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Le Figaro - 14 08 2018

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mardi 14 août 2018 LE FIGARO - N° 23 018 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
HISTOIRES D’ESPIONS
L’ÉTÉ
FAREWELL, L’AGENT
DU KGB QUI AIMAIT
TROP LA FRANCE
DU
FIGARO
PAGE 20
LE VOYAGE
RÉINVENTÉ
Isabelle Adjani
se confie au « Figaro »
à l’occasion de la sortie
de « Le monde est à toi »
AU NORD DE
VENISE, L’ÎLE
MYSTÉRIEUSE
DE SANTA
CRISTINA
PAGE 14
C’EST AUSSI
UNE ENTREPRISE
LA MACHINE
ROLANDGARROS
PAGE 25
JEUX D’ÉTÉ PAGE 17
ÉCOLOGIE
TUNISIE
DÉBAT HISTORIQUE DANS
LE MONDE ARABE SUR L’ÉGALITÉ
HOMME-FEMME PAGES 6 ET 7
Le regain
de popularité
des pèlerinages
chrétiens
Désir de renouer avec la tradition ou démarche
spirituelle : les croyants sont attirés par les lieux sacrés.
Certains sanctuaires connaissent un renouveau, quand
d’autres voient affluer des fidèles depuis des siècles.
Nicolas Hulot
s’active sur
tous les fronts PAGE 4
ALLEMAGNE
Berlin récupère
l’argent caché
de l’ex-RDA PAGE 5
Partout en France se nichent
des petits sanctuaires consacrés à la Vierge : 1 300 au total. Et 700 dédiés à d’autres
saints. Souvent millénaires,
ces lieux sacrés attirent les
catholiques de façon étonnante. « Les pèlerinages se
portent plutôt bien, explique le
père Lhermitte, président de
ALPINISME
Un maire
souhaite limiter
l’accès au sommet
du mont Blanc
l’Association nationale des
directeurs de pèlerinages.
Car la piété populaire existe
toujours. » Grâce à un « heureux mélange entre la dimension religieuse et la dimension
culturelle », certains croyants
renouent ainsi avec les pratiques anciennes et, ce faisant,
« ressourcent leur foi ».
è DANS LE NORD, L’ÉGLISE
FACE AU SUCCÈS
DE LA DÉVOTION POPULAIRE
è MGR DE METZ-NOBLAT :
« MARCHER PERMET DE REVENIR
À UN RYTHME PLUS HUMAIN
ET PLUS DIVIN »
è L’ESSOR DES CHEMINS
DE COMPOSTELLE FRANÇAIS,
CLASSÉS À L’UNESCO
PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
PAGE 8
Le brillant retour
de Tiger Woods
PAGE 11
CHAMPS
LIBRES
La chronique
de Renaud Girard
La tribune
de Mgr Matthieu
Rougé
n
Faut-il s’inquiéter de
la crise financière turque ?
STUDIO CANAL 2018
GOLF
Dans le film de Romain Gavras, en salle mercredi,
l’actrice française incarne une mère menteuse, voleuse
et tricheuse. Séduite par l’originalité du long-métrage,
mélange de Scarface et des Tontons flingueurs, elle
affirme avoir connu une véritable jubilation à interpréter ce
rôle, qui reste un personnage unique dans sa carrière. PAGE 12
Malgré les mesures annoncées par Ankara pour stopper
sa glissade, la monnaie turque
a encore sévèrement chuté
lundi, victime du bras de fer
diplomatique que se livrent la
Turquie et les États-Unis sur
le sort d’un pasteur américain. Cette tempête financière
devrait avoir un lourd impact
sur l’économie turque, déjà
en proie à une hyper-inflation. Ses effets à l’international demeurent pour l’instant
limités, mais sa persistance
pourrait faire peser un risque
de contagion sur les pays
émergents. PAGES 22 ET 23
n
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de lundi :
Glyphosate :
faut-il accélérer
son interdiction ?
NON
20 %
OUI
80 %
TOTAL DE VOTANTS : 21 570
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Le Figaro ne paraît pas le
15 août. Suivez l’actualité
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ANTENNE 2/SIPA - ABDELFATTAH
BELAID/AFP - KAYHAN OZER/AFP
ÉDITORIAL par Étienne de Montety edemontety@lefigaro.fr
L’Évangile selon sainte Rita
C
e ne sont pas des fêtes carillonnées, elles ne sont pas toutes
sur le calendrier liturgique et,
pourtant, elles font de plus en
plus souvent partie de la vie des
fidèles.
En été, pullulent processions, rogations et
autres pèlerinages en l’honneur de tout ce
que le riche christianisme occidental a
produit de figures, avec autant de miracles. Ici, une fête de la mer pour bénir le
travail des pêcheurs et se souvenir des disparus, là, un pèlerinage à saint Christophe
avec procession de voitures, la liste est
aussi longue que la litanie des saints.
Ces dévotions étaient tombées en désuétude, elles connaissent un regain de popularité. Comment interpréter ce phénomène ? Faut-il voir là un effet « Puy du
Fou » ? Un besoin de ré-enracinement,
même fragile, dans une histoire, des pratiques anciennes que le monde moderne,
dématérialisé et incertain, rend nécessaire
à nos contemporains ?
Probablement. Car ces pratiques sont simples, incarnées, colorées d’humanité. Elles
associent la foi du baptisé et celle du char-
bonnier. À des chrétiens du seuil qu’une
religion pleine de mystères et de dogmes,
qui paraît réservée « aux sages et aux savants », peut intimider, « l’Évangile selon
sainte Rita » est plus accessible. Il les rejoint dans leur vie quotidienne, leurs difficultés, leurs maladies.
En témoigne le succès ininterrompu du
sanctuaire de Lourdes où, depuis cent cinquante ans, des
millions de malades viennent présenter leur misère
humaine à la Vierge Marie. À la grotte, l’Église n’est
plus celle qui instruit mais celle qui soigne
et console.
Ces expressions populaires sont certainement aussi précieuses au catholicisme que
le travail des théologiens. Elles redisent
l’attachement d’un peuple aux formes extérieures de la foi et surtout rejoignent le
christianisme à son fondement : une aventure spirituelle née de l’incarnation d’un
Dieu qui, depuis, n’a cessé d’être mêlé à
l’histoire intime des hommes. ■
La foi
du baptisé
et celle du
charbonnier
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ISSN 0182.5852
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
A
PAGE 19
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mardi 14 août 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
2
LOURDES
VALENCIENNES
SEBASTIEN DESARMAUX/GODONG
1
DIDIER CRASNAULT/PHOTOPQR/VOIX DU NORD
2
Le renouveau des
pèlerinages chrétiens
Notre-Dame
du Saint Cordon
Valenciennes
2
Notre-Dame
de Grâce
Le Précieux Sang
en l’abbatiale de la Trinité
Cambrai
Fécamp
Partout en France, des lieux sacrés
attirent les croyants. Certains
connaissent un regain d’intérêt.
Sainte Thérèse
de l’Enfant Jésus
Grand Pardon
de Saint Yves
Tréguier
Lisieux
Notre-Dame
Pontmain
Locronan
JEAN-MARIE GUÉNOIS £@jmguenois
CE CŒUR de l’été est aussi le cœur
de la foi catholique. La fête de
l’Assomption, ce 15 août, célèbre
dans l’Église catholique la Vierge
Marie « élevée corps et âme à la
gloire du Ciel et exaltée par le
Seigneur comme la Reine de l’univers », selon les termes du dogme
défini par le pape Pie XII en 1950.
Honorer la fin de vie terrestre de la
Vierge Marie remonte aux premiers siècles du christianisme. Les
orthodoxes appellent cette fête, la
« dormition de la très sainte Mère
de Dieu ». Ils la célèbrent aussi le
15 août. Seuls les protestants récusent cette tradition.
Ce mercredi, un milliard cinq
cents millions de chrétiens dans le
monde feront tout de même mémoire de ce mystère de foi chrétienne avec des offices très suivis.
La France n’est pas en reste.
25 000 personnes sont attendues
dans le sanctuaire de Lourdes qui
marque les 160 ans des apparitions
de la Vierge. Une France également couverte par… 1 300 petits
sanctuaires consacrés à la Vierge !
Et 700 dédiés à d’autres saints.
Souvent millénaires, ces lieux sacrés continuent d’attirer de façon
étonnante.
A
1
« Désir de transcendance »
Certains renaissent comme à Souvigny, dans l’Allier, après un long
sommeil, alors qu’il attirait des
foules au Moyen Âge. Beaucoup
perdurent contre vents et marées,
comme s’ils étaient inscrits dans
les mémoires des familles de génération en génération. Ils sont
tellement divers qu’il est impossible de les présenter en quelques lignes. Un livre n’y suffirait pas.
Ainsi du pèlerinage des « Trois
Marie » à Mignières, près de Chartres où « les enfants nerveux » se
présentent. De Notre-Dame de la
Daurade à Toulouse, où la « ceinture de la vierge noire » serait bénéfique pour les femmes enceintes
ou qui désirent un enfant. Que dire
de « la fête des cartables » en vue
de la rentrée… à Notre-Dame du
Laus, dans les Hautes-Alpes, en
plein renouveau. Ou encore des
impressionnants « bikers » recueillis à l’abbaye de Saint-Claude
dans le Jura ou en Bretagne avec le
« pardon des motards » à Porcaro. Dans un autre genre, à
Saint-Ybard, dans le diocèse de
Tulle, la bénédiction du bétail attire le 16 août, jour de la Saint Roch.
Sans parler des étranges « fontaines guérisseuses » dans le pays
d’Auge en Normandie. Ou, près de
+
Saxon-Sion
Saint Pierre Fourier
3
La Chapelle-Montligeon
Sainte Marie-Madeleine
Auray
Campbon
Notre-Dame
de la Prière
Notre-Dame
la Blanche
Chaumont
Faverney
Saint Mayeul et
Saint Odilon Cité du Sacré-Cœur de Jésus
Saint-Marcel
(R’Chignoux)
Île-Bouchard
Mattaincourt
Grand Pardon
Vézelay
Tours
Saint Louis-Marie
Grignon de Montfort
Mont Sainte-Odile
Domrémy-la-Pucelle
Chartres
Sainte Anne
Sainte Odile
Sainte Jeanne d’Arc
Notre-Dame
Notre-Dame
de Montligeon
Saint Nicolas-de-Port
Notre-Dame de Sion
Paris
Troménie de Saint Cronan
Laval, à Saulges, du pittoresque
« petit saint qui pisse » !
« Les pèlerinages se portent plutôt bien, assure le père Jacky-Marie Lhermitte, président de l’Association nationale des directeurs de
pèlerinages. Car la piété populaire
existe toujours. Le désir de transcendance est inscrit au cœur de
l’homme. Par le pèlerinage, la personne veut aller au-delà d’elle-même ou faire une pause dans sa vie.
On a trop intellectualisé la foi. Nous
avons une sensibilité, sans tomber
dans la superstition, il y a vraiment
quelque chose de noble et de bien
dans la piété populaire. »
L’académicien Jean-Christophe
Rufin, lui-même pèlerin de Compostelle, signe cet automne la préface d’un beau livre Esprit des pèlerinages (Gründ). Il confie au
Figaro : « Les motivations ne sont
pas forcément religieuses mais spirituelles au sens large. Le pèlerinage offre un cadre qui sort du fond de
l’histoire. Il apporte une tradition. À
la différence d’un chemin de grande
randonnée, il oriente la marche. Le
pèlerinage, c’est d’abord une direction, un sens que l’on donne à sa démarche. » ■
Notre-Dame
de la Médaille
Miraculeuse
Souvigny
Paray-le-Monial
A
Saint Joseph-du-Beaujolais
Saint Curé
Villié-Morgon
Les principaux
pèlerinages
français
Ostensions septennales limousines
Annecy
Abbaye royale
de Hautecombe
Lyon
Saint Antoine de Padoue
B
Saint François de Sales et
Sainte Jeanne de Chantal
Notre-Dame de Fourvière
Limoges
Saint-Pierre-de-Curtille
Brive-la-Gaillarde
Notre-Dame
de France
Notre-Dame
Notre-Dame de la Salette
Le Puy-en-Velay
C
Rocamadour
La Salette-Fallavaux
Sainte Foy
Conques
Notre-Dame
des Grâces
Notre-Dame de Vie
Venasque
D
Les Trois Maries
Arles
Saintes-Maries-de-la-Mer
Col de Roncevaux
1 Notre-Dame
Lourdes
Notre-Dame de la Garde
Marseille
Col du Somport
Cotignac
Sainte MarieMadeleine
Notre-Dame de Lérins
Île Saint-Honorat
Notre-Dame
des Grâces
Plan-d'Aups- Lavasina (Brando)
Sainte-Baume
Notre-Dame
Pancheraccia
4 LES CHEMINS DE SAINT-JACQUES
A. Via Turonensis
B. Via Lemovicensis
» Lire aussi PAGE 19
Ars
C. Via Podiensis
D. Via Tolosane
Infographie
Dans le Nord, l’Église face au succès de la dévotion populaire
MADELEINE VATEL
«
Je sais que
je ne
reverrai
jamais la très
grande
majorité de
ces pèlerins
à une messe.
C’est comme
les Journées
mondiales de
la jeunesse
(JMJ) : ils
retrouvent
l’Église pour
un temps
PÈRE THOMAS
VERCOUTRE
»
LILLE
PROCESSIONS, chapelets et chapelle comble : chaque année, le
hameau du Ryveld multiplie par
trois sa population… et les revenus
de sa quête. Relancée il y a trois
ans, la neuvaine dédiée à sainte
Rita, la patronne des causes désespérées, trouve un écho de plus
en plus fort au cœur même de cette plaine de la Flandre. Plus d’un
millier de personnes viennent des
villages alentour réciter avec piété
et ferveur des prières, mais aussi
confier leurs souffrances, leurs
maladies ou des décisions importantes. « Ne méprisons pas cette
dévotion populaire, c’est une pratique sincère, ancrée dans la foi, profonde et confiante », insiste le père
Thomas Vercoutre, interpellé par
ces rassemblements qui touchent
bien au-delà des 300 habitants de
ce hameau. Avec ses à-côtés qui
font penser à Lourdes : médailles
de sainte Rita, lampes de neuvaine, images, chapelets et encens
proposés à la vente. « Je mets en
garde ces fidèles contre la superstition ou le folklore, je leur dis de ne
pas être naïfs, on n’est pas dans la
magie. Ils se sentent proches de la
vie de cette sainte, mais c’est important de toujours revenir à la Parole de Dieu », insiste ce prêtre en
précisant que chaque neuvaine est
structurée, nourrie par les homélies, construite comme une retraite spirituelle. Mais aussi forte soit
cette ferveur… elle reste éphémère. « Je sais que je ne reverrai jamais la très grande majorité de ces
pèlerins à une messe. C’est comme
les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) : ils retrouvent l’Église pour
un temps. C’est un exercice de dévotion important qui rejoint une
partie de la génération actuelle. »
Cet engouement pour les neuvaines vécues en communauté et
autour d’un Saint n’est pas un cas
propre à la Flandre. « Très souvent, ces initiatives sont prises par
des petits groupes qui veulent mettre une statue en valeur, restaurer
une chapelle. Et ça prend »,
constate Hélène Bossaert, responsable catéchuménat pour le diocèse de Lille. Loin d’être exhaustif, le
diocèse de Lille en recense une
douzaine par an, autant pour celui
d’Arras. Le diocèse de Cambrai
compte notamment celle du
Saint-Cordon, avec ses 3 000 personnes lors de la procession, en
septembre. « C’est un signe de vitalité important que nous devons
encadrer et encourager », estime
Mgr Hérouard, évêque auxiliaire
de Lille, invité à lancer fin juin la
neuvaine à Notre-Dame de la Visitation à Bollezeele. « C’est une
autre forme d’investissement qui
touche aussi des populations plus
modestes. »
Le retour d’une foi
incarnée
Saisir cette piété populaire pour
évangéliser ? Les diocèses du Nord
se sentent en tout cas interpellés.
Des laïques en charge du catéchuménat réfléchissent à la suite à
donner à ces initiatives souvent
locales et qui rencontrent une
vraie attente. Ils s’interrogent sur
la manière de pérenniser ces actes
de foi ponctuels. Ils aimeraient
aussi sensibiliser les séminaristes
sur ces pratiques qui les concerne-
ront tôt ou tard. « Il faut former
des prêtres qui connaissent cette
réalité. Il y a quand même eu une
époque où l’on retirait les statues,
les cierges et les croix des églises »,
rappelle le père Raymond Devroedt, accompagnateur de la
Pastorale du Tourisme. Il y voit le
retour d’une foi incarnée, vivante,
physique, oubliée par une Église
qui a peut-être voulu tout intellectualiser, laissant à l’écart certains croyants. En ce sens, l’une
des premières interviews du pape
François, qui voyait l’Église
« comme un hôpital de campagne
après une bataille », résonne particulièrement pour ces croyants venus confier leurs préoccupations.
Ces retours de neuvaines touchent aussi les villes. À Tourcoing,
un converti laïque est venu animer pendant neuf jours des temps
de prière à « Notre-Dame qui défait les Nœuds ». Dans l’assemblée, des BCBG mêlés à des familles modestes. Chacun a écrit
ses difficultés sur des papiers brûlés dans un grand feu. « Les gens
viennent car ils en voient les
fruits », résume Anatole, 36 ans. ■
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LE FIGARO
mardi 14 août 2018
L'ÉVÉNEMENT
4
CHAUMONT
CHEMIN DE SAINT-JACQUES-DE-COMPOSTELLE
Un haut-lieu de procession
en Bas-Berry, couru par les
parents excédés qui y traînent
leurs enfants terribles. Le
pèlerinage des R’Chignoux, à SaintMarcel, dans l’Indre, qui « remonte
à des temps ancestraux », de
mémoire collective locale, continue
à attirer les familles aux prises
avec un mal intemporel et toujours
croissant : le casse-tête
des marmots insupportables.
Les r’chignoux, ceux qui rechignent
à tout, à l’obéissance comme
à la discipline, prompts à l’agitation
et au caprice, rétifs à l’application
scolaire, hyperactifs dans l’oisiveté
ou accros aux écrans. Chaque
1er samedi de septembre, dans une
joyeuse cacophonie, ils viennent
se faire bénir en la chapelle SaintMarin, édifiée au XIIe siècle,
et pèlerinent ensemble sous l’œil
bienveillant de ce saint qui avait
la réputation de guérir les enfants
pleurnichards. Jadis, alors qu’une
foule considérable s’y pressait et
« faisait vivre le bourg pendant des
mois », confie un élu en racontant
toute l’économie marchande que
le pèlerinage générait, on faisait
boire à l’enfant un verre d’eau tiré
du puits avant de lui faire effectuer
trois fois le tour de la chapelle,
pour le « guérir ». Aujourd’hui, la
bénédiction donnée, les petites et
grandes ouailles s’égaient autour
d’un pique-nique et d’animations
organisées par la commune. Et
s’il demeurait parmi eux des têtes
blondes en proie aux colères
ou à la peur, direction Chasseneuil,
à 7 km de là, où en octobre, près
de la chapelle et de la fontaine
du XVIIe siècle, un autre pèlerinage,
sous le patronage de saint Luc,
leur est spécialement dédié.
DELPHINE DE MALLEVOUE
Mgr de Metz-Noblat : « Marcher permet de
revenir à un rythme plus humain et plus divin »
LES 23 ET 24 JUIN dernier, le
Grand Pardon de Chaumont, en
Haute-Marne, a connu un grand
succès populaire. Célébré depuis
plus de cinq siècles, il n’avait pas
eu lieu, selon la coutume, depuis
onze ans. Mgr Joseph de Metz-Noblat, évêque de Langres, revient
sur les raisons de cet attrait.
LE FIGARO.- En quoi consiste
ce Grand Pardon ?
Mgr Joseph DE METZ-NOBLAT. C’est en 1475 que le pape Sixte IV
accorde à Mgr Jean de Montmirel,
évêque de Vaison-la-Romaine et
originaire de Chaumont, la faculté
de célébrer le Grand Pardon dans
cette ville, chaque fois que la Saint
Jean-Baptiste tombe un dimanche.
L’occurrence tombe ainsi tous les
cinq, six ou onze ans.
Que signifie « grand pardon » ?
À l’époque, nos ancêtres étaient
soucieux de leur devenir après la
mort. Compter sur le pardon de
Dieu apportait cette assurance
d’accéder au bonheur du ciel. Si
aujourd’hui nous sommes moins
angoissés, sans doute parce que
nous sommes plus centrés sur les
joies terrestres, il n’en reste pas
moins important de trouver des
solutions aux blessures que nous
recevons ou que nous causons. La
meilleure voie est celle du pardon.
Puiser la force de pardonner dans
le pardon de Dieu, c’est ce que le
pape François a voulu nous enseigner à travers l’année de la Miséricorde il y a deux ans. Le Grand
Pardon de Chaumont a donc été
marqué par une messe solennelle
et la possibilité de se confesser.
La mobilisation pour cet
événement est-elle le signe
d’un intérêt religieux ou plutôt
Puiser
la force de
pardonner
dans le
pardon de
Dieu, c’est
ce que
le pape
François a
voulu nous
enseigner
à travers
l’année de la
Miséricorde
il y a deux
ans
»
culturel ?
Il y a un heureux mélange entre la
dimension religieuse et la dimension culturelle. Il est difficile de
discerner la motivation des quelque 30 000 visiteurs qui sont venus
dans la ville. Certains ont passé une
bonne journée, en raison des animations variées, spectacles de rue,
expositions, défilé costumé…
D’autres sont vraiment venus pour
les célébrations et pour ressourcer
leur foi. La majeure partie a glané
ici et là un petit bénéfice pour
construire son existence.
Des pèlerinages très anciens
retrouvent de la vigueur.
De quoi est-ce le signe ?
Il faudrait développer une analyse
sociologique, qui a sans doute déjà
été réalisée. Dans les éléments de
compréhension du phénomène, il
peut y avoir un retour aux pratiques anciennes, inscription dans
une pérennité qui rassure, avec un
brin de nostalgie ; mais aussi le désir de retrouver ce qui a fait la force
de nos aïeux. C’est une question de
sens de la vie. Quand tout file à
grande vitesse, le recours à la marche – principe premier du pèlerinage – permet de revenir à un
rythme plus humain, et plus divin.
STÉPHANE OUZOUNOFF/CIRIC
Les R’Chignoux
pour redresser
les enfants retors
DENIS MEYER/HANS LUCAS
FACEBOOK GRAND PARDON DE CHAUMONT
3
3
Le pape François remet la piété
populaire à l’honneur. Les pasteurs
ont-ils commis une erreur
pastorale en négligeant cette foi
simple ?
Il fallait sans doute un « dépoussiérage » des pratiques. Chaque siècle
apporte ses réformes, et l’une des
causes possibles de la déchristianisation était l’enfermement dans
des dévotions qui pouvaient détourner les fidèles du Christ au
profit des saints. Mais la foi
« pure » ne saurait être un acte
seulement intellectuel ; la dévotion
populaire a l’avantage d’intégrer
tout le corps dans la démarche spirituelle. Brûler un cierge, toucher
une image, participer à une assemblée sont autant d’expressions de
foi, autant aussi de croissance de
celle-ci.
Dans le contexte des attentats
et du débat sur les migrants,
observez-vous une interrogation
nouvelle sur le christianisme
comme constituant possible
d’une identité ?
Je ne perçois pas de revendication
identitaire. Par contre, j’ai à plusieurs reprises entendu des témoignages proches de celui du Bienheureux Charles de Foucauld,
dont le séjour au Maroc avait entraîné une vraie conversion à la foi
chrétienne : « Les musulmans
osent exprimer leur foi, et nous,
pourquoi ne le ferions-nous
pas ? » Quand toute la population
était baptisée, l’athéisme était le
principal défi ; aujourd’hui, une
laïcité parfois militante et la diversité des expressions religieuses
amènent les chrétiens à reprendre
conscience de la valeur de leur
propre religion. Ce dont je ne peux
que me réjouir. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR J.-M. G.
Pour suivre
Jésus, il faut
avoir une dose de
courage, il faut se
décider à changer
le divan contre une
paire de chaussures
qui t’aideront à
marcher […] sur des
routes qui peuvent
ouvrir de nouveaux
horizons, capables
de propager la joie,
cette joie qui naît
de l’amour
de Dieu
»
PAPE FRANÇOIS, À CRACOVIE,
EN JUILLET 2016
Faire un
pèlerinage
ne veut pas dire
simplement visiter
un lieu quelconque
pour admirer ses
trésors […]. Faire un
pèlerinage signifie
plutôt sortir de
soi-même pour
aller à la rencontre
de Dieu là où il s’est
manifesté
BENOÎT XVI
»
ALICE BROGAT £@AliceBrogat
«
Les
collectivités
ont peu à peu
pris conscience
de la valeur
de leurs
monuments,
et de leur
responsabilité
en termes
de médiation
et de
conservation
»
NILS BRUNET, DIRECTEUR
DE L’AGENCE DE
COOPÉRATION
INTERRÉGIONALE
ET RÉSEAU (ACIR)
« IL Y A TRENTE ANS, il n’y avait
pas un randonneur sur le plateau de
l’Aubrac ! » Marie-Claude David
Auguy, hôtelière, a vu les pèlerins
affluer depuis que le chemin qui
traverse son village de SaintChély-d’Aubrac, dans l’Aveyron,
a été classé au patrimoine mondial
de l’Unesco. En 1998, les chemins
de Saint-Jacques-de-Compostelle
français étaient reconnus par l’organisation internationale. À la différence du chemin espagnol, inscrit dans son intégralité cinq ans
plus tôt, le bien français est constitué de 71 ensembles monumentaux
et 7 tronçons de chemin, dispersés
sur 10 régions. Ces édifices illustrent le développement chronologique des pratiques et rituels liés au
pèlerinage, entre le XIe et le
XVe siècle. Une distinction qui
avait suscité à l’époque son lot de
polémiques quant au choix des
monuments retenus. Si le classement a renforcé l’aura de chefsd’œuvre architecturaux comme la
cathédrale d’Amiens ou la basili-
que de Clermont-Ferrand, cela a
aussi mis en valeur des ouvrages
moins connus, comme le pont de
Saint-Chély-d’Aubrac.
« Ce classement a eu un véritable
impact sur l’attrait des visiteurs
étrangers, confirme l’hôtelière, qui
a agrandi son hôtel il y a cinq ans.
La commune compte aujourd’hui
475 lits touristiques. Pour ce village
assez isolé, la distinction de la voie
du Puy-en-Velay, l’une des quatre
routes symboliques menant à
Compostelle, a été une aubaine.
« L’activité touristique a maintenu
les commerces présents, les services
publics et médicaux, les distributeurs bancaires… », se réjouit Séverine Dijols-Valenq, directrice de
l’office de tourisme d’Aubrac-Laguiole.
Le classement Unesco de la collégiale de La Romieu, dans le Gers,
a eu le même effet sur ce village de
550 habitants. Grâce à la hausse du
nombre de visiteurs, passé de 7 000
en 1995 à 35 000 en 2005, les commerces vacants ont été systématiquement repris. « La commune
aurait pu faire les frais d’un déclassement progressif général, à l’instar
de nombreux autres villages ruraux
du Gers, mais il n’en fut rien », témoigne Jérôme Dauzats, directeur
de l’office de tourisme de Gascogne
Lomagne.
Des motivations diverses
En 1998, la reconnaissance de ce
patrimoine par l’Unesco intervient
dans un contexte de regain d’intérêt pour le pèlerinage, alors que
les chemins de Saint-Jacques
n’étaient plus parcourus depuis la
guerre de Cent Ans, il y a sept siècles. Dans les années 1970, la création de sentiers de grande randonnée par la Fédération française de
la randonnée pédestre a fait revivre l’idée de pèlerinage, en attirant
un nouveau public. Depuis leur
inscription au patrimoine mondial,
la fréquentation des sites plus
connus a considérablement augmenté. À Saint-Jean-Pied-dePort, étape mythique sur la route
de Saint-Jacques-de-Compostelle,
le nombre de pèlerins s’élève à
57 300 en 2017, contre 7 300 en
1999.
Ces sites attirent des visiteurs
aux motivations diverses. D’après
l’Agence de coopération interrégionale et réseau (Acir), la moitié
du public s’y rend pour des raisons
sportives et culturelles, et l’autre
moitié pour des motivations spirituelles, dont 20 % pour des motifs
religieux.
Mais sous l’effet du tourisme de
masse, la dimension spirituelle de
certains sites s’est atténuée. « La
voie du Puy, qui concentre la majorité des départs en pèlerinage, est
devenue un chemin de business.
Maintenant, il faut réserver les gîtes, qui sont pris d’assaut par les
touristes », déplore Jean-Jacques
Marie, membre du conseil de la Société françaises des amis de SaintJacques-de-Compostelle. Pour ce
pèlerin, reconnaître l’intégralité
des chemins français aurait permis
de mieux répartir les visiteurs.
Toutefois, il constate un nouvel
engouement spirituel sur des voies
moins courues : « Aujourd’hui, on
retrouve l’âme du pèlerin et une certaine sérénité sur les chemins. »
Si la fréquentation demeure inégale selon les sites et les régions,
« les collectivités ont peu à peu pris
conscience de la valeur de leurs mo-
numents, et de leur responsabilité en
termes de médiation et de conservation », observe Nils Brunet, directeur de l’Acir. L’impact est particulièrement marquant à La
Romieu, où les politiques de valorisation menées par les décideurs
locaux ont transformé la vie culturelle du village. La galerie d’art Va
Bene et le festival La Main harmonique, avec ses concerts de musiques anciennes et baroques, sont
les symboles de ce renouveau. « La
commune et ses habitants ont
construit lentement mais sûrement
une véritable saison culturelle, dont
la célébration des 700 ans de la
consécration de la collégiale constitue cette année un véritable point
d’orgue », s’enthousiasme Jérôme
Dauzats.
Jusqu’à la fin de l’année, les évènements célébrant ce vingtième
anniversaire visent à mieux faire
connaître ce patrimoine exceptionnel tout en renforçant la cohésion entre les différents sites.
« Pour l’instant, nous ne sommes
pas dans une logique d’élargissement, mais de consolidation de
l’existant », conclut Nils Brunet. ■
A
L’essor des chemins de Compostelle français, classés à l’Unesco
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 14 août 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Nicolas Hulot
s’active sur
tous les fronts
Nicolas Hulot, en juin,
dans les jardins du ministère
de la Transition écologique
et solidaire.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Canicule, condamnation de Monsanto,
polémique avec Bardot, le ministre réagit.
JOSÉPHINE GRUWÉ-COURT
£@josephineegc
ÉCOLOGIE Il est en vacances depuis le
3 août, mais, au cœur de l’été, il est partout ! Presse écrite, radio, télé, pas un
sujet ne lui échappe : canicule, changement climatique, altercation avec Brigitte Bardot, condamnation de Monsanto et du glyphosate, le numéro trois du
gouvernement profite d’un mois d’août
calme pour afficher son activisme et investir l’espace médiatique.
Il faut dire que la condamnation de
l’américain Monsanto, accusé d’être
responsable du cancer d’un jardinier californien, donne des arguments à l’exanimateur d’Ushuaïa pour en finir au
plus tôt avec le glyphosate. Dimanche,
dans un entretien à Libération, il a qualifié la décision de la justice américaine de
« providentielle ». « C’est le début de la
fin de l’arrogance de ce couple maudit
Monsanto-Bayer », s’est-il réjoui, ajou-
tant que le jugement venait « corriger
l’indifférence des politiques vis-à-vis de
cette firme ». Selon lui, cette condamnation historique rend visible « l’objectif
dissimulé de Monsanto, sa stratégie ignoble » : « Mettre en coupe réglée les ressources alimentaires de la planète. » Nicolas Hulot ne prévoit pourtant pas
d’accélérer la sortie du glyphosate, herbicide qu’Emmanuel Macron s’est engagé à interdire en France en 2021 sans
l’inscrire pour autant dans le projet de
loi agriculture.
En 48 heures, en plus de sa « guerre
contre les pesticides », a surgi une autre
querelle avec Brigitte Bardot sur un tout
autre dossier. Samedi matin, dans un
entretien à Var-Matin, elle qualifiait
l’écologiste de « trouillard de première
classe » et d’« indécis », en réaction aux
arrêtés qu’il a pris sur les quotas de
chasse traditionnelle.
Elle a appelé à sa démission et a même
ajouté qu’elle imaginerait bien Yannick
Jadot, député écologiste européen, à sa
place. Dimanche, dans un tweet, l’ancienne actrice a fait de la surenchère en
dévoilant que le ministre l’avait appelée
le matin même pour la traiter de « lâche » et de « mielleuse vis-à-vis du pré-
sident ». En réponse, dans un entretien
à Franceinfo dimanche soir, Nicolas
Hulot a expliqué ne plus supporter « les
démagos de tout poil », ajoutant que
« c’est facile de donner des conseils à
distance » mais que « quand on prend en
compte les réalités humaines, c’est plus
difficile ».
Pour David Cormand, secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts,
« ce qui pose question, c’est le dérisoire
de cette “dispute” compte tenu de l’urgence écologique : changement climatique, effondrement de la biodiversité,
poids des lobbys, explosion des maladies
environnementales, etc. ».
Lors de l’épisode de canicule, Nicolas
Hulot avait déjà investi les médias, cette
fois pour tirer la sonnette d’alarme sur
le changement climatique. Fin juillet,
dans une interview au JDD, il avait en
effet exhorté les partis politiques à mettre de côté leurs divisions pour « une
union sacrée » en matière de lutte
contre le dérèglement climatique.
Puis, plus tard, le 7 août, il s’adressait
aux Français au micro d’Europe 1 : « On
peut se tourner, et on a raison, vers un
ministre, vers un gouvernement, mais il
faut que chacun aussi se tourne vers sa
propre responsabilité. »
Selon Matthieu Orphelin, député LaREM et proche de Nicolas Hulot, les
prises de parole de ce dernier sur le
changement climatique et sur le glyphosate étaient « importantes pour faire
passer des messages de pédagogie et de
politique ».
Et d’ajouter : « Il n’a pas besoin d’être
visible pour faire avancer ses dossiers et
quand il a quelque chose à dire, il en parle, que ce soit l’été ou l’hiver. »
Quant à la querelle avec BB : « Il
n’a aucune leçon à recevoir d’elle »,
estime-t-il. ■
Un médiateur proactif entre les banques et les partis
Nommé par décret le 4 août, Jean-Raphaël Alventosa a déjà invité les mouvements politiques à le contacter « au plus tôt ».
EMMANUEL GALIERO egaliero@lefigaro.fr
FINANCEMENT DES PARTIS L’impossibilité de décrocher des prêts bancaires
ne sera-t-elle qu’un mauvais souvenir
pour les partis politiques ? En tout cas,
le médiateur du crédit aux candidats et
aux partis politiques vient d’envoyer
un signal positif à une vingtaine de formations.
Jean-Raphaël Alventosa, haut fonctionnaire en charge de ce nouveau service, n’a pas perdu du temps pour établir le
contact. « Madame, Monsieur, par décret
paru au Journal officiel du 4 août 2018, j’ai
été nommé médiateur. Afin de vous rencontrer au plus tôt et de prendre rendezvous, je vous serais reconnaissant de me
faire savoir la personne responsable de la
question du crédit aux candidats et aux
partis politiques dans votre organisation »,
a-t-il écrit dans une missive du 6 août.
« Je suis honoré et préoccupé », a-t-il
confié au Figaro mardi. Il confirme sa volonté d’être proactif pour bien cerner les
difficultés. « Dans une démocratie développée, chacun doit pouvoir faire candidature politique », souligne-t-il.
Faisant valoir une longue expérience
de la fonction publique, il s’est engagé à
exercer en totale « indépendance et im-
partialité », selon les termes du décret
d’application de la loi pour la confiance
dans la vie politique. Devant les sénateurs, Jean-Raphaël Alventosa s’est
montré très confiant. Il voit son rôle
comme celui d’un facilitateur entre la
banque et la politique, deux univers
connaissant mal leurs contraintes respectives, juge-t-il. Armé de deux collaborateurs, le médiateur du ministère de
l’Intérieur espère faire aussi bien que celui de Bercy lancé en 2002 pour rapprocher les entreprises et les banques.
Du côté des partis, on ne néglige aucune piste mais on reste très dubitatif face
aux marges de manœuvre du fonction-
naire. Sans outils coercitifs ou moyens législatifs lui permettant d’imposer à une
banque privée de prêter de l’argent, on
pense qu’il ne pèsera pas lourd, d’autant
que rien n’oblige un établissement à justifier son refus. Le médiateur se dit prêt à
rédiger des rapports précis en cas d’obstacles.
Au Rassemblement national, où l’on se
demande comment financer les européennes tout en affrontant une saisie judiciaire de 2 millions d’euros sur les aides
publiques, on souhaite rencontrer le médiateur Alventosa le plus tôt possible sans
cacher un immense scepticisme. « Nous
allons prendre le médiateur au mot, expli-
L’ÉTÉ DU FIGARO
que le trésorier, Wallerand de Saint-Just,
mais sa mission est extrêmement difficile
car les personnes politiquement sensibles
sont traitées comme des parias. » SaintJust loue la banque de la démocratie, la
solution abandonnée par le gouvernement. « Très rapidement, M. Alventosa va
constater nos besoins criants et les limites
de son action », anticipe le trésorier du
RN. Impatient d’exposer ses soucis au
nouveau médiateur, il regrette le temps
heureux des « prêts démocratie » de la
SBE. À l’époque, le Front national s’appuyait souvent sur cette filiale de la Banque populaire pour financer ses campagnes, sans tracas. ■
9/16
Valérie Pécresse, fan
de boxe et de tennis
[
]
La politique
c’est du spo
rt
La présidente de la région Île-de-France n’imagine
plus « une vie sans faire de sport ».
A
MARION MOURGUE
@MarionMourgue
« J’ai repris le sport à 45 ans ! », sourit
la présidente de la région LR d’Îlede-France. « J’ai eu un grand blanc
quand j’étais ministre… », expliquet-elle.
Maman de trois jeunes enfants, la
ministre de l’Enseignement supérieur, qui habite dans les Yvelines, a
chaque jour plus de deux heures et
demie de transport. Difficile dans ce
cas de trouver un moment dans
l’agenda pour pratiquer un sport.
« Pendant cinq ans, j’ai couru après le
temps, reconnaît-elle. Je tombais de
fatigue. Quand j’avais une heure de libre au déjeuner, je n’avais pas l’énergie de faire du sport. Je préférais faire
une sieste ! »
Le reste du temps, elle jonglait entre obligations professionnelles et
occupations familiales. Les cinq années de marathon ministériel laissent physiquement des traces, juge
Valérie Pécresse. L’année 2012 aussi.
Après la défaite de la droite à la présidentielle, la candidate doit affronter
en pleine vague rose une nouvelle
campagne électorale, celle des législatives. « Je me suis dit que j’allais faire toute ma circonscription à pied. J’ai
fait du Lassalle avant l’heure ! », sourit-elle. Sauf qu’il pleuvait tout le
temps.
“
Une fois que tu as
tapé dans un sac, tu es
zen. Pour un politique,
ça aide
”
VALÉRIE PÉCRESSE
Un ami gendarme tire le signal
d’alarme et la met alors en garde :
« Tu ne ressembles plus à rien, ce
n’est pas possible ! Il faut que tu refasses du sport. Pour muscler ton dos
et tes épaules, ce qui serait bien, c’est
la boxe. » Même allusion insistante
d’une amie, qui l’encourage, elle, à
faire du Pilates. Valérie Pécresse
comprend le message cinq sur
cinq : « J’ai alors décidé de me remettre au sport. »
Avec le premier, elle se met à la
course et à la boxe dans une salle de
sport de Vélizy-Villacoublay, dans
les Yvelines. Des journées sédentaires, un agenda plein à craquer, des
menus trop caloriques… L’ex-ministre a envie de retrouver de
l’énergie et d’entretenir un corps
qui a souffert.
« Cela m’a soulagée du stress, de
l’énervement. » La boxe, c’est physique. « Ça m’a fait un bien fou ! Une
fois que tu as tapé dans un sac, tu es
zen. Pour un politique, ça aide »,
précise-t-elle.
Avec son autre amie, Valérie Pécresse commence le Pilates. Objectif, se muscler le haut du corps et
apprendre à respirer. « Le corps,
pour un homme ou une femme politique, c’est un outil. Malgré les heures
que je peux passer en voiture, je n’ai
plus jamais mal au dos ! »
Valérie Pécresse
lors d’une séance
d’entraînement.
ELODIE GREGOIRE/REA
Si elle a aujourd’hui cessé la pratique régulière de la boxe et s’est
mise désormais au yoga, elle pratique aussi le tennis. « Je suis une
grande fan depuis l’adolescence !
C’est un sport où l’on court, où l’on
avance beaucoup. Il faut être mobile,
en alerte pour anticiper sans être
crispé quand on tape », énumère la
présidente de région.
« Il faut être stratège et mettre de
l’intelligence dans son jeu pour placer
la balle. » Elle se reprend : « Pour
cogner ! »
Valérie Pécresse éclate de rire :
« C’est comme en politique ! »
Voilà ses concurrents prévenus.
Si elle aime jouer au tennis - « Un
sport complet qu’on peut aussi
pratiquer en équipe » -, elle assure ne pas chercher la compétition. « Je déteste la compétition !,
fait-elle valoir. Je la vis déjà tellement dans mon travail que je
n’ai pas envie de la revivre en faisant du sport ou quand je suis en
vacances ! »
Le sport, en revanche, plus question d’« imaginer faire sans », glisse
Valérie Pécresse. « Dans une vie trépidante, il est important de reprendre
le contrôle. » ■
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LE FIGARO
mardi 14 août 2018
INTERNATIONAL
5
Les voisins se partagent les trésors de la mer Caspienne
Un accord historique a été signé entre les cinq pays riverains de la plus grande mer fermée du monde, riche en pétrole, en gaz et en caviar.
DIPLOMATIE Il aura fallu vingt ans
d’âpres négociations pour que les pays de
la Caspienne aboutissent à un accord historique sur le statut de cette mer fermée, la
plus vaste au monde, convoitée pour ses
fabuleuses richesses en pétrole, en gaz et
en caviar. Réunis samedi et dimanche
dans le port kazakh d’Aktaou, la Russie,
l’Iran, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan et le
Turkménistan ont mis au point une
convention autorisant la construction de
pipelines sous-marins, fixant pour chacun
des quotas de pêche et interdisant toute
présence militaire d’un pays tiers sur la
Caspienne. Ses réserves en hydrocarbures
sont estimées à environ 50 milliards de
barils et près de 300 000 milliards de m3
de gaz naturel.
Pour Vladimir Poutine, la convention
signée dimanche par les cinq chefs de la
diplomatie « fera date ». Le président russe a plaidé pour une plus grande coopération entre les pays riverains afin d’«assurer la paix » dans la région. Le président
iranien, Hassan Rohani, a également salué
l’accord en insistant sur le fait que « la mer
Caspienne n’appartient qu’aux pays de la
Caspienne ». L’Iran qui a 724 kilomètres
de côtes sur la Caspienne (695 kilomètres
pour la Russie, 2 320 pour le Kazakhstan)
est surtout soucieux que celle-ci n’apparaisse pas comme un « lac russe ».
Nouveau statut pour cette mer fermée de 371 000 km2
Frontières maritimes
Vo
(selon la méthode
lga
de l’équidistance)
Ancienne limite entre Astrakhan
l’URSS et l’Iran
Principaux champs RUSSIE
d’hydrocarbures
Zones d’exploration
d’hydrocarbures
Vide juridique
Car la Caspienne représente, outre une
manne économique, un axe de circulation
maritime international et un espace stratégique militaire majeurs. Avec l’effondrement de l’URSS, la Caspienne a plongé
dans un vide juridique, générateur de tensions. D’un seul coup, quatre pays riverains issus de l’Union soviétique, eurent à
cohabiter avec un cinquième, l’Iran. Un
accord prévalant jusqu’alors avec Téhéran
se révélait caduc. Étendue d’eau salée plus
vaste que l’Allemagne (371 000 km2), alimentée par la Volga et sans débouchés
maritimes, la Caspienne doit-elle être
considérée comme un lac ou comme une
mer ? La question, aux considérables implications juridiques, aura mobilisé les experts et les diplomates pendant plus de
vingt ans, traduisant les intérêts particu-
Atyraou
KAZAKHSTAN
Mer d’Aral
Aktaou
OUZBÉKISTAN
Mahachkala
Mer
Noire
GÉORGIE.
Me r
ARM.
AZERBAÏDJAN
Ca sp i e nne
Bakou
TURQUIE
Turkmenbachy
TURKMÉNISTAN
Achgabad
Racht
IRAK
Source : Unep Grid Arendal
IRAN
Téhéran
200 km
Infographie
Berlin récupère
l’argent caché
de la RDA
L’organisatrice présumée des
transferts de fonds en Suisse,
la patronne de la société Novum,
Rudolfine Steindling, est décédée
en 2012. ANDREAS ALTWEIN/
PICTURE-ALLIANCE/DPA
Retrouvé en Suisse, le butin détourné
par les communistes est distribué
aux Länder de l’ex-Allemagne de l’Est.
VIOLETTE BONNEBAS
BERLIN
ALLEMAGNE De l’argent, comme tombé
du ciel. 199 millions d’euros qui ne figuraient pas au budget prévisionnel des
Länder de l’ex-Allemagne de l’Est, mais
qu’ils viennent pourtant d’encaisser au
cœur de l’été. Cette cagnotte surprise,
particulièrement bienvenue dans ce territoire défavorisé, ne provient pas d’un
généreux donateur, mais d’un magot
communiste bien dissimulé, amassé
pendant la guerre froide.
À la chute du mur de Berlin, en 1989, le
parti unique de RDA, le SED, possédait un
empire : des biens immobiliers évalués à
20 milliards d’ostmarks, au moins 6 milliards supplémentaires en liquide, ainsi
que de nombreux actifs et sociétés. L’organe politique de la dictature est-allemande est alors l’un des partis politiques
les plus riches d’Europe. Rebaptisé SED/
PDS pour le premier - et dernier - scrutin
libre du pays, il est balayé par la victoire
en mars 1990 d’une coalition emmenée
par les chrétiens-conservateurs.
Doutant que ces capitaux aient été acquis « selon les principes fondamentaux
de l’État de droit », le nouveau premier
ministre, Lothar de Maizière, entend
placer les comptes du Parti communiste
sous sa surveillance. Les anciens maîtres
du pays se mobilisent « contre les atteintes à la propriété du SED/PDS ». Ils organisent la fuite de l’argent par des dons à
des associations et entreprises amies ou
de généreux prêts accordés aux camarades restés fidèles au parti.
Plus de 1 milliard d’euros
Ils se lancent aussi dans des montages financiers plus discrets, à l’étranger. Lors
de l’opération baptisée « Putnik », ils
tentent de faire disparaître des millions
d’ostmarks par l’intermédiaire d’une société-écran moscovite, sous couvert du
financement d’œuvres humanitaires
dans le tiers-monde. Leur manigance,
rapidement détectée, échoue et scandalise le pays. Mais une multitude d’autres
transactions réussissent, notamment via
la société Novum, qui place l’argent sur
des comptes en Suisse.
En 2006, une commission indépendante née de la réunification allemande
annonce avoir localisé une partie du butin, à hauteur de 1,17 milliard d’euros.
Engagé dans de longues batailles judiciaires, le gouvernement allemand obtient peu à peu la condamnation des
banques suisses à restituer l’argent. La
dernière en date, AKB, lui a versé
232 millions d’euros, dont 199 millions
sont directement destinés aux six Län-
Cuba : la propriété privée dans la Constitution
La nouvelle loi fondamentale devrait institutionnaliser les changements introduits depuis 2010
par Raul Castro, comme le droit à créer des entreprises ou à embaucher.
PATRICK BÈLE pbele@lefigaro.fr
CARAÏBES Les consultations des Cubains sur la nouvelle Constitution ont
commencé ce lundi 13 août, jour anniversaire de la naissance de Fidel Castro. Le pouvoir cubain aime les symboles. Le projet de texte a déjà été
approuvé par l’Assemblée nationale.
Les Cubains sont invités à le discuter et
l’amender jusqu’au 15 novembre lors
de réunions de quartier. Il sera ensuite
soumis à référendum. « C’est une mascarade, s’insurge Jacobo Machover
universitaire et écrivain cubain en exil
en France. Ils organisent un débat dans
les quartiers dans le seul but de mieux
contrôler la population et de repérer les
contradicteurs éventuels. »
Les principales nouveautés du texte
présenté concernent l’économie. « Il
s’agit d’institutionnaliser les change-
ments décidés par Raul Castro depuis
2010 », estime Stéphane Witkowski,
président du conseil de gestion de
l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (IHEAL).
Depuis 2010, les Cubains sont autorisés à créer des microentreprises dans
un certain nombre de domaines. C’est
principalement dans le tourisme et la
restauration que les activités se sont
développées. De nombreux restaurants ont fleuri, notamment à La Havane, et se sont parfois développés jusqu’à proposer des dizaines de couverts
et employant plusieurs dizaines de salariés. On estime que désormais 30 %
des Cubains travaillent dans le privé
contre 8 % il y a au début des années
2000.
« C’est le grand changement : la nouvelle Constitution reconnaît la propriété
privée et ouvre la possibilité d’embaucher, explique Janette Habel, ensei-
liers des puissances concernées. Si la Russie penchait pour la première option, qui
lui laissait une plus grande liberté de
manœuvre, l’Iran se refusait à utiliser l’un
ou l’autre terme, soulignant la « spécificité
unique » de la Caspienne et la coresponsabilité des puissances. En revanche, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan et le Turkménistan misaient sur le droit de la mer, déjà
codifié, pour faire prévaloir leurs intérêts.
Dans le même temps, la Caspienne devenait un espace fortement militarisé, la
Russie et l’Iran y accroissant leurs capacités navales tandis que les États-Unis armaient et formaient la marine de guerre
azerbaïdjanaise.
Le Turkménistan apparaît comme l’un
des grands gagnants de l’accord : il devrait
pouvoir installer des pipelines sous-marins pour exporter son gaz vers les marchés européens via l’Azerbaïdjan. Un projet à 5 milliards de dollars qui suscitait
l’opposition des autres pays de la région.
La Russie a dû faire des concessions mais
sa diplomatie obtient un succès d’image.
Surtout sa prédominance sera confortée
par l’interdiction de toute présence militaire tierce sur la Caspienne. ■
gnante à l’IHEAL. Le pouvoir cherche
aussi à rassurer les investisseurs étrangers dont ils ont besoin car le contexte
international s’est compliqué : le rapprochement avec Washington est bloqué
depuis que Donald Trump est à la Maison-Blanche et le Venezuela n’est plus
capable d’aider le pays. Leur projet,
c’est une économie à orientation socialiste de marché ; le modèle, c’est le Vietnam, même si le texte ne va pas aussi
loin que la législation vietnamienne. »
Tensions sociales
Le pouvoir est contraint d’ouvrir
l’économie au privé pour que le million
de fonctionnaires qui ont dû quitter la
fonction publique à la suite de la suppression de leur poste puissent trouver
un emploi. Mais cela risque de créer
des tensions sociales. Dans le public,
les employés sont payés en pesos alors
que dans le privé qui travaille surtout
avec le tourisme, c’est le CUC qui a
cours, un CUC valant 24 CUP. Un
plongeur de restaurant va ainsi pouvoir gagner beaucoup plus qu’un enseignant d’université ou un médecin.
Une partie de la population s’est appauvrie : on estime le taux de pauvreté
à 20 %. Ces inégalités sociales sont une
nouveauté dans le pays.
Au niveau politique, les changements sont plus modestes : le nombre
de mandats est désormais limité à
deux et il faut être âgé de moins de
60 ans pour être élus président de la
République. Cela devrait empêcher le
récent successeur de Raul Castro, Miguel Diaz-Canel, âgé de 59 ans, de se
présenter pour un second mandat. Le
Parti communiste cubain reste le parti
unique et aucun texte ne montre des
signes d’ouverture pour mieux garantir les libertés et les droits de
l’homme. ■
der issus de l’Allemagne de l’Est. La
somme a été répartie en proportion du
nombre d’habitants par région en 1991 :
la Saxe obtient la plus grande part, les
arrondissements de l’ex-Berlin-Est, la
plus petite. L’argent doit uniquement financer des investissements dans l’économie et des projets socioculturels
« destinés à améliorer les conditions de vie
et de travail de la population des nouveaux
Länder », selon la loi rédigée en 1990.
« L’idée était de faire face au nécessaire
besoin de reconstruction après l’effondrement du système communiste », explique
Stephan Gössl, du ministère des Finances de Saxe.
Les gouvernements de Saxe-Anhalt et
du Brandebourg vont ainsi développer
l’Internet haut débit en zone rurale. Le
Land de Mecklembourg-PoméranieOccidentale s’est engagé à financer la
transition numérique des entreprises locales. À Berlin, la mairie veut transformer les 22 hectares de l’ancien siège de
la Stasi en « campus de la démocratie ».
« Pour tous ceux qui ont souffert de la dictature, c’est un geste symbolique fort que
cet argent volé par le SED serve justement
au travail de mémoire », se réjouit Roland
Jahn, ancien opposant en RDA.
Le reste du trésor des communistes
allemands pourrait ne jamais refaire
surface. L’organisatrice présumée des
transferts de fonds, la patronne de Novum, Rudolfine Steindling, est décédée
en 2012. Les experts estiment que plusieurs centaines de millions d’euros
continuent de dormir paisiblement,
Dieu seul - peut-être - sait où. ■
ZOOM
Un sommet entre les deux
Corées en septembre
Les deux Corées ont décidé de tenir
en septembre un sommet
à Pyongyang, qui pourrait marquer
une nouvelle étape importante
dans le rapprochement historique
entre les deux pays.
La décision a été prise en marge de
discussions entre les deux parties
dans la zone démilitarisée (DMZ).
Une visite dans la capitale nordcoréenne du président sud-coréen,
Moon Jae-in, serait la première
d’un chef d’État du Sud en plus
d’une décennie.
Lors de leur sommet historique
en avril dans la DMZ, M. Moon
et le leader nord-coréen, Kim
Jong-un, avaient déjà décidé que
le premier rendrait visite au second
à l’automne à Pyongyang.
Les pourparlers de lundi, qui
se tiennent dans la partie nord
du village frontalier de
Panmunjom, dans la DMZ, avaient
été proposés la semaine dernière
par Pyongyang, qui a récemment
dénoncé la volonté de Washington
de maintenir les sanctions.
A
ALAIN BARLUET £@abarluet
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mardi 14 août 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
En Tunisie, le président
défend l’égalité hommefemme dans l’héritage
Béji Caïd Essebsi a annoncé lundi un projet de loi sur l’égalité successorale.
Le pays deviendrait ainsi le premier du Maghreb à offrir ce droit.
SOCIÉTÉ L’annonce était attendue. Béji Caïd Essebsi (BCE) a
profité de la Journée nationale des
femmes – date anniversaire du
Code du statut personnel (CSP) de
1956 qui a donné aux Tunisiennes
un statut inégalé dans le monde
arabe - pour présenter un projet
de loi pour l’égalité homme-femme dans l’héritage. À rang successoral équivalent, les Tunisiennes touchent actuellement la
moitié de la part réservée à un
homme selon les préceptes
islamiques.
« Nous allons inverser la situation », a déclaré le président,
brandissant la Constitution de
2014. « Cela aurait dû être fait
dès 1956, dans la foulée. Mais il
n’y avait pas à l’époque une
Constitution pouvant lui servir de
référence et d’appui ! », a-t-il
affirmé faisant référence à Habib
Bourguiba, qui avait renoncé,
face aux pressions, à instaurer
l’égalité successorale dans le
CSP. Pour justifier son choix, le
président s’appuie donc sur le
texte fondamental qui évoque un
état civil et instaure l’égalité
entre les citoyens « sans discrimination aucune » (article 21).
« L’objectif de BCE, c’est surtout
de marquer l’histoire. Il a bien
“
Les Tunisiennes
touchent actuellement
la moitié de la part
réservée à un homme
selon les préceptes
islamiques
”
compris que Bourguiba reste dans
les mémoires grâce au CSP. Alors
que son mandat s’achève fin 2019
et qu’il n’a pas un bon bilan, Béji
Caïd Essebsi espère faire comme
son mentor », ricane une députée qui salue néanmoins la
mesure.
Il y a un an, le président avait
créé la Commission pour les libertés individuelles et l’égalité
(Colibe), chargée de proposer
des mesures pour améliorer les
libertés individuelles et se
conformer à la Constitution et
aux standards internationaux.
Le rapport a été rendu en juin.
« En matière d’héritage, nous
avons proposé trois options :
l’égalité totale ; l’égalité de principe avec possibilité donnée au de
cujus de s’y opposer ; l’égalité à la
demande des héritières. Nous
avons fait plusieurs propositions
pour avoir la garantie de faire des
avancées, même sur les questions
difficiles. Pour chaque mesure, la
commission a indiqué sa préférence. Dans ce cas, nous appuyons la seconde option »,
explique Bochra Belhadj Ben
Hamida, présidente de la Colibe.
BCE s’est également prononcé ce
lundi en faveur de cette seconde
proposition.
Le texte sera présenté aux
députés dès la fin des vacances
parlementaires, en octobre. À
n’en pas douter, les débats seront
âpres. Depuis la publication du
rapport, les critiques ont été
fortes (voir ci-dessous). Certains
opposants ont menacé de lapider
les membres de la Colibe. Des
imams prêchent chaque vendredi
contre ce texte de plus de
200 pages qui évoquent des
questions sensibles.
Outre l’égalité dans l’héritage,
la Colibe propose notamment la
fin de la dot (condition à la
consommation du mariage),
l’abolition de la peine de mort, la
dépénalisation
de
l’homosexualité (passible de trois ans de
prison) et la fin du test anal
pratiqué pour prouver la sodomie. Sur ces questions, le président BCE s’est contenté d’appeler
à un « débat très large et un examen » plus approfondi. ■
M. D. (À TUNIS)
Un changement loin de faire l’unanimité
MARYLINE DUMAS
£@Maryline_Dumas
A
TUNIS ET OUECHTATA
DANS SON APPARTEMENT de
Sidi Bou Saïd, dans la banlieue
chic de Tunis, Khadija Cherif mélange parfois les dates pour raconter ses vingt années de lutte. La
militante féministe est prête à défendre bec et ongles tout projet de
loi en faveur de l’égalité dans l’héritage. À l’ombre d’un olivier à
Ouechtata (155 km à l’ouest de
Tunis), El-Akri Hafsia n’a, elle,
qu’un mantra : la charia (loi islamique). L’agricultrice est prête à
faire un testament en faveur de ses
fils si la loi est votée. Ces deux
femmes le prouvent, l’annonce de
Béji Caïd Essebsi (BCE) est loin de
faire l’unanimité en Tunisie.
Ainsi, une manifestation a rassemblé, samedi, des milliers de
personnes à Tunis contre ce projet. Selon un sondage réalisé par le
think-thank Joussour en juillet,
90 % des Tunisiens souhaiteraient
garder la loi sur les successions
telle quelle est : à la fille la moitié
de la part d’un fils ; à la veuve un
huitième de l’héritage quand le
veuf en touche un quart, conformément à la sourate 4 du Coran.
Selon l’Institut républicain international, les premières concernées – les femmes - seraient à
57 % défavorables à toute modification de la loi.
À la mort de son père, El-Akri
Hafsia a touché une part correspondant à la moitié de celle de ses
frères. Pour cette grand-mère qui
ne connaît pas son âge, rien de plus
normal : « C’est la charia, c’est
comme ça. Si je veux plus de terres à
cultiver, je les loue. Ce sera la même
chose pour mes filles. » L’agricultrice avoue ne pas s’intéresser au
sujet : « Il y a d’autres priorités. Le
président ferait mieux de trouver du
travail à nos enfants. » Un refrain
qui fait soupirer Khadija Cherif, qui
a créé, au sein de l’Association tunisienne des femmes démocrates
(ATFD), une commission « Héritage » dès 1999 : « Cela fait des années qu’on entend des “Ce n’est pas
le moment” ou “il y a des réformes
plus importantes”. »
La Tunisie part en fait de loin,
puisque la loi actuelle, même inégalitaire, n’est pas toujours appliquée dans les campagnes. Sabira
Soalhi, 48 ans et habitante
d’Ouechtata, a perdu son père il y
a plusieurs années : « Mes frères
ne veulent pas partager les terres
pour le moment. En attendant, ils
cultivent les terres et je ne touche
rien », explique cette mère de famille résignée. Sa sœur, Sameh,
elle, a exigé sa part. Elle n’a pas eu
le choix : ses frères refusaient
qu’elle construise sa maison à côté
de celle de son père avec qui elle a
vécu jusqu’à sa mort. « J’ai toujours habité ici, j’avais le droit à ma
part de terre. » Pour obtenir gain
de cause, Sameh a dû faire appel à
la justice. Une procédure, financée par un microcrédit, qui lui a
coûté 2 000 dinars (635 €). Forte
de cette expérience, Sameh se dit
en faveur de l’égalité dans l’héritage. À ses côtés, son mari est plus
hésitant : « Je suis pour que chacun
ait sa part, mais selon la charia : la
femme reçoit une part et deux vont
à l’homme. »
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
« Changer les mentalités »
Le débat né en juin après la publication des recommandations de la
Commission pour les libertés individuelles et l’égalité (Colibe), à
l’origine de la proposition sur
l’égalité de l’héritage, est virulent. Les opposants de la réforme
à venir se sont organisés au sein
du « Collectif national pour la défense du Coran, de la Constitution
et du développement équitable ».
L’organisation s’appuie sur le
préambule de la Constitution de
2014 et son second paragraphe qui
évoque « l’attachement de notre
peuple aux enseignements de l’islam ». « Pour nous, la référence
est claire. C’est comme lors de la
signature d’une police d’assurance : il y a des conditions générales
et des conditions particulières. Les
préceptes de l’islam figurent parmi
les conditions générales de la
Constitution et non une clause particulière », explique Sofian Bessaies, porte-parole du collectif.
Ce père de quatre enfants – deux
garçons, deux filles - s’indigne :
« La Colibe sacrifie la famille au
profit de l’individu. Elle sème la zizanie dans les familles. Comment
peut-on me commander sur la façon dont je dois partager mon
legs ? Est-ce que mes garçons vont
devoir se battre pour avoir leur
part selon la législation en cours,
conforme aux préceptes de l’islam ? » Karim Bouzouita, membre de la Colibe, balaie l’argument : « On peut trouver tout et
son contraire dans le Coran. La religion n’est qu’un prétexte. Le problème, c’est qu’on touche à l’ar-
Dans la Turquie d’Erdogan,
gent. En plus, on émancipe
l’individu du groupe, ça casserait
tout projet wahhabite (courant rigoriste d’origine saoudienne,
NDLR). » La société civile relève
« une féminisation de la pauvreté »
dont l’héritage serait un facteur :
seules 12 % des Tunisiennes sont
propriétaires d’un logement et
14 % d’une terre. « Les femmes
travaillent que ce soit dans les
champs, dans les bureaux ou à la
maison, en s’occupant des parents
et des enfants. D’une manière ou
d’une autre, elles participent au
développement des biens familiaux
pour être ensuite exclues de la succession », regrette Alya Chammari, avocate et membre du collectif
Maghreb Égalité.
Khadija Cherif se prépare à une
longue année : « Dès septembre,
nous commencerons un tour des
régions pour sensibiliser les gens à
la question. » Peut-être finira-telle par convaincre El-Akri
Hafsia. Alya Chammari veut y
croire et prend pour exemple le
Code du statut personnel du 13
août 1956 qui a donné aux Tunisiennes un statut inégalé dans le
monde arabe (voir ci-contre) en
abolissant la polygamie et en instaurant un âge minimum pour le
mariage : « Il y a eu une levée de
boucliers. Mais dix ans après, plus
personne n’acceptait de devenir la
3e ou 4e épouse de quelqu’un. Cela a
changé la société et la mentalité
tunisiennes. » ■
Samedi, à Tunis,
des milliers de
personnes ont
manifesté contre
toute réforme
des règles
coraniques en
vigueur, notamment
le projet de loi en
faveur de l’égalité
dans l’héritage.
FETHI BELAID/AFP
LE CHANGEMENT n’est pas passé
inaperçu. Début juillet, alors que le
président
islamo-conservateur
Recep Tayyip Erdogan, tout juste
réélu, dévoilait son nouveau gouvernement, les organisations féministes apprirent avec amertume
une nouvelle érosion de leur statut :
l’ex-ministère turc des Femmes
(déjà rebaptisé, en 2011, « ministère
de la Famille et des Politiques sociales ») allait désormais être englouti
par celui « du Travail, des Services
sociaux et de la Famille ». « C’est un
revers de plus pour les femmes
turques, dont le statut ne cesse de régresser depuis l’arrivée du Parti de la
justice et du développement (AKP,
islamo-conservateur) au pouvoir il y
a quinze ans », déplore l’activiste
féministe Feride Eralp.
En Turquie, pays à majorité musulmane, le « deuxième sexe » est
traditionnellement mieux loti que
chez les voisins. La femme est
l’égale de l’homme en matière
d’héritage. Elle peut épouser un
membre d’une autre religion.
Quant au droit de vote des Turques,
il date de 1938 (bien avant les Françaises, qui l’obtinrent en 1944).
Tous ces fondements, hérités de
l’époque d’Atatürk, le « père » de la
République moderne de 1923, sontils en train de voler en éclats ? « Il y
a danger ! », s’insurge Kubra, une
étudiante en sociologie. Ces dernières années, elle a pris note des discours « machistes » du président,
qui considère comme « incomplètes » les femmes sans enfants, les
encourageant à en mettre « au
moins trois » au monde. Elle a
constaté, aussi, « une islamisation
rampante de la société », avec l’introduction du voile, autrefois
banni, dans les universités, les lycées et dans l’administration publique. « J’y vois a contrario une reconquête de ma liberté », tempère Ayla,
une mère de famille traditionnelle,
en évoquant un rééquilibrage naturel dans un pays où le poids des valeurs républicaines a longtemps
étouffé le droit à la diversité. « Mais
la liberté d’un groupe ne doit pas se
faire au détriment d’un autre », insiste la jeune Kubra, en évoquant le
spectre de la République islamique
d’Iran.
Victimes de violences
« On en est encore loin », tempère
Feride Eralp. La spécialiste des
questions de femmes veut croire au
pouvoir de mobilisation de la société civile contre toute tentative de
régression. Et au rôle des associations, dès 2001, dans l’introduction
de l’égalité matrimoniale et les réformes en termes de violence domestique au sein du Code civil et du
Code pénal. À plusieurs reprises, les
militantes ont même récemment pu
compter sur le soutien de certaines
femmes proches du chef de l’État…
à commencer par sa propre fille. En
novembre 2016, Sümeyye Erdogan
s’opposa en personne à un projet de
loi de députés AKP qui visait à amnistier les violeurs prêts à épouser
leurs victimes. Le texte fut finalement abandonné.
Mais Feride Eralp reste vigilante.
« Le cadre légal, c’est une chose. La
pratique, c’est une autre », dit-elle.
Au Maroc, des campagnes contre le bikini
Depuis le 9 juillet,
une campagne créée
la polémique sur les réseaux
sociaux marocains via
le hashtag #Soisunhomme
ou #KounRajel, partagé
13 000 fois, donnant
aux hommes la responsabilité
d’empêcher les femmes
marocaines de porter
des tenues trop légères
en cette période estivale,
et notamment le bikini sur
la plage. Une page en faveur
de la création de banques
islamiques au Maroc publie
« Sois un homme et ne laisse
pas tes femmes et tes filles
sortir dans des vêtements
serrés ! » Ce message suscite
la colère d’internautes
féministes, qui répondent
avec un hashtag
#Soisunefemmelibre, lancée
par la militante marocaine
Ibtissame « Betty » Lachgar
à travers le collectif Mali.
Dans un pays déjà accusé
de « paternalisme » depuis
bien des années, où, selon
une étude publiée en 2017
par l’ONU, 72 % des hommes et
78 % des femmes considèrent
qu’une « femme habillée
de façon provocante mérite
d’être harcelée », l’opinion
féminine est partagée.
« J’estime que je suis déjà
une femme et que je n’ai
aucunement besoin de le
prouver », déclare Yasmine
El Amrani, une influenceuse
sur le réseau Twitter.
Si l’émotion est vive sur les
réseaux sociaux, son impact
n’est pas vraiment visible
dans la vie réelle. Sur la plage,
les Marocaines habillées
cohabitent avec les
Marocaines en maillot comme
chaque été.
ESTELLE PIATON
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 14 août 2018
INTERNATIONAL
Le président tunisien Beji Caïd Essebsi,
lundi, à Tunis, lors de son discours
présentant son projet de réformes.
ABDELFATTAH BELAID/AFP
7
Sophie Bessis : « Les Tunisiennes
ont le statut le plus avancé
du monde arabe »
SPÉCIALISTE du Maghreb, l’historienne franco-tunisienne revient sur les droits des femmes en
Tunisie, pays qui fait exception
au Maghreb et dans le monde
arabe.
LE FIGARO. - Peut-on parler
d’une réelle « exception
tunisienne » dans le monde arabe
en matière de droit des femmes ?
Sophie BESSIS. - Il est évident que
les femmes tunisiennes ont des
droits bien plus avancés que l’ensemble des pays arabes. Leur statut juridique fait d’elles des majeures, leur octroie un certain
nombre de droits et cela depuis la
promulgation du Code du statut
personnel en 1956, quatre mois
après l’indépendance. Ce code n’a
cessé d’être amélioré depuis. Il y a
un an une circulaire ministérielle,
tout à fait inique de 1973, qui établissait que la musulmane n’avait
pas le droit d’épouser un nonmusulman, a été abrogée. Donc
tout cela fait que les Tunisiennes
ont juridiquement un statut qui
n’a rien de comparable avec celui
des autres pays arabes. Au Maroc,
par exemple, la polygamie est légale, même si elle est soumise à
des conditions difficiles, et l’avortement n’est pas autorisé contrairement à la Tunisie.
« La loi tunisienne n’est pas égalitaire », confie Sophie Bessis.
les femmes résistent à la régression
Ainsi, si le droit de divorce est
acquis, l’épouse ou l’ex-épouse demeure vulnérable.
En début d’année, l’université
privée Kadir Has publiait une étude
révélant que 61 % des personnes interrogées désignaient « la violence »
comme le principal problème
auquel les femmes turques sont
confrontées.
Selon la plate-forme Halte aux
féminicides, près de 2 000 femmes
ont été assassinées depuis 2010 – à
cause, pour certaines, d’une simple
demande de séparation. Force est
également de constater que le
discours officiel, tantôt véhiculé
par Erdogan, tantôt par son entourage – en 2014, le président du Parlement ne déclarait-il pas que les
femmes ne devaient pas rire en
public « au nom de la décence » ? –,
finit par déteindre sur la société.
« Les femmes font l’objet de jugements déplacés venant d’un patron
ou d’un simple inconnu sur leur
comportement, sur leur façon d’être,
de s’habiller », observe Feride
Eralp.
Mais ce qu’elle craint plus que
tout, c’est l’effacement progressif
du statut de la femme au profit de
celui de la famille. « Dans le jargon
officiel, dit-elle, il est question désormais de mères, d’épouses, de
veuves, et non de femmes en tant que
telles. »
Sans compter la prédominance
croissante d’un discours moralisant
et de valeurs religieuses dans la vie
de tous les jours. « Ces dernières années, le pouvoir du Diyanet – l’autorité en charge des affaires religieuses – n’a cessé de se renforcer »,
observe-t-elle. Exemple, la démultiplication des crèches placées sous
son égide. Ou encore cette nouvelle
loi, passée à l’automne 2017, selon
laquelle les muftis (personnalités
religieuses) peuvent célébrer les
mariages civils au même titre que
les maires. « La première union du
genre s’est tenue à Bismil, dans le
sud-est du pays, dans un lieu qui,
ironie du sort, avait longtemps servi
de refuge pour femmes maltraitées.
Dans son discours, le mufti a encouragé le nouveau couple à avoir
cinq enfants. Tout un symbole qui résume notre inquiétude », souffle
Feride Eralp. ■
+
» Lire aussi PAGE 19, 22 et 23
Les femmes
« font
l’objet
de jugements
déplacés
venant
d’un patron
ou d’un simple
inconnu
sur leur
comportement,
sur leur façon
d’être,
de s’habiller
»
FERIDE ERALP,
ACTIVISTE FÉMINISTE
La Tunisie pourrait-elle servir
d’exemple ?
La Tunisie est prise en exemple
par tous les mouvements féministes du monde arabe. Ils disent : « Puisque cela se passe en
Tunisie, pourquoi pas chez
nous ? » Mais chaque pays a sa
propre trajectoire en matière de
modernisation.
L’expérience
historique de la Tunisie n’est pas
celle de l’Arabie saoudite. La
Tunisie est-elle un cas singulier
ou une avant-garde dans le
monde arabe ? C’est une question qui n’est pas tranchée.
J’aurais tendance à dire que c’est
un cas singulier, mais il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, les
femmes du monde arabe mènent
partout des combats et revendiquent leurs droits. Une nouvelle
séquence dans l’histoire de la
lutte des femmes s’est ouverte
depuis quelques années. Cela dit,
les résistances restent énormes.
Ainsi l’Algérie, pays voisin de la
Tunisie, ne bouge absolument
pas sur ces questions. Avec l’arrivée au pouvoir du président
Bouteflika en 1999, le régime
s’est assuré le monopole sur
l’État et sur la rente pétrolière et
a livré la société aux islamistes.
Hormis quelques milieux minoritaires qui résistent, la société
algérienne est aujourd’hui reformatée sur les critères de l’islam
politique.
IFWT
en moyenne moins d’enfants que
jadis, elles se marient plus tard,
font des études. Leur vie est bien
différente de celle de leurs
grands-mères ou de leurs mères.
Elles sont partout dans l’espace
public : santé, enseignement,
justice… Mais il y a des inégalités
réelles et la tradition patriarcale
prévaut en effet sur la loi dans les
régions rurales. Les femmes
constituent l’essentiel de la
main-d’œuvre agricole mais elles ont des
L’islamisation replace des
salaires plus faibles
questions comme le droit
que ceux des hommes.
à l’avortement et le planning Et en cas d’héritage,
ce sont les hommes
familial au cœur des débats
qui récupèrent le patrimoine foncier. Les
femmes en général n’ont pas les
lesquels l’inégalité a un fondemoyens de protester. La loi,
ment juridique : le statut de chef
même inégalitaire, n’est donc
de famille donné à l’homme, le
pas appliquée dans son intégralifait que le mari choisit le domicile
té du fait du caractère encore
conjugal et surtout l’inégalité
très conservateur de la société.
successorale.
Le phénomène toutefois n’est pas
Les traditions jouent également
propre à la Tunisie. La France,
un rôle important. Parfois, les
par exemple, a promulgué 4 ou
femmes ne bénéficient même pas
5 lois obligeant l’employeur à
des droits que leur octroient les
pratiquer l’égalité des salaires
lois.
qui n’existe toujours pas. Tant
que l’on ne se donne pas les
Peut-on parler d’un statut
moyens d’appliquer les lois égajuridique qui n’existe que
litaires, on se dédouane en les
sur le papier ?
promulguant.
Je ne dirais pas cela. Il y a eu des
PROPOS RECUEILLIS PAR
avancées concrètes, et plus
M. D. (À TUNIS)
qu’ailleurs. Les Tunisiennes ont
Peut-on dire que ce problème est
réglé en Tunisie ?
Non. La sécularisation recule en
Tunisie. L’islamisation replace
des questions comme le droit à
l’avortement et le planning familial au cœur des débats. En plus,
les progrès tunisiens - qu’il ne
faut pas minimiser - n’impliquent pas l’égalité des sexes. La
loi tunisienne n’est pas égalitaire.
Il y a encore des secteurs dans
«
»
P U B L I C AT I O N S J U D I C I A I R E S
A
01.49.04.01.85 - annonces@osp.fr
Par un jugement rendu le 29 janvier 2018, le Tribunal de Grande Instance de Beauvais a jugé que certaines clauses des Conditions Générales de Sixt, qui étaient en vigueur jusqu’en avril 2018, devaient être
réputées non écrites, à savoir les clauses suivantes :
[Art. 3.1] le loueur se réserve la possibilité de subordonner la location d’un véhicule à d’autres conditions ; [Art. 6] le client ou tout conducteur autorisé est tenu en cas de détérioration d’un
ou plusieurs pneumatiques et/ou jantes pendant la location, de procéder à ses frais (…) à la réparation ou à l’échange du pneumatique et/ou de la jante détériorée ; [Art. 7] pour le transport
de toute matière inlammable, explosive (…) et dans les pays prohibés par le contrat de location ; [Art. 8] si le client ou tout conducteur autorisé souhaite procéder à une restitution en dehors
des heures d’ouverture d’une agence, il le fait à ses risques et périls ; même si le véhicule est garé par le Client ou tout Conducteur autorisé sur le parking de l’agence et que les clés ont été
le cas échéant déposées dans la boîte aux lettres de l’agence, le véhicule reste sous la responsabilité du Client ou de tout Conducteur autorisé jusqu’à l’ouverture de l’agence ; [Art. 9.2] des
garanties couvrant les dommages corporels du conducteur et des passagers du véhicule (…) ces garanties ne s’appliquent pas (…) pour le transport de toute matière inlammable, explosive
ou radioactive (…) dans les pays prohibés par le Contrat de location ; [Art. 10.1] le client et tout conducteur autorisé répondent, conformément aux dispositions de l’article 1732 du code
civil, de la perte et des dégradations causées au véhicule au cours de la location ; [Art. 11.1] avertir le loueur ou au plus tard dans les vingt-quatre (24) heures qui suivent la survenance ou
la découverte de l’un des sinistres ou dommages susmentionnés ; [Art. 11.3] en cas de vol ou de pertes des clés originales, le client ou tout conducteur autorisé est tenu de procéder
immédiatement à la déclaration du vol ou de la perte des clés auprès du Loueur et des autorités compétentes sous peine de perdre le bénéice des limitations de responsabilité optionnelles
visées à l’article 10.2.1. ; [Art. 12] sauf contre-expertise, les parties conviennent que l’évaluation des dommages réalisée par l’expert indépendant est déinitive et reconnaissent expressément
que celle-ci les liera et leur sera opposable comme valant accord entre elles sur l‘équivalent monétaire des dommages ; [Art. 13.1] le client et tout conducteur autorisé sont tenus solidairement
au prix de la location ; le nombre de kilomètres parcourus pendant la durée du contrat est celui indiqué par le compteur installé dans le véhicule par le constructeur ; si le compteur est
débranché, un forfait de mille kilomètres par jour sera facturé ; les durées de location sont exprimées en jours de location et, sauf accord exprès du loueur, toute journée commencée est due ;
si le véhicule n’est pas rendu avec le même niveau de carburant, le loueur refacturera le carburant manquant à un prix intégrant le coût du service de remplissage ; tous frais encourus par le
loueur par suite d’une infraction au Code de la route, d’une mise en fourrière du véhicule ou de l’appréhension du véhicule par les services de Police, de Gendarmerie ou des Douanes ;
[Art. 13.2] le client sera en outre redevable de plein droit d’une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement ixée à quinze (15) euros ; [Art. 14] en cas d’annulation d’une réservation
pour une Location au tarif prépayé, le prix de la location déjà versé sera remboursé après déduction d’un dédit dû au titre de l’annulation, dont le montant correspond au maximum au prix
de trois (3) jours de location ; si le Client ne se présente pas pour se faire remettre le véhicule loué au tarif prépayé à la date convenue et au plus tard soixante (60) minutes après l‘horaire
indiqué lors de la réservation, le prix de la location déjà versé restera acquis au Loueur dans son intégralité ; [Art. 16] dans ce cas, le client devra supporter le surcoût engendré par la
transmission sur support papier ainsi que les frais de port ; [Art. 17] le loueur dispose également d’un ichier regroupant les « Personnes à risque » lui permettant de ne pas autoriser la
location aux personnes concernées ; [Art. 18] le contrat de location pourra être résilié unilatéralement et le cas échéant sans préavis, par l’une des parties en cas de manquement par l’autre
partie à tout ou partie de ses obligations résultant dudit Contrat de location ou des présentes Conditions Générales de Location.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 14 août 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Un maire souhaite limiter l’accès
au sommet du mont Blanc
ZOOM
Blocages d’universités :
« autour de 7 millions
d’euros » de dégâts,
confirme Frédérique Vidal
Les dégradations commises
lors des blocages d’universités
au printemps ont engendré
« autour de 7 millions d’euros »
de frais de réparations, au lieu
des « 5 millions d’euros » prévus
il y a deux mois, a annoncé lundi
la ministre de l’Enseignement
supérieur, confirmant
une information du Figaro.
« J’aurais préféré que cet argent
permette de mettre en place de
nouvelles pratiques pédagogiques
ou permette des recrutements »,
a déploré Mme Vidal sur RTL.
L’élu de Saint-Gervais s’insurge contre le trop grand nombre d’alpinistes peu préparés.
ÉRIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
EN BREF
Migrants : le Port de Sète
prêt à accueillir
l’« Aquarius »
PHILIPPE DESMAZES/AFP
MONTAGNE De plus en plus de touristes
avides de sensations fortes veulent marcher sur le toit de l’Europe. Entre 300 et
500 personnes s’engagent quotidiennement, entre juin et septembre, dans l’une
des voies d’accès au mont Blanc, dont les
trois quarts par la voie dite « normale »,
la moins compliquée techniquement,
commençant à Saint-Gervais.
Mais tous ces amateurs, par manque de
préparation physique ou de matériel
adéquat, n’atteindront pas l’étape finale.
« Certains sites Internet spécialisés vendent aux touristes du monde entier le mont
Blanc comme une simple promenade à la
campagne, avec un indice de difficultés de
2 sur 5. C’est irresponsable ! », s’insurge
Jean-Marc Peillex, le maire de SaintGervais, commune sur laquelle est situé
le plus haut sommet d’Europe occidentale (4 809 mètres). « Les gens s’engagent
sans avoir conscience du danger, comme
les coups de froid ou les chutes de pierre »,
ajoute pour sa part Rémi Pélisson, adjoint
au commandant du PGHM (peloton de
gendarmerie de haute montagne) en
charge du site. Il s’agit aussi de projets
farfelus. Dernier exemple en date : des
alpinistes lettons ont voulu monter samedi dernier un mât de 10 mètres au
sommet du mont Blanc pour y dresser
leur drapeau.
Face au risque de cette équipée saugrenue, l’élu a demandé et obtenu que les
forces de l’ordre stoppent ces alpinistes
du dimanche. « Cela fait des années que je
dénonce l’impréparation et l’équipement
sommaire des personnes de plus en plus
nombreuses, entre 20 000 et 30 000 par
an, réagit-il. Le mont Blanc est un site
classé, on ne peut pas y faire n’importe
quoi. L’État, jusqu’à maintenant, refusait
d’y appliquer la loi, notamment au refuge
du Goûter, un établissement public rénové
en 2013 qui peut héberger jusqu’à 120 per-
De nombreux alpinistes traversent le Couloir du Goûter (ici le 6 août), un passage très exposé aux chutes de pierres.
sonnes mais dont le nombre a été largement dépassé à plusieurs reprises - jusqu’à
30 personnes de plus - début juillet. » Cela
a créé des problèmes de sécurité, d’hygiène et de fortes tensions entre le gardien et les hôtes n’ayant pas de réservation. « Les plus agressifs ont voulu casser
la figure du gardien qui ne savait plus
comment gérer la situation. On ne monte
pas dans un avion quand il est plein ni ne
rentre dans une chambre d’hôtel quand elle
est déjà occupée. Il fallait mettre fin à cette
situation », rappelle le maire de SaintGervais.
Réservation obligatoire
Face à la pression de l’élu qui est responsable de ce refuge très design de forme
ovoïdale situé sur sa commune, le préfet
de Haute-Savoie a pris un arrêté le
14 juillet dernier. Le texte prévoit que
tous les alpinistes qui souhaitent monter
au refuge du Goûter (3 815 mètres), étape
quasi obligatoire avant l’accès au mont
Blanc, doivent avoir une réservation.
Une décision justifiée par « des risques
graves d’atteinte à l’ordre public », selon
la préfecture.
Concrètement, les contrôles sont réalisés par des membres du PGHM près de
670 mètres plus en aval, au niveau du refuge de Tête Rousse. Ceux qui n’ont pas
une place au Goûter doivent rebrousser
chemin. Au fil du temps, le boucheà-oreille a fonctionné et les choses sont
rentrées dans l’ordre. La vue du képi a été
dissuasive. « Nous rencontrons des alpinistes qui, désormais, ont leur titre de réservation en bonne et due forme. Notre
mission porte davantage sur le conseil »,
–
ÛT
AO
PT
SE
NICE
La guerre de Troie a-t-elle eu lieu ?
A
Alors que l’un des plus anciens fragments connus de
l’Odyssée vient d’être découvert sur une tablette à
Olympie, Le Figaro Histoire explore cet été l’œuvre
passionnante et généreuse d’Homère. Le poète aveugle
a-t-il existé ? La guerre de Troie a-t-elle eu lieu ? Faisant
la part du mythe et de l’histoire, les meilleurs spécialistes
se penchent sur l’histoire du monde mycénien, des
siècles obscurs et de la cité grecque émergente, et
partent sur les traces de Schliemann, le découvreur de
Troie. Un portfolio du masque d’or d’Agamemnon et du
trésor de Priam, un dictionnaire des héros de l’Iliade et
un décryptage de la série Troie complètent ce numéro
exceptionnel.
8
Un jeune homme âgé de 21 ans
s’est noyé dimanche après-midi
sur une plage de l’île de
Noirmoutier (Vendée) après
avoir creusé un trou dans
le sable où il s’est retrouvé piégé
par la marée. « Il n’a pas réussi
à se dégager avec une aide
extérieure » d’un membre
de sa famille qui était présent,
a déclaré le parquet.
Deux ans après l’attentat qui a fait 86 morts, les
habitants sont partagés sur ce spectacle du 15 août.
VINCENT-XAVIER MORVAN
£@vincentxaviermo
€
,90
Vendée : décès d’un jeune
bloqué sous le sable
Nice : retour du feu
d’artifice sur la Prom
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V
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NO
note Rémi Pélisson. « La présence des
gendarmes a nettement amélioré la situation, reconnaît Jean-Marc Peillex. Cette
année, nous déplorons à ce jour la mort
d’un alpiniste ayant emprunté la voie de
Saint-Gervais, contre quinze personnes en
2017. »
Reste à savoir maintenant si la préfecture va reconduire cet arrêté qui théoriquement prend fin mercredi 15 août.
« Pour l’instant, aucune décision n’a encore été prise », indique une porte-parole à
la préfecture d’Annecy. Le maire de
Saint-Gervais opte pour une reconduction définitive. « Cette mesure a porté ses
fruits. Si le préfet ne prend pas d’arrêté, je
serai obligé d’en prendre un », avertit
l’élu, également membre de l’ANMSM
(Association nationale des maires de stations de montagne). ■
Le directeur du Port de Sète,
l’ancien ministre communiste
des transports Jean-Claude
Gayssot, a proposé lundi d’y
accueillir les 141 migrants
secourus vendredi
par le navire Aquarius au large
de la Libye, « si les autorités
françaises le lui permettent »,
a-t-il fait savoir. La moitié
de ces migrants sont des
mineurs, essentiellement
originaires de Somalie
et d’Érythrée. Malte et l’Italie
ont refusé d’accueillir le navire
dans leurs ports.
Au cœur de l’actualité, Le Figaro Histoire revient sur
l’histoire cachée du printemps de Prague en montrant
comment, il y a cinquante ans, les troupes du pacte de
Varsovie écrasèrent les tentatives de démocratisation
de la Tchécoslovaquie avec l’accord tacite de De
Gaulle. Côté reportage, il vous emmène au Vietnam,
sur les sentiers secrets de la piste Hô Chi Minh, et vous
fait visiter les coulisses d’un tournoi de béhourd, ce
spectaculaire sport de combat qui reproduit dans les
règles de l’art les joutes médiévales.
Le Figaro Histoire, 132 pages.
En vente chez tous les marchands de journaux
et sur www.figarostore.fr/histoire
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Le Figaro Histoire,
tout reste à découvrir
SÉCURITÉ Déserté ce lundi par les baigneurs pour cause d’orage, le Blue Beach
a traversé, le 14 juillet 2016, une nuit de
cauchemar. « Il y a eu quatre morts quand
le terroriste a foncé dans le stand de bonbons installé sur le trottoir juste au-dessus, et une centaine de passants se sont jetés sur l’auvent du restaurant, certains
échouant au milieu des convives qui terminaient leur dîner », raconte René Colomban, le patron de cette plage située en
face de l’hôtel Negresco, à Nice. Mercredi
15 août, au soir, pour le premier feu d’artifice tiré sur la promenade des Anglais
depuis l’attentat commis par Mohamed
Lahouaiej Bouhlel, son établissement,
sans animation ni orchestre, sera néanmoins de la fête. « Il faut que ça se passe,
et que ça se passe bien. Et là, peut-être que
ça va remettre les choses en place pour ne
pas rester sur les mauvaises images qu’on
garde en tête », espère le plagiste.
Revendiqué par l’État islamique,
l’acte terroriste a tué, selon les chiffres
du Fonds de garantie qui indemnise les
victimes, 86 personnes, en a blessé 206
et traumatisé 1 360. Deux ans après, l’attentat est toujours dans les esprits. Cours
Saleya, Léa, une brocanteuse mère de
quatre filles, a décidé de rester à la maison. « En tant que Niçois, nous sommes
amoureux de nos fêtes, mais je ne vais pas
y aller, tranche-t-elle. Mes grandes
filles, ça va, s’il faut courir, elles peuvent
le faire, mais moi, avec mon bébé de 18
mois en poussette… En plus, s’il y en a un
qui sort une kalachnikov, on aura beau
courir, les balles peuvent quand même
nous transpercer. » Eliza, 13 ans, venue
donner un coup de main à sa maman en
ce jour de marché aux puces, est com-
préhensive. « C’est pas parce que maman veut nous priver, mais parce qu’elle
veut pas qu’il nous arrive quelque chose »,
note la jeune fille.
Sur la Prom, Frédéric, un quinquagénaire qui achève son jogging matinal, a
décidé, lui, de se rendre au feu d’artifice.
« On va y aller tous ensemble avec les amis
chez qui je suis en vacances, explique ce
restaurateur français installé au Luxembourg. On ira d’abord dîner dehors, et puis
on viendra voir le spectacle. Il ne faut pas
s’arrêter à ça et surtout il ne faut pas donner l’occasion à ces gens de voir qu’on a
peur. Il faut continuer à vivre et à profiter
de tous les bons moments qui nous sont
donnés. Je suis comme ça, je n’ai rien
changé à mes habitudes. »
Surveillance accrue
Eduard, un étudiant roumain en séjour
sur la Côte, ira, lui aussi, admirer le feu
d’artifice tiré du large, en face de la plage
de l’Opéra, mais avec un peu de crainte.
« Je resterai à l’écart de la foule, anticipe
le jeune homme. Après les images qu’on a
vues à la télé, je suis un peu méfiant. Mais
c’est intéressant d’y aller, pour le spectacle en lui-même et aussi, justement, parce
qu’il revient. » Jérémy, chef de rang au Di
Più, un restaurant situé aux premières
loges lors de la soirée de mercredi, pense
que « ça fera du bien à la ville de refaire un
feu d’artifice, pour que la vie reprenne forme », même si « ça ne va pas panser les
plaies des gens ».
La préfecture des Alpes-Maritimes a
prévu de son côté un dispositif de surveillance à la fois terrestre (polices nationale et municipale, militaire Sentinelle et agents de sécurité), maritime
et aérien, ainsi que des véhicules et des
plots en béton anti-intrusion tout le
long de la promenade des Anglais,
rendue ce 15 août entièrement aux
piétons. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 14 août 2018
SCIENCES
9
Une maman orque a porté son bébé mort
Au large du Canada,
une femelle a gardé
avec elle pendant
17 jours son
nouveau-né, mort
à la naissance.
VINCENT BORDENAVE £@bordenavev
NATURE Il lui aura fallu dix-sept jours et
1 600 kilomètres parcourus pour abandonner le corps inerte de son petit.
Peut-être le temps du deuil, ou bien
simplement celui de comprendre que finalement il ne nagerait plus. Cette femelle orque, nommée Tahlequah (ou J35
pour les scientifiques qui surveillent son
groupe), portait vaillamment à bout de
museau son bébé, mort à peine 30 minutes après sa naissance le 26 juillet.
Après plus de deux semaines, elle a enfin
été observée sans le cadavre du petit, en
train de chasser des saumons dans le détroit de Haro (Colombie-Britannique, au
Canada, près de Vancouver).
«Que des mammifères marins prennent
soin de leurs morts, c’est quelque chose
que l’on a déjà vu et que l’on connaît, explique Christophe Guinet, chargé de recherche au CNRS au Centre d’études biologiques de Chizé (Deux-Sèvres). Mais
sur une aussi longue période, c’est du jamais-vu ! D’autant que la femelle a dû très
peu manger tout ce temps. Même si ses
congénères l’ont sans doute un peu aidée
en lui donnant quelques poissons. » Les femelles orques qui viennent de mettre bas
restent en permanence avec leur petit et
ne peuvent plus chasser. Elles constituent leurs réserves en amont et nourrissent leur progéniture au lait maternel. Au
bout de quelques jours, elles recommencent à plonger, mais le petit reste en surface. Après plus de deux semaines, Tahlequah était sans doute arrivée à bout de
ses réserves.
Pourquoi a-t-elle poussé aussi longtemps le cadavre de son petit ? « La zone
est très polluée, beaucoup de perturbateurs
endocriniens sont rejetés dans l’océan,
avance Christophe Guinet. On peut envisager que sa production de prolactine
(hormone qui joue un rôle dans la lacta-
La femelle et son petit (à droite) font partie d’une population de mammifères marins en grand péril, très exposée à la pollution et au manque de ressources.
200 km
CANADA
Vancouver
Victoria
OCÉAN
PACIFIQUE
ÉTATS-UNIS
Seattle
Infographie
tion et sur le comportement des mammifères, NDLR) ait été déréglée et ait contribué à modifier son comportement. Mais
c’est impossible à savoir avec certitude. »
Peut-être pensait-elle que le petit était
toujours en vie et qu’il fallait le réanimer ?
« On sait que la population de cette femelle
est très fragile, raconte Isabella Clegg,
chercheuse au laboratoire d’éthologie
expérimentale et comparée de l’universi-
té Paris-XIII (Villetaneuse). Est-ce qu’il y
a une prise de conscience de ce déclin et
donc un besoin de pousser au maximum
pour que les individus survivent ? C’est une
question que je me pose en voyant ça. »
Ce n’était pas le premier petit de Tahlequah, âgée de 20 ans, ce qui rend son
comportement encore plus étrange. Ces
animaux vivent en moyenne une trentaine d’années, même si on suppose que
certains spécimens ont pu atteindre les
100 ans. Les femelles mettent bas tous les
trois-quatre ans. Le taux de mortalité est
très élevé pour les petits de moins d’un an
(seul 1 sur 2 survit).
Tahlequah fait partie d’une population
en péril, les orques du Sud, qui ne compte
plus que 76 membres. Leur gabarit a fondu ces dernières années. Aucun des bébés
mis au monde depuis un an n’a survécu.
Et seuls 25 % de ceux nés ces trois dernières années ont atteint leur premier anniversaire. « Cette population est très exposée à la pollution et au manque de
ressources, raconte Christophe Guinet.
Ces orques se nourrissent exclusivement de
saumon chinook. Un poisson très pêché
mais également en danger en raison de la
dégradation de ses lieux de reproduction. »
Les orques sont au sommet de la chaîne
alimentaire et sont donc particulièrement sensibles à la fragilisation des autres
espèces. Le groupe de Tahlequah suit les
migrations du saumon tout au long de la
côte est américaine, jusqu’en Californie.
Ils se regroupent l’été dans le détroit de
Haro, car c’est une zone de passage des
saumons qui vont se reproduire dans les
rivières. En dehors de cette période, la
population se disperse entre les différentes familles.
« Les orques sont organisées dans un
système matriarcal, détaille Christophe
Guinet. La mère vit dans une sorte de
communauté avec ses enfants et ses petits-enfants. » Après sa mort, les filles
vont peu à peu fonder leur propre famille. En revanche, plusieurs études ont
montré que leurs frères ne survivent que
peu de temps. Ils ont besoin de cette
structure sociale pour vivre. « La mort
des vieux adultes a beaucoup de conséquences au vu de leur construction sociale,
complète Isabella Clegg. Il y a donc de
grandes chances qu’ils comprennent ce
que signifie la mort. » ■
MICHAEL WEISS/AP
ZOOM
La sonde Parker de la Nasa
en route vers le Soleil
La Nasa a lancé dimanche
en Floride sa sonde Parker,
objet le plus rapide jamais créé
par l’homme, qui doit traverser
l’atmosphère du Soleil pour aider
à percer le secret des tempêtes
solaires. « Cette mission marque
la première visite de l’humanité
sur une étoile », a dit Thomas
Zurbuchen, un responsable
de la Nasa. La fusée Delta IVHeavy s’est élevée du pas de tir
de Cap Canaveral à 3 h 31
(8 h 31 heure de Paris). La mission
de Parker est claire : devenir
le premier objet à pénétrer
la couronne, une partie de
l’atmosphère du Soleil 300 fois
plus chaude que sa surface.
La sonde devra passer à environ
6,2 millions de kilomètres de la
surface et traverser 24 fois cette
couronne au cours de la mission.
[
]
La France, berceau mondial de la géologie
L’ÉTÉ DU FIGARO
2/6
Ces sites
qui valent
de l’or
De nombreuses couches souterraines portent encore des noms issus de villes ou régions françaises.
La France est historiquement le berceau
de la géologie. Et ce sont les naturalistes
qui vont lui donner le feu sacré. À la fin
du XVIIIe, Georges Cuvier démontre
que les fossiles sont les restes d’organismes disparus qui se sont succédé et
que les différents niveaux du sol sont
« corrélables ». Au XIXe siècle, des naturalistes-géologues puis des ingénieurs, issus principalement des Écoles
des mines, intéressés par l’exploitation
industrielle des terrains (marbre, calcaire, charbon, etc.), jettent et développent les bases de la chronostratigraphie. Les géologues français sont
partout écoutés. Et font des émules en
Europe.
Ainsi, en 1830, Charles Lyell, géologue anglais, donne les principes généraux de la stratigraphie. Tout d’abord le
principe de superposition : la couche du
dessus est plus jeune que la couche du
dessous. Puis le principe de recoupement : un événement qui recoupe une
couche (comme une faille) est plus jeune que la couche. Enfin, le principe de
continuité : une couche a le même âge
sur toute son étendue.
Alcide d’Orbigny, médecin, naturaliste et paléontologue, est le premier en
1851 à décrire les différents étages stratigraphiques en fonction des fossiles
qu’ils contiennent. Ainsi, un brachio-
pode (Stringocephalus burtini) découvert dans le givétien allemand en 1825 a
également été retrouvé en Asie, dans le
nord-ouest de l’Afrique, en Amérique
du nord et en Australie. À l’époque, il y
avait 27 étages, et aujourd’hui plus
d’une centaine.
La plus grande subdivision de l’histoire de la Terre s’appelle un éon. Il y a
en 4. Les 3 premiers (hadéen, archéen
et protérozoïque) couvrent les 4 premiers milliards d’années de l’histoire
de la Terre. Le quatrième (le phanérozoïque), dans lequel nous sommes va de
541 millions d’années à nos jours. Un
éon est divisé en ères. Notre éon en
comporte trois et celle où nous nous
trouvons est l’ère cénozoïque, d’une
durée cumulée de 66 millions d’années.
Notre étage est l’holocène, depuis
11 700 ans.
Une discipline démodée
Les noms des étages ont initialement
une origine géographique, ville, département ou région : lutétien (Paris), cénomanien (Le Mans), givétien (Givet),
aquitanien (Aquitaine) mais aussi bathonien (Bath, Angleterre), westphalien
(Westphalie en Allemagne), yprésien
(Ypres en Belgique). Historiquement,
après les noms d’origine européenne
sont venus des noms américains (pennsylvanien, mississipien…) et russes
(permien, moscovien…).
«Actuellement, l’Europe, la France,
Carte géologique
du département
de la Nièvre dressée
par les ingénieurs
Bertera et Ebray en 1861.
BNF/DOMAINE PUBLIC
en particulier, semblent se désintéresser
de cette discipline », déplore Annie
Cornée du département histoire de la
Terre au Muséum national d’histoire
naturelle, coordinatrice des ouvrages
de la collection Patrimoine géologique.
« Ce n’est pas le cas de la Chine. Par
voie de conséquence, les noms chinois se
multiplient dans l’échelle internationale
(lopingien, wuchiapingien, changhsingien…). »
La Commission stratigraphique internationale (ICS) définit des sites références où le passage d’une couche à une
autre est particulièrement « beau » et
complet, des stratotypes de coupure.
Cela peut être l’apparition d’un fossile
ou une couche sédimentaire particulière (argile à iridium d’il y a 66 millions
d’années entre crétacé et paléogène,
date de disparition des dinosaures).
Chaque étage doit à terme posséder un
stratotype définissant sa limite inférieure. Sur le terrain, la limite référence
est marquée par un « clou d’or », scellé
dans la roche. Tous les étages ne possèdent pas encore de stratotype de limite
(Global Boundary Stratotype Section
and Point, GSSP). Le plus ancien clou
d’or est celui de l’Ediacaran, il y a
635 millions d’années, dont le stratotype est en Australie.
En Chine, l’obtention et la pose d’un
clou d’or s’accompagnent de la création d’une espèce de « temple » monumental dédié à la géologie et au site
avec parc aménagé, panneaux en bronze et en pierre, escaliers monumentaux… En France, certains clous d’or
sont à peine trouvables. Celui situé à
Coumiac, dans l’Hérault, est en acier
inoxydable et aucun parking, musée ou
panneau n’explique quoi que ce soit. ■
A
JEAN-LUC NOTHIAS jlnothias@lefigaro.fr
RETROUVEZ JEUDI :
Le joyau des Ardennes à Givet
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 14 août 2018 LE FIGARO
10
SPORT
Tchale-Watchou :
« Il faudra
du courage pour
prendre les
bonnes décisions »
dans l’arrêt de ma carrière… Le rugby a
évolué en termes d’intensité, de rigueur,
de dureté. C’est aussi dû au fait que l’on
s’entraîne plus qu’avant. Il est clair que
la traumatologie a énormément augmenté dans notre sport.
Le syndicat des joueurs est-il entendu
par la Ligue et la Fédération ?
Il y a quelque temps, j’étais le premier à
critiquer ces instances en disant qu’elles
ne nous écoutaient pas. Mais, aujourd’hui, on travaille de pair. Il y a eu une
prise de conscience, il y a des moyens.
On a renforcé l’obligation médicale des
clubs. Cela a un coût pour les clubs mais
la Ligue l’a fait. Après, une seule mesure
ne résoudra pas tout. Il faut procéder à
un état des lieux de notre sport.
“
Est-on capable,
dans la tourmente,
de prendre de la hauteur ?
De réfléchir, de se dire les
choses, aussi douloureuses
soient-elles ?
STEPHEN CAILLET/PANORAMIC
Après le décès du rugbyman d’Aurillac,
le président du syndicat des joueurs
en appelle à la responsabilité de tous.
C’est tragique, pour cette famille, de se
dire que leur gamin ne reviendra pas.
PROPOS RECUEILLIS PAR
ARNAUD COUDRY £@ArnaudCoudry
RUGBY L’onde de choc ne faiblit pas.
L’autopsie de Louis Fajfrowski, jeune
joueur d’Aurillac (21 ans) décédé vendredi soir à la suite d’un choc lors d’un
match amical, a été pratiquée lundi matin à l’institut médico-légal de Clermont-Ferrand. On devrait prochainement en savoir plus sur les causes de la
mort tragique de cet ancien international chez les moins de 19 ans. Dans Le Figaro, Robins Tchale-Watchou, président de Provale (le syndicat des
joueurs), appelle au calme, assurant que
le rugby français est prêt à évoluer dans
le sens de la sécurité.
LE FIGARO. - Comment réagissez-vous
au décès tragique de Louis Fajfrowski ?
Robins TCHALE-WATCHOU. - En tant
qu’ancien joueur et président de Provale, je suis attristé. Comme l’ensemble du
rugby français. Je compatis à la douleur
de sa famille et à la tristesse du club.
Un autre jeune est décédé cet été dans
le Puy-de-Dôme ; il y avait eu avant
une grosse frayeur avec le centre
de Clermont Samuel Ezeala.
Cet enchaînement vous inquiète-t-il ?
Je ne sais pas si ces différents événements sont liés, mais c’est triste pour le
rugby. Et affreux pour ces familles.
Maintenant, concernant le décès du jeune joueur d’Aurillac, il faut attendre le
résultat de l’enquête médico-légale. À
l’issue de cela, on verra s’il y a un rapport
de causalité entre le choc qu’il a subi et
son décès. Ensuite, il faudra indéniablement se poser la question de savoir ce
que l’on peut faire de mieux pour que ce
genre d’événements n’arrive plus.
Avez-vous des retours de joueurs qui
auraient peur pour leur intégrité ?
Non, on est plutôt dans une phase d’interrogation. Les joueurs se demandent
comment ce drame a pu arriver. Ils n’ont
pas encore pris le temps de savoir s’ils ont
Robins Tchale-Watchou : « Il faudra indéniablement se poser la question de savoir
ce que l’on peut faire de mieux pour que ce genre d’événements n’arrive plus. »
peur ou pas. Ils sont sous le choc. Comme
tout le monde. Il y a surtout de la consternation et beaucoup d’interrogations…
La saison prochaine, en Top 14 et Pro D2,
le nombre de remplacements va passer
de 8 à 12 et l’arbitre pourra sortir
un joueur qui présente un signe évident
de commotion. Qu’en pensez-vous ?
C’est un début. Est-ce suffisant ? Force
est de constater que non… Mais, concernant les questions de santé, il vaut mieux
être trop prévoyant que pas assez. L’Observatoire médical du rugby a donné un
certain nombre de préconisations qui
vont être mises en pratique. Dans les semaines qui viennent, on va travailler
plus ardemment pour protéger l’intégrité des joueurs. Il faudra du courage pour
prendre les bonnes décisions. Mais si,
avec ce cas, les instances ne prennent
pas la mesure, n’apportent pas de réponses pertinentes, les gens penseront
que nous n’avons pas été responsables.
À la fin de votre carrière de joueur, vous
aviez souligné que le rugby était devenu
trop dur pour vous…
J’ai fait une succession de commotions
cérébrales et cela a énormément pesé
L’ÉTÉ DU FIGARO
À la conquête
des bidonvilles
brésiliens
”
ROBINS TCHALE-WATCHOU
Craignez-vous que le rugby pâtisse
de la mauvaise image ainsi renvoyée ?
Il va y avoir une phase d’interrogation et
de crainte. C’est humain. Mais tout va
dépendre de notre capacité à ne pas surenchérir et à être responsables. Je vois
qu’on essaie de faire de la surmédiatiastion autour de ce tragique événement,
certains donnent des leçons… Mais
l’opinion publique attend qu’on travaille
ensemble pour trouver des solutions.
Longtemps, le rugby a bénéficié d’une
bonne image parce que l’aspect humain
était central. Est-on capable, dans la
tourmente, de prendre de la hauteur ?
De réfléchir, de se dire les choses, aussi
douloureuses soient-elles ?
Vous y croyez ?
J’ai envie d’y croire. J’ai deux fils qui
jouent au rugby. L’un d’eux s’est déjà
retrouvé dans le coma après une grosse
commotion. Mais j’ai envie, malgré tout,
qu’ils prennent autant de plaisir que j’en
ai pris. Qu’ils s’épanouissent en tant
qu’hommes grâce à ce sport. ■
2/5
Rio
[
Voyages
en Ovalie
]
Depuis les JO de Rio, le rugby
prend de l’ampleur au Brésil,
faisant souffler un vent d’espoir
dans les favelas.
A
THIBAUT MARTINEZ-DELCAYROU
£@twibaut
Il est 19 h 24, ce 11 août 2016 à Rio.
La nuit est déjà tombée et il fait
presque frais dans la capitale du soleil. Dans l’effervescence des Jeux
olympiques qui ont commencé depuis une semaine, l’équipe des Fidji
de rugby à 7 se balade en finale face
à la Grande-Bretagne. Il ne reste
que cinq minutes à jouer et le score
est déjà lourd (36-0). Dans les tribunes, des supporteurs venus du
monde entier ont payé le prix fort
pour assister à ce moment historique. Des Britanniques, des Japonais, des Néo-Zélandais… Tous fans
de balle ovale.
Et puis il y a eux. Huit gamins,
bien alignés, les yeux grands ouverts qui vivent l’événement avec
plus d’émerveillement que n’importe qui. Au-delà d’assister à une
finale olympique, c’est la première
fois qu’ils ressentent les émotions et
la ferveur d’un match de rugby. Un
moment extraordinaire qui les sort,
quelques heures durant, des violences et de la pauvreté des favelas de
Rio, qu’ils retrouveront après le
coup de sifflet final.
Sur leurs épaules, pas de maillot
du Brésil. Trop cher. Un simple
t-shirt avec le logo « Um Rio »,
nom d’une organisation non gouvernementale qui leur a changé la
vie. À son origine, Robert Malengreau, un Anglo-Brésilien de 29 ans,
diplômé d’Oxford, qui a fait le pari
de développer le rugby dans les
quartiers les plus sensibles du pays
dès 2013 pour lutter contre la violence et, surtout, l’exclusion sociale.
Depuis cinq ans, Um Rio s’est imposé comme missionnaire du rugby
dans les grandes villes du sud du
Brésil. Pour compenser « la politique publique, qui ferme les yeux sur
les favelas alors qu’elles représentent
95 % de la ville », dixit les mots du
président de l’ONG au Figaro. Et la
Fédération brésilienne de rugby
(CBR) en bénéficie : entre 2014 et
2018, elle est passée de 12 000 à
18 600 joueurs dans tout le pays.
« Un cardio de fou »
L’effet JO 2016 y est pour beaucoup.
À l’inverse de la classe politique qui
se fait remarquer par son inaction.
« Si la politique suivait, le reste marcherait, pique Daniel Sancery, arrière du XV du Brésil. Mais ici, elle
ralentit tout. » Ex-espoir à Albi, il a
De jeunes Brésiliens
issus de quartiers
sensibles et coachés
par l’ONG Um Rio
s’essayent à
un haka pendant
un entraînement.
INES CREMA
tout plaqué début 2016 pour venir
jouer au Brésil avec son frère jumeau et connaît bien l’ONG de Robert Malengreau. La première fois
qu’il a collaboré avec, c’était lors
d’un match beach rugby organisé
par Um Rio.
Dans ses souvenirs, il voit des
jeunes simplement heureux de découvrir ce sport né il y a plus d’un
siècle à 9 200 kilomètres de chez
eux. « Ils n’ont pas peur de souffrir.
Ces gosses habitent parfois dans des
endroits qui font la taille de tes toilettes. Ils sont tous athlétiques et ont un
cardio de fou », acquis par les courses, les frappes et les dribbles du
football.
S’il y a bien un exemple de réussite dans les bidonvilles, c’est Gabriel
Jesus. Sa situation est idyllique :
footballeur titulaire à Manchester
City, numéro 9 de la Seleçao et
6 millions d’euros de salaire annuel,
le tout à seulement 21 ans. Il y a cinq
ans, il vivait dans la poussière et la
saleté de Jardim Peri, une favela du
nord de Sao Paulo. « Les petits pensent tous que le foot peut leur sauver
la vie », confirme le numéro 15 brésilien. Et bientôt le rugby ?
Possible. Quand il aborde le sujet
de Roberto Tenório, Daniel Sancery
est admiratif. Voici bientôt deux ans
qu’il connaît cet ailier et son histoire le marque toujours autant. « Il
fait partie des deux seuls internationaux à venir des favelas. Pour venir à
l’entraînement, ce mec fait une heure
et demie de bus. Et il s’en fout. Parce
qu’avec ça, il gagne de l’argent. »
Grâce au contrat professionnel signé avec la fédération. Sur les jeunes, l’impact est direct. « Ils se disent que s’il y arrive, alors pourquoi
pas eux ? »
Ensemble, ils ont affronté cet été
le prestigieux Racing 92 en match
amical. Une équipe encore trop forte dans le jeu pour eux. En revanche, « ils n’ont pas notre sens du sacrifice. Ils gagnent 20 000 euros par
mois pour jouer au rugby quand,
chez nous, les gars laissent femmes et
enfants pendant un mois, uniquement pour le plaisir de jouer ». Et de
trancher, sans hésiter : « On a plus
de valeurs qu’eux. »
Vainqueur historique de la Géorgie fin juillet (20-18), le Brésil affrontera les Maoris All Blacks à Sao
Paulo le 10 novembre. Devant, à
coup sûr, ces mêmes enfants aux
yeux ébahis qui ont trouvé dans le
rugby ce droit, si rare, de rêver de
changer leur destinée. Pour l’instant tout aussi aléatoire que le rebond d’une balle ovale. ■
RETROUVEZ JEUDI :
À Damas, le rugby malgré tout
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 14 août 2018
SPORT
Brooks Koepka triple la mise
en Majeur, Tiger Woods de retour
L’Américain a
remporté l’USPGA,
son 2e Majeur de la
saison, avec deux
coups d’avance sur
un Woods retrouvé.
DAVID CHARPENET
La Française Caroline Garcia
(24 ans) fait pour la première fois
son entrée dans le top 5 mondial
(5e), grâce son quart de finale
à Montréal. Tournoi remporté
par la n° 1 mondiale, la Roumaine
Simona Halep, qui s’échappe
en tête du classement WTA.
La lauréate de Roland-Garros
compte en effet près de 1 000 points
d’avance sur la Danoise Wozniacki
et plus de 2 000 sur l’Américaine
Stephens (3e), qu’elle a maîtrisée
en finale (7-6, 3-6, 6-4).
Chez les hommes, le Grec Stefanos
Tsitsipas fait son entrée dans
le top 15 (15e) à 20 ans. Au Masters
1 000 de Toronto, il a battu quatre
joueurs du Top 10 avant d’échouer
en finale contre Rafael Nadal
(6-2, 7-6), qui renforce sa place
de n° 1 mondial.
EN BREF
JO : du kart électrique
à Paris en 2024 ?
Brooks Koepka et Tiger Woods sur un practice avant le début de l’USPGA Championship, à Saint Louis (Missouri).
série de 18 cuts d’affilée dans les Majeurs
auxquels il a participé, Koepka pourrait
encore aligner les titres dans les prochaines saisons, en endossant le costume
d’épouvantail pour la prochaine Ryder
Cup que… Tiger Woods espère bien jouer.
Aucun Français dans l’équipe
européenne de Ryder Cup
Seul deuxième à deux coups de cet USPGA, Tiger Woods a poussé Brooks Koepka dans ses retranchements. Avec une
dernière carte de 64 et huit birdies, jamais le Tigre n’avait joué aussi bas un
dimanche en Majeur ! Lui, l’homme aux
14 titres en Grand Chelem. Il fallait vraiment un grand Koepka pour tenir à distance ce Tigre-là. Avec un score de - 3 à
l’aller (sans aucun fairway touché !), l’exnuméro un mondial a mis la pression
d’entrée de jeu. Mais son putt loupé au 16
et sa mise en jeu manquée sur le par 5 du
17, l’obligeant à assurer le par, ont douché
ses espoirs de titre malgré une foule impressionnante acquise à sa cause.
« Je me suis bien battu, reconnaissait-il.
Au practice, j’ai tapé mes drives à droite et
à gauche, et je n’étais pas vraiment en
confiance, mais je me suis battu jusqu’au
bout pour aller chercher les birdies. Les
fans ont été très motivants toute la semaine. » Le Californien de 42 ans rêve maintenant de participer à la Ryder Cup en
tant que joueur, lui, le vice-capitaine de
Jim Furyk. « J’ai très envie d’être dans
l’équipe en tant que joueur, déclarait-il
derrière un sourire gourmand. Il va falloir
attendre les premiers tournois des playoffs
de la FedEx Cup pour en discuter. Mais
j’aimerais être dans le coup. » Le public
français ne serait pas contre…
À moins de deux mois de la Ryder Cup
2018 en France, les Américains et les
Européens sont d’ailleurs particulière-
Avec seulement treize titres sur l’ensemble
des onze sports, les Tricolores n’ont guère brillé.
piste de Berlin, il a ajouté le bronze sur
5 000 m pour faire bonne mesure.
u
OMNISPORTS Pour la première fois,
Natation et athlétisme, la grimace
onze disciplines (athlétisme, natation,
Bilan très mitigé côté français pour ces
mais aussi triathlon, plongeon, aviron,
deux disciplines phares. En natation,
gymnastique, cyclisme sur piste et sur
seule Fantine Lesaffre a imité Charlotte
route, VTT, BMX, mais aussi le golf) orBonnet avec l’or sur 400 m. Si Mehdy
ganisaient leurs championnats d’Europe
Metella s’en sort bien avec trois méen même temps. Une sorte de Jeux
dailles, le naufrage des Français (triple
olympiques européens, à Berlin pour
tenants du titre sur le 4 × 100, ils ont été
l’athlétisme, à Glasgow pour tous les
éliminés en série par exemple) inquiète.
Même constat sur la piste de
autres sports. Une expéBerlin. Les échecs de Kevin
rience qui a séduit puisMayer (décathlon) et Jimmy
qu’elle devrait être reconVicaut (100 m) pèsent lourd.
duite en 2022 (sans doute à
Avec seulement 10 podiums
Rome). À l’issue de ces dix
(3 or), le recul est très net par
jours de compétition, les
rapport à 2014 (24 médailles,
Tricolores ont glané 42 mé9 titres). Une remise en
dailles (13 en or, 14 en arpour la France,
question s’impose.
gent, 15 en bronze). Pour
qui termine 6e du
un bilan mitigé puisque la classement des nations
France termine seule- remporté par la Russie
Sorties de piste
ment à la 6e place au claspour les cyclistes
sement des nations. SucHabituels pourvoyeurs de
cès et échecs.
médailles, les pistards ont été à la peine.
Si Mathilde Gros, championne d’Europe
en keirin et bronzée en vitesse indiviBonnet, Le Corre, Amdouni,
duelle, a ravi avec son éclatant sourire, le
les locomotives
reste est moins rayonnant. Au final, seuCharlotte Bonnet est la grande dame de
lement 5 médailles (1 or, 3 argent, 1 bronces championnats d’Europe côté français.
ze). Déception plus grande encore en VTT
Dans les bassins de Glasgow, elle a récolté
(1 seule médaille d’argent) et en BMX
quatre médailles, dont trois en or. Cham(1 médaille de bronze).
pionne d’Europe sur 200 m nage libre,
elle a également porté les relais 4 × 100 m
(féminin et mixte) vers le sacre. Autre
La belle surprise de la gymnastique
razzia, celle de Pierre Le Corre en triathLa médaille d’or au sol de Mélanie de
lon : or en individuel et or en relais mixte
Jesus, complétée par celle d’argent au
(épreuve qui fera son apparition aux JO
concours par équipes et de bronze à la
de Tokyo en 2020). Enfin, le fondeur
poutre, sans oublier le bronze des homMorhad Amdouni, 30 ans, a surpris en
mes par équipes, le bilan est prometteur.
étant le premier athlète français sacré
Avec cinq médailles, dont deux titres,
champion d’Europe sur 10 000 m. Sur la
l’aviron français n’a pas à rougir. ■
42
médailles
u
u
u
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F.N.A.I.M (Fédération nationale de l’immobilier) membre
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Boxe : dernier round
pour Tony Yoka
La suspension d’un an ferme pour
infractions aux règles antidopage
du boxeur français, champion
olympique des super-lourds, est
examinée ce mardi matin par le
Conseil d’État. Cette audience est
« la dernière cartouche », selon
Me Péricard, l’avocat de Tony Yoka.
Foot : une Supercoupe
d’Europe entre Madrilènes
Le Real Madrid affronte l’Atlético
Madrid ce mercredi soir à Tallinn,
en Estonie, en finale de la
Supercoupe d’Europe.
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Massa milite pour l’introduction
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2024, à Paris. Le Brésilien souligne
que cette compétition, mettrait en
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Toutes les annonces qui ne comprennent pas la mention
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ou de promoteurs. Sans mention explicite d’honoraires dans les
annonces, les prix présentés s’entendent nets pour l’acquéreur.
Toutes les annonces des rubriques « appartements » sont réputées
être des lots de copropriétés, sauf mention contraire. Ces biens
faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien
proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
l’encontre de la copropriété à la date de la parution de l’annonce.
Les honoraires de l’agence immobilière et les commissions de
chaque bien sont consultables sur le site de l’annonceur.
ROSS KINNAIRD/AFP
ment en forme ! Seul l’Australien Adam
Scott s’est invité dans le top 10 pour faire
exception, son premier podium en Majeur depuis sa victoire au Masters en 2013.
L’Espagnol Jon Rahm échoue au pied du
podium, juste devant le Belge Thomas
Pieters. Vainqueur du dernier British
Open, l’Italien Francesco Molinari finit 6e
aux côtés de Pieters. L’Espagnol Rafa Cabrera-Bello et l’Anglais Tyrrell Hatton
terminent également dans le top 10.
Il n’y aura par contre aucun Tricolore
dans l’équipe européenne de Ryder Cup.
Alexander Levy n’a pas passé le cut et
Mike Lorenzo-Vera termine 65e après un
dernier tour frustrant (73). En délicatesse
avec ses mises en jeu, le Basque a notamment concédé un lourd triple-bogey au
10. C’est tout de même son premier cut
franchi sur un Majeur outre-Atlantique à
33 ans et la confirmation de sa belle saison
après sa défaite en playoff en Sicile. ■
Championnats
d’Europe : un bilan
mitigé pour la France
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A
GOLF Brooks Koepka était tout simplement le plus fort ! Double tenant du titre
de l’US Open, l’Américain de 28 ans
ajoute un troisième Majeur à son palmarès en dominant l’USPGA Championship.
Une victoire record et le plus bas score
sur 72 trous de l’histoire des Majeurs
(264) ! Avec un troisième tournoi du
Grand Chelem avant ses 29 ans, le Floridien rejoint dans ce club fermé Jordan
Spieth, Tom Watson, Gary Player, Tiger
Woods et Jack Nicklaus, même si ces
deux derniers sont sur une autre planète
puisqu’ils en avaient déjà gagné plus du
double au même âge ! Et seuls Gene Sarazen (en 1922), Ben Hogan (en 1948), Jack
Nicklaus (1982) et Tiger Woods (2000)
ont réussi le doublé US Open-USPGA la
même saison.
Impressionnant de puissance comme
toujours, Koepka a été éblouissant avec
tous les clubs de son sac. Opéré du poignet à l’intersaison et forfait pour le dernier Masters, le désormais tenant du Wanamaker Trophy est revenu encore plus
fort avec ces deux Majeurs supplémentaires dans la musette, soit trois Majeurs
déjà alors qu’il ne compte que quatre victoires sur le PGA Tour. « Je me concentre
peut-être plus dans les Majeurs. Je vais essayer de garder la même concentration sur
les tournois réguliers », prévenait-il après
son nouveau triomphe. Régulier avec une
11
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 14 août 2018 LE FIGARO
12
CULTURE
La comédie de gangsters de Romain Gavras
PORTRAIT Avec « Le monde est à toi », le fils de Costa-Gavras met en scène avec éclat une famille déjantée,
interprétée par une belle distribution. Rencontre avec un créatif qui aime toucher le grand public.
L
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
e réalisateur du Monde est
à toi a un nom de cinéma français et une
tête de dieu grec, chevelure bouclée et
barbe soyeuse autour d’un visage aux
traits réguliers : « Je soigne mon look de
Poséidon », admet Romain Gavras,
37 ans, en riant. Un Poséidon pop et tumultueux, qui a fait des vagues voilà
une dizaine d’années, avec ses clips
violents et violemment contestés pour
le groupe électro Justice (2008) ou la
chanteuse M.I.A. (2009).
Jusqu’ici, le fils cadet de Costa-Gavras et de la productrice Michèle RayGavras avait surtout gravité dans le
monde de la création audiovisuelle, et
son premier long-métrage, Notre jour
viendra (2009), est resté confidentiel,
malgré la présence de Vincent Cassel.
On dirait que ce jour est venu et
que le monde est à lui depuis l’engouement suscité à Cannes par sa comédie de gangsters loufoques présentée à la Quinzaine des réalisateurs.
Romain Gavras survole la situation
de son balcon du 7e étage où il accueille
chaleureusement. On a vue sur un
fouillis de toits de zinc, paysage typiquement parisien qui l’enchante autant
que les collines grecques. Il a la double
nationalité et se sent des deux cultures,
d’ailleurs tellement liées. Même s’il
plonge avec passion dans le grouillement du monde, il aime bien reprendre
sa respiration : « Réaliser, c’est du travail en flux tendu qui mobilise une énergie constante, comme celui d’un homme
politique. Alors je rêve parfois d’être berger dans des champs d’olivier. Légère
schizophrénie… », ironise-t-il.
Avoir grandi dans une famille de cinéma, où la maison se confondait avec un
studio de production, lui a permis de
sauter les classes : « J’ai reçu une formation naturelle. Les scénaristes, décorateurs ou directeurs de la photo qui venaient travailler avec mes parents m’ont
permis d’assimiler assez tôt le langage du
cinéma. » Pas de rébellion adolescente
contre cette famille unie, juste une opposition mesurée : « Par rejet des grands
classiques sacralisés par mon père, je me
“
Je suis assez
tenté de réaliser
un blockbuster
”
ROMAIN GAVRAS J. BENAROCH/SIPA
suis jeté sur Bruce Willis. D’ailleurs, je suis
assez tenté de réaliser un blockbuster - les
Américains me l’ont proposé, mais je voulais l’écrire. J’aime toucher un grand public. C’est pourquoi j’ai préféré faire des
clips très diffusés plutôt que des courtsmétrages que personne ne voit. »
Il s’est rapproché tôt de la scène musicale, rap, électro (mais il aime aussi la
musique classique), en créant à l’âge de
14 ans, avec son ami Kim Chapiron, le
collectif Kourtrajmé, encouragé par
Vincent Cassel. Façon de tracer sa voie
personnelle. « Les années 90 ont été des
années très pop. Je faisais aussi beaucoup de pubs. Les pubs sont un bon exercice, qui permet de tenter des choses visuellement, à l’intérieur d’un cadre
contraignant, et ont l’avantage d’assurer la vie matérielle. Seulement, c’est un
équilibre fragile. Il ne faut pas s’y perdre.
Les clips, c’est un travail de plasticien,
passionnant, mais il manque le meilleur
du cinéma : la relation avec les acteurs. »
Il s’est régalé de mélanger pour Le
monde est à toi « des icônes du cinéma
français, Adjani, Cassel, et des jeunes
moins connus ». Et il a réalisé son envie
de plaire au public avec « un divertissement d’aventure, populaire ». Mais travaillé façon auteur : les grands noms du
cinéma italien des années 1960 l’inspirent particulièrement avec leur art de
« faire de la comédie sur une époque ».
La nôtre lui semble assez floue,
« peut-être parce que j’ai passé l’âge où
l’on croit aux lignes claires. Mon personnage de petit voyou rêve de normalité,
mais il est difficile d’être normal. Ça
m’intéressait que son problème soit
moins la cité que sa mère et qu’il y ait de
l’intime dans le social. Ça complique les
positions morales ». Les seules auxquelles il tienne sont l’exigence et la sincérité dans son travail. Cela peut passer
par la provocation délibérée, comme
avec ses clips contestés, qu’il s’est gardé de commenter par une sorte d’affirmation forte : « Parfois il faut rester
dans son armure pour défendre ses positions. » Et cela passe en tout cas par
l’humour, parce que « je ne saurais pas
faire autrement. Dans la vie, si quelque
chose de dur m’atteint, je suis obligé de
faire des blagues ». ■
Isabelle Adjani :
« Danny est une petite
nouvelle dans ma galerie
des garces ! »
PROPOS RECUEILLIS PAR
ARMELLE HÉLIOT aheliot@lefigaro.fr
Ravie d’être la mère possessive et
désinvolte du héros, elle admire le
jeune réalisateur.
LE FIGARO. – Qu’est-ce qui vous
a séduite dans le scénario ?
Isabelle ADJANI. – Au-delà du
scénario, c’est Romain Gavras qui
m’a séduite en me présentant la
vision pop qu’il avait de son film
et du personnage décalé de
Danny. J’ai rapidement compris
qu’être dirigée par lui serait
source de jubilation. Et ça s’est
confirmé pour moi et aussi pour
mes super partenaires. Un vrai
bonheur, ce tournage !
Appréciez-vous le mélange entre
film noir, violence et cocasserie ?
C’est sa grande originalité ! Il
surfe sur une double tradition du
film noir, celui des truands sans
foi ni loi du cinéma américain,
comme le Scarface de Brian De
Palma avec, je trouve, un clin
d’œil à Tarantino et aux frères
Cohen, mais aussi celui au
cinéma français, comme Le Pacha
et Les Tontons flingueurs de
Lautner et Audiard. Empêtrés
dans leur nullité, tous les personnages sont drôles malgré eux et
provoquent des situations absurdes jusqu’au désastre. On a chacun une grenade à la main, du
plus naïf au plus pourri ! Et ça dégoupille à tout va !
Qui est Danny ?
Danny est une femme qui a abandonné tous ses rêves et ses souvenirs. Le passé, les projets d’avenir,
ce n’est plus pour elle. Elle ne vit
que dans l’instant et la satisfaction
immédiate de ses envies. Elle joue,
elle vole, elle ment, elle triche, elle
trahit, peu importent les conséquences. Son fils est pour elle à la
fois un boulet et un jouet. Elle le
manipule, l’instrumentalise en
l’infantilisant, pour maintenir son
emprise de mère immature, irresponsable. Même s’il sait qu’elle est
possessive par intérêt, son fils
continue à l’aimer, elle le fascine
autant qu’elle le met au désespoir,
mais il finira quand même par
l’abandonner… pour tomber dans
les griffes d’une autre, sa petite
amie, qui se comporte déjà comme
sa mère.
Vous rappelle-t-elle
certains de vos personnages ?
Non, ce personnage est unique !
Cette Danny, c’est une petite nouvelle dans ma galerie des garces !
(Rires). Une poule de faux luxe tape-à-l’œil qui vit au-dessus de la
vérité, des lois et de ses moyens,
qui a pour seule religion le bling
bling. En reine du mauvais goût
totalement à l’ouest, elle ne règne
que sur la cour des miracles de son
immeuble de banlieue.
Karim Leklou et Isabelle
Adjani dans Le monde
est à toi, de Romain
Gavras. STUDIO CANAL
Avez-vous le sentiment qu’il y a là
une plongée exacte dans la France
d’aujourd’hui ?
Exacte, je ne sais pas, mais le film,
même loin du documentaire, nous
plonge dans la France qui a été
oubliée au-delà des périphériques,
abandonnée à la pauvreté, aux
trafics, au communautarisme, au
désespoir de pouvoir un jour
changer de monde. Dans cette
banlieue, le souterrain est à ciel
ouvert parce que ça ne sert à rien
de faire semblant de croire qu’un
jour on pourra s’en sortir, en
respectant des lois qui sont faites
par des gens qui n’en subiront
jamais les conséquences. Ce que
dénonce avec une force inouïe
Édouard Louis dans son livre Qui a
tué mon père. « Sers-toi, ne te soucie
ni des règles, ni des lois, le monde est
à toi… »
Avez-vous d’autres projets
avec de jeunes réalisateurs ?
Pour moi, être une jeune réalisatrice ou réalisateur n’est pas qu’une
question d’âge. La jeunesse, c’est
plutôt une question de point de
vue, d’où et comment on regarde
et on observe le monde qui nous
entoure ! J’attends entre autres de
tourner ce film sur la relation entre
Suzanne Valadon et Maurice
Utrillo, une autre histoire mère/fils
doublée d’une relation esthétique
entre deux artistes qui partagent la
même passion, la peinture. Le scénario de Virginie Despentes cosigné
par Santiago Amigorena déborde de
jeunesse et d’énergie !
Cet été, vous avez lu, avec Lambert
Wilson, la correspondance
de Maria Casarès et Albert Camus.
Qui sont-ils pour vous ?
Une grande actrice, un grand écrivain, une grande passion… Casarès
et Camus ont marqué leur époque, et leur correspondance est
un magnifique roman d’amour
épistolaire. Ce ne sont pas les
liaisons dangereuses mais la
liaison parfois malheureuse d’un
amour absolu et impossible à la
fois entre une femme libre et un
homme qui ne l’est pas, une femme prête à sacrifier les convenances de son milieu face à un homme qui ne le peut pas. Dans leurs
« Le monde est à toi » : la douleur de l’argent
A
1
ÉRIC NEUHOFF eneuhoff@lefigaro.fr
Mamma mia ! La sienne est gratinée. Le
gros François ne sait plus où se mettre. Ce
petit dealer de banlieue a une mère, disons, envahissante. Elle lui pique en douce ses économies, vole dans les grands
magasins, dévalise un cercle de jeux,
porte des tenues extravagantes, parle
trop fort, s’alcoolise généreusement.
C’est Isabelle Adjani. Une choucroute sur
la tête, elle s’en donne à cœur joie, cache
ses yeux bleus derrière des lunettes grosses comme des soucoupes volantes, clignote de bijoux plus ou moins authentiques, se baigne en burkini. Elle est royale.
Sa performance est d’anthologie. Quand
elle en fait trop, ça n’est pas assez.
Le nigaud rentre sous terre. Le pauvre
garçon qui voulait commercialiser les
glaces Mr. Freeze au Maroc se retrouve à
Benidorm en train d’acheter une cargaison de cocaïne à des gangsters écossais. Son père l’a accompagné. Vincent
Cassel a des théories sur tout, s’intéresse
aux sociétés secrètes, croit aux Illuminati. L’acteur excelle en parfait abruti. Il
est concurrencé par Philippe Katerine
en avocat multilingue défendant des
truands zaïrois aux cheveux en brosse
péroxydés et par François Damiens en
parrain exploitant des migrants
érythréens.
Le monde est à toi est un festival. On
grimpe dans des montagnes russes. Les
dialogues crépitent comme chez Blier
(Bertrand). L’image brille de mille feux.
La vulgarité explose. La bêtise n’a pas de
frontières. Tout ça pour de l’argent. Il a
une odeur. Il a une couleur. Romain
Gavras bouscule, provoque. Il filme les
doigts dans la prise. Ce Scarface sauce
grotesque (le titre fait référence explicitement au chef-d’œuvre de Hawks)
est un kaléidoscope de combines minables, un portrait de notre monde en
folie.
Voulzy, Toto, Sardou…
Dans des caves de la périphérie, de
petits caïds dansent tout seuls dans les
lasers, flingue à la main, sur des tubes
disco. La B.O. alterne Voulzy, Toto,
Sardou, Balavoine. Sous le grinçant se
dissimule une détresse certaine. Karim
Leklou, avec ses airs de chien battu, joue
ce triste héros qui aime les éclairs à la
pistache. À quoi rêvent les jeunes gens
d’aujourd’hui ? À s’offrir une villa avec
piscine dans le Sud. On a les châteaux en
Espagne qu’on peut.
Au milieu de cette pagaille peinturlurée, une gamine obèse est kidnappée.
Elle pleure à peine, dans ses tenues
roses. Son regard se perd vers on ne
sait quel lointain. Elle est l’innocence
bafouée. ■
« Le monde est à toi »
Comédie de Romain Gavras
Avec Karim Leklou, Isabelle Adjani,
Vincent Cassel, Philippe Katerine
Durée 1 h 41 (en salle mercredi)
■ L’avis du Figaro : ○○○○
lettres, Casarès et Camus étaient,
et ce, malgré la situation familiale
de l’écrivain, jusqu’à sa mort accidentelle et violente, deux amants
inséparables…
Que préparez-vous au théâtre ?
Une création de Cyril Teste – qui a
mis en scène Festen – à partir du
film et de la pièce, inspirée d’une
adaptation d’Opening Night de
John Cassavetes, traversée par La
Mouette de Tchekhov ; une rencontre entre le théâtre et le cinéma. La
pièce interroge sur « c’est quoi
jouer ? ». Quelle est la place de l’actrice, la place du metteur en scène,
la place du texte ? La place qui reste
à l’amour dans tout ça.
Samedi, vous avez rendu
hommage à Eva Ganizate…
Eva Ganizate était jeune, belle,
douée, sa voix au velouté magnifique apportait la joie. Sa mort brutale a privé le monde de la musique
d’une future immense cantatrice.
Le festival lyrique que sa mère a
créé dans le Berry à Saint-Benoîtdu-Sault, sa région d’origine, avec
une énergie incroyable pour ne pas
sombrer dans le désespoir, est un
hommage qui lui donne vie audelà de sa disparition. Pour moi, la
mémoire des disparus, c’est notre
humanité, c’est refuser de vite
passer à autre chose afin d’éviter
de s’émouvoir trop longtemps. J’ai
besoin de faire exister mes disparus, et d’ailleurs, ceux dont je n’ai
pas assisté à l’enterrement par déni
assumé continuent à vivre dans le
répertoire de mon téléphone, et
dans mon quotidien. Je me dis
qu’on ne se voit plus, c’est tout.
Mais on se reverra un jour. On a
chacun une façon différente de
faire son deuil, n’est-ce pas ? ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 14 août 2018
CULTURE
13
Les autres
films
■ « DESTINATION
PÉKIN ! » Animation
L’arbre à drames
Atli (Steinpor Hroar),
de retour chez ses
parents, se retrouve
au cœur d’une guerre
sans merci.
CINÉMA Avec le film islandais « Under the Tree », une querelle de voisinage se transforme
en conflit meurtrier. Une fable ravageuse sur la violence.
n arbre mitoyen est à
l’origine du drame. Son tronc se trouve
dans la cour de la famille de Baldvin,
mais son feuillage s’étend vers l’immeuble d’à côté et la nouvelle femme de
Konrad ne supporte pas qu’il lui fasse de
l’ombre et l’empêche de bronzer sur son
balcon. Konrad exige que l’arbre soit
élagué. Baldvin et sa femme, Inga, n’ont
aucune envie d’amputer leur vieil arbre
magnifique et traînent pour s’exécuter.
Leur fils Atli, qui vient d’arriver chez eux
après avoir été chassé par sa femme,
tombe en pleine querelle de voisinage.
Under the Tree, de l’Islandais Hafsteinn Gunnar Sigurdsson, est annoncé
comme une comédie, mais commence
dans la pesanteur d’un drame psychologique scandinave aux personnages
très sombres, puissamment campés par
d’excellents interprètes. Il y a quelque
chose de bergmanien dans les rapports
familiaux lourds et morbides. Violente
scène conjugale du côté d’Atli, surpris
par sa femme en train de regarder une
vidéo porno avec une ex. Ressentiment
mutique, deuil et culpabilité chez ses parents. Inga, dépressive et agressive, erre
dans la maison, hantée par la mort de
son autre fils, Baldvin s’ensevelit dans
Si le film emprunte
quelques figures du thriller,
il se dirige surtout
vers un absurde noir,
énorme, presque
grand-guignolesque
une morosité fuyante. Face à eux, le couple de Konrad et Eybjorg affiche la réussite insolente d’un couple à la libido aussi
retentissante que son standing et sa forme sportive. De quoi enrager, non ? Peu
à peu, la tension va monter autour de
l’arbre litigieux.
« Les histoires de voisins qui se disputent pour des arbres sont assez notoires
en Islande », commente le réalisateur,
La loi du
supermarché
CINÉMA « Une valse dans les allées » organise
une rencontre amoureuse dans un temple
de la consommation. Une histoire filmée avec grâce.
disparitions, intrusions anxiogènes, il
se dirige surtout vers un absurde noir,
énorme, presque grand-guignolesque.
Un chien euthanasié en douce et rendu
empaillé à ses propriétaires, horrible
farce… Dans le rôle d’Inga, l’actrice
Edda Björgvinsdottir, réputée pour
son talent comique, domine l’action de
sa présence formidablement rébarbative et de ses inventions féroces. La
mise en scène carrée orchestre la surenchère des ripostes avec une précision clinique. C’est à la fois évitable et
imparable, dérisoire et désastreux.
Under the Tree a la clarté d’une fable
universelle. Comment, dans leur délire
vengeur, aussi atroce que puéril,
les hommes en viennent à ravager le
monde. ■
« Under the Tree »
Comédie dramatique
de Hafsteinn Gunnar Sigurdsson
Avec Steinpor Hroar Steinporsson, Edda
Björgvinsdottir, Sigurdur Sigurjonsson
Durée 1 h 28
■
L’avis du Figaro : ○○○¡
■ « SUR LA PLAGE
DE CHESIL » Drame
de Dominic Cooke, 1 h 50.
Dans les années 1960,
une auberge du Dorset.
Florence (Saoirse Ronan)
et Edward (Billy Howle)
s’apprêtent à passer
leur lune de miel. Paralysés
par un carcan social et leur
éducation, les deux jeunes
gens vierges pourtant
amoureux ne parviennent
pas à communiquer.
Dominic Cooke a transposé
fidèlement à l’écran le beau
roman de Ian McEwan.
N. S.
Sans doute trop.
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
Une merveille.
AAAAA PREMIÈRE
Splendide de beauté et d’émotion. Un grand film.
Magnifique.
LES INROCKS
Majestueux. Passionnant.
LA VIE
SUD OUEST
Bouleversant.
20 MIN
AAAA LE PARISIEN
La merveille de l’été.
AAAA L’OBS
Une fresque magnifique.
MARIANNE
ÉRIC NEUHOFF eneuhoff@lefigaro.fr
rôle d’endroit pour une rencontre. Les réserves d’un supermarché, il y a mieux comme
décor
romantique.
L’entrepôt doit pourtant sembler presque présent à Christian : il sort de
prison. Il est manutentionnaire de nuit.
Marion, la blonde de Toni Erdmann, travaille au rayon confiseries.
Elle est mariée. Son sourire ferait fondre
les glaces stockées dans le congélateur. Il
est timide, a des tatouages sur les bras. Il a
un visage lunaire, un air absent. L’embarras le saisit quand d’anciens comparses
traînent dans les rayons. Un contremaître
lui apprend les rudiments du métier. Sans
ce brave Bruno, il n’arriverait pas à diriger
son chariot élévateur (détail : en jargon
professionnel, cela s’appelle un gerbeur).
C’est tout un art de placer les palettes sur
les gigantesques étagères.
Avec Une valse dans les allées, Thomas
Stuber filme la routine avec délicatesse et
naturel. Grâce à lui, on connaît la musique
de la grande distribution : c’est Le Beau
Danube bleu. Les valses viennoises orchestrent les ballets des employés avec un badge sur la blouse, rythment les changements d’équipe. Il y a les pauses cigarette,
les récréations où l’on débouche les bières
et allume le barbecue. Les sentiments naissent au milieu des aliments sous cellophane. La complicité grandit dans ces moments où l’on jette à la poubelle les
produits ayant dépassé la date de péremption. Le cadre joue de la symétrie. La mise
en scène s’attarde sur ces montagnes de
métal, ces allées rectilignes.
Cet univers clos connaît ses échappées
belles. On souffle une unique bougie sur un
biscuit, debout dans un bureau vide. C’est
qui en explique la raison : d’un côté, il
n’y a pas beaucoup d’arbres sur la terre
islandaise, de sorte qu’il est naturel d’y
être attaché. De l’autre, l’Islande n’a pas
beaucoup d’ensoleillement, ce qui rend
non moins naturel le désir d’en profiter
au maximum. « C’est le genre de
confrontation qu’il est malheureusement
compliqué de résoudre diplomatiquement », dit Hafsteinn Gunnar Sigurdsson, fasciné depuis longtemps par les
querelles de voisinage : « De tels conflits
peuvent se révéler ridiculement drôles,
parce qu’ils s’articulent très souvent
autour d’incidents mineurs et, tout aussi
souvent, prennent des proportions démesurées, allant jusqu’à l’acharnement violent. » Pour son quatrième film, le cinéaste islandais, repéré dès ses débuts
comme un talent prometteur, explore le
passage de la vie quotidienne à la guerre
sans merci.
Solidement structuré à la manière de
l’arbre du titre, le film pousse peu à peu
ses branches tantôt d’un côté, tantôt de
l’autre, dans une escalade de menaces,
d’insultes et de coups tordus. S’il
emprunte quelques figures du thriller,
Peng est un jars casse-cou
et maladroit, tout en étant
farceur et dragueur.
Son drame ? Une blessure
lui fait rater le « grand départ
pour la migration » et il est
obligé de prendre en charge
Chao et Chi, deux canetons
facétieux séparés de leur
groupe. Tous les trois décident
de partir à pied à travers
toute la Chine. Un voyage
qui réserve bien des surprises.
« Ton instinct, ça craint »,
lui reproche l’un d’eux quand
il veut les abandonner.
Réalisée en 3D, cette odyssée
est aussi palpitante que
NATHALIE SIMON
frénétique.
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
D
Du grand cinéma. Le film de l’été.
TÉLÉRAMA
LE MONDE
Poirier
Sauvage
Le
Christian (Franz Rogowski) et Marion
(Sandra Hüller), héros d’Une valse
dans les allées. KMBO
Noël. Voilà l’occasion de bronzer à la lampe. Les parties d’échecs servent à éloigner
l’ennui. La machine à café offre des express et de l’amitié. Christian se découvre
une famille.
L’amour grandit parmi les conserves et
les surgelés. C’est une émotion plus difficile à nommer que les diverses sortes de pâtes au garde-à-vous dans le magasin. Le
film prend son temps (parfois trop), avance à pas de loup, pratique un humour
doux-amer. Le héros pensait avoir trouvé
un emploi : on lui propose un avenir. Un
soir, il s’introduit en cachette chez Marion.
Elle est dans son bain. Sur la table du salon,
il y a un puzzle. Christian laisse un bouquet
de fleurs à côté et s’en va. ■
« Une valse dans les allées »
Drame de Thomas Stuber
Avec Franz Rogowski, Sandra Hüller,
Peter Kurth
Durée 2 h 05
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
POSITIF
un film de
NURI BILGE CEYLAN
ACTUELLEMENT
A
U
MARIE-NOËLLE
TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
NETOP FILMS
SND
de Christopher Jenkins, 1 h 31.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 14 août 2018 LE FIGARO
14
L’ÉTÉ DU FIGARO
Dans le nord
de la lagune
italienne,
cette île privée
inconnue
des guides
de tourisme
français est
un petit bijou
de villégiature
éthique et chic.
[
Le voyage réin
venté
]
En France com
me à l’étrang
er,
qui réveillent
notre curiosité des concepts émergent
, incitent à app
le monde ave
c plus d’attenti
réhender
on… Et d’émo
Loin du touris
tion.
me
au mot « décou consumériste, ils redonne
nt
verte ». Nous
les avons testés tout son sens
pour vous.
Santa Cristina 2/5
L’île mystérieuse
au large
de Venise
VALÉRIE SASPORTAS
vsasportas@lefigaro.fr
A
ENVOYÉE SPÉCIALE À SANTA CRISTINA
Venise
seule pièce équipée d’une télévision. La salle de
petit
déjeuner
compte une longue
table d’hôte en bois rouge. Dans la cuisine équipée
aux petits carreaux de faïence, un
chef concocte vos repas d’après un
menu établi avec vous. La piscine est
entourée de bois et d’un bananier.
Le patio est couvert, meublé, avec
une cheminée. Seul un lustre en
cristal rappelle le lien avec Gernot
Langes-Swarovski. Deuxième mari
de la mère de René Deutsch, c’est en
effet le petit-fils du fondateur de l’illustre marque de bijoux en cristal qui
a acquis cette île en 1985 à un homme d’affaires italien.
Yoga dans la lagune
Longtemps, René, 40 ans, allure romantique, y est venu une fois l’an. Il
préférait marcher dans les pas de
son père entrepreneur. Il a créé sa
société de produits bio commercialisés en Allemagne, en Suisse et en
Autriche. En 2010, il l’a revendue
pour s’envoler avec son épouse,
Sandra, 46 ans, bohème chic, en
Australie. Dans leurs bagages : un
projet de start-up. « Mais le cœur n’y
était plus », raconte-t-il. Le couple
s’est alors mis à arpenter
l’Australie. « Et puis je suis
tombé sur un ashram dans
un parc naturel et cela a été
la révélation. Trois jours
de retraite qui ont changé ma vie. » Les yeux
« ouverts sur les trésors cachés en nous et
que le yoga révèle »,
René et Sandra sont
revenus deux ans plus
tard en posant un
nouveau regard sur
Santa Cristina.
«Soudain, il nous a
paru évident que cette île
avait un potentiel extraordinaire pour devenir une oasis
de yoga dans la lagune. »
D’autant que le couple a parfait
ses connaissances et techniques yo-
ANDREA FERRARI,
VALÉRIE SASPORTAS
Pratique
pour les meilleurs restaurants de
Venise et pour les résidents de Santa
Cristina, récemment gratifiée du
prix du « meilleur vin extrême ».
« Nous produisons notre eau potable, cultivons notre potager. Dans le
verger, nous avons planté cent
soixante abricotiers, cinquante pruniers et quarante figuiers avec l’expertise d’un agronome local », détaillent ses propriétaires, René et
Sandra Deutsch. Natifs d’Innsbruck,
en Autriche, ce sont ses seuls habitants. Ils y ont bâti une maison pour
eux. Puis une seconde, pour les
voyageurs aux âmes de Robinson,
qui la louent avec l’île. Quinze personnes peuvent ainsi séjourner dans
une villa d’architecture vénitienne
unique dans la lagune, érigée sur les
ruines d’un ancien monastère. Élégance et sobriété président à l’esprit
des lieux : neuf chambres à la déco
contemporaine de bois blanc, tissus
crème et meubles en bois exotiques
sous des poutres apparentes et fenêtres en hublot dotées de poignées de
laiton. Les salles de bains sont en
marbre de Carrare. Le vaste salon
aux canapés d’angles blancs est la
Dans le nord de la
lagune de Venise,
l’île de Santa
Cristina : un lieu
unique de 30 hectares
entièrement
privatisable.
Y ALLER
Club Faune Voyages est
le seul tour-opérateur
français à proposer
un séjour sur mesure
sur l’île de Santa Cristina.
Un coup de cœur
de sa directrice et
cofondatrice, Sylvie
Bernon, qui l’a repérée
dans une sélection
de l’excellent magazine
américain, Condé Nast
Traveler. Peut-être
serez-vous ses premiers
hôtes français. Jusqu’à
présent, seuls des
Italiens, des Autrichiens,
des Allemands et des
Suisses l’ont privatisée.
Pour 6 jours minimum,
compter 1 980 € la nuit
sur la base de
15 participants au départ
de Paris, avec vol A/R
sur Air France en classe
économique, transferts
en bateau privé, services
d’un chef cuisinier et
d’un employé de maison.
Mais aussi un transfert
A/R au centre de Venise
et une excursion
de 2 h 30 avec des
pêcheurs de la lagune.
Tél. : 01 42 88 31 32
et club-faune.com
+
Laquelle est Santa Cristina parmi les
cent dix-huit îles de la lagune de
Venise que l’on voit défiler à travers
le hublot ? À quoi ressemble cette inconnue des guides de tourisme français que les voyageurs peuvent pourtant louer tout entière ? Qui sont ses
propriétaires venus spécialement
pour nous rencontrer ? Nous sommes partis à la recherche de cette île
mystérieuse, présentée comme un
modèle de développement durable.
Le bateau taxi vénitien fonce entre les pieux qui délimitent la lagune
navigable. « Attention à la fibre optique du téléphone », indiquent de petits panneaux au sommet de ces
bricoles que le motoscafo en acajou
dépasse à vive allure. C’est un bateau
particulier qui nous conduit à Santa
Cristina. « Nous y serons dans quarante-cinq minutes ! », lance le
chauffeur en mettant le moteur.
Bientôt la perspective des douze
pontons de l’aéroport Marco Polo
jouxtant la piste d’atterrissage s’estompe. Le trafic est dense dans le
chenal dédié au transfert maritime
vers la Cité des doges. Impression de
jouer un James Bond échappant à la
horde de touristes à l’assaut de la
Sérénissime. C’est bien ce que l’on
fait en virant pile en face de l’archipel du Rialto triomphant de Venise.
Cap au nord. Le motoscafo dépasse
l’île cimetière de San Michele à tribord, puis l’île du verre de Murano à
bâbord. Et encore Burano aux maisons de pêcheurs bariolées comme
un arlequin et l’église penchée comme la tour de Pise. Au-delà s’ouvre
un monde largement méconnu. La
lagune septentrionale. Des lopins de
terre boueuse peuplée de mouettes,
de cormorans, d’aigrettes et de hérons qui donnent de la hauteur à un
paysage à l’horizontalité sans défaut.
Sauf l’île de Torcello dont le haut
clocher impose son austère beauté,
tout près de Santa Cristina.
À Torcello, dans la librairie de
l’église aux mosaïques d’or, un
ouvrage érudit d’Élisabeth CrouzetPavan (La Mort lente de Torcello, Éd.
Albin Michel) nous éclairera de manière vibrante sur le destin tragique
du nord de la lagune que deux passionnés font revivre. Et si c’était ça,
Venise avant Venise ? Torcello, jadis centre spirituel de cette
partie du territoire, domina
l’archipel englouti d’Ammiana dont fit partie
Santa Cristina et dont
notre bateau porte le
nom.
Enfin, la voilà !
Vision de paradis.
Rivage frangé de
lauriers roses et
de tamaris protégeant
contre
l’érosion. Intérieur planté d’oliviers, d’une forêt
bruissant d’oiseaux
de mer, de canards et
de sauvagines, de vignes. Les cépages de
merlot et de cabernetsauvignon produisent cinq
mille à dix mille bouteilles par an
Directement sur le site
de Santa Cristina pour
un minimum de 4 jours :
à partir de 2 900 €
la nuit pour 15 personnes.
veniceprivateisland.com
gis et que Sandra a obtenu un diplôme d’instructeur de yoga Satyananda, approche axée sur la méditation.
Le yoga s’impose dans le projet de
l’île comme lieu unique de villégiature chic et écologique.
« Tout ce que nous voulons, c’est
réduire notre empreinte carbone et
que Santa Cristina devienne un modèle de développement durable », affirme René. Il a aussi fait de l’île une
ferme piscicole avec quatre mille
daurades, loups de mer, sardines,
langoustines et autres poissons et
crustacés réintroduits dans les bassins quadrillant l’île. « L’université
Ca’ Foscari de Venise, avec laquelle
nous travaillons, a même trouvé des
espèces qui ont survécu sur l’île alors
qu’on ne les trouve plus nulle part
ailleurs sur la lagune », s’enorgueillit-il. Sans parler des abeilles
qui avaient déserté l’île et
dont les nouvelles font
désormais du miel.
Quarante-cinq
minutes suffisent
à faire le tour de
ses 30 hectares.
On croise alors
des paons, des
poules, des
faisans. S’il
était un animal, René se
verrait bien,
lui, « en grenouille ». Pour
avaler les moustiques ? C’est le seul
bémol de cette île veinée d’eau dont le flux et le
reflux apaisent. Au milieu, une
chapelle renferme une statuette de
la madone de Santa Cristina. On y
séjourne heureux d’« être une partie
de cet écosystème, sans contaminer
l’environnement ». « Qu’est-ce que
la possibilité d’une île ? », demandet-on à chacun d’eux en paraphrasant
le best-seller de Michel Houellebecq.
« S’échapper », répond-elle Pour lui,
c’est « l’utopie ». ■
RETROUVEZ JEUDI :
En Tanzanie,
un luxueux camp mobile
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 14 août 2018
LE CARNET DU JOUR
Le service reçoit
les annonces
du lundi au vendredi
de 9 h à 13 h
et de 14 h à 18
les dimanches
et jours fériés
de 9 heures à 13 heures
(excepté les 15 août,
25 décembre, 1er janvier,
1er mai).
Vos annonces
doivent nous parvenir
avant 16 h 30
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du lendemain,
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et jours fériés.
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26 € à partir de 26 lignes
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Fiançailles,
Mariages,
Anniversaires,
Centenaires,
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FêtedesPères,
Saint-Valentin,
Noces,
Communications
diverses,
Conférences,
Thèses,
Portesouvertes,
Distinctions,
Nominations,
Commémoration,
Signatures,
Départsen
retraite,
Vœux,
Deuils,
Condoléances,
Remerciements,
Souvenirs,
Messeset
anniversaires,
Officesreligieux,
Prised’habit,
Jubilé,
Jubilésacerdotal,
Ordination,
Vœux
monastiques.
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
noces d'or
Les cousins empêchés
souhaitent à
Isabelle et Mériadec
de ROHAN CHABOT
de joyeuses noces d'or.
Colombes. Le Vésinet.
Les Croûtes (Aubes).
Les membres
du conseil d'administration de
Catherine, son épouse,
les membres
du conseil d'administration des
Cécile, Eloïse,
ses filles,
M. et Mme Jacques Bagory,
ses parents,
M. (†) et Mme
Pierre-Etienne de Boynes,
ses beaux-parents,
sa sœur et ses frères,
ses beaux-frères
et belles-sœurs,
ses nombreux neveux et nièces
et leurs enfants
vous font part
du retour à Dieu de
M. Edouard BAGORY
le 10 août 2018,
à l'âge de 62 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 16 août, à 11 heures,
en l'église Saint-Josephdes-Quatres-Routes
d'Asnières-sur-Seine
(Hauts-de-Seine).
L'inhumation aura lieu
le vendredi 17 août,
au cimetière de Carolles
(Manche).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Philippe de Saint Martin,
président-directeur général,
et les équipes de
COGEFI
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Edouard BAGORY
gérant,
survenu le 10 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 16 août, à 11 heures,
en l'église Saint-Josephdes-Quatre-Routes,
182, rue du Ménil,
à Asnières-sur-Seine
(Hauts-de-Seine).
Michèle Aguesse-Bigot,
Brigitte Antoine,
Annie Dreyfus,
ses sœurs, et leur famille,
Gérard Méneroud,
Patrick Parenti,
des amis proches,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Marie-Chantal
BIGOT-WEITZMAN
actuaire,
survenu en son domicile
le 10 août 2018,
à l'âge de 71 ans.
Ses cendres seront déposées
le vendredi 17 août, à 15 heures,
au cimetière nouveau
de Neuilly-sur-Seine,
rue de Vimy, à Nanterre.
Le clos Saint Maur,
D 19, 3, rue Barberousse,
59000 Lille.
19, place de l'Iris,
92400 Courbevoie.
102, chemin du Neyroud,
38500 La Buisse.
deuils
Mme Jean d'Andurain,
née Isabelle de Peyronnet,
son épouse,
M. et Mme Gabriel d'Andurain,
le comte et la comtesse
d'Hérouville,
Mlle Camille d'Andurain,
M. Louis d'Andurain,
ses enfants,
Benoît, Alix, Charles, Héloïse,
Xavier,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Jean d'ANDURAIN
le 10 août 2018.
La messe d'enterrement
sera célébrée
le jeudi 16 août, à 15 heures,
en l'église Saint-Jacques
de Locquirec (Finistère).
Une messe sera célébrée
ultérieurement à Bruxelles.
M. Jacques Broutèle,
son époux,
Nathalie Broutèle
et Paul-Louis Netter,
Pascal et Odile Broutèle,
ses enfants,
Elisa Broutèle,
sa petite-fille,
ont la très grande tristesse
de faire part du décès de
Mme Jacques BROUTÈLE
née Jacqueline Joly,
survenu le 10 août 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 16 août,
à 10 heures, en l'église
Saint-Léger de Socx (Nord).
23, allée des Bosquets,
59380 Socx.
6, rue de Chézy,
92200 Neuilly-sur-Seine.
12, avenue Blanche,
77680 Roissy-en-Brie.
15
les salariés des mutuelles
M. et Mme Tom Glachant (†),
M. et Mme Luc Glachant,
M. et Mme Mark Haywood,
M. (†) et Mme
Nicolas Glachant,
M. et Mme Noël Perrin,
ses frères, sœurs, beaux-frères,
belles-sœurs, et leur famille,
ont le profond regret
d'annoncer le décès de
les familles Carié, Cugnet,
Failliot, Hardy
la MAPA
Risques Civils
de la Boulangerie Française
M. Serge CAILLAUD
ancien directeur général
et directeur des mutuelles,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
qui s'est éteint le 9 août 2018.
Ils ont une pensée émue
et attristée pour sa famille.
La messe d'obsèques
sera célébrée
le jeudi 16 août, à 10 h 30,
en l'église Saint-Jean-Baptiste
de Saint-Jean-d'Angély.
Fleurs naturelles uniquement.
Claude et Xavier de la Tullaye
et leurs enfants,
François et Joëlle
de Carné-Carnavalet
et leurs enfants,
Michel et Pascale (†)
de Carné-Carnavalet
et leurs enfants,
Etienne et Monique
de Carné-Carnavalet
et leurs enfants,
Elisabeth et Pierre Million
et leurs enfants,
Yvonne (†) et Gilles Dugast
et leurs enfants,
les familles Nosten
et de Chambost
ont la tristesse
de vous faire part
de l'appel à Dieu de
Pierre
de CARNÉ-CARNAVALET
leur frère, beau-frère et oncle,
endormi
dans la Paix du Seigneur,
le 10 août 2018, à Paris,
dans sa 84e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 16 août 2018, à 10 h 30,
en l'église Sainte-Odile,
2, avenue Stéphane-Mallarmé,
Paris (17e).
Mme Myrande Colaert Lahaye,
ses enfants et petits-enfants
vous font part du décès de
M. Jean-Pierre COLAERT
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 16 août 2018,
à 11 heures, en l'église
Notre-Dame-de-la-Tombe,
à Kain (Belgique).
On nous prie d'annoncer
le décès de
Michel DRAY
magistrat honoraire,
survenu le 13 août 2018,
dans sa 75e année.
De la part de
Michèle Dray,
son épouse,
Sophie et David Holzman,
Jean-René Dray,
ses enfants,
Judith et Salomé,
ses petites-filles,
le docteur et Mme
Jean-Jacques Dray,
son frère et sa belle-sœur,
et toute la famille.
Les obsèques auront lieu
le jeudi 16 août,
dans la matinée, au cimetière
du Montparnasse, Paris (14e).
Pour l'horaire, merci de
téléphoner au 06 19 12 67 03.
Réunion à l'entrée principale,
3, boulevard Edgar-Quinet.
Ni fleurs ni couronnes.
Chantal et Jean-François Vène,
Charlotte et Isabelle Pellas,
ses neveu et nièces,
ses 13 petits-neveux
et petites-nièces
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Thérèse, Marie GERARD
le samedi 11 août 2018,
à Saint-Malo,
dans sa 93e année.
La messe d'obsèques
sera célèbrée le jeudi 16 août,
à 14 h 30, en l'église
de Saint-Jouan-des-Guérets
(Ille-et-Vilaine).
ont la grande peine
de faire part du décès de
Marguerite Lanfry,
née Roy, son épouse,
Anne et Christophe Héry,
Benoît et Ombeline Lanfry,
Benjamin et Clémence Lanfry,
ses enfants,
Constance,
Augustin, Arthur, Mayeul,
Maÿlis,
Baptiste et Romane,
ses petits-enfants,
les familles Lanfry, Carment
et Prévost
Odile GLACHANT
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
le 10 août 2018,
dans sa 92e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 16 août, à 15 heures,
en l'église Saint-Médard
de Brunoy (Essonne).
François LANFRY
Cet avis tient lieu de faire-part.
le 10 août 2018,
dans sa 78e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce mardi 14 août 2018, à 15 h 30,
en l'église Saint-Maclou,
à Rouen.
Vincent Jahadi,
son époux,
Clara et Raphaël,
ses enfants,
Parviz Ansari,
son père,
Soheil Ansari,
son frère,
Mélanie Abbo,
sa belle-sœur et marraine,
Victor Ansari,
son neveu,
Christine Letournel Glomaud,
Jean-Marc et Brigitte
Letournel,
Sylvie et Vincent Lhermitte,
ses enfants,
ont l'immense douleur
de vous faire part du décès de
Adrien, Coralie, Marine,
Solène, Guillaume, Charlotte,
ses petits-enfants,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Salomé JAHADI
née Ansari,
juriste,
Suzanne LETOURNEL
née Hardy,
survenu le 11 août 2018,
à l'âge de 44 ans.
épouse de
La messe d'obsèques
sera célébrée
le vendredi 17 août, à 15 heures,
en l'église Saint-Wandrille
du Pecq (Yvelines).
Emile Letournel (†)
professeur
d'orthopédie et traumatologie,
chirurgien
des Hôpitaux de Paris,
Mme Aude Paecht
et son fils Robin,
Pascal Paecht,
son fils, et ses enfants,
Arthur, Jean Baptiste, Pierre
et Maxence,
Valérie Paecht,
sa fille, et ses enfants,
Lola et Orso,
le docteur Paul Pacht
et ses enfants,
Uli Pacht
et ses enfants,
Vera Pacht-Teo
et ses enfants,
Michael Pächt
et ses enfants,
Monika Auz Castro,
Isabelle Pasquini,
sa belle-sœur,
Laetizia Pasquini,
sa nièce,
Jean François Pasquini,
son neveu,
son épouse Catherine
et leurs enfants,
Giliane Chaix,
le colonel Edgar Chaix
ont la douleur
de vous faire part du décès du
docteur Arthur PAECHT
ancien vice-président
de l'Assemblée nationale
et de l'Otan,
président d'honneur
de l'Institut des relations
internationales et stratégiques,
ancien vice-président
du conseil départemental,
maire honoraire de Bandol,
ancien maire
de La Seyne-sur-Mer.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 16 août 2018,
à 15 heures, en l'église
Notre-Dame-de-la-Mer,
à La Seyne-sur-Mer,
suivie de l'inhumation
au cimetière Les Pins,
à Saint-Mandrier-sur-Mer.
Cet avis tient lieu de faire-part.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 17 août, à 11 heures,
en l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine,
suivie de l'inhumation au
cimetière nouveau de Neuilly.
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. René JUPIN
capitaine au long cours,
chevalier
de la Légion d'honneur,
commandeur
du Mérite maritime,
Samih Tabbara,
son époux,
sa famille, ses amis,
la Maison Chanel
ont la profonde tristesse
de faire part du décès de
Heïdi MORAWETZ
survenu le 10 août 2018,
à l'âge de 89 ans.
directrice du studio de création
maquillage de Chanel
(1980-2007).
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 16 août,
à 15 heures, en l'église
de Vincelles (Yonne).
Le commandant Jupin
a navigué à la Compagnie
générale transatlantique
de 1949 à 1965,
avant de rejoindre
la Compagnie P. Schiaffino
comme capitaine d'armement.
Il termine sa longue carrière
maritime en tant que directeur
général de l'Association
pour la Gérance des Écoles
de formation Maritime
et Aquacole (AGEMA).
Le commandant Jupin
fut également président
de la Fédération nationale
du Mérite maritime
et de la médaille d'honneur
des marins du 4 décembre 2001
au 14 mai 2003.
M. et Mme John Jordan,
M. et Mme Christian Laval,
le docteur et Mme
Christian de Vandeul,
M. et Mme Philippe de Laval,
M. et Mme Hervé de Laval,
M. Olivier de Laval
en union avec son épouse,
M. et Mme Hubert de Laval,
M. Jean de Laval,
ses 21 petits-enfants
et 20 arrière-petits-enfants
vous font part
du rappel à Dieu,
le 11 août 2018,
dans sa 96e année, de
Les obsèques auront lieu
le lundi 20 août 2018, à 15 h 30,
en la salle de la Coupole
du crématorium du cimetière
du Père-Lachaise, Paris (20e).
Ni fleurs ni couronnes.
Samih Tabbara,
1, avenue Aumont,
60500 Chantilly.
Mme Dimitra Potter
et ses enfants,
George, Christina, Alexandre,
font part du rappel à Dieu
de leur fille et sœur,
Mlle Anastasia POTTER
née Colette
Couderc de Saint Chamant.
née Régine de Verdun.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 17 août,
à 15 heures, en l'église
de Saint-Quentin-des-Isles.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le jeudi 16 août, à 11 heures,
en l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine.
Château
de Saint-Quentin-des-Isles,
27270 Saint-Quentin-des-Isles.
Une messe sera célébrée
ultérieurement en l'église
Saint-Pierre.
La comtesse
Louis de Balincourt,
née Baronin
von Pereira-Arnstein,
son épouse,
le comte et la comtesse
Eric de Balincourt,
le comte et la comtesse
Renaud de Balincourt,
le comte et la comtesse
François de Balincourt,
le comte Roland de Balincourt,
Aude et Fabrice Corvaisier,
ses enfants,
Anne, Guillaume, Enguerrand,
Raoul,
Marie, Côme, Blanche,
Clotilde,
Louis, Hilaire, Marthe, Elie,
Amaury, Gabriel, Hortense,
Balkis, Eve, Isis, Calliste,
Garance,
ses petits-enfants.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le jeudi 16 août 2018,
à 15 heures, en l'église
de Contres (Loir-et-Cher).
Marie-Christine Vincent,
son épouse,
et toute la famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
Alain VINCENT
survenu le 7 août 2018,
à la suite d'une fulgurante
et très cruelle maladie.
ont la douleur
de faire part du décès de
Son parcours professionnel
est celui d'un avocat brillant
respecté et estimé
de tous ses confrères.
Mme SNOLLAERTS
née Brigitte Guyon de Salettes,
le 11 août 2018,
à l'âge de 89 ans, munie
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 16 août 2018,
à 15 heures, en l'église
Notre-Dame de Bordeaux,
suivie de l'inhumation
au cimetière de la Chartreuse,
à Bordeaux.
Grand amoureux
de la Méditerranée, il aimait
venir s'y ressourcer en famille
autant qu'il le pouvait.
messes
Une messe sera célébrée
le lundi 20 août 2018, à 14 h 30,
en l'église Saint-Siméon,
à Cléron (Doubs),
pour le repos de l'âme de
Noirmoutier-en-l'Île. Nantes.
François et Frédérique (†),
Jérôme,
Blandine et Thierry-Olivier (†)
Thieullent,
ses enfants,
ses frères et sœur
Mme Nicolas RAPHAËL
endormi
dans la Paix du Seigneur
le 12 août 2018,
entouré de l'affection des siens.
Mme Michel du Sordet,
M. et Mme
Erik Guyon de Salettes,
sa sœur, son frère
et sa belle-sœur,
ses 10 petits-enfants
et 17 arrière-petits-enfants,
M. et Mme Raffaele Berlenghi,
M. et Mme Yann
de Kernaflen de Kergos,
Mme Alexandre Raphaël,
la comtesse Richard de Verdun,
ses sœurs, belles-sœurs
et beaux-frères,
ses nièces et neveux
chevalier de l'ordre
de Saint-Grégoire-le-Grand,
médaille d'or
de l'Enseignement catholique,
Victoire et Tancrède,
ses petits-enfants,
Les obsèques auront lieu
au cimetière de Vouliagmeni
(Grèce), ce mardi 14 août 2018,
à 11 heures.
font part du rappel à Dieu,
le 10 août 2018, de
Mme Pierre
de LACOSTE de LAVAL
M. Guillaume Snollaerts,
M. et Mme Christian Michaut,
ses enfants,
le 9 août 2018, à l'âge de 39 ans,
à Varkiza (Grèce).
M. Nicolas Raphaël,
son époux,
comte Louis
TESTU de BALINCOURT
Marie-Léa Vincent,
sa fille,
survenu le samedi 11 août 2018,
à Courbevoie, à l'âge de 90 ans.
Mme Geneviève Jupin,
son épouse,
Mme Christine Ponelle,
sa fille,
Arthur, Louise, Eugénie,
ses petits-enfants,
ainsi que toute la famille
et ses amis
Dans Sa grande Tendresse,
le Seigneur a rappelé le
Nüket de MONTRICHARD
qui nous a quittés
le 30 juin 2018.
souvenirs
ainsi que toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Le 14 août 2009,
Eric LOGEAIS
Annick THIEULLENT
née Decré,
survenu dans sa 94e année,
munie des sacrements
de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le vendredi
17 août 2018, à 14 h 30,
en l'église Saint-Pasquier
de Nantes, suivie
de l'inhumation au cimetière
dans l'intimité familiale.
La famille remercie
chaleureusement le personnel
de la maison Saint-Joseph de
Nantes pour son dévouement
et son accompagnement.
Pas de plaques,
ni fleurs, ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
nous quittait.
Encore une année sans toi
pour partager peines et joies
et le bonheur de la présence
d'un petit bonhomme
de trois ans.
Ton épouse.
Armelle THIERRY
4 août 1972 - 14 août 1998.
Sa mesure de l'amour était
d'aimer sans mesure.
Vingt ans et chaque jour
elle me manque davantage.
Sa maman.
Souvenirs, Messes...
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mardi 14 août 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
16
« Better Call Saul », l’heure de la métamorphose
Chaque mardi, Netflix dévoile un épisode inédit de la saison 4 de l’excellente série dérivée de « Breaking Bad ».
DAMIEN MERCEREAU
£@DamienMercereau
immy McGill, Saul Goodman et
Gene Takavic. Trois noms pour
un seul personnage brillamment
interprété par Bob Odenkirk.
Après cinq saisons de Breaking
Bad, diffusées entre 2008 et 2013 sur la
chaîne AMC aux États-Unis, les réalisateurs Vince Gilligan et Peter Gould ont
souhaité approfondir le récit de leur série à succès en consacrant une préquelle centrée sur Saul Goodman, avocat
cynique et sans scrupule. Qui est-il
vraiment ? « Mon vrai nom, c’est
McGill », révèle-t-il à Walter White
(Bryan Cranston) durant Breaking Bad.
James McGill, alias Jimmy, petit frère
du brillant avocat Charles (Michael
McKean), fils d’une mère protectrice et
d’un père aveuglément honnête. Jeune,
Jimmy se plaît à multiplier les petites
arnaques lucratives jusqu’à se retrouver en prison. Délivré de sa cellule par
J
+ @SUR LE WEB
son aîné, il est déterminé à se racheter
une conduite et à gagner son respect.
Responsable des basses besognes dans
le cabinet Hamlin, Hamlin et McGill,
Jimmy obtient un diplôme d’avocat par
correspondance et travaille à son propre compte en rêvant d’impressionner
son frère.
de Charles, l’équilibre de Jimmy ne tient
plus qu’à sa relation avec Kim Wexler
(Rhea Seehorn) », souligne le comédien
américain. Le couple a tout pour vivre
une relation saine et durable, mais son
destin est connu. « Il y aura une véritable réponse », assure Bob Odenkirk.
Il est acquis que l’histoire de Better
Call Saul ne s’arrêtera pas au terme du
dixième épisode de la saison 4 puisqu’une cinquième a d’ores et déjà été
commandée. Parce qu’il reste à réaliser
la jonction avec Breaking Bad. Et parce
qu’au terme de sa collaboration avec
Walter White, Saul Goodman a fui les
malfrats du Nouveau-Mexique pour se
réfugier dans le Nebraska sous une
nouvelle identité, celle de Gene Takavic, manager d’une pâtisserie. « Il ne va
pas pouvoir vivre longtemps comme ça,
révèle Bob Odenkirk. Il vit dans la peur
et l’anxiété en permanence car il se sent
traqué. » Une nouvelle vie racontée
ponctuellement au début de chaque
saison de Better Call Saul et qui ne demande qu’à avoir une fin. ■
Nouvelle identité
« Jimmy McGill est un mec adorable qui
fait tout pour devenir une belle personne.
J’ai de l’empathie pour lui et du plaisir à
le jouer, confie Bob Odenkirk à l’occasion de la promotion de la saison 4 de
Better Call Saul. En revanche, je n’aime
pas beaucoup Saul Goodman. Il est amusant à regarder, surtout dans Breaking
Bad, mais c’est un triste personnage. Il
est seul, triste, égocentrique… C’est le
genre de personne que je détesterais dans
la vraie vie. » Meurtri par le désamour d’un frère aigri qui met fin à
ses jours, Jimmy McGill va devenir
Saul Goodman au terme de cette
○○○¡
quatrième saison. « Après la mort
Bob Odenkirk interprète Saul Goodman (alias James McGill), un avocat
cynique et sans scrupule. MICHELE K.SHORT
» Julie, voix historique d’Europe 1, cède sa place à Céline Da Costa. » Orange Is The New Black : la saison 7 sera la dernière, d’après Laura Prepon. www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE St-Evrard
Soleil : Lever 06h42 - Coucher 21h07 - Premier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.50 Nos chers
voisins. Série. Avec Gil Alma.
18.40 N’oubliez pas les paroles !
Jeu. Présentation : Nagui 20.00 20
heures. Présentation : Julian Bugier.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Laurent Kerusoré.
18.45 La villa : la bataille des couples.
Téléréalité 19.40 Suburgatory. Série
MATIN
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20.50
20.55
21.00 Premier rendez-vous
et plus si affinités
Série. Comédie
Divertissement
Film TV. Policier
Téléréalité. 0h45. Inédit. Le restaurant de «Premier rendez-vous et
plus si affinités» ouvre ses portes à
des célibataires.
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21.45 Premier rendez-vous et plus
si affinités. Téléréalité.
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Camping Paradis
Fra. Saison 7. Avec Laurent Ournac,
Christelle Reboul, Patrick Paroux.
Affaire de famille (1 et 2/2). La
famille Bourdel a installé sa ferme
pédagogique au camping pour la
semaine, mais tout va de travers.
Les années perdues
Le meilleur
des «Années bonheur» Fra. 2015. Réal. : Nicolas Picard-
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19.00 Silence, ça pousse ! 20.00 Les
virtuoses de la nature 20.50 Vu
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20.55 Au bout c’est la mer
Prés. : Patrick Sébastien. 2h30.
Invités notamment : Michèle Torr,
Francky Vincent, Charlotte Julian,
Yves Duteil, Patrick Fiori, Plastic
Bertrand, Peter & Sloane.
Dreyfuss. 1h40. Avec Sarah Adler,
Anne Alvaro. Pour Marie, le cauchemar débute quand sa mère est
retrouvée une arme à la main près du
corps sans vie de son père.
Série doc. Nature. Fra. 2018. Réal. :
William Japhet. 0h50. Le Mékong.
Inédit. François Pécheux s’engage
dans un voyage fluvial à travers le
Laos, le Cambodge et le Vietnam.
22.50 Camping Paradis Série.
23.20 Les enfants de la télé Di-
22.40 Deux petites filles en bleu
Notre belle famille (1 et 2/2) 0.45
New York, unité spéciale. Série.
vertissement. Prés. : L. Ruquier 1.15
Les fêtes vénitiennes. Opéra.
Film TV. Policier 0.20 Soir/3 0.50
Boulevard du Palais. Série.
21.45 Le marcheur du Nil. Série documentaire 22.35 C dans l’air. Mag.
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APRÈS-MIDI
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20.05 Rendez-vous avec Kevin
Razy (C) 20.30 Groland le Zapoï (C)
20.55 Catherine et Liliane (C).
19.00 Les hyènes de Harar. Documentaire 19.45 Arte journal 20.05
28 minutes. Magazine.
18.45 Chasseurs d’appart’. Jeu 19.45
Le 19.45 20.25 En famille. Série.
Avec Yves Pignot, Marie Vincent.
21.00
20.50
21.00
Film. Drame
Documentaire. Historique
Divertissement
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20.55 La totale
Film. Comédie. Fra. 1991. Réal. : Claude
Zidi. 1h40. Avec Thierry Lhermitte.
François Voisin passe pour un paisible
employé des Telecom, mais il est
agent secret.
25
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19.25 Les incroyables aventures de
Nabilla et Thomas en Australie.
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22.55 Alexandre. Film 2.00 Brangelina : les raisons de la rupture. Doc.
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19.10 Les maîtres de la construction.
Téléréalité.
L’atelier
Fra. 2017. Réal. : Laurent Cantet.
1h53. Inédit. Avec Matthieu Lucci,
Marina Foïs, Warda Rammach. La
Ciotat. Antoine suit, en compagnie
d’autres jeunes en réinsertion,
l’atelier d’écriture animé par Olivia.
Les dossiers secrets
du Vatican
All. 2015 (1 et 2/2). Réal. : Jan Peter.
1h50. En 1978, l’élection du pape
Jean-Paul II a des conséquences de
taille, tant sur le plan religieux que
géopolitique.
22.50 Tchi tcha Magazine. Ciné-
22.40 Jésus et l’islam Série doc.
ma. 23.40 Une belle rencontre. Film.
Drame 1.30 Mort à Sarajevo. Film.
Historique. 1.15 Arte journal 1.40
Beautés plurielles. Série doc.
Audition secrète
Prés. : David Ginola, Éric Antoine.
2h10. Qui deviendra une star sans le
savoir ? Inédit. Grâce à la complicité
de leurs proches, des talents cachés
de la chanson vont se retrouver sur
scène sans le savoir.
20.50 Mystères maritimes
Série doc. Société. Fra. 2017. Réal. :
Hervé Jouon. 1h00. Le radeau de
La Méduse. Inédit. En 1816, «La
Méduse», s’échoue aux larges des
côtes Africaines.
21.50 Enquêtes en eaux profondes.
Série documentaire.
23.10 Audition secrète - La deuxième audition Divertissement.
Inédit 0.10 Empire. Série.
A
20.20 Les rois de la réno. Téléréalité.
Maison d’architecte.
18.55 Alerte Cobra. Série. Avec Erdogan Atalay, Daniel Roesner.
8.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55 La petite histoire de France
19.00 Couple ou pas couple ? Jeu.
Présentation : Jean-Luc Lemoine.
21.00 90’ enquêtes
21.00 Astérix le Gaulois
21.00 Un drôle de paroissien
Magazine. Société. Prés. : C. Rousseau.
1h25. Un été sous haute tension pour
les gendarmes du Sud. Inédit. Chaque
été, le sud de la France est le théâtre
de nombreux délits.
Film. Animation. B-Fra. 1967. Réal. :
Ray Goossens. 1h04. Un légionnaire
romain est chargé d’espionner le
petit village gaulois qui fait de la
résistance.
Film. Comédie. Fra. 1963. NB. Réal. :
Jean-Pierre Mocky. 1h25. Avec
André Bourvil. Georges, aristocrate
ruiné, monte une entreprise de
pillage des églises.
22.25 90’ enquêtes. Magazine. Présentation : Carole Rousseau.
22.20 Un monstre à Paris. Film. Animation 23.55 Les 30 ans du Top 50.
22.30 Meurtre au soleil. Film. Policier.
Avec Peter Ustinov.
28
T (en °c)
<-10 à 0
22.35 Super Hero Family. Série.
Avec Michael Chiklis. 3 épisodes.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
21/31
16/21
14/22
17/29
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18/29
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23/33
18/27
18/25
28/37
VENDREDI
18/27
17/26
15/28
16/29
17/23
21/32
15/23
15/20
22/34
25/32
JEUDI
16/26
15/25
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
MERCREDI
21.00 Marvel :
les agents du S.H.I.E.L.D.
Série. Fantastique. EU. 2016. Saison 4.
Avec Clark Gregg. 2 épisodes. Inédits.
La victoire de Coulson n’est que de
courte durée.
28/33
22/27
15/24
18/23
15/24
21/30
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
17/23
13/24
16/24
23/30
23/28
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LE FIGARO
mardi 14 août 2018
SÉRIE ÉTÉ
TAKUZU
SU DO KU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
FAC
G 1
1
1
1
0
0
1
1
1
0
0
1
1
1
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
1
1
262
FA
2622
4 3
6 9
7 6
5
4 8
5 1
7 6
1 9
3 7 4
4 5
8 9
1 5
8
3
5 4
6 9 7
1 8
8
5
MOTS FLÉCHÉS N° 2049
GRAND
PAYS
D’ASIE
PILIER
CAILLOUTAGE
HARCELER
RENVOYÉ
POLIMENT
EXCLAMATION
JEU
D’OMBRE
ET
DE LUMIÈRE
BÉNIN
CHANGER
DE CONTENANT
9 8
SANS
SURPRISE
AU
PAIEMENT
CLARTÉS
TABARLY
OU
CANTONA
PIERRE FINE
GROUPE
D’ÉTATS
SEMÉE UN
PEU
PARTOUT
APPORT DE
FRAÎCHEUR
DÉCILITRE
DAIS
CE N’EST
PAS DE
LA VEINE
CETTE
CHOSE
LE TOUR
D’ITALIE
TOMBAS
DE HAUT
BUISSON
PIQUANT
HÉROS
SUISSE
ENFANT DE
L’ÉTAT
TEINTER
IMPASSIBLE
PENSÉE
ARTIFICIELLE
POUR
CRÉER
UN LIEN
JUNIOR
POMME (D’)
MÉCONTENTE
LAIT
DE BÉBÉ
POINTS
OPPOSÉS
SUR UNE
CARTE
TROUBLER
L’AUDITOIRE
APPELER
SANS
DISCRÉTION
MOTS CROISÉS
PROBLÈME N° 4804
HORIZONTALEMENT
1. Chuter brutalement à la montagne ou à
la bourse. - 2. Laisse des ares en fumée.
- 3. Mélangée avec de la poudre blanche.
- 4. Se donne avec peine. Grande sauterelle prise dans la toile. - 5. Vaste zone
écologique. Dans le Morbihan. - 6. Son
chef-lieu est Altdorf. Production de
perles. - 7. On y rentre lors d’une violente
dispute. - 8. Donne les jetons. Fils de
bonne famille arrivé en haut de l’échelle.
- 9. Ne peut faire que de grandes choses.
En pleine insomnie. - 10. Pélias usurpa
son trône avant de le faire exécuter.
Planche coupée. - 11. Cavité cachée dans
un labyrinthe. - 12. A donc eu du succès
au premier tirage.
VERTICALEMENT
1. Cadre apprécié pour la marche. - 2.
Un homme de l’ombre pour la lumière.
- 3. Exprimer clairement son intention.
Chambre à air. - 4. On peut toujours lui
demander le programme. Remonté sur la
Manche. - 5. Rien que des porcs. Assemblée générale. Non loin de là. - 6. Maison
à remettre en état. Pour s’envoyer au
ciel dans le plus simple appareil. Tronc
commun. - 7. Muse à règne. Jeune fan.
- 8. Allongée dans la durée de remboursement.
IL DONNE
UNE JOLIE
FEUILLE
PAYS
QUI N’EST
PAS
AUTORISÉ
Par Louis Morand
1
MILITAIRE
ATTIRÉ PAR
LE SUD
CHANTEUR
DU PLAT
PRÉFIXE
PRIVATIF
2
3
4
5
6
7
8
1
2
3
4
5
6
7
8
9
BRIDGE
PROBLÈME N° 2892 :
Votre cœur
balance ?
RV
10 8 7
R7
AR8632
N
O
E
S
A D 10 6 4 3
R6
A D 5 4
V
10
11
12
Contrat : Sud joue
6 Piques.
Entame : Valet de .
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4803
HORIZONTALEMENT 1. Parabole. - 2. Élucider.
- 3. Ribosome. - 4. Iman. Nui. - 5. Gen. Tarn.
- 6. On. Motet. - 7. Ute. Lèse. - 8. Ratées.
- 9. Diène. CE. - 10. Iris. Pan. - 11. Nen. Rapt.
- 12. Esthètes.
VERTICALEMENT 1. Périgourdine. - 2. Alimentaires. - 3. Ruban. Éteint. - 4. Acon. ENS. - 5.
Bis. Tôlée. Ré. - 6. Odonates. Pat. - 7. Lémures.
Cape. - 8. Éreintements.
M
L O G
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Mots
léchés
1 1 0 1 1 0 0 1 0 0
1 0 1 0 1 0 1 0 0 1
0 1 0 1 0 1 1 0 1 0
Takuzu
565
Sudoku
CINOCHE
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0 1 1 0 0 1 0 0 1 1
SOLUTION
DU
PROBLÈME
BAVARDE
DURÉE DE
DOUZE
MOIS
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DUR À
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ARTICLE
ESPAGNOL
P
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0 0 1 0 1 0 1 1 0 1
ASTATE
AU LABO
CRAQUE EN
BRÛLANT
SOLUTIONS DES JEUX
DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
1 1 0 1 0 0 1 0 1 0
RETRANSCRIRE
MAL
TROPICAL
RENVOIS
DE BÉBÉ
PLAT
MEXICAIN
1
1 0 0 1 0 1 0 1 1 0
ID EST,
ARGON
ABRÉGÉ
CANAL
CÔTIER
6
0 0 1 1 0 1 0 1 0 1
EN BREF
BELLE
BALLE
VILLE DU
PIÉMONT
BOUT DE
VERS
6 7
1 0 1 0 1 0 1 1 0 0
ELLE SE
SERT DANS
UN PUB
COURS DE
GYM AU
COLLÈGE
ÉCULÉ
9 4
0 1 0 0 1 1 0 0 1 1
GOUVERNER
VOYAGE DE
MAGELLAN
CAS DE
NULLITÉ
AUX
ÉCHECS
1
1
UN PAR UN
VALIDERA
UNE
DÉCISION
INSENSÉ
5
8
5
3 6 9
7
3
6
TABLE
DE NUIT
DE LA
MONTAGNE
7
4
Par Diane Monfort
LAC DE
LOMBARDIE
ANACONDAS
RÉPÈTE
IL SERT AUX
ÉTATSUNIS
XT
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
9
3 6 8 9 4
7 4 9 5 5 8 6 3 7
4 9 5 3
8 3 5 7 6
6 7 9 4 8
6 4 7 9
7 8 3 6 5
9 5 3 4 8 8 4 9 6 7 6 8 5 3
9 3 5 4 7 4 8 3 7
5 9 3 8 6
6 7 5 9 4
6 9 7 3 8
5 7 4 9
3 4 8 6 5
7
8
9
6
5
3 6
4
7 8
9 4
3
5
5 8 3
4
9
6 7
7 3
9
8
6 5
4
3
5 4
8 6
9 7
5
4
6
9
7
8
3
Mots coupés
A! - cireur -
doPAge - doPeur dorAge - doreur ForAge - Forcir Foreur - jAseur jAsmin - minAge mincir - mineur.
ÉTÉ 2018
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2891 :
Trois sur trois
PRÉSENTE
Contrat : Sud joue 5 Carreaux, après l’ouverture de 1
en Est.
Entame : 2 de pour l’As d’Est qui rejoue le 3 de pour
le Roi d’Ouest qui insiste du 6 de .
Selon toute vraisemblance, l’ouvreur possède le Roi de
quatrième, ce qui constitue à la fois l’hypothèse de
nécessité (si le Roi est cinquième, le flanc a trouvé la
défense mortelle car Ouest a sûrement trois atouts) et
de crainte (si le Roi est troisième, vous n’aurez aucun
souci, mais s’il est quatrième, vous avez un problème de
surcoupe).
Pour parer à la menace de surcoupe qui plane sur vous,
coupez du 3 du mort en défaussant le 3 de de votre
main.
Après As et Valet d’atout (tout le monde fournit, autre
hypothèse de nécessité), il est temps de présenter la
Dame de sur laquelle Est fournit petit. Vous défaussez
alors un , réussissant votre expasse. Le Valet suit, qui
tient aussi. Il vous reste à
V4
couper un de la Dame
3
ARV3
de , à purger le dernier
A D V 10 9 8
atout du flanc grâce au
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A
Remplir la grille avec les chifres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
ÉLEVAGE
DE POULES
FAVORISÉES
17
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 14 août 2018 LE FIGARO
18
L’ÉTÉ DU FIGARO
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Quand la sc
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Découverte, no
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Soudain une inv elle technique, technologie
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r.
2/5
La boîte magique
de William Reeves
L’encart figure dans un numéro de
1766 du Morning Herald. Le marchand de couleurs William Reeves
(1739-1803) ouvre boutique à Londres. Dans sa vitrine : un nécessaire
de son invention, la boîte d’aquarelle. Les conséquences de ce nouveau matériel facile à transporter,
dans lequel les pigments liés par de
la gomme arabique se trouvent
préalablement conditionnés en tablettes - cela bien avant l’huile en
tube, dont le brevet sera déposé en
1841 et qui sera bien utile aux impressionnistes -, vont être aussi
nombreuses que décisives.
Le coffret mis au point par Reeves
offre la possibilité de noter tout de
suite sur la feuille, dans le carnet les
teintes précises de tout ce que l’œil
voit à l’extérieur. Un ciel à tel moment de la journée, certaines transparences, l’effet fugitif d’un nuage
qui se déforme perpétuellement…
Ces pochades ou esquisses en lavis légers et rapides sont une sorte
de sténographie des couleurs. Des
reprises au crayon ou à la plume de
ces taches précisent le dessin. Jusqu’alors, quand un peintre étudiait
un paysage, c’était à la plume ou au
bâtonnet ainsi que le faisait au siècle
précédent, dans les environs de
Rome, Claude Gellée. Encre, sanguine, craie blanche ou pierre noire
n’offraient qu’un rendu correct des
contours, des modelés et des ombres. Pour le reste, la main écrivait
si besoin le nom de la couleur. Cela
servirait pour la toile finale, de retour à atelier. Un Van Gogh procédait encore ainsi pour décrire ses
sujets dans ses lettres à son frère.
Fondement du romantisme
A
Reeves a tâtonné avant de proposer
un produit stable. Ses petites galettes d’aquarelle se sont révélées
d’abord trop dures. Puis il a ajouté
un peu de miel, et le mélange s’est
révélé à la fois suffisamment sec et
solide pour sa conservation, et aisément exploitable par simple frottement d’un pinceau humide. Associé
à Thomas, son frère chimiste, il développe l’affaire, qui connaît un
succès rapide en Angleterre,
d’abord dans le milieu des peintres
professionnels. Avec leur boîte,
ceux-ci découvrent de nouvelles
manières, wet on wet (aquarelle
mouillée sur feuille humidifiée), aquarelle sur papier
sec ou encore sur papier
trempé, séché puis à
nouveau mouillé.
En 1785, un an
avant sa mort, le
paysagiste
Alexander Cozens est le premier à publier
un court traité sur le lavis.
Il est intitulé : Nouvelle
Méthode
pour secourir
l’invention
Boîte d’aquarelle
de la marque
Reeves & Woodyer datant
du début des années 1820.
GIVEN BY MISS PAMELA HODGES/
VICTORIA AND ALBERT MUSEUM, LONDON
En 1766,
ce marchand
de couleurs anglais
commercialise
des tablettes
d’aquarelle.
Une invention qui
va révolutionner
la peinture
à plus d’un titre.
Des raretés
précieusement
conservées
dans les musées
Les boîtes d’aquarelle anciennes
sont rares. En Angleterre, le
Victoria & Albert Museum conserve
telle une relique un exemplaire
de la marque Reeves & Woodyer
datant du début des années 1820.
C’est à ce jour la plus ancienne
subsistante. Elle a été fabriquée
après la mort des deux frères
Reeves, quand le fils de l’aîné avait
poursuivi l’entreprise en compagnie
de l’associé de son père
William Woodyer.
Le Royal Collection Trust en charge
des trésors d’Elizabeth II aurait
également, parmi ses innombrables
boîtes précieuses, le nécessaire
à aquarelle de la reine Victoria.
Elle fut une praticienne régulière
et non dénuée de talent. En France,
le Musée d’Orsay s’enorgueillit
de disposer de la boîte de poche en
métal laqué de Manet. Une Rooney
& Co, principal concurrent des
Reeves. Celui d’Aix-en-Provence
possède quatre boîtes usées
par Cézanne. Mais c’est surtout la
Royal Academy of Arts de Londres
qui vénère la travelling colour box
du fameux William Turner.
Elle date d’environ 1842.
É. B.-R.
WWW.BRIDGEMANIMAGES.COM
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
Tableau de Thomas Fearnley représentant le peintre et aquarelliste William Turner, lors d’une séance de travail, en 1837.
dans le dessin des compositions originales de paysages. Né en Russie de
parents britanniques, il a peut-être
connu l’art de la calligraphie orientale. C’est surtout un grand lecteur
du Traité de la peinture de Léonard
de Vinci. Y est notamment préconisée la contemplation d’« un vieux
mur couvert de saleté ou la bizarre
apparence des pierres striées ». Par
là, à partir de ces masses confuses,
« vous pourrez y découvrir, poursuit
Vinci, diverses choses telles que paysages, batailles, nuages, attitudes
singulières, visages plaisants, draperies ». Déjà, dans l’Antiquité, selon Pline l’Ancien, Protogène avait
réussi à rendre parfaitement l’écume d’un chien haletant en jetant
une éponge sur son tableau. Le hasard contribuait déjà à l’art.
À son tour, et à l’inverse de tout
enseignement académique, Cozens
Bio
EXPRESS
1766
William Reeves
(1739-1803)
commercialise
son invention, la boîte
d’aquarelle. Succès.
1785
Premier traité
sur le lavis et la tache.
Il est signé
Alexander Cozens
(v. 1717-1786).
1790
La société Thomas
Reeves & Sons devient
fournisseur officiel
de la Couronne.
1825
Le paysagiste
Richard Parkes Bonington
(1802-1828) retrouve en
Angleterre son ami
Eugène Delacroix
(1798-1863). Il lui apprend
à manier ces « couleurs
anglaises » qu’on peut
emporter et utiliser
partout.
recommande de lancer une ou plusieurs taches accidentelles sur la
surface et, « par l’exercice de l’imagination », de les transformer en
rochers, bois, tours, clochers, chalets, rivières, champs ou cascades.
Les taches bleues deviennent les
nuages, les cieux ; les grises ou
brunes les montagnes…
Voilà une autre utilité de l’aquarelle. Si l’on manque d’imagination,
on peut toujours composer à partir
de ce qui aura été bu par le papier
comme le pianiste composerait à
partir d’une « suite de notes frappées au hasard » (la comparaison est
de Paul Valéry). Les Constable et
autre Turner sauront s’en souvenir,
qui conçoivent désormais l’aquarelle comme un médium à part entière. Et depuis, de Hugo à Henri
Michaux, on n’a plus cessé de chérir
ces formes informes si stimulantes.
Dès la fin du XVIIIe siècle, par la
tache d’aquarelle, ce n’est plus l’art
qui imite la nature, c’est l’art qui
crée pour lui-même. Ce principe
fonde non seulement le romantisme
mais appelle l’écriture automatique,
le surréalisme, l’abstraction lyrique,
l’action painting… L’aquarelle grosse
de la majorité des esthétiques à
venir ? Les frères Reeves ne s’en
doutaient bien sûr pas. Mais ils ont
vite senti la portée de leur produit.
En 1781, ils reçoivent ensemble la
Palette d’argent de la Société des
arts. Depuis leur quartier général,
au 80 Holborn Bridge à Londres, ces
« Superfine Color Makers » affirment que leur manufacture prépare
« toutes sortes de belles couleurs à la
plus grande perfection ». On en
compte alors une quarantaine, et
bientôt l’éventail est si étoffé que le
marché va jusqu’en Inde. D’Édimbourg à Sydney, les amateurs ne
réclament plus que ces « couleurs
anglaises ».
En 1783, les Reeves rompent leur
association, peut-être en raison
d’un différend relatif à l’écoulement de leurs petits gâteaux de
peinture à des sous-traitants. Chacun crée sa propre entreprise, tandis que les copieurs se multiplient.
La société de Thomas, l’aîné (mort
en 1799), s’est poursuivie jusqu’à la
fin des années 1970 et la marque
Reeves, plusieurs fois rachetée, a
récemment été relancée.
En 1790, Thomas Reeves & Sons
devient fournisseur officiel de la
Couronne, vendant ses boîtes
d’abord à la princesse Charlotte
puis à la reine Victoria. L’aquarelle
est alors une mode à son acmé. Elle
est enseignée aux amateurs, aristocrates ou grands bourgeois, puis à
tout un chacun en raison du faible
coût de la boîte.
Brio et abondance
Richard Parkes Bonington (18021828) s’impose comme le premier
grand maître de cette période. Au
Louvre, en 1818, il a rencontré
Delacroix, de quatre ans son aîné.
Ils se sont retrouvés en Angleterre à
l’été 1825 et Delacroix, qui trouve
que les ouvrages de son ami sont
« des espèces de diamants », se met à
l’aquarelle dans son sillage. D’abord
timidement : au Louvre un premier
album est riche de 19 feuillets, dont
seulement six peints dans la campagne anglaise. Puis avec le brio et
l’abondance que l’on sait lorsqu’il
séjournera au Maroc.
Bonington, lui, est déjà un géant
du plein air. En 1820, lorsque la
guerre est finie, il a mis le pied sur le
continent. En Normandie, dans
l’ancien duché de Guillaume le
Conquérant, qui fut à l’origine de sa
nation, il a enregistré délicatement
avec son nécessaire de voyage les
vestiges de cette époque gothique
que, sur son île, la première révolution industrielle a déjà largement
effacés. Ses aquarelles serviront de
bases aux gravures illustrant les
Voyages pittoresques et romantiques
dans l’ancienne France. Une somme
en vingt volumes dirigée par le
baron Taylor. Un monument comparable par son ampleur à l’Encyclopédie de Diderot et à la Description de l’Égypte commandée par
Bonaparte. Lui aussi illuminera le
siècle, promouvant, avant la photographie, une notion émergente :
celle de patrimoine. ■
RETROUVEZ JEUDI :
Le phonographe
de Thomas Edison
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 14 août 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
CHRONIQUE
Renaud Girard
rgirard@lefigaro.fr
19
Sur la Turquie d’Erdogan, Trump a raison !
aute d’avoir obtenu, après
l’avoir maintes fois réclamée,
la libération d’un pasteur
américain injustement
emprisonné depuis
vingt-deux mois en Turquie,
l’Administration Trump vient
de prendre des sanctions contre
le gouvernement islamo-nationaliste
du président Recep Erdogan. Le 1er août
2018, le département du Trésor
de Washington a sanctionné le ministre
turc de l’Intérieur et son collègue de
la Justice, responsables de l’arrestation,
de la détention sans fondement sérieux,
puis du simulacre de première audience
judiciaire d’Andrew Brunson, un pasteur
marié et père de trois enfants, qui
animait très calmement depuis plus
de deux décennies une très petite
communauté protestante dans la ville
d’Izmir (Asie mineure, l’ancienne
Smyrne). Le 10 août, le président Trump
a pris la décision de doubler les droits
de douane sur les importations d’acier et
d’aluminium en provenance de Turquie.
Cette mesure punitive symbolique – une
première contre un allié de l’Otan - eut
pour impact immédiat d’inquiéter les
investisseurs turcs et étrangers et donc
de faire décrocher la livre turque, qui
perdit plus de 20 % de sa valeur en une
seule séance de la Bourse.
Aussitôt, le président Erdogan accusa
les États-Unis d’avoir poignardé
la Turquie dans le dos, stupéfait de voir
les Américains « privilégier le sort d’un
prêtre par rapport à celui d’une alliance
stratégique ». Héritage de la guerre
froide, la Turquie est en effet membre
de l’Otan depuis 1952, bien qu’elle ait
peu partagé et qu’elle partage de moins
en moins les idéaux démocratiques des
membres de l’Alliance atlantique.
Le nouveau sultan essaie actuellement
d’élaborer un chantage à l’Otan,
F
expliquant urbi et orbi qu’il peut trouver
d’autres puissants partenaires
stratégiques. Si c’est à la Russie qu’il
songe, ce ne sera pas pour lui un
parcours semé de roses. Il lui faudra
préalablement avaler une grosse
couleuvre diplomatique, et accepter telle
qu’elle est la Syrie baasiste
de Bachar el-Assad. À partir de 2012,
Erdogan a fait tout ce qu’il a pu pour
provoquer la chute d’Assad. Il a même
accepté que le territoire turc serve de
sanctuaire aux unités islamistes – dont
celles d’al-Qaida et de l’État islamique –
partant combattre pour arracher
Alep au gouvernement syrien. C’est
seulement en 2016, quand ces
djihadistes, aux exigences toujours
croissantes, ont mordu la main qui les
avait nourris (en organisant des attentats
meurtriers sur le territoire turc),
qu’Erdogan s’est mollement retourné
contre eux. Pourquoi « mollement » ?
Parce que les forces turques ont toujours
privilégié la lutte contre les
autonomistes kurdes du PKK, avec qui
Erdogan avait conclu une trêve en 2013,
pour la rompre unilatéralement en 2015.
Recep Erdogan et Vladimir Poutine
ont bien sûr de possibles terrains
d’entente. Tous deux affectionnent les
« démocratures », ces régimes qui
pratiquent l’élection du président
au suffrage universel, mais où l’exécutif
écrase ensuite à sa guise le pouvoir
législatif et le pouvoir judiciaire, sans
parler du prétendu « quatrième
pouvoir » médiatique, complètement
réduit à quia. Tous deux se sentent
méprisés, voire maltraités par les
Occidentaux, après avoir plus ou moins
sincèrement tenté de se rapprocher
au début de ce millénaire. Tous deux
estiment que l’Amérique n’a plus
sa place au Moyen-Orient. Mais ils
entretiennent deux graves domaines
américaine refuse de l’extrader vers la
Turquie, faute d’avoir obtenu d’Ankara
un dossier criminel sérieux contre lui.
Les policiers et les procureurs
du régime d’Erdogan ont ensuite accusé
le pasteur Brunson d’être un sectateur
du PKK kurde, parti ayant conservé une
idéologie marxiste-léniniste. Ils ont
ensuite essayé de le traiter comme un
espion américain. Comme toutes ces
pistes ne donnaient rien, qu’ont-ils
finalement retenu comme grief ? Que
par son prosélytisme chrétien, le pasteur
faisait partie d’un complot visant
à diviser la nation turque… On croit
rêver. Après que les Arméniens ont été
massacrés en 1915 et que les Grecs ont
été chassés d’Asie
mineure en 1923,
Trump n’a pas l’intention
il ne reste plus beaucoup
de chrétiens sur cette
de sacrifier le pasteur Andrew
qui fut, il y a deux
Brunson sur l’autel du partenariat terre,
mille ans, la première
stratégique avec Ankara
à être évangélisée après
la Palestine. En Turquie,
les chrétiens ne représentent guère plus
cendres de la défaite ottomane lors
que 1 % de la population.
de la Première Guerre mondiale. Les
Pour vivre dans la paix et la
Russes n’ont pas oublié qu’avant 1914,
prospérité, le Moyen-Orient ne peut pas
plus de la moitié de la population
se passer de tolérance religieuse.
de Constantinople était chrétienne. Ils
L’islamo-nationalisme d’Erdogan refuse
ne se résoudront jamais à voir les
de l’entendre. Son gouvernement
chrétiens persécutés sur la terre natale
n’a toujours pas reconnu la réalité
de saint Paul de Tarse.
du génocide arménien, qui est pourtant
C’est pourtant ce qui est en train
un fait historique incontestable (dont les
de se produire à nouveau. Car quel est
consuls généraux américains furent
le crime du pasteur Andrew Brunson,
à l’époque les témoins effarés). Donald
si ce n’est avoir voulu pacifiquement
Trump n’a pas l’intention de sacrifier
témoigner de sa foi chrétienne ? On
le pasteur sur l’autel du partenariat
l’a d’abord accusé d’être un partisan
stratégique avec la Turquie. Il a raison.
de Fethullah Gülen, ce prédicateur
Car les alliés qui ne partagent pas les
musulman turc, créateur d’un réseau
mêmes valeurs que vous finissent
d’écoles islamiques, qui fut d’abord
systématiquement par se retourner
l’ami puis le rival d’Erdogan. Ce dernier
l’accuse d’avoir été l’inspirateur du coup un jour contre vous.
d’État manqué de juillet 2016. Gülen est
» Lire aussi PAGES 6, 7, 22 ET 23
réfugié en Pennsylvanie, et la justice
de divergence. Le premier est Israël :
le Russe aime l’État hébreu et admire les
réalisations du sionisme, alors que
le sultan néo-ottoman l’attaque de plus
en plus, dans l’espoir d’apparaître
comme le grand défenseur des
musulmans sunnites à travers la planète.
La seconde fracture idéologique entre
Erdogan et Poutine porte sur la religion.
Celui-ci croit à la liberté religieuse,
jusqu’à donner aux musulmans de
Russie une immense mosquée en plein
Moscou. Celui-là, Frère musulman,
a entrepris de détruire la laïcité
en Turquie, qui est pourtant un héritage
de Mustafa Kemal, le père de la nation
moderne, qu’il parvint à bâtir sur les
«
»
+
La fête de l’Assomption de Marie,
exemple d’une joie ardente et sereine
I
MONSEIGNEUR MATTHIEU ROUGÉ
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
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Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
simplement la surexcitation collective,
stimulée par l’alcool. Tout cela constitue
en réalité une négation du sport, mise
en scène organisée des concurrences
humaines en vue de la progression
de tous.
La fête de l’Assomption, fête
de la joie en son fondement et en son but
ultimes, peut ouvrir un chemin
d’explication et de dépassement
de la difficulté contemporaine
à « faire la fête » paisiblement.
Tout a commencé pour Marie
de Nazareth par l’expérience intime
de se découvrir appelée à porter un
enfant particulier,
le « Fils de Dieu »,
Il y a des fêtes qui se terminent
la « Lumière des
tristement en gueule de bois et balayage nations ». La gloire
de Marie est le fruit
de verre cassé. Il y en a d’autres
de son intériorité :
heureusement, comme l’Assomption,
fille d’Israël, Marie
qui renforcent le goût de vivre
connaissait
et méditait les
Écritures, elle savait pouvoir rencontrer
chrétiens, au milieu du « festivisme »
Dieu dans son « cœur », un mot
contemporain, n’ont pas à se comporter
particulièrement précieux de la tradition
en rabat-joie mais en révélateurs
biblique. Toute l’iconographie
et serviteurs de la joie et de la fête
de l’Annonciation témoigne de cette vie
authentiques. C’est le cœur du message
intérieure de Marie. L’intériorité
de l’Assomption.
est la condition d’une extériorisation
Pourquoi un événement aussi positif
festive à la fois ardente et paisible.
qu’une victoire en Coupe du monde
N’est-il pas illusoire de parler
s’accompagne-t-il des débordements
d’intériorité à propos des foules
et des violences dont Paris a été une fois
hurlantes des stades, des cafés et des
de plus le théâtre à la fin du mois
soirées de Coupe du monde ? Pensez aux
de juillet ? Il y a la part du relâchement
Journées mondiales de la jeunesse, les
de la tension suscitée par l’attente
fameuses JMJ, inventées par Jean-Paul II
fébrile du résultat final ; il y a
et présidées depuis par ses deux
l’extériorisation d’une agressivité
successeurs. Elles réunissent des
à l’égard de l’adversaire (en fait factice :
centaines de milliers de jeunes, parfois
aucun Français n’est habité par la haine
des millions comme à Manille en 1995,
viscérale des Croates !) ; il y a tout
les grandes et belles fêtes humaines
constituent une anticipation allusive
et bienfaisante de la gloire pour laquelle
nous sommes créés.
Le goût de la fête fait partie
de la vocation humaine. La légitime
critique de l’homo festivus par l’écrivain
Philippe Muray ne s’attaque pas à cela
mais au détournement de la fête,
transformée en fuite du réel,
en excitation superficielle et finalement
en refus des autres et de soi-même.
Muray, pourrait-on dire, s’inscrit
dans le sillage de Pascal et de sa fameuse
pensée sur le divertissement. Les
«
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
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(Édition Web)
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du pôle news
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direction.redaction@lefigaro.fr
dans un climat extrêmement festif
et paisible en même temps. Les Parisiens
présents dans la capitale en août 1997
n’ont pas oublié les rames de métro
débordant de jeunes et de joie. En 1993,
à Denver, les autorités américaines
ne pouvaient pas imaginer un tel afflux
de jeunes sans vols, alcool, violence
ni drogue : shérifs et rangers n’ont eu
qu’à se féliciter du comportement
de tous. Il en était de même à Rio, la ville
de la fête par excellence, en 2013 autour
du pape François nouvellement élu.
Gageons que Panama exultera
intensément dans quelques mois
mais sans violence ni dégradations.
Notre époque qui peine à faire la fête,
en dépit de son excitation permanente, a
donc beaucoup à recevoir du message de
l’Assomption. Il ne s’agit pas pour nos
contemporains d’être moins festifs mais
de l’être davantage, de l’être mieux.
L’éveil minimal de chacun
à la vie intérieure, par la lecture,
la concentration, la capacité à exprimer
ce qu’il ressent voire la prière, est
la condition non seulement de la paix
sociale mais de l’épanouissement,
de la joie de tous. L’éducation au respect
de l’autre et de soi-même n’est pas un
rigorisme heureusement tombé en
désuétude mais le chemin des
exultations durablement bienfaisantes.
Il y a des fêtes qui se terminent
tristement en gueule de bois
et balayage de verre cassé. Il y en
a d’autres heureusement qui renforcent
le goût de vivre. La gloire par
l’intériorité de l’Assomption
en montre le chemin.
+
» Lire aussi PAGES 2 ET 3
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
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sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
6 pages
A
l y a quelques semaines, la France
unanime se réjouissait de la
victoire des Bleus. En ce 15 août,
c’est encore le bleu qui réunit les
Français : le bleu marial de
l’Assomption. Dans notre France,
à certains égards si peu chrétienne, le
rythme de l’été continue d’être donné
par nos deux fêtes nationales en quelque
sorte : le 14 Juillet et le 15 Août. Les
défilés en souvenir de la prise de la
Bastille et de la fête de la Fédération,
d’une part, et les processions en
mémoire du vœu de Louis XIII (promesse
du roi, en 1638, de consacrer son royaume
à la Vierge Marie si elle lui accordait la
grâce d’avoir un fils, NDLR), d’autre
part, n’ont plus l’ampleur d’antan mais
scandent les vacances de tous et sont
l’occasion aimée de retrouvailles
familiales ou d’événements sportifs.
Qu’y a-t-il de commun entre le bleu
de l’équipe de France et celui de la piété
mariale ? L’enthousiasme suscité par
la victoire des Bleus, l’entraînement qui
l’a préparée, la « communion » qu’elle a
créée (pour reprendre le mot audacieux
de l’un de nos champions) ne sont pas
sans évoquer ce que révèle l’assomption
de Marie, son entrée dans la gloire
éternelle : l’homme est fait pour une
éternité de joie, préparée par
l’entraînement
de la vie terrestre,
qui verra
l’épanouissement
de toutes ses
Le 15 août, les catholiques célèbrent
capacités de
l’Assomption de Marie, c’est-à-dire sa montée
relation, d’amour,
au ciel. Une fête qui, depuis Louis XIII,
de communion.
revêt une importance particulière en France,
Au regard de la foi
explique l’évêque nommé de Nanterre.
chrétienne, toutes
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mardi 14 août 2018 LE FIGARO
20
L’ÉTÉ DU FIGARO
PIERRE AVRIL pavril@lefigaro.fr
A
CORRESPONDANT À MOSCOU
Des photos jaunies d’une famille
française ordinaire, en vacances
dans les années 60. Pose devant les
quais d’une marina, avec la Méditerranée en toile de fond, le musée
parisien du Grand Palais… Une table
en Formica déployée l’été sur le
bord de la route et un garçonnet
souriant. Le regard affirmé et le
maintien altier de l’épouse et de la
mère crèvent l’image. En arrièreplan, le mari, à la physionomie rondelette, semble entrer par effraction dans ce bonheur familial. Dans
la scène qui l’immortalise, l’homme
est à la fois présent et absent.
Vladimir Vetrov, la trentaine, n’est
pas français. Il est russe, citoyen soviétique, espion du KGB savourant
comme un privilégié la douceur de
l’Hexagone. Quinze ans plus tard, il
trahira sa patrie pour la France, à laquelle il livrera des milliers de documents explosifs relatifs à l’espionnage technologique soviétique. Au
début de l’année 1985 (en janvier ou
en février), il mourra exécuté dans la
sinistre prison moscovite de Lefortovo. L’affaire Farewell, du nom de
code de cet informateur hors pair, est
alors close, mais son onde de choc
commence à se former, ébranlant
l’URSS jusqu’à sa chute, en 1991.
Svetlana Vetrova, la jeune femme
pleine d’assurance sur la photo,
reste le principal témoin de ce qui
demeure un drame intime, après
que tout ou presque ait été dit, imprimé, filmé sur l’affaire Farewell,
en attendant une ouverture des archives. Une septuagénaire élégante,
réfugiée dans une maison coquette
des environs de Moscou, dissimulant les traces de cette histoire d’espionnage hors normes. Aucun journaliste russe ne s’est jamais
intéressé à elle : honteuse pour les
services secrets soviétiques, l’affaire a de quoi tenir à l’écart les
petits soldats de l’information.
« Avec Vladimir, nous avons vécu
vingt-cinq ans ensemble. La vie était
magnifique. Je baignais dans l’amour.
Mais la dernière année, j’avais l’impression d’avoir un autre homme en
face de moi. Je le regardais en pensant : peut-être que ce n’est pas lui »,
lâche Svetlana, en préambule de la
conversation. Comme pour montrer
qu’elle aussi n’a jamais résolu l’énigme. Comment un espion si talentueux, un mari aimant en vient à
trahir son régime et mettre en
péril sa famille, sans jamais réclamer d’argent au pays qui
l’exploite - en l’occurrence la
France ? L’opération aura
coûté 7 millions de francs à
Paris, une misère. Comment surtout, un agent
opérant au cœur de la
machine d’espionnage
soviétique a-t-il pu
échapper si longtemps à
la surveillance de ses
pairs, pillant allègrement la journée les documents qui transitent
par son bureau, avant de
les distribuer le soir à ses
sources ?
Le séjour qu’effectue à
Paris, de 1965 à 1970, le
délégué commercial Vetrov apporte un début de
réponse. Sous couverture
diplomatique, l’agent du
KGB, diplômé du prestigieux
institut scientifique Bauman,
s’y montre efficace, noue des
contacts étroits notamment avec
Jacques Prévost, responsable du
marché soviétique au sein de l’entreprise de défense Thomson CSF et à
ce titre correspondant régulier de la
DST, le contre-espionnage français.
À Paris, le couple mène la belle vie,
bien différente de celle dépeinte dans
la propagande soviétique. « En
France, il s’est mis à apprécier ses interlocuteurs français. On sentait qu’il
était comme un oiseau sur la branche,
déjà démoralisé par le système
communiste, aimant Paris, mais un
peu velléitaire. Son séjour lui a définitivement ouvert les yeux sur la réalité de
Farewell,
l’agent
du KGB qui
trahit par
rancœur
8/11
l’Occident et les mensonges du
régime », explique au Figaro Raymond Nart, ancien chef de la direction soviétique du contre-espionnage à la DST.
Indécis, Vladimir rentre néanmoins au pays en 1970. Le retour à
Moscou est pénible. Affecté à la direction T du KGB, spécialisée dans le
renseignement scientifique et technique, le fils d’ouvrier méritant
côtoie les rejetons gâtés de la Nomenklatura envers lesquels il n’éprouve
que du mépris. « Pour un type issu
d’une famille pauvre comme Vetrov, il
À gauche, Vladimir Vetrov à Fontainebleau, lors de son séjour en France, entre 1965 et 1970.
À droite, l’agent du KGB et son épouse, Svetlana, à Moscou en 1979. ANTENNE 2/SIPA,
Souffrant d’un manque
de reconnaissance, Vladimir
Vetrov livra des informations
considérables à la DST
française, avant d’être
démasqué et exécuté à
Moscou en début d’année 1985.
[
Histoires d’esp
ions
était plus difficile de faire carrière au
sein du KGB, alors peuplé de fils de
l’intelligentsia. Il se sentait supérieur à
ses collègues et il l’était d’ailleurs sur
tous les plans », explique l’historien
des services secrets Alexandre Kolpakidi. Ce dernier a calculé que 60 %
des défections soviétiques s’expliquaient par l’appât du gain et 40 %
par l’insuffisance de reconnaissance
professionnelle. Vetrov appartient à
la seconde catégorie.
Pour ne rien arranger, une mission
qu’il obtient en 1973 au Canada se fi-
]
Trahison, ambit
ion, jalousie, idé
manipulation…
ologie, argent,
les
sexe,
parfois changé grandes affaires d’espionna
ge
le destin du mo
nde mais elles ont
toujours aussi
son
des
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montre que cet histoires humaines. Et l’actu
te
ali
jamais. Le Fig vie de l’ombre est plus dense té
aro retrace qu
elques-unes de que
étonnantes pa
ces
ges d’Histoire,
certaines célèb
d’autres moins
res et
connues
nit en queue de poisson, à cause de
l’imprudence de sa femme qui commet l’erreur d’aller faire réparer un
bijou chez un joaillier de Montréal.
Comble de malchance, la broche en
or est volée, les protagonistes convoqués par la police et le couple rapatrié
à Moscou. Pour le simple lieutenantcolonel du KGB, tout espoir de nouvelle expatriation occidentale et de
promotion s’envole. Il est nommé
assistant au chef du sous-département d’information et d’analyse de
la direction T, au sein du KGB. Les
documents qui y circulent - fruit des
analyses quotidiennes des résidences
du KGB à travers le monde - ont une
valeur inestimable. Mais le poste, lui,
s’apparente à un placard. Vetrov se
met à boire, prend une amante, Ludmilla, qui travaille comme traductrice au même bureau, jette son argent
par les fenêtres. Il découche fréquemment. Ni ses supérieurs ni le
contre-espionnage soviétique ne
prennent la mesure du danger que
représente un tel collaborateur.
Car l’homme, aigri, est prêt à allumer la mèche. « Il voulait faire exploser le système », pense Raymond
Nard. « Il traversait une crise morale
qui l’a amené à transférer ses problèmes personnels sur le dos du régime », complète Alexandre Kolpakidi. Il franchit le Rubicon en
décembre 1980 en transmettant directement une offre de service à la
DST. À cette époque, le service français passe au-dessus des radars du
KGB. Deux agents traitants lui sont
assignés, d’abord Xavier Ameil, un
cadre de Thomson CSF qui ignore
tout des techniques du renseignement, puis Patrick Ferrant, attaché
militaire à l’ambassade de France,
qui a l’avantage de posséder une
couverture diplomatique. Ainsi que
la femme de ce dernier.
Seul véritable professionnel de ce
quatuor improbable, Vladimir Vetrov fixe lui-même les modalités de
transmission des microfilms et ajoute à ces rituels une touche personnelle : il délaisse les boîtes
aux lettres mortes, ces
cachettes anonymes
et changeantes où
les agents sans
jamais
se
Vladimir Vetrov,
en 1982, pendant
sa détention, dans la prison
moscovite de Lefortovo.
ANTENNE 2/SIPA
croiser s’échangent leurs informations, ainsi que les rendez-vous
« brossés », où le contact physique
reste furtif.
« Il voulait nous rencontrer quasiment toutes les cinq minutes. Il avait
besoin de parler, de s’exprimer en
français. On lui disait que ce n’était
pas bon pour la sécurité et on essayait
de le canaliser. Mais rien à faire… », se
souvient Raymond Nart. En revanche, il préparait minutieusement
ses rencontres, recourant au préalable à d’innombrables parcours de sécurité. Les services s’accommodent
d’autant mieux de ce personnage
« cyclothymique » qu’il les alimente
d’une masse ébouriffante d’informations : près de 3 000 documents, sans
compter les feuilles manuscrites,
qu’un traducteur de la DST épluche
au fil de l’eau. C’est un organi-
“
Il traversait
une crise morale qui l’a
amené à transférer ses
problèmes personnels
sur le dos du régime
ALEXANDRE KOLPAKIDI, HISTORIEN
DES SERVICES SECRETS
”
gramme complet du réseau d’espionnage économique soviétique qui
est notamment dévoilé, mettant en
évidence l’ampleur du pillage technologique auquel a recours l’URSS.
Emporté dans son élan, Vetrov n’hésite pas à rompre avec une règle
d’airain de l’espionnage, en vertu de
laquelle on ne trahit jamais les hommes que l’on a soi-même recrutés. Ce
qui fut le cas à Paris, de 1965 à 1970.
Dépassée par la masse des révélations de sa taupe, la DST partage celles-ci avec la CIA dès août 1981. Une
occasion rêvée pour le très suspect
président socialiste François Mitterrand de donner des gages de
loyauté à son homologue Ronald
Reagan, cet anticommuniste forcené
qui veut écraser « l’empire du Mal ».
Avec les Américains dans le bateau,
Farewell n’est plus réductible à cet
espion excentrique qui aime la
France. La petite histoire carambole
la grande et vice-versa. En février 1982, ce sont justement les services américains qui avertissent la
DST qu’un de leurs agents est impliqué dans une tentative d’assassinat.
L’agent en question est Vladimir Vetrov et la victime est son amante,
Ludmilla Otchikina.
« La femme exigeait de lui qu’il
quitte sa famille et, connaissant sa trahison, le faisait chanter. Et c’est visiblement pour cela qu’il voulait la
tuer », explique sa veuve : Svetlana
a elle-même réceptionné le dernier appel téléphonique, nocturne de Ludmilla, qui a déclenché
le passage à l’acte. « Elle-même,
traductrice au KGB, fournissait
des documents. Un jour, on lui a
même offert un manteau de fourrure car en URSS, ils étaient mal
taillés. Il y avait une grande porosité entre histoire d’amour et
espionnage », complète Raymond Nart, qui n’a jamais percé
les mystères du couple maudit.
Mais les coups de couteau assenés par Vetrov ne font que blesser son amante, qui s’enfuit.
Vetrov est arrêté le lendemain
pour tentative de meurtre. Aucun
policier ne fera le lien avec Farewell
jusqu’à ce que la France expulse quarante-sept diplomates russes, dont
sept espions qu’il a lui-même balancés. Vetrov joue avec le feu, écrit de
prison des lettres compromettantes à
sa femme. « Il a toujours été dans l’improvisation », résume au Figaro son
biographe, Sergueï Kostine (1). « Il
croyait en sa bonne étoile et il avait ce
côté russe fataliste qui fait dire : “Dieu
y pourvoira”… » En attendant que la
justice des hommes - celle du KGB le fasse tomber. ■
(1) « Adieu Farewell », Robert Laffont
RETROUVEZ JEUDI :
Les charmes vénéneux
de « Mister Butterfly »
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mardi 14 août 2018 LE FIGARO - N° 23 018 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
PRESSE
L’ÉTÉ DU FIGARO
LE RENOUVEAU
DES POINTS DE VENTE
ROLAND-GARROS MONTE
EN GAMME POUR AMORTIR
SES COÛTS PAGE 25
Crise en Turquie : faut-il
craindre la contagion ?
Sainte-Sophie,
à Istanbul.
Les pays émergents et l’Europe du Sud sont les plus vulnérables
à une poursuite de la chute de la devise et de l’économie turques. Pages 22 et 23
Le fonds souverain saoudien s’intéresse à Tesla
Une semaine après son tweet annonçant un projet de retrait de la
cote de Tesla, Elon Musk, son PDG,
s’est livré à une « mise à jour », lundi 13 août, en publiant un message
sur le blog Tesla du constructeur de
voitures électriques. Le PDG répond
point par point à toutes les questions soulevées par son tweet, qui a
surpris Wall Street et entraîné
l’ouverture d’une enquête de la Securities and Exchange Commission
(SCE), l’autorité boursière américaine (nos éditions du 13 août).
le PLUS du
FIGARO ÉCO
ENTREPRISES
Les impayés se
multiplient l’été pour
les TPE-PME
PAGE 24
LA SÉANCE
DU LUNDI 13 AOÛT 2018
CAC 40
5412,32
-0,04%
DOW JONES (18h)
25211,51 -0,40%
ONCE D’OR
1214,40 (1214,35)
PÉTROLE (lond)
71,972 (72,850)
EUROSTOXX 50
3413,67 -0,37%
FOOTSIE
7642,45 -0,32%
NASDAQ (18h)
7415,00 +0,09%
NIKKEI
21857,43 -1,98%
Oui, le conseil d’administration
était au courant du projet : « Je l’en
ai informé le 2 août », écrit le PDG.
Sa « proposition repose sur une
structure qui permet aux actionnaires
actuels qui souhaiteraient le rester de
devenir actionnaires d’une Tesla non
cotée ». Ce qui exclut le scénario
d’une acquisition financée par de la
dette (LBO).
Les administrateurs ont donné mandat à Elon Musk de discuter avec les
principaux actionnaires, des fonds
qui détiennent ensemble 43,82 % de
Tesla, peut-on lire sur le blog de Tesla. Pourquoi a-t-il rendu public le
projet par un tweet ? Pour une question d’égalité de traitement des actionnaires de Tesla, argumente-t-il :
« Il n’aurait pas été juste de partager
cette information avec nos seuls gros
investisseurs sans la partager avec
tous les autres. »
La SEC a tiqué devant l’affirmation
d’un « financement assuré » et s’interroge sur sa « réalité ». Elon Musk
persiste et signe. Le fonds souverain
saoudien est sur les rangs pour in-
vestir… depuis deux ans, affirme-til. Volonté réitérée plusieurs fois
dont le 31 juillet lors d’un rendezvous. « J’en suis sorti n’ayant aucun
doute sur le fait qu’un “deal” pouvait
être finalisé avec le fonds saoudien […],
c’est pourquoi j’ai parlé de financement
sécurisé », explique Elon Musk.
Il poursuit les discussions avec ce
fonds qui a récemment acheté 5 %
de Tesla sur le marché mais aussi
avec d’autres investisseurs car « je
souhaite que Tesla conserve un actionV. GD.
nariat assez large. »
Une chute de 10,75 % en fin
d’après-midi à la Bourse de Francfort et même de 13,78 % au moment le plus critique de la journée.
À cause du procès Monsanto, la
capitalisation de Bayer a fondu de
11 milliards d’euros. Le géant allemand de la pharmacie, qui a conclu
le rachat de Monsanto en juin pour
63 milliards de dollars, doit maintenant assumer les déboires judiciaires du groupe américain.
Vendredi 10 août, un tribunal de San
Francisco a accordé 289 millions de
dollars de dommages et intérêts à
un jardinier, Dewayne Johnson, estimant que son cancer était lié à
l’utilisation de l’herbicide Roundup
de Monsanto (nos éditions du
13 août). Bien que le groupe ait fait
appel, les investisseurs n’ont pas
été rassurés par ce jugement historique qui retient le caractère cancérigène du glyphosate.
Outre-Atlantique, 4 000 plaintes ont
été déposées contre Monsanto. Celui-ci avait provisionné 277 millions
de dollars en août 2017, un montant
inférieur aux dommages et intérêts
décidés par la justice californienne.
De son côté, Bayer a déjà provisionné 884 millions d’euros pour ses
propres litiges. Il devra prendre également en compte ceux de Monsanto. « Si chaque procès perdu coûte
un quart de milliard de dollars, il n’en
faut pas beaucoup pour que ça devienne assez cher », estime Michael
Leacock, analyste chez MainFirst.
Selon lui, la facture pourrait atteindre 10 milliards de dollars. Se fondant sur des affaires analogues
comme celle de l’anti-inflammatoire
Vioxx de Merck, la banque Berenberg parvient au chiffre de 5 milliards de dollars. Si le jugement du
10 août était confirmé en appel,
Bayer chercherait probablement à
transiger avec les plaignants.
Dans le passé, Bayer a déjà eu affaire à la justice américaine. En
2003, le groupe allemand avait été
condamné par la justice texane
pour son anticholestérol Baycol,
qui avait coûté la vie à plusieurs
patients. Le laboratoire avait retiré
de la vente le médicament en 2001
il avait dû payer 4,2 milliards de
dollars suite aux multiples procès.
A. F. (AVEC AFP)
L’audience des
journaux télévisés
Les États-Unis forcent un proche
de Poutine à lâcher le contrôle de Rusal en progression
L'HISTOIRE
es sanctions américaines ont fait
plier l’oligarque russe. Oleg
Deripaska (notre photo), réputé
proche du président russe Vladimir
Poutine, aurait accepté de céder
le contrôle d’En+ (qui détient le géant de
l’aluminium Rusal) pour échapper à la colère
de Washington. D’après le Financial Times,
le milliardaire proposerait aux autorités
américaines de réduire
ses parts dans En+
de 70 % à 45 %.
Ce serait un grand succès
pour les États-Unis. Les
sanctions visant l’oligarque
depuis avril, une rétorsion
aux interférences russes
durant la campagne
présidentielle américaine
de 2016, visaient
précisément à lui faire
lâcher le contrôle
de son groupe. De facto,
les Américains avaient, du
jour au lendemain, coupé
Rusal, un des plus grands
producteurs d’aluminium
au monde, du marché des
L
matières premières et du système bancaire
occidental. Afin de ne pas mortellement
asphyxier son groupe, Oleg Deripaska n’a
donc pas eu d’autre choix que de l’abandonner.
Depuis le printemps, le richissime Russe
a vu sa fortune fondre comme un glacier sous
la canicule. Reflétant la chute d’En+ en Bourse,
son patrimoine a perdu 5,5 milliards d’euros
depuis le début de l’année et ne s’élève plus
aujourd’hui qu’à 3,1 milliards,
d’après Bloomberg.
Les États-Unis n’ont
toutefois pas encore accepté
le plan de sortie d’Oleg
Deripaska. Ils pourraient
ne pas apprécier que la
banque VTB, à qui Deripaska
entend vendre ses titres,
soit détenue par un autre
proche du Kremlin,
Andreï Kostin… lui-même
visé par les sanctions
américaines. Pour amadouer
Washington, les Russes
précisent que VTB
revendrait immédiatement
sur le marché les titres
G. G.
acquis. ■
La nouvelle peut surprendre
mais elle a été mesurée par
Médiamétrie. Alors que certains considèrent que leur
audience va s’éroder irrémédiablement, les journaux télévisés de 20 heures de TF1 et
France 2 ont rassemblé, en
moyenne, davantage de téléspectateurs en 2017-2018 que
durant la saison précédente :
5,65 millions pour le JT de la
Une et 5 millions pour celui de
la Deux, contre 5,5 millions et
4,8 millions en 2016-2017. Le
premier a gagné en moyenne
140 000 téléspectateurs, le second 220 000.
Sur longue période, l’érosion
est bien là, puisque le JT de
TF1 fédérait, il y a dix ans,
plus de 7 millions de téléspectateurs en moyenne tous les
soirs. La multiplication du
nombre de chaînes et la
concurrence des sources
d’info en continu - celles de la
TNT mais aussi sur les réseaux
sociaux - pouvaient laisser
penser que le traditionnel
journal télévisé perdrait de
son utilité. Il faut croire que la
grand-messe du « 20 heures »
a encore de beaux jours devant elle.
En tout cas, TF1 et France 2
font tout pour que leur rendez-vous quotidien avec les
Français perdure en fin de
journée. Les plateaux et surtout les formules de présentation ont été renouvelés, avec
plusieurs intervenants et des
approches plus pédagogiques.
Juste avant le stratégique prime time, le JT de TF1 - qui demeure le plus vu en Europe reste une puissante locomotive pour la publicité. Le spot
d’avant et d’après-JT est le
plus cher payé par les annonceurs.
Pour France 2, c’est la réassurance que son journal remplit
sa fonction dans le service public de l’information. La chaîne publique affirme même
que cette dernière saison a été
la meilleure depuis douze ans.
A. D.
A
MEHMET CETIN/SHUTTERSTOCK SERGEI KARPUKHIN/REUTERS; MAISON DE LA PRESSE; CHRISTIAN HARTMANN
PAGE 26
MONSANTO FAIT
PLONGER BAYER
EN BOURSE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 14 août 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Erdogan peine à enrayer la crise de la livre
Des mesures annoncées par la Banque centrale freinent la chute de la devise nationale. Mais celle-ci a encore
dans la journée de lundi. Le chef de l’État dénonce un complot de l’étranger et poursuit en justice les twittos qui
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
INTERNATIONAL Légère lueur
d’espoir sur la place Taksim. Ce
lundi, les tableaux clignotants des
bureaux de change qui entourent
le carrefour stambouliote commençaient à légèrement se stabiliser. Après la panique provoquée
par sa dégringolade vertigineuse
de vendredi dernier, la livre turque a légèrement remonté dès
l’annonce par la Banque centrale
d’un plan de sauvetage. Mais par
rapport à la clôture de vendredi
soir, la devise a encore abandonné
7 % dans la journée face au dollar.
Au menu : l’octroi de toutes les
liquidités dont les banques auraient
besoin ainsi qu’une réduction des
ratios de réserves obligatoires exprimées en livres et en devises. Dès
dimanche soir, le ministre turc des
Finances et gendre du président
Erdogan, Berat Albayrak, en avait
déjà donné la couleur en annonçant pour le début de semaine une
batterie de mesures visant à stabiliser la monnaie nationale, dont la
chute a déteint sur les marchés
mondiaux. En cette mi-août, la
Turquie est devenue le point focal
de tous les investisseurs de la planète, certains craignant un effet de
contagion financière qui pourrait
se transmettre en premier lieu par
les pays émergents comme l’Indonésie, le Brésil ou l’Afrique du Sud.
À l’origine de cette crise sans
précédent : le bras de fer qui n’a
cessé d’aller crescendo, ces derniers jours, entre la Turquie
d’Erdogan et les États-Unis de
Trump. La tension, exacerbée par
le maintien en détention d’un
pasteur américain, est montée
d’un cran ce vendredi avec l’annonce par le président américain
d’un doublement des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium
turcs. « C’est la goutte d’eau qui a
fait déborder le vase », observe un
politologue turc.
“
Quel est le motif
de cette tempête
dans un verre d’eau ?
Il n’y a aucune raison
économique (...)
Il s’agit d’une opération
menée contre
la Turquie
”
RECEP TAYYIP ERDOGAN
Les jours précédents les deux
hommes n’avaient cessé de se
provoquer par discours et comptes Twitter interposés, l’un annonçant des sanctions contre
deux ministres turcs, l’autre menaçant son adversaire de riposte.
Mais cette escalade n’a fait que
précipiter une crise économique
que tout le monde redoutait de-
puis longtemps. « Cette crise était
prévisible », observe l’économiste
Ozlem Albayrak (sans lien de parenté avec le gendre-ministre).
Inflation galopante (16 % en juillet
en glissement annuel), augmentation de la dette extérieure, chute
de la livre turque de 40 % depuis le
début de l’année : les indicateurs
étaient au rouge. Ce fameux
« vendredi noir », la devise nationale s’est effondrée de 16 % en une
seule journée.
Les économistes, qui suivent de
près cette saga à rebondissements,
pointent du doigt l’amateurisme
du gouvernement. Avant de se redresser dans la foulée de l’annonce du plan de relance, la livre a
d’abord enduré, ce lundi matin,
une nouvelle chute : celle-ci, disent-ils, aurait pu être évitée si le
ministre des Finances avait anticipé en annonçant ses nouvelles
mesures avant l’ouverture des
marchés.
« Ils sont toujours en retard,
toujours en train de rattraper, toujours trop tard, et il y a alors déjà
eu des dégâts. C’est un cas d’école
sur la manière de ne pas gérer
une crise », estime sur Twitter
l’économiste Timothy Ash, de
BlueBay Asset Management.
Nombre d’experts, qui s’inquiètent également de la mainmise
d’Erdogan sur l’économie, renforcée par la nomination de son
gendre au portefeuille financier
après sa réélection du 24 juin,
prônent une augmentation des
taux d’intérêt.
Mais le chef de l’État en a fait sa
bête noire. Tentant de rassurer sa
population, il réfute l’idée d’une
crise financière comparable à celle
des pays asiatiques il y a vingt ans,
et continue à dénoncer un « complot ». « Quel est le motif de cette
tempête dans un verre d’eau ? Il n’y
a aucune raison économique […]. Il
s’agit d’une opération menée
contre la Turquie », a-t-il encore
répété, dimanche, devant des
partisans rassemblés à Trabzon,
au bord de la mer Noire.
Ce lundi, les journaux progouvernementaux reprenaient à leur
compte cette rhétorique en titrant
sur les « défis » de la Turquie, tandis que des vidéos d’hommes
d’affaires pro-Erdogan brûlant
symboliquement des liasses de
dollars circulaient sur les réseaux
Personne n’a intérêt à une
déstabilisation économique
de la Turquie. Mais tout doit être fait
pour lui assurer une banque centrale
indépendante
»
ANGELA MERKEL, CHANCELIÈRE D’ALLEMAGNE, LUNDI 13 AOÛT
ADAM BERRY/AFP
Une tempête financière aux effets internationaux encore limités, malgré le risque de
ANNE BODESCOT, EMMANUEL
EGLOFF, FABRICE NODÉ-LANGLOIS
abodescot@lefigaro.fr
£@eegloff @Fnodelanglois
A
EST
L’ORIGINE
❙DEQUELLE
LA CRISE TURQUE ?
Pour le président Recep Tayyip
Erdogan, une « opération contre la
Turquie », « un complot », explique l’effondrement de la devise
nationale. À l’origine de la crise
monétaire, qui s’est précipitée
vendredi dernier, il y a le bras de
fer diplomatique entre Washington et Ankara autour du sort du
pasteur Andrew Brunson. Accusé
d’être impliqué dans la tentative
avortée de coup d’État de
juillet 2016, ce citoyen américain a
été arrêté en octobre de la même
année.
Après 21 mois de détention, finalement placé en résidence surveillée, Brunson est jugé pour
« terrorisme » et « espionnage ».
Alors qu’elle réclamait sa libération depuis des mois, l’Administration Trump a annoncé, le 3 août
dernier, des sanctions contre le
ministre turc de la Justice.
Vendredi dernier, 10 août, Donald
Trump a enfoncé le clou et promis
un doublement des taxes douanières sur l’acier et l’aluminium
turcs exportés aux États-Unis.
Cette escalade a fait chuter la livre
turque jusqu’à 19 % dans la seule
journée de vendredi.
Selon le Washington Post, l’Administration américaine serait prête
à « tirer une cartouche par jour »
pour obtenir la libération du pasteur. L’artillerie de Donald Trump
risque de faire d’autant plus de
dégâts que la cible turque est affaiblie depuis de longs mois.
EST L’EFFET
DE LA CHUTE
❙DEQUEL
LA LIVRE
EN TURQUIE ?
Avec une dépréciation de la devise
de plus de 22 % en une semaine,
« si vous êtes en vacances en Turquie, le coût a subitement baissé »,
plaisante Stéphane Déo, stratégiste à La Banque postale AM, en
préambule d’une note nettement
moins humoristique.
Pour les Turcs, l’effet est exactement l’inverse du bonus bénéficiant aux touristes étrangers.
L’inflation dérape depuis des mois
LIVRE TURQUE CONTRE DOLLAR,
en dollar
0,264
baisse de 45 %
le 1er janv. 2018
0,26
0,24
0,22
0,20
0,18
0,16
0,14
janvier 2018
En une semaine -22 %
Source : Bloomberg
0,145
mai 2018
Si la crise
« politique
à l’origine
de la crise
de confiance
ne change
pas, la
dépréciation
de la livre
risque de se
poursuivre
SELTEM IYIGUN,
ÉCONOMISTE
EN TURQUIE
CHEZ COFACE
»
et a atteint près de 16 % en rythme
annuel en juillet. La valse des étiquettes devrait s’accélérer. Les
ménages turcs importent des
biens de consommation durable automobile, électronique - mais
aussi des vêtements même s’ils en
exportent par ailleurs. Quant aux
entreprises, elles achètent beaucoup de biens intermédiaires à
l’étranger et vont voir leurs coûts
de production augmenter, avertit
Seltem Iyigun, économiste en
Turquie chez Coface. Cette dernière table sur une inflation à 17 %
ou 18 % en fin d’année.
«En théorie, rappelle Stéphane
Déo, une dépréciation de la devise
doit booster les exportations. »
Sauf que « dans la vraie vie, poursuit-il, les crises des pays émergents montrent que les exportations réagissent peu ». En période
de taux de change très volatils, « il
est très difficile de fixer les prix à
l’export », ajoute Seltem Iyigun.
Pour tenter de contrer la chute de
la livre, la banque centrale a commencé à relever ses taux d’intérêt.
Avec des crédits à la consommation à 25 %, l’accès au financement va devenir encore plus difficile.
Autant d’ingrédients qui devraient fortement freiner la
consommation, laquelle contribue à hauteur des deux tiers de la
croissance turque. Seltem Iyigun
prévoit « un atterrissage brutal ».
Membre du G20, le club des grandes puissances, la Turquie affichait l’an dernier 7 % de croissance. Les dernières prévisions,
qui n’intègrent pas la crise des
derniers jours, tablaient sur un
ralentissement à 4 %. « Les
conditions économiques de la Turquie en faisaient un candidat par-
TAUX D’INFLATION DE LA TURQUIE,
en %
15,39
16
Déo. « Si le contexte politique à
l’origine de la crise de confiance ne
change pas, la dépréciation de la livre risque de se poursuivre », estime Seltem Iyigun.
RISQUE
DE CONTAGION
❙SURQUEL
LES MARCHÉS
MONDIAUX ?
14
Ce n’est pas encore un vent de panique, plutôt des bouffées d’inquiétude ciblées. Comme vendredi, la livre turque a entraîné les
Bourses mondiales dans le rouge.
Mais avec mesure : - 0,04 % à Paris, - 0,53 % à Francfort ou
- 0,75 % à Madrid dont les banques sont les plus exposées au ris-
12
10
8
Places boursières
juillet 2017
mai 2018
Source :Banque des règlements internationaux
VARIATION SUR LA JOURNÉE
DU 13 AOÛT 2018, en %
Djakarta
fait à une crise », résume Stéphane Déo. La Turquie est en effet
caractérisée par l’un des déficits
courants les plus élevés parmi les
pays émergents : pour financer
une forte demande intérieure, elle
n’épargne pas assez et s’endette
trop. « C’est essentiellement un
problème de politique monétaire »,
pointe l’économiste de La Banque
postale AM.
Le président Erdogan a tout fait
pour ne pas relever les taux d’intérêt comme il aurait fallu depuis
des mois afin de défendre la monnaie et limiter le recours au crédit.
En janvier, le taux directeur réel,
c’est-à-dire déduit de l’inflation,
était négatif de 5 %, « un véritable
pousse au crime », tonne Stéphane
- 3,55 %
Tokyo
- 2,16 %
Francfort
- 0,53 %
Madrid
- 0,45 %
New York
- 0,38 %*
Londres
- 0,32 %
Paris
- 0,04 %
Source : Bloomberg
* À mi-séance
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 14 août 2018
L'ÉVÉNEMENT
turque
Gendre du président, le nouveau ministre
des Finances ne rassure pas les milieux économiques
perdu 7 % contre le dollar
« mettent en péril » l’économie.
sociaux. Pour sa part, le ministre
turc de l’Intérieur vient d’annoncer avoir entamé des poursuites
judiciaires contre 346 comptes
twitter accusés de « mettre en péril
l’économie turque en publiant des
informations provocatrices sur le
taux de change entre la livre et le
dollar ».
Dans cette tragédie économique, un seul secteur sort gagnant :
le tourisme. Depuis quelques
23
jours, les hôtels des stations balnéaires, très prisées l’été, voient
affluer une clientèle de dernière
minute. À Istanbul, ce sont les
centres commerciaux et leurs
marques de luxe étrangères qui
ont été pris d’assaut ce week-end.
« Je me suis acheté deux paires de
chaussure de marque allemande
pour le prix d’une en France », se
réjouit Florence, une touriste
française. ■
Accusé
« d’amateurisme et
d’incompétence par
nombre
d’économistes,
Berat Albayrak
n’est guère
que « l’ombre
de son
beau-père »
UN OBSERVATEUR
DÈS SA NOMINATION, au début
du mois de juillet, à la tête du ministère de l’Économie et des
Finances, la livre turque chutait de
3 %. Un démarrage bien houleux
pour le gendre du président Erdogan, propulsé à la tête du portefeuille le plus épineux du pays.
C’est que le choix assumé de
« l’entre soi » - voire du népotisme, diront les voix les plus critiques – est loin de rassurer les marchés et les investisseurs étrangers.
Au jeune Berat Albayrak, époux
de la fille aînée du président, Esra,
ces derniers auraient préféré un
homme plus expérimenté comme
Mehmet Simsek, ex-ministre des
Finances passé par la banque d’investissement américaine Merrill
Lynch. Mais le chef de l’État, aux
pouvoirs renforcés depuis sa réélection du 24 juin, privilégie plus
que jamais la confiance à la compétence. Accusé de corruption, miné
par la paranoïa depuis le putsch
raté de juillet 2016, il veut diriger
son pays non seulement comme
une entreprise, mais « comme une
entreprise familiale », analysait récemment le Financial Times.
En matière économique, le jeune homme de 40 ans n’est pourtant pas un pur novice : ministre
»
de l’Énergie dans le gouvernement précédent, il a également été
le PDG du holding turc Calik,
puissant conglomérat du secteur
énergétique.
Cité dans
les Paradise Papers
Son parcours suscite néanmoins la
controverse. Cité en novembre 2017 dans les Paradise Papers,
il aurait, selon le site d’investigation régional Black Sea, participé à
la réalisation d’un complexe
montage financier pour permettre
à son groupe de ne pas payer des
millions de dollars d’impôts. En
2016, le collectif de hackers RedHack l’a pour sa part accusé
d’avoir été impliqué dans la vente
de pétrole aux djihadistes alors
implantés en Syrie. C’est à la suite
de l’évocation de ces accusations
sur la page Wikipédia qui lui était
dédiée que l’accès à l’encyclopédie en ligne a été bloqué en
Turquie en 2017.
Sa gestion de l’actuelle crise financière n’est guère plus rassurante. Accusé d’amateurisme et
d’incompétence par nombre
d’économistes, il n’est guère que
« l’ombre de son beau-père »,
murmure un observateur. Lors de
la campagne électorale, marquée
par la résistance d’Erdogan aux
pressions des investisseurs l’encourageant à augmenter les taux
d’intérêt, Berat Albayrak reprenait à son compte la rhétorique du
président islamo-conservateur en
affirmant que la crise économique
était causée par une « opération
d’origine étrangère » destinée à
faire tomber le gouvernement. ■
D. M. (À ISTANBUL)
Berat Albayrak,
pendant une conférence
de presse, le 10 août,
à Istanbul.
MUCAHID YAPICI/AP
Bain de foule pour
le président Erdogan au
cours d’un déplacement,
dimanche dernier,
à Trabzon, au bord
de la mer Noire.
+
ÇEM OKSUZ/REUTERS
» Lire aussi PAGES 6, 7 ET 19
que turc parmi les établissements
européens. Les investisseurs se
défont de leurs titres jugés risqués.
Sur le Vieux Continent, cela se
traduit par une tension sur les
taux d’emprunt des pays du Sud,
plus fragiles, à commencer par
l’Italie. Le taux des bons du Trésor
italien à dix ans a dépassé 3 %,
proches de leur plus haut de l’année.
Pour l’instant, les pays émergents
sont en première ligne. Dans le
sillage de la livre turque, le rouble
russe, le peso argentin, le rand
sud-africain ou encore le réal brésilien sont secoués sur les marchés
des changes. Tous ces pays souffrent, depuis le printemps, de la
hausse des taux d’intérêt américains qui attirent les capitaux
massivement vers les États-Unis.
Parmi les économies les plus vulnérables figure l’Indonésie, qui,
comme la Turquie, a trop de
créanciers étrangers. Ce n’est pas
un hasard si la Bourse de Djakarta
a lâché 3,55 % lundi.
Alors que l’économie turque ne
pèse que 1 % du PIB mondial,
l’impact de la crise frappant le
pays de Recep Tayyip Erdogan
devrait être limité, note Gareth
Leather du cabinet Capital Economics.
Ce dernier pointe toutefois le risque de « contagion financière »
en évoquant la crise asiatique de
1997-1998 ou la fuite de capitaux
des pays émergents lorsque la
Fed, la banque centrale américaine, avait annoncé, au printemps
2013, une future hausse de ses
taux. « Si la panique devait toucher d’autres économies émergentes, alors nous pourrions être
confrontés à une crise plus systémique ».
BANQUES
EUROPÉENNES
❙ETLES
FRANÇAISES
SONT-ELLES
MENACÉES ?
Officiellement, la Banque centrale
européenne (BCE) ne fait aucun
commentaire sur la crise turque,
mais à en croire le Financial Times,
elle s’inquiète pour certaines banques du Vieux Continent. Les
Turcs sont en effet friands d’emprunts en devises (40 % des actifs
du secteur bancaire local). Avec
l’effondrement de la livre, ces
prêts vont devenir très coûteux
pour les emprunteurs locaux dont
les revenus sont libellés dans une
EXPOSITION FINANCIÈRE
DES PAYS À LA TURQUIE EN CAS
DE DÉFAUT DE PAIEMENT,
en milliards de dollars
Espagne
80,9
France
35,1
Italie
18,5
États-Unis
18,1
Royaume-Uni
17
Allemagne
12,7
Source :Banque des règlements internationaux
Infographie
monnaie désormais dépréciée.
Comme de surcroît l’économie
turque risque de tomber en récession, beaucoup pourraient être incapables de rembourser.
Les banques françaises ou européennes qui ont consenti ces crédits subiraient alors une vague de
défauts, notamment celles qui ont
des filiales en Turquie, comme
BNP Paribas, l’espagnole BBVA,
l’italienne UniCredit ou la néerlandaise ING. Alors que tout le
système bancaire local risque
d’être fragilisé et de basculer dans
le rouge, avec en prime une crise
de confiance, « elles pourraient
être obligées de voler au secours de
leur filiale turque en difficulté et
d’assumer au moins une partie de
ses pertes », relève Farhad
Moshiri, analyste chez AlphaValue.
Les marchés financiers peinent
aujourd’hui à chiffrer ce qu’elles
auraient à débourser. Dans le
doute, les investisseurs ont vendu
massivement en Bourse ces établissements dont les cours ont
lourdement chuté vendredi et se
sont encore repliés lundi.
Selon la Banque des règlements
internationaux (BRI), au premier
trimestre 2018, les banques espagnoles étaient exposées à la Turquie à hauteur de près de 81 milliards de dollars. Un record en
Europe, notamment parce que
BBVA est le premier actionnaire
de Garanti Bankasi, une grande
banque turque dont elle détient
50 %. L’exposition de la France
est plus limitée (35 milliards de
dollars), liée en particulier à TEB,
filiale locale de BNP Paribas.
D’autres pays sont beaucoup
moins menacés, comme le Royaume-Uni (même si HSBC a aussi
La plupart
« des
entreprises
du CAC 40
sont
présentes
en Turquie,
même si les
implantations
sont souvent
mineures
»
RAPHAËL ESPOSITO,
DIRECTEUR
DE LA CHAMBRE
DE COMMERCE
FRANÇAISE EN TURQUIE
une filiale sur place), les ÉtatsUnis, l’Allemagne ou l’Italie, exposée à hauteur de 18 milliards
(UniCredit détient environ 40 %
de Yapi Kredi). Selon le gestionnaire BNY Mellon, environ 14 %
des crédits de BBVA sont concernés, contre 4 % seulement pour
UniCredit et 2 % pour BNP Paribas
ou ING. « Ce n’est pas une bonne
nouvelle pour ces établissements,
mais leur solidité financière n’est
pas en péril », résume Farhad
Moshiri.
QUEL IMPACT
POUR LES AUTRES
❙ENTREPRISES
FRANÇAISES ?
Quand on évoque les entreprises
françaises en Turquie, un nom est
d’abord cité : Renault. Le
constructeur français dispose
d’une grosse usine à Bursa, au
nord-ouest du pays. Il y fabrique à
la fois des véhicules, notamment
la Clio, et des moteurs et boîtes de
vitesses.
En 2017, 365 000 véhicules sont
sortis des chaînes de fabrication
de Bursa. C’est près de 10 % de la
production mondiale de Renault.
La marque au losange dispose,
365 000
véhicules
ont été fabriqués
en 2017 dans l’usine
Renault de Bursa
en Turquie
également, d’une position de
choix sur le marché local, avec
une part de près de 19 % l’an dernier dans les ventes de véhicules
neufs. Le groupe PSA est beaucoup moins présent, avec une
coentreprise qui a fabriqué moins
de 20 000 véhicules et environ
10 % de parts de marché.
La Turquie peut s’enorgueillir
d’une solide industrie automobile.
Et de nombreux équipementiers
automobiles français disposent
d’implantations industrielles en
Turquie. C’est notamment le cas
de Valeo, Plastic Omnium, Novares ou ARaymond. La tempête actuelle pourrait également affecter
des constructeurs en Europe, car
de nombreux équipementiers locaux livrent des usines européennes. Mais la première conséquence va porter sur les ventes
d’automobiles en Turquie. Depuis
le début de l’année, elles reculent
déjà de 16 %.
D’autres entreprises françaises
œuvrent en Turquie. « La plupart
des entreprises du CAC 40 sont
présentes, même si les implantations sont souvent mineures », explique Raphaël Esposito, directeur de la Chambre de commerce
française en Turquie. Engie, Carrefour, L’Oréal, Sodexo, Edenred,
Sephora ou Seb disposent d’une
présence significative dans le
pays.
Au total, il estime que le pays
compte tout de même environ
500 implantations d’entreprises
françaises, qui représentent
100 000 emplois directs. L’impact
pour les sociétés tricolores dépendra de l’ampleur de la crise
économique des prochains mois,
si le cercle vicieux enclenché persiste. ■
A
contagion aux pays émergents
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 14 août 2018 LE FIGARO
24
ENTREPRISES
Recrudescence des retards de paiement au mois d’août
Le médiateur national des entreprises alerte sur l’impact des impayés de l’été pour les TPE et les PME.
CORINNE CAILLAUD
£@corinnecaillaud
ENTREPRISE Sous le soleil du
mois d’août, le paiement des factures s’éternise. « Soit l’entreprise
a fermé ses portes pour la trêve estivale, soit le chef comptable est
parti en vacances en oubliant de
faire les paiements ! » déplore
Françoise Leclerc, responsable
administrative d’Opheleia Instruments, qui, 48 heures avant le jour
férié de l’Assomption, vient à
nouveau de relancer un de ses
clients qui n’a pas encore honoré
sa facture. Œuvrant aux côtés de
son mari, au sein de la société familiale, spécialisée dans la distribution de matériel d’instrumentation scientifique de laboratoire,
Françoise Leclerc dépense une
partie de son énergie à courir
après les règlements de ses factures. Si cette société du Tarn qui
emploie trois salariés se porte
bien, ses dirigeants redoutent à
terme d’être mis en difficulté par
de mauvais payeurs.
Un classique de l’été, qui n’en
est pas moins extrêmement préjudiciable pour les TPE et PME tricolores. « Les retards de paiement
tuent des entreprises tous les ans
puisqu’ils sont à l’origine de 25 %
des faillites, mais le mois d’août est
particulièrement meurtrier », alerte
Pierre Pélouzet, le médiateur national des entreprises. À chaque
rentrée, ses services enregistrent
un pic d’activité, avec 10 % à 20 %
de dossiers supplémentaires à traiter en raison des impayés d’août.
Depuis la loi de modernisation
de l’économie de 2008, le règlement entre professionnels ne doit
pas excéder les 30 jours lorsqu’il
n’y a pas d’accord entre les deux
parties ; lorsqu’il y en a un, il ne
doit pas dépasser les 60 jours à
compter de la date de la facture
(ou à titre dérogatoire, 45 jours fin
de mois). « Le phénomène des retards de paiement commence à être
pris en compte. Il y a quatre ans on
était encore à 14 jours de retard,
alors qu’aujourd’hui on est passé
sous la barre des 11 jours. Il n’en
reste pas moins qu’actuellement
une facture sur 7 envoyées par une
PME reste bloquée dans le système
des grands groupes », poursuit
Pierre Pélouzet.
Une réalité également bien
connue de Françoise Leclerc dont
les deux plus mauvais payeurs
sont précisément des grandes
structures. « Ils nous règlent entre
120 et 180 jours. L’un d’eux ne nous
pas payé depuis le 27 mars et accuse un retard de 10 000 euros. La
comptabilité-fournisseurs nous indique que les factures ont été validées, mais le paiement est différé de
mois en mois », indique-t-elle.
Loi durcie
Pour pallier ces retards de paiement, certaines sociétés empruntent à court terme ou font de l’affacturage (un tiers se charge de
recouvrer les factures). Ainsi l’activité de la plateforme de crédits
aux PME WeShareBonds ne faiblit
pas « Depuis le début de l’été, nous
constatons une hausse des demandes liées à des problématiques de
trésorerie de 30 % », constate
Yoann Coumes-Gauchet, cofondateur et DG opérationnel.
Les pouvoirs publics ont réagi à
ce problème par un travail de sensibilisation et un durcissement de
la loi, avec le « name an shame »
qui consiste à publier le nom des
entreprises les plus sanctionnées
pour non-respect de la réglementation sur les délais de paiement
(nos éditions du 27-07-18). Mais
selon Pierre Pélouzet, il convient
d’aller plus loin : « Il faut qu’il y ait
une prise de conscience individuelle
des entreprises. Si elles accordaient
autant d’attention à leurs systèmes
de paiement qu’à leur chaîne de
production, le règlement des factures serait beaucoup plus fluide. Un
fournisseur, c’est aussi important
qu’un client. » ■
Emirates a accueilli 105 millions
de passagers à bord de l’A 380
lancer le programme, au début des
années 2000. C’est autour de
l’A 380 qu’Emirates a construit son
réseau, le déployant dans 49 villes
sur les cinq continents, et connu
une forte croissance.
La compagnie a encore renforcé
son statut de partenaire stratégique,
en sauvant le programme. En janvier 2018, Emirates a commandé 20
appareils supplémentaires et prit
une option sur 16 appareils de plus.
Le contrat est valorisé à 16 milliards
de dollars, au tarif catalogue.
La compagnie
aérienne
de Dubaï, premier
client du
superjumbo
d’Airbus, fête,
cet été, les dix
ans de sa mise
en service.
“
Airbus estime
que 41 000 emplois
directs dépendent
des A 380 d’Emirates
”
VÉRONIQUE GUILLERMARD
£@vguillermard
LA COMPAGNIE AÉRIENNE ÉMIRATES
TRANSPORTS Cet été, Emirates
fête les dix ans de bons et loyaux
services de l’A 380 au sein de sa
flotte. Une décennie qualifiée
« d’extraordinaire » par Tom Clark,
directeur général de la compagnie.
Depuis son premier vol commercial
entre Dubaï et New York le 1er août
2008, le superjumbo d’Airbus a
transporté plus de 105 millions de
passagers (dont 5,5 millions depuis
la France), soit plus de 45 % du total
mondial. Les 229 A 380 en service
dans le monde s’apprêtent à franchir « le mur » des 250 millions de
passagers transportés, depuis le
tout premier vol commercial de
Singapore Airlines en octobre 2007.
À la tête de la plus importante flot-
Cette commande, la première
après deux années blanches, a donné dix ans de visibilité au programme. Sur les 353 appareils pris en
commandes, 178 sont destinés à
Emirates.
La compagnie ne se prive pas de
souligner l’impact positif de son
engagement pour l’Europe. « Airbus estime que 41 000 emplois directs dépendent des A 380 d’Emirates », relève-t-elle. Un rappel utile
alors qu’Emirates espère obtenir de
nouveaux droits de trafic, en particulier en France (nos éditions du
17 juillet) où elle est présente au départ et à l’arrivée de Paris, Lyon et
Nice. Au grand dam d’Air FranceKLM. ■
te d’A 380 dans le monde avec 104
avions en service, Emirates compte
1 500 pilotes et plus de 20 000 hôtesses et stewards formés à cet appareil
géant. Emirates n’a jamais regretté
de parier sur le plus gros avion de ligne jamais construit au monde. Plus
la flotte est importante, plus la compagnie peut réduire ses coûts et opti-
Sur les 229 Airbus A 380
actuellement en service
dans le monde, 104 le
sont sous les couleurs
de la compagnie
Emirates. AIRBUS
miser les rotations. L’A 380, devenu
« l’avion préféré des passagers », est
un paquebot des airs, doté d’un double pont intégral, certifié pour transporter jusqu’à 825 personnes.
L’avion a révolutionné la vie à
bord, grâce à l’espace dévolu à chaque passager, au silence dans la cabine et à certains aménagements jus-
qu’alors inédits, à 12 000 mètres
d’altitude. Emirates a joué cette carte en créant un bar lounge, un espace
douche et spa ainsi que des suites
(1 400 disponibles sur la flotte).
L’histoire du superjumbo est liée
à Emirates. Et inversement. C’est
grâce au soutien de la jeune compagnie de Dubaï qu’Airbus a pu
LA SÉANCE DU LUNDI 13 AOÛT
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 43,44
♣
AIR LIQUIDE ..................................
106,75
AIRBUS ..............................................108,1
ARCELORMITTAL SA ..................................
26,285
ATOS .............................................. 98,48
AXA ..............................................
21,665
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
52,01
BOUYGUES ..............................................
36,95
CAPGEMINI ..............................................
110,5
CARREFOUR ..............................................
15,235
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,03
DANONE ..............................................67,6
ENGIE .............................................. 13,16
ESSILOR INTL. ..................................123,75
HERMES INTL ..................................548,6
KERING ..............................................466,3
L'OREAL ..............................................
206,5
LEGRAND ..............................................62,52
LVMH .............................................. 297,5
♣
MICHELIN ..............................................
110,5
%VAR.
+0,23
+0,33
+0,54
-1,48
+1,01
-0,89
-1,05
-0,57
+0,41
-1,33
-1,19
+0,12
+0,61
+0,28
+0,48
+0,37
+0,49
0
+0,66
-0,54
+HAUTJOUR
43,65
107,35
108,8
26,555
98,5
21,8
52,55
37,18
110,8
15,385
12,085
67,92
13,22
124,35
549
466,6
206,9
62,64
298
111,25
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,15
0,247
106,15
0,178
107,38
0,102
26,15
0,129
97,1
0,255
21,615
0,225
51,9
0,43
36,9
0,134
109,3
0,22
15,195
0,348
11,89
0,348
67,24
0,22
12,985 0,178
122,95
0,175
542,4
0,029
460
0,129
204,9
0,067
61,74
0,134
293,7
0,08
110,1
0,158
+1,02
+1,62
+30,24
-3,06
-18,85
-12,41
-16,45
-14,68
+11,74
-15,55
-12,83
-3,36
-8,2
+7,66
+22,94
+27,65
+11,65
-2,6
+21,23
-7,57
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................14,24 +0,07
PERNOD RICARD ..................................
139,05 +0,22
PEUGEOT ..............................................
24,82 -0,52
♣ 55,16
PUBLICIS GROUPE SA .............................
+0,22
RENAULT ..............................................
71,9
-1,34
SAFRAN ..............................................
107,4
+0,56
SAINT GOBAIN ..................................
36,185 -0,85
SANOFI ..............................................73,49 -0,3
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
67,88 -0,15
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
35,855 -1,02
SODEXO ..............................................92,96 -1,46
SOLVAY ..............................................
114,4
-0,22
STMICROELECTRONICS .............................
18,06 +0,17
TECHNIPFMC ..................................25,9
-1,86
TOTAL .............................................. 54,09 +0,26
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
185,4
+0,27
VALEO .............................................. 41,37 -0,39
VEOLIA ENVIRON. ..................................
18,31 -0,11
VINCI♣.............................................. 83,12 -0,05
VIVENDI ..............................................21,75 -0,18
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,29
139,45
24,87
55,56
72,69
107,65
36,415
74,03
68,14
36,145
93,94
114,7
18,195
26,5
54,64
185,45
41,5
18,38
83,54
21,88
14,165
137,85
24,55
54,62
71,7
106,45
36,04
72,82
67,14
35,63
92,94
113,5
17,61
25,9
54,01
184
40,8
18,105
82,78
21,7
A
LE RISQUE DE GRÈVE PÈSE SUR L’ACTION AIR FRANCE-KLM
L’action Air France-KLM a subi une
forte correction lundi à la Bourse de
Paris, au lendemain d’une déclaration
menaçante du président du SNPL, le
principal syndicat de pilotes d’Air France. Dans les colonnes du Parisien daté
de dimanche, Philippe Evain évoquait
l’hypothèse que la nouvelle direction du
groupe ne soit pas prête à négocier
une hausse des salaires. « Mais je n’y
crois pas, affirme-t-il. Ou alors, il y
aura quinze jours de grève. » Cette
formulation ambiguë n’est pas passée
inaperçue à la Bourse de Paris, où la
compagnie aérienne franco-néerlandaise a perdu 4,27 % à 8,568 euros, signant la plus forte baisse de l’indice
SBF 120. Les investisseurs ont en tête
%CAP.ECH
0,143
0,109
0,218
0,185
0,276
0,098
0,282
0,215
0,301
0,575
0,175
0,193
0,227
0
0,158
0,161
0,871
0,28
0,18
0,183
31/12
-1,62
+5,38
+46,39
-2,63
-14,31
+25,01
-21,3
+2,28
-4,21
-16,71
-17,04
-1,29
-0,8
+0,19
+17,47
-33,56
-13,94
-2,38
-2,99
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,567
1,4996
0,8933
8,9511
126,11
1,1338
1,1403
3,1487
11,103
7,8651
20,4546
7,8537
79,8405
135,6732
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34170
33510
-1,67
NAPOLEON ..................................................... 199,9
199,9
-3,38
PIECE 10 DOL USA .....................................................
556
556
-5,44
PIECE 10 FLORINS .....................................................
205
204
-3,67
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1129,75
1129,75
-3,27
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
198
198
-2,94
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
300
300
-1,64
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1285
1281
-1,91
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
112,9
112,9
+2,82
PIECE SUISSE 20F .....................................................
199,7
200
-1,48
PIECE LATINE 20F .....................................................
198
198
-2,41
SOUVERAIN ..................................................... 256,7
256,7
-1,53
KRUGERRAND .....................................................1104,5
1104,5
-1,27
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
285,00 09/08/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
49,73 07/08/18
BELLATRIX C ................................................
337,53 07/08/18
SIRIUS ................................................56,44 09/08/18
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vcollet@lefigaro.fr
le résultat décevant du premier semestre, qui a subi l’impact de quinze
jours de grève et un coût estimé à
355 millions d’euros. Toutefois malgré
ce mouvement social, Air France-KLM
est resté bénéficiaire (109 millions
d’euros).
La menace de grève chez Air France
s’est renforcée lundi avec l’ouverture
d’un nouveau front chez KLM. Le syndicat de pilotes de la compagnie hollandaise a fixé un ultimatum à la direction.
Si d’ici à vendredi les revendications
des pilotes sur les salaires et la charge
de travail ne sont pas prises en compte, les pilotes de KLM pourraient à leur
tour déclencher une grève.
Le groupe traverse une période d’in-
certitude depuis le départ du PDG,
Jean-Marc Janaillac, en mai dernier.
Près de trois mois se sont écoulés sans
qu’un successeur soit nommé. La rumeur d’un candidat anglophone pour ce
poste, l’actuel numéro deux d’Air Canada, a d’ores et déjà fait réagir les représentants des salariés, plutôt hostiles à
l’arrivée d’un dirigeant non français. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
mardi 14 août 2018
C’est aussi
une entrepris
e
25
]
Ces grands évé
nements attire
nt stars et VIP
rêver partout
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dans le mond
e et brassent
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renommée se
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cache toujours
une organisa
digne d’une sta
tion
rt-up ou d’une
multinationale
.
1/4
LES SPONSORS
ET PARTENAIRES
Roland monte en gamme
pour amortir ses coûts
Avec son nouveau stade et de juteuses
primes pour les joueurs, le tournoi
aux 240 millions d’euros de budget fait tout
pour rester dans l’élite du tennis mondial.
PRIMES DES JOUEURS
39,20 M€
dont 2,20 M€ chacun pour
les vainqueurs, homme
et femme. Une dotation
qui a plus que doublé en dix
ans pour garder les grands
noms du tennis mondial
ENTRETIEN DES
INFRASTRUCTURES
54 000 €
au minimum pour les
18 courts dans la nouvelle
configuration
Cette année, les quelque 15 000 VIP servis au célèbre « Village » de RolandGarros par le traiteur Potel & Chabot ont
été un peu déroutés. Fini l’ancien
Village historique, un peu étriqué et
éloigné des courts. Place à un grand édifice immanquable entre les deux courts
principaux de Philippe-Chatrier et de
Suzanne-Lenglen, sur deux étages, avec
un rooftop panoramique et vue directe
sur les courts 7 et 9. C’était pour cette
édition 2018, et avec le court numéro 18,
le plus visible des bouleversements en
cours sur cet événement qui draine chaque année 480 000 visiteurs et réalise
238 millions de chiffre d’affaires.
Pour garder sa place dans l’élite du
tennis mondial, la Fédération française
de tennis (FFT), qui gère l’événement,
sait qu’elle doit moderniser l’un des plus
importants lieux de relations publiques
en France. Elle doit surtout maintenir
les revenus de la poule aux œufs d’or du
tennis français, dont une partie des bénéfices (60 millions d’euros) financent
les milliers de petits clubs de France.
« Roland-Garros et le tennis fédéral, c’est
comme les revenus de Ferrari qui servent
à financer la Fiat de M. Tout-le-Monde »,
appuie Bernard Giudicelli, le président
de la FFT. Avec 90 millions de marge
brute avant impôts, 128 joueurs professionnels, 900 personnes à la restauration des convives, une quinzaine de
sponsors et partenaires, 250 ramasseurs
de balles et 1 000 saisonniers, ce tournoi
du Grand Chelem est bien une grande,
et très belle, entreprise.
Mais il a perdu ces dernières années
en attractivité. En cause : manque de
place et infrastructures trop peu adaptées à la foule et à la météo. De quoi
écailler le vernis d’un tournoi très premium et risquer de décourager spectateurs… et sponsors. « Sur l’hospitalité, le
tournoi perdait l’avance qu’il avait sur les
tournois du Grand Chelem. Nous en
avons parlé avec la fédération, qui a intégré nos remarques et nous a livré un magnifique Village VIP, juge ainsi Françoise Bresson, directrice des événements
de marque pour Nestlé Waters. Avec
Perrier, le groupe est partenaire des
Internationaux de France depuis quarante ans. Comme Magnum ou Lavazza,
il savoure les premiers changements.
« C’est important qu’il y ait de la place
dans le stade, pour être sûr que l’expérience Roland-Garros soit la meilleure
possible pour les spectateurs et les sponsors », ajoute la responsable.
Pour rester dans la course, la FFT a
redessiné les bases économiques du
tournoi autour d’un nouveau stade. Un
projet datant de 2011 qui vise à pousser
les murs du site pour accueillir 150 000
spectateurs de plus, notamment le
soir, et continuer à offrir le plus beau
spectacle grâce au gratin du tennis
mondial.
Pour financer ces ambitions et ce stade (360 millions d’euros, avec les recours et retards), la FFT mise sur les revenus d’hospitalité. Avec 4 000 à
5 000 personnes accueillies par jour par
le millier d’entreprises qui s’offre ces
espaces VIP, ce poste rapporte 20 % des
recettes. Les contrats prévoient une revalorisation annuelle forfaitaire de 5 %.
Ce qui n’effraie pas les entreprises. Au
contraire. Partenaire officiel depuis
quinze ans, Tropicana (PepsiCo) vient
de signer pour trois ans. Malgré les perturbations liées aux travaux qui modifieront les prestations l’an prochain, la
société y voit une vitrine presque unique. « Le choix fait en 2011 de maintenir
le tournoi à Paris a été déterminant pour
nous et n’a fait que confirmer notre volonté de rester un partenaire incontournable, explique Bruno Thévenin, DG de
PepsiCo France. Malgré l’agrandissement, Roland-Garros restera un village à
taille humaine. »
Pression sur les diffuseurs
Du côté des droits télé en revanche, la
dernière négociation avec France Télévisions et Eurosport en 2016 n’a permis
que de revaloriser de 15 à 17,5 millions
d’euros les droits pour la France. « Il y a
un vrai décrochage par rapport à
d’autres tournois du Grand Chelem, déplore Bernard Giudicelli. RolandGarros est trop considéré comme un
tournoi qui fait partie des meubles ! À
Wimbledon, la BBC paye 80 millions
d’euros. On ne peut pas avoir un tournoi
qui s’autofinance, une marque aussi attractive mondialement et des médias qui
serrent autant les cordons de la bourse. »
Pour les prochaines discussions qui
s’ouvrent en 2019, la FFT compte demander une « réévaluation significative » des droits à ses diffuseurs.
Pour accompagner sa montée en
gamme, la FFT actionne tous les leviers.
D’autant qu’en parallèle les gains financiers des joueurs sur la dernière décennie ont plus que doublé (40 millions
d’euros au total) pour continuer à attirer les grands noms du tennis.
La billetterie (17 % du budget) est un
axe majeur. La direction compte sur le
fameux toit du court Philippe-Chatrier
attendu pour 2021. Il doit permettre que
les matchs ne soient enfin plus interrompus par la pluie ou la nuit. Un
« must have », pour Guy Forget, direc-
DROITS TÉLÉ
86 M€
teur du tournoi depuis trois ans.
pour une diffusion dans
« Nous avons été le premier des quatre
Grands Chelems à avoir cette idée il y a
203 pays. En France, France
douze ans. Et nous serons les derniers à la
Télévisions et Eurosport
mettre en œuvre en 2021 », résume l’anse partagent les droits
cien champion tricolore. Les sessions
pour 17,50 M€ par an
nocturnes qu’il permettra à partir de
2021 doivent doper de 22 % les revenus
d’hospitalité. Autre levier, la licence.
Chez Solex, on concède que la marque
Roland-Garros est une des plus chères,
ce qui n’a pas empêché le fabricant de
vélos électriques de se l’offrir pour une
série limitée de 50 vélos. Polos, serviettes, balles souvenirs, porte-clefs… La
gamme de vêtements et d’accessoires a
aussi été redynamisée. Résultat : un
bond de 20 % des ventes en 2017, soit
6 % des recettes.
Enfin, la FFT compte sur ses partenaires (36 % du budget), friands d’associer leur nom à un tournoi légendaire.
Pour Magnum, tout nouveau partenaire, Roland-Garros est à la fois le cinquième ou sixième client en hors domicile, avec des milliers de glaces écoulées
à des prix 50 % supérieurs à ceux pratiLOGES VIP
qués hors du stade. « C’est aussi une formidable vitrine de ce qu’on veut faire sur
ET HOSPITALITÉ
la glace », explique un porte-parole de
la marque. Si Häagen-Dazs, Rexona ou
Longines ont cédé le terrain à Magnum
pour la location de loges
ou Rolex, beaucoup de sponsors ont
sur les cours ou d’espaces
accepté de mettre la main à la poche
de réception (Village,
pour accompagner la montée en gamClub des Loges…)
me. Après des discussions parfois houleuses. « Il a fallu revoir notre façon de
négocier, reconnaît Bernard Giudicelli à
la FFT. Terminé le confort dans lequel
nous considérions que nos
partenaires devaient accepter
nos tarifs les yeux fermés.
Aujourd’hui, nous sommes
dans une vraie logique de coconstruction. » « La hausse des
tarifs annoncée en 2016 semblait exagérée, reconnaît un
sponsor. Il existe maintenant
une inflation intelligente des
droits au vu de la visibilité apportée par le nouveau stade. Nul
doute que les pleins effets de la
elli
Bernard Giudic rros
“premiumisation” sont encore à
Ga
PDG de Rolandvenir. » ■
RETROUVEZ JEUDI :
L’équitation à l’heure
du sport business
47 M€
Guy Forget
Directeur sportif
A
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
LES DÉCISIONNAIRES
360 M€
sur dix ans. D’abord prévue
pour 2016, l’extension du
stade se terminera en 2021
SOURCES DE REVENUS
LE NOUVEAU STADE
CENTRES DE COÛTS
CHRISTIAN HARTMANN, MARTIN RICHARD/PRESSE SPORTS, DAVID NIVIERE/FRANCE TV, JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO, PHILIPPE LECOEUR/IP3 PRESS/MAXPPP, GONZALO FUENTES/REUTERS, FABIENNE VERDIER, JOEL SAGET/AFP, YAN LERVAL/SIPA, GABRIEL BOUYS/AFP
49 M€
Une quinzaine de marques
ouvrent grand les cordons
de leur bourse pour accoler
leur nom au tournoi. Les plus
anciens (BNP, Perrier) sont là
depuis plus de quarante ans
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mardi 14 août 2018 LE FIGARO
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MÉDIAS et TECH
Les magasins de
presse font leur mue
Les premières rénovations, portant sur l’allégement
des linéaires, ont permis de relancer les ventes.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
avec CAROLINE COUPAT
£@carolinecoupat
MÉDIAS Un vent de changement
souffle dans les points de vente de
presse. Depuis juin, les Parisiens
peuvent constater le remplacement
progressif de leurs kiosques à journaux, gérés par MediaKiosk, au
profit d’espaces flambant neufs.
Ailleurs dans le pays, les Relay ont
été ripolinés et les Maisons de la
presse ont mis en branle un grand
plan de rénovation qui devrait courir sur cinq ans. Ces nouveaux concepts reposent sur des piliers communs comme l’espace, la clarté, de
nouveaux services et une meilleure
lisibilité de l’offre. Adieu les magazines qui se chevauchent. Désormais, les couvertures sont exposées
en majesté. L’objectif est clair : faire
revenir les clients et déclencher des
ventes grâce à des espaces chaleureux. Et les premiers résultats sont
positifs.
« La presse était le seul créneau du
commerce à ne pas avoir encore fait
sa mue », constate Arnaud Ayrolles,
président du groupe NAP (Maison
de la presse, Mag Presse). Son réseau est en train de déployer le
concept « Convergence », au rythme de croisière de 150 points de
vente rénovés par an (25 pour
2018). Inspirée des konbinis japonais, l’idée est de regrouper un
maximum de services (presse, jeux
à gratter, tabac, livres, envoi et réception de colis, photocopies…)
dans un lieu accueillant afin de faire
des 1 500 Maisons de la presse de
vrais commerces de proximité. Les
journaux et magazines sont joliment présentés « et en juin, les ventes de presse dans nos magasins rénovés étaient stables par rapport à
l’année précédente, alors que la tendance nationale était à - 8 % », souligne Arnaud Ayrolles.
À Paris, les nouveaux
kiosques à journaux
proposent 800 titres
contre 1200 auparavant,
mais enregistent
une hausse de 10%
des ventes.
NICOLAS KOVARIK/IP3
PRESS/MAXPPP
Plus de souplesse
Pour supprimer l’impression de
fouillis, le groupe NAP a dû tricher :
les titres les plus vendeurs sont présentés pleine couverture à hauteur
des yeux des clients, tandis que les
autres sont placés en masse tout en
haut des rayons. NAP espère toutefois que la prochaine réforme de la
distribution de la presse lui permettra de faire du tri dans ses linéaires.
« Sur les 7 500 titres que nous vendons, 1 120 représentent 80 % de notre chiffre d’affaires », rappelle son
président.
Le rapport Schwartz, remis en
juillet à la ministre de la Culture,
souligne les effets bénéfiques de la
réduction du nombre de revues mi-
«
La presse
était le seul
créneau du
commerce
à ne pas
avoir encore
fait sa mue
»
ARNAUD AYROLLES,
PRÉSIDENT DU GROUPE
NAP (MAISON DE LA
PRESSE, MAG PRESSE)
ses en vente dans les magasins. À
Paris, les nouveaux kiosques proposent 800 titres contre 1 200 auparavant. Résultat, les ventes se sont
envolées de 10 %, contre un recul
de 2,5 % dans les anciens kiosques.
Même dynamique chez Relay, qui a
testé dans des hôpitaux une suppression de la moitié des titres en
rayons : les ventes, jusqu’alors en
recul de 8,8 %, sont reparties à la
hausse (+ 1,9%).
Contrairement aux croyances, la
loi Bichet de 1947 sur la distribution
de la presse n’instaure pas un droit
pour les magazines à être présents
dans tous les points de vente. Mais
dans les faits, les magasins n’ont
aucun contrôle sur les flux qui arrivent chaque matin à leurs portes. Le
rapport Schwartz préconise donc
de laisser « plus de souplesse » aux
marchands « pour s’adapter aux
besoins de leurs clients ».
Dans les Maisons de la presse, les
caisses sont équipées d’un logiciel
qui dresse les performances commerciales de chaque titre, magasin
par magasin, afin d’organiser au
mieux les rayons. « Mais il ne faut
pas aller vers l’excès inverse, souligne Arnaud Ayrolles. Si vous réduisez drastiquement votre offre, votre
magasin n’est plus attractif. »
La transformation des points de
vente prendra du temps. Les nombreux indépendants n’ont souvent
pas les moyens d’entreprendre de
coûteux travaux. Dans les grands
réseaux, les rénovations ne sont pas
non plus exemptes de couacs. À Paris, une dizaine de nouveaux kiosques n’ont pas été reliés à l’électricité. Pas de lumière, pas de caisse et
impossible de faire fonctionner les
frigos proposant des boissons fraîches aux clients. Face à la chute du
chiffre d’affaires, certains kiosquiers ont songé à baisser le rideau
le temps des réparations. ■
ZOOM
JULIE PREND
DU CHAMP À EUROPE 1
£ Elle n’arrête pas totalement
mais Julie Leclerc, alias Julie,
voix historique d’Europe 1
depuis 1976, va céder sa place
de principale animatrice de
la matinale de la radio à Céline
Da Costa, jusqu’ici en charge
de la présentation de la météo
le matin sur Franceinfo.
À compter du 27 août, Julie
n’interviendra qu’en tant que
partenaire de Nicolas Canteloup
à 8 h 45. À la barre de la nouvelle
matinale, Nikos Aliagas
sera entouré des éditorialistes
Jean-Michel Aphatie
et David Abiker ainsi que
d’Audrey Crespo-Mara pour
l’interview politique de 8 h 15.
[
Comment
va changerla 5G
notre quoti
dien
L’ÉTÉ DU FIGARO
Des données
au service
de la santé
]
Télémédecine, réalité augmentée…
La technologie mobile va changer
notre façon de se soigner.
A
INGRID VERGARA
@Vergara_i
Sur la scène de l’accident qui vient de
se produire en pleine campagne,
l’urgentiste prend la mesure de la situation. Équipé de lunettes connectées autonomes qu’il contrôle à la
voix, il transmet en hologramme un
premier bilan préopératoire du blessé et des photos à un médecin situé à
plusieurs dizaines de kilomètres de
là. Ce dernier peut établir un diagnostic précis et même « voir » le
patient à travers l’interface de l’urgentiste, lui « pousser » de l’information ou le guider s’il faut réaliser
un geste technique qu’il ne maîtrise
pas… Pour la start-up Exelus et sa
plateforme de télémédecine mobile
Nomadeec, la 5G permettra d’introduire ces fonctionnalités en réalité
augmentée quand les premiers réseaux de cette nouvelle génération
de téléphonie mobile seront opérationnels en France, pas avant 2020.
Elle l’expérimente pour l’instant sur
un réseau test réel avec l’opérateur
Bouygues Telecom à Bordeaux.
Avec des capacités de débit décuplées par rapport à la 4G, l’augmentation du nombre d’appareils pouvant se connecter au réseau et un
temps de latence de l’ordre de la
milliseconde, cette nouvelle technologie de communication va accélérer le développement de la télémédecine.
Aujourd’hui,
des
consultations à distance sont déjà
réalisées via des cabines comme
celles de la société H4D. Équipées
de divers instruments de mesure
(tensiomètre, oxymètre de pouls,
glucomètre, etc.) et de visioconférence, elles permettent à des médecins de faire une consultation sans
être physiquement au même endroit que le patient. Fonctionnant
en France grâce à de la fibre optique, elles sont en revanche limitées
à certains types de données et impossibles à réaliser en mobilité.
Avec des débits élevés et surtout
constants - une condition sine qua
non pour une télémédecine performante –, la 5G permettra de décentraliser des soins du cabinet médical
ou de l’hôpital vers le domicile ou
d’assurer un meilleur suivi postopératoire lorsque le patient rentre
chez lui. Une infirmière pourra, par
exemple, aller chez une personne
âgée, prendre des mesures, des
photos ou une vidéo en très haute
définition, qu’elle transmettra à un
spécialiste. Ce dernier accédera, à
distance, aux informations nécessaires pour un diagnostic précis.
Systèmes portatifs
Aux États-Unis, des tests de transmission d’IRM, une imagerie lourde
qui exige d’importantes ressources,
ont éprouvé les possibilités de la 5G
dans ce domaine. Partant de là, il
est possible d’imaginer demain des
systèmes d’imagerie portatifs performants et à moindre coût, utilisables dans des déserts médicaux ou
pour des interventions en extérieur.
2/5
Couplée à la multiplication
des objets connectés,
la 5G va permettre
d’intensifier la collecte
de données de santé
pour une meilleure
prévention.
VICTOR HABBICK VISIONS/
SPL/PHANIE
Couplée à la multiplication des
objets connectés de santé, la 5G va
aussi permettre d’intensifier la collecte de données de santé pour une
meilleure prévention. Recueillies
par les patients eux-mêmes ou par
des aides-soignants mobiles via des
capteurs ou des bracelets connectés, les données pourront être
transmises à la fréquence voulue à
un médecin traitant. « Le corollaire,
c’est que plus la quantité de données
transmises est importante, plus cela
pose la question de leur stockage et
de la sécurité de l’ensemble », tempère François Lescure, cofondateur
de Medecindirect, une plateforme
de téléconsultation médicale.
La 5G va également bouleverser
la formation et les méthodes d’ap-
prentissage des professionnels de
santé. Exit le câblage des ordinateurs, la limitation du nombre de
participants, leur situation géographique… En décuplant les possibilités de la réalité virtuelle en mobilité, la 5G permettra à des médecins
d’échanger en temps réel du savoir-faire sur des techniques particulières. Les étudiants pourront
s’entraîner dans des blocs opératoires virtuels dans lesquels ils pourront agir et manier des outils avec
une précision proche de la réalité.
La société SimforHealth, qui propose des contenus et des simulations
numériques, travaille déjà sur des
contenus enrichis et des expériences immersives adaptés aux capacités de la 5G.
Il existe plusieurs inconnues à
tous ces bouleversements possibles : l’étendue du réseau disponible, le coût du service mais aussi des
questions de réglementation (dans
quelle mesure pourra-t-on accéder
à un dossier médical unique dans le
cloud ? quels seront les standards
d’échange d’informations de santé ?) ou encore le degré d’acceptation sociale des citoyens. « Certaines innovations n’arrivent pas sur le
marché pour des raisons autres que
purement technologique », rappelle
Olivier Ezratty, consultant en innovation. ■
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