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Le Figaro - 13 09 2018

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jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 043 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
SNCF
DES TRAINS AUTONOMES
SUR LES RAILS EN 2023
PAGE 18
SPECTACLE
BLANCHE GARDIN,
HUMOUR ET FÉROCITÉ
EN TOUTE LIBERTÉ PAGE 26
Le coup de semonce
de l’Europe à la Hongrie
SOCIAL
Le gouvernement
s’attaque
à la pauvreté
PAGE 4
ASSEMBLÉE
Une élection
étriquée pour
Richard Ferrand
Le Parlement européen a activé hier une rare procédure de sanctions contre la Hongrie de
Viktor Orban, en raison des menaces qu’elle fait peser sur les valeurs fondamentales de l’Union.
PAGE 5
PS
Après avoir longuement hésité, l’Union européenne a
fini par décider de lancer les
hostilités contre Viktor Orban, turbulent premier ministre de Hongrie. Par 448
Européennes : au
bord de l’explosion,
les socialistes
en appellent à
Cazeneuve
voix pour, 197 voix contre et
48 abstentions, le Parlement
européen a voté en faveur de
l’activation de l’article 7, qui
permet l’ouverture d’une
procédure de suspension des
droits de vote de la Hongrie.
Viktor Orban dénonce une
vengeance des « forces proimmigration ».
Ce vote n’a encore qu’une
valeur symbolique, mais il
marque un changement de
ton dans les structures dirigeantes de l’Union, à quelques mois des élections
européennes.
Dans un entretien au Figaro,
è LE PPE A LÂCHÉ SON ENFANT TERRIBLE è JUNCKER : « SI J’AVAIS ÉTÉ MEMBRE DU PARLEMENT EUROPÉEN, J’AURAIS VOTÉ EN FAVEUR DE L’ARTICLE 7 » è MERKEL PRÊTE À
PAGE 5
DURCIR LE TON CONTRE LA HONGRIE PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
SONDAGE
L’exode des Américains de Caroline du Nord
avant l’arrivée de l’ouragan Florence
Les Français
se méfient
des États-Unis
de Trump
et plébiscitent
l’Allemagne PAGE 6
Le CSM, cette
institution qui
fait et défait
les magistrats
La chronique
d’Éric
Zemmour
Le tête à tête
de Charles
Jaigu
Les tribunes
de Roland
Hureaux et
de Pascal Salin
La chronique
de Luc Ferry
L’analyse
de Jean-Marc
Leclerc
n
n
n
D’une puissance exceptionnelle, proche de celle d’Irma l’année dernière, cet ouragan classé « majeur » devrait
atteindre la côte Est des États-Unis ce jeudi. Près de 2 millions de personnes ont déjà été évacuées. PAGE 10
Après deux ans de débats
houleux,
le
Parlement
européen a adopté mercredi
à une large majorité la directive sur le droit d’auteur,
qui consacre la création
d’un droit voisin pour la
presse. La nouvelle réglementation va contraindre
les géants d’Internet à
mieux rémunérer les artistes et les médias, dont ils
diffusent les contenus tout
en captant la quasi-totalité
des revenus.
PAGE 24
n
ÉDITORIAL par Arnaud de La Grange adelagrange@lefigaro.fr
n
n
PAGES 12 À 15
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mercredi :
Faut-il taxer
davantage les entreprises
pour limiter le recours
aux CDD ?
OUI
42 %
NON
58 %
TOTAL DE VOTANTS : 18 621
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Faut-il supprimer les
emprisonnements de
moins d’un mois au profit
d’autres types de peines ?
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@j@l@d@a";
Les Gafa
vont devoir
rétribuer
les éditeurs
de presse
et les artistes
FOTORESO/CHRISTOPHE RECOURAFILIP VAN ROE
C’
À double tranchant
est l’« option nucléaire » qui a
finalement été choisie. Après
des mois de guérilla, les députés européens ont sorti l’artillerie lourde contre Viktor Orban en votant le fameux article 7. Souvent
évoqué, rarement utilisé, il ouvre potentiellement la voie à l’exclusion de facto de la Hongrie
du jeu européen.
Il y a encore peu, cet avertissement paraissait
peu probable. Le rapport de forces ne s’y prêtait
pas. Le Fidesz de Viktor Orban fait partie du
Parti populaire européen (PPE), le groupe le
plus puissant à Strasbourg, qui le soutenait.
Mais la donne a changé. Et Orban a beau dénoncer le complot des « forces pro-immigration », ce n’est pas le profil de ceux qui ont fait
basculer le vote. Ce sont des « durs » face à la
crise migratoire, l’Autrichien Sebastian Kurz ou
certains Bavarois de la CSU, qui ont finalement
décidé de le sanctionner. Sans doute parce que
le Hongrois était allé trop loin, choisissant l’escalade au lieu de gestes d’apaisement.
L’arme est à double tranchant. Elle peut nourrir
le discours d’un Orban ou d’un Salvini contre
les élites européennes. Et polariser encore un
peu plus le paysage politique du continent, dé-
chiré entre « progressistes » et « nationalistes ».
Le risque est aussi que l’affrontement politique
fasse perdre de vue les attentes des peuples.
Ceux-ci ont un vif besoin d’être rassurés sur
leur identité et les frontières, pour ne pas se
tourner vers les extrêmes.
Des esprits malicieux y verront un joli tour
joué par la chancelière allemande à Emmanuel Macron,
avant les élections européennes. C’est elle,
sans nul doute,
qui a convaincu
la CSU de suivre
le mouvement
au sein du PPE.
Certes, le président français peut se féliciter
de ce rassemblement autour de valeurs dont
il se veut le défenseur principal. Mais il rêvait de faire exploser ce PPE, tiraillé entre libéraux et nationalistes. Afin de rallier les
éléments de centre droit déçus par la « dérive droitière » du groupe, refaisant à l’échelle
continentale ce qu’il a réussi à l’échelon national. Angela Merkel lui coupe un peu
l’herbe sous le pied. ■
Logiciel de gestion d’entrepôt
Derrière
l’avertissement
à Orban,
les élections
européennes
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ISSN 0182.5852
Tel. 01 60 11 92 92 • www.mecalux.fr/software
A
CHAMPS LIBRES
L’anglais pourrait
devenir obligatoire
pour tous les
élèves PAGE 8
ANDREW CABALLERO-REYNOLDS/AFP, HO/AFP
ÉDUCATION
M 00108 - 913 - F: 2,60 E
le président de la Commission, Jean-Claude Juncker,
invite à ne pas confondre les
forces « eurosceptiques », qu’il
faut convaincre, avec « l’extrême droite ».
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jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
L’Europe veut mettre Viktor
Malgré le vote qui le sanctionne, le premier ministre hongrois continuera de peser
ZOLTAN MATHE/AP
LAURE MANDEVILLE £@lauremandeville
La décision
d’aujourd’hui
n’est rien de moins
qu’une petite
vengeance
des politiciens proimmigration contre
la Hongrie. Elle
a été prise alors
que nous, Hongrois,
avons prouvé que
la migration n’est
pas un processus
nécessaire
et qu’il est possible
de stopper
l’immigration
»
PETER SZIJJARTO, MINISTRE
HONGROIS DES AFFAIRES
ÉTRANGÈRES
APRÈS MOULT hésitations, l’Union
européenne a fini par lancer les hostilités
contre Viktor Orban, turbulent premier
ministre de Hongrie, qui n’a cessé de défier Bruxelles, jetant les bases d’une démocratie autoritaire à sa main, se posant
en chef de file du camp anti-immigration
et appelant à une totale refonte de l’Europe dans le sens d’un retour du primat
de l’État-nation. Par 448 voix pour,
197 voix contre et 48 abstentions, le Parlement européen lui a en effet infligé un
cuisant camouflet en votant en faveur de
l’activation de l’article 7 des traités européens, qui permettrait potentiellement
l’ouverture d’une procédure de suspension des droits de vote de la Hongrie, dans
le but de sanctionner ses dérives en matière de justice et de pluralisme de la
presse, ses attaques contre certaines ONG
et son refus d’accueillir des demandeurs
d’asile.
Ce vote, qui a été justifié par la « menace
systémique » qui pèserait sur la démocratie
hongroise, n’a qu’une valeur symbolique
et ne fait qu’inviter le Conseil à « constater
s’il existe un risque clair de violation grave,
par la Hongrie, des valeurs visées à l’article
2 du traité UE et à adresser à la Hongrie des
recommandations appropriées à cet
égard ». Il est quasiment exclu que cette
procédure aille à son terme. La Pologne,
l’Autriche et l’Italie, qui prônent la fermeté sur les questions migratoires comme
Orban, s’y opposeraient sans doute. Mais
cette décision marque clairement un
changement de ton dans les structures dirigeantes de l’Union. Le président de la
Commission européenne, Jean Claude
Juncker, qui prononçait le même jour un
grand discours destiné à relancer l’Europe
puissance et à créer « une souveraineté
européenne », sur un continent malmené
par son grand voisin transatlantique et
traversé par une révolte nationaliste et
populiste de large ampleur, a affirmé qu’il
aurait voté pour la sanction, s’il avait été
député. La chancelière allemande, Angela
Merkel, et le président Emmanuel Macron
ont tous deux également pris clairement
position contre Orban. Les deux dirigeants se seraient mis d’accord pour faire
pression sur les membres du groupe euro-
péen PPE et les convaincre de lâcher le
Hongrois. Merkel aurait notamment utilisé toute sa persuasion pour faire basculer
le chef du groupe PPE, Manfred Weber, un
Bavarois plutôt favorable à Orban sur la
question de l’immigration, en échange
“
Il est clairement allé
trop loin, à la fois dans ses
entorses à la démocratie
et dans sa prétention
à incarner l’avenir
de l’Europe
”
EAN DOMINIQUE GIULIANI, PRÉSIDENT
DE LA FONDATION ROBERT SCHUMAN
d’un soutien à sa candidature comme chef
de liste pour les européennes. « J’ai toujours été favorable au fait de construire des
passerelles, et je veux continuer à le faire,
mais je n’ai vu aucune volonté de la part du
premier ministre hongrois de faire un pas
vers ses partenaires de l’UE », a expliqué
M. Weber sur Twitter.
La mobilisation au sein du PPE n’aurait
jamais eu lieu « si Orban n’avait pas passé
la ligne rouge », commentait mercredi le
président de la Fondation Robert Schuman, Jean Dominique Giuliani, affirmant
que sa rencontre du mois d’août avec
l’Italien Salvini avait scellé son destin.
« S’il avait fait la danse du paon comme il le
faisait ces dernières années, et reconnu des
erreurs, peut-être aurait-il été sauvé par
son groupe. Mais il est clairement allé trop
loin, à la fois dans ses entorses à la démocratie et dans sa prétention à incarner
l’avenir de l’Europe, en proclamant au côté
de Salvini que Macron était l’ennemi et
qu’il était l’hériter réel d’Helmut Kohl »,
ajoute Giuliani, disant prévoir une sortie
d’Orban du PPE. « Les autres lui montrent
la porte. »
Mais sera-t-il si facile de se débarrasser
d’Orban, vu le rôle central que joue la
question de l’immigration dans le débat
européen ? Pourrait-il rebondir, et devenir le porte-flambeau de la révolte nationaliste et populiste qui souffle sur l’Europe, notamment centrale et désormais
alpine, puisque les Autrichiens, les Italiens et les Bavarois se sont peu à peu ralliés à ses idées sur l’immigration et la
« bataille de civilisation » qui se jouerait
Le PPE a lâché
son enfant terrible
448
eurodéputés
contre 197 ont voté
pour l’activation
de l’article 7 du traité
de l’UE contre la Hongrie
A
UNE
PROCÉDURE
LONGUE ET
HASARDEUSE
L’adoption de l’article 7
par le Parlement européen
n’est que la première étape
d’une longue et hasardeuse
procédure. C’est désormais
au Conseil de l’Union
européenne de se saisir
de la résolution. S’il le souhaite
et quand il le souhaite.
« C’est aux ministres
des États membres de décider
de ce qu’ils font et ils peuvent
ne rien faire », insiste
un membre du Parlement
européen. Si le Conseil
s’en saisit effectivement,
c’est un vote à la majorité
des 4/5 de ses membres
(soit 22 pays) qui sera
nécessaire pour constater
les violations de l’État de droit.
En cas de vote positif, une
procédure de dialogue avec le
gouvernement hongrois serait
ouverte. La Hongrie devrait
prouver au Conseil les progrès
qu’elle réalise en matière
d’État de droit et sur les points
souhaités par les ministres
des Affaires européennes
amenés à suivre le sujet.
En cas de progrès jugés
insuffisants, le Conseil
européen serait saisi.
La Hongrie risquerait alors
de perdre ses droits de vote
au sein de l’Union. Mais, pour
ce faire, la décision doit être
prise à l’unanimité des États
membres, à l’exception de la
Hongrie. Le vote de la Pologne
serait déterminant.
A. R.
L’Allemand Manfred Weber, président du Parti populaire européen,
mardi à Strasbourg. VINCENT KESSLER/REUTERS
LA TENSION était maximale mercredi,
à Strasbourg, où était attendu le vote
sur la Hongrie. Le couperet est tombé
en tout début d’après-midi. L’article 7
a finalement été adopté avec 448 voix
pour, 197 voix contre et 48 abstentions
non comptabilisées. L’homme fort de
Budapest avait, semble-t-il, senti le
vent tourner depuis quelques jours
dans les rangs du parti auquel il est
rattaché, le PPE. Dans son discours sur
l’état de l’Union prononcé mercredi
matin et totalement éclipsé par le vote
sur l’article 7, Jean-Claude Juncker
avait donné le ton de la journée en opposant « nationalisme malsain » et
« patriotisme éclairé ». À aucun moment, il n’a cité explicitement la Hongrie, ou la Pologne contre laquelle la
Commission s’est récemment saisie de
l’article 7, mais il a mis en garde :
« L’article 7 doit s’appliquer là où l’État
de droit est en danger. »
Certes, il y a assez peu de chances
pour que cette procédure aille à son
terme dans le cas de la Hongrie, mais
ce vote est hautement symbolique. Car
c’est bien le PPE, le parti auquel est
rattaché le Fidesz d’Orban, qui a fait
basculer le vote dans le sens de l’adoption. Quelque 116 eurodéputés de ce
groupe - le plus puissant du Parlement
européen - ont voté pour et seulement
une petite soixantaine contre. Pour la
première fois, la droite européenne,
qui a si longtemps fermé les yeux sur
les violations de l’État de droit en Hongrie, a donc décidé à une majorité
écrasante de rappeler à l’ordre l’ « enfant terrible de l’Europe ». Il s’agit là
d’un virage à 180 degrés.
Pour autant, ce groupe reste toujours
aussi divisé vis-à-vis d’Orban. Il suffit
pour s’en convaincre de comptabiliser
le nombre d’abstentions enregistré
mercredi - une cinquantaine ! - pour
prendre la mesure de la gêne que suscite
la présence d’Orban dans les rangs du
premier parti du Parlement européen.
« Si certains députés ont voté contre la
résolution, ce n’est pas parce qu’ils soutiennent Orban, c’est parce qu’ils esti-
ment que ce n’est pas la méthode qu’il
fallait employer », confiait mercredi
après-midi, un brin gêné, un membre
du groupe PPE. « Les députés PPE en
avaient assez de s’occuper du Fidesz et
d’Orban parce qu’ils avaient à nouveau
dépassé une ligne rouge, et parce qu’ils
étaient de plus en plus pris à partie par
leurs électeurs sur le terrain », estime
pour sa part l’eurodéputé PPE Frank
Engel, opposant de longue date au dirigeant hongrois. Fin août, son mano a
mano milanais avec l’Italien Salvini n’a
fait qu’agacer un peu plus. L’attitude
agressive d’Orban, mardi soir, aurait
fini de convaincre des élus hésitants.
« Démagogue nationaliste »
Le PPE a donc contribué à déclencher
l’article 7 et ne manquera pas de s’en
prévaloir lors de la campagne pour les
Européennes à venir. Manfred Weber,
le président du groupe PPE, est désormais candidat à la présidence de la
Commission. Mais la droite européenne
est loin d’en avoir fini avec l’homme
fort de Budapest. Car avec ce vote, la
question qui se pose désormais est celle
du maintien d’Orban au sein du PPE.
Beaucoup assurent qu’elle ne sera pas
tranchée à court terme. Dans l’immédiat, il ne se passera pas grand-chose.
Orban se mettra peut-être en retrait du
PPE. « J’ai l’impression qu’il est en train
de comprendre qu’il ne peut pas tenir sa
ligne au sein du PPE. Mais il sait qu’il représente un courant d’opinion substantiel
en Europe », affirme un eurodéputé.
Orban a répété mardi devant les journalistes qu’il n’avait aucunement l’intention de quitter le PPE. Y trouveraitil son intérêt ? Pas sûr. « Tous les
représentants de l’extrême droite européenne l’invitent à le rejoindre : Le Pen,
Salvini, Wilders. Il peut très bien concevoir que cela n’aurait pas de sens. Le
PPE, pour lui, constitue une amplification
de sa stature. En dehors du PPE, il ne serait qu’un simple démagogue nationaliste », affirme Frank Engel. Le PPE est
loin d’en avoir fini avec « l’enfant terrible » de Budapest. ■ A. R. (À BRUXELLES)
Jean-Claude Juncker : « Si j’avais
PROPOS RECUEILLIS À STRASBOURG PAR
ANNE ROVAN £@annerovan
LE PRÉSIDENT de la Commission JeanClaude Juncker a accordé mercredi à
Strasbourg une interview à plusieurs
journaux européens.
LE FIGARO. - Les eurodéputés
ont majoritairement voté en faveur
de l’article 7 du traité de l’UE contre
la Hongrie. Quelle est votre réaction ?
Jean-Claude JUNCKER. - Si j’avais été
membre du Parlement européen,
j’aurais aussi voté en faveur de l’article 7.
Je suis en totale harmonie avec le résultat de ce vote.
Quelle pourrait être désormais
la place de Viktor Orban au sein
du Parti populaire européen (PPE)
dont vous êtes issu ?
J’ai un problème avec son appartenance
au PPE. Mais c’est au parti de prendre la
décision.
Si c’était à refaire, feriez-vous les choses
différemment, notamment sur la gestion
de la crise migratoire de 2015 ?
Je ne ferais rien de différent. Les propositions de la Commission ont été adoptées par le Conseil, mais certains membres ont décidé de ne pas les appliquer.
C’est donc un débat entre États membres, des disputes entre gouvernements.
La République tchèque, par exemple,
n’a accueilli que 28 réfugiés. Peut-on,
dès lors, parler d’invasion ? L’UE a besoin d’unité mais il faut un mouvement
dans les deux sens. Nous proposons
d’augmenter à 10 000 le nombre de gardes-frontières européens ou de renforcer le rôle de l’agence de l’asile. Pour le
reste, je crois que les membres de l’Europe doivent montrer de la solidarité.
Ceux qui ne reçoivent pas de réfugiés
doivent contribuer davantage aux poli-
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LE FIGARO
jeudi 13 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
Orban hors jeu
Merkel prête à durcir
le ton contre la Hongrie
sur le débat à l’approche des élections européennes.
sur le continent ? Jugeant les accusations
de la Commission de Venise et du Parlement européen biaisées, l’habile politicien hongrois s’est toujours défendu
d’avoir mis en place un système antidémocratique, estimant avoir corrigé ses
réformes judiciaires (ce qui est partiellement vrai) et assurant que ses prédécesseurs de gauche avaient été tout aussi interventionnistes dans les médias à
l’époque où ils étaient aux affaires.
Pour lui, l’affaire est entendue : ses adversaires européens le peignent en dictateur autoritaire parce qu’il s’oppose au
modèle multiculturel et au dogme des
frontières ouvertes, qui prévaut en Europe, et qu’il défend les « valeurs chrétiennes ». « Je n’accepterai pas que les forces pro-immigration nous menacent,
fassent un chantage et calomnient la Hongrie sur la base de fausses accusations »,
a-t-il lancé à Strasbourg avant le vote,
disant être venu défendre « l’honneur de
son pays » contre ceux qui l’accusent.
Pourra-t-il cependant rester au PPE
comme il le souhaite malgré le désaveu
qu’il vient d’essuyer ? « A-t-il autre chose
sous le pied, une alliance avec Salvini ?
Avec Poutine ? Ou une visite de Donald
Trump ? » se demandait hier le directeur
de la Fondation pour l’innovation politique, Dominique Reynié. En août, Orban
avait évoqué la création d’un groupe des
pays de Visegrad au Parlement européen.
La Pologne, qui se retrouve, elle aussi, sur
le banc des accusés, à Bruxelles, où la
Commission a lancé l’article 7 contre elle,
pourrait-elle s’y résoudre ? Le chancelier
autrichien Sebastian Kurz, dont le groupe
a voté, fait notable, contre Orban, pourrait-il tenter de lui voler la vedette et incarner une version plus sage du front anti-immigraition ? Face aux grandes
manœuvres qui commencent et à la volatilité des électeurs, les observateurs restent prudents sur le jeu de billard à plusieurs bandes qui est en train de se jouer.
Même si elle semble avoir gagné une bataille tactique en parvenant à convaincre
le PPE de sacrifier Orban, Merkel pourrait payer à plus long terme sa manœuvre
à l’intérieur de l’Allemagne, où sa position, jugée excessivement pro-immigration, lui a valu les foudres de la CSU et
d’une partie de la CDU et a permis l’envolée de l’Alternative pour l’Allemagne.
3
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
Le président Macron, qui s’est « fortement impliqué », selon l’Élysée, salue,
lui, « un signal fort du Parlement européen » qui « montre que l’Europe peut se
rassembler sur les valeurs au-delà des
partis ». Mais il est loin d’être certain
qu’il puisse transformer cette victoire
symbolique en gain stratégique lors
d’élections européennes, qui seront immanquablement dominées par le thème
de l’immigration.
« Il reste très difficile de lire les conséquences à long terme de ce vote », notait
mercredi Dominique Reynié, parlant
d’une situation « confuse » dans une Europe transformée en champ de bataille
idéologique entre nationalistes et partisans d’une Europe plus supranationale.
« Si le public interprète ce vote comme une
condamnation de ses écarts en matière de
démocratie, ce débat restera ésotérique,
car l’opinion ne s’intéresse que marginalement à cette question. Mais si le vote anti-Orban est perçu comme une sanction
contre ses positions anti-immigration,
cela pourrait se révéler une décision risquée pour le camp de Juncker, Macron et
Merkel. » ■
LEUR DERNIÈRE rencontre, à Berlin
début juillet, avait été glaciale. Angela
Merkel et Viktor Orban avaient pris
acte de leurs désaccords profonds sur
la politique migratoire européenne.
Après le vote mercredi du Parlement
européen en faveur d’une procédure
de sanction contre la Hongrie, leur relation devrait encore se détériorer. En
laissant Manfred Weber, que la chancelière a adoubé comme candidat potentiel au poste de président de la
Commission européenne, sonner la
charge contre le premier ministre
hongrois, Angela Merkel a clairement
choisi son camp. « La chancelière a
toujours dit son attachement aux valeurs européennes », dit-on dans son
entourage, pour justifier la rupture.
La résolution, votée par une grande
partie des élus du Parti populaire
européen dont Manfred Weber est le
président de groupe, sera transmise au
Conseil, et la décision finale reviendra
donc aux chefs d’État et de gouvernement européens. Angela Merkel a encore du temps avant d’être confrontée
directement au sujet et de devoir lâcher officiellement Viktor Orban.
“
Le refus de participer
à la solidarité européenne
doit avoir un prix
”
UNE SOURCE DANS L’ENTOURAGE
DE LA CHANCELIÈRE ALLEMANDE
Viktor Orban, en avril dernier lors
d’un meeting à Szekesfehervar,
au sud-ouest de Budapest.
BERNADETT SZABO/REUTERS
Jusqu’à présent, elle avait toléré la
voix du premier ministre hongrois au
sein du PPE, dont la CDU-CSU est la
composante principale, au nom d’un
certain pragmatisme électoral : en rassemblant le plus largement possible, le
Parti populaire européen était assuré
d’être le principal groupe au Parlement européen. Mais Angela Merkel
s’est aujourd’hui résolue à la confrontation, quitte à malmener la CDUCSU. Au sein de son parti, les avis sont
partagés sur l’attitude à adopter vis-àvis de Budapest. Sur les cinq eurodéputés issus de la CSU, seul Manfred
Weber a voté le principe de sanctions
contre la Hongrie. La discipline de vote
avait été levée. Selon une information
de Der Spiegel, le ministre de l’Intérieur et leader de la CSU, Horst Seehofer, en conflit ouvert avec Angela Merkel, aurait fait savoir qu’il n’était pas
favorable à la procédure. Viktor Orban
a été régulièrement invité aux congrès
du parti bavarois. De son côté, la chancelière semble avoir fait le pari d’un affaiblissement de la CSU.
Prudemment, elle compte cependant laisser aux instances du Parti populaire européen le soin de débattre
d’une exclusion du Fidesz, le parti
d’Orban. Le sujet s’annonce épineux.
Il pourrait compliquer les ambitions de
Manfred Weber et ses chances d’être
désigné Spitzenkandidat, c’est-à-dire
tête de liste européenne, par le Parti
populaire européen. « Les fans de Viktor Orban au sein du PPE ne sont pas si
nombreux », relativise-t-on au sein de
la CDU.
Le changement de ton est de plus en
plus net à Berlin. La prochaine campagne des élections européennes opposera « les tenants d’un monde ouvert
Angela Merkel (ici le 26 juin, à Berlin)
avait jusqu’à présent toujours
privilégié la cohésion européenne.
HANNIBAL HANSCHKE/REUTERS
aux nationalistes et aux partisans des
recettes d’hier », assure-t-on dans
l’entourage de la chancelière, en rejoignant la ligne du président français
Emmanuel Macron. Jusqu’à présent,
Angela Merkel avait toujours privilégié
la cohésion européenne.
Lors d’un discours devant le Bundestag, mercredi matin, la chancelière a
réaffirmé que la question migratoire
mettait l’Europe au défi encore davantage que la crise financière. « Est-ce que
l’Europe va se fragmenter ? », s’est-elle
interrogée. « Si nous nous replions sur
nous-mêmes et si nous ne nous intéressons pas à ce qui se passe autour de nous,
nous échouerons », a-t-elle prévenu. La
chancelière a ensuite mis en balance la
contribution européenne à la protection
des frontières extérieures avec le principe de solidarité dans la gestion des demandeurs d’asile. « Nous n’avons pas
encore trouvé de solution », a-t-elle toutefois déploré. Depuis 2015, l’Allemagne
n’est pas parvenue à imposer une politique européenne commune sur l’asile.
Après une crise gouvernementale en
juin dernier, Angela Merkel s’était résolue à négocier des accords bilatéraux
avec les États membres pour la reconduite des migrants. Un accord avec
l’Italie est sur le point d’être signé.
Alors que la question migratoire figure toujours en tête des priorités
européennes, Berlin envisage à l’avenir de sanctionner les pays qui, tel la
Hongrie, refusent une répartition des
réfugiés au sein de l’UE. « Le refus de
participer à cette solidarité doit avoir un
prix », explique-t-on dans l’entourage de la chancelière. Cette question
devra imprégner les négociations sur
le prochain budget européen, ajoutet-on. La Hongrie, comme d’autres
pays d’Europe centrale, pourrait être
concernée par de tels dispositifs.
Angela Merkel compte maintenant
mettre l’Autriche, qui assure actuellement la présidence de l’Union européenne, sous pression. La chancelière
doit recevoir dimanche son homologue, Sebastian Kurz, à Berlin. Celui-ci
s’est aussi prononcé en faveur d’une
procédure de sanction contre la Hongrie, bien qu’il soit à la tête d’une coalition rassemblant la droite et l’extrême droite, proche des positions de
Budapest. ■
été membre du Parlement européen, j’aurais voté en faveur de l’article 7 »
“
J’ai un problème avec
l’appartenance d’Orban
au PPE. Mais c’est au parti
de prendre la décision
”
Avez-vous un message
à adresser à Rome ?
J’ai parlé à Giuseppe Conte (président du
Conseil italien, NDLR) mardi soir. En Italie, certains ministres pensaient que j’allais attaquer leur gouvernement dans
mon discours. J’ai rappelé à Giuseppe
Conte ce que l’UE et la Commission ont
fait pour l’Italie, concernant la migration avec les 882 millions d’euros envoyés à Rome depuis 2015. J’ai également redit que son pays a dépensé
18 milliards de plus que le pacte de stabilité ne l’autorisait. Lorsqu’il s’agissait de
l’Italie, la Commission a fait ce qu’elle a
pu. Nous avons aussi apporté notre soutien pour améliorer les infrastructures en Italie, mais tous
les montants disponibles n’ont pas été absorbés. Les attaques ne
sont pas utiles et ne
sont pas sages.
Dans votre discours
sur l’état de l’Union,
vous appelez à une autre
relation entre l’Europe
et l’Afrique.
Qu’en est-il ?
C’est le point
principal
de
mon discours. Il
faut construire
une relation
nouvelle avec
l’Afrique, qui ne soit pas seulement basée sur l’aide ou le développement, qui
soit une relation économique entre des
partenaires égaux. Il y aura une rencontre spéciale avec des dirigeants africains
le 7 décembre.
Fin 2014, vous expliquiez
que cette commission était
celle de la « dernière chance ».
Dans votre discours de mercredi,
vous dites qu’un mandat
représente peu de temps dans
l’histoire de l’UE. Pourquoi ?
Je voulais que les États
européens et la Commission essaient
de mettre en
Jean-Claude
Juncker.
YVES HERMAN/
REUTERS
place de meilleures relations entre les
institutions et le Parlement. Ces relations n’étaient pas les meilleures quand
j’ai pris mes fonctions. J’ai fait campagne en disant : « Europe is big on big
things and small on small things… »
(l’Europe est grande sur les grandes choses et petite sur les petites choses, NDLR)
C’est exactement ce que j’ai fait. Il y a eu
moins de textes. Et le Parlement, parfois, a protesté car on ne le nourrissait
pas assez…
Dans votre discours, pourquoi
n’avez-vous pas mentionné
la Russie et l’Ukraine ?
Je souhaite que l’Union se reconnecte
avec la Russie. Cela va être long. Je suis
allé en Chine en juillet, et nous sommes
convenus de la mise en place d’un groupe pour réfléchir à la réforme de l’OMC.
J’essaie de développer des relations aussi
proches que possible avec les différents
acteurs dans le monde.
Votre accord sur le commerce
avec Donald Trump va-t-il tenir ?
Avec Trump, nous avons conclu un accord et je pense qu’il est en train de faire
ce qu’il a dit qu’il allait faire et qu’il va
tenir sa parole.
Les élections européennes approchent.
Pensez-vous que les politiques
s’enferment trop dans le débat
entre eurosceptiques et progressistes ?
N’y a-t-il pas un piège ?
Les eurosceptiques ne doivent pas être
confondus avec l’extrême droite et les
populistes en tous genres. Il faut mieux
expliquer la chose européenne aux
eurosceptiques. Il m’arrive moi-même
d’être eurosceptique sur certaines questions. Il ne faut pas les confondre avec la
droite pure et dure qui hait l’Europe : il
faudra les bloquer au moment des élections européennes. Je n’aime pas le langage guerrier qui consiste à allumer des
feux là où le soleil devrait briller. ■
A
tiques que nous sommes en train de
mettre en place, comme les gardesfrontières.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Le gouvernement s’attaque à la pauvreté
Le président de la République dévoile ce
jeudi son plan de lutte contre la pauvreté.
Avec deux objectifs : inciter le retour au
travail et faire des enfants une priorité.
MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault
SOCIAL Après la polémique sur les aides
sociales qui coûtent « un pognon de dingue », Emmanuel Macron va présenter
en personne ce jeudi matin, au Musée de
l’homme, son « plan pauvreté ». Principal chantier social du début de quinquennat, ce plan « très ambitieux » selon l’Élysée, qui pourrait tourner autour
de 8 milliards d’euros (dont une partie
déjà prévue dans le plan d’investissement dans les compétences), est très attendu par l’aile gauche de la majorité.
Une manière de faire oublier l’étiquette
de « président des riches », alors que
Benoît Hamon a fustigé dimanche « un
gouvernement pauvrophobe ».
Dans sa philosophie, le plan s’appuie
sur une double idée. D’une part, rendre
les prestations sociales plus efficaces, en
favorisant le retour à l’emploi. D’autre
part, prendre le mal à la racine en s’attaquant aux causes de la pauvreté et non
simplement à ses stigmates. Pour cela,
le gouvernement entend mettre la priorité sur les enfants, afin d’enrayer la
spirale de la pauvreté.
L’exécutif dénonce depuis des mois le
fait que 3 millions d’enfants - soit 1 sur
5 - vivent sous le seuil de pauvreté en
France, et qu’ils se trouvent la plupart
dans des familles monoparentales. Bien
sûr, d’autres catégories de la population
sont touchées par la pauvreté, notamment certaines personnes âgées ou les
personnes handicapées, dont le taux de
chômage est le double de la population
générale. Mais l’exécutif rappelle avoir
déjà annoncé dans le budget 2018 une
augmentation progressive de 100 euros
par mois du minimum vieillesse et de
l’allocation adulte handicapé.
Pour aider les enfants pauvres et les
familles monoparentales, le chef de
l’État, qui a déjà annoncé une augmentation de 30 % de l’aide à la garde d’enfant pour ces foyers il y a an, veut développer 30 000 places en crèche
supplémentaires sur le quinquennat, et
des aides pour faciliter la garde d’enfants. Macron doit aussi annoncer l’instauration de petits-déjeuners dans les
écoles primaires de REP+ (Réseaux
“
Nous avons,
ces dix dernières années,
augmenté le RSA de 80%,
mais nous avons baissé
l’accompagnement de 40%
en termes de dépenses.
Ce chiffre dit tout
”
EMMANUEL MACRON
d’éducation prioritaire renforcés) et
une tarification sociale renforcée dans
les cantines. Enfin, la formation va être
rendue obligatoire jusqu’à 18 ans, afin
de lutter contre la précarité des jeunes,
dont 600 000 ne sont ni en emploi, ni en
formation. L’aide sociale à l’enfance
sera aussi prolongée de 18 ans à 21 ans.
Le 6 septembre, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, s’adresse à la presse à l’issue d’une visite dans un centre de l’Armée du Salut
pour y rencontrer des personnes en situation de précarité. LUC NOBOUT/IP3 PRESS/MAXPPP
Pour favoriser le retour à l’emploi des
bénéficiaires du RSA, le plan pauvreté
prévoit, entre autres, des mécanismes
de réinsertion par le travail. Les entreprises de réinsertion devraient être encouragées financièrement. Une manière de prendre le contre-pied de ce qui a
été fait depuis dix ans. « Nous avons, ces
dix dernières années, augmenté le RSA de
80 %, mais nous avons baissé l’accompagnement de 40 % en termes de dépenses. Ce chiffre dit tout », avait regretté
Emmanuel Macron en juin au congrès
de la Mutualité. De fait, 50 % de ceux
qui sont au RSA y sont depuis quatre
ans, et 20% depuis dix ans. En revanche, la ministre de la Santé Agnès Buzyn
a indiqué dimanche que la fusion des
prestations sociales ne devrait pas pleinement figurer dans ce plan. Une réflexion est en cours sur la création d’une
allocation unique fusionnant RSA, APL
et prime d’activité.
L’idée figure dans le rapport de la députée LREM Christine Cloarec remis au
gouvernement mercredi. Mais elle suppose au préalable d’homogénéiser les
ressources prises en compte, qui varient
dans le calcul de chaque aide. Certains
pourraient être perdants. « C’est une
Affaire Benalla :
l’exécutif monte au front
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Une communication
une fois encore imprudente
En attendant le passage du principal intéressé devant la commission
d’enquête, le gouvernement dénonce une opération partisane.
A
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
POLÉMIQUE La saison 2 de l’affaire Benalla risque de décevoir
les aficionados. Du moins pour
son premier épisode. La reprise
des auditions, mercredi, de la
commission d’enquête sénatoriale ne comportait ni coups de
théâtre, ni empoignades, ni précisions utiles pour circonscrire
enfin le rôle exact de l’ex-garde
du corps à l’Élysée et la nature
des dysfonctionnements ayant
débouché sur les violences du 1er
Mai, à Paris.
Le chef de cabinet d’Emmanuel
Macron, François-Xavier Lauch,
supérieur direct de l’homme au
centre de l’affaire, s’est employé à
réduire les agissements de son subalterne à « un comportement individuel fautif ». Des actes effectués « en dehors de ses fonctions à
la présidence de la République ».
Après avoir pris connaissance des
faits, François-Xavier Lauch
aurait appelé Alexandre Benalla
pour le « sermonner ». Puis mis en
place une mise à pied de quinze
jours. Mais, de son côté, Maxence
Creusat, commissaire de police à
la direction de l’ordre public et de
la circulation de la préfecture de
police de Paris, a, lui, insisté sur
l’emprise du jeune homme de
27 ans dans le dispositif de sécurité autour d’Emmanuel Maron.
« Ce que veut M. Benalla vaut demande présidentielle », a-t-il expliqué, devant les sénateurs. « Il
peut aller où il veut […]. Pour vous
situer l’influence de M. Benalla,
quand le responsable de la direction
de l’ordre public et de la circulation, le responsable du GSPR (service de sécurité du président de la
République, NDLR) et M. Benalla
sont ensemble sur un service d’ordre et que M. Macron doit communiquer une volonté en matière de
sécurité de son déplacement, il appelle M. Benalla sur son portable. »
Ce à quoi le sénateur PS JeanPierre Sueur a réagi, cinglant :
« On est loin de l’organisateur de
voyage qu’on nous a décrit. »
Mis en examen dans ce dossier
pour « violation du secret professionnel » à propos de la fuite
d’images de vidéosurveillance,
Maxence Creusat a profité de son
audition pour assurer qu’il n’avait
que des relations « strictement
professionnelles » avec Alexandre
Benalla, qu’il n’avait pas son numéro de téléphone. Une façon de
répondre à distance aux déclara-
“
Ma conviction, c’est
que presque tout a été
dit sur cette affaire,
les Français m’en ont
peu parlé cet été
BENJAMIN GRIVEAUX
”
tions du préfet de police de Paris.
En juillet, Michel Delpuech avait
fustigé à l’Assemblée nationale
des « dérives individuelles inacceptables, condamnables, sur fond de
copinage malsain ».
Cette situation où tout le monde
se renvoie la balle a au moins un
mérite pour le gouvernement. La
confusion ne concourt pas, pour
l’instant, à relancer dans l’opinion publique le feuilleton de
l’été. Cela pourrait toutefois
changer avec l’audition, le
19 septembre
au
matin,
d’Alexandre Benalla. Après
avoir tergiversé, le principal
protagoniste a finalement
accepté de se rendre au
palais du Luxembourg,
non sans bouillir contre
une convocation jugée
« illicite » et les menaces
du président de la Commission, Philippe Bas,
qu’il a qualifié de « petit
marquis » auprès d’un
journaliste de France Inter.
Le gouvernement est lui monté
au front pour dénoncer une opération partisane. Pour le porteparole Benjamin Griveaux, Philippe Bas « serait bien avisé de
s’occuper un peu plus des Français
et un peu moins de sa carrière politique », a taclé ce proche du chef
de l’État. Avant d’ajouter : « Ma
conviction, c’est que presque tout a
été dit sur cette affaire, les Français m’en ont peu parlé cet été. »
Sur France inter, la garde des
Sceaux Nicole Belloubet a enfoncé
le clou en ne pointant qu’une
« dérive personnelle ». Au-delà, la
ministre de la Justice n’a eu de
cesse de rappeler les principes de
séparation des pouvoirs, donnant
écho aux réserves
d’Alexandre Benalla. Riposte de Philippe Bas : « J’ignorais que Mme Belloubet était le conseil juridique de
M. Benalla », a-t-il
ironisé. ■
idée à explorer. Elle n’est pas simple
techniquement et donc, nous aurons un
travail de réflexion autour de cette fusion
des aides sociales », a-t-elle indiqué.
Enfin, le chef de l’État devrait annoncer une complémentaire santé, de quelques euros jusqu’à 30 euros par mois,
pour les plus modestes. Cette « CMU
élargie », financée à hauteur de
500 millions d’euros par la Sécu, devrait
concerner les personnes dont les revenus sont trop élevés pour accéder à la
CMU-C (Couverture maladie universelle complémentaire), mais trop faibles
pour souscrire une mutuelle. ■
L
Alexandre Benalla :
l’Élysée s’est employé
à réduire
ses agissements
à « un comportement
individuel fautif ».
MAXPPP
e monde à l’envers. Une
démocratie « bafouée »
par des « petits marquis »
qui ne « méritent aucun
respect ». On ne rêve pas : cette
vertu outragée est bien celle du
si peu exemplaire Alexandre
Benalla cherchant, vieille ficelle,
à discréditer les parlementaires
qui veulent l’entendre pour
comprendre comment un tel
dysfonctionnement a pu se
produire au cœur même de l’État.
Le second épisode de ce
mauvais feuilleton entraînera-t-il
un même phénomène de
saturation médiatique que le
premier, en juin ? On pourrait
espérer que non. Et Emmanuel
Macron espérer que la page soit
tournée d’une affaire qui a
passablement terni son image.
Curieusement, des proches du
chef de l’État se sont laissé
embarquer dans un scénario
qui continue d’assimiler le chef
de l’État à son ex-garde du corps
au lieu de le mettre le plus à
distance possible.
Une fois encore, d’imprudentes
maladresses de communication
relancent en effet l’affaire plutôt
que l’étouffer. Non sans difficulté,
la macronie avait tout fait en été
pour faire du comportement
d’Alexandre Benalla un simple
dérapage « individuel ». Macron
n’était pas complice mais victime
d’un comportement déplacé.
Il n’y avait pas eu couverture
mais sanction d’une
personnalité qui avait
outrepassé ses prérogatives.
Cette stratégie du
cordon sanitaire avait
déjà eu du mal à
convaincre l’opinion
et n’avait pas empêché
le président de la
République d’être
affaibli par cet imbroglio
ayant l’Élysée pour décor.
Mais il eût été logique de
poursuivre sur cette voie et de
prendre plus encore de distance
avec l’homme par qui le scandale
est arrivé. Autrement dit,
au moment où la commission
d’enquête sénatoriale va
reprendre ses auditions, continuer
à individualiser le cas Benalla
en laissant celui-ci se débrouiller
seul devant ladite commission.
Au lieu de cela, deux ministres,
rien de moins que la garde des
Sceaux et le porte-parole du
gouvernement, ont été de leurs
commentaires sur la reprise
de ces auditions, en critiquant les
arrière-pensées de la commission
présidée par le LR Philippe Bas
et dont le rapporteur est
le PS Jean-Pierre Sueur.
Benjamin Griveaux a ainsi
pointé la « campagne politique
personnelle » du président
de la commission des lois.
Nicole Belloubet a considéré que
« personne n’était dupe de
l’instrumentalisation de ce qui est
au départ une dérive personnelle ».
La ministre de la Justice a été
jusqu’à expliquer pourquoi
Benalla n’avait pas à se rendre
à l’audition sénatoriale pour
ne pas parasiter l’instruction
judiciaire en cours. Quant à
Griveaux, il s’est étonné de ce que
le couple président-rapporteur
appartienne à l’opposition,
oubliant de préciser que cela
découle des effectifs des groupes
et pas d’un choix politique.
Bref, ces expressions
gouvernementales ont visé à jeter
la suspicion sur cette commission
d’enquête au moment où l’exgarde du corps refusait encore
de venir devant elle. Concordance
déplorable car elle accrédite
le sentiment que la macronie
cherche à défendre, justifier ou
protéger Benalla comme s’il
appartenait toujours à la
« famille ». Est-ce le meilleur
moyen de préserver l’image
du chef de l’État ? ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 13 septembre 2018
POLITIQUE
5
Élection étriquée pour Ferrand à la tête de l’Assemblée
Ce proche du président succède au perchoir à François de Rugy, avec 99 voix de moins que son prédécesseur l’année dernière.
PARLEMENT Richard Ferrand s’est installé au perchoir. Il a pris place dans le fauteuil occupé jusqu’alors par François de
Rugy, nommé mardi dernier ministre de la
Transition écologique, en remplacement
du démissionnaire Nicolas Hulot. Ce fidèle
d’Emmanuel Macron, 56 ans, est devenu
mercredi soir président de l’Assemblée
nationale. Le quatorzième sous la Ve République.
Mais avec 254 voix, il décroche une
courte victoire dès le premier tour, avec
seulement onze voix de plus que la majorité des suffrages exprimés (484). « Petite
majorité ! », a lancé un député Les Républicains (LR) dans l’Hémicycle, sous les
huées des députés La République en marche (LaREM). Richard Ferrand perd aussi
45 voix par rapport aux 299 obtenues lundi, lors de sa désignation comme candidat
du groupe LaREM. Il pâtit de la candidatu-
re du député Marc Fesneau, au nom du
groupe MoDem, allié à LaREM mais agacé
de ne pas être traité comme un véritable
« partenaire » de la majorité. Ce concurrent inattendu a été rallié par des députés
LaREM : il obtient 86 voix, soit près du
double du nombre de députés MoDem
(47). De son côté, la candidate des Républicains (LR), Annie Genevard, a fait le
plein des voix de son groupe, tout comme
la socialiste Ericka Bareigts et la députée
Insoumise Mathilde Panot (17 voix).
« J’ai parfaitement conscience que mon
élection est plus le fruit de réalités politiques
majoritaires que le fruit d’une compétition
de talent », a déclaré Richard Ferrand
dans son premier discours au perchoir. Il
s’est engagé à « mieux construire les politiques publiques », « veiller à la séparation
des pouvoirs dans le strict respect des prérogatives du Parlement », mais aussi à réviser le règlement intérieur de l’Assemblée, avant la révision de la Constitution.
Un peu plus tôt, quand il a déposé son
bulletin dans l’imposante urne émeraude,
à la suite de ses collègues députés, il se doutait déjà de l’issue du scrutin. Son groupe,
LaREM, dispose de la majorité absolue (312
députés sur 577) et ne pouvait que l’adouber. Malgré un résultat étriqué, le député
“
J’ai parfaitement
conscience que mon élection
est plus le fruit de réalités
politiques majoritaires
que le fruit d’une
compétition de talent
RICHARD FERRAND
”
du Finistère n’a pas caché son plaisir, lorsque la présidente de séance a annoncé sa
victoire. Voilà plus d’un an, depuis les élections législatives de juin 2017, qu’il lorgnait
cette place prestigieuse. Mais il avait dû y
renoncer après l’ouverture d’une enquête
de leur ancien président de groupe, un
homme « déterminé », « très apprécié » à
la suite de sa gestion de l’affaire Benalla.
D’autres regrettent toujours que les élus de
la majorité n’aient pas désigné la députée
de la Somme Barbara Pompili, pour se présenter au nom du groupe LaREM. « Elles
sont où, les femmes ? », demande Sonia
Krimi.
À la tête de l’Assemblée, Richard
Ferrand pourra négocier avec le président
du Sénat, Gérard Larcher, lors de la reprise
de l’examen de la révision constitutionnelle, prévue au plus tard « cet hiver », selon le
premier ministre. Le nouveau président
aura aussi la main sur une partie de l’ordre
du jour des travaux législatifs. Les textes
s’amoncellent déjà sur le bureau des députés : outre le projet de loi Pacte, « pour la
croissance et la transformation des entreprises », examiné depuis la semaine dernière, la lutte contre la fraude et le retour
du projet de loi agriculture et alimentation
figurent à l’agenda du Palais Bourbon. ■
préliminaire le visant dans l’affaire des
Mutuelles de Bretagne.
Classée sans suite en octobre dernier,
l’affaire a été relancée avec l’ouverture
d’une information judiciaire pour prise illégale d’intérêts. « Il est tributaire d’un calendrier judiciaire et ça interpelle », glisse un
député de la majorité. Le nouveau président de l’Assemblée nationale n’est donc
pas à l’abri d’une mise en examen. Si une
telle décision est prise, il exclut cependant
de quitter ses fonctions. « Une décision
procédurale n’a pas vocation à décider de
l’exercice d’un mandat parlementaire », at-il estimé, mardi, dans Libération.
Avec Richard Ferrand au perchoir, le
chef de l’État dispose d’un proche à un
poste clé. « Il aura le doigt sur la couture du
pantalon et sera un énième porte-parole du
président de la République », dénonce le député PS Olivier Faure, un ancien collègue
de Richard Ferrand du temps où le Breton
siégeait parmi les socialistes. Parmi les députés LaREM, des voix saluent la victoire
Européennes :
au bord
de l’explosion,
les socialistes
en appellent
à Cazeneuve
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
PS Une bouée de sauvetage en plein
naufrage. Chez les socialistes, alors que
leur parti frôle l’implosion, le nom de
Bernard Cazeneuve connaît un regain de
popularité. Non pas que l’ultime premier
ministre de François Hollande ait déjà
connu une baisse particulière de popularité. Au contraire, celui qui fut ministre
de l’Intérieur lors des attentats de 2015
jouit d’une bonne image auprès des
Français. Mais depuis la fin du quinquennat, en dehors de quelques rares interviews et du récit de ses 150 jours passés à Matignon, il s’est montré plutôt
discret.
Une règle de discrétion volontaire que
cet avocat associé chez August Debouzy
a tout juste enfreinte quelques heures
lors de la venue de François Hollande à
Cherbourg. La nouvelle séance de signature de l’ex-chef de l’État - 62e du genre
depuis la sortie de son livre Les leçons du
pouvoir (Stock) - a surtout été l’occasion
pour lui d’effectuer sa rentrée politique.
À ses côtés, Bernard Cazeneuve, maire
de Cherbourg de 2001 à 2012, a fait l’éloge de François Hollande. Et réciproquement. L’un et l’autre de façon appuyée.
Message à entendre : il n’y a pas et il n’y
aura jamais de concurrence entre nous,
surtout en vue de la prochaine présidentielle.
Au PS pourtant, la tête que Bernard
Cazeneuve a sortie de l’eau n’est pas
passée inaperçue. « Ce n’est pas parce
qu’on est dans la réserve, en silence, qu’on
n’a plus rien à dire ou que l’on ne pense
plus. Et ce que l’on pense peut être appelé
à prospérer. » Cette déclaration, en fin
d’un discours d’accueil à Hollande, a
suscité l’envie. D’autant que les socialistes sont dans le brouillard le plus opaque
sur le dossier des européennes. Un texte
d’orientation en cours de rédaction,
sensé être présenté le 18 septembre lors
d’un bureau national, mais sur lequel
tous sont loin d’être d’accord, comme
tous semblent incapables de s’accorder
sur une tête de liste. Pour autant que les
candidats présentés soient réellement
tentés de partir au casse-pipe annoncé…
Dans cette configuration, les propos
tenus au Figaro du sénateur du Nord et
patron du groupe PS au Sénat, Patrick
Kanner, sonnent comme un appel au secours. « Beaucoup de parlementaires,
dont je suis, mais aussi de responsables
régionaux ou locaux, aimeraient que Bernard Cazeneuve soit le candidat socialiste
aux européennes. Cette candidature serait
celle de l’espoir et de la reconquête ! » Son
homologue à l’Assemblée, Valérie Rabault, est sur la même longueur d’onde.
La députée socialiste de Tarn-et-Garon-
LUCAS BARIOULET/LE FIGARO
Poussé pour prendre la tête de liste
des européennes, l’ex-premier ministre n’a
pas l’intention de se lancer dans la bataille.
Bernard Cazeneuve s’est montré discret depuis son départ de Matignon en 2017.
ne confie au Figaro l’avoir « toujours
pensé » : « Bernard Cazeneuve est un des
meilleurs atouts du PS et pas seulement
pour les européennes. » La semaine dernière dans l’hebdomadaire La Manche libre, le sénateur PS de la Manche Jean-
Michel Houllegatte a indiqué son souhait
de voir l’ancien ministre jouer « un rôle
important dans les échéances électorales à
venir ». Un pilier de la social-démocratie, « comme seule alternative possible
par rapport aux populismes et au libéra-
lisme de la politique gouvernementale actuelle », indique Houllegatte.
Mais il y a un couac, et de taille. C’est
que l’intéressé, s’il ne cache pas son intérêt pour la France et donc pour la présidentielle, n’a aucune intention de se
lancer dans la proche bataille des européennes. Interrogé à Cherbourg, son
« niet » a été catégorique. « Il n’a pas
changé d’avis », indique un proche. Certains tentent tout de même de le
convaincre, arguant qu’il pourrait être la
seule figure du PS capable de rassembler,
d’Emmanuel Maurel à Stéphane Le Foll,
de l’aile gauche à l’aile droite. Mais la situation n’est pas si simple. Emmanuel
Maurel a en effet entamé un processus de
sortie du PS pour rejoindre une liste
commune avec Jean-Luc Mélenchon
(voir ci-dessous). Interrogé sur le fait de
savoir si une éventuelle candidature de
Cazeneuve pourrait le retenir, il se
contente de répondre que « Cazeneuve
est un bon ami, à titre personnel ».
D’autres à Bruxelles, glissent que « chez
les sondeurs, le nom de Cazeneuve ne fait
pas la différence » Une raison de plus
pour se préserver. Et pour ne pas se faire
manipuler par ceux qui en appellent à
Cazeneuve afin d’écarter Hollande dont
ils ne veulent plus.
Le PS semble donc destiné à boire jusqu’à la lie le calice des européennes. Particulièrement son premier secrétaire,
Olivier Faure. Plus seul que jamais même
si les députés PS sont sortis unis de leur
session face à l’effondrement dans les
sondages d’Emmanuel Macron. Julien
Dray, candidat déclaré aux européennes
lui est devenu hostile et menace de jeter
l’éponge si son nom n’est pas retenu.
Olivier Faure est accusé d’avoir
construit des candidatures « artificielles » dont celle de l’ex-ministre Ségolène Neuville, pour diviser les proches de
Stéphane Le Foll dont Julien Dray. Olivier Faure devra-t-il se résoudre à accepter la candidature de Pierre Moscovici dont il ne voulait pas jusqu’ici et qui
n’aurait pas abandonné la partie ? « Au
PS, il ne reste plus que les jeux d’appareil », grogne un ancien ministre hollandais… ■
Maurel poursuit son bras de fer avec le PS
«
On ne peut
pas faire de
l’acharnement
politique s’ils
ne se sentent
pas bien dans
la famille
socialedémocrate
»
PATRICK KANNER,
SÉNATEUR SOCIALISTE
DU NORD
POUR beaucoup au PS, le processus de départ de l’eurodéputé Emmanuel Maurel chez Jean-Luc
Mélenchon, avec une partie de
l’aile gauche du parti, semble bien
enclenché.
Lors de la rentrée de son mouvement, Nos causes communes, à
Marseille le week-end dernier, le
député des Bouches-du-Rhône et
leader des Insoumis a été reçu
comme un invité d’honneur. Il
leur a tendu les bras. « J’ai le cœur
plein de l’enthousiasme que serait
une décision de votre part, de bifurquer vos chemins pour les porter en
jonction avec les nôtres ; que finisse
cette longue solitude pour moi
d’avoir été séparé de ma famille intellectuelle et affective », a lancé
Jean-Luc Mélenchon, l’ex-socialiste, à Emmanuel Maurel et ses
proches, dont la sénatrice MarieNoëlle Lienemann.
Maurel, qui souhaite fermement
poursuivre sa mission européenne, autant qu’infléchir la ligne du
PS à gauche, n’a pas dit non, loin
de là. Sans rien dire de définitif
pour autant. Les négociations se
poursuivent de part et d’autre.
Incessantes batailles
L’intéressé attend de voir ce que
va donner le texte d’orientation
socialiste pour les européennes,
censé être présenté mardi aux cadres de la direction du parti, puis
soumis au vote des militants et
sympathisants entre le 1er et le
13 octobre. Emmanuel Maurel, qui
fait partie, avec le député Boris
Vallaud mais aussi l’ex-secrétaire
d’État Clotilde Valter et quelques
autres, d’un petit groupe chargé
d’écrire le texte, n’est pas optimiste. « Je suis pour la sortie de l’Otan.
Je propose entre autres de remettre
à plat les traités de libre-échange,
de renégocier le TSCG [Traité sur la
stabilité, la coordination et la gouvernance, NDLR]. Nous sommes
loin d’être tous d’accord sur ces
points. » Or ce texte, indique Mau-
Emmanuel Maurel attend de voir
le texte d’orientation socialiste
pour les européennes avant
de se décider. MARMARA/LE FIGARO
rel, « va illustrer la volonté ou non
du PS de rompre avec la ligne sociale-démocrate européenne qui est
aujourd’hui défaite… ».
Au PS, les avis sont partagés.
« On ne peut pas faire de l’achar-
nement politique s’ils ne se sentent
pas bien dans la famille sociale-démocrate », affirme le sénateur Patrick Kanner. « Nous le regretterons, dit-il, mais nous ne pouvons
pas laisser une minorité du parti
dicter sa loi. » « Quand vous êtes
deux, on ne peut pas parler de départ collectif », ironise Valérie Rabault, la chef de file des députés
PS, agacée par l’ampleur donnée à
ce possible divorce. Et fatiguée des
incessantes batailles entre les
deux ailes du parti.
« Ce n’est pas parce qu’on a des
désaccords qu’ils doivent partir, et
ceux qui disent “cassez-vous !”, ça
m’insupporte », lance de son côté
Sébastien Vincini, premier fédéral de Haute-Garonne, qui veut
« rester optimiste ». D’autres encore dénoncent un chantage pour
obtenir une place, alors que
même chez les proches de Maurel
les avis sont partagés sur la
conduite à tenir. ■
S. DE R.
A
LORIS BOICHOT £@lboichot
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Le processus d’Oslo en état de mort clinique
Vingt-cinq ans après la poignée de main entre Arafat et Rabin, la paix semble plus que jamais une chimère.
THIERRY OBERLÉ £@ThierryOBERLE
PROCHE-ORIENT Le 13 septembre 1993,
après six mois de tractations secrètes, Israël et l’Organisation de libération de la
Palestine (OLP) signaient les accords
d’Oslo. Vingt-cinq ans après la célèbre
poignée de main entre Yasser Arafat et
Yitzhak Rabin, l’interminable processus
de paix est en état de décomposition. Ce
jeudi, nul ne songe en Israël comme dans
les Territoires palestiniens à célébrer
l’événement. La paix est plus que jamais
une chimère et l’idée de deux États
coexistant côte à côte, l’un israélien, et
l’autre palestinien, perd du crédit même
parmi ses fidèles partisans.
Des jours d’enthousiasme, il reste en
héritage le retrait de l’armée israélienne
de certains secteurs des Territoires palestiniens et la reconnaissance du droit à
l’existence d’Israël par l’OLP, à l’époque
unique représentant des Palestiniens.
Les deux camps représentés aujourd’hui
par le gouvernement du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et
par l’Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas sont également
toujours liés par des accords économiques et par une coopération antiterroriste sans laquelle la relative stabilité sécuritaire pourrait voler en éclats.
Dressant un état des lieux dans les colonnes du Jérusalem Post, le politologue
israélien Efraim Inbar estime que « le
processus d’Oslo n’a pas abouti à une
coexistence pacifique entre Israéliens et
Palestiniens », mais il y voit un avantage.
« S’il n’a pas réussi à instaurer la paix et la
sécurité pour Israël, il a beaucoup soulagé
l’État juif du fardeau palestinien. La présence militaire israélienne limitée en Cisjordanie ne se préoccupe que marginalement du bien-être des Palestiniens ; la
sécurité des Israéliens est son principal
objectif. Israël n’est plus responsable des
Palestiniens, et ils sont seuls. » Seuls et
dans l’impasse.
Depuis des années, les négociations
bilatérales sont à l’arrêt. Appuyé par son
opinion publique, Benyamin Nétanyahou campe sur une ligne intransigeante.
Aux commandes du pays depuis bientôt
une décennie, après un premier mandat
de 1996 à 1999, il dirige un gouvernement de coalition dont des poids lourds
réclament l’annexion d’une grande partie de la Cisjordanie. Ces derniers, ouvertement opposés à un État palestinien,
n’ont pas de mots assez durs pour
condamner les accords d’Oslo.
En face, le vieillissant Mahmoud Abbas est réduit à un rôle de figurant. La
marge de manœuvre du dirigeant palestinien, affaibli par une série de revers,
est de plus en plus réduite. Son leadership est contesté par le Hamas, qui
J. DAVID AKE/AFP
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
Poignée de main symbole de paix, entre le premier ministre israélien Yitzhak Rabin (à gauche) et le leader palestinien Yasser Arafat, en présence du président américain
Bill Clinton, le 13 septembre 1993, à Washington. J. DAVID AKE/AFP
dirige la bande de Gaza et refuse toujours
de reconnaître Israël. Ses efforts pour
une réconciliation entre l’Autorité palestinienne et les islamistes n’ont pas
abouti. Mahmoud Abbas se raccroche
aux accords d’Oslo, faute d’alternative,
mais les habitants de la Cisjordanie doutent que des pourparlers permettent
d’aboutir à la création d’un État souverain et ne croient plus, dans leur majorité, en l’Autorité palestinienne.
Dans ce marasme, l’entrée en scène
tonitruante de Donald Trump a renversé les usages diplomatiques. La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, qui s’est traduite par le
transfert de l’ambassade des ÉtatsUnis vers la ville sainte en mai, a brisé
les tabous. Cette « claque du siècle »,
selon les mots de Mahmoud Abbas, a
renforcé le refus obstiné des Palestiniens de revenir à la table des négociations. Le président américain tente
depuis de leur forcer la main, tout en
commençant à admettre qu’un accord
israélo-palestinien est peut-être le
plus difficile qui soit à conclure.
Sa politique de sanctions financières
et politiques s’est traduite par la suppression des aides aux réfugiés et aux
hôpitaux palestiniens de Jérusalem, et
lundi par la fermeture du bureau de
Washington de l’OLP, le signataire des
accords d’Oslo. Donald Trump, qui n’a
pas révélé quel était son plan pour relancer le dialogue, promet un accord
diplomatique « ultime ». En attendant
Husam Zomlot, l’ex-représentant de
l’OLP aux États-Unis qualifie les initiatives américaines de « liste des courses »
de M. Nétanyahou.
Ancien négociateur des accords d’Oslo
et de leur suivi, Nabil Shaat, juge, quant à
lui, les positions du président américain
« fantaisistes » tant sur le statut de Jérusalem que sur les questions des réfugiés
ou de la création d’un État palestinien
indépendant. « J’étais pour l’idée d’un
86 % des Israéliens
considèrent que la
probabilité de trouver une
issue au conflit dans les
douze prochains mois est
« faible » ou « très faible »
État qui interdirait la discrimination, avec
des juifs, des Arabes, des chrétiens vivant
en paix et sans discrimination. Je l’ai écrit
en 1969, mais Israël n’en voulait pas. En
1973, je me suis rallié à l’idée de deux États
sur la base des frontières de 1967. Elle était
pragmatique, viable et acceptable. Je ne
vais pas changer d’avis », dit-il en dépit
de vingt-cinq ans de désillusions.
L’absence de confiance entre Palestiniens et Israéliens renvoie ce projet aux
calendes grecques. En Israël, selon un
sondage réalisé en août par Israel De-
mocracy Institute et l’université de
Tel-Aviv, 47 % des personnes interrogées se déclaraient en faveur de la solution à deux États, 46 % y étaient opposées. Dans le même temps, 86 % des
Israéliens considéraient que la probabilité de trouver une issue au conflit dans
les douze prochains mois est « faible »
ou « très faible ».
Privilégiée par la communauté internationale, l’option de la création d’un
État palestinien n’était pas mentionnée
explicitement dans des accords d’Oslo
considérés comme transitoires. Ce nondit était sans doute l’une des faiblesses
d’un arrangement détricoté avec une
brève période d’euphorie. Car, très vite,
les coups durs se sont multipliés. L’assassinat en novembre 1995 du premier
ministre israélien Yitzhak Rabin par un
extrémiste juif, puis le déclenchement en
septembre 2000 de la deuxième Intifada,
après l’échec du sommet de Camp David, ont engendré une montée des violences et du terrorisme et empoisonné
un processus mal enclenché.
Pour la droite israélienne, qui a le vent
en poupe, les accords d’Oslo portaient
les germes de la deuxième Intifada et
d’une violence toujours d’actualité. Les
quelque 1 600 morts israéliens, la plupart
civils, et les milliers de blessés par des attaques terroristes et des tirs de roquettes
palestiniens depuis 1993 témoignent de
cet échec. Selon elle, la formule « terre
contre sécurité » de Yitzhak Rabin n’a
Les Français se méfient des États-Unis
de Trump et plébiscitent l’Allemagne
L’image de l’Amérique s’est effondrée en France, où l’on rejette massivement le président américain.
A
TANGUY BERTHEMET £@tanguyber
DIPLOMATIE Le regard porté par les
Français sur l’ami américain s’est teinté
de méfiance. Selon les résultats d’un sondage Ifop pour AJC Europe et la Fondation
pour l’innovation politique sur l’image
des États-Unis, ils ne sont plus que 44 % à
estimer que les États-Unis sont un « allié
sûr ». « Cela fait moins d’un Français sur
deux. Un gouffre s’est creusé entre l’ère
Obama, pendant laquelle 77 % des Français classaient l’Amérique comme sûre, et
l’ère Trump », remarque Jean-Philippe
Dubrulle, chef de groupe à l’Ifop.
« Il y a clairement un avant et un
après-Trump dans l’image des ÉtatsUnis », souligne encore l’analyste. Les
Français ne sont en effet que 17 % à avoir
une bonne opinion du président américain. « Si l’on précise, 54 %, soit la majorité, disent avoir une très mauvaise opinion. C’est massif, et cela se retrouve
dans toutes les catégories de populations,
même si c’est plus modéré dans les rangs
des électeurs du Rassemblement national
(42 % ont une bonne opinion). » Sans surprise, ce rejet se retrouve dans le jugement porté sur la politique menée par
Question : POUR CHACUN DES PAYS SUIVANTS,
INDIQUEZ S’IL VOUS PARAÎT ÊTRE POUR LA FRANCE
UN ALLIÉ OU UN PARTENAIRE SÛR
Question : D’UNE MANIÈRE GÉNÉRALE,
APPROUVEZ-VOUS OU N’APPROUVEZ-VOUS PAS
LA POLITIQUE MENÉE PAR LES ÉTATS-UNIS ?
L’Allemagne
89 %
Total « APPROUVE »
Total « N’APPROUVE PAS »
Démocratie fragilisée
Le Royaume-Uni
61 %
20 %
Les États-Unis
Réponse
ensemble
des Français
44 %
L’Inde
Sept. 2018
41 %
80 %
La Chine
32 %
La Russie
22 %
ment massivement (82 %) qu’il faut préserver la relation franco-américaine
pour l’avenir, et tout aussi largement
(75 %) que le président n’est pas à l’image des citoyens américains.
Réponse
ensemble Enquête menée par l'Ifop les 10 et 11 septembre 2018 auprès d’un échantillon
des Français de 1 007 personnes, représentatif de la population française âgée
Septembre 2018
les États-Unis en général : 80 % des personnes interrogées n’approuvent pas.
En entrant dans les détails, cette défiance ne s’exprime pas sur tous les sujets.
L’Amérique reste un « ami » dans le domaine de la sécurité comme pour combattre le terrorisme (74 %) ou au moins
un partenaire face à la Russie, la Chine
(51 %). Mais sur le terrain économique,
de 18 ans et plus.
Infographie
elle est vue comme un adversaire (78 % et
81 %) pour le développement des économies française et européenne. « Cela
montre que les Français ont parfaitement
compris le sens du slogan de Trump “Make
America great again” », insiste Jean-Philippe Dubrulle.
Preuve que Donald Trump lui-même
suscite ce revirement, les Français esti-
À l’opposé de ce désamour, l’Allemagne
connaît un véritable plébiscite. Elle est
jugée comme un allié « sûr » à 89 %, un
score qui ne cesse de grimper depuis
1994 (65 %) et reste stable dans toutes
les catégories d’âge ou de sensibilité politique, loin devant le Royaume-Uni
(61 %). Pour le spécialiste d’Ifop, « la
rengaine du couple franco-allemand a
imprimé en profondeur ». La Russie est
l’allié le moins bien noté (22 %).
Dans le second volet de l’enquête, sur
la montée des populismes, les Français
estiment que la démocratie est fragilisée
partout, des États-Unis (64 %) à la France
(52 %) et même à l’Allemagne (38 %).
Une situation dont ils rendent responsables d’abord les gouvernements nationaux (47 %), devant l’UE (33 %) ou les
médias (20 %). L’immigration (32 %) et la
dégradation des conditions de vie sont les
problèmes cités en premier pour expliquer ce phénomène. ■
pas fonctionné. Moins sanglant que
d’autres conflits qui endeuillent la région, l’affrontement a également coûté
la vie à des milliers de Palestiniens. Plus
de 3 200 d’entre eux ont été ainsi tués
entre janvier 2009 et avril 2018.
Dans le même temps, les logements
de colons se sont multipliés en Cisjordanie, sur des terres que les Palestiniens
considèrent comme partie intégrante de
leur futur État. En 1993, lorsque Yasser
Arafat et le premier ministre israélien
Yitzhak Rabin se serrent la main à la
Maison-Blanche, plus de 116 000 colons
israéliens vivent en Cisjordanie et dans
la bande de Gaza, selon les chiffres de La
Paix maintenant, une ONG israélienne
anticolonisation. Ils sont désormais plus
de 600 000 à coexister avec 3 millions
de Palestiniens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est alors que la bande de Gaza a
été évacuée.
Les ultranationalistes appellent
aujourd’hui à annexer la zone C de la
Cisjordanie,
où
résident
les
350 000 colons - voire l’ensemble de ce
territoire devenu pour l’Autorité palestinienne une raison d’être. L’actuel statu quo est pour le pouvoir palestinien
un moindre mal. Les aides financières
de la communauté internationale sont
pourvoyeuses d’emplois. Elles génèrent
une relative prospérité économique.
Une situation à laquelle Donald Trump
entend mettre fin si Mahmoud Abbas
ne cède pas à ses exigences. ■
EN BREF
Des milliers d’enfants
violés dans l’Église
catholique allemande
En Allemagne, des prêtres ont
abusé sexuellement de milliers
d’enfants, de 1946 à 2014, selon
une étude sur l’Église catholique
allemande qui est accusée d’avoir
caché les faits, d’après plusieurs
médias. « Nous sommes conscients
de l’ampleur des abus sexuels qui
ont été démontrés par les résultats
de l’étude. Nous sommes accablés
et honteux », a réagi l’évêque
Stephan Ackermann au nom de la
conférence épiscopale allemande.
Idlib : « L’hypothèse
de crimes de guerre
pas exclue »
Le chef de la diplomatie, JeanYves Le Drian, a déclaré mercredi
que l’hypothèse de crimes de
guerre n’était pas exclue à Idlib,
l’enclave rebelle du nord-ouest
de la Syrie cible d’une offensive
des forces de Bachar el-Assad
et de l’armée russe. À l’Assemblée
nationale, il a estimé que la
communauté internationale
était « à la veille d’une catastrophe
humanitaire et sécuritaire
considérable ». « L’hypothèse
de crimes de guerre n’est pas
exclue, c’est la France qui le dit,
à partir du moment où on
commence à bombarder de manière
indiscriminée les populations civiles
et les hôpitaux », a-t-il souligné.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 13 septembre 2018
SOCIÉTÉ
7
Contre la surpopulation carcérale,
un plan prison sous dimensionné
Nicole Belloubet, la garde des Sceaux, mise sur les aménagements de peine pour libérer 8 000 places.
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
JUSTICE Le ministère de la Justice avance lentement et bégaie un peu. Une nouvelle fois cette année, Nicole Belloubet,
la garde des Sceaux, promet la construction de 7 000 places de prison pour la fin
du quinquennat. Une annonce déjà faite
au premier trimestre 2017 par le président de la République, alors qu’il en promettait 15 000 dans l’euphorie de la
campagne présidentielle, afin de lutter
contre la surpopulation carcérale, indigne de la France. Aujourd’hui, le nombre de détenus frôle en effet les 71 000,
pour une capacité inférieure à
60 000 places.
Six mois après l’annonce présidentielle, la Chancellerie a à peine progressé. Même si la ministre met sur la table
1,7 milliard de crédits d’investissement
sur le quinquennat. Alors que le précédent garde des Sceaux, Jean-Jacques
Urvoas, avait proposé, dès février 2017,
une carte pénitentiaire de 24 nouveaux
établissements, Nicole Belloubet n’a encore rien tranché avec les élus locaux.
Les places restent en majorité des places
de papier.
C’est sans doute pour cela que la ministre de la Justice, outre ses convictions
idéologiques, a insisté, mercredi, sur les
2 000 places des « quartiers de préparation à la sortie » qui verront le jour d’ici à
la fin du quinquennat. Opportunément
rebaptisées SAS (structures d’accompagnement à la sortie), elles sont à l’usage
des courtes peines et des fins de peine.
« Cela va dans le bon sens », affirme Jacky Coulon, de l’Union syndicale des magistrats. « Mais encore faut-il qu’il y ait
les moyens de préparer de vrais projets. »
À l’Unsa-Ufap, Wilfried Fonck rappelle,
pour sa part, la nécessité de « différencier
quantum de peine et dangerosité, et d’inclure dans les missions de la pénitentiaire
la lutte contre la récidive et pas seulement
la réinsertion ». En attendant, moins sécurisées, ces structures se construisent
plus rapidement que les prisons classiques. Une maison d’arrêt demandant
plus d’un quinquennat pour sortir de
terre et être mise en service.
Taubira puissance 10
La Chancellerie a également annoncé
2 500 places de maisons d’arrêt hautement sécurisées. Nul ne dit si les
450 places en quartier étanche pour détenus terroristes, promises d’ici à la fin
de l’année, sont comprises dans le lot.
Compte tenu des délais de construction,
les annonces de la ministre devraient inclure les établissements en cours de travaux ou de livraison, comme les établissements de Draguignan, d’Aix, de la
Santé à Paris, de Caen et de Lille-Loos.
Au-delà de 2022, Nicole Belloubet promet de lancer le projet de 8 000 nouvelles places. Qui échoira à son successeur.
En revanche, c’est sans attendre que
la ministre lancera la réforme profonde
de l’échelle des peines, en bonne place
dans le projet de loi justice. Elle devrait
permettre de désengorger le monde carcéral de 8 000 détenus, selon elle. Mais,
pour l’instant, la réforme donne surtout
de l’urticaire à tous ceux qui y voient le
retour du laxisme judiciaire, version
Taubira puissance 10 : les peines inférieures ou égales à un mois seraient interdites, et celles inférieures ou égales à
six mois seraient automatiquement
aménagées. De quoi faire dresser les
cheveux sur la tête des magistrats, qui
ont horreur de l’automaticité et rappellent le sacro-saint principe pénal de l’individualisation des peines. Sur les 87 564
peines prononcées inférieures ou égales
à six mois en 2016, 10 692 personnes seraient incarcérées au titre de ces courtes
peines aujourd’hui. « Nous ne voulons
pas que ce nouveau dispositif ressemble à
des sorties sèches anticipées à cause d’une
automaticité qui viderait de leur substan-
ce les aménagements de peine », souligne
Jacky Coulon. Entre six mois et un an, le
juge aura le choix entre la détention et
« une peine autonome de détention à domicile ». Un nouveau concept qui effare
les professionnels de la pénitentiaire. « Il
s’agit d’une peine de bracelet électronique. C’est donc une tromperie sur une mesure qui existe depuis 1997 et qui n’a strictement rien à voir avec de la détention »,
souligne Sébastien Nicolas, président de
FO-direction pénitentiaire. « Cette dernière implique une sécurité, une prise en
charge et un contrôle. Avec un bracelet, ils
n’existent que pendant une plage horaire
définie. On veut rassurer les Français en
faisant croire à une détention qui n’existe
pas. Nous devons avoir des alternatives
crédibles », dit-il, en redoutant la frilosité des magistrats à décider ce type de
mesure à tour de bras. En filigrane se
pose la question des services d’insertion
et de probation, qui seront incapables
d’absorber cet afflux de mesures et qui
sont peu formatés pour mettre en œuvre
une probation à l’américaine. Même si la
garde des Sceaux a promis d’augmenter
leurs effectifs de 1 500 personnes. Le député LR Éric Ciotti dénonce « une disparition des peines », « pour ne pas emprisonner ». En revanche, l’emprisonnement systématique au-delà d’un an
risque de faire redéborder les prisons.
Aujourd’hui, 80 % de ces condamnés
bénéficient d’un aménagement de peine. Mais la Chancellerie n’en communique pas le chiffre. Une façon de nier encore l’incontournable question de la
construction de places de prison. ■
Des détenus
dans une cellule
de la prison
de Fresnes,
en 2017.
CONSTANCE DECORDE
Valérie Pécresse : pour les voyous, « une garantie d’impunité »
La présidente
de la région
Ile-de-France,
Valérie Pécresse.
FRANÇOIS BOUCHON/
LE FIGARO
PROPOS RECUEILLIS PAR
CHARLES SAPIN £@csapin
LA PRÉSIDENTE de la région Îlede-France, également chef de file
du mouvement Libres !, accuse de
« laxisme » le gouvernement sur
la question pénitentiaire.
LE FIGARO. - La garde des Sceaux
présentait ce mercredi son plan
pénitentiaire destiné à juguler la
surpopulation carcérale, prônant
notamment le recours à
davantage de peines
alternatives à la prison.
Partagez-vous ses vues ?
Valérie PÉCRESSE. - Ce
plan est dangereux. Il
s’agit d’un contresens
monumental. Il va laisser
les voyous dans la nature
en leur accordant une garantie d’impunité. Comme si l’esprit de Christiane
Taubira
soufflait
encore sur ce gouvernement… En région Île-deFrance, le taux de
surpopulation carcérale
dépasse les 140 %. Pour travailler
énormément ces questions ayant
trait à la sécurité, je peux dire de
manière très claire que mettre un
caïd sous bracelet électronique à
son domicile, cela revient à narguer toute la population. C’est
vécu comme une provocation. Si
on veut faire baisser la violence,
les réponses ne peuvent se résu-
“
Vider les prisons,
c’est du laxisme
et sera vécu comme
tel par les délinquants
et criminels
VALÉRIE PÉCRESSE
”
mer à des peines alternatives à la
prison ou des travaux d’intérêt
général, que les villes ont
d’ailleurs beaucoup de mal à mettre en place. Quand on est
condamné à une peine, il faut
l’exécuter. Point. Vider les prisons, c’est du laxisme et ce sera
vécu comme tel par les délin-
quants et criminels. Il est possible
de construire des prisons aux normes allégées pour les primocondamnés, mais ceux-ci doivent
purger leur peine dans des lieux
de privation de liberté. Il faut les
mettre hors d’état de nuire.
L’éloignement et la contrainte
font indéniablement partie de
l’efficacité d’une sanction pénale.
Quelle solution proposez-vous
pour endiguer la surpopulation
carcérale ?
D’abord de créer les 15 000 places
de prison promises par le chef de
l’État lors de sa campagne présidentielle, promesse jetée aux orties ! Là est la seule solution pour
que les prisons ne soient plus surpeuplées et ne deviennent plus un
lieu de radicalisation ou une école
du crime. Il faut aussi remettre à
plat toute notre stratégie pénitentiaire et se battre contre un tabou
très puissant : celui de la gradation
des prisons en fonction des types
de crimes. Aujourd’hui, délinquants financiers, délinquants de
la route et criminels cohabitent
dans les mêmes prisons. Ce n’est
plus possible. Pour tous les détenus dangereux, particulièrement
pour les radicalisés, il faut
construire des prisons spécifiques, de haute sécurité, permettant un suivi personnel et un encellulement individuel.
En période de fort déficit
budgétaire, de telles propositions
sont-elles réalistes ?
J’ai un vrai désaccord avec le gouvernement sur sa stratégie budgétaire. Ces propositions sont réalisables à condition que l’État baisse
réellement les dépenses publiques
et s’autorise ainsi des investissements ambitieux. Il fait aujourd’hui tout l’inverse. Parce qu’il
n’a pas le courage de rationaliser
son administration centrale, de
faire des économies sur les fonctionnaires ou sur les dépenses sociales, il le fait sur l’investissement. Ce n’est plus possible.
L’État doit se donner les moyens
d’avoir des prisons dignes de ce
nom. Je suis prête à contribuer à
ces investissements, pourtant au
cœur des missions régaliennes.
C’est quand même un comble ! ■
Rares sont les islamistes français revenant de Syrie
JEAN CHICHIZOLA
TERRORISME Que sont devenus les islamistes français ou vivant en France partis
ces dernières années pour la zone syroirakienne ? De source officielle, leur
nombre a allègrement dépassé le millier.
Et le dernier bilan chiffré porté à la
connaissance du Figaro confirme que peu
sont revenus. Au 28 août 2018, les autorités françaises comptabilisaient 261 « revenants » majeurs : 187 hommes et
74 femmes. En janvier 2018, ils étaient
255, et en octobre 2017, Gérard Collomb
parlait de 240 revenants depuis 2012. Le
calcul est aisé : six retours entre janvier et
août 2018, 21 entre octobre 2017 et août
dernier…
Il est vrai que ces revenants savent que
les rigueurs de la loi les attendent. Sur les
261 majeurs revenus en France fin août,
192 (155 hommes et 37 femmes, 6 d’entre
eux étant mineurs au moment des faits)
sont ou ont été « judiciarisés ». En clair,
ils sont visés par des poursuites judiciaires (mis en examen ou en attente de
jugement) ou ont été condamnés pour
association de malfaiteurs en relation
avec une entreprise terroriste. Sur ces
192, 147 sont en prison, en détention provisoire ou purgeant leur peine après
condamnation. Quarante-quatre autres
sont libres mais font l’objet d’un suivi judiciaire (contrôle judiciaire, sursis avec
mise à l’épreuve, aménagement de peine…) avec un possible retour derrière les
barreaux en cas de manquement. Enfin,
le 192e et dernier cas est celui d’une femme ayant bénéficié d’une relaxe.
Quid des 69 autres revenants libres et
ne faisant pas l’objet d’un « traitement »
pénal ? Dans un contexte d’alerte antiterroriste maximale, ils sont suivis par les
services de renseignement ou par la
police judiciaire dans le cadre d’une
enquête en cours (en vue d’une possible
interpellation). On y retrouve aussi des
personnes placées en garde à vue à leur
retour mais sans qu’il ait été prouvé qu’ils
ont rejoint une organisation terroriste.
Les services de renseignement gardent
un œil sur ces djihadistes en puissance.
Outre ces « revenants », Paris estime
qu’au moins 300 djihadistes sont morts
dans la zone syro-irakienne et qu’environ 700 personnes y seraient toujours,
dont une partie dans les camps et les prisons tenus par l’État irakien ou les différents belligérants syriens. Le nombre de
morts est par ailleurs peut-être sous-estimé, car la collecte de preuves de décès
est délicate. Reste que certains ont très
probablement rejoint les réduits de
Daech en Irak, ou pour une poignée d’entre eux ont pu partir vers d’autres terres
de djihad.
Quel que soit le destin de ces djihadistes, la justice est loin d’en avoir fini avec
les filières syro-irakiennes. Toujours à la
fin août, 115 affaires liées à ces filières
avaient été jugées ou étaient en attente de
jugement après la fin de l’enquête ou de
l’instruction. Au total 732 procédures judiciaires ont été ouvertes depuis 2012. ■
A
Selon des chiffres transmis au « Figaro », six djihadistes partis pour la zone syro-irakienne seraient rentrés en France depuis janvier.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
L’anglais pourrait
devenir obligatoire
pour tous les élèves
Cette proposition du rapport Taylor-Manes-Bonnisseau
a été approuvée par le ministre de l’Éducation nationale.
MARIE-ESTELLE PECH £@MariEstellPech
ÉDUCATION Archidominant, il est
massivement enseigné du primaire à
l’enseignement supérieur, loin devant
toutes les autres langues vivantes. Et
pourtant. Le journaliste britannique
Alex Taylor et l’inspectrice Chantal
Manes-Bonnisseau ont recommandé
mercredi d’inscrire l’anglais comme
« langue obligatoire » dans le parcours
de tous les élèves en langue vivante 1
ou 2. C’est une des conclusions de la
mission sur les langues vivantes, qui
leur a été confiée l’an dernier par le
ministère de l’Éducation nationale.
Une proposition approuvée par JeanMichel Blanquer.
Une mesure essentiellement symbolique puisque aujourd’hui seuls 0,7 %
des élèves n’apprennent pas l’anglais
pendant leur scolarité, soit, en 2017,
39 208 élèves sur un total de 5 601 252.
En rendant l’anglais obligatoire, ils
veulent répondre à la demande des familles « qui souhaitent légitimement que
le système scolaire assure à leur enfant
un niveau suffisant dans cette langue
dont la maîtrise est un atout reconnu […]
Une langue indispensable dans la formation de tous, quels que soient leur origine
sociale et leur niveau d’enseignement ».
Une telle mesure ne serait pas dénuée d’efficacité, comme des études
européennes l’ont montré, puisque les
pays où l’apprentissage de la langue
anglaise est obligatoire « améliorent
leurs résultats ». C’est le cas de la moitié des pays européens, dont les PaysBas, l’Italie, le Portugal et l’Allemagne.
Cette proposition risque néanmoins
de faire parler d’elle, tant le débat a
toujours été passionné en France sur
cette question. En 2004, la commission
Thélot sur « l’avenir de l’école » s’était
attiré de nombreuses critiques lorsqu’elle avait affirmé la nécessité d’intégrer l’anglais dans le « socle commun »
obligatoire de chaque élève, en reconnaissant ainsi son statut de langue de
communication internationale. La place de l’anglais est un sujet de débats récurrents et parfois douloureux, lié au
fait que la question des langues est fortement liée à celle de l’identité, individuelle et nationale. «Percevoir sa langue
comme un rempart contre d’éventuels
envahisseurs ne constitue pas l’attitude
idéale dès lors qu’il s’agit de faire l’effort
considérable d’apprendre celle des
autres ! » affirme ainsi Alex Taylor.
En primaire et au collège, les deux
auteurs proposent par ailleurs de réaménager les horaires, pour des séances
moins denses mais plus fréquentes. Au
lieu de deux fois 45 minutes par semaine, ils proposent des horaires de 15 à
20 minutes par jour en primaire, cinq
séances de 45 minutes en sixième. Cette exposition et imprégnation quotidiennes seraient plus efficaces pour apprendre les langues vivantes.
“
Percevoir sa langue
comme un rempart contre
d’éventuels envahisseurs
ne constitue pas l’attitude
idéale dès lors qu’il s’agit
de faire l’effort
considérable d’apprendre
celle des autres !
ALEX TAYLOR
”
Pour le reste, en l’absence d’annonces budgétaires sur le sujet – qui seront
faites ultérieurement, a assuré JeanMichel Blanquer –, le rapport formule
un certain nombre de vœux pas très
nouveaux. Il rappelle la nécessité de
mieux préparer les enseignants à l’entrée dans le métier. Pêle-mêle, il recommande des périodes de mobilité à
l’étranger, ou de multiplier le recours
aux locuteurs natifs formés à la pédagogie. Il demande aussi une évaluation
des compétences des professeurs des
écoles en langue. La situation est en effet aujourd’hui paradoxale : les compétences des futurs enseignants ne sont
pas vérifiées dans une discipline qui fait
pourtant partie des enseignements
obligatoires, 54 heures par an. Ils réclament enfin une formation continue
digne de ce nom pour les enseignants
déjà en exercice.
Reste que seuls 10 à 15 % des professeurs des écoles ont un parcours en
langues vivantes. « Ils sont nombreux à
ne pas se sentir en confiance pour assurer cet enseignement dont ils disent
souvent eux-mêmes ne pas maîtriser
des bases suffisantes. » Résultat : les
enseignants de collège observent une
grande hétérogénéité du niveau des
élèves arrivant en sixième. Les élèves
reprennent donc souvent les apprentissages au tout début, ce qui peut nuire à l’intérêt qu’ils portent à la discipline.
Si tout ne va pas si mal dans l’apprentissage des langues vivantes en
France, comme le rappelle Alex Taylor
en assurant que « beaucoup de progrès
ont été accomplis depuis 2006, année du
plan de rénovation des langues vivantes », la France reste mal classée. Les
progrès sont nets mais insuffisants à
l’école et au collège. Si des améliorations en compréhension ont été notables, surtout entre 2004 et 2010, les
résultats en expression écrite sont insatisfaisants : un élève sur deux reste
« Beaucoup de progrès ont été accomplis depuis 2006, année du plan de rénovation
des langues vivantes », souligne Alex Taylor, co-auteur du rapport sur l’apprentissage
des langues vivantes. T.BREGARDIS/PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP
au-dessous du niveau attendu en fin de
collège. Quant à l’écart entre les élèves
des écoles les plus favorisées et ceux
des élèves les plus défavorisées, il ne
cesse d’augmenter. ■
Pour apprendre les langues, la grammaire doit être réhabilitée
Alex Taylor et Chantal ManesBonnisseau proposent de réhabiliter
la grammaire en langues vivantes.
C’est une demande des éditeurs
de manuels qui ont exprimé
auprès d’eux leur confusion
quant à la place qu’ils doivent
lui accorder. Pour les auteurs du
rapport, son rôle est actuellement
trop flou dans les programmes
scolaires.
La grammaire « fait peur » aux
parents, tant qu’aux élèves. « Je veux
bien apprendre l’anglais mais pas
la grammaire », ont-ils souvent
entendu lors de leur mission.
Il s’agit là d’une mauvaise
compréhension, selon eux, de ce
qu’est la grammaire. « Impossible
de faire le moindre énoncé dans une
langue sans en faire. » À force d’avoir
insisté, à raison, sur l’expression
orale dans les cours de langues, « on
a trop oublié de consolider, à la fin
de chaque cours, ce que l’on a appris
de façon structurée et par écrit ».
Des cours observés aux Pays-Bas
semblent proposer « un bon
compromis », selon les auteurs.
Après 35 minutes consacrées
à de la production orale avec
travail en groupe, les 10 dernières
minutes de chaque cours sont
systématiquement consacrées à une
explication par écrit des éléments
appris. Cette notion de grammaire
« doit redevenir plus attrayante »,
insistent-ils.
M.-E. P.
Blanquer éteint la polémique sur l’arabe à l’école
LE MINISTRE de l’Éducation a vertement
dénoncé mercredi une « déformation » de
ses propos. « Je n’ai jamais dit que l’arabe
devait être obligatoire à l’école primaire,
mais nous avons intérêt à différencier la
langue arabe d’un certain fondamentalisme
religieux », a-t-il insisté, revenant sur les
déclarations d’élus de droite et d’extrême
droite lui reprochant de vouloir développer l’apprentissage de l’arabe à l’école
pour lutter contre l’islamisme. On en est
très loin. Aujourd’hui, seulement 0,1 %
des écoliers apprennent l’arabe, soit
567 élèves, surtout dans l’enseignement
privé. Contre 97,3 % d’élèves qui apprennent l’anglais, 4,3 % l’allemand, 0,8 % le
portugais et 0,4 % l’italien. Au collège et
au lycée, seuls 11 200 collégiens et lycéens
étudient l’arabe, soit 0,2 % des élèves… en
dépit de nos liens économiques et diplomatiques étroits avec le Maghreb et le Proche-Orient. Et alors que 3 millions de personnes parlent arabe sur notre territoire.
A
Accords bilatéraux
Pluricentenaire, l’enseignement de l’arabe en France est laissé à l’abandon par
l’Éducation nationale, au profit des cours
proposés par les mosquées et des professeurs venus de l’étranger. La polémique
actuelle est d’ailleurs née de la publication
lundi d’un rapport de l’Institut Montaigne
proposant de « relancer l’apprentissage de
la langue arabe ». L’enjeu est « majeur tant
les cours d’arabe sont devenus pour les islamistes le meilleur moyen d’attirer des jeu-
0,1 %
des enfants
apprennent l’arabe
à l’école primaire
Seulement 11 200 élèves étudient l’arabe au collège et au lycée.
nes dans leurs mosquées et écoles », rappelle le rapport en trois lignes.
« L’arabe doit se développer comme le
russe ou le chinois, une langue qui attire très
fortement depuis plusieurs années », a précisé mercredi Jean-Michel Blanquer, tout
en promettant, comme l’avait déjà fait
Najat Vallaud-Belkacem, de se pencher
sur les enseignements de langue et de
culture d’origine (Elco). Dans les années
1970, la France a signé des accords bilatéraux avec huit États (Algérie, Maroc, Tunisie, Turquie, Espagne, Portugal, Italie,
ex-Yougoslavie) pour maintenir la
PHILIPPE HUGUEN/AFP
connaissance de la langue d’origine dans
une perspective de retour au pays. Ces
cours sont dispensés dès le CE1 par des intervenants étrangers payés par leurs pays.
Aujourd’hui, 50 000 élèves du primaire
suivent ainsi de façon optionnelle des
cours d’arabe en dehors du temps scolaire
- mais dans les murs des écoles publiques
- environ 1 h 30 par semaine, après la classe. Les Elco ont fait l’objet d’innombrables
rapports critiques, considérant que ces
enseignements étaient susceptibles de
conduire au communautarisme, surtout
pour la langue turque. La pédagogie de la
répétition souvent employée est par
ailleurs souvent poussiéreuse, dirigiste. À
un tel point que beaucoup d’écoliers renoncent à poursuivre des cours d’arabe
dans l’enseignement secondaire…
Depuis 2006, des progrès ont été réalisés. L’Éducation nationale encadre davantage le dispositif, et les pays du Maghreb ont admis que leurs programmes
devaient correspondre à la pédagogie
française. Mais c’est très loin d’être systématique. Sans abandonner les Elco, pour
des raisons diplomatiques, Najat VallaudBelkacem avait décidé de les toiletter.
Tout devait être radicalement transformé
en 2018. « Je n’ai constaté aucun changement », rétorque Jean-Michel Blanquer,
qui, à son tour, affirme que les enseignants
seront inspectés par les autorités de la République. Mais avec quels moyens ?
Aujourd’hui, seuls trois inspecteurs d’arabe sillonnent le pays, avec déjà la charge
de contrôler les professeurs d’arabe des
collèges et lycées publics. ■
M.-E. P.
ZOOM
Agression au couteau :
le suspect devant le juge
Après 48 heures de garde à vue
pour tentatives de meurtre,
l’Afghan de 30 ans qui a blessé
sept personnes à coups de couteau
et barre de fer dimanche soir
à Paris devait être présenté
mercredi à un juge d’instruction
en vue de sa mise en examen, alors
que des zones d’ombre planaient
encore sur ses motivations et son
identité. Mercredi, le caractère
terroriste des faits n’avait pas
été établi, et les circonstances
de ces violences restaient floues,
les analyses toxicologiques s’étant
révélées négatives et son examen
psychiatrique n’ayant pas mis
en évidence « de cause
d’atténuation ou d’abolition
de sa responsabilité pénale ».
EN BREF
Thévenoud obtient la saisine
du Conseil constitutionnel
L’ancien secrétaire d’État au
Commerce extérieur Thomas
Thévenoud, condamné à un an
de prison avec sursis pour fraude
fiscale, a obtenu la saisine du
Conseil constitutionnel au sujet
du délit d’omission de déclaration
d’impôts : la Cour de cassation
a accepté de transmettre
aux Sages une question prioritaire
de constitutionnalité.
Boucheries vandalisées :
des vegans interpellés
Six proches des milieux vegans ont
été interpellés dans le cadre de
l’enquête sur la vandalisation
de neuf commerces à Lille et dans
sa région. Selon La Voix du Nord,
il s’agit de cinq femmes et d’un
homme, âgés de 22 à 54 ans.
Mercredi, l’un d’entre eux devait
être déféré, les gardes à vue
des autres avaient été levées.
Un adjoint au maire de
Montluçon en garde à vue
pour corruption de mineur
Stéphane de Freitas, un adjoint au
maire de Montluçon, a été placé
mardi en garde à vue pour des faits
de corruption de mineur, de
détention d’images de mineurs
à caractère pornographique et
d’usage de produits stupéfiants.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 13 septembre 2018
SOCIÉTÉ
9
L’éducation sexuelle à l’école recadrée
ÉDUCATION La nouvelle circulaire
d’éducation à la sexualité, qui paraît ce
13 septembre, fait parler d’elle depuis le
mois de juillet… « Des choses absurdes ont
été dites cet été par des gens qui ont un intérêt idéologique à attiser le feu sur ces
questions », a éclaté Jean-Michel Blanquer mercredi matin lors d’une conférence de presse tenue sur un tout autre
sujet. Le 31 août, au micro de RTL, le ministre de l’Éducation dénonçait la circulation de « fausses informations » destinées à «effrayer les gens, avec parfois
l’intention de les attirer dans de nouvelles
écoles privées hors contrats fondamentalistes ». Il invitait chacun à être « attentif » à des propos venus de « milieux catholiques et musulmans intégristes ».
Rumeurs sur les réseaux sociaux
autour d’un enseignement à la masturbation dès l’âge de 4 ans, montée au créneau de sites identitaires tels Le Salon
beige ou Riposte laïque, grand retour de
Farida Belghoul, proche de l’extrême
droite, qui, en 2014, dénonçant une
« théorie du genre » à l’œuvre dans les
établissements scolaires, invitait les familles musulmanes à retirer leurs enfants
“
Des choses absurdes
ont été dites cet été par
des gens qui ont un intérêt
idéologique
”
JEAN-MICHEL BLANQUER
de l’école… Année après année, le sujet
reste sensible. Avec son lot de fausses
nouvelles, de fantasmes et d’inquiétudes.
Au centre des polémiques, la légitimité
de l’école à intervenir sur ce champ, le
contenu des enseignements dispensés et
les intervenants. En 2014, les « ABCD de
l’égalité », imaginés par le duo PeillonVallaud-Belkacem pour lutter contre les
stéréotypes de genre à l’école, avaient
déclenché une tempête. Cet été, c’est une
déclaration de Marlène Schiappa qui a
remis le sujet sur la table. La secrétaire
d’État, porteuse de la loi de lutte contre
les violences faites aux femmes promulguée début août, évoquait la nécessité de
mettre effectivement en place dans les
écoles, de la primaire au lycée, les trois
séances annuelles d’éducation à la sexualité prévues depuis la circulaire de 2003.
Ces séances « parleront du consentement,
du respect d’autrui, des rapports entre les
femmes et les hommes, et de la manière
dont ce n’est pas faire la fête que d’aller
mettre une main aux fesses à une femme ».
Le nouveau texte rédigé par la Rue de
Grenelle veut répondre aux enjeux du
XXIe siècle, à commencer par l’exposition des plus jeunes à la pornographie sur
Internet. Mais il n’entend pas changer la
donne. Il reprécisera l’obligation d’éducation à la sexualité fixée depuis par le
texte de 2003, dans la foulée de la loi
Aubry sur l’IVG et la contraception. Car
dans les faits, seuls 10 % des classes de
première et 47 % des classes de CM2 suivent les trois séances annuelles, animées
par des professeurs et des associations
agréées, comme Le Planning familial, selon une étude publiée en 2016 par le Haut
Conseil à l’égalité hommes femmes.
L’instance pointait aussi une approche
centrée sur la biologie et sur la reproduction. Dans ses prises de parole sur le sujet,
Jean-Michel Blanquer a choisi d’utiliser
l’expression « Éducation sexuelle et affective ». Un détail qui n’en est pas un. À
l’Apel, l’Association de parents du privé
catholique sous contrat, on défend depuis de nombreuses années « une éducation affective, relationnelle et sexuelle ».
« Les trois dimensions sont liées », insiste
Gilles Demarquet, son président, avant
de rappeler que « les parents sont les premiers éducateurs ». ■
Une infirmière explique la contraception à des élèves dans un lycée de Montpellier, en janvier 2013.
Certains parents craignent des « paroles trop crues »
AGNÈS LECLAIR £@AgnesLeclair
AU-DELÀ des rumeurs les plus folles, le
délicat sujet de l’éducation à la sexualité à l’école inquiète souvent les parents.
« C’est un sujet très intime. L’inquiétude
est d’autant plus forte qu’on ne sait pas
qui va venir parler à nos enfants et ce qui
va leur être dit. C’est un discours qui demande beaucoup de délicatesse. Sera-til bien ajusté à l’âge de l’enfant ? Les associations vont-elles leur présenter un
catalogue de positions comme c’est le cas
de certains prospectus qui circulent sur
ce thème ? », s’interroge Sixtine, une
habitante d’Asnières, mère de quatre
enfants âgés de 9 à 16 ans.
« L’éducation à la sexualité dès le CP,
cela me semble un peu tôt, considère
pour sa part Sophie, cadre parisienne et
mère de trois enfants. Ce sont des questions difficiles à aborder en primaire. À
cet âge, les enfants ne peuvent pas toujours restituer à leurs parents ce qu’ils
ont entendu et le risque existe que les intervenants présentent les choses de manière trop crue. Avec les plus grands,
l’échange est plus aisé. »
À l’heure de la diffusion massive du
porno en ligne, Sixtine juge cependant
« nécessaire d’expliquer aux enfants que
la sexualité n’est pas qu’un acte mécanique » et « de parler du sens de la vie affective, de la dignité du corps, du respect ». « Mais l’école doit en parler aux
parents avant et ces derniers doivent
rester les premiers à aborder ce sujet
avec eux. L’école ne doit pas se substituer à la famille », poursuit-elle.
Informer et associer les parents
d’élèves à la mise en œuvre de l’éducation à la sexualité : cette recommandation figure noir sur blanc dans la circulaire de 2003 de l’Éducation nationale qui a mis en place les trois
séances annuelles d’éducation à la
sexualité. « Ces dernières années, ce
dialogue avec les parents a été oublié
dans certaines écoles, juge Pascale Morinière, vice-présidente des Associations familiales catholiques (AFC). Or
cette absence d’échange peut créer de
très fortes tensions. Les parents n’ont
pas envie d’être contournés ou déshabilités sur ce sujet qui touche à la construction de la vie de leurs enfants. Ils sont les
premiers éducateurs de leurs enfants et
la liberté de conscience des familles doit
être respectée », défend-elle.
Ajouter de l’« affectif »
Très soucieux de ne pas raviver la polémique des « ABCD de l’égalité », JeanMichel Blanquer a martelé sa volonté
de renouer un dialogue serein. Début
septembre, le thème de l’éducation à la
sexualité à l’école, au collège et au lycée était au menu d’une rencontre du
En Alsace, une garde
montée veille au
grain dans les vignes
Deux membres de la brigade
verte patrouillent, dimanche,
dans des vignobles près de
Soultz-Haut-Rhin, en Alsace.
SEBASTIEN BOZON/AFP
Kepfer, qui est aussi viticultrice et élue
municipale. « Avec nos chevaux, le
contact avec les familles et les enfants est
plus facile. Nous faisons plutôt de la prévention », acquiescent Nicolas et Daniel
qui font corps avec leurs montures, un
franches-montagnes du Jura suisse
pour l’un, un trotteur pour l’autre, qui
leur appartiennent. Tous deux avaient
choisi de passer le concours pour « être
dans la nature ».
Pendant les vendanges, ils arpentent les coteaux
sud de Colmar afin d’empêcher le pillage
des précieux raisins et de prévenir les incivilités.
YOLANDE BALDEWECK £@ybaldeweck
STRASBOURG
SÉCURITÉ Au lieu-dit du Dirstelberg,
sur les hauteurs de Westhalten, au sud
de Colmar, les vendangeurs s’activent
entre les rangées de pinot gris. Odile,
dont la fille, Agathe Bursin, est vigneronne, montre les deux cavaliers de la
brigade verte, reconnaissables à leur
uniforme. Affectés à ce secteur depuis
plusieurs années, Nicolas Krust et Daniel Dagon sont connus de tous. Deux
fois par semaine, en cette saison, ces
gardes champêtres sillonnent les chemins pour vérifier que tout va bien. « Ils
exercent une surveillance pour que l’environnement soit respecté », apprécie
Odile Bursin, en relativisant les chapardages : « Que les promeneurs prélèvent
quelques grappes, ce n’est pas grave,
d’autant que l’année sera bonne. » Le
passage régulier des cavaliers – des professionnels aguerris - permet cependant
de limiter les vols.
« Dans les années quatre-vingt, les viticulteurs étaient excédés de trouver leurs
vignes vendangées en arrivant le matin.
Le samedi et le dimanche, dans certains
secteurs, ils s’étaient même organisés en
milices pour surveiller les coteaux », se
souvient le maire de Westhalten, Gérard
Schatz, ancien président de la coopérative Bestheim. Depuis 1989, la création
de ce corps de gardes champêtres - qui
n’existe sous cette forme que dans le
Haut-Rhin et le Territoire de Belfort - a
permis de pacifier le vignoble. « Il y a
encore, de temps en temps, des parcelles
vendangées… par erreur. Mais, après une
enquête, nous retrouvons l’auteur et il y a
un arrangement à l’amiable. Pour les petits vols, c’est un rappel à la loi », explique Rémy Hava, responsable environnement à la direction de la brigade verte
depuis sa création. Ce syndicat mixte
intercommunal intervient dans les
326 communes adhérentes sur les 377
que compte le Haut-Rhin, en liaison
avec les gendarmes, pour un budget de
3,5 millions d’euros par an, dont plus
d’un tiers est pris en charge par le département, le reste étant réparti entre
les communes. Il réalise plusieurs milliers d’interventions chaque année.
Hors vendanges, ces 62 gardes champêtres titulaires – dont 16 cavaliers - répartis par zones exercent une mission
plus large qui englobe la pêche, la chasse, la protection des milieux naturels.
Dans tout le département, ils pistent les
ministre avec l’Union nationale des associations familiales (Unaf). L’institution a réitéré sa demande de voir ajouter l’adjectif « affectif » à l’intitulé de
ce cours. Un mot qui a déjà fait son apparition dans les éléments de langage
du ministre de l’Éducation nationale et
de Marlène Schiappa, la secrétaire
d’État à l’Égalité entre les femmes et les
hommes.
En primaire, l’éducation à la sexualité « doit porter sur le respect de son
corps, le respect de l’autre ». Et au collège, « il est surtout nécessaire de partir
des questions des jeunes et de former les
enseignants », ont plaidé les représentants de l’Unaf. Enfin, ils ont insisté sur
l’importance de délivrer « toutes les informations aux parents ». Pour ce faire,
Jean-Michel Blanquer mise notamment
sur le site « Mallette des parents », un
outil du ministère dédié au dialogue
entre les parents d’élèves et l’école. ■
“
Avec nos chevaux,
le contact avec les familles
et les enfants est
plus facile
”
NICOLAS ET DANIEL, GARDES CHAMPÊTRES
décharges sauvages qui apparaissent au
fur et à mesure que les déchetteries
mettent en place des règles plus strictes.
Actuellement, alors que la circulation
des voitures, à l’exception de celles des
viticulteurs, est interdite par les maires
pendant les vendanges, ils mettent des
contraventions aux récalcitrants. Leur
présence est dissuasive. « Ils inculquent
le respect aux gens », approuve Béatrice
Outre les 380 hectares de vignes, dont
plusieurs classés en grand cru, ce village
de la « vallée noble » comprend 130 hectares de zones naturelles protégées sur
les collines sous-vosgiennes. « Le samedi soir, des bandes de jeunes montent làhaut, allument des feux, ce qui est interdit, et laissent des déchets », confirme
Rémy Hava. « En été, nous faisons des
patrouilles jusque vers 23 heures et prenons les noms des gens. Nous y repassons
le lendemain, et généralement c’est
propre », assurent les gardes champêtres. Une fois par semaine, Nicolas et
Daniel se rendent à cheval dans les mairies de leur secteur pour faire leur rapport oral, à Gérard Schatz comme aux
autres maires du réseau. Pendant ce
temps, leurs chevaux se désaltèrent
longuement dans la fontaine où ils ont
leurs habitudes. ■
A
CAROLINE BEYER £@BeyerCaroline
GUILLAUME BONNEFONT/IP3 PRESS/MAXPPP
Fausses rumeurs, fantasmes et inquiétudes… Depuis juillet, le sujet agite le Web. Une circulaire est publiée ce jour.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO
SCIENCES
10
Florence sur une photo prise mercredi depuis la Station spatiale internationale. L’ouragan devrait commencer à toucher les côtes américaines au plus tôt ce jeudi.
AFP
Le puissant ouragan Florence menace
500 km de côtes de l’est des États-Unis
Plus de 1,7 million de personnes ont été évacuées avant l’arrivée attendue de pluies et de vents violents jeudi matin.
MARC CHERKI £@mcherki
MÉTÉOROLOGIE Mercredi était la dernière journée de préparation des populations
sur plus de 500 kilomètres de côtes, dans
l’est des États-Unis, où est attendu le puissant ouragan Florence. Ce dernier est classé en catégorie 4, sur l’échelle de SaffirSimpson, un niveau au-dessous du record
de son prédécesseur de 2017, Irma, qui a
notamment ravagé les îles de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, lui-même
moins meurtrier que l’ouragan Maria, qui
avait entraîné la mort de 3 000 personnes à
Porto Rico.
Florence devrait commencer à toucher
les côtes américaines au plus tôt jeudi, vers
2 heures du matin (8 heures à Paris). De la
capitale fédérale, Washington, à la Caroline du Sud, en passant par la Virginie, le
Maryland et la Caroline du Nord, l’état
d’urgence a été déclaré au début de la semaine. De longues files de véhicules sur les
autoroutes américaines étaient organisées
pour permettre aux particuliers de quitter
les zones menacées. D’autres, au contraire, tentaient de barricader leurs maisons
et stockaient des provisions, de l’eau et
des produits de première nécessité, comme des piles pour alimenter leurs radios.
Les autorités américaines ont prévenu
qu’il faudrait se préparer à des jours, voire
des semaines, de coupure de l’électricité.
Car même si la force des vents attendus
devrait être légèrement réduite, par rapport aux 215 km/h mesurés hier, Florence
est un « ouragan majeur », extrêmement
dangereux, quand il touchera les côtes
américaines, a indiqué le National Hurricane Center (NHC), le Centre national des
ouragans. Il se déplace lentement, à une
vitesse de 28 km/h. Des conditions météorologiques dangereuses sont prévues
surtout en Caroline du Nord et du Sud.
Mais des vents violents, des pluies diluviennes et des inondations sont attendus
“
Nous nous attendons
qu’ils soient plus intenses
au XXIe siècle avec le
réchauffement climatique
DAVID LAVERS, DU CENTRE EUROPÉEN
DE PRÉVISIONS MÉTÉOROLOGIQUES
À MOYEN TERME
”
pendant plusieurs jours sur une large partie de la zone concernée avec des inondations pronostiquées jusqu’en Virginie,
plus au nord, où des crues sont redoutées.
L’ouragan pourra provoquer par endroits,
lorsqu’il entrera dans les terres, plus de
60 cm de pluies. Les autorités américaines
redoutent des glissements de terrains, des
destructions de bâtiments, de routes et de
ponts. Ce sont ces dommages qui pourraient être les plus meurtriers. L’armée a
été appelée, préventivement, à la rescousse pour aider les populations. Et des équipes de sociétés d’électricité ont été déployées pour réparer au plus vite les
dommages éventuels. Un réacteur nucléaire a été préventivement mis à l’arrêt.
« Nous ne regardons pas à la dépense.
Nous sommes totalement préparés », a indiqué mardi Donald Trump, en signant les
déclarations de l’état d’urgence en Caroline du Nord, en Caroline du Sud et en Virginie. L’administration américaine avait
été très critiquée, l’an dernier, pour son
impréparation à la crise humanitaire qui a
dévasté Porto Rico, un territoire non in-
CANADA
Trois ouragans se sont
formés au-dessus de l’Atlantique
PRÉVISIONS DES TRAJECTOIRES
Ouragan
Tempête tropicale
ÉTATS-UNIS
FRANCE
Lundi 17 septembre
VITESSE DES VENTS
FLORENCE
210 km/h
HÉLÈNE
150 km/h
ISAAC
95 km/h
ESPAGNE
PORTUGAL
VITESSE DE DÉPLACEMENT
DE LA TEMPÊTE
Lundi 17 septembre
MAROC
FLORENCE
28 km/h vers le nord-ouest
Florence
Mercredi 12 septembre
MEXIQUE
ISAAC
HÉLÈNE
CUBA
20 km/h vers le nord
HAÏTI RÉP. D.
Hélène
MAURITANIE
Mercredi 12 septembre
B.
GUA.
ALGÉRIE
SAHARA
OCC.
25 km/h vers l'ouest
H.
NIC.
Isaac
Lundi 17 septembre
MALI
SÉNÉGAL
Mercredi 12 septembre
Infographie
Source : National Hurricane Center, prévisions du 12 septembre à 12h53
corporé des États-Unis, après l’ouragan
Maria. Hier, lors du dernier point du NHC,
l’ouragan Florence était attendu entre la
Caroline du Nord et celle du Sud. Les
conséquences matérielles risquent d’être
désastreuses, notamment autour d’une
région appelée « Outer Banks », une bande d’îlots de sable où de nombreuses maisons sont construites sur des pilotis. De
plus, de grosses vagues étaient programmées en même temps que l’arrivée de Florence. Le dernier ouragan de catégorie 4
qui a frappé directement la Caroline du
Nord, Hazel, remonte à 1954. Cette tempête avait provoqué la destruction de
15 000 habitations et la mort de 19 personnes, précise l’agence Reuters.
Pour l’instant, les scientifiques n’arrivent pas à dire si les ouragans sont de plus
en plus nombreux, année après année. De
son côté, Météo-France note qu’il y a environ 80 événements de cette nature par
an. « Nous nous attendons qu’ils soient plus
intenses au XXIe siècle avec le réchauffement climatique », confirme David Lavers
du ECMWF (Centre européen de prévisions météorologiques à moyen terme).
Car l’un des « moteurs » des ouragans, la
température des eaux de surface, est renforcé avec la hausse du thermomètre. De
plus, avec une température de l’air en augmentation, la quantité d’eau emmagasinée
dans l’ouragan peut croître, ce qui provoque davantage de dégâts. Enfin, la hausse
du niveau des mers permet à ces phénomènes météorologiques de s’enfoncer plus
profondément à l’intérieur des terres.
Outre l’arrivée de Florence, jeudi
après-midi, les îles de la Guadeloupe, de la
Martinique et de la Dominique pourraient
être touchées par la tempête tropicale
Isaac, moins puissante, dont les vents ont
été mesurés au-dessous de 100 km/h. Enfin, l’ouragan Hélène, le troisième à s’être
formée cette semaine dans l’Atlantique,
semble pour le moment avoir perdu son
caractère de dangerosité. ■
À San Francisco, des milliers d’élus se mobilisent pour le climat
A
ARMELLE BOHINEUST £@armelella
TANDIS que l’Est des États-Unis s’apprête à affronter l’ouragan Florence,
l’Ouest cherche à ralentir le dérèglement climatique. À San Francisco, plus
de 4 500 élus (dont la maire de Paris,
Anne Hidalgo), gouverneurs de province, personnalités (le négociateur
chinois pour le climat Xie Zhenhua),
chefs d’entreprise et stars de l’environnement (Robert Redford…) sont réunis
pour le premier Sommet mondial pour
l’action climatique.
Ce rassemblement, qui exclut les
chefs d’État, entend démontrer que des
villes et des régions modèles peuvent
combler en partie les insuffisances des
États. Une urgence alors que trois ans
après l’accord signé à Paris les rejets de
gaz carbonique dans l’atmosphère remontent à nouveau et ont atteint un pic
historique en 2017. La Chine et l’ensemble de l’Asie en rejettent de plus en plus.
Et les États-Unis n’atteindront pas l’objectif de 26 % à 28 % de réduction des gaz
à effets de serre en 2025 (par rapport à
2005) fixé par Barack Obama en 2015. La
baisse ne sera que de 17 %, indique l’étude publiée mercredi d’America’s Pledge, un réseau de 3 000 collectivités locales américaines engagées en faveur du
climat.
Donald Trump, qui a dénoncé l’engagement américain dans l’accord de Paris
sur le climat, détricote en permanence
les mesures en faveur de l’environnement. L’Administration américaine a
ainsi annoncé mercredi qu’elle allait assouplir les règles encadrant les rejets de
méthane, un gaz encore plus néfaste que
le CO2 pour l’atmosphère.
Les entreprises mobilisées
À San Francisco, les élus devraient enchaîner les annonces inverses. Le gouverneur de Californie, Jerry Brown,
vient de ratifier une loi qui prévoit que
100 % de l’électricité californienne soit
d’origine renouvelable en 2045, contre
32 % aujourd’hui. Il a aussi annoncé que
5 millions de voitures vertes seraient en
circulation en 2030.
Les entrepreneurs, très présents à San
Francisco, sont eux aussi de plus en plus
impliqués. Plus de 60 % des investisseurs
et près de la moitié des entreprises intègrent désormais des « critères environnementaux, sociaux et de gouvernance
(critères ESG) » dans leur stratégie, dévoile une étude de la banque britannique
HSBC. Pour la plupart d’entre eux, la
performance financière et les incitations
fiscales sont les moteurs principaux.
« Un cercle vertueux se développe entre
les entreprises qui multiplient les informations liées aux critères ESG et les investis-
seurs qui peuvent ainsi les intégrer de façon de plus en plus systématique dans leur
stratégie », ajoute Marine de Bazelaire,
en charge du développement durable
pour l’Europe continentale chez HSBC.
Sur le plan social, la bataille pour le
climat devrait être neutre, prévoit un
rapport du C40, un réseau de grandes
métropoles. L’énergie et les villes vertes
devraient créer 14 millions d’emplois et
compenser les diminutions d’effectifs
dans l’industrie énergétique. Par
ailleurs, grâce à la croissance effrénée
des énergies solaires et éoliennes, la
production d’énergies fossiles diminuera à partir de 2023, indique un rapport
de Carbon Tracker. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 13 septembre 2018
SPORT
11
Sébastien Simon, l’intraitable leader
Avec deux victoires d’étapes, le Sablais règne sur cette Solitaire Urgo Le Figaro. À confirmer lors de l’ultime sprint.
VOILE Juste avant de quitter Le Havre
le 26 août dernier pour la première
étape de la 49e édition de la Solitaire
Urgo Le Figaro, Sébastien Simon (Bretagne-CMB Performance) faisait partie
des épouvantails. Ceux qui inévitablement vont jouer un rôle majeur dans la
vénérable dramaturgie chaque année
renouvelée. Menant le classement provisoire du championnat de France Élite
de course au large après cinq épreuves,
le Sablais se projetait avec sérénité
pour sa cinquième participation alors
qu’il avait terminé au pied du podium
l’an passé. « Sachant que la voile est un
sport d’expériences, je pense avoir eu la
chance de progresser très vite. Grâce à
la filière Bretagne CMB. Avec mon prochain projet, je pense que j’ai gagné en
maturité pour assumer mon rôle de leader sur cette course », déclarait-il.
Penser à son futur 60-pieds Arkéa-Paprec avec lequel il disputera le prochain Vendée Globe en 2020 lui a demandé pas mal de cogitation
passionnée cette année, mais se remettre à l’ouvrage sur son Figaro Bénéteau 2 devait se dérouler avec légèreté : « Quand je retrouve mon bateau,
je navigue plus libéré qu’auparavant, en
prenant du plaisir à tous les instants en
me disant que la vie est belle. Quand je
suis stressé, je ne suis jamais à 100 % de
mes possibilités. Là, comme la page Figaro va se tourner, il faut que je vive à
fond ces derniers instants. L’occasion
est trop belle et je ne dois pas la rater. »
Il est en train d’en faire la démonstration éblouissante. Avec constance et
assurance. Comme l’avaient fait à une
époque ses aînés sur le circuit : Jean Le
Cam, Michel Desjoyeaux ou plus récemment Yann Éliès et Nicolas Lunven.
Intraitables liquidateurs des rêves de
leurs adversaires. Quatrième dans la
baie de Saint-Brieuc alors que la victoire devait lui sourire, selon lui, puis
vainqueur en terres espagnoles à Portosin dans la ria de Mouros-Noia et à
Saint-Gilles-Croix-de-Vie, mercredi
matin, Sébastien Simon a tissé sa toile
pour endiguer les velléités de ses 35 adversaires. Pas réellement étonné de la
prestation du jeune de 28 ans.
Son succès sur les terres des Chantiers Bénéteau a été limpide : « La
troisième étape a été bien différente des
précédentes. Très longue, hyper technique et stratégique et je suis content
de l’avoir gagnée. À la fin, quand
j’étais vraiment devant, j’essayais de
me placer entre la flotte et l’arrivée. Si
le vent tournait une fois de plus, il ne
pouvait rien m’arriver. Cette manche
n’a pas fait trop d’écart, mais elle me
permet de conforter ma place en tête du
classement général. Je vais aborder le
dernier parcours plus sereinement.
C’est aussi ma troisième victoire d’étape en cinq ans et je ne sais pas si beaucoup de skippers ont fait cela aupara-
vant. » Elle n’est pas due à la chance
évidemment mais au talent pur.
« Il peut se passer
plein de choses »
Confiant, mais jamais dans l’excès,
l’ingénieur en structures et composites, diplômé de l’ENSCBP de Bordeaux, connaît les interférences que
peut instiller un excès de confiance
avant le départ de la quatrième étape
(un sprint de 160 milles) prévu ce jeudi (18 h 30) : « Je vais essayer de naviguer proprement, sans faire de bêtise,
ni de coup d’éclat non plus. Si le succès
veut s’offrir à moi, tant mieux. On ne
sait jamais. Il peut se passer plein de
choses. Si on arrive au près ou au portant dans pas d’air, le temps passe vite
si on est bloqué. Mais si le flux reste organisé, les écarts resteront minimes. »
Suivant la bonne étoile qui illumine
sa route : « J’espère qu’elle va m’accompagner jusqu’au bout. J’y crois et il n’y a
pas de raison que cela se passe mal.
Même si je ne suis pas du genre à crier
victoire maintenant. Les plus stressés seront ceux qui vont jouer le podium sans
espérer me dépasser. »
Reste donc désormais à Sébastien Simon à bien polir l’ouvrage. Pour que le
trophée brille chez lui pour lui rappeler
qu’il a été une saison le maître du temps
sur la légendaire Solitaire. ■
Cinq marins
en moins d’une
heure au général
Classement 3e étape :: 1. Simon
(Bretagne CMB Performance) en
3 j. 15 h 57’ ; 2. Quiroga (Skipper Espoir
CEM CS) à 3’24 ; 3. Mahé (Breizh Cola)
5’47 ; 4. Tabarly (Armor Lux) 8’38 ;
5. Leboucher (Guyot environnement)
8’50 ; 6. Macaire (Groupe SNEF) 9’14 ;
7. Marchand (Groupe Royer - Secours
Populaire) 9’40 ; 8. Loison (Custo Pol)
10’16 ; 9. Dalin (Skipper Macif 2015)
10’44 ; 10. Duthil (Technique Voile)
12’36 ; 11. Dolan (Smurfit Kappa) 14’44
(1er bizuth) ; 12. Chabagny (Gedimat)
15’06 ; 13. Douguet (NF habitat) 14’35 ;
14. Le Pape (Skipper Macif 2017) 16’19 ;
15. Dutreux (Sateco Team Vendée
Formation) 18’36…
Classement général : 1. Simon
en 9 j. 16 h 02’14 ; 2. Macaire à 35’45 ;
3. Marchand 40’31 ; 4: Dalin 46’53 ;
5. Chabagny 49’29 ; 6. Douguet
1 h 17’35 ; 7. Leboucher 1 h 18’26 ; 8.
Peron (Finistere Mer Vent) 1 h 18’48 ;
9. Dutreux 1 h 19’04 ; 10. Le Pape
1 h 21’38 ; 11. Quiroga 1 h 22’10 ;
12: Cardrin (Team Vendée Formation)
1 h 24’47 ; 13. Roberts (Seacat Services)
1 h 27’04 ; 14. Mettraux (Teamwork)
1 h 48’04 ; 15. Treussart (Les Perles
de Saint Barth) 1 h 59’05 ; 16. Loison
2 h 00’23 ; 17. Berrehar (Bretagne Crédit Mutuel Espoir) 2 h 07’05 ;
18. Tabarly 2 h 16’49 ; 19. Brayshaw
(Kamat) 3 h 32’19 ; 20. Le Turquais
(Everial) 3 h 48’52 ; 21. Petithuguenin
(Le Défi-Ensemble Contre le Cancer)
4 h 04’44 ; 22. Baggio (Maison MeneauLes Marins de la Lune) 4 h 20’27...
Sébastien Simon
lors de son arrivée,
mercredi,
à Saint-GillesCroix-de-Vie.
La guerre pour les places d’honneur va faire rage
je
« neComme
veux pas
avoir de
regrets à
la fin, je vais
me battre
jusqu’au
bout. Je ne
sais pas du
tout à quelle
sauce on va
être mangé
sur ce sprint
final, mais
j’ai hâte
d’y être !
»
ANTHONY MARCHAND
(GROUPE ROYERSECOURS POPULAIRE)
TOUJOURS dans le top 10 lors
des trois premières étapes,
dans le match pour décrocher
la lune, quatre skippers sont à
la lutte avant le départ de l’ultime étape, ce jeudi, pour décrocher avec panache un bel
accessit sur cette 49e édition de
la Solitaire. Les coups de boutoir du leader ayant quelque
peu atténué leurs prétentions.
L’aller-retour peau de chagrin
de 160 milles depuis SaintGilles-Croix-de-Vie, via l’île
de Ré, une marque à virer sur le
plateau de Rochebonne et l’île
d’Yeu devant se dérouler sous
un vent de nord dominant entre 10 et 15 nœuds, ne permettra certainement pas de déboulonner
Sébastien
Simon
(Bretagne-CMB Performance) à
l’issue des 24 à 26 heures du
sprint. Ils le savent, il n’y aura
guère la place à une option du
diable Vauvert pour rendre raison à son insolente domination.
Thierry Chabagny (Gedimat),
auteur d’une option incroyable
et sensée à l’entrée du golfe de
Gascogne sur l’étape entre la
ria de Mouros-Noia et SaintGilles qui malheureusement n’a
pas été payante, pointe au 5e
rang, à 13 minutes de Xavier
Macaire (Groupe SNEF), actuel
dauphin de Sébastien Simon.
Oubliée sa frustration légitime,
le doyen du plateau se projette
rapidement sur la suite des
événements : « Après avoir joué
ma carte à fond, seul dans mon
coin avec le vent, je suis arrivé
dans un mouchoir de poche avec
mes principaux adversaires. Le
podium est donc encore jouable.
Quoi qu’il arrive, c’est une lapalissade, cette dernière manche
sera décisive. » Frère de la côte
dans ce combat, Anthony Mar-
chand (Groupe Royer-Secours
Populaire), 3e au général provisoire avec six minutes d’avance
sur Charlie Dalin (Skipper Macif
2015), croise les doigts pour
rester sur le bon strapontin
pour la première fois de sa carrière en huit participations :
« Les neuf premiers ont terminé
la 3e étape en moins de dix minutes. Pour le classement, ça ne
change donc pas grand-chose
même si Sébastien Simon se
prend un peu de marge supplémentaire et que Charlie Dalin est
Une dernière étape de 160 milles
Manche
De St-Gilles-Croix-de-Vie
à St-Gilles-Croix-de-Vie
Départ jeudi 13 septembre
St-GillesCroix-de-Vie
St-GillesCroix-de-Vie
Île d’Yeu
Étape 4
OCÉAN
ATLANTIQUE
Île de Ré
Infographie
ALEXIS COURCOUX POUR LE FIGARO
BRESTOIS d’origine, Pierre Quiroga
(Espoir CEM.CS) participe pour la
troisième fois à la Solitaire. Dans le
ventre mou des classements lors de
ses participations initiatiques et peutêtre désordonnées, le désormais Méditerranéen vient de pointer sa frimousse sur un podium d’étape. Avec
brio et sourire. Le jeune homme de
26 ans, membre du Centre d’entraînement Méditerranée de La Grande
Motte, est entré sur les tablettes de
l’épreuve reine mercredi matin en
prenant la 2e place du 3e tronçon entre
la ria de Muros y Noia et Saint-GillesCroix-de-Vie. Avec l’esprit, l’abnégation d’un marin qui s’est entraîné
en avant-saison pratiquement tout
seul dans son coin.
Un marin de talent
Une réalité qui constitue sans doute sa
façon d’appréhender les courses :
« Dès les deux premières étapes, j’étais
dans le match, toujours dans les cinq
premiers mais avec, à chaque fois, de la
malchance. Un casier ou des algues
dans ma quille qui me font perdre du
terrain. Je n’arrivais pas à scorer. En
Espagne, dès le départ, j’ai fait mes
propres choix en optant pour la côte. Au
moment de l’entrée dans le golfe de
Gascogne, l’idée de rester au milieu de
la flotte a été un feeling personnel. En
maintenant vraiment à mes fesses. Comme je ne veux pas avoir
de regrets à la fin, je vais me
battre jusqu’au bout. Je ne sais
pas du tout à quelle sauce on va
être mangé sur ce sprint final,
mais j’ai hâte d’y être ! »
Le deuxième au tableau provisoire des félicitations du jury,
Xavier Macaire, sait que la
pression va être à gérer pour le
dernier coup de collier à donner. Sans modération. Calculer
étant souvent un début de renoncement : « Nous n’avons pas
beaucoup de temps pour nous
reposer. Comme il y a d’autres
prétendants pour le podium, il
faut que je fasse ma course sans
observer les autres. Si je navigue
en fonction d’eux, je vais faire
des conneries. La concentration
sera de mise et je dois évacuer
cette pression. Quant à Seb (Simon), il concrétise un niveau de
jeu incroyable. Il est assez impressionnant. À l’aise dans toutes les conditions. J’aimerais
d’ailleurs savoir comment il fait
pour aller aussi vite. »
À 18 h 30, ce jeudi, les chevaux seront lâchés. Pour ces
quatre marins bien trempés,
l’heure de la demi-gloire est
presque arrivée. ■
S. M.
EN BREF
Le joli podium de Pierre Quiroga
Pierre Quiroga a terminé deuxième
de la 3e étape, entre la ria de Muros y Noia
et Saint-Gilles-Croix-de-Vie, mercredi.
ALEXIS COURCOUX POUR LE FIGARO
ENVOYÉ SPÉCIAL À SAINT-GILLES-CROIX-DE-VIE
général, j’essaye de naviguer sans trop
regarder où sont les autres. Thierry
Chabagny était aussi dans l’option à
l’ouest, cela m’a conforté dans mon
choix. Je me suis retrouvé tout seul un
bon moment dans le golfe. Sur la fin, il
ne m’a pas manqué grand-chose pour
l’emporter. Cette 2e place, je l’espère, va
me libérer. »
Cette 2e place, il ne la doit qu’à luimême. Il peut la cocher sur son palmarès. Cela l’aidera certainement à vendre son projet pour perdurer sur le
circuit avec le nouveau Figaro Bénéteau 3 les années à venir. C’est tout ce
que l’on souhaite à ce marin de talent
qui ne demande qu’à apprendre. ■ S. M.
Football : 20 mois pour Lloris
Le capitaine des Bleus a été
condamné à près de 56 000 euros
d’amende et à une suspension de
permis de 20 mois pour conduite
en état d’ivresse à Londres.
Volley : les Bleus gagnants
L’équipe de France a débuté
son championnat du monde
par un succès, en Bulgarie,
contre la Chine, 3 sets à 0.
Rugby : Lièvremont nommé
Thomas Lièvremont a été nommé
sélectionneur de la Roumanie,
pas qualifiée pour le Mondial 2019,
avec en ligne de mire celui de 2023.
A
SERGE MESSAGER smessager@lefigaro.fr
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jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO
12
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
Les vingt-deux membres
du Conseil supérieur
de la magistrature veillent sur
les nominations, la discipline
et la déontologie
des 8 000 magistrats des cours
et tribunaux. LUDOVIC/REA
Le CSM, cette institution qui fait
et défait les magistrats
PAULE GONZALÈS
pgonzales@lefigaro.fr
es grandes manœuvres ont commencé. Durant les trois prochains mois,
élections et nominations vont se succéder pour renouveler, en janvier, les
22 membres du Conseil supérieur de la
magistrature (CSM), cet organe
constitutionnel pluriséculaire qui
veille, par les articles 64 et 65 de la Constitution, sur
les nominations, la discipline et la déontologie de
8 000 magistrats. Tous les quatre ans, la perspective
d’un nouveau CSM enfièvre le monde judiciaire. Car
si, techniquement, les magistrats sont nommés par
l’exécutif, ses choix sont largement contraints par les
avis du CSM. Il en sera ainsi, dans quelques jours, lors
de la prochaine nomination du procureur de Paris.
La fébrilité, décuplée par la complexité d’une procédure des plus byzantine, sera cette année à son comble. Car la nouvelle génération de sages qui arrivera
en janvier prochain sera la première de l’ère Macron.
Jusqu’à maintenant, le président de la République
s’est contenté d’en appeler à une magistrature ayant
les pieds sur terre et ne vivant ni en lévitation, « ni en
vase clos ». Un message clair pour calmer la volonté
d’autonomie complète du corps judiciaire intensément portée par Bertrand Louvel, le président du
CSM. Mais aussi pour susciter des carrières plus atypiques. Le choix du chef de l’État de deux personnalités qualifiées est aussi attendu que ceux des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, suivi de
celui du Conseil d’État et du Conseil national des barreaux qui, chacun, nommeront un membre du CSM.
Ces huit « laïcs », souvent des professeurs et des
chercheurs très éloignés de la vie judiciaire, seront
encadrés par douze magistrats, élus par différents
collèges.
Les 8 000 magistrats des cours et tribunaux n’ont
droit qu’à six sièges, élus en décembre prochain par
240 grands électeurs. Ils seront issus de listes concoctées par les principaux syndicats en fonction de
l’importance des juridictions. De quoi éliminer d’office les plus petites formations. Unité Magistrats - exFO Magistrats -, trop petit pour peser sur les listes,
dénonce « un système non représentatif du corps et
profondément antidémocratique ». En décembre,
chaque collège, ceux des premiers présidents, des
procureurs généraux, des présidents et des procureurs de tribunaux de grande instance, élira son propre représentant. Puis ce sera le tour des 146 magistrats hors hiérarchie de la Cour de cassation qui, eux,
ont droit à deux sièges.
Ils siégeront trois jours par semaine et seront honorablement défrayés, entre 3 000 et 4 000 euros
chacun. Le tout sous la présidence commune du
« premier » et du procureur général de la Cour de
cassation. Deux personnages dont l’influence se mesure tout autant à l’aune de leur autorité morale que
de leur habilité politique à influer sans effort sur les
différentes commissions du CSM. À la question de la
représentativité se greffe celle de la neutralité politique. Quand ses défenseurs rappellent que le CSM est
le garant jaloux de la séparation des pouvoirs en
République, celui de l’indépendance des juges et un
contre-pouvoir du politique, ses détracteurs, au
A
L
Cet organe
au fonctionnement
complexe, qui représente
autant les magistrats
du siège que du parquet,
doit être entièrement
renouvelé d’ici à janvier.
Ce sera l’objet d’intenses
tractations ces prochains
mois.
contraire, déplorent qu’il en soit le bras armé toutpuissant. Entre ses mains, en effet, ce pouvoir de
peser sur la carrière des magistrats mais surtout de
décider de ceux qui accéderont aux postes clés de la
magistrature, comme les présidents des tribunaux
de grande instance, les premiers présidents des
cours d’appel et les hauts magistrats du siège composant la Cour de cassation. Des nominations qui, de
mandature en mandature, colorent le visage de la
justice et sur lesquelles plane forcément le soupçon
d’arrière-pensée politique. « Il y a des magistrats issus des cabinets de droite qui ont peu de chance de voir
leur carrière sortir de l’ornière », fait remarquer ce
bon connaisseur du dossier.
La Chancellerie avoue avoir défendu quelques cas
devant le CSM. En vain. « La Chancellerie a désormais
coutume de suivre l’avis du CSM. Accessoirement,
nous défendons aussi une réforme constitutionnelle
alignant le statut du parquet sur celui du siège et permettant au CSM de s’opposer formellement aux nominations. Mais nous voulons valoriser les allers-retours
de ceux qui vont aussi travailler ailleurs que dans les
juridictions », rappelle-t-on à la Chancellerie. À l’inverse, le CSM a accordé à Françoise Martres, ancienne présidente du syndicat de la magistrature, mise
en examen dans l’affaire du « mur des cons », un
poste très prisé à la Cour d’appel de Bordeaux. « Mais
sans avancement », tempère-t-on dans les couloirs
de la Chancellerie, qui veut rompre avec le climat
tendu ayant parfois nimbé un CSM réputé « très à
gauche » sous l’ère Hollande. La nomination de
Catherine Champrenault au poste de procureure générale de Paris, alors qu’elle n’était que procureure
de Basse-Terre, en Guadeloupe, a elle suscité bien
des commentaires. En filigrane, ses liens avec le
couple Hollande-Royal.
Deux armes de négociation
Organe disciplinaire instauré par le régime napoléonien, présidé jusqu’en 2008 par le président de la République lui-même, cette institution a vu ses prérogatives augmenter par des réformes successives,
renforçant la crainte d’un corps autogéré de manière
opaque. « Au cours d’une mandature, des alliances
improbables se nouent entre des courants qui ne sont
pas que politiques », affirme cet ancien directeur des
services judiciaires. «Il n’y a pas que les réseaux syndicaux mais aussi les disciples des grandes personnalités judiciaires, comme celle de Jean-Louis Nadal ou
Yves Bot, ou les réseaux maçonniques », mais aussi « le
clivage Paris-province », note ce haut magistrat.
Deux principaux collèges - siège et parquet - où
dominent toujours les « laïcs », pour démentir tout
entre-soi judiciaire, sont chargés de valider les nominations proposées par la Chancellerie. À leur disposition, deux armes atomiques : un avis non
conforme pour les magistrats du siège, un avis défavorable pour les magistrats du parquet. Autrement
dit, un droit de veto. Leur comptabilité, tenue par le
CSM, permet de mesurer l’état des relations entre la
prestigieuse institution et le pouvoir politique. En
2017, le CSM a rendu 16 avis non conformes pour les
Au cours d’une mandature, des alliances
improbables se nouent entre des courants
qui ne sont pas que politiques
UN ANCIEN DIRECTEUR DES SERVICES JUDICIAIRES
»
magistrats du siège et quatre avis défavorables pour
le parquet. « Nous en avons essuyé plusieurs en juin
dernier », avoue-t-on au ministère de la Justice. Le
CSM s’est également inventé deux armes de négociation : les pouvoirs de recommandation et de signalement. Par ce biais, il enjoint le garde des
Sceaux de promouvoir tel ou tel autre magistrat et de
barrer les candidats de la Chancellerie si elle n’obtempère pas. Pour éviter des confrontations de
mauvais aloi entre le CSM et la Chancellerie, les gardes des Sceaux successifs ont toujours nommé, à la
tête des services judiciaires, des personnalités qui
connaissent bien le CSM.
« Le CSM est un contre-pouvoir absolument nécessaire dont on exagère la puissance. Ses taux de refus
restent marginaux par rapport à la masse du mouvement, tempère cet ancien membre de l’institution et
d’un grand syndicat de magistrats. Pour 98 % des nominations, la Chancellerie a la main sur les transparences », ces documents qui proposent les mouvements de magistrats au CSM. « Le CSM n’a pas les
moyens matériels ni le temps de s’appesantir sur un
mouvement qui concerne 3 000 magistrats par an dont
les jeunes sortis d’école. Chaque conseiller doit gérer en
moyenne 70 dossiers et lire les mémoires de tous les
“observants” (les déboutés, NDLR) ». Quant aux plus
hauts magistrats, ils échappent purement et simplement à toute évaluation, au grand dam de générations de sages reconnaissant « une difficulté ».
Consciente de ces lacunes qui « moyennisent parfois les carrières », comme le déplore un haut magistrat, la Chancellerie réfléchirait à une évaluation
« multicritères » permettant de favoriser des carrières prometteuses. Elle tente également d’imposer un
profilage des postes de magistrats à l’heure d’une
justice qui se complexifie et se spécialise. En attendant, il est parfois difficile de se faire une idée des
candidats. C’est là que le rôle des syndicats, qui
connaissent bien les juridictions et leur corps électoral, joue à plein. Le temps que les autres membres du
CSM acquièrent une meilleure connaissance du
corps, notamment par les visites régulières en juridiction. Mais aussi par le pouvoir disciplinaire suscité
par les saisines de la Chancellerie et les plaintes des
justiciables. Depuis quatre ans, 250 plaintes environ
sont déposées chaque année - 245 en 2017 - par ces
derniers au CSM, pour qui l’ouverture de l’institution à la société civile est fondamentale. Rares sont
cependant celles recevables. Entre 2 et 5 %. « Les
justiciables ont du mal à comprendre que le CSM n’est
pas là pour casser des décisions de justice mais pour
juger de comportements inadmissibles », souligne ce
membre du CSM.
Pour autant, le filtrage et l’instruction des dossiers
mobilisent lourdement les membres du CSM qui par
ailleurs analysent également les saisines de la Chancellerie. Depuis 1959, 187 magistrats ont été sanctionnés. 43 % ont été déplacés, 30 % révoqués, mis à
la retraite ou invités à cesser leur fonction et 16 % ont
essuyé un blâme avec inscription au dossier. « Le
rythme s’est accéléré dans les années 1990 », note ce
haut magistrat. Entre 2007 et 2017, 22 interdictions
temporaires d’exercer ont été prononcées pour des
magistrats du siège et 6 recommandées pour ceux du
parquet toujours sous l’autorité de la Chancellerie.
Constamment, le CSM marche sur une ligne fine arbitrant entre la nécessaire responsabilité du corps et
la défense de son indépendance. C’est sans nul doute
dans la résolution difficile de cette équation qu’il gagnera l’autonomie croissante qu’il revendique. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 13 septembre 2018
CHAMPS
IDÉES
LIBRES
Le genre, l’animal,
l’euthanasie.
Une plongée
au cœur nucléaire
du politiquement
correct, par JeanFrançois Braunstein.
Une déconstruction
savante et joyeuse
qui étrille
nos bien-pensants.
LA PHILOSOPHIE
DEVENUE FOLLE
Jean-François Braunstein,
Éditions Grasset,
388 pages, 20,90 €.
13
Les ravages des bons sentiments
CHRONIQUE
Éric Zemmour
ezemmour@lefigaro.fr
I
ls assènent. Ils invectivent. Ils menacent. Ils sont les rois des plateaux télé et les maîtres des cursus
universitaires. Armés de leurs
bons sentiments, ils clouent au pilori les rares qui osent les contredire avec les mots qui tuent : « réactionnaire », « essentialiste ». Ils n’ont que le
« droit »à la bouche : droit des femmes,
droit des homosexuels, droit des animaux, droit à la mort dans la dignité. Ils
font tinter avec emphase leurs grelots
universitaires ramenés d’Amérique : gender studies, animal studies, bioéthique. On
les écoute. On les subit. On leur obéit.
Mais personne ne les lit. C’est ce travail
méthodique de lecture qu’a mené JeanFrançois Braunstein. Notre auteur est
professeur de philosophie à la Sorbonne.
On imagine qu’il doit se sentir bien seul
parfois. Mais ce sentiment de solitude est
sans doute ce qui lui a donné le courage de
plonger dans cet océan de littérature obscure, charabia prétentieux pseudo-scientifique, jargon de précieuses ridicules, délire de prophète millénariste. Le peu qu’il
a ramené à la surface pour son ouvrage
nous épuise très vite. C’est sans doute là
son principal défaut. Mais le travail de déconstruction de ce politiquement correct
en folie était à ce prix.
Le point commun de tous ces « théoriciens » est justement qu’ils se confinent
dans la théorie. Le réel n’existe pas pour
eux, seuls les mots comptent. Les mots
dont ils se gargarisent sans jamais les
confronter à la réalité des hommes, des
femmes, ou des animaux. Ils sont des
quent la puberté et opérations chirurgicales. Ainsi se développe la possibilité
transsexuelle, se multiplient les transgenres, qui seraient demeurés en nombre
infinitésimal sans la conjonction agissante des théoriciens du genre, des lobbys
LGBT, d’Internet et des médecins. Comme le dit avec humour notre auteur, on
peut étendre cette logique à tous : « le
pauvre qui veut devenir riche est un
transéconomique et le vieux qui veut redevenir jeune est un transchronologique ». Mais la plaisanterie ne sera pas du
goût de nos censeurs qui hurleront à l’homophobie ou, pire encore, à la transphobie. Nos idéologues sont habités par l’esprit de sérieux. Et pour cause : leur
objectif est ambitieux ; il s’agit, ni plus ni
moins, de « dénaturaliser » la différence
des sexes. Pour la nier. L’effacer. Braunstein nous montre qu’il est impossible de
s’arrêter en chemin. Il
ne peut y avoir de
La théorie du genre se croit
théorie du genre
« modérée ». Il ne
une science, mais est en vérité
y avoir de cenune croyance. Une prophétie. La théorie peut
triste, de Bayrou du
du genre est une gnose, cette hérésie
genre. L’argument de
la « pente glissante »
chrétienne qui niait le corps
s’applique avec rigueur. Car la théorie du genre se croit une
émules qui le dépassèrent. Money s’acscience, mais est en vérité une croyance.
crochait encore à un substrat biologique
Une prophétie. La théorie du genre est
du corps. Judith Butler viendra ensuite
une gnose, cette hérésie chrétienne qui
pour asséner que le genre se suffit à luiniait le corps.
même. Qu’en appelant « fille » leur enC’est en cela qu’elle se rapproche des
fant, les parents en font une fille qui
deux autres sujets traités par notre auteur
aurait pu, sinon, devenir un garçon ! Ausavec non moins de verve et de finesse.
si délirantes que ces théories paraissent,
Les philosophes « animalitaires » ne veuelles font des émules et s’imposent dans
lent pas non plus connaître la réalité des
le débat public. Braunstein montre bien
corps. À leurs yeux énamourés, les anique cette folie collective est relayée par la
maux sont des hommes comme les
médecine qui donne une réalité patholoautres. Ce n’est plus la raison ni le langage
gique à des états d’âme de jeunes gens
qui définit l’humain, mais la « sensibilimal dans leur peau, en offrant des soluté », sa « capacité à souffrir ». On imagine
tions médicales, entre hormones qui bloidéologues, au pire sens du terme. Mais
quand ils touchent au réel, ils font des ravages. Jean-François Braunstein revient
sur la terrible histoire de David Reimer
– drame que Michel Onfray avait déjà exhumé il y a quelques années sous les insultes des bien-pensants : cet enfant, privé accidentellement de son pénis, qu’on
pousse, à coups d’hormones et d’opérations chirurgicales, avec la complicité des
parents, à devenir une fille. Adolescent,
David, devenu Joan, voudra redevenir
David. Et finira par se suicider.
Le grand maître de cette expérience
s’appelait John Money. Inconnu en France du grand public, il est considéré comme l’inventeur de la fameuse théorie du
genre. Avec ce David devenu Joan, notre
théoricien tenait la preuve que le genre,
acquis culturel, était beaucoup plus décisif que le sexe, acquis biologique. Il fit des
«
»
aisément la suite : il peut donc y avoir des
relations sexuelles entre « animaux humains » et « animaux non humains ». Et
pire encore : aux yeux de certains, un cochon vaut mieux qu’un enfant, une souris
mieux qu’un handicapé. Comment
concilier « l’aspiration à la plénitude » du
tigre et celle de la gazelle ? Comment ne
pas entendre « le cri de la carotte » coupée par la cuisinière ? On rit avec Braunstein avant d’être obligé de pleurer lorsqu’il aborde son troisième thème, ce que
les théoriciens de la bioéthique appellent
« la mort dans la dignité », comme s’il y
avait des morts dans l’indignité. Là aussi,
là surtout, l’argument de la « pente glissante » s’avère implacable. À sélectionner ceux qui méritent de vivre et ceux qui
sont « en mort cérébrale », on en vient
vite à une forme d’eugénisme, activée par
les besoins de transplantations d’organes.
On a compris où nous emmène notre
auteur : les bons sentiments conduisent
aux pires aberrations ; la volonté d’effacer toutes les frontières à la barbarie, à la
guerre de tous contre tous. S’il n’y a plus
de limites, nous ne sommes plus dans
l’humanité, nous sommes dans la nature.
Plus profondément encore, l’incroyable succès de ces thèses loufoques, leur
impact dans l’univers médiatique, politique et universitaire, alors qu’elles
auraient dû susciter au mieux un grand
éclat de rire, prouve s’il en était besoin
l’abêtissement de la pensée dans nos
contrées autrefois phare de l’univers.
Une preuve éclatante de la décadence
d’un Occident fatigué et suicidaire. Comme le note d’ailleurs avec pertinence notre auteur : « Ces débats sur l’identité
sexuelle retrouvent quasiment mot pour
mot les débats tout aussi irréels sur le sexe
des anges qui agitaient les érudits byzantins alors que l’islam se préparait à en finir avec cette civilisation millénaire. »
Ces altruistes qui veulent changer le monde
TÊTE À TÊTE
Charles Jaigu
cjaigu@lefigaro.fr
H
omme de haute taille,
mince, le visage strié
de rides et le regard infiniment blasé. Le philosophe australien estil le penseur dont la
gauche a besoin pour s’acheter une
conduite et surtout une boussole ? Si
c’est le cas, on risque d’assister à quelques moments de perplexité. Imaginet-on Mélenchon défendre autre chose
que les intérêts de classe de ses électeurs
et protéger leurs avantages chèrement
acquis au fil des luttes ? Dans cette bonne vieille perspective, l’argent des riches de France doit servir à renflouer les
pauvres de France.
Or Peter Singer a une autre idée. Par
exemple, ne vous laissez pas aller en envoyant un don à un institut de lutte
contre le cancer – auquel vous voudrez
logiquement donner car un de vos proches en a été victime – ou à Emmaüs, ou
à tout autre organisme qui se propose de
lutter contre la maladie ou la pauvreté
dans votre pays. « Les pauvres dans les
pays développés jouissent d’aides sociales
conséquentes et peuvent se débrouiller,
explique Singer. Il est peu probable que
1 000 dollars apportent à une famille
américaine pauvre, ou à une famille abo-
rigène en Australie, les mêmes avantages
qu’à une famille africaine pauvre. » Peter
Singer pousse à son maximum la logique
contenue dans l’injonction impossible
d’« aimer son prochain comme soi-même » : il propose d’aider « son lointain »
comme soi-même. Si on trouvait de
pauvres Martiens sur Mars, il nous demanderait de leur envoyer de l’argent.
Ce Don Quichotte à la triste figure veut
abolir l’extrême pauvreté dans le monde
- 1 milliard d’individus. Professeur à
Princeton, pionnier du véganisme et de
l’antispécisme dans les années 1970, traduit partout dans le monde, il promeut
depuis de longues années l’« altruisme
efficace ». Une efficacité comptable et
capitaliste, comme si le Mahatma
Gandhi et Friedrich Hayek avaient eu un
improbable enfant.
On comprend que son plaidoyer soit
moins audible en France que dans des
pays à la fiscalité plus légère. Si les impôts baissaient, ce qu’il souhaite, car il
ne croit pas en l’État pour assurer une
redistribution efficace, il nous encourage à donner plus encore aux pauvres de
l’autre bout du monde. Il nous explique
aussi comment les diriger vers des organisations caritatives sélectionnées en
fonction du calcul précis de l’impact de
chaque euro offert, en s’appuyant sur
des outils « objectifs », comme cet incroyable indicateur développé par l’Organisation mondiale de la santé, le Daly
(pour disability-adjusted life year, « espérance de vie corrigée de l’incapacité »). Par exemple, si 1 Daly est égal à
Il n’est pas dit
« qu’enrichir
les riches
sans appauvrir
les pauvres ait in fine
des conséquences
négatives
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
PETER SINGER
»
une année de vie en bonne santé, alors
une année de vie d’un aveugle (dans un
pays pauvre) « pèse » 0,8 Daly, tandis
que celle de quelqu’un souffrant de famine vaut 0,5 Daly. Le même don de
1 000 dollars soulagera moins de souffrances s’il cible les aveugles plutôt que
les affamés.
Cet « altruisme efficace » est un rationalisme illuminé. Il nous entraîne trop
loin de notre cher moi pour qu’on y retrouve ses petits. Nous serions prêts à le
suivre s’il s’agissait en réalité d’un
égoïsme intelligent. Celui-ci est en effet
capable d’intégrer les avantages de la
coopération et de l’entraide dans le calcul de ses intérêts, et même d’en éprouver une joie pure. Il faut bien sûr le distinguer de l’égoïsme bête et méchant
qui définit l’attitude du prédateur avide,
dominé par le seul calcul de ses intérêts
immédiats. Si c’est le cas, nous sommes
d’accord avec lui. Mais en réalité, Singer
rejette bien des fondamentaux de
l’égoïsme intelligent. Par exemple, il
juge que les patrimoines de la culture
sont peu de chose en comparaison des
vies qu’il faut sauver. Selon un dilemme
bien connu, et totalement abstrait,
qu’on devra toujours sauver une vie humaine plutôt que la cathédrale de Chartres. Ainsi, la rénovation du Museum of
Modern Art de New York qui a coûté
858 millions de dollars, est pour lui de
l’argent jeté par les fenêtres. Il pense
aussi que l’aide excessive de proximité
est une mauvaise idée.
En réalité, Singer s’inscrit dans le
sillage des promoteurs d’un changement anthropologique de l’humanité.
Son préfacier, le moine bouddhiste Matthieu Ricard, en est la variante française.
Citons aussi l’économiste Jeremy Rifkin,
qui a publié un livre appelant à une « civilisation de l’empathie ». Ils préfèrent la
persuasion douce plutôt que la prédication grandiose et brutale (Marx), mais ils
visent bien aussi une civilisation nouvelle où chacun vit « selon ses besoins, et
selon ses moyens », comme disaient les
socialistes du XIXe.
Contrairement à Rifkin ou Ricard, qui
croient en l’empathie, Singer la refuse. Il
pense donc qu’on agit toujours en cherchant ce qui est le plus utile, que le calcul
de l’utilité peut à lui seul nous amener à
changer notre nature égoïste en nature
altruiste. Il ne propose d’ailleurs pas la
fin du capitalisme. Bien au contraire. Il
reconnaît volontiers que ce mode de
production a été plus efficace que toutes
les alternatives connues pour tirer de la
grande pauvreté une grande partie de
l’humanité. « Il n’est pas dit qu’enrichir
les riches sans appauvrir les pauvres ait in
fine des conséquences négatives », écritil en avançant l’exemple de Bill Gates et
Warren Buffett auxquels il décerne le label de « plus grands altruistes efficaces de
l’histoire de l’humanité » – Gates a préfacé l’un de ses livres. Il faut donc « gagner
plus pour donner plus », résume-t-il.
En fait, il nous semble que Singer joue
sur les mots. Quand il encourage Gates
et Buffett, il ne fait que louer une forme
classique d’égoïsme intelligent qu’il
baptise « altruisme efficace », ce qui est
plus flatteur. En réalité, son altruisme se
veut efficace, mais il est surtout dogmatique. « J’ai constaté que souvent les altruistes efficaces avaient l’esprit mathématique », reconnaît-il. Ces géomètres
du don, qui sacrifient, comme le fait
Singer, jusqu’à 35 % de leurs revenus,
sont en tout cas peu nombreux. « Peutêtre un peu plus de 100 000 », nous dit-il.
L’exemple le plus extrême est celui du
New-Yorkais Zell Kravinsky, un matheux lui aussi, qui a donné l’un de ses
reins et presque toute sa fortune immobilière, soit 45 millions de dollars, à une
association caritative. Singer se veut
rassurant. « La plupart donnent en
moyenne un dixième de leurs revenus. »
Ils se rapprochent donc de l’égoïsme intelligent, qui suppose aussi, selon la logique de l’intérêt bien compris, d’aider
autrui, ou surtout de ne pas lui nuire.
L’égoïsme a été le moteur, certes insatisfaisant, mais très efficace, du progrès humain. Au nom de l’égoïsme intelligent, il y a déjà bien des actions
altruistes à conduire. Aider l’Afrique est
plus urgent qu’aider l’Asie, lutter contre
les périls climatiques, contribuer aux
progrès exponentiels de la médecine.
Quitte à ne pas se payer de mots, votons
pour l’égoïsme intelligent.
L’ALTRUISME
EFFICACE
Peter Singer,
Éditions
Les Arènes,
267 pages,
19,90 euros.
A
Peter Singer
est un penseur
de la gauche radicale
qui fait l’éloge
du capitalisme, afin
de mieux dépouiller
les riches. Shocking !
Son « altruisme
efficace » vaut-il
mieux qu’un bon vieil
égoïsme intelligent ?
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Oui, les Gaulois sont réfractaires
au changement… et ils ont raison !
n visite au Danemark,
le président Macron
s’est gaussé
des « Gaulois réfractaires
au changement ». L’idée
n’est pas nouvelle. On
répète depuis des décennies que la
France serait un pays irréformable.
L’argumentation courante peut être
ainsi résumée : les réformes à
accomplir pour redresser le pays sont
connues. Malheureusement, le peuple
résiste par attachement aux privilèges
et en raison d’un corporatisme désuet.
Après avoir tant tergiversé, il nous
faut enfin un gouvernement assez
courageux pour passer en force.
Mais à quelles réformes les Français
résistent-ils ? À peu près aux mêmes
depuis vingt, trente voire cinquante
ans, décidées par une bureaucratie
française ou européenne qui ne doute
pas de sa légitimité : pour elle,
les résistances, quelles qu’elles soient,
sont à rejeter dans les ténèbres
de l’irrationnel et des égoïsmes
catégoriels. Or, les réformes ainsi
promues sont en fait le ressassement,
dans chaque domaine, de deux
ou trois idées simplistes.
Et si ces idées qui inspirent l’action
publique n’étaient pas si bonnes que
le croient leurs promoteurs ? Et s’il y
avait dans les résistances plus de raison
qu’on ne pense ?
Prenons
l’exemple
de l’organisation
Ce qu’on appelle « réformes » constitue souvent
territoriale. Les
des effets de mode irréfléchis. Leur point commun 36 000 communes
sont une tare
est de bouleverser sans aucun profit ce qui avait
française, entendrendu de grands services, plaide l’essayiste*,
on de tous côtés. Il
crânement conservateur.
faut les regrouper,
E
ROLAND HUREAUX
un coût moyen de gestion inférieur
à celui des mutuelles.
En matière de services publics,
l’ouverture généralisée à la
concurrence a été imposée par de
nombreuses directives européennes.
Des économistes très qualifiés, par
exemple Élie Cohen, ont pourtant
montré qu’il existe, dans certains cas,
là où ont été construits des réseaux
matériels (électricité, chemin de fer), ce
qu’on appelle des monopoles naturels,
rendant préférable une organisation
intégrée appelant un contrôle public.
Pour tout arranger, ces réformes
qu’on vante tant,
quand elles
Ces changements qu’on vante tant,
aboutissent,
mettent presque
quand ils aboutissent, mettent
toujours le plus
presque toujours le plus grand désordre
grand désordre
dans des
dans des organisations
organisations qui
qui fonctionnaient bien jusqu’alors
fonctionnaient
bien jusqu’alors.
Considérons ce qu’est devenu
et l’administration ignorent cette loi
le renseignement téléphonique.
fondamentale de toute fusion des
La gendarmerie, l’administration
structures dans la sphère publique :
centrale et les services déconcentrés
2 + 2 = 5. Ces fusions dont on attend
du ministère des Finances
des économies se traduisent toujours
sont gravement désorganisés. C’est
par des surcoûts.
ce qui guette aussi le chemin de fer.
N’en doutons pas, la fusion des
Tout se passe comme si nos
régimes de retraite risque d’avoir
dirigeants tenaient le raisonnement
le même effet. Par ailleurs, s’agissant
suivant : les institutions européennes
de la santé, l’idée de transférer une
nous demandent des réformes, faisonspartie du risque maladie à l’assurance
en, bonnes ou mauvaises, qu’importe.
privée est dans l’air depuis quarante
À l’inverse, les vrais problèmes :
ans. François Fillon l’avait, fort
immigration, délinquance, croissance
imprudemment, intégrée à son
des dépenses publiques ne sont
programme, ce qui n’a pas fait peu
abordées que de manière cosmétique.
pour le disqualifier - car la droite n’est
Tout cela, les Français le sentent
naturellement pas exempte de ces idées
confusément. Les « Gaulois »
fixes. Or, en France, le régime général
freinent des quatre fers et résistent
d’assurance-maladie peut avoir
promouvoir des intercommunalités
de plus en plus larges et si possible
leur fusion en « communes nouvelles ».
Or, à partir de 1992 et surtout
depuis le début des années 2000,
l’intercommunalité, supposée
engendrer des économies, s’est
traduite par le recrutement de plus
de 300 000 agents publics tandis
que les effectifs des communes, loin de
décroître, ont continué d’augmenter.
La fusion des régions décidée par
François Hollande a elle aussi engendré
des dépenses nouvelles, à une échelle
beaucoup plus modeste. Les politiques
«
»
à des changements dont ils devinent
au fond d’eux-mêmes qu’ils ne servent
à rien. Contrairement à ce que croit
Emmanuel Macron, une réforme
vraiment utile et bien expliquée
emporterait leur adhésion.
Mais en a-t-il dans les cartons ?
En définitive, l’urgence n’est pas de
réformer la France mais de réformer la
rigidité intellectuelle des réformateurs.
Inaptes à appréhender la complexité,
nos décideurs combinent l’arrogance
avec le conformisme. Louis Althusser
avait montré comment toute
organisation sécrétait son idéologie,
pour ne plus en démordre.
Le vrai mal français est là.
Il fut un temps où, aux idées trop
simples, des hommes politiques
chevronnés, à la fois parlementaires
et maires, combinant l’expérience
du terrain et la connaissance
des problèmes, savaient résister.
En existe-t-il encore ? En tout cas, tout
est fait aujourd’hui pour les affaiblir.
La réduction du nombre des députés
voulue par le président est un signal
clair envoyé au pays : ils ne servent à
rien, l’administration s’en tirerait aussi
bien si elle gouvernait directement !
Emmanuel Macron a été présenté,
au moment de son élection, comme
le président de « la dernière chance
de réformer le France ». Et s’il était
plutôt la dernière chance d’une
technocratie de lui imposer ses lubies ?
Pour notre plus grand malheur.
* Ancien élève de l’École normale
supérieure et de l’École nationale
d’administration, Roland Hureaux
a été le collaborateur de Philippe
Séguin. Il est notamment l’auteur
de Les Nouveaux Féodaux, l’erreur de
la décentralisation (Gallimard, 2004).
Derrière le prélèvement à la source, la fusion
de l’impôt sur le revenu et de la CSG ?
l était clair, avant même son
élection, qu’Emmanuel Macron
n’était pas un libéral mais
un pragmatique avec cependant
un instinct de gauche. Il n’y a en
effet pas de miracles : on ne peut
pas avoir été ministre des Finances
d’un président représentatif du
socialisme le plus extrême et le plus
destructeur sans en être proche.
On l’a fait passer pour un socialiste
libéral – contradiction absolue dans
les termes – tout simplement parce
qu’il a ouvert le transport par autobus
à la concurrence. Mais il est tout à fait
surprenant qu’on continue souvent
à le présenter comme un libéral.
Or, on peut considérer que la politique
fiscale constitue l’un des critères
les plus évidents pour déterminer
le caractère plus ou moins libéral d’un
personnage politique. Or, les décisions
d’Emmanuel Macron dans le domaine
fiscal, entre autres, sont une illustration
indiscutable de la réalité de son
orientation idéologique. Alors que les
Français auraient besoin – depuis bien
longtemps, hélas – d’une importante
et radicale réforme fiscale, Emmanuel
Macron n’a rien trouvé de mieux
que de reprendre un projet de François
Hollande, le prélèvement à la source
de l’impôt sur le revenu.
Certes, Emmanuel Macron avait
récemment commencé à douter de la
nécessité de cette
réforme – plus par
pragmatisme que
par conviction En reprenant la réforme initiée par François Hollan- devant l’hostilité
justifiée d’un très
de, Emmanuel Macron révèle une orientation idéo- grand nombre des
logique qui n’est pas libérale, estime l’économiste*. électeurs et peut-
DESSINS FABIEN CLAIREFOND
I
A
PASCAL SALIN
être aussi d’ailleurs les inquiétudes
de l’administration fiscale devant la
nécessité de trouver des techniques
fiscales complexes et de les mettre
en œuvre. Le prélèvement à la source
est particulièrement complexe du fait
de la progressivité et de la multiplicité
potentielle des sources de revenus. Le
taux de l’impôt progressif dépend de
l’ensemble des revenus d’une famille,
mais le prélèvement à la source
n’est envisagé, pour le moment tout au
moins, que pour les revenus accordés
par des employeurs. Mais si l’on voulait
vraiment généraliser cette méthode de
prélèvement, il faudrait par exemple
prélever auprès d’un locataire l’impôt
dû par un propriétaire d’appartement
sur le loyer qu’il paie ou auprès
d’un patient l’impôt dû par un médecin
sur le prix d’une consultation…
On prétend qu’il est logique de faire
payer l’impôt non pas sur les revenus
de l’année précédente mais sur
les revenus de l’année courante.
Mais il n’en reste pas moins que
le taux de l’impôt est calculé
d’après les revenus de l’année
précédente parce qu’il est impossible
de faire autrement, de telle sorte
que cette prétendue logique
est purement illusoire.
On peut d’ailleurs se demander
pourquoi François Hollande
(et donc peut-être également
Emmanuel Macron) s’était focalisé
sur cette réforme. Celle-ci ne présente
aucun avantage pour les contribuables.
En effet, s’ils souhaitent étaler dans
l’année les prélèvements fiscaux
qu’ils subissent, ils peuvent toujours,
dans le système actuel, faire le choix
de la mensualisation. Si l’on fait
Élargir le champ de la progressivité
aurait donc des conséquences
très néfastes.
Or, on peut même imaginer
qu’en fusionnant ainsi la CSG et l’impôt
sur le revenu on mettrait en œuvre
un processus qui pourrait conduire
un éventuel gouvernement de gauche
à décider que les cotisations sociales
– ou certaines d’entre elles – doivent
être supprimées et remplacées par une
augmentation des impôts progressifs
prélevés à la source, ce qui serait une
grande catastrophe pour la France !
Il y aurait en réalité une réforme
fondamentale
à faire : supprimer
Une telle fusion sera techniquement le prélèvement
à la source pour
possible, demain, en cas
toutes les cotisations
de « coup de barre à gauche »
sociales et la CSG et,
bien sûr, supprimer
la distinction purement illusoire
tous prélevés à la source, on pourrait
et absurde entre cotisations des
dans le futur fusionner, par exemple,
employeurs et cotisations des salariés.
la CSG et l’impôt sur le revenu et donc
Les salariés recevraient l’équivalent
faire de la CSG un impôt progressif,
de ce qu’on appelle le salaire brut
comme la gauche de la gauche et
et ils seraient responsables du paiement
certains socialistes le souhaiteraient
des impôts et cotisations sociales.
tellement. Certes, telle n’est pas
Alors que le prélèvement à la source
l’intention, aujourd’hui, d’Emmanuel
donne l’illusion que les prélèvements
Macron. Mais une telle fusion sera
fiscaux et sociaux sont supportés par les
techniquement possible, demain,
entreprises, on permettrait aux salariés
en cas de « coup de barre à gauche ».
français de prendre conscience de ce
Or, une telle réforme serait
que leur coûtent véritablement l’État
absolument désastreuse. En effet,
français et le système social français.
la progressivité de l’impôt sur le revenu
* Professeur honoraire de l’université
a déjà pour conséquence de punir
Paris-Dauphine, président de l’Aleps
et de décourager ceux qui sont les plus
(Association pour la liberté économique
productifs, les plus innovateurs,
et le progrès social), ancien président
les plus courageux et, en les incitant
de la Société du Mont Pèlerin,
à réduire leurs activités ou même
auteur de La Tyrannie fiscale
à s’exiler, elle est extrêmement nuisible
(Éditions Odile Jacob).
pour toute la population française.
l’hypothèse – légitime – que l’ensemble
des revenus des Français augmente
d’année en année, le passage au
prélèvement à la source représente
pour eux une légère augmentation
de l’impôt qu’ils doivent payer.
Mais, précisément, l’État y voit peutêtre un avantage qui expliquerait
son intérêt pour cette formule.
Mais on peut aussi imaginer que les
gouvernants considèrent cette réforme
comme une étape dans un processus
de plus grande ampleur : en profitant
du fait que les cotisations sociales,
la CSG et l’impôt sur le revenu seront
«
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 13 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Luc Ferry
luc.ferry@yahoo.fr
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Macron plus impopulaire que Hollande
elon un récent sondage
de l’Ifop, Emmanuel Macron
serait bel et bien devenu
en un an plus impopulaire
que François Hollande
au même stade. Cela ne
surprendra que les naïfs. Quels que
soient les talents de notre président,
cette impopularité était en réalité
programmée dès l’origine et ce pour
trois raisons de fond qui ne relèvent pas
des seules erreurs de communication.
Comme je n’ai cessé de l’écrire ici
même, le centrisme au pouvoir
est structurellement minoritaire.
La France est aujourd’hui divisée
en cinq grands courants politiques :
l’extrême droite, l’extrême gauche,
le Parti socialiste (ou ce qu’il en
S
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
reste…), la droite républicaine et,
enfin, le centrisme new look incarné
par Macron, un centrisme qui se veut
« ni droite ni gauche » au lieu d’être
« droite ET gauche », ce qui lui a valu
le soutien ardent de Bayrou. Il est
donc évident que Macron et son
gouvernement ne représentent
nullement la majorité des électeurs
mais – et encore, dans le meilleur
des cas – seulement un petit quart, ce
qui au moindre coup de Trafalgar
(affaire Benalla, départs de Hulot
et Fessel, baisse de la croissance,
stagnation du chômage, hésitations
incompréhensibles sur l’impôt
à la source…) devient au plus haut
point problématique. Que n’ai-je
entendu, y compris de la part de mes
ENTRE GUILLEMETS
13 septembre 1592 : mort de Michel de Montaigne, philosophe et gentilhomme gascon.
Les Essais (1580)
FINEARTIMAGES/LEEMAGE
C’est un sujet
merveilleusement vain,
divers, et ondoyant,
que l’homme»
amis les plus proches, ceux qui avaient
abandonné Fillon pour Macron, lorsque
j’ai proposé d’emblée cette analyse !
On m’a immédiatement opposé
que Macron avait été élu par la majorité
des Français, ce qui est une blague,
la plupart de ses électeurs ayant voté
pour lui dans le seul but d’éviter
les extrêmes. Il était clair, en effet,
que la droite et la gauche républicaines
avaient perdu toute chance de
l’emporter, la droite à cause de la
campagne de haine menée contre
un François Fillon dont je note au
passage qu’il n’est toujours ni jugé
ni condamné, la gauche parce qu’elle
avait choisi Benoît Hamon comme
champion, ce qui ne pouvait que lui
assurer un cuisant échec.
On m’a encore objecté qu’il fallait
« donner sa chance » au nouveau
président, comme si la politique était
un jeu de hasard et l’Élysée, un centre
d’apprentissage. Depuis son élection,
Macron n’a eu qu’une obsession, non
pas redresser le pays par un programme
ambitieux de réduction de la dette,
mais casser les LR en proposant
a minima des réformes bien calibrées
pour plaire à la droite libérale. C’était
pour lui le seul moyen d’élargir sa
pseudo-majorité. De là l’acharnement
contre les cheminots, comme si la
réforme de leur statut allait réduire la
dette de la SNCF ! De là aussi la réforme
du Code du travail, ce symbole entre
tous du clivage droite-gauche dont la
prise en charge ne pouvait que séduire
les libéraux. Pendant ce temps, la dette
continua de s’accroître (100 % du PIB
contre 60 % en Allemagne), les impôts
aussi, tandis que la croissance se mettait
en berne et le chômage restait aussi
élevé qu’auparavant. La suppression de
la taxe d’habitation, le rachat de la dette
de la SNCF, les JO à Paris : autant
de mauvais choix qui plombent
définitivement toute possibilité
d’apurer les comptes publics et, par là
même, d’avoir la moindre influence
sur l’Europe faute d’obtenir le respect
de l’Allemagne.
Mais il y a plus. Ce qui explique
l’impopularité de Macron n’est pas
seulement lié à la structure par essence
minoritaire de son mouvement,
pas même aux faiblesses évidentes
de la politique menée depuis un an
(pour ne rien dire des déconvenues
diplomatiques tant avec Trump
qu’avec Mme Merkel), mais au fait que
le libéralisme qu’il incarne comme
aucun président jusqu’à présent s’est
montré incapable de donner du sens
aux réformes mises en œuvre. Voyez
l’exemple de la retenue à la source. Qui
a pris la peine d’expliquer sérieusement
les bénéfices réels de cette mesure par
rapport à une simple mensualisation ?
S’agissait-il de réduire le nombre
de fonctionnaires, de simplifier, de faire
comme les autres ? À vrai dire, nul
ne sait au juste quelle vision globale
du monde vient encadrer par un grand
dessein la myriade de réformettes
engagées depuis un an. Le libéralisme
de Macron n’est que technicien, il veut
certes adapter, moderniser, mais il est
incapable d’indiquer les finalités
de la modernisation. Il existe deux
formes d’impopularité, la bonne et la
mauvaise. La première est liée à la mise
en place de réformes courageuses
et utiles, la seconde vient quand
l’arrogance monarchique à laquelle
invite la Constitution française ne
s’accompagne d’aucun résultat
tangible. Rien n’indique pour
le moment que l’impopularité actuelle
relève de la première catégorie.
ANALYSE
Jean-Marc Leclerc
jmleclerc@lefigaro.fr
Mayotte : les Sages acceptent
une brèche dans le droit du sol
n validant la loi Collomb
sur l’immigration, le Conseil
constitutionnel vient
d’enfoncer un coin
dans le droit du sol.
Cette règle (jus soli),
héritage de la Révolution, permet
à toute personne née sur le territoire
national d’acquérir automatiquement
la nationalité française. Elle se distingue
du droit du sang (jus sanguinis) par lequel
les enfants héritent à leur naissance
de la nationalité de leurs parents.
Les Sages viennent donc de valider
une entorse à un principe quasi sacralisé.
Mais uniquement sur le territoire
de Mayotte, cette terre lointaine
de l’océan Indien, coincée entre
le Mozambique et Madagascar. Elle est
devenue département français le 31 mars
2011. Et déjà, Mayotte crée un précédent.
Partout ailleurs en France, le Code
civil dispose que tout enfant né
de parents étrangers peut acquérir
la nationalité française, soit de plein droit
à partir de ses 18 ans, soit sur sa demande
à partir de 13 ans ou 16 ans, à condition
d’avoir sa résidence en France et d’y
avoir eu sa résidence habituelle pendant
une période d’au moins cinq ans.
Mais à Mayotte, désormais,
ces dispositions ne seront applicables
à un enfant né dans l’archipel qu’à
une stricte condition : il faudra qu’à
la date de sa naissance l’un de ses parents
au moins réside sur le territoire français
« de manière régulière », muni d’un titre
de séjour, et« de manière ininterrompue
depuis plus de trois mois ».
Derrière cette parade juridique se
cache une réalité dérangeante : Mayotte
est non seulement l’un des principaux
points d’entrée de l’immigration
E
Dassault Médias
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de la rédaction du Figaro.fr),
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Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
dans cette terre d’outre-mer sont
donc pleinement justifiées, à ses yeux.
Que n’avait-on pourtant entendu
jusqu’alors ! Pour les Insoumis,
déroger au droit du sol revenait
à « aller à l’encontre de l’histoire ».
Ce serait, pour les communistes,
« casser encore un peu plus l’unicité
de la République », et pour les socialistes,
ouvrir « une boîte de Pandore ».
Les Sages n’ont pas fléchi.
Cette réforme est née d’un amendement
de la droite inséré dans la loi Collomb.
Mais rien n’aurait pu se faire sans
l’aval de l’Élysée. « Il s’agit de préserver
le droit du sol, qui est l’un de nos principes
fondamentaux, en adaptant ses conditions
d’exercice à la réalité de ce territoire »,
avait déclaré Emmanuel Macron
le 28 juin, en donnant
À Mayotte, 74 % des enfants
son feu vert
à l’opération.
naissent de mère étrangère, après
A-t-il mis le doigt
une traversée souvent périlleuse
dans un engrenage ?
La Guyane, autre porte
depuis les Comores voisines
béante de
l’immigration illégale, n’est-elle pas
La chimère d’un droit du sol
légitime à réclamer le même statut ?
pour tous et toutes pousse même
Chez Les Républicains, les députés
nombre de parents clandestins
Ciotti et Larrivé préconisent
finalement expulsés à laisser leurs
de « généraliser ces règles de bon sens
enfants sur place. Au point que ce
à l’ensemble du territoire national »,
territoire 23 fois plus petit que la Corse
de refuser la nationalité française
doit prendre en charge aujourd’hui
à un mineur étranger condamné
3 000 mineurs étrangers isolés. Autant
pour violences ou à une femme
de spécificités qui lestent une économie
qui violerait délibérément les règles
incapable de faire face et qui freine
applicables au port de la burqa,
tout projet de développement.
par exemple.
Pour le Conseil constitutionnel,
La brèche mahoraise fait frémir
c’est une évidence : ces « circonstances »
à gauche et rêver à droite. Pour
constituent, au sens de l’article 73
le juge suprême, en tout cas,
de la Constitution, des « caractéristiques
Mayotte demeure l’exception
et contraintes particulières ».
qui confirme la règle.
Les adaptations du Code civil
irrégulière en France, mais elle offrait
jusqu’alors aux clandestins pouvant
faire naître leurs enfants sur place
l’un des meilleurs moyens
de régulariser leur situation.
Et dans quelle proportion !
Dans l’archipel, 74 % des enfants
naissent de mère étrangère, après
une traversée maritime souvent
périlleuse depuis les Comores voisines.
La maternité de Mayotte est
devenue la première de France,
avec 10 000 naissances par an.
« À ce rythme, il faudrait construire
une classe par jour alors que déjà
les élèves ne peuvent aller à l’école
qu’en rotation le matin ou l’après-midi »,
rappelle la députée mahoraise
Ramlati Ali.
«
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
VOX
...
CINÉMA
Comment Hollywood
a succombé au chantage
de la gauche identitaire :
entretien avec Alexis Carré,
doctorant en philosophie
politique à l’École normale
supérieure.
...
ÉTATS-UNIS
Et si Donald Trump
gagnait les élections
de mi-mandat ? Entretien
avec Lauric Henneton,
universitaire.
»
Directeur artistique
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(Édition Web)
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1er cahier 16 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 8 pages
A
CHRONIQUE
15
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jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 043 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
CADRES
APPLE
LES SALAIRES ONT
AUGMENTÉ DE 1,8 %
EN 2017 PAGE 19
Tim Cook,
PDG d’Apple
L’IPHONE XS MAX, LE PLUS
GRAND SMARTPHONE
DU MARCHÉ PAGE 23
Victoire de la presse
européenne face aux Gafa
Le Parlement européen a adopté à une large majorité la création d’un droit voisin
rémunérant les contenus de presse diffusés par Google, Facebook et Twitter.
Le bras de fer a duré plusieurs mois.
Mais mercredi, les députés européens ont voté la nouvelle mouture
de la directive sur les droits
d’auteur. Ce texte doit mieux encadrer les relations entre les créateurs
et les plateformes Internet. Il renforce la position des premiers dans
la défense du droit d’auteur. Et surtout, il crée un droit voisin en faveur de la presse.
Après une intense campagne de
lobbying, les détracteurs de ce texte
avaient réussi à bloquer l’adoption
de la directive le 5 juillet dernier.
Mais après une forte mobilisation
des artistes, des éditeurs de presse
et des journalistes européens, le
rapport de force s’est inversé.
Il faut encore transposer ce texte
dans les différents pays pour qu’il
puisse entrer en vigueur et que les
Gafa rémunèrent les articles de
presse qu’ils diffusent.
Le train sans
conducteur
sur les rails
Trains de fer, TER,
TGV… En 2025,
la SNCF fera circuler
des trains sans
conducteur. Cette
automatisation,
menée avec
des industriels
comme Bosch
ou Alstom, sera
progressive. L’objectif
est d’améliorer
les performances de
l’entreprise publique.
Vue d’artiste
du RER NG, le train
du futur de la région
Île-de-France.
le PLUS du
FIGARO ÉCO
ÉNERGIE
Le casse-tête de
l’arrêt des centrales
à charbon
PAGE 21
LA SÉANCE
DU MERCREDI 12 SEPTEMBRE 2018
CAC 40
5332,13
+0,92%
DOW JONES (18h)
26018,28 +0,18%
ONCE D’OR
1195,60 (1189,85)
PÉTROLE (lond)
79,690 (78,720)
EUROSTOXX 50
3328,16 +0,50%
FOOTSIE
7313,36 +0,55%
NASDAQ (18h)
7445,32 -0,83%
NIKKEI
22604,61 -0,27%
Le gouvernement envisage d’inciter
fiscalement les PME à se moderniser,
a-t-on appris de sources concordantes. Le dispositif serait inclus dans le
projet de loi de finances 2019 et prendrait la forme d’un « suramortissement numérique » réservé aux PME
investissant dans le numérique et les
robots. Toutefois, cette mesure n’est
pas encore arbitrée, précise-t-on à
Bercy. Par conséquent, ses contours
précis ne sont pas encore arrêtés. Ce
type de mesure permet aux entreprises, en plus d’amortir 100 % du montant de leurs investissements en
plusieurs années, de déduire de leur
bénéfice davantage que la valeur de
leur amortissement. L’idée a été portée par le ministre de l’Économie,
Bruno Le Maire, qui l’a proposée à
Édouard Philippe. Il s’agirait de donner
un coup de pouce aux petites et
moyennes entreprises qui restent
insuffisamment numérisées et robotisées, et qui manquent de moyens
pour rattraper leur retard en la
matière.
« L’industrie française a besoin de
monter en gamme et de tirer parti
des nouvelles technologies, insiste
Bruno Grandjean, président de l’Alliance pour l’industrie du futur (AIF) et
de la Fédération des industries mécaniques (FIM). Or, pour rattraper notre
retard, il faut un accompagnement
fiscal. » La FIM milite pour un taux de
suramortissement de 50 % et pour
étendre le dispositif à toutes les entreprises industrielles, petites et
grandes. Sa proposition coûterait
environ 500 millions d’euros par an,
durant cinq ans - soit la durée d’un
amortissement.
Un dispositif similaire a été mis en place par la loi Macron en 2015, en faveur
des investissements industriels, et
s’est éteint au printemps 2017. Il
permettait de déduire de son résultat
imposable 40 % des investissements
éligibles. Ainsi, selon un exemple
calculé par Bercy, pour un investissement de 100 000 euros, l’économie
d’impôt, qui s’ajoutait à l’amortissement classique, était d’environ
13 000 euros (pour un taux d’impôt
sur les sociétés de 33,33 %).
G. G.
PAGE 18
COMMUNIQUÉ FINANCIER | 12 septembre 2018
L'HISTOIRE
Daniel AUGEREAU
Le bon élève Bercy veut supprimer
2 000 postes l’année prochaine
ontrer l’exemple. Cette fois
encore, le ministère des
Comptes publics sera celui qui
supprimera le plus de postes
de fonctionnaires l’année
prochaine. « Nous avons un objectif autour
de 2 000 (suppressions de postes) pour le
ministère de l’Action et des Comptes publics
dans le cadre de la mise en œuvre du
prélèvement à la source et d’un certain
nombre d’outils, dont la numérisation », a
déclaré mercredi Olivier Dussopt, le secrétaire
d’État chargé de la Fonction publique, sur BFM
Business. Le premier ministre avait déjà
indiqué qu’au total les effectifs de l’État
et des structures parapubliques baisseraient
de 4 500 postes
l’année prochaine,
et de plus de
10 000 en 2020.
Le gouvernement
vise toujours
l’objectif d’une
réduction de
120 000 postes
dans l’ensemble
des trois versants
de la fonction
M
publique (État, hôpitaux et collectivités
locales) au cours du quinquennat,
a rappelé le secrétaire d’État et ancien
socialiste. Cela suppose des suppressions
de poste encore plus nombreuses en 2021
et 2022… Pour ce faire, le gouvernement
entend « mener des réformes structurelles
qui génèrent des économies », a insisté
Olivier Dussopt. Le gouvernement compte
notamment sur celle de la fonction publique,
qui fait l’objet de concertations actuellement.
Elle doit permettre d’accroître le recours
aux contractuels, d’augmenter la part
au mérite dans la rémunération, tout
en encourageant la mobilité à l’intérieur de la
fonction publique et vers le privé. De quoi
introduire de
la souplesse dans
la gestion. Olivier
Dussopt a assuré
qu’il n’abordait pas
les politiques
publiques
« uniquement »
par un « prisme
comptable
et budgétaire ». ■
GUILLAUME GUICHARD
WWW.SYNERGIE.COM
Président du Directoire
CROISSANCE DU CHIFFRE
D’AFFAIRES ET DU RÉSULTAT
NET DE SYNERGIE AU
PREMIER SEMESTRE
1er
Groupe français
indépendant de
services RH
5e
Réseau
européen
16
Pays dans
le monde
Disposant d’un réseau de 710 agences et d’une forte
présence internationale dans 16 pays en Europe,
au Canada et en Australie, le Groupe a réalisé un
chiffre d’affaires consolidé de 1.238,8 M€, en hausse
de 12,7 % par rapport à 2017 (9,1 % à devise et
périmètre constant).
Avec 649,8 M€, le développement à l’International
se poursuit à un rythme très élevé (+19,9 % sur le
semestre) ; 52,5 % du chiffre d’affaires consolidé est
désormais réalisé hors de l’hexagone.
710
SYNERGIE afiche un résultat opérationnel courant
consolidé de 57,7 M€.
3 700
La structure inancière s’est ainsi renforcée, avec
des capitaux propres de 450,9 M€ au 30 juin 2018
et une trésorerie nette (y compris créances CICE
mobilisables) de 83,5 M€, offrant au Groupe
les moyens nécessaires à la poursuite de son
développement et à la réalisation de nouvelles
acquisitions, en particulier à l’International.
Agences
Collaborateurs
permanents
PROCHAIN
RENDEZ-VOUS
Publication du
chiffre d’affaires
du 3e trimestre
2018 le mercredi
24 octobre 2018
après Bourse
Fort de ces performances, le Groupe SYNERGIE
entend poursuivre sa croissance sur le second
semestre avec pour objectif un chiffre d’affaires
de près de 2,6 milliards d’euros en 2018 et une
amélioration de sa rentabilité nette.
CAPITAL SOCIAL : 121 810 000 € - EURONEXT PARIS COMPARTIMENT A
ISIN FR0000032658 - MNÉMO : SDG - REUTERS : SDGI.PA - BLOOMBERG : SDG:FP
CONTACT : SYNERGIE Direction Financière - Yvon Drouet
Tél. +33(0)1 44 14 90 20 - yvon.drouet@synergie.fr
A
SNCF, DAVID PAUL MORRIS/BLOOMBERG, KONSTANTIN YUGANOV/STOCK.ADOBE.COM, VINCENT ISORE/IP3
è LES PROCHAINES ÉTAPES AVANT L’ADOPTION DÉFINITIVE DE LA DIRECTIVE PAGE 24
FISCALITÉ :
L’EXÉCUTIF
RÉFLÉCHIT À
AIDER LES PME
À SE NUMÉRISER
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO
18
L'ÉVÉNEMENT
PLUSIEURS
NIVEAUX
D’AUTONOMIE
La SNCF lance le chantier
des trains autonomes
Des prototypes pour le fret et les TER seraient prêts d’ici à 2023 et déployés dès 2025.
ANNE BODESCOT
abodescot@lefigaro.fr
TRANSPORTS « Le train autonome,
c’est parti ! », lançait Guillaume
Pepy, président du directoire de la
SNCF, mercredi matin. L’entreprise
venait d’annoncer la création de
deux consortiums chargés de développer d’ici cinq ans deux prototypes de trains automatiques, l’un
pour le fret, l’autre pour le transport de passagers. Alstom, Altran
Ansaldo, Bombardier, Apsys, Thales, Bosch ou Spirops réuniront
leurs recherches et leurs compétences pour offrir à la SNCF sa nouvelle
révolution industrielle, celle du
train sans conducteur, après celle,
dans les années 1980, du TGV.
Nombre des entreprises réunies
par la SNCF planchent déjà sur les
véhicules autonomes - voitures ou
métros notamment. Ces derniers
sont d’ailleurs moins complexes à
automatiser que le train car ils circulent en circuit fermé. Déjà très
impliqué dans les radars et les capteurs destinés aux voitures du futur, Bosch se chargera par exemple
de les déployer au service des
trains autonomes. Ceux-ci s’appuieront sur le numérique et les satellites pour se piloter et sur l’intelligence artificielle pour apprendre
à gérer leur environnement. Ce
projet est doté d’un budget de
57 millions d’euros, dont 30 % financés par la SNCF, 40 % par ses
partenaires, et 30 % par l’État, par
l’intermédiaire de l’Institut de recherche technologique Railenium,
lui aussi partenaire.
Le calendrier est « ambitieux », assure Carole Desnot, directrice de la
recherche de l’entreprise publique.
Pour le Transilien ou encore le RER E
Eole, un pas sera vite franchi. L’industrialisation commencera l’an
prochain et le déploiement, dès
2023. Mais il s’agira d’une automatisation partielle, dite de niveau 2 (lire
ci-contre). Le train contrôlera tout
seul sa vitesse, ses freinages et ses accélérations, notamment à l’arrivée et
au départ en gare. Mais un conducteur sera toujours présent à bord
pour le reste. Pour arriver au même
niveau de pilotage automatique sur
les TGV, la SNCF se donne plus de
temps. Elle table sur un prototype en
2023, et sur un déploiement à partir
de 2025. Avec cette
ambition
modeste, encore éloignée du train
sans chauffeur - mais qui implique
déjà de mettre en place sur les lignes
une nouvelle signalisation -, elle attend une nette amélioration des performances. Sur la ligne Paris-Lyon,
elle pourrait ainsi faire circuler
16 TGV par heure, au lieu de 13.
Bientôt des TER
« tout automatiques »
q Début 2017, la RATP
a expérimenté les
navettes autonomes
d’EasyMile sur le pont
Charles-de-Gaulle,
à Paris. CHRISTOPHE
RECOURA
Mais les plâtres du véritable train
autonome seront essuyés… par le fret
et les TER. Pour les marchandises, un
prototype entièrement automatisé,
capable de réagir à l’imprévu - un
passager sur la voie, par exemple sans l’aide d’un opérateur devrait
être disponible d’ici à 2023 et être
déployé dès 2025 après deux années
d’industrialisation.
Pour le TER, deux niveaux d’automatisation sont étudiés, avec un calendrier similaire : un vrai train sans
opérateur et un train dans lequel le
chauffeur sera là pour reprendre la
main sur la conduite en cas d’aléa
déconcertant pour la machine.
L’enjeu ? Une hausse du chiffre
d’affaires et une baisse des coûts de
l’entreprise publique. Les machines
étant plus rapides que les hommes et
plus faciles à coordonner, les trains
automatiques seront plus nombreux
à se succéder sur une même ligne.
Cela permettra de transporter davantage de passagers tout en limitant les coups de freins et les accélérations, gourmands en énergie.
Certaines lignes de TGV saturées seront soulagées, avec des investissements bien inférieurs au coût de
construction de nouvelles voies.
Mais la SNCF a pris soin de rassurer
sur l’emploi. Supervision à distance,
maintenance, télédépannage : le
train autonome ne saura pas se passer des hommes. ■
1
➜Le train contrôle
automatiquement sa vitesse,
mais la conduite
reste manuelle.
2
3
➜Accélérations et freinages
sont automatisés.
Pour le TER, dédié au transport u
de passagers, deux niveaux
d’automatisation sont étudiés.
GONZALO FUENTES/REUTERS
Des transports sans
pilote ni conducteur
Voiture, train, avions, bateaux.
Tous les modes de transport s’engagent sur le chemin qui mène à la
disparition du conducteur ou du
pilote. Plusieurs facteurs expliquent cette révolution. Le premier
– assez logiquement – est le développement de technologies qui
rendent la conduite autonome envisageable. Dans les airs, les vols
se font déjà largement en pilotage
automatique. De même que sur les
mers. Mais il est désormais possible d’envisager un cran supplémentaire. La difficulté était plus
grande pour les véhicules routiers, où le nombre de paramètres,
acteurs impliqués et impondérables semble bien important. Mais
les nombreux tests en cours montrent qu’on est sur la bonne voie.
A
La disparition des
chauffeurs permettrait
à Uber de toucher 100 %
du prix d’une course
quand il se contente
aujourd’hui de 25 %
La première raison avancée par
les acteurs du monde de l’automobile pour justifier la conduite
autonome se trouve toujours dans
le gain de sécurité. Interrogé par
la commission des finances de
l’Assemblée nationale en début
d’année, Carlos Ghosn, président
de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, avait été très clair. « Les
accidents de voiture, avait-il expliqué, provoquent chaque année la
mort de 1,4 million de personnes
dans le monde, ce qui en fait la première cause – et de loin – de décès
non imputable à la maladie. Or
90 % de ces accidents de voiture
sont dus à des erreurs humaines. »
Pour lui, tous les gouvernements
pousseront au développement de
la voiture autonome pour cette
seule raison.
Sa mise au
point nécessite,
toutefois, des
investissements
gigantesques. Et
de nombreux acteurs - constructeurs traditionnels,
équipementiers, géants
de la tech, start-up… sont prêts à le faire. S’ils le
font, c’est qu’ils pensent y trouver
un intérêt financier. Le seul marché de la conduite autonome se
chiffre en centaines de milliards
de dollars, selon la plupart des cabinets de consultants. Mais l’arrivée de cette technologie pourrait
également générer des gains en
modifiant les modèles économiques de certains acteurs.
C’est la raison pour laquelle
Uber, le spécialiste du VTC, y investit beaucoup. Avec la disparition des chauffeurs, la société toucherait l’intégralité du prix d’une
course, quand elle se contente
aujourd’hui de 25 %. Il en va de
même dans les transports aérien et
maritime. Dans une étude publiée
en 2017, la banque suisse UBS évaluait à 35 milliards de dollars par an
les économies potentielles que réaliseraient les compagnies aériennes
grâce à des avions autonomes.
La conduite autonome pourrait
toucher d’autres métiers. L’opérateur de transport public Transdev estime que des navettes autonomes commandées à la demande
permettraient d’étendre des réseaux de transport public vers des
zones périurbaines qui ne peuvent
pas être actuellement desservies
par des autobus ou des métros en
raison de leurs coûts d’exploitation. C’est la raison pour laquelle
Transdev a développé sa propre
navette, en collaboration avec
l’industriel alsacien Lohr (nos éditions du 11 septembre). D’autres
acteurs découvriront sans doute
l’intérêt de passer au mode « sans
pilote ». ■
E. E.
t Vue d’artiste
d’un des bateaux
autonomes
développés
par Rolls-Royce.
Ces navires,
notamment
dédiés au
transport
de marchandise,
pourront être
pilotés dans des
centres de contrôle
à des milliers
de kilomètres
de distance. ROLLS ROYCE
pLa Symbioz de Renault
est dotée d’une délégation
de conduite de niveau 4
qui permet de lâcher le volant
sur autoroute. À l’aide
d’un casque de réalité
virtuelle, le conducteur voit
défiler un paysage futuriste
qui reproduit la trajectoire
et les mouvements du
véhicule dans le monde réel.
➜Toute la conduite
est automatisée mais
un conducteur reste à bord
pour prendre la main en cas
d’incident imprévisible.
4
➜Le train est entièrement
autonome et peut se passer
de conducteur. Celui-ci
peut être maintenu à bord
pour intervenir en cas de
problème chez les passagers.
Le véhicule sans chauffeur face au piéton imprévisible
DÉCRYPTAGE
Emmanuel Egloff
£@eegloff
Le véhicule
« autonome
respecte à
la lettre le code
de la route.
Au risque
de percuter
des conducteurs
humains
ou des piétons
moins soucieux
des règles
»
La voiture sans chauffeur, sans volant ni pédales de frein ou d’accélérateur pourrait se faire attendre.
Cet été, Andrew Ng, qui fait autorité dans l’intelligence artificielle, a
demandé aux piétons d’être « respectueux et attentifs » pour préparer son arrivée. Ancien responsable
de la technologie du géant chinois
Baidu, il dirige un fonds spécialisé
dans l’intelligence artificielle et qui
a notamment investi dans la startup Drive.ai. Son opinion a du poids
et son avis n’est pas isolé.
La prise de conscience date de
l’accident mortel, en mars en Arizona, provoqué par un véhicule
utilisant la technologie Uber. Il est
clair que la voiture autonome était
en faute. Une femme, qui traversait
une route, la nuit, en tenant un
vélo, était à un endroit où les piétons ne sont pas censés se trouver.
L’enquête semble montrer que les
capteurs ont « vu » la victime mais
que le système n’a pas interprété
l’information correctement.
La cohabitation entre êtres humains et véhicules sans chauffeur
risque d’être difficile. Les autorités
californiennes ont recensé, depuis
le début des tests en 2014, 95 accidents impliquant des véhicules
autonomes. Dans huit d’entre eux,
le véhicule a été considéré comme
responsable. Mais sept étaient alors
conduits par un superviseur humain. En clair, un seul accident a
été provoqué par le « conducteur
virtuel ». Pas responsable, mais
tout de même accidenté, le véhicule
autonome respecte à la lettre le
code de la route. Au risque de
percuter des conducteurs humains
ou des piétons moins soucieux des
règles.
La multiplication des tests
- aujourd’hui 55 sociétés sont
autorisées dans le seul État de Californie - dans des situations toujours plus complexes augmente les
risques. Et les incidents se multiplient depuis quelques mois. En
juillet et août, 15 incidents ont été
rapportés. D’où les déclarations
d’Andrew Ng demandant aux piétons d’être plus attentifs et responsables. Il est peu probable qu’il
soit entendu.
Pour que des voitures autonomes soient vraiment mises en circulation, elles devront vraiment
être capables de faire face à toutes
les situations, même en cas de
comportement erratique du piéton. Sans aucun doute, l’intelligence artificielle devrait résoudre
ce problème mais à une échéance
incertaine. Ce qui peut compliquer
la vie d’entreprises qui ont
construit un modèle économique
sur un calendrier plus serré. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 13 septembre 2018
ÉCONOMIE
19
Le salaire des cadres en hausse en 2017
MANON MALHÈRE £@ManonMalhere
SOCIAL C’est une bonne nouvelle
pour les cadres. En 2017, leur rémunération brute moyenne a augmenté de 1,8 %, pour s’établir à
56 000 euros par an, contre 55 000
en 2016, indique l’Association pour
l’emploi des cadres (Apec) dans
une enquête publiée jeudi. La hausse de salaire a donc été supérieure à
l’inflation (1 %). Cette étude a été
réalisée auprès de 18 000 cadres
dans le secteur privé et porte sur
leur rémunération fixe et variable.
Il est vrai que le contexte économique est particulièrement favorable à ces experts et encadrants, qui
se disent confiants sur leurs perspectives salariales pour les prochaines années. Ainsi, 38 % pensent qu’ils vont obtenir une
augmentation cette année. Et pour
cause : les cadres connaissent une
situation de quasi-plein-emploi,
avec un taux de chômage d’environ 3,5 %, et ils sont de plus en plus
recherchés par les entreprises.
D’ailleurs, si l’expérience du candidat reste « déterminante » pour
ajuster les salaires à la hausse lors
d’une embauche, « on note des motifs liés aux tensions sur le marché de
l’emploi ou encore à la capacité de
négociation des candidats », souligne l’Apec. Dans les détails, 80 %
des rémunérations perçues en 2017
ont varié de 35 000 à 85 000 euros,
précise l’association, qui pointe un
écart salarial toujours important.
Sans surprise, les salaires les plus
élevés continuent d’être versés
dans les grandes entreprises
(1 000 salariés et plus) avec une rémunération annuelle médiane estimée à 51 000 euros. Ce qui signifie
que 50 % des cadres de ce secteur
ont obtenu un salarié inférieur à ce
montant, et les 50 % restants un
salaire supérieur. Dans les entreprises de moins de 20 salariés, le
salaire médian n’est que de
45 000 euros. Toutefois, « on assiste, en 2017, à un resserrement des
écarts salariaux liés à la taille des
entreprises », indique l’Apec.
Le gouvernement n’a pourtant
pas ménagé sa peine pour communiquer sur ses mesures favorables aux ménages. Mais rien
n’y fait. Les Français ne croient
pas à l’augmentation de leur
pouvoir d’achat, comme le démontre la septième édition du
baromètre Cofidis, un spécialiste
du crédit à la consommation en
ligne, réalisé avec l’institut CSA
auprès d’un peu plus de 1 000
personnes. D’après cette enquête, 54 % des ménages estiment
que leur pouvoir d’achat a diminué pendant les douze derniers
mois. Ils n’étaient que 48 % en
2017. Les retraités sont les plus
remontés ; les trois quarts d’entre eux dénoncent un ralentissement de leur train de vie.
« On assiste à une véritable opposition entre les plus jeunes, qui
restent confiants, et les seniors,
beaucoup plus inquiets, appuie
Céline François, directrice marketing de Cofidis. L’écart était
déjà marqué l’année dernière,
mais il s’est encore amplifié de 20
points cette année. Une grande
majorité des retraités qui estiment
que leur pouvoir d’achat baisse
l’attribuent à la hausse de la
CSG. »
“
Une grande majorité
des retraités qui
estiment que leur
pouvoir d’achat baisse,
l’attribue à la hausse
de la CSG
”
CÉLINE FRANÇOIS, DIRECTRICE
MARKETING DE COFIDIS
La loi de finances 2018 prévoyait un complexe jeu fiscal :
une baisse de 3,15 points des cotisations salariales (pleinement
effective en octobre) compensée, en partie, par une hausse
généralisée de 1,7 point de la
CSG. Fidèle à la ligne politique
de revalorisation du travail
d’Emmanuel Macron, cette opération assumait d’organiser un
56
SALAIRE ANNUEL BRUT MOYEN, en milliers d’euros
55
51
50
45
40
35
30
2007 2008 2009 2010 2011
2012 2013 2014 2015 2016 2017
Infographie
Source : Apec
L’industrie est
la plus rémunératrice
Concernant les secteurs d’activité
les plus rémunérateurs, l’industrie
se positionne en tête de liste, avec
un salaire annuel médian de
52 000 euros en 2017. Plus spécifiquement, ce sont les personnes
exerçant dans les domaines de la
chimie, du caoutchouc, du plastique et de l’industrie pharmaceutique qui ont perçu les salaires les
plus élevés. Le secteur du commerce arrive en deuxième position, suivi de la construction et des
services.
Pouvoir d’achat : les jeunes
restent confiants alors
que les seniors s’inquiètent
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
Le salaire des cadres
retrouve des couleurs
léger transfert du pouvoir
d’achat des retraités vers les actifs. Ces derniers, pourtant
grands gagnants du bonneteau,
ne paraissent pas non plus enthousiastes. Seulement 13 % de
l’ensemble des personnes interrogés (19 % des diplômés du supérieur) croient que leur pouvoir d’achat va augmenter au
cours des douze prochains mois.
Et, contre toute rationalité,
moins d’un quart des personnes
estiment que les mesures du
gouvernement - suppression des
cotisations salariales mais aussi
d’un tiers de la taxe d’habitation
pour 80 % des ménages en novembre - auront un effet sur
leurs revenus. Lueur d’espoir
pour le gouvernement en quête
d’un souffle social : les ouvriers,
et de manière générale les CSP,
apparaissent moins sceptiques
que l’ensemble de la population.
Le ressenti des ménages diffère
des chiffres prévus. L’Insee table
en effet pour 2018 sur une nouvelle augmentation du pouvoir
d’achat, de 1 %. Certes, cette
progression est en ralentissement par rapport au 1,4 % de
2017, en raison notamment du
retour de l’inflation, qui a atteint
2,3 % cet été et devrait terminer
l’année à 1,8 % ; mais on est loin
de la situation que les Français
ont l’impression de subir.
Leur pessimisme en cette rentrée est frappant. Un peu plus de
la moitié des sondés estiment
qu’ils vivent « mal » quand ils
n’étaient que 45 % en 2017. Dans
le détail, 35 % disent vivre de
plus en plus mal, 10 % être en
train de devenir pauvres et 6 %
se déclarent pauvres. « Depuis
2014, les ménages avaient chaque
année le sentiment que leur pouvoir d’achat s’améliorait. La stagnation de cette année marque
une rupture, surtout pour les plus
fragiles », confirme Céline François, de Cofidis. 29 % des ménages se déclarent en effet en difficulté financière, versus 26 % il y
a un an. Deux Français sur dix
déclarent même être à découvert
tous les mois, pour un montant
moyen de 370 euros. ■
Par ailleurs, les rémunérations
peuvent varier en fonction de la situation professionnelle. Deux tiers
des cadres qui ont changé d’entre-
prise sans passer par la case chômage ont bénéficié d’une hausse de
leurs rémunérations l’an passé.
C’est en particulier le cas des per-
sonnes qui ont choisi de démissionner et ont négocié en amont
leur rémunération.
En revanche, « après une période de chômage, les augmentations
sont minoritaires », relève l’Apec.
En effet, 26 % des cadres passés
par le chômage pendant un an et
plus ont obtenu une rémunération
plus élevée de la part de leur nouvel employeur, alors qu’elle a
baissé pour 53 % d’entre eux. Enfin, 46 % des cadres qui n’ont pas
changé de poste ont eu une hausse
de salaire en 2017, contre 43 % en
2016. Une première depuis 2011.
« Le processus de maîtrise des
coûts salariaux mis en place par les
entreprises à partir de 2012 (en réponse à la crise, NDLR) semble
donc amorcer un retournement »,
en déduit l’Apec.
Ce constat optimiste sur l’évolution des salaires est toutefois nuancé par un baromètre publié mercredi par la CGT des cadres (UgictCGT) qui dénonce, au contraire, un
« mécontentement » croissant de
cette catégorie de travailleurs. Selon cette enquête, 59 % des cadres
estiment que leur rémunération est
en « décalage » avec leur temps de
travail et leur implication. ■
processus
« deLe maîtrise
des coûts
salariaux mis
en place par
les entreprises
à partir de 2012
semble
amorcer un
retournement
ASSOCIATION POUR
L’EMPLOI DES CADRES
»
R É S U LTAT S D U
1er S E M E S T R E 2 0 1 8
Excellente
performance
des ventes
et des résultats
au 1er semestre
2018
La marge opérationnelle
courante atteint
34,5 % des ventes,
un niveau record
Le résultat net progresse
de + 17 %
2 713
2 299
ment qualitatif de son réseau de distribution. L’activité a
été très solide dans les magasins du groupe, en hausse
de 11
%.
La performance du premier semestre s’appuie sur
une croissance solide de tous les métiers. Les divisions Vêtements et Accessoires, Soie et Textiles ont
été portées par une demande soutenue et par le succès des collections, comme la Maroquinerie Sellerie,
dont les capacités de production sont en croissance
avec l’inauguration d’un nouveau site de production, la
Maroquinerie de L’Allan en avril, et les projets de SaintVincent-de-Paul sur la côte Atlantique et de Montereau,
en Seine et Marne.
Le groupe Hermès poursuit ses recrutements et a
renforcé ses effectifs de près de 280 personnes au
premier semestre. À fin juin 2018 le groupe employait
13 764 personnes, dont 8 476 emplois en France.
La capacité d’autofinancement atteint 849 M€, en
hausse de 7 %. Elle a permis de financer l’ensemble
des investissements opérationnels et la distribution
des dividendes. La trésorerie nette atteint 2,7 Md€
au 30 juin 2018 contre 2,9 Md€ au 31 décembre 2017.
1 037
2 853
931
2 440
827
748
1 907
Le chiffre d’affaires progresse dans toutes les
régions du monde. Hermès a poursuivi le développe-
PERSPECTIVES
621
À moyen terme, malgré le renforcement des incertitudes économiques, géopolitiques et monétaires dans
2014 2015 2016 2017 2018
CHIFFRE D’AFFAIRES
(EN M€)
2014 2015 2016 2017 2018
RÉSULTAT OPÉRATIONNEL
COURANT (EN M€)
le monde, le groupe confirme un objectif de progression du chiffre d’affaires à taux constants ambitieux.
En 2018, Hermès célèbre le thème « À vous de jouer ! ».
Un fil rouge qui, bien plus qu’une récréation, nous rap-
Le chif fre d’af faires consolidé du groupe au
pelle l’importance du divertissement comme moteur
1er semestre 2018 s’élève à 2,8
de créativité, d’innovation et d’agilité.
Md€ (+ 11 % à taux
de change constants). Le résultat opérationnel courant,
Hermès poursuit sa stratégie de développement à long
en croissance de 6 %, atteint 985 M€, soit 34,5
terme fondée sur l’engagement responsable, la créati-
%
des ventes, plus haut niveau historique. Après prise
vité, la maitrise des savoir-faire et une communication
en compte d’une plus-value de cession d’immeuble de
originale.
53 M€, le résultat net, en progression de 17 %, atteint
708 M€.
+
Le rapport semestriel d’activité, le communiqué de presse et la présentation des résultats semestriels 2018
sont disponibles sur le site Internet du groupe : http://finance.hermes.com
A
La rémunération moyenne s’est
établie à 56 000 euros l’an passé,
contre 55 000 euros en 2016.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO
20
ÉCONOMIE
La BCE va devoir définir sa position face aux risques de l’Italie
La réunion de rentrée du Conseil des gouverneurs confirmera la normalisation de la politique monétaire.
JEAN-PIERRE ROBIN jprobin@lefigaro.fr
Mario Draghi,
président de la BCE,
en juillet à Francfort.
KAI PFAFFENBACH/REUTERS
EURO Le compte à rebours a commencé pour Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, qui doit quitter ses
fonctions le 31 octobre 2019, le
même jour que Jean-Claude Juncker, président de la Commission
européenne. C’est bien sûr une
conjonction totalement fortuite,
car les deux responsables les plus
importants de l’Union européenne
ont respectivement des mandats
de huit et cinq ans !
Dix années pratiquement jour
pour jour après la faillite de la banque Lehman Brothers, qui a amené
les grandes banques centrales, et
en premier lieu la Fed et la BCE, à
recourir à des mesures totalement
inédites, tels les achats d’actifs et
les taux d’intérêt négatifs, l’heure
est à la normalisation. « Il faut que
la politique monétaire de la Fed soit
aussi ennuyeuse que possible », a
averti Jay Powell, le président de la
Fed, le 24 août dernier au Forum
de Jackson Hole. Des propos qui
ont impressionné ses collègues
européens.
Pour sa part la BCE, qui tient ce
jeudi 13 septembre sa réunion de
rentrée, a d’ores et déjà tracé sa
feuille de route pour les douze prochains mois, comme le rappelait
récemment en privé un des vingtcinq gouverneurs du Conseil de la
BCE. Ce programme a été établi le
17 juin dernier, lors du Conseil des
gouverneurs tenu exceptionnellement à Riga, la capitale de Lettonie. Ce jour-là, il avait été décidé
deux choses : d’une part de ramener à 15 milliards d’euros par mois
les achats de titre et de les arrêter
en janvier 2019, d’autre part de
maintenir les taux directeurs à leur
très bas niveau actuel « au moins
jusqu’à l’été 2019 ».
Cette stratégie a été confirmée
lors du Conseil des gouverneurs
du 26 juillet, et il n’y a aucune raison pour qu’elle ne le soit pas à
nouveau ce 13 septembre selon les
analystes. Malgré un certain ralentissement de la croissance dans
la zone euro (0,4 % au deuxième
trimestre) et un regain d’inflation
annuelle qui a atteint 2,1 % en
juillet et 2 % en août, les économistes de la Citibank s’attendent à
ce que « Draghi minimise les risques baissiers de la croissance et
exprime sa confiance pour que l’inflation atteigne son objectif “d’en
dessous, mais proche de 2 %” de façon durable ».
Inquiétudes des marchés
Ayant rempli sa mission, Mario
Draghi peut-il considérer que sa
dernière année à la BCE sera
consacrée à administrer les affaires
courantes ? Doit-il désormais « se
retirer sur l’Aventin », comme les
anciens Romains voulant prendre
du champ et qui s’établissaient sur
la colline de Rome la plus éloignée
du centre-ville ? Cette position lui
serait en tout cas fort utile pour
surveiller ce qui se passe aujourd’hui dans la capitale de son pays.
Car la situation de l’Italie sera
inévitablement examinée ce jeudi à
Francfort. L’envolée des taux d’intérêt à dix ans de la dette italienne
est impressionnante ; le spread par
rapport au Bund allemand atteint
3,2 %, traduisant les inquiétudes
des marchés sur la politique budgétaire de la coalition des populistes
de droite et de gauche au pouvoir à
Rome. L’idée lancée par Matteo
Salvini, le ministre de l’Intérieur,
que la BCE puisse voler au secours
du Trésor italien est jugée irrecevable à Francfort compte tenu des réglementations existantes. ■
Les entreprises américaines se mobilisent
contre le protectionnisme de Trump
Industrie, commerce, tech… Les grandes fédérations lancent une vaste campagne avant l’élection de mi-mandat.
der le président de mettre à exécution sa menace de droits de
douane portant sur 200 à
500 milliards de dollars de produits venus de Chine. Arguant
que la politique commerciale
pourrait annuler les effets positifs des baisses d’impôt.
Ils ne cherchent plus simplement, comme au cours des derniers mois, à influer sur le
Congrès pour bloquer des mesures qui sont contraires à leurs intérêts. Ils visent directement
l’exécutif, en inondant par exemple de publicités les chaînes télévisées dont ils savent qu’elles sont
regardées personnellement par
Donald Trump lorsqu’il est à
Washington DC ou en Floride.
PIERRE-YVES DUGUA £@pdugua
CORRESPONDANT À WASHINGTON
Actions dans plusieurs
États cibles
La taxation massive
envisagée par Donald
Trump (ici, en juillet
dans l’Illinois) a poussé
de nombreux groupes
de pression à unir
leurs forces dans
une campagne baptisée
« Les droits de douane
font du mal à l’Amérique
profonde ».
SAUL LOEB/AFP
organisations sous la bannière
« Americans for Free Trade » (AFT)
(« Américains pour le libre-échange »). Il s’agit de donner des exemples concrets des méfaits du protectionnisme prôné par le
président Trump. « Pacific Coast
Producers, une coopérative de Californie qui met en boîte des fruits et
légumes de près de 200 exploitations
familiales, anticipe que plus de la
moitié de ses profits en 2018 seront
éliminés par les hausses de droits de
douane sur l’acier et l’aluminium »,
explique la nouvelle coalition.
CONFÉRENCE - DÉBAT
ÉRIC ZEMMOUR, LA FRANCE AU CŒUR
A
Passionné d’Histoire de France, Éric Zemmour trouve dans chaque épisode de
notre roman national des leçons pour notre temps.
Lors de cette rencontre Salle Gaveau, l’essayiste qui publie un nouvel ouvrage
au mois de septembre chez Albin Michel, racontera aussi ses années d’enfance
et d’adolescence où apparaît l’attachement profond pour son pays.
Une forme d’autobiographie intellectuelle, historique et littéraire.
TARIF : 25 € - Placement Libre
Réservez vos places sur www.leigaro.fr/rencontres
Informations au 01 70 37 31 70
Autre exemple détaillé par
AFT : une société de Bergmeier,
dans le Kansas, utilise de l’acier
venu de la province canadienne
du Manitoba pour fabriquer ses
lames de charrue Shield V, un
élément clé dans les équipements
que les agriculteurs utilisent pour
préserver leurs sols dans les hautes plaines. ShieldAg n’aura pas
d’autre choix que de répercuter
la hausse de prix à la production
dans les prix demandés à ses
clients, principalement des éleveurs et des fermiers.
Il est rarissime que des entreprises aussi disparates que les
géants de la distribution comme
Walmart et Target se retrouvent
aux côtés de producteurs de
pommes de l’État de Washington, de pêcheurs de homards du
Maine, de sociétés pétrolières et
de constructeurs automobiles
comme General Motors et Ford.
Ils avaient certes unanimement applaudi l’an dernier la
réforme fiscale de Donald Trump
qui a réduit leurs impôts.
Aujourd’hui, ils espèrent dissua-
Ils déplorent aussi les sanctions
déjà mises en œuvre contre la
Chine, le Canada et l’Union européenne qui ont déclenché des
mesures de rétorsion pénalisantes
pour leurs ventes, leurs profits et
pour le consommateur américain
en général. « Beaucoup de travail
a été fait au cours des huit derniers
mois pour tenter de persuader le
président et l’Administration que
les droits de douane n’allaient pas
fonctionner. Notre point de vue est
qu’il n’est pas trop tard », résume
Dean Garfield, directeur général
de l’Information Technology Industry Council, qui défend les intérêts de géants du Net comme
Alphabet et Apple. Des actions
sont prévues dans cinq États cibles - Ohio, Pennsylvanie, Illinois, Indiana et Tennessee - avant
l’échéance du 6 novembre. ■
ÉRIC
ZEMMOUR
JEUDI 20 SEPTEMBRE 2018
20H00 - SALLE GAVEAU
45-47 rue La Boétie, 75008 Paris
E. Zemmour © Jean-Christophe Marmara
ÉTATS-UNIS Depuis des mois, la
grande majorité du monde américain des affaires se bat contre les
droits de douane massifs envisagés par Donald Trump. Aujourd’hui, face aux menaces croissantes de guerre commerciale
brandies par la Maison-Blanche,
de multiples groupes de pression
unissent leurs forces dans une
nouvelle campagne baptisée
« Tariffs Hurt the Heartland »
(« Les droits de douane font du
mal à l’Amérique profonde »).
L’initiative tombe en pleine campagne pour les élections législatives de novembre, où les républicains risquent de perdre leur
majorité au Congrès.
La National Association of Manufacturers, qui représente l’industrie manufacturière, l’US
Chamber of Commerce, fédération d’entreprises de toutes
tailles, le Business Roundtable,
qui réunit l’élite patronale des
États-Unis, la National Retail Federation au service du secteur de
la distribution, font partie des
poids lourds derrière cette campagne. « Chaque secteur de l’économie américaine a quelque chose
à perdre dans une guerre commerciale… Notre but est de s’assurer
que Washington comprend les
conséquences d’une guerre commerciale dans le monde réel », résume Matthew Shay, président de
la National Retail Federation.
Au-delà de cette campagne, un
mega-lobby s’est constitué dans le
même but. Il regroupe les mêmes
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 13 septembre 2018
ENTREPRISES
21
Le casse-tête des centrales à charbon
Leur fermeture est programmée mais leurs exploitants attendent un véritable plan d’accompagnement.
FRÉDÉRIC DE MONICAULT
fdemonicault@lefigaro.fr
INDUSTRIE Le charbon, c’est fini
ou presque. À entendre les conclusions du débat public sur la programmation pluriannuelle de
l’énergie (PPE), la perception des
Français de ce moyen de production d’électricité est unanime (lire
ci-dessous). Il n’empêche, cinq
centrales électriques à charbon
continuent toujours de fonctionner
dans l’Hexagone, et la volonté des
pouvoirs publics de fermer ces unités d’ici à 2022 (dans le cadre de la
loi d’orientation énergétique votée
en 2015) suscite de très fortes interrogations chez les industriels.
Deux groupes précisément sont
concernés : EDF exploite trois tranches en tout – deux à Cordemais
(Loire-Atlantique) et une au Havre
(Seine-Maritime) – pour une puissance installée globale de 1 750 mégawatts -, tandis qu’Uniper France,
la filiale du géant allemand Uniper,
possède deux sites – à Saint-Avold
(Moselle) et Gardanne (Bouchesdu-Rhône) – pour une puissance de
1 200 MW. Engie (ex-GDF Suez) est,
lui, exempté : il exploite des centrales charbon ailleurs qu’en France, à
hauteur de 6 gigawatts (GW), soit
6 % de ses capacités de production
contre 15 % en 2015. Dans l’intervalle, il a fermé son site de Hazelwood en Australie, d’une capacité de 1 500 MW.
« Nous ne contestons pas le principe d’un arrêt à terme de la production d’électricité à partir de charbon,
mais nous estimons que les conditions d’un arrêt prématuré ne sont
pas réunies, commente Luc Poyer,
le président d’Uniper France. Un
accompagnement social, financier et
industriel acceptable pour les entreprises, salariés et territoires concer-
souligne enfin qu’un investissement de 1 milliard d’euros dans ses
infrastructures entre 2008 et 2016
lui a permis de réduire de 50 % ses
émissions de gaz à effet de serre.
Dans ce cadre, après des travaux
démarrés en 2013, une autre tranche charbon a été reconvertie en
centrale biomasse. EDF réfléchit à
nés est indispensable. Or pour le moment, l’État n’a pas concrètement
avancé dans ce dossier. »
Le dirigeant rappelle au passage
que pour ces mêmes raisons d’impréparation, l’objectif des pouvoirs
publics de fermer ces tranches à
charbon dès 2017 avait rapidement
été remis en cause. Uniper France
Les centrales à charbon en France
LILLE
Équilibre offre-demande
Uniper France
POUR CHAQUE CENTRALE
Capacité : 600 MW
Fonctionnement annuel moyen :
entre 2 500 et 4 000 h.
LE HAVRE
PARIS
SAINT-AVOLD
BREST
STRASBOURG
EDF
POUR CHAQUE CENTRALE
Capacité : 600 MW
Fonctionnement
annuel moyen : 4 500 h.
NANTES
CORDEMAIS
Une production
marginale
CLERMONT-FERRAND
LYON
BORDEAUX
RÉPARTITION PAR SOURCE D'ÉNERGIE
NICE
Bioénergies 0,7
Charbon 1,8
Fioul 1,8
Solaire 1,8
Éolien 4,5
MARSEILLE
GARDANNE
PRODUCTION
D'ÉLECTRICITÉ
AU CHARBON
EN FRANCE,
19,9
17,4
7,7
en TWh
Hydraulique
10,1
8,4
8,6
9,7
7,3
71,6%
Nucléaire 2012
2013
Sources : RTE, EFD, Uniper
2014
2015
2016
Voilà pourquoi Réseau de transport
d’électricité (RTE), l’entreprise
chargée de satisfaire l’équilibre offre-demande, prévient aussitôt qu’il
est possible de fermer les unités
charbon d’ici à 2022 seulement sous
certaines conditions : à savoir la stabilité de la consommation électrique,
la prolongation du parc nucléaire, le
développement du renouvelable
avec la mise en service du premier
parc éolien offshore ou encore la
mise en service de nouvelles inter-
connexions avec l’Italie ou la Grande-Bretagne. Or chacun de ces dossiers est encore en pleine gestation.
La question sociale est aussi présente. Les centrales à charbon d’EDF
emploient plus de 600 personnes et
250 pour Uniper France. Le premier
aura beaucoup plus de latitude pour
recaser ses personnels. Les deux entreprises sont au statut des industries électriques et gazières (IEG),
prompts à se mobiliser. L’arrêt du
charbon n’est pas sans risque social.
Dans l’attente de la publication de
la PPE, prévue fin octobre, l’expert
Lionel Taccoen ne veut surtout pas
que ce débat sur les centrales à charbon occulte les autres volets de la
transition écologique : « Bien sûr, on
peut toujours fermer les tranches
d’EDF et d’Uniper, mais ce n’est pas
cette décision qui va bouleverser, tant
s’en faut, les foyers d’émission de CO2.
Le risque est que les pouvoirs publics
présentent cette fermeture comme un
exploit alors que la pollution véhiculée
par le logement ou les transports pèse
infiniment plus. » ■
Le débat public sur la future politique
énergétique est très exigeant
En %
Gaz
un processus similaire pour l’une de
ses tranches à Cordemais.
Mais la question de l’arrêt des
centrales à charbon dépasse largement la seule stratégie des opérateurs : en toile de fond, il y a aussi la
sécurité d’approvisionnement du
pays. Les tranches thermiques, susceptibles d’être déclenchées en une
vingtaine de minutes, permettent
de répondre utilement aux pointes
de consommation, notamment
pendant les périodes de grand froid.
2017
Beaucoup d’attentes règnent
autour de la future politique
énergétique de la France, et elles
ne seront pas faciles à satisfaire.
Ce sont les enseignements des
travaux de la commission
particulière du débat public
relatifs à la programmation
pluriannuelle de l’énergie (PPE)
– dont la trajectoire court jusqu’à
2028. Les auteurs du rapport
présenté mardi se sont appuyés
sur 86 rencontres publiques,
11 150 questionnaires renseignés
et près de 50 000 visiteurs
à un débat en ligne. Ils comptent
vivement que la feuille de route
des pouvoirs publics tienne
compte des nombreuses
observations : pêle-mêle, des
objectifs peu lisibles, un défaut
d’indicateurs, des efforts mal
répartis au sein de la population,
une concurrence entre les
opérateurs qui ne bénéficie pas
au consommateur… Bref, les
Français attendent beaucoup plus
de la transition écologique. F. M.
Infographie
Monoprix et Amazon concrétisent leur alliance
Monoprix a ouvert sa boutique virtuelle sur le service de livraison express du géant américain.
6 000
Nombre de produits
que Monoprix propose
sur la boutique
virtuelle d’Amazon
Prime Now
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
E-COMMERCE L’annonce avait
fait l’effet d’un petit séisme en
mars : Monoprix, filiale du groupe
Casino, cédait aux sirènes d’Amazon, en acceptant de proposer ses
produits sur Amazon Prime Now,
service de livraison alimentaire
express à Paris du géant américain.
Ce pacte, le premier entre Amazon
et un acteur majeur de l’alimentaire en France, est entré en application mercredi. À côté de Fauchon, Lavinia, Bio c’ Bon ou
Truffaut, Monoprix dispose de sa
propre boutique virtuelle sur
Amazon Prime Now et y présente
6 000 produits : 1 500 sous ses marques propres (Monoprix, Gourmet,
Bio) et une sélection de fruits et légumes, fromages, produits d’hygiène et de beauté, d’entretien…
Les abonnés parisiens du service
Prime d’Amazon peuvent se faire
livrer en deux heures, moyennant
3,90 euros (gratuit au-delà de
60 euros d’achats). Et ce de 10 à
22 heures du lundi au samedi et de
10 à 14 heures le dimanche.
Accessible d’abord dans dix arrondissements parisiens, et dans
quinze villes de la petite couronne,
l’offre Monoprix devrait l’être
dans toute la capitale et les vingtcinq villes attenantes, « au plus
vite », explique-t-on chez Amazon. Le nombre de références ira
aussi crescendo pour au moins atteindre les 10 000 annoncés lors de
la signature de l’accord.
L’enjeu est important pour Monoprix, qui veut muscler son offre
de livraison à domicile dans la capitale. Ce marché est très convoité, comme en témoigne l’offensive
avant l’été du leader français Leclerc sur cette zone dont il était
absent.
Plusieurs partenariats
En attendant la construction par
un autre de ses partenaires, l’anglais Ocado, d’un entrepôt automatisé pour livrer d’ici à 2020 des
gros paniers en 24 heures, Monoprix se renforce avec Amazon sur
la livraison express. L’enseigne
premium proposait déjà ce service
gratuitement à ses clients venant
en magasin. Les paniers commandés sur Prime Now seront préparés
à partir de quelques-uns de ses supermarchés de la capitale, Amazon
assurant la livraison par l’intermédiaire du transporteur Star Service. L’association de la filiale de Casino avec la référence de la
livraison et du service lui permet
ainsi d’aller plus vite qu’en solo.
Une stratégie qu’il a déjà privilégiée avec Ocado, son entrepôt de
préparation de commandes à Gennevilliers n’étant pas rentable.
Pour Amazon, qui ne cache pas
ses ambitions dans l’alimentaire,
l’ouverture de cette boutique n’est
pas non plus anodine. Alors que
son poids dans l’e-commerce alimentaire reste marginal, il aura
accès avec Monoprix à une clientèle urbaine et CSP+, précisément
le cœur de cible de Prime Now.
Depuis le lancement de ce service à
Paris en 2016, les vues d’Amazon
sur l’alimentaire français sont en
effet assumées. Pour y résister, les
acteurs historiques se mettent tous
en ordre de bataille. Leclerc a lancé
au printemps son offre de livraison
à domicile à Paris, avec entre
autres des drives piétons. Le PDG
de Carrefour, Alexandre Bompard,
en a aussi fait une priorité, avec des
plateformes de préparation de
commandes à Paris et Lyon et la
construction de 170 nouveaux drives cette année. Il s’est aussi allié
avec le géant Google pour vendre
dès 2019 en France ses produits sur
Google Shopping, plateforme de
commerce en ligne. Carrefour vise
20 % de l’e-commerce alimentaire
français d’ici à 2022. ■
Labeyrie met les bouchées doubles sur ses marques
Frédérick Bouisset,
président du directoire
de Labeyrie
Fine Foods. LABEYRIE
AGROALIMENTAIRE Il y a un an,
Labeyrie Fine Foods, connu pour
ses saumons et ses foies gras, se
séparait de son activité de traiteur surgelé. Dirigé depuis mai
2017 par Frédérick Bouisset, président du directoire, ce groupe de
1 milliard d’euros de chiffre d’affaires affûte ses armes sur un
marché du traiteur de la mer en
petite forme. « Nous nous recentrons sur nos cœurs de métier que
sont nos marques et les produits
haut de gamme (saumon, crevettes, foie gras), et les produits apéritifs », détaille au Figaro Frédérick Bouisset.
Seize mois après son arrivée,
après des divergences stratégiques entre la précédente direc-
tion et les actionnaires (le fonds
PAI et la coopérative Lur Berri), il
s’est attelé à restructurer le groupe dans un contexte de volatilité
du prix des matières premières,
notamment pour le saumon, et de
crises sanitaires à répétition dans
le foie gras (12 % de l’activité).
Zones de conquête
Outre la vente d’activités périphériques, la vingtaine de sites industriels a été réorganisée pour
centraliser les directions par activité et grouper les achats. Ces synergies doivent dégager 20 à
30 millions d’euros d’économies,
réinvesties en partie dans les investissements marketing. « Nous
allons les doubler, en publicité com-
me en présence en magasin », explique Frédérick Bouisset. Les
marques premium en grandes
surfaces (Labeyrie, Blini, Atelier
Blini…) ont été réunies dans un
seul pôle, quel que soit leur rayon
de destination (apéritif, traiteur
de la mer, produits du terroir). Un
pôle des marchés spécialisés (restauration, circuits bio) a aussi été
créé - « Un gros relais de croissance en France », selon le dirigeant ainsi qu’un pôle marée et métiers
sous la marque Delpierre (cabillaud, crevettes…).
Les résultats de cette réorganisation se font sentir. Les ventes
ont gagné 10 % cet été au rayon
traiteur de la mer. « En tant que
leader du segment, nous devons
avoir un rôle moteur pour redynamiser ce rayon. »
« Vague rose »
L’international - 40 % des ventes - reste une priorité. Labeyrie
est encore très européen et Frédérick Bouisset affine les zones de
conquête pour que l’export dépasse 50 % de l’activité. « Il y a un
vrai potentiel aux États-Unis et en
Chine, avec une vague rose du saumon, explique-t-il. La demande
mondiale de saumon augmente de
5 % à 7 % par an. Il faut être présent sur ces créneaux. Cela passera
par des acquisitions. »
Avec une enveloppe de 50 à
200 millions d’euros, Labeyrie cible d’abord des marques locales,
avant d’y développer les siennes.
« Nous espérons concrétiser des
dossiers dans les deux ans », précise prudemment le dirigeant.
En France, la croissance continuera aussi à passer par des acquisitions. Grâce à la reprise cette année
des abattoirs nantais Alain François, Labeyrie dépend moins du
Sud-Ouest, touché par la grippe
aviaire en 2015 et 2016. Alors que les
volumes de foie gras restent rares,
le groupe a privilégié en 2017 les fêtes de fin d’année. Ce qui lui a fait
perdre 4 % de parts de marché entre 2015 et 2017, à 21 %. « Comme
sur nos autres métiers, ajoute Frédérick Bouisset, nous misons sur la
responsabilisation de nos filières pour
séduire les consommateurs. » ■ O. D.
A
Le groupe mise sur ses piliers Labeyrie, Delpierre et Blini et affine son arsenal à l’international.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
Zara creuse l’écart
avec ses concurrents
Sa maison mère, Inditex, publie des résultats
semestriels records. Les ventes s’envolent de 4 %.
ANNE-SOPHIE CATHALA
£@Ascathala
HABILLEMENT Le numéro un
mondial de la mode poursuit sa
marche. L’espagnol Inditex - qui
possède Zara, Zara Home, Bershka, Massimo Dutti, Pull & Bear,
Deux tiers des boutiques New
Look rayées de la carte en France
Si Zara et ses marques sœurs
(Massimo Dutti, Bershka…)
continuent de bien se porter
même en France, les
enseignes fragiles continuent,
elles, de baisser le rideau.
Dernière victime en date,
l’enseigne de vêtements
britannique bon marché New
Look veut fermer, d’ici à
2021, 21 de ses 29 magasins
en France, avec à la clé plus
de 250 suppressions
Stradivarius, Oysho, Uterque -,
affiche des résultats records pour le
premier semestre. De février à fin
juillet, son bénéfice net s’est envolé de 3 %, à 1,4 milliard d’euros.
Même au deuxième trimestre, défavorable à bien des enseignes en
Europe à cause des fortes chaleurs,
Inditex a gardé le rythme : son bénéfice net a augmenté, à 741 millions, alors que celui de son compétiteur suédois H&M baissait de
21 %, à 446 millions d’euros.
Grandes chaînes à la peine
d’emploi, selon les syndicats.
La direction a déjà prévenu
que deux magasins (Calais
et Rouen) seront fermés
dès les 15 et 19 septembre.
La France n’est pas seule
touchée. Au Royaume-Uni,
l’enseigne, en difficulté,
a lancé en mars un plan
de restructuration impliquant
60 fermetures de magasin
et 980 suppressions
d’emploi.
A.-S. C.
Le chiffre d’affaires d’Inditex a
augmenté de 3 % au premier semestre, dépassant pour la première fois les 12 milliards d’euros.
Même à périmètre comparable, les
ventes ont progressé de 4 %, à
contre-courant des mauvaises
performances de bien des concurrents. H&M ou le géant irlandais de
la mode à petit prix Primark ont
fait état de ventes en recul, à nombre de magasins comparable.
Cette singulière dynamique
d’Inditex l’entretient même dans
les pays où la consommation est en
Le magasin Zara du boulevard Haussmann, à Paris.
berne. La croissance est ainsi au
rendez-vous en France, où le marché de l’habillement a reculé de
2,3 % sur les sept premiers mois de
l’année. Les grandes chaînes n’y
sont pourtant plus épargnées par la
désaffection des clients pour les
magasins, au profit de l’e-commerce, en plein essor.
Le groupe espagnol prévoit
d’ores et déjà que ses ventes progresseront d’ici à la fin de l’année
de 4 à 6 %, confiant en sa stratégie
de « fast fashion » : des lignes renouvelées deux fois par semaine,
conçues en quelques semaines, au
plus près de ses frontières espagnoles et des tendances. Les col-
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
lections d’automne et hiver ont été
« bien reçues par les clients », selon
le PDG d’Inditex, Pablo Isla.
Ses équipes parviennent en
outre à doser les réassorts de façon
dynamique, au gré des performances de chaque article, en temps
réel, en magasin, grâce à un suivi
informatisé et localisé par puce
RFID. Son expertise en gestion des
stocks est également un atout de
taille dans la « digitalisation » de ce
modèle. Elle lui permet de mutualiser et croiser les stocks destinés
aux boutiques et au Web, jusqu’à
utiliser certaines boutiques pour
stocker des articles commandés en
ligne. Un pilotage fin limite stocks
et invendus. Leur niveau a diminué, à 10,9 % du chiffre d’affaires
sur un an, contre 18,2 %, en hausse, chez H&M, selon les analystes
de la banque Bryan Garnier.
Sur les 96 marchés d’Inditex, 49
bénéficient de la vente en ligne, qui
pèse plus de 10 % des ventes. D’ici
à 2020, ce sera le monde entier,
gage Pablo Isla. Pour que l’e-commerce ne cannibalise pas ses
7 422 points de vente, il les transforme en boutiques « pleinement
intégrées, éco-efficaces et digitales », tel ce flagship Zara avec section connectée et décor hollywoodien dévoilé en Italie la semaine
dernière. ■
Asselin : « Rétribuer les PME pour la retenue à la source »
Le président de l’organisation patronale (CPME) estime que les entreprises auront des surcoûts.
Le meilleur
« système,
c’est celui
qui indemnise
celui qui
a perdu son
emploi,
mais aussi
le raccroche
au marché
du travail
»
FRANÇOIS ASSELIN,
PRÉSIDENT DE LA CPME
CÉCILE CROUZEL £@ccrouzel
PATRONAT « Le prélèvement à la
source, c’est de l’argent volé aux entreprises et de la bureaucratie supplémentaire. » Invité de l’émission
« Le Talk Le Figaro » mercredi,
François Asselin, le président de la
CPME, n’a pas mâché ses mots.
Cette nouvelle modalité de paiement de l’impôt sur le revenu va
notamment obliger les sociétés à
« payer pour les mises à jour de logiciels », souligne le dirigeant de l’organisation patronale dédiée aux
PME. Qui estime que les entreprises
devraient être « rétribuées » pour
cette nouvelle tâche jusqu’à présent
assurée par l’État.
Autre crainte : qu’à l’avenir, l’administration fiscale ne soit pas clé-
mente en cas d’erreurs involontaires de la part de l’entreprise dans la
transmission des fichiers. « Ce gouvernement est plutôt probusiness.
Mais si leur quotidien s’alourdit, les
chefs d’entreprise vont commencer à
se décourager », avertit François
Asselin. Et de regretter également le
report du 1er janvier au 1er octobre
2019 de la baisse supplémentaire de
cotisations sociales autour du smic.
Alors que le dossier de l’assurance-chômage a été rouvert par l’exécutif, la CPME plaide pour une refonte profonde. « Le meilleur
système, c’est celui qui indemnise celui qui a perdu son emploi, mais aussi
le raccroche au marché du travail »,
estime son président. Alors que les
entreprises peinent à recruter, la réforme devrait donc transformer les
règles afin de davantage inciter à la
LES DÉCIDEURS
â JOHN NEAL
Lloyd’s
Le plus ancien marché mondial de l’assurance,
et premier par sa taille, confie son pilotage à
l’ex-DG de l’assureur australien QBE. À 53 ans,
le Britannique remplacera sa compatriote Inga
Beale, en place depuis 2014.
â CHARLES D’ABOVILLE
NRJ
Arrivé en 2011, ce fin connaisseur des médias
monte d’un cran en prenant la direction de la
stratégie digitale et des études du groupe. Aux
commandes des études radio depuis 2011, il a
également forgé son expérience chez Universal
Music, Lagardère Active ou encore RTL.
A
â DIDIER ELLENA
Japan Tobacco
International
À 46 ans, il est promu président France du fabricant de tabac japonais, qui
compte parmi ses marques Mevius, Natural
American Spirit ou encore Logic. Entré chez JTI
en 1995, il était depuis octobre 2017 general
manager adjoint en Russie, en charge de la
fonction vente et marketing. Il remplacera Yves
Barbier à la tête de la filiale tricolore.
reprise d’un poste. « Aujourd’hui,
quand une personne en CDD refuse un
CDI, elle a droit aux allocations-chômage. Ce n’est pas normal », avance
François Asselin. Dans ce cadre, la
dégressivité des allocations est « un
facteur sur lequel on peut négocier ».
Réformer le paritarisme
Par ailleurs, à l’unisson des autres
organisations patronales, la CPME
ne veut pas d’un bonus-malus sur
les cotisations pour limiter le recours aux contrats courts car « cela
ne fonctionne pas ». Les syndicats
ayant une position opposée sur ces
deux derniers sujets - dégressivité
et bonus-malus -, un accord ne sera
pas simple à trouver, si tant est que
la négociation s’ouvre.
Plus fondamentalement, la CPME
propose une rénovation du parita-
risme, un système où trop souvent les partenaires sociaux font
office de « faire-valoir » de décisions prises par l’État. Il faut en
particulier que les organisations
patronales et syndicales soient enfin
« en situation de responsabilité »
dans la gestion de l’assurance-chômage, souligne le dirigeant patronal. Traduction : que l’État ne garantisse plus la dette du régime et
que les partenaires sociaux se fixent
une obligation d’équilibrer les
comptes. Le tout avec une reprise
par l’État de la dette de 35 milliards
d’euros.
François Asselin s’est réjoui par
ailleurs de la baisse de 15 % des affaires aux prud’hommes en 2017,
soulignant qu’il vaut mieux une
conciliation en amont qu’une longue procédure. ■
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Avec Qwant, le Frenchie Éric Leandri
veut affronter Google en Europe
S’il y en a bien un qui peut
se réjouir des déboires
judiciaires de Google, c’est
Éric Leandri, président et
cofondateur de Qwant.
Qualifiée de « Google français en marche »,
par Macron en 2015, la start-up française a su
devenir un moteur de recherche alternatif au
tentaculaire géant américain, et s’imposer
sur le très fermé marché chinois, où l’entreprise vient tout juste de se lancer, dans le
sillage de la visite du président à Xi Jinping en
janvier dernier. Un beau développement
donc, ponctué d’un prochain tour de table
d’ici à un an, et ce « dans le respect de la vie
privée ». « Nous voulons offrir le plus de données possible aux usagers, sans rien savoir
d’eux. Là où Google veut tout savoir : ce que
nous faisons, aimons, pensons, où nous allons
et ce que nous disons », assure Éric Leandri,
qui a su s’entourer d’investisseurs de taille,
comme la Caisse des dépôts et l’allemand
Axel Springer, avec une dernière levée de
fonds de 18,5 millions d’euros.
En juillet , le moteur de recherche comptabilisait ainsi 70 millions de visites mensuelles,
en partie venues suite aux scandales en série
visant les Gafa. David contre Goliath ? « Il
faut nous battre simplement pour pouvoir
exister. Google a su créer une situation de
monopole », explique Éric Leandri, pas peu
fier d’avoir remporté cet été un deuxième
procès contre le géant américain. Aux
manettes de cet ambitieux projet, le quadragénaire fait partie de ces techniciens capables
de prendre de la hauteur. Expert en sécurité
informatique et télécoms, il avait œuvré
pendant vingt ans au déploiement de plateformes IT à grande échelle. Geek talentueux,
passé par les rangs du groupe indien United
Breweries, où il avait piloté la direction
informatique de 18 pays africains, ce Corse au
caractère bien trempé n’en demeure pas
moins un entrepreneur instinctif. C’est au
côté de Jean-Manuel Rozan, financier du trio
fondateur, qu’il s’était lancé dans un réseau
social avant de jeter l’éponge pour se tourner
vers Qwant en 2011, en compagnie de Patrick
Constant, troisième mousquetaire, retiré de
l’équipe dirigeante mais toujours membre du
board. Aujourd’hui, Éric Leandri s’entoure
d’une équipe choc et peut s’appuyer sur
Marie Juyaux DGA et sur un nouveau DG,
François Messager, ex-directeur des systèmes d’information de Vivarte et de Monoprix, recruté pour « ses capacités de gestion
des fortes croissances et ses talents opérationnels ». Ces derniers ne seront pas de trop pour
relever les défis fixés par l’entreprise présente dans 46 pays.
A. B.
FRANÇOIS ASSELIN, hier,
dans le studio du Figaro.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
www.lefigaro.fr/decideurs
â MAXENCE DELORME
Autorité des marchés
financiers - AMF
Le magistrat, diplômé de droit pénal
et politique criminelle en Europe, est
nommé à la tête de la Direction de l’instruction et du contentieux des sanctions (DICS). Il
était depuis 2016 vice-procureur, chef du pôle
économique et financier au parquet du tribunal de grande instance de Nanterre. Il est aussi
conseiller auprès de la présidente de la commission des sanctions, Marie-Hélène Tric.
Auparavant, Maxence Delorme a œuvré successivement aux ministères de la Justice, de
l’Économie et de l’Écologie et du Logement.
â CHARLES DE LAURISTON
Activa Capital
Après Ethifinance et Gefip, à seulement 26 ans, ce diplômé de l’EM
Lyon et d’Oxford Brookes University devient chargé d’affaires ESG et transformation digitale de la société de capitalinvestissement.
â HÉLÈNE BARDY
C&A
En provenance de Leclerc, Hélène Bardy rejoint l’enseigne en pleine restructuration en
France pour diriger le réseau de magasins.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 13 septembre 2018
TECH
23
Apple, des smartphones toujours plus grands
Le groupe marque un point dans
sa course contre son rival Samsung.
Son iPhone Xs Max offre l’écran
le plus imposant du marché.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
ÉLECTRONIQUE Il est des rendez-vous qui marquent l’actualité
d’un secteur. Apple a imposé son
propre calendrier à toute l’industrie du smartphone, loin des
grands salons mondiaux dédiés à
la téléphonie ou à l’électronique
grand public. La « keynote »
d’Apple de septembre, consacrée
au lancement de ses nouveaux
iPhone sonne comme un rituel
immuable. À ceci près que, en
onze années d’exercice, la marque a étoffé sa gamme et fait
grandir ses iPhone Xs et Xs Max.
L’importance d’Apple dans le
secteur ne se mesure pas tant à sa
part de marché, qui oscille entre
12 % et 15 %, qu’à son poids financier et à son influence sur ses
concurrents (lire ci-dessous).
L’année dernière, les ventes
d’iPhone représentaient à elles
seules le tiers des 480 milliards de
dollars générés par ce marché,
“
En onze ans, Apple
a multiplié le prix
de ses téléphones par
un peu plus de deux
”
soit 151 milliards de dollars.
Il est donc tentant de capitaliser sur le succès. Les iPhone Xs et
Xs Max s’inscrivent dans la lignée
de l’iPhone X, lancé en 2017 et
célébrant les dix ans de l’iPhone.
Ils en conservent le design, en
poussant la logique de l’écran
bord à bord. Celui de l’iPhone Xs
passe à 5,8 pouces (14,9 cm de
diagonale) et celui du Xs Max est
encore plus grand (6,5 pouces),
doté d’une technologie Oled, qui
offre un meilleur contraste des
couleurs et plus de luminosité.
Apple a aussi mis l’accent sur la
qualité de la prise de vue, avec
des capteurs douze mégapixels
dotés de diverses fonctions dédiées à l’amélioration de la prise
de vue, comme les stabilisateurs.
La photo est un élément clef dans
le choix d’un téléphone, notamment chez les millennials accros
aux selfies.
En onze ans, Apple a multiplié
le prix de ses téléphones par un
peu plus de deux. Certes, dans
l’intervalle, les écrans sont devenus plus grands, la mémoire est
passée de 8 GB à 512 GB, les capteurs photos rivalisent avec ceux
des reflex et il y a bien longtemps
que l’iPhone est plus puissant que
l’ordinateur qui a servi à envoyer
le premier homme sur la Lune.
Mais le coût de fabrication, régulièrement décortiqué, n’a pas
augmenté dans les mêmes proportions. En revanche, les dépenses marketing consenties par la
marque contribuent à un faire un
des plus importants annonceurs.
Cela correspond à son positionnement marketing. Apple s’ancre
résolument sur le haut du marché, là où se trouvent les marges
les plus élevées et les revenus récurrents les plus importants. Les
détenteurs d’iPhone sont les plus
gros consommateurs de services
par abonnement, parmi lesquels
figurent ceux de la marque, tels
Apple Music, iTunes ou iCloud.
Or, plus l’écran du smartphone
est grand, plus les consommateurs sont enclins à acquérir des
contenus payants !
Si elle paraît plus anecdotique
au vu des revenus engrangés (et
gardés secrets par la marque), la
nouvelle montre d’Apple, la
Watch Série 4, n’en est pas moins
importante dans le dispositif du
californien. Elle serait la montre
connectée la plus vendue dans le
monde. Accrochée au poignet de
son utilisateur, elle est une formidable source d’information
pour la firme. Or, la santé fait
partie des relais de croissance
identifiés par Apple. La nouvelle
montre de la marque devrait, par
exemple, pouvoir alerter son
propriétaire sur d’éventuels risques cardiaques. Elle est aussi la
première à intégrer un électrocardiogramme. La montre est
d’ailleurs certifiée par les autorités sanitaires américaines (FDA),
ce qui en fait un dispositif médical à part entière. Elle est vendue
399 dollars et 499 dollars dans sa
version avec eSIM.
La firme apporte ses réponses à
la question très en vogue de l’addiction aux smartphones, par le
biais de la mise à jour de son système d’exploitation iOS 12. Ce sujet, tout à fait dans l’air du temps,
peut prêter à controverse : comment peut-on à la fois vendre des
terminaux et des contenus et prôner pour une moindre utilisation ? Parmi les évolutions comprises dans iOS 12 figure une
diminution des notifications ou
encore un tableau de bord permettant de mesurer le temps passé sur les différentes applications.
C’est un moyen d’encourager
chacun à prendre ses responsabilités face à son écran… voire à poser son smartphone. ■
Tim Cook, PDG d’Apple, présente l’iPhone Xs, mercredi à Cupertino (Californie).
MARCIO JOSE SANCHEZ/AP
Une marque copiée dans ses moindres détails
Apple n’a
« pas
tout
inventé.
La marque
a même
une réelle
capacité
à s’inspirer,
elle aussi,
des bonnes
idées de ses
concurrents
pour les faire
siennes…
et les
imposer
à toute
l’industrie
»
Une grande façade blanche vitrée,
de vastes tables en bois sur lesquelles sont disposés des smartphones… Le promeneur distrait pourrait se croire dans un Apple Store,
si ce n’était les logos orange de la
marque Mi ornant les murs. Le fabricant chinois Xiaomi, quatrième
plus gros vendeur de téléphones
mobiles dans le monde, n’en fait
pas mystère : il a pris Apple pour
modèle. Poussant le souci du détail
jusqu’à copier ses magasins, le format de la présentation de ses produits et, bien sûr, les téléphones
eux-mêmes. Le Mi8 de Xiaomi
s’est même vu décerner le titre de
« meilleure copie de l’iPhone X »
par nombre de spécialistes de la
technologie ! D’autant que le
smartphone est quatre fois moins
cher que l’original.
Le groupe chinois n’est pas le
seul à s’être fortement inspiré
d’Apple pour ses téléphones. Samsung avait fait de même au début
des années 2010, enclenchant des
procès en cascade entre les deux
groupes. L’année dernière, Apple
était le premier à introduire une
nouvelle forme d’écran pour ses
iPhone X, avec un signe distinctif
bien précis, le notch. Il s’agit d’une
encoche noire qui accueille le capteur photo pour selfies. Il n’aura
pas fallu très longtemps pour que la
concurrence l’adopte. Xiaomi et
Huawei ont sorti leurs terminaux
six mois plus tard, privant de facto
Apple d’un moyen de se différencier de ses concurrents. C’est bien
tout le problème. Comment rester
original dans un secteur aux pratiques très souples ? Quelques mois
suffisent pour qu’une bonne idée
se retrouve chez les concurrents.
La liste des pratiques lancées par
Apple et reprises par ses rivaux est
longue,
couvrant
tous
les
domaines.
“
Quelques mois
suffisent pour qu’une
bonne idée se retrouve
chez les concurrents
”
Cela a commencé par les emballages, passés du carton brut à la jolie boîte, façon parfumerie. Copiés
par tous les fabricants. Le groupe
dirigé par Tim Cook avait joué la
carte de l’originalité avec des
écouteurs blancs, puis ses Air Pods,
qui se glissent dans les oreilles, sans
fil. Copiés. Les dos de smartphones
verrés. Copiés. En aluminium. Copiés. La couleur dorée. Copiée. Le
format des conférences de presse.
Copié. Pire, lors de celles-ci,
l’iPhone est souvent la référence
choisie par ses compétiteurs. Le
paroxysme a sans doute été atteint
lors de la présentation du Huawei
P20 au printemps dernier. Richard
Yu, le président du groupe, a enchaîné les tableaux comparatifs des
performances du P20 et de l’iPhone X, au point de lasser l’assistance. Ce qui est finalement une belle
reconnaissance pour Apple, élevé
au rang de référence par ses
concurrents les plus sérieux.
Certes, Apple n’est pas toujours
le premier à lancer un nouveau
design. Samsung l’a devancé dans
le domaine des smartphones à
grand écran, faisant figure de précurseur avec ses Galaxy Note.
Huawei a été le premier à commercialiser un mobile avec un
double capteur photo à l’arrière.
De même, la double carte SIM a été
inventée dans les années 2000, popularisée par Nokia dix ans plus
tard, avant de s’étendre à un grand
nombre de fabricants. Seul Apple
la boudait.
Alors, certes, Apple n’a pas tout
inventé. La marque a même une
réelle capacité à s’inspirer, elle
aussi, des bonnes idées de ses
concurrents pour les faire siennes…
et les imposer à toute l’industrie.
Comme cela a été le cas pour le lecteur d’empreinte digitale. Mieux,
Apple a réussi à endosser le costume de la marque de haute couture,
laissant à ses poursuivants le vaste
marché du prêt-à-porter. ■
E. B.
LA SÉANCE DU MERCREDI 12 SEPTEMBRE
JOUR
%VAR.
+1,57
+0,14
-0,06
+2,63
-0,15
+0,34
-0,06
+0,08
+1,17
+1,97
-0,51
0
-0,16
+1
+3,93
+3,43
+0,69
+0,58
+2,39
-0,32
+HAUTJOUR
42,72
106,8
107,6
25,215
101,65
21,98
50,76
36,19
108,5
16,53
12,18
65,09
12,46
122
557,8
455,3
204,1
63,14
291,25
100
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
41,93
0,354 -0,79
105,45
0,173 +0,67
105,74
0,109 +28,55
24,585 0,06 -7,17
100,45
0,184 -16,89
21,8
0,182 -11,36
50,33
0,257 -18,71
35,76
0,178 -16,76
106,9
0,354 +9,47
16,06
0,902 -9,7
12,026 0,174 -12,38
64,73
0,306 -7,32
12,3
0,2
-13,15
120,6
0,243 +5,79
538,6
0,035 +24,32
443,6
0,103 +24,64
201,2
0,024 +10,03
62,24
0,066 -2,32
285,55
0,058 +18,48
98,04
0,105 -17,19
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................13,69
0
PERNOD RICARD ..................................
134,8
+0,37
PEUGEOT ..............................................
23,62 +2,7
♣ 51,64 -0,27
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
70,5
+0,46
SAFRAN ..............................................117,8
+0,26
SAINT GOBAIN ..................................
36,01 +0,6
SANOFI ..............................................74,61
+1,83
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
68,4
+1,69
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
35,165 -1,11
SODEXO ..............................................89,38 +2,01
SOLVAY ..............................................
110,45 +0,14
STMICROELECTRONICS .............................
15,255 -3,84
TECHNIPFMC ..................................26,24 +3,76
TOTAL .............................................. 53,88 +1,7
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
173,04 +1,07
VALEO .............................................. 35,68 +1,11
VEOLIA ENVIRON. ..................................
17,805 -0,67
♣
VINCI .............................................. 80,76 -0,25
VIVENDI ..............................................22,03 +0,73
+HAUTJOUR +BAS JOUR
13,71
135
23,65
52,24
71
118,3
36,115
75
68,9
35,645
89,44
111,45
16,025
26,41
53,99
173,38
36
17,93
81,08
22,08
13,59
133,45
23,05
51,64
69,78
116,65
35,52
73,45
67,18
34,905
87,78
110,1
15,035
25,43
53,1
170,42
35,25
17,725
80,5
21,88
%CAP.ECH
0,049
0,059
0,126
0,059
0,11
0,065
0,112
0,057
0,151
0,466
0,037
0,034
0,141
0
0,08
0,071
0,597
0,176
0,159
0,047
31/12
-5,42
+2,16
+39,31
-8,84
-15,98
+37,12
-21,68
+3,84
-3,47
-18,32
-20,23
-4,7
-16,2
+1,51
+17,02
-42,7
-16,31
-5,16
-1,74
HERMÈS INTERNATIONAL RENFORCE ENCORE SES MARGES
Le groupe de luxe français Hermès International a une fois de plus impressionné
les investisseurs par la vitalité de ses performances. Le maroquinier de la rue du
Faubourg-Saint-Honoré fait état d’une
croissance organique de ses ventes de
11,2 % sur les six premiers mois de l’année,
tirée notamment par la division vêtements et accessoires grâce à la très forte
progression du prêt-à-porter masculin et
des chaussures. Alors que certains analystes s’inquiètent de l’évolution de la demande chinoise, avec la baisse de la Bourse de Shanghaï et le conflit commercial
avec les États-Unis, Axel Dumas, gérant
du groupe, a confirmé ne percevoir, à ce
jour, « aucun changement » dans la demande de ce côté-ci. L’activité est soute-
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,6268
1,5137
0,8903
9,0934
129,13
1,1277
1,1585
3,236
11,103
7,3781
20,815
7,9588
83,6705
137,1828
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33490
33000
-3,63
NAPOLEON ..................................................... 199,4
193
-3,62
PIECE 10 DOL USA .....................................................
551
551
-6,29
PIECE 10 FLORINS .....................................................
205
205
-3,67
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1130
1130
-3,25
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
200
200
-1,96
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
287
287
-5,9
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1241
1258
-5,27
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
100
109
-8,93
PIECE SUISSE 20F .....................................................
193,7
190
-4,44
PIECE LATINE 20F .....................................................
193
193
-4,88
SOUVERAIN ..................................................... 252,8
245
-3,03
KRUGERRAND .....................................................1097,5
1097,5
-1,9
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
277,55 10/09/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
47,69 10/09/18
BELLATRIX C ................................................
328,93 10/09/18
SIRIUS ................................................54,69 10/09/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
nue dans tous les métiers du groupe et
dans toutes les régions où il opère. Le résultat opérationnel courant progresse de
6 % et porte la marge correspondante à
un niveau record de 34,5 %. Le bénéfice
net s’envole de 17 % à 708 millions d’euros,
en partie grâce à une plus-value de cession d’un immeuble à Hongkong. Retraité
de cet élément exceptionnel, il affiche
tout de même une hausse de 8,3 %. Son
positionnement unique et un pricing
power (pouvoir de fixation des prix) très
important compensent les effets de
changes qui ont pourtant été très pénalisants au cours du premier semestre. « Le
vrai sujet, c’est le processus de production », précise Axel Dumas. Le groupe
souhaite préserver son modèle artisanal,
avec une attention particulière portée à la
qualité des matières premières utilisées.
La valeur qui a intégré l’indice CAC 40 le
18 juin signe à 554,80 euros une progression de 24,30 % depuis le début de l’année.
Ses multiples de valorisation sont de loin
les plus élevés du secteur, à 38,5 fois les
résultats estimés pour 2019, contre 20,68
pour LVMH et pour 17,82 pour Kering. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 42,66
♣
AIR LIQUIDE ..................................
105,75
AIRBUS ..............................................106,7
ARCELORMITTAL SA ..................................
25,17
ATOS .............................................. 100,85
AXA ..............................................
21,925
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
50,6
BOUYGUES ..............................................
36,05
CAPGEMINI ..............................................
108,25
CARREFOUR ..............................................
16,29
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,092
DANONE ..............................................64,83
ENGIE .............................................. 12,45
ESSILOR INTL. ..................................121,6
HERMES INTL ..................................554,8
KERING ..............................................455,3
L'OREAL ..............................................
203,5
LEGRAND ..............................................62,7
LVMH .............................................. 290,75
♣
MICHELIN ..............................................
99
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO
24
MÉDIAS et PUBLICITÉ
L’Europe adopte un droit voisin pour la presse
Les géants d’Internet devront mieux rémunérer les éditeurs de presse et les artistes.
CHLOÉ WOITIER£@W_Chloe,
ENGUERAND RENAULT £@ @erenault
PRESSE Fin du suspense. Alors
que le scrutin s’annonçait extrêmement serré, la directive sur le
droit d’auteur, défendue depuis
deux ans par l’eurodéputé allemand Axel Voss, a été adoptée à
une large majorité par le Parlement
européen à Strasbourg. Les députés
se sont dits pour à 438 voix, contre
à 226, avec 39 abstentions. « Je suis
fier que la France ait été à la pointe
de ce combat », a salué le président
Emmanuel Macron. « L’Europe politique a apporté la plus belle des
preuves de sa capacité à protéger
notre modèle culturel », a ajouté la
ministre de la Culture, Françoise
Nyssen. L’eurodéputé Axel Voss,
longuement applaudi par ses pairs,
s’est réjoui de l’issue du scrutin.
« C’est un excellent message envoyé
aux industries créatives européennes », a-t-il déclaré dans l’Hémicycle.
La directive consacre dans son
article 11 la création d’un droit voisin au droit d’auteur pour les éditeurs de presse. Ce droit leur donnera les armes juridiques pour
négocier une plus juste répartition
“
Je suis fier que
la France ait été à la
pointe de ce combat
EMMANUEL MACRON
”
de la valeur avec les plateformes
Internet, comme Google, Facebook
ou Twitter (lire ci-dessous). Une
nécessité pour l’industrie des médias, alors que les Gafa captent la
quasi-intégralité des investissements publicitaires sans rémunérer
ceux qui produisent les contenus
pour nourrir leurs tuyaux. « C’est
un vote historique pour la presse et la
démocratie », se sont félicitées ensemble les associations européennes des éditeurs de journaux et des
magazines, ENPA et Emma. « Cette
réforme va au-delà de la reconnaissance d’un droit voisin. C’est un vote
en faveur de la démocratie et de la liberté de la presse, déclare au Figaro
Carlo Perrone, le président de
l’ENPA. Ce droit va permettre de
trouver un nouveau modèle économique viable pour les médias. »
Les eurodéputés ont opté pour la
version du rapporteur Voss de l’article 11. Elle protège tout contenu
issu d’un média qui serait reproduit
sur Google ou Facebook, à l’exception de son lien hypertexte (URL) et
de « quelques mots » (individual
words). Même les « snippets », ces
très courts extraits des articles de
presse que l’on peut lire dans une
recherche Google ou sur les vignettes des articles partagés sur Twitter
ou Facebook, sont concernés. Les
médias y tenaient. Selon une étude
L’eurodéputé allemand
Axel Voss (en bas,
au centre) applaudi
par ses pairs, hier,
au Parlement européen,
à Strasbourg,
lors de l’adoption de
la directive sur le droit
d’auteur qu’il défend
depuis deux ans.
VINCENT KESSLER/REUTERS
de la Commission européenne, près
de la moitié des internautes se
contentent de lire ces « snippets »
pour s’informer, sans jamais cliquer sur les liens. La directive précise que ces protections ne concernent que les contenus issus des
médias. Les internautes pourront
continuer à s’échanger gratuitement des liens, et les encyclopédies
en ligne comme Wikipédia pourront toujours pointer et citer comme source des articles de presse.
La directive Voss consacre également une meilleure rémunération
des artistes (chanteurs, compositeurs, vidéastes…) sur Internet.
D’après le mouvement britannique
#LoveMusic, une chanson écoutée
un million de fois sur YouTube ne
rapporte aujourd’hui que 600 euros
à l’artiste concerné. Les plateformes devront aussi veiller à ce
que les contenus mis en ligne n’enfreignent pas le droit d’auteur. Ces
obligations ne concerneront pas les
plus petits acteurs du marché.
L’adoption de la directive constitue l’épilogue d’un affrontement
violent entre le camp des « pro » et
des « anti », caractérisé par d’importants moyens de lobbying. Le
point d’orgue de la campagne des
« anti », mené par les grandes plateformes Internet d’un côté et les
partisans d’un Internet libre et non
régulé de l’autre, fut le rejet d’une
première mouture du texte le
5 juillet par le Parlement. La directive était accusée de « taxer les
liens », de « censurer les contenus »
et de menacer le partage de l’information.
En retour, les « pro » (industries
culturelles, certains artistes, médias) ont repris la main ces dernières semaines en organisant de
larges campagnes d’information
dans la presse pour sensibiliser
l’opinion. De nombreux journaux
avaient notamment publié dans
plusieurs pays une tribune du
grand reporter de l’AFP Sammy
Ketz, qui alertait sur la paupérisation galopante des médias et le risque de ne plus avoir de journalistes
sur les terrains de guerre. « Cette
victoire est la reconnaissance du fait
que le travail des médias a une valeur
qui doit être équitablement rémuné-
rée, se réjouit Christine Buhagiar,
directrice de la région Europe de
l’AFP. Le droit voisin existe déjà
dans la musique, et il a fait ses preuves. Son adoption par les plateformes
n’est donc pas insurmontable. »
Le monde de la culture en France
se félicite aussi de cette victoire.
« L’Europe tourne une page, celle de
la fin de l’impunité des géants de
l’Internet. Ce faisant, le droit
d’auteur s’adapte au numérique en
rééquilibrant le rapport de forces »,
se réjouit la SCAM (société
d’auteurs). « Cette décision du Parlement est le signe d’une Europe qui
avance et qui n’entend pas devenir
une colonie numérique », saluent
l’ARP (cinéastes), la SACD (auteurs)
et la SRF (réalisateurs). « Rappelons
la finalité de cette directive : des artistes, auteurs et interprètes toujours
aussi visibles sur la Toile, mais mieux
rémunérés, et gardant un contrôle
sur leurs œuvres », souligne la Sacem (musique). « Le vote de ce matin est une avancée majeure pour la
diffusion des œuvres européennes et
la protection de nos créateurs ! » se
réjouit Frédérique Bredin, présidente du CNC (cinéma).
Sans surprise, les Gafa ont déploré le résultat du vote. « Les droits
voisins vont restreindre le partage de
l’information en ligne, tout comme
les filtres de contrôle vont réduire la
possibilité de mettre en ligne des
contenus. Ce sont des mauvaises
nouvelles pour les citoyens européens », affirment-ils par le biais de
leur lobby, EDiMa.
Défenseur du droit voisin,
l’eurodéputé Jean-Marie Cavada
appelle à ne pas baisser la garde.
« Les grandes industries du numérique ne tarderont pas à trouver une
riposte si nous nous contentons de ce
premier pas, écrit-il. J’appelle, dans
la perspective de la prochaine étape,
à la lucidité et à une courageuse mobilisation. » ■
Les prochaines étapes avant l’adoption définitive de la directive
Nous
« souhaitons
que les
institutions
européennes
adoptent
définitivement
cette directive
au printemps
2019
»
CARLO PERRONE,
PRÉSIDENT DE L’ENPA
C’est une victoire majeure qu’ont
remportée ce mercredi les partisans de la directive droit d’auteur,
et plus particulièrement les éditeurs de presse. Mais tous vont
devoir s’armer de patience avant
de pouvoir récolter les fruits de la
création d’un droit voisin. Les
discussions européennes ne sont
en effet pas finies. Les trois grandes institutions - Parlement européen, Conseil de l’Europe, Commission européenne -, qui se sont
chacune exprimées sur la directive, vont désormais devoir travailler sur un texte commun. Ces
négociations à huis clos, nommées trilogues dans le jargon
bruxellois, devraient prendre plusieurs mois. Le texte final devra
ensuite être validé une dernière
fois par le Parlement, ce qui devrait être une formalité. « Nous
souhaitons que les institutions
européennes adoptent définitivement cette directive avant la fin de
la présente législature, soit au
printemps 2019 », note Carlo Perrone, président de l’Association
européenne des éditeurs de presse
quotidienne (ENPA).
Ensuite, la balle sera dans le
camp des États membres. Les
vingt-sept pays de l’Union devront transposer la directive dans
leurs droits nationaux. Ils pourront opter pour des textes plus
durs, mais en aucun cas moins
contraignants que ce qu’a voté
l’Union européenne. Les discus-
sions parlementaires seront l’occasion de préciser les modalités
pratiques de la mise en œuvre du
droit voisin. L’ENPA espère que
ces transpositions seront achevées
au cours de l’année 2020.
Gestion collective
« Entre-temps, nous sommes favorables à l’ouverture de négociations
avec les Gafa afin de préparer au
mieux l’application de ce nouveau
droit », poursuit Carlo Perrone. Il
faudra, en effet, négocier avec les
plateformes les sommes reversées
aux médias. Comment seront-elles calculées ? Sur quelle assiette ?
Y aura-t-il des contreparties ? Des
sociétés de gestion collective, sur
le modèle de la Sacem, devront
probablement être mises en place
pour collecter puis reverser ces
redevances aux médias. Au sein
des rédactions, des négociations
s’ouvriront pour que les journalistes touchent aussi leur part.
Reste une question centrale : les
Gafa joueront-ils le jeu ? En Allemagne et en Espagne, des tentatives de mise en place d’un droit
voisin se sont soldées par le déréférencement sur Google de certains médias, ou la suppression de
la version nationale de Google
News. Les partisans de la directive
parient sur le fait que les plateformes auront plus de scrupules à
rayer de la carte l’intégralité d’un
Continent, fort de 500 millions
d’internautes. ■
E. R. ET C. W.
ZOOM
L’institut BVA prend 30 % du capital de Babel
Adossée au groupe d’études, l’agence de Laurent Habib veut doubler de taille en quatre ans.
BVA ET BABEL
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
EN CHIFFRES (2018)
200
millions d’euros
Chiffre d’affaires de BVA
19
A
millions
Marge brute de Babel
COMMUNICATION La participation est minoritaire, mais elle est
décisive pour le développement de
Babel. L’agence fondée et présidée
par Laurent Habib, un ancien dirigeant d’Havas, doit annoncer ce
jeudi la montée à 30 % de son capital de la société d’études et de
conseil BVA. Coup double pour Babel, qui cherchait les moyens de financer sa croissance et devrait bénéficier, grâce à ce jumelage, du
savoir-faire de BVA dans l’analyse
des données et leur enrichissement
qualitatif pour les rendre opérationnelles sur le terrain.
L’accord signé fin juillet entre les
deux sociétés prévoit une augmentation de capital, dont le montant
n’a pas été divulgué, le rachat par
BVA de plusieurs minoritaires ainsi
qu’une émission d’obligations
convertibles en actions. Laurent
Habib, qui a créé Babel en 2012, restera actionnaire majoritaire avec un
peu plus de la moitié du capital. La
valeur d’entreprise (dette comprise) de Babel serait d’au moins
25 millions d’euros. L’agence emploie actuellement 190 salariés pour
une marge brute de 19 millions
d’euros.
En s’alliant à BVA (200 millions
d’euros de chiffre d’affaires prévus
cette année), numéro 3 français des
études après Ipsos et Kantar, Laurent Habib, qui fut dans les années
2000 l’un des artisans du succès
d’Euro RSCG C&O (aujourd’hui Havas Paris), ambitionne de doubler sa
marge brute en quatre ans « pour
atteindre la taille de l’agence TBWA
Paris et conforter notre rang de leader parmi les agences généralistes
indépendantes ».
L’augmentation de capital devrait principalement servir à financer des acquisitions dans les univers
du design, du e-commerce ou de la
réputation en ligne, afin de compléter l’offre existante organisée en pôles d’expertises (branding, création
de contenus, gestion de réputation,
engagement et acquisition, accompagnement de la transformation).
Analyse comportementale
Le profil très « consulting » de Babel
devrait être renforcé dans le cadre
de son alliance avec BVA. « Quand
on ajoute les études et la création à la
stratégie par la communication, on
peut offrir un accompagnement de
haut niveau intégrant une analyse
poussée du comportement des clients
et son anticipation », poursuit Laurent Habib.
Pour Gérard Lopez, président du
directoire de BVA, « notre collabo-
ration avec Babel va permettre d’accroître notre capacité à prototyper
des outils qui nous aideront à
conseiller nos clients engagés dans
un processus de transformation. Ils
se transforment, nous aussi. »
Contrôlé depuis l’an dernier par
le fonds Naxicap, BVA poursuit en
France le mouvement récent de
rapprochement entre les milieux de
la communication et des études, qui
s’accélère à mesure que l’expertise
publicitaire et sa plus-value se
concentrent sur l’exploitation utile
des données numériques. Fin 2015,
le groupe Havas s’était ainsi emparé
de l’institut CSA. Quant au leader
mondial de la communication
WPP, il réfléchit actuellement à la
manière de mieux intégrer dans ses
activités les ressources énormes
dont dispose sa filiale Kantar,
numéro un mondial des études
marketing. ■
CONTENU TERRORISTE
SUR LE WEB : L’EUROPE
PASSE AUX SANCTIONS
£ La Commission européenne
a présenté un projet de
réglementation pour obliger
Google, Facebook, Twitter et
d’autres plateformes à retirer
tous les contenus terroristes
au maximum une heure après
leur signalement. Celles qui
ne respecteraient pas ce délai
s’exposeraient, sous certaines
conditions, à une amende
pouvant atteindre 4 %
du chiffre d’affaires global
de leur exercice précédent.
Le projet prévoit aussi
que les gouvernements des
28 États membres créent les
capacités d’identification des
contenus extrémistes et
prévoient des procédures
d’appel. Selon Europol,
quelque 150 plateformes en
ligne, situées pour la plupart
hors de l’UE, hébergent des
contenus à caractère terroriste.
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jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 043 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
DISPARITION
JARDIN
RACHID TAHA,
FIGURE DU ROCK
FRANÇAIS
APRÈS SIX ANS DE TRAVAUX,
LE PARC DU CHÂTEAU
D’ANCY-LE-FRANC A RETROUVÉ
SA SPLENDEUR. VISITE PAGE 29
PAGE 28
BLANCHE GARDIN
La tata
flingueuse
Trois spectacles
et une prestation
très culottée lors
de la Nuit des Molières
ont fait de l’impétueuse
humoriste une star.
« Bonne nuit Blanche »,
son nouveau spectacle,
affiche complet
à Paris. Enquête sur
un phénomène.
ARNO LAM
PAGE 26
Le Festival Images Vevey, extravagance à la suisse
PHOTOGRAPHIE La jeune biennale des arts visuels fait souffler un vent de jeunesse et de folie avec cette sixième édition,
sur les bords du lac Léman, dont le thème est l’extraordinaire. Un cru tonique et frais pour montrer la photo autrement.
Valérie Duponchelle
vduponchelle@lefigaro.fr
st-ce bien raisonnable ? Sur l’herbe velours du parc du Panorama, à Vevey,
Claudia Schiffer, super modèle des années 1990,
pointe son joli minois de poupée à l’air libre et sourit en
éternelle pin-up. En inspectant
ce visage si célèbre, on voit bien
que le sosie qui partage avec elle
l’affiche ne pourrait être que
son jeune frère.
Espagnol d’Oviedo mince
comme une brindille et blond
comme les blés, Pachi Santiago
est depuis l’enfance fasciné par
le mannequin qui ressemble à
« la femme-chat » qu’il dessinait en rêvant et à sa mère,
« sosie de Brigitte Bardot ». À
force d’étudier ses photos, il a
E
NICOLAS MESSYASZ/ABACA, PACHI SANTIAGO
intégré ses poses et ses caractéristiques. Le voici donc, parfois
indécelable, à ses côtés. Le résultat est troublant, ingénu, entre la movida tendre et la presse
people espagnole, concierge
imbattable par son eau de rose.
La Droguerie est l’un des
nouveaux lieux d’une biennale
gonflée à bloc qui a déjà montré
de la photographie littéralement en herbe et des clichés
noyés sous l’eau du lac Léman.
Cibles tournantes
Le 6, rue du Théâtre, lieu central et abandonné, est arrivé
tard dans le montage de cette
6e édition. En sous-sol, là où les
pharmaciens œuvrèrent avec
leurs produits chimiques, Les
Catacombes de Mr. Skeleton font
danser le génial chorégraphe
Martin Zimmermann sur douze
courts-métrages en stop motion. Entre Buster Keaton et
L’Étrange Noël de Monsieur Jack
de Disney d’après Tim Burton
(1993). À l’image, le Suisse
Augustin Rebetez, révélé par le
tout premier Festival Images
Vevey, et, depuis, comète qui a
déjà eu les honneurs de la Biennale de Sydney en 2014. Le résultat est enchanteur, poésie et
Copying Claudia est l’un des
61 projets qui réunissent 58 artistes de 19 pays différents pour
la 6e édition du festival Images
Vevey, jusqu’au 30 septembre.
Le thème choisi cette année par
Stefano Stoll, son fondateur et
son moteur nucléaire, est « Extravaganza ». Montrer la photo
hors de l’ordinaire est une
question de sujet, de timing et
aussi de mise en scène. C’est ce
pur Suisse, optimiste et pragmatique, qui a eu l’idée de mettre les photos de Pachi Santiago
sur des cibles tournantes, comme ces jouets du XIXe siècle qui
défient l’optique. Né en 1974 à
Zurich, ce « Mr Cool » en pana-
Tatouages et haka
Copying Claudia, de Pachi Santiago, d’après une photographie
de Joachim Baldauff.
ma, tee-shirt codé et costume
de lin est un doux mélange entre histoire de l’art et strictes
études d’économie. Sous son
impulsion fonceuse de toréador, cette biennale SDF s’invente à chaque fois et trouve la
niche parfaite pour chaque
idée. La performance est de
taille dans une ville où la frénésie immobilière garde son pesant d’or. Images Vevey est un
festival résolument grand public et tous publics, gratuit. Un
révolutionnaire en habit de
gentleman.
burlesque intimement mariés.
Sous les colonnes de La Grenette, les portraits géants d’un
gang historique de NouvelleZélande, visages rudes tatoués
jusqu’à en devenir bleus, trônent entre soleil et pénombre.
Un leader massif et édenté est
venu des antipodes avec dix
étudiants de son école maorie
pour se faire entendre : ils ont
fait un haka (rituel des insulaires du Pacifique Sud) sur la scène en l’honneur du jeune photographe, Jono Rotman.
Dans l’ancienne prison de la
ville de Vevey, Angélique Stehli
transforme une cellule monacale très Le Corbusier en bonbon rose pâle censé réduire
l’agressivité (Pink Cells). Erwin
Wurm l’Autrichien réduit la
maison familiale à un mètre de
largeur : tout y est compressé,
le lit, les tongs, les tableaux, les
toilettes. Cette Narrow House
montre que l’art visuel est un
continent sans fin. ■
A
MORCEAU CHOISI
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jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
Blanche Gardin,
coqueluche fêlée
I
Bonne nuit Blanche,
à partir du 13 septembre
à l’Européen
(www.leuropeen.paris)
et en tournée
dès janvier 2019
Première femme
à avoir reçu
un Molière
de l’humour,
la quadragénaire
affiche complet
à l’Européen
avec un nouveau
spectacle féroce,
« Bonne nuit
Blanche ».
Retour sur un
phénomène.
l y a eu un avant et un aprèsMolière. L’après a été un « tsunami ».
L’intervention de Blanche Gardin, qui
s’est remis le trophée de « l’humour et
de la discrimination positive » lors de la
30e cérémonie, en mai dernier, a provoqué un coup de tonnerre. « Je suis la
seule femme nommée l’année de l’affaire
Weinstein. C’est l’histoire de ma vie. Le
jour où j’ai un prix, il n’a aucune valeur…
J’ai l’impression d’être un Rebeu du 93
qui vient d’être admis à Science Po », a
lâché son héroïne en sage robe noire.
« Cinq mille places ont été achetées à
l’Européen le lendemain de la cérémonie », se souvient Jessie Varin, la directrice artistique de La Nouvelle Seine, qui
accueille l’artiste de 41 ans depuis ses
débuts, en 2014. Depuis deux mois,
Bonne nuit Blanche, le nouveau spectacle, son troisième interdit aux moins de
17 ans, affiche complet et a été prolongé. Notamment grâce au bouche-àoreille de ses fans toujours plus nombreux sur les réseaux sociaux.
En mars dernier, lors de la 43e cérémonie des Césars, peu après le mouvement «MeToo», Blanche Gardin s’était
L’ancienne étudiante
déjà distinguée : « Est-ce que nous, on a
en sociologie à Nanencore le droit de coucher pour avoir les
terre dit effectivement
rôles ? Parce que si on n’a plus le droit, il
sans tabou et avec une
faudra… apprendre des textes, passer
franchise désarmante
des castings, et on n’a pas le temps, franchagrin d’amour, preschement… » Jessie Varin raconte que
sion sociale que subit la
Loïc Prigent, le journaliste spécialisé
célibataire, deuil, sexe,
dans la mode, a tweeté : « Quoi t’as pas
mort. Elle aime « écouter les
vu le spectacle de Blanche Gardin, t’as
gens parler », à la radio,
raté ta vie ! » Et la responsable de la
France Culture et Inter (elle
Nouvelle Seine d’ajouter : « Elle défie
n’a plus la télévision depuis
toutes les lois marketing et de promotion
plus de vingt ans). « Elle a atteint
du spectacle. On est loin de la dictature
un palier sociologique et un rapport à
des billets vendus en ligne. » Pour Bonne
l’intime, elle va chercher toutes nos
nuit Blanche, il n’y a pas eu de campagne
failles, nos peurs et une part de notre
d’affichage dans la capitale.
folie, elle a libéré cette parole-là. Les
Bien malgré elle, celle que tout le
gens se disent : “On n’est pas seuls à
monde appelle désormais « Blanche »
éprouver tel ou tel sentiment” »,
déchaîne les passions : « Le Molière a été
commente Jessie Varin.
une montée en puissance. C’est
« Il y a un processus
invraisemblable !, s’emballe
d’identification, confirGérard Sibelle, le découme Papy. Elle avait
vreur de Laurent Gerdéjà des textes hors
ra. Il n’y a pas un vil« Adultes à partir
du commun, très
lage où on ne me
de 17 ans », bobos,
écrits. Elle a ce
parle pas d’elle, des
cadres,
branchés,
côté écorché vif
chefs d’entreprise
me demandent comParisiens et provinciaux sociétal, bobo
parisienne,
ment obtenir des plaqu’elle assume. »
ces pour ses spectaPourtant, elle ne
cles, elle est devenue
voulait pas reiconique. »
cru, désenchanté.
monter sur scèRésultat : « Je crois
ne quand le
que ce n’est pas un
La belle au visage
dénicheur de
secret, toutes ces
d’ange traite de sujets
talents
l’a
démonstrations
sociologiques : sexe,
rencontrée, il
d’amour et de souy
a
six
ans.
tien l’ont un peu ancouple, première…
« Elle avait été
goissée et son entoucoloscopie. D’une
traumatisée au
rage a fait le choix
plume brillante
Jamel Comedy
d’interrompre les interClub dans son rapviews », explique Jessie
port avec le plateau,
Varin. « Elle a peut-être trop
les dix minutes où il faut
parlé et a peur de se caricaturer », obfaire rire, la compétition
serve l’actrice Lætitia Dosch, qui la
un peu machiste et l’idée de
trouve « géniale » par ailleurs.
devoir
incarner
la
Angoissée Blanche Gardin ? Le soir
banlieue. »
des Molières, elle a également remercié
Gérard Sibelle, qui a
son thérapeute et ses parents, une mère
œuvré pour la « recherche et le
auteur-traductrice-documentaliste et
développement » à Juste pour rire,
un père professeur de linguistique qui
a remarqué la comique pincelui ont transmis, a-t-elle lancé, cette
sans-rire il y a une douzaine
« belle angoisse de mort ». « C’est queld’années dans des scènes ouverqu’un de fragile et d’hypersensible »,
tes. « Elle avait déjà un style, une
confie Alain Degois, alias Papy, qui a diparole émancipatrice, des écrits en
rigé Blanche dans son premier spectaavance sur notre époque », se soucle, Il faut que je vous parle, après l’avoir
vient-il. Papy a pris en main cette
repérée au Jamel Comedy club.
Blanche « en souffrance » et son
Sans tabou
« bagage littéraire » - la jeune
femme goûte les essais philosoJessie Varin observe : « Elle est arrivée
phiques. L’a encouragée à cultiver
avec une exigence de textes remarquée
son décalage et à occuper une triet remarquable et une prise de parole fébune en solo. « Je lui ai permis de
minine qu’on avait peu entendue, une litrouver une posture, de s’accroberté de ton et des thématiques sociétacher au micro et de donner l’imles avec des sujets durs. » « Elle a
pression de tenir une conversaégalement bénéficié du mouvement sur
tion avec le public alors que ce
l’immaturité et la domination masculine,
n’en est pas une », s’enoroui elle est féministe et correspond à un
gueillit-il.
besoin de l’époque », analyse Gérard Sibelle. « On aime l’humanité toutes les
Bosseuse acharnée de l’avis
deux, mais elle est un peu trop cynique
de tous ceux qui la côtoient,
pour moi, elle déglingue tout, je voudrais
Blanche a inventé un nouqu’elle apporte un peu d’espoir », nuanveau rire, estime Papy : « Le
ce Lætitia Dosch.
rire pourri qu’elle rend presque
Public
Genre
A
Nouveau
spectacle
DÉCRYPTAGE
NATHALIE SIMON
nsimon@lefigaro.fr
Il faudrait
mettre
une photo
de corbillard
dans
les salles
d’attente
Bio
EXPRESS
1977
Naissance
à Suresnes
(Hauts-de-Seine).
2006
Intègre le Jamel
Comedy Club
(Canal +).
2012
Joue dans WorkinGirls
(Canal +).
2014
Donne son premier
spectacle, Il faut
que je vous parle.
2016
Reçoit le prix SACD
du nouveau talent
humour.
2017
Joue Je parle toute
seule à l’Européen,
à Paris.
2018
Reçoit le Molière
de l’humour et joue
Bonne nuit Blanche
à l’Européen.
»
poétique avec
ce qu’elle a en
elle. Elle s’exprime sans filtre
car elle est passée
par des moments de vie
difficiles et possède cette
force de les transformer en spectacle. Il y a un contraste entre son
image de sainte-nitouche et ses
propos parfois violents. Elle est le
miroir de la société et d’une certaine catégorie sociale. Quand c’est
bien amené, on peut rire de tout. »
À l’instar de Pierre Desproges,
que Blanche cite à la cérémonie
des Molières, ou de son idole,
Louis C.K., un acteur de
stand-up américain accusé
d’avoir eu un comportement
exhibitionniste avec des
femmes. « Elle a fait beaucoup de bien au stand-up
français », poursuit Jessie
Varin. « Le milieu du
stand-up est assez pauvre, il y a une dictature
du rire alors qu’il faut du
fond et du sens. Blanche
donne la substantifique
moelle de ce qu’elle a à
raconter », souligne
Papy.
L’artiste est l’une
des rares humoristes
à
s’autoproduire
(elle est la présidente de la société White Spirit Productions, créée en 2016).
« Ça la rend libre, juge
Jessie Varin. Elle crée
des spectacles chaque
année
pendant
que
d’autres tournent avec les
mêmes pendant cinq ou six
ans. Dès qu’elle s’ennuie, elle
passe à autre chose. » « Maintenant, la presse parle des nouvelles
héritières de Blanche Gardin »,
glisse Jessie Varin. « Au sommet,
elle a déjà des disciples, il y a une
école qui est en train de se créer,
mais elle est impossible à détrôner », prédit quant à lui Gérard Sibelle. ■
Être
une bonne
personne,
ça n’existe
pas
»
Leonardo
DiCaprio,
c’est
l’anagramme
de Blanche
Gardin… Ah non,
pas du tout.
Par contre,
« Carpe diem »,
c’est
l’anagramme
de « ça
déprime »
»
J’ai les
seins
qui pendent
dans le vide
affectif…
»
À l’écran, une héroïne
très discrète
Blanche Gardin a une
quinzaine de films,
souvent des comédies, à son actif. Actuellement à l’affiche de Tamara 2,
adaptée des bandes
dessinées de Benoît
Drousie et Christian Darassea par
Alexandre Castagnetti, elle interprète la meilleure
amie
de
Sylvie Testud.
Les metteurs
en scène exploitent à l’envi
son côté décalé. En
avril dernier, sur Netflix, Blanche Gardin
avait un orgasme avec
Vincent Elbaz dans Je
ne suis pas un homme
facile, d’Éléonore Pourriat. Mais si la quadragénaire fait du cinéma, elle
ne se prend jamais pour
une « actrice de cinéma ».
« Elle a toujours du mal à
se sentir légitime dans un
rôle, elle commence tout
juste à se dire humoriste », observe Noé Debré
(Dheepan), avec lequel
Blanche Gardin cosigne le scénario de
Problemos, d’Éric Judor (2017).
En 2010, elle campait une infirmière
dans La guerre est déclarée (Valérie Donzel-
li) et était la sœur de Marina Foïs
dans Happy Few (Antony Cordier).
« Elle fait partie de ma famille artistique, elle m’a toujours fait rire, raconte Fabrice Éboué, qui l’a rencontrée
dans le collectif Barre de rires en
2005. Elle faisait déjà des vidéos, elle
s’est mise à la scène pour le Jamel
Comedy Club. »
« Une vraie pudeur »
L’humoriste lui avait déjà fait
confiance pour Case départ, réalisé
avec Thomas Ngijol (2011), et Le Crocodile du Botswanga, dont Blanche a également coécrit le scénario (2014).
« Nous rions des mêmes choses, reprend
Fabrice Éboué. Nous avions écrit ensemble la série Inside pour le Jamel
Comedy Club, elle a une incroyable force
de frappe dans ses textes. »
C’est en 2013 que le public commence à remarquer Blanche Gardin
sur le grand écran, dans 20 ans d’écart
(David Moreau). Sous les traits de Patrick, un photographe énervé qui
malmène oralement Pierre Niney.
« Elle a encore beaucoup de choses à
montrer, une vraie pudeur et un besoin
de confiance », souligne Fabrice
Éboué. « Elle a une grande intuition des
personnages, elle arrive à les définir selon la façon dont ils s’expriment, jeunes
ou âgés, admire Noé Debré. Humainement, elle est l’inverse de ce qu’elle est
sur scène, elle peut apparaître cassante
et effrayante alors que dans la vie elle
n’a pas peur de montrer sa vulnérabilité
et est très aimable. » Pour l’heure,
Blanche a envie de passer à la réalisation d’un film ou d’une série. Et Fabrice Éboué souhaite l’engager pour sa
prochaine comédie. ■
N. S.
FILIP VAN ROE
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LE FIGARO
jeudi 13 septembre 2018
CULTURE
Le retour du théâtre vu à la télé
27
SPECTACLE Vus sur grand écran et souvent passés sur le petit, « Le Prénom » et « Trois hommes et un couffin »
BERNARD RICHEBÉ, CALT PRODUCTION NICOLAS AUPROUX
sont sur les planches parisiennes cette rentrée. Une notoriété qui devrait leur servir de tremplin.
Bernard Murat relance la pièce à succès de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière au Théâtre Édouard-VII (à gauche), tandis que Coline Serreau a accepté de transposer sur la scène du Gymnase son film aux trois César.
a pastille figure sur certains produits d’électroménager. Atout
marketing, elle assurerait de doper les
ventes. Sinon, de rassurer l’acheteur.
En serait-il de même pour le spectacle
vivant ? Au Théâtre Édouard-VII, qu’il
dirige dans le sillon de Sacha Guitry depuis dix-huit ans, Bernard Murat relance Le Prénom. La pièce à succès de Matthieu Delaporte et Alexandre de la
Patellière n’est pourtant pas vieille.
Jouée près de 250 fois à l’aube de la décennie, elle a pris une autre ampleur au
cinéma, toujours avec Patrick Bruel,
Valérie Benguigui et Guillaume de Tonquédec en haut de l’affiche. Deux César,
trois millions d’entrées et six petites années plus tard, la revoilà donc auréolée
d’une nouvelle distribution.
Coline Serreau, elle, a longtemps rechigné malgré les nombreuses propositions à transposer sur les planches son
film culte, Trois hommes et un couffin.
Avant de se laisser convaincre, trentetrois ans plus tard, de faire renaître la
poule aux œufs d’or. Rappelons que le
trio Michel Boujenah, Roland Giraud et
André Dussollier devant un nouveauné importun avait engendré la bagatelle
de trois César, dix millions d’entrées et
des adaptations aux États-Unis comme
à Bollywood.
Mais faisons fi des clivages de format
et des retombées économiques. Il s’agit
ici, selon les deux metteurs en scène,
d’actualiser des textes aux thématiques
universelles pour toucher les nouvelles
générations. Bernard Murat parle du
Prénom comme d’un « classique contemporain », quand Coline Serreau avance le
terme de « mythe » pour sa comédie de
mœurs. « L’histoire accompagne toute
cette transformation patriarcale que
connaît la société du XXIe siècle, théoriset-elle. Le couffin, c’est le mythe retourné
des Rois mages. Il est presque plus d’actualité en 2018 qu’en 1985 : les gens sont
beaucoup plus en colocation à notre époque. Le film était presque prémonitoire.
On retrouve toujours aujourd’hui le côté
hédoniste des urbains, qui ne veulent pas
s’embarrasser d’une famille trop tôt. Les
femmes sont devenues autant concernées
que les hommes. »
Selon le directeur de l’Édouard-VII,
peu importe le théâtre ou le cinéma, Le
Prénom peut compter lui aussi sur un
atout majeur : « L’esprit français à la
Jules Renard ou Edmond Rostand : la
bravoure, l’honneur, le sens de la réplique et surtout, celui du ridicule ! » Dans
le détail, rire de « cette espèce de geste
petite-bourgeoise de la dispute. Comment le cataclysme peut-il faire rire ?
C’est quand même très particulier à
l’humanité, ça n’existe pas dans le reste
de la nature. »
Et pour faire rire, quoi de mieux que
des humoristes ? Aux pointures des versions originelles, Florent Peyre et Jonathan Lambert, bien connus du paysage
audiovisuel français, rajeunissent Le
Prénom, quand Bruno Sanches (Canal +), Ben (France 2) et Alex Vizorek
“
Je crois profondément
au succès à la télévision
COLINE SERREAU, RÉALISATRICE
DE « TROIS HOMMES ET UN COUFFIN »
”
(C8) s’essaient à la néo-paternité. Pas
de quoi dépayser le téléspectateur. Si
trois d’entre eux signent ici leur première pièce de théâtre de calibre, leurs
metteurs en scène ne s’en effraient pas.
« Je ne pouvais pas faire ce genre de
spectacle sans des gens qui aient le sens
de l’humour, assure Coline Serreau. Mais
ce n’est pas du boulevard crade, alors il
fallait des hommes fins, intelligents, qui
ne soient absolument pas dans l’ego. »
Bernard Murat, autant séduit par la
fraîcheur que par la force de travail de
ses comédiens, relativise. « J’ai l’impression que, si j’enlève ces acteurs-là, je
peux en mettre d’autres : les spectateurs
continueront à venir parce que c’est Le
Prénom. Je peux me reposer sur ce texte
extraordinaire. »
Amoureux des Guitry, Allais, Feydeau et Renard, Murat est un inconditionnel du texte, directeur d’acteurs
plus que concepteur de spectacles. Le
dîner du Prénom se rejoue donc dans un
décor fixe, proche des deux versions
précédentes. Pas un mot n’a changé, et
la mécanique des révélations se déroule
dans un quasi-sans-faute, moins l’expérience et le charme des comédiens
originaux à qui le public s’était habitué.
La bonne surprise vient plus du
Théâtre du Gymnase, où Coline Serreau
apporte une plus-value à son film par le
théâtre. Force est de reconnaître que le
huis clos redynamise l’intrigue. Trois
chambres, un salon, des entrées et des
sorties, cela suffit. Le texte, intelligemment revu et corrigé, gagne en précision, en modernité et en drôlerie. Plus
encore, les comédiens mêlent leur
propre humour à celui de la réalisatrice, qui a ajouté quelques scènes coupées
du film. Le tout est habillé par un savant
jeu de lumières et une surprenante musique originale qui feront du spectacle
« un bel objet télévisuel », comme le
promet la réalisatrice de La Belle Verte.
Trois hommes et un couffin sera diffusé
en direct du Gymnase sur France 2
mardi 18 septembre.
Mais, si les intrigues des deux textes ne
sont plus une surprise pour personne
tant elles sont passées à l’écran, les spectateurs continueront-ils d’accourir au
« Tristan et Isolde » en deçà de leur légende
LYRIQUE La production signée Bill Viola et Peter Sellars pour l’Opéra Bastille est devenue un classique.
Mais la distribution réunie pour cette cinquième reprise peine à convaincre.
CHRISTIAN MERLIN
l est toujours difficile de prévoir
la durée de vie d’une production
d’opéra. Certains spectacles qui
nous ont captivé la première fois
vieillissent vite et supportent mal
les reprises. D’autres, qui ont divisé les
esprits au début, finissent par faire partie du paysage. C’est le cas du Tristan et
Isolde de Wagner monté par Peter Sellars et Bill Viola, à l’affiche de l’Opéra
Bastille depuis 2005 et que l’on voyait
pour la cinquième fois. Les chanteurs
changent, au contraire des images, que
l’on finit par retrouver comme de vieux
amis, en terrain connu.
I
Sang chaud et tête froide
Comme en 2014, l’atout maître de
2018 est le jeu de l’Orchestre de l’Opéra, dont on a toutefois connu les cuivres
plus moelleux – pris à froid au retour
des vacances ? – sous la direction de
Philippe Jordan. On a l’impression de se
répéter tant la marque de fabrique de
son Wagner se confirme au fil des années : il y a un style Jordan, fait de clarté, d’élégance, de beauté sonore et de
fluidité, qui fait beaucoup pour débarrasser cette musique de tout excès de
pathos ou de grandiloquence. Qu’il y
Andreas Schager (Tristan) et Martina Serafin (Isolde) ne parviennent pas à habiter
la mise en scène dépouillée de Peter Sellars. V. PONTET/OPÉRA NATIONAL DE PARIS
manque du même coup des éruptions
fulgurantes et des bouffées de volupté,
c’est un fait, sans doute un prix à payer,
mais qui, aujourd’hui, à part l’extraterrestre Kirill Petrenko, possède à la fois
le sang chaud et la tête froide ?
Si l’on est sorti de la première de
mardi soir avec des sentiments mitigés,
c’est essentiellement à cause de la distribution 2018, qui ne parvient pas à
habiter la mise en scène si subtilement
dépouillée de Peter Sellars. Martina Serafin s’attaque à trop forte partie dans le
rôle d’Isolde, où sa voix apparaît alternativement insuffisante et criarde,
avant de terminer en perdition. On savait que Tristan avait ouvert la voie à
Schönberg, mais de là à chanter une
« mort d’Isolde » atonale, il y avait tout
de même un pas !
Sa déroute déséquilibre l’ensemble :
sa voix se marie mal avec celle, toujours
si chaude, d’Ekaterina Gubanova en
Brangäne, et elle fait paraître encore
plus claironnante celle d’Andreas
Schager en Tristan. Le ténor allemand,
qui nous avait scotché dans le rôle à
Berlin au printemps dernier, est un
phénomène d’éclat et d’endurance,
mais reste assez monochrome sur le
plan expressif, tandis que son jeu d’acteur réaliste s’adapte mal à l’esthétique
stylisée de la mise en scène.
Même le fabuleux René Pape, le plus
grand interprète vivant du roi Marke,
apparaît un peu en deçà de ses capacités
d’incarnation, d’autant que l’étoffe
précieuse de sa voix de basse se déploie
mieux dans des salles plus intimes que
la Bastille. Problème accentué chez
Matthias Goerne, dont la voix devient
cotonneuse à force de chercher l’onctuosité, avec une projection assourdie,
décidément problématique à l’opéra
dans cette phase de sa carrière.
Quelle présence, en revanche, dans
les quelques phrases chantées par le jeune Nicky Spence pour les apparitions du
marin et du berger : à suivre, pour sûr ! ■
Opéra Bastille (Paris XIIe), jusqu’au
9 octobre (www.operadeparis.fr).
Diffusion sur Radio Classique
le 25 septembre à 20 heures.
théâtre ? « Je crois profondément au succès à la télévision, soutient celle qui dit ne
plus trop s’intéresser au cinéma pour son
aspect figé, quand le théâtre permet, encore et toujours, de faire vivre les mythes. Le public voudra voir le film en vrai.
Une grande partie du succès de Trois
hommes et un couffin, c’est que les gens
ont voulu le revoir deux, trois fois. »
Bernard Murat opine avec une anecdote. Ayant monté pour une diffusion
en direct à la télévision Faisons un rêve
de Sacha Guitry en 2007, il hésitait à reprendre la pièce, qui a été suivie par six
millions de téléspectateurs sur les ondes. « Mais on a cartonné et on a fini par
jouer la pièce 350 fois ! C’est la preuve
qu’au bout d’un certain temps, un phénomène se produit : l’effet “vu à la télé”. Les
gens veulent aller voir en vrai ce qu’ils ont
vu derrière leur poste. »
Une telle tendance ne tient pas que
pour la comédie. Cette rentrée théâtrale
est truffée de grands noms du septième
art. D’un classique de la SF, Solaris, au
Fric-Frac d’Arletty et Fernandel en
passant par l’effrayant Misery de Stephen King popularisé par Kathy Bates…
Il faut du nouveau, c’est entendu,
mais déjà vu quelque part. ■
« Le Prénom » au Théâtre Édouard-VII
(Paris IXe) jusqu’au 6 janvier.
« Trois hommes et un couffin » au Théâtre
du Gymnase (Paris XVIIe) jusqu’au
18 septembre, puis en tournée en France
EN BREF
Danse et patrimoine
Nicolas Le Riche et Clairemarie
Osta ainsi que leurs élèves
du Laac (L’Atelier d’art
chorégraphique) accueilleront
les visiteurs au Théâtre
des Champs-Élysées pour
les Journées du patrimoine
ce samedi de 13 heures à
16 heures. Œuvre des frères
Perret, le théâtre a été bâti en
1913 et marque les débuts de l’art
décoratif et de l’emploi du béton
en architecture.
Bowie aux enchères
La chanson intitulée I Never
Dreamed a été enregistrée dans
un studio en 1963, lorsque David
Bowie, à l’époque connu sous
son nom, David Jones, n’avait
que 16 ans. L’enregistrement,
découvert cette année dans
un grenier, a été adjugé 45 000 €.
La Polyphonie en images
Du 14 septembre au 16 décembre,
au monastère royal de Brou,
à Bourg-en-Bresse, le Centre
des monuments nationaux
présente des reproductions
de 60 manuscrits enluminés
par Petrus Alamire à l’orée
du XVIe siècle et entrés dans
la collection de Marguerite
d’Autriche. Ils apportent un
éclairage inédit sur la production
musicale à la cour de la fondatrice
du monument et dans les PaysBas aux XVe et XVIe siècles.
A
L
JEAN TALABOT
jtalabot@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO
28 CULTURE
Rachid Taha,
rock star
made in France
DISPARITION Le chanteur, très populaire
depuis les années 1980, est mort à la veille
de son soixantième anniversaire.
E
PAR OLIVIER NUC £@oliviernuc
n juillet dernier, la rock
star Robert Plant, qui fut
le chanteur adulé du
groupe Led Zeppelin,
nous demandait encore
de ses nouvelles. Le
génial Brian Eno, qui a
changé plusieurs fois la
face de la musique populaire, comptait
parmi ses plus grands admirateurs et
amis.
En Grande-Bretagne, Rachid Taha était
apprécié pour ses immenses qualités de
musicien. Bien plus qu’en France, où on
ne savait pas très bien le situer. La mort
de Rachid Taha, survenue la nuit dernière
à son domicile des Lilas des suites d’un
arrêt cardiaque, est un vif choc pour les
amoureux de la musique. L’homme était
tout simplement un des plus grands
chanteurs de rock en activité.
Il pestait, à juste titre, lorsqu’on le plaçait dans la case raï, un style qu’il n’avait
jamais pratiqué. Ce qui ne l’avait pas empêché de participer, en 1998, aux côtés de
Cheb Khaled et de Faudel, au spectacle
1,2,3 Soleils, qui avait recueilli un triomphe à Bercy. Il fallait le voir, animal, pendant les répétitions du show, en banlieue
parisienne. Il s’agissait de notre première
rencontre, et, déjà, l’homme frappait par
son ultralucidité, sa grande intelligence
et sa bouleversante sensibilité.
Une discographie riche
Une douzaine d’années auparavant, il
était apparu en pleine lumière avec son
groupe Carte de séjour, assemblé à Lyon,
où il avait passé une partie de son adolescence. Leur reprise du Douce France de
Charles Trenet sonnait juste dans un pays
défiguré par la montée du Front national
Rachid Taha
(ici, à l’Olympia
en 2007) dégageait
un magnétisme
animal sur scène.
KHAYAT NICOLAS/ABACA
dans les années 1980. Contre cet ennemi
vicieux, Rachid Taha n’avait jamais cessé
de tonner. En solo, il avait signé un autre
tube avec le morceau Voilà voilà, sorti en
1993 (« Partout, partout, les discours sont
les mêmes / Étranger, tu es la cause de nos
problèmes / Moi je croyais qu’c’était fini /
Mais non, mais non, ce n’était qu’un ré-
pit »). L’album avait été produit par Steve
Hillage, complice musical de longue date
et responsable de pépites comme Made in
Medina (2000), une merveille de fusion
entre musique orientale et rock’n’roll.
Tout au long d’une discographie riche,
Rachid Taha n’avait jamais commis une
seule faute de goût.
Il avait fait du Ya Rayah de Dahmane El
Harrachi un tube dansant. Rachid Taha
était un maître lorsqu’il s’agissait d’unir
conscience et plaisir. Il a consumé la vie
avec une passion et une rage peu communes. Jamais tiède, pas carriériste pour
un sou, il a multiplié les collaborations,
des Têtes raides (Tékitoi) à Rodolphe Burger, avec qui il avait formé le groupe
Couscous Clan.
Né à Oran, il était arrivé en France à
l’âge de 10 ans avec sa famille, qui s’était
installée à Sainte-Marie-aux-Mines, ville natale de Burger. Élève agité, il avait
été placé un temps chez les sœurs. Il avait
retrouvé la région en participant au festival C’est dans la vallée, organisé par
Rodolphe Burger. Amoureux de la France, Rachid Taha était très attaché à Lyon,
où la famille avait emménagé plus tard. Il
avait été un des hérauts de la scène
locale, prenant le jeune Benjamin Biolay
sous son aile.
Généreux au possible, père d’un fils
unique, il était aussi un grand sentimental et un amoureux des femmes. Les
morts successives de son manager
Francis Kertékian et du pilier de Radio
Nova Rémy Kolpa Kopoul l’avaient
profondément affecté. Il venait de
compléter un nouvel album studio qui
devrait sortir l’année prochaine sur le label Naïve/Believe, où il avait trouvé refuge après un long séjour sur le label Barclay, attiré par Philippe Constantin, qui
avait cru en lui avant les autres. Il allait
souffler ses 60 bougies la semaine
prochaine. Il aurait détesté devenir un
vieux monsieur respectable. ■
Où sont passés les musiciens ?
CHRONIQUE Les chanteurs sont de plus en plus nombreux à se produire sur scène sans accompagnateurs, profitant de la technologie.
LA MUSIQUE
Olivier Nuc
es musiciens ont longtemps
permis de faire la différence
entre le son d’un disque et celui d’une performance scénique. À l’époque où les albums
se vendaient, on allait voir les groupes
sur scène afin d’entendre leurs chansons dans des versions sensiblement
différentes. Nuances dans l’interprétation, improvisations, modifications du
tempo et autres altérations sont les éléments qui font le sel du concert, tout
comme le plaisir d’observer l’interaction entre les musiciens. Depuis la crise
du disque et la fermeture progressive
des studios d’enregistrement, depuis
L
qu’il est possible de refaire soixante fois
une prise de guitare à domicile sur un
ordinateur, les « requins » capables de
poser une partie instrumentale en peu
de temps se font rares. Certains d’entre
eux se sont reconvertis avec bonheur
dans les tournées. C’est là qu’est le public, et, en conséquence, l’argent. De
nombreux habitués à la pénombre des
studios calfeutrés se sont ainsi découvert une passion pour les concerts en
plein air et les tournées. Les voici menacés à leur tour.
Hier, les loges d’un festival ressemblaient à une ruche dans laquelle se
croisaient bon nombre d’instrumentistes réquisitionnés sur les routes. Dans
une joyeuse émulation, ceux-ci comparaient leurs employeurs et leurs répertoires respectifs. On échangeait sur les
contraintes du métier, qui s’effacent
devant la magie que l’on ressent à se
produire en public auprès d’un artiste
de valeur. Désormais, ces espaces ressemblent à des magasins d’informatique. Ordinateurs, machines et téléphones portables sont progressivement en
train de remplacer les guitares et les
batteries. Par facilité, par paresse ou par
mesure d’économies, de nombreuses
vedettes ont choisi de se présenter sur
scène sans recours à des musiciens. Il
est courant désormais de voir un chanteur s’accompagner à la guitare devant
des foules immenses. Le Britannique Ed
Sheeran, et, en France, le jeune Vianney
le prouvent, avec un succès colossal.
D’autres, comme la chanteuse Jain, ont
essayé de jouer avec des accompagnateurs avant de revenir au confort et à la
familiarité de leurs concerts en solitaire.
Chouchous du public, ces artistes sont
aussi du pain bénit pour leur entourage :
en réduisant les coûts de production liés
à la présence de musiciens en tournée,
ils s’assurent des revenus confortables.
Découvrir des variations
Tourner en solo est moins choquant
lorsqu’il s’agit de projets plus fragiles
économiquement, mais les têtes d’affiche sont en train de généraliser cet usage. Et ce au détriment de ceux qui ne
considèrent la scène que sous son aspect
collectif. Étienne Daho a été l’un des rares à l’affiche des festivals à présenter
un show enrichi par les apports de ses
accompagnateurs. Dominique A, qui
jouait lui aussi avec un groupe élargi,
n’a pas eu l’heur d’être sélectionné par
les programmateurs. Jean-Louis Murat,
qui reprend la route à l’automne, devra
se contenter de deux musiciens pour
pouvoir être rentable. Tous n’ont pas
envie de déclamer leurs chansons sur
des programmations identiques au dis-
que. Peut-être même qu’une frange du
public serait heureuse de découvrir des
variations. Un artiste comme Orelsan
l’a compris, qui propose un show ambitieux serti de virtuoses alors qu’il pourrait gagner plus d’argent en jouant solo.
Il est déplorable qu’une star comme
Kendrick Lamar - une des personnalités les plus intéressantes de la scène
musicale mondiale - cache ses musiciens au pied de la scène lors de ses
spectacles. On aimerait pouvoir observer les jeux de regards entre ceux-ci
plutôt que les apercevoir à la volée. La
semaine dernière, David Crosby donnait un concert époustouflant à
l’Olympia. En coulisses, après le show,
il expliquait simplement. « Nous sommes des musiciens, c’est notre savoirfaire. Les gens avec qui je joue ne cherchent ni la célébrité ni l’argent, mais
juste le plaisir. » ■
Un Parcours des mondes en quête de sang neuf
ART Dans un marché très élitiste, la manifestation consacrée aux arts premiers et asiatiques doit attirer de nouveaux clients.
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
omment renouveler une
clientèle vieillissante qui a
réussi à dompter, à force
de connaissance, ce domaine mystérieux qu’est
l’art africain ? C’est justement la
question qui taraude la soixantaine de marchands réunis pour
cette 17e édition du Parcours des
mondes, manifestation incontournable pour les arts premiers qui
s’est étendue à l’art asiatique et à
l’archéologie. Elle compte de
grandes pointures internationales, à l’exception, cette année, du
Belge Didier Claes qui pointe du
doigt « un manque de sang neuf dans
cet événement qui doit se dynamiser
en osant les confrontations, notamment avec l’art contemporain, qui
draine un potentiel important de
nouveaux collectionneurs ». Ayant
déménagé dans le quartier d’Ixelles, là où sont justement les marchands d’art contemporain, il en a
bénéficié lors du dernier week-end
des galeries à Bruxelles début septembre. Sotheby’s l’a bien compris aussi en lançant, pour dé-
A
ENTWISTLE
C
cembre, une vente où il mêlera pour
la première fois les deux spécialités.
Réservé à une poignée d’acheteurs de haut niveau, tant les objets
ayant de grands pedigrees sont rares et chers, le marché des arts premiers est devenu très élitiste. Aux
enchères, le secteur est en pleine
ascension, porté par des prix records : 12 millions d’euros pour la
statue Senoufo de Côte d’Ivoire,
chez Sotheby’s à New York en 2014
et 8,6 millions d’euros pour la statue féminine Luba, chez Christie’s,
à Londres un an plus tard. Les maisons de ventes tentent de décrocher
des pedigrees de renom. Leur stratégie est de resserrer les ventes
autour de grandes collections. Le
directeur Europe de Sotheby’s,
Alexis Maggiar, opte pour des ventes très sélectives, proposant moins
de lots mais tous de qualité, à l’image de la statue Buyu du Congo (ancienne collection Dartevelle) exposée galerie Charpentier, pendant le
Parcours des mondes (estimation :
de 300 000 à 500 000 euros). Le
10 octobre, Sotheby’s vendra la collection Elisabeth Pryce - pharmacienne qui fut vice-présidente de
l’Oceanic Art Society de Sydney comprenant des objets d’art océa-
Figure uli en bois (à gauche). Ce
masque Dan (ci-dessus) a déjà été
vendu à un prix top secret. H. DUBOIS
nien, art plus abordable. Quelques
jours plus tard (du 29 au 31 octobre),
celle-ci (avec Pierre Bergé & Associés) mettra aux enchères une cinquantaine de masques ayant appartenu à feu Pierre Bergé, dont trois,
venant du Congo et de Côte d’Ivoire, sont exceptionnels.
Aux mêmes dates, Christie’s dispersera les trésors de l’ancienne
collection Adolphe Stoclet, grand
banquier bruxellois connu pour
son sublime palais Art déco de Joseph Hoffmann. Restées dans la famille par héritage, 28 pièces du
Congo sont à vendre. Si deux d’entre elles figuraient dans l’exposition « Kongo Kunst » de 1937 à Anvers, les autres n’ont jamais été
montrées.
Avec New York et Londres, Paris
reste une place forte pour cette spécialité qui a déjà engendré des ventes mythiques comme celle de la
collection Vérité ayant totalisé
44 millions d’euros, en 2006, à
Drouot, juste avant l’ouverture du
Musée du quai Branly. Sous le marteau de Christie’s, la dernière partie
a atteint 16,7 millions d’euros, dix
ans plus tard, en partie grâce à la
statue du dieu de la Guerre hawaïen
Kü Ka’ili Moku, adjugée 6,3 millions d’euros. Rien d’étonnant donc
si le Parcours des mondes a lieu
dans la capitale. Sous la direction de
Pierre Moss qui a repris le magazine
Tribal Art et a supervisé l’évocation
de la mythique exposition « Pigalle
1930 » à l’espace Tribal, rue Visconti, l’événement attire les plus gros
collectionneurs de la planète. Ils
étaient nombreux à franchir, mardi
10 septembre, dès 14 heures, la porte des galeries autour de l’axe de la
rue de Seine. Conscient qu’il faut
développer ce secteur en croisant
les cultures, le marchand américain
Adam Lindemann - grand amateur
d’art contemporain qui a fait parler
de lui en cédant son Basquiat au prix
record de 110,5 millions de dollars
au Japonais Yusaku Maezawa, en
2017 chez Sotheby’s à New York - a
été nommé président d’honneur de
cette 17e édition.
Parfaitement bilingue, pour avoir
fait ses études au lycée français de
New York, ce marchand, qui a annoncé qu’il montrera à la prochaine
Fiac le peintre polonais rescapé
d’Auschwitz Maryan, amènera-t-il
dans son sillage de nouveaux collectionneurs au Parcours des mondes ?
Certaines pièces y sont déjà vendues
avant accrochage comme ce masque Dan, chez Bernard Dulon (prix
top secret !), surnommé le « Diamant noir », provenant de l’ancienne collection René Rasmussen, Ou
encore chez Antony Meyer (l’un des
rares dans sa spécialité à la Biennale
Paris) qui a cédé ses étonnantes lunettes en noix de coco de NouvelleGuinée, attributs féminins pour travestissements rituels. ■
Jusqu’au 11 septembre,
à Saint-Germain-des-Prés (Paris VIe).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 13 septembre 2018
JARDIN
29
PATRIMOINE Avec une audace créative rare, la paysagiste Laure Quoniam a ressuscité
les jardins de ce joyau de l’art italien, situé en plein cœur de la Bourgogne.
D
MARC MENNESSIER
£@MarcMennessier
ENVOYÉ SPÉCIAL
À ANCY-LE-FRANC (YONNE)
ifficile d’imaginer, en
contemplant aujourd’hui ses élégantes
façades blanches, l’état d’abandon dans
lequel se trouvait le château d’Ancy-leFranc il y a à peine vingt ans. Ce joyau de
la Renaissance, situé entre Tonnerre et
Montbard, en plein cœur de la Bourgogne, construit entre 1542 et 1550 d’après
les plans du grand architecte italien Sebastiano Serlio, n’était plus que l’ombre
de lui-même. « Il pleuvait à l’intérieur et
les décors peints à la main, des originaux
datant pour certains de la première école
de Fontainebleau, étaient très dégradés »,
se souvient Patricia Schweitzer, directrice de la société immobilière Paris Investir, qui fit l’acquisition, en 1999, du château et de ses 50 hectares de parc.
L’urgence, pour le nouveau propriétaire, a d’abord été la rénovation du bâti.
À commencer par la cour d’honneur, un
quadrilatère parfait qui servit, plus tard,
de modèle à la cour carrée du Louvre,
avec ses arcs romains, ses doubles pilastres cannelés et ses niches auréolées de
coquilles Saint-Jacques, l’un des sym-
“
Je me suis inspirée
pour le tracé géométrique
d’un plan dessiné au
XVIIIe siècle et de tableaux
de fleurs peints un siècle
plus tôt pour servir
de décor à l’une des
chambres du château
”
LAURE QUONIAM, LA PAYSAGISTE EN CHARGE
DE LA RESTAURATION DES JARDINS
boles de la Renaissance. Vient ensuite le
tour des peintures murales comme celle
de la galerie de Pharsale, un camaïeu
ocre d’une beauté à couper le souffle qui
représente la célèbre bataille opposant
les troupes de César à celles de Pompée
en 48 avant J.-C. Ou encore la somptueuse chambre de Diane, ainsi nommée
en l’honneur de Diane de Poitiers, favorite du roi Henri II et belle-sœur d’Antoine III de Clermont-Tallard, qui fit bâtir le château.
Ce n’est qu’en 2012 que Paris Investir
fait appel à la paysagiste Laure Quoniam
pour restaurer les jardins, alors recouverts pour la plupart de pelouses, en
trouvant un subtil équilibre entre la restitution - ou la réinterprétation - de ce
qu’ils étaient à l’origine et une création
qui fasse écho à notre sensibilité
contemporaine. Pari réussi avec le
somptueux parterre composé de quatre
tableaux de fleurs installé depuis l’an
De haut en bas : Laure Quoniam a restauré les jardins du château en créant
un parterre composé de quatre tableaux de fleurs inspirés des boiseries
de la « chambre des fleurs » ; sur une parcelle de la partie romantique du parc,
la paysagiste propose d’ériger un labyrinthe réinterprétant la fresque murale
de la bataille de Pharsale. CHÂTEAU D’ANCY- LE-FRANC
dernier devant l’aile est. « Je me suis inspirée pour le tracé géométrique d’un plan
dessiné au XVIIIe siècle et de tableaux de
fleurs peints un siècle plus tôt pour servir
de décor à l’une des chambres du château
- une anémone, une tulipe et deux roses -
que j’ai agrandis cent fois », explique
Laure Quoniam.
Le résultat, d’une originalité rare, est
saisissant. D’autant qu’il s’agit de tableaux vivants. À part l’acier Corten qui
délimite, à la manière du crayon d’un
dessinateur, le pourtour de ces fleurs
géantes et le gravier de quartz blanc qui
constitue le fond de chacune des quatre
« toiles », tout le reste est purement végétal : des milliers de plants de fusain du
Japon (Euonymus japonicus) au feuillage
persistant vert sombre forment les tiges
et les feuilles tandis que les pétales sont
constitués de pétunias et d’œillets. Au
fond de la perspective, un bassin circulaire de 17 mètres de diamètre, inspiré du
plan d’origine, parfait le tout avec son jet
vertical impeccablement aligné sur l’axe
de symétrie du château.
« Dans trois ans, lorsque les plantes se
seront bien installées, ce parterre aura atteint sa pleine maturité », poursuit Laure
Quoniam. Une manière pour elle de rendre compte de l’émerveillement suscité à
la Renaissance par ces « nouvelles »
fleurs rapportées de contrées lointaines
par les premiers explorateurs : tulipes,
anémones, fritillaires, iris… « Jusqu’à
cette période, la palette, très restreinte, se
limitait pour l’essentiel aux fleurs des
champs. François de Clermont, qui a commandité les peintures de la chambre des
fleurs en 1620 pour sa future épouse, témoigne de cet engouement. »
À côté de ces jardins réguliers comme
le parterre ouest, récréé un an plus tôt en
suivant la même démarche, Laure Quoniam s’apprête, cet automne, à restaurer
les berges de la pièce d’eau qui s’étend
face à l’aile sud du château, avec sa « folie », petit bâtiment octogonal édifié sur
un îlot. La plantation de douze cyprès
chauves, de six saules pleureurs et de tapis de fleurs des marais, à la gamme de
couleurs choisies pour créer une perspective selon les principes du peintre flamand Joachim Patinir (1483-1524), redonnera du lustre à la partie romantique
du parc, aménagée au XVIIIe siècle par
l’un des descendants de Louvois, ministre de la Guerre de Louis XIV, qui avait
acquis le domaine en 1684.
À l’avenir, Laure Quoniam aimerait
créer, sur une parcelle aujourd’hui recouverte de cosmos en fleurs, un jardin
évoquant la fameuse bataille de Pharsale :
« Une interprétation en 3D de la fresque »
avec un labyrinthe formé de massifs
d’arbres pleureurs ainsi que des topiaires
d’ifs et de charmes sculptées en forme de
chevaux.
Tous ces efforts de restauration ont
porté leurs fruits : « Nous avons accueilli
37 000 visiteurs l’an dernier contre 10 000
il y a quinze ans », se réjouit Christina
Hugot, responsable de la communication. Lors des Journées du patrimoine, le
week-end prochain, le domaine sera
ouvert avec une tarification réduite.
L’occasion aussi de venir écouter Laure
Quoniam, qui donnera une conférence
samedi à 15 heures sur son travail de
restauration. ■
www.chateau-ancy.com/fr/
CHRONIQUE
MARC
MENNESSIER
£@MarcMennessier
Créer un
parterre
«W
aterloo, morne
plaine ! » Qui ne
connaît le célèbre
vers de Victor Hugo ? Sans
doute vous vient-il à l’esprit,
la dramaturgie historique en
moins, devant l’uniformité de
votre gazon, impeccablement
tondu ou jauni par la sécheresse
qui sévit depuis des mois.
Un bon moyen de rompre
la monotonie consiste à créer,
selon la surface disponible,
un ou plusieurs massifs fleuris
qui apporteront le relief,
les couleurs et l’éclat dont votre
jardin manque aujourd’hui.
Pour délimiter le tracé, un tuyau
d’arrosage posé à même le sol
est idéal notamment pour
dessiner les courbes, préférables
à des lignes trop strictes,
mais c’est une affaire de goût…
Une fois définis la surface et les
contours du futur parterre,
fixez le tuyau au moyen de
sardines de camping, puis
enfoncez une bêche bien affûtée
sur tout le périmètre pour
marquer l’emplacement. Si la
terre est trop sèche, arrosez-la
copieusement (20 à 30 l d’eau
par mètre carré) et attendez
24 heures, le temps qu’elle
s’ameublisse. Retournez-la sur
30 cm en incorporant terreau,
compost et engrais de fond riche
en phosphore et en potassium.
Cassez les mottes et retirez les
touffes d’herbe en les secouant
bien pour faire tomber la terre
des racines puis faites-les sécher
à part : elles serviront à pailler
vos futures plantations. En cette
saison, vous avez l’embarras
du choix, à commencer par
les tulipes, narcisses, muscaris
et bien d’autres encore dont
les bulbes auront le temps
de se développer avant
de fleurir au printemps.
Septembre est également
la période idéale pour installer
les vivaces à floraison précoce
comme les ancolies,
les campanules ou
les hémérocalles. Mais si vous
êtes pressé, les anémones
du Japon, les asters à la belle
floraison automnale ou encore
les ravissant cyclamens de
Naples, sous réserve qu’ils aient
assez d’ombre, embelliront
votre jardin sans attendre.
Seule réserve : si votre terre
est très argileuse, retournez-la
juste avant l’hiver pour que
le gel l’émiette à votre place.
Et différez vos plantations
au printemps.
Agenda
21, 22 et 23 septembre
Fête des plantes
d’automne de Saint-Jeande-Beauregard (Essonne)
sur le thème
des « plantes insolites ».
29 et 30 septembre
Journées du potager,
château de Villandry
(Indre-et-Loire).
5, 6 et 7 octobre
4e Fête des jardins,
château de Tauzia,
Gradignan (Gironde).
20 et 21 octobre
29es Journées des plantes
d’automne, Arboretum
de la Sédelle, Crozant
(Creuse).
+ @ SUR LE WEB
» Au jardin ce week-end :
prenez-en de la graine !
» VIDÉO - Histoire de plantes :
momies, métro et vieilles graines
www.lefigaro.fr/jardin
A
La sublime renaissance
du château d’Ancy-le-Franc
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jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
« Killing Eve », la loi des plus folles
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Dans cette série déjantée et jubilatoire, une gratte-papier du MI5 repère une tueuse à gages
et la poursuit à travers l’Europe. Sandra Oh, découverte dans « Grey’s Anatomy », tient le premier rôle.
Énervé
« Radio Brunet »
É
ric Brunet est impayable.
C’est un énervé. Chaque
jour, il s’emballe, il piaffe.
Ce journaliste à l’instar du sanguin
Pascal Praud (« L’Heure des
pros », chaque matin sur CNews,
9 heures) est un engagé. Comme
il est curieux, en vieillissant, d’être
engagé à l’heure où l’on devrait
être de plus en plus dégagé.
Alors Brunet a ses nerfs. Ainsi
les thèmes de ses émissions qui
donnent le tempo, on pioche : « Il
faut rendre obligatoire l’armement
des policiers municipaux. La vraie
police de proximité, c’est eux ! »,
« L’idéologie islamiste continue
chaque jour de gagner un peu
plus de terrain », « Les Français
toujours aussi mauvais en anglais,
il faut tout changer », « Baisse
de la consommation des viandes,
montée du véganisme… Nos petitsenfants vivront dans un monde
sans viande », « La réouverture
des maisons closes est-elle une
bonne idée ? », et puis hier :
l’affaire Benalla. Il annonce
l’ordonnance du jour : « Je trouve
qu’en faire une affaire d’État, c’est
démesuré […]. Je le dis : l’affaire
Benalla, ce n’est pas l’affaire des
diamants de Bokassa, l’affaire
Boulin, l’affaire Cahuzac… »
Il brasse de l’air, le père Brunet,
il veut remettre les pendules
à l’heure. Donc, à midi, Brunet
a écouté ses auditeurs qui n’étaient
pas chauds sur le cas Benalla. L’un
d’eux, Maxime, de Haute-Savoie :
« Évidemment que cette affaire
est un scandale d’État. On ne parle
pas de n’importe qui, on parle là du
chef de l’État […]. Pour quelqu’un
qui nous a parlé de République
irréprochable, ça laisse à désirer.
Je ne sais même pas pourquoi on se
pose la question […]. On se fout de
la gueule du monde. » Ce nouveau
monde promis par le candidat
Macron sentirait-il la naphtaline ?
Calmons-nous, calmons-nous.
Et allons-nous à nouveau écouter
« Radio Brunet » ? On le craint.
Et si nous n’avons rien d’autre
à faire, faisons, pourquoi pas,
une réussite.
LE BUZZ TV
Invitée : Carole Rousseau
interviewée par Nicolas Vollaire
et Damien Canivez aujourd’hui
sur :
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
D
ans Grey’s Anatomy, Sandra
Oh campait la sarcastique et
cynique chirurgienne cardiaque Cristina Yang. Elle y
délivrait les pires vacheries
avec l’humour le plus noir. Des caractéristiques qui font de l’actrice de 47 ans la
star tutélaire toute trouvée de Killing
Eve. La comédie ou thriller d’espionnage - on
ne saurait choisir - de la
rentrée sur Canal + est
○○○○
jubilatoire. Si la série est
si difficile à définir, passant en une scène du suspense le plus
haletant à l’absurde le plus hilarant, c’est
qu’elle porte la marque de sa créatrice,
Phoebe Waller-Bridge, déjà à l’œuvre
sur Fleabag d’Amazon, récit acide et délicat sur le deuil et la dépression.
Avec Killing Eve, la comédienne et scénariste britannique, vue en robot militant
dans le spin-off de Star Wars Solo, transpose avec son grain de folie habituel les
romans de Luke Jennings. Fonctionnaire
des services secrets de Sa Très Gracieuse
Majesté, en charge de l’organisation de la
protection des témoins, Eve Polastri (Oh)
n’est guère l’employée modèle. Arriver
en retard avec la gueule de bois à une
réunion de service est tout à fait son genre. Pour tromper l’ennui de son boulot
administratif, elle compile en douce les
assassinats ayant visé plusieurs personnalités. Elle est persuadée qu’ils sont imputables à une tueuse en série. Lorsque le
dernier meurtre lui donne raison, la voici
engagée dans une course-poursuite à
travers l’Europe, riche en gaffes d’amateur, avec la mystérieuse Villanelle (Jodie
Comer, Thirteen).
Givrée, sans la moindre boussole morale, mais enthousiaste comme un en-
21.00
Passant en une scène du suspense à l’absurde, Killing Eve, avec Sandra Oh, oscille avec bonheur entre comédie et thriller d’espionnage.
fant, la jeune assassin polyglotte fait
preuve d’une inventivité sans borne.
Épingle à cheveu, parfum deviennent
entre ses mains des armes fatales. Ce jeu
du chat et de la souris se transforme en
une admiration mutuelle.
Naïveté et vulnérabilité
« Villanelle se sent très possessive avec
Eve. C’est son agent ! Elle est intriguée par
sa banalité, son foyer, son mariage. Chacune trouve dans l’autre une pièce manquante de son âme », confiait au Figaro
Jodie Comer lors de son passage à CanneSéries, où la série était en compétition.
« Villanelle a l’audace et l’énergie de la
jeunesse. Eve possède une sincérité, un
sens de ce qui est juste. Elle sait qui elle
est », renchérissait Sandra Oh, qui s’est
beaucoup inspirée du personnage pragmatique de Frances McDormand dans
Fargo.
Trépidante comme un James Bond,
Killing Eve ne fait cependant pas de ses
héroïnes des êtres d’exception. Excentriques à souhait, Eve et Villanelle sont
capables de la plus grande naïveté et
vulnérabilité. « Je trouve fascinant d’explorer la psychologie d’une femme arrivée
au milieu de sa vie et qui a autant vécu. À
Hollywood, on m’a répété qu’après 40 ans
il n’y avait plus rien. Cependant, Killing
Eve me laisse espérer que, dans dix ou
vingt ans, je continuerai d’incarner des
femmes puissantes », dit Sandra Oh.
La série, dont les audiences ont - fait
rare - grimpé de semaine en semaine
outre-Atlantique sur la modeste BBC
America, lui offre aussi son premier
rôle principal dans un feuilleton.
Sandra Oh y voit le signe d’une industrie de la télévision plus encline que le
cinéma à mettre au premier plan des
talents issus de la diversité. Elle est ainsi
devenue la première comédienne
d’origine asiatique à être en lice pour
l’Emmy Award de la meilleure actrice.
Verdict ce dimanche. ■
Un tueur très comme il faut
Avec la série « Insoupçonnable », TF1 réussit le pari de la transgression.
L
JULIEN CAUVIN - LEONIS (ENDEMOL SHINE FICTION) - TF1
RMC | 12 heures | Mardi
SID GENTLE FILMS LTD 2018
30
Seigner et Melvil Poupaud de faire leurs
premiers pas dans une série.
Topographie des crimes
Il est le tueur Paul Brodsky. Père aimant
et psychologue dévoué le jour. Prédateur
de femmes cultivées de la bourgeoisie de
Lyon la nuit. « Jouer
Paul, c’est incarner dix
hommes différents. Je
n’avais jamais eu de personnage aussi physique », nous confiait-il à
Séries Mania Lille. Emmanuelle Seigner,
qui a enchaîné le tournage d’Insoupçonnable après celui du film La Vénus à la
fourrure, se disait séduite par cette Chloé
Fisher « qui se comporte comme un homme » et semble « aussi horrifiée que fascinée par son adversaire ».
21.00
Moins lancinants que The Fall, les dix
épisodes d’Insoupçonnable, qui réunissent aussi Claire Keim, Jean-Hugues
Anglade et Patrick Chesnais, tirent profit
de sa topographie et plongent dans les
strates de la capitale des Gaules. Les
beaux quartiers côtoient la branchée
Croix-Rousse et l’âpre Vénissieux. Pour
maintenir le suspense, le montage met
en parallèle ces deux héros dans leurs
activités du quotidien. Un choix qui ne
fait que souligner les mêmes pulsions
destructives et obsessionnelles qui les
animent. ■
C. J.
Vous retrouverez la solution
des jeux parus dans le journal
du mercredi 12 septembre
dans celui du vendredi 14 septembre.
NO
UV
EA
U
Père aimant et psychologue dévoué le jour,
Paul Brodsky (Melvil Poupaud) se mue en
un prédateur de femmes à la nuit tombée.
e défi semblait voué à l’échec.
Transposer The Fall, le feuilleton culte de la BBC qui mettait
face à face dans un Belfast crépusculaire une inspectrice coriace (Gillian Anderson) et un étrangleur
de femmes (Jamie Dorman bien avant
50 Nuances de Grey).
Pourtant, Insoupçonnable tord le cou à l’idée
que les remakes sont
une solution de facilité.
○○○¡
L’adaptation de Virginie Brac (Cannabis) confirme que les
polars de TF1 sont prêts à plus d’audace
et d’ambivalence. La nudité masculine,
le jeu de quasi-séduction et de désir
entre la flic et l’assassin ne sont pas
gommés. Cette atmosphère « transgressive » a convaincu Emmanuelle
présente
Exceptions de la langue française :
certains Belges les détestent, mais nous, on les adore !
Jean-Loup Chilet nous entraîne dans une nouvelle promenade passionnante,
surprenante, érudite et humoristique à travers les exceptions, bizarreries
et autres étrangetés qui font tout le charme de la langue française.
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jeudi 13 septembre 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
31
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Aimé
Soleil : Lever 07h24 - Coucher 20h07 - Premier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 Nos chers voisins. Série.
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Série. Policière
Magazine. Reportage
Film. Thriller
19.00 La villa : la bataille des couples
19.55 Suburgatory. Série.
MATIN
13
21.00 Triple alliance
Film. Comédie. EU. 2014. Réal. : Nick
Cassavetes. 1h59. Avec Cameron
Diaz. Carly, une avocate, découvre
que son petit ami, qui se prétendait
célibataire, est un homme marié.
20
13
13
15
14
15
15
17
16
14
14
23.00 Chroniques criminelles. Magazine. Présentation : Magali Lunel.
16
16
15
16
18
15
18
16
20
Insoupçonnable
Envoyé spécial
Spotlight
Fra. Saison 1. Avec Emmanuelle Seigner, Jean-Hugues Anglade, Gérald
Laroche. 2 épisodes. Inédits. Chloé
Fisher, criminologue parisienne, est
envoyée à Lyon pour enquêter sur
l’assassinat d’une jeune femme.
Présentation : Élise Lucet. 2h00.
Inédit. Au sommaire de ce nouveau numéro : «Alerte aux faux
aliments ?» - «Barrage : le scénario
catastrophe» - «Venise, le cauchemar touristique».
EU. 2015. Réal. : Tom McCarthy.
2h08. Inédit. Avec Mark Ruffalo,
Michael Keaton, Rachel McAdams.
La fascinante enquête du «Boston
Globe» qui a mis à jour un scandale
au sein de l’Église catholique.
20.50 La tombe de Gengis
Khan, le secret dévoilé
23.00 New York, section criminelle Série. Avec Vincent D’Onofrio,
23.00 Complément d’enquête
23.15 Soir/3 23.55 Jacques Doriot,
le petit führer français Documentaire. Politique. 2018.
22.25 C dans l’air 23.30 C à vous.
Magazine 0.30 C à vous, la suite
Kathryn Erbe. 4 épisodes.
Magazine 0.30 Tosca. Opéra 2.40
Ça commence aujourd’hui. Mag.
18
18
19
20.00 C à vous, la suite 20.20 Les
égéries des grands hommes
19
18
18
19
Doc. Fra. 2016. Réal. : C. Robion. 1h35.
Depuis le XIIIe siècle, la plus grande
énigme archéologique passionne
des générations de scientifiques.
22
19
20
18
22
21
23
20
21
APRÈS-MIDI
20
30
20
20
19.50 L’info du vrai, le mag (C). Magazine 20.55 Catherine et Liliane (C).
Divertissement. Avec Alex Lutz.
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes.
Magazine 20.52 50 nuances de
Grecs. Série. Un amour de soi.
19.45 Le 19.45 20.25 Scènes de ménages. Série. Avec Anne-Élisabeth
Blateau, David Mora.
21.00
20.55
21.00
Série. Drame
Série documentaire. Historique
Film. Action
21
23
19
20
25
25
23
26
24
20.55 Sécurité rapprochée
Film. Thriller. EU-Afrique du Sud.
2012. Réal. : Daniel Espinosa. 1h56.
Avec Denzel Washington. En
Afrique du Sud, un jeune agent doit
couvrir la fuite d’un traître de la CIA.
24
18
19
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avce Melissa Rauch. 2 épisodes.
25
24
28
25
26
31
30
28
27
23.05 Ransom Games. Film TV 1.10
Mission Storm Catcher. Film TV.
29
27
33
27
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23
27
27
27
20
30
20.00 Voitures à la casse. Série doc.
Une pépite entre les mains.
Killing Eve
EU. Saison 1. Avec Sandra Oh, Jodie
Comer, Fiona Shaw, Kim Bodnia,
Owen McDonnell. 2 épisodes. Inédits.
Agent du MI5, Eve Polastri s’ennuie
ferme au bureau et caresse l’idée
de devenir une véritable espionne.
22.30 Better Things Série. 3 épisodes 23.45 Kingsman : Le Cercle
d’or. Film 2.05 Surprises
1918-1939 :
les rêves brisés…
26
T (en °c)
20.50 Le Grand Paris Express
No Escape
… de l’entre-deux-guerres
Fra. 2018. 1h50. Trahisons. Inédit. Au
milieu des années 1930, l’Allemagne
connaît de nouveau le plein emploi.
- À la vie, à la mort. Inédit.
EU. 2015. Réal. : John Erick Dowdle.
1h43. Inédit. Avec Pierce Brosnan,
Owen Wilson, Lake Bell, Sterling Jerins. Une famille quitte le Texas pour
un pays d’Asie, sans savoir que dans
ce pays la révolte gronde.
22.45 La clinique du docteur
23.00 Antigang Film. Action. Avce
Blanche Film TV. Drame 0.20 Les
amitiés invisibles. Film. Thriller.
Jean Reno, Alban Lenoir 0.50 The
Strain. Série. 3 épisodes.
Doc. Science et technique. 2018.
Réal. : Jean-François Méplon. 0h55.
Inédit. Le Grand Paris Express est le
plus grand projet urbain en Europe.
C’est un pari à 25 milliards d’euros.
21.45 Dans les coulisses du métro
de Paris. Documentaire.
20.10 Rénovation impossible. Téléréalité. Le cœur sur la main.
<-10 à 0
VENDREDI
21.00 Sous les jupes des filles
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
21.00 Taxi
Film. Action. Fra. 1998. Réal. : Gérard
Pirès. 1h27. Avec Frédéric Diefenthal. Pour mener son enquête, un
jeune inspecteur de police contraint
un taxi à lui servir de chauffeur.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Esprits criminels :
unité sans frontières
21.00 Enquête
sous haute tension
Série. Policière. EU. 2016. Saison 1.
Avec Gary Sinise. 2 épisodes. Un
serial killer semble s’attaquer aux
Américains vivants à Paris.
Magazine. Société. Présentation :
Carole Rousseau. 2h00. Police,
pompiers, Samu : un été chaud sur
la Côte d’Azur. Inédit.
22.30 Esprits criminels : unité sans
frontières. Série. 5 épisodes.
23.00 100 jours avec les gendarmes
de l’autoroute des vacances
Film. Comédie. Fra. 2014. Réal. : Audrey Dana. 1h58. Avec Vanessa Paradis. Le quotidien de onze femmes
modernes pendant les vingt-huit
premiers jours du printemps.
11/20
18/29
12/20
8/15
23/32
23/29
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
SAMEDI
12/24
20/31
23.10 Rénovation impossible. Téléréalité. On se jette à l’eau.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
10/22
12/25
12/23
12/25
11/25
15/29
22/27
15/18
20/29
21/32
16/25
25/32
DIMANCHE
10/21
14/24
10/19
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
10/20
16/26
EA
U
22.45 20 ans d’écart. Film. Comédie
sentimentale 0.25 90’ enquêtes
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec Charline Paul.
26/30
21/30
16/25
13/17
10/20
24/29
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
12/26
13/29
17/31
22/29
21/28
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jeudi 13 septembre 2018 LE FIGARO
32
Bibiane Godfroid,
la perle du Nord
Alexandre Debouté
adeboute@lefigaro.fr
l y a de la glace et du feu chez Bibiane Godfroid. Est-ce dû à ses yeux, d’un bleu acier,
associés à un regard d’une grande douceur ?
Ou à l’effet confondant que produit, la première fois qu’on l’entend, l’association d’un
prénom à connotation espagnole avec un
patronyme martial ? « Bibiane n’est pas froide, elle est réservée. Elle ne se laisse pas apprivoiser facilement », explique Fabrice Larue, fondateur de Newen, qui l’a repérée pour lui succéder
dans son fauteuil, à la tête du holding qui coiffe les
sociétés de production de Plus belle la vie, Versailles
et Faites entrer l’accusé mais aussi l’agence Capa.
Effectivement, la dame est hiératique. D’une belle
élégance posée, un peu distante, mais désarmante
de franchise. Cette absence d’afféterie ? « Ma principale qualité, c’est d’être belge », explique-t-elle en
préambule. Une nationalité qu’elle ne brandit pas
comme un chauvinisme. Bibiane Godfroid égrène
plutôt ce qu’elle considère comme les traits constitutifs de la nature belge : un mélange de pragmatisme, de simplicité et de surréalisme. « Le surréalisme,
c’est pour l’humour », précise-t-elle. La bande dessinée belge, bien sûr, mais « surtout Magritte, Delvaux, Ensor… ». Toute une palette d’émotions, du
comique de base au plus cérébral, qui peut virer au
tragique. Un répertoire que Bibiane Godfroid a eu le
loisir de voir se déployer en tant que productrice.
À tout juste 64 ans, elle vient d’être nommée présidente de Newen, le bras armé dans la production
I
JULIEN LUTT/CAPA PICTURES
SUCCÈS Après un parcours sans faute dans l’audiovisuel français,
cette Belge vient d’être nommée présidente de Newen, le bras
armé dans la production de TF1, qui a produit un tiers des heures
de tournage de fiction cette année en France.
travaillé pour elle. Bibiane est une meneuse d’hommes. À leurs yeux à tous, son parcours parle de luimême. Celui d’une brillante étudiante, d’abord diplômée en droit et en fiscalité, qui a ensuite opté
pour le journalisme avant de se convertir à l’univers
ultrasophistiqué de la télé.
« Quand elle a des convictions, elle bouscule les choses pour arriver à ses fins », explique Cyril Lignac. Le chef, qui la considère comme une amie, la dit « rigoureuse et
autoritaire, mais elle aime les gens. Il faut
aimer les gens pour faire un bon plat ».
Loin des strass, à Wavre, à 25 km au
sud-est de Bruxelles - « La commune du
1954
parc Walibi », s’amuse-t-elle à situer -,
Naissance à Bruxelles
Bibiane Godfroid est née au milieu des
(Belgique).
années 1950 dans une famille plutôt
1979
aisée. La jeune femme n’est « ni BruxelDébute comme
loise ni Parisienne », résume Martine
journaliste à RTL.
Barbé, sa meilleure amie, qui la connaît
1983
depuis 1972, quand elles étaient étudianRédactrice en chef
tes à l’Université catholique de Louvain.
et présentatrice du JT
L’ascension dans le PAF de Bibiane
de RTL.
Godfroid s’expliquerait d’abord par
Années 80
cette
indépendance absolue, qui ne l’a
Naissance de ses filles.
jamais rattachée à un réseau établi.
1996
« Elle se tient très loin du pouvoir, des reIntègre le groupe Canal +.
présentations, explique Martine Barbé.
2003
Cela ne l’a jamais intéressée. » Cette liPDG de FremantleMedia.
berté, Bibiane Godfroid l’a acquise en y
2007
mettant une détermination inflexible,
Directrice des
caractère bien trempé qu’elle tient de
programmes de M6.
son père, un notable de Wavre disparu
2016
l’an dernier. « Son père était très actif,
Directrice générale
rigoureux. Il lui a inculqué un devoir abde Newen.
solu : être bon dans ce que l’on fait, et en2018
suite tracer », explique Martine Barbé.
Présidente de Newen.
de TF1. Newen représente un tiers des heures de
tournage de fiction cette année en France. À l’ère de
Netflix et du « Content is king » (« le contenu est
roi »), la séquence doit être offensive, internationale, et assurée de croissance rentable à l’heure où les
compteurs de la publicité classique commencent à
flancher. C’est dire l’ampleur de la tâche, qui ne lui
fait pas peur.
Meneuse d’hommes
« Elle a toutes les qualités pour le job,
estime, très amène et fair-play, le
vice-président du groupe M6, Thomas Valentin. Bibiane a tout à la fois
une vision et de l’intuition, l’expérience de tous les métiers de la production et un sens aigu du grand public. » C’est elle qui a lancé Nagui et
« Taratata », imposé pour la première fois une femme, Marie-Ange
Nardi, à la présentation d’un jeu télévisé. Elle qui a eu l’intuition du
succès de la diffusion en prime time
de séries américaines comme Urgences en plein été. Elle encore qui a
convaincu une direction de chaîne
réticente, en l’occurrence M6, de
choisir Cyril Lignac et Valérie Damidot pour incarner, l’un la téléréalité d’un cuisinier restaurateur,
l’autre l’émission de déco nouvelle
génération. Deux énormes succès
populaires. Nagui et Cyril, ce sont
un peu ses bébés : des projets qui
ont abouti, des personnalités devenues de grandes vedettes, mais aussi des stagiaires, à foison, qui ont
Bio
EXPRESS
Pas encore diplômée, l’étudiante suit les cours du
soir de journalisme à la Maison de la presse de
Bruxelles. Se fait engager par RTL, d’abord à la radio
puis à la télé, où elle deviendra présentatrice du JT
de 19 heures au milieu des années 1980. Christine
Ockrent officiait alors en France, elle sera sa réplique en Belgique. Cela fait d’elle une star du petit
écran, rôle qu’elle n’endossera que quatre ans.
« La lumière n’était pas spécialement ce que je recherchais », souligne Bibiane Godfroid. Elle quitte le
plateau du JT pour la direction des programmes,
avant de s’envoler pour Paris et prendre en charge le
lancement sur un canal hertzien de Canal J, qui
n’aura finalement pas lieu. La chance de sa vie se
présente alors. Elle a envoyé son CV à Hervé Bourges, qui monte son équipe à Antenne 2. Il l’appelle.
« Je veux vous engager. - Vous avez reçu mon CV ? –
Non, mais j’ai entendu parler de vous. » Bibiane Godfroid va traverser sans encombre toutes les configurations possibles, de la programmation à la
télévision française. Conseiller les plus grands : Hervé Bourges et Jean-Pierre Elkabbach à France Télévisions, Pierre Lescure à Canal +, avant que ce dernier ne soit viré par Jean-Marie Messier. Elle a
connu le service public, les deux plus grands groupes TV privés français, les géants RTL, Vivendi…
« Un bel apprentissage », confie l’ancienne directrice de l’antenne de la chaîne cryptée, période festive.
L’humour est une contrainte de distance, une limite
qu’elle s’est toujours fixée.
Douce et sensible, elle sait l’être. Mais, accaparée
par son travail, elle s’en veut de ne pas s’être assez
occupée de ses deux filles. Bibiane se rattrape avec
ses cinq petits-enfants, avoue aimer cuisiner. Elle
sait cependant être ferme. « Je sais que je suis une
main de fer dans un gant de velours », admet-elle. On
en viendrait encore à en douter. ■
UN DERNIER MOT
« Un ouvrage rigoureux,
pétillant d’érudition, qui se lit comme
s’il s’agissait de vingt nouvelles policières. »
Jean-Christophe Buisson
Les grands mystères
par les grands
historiens
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Marquis [mar-ki] n.m.
Titre dans une tragi-comédie.
enâclant à se présenter devant la commission d’enquête du Sénat,
Alexandre Benalla a traité son président, Philippe Bas, de petit marquis.
Le mot vient de l’italien marchese, titre que porte le gouverneur d’une région,
ou d’une marche. Alexandre Benalla s’y connaît en marche, avec toutes celles
qu’il a dégringolées depuis trois mois.
Cette affaire a quelque chose de marquant et c’est pourquoi celui que Benalla
traite de petit marquis veut d’abord marquer le coup - pour que lui l’accuse.
Cependant, le qualificatif de marquis est singulier. À l’Élysée, Benalla s’était bâti
l’empire d’un Carabas, avec statut et privilèges : « Tout marquis veut avoir
des pages », rappelle La Fontaine.
À tout le moins, il était devenu un personnage clé. Quoique se démarquant
des usages en cours, il avait visiblement imprimé sa marque de fabrique : le culot.
Jusqu’au 1er mai, qui marque le début d’une révolution de palais,
à laquelle les marquis (petits ou non) n’ont pris aucune part.
Cette date est à jamais dans sa tête marquée d’une pierre noire. ■
R
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
La Mosquée de Paris critique le rapport
sur « La fabrique de l’islamisme »
Selon cette institution religieuse, ce rapport serait « opportuniste et partial »,
mais aussi « lacunaire » car « il fait fi de toutes considérations religieuses
et d’analyse sociologique avérée ». Ce document, rédigé sous la responsabilité
de Hakim El Karoui, tomberait même « dans l’amalgame aisé entre islam
et islamisme » en « oubliant volontairement la communauté musulmane de France
qui, historiquement, a toujours su respecter les valeurs républicaines et défendre
sa patrie ». Rappelant « le principe de séparation de l’État et des Cultes »,
la Grande Mosquée de Paris - dont le recteur est Dalil Boubakeur - rappelle
que « la communauté musulmane de France ne saurait raisonnablement porter
le fardeau de l’islamisme et faire l’objet d’un traitement différent des autres cultes ».
La chasse au suspect
continue
à la Maison-Blanche
Retrouvez-nous sur
A
et sur www.editions-perrin.fr
Le « haut responsable » suspecté
d’être l’auteur de la tribune anonyme
contre Donald Trump dans le New
York Times serait-il son ambassadeur
à Moscou, Jon Huntsman, ancien
gouverneur de l’Utah, dont certains
croient avoir reconnu le style ?
Mais Omarosa Manigault-Newman,
ancienne de « The Apprentice »,
un temps enrôlée à la MaisonBlanche, accuse le chef de cabinet
du vice-président, Nick Ayers.
À quoi Mike Pence réplique : « J’ai
confiance à 100% dans mes équipes. »
Le retour
de Marie Billetdoux
C’est toujours un événement
quand celle qui s’appelait
alors Raphaële Billetdoux,
prix Renaudot pour Mes nuits
sont plus belles que vos jours
et Interallié pour Prends garde
à la douceur des choses,
publie un nouveau roman.
Elle a repris le prénom de Marie,
celui souhaité par son père,
et sort, aux éditions Lattès,
le 3 octobre, Femme prenant
plaisir à ses fureurs, où elle
raconte le conflit mère-fille qui
prend un tour tout particulier.
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Журналы и газеты
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