consultation, toujours largement suivie dans cette « grande maison » hypersyndiquée. Il faut parier, au
moins ce jour-là, sur une mobilisation
des policiers dans la rue pour faire entendre leur voix.
Les scrutins, eux, seront organisés du
30 novembre au 6 décembre prochain.
« Nous nous attendons à une hystérisation du débat sur n’importe quel sujet désormais, chaque organisation souhaitant
se distinguer pour gagner en représentativité ou sauver sa place », assure un expert de la question syndicale au ministère de l’Intérieur.
du pays, surtout dans un contexte de
menace terroriste.
D’autres sujets cristallisent les tensions. Durant tout l’été, l’Unsa-police a
alerté sur la suppression programmée de
l’emploi des CRS comme maîtres-nageurs-sauveteurs sur les plages. La Direction générale de la police nationale
(DGPN) poursuit cet objectif depuis les
années Sarkozy. Jusqu’alors, elle a toujours échoué face à la bronca syndicale.
Certains élus commencent à s’émouvoir.
Le député (LR) du Pas-de-Calais, Daniel
Fasquelle, espère fédérer tous les élus du
littoral concernés par cette réforme pour
convaincre Gérard Collomb d’y renoncer. Mais ces dossiers ne sont que des
amuse-bouche. « Le gros sujet, c’est le
temps de travail », assure Yves Lefebvre,
secrétaire général d’Unité-SGP-FO. Les
policiers veulent plus de souplesse pour
pouvoir concilier leur vie professionnelle et leur vie familiale. Une réforme a été
engagée sous Bernard Cazeneuve, mais
l’administration admet qu’elle revenait
à obérer la capacité opérationnelle des
A
Pas de droit de grève
Cette rentrée constitue donc un « tour
de chauffe ». D’abord chez les CRS, force la plus syndiquée. À Nice, par exemple, l’emploi d’une compagnie départementale d’intervention (CDI) de la
Sécurité publique dans des opérations de
maintien de l’ordre hors du département a relancé la semaine dernière la
question des indemnités policières.
La CDI des Alpes-Maritimes réclame
les mêmes indemnités que les CRS en
déplacement. Et pour mieux se faire
comprendre, les effectifs de cette unité qui, comme pour tout policier, n’a pas le
droit de grève – se sont subitement fait
porter pâles.
Alliance, le syndicat majoritaire chez
les gradés et gardiens de la police nationale, en a profité pour réitérer de vieilles
doléances : supprimer l’indemnité journalière d’absence temporaire (Ijat) des
CRS pour créer une indemnité de déplacement et de disponibilité opérationnelle (Iddo), censée satisfaire non seulement les CRS mais aussi toutes les unités
qui concourent à l’effort de sécurisation
Des policiers manifestent à l’appel du syndicat Alliance pour protéger leur statut
dans le cadre d’une journée nationale du secteur public, le 22 mai, à Paris. AFP
unités de 5 à 6 %. Alors Gérard Collomb,
prudent, a jugé urgent de surseoir…
À Synergie-officiers, au Syndicat des
cadres de la sécurité intérieure (SCSI,
ex-Snop), on se montre sceptique sur la
réalité des 10 000 effectifs supplémentaires promis durant la campagne présidentielle. « On est moins dans du recrutement que dans du remplacement de
départs à la retraite et cela commence à se
voir », confie, de son côté, un cadre du
Syndicat indépendant des commissaires
de police (SICP).
Toutes les organisations professionnelles s’accordent sur un point : la nécessaire revalorisation des salaires, notamment ceux des gardiens de la paix.
Unité-SGP-FO insiste, par ailleurs, sur
« l’indispensable révision du statut des
travailleurs de nuit » que sont les policiers. « On ne peut plus leur demander de
prendre des risques comme aujourd’hui
pour moins de 8 euros par nuit ! », proteste Yves Lefebvre.
Comme si cela ne suffisait pas, le futur
rapport Delevoye sur les retraites laisse
craindre aux policiers des atteintes à leur
statut spécial qui leur garantit, depuis
1948, le bénéfice d’une annuité supplémentaire tous les cinq ans. Tout est plus
ou moins sur la table. Et tout est très
sensible. Le premier flic de France, Gérard Collomb, va devoir déployer de sérieux talents de négociateur s’il veut
contenir la fièvre syndicale qui monte. ■
Un super magot, l’autre enjeu de ces scrutins
Pas moins de 15 euros en moyenne
par voix obtenue. Les élections
syndicales dans la police peuvent
rapporter gros en dotation d’État
pour chaque organisation. Car il faut
rapporter ce chiffre aux
125 000 agents appelés à voter,
sachant que plus de huit policiers
sur dix se rendent aux urnes. Cela fait
plus d’un million et demi d’euros
à se partager. Ils iront pour l’essentiel
aux syndicats de gardiens.
Cette subvention généreuse
a une contrepartie : depuis 1995, les
syndicats de policiers ne peuvent plus
recourir au financement via des régies
publicitaires ou démarcher
eux-mêmes des annonceurs,
notamment au travers de leurs revues
syndicales. Trop d’abus ont été
constatés. Comme les vignettes
à apposer sur les pare-brise
en échange d’un don, dans l’espoir
d’échapper aux PV. Elles ont
définitivement disparu.
Mais il n’y a pas que la manne
publique. Les cotisations
des adhérents constituent la principale
ressource des syndicats : environ
80 euros par an et par personne
dans la police. Au total, un pactole
de plusieurs millions d’euros,
censé garantir un bon fonctionnement
des organisations mais aussi
leur indépendance.
J.-M. L.
normal, « et même prioritaire », qu’on
aide les migrants, à condition « d’aider
tout le monde ». La mère de famille déplore que sa candidature à un poste
dans le centre d’accueil n’ait même pas
reçu de réponse de la part de l’association gestionnaire, Forum Réfugiés. « Et
ça fait des années qu’on réclame un
groupe scolaire, alors qu’aujourd’hui les
enfants de maternelle sont accueillis
dans des locaux même pas aux normes », déplore-t-elle. « Les migrants,
ça va être compliqué, surtout pour eux,
mais laissez-nous faire à notre sauce à
nous », clame Cyprien, l’étudiant,
avant d’escorter les militants nationalistes jusqu’à la sortie du village. ■
ZOOM
Les barreaux français
créent un G7 des avocats
Reçue au consulat de France
à Montréal pour une rencontre
avec les avocats canadiens,
la présidente du Conseil national
des barreaux (CNB), Christiane
Féral-Schuhl, a lancé la création
d’un G7 du droit. Il regroupera
les institutions nationales
représentatives des avocats
des 7 pays membres. La première
édition se tiendra lors du prochain
G7 à Biarritz, du 25 au 27 août 2019.
Il en épousera son ordre du jour,
depuis la situation des réfugiés
climatiques à la sécurisation
des échanges commerciaux
internationaux. Une façon
de discuter des grands thèmes
de la mondialisation sous l’angle
du droit et de la défense.
EN BREF
Marseille : deux policiers
hors service blessés
par des tirs
Deux frères policiers, qui
n’étaient pas en service ni armés,
ont été blessés par des tirs
dimanche à l’aube en marge
d’une rixe devant une boîte
de nuit marseillaise. L’agresseur
a tiré à trois reprises.
Mobilisation inédite pour
le climat à travers la France
Les marches pour le climat
organisées samedi à Paris et dans
les principales villes du pays ont
entraîné une mobilisation jamais
vue en matière de défense
de l’environnement : 115 000
participants, selon l’ONG
350.org, dont 50 000 à Paris
(18 500, selon la Préfecture
de police).
Deux alpinistes se tuent
dans les Alpes françaises
Deux alpinistes de 27 ans ont
trouvé la mort samedi dans les
Alpes françaises dans la commune
de La Plagne-Tarentaise
en Savoie. Ils ont dévissé alors
qu’ils entamaient l’ascension
de la Pierra Menta, un sommet
culminant à plus de 2 700 mètres.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 10 septembre 2018
SANTÉ
13
PSYCHO
DOSSIER
L’ART SUBTIL
DE S’AUTOSABOTER
COMMOTIONS CÉRÉBRALES :
REPOS OBLIGATOIRE !
PAGE 16
PAGE 14
L’apprentissage de la musique
modifie l’activité du cerveau
En observant
par IRM l’activité
cérébrale lors
de l’apprentissage
du violoncelle
chez des débutants,
les scientifiques
observent des
changements
importants.
PIERRE KALDY
+@ SUR LE WEB
» Les régimes pauvres
en glucides sont
dangereux pour la santé
» Qu’appelle-t-on
vraiment « burn-out » ou
« syndrome d’épuisement
professionnel » ?
» Nutrition : les boissons
végétales et le lait
sont-ils équivalents ?
Le degré d’activation d’une région cérébrale mesuré lors d’une première écoute permettrait de prédire la rapidité de la progression
de l’apprentissage du violoncelle. CTVVELVE/STOCK.ADOBE.COM
sont entrées en jeu ainsi que celle de
l’hippocampe qui intervient dans la
mémorisation des morceaux. Le degré
croissant de connexion entre les aires
auditives et motrices a été mesuré, reflet d’une coordination toujours plus
forte entre audition et motricité fine
des doigts et des bras.
Plus surprenant, le degré d’activation d’une région cérébrale mesuré
lors de la première écoute a permis de
prédire la rapidité de la progression de
l’apprentissage de l’instrument par la
suite. « Il s’agit de l’aire motrice supplémentaire du cortex moteur, relève
Hervé Platel, une région clé du couplage entre écoute et activité motrice. »
“
Il n’est pas exclu que
les aires associatives
impliquées puissent être
aussi stimulées par la vue
d’autres personnes
en train d’accomplir
les bons gestes
”
HERVÉ PLATEL, CHERCHEUR
EN NEUROPSYCHOLOGIE
Si ces résultats sont confirmés à plus
vaste échelle, l’aptitude innée d’un
adulte à apprendre à jouer d’un instrument serait décelable par IRM en
lui faisant écouter un air de musique
joué avec cet instrument. « Nous savons déjà que cette prédisposition des
aires motrices à s’activer en réaction à
des stimuli auditifs varie suivant les individus », précise Hervé Platel. « Il
suffit de voir comment, dans certains
cas, de très jeunes enfants se mettent à
danser au son de la musique. »
D’autres prédispositions à des aptitudes artistiques ou sportives, où les
sensations non plus auditives mais visuelles ou spatiales sont couplées à des
gestes très fins, pourraient également
être recherchées dans le cerveau. « Il
n’est pas exclu non plus que les aires associatives impliquées puissent être aussi
stimulées par la vue d’autres personnes
en train d’accomplir les bons gestes »,
remarque Hervé Platel. « Dans ce cas,
montrer à des enfants comment s’entraînent des artistes ou des sportifs peut
les aider dans leur apprentissage mais
peut-être même révéler en eux des talents insoupçonnés », conclut-il. ■
DERMATOLOGIE L’acné est une pathologie cutanée très fréquente, atteignant
préférentiellement les adolescents (elle touche 75 à 95 % d’entre eux) et les jeunes
adultes des deux sexes. Elle n’est pas mortelle mais est psychologiquement très lourde pour les formes sévères. Parmi les facteurs favorisants et/ou aggravants classiquement invoqués, seul le rôle des facteurs génétiques repose sur des preuves
convaincantes.
L’acné est une affection des glandes qui
sur-sécrètent le sébum à la racine des poils
(les follicules pilosébacés). Cela provoque
une obstruction des pores de la peau et l’apparition de différentes lésions et boutons.
Une bactérie est impliquée dans l’acné inflammatoire, Propionobacterium acnes. Elle
est présente naturellement sur la peau mais
devient gênante en cas d’acné car elle se
multiplie anormalement, entraînant une inflammation. Les traitements, antibiotiques
et rétinoïdes, sont en général peu efficaces
et ont des effets secondaires.
Une équipe de chercheurs du département de dermatologie de l’université de Californie à San Diego vient pour la première
fois de montrer que des anticorps dirigés
contre une toxine sécrétée par la bactérie, le
facteur CAMP, réduisaient l’inflammation
dans les lésions acnéiques chez l’homme
(étude publiée dans le Journal of Investigative Dermatology). Leurs travaux ont été
menés chez la souris et sur des cultures issues de biopsies de lésions acnéiques.
Pour Emmanuel Contassot, de l’université
de Zurich, « l’équipe de Wang a démontré
que la voie de l’immunothérapie était une
voie de recherche très intéressante à explorer ». Le chercheur suisse souligne néanmoins que des recherches supplémentaires
devront être menées. « Une immunothérapie contre l’acné visant des facteurs produits par la bactérie P. acnes doit être bien
choisie afin d’éviter de perturber l’homéostasie de la peau », souligne-t-il.
JEAN-LUC NOTHIAS
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à entendre comme une goutte d’eau qui venait taper
contre mon tympan, de jour comme de nuit. Je ne
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NEUROLOGIE Jouer d’un instrument de musique est un défi pour le
cerveau, qui doit apprendre à associer
aux sensations auditives et tactiles des
gestes très précis. Les modifications
cérébrales liées à cette prouesse ont pu
être mises en évidence par des chercheurs canadiens de l’université McGill au Canada. « Pour la première fois,
souligne Hervé Platel, chercheur en
neuropsychologie à l’université de
Caen-Normandie, l’activité cérébrale a
été observée en temps réel chez des
non-musiciens en cours d’apprentissage. » Des travaux publiés dans les
Comptes rendus de l’académie américaine des sciences (PNAS).
L’objectif des chercheurs était de
voir les régions cérébrales impliquées
lorsque l’on reproduit un son avec un
instrument de musique. « Nous avons
choisi le violoncelle, précise Indiana
Wollman, chercheuse en neurosciences cognitives à l’origine de l’étude et
actuellement coordinatrice du projet
de recherche Démos à la Cité de la
musique – Philharmonie de Paris, car
le geste d’un instrumentiste à cordes a
une influence continue et extrêmement
fine sur la justesse de la note produite.
Ceci nous permet d’analyser précisément les mécanismes mis en place par le
cerveau pour intégrer les gestes et les
sons, cette intégration qui est au cœur
du jeu instrumental ».
Une version miniature et non magnétique de l’instrument utilisable
dans l’enceinte d’un appareil d’IRM a
été mise au point avec l’aide du Français Thibaut Carpentier, chercheur à
l’Ircam et médaille de cristal du CNRS
2018.
Puis treize volontaires sans culture
musicale se sont prêtés au jeu. L’activité de leur cerveau a été visualisée à
trois moments, d’abord lors d’une
première écoute de sons joués au violoncelle, puis quand ils ont répété des
morceaux au bout d’une et quatre semaines d’apprentissage du violoncelle. Lors de la première écoute, des
aires auditives et prémotrices se sont
activées dans le cerveau. Avec l’apprentissage, d’autres aires motrices
Vers un vaccin
contre l’acné
Model Image
KDSHUTTERMAN/SHUTTERSTOCK
lefigaro.fr/santé
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
14
DOSSIER SANTÉ
Commotions cérébrales :
repos obligatoire !
Le plus important, face à un traumatisme
crânien, est d’en éviter un second
aux conséquences plus graves.
102
commotions
cérébrales avérées
lors de la saison 2016-2017
du Top 14
Principaux effets de la commotion cérébrale
Après un choc violent
le cerveau subit
plusieurs effets
également affectée, au niveau de la
substance blanche notamment, mais
également de la barrière hémato-encéphalique, qui devient plus perméable.
NEUROLOGIE « Lorsque le cerveau bou« Le cerveau est alors très vulnérable, il
ge à l’intérieur de la boîte crânienne, on
faut absolument éviter un autre choc »,
observe en particulier une sidération des
souligne le Dr Brauge.
neurones », explique le Pr François Caire,
chef du service de neurochirurgie de LiL’imagerie n’est d’aucune utilité pour
moges, où se trouve une unité spécialisée
établir un diagnostic face à ce traumatisme léger, dont les lésions sont à l’échelle
depuis trois ans. Cette coupure de coumoléculaire ou microscopique. Examen
rant temporaire liée à la commotion céclinique et interrogatoire sont les meilrébrale provoque de nombreux symptôleurs outils d’évaluation d’une commomes, plus ou moins sérieux, qui peuvent
tion cérébrale, à condition de savoir quoi
se résoudre spontanément dans la majorechercher. Au quotidien ou dans la prarité des cas. La commotion cérébrale est
tique sportive amateur, toute vision
cependant bien un traumatisme crânien,
floue, sensation d’être dans du coton ou
même s’il est qualifié de léger, dont les
de chercher ses mots, mal de tête, troueffets à court, moyen et long terme ne
ble de l’équilibre doit conduire à arrêter
doivent pas être négligés. Elles sont frél’activité en cause et à se mettre au repos.
quentes dans certains sports (boxe, hocLe patient doit rester sous surveillance
key sur glace, rugby, football américain)
et, s’il n’est pas nécessaire de l’empêcher
et la plupart des fédérations concernées
de s’endormir, il faut l’éveiller de temps
ont désormais pris conscience du proIllustration : Sophie Jacopin
en temps pour identifier une aggravation
blème – non sans heurts pour certaines.
Infographie
des symptômes. S’il a temporairement
Les mesures proposées pour protéger
perdu conscience, une visite aux urgenles joueurs, avec des protocoles précis de
ces s’impose. « Dans tous les cas, si les
prise en charge des commotions cérésymptômes persistent au-delà de 48 heubrales, sont désormais bien appliquées
res, il est prudent de consulter un médecin
dans la pratique professionnelle. Reste à
qui pourra faire un examen approfondi et
étendre ces bons réflexes à la pratique
recommander une
période de repos
Dans 90 % des cas, tous les symptômes adaptée », indique
« LORSQUE le choc d’origine est grave,
le Pr Jean Chazal,
on s’occupe d’abord des autres blessudisparaissent complètement
res », souligne le Pr Jérôme Caire, chef
chef du service de
en trois mois. Dans un cas sur cent,
neurochirurgie du
du service de neurochirurgie de LimoCHU de Clermontges. « Le diagnostic de commotion passe
il restera des séquelles définitives
Ferrand.
après et les principaux symptômes ont
PR FRANÇOIS CAIRE, CHEF DU SERVICE DE NEUROCHIRURGIE DE LIMOGES
Le repos reste en
parfois déjà disparu. » Ce retard au diaeffet le traitement
gnostic pose surtout problème parce
sportive amateur et aux commotions céle plus approprié pour la majorité des
qu’il faut rapidement mettre le patient
rébrales du « quotidien » : la poutre trop
concussions, dont les symptômes se réau repos cérébral. Il n’existe en effet pas
basse au grenier ou le traître nid-desorbent le plus souvent en une dizaine de
de test diagnostic immédiat reposant
poule à vélo qui font voir trente-six
jours. « Dans 90 % des cas, tous les sympsur l’imagerie ou la biologie pour identichandelles…
tômes disparaissent complètement en trois
fier la commotion et les premiers soupCette sensation d’être temporairemois, indique le Pr Caire. Dans un cas sur
çons naissent parfois simplement parce
ment « sonné » est un symptôme fréque les supporteurs ont vu le joueur se
cent, il restera des séquelles définitives. »
quent et facilement identifiable mais les
tâter la tête ou ont observé qu’une
Selon l’intensité des symptômes, un
commotions cérébrales peuvent se révéjoueuse mettait beaucoup de temps à se
repos complet peut être nécessaire, y
ler plus discrètes. Pour la plupart, elles
relever après un choc.
compris sur le plan intellectuel. Chez les
passent d’ailleurs inaperçues. Après un
enfants et les jeunes, dont les symptôTests d’équilibre
choc direct ou indirect - qui provoque
mes se résorbent plus lentement et chez
une accélération-décélération violente
qui les conséquences peuvent être plus
En pratique sportive, à l’origine de
de la tête -, il est donc sage de s’interrosérieuses (lire ci-dessous), un programnombreuses commotions cérébrales,
ger pour savoir si on a subi une commome sans jeux vidéo ou lecture pourra être
c’est l’entraîneur ou parfois un profestion cérébrale ou d’interroger les autres
recommandé. Le retour à l’école ou sur
sionnel de santé qui se trouve en prepersonnes présentes puisque les paun terrain de jeu devra parfois être promière ligne pour évaluer l’état d’un
tients, sous l’effet même de la commogressif. Lorsque les symptômes persisjoueur ayant subi un choc. Il existe détion, ne sont pas toujours capables d’en
tent, la rééducation neuronale sera insormais un consensus sur les questionidentifier les symptômes. « Sans compter
dispensable pour réorienter certaines
naires et les examens simples pour
la tentation de ne rien dire lorsqu’on joue
activités vers des zones du cerveau
identifier ou établir une simple suspiun match important et qu’on n’a pas envie
moins affectées. ■
cion de commotion cérébrale, toujours
d’être relégué au bord du terrain », ajoute
le Dr David Brauge, responsable de l’unité spécialisée du service de neurochirurgie du CHU de Toulouse. Le plus important, face à une commotion cérébrale,
est en effet d’en éviter une seconde qui,
favorisée par un cerveau qui fonctionne
moins bien, aura des conséquences bien
plus graves puisque, dans ce cas, la mortalité atteint 50 % des commotionnés.
Certains effets de la commotion sur
les neurones commencent à être bien
connus : la dépolarisation massive des
neurones y provoque des déséquilibres
minéraux, une déperdition d’énergie et
une accumulation de lactate et de radicaux libres qui peuvent conduire à la
mort cellulaire. Le métabolisme du cerveau est évidemment ralenti, ce qui
explique les symptômes neuropsychoLa sensation d’être temporairement « sonné » est un symptôme fréquent et facilement
logiques, mais sa structure même est
identifiable, mais la plupart des commotions cérébrales passent inaperçues.
Dépolarisation
massive des neurones
Axone déchiré
Risque de mort neuronale
PAULINE LÉNA
La transmission des
messages nerveux
est perturbée
Barrière
La barrière hématohémato-encéphalique
encéphalique
devient perméable,
favorisant le passage
de substances
indésirables
vers le cerveau.
«
PIX IEME/SHUTTERSTOCK
»
suffisante pour éloigner le patient du
terrain au moins pour la journée. Quelques questions et tests d’équilibre ou de
vision peuvent déjà mettre la puce à
l’oreille en bord de terrain, mais il faudra le plus souvent isoler le joueur dans
un lieu calme pour faire une évaluation
complète.
Les grandes fédérations sportives internationales sont d’accord sur les différentes batteries de tests à réaliser en
bord de piste ou au vestiaire comme le
test SCAT5. Toute la difficulté consiste à
convaincre les joueurs (et parfois les
responsables d’équipes) de sortir du
terrain pendant les dix minutes minimum pour réaliser ces tests et d’en accepter la conclusion si c’est l’exclusion.
« En pratique amateur, les joueurs apprennent parfois par cœur les réponses
aux tests pour ne pas être exclus du terrain », raconte le Dr David Brauge, responsable de l’unité spécialisée du service de neurochirurgie du CHU de
Toulouse. L’objectif est d’éviter une
deuxième commotion, toujours plus
grave que la première. Ces tests sont
également importants pour établir un
état de départ et évaluer la vitesse de récupération.
En dehors de la pratique sportive, si
l’inconfort des symptômes persiste
pendant quelques jours, il est nécessaire
d’aller consulter au moins un généraliste qui sera capable de faire une première
évaluation neuropsychologique et de
prescrire un programme de récupération. Des tests biologiques, qui détectent
des molécules spécifiques des traumatismes neuronaux, ont déjà été mis au
point pour évaluer l’intensité de l’atteinte neuronale. Ils sont notamment
utilisés à distance du choc initial pour
décider si un scanner est utile pour repérer la zone où le cerveau est le plus atteint – à la recherche par exemple d’un
hématome – ou s’il est inutile d’exposer
une patiente aux radiations d’un tel
examen. D’autres biomarqueurs sont à
l’étude pour un test diagnostic immédiat de bord de terrain. ■
P. L.
A
Des conséquences plus graves pour les jeunes
une première commotion ne semble pas
sérieuse, elle doit immédiatement et systématiquement conduire à arrêter l’activité qui en est la cause. Une joueuse commotionnée maîtrise moins bien son jeu et
s’expose à d’autres chocs. Les études
dans le domaine sportif montrent ainsi
que le risque de deuxième commotion est
multiplié jusqu’à 6 fois après la première,
ainsi que le risque de se faire une autre
blessure.
Des règles de jeu adaptées
Les travaux sont également clairs sur les
conséquences d’une deuxième commo-
tion et, a fortiori, sur les commotions à
répétition. De nombreuses études indiquent aussi que les jeunes – jusqu’à
25 ans – sont les plus vulnérables face
aux commotions : les symptômes sont
plus sévères et la récupération bien plus
lente et plus souvent incomplète. Par
ailleurs, les séquelles d’une deuxième
commotion sont bien plus importantes
que chez l’adulte. Certaines fédérations
ont ainsi commencé à établir des règles
de jeu différentes pour les équipes « jeunes » afin de diminuer le risque de choc
pendant le jeu et l’entraînement à ces
âges plus vulnérables.
Des ions calcium
envahissent
le neurone
Métabolisme
ralenti
Questions autour
d’un symptôme
LES PUBLICATIONS sur les commotions
cérébrales ont explosé au cours des dix
dernières années, signe clair d’une prise
de conscience notable sur les risques
encourus, notamment par les sportifs.
Ces travaux n’ont pas permis d’identifier exactement ce qui se passe au cours
des commotions, ni comment les prévenir complètement, ni comment en corriger les conséquences. Certaines données donnent cependant des pistes pour
une prise en charge aussi efficace que
possible.
Il est désormais établi – et c’est là le
message le plus important – que, même si
Déséquilibres
minéraux
Axone
Dans tous les cas, le repos, même si son
mécanisme d’action n’est pas encore parfaitement établi, permet à la fois d’éviter
d’exposer un cerveau vulnérable à d’autres chocs et de donner une chance aux
neurones de récupérer du traumatisme
subi. La reprise de l’activité doit être graduelle et seulement après que les symptômes ont disparu. Pour les plus jeunes, il
est utile de recommander une diminution
aussi de l’activité intellectuelle : pas
d’école d’abord, puis des horaires aménagés à la reprise, mais aussi pas de lecture ou de jeux vidéo avec une reprise graduelle à l’arrêt des symptômes. ■
P. L.
En pratique
amateur,
les joueurs
apprennent parfois
par cœur les
réponses aux tests
pour ne pas être
exclus du terrain
DR DAVID BRAUGE
»
RESPONSABLE DE L’UNITÉ SPÉCIALISÉE
DU SERVICE DE NEUROCHIRURGIE
DU CHU DE TOULOUSE
DU CÔTÉ
DES SPORTIFS
Les boxeurs savent que la
multiplication des K.-O. peut
transformer leur cerveau en
éponge, mais le jour est loin
où le K.-O. sera proscrit dans
ce sport. En attendant, une
évaluation régulière de l’état
cognitif doit permettre aux
joueurs de sports générateurs
de commotions cérébrales à
répétition de ne pas épuiser
leur capital neuronal avant
l’âge. Chaque commotion
peut en effet conduire à la
mort de nombreux neurones
dont les fonctions peuvent
être redistribuées à d’autres
neurones. Pourtant, même
avec un stock de départ
atteignant jusqu’à
100 milliards, ils peuvent
rapidement se trouver trop
peu nombreux pour un
fonctionnement normal, avec
un cerveau qui, avant 30 ans,
ressemble à celui d’un
vieillard. Des travaux récents
ont montré que des facteurs
génétiques affectent à la fois
la susceptibilité aux
commotions et à leur récidive
ainsi que la capacité de
récupération immédiate et à
long terme. Tester cette
susceptibilité pourrait
permettre d’optimiser la prise
en charge ou la prévention.
Il n’est pas impossible
d’imaginer, dans un avenir
assez proche, qu’un aspirant
rugbyman ou hockeyeur
doive se soumettre à un test
de susceptibilité avant d’être
engagé dans une équipe
professionnelle…
P. L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 10 septembre 2018
15
INNERVISIONPRO/STOCK.ADOBE.COM, GARO/PHANIE/SANTÉ PUBLIQUE FRANCE
QUESTIONS-RÉPONSES SANTÉ
Pourquoi zéro alcool pendant la grossesse ?
PROFESSEUR
FRANÇOIS
BOURDILLON
Directeur général de Santé publique France.
Avec Sophie Guillaume, sage-femme
coordonnateur en maïeutique, CHU Necker,
et présidente du Collège national des sagesfemmes de France ; David Germanaud,
neuropédiatre, hôpital Robert-Debré
(AP-HP), université Paris-Diderot (USPC).
Mickael Naassila, professeur
des universités et président de la Société
française d’alcoologie ; Pr Damien Subtil, chef
du Pôle femme, mère et nouveau-né, hôpital
Jeanne de Flandre, CHU Lille, au nom du
Collège national des gynécologues
et obstétriciens français.
saire ? Il s’agit aussi d’amener l’entourage à s’interroger : est-il responsable de
proposer un verre à une femme enceinte, voire d’insister ? Cette campagne vise
enfin à inciter les femmes qui auraient
bu avant de se savoir enceinte, ou qui
boivent régulièrement, à s’interroger
sur leur consommation et à faire part
spontanément de leurs préoccupations
aux soignants qui les accompagnent (gynécologue, sage-femme, échographiste,
médecin généraliste). En effet, informer
les professionnels qui suivent la grossesse permet de bénéficier d’une prise en
charge adaptée et de réduire les risques.
Il existe des équipes expérimentées dans
l’accompagnement des femmes enceintes en difficulté avec l’alcool, dont il faut
faciliter et généraliser l’accès à celles qui
en ont besoin. Leurs coordonnées sont
accessibles sur le site Alcool Info Services, qui propose aussi l’aide d’écoutants
(numéro vert : 0 980 980 930).
Reste la question de l’information sur
les bouteilles d’alcool. En application de
l’arrêté ministériel du 2 octobre 2006,
un message sanitaire à destination des
femmes enceintes, préconisant l’abstinence au cours de la grossesse, est apposé sur toute boisson alcoolisée. Ce message peut prendre deux formes : un pictogramme, illustrant le message « zéro
alcool pendant la grossesse », ou l’apposition sur l’étiquette d’une phrase d’information : « La consommation de boissons alcoolisées pendant la grossesse,
même en faible quantité, peut avoir des
conséquences graves sur la santé de
l’enfant. » Dans les faits, c’est le pictogramme qui est très majoritairement
SANTÉ À DOMICILE
NANOMÉDECINE
INTELLIGENCE
ARTIFICIELLE
Des équipes expérimentées
Par précaution, parce qu’il n’existe pas
de seuil de consommation en dessous
duquel l’absence totale de risque individuel soit démontrée, et parce que l’on
peut légitimement questionner la notion
de consommation minimale acceptable
s’agissant d’un produit tératogène et
fœto-toxique, il est responsable de recommander de ne pas boire d’alcool si
l’on est enceinte ou que l’on a un projet
de grossesse. C’est le sens du « zéro alcool pendant la grossesse ». Cette
recommandation simple et universelle est de mieux en mieux
Z
E
comprise. Ainsi, en 2017, 44 %
V
RETROUOS AVIS des Français contre 25 % en 2015
déclarent spontanément qu’il
TOUS N RTS
n’existe pas de consommation
D’ EXPE
d’alcool sans risque pour l’enR
fant. C’est probablement un
U
S
O.FR
R
impact de la campagne des
A
IG
F
LE
pouvoirs publics diffusée defr
figaro.
sante.le
puis trois ans : « Vous buvez
un peu, il boit beaucoup. »
Toutefois, 21 % des Français contre
27 % en 2015 pensent encore qu’il n’est
pas déconseillé de boire un petit verre de
vin de temps en temps pendant la grossesse. C’est pourquoi Santé publique
France et le ministère de la Santé lancent
une nouvelle campagne : « Par précaution, zéro alcool pendant la grossesse. »
Le moment venu, chaque femme enceinte doit pouvoir s’interroger : faut-il
vraiment prendre ou accepter ce verre
même dans un contexte festif, une soirée
entre amis, un mariage ou un anniver-
+@
utilisé, même s’il est souvent peu en évidence et donc difficile à repérer sur l’étiquette. Aujourd’hui, pour accroître
l’impact du message et mieux informer
les consommateurs, il est question de
renforcer sa visibilité.
Les filières de boissons alcoolisées ont
fait part de leur souhait de contribuer au
plan national de santé publique du gouvernement « Priorités prévention », et
certains s’engagent déjà : nous ne pouvons qu’encourager cet engagement citoyen et souhaiter qu’il gagne l’ensemble de la profession – y compris les plus
réticents. C’est aussi pour cela que nous
prenons la parole lors de la journée
mondiale du SAF : pour renforcer la prise de conscience des acteurs et susciter
la mobilisation de tous face à un véritable enjeu de santé publique. ■
HOMME
NUMÉRIQUE
3ème édition du Big Bang Santé :
la transformation au cœur de la santé
JEUDI 18 OCTOBRE 2018
Maison de la Chimie - Paris - de 8h30 à 17h30
Parmi les intervenants de l’édition 2018 :
Nataliya
Kosmyna
Gilles
Wainrib
Alexandre
Cadain
Laurent
Lévy
Chercheuse,
PDG de Braini
Maître de conférences
en informatique
appliquée à l’École
Normale Supérieure,
fondateur d’Owkin
PDG d’Anima,
Ambassadeur IBM
Watson AI XPRIZE
PDG de Nanobiotix
INSCRIVEZ-VOUS
bigbang.lefigaro.fr
+33 1 43 12 85 55
@BigBangFigaro
Événement organisé par
En partenariat avec
&
A
L
e 9 septembre de chaque année
a lieu la Journée mondiale de
sensibilisation aux troubles
causés par l’alcoolisation fœtale
(TCAF), pour informer la population sur ce problème de santé majeur et
prévenir la consommation d’alcool chez
les femmes enceintes. Il faut savoir, en
effet, que l’alcool traverse librement le
placenta et imprègne le bébé à naître. Or
l’alcool est tératogène chez l’embryon et
toxique chez le fœtus en particulier pour
son cerveau. La consommation d’alcool
pendant la grossesse n’est donc pas sans
conséquences. Elle expose au risque de
survenue d’anomalies physiques et elle
constitue surtout un facteur de risque
majeur de trouble du neuro-développement chez l’enfant, persistant à l’âge
adulte, responsable de difficultés cognitives et comportementales parfois très
sévères. Le syndrome d’alcoolisation
fœtale (SAF) est la forme la plus complète de TCAF. Sa survenue est nettement
corrélée à l’importance de la consommation d’alcool.
Il existe des formes moins complètes
et moins spécifiques de TCAF pour des
consommations d’alcool parfois modestes. Sur la base des déclarations diagnostiques chez le nouveau-né, les épidémiologistes de Santé publique France
estiment, au minimum, qu’il naît chaque
jour un enfant présentant un TCAF et
chaque semaine un enfant présentant un
SAF. Ils soulignent surtout que ces chiffres sont vraisemblablement très inférieurs à l’incidence réelle, compte tenu
de l’insuffisance du repérage des consommations d’alcool pendant la grossesse et de l’absence de suivi au-delà de
la période néonatale des enfants exposés
in utero.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
16
SANTÉ PSYCHOLOGIE
L’art subtil
de s’autosaboter
Connaître ses manières personnelles de se couper l’herbe
sous le pied permet de s’en libérer.
DÉNIGREMENT Depuis de longs mois,
cette amie vous confie son désir de
changer de voie professionnelle. Vous
l’encouragez : c’est une bonne idée, elle
pourrait en effet demander une formation auprès de son employeur actuel…
Vous faites en sorte de lui suggérer différentes portes. Mais peu à peu vous entendez s’effriter son enthousiasme :
« Oui, mais… Il y a peu de chances que
ma demande de formation soit acceptée,
et puis ils risquent de se douter que je
veux partir, et puis tant que j’ai les enfants à la maison, je ne peux pas modifier
l’organisation en place… » Bref, elle
vous démontre méticuleusement, point
par point, que ça ne vaut pas le coup
d’essayer, déploie toutes sortes d’obstacles virtuels vous permettant d’assister en direct à une magnifique séance
d’autosabotage.
Ce que vous entendez là n’est que le
reflet de ce qu’elle se raconte à elle-même et dont elle n’est pas vraiment
consciente : sa manière personnelle de
s’empêcher, de se limiter et, même si
elle semble ne pas en avoir envie,
d’échouer. Les psychothérapeutes connaissent bien ces mécanismes fréquents
chez un certain type de patients ne cessant de déjouer le processus thérapeutique : « On les appelle les “therapist
killers” (tueurs de psy) », explique YvesAlexandre Thalmann, psychologue et
auteur de Pourquoi les gens intelligents
prennent-ils aussi des décisions stupides ?
Le paradoxe du QI (Éd. Margada). « Ce
qui les intéresse, c’est d’attirer l’attention
en se maintenant dans la plainte et de rester paradoxalement dans leur propre toute-puissance : ils agissent en nous signifiant : “ce n’est quand même pas vous qui
allez trouver une solution pour moi !”. »
Manque de confiance en soi
et mésestime
De manière générale, les psychothérapeutes repèrent deux types de mécanismes permettant de réussir son autosabotage : soit le responsable en cause est
l’extérieur (la société, l’histoire familiale
ou les collègues qui nous empêchent de
réussir nos entreprises), soit la personne
se retrouve à s’infliger elle-même toutes
sortes de limitations : « Je suis trop mauvais, trop vieux, trop paresseux », etc.
Dans ces configurations, c’est le manque de confiance en soi et la mésestime
qui sont aux commandes.
Aujourd’hui, nourris de neurosciences, on aime parler de « programmations erronées ». Comme si un mauvais
logiciel ayant été téléchargé dans le psychisme n’avait de cesse de privilégier les
décisions défavorables et parfois même
destructrices pour soi-même.
Psychosociologue et formateur,
Christophe Médici est un habitué de ces
mécanismes qu’il décrypte notamment
dans son dernier livre Libérez votre cerveau de son saboteur (Éd. Dangles) et lors
de séminaires d’entreprises. Il affirme
bien connaître notamment la « langue »
du saboteur intérieur : « ses trois procé-
«
Les « décisions
non optimales »
reposent notamment
sur l’auto-optimisme :
la personne se voit
de manière plus favorable
qu’elle n’est, nourrit
un illusoire sentiment
d’immunité
et de toute-puissance
YVES-ALEXANDRE THALMANN,
PSYCHOLOGUE
»
dés récurrents pour inhiber la personne ?
Ce que je nomme “PPG” : la Permanence
“ce sera toujours pareil, je ne suis pas un
entrepreneur” ; la Personnalisation : “il
n’y a qu’à moi que ça arrive” ; et la Généralisation “Toutes les formations sont déjà
toujours prises”. » Avec de tels discours
intérieurs, comment avancer ?
Parfois, l’autosabotage se fait encore
plus subtil, se déroulant à travers quelques décisions incompréhensibles car
n’ayant rien à voir avec le degré d’intelligence de la personne. « Richard Thaler,
Prix Nobel d’économie 2017, qui a montré
combien l’homo economicus n’a rien de
rationnel, appelle ces biais cognitifs les
“décisions non optimales”, explique
Yves-Alexandre Thalmann. Elles reposent notamment sur l’auto-optimisme : la
personne se voit de manière plus favorable
qu’elle n’est, nourrit un illusoire sentiment
d’immunité et de toute-puissance. » Dans
cette catégorie, le fumeur de trois paquets par jour persuadé qu’il ne sera jamais malade. Ou Bill Clinton ou Jérôme
Cahuzac convaincus qu’ils ne seront jamais « pris » la main dans le sac.
Autre procédé favorable à l’autosabotage : adopter un « masque ». Parmi les
plus pernicieux, Christophe Médici repère notamment le masque de « l’effacé » (« celui qui vous amène à ne communiquer avec personne dans les soirées »)
ou « le fanfaron » (« toujours une vanne
ou une frasque à raconter… Comment
alors être pris au sérieux quand on fait
systématiquement le clown ? »).
Heureusement, les recherches sur la
plasticité du cerveau montrent que l’on
peut aussi, après avoir analysé ses habitudes d’autosabotage, se reprogrammer. Et valider de nouveaux circuits
neuronaux en adoptant de nouveaux
comportements. Comme partir à la rencontre de son « Bienfaiteur », par exemple, cette instance intérieure qui, souvent à notre plus grande surprise, nous
permet de réussir même quand on ne s’y
attendait pas. ■
« Des attentes qui nous éloignent du réel »
EDITIONS ODILE JACOB
PASCALE SENK
DIDIER PLEUX
Psychothérapeute
Didier Pleux, docteur en psychologie du développement, psychothérapeute, est notamment
l’auteur du Complexe de Thétis. Se
faire plaisir, apprendre à vivre
(Éditions Odile Jacob).
LE FIGARO. - Vous défendez
une psychothérapie existentielle.
Comment l’autosabotage est-il
perçu dans cette approche ?
Didier PLEUX. - Ce mécanisme
nous intéresse particulièrement,
car, dans cette thérapie, nous accompagnons le patient dans une
conversion philosophique : à un
moment donné, il est appelé à
voir son histoire et la réalité, la
sienne et celle des autres, de manière plus juste. Or, souvent,
l’autosabotage auquel on se livre
repose sur des « films » émotionnels, ce que nous appelons des
« scénarios de vie » ou des synthèses irrationnelles qui participent d’une véritable autodestruction psychique. Il y a ceux qui
accusent l’extérieur de leur malêtre : « c’est à cause du monde,
ou de mon histoire familiale, ou
de mes collègues, etc., si j’en suis
là ». Il y a aussi ceux qui s’accusent de tout (« c’est ma faute, je
suis trop nul, etc. »). En fait, dans
les deux systèmes de croyances,
on observe une inacceptation
constante de la réalité qui amène
la personne à des conclusions erronées du type : « désormais, je
me méfie de tout le monde » ou
« désormais, je ne tente plus rien
car je ne vaux rien ».
“
Nous passons
par trois phases pour
neutraliser ces
scénarios irrationnels :
la compréhension
du mécanisme,
la remise en cause
du « film » émotionnel
qu’il génère et l’action
pour sortir du cycle
d’autosabotage
”
Comment déconstruire ces
synthèses de vie irrationnelles ?
Prenez quelqu’un qui a beaucoup
de mal avec les femmes, qu’il juge
peu aimantes, indignes de confiance, etc. Dans un premier
temps de la thérapie, on va par
exemple repérer dans son histoire
une mère négligente, et que, de
cette enfance, il a gardé un problème avec les femmes. Mais surtout, il est resté bloqué sur une attente, un scénario rigide : « les
femmes devraient être plus attentionnées à mon égard ». Donc, à
chaque fois que sa compagne se
montre occupée ailleurs, il pense :
« ce n’est pas juste, elle devrait
s’occuper davantage de moi ». Il
se montre de plus en plus agacé
par les comportements de sa femme. Leurs relations vont en se dégradant et le maintiennent dans
une position infantile. Si, en revanche, il entre dans une certaine
acceptation de la réalité : « je ne
peux exiger d’elle une attention
constante », il gagnera en affirmation de soi, sera dégagé de son
ressentiment ou de sa peur de
l’abandon et sa compagne aura
envie d’être davantage avec lui…
En fait, nous passons par trois
phases pour neutraliser ces scénarios irrationnels : la compréhension du mécanisme, la remise
en cause du « film » émotionnel
qu’il génère et l’action pour sortir
du cycle d’autosabotage. Bien sûr,
tout cela ne se règle pas en deux
temps, trois mouvements, d’où la
durée de la thérapie qui peut
prendre quelques années.
Le contexte sociétal peut-il
accentuer ces tendances à rester
bloqué dans ce que vous nommez
« des synthèses irrationnelles » ?
Oui, bien sûr. Prenez l’injonction
actuelle à « être zen », par exemple. Plus cette norme se répand,
plus ceux qui se disent : « je dois
être un parent bienveillant » ou :
« je ne dois pas me mettre en colère » et qui n’y arrivent pas risquent de s’autosaboter. De manière générale, comme je l’ai
écrit, la « musturbation », l’empire des « musts » dans nos vies
(« je dois être ceci ou cela ») génère des attentes et demandes qui
ne font que nous éloigner du réel.
À l’inverse, accepter ce qu’on
est : « je suis du genre colérique », est la première marche
pour cesser de piquer des crises.
Il est donc important de bien
se connaître ?
C’est fondamental. En regardant
tout ce qu’on est et en se demandant : « pourquoi au fur et à mesure de mon existence et des événements émotionnels ai-je ainsi
construit un tel refus de moi ? », le
petit timide qui, selon lui,
« n’avait pas grand-chose pour
plaire aux femmes » doit peu à
peu parvenir à reconnaître son talent de pianiste, par exemple, ou
sa virtuosité en cuisine… Alors, il
pourra envisager d’autres stratégies pour se relier aux femmes et
créer de nouveaux scénarios. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR P. S.
A
Pour envisager la mort avec le sourire
« Ce n’est pas la vie que j’abrège, c’est
l’agonie. » Pour le médecin belge
Yves de Locht, l’euthanasie, pour un
malade incurable qui la réclame, est
une évidence. « Cela peut sembler
contradictoire de vouloir sauver des vies
alors que d’autres fois, j’aide à y mettre
fin. Je crois au contraire que c’est
le même processus : celui qui consiste
à abréger la souffrance […]. Dans tous
les cas, je donne des soins. Simplement,
il arrive que ce soit le dernier », écrit-il
dans Docteur, rendez-moi ma liberté.
La Belgique a légalisé l’euthanasie
en 2002, sous certaines conditions.
Entre 2002 et 2017, près de
17 000 euthanasies ont été déclarées.
Dont celles de 3 enfants de 9, 11 et
17 ans, geste autorisé depuis 2014.
Le Dr de Locht aide une dizaine de
personnes à mourir par an. Le médecin
généraliste se souvient de l’exercice
de son métier avant la légalisation de
l’euthanasie. Il raconte la fin de vie
de son frère cadet, impuissant à
soulager ses souffrances, de certains
de ses patients auxquels même les
soins palliatifs n’apportaient plus de
réconfort. Enclencher un processus
menant à une euthanasie n’est pas
si simple. Il faut que le patient, et lui
seul, en fasse la demande volontaire,
réfléchie et répétée. Mais « une
personne lasse de la vie, en pleine santé,
pourra réitérer son envie de mourir
tant qu’elle le veut, aucun médecin ne
répondra favorablement à sa demande
si elle ne souffre d’aucune maladie
grave et incurable ». La troisième
condition est que « la souffrance,
LE PLAISIR
DES LIVRES
PAR JEAN-LUC NOTHIAS
jlnothias@lefigaro.fr
physique ou psychique, provoquée par
cette affection doit être constante,
insupportable et inapaisable ». Chaque
médecin est libre d’accepter ou de
refuser d’aider un malade à mourir.
Pour le Dr de Locht, ce n’est pas un
acte anodin. Il n’aide pas plus d’une
dizaine de personnes à mourir par an.
« J’en serais tout bonnement incapable,
ce serait trop lourd à porter », avoue le
médecin. Il raconte de manière simple
et émouvante sa « première fois ».
Il s’agissait d’un prêtre, atteint
de la maladie de Parkinson à un stade
avancé. Sollicité par un confrère, il
commence par refuser. Puis il change
d’avis, rencontre le père Gaston, le
découvre peu à peu au fil de visites
régulières. Le processus durera des
mois avant qu’une date soit fixée.
Puis un beau jour, c’est l’injection,
dans l’émotion et la sérénité. Mais
le médecin est secoué. Il raconte ces
malades « heureux » d’être arrivés au
moment de leur mort, comme celui
qui lui dit « c’est un cadeau que vous
me faites, docteur ». Yves de Locht
a beaucoup d’activités différentes.
Mais l’un d’elles lui prend beaucoup
de temps : c’est lire son courrier.
Et celui-ci est en grande majorité
constitué de missives françaises. Des
messages de personnes qui racontent
leurs souffrances, leur calvaire, ou qui
racontent ceux d’un proche. Et qui
demandent de l’aide. « La crainte n’est
plus la mort depuis longtemps, mais
une fin de vie sordide, dégradante et
pesante pour moi et toute ma famille »,
lui écrit un Français. Ou, parce qu’il a
accepté un cas, « je ne le remercierai
jamais assez de m’avoir donné
la possibilité d’envisager
la mort avec le sourire ».
Le « petit docteur » belge
nous touche au cœur.
DOCTEUR, RENDEZ-MOI
MA LIBERTÉ
Dr Yves de Locht.
Michel Lafon. 238 p.,
17,95 €.
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LE FIGARO
lundi 10 septembre 2018
SPORT
17
feu. Mais les sportifs de haut niveau sont
des mécaniques physiques et psychologiques fragiles. Un grain de sable peut suffire
à les faire violemment dérailler. L’épisode
de la colère de Serena, sanctionnée en plus
d’une amende de 17 000 dollars, rappelle
des précédents en Grand Chelem (John
McEnroe disqualifié en 8es de finale de
l’Open d’Australie pour insultes, les caprices de Martina Hingis lors de la finale de
Roland-Garros 1999 qui après avoir joué
avec les nerfs de Steffi Graf avait terminé
battue et en larmes ou Serena Williams,
déjà, qui avait menacé une juge de ligne
lors de la demi-finale de l’US Open en
2009) ne doit pas occulter l’avènement de
Naomi Osaka. Née d’une mère japonaise et
d’un père haïtien, elle a grandi aux ÉtatsUnis dans la fascination de la famille
Williams. Son père ayant fait de ses filles
deux joueuses de tennis (Mari la sœur
aînée de la lauréate de l’US Open étant
367e mondiale). Avec Naomi Osaka, le
tennis féminin s’est offert un nouveau
sourire. À 20 ans, elle est devenue la première Japonaise titrée en Grand Chelem.
Elle occupera la 7e place du prochain classement mondial après sa deuxième victoi-
Coupe Davis : le forfait de Nadal dégage l’horizon des Bleus
Au complet (en raison des éliminations
rapides à New York), les Bleus
ont samedi lancé la demi-finale
de Coupe Davis contre l’Espagne
(du 14 au 16 septembre à Lille,
sur surface dure) au Centre national
d’entraînement, à Paris. Quelques
heures plus tard, la Fédération
ibérique officialisait le forfait
de Rafael Nadal, blessé au genou droit
et contraint à l’abandon
en demi-finales de l’US Open contre
Juan Martín del Potro. Le quadruple
lauréat de l’épreuve s’est, sur Twitter,
déclaré « très triste de ne pas pouvoir
essayer d’aider l’équipe à atteindre
la finale ». Sergi Bruguera a fait appel
à Albert Ramos (52e joueur mondial)
pour compléter une équipe (Pablo
Carreno Busta, 12e joueur mondial,
Roberto Bautista Agut 22e, Feliciano
Lopez 63e et Marcel Granollers 107e)
qui, privée du légendaire no 1 mondial
(qui ne comptait que trois revers
en 31 matchs contre les sélectionnés
français et collectionne 29 succès
en 34 matchs en Coupe Davis),
ne fait plus figure d’épouvantail.
Ce forfait rappelle aussi que Yannick
Noah et les Bleus ont, ces derniers
mois, largement profité des absences
de joueurs capitaux pour tracer
leur route. L’équipe de France a ainsi
croisé le Canada sans Milos Raonic,
la République tchèque sans Tomas
Berdych en 2016, puis le Japon
sans Kei Nishikori, la Grande-Bretagne
sans Andy Murray et la Serbie
sans Novak Djokovic en 2017… J.-J. E.
re (en deux matchs) contre la légende
américaine, en s’appuyant sur un jeu porté par un service et des coups assénés avec
force, une régularité et un mental qui lui
ont permis de résister à la furie qui embrasait les tribunes. Le sang-froid et la maîtrise de l’événement étaient l’apanage de la
néophyte qui a surfé sur sa première finale
majeure avec la solidité d’une joueuse expérimentée.
Graine de star
Osaka, graine de star. Le premier ministre
japonais, Shinzo Abe, qui se rendait sur
l’île d’Hokkaido où un important séisme a
provoqué des glissements de terrain la semaine dernière, ensevelissant les maisons
d’une petite ville et causant la mort d’au
moins 35 personnes, a posté sur Twitter :
« Merci de donner force et inspiration à tout
le Japon ». Le quotidien nippon Asahi
Shimbun annonçant, lui, qu’une édition
spéciale allait être imprimée et distribuée
dans les rues de Tokyo. Osaka est née
onze jours avant le premier match officiel
de Serena Williams sur le circuit professionnel, en octobre 1997… Sa prochaine
étape, émouvante, sera le tournoi de Tokyo (17-23 septembre). Avec Osaka, les
huit derniers tournois majeurs ont été
remportés par huit joueuses différentes. ■
US Open. Finales dames : Osaka (Jap/20) bat
S. Williams (E-U/17) 6-2, 6-4. Finale hommes (la nuit
dernière) : Del Potro (Arg, 3)-Djokovic (Ser, 6).
L’ÉMISSION
EN
CLAIR
QUI REND L’ACTU
PLUS CLAIRE
YVES CALVI
PRÉSENTÉE PAR
CHAQUE SOIR À 18H30 SUR ¢
L’INFO DU VRAI c’est trois émissions en une avec
L’ACTU, L’ÉVÉNEMENT et LE MAG. Trois parties pour
encore mieux décrypter le monde.
1
TENNIS Depuis 1978, l’US Open cultive à
Flushing Meadows les ambiances frénétiques que New York dans sa démesure mitonne. La finale dames de l’édition 2018
restera dans les annales. Pour l’identité de
la lauréate, Naomi Osaka (20 ans), première Japonaise lauréate d’un tournoi du
Grand Chelem après son succès 6-2, 6-4
contre Serena Williams. Et pour le scénario d’une finale décousue, marquée par la
virulente algarade ayant opposé l’Américaine à l’arbitre portugais Carlos Ramos.
Une escalade verbale et émotionnelle qui,
dans le deuxième set, a vu la joueuse être
avertie à 0-1 pour « coaching » (échange
avec son entraîneur), avant d’écoper d’un
point de pénalité à 3-2 (après avoir jeté sa
raquette), puis d’un jeu de pénalité à 3-4
après une nouvelle altercation avec l’arbitre, que l’Américaine a accusé de
« menteur », de « voleur ».
La règle sur les tournois du Grand Chelem est claire (« Les joueurs ne doivent recevoir aucun coaching durant le match, ni
l’échauffement. Toute communication,
audible ou visible, entre un joueur et son entraîneur sera interprétée comme du coaching »). Au sujet des échanges entre
joueurs et entraîneurs, Chris Evert sur
ESPN (« C’est contraire à la règle mais tout
le monde le fait »), comme ensuite Patrick
Mouratoglou avec honnêteté (« Oui, j’ai
coaché, Serena ne m’a pas vu. 100 % des
coaches coachent sur 100 % des matchs,
toute l’année, et tout le monde le sait. Dans
100 % des cas que j’ai vus, on prévient
d’abord la joueuse. Il ne l’a pas fait, un arbitre est censé avoir un tout petit peu de finesse psychologique pour ne pas ruiner une finale de Grand Chelem ») ont ausculté
l’incident avec pertinence. La règle a, en la
matière, été appliquée sans mansuétude.
Sa brutalité a déstabilisé et fait sortir de ses
gonds Serena Williams, qui aurait dû digérer sa frustration plutôt que de nourrir le
A
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzan
Après avoir battu Serena Williams, samedi lors de la finale de l’US Open, Naomi Osaka a célèbré son premier titre en Grand Chelem.
Crédit photo : Jeff Lanet/¢.
La première Japonaise lauréate d’un
tournoi majeur a triomphé dans un match
empoisonné par Serena Williams.
JULIAN FINNEY/AFP
US Open :
Naomi Osaka,
un sacre
électrique
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lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
18
SPORT
Ballon d’Or 2018 : les Bleus peuvent rêver
Trois Français peuvent prétendre à la prestigieuse distinction en fin de saison. Mais ce n’est pas gagné.
GUILLAUME LOISY £@GuiLoisy
FOOTBALL Ronaldo-Messi, Messi-Ronaldo. Après dix ans de chassé-croisé
entre les deux meilleurs joueurs de leur
génération, le Ballon d’Or est bien parti
pour changer de mains cette année. Et
échapper au fougueux Portugais comme
au talentueux Argentin. Quoique… Avec
ses 15 buts en 13 matchs de Ligue des
champions la saison dernière et son nouveau sacre continental avec le Real Madrid (le troisième de suite), Cristiano Ronaldo peut légitimement rêver d’un
sixième trophée de meilleur joueur de
l’année. Il fait d’ailleurs partie des trois
finalistes pour le trophée « The Best »
(avec l’Égyptien Mohamed Salah et le
Croate Luka Modric), l’autre récompense
individuelle annuelle remise par la Fédé-
ration internationale de football (Fifa).
Moins en vue en 2018 malgré un nouveau
titre de champion d’Espagne avec le Barça, Lionel Messi, lui, part sans doute de
trop loin cette fois.
Alors qui pour briser l’hégémonie du
duo infernal ? En France, tout le monde
pense logiquement à nos champions du
monde. Trois Bleus sortent du lot : Antoine Griezmann, Kylian Mbappé et Raphaël
Varane. Chacun a des arguments à faire
valoir (voir ci-dessous) et mériterait de
succéder à Zinédine Zidane, dernier Français à avoir été récompensé d’un Ballon
d’Or en 1998, porté par le titre mondial et
ses deux buts en finale contre le Brésil.
Avant « ZZ », Raymond Kopa (1958),
Michel Platini (1983, 84, 85) et Jean-Pierre Papin (1991) avaient été les seuls Tricolores vainqueurs du trophée créé par le
magazine France Football en 1956. De re-
tour dans le giron exclusif du magazine il
y a deux ans après un « co-branding »
(« co-marquage ») mitigé avec la Fifa, le
Ballon d’Or est revenu à son système de
vote historique : 192 journalistes spécialisés, issus d’autant de pays, choisiront
chacun cinq noms dans une liste de
trente « finalistes » dévoilée en octobre.
Les votants décident selon trois critères :
les performances individuelles et collectives (sur l’année 2018 uniquement), la
classe du joueur et sa carrière. Ils ont jusqu’à mi-novembre pour transmettre à
France Football leur quinté dans l’ordre.
Risque de dilution des votes
Voir un champion du monde soulever la
sphère dorée début décembre à Paris est
envisageable. Mais ce n’est pas gagné
pour autant. Car trôner sur le toit du
monde ne suffit pas toujours. Il faut
d’ailleurs remonter à 2006 pour voir un
champion du monde, Fabio Cannavaro,
remporter le Ballon d’Or la même année.
Pire, l’abondance de biens chez les Bleus
pourrait les desservir avec un risque de
dilution des votes entre les trois candidats. C’est peut-être pour cela qu’aucun
d’entre eux ne figure parmi les finalistes
de « The Best », au grand désarroi de Didier Deschamps.
Pour éviter un tel phénomène d’éparpillement des votes entre leurs champions, les dirigeants du foot italien
avaient discrètement milité en 2006 pour
leur capitaine Fabio Cannavaro. Au détriment de Gianluigi Buffon (2e) et Andrea Pirlo (9e), mais un joueur de la
« Squadra Azzurra » avait été sacré. Un
exemple à suivre pour le football français ? Peut-être. Reste à savoir qui mettre
en avant cette année…
En 2010, Lionel Messi avait profité de la
« concurrence » entre les champions du
monde Andres Iniesta (2e) et Xavi (3e)
pour les coiffer au poteau dans l’obtention du trophée.
Sacré meilleur joueur de la Ligue des
champions 2017-2018, remportée avec le
Real Madrid, et du Mondial 2018 dont il a
disputé la finale avec la Croatie, Luka
Modric n’a pas forcément besoin de ce
genre de coup de pouce pour faire la différence. Son talent suffit à faire de lui le
véritable épouvantail de ce scrutin 2018.
Et le briseur des rêves français. Seule interrogation le concernant, son implication dans une affaire de corruption liée à
son premier contrat de footballeur professionnel lui vaut une inculpation dans
son pays pour le motif de « faux témoignage ». Une procédure qui pourrait ternit son image à l’heure du vote. ■
ANTOINE
GRIEZMANN
27 ans, Atlético Madrid
Palmarès 2018 :
Coupe du monde,
Ligue Europa,
Supercoupe d’Europe.
+
Buteur et meilleur
joueur de la finale
du Mondial, buteur (2)
en finale de Ligue
Europa, une image
exemplaire.
-
Le style de jeu
défensif de
l’Atlético et des Bleus,
n’a pas rayonné sur
l’intégralité du Mondial.
19 ans, Paris SG
Palmarès 2018 :
Coupe du monde,
Ligue 1,
Coupe de France,
Coupe de la Ligue.
+
RAPHAËL
VARANE
25 ans, Real Madrid
Sa performance
au Mondial (4 buts
dont un en finale),
son style spectaculaire,
sa précocité.
-
L’élimination
dès les 8es de finale
en Ligue des champions
avec le PSG, une image
de joueur en devenir
qui lui colle encore
à la peau.
Palmarès 2018 :
Coupe du monde,
Ligue des champions.
+
Son palmarès
au terme d’une
année exceptionnelle,
sa régularité en club
et en sélection.
-
Son poste
de défenseur
central rarement
plébiscité par les
votants, une image
de joueur effacé.
Le golfe de Gascogne en plat de résistance
Les marins de la Solitaire Urgo Le Figaro ont entamé la traversée du golfe en direction de Saint-Gilles.
SERGE MESSAGER smessager@free.fr
À BORD DU BATEAU DE LA DIRECTION DE COURSE
VOILE Les trente-six skippers engagés
sur la 49e édition de la Solitaire Urgo Le
Figaro ont eu un peu de mal à mâchonner les côtes ibères. Partis samedi de la
Ria de Muros-Noia pour leur 3e étape en
direction de Saint-Gilles-Croix-deVie, ils ont en effet rencontré des
conditions plutôt douceâtres comme
mise en bouche. Après seulement une
centaine de milles avalés en 24 heures,
pouvait être apporté néanmoins le plat
de résistance dimanche en fin d’aprèsmidi. Avec devant les étraves, non pas
LE 5/7
MATHILDE
MUNOS
A
Retrouvez le mardi à 6h44
Histoires Politiques avec Marcelo Wesfreid
du quotidien
À SUIVRE SUR TWITTER
#LE57INTER
MICHAEL DALDER/REUTERS, ODD ANDERSEN/AFP, ALEXANDER HASSENSTEIN/BONGARTS/GETTY IMAGES/AFP FORUM
KYLIAN
MBAPPÉ
un morceau pour durs à cuire, mais un
mets de 300 milles, le golfe de Gascogne, débutant dans un vent d’est
conservant une saveur agréable.
Frédéric Duthil (Technique Voile) en
maître d’hôtel conduisait la brigade
alors que se profilait le cap Ortegal, à la
pointe ouest de la Galice. Il avait, accrochés à ses basques, cinq hommes en
moins d’un mille comme Alexis Loison
(Custo Pol), Sébastien Simon (Bretagne-CMB Performance) ou encore Éric
Péron (Finistère Mer Vent). Il était bien
évidemment satisfait de sa route. Rien
à voir avec sa première étape au goût
amer où il avait dû abandonner : « La
nuit de samedi à dimanche, il fallait être
bien concentré sur les choix de bord. J’ai
été un des derniers à aller plus au large
et ça a payé. Nous sommes en bordure
de dorsale et le vent vient de la gauche.
Après, il sera plus nord-est selon les fichiers météo annoncés. Il nous faut
avancer un maximum sur la route. Je
suis assez content car j’ai une bonne vitesse. Mais le golfe nous réserve plein
d’embûches. »
La Suissesse Justine Mettraux (TeamWork) savourait également le bon déroulement du menu. Une bonne habi-
tude chez la Genevoise de 32 ans :
« Cela va plutôt bien. Je suis dans le coup.
Ce n’était pas facile au tout début car
j’étais derrière. Finalement, je me suis
retrouvée devant au cap Finisterre. Il y
avait plein de pièges tout au long de la
route. C’est bien d’être dans le bon paquet. On sait maintenant comment cela
va se passer, il va falloir bien réfléchir
pour les virements, pour bien se caler. »
Le bain forcé de Charlie Dalin
Pendant que des baleines batifolaient
auprès de certains bateaux, Charlie Dalin (Skipper Macif 2015), encore une fois
dans le coup, a été obligé de prendre un
bain forcé, sans être trop marri cependant : « Ce matin, je n’étais pas très véloce. En fait, j’avais des filaments de je
ne sais pas trop quoi collés sur la quille,
impossibles à retirer avec la corde à
nœuds. La seule solution était d’aller faire trempette. J’ai prévenu la direction de
course que j’allais plonger. J’ai mis le
bateau face au vent pour qu’il ralentisse.
J’ai sauté à l’eau depuis l’avant du bateau avec mon beau masque de plongée.
Comme le bateau avance toujours un peu
sur nous, on choppe la quille en passant.
Une fois celle-ci nettoyée, on remonte
par l’échelle à la poupe. En sécurité, je
mets toujours ma corde à nœuds à traîner à l’arrière du bateau au cas où je rate
l’échelle. »
Une autre jeune femme savourait
aussi d’être du festin. Cécile Laguette
(Eclisse) avait moins de 3 milles de débours sur le leader dimanche aprèsmidi : « J’ai bien travaillé toute la nuit
pour recoller, j’en suis contente. On fait
des virements en fonction du vent. En se
plaçant pour contourner une zone de
molle à la pointe de l’Espagne. Il y a de
petites rafales à 12 nœuds mais c’est
plutôt uniforme sur le plan d’eau. J’essaye de rester le plus haut possible car la
pression vient par là. Maintenant, il est
aussi important de travailler la vitesse.
Je fais attention aussi de bien m’occuper
de moi, avec des petites siestes et en
mangeant bien. »
Les conditions allaient être régulières
en début de golfe dans la nuit de dimanche à lundi, en longeant la côte
nord de l’Espagne. Les vitesses devant
s’accélérer lorsqu’ils mettront bien plus
tard le clignotant à gauche pour rejoindre la route directe vers l’île d’Yeu,
dernière marque avant l’arrivée espérée mercredi en fin de matinée. ■
EN BREF
Cyclisme : Pinot vainqueur
de l’étape reine de la Vuelta
Thibaut Pinot (Groupama-FDJ)
a remporté dimanche l’étape
mythique du Tour d’Espagne
en s’imposant aux lacs
de Covadonga. Le Français,
qui a désormais gagné sur les trois
grands tours, a fait la différence
dans la dernière ascension.
Golf : Hedwall s’impose
En signant une carte record
de 62, dimanche, la Suédoise
Caroline Hedwall a remporté (-12)
le Lacoste Ladies Open de France.
Rugby : Toulon se réveille,
Clermont assure
Après deux défaites, Toulon
a souffert mais fini par remporter
dimanche sa première victoire,
contre le champion de France
Castres (28-27). Clermont a battu
le Stade Français (42-20),
confortant sa place de leader.
3E JOURNÉE TOP 14
BORDEAUX-B. (8) 9-9 MONTPELLIER (7)
TOULOUSE (3) 33-26 LA ROCHELLE (10)
RACING 92 (2) 59-7 AGEN (12)
PERPIGNAN (14) 16-22 LYON (9)
CLERMONT (1) 42-20 ST. FRANÇAIS (4)
GRENOBLE (13) 21-24 PAU (6)
TOULON (11) 28-27 CASTRES (5)
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lundi 10 septembre 2018
LE CARNET DU JOUR
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ont l'infinie tristesse
de vous annoncer le décès de
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survenu le 7 septembre 2018,
à l'âge de 79 ans,
à l'Hôpital Américain
de Neuilly-sur Seine.
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deuils
M. Alain de Boussac,
son époux,
Sébastien, Matthieu,
Hugues, Jérôme,
ses enfants,
et leurs familles,
Mme Anne d'Arfeuille,
sa mère,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Florence de BOUSSAC
née de Baritault du Carpia,
le samedi 8 septembre 2018.
La cérémonie religieuse aura
lieu le mercredi 12 septembre,
à 10 h 30, en l'église
de Castillon-de-Castets
(Gironde).
Philippe DUSSAUD
La cérémonie religieuse
aura lieu en l'église Saint-Rémy
de Draveil (Essonne),
le mardi 11 septembre,
à 14 heures.
L'inhumation se tiendra
le mercredi 12 septembre,
à 14 heures, à Nîmes,
dans le caveau familial du
cimetière du Pont-de-Justice.
Chloé, Anaïs, Noa et Tess
Corréard,
William, Léa et Zachary
Bashford,
Hermance Corréard,
Marthe, Aude, Rose et Bruno
Corréard,
ses petits-enfants,
ses frères, sœur,
neveux, nièces
et tous ses proches
ont l'immense tristesse
de vous faire part du décès de
Brigitte CORRÉARD
née Curtet,
fondatrice
des Laboratoires Dergam,
survenu le 7 septembre 2018,
à Saintes, dans sa 79e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 11 septembre,
à 15 heures, en l'église
Saint-Pierre, à Royan.
Elle reposera au cimetière
Montperrier de Royan,
aux côtés de son époux Alain,
qu'elle a tant aimé.
Cet avis tient lieu de faire-part.
5, rue du Chanoine-Raud,
17200 Royan.
50, rue de Charonne,
75011 Paris.
l'Académie des inscriptions
et belles-Lettres
a le très profond regret
de faire part du décès,
survenu à Paris,
le 6 septembre 2018, de
M. Gilbert LAZARD
membre de l'Institut,
officier de la Légion d'honneur,
commandeur dans l'ordre
national du Mérite,
croix de guerre 1939-1945,
médaille de la Résistance,
commandeur dans l'ordre
des Palmes académiques,
officier dans l'ordre
des Arts et Lettres,
déporté résistant,
ancien élève de l'École
normale supérieure,
professeur émérite de langues
et civilisation iraniennes
à l'université Sorbonne
nouvelle-Paris 3,
directeur d'études émérite
de linguistique et philologie
iraniennes à l'École pratique
des hautes études, IVe section.
Eric, François, Sophie,
ses enfants,
font part du rappel à Dieu de
La comtesse Jacques-Alain
Le Chartier de Sédouy,
née Maïtchou Lehideux,
son épouse,
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de l'Immaculée Conception,
à Boulogne-Billancourt
(Hauts-de-Seine),
dans l'intimité familiale,
le mardi 11 septembre,
à 10 h 30.
Claude LEPAGE
le 5 septembre 2018.
M. et Mme
François Saint-Paul
et leurs enfants,
le vicomte (†) et la vicomtesse
Bertrand
de Villeneuve-Bargemont
et leurs enfants,
M. et Mme Marc de Buffévent
et leurs enfants,
le comte et la comtesse
François-Gilles
Le Chartier de Sédouy
et leurs enfants,
Mme André Hugues,
Mme Albert Tailliandier,
ses sœurs,
ont la tristesse de faire part
du décès du
rappelé à Dieu,
le 6 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 14 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Philippe-du-Roule,
à Paris (8e),
suivie de l'inhumation
dans l'intimité familiale,
au cimetière de Passy,
à Paris (16e).
Le prince Gabriel de Broglie,
chancelier honoraire
de l'Institut de France,
président,
et les membres du conseil de la
Société d'Histoire
diplomatique
ont la douleur de faire part
du décès du
comte Jacques-Alain
LE CHARTIER de SÉDOUY
ancien amabassadeur,
vice-président de la Société
d'histoire dipomatique,
commandeur
de la Légion d'honneur,
rappelé à Dieu
le 6 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 14 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Philippe-du-Roule,
à Paris (8e).
Bénédicte Picon,
née Duffillot, son épouse,
Sophie Picon
et Dominique Ould-Ferhat,
Marie et Jean-Christophe
Meulle,
Stéphanie et Emmanuel Menu,
Jacques Picon,
ses enfants,
Marguerite Loizillon,
Gaspard Loizillon
et Julie Husser,
Camille Loizillon,
Martin Loizillon,
Cécile et Henri de Lacvivier,
Aurélien Bidot,
Frédéric Bidot,
Ludivine Meulle,
Alban Jouven,
Agathe Jouven,
Romain Picon,
Maxime Picon,
ses petits-enfants,
Alice, Gabrielle
Jean de Lacvivier,
ses arrière-petits-enfants,
ses dix frères et sœurs
et toute sa famille
ont la tristesse de faire part
du décès de
Jean-Pierre PICON
fondateur et dirigeant
d'Explorator de 1971 à 1992,
La famille remercie
l'équipe d'oncologie
de l'Hôpital Américain.
comte Jacques-Alain
LE CHARTIER de SÉDOUY
François-Régis et Sylvie
Corréard,
Bettina Bashford,
Stéphane et Sylvie Corréard,
ses enfants,
Le secrétaire perpétuel,
le bureau
et les membres de
19
Ni fleurs ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Toute la famille
a l'immense tristesse
de vous faire part du décès de
Nazélie NARPINIAN
1 novembre 19416 septembre 2018,
er
fille de Ashot Issahakian et
Hratchia Issahakian-Zakarian.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le
mercredi 12 septembre 2018,
à 14 h 30, en l'église apostolique
arménienne,
15, rue Jean-Goujon, Paris (8e),
suivie de l' inhumation
au cimetière de Condé,
59, avenue de Condé,
à Saint-Maur.
hourikzak@gmail.com
Famille Zakarian-Karayan,
6, rue Gît-le-Cœur,
75006 Paris.
Rennes. Plélan-le-Grand
(Ille-et-Vilaine),
Boulogne-Billancourt.
Bruxelles.
Nous sommes priés
de vous faire part du décès de
M. Pierre NOURY
survenu le 6 septembre 2018,
dans sa 98e année.
De la part de
Jocelyne, son épouse,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
ses beaux-enfants
et leurs enfants,
ainsi que toute sa famille.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 11 septembre,
à 10 heures,
en l'église des Sacrés-Cœurs
de Rennes,
suivie de l'inhumation,
au cimetière Nord de Rennes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
survenu à l'âge de 86 ans,
à Bordeaux.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 12 septembre,
à 16 heures, en l'église
Saint-Martin de Haux.
« Le Petit Moustous »,
931 le Bourg, 33550 Haux.
lepetitmoustous@gmail.com
En union avec
M. Gérard Richou (†)
et sa fille Pascale (†),
M. et Mme
Charles-Henry Darondeau,
M. et Mme Patrice
Coutansais-Pervinquière,
M. et Mme
Jacques Roux de Reilhac,
M. et Mme
François Heriard-Dubreuil,
M. Yves Richou,
ses enfants,
ses petits enfants,
arrière-petits-enfants,
arrière-arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Gérard RICHOU
née Janine du Baret de Limé,
le 7 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 12 septembre,
à 15 heures,
en l'église Saint-Médard
de Genté (Charente).
La Rochelle.
Mme Hervé Tilly,
née Joëlle de Pascal,
son épouse,
Eric et Armelle Tilly,
son fils et sa belle-fille,
Ségolène, Clothilde, Eugénie,
Albéric, Madeleine,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Marie et Benoit Drion,
Laure et Arturo Zegarra,
François et Inès
Tezenas du Montcel,
Edith et Didier Miranda,
ses enfants,
et ses treize petits-enfants
ont la tristesse de vous
faire part du décès brutal,
le 5 septembre 2018, de
La messe d'A-Dieu
sera célébrée
le mercredi 12 septembre 2018,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-la-Valette,
à Saint-Chamond (Loire).
chez vous
survenu dans sa 75e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 13 septembre, à 14 h 30,
en l'église de La Genette,
à La Rochelle,
suivie de l'inhumation
au cimetière Saint-Eloi.
Jean-Luc, son époux,
Henri, son fils,
Marine, sa belle-fille,
Mathilde, sa petite-fille,
Marie-Adélaïde, sa filleule,
sa famille et ses amis
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
Jocelyne TOURNET-LAMMER
survenu le 3 septembre 2018.
Une messe sera célébrée
le lundi 17 septembre,
en son souvenir,
à 14 h 15, en l'église
Sainte-Marie-Madeleine
de Gennevilliers,
place Jean-Grandel.
Jocelyne sera inhumée auprès
de son père, au cimetière
de La Garenne-Colombes,
96, rue Jules-Ferry, à 16 h 30.
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du lundi au samedi,
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et des magazines du week-end.
La mise en bière se fera à la
maison funéraire de Nanterre,
42, rue chemin des Cendres,
à 13 heures.
remerciements
Ses frères, sœurs,
neveux et nièces,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Mlle Monique DESFOSSES
6 mois
209s
au lieu de 473,20E
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
messes
et anniversaires
55% de réduction
sur le prix de vente
en kiosque.
En ce treizième anniversaire
du rappel à Dieu de
Ghislaine DHERS-MÉLOT
disparue le 10 septembre 2005,
ceux qui l'ont connue et aimée
auront une pensée particulière
pour elle.
souvenirs
Né le 10 septembre 1916,
Jean JANODY
quittait ceux qui l'aimaient,
le 24 août 2007.
Présence invisible,
son souvenir demeure.
Jean
TEZENAS du MONTCEL
dans sa quatre-vingtième
année.
chaque jouR
M. Hervé TILLY
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
Une messe à sa mémoire
sera célébrée ultérieurement.
Chantal Tezenas du Montcel,
son épouse
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Nom :
notre frère,
nous quittait le 22 septembre,
lors d'un tragique accident
de bateau, à Ouistreham.
Prénom :
Malgré le temps qui passe
nous ne t'oublions pas, Lionel.
Code postal :
Jean, Martine et Yves.
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lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
20
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
Saint-Pierre-et-Miquelon part
à la pêche aux touristes
Le port de Saint-PIerre et ses maisons colorées. L’archipel reçoit environ 9 000 visiteurs par an, l’objectif et de doubler cette fréquentation d’ici à 2030.
Florence Vierron
£@flovierron
ENVOYÉE SPÉCIALE
À SAINT-PIERRE-ET-MIQUELON
A
bord du Nordet, ferry d’un bleu
éclatant qui relie Saint-Pierre à
Miquelon, une vidéo encense les
atouts de l’archipel français du
nord de l’océan Atlantique, au sud
de l’île canadienne de Terre-Neuve. À chaque image, son adjectif :
fascinant, romantique, époustouflant, accueillant,
spectaculaire, gourmand, sauvage, authentique, dépaysant, insolite… « Saint-Pierre-et-Miquelon, des
îles d’exception », vante la dithyrambique présentation. Tous les termes flatteurs ont été utilisés pour
définir la seule terre française en Amérique du Nord
que ses 6 000 habitants appellent « Le Caillou ».
C’est évidemment plus rugueux que « des îles d’exception ». Mais ce jour de juillet, une brume impénétrable, phénomène très courant à cette période,
empêche d’apprécier la singularité du lieu. Impossible de deviner la belle Miquelon depuis la timonerie
du Nordet, pourtant drapée à 360° de baies vitrées.
Le slogan date de 2016, année marquée par une volonté politique de développer le tourisme de ce
confetti d’empire : 242 km2. « Des îles d’exception »
mal identifiées, alors que pendant des années le
monde marin se jetait à leurs pieds pour y pêcher la
morue, foisonnante dans ses eaux. À « seulement »
4 300 km de la France, le territoire français d’outremer le plus proche, c’est le seul à ne pas bénéficier
d’une liaison aérienne directe avec Paris. Pour s’y
rendre, il faut compter le plus souvent sur deux escales au Canada. Mais cet été, enfin, huit allers-retours
sans escale ont été expérimentés. L’essai doit être
transformé à l’été 2019. Il aura fallu dix ans pour les
mettre en place et autant de temps pour que l’archipel ose envisager le tourisme comme une voie de développement. Il représente aujourd’hui 2 % du PIB.
A
« Il faut être ambitieux »
« Saint-Pierre-et-Miquelon est une bizarrerie géographique », n’hésite pas à dire Patricia Detcheverry, directrice de l’hôtel Nuits-Saint-Pierre, qui
constate l’absence de touristes venus par les vols directs. Ceux-ci ont pourtant été « remplis en un rien de
temps », selon Air Saint-Pierre, la compagnie aérienne locale, qui s’est alliée avec ASL Airlines pour
affréter un Boeing 737. « Il faut capter la clientèle dans
la région. Nous connaissons bien les Canadiens, savons
ce qu’ils recherchent », poursuit l’hôtelière. Il semble
effectivement plus facile de vendre le style de vie et
la gastronomie française auprès d’un public géographiquement voisin plutôt que dans le lointain Hexagone. « On veut vendre des îles d’exception, mais derrière il faut que ça suive », renchérit Marion Ughetto,
créatrice de SPM Easy Stay, plateforme de réservation sur Internet qu’elle a ouverte en mai. Activités,
transports et hébergements y sont centralisés. Une
première. Satisfaite de ses débuts, la jeune femme
doit encore convaincre nombre de professionnels.
Passagère du premier vol direct, le 2 juillet, entre
Paris et Saint-Pierre-et-Miquelon, la ministre des
Outre-mer, Annick Girardin, a consacré environ
une heure à saluer la plupart des voyageurs qu’elle
connaissait de près ou de loin. « Nous savions que les
vols directs serviraient surtout à du tourisme familial
cette année. Et tant mieux, car nous n’étions pas prêts
sur l’hébergement. L’important c’est de construire un
À l’heure où le tourisme
de masse met en péril
de nombreux sites,
le minuscule archipel
français situé
en Amérique du Nord
tend la main
aux visiteurs. Élus
et acteurs locaux
ont compris que cette
ouverture sur le monde
est indispensable pour
sortir du marasme
économique qui sévit
depuis le moratoire
sur la morue en 1992.
300 km
Mer du
Labrador
Anticosti
Gaspésie
CANADA
Golfe du
St-Laurent
Terre-Neuve
Îles de
la Madeleine
Îles du Prince
Édouard
St-John’s
St-Pierreet-Miquelon
Halifax
Nouvelle-Écosse
10 km
Miquelon
Grande
Miquelon
OCÉAN ATLANTIQUE
Langlade
St-Pierre
Infographie
St-Pierre
HEMIS.FR/ALAMY
vrai projet touristique. » Et d’ajouter : « Nous nous
sommes toujours positionnés comme totalement dépendants du Canada. Désormais, il faut imaginer l’archipel comme une plateforme en matière de transport
aérien qui permette de rayonner dans la région. Il faut
être ambitieux. »
De l’ambition, oui, mais avec quels moyens ? « On
a commencé à recevoir des fonds européens en 2006,
note Olivier Gaston, directeur d’Archipel Développement, société d’économie mixte créée au début
des années 1990 pour diversifier l’économie du territoire. On savait qu’il y avait un potentiel touristique,
mais aucune priorité n’y était donnée. » Là aussi, dix
ans auront été nécessaires pour bousculer les mentalités. « Depuis 2015, les fonds européens sont focalisés sur le tourisme, explique Malika Halili, directrice
du tourisme de la collectivité territoriale. Nous avons
reçu 26 millions pour un plan d’action 2015-2020, ça
change la donne. » À l’heure où le nombre de touristes explose sur la planète au point que certains sites
cherchent à réguler le trop-plein, Saint-Pierre-etMiquelon essaie de les mettre sur son chemin. Les
îles reçoivent environ 9 000 visiteurs par an, sans
compter les croisiéristes. « L’objectif est d’augmenter
cette fréquentation de 20 % d’ici à 2020 et de la doubler d’ici à 2030 », poursuit Malika Halili.
Sont visés les 500 000 touristes annuels qui sillonnent Terre-Neuve, à une heure de bateau depuis Fortune, avec laquelle un partenariat a été noué. De chaque côté, on attend beaucoup des nouveaux ferries
français, le Nordet et le Suroît, d’une capacité de 188
passagers et 18 véhicules. Mis en service en mai 2018,
ils n’embarquent malheureusement pas encore des
voitures vers Fortune, où le quai n’est pas adapté.
Quand la commune de Terre-Neuve aura trouvé le
million de dollars manquant pour aménager ses infrastructures, demeurera un problème de taille : aucune police d’assurance canadienne ne couvre les véhicules pour l’international. Cela laisse donc le temps à
Saint-Pierre d’aménager un terrain pour les camping-cars prisés des Canadiens lors de leurs déplacements. L’archipel regarde aussi de près le ballet des
bateaux de croisière dans le Saint-Laurent, s’inspirant
de ses voisins québécois qui ont su profiter de ce secteur. Saint-Pierre dispose d’un quai en eaux profondes et se verrait bien comme la dixième escale du fleuve canadien. En 2018, 17 bateaux ont prévu d’y
attacher leurs amarres. Encore faut-il pouvoir chouchouter leurs passagers, 3 000 au mieux, moitié moins
les années creuses. Aujourd’hui, ces navires débarquent au nord de la ville devant un bâtiment abandonné de feue la Spec (Société de pêche et de congélation), un no man’s land qui devrait être en travaux au
printemps 2019 et transformé en véritable terminal de
croisière. Pour l’instant, aucune donnée ne permet de
savoir combien de personnes descendent à terre. Mais
quand elles le font, on sait que ce n’est pas plus d’une
demi-journée.
« Il y a une vingtaine d’années, on conseillait de venir une journée, le temps d’un tour de l’île en bus.
Aujourd’hui, nous préconisons plutôt 4 ou 5 jours. Il y a
beaucoup d’événements et d’activités, confie Malika
Halili. Notre difficulté, c’est l’hébergement et la res-
Désormais, il faut imaginer l’archipel
comme une plateforme en matière de
transport aérien qui permette de rayonner
dans la région. Il faut être ambitieux
ANNICK GIRARDIN, MINISTRE DES OUTRE-MER
»
tauration. » En 2018, Saint-Pierre ne dispose en effet
que de quatre restaurants et de 107 chambres d’hôtels. C’est moins qu’en 2008. « On se vend comme une
destination gastronomique, or nous n’avons pas de
restaurants !, se lamente Patricia Detcheverry, qui
déplore le manque d’initiatives privées. Ici la fracture sociale n’est pas entre les riches et les pauvres, mais
entre le public et le privé. » « Le Caillou » compte un
peu plus de 50 % de fonctionnaires. Mais la difficulté
à attirer de petits entrepreneurs tient aussi aux prix
de l’immobilier qui ont grimpé de 50 % en dix ans,
aux difficultés pour obtenir un prêt bancaire, au faible taux de chômage (5 % en 2016) et à une démographie en baisse. Outre le fait que les jeunes reviennent de moins en moins, en 2016 et 2017, les décès à
Saint-Pierre ont été largement supérieurs aux naissances. La main-d’œuvre manque, surtout dans le
secteur touristique dont les horaires contraignants
rebutent. Ce qui n’empêche pas certains d’être optimistes : un hôtel spa thalasso pourrait ouvrir en 2021.
« Le pays a envie de se relever »
Vingt-cinq ans après le moratoire sur la pêche à la
morue, et après « une période de transition malsaine
où on a remplacé la pêche par du BTP », n’hésite pas à
affirmer Olivier Gaston, « le pays a envie de se relever ». Loin d’une génération nostalgique, certains
voient que le passé a de l’avenir et qu’il est possible
de valoriser le patrimoine et l’histoire, en particulier
la prohibition. De 1922 à 1933, en effet, les îles étaient
devenues une plaque tournante du trafic d’alcool
après la mise en place de la loi Volstead aux ÉtatsUnis, interdisant la production, l’importation et la
consommation d’alcool. En décrivant son « Caillou »
à un ami expert en spiritueux, Yannick Mahé, SaintPierrais installé en France depuis vingt-quatre ans,
s’est dit que « Saint-Pierre avait laissé filer cette histoire ». Les deux aventuriers ont décidé de monter
une distillerie sur l’archipel : « Produire un whisky, ce
serait réveiller l’histoire. » Le projet de 3 millions
d’euros a charmé tous les acteurs locaux. Un whisky
bio et haut de gamme sortira en 2020, pour le centenaire de la loi Volstead. À la clé, quatre emplois, des
animations touristiques, de la visibilité et aussi la
fierté de vendre une production locale. Comme le dit
Annick Girardin : « Un territoire qui ne produit pas et
n’exporte pas, c’est un territoire qui se meurt. » Yannick Mahé, lui, veut pénétrer le marché nord-américain. « Nous avons la prétention de croire qu’un produit de qualité contribue à développer l’image des
îles », note-t-il, admettant que « c’est un gros
pari ».
Viser le qualitatif plutôt que le quantitatif, une évidence pour tous. « Ça restera un tourisme de niche, et
tant mieux, car il faut garder le caractère sauvage de
nos îles », affirme la ministre. La destination s’adresse
effectivement aux amoureux de la nature. Passionné
de marche dans les milieux arctiques, Gilles Gloaguen
propose depuis cet été des randonnées et démontre
que même des locaux peuvent être surpris : « Il existe
des endroits que peu de gens connaissent en dehors des
chasseurs. » À l’insolite, il ajoute sa passion de la faune
et de la flore et espère séduire un public très spécifique. De là à en vivre toute l’année, c’est une autre affaire. Les conditions climatiques en hiver sont rudes.
Pourtant le dicton des Saint-Pierrais, « si le temps le
permet… », ne fait pas peur à Gilles Gloaguen. « Et
alors ? L’Islande, le Groenland ou le Spitzberg ont une
météo épouvantable et ils ont plein de touristes ! » À
deux heures d’avion, les îles de la Madeleine pourraient servir de modèle. Également confronté à l’arrêt
de la pêche en 1992, ce grain de sable de 205 km2 pour
11 000 habitants reçoit en moyenne 74 000 touristes
par an. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 10 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
INTERNATIONAL
21
Idlib : comment éliminer les djihadistes
sans que les civils soient massacrés ?
£@Malbrunot
PROCHE-ORIENT Moscou et Damas
préparent une offensive militaire contre
la dernière province entre les mains des
opposants à Bachar el-Assad sur laquelle les bombardements ont commencé.
Plus de 15 000 djihadistes y sont regroupés. Mais aussi des centaines de
milliers de civils. Les Occidentaux redoutent une catastrophe humanitaire.
SONT LES
FORCES EN PRÉSENCE ?
❙ QUELLES
Frontalière de la Turquie, la province
d’Idlib, la dernière entre les mains des
insurgés, est un cul-de-sac. Les antiAssad, combattants ou civils, n’ont
plus d’autre région pour se réfugier. La
Turquie voisine a fermé sa frontière.
Quelque 2,5 millions de personnes y
vivent, dont une moitié, déjà transférées d’ex-bastions rebelles repris par
Damas (Alep, la Ghouta, et dernièrement Deraa). L’insurrection se partage
en deux groupes principaux : Hayat
Tahrir al-Cham (HTC) et le Front national de libération (FNL). Le premier
groupe compte environ 15 000 djihadistes, accompagnés de leur famille,
qui sont issus pour la plupart de l’exbranche syrienne d’al-Qaida, le Front
al-Nosra. Parmi eux, il y a environ
6 000 étrangers, dont de nombreux
Tchétchènes et des Ouïgours, des musulmans chinois qui tiennent la ville de
Jisr al-Choughour, des Jordaniens, des
Palestiniens, mais aussi des Européens,
dont quelques dizaines de Français.
Leur chef, Mohammed al-Joulani, un
Syrien, a des liens avec les services de
renseignements turcs, mais il refuse de
se laisser dicter son agenda par Ankara. Ce qui n’est pas le cas du deuxième
groupe, le Front national de libération,
clairement dans l’orbite turque. Il est
composé de groupes islamistes nondjihadistes (Ahrar al-Cham, Faylaq alCham, Nour al-Dine al-Zinki) et de
brigades, plus modérées, qui combattaient sous le label de l’ex-Armée syrienne libre.
Les djihadistes contrôlent environ les
deux tiers de la province, en particulier
le nord frontalier de la Turquie, dont le
poste-frontière de Bab al-Hawa, d’où
ils prélèvent des taxes, les villes
d’Idlib, de Ariha, Marat en-Noman et
Saraqeb, un important nœud routier
sur l’autoroute Damas-Alep que le régime tient à reconquérir. La Turquie
dispose de 12 postes d’observation
dans la province. « Quand elle veut les
ravitailler, elle doit négocier avec les djihadistes », rappelle Fabrice Balanche,
spécialiste de la Syrie. Le régime a
massé des troupes autour de cette poche, dont certains ex-rebelles de Deraa
qui prouvent leur loyauté nouvelle envers Assad en combattant en première
ligne leurs « ex-frères d’armes ». La
Russie a repris la semaine dernière ses
bombardements. Joint par WhatsApp,
Hussein, un activiste d’Idlib témoigne :
« De nombreux civils commencent à fuir
vers Afrine et les régions rurales du
Nord-Est. Mais tous les combattants
sont prêts à se battre, le Front de libération n’a pas cédé aux pressions pour renoncer au combat, personne n’acceptera le retour d’el-Assad. » À voir…
ISOLER
OU NEUTRALISER
❙LESCOMMENT
DJIHADISTES ?
C’est la grande inconnue. Leur élimination est un objectif partagé par les ÉtatsUnis et la France, laquelle a fait de la lutte antiterroriste sa priorité en Syrie.
Mais le problème est que des frappes intensives russo-syriennes vont causer la
mort de nombreux civils. L’ONU évalue
à 800 000 le nombre de personnes qui
pourraient également être contraintes
de fuir. Et pour aller où ? « Je cherche à
aller en Turquie puis en France, confie
Hussein, arrivé de Deraa, il y a deux
mois, mais la route est dangereuse, les
djihadistes tiennent les barrages, et ça
coûte 500 dollars par personne. » « Qu’il
aille voir les djihadistes, ils ont de l’argent », lui a conseillé un opposant, hors
de Syrie, qui rappelle les valises de dol-
lars parvenues aux radicaux dans les
années 2013-2014 en provenance du
Golfe. Certains insurgés passeront clandestinement en Turquie, et parmi eux se
mêleront des djihadistes étrangers, qui
pourraient revenir en France, en Belgique et ailleurs. Là est le « risque sécuritaire », évoqué par Jean-Yves Le Drian,
le ministre des Affaires étrangères. « Je
n’ai pas vu de Français là où je suis, raconte Hussein, mais il y en a ailleurs, je
discute régulièrement avec un Belge, un
Allemand, un Russe et un autre originaire
du Kazakhstan. » Les rassembler en un
seul lieu est quasiment impossible. Et de
toute façon, comme à Alep ou dans la
Ghouta, des civils, pris comme boucliers
humains par les djihadistes, seront empêchés de quitter leurs secteurs. Quant à
Damas, son aviation prendra peu de
précautions dans ses bombardements.
Grâce à la création d’une « banque
d’objectifs », fruit de la coopération
entre services turcs et russes, plus
d’une trentaine de cadres djihadistes,
parmi les plus radicaux, ont été liquidés par Moscou et Damas, depuis un
an. En représailles, al-Nosra a exécuté
de nombreux rebelles, jugés peu fiables, ou sensibles aux sirènes de la
« réconciliation » avec Damas.
À la frontière, la Turquie a massé des
troupes pour empêcher les réfugiés et
les djihadistes de s’infiltrer. Côté syrien, cette zone frontalière, sanctuaire
des djihadistes, est stratégique. Ankara
voudrait la transformer en zone tampon, comme la Turquie l’a fait au printemps au nord-est à Afrine, en expulsant les Kurdes. « Il faudrait que l’armée
syrienne attaque à la frontière turque,
recommande Fabrice Balanche, mais
dans ce cas, Damas ne voudra plus en
repartir, et les Turcs seront furieux. Il
faudrait que ce soit eux qui attaquent. »
Quoi qu’il en soit, une dispersion de la
diaspora djihadiste « place les Européens face à des solutions amères »,
écrivait récemment le journal gouvernemental syrien al-Watan, un dilemme
qu’il résumait ainsi : « Ou bien coopérer
avec l’État syrien pour alléger le fardeau
(djihadiste, NDLR), ou alors persister
dans une démarche qui met la sécurité de
l’Europe en jeu. » L’affaire des quatre
membres de MSF arrêtés cet été en
zone loyaliste à Qamichli, chez les Kurdes du Nord-Est, puis emprisonnés à
Damas et finalement relâchés, donne
un avant-goût d’un possible malaise à
venir. Si l’Allemand a été rapidement
libéré, grâce au maintien d’une certai-
La bataille contre
le dernier refuge
des djihadistes
en Syrie,
dont de nombreux
étrangers, promet
d’être longue
et meurtrière.
2 Damas passe
1 La dernière
poche rebelle
3 Vers une crise
à l’offensive
Limite du gouvernorat d’Idlib
LE CONTRÔLE DU TERRITOIRE
(situation le 7 septembre 2018)
Régime syrien et ses alliés
Rebelles syriens dont islamistes...
... et armée turque
Postes d’observation turcs créés dans
le cadre des zones de désescalade
Forces démocratiques syriennes*
avec une présence d’élements
soutenant le régime syrien
LES FACTIONS REBELLES D’IDLIB
humanitaire ?
RÉFUGIÉS ET DÉPLACÉS SYRIENS
Ligne de front entre le régime
syrien et les forces rebelles
Axe stratégique pour le régime,
autoroute M5 reliant Damas
à Alep et à la Turquie
Principaux camps de réfugiés en Turquie,
qui accueille déjà sur son territoire
3 millions de réfugiés
Zones où se concentrent les déplacés
dans la poche d’Idlib, ce qui porte
sa population à 3 millions d’habitants
LES FORCES DU RÉGIME ET DE SES ALLIÉS
Bases, checkpoints ou postes d’observation :
russes
LA TURQUIE FERME SA FRONTIÈRE
2018, fin de la construction par la Turquie
d’un mur de séparation de 768 km le long
de la frontière syrienne
Poste-frontière partiellement ouvert
iraniens et des milices chiites (Hezbollah...)
Concentration de troupes de l’armée syrienne
Zones où se concentrent les attaques
du régime depuis le 1er septembre
Poste-frontière fermé
(situation à la mi-août 2018)
Front national de libération,
fusion de différents groupes
rebelles islamistes, soutenu
par la Turquie
Jaich al-Ezzah, groupe rebelle
membre de l’Armée syrienne libre
Hayat Tahrir al-Cham (Hetech ou HTS),
groupe djihadiste (ex-Front al Nosra)
lié à al-Qaida
Autres groupes islamistes
(dont les Ouighours du Parti
islamique du Turkestan)
Kilis
Rajo
TURQUIE
Canton kurde d’Afrine occupé
par l’armée turque à la suite de
l’opération « Rameau d’Olivier »
Azaz
(20 janvier-18 mars 2018)
Marea
Afrine
Tall Rifaat
Jindires
Antakya
Nobl
Harim
Alep
Al-Safira
Me r Mé d i te r ra n é e
Hader
M5
Idlib
Saraqeb
Jisr al-Choughour
Ariha
Déploiement de la flotte russe
en Méditerranée orientale en
soutien aux opérations terrestres
et pour bloquer toute tentative
d’intervention étrangère
Abu ad-Duhur
Marat en-Noman
Haffa
Lattaquié
Khan
Cheikhoun
Shatha
Base navale
Base aérienne
de Hmeimim
Qardaha
(fief natal
de la famille
el-Assad)
SYRIE
Suqaylabiya
Tall Salhab
Baniyas
*YPG kurde et ses alliés arabes
(soutenus par les Américains et les Français)
Muhrada
Suran
Infographie
M5
Hama
CLÉ EST À ANKARA,
MAIS QUE PEUT FAIRE
❙LALA
TURQUIE ?
Le président Recep Tayyip Erdogan
réclame du temps avant le démarrage
d’une offensive militaire. La Turquie
est embarrassée. Ses services ont
d’abord cherché à éliminer la branche
locale d’al-Qaida en créant le Front
national de libération, qui a remporté
certaines victoires. Mais il n’a pas pu
empêcher les djihadistes de renforcer
leur emprise sur le nord, le long de la
frontière turque. Au sud de la province, la ligne de front est tenue surtout
par les insurgés, pro-turcs. Si l’armée
syrienne donne l’assaut au sol, elle affrontera d’abord les pro-turcs dans le
Ghab, au nord de Hama, et à l’ouest
d’Alep. Ce qui rendra furieux Erdogan.
Dernièrement, la Turquie a bien cherché à convaincre les djihadistes de se
dissoudre dans le FNL. « Non », a répondu fin août leur chef, Mohammed
al-Joulani. Ankara, qui continue toutefois d’amadouer certains cadres djihadistes, a placé la faction ultraradicale sur la liste de ses organisations
terroristes. Après ces échecs, pour affronter les djihadistes, la Turquie mise
sur une coalition d’intérêts entre ses
relais rebelles et l’armée syrienne, en
échange de quoi les insurgés pro-turcs
continueraient de contrôler leur zone.
Mais comme l’affirme Hussein, les
pressions ont visiblement échoué. Et,
renchérit Fabrice Balanche, « cette
zone au sud d’Idlib est la région que veut
récupérer le régime parce qu’elle menace Hama et qu’il y a l’autoroute AlepDamas ». Inflexible, Assad n’est de
toute façon prêt à accepter rien d’autre
qu’une « capitulation » de ses ennemis.
Dans ces conditions, pour éviter une
confrontation russo-turque, un scénario semble se dessiner. L’armée syrienne et l’aviation russe commenceraient
par attaquer la ville de Jisr al-Choughour, tenue par les Ouïgours alliés des
djihadistes, d’où ceux-ci attaquent la
base aérienne russe voisine de Hmeimim. Cela permettrait de tester la réaction des factions rebelles pro-turcs. Accepteraient-elles de combattre les
djihadistes ? Seraient-elles prêtes à remettre leurs armes lourdes ? « Le comportement des djihadistes s’est amélioré,
note Hussein, avant, on avait des problèmes avec eux, maintenant, ils se concentrent sur les barrages et se mêlent moins
des affaires civiles. » Une façon de
mieux se faire accepter.
COMMENT ÉVITER
UNE CATASTROPHE
❙HUMANITAIRE
?
Reyhanli
(Antioche)
Bab al-Hawa
ne dose de coopération entre les services syriens et le BND d’outre-Rhin, le
Soudanais dut attendre plusieurs mois.
Dans la bataille d’Idlib, la capture de
djihadistes européens par Damas compliquerait singulièrement l’équation
pour les pays concernés.
Sources : syria.liveuamap.com,
Integrity UK, Omran Center for Strategic Studies,
@ETANA_Syria, OCHA, Humanitarian Information Unit,
AFP, Reuters, Sputnik et openstreetmap.org,
« La Turquie aurait besoin de six mois
encore pour démanteler la branche locale
d’al-Qaida, estime l’opposant en exil,
mais la Russie ne veut pas lui concéder de
répit », comme l’a souligné le sommet
de Téhéran vendredi entre MM. Erdogan, Poutine et Rohani, qui s’est soldé
par un échec. Immédiatement après,
Moscou a intensifié ses raids. À Ankara,
certaines sources font état d’un délai
supplémentaire d’une semaine donnée
par la Turquie pour que les djihadistes
de HTC rejoignent le FNL pro-turc.
« Cette poche d’Idlib rassemble parmi les
plus grosses pointures du djihad : le Jordanien Abou Khadija, le Saoudien al-Muhaisni, et probablement Saïf al-Adel,
l’ancien chef de la sécurité d’Oussama
Ben Laden, ainsi que Hamza, le fils de Ben
Laden », affirme l’opposant. Depuis plus
d’un an, les États-Unis ont éliminé au
drone de nombreux cadres ou vétérans
d’al-Qaida. Washington a donné son
blanc-seing à l’offensive qui se prépare,
sauf sur l’utilisation d’armes chimiques
par le régime syrien. Mais, avertit un
expert, proche du pouvoir syrien, « la
province d’Idlib, c’est quasiment la superficie du Liban, avec beaucoup de
camps de réfugiés. Le régime va s’épuiser. Cela va être long. » Une certitude : la
reprise de cette province signerait l’acte
de décès de la rébellion anti-Assad, qui
n’aurait plus de sanctuaire. ■
A
Georges Malbrunot
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
22
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Matteo Salvini, le petit César
on parti a obtenu 17,4 % des
voix à la Chambre des députés
aux élections de mars 2018,
il est crédité aujourd’hui de
33,5 % des intentions de vote
selon Ipsos. Les Italiens sont
57 % à apprécier son action de ministre
de l’Intérieur. Ses déclarations et ses
décisions sur les immigrés sont
plébiscitées. Partout où il passe dans la
péninsule – l’intéressé est en campagne
permanente -, des foules enthousiastes
l’accueillent. Selon l’institut Demos & Py,
une grande partie des Italiens voient
en lui « l’homme fort » de l’Italie et
« l’homme du futur ». Ses soutiens
proviennent surtout des petits
commerçants, des artisans, des
travailleurs indépendants, des femmes au
foyer, des ouvriers, des personnes les
moins instruites et des habitants de
communes de moins de 10 000 habitants,
nous apprend Ipsos. Comment expliquer
cette popularité en apparence irrésistible
de Matteo Salvini ?
Les Italiens depuis presqu’une
décennie vivent une profonde crise
économique engendrant une souffrance
sociale qui perdure, malgré une timide
reprise de la croissance et un commerce
extérieur florissant. En sont rendus
responsables entre autres les partis du
centre gauche et du centre droit qui ont
gouverné le pays. D’où l’aspiration à un
changement radical et la quête éperdue
de la nouveauté. Matteo Salvini réussit
justement à se présenter comme un
homme neuf alors qu’il est depuis vingthuit ans en politique. Parce que élu
à la tête de son parti, alors en pleine crise,
en 2013, il a négocié un virage complet,
transformant la Ligue du Nord en Ligue
de Matteo Salvini. Celle-ci cesse
d’attaquer les
Méridionaux et le
« parasitisme » de
Rome et s’en prend
Le ministre de l’Intérieur italien jouit d’une popularité avec virulence à
l’Union européenne
impressionnante. Le directeur du Centre d’histoire
et aux immigrés.
de Sciences Po*, président de la School of Government
L’Union a
de la Luiss (Libera Università Internazionale degli
profondément déçu
les Italiens qui, après
Studi Sociali) à Rome, en analyse les causes.
S
MARC LAZAR
d’une nation italienne dont il donne une
définition ethnico-culturelle, la religion
catholique, dans sa version traditionnelle,
différente de celle du pape François,
constituant selon lui l’un de ses piliers
fondamentaux. Il ne cesse de proclamer
la prééminence de la souveraineté
nationale : « D’abord, les Italiens »
est l’un de ses slogans favoris.
Matteo Salvini s’avère un
communicant remarquable. Il est
partout : à la télévision, à la radio,
sur les réseaux sociaux ou en meetings.
Actif et réactif continûment. Avec un
langage simple, efficace, brutal, ironique,
cinglant. Par la mise en scène
systématique de sa propre personne,
souvent vêtu d’un jean et d’une chemise
largement ouverte, ou encore torse nu
sur les plages, évoquant ainsi dans
l’inconscient collectif les célèbres images
du Duce faisant la moisson.
Afin d’élargir davantage son socle
électoral, il s’efforce de combiner une
position d’extrême droite par rapport
aux étrangers, par
exemple, de
La quête de l’autorité constatée
populiste,
notamment en
aujourd’hui en Italie témoigne
la
d’une fascination pour le « decisionismo ». opposant
légitimité conférée
Donc pour l’homme qui exhibe sa force
par le suffrage
universel aux
et s’affranchit des exténuantes
magistrats non élus
délibérations parlementaires
qui le poursuivent,
mais également
de dirigeant responsable déclarant
européanisation et chocs migratoires
désormais vouloir « respecter les
ont amené les Italiens à s’interroger
contraintes » de la Commission
à nouveaux frais sur leur identité.
européenne.
Une question récurrente depuis l’unité
Matteo Salvini est surtout un homme
italienne en 1861. Une sensibilité
politique de notre temps. Celui de ce
nationale s’affirme d’autant plus que les
qu’avec Ilvo Diamanti nous appelons
Italiens ont le sentiment d’être humiliés
la « peuplecratie », que les populistes en
par « l’arrogance » de leurs voisins
Italie comme ailleurs promeuvent, qu’ils
(à commencer par la France), de subir un
gagnent ou pas les élections. Ils imposent
déclin - économique et démographique
en effet leurs thèmes, leur style, leur
(avec des taux de natalité de 7,8 pour
manière de faire de la politique, leur
1 000 et de fécondité de 1,34 enfant
temporalité, leur vision simplificatrice
par femme, les plus bas de l’Union
complotiste et binaire du monde,
européenne) par exemple ; ou encore
l’idée que le peuple souverain est toutd’avoir été abandonnés face à l’arrivée
puissant, sans limite aucune. De la sorte,
des réfugiés.
la démocratie libérale et représentative
Or Salvini se présente comme le héraut
avoir été les plus europhiles du continent,
ont basculé désormais dans
l’euroscepticisme. Ce changement
historique s’est produit en quatre temps.
D’abord, avec l’introduction des critères
de Maastricht, qui ont mis un terme à des
dépenses publiques considérables qui
profitaient aux Italiens ; ensuite, avec la
monnaie unique mal vécue par les
consommateurs transalpins, d’où leur
très faible attachement à l’euro ; puis à
cause de la crise financière et économique
de 2007-2008, qui a durement frappé la
péninsule ; enfin en raison de celle
ouverte avec l’arrivée des migrants à
partir de 2013. Pour les Italiens, l’Europe
n’est plus, comme auparavant,
synonyme de prospérité et de protection.
Par ailleurs, nombre d’entre eux
ressentent comme un traumatisme les
5 millions d’immigrés réguliers, quatre
fois plus qu’en 2001, le demi-million de
clandestins et le flux de migrants arrivés
sur les côtes italiennes. En outre, depuis
plus d’un quart de siècle, globalisation,
«
»
vacille. Et émerge donc, comme
potentialité encore pour le moment,
la « peuplecratie », synonyme de
démocratie immédiate, sans corps
intermédiaires, qui instaure une sorte
d’agora digitale au sein de laquelle joue
un rôle plus fondamental que jamais
le leader, en l’occurrence Matteo Salvini.
Enfin, la popularité de celui-ci s’inscrit
dans une longue durée historique. Car
une large proportion d’Italiens tendent
parfois à suivre des hommes qui leur
promettent des miracles : Mussolini
dans l’entre-deux-guerres, le socialiste
Bettino Craxi dans les années 1970-1980,
et plus récemment Silvio Berlusconi
ou Matteo Renzi. Ces leaders diffèrent
radicalement par le contenu de leurs
politiques comme par leurs
personnalités. Néanmoins, tous
incarnent à des degrés divers des figures
d’hommes providentiels, porteurs
d’une forme de césarisme conçu comme
réponse à de profonds moments
de crises. Cela atteste le faible ancrage
du libéralisme politique dans ce pays.
Et une certaine fragilité de la démocratie
italienne, qui ne l’a cependant pas
empêchée de relever de redoutables défis
dans le passé, dont celui du terrorisme
des années 1970-1980.
La quête de l’autorité qu’enregistrent
actuellement toutes les enquêtes
d’opinion ne signifie pas l’autoritarisme.
Mais elle témoigne d’une fascination
récurrente pour le « decisionismo »,
comme on dit en italien. Et donc pour
l’homme qui exhibe sa force, voire
sa virilité. Qui allie la puissance du verbe
et l’aptitude à l’agir. Qui s’affranchit
des exténuantes délibérations
parlementaires et se dispense des
multiples médiations. Matteo Salvini
est actuellement cet homme-là. Jusqu’à
quand ? À quel prix ? Autant de questions
sans réponse. Pour l’instant.
* Marc Lazar a publié en Italie, au
printemps, avec son coauteur Ilvo Diamanti,
« Popolocrazia » (Laterza, 176 p., 15 €),
salué par la critique. La traduction française
de cet ouvrage important, intitulée
« La Peuplecratie », paraîtra en février 2019
chez Gallimard.
Alors que le président s’essouffle, la révision
de la Constitution plus nuisible que jamais
uspendue au milieu de l’été,
la réforme institutionnelle
demeure, selon le premier
ministre, une priorité et doit,
à ce titre, de nouveau être
soumise à l’Assemblée
cet hiver. Les difficultés rencontrées
aujourd’hui par le président et le
gouvernement devraient
les inciter à se poser une seule question :
est-elle le bon outil pour améliorer
l’action des gouvernements ?
Il est permis d’en douter. Une étude
de ses objectifs et dispositifs montre
qu’elle est le produit d’une tentation
technocratique, forme particulière
que revêt le populisme des élites.
La révision de la Constitution prétend
permettre une meilleure efficacité
des pouvoirs publics. Prenons l’exemple
de l’action de l’État en Seine-SaintDenis. Je l’ai démontré dans un récent
rapport parlementaire : le bilan est
accablant. Face au constat
d’impuissance publique sur ce sujet
comme sur d’autres, le président
et sa majorité dénoncent l’inefficacité
supposée du Parlement. Mais si un élève
de Seine-Saint-Denis perd sur sa
scolarité plus d’une année
en raison de l’absence de professeurs,
en quoi le Parlement est-il responsable ?
Le constat d’inefficacité est juste, mais
le diagnostic est faux : la responsabilité
n’incombe pas au Parlement mais à
l’exécutif, qui ne sait plus piloter l’État.
Il serait urgent, nous dit-on, de lutter
contre la lenteur de la procédure
législative, qui freinerait l’ardeur
de l’exécutif. Pourtant, le délai moyen
d’adoption d’un texte est de 149 jours
en France, 156 en Allemagne,
180 en Italie
et 400 aux PaysBas.
Alors pourquoi
ce sentiment
L’administration ne peut pas dire toute la vérité
de lenteur et
sur les sujets qui conditionnent l’avenir.
d’inefficacité ? Fait
Seul le Parlement en a la possibilité, explique
peu connu, l’actuel
le député LR de la Haute-Marne*.
gouvernement est
DESSINS CLAIREFOND
S
A
FRANÇOIS CORNUT-GENTILLE
extrêmement lent à publier les décrets
mettant en œuvre ses propres lois.
Surtout, la lenteur et l’inefficacité
viennent d’une loi bavarde devenue
outil de communication
gouvernementale. Dans son avis sur
le projet de loi « pour une immigration
maîtrisée », le Conseil d’État dit qu’il
aurait souhaité « trouver dans le contenu
du texte […] le reflet d’une stratégie
publique fondée sur l’exacte mesure
des défis à relever et sur des choix
structurants orientant les services
publics vers un exercice plus efficace
de leur mission ». En termes choisis,
on ne saurait mieux dire : une nouvelle
loi d’initiative gouvernementale
sur un sujet majeur pour rien.
Le Parlement n’est que très
partiellement responsable
de l’inefficacité générale. Ce sont bien
l’exécutif et sa technostructure
qui sont en cause. Or rien ne vient
corriger ce fait. Bien au contraire,
le gouvernement veut faire tourner
plus vite une machine qui tourne déjà
à vide. L’exécutif préfère limiter le droit
d’amendement des parlementaires
qu’exiger de ses services qu’ils rédigent
des décrets clairs, concis et dans des
délais raisonnables.
Le deuxième objectif affiché
par la révision constitutionnelle
est de garantir des institutions
plus représentatives. Dans le contexte
de « dégagisme » de 2017 sont apparues
la vieille idée de la proportionnelle
et la proposition du non-cumul dans
le temps, plus récente, pour débloquer
un système que l’on croyait figé.
Or les résultats des élections ont prouvé
que le dispositif actuel n’empêche pas
le renouvellement. Il l’a même permis
à grande échelle. En outre, la
proportionnelle ajoute un élément
de confusion supplémentaire, comme
en Allemagne, en Italie et en Espagne.
Quant au non-cumul dans le temps,
il concernerait moins de
60 parlementaires sur 925. Dès lors,
pourquoi légiférer sur ces marottes ?
à l’Inspection des finances, en passant
par les inspections des différents
ministères, la France ne manque pas
de corps de contrôle. Le paradoxe
est que l’exécutif et son administration
sont pourtant incapables d’établir
un diagnostic sur l’immigration,
mais aussi la sécurité, l’école ou la
justice. Pour être utile, par conséquent,
le contrôle parlementaire ne doit pas
partir d’un organisme ou d’une
structure à améliorer comme le font les
inspections des ministères. Il doit
évaluer une situation, poser
un diagnostic pour se demander
ensuite si les outils de l’action publique
sont adaptés. Son apport consiste
précisément à mettre en lumière
ce que les administrations centrales
et l’exécutif ne
veulent pas voir.
En affaiblissant le Parlement
C’était l’ambition
du récent rapport
sous couvert de le restaurer,
sur l’action de
la réforme constitutionnelle laisse
l’État en Seineà une technostructure déjà hégémonique Saint-Denis.
Il ne s’agissait pas
un pouvoir sans limites
d’évaluer
techniquement
l’école, la police ou la justice ; cela a déjà
les pouvoirs de contrôle et d’évaluation
été fait à satiété. La nouveauté consistait
du Parlement au prix d’une restriction
à dire ce que l’administration ne peut
du temps législatif. L’idée est
pas dire mais qui est vécu par les agents
séduisante. Mais elle consiste
de l’État, les élus et la population.
à demander au Parlement de renoncer
En affaiblissant le Parlement sous
à quelques droits législatifs, certes
couvert de le restaurer, la réforme
modestes mais réels, pour des
constitutionnelle laisse à une
perspectives sans doute engageantes,
technostructure déjà hégémonique
mais à ce jour sans applications
un pouvoir sans limites. C’est une sorte
concrètes. Car ce qui est présenté
de putsch technocratique auquel
comme une véritable révolution n’est
il nous est donné d’assister. Le rejet sera
qu’une énième tentative dont le succès
violent. Ainsi, par un étrange paradoxe,
est loin d’être assuré. Cette majorité
ce pouvoir qui se targue de combattre
n’est pas la première à vouloir un
le populisme risque de lui ouvrir la voie.
Parlement qui contrôle. Souvenonsnous de Philippe Séguin en 1995,
* Coauteur, avec Rodrigue Kokouendo
de la loi organique relative aux lois
(LaREM, Seine-et-Marne) du récent
de finances en 2001, ou de la réforme
rapport d’information de l’Assemblée
constitutionnelle de 2008.
nationale sur « l’évaluation de l’action
Personne n’a réfléchi à ce que
de l’État dans l’exercice de ses missions
l’on doit attendre d’un contrôle
régaliennes en Seine-Saint-Denis »,
parlementaire. De la Cour des comptes
qui a fait événement.
Dans la même veine, le
gouvernement fait de la baisse
du nombre de parlementaires un but
en soi. Or la France compte un député
pour 113 000 habitants ; l’Allemagne,
un pour 114 000 ; le Royaume-Uni, un
pour 96 000. Avec la réforme, le ratio
français sera d’un pour 162 000. En quoi
les Français vont-ils se sentir mieux
représentés ? La volonté de plaire
à bon compte est évidente ; l’équilibre
institutionnel recherché, beaucoup
plus flou.
Le troisième objectif de la révision
constitutionnelle, assure-t-on, est
d’améliorer le contrôle parlementaire.
Le Parlement est aujourd’hui
extrêmement faible. Cette réforme
prétend le relever en précisant
«
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 10 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Nicolas Baverez
£@NicolasBaverez
La bombe italienne
a terrifiante silhouette du pont
Morandi, dressant ses ruines
déchiquetées au-dessus
de la ville de Gênes, est
devenue le symbole de l’Italie.
Comme dans l’entre-deuxguerres, la péninsule sert de laboratoire
à la corruption de la démocratie avec
la convergence des trois formes
de populismes : extrême gauche avec
le Mouvement 5 étoiles, extrême droite
et sécessionnisme avec la Lega.
En apparence, le gouvernement semble
se rallier à une certaine modération
avec l’abandon du projet de sortie
de l’euro ou de la rupture avec les règles
européennes de stabilité budgétaire. Dans
la réalité, cette accalmie tactique annonce
la tempête. L’Italie est une bombe armée
par quatre détonateurs.
L
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
Le détonateur économique
et financier, d’abord. L’Italie est prise
en tenailles entre les promesses
démagogiques de la coalition
et les réalités économiques et financières.
Le coût du programme est estimé entre
108 et 125 milliards d’euros - dont
50 milliards pour le remplacement
de l’impôt sur le revenu par une flat tax
de 15 % et 20 % ainsi que 17 milliards pour
l’instauration d’un revenu universel. Ces
mesures impliquent de porter le déficit
public de 0,9 % à 6 % du PIB, ce qui
entraînerait une explosion de la dette.
L’économie italienne, enfermée dans une
croissance molle et un chômage de masse
touchant 10,4 % de la population active et
30,8 % des jeunes, est totalement
incapable de financer ces dépenses.
La violation délibérée du pacte
ENTRE GUILLEMETS
10 septembre 1749 : mort d’Émilie du Châtelet, figure du Siècle des Lumières RUE DES ARCHIVES/PVDE
Marquise du Châtelet
Les femmes nulles
suivent la mode,
les prétentieuses l’exagèrent,
mais les femmes de goût
pactisent agréablement
avec elle»
ANALYSE
Jean-Pierre Robin
jprobin@lefigaro.fr
La vraie puissance appartient
aux Gafam, pas à Donald Trump
es Gafam, l’acronyme
désignant Google, Apple,
Facebook, Amazon et
Microsoft, constituent le
nouveau « Club des cinq » qui
passionne la planète. Les « big
five » du Web nous fascinent
doublement : nous sommes tous
consommateurs de leurs produits
magiques et, d’autre part, tant leur
réussite que leur gigantisme nous
stupéfient. Le mois dernier, Apple a été
la première entreprise au monde dont
la capitalisation boursière a atteint la barre
des 1 000 milliards de dollars.
Le 4 septembre, c’était au tour d’Amazon
de franchir ce cap fatidique.
Google et Microsoft sont en embuscade
avec une valorisation qui avoisine pour
l’un et l’autre 850 milliards de dollars.
Quant à Facebook, il reste à la traîne, avec
ses 497 milliards de dollars. Un chiffre,
faut-il le souligner, qu’aucune autre
entreprise des secteurs traditionnels
n’approche à ce jour, pas même aux
États-Unis.
Les commentateurs éberlués s’efforcent
de trouver des points de repère. Ainsi a-ton beaucoup dit que les deux A du Gafam
cumulaient une valeur boursière
pratiquement égale au PIB de la France, la
richesse produite annuellement par notre
pays. Il paraît plus naturel de noter que la
capitalisation des Gafam, 4 200 milliards
de dollars, est pratiquement le triple de
celle de toutes les entreprises du CAC 40
réunies (1 512 milliards d’euros, environ
1 700 milliards de dollars).
Mais la comparaison la plus pertinente
consiste à mettre en parallèle la
valorisation des Gafam et le bilan de la
Fed, la banque de réserve américaine,
dont le total des actifs est du même
niveau. Chacun sait que la Fed exerce une
hégémonie sans pareil sur les affaires
L
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
de stabilité crée par ailleurs un risque
de sortie de l’euro que les marchés ont
immédiatement sanctionné sous la forme
d’une hausse des taux d’intérêt et d’un
retrait de 75 milliards d’euros de capitaux
du pays au cours des seuls mois de mai
et juin derniers.
Le détonateur des migrants, ensuite.
La ligne dure fixée par Matteo Salvini
en matière d’immigration, illustrée par
l’interdiction du débarquement
des réfugiés recueillis en mer, bénéficie
d’un vaste soutien dans l’opinion
italienne, la Lega étant désormais créditée
de 32 % des intentions de vote contre
28% à M5S. Elle a créé un électrochoc
dans l’Union européenne, qui est sortie
du déni sans pour autant apporter de
réponse opérationnelle sur les questions
clés de l’accueil des réfugiés, du retour
des déboutés dans leur pays d’origine,
du contrôle des frontières extérieures.
Le détonateur du populisme,
de surcroît. L’onde de choc de la crise
migratoire et du rejet qu’elle provoque
désormais auprès d’une majorité
d’Européens est en passe de devenir
le socle d’une alliance des populistes,
qui a été mise en scène par la rencontre
entre Matteo Salvini et Viktor Orban
à Milan. Leur projet dépasse la gestion
des flux migratoires ; il cible les valeurs
fondamentales de la démocratie et de
l’intégration européenne. Le ralliement
au principe de la démocratie illibérale
conduit par des hommes forts remet en
question les institutions de l’État de droit.
L’appel à une autre Europe fondée sur la
seule souveraineté nationale enterrerait
la construction communautaire
et les politiques communes.
Le détonateur des élections
européennes de mai 2019, enfin. Matteo
Salvini entend transformer les prochaines
en référendum sur l’immigration, afin
d’obtenir une majorité au Parlement qui
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
l’économie américaine depuis vingt ans.
D’un côté, la baisse des salaires dans la
richesse nationale, dont la part est passée
de 67 % à 61 % du PIB américain, et de
l’autre la médiocrité des investissements
productifs traditionnels en machines
et en infrastructures. En même temps,
on assiste à une concentration
grandissante des entreprises, au profit
de quelques « superstars » dont les Gafam
sont l’expression spectaculaire. Avec
en outre une explosion du « capital
immatériel », en logiciels, en dépenses
de recherche, en marques et en droits
de propriété intellectuelle.
Ces superstars, du fait même de leurs
investissements essentiellement
immatériels, sont de moins en moins
sensibles au niveau des taux d’intérêt
et à la politique monétaire de la Fed.
L’ampleur des profits dégagés par les
groupes du numérique
La valorisation boursière des Gafam leur procure une réelle
indépendance, et leur
est le triple de celle de toutes les
développement se fait au
entreprises du CAC 40 réunies
détriment des secteurs
traditionnels. Ainsi,
Esther George, la présidente de la Fed
Et pourtant, au fur et à mesure qu’ils
de Kansas City, qui est l’organisateur
étendent leur toile dans l’économie
du forum de Jackson Hole, a déploré que
américaine et mondiale, les Gafam
le crédit aux PME américaines soit resté
portent désormais de l’ombre à la Fed
morose en dépit de la reprise économique
elle-même, une institution souveraine s’il
solide de ces dernières années.
en est. Cette question a été le thème
Les Gafam sont devenus si puissants
directeur des débats, du 23 au 25 août,
qu’ils pèsent sur le cours même
au symposium de Jackson Hole,
de la politique économique et monétaire
l’université d’été qui rassemble chaque
américaine aux dépens de la Fed qui
année les banquiers centraux venus
en constituait l’acteur central, en toute
du monde entier dans les montagnes
indépendance du pouvoir politique.
Rocheuses aux États-Unis.
Quant à Donald Trump, plongé dans
Une étude présentée par deux
sa guerre commerciale, il vit dans
économistes, Nicolas Crouzet et Janice
un univers parallèle d’arrière-garde. La
Eberly, professeurs à la Northwestern
vraie puissance des États-Unis a émigré
University, a particulièrement retenu
dans la Silicon Valley. La Maison-Blanche
l’attention des participants. Ils y
n’est plus que la mouche du coche.
expliquent les deux tendances de fond de
monétaires et financières de toute la
planète.
Certes, les modes d’intervention d’une
entreprise industrielle n’ont rien à voir
avec le rôle d’une banque centrale.
Si Apple et Amazon sont plébiscités par
la Bourse, la raison en revient
à l’extraordinaire rentabilité financière
du premier. Quant au second, il est salué
non pas pour ses bénéfices, encore
modestes, mais pour sa domination
écrasante dans le commerce en ligne.
La puissance technologique
et commerciale de ces mastodontes, aussi
gigantesque soit-elle, est d’une tout autre
nature que le pouvoir exercé par la Fed.
Celle-ci a le monopole d’émission
du dollar et le niveau de ses taux d’intérêt
impacte la quasi-totalité des autres
économies nationales, pays émergents en
tête.
«
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
»
Directeur artistique
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(Édition Web)
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lui permettrait de reconfigurer l’Union.
L’axe des populistes incarnerait ainsi
les nations, leur identité et le changement
contre le statu quo, le multiculturalisme
et la bureaucratie de Bruxelles.
Il est vital de désarmer cette mécanique
fatale pour l’Italie comme pour l’Europe.
Les tentatives du gouvernement italien
pour rassurer marchés et partenaires
européens ne peuvent faire illusion. Son
programme rend inéluctable un nouveau
choc financier sur la dette, qui s’élève
à plus de 2 300 milliards d’euros.
La dégradation inévitable de la signature
financière de l’Italie par les agences
de notation accélérera l’envolée des
primes de risque et s’étendra en crise
bancaire. L’implosion financière de la
troisième économie de la zone, qui
comporte une dimension systémique
contrairement à la Grèce, provoquerait
une crise de l’euro plus violente encore
qu’en 2009 qui ne pourrait s’achever que
par l’éclatement de la monnaie unique.
La tragédie italienne est également
exemplaire de la crise existentielle
de la démocratie et de l’Union
européenne. L’Italie a besoin de réformes
plus que de slogans démagogiques
et contradictoires. Mais l’Europe doit
impérativement répondre aux causes
profondes du populisme, à savoir
la croissance molle, la paupérisation
des classes moyennes, le contrôle
de l’immigration et des frontières,
la restauration de la sécurité intérieure
et extérieure.
Défendre sous couvert de progressisme
le statu quo et l’absence de contrôle
de l’immigration contre les nations,
c’est assurer la victoire des populistes.
La démocratie et l’État de droit
ne peuvent l’emporter dans le cœur
et le vote des citoyens que si l’Europe est
réconciliée avec les nations et réorientée
vers la sécurité.
VOX
…HISTOIRE
L’Histoire rend-elle
les perdants magnifiques ?
Grand entretien avec
Emmanuel Hecht, auteur,
avec Jean-Christophe
Buisson, de « Les Grands
Vaincus de l’histoire »
(Perrin)
…LANGUE
FRANÇAISE
« Ne touchez pas
à notre participe passé ! »,
la chronique
de Maxime Tandonnet
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
ÉRIC ZEMMOUR
le jeudi 20 septembre 2018,
20 heures
Salle Gaveau.
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Ce journal
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Édition nationale
1er cahier 24pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
A
CHRONIQUE
23
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 040 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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lefigaro.fr/economie
BUZZ MÉDIA
SOCIAL
LAGACHE, NUMÉRO DEUX
DE RADIO FRANCE, MISE
SUR LE NUMÉRIQUE PAGE 32
UNE PERSONNE
ILLETTRÉE SUR DEUX
EST EN EMPLOI PAGE 27
Thierry Lepaon,
délégué
interministériel
à la langue
française.
DAMIEN CARLES/REA, BELGA/AFP, EUGÉNIE RAGOT ET JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
La France
à la reconquête
de son industrie
Le « made in France » et les nouvelles
technologies poussent les entreprises
à relocaliser leurs productions
dans l’Hexagone. PAGE 26
Budget : la ministre des Sports cherche des solutions
Moins d’une semaine après sa nomination, la nouvelle ministre des
Sports, Roxana Maracineanu, affronte sa première tempête. À
l’origine, une lettre de cadrage
envoyée par Matignon le 26 juillet
à sa prédécesseure, Laura Flessel,
qui prévoit une baisse du budget
du ministère de 30 millions
d’euros en 2019 et évoque la suppression de 1 600 équivalents
temps plein (ETP) postes de fonctionnaires d’ici à 2022. Soit, peu
ou prou, la moitié des agents du
HÔTELLERIE
NextStage mise sur
l’essor du tourisme
en France
PAGE 28
DÉCRYPTAGE
Les Gafa
de la banque
PAGE 30
LIBRES
ÉCHANGES
Finances publiques :
l’exécutif est comme
un cheval qui refuse
l’obstacle
PAGE 30
LIVRES & IDÉES
Le sermon libéral
d’un ancien
gauchiste
devenu prêtre
catholique
PAGE 30
neanu a tenté de calmer le jeu, lors
de sa première sortie publique.
Reconnaissant que le problème lui
était « tombé un peu dessus », elle
a jugé « très brutale » la publication du chiffre de 1 600 suppressions de postes. « Ce ne sont pas les
bons mots qui ont été employés […].
Je pense que cet objectif n’a pas été
clairement exprimé, c’était uniquement un document de travail interne », s’est défendue la ministre
des Sports, soutenue par le porteparole du gouvernement, Benja-
min Griveaux, qui parle, lui, de
« base de discussion ».
Bref, rien n’est arrêté. « Je suis en
train de chercher des solutions », a
ajouté l’ancienne championne de
natation qui a rendez-vous ce
lundi avec Édouard Philippe. Elle
doit aussi rencontrer le patron de
l’association des directeurs techniques nationaux (DTN), Philippe
Bana, qui a dénoncé une « SaintBarthélemy du sport » et une décision « atterrante » à moins de
I. V.
quatre ans des JO de Paris.
Des grands magasins au secours de
La Grande Récré. La Financière immobilière bordelaise (FIB), qui gère
depuis quelques mois en franchise
22 Galeries Lafayette de province,
s’apprête à prendre le contrôle de la
célèbre enseigne de jouets.
L’avenir de Ludendo, la maison mère
de La Grande Récré, en redressement judiciaire depuis mars, se joue
au tribunal de commerce de Paris.
Jean-Michel Grunberg, fils du fondateur et dirigeant de Ludendo, a proposé un plan de continuation pour la
société (104 magasins, 1 200 salariés), dont sa famille possède 65 %.
Pour le faire accepter, il a besoin
d’une trentaine de millions d’euros
destinés à relancer l’enseigne. Or il
vient, selon nos informations, de les
trouver auprès de Michel Ohayon, le
patron fondateur de FIB, un promoteur investi dans l’immobilier commercial et l’hôtellerie dans une trentaine de villes françaises.
D’ici quelques jours, FIB deviendra
l’actionnaire majoritaire de Ludendo
et garantira les financements. Dans
ces conditions, le nouveau plan de
continuation, présenté ce lundi au
tribunal, devrait, sauf surprise, être
accepté lors d’une audience fixée le
20 septembre. Fnac Darty, en embuscade depuis des mois pour reprendre La Grande Récré au cas où
Jean-Michel Grunberg ne trouverait
pas de financement, ne deviendrait
alors pas propriétaire de l’enseigne ;
le groupe assure toutefois que son
offre reste sur la table…
L’appétit de Michel Ohayon ne s’arrête pas là : FIB a aussi fait une offre
de reprise des 53 magasins français
de Toys’R’Us, autre enseigne de
jouets en difficulté. Cette offre, en
concurrence avec deux autres, sera
examinée le 3 octobre par le tribunal
de commerce d’Évry. Si elle est acceptée, FIB fera passer sous enseigne La Grande Récré les boutiques
de son rival. Michel Ohayon veut
aussi installer des corners La Grande
Récré dans ses 22 Galeries Lafayette. De quoi mettre du baume au
cœur des industriels du jouet, très
inquiets des déboires de deux clients
importants.
IVAN LETESSIER
L’agence DBRS met
Jack Ma annonce sa succession à la tête en garde Emmanuel
d’Alibaba… mais pas son départ
Macron pour la suite
L'HISTOIRE
ne chose est certaine : Jack Ma
va quitter la tête d’Alibaba.
Reste à savoir quand, et
comment. Vendredi soir, le
New York Times affirmait que
le célèbre PDG chinois, à la tête d’un empire
dédié à l’e-commerce, aux services
et aux médias en ligne,
s’apprêtait à officialiser
son départ avec une
annonce prévue dès lundi.
Le journal américain
citait même Jack Ma en
personne, qui expliquait
vouloir se consacrer
à des activités
philanthropiques,
notamment dans le
secteur de l’éducation.
« Ce n’est pas la fin d’une
ère, mais le début d’une
nouvelle », assurait
l’entrepreneur, ancien
professeur d’anglais
devenu multimilliardaire.
Il avait déjà évoqué l’idée
de sa retraite dans une
interview accordée
U
quelques jours plus tôt à Bloomberg,
citant l’ancien PDG de Microsoft, Bill Gates,
et ses activités philanthropiques en exemple.
Mais samedi, le South China Morning Post,
propriété d’Alibaba, a démenti
les informations du New York Times.
D’après le quotidien hongkongais, Jack Ma
devait plutôt dévoiler lundi
une « stratégie
de succession », mais ne
prévoit pas de quitter son
poste de président exécutif
pour le moment.
Un porte-parole d’Alibaba
a même qualifié les propos
cités dans l’article
du New York Times
de « factuellement faux »
car « sortis de leur
contexte. ». Contacté par
l’AFP, le New York Times a
maintenu ses informations.
Fondé en 1999, Alibaba
engrange aujourd’hui
un chiffre d’affaires annuel
de 40 milliards de dollars.
Jack Ma fête lundi
L R.
ses 54 ans. ■
Dans un contexte de finances
publiques qui s’assainit,
l’heure n’est plus aux craintes
de dégradation de la note
française. Mais les agences de
notation continuent de surveiller de près l’Hexagone.
« La révision à la hausse du
déficit et de la dette publique de
la France en 2017, suite au reclassement de la dette de SNCF
Réseau en administration publique, est neutre pour la notation AAA française », a jugé ce
week-end la canadienne
DBRS, pour qui le prélèvement à la source de l’impôt
sur le revenu aura « un impact
limité sur la consommation des
Français et sur la croissance
économique l’an prochain ».
DBRS porte un regard plutôt
positif sur la première année
d’Emmanuel Macron. « Les
modifications de la politique
fiscale, les réformes du Code du
travail et les mesures visant à
remédier à certaines inefficiences - notamment la réforme du
secteur ferroviaire et la réduc-
tion des charges administratives - sont essentielles pour
améliorer les perspectives de
croissance à long terme de
l’économie française », note la
moins connue des agences de
notation. Non sans mettre en
garde le président Macron sur
la suite. « De difficiles réformes restent à faire, en particulier des changements cruciaux
concernant la politique budgétaire », estime DBRS.
Et la concurrente de S&P,
Moody’s et Fitch de rappeler
que « l’économie française a
ralenti depuis le début de l’année et la popularité du président Macron est au plus bas ».
Des données qui pourraient
« compliquer la mise en œuvre
complète du programme de réformes promis, en particulier
les réformes destinées à réduire
les dépenses publiques », juge
DBRS, pour qui « le chemin
législatif du gouvernement
pourrait se heurter au cours des
prochains mois à de nombreuM. VT.
ses difficultés ».
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
ministère. Pour y parvenir, la lettre suggère « une transformation
du mode de gestion des conseillers
techniques sportifs (CTS) et la réduction de leur nombre, ainsi qu’une
rationalisation des services déconcentrés ». Ces conseillers, qui sont
environ 1 600, travaillent auprès
des fédérations sportives pour les
aider sur le haut niveau et pour le
développement des pratiques
sportives sur le territoire. Face au
flot de réactions courroucées du
monde sportif, Roxana Maraci-
UN FRANCHISÉ
DES GALERIES
LAFAYETTE PRÊT
À SAUVER LA
GRANDE RÉCRÉ
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
26
L'ÉVÉNEMENT
Made in France : l’industrie
tricolore en mode reconquête
Si les consommateurs apprécient les biens fabriqués dans l’Hexagone, c’est l’essor
de nouvelles technologies qui inciteront les entreprises à y rapatrier leur production.
59%
des Français
estiment qu’au moment
d’acheter un produit ou
un service, le pays de
fabrication est un critère
de choix important
74%
déclarent être prêts à
payer plus cher un
produit s’ils savent qu’il
a été fabriqué en France
93%
considèrent qu’acheter
un produit « made in
France » participe au
maintien de l’emploi
Sondage Ifop pour Pro France
Usines du futur
« Ce ne sont encore que des balbutiements, reconnaît Yves Jégo. Mais si
elle prépare le terrain avec des mesures adaptées, la France peut redresser progressivement son industrie. »
Il appelle notamment de ses vœux
des contrôles et des sanctions pour
tous les produits importés ou simplement assemblés en France qui se
proclament, abusivement et en
toute impunité, « fabriqués en
France ». Malgré ces bonnes nouvelles, le rebond de l’industrie tricolore reste, dans les chiffres, encore modeste. En 2016, pour la
si séduisante la délocalisation dans
des pays où la main-d’œuvre est
moins chère mais dans lesquels l’entreprise s’expose aux risques géopolitiques et doit compter avec les délais
et le prix du transport », relève Hubert Kirchner, associé chez June
Partners. C’est d’autant plus vrai
que ces cobots excellent dans la logistique, une activité gourmande en
main-d’œuvre sans grande valeur
ajoutée (pour déplacer les pièces
d’un endroit à l’autre). « On voit
déjà des entreprises qui, plutôt que de
construire une nouvelle usine en Afrique du Nord ou en Europe de l’Est,
optent pour une usine très automatisée en France », ajoute Hubert
Kirchner. Ce fut la décision prise
par exemple fin 2016 par l’équipementier aéronautique Figeac Aero.
première fois depuis 2009, la société d’études Trendeo avait recensé
un nombre de créations d’usines de
plus de 10 salariés très légèrement
supérieur (3 seulement) à celui des
fermetures. L’an dernier, la situation s’est améliorée, avec 125 créations pour 100 fermetures, soit un
solde positif de 25 unités. « Mais ce
bon résultat s’explique surtout par le
nombre de plus en plus faible d’entreprises qui baissent le rideau, plutôt
que par une hausse de celles qui
s’installent. Les ouvertures restent
globalement assez stables d’une année sur l’autre », observe David
Cousquer, fondateur de cet observatoire. En revanche, plus le temps
passe, plus les usines nouvellement
installées sont « capitalistiques »,
dotées de machines sophistiquées
qui impliquent de plus lourds investissements.
C’est dans ces usines du futur,
parfois entièrement informatisées,
que certains experts voient la plus
grande chance pour le « made in
France ». « Avec les cobots, ces robots suffisamment intelligents pour
travailler à côté des hommes dans les
usines, on peut produire à des coûts
intéressants. Ce qui ne rend plus
INE
JEUNES POUSSES
DU « MADE IN FRANCE »
Les jeans 1083, créés par Thomas
Huriez en 2013, et les montres
Routine que lance ce mois-ci Florian
Chosson figurent parmi les jeunes
entreprises du « made in France ».
Elles font le pari qu’il est possible de
réinvestir des secteurs traditionnels
comme le textile ou l’horlogerie.
Si elle
prépare
le terrain avec
des mesures
adaptées,
la France
peut redresser
progressivement
son industrie
YVES JÉGO,
PRÉSIDENT
DE L’ASSOCIATION
PRO FRANCE
»
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Efficacité commerciale
83, ROUT
PRODUCTION Le patriotisme économique n’est pas un vain mot en
France. Selon le sondage réalisé par
l’Ifop pour l’association Pro France
(promoteur du label Origine France
garantie) et dévoilé par Le Figaro,
74 % des Français sont prêts à payer
plus cher un produit fabriqué dans
le pays. Pour 93 % d’entre eux, c’est
bel et bien un moyen de soutenir
l’emploi et les entreprises tricolores. Cet enthousiasme est, selon Pro
France, l’une des clés du succès de
la certification Origine France garantie, seule à prouver qu’un produit est réellement « made in France » (production sur le territoire
avec 50 % au minimum de composants tricolores, le tout contrôlé par
des certificateurs indépendants
comme Afnor ou Veritas).
Plus de 600 entreprises l’ont déjà
obtenu pour tout ou partie de leurs
produits. Le nombre d’entreprises
qui reçoivent ce sésame progresse
de 10 % chaque année et 90 %
d’entre elles renouvellent l’engagement quand il expire, au bout
de trois ans. La plupart de leurs
dirigeants
participeront,
le
13 septembre à Paris, aux Assises
du produire en France, la grandmesse annuelle de l’association.
«Je suis étonné du nombre de jeunes entrepreneurs qui veulent recréer des filières disparues et ressusciter des savoir-faire », souligne
Yves Jégo, qui a fondé Pro France
en 2010. L’ancien député centriste
cite en exemple Florian Chosson,
jeune diplômé d’une grande école
de commerce qui, à 28 ans, relance
l’horlogerie traditionnelle française
avec les montres Routine (autour de
300 et 350 euros), fabriquées dans
l’Hexagone presque totalement
avec des composants tricolores. Ou
encore Thomas Huriez, fondateur
de 1083, qui réhabilite les jeans
« frenchies », pas plus onéreux que
leurs homologues américains.
D’autres parmi ces nouveaux
artisans du « made in France » sont
déjà célèbres, comme Arnaud
Montebourg. L’ancien ministre du
Redressement productif, apôtre des
produits tricolores, a sollicité la
certification Origine France garantie pour son miel Bleu Blanc Ruche
qui doit être lancé officiellement ce
lundi. Les grandes entreprises ne
sont pas non plus indifférentes à ce
label qui fait mouche auprès des
consommateurs. Pour certains de
leurs produits, Peugeot ou SEB, par
exemple, ont aussi demandé la
certification.
JEANS 10
ANNE BODESCOT
abodescot@lefigaro.fr
Les spécialistes citent désormais en
exemple la nouvelle usine alsacienne du fabricant de cuisines Schmidt
Groupe. Informatisée, elle lui permet de programmer la fabrication
d’une cuisine sur mesure et de gagner en efficacité commerciale.
« Avec ce type d’usine, qui industrialise le travail de l’artisan, la
main-d’œuvre est bien sûr plus réduite et avec un niveau de qualification élevé. Délocaliser
n’aurait pas de sens, ce ne
serait pas moins cher », explique Anne Leitzgen, présidente de Schmidt Groupe. Au
contraire, implantée en Alsace, l’usine est pratique pour
desservir rapidement des
clients dans toute l’Europe, de
l’Allemagne à l’Espagne.
« Ces usines nécessitent de
lourds investissements mais ils
peuvent être rapidement rentabilisés. Et la France, même si elle a
pris du retard sur ce terrain, est
traditionnellement performante
dans l’ingénierie et les logiciels. Elle
est donc bien placée pour tirer parti
de ces nouvelles technologies »,
souligne Hubert Kirchner. Il juge
infondée la crainte que ces cobots
détruisent un peu plus d’emplois
dans l’industrie. « Si la production
repart en France, affirme-t-il, les
emplois suivront. » ■
NOUVELLES
ASSISES
DU
PRODUIRE
EN FRANCE
L’association Pro France,
qui délivre le label
Origine France garantie,
tient ce jeudi 13
septembre à Paris
ses 4e Assises du
produire en France.
Deux thèmes seront
au programme des
débats : « Exporter
en Asie, une opportunité
pour le produire en
France » et « La France
des usines : nostalgie
ou espoir ? »
De 9 h 30 à 18 heures,
Théâtre du 13ème art,
centre commercial
Italie 2, Paris XIIIe.
originefrancegarantie.fr
Les usines automobiles françaises en plein renouveau
A
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
Longtemps, les usines automobiles ont semblé condamnées en
France. Pas assez compétitives,
trop vieilles, trop grandes, ne fabriquant pas les bons modèles.
Entre 2005 et 2014, la production
hexagonale est ainsi passée de
plus de 3,5 à 1,97 million d’unités.
La situation est tout autre aujourd’hui. Une avalanche de nouveaux modèles - de Renault,
Nissan, Peugeot, Citroën ou
même Mercedes - a été assignée aux usines françaises.
Surtout, tous les constructeurs présents sur le territoire
ont annoncé des plans massifs
d’investissement. Les français
Renault et PSA mais aussi
Daimler, qui fabrique depuis
1997 des Smart à Hambach en
Moselle, et Toyota, qui a installé son usine près de Valenciennes.
C’est le français PSA qui s’est
lancé le premier, avec un plan
de rénovation de la plupart de
ses usines. Le budget alloué depuis 2014 ? 800 millions d’euros.
Les autres constructeurs ont suivi
le mouvement, avec une multiplication des annonces depuis le
début de l’année. 300 millions
d’euros en janvier pour Toyota à
Valenciennes. En mai, c’est au
tour de Daimler de miser
500 millions à Hambach. Enfin, le
14 juin, Carlos Ghosn, PDG de Renault, annonce que la marque au
losange va investir 1 milliard dans
ses usines françaises !
Le nerf de la guerre
La première raison à ce mouvement tient au rebond du marché
français et européen. Les ventes
de véhicules neufs s’étaient effondrées entre 2008 et 2014 mais
elles se redressent depuis quatre
ans. Un élément important dans
une industrie qui produit des véhicules lourds, et donc coûteux à
transporter… Sur ce plan, la position centrale de la France, et notamment du nord du pays, représente un atout. « À 300 kilomètres
autour de Valenciennes, on trouve
100 millions d’habitants », explique Luciano Biondo, directeur du
site de Valenciennes chez Toyota.
Cette proximité géographique
n’explique pas tout. « Il fallait savoir s’il était possible de produire
en France à des conditions acceptables malgré des coûts salariaux
supérieurs à ceux des autres
pays », analyse Yann Vincent, directeur industriel de PSA. Pour y
parvenir, il a fallu que les salariés
acceptent des sacrifices. Renault a
ouvert le bal, avec un premier accord de compétitivité en 2013 approuvé par la majorité des organisations syndicales. Le groupe
PSA a suivi la même année. Chez
Toyota, un accord a été signé en
2017. Pour Smart, il a fallu un ré-
PLANS MASSIFS D’INVESTISSEMENT
Une avalanche de nouveaux modèles a été assignée aux usines françaises. Comme la Toyota Yaris, la Peugeot 3008 et la Nissan Micra, fabriquées
respectivement à Valenciennes (Nord), à Sochaux (Doubs) et à Flins (Yvelines). TOYOTA, PEUGEOT, NISSAN
férendum en 2015 pour augmenter le temps de travail.
« Nos usines étaient anciennes,
trop grandes, peu pratiques, analyse Yann Vincent. Nous pouvons
gagner beaucoup en compétitivité,
mais il faut changer énormément
de choses. » Même pour Toyota
ou Daimler, qui bénéficient de sites bien plus récents, ces investissements sont le nerf de la guerre.
« Industrialiser la nouvelle plateforme Toyota doit nous permettre
de nous voir attribuer une deuxième silhouette, en plus de la Yaris », explique Luciano
Biondo.
Si la bataille pour
conserver des usines
automobiles en France
semble désormais bien
orientée, elle n’est pas
gagnée pour autant. « Le
travail effectué a permis
de gommer seulement une
partie de l’écart de compétitivité par rapport aux
autres sites européens »,
concède Yann Vincent.
Même constat chez Toyota, où on reconnaît que
Valenciennes « n’est pas
l’usine la plus compétitive
du groupe ». Pour autant,
là aussi, les efforts sont
suffisants pour que Toyota mette
beaucoup d’argent afin de poursuivre son aventure française. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 10 septembre 2018
ÉCONOMIE
27
L’illettrisme, un fléau
qui touche aujourd’hui
1,5 million de salariés
Une entreprise sur deux a déjà été confrontée à des
employés ayant des difficultés à lire, écrire et compter.
et 6 % des femmes, ne concerne pas
que des retraités (75 % ont moins de
55 ans et 5 % des jeunes passés par la
Journée défense et citoyenneté sont
signalés aux services éducatifs et
sociaux). Ni des personnes vivant à
la campagne (seuls 26 % résident en
zone rurale) ou en banlieue (90 %
ne viennent pas de quartiers ciblés
par la politique de ville).
Les actifs sont aussi touchés, et
pas qu’un peu. Selon les statistiques
officielles, 51 % des personnes illettrées ont un emploi (soit 1,5 million), 13,5 % suivent une formation
et 10 % pointent à Pôle emploi. Pis,
une entreprise ou administration
publique sur deux jure avoir déjà été
Thierry Lepaon : « Tout
le monde est responsable »
PROPOS RECUEILLIS PAR
MARC LANDRÉ £@marclandre
Thierry Lepaon, ex-secrétaire général de la CGT (poussé à la démission en 2015), se bat depuis plus de
vingt ans contre l’illettrisme. Il est
depuis février 2017 délégué interministériel à la langue française
pour la cohésion sociale.
LE FIGARO. - L’illettrisme, qui
a été érigé grande cause nationale
par François Hollande en 2013,
régresse-t-il aujourd’hui
en France ?
Thierry LEPAON. - On constate
une évolution favorable au niveau
national, même si les chiffres disponibles sont un peu anciens. La
dernière enquête de l’Insee, qui
remonte à 2011-2012, montre une
légère amélioration de la situation :
16% de la population de référence
connaissaient alors des difficultés
dans les domaines fondamentaux
de l’écrit, et 7 % (contre 9 % auparavant) de la population ayant été
scolarisée en France étaient en situation d’illettrisme, ce qui représentait environ 3 millions de personnes, en comptant les outremer. Cette amélioration est, pour
une large part, imputable à un effet
de génération : les personnes nées
juste avant ou après la Seconde
Guerre mondiale et ayant eu un
faible accès à l’enseignement secondaire sont en effet sorties de la
population de référence. Malgré
une évolution légèrement favorable au niveau national, la situation
demeure préoccupante comparée
aux autres pays.
Le gouvernement Philippe est-il
à la hauteur de l’enjeu ?
Il faut en finir avec une légende : la
lutte contre l’illettrisme n’est pas
de la seule responsabilité de l’État.
Elle repose aussi sur l’action
conjointe des collectivités territoriales, notamment des régions,
des entreprises et des acteurs de la
société civile comme les associations et les fondations. Tout le
monde est responsable. L’illettrisme, c’est l’affaire de tous, même si
l’État a une responsabilité particulière. De ce point de vue, des
moyens importants ont été mobilisés sur cette question dans le cadre du plan d’investissement dans
les compétences (PIC) et des mesures complémentaires sont attendues dans le plan pauvreté qui
sera dévoilé jeudi prochain, sans
compter les actions déployées par
l’Éducation nationale.
Quelles bonnes pratiques
les entreprises doivent-elles
déployer?
« La situation demeure
préoccupante », analyse Thierry
Lepaon. J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Pour les entreprises, il n’est pas
facile de dire que l’on fabrique les
meilleurs produits du monde - ce
qui est vrai dans de nombreux
secteurs - avec des salariés en situation d’illettrisme et les salariés
concernés ne sont pas naturellement enclins à se faire remarquer
pour cela. Cela étant, des entreprises, notamment dans les secteurs les plus touchés (industrie,
bâtiment, propreté…), se mobilisent pour repérer, accompagner
et surtout adapter leur plan de
formation pour y intégrer des actions de consolidation des compétences clés. Une initiative intéressante est celle portée par
#STOPILLETTRISME, créé en
2013, qui est une association d’entreprises engagées pour lutter
contre l’illettrisme et l’analphabétisme dans l’emploi. Elle propose aux entreprises de mettre en
place un dispositif innovant de
tutorat ayant comme objectif
d’accompagner des salariés en situation d’illettrisme ou analphabètes engagés dans des formations professionnelles.
Quels sont les métiers basiques
les plus menacés par
le développement du numérique?
Le Conseil d’orientation pour
l’emploi a étudié les impacts prévisibles de la nouvelle vague d’innovations technologiques sur
l’emploi et sur le travail. Cette
étude de 2017 estime que la moitié
des emplois existants est susceptible d’évoluer, dans leurs contenus, de façon importante dans les
prochaines années. Parmi les emplois les plus « exposés », on
trouve sans surprise les métiers
manuels et peu qualifiés, notamment de l’industrie : ouvriers non
qualifiés des industries de process, ouvriers non qualifiés de la
manutention, ouvriers non qualifiés du second œuvre du bâtiment,
agents
d’entretien,
ouvriers non qualifiés de la mécanique, caissiers, etc. ■
confrontée à des salariés ou agents
ayant des difficultés à lire, écrire et
compter mais seule une sur cinq a
adapté son offre de formation. Et ce
alors que le taux d’illettrisme est de
10 % parmi les employés de l’agriculture, de la pêche et de l’agroalimentaire, ou de 7,5 % dans le BTP et
les services à la personne.
Danger numérique
Les exigences liées au recours à la
lecture et à l’écriture s’étant accrues dans beaucoup de métiers,
l’illettrisme est devenu un frein de
plus en plus important à l’accès et
au maintien dans l’emploi. « Il est
désormais nécessaire pour un gar-
dien d’immeuble de savoir dresser un
état des lieux et pour une aide soignante de savoir utiliser les outils de
traçabilité », rappelle ainsi Thierry
Lepaon, le délégué interministériel
à la langue française.
Un problème accentué par la révolution numérique qui va faire
évoluer significativement dans leur
contenu la moitié des emplois existants. Or 14 millions de personnes
sont aujourd’hui frappées d’illectronisme,
« l’analphabétisme
du
XXIe siècle » selon Thierry Lepaon,
qui se définit par un manque de
connaissance des clés nécessaires à
l’utilisation des ressources numériques. Résultat, 10 % des emplois
existants présentent un cumul de
vulnérabilités susceptibles de menacer leur existence… « L’illettrisme
numérique se joue aussi derrière les
écrans », s’alarme l’ex-patron de la
CGT qui, pour sensibiliser l’opinion,
organise jusqu’à la fin du mois la
5e édition des Journées nationales
d’action de lutte contre l’illettrisme,
et maintenant l’illectronisme. ■ M. L.
En France, 14 millions
de personnes
sont frappées
d’illectronisme,
qui se définit
par un manque
de connaissance
des clés nécessaires
à l’utilisation
des ressources
numériques.
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A
SOCIAL En France, le sujet est encore tabou. Et pourtant, 9 millions
de personnes rencontrent des difficultés graves avec la lecture, l’écriture et le numérique, une réalité qui
place l’Hexagone au 22e rang des
24 pays de l’OCDE. Trois millions
sont même en situation d’illettrisme, un néologisme créé en 1981 par
ATD Quart Monde pour qualifier
des personnes qui ont été scolarisées en France mais qui ne disposent pas des compétences de base
pour être autonomes dans des situations simples de la vie.
Contrairement à une idée reçue,
l’illettrisme, fléau des temps modernes qui touche 9 % des hommes
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
28 ÉCONOMIE
NextStage mise sur l’essor du tourisme en France
La société prend une participation majoritaire dans Atream, un gestionnaire d’actifs immobiliers de tourisme.
IVAN LETESSIER£@IvanLetessier
Grégoire Sentilhes,
président fondateur
de NextStage.
NEXTSTAGE
HÔTELLERIE L’ambition d’attirer
100 millions de touristes en France
en 2020 dope celle des entrepreneurs. La société d’investissement
NextStage, cotée en Bourse, prend
une participation majoritaire dans
Atream, spécialiste de la gestion
d’actifs immobiliers de tourisme.
Fondée en 2008 par un ancien
d’Accor, Atream gère 1,5 milliard
d’euros d’actifs levés auprès d’investisseurs institutionnels, fonds
de pension et particuliers via des
SCPI. Atream a notamment investi
500 millions d’euros dans des murs
d’hôtels gérés par Accor et des
Center Parcs.
« Booking et Airbnb, nouveaux
géants du tourisme, misent avant tout
sur le digital et le client. Dans l’hôtellerie, les murs et fonds de commerce représentent 80 % des investissements,
c’est lourd. L’insuffisance d’investissement à long terme pénalise leur capacité à répondre aux nouvelles exigences des clients », assure Pascal Savary,
le président cofondateur d’Atream.
Accor a ainsi cédé le contrôle de sa
foncière pour se concentrer sur la
gestion des hôtels. Avec ces mutations structurelles, il est essentiel de
convaincre d’autres investisseurs du
potentiel de l’immobilier hôtelier.
« Avec 54 milliards d’euros dépensés par les visiteurs étrangers en
France, le tourisme réalise un chiffre
d’affaires supérieur à l’aéronautique, mais n’est pas toujours reconnu
comme une industrie majeure, malgré son impact pour la croissance »,
regrette Pascal Savary. Atream et
son nouvel actionnaire veulent développer une plateforme profitant à
la fois aux investisseurs immobiliers
et aux gestionnaires hôteliers.
Investir à long terme
« L’objectif d’élargir la bande passante pour permettre à l’industrie
française du tourisme de monter en
gamme, jure Grégoire Sentilhes,
tourisme et des loisirs avec Dream
Yacht Charter (locations de bateaux) et le constructeur de catamarans Fountaine Pajot, dont il accompagne l’acquisition de Dufour
Yachts. La société vient d’entrer au
capital d’Arkose (murs d’escalade).
« L’objectif de NextStage est d’investir en fonds propres, avec peu ou
pas de dette, et dans une logique de
long terme dans des entreprises de
taille moyenne, de croissance ou innovante, résume Grégoire Sentilhes.
Nous nous associons avec des entrepreneurs de premier plan, pour optimiser leur potentiel de développement à l’international et leur capacité
à devenir leader de leur marché. » ■
président fondateur de NextStage. Il
faudrait investir 1 milliard supplémentaire par an dans le tourisme en
France pour permettre à l’hôtellerie
de retrouver sa compétitivité. »
NextStage mise 14,2 millions
pour le contrôle d’Atream, dont les
fondateurs resteront au capital et à
la direction. « NextStage va notamment nous permettre d’accélérer notre conquête d’investisseurs particuliers, selon Pascal Savary. L’objectif
est d’investir 2 à 3 milliards d’euros
dans le tourisme dans les prochaines
années, dont 60 % en France. »
Détenteur de participations dans
13 entreprises de taille moyenne,
NextStage est déjà présent dans le
L’Ukraine suspendue au verdict du FMI
Kiev est sommé d’augmenter le prix
du gaz en échange du versement
d’une aide de l’institution.
EUROPE Les « Men in black »
sont de retour en Ukraine. C’est
ainsi qu’étaient surnommés en
Grèce les experts du Fonds monétaire international (FMI) qui venaient inspecter le bon déroulement des réformes exigées. Depuis
jeudi, les « hommes en noir » ont
entamé une nouvelle mission à
Kiev, dans cet autre pays européen
soutenu par le FMI. L’institution
de Washington est venue au secours de l’Ukraine en avril 2014,
juste après l’annexion de la Crimée
par la Russie. Elle s’est engagée à
prêter 17,5 milliards de dollars en
échange de réformes, portant notamment sur la gouvernance de ce
pays jamais sorti de son passé soviétique et miné par la corruption.
Après les replis de 6,6 % et 10 %
de son PIB en 2014 et 2015, le pays
a enchaîné trois années de crois-
sance. Le pire est passé mais le
chantier reste colossal. Et le soutien du FMI n’est pas un long fleuve tranquille. En début d’année, le
Fonds a reporté le versement
d’une tranche de 2 milliards car le
gouvernement du président Petro
Porochenko tardait à mettre en
place des institutions anticorruption crédibles. En juin, Christine
Lagarde, sa directrice générale, a
salué la création, par la loi, d’une
cour anticorruption. Sur place, ses
experts devront établir son degré
d’indépendance.
L’autre
dossier
sensible
concerne le prix du gaz. Le
bailleur international exige que
Kiev augmente les tarifs appliqués
aux ménages pour assainir les finances publiques, grevées par les
lourdes subventions, et les rapprocher des prix du marché européen. La hausse, qui pourrait atteindre jusqu’à 60 %, est
« inévitable », juge le premier ministre Volodymyr Groïsman. « Ce
Taux directeur en hausse
AFP
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
Pas question d’augmenter les prix
du gaz, plaidait fin août Eugene Czolij, le président du Congrès mondial
ukrainien, ONG reconnue par
l’ONU qui revendique représenter
les 20 millions d’Ukrainiens de la
diaspora, soit un expatrié pour deux
Ukrainiens restés au pays. « Un ménage ukrainien moyen consacrait 3 %
de son revenu en 2013 au gaz, l’électricité, l’eau et le chauffage, c’est
16 % aujourd’hui », déplore-t-il.
serait une mesure très impopulaire,
rétorque Grzegorz Sielewicz, économiste chargé de l’Europe centrale chez l’assureur-crédit Coface. Or le président Porochenko
tient à être réélu à la présidentielle
de mars 2019 et traverse déjà des
difficultés. Il pourrait être tenté de
faire des dépenses budgétaires
mais, en même temps, il veut apparaître comme le garant de la stabilité et de la croissance. »
Le premier ministre
ukrainien, Volodymyr
Groïsman (ici, à la Rada,
le 4 septembre, à Kiev),
juge « inévitable » une
hausse du prix du gaz.
Si la prochaine tranche d’aide du
FMI était de nouveau suspendue,
« cela déclencherait plusieurs effets
négatifs en cascade », avertit Grzegorz Sielewicz. L’Ukraine qui a
réussi à emprunter en dollars, sur
les marchés financiers il y a un an,
aurait du mal à s’y refinancer. Elle
doit rembourser 2 milliards de dette
publique cet automne alors que ses
réserves internationales avoisinent
les 17 milliards, de quoi couvrir seulement trois mois d’importations.
En attendant le jugement du FMI
dans plusieurs semaines, la banque
centrale montre qu’elle agit de
manière responsable. Elle vient de
relever son taux directeur à 18 %.
Un geste destiné à limiter l’inflation, qui a atteint 8,9 % en juillet. ■
Les Américains veulent contrer Russes et Chinois en Grèce
Une délégation d’investisseurs sans pareille depuis des années est présente à la grande foire de Thessalonique.
ALEXIA KEFALAS £@alexiaKefalas
ATHÈNES
EUROPE Depuis vendredi, Thessalonique, dans le nord de la Grèce, est quadrillée. La deuxième
ville du pays a été prise d’assaut
par plus de 5 000 policiers, brigades anti-émeutes, hommes-grenouilles, navires de guerre mais
aussi agents de la CIA et du FBI.
Tous surveillent le centre Helexpo
où a été inaugurée samedi la foire
internationale de la ville. Un événement récurrent qui marque,
chaque année, la rentrée de la
classe politique hellénique.
Cette année, les États-Unis y
sont à l’honneur et ont décidé de
faire les choses en grand : près de
60 entreprises occupent 55 stands
géants et déploient plus de 70
produits ou solutions basés sur les
nouvelles technologies. Un record pour cette foire qui attend
près de 265 000 visiteurs. Le porte-drapeau de cette délégation
n’est autre que Wilbur Ross, le
ministre du Commerce de Donald
Trump. « Thessalonique peut devenir le centre du commerce de
toute la région, estime Simos
Anastasopoulos, président de la
chambre de commerce grécoaméricaine. Les États-Unis voient
cette ville comme un carrefour des
Balkans : c’est un marché de
100 millions d’habitants, englobant toute la région, et pas seulement de 10 millions, comme le
nombre d’habitants de la Grèce. »
Cet intérêt soudain pour la région
et, en particulier, pour Thessalonique n’est pas anodin. Les ÉtatsUnis veulent rattraper leur retard
en matière d’investissements dans
le nord de la Grèce où la présence
russe est de plus en plus forte dans
tous les secteurs. À commencer par
la mainmise tentaculaire de l’entrepreneur gréco-russe Ivan Savvidis, le propriétaire du Paok, populaire équipe de football de la ville,
qui a aussi racheté le prestigieux
hôtel Makedonia qui domine le
port, ainsi que la plus grande société de boissons gazeuses locale. Savvidis fait aussi partie du consortium qui vient d’acquérir le port de
Thessalonique, avec les Français de
Terminal Link, filiale de CMA CGM.
Route de la soie
A
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D’autres sociétés russes ont racheté le plus grand stockage pétrolier
des Balkans et lorgnent les routes,
comme l’autoroute Egnatia, qui
traverse le nord de la Grèce,
convoitée aussi par des entreprises
de construction françaises. Ces
mêmes entreprises moscovites
sont entrées dans la bataille du rachat du port d’Alexandroupolis, le
troisième dans le nord-est du pays.
L’intérêt est vif car le propriétaire de ce port aura le contrôle
d’une grande partie du transport
du gaz naturel de l’Anatolie vers
l’Europe de l’Ouest. Les ÉtatsUnis n’ont pas l’intention de baisser les bras. « Il y a aujourd’hui des
entreprises américaines qui s’intéressent ouvertement au rachat du
port d’Alexandroupolis, en plus de
l’intérêt dans les secteurs de l’énergie et du tourisme », répond Simos
Anastasopoulos.
Cette lutte d’influence se joue
dans un pays où la présence
chinoise s’est déployée ces dernières années. Dans le cadre du
grand projet de la route de la soie,
Pékin veut contrôler le commerce
dans la région, en reliant le port du
Pirée, contrôlé par l’armateur
chinois Cosco, aux Balkans par des
voies ferroviaire et routière. ■
Wilbur Ross, ministre
du Commerce
de Donald Trump,
est le porte-drapeau
de la délégation
américaine à la foire
internationale
de Thessalonique.
PATRICK T. FALLON/
BLOOMBERG
Tsipras va baisser les impôts des entreprises
En ouverture de la foire
de Thessalonique, le premier
ministre grec a dévoilé
samedi un plan de réduction
des impôts, moins d’un mois
après la sortie de la Grèce
de la tutelle budgétaire de
l’Union européenne et du FMI.
Alexis Tsipras a promis
une réduction de l’impôt
sur les sociétés (IS) étalée
sur quatre ans et une baisse
de deux points de la TVA. Il a
aussi annoncé une réduction,
en deux ans, de 30 %
d’un impôt foncier très
impopulaire. Tsipras a encore
promis d’augmenter le salaire
minimum et de réduire les
cotisations de sécurité sociale
M.L.
dans certains secteurs.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 10 septembre 2018
ENTREPRISES
29
Sony Mobile parie sur la technologie
5G pour se relancer sur le marché
EN BREF
PAUVRETÉ : AGNÈS
BUZYN PROMET
DES MOYENS
£ Agnès Buzyn, ministre
des Solidarités, a promis
que le plan pauvreté, présenté
jeudi prochain, comprendrait
des moyens financiers
en plus, notamment
« pour accompagner mieux
les personnes vers leur
émancipation ». Elle a exclu
une fusion des prestations
sociales.
Son nouveau président, Mitsuya
Kishida, mise sur cette génération
de téléphonie et sur une convergence
avec les contenus du groupe.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
SMARTPHONE Sony pratique le
bouleversement dans la continuité. Le 1er avril dernier, Kazuo Hirai
a laissé son fauteuil de PDG de
Sony à Kenichiro Yoshida. Dans le
même temps, Mitsuya Kishida a
pris la tête de Sony Mobile. « Toute l’équipe de management a été
changée », résume ce dernier, qui
y voit une occasion « d’enrichir la
stratégie du groupe ». Alors que la
division mobile n’a vendu que
2 millions de smartphones au
deuxième trimestre 2018, un tiers
de moins qu’un an plus tôt, il devient urgent pour le groupe de se
démarquer de la concurrence. Le
nouveau smartphone, le Xperia
XZ3, présenté fin août à Berlin,
préfigure ce que le groupe est capable de faire en matière d’intelligence artificielle. Mais les petites
astuces de ce téléphone, par
exemple passer automatiquement
en mode photo lorsqu’on brandit
le téléphone devant soi en mode
paysage et ce même s’il était
éteint, suffiront-elles à relancer la
marque dans la course ?
« Dans la téléphonie mobile, nous
maintenons la stratégie dont nous
avons hérité, concentrée sur le pre-
mium. Nous privilégions toujours la
recherche de valeur aux volumes.
Mais nous ajoutons la 5G », explique
Mitsuya Kishida. Le patron de Sony
Mobile fait de la future génération
de téléphone mobile une pièce
maîtresse pour la croissance de son
groupe et donc un élément essentiel de sa stratégie. Non seulement
pour la division qu’il dirige, mais
pour l’ensemble de Sony. « La 5G
n’est pas une simple technologie, elle
va impacter tous nos domaines d’activité : les contenus, les services, les
applications, les équipements », insiste Mitsuya Kishida.
Pour l’heure, il ne définit pas encore les futurs marchés qui devraient naître de l’utilisation de la
5G. Mais il travaille désormais à
faire collaborer toutes les divisions
de Sony Electronics pour élaborer
ces nouveaux usages. « Il est évident que quand les consommateurs
auront accès à des réseaux de téléphonie mobile avec zéro latence et
une plus grande rapidité de
connexion, cela va bouleverser la
façon dont ils regardent des films,
jouent en ligne… Regarder un
concert en live sera vraiment du
direct : il n’y aura plus de décalage
entre l’événement et sa transmission
sur un écran », prédit Mitsuya
Kishida.
DROIT D’AUTEUR :
UN APPEL SOUTENU
PAR 200
PERSONNALITÉS
£ Jean-Jacques Goldman,
Agnès Jaoui ou Costa-Gavras
figurent parmi les signataires
d’une tribune, initiée
par Françoise Nyssen et publiée
dans le JDD. La ministre
de la Culture appelle
les députés européens à voter
mardi la réforme sur le droit
d’auteur, combattue par
les Gafa.
Mitsuya Kishida,
patron de Sony Mobile,
présente le Xperia XZ3,
lors du salon IFA 2018,
le 31 août, à Berlin.
KRISZTIAN BOCSI/
BLOOMBERG
Le patron de Sony Mobile se dit
aussi confiant sur la capacité de
l’Europe à rester dans la course à
la 5G, voire à faire la course en tête
avec les États-Unis. « Les opérateurs télécoms européens, et notamment français, travaillent activement au développement de cette
nouvelle technologie », constate
Mitsuya Kishida.
Inspiration chinoise
Le Japon devrait bel et bien disposer des premières offres commerciales en 5G pour les Jeux olympiques d’été de Tokyo en 2020. D’ici
là, il faudra disposer de smartpho-
nes compatibles. Prudent, Mitsuya Kishida se refuse à donner
une date pour le lancement de
premiers smartphones Sony en
5G. « La 5G pourra se loger dans
un très grand nombre de nos terminaux. Les smartphones ne sont pas
les seuls à être concernés, d’autres,
comme les petits robots Aibo, les
voitures… le sont aussi », mentionne-t-il.
Pour le patron de Sony Mobile,
il est aussi urgent « d’apprendre
des avancées de nos concurrents
chinois, même s’ils sont nouveaux
sur le marché. Nous devons nous
inspirer de leur vitesse de dévelop-
pement, de leur agressivité. Nous
devrions revenir aux fondamentaux
de Sony, qui a l’ADN d’un challenger ». Il préconise de créer « un
nouveau champ de bataille, avec,
par exemple, des contenus dédiés
associés à nos terminaux ». Sony
dispose de contenus maison dans
le cinéma et la musique, qui permettraient à la division mobile
« d’étendre la valeur de son marché ». Cette remise en question est
indispensable, tandis que le Japonais a décidé de se concentrer sur
un nombre réduit de pays, dont la
France, pour la commercialisation
de ses téléphones. ■
emplois
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lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
30 CHRONIQUES
BLOC NOTES
JACQUES-OLIVIER MARTIN
JOMARTIN@LEFIGARO.FR
Les Gafa de la banque
Personne n’a oublié ! Il y a dix
ans presque jour pour jour,
Lehman Brothers sombrait, provoquant la pire crise financière et
économique depuis la grande
dépression de 1929. Un vrai drame imputable à la finance et aux
subprimes des banques américaines qui ont ruiné des millions
d’emprunteurs. À l’heure des
bilans, le monde a-t-il vraiment
changé ?
Comme jamais dans la finance,
les autorités ont imposé de nouvelles règles pour remettre de
l’ordre et rendre plus sûr le monde bancaire. Comme jamais dans
toutes les industries en réalité.
Les dix dernières années valent
facilement un siècle tant les
révolutions technologiques (big
data, intelligence artificielle,
génétique, transports autonomes…) déferlent à une vitesse
inconnue jusque-là. Comme jamais partout… sauf dans la hiérarchie bancaire mondiale. Une
décennie après la terrible crise,
les banques américaines sont revenues au sommet.
On ne donnait pourtant pas cher
de leur avenir en pleine tourmente. Mais c’est un fait indiscutable, les pyromanes d’hier ont
réussi à sortir plus forts de l’incendie qu’ils ont provoqué. Au
grand dam de ceux qui ne sont
pas amis avec la finance, mais
également des banquiers européens qui mesurent l’écart qui se
creuse avec leurs concurrents
américains. JPMorgan a réalisé
en trois mois autant de profits
que BNP Paribas, la première
banque d’Europe continentale,
en un an…
Pas de doute, l’Amérique a aussi
ses Gafa de la banque. Ils se nomment Bank of America, Wells
Fargo, Citigroup et JPMorgan. À
eux quatre, ils valent plus de
1 000 milliards de dollars !
1 000 MILLIARDS,
1 000 MÉTIERS
Amazon vaut-il vraiment 100 fois
Carrefour, 300 fois Casino ? Probablement pas, mais à quoi bon
réclamer un peu plus de justesse ? En Bourse, car c’est bien de
valeur boursière dont on parle,
c’est la loi de l’offre et de la
demande d’actions qui prévaut.
La capitalisation boursière reflète
l’envie et les anticipations des
acheteurs. Or dans la distribution, les goûts sont plus
qu’ailleurs clairement tranchés.
Les investisseurs n’ont d’yeux
que pour la société créée par Jeff
Bezos, un peu comme les clients
d’Auchan ou de Carrefour à la fin
des années 1960 qui ne rêvaient
Finances publiques : l’exécutif est
comme un cheval qui refuse l’obstacle
Face au pays coupé en deux, le couple Macron-Philippe est tétanisé.
que d’hypers aux dépens des
magasins de centre-ville.
L’histoire est cruelle et se répète.
Nos géants de la grande distribution sont à leur tour en train d’être
relégués dans la catégorie du petit
commerce comparés aux deux
mastodontes qui raflent tout :
Amazon qui pèse 1 000 milliards
de dollars et le chinois Alibaba qui
en vaut déjà la moitié.
Aux yeux des investisseurs, ils
sont les seuls capables d’inventer
la galerie commerciale du futur,
celle qui peut tout vendre, des
produits frais, blancs, bruns, des
services, des voyages, de la musique, des films, des voitures, des
crédits mieux que les hypers, les
banques, les assurances, les libraires, les disquaires, les chaînes
de télé, les concessionnaires
automobiles. Amazon et Alibaba
sont aussi les seuls commerçants
de la galaxie capables de croître
de plus de 25 % tous les trois
mois.
Casino, Auchan, Carrefour, Walmart et les autres ne disparaîtront pas. Ils finiront même par
retrouver un peu d’intérêt auprès
de la Bourse. Mais soyons réalistes, les généralistes du siècle dernier sont devenus des spécialistes
avec le big bang numérique. Il est
temps d’arrêter de les comparer
aux deux géants du e-commerce
mondial qui font mille fois plus
que leur(s) métier(s).
LA MÉTHODE MACRON…
Envolée, évanouie… Qu’est devenue la méthode Macron ? Il y a
un an jour pour jour, les observateurs applaudissaient la réforme
du Code de travail menée de
main de maître. Alors que dire du
grand cafouillage sur le prélèvement à la source ? En hésitant,
Emmanuel Macron a semé le
doute, montré des failles que ses
opposants exploiteront sans modération. Il s’est affaibli dans le
domaine où il était le plus légitime et le plus solide : l’économie.
Il y a un an, beaucoup se demandaient si les syndicats et les
Insoumis réussiraient à provoquer la grogne sociale qui tétaniserait l’action de gouvernement.
Aujourd’hui, personne ne se pose
une telle question aujourd’hui :
l’exécutif a raté sa rentrée.
Quel dommage, on ne le dira jamais assez. Le besoin de réformes
reste urgent. L’emploi ne s’améliore pas, la croissance vacille, les
déficits se creusent à nouveau.
En un été, Emmanuel Macron a
bien malgré lui abrégé son état de
grâce. Réussira-t-il transformer
la France par gros temps ? On le
saura vite. ■
Q
uoi qu’on pense de
son issue, le psychodrame du prélèvement à la source
(PAS) - un simple
changement
du
mode de perception
de l’impôt et non pas une réforme
fiscale - aura été d’une accablante
tristesse. L’étalage de mauvaise foi
déployée de bout en bout par ses
promoteurs, leurs hésitations et les
rétropédalages laissent pantois.
Ainsi la simplification mise en
avant ad nauseam par Gérald
Darmanin, le ministre des Comptes
publics, constitue-t-elle un mensonge par omission de gros calibre.
Certes, la contemporanéité du
revenu et de la perception de l’impôt
afférent facilitera la gestion de la
trésorerie des contribuables. Mais
cet avantage sera loin de compenser
les complications administratives
par ailleurs. Tant pour les entreprises que pour les ménages, obligés de
jongler avec des taux de prélèvement multiples au sein du foyer, des
crédits d’impôts plus ou moins décalés. Il faudra en outre suivre la
comptabilité des prélèvements
mensuels liés à chacune de ses
ressources.
L’argument selon lequel, sur les
36 pays de l’OCDE, la France est le
seul avec la Suisse à ne pas avoir de
« PAS » ne tient pas la route. Chaque
système national a ses spécificités et
il convient de se rappeler que notre
dispositif de perception actuel est
plus simple que son homologue allemand qui prélève à la source l’impôt
depuis cent ans.
Dans la liste des mensonges par
omission, il faut inclure le voile
pudique jeté sur « l’année blanche
2018 » dont les revenus ne seront
pas taxés, sauf « revenus exceptionnels », dits « surérogatoires », ce
vieux mot de notre langue ressorti
pour l’occasion par Bercy. « Un cadeau d’une année d’impôts pour les
Français », pour citer Jean-François
Copé, ancien secrétaire d’État au
Budget, l’un des rares à l’avoir souligné, au risque de susciter l’envie des
56,9 % de foyers non imposables.
Pour les autres, le cadeau sera globalement de 75 milliards d’euros. Bercy n’en parle jamais, sous prétexte
que cela ne changera rien à la trésorerie de l’État, ni à celle des contribuables, ce qui est exact. Mais à la fin
des fins, les 17 millions de foyers qui
acquittent aujourd’hui un impôt sur
le revenu (IR) feront bien une économie d’un an, même si, en réalité,
ce seront leurs héritiers qui en
bénéficieront.
Comme tout psychodrame, il y a
eu des choses rigolotes. Il faut
avouer que l’acronyme PAS utilisé à
l’envi par les fonctionnaires de Bercy fait sourire car il exprime une négation qui paraît nier l’existence
LIVRES
LIBRES
ÉCHANGES
JEAN-PIERRE ROBIN
même du prélèvement à la source.
On se souvient de cet épisode de
L’Odyssée, où Ulysse, répondant au
cyclope Polyphème, lui dit qu’il se
nomme « Personne » et, grâce à ce
stratagème, parvient à échapper au
monstre. Se remémorant cette
anecdote, on a cru longtemps que le
PAS ne verrait jamais le jour, ce en
quoi on s’était trompé !
Emmanuel Macron, plus que tout
autre, a eu peur de se tromper.
« Avec ça (le PAS) on peut brûler un
capital politique ; imaginez qu’il y ait
100 000 bugs », a-t-il avoué le lundi
3 septembre devant des élus à Laval,
la veille de sa décision définitive, accouchée semble-t-il dans la douleur. Entre parenthèses, « 100 000
bugs » rapportés à 37 millions foyers
fiscaux, soit un taux de 3 pour mille,
serait-ce si catastrophique ?
En tout cas, le président de la
République ne semble pas avoir
compris que le capital politique,
comme la liberté, ne s’use que si l’on
ne s’en sert pas. Ce capital, il faut
l’investir d’autant plus que les finances publiques résultent toujours
de choix foncièrement politiques.
Elles ne sont que ça et nullement des
arbitrages techniques. Or la tentation pour un gouvernement est de
s’en remettre aux « experts » qui feront prévaloir « le cercle de la raison », selon l’expression d’une naïveté confondante d’Alain Minc.
C’est la démarche qu’a suivie le
premier ministre, Édouard Philippe,
lançant, en octobre 2017, le Comité
Action Publique 2022 (CAP 22),
groupe d’une quarantaine de personnalités chargées de définir des
pistes d’économies dans la sphère
publique. Leurs « 22 propositions
sur le revenu constitue
« unL’impôt
bon marqueur, entre les 43,1 %
qui le paient et les 56,9 %
qui en sont exonérés
»
chocs », présentées comme telles,
ont été diffusées notamment par Le
Figaro (nos éditions du 17 juillet).
Mais, fait sans précédent sous la
Ve République, le rapport n’a pas été
publié officiellement. « Les propositions seront rendues publiques au fur
et à mesure du temps et au fur et à
mesure de notre disponibilité, de notre
volonté de transformer tel ou tel sujet », s’est justifié en juillet Philippe.
«J’avance masqué », telle était la
devise de René Descartes qui avait
peur que ses analyses et ses travaux
scientifiques ne heurtent les dogmes
religieux, quand bien même il
croyait en Dieu. Emmanuel Macron,
qui a beaucoup lu notre philosophe
national, paraît vouloir s’en inspirer
par crainte, pour sa part, de la « vox
populi, vox Dei ».
Car l’opinion publique est à cran
et la France est coupée en deux, socialement et économiquement.
L’impôt sur le revenu constitue à cet
égard un bon marqueur, entre les
43,1 % qui le paient et les 56,9 % qui
en sont exonérés. Ce qui a amené le
président à ironiser sur les sondages
à 55 % en faveur du PAS : « C’est la
proportion de ceux qui ne sont pas assujettis à l’impôt sur le revenu »,
aurait-il répliqué, selon Le Canard
enchaîné. Plus généralement, la
fracture sépare les partisans d’un reflux parallèle des dépenses publiques
et des prélèvements obligatoires et
ceux qui souhaitent au contraire le
maintien à un haut niveau des deux,
car il en va de leur train de vie.
Tels sont les deux camps qui s’affrontent. Rappelons la genèse du
PAS. L’idée en a été émise par François Hollande, à l’automne 2015
quand il s’est aperçu qu’il n’avait pas
tenu son engagement de 2012 de
créer un « grand impôt direct progressif » fusionnant la CSG et l’IR. Le
PAS a été conçu comme un succédané, avec la promesse implicite à terme d’une réforme fiscale sur la CSG
et l’IR qu’il sera désormais facile
d’unir… ■
Emmanuel Macron face à Édouard Philippe, le 5 septembre, à l’Élysée. LUDOCI MARIN/AFP
IDÉES
Cécile Crouzel £@ccrouzel
A
Le sermon libéral d’un ancien gauchiste devenu prêtre catholique
RELIGION C’est un livre qui ne
manquera pas de bousculer. Son
titre est presque un oxymore pour
un Européen : Catholique et libéral,
les raisons morales d’une économie
libre (Éditions Salvator). Aux ÉtatsUnis également, pays de l’auteur, le
parcours du père Robert Sirico est
peu commun : prêtre, il est un ardent défenseur du libéralisme et a
fondé pour cela l’institut Acton.
Dans les années 1970, il était un militant de la gauche américaine. Il fut
ordonné prêtre en 1989, après un
retour vers la foi de son enfance. Le
premier chapitre, assez savoureux,
s’intitule donc « Comment j’ai cessé d’être gauchiste ».
Certaines de ses opinions sont assez radicales : il s’est opposé à la réforme Obamacare du système de
santé américain, estimant que seules la liberté des prix et la mise en
concurrence des acteurs pourraient
améliorer l’accès aux soins. Mais ses
démonstrations méritent l’attention. Il insiste particulièrement sur
le droit de propriété. S’il n’est pas
garanti, « le respect des autres droits
de l’homme ne l’est pas non plus […].
Sans lui, les moyens de subsistance
basique ne sont pas assurés », écrit
le père Sirico. Et de citer l’exemple
des pays communistes. Autre avantage, la propriété privée permet de
traiter pacifiquement d’un problème immuable, celui de la rareté des
choses matérielles, en organisant
les échanges. Enfin, elle est « le
moyen ordinaire par lequel la famille
humaine met en exécution le commandement de maîtriser la terre ».
Dans cet argument transparaît le
prêtre attaché au récit de la Genèse.
Égoïsme et cupidité
ROBERT SIRICO
CATHOLIQUE ET LIBÉRAL, LES RAISONS
MORALES D’UNE ÉCONOMIE LIBRE (Salvator)
L’auteur s’insurge d’ailleurs contre
la théorie qui veut que le christianisme, en rompant le lien entre
l’homme et la nature, ait été à l’origine des désastres écologiques.
« D’après la Bible, la nature est créée
par Dieu, elle est déclarée bonne par
son Créateur et les êtres humains en
sont les administrateurs et gardiens », souligne-t-il.
Pas question non plus de laisser
dire que le capitalisme favorise
l’égoïsme et la cupidité. Pour lui,
ces vices sont communs à l’humanité. Le capitalisme permet de
mieux les canaliser en « orientant
les pulsions avides des individus vers
des fins utiles à la société ». Et ce,
notamment via la création d’entreprise (l’auteur souligne toutefois
que les motivations de la plupart
des entrepreneurs ne sont pas purement matérielles). Dans le système communiste, en revanche, « la
meilleure solution pour lui (l’individu
cupide, NDLR) consisterait à être un
voleur professionnel ou un membre
du gouvernement en charge de
l’écrémage du marché ».
Fustigeant « l’idole Égalité », le
père Sirico estime que si les êtres
humains sont égaux en droits, leur
vie matérielle ne peut être identique. La poursuite effrénée de l’égalité provoque des catastrophes. Et
elle est contraire à la justice, car le
travail mérite d’être récompensé.
Pour aider les personnes en difficulté, il faut non pas déverser des
allocations mais « stimuler la capacité des pauvres à créer de la richesse » en libérant les marchés. Le père
Sirico défend le « droit à l’initiative
économique » et la vertu du travail.
« L’État de l’assistance provoque la
déperdition des forces humaines »,
souligne-t-il, reprenant une citation de Jean-Paul II. Il se fait également le chantre du principe de subsidiarité, cher au catholicisme, qui
veut que l’aide soit d’abord fournie
par les proches puis, si cela est insuffisant, par les associations et enfin par l’État. Selon lui, l’Église doit
se réconcilier avec le capitalisme. ■
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LE FIGARO
lundi 10 septembre 2018
DÉCIDEURS
AVEC
PROPOS RECUEILLIS PAR
Ferréol Mayoly
« Notre
transformation
sera permanente »
YANN LE GALES £@YannLeGales
INTERVIEW Ferréol Mayoly, directeur général d’Arval France,
filiale de BNP Paribas et numéro
un français de la location de véhicules d’entreprise, dévoile sa méthode pour changer l’entreprise.
LE FIGARO.- Vous avez été
nommé directeur général d’Arval
France le 1er janvier 2018.
Quel est votre rôle ?
Ferréol MAYOLY.- Mon rôle est
de comprendre et d’analyser ce
qui se passe. Il est de fixer le cap et
de libérer les énergies. Il est de
permettre aux équipes de mieux
fonctionner, de faciliter leur travail, de les aider à trouver des solutions et à les mettre en œuvre.
Le directeur général d’Arval France,
filiale de BNP Paribas, explique
pourquoi les collaborateurs
« doivent changer de mentalité ».
L’automobile vit
une révolution.
Comment Arval France s’adapte ?
Notre environnement et notre
relation avec les clients se
transforment. Nous sommes historiquement présents sur le marché des entreprises et plus récemment
sur
celui
des
particuliers. Les consommateurs
délaissent le diesel pour l’essence. Le moteur thermique qui
existe depuis la création de
l’automobile est concurrencé par
d’autres types de motorisation.
Le véhicule électrique apparaît.
La voiture autonome va devenir
une réalité. Notre écosystème
évolue avec l’arrivée de start-up.
De nouveaux concurrents peuvent émerger.
Pourquoi avez-vous créé
un comité de direction
de 7 membres ?
J’ai choisi de créer un premier
cercle de 7 personnes car une
équipe resserrée est plus efficace
pour se poser les bonnes questions
et décider quand l’environnement
change.
Pourquoi avoir conservé
un deuxième cercle
de 10 personnes ?
Son rôle est différent. Certains de
ses membres sont rattachés à des
managers du premier cercle. Il est
important que ses membres soient
bien informés de tous les projets
de l’entreprise car tous les projets
concernent plusieurs directions.
Nous travaillons en interaction.
Changerez-vous l’équipe
de direction ?
Je joue la continuité tout en pratiquant quelques changements. Il
est naturel que des managers
changent de poste après avoir
exercé les mêmes responsabilités
pendant plusieurs années. Il est
plus facile de faire bouger les choses avec quelqu’un qui prend de
nouvelles fonctions quand une
activité entre dans une période de
transformation.
« Diriger est motivant
et gratifiant »,
explique
Ferréol Mayoly.
une organisation qui nous permette de nous adapter aux transformations.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
Les salariés sont-ils conscients
qu’ils doivent changer ?
Nous avons la chance d’avoir des
équipes animées par un très bon
état d’esprit et ouvertes aux
changements mais elles ne suivent pas béatement l’équipe de
direction. Voilà pourquoi le comité de direction et moi-même devons expliquer en permanence de
la manière la plus claire pourquoi
CONFIDENCE
Le dirigeant doit-il être
en phase d’observation
en permanence ?
Je suis et serai toujours en phase
d’observation. Je ne sais pas si le
dirigeant devait adopter cette position il y a quinze ans. Mais c’est
indispensable aujourd’hui car les
choses s’accélèrent. Notre transformation sera permanente.
L’une de nos premières transformations est de mettre en place
QUELS DIRIGEANTS VOUS INSPIRENT ?
Je suis intéressé par des dirigeants qui, tel
Emmanuel Faber, PDG de Danone, donnent une
dimension sociétale supplémentaire à l’entreprise
sans remettre en cause sa vocation première
qui est de dégager des bénéfices. Le premier rôle
du dirigeant est de faire des choix qui assurent
la croissance et la rentabilité de l’entreprise.
Mais satisfaire les exigences des actionnaires
et des clients ne suffit pas pour assurer
sa pérennité. Le dirigeant doit l’inscrire dans
un environnement plus large. Les collaborateurs
ont besoin de source de motivation
supplémentaire pour que l’entreprise se porte
bien. C’est un mouvement de fond. Mais il n’est
pas facile de franchir le pas.
l’entreprise se transforme
comment elle se transforme.
Avez-vous modifié
les méthodes de travail
de l’équipe de direction ?
Nous devons éviter que les équipes d’Arval France travaillent de
manière cloisonnée. La meilleure
manière de leur montrer que nous
devons coopérer est de leur montrer que les membres de l’équipe
de direction coopèrent entre eux.
Les équipes doivent-elles
changer de mentalité ?
Notre première transformation est
de changer les mentalités. Tous les
collaborateurs doivent apprendre
à penser différemment. Je prends
un exemple concret. Arval, qui
aura 30 ans en 2019, a toujours revendu les véhicules de ses clients
qui arrivent en fin de contrat.
Nous nous interrogeons pour la
première fois sur l’intérêt de cette
pratique. Pouvons-nous également louer ces véhicules d’occasion ? Nous abordons ce sujet en
oubliant tout ce que nous avons
appris. C’est un changement de
logiciel.
Recruterez-vous à l’extérieur
pour y parvenir ?
Nous allons sur des marchés qui
sont nouveaux pour nous, notamment celui du grand public. Il est
TOP
KRONENBOURG, ANNE MILLOUX, JULIEN KNAUB,
THIERRY LEWENBERG-STURM
MANAGEMENT PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Éric Assy
â LES
Joao Abecasis
Thierry Caloin
Caroline Olliero
utile de considérer des recrutements à l’extérieur pour nous doter d’expériences que nous
n’avons pas. Nous intégrerons ces
nouvelles compétences à nos
équipes. Car la culture d’Arval est
de capitaliser au maximum sur ses
collaborateurs. Nous proposerons
à certains d’entre eux de nouveaux challenges.
Allez-vous briser des tabous ?
Les collaborateurs doivent prendre conscience qu’il n’y a aucun
tabou, qu’ils doivent tout envisager. Ils ne doivent pas s’autolimiter et se mettre des barrières.
Ces changements
entraîneront-ils des modifications
dans les rémunérations ?
La rémunération n’est pas le premier levier pour réussir une
transformation. La motivation et
l’envie des équipes sont clés.
Comment qualifiez-vous
le métier de diriger ?
Diriger est motivant et gratifiant.
C’est motivant car le dirigeant
doit définir une orientation,
convaincre l’équipe de direction
et les collaborateurs qu’il faut aller dans telle direction. C’est gratifiant quand l’organisation atteint les objectifs fixés, engrange
des succès qui enthousiasment les
équipes. ■
www.decideurs.lefigaro.fr
Frédéric Renaud
Stéphane Munch
Séverine Roy
DÉCIDEURS du brasseur Kronenbourg
Le renforcement de l’attractivité de la France ne réjouit pas seulement le président de la
République, qui ne ménage pas ses efforts
dans ce sens depuis son élection. Elle comble
aussi les industriels, qui en récoltent les
1995
fruits, et tout particulièrement, ces derniers
Intègre Unilever
jours, Joao Abecasis, le PDG de Kronenbourg
et enchaîne
les postes en Europe. SAS. L’investissement de 100 millions
d’euros sur le site tricolore d’Obernai,
2011
annoncé par le big boss de la maison mère
Fait ses preuves
danoise Carlsberg lors de la visite d’État du
au sein du danois
président à Copenhague, a de quoi faire
Carlsberg, trois ans
mousser le premier brasseur français
après le rachat
de Kronenbourg.
implanté en Alsace depuis 354 ans. Entretenir l’excellence brassicole de Kronenbourg
2016
Assure la présidence est la grande priorité du patron, qui s’est déjà
vu charger d’engager un investissement de
intérimaire
de la filiale danoise.
23 millions cette année.
C’est donc aujourd’hui une nouvelle accélé2017
ration pour lui et ses équipes. Le Portugais de
Est promu PDG
de Kronenbourg SAS. 45 ans avait vu juste en quittant en 2011
DATES
CLÉS
Vsevolod NikoIaev
et
l’univers des glaces et surgelés d’Unilever
pour épouser la cause de Carlsberg au Portugal. Champion des ventes et du marketing,
Joao Abecasis, diplômé en gestion et administration d’entreprises, a enchaîné depuis
les postes à responsabilités en Europe, ayant
même dirigé par intérim Carlsberg Danemark avant de devenir PDG de Kronenbourg
en 2017. Il n’aura fallu que quelques mois à
cet homme sans frontière, quadrilingue et
père de trois enfants, pour imprimer sa
marque.
Au siège d’Obernai, il s’est entouré d’un
comex de sept leaders, fidèles ou recrues
plus récentes, estampillés tous « VP » (viceprésident). Il a notamment confié en juin
dernier les ressources humaines à Éric Assy,
51 ans, formé à la fois au commerce international et aux RH et qui a fait toute sa carrière
dans l’agroalimentaire, chez Danone, puis
chez Barilla Harrys. Celui qui s’est aussi for-
mé en 2017 au coaching individuel y était
jusque-là DRH France, Belgique et Espagne.
Stratégique aussi, le poste de « M. Consommation hors domicile » (CHD) qu’occupe
depuis bientôt deux ans Thierry Caloin,
directement rattaché à Joao Abecasis. Un
retour aux sources pour ce diplômé de la
Burgundy School of Business qui débuta
chez Kronenbourg en 1995. Il avait lâché la
direction régionale des ventes CHD en 2004
pour rouler au niveau national pour Bacardi
Martini, puis, à partir de 2010, pour Lavazza
comme directeur commercial food service.
Regard neuf, lui, le Russse Vsevolod
NikoIaev a rallié l’équipe d’Abecasis en
février dernier comme patron du marketing. Âgé de 37 ans, diplômé d’économie et
de management à l’université de Saint-Pétersbourg, ce transfuge de Carlsberg est un
homme du sérail. Débuts chez Baltika
Breweries à Saint-Pétersbourg, la suite chez
Scottish & Newcastle, il a rejoint le Groupe
Carlsberg en 2008 en Russie, puis au Danemark à partir de 2013. Ce développeur s’est
notamment imposé comme patron mondial
de Tuborg, la première marque du portefeuille du groupe danois. Dirigeante en pointe et nouvelle recrue aussi, Caroline Olliero,
44 ans, Edhec, qui a passé vingt ans chez
Coca-Cola, est depuis avril VP commerciale
off trade.
Trois fidèles complètent cette équipe offensive : Frédéric Renaud, Sciences Po, exDeloitte, Mars et Masterfood, est aux finances depuis 2007, tandis que Stéphane Munch
dirige le site de production d’Obernai depuis
2012, dirigeant également depuis 2016 l’activité packaging pour l’Europe de l’Ouest. Et,
de son côté, Séverine Roy, qui travailla aussi
chez Mars, a rallié le groupe en 2012. Elle y
dirige aujourd’hui la chaîne d’approvisionnement vers le consommateur.
C. B.
A
Salarié du groupe BNP Paribas
depuis 2003, vous avez rejoint
sa filiale Arval en 2008.
Avez-vous eu besoin
d’une période d’observation
dans vos nouvelles fonctions ?
Ma nomination se fait dans la
continuité. Je connaissais les problématiques de l’entreprise. J’en
ai découvert de nouvelles quand
j’ai été nommé à ce poste. Je n’ai
pas eu besoin d’une période d’observation car je suis en position
d’observation en permanence.
Qu’avez-vous découvert depuis
que vous êtes directeur général ?
Ma responsabilité est plus grande.
J’ai approfondi ma connaissance
de certains dossiers.
31
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lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
32
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Guy Lagache : « Radio France doit conquérir
de nouveaux publics sur le numérique »
PROPOS RECUEILLIS PAR
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
Venu de M6 et de C8, Guy Lagache
est devenu le numéro deux de
Radio France. Un groupe en pleine
mutation numérique.
nous pourrons séduire de nouveaux auditeurs. Les équipes de
Radio France ont entrepris ce travail. Mon rôle est d’aller plus loin
et d’imaginer, avec les directrices
et directeurs de nos 7 antennes,
des programmes pensés dès le
départ pour les différents supports
d’écoute.
LE FIGARO.- Votre arrivée
à Radio France a suscité
des interrogations. Le bizutage
n’a-t-il pas été trop dur ?
Guy LAGACHE.- Non, cela n’a pas
été trop dur. Il est normal, pour
les équipes déjà en place, de se
poser des questions sur quelqu’un
qui vient de l’extérieur. Radio
France est une entreprise constituée de gens passionnés, très professionnels et très exigeants dans
leur métier. Il se trouve que je suis
passionné de contenus et de journalisme. La phase de découverte
est derrière nous, nous sommes
maintenant au travail, concentrés
sur les nouveaux projets.
Franceinfo est déjà média global.
Votre chantier va-t-il être
celui du rapprochement
entre France Bleu et France 3 ?
Il s’agit en fait de chantiers de collaborations : nous travaillons avec
France Télévisions pour mener
des expériences éditoriales communes entre France Bleu et France 3. La proximité est un enjeu
majeur pour Radio France car cela
fait partie de notre mission de service public. France Bleu a un modèle unique avec ses 44 stations
locales, elle produit 10 à 12 heures
de programmes locaux chaque
jour dans chacune des stations.
Fort de cette expertise, nous travaillons avec France 3 pour déveQue pouvez-vous apporter avec
lopper des expériences éditoriavotre expérience dans la télé ?
les. Nous allons expérimenter
Venir de la télé pour faire de la
deux matinales communes à Toupresse écrite, de la radio pour faire
louse et Nice. Ensuite, nous allons
de la télé ou réciproquement, cela
créer une émission politique comse fait et se fera de plus en plus. Le
mune en Franche-Comté. Et
cœur de métier de Radio France
pourquoi pas aussi réfléchir à une
est la radio. Cela le restera, c’est
émission commune
l’après-midi.
Les jeunes sont sur le digital
L’idée est d’unir
et il faut aller à leur rencontre
nos forces et d’inventer de nouvelles
GUY LAGACHE, NUMÉRO DEUX DE RADIO FRANCE
offres. Par ailleurs,
Radio France collabore déjà avec d’autres acteurs de
fondamental. Il se trouve que nous
l’audiovisuel public.
vivons une transformation dans la
façon de consommer les médias.
La radio n’est plus écoutée uniQuelle est votre feuille de route ?
quement sur un transistor, on
Radio France est le premier groupeut aujourd’hui l’écouter sur les
pe de radio en France, 15 millions
écrans, les tablettes et les smartd’auditeurs nous écoutent tous les
phones. L’enjeu est de continuer à
jours. Notre objectif est d’élargir
faire de la radio et de profiter de
encore ce public et de le renouveces nouveaux supports pour enriler, c’est notre mission de radio de
chir nos contenus radiophoniques
service public. Nous devons inforavec de la vidéo. C’est en propomer, cultiver, éduquer et divertir
sant des contenus en adéquation
tous les publics. Pour cela, nous
avec les outils qu’ils utilisent que
devons continuer à renforcer
«
»
GUY LAGACHE
dans le studio
du Figaro.
EUGÉNIE RAGOT
/LE FIGARO
@
Le Buzz
MEDIA
en vidéo sur
www.lefigaro.fr/medias
Rien ne
s’oppose à
l’audace.
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innovantes dont l’ambition business se conjugue avec le
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Date limite des candidatures : 26 octobre 2018.
l’identité de chacune de nos antennes en proposant des programmes complémentaires pour
toucher tous les auditeurs. Par
ailleurs, il faut innover pour aller
conquérir des nouveaux publics
qui écoutent peu ou pas du tout la
radio. Les jeunes sont sur le digital
et il faut aller à leur rencontre.
Faut-il simplement décliner
vos émissions en podcast
et vidéo ?
Au-delà des émissions existantes
diffusées sur le numérique, nous
créons de nouvelles émissions digitales issues de notre antenne. Par
exemple, sur France Inter, l’émission « Pop & Co » de Rebecca
Manzoni dans la matinale, a été
déclinée en Pop & Co Le labo entièrement vidéo pour le digital.
Par ailleurs, nous développons des
podcasts natifs et toutes nos chaînes s’y mettent. Elles produisent
des documentaires, des fictions,
des reportages, de l’investigation.
La semaine dernière, France Inter
a lancé « Oli », une série audio de
contes pour enfants, imaginés et
racontés par de grands écrivains
comme Delphine de Vigan ou
Alain Mabanckou. Et France
Culture lance le 18 septembre une
série de science-fiction, en 10 épisodes, « L’appel des abysses ».
Radio France va devoir faire
20 millions d’économies.
Y aura-t-il des suppressions
de postes ?
Toutes les entreprises de l’audiovisuel public doivent faire des efforts et nous allons en prendre notre part. Dans les mois à venir,
nous allons construire une trajectoire en ce sens. Je ne peux pas
vous en dire davantage.
Vous allez chercher un public
jeune en dehors de la radio.
Mais va-t-il revenir à la radio ?
L’idée est de convaincre ces nouveaux publics de la pertinence de
nos programmes. Je suis convaincu qu’après nous avoir découverts
sur les supports numériques, ces
jeunes viendront écouter nos antennes. Nous avons déjà démontré
que nous sommes parvenus à
rajeunir fortement nos audiences,
notamment sur France Inter.
La nouvelle ministre des Sports,
Roxana Maracineanu, est mariée
à Franck Ballanger, journaliste
sportif de Radio France. Comment
gérer cette situation ?
Franck Ballanger est un journaliste qui couvre le sport à Radio
France. C’est donc compliqué,
pour lui, de continuer à couvrir ce
domaine car cela pose un problème de conflit d’intérêts. Nous allons trouver avec lui la meilleure
solution pour l’avenir. ■
RÉALITÉS
AUGMENTÉES
PAR BENJAMIN FERRAN
Pour une « écologie du numérique »
Et si le ministère de l’Écologie, sous le feu des projecteurs depuis deux semaines,
faisait son aggiornamento et
héritait de nouvelles prérogatives ? En 1971, face aux
effets dévastateurs de l’industrialisation, le gouvernement Chaban-Delmas créait
un premier ministère chargé
de la protection de la nature
et de l’environnement. Il
s’agissait alors de protéger
« les biens les plus élémentaires et les plus nécessaires de la
vie » (nos éditions du 5 septembre). Un demi-siècle plus
tard, le temps pourrait être
venu de réfléchir aux bienfaits d’une « écologie du numérique ».
À l’origine d’une nouvelle
révolution industrielle, le
numérique charrie avec lui
une pollution moderne, devenue étouffante. Les scandales à répétition (Cambridge
Analytica, « fake news »,
évasion fiscale…) ont formé
une marée noire technologique, qui souille les idéaux des
pionniers d’Internet. Ingénieurs, professionnels de
santé, industriels repentis et
même actionnaires des plus
grands groupes technologiques alertent les uns après les
autres sur les risques d’une
prolifération des écrans et de
leurs notifications intrusives.
Dans les cas les plus graves,
l’addiction au numérique
détériore notre capacité de
concentration, altère les
rapports humains, nous fait
perdre nos capacités de lecture et nous réduit trop souvent à une succession de
données réutilisées à des fins
mercantiles. Les applications
mobiles densifient la circulation dans les centres-villes
(Uber), détournent les familles de quartiers touristiques (Airbnb), déplacent la
circulation sur des routes secondaires inadaptées (Waze).
Les smartphones, les ordinateurs et leurs périphériques,
trop vite remplacés, engendrent des déchets à n’en plus
finir. Les data centers,
monstres de données ultramodernes,
dévorent
de
l’énergie fossile pour leur
refroidissement.
UNE VISION POSITIVE
Face à cette crise, le pouvoir
politique est désorganisé. Les
effets négatifs du numérique,
à l’origine de tant d’avancées
dans notre vie quotidienne,
ont longtemps été passés sous
silence. La privation complète d’écrans apparaît, à juste
titre, comme une alternative
caricaturale, décliniste. Le
secrétariat en charge du
Numérique, tour à tour ratta-
ché à Matignon ou à Bercy,
reste concentré sur des questions économiques, à la recherche de croissance pour la
French Tech. Ici, le ministère
de l’Éducation nationale interdit les téléphones portables dans les écoles et les collèges, afin de faire bénéficier
les élèves de « de la richesse
de la vie collective ». Là, le
nouveau de carnet de santé
se dote d’une section de recommandation vis-à-vis des
écrans, placés au même rang
que le tabac. En Chine, plus
radicale, des mesures pourraient être prises pour encadrer le temps passé dans les
jeux vidéo.
Pour réconcilier le progrès
technologique avec le bienêtre humain, l’action éparpillée des ministères et des
autorités publiques ou administratives (Cnil, Arcep,
Haute Autorité de santé)
pourrait donc être réunie au
sein d’une même feuille de
route, qui formulerait des
recommandations et veillerait à leur bonne application.
Emmanuel Macron, le président des start-up, qui a placé
deux iPhone en évidence sur
sa photo officielle et excelle
sur les réseaux sociaux,
aurait de quoi ériger cette
« écologie du numérique » en
grande cause nationale. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 040 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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PAGE 38
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SUCCESSIO MIRO/ADAGP, PARIS 2018 PHOTO CENTRE POMPIDOU, MNAM-CCI, DIST. RMN-GRAND PALAIS/PHILIPPE MIGEAT
Les
expositions
phares
de la
rentrée
Les musées parisiens célèbrent
les maîtres, cet automne, du
Caravage à Picasso, Miro, Basquiat
ou Giacometti. Ils déclinent
aussi des thèmes comme Venise,
Madagascar ou le cubisme.
Notre sélection. PAGES 34 ET 35
Joan Miro (ci-contre Bleu II 4 mars) fait l’objet d’une rétrospective
au Grand Palais, à partir du 3 octobre.
Un concentré
d’excellence royale
PATRIMOINE Présentée en partie
à Fontainebleau, la collection Al Thani
pourrait rejoindre l’hôtel de la Marine.
Claire Bommelaer
cbommelaer@lefigaro.fr
lors que le Château de Fontainebleau vient d’ouvrir
son exposition « Rois du
monde », bâtie à partir de
63 chefs-d’œuvre de la
collection Al Thani, Le Monde a révélé
que l’hôtel de la Marine, à Paris, pourrait devenir un écrin pour les trésors de
la famille régnante du Qatar. Bien que
SAR Cheik Hamad Bin Abdullah Al
Thani ait déjà exposé une partie de sa
collection à Paris, à Londres ou à New
York, personne n’a une vision complète des 6 000 objets d’exception qui la
constituent. « Son Altesse a commencé à
acquérir des objets il y a vingt ans, explique Amin Jaffer, qui la gère depuis Londres, il a un goût éclectique mais privilégie les pièces de qualité muséale, en
s’attachant à leur provenance. » En
mars 2017, au Grand Palais, il avait déployé une extraordinaire série de bijoux
moghols et indiens. Jusqu’au 18 octobre, les pièces exposées dans la salle de
bal de Fontainebleau donnent également un aperçu du trésor, conservé
dans plusieurs endroits secrets. On y
voit une tête de pharaon égyptien en
jaspe rouge de la XVIIIe dynastie, une
petite plaque d’or iranienne (VIIIe siècle
av. J.-C.) représentant le combat d’un
héros et d’un lion, un sabre au nom de
Soliman le Magnifique, mais aussi des
plats de la dynastie Ming ou un monu-
A
CHANEL ; PRESSE
mental candélabre en argent représentant le deuxième des douze travaux
d’Hercule, et ayant appartenu au duc
d’York. Le tout, présenté dans des vitrines discrètes imaginées par le scénographe François Joseph Graf, permet de
tisser un lien autour de l’art et du pouvoir royal, à travers la personne du
souverain et la mise en valeur de ses
emblèmes.
La famille régnante du Qatar est également connue pour son goût pour le
mobilier français du XVIIIe. C’est elle
qui a racheté l’hôtel Lambert, sur l’île
Saint-Louis, un des hôtels particuliers
les plus prestigieux de Paris. Après une
polémique nourrie sur les travaux
qu’elle comptait y conduire, et un incendie qui a ravagé un cabinet de bain
réalisé par Eustache Le Sueur, l’hôtel a
finalement été entièrement restauré et
meublé dans l’épure de l’art. Habité par
la famille, il n’est pas ouvert au public.
Bien que le CMN ne souhaite pas
confirmer l’éventuel prêt d’une partie
de la collection à l’hôtel de la Marine
– dont l’ouverture est prévue fin
2019 -, tout indique que l’affaire est sérieusement envisagée. « Le prince souhaite aller plus loin dans le dévoilement et
l’exposition de sa collection », affirmait,
Amin Jaffer. Le prêt serait assorti de
mécénat, estimé à 20 millions d’euros
sur vingt ans. Pour Fontainebleau,
l’exposition « Rois du monde » s’est
traduite par la restauration des lustres
anciens de la salle de bal, ainsi que par
une mise en lumière de l’espace, pour
un montant estimé à 300 000 euros.
A
MORCEAU CHOISI
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
34
L'ÉVÉNEMENT
1
2
3
4
Pablo, Diego,
Caravage
et les autres
ARTS Notre
sélection des grands
Trente collectionneurs
Le Musée Marmottan Monet rend
événements dans les musées parisiens u
hommage à trente collectionneurs, artistes ou descendants d’artistes, tous
jusqu’à la fin de l’année.
donateurs à cette institution d’œuvres
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE ebietryrivierre@lefigaro.fr
ET VALÉRIE DUPONCHELLE vduponchelle@lefigaro.fr
bleu et rose
uPicasso
La puissance de feu du Musée d’Or-
say jointe à celle du Musée Picasso de
Paris, l’entregent et l’énergie de leurs
directeurs respectifs Laurence des Cars
et Laurent Le Bon ne sont pas de trop
pour cette réunion exceptionnelle
d’œuvres du premier Picasso, jeune
adulte et déjà pleinement maître. Au
bleu noble hérité du Greco magnifiant la
misère des marginaux et des malades
succédera progressivement l’ocre des
bonheurs sensuels, jusqu’au soleil primal retrouvé à Gosol. Et comme on ne
s’en lasse pas, le Musée Picasso interroge la notion de chef-d’œuvre chez
l’auteur de Guernica jusqu’au 13 janvier.
Au Musée d’Orsay, du 18 septembre
au 6 janvier, www.musee-orsay.fr
sur la Serenissima
uLumières
Au Grand Palais, le rideau s’ouvre
sur Venise, plus que jamais ville-théâtre et opéra de tous les plaisirs au
XVIIIe siècle. Les génies qui fardent
alors la belle s’appellent Piazzetta et
Giambattista Tiepolo tandis que les toiles de Canaletto en offrent le souvenir
insidieusement mythifié et que les
sculpteurs rococo Corradini et Brustolon conservent son corps et sa chair
dans la pierre ou le bois. Un bal prometteur, au son de Vivaldi ou de la voix
excentrique du castrat Farinelli. Un
carnaval décadent signé Macha
Makeïeff.
Au Grand Palais, du 26 septembre
au 21 janvier, www.grandpalais.fr
A
voyage à Madagascar
uUn
Tous les arts et les cultures de la
Grande Île au Quai Branly. Parures de
soie sauvage, bois de lit sculptés, pots à
épices tressés ou talismans à coquillages
devraient témoigner de la forte et
constante prégnance des esprits et de la
nature sur ce territoire carrefour de
continents. Madagascar ? Un concentré
unique d’Afrique, d’îles australes,
d’Inde, d’Arabie et de Chine.
Au Musée du quai Branly-Jacques Chirac,
du 18 septembre au 1er janvier,
www.quaibranly.fr
uVolutes et arabesques de Mucha
Sarah Bernardt l’adorait. En lui
confiant l’exécution des affiches de ses
spectacles, elle a fait sa gloire. Passé le
temps des vaches maigres en compagnie de Gauguin, le moravien Alphonse Mucha a soudain imposé l’Art nouveau, déclinant son style chantourné
et coloré dans les réclames, les bijoux,
les meubles et magasins. Puis il l’a mis
au service du nationalisme tchèque et
de l’émancipation des peuples slaves
dans des formats de cathédrale.
Jusqu’à un kitsch grandiloquent et
mélodramatique.
Au Musée du Luxembourg,
du 12 septembre au 27 janvier,
www.museeduluxembourg.fr
5
allant des impressionnistes aux fauves.
Au Musée Marmottan, du 13 septembre
au 10 février, www.marmottan.fr
uGiacometti
Une sélection de cinquante pièces
par Catherine Grenier, biographe du
maître et directrice de la Fondation
Giacometti, sera mise en regard
d’œuvres de grands sculpteurs classiques et modernes.
Au Musée Maillol, du 14 septembre
au 20 janvier, www.museemaillol.com
à Rome
uCaravage
Le rassemblement de dix toiles du
maître du clair-obscur est en soi un
événement. Mais en sus, Francesca
Cappelletti qui fut co-commissaire au
Petit Palais en 2015 pour la mémorable
exposition sur les bas-fonds de la Rome
baroque, les présentera en compagnie
d’autres, exécutées dans les mêmes années dans la Ville éternelle. Ces œuvres
dues au Cavalier d’Arpin, à Annibal
Carrache, à Orazio Gentileschi, Giovanni Baglione ou encore Ribera devraient par contraste souligner tout le
génie novateur de Michelangelo Merisi
da Caravaggio.
Au Musée Jacquemart-André,
du 21 septembre au 28 janvier,
www.musee-jacquemart-andre.com
trésors de Campana
uLes
Entre 1830 et 1850, le directeur du
Mont-de-Piété à Rome, le marquis
Giampietro Campana, dépense des
sommes folles pour se constituer une
incroyable collection, au final sans
doute la plus grande du XIXe siècle en
mains privées. Mais à la suite de malversations, celle-ci est dispersée. Le
meilleur de ces 10 000 antiques complétés de peintures, sculptures et objets
d’art se retrouvera au Louvre.
Au Louvre, du 7 novembre au 11 février,
www.louvre.fr
poétique où l’on découvre le langage
résolument neuf de Miro. Son art prend
ses sources dans la vitalité du quotidien
pour s’épanouir dans un autre monde
où les rêves occupent une place privilégiée. « Il me faut un point de départ, explique Miro, ne serait-ce qu’un grain de
poussière ou un éclat de lumière. Cette
forme me procure une série
de choses, une chose
faisant naître une
autre chose. Ainsi un
bout de fil peut-il me
déclencher un monde. » Cette rétrospective est signée JeanLouis Prat, directeur de
la fondation Maeght de
1969 à 2004, au pana-
à Versailles
uLouis-Philippe
Le château consacre une exposition à
celui qui transforma l’ancienne résidence royale en musée ouvert à tous. Ce
sera l’occasion de découvrir restaurées
les salles dédiées aux gloires et aux
grandes heures de la France, ou encore
les appartements privés de Louis-Philippe au Grand Trianon.
À Versailles du 6 octobre au 4 février,
www.chateauversailles.fr
Schiele et Basquiat
uEgon
Le premier est mort à Vienne en 1918
à 28 ans de la grippe espagnole. Le second est mort au même âge, 70 ans
après, d’une overdose à New York.
Outre ce destin, ces deux artistes ont
utilisé le corps et l’autoportrait comme
des épreuves de vérité. L’érotisme aigu
de Schiele créa le scandale : demeure
cette incroyable beauté de l’œuvre.
L’identité noire revendiquée par Basquiat, de la rue de Manhattan au tableau, est le moteur d’une intense fureur de vivre. Les deux expositions,
parallèles, réunissent trésors de collectionneurs et de musées.
À la Fondation Vuitton, du 3 octobre au
14 janvier, www.fondationlouisvuitton.fr
l’incessant rêveur
uMiro,
Rétrospective en près de 150 œuvres
du maître catalan (1893-1983) ancré
dans la modernité. La scénographie de
l’Atelier Maciej Fiszer évoque son univers méditerranéen. Ni abstrait ni figuratif, inventif, c’est un parcours
6
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
CULTURE
L’année du Japon, qui s’est
ouverte avec « Fukami », à
l’hôtel Salomon de Rothschild,
cet été, bat son plein cet
automne. Kohei Nawa trône
sous la Pyramide du Louvre et
au Musée de la chasse.
Jusqu’au 10 mars, la Halle
Saint-Pierre (XVIIIe) présente
de l’art brut japonais. À venir,
le chef-d’œuvre d’Ito Jakuchu
(1718-1800), génie singulier
de Kyoto, soit trente rouleaux
délicatement peints de fleurs,
poissons et oiseaux
(Petit Palais, 15 sept.-14 oct.).
Ensuite, Beaubourg rendra
hommage à l’architecte
Tadao Ando qui œuvre
à Paris sur la Bourse de
commerce - Collection Pinault
(10 oct.-31 déc.). Puis le Musée
Guimet se concentrera sur
le XIXe siècle avec la période
Meiji (17 oct. - 14 janv.).
Le Musée des arts décoratifs
résumera pour sa part cent
cinquante ans d’influence
japonaise en Occident avec
« Japon japonismes. Objets
inspirés, 1867-2018 » (15 nov.3 mars). La Maison du Japon
présentera des antiquités de
l’ère Jômon (17 oct.- 8 déc.), le
Musée Cernuschi trois siècles
de création de l’école Rinpa
(26 oct.-27 janv.).
che inégalé, membre du Comité Joan
Miro et ami de l’artiste.
Au Grand Palais, du 3 octobre au 4 février,
www.grandpalais.fr
cubisme de A à Z
uLe
Pour la première fois en France de-
puis 1953, le Centre Pompidou consacre
une exposition au cubisme au travers
d’un panorama, en 300 œuvres, de
l’histoire du mouvement à Paris entre
1907 et 1917. Il s’agit cette fois d’élargir
la vision traditionnellement concentrée
sur les grands noms, Braque, Juan Gris,
Léger et Picasso, aux cubistes secondaires, comme Gleizes et Metzinger, ou
différents tels Robert et Sonia Delaunay, Duchamp ou Picabia. Ils exposaient dans les salons officiels parisiens
lorsque les pionniers réservaient leurs
créations à un jeune marchand inconnu, Daniel-Henry Kahnweiler. L’histoire de l’art en marche.
Au Centre Pompidou, du 17 octobre
au 25 février, www.centrepompidou.fr
Nadar, quelle famille !
uLes
La Bibliothèque nationale de France
propose la première grande exposition
consacrée aux trois Nadar. Félix Nadar
(1820-1910), le plus connu, son frère
Adrien Tournachon (1825-1903) et son
fils Paul Nadar (1856-1939) furent à la
fois photographes, peintres, dessinateurs et inventeurs. L’amitié que Félix a
entretenue avec Gustave Doré ou Charles Baudelaire, celle de Paul avec Sarah
Bernhardt ont donné des chefsd’œuvre du portrait photographique.
À la BnF I François-Mitterrand,
du 16 octobre au 3 février, www.bnf.fr
dépouillement royal
uSugimoto,
Le photographe japonais aux marines épurées, aux éclairs laser, aux chapelles transfigurées, est l’invité du
château.
À Versailles, du 16 octobre au 20 janvier,
www.chateauversailles.fr.
Rego,
uPaula
l’École de Londres au féminin
Unique artiste femme du groupe de
l’École de Londres, Paula Rego, née en
1935 à Lisbonne, a une œuvre fortement figurative, littéraire, incisive et
singulière.
À l’Orangerie, du 17 octobre au 14 janvier,
www.musee-orangerie.fr
Saraceno,
uTomas
la leçon des araignées
L’Argentin de Berlin collectionne les
toiles d’araignée comme des œuvres
d’art. En les observant, il a imaginé un
monde parallèle où chaque son, chaque
vibration retentit comme un tonnerre.
Sa « Carte blanche » s’annonce phénoménale.
Au Palais de Tokyo, du 17 octobre
au 6 janvier, www.palaisdetokyo.com
Freud
uSigmund
par Jean Clair
Abondance de biens ne nuit pas. Sigmund Freud décortiqué par Jean Clair,
grand esprit pourfendeur de modes,
conventions absurdes et inculture, cela
devrait être passionnant.
Au Musée d’art et d’histoire du judaïsme,
du 10 octobre au 10 février,
www.mahj.org.fr
Perry,
uGrayson
mauvais genre
Cet artiste de la YBA Generation joue
les Priscilla folle du désert à ses vernissages. Voix de camionneur, humour
100 % british, jambes de pin-up, c’est
un céramiste et un dessinateur extraordinaire.
À la Monnaie de Paris, du 19 octobre
au 3 février, www.monnaiedeparis.fr
Lange,
uDorothea
l’Amérique à cœur
Plus d’une centaine de tirages vintage,
réalisés de 1933 à 1957, sont mis en valeur par des documents et des projections qui élargissent la portée d’une
œuvre souvent familière au public grâce à des icônes de l’histoire de la photographie comme White Angel Breadline
(1933) et Migrant Mother (1936).
Au Jeu de paume, du 16 octobre
au 27 janvier, www.jeudepaume.org
West,
uFranz
diable de la couleur
Esprit libre et indépendant, sans formation classique, l’artiste autrichien
Franz West (1947-2012) est resté dans
l’ombre pendant près de quinze ans
avant que ses sculptures du début des
années 1970 ne le fassent connaître internationalement à la fin des années
1980. ■
Au Centre Pompidou, du 12 septembre
au 10 décembre, www.centrepompidou.fr
CHRONIQUE Au XVIIe siècle, la Sérénissime fut le théâtre de toutes les
violences et des passions les plus noires. Le Palais Fesch le présente en majesté.
LES ARTS
Adrien Goetz
ourquoi le XVIIe est-il le siècle
le moins aimé de l’histoire de
Venise, coincé entre la gloire
de Titien et Tintoret au XVIe
et le triomphe de Canaletto et
de Guardi au XVIIIe ? La tradition de
l’histoire de l’art a décrit depuis toujours cette période comme le triomphe
de Rome, de Naples ou de Bologne. Venise reste dans l’ombre, victime de la
peste de 1630. De cette période obscure
émergent à peine quelques monuments
insignes, comme la glorieuse basilique
de la Salute de Baldassare Longhena
édifiée à l’extrémité du Grand Canal.
Venise au XVIIe attire pourtant des
artistes de toute l’Europe, parmi lesquels bon nombre arrivent de France,
d’Europe du Nord ou de villes germaniques. L’exposition corse fera date :
aucune autre n’a été consacrée à ce sujet depuis 1959. Les tableaux, disposés
comme dans un palais, entre d’étonnantes sculptures comme ces bustes de
Giusto Le Court, ornements de la villa
Pisani à Stra, ou des meubles qui sont
des morceaux de bravoure – une
console sculptée de personnages dans
un réjouissant désordre due à Giacomo
Piazzetta - racontent l’invention d’un
style étrange. La lagune est traversée de
courants contradictoires. Pour les églises et les palais, la fantaisie des vieilles
familles rivalise avec l’érudition des
nouveaux anoblis qui veulent des allégories originales ou des scènes antiques
à déchiffrer, d’où ce mélange grinçant
de raffinement et de noirceur. Les représentations satiriques comme ce Démocrite édenté de Pietro della Vecchia
qui éclate d’un rire philosophique dialoguent avec les figures les plus subli-
P
Mort de Caton, Giambattista Langetti.
PIER LUIGI PIZZI
mes, ainsi cette Madeleine en extase de
Johann Liss, prêté par une collection
vénitienne.
Artistes révélés
Au fil des salles, peu de grands noms,
c’est tout l’intérêt d’entrer dans un
continent englouti, même s’il y a le buste
du cardinal Valier sculpté par Le Bernin,
La Mélancolie de Domenico Fetti venue
du Louvre ou l’Allégorie du temps de Guido Cagnacci, chef-d’œuvre en mains
privées. Les artistes qui se révèlent ici
s’appellent Sebastiano Mazzoni, auteur
d’une puissante figure d’Artémise buvant les cendres de son époux Mausole
pour faire de son propre corps un mausolée, Giambattista Langetti, qui peint
une terrifiante Mort de Caton, ou Sebastiano Mazzoni dont la Mort de Cléopâtre,
reproduite en affiches, fait trembler les
touristes sur le cours Napoléon.
Fidèle à sa vocation, née du grand
goût du cardinal Joseph Fesch, l’oncle
de l’empereur, le Musée des beaux-arts
d’Ajaccio, dirigé avec science et panache par Philippe Costamagna, explore,
année après année, les riches heures de
l’art italien. Un partenariat avec les
Gallerie dell’Accademia de Venise explique la haute qualité des œuvres qui
sont montrées et peut faire regretter
qu’une telle exposition, novatrice et
belle, ne connaisse pas d’autres étapes.
L’été corse se prolonge encore un peu :
elle reste visible jusqu’à la fin du mois
de septembre, occasion parfaite pour
prolonger les grandes vacances.
« Rencontres à Venise. Étrangers
et Vénitiens dans l’art du XVIIe siècle »,
Palais Fesch-Musée des beaux-arts,
Ajaccio, jusqu’au 1er octobre. Catalogue
sous la direction de Linda Borean et
Stefania Mason, Silvana Editoriale, 28 €.
A
L’ARCHIPEL
JAPONAIS
CULTURE 35
Ajaccio révèle une Venise
artistique inconnue
ROMA, SOVRINTENDENZA CAPITOLINA AI BENI CULTURALI ; ESTATE OF JEAN-MICHEL BASQUIAT LICENSED BY ARTESTAR/NEW YORK ; WWW.BRIDGEMANIMAGES.COM/SUCCESSION PICASSO ; BNF-DÉPARTEMENT DES ESTAMPES ET DE LA PHOTOGRAPHIE ; SUCCESSION ALBERTO GIACOMETTI (FONDATION GIACOMETTI, PARIS+ADAGP, PARIS) 2018 ; RMN-GRAND PALAIS (MUSÉE DU LOUVRE)/FRANCK RAUX
1. Le Jeune Saint Jean-Baptiste
au bélier, (1602), Caravage.
2. Untitled (1982), Jean-Michel
Basquiat.
3. Femme à l’éventail (1905),
Picasso.
4. Sarah Bernhardt, drapée
en noir, 1864, Félix Nadar.
5. Scène de carnaval
ou Le Menuet (1754-1755),
Giandomenico Tiepolo.
6. Femme assise (1956),
Alberto Giacometti.
lundi 10 septembre 2018
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lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
36 CULTURE
Le lion d’or numérique d’Alfonso Cuaron
CINÉMA Le jury de la Mostra, présidé par Guillermo del Toro, a primé « Roma », première production Netflix
écerné à l’unanimité à
Roma, du Mexicain Alfonso Cuaron, le
lion d’or de la 75e Mostra est posé sur sa
plateforme numérique comme le lion
de Saint-Marc sur sa colonne. Le triomphe de Roma n’est pas seulement celui
d’un réalisateur, c’est celui d’un système de production et de diffusion qui révolutionne le vieil Hollywood et défie le
protectionnisme français de la salle de
cinéma. Pour la première fois, une production Netflix, destinée à être diffusée
directement sur le Web pour des millions d’abonnés, remporte la récompense suprême dans un temple du 7e art.
« Neflix n’est pas la fin du cinéma,
c’est la poursuite d’un processus qui a
commencé il y a un siècle », a déclaré le
président du jury, Guillermo del Toro,
compatriote de Cuaron et Lion d’or l’an
dernier pour La Forme de l’eau.
Il est assez symbolique que ce changement de régime se passe à Venise, où
Giuseppe Volpi a inventé d’exposer les
films comme des œuvres d’art. La plus
ancienne manifestation internationale
de cinéma en a gardé le nom unique de
« Mostra », quand toutes les autres se
sont appelées « festival ». En dehors de
toute considération économique et
commerciale, on peut estimer que la
Mostra remplit son rôle d’éveilleur artistique en faisant place aux nouveaux
supports de la création (ainsi, la réalité
virtuelle y a désormais son île).
Retour aux origines
Roma n’est plus dans Rome. Le titre
même du film d’Alfonso Cuaron a un effet de leurre, comme ces productions
Netflix qui, pour certains, détourneraient le cinéma. Roma est le nom du
quartier résidentiel de Mexico où le cinéaste a grandi. Après le triomphe hollywoodien de Gravity, avec ses sept oscars, Cuaron revient à ses origines. Sa
longue saga familiale en noir et blanc
fait revivre une maisonnée bourgeoise
des années 1970, en s’attachant particu-
LION D’OR
Roma, d’Alfonso Cuaron,
élu à l’unanimité
par le jury présidé
par Guillermo del Toro
LION D’ARGENT
DE LA MISE EN SCÈNE
Les Frères Sisters,
de Jacques Audiard
+
MARIE-NOËLLE
TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
PRIX DU SCÉNARIO
La Ballade de Buster Scruggs,
de Joel et Ethan Coen
GRAND PRIX DU JURY
La Favorite,
de Yorgos Lanthimos
PRIX SPÉCIAL DU JURY
The Nightingale,
de Jennifer Kent
FILIPPO MONTEFORTE/AFP
D
Palmarès
couronnée à Venise. Jacques Audiard, les frères Coen, Olivia Colman et Willem Dafoe sont récompensés.
Alfonso Cuaron remporte la récompense suprême pour Roma, un film remarqué pour sa puissance, sa sensibilité et sa générosité.
lièrement au personnage de Cleo, jeune
servante indienne nounou des enfants.
Malgré quelques outrances, l’œuvre
captive par sa puissance, sa sensibilité,
sa générosité, et mérite indéniablement
la reconnaissance.
Les deux westerns de la compétition
sont à l’honneur, celui de Jacques
Audiard, Les Frères Sisters, avec le lion
d’argent de la mise en scène, celui des
frères Coen, La Ballade de Buster
Scruggs (autre production Netflix),
avec le prix du scénario. On aurait pu
inverser les prix, ça marche aussi. Les
deux films fraternisent par le talent et
l’originalité.
On est moins convaincu par le grand
prix donné à La Favorite de Yorgos
Lanthimos, mais le réalisateur grec de
The Lobster et de Mise à mort du cerf sacré est depuis quelques années la
coqueluche des festivals. Son brio maniériste a la cote. Il le met cette fois-ci
au service d’aventures rocambolesques
autour de la reine Anne d’Angleterre.
Jeux de pouvoir et de sexe, entre la reine lesbienne et ses deux favorites rivales, traités avec une préciosité ironique
mais complaisante. En tout cas, le film
est un bon vecteur des représentations
féministes en vogue. Des « femmes
puissantes », qui dominent et mystifient les hommes, de l’érotisme lesbien.
Il faut dire qu’Olivia Colman, Emma
Stone et Rachel Weisz forment un trio
d’actrices sensationnel. Olivia Colman
remporte le prix d’interprétation féminine dans le rôle de la reine.
À propos de féminisme, la seule réalisatrice de la compétition 2018 n’a pas
été oubliée. Jennifer Kent repart avec un
prix spécial du jury pour The Nigh-
tingale, qui raconte la traque vengeresse
d’une servante irlandaise violée par un
officier anglais qui a tué son mari et son
bébé. Accompagnée d’un Aborigène,
elle parcourt le bush australien, à la
poursuite des criminels. Les revendications féministes ont fait tant de vagues
sur la lagune qu’on peut se demander si
la dénomination « prix spécial du jury »
ne doit pas aussi s’entendre comme une
façon de les prendre en compte. Mais
Jennifer Kent est d’accord avec le directeur de la Mostra, Alberto Barbera, pour
s’opposer aux quotas : « Je pense qu’il
faut plus de femmes, mais les quotas sont
une forme inversée de sexisme. »
Prix d’interprétation masculine,
Willem Dafoe est au-delà de toute
contestation : il incarne un Van Gogh
émouvant et inspiré dans At Eternity’s
Gate de Julian Schnabel. ■
COUPE VOLPI
D’INTERPRÉTATION
FÉMININE
Olivia Colman
pour son rôle de la reine
Anne d’Angleterre
dans La Favorite,
de Yorgos Lanthimos
COUPE VOLPI
D’INTERPRÉTATION
MASCULINE
Willem Dafoe
pour son rôle de Van Gogh
dans At Eternity’s Gate,
de Julian Schnabel
PRIX MARCELLOMASTROIANNI
DU MEILLEUR ESPOIR
Baykali Ganambar
dans The Nightingale,
de Jennifer Kent.
PRIX
DES 15es GIORNATE
DEGLI AUTORI
C’est ça l’amour,
de la réalisatrice française
Claire Burger.
À Deauville, l’Amérique
n’a pas le moral, mais des idées
CINÉMA. Le jury du festival du film présidé par Sandrine Kiberlain
ÉRIC NEUHOFF eneuhoff@lefigaro.fr
es flics sont dépressifs, les
femmes au foyer rêvent de
tout quitter, les bavures policières ne sont pas rares, les
condamnés à mort attendent
l’injection fatale et, pour couronner le
tout, Ted Kennedy fiche sa carrière en
l’air une nuit de juillet 1969. À Deauville,
l’Amérique a une drôle de mine. Elle se
cherche, n’a pas le moral. Heureusement, il y avait un western, Les Frères
Sisters, signé d’un Français, Jacques
Audiard, à qui les colts et les chevaux
réussissent (voir ci-dessus), qui reçoit le
Prix du 44e Festival de Deauville.
L
Le jury présidé par Sandrine Kiberlain
ne s’est pas trompé en offrant le grand
prix à Thunder Road, épatants débuts de
Jim Cummings, qui a écrit, réalisé et interprété ce film dont la première séquence est d’anthologie. Un inspecteur
texan pète les plombs à l’enterrement de
sa mère et mime dans l’église une chorégraphie à la Bruce Springsteen.
Des pépites bientôt en salle
Apparemment, il fallut couper la poire
en deux pour le prix du jury, qui se dédoubla et alla à American Animals de
Bart Layton (pour pimenter leur quotidien, quatre étudiants décident de voler
des éditions rares de John James Audubon et de Darwin - intrigue qui n’est pas
sans rappeler celle du Cas Fitzgerald de
John Grisham, qui rafla le prix littéraire
Lucien-Barrière : des malfrats dérobent
les manuscrits originaux de Gatsby le
magnifique et de Tendre est la nuit) et à
Night Comes On de Jordana Spiro (deux
sœurs noires, dont l’aînée sort de prison, essayent de ne pas bousiller leur
avenir, malgré un lourd atavisme).
Le public eut des goûts plus classiques : il choisit Puzzle de Marc Turtletaub, où une épouse tâche de reconstituer sa vie en mille morceaux et a
comme seul espoir de partir pour
Montréal. Elle a des excuses : son mari
ronfle et elle rencontre en cachette un
riche inventeur champion de puzzles
(cela existe). Le jury de la révélation dé-
CHARLY TRIBALLEAU/AFP
a remis son grand prix à Jim Cummings pour « Thunder Road ».
Jim Cummings, très heureux d’avoir reçu le grand prix pour son premier film, samedi.
cerna sa récompense à We the Animals
de Jeremiah Zagar. Le prix de la critique
décora Blindspotting de Carlos Lopez
Estrada. À côté de la compétition, il y
avait d’intéressants documentaires.
Bruce Weber présenta son portrait de
Robert Mitchum dont le titre est tout un
programme : Nice Girls Don’t Stay for
Breakfast. Peter Bogdanovich retraçait
la carrière de Buster Keaton dans The
Great Buster : A Celebration et Amy Scott
se penchait sur le cas de Hal Ashby,
l’auteur de Harold et Maude dans Hal .
Un seul souhait : que ces pépites sortent bientôt en salle. Avec son festival,
Deauville confirme qu’un océan n’est
rien et qu’elle est bien le 51e État
d’Amérique. ■
La symphonie urbaine de Dick Annegarn
MUSIQUE L’artiste sort « 12 villes 12 chansons », un somptueux exercice de style enregistré avec un grand orchestre.
OLIVIER NUC £@onuc
l fallait bien que je finisse par
devenir un peu classique. » Le
sourire est franc et massif,
comme la poignée de main de
cet artiste essentiel. Après
quarante-cinq ans d’une carrière hors
norme et hors cadre, le plus francophone des Néerlandais sort un album de
chansons revisitées à la sauce symphonique. À ce postulat, Dick Annegarn a
ajouté une audace supplémentaire : faire l’inventaire des chansons qu’il a
«
A
I
consacrées à des villes. Depuis le chefd’œuvre inaugural Bruxelles, en
1974, l’auteur-compositeur-interprète
a chanté des cités qu’il a visitées (Coutances, Londres), qu’il a habitées (Lille,
Nogent-sur-Marne) comme d’autres
où il n’a jamais mis les pieds (Tchernobyl, Xilinji). « À ma connaissance, je
suis le seul à avoir ce type de répertoire.
Nougaro avait Toulouse et Bruxelles,
moi j’en ai des dizaines », dit-il.
C’est la première fois que Dick
Annegarn chante en direct avec un orchestre. Son inspiration principale ?
Frank Sinatra et ses sublimes orches-
trations. Pour sa part, le sexagénaire
tonique a fait appel à Christophe
Cravero, son collaborateur de longue
date. Ensemble, ils ont créé des arrangements qui ménagent les surprises et
les défis harmoniques. Une manière
pour ce parolier si singulier de mettre
enfin en avant ses qualités de compositeur.
« Je ne sais pas lire ni écrire la musique, mais j’aime les harmonies qui frottent », explique-t-il, l’œil pétillant.
Dick Annegarn n’a jamais aussi bien
chanté que sur ces nouveaux enregistrements, réalisés en deux jours en
Bulgarie. « Je m’étais préparé rigoureusement », explique l’ancien élève du
petit Conservatoire de Mireille. Il lui
aura pourtant fallu du temps pour être
estimé à sa juste valeur.
Ami du verbe
La presse spécialisée commence tout
juste à s’intéresser à son jeu de guitare,
alors qu’il en est l’un des plus grands
stylistes dans la catégorie folk-blues. Il
retrouvera l’instrument sur scène, où
il déclinera le répertoire de l’album,
assorti d’autres perles de sa discographie. Partageant son temps entre le
sud-ouest de la France et le Maroc,
l’homme ne cesse d’écrire de nouvelles chansons.
De passage à Paris, il avait fait provision d’ouvrages spécialisés afin de se
documenter sur de prochains sujets.
Son grand classique Bruxelles est actuellement interprété sur scène par la
jeune chanteuse belge Angèle, ce qui le
fera découvrir par un nouveau public.
Quand il ne fait pas de musique, l’homme continue d’animer le site des amis
du verbe et d’organiser des rencontres
sous le signe de l’Oraliture (littérature
orale). ■
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LE FIGARO
lundi 10 septembre 2018
STYLE
37
Ces rouges
qui ont des
choses à dire
1
MAQUILLAGE Signe extérieur de féminité,
le rouge à lèvres a longtemps été perçu
comme une arme de séduction.
Une génération de femmes s’en empare
à la manière d’un porte-voix.
Dr. Vranjes Firenze est de ces
marques que l’on découvre un beau
jour, par hasard (elle est disponible,
en France au Conran Shop, au Bon
Marché, au Printemps et sur le site
Internet) mais qui fait rapidement
partie des meubles : ses parfums
d’intérieur et ses bougies sont,
dans de nombreux appartements
parisiens, une signature. Parmi
les musts, les diffuseurs d’ambiance
Giardini di Boboli, Rosso Nobile
et Fico Selvatico, concentrant
les odeurs emblématiques de l’Italie
PRESSE
(dans l’ordre, le parc historique
de Florence, les vins de Toscane,
les jardins de figuiers), et les lampes
catalytiques aux verres colorés.
Derrière ces produits de qualité, tous
fabriqués de l’autre côté des Alpes,
le pharmacien Paolo Vranjes,
qui s’est lancé dans l’aventure
en 1983 avec son Antica Officina
del Farmacista, installée dans la cité
florentine. Prochainement, une
collection de bougies reprenant
l’octogone du dôme (de Brunelleschi)
de la cathédrale de Florence,
ainsi qu’une nouvelle senteur,
Giglio di Firenze (iris, notre photo),
présentées le week-end dernier
à l’occasion du salon Maison & Objet.
À partir de 84 € la bougie et 59 €
le diffuseur. www.drvranjes.com
7
8
PRESSE, J.GIRAL
6
+ @ SUR LE WEB
» Plus de beauté
U
www.lefigaro.fr/madame
présente
Exceptions de la langue française :
certains Belges les détestent,
mais nous, on les adore !
REMISE À NIVEAU
En France, on commence à bien
connaître les massages thaïlandais
et traditionnels chinois (tuina).
Beaucoup moins les rituels du Tibet :
et pour cause, les instituts issus de
cette région, pourtant très portée
sur le bien-être, sont rares. À Paris,
le Spa Mont Kailash est un lieu
confidentiel connu pour ses séances
de Lung-Sang censées chasser
les douleurs (dos, ventre, tête)
dues à un choc émotionnel
ou son Art traditionnel du Tibet.
Ce soin du corps à l’huile, transmis
de génération en génération, élimine
les tensions, assouplit la colonne
vertébrale, draine le système
lymphatique et stimule les organes.
C’est aussi efficace qu’agréable,
puissant - à des kilomètres des
manœuvres en pilotage automatique
de certains instituts asiatiques.
« Le physique est un support, on fait
lâcher le corps pour rééduquer
la façon de penser », assure Tsen
Ten Wango, la maîtresse des lieux.
Selon elle, trois rendez-vous
espacés d’une semaine garantissent
un hiver au top. Le Mont Kailash
propose aussi des cours particuliers
de yoga et de méditation tibétaine.
À partir de 75 € les 45 min.,
16, rue Saint-Marc, Paris IIe,
tél. : 01 42 36 03 30.
Jean-Loup Chiflet nous entraîne dans
une nouvelle promenade passionnante,
surprenante, érudite et humoristique
à travers les exceptions, bizarreries
et autres étrangetés qui font tout
le charme de la langue française.
12,90€
EN VENTE ACTUELLEMENT
Disponible chez tous les marchands de journaux et sur www.figarostore.fr
A
MADE IN FLORENCE
quilleuse Lucia Pica, creative designer
pour Chanel au sujet de ses nouveaux
Rouge Allure Velvet (7) au fini velours
déclinés en bois de rose, caramel et
prune (disponibles à partir du 5 octobre). Comme la maison aux deux C,
toutes les marques ont poussé encore
les limites de la couleur et du confort,
d’Armani (Rouge d’Armani Matte (3),
qui promet 50 % de pigments supplémentaires par rapport à une formule
classique) à Lancôme (L’Absolu Rouge
Drama Matte, en octobre) et Yves Saint
Laurent (Rouge Pur Couture The
Slim, 5). ■
EA
Le profil de ces utilisatrices exigeantes
(CSP+, rompues aux codes du luxe) induit une certaine qualité de produits.
Ces dernières années, les formulations
ont largement progressé mais, cet
automne, les marques placent la barre
encore plus haut. Chez Sisley (Le Phyto
Rouge, 1), Guerlain (Kiss Kiss, 6) et Dior
(Ultra Rouge, 4), les raisins glissent
comme jamais, tiennent toute la journée, présentent des nuances vibrantes.
On est à des années-lumière de la formule du chevalier d’Arquin qui, en
1779, envoyait à la société royale de
médecine la recette du rouge en bâton :
moelle de veau, pommade au concombre, cire vierge et carmin !
Parmi les finis proposés cette rentrée,
le mat, le plus puissant et le plus difficile
à porter, d’ailleurs longtemps cantonné
à un make-up plus exceptionnel.
« J’essaie de ne pas restreindre les couleurs à des notions de maquillage “de
jour” ou “de soirée” », confirme la ma-
5
Le top Kris Grikaite
dans les pages du magazine
Self Service. EZRA PETRONIO
UV
Les limites de la couleur
toujours repoussées
+
En bref
ubliez tout ce que vous
saviez sur le rouge, les clichés qui lui
collent à la peau - son glamour, son
sex-appeal, sa théâtralité. Retenez
éventuellement de son histoire les
lèvres carmin des suffragettes newyorkaises en faveur de l’égalité des
sexes à qui Elizabeth Arden distribuait
des bâtons sur la Ve Avenue, en 1912.
Aujourd’hui, quand une femme applique du rouge (cramoisi mais aussi
bourgogne, beige, framboise…), ce ne
serait plus pour séduire qui que ce soit,
si ce n’est elle-même. Mieux encore,
pour mettre l’accent sur ce qu’elle a à
dire. « Il est étonnant de voir, au fil des
décennies et des évolutions de la société,
comme ce produit peut représenter un
symbole et son opposé, relève Peter
Philips, directeur de la création et de
l’image du maquillage Dior. Dans les
années 1950, il s’apparentait à un corset,
barrant le visage des femmes de son trait
rectiligne et parfait, leur enlevant la voix.
C’est tout le contraire de nos jours, il
libère l’expression, attire l’attention sur
ce qu’elles ont à dire. D’ailleurs, toutes
n’osent pas encore en utiliser. » À en
croire la croissance insolente de ce segment (+ 31 % en France ces deux dernières années), les timides sont minoritaires. Pour la plupart des marques, de
luxe, de niche ou de mass market, le
lipstick ne cesse de gonfler leur chiffre
de ventes.
Un phénomène qui a émergé sur les
réseaux sociaux et qui prend de l’ampleur avec la généralisation des écrans.
« Un rouge à lèvres fait la différence sur
un écran, en photo comme lors d’un appel
en Facetime. Je ne connais pas une Amé-
ricaine, en visioconférence, qui n’en porte pas ! Il est vrai qu’un visage qui n’est
pas maquillé semble pâlot et terne, explique Nicolas Gerlier, fondateur du label
de lipsticks La Bouche Rouge (8, au Bon
Marché Rive Gauche et sur le site internet). C’est une forme d’affirmation de soi
déconnectée du regard masculin. Si les
teintes, l’application sont toujours les
mêmes que sur les images de Guy
Bourdin dans les années 1970, le rouge
n’est plus là pour susciter le désir de
l’homme. Il rend plus forte, plus femme. »
Même Isabel Marant, personnellement
adepte du no make up, s’y met. Dans sa
première collection de fards lancée la
semaine prochaine avec L’Oréal Paris
(2), un rouge carmin « galvanisant »,
dixit la styliste parisienne.
3
4
NO
O
ÉMILIE VEYRETOUT
eveyretout@lefigaro.fr
2
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lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
HIGH-TECH
La contre-attaque des
smartphones à moins de 100 euros
GUIDE Sans prétendre concurrencer les modèles haut de gamme, les mobiles à prix cassés
arrivent à point pour les ados et ceux qui cherchent à s’équiper sans trop dépenser.
B
DIDIER SANZ
£@sanzdidier
on plan ou pas ? Parmi
la quantité de smartphones qui sortent régulièrement – et de plus en plus
rapidement -, certains se distinguent
par leurs performances, par des fonctions innovantes ou encore par leur
design et leur qualité de fabrication.
D’autres ne revendiquent qu’un prix
défiant toute concurrence. Alors que
les grandes marques produisent des
modèles de plus en plus chers (au-delà de 1 000 euros), une nouvelle vague
de téléphones à écran tactile reste en
dessous de la barre psychologique des
100 euros. On trouve même des
smartphones à moins de 80 euros,
commercialisés d’ailleurs par des
noms connus comme Wiko ou
Archos.
Est-ce à dire qu’il faudrait être fou
pour dépenser plus ! Pas forcément.
Les smartphones à moins de 100 euros
peuvent convenir à ceux qui veulent
investir le minimum dans un appareil
qui leur permettra de téléphoner, de
relever leurs mails et de consulter de
temps en temps les réseaux sociaux et
les pages Web. Après tout, tout le
monde n’a pas besoin d’un processeur 8 cœurs, d’un lecteur d’empreintes digitales et d’un écran 4K de
6 pouces…
Mais il ne faut pas pour autant s’attendre à des miracles. La plupart de
ces téléphones bon marché sont
sous-dimensionnés pour les jeux
d’action en 3D et leur appareil photo
ne peut être considéré que comme un
accessoire d’appoint et non un outil
pour réaliser des images artistiques
comme ceux des modèles à plus de
500 euros. Car, pour baisser le prix,
les composants sont souvent de modeste qualité. Écran imprécis, processeur poussif, système audio médiocre, connectivité minimale (3G)…
Sans parler de la batterie, souvent limitée en endurance. Toutefois, sur
certains modèles, elle est amovible,
ce qui permet de la remplacer en cas
de défaillance. Dans la majorité des
cas, ces modèles à prix cassé reprennent des technologies plutôt anciennes qu’on trouvait il y a trois ou quatre ans sur des smartphones à 300 ou
400 euros. En outre, pour se rembourser, certains constructeurs misent sur la publicité. Leur téléphone affiche des bandeaux ou des vidéos
auxquels l’utilisateur ne peut pas échapper.
La situation évolue avec des produits à
moins de 100 euros mieux équipés, dont
certains se démarquent par un design plus
soigné, des matériaux plus élégants et des
fonctions originales. Il en existe même qui
ciblent en priorité les ados ou les seniors.
Archos a ainsi lancé un smartphone spécial « junior » de 5 pouces pour les plus de
7 ans, vendu 80 euros, avec des outils lo-
d’empreintes digitales. Sans
être un foudre de guerre, ce
modèle remplit convenablement sa mission. Dommage,
son appareil photo de 5 mégapixels à l’arrière ne brille pas
par sa qualité. 99,90 euros.
2
1
Core 57S (3)
u Archos
Écran extralarge
3
Ce nouveau modèle de la marque française fait un petit peu
mieux que ses concurrents. Il
dispose d’un bel écran de
5,7 pouces au format 18:9 qui affiche les images en 1 440 ×
720 pixels, sa batterie est amovible et sa mémoire de 16 Go peut
être étendue jusqu’à 128 Go. Il
peut aussi accepter deux cartes
SIM et communiquer en 4G. Intéressant pour regarder des vidéos
avec son écran sans bordure, il
s’essouffle un peu quand on le sollicite trop avec des jeux exigeants.
L’appareil photo de 8 mégapixels est
plutôt moyen. 99,99 euros.
1 (4)
u Nokia
Un petit air d’iPhone 1
La marque est rassurante, même si elle
est aujourd’hui gérée par un groupe indépendant. Ce modèle
bon marché qui rappelle
physiquement le premier
iPhone ne possède qu’un
écran de 4,5 pouces de
854 × 480 pixels peu
contrasté et ses performances se limitent au
minimum vital. Comme
sur les anciens smartphones, il est possible
d’ouvrir la coque pour
remplacer la batterie et
accéder aux emplacements mémoire (extensible jusqu’à 128 Go) et
SIM (deux compartiments). L’appareil photo
de 5 mégapixels produit
des images peu satisfaisantes. 99 euros.
4
giciels adaptés : contrôle
parental gratuit pendant
un an, moteur
de recherche
sécurisé
Qwant Junior,
lecteur de vidéos YouTube
Kids, sélection d’applications pour
apprendre les
langues,
s’améliorer en
math ou en
dessin et se former au codage informatique. D’autres modèles peuvent aussi convenir à des
jeunes, aux petits budgets et à tous ceux
qui cherchent un mobile de dépannage ou
qui refusent de dépenser une fortune pour
communiquer et rester joignable.
1X (2)
u Alcatel
Un appareil photo
de 13 mégapixels
L’un des plus élégants et des mieux équipés de cette sélection. Écran de 5,3 pouces au format 18:9, mémoire de 16 Go
avec possibilité
d’extension par
carte microSD,
compatibilité 4G.
Il fonctionne avec
Android
Oreo
(édition Go), qui
optimise le stockage et s’accompagne de l’assistant Google. Son
processeur n’est
pas le plus performant, mais il
convient bien aux
applications
habituelles.
Quant à son appareil photo de
13 mégapixels, il peut
filmer en HD et produit des images
correctes. 99 euros.
u
Wiko
Tommy 3 (5)
Rudimentaire
mais costaud
5
Stellar 4G (1)
u Echo
Le lecteur d’empreintes
digitales en plus
Un sympathique smartphone avec écran
de 5 pouces HD (1 280 × 720 pixels), mémoire de 16 Go extensible par carte microSD, compartiment pour deux cartes
SIM, connectivité 4G. C’est l’un des seuls
de cette catégorie à offrir un lecteur
Plutôt élégant, ce modèle
est disponible en différents coloris. Il se distingue par son grand écran de
5,4 pouces au format 18:9, pas
très précis (960 × 480 pixels) mais agréablement lumineux, et son boîtier protégé
contre les chocs. Pour le reste, il assure
sans rechigner les fonctions de base d’un
smartphone. Son appareil photo se limite
à 8 mégapixels, mais sa mémoire de 16 Go
peut être étendue jusqu’à 128 Go. 99 euros.
+ @SUR LE WEB
» Plus d’actualité high-tech
Question
du jour
Quelles
autorisations
surveiller
sur mon
smartphone ?
Au moment d’installer
une application ou pendant
son exécution, les utilisateurs
de mobile découvrent souvent
des demandes d’accès
discutables à des fonctions
spéciales de leur téléphone.
■ L’éditeur de logiciels
de sécurité Symantec a analysé
les autorisations sollicitées par
les 100 meilleures applications
gratuites disponibles sur
Google Play et sur App Store.
Bilan : un grand nombre de ces
demandes sont abusives ou se
traduisent par un accès excessif
aux informations personnelles
des utilisateurs.
■ Dans la majorité des cas,
les applications cherchent
à accéder aux données de
localisation. C’est le cas de 45 %
des applications Android
les plus populaires et de 25 %
des applications iOS les plus
téléchargées. D’autres,
dans les mêmes proportions,
sollicitent l’accès à l’appareil
photo. Et certaines souhaitent
même consulter les messages
SMS (15 %) et les journaux
d’appels téléphoniques (10 %).
■ Symantec conseille d’étudier
en détail ces demandes
d’autorisations. Si certaines
sont légitimes, d’autres laissent
perplexe : pourquoi une
application de lampe de poche
aurait-elle besoin d’accéder
aux appels téléphoniques,
aux messages et à l’appareil
photo de l’utilisateur ?
C’est pourtant ce qui s’est
produit avec une application
très populaire, souligne l’éditeur.
■ Dans la plupart des cas,
il sera possible de refuser
certaines autorisations lors
de l’installation. Seules les applis
mal programmées peuvent
se bloquer si on rejette les
permissions qu’elles demandent.
■ Une fois l’appli installée,
sur un mobile Android,
on pourra supprimer les accès
excessifs à partir des
Paramètres, en ouvrant
la rubrique Applications, puis
en sélectionnant « Gestion
des autorisations ». Sur iOS,
ouvrez les Réglages puis
choisissez Confidentialité
pour connaître et corriger les
autorisations des applications.
D. S.
www.lefigaro.fr/secteur/high-tech
L’assistant vocal devient visuel
TENDANCE Une nouvelle catégorie d’objets connectés ajoute l’image à la voix pour répondre
aux questions et étendre les divertissements.
près les enceintes connectées, voici les petits écrans
connectés. Signés Amazon,
Archos, JBL et d’autres, ces
nouveaux appareils domestiques, qui tiennent à la fois de la tablette
tactile et du poste de radio, exploitent un
assistant vocal mais y ajoutent des fonctions visuelles. Largement présentés à
l’occasion du salon IFA de Berlin, ces
nouveaux objets rappellent un peu les
téléviseurs miniatures des années 1970 :
boîtier arrondi, petit écran et hautparleurs sur les côtés ou au-dessus.
La place naturelle de ces accessoires
semble être la cuisine. La plupart des
démonstrations portaient en effet sur la
réalisation de recettes de cuisine. On
demande à l’appareil « Donne moi la re-
A
A
cette de la blanquette de veau » et l’assistant va alors énoncer la liste des ingrédients et des ustensiles nécessaires,
puis proposer de diffuser des vidéos détaillant les étapes de la préparation.
Affichage personnalisé
Le coup d’envoi a été donné par Amazon
avec Echo Spot (130 euros), un petit appareil à écran circulaire de 2,5 pouces
qui se pose sur une table. D’abord
l’écran, tactile, permet de paramétrer le
système sans passer par un smartphone.
Ensuite, il est possible de personnaliser
l’affichage en choisissant parmi plusieurs décors. Par défaut, c’est une horloge qui apparaît. On obtient ainsi une
sorte de radio-réveil connecté auquel on
peut demander la météo et la lecture de
chansons ou la diffusion de radios (NRJ,
Radio France, Europe 1, webradios, etc.). Mais l’écran permet également de regarder des vidéos, du flash
télévisé de Franceinfo aux bandes-annonces de Dailymotion (mais pas YouTube !).
Il sert aussi à afficher les réponses à
des questions orales, comme les résultats d’un calcul, la traduction d’un mot
ou des illustrations provenant de Wikipédia. Sans oublier les photos des articles à acheter sur Amazon… Mieux :
comme l’appareil est doté d’une webcam, il peut servir à passer des appels vidéo avec d’autres utilisateurs. Et même
à afficher les images d’une caméra de
surveillance connectée. Mine de rien,
l’intégration de l’écran renouvelle bien
l’usage de l’assistant personnel.
Plus sophistiqué, le Mate d’Archos
est proposé avec un écran de 5 de
7 pouces (à partir de 99 euros). Outre
sa caméra de 5 mégapixels, il est équipé
de microphones et de haut-parleurs
omnidirectionnels qui servent à la fois à
la reconnaissance vocale et à l’écoute de
musique. Google a rapidement rejoint le
mouvement. Son assistant personnel
commence en effet à apparaître sur
des produits comparables, avec écran
et reconnaissance vocale, notamment
chez Lenovo et chez JBL. Le Link View
de ce dernier (299 euros) dispose d’un
affichage de 8 pouces, d’une caméra de
5 mégapixels et d’un système audio
haute qualité. ■
D. S.
JBL
Archos
PRESSE
38
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 10 septembre 2018
GOLF
39
Rentrée plaisir
sur les greens
Apprendre aux USA :
la voie royale
LOISIRS Les enfants ont repris
le chemin de l’école. Il est temps
d’organiser leurs activités extrascolaires.
Et si on les initiait au swing ?
lors que la Ryder Cup se
déroule pour la première fois en France,
fin septembre, et que - cerise sur le gâteau - Tiger Woods est sélectionné dans
l’équipe américaine, se mettre au golf
est résolument tendance. Peut-être que
les jeunes Français auront eux-mêmes
envie de marcher sur les traces du Tigre.
Certes, la France n’est pas une grande
nation golfique (410 261 licenciés, dont
10 % de moins de 18 ans), mais elle
compte 624 écoles de golf (pour
733 structures) labellisées par la Fédération française de golf. Pour cela, elles
doivent proposer un minimum d’heures
de cours en fonction de l’âge et du niveau, faire passer les drapeaux (vert,
jaune, or…) - qui sont au golf ce que les
étoiles sont au ski -, limiter le nombre
d’élèves par groupe, s’engager à organiser des compétitions, des animations et,
pour les plus sportives, faire jouer les
jeunes dans les championnats. Certaines
proposent également du baby golf pour
initier les enfants, dès l’âge de 4 ou
5 ans, avec des exercices et des jeux développant leur habilité. Soucieuse de
créer de nouvelles vocations, la Fédération accompagne aujourd’hui toutes les
structures qui souhaitent ouvrir une
école de golf. Elle incite, enfin, ces clubs
à installer des départs avancés pour que
les champions en herbe ne se découragent pas et prennent plaisir à jouer.
Paris Country Club :
uLe
le champion
Depuis dix ans, son école de golf est la
meilleure de France pour les performances sportives. Installée sur l’hippodrome de Saint-Cloud (Hauts-deSeine), elle accueille les enfants dès
3 ans et demi les mercredis, samedis et
dimanches. Les plus petits démarrent
par 45 minutes de cours hebdomadaires, avec des balles en mousse. Les
autres suivent de 1 h 30 à 2 heures de
leçons par semaine selon leur niveau,
par groupe de huit élèves maximum.
Les résultats sportifs du PCC sont assez
impressionnants : l’enfant du club, Céline Boutier joue aujourd’hui sur le
Circuit américain (top 70) ; les filles
sont depuis trois ans championnes de
France par équipes ; Lilas Pinthier,
13 ans, a été vice-championne de
France femmes en 2017… et Hugo Le
Goff, 10 ans, affiche 4 d’index.
Le plus : les groupes championnat pour
les plus doués avec six leçons individuellles par an, 1 heure de cours collectif supplémentaire par semaine, du
parcours accompagné ; le « sport études » pour les plus assidus.
Combien ça coûte : à partir de 447 €.
www.pariscountryclub.com
uC’est la première année que cette
Marseille La Salette : l’outsider
structure - la plus grosse de Paca avec
265 enfants - se hisse en tête des
meilleures écoles de golf « espoir »,
traduisez suscitant de nouvelles vocations. C’est la récompense de dix
L’école du Paris Country Club accueille les enfants dès l’âge de 3 ans et demi (en haut).
550 élèves par an sont initiés au golf au bois de Boulogne (en bas). PRESSE
golf du bois de Boulogne :
uLe
en famille
années de travail des enseignants aux
commandes. Ils initient les petits dès
5 ans, proposent de larges créneaux
de cours et veillent à créer des groupes homogènes favorisant l’émulation. Les meilleurs bénéficient aussi
d’un accompagnement plus poussé.
Leur secret ? L’ouverture au golf scolaire et les stages durant les vacances
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qui ont donné envie aux enfants de
poursuivre l’expérience. Pour la première fois, Marseille La Salette a aligné quatre élèves aux derniers Championnats de France des jeunes.
Le plus : sa situation, au cœur du XIe arrondissement.
Combien ça coûte : 350 € l’année.
www.golfmarseillesalette.fr
Aux portes de Paris, sur l’hippodrome
de Longchamp, ce centre d’entraînement accueille 550 élèves par an, dont
une majorité a moins de 10 ans. C’est
l’adresse idéale pour initier les enfants.
Mercredis, samedis ou dimanches, plus
de soixante-dix créneaux horaires sont
réservés à l’école de golf où les petits
sont dispatchés par groupe de cinq et de
huit pour les plus grands. Autre avantage : tous peuvent jouer ici en illimité en
dehors des cours.
Le plus : les leçons pour les parents pendant celles des enfants.
Combien ça coûte : à partir de 325 €.
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A
A
ALYETTE DEBRAY-MAUDUY
adebray@lefigaro.fr
Pour un très bon joueur, excellent
élève de surcroît, rien de mieux
que la faculté aux États-Unis. C’est
le must pour devenir professionnel
et il peut y obtenir une bourse.
La plupart des grands joueurs y ont
fait leurs classes car le niveau
du circuit universitaire est quasiment
équivalent à celui des pros. Enfin,
si une carrière golfique n’est plus
envisagée, l’étudiant reviendra
en France avec un solide bagage
universitaire. Le pro Marc Pendaries
a suivi un cursus à Houston,
à l’époque, et son fils, Adrien, espoir
du golf français, est aujourd’hui
étudiant à la Duke University.
« Si l’on vise une faculté ayant
un bon niveau d’études et de golf
(Stanford, Ucla, Berkeley…), il faut
s’en préoccuper dès la classe de 4e »,
préconise l’ex-joueur du Circuit
européen. Pour ces champions
en herbe, il a monté une structure
les aidant à atteindre un excellent
niveau de golf et d’anglais, en
partenariat avec divers organismes.
Son conseil : « Viser un top 600
au classement mondial amateur
et ne pas hésiter à participer à des
championnats américains. » A. D.-M.
Informations auprès
de Marc Pendaries au 06 11 01 24 98.
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lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
Access top,
access flop
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
« Ma petite
cocotte »
« La table
des bons vivants »
Europe1 | 11 heures | Samedi
L
aurent Mariotte a un ton.
Un agité des fourneaux
reposant. Nous connaissions
chaque jour sur TF1 ses « Petits
plats en équilibre », eh bien voilà
désormais sa « Table des bons
vivants ». « Bienvenue, dit-il,
à votre nouveau rendez-vous tous
les samedis de 11 heures à 12 h 30.
Chaque semaine, nous allons faire
un petit tour sur les marchés avant
de passer en cuisine, sans oublier une
pause dans les arrière-cuisines pour
décortiquer l’actualité qui agite nos
assiettes… » De quoi avons-nous
parlé ? De la cuisine bio en
compagnie de Sandra Franrenet,
journaliste et auteur du Livre noir
des cantines scolaires (Leduc.s
éditions), aussi des tomates,
aubergines, courgettes trompettes,
pêches, prunes, melons
sur le marché de Nice.
Et puis, il y eut la chronique
de Jean-Luc Petitrenaud, débarqué
de France 5. Ses « Escapades »
faisaient partie du patrimoine.
Il faut parler en bien des gens dont
on ne parle plus. Il s’est emballé
non pas sur l’abandon d’une
grand-mère, du chien Médor
sur des aires de stations-service,
non, Jean-Luc Petitrenaud s’est
chagriné sur l’abandon d’une
cocotte : « Figurez-vous que j’ai vu
ce matin sur le trottoir une cocotte
en fonte. Certes, elle avait l’air âgée,
elle avait un peu la gueule de travers
mais est-ce qu’on jette une cocotte ?
Moi, je trouve ça inadmissible, alors
je me suis baissé, j’ai eu envie de lui
parler, lui dire : écoute ma petite
cocotte, tu as régalé des générations.
Sous ton couvercle, tu as su écrire
des chansons douces et goûteuses ;
tu faisais danser les lardons
et les olives ; parfois tu te rebellais
en brûlant ta pitance. Qu’importe,
tu faisais partie de la famille et
aujourd’hui on t’abandonne. Quelle
injustice ! […] Alors, je te propose
de rejoindre mon vaisselier, entre
casseroles et sauteuses, au nom
des familles reconnaissantes. »
Baissons le feu, baissons le feu.
LE BUZZ TV
Invitée : Daphné Bürki
interviewée par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez, aujourd’hui sur :
Entre actualité et divertissement, la compétition
des talk-shows d’avant soirée est toujours
aussi rude. Tour d’horizon des nouveautés
plus ou moins convaincantes de cette saison.
15/20
le matin même de sa nomination en remplacement de Nicolas Hulot. Azzeddine
Ahmed-Chaouch a changé de ton. Moins
sérieux et moralisateur, il révèle un beau
tempérament. Chez les chroniqueurs réguliers, c’est la belle surprise de cette
émission qui n’en comporte pas vraiment.
À noter que Martin Weill fait toujours partie de l’équipe. Mais il a décroché sa propre case sur TMC et ne devrait apparaître
qu’épisodiquement sur le plateau. Il est
remplacé avantageusement par Baptiste
des Monstiers. Le journaliste est arrivé
l’an passé comme Julien Bellver, dont on
aimerait qu’il avale quelques tubes de
vitamine C tant sa rentrée est raplapla.
ÉLISABETH QUIN
Arte, « 28 minutes », 20 h 05
Élisabeth Quin allie enthousiasme, sérénité et humour pour aborder l’actualité.
Elle le prouve à nouveau en cette sixième
saison. Toujours aussi riche, un peu trop
parfois, l’émission s’inscrit dans la continuité. Aux côtés d’Élisabeth Quin et Nadia
Daam, pour mener les interviews des invités du jour : Renaud Dély, Claude Askolovitch, Benjamin Sportouch et notre
confrère Vincent Trémolet de Villers, directeur adjoint de la rédaction du Figaro,
se succèdent tout au long de la semaine. À
noter l’arrivée de la directrice de la rédaction de L’Express, Anne Rosencher. Autre
nouveauté : le portrait éclair et rythmé
que brosse Gaël Legras de l’invité principal. Celui de Boualem Sansal, lundi dernier, était très réussi. Tout comme celui
de Peter Sellars, jeudi. Quant à la description déjantée d’une personnalité déroutante voire dérangeante, signée Thibaut
Nolte, elle fait souvent mouche. À l’image, jeudi, de celle de la femme politique
allemande d’extrême gauche et anti-immigration, Sahra Wagenknecht. On aime
aussi les chroniques de Xavier Mauduit et
François Saltiel. Notons qu’un rendezvous supplémentaire de « 28 minutes »
aura lieu le samedi soir à partir du 6 octobre, avec Renaud Dély aux manettes.
14/20
ANNE-ÉLIZABETH LEMOINE
France 5, « C à vous », 19 heures
On prend les mêmes et on recommence.
Voici un vieux dicton que les producteurs
du dîner le plus convoité du PAF ont appliqué pour la rentrée. Les bons invités
répondent toujours présent (Alain Finkielkraut, Laurent Ruquier, Jean-Pierre
Bacri ou encore Vincent Lacoste cette semaine). Les chroniqueurs habituels - à
l’exception de Matthieu Noël chipé par
« Quotidien » - se montrent encore pertinents. Quant à la chef de bande, AnneÉlisabeth Lemoine, elle n’a rien perdu de
sa spontanéité. « Vous êtes la première
femme à avoir chevauché une orque »,
osera-t-elle lancer à Chantal Lauby, imprimant un peu plus son style décontracté. En bref, l’équipe déroule. Au risque de
14,5 /20
YANN BARTHÈS
TMC, « Quotidien », 19 h 20-21 heures
La saison 3 de « Quotidien » a très bien
démarré. Au moins en audience. En première semaine, elle distance assez facilement « TPMP ». Cyril Hanouna en reste
baba. Yann Barthès et son coproducteur
Laurent Bon ont décidé de proposer une
« formule enrichie » avec de nouvelles têtes. L’actrice Alison Wheeler, ex-miss
Météo du « Grand Journal », est certainement la meilleure recrue parmi les humoristes. Son premier télé-shopping, sponsorisé par les frotteurs de la ligne 13 du
métro parisien, était proprement hilarant.
Alex Ramires et Pablo Mira peuvent
mieux faire. On l’espère. Matthieu Noël,
qui intervient le vendredi, sans doute
éreinté par la présentation du 5 h-7 h
d’Europe 1, manque, lui, de rythme et
d’idées. Le retour de Salhia Brakhlia, partie découvrir les « joies » de BFMTV pendant deux ans, est une bonne nouvelle.
Comme Nicolas Demorand et Léa Salamé,
elle a connu son « moment de grâce »
puisqu’elle interrogeait François de Rugy
HORIZONTALEMENT
1. Ouvrages illustrés. - 2. Se dit
d’une molécule renfermant le
radical – NO. - 3. Son pays a la
tête dans le Sahara, le cœur dans
le Sahel et les pieds dans la
savane. - 4. Fait appel en tout
sens. Père du courant alternatif.
- 5. Livré ou délivré. À bout
d’habit. - 6. Madère et Curaçao.
Ne supporte pas l’amateurisme.
- 7. Loin des micros. S’exposer
au scandale. - 8. Riche en zincs.
- 9. Pièce d’étoffe colorée que les
Indonésiens nouent autour de
leurs hanches. Franchi de façon
cavalière. - 10. Grand architecte
ottoman. Article arabe. - 11. Elle
nous renseigne sur le niveau de
désordre ambiant. - 12. Encore
plantés là.
ACCESS FLOP Le nouveau talk-show
déjanté de Cyril Hanouna, « TPMP »,
peine à convaincre.
Par Vincent Labbé
VERTICALEMENT
1. Garder rien que pour soi. - 2.
Frère ennemi de Nijinski en chorégraphie (prénom et nom). - 3.
Capitale du Pays Vert sur la
Dendre. Enclins aux soupçons.
- 4. À l’œil. On fait toute la lumière
sur elles. - 5. Volatils marins.
Délices pour des lices. Aventurier
de l’arche. - 6. Placée en une
minute et la tête en bas. Chers
confesseurs. Midi passé. - 7. Renvoyer à sa place. Le salaire de
labeur. - 8. Font chambre à part.
1
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4826
A
HORIZONTALEMENT 1. Plâtrier. - 2. Rationne. - 3. Épongera.
- 4. Santé. Oc. - 5. Ère. Rée. - 6. No. Est. - 7. Tsar. Usé. - 8. Ectopies.
- 9. Morse. LU. - 10. Époisses. - 11. Nicotine. - 12. Teenager.
VERTICALEMENT 1. Présentement. - 2. Laparoscopie. - 3. Atone.
Atroce. - 4. Tint. Érosion. - 5. Rogers. Pesta. - 6. Ine. Étui. siG. - 7. Enroe.
Sélène. - 8. Réac. Mésuser.
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
2
présenté par Élisabeth Quin, entame une sixième saison tout aussi intéressante
et rythmée que la précédente.
ronronner. Pourquoi ne pas avoir intégré
un nouveau sniper pour perturber les
Cohen, Lescure et Ruggieri dans leurs
chaussons ? Le décor aurait aussi mérité
un coup de neuf. Surtout que cette année,
l’émission fête son dixième anniversaire.
Un brin décevant.
3
4
5
6
7
8
Après une saison discrète du côté des
audiences, le programme présenté par
Yves Calvi revient avec une nouvelle formule qui ne fait pas plus d’étincelles. On
retrouve toujours l’ancien présentateur
de « C dans l’air » entouré de journalistes
ou d’experts pour décrypter un thème
qui fait « L’événement ». Aux commandes du « Mag », diffusé à partir de 19 h 55,
Isabelle Moreau incarne la vraie nouveauté de cette rentrée dans cette partie
dédiée à la culture. En compagnie de
David Abiker, l’ancienne présentatrice
de CNews reçoit deux invités pour évoquer un sujet d’actualité (le rosé, star de
l’été, l’interdiction du téléphone portable dans les écoles, le procès Booba/
Kaaris…) avant de recevoir une personnalité du monde culturel. Si l’animatrice
mène bien ses interviews, elle n’est pas
BRIDGE
PROBLÈME N° 2911 :
Maniement
de contrôle
10 3
753
V76
A D V 10 2
N
O
E
S
AD42
ARD42
10 2
R6
Contrat : Sud joue
4 Cœurs.
Entame : As, Roi et
9 de pour la Dame
d’Est, coupée.
aidée par un format brouillon et des
chroniqueurs assez inégaux. En première
semaine, ce « mag » n’a attiré que
65 000 curieux.
8/20
CYRIL HANOUNA
C8, « TPMP », 19 h 05
YVES CALVI
Canal +, « L’info du vrai », 18 h 30
MOTS CROISÉS
PROBLÈME N° 4827
ACCESS TOP Le magazine d’information d’Arte, « 28 minutes »,
11/20
CYRILLE GEORGE JERUSALMI/C8
40
Entre la lassitude des téléspectateurs et
des nouveautés qui peinent à convaincre,
la phase de rodage de la neuvième saison
du programme de C8 est chaotique et les
audiences en chute libre. La volonté affichée de Cyril Hanouna de privilégier la
rigolade fait de « TPMP » un sympathique
divertissement plus qu’un talk-show
proprement dit. Adrien Lemaître et le revenant Bertrand Chameroy auront besoin de temps pour parvenir à dérider les
téléspectateurs aussi efficacement que
Camille Combal et Jean-Luc Lemoine. La
minisérie Loge Story approximativement
jouée par les chroniqueurs est une fausse
bonne idée. En plateau, parmi les nouveaux, l’ancienne Miss France Delphine
Wespiser semble perdue, au contraire du
jeune et méconnu Théo Macel, percutant
et pertinent.
FRANÇOIS AUBEL, BLAISE DE CHABALIER,
ROMAIN DELACROIX, SARAH LECOEUVRE
ET DAMIEN MERCEREAU
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2910 :
Un maximum de petites précautions
Contrat : Sud joue 6 Trèfles.
Entame : Valet de pris de l’As (le 8 en Est).
Avec cinq levées d’honneurs en dehors des , il vous reste
à produire sept levées avec vos atouts, ce qui n’a rien d’insurmontable vu leur qualité.
Mieux que l’affranchissement des , pensez donc à la double
coupe. Commencez par encaisser vos honneurs annexes
en jouant précautionneusement : As de , pour le Roi, vers
le Roi et vers l’As. Après ces multiples lobs visant à éviter de
vous faire couper un honneur, poursuivez par coupé du 9.
- Est a seulement deux . Il n’a aucun intérêt à surcouper (s’il le
peut). Poursuivez alors dans la couleur où vous avez le moins
de chances d’être surcoupé par Ouest, les , en jouant coupé du 6. Tout se passe bien et, dès lors, le contrat est en
acier blindé. Terminez par coupé du Roi (on n’est jamais trop
prudent !), coupé de l’As (vous avez bien fait, sinon c’était la
chute !) et votre affranchi coupé du 10. La défense n’aura
droit qu’à sa Dame d’atout.
- Ouest a seulement deux . Le coup se joue de façon similaire.
Mais si vous voyez Ouest
A632
42
défausser le 10 de sur le
AR64
troisième tour de , vous ne
R 10 9
saurez pas quelle couleur
V
10
R98754
jouer pour rentrer en main
N
DV97
85
( ou ). Si vous vous faites O E 10 7 5 3 2
D9
S
surcouper par Ouest déten- D 5 4 3 2
teur de la Dame cinquième à
D
l’atout, il rejouera atout et vous
A R 10 6 3
fera chuter… Noir, certes !
V8
AV876
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lundi 10 septembre 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
41
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Inés
Soleil : Lever 07h20 - Coucher 20h14 - Nouvelle Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 Nos chers voisins. Série.
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton. Avec M. Maudran.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Série. Comédie
Série. Policière
Film. Action
19.55 Suburgatory. Série. Toutes
griffes dehors - Avec ou sans toit.
MATIN
14
21.00 Appels d’urgence
Magazine. Société. 0h55. Alerte
rouge pour les pompiers du Rhône.
Inédit - Accidents et urgences vitales : Samu et pompiers sous tension à Melun.
20
14
14
14
14
13
14
11
12
14
12
23.05 Appels d’urgence. Accidents,
cambriolages et trafic de…
13
14
11
13
14
15
13
13
10
Camping Paradis
Meurtres au paradis
Quantum of Solace
Fra. Saison 10. Avec Laurent Ournac, Mimie Mathy. Un ange gardien
au camping (1 et 2/2). Inédit. Joséphine a une mission particulière au
camping Paradis. Elle doit s’occuper
d’Olivier, fraîchement divorcé.
GB. Saison 7. Avec Ardal O’Hanlon,
Joséphine Jobert, Danny John-Jules,
Danny Rahim. On ne meurt que deux
fois. Inédit. Les célébrations du Jour
des Morts de l’île sont écourtées par
la mort d’une femme.
EU. 2008. Réal. : Marc Forster. 1h57.
Avec Daniel Craig, Mathieu Amalric,
Olga Kurylenko, Judi Dench, Gemma
Arterton. Bond est sur la piste d’un
criminel qui veut s’emparer des ressources naturelles de la Terre.
23.05 New York, unité spéciale
22.05 Meurtres au paradis Série.
Série 1.35 Chicago Police Department. Série. Sommeil de plomb.
Policière 1.15 Les enfants de la télé
2.00 Les enfants de la télé, la suite
22.50 Soir/3 23.35 Qui sommesnous ? Documentaire. Société.
France 1.20 Des racines et des ailes
17
14
16
20.00 C à vous, la suite 20.20 Les
égéries des grands hommes
16
13
17
18
20.50 Les félins
21
19
Film. Policier. Fra. 1964. NB. Réal. :
René Clément. 1h33. Avec Alain Delon. Un jeune Français est poursuivi
par des tueurs, engagés par le mari
de sa maîtresse américaine.
19
17
21
20
22
10
23
APRÈS-MIDI
22.30 C dans l’air. Magazine 23.35
Avis de sorties 23.45 C à vous
21
30
21
22
18.30 L’info du vrai (C) 19.55 L’info
du vrai, le mag (C). Magazine 20.55
Catherine et Liliane (C).
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes.
Magazine 20.45 50 nuances de
Grecs. Série. Entre les murs.
18.35 La meilleure boulangerie de
France. Jeu 19.45 Le 19.45 20.25
Scènes de ménages. Série.
21.00
20.50
21.00
Série. Policière
Film. Comédie sentimentale
Téléréalité
27
23
22
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Kaley Cuoco. 2 épisodes.
25
28
21
25
30
28
27
27
27
20.55 Crimes
28
26
Magazine. Société. 1h55. Spéciale
mères tueuses. Inédit. Au sommaire
de ce numéro consacré aux mères
tueuses : «Jamais sans ma fille» ;
«Emprise fatale».
29
28
29
31
30
29
31
22.50 Crimes. Magazine 0.45
Crimes dans le Poitou. Magazine.
31
31
34
28
34
24
31
28
25
10
34
19.10 Voitures à la casse. Série doc.
Cadence infernale - Projet d’enfer.
Babylon Berlin
All. Saison 1. Avec Volker Bruch, Liv
Lisa Fries, Peter Kurth. 2 épisodes.
Inédits. Swetlana Sorokina trahit
une nouvelle fois Kardakow. Rath
réussit à identifier le laboratoire qui
a développé le fameux cliché.
22.40 Crime Time Série 23.25 Nos
patriotes. Film. Historique 1.10 Une
famille syrienne. Film. Drame.
Les mariés
de l’an deux
L’amour est dans le pré
Fra. 1971. Réal. : J.-P. Rappeneau. 1h38.
Avec J.-P. Belmondo, Marlène Jobert.
Après avoir assassiné un baron et
s’être exilé en Amérique, Nicolas
Philibert doit divorcer de sa femme.
22.25 La dolce vita Film. Comédie
dramatique 1.15 Almost There. Doc.
2.35 Arte journal 2.35 Arte Regards
Prés. : K. Le Marchand. 1h05. Inédit. À
Paris, Émeric, Aude, Thierry, Guy et Ricou vont à leur tour découvrir en chair
et en os et les yeux dans les yeux les
inconnu(e)s, qui ne se sont dévoilé(e) s
à eux qu’à travers le papier.
26
T (en °c)
20.50 Méga convois
<-10 à 0
Série doc. Science et technique. GB.
2016. 1h40. Plateforme pétrolière.
Inédit. Un navire doit acheminer une
plate-forme pétrolière de 10 000
tonnes. - Airbus A320. Inédit.
22.05 L’amour est dans le pré
Téléréalité 23.35 L’amour est dans
le pré : que sont-ils devenus ?
19.20 Rénovation impossible. Téléréalité. Dans la cour des grands.
MARDI
21.00 Kaamelott
19.20 Quotidien, première partie
19.40 Quotidien. Talk-show.
20.30 La petite histoire de France.
Série. Avec David Salles.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Le labyrinthe :
la terre brûlée
20.35 Portugal/Italie
21.00 Terminator Renaissance
Film. Science-fiction. EU. 2015. Réal. :
W. Ball. 2h05. Avec D. O’Brien. Sortis
du Bloc, Thomas et les autres découvrent la vie à l’extérieur du Labyrinthe.
Football. Ligue des nations.
Groupe 3. En direct du stade
de Luz, à Lisbonne (Portugal).
Commentaires : Denis Balbir, JeanMarc Ferreri.
Film. Science-fiction. EU-All-GB-Ital.
2009. Réal. : McG. 2h00. Avec C. Bale.
En 2018, John Connor est devenu le
chef de la résistance humaine contre
Skynet et ses Terminators.
23.30 Le labyrinthe. Film. Sciencefiction. Avec Dylan O’Brien.
22.45 100 % foot 23.55 La folie des
parodies : 25 ans de rire à la télévision
23.10 Kickboxer : Vengeance.
Film TV. Avec J.-C. Van Damme.
MOTS FLÉCHÉS N°2071
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lundi 10 septembre 2018 LE FIGARO
42
Sara Giraudeau,
soyeuse et fougueuse
Marion Galy-Ramounot
mgalyramounot@lefigaro.fr
lle n’avait jamais accepté ce genre
de rôle auparavant. Membre du jury
dans un festival de cinéma. L’idée
même de devoir juger un film, que
ce jugement puisse compter, la
mettait mal à l’aise. Le 44e Festival
de Deauville - qui se termine ce
week-end - a fini par la convaincre.
Avec le temps, elle a dédramatisé l’exercice.
« C’est surtout des rencontres humaines », relativise Sara Giraudeau dans les jardins de l’Hôtel
Normandy, à deux pas des illustres planches de la
côte normande. Par ici, l’actrice de 33 ans connaît
mieux Trouville, où elle venait beaucoup en famille, avec ses parents Anny Duperey et Bernard
Giraudeau. Elle préfère aujourd’hui Cap Skirring,
à l’extrémité sud-ouest du Sénégal, autre destination de son enfance où elle essaie d’aller une fois
par an avec son compagnon, Simon Hubert, et ses
deux filles, Mona et Bonnie, 7 et 2 ans. « En
Afrique, le rapport au temps est différent, il y a des
lieux et des atmosphères qui deviennent des besoins
quand on a un train de vie très fou. »
Justement, le sien a passé la seconde avec le succès du Bureau des légendes, la série produite par
Canal +. Dans la saison 4, diffusée à l’automne, son
personnage Marina Loiseau, « clandestin » à la
DGSE, a pour mission d’infiltrer le milieu des hac-
E
CHARLY TRIBALLEAU/AFP
SUCCÈS César de la meilleure actrice dans un second rôle,
la comédienne trace sa route. À la télé et au cinéma.
Membre du jury à Deauville, elle vient aussi de réaliser pour Arte
un documentaire tourné dans un service de cancérologie pédiatrique.
meilleure actrice dans un second rôle (pour Petit
kers moscovites. Avec son lot de sacrifices, touPaysan, d’Hubert Charuel). Suivront deux prejours, et de questions existentielles. Malgré ce
miers films, et trois, ou peut-être quatre autres
qu’elle a pu affirmer à la presse auparavant, la
projets de longs-métrages, « pas complètement
guerrière de l’ombre qu’elle incarne à l’écran lui
financés pour certains ». Celle qui a d’abord percé
ressemble. Sara Giraudeau est cet agent double,
au théâtre (son rôle dans La Valse des pingouins de
soyeuse à l’extérieur, fougueuse à l’intérieur. Sa
Patrick Haudecœur lui vaut le Molière de la révévoix fluette et l’étiquette « fragile et naïve » que lui
lation théâtrale en 2007) n’évoque pas d’éventuela largement collée le milieu depuis le début de sa
les futures pièces.
carrière l’ont pourtant longtemps
On ne l’arrête plus, en revancantonnée aux rôles de femmes-enche, quand on aborde sa première
fants rigolotes.
réalisation, un documentaire
Éric Rochant, créateur de la série
commandé par Arte pour l’émisd’espions, est le premier à avoir perçu
sion « Square Artiste ». Marraine
sa dualité. Sa coupe garçonne a sans
1985
depuis huit ans de l’association Le
doute aidé, assure-t-elle avec du reNaissance
Rire Médecin (qui accueille des
cul. « En réalité, beaucoup de choses
à Boulogne-Billancourt
clowns dans les services pédiatriont changé dans ma vie depuis que j’ai
(Hauts-de-Seine).
ques hospitaliers), elle rêvait de
les cheveux courts. » Dans les castings,
2007
faire un film sur ce qui lui fait le
elle apparaît alors plus dure, plus somMolière de la révélation
plus peur, « la maladie et la mort
bre. « Je suis pourtant la même personthéâtrale pour La Valse
des enfants ». « J’ai tourné cinq
ne », assure-t-elle, moquant, un peu,
des pingouins.
jours à l’hôpital Robert-Debré en
l’hystérie du cinéma.
2015
immuno-hémato, service très lourd
Héroïne de la série
Marraine de l’association
de cancérologie. » Elle reprend son
Le Bureau des légendes,
Le Rire Médecin
souffle, retient soudain difficilesur Canal +.
ment ses larmes.
En octobre, elle commencera le tour2018
« En dehors de la naissance de
nage du prochain film de Pascal
César de la meilleure
mes enfants, c’est l’aventure la plus
Bonitzer (Cherchez Hortense), aux
actrice dans un second
magnifique et la plus douloureuse
côtés de Nicolas Duvauchelle, Josiane
rôle pour Petit Paysan,
de ma vie », confie-t-elle. Son
Balasko et Nicolas Maury (star mond’Hubert Charuel.
« petit 20 minutes » sera diffusé
tante de la série Dix pour cent). « Pour
Membre du jury
début décembre sur Arte. Entrel’instant, ça s’appelle Les Amis des
du 44e Festival du film
temps, elle le visionne et le reviamis », précise l’actrice qui se voit ofaméricain qui s’est
sionne, « malgré les erreurs et les
frir ici son premier rôle principal, sept
terminé dimanche.
impossibilités ».
mois après avoir raflé le César de la
Bio
EXPRESS
Si elle n’avait pas été actrice, elle aurait pu être
l’un de ces clowns hospitaliers. Aurait de toute façon exercé un métier artistique autour des enfants.
« J’ai beaucoup d’empathie pour cet âge », admet
cette hypersensible autoproclamée, qui a traversé,
dit-elle, « de grandes difficultés à l’école ». « Mes
parents n’ont pas fait d’études et n’ont pas compris
ce que j’éprouvais. » Jusqu’à ce qu’un psychiatre
lui détecte une « phobie scolaire » et qu’ils l’envoient dans un établissement plus adapté. Admise
au cours Saint-John-Perse (Paris XIVe) en première, elle respire de pouvoir avoir « des rapports normaux » avec des professeurs et frôle la mention
bien au bac. Aujourd’hui encore, elle trouve que le
système est une catastrophe et met un point
d’honneur à « adoucir » le quotidien de ses filles,
scolarisées à l’école publique, pour « côtoyer le
monde réel ».
Sa lucidité la rend parfois malheureuse. « Je fais
des efforts pour vivre avec ; je suis née au bon endroit
pour y arriver. » Son père, décédé en 2010, avait la
conviction que sa trop grande sensibilité la desservirait dans son dessein de comédienne. « On se
fortifie avec le temps », tranche l’artiste à qui tout
réussit, ces derniers temps. Sa mère, elle, lui répétait que pour durer, il faut « une santé mentale et un
physique de paysan ». « En ça, elle avait totalement
raison, acquiesce Sara Giraudeau. Pour l’instant, je
suis solide, j’ai 33 ans, je suis sur une belle trajectoire. Mais c’est sur les pentes ascendantes que les
décisions sont les plus importantes. À chaque fois
que j’ai fait un choix dans le but d’avancer plus vite
ou pour d’autres mauvaises raisons, j’ai vécu un enfer. Rester fidèle à ce que l’on est est essentiel. »
Autrement dit, tenir sa légende. ■
SPANO
ÉLODIE
GOSSUIN
LE BRET
Chasse [cha-s’] n. f.
Épreuve de tir, au but si possible.
L
a chasse vient d’ouvrir dans une grande partie de la France.
Le mot vient du verbe latin capere. C’est un énantiosème, autrement dit
il désigne une chose et son contraire : chasser, c’est vouloir attraper
(un animal ou un papillon) mais aussi écarter (un importun) ; les amateurs
de cynégétique préféreront le premier sens et ses adversaires le second.
Car c’est peu dire que la chasse divise. Sitôt l’automne, ses zélateurs s’adonnent
à la chasse à tir ou à courre. Aussitôt, leurs contempteurs se lancent dans un autre
genre de chasse : aux sorcières. Activité écologique pour les uns, pratique cruelle pour
les autres, chaque camp chassant allégrement les arguments de son contradicteur
d’un revers de la main.
On peut le dire : un chasseur sachant chasser sans fâcher est un grand sachem.
Le sujet est tellement sensible que si Nicolas Hulot a démissionné de son ministère,
c’est après une réunion sur la chasse ; son naturel est alors revenu au galop.
Événement considérable : pour la première fois, contrairement au dicton, il se vérifiait
qu’on peut ne pas aller à la chasse et perdre sa place. ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
La démission de la ministre des Sports, Laura Flessel,
qui avait donné son accord pour inaugurer la Ryder Cup,
a coupé l’herbe sous les pieds des organisateurs de cette
prestigieuse compétition de golf. Pour la cérémonie
d’ouverture du jeudi 27, c’est finalement Valérie Pécresse
qui sera présente à Saint-Quentin-en-Yvelines. Quand on
lui a expliqué que son discours serait diffusé par 160 chaînes
de télévision, la présidente de la région Île-de-France
a immédiatement répondu qu’elle se libérait. Contacté,
Bruno Le Maire avait, lui, refusé avant de revenir à la charge.
Opéra : Stéphane Lissner
ne sera pas prolongé
Baroud d’honneur
d’un militant basque
Stéphane Lissner fera-t-il un second
mandat ? La question qui a alimenté
les rumeurs est désormais tranchée.
La ministre de la Culture Françoise
Nyssen a fait savoir au directeur
de l’Opéra de Paris cet été qu’il ne serait
pas prolongé et quitterait ses fonctions
en 2021. Candidat à sa succession,
Lissner fait les frais de la mise en cause
de sa directrice du ballet, Aurélie
Dupont, et d’un bilan pour le moins
mitigé. Reste à lui trouver un successeur.
Profil idéal recherché : un directeur
d’opéra plutôt français ou du moins
francophone. Et si possible, une femme.
L’oiseau rare n’a pas encore été déniché.
Mardi se tiendra au TGI
de Bayonne une audience
singulière et symbolique.
Soutenu par neuf autres
militants de la cause basque,
Peio Irigoyen refuse de décliner
sa domiciliation au titre de son
inscription au fichier judiciaire
national automatisé des auteurs
d’infractions terroristes (Fijait).
Face à cette accusation
de « stigmatisation », le parquet
défendra le respect nécessaire
des décisions de justice
et celui de la légalité
républicaine.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Valérie Pécresse sur le green de la Ryder Cup
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A
Par Étienne de Montety
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UN DERNIER MOT
ALBERT
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