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Le Figaro - 13 08 2018

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lundi 13 août 2018 LE FIGARO - N° 23 017 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
HISTOIRES D’ESPIONS
GÜNTER GUILLAUME,
L’HOMME QUI FIT
TOMBER WILLY
BRANDT PAGE 22
L’ÉTÉ
DU
FIGARO
QUAND LA SCIENCE
BOUSCULE L’ART
LA DANSE
À L’HEURE
DE LA RÉALITÉ
VIRTUELLE
PAGE 20
JEUX D’ÉTÉ PAGE 19
MÉTROPOLES
Les départements
mettent en garde
Emmanuel
Macron PAGE 4
TURQUIE
Erdogan durcit
son bras de fer
avec Trump PAGE 6
UNIVERSITÉ
Des remises
à niveau pour
les étudiants
mal définies PAGE 9
ENQUÊTES
Disparitions
inquiétantes : les
internautes aident
la police PAGE 10
SÉCURITÉ
Début timide
de la lutte
antidrone PAGE 11
CHAMPS
LIBRES
La chronique
de Mathieu Laine
La tribune
de Maxime
Tandonnet
Implanté dans
plusieurs régions
de ce pays,
l’État islamique
renforce ses
rangs en formant
des « lionceaux
du califat ».
« Le Figaro »
a rencontré
à Djalalabad
des enfants
qui ont quitté
l’organisation.
PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
Début août, plus de cent jeunes
de moins de 18 ans enrôlés
par l’État islamique se rendent
aux autorités afghanes.
La brutalité du rugby
en question après la mort
d’un joueur français
Glyphosate :
la condamnation judiciaire
qui peut tout changer
Le drame tant redouté est survenu vendredi soir lors d’un
match de présaison. Pris de
malaises après un plaquage
appuyé, Louis Fajfrowski,
centre de 21 ans de l’équipe
Un juge californien a condamné Monsanto, fabricant du
Roundup, à base de glyphosate, à verser 290 millions de
dollars à un jardinier. Le groupe fera appel. Ce verdict est
PAGE 21
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de samedi :
Faut-il bannir
la cigarette de tous
les espaces publics ?
NON
23 %
OUI
77 %
TOTAL DE VOTANTS : 21 540
M 00108 - 813 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@i@b@n@a";
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Glyphosate : faut-il
accélérer
son interdiction ?
ULLSTEIN BILD VIA GETTY IMAGES
- EAMONN MCCABE/LEBRECHT/RUE
DES ARCHIVES - BENOIT TESSIER/
REUTERS
d’Aurillac (2e division), est décédé peu après dans les vestiaires. Des solutions doivent
être trouvées pour mettre fin à
la violence de plus en plus forte des impacts. PAGE 13
une première concernant un
produit très décrié. Il fragilise
Bayer, qui vient de racheter
Monsanto, alors que d’autres
procédures sont en cours dans
le monde. PAGES 24 ET 25
ÉDITORIAL par Patrick Saint-Paul psaintpaul@lefigaro.fr
n
n
NAJIM RAHIM/NYT-REDUX-REA
PAGE 16
En Afghanistan, Daech
dresse des enfants-soldats
P
Gagner la paix
lus que jamais au centre du grand
jeu entre puissances, l’Afghanistan
est le théâtre du dernier revirement
de Donald Trump. Le président
américain a rompu avec dix-sept
ans de stratégie américaine et un échec annoncé. Face à l’implantation de l’État islamique, en perdition au Levant, Trump joue la
peste contre le choléra, acceptant de négocier
avec les talibans. L’objectif est double : chasser l’EI et trouver une solution au conflit.
Les États-Unis mènent sur les contreforts de
l’Hindu Kuch le plus long engagement militaire de leur histoire, déclenché au lendemain
des attentats du 11 septembre 2001. Imposant
avec zèle la charia et protecteurs d’Oussama
Ben Laden, les talibans sont l’ennemi à abattre. Mais dès que Washington baisse la garde,
les talibans reviennent face à un gouvernement corrompu et incapable de contrôler le
pays. Après avoir accepté d’envoyer des renforts militaires, Trump engage donc le dialogue avec les talibans. Actifs sur 70 % du territoire, exclus des précédentes tentatives de
sortie du conflit, ils cherchent une victoire
politique.
Les talibans n’ont pas renoncé à leur ambition :
faire régner la charia sur l’ensemble du pays.
Mais un autre fléau dicte l’urgence et les priorités. Depuis 2015, Daech a trouvé en Afghanistan un terreau fertile pour enrôler une nouvelle génération de djihadistes. Dans ce pays
ravagé par quarante ans de conflits, il est aisé
de faire croire aux enfants qu’ils s’inscrivent
dans une tradition d’insoumission face aux occupants en prenant les armes.
Endoctrinés, formés au maniement de la kalachnikov et de la
ceinture explosive, ces « lionceaux » font régner la terreur.
Au cœur des ambitions de la Chine, de l’Inde,
du Pakistan, des pays du Golfe et de la Russie,
l’Afghanistan a été le cimetière de plusieurs
empires. Une des clés pour trouver une issue
est au Pakistan, parrain des talibans, où l’attitude du futur premier ministre, Imran Khan,
sera déterminante. Survivre dans ce jeu complexe, avoir une chance de gagner la paix : le
royaume de l’insolence offre à Trump le terrain rêvé pour tester sa réputation de « dealmaker ». ■
En Afghanistan,
Trump joue
la peste contre
le choléra
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SUR L’ÉTANG
DE THAU,
DANS
L’UNIVERS DE
L’HUÎTRE ROSE
V. S. NAIPAUL, ÉCRIVAIN
VOYAGEUR ET PRIX NOBEL
DE LITTÉRATURE PAGE 14
Photos non contractuelles
LE VOYAGE
RÉINVENTÉ
DISPARITION
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lundi 13 août 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
En Afghanistan,
les cerveaux lavés
des enfants-soldats
de l’État islamique
« Le Figaro » a rencontré dans un centre de réhabilitation
de Djalalabad d’ex-« lionceaux du califat » recrutés par Daech
pour grossir les rangs de l’organisation terroriste.
MARGAUX BENN
DJALALABAD
AU BRUISSEMENT des ventilateurs se
mêlent les prières murmurées : d’abord
par l’enseignant du centre de réhabilitation juvénile de Djalalabad, capitale
de la province afghane de Nangarhar,
puis par les douze garçons assis par
terre devant lui. Au tableau blanc posé
sur une table bancale se mêlent phrases
en pachtou et extraits du Coran.
Il y a encore quatre mois, Mohammed (1), 16 ans, récitait ses prières devant un autre mollah, « plus important », et un autre tableau, « plus
propre ». Il y vouait aussi, dit-il, de
« combattre jusqu’à la mort le gouvernement afghan et les envahisseurs étrangers ». Avant d’être arrêté par les autorités, Mohammed était l’un des
nombreux enfants recrutés par le
groupe État islamique au Khorasan, la
branche afghane de l’EI proclamée au
Nangarhar en 2015. Cette province
frontalière avec le Pakistan, où s’affrontent talibans, combattants se réclamant de l’EI, forces afghanes et internationales, est l’une des plus
instables du pays. Daech y revendique
des attentats et des attaques.
Dans ce centre, l’une des 34 prisons
pour mineurs d’Afghanistan qui abrite,
entre autres, des enfants détenus pour
crimes contre la sécurité nationale, les
cinq anciennes recrues des talibans et
sept de l’EI suivent chaque semaine un
« cours de déradicalisation ». Combattre l’endoctrinement par la religion,
telle est la mission de Bismillah, le professeur qui enseigne aujourd’hui. Dans
ce pays où la religion est profondément ancrée dans la société, cet
homme à l’épaisse barbe grise dit
vouloir contrer l’idéologie extrémiste
avec « les vraies paroles du Prophète ».
Face à ces adolescents, explique-t-il,
mieux vaut se montrer diplomate :
« Rien ne sert de leur dire, dès le départ,
que leurs idées sont fausses, car ils se
braqueraient. Alors, on préfère leur
rappeler que le Prophète a formellement
interdit que les enfants prennent les
armes. »
À leur arrivée en effet, la plupart des
garçons jurent être « des combattants
sacrés dans la lignée de leurs parents et
grands-parents », décrit Mohammed
Shah, le directeur du centre. « Notre
rôle, c’est d’atténuer le plus possible ce
lavage de cerveau pour qu’une fois leur
peine purgée, ils réintègrent la société. »
Du temps des talibans, aime-t-il à
rappeler, les centres de détention pour
mineurs étaient appelés « maisons
des fils d’ânes ». Puis, ils furent nommés « centres de politesse ». À présent,
leur mission tient dans leur nouveau
titre : « centres de réhabilitation et de
formation ».
À 5 ans, ils participent
à des exécutions
« J’acceptais tout ce que me disaient les
gens de Daech car ils étaient doués avec
les mots », se souvient Mohammed, le
regard s’attardant sur la cour de la prison aperçue par la fenêtre. « On regardait des vidéos de combat, on apprenait à
utiliser des armes qui tirent plein de munitions en même temps… L’idée, c’était
de détruire le système actuel pour mettre
en place de nouvelles lois, ici et dans le
monde entier. » Les enfants, dont la
plupart attendent encore l’issue de leur
procès, évitent de relater avec trop
d’exactitude le temps passé dans les
rangs des groupes armés, au-delà de la
formation initiale.
Si les talibans - qui, depuis la chute
de leur régime en 2001, combattent sans
relâche le gouvernement afghan et les
forces internationales -, se défendent
officiellement d’envoyer au front les
garçons encore imberbes, l’EI est plus
enclin à recruter de jeunes enfants. Depuis l’implantation de la filiale de ce
groupe en Afghanistan, d’ailleurs, le
nombre d’enfants-soldats dans le pays
aurait pris une ampleur inédite. « Cette
campagne de recrutement agressive, qui
vise même les plus jeunes, est l’une des
dimensions les plus inquiétantes de ces
militants », note Michael Kugelman, vice-directeur du programme Asie au
Wilson Center. Affaibli en Irak et en
Syrie, l’EI, qui investissait déjà beaucoup dans l’endoctrinement des enfants
au Moyen-Orient, a trouvé en Afghanistan une base arrière riche en recrues
potentielles - quel que soit leur âge.
En mars dernier, le groupe SITE, qui
surveille l’activité des groupes extrémistes, a diffusé une série de photographies présentées comme ayant été
prises par l’EI au Nangarhar : deux
garçons âgés d’environ 5 ans, armes au
poing, y mènent des prisonniers jusqu’au lieu de leur exécution. À Kaboul,
un responsable des forces de sécurité a
assuré au Figaro que la branche afghane de l’EI a déjà envoyé plusieurs enfants perpétrer des attentats suicides :
près d’un bâtiment des services de
renseignements en décembre dernier
par exemple, ou encore dans la zone
diplomatique deux mois plus tôt.
L’auteur de cet attentat aurait été âgé
d’une douzaine d’années. « Les enfants sont moins susceptibles d’être
fouillés aux abords des bâtiments officiels », explique le responsable, qui
ajoute que l’EI a notamment adopté
Des contacts entre Américains et talibans
laissent planer un timide espoir de détente
NEW DELHI
LE PROCESSUS de paix avec les talibans
serait-il sur le point de redémarrer ?
Depuis juin, une série d’indices laissent
entrevoir une reprise du dialogue entre
les insurgés et la coalition. Il y a d’abord
eu le cessez-le-feu des talibans du 15 au
17 juin. Ce geste intervenait après l’ordre du président Ashraf Ghani aux forces afghanes de suspendre leurs opérations pendant une semaine à la fin du
ramadan. Si les talibans ont refusé de
prolonger le cessez-le-feu, l’arrêt des
combats a été respecté.
Un mois plus tard, le 15 juillet, le New
York Times révélait que la MaisonBlanche avait donné son feu vert à des
discussions en tête-à-tête entre diplomates américains et talibans. L’Administration Trump a accepté une vieille
revendication des insurgés. Jusqu’alors, elle exigeait que le mouve-
ment de feu Mollah Omar ne parle
qu’au gouvernement de Kaboul.
Puis, fin juillet et début août, la
presse anglo-saxonne a évoqué des
rencontres entre diplomates américains et émissaires talibans à Doha, au
Qatar, où le groupe dispose d’un bureau
politique chargé de piloter toute négociation. D’après le Financial Times, il y
aurait eu au moins deux entretiens
entre mai et juillet.
De son côté, Kaboul tente de capitaliser sur la trêve de juin. Le 21 juillet, le
porte-parole du président Ashraf Ghani
a annoncé qu’un cessez-le-feu pour la
fête de l’Aïd le 22 août était à l’étude.
Nul doute qu’Ashraf Ghani espère voir
se répéter les scènes de liesse et de fraternisation entre combattants talibans
et soldats afghans qui avaient éclaté en
juin. Des insurgés avaient quitté leurs
positions pour visiter les grandes villes,
rencontrer leurs adversaires, échanger
une photo, une accolade, et discuter.
Ces embrassades avaient mis au jour la
Les talibans et Daech en Afghanistan
TURKM.
OUZB.
TADJIKISTAN
Mazar-e
Charif
Kunduz
Darzab
Hérat
PAKISTAN
Bagram
AFGHANISTAN
Kaboul
Djalalabad
Peshawar
INDE
Islamabad
IRAN
Lachkargah
Kandahar
Zones tribales
(Zone de repli des talibans)
100 km
A
Présence de Daech
Territoires contrôlés par les talibans
Infographie
Source : afghanistan.liveuamap.com
lassitude de certains combattants insurgés face à une guerre civile longue
de presque quinze ans.
En renouvelant la trêve, Ashraf
Ghani tenterait de faire pression sur la
direction des talibans pour qu’elle assouplisse ses positions. Deux obstacles
en particulier brisent toute avancée du
processus de paix.
Partager le pouvoir
Premièrement, les talibans demandent
le retrait total des troupes américaines.
Cette exigence leur permettrait de
conquérir plus de territoires et d’affaiblir le pouvoir en place pour arracher
de nouvelles concessions. Mais ni
Washington ni Kaboul ne sont prêts à
céder. Quelques éléments laissent à
penser que les insurgés pourraient
amender leur position. « Les talibans
pourraient accepter une présence américaine pour combattre Daech », écrivait
Borhan Osman, analyste au Crisis
Group et fin connaisseur des talibans
dans une tribune parue en mars dans le
New York Times, avant d’ajouter : « En
privé, les chefs talibans admettent qu’ils
auront besoin de la communauté internationale pour stabiliser le pays. » L’histoire leur donne raison. Depuis deux
siècles, rares sont les gouvernements
qui se sont maintenus au pouvoir sans
les subsides de puissances étrangères
que ce soit le Royaume-Uni au
XIXe siècle, l’Union soviétique au XXe
ou les États-Unis au XXIe. Le régime des
talibans était lui-même très dépendant
du Pakistan.
Deuxièmement, les talibans nient
toute légitimité au gouvernement de
Kaboul. Ils ne veulent conclure
qu’avec les Américains. Or, si le département d’État est prêt à les rencontrer, il maintient que ces discussions
ne doivent servir qu’à faciliter des
pourparlers directs avec les autorités
afghanes. Une posture difficile à admettre pour les insurgés. Voilà plus de
dix ans que les communiqués publiés
sur leur site Internet officiel martèlent
MOHAMMAD ISMAIL/REUTERS
EMMANUEL DERVILLE £@e_derville
En imposant plusieurs cessez-le-feu, le président afghan, Ashraf Ghani (ici à kaboul, le
30 juin), tenterait de faire pression sur les talibans pour qu’ils assouplissent leurs positions.
le même message : leur chute en 2001 a
été provoquée par l’invasion étrangère
et le gouvernement ne se maintient
que par la grâce de la présence militaire occidentale. Leur objectif est de
restaurer leur émirat islamique. En ce
sens, ils se considèrent comme un
gouvernement provisoire qui attend
son heure.
Seul un partage du pouvoir entre les
talibans et les factions ethniques qui
composent le gouvernement pourrait
mettre un terme au conflit. En ce sens,
les Américains payent les conséquences
de la conférence de Bonn en 2001.
L’ONU avait alors réuni les principaux
groupes ethniques qui s’étaient mis
d’accord sur un gouvernement de coalition : autour de la table étaient assis le
Front uni - qui regroupait les milices du
Nord -, les partisans de l’ancien roi
Zaher Chah, les groupes islamiques armés vétérans du djihad contre les Soviétiques et soutenus par le Pakistan.
Ne manquaient que les talibans. Dix-
sept ans après, ils continuent de demander leur part avec d’autant plus de
vigueur que la guerre tourne à leur
avantage.
Depuis deux ans, le pourcentage de
districts sous leur autorité est passé de
9 % à 14 % d’après le dernier rapport
du Sigar, l’inspection américaine pour
la reconstruction. Celle-ci note que
l’insurrection contrôle une poche de
territoires, sorte de corridor qui s’étend
du sud-ouest du pays, dans les provinces de Helmand et Kandahar, jusqu’aux
régions de Paktika et Zaboul dans le
Sud-Est.
Les forces afghanes ont d’autant plus
de mal à reconquérir le terrain que le
pouvoir civil est fragilisé par des querelles internes combinées à une corruption endémique. Dans son rapport, le
Sigar déplore que le gouvernement soit
« anarchique, faible, dysfonctionnel […]
et que nombre d’affaires de corruption ne
sont jamais résolues faute de volonté politique. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
D’anciennes recrues des talibans
et de l’État islamique au Khorasan,
détenus au centre de réhabilitation
juvénile de Djalalabad, suivent
un cours de religion dans le cadre
d’un programme de déradicalisation.
MARGAUX BENN
L'ÉVÉNEMENT
L’EI a subi un lourd revers
dans le nord du pays
C’EST SANS DOUTE la pire défaite
de Daech depuis que l’organisation
est arrivée en Afghanistan en 2015.
Le 1er août, 150 à 200 combattants
de l’organisation se sont rendus aux
forces afghanes dans la province de
Jowzjan,
dans
le
nord
du
pays. Daech était alors aux prises
avec les talibans qui avaient lancé
une offensive en juillet pour les
déloger du district de Darzab. Le
groupe a préféré se rendre
aux autorités et avoir la vie sauve
plutôt que de tomber entre les
mains des talibans. Près d’une
centaine de mineurs figuraient
parmi les combattants, selon les
autorités.
Combats entre insurgés
cette tactique pour contrer le renforcement des mesures de sécurité. Dans
un documentaire de la chaîne américaine PBS diffusé en 2015, des membres de l’EI au Nangarhar affirmaient
déjà inculquer leur idéologie aux enfants dès 3 ans, en vue de les utiliser
plus tard comme kamikazes. Dans cette province, l’EI possède sa propre radio et diffuse, parmi ses programmes,
une émission destinée aux futurs
« lionceaux du califat ».
« Faire régner la charia »
« Les groupes armés recrutent des
enfants psychologiquement vulnérables,
souffrant de traumatismes ancrés à
cause de la guerre ou de violences
familiales », précise Lyla Schwarz,
psychologue américaine à Kaboul.
« L’endoctrinement, la formation militaire et les drogues qui sont souvent
données aux jeunes recrues façonnent
des enfants en rupture avec la réalité et
insensibles à la souffrance d’autrui. »
Pour espérer déradicaliser ces jeunes,
ajoute-t-elle, « des leçons de morale ou
de religion ne suffisent pas : il s’agit
d’entreprendre un travail psychologique
de fond ».
À la fin du cours, le professeur Bismillah demande aux enfants de venir
tour à tour s’exprimer devant la classe.
L’un d’eux se lance : « Je rêve de la paix,
bien sûr, mais je veux aussi qu’ici et dans
le monde entier, on puisse faire régner la
charia (le système de lois islamique,
NDLR). » Quelques minutes plus tard,
un attentat contre un bâtiment local du
ministère de l’Éducation - déjà ciblé
par un kamikaze le mois dernier - faisait au moins 11 morts. Il serait revendiqué par l’EI. ■
(1) Les noms des enfants ont été modifiés.
lundi 13 août 2018
Le groupe d’Abou Bakr al-Baghadadi était parvenu à s’implanter
dans cette région frontalière du
Turkménistan en 2017 à la faveur
du ralliement de Qari Hekmat, un
chef taliban afghan en rupture avec
son mouvement. Cette défection
avait inquiété le mouvement insurgé qui assure avoir mobilisé, « une
unité spéciale » pour en finir avec
l’État islamique à Darzab après plusieurs opérations militaires infructueuses. Connue également sous le
nom d’Unité rouge, elle regroupe
des combattants d’élites de la mouvance talibane.
Dans un communiqué le 1er août,
Voice of jihad, l’organe de pro-
UNE NOUVELLE
OFFENSIVE
À GHAZNI
Les talibans sont repassés
à l’offensive dimanche
à Ghazni dans l’est du pays,
attaquant le quartier
général de la police
et d’autres bâtiments
gouvernementaux
dans cette ville du centre
de l’Afghanistan, dont ils
avaient été partiellement
repoussés une première fois
vendredi. Des avions
américains ont mené
au moins quatre raids
pour soutenir les troupes
gouvernementales.
Selon des parlementaires
de Ghazni qui ont pu entrer
en contact avec des
habitants, la quasi-totalité
de la ville est contrôlée
par les insurgés islamistes.
Seuls le siège du
gouvernorat, le quartier
général de la police
et celui des services de
renseignement résisteraient.
Les talibans n’ont pas réussi
à s’emparer d’une capitale
provinciale depuis qu’ils ont
brièvement pris le contrôle
de Kunduz, dans le nord
du pays, en 2015.
pagande des talibans dit « avoir tué
153 criminels de Daech et en
avoir blessé grièvement plus d’une
centaine ».
Outre les assauts des talibans, la
reddition de Daech à Darzab résulterait d’un accord passé avec les
autorités locales. Lors d’une cérémonie organisée le 2 août par les
forces de sécurité, un commandant
local de Daech, Habib Rahman, a
déclaré que le gouvernement leur
avait « fait des promesses. Il nous a
été demandé de participer à un processus de paix. Et si le gouvernement
le souhaite, nous nous mettrons à sa
disposition », a rapporté la chaîne
de télévision afghane Tolo News.
Cette déclaration décrédibilise
Daech en Afghanistan. Le mouvement est réputé pour combattre
jusqu’à la mort aussi bien l’armée
que les talibans tout en multipliant
les attentats suicides, notamment
contre la minorité chiite.
L’État islamique n’a cependant
pas disparu du paysage afghan.
Le groupe contrôle quelques territoires dans la province orientale
du Nangarhar et dans celle de
Kunar, frontalières du Pakistan.
Depuis un mois, il a revendiqué
plusieurs attaques à Djalalabad, la
capitale du Nangarhar, notamment
un attentat contre le département
des réfugiés qui fait 15 morts le
31 juillet. ■
E. D. (NEW DELHI)
Magistrale !
EMMA
THOMPSON
STANLEY
TUCCI
3
Télérama
FIONN
WHITEHEAD
« Daech m’a promis
la puissance »
Dans les nombreuses
zones où il n’y a pas
d’école, la madrasa
constitue la seule option
pour l’éducation
”
OBAID ALI, ANALYSTE AUPRÈS DU GROUPE
DE RECHERCHE AFGHAN ANALYSTS NETWORK
C’est ainsi que débute, dans un second temps, l’endoctrinement dans des
madrasas (écoles religieuses). Selon le
ministère afghan de l’Éducation, en
plus des 1 080 madrasas enregistrées
auprès du gouvernement, qui doivent
suivre un programme d’enseignement
officiel, le pays compterait au moins
1 000 madrasas informelles, souvent
dans des zones contrôlées par les talibans ou l’EI où leur recensement est
impossible. Une étude de l’Institute for
War and Peace Reporting datée de 2016
comptait, dans la seule province de
Nangarhar, 1 500 madrasas, dont les
deux tiers opéraient sans autorisation ni
supervision gouvernementale. « Ces
écoles offrent une éducation gratuite et
les élèves y sont nourris, voire habillés »,
détaille Obaid Ali, analyste auprès du
My
Lady
Pour elle, seul compte
l’intérêt de l’enfant
Un film de
Richard Eyre
A
“
groupe de recherche Afghan Analysts
Network. « Pour les parents de familles
pauvres, c’est une aubaine. Et, dans les
nombreuses zones où il n’y a pas d’école,
la madrasa constitue la seule option pour
l’éducation. » Selon un rapport interne
d’une organisation internationale spécialisée dans les droits des enfants, que
Le Figaro a pu consulter, l’EI aurait récemment fermé au moins 17 écoles
gouvernementales et quatre cliniques
dans le district de Kot, où habite la famille d’Abdoulwahid, les remplaçant
par des camps d’entraînement militaires pour enfants.
Face à ce phénomène, le ministère de
la Justice table, selon son porte-parole
Mohammad Aman Reyazat, sur
« d’éminentes autorités religieuses » qui
interviennent dans les prisons juvéniles
comme celle de Djalalabad. Tout récemment, ajoute M. Reyazat, 11 psychologues ont été recrutés qui devront
s’occuper d’enfants détenus pour crimes contre la sécurité nationale. Et ces
jeunes bénéficient aussi des programmes éducatifs et de réinsertion sociale
destinés à tous les mineurs en prison.
« L’approche religieuse peut paraître
intéressante dans un pays où la foi conserve une dimension énorme », commente
un observateur qui a travaillé sur le thème de la déradicalisation au MoyenOrient. « Mais dans les faits, rien ne peut
remplacer un travail complet qui inclurait
psychologues et autres experts ayant bénéficié d’une formation spéciale. Ces enfants radicalisés, parfois en rupture avec
les figures d’autorité de par leurs passés
familiaux, ne sont sûrement pas très enclins à écouter un quelconque mollah…
Surtout si celui-ci vient d’une tendance de
l’islam qui n’est pas la leur. »
Selon Michael Kugelman, du Wilson
Center, la volonté est là, mais la réponse est insuffisante. « Aussi urgent que
soit le problème, le gouvernement n’a pas
les moyens financiers et humains d’établir un programme complet de déradicalisation qui puisse tenir la route »,
regrette-t-il. ■
M. B. (À DJALALABAD)
©CARACTÈRES CRÉDITS NON CONTRACTUELS
AVANT DE SÉDUIRE les cœurs et les
esprits, ce sont les ventres creux et les
rêves brisés que parviennent à combler
les recruteurs de l’EI. Dans ce pays ravagé par presque quarante ans de
conflit, les jeunes issus de familles défavorisées, parfois violentes, sont des
cibles idéales. Abdoulwahid, 13 ans, raconte qu’un homme « très gentil »
l’aurait approché avec de l’argent : « Il
m’a promis qu’en rejoignant Daech,
j’aurais des cadeaux comme un téléphone portable et deviendrais puissant », se
souvient-il. Sans que ses parents ne
soupçonnent quoi que ce soit, affirme le
gamin au visage rond, il s’est rendu régulièrement « à l’école » dans son hameau natal du district de Kot, au nord
du Nangarhar, pour « regarder des films
sur les braves combattants de Daech ».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 13 août 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Sommet des maires de France,
en 2017, à Paris. Aujourd’hui, les
élus sont partagés entre renforcer
le pouvoir des métropoles, au nom
d’une simplification nécessaire,
et rapprocher citoyens
et pouvoirs locaux.
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Métropoles : les départements
mettent en garde Emmanuel Macron
Après la réunion organisée à l’Élysée le 1er août avec cinq maires de grandes villes, les départements estiment
que rien ne peut être « imposé » depuis Paris en matière d’aménagement du territoire.
EMMANUEL GALIERO egaliero@lefigaro.fr
TERRITOIRES Les réunions discrètes organisées à l’Élysée avec des maires de
métropoles ne sont pas de nature à apaiser les relations avec les trois principales
associations d’élus que sont celles des régions (RF), départements (ADF) et maires de France (AMF). Ces collectivités locales ne reprochent pas au chef de l’État
de vouloir chercher des solutions pour
un aménagement du territoire plus efficace et performant mais elles agitent le
chiffon rouge d’une vision exclusivement métropolitaine qui selon eux mènerait cette politique dans le mur en
marquant une nouvelle forme de recentralisation, inquiétante à leurs yeux.
Dans sa dernière édition, Le Canard
enchaîné a raconté, sous le titre « Réunions secrètes à l’Élysée », une rencontre entre le chef de l’État et cinq maires
de grandes villes. Outre la présence de
deux ministres, Gérard Collomb (Intérieur) et ex-maire de Lyon et Jacques
Mézard (Cohésion des territoires), cinq
élus locaux étaient bien conviés au Palais
le 1er août : Alain Juppé (Bordeaux), JeanLuc Moudenc (Toulouse), Christian Estrosi (Nice), Damien Castelain (Lille métropole) et Johanna Rolland (Nantes).
Les participants ont-ils parlé du renforcement des pouvoirs de leur métropole
au détriment de ceux des départements,
voués à disparaître ? Dans l’entourage
d’Alain Juppé, on confirme partiellement
l’information sans évoquer de disparition
de collectivités. Les projets de « fusions »
concerneraient seulement « l’ère métropolitaine » des départements concernés,
précise-t-on. « La réunion a bien eu lieu.
Ce dossier, sur lequel nous travaillons depuis sept mois, porte sur les fusions de compétences entre les départements et les métropoles. Cela est lié à l’expérimentation
prévue dans cinq grandes villes, comme
l’avait annoncé Emmanuel Macron. » Pour
Christian Estrosi, cette troisième réunion
avec le chef de l’État n’avait « rien de secret » et le renforcement des métropoles
« va dans le bon sens ».
Pour autant, face à l’ampleur technique
du dossier, le maire de la métropole de Nice
ne croit pas à la sortie d’un projet de loi à la
rentrée. En janvier, devant une quarantai-
ne de parlementaires, à l’Élysée, Macron
avait affirmé sa volonté d’avancer. Certains ont analysé cette dernière invitation
des métropoles à Paris comme le signe
précurseur d’une annonce présidentielle
dès septembre. Du côté de l’Élysée, on assure qu’aucun calendrier, ni annonces
précises ne sont prévus « à ce stade ».
« Les discussions informelles se poursuivent
avec les élus locaux de droite, comme de
gauche », se borne-t-on à répondre.
Concentrer les décisions
Si cette réforme devait aboutir, elle rappellerait immédiatement l’exemple lyonnais où Gérard Collomb, ex-président de
la métropole, avait signé des accords avec
Michel Mercier, alors président du Rhô-
ne. L’objectif est clair : réduire le millefeuille administratif et concentrer les décisions sur des centres urbains les plus
dynamiques du territoire. Mais ce modèle
est critiqué. Dominique Bussereau, le
président des départements de France,
qui s’est mis en congés des Républicains,
met vivement en garde l’exécutif face aux
écueils d’une métropolisation forcée (lire
interview ci-après). Comme lui, d’autres
élus mettent en doute les résultats d’une
centralisation métropolitaine des compétences. Ils s’interrogent sur les économies réalisées et sur l’efficacité des transferts de missions.
Après une année de relations très
compliquées avec l’État, Hervé Morin,
président LR des régions de France,
L’influence du modèle européen des régions métropoles
La métropolisation, phénomène analysé
par les spécialistes depuis une quinzaine
d’années, désigne une concentration
accrue des populations et des activités
les plus valorisées dans les grands
centres urbains. Selon le géographe
Christophe Noyé, coauteur avec
Christophe Guilluy de l’« Atlas des
départements », cette concentration
des pouvoirs au sein des grandes
agglomérations répond à une logique
démographique et s’inscrit dans le
prolongement d’une réalité européenne
déjà observée en Allemagne ou en Italie,
où il existe des régions métropoles.
En France, des lois Deferre (1982-1983)
jusqu’à la loi Notre (nouvelle organisation
territoriale de la République), en passant
par la simplification intercommunale
(1999), l’État cherche à rationaliser
l’organisation des compétences dans
ce qu’on appelle parfois le « millefeuille
territorial ». Celui-ci est constitué
de quatre échelons : les régions,
les départements, les intercommunalités
et les communes. La politique
de métropolisation s’inscrit dans le
mouvement de décentralisation amorcé
il y a plus de trente ans, mais elle suscite
un débat. Certains élus estiment urgent
de consolider les métropoles
au nom d’une simplification nécessaire.
D’autres croient urgent, au contraire, de
renforcer la proximité entre les citoyens
et les pouvoirs locaux. Au-delà
des querelles de pouvoirs entre les
collectivités, ce sont bien deux visions
politiques de l’aménagement
du territoire qui s’opposent.
E. G.
François Baroin, président LR des maires
de France, et Dominique Bussereau observent les choix de Macron avec prudence. Échaudés par des échanges qu’ils
jugent vains avec le gouvernement, peu
convaincus par les orientations de sa politique territoriale et lassés par la méthode du chef de l’État sur plusieurs dossiers
(mineurs étrangers, formation professionnelle, taxe d’habitation…), ils sont
allés jusqu’à boycotter la conférence nationale des territoires du 12 juillet. Selon
eux, le dialogue n’est pas totalement
rompu mais leur agenda commun prouve qu’ils saisiront toutes les occasions
pour rappeler leur attachement à une
« vraie décentralisation ».
Lors du congrès des régions de France,
prévu le 27 septembre à Marseille, Hervé
Morin, François Baroin et Dominique
Bussereau tiendront une nouvelle fois
meeting commun au nom de la « défense
des libertés locales ». Gérard Larcher,
président du Sénat, Jean-Claude Gaudin,
maire de Marseille, et Renaud Muselier,
président de la région Sud (Paca), seront
également présents. Les régions et maires de France se rendront aussi à Rennes
en novembre, pour participer au congrès
des départements. Enfin, le 19 octobre, le
président socialiste de Loire-Atlantique,
Philippe Grosvalet, organisera le colloque de l’ADF consacré aux « métropoles
et départements ».
Si, pour sa rentrée politique, Emmanuel Macron choisit les métropoles comme sujet majeur, il ne sera certainement
pas le seul à en parler. ■
Bussereau : « La recentralisation ne répondra pas à la crise de croissance »
Dominique Bussereau est président de
l’Assemblée des départements de France
et président de Charente-Maritime.
A
LE FIGARO. - Emmanuel Macron
annoncera-t-il un plan « métropoles »
à la rentrée ?
Dominique BUSSEREAU.- Nous ne sommes pas au courant. Toute modification de
l’organisation territoriale imposée par
l’État, sans concertation préalable, se fondant sur l’obligation et pas le volontariat,
serait vouée à des difficultés, voire à
l’échec.
Quelle est la stratégie du chef de l’État ?
Depuis le début du quinquennat, après
avoir tenu un langage très décentralisateur, Emmanuel Macron semble aller en
sens inverse. L’État n’agit pas de manière
décentralisée. Ce n’est pas un hasard si
les trois présidents, violemment modérés, des principales associations d’élus
étaient absents à la dernière conférence
nationale des territoires (Hervé Morin
[Régions de France], Dominique Bussereau
et François Baroin [Association des maires
de France], NDLR). Il y a un vrai problème
de dialogue avec les collectivités territoriales. Ce n’est pas par des initiatives discrètes, à défaut de secrètes, que le problème se réglera.
Jean-Luc Moudenc, président de
Toulouse Métropole, n’est pas d’accord.
Il dénonce votre « politique
de la chaise vide »…
Il n’est pas concerné. Quand on est maire
de Toulouse, on regarde cela du haut du
Capitole (hôtel de ville) mais le Capitole
n’est que l’un des 35 000 clochers de
France. Nos préoccupations portent souvent sur les petites et moyennes communes. Elles ont l’impression d’être
oubliées. Les régions ont mal vécu la réforme de l’apprentissage et de la formation professionnelle. Et les départements
n’obtiennent pas de soutien sur le paiement des aides sociales.
Les plus grandes villes de France
ne peuvent-elles pas être
les moteurs économiques du pays ?
Si elles sont le moteur d’un désert fran-
çais, ce moteur tournera à vide très vite.
Il ne faut pas remplacer la centralisation
parisienne par la centralisation métropolitaine.
Les collectivités
de plus de 500 000 habitants
ne peuvent-elles pas assumer
les missions des départements ?
Non. Je suis persuadé qu’elles
ne le peuvent pas et ne le souhaitent pas. Dans les différents
transferts déjà effectués, à
aucun moment, ces grandes villes n’ont voulu
prendre la main sur la
politique sociale, qui
est l’ADN des départements. On peut citer l’exemple lyonnais : lorsque vous
comparez le temps
qu’il faut pour traiter
un dossier social à la
métropole
et
celui
constaté pour un dossier
traité par le Rhône,
l’avantage est très nettement en faveur
du département. Pour l’instant, toutes les
compétences reprises l’ont été a minima.
La suppression des départements avait
été avancée par le premier ministre Valls
avant d’être enterrée.
L’est-elle toujours ?
Oui, car l’arrivée des grandes régions avec leurs difficultés a rendu
encore plus indispensable l’échelon départemental.
L’aménagement du
territoire ne relève-t-il
pas du pouvoir régalien ?
Non. Il n’existe pas un
projet d’aménagement
du territoire qui ne
soit pas cofinancé par
des capitaux privés et
des collectivités loca-
Dominique Bussereau.
S. SORIANO/LE FIGARO
les. L’État est infichu d’assurer de tels financements, comme il le faisait dans les
années 1970-80. Les grandes villes ne peuvent pas irriguer les espaces ruraux ou les
villes autour d’elles. Il y a un risque de créer
des métropoles séparées par de grands vides comme l’ont montré certains modèles
d’aménagement du territoire autour des
mégapoles, américain ou chinois. Ce n’est
pas un exemple pour la France.
Existe-t-il un risque de crispations
entre les collectivités ?
Il ne faut pas opposer les métropoles et les
territoires ruraux. Nous ne nions pas leur
capacité d’attraction. Les grandes villes
ont de nombreux atouts et missions. Mais
les maires qui en ont la charge doivent
d’abord s’occuper de leur territoire sans
chercher à en conquérir d’autres. Plus un
État est décentralisé, mieux il fonctionne.
Le recentralisation ne répondra pas à la
crise de croissance observée au premier
semestre, ni aux inégalités sociales et territoriales du pays. On fait les choses correctement quand on les fait de près. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR E. G.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 13 août 2018
POLITIQUE
5
Le flop des politiques-chroniqueurs
Faute d’audience, nombre de personnalités reconverties ne retrouveront pas les antennes à la rentrée.
Henri Guaino : six mois sur Sud Radio
avant d’être remercié. GHNASSIA/SUD RADIO
PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
MÉDIAS « Bonsoir Jean-Pierre Raffarin,
merci d’être avec nous, votre venue fait
beaucoup de bruit. » Costume bleu et
cravate turquoise, Jean-Pierre Raffarin a
le sourire derrière l’écran, ce 10 septembre au soir. L’ancien premier ministre
sait qu’il est l’une des sensations du mercato médiatique de l’été 2017. Quelques
jours plus tôt, France 2 a annoncé sa présence parmi les chroniqueurs de 19 heures le dimanche, la nouvelle émission de
Laurent Delahousse. La sensation n’aura
finalement pas duré longtemps. JeanPierre Raffarin ne réapparaîtra plus une
seule fois sur le plateau.
L’exemple de l’ancien premier ministre est loin d’être un cas isolé. La saison
médiatique 2017/2018 a été particulièrement délicate pour les politiques devenus chroniqueurs. Les médias avaient
pourtant compté sur eux, leur offrant la
chance de se reconvertir après une défaite aux législatives pour certains, ou
pour repousser un peu plus un départ à la
retraite pour d’autres. Un an plus tard, le
bilan est mitigé.
Édith Cresson, ancienne première
ministre et autre « guest-star » de la
nouvelle émission de France 2, n’est apparue, elle aussi, qu’une seule fois sur le
plateau, également lors de la première
le 10 septembre. Retirée de la vie politique, elle expliquait pourtant au JDD
qu’elle serait amenée « à donner son
point de vue sur l’actualité et la politique ». « Plusieurs formules ont été testées au début de l’émission… », botte-
Les duettistes Jean-Christophe Cambadélis et Thierry Solère auront débattu trois fois
dans « Parti pris », sur LCI, avant que le format soit rayé des programmes. LCI
t-on en touche, un peu gêné, du côté de
France Télévisions.
Les débuts des politiques sur LCI ont
également été mouvementés. Début novembre, la chaîne avait fait part de l’arrivée de Jean-Christophe Cambadélis, ancien premier secrétaire du PS, et de
Thierry Solère, alors député Les Constructifs. Les deux hommes devaient se
retrouver chaque vendredi à 11 heures
dans une émission intitulée « Parti
pris ». La formule : un débat sur l’actualité entre ces « deux poids lourds de la politique qui ont tout connu » - dixit la chaî-
“
La règle du jeu
était élémentaire :
Henri Guaino s’était
engagé à ne plus faire
de politique partisane
DIDIER MAÏSTO, DIRECTEUR GÉNÉRAL
DE SUD RADIO
”
ne. Trois émissions plus tard, le
1er décembre, le format est rayé des programmes. « Les ennuis judiciaires de
Thierry Solère nous ont contraints à mettre
un terme à l’émission », explique Valérie
Nataf, directrice de la rédaction. « L’audience n’était pas au rendez-vous. Cela ne
correspondait pas à ce qu’attendaient les
téléspectateurs », souffle-t-on aussi en
interne.
Après cet épisode, Jean-Christophe
Cambadélis est tout de même resté sur la
chaîne. Cette année, l’ancien patron du
PS est même intervenu trois fois par semaine dans deux émissions : « La Répu-
blique LCI » et « Politiquement Show ».
Il pouvait croiser dans les couloirs son
collègue socialiste Julien Dray. Tous les
mercredis après-midi, le proche de
François Hollande débattait avec un éditorialiste. Seul hic : le CSA décomptait
leur temps de parole… sur celui du Parti
socialiste. « C’est pour cette raison que
l’on a reçu peu de socialistes sur le plateau », rapporte Valérie Nataf. De quoi
sérieusement agacer au PS : « C’est hallucinant ! Ils sont là pour éclairer l’actualité et non pour porter une parole politique.
Le CSA doit revoir ses règles. » À la rentrée, Jean-Christophe Cambadélis devrait malgré tout poursuivre l’aventure
sur la chaîne. Quant à Julien Dray, rien
n’est décidé. Le socialiste a fait part de
son envie d’être tête de liste aux élections
européennes et la chaîne ne veut pas
tomber dans la confusion des genres.
Sur C8, Raquel Garrido a sans doute
connu la reconversion la plus réussie.
L’ancienne porte-parole de Jean-Luc
Mélenchon intervenait toutes les semaines dans l’émission « Les Terriens du dimanche ». Mais comme les deux socialistes sur LCI, le CSA comptabilisait son
temps de parole sur celui de La France
insoumise. De fait, Raquel Garrido a préféré quitter le mouvement. Elle poursuivra sa carrière médiatique dès la rentrée.
Côté radio, l’expérience a aussi été
compliquée. L’ancien ministre Henri
Guaino avait signé à Sud Radio pour un
édito quotidien de cinq minutes - « Libre
comme Guaino » - à partir de septembre 2017. Six mois plus tard, l’ex-député
LR est finalement mis à la porte pour
avoir défendu Nicolas Sarkozy sur
Aurélie Filippetti n’aura « refait le monde »
sur RTL que 12 fois. FANNY BONJEAN/RTL.FR
Jean-Pierre Raffarin, chroniqueur d’un
soir sur France 2. CAPTURE D’ÉCRAN FRANCE 2
BFMTV le 25 mars. « La règle du jeu était
élémentaire : Henri Guaino s’était engagé
à ne plus faire de politique partisane »,
justifiait à l’AFP le directeur général de
Sud Radio, Didier Maïsto.
Sur RTL, l’ancienne ministre socialiste
- et vraie prise de guerre pour la radio Aurélie Filippetti ne sera intervenue que
douze fois dans l’émission « On refait le
monde », pourtant diffusée tous les
soirs. « J’avais tablé sur un peu plus
qu’une fois par mois », reconnaît MarcOlivier Fogiel, l’animateur de l’émission.
« C’est vrai qu’on ne l’a pas vue souvent ! », rit-on en interne. Elle devrait
rendre son rond de serviette à la rentrée.
« Je ne pense pas poursuivre car je n’aurai
pas vraiment le temps, mais je n’ai pas encore décidé définitivement », expliquet-elle, prudente, au Figaro.
Chroniqueur plus régulier, Gaspard
Gantzer poursuivra en septembre,
même si sa probable candidature à la
mairie de Paris, en vue des municipales de 2020, pourrait remettre sa place
en question. Présenté à la fin de l’été
dernier comme nouveau chroniqueur
à Radio Nova, l’ancien député socialiste Eduardo Rihan Cypel ne sera resté à l’antenne qu’un mois. « C’était le
contrat. Un autre format d’émission
reprenait en octobre », assure-t-il
aujourd’hui.
En prenant des habits de chroniqueurs, les politiques auront donc connu
de multiples péripéties. Par prudence ou
non, aucune nouvelle personnalité politique n’a - pour l’instant - osé franchir le
pas lors de ce mercato médiatique de
l’été 2018. ■
L’ÉTÉ DU FIGARO
8/16
Denis Masséglia,
l’e-sport dans la peau
EN BREF
Affaire Kohler :
l’Élysée se dit « serein »
Selon l’Élysée, cité ce week-end
par Le Journal du dimanche,
la question de la démission du bras
droit d’Emmanuel Macron « ne
se pose pas ». On se dit d’ailleurs
« serein » au Palais face aux
soupçons de « prise illégale
d’intérêts » liés à des contrats
concernant l’armateur MSC. Le
secrétaire général de l’Élysée fait
l’objet d’une seconde plainte de
l’association contre la corruption
Anticor. La première plainte avait
déclenché l’ouverture d’une
enquête préliminaire du parquet
national financier, début juin.
Pour Brigitte Bardot,
Hulot « ne sert à rien »
Dans un entretien accordé samedi
au quotidien régional Var Matin,
Brigitte Bardot a vivement critiqué
le ministre de la Transition
écologique et solidaire, Nicolas
Hulot. « C’est un trouillard de
première classe. Un indécis. Un
type qui ne sert à rien », a accusé
l’actrice, allant jusqu’à le qualifier
de « dangereux ». Bardot lui
reproche « l’abattage de 40 loups »
et la permanence du glyphosate
« toujours autorisé en France »
alors que le ministre d’État a
annoncé, samedi, « le début d’une
guerre contre les pesticides ».
[
]
La politique
c’est du spo
rt
DELPHINE BERNARD-BRULS
£@DD_Bruls
En amoureux du sport, il se serait
bien imaginé arborant le maillot jaune du Tour de France, tel le champion gallois Geraint Thomas. Ou accrocher la deuxième étoile historique
au maillot des Bleus lors de la dernière Coupe de monde de football. Mais
la vie en a décidé autrement pour
Denis Masséglia, député La République en marche (LaREM) de Maineet-Loire.
Fier de n’avoir pas pris un kilogramme depuis son arrivée dans
l’Hémicycle en juin dernier, cet ancien ingénieur de 37 ans n’a pas,
néanmoins, la carrure d’un sportif de
haut niveau. Mais côté jeux vidéo de
compétition et autres jeux de rôles en
réseau, une pratique également appelée « e-sport », le parlementaire
macroniste en connaît un rayon.
«Je ne sais pas si on peut considérer l’e-sport comme un sport » tra-
ditionnel, reconnaît-il d’emblée.
« C’est plus compliqué que ça, explique le gameur du Palais Bourbon,
même s’il n’y a pas la dimension physique du sport, comme on peut le voir
lors d’un match de football avec des
joueurs qui parcourent parfois jusqu’à 12 kilomètres en 90 minutes. »
Mais Denis Masséglia identifie des
points communs entre le sport traditionnel et l’e-sport. « L’objectif
est de gagner dans une confrontation
entre équipes », note-t-il en insistant sur un point. Selon lui, il ne faut
pas oublier que ces jeux en ligne
exigent « beaucoup de préparation
stratégique et mentale ».
Les moqueries des députés
À l’entendre, une partie d’Overwatch, célèbre jeu de tir en vue subjective, nécessite une moyenne de
5 000 touches de clavier par minute. Et pour atteindre les objectifs de
la partie, de bons réflexes et une
connaissance parfaite de toutes les
caractéristiques du jeu sont absolu-
ment indispensables. Une pointe de
nostalgie se fait sentir chez ce pratiquant expérimenté, à l’évocation de
ses années World of Warcraft
(WoW). Durant ses études d’ingénieur à Toulouse, lorsqu’il était
membre d’une « guilde » de quarante joueurs (équipe), il n’a pas
compté les heures passées à préparer ses « feuilles de match », indispensables pour utiliser tel personnage ou tel équipement au
maximum de sa « rentabilité ».
L’élu replace cette difficulté à une
époque où le réseau Internet était
loin d’être aussi véloce qu’il ne l’est
aujourd’hui. D’autant que, « si les
règles du rugby ou du football changent de façon hyperexceptionnelle,
dans le monde vidéoludique, elles
peuvent changer toutes les six semaines ». Cela impose à la guilde de
repenser intégralement sa stratégie.
« L’e-sport est extrêmement
mathématique », conclut le parlementaire passionné, qui fut parfois contraint de répliquer aux
Denis Masséglia pose
dans son bureau de
l’Assemblée nationale
avec un joystick
de jeux vidéo.
VINCENT BOISOT/LE FIGARO
moqueries de certains députés à
l’Assemblée.
Joueur moins assidu aujourd’hui,
il reconnaît sans mal les « pilules »
(défaites) qu’il subit parfois en affrontant son fils aîné de 12 ans. Mais
le député n’a pas perdu le vocabulaire spécifique de l’e-sport. Il se reprend pour « parler français » et ne
pas perdre son interlocuteur
« noob » (novice).
À l’Assemblée, on le reconnaît
volontiers comme le « M. Gaming »
de l’Hémicycle. Les liens que cela
peut créer amusent le principal intéressé. Le député LaREM Thierry
Michels n’a pas perdu une seconde
pour lui parler de son fils, joueur
professionnel d’e-sport, quand un
autre collègue l’a appelé à l’aide
pour répondre aux questions d’un
administré sur Fortnite, le nouveau
jeu très populaire chez les jeunes.
« Et les joueurs de football ! », précise Denis Masséglia, marqué par la
danse « Fortnite » d’Antoine Griezmann lors de son but face à l’Argentine durant le Mondial.
Si Noël est encore loin, le député
de Maine-et-Loire anticipe déjà les
appels de ses collègues avant les
achats. En quête des meilleures
émotions du « e-sport », ils auront
tous besoin de conseils éclairés. ■
A
Pour le député LaREM de Maine-et-Loire, les jeux
vidéo exigent une préparation « physique et mentale ».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 13 août 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Erdogan durcit son bras de fer avec Trump
En pleine chute de la monnaie nationale, le président turc bombe le torse face aux menaces américaines.
L’inflation galopante (16 % en juillet en
rythme annuel) érode le pouvoir
d’achat des ménages, y compris sur les
produits de base. Quant aux entreprises
turques, leur endettement se creuse :
ayant, pour beaucoup, emprunté en
dollars, elles sont terriblement vulnérables aux variations du taux de change.
« Le pays subit un important déficit courant. Aujourd’hui, la convergence des
problèmes économiques et géopolitiques
ne fait qu’accentuer une crise qui était
prévisible depuis 2013 », ajoute Ozlem
Albayrak.
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
TURQUIE Entre Erdogan et Trump, la
partie de ping-pong s’emballe, au
grand dam de l’économie turque. Ce
week-end, le président turc s’est juré
de répondre aux « menaces » des
États-Unis visant à faire libérer un
pasteur américain, signifiant ouvertement son refus d’apaisement dans son
bras de fer avec Washington, au risque
d’accentuer l’hémorragie de la devise
nationale. « Il est mauvais d’oser mettre la Turquie à genoux avec des menaces concernant un pasteur », a lancé, ce
samedi, le chef de l’État turc lors d’un
rassemblement à Ünye, sur les bords de
la mer Noire. « Honte à vous, honte à
vous. Vous échangez votre partenaire
stratégique de l’Otan pour un prêtre. »
Dimanche, il a récidivé en dénonçant
un « complot politique contre son pays. »
Samedi matin, il mettait déjà en
garde Trump dans une tribune publiée
dans le New York Times : « Notre
partenariat pourrait être en danger. »
Alliée des États-Unis au sein de l’Alliance Atlantique, la Turquie héberge
également une base américaine à Incirlik, où s’organisent des opérations
contre les djihadistes de l’État islamique. Face aux pressions américaines,
Ankara - où est attendu, ce lundi, le
ministre russe des Affaires étrangères
- menace de redéfinir ses alliances.
Dans sa tribune de samedi, Recep
Tayyip Erdogan évoque ainsi sa velléité de « chercher de nouveaux amis et
de nouveaux alliés » si la Maison-Blanche continue à « manquer de respect ».
La veille, l’impact des tensions
turco-américaines, renforcées par le
maintien en détention du pasteur
Crise systémique
Recep Tayyip Erdogan, samedi, lors d’un meeting, à Rize, sur les bords de la mer Noire.
américain accusé « d’espionnage » et
« d’activités terroristes », avait pris un
nouveau tournant avec la décision
américaine de doubler les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium turc.
Affront suprême : l’annonce, publiée
par Donald Trump sur son compte
Twitter, s’est faite en plein discours du
ministre turc de l’Économie sur le
nouveau « modèle économique » du
pays. La livre turque en a aussitôt ressenti le choc. En l’espace d’une journée, elle a plongé de près de 20 %,
MURAT KULA/AFP
avec un dollar s’échangeant brièvement contre presque 7 livres, son plus
bas niveau historique. Depuis le début
de l’année, elle a perdu 40 % de sa
valeur.
Cherchant à sauver la face, le chef
de l’État turc, nouvellement réélu,
pointe un complot de l’étranger.
« Nous ne perdrons pas cette guerre
économique », répète-t-il à l’envi.
Pour redresser sa monnaie, il exhorte
les citoyens à échanger « l’or caché
sous les matelas » contre des devises
nationales, tout en s’en remettant à la
bonne volonté de Dieu. « Ils ont les
dollars, nous avons notre peuple et Allah », déclarait-il dès jeudi.
Mais le mal est bien plus profond. Et
la réalité plus terre à terre. Après des
années de croissance miraculeuse, la
Turquie vit aujourd’hui au-dessus de
ses moyens et abuse du crédit. « Depuis
maintenant plusieurs années, la Turquie
est minée par d’importants problèmes
structurels », observe l’économiste Ozlem Albayrak. Les banques vont mal.
La récession est évidemment difficile à
digérer pour Recep Tayyip Erdogan, qui
doit, en partie, son ascension et celle de
son parti, l’AKP, à l’essor de son pays
depuis le début des années 2000. Pour
stopper l’inflation galopante et la chute
de la devise, les économistes préconisent une augmentation par la Banque
centrale des taux d’intérêt. Mais le président turc refuse d’en entendre parler,
s’autodéclarant « ennemi » de ce genre
de mesure, « un instrument d’exploitation qui rend les pauvres plus pauvres et
les riches plus riches ». Si l’effondrement de la monnaie turque – qui contamine désormais les Bourses européennes - se poursuit, certains experts
prédisent déjà une crise de l’ordre de
celle de 2001. La Turquie, disent-ils,
pourrait être contrainte de faire appel à
une aide extérieure - une solution pour
l’heure impensable pour Ankara. « Le
problème, c’est qu’au lieu de proposer
des solutions rationnelles et de rassurer
sa population et les investisseurs étrangers, Erdogan ne cesse d’allumer des
feux », estime un politologue turc qui
préfère taire son nom, en référence à
l’escalade turco-américaine. ■
L’ex-présidente Kirchner dans
l’étau judiciaire pour corruption
L’ancienne chef de l’État et son mari ont été destinataires d’importantes
sommes remises en liquide à leur domicile alors qu’elle dirigeait le pays.
PATRICK BÈLE £@pbele
ARGENTINE Les « carnets de la corruption » divulgués récemment mettent en
cause directement Cristina Kirchner.
L’ancienne présidente argentine entre 2007 et 2015, Cristina Kirchner, sera
entendue à Buenos Aires ce lundi par le
juge Claudio Banadio qui la qualifie de
« chef d’une association de malfaiteurs ».
Cette accusation repose sur des cahiers
dans lesquels Oscar Centeno, le chauffeur de Robert Baratta, homme de
confiance de l’ex-ministre de la Planification Julio de Vido, a scrupuleusement
noté le détail de toutes les livraisons
d’argent liquide auxquelles il a participé.
Soit 165 millions de dollars entre 2005
et 2015 acheminés dans des sacs. Parmi
les destinations de cet argent figure en
bonne place le domicile des Kirchner.
Ces cahiers ont été remis au journal
La Nacion, qui en a vérifié le contenu et
a décidé de les remettre au juge Claudio
Banadio.
Huit hauts fonctionnaires et neuf
chefs d’entreprise ont déjà été arrêtés
grâce aux informations contenues
dans ces documents. Hector Zabaleta,
dirigeant de la multinationale argentine Techint, la plus importante du pays,
est derrière les barreaux. Sa société a
construit des routes et des canalisations pour une centrale nucléaire
commandée par le ministère de la
Planification. Juan Carlos de Goycochea, directeur de la société espagnole
Isolux Corsan, qui a construit une centrale électrique en Patagonie a, lui aussi, été incarcéré. Javier Sanchez, directeur de la société Iecsa et cousin du
président Mauricio Macri, a également
été arrêté.
Parmi les fonctionnaires cités, plusieurs sont déjà en prison pour d’autres
affaires de corruption ou de blanchiment d’argent. Ainsi Julio Lopez, viceministre de la Planification de 2003 à
2015 avait été pris en flagrant délit alors
qu’il jetait des sacs contenant 9 millions
de dollars par-dessus le mur d’un cou-
vent. Julio de Vido, ancien ministre de
la Planification fédérale, a aussi été emprisonné.
L’ancien vice-président de Cristina
Kirchner, Amado Boudou, a, lui, été
condamné la semaine dernière à six ans
de prison et a été frappé d’une inéligibilité à vie. Cette affaire concernait la reprise de la société Ciccone Calcografica
qui détenait le quasi-monopole de l’impression de billets de banque et des papiers officiels en Argentine.
Entrave à une enquête
L’étau judiciaire semble être en train de
se resserrer autour de Cristina
Kirchner. Elle est déjà inculpée dans
plusieurs autres affaires. En mai dernier, l’ancienne présidente a été mise
en examen avec ses deux enfants,
Maximo et Florencia, pour blanchiment
d’argent à travers la location d’hôtels
lui appartenant. Elle est également inculpée pour entrave à l’enquête
concernant l’attentat contre une mutuelle juive, l’Amia, en 1994.
Cristina Kirchner, au Sénat, à Buenos Aires, le 9 août 2018.
«Pour l’instant, elle est protégée par
son statut de sénatrice et les sénateurs
sont partagés sur l’opportunité de lever
son immunité, explique Sébastien Velut,
professeur à l’Institut des hautes études
de l’Amérique latine. La question centrale est bien sûr la présidentielle de 2019.
Sera-t-elle en mesure d’être candidate ou
pas ? Il va y avoir des tractations compliquées entre les différents partis. »
Les partisans de Kirchner ont une dizaine de sénateurs, et les péronistes, dont
ils sont issus, une trentaine sur 72 sièges.
Miguel Angel Picheto, péroniste, préside
la commission qui doit se prononcer sur
une éventuelle levée de l’immunité de
MARTIN ACOSTA/REUTERS
Cristina Kirchner. En tant que chef du
groupe péroniste, il peut prétendre à
l’investiture de son parti pour la présidentielle, même s’il est peu connu. Le
président Mauricio Macri est en droit de
se représenter. Mais il sera fragilisé par
une situation économique dégradée. Son
plan de relance de l’économie n’a pas eu
l’efficacité espérée et les investisseurs
étrangers, sur lesquels il fondait de
grands espoirs, ne se sont pas précipités
en Argentine. De plus, son appel récent
au FMI a été mal perçu par la population
qui rend responsable l’organisme international de la grave crise que le pays a
subie au début des années 2000. ■
Les Roumains retournent au pays pour manifester
Des dizaines de milliers de personnes, dont beaucoup issues de la diaspora, dénoncent la corruption du gouvernement.
A
ALAIN BARLUET £@abarluet
EUROPE DE L’EST La colère des Roumains ne s’apaise pas. Samedi, ils étaient
plusieurs dizaines de milliers à manifester, comme la veille, à Bucarest et
dans plusieurs villes du pays, pour dénoncer la corruption, les violences policières et pour réclamer la démission du
gouvernement social-démocrate. Ces
protestataires sont en large partie des
Roumains de la diaspora, expatriés à
l’étranger et revenus spécialement dans
leur pays pour participer au grand rassemblement prévu vendredi et réclamer
la démission du premier ministre, Vio-
rica Dancila, qu’ils accusent d’entretenir
une corruption généralisée et de vouloir
contrôler la justice. Quatre-vingt mille
personnes ont répondu à l’appel, dans la
capitale mais aussi à Sibiu, au centre du
pays, et à Timisoara, à l’ouest. En marge
de ces manifestations, des violences
entre « casseurs » et les forces de l’ordre
ont fait plus de 450 blessés, dont une
trentaine de gendarmes.
Ces quinze dernières années, 4 millions
de Roumains (sur 20 millions d’habitants) ont émigré, en Europe occidentale
et sur le continent américain, laissant
souvent au pays leur famille à qui ils envoient une bonne partie de leurs revenus.
Une manne qui s’élevait à 4,3 milliards
d’euros en 2017, soit 2,5 % du PIB. Les
Roumains sont excédés de voir ces revenus « s’évaporer » à cause de la corruption et des détournements divers. Le salaire moyen dans ce pays, l’un des plus
pauvres de l’Union européenne - que la
Roumanie a rejoint en 2007 - s’élève à
520 euros. Chef de file du Parti social-démocrate, Liviu Dragnea a remporté les
législatives de 2016 mais, accusé de fraude électorale et de corruption, il n’a pu
accéder au poste de premier ministre.
Viorica Dancila, qui l’a remplacé, s’est
lancé dans une vaste réforme de la justice visant à réduire le pouvoir des magistrats, de manière à permettre aux
hommes politiques d’échapper aux
poursuites, ainsi que le dénoncent les
opposants. Les manifestations de rue se
succèdent depuis.
« Intervention brutale
et disproportionnée »
La crise sociale se double d’une crise
institutionnelle et politique. En conflit
ouvert avec la majorité parlementaire de
gauche, le président de centre droit
Klaus Iohannis a fustigé vendredi « l’intervention brutale et disproportionnée »
des forces de l’ordre contre les manifestants antigouvernementaux. L’opposition dénonce ainsi le fait que les gendarmes ont commencé vendredi soir à faire
usage de gaz lacrymogène avant même
que des hooligans ne viennent perturber
la manifestation. Selon le président
Iohannis, le gouvernement « œuvre
contre les intérêts des citoyens » et mène
le pays vers « le chaos et le désordre ».
Cette crise inquiète les dirigeants
européens, d’autant plus que la Roumanie doit assumer la présidence tournante de l’UE pour six mois à partir du 1er
janvier 2019. Le chancelier autrichien,
Sebastian Kurz, dont le pays préside actuellement l’Union, a condamné ces
violences et demandé des « clarifications » sur les circonstances dans lesquelles plusieurs journalistes, dont un
travaillant pour la télévision publique
autrichienne ORF, ont été blessés. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 13 août 2018
INTERNATIONAL
7
La grande colère des Arabes d’Israël
Des dizaines de milliers de citoyens arabes sont descendus dans la rue, samedi à Tel-Aviv, pour dénoncer
la nouvelle loi déclarant Israël l’État-nation du peuple juif. La communauté druze est, elle aussi, indignée.
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
PROCHE-ORIENT Après le rassemblement druze organisé la semaine dernière,
ce sont plusieurs dizaines de milliers de
citoyens arabes d’Israël qui ont investi
samedi soir la place Yitzhak-Rabin de
Tel-Aviv, lieu emblématique de la vie
politique du pays, pour dénoncer une Loi
fondamentale qui définit celui-ci comme
« l’État-nation du peuple juif ». Le texte,
adopté le 19 juin par 62 députés sur 120,
nourrit une vive colère parmi ces minorités et provoque des remous bien au-delà. De nombreux Israéliens juifs, ainsi que
plusieurs parlementaires issus non seulement de la Liste arabe unie mais aussi des
partis de gauche Meretz et Union sioniste, ont joint leurs forces aux manifestants
pour demander l’abrogation de la loi.
Mais Benyamin Nétanyahou, convaincu
qu’une majorité de ses concitoyens en
approuve le contenu, se dit inflexible.
Alerté sur la présence de quelques drapeaux palestiniens dans l’immense foule,
le premier ministre a aussitôt déclaré :
« Il n’y a pas de meilleure preuve que cette
loi est nécessaire, et nous continuerons à
brandir fièrement le drapeau israélien. »
Le texte, destiné à graver dans le mar-
bre certaines des caractéristiques de
l’État d’Israël énoncées dans la déclaration d’indépendance (1948), affirme que
seul le peuple juif a le droit d’y exercer
« son droit naturel, culturel, politique et
religieux à l’autodétermination ». Il en
définit le drapeau (une étoile de David
bleue sur fond blanc), l’emblème (le
chandelier à sept branches entouré de
deux rameaux d’olivier), l’hymne national (la Hatikva) et la capitale (Jérusalem).
L’arabe s’y voit octroyer un « statut spécial » - et non celui de langue officielle au
même titre que l’hébreu. La loi du retour,
qui permet à tout individu né d’au moins
un parent juif d’immigrer en Israël, y figure en bonne place, de même que la nécessité de « développer des implantations
juives » sur le territoire israélien.
La droite nationaliste, qui réclame ce
texte depuis une dizaine d’années, estime qu’un tel contrepoids a été rendu nécessaire par le vote, en 1992, d’une Loi
fondamentale intitulée « Dignité humaine et liberté » - accusée d’avoir renforcé
le caractère démocratique d’Israël au détriment de sa dimension juive. Mais de
nombreux commentateurs soupçonnent
Benyamin Nétanyahou d’avoir donné
son feu vert au nom de considérations
plus terre à terre. Alors que prospèrent
les rumeurs d’élections anticipées, le
Liban : les regrets
de Fadel,
l’ex-crooner salafiste
Fadel Chaker est recherché par les autorités
libanaises pour son rôle dans des combats
entre un groupe islamiste radical et l’armée.
SUNNIVA ROSE £@Sunniva_Rose
BEYROUTH
PROCHE-ORIENT Fadel Chaker avait
tout pour lui : une voix idéale pour les
ballades romantiques, des salles de
concerts remplies, et donc une villa à
5 millions de dollars. De Beyrouth à
Carthage, les foules se pressaient pour
écouter la star au visage poupin entonner ses chansons les plus célèbres.
« Habibi, tes yeux me manquent, ne
t’éloigne pas », chantait-il dans son
tube Ya Ghayeb.
Aujourd’hui, Fadel Chaker, 49 ans,
n’est plus que l’ombre de lui-même.
Terré depuis six ans dans un camp
palestinien qui échappe au contrôle
des autorités libanaises, il répond aux
questions d’une voix basse et se plaint
de nombreux problèmes de santé. Sa
fortune s’est évaporée, tout comme
sa villa, brûlée.
La plupart du temps, il dort. Vers
18 heures, il sort du lit pour tuer le
temps avec ses amis les plus fidèles
dans un salon rempli d’écrans, de
télévision ou de caméras de surveillance. Pour le rencontrer, il faut
montrer patte blanche auprès de
l’une de ses avocates, Zeina Masri.
Les questions sont approuvées à
l’avance.
La justice libanaise a émis un mandat d’arrêt contre Fadel Chaker pour
son rôle dans des combats de 2013
entre un groupe salafiste et l’armée.
En ces temps, le chanteur fréquentait
d’un peu trop près un cheikh radical,
Ahmad al-Assir, très critique du
Hezbollah et des autorités libanaises.
Séduit par son discours, il avait tourné le dos à la musique dès 2012 pour
militer à temps plein à ses côtés.
« Ce sont les images de la répression
de la rébellion en Syrie et de la communauté sunnite qui m’ont motivé à sauter le pas », explique-t-il. Lui-même
sunnite, il digère mal l’influence
grandissante du puissant parti chiite,
le Hezbollah, engagé militairement
aux côtés de Bachar el-Assad. Il l’accuse de « persécuter » sa communauté au Liban.
À l’époque, son changement d’apparence – il se laisse pousser la
barbe – et son ton virulent surprennent les Libanais, habitués à un artiste
réservé et poli. En juin 2013, il tombe
vote du 19 juin a aussitôt renforcé la polarisation au sein de la société israélienne et
permet au chef du Likoud de se poser en
premier défenseur d’une identité prétendument menacée. Ses lieutenants, ravis de constater qu’une partie de la gauche avait rejoint les députés arabes
présents place Rabin, se sont empressés
de désigner l’adversaire…
« Citoyens de seconde classe »
Les druzes, qui furent les premiers à s’organiser, accusent le gouvernement israélien de trahir le « pacte de sang » signé après la création de l’État. Cette
minorité religieuse, issue d’une branche
hétérodoxe de l’islam, sert dans l’armée,
affiche sa loyauté à Israël et, bien que
pratiquant la même langue que les Arabes israéliens, s’en distingue ostensiblement. Plusieurs officiers druzes ont démissionné de leurs fonctions pour
protester contre l’adoption de la loi, si
bien que de hauts gradés de Tsahal ont
appelé le gouvernement à prendre leurs
doléances au sérieux. Bien que la communauté ne compte qu’environ
130 000 membres, Benyamin Nétanyahou a créé un comité chargé de lui proposer un statut spécial ainsi que d’accroître les moyens en vue de son intégration.
Trop tard, cependant, pour prévenir un
rassemblement qui a pris la forme d’une
démonstration de force sans précédent
dans l’histoire du pays.
La colère des Arabes, par contraste, n’a
pour l’heure reçu qu’une attention limitée. La droite et une partie de la gauche
israélienne sont en effet convaincues que
la plupart des 1,8 million de citoyens issus
de la population palestinienne restée sur
place après la guerre de 1948 persistent à
refuser l’existence d’Israël – et rêvent
d’en subvertir le caractère juif en devenant à terme majoritaire.
« Sans doute est-ce le discours de certains dirigeants politiques arabes, qui, par
solidarité avec les Palestiniens de Cisjordanie, continuent à brandir cette menace
démographique dans l’espoir qu’elle
Des Arabes israéliens brandisssent des pancartes fustigeant l’apartheid,
lors du rassemblement dimanche, place Yitzhak-Rabin, à Tel-Aviv. AHMAD GHARABLI/AFP
convaincra le gouvernement israélien de
mettre fin à l’occupation, note le célèbre
écrivain arabe israélien Sayed Kashua.
Mais la vérité est que l’immense majorité
des Arabes israéliens cherche avant tout à
mieux s’intégrer, économiquement et so-
cialement, dans la société israélienne. Pour
tous ceux-là, le vote de cette loi ne changera sans doute pas grand-chose concrètement. Mais elle leur rappelle cruellement
qu’ils demeurent, aux yeux de la majorité
juive, des citoyens de seconde classe. » ■
définitivement en disgrâce lorsqu’une vidéo est publiée sur Internet
dans laquelle il déclare : « Nous avons
tué des charognes. » Sa mise en ligne
coïncide avec des affrontements entre des partisans d’Ahmad al-Assir et
l’armée à Abra. Bilan : 20 soldats tués.
« En utilisant une expression en arabe
réservée aux animaux, on aurait dit
qu’il voulait partir à la chasse aux soldats, souligne le journaliste libanais
Béchara Maroun. C’était un suicide
médiatique. »
Un piano et des kalachnikovs
« Je suis innocent », proteste Fadel
Chaker. La vidéo ? Enregistrée avant
les combats d’Abra, bien qu’il ne
donne pas plus de détails. Les combats ? Un « complot » du Hezbollah.
Sa relation avec Ahmad al-Assir ?
« Rompue dès avril 2013 ».
Ce n’est pas l’avis d’un tribunal militaire, qui l’a condamné en septembre dernier à quinze ans de travaux
forcés pour appartenance à un groupe
armé, possession d’armes illégales,
incitation au conflit inter-religieux,
et insurrection. Il a été innocenté des
accusations de terrorisme et de
meurtre de soldat.
Aujourd’hui, l’objectif principal de
la star déchue est de renouer avec la
musique. Hors de question de se rendre aux autorités libanaises. Fadel
Chaker a aménagé un petit studio à
l’étage au-dessus de chez lui où un
piano électrique est posé contre le
mur, à côté des kalachnikovs de ses
hôtes palestiniens. « Ce n’est pas
comme si j’avais vraiment un avenir
musical à mon âge, mais je ne sais rien
faire d’autre », lâche-t-il avec un
haussement d’épaules.
En mai dernier, il a enregistré le
générique d’une série télévisée égyptienne. Mais, après les pressions des
proches des militaires tombés lors des
affrontements, la chanson a été rapidement retirée.
« Comment peut-il continuer à vivre
une vie normale lorsque la nôtre ne l’est
plus ? », s’interroge Sandy Tannous,
sœur d’un soldat mort à Abra.
« Même s’il purgeait sa peine, je ne
sais pas si le public libanais pourrait
l’accepter. » Les rêves de retour à la
musique de Fadel Chaker risquent de
faire long feu. ■
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du Pin ancien à Mudu... autant de lieux exceptionnels qui vous enchanteront.
Arnaud de La Grange, Directeur adjoint du Figaro, ancien correspondant en Chine,
vous fera partager, lors de ses conférences à bord, sa passion toujours intacte pour
ce grand pays.
A
CYRILLE LOUIS £@cyrille_louis
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 13 août 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Au Zimbabwe,
l’opposition
ne désarme pas
Mali : les électeurs
départagent IBK
de son rival Cissé
CAROLINE DUMAY
LE CAP
AFRIQUE AUSTRALE « Ils ont manipulé
les résultats d’une façon grossière. Robert Mugabe, au moins, était sophistiqué ! », déclarait le 3 août Nelson Chamisa, le leader du Mouvement pour le
changement démocratique (MDC). Lui,
affirme avoir gagné les élections présidentielles du 30 juillet. Ses avocats ont
saisi vendredi la Cour constitutionnelle
pour contester le scrutin remporté par
Emmerson Mnangagwa (50,8 %). En
conséquence, le chef de l’État sortant a
dû annuler son investiture prévue ce
dimanche. Alors que les forces de sécurité multiplient les exactions contre les
opposants, le pays entre dans une période incertaine.
« Il y a beaucoup d’erreurs dans les
résultats de la Commission électorale, et
elles sont toutes en faveur de Mnangagwa ! », fait remarquer David Coltart,
sénateur d’opposition. Son fils, Douglas, a travaillé jour et nuit avec les
membres du Manifeste citoyen pour
que le recours en justice soit le plus
complet possible. C’est l’alliance de
l’opposition et de la société civile qui,
grâce aux réseaux sociaux, pourrait
changer le cours de l’Histoire au Zimbabwe. Chaque électeur était invité à
envoyer via WhatsApp une photo des
résultats de son bureau de vote. Ils l’ont
fait par millions. Le dossier ainsi concocté sème le doute sur la véracité des
résultats officiels.
Au-delà des problèmes qui émanent
du fichier électoral ou du vote par correspondance, l’opposition conteste
aussi le décompte des voix. Ses membres déplorent que les procès-verbaux
n’ont pas été mis à disposition, rendant
les résultats invérifiables. Ils affirment,
par exemple, que les chiffres annoncés
pour la capitale à la télévision nationale
diffèrent de ceux qui ont été affichés le
soir du vote dans chaque circonscription. Ils listent par ailleurs 23 bureaux
où les votes pour le parti au pouvoir ont
été comptabilisés deux fois.
Passages à tabac
Ils font aussi remarquer que l’on a souvent atteint des taux de participation
supérieurs à 100 %. En dénonçant « une
erreur mathématique évidente », l’opposition entend démontrer qu’Emmerson
Mnangagwa n’a pas les 39 000 voix
supplémentaires qui lui permettent tout
juste de franchir la barre des 50 % et
donc de l’emporter au premier tour.
La justice a quatorze jours pour se prononcer. Elle peut confirmer ou invalider
l’élection. « Nous défendrons ce dossier
au péril nos vies », assure Thabani Mpofu.
L’avocat du MDC est conscient du danger. Plus d’une trentaine d’opposants,
dont l’ancien ministre des Finances Tendai Biti, ont été inculpés de « proclama-
JEROME DELAY/AP
Battu selon les résultats officiels
de la présidentielle, le MDC crie à la fraude
et vient de déposer un recours contre
l’élection d’Emmerson Mnangagwa.
Les avocats du leader de l’opposition, Nelson Chamisa (ci-dessus), ont saisi la Cour
constitutionnelle pour contester le scrutin remporté par Emmerson Mnangagwa.
tion illégale de résultats électoraux » ou
de « violence sur la voie publique ».
Ces arrestations interviennent alors
que les forces de sécurité ont impunément commis de nombreuses violences. Le 1er août, l’armée ouvrait le feu
sur des manifestants, faisant au moins
6 morts. Les passages à tabac ont suivi.
Dans un rapport de Human Rights
Watch (HRW), des victimes accusent
des « soldats » de mauvais traitements,
de viols et de tortures.
En invitant observateurs et journalistes, Emmerson Mnangagwa avait pourtant fait beaucoup d’efforts pour que
cette élection soit réussie. « On ne comprend pas pourquoi un président, qui a
gagné les élections, demande a son armée de réprimer… », faisait remarquer
un observateur du Commonwealth, qui
se demande finalement : « Qui dirige
aujourd’hui le Zimbabwe ? »
Comme pour prouver qu’il n’est pas
responsable, Emmerson Mnangagwa a
demandé une commission d’enquête
sur les violences. Chacun sait qu’il n’est
plus en très bons termes avec son viceprésident, le général Chiwenga, qui l’a
porté au pouvoir lors du coup d’État de
novembre 2017. L’antagonisme avec
Robert Mugabe, qu’il a évincé, est encore plus fort. « La situation est confuse. Il
y a visiblement plusieurs centres de pouvoir concurrents au Zimbabwe », conclut
Thierry Vircoulon, chercheur à l’Ifri. ■
Le second tour de l’élection
présidentielle malienne, dimanche,
n’a guère soulevé d’enthousiasme.
Selon les témoins, les files devant
les urnes sont restées rares.
Cela tient sans doute au manque
de suspense. Le président sortant,
Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) s’est
assuré une belle marge d’avance,
avec plus de 42 % des voix lors
du scrutin du 29 juillet, contre 17,8 %
à son challenger Soumaïla Cissé.
L’enjeu relatif du scrutin n’a empêché
ni une certaine tension de s’installer
ni une surveillance accrue.
Les nombreuses missions
d’observations ont toutes assuré
qu’elles redoubleraient de vigilance
alors que l’entre-deux-tours a été
marqué par des accusations de
fraudes de la part de l’opposition.
IBK a rejeté dimanche ces soupçons,
taxés de « mise en scène »,
mais plusieurs observateurs ont noté
des « incohérences ». Les services
de sécurité ont, eux aussi, monté leur
niveau d’alerte. Ces derniers mois, le
Mali a dû faire face à une résurgence
des activités des djihadistes
qui menacent les électeurs. Samedi,
le gouvernement a annoncé que trois
islamistes qui préparaient une attaque
à Bamako avaient été arrêtés.
Quelque 36 000 soldats sont
mobilisés, soit 6 000 de plus que lors
du premier tour. Ce jour-là, plus
de 800 bureaux de vote (3 %)
n’avaient pas pu ouvrir leurs portes,
essentiellement dans le centre
du pays. Les résultats ne sont pas
attendus avant au moins trois jours.
T. B.
Les suprémacistes
défilent à Washington
Un an après les violences raciales
de Charlottesville, l’ultradroite américaine
se mobilise à nouveau.
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
NEW YORK
CONFÉRENCE - DÉBAT
ÉRIC ZEMMOUR, LA FRANCE AU CŒUR
A
E. Zemmour © Jean-Christophe Marmara
Passionné d’Histoire de France, Éric Zemmour trouve dans chaque épisode de notre roman national
des leçons pour notre temps.
Lors de cette rencontre Salle Gaveau, l’essayiste qui publie un nouvel ouvrage au mois de septembre
chez Albin Michel, racontera aussi ses années d’enfance et d’adolescence où apparaît l’attachement
profond pour son pays. Une forme d’autobiographie intellectuelle, historique et littéraire.
ÉRIC
ZEMMOUR
JEUDI 20 SEPTEMBRE 2018
20H00 - SALLE GAVEAU
45-47 rue La Boétie, 75008 Paris
TARIF : 25 €
Placement Libre
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Informations au 01 70 37 31 70
ÉTATS-UNIS Depuis son parcours de
golf du New Jersey, où il achève ses
vacances, Donald Trump peut se féliciter d’avoir déserté la capitale et ses
remous politiques. Washington, un an
jour pour jour après les tragiques affrontements de Charlottesville en
Virginie (3 morts), se trouvait ce dimanche en état de siège. Un rassemblement de suprémacistes blancs,
sympathisants néonazis et négationnistes, dont l’ex-« Grand Sorcier » du
Ku Klux Klan David Duke, devait se
tenir dans l’après-midi sous les fenêtres de la Maison-Blanche.
Jason Kessler, organisateur de
l’événement baptisé « Unite the
Right II », en référence au premier du
genre l’an passé à Charlottesville, et
qualifié de « manifestation pour les
droits civiques des Blancs », aurait
souhaité retourner en Virginie. Mais
les autorités locales lui en ont barré le
chemin. Va pour Washington, donc,
et cette vue imprenable sur le 1 600
Pennsylvania Avenue, idéale pour
l’image de l’ultradroite américaine qui
se sent pousser des ailes depuis l’élection présidentielle de 2016. Le quarante-cinquième président des ÉtatsUnis avait soulevé un concert de
protestations en 2017, tandis qu’il
renvoyait dos à dos les agitateurs,
alt-right d’un côté, militants Black Lives Matter et « antifa » de l’autre, assénant qu’il y avait « aussi des gens
bien dans les deux camps ». Un an a
passé, et Donald Trump ne renie rien,
refusant de dénoncer clairement les
suprémacistes ayant versé le premier
sang en Virginie. Il a tweeté qu’il
« condamnait toutes les formes de racisme et actes de violence », rappelant
que « les émeutes de Charlottesville il y
a un an ont engendré la mort et la division de manière insensée. Nous devons
redevenir une nation. Paix à TOUS les
Américains ! »
En un saisissant contraste, sa fille
Ivanka, à laquelle la rumeur prête des
ambitions politiques, a tweeté ce que
beaucoup d’Américains espéraient lire
venant du chef de l’État. « Les Américains ont la chance de vivre dans une
nation qui protège la liberté, la libre expression et les différences d’opinions »,
a écrit la « Première fille ». « Il n’y a
pas de place pour le suprémacisme
blanc, le racisme et le néonazisme dans
notre formidable pays. Plutôt que de
s’entre-déchirer dans la haine, le racisme et la violence, nous devrions nous encourager les uns et les autres, renforcer
nos communautés et agir pour que chaque Américain exploite son potentiel. »
Quelques centaines d’exaltés
Ce vœu pieux répond à l’inquiétude de
l’opinion qui ressort d’un sondage
CBS : 61 % des personnes interrogées
estiment que les tensions raciales se
sont accrues durant l’année écoulée.
Une étude menée par le politologue
George Hawley, de l’université d’Alabama, révèle que 5,64 % de la population blanche non-hispanophone,
épouse les trois idées qui composent le
socle idéologique de l’alt-right : fort
sentiment identitaire blanc, foi en la
solidarité entre Blancs, et sentiment
de persécution envers les Blancs. Rapportées en termes démographiques,
ces croyances concerneraient 11 millions d’individus.
Hawley avertit cependant : « Il serait erroné d’en conclure qu’il existe un
nombre massif de gens qui participent
activement à l’alt-right. » Charlottesville l’an passé n’a drainé que quelques centaines d’exaltés, et Washington tout juste 400. « Ce n’est en rien
une surprise, ajoute Hawley. L’altright
est un mouvement extrêmement mobilisé en ligne, et extrêmement marginal.
Les gens qui ne suivent pas de près l’actualité […] ont peu de chances de se documenter ou de s’identifier à un mouvement, et encore mois de dépenser du
temps et de l’argent pour participer à
ses rassemblements. » Ce constat rassurant est assorti d’un réel signal
d’alarme : sous l’ère Trump, les idées
de l’alt-right se propagent peu à peu
dans une société américaine hautement polarisée. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SOCIÉTÉ
lundi 13 août 2018
9
Parcoursup : le flou des remises à niveau
Ces formations supplémentaires imposées à certains étudiants pour entrer à l’université divisent.
ÉDUCATION Parcoursup, la nouvelle plate-forme d’accès à l’enseignement supérieur, va demeurer une source de stress
pour nombre d’étudiants jusqu’à la clôture du processus le 21 septembre.
Aujourd’hui, ils sont en effet près de
130 000 à ne pas être encore fixés sur leur
sort. Du côté des universités, en revanche, la plupart ont déjà une bonne idée du
remplissage de leurs amphithéâtres pour
septembre, à une faible marge d’erreur
près.
À quelques semaines de la rentrée, ce
sont plutôt les « Oui, si » qui interrogent
les présidents d’université. Cette réponse
a été donnée sur Parcoursup aux étudiants acceptés dans une formation malgré des lacunes dans certaines matières.
Toutes les facultés ont donc été invitées à
mettre en place pour ces élèves des
« parcours de formation personnalisés » : tutorat, parrainage entre étudiants, cours de langues supplémentaires, mise en place d’une licence en
quatre ans… les possibilités sont si nombreuses que chaque établissement a concocté sa propre recette. Et si certains présidents d’université se réjouissent de
cette nouveauté au point d’avoir ouvert
plus de places qu’initialement prévu,
d’autres trouvent inutile et trop coûteux
ce dispositif.
À l’université Paris-Est-Marne-laVallée, la première année sera une année
test. Une seule classe de « oui, si », de
25 élèves, était prévue pour cette rentrée. « Devant la demande, nous allons
doubler cet effectif », prévient son président Gilles Roussel, qui a opté pour des
classes en effectifs réduits et pour un plus
grand nombre d’heures de cours dans
ces programmes.
Modules de rattrapage
en langue française
Même problème de sureffectif mais à plus
grande échelle, à quelques kilomètres de
là. À l’université Paris-Nanterre, la commission d’accès à l’enseignement supérieur avait initialement évalué à 400 le
nombre d’étudiants qui suivront une remise à niveau. Or « nous risquons d’avoir
à peu près 1 400 étudiants en “Oui, si” »,
estime son président Jean-François
Balaudé, qui vient de demander une enveloppe supplémentaire au ministère de
l’Enseignement supérieur et de la Recherche. « Ce nouveau dispositif a déboulé
d’un coup, sans que l’on puisse facilement
en évaluer l’ampleur », explique encore le
président de Paris-Nanterre qui insistera
de son côté sur les modules de rattrapage
en langue française.
À Strasbourg, le président de l’université Michel Deneken a décidé de faire de
la remise à niveau une obligation pour
certains profils. Ainsi, tous les candidats
en licence de mathématiques et informatique ayant un bac L, technologique ou
professionnel seront dirigés vers un
« parcours de formation personnalisé ».
« Il s’agit simplement d’ajouter quelques
heures pour certains étudiants, explique
Michel Deneken. Parfois ce sera sous la
forme de laboratoires de langues, parfois
de parrainage avec des étudiants plus
âgés. » Sur les 68 000 vœux recensés sur
Parcoursup à Strasbourg, 7 100 ont d’ores
et déjà reçu une réponse « Oui, si » et
l’université se dit prête à tous les accueillir.
Mais tous ne voient pas d’un si bon œil
l’arrivée de ces parcours protéiformes.
Ainsi, à la faculté d’histoire de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, le doyen
Jean-Marie Le Gall estime « ne pas avoir
les moyens » de constituer de tels groupes
dans son établissement. Sur cette épineuse question du coût, il précise que le coût
d’une année pour ces jeunes à qui il manque quelques notions est de 3 500 euros,
soit « à peine plus que la moyenne des étudiants de Descartes ».
Quant à savoir si le ministère est prêt à
renflouer les caisses des universités qui
en feront la demande pour ces « Oui, si »,
Jérôme Teillard, le chef de projet Parcoursup au ministère, déclare que « pour
alors qu’il accuse déjà un déficit de
500 000 euros par an. D’autant qu’il les
trouve inutiles dans son cas, puisqu’il a
« les moyens de dire “Oui” à tout le monde ». « Ce n’est pas à la fac qu’il faut faire
un tel accompagnement, c’est avant le
bac », assène-t-il.
Frédéric Dardel, le président de l’université Paris-Descartes, a déjà mis en
place un parcours similaire de remise à
niveau et d’orientation depuis trois ans,
l’instant, il n’en a pas été question », mais
que « l’objectif de la ministre Frédérique
Vidal est de soutenir ces dispositifs coûte
que coûte ». Cette année, l’enveloppe
globale était de 8 millions d’euros pour
ces « parcours de formation personnalisée », et 135 000 places y ont déjà été
proposées par les universités. L’an
prochain, avec un budget prévu de
23 millions, il devrait y en avoir encore
davantage. ■
STEPHANE LAGOUTTE/CHALLENGES-REA
LOUIS HEIDSIECK £@louisheidsieck
Le campus de l’université Paris-Nanterre. Il devrait accueillir 1 400 étudiants en « parcours de formation personnalisé » au lieu des 400 initialement prévus.
La facture salée des blocages des universités
On va être
« dans
un degré
de vigilance
accru. Il y aura
davantage
d’agents
de sécurité
que les
rentrées
précédentes
JEAN-FRANÇOIS
BALAUDÉ, PRÉSIDENT
DE L’UNIVERSITÉ
DE NANTERRE
»
DERRIÈRE les grilles du centre
Pierre-Mendès-France de l’université Paris-I - Panthéon-Sorbonne, agents d’entretien et maçons
fourmillent en ce vendredi d’août.
À l’arrière du bâtiment, deux employés coulent du ciment pour installer les chambranles de lourdes
portes métalliques. À quelques mètres de là, une équipe de cinq autres
s’affaire à « nettoyer, récurer et décaper » les sols encore souillés. Plus
connue sous le nom de Tolbiac,
cette tour biscornue de 22 étages est
depuis deux mois aux mains d’entreprises « en charge de la remise en
état, de fond en comble, de ce qui a
été endommagé par les bloqueurs »,
selon son directeur, Florian Michel.
Dans un état déplorable après
son occupation par des étudiants
manifestant contre la loi relative à
l’orientation et à la réussite des
étudiants (ORE) entre mars et avril
dernier, l’immeuble se métamorphose pour la rentrée, à l’occasion
de laquelle, assure Florian Michel,
il sera « parfaitement propre ».
Mais cette propreté a un coût qui
ne cesse de s’envoler. Il dépassera
les 800 000 euros initialement
prévus par l’administration de
l’université.
Comme à Tolbiac, des universités partout en France s’offrent cet
été un nettoyage indispensable
après les blocages du premier semestre. Lifting que le ministère de
l’Enseignement supérieur et de la
Recherche a promis de prendre en
charge intégralement. Si la ministre, Frédérique Vidal, a dit prévoir
une enveloppe d’« au moins 5 millions d’euros », les présidents
d’université tableraient aujourd’hui sur un total supérieur à 7 millions. Et encore, toutes les factures
ne sont pas tombées. « En ce moment même, nous avons deux bâtiments en réfection et les travaux dureront jusqu’à la rentrée, explique
Jean-François Balaudé, le président de l’université Paris-Nanterre. Nous avons des portes défoncées,
des fenêtres cassées, des extincteurs
hors d’usage… Certains manifestants, en montant sur les toits-terrasses, en ont même dégradé l’étanchéité. » Dans ce mastodonte
universitaire de l’Ouest parisien,
les dégâts matériels se chiffrent à
600 000 euros.
Et même quand l’occupation n’a
laissé que « quelques tags et portes
cassées », comme à l’université de
Strasbourg, celle-ci a occasionné
d’autres coûts, « principalement humains », selon son président, Michel Deneken. « Il a fallu préparer
et organiser des partiels dans d’autres locaux ou à distance : tout cela a
un prix », explique-t-il, las. À
Strasbourg comme à Nanterre, ces
coûts de dernière minute ont dépassé les 400 000 euros.
Vidéoprotection
Pour éviter que cette – très chère année ne se répète, les présidents
d’université se disent mieux armés
que l’an dernier. Gilles Roussel,
président de la Conférence des présidents d’université, assure que
« tous les présidents d’établissements où il y a eu des blocages l’an
dernier sont échaudés par cette affaire » et que « certains ont mis en
place des moyens ponctuels jusqu’à
la fin de l’année 2018 pour assurer la
sécurité des bâtiments ». Comme à
Nanterre, où Jean-François Balaudé dit avoir « tiré les enseignements » du semestre passé. « On va
être dans un degré de vigilance accru, explique-t-il. Il y aura davantage d’agents de sécurité que les
rentrées précédentes. Et si nous
constatons des débordements tôt
dans l’année, nous envisagerons la
vérification systématique des cartes
d’étudiants. »
Michel Deneken craint à Strasbourg des manifestations à la rentrée liées aux nouveaux projets du
gouvernement. Son équipe et lui
réfléchissent « très sérieusement »
à un système de vidéoprotection
et à une vérification des allées et
venues d’étudiants. Son établissement a également sécurisé « plusieurs locaux en dehors de l’université » pour que le personnel
administratif puisse continuer à
travailler même en cas de blocage.
« Mais nous avons besoin d’une
plus grosse ligne budgétaire pour
tout cela », explique-t-il alors
qu’il attend toujours le remboursement des frais déjà occasionnés
en 2018 ■
L. H..
Les auteurs présumés de la fusillade de Beaune arrêtés
JUSTICE La traque aura duré deux semaines et après une interpellation mouvementée vendredi dernier dans les Bouches-du-Rhône, deux individus ont
passé leur week-end dans les locaux de la
police judiciaire de Dijon. Soupçonnés de
tentative d’assassinat, ils sont impliqués
dans une affaire dans laquelle le mobile
raciste a été retenu par la justice. Déférés
dimanche en fin de journée devant un
juge d’instruction, ces derniers nient cependant tout propos à caractère raciste et
nient aussi, selon Le Parisien, la tentative
d’homicide.
Issus de la communauté des gens du
voyage, ces deux hommes de 31 ans sont
pourtant suspectés d’être à l’origine de la
fusillade qui a éclaté dans la nuit du 29 au
30 juillet à Beaune (Côte-d’Or). Les tirs
qui ont touché sept jeunes du quartier
populaire Saint-Jacques auraient été
précédés de propos racistes. Les victimes
auraient été traitées de « sales bougnoules », ont rapporté certaines d’entre elles. Quinze jours plus tard et alors qu’un
jeune de 24 ans, atteint au poumon et au
foie, est toujours hospitalisé, les habitants
de Saint-Jacques restent sous le choc.
MANUEL DESBOIS/PHOTOPQR/LE BIEN PUBLIC/MAXPPP
ANGÉLIQUE NÉGRONI anegroni@lefigaro.fr
“
Ce n’est pas un
règlement de comptes car
rien ne liait ces personnes
qui ne se connaissent pas
SOS-RACISME
”
L’enquête a permis de reconstituer le
déroulé des faits. Dans un premier
temps, peu avant 2 heures du matin, à
bord d’une Renault Clio rouge, les deux
hommes, domiciliés en Côte-d’Or, se
rendent dans ce quartier de Beaune où
une poignée de jeunes les somme de rebrousser chemin. Le duo ne s’exécute pas
De retour sur les lieux du drame,
des victimes témoignent.
de bon cœur… Proférant menaces et injures racistes, ils quittent les lieux en fonçant « délibérément sur un groupe de quatre individus qui parvenait à éviter le
choc », rapporte le parquet de Dijon dans
un communiqué qui poursuit : « À
04 h 20, les deux auteurs revenaient à bord
d’une Mercedes classe B […] et faisaient
feu avec une arme longue sur les personnes
présentes. » Pour la justice, ce sont donc
les mêmes occupants dans les deux voitures, ce que contestent les deux mis en
cause. Ils n’étaient pas, selon eux, dans la
Mercedes.
Alors que la piste du règlement de
comptes avait été envisagée au début de
l’enquête, SOS-Racisme s’est très vite
insurgé contre cette hypothèse en criant
aux « clichés les plus éculés qui peuvent
frapper les jeunes de quartiers populaires ». « Ce n’est pas un règlement de
comptes car rien ne liait ces personnes qui
ne se connaissent pas. Les jeunes ont voulu
que le véhicule parte car il roulait sur une
aire de jeux non autorisée aux voitures »,
rappelle ce dimanche au Figaro l’une de
ses représentantes, en soulignant que
cette agression traumatise aujourd’hui
tout un quartier.
En soutien aux victimes, un rassemblement avait d’ailleurs été organisé
vendredi dernier par la population sur les
lieux de la fusillade. Cette journée a coïncidé avec la fin de cavale des deux tireurs,
repérés dans le sud du pays. Selon le parquet et « compte tenu de la dangerosité
avérée de ces deux individus » au casier
judiciaire chargé, des moyens importants
avaient alors été engagés pour leur interpellation ce 10 août. L’un d’eux avait été
appréhendé dans l’après-midi à SaintAndiol, tandis que son complice réussissait à s’enfuir. Resté au volant, il avait pu
« échapper aux policiers en fonçant délibérément sur eux, blessant à la jambe un
fonctionnaire de la BRI de Marseille ».
Mais à 19 h 45, il a été retrouvé et à son
tour arrêté. ■
A
Ces deux hommes sont suspectés d’avoir blessé sept jeunes. Le mobile raciste a été retenu par la justice.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 13 août 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
Disparitions
inquiétantes :
les internautes
aident la police
Les enquêteurs jugent efficace de diffuser
les avis de recherche sur les réseaux sociaux.
À condition de suivre quelques règles.
HUGO WINTREBERT £@HugoWintre
ENQUÊTES Un homme a disparu.
Depuis la matinée du 2 août, André,
66 ans, n’a plus donné de signe de vie.
Son domicile au Mans demeure désespérément vide. Décrit comme dépressif, le retraité est parti sans prendre sa
voiture, ni son téléphone. Très vite, la
police décide, en accord avec le procureur de la République, de lancer un appel à témoins. Une fiche est rédigée
avec une description sommaire de la
personne recherchée : nom, corpulence, tenue vestimentaire avec laquelle
elle a été vue pour la dernière fois… Et
surtout une photo. Quelques clics plus
tard, l’alerte est lancée sur Internet.
L’information est instantanément relayée par certains des 680 000 abonnés
Facebook et 420 000 abonnés Twitter
aux comptes de la police nationale.
En quelques années, les appels à témoins diffusés sur les réseaux sociaux ont
supplanté les affichettes à l’effigie d’une
personne disparue placardées aux murs
des villes. « L’utilisation de Facebook ou
Twitter pour retrouver des personnes disparues est vraiment rentrée dans les
mœurs », commente le lieutenant-colonel Philippe-Alexandre Assou, chef adjoint du bureau des médias de la gendarmerie nationale. Alors que la police s’est
lancée sur les réseaux sociaux en 2012,
deux ans après la gendarmerie, ce n’est
que depuis 2016 que les enquêteurs ont
pris conscience de l’intérêt de s’appuyer
sur une communauté d’abonnés pour
tenter d’obtenir de précieux témoignages. « On a sensibilisé les enquêteurs pour
qu’ils ne négligent pas cet outil », explique
Charlotte, chargée de la gestion des réseaux sociaux à la Direction générale de
la police nationale (DGPN).
Même si aucune statistique ne vient
confirmer cette impression, policiers et
gendarmes se félicitent de l’efficacité des
réseaux sociaux. Les enquêteurs peuvent
ainsi tirer profit de la vitesse avec laquelle l’alerte circule sur Internet. Un
paramètre d’autant plus crucial que les
premières heures d’une disparition sont
déterminantes. Autre intérêt majeur :
l’ampleur qu’un appel à témoins peut
prendre. En un rien de temps, l’alerte
peut parcourir les quatre coins de la
France, être vue par des millions de personnes, voire dépasser les frontières.
C’est le cas de l’appel à témoins lancé
après la disparition au Japon de Tiphaine
Véron, une Française de 36 ans, dont la
famille est sans nouvelle depuis le
NO
E
UV
29 juillet. Relayée par le compte Twitter
de la police nationale, l’alerte a été
retweetée plus de 500 fois, notamment
par des Français présents au pays du Soleil-Levant.
« Les internautes sont très touchés, ils
ont conscience qu’on a besoin d’eux et que
chacun peut être utile », relève Charlotte
de la DGPN. Une empathie exprimée à
coups de clics, largement amplifiée en cas
de disparition de mineurs. « Les parents
s’imaginent que ça pourrait être leur enfant
qui a disparu », explique la chargée des
réseaux sociaux.
“
Chaque fois que les
familles ont des réticences,
les enquêteurs
leur expliquent que l’appel
à témoins est un excellent
outil. Plus on en parle,
plus on est visible
et plus c’est efficace
”
ANNE LARCHER, DIRECTRICE DE L’ASSOCIATION
CFPE ENFANTS DISPARUS
À l’instar de l’alerte enlèvement, l’efficacité de ces appels à témoins repose
sur leur rareté. Leur utilisation doit se
faire avec parcimonie, d’autant plus que
le nombre de disparitions jugées préoccupantes est trop important pour qu’une
alerte soit lancée automatiquement. En
France, près de 15 000 disparitions sont
considérées comme inquiétantes chaque
année.
La décision de diffuser un appel à témoins sur les réseaux sociaux revient
aux enquêteurs, en accord avec le parquet. Ils prennent notamment en compte l’âge de la personne disparue, son état
Consultation du site Internet de l’association CFPE enfants disparus, qui relaie les appels à témoins sur les réseaux sociaux.
de santé physique et mentale. L’accord
de la famille est évidemment demandé.
Ce qui peut donner lieu à quelques frictions entre les proches du disparu et les
agents chargés de l’enquête. Certains
parents ne comprennent pas pourquoi
les autorités ne lancent pas immédiatement un appel à témoins quand leur enfant demeure introuvable. Les investigateurs doivent alors expliquer que
toute disparition n’est pas inquiétante et
que chaque année, ce sont quelque
48 000 mineurs qui fuguent, dont
l’écrasante majorité sont vite retrouvés.
À l’inverse, d’autres familles sont très
réticentes à l’idée de voir leur nom jeté
sur la place publique ou que leur proche
soit reconnu sur une photo diffusée à
grande échelle. Une peur du qu’en-dirat-on qui ne doit pas faire oublier l’objectif principal. « Le plus important reste de
retrouver rapidement une personne, souligne Anne Larcher, directrice de l’association CFPE enfants disparus. Chaque
fois que les familles ont des réticences, les
enquêteurs leur expliquent que l’appel à
témoins est un excellent outil si la disparition est préoccupante. Plus on en parle,
plus on est visible et plus c’est efficace. »
Reste à savoir à quelle échelle l’alerte
doit être diffusée. Depuis 2012, il existe
des variantes départementales des
comptes de la police et de la gendarmerie. Si les enquêteurs supposent que la
personne disparue n’est pas loin de son
domicile, ces comptes sont privilégiés.
Pour les disparitions plus graves ou si les
investigateurs présument que la person-
ne recherchée a pu se déplacer sur le territoire français, les comptes nationaux
sont employés. Une reprise par les médias est alors presque automatique. En
mai dernier, une famille entière de
Meurthe-et-Moselle a disparu pendant
presque un mois. L’appel à témoins sur
le compte Twitter de la police nationale a
été largement relayé. Résultat : une personne a reconnu la famille qu’elle avait
vue à la télévision.
L’usage des réseaux sociaux doit enfin
respecter un principe encore trop méconnu : le droit à l’oubli. Que la personne disparue soit retrouvée vivante ou
non, la police ou la gendarmerie s’imposent de supprimer l’appel à témoins,
quand il n’a plus d’utilité. Elles demandent également aux internautes de ne
plus le relayer.
À chaque fois qu’un disparu est retrouvé, des nouvelles de son état sont diffusées
pour acter la fin des recherches. « On a
fait appel à une communauté, c’est normal
de tenir au courant les gens », juge Charlotte de la DGPN. Même quand l’issue est
tragique.
Le 8 août au matin, le corps d’André
a été découvert au Mans. Cette fois-ci,
l’appel à témoins est arrivé trop tard.
Le retraité s’est suicidé. La police a
malgré tout tenu à remercier les internautes pour leur mobilisation. Sous la
publication, certains rendaient hommage à la mémoire d’un homme qui
leur est inconnu. De lui, ils ne connaissent pas grand-chose. Juste son nom et
sa photo. ■
Sur Facebook, les objets volés retrouvent leurs propriétaires
Les policiers ne sont pas qu’aux trousses
des voleurs. Les victimes
de cambriolages sont aussi recherchées.
Grâce aux réseaux sociaux (Facebook,
Twitter…), les agents multiplient les
appels pour retrouver les propriétaires
des biens volés et retrouvés. Désormais,
en quelques clics, les fonctionnaires
peuvent diffuser des photos de
centaines de biens qu’ils ont récupérés.
S’ils reconnaissent l’un des leurs,
les propriétaires sont appelés à se faire
connaître et à apporter au commissariat
AU
des preuves de leur droit sur l’objet.
S’ils n’ont pas déjà porté plainte,
ils sont également invités à le faire.
En juillet 2017, la police d’Avignon a ainsi
retrouvé au domicile d’un cambrioleur
un impressionnant stock d’œuvres d’art
(tableaux, bronzes, sculpture…).
Grâce à l’appel lancé, 71 victimes ont pu
être retrouvées et 500 objets restitués.
Plus récemment, cette technique
a été employée pour retrouver
les propriétaires de bouteilles de vin
d’exception, retrouvées dans le bassin
d’Arcachon, en février dernier. Ou encore
des propriétaires de montres, téléphone
portable ou de télévision, à Montpellier,
en avril. « La plupart du temps, les
personnes cambriolées doivent faire une
croix sur les objets qu’on leur a volés »,
résume Charlotte, chargée des réseaux
sociaux auprès de la Direction générale
de la police nationale. « Grâce aux appels
à victimes, on rétablit une forme
de justice. C’est toujours gratifiant pour
les enquêteurs, qui peuvent montrer
le fruit de leur travail. »
H. W.
ZOOM
Nord : une voiture percute
les portes d’une mosquée
Un homme au volant de sa
voiture a volontairement percuté
la porte d’entrée d’une mosquée
à Mons-en-Barœul (Nord), dans
la banlieue de Lille, dans la nuit
de samedi à dimanche. Il ne
pouvait s’agir d’un accident de la
route étant donné la
configuration des lieux, selon
une source policière. « Aucun
blessé n’est à déplorer », précise
la préfecture. « L’enquête de
police qui, à ce stade, ne fait
apparaître aucune motivation
raciste, a été lancée sous la
conduite du parquet », ajoute-telle. Le conducteur est
activement recherché.
EN BREF
Vosges : trois hommes mis
en examen pour viols avec
actes de torture et barbarie
Trois hommes ont été mis
en examen samedi pour « viols
accompagnés d’actes de torture
et de barbarie » sur une femme
de 28 ans près de Moyenmoutier
(Vosges). La victime,
une toxicomane placée sous
curatelle, a été retrouvée lundi
par des riverains sur le bord
de la route à Moyenmoutier,
après avoir subi « un calvaire »
durant 24 heures.
NDDL : une route
traversant la ZAD
fermée quelques heures
La route départementale D281
traversant la ZAD de Notre-Damedes-Landes (Loire-Atlantique) a
été fermée vendredi soir jusqu’à
samedi après-midi en raison
de la présence d’une barricade
enflammée sur la route.
Cette action est survenue après
la destruction vendredi de deux
cabanes illégales sur la ZAD.
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LE FIGARO
SCIENCES
lundi 13 août 2018
11
Début timide de la lutte antidrone
Pour protéger les installations sensibles, la France et l’Europe élaborent des solutions de riposte.
MARC CHERKI £@mcherki
La réglementation rendant obligatoire l’immatriculation des drones de plus de 800 grammes n’entrera pas en vigueur avant janvier 2019.
breuses solutions ont donc été évaluées
pour détecter les drones, confirmer la
menace et, éventuellement, les détruire. « Des solutions réalistes existent,
mais aucune ne répond à 100 % des menaces », précise Henry de Plinval.
« Certaines techniques sont inefficaces
vis-à-vis des petits drones et des drones
programmés », confirme le responsable
de CS.
Brouiller les commandes radios
Les problèmes sont nombreux. À 200
mètres de distance, le drone est invisible à l’œil nu et à 10 km, il est indétectable. Pour les repérer, il faudrait surveiller l’espace aérien au moyen de
radars et de lasers 3D pour scanner le
ciel, de jour comme de nuit, et mesurer
l’écho du drone. Par ailleurs, la radiogoniométrie sert déjà à repérer les
émissions radio entre le pilote et son
drone, afin de déterminer leurs localisations. D’autre part, l’engin pourrait
être identifié au moyen du bruit qu’il
émet, sa signature acoustique. Enfin,
des capteurs optroniques (dans le visible et l’infrarouge) pourraient aider à
identifier le drone à 1 ou 2 kilomètres de
distance.
« Mais il faut être là et réagir très vite,
notamment pour déclencher une alarme », indique un aiguilleur du ciel, qui
précise que les solutions envisagées par
« l’armée de l’air française pour neutraliser un drone avec un aigle à Mont-deMarsan, un fusil antidrone pour brouiller
ses commandes ou un drone antidrone
qui lance un filet sur un drone ennemi ne
sont pas des solutions triviales. Elles
fonctionnent occasionnellement ». Lancer un filet ne serait efficace que sur une
courte portée, à une centaine de mètres
de distance du drone. Or, il faudrait
bloquer l’engin entre 500 et 1 000 mètres de la cible.
Après avoir identifié le drone, il faut
s’assurer qu’il constitue une menace.
Se dirige-t-il sans autorisation vers une
zone interdite ? Sa destruction est-elle
pertinente ? L’engin ne risque-t-il pas
de blesser le public ou de créer des
L’ÉTÉ DU FIGARO
Les géologues
à la recherche
de clous d’or
L’étude des « stratotypes
de limite » permet d’accéder
aux archives de la vie.
JEAN-LUC NOTHIAS
jlnothias@lefigaro.fr
Les discussions vont bon train
chez les géologues : ils ont décidé,
en 2016, que l’homme, par ses activités, avait suffisamment changé
le visage de la planète pour que,
géologiquement parlant, nous
soyons entrés dans une nouvelle
ère, l’anthropocène (nous sommes
dans l’holocène depuis 11 700 ans).
L’homme est responsable d’une
dispersion planétaire de certaines
espèces animales et végétales ; il
est devenu le prédateur en chef sur
terre et sur mer, et ses technologies, dont le nucléaire, ont transformé durablement l’ensemble de
la biosphère terrestre.
Mais où fixer le début de cet anthropocène ? Quelle date choisir ?
Parmi les propositions, on trouve
aussi bien l’année 1610, minimum
de teneur de CO2 dans l’atmos-
phère mesurée dans les glaces de
l’Antarctique, ou les 521 essais atomiques atmosphériques des années 1940 à 2000 ainsi que les deux
explosions de Hiroshima et de Nagasaki, qui ont diffusé partout sur
la planète des radionucléides
qu’on peut facilement mesurer.
Réponse pas avant 2020.
Mais il faut aussi trouver un endroit caractéristique de ce changement, un point géologique représentatif au niveau mondial. Ce
qui est appelé « stratotype de limite », et également « clou d’or »
(Global Boundary Stratotype Section and Point, GSSP), et servira
d’étalon géologique du changement. Il y a déjà 65 clous d’or de
par le monde, dont 6 en France,
caractéristiques de changements
importants dans l’histoire de la
Terre depuis ses débuts.
Car nous marchons, nous roulons, nous bâtissons sur un millefeuille minéral qui est la mémoire
dommages plus grands s’il est détruit ?
Ne s’agit-il pas d’une simple erreur de
pilotage ? Les questions sont nombreuses avant d’envisager son annihilation.
Brouiller le signal GPS ou lui envoyer
de fausses informations pour le déboussoler seraient efficaces. Mais les
avions de ligne risquent également
d’être perturbés. La Direction générale
de l’aviation civile interdit donc ce
brouillage. Les professionnels optent
plutôt pour brouiller les commandes
radios entre le drone et son pilote. Ou,
mieux encore, prendre le contrôle de
l’engin à distance. Enfin, des lasers
pourraient bloquer le drone en éblouissant sa caméra ou en grillant ses batteries. Le Darpa (Agence américaine des
projets de recherche avancés) étudierait cette dernière solution.
De son côté, le français CS a été retenu en décembre dernier pour le projet
Milad (Moyens mobiles de lutte antidrone) pour l’armée, commandé par la
DGA (Direction générale de l’armement). Ce système devrait s’inspirer
ALEXEY YUZHAKOV /STOCK.ADOBE.COM
des performances du système Boréades. Par ailleurs, CS conduit un consortium de recherche européen baptisé
Aladdin (en français : Système holistique avancé de détection, d’identification et de neutralisation de drones malveillants). Il regroupe 18 partenaires,
dont 6 organismes chargés de l’application de la loi (notamment le ministère de l’Intérieur en France, en Italie, en
Grande-Bretagne et au Portugal) et des
centres de recherche (Fraunhofer
IDMT, CERTH en Grèce et l’Université
libre de Bruxelles). « Les travaux de recherche et de développement sont en
cours de financement par la Commission
européenne dans le cadre du programme
Horizon 2020 », précise-t-on au
SGDSN. Ce projet doit aboutir, en août
2020, après des tests en zone urbaine et
sur des terrains dégagés. Le futur système antidrone européen devrait s’appuyer, lui aussi, sur le système Boréades, de nouveaux capteurs (radar,
optronique, thermique et acoustique)
et un peu d’intelligence artificielle. ■
1/5
Extrait
de la charte
chronostratigraphique
internationale
détaillant
les différentes
périodes géogologiques
de l’histoire
de la Terre.
géologique de l’histoire de la Terre. On peut lire dans les différentes
couches de calcaire, de schiste, de
basalte, etc., s’il faisait chaud ou
froid, humide ou sec, si le sol était
immergé ou émergé, si des volcans
étaient actifs… L’étude de ces strates successives permet d’accéder
aux archives de la vie, à celle des
espèces qui se sont succédé sur
Terre, des conditions climatiques… Mais ce millefeuille n’est
pas linéaire. Il est plissé, tordu,
fracturé, parfois renversé, reflétant les mouvements tectoniques
de la croûte terrestre, l’érosion…
Un puzzle
en quatre dimensions
« La stratigraphie, qui signifie étymologiquement la description des
différentes couches de terrain (du
latin stratum et du grec graphia),
encore appelées strates, est la première des sciences géologiques historiques. Elle étudie l’agencement,
dans le temps et l’espace, des terrains et des événements enregistrés,
afin d’aboutir à une reconstitution
de l’histoire de la Terre. » Celle-ci
est vieille de 4,6 milliards d’années. C’était une boule très chaude
de matière fondue tournant sur
elle-même. Petit à petit, sa surface
s’est refroidie et solidifiée. Les plus
anciennes roches sédimentaires
connues ont près de 4 milliards
[
Ces sites
qui valent
de l’or
]
d’années. L’analyse de ces archives doit permettre de reconstituer
l’histoire de la Terre et l’histoire de
la vie. Mais c’est un puzzle en quatre dimensions, hauteur, longueur
et largeur, la quatrième étant le
temps. Pour reconstituer le puzzle,
il faut réussir à savoir si deux événements se sont produits ou non
au même moment (synchronisme), il faut réussir à établir une
succession d’événements pour
former une échelle stratigraphique
et, enfin, il faut réussir à connaître
la durée d’un événement.
Ce n’est qu’au milieu du
XXe siècle, grâce à la radiochronologie, que des datations absolues relativement précises ont pu
être établies. Le temps zéro en
géologie est d’ailleurs 1950. Avant
la découverte de la radioactivité
naturelle, l’âge de la Terre était
estimé, à la fin du XIXe siècle, à
20 millions d’années. Arthur Holmes, géologue britannique, sera le
premier, en 1913, à publier une
échelle des temps géologiques
grâce à une datation radioactive
uranium/plomb. Son âge estimé
de la Terre n’est alors que de
1,3 milliard d’années. Des années
plus tard, en 1944, ses travaux le
conduiront à annoncer un âge de
4,5 milliards d’années, plus ou
moins 100 millions. La radiochronologie est devenue pleinement
opérationnelle en 1950, qui est
ainsi devenue l’année zéro des datations géologiques. ■
RETROUVEZ DEMAIN:
La France, berceau
de la géologie
A
NUMÉRIQUE Ils ont refait parler d’eux
au-dessus du fort de Brégançon ou au
Venezuela. Il était prévu qu’à partir du
1er juillet, en France, l’immatriculation
de drones, pesant plus de 800 grammes, soit obligatoire. Mais les décrets
d’application de la loi se font attendre et
cette réglementation n’entrera pas en
vigueur avant janvier 2019. Ces objets
volants, qui ne sont pas identifiés dans
le ciel européen, peuvent présenter un
risque pour les populations en cas d’attaque sur des installations sensibles ou
lors de manifestations publiques. Après
des survols interdits de centrales nucléaires, en France, à l’automne 2014, le
gouvernement a décidé de s’armer
contre ces petits objets volants.
Quatre ans plus tard, malgré un appel
d’offres lancé par l’Agence nationale de
la recherche (ANR), un seul équipement
complet, baptisé Boréades, élaboré par
l’entreprise française CS, a été livré. Et
il ne sert pas encore à protéger les installations nucléaires, dont la surveillance a été confiée à l’armée de l’air ! « Notre système Boréades, acquis par la
préfecture de police de Paris, a été mobilisé pendant l’Euro 2016, le 14 juillet 2017
pendant de la visite de Donald Trump et
lors d’autres événements », précise Egidio Cau, directeur du développement
au département défense et sécurité de
CS. D’autre part, les drones servent déjà
à faire passer des téléphones mobiles ou
des drogues en prison. En France, le
ministère de la Justice a testé pendant
trois mois un démonstrateur antidrone.
« Les menaces ont donc été prises très
au sérieux par le secrétariat général de la
défense et de la sécurité nationale
(SGDSN) et l’Agence nationale de la recherche (ANR) », ajoute Egidio Cau.
« Dès la fin de 2014, l’ANR a lancé un appel à projet pour protéger les zones sensibles. Trois consortiums de recherche ont
été sélectionnés sur une trentaine qui
avait répondu, dont l’un que nous conduisions, en coopération notamment avec
Thales, EDF, le CEA Leti, Télécom Paris
Sud », indique Henry de Plinval, directeur depuis trois ans du programme
drones à l’Onera, le centre de recherche français en aéronautique. De nom-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 13 août 2018 LE FIGARO
12
SPORT
La L1 débute sur les chapeaux de roues
Ce week-end, le championnat de France nous a offert du spectacle, des buts et du suspense.
Avec, notamment, la belle surprise Nîmes, mais également les premières utilisations du VAR.
breton de Grenier (43e). Proposant un jeu
attrayant, le Losc a surpris une équipe
rennaise qui connaît un petit coup d’arrêt
d’entrée après sa 5e place de la saison
dernière. De son côté, Saint-Étienne s’est
imposé face à Guingamp (2-1). Les Verts
se sont appuyés sur leur recrue Wahbi
Khazri, auteur du premier but, mais aussi
sur leur attaquant Loïs Diony, auteur de
son premier but depuis son arrivée à l’été
2017. Enfin, Dijon est parvenu à renverser
Montpellier pour s’imposer in extremis,
grâce à un but inscrit à la dernière minute
par Senou Coulibaly (1-2). Le buteur décisif évoluait en quatrième Division la
saison dernière.
TEDDY VADEEVALOO £@TVadeevaloo
FOOTBALL Avant l’entrée en lice du PSG,
champion sortant, les premiers enseignements sont déjà nombreux.
u Les gros démarrent bien
Les cadors attendus de la Ligue 1 ont
bien soigné leurs débuts. Premier à ouvrir
le bal dans ce championnat, vendredi,
l’Olympique de Marseille s’est révélé séduisant pour s’offrir une large victoire
face à Toulouse (4-0), grâce notamment à
un dernier but du champion du monde
français, Florian Thauvin. Les joueurs
d’Alain Casanova, de retour au TFC, se
sont révélés trop limités. Samedi, l’AS
Monaco, qui a perdu encore quelques cadres à l’intersaison, a su l’emporter avec
patience du côté de Nantes (1-3). Malmenés en début de partie, les hommes de
Jardim se sont imposés grâce à un coaching gagnant du technicien portugais,
les nouveaux entrants Grandsir et Falcao
prenant une part prépondérante dans le
succès de l’ASM face à des Canaris volontaires mais peu efficaces. De son côté,
Lyon a également empoché les trois
points face à Amiens, dimanche (2-0).
Encore en rodage, l’OL a su faire preuve
d’efficacité en marquant dans ses temps
forts grâce à Traoré et Depay face à des
Picards qui ont manqué de cohésion.
promus à la fête
u Les
Reims et Nîmes, nouveaux venus en
Ligue 1 cette saison, ont bien réussi leur
retour dans l‘élite, respectivement deux
et vingt-cinq ans après leur dernière apparition. Mention spéciale au club gardois, auteur d’un match incroyable du
côté d’Angers. Alors que leurs adversaires
menaient 3-1 à 35 minutes de la fin, les
hommes de Bernard Blaquart ont renversé la situation pour l’emporter 4-3. En
marquant, qui plus est, deux buts en infériorité numérique. Tout simplement remarquable. De son côté, le Stade de Reims
a surpris l’OGC Nice à l’Allianz-Riviera
(0-1). Face aux joueurs du champion du
monde 1998 Patrick Vieira, le club champenois a marqué assez rapidement grâce à
VAR utilisé pour la première fois
u Le
en championnat
L’OL s’est imposé (2-0) face à Amiens, dimanche, au Groupama Stadium à Lyon. Ici, Memphis Depay, auteur du deuxième but.
La Coupe du monde à Marseille, Lyon et Paris
Sept des huit champions du monde
évoluant en France ont été honorés
ce week-end. Vendredi soir,
Adil Rami, Florian Thauvin
et Steve Mandada sont entrés sous
les acclamations du public phocéen
en brandissant le précieux trophée
au Stade-Vélodrome.
Samedi, c’est Nabil Fékir, seul Lyonnais
sacré en Russie, qui a pu célébrer
à son tour cette victoire avec
les supporteurs de l’OL. Avant que,
dimanche, le Parc des Princes ne fasse
un triomphe à Presnel Kimpembe,
Alphonse Areola et, surtout, Kylian
Mbappé, le chouchou du public parisien.
Le 8e et dernier Bleu, le Monégasque
Djibril Sidibé va, lui, devoir patienter
un peu. La célébration du titre de
champion du monde au stade Louis-II
n’a, elle, pas encore été planifiée.
Elle pourrait survenir le 2 septembre,
à l’occasion de la réception de l’OM.
Si Sidibé, convoité par plusieurs clubs
étrangers, évolue encore
sur le Rocher…
AFP
sa recrue Doumbia (2e). De bon augure
pour la suite pour les deux promus, qui affronteront deux cadors de la L1 la semaine
prochaine : Reims recevra Lyon vendredi
soir et Nîmes accueillera l’Olympique de
Marseille, dimanche (21 h).
rédemption de Lille, les beaux
u La
succès des Verts et de Dijon
En grosse difficulté la saison dernière, en
frôlant la relégation, Lille a su démarrer
du bon pied ce championnat. Les hommes de Christophe Galtier ont empoché
un succès convaincant face à Rennes
(3-1). Mothiba (45e), Pepe (54e) et Bamba
(68e) ont redressé une situation mal engagée avec l’ouverture du score du club
ATHLÉTISME Mi-figue mi-raisin. Tel est
le bilan de l’athlétisme français lors des
championnats d’Europe de Berlin. Même
en cas de dernière soirée triomphale avec
Renaud Lavillenie, Alexandra Tavernier
ou les relais 4 × 100 m, les Bleus resteront
loin du festival de Zurich, il y a quatre
ans, lorsqu’ils avaient ramené vingt-trois
médailles. Avec huit podiums avant les
ultimes épreuves dominicales, ils se situent dans les mêmes eaux qu’il y a deux
ans à Amsterdam, dont ils étaient repartis
avec dix récompenses. La razzia espérée
n’a pas eu lieu, la faute notamment à
quelques absences (Mélina Robert-Michon, Yohann Diniz, Christophe Lemaitre) et autres déconvenues au sein des têtes de gondole hexagonales.
A
❙ DE L’OR QUI S’ENVOLE
La douche froide. Mardi dernier, pour
le deuxième jour des championnats
d’Europe, l’équipe de France a pris une
terrible double claque. La première, la
plus inattendue, est venue du décathlon
et de Kevin Mayer. Alors que le titre lui
tendait les bras, le champion du monde
de Londres en 2017 a commis l’irréparable avec trois essais mordus à la longueur,
synonyme de zéro pointé. Et de renoncer
dans la foulée, conscient que le podium
s’était envolé malgré la marge qu’il possédait sur ses adversaires. Une faute professionnelle ? Pas pour Mayer qui défen-
5
médailles
À Berlin, Mahiedine Mekhissi a connu
sur 3 000 m steeple le 5e sacre européen
de sa carrière. Il devient l’athlète
français le plus titré de l’histoire
lors des championnats d’Europe
devant Christophe Lemaitre (4)
hier
0-2
2-0
1-3
3-4
3-1
1-2
0-1
2-1
4-0
CAEN
STRASBOURG
AMIENS
MONACO
NÎMES
RENNES
DIJON
REIMS
GUINGAMP
TOULOUSE
Triathlon : la France brille
de mille feux
Déjà sacré champion du monde
(en juillet), le quatuor français
composé de Cassandre Beaugrand,
Pierre Le Corre, Léonie Périault
et Dorian Coninx a été sacré
champion d’Europe de triathlon
dans le relais mixte, discipline
qui fera son apparition aux JO de
Tokyo en 2020. Jeudi, Beaugrand
avait pris la médaille de bronze et
vendredi, Le Corre avait remporté
l’épreuve masculine. À noter
que la France était privée de son
meilleur élément, Vincent Luis,
le n° 2 mondial.
Très ambitieux à Berlin, les Bleus ont parfois
déchanté lors des championnats d’Europe.
Même si leur bilan n’a rien d’infamant.
dait sa prise de risques : « Si j’avais assuré
la longueur, pourquoi ne pas assurer toutes
les autres épreuves ? Pourquoi ne pas faire
un 8 500 (points) dégueulasse en essayant
de gagner ? Franchement, vous croyez que
c’est ça le sport ? » Avec, sans doute, dans
un coin de la tête le record du monde
d’Ashton Eaton (9 045 points), le Français voyait grand à Berlin. Il s’est raté
mais nul doute qu’il rebondira très vite.
Pour Jimmy Vicaut, le problème est tout
autre. Promis à un duel alléchant avec le
Britannique Zharnel Hugues sur 100 m, le
corecordman d’Europe de la distance a
été trahi par son corps, la fragilité de ses
ischio-jambiers le contraignant au forfait
avant la finale. Un mal endémique chez
lui, qui peine à courir des saisons complètes et qui, du coup, possède un palmarès
éloigné de celui qu’il devrait être. À 26
ans, il devra patienter au moins encore
deux ans avant de conquérir son premier
titre européen. Si son corps se décide à le
laisser exprimer son potentiel…
1ÈRE JOURNÉE LIGUE 1
PARIS SG
BORDEAUX
LYON
NANTES
ANGERS
LILLE
MONTPELLIER
NICE
ST-ÉTIENNE
MARSEILLE
ZOOM
Un Euro entre
deux eaux pour
l’athlétisme français
CÉDRIC CALLIER ccallier@lefigaro.fr
Déjà en fonction la saison dernière en
Coupes nationales en France mais également en Allemagne et en Italie, le VAR
(Vidéo arbitrage) a été adopté cette saison
en Ligue 1. Après avoir provoqué quelques
polémiques lors de la dernière Coupe du
monde, il est donc entré en lice lors de
cette première journée de championnat.
Et a été utilisé dès le premier match entre
l’Olympique de Marseille et Toulouse
(4-0). Après consultation de cet outil,
l’arbitre M. Buquet a accordé un penalty
au club phocéen suite à une main du Toulousain Kelvin Amian. Le lendemain, lors
du match Angers-Nîmes, le VAR a été utilisé à deux reprises. Pour refuser d’abord
un but du SCO signé Traoré puis en accorder un autre du même joueur. Petite polémique en revanche avec le non-recours
au VAR pour un penalty évident non sifflé
en faveur de Bordeaux, finalement battu à
domicile par Strasbourg (0-2). ■
Clémence Calvin a décroché l’argent, dimanche, à Berlin, sur le marathon.
ET DEMI-FOND
CARBURENT AU SUPER
❙ FOND
Avec cinq médailles – voire six si on ajoute celle en argent de Clémence Calvin lors
du marathon –, ce secteur a fait le bonheur de l’équipe de France. Même si le bilan aurait pu être encore plus doré. Car,
au sortir d’une année compliquée avec
l’épisode de son altercation sur un parking il y a un an, Pierre-Ambroise Bosse
n’a pas confirmé son titre de champion
du monde 2017. Mais, au mental, il a su
s’arracher pour décrocher du bronze lors
de la finale du 800 m. « Même si je n’ai pas
la couleur voulue, je garderai le sourire jusqu’à la fin de la soirée », a-t-il alors
confié, conscient qu’il venait aussi de
frôler le pire (il monte sur le podium pour
seulement deux centièmes). Toujours sur
800 m, mais chez les femmes, Rénelle Lamote aussi rêvait d’or. Une course mal
maîtrisée sur le plan tactique l’a conduite
à l’argent, comme il y a deux ans. Sauf
que dans ce laps de temps, Lamote a vécu
bien des tourments et son retour au premier plan, à 24 ans, est porteur de belles
promesses. Le stade des promesses, Mahiedine Mekhissi l’a dépassé depuis belle
lurette. À Berlin, le Rémois a conquis son
cinquième titre européen, le quatrième
sur 3 000 m steeple. Et même le cinquième s’il n’y avait eu cette stupide disquali-
ISAKOVIC/AFP
fication à Zurich sur sa distance de prédilection. Reste à voir quel avenir attend le
fondeur de 33 ans, qui a renoncé à sa tentative de doublé avec le 5 000 m et laissé
transparaître des envies de retraite. Raccrocher les pointes, Morhad Amdouni
n’y songe pas encore lui qui, à 30 ans,
vient de déflorer son palmarès avec le titre sur le 10 000 m et le bronze sur le 5
0000m. Une seconde médaille qui le laissait cependant insatisfait : « Je crois que
j’aurais pu accrocher la deuxième place »,
lâcha-t-il ainsi samedi soir.
❙
LES BLEUS NE SAVENT
PAS SAUTER, NI LANCER
Pour espérer concurrencer la GrandeBretagne et l’Allemagne, la France doit se
trouver des bêtes de concours. Sans médaille à la longueur, à la hauteur, au triple
saut, au poids, au disque et au javelot, les
Bleus se privent d’un nombre important
de podiums. Même si quelques jeunes
commencent à pointer. Comme Jeanine
Assani-Issouf et Rouguy Diallo au triple
saut féminin, ou Alexie Alais au javelot.
Mais la France doit retrouver de son lustre d’antan sur ces épreuves, comme cela
était le cas avec Eunice Barber ou Teddy
Tamgho. La Fédération a un vaste chantier devant elle pour remplir ce vide, à six
ans de Paris 2024. ■
EN BREF
Gymnastique : du bronze
pour les Bleus
L’équipe de France masculine
de gymnastique artistique,
composée de Cyril Tommasone,
Julien Gobaux, Axel Augis, Loris
Frasca et Edgar Boulet, a décroché
la médaille de bronze du concours
général aux championnats
d’Europe à Glasgow.
Voile : la France force 7
Charline Picon a pris la médaille
d’argent en windsurf lors des
championnats du monde. Avec
7 médailles au total, la France
termine 2e nation derrière les
Pays-Bas et devant l’Angleterre.
Cyclisme : Ullrich admis
en hôpital psychiatrique
Arrêté par la police après avoir,
sous l’emprise de l’alcool
et de drogues, frappé et tenté
d’étrangler une escort-girl,
l’ex-coureur allemand Jan Ullrich
a été pris de panique en sortant du
commissariat. Vu son état mental,
le vainqueur du Tour de France
1997 a été aussitôt placé
dans un hôpital psychiatrique.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 13 août 2018
SPORT
13
Mort d’un rugbyman :
le drame de trop
avant une révolution
Le décès d’un jeune joueur d’Aurillac vient tragiquement
renforcer l’image d’un sport violent, qui doit absolument évoluer.
+ 92 %
LOUIS FAYET/PHOTOPQR/LA MONTAGNE/MAXPPP
RUGBY Le rugby français s’est réveillé
samedi matin après un véritable cauchemar. Un jeune joueur d’Aurillac (Pro D2),
Louis Fajfrowski, seulement 21 ans, est
mort vendredi soir à la suite d’un choc
subi au cours d’un match amical contre
Rodez (Fédérale 1). L’ancien international chez les moins de 19 ans était sorti du
terrain à la 60e minute après un plaquage
appuyé. Le monde de l’ovalie, dans son
ensemble, a témoigné de son effroi et de
sa tristesse après ce drame. Sur Twitter,
Bernard Laporte, président de la FFR,
s’est dit « effondré ». Contacté par Le Figaro, Serge Simon, vice-président de la
Fédération, n’a pas souhaité réagir « pour
le moment ».
Le parquet d’Aurillac a immédiatement ouvert une enquête en « recherche
des causes de la mort » confiée au commissariat de police de la préfecture du
Cantal. Une autopsie du corps sera pratiquée ce lundi matin à l’institut médicolégal de Clermont-Ferrand. « On saura
alors de quoi il est mort et si le plaquage a
provoqué son décès », a souligné le parquet qui ajoute : « On verra à l’issue s’il y a
une infraction ou non. »
Selon le magistrat, lorsque le joueur
« est sorti du terrain, son état n’était, semble-t-il, pas alarmant. Il voulait même revenir après, mais il a alors été pris de vomissements. » Un des signes d’une grave
commotion cérébrale. Après le temps de
l’émotion a aussitôt resurgi le débat sur
les dangers du rugby moderne, de plus en
plus violent. Plus vite, plus gros, plus
fort… Interrogé par Le Figaro, le professeur en neurochirurgie Jean Chazal, qui
alerte depuis de nombreuses années sur
les ravages des commotions, ne pouvait
que constater : « C’est une terrible nouvel-
Les commotions cérébrales sont un sule, mais je vais vous dire que j’avais tristejet d’inquiétude majeur dans le rugby dement raison. Cela fait trois ans que j’agite
puis
plusieurs saisons. Dès 2012, un prole drapeau danger. Il y a eu d’autres dratocole (trois questionnaires, tests de
mes, que l’on a un peu mis sous le tapis et
mémoire et d’équilibre) a été mis en pladont on a moins parlé. D’autres jeunes
ce pour savoir, durant un match, si un
joueurs ont été opérés d’hémorragies céréjoueur a été victime d’un
brales… » Fin mai, un rugUN SPORT DE PLUS
K.-O.
byman junior de l’équipe de
EN PLUS DANGEREUX
Ce fléau étant désormais
Billom (Puy-de-Dôme), âgé
particulièrement observé,
de 17 ans, était mort dans
les chiffres ont explosé : des
son sommeil. La veille, il
53 cas constatés lors de la
avait dû - lui aussi - quitter
L’augmentation du
saison 2012-2013, on est
prématurément le terrain
nombre de commotions
passé à 102 en 2016-2017,
après avoir subi un violent
cérébrales en France
entre 2012-2013 (53)
soit une augmentation de
plaquage. L’autopsie avait
et
2016-2017
(102).
90 %.
révélé que l’origine de sa
Problème résolu ? Loin de
mort avait été « une fracture
là… Il a rapidement été consdu crâne qui a entraîné une
taté que des joueurs ayant
hémorragie ».
subi une commotion pouAutre événement glaçant,
Le nombre de
vaient répondre favorableen début d’année, le jeune
changements autorisés
ment à la série de tests du
ailier de Clermont Samuel
la saison prochaine
dans le rugby pro,
protocole. Ou alors que les
Ezeala avait été victime d’un
contre 8 auparavant.
médecins étaient un peu
terrible K.-O. après un
laxistes… Florian Fritz, le vimauvais plaquage sur le Rasage en sang lors d’un barcingmen Virimi Vakatawa,
rage contre le Racing en
à la U Arena. L’espoir
2014, ou Alexis Palisson, tiauvergnat était resté de lonLe pourcentage
tubant après une percussion
gues minutes au sol, caché
des blessures
qui interviennent
monstrueuse du Rochelais
derrière d’inquiétants draps
lors d’un plaquage.
Botia en 2017, avaient par
blancs. L’ASM avait ensuite
Les commotions
exemple été autorisés à reminimisé l’affaire, mais le
représentent 43 % des
venir sur le terrain.
professeur Jean Chazal apblessures dont sont
Cette saison, de nouvelles
porte un autre éclairage :
victimes les joueurs à
l’initiative d’un plaquage. dispositions vont entrer en
« S’il n’y avait pas eu un mévigueur pour lutter contre
decin réanimateur sur le terces dangers. La Fédération et la Ligue ont
rain, il était mort. Il avait un score de Glasainsi annoncé que les équipes professiongow à 3 (indicateur de l’état de consnelles pourraient désormais effectuer
cience), c’est-à-dire un score de traujusqu’à 12 changements par match
matologie très mortel. Le médecin qui est
(contre 8 actuellement) afin de limiter les
intervenu, Mathieu Abbot, est un de mes
blessures. Dans le même temps, un arbiélèves. Il l’a réanimé, il lui a mis une perfutre pourra également adresser un carton
sion, il l’a massé. Il l’a ramené à la vie,
bleu à un joueur qui présente un signe
mais il a perdu connaissance pendant près
évident de commode 5 minutes. »
12
47 %
L’ÉTÉ DU FIGARO
Louis Fajfrowski, 21 ans, lors du match fatal contre Rodez, vendredi soir. Il était sorti
du terrain à la 60e minute après le plaquage appuyé d’un adversaire.
tion, signifiant sa sortie définitive du terrain. « De simples mesurettes », déplore le
professeur Jean Chazal, qui appelle à
« des mesures drastiques », évoquant celles qui avaient été prises en Formule 1 et
en ski alpin après les décès accidentels
d’Ayrton Senna en 1994 et de Régine Cavagnoud en 2001. Et d’avancer : « Pourquoi ne pas limiter le poids des joueurs ? Un
poids maximum pour les avants, un autre
pour les trois-quarts. À l’image de ce qui
se fait en boxe. En rugby, un gars de 130 kg
peut croiser la route d’un autre d’à peine
80 kg… » En Nouvelle-Zélande, pays de
l’excellence ovale, il existe, lors de la
formation des jeunes, des
Istanbul
catégories de poids à l’intérieur des catégories d’âge.
Un rapport a récemment montré que
47 % des blessures survenaient lors d’un
plaquage. Les commotions représentent
43 % des blessures dont sont victimes les
joueurs à l’initiative d’un plaquage et
19 % des blessures des porteurs du ballon.
C’est pourquoi le rugby anglais expérimentera la saison prochaine un abaissement de la hauteur légale des plaquages.
Actuellement fixée à la ligne des épaules,
elle sera abaissée au niveau des aisselles.
Vendredi, le jeune Louis Fajfrowski a
quitté le terrain après un plaquage régulier mais appuyé au niveau du thorax… ■
1/5
En Turquie,
de l’espoir
à l’oubli
Candidat aux JO 2020, le comité
olympique turc avait fait du rugby
à 7 sa priorité. Une volonté
désormais totalement abandonnée.
THIBAUT MARTINEZ £@Twibaut
L‘HISTOIRE entre la Turquie et le
rugby n’a rien d’une histoire
d’amour mais tout d’un mariage
forcé. Sur les terrasses des cafés à
Istanbul cet été, on évoque l’affaire
Erdogan-Özil et on spécule sur
l’avenir du buteur français Bafétimbi Gomis, auteur d’une saison
incroyable (29 buts en 33 matchs)
avec Galatasaray la saison dernière.
Le rugby ? Un ovni. Au mieux, une
variante du populaire football américain importé par les expatriés.
Arrivé au début des années 2000,
le rugby s’est implanté dans l’Ouest
où quelques clubs amateurs non déclarés se sont lancés avec une poignée d’équipes universitaires. Les
joueurs stambouliotes ont même eu
droit à leurs premiers derbies entre
l’Ottomans Rugby Club, placé du
côté asiatique du Bosphore, et Kadiköy, installé du côté européen.
Un championnat non officiel s’est
mis en place et tenté de survivre,
loin d’intéresser les politiques.
Mais, le 9 octobre 2009, le rugby
change de dimension. À Copenhague, le Comité international olympique (CIO) vote pour l’intégration
du rugby à 7 aux JO 2016 de Rio. La
Turquie fait le lien. Elle pense déjà
au projet qu’Istanbul présentera au
CIO pour organiser les Jeux olympiques de 2020. Face à elle, Madrid et
Tokyo. Le compte à rebours est enclenché. Pour appuyer sa candidature, la Turquie veut son équipe de
rugby à 7 olympique.
Course administrative
Pour y parvenir, le chemin est très
long. Seules les équipes reconnues
par l’International Rugby Board
(futur World Rugby) pourront pré-
Hasan Arat,
vice-président
du Comité olympique
turc, et le premier
ministre, Recep
Tayyip Erdogan,
lors de la présentation
de la candidature
d’Istanbul pour
les Jeux de 2020,
le 7 septembre 2013.
POOL NEW/X80003
tendre aux JO. Avant de demander
la reconnaissance de l’IRB, le rugby
turc doit d’abord intégrer la FIRAAER (devenue Rugby Europe en
2014), l’instance qui organise et développe le rugby sur le Vieux Continent. La Turquie se lance alors dans
une course administrative. D’abord,
en créant sa fédération en 2011, année du dépôt de la candidature officielle d’Istanbul. En 2012, la FIRAAER admet à l’unanimité la Turquie
comme 47e nation. Un « joli clin
d’œil du monde sportif au monde politique », se targue l’organisation
européenne. Avec cette adhésion,
elle espère « porter le nombre de li-
cenciés à 1,2 million » en Europe et
« accentuer l’essor du rugby à 7
masculin et féminin ». De son côté,
la Turquie intègre le Championnat
européen des nations, sixième niveau continental.
L’histoire est belle. Le problème,
c’est qu’elle se base sur un mensonge. Dans ses critères d’admission de
l’époque, la FIRA-AER ne pouvait
accepter un pays que si sa fédération de rugby était indépendante.
Mais l’enjeu olympique est trop important. Dans une lettre envoyée à
Jean-Claude Baqué, alors président
de la FIRA-AER, la fédération de
rugby turque, avec la complicité du
[ ]
Voyages
en Ovalie
CIO, certifie son indépendance en
mettant en avant son nom, « Türkiye Ragbi Federasyonu », et son
logo, sur lequel on voit un homme
avec un ballon de rugby. En réalité,
trois autres sports sont logés à la
même enseigne : le football américain, le baseball et le softball.
L’attribution des JO 2020 à Tokyo
sonnera le glas du développement
du rugby en Turquie. Au niveau
budgétaire, il est mis au second
plan. En 2017, le ministère des
sports a ainsi alloué 265 000 livres
turques (36 000 €) à la fédération de
rugby pour assurer le bon déroulement du championnat de… football
américain, et seulement 195 000
(26 500 €) pour celui de rugby.
Selon nos informations, les équipes ne touchent même pas ces sommes qu’elles devraient percevoir.
Les déplacements et les équipements ne sont pas pris en charge. La
quasi-totalité des clubs ne possèdent pas de terrain aux normes. Sur
les huit derniers clubs qui composent le championnat national, trois
sont en passe de mettre la clé sous la
porte, faute de moyens.
Aujourd’hui, Rugby Europe a
changé ses statuts et tolère qu’une
fédération soit alliée à d’autres,
pour des raisons économiques. Mais
elle a tout de même prévu d’envoyer un représentant en Turquie
dans les mois à venir, là où l’ambition d’un projet vertigineux n’a
laissé que des ruines. ■
PROCHAIN VOLET:
À la conquête
des favelas brésiliennes
A
ARNAUD COUDRY £@ArnaudCoudry
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 13 août 2018 LE FIGARO
14
CULTURE
V. S. Naipaul
V. S. Naipaul,
à Salisbury, en 2001.
Écrire pour
comprendre
le monde
CHRIS ISON/AP
DISPARITION Devenu célèbre en 1961
avec « Une maison pour Monsieur Biswas »,
le romancier s’est surtout distingué pour
ces récits de voyage où il fustige le déclin
des empires coloniaux et le déracinement.
Il s’est éteint à la veille de ses 86 ans.
S
PAR LÉNA LUTAUD £@LenaLutaud
tockholm, 10 décembre
2001. En queue-de-pie,
barbe blanche et petites lunettes, l’écrivain britannique V. S. Naipaul reçoit le
prix de Nobel de littérature
des mains du roi de Suède
Carl XVI Gustaf. Assis à la
table d’honneur lors du banquet dans la
salle « bleue » de l’Hôtel de ville, lui qui
est si gourmand déguste en ronronnant
le homard sur purée de choux-fleurs, la
caille farcie au foie gras et sa poêlée de
cèpes. Puis c’est le moment tant attendu de son discours. Son épouse, lady
Nadira Naipaul, journaliste d’origine
pakistanaise rencontrée cinq ans plus
tôt chez le consul américain à Lahore, le
regarde avec dévotion. « Vidia » gravit
les marches quatre à quatre du grand
escalier en marbre. D’un ton espiègle et
avec un phrasé oxfordien, il multiplie
les anecdotes sur les inconvénients du
prix Nobel (« trop d’interviews »). Et raconte pourquoi avoir cassé sa montre
pendant cette semaine si importante
“
Sa disparition est
une perte majeure
pour le monde
de la littérature
”
NARENDRA MODI, PREMIER MINISTRE INDIEN
dans sa vie est une catastrophe. Connu
pour être odieux, il se révèle charmant.
En deux minutes, il réussit l’exploit de
faire rire le roi et la salle, ce qui, dans
cette cérémonie si mondaine et guindée, est assez rare pour être souligné.
Ce week-end, soit dix-sept ans plus
tard, Vidiadhar Surajprasad Naipaul
s’est éteint à Londres. Entre deux voyages, il partageait son temps entre son
appartement de Kensington et sa propriété de Wiltshire au sud de la capitale
dont il appréciait le calme et les arbres
centenaires. Il est parti cinq jours avant
de fêter ses 86 ans, le 17 août. « Il était
un géant dans tout ce qu’il a accompli et
il est mort entouré par ceux qu’il aimait,
ayant vécu une vie pleine de créativité
merveilleuse et d’initiative », écrit lady
Naipaul dans un communiqué. Sa disparition est une « perte majeure pour le
monde de la littérature, a tweeté le pre-
mier ministre indien, Narendra Modi.
On se souviendra de sir V. S. Naipaul
pour son œuvre abondante, qui couvrait
des sujets allant de l’histoire à la culture,
au colonialisme, à la politique et bien
d’autres encore ». Toujours sur Twitter,
Bernard-Henri Lévy décrit Naipaul
comme étant « génial et odieux. Habité
par son œuvre immense et exaspéré par
un monde qui n’y entrait pas tout entier.
Rebelle à toutes les identités – à commencer par les siennes ».
Grand écrivain provocateur, V. S.
Naipaul est l’auteur d’une trentaine
d’essais et de romans, à mi-chemin entre le reportage, le récit de voyage, la
fiction et l’autobiographie. Le déracinement, l’exil, l’identité, la désillusion,
la fragilité de la civilisation, le déclin
des empires coloniaux, l’imperfection
des régimes néo-colonialistes et l’islam
font partie de ses thèmes préférés. Sa
vie elle-même est un roman. Né en 1932
à Trinité-et-Tobago dans les Caraïbes
britanniques, il est issu d’une famille
d’immigrés indiens de caste brahmane.
Comme tant d’autres, ses grands-parents venus d’Uttar Pradesh au nord de
l’Inde ont débarqué sur cette île à
l’autre bout du monde en 1880 pour
remplacer les esclaves dans les plantations. « Au XIXe siècle, l’Empire britannique a besoin de bras pour travailler,
recréant partout des Indes en miniature,
avec des hindous, des musulmans, des
gens de castes différentes », raconte
Naipaul au Figaro en 2001.
C’est l’âge d’or du cacao. L’île est le
troisième pays producteur au monde.
Après un premier contrat de cinq ans,
son grand-père serait bien rentré chez
lui mais son fils, qui voulait absolument
rester, s’est caché dans les docks du
port au moment du départ. Le père de
Naipaul deviendra un reporter connu
au Guardian de Trinidad. De cette enfance où il côtoie les descendants d’esclaves, ce qui l’aidera plus tard pour
écrire sur l’Afrique, il se souvient des
temples hindous perdus dans les
champs de canne à sucre et de sa
grand-mère qui, en bonne hindouiste,
adresse des prières à un arbre bien précis du jardin botanique. Chez les Naipaul, l’Inde reste néanmoins très lointaine. À la maison, on ne parle pas hindi
même si à travers les plats, la musique
CHRONO
1932 V. S. Naipaul naît le 17 août
à Trinité-et-Tobago
1950 Il se rend en Angleterre
pour suivre des études littéraires
1953 Diplômé d’Oxford, il devient
journaliste et assure une chronique
littéraire pour la BBC
1961 Il connaît son premier
grand succès avec Une maison
pour Monsieur Biswas
1962 Premier voyage en Inde
et publication de La Traversée
du milieu, aperçu des sociétés
postcoloniales
1971 Il décroche le Booker Prize,
pour Dis-moi qui tuer
1981 Se rend en Indonésie, en Iran,
au Pakistan et en Malaisie, voyage
dont il tirera Crépuscule sur l’islam
1989 Une virée dans le Sud,
voyage dans le Sud esclavagiste
des États-Unis
2011 Le Masque de l’Afrique,
récit de voyage consacré
à cinq pays africains
et la religion, « l’Inde continuait à vivre
en nous ».
Excellent élève, Naipaul bénéficie
d’une bourse d’études et embarque pour
Oxford. Il n’a que 18 ans. C’est son premier grand voyage : 7 000 kilomètres.
Celui qui va lui donner l’envie toute sa
vie de sillonner la planète avec une préférence pour l’Inde, l’Afrique et les pays
islamiques d’Asie. Une fois en Angleterre, où il est naturalisé en 1952, il va accomplir des efforts démesurés pour se
hisser au sommet de la société. À Oxford, qu’il décrit comme « une ville provinciale atroce », il se plaint « d’une immense solitude » et songe même à se
suicider. Finalement, il y rencontre sa
première épouse, Patricia Hale, sa plus
dévouée lectrice et fidèle dactylo. Il publie des articles dans le magazine littéraire et politique New Statesman, dirige
le programme « Voix de la Caraïbe » à la
BBC. Écrire lui impose d’atroces souffrances mais il décide de devenir écrivain professionnel. Dès 1961, Naipaul
publie Une maison pour Monsieur Biswas,
une autobiographie magistrale qui le
rend célèbre. Il n’a que 29 ans. Après ses
premiers livres consacrés aux Caraïbes,
il va se concentrer sur les traumatismes
liés aux changements post-coloniaux.
Sa découverte du monde commence
par l’Afrique avant d’écrire sur l’Inde.
Écrivain voyageur, il travaille un peu
comme un reporter. Il se nourrit de
Une œuvre en perpétuelle quête des origines
A
FLORENCE VIERRON £@flovierron
Il N’A CONNU qu’un seul métier : écrire.
D’où une trentaine de livres, répartis entre
romans, nouvelles et essais. Ce n’est pas le
premier, Le Masseur mystique, en 1965*,
qui marquera sa naissance en tant qu’écrivain mais le quatrième, Une maison pour
Monsieur Biswas (1967), l’histoire d’un
hindou miséreux à Trinidad qui cherche à
sortir de sa condition et à construire sa
maison pour abriter femme et enfants. Son
goût pour l’impertinence et la satire émanent déjà de cette description des dysfonctionnements de la vie politique dans l’île
où il est né.
Alors que toute son œuvre est marquée
par la quête de ses origines, le thème de
l’indépendance impossible est le fil
conducteur des livres suivants : Un drapeau sur l’île (1971), Les Hommes de paille
(1991) ou Dis-moi qui tuer (1983). Auréolé
du Booker Prize, ce dernier est l’un des
cinq finalistes… du Man Booker Prize 2018,
qui célèbre son 50e anniversaire et attribuera, le 16 octobre, son prix au meilleur
livre de fiction du demi-siècle écoulé. Ces
premiers romans se situent dans les Antilles ou en Afrique, à l’exception d’une
partie des Hommes de paille. Il faut attendre de Mr Stone (1985) pour être transplanté à Londres où un modeste bibliothécaire est chargé de créer une société
caritative. Le lieu ne l’empêche pas de tamiser ses personnages d’ironie.
Conteur hors pair, il considérait pourtant le XIXe siècle comme la grande époque
du roman, ce qui lui fait dire, en 1996, qu’il
détestait le roman. « Entre Balzac, Dickens
et Proust, tout a été dit, écrit », confiait-il
deux ans plus tard. À cette époque, il a déjà
expérimenté les voyages qui lui ont permis
de découvrir les limites du monde. Sa tri-
logie sur le sous-continent indien a commencé dès les années 1960. Avec L’Inde
sans espoir, L’Inde brisée puis L’Inde : un
million de révoltes, il scrute le pays de ses
ancêtres. Dans le premier, tout l’intéresse
et tout l’accable, dans le deuxième, il porte
un regard sans complaisance et, dans le
troisième, il tente de comprendre la complexité de ce pays aux dimensions de
continent en délaissant son ton sarcastique. Plus qu’un romancier, c’est un écrivain voyageur qui, tel un journaliste, aime
enquêter.
Mosaïque de portraits
Un travail qu’il a répété avec Crépuscule
sur l’islam (1981) puis Jusqu’au bout de la
foi (1998). À dix-sept ans d’intervalle, il
s’est immergé dans quatre pays musulmans (Indonésie, Iran, Pakistan et Malaisie). L’éternel exilé s’intéresse aux gens et
en tire une mosaïque de portraits – il se
définit comme un « agenceur de récits » –,
décrivant un monde coupé de ses racines,
victime de traumatismes et de souffrances. Il y critique aussi l’islam, ce qui est interprété comme du mépris à l’égard du
tiers-monde.
Longtemps décrypteur des déracinements et des acculturations, il reviendra à
la fiction en 2002 avec La Moitié d’une vie.
Le héros, indien, quitte l’Inde pour Londres avant d’aller en Afrique. Naipaul dira
de ce livre que l’un de ses thèmes est « les
frustrations nées de l’inquiétude d’avoir raté
sa vie ». Si l’on se penche sur ses deux livres considérés comme autobiographiques, L’Énigme de l’arrivée (1991) et Un
chemin dans le monde (1995), on ne sait s’il
a résolu la question de ses origines, mais il
s’est fait une large place dans le monde
littéraire. ■
* Les dates citées sont celles des traductions
françaises.
l’humain. Les diplomates locaux lui organisent des dîners, les correspondants
des grands médias lui ouvrent leurs
carnets d’adresses. S’il n’a jamais de
cahier sur lui, il revient voir les gens qui
lui ont confié quelque chose d’intéressant et note cette fois avec précision ce
qu’on lui raconte. Dans son écriture, il
prend soin de préserver le rythme des
conversations. Outre le respect des témoignages, il décrit l’environnement
avec réalisme. Il s’entretient avec des
interlocuteurs célèbres, telle Winnie
Mandela, comme avec des anonymes.
Pour se nourrir, il lit énormément. De
préférence Balzac, Horace et Virgile.
En 1971, il décroche à 39 ans le Booker
Prize, l’un des prix littéraires les plus
prestigieux au monde, pour Dis-moi qui
tuer. Devient docteur honoris causa à
l’université de Columbia à New York. Est
anobli par la reine Elizabeth II en 1990.
Au fil des années, un certain désespoir et
pessimisme s’installe. « La pauvreté
culturelle et spirituelle de Trinidad l’afflige, l’Inde lui est devenue étrangère et il lui
est impossible d’adhérer aux valeurs traditionnelles de l’ancienne puissance anglaise », résume l’Académie Nobel.
Pour écrire tranquillement, l’écrivain
sait s’entourer. Ses contrats sont négociés par l’Américain Andrew Wylie.
Surnommé « le chacal », c’est l’un des
agents les plus redoutables au monde. Il
s’occupe d’un grand nombre d’auteurs
dont Salman Rushdie. Pour V. S. Naipaul, l’auteur des Versets sataniques
n’est qu’un ennemi parmi d’autres.
Comme le montre le peu de réactions à
sa mort, V. S. Naipaul était peu apprécié
dans le milieu littéraire. Dans une biographie autorisée publiée en 2008, The
World Is What It Is, il confie être obsédé, misogyne, sadique, violent. Éternelle souffre-douleur, Patricia est décédée d’un cancer en 1996, à 63 ans.
Naipaul qui, pendant vingt-trois ans de
mariage, a vécu en parallèle avec sa
maîtresse Margaret Gooding et a beaucoup fréquenté les prostituées, l’admet
volontiers : « On pourrait dire que je l’ai
tuée. » Margaret ne sera pas mieux traitée. Le lendemain des obsèques de Patricia, elle est écartée. Naipaul installe
Nadira, son nouvel amour, chez lui.
Huit semaines plus tard, il l’épouse en
présence de l’historienne Antonia Fraser et de l’écrivain Harold Pinter. En
2011, nouveau scandale. Le Prix Nobel
2001 déclare que pas une femme écrivain, d’hier ou d’aujourd’hui, n’est à
son niveau. Cette fois, c’est sûr : le roi
Carl XVI Gustav n’aurait pas ri. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
I
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
l faut une certaine constance
pour ne pas rater cette belle exposition,
cachée au cœur de l’été parisien dans un
hôtel particulier qui n’est pas sur les
grands axes muséaux. L’Hôtel Salomon
de
Rothschild
abrite
pourtant
« 10 000 ans de l’histoire de l’art japonais » dans ses salons à l’opulence XIXe.
Et la conception de l’espace, confiée à
l’agence d’architecture SANAA (qui a
travaillé pour le Louvre Lens et bientôt
pour la Samaritaine), tire un parti inattendu de ce décor d’opéra. Oubliez la logique chère aux cartésiens, voici « la dialectique du flottement » où le regard, la
sensation, l’émotion créent d’autres
liens. Au final, ce détour dans une capitale brûlante sied au propos de « Fukami » (littéralement « Profondeur ») qui
entend désorienter et séduire l’Occidental par sa « plongée dans l’esthétique japonaise ». Seulement cent pièces créées par
25 artistes avec « l’expression du vivant »
comme fil conducteur.
Cet acte I de la saison « Japonismes
2018 », qui commémore par une multitude de manifestations le 160e anniversaire des relations diplomatiques entre le
Japon et la France, demandait une vision
d’ensemble de l’art et un fort tempérament pour l’exprimer. Yuko Hasegawa,
figure clé de la scène japonaise, directrice artistique du Museum of Contemporary Art de Tokyo, cofondatrice du Musée du XXIe siècle de Kanazawa,
commissaire de nombreuses biennales,
d’Istanbul en 2001 à Shanghaï en 2002,
de Charjah en 2013 à Moscou en 2017, est
ce général. Cette cérébrale, née en 1957
près de Kobe, parle comme un philosophe, mais montre comme une magicienne. Ceux qui ont vu « Japanorama » sur
la scène japonaise d’après-guerre au
Centre Pompidou-Metz en 2017 peuvent
en témoigner.
« L’esthétique japonaise inclut des éléments parfois antagonistes tels que le calme et le mouvement, le masculin et le féminin, le bien et le mal, la forme et le chaos, la
permanence et l’instant, le baroque et le
minimalisme, la tradition et la modernité ;
c’est dans cette zone de flottement, où les
pôles opposés deviennent les deux facettes
d’une même pièce, qu’elle s’épanouit »,
précise Yuko Hasegawa pour expliquer
la « dialectique du flottement », par opposition à la dialectique occidentale qui repose sur « une synthèse conciliatrice des
éléments opposés, à la fois éliminés et affirmés ». La guerre des sens, en fait.
lundi 13 août 2018
CULTURE
« Fukami »,
tout le
Japon en
un monde
flottant
15
Kohei Nawa réinvente
le cycle perpétuel
avec Foam.
une sculpture
en mousse sans
cesse en expansion,
sans cesse détruite.
GRAZIELLA ANTONINI
LE FIGARO
ARTS Des poteries millénaires Jômon à la sculpture contemporaine, la saison « Japonismes
2018 » commence par une plongée dans l’esthétisme à l’Hôtel Salomon de Rothschild.
« Les Japonais sont capables de ressentir les supériorités de la nature qui transcendent les êtres humains. Plutôt que d’insister sur l’ego, ils font preuve de respect
et de révérence envers ces supériorités
[…]. Dans la littérature et l’art japonais,
on peut remarquer cette particularité appelée “l’humidité de l’âme” », écrit Paul
Claudel qui fut ambassadeur au Japon
dans les années 1920. C’est cette belle
phrase qu’a choisie Hiroyasu Ando, président de la Fondation du Japon, pour
préparer l’œil des visiteurs de « Fukami », odyssée express qui se déroule
pourtant hors du temps et de toute précipitation. Le son pur du gong de Ryohei
Miyata leur ouvre ce monde des « âmes
en résonance » et leur offre un « espace
purifié d’où sont chassés les mauvais
esprits ».
L’Atrium, jadis lieu des bals et festivités, est désormais un tapis volatil de pigments minéraux de la peinture japonaise, tout en fleurs et volutes. L’artiste
Shinji Ohmaki, né en 1971, utilise cette
matière fluide grâce à un pochoir et une
base en feutre blanc qui recouvre tout le
sol (Echoes Infinity). La lumière s’y pro-
mène, la fragilité de toute beauté en
émane, le résultat est aussi fascinant que
son lent protocole qui ressemble à un
humble travail au temple. On peut le voir
au ras du sol, on peut le voir du balcon où
les vitrines protègent les poteries couvertes d’épines de l’artiste Shinichi
Sawada, né en 1982 et diagnostiqué
“
Les Japonais sont
capables de ressentir
les supériorités de
la nature qui transcendent
les êtres humains
PAUL CLAUDEL
”
autiste à 4 ans. On a déjà vu de ces poignantes céramiques triturées avec minutie à La Maison rouge d’Antoine de
Galbert, mais elles renvoient ici à un
autre monde de formes.
Parce que justement les formes, comme les mots, définissent une culture,
Yuko Hasegawa met en parallèle hier et
aujourd’hui. La céramique de la période
Jômon datant d’il y a cinq mille ans, tré-
sor national le plus ancien du Japon dont
les motifs en forme de flammes sont obtenus par l’application de cordes sur
l’argile. Et les robes d’extraterrestres du
styliste Kunihiko Morinaga qui oublient
la forme du corps. La transformation de
la matière par la laque donne des chefsd’œuvre au XIXe avec Shibata Zeshin, et
des réinterprétations en acrylique iridescente sur bois et huile sur panneau de
la jeune Française Anne-Laure Sacriste.
La sensation invoquée compte autant
que la couleur, que le rapport à l’espace.
L’esthétique de la disparition est liée,
au Japon, à la fois à l’esthétique du dépouillement dans la culture zen et au
choc abyssal de la bombe H (en vidéo, la
Dance du maître du Butô, Min Tanaka,
dans l’Oil Pool gluante et noire de Noriyuki Haraguchi). La plus spectaculaire
des œuvres reste l’installation en ardoises
de Lee Ufan, Coréen de naissance mais
Japonais d’éducation, d’atelier et de projection, qui couvre toute la pièce d’apparat, comme un jardin de pierre. Son Relatum Dwelling (2) reprend le principe de
son installation au Couvent de la Tourette, à Éveux (69), lors de la dernière Bien-
nale de Lyon en 2017. Mais ici, elle acquiert une note plus grave, parmi ses
pairs. Les célèbres marines d’Hiroshi Sugimoto sont soudain beaucoup plus proches du néant que de la paisible perspective infinie, chère aux grands
collectionneurs d’art contemporain.
De Gauguin à Hokusai, on apprend à
lire les « images du mode flottant ». Il efface jusqu’aux limites du réel, comme le
ballet magnifique du danseur japonais Mirai Moriyama avec Alter, le robot qui reproduit ses gestes et grogne comme un tigre (Co(AI)xistence, vidéo). L’artiste
française Justine Emard, née en 1987,
transforme cette « dimension intuitive » en
une chorégraphie incroyablement touchante. Juste en dessous, Kohei Nawa,
l’artiste qui a posé un trône vide en or sous
la Pyramide du Louvre, réinvente l’idée
du cycle perpétuel avec une sculpture en
mousse sans cesse en expansion, sans cesse détruite (Foam). La lumière bleue
transperce l’obscurité de ce sous-sol et
invite le visiteur sur une autre planète. ■
« Fukami, Une plongée dans l’esthétique
japonaise », à l’Hôtel Salomon de Rothschild
(Paris VIIIe), jusqu’au 21 août.
Ces Lectures sous l’arbre qui dépaysent tant
UN JOUR UN FESTIVAL Entre Haute-Loire et Ardèche, ces rencontres savoureuses ont cet été l’Iran en invité d’honneur.
I
l fallait oser. Il fallait oser, sur ce
haut plateau granitique, à plus de
mille mètres d’altitude, loin de
toute grande ville, un jour poser ses
bagages pour fonder une maison
d’édition. Ils étaient deux, Jean-François Manier et Martine Mellinette. On
était en 1980. Ils étaient jeunes enseignants. Ils rêvaient de beaux ouvrages.
De belle ouvrage. Ils s’installèrent dans
une ancienne école. Au lieu-dit « Cheyne ». Trente-huit ans plus tard, les éditions Cheyne publient toujours des livres
qui sont des objets de délectation : des
textes originaux, de la poésie, mais pas
seulement, une typographie au plomb,
magnifique, sur du papier superbe.
Des voix uniques
C’est en 1992, alors que la maison d’édition avait trouvé sa place et déjà reçu de
nombreux prix, que furent lancées les
Lectures sous l’arbre. Un concept simple : un lecteur, une lectrice, qui partage
à haute voix avec un public divers et fraternel dans une sorte d’intimité. Avec le
temps, la manifestation s’est étendue sur
l’ensemble du plateau Vivarais-Lignon,
entre Haute-Loire et Ardèche, sans rien
perdre de son originalité et sans sacrifier
cette proximité entre comédiens, écrivains, public, qui en fait la sève. On a entendu, dans ces paysages bucoliques que
la belle saison exalte des voix uniques, de
Jean-Louis Trintignant à Didier Sandre
ou Denis Lavant, présent cette année encore. On a découvert des univers d’écriture. Parfois, les auteurs eux-mêmes lisent leurs textes. Qu’ils appartiennent à
la maison Cheyne, ou qu’ils viennent de
lointains horizons.
Car, depuis quelques saisons, les Lectures sous l’arbre mettent en valeur les
poètes, les écrivains d’un pays. Cet été,
c’est l’Iran qui est à l’honneur et, à
Ce festival pas comme les autres propose aussi des promenades. Le plateau,
autour du Chambon-sur-Lignon, a été
un haut lieu de la Résistance. Des écrivains ont séjourné là et l’on peut, par
exemple, aller sur les traces de Francis
Ponge ou d’Albert Camus. Dans ce beau
pays, bien sûr les nourritures terrestres
ont elles aussi leur place et les lieux accueillants ne manquent pas pour partager. Comment résister ? ■
Lectures sous l’arbre,
du 19 au 25 août,
sur le plateau Vivarais-Lignon.
Rens. : 04 75 30 65 06.
lectures-sous-larbre@orange.fr
l’heure où le pays est en proie à de sévères embargos, il est important de pouvoir entendre les artistes, les créateurs.
Cheyne invite aussi des confrères et,
pour sa 27e édition, c’est au tour du Castor Astral d’être présent, avec ses livres
et ses auteurs.
L’Iran, ce sont donc ses plumes, Rezâ
Sâdeghpour et ses traducteurs, Amin
Kamran-Zadeh et Franck Merger, ses
musiciens telle Shadi Fathi qui présentera poésie et musique de tradition persane. L’Iran de l’art, ce sont aussi des films
et l’on verra No Land’s Song d’Ayat Najafi, Taxi Téhéran de Jafar Panahi, entre
autres.
EN BREF
« Ohlala », que d’exploits !
Festival de Locarno :
le léopard d’or
à un film singapourien
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
P
erchée sur des talons hauts, une
fille allumée vêtue d’un pardessus court s’introduit dans la
salle. « Quel bazar ce casting, ça
va aller », promet-elle en pouffant. Mais la clown a du mal à « chauffer »
le public de l’Alhambra, à Paris, qui renoue avec le music-hall en reprenant
Ohlala, un spectacle « sexy, crazy, artistic ». Une autre brune succède à l’hurluberlu pas très subtile, un mannequin espagnol, Emy Sotomayor. Enrobée d’une
robe rouge, la belle annonce d’une voix
sensuelle un « show » de rêve, chaud
comme on n’en a jamais vu. Avant de cé-
der la place à une chanteuse séduisante,
Aurore Delplace, qui accompagne, avec
un orchestre, des numéros de cirque entrecoupés de danses.
Vingt-quatre athlètes
Avec une telle brochette, le spectateur ne
se doute pas que le spectacle va traiter de
bien et de mal, de lumière et d’obscurité,
de vertu et de vice. Il y a bien une danseuse blonde virginale et immaculée et
des êtres mystérieux aux airs menaçants,
mais ce qui fascine avant tout, ce sont les
prouesses acrobatiques des artistes. Des
bêtes de scène. Au sol et dans les airs,
dans une baignoire remplie d’eau ou à la
corde, vingt-quatre athlètes de nationalités différentes rivalisent d’exploits.
Le créateur du spectacle, Gregory Knie,
est issu du Cirque national suisse du
même nom et il a été l’assistant de Guy
Caron, l’un des fondateurs du Cirque du
soleil. Il a créé Ohlala en 2010 à Zurich.
Après la Suisse, il a affolé les adeptes de
cabarets coquins au Palais des sports, puis
aux Folies Bergère. Fort d’une nouvelle
distribution, le spectacle, dont la direction artistique a été confiée à Dominique
Roncero et les chorégraphies à Inès Vandamme, entend désormais allumer le feu
à l’Alhambra. Si les femmes ne sont pas
oubliées – certaines saynètes sont dignes
des prestations de Chippendales professionnels –, les hommes sont les plus gâtés.
Quant aux danseuses, elles ne cachent pas
grand-chose de leurs formes. ■
Certaines saynètes sont dignes
de prestations de Chippendales.
Ohlala. Sexy, crazy, artistic, à l’Alhambra
(Paris Xe), jusqu’au 30 septembre.
Loc. : 01 40 20 40 25,
www.alhambra-paris.com.
Durée : deux heures entracte compris.
GIANCARLO GORASSINI/BESTIMAGE
CABARET À l’Alhambra, à Paris, le spectacle mêle numéros de cirque
musclés et danses sensuelles. Fascinant pour ses prouesses acrobatiques.
Pour sa 71e édition, le Festival
de Locarno (Suisse) a récompensé
du léopard d’or A Land Imagined,
second film du cinéaste
singapourien Yeo Siew Hua.
Le prix spécial du jury a été
décerné à M, de la Française
Yolande Zauberman et le prix
de la mise en scène à la Chilienne
Dominga Sotomayor pour Tarde
para morir joven. Côté acteurs,
Andra Guti remporte le léopard de
la meilleure actrice pour son rôle
dans le film roumain Alice T. et Ki
Joobong celui du meilleur acteur
pour Gangbyun Hotel du Coréen
Hong Sangsoo. En revanche, La
Flor, de l’Argentin Mariano Llinas,
n’a reçu aucune récompense.
Sa durée, quatorze heures, a sans
doute rebuté le jury même si le
public lui a fait un très bon accueil.
A
ARMELLE HÉLIOT aheliot@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 13 août 2018 LE FIGARO
16
[
L’ÉTÉ DU FIGARO
À Marseillan,
dans l’Hérault,
une famille
d’ostréiculteurs
propose
une immersion
dans l’univers
du mollusque
qu’elle a créé.
Le voyage réin
venté
]
En France com
me à l’étrang
er,
qui réveillent
notre curiosité des concepts émergent
, incitent à app
le monde ave
c plus d’attenti
réhender
on… Et d’émo
Loin du touris
tion.
me consuméri
ste, ils redonne
au mot « décou
nt tout son sen
verte ». Nous
s
les avons testés
pour vous.
À la rencontre 1/5
de l’huître
rose sur l’étang
de Thau
ANNIE BARBACCIA
abarbaccia@lefigaro.fr
A
ENVOYÉE SPÉCIALE À MARSEILLAN
Marseillan
« Tourisme à expériences »
Ce printemps, le « tourisme à expériences » a passé la vitesse supérieure avec l’ouverture du Domaine Tarbouriech, sur un ancien
domaine viticole, à dix minutes de
bicyclette de la lagune. Dans ce
lieu de séjour au milieu des vignes,
l’huître règne en maître. Jusqu’au
spa, aménagé dans les cuves du
chai d’autrefois, en nouveau temple de l’« Ostréathérapie » : la
dernière trouvaille de Florent
Tarbouriech. Ce néologisme, dont
il est bien sûr l’auteur, désigne des
soins à base de nacre d’huître - le
fameux recyclage des belles coquilles, inspirés de la Chine millénaire. Une gamme de produits dédiés a été élaborée, sous la marque
exclusive Ostréalia, par le labora-
toire monégasque
Organic for Science.
Le tour du propriétaire comprend également une immense grange réhabilitée en neuf lodges
design aux toits de sagnes, les roseaux de l’étang, et meubles
conçus avec du matériel de parc à
huîtres recyclé, ainsi qu’une maison de maître. Cette folie blanche
XVIIIe à deux étages abrite quatre
chambres et suites thématisées, un
bar (à huîtres évidemment) et un
(bon) restaurant, la Folie, cuisine
sétoise à l’honneur, légumes du
potager et concert live donné en
terrasse par les cigales les soirs
d’été.
Dans la suite Nacre, blanche et
rose pâle, on se croirait dans une
coquille. Juste au-dessus, sous la
charpente apparente, on plonge
dans l’univers baroque de la suite
« Casanova ». Pourquoi lui ?
« Parce qu’il avalait deux douzaines d’huîtres par jour au petit déjeuner, renseigne Florent Tarbouriech. Les pouvoirs aphrodisiaques
qu’on leur attribue viendraient de
là… » Les chambres Jefferson et
Japon font respectivement référence au voyage sur le canal du
Midi du futur troisième président
des États-Unis, alors ambassadeur en France. Et à l’implantation de la « marée
solaire » au pays du Soleil-Levant. Enfin, il y a
aussi une grande piscine extérieure de 25 m
en eau salée. Elle miroite dans le jardin
cultivé en biodynamie. Les platesbandes sont jonchées de coquilles
d’huîtres - « ça empêche les mauvaises
herbes de pousser »,
explique Florie Tarbouriech.
Statutairement, le Domaine Tarbouriech est une
maison d’hôte avec gîtes (les
lodges). Mais combien de maisons d’hôte possèdent une table
Élevée
à la « marée
solaire » (en haut
à droite et en bas
à gauche), l’huître
rose soigne et se
déguste au Domaine
Tarbouriech (ci-dessus
et en bas à droite).
DOMAINE TARBOURIECH
Pratique
grâce à un système automatisé et
bio, alimenté à l’énergie verte des
éoliennes et des panneaux photovoltaïques. Tout à l’heure, après le
déjeuner, on embarquera sur une
barge ostréicole pour aller voir
cela de plus près, le temps d’une
mini-croisière commentée autour
des tables à huîtres roses.
ACCÈS
En voiture par l’autoroute
A9 plus la D51. En train :
gare d’Agde (15 min),
TGV depuis Paris.
En avion : aéroports
de Béziers (30 min) et
de Montpellier (40 min).
+
« Regardez cette nacre irisée, elle
est exceptionnelle, s’enthousiasme
Florent Tarbouriech en caressant
délicatement l’intérieur d’une coquille d’huître. Ça nous faisait mal
au cœur de jeter ces belles coquilles.
Nous avons décidé de les recycler. »
Nous sommes au Saint-Barth, le
comptoir de dégustation de la famille Tarbouriech sur la lagune de
Thau, à Marseillan, au lieu-dit
Montpenèdre, fief de la société familiale de conchyliculture Médithau. Le Saint-Barth est l’ancien
mas ostréicole de l’oncle Barthélémy. « Mon père a appris le métier
chez lui dans les années 1950, avant
d’ouvrir sa propre ferme, en
1962 », précise notre hôte, ostréiculteur depuis l’âge de 16 ans et
inventeur-né.
La cinquantaine fringante
aujourd’hui, il se passionne pour
le « tourisme à expériences ».
« Une sorte d’agritourisme à la
rencontre de l’huître, de ceux qui la
cultivent et de la nature qui l’entoure, précise-t-il. C’est un projet un
peu fou, mais j’ai la chance d’avoir
une bonne équipe, une affaire bien
structurée et des enfants travailleurs. Mon fils Romain dirige
l’entreprise de conchyliculture et
ma fille Florie est en charge du
marketing de la diversification de
nos activités, inaugurée il y a quelques années avec le Saint-Barth. »
C’est un endroit magique au
bord de l’étang, ici parfaitement
cadré entre le mont Saint-Clair de
Sète à gauche, le cap d’Agde à
droite et le trait clair du lido, tiré à
l’horizon entre la mer et l’étang.
Jusqu’à l’an dernier, on n’y faisait
escale qu’à la belle saison, sur la
terrasse de bois ou les plateformes-salon amarrées au ponton.
Mais depuis cet hiver, l’intérieur
est chauffé et protégé des vents
languedociens par des baies vitrées. On peut désormais s’offrir
toute l’année un festin de moules
et d’huîtres, des Bouzigues évidemment, mais surtout des « spéciales Tarbouriech » ou « huîtres
roses », celles à la coquille de nacre irisée. Les chefs étoilés se les
arrachent. Uniques en Méditerranée, ces belles roses ont aussi un
corps charnu à souhait, entretenu
par de longues séances quotidiennes de musculation au soleil,
douze à vingt-quatre heures hors de l’eau pour les
adultes, quatre à six
heures pour le naissain.
Cet
exercice,
imposé naturellement aux cousines de l’Atlantique par la marée
basse, est ici recréé par « la
marée solaire »,
une
invention
brevetée en 2006,
le coup de génie de
Florent
Tarbouriech. Puisque la mer
ne descend pas, on
fait monter les huîtres.
Les cordes (auxquelles elles sont traditionnellement
fixées) sont hissées à l’air libre
SÉJOUR
Domaine Tarbouriech,
259 € à 465 € la suite,
199 € à 355 € la
chambre, 189 € à 315 €
le lodge ou 229 € à 405 €
avec deux chambres.
Vélos à disposition.
Fermé trois semaines
en janvier.
Tél. : 04 48 14 00 30
et www.domainetarbouriech.fr
RESTAURANT
À la Folie, ouverte
à la clientèle extérieure,
environ 60 € le dîner,
hors boissons.
OSTRÉATHÉRAPIE
La totale, corps et visage,
125 min et 230 €.
Spa ouvert à l’extérieur.
DÉGUSTATION
Au Saint-Barth, huîtres
« spéciales Tarbouriech »,
2,30 € à 3 € l’unité.
Tél. : 04 99 43 97 58 et
www.lestbarth.com
BALADE
En barge ostréicole,
tous les jours à 15 heures,
de juillet à la fin
septembre, 15 € ou 20 €
avec dégustation.
semi-gastronomique, dont le chef,
Nicolas Leseurre, a fait ses classes
chez Banctel et Robuchon ? Et
combien sont dirigées par un couple professionnel de l’hôtellerie de
luxe ? Passés, entre autres, par la
Réserve de Ramatuelle, Julie et Flavien Malves ont été engagés ici
comme « maîtres de maison ». Ils
résident à demeure. « Demeure
privée », c’est d’ailleurs la dénomination choisie par la famille pour
leur belle adresse à laquelle, bien
qu’elle ne soit pas un hôtel, les Relais & Châteaux et les Small Luxury
Hotels font déjà les yeux doux…
« Ce bébé à 10 millions d’euros ne
serait jamais né sans les moules, notre production principale, quelque
5 000 tonnes l’an dernier, contre
150 tonnes d’huîtres roses seulement », révèle Florent Tarbouriech.
Les moules nourricières ont
été délocalisées à Frontignan à « l’Usine »,
une construction
ultramoderne
où visites et dégustations
sont annoncées pour
2019.
« Nous
cherchons
aussi à développer des
produits de
soins à base de
byssus, la barbe
de la moule,
ajoute Florie Tarbouriech. L’idée, c’est
de fonctionner en économie circulaire et de valoriser
nos déchets. » Retour à Montpenèdre, chez Médithau, où l’espace libéré par les moules accueillera
bientôt les ateliers de micronisation
et d’extraction de nacre des coquilles d’huîtres. Encore une « expérience » que cette transformation
de la matière à laquelle on pourra
assister. ■
RETROUVEZ DEMAIN:
Santa Cristina,
l’île mystérieuse
au large de Venise
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lundi 13 août 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
avec justification d’identité
M. et Mme Carlo Revelli,
M. et Mme Stanislas Droin,
ses enfants,
par téléphone
Ariane, Luigi, Olimpia,
Adèle et Octave,
ses petits-enfants,
par télécopie
M. et Mme
Emmanuel Bardinet,
M. et Mme Franck Allard,
ses sœurs et ses beaux-frères,
01 56 52 27 27
01 56 52 20 90
par courriel
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en nos bureaux
14 boulevard Haussmann,
75009 Paris,
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Réduction à nos abonnés :
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deuils
Aurélie Stutz,
Marc-Antoine Couwez,
Constance et Aurélien Hugon,
ses enfants,
ses 9 petits-enfants
et toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part
du décès soudain de
Marie-Sylvie BORDAGE
survenu le 8 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 14 août, à 10 heures,
en l'église Sainte-Cécile,
à Boulogne-Billancourt.
La crémation aura lieu
dans l'intimité familiale.
Philippe Burgeat,
son époux,
Rémi et Béatrice,
ses enfants,
Laurent et Loïc,
ses beaux-enfants,
Louise et Alban,
ses petits-enfants,
sa famille et ses amis
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
Marie-France BURGEAT
née Moynot,
le samedi 11 août 2018,
dans sa 82e année.
Une cérémonie religieuse
aura lieu en l'église
Saint-Benoît de Castres (Tarn),
le vendredi 17 août, à 11 heures.
Philippe Burgeat,
42, rue Péraudel,
81100 Castres.
ses neveux, ses nièces,
ses cousins, ses cousines
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Olivier DROIN
survenu le 11 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 16 août, à 15 heures,
en l'église Sainte-Eulalie,
à Bordeaux.
Ses filles,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
et toute sa famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Bernard DUMONT
ancien directeur de recherche
à l'Institut national
de la recherche agronomique
(INRA),
Amiens.
Véronique
Hémard-Saint-Omer,
son épouse,
Christophe et Marielle Hémard,
Stéphanie et José Lesparre,
Hervé (†), Thibault (†),
ses enfants,
Victor, Maxime, Marie,
Fanny, Mali,
ses petits-enfants,
toute sa famille
vous font part du décès de
Patrice HÉMARD
à l'âge de 77 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mardi 14 août 2018,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Martin d'Amiens.
46, rue Cozette, 80000 Amiens.
Marguerite Lanfry,
née Roy, son épouse,
Anne et Christophe Héry,
Benoît et Ombeline Lanfry,
Benjamin et Clémence Lanfry,
ses enfants,
Constance,
Augustin, Arthur, Mayeul,
Maÿlis,
Baptiste et Romane,
ses petits-enfants,
survenu le 6 août 2018,
dans sa 92e année.
les familles Lanfry, Carment
et Prévost
L'inhumation a eu lieu dans
la stricte intimité familiale,
au cimetière du Montparnasse,
Paris (14e).
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Famille Dumont,
14, rue Etienne-Marcel,
75002 Paris.
Rully. Chalon-sur-Saône.
On nous prie d'annoncer
le décès de
François LANFRY
le 10 août 2018,
dans sa 78e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 14 août 2018, à 15 h 30,
en l'église Saint-Maclou,
à Rouen.
M. Michel DUPUIS HEITCHLIN
survenu le 8 août 2018, muni
des sacrements de l'Église.
De la part de
Mlle Janine Dupuis Heitchlin,
Mlle Françoise
Dupuis Heitchlin,
les familles Krieger et Pflieger.
17
Il a plu au Seigneur
de rappeler à lui Son Serviteur
Régis
MORTEMARD de BOISSE
à l'âge de 87 ans, muni
des sacrements de l'Église,
le 10 août 2018.
Bertrand et Elisabeth Leclerc,
Jean-Marc Leclerc,
Laurent Leclerc,
ses enfants,
survenu le 10 août 2018,
à l'âge de 83 ans, des suites
d'une longue maladie.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 14 août 2018,
à 10 h 30, en l'église
de Dingé (Ille-et-Vilaine).
Mme Philippe GURAN
le 9 août 2018, à Vienne (Isère),
à l'âge de 93 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mardi 14 août,
à 11 heures, en la cathédrale
Saint-Maurice de Vienne.
L'inhumation se fera
au cimetière des Gonards,
19, rue de la Porte-de-Buc,
à Versailles,
le jeudi 16 août, à 11 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
L'Aigle (Orne).
M. et Mme
Denys Roth le Gentil,
son frère et sa belle-sœur,
Charles-Alexandre, Diane
Roth le Gentil,
ses neveu et nièce,
Annonay, Vanosc (Ardèche).
M. et Mme Bertrand Dubois,
M. François Beau
et Mme Marie-Joëlle Levesque,
M. et Mme
Charles-Emmanuel Beau,
le baron et la baronne
Ithier d'Avout,
M. Maurice Roth le Gentil,
ses cousins, et leurs enfants
Sophie et François Caquelin,
Catherine et Jean-Michel
Allirand,
Guillemette et Vincent
de Gaudemar,
ses enfants et leurs conjoints,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
M. Philippe ROTH le GENTIL
le 9 août 2018, à l'âge de 67 ans.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
le 9 août 2018, à l'âge de 92 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi 14 août,
à 14 heures, en l'église
Saint-François, à Annonay,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Vanosc.
Mme Bruno Pouradier Duteil,
née Noëlle Elisabeth Holley,
son épouse,
née Claude Lépine,
7, avenue Georges-Pompidou,
92150 Suresnes.
Mme Guy
du Peloux de Saint-Romain,
née Chantal de Canson,
son épouse,
La Tronche (Isère).
ont la tristesse
de vous faire part
du retour à Dieu de
Cet avis tient lieu de faire-part.
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. et Mme Marc Dulauroy,
M. Pascal Guran
et Mme Christine Gaudemer,
M. et Mme Jérôme Guichard,
M. Didier Guran (†),
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
Neuilly-sur-Seine
(Hauts-de-Seine).
Eliane Oswald
et sa famille
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Bernard OSWALD
délégué de la promotion 47
de l'École centrale Paris,
survenu le 9 août 2018.
commandeur
de la Légion d'honneur.
Il rejoint son épouse
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 14 août, à 9 h 45,
en l'église Saint-Flavien
de Toulon, suivie
de l'inhumation au cimetière
Lagoubran, à Toulon.
frère Grégoire
Mortemard de Boisse, o.s.b.,
Anne Mézin,
Xavier et Béatrice
Mortemard de Boisse,
Antoine et Hélène
Picard d'Estelan,
Bertrand et Alexandrine
Mortemard de Boisse,
l'abbé Arnaud
Mortemard de Boisse,
ses enfants,
et non à 10 h 30,
en l'église de Rully, comme
annoncé dans notre édition
du samedi 11 août,
Marcel LECLERC
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi 14 août,
à 15 heures, en l'église
Saint-Martin de L'Aigle,
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial,
à Hellenvilliers (Eure).
La baronne Gérard de Seroux,
ses enfants et petits-enfants
vous font part du décès du
baron Gérard de SEROUX
le 8 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce lundi 13 août, à 10 heures,
en l'église de Saint-Canadet,
au Puy-Sainte-Réparade.
Béatrice et Martial Journet,
Fabien Pouradier Duteil,
ses enfants,
Sophie et Benoît Deswarte,
Jean et Véronique Voruz,
Caroline et Eric Lecoquierre,
Béatrice et Thierry Beaulieu,
Philippe Voruz,
Jacques et Benjamine Voruz,
frère Olivier Voruz,
ses enfants,
Aurélien et Charles-Antoine,
ses petits-enfants,
parents et amis
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Bruno POURADIER DUTEIL
architecte DPLG,
architecte
des bâtiments de France
grand prix de Rome,
survenu le 8 août 2018,
à La Tronche.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-du-Rosaire,
à La Tronche (Isère),
le mardi 14 août, à 11 heures.
Condoléances sur registre.
L'inhumation se tiendra au
cimetière d'Etables-sur-Mer
(Côtes-d'Armor),
le jeudi 16 août, à 11 heures,
dans l'intimité familiale.
12, rue Boileau,
38700 La Tronche.
Heidi Morawetz,
des couleurs de Bourdin
au noir de Chanel
née d'Herbès,
décédée le 15 septembre 1985.
Mme Régis
Mortemard de Boisse,
née Madeleine
de Salvaing de Boissieu,
son épouse,
ainsi que toute sa famille
préfet honoraire,
ancien directeur
de l'Inspection générale
de la police nationale,
ancien chef
de la brigade criminelle
et de la brigade antigang
de Paris,
médecin-général inspecteur
René PONCY
disparition
Christiane
De la part de
Laurence, Anne-Sophie, Emilie,
Julien, Pauline Leclerc,
ses petits-enfants,
Ni fleurs ni couronnes.
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu du
La messe d'obsèques
sera célébrée en l'église
de Beire-le-Châtel (Côte-d'Or),
le mardi 14 août 2018, à 9 h 30,
suivie de l'inhumation.
La messe d'obsèques
sera célébrée
le mardi 14 août, à 10 heures,
en l'église Saint-Pierre
de Chalon-sur-Saône,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Rully.
Lauriane, Olivier, Guillaume,
Frédéric,
Clémence, Constance,
ses petits-enfants,
M. Guy du PELOUX
de SAINT-ROMAIN
Janine Leclerc,
son épouse,
M. et Mme Xavier Debats,
M. et Mme Laurent Meillet,
ses enfants,
ses seize petits-enfants
et leurs conjoints,
ses deux arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
général (2S) VORUZ
le jeudi 9 août 2018,
dans sa 84e année.
La messe sera célébrée
le mardi 14 août, à 10 heures,
en l'église de Barbizon,
suivie de l'inhumation
dans le caveau de famille.
François a rejoint
sa chère épouse Bernadette,
pour l'éternité.
Une messe en leur mémoire
sera célébrée ultérieurement.
6, rue Diaz, 77630 Barbizon.
Les coulisses
du Carnet du jour
du Figaro
Retrouvez ceux
qui le réalisent
et ceux qui le lisent
sur
http://carnetdujour.lefigaro.fr/
Heidi Morawetz, décédée jeudi 9 août à l’âge de 79 ans,
était la maquilleuse des plus belles images du photographe
des années 1970-1980 Guy Bourdin. KARL LAGERFELD
VALÉRIE GUÉDON
vguedon@lefigaro.fr
Les photos emblématiques
de Guy Bourdin auraientelles été les mêmes sans
Heidi Morawetz ? Décédée
jeudi 9 août à l’âge de
79 ans, elle était la maquilleuse des plus belles
images du photographe des
années 1970-1980. Le blush
en oblique, les accords pop
sur les paupières, les ongles
vernis de rouge vibrant, la
bouche fardée de fuchsia
intense, c’était elle. Elle qui
a illuminé la beauté érotique de cette bourgeoise
délurée, habillée en Saint
Laurent et chaussée par
Charles Jourdan, emblématique du style Bourdin
et de ces années-là.
Née en 1939, l’Autrichienne débarque à Paris
au milieu des années 1960.
Elle a 25 ans et, en poche,
un diplôme de l’École des
arts appliqués et de l’École
de stylisme de Vienne.
Heidi rencontre Bourdin
par l’entremise de son
amie d’enfance, le mannequin Sybille Dallmer. C’est
une époque où nul n’a besoin d’être spécialisé, seule
la passion suffit.
« Photoshop
n’existait pas »
« Un jour qu’il venait de virer son maquilleur sur une
séance, il m’a dit : “Vous
savez
dessiner.
Vous
connaissez les couleurs.
Vous n’avez qu’à réaliser ce
maquillage” », se racontait-elle au Figaro en 2011.
« Comme il avait des lumières très fortes, travaillait au
flash et qu’il détestait la
peau jaune, on devait maquiller parfaitement la figure mais aussi couvrir le
corps entier. Il fallait en
mettre des couches sans
laisser de traces, réaliser
des bouches impeccables
parce qu’il contrôlait les détails à la loupe sur les films.
C’était un maître de la lumière qui savait parfaitement estomper les défauts.
À l’époque, Photoshop
n’existait pas. »
En 1970, elle signe avec
le photographe sa première
série de clichés publiée
dans l’édition française du
Vogue. Elle travaille dès
lors avec les plus grands,
Sarah Moon, David Bailey,
Helmut Newton et Richard
Avedon entre autres. En
1978, repérée par Yves
Saint Laurent, elle développe la toute première
collection de fards YSL. En
1980, elle intègre la maison
Chanel sous la direction de
Dominique Moncourtois.
Classicisme
et esprit frondeur
Pendant trente ans, la ravissante Autrichienne au
regard azur et au minois de
chat importe la couleur rue
Cambon, le blanc (de Chanel) et surtout, le « Rouge
Noir 18 ». Un grenat inspiré de « l’intérieur d’une cerise noire », une teinte
sombre - très sombre
même – que Mademoiselle
confiait adorer en 1926
dans les colonnes du Vogue
US. En 1995, la make-up
artist intègre la référence
au sein d’une ligne de laques plus conventionnelles
de roses et de beiges. Coup
de génie.
Madonna arbore la manucure dark dans le clip
vidéo de Take a Bow et
Uma Thurman pour son
personnage de Mia dans
Pulp Fiction… Le phénomène est lancé : le Rouge Noir
devient un succès de rue,
les filles se l’arrachent. Déclinée sur les lèvres, la
nuance, sur fond de grunge, devient le porte-étendard de « l’héroïne chic ».
« Associés à son complice Dominique Moncourtois,
son talent créatif et son
sens inné de la couleur ont
définitivement permis à
Chanel d’être la marque de
maquillage la plus désirée
dans le monde depuis trente
ans », saluait Christine
Dagousset, la présidente
de Chanel Parfums Beauté.
Garante de l’esprit Chanel, mélange de classicisme et d’esprit frondeur,
elle le transmet en 2008 à
son successeur, le Belge
Peter Philips. Le maquilleur belge aujourd’hui
chez Dior rendait hommage sur son compte Instagram à la mémoire de son
mentor à l’instar de nombreuses personnalités de
la mode. ■
LECARNETDUJOUR
est ouvert du lundi au vendredi de 9 h à 13 h et de 14 h à 18 h,
les dimanches et jours fériés de 9 h à 13 h (excepté les
15 août, 25 décembre, 1er janvier, 1er mai).
Vos annonces doivent nous parvenir avant
16 h 30 pour toutes nos éditions du lendemain,
avant 13 h les dimanches et jours fériés.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 13 août 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
18
« Crime Time » : un nouveau
Tony Soprano à Sao Paulo
JULIA BAUDIN £@baudinj
ET CONSTANCE JAMET£@constancejamet
D
e l’aventure éphémère
Studio +, la plateforme du
groupe Canal dédiée à la
production de webséries
qui va disparaître à la rentrée deux ans après sa création, Crime
Time est sa plus belle réussite. La chaîne cryptée profite de la trêve estivale
pour dévoiler une version série de ce
thriller lusophone se déroulant dans
les favelas et les beaux quartiers de la
mégalopole brésilienne Sao Paulo. Les
trois saisons de dix épisodes de 10 minutes ont été remontées en quatre épisodes de 45 minutes où les fusillades et
les expéditions punitives sont légion.
Ce nouveau format a su conserver la
+@
SUR LE WEB
vitalité de ce récit hyperviolent, filmé
caméra à l’épaule ou en Caméscope façon Projet Blair Witch.
Héros machiavélien
Éternel loser, petit flic sans grade
ayant grandi dans les bidonvilles, Antonio Padaratz (Augusto Madeira)
s’étiole dans son couple et au fil des
patrouilles qu’il effectue avec son ami
d’enfance Adriano Gantas (Erico Bras).
La chance tourne quand le présentateur d’une émission de faits divers
l’encourage à filmer les scènes de crime qu’il sécurise contre des juteux
paiements. Dès lors plus rien n’arrêtera l’ascension de
« Tony », y compris le
prix du sang.
Confirmant que la
○○○¡
réalité dépasse sou-
vent la fiction, les créateurs français
de Crime Time – Aurélien Molas (Maroni), Valentine Milville et José Caltagirone (Speakerine) – se sont inspirés
du destin de Wallace Souza qui a défrayé la chronique au Brésil à la fin
des années 2000. Cet ancien policier,
devenu présentateur vedette puis député, est soupçonné d’avoir commandité des meurtres pour doper
l’audience de son émission. Ses reporters arrivaient systématiquement
sur les lieux des crimes avant les forces de l’ordre.
Revendiquant ses références à Scarface et aux Soprano, dont les protagonistes
partagent
le
même surnom « Tony »
que le héros machiavélien de Crime Time, la
série fait aussi penser à
21.00
22H22/JOHN DOE PRODUCTION
Inspirée d’une histoire vraie, cette websérie de Canal + remontée en feuilleton
montre un petit flic qui dérape quand il se met à filmer les scènes de crime.
Le personnage principal de la série, Antonio Padaratz (Augusto Madeira), évoque
Wallace Souza, qui a défrayé la chronique au Brésil à la fin des années 2000.
Globo ne souhaitent pas que l’on voie »,
explique au Figaro Aurélien Molas.
Le tournage digne d’un « rodéo » a
été un tour de force. Il a fallu « éviter
les embrouilles avec les locaux. Avoir
toujours du cash dans ses poches. Réécrire des scènes à l’arrache assis sur le
bord d’un trottoir », se souvient le scénariste. Des efforts qui ont payé : Crime
Time a été nommé aux International
Emmy Awards et a reçu en 2017 le Fipa
du meilleur scénario. ■
Night Call pour la fascination voyeuriste que procurent les vidéos de ces
crimes. Sans oublier Narcos et le film
culte La Cité de Dieu de Fernando Meirelles dans sa description crue de la
corruption des élites, de la pauvreté
qui gangrènent le Brésil. « Fallait-il
rendre la société que nous explorons
plus propre ou plus lisse qu’elle ne l’est
ou pas ? Crime Time est tiré d’une histoire vraie, nous avons décrit un pays
que les grands médias locaux comme
» Michel Drucker et Laurent Ruquier, têtes d’affiche du dimanche sur France 2 à partir du 26 août » Le Japon vu par Gérard Depardieu sur Arte www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE St-Hippolyte
Soleil : Lever 06h41 - Coucher 21h09 - Premier croissant de Lune
18.15 Bienvenue chez nous. Jeu 19.20
Demain nous appartient 20.00 Le
20h 20.50 Nos chers voisins
18.40 N’oubliez pas les paroles !
Jeu 20.00 20 heures 20.50 Parents
mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Dounia Coesens.
21.00
20.55
20.55
Série. Comédie
Série. Policière
Film. Western
18.45 La villa : la bataille des couples.
Téléréalité 19.40 Suburgatory
21.00 Appels d’urgence
Mag. 2h00. Pompiers de Paris : les
nouveaux héros de la capitale. Ils
sont toujours prêts à l’action autant
qu’à rendre service - Urgences à
Montpellier : le Samu sous tension.
MATIN
17
30
16
15
18
18
30
Fra. Saison 16. Avec Mimie Mathy,
Alexandre Brasseur. Carpe diem.
Joséphine doit venir en aide à François, propriétaire d’un petit salon de
coiffure, qui déprime.
22.50 New York, unité spéciale
Série. Choisir son camp... - Mentir ou
mourir - La balade sanglante.
Motive :
le mobile du crime
Can. Saison 1. Avec Kristin Lehman,
Louis Ferreira, B. Penny. 2 épisodes.
Inédits. Jack Bergin, ambassadeur
d’une cuisine équilibrée, est retrouvé
mort dans sa salle de bains.
22.20 Motive : le mobile du crime
Série. 3 épisodes 0.40 Mensonges.
Série 2.50 13h15, le samedi...
Il était une fois
dans l’Ouest
Ital-EU. 1968. Réal. : Sergio Leone.
2h24. Avec Henry Fonda, Charles
Bronson. Dans une petite ville du
Far West, un joueur d’harmonica
cherche à se venger d’un tueur.
23.45 Soir 3 0.15 Une histoire italienne Documentaire. Inédit 1.15 On
refait le sketch ! Divertissement.
17
Film TV. Comédie. Fra. 2013. Réal. :
Gérard Jourd’hui. 1h30. Avec Christian Clavier, Marie-Anne Chazel. Une
famille bourgeoise se déchire le jour
où le père déçoit la fille.
22.25 C dans l’air 23.25 Avis de sorties 23.45 Au bout c’est la mer
20.00 Rendez-vous avec Kevin
Razy (C) 20.25 Groland le Zapoï (C)
20.55 Catherine et Liliane (C)
19.00 Étrange Tasmanie 19.45 Arte
journal 20.05 28 minutes. Magazine
20.45 La minute vieille. Série.
18.45 Chasseurs d’appart’. Jeu. Présentation : Stéphane Plaza 19.45 Le
19.45 20.25 En famille. Série.
21.00
20.50
21.00
20
Série. Thriller
Film. Aventures
Film. Comédie
20
22
24
18
23
25
20
24
80
25
APRÈS-MIDI
23
30
23
18
24
25
24
30
26
22.45 Crimes spécial. Magazine 0.40
Crimes dans le Lyonnais. Magazine.
21
25
25
24
25
29
27
30
26
30
29
27
29
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23
24
24
23
22
23
20.55 Crimes en bord de Loire
Magazine. Société. 1h50. «La cavale
du meurtrier de Sophie». En avril
2007, Sophie, 23 ans, ne rentre
pas du travail - «Le meurtre du bar
tabac» - «Le violeur au scooter».
21
18
23
19.25 Les incroyables aventures de
Nabilla et Thomas en Australie
17
18
20
20.55 Le bœuf clandestin
17
18
17
19.00 Silence, ça pousse ! 20.00
Miracles de la mousson 20.50 Vu
19
17
18
17
16
17
17
18
17
23.00 Appels d’urgence. Magazine.
Pompiers de Marseille : des héros…
Joséphine,
ange gardien
17
29
29
29
80
31
19.10 Les maîtres de la construction.
Téléréalité. Ruée vers le bois.
Crime Time
Fra. Saison 1. Avec Sabrina Greve,
Augusto Madeira, Érico Brás, Antonio Saboia. 2 épisodes. Inédits. La
vie d’un flic désabusé bascule le jour
où il filme une scène de crime pour
un journaliste.
22.25 21 cm Magazine. Inédit. Invité : Enki Bilal 23.20 Une suite qui
dérange : le temps de l’action. Film.
Les aventuriers
Fra-Ital. 1966. Réal. : Robert Enrico.
1h30. Avec Alain Delon, Lino Ventura, Joanna Shimkus, Serge Reggiani. Deux amis décident de partir
à la recherche d’un trésor disparu
au large du Congo.
22.40 Kamikaze 1989 Film. Drame
0.25 Seules dans les montagnes du
Yunnan 1.40 Arte journal
Tout ce qui brille
Fra. 2009. Réal. : Géraldine Nakache,
Hervé Mimran. 1h50. Avec Leïla
Bekhti, Géraldine Nakache, V. Ledoyen. Lila et Ely vivent à Puteaux,
de l’autre côté du pont à dix minutes
des beaux quartiers de Paris.
22.50 La robe de ma vie Diver-
30
T (en °c)
20.50 Australie Express
Téléréalité. 1h40. Rencontre dangereuse. Inédit. La vieille locomotive à
vapeur The Snow Train est la cible
d’une attaque de la part de vandales.
- Timing serré. Inédit.
22.30 Australie Express. Téléréalité.
Locomotive Vintage.
tissement. Présentation : Cristina
Cordula. 1.45 Legends. Série.
<-10 à 0
18.55 Les rois de la réno. Téléréalité.
Vue sur mer - Sans queue ni tête.
18.55 Alerte Cobra. Série. L’équipe
B - Les fantômes du passé.
21.00 Itinéraire d’un enfant gâté
A
Film. Comédie. Fra. 1988. Réal. :
Claude Lelouch. 2h01. Avec JeanPaul Belmondo. Lassé de ses responsabilités, Sam Lion, un entrepreneur, part seul en mer et disparaît.
23.20 Belmondo par Belmondo. Documentaire 1.15 90’ enquêtes
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55 La petite histoire de France
21.00 The Chase :
toujours plus vite
19.00 Couple ou pas couple ? Jeu.
Présentation : Jean-Luc Lemoine.
21.00 Ali Baba et les 40 voleurs
Film. Action. Esp. 2013. Réal. : Daniel
Calparsoro. 1h39. Inédit. Avec Adriana Ugarte. Sur le point de se marier,
Mikel voit sa vie bouleversée.
Film. Comédie. Fra. 1954. Réal. :
Jacques Becker. 1h30. Avec Fernandel, Samia Gamal, Dieter Borsche. Ali
Baba découvre par hasard un repaire
secret, rempli de trésors.
22.50 Fast Track : vitesse infernale.
Film TV. Action. Avec Erin Cahill.
22.30 L’homme à la Buick. Film. Comédie. Avec Fernandel.
MARDI
22.30 Kaamelott. Série. Avec
Alexandre Astier, Lionnel Astier.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
21/29
15/25
18/27
16/27
16/20
16/29
16/30
24/32
20/31
22/34
18/25
16/31
28/36
JEUDI
16/26
15/23
17/24
18/22
21/32
18/23
13/19
24/34
24/33
MERCREDI
16/23
16/21
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
15/22
21.00 Kaamelott
Série. Comédie. Fra. 2005. Saison 1.
Avec Alexandre Astier, Lionnel
Astier. Ve siècle. Le royaume de
Kaamelott s’organise autour du roi
Arthur à la recherche du Saint Graal.
29/35
25/29
16/27
16/22
15/22
22/32
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
17/29
18/29
18/28
21/30
23/30
lachainemeteo.com
par téléphone :
2,99 €/appel
LIVE 24/24 SUR
et sur
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lundi 13 août 2018
LE FIGARO
JEUX D'ÉTÉ
19
TAKUZU
sU Do KU
En partant des chiffres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chiffres de 1 à 9.
FAcile
grille 565
0
1
0
0
0
0
1
0
1
1
0
1
0
0
0
0
0
0
1
0
0
0
grille
2619
FAcile
grille
2 6 8
7 5
7 4 9 5
3
6 3
4 9
3
7 8
8
7 2 6
4
6 1
9
2 5
7 9
7
5 4 1 9
5 3
1 2 6
moTs fléchés N° 2048
HISTOIRES
DRÔLES
ÉLÉVATION
DE TERRAIN
CLASSAI
BAGNOLE
ARTICLE
QUI EST
AFFICHÉ
ADMINISTRATRICES
DES MOTS,
RIEN QUE
DES MOTS
DANS LA
PEINE
VASTE
ÉTENDUE
PASSAGE
DE FIL EN
AIGUILLE
2
3
3
ARGENT
BULGARE
IL APPORTE
SON GRAIN
À TABLE
GRATIN
QUI
DÉMARRE
VITE
PAS MÛRS
REFLÈTE
TRANSPERCERA
DAME AU
PARADIS
BERCEAU
DE
BRASSENS
3,14...
MANQUE
D’ESPACE
ON LA
GLISSE
SOUS LES
DRAPS
LE PREMIER
ARRIVÉ
NOM D’UN
TSAR
BÊCHE AU
JARDIN
SAPEURPOMPIER
CONTINENT
DE LA CHINE
PRONOM
DENSE DU
VENTRE
PETIT
INTIME
QUI N’EST
PLUS À
APPRENDRE
POURSUIVRE AU
TRIBUNAL
PROBLÈME N° 4803
HORIZONTALEMENT
1. Récit allégorique dans le Nouveau
Testament. - 2. Dissiper le brouillard.
- 3. Il assure la synthèse des protéines.
- 4. Ministre musulman. Desservi. - 5.
Quartier de Genève. Regorge d’attraits.
- 6. Mauvaise langue. Petite pièce
polyphonique à l’église. - 7. Il plantait la
tente dans les canyons. Attentat devant
sa Majesté. - 8. N’ont pas connu une fin
heureuse. - 9. Il entre dans la composition
d’un caoutchouc synthétique. Dans l’entreprise ou à l’école. - 10. Un disque bien
en vue. Son dans le coup. - 11. S’écoule de
Northampton à Peterborough et inversement. Enlèvement non demandé. - 12.
Inconditionnels du plus-que-parfait.
VERTICALEMENT
1. Vit au bord de son Isle. - 2. Pour des
œuvres de simple subsistance. - 3. Petite
faveur ou grand honneur. Feu. - 4. Petit
bateau à quai. Dans ses cours, il y a toujours un caïman. - 5. Demande pressante
d’assistance. Regelée en pente. Note.
- 6. Groupe de demoiselles. Cas de nullité.
- 7. Ombres errantes qui venaient tourmenter les Romains la nuit. Cachette
pour rire. - 8. Régimes des mots critiques.
Lundi 13 août
PROUES DE
NAVIRES
Par
ParVincent
Louis Morand
Labbé
1
2
3
4
5
6
7
8
1
BRIDGE
PROBLÈME N° 2891 :
Trois sur trois
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4801
HORIZONTALEMENT 1. Différer. - 2. Inalpage.
- 3. Dadais. - 4. Ida. Tac. - 5. Évier. Od. - 6. Resserré. - 7. Dressing. - 8. Et. Vau. - 9. Caennais.
- 10. Onc. Or. - 11. Ichtyose. - 12. Neurales.
VERTICALEMENT 1. Didier Decoin. - 2. Inadvertance. - 3. Fadaise. Échu. - 4. Fla. Essen. Tr.
- 5. Épîtres. Noya. - 6. Rasa. Rivarol. - 7. êG.
Cornai. Se. - 8. Réa. Dégustes.
V4
3
ARV3
A D V 10 9 8
O
Mots
fléchés
1 0 0 1 0 1 1 0 0 1
N
S
E
D8
A 10 9 8 7 6
D 7 5 2
3
Contrat : Sud joue 5 Carreaux,
après l’ouverture de 1 en
Est.
Entame : 2 de pour l’As
d’Est qui rejoue le 3 de pour le Roi d’Ouest qui
insiste du 6 de .
1 0 1 0 1 0 1 0 1 0
Takuzu
0 1 0 1 0 1 0 1 0 1
grille
1
7
3
4
2
8
9
6
5
9
5
6
3
7
1
4
2
8
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2890 :
La règle avant toutes choses
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : 7 de .
La Règle de 11 vous dit que le 7 de ne peut provenir
d’une quatrième meilleure. En effet, vous contemplez
entre vos deux mains cinq cartes supérieures au 7
et il ne pourrait y en avoir que 11-7 = 4 s’il s’agissait
d’une quatrième meilleure.
Ouest a donc entamé dans trois cartes, soit avec
R7x, soit avec 107x, soit avec 7xx, l’entame dans
un doubleton relevant du « crime » à Sans-Atout.
Dans toutes ces configurations, vous pouvez
assurer votre contrat en appelant l’As du mort avant
de rejouer pour la Dame. L’As de vous donnera
accès à la couleur affranchie. Vous réaliserez
toujours deux , quatre , deux et un , soit
neuf plis.
La faute, hélas courante, consisterait à fournir un
petit du mort. Après l’As de , vous devriez ensuite
utiliser l’As de pour
A4
libérer les et vous
R9876
ne disposeriez plus
A3
alors d’aucune reprise
AR76
en main…
RV96
10 5 3
D432
R72
54
564
O
N
S
E
D872
A
DV985
832
V 10 5
10 6 4
D V 10 9
9
5
2
1
8
3
4
7
6
6
3
8
5
4
7
9
2
1
2617
2
4
8
9
6
5
7
1
3
grille
IMPÔT
DIRECT
COURS
DU NORD
CONIFÈRE
GÉANT DE
CALIFORNIE
MOTS CROISÉS
TYPE QUELCONQUE
RENVOI
IL SE
PENCHE
SUR NOS
NEZ
ALIMENT
NATUREL
P
A
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I
P L
P A L
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0 0 1 1 0 1 0 1 1 0
grille
CELA OFFRE
PLUS DE
LOISIRS
ENCENSE
JUSTE
AVANT
NOUS
APRÈS BIS
C’EST BON
POUR
DOUBLER
E
P
O
I
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T
E
Sudoku
COUPE
AVEC SES
DENTS
BLÊMIR
PARTIE
D’UNE CATHÉDRALE
TERRE
ANCIENNE DÉFRICHÉE
NOTE DE
MUSIQUE PROCHE
DE JERRY
E
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S
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1 0 0 1 0 1 0 0 1 1
CLUB DE
FOOTBALL
MONTECHARGE
CELUI QUI
SUIT
L’EMBOÎTE
RÊ
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1 1 0 0 1 1 0 1 0 0
C’EST PIRE
ÉLIMÉE
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REGISTRE
DE VOIX
RÉFLÉCHIT
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0 1 1 0 1 0 1 0 1 0
C’EST PRÉFÉRABLE
À JAMAIS
COMPLÈTES
ATTITUDE
DU CORPS
V
A
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SYMBOLE
DU
TANTALE
COMME
CELA
POMPE
DÉBUT DE
LUNAISON
solUTioNs Des jeUx
DU NUméro PrécéDeNT
1 1 0 0 1 0 1 0 1 0
ATOMES
DÉFEND LES
LIEUX
SAINS
ARME
BLANCHE
FILLE
D’ESPAGNE
AUTORISE
L’ENTRÉE
LENTES
5
8
3
4
1 2
6
1
4
7
2
9 4
8
8
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2
9
6
8
4
5
GRANDS
PANIERS
BIEN
FATIGUÉ
IMITER
LA HYÈNE
eXPerT
7
Par Diane monfort
DE LA
CAPITALE
2620
7
8
2
5
1
9
3
4
6
4
6
9
7
8
3
1
5
2
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1
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2
8
9
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3
2
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1
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1
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4
2
3
9
3
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2
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4
2
1
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2
4
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4
6
3
8
9
2
7
1
5
2618
7
4
1
9
2
6
5
8
3
1
9
5
4
7
8
6
3
2
8
2
4
3
6
5
1
9
7
moTs coUPés
Mots
coupés
AnimAl - Animer Aniser - Aviner Aviser - Aviver blâmer - blAser blAson - brAmer brAser - brAver brimer - briser crémer - créner crever - grener gréser - grever mAlgré - PAumer PAuser - Primer Priser - Prison Priver - séreuX sonner - véreuX verser.
Par Arthur Gary
Assemblez les huit groupes de trois lettres deux
par deux pour former au moins dix mots de six
lettres. Un même groupe de lettres peut être
utilisé plusieurs fois pour des mots différents.
A G E
C I R
D O P
D O R
E U R
F O R
J A S
M I N
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
A
Remplir la grille avec les chiffres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
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lundi 13 août 2018 LE FIGARO
20
L’ÉTÉ DU FIGARO
1/5
[
Quand la scie
bouscule l’artnce
Dans VR-I, de la Compagnie
Gilles Jobin & Artanim,
les spectateurs équipés d’un casque
voient naître des avatars qui
évoluent dans trois paysages
successifs (ci-contre et au centre).
En permettant
au spectateur
d’interagir, voire
de se mettre
dans la peau des
danseurs, cette
technologie
ouvre
de séduisantes
perspectives.
COMPAGNIE GILLES JOBIN/BIENNALE
DE LA DANSE DE LYON, 2018
percevoir comme si nous étions à l’intérieur de son corps en ayant adopté
son point de vue. »
Technique moins coûteuse
ARIANE BAVELIER £@arianebavelier
C’est un signe : la prochaine Biennale de la danse de Lyon en septembre inclut une section VR : elle se
compose entre autres de deux spectacles en réalité virtuelle signés
Gilles Jobin et Yoann Bourgeois et
d’un « dansathon », réunion de
chorégraphes, designers et développeurs Web sur deux thèmes :
comment les nouvelles technologies peuvent attirer vers les théâtres
des publics qui regardent ou pratiquent la danse par le biais d’Internet et des jeux vidéo ? Et comment
la danse peut rencontrer la technologie pour enrichir la vie culturelle
et les interactions sociales ? « On ne
sait pas où la réalité virtuelle peut
mener la danse, mais c’est une technologie aujourd’hui très présente. On
ne peut pas ne pas monter dans ce
train », dit Dominique Hervieu, directrice de la Biennale. « Soit on se
dit vade retro Satanas, cela bousille
notre rapport au sensible, débranchons. Soit on propose ces outils aux
artistes pour qu’ils puissent écrire
avec, d’autant que, dès qu’on prononce le mot de VR, les financements
affluent, poursuit Maxime Fleuriot,
responsable du projet Lyon Dance
VR. Celui-ci a coûté 333 000 euros,
et nous n’avons investi que
20 000 euros. »
« Il est clair que si les artistes ne
s’approprient pas la VR, c’est l’industrie du jeu vidéo qui se l’appropriera, or nous avons quelque chose à
y faire », affirme le chorégraphe et
circassien Yoann Bourgeois. Sa Fugue trampoline est un must, vu des
millions de fois. L’artiste grimpe un
escalier, se hissant une marche
après l’autre en rebondissant sur un
trampoline. Avec la complicité de
Michel Reilhac, directeur de la section VR à la Mostra de Venise, il a
créé une version en réalité virtuelle : dix spectateurs équipés d’un
casque de VR partagent l’expérience sensorielle du trampoliniste.
Leur voyage dans les images est
prolongé dans le monde physique
grâce à l’action de danseurs qui guident leur corps.
A
« L’espace entre les corps »
Avec VR-I, première réalisation du
genre présentée au festival américain de Sundance en 2018, et lauréat
du grand prix de l’innovation et du
prix du public au festival Nouveau
Cinéma de Montréal en 2017, le
Suisse Gilles Jobin peint le pays des
merveilles avec la même palette que
Lewis Caroll. Les spectateurs équipés d’un casque voient naître des
avatars qui évoluent dans trois paysages successifs. Ils y sont des géants
de 35 mètres ou des Lilliputiens.
Surtout, ces avatars entrent en dialogue gestuel avec ceux des autres
personnes qui vivent l’expérience
en même temps qu’eux ou avec les
danseurs de la compagnie de Gilles
Jobin, dont le mouvement est incrusté dans ces décors. « Pour les
spectateurs, la surprise, c’est d’être
intégré et de se trouver immédiatement en phase avec le monde proposé
qui n’est pas violent ou terrifiant
comme dans certaines expériences de
VR. En sortant, la plupart des gens
évoquent une plongée sous-marine
dans les mers du Sud, explique Gilles
]
Découverte, no
uv
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ns sont bonnes
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r.
Une technologie
à la pointe
La réalité virtuelle
entre dans la danse
Jobin. Il est surprenant que le langage chorégraphique, qui, dans un
théâtre, n’est pas toujours accepté
par les spectateurs, ne pose plus du
tout question, que le spectateur ait 4
ou 90 ans. Pourtant, l’histoire que
l’on déroule est signifiante sans être
narrative comme dans la plupart des
pièces de danse contemporaine. En
VR, le langage chorégraphique devient universel et compréhensible. »
Le chorégraphe explique utiliser
les moyens du théâtre pour effectuer les changements de décors et
de dimensions en douceur, évitant
ainsi que les spectateurs soient saisis de vertige. Il se compare à Georges Méliès, réfléchissant en homme
de théâtre aux débuts du cinéma.
Un échange doit s’instaurer paisiblement entre les spectateurs et le
monde où ils sont immergés.
« L’apport des chorégraphes à la VR
est précieux : on travaille sur l’espace
entre les corps et pas uniquement sur
la place des corps dans l’espace ou
dans le cadre comme les gens de cinéma. J’ajouterai en parenthèse que
pour des danseurs, pouvoir observer
notre propre corps dansant en volume de l’extérieur est une expérience
incroyable », confie-t-il.
Réalité virtuelle, mixte ou augmentée, ces nouvelles techniques se
distinguent du cinéma par le fait que
les mouvements du spectateur sont
pris en compte et lui donnent l’impression d’être réellement en action
dans le monde virtuel. « L’action est
un élément essentiel de notre perception, analyse Alain Berthoz, professeur au Collège de France, à la chaire de physiologie de la perception et
de l’action. Plusieurs sens sont impliqués dans l’expérience de réalité virtuelle : la vision, l’audition, et le “sens
haptique” qui est la combinaison du
sens du toucher et de la perception
des forces en jeu dans tout mouvement. Mais l’expérience de la VR im-
plique des déplacements de la tête et
du corps. Elle met donc en jeu notre
sixième sens, qui est le sens vestibulaire, c’est-à-dire la mesure des
mouvements de la tête par les canaux
semi-circulaires et les otolithes de
l’oreille interne, fondamentaux pour
notre orientation dans l’espace. Dans
la VR, il y a aussi, par le fait de l’immersion, une véritable illusion d’être
présent dans le monde virtuel ; et en
particulier lorsqu’il y a des avatars,
souligne Alain Berthoz. Un phénomène remarquable est que le sujet
peut très bien s’identifier à un avatar.
Il ne se perçoit plus dans le monde réel
en train d’observer une autre créature dans le mode virtuel. Il devient luimême l’avatar et adopte le corps de
l’avatar comme son propre corps,
perçoit le monde à sa place, etc. Cette
identification avec un danseur virtuel
évoque la propriété d’empathie,
c’est-à-dire la possibilité de nous
Le terme de réalité virtuelle (VR)
remonte au Théâtre et son double
d’Antonin Artaud. Quelques années avant
les premières applications militaires,
Morton Heilig construit, en 1962,
un prototype de Sensorama et tourne
cinq courts-métrages qui engagent
la vue, l’ouïe, l’odorat et le toucher
du spectateur. En 1966, Thomas A.
Furness III introduit la technologie
de la réalité virtuelle au sein de l’armée
de l’air, qui se voit désormais dotée d’un
simulateur de vol. Après une première
reviviscence dans les années 1980-1990,
où les coûts de la technologie semblent
exclure une utilisation grand public,
une nouvelle vague d’innovations
en 2013 permet à la VR de se développer.
Outre les jeux vidéo, la VR est utilisée
aujourd’hui dans les domaines
les plus variés. Dans l’industrie
automobile, par exemple, il s’agit
de trouver le geste idoine pour peindre
des voitures sans gâcher de peinture,
dans la chirurgie, elle sert à s’entraîner
à des opérations, etc.
A. B.
Le chorégraphe Éric Castaing, associé au Ballet de Marseille, met en
application ce principe. Avec L’Âge
d’or, il met en présence des enfants
paralysés et des danseurs. Les enfants, équipés de casques de VR,
sont dans les bras de danseurs : « Ils
réagissent au son et au contact. On
caresse leur énergie par un toucher
énergétique, on les porte et ils rebougent. Une forme de danse commune
s’élabore », raconte le chorégraphe.
Sur la vidéo, on voit leur visage qui
soudain s’illumine.
La VR révolutionnera-t-elle le
monde de la danse ? L’avenir reste à
écrire. « Pour l’instant, on dit qu’il ne
faut pas rester plus de quinze minutes
en VR. Comme au début de la télévision on disait que ça rendait aveugle », explique Balthazar Auxietre
d’Innserspace VR, qui a réalisé La
Péri, ballet semi-interactif sur la
musique de Paul Dukas où le spectateur doit délivrer une créature
dessinée en captant les mouvements de Raphaëlle Boitel, danseuse et circassienne. Mais après ? On
est loin d’avoir atteint le bout des
possibilités artistiques offertes par
la VR et par la séduction des techniques immersives. Et, en termes
économiques, faire tourner un
spectacle en VR est bien moins coûteux et moins fragile que de faire
tourner un spectacle vivant. Il permet aussi au spectacle de se produire dans maints théâtres à la fois, et
de dépasser le problème des voyages, des blessures et des fatigues.
Une nouvelle page s’ouvre ? ■
Pour tester l’expérience, rendez-vous à Lyon
Dance VR à la Biennale de Lyon du 13 au 23
septembre
RETROUVEZ DEMAIN :
La boîte magique
de William Reeves
Chrono
DE COPPÉLIA
AUX ROBOTS
1870
Inspiré par Hoffmann,
Arthur Saint-Léon fait
de l’automate Coppélia
l’héroïne d’un ballet.
1999
Merce Cunningham
dans Biped fait danser ses
interprètes avec leur double
capté en motion capture.
2013
Dans Robot !, Blanca Li
fait évoluer sur scène
des danseurs et des robots
bien maladroits.
2018
La Biennale de la danse de
Lyon ouvre une section VR.
La Péri,
Péri
ballet
semiinteractif
de Balthazar
Auxietre,
dans lequel
le spectateur
doit délivrer
une créature
dessinée en captant
les mouvements
de Raphaëlle Boitel,
danseuse et circassienne.
INNERSPACE VR
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lundi 13 août 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
OPINIONS
MATHIEU LAINE
« À LIVRE
OUVERT »
Notre chroniqueur* a relu
l’histoire de la baleine
blanche poursuivie
par le capitaine Achab.
Une interrogation
sur l’origine et la fatalité
du mal à la fois actuelle
et universelle.
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
« Moby Dick » de Melville ou le naufrage
annoncé des tentations extrémistes
M
oby Dick est un livremonde. Un univers
iodé, masculin et blanc.
Une pépite universelle
venue d’Amérique
à relire ou – quelle
chance ! – à découvrir au cœur
de l’été pour s’évader vraiment tout
en plongeant corps et âme dans
la tension première rythmant
l’Humanité depuis son premier souffle :
la lutte acharnée du Bien et du Mal.
Empli de prédictions, ce chef-d’œuvre
incroyablement corseté donne à réfléchir
sur le destin d’une Europe au bord
de la tentation autoritaire.
La Baleine de Herman Melville
est poursuivie sur toutes les mers,
tous les océans, par le fameux capitaine
Achab et son non moins célèbre navire,
le Pequod. À bord, l’ambiance est
à l’obsession, à la hargne, au harpon.
Car la gentille baleine de notre
imaginaire d’enfant fait ici place à un
cachalot satanique, « une montagne de
neige » aussi gigantesque que féroce, un
cétacé sans pitié ayant dévoré la jambe
du marin devenu, de ce fait, revanchard.
Derrière ce roman d’aventures à nul
autre pareil, c’est bien l’Homme qui,
par le récit d’Ismaël le mélancolique, seul
rescapé – grâce à un cercueil flottant –
d’une lutte à mort s’avérant mortelle,
affronte la difficulté d’être vivant et
de ne savoir que faire de cette vie sans
cesse ballottée entre le bon et le mauvais.
Le réel, dès lors, se marie
au symbolique. Les descriptions épousent
la métaphysique. Moby Dick, c’est une
allégorie de l’existence dans ce qu’elle
a de fatal, de cruel, de sombre, dans ses
ressorts complexes de l’engagement
à la tombe. C’est une façon sublime
de se confronter à la problématique
du Léviathan, autre monstre marin
des Psaumes et du Talmud, et de se
remémorer combien, régulièrement,
l’Histoire bégayante redevient tragique.
Avec ce chef-d’œuvre dont on goûtera
l’édition remarquable de Philippe
Jaworski et les illustrations puissantes
de Rockwell Kent chez Quarto Gallimard,
Melville nous offre de nous regarder
sans fard, dans le plus cruel des miroirs.
Homère du deuxième XIXe siècle, il puise
autant qu’il rivalise avec la Bible,
ENTRE GUILLEMETS
13 août 1863 à Paris : mort du peintre Eugène Delacroix. BRIDGEMAN IMAGES/RDA
« Journal »
La gloire n’est pas un vain
mot pour moi. Le bruit
des éloges enivre d’un
bonheur réel ; la nature
a mis ce sentiment
dans tous les cœurs»
MAXIME
TANDONNET
Pour l’essayiste*,
Emmanuel Macron
est arrivé au pouvoir grâce
à la promesse d’exemplarité
et de renouvellement
qu’il portait. Cette espérance
trompeuse laissera
beaucoup de désillusions.
à laquelle il emprunte mille références,
forgeant ses personnages dans des élans
shakespeariens, prométhéens
et faustiens.
Sous sa plume, le Pequod devient une
tour de Babel émotionnelle et spirituelle
où l’on croise, comme à la porte de la
Légion étrangère, une variété de profils
virils en quête d’émotion, de sens,
de réhabilitation ou d’aventure. Derrière
Achab, nourri de courage et de folie
vengeresse, on croise le lucide et vaillant
Starbuck, le placide Stubb, le cannibale
Queequeg, l’indien Tashtego ou le géant
venu d’Afrique Dagoo. La chasse sauvage
dont il est fait le récit, c’est leur raison
de vivre et de mourir autant qu’une
interrogation sur l’origine et la fatalité
du mal. La nature est ici dépeinte sous
son vrai visage, alliance de calme
et de tempêtes, objet d’éblouissement
et de désolation, à mille lieues de ses
représentations idéalisées. Quant
à la couleur, elle devient par son absence
l’adjuvant littéraire nous replongeant
dans des émotions primaires, instinctives
et tribales.
Dans Moby Dick, un chapitre entier
est consacré à la blancheur de la Baleine.
Un chapitre sublime, où l’on voit le blanc
non plus comme la non-couleur de la paix
ou de l’Alliance, ni comme celle
de l’hermine du juge ou soulignant
la pompe des souverains, pas plus qu’on
ne s’extasie devant Jupiter grimé en blanc
taureau ou la pureté d’une perle éclatante
de perfection. Non, chez Melville, le blanc
devient « quelque chose d’insaisissable
qui suscite dans l’âme une épouvante
plus grande que le rouge du sang » […] ;
celle qui, « chez un albinos, suscite
une répugnance si particulière et, souvent,
scandalise l’œil au point que l’homme
est parfois haï de sa propre famille » ;
celle de la sensation d’« autorité suprême
de l’homme blanc sur toutes les tribus
basanées ». En lisant ce livre aujourd’hui,
comment ne pas déceler, derrière
les traits du Léviathan, comme Hobbes
y a vu l’État, Alain le fascisme et Mises
la bureaucratie, ce péril populiste venu
grignoter de son sel corrosif jusqu’à
l’armature de métal de nos bons vieux
navires démocratiques ?
Il n’y a pas de suspense véritable
dans Moby Dick. On en connaît la fin.
Ce grand livre, modèle parmi les modèles
en matière de littérature maritime
et biblique, adulé par Camus, Vargas
Llosa, Hemingway et Faulkner, mène, de
prophéties en prophéties, au délire égoïste
et sacrificiel d’Achab, au gouffre, à cet
« immense linceul de l’océan » qui continue
« de rouler comme il roulait il y a cinq mille
ans ». Le visible sombrant dans l’invisible
par l’effet d’un cycle autodestructeur.
Parce que la littérature délivre plus
de secrets que les histoires qu’elle
raconte, on trouvera dans Moby Dick,
sorte de biographie romancée
de l’Apocalypse, de quoi comprendre
ce qui se joue en ce moment du côté
de l’Italie, où Matteo Salvini accroît ses
références assumées à Benito Mussolini,
du côté du Royaume-Uni, de la Pologne,
et même de l’Allemagne, où
les mouvances nationalistes séduisent
toujours plus l’opinion, et chez nous
bien entendu. À la veille d’élections
européennes qui, n’en doutons pas,
risquent de devenir un référendum géant
« pour ou contre les migrants », le danger
est grand de voir notre Pequod européen
sombrer dans une terrible nuit.
Conscient des risques encourus, visibles
désormais à l’œil nu, l’heure devrait dès
lors être non à la flambée ultrapoliticienne
unissant, comme on l’a observé avec
consternation en ce début d’été, les partis
traditionnels aux partis d’extrême droite
et d’extrême gauche pour se venger
d’un pouvoir ayant, selon eux, fait main
basse sur leur rente électorale,
mais à l’union sacrée des intelligences
démocrates et réformatrices afin
d’accélérer sérieusement l’impérieuse
transformation de notre pays. Mais pour
y parvenir, il faut, à l’inverse d’Achab,
faire primer son équipage (les Français)
sur son petit intérêt égoïste (devenir
président à la place du président).
Une attitude hélas trop peu partagée
dans le monde politique.
* Auteur du Dictionnaire amoureux
de la Liberté (Plon) et du conte musical
pour enfants Le roi qui n’aimait pas
la musique (Gallimard Jeunesse,
musique de Karol Beffa).
La fin du « nouveau monde »
ouvre une ère d’incertitude
L
ors de son interview au Point,
le 29 août 2017, le président
Macron dénonçait « les forces
du monde ancien » qui « font
échouer la France ». En
mai-juin 2017, l’accession
au pouvoir des nouvelles équipes
dirigeantes, à l’Élysée, à Matignon
comme au Palais Bourbon, fut le fruit
de l’élection présidentielle la plus
chaotique de l’histoire. Le succès électoral
d’En marche ! est donc né d’un vertigineux
scandale. Il s’inscrivait dans le contexte
d’un pays traumatisé par la succession
d’affaires et de drames mettant
en cause ses dirigeants, à l’image
de l’emblématique « affaire Cahuzac ».
En réaction au naufrage de la politique
française dans un climat à la fois
délétère et explosif, tournant le dos
aux personnalités et aux partis
traditionnels, en 2017, les Français,
assoiffés d’exemplarité, ont porté
au pouvoir des hommes et des femmes
incarnant le renouvellement.
La transformation de la vie publique
française dans le sens de la vertu
s’est imposée comme la clé idéologique
de la nouvelle équipe dirigeante.
Ce contexte explique l’ampleur prise par
l’affaire Benalla, qui a accaparé l’actualité
nationale pendant trois semaines. Les faits
eux-mêmes sont certes accablants
pour l’auteur des violences, mais sans
commune mesure avec les séismes qui
ont ébranlé l’histoire politique française
(le Rainbow Warrior par exemple).
En revanche, ils ont profondément choqué
par les révélations en cascade qui en
sont issues, soulignant les phénomènes
de clanisme, de dissimulation,
de courtisanerie et d’obséquiosité
qui imprègnent, aujourd’hui comme hier,
l’exercice du pouvoir.
2017 fut l’été d’une espérance pour
une partie de l’opinion publique, 2018
celui d’une désillusion. Cette affaire
marque une étape supplémentaire,
et sans doute décisive, dans la prise de
conscience, par une majorité des Français,
du caractère trompeur de la thématique
d’un « nouveau monde ». Au fond, rien
n’a changé. Ils ont l’impression d’avoir été
mystifiés comme ils le furent en 1981 par le
discours assimilant la victoire de François
Mitterrand à un passage de « la nuit
à la lumière ». Ils retiennent de l’affaire
Benalla que rien ne ressemble plus à
l’ancien monde que le prétendu nouveau.
La fin des illusions met en évidence
les constantes de la vie politique française
qui, depuis des années, entraînent
le pays sur une pente fatale. Le culte
de la personnalité d’un autre âge ne fait
qu’occuper le vide laissé par la mort
du débat d’idées et l’absence de solutions
aux difficultés de la France. L’image
personnelle des dirigeants s’impose
comme la motivation suprême
de l’engagement politique, au détriment
du bien commun. L’élection ou la
réélection justifie toutes les démagogies.
La communication se substitue toujours
davantage à l’autorité de l’État,
aux choix de gouvernement et à l’action
authentique. La fracture démocratique
ne cesse de se creuser entre une minorité
dirigeante, déconnectée des réalités
quotidiennes, et la population – infiniment
plus lucide que ne le pensent les hommes
et femmes de pouvoir –, qui se sent
abandonnée avec ses difficultés
et ses inquiétudes.
La vie politique continue à sombrer
dans le spectacle nihiliste, dominé par
les polémiques, les crises d’hystérie,
les phénomènes d’idolâtrie et de lynchage.
Le discours sur la « transformation » de la
France ne suffit plus à masquer la réalité
d’une aggravation continue des maux
dont elle souffre : vertigineux déficit du
commerce extérieur ; explosion de la dette
publique ; poids des prélèvements fiscaux
et sociaux ; chômage qui, en comparaison
avec les autres puissances comparables,
ne connaît guère d’amélioration ; violence
quotidienne ; situation préoccupante
du système scolaire et universitaire ; haut
niveau de pauvreté ; absence de réponse
crédible à la crise migratoire européenne ;
une société toujours plus déchirée
et conflictuelle. Sur les grands sujets
de préoccupation des Français, aucune
amélioration n’est en vue.
Aujourd’hui, la question fondamentale
est celle de l’avenir de la politique
française, sur lequel un épais brouillard
est tombé. Après la dissipation du rêve
d’un « nouveau monde », que reste-t-il
à espérer ? La France est entrée dans une
ère d’incertitude. Tout est possible : une
radicalisation, portant au premier plan des
partis ou personnalités « antisystème » ;
la poursuite indéfinie, au-delà de 2022,
de l’expérience actuelle ; une alternance
et le retour au pouvoir d’un parti classique
ayant su se moderniser et élargir son assise
électorale ; ou encore une prise
de conscience de la tragédie de la politique
française, une remise à plat d’un régime
à bout de souffle pour en finir avec
la dictature des chimères et renouer avec
la notion de gouvernement, de vérité,
de destin collectif, d’intérêt général
et de res publica. Cette dernière alternative
n’est hélas pas la plus vraisemblable…
* Auteur d’Histoire des présidents
de la République (Perrin).
“Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais
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1er cahier 22 pages
Cahier 2 Économie
4 pages
A
@
21
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 13 août 2018 LE FIGARO
22
L’ÉTÉ DU FIGARO
7/11
[
Histoires d’esp
ions
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
À 6 h 32 DU MATIN, le monde du
jeune Pierre s’est effondré. L’adolescent a 17 ans. Il vit sans histoires à
Bonn, la capitale de l’Allemagne de
l’Ouest, avec ses parents. Sa mère,
Christel Guillaume, est secrétaire
au bureau du SPD de Hesse. Son
père, Günter Guillaume, travaille à la Chancellerie fédérale.
C’est un proche collaborateur
de son héros politique, le
chancelier Willy Brandt.
Pierre s’est d’ailleurs engagé
chez les Jeunes socialistes
pour le leader social-démocrate. Mais ce 24 avril 1974,
la police débarque à la maison, au numéro 107
d’Ubierstrasse. Les enquêteurs fouillent tout, emportent des documents en pagaille, même certains de ses
disques. Il ne comprend rien
de ce qui se déroule devant
ses yeux. Ils arrêtent ses parents. Christel Guillaume
pleure. Günter Guillaume disparaît dans le fourgon. Un peu
plus tard, face aux policiers qui
l’ont démasqué, le père lance
comme par désespoir : « Je suis
officier de l’armée populaire d’Allemagne de l’Est et membre du ministère de la Sécurité intérieure. Je
vous demande de respecter mon rang
d’officier. »
Plus de quarante ans après, l’affaire Guillaume demeure le plus grand
scandale d’espionnage dans l’Allemagne d’après-guerre. Elle coûtera
son siège à Willy Brandt, qui démissionnera le 7 mai 1974, quelques jours
après l’arrestation de son collaborateur, espion de la Stasi comme son
épouse. Pierre Guillaume, qui a
changé de nom en 1988 pour s’appeler Pierre Boom, s’est accommodé de
cette histoire qui le poursuit. « Ce
n’est plus difficile d’en parler »,
confie-t-il. « J’assume le rôle de témoin historique. Mais ce fut un choc
pour moi comme pour la société. »
Pour lui d’abord : à 18 ans, en
1975, cet enfant né à l’Ouest quitte
Bonn pour la RDA, sur le conseil du
“
Je suis officier
de l’armée populaire
d’Allemagne de l’Est
et membre
du ministère
de la Sécurité
intérieure. Je vous
demande de respecter
mon rang d’officier
A
GÜNTER GUILLAUME,
LORS DE SON ARRESTATION
”
régime communiste, qui prend en
charge son train de vie. C’est aussi le
seul moyen d’échapper à la pression
publique et d’être sûr de pouvoir revoir ses parents, s’ils sont un jour
extradés. Ce sera le cas en 1981, dans
le cadre d’un échange d’espions.
« Mais la discussion a été pour toujours rompue avec mon père », raconte Pierre Boom. Taisant ses
contradictions, défendant le régime
communiste jusqu’au bout, l’ancien
espion s’est muré dans le silence
jusqu’à sa mort. « Il y a encore beaucoup de zones d’ombre pour moi. Ma
mère disait qu’elle s’était laissé entraîner dans cette vie », poursuit le
fils qui vit aujourd’hui sur l’île de
Sylt, au nord de l’Allemagne. « Mon
père aimait la France », ajoute-t-il.
« Avec ma mère, ils auraient aimé
prendre leur retraite un jour là-bas,
pas à Cuba », raconte-t-il en plaisantant. Mais cette vie n’avait jamais été prévue pour eux.
Lorsqu’ils quittent l’Allemagne de
l’Est, en 1956, Günter Guillaume et
son épouse ont pour mission d’infiltrer l’Allemagne de l’Ouest. À cette
date, la frontière n’est pas encore
infranchissable et des flots de migrants traversent le pays pour fuir le
communisme. Les deux agents pas-
Willy Brandt
et Günter
Guillaume
(à gauche)
à Helmstedt, en avril
1974, quelques jours avant
l’arrestation
du conseiller. ULLSTEIN BILD/
ULLSTEIN BILD VIA GETTY IMAGES
Un
mensonge
venu
de l’Est
sent inaperçus, comme
des dizaines d’autres. Ils ont l’air de
s’aimer réellement par ailleurs,
même si, des années plus tard,
Christel Guillaume s’est persuadée
du contraire : « Elle pensait qu’elle
avait été choisie par le régime à cause
de son ascendance hollandaise : ses
origines familiales avaient fourni un
prétexte pour passer la frontière »,
raconte Gerhard Haase-Hindenberg, journaliste et comédien, coauteur du livre autobiographique de
Pierre Boom Le Père étranger.
« Dans le couple, c’était elle la plus
intelligente », poursuit-il en racontant sa rencontre avec elle au début
des années 2000 dans un petit appartement triste de Berlin. Elle est
décédée depuis.
À son arrivée à Francfort, le couple commence par ouvrir un café et
un débit de tabac, nommé « Boom
À gauche, Willy Brandt et sa femme Rut suivis de Günter Guillaume, à Bonn en 1973.
À droite, le chancelier et son collaborateur, en janvier 1972. RUE DES ARCHIVES, AKG-IMAGES/ULLSTEIN BILD
L’affaire Guillaume, qui fera
tomber le chancelier Willy
Brandt en 1974, demeure
le plus grand scandale
d’espionnage dans
l’Allemagne d’après-guerre.
am Dom ». C’est leur base pour débuter dès 1957 leurs opérations : observer le SPD. Christel Guillaume est
embauchée comme secrétaire au
SPD, puis au gouvernement régional où elle assiste le secrétaire d’État
Willi Birkelbach. Elle a alors accès à
de nombreux documents internes, y
compris des notes de l’Otan. Mais
son rôle était avant tout de seconder
son époux. Günter Guillaume mène
une carrière socialement brillante.
En une décennie, il a seule-
]
Trahison, ambit
ion, jalousie, idé
manipulation…
les grandes aff ologie, argent, sexe,
parfois changé
air
le destin du mo es d’espionnage ont
aussi des histoi
nde mais elles
res humaines.
son
Et l’actualité mo t toujours
cette vie de l’o
mb
ntre que
retrace quelque re est plus dense que jamais
. Le Figaro
s-unes de ces
étonnantes pa
certaines célèb
ges
res et d’autres
d’Histoire,
moins connue
s.
ment franchi quelques
échelons au sein
du parti. Mais en
1969, lorsque Willy
Brandt remporte les élections, il est en mesure d’être candidat à un poste à la Chancellerie, où
il est chargé de suivre les affaires internes du parti. Pour un espion,
c’est une source cependant médiocre. Après avoir échoué à se faire
élire sur une liste régionale la même
année, Christel Guillaume renonce
de son côté à ses activités pour se recentrer sur « sa vie officielle ». La
Stasi se désintéresse d’elle pour se
concentrer sur son époux, qui est
entré au cœur du pouvoir.
Son ascension tient beaucoup à
l’incompétence des services de sécurité. Lorsque Günter Guillaume se
soumet aux examens de contrôle
avant d’être embauché à la Chancellerie, son dossier est déjà entaché
de zones d’ombre. « Les services de
renseignement ouest-allemands savaient que Guillaume, dans les années
1950, avait travaillé pour des organes
de propagande en RDA », explique
Eckard Michels, professeur d’histoire au Birkbeck College de Londres. Il a été le premier historien
à avoir accès, pour son livre
Guillaume, une carrière germano-allemande, aux sources de la
Stasi. « Mais il s’est défendu en
expliquant qu’il s’agissait de
missions qu’il avait dû assurer
par obligation au sein du régime
communiste. Les gens ont considéré que son évolution en quinze
ans était normale », résume
l’historien. Au SPD, Günter
Guillaume passait aussi pour un
membre de l’aile droite. Il s’opposait par exemple au rapprochement avec l’Allemagne de
l’Est.
À la Chancellerie, il gravit les
échelons pour atteindre l’entourage de Willy Brandt. Ses talents d’organisateur lui permettent
d’obtenir une place dans l’équipe de
campagne en 1972 et d’intégrer dans
la foulée le dernier cercle du pouvoir. L’enquête du Bundesamt für
Verfassungsschutz, le renseignement allemand, le rattrape un an
plus tard. Le BfV est intrigué depuis
très longtemps par plusieurs messages captés à l’Est. Il est question d’un
espion nommé G. Les officiers estallemands ont aussi commis l’erreur
monumentale de féliciter celui-ci
pour la naissance de son fils…
« bienvenue au deuxième homme »,
avaient-ils écrit en 1957. À force de
lents recoupements, le BfV finit par
soupçonner Guillaume et alerte la
Chancellerie.
Pourtant, étonnamment, le ministre de l’Intérieur FDP Hans-Dietrich Genscher, prévenu par le patron du BfV Günther Nollau,
décide d’attendre pour étayer le
dossier à charge et démasquer
d’éventuels complices. Le
chancelier Willy Brandt n’a
pas non plus été convaincu
par l’exposé de son ministre,
il croit en la loyauté de Günter Guillaume. Il lui demande d’ailleurs de l’accompagner, ainsi que sa famille,
en vacances en Norvège.
L’espion profite de cette
proximité pour subtiliser
un courrier adressé au
chancelier allemand par le
président américain Richard Nixon. Ce sera son
fait d’armes.
« Les rapports que Günter
Guillaume remettaient à la
Stasi étaient en réalité assez
inoffensifs », assure l’historien
Eckard Michels. « Ils étaient notés entre deux et quatre étoiles sur
une échelle qui en compte cinq »,
poursuit-il. La plupart du temps,
l’espion ne s’aventure pas au-delà
du champ initial de sa mission : les
affaires internes du SPD, les syndicats, un peu de commerce international. De l’alcoolisme de Willy
Brandt, de ses rapports avec les femmes ou de la maladie qui le frappe, il
n’est jamais question dans les documents consultés par le chercheur.
Pourtant, Guillaume avait bien accès
à la vie privée du chancelier et souvent, il servait de rabatteur pour sélectionner les jeunes femmes
conduites au chancelier.
« De mon point de vue, Guillaume,
en dix-huit ans, était progressivement
passé du statut d’espion à celui de citoyen ouest-allemand presque normal. Il avait continué son activité parce qu’il avait peur de représailles de la
Stasi », affirme Eckard Michels.
« Sans doute qu’il avait réalisé que
l’image négative de la RFA ne correspondait pas à la réalité et que le système social ouest-allemand n’était pas
si mauvais, qu’il permettait une ascension sociale, comme la sienne »,
avance l’historien. « Tout simplement, il s’était mis à apprécier vraiment Willy Brandt », estime Gerhard
Haase-Hindenberg. Mais Günter
Guillaume n’a jamais voulu le confirmer. « Mon père était, au minimum,
partagé », pense Pierre Boom.
Le chancelier Willy Brandt apprend l’arrestation de son collaborateur à la descente de son avion, de
retour d’un voyage en Afrique du
Nord. Dans ses Mémoires, il assure
ne pas avoir eu conscience, à cet
instant, que la fin commençait pour
lui. Jusqu’au bout, l’affaire Guillaume a été sous-estimée. Les rivaux de
Brandt, de leur côté, ont en revanche saisi le caractère explosif de la
révélation. Devenue affaire d’État,
le scandale est l’instrument de la
chute de Willy Brandt. Critiqué dans
son camp, le chancelier a accumulé
trop de faiblesses personnelles et
politiques pour résister.
De l’autre côté du rideau de fer, la
crise politique qui s’ouvre en RFA
est vécue comme une catastrophe.
La RDA n’aurait eu aucune raison de
nuire à l’artisan de l’Ostpolitik, la
politique d’ouverture vers l’Est.
Quand une motion de censure avait
été déposée au Bundestag en 1972
contre Willy Brandt, la Stasi avait
secrètement plaidé pour qu’elle ne
soit pas votée. À leur retour en RDA,
le couple espion est pourtant décoré
comme des héros par la Stasi. Maigre consolation. Quelques mois plus
tard, Günter et Christel Guillaume
finissent par divorcer. Retour à la
réalité. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Farewell, l’agent du KGB
qui trahit par rancœur
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 13 août 2018 LE FIGARO - N° 23 017 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
TESLA
L’ÉTÉ DU FIGARO
COMMENT LA 5G
VA CHANGER NOTRE VIE
QUOTIDIENNE PAGE 26
PAGE 25
économie
Bayer fragilisé par
le glyphosate de Monsanto
La lourde condamnation prononcée par un juge américain est la première
contre le fabricant du Roundup. PAGES 24 et 25
Vers un bonus-malus sur les produits en plastique
Afin d’inciter les industriels à généraliser l’usage du plastique recyclé, le gouvernement veut activer un levier de poids : le
portefeuille des Français. Dans Le
Journal du dimanche, la secrétaire
d’État à la Transition écologique et
solidaire, Brune Poirson, annonce
la mise en place à partir de 2019
d’un système de « bonus-malus »
qui rendra jusqu’à 10 % plus cher
les produits de consommation utilisant du plastique non recyclé.
« Demain, quand il y aura le choix
le PLUS du
FIGARO ÉCO
entre deux bouteilles, l’une fabriquée
en plastique recyclé et l’autre non, la
première sera moins chère », explique la secrétaire d’État.
Le dispositif, qui « montera en
puissance », figurera parmi les politiques mises en place pour arriver au recyclage de l’ensemble des
plastiques utilisés en France d’ici à
2025, une promesse du programme d’Emmanuel Macron. Aujourd’hui, ce taux est d’environ 20 %.
Parmi les pistes explorées : uniformiser la couleur des poubelles ré-
Les agences
françaises
de design
à la conquête
de la Chine
PAGE 26
préfère le dialogue et a obtenu de
55 fédérations ou entreprises le
doublement de la quantité de plastique recyclé intégré dans les produits. « Si, dans deux ans, le compte
n’y est pas, nous passerons au règlement », prévient Brune Poirson.
Le gouvernement ne souhaite pas
non plus aller jusqu’à interdire le
plastique. Mais il entend faire disparaître des magasins d’ici à 2020
les produits à usage unique qui en
contiennent, comme les pailles ou
C. W.
les Coton-Tige.
L’électricité française
n’est pas la moins
Après le « dieselgate », Volkswagen
face au scandale de la saucisse au curry chère d’Europe
L'HISTOIRE
L
FRENCH TOUCH
servées aux produits en plastique,
qui peuvent être jaunes ou bleues,
selon les communes, afin de
« créer des automatismes » et
d’améliorer sensiblement le nombre d’emballages collectés. Le
gouvernement souhaite aussi
jouer sur la taxation afin de rendre
l’enfouissement des déchets plus
cher que leur recyclage, pour les
communes.
Le gouvernement refuse de tordre
le bras des industriels en leur imposant de nouvelles normes. Il
Le Syndicat national des pilotes de
ligne (SNPL) prévient : le futur PDG
d’Air France-KLM devra reprendre
les négociations sur les salaires,
« ou alors il y aura quinze jours de
grève », affirme dans Le Parisien dimanche Philippe Évain, président du
principal syndicat des pilotes de la
compagnie. Cet avertissement rejoint celui de l’intersyndicale d’Air
France, pour qui « le conflit pour les
salaires reprendra dès le mois de
septembre », « avec ou sans PDG ».
Les négociations salariales avaient
entraîné au printemps quinze jours
de grève qui ont coûté 335 millions
d’euros à la compagnie. L’échec des
négociations a également conduit à
la démission du PDG Jean-Marc Janaillac. Cela fait désormais plus de
trois mois qu’Air France se cherche
un nouveau patron qui plaira à l’ensemble de ses actionnaires, dont
l’État français. La promesse présentée par la présidente par intérim,
Anne-Marie Couderc, de mettre en
place une nouvelle gouvernance en
septembre semble de moins en
moins tenable. D’autant que le nouveau nom qui circule pour reprendre
les rênes de la compagnie ne fait
pas l’unanimité chez les syndicats.
Le SNPL ne cache pas son hostilité
envers le Canadien Benjamin Smith,
numéro 2 d’Air Canada, qui serait
pressenti pour devenir directeur
général d’Air France-KLM. « Il faut
un dirigeant connaissant les spécificités du dialogue social français, qui
maîtrise les détails du marché aérien européen. C’est très différent
de la situation au Canada », souligne Philippe Évain. Le SPNL affirme
que les candidatures de « deux ou
trois talents, des industriels, sont
écartées sans aucune raison objective », par le comité de nomination.
« Que nous n’arrivions pas à trouver un PDG français pour Air France,
je trouve ça dommage. C’est une
question de souveraineté », déplore
Philippe Évain.
Ces déclarations font écho à la tribune publiée dans Le Journal du dimanche par Paul Farges, représentant des pilotes au conseil
d’administration d’Air France. « Serions-nous donc disposés à placer
Air France sous influence nordaméricaine ? », interroge-t-il. C. W.
e scandale du diesel, les tests
de gaz d’échappement
sur des singes, le ralentissement
des lignes de production :
les salariés de Volkswagen ont
supporté de nombreuses épreuves ces
dernières années. Mais c’est une goutte
d’eau, plutôt inattendue, qui fait déborder
le vase. La currywurst - saucisse servie
avec du ketchup aromatisé au curry proposée dans les cantines
du constructeur automobile n’a plus le
même goût. Ce n’est pas une plaisanterie.
« Trop piquante », « elle ne sent plus
le curry », « même ça, ça ne fonctionne
plus » : les
commentaires
amers vont bon
train sur les
réseaux sociaux,
au point que
la direction a été
sommée
de s’expliquer
sur le plat
le plus servi
au déjeuner.
La saucisse
elle-même ne pose pas de problème. Elle
est préparée en interne au siège social de
Volkswagen à Wolfsburg, à raison de sept
millions d’unités par an. En revanche, la sauce
curry qui l’accompagne est fournie par un
prestataire. « Notre ancien sous-traitant,
la société américaine Mondelez, ayant mis fin
à la fabrication de ketchup, nous nous
sommes tournés vers le bavarois Develey »,
a expliqué le chef cuisinier, Martin Cordes,
lors d’un chat organisé sur l’intranet
de l’entreprise. Après un an de recherche,
Develey a élaboré un ketchup au curry plus
sain que le précédent, plus riche en concentré
de tomates, moins gras et moins sucré…
Manifestement,
il n’est pas au goût
des employés.
« C’est très
compliqué de
reproduire la même
recette qu’avant »,
a reconnu Martin
Cordes. Il a tout
de même promis
de revoir sa copie. ■
VIOLETTE BONNEBAS
(À BERLIN)
Contrairement à une idée très
répandue, le parc nucléaire ne
permet pas aux Français
d’avoir la facture d’électricité
la plus légère d’Europe.
La France se situe en réalité
dans la moyenne haute, révèle
la dernière étude publiée par
l’institut Eurostat sur les tarifs
du gaz et de l’électricité sur le
continent. Eurostat a revu sa
méthodologie et propose désormais de comparer un prix
moyen par kilowattheure, qui
comprend le coût de la production de l’électricité, de son
acheminement, et des diverses taxes s’appliquant sur la
quittance.
Au sein de l’Union européenne, le prix moyen varie du
simple au quasiment triple entre la Bulgarie (10 centimes le
kilowattheure) et la Belgique
(28 centimes), lanterne rouge
du classement. Il est toutefois
à noter que ni l’Allemagne,
l’Espagne et l’Italie, pays où
l’électricité est notoirement
chère, n’ont fourni de don-
nées à Eurostat. La France se
situe, elle, à 17 centimes par
kilowattheure, ce qui reste
moins cher que l’Irlande
(21 centimes), le Portugal
(24 centimes) ou le Danemark
(26 centimes), mais plus élevé
que la Suède (16 centimes), la
Finlande (14 centimes) ou le
Luxembourg (15 centimes).
Autres champions européens
de l’électricité bon marché, la
Norvège et l’Islande, à 12 centimes d’euro.
Une donnée peut expliquer ce
classement surprenant de la
France : l’augmentation galopante des taxes. D’après une
autre étude de l’Observatoire
de l’industrie électrique publiée en juillet, la fiscalité représente désormais plus d’un
tiers des factures d’électricité,
soit une augmentation de 40 %
en l’espace de quatre ans. Dans
le même temps, les coûts de la
production et de l’acheminement sont restés quasiment
stables, avec respectivement
C. W.
+ 2 % et + 5 %.
A
STEFANIE LOOS/REUTERS, HECTOR GUERRERO/AFP, JASPER JUINEN/BLOOMBERG, WENG LEI/IMAGINECHINA/AFP FORUM
ELON MUSK MENACÉ
DE POURSUITES
PAR DES INVESTISSEURS
MENACE
DE GRÈVE SUR
AIR FRANCE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 13 août 2018 LE FIGARO
24
L'ÉVÉNEMENT
Le glyphosate
de Monsanto
devient un vrai
risque pour Bayer
À l’annonce
du verdict
du tribunal
de San Francisco,
vendredi, Dewayne
Johnson tombe
dans les bras
de ses avocats.
JOSH EDELSON/AFP
Le fabricant du Roundup est condamné à verser
290 millions de dollars à un jardinier.
Décision historique
Cet argument est repris par le nouveau propriétaire : « Sur la base de
preuves scientifiques, d’évaluations
réglementaires à l’échelle mondiale et
de décennies d’expérience pratique
de l’utilisation du glyphosate, Bayer
estime aussi que le glyphosate est sûr
et non cancérogène. » Il n’y a, en effet, pas de consensus, ni dans la
communauté scientifique, ni entre
les différentes agences sanitaires de
la planète, sur la dangerosité ou non
du glyphosate. Mais jusqu’ici le
groupe américain, surnommé parfois « Monsatan » ou « Mutanto »
Comment agit
le glyphosate ?
Sources : Inra, glyphosate.eu
1
ATE
GLYPHOS
par ses détracteurs, n’avait jamais
été condamné pour l’utilisation de
glyphosate dans ses herbicides.
Cette décision est donc historique et pourrait faire jurisprudence. Elle ravive déjà les espoirs des
milliers de plaignants qui ont attaqué la firme en justice, notamment
en France (lire ci-dessous). Moins
ceux du chimiste Bayer, qui a bouclé en juin le rachat de Monsanto
déboursant près de 63 milliards de
dollars après avoir bataillé un an et
demi pour prendre les rênes de ce
poids lourd de l’agrochimie.
C’est désormais tout l’attrait du
rapprochement des deux groupes
qui pourrait être remis en cause.
L’objectif de l’opération était de
créer un groupe réalisant un chiffre
d’affaires de l’ordre de 45 milliards
d’euros réparti à égalité entre deux
grands secteurs d’activité : d’un
côté, la santé, principale activité de
2
HO
SA
TE
INDUSTRIE Voilà qui pourrait bien
faire vaciller le géant de l’agrochimie. Monsanto a été condamné
vendredi par un tribunal de San
Francisco, aux États-Unis, à verser près de 290 millions de dollars
à Dewayne Johnson, un jardinier
de 46 ans, atteint d’un cancer incurable. Les jurés ont estimé que la
multinationale américaine, rachetée en juin par le groupe pharmaceutique allemand Bayer, avait
sciemment caché la dangerosité de
son Roundup et de sa version professionnelle RangerPro. Ces deux
herbicides à base de glyphosate,
principe actif classé « cancérogène
probable » pour l’homme depuis
2015 par l’Organisation mondiale
de la santé (OMS). Monsanto a agi
avec « malveillance », selon le jury
américain, et son Roundup a
« considérablement » contribué à la
maladie du plaignant, diagnostiqué en 2014 d’un cancer du système lymphatique après avoir vaporisé entre 2012 et 2014 des terrains
scolaires d’une petite ville de
Californie. D’après les médecins,
ce père de trois garçons a, au
mieux, encore deux ans à vivre.
La multinationale, qui commercialise depuis plus de 40 ans cet
herbicide le plus utilisé au monde
(25 % du marché mondial) et dont
le brevet est tombé dans le domaine public en 2000, fera appel de
cette décision, arguant que le glyphosate est « sans danger » et
« continue à être un outil essentiel,
efficace pour les agriculteurs et
autres usagers ».
A
Attaqué partout sur la planète, le
glyphosate reste pour l’instant rarement interdit ou condamné. Et
pour cause : sa dangerosité n’a
toujours pas été établie de manière
définitive et les produits ou techniques alternatifs à ce désherbant
peinent à remporter tous les
suffrages. D’ailleurs, si cette
condamnation par la justice californienne porte un coup sérieux au
glyphosate, la plupart des grandes
agences réglementaires (EFSA en
Europe, EPA aux États-Unis…) ne
reconnaissent pas son danger. Seul
le Centre international de recherche sur le cancer le classe comme
un « cancérogène probable ».
Herbicide total, efficace, facile
d’utilisation et bon marché, le glyphosate s’est vite imposé face aux
autres produits utilisés contre les
mauvaises herbes, aussi bien chez
les particuliers que chez les professionnels. S’il existe évidemment des alternatives pour remplacer ce produit, la plupart des
spécialistes s’accordent à reconnaître que ces solutions seront plus
chères ou plus difficiles à mettre
De nombreuses actions
en justice
À la signature du rachat de Monsanto, la direction de Bayer avait
assuré que les activités agricoles
du nouvel ensemble auraient « une
contribution positive au bénéfice à
compter de 2019 ». À partir de
2022, ce secteur devrait apporter,
selon elle, « une contribution an-
nuelle de l’excédent brut d’exploitation de 1,2 milliard d’euros ». Ces
projections avaient alors rassuré
les analystes, dont certains d’entre
eux avaient revu à la hausse leurs
prévisions de résultats. L’intérêt
stratégique de l’acquisition de
Monsanto est cependant loin de
faire l’unanimité.
En mai, lors de l’assemblée générale de Bayer qui s’était tenue à
Bonn, des actionnaires étaient intervenus pour faire part de leurs
inquiétudes sur les risques considérables que faisaient peser sur le
groupe les nombreuses actions intentées en justice contre le glyphosate. Des voix s’étaient aussi
élevées pour contester l’opportunité de procéder à une augmentation de capital de 6 milliards
d’euros afin de financer une partie
de l’opération. Pour satisfaire aux
exigences des autorités de la
UN PRODUIT
DE SYNTHÈSE
C’EST UN
HERBICIDE
Le glyphosate est un désherbant
fréquemment utilisé par
les agriculteurs car il constitue
une manière simple
et économique de lutter
contre les mauvaises herbes.
3
en œuvre voire plus consommatrices d’énergie, moins efficaces
ou même tout cela à la fois.
Dans un premier temps, des espoirs ont été placés dans le glufosinate d’ammonium, un herbicide
créé par Bayer. Un espoir de courte durée, puisque face aux risques
potentiels pour la santé humaine,
l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation de
l’environnement et du travail) a
retiré son autorisation de mise sur
le marché. Sachant qu’il faut
compter une dizaine d’années
pour mettre au point un produit
phytosanitaire radicalement nouveau, il faudra dans un premier
temps se tourner vers des approches différentes.
Retour au labour
Une alternative plus douce avec un
retour aux techniques anciennes
consisterait à labourer à nouveau
les terres : en les retournant, on
arrache mécaniquement les mauvaises herbes. Problème : le labour
pourrait bien générer une pollution supplémentaire avec un usage
accru du tracteur et la solution
peut être à l’origine d’une érosion
accrue des sols. D’autres, enfin,
NON
SÉLECTIF
Il agit sans distinction sur l'ensemble
des mauvaises herbes, ce qui le rend
potentiellement dangereux
pour la biodiversité.
Un produit pas si facile que cela à remplacer
JEAN-BERNARD LITZLER £@JBLitzler
Bayer (médicaments sur ordonnance et produits d’automédication) ; de l’autre, l’agrochimie
(herbicides et semences agricoles).
La part que représente le glyphosate dans le pôle agraire du groupe
n’a pas été dévoilée. Mais le dernier
bilan publié par Monsanto montre
que la division engrais correspond
à un chiffre d’affaires de près de
5 milliards de dollars, ce qui représente 31 % de l’activité du groupe
américain.
C'est-à-dire un composé obtenu
à partir de réactions chimiques.
GL
YP
ROLAND LASKINE
£@RolandLaskine
ET CLÉMENTINE MALIGORNE
cmaligorne@lefigaro.fr
prônent l’usage de la lutte biologique : l’introduction d’insectes sélectionnés qui détruisent les parasites ou mangent les mauvaises
herbes dont on souhaite se débarrasser. Cette technique fait ses
preuves dans certaines productions mais reste délicate à mettre
en œuvre.
Quand on regarde du côté des
pays pionniers de l’interdiction du
glyphosate, il faut bien constater
que les débuts sont laborieux. Le
Sri Lanka a ainsi interdit la molécule dès 2015, suspectant le produit d’être à l’origine de maladies
chroniques rénales. Mais le pays
vient de revenir partiellement sur
sa décision pour les plantations
d’hévéa et de thé. Les planteurs de
thé affirmaient en effet que l’interdiction du glyphosate avait entraîné une baisse des rendements
de 20 %. Le Salvador s’était lancé
sur la même voie dès 2013 avant
d’adoucir l’interdiction en 2015.
Reste Malte, premier pays européen à bannir le glyphosate en
2016 et qui campe sur ses positions. Mais les exploitations maltaises sont très petites et il est plus
facile d’y appliquer les techniques
alternatives. ■
Nicolas Hulot renforcé par la déci
Le Sri
« Lanka
qui
avait interdit
la molécule
dès 2015, a
fait machine
arrière pour
les grandes
plantations,
dont les
rendements
auraient
baissé
de 20 %
»
Nicolas Hulot :
« Ce n’est que le début
d’une guerre que nous
devons mener
tous ensemble. »
F. BOUCHON/LE FIGARO
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
Le gouvernement s’est officiellement réjoui de la décision d’une
cour de San Francisco de condamner le géant de l’agrochimie
Monsanto pour avoir caché la
dangerosité du glyphosate.
C’est un « jugement historique », a déclaré la secrétaire
d’État auprès du ministre de
la Transition écologique,
Brune Poirson, sur Twitter.
Et pour cause, cette sentence d’un jury américain
va dans le sens de la politique du président de la
République.
« Elle
confirme la décision pionnière d’Emmanuel Macron : interdire le glyphosate dans trois ans », a
insisté la secrétaire d’État.
Les Verts et les ONG ont
toutefois appelé, ce weekend, le gouvernement à interdire encore plus vite l’herbicide.
La définition de cet objectif
n’a pas été sans débat au sein du
gouvernement. Le ministre de
l’Agriculture, Stéphane Travert,
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ÉCONOMIE
Tesla : le gendarme de Wall Street
ouvre une enquête sur Elon Musk
Chiffre d’affaires
annuel de Bayer
Monsanto
Le PDG du constructeur est coutumier des dérapages sur Twitter.
VÉRONIQUE GUILLERMARD
£@vguillermard
DANS
LE MONDE
4
FOLIAIRE
Il est pulvérisé
sur les feuilles
des plantes et absorbé
par celles-ci.
Les molécules
migrent vers les racines
pour « asphyxier »
toute la plante.
En novembre, sur
les 28 pays membres
de l’Union européenne,
18 se sont prononcés
en faveur
du renouvellement
pour 5 ans de la licence
du glyphosate, 9 contre.
Le Portugal s’est
abstenu. Au Brésil,
un juge a ordonné début
août une suspension
de 30 jours, le temps
d’une « réévaluation
toxicologique ».
Au Salvador, en 2013,
le Parlement avait
voté le retrait
des désherbants et
pesticides. L’exécutif
a annulé en partie
cette décision. Au Sri
Lanka les importations
de glyphosates ont été
interdites en 2015.
En juillet, elles ont été
à nouveau autorisées
mais l’usage limité
aux plantations de thé
et d’hévéas.
BON À
SAVOIR
Le glyphosate a été mis sur
le marché pour
la première fois en 1974
sous le nom commercial
Roundup par le géant
américain Monsanto.
Tombé dans le domaine
public en 2000, il est depuis
commercialisé
par une dizaines
de sociétés.
Infographie
ision américaine
s’est en effet opposé sur le sujet de
longs mois au ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot.
Sans surprise, ce dernier est renforcé par la décision de la cour
américaine. « Nous avons pris une
première décision en France, mais
ce ne doit être que le début d’une
guerre que nous devons mener tous
ensemble pour réduire massivement
les molécules les plus dangereuses », a affirmé Nicolas Hulot
samedi à BFMTV. Et l’ancien animateur d’Ushuaïa d’appeler Européens et Américains à prendre
« des décisions aussi rapides et déterminées » que la France.
Transition délicate
L’Union européenne a pris une
décision moins radicale que Paris.
Les agriculteurs européens ne
pourront plus utiliser de glyphosate en 2023, contre 2021 pour les
Français - bien que la majorité
n’ait finalement pas souhaité inscrire la date dans la loi. L’abandon
de ce produit, très largement utilisé par les agriculteurs, ne sera pas
simple. Même les opposants à
Monsanto le reconnaissent. Cela
nécessite, selon le porte-parole de
la Confédération paysanne, Lau-
L'ÉVÉNEMENT
45
milliards
d’euros
concurrence européennes, le
groupe allemand a également dû
se résigner à céder d’importants
actifs de très bonne qualité.
Toute la question est maintenant
de tenter d’évaluer le risque financier que pourrait représenter une
multiplication des sanctions contre
le Roundup. À la Bourse de Francfort, où le cours de Bayer a déjà
perdu 28 % sur les douze derniers
mois, certains analystes financiers
sont déjà tentés de dresser un parallèle avec le « dieselgate » qui
avait éclaté en septembre 2015.
Cette affaire pourrait coûter quelque 27 milliards d’euros au
constructeur automobile allemand
Volkswagen. Les deux affaires ne
sont pas identiques. Mais il n’est
pas exclu que Bayer se trouve pris
dans un engrenage judiciaire avec
des conséquences financières tout
aussi dévastatrices. ■
lundi 13 août 2018
rent Pinatel, « des moyens techniques avec la recherche et puis des
moyens économiques aussi, car les
pesticides, c’est un outil de compétitivité dans la guerre économique ». Et d’illustrer comment le
produit fait gagner du temps, donc
de l’argent : « J’ai déchaumé chez
moi cette semaine. Je n’ai fait qu’un
hectare et j’ai mis une journée. Si
j’avais passé un coup de Roundup,
j’en aurais eu pour une heure ! »
Pour imaginer une transition
vers une agriculture sans glyphosate, Stéphane Travert et Nicolas
Hulot ont mis en place fin juin un
groupe de travail réunissant les acteurs du secteur et les centres de
recherche publics. Il s’agit d’établir un plan de bataille et un calendrier précis pour que le sevrage ne
lamine pas les agriculteurs. En parallèle, le feuilleton judiciaire de
Monsanto pourrait rebondir dans
l’Hexagone. Un agriculteur, Paul
François, continue son combat judiciaire contre le groupe agrochimique. Le Charentais avait obtenu
la condamnation de l’Américain en
appel, avant que la Cour de cassation ne casse cette décision. Mais
l’affaire reviendra devant la justice
le 6 février 2019. ■
AUTOMOBILE « J’envisage de retirer Tesla de la Bourse à 420 dollars.
Financement assuré. » C’est par ce
tweet qu’Elon Musk a dévoilé, le
7 août, ses intentions concernant le
constructeur de voitures électriques, dont il est PDG. La façon et le
moyen ont médusé Wall Street.
Les réactions n’ont pas tardé.
Vendredi 10 août, la SEC, le gendarme de la Bourse américaine, a
ouvert une enquête et demandé
« expressément » si l’affirmation
d’Elon Musk, sur le « financement
assuré » était « réelle ». La Bourse
s’interroge sur une possible manipulation du cours de Tesla (+ 11% le
7 août). Le même jour, deux investisseurs ont porté plainte contre le
PDG de Tesla, devant un tribunal de
San Francisco. Ils soutiennent que
le tweet « était destiné à détruire les
investisseurs ayant vendu à découvert », c’est-à-dire ayant spéculé à
la baisse sur le cours de Tesla. Ils ont
été pris à revers.
Les déclarations écrites, le
8 août, du conseil d’administration
de Tesla, assurant être parfaitement
au courant du projet d’Elon Musk
n’ont pas suffi à éteindre l’incendie
provoqué par le désormais fameux
tweet. Elon Musk, figure emblématique du serial-entrepreneur de la
Silicon Valley, ne respecte pas les
règles du jeu boursier.
Il est pourtant peu probable qu’il
ait voulu manipuler le cours. Il ne
s’agit pas d’une nouvelle foucade comme ce message « poisson
d’avril » annonçant la faillite de
Tesla, posté le 1er avril. Ce tweet est
caractéristique du personnage,
atypique et charismatique, qui
échange en direct avec le monde,
via Twitter, où il compte 22,3 millions
de
followers.
Depuis
juin 2009, il y raconte ses succès,
ses échecs, mais aussi ses joies et ses
contrariétés. Il n’est pas un
« twitto » aussi compulsif que
Donald Trump. Elon Musk a posté
5 342 messages au total (relevé au
12 août), soit dix fois moins que le
président américain, actif sur
Twitter depuis mars 2009.
Sur son réseau social favori, Elon
Musk est un homme-orchestre. Il
joue au DRH : le 1er août, il incite
des développeurs de jeux vidéo à
postuler chez Tesla où « nous voulons créer plein de jeux sympas et ri-
golos, qui seront intégrés aux ordinateurs de bord ». Il se mue en
directeur de la communication, en
louant les qualités de Tesla avec de
nouveaux propriétaires. Lui qui
peut être cassant, agité, peu avenant, il se montre aimable avec ses
clients. Il les remercie pour leur
confiance. Il est aussi ingénieur expert lorsqu’il explique pourquoi sa
société spatiale SpaceX, dont il est
aussi PDG, a dû décaler un vol de sa
fusée, le Falcon 9.
Entrepreneur visionnaire et habité, ayant toujours une nouvelle
idée à formuler, mais aussi des angoisses à dominer, Elon Musk a pris
l’habitude de s’épancher sur Twitter. Sans se soucier des conséquences. Se plaçant au-dessus du commun des mortels. Il est convaincu
d’être en train de changer le monde
grâce à ses projets, soutenus par sa
vision à long terme : coloniser
Mars ; révolutionner l’automobile ;
sauver la planète Terre…
Au-delà de l’horizon
Il annonce ses projets et ses objectifs avant de les réaliser. Il fixe des
calendriers ambitieux qu’il ne tient
quasiment jamais. Peu importe : il
montre la voie. Quand il s’agit de
SpaceX, société non cotée qui a fait
ses preuves et qui est soutenue par
les contrats de la Nasa, ses déclarations n’ont pas d’impact économique. C’est différent lorsqu’il parle
de Tesla, société cotée sur le Nasdaq
depuis le 29 juin 2010. L’ultra-PDG
doit rendre des comptes aux marchés. Il estime savoir où il va et ne
supporte pas, alors qu’il est engagé
dans une difficile montée en cadence du Model 3 de Tesla, de devoir se
justifier tous les trois mois, au rythme de la publication des comptes.
« Trop court-termiste » pour celui
qui voit au-delà de l’horizon.
Plus la pression monte, plus Elon
Musk s’agace. Il ne s’en cache pas.
Toujours sur Twitter, il s’en prend
aux journalistes qui écrivent des articles « inlassablement négatifs »
sur la santé de Tesla. Il qualifie
d’«être humain horrible » un ingénieur qu’il a licencié et accuse d’espionnage industriel au détriment
de Tesla. Habituellement, les entreprises, victimes de vol de données,
jouent la carte de la discrétion.
En mai, il a choqué Wall Street,
en refusant de répondre aux analystes financiers, inquiets des pertes à répétition, du niveau de la
dette et des sorties de liquidités.
« Au suivant. C’est ennuyeux, les
questions stupides ne sont pas
cool », a-t-il lâché, arrogant et
exaspéré. Depuis, il a fait valoir, en
forme de mea culpa, que « les questions arides » des analystes
l’avaient « achevé ». Jusqu’ici, Wall
Street l’a suivi admirative de son
volontarisme et par peur de rater le
jackpot si Elon Musk réussit.
Mais son indulgence est mise à
rude épreuve. Le 15 juillet 2018,
toujours sur Twitter, Elon Musk a
accusé, sans preuve, l’un des secouristes des jeunes Thaïlandais
prisonniers dans une grotte inondée d’être un « pédophile ». Le milliardaire américain a très mal pris
que ce spéléologue britannique,
installé en Thaïlande, critique son
projet. En techno-sauveur, le milliardaire était arrivé in situ, accompagné d’ingénieurs de SpaceX. Il
voulait construire un tube gonflable
qui aurait servi à envoyer des plongeurs dans la grotte et à faire remonter les enfants.
Dès le lundi 16 juillet, l’action
Tesla avait cédé 3 %. Le 18 juillet,
Elon Musk s’était excusé. Mais pour
beaucoup, il a franchi la ligne blanche ! Certains émettent des doutes
sur sa santé mentale. Son ego
surdimensionné est-il en train de
lui faire perdre toute mesure ? Estil vraiment capable de tout piloter :
SpaceX et Tesla, sans oublier ses
autres activités (Solar City, The Boring Company...) ? «Cette dernière
sortie a dépassé les bornes », estime
Gene Munster, analyste chez Loup
Ventures. Il a écrit à Elon Musk.
Dans sa lettre, il pointe « plusieurs
exemples de son comportement inquiétant ces six derniers mois ». Ce
qui « ne peut qu’alimenter une perception néfaste de son leadership,
susceptible et irascible », également
néfaste pour Tesla. ■
25
Elon Musk est accusé
d’avoir envoyé
un tweet, le 7 août,
« destiné à détruire
les investisseurs ayant
vendu à découvert ».
KIICHIRO SATO/AP
« deLessonexemples
comportement
inquiétant
ne peuvent
qu’alimenter
une perception
néfaste de
son leadership,
susceptible
et irascible
GENE MUNSTER,
ANALYSTE,
LOUP VENTURES
Les services à la personne
peinent à recruter
Les conditions de travail évoluent de manière assez défavorable
dans ce secteur en pénurie de main-d’œuvre.
ALICE KACHANER
EMPLOI Entretien de la maison,
soutien scolaire ou aide aux personnes âgées, les services à la personne recouvrent de nombreux
métiers. Dans un contexte de
vieillissement de la population et
de hausse de l’activité féminine,
les besoins en main-d’œuvre y
sont croissants. Pourtant, le secteur peine à recruter. En 2018,
près de 77 % des employeurs déclarent ainsi rencontrer des difficultés à l’embauche d’aides ménagères et aides à domicile d’après
Pôle emploi.
Et pour cause, les conditions de
travail de ces emplois majoritairement féminins (87,3 %) sont particulièrement difficiles et ont
même tendance à se dégrader.
C’est ce que souligne la récente
étude du ministère du Travail (Dares). Plus que d’autres salariés, les
employés des services à la personne subissent des temps de travail
variables et décalés. Ils sont 25 % à
déclarer travailler avec des horaires variables, contre 18 % pour
l’ensemble des salariés. Les horaires atypiques se développent :
alors qu’en 2004, 3,5 % des salariés d’organismes prestataires travaillaient en soirée, cette part est
passée à 8 % en 2012. Même
constat en ce qui concerne le travail de nuit ou du week-end.
Progression du niveau
de diplômes
Même si les niveaux de salaires ont
augmenté de 11 % entre 2010 et
2014, les salariés des services à la
personne sont pour la plupart
contraints de multiplier les employeurs et les activités - ils ont en
moyenne plus de trois employeurs. Et malgré cet effort, ils
n’atteignaient qu’un salaire annuel moyen 8 200 euros net en
2014 (soit un peu plus de 680 euros
par mois), correspondant à un volume de 887 heures. Cette situation de sous-emploi - un temps
complet totalise 1 607 heures par
an - est notamment imputable à la
nature ponctuelle et temporaire
des activités exercées. Un ensemble de conditions défavorables qui
n’est pas sans conséquences. En
2015, 6 % des employés de ce secteur se déclaraient en mauvaise
santé, soit le double des autres salariés, et 28,6 % déclaraient avoir
des problèmes de santé durables.
Le rapport du ministère du Travail souligne toutefois une avancée non négligeable dans ce secteur à faible niveau de
qualification où l’âge moyen atteint 46 ans. Alors que 57,7 % des
salariés des services à la personne
travaillant pour des prestataires
ne disposaient d’aucun diplôme
en 2004, cette part s’est considérablement réduite en onze ans
pour atteindre 37,2 % en 2015.
Une évolution qui profite moins
aux salariés travaillant en direct
pour un particulier, qui à 42,8 %
n’ont pas de diplôme, les ménages
employeurs n’ayant pas le temps
ou les moyens de les accompagner dans leurs démarches de
formation. ■
les salariés
« des
services
à la personne
sont pour
la plupart
contraints
de multiplier
les
employeurs
et les activités
- ils ont en
moyenne
plus de trois
employeurs
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 13 août 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et TECH
Le design français
trace
sa route en Asie
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
Les clients
« locaux
sont
de plus en plus
pointus. […].
Ils ne sont
plus fascinés
par
les marques
occidentales
mais par
celles qui
sont les plus
performantes
»
CHRISTOPHE PRADÈRE,
FONDATEUR ET DIRECTEUR
DE BETC DESIGN
MARKETING Si la « French Touch »
est d’abord un mouvement musical, elle est devenue un phénomène
dans d’autres univers. Il y a ainsi
une « French Touch » dans les
nouvelles technologies (la « French
Tech ») mais aussi dans le monde
du design appliqué au marketing.
L’excellence française est en effet
reconnue sur le terrain du branding
- c’est-à-dire le travail sur l’image
de marque - ou du packaging, et en
particulier sur un marché aujourd’hui très porteur : l’Asie.
« L’installation d’agences tricolores en Chine au milieu des années
2000 a marqué le début du développement d’un courant d’affaires qui
s’est intensifié ces dernières années,
observe Christophe Chaptal, éditeur de la lettre professionnelle Design fax et président de l’Association de promotion du design
français (APCI). Pour deux raisons :
d’abord, l’essor de la consommation
de masse dans la vaste zone asiatique, avec des produits de plus en plus
haut de gamme proposés à des classes moyennes en plein boom ; ensuite, les besoins de nombreuses marques locales de se différencier entre
elles et donc d’adopter des stratégies
marketing plus sophistiquées. » Or
les premiers véhicules d’image
d’un produit sont son identité
- comme son nom et son logo - et
son packaging. Dans les linéaires
des supermarchés, ce sont ces détails qui peuvent faire la différence
dans le choix du consommateur.
« Dans ces domaines, les agences
françaises ont des cartes à jouer, estime Christophe Chaptal. Elles sont
bien positionnées dans les produits de
consommation, le luxe et la mise en
scène des produits. »
La demande est bien là. Elle a
d’abord émané de grandes marques
françaises. Elle vient aussi désormais des marques chinoises qui
souhaitent se démarquer sur leur
marché domestique, voire tâter le
terrain à l’international. L’agence
Cent Degrés, l’une des premières
enseignes françaises de design à
s’être implantées en Asie, dès 1988,
est exemplaire de cette évolution.
Depuis Hongkong, elle a commencé par travailler pour Dior sur plusieurs marchés de la région, puis
pour une marque de cosmétique
que LVMH a créée spécifiquement
pour le marché chinois. En 2006,
projet décisif, l’agence a été choisie
par le groupe cosmétique shanghaïen Jahwa pour internationaliser sa marque Herborist. « Une
LIN BIN/IMAGINECHINA/AFP FORUM
Les enseignes tricolores ont la cote en branding
ou en packaging, surtout dans le luxe et l’alimentaire.
L’agence française Cent Degrés a été choisie par le groupe cosmétique shanghaïen Jahwa pour internationaliser
sa marque Herborist (ici une boutique dans un centre commercial de Fuzhou, dans le sud-est de la Chine).
aventure créative géniale, selon Elie
Papiernik, cofondateur de Cent Degrés. Herborist est, avec la bière
Tsingtao, l’une des premières marques grand public qui assument le
“made in China”. »
Clients plus pointus
Cette étape a conduit Cent Degrés à
s’implanter à partir de 2008 à
Shanghaï, où l’agence dispose à
présent d’une équipe de quarante
personnes - consultants, designers,
architectes commerciaux -, ce qui
est considérable. L’agence envisage
d’ouvrir des bureaux au Vietnam,
en Thaïlande et en Indonésie. « Audelà d’un style, les Chinois recherchent chez nous un vrai savoir-faire
dans la création de plateformes de
marques. Nous savons raconter des
histoires et les mettre en scène »,
souligne Elie Papiernik.
BETC Design (Havas) s’est aussi
illustrée sur le marché chinois en
s’installant dès 2005 à Shanghaï, où
son bureau emploie aujourd’hui
quinze personnes. Avec des clients
dans les secteurs de la beauté, de
l’hôtellerie ou de la mode, « typiquement français, quand les créneaux du high-tech ou des alcools
sont plus souvent traités par des
agences anglo-saxonnes », relève
Christophe Pradère, fondateur et
directeur de BETC Design. Parmi
ses clients, l’agence compte
notamment L’Oréal et sa marque
chinoise Yue Sai. Le marché asiatique représente aujourd’hui 40 % de
son activité. « Les clients locaux
sont de plus en plus pointus. Ils veulent avoir une vision claire de vos
compétences. Ils ne sont plus fascinés
par les marques occidentales
mais par celles qui sont les plus
performantes. »
D’autres grandes agences fran-
çaises taillent leur route vers cet eldorado asiatique. Depuis l’Indonésie,
Team
Créatif
œuvre
notamment pour Danone, son
grand client en packaging. Mais sa
filiale Market Value, spécialisée
dans l’architecture commerciale,
marche aussi très bien. « La France
a développé une vraie expertise du
design des points de vente », explique Philippe de Mareilhac, directeur général de Team Créatif.
De son côté, Dragon Rouge, qui
se dispute avec Team Créatif le titre
de plus grande agence française indépendante, enregistre actuellement des taux de croissance de plus
de 20 % pour ses bureaux de Shanghaï et Singapour. « Les marques
locales les plus ambitieuses ont besoin de nos services pour se battre
contre les grandes marques internationales », confirme Renaud Deschamps, son directeur général. ■
[
Comment
va changerla 5G
notre quoti
dien
L’ÉTÉ DU FIGARO
Véhicule
autonome
La 5G prend
le volant
]
La voiture de demain sera en permanence
connectée à son environnement.
A
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
Qui n’a jamais rêvé de pouvoir lâcher
le volant de son véhicule pour faire un
petit somme, surtout en pleine torpeur estivale ? Ce rêve est techniquement possible. Il devrait être accessible à tous grâce au déploiement de la
5G, la prochaine génération de téléphonie mobile, prévu entre 2025 et
2030. Mais pourquoi faut-il de la 5G
pour faire rouler une voiture autonome ? La voiture sans chauffeur peut
d’ores et déjà sillonner les routes.
Schématiquement, son trajet idéal se
situe sur une autoroute aux lignes
blanches bien marquées - ce sont elles
qui servent de guide au véhicule. Doté
d’un GPS et bardé de capteurs, il sait
calculer son itinéraire, doubler des
véhicules plus lents et éviter les obstacles. La situation se complique pour
les trajets urbains. Il se dit même que
la voiture autonome serait incapable
de franchir la place de l’Étoile à Paris…
Demain, avec la 5G, cette même
voiture sera connectée à son environnement et aux autres véhicules.
Cette communication, dite V2V (véhicule à véhicule), comporte plusieurs volets, dont l’envoi de messages d’alerte aux autres engins qui
circulent, du type « attention, je
viens de franchir une plaque de ver-
glas, il faut ralentir ». La transmission des données en 5G est dix fois
plus rapide qu’en 4G, permettant au
véhicule de disposer des informations et de les traiter plus rapidement
que ce qui est humainement possible. Ainsi, la 5G apportera de nouveaux services et fonctions, comme
le « Drive Thru » développé par Valeo, littéralement « voir au travers ».
Chaque véhicule étant doté d’une
caméra qui filme la roue devant lui,
ces images peuvent être vues par le
véhicule qui le suit. Ce dernier peut
ainsi doubler en ayant une vision
précise de la route.
1/5
Divertissement à bord
Les véhicules seront précisément localisés, ce qui est essentiel pour anticiper les éventuels obstacles, mais
aussi bien respecter le Code de la route. Actuellement, les GPS « confondent » parfois deux routes lorsqu’elles
sont proches, entraînant la transmission d’informations erronées sur la limitation de vitesse à respecter. Ce qui
peut s’avérer problématique quand la
voiture pile sur une autoroute,
croyant que la vitesse est limitée à
80 km/h et non plus 130 ! Avec la 5G,
et l’installation de capteurs dans les
éléments d’infrastructures comme les
panneaux, ce type d’erreurs ne devraient plus se produire. La 5G est no-
La 5G, peu
consommatrice
d’énergie, offre
une grande autonomie
à des capteurs
qui pourront être posés
au bord ou dans les
routes pour une dizaine
d’années, sans
avoir besoin d’être
rechargés. ANDSUS
/ADOBE STOCK
tamment conçue pour, d’une part,
accueillir davantage d’objets connectés sur son réseau et, d’autre part, être
peu consommatrice d’énergie. Elle
offre ainsi une grande autonomie à des
capteurs qui pourront être posés au
bord ou dans les routes pour une dizaine d’années, sans avoir besoin
d’être rechargés. Connecté à son environnement et aux véhicules qui
l’entourent, notre véhicule du futur
sera capable de franchir sans encombre la place de l’Étoile.
Dispensés de conduite, les passagers
de la voiture de demain ne s’ennuieront pas pour autant. Le divertissement à bord fait partie des grands sujets
sur
lesquels
travaillent
constructeurs et équipementiers automobiles. Par exemple, l’habitacle de
demain, présenté par Panasonic, en
donne une idée : un espace où toutes
les surfaces pourront être des écrans.
La 5G apporte des débits suffisamment
élevés, doublés des capacités nécessaires, pour pouvoir regarder un film en
streaming, à 130 km/h, ou obtenir des
informations en temps réel sur l’historique d’un monument aperçu par la
fenêtre. Couplées à des technologies de
reconnaissance d’images, ces informations pourront même s’afficher
automatiquement. Il reste néanmoins
plusieurs questions en suspens, et non
des moindres. Tout d’abord, celle des
conséquences pour les personnes de la
multiplication des émissions hertziennes autour d’elles. La seconde est d’ordre économique : qui payera les abonnements télécoms ? Le consommateur ? Le constructeur ? L’opérateur d’infrastructures routières ? Et
quel sera le mode de commercialisation de ces voitures autonomes : seront-elles entièrement partagées ou
les consommateurs préféreront-ils
rester propriétaire de leur moyen de
transport ? Les réponses risquent de
varier selon les pays, ou même les régions, entre ruraux et urbains. ■
RETROUVEZ DEMAIN:
Des données au service
de la santé
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