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Le Figaro - 17 09 2018

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lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 046 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
HIGH-TECH
POUR CONTRER LES PORTABLES,
LE CINÉMA ET LA TÉLÉVISION DÉPLOIENT
LES ÉCRANS DU FUTUR PAGES 32 ET 33
FIGARO SANTÉ
QU’EST-CE QU’UN BON
PSYCHOTHÉRAPEUTE ?
PAGE 14
En chute dans l’opinion,
Macron cherche sa stratégie
ASSEMBLÉE
NATIONALE
Bataille au sein
de LaREM
pour décrocher
la tête du groupe
PAGE 4
ESPAGNE
Les Français jugent sévèrement l’action du président, qui, d’après notre sondage Kantar SofresOnepoint pour RTL, « Le Figaro » et LCI, n’est vue positivement que par 19 % d’entre eux.
À Madrid,
la guerre des faux
diplômes
fait rage PAGE 6
L’enquête de l’institut Kantar Sofres-Onepoint pour
RTL, Le Figaro et LCI montre à quel point la défiance
s’installe chez les Français :
seuls 19 % jugent positif le
JUSTICE
Tariq Ramadan
fait face
à un second front
judiciaire
ses certitudes s’est cristallisée dans l’opinion.
Les personnes sondées veulent un président plus « à
l’écoute » (39 %), qui « reconnaisse ses erreurs »
bilan du président après
seize mois aux manettes. Ils
sont 60 % à porter un jugement négatif. L’image d’un
chef de l’État coupé des
Français et enfermé dans
(39 %), « plus ouvert au
dialogue » (28 %), capable
de prendre en compte les
propositions des autres partis politiques (71 %) et des
syndicats (63 %). Désor-
mais, face aux vents
contraires, le chef de l’État
mise sur la pédagogie de ses
réformes pour convaincre
les Français du bien-fondé
de sa politique.
è L’AN II D’EMMANUEL MACRON : PERCEPTIONS ET ATTENTES è CHANGER SOI-MÊME POUR CHANGER LE PAYS
è CASTANER : « NOUS SOMMES À LA RECONQUÊTE » PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
PAGE 10
DÉCATHLON
Jean-Michel Blanquer
au « Figaro » : « Priorité
au pouvoir d’achat
des professeurs »
Kevin Mayer,
un record
du monde venu
d’ailleurs PAGE 16
LIBÉRALISATION
n
n
n
n
n
PAGES 18 À 21
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de samedi :
Le gouvernement fait-il
assez pour protéger
le patrimoine français ?
OUI
18 %
NON
82 %
M 00108 - 917 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@t@b@r@a";
TOTAL DE VOTANTS : 32 358
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Approuvez-vous
la volonté du Sénat
d’auditionner
Alexandre Benalla ?
FREDERIC BERTHET/PATHE!
Le ministre annonce une hausse du budget de l’Éducation nationale et la suppression de 1 800 postes. Pour la
compenser, il encourage les heures supplémentaires. Il introduit une part de variable dans les rémunérations.
PAGES 8 ET 9
PAGE 7
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
E
L’heure de vérité
mmanuel Macron avait assuré que
les premiers effets de sa politique se
feraient sentir quelque dix-huit
mois ou deux ans après son élection. L’échéance est en vue et les
Français se montrent de plus en plus impatients, voire dubitatifs. Des réformes ont été
conduites, mais la confiance placée dans le
président de la République a fondu comme
neige au soleil. Un Français sur cinq seulement juge son premier bilan positif, selon le
sondage publié ce lundi par Le Figaro. C’est
très peu.
Certes, l’appréciation tient beaucoup à l’image brouillée donnée ces derniers mois par le
chef de l’État. Sa gestion, légère, de l’affaire
Benalla et celle, hésitante, du prélèvement à
la source ont laissé des traces. Sans parler des
petites phrases, aussi inutiles que maladroites, qu’il distille régulièrement ici ou là.
Alors que l’heure de vérité approche, comment peut-il redresser la barre ? D’abord, en
faisant preuve de plus d’humilité : rester Jupiter peut-être, mais sans arrogance ni morgue. Certains dans sa majorité lui conseillent
aussi d’accentuer le versant social de son action. Autrement dit, de flatter sa gauche, celle
qui a voté pour lui au premier tour et qui a été
refroidie ensuite par ses choix économiques.
La troupe des Marcheurs lui suggère, par
exemple, de revoir à la hausse les droits de
succession et d’ouvrir vite la PMA à toutes les
femmes. La première mesure ne ferait que
pénaliser les classes moyennes et encourager
l’exode fiscal. Quant à la seconde, que notre
sondage place au dernier rang des attentes
des personnes interrogées, elle relancerait un
débat qui a déjà beaucoup divisé l’opinion.
Tout calcul électoraliste
serait observé comme tel
et se révélerait vain.
C’est un cap clair que
veulent les Français. Sur
le pouvoir d’achat, qui a
reculé de 0,6 % au premier semestre ; le chômage, qui stagne toujours ; la fiscalité, aussi
pénalisante qu’illisible ; l’immigration, enfin,
qui ne cesse d’augmenter. Qu’Emmanuel
Macron obtienne des victoires sur ces quatre
fronts, et le visage de la France s’en trouvera
changé, le regard des Français sur leur président avec. Le reste n’est que littérature. ■
Systèmes de stockage automatisés
C’est
un cap
politique
clair que
veulent les
Français
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ISSN 0182.5852
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A
Assassinat
d’Hélène Pastor :
dix accusés
devant les
assises à Nice
Jusqu’où ira
la restriction
des libertés
religieuses
en Chine ?
La tribune
de Christophe
de Voogd
Les chroniques
de Chantal
Delsol
et de Nicolas
Baverez
Un entretien
avec Marc
Roche
En Allemagne, les groupuscules minoritaires néonazis
ne se cachent plus. Après la
mort d’un homme de 35 ans
à Chemnitz, fin août, ils se
sont précipités dans les rues
pour manifester auprès des
« citoyens en colère ». Dans
un rapport de 2017, les
autorités s’inquiétaient de
voir les réseaux d’extrême
droite devenir « plus militants ». Quelque 12 000 personnes « prêtes à la violence » étaient recensées au
sein d’un spectre comptant
environ 23 000 membres.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
Les professions
réglementées
de nouveau dans
le viseur PAGE 24
La résurgence
de l’extrême
droite
inquiète
l’Allemagne
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lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
2
Emmanuel Macron mise sur la
Alors que seuls 19 % des Français approuvent son bilan, selon notre sondage Kantar
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
LA RÉPUBLIQUE des excuses. Depuis la
rentrée, le camp macroniste se confond
en mea culpa, à tout-va : sur le manque
d’écoute, de pédagogie, d’« humilité » de
l’exécutif. Le président chante même les
louanges du « doute sain ». L’objectif est
L'an II d'Emmanuel Macron :
perceptions et attentes
Prioritaire
19 %
Sans opinion
Il est trop tôt
pour juger
( -16)
TOTAL POSITIF
46 %
( -26)
5% 7%
7% 3%
16 % Plutôt positif
8%
Très négatif
27 %
60 %
28 %
(+19)
L'amélioration du pouvoir d'achat des Français
La baisse du chômage
La diminution des impôts et des charges
La maîtrise des problèmes de l'immigration
La réduction des inégalités sociales et de l'exclusion
Une meilleure protection de l'environnement
Le redressement de l'économie française
La lutte contre le terrorisme
La réduction de la dette et des déficits publics
L'amélioration de la sécurité des citoyens
26
Introduire une dose de proportionnelle pour les élections législatives
11
29
25
35
30
9%
7%
5%
55 % (+4)
(-3)
40 %
(-1)
39 %
(-1)
30 %
(+2)
29 %
(+11)
29 %
(-3)
29 %
(-8)
26 %
(+1)
21 %
(-1)
20 %
(-2)
(=)
(=)
QUESTION : Diriez-vous que l’action menée par le gouvernement jusqu’à
QUESTION : Comment qualifiez-vous la politique menée
maintenant correspond aux engagements pris par Emmanuel Macron
pendant la campagne présidentielle ?
par le gouvernement depuis l’élection d’Emmanuel Macron ?
TOTAL OUI
40 %
21
17
11
11
13
18
Oui, tout à fait
Sans opinion
11 %
Non, pas du tout
49 %
(+18)
PAR SYMPATHISANT, en %
Plutôt à droite
Sans opinion
6%
23 %
50 %
41
45
47
29
66
35
34 % Oui, plutôt
18 %
Plutôt
à gauche
31 %
TOTAL NON
ENSEMBLE
(-15)
7%
Plutôt au centre
20 %
Non, plutôt pas
21
17
14
8
5
12
Gauche
7
11
15
27
LaRem LR/UDI
RN
Castaner : « Nous sommes à la
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
C’est sur sa
capacité tout
simplement
à être écouté
que doit donc
travailler
Emmanuel
Macron
»
d’un constat, l’implication
personnelle pour faire bouger
les choses et la volonté de stimuler
ses interlocuteurs. Aujourd’hui,
les réseaux sociaux s’emballent
sur cette « nouvelle engueulade »
et l’arrogance macronienne. En cette
rentrée, tout fait un flop - le plan
pauvreté n’a pas été accueilli comme
un événement qui fera date - ou tout
fait polémique - les produits dérivés
de l’Élysée. C’est sur sa capacité
non pas à être approuvé mais tout
simplement à être écouté que doit
donc travailler Emmanuel Macron.
Notre sondage Kantar Sofres
est éloquent sur ce point aussi. Les
Français ne lui demandent pas d’abord
d’«expliquer davantage sa politique »
(20 %) mais avant tout d’être « plus
à l’écoute » (39 %), de « reconnaître
ses erreurs » (39 % également) et
d’être « ouvert au dialogue » (28 %).
Bref, le message des électeurs
est une invitation à l’humilité. Plus
encore : 71 % lui demandent d’être
« plus à l’écoute des propositions des
autres partis politiques », ces partis
qu’il pensait avoir envoyés au salon
des antiquités par la seule magie
de son élection. Plus que par des
signaux à lecture politique, c’est sur sa
capacité à tirer des leçons personnelles
de ce désamour qu’est attendu
Macron. Un mea culpa peut être factice
ou démesuré, mais faite avec sincérité
et discernement, une reconnaissance
des loupés, des maladresses ou des
incompréhensions est un préalable
à un rebond. Cela passe par une
explication directe face aux Français.
C’est-à-dire par un long rendez-vous
télévisé. Mais sans les travers de mise
en scène et de narcissisme partagé qui
avaient pollué l’échange avec Edwy
Plenel et Jean-Jacques Bourdin. Le défi
d’Emmanuel Macron n’est pas de dire
aux Français : voilà pourquoi vous
ne me comprenez pas, mais :
voilà comment je veux mieux vous
comprendre. Autrement dit, prendre
sa part du changement qu’il veut,
non sans raison, imposer au pays. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
COUP DUR pour l’exécutif. Selon le dernier sondage Kantar Sofres-Onepoint
pour RTL, LCI et Le Figaro (lire ci-dessus), seuls 19 % des Français jugent positif le bilan d’Emmanuel Macron depuis
son arrivée à l’Élysée. Un chiffre très
critique pour le chef de l’État que le délégué général de La République en marche, Christophe Castaner, a tenté d’expliquer dimanche lors du « Grand Jury
RTL-LCI-Le Figaro ». « C’est un mauvais
chiffre qui correspond à l’impatience, à
l’attente, à l’exigence des Français. Il faut
l’entendre ainsi », a-t-il indiqué.
« Nous sommes aux responsabilités
depuis quinze mois. Rappelons-nous la
situation (de l’époque) avec un rejet quasi
total de la classe politique française. Si
Emmanuel Macron est aujourd’hui président, c’est que nous étions dans une
situation de crise profonde, de rejet des
institutions. Nous sommes à la reconquête », a voulu rappeler, positif, Christophe Castaner.
Face à ce mauvais sondage pour
l’exécutif, le patron de LaREM, également membre du gouvernement comme secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement, et proche
d’Emmanuel Macron, a estimé qu’il fallait faire davantage de « pédagogie »
pour expliquer l’avancée des réformes
aux Français. « Les Français pensent
quelquefois que d’un coup de baguette
magique ou en claquant des doigts nous
pouvons réparer ce pays qui était en
grande fragilité et qui l’est encore aujourd’hui. Il faut du temps pour cela », a demandé Christophe Castaner. Bien qu’il
RTL/FREDERIC BUKAJLO/SIPA PRESS
Changer soi-même pour changer le pays
A
30
13
11
CONTRE-POINT
E
45
40
35
39
39
6
8
10
7
7
8
8
9
7
9
8
8
10
11
10
L’  ’  
Évolution janvier 2018
du gouvernement et d’Emmanuel Macron pour 2018 ?
mmanuel Macron aimerait
que la France bouge.
Pour cela, il aimerait
que les Français changent.
Quitte à houspiller parfois
ces « Gaulois » trop « réfractaires au
changement ». Monsieur le président,
changez-vous vous-même,
lui répondent-ils aujourd’hui.
Vous aussi, acceptez de vous remettre
en question, de reconnaître vos
erreurs. Sous la sévérité implacable
des sondages, il y a cet appel impatient
lancé par les Français au chef de l’État
de renouer avec eux. Cette crise
de défiance est en effet d’abord
le fruit d’une rupture personnelle.
D’un retournement même.
Macron n’échappe pas
à la malédiction des présidents
qui tous, sans exception depuis
François Mitterrand, ont vu leur
popularité s’effondrer dès la deuxième
année après leur (première) élection.
Mais ce qui est frappant dans
ce jugement négatif sur une action
ou un bilan c’est que tout ce que
peut dire ou faire le chef de l’État se
retourne contre lui. On vient de le voir
avec ce nouvel échange impromptu
avec un jeune l’interpellant sur
l’emploi. Un emploi ? « Je traverse la
rue, je vous en trouve », lui a rétorqué
le président en listant tous les secteurs
(hôtellerie, cafés, restauration)
qui ont du mal à trouver des candidats.
En début de mandat, on aurait vanté
le « parler vrai », l’évidence
34
26
Autoriser l'accès à la PMA pour les femmes célibataires et les couples de femmes
Sans opinion
13 5
32
18 5
28
16
9
33
16 8
39
15 4
43
19 5
39
20
8
40
19
10
23
16
25
21
24 5
27
9
22
17
27 8
29 8
* pour les personnes atteintes de maladies incurables
QUESTION : Qu’attendez-vous principalement de l’action
Sans opinion
Améliorer la coopération entre les pays de l'Union européenne
Mettre en place le prélèvement à la source
L   F
 ’  G
Le renforcement de la cohésion du pays
Réformer le système des retraites
Renforcer les sanctions contre les chômeurs qui refusent des offres d'emploi raisonnables
Mettre en place un système universel d'assurance chômage ouvert aux entrepreneurs et aux démissionnaires
TOTAL NÉGATIF
La défense des intérêts de la France dans le monde
Réformer le système de santé
Étendre le dispositif des classes dédoublées dans les REP en CP et en CE1
Plutôt négatif
(+23)
25
25
22
20
19
18
16
16
15
14
Aller plus loin dans la législation de la fin de vie en autorisant l'euthanasie*
Plafonner et rendre dégressives les indemnités chômage
20%
TOTAL NÉGATIF
Pénaliser les entreprises qui abusent des contrats courts via un bonus-malus
Simplifier et automatiser le versement des aides sociales
39%
33 %
Mettre fin aux différences entre les retraites du public et du privé
Inutile
35
37
37
36
35
Diminuer le nombre de fonctionnaires
21%
Secondaire
41
Reconduire à la frontière les déboutés du droit d'asile
ÉLECTEURS D’E. MACRON
AU 1ER TOUR DE L’ÉLECTION
PRÉSIDENTIELLE
Très positif
14 %
Importante
Réduire le nombre de parlementaires
Dans l’ensemble, diriez-vous que le bilan de son action est :
TOTAL POSITIF
ses erreurs » (39 %), « plus ouvert au dialogue » (28 %), capable de prendre en
compte les propositions des autres partis
politiques (71 %) et des syndicats (63 %).
Plus grave, la défiance s’installe sur la
forme : seuls 19 % des Français jugent son
bilan positif après seize mois aux manettes. La dégringolade se confirme… Face
aux vents contraires, le chef de l’État
Prendre des mesures contre le changement climatique
QUESTION : Voici seize mois qu’Emmanuel Macron a été élu président de la République.
(XX) : Évolution janvier 2018
trouve ! », lui a lancé Emmanuel Macron,
dans les jardins de l’Élysée.
L’enquête de l’institut Kantar SofresOnepoint pour RTL Le Figaro et LCI montre à quel point cette image d’un chef de
l’État coupé des Français et enfermé dans
ses certitudes s’est cristallisée. Les personnes sondées veulent un président plus
« à l’écoute » (39 %), qui « reconnaisse
QUESTION : Pour chacune des réformes suivantes envisagées par le gouvernement, est-elle à vos yeux prioritaire, importante, secondaire ou inutile? en %
L   ’ ’E M
ENSEMBLE
clair : ne pas laisser s’enkyster l’étiquette
de président des riches, arrogant avec les
faibles. Et pourtant, le chef de l’État fait à
nouveau polémique dans une vidéo où il
conseille, samedi, à un jeune chômeur de
se reconvertir dans l’hôtellerie-restauration, secteur en pénurie de maind’œuvre, pour décrocher un emploi (lire
ci-dessous). « Je traverse la rue, je vous en
Christophe Castaner, dimanche, lors du « Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro ».
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LE FIGARO
lundi 17 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
« pédagogie » pour corriger son image
Sofres-Onepoint pour RTL « Le Figaro » et LCI, le président mise sur le social et la proximité pour rebondir.
L’Élysée a prévu de multiplier dans les
prochaines semaines les séquences d’immersion, comme la visite surprise d’Emmanuel Macron auprès de l’association
ATD Quart Monde, pendant cinq heures
et sans caméras, le 10 septembre, en Seine-Saint-Denis.
Dans la même veine, la séquence anniversaire du centenaire du 11 novembre
mise sur la pédagogie. « Il faut donner du
sens », martèle Emmanuel Macron à ses
équipes, alors que les mouvements internes se multiplient au sein de la présidence
- l’arrivée du communicant Philippe
Grangeon, qu’Emmanuel Macron avait
personnellement décoré il y a un an, est
désormais qualifiée d’« hypothèse sérieuse » par un membre du premier cercle.
L’       
ENSEMBLE
QUESTION : Selon vous, le gouvernement doit-il…
...aller plus vite dans le rythme des réformes ?
23 %
22 %
...conserver le rythme actuel des réformes ?
...ralentir le rythme des réformes ?
Sans opinion
28 %
27 %
L’         
QUESTION : Dans les prochains mois, pensez-vous qu’il y aura davantage de conflits sociaux
entre le gouvernement et les syndicats ?
Oui, tout à fait
Oui, plutôt
Non, plutôt pas
Non, pas du tout
Sans opinion
2%
25 %
TOTAL OUI
47 %TOTAL POSITIF
72 %
pas suffisamment portées, abandonnant
le terrain à l’opposition. « On a perdu trop
de batailles d’interprétation », regrette un
communicant. Au sommet de l’État, on
mise beaucoup sur l’entrée en vigueur de
la nouvelle tranche de baisse des cotisations sur les salaires, cet automne, et sur
celle du reste à charge zéro pour les lunettes, les prothèses dentaires et les ap-
“
Il faut qu’on prenne
ces sondages comme
un révélateur et qu’on
explique mieux le fait
que le gouvernement
marche sur deux jambes
UN PROCHE DU PRÉSIDENT
”
pareils auditifs. Une annonce dévoilée
avant l’été, mais pratiquement écrasée
par la polémique sur le « pognon de dingue » des aides sociales.
Comment renouer avec la dynamique
victorieuse du « en même temps » ? Il
reste du chemin à parcourir. Seules 7 %
des personnes interrogées jugent la politique gouvernementale « de gauche ». À
cela s’ajoute la nécessité d’obtenir des résultats économiques. Avec le retour de
l’inflation et les annonces sur la CSG et les
pensions des retraités, le doute s’est ins-
tallé. Y compris dans le cœur du réacteur : les électeurs qui ont voté Emmanuel Macron au premier tour. Ils sont
46 % à trouver l’action gouvernementale
positive. Un score qui a baissé de
26 points depuis janvier 2018 !
L’effet psychologique du prélèvement à la source, avec sa baisse optique
du montant des feuilles de paie, ravive
les interrogations. Le pouvoir d’achat
apparaît d’ailleurs, classiquement,
comme la préoccupation prioritaire des
Français (55 %), juste devant la baisse
du chômage (40 %) et la diminution des
impôts (39 %).
La macronie peut toutefois compter
sur une bonne nouvelle : le président est
crédité de vouloir bousculer les conservatismes. « Il est toujours perçu comme
étant en mouvement, le pire pour lui serait
l’idée que rien n’a changé », résume Emmanuel Rivière, le directeur général de
Kantar Public France. 81 % des Français
constatent des « changements » depuis
mai 2017. Une impression partagée aussi
bien à gauche (84 %) que chez les partisans de Marine le Pen (67 %). Plus d’un
Français sur deux estime qu’il est « déterminé à réformer la France » (67) %. Ce
volontarisme est l’ADN du macronisme.
La majorité va devoir le rappeler à l’envi,
pour trouver son second souffle. ■
+
» Lire aussi PAGE 20
12 %
14 %
TOTAL NON
1918 sera l’occasion pour le chef de l’État
d’aller visiter des lieux emblématiques du
conflit, en choisissant les sites qui souffrent aujourd’hui de la désindustrialisation. Emmanuel Macron traversera une
dizaine de départements de l’est de la
France pendant près d’une semaine, sur
une double thématique mémorielle et sociale… Une « itinérance » présidentielle
qui commencera à Strasbourg.
« On ne change rien à notre cap, on
continue, on ne va pas s’affoler à cause des
sondages », assure le président du groupe LaREM au Sénat, François Patriat. Si
l’exécutif s’interdit d’évoquer le moindre « tournant », il place de plus en plus
son action sous le signe du social : après
le plan pauvreté et l’annonce surprise du
revenu universel d’activité, le plan santé
et hôpital sera dévoilé le 18 septembre.
« Il faut qu’on prenne ces sondages comme un révélateur et qu’on explique mieux
le fait que le gouvernement marche sur
deux jambes, que prospérité et justice sociale vont ensemble, glisse un proche du
président. Peut-être n’a-t-on pas assez
mis en valeur ce qu’on fait pour la réparation du système social. » Encore une
autocritique…
Autour du chef de l’État, on s’étrangle
ainsi de voir que des mesures populaires,
comme la fin du régime de Sécurité sociale étudiante qui obligeait les jeunes à
payer une cotisation spécifique, ne soient
16 %
L’      
’E M
QUESTION : Diriez-vous d’Emmanuel Macron qu’il… ? En %
Oui, tout à fait
Oui, plutôt
Non, plutôt pas
Est déterminé à réformer la France
Non, pas du tout
22
A renouvelé la vie politique en France
9
45
29
Agit pour tous les Français
5
17
Est capable de rassembler les Français
5
16
16
32
29
36
Sans opinion
10
7
23
7
43
6
37
6
Échantillon de 1 013 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas (sexe, âge, profession de l’individu)
stratification par région et catégorie d’agglomération. Enquête réalisée en ligne. Le terrain s’est déroulé du 11 au 13 septembre 2018.
« Libérer et protéger »
« La première mesure que nous avons
mise en place était le dédoublement des
classes dès la rentrée de septembre l’année dernière dans les quartiers les plus
difficiles de France. Est-ce que c’est une
mesure de droite ? Tout le monde vous
dira, c’est une mesure de gauche, a-t-il
soutenu. Mais moi, je m’en fiche un peu.
Ce qui compte, c’est que ça porte ses
fruits. » Christophe Castaner propose
par ailleurs d’en finir avec le réflexe de
classer à gauche ou à droite chaque réforme engagée par la majorité. « Je
n’aime pas vraiment l’idée de la jambe
gauche ou de la jambe droite », a-t-il expliqué, estimant que les mesures prises
devaient avant tout répondre au besoin
de « libérer et protéger ». « Je me souviens de Michel Rocard qui disait “Il faut
une jambe économique qui crée de la richesse et une jambe sociale”. Trop souvent dans ce pays, on ne s’est pas posé la
question de savoir si on avait ce qu’on distribuait », a regretté le secrétaire d’État.
Castaner a aussi tenu à rassurer les
Français sur l’amélioration du pouvoir
d’achat, principale attente pour 55 %
d’entre eux selon notre sondage. « Je
donne rendez-vous aux salariés français
à la fin du mois d’octobre. Ils verront une
augmentation significative de leur salaire
net. C’est l’effet de la deuxième suppression de baisse de charges », promet le
patron de LaREM. Assez pour inverser la
tendance dans les sondages ? ■
le président à
un chômeur :
« Traverse la rue »
Voilà une nouvelle phrase d’Emmanuel
Macron qui pourrait lui valoir bien
des critiques. Samedi, lors des Journées
du patrimoine, le chef de l’État
s’est offert une longue déambulation
à l’Élysée. Arrivé par les jardins du Palais
aux alentours de 16 h 30, le président
a pris le temps de saluer les milliers
de visiteurs venus découvrir le site.
Il a notamment été interpellé
par un jeune de 25 ans qui lui a expliqué
qu’il ne trouvait pas un emploi dans
l’horticulture et lui a reproché de ne rien
faire pour lui. « Vous êtes inscrit à Pôle
emploi ? », a d’abord interrogé le chef
de l’État. « Ouais. Pôle emploi, RSA,
tout… Et il n’y a rien. J’ai beau envoyer
des CV, des lettres de motivation, ça ne
fait rien », a déploré le jeune homme.
« Si vous êtes prêt et motivé, dans
l’hôtellerie, le café, la restauration…
Ou dans le bâtiment ! Il n’y a pas un
endroit où je vais où ils ne me disent pas
qu’ils cherchent des gens ! Pas un ! […]
Il y a des tas de métiers… Il faut y aller !
Maintenant, hôtels, cafés, restaurants,
je traverse la rue, je vous en trouve !
Ils veulent simplement des gens qui sont
prêts à travailler, avec les contraintes
du métier », a assuré le président.
« Ne perdez pas de temps à m’écrire
à moi, hein ! Vous faites une rue, là, vous
allez à Montparnasse par exemple,
vous faites la rue avec tous les cafés
et les restaurants, franchement je suis
sûr qu’il y en a un sur deux qui recrute
en ce moment. Donc allez-y », a-t-il
conclu. « Entendu, merci », a acquiescé
son interlocuteur.
A. B.
1
concède que la majorité doit « insister
sur certains sujets » ou encore « améliorer certaines politiques », le patron de
LaREM balaie l’idée d’un président trop
à droite, voire un « président des riches ». Une critique qui revient encore
régulièrement.
A
reconquête »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Assemblée : bataille au sein de LaREM
pour décrocher la tête du groupe
Dix députés de LaREM sont candidats pour remplacer Richard Ferrand à la présidence du groupe majoritaire.
de, tous cherchent à défendre leurs
propres qualités.
Laetitia Avia, première candidate
déclarée, peut faire valoir sa casquette
de porte-parole du mouvement présidentiel. Ancienne avocate, elle est souvent perçue comme une des figures de
la société civile qui a su faire sa place en
politique. Son entretien dans Le Monde
le 11 septembre où elle assurait que son
« profil » allait « permettre de rassembler les différentes sensibilités » a cependant été critiqué au sein de LaREM.
Beaucoup jugent plus sage que la cam-
Brigitte Bourguignon.
Laetitia Avia.
pagne se déroule en interne pour ne
pas laisser transparaître d’éventuelles
divisions.
Une consigne actée par le bureau interne
du groupe… mais partiellement respectée. Dimanche, Brigitte Bourguignon,
candidate et figure de la sensibilité sociale du groupe, a vanté dans Le Journal
du dimanche son « expérience du monde
associatif et politique ». « Un atout pour
faire mûrir tous les talents dont regorge le
groupe », a-t-elle assuré.
Parmi les autres poids lourds du groupe majoritaire qui tentent leur chance :
Gabriel Attal et Amélie de Montchalin. Le
premier, propulsé dès le début de son
mandat sur le devant de la scène médiatique, devrait vanter sa jeunesse (29 ans)
au nom du renouvellement. Comme
Laetitia Avia, il a aussi l’expérience de
porte-parole du mouvement La République en marche. La deuxième est également une des révélations de la société
civile, se démarquant notamment pour
sa rigueur sur les sujets économiques.
Candidat de dernière minute en se dé-
clarant jeudi soir (la date limite), Gilles
Le Gendre pourra lui mettre en avant son
poste de vice-président du groupe.
Face au nombre de candidatures à rallonge, certains députés de second plan
de LaREM ont vu une opportunité à saisir. À l’image notamment de Bruno Bonnell, entrepreneur et forte tête du groupe, ou de Roland Lescure, président de la
commission des affaires économiques.
Trois autres députés quasi inconnus en
macronie - Perrine Goulet, Jean-Charles
Colas Roy, Rémy Rebeyrotte - ont également voulu tenter leur chance. ■
P. L.
Gabriel Attal.
Gilles Le Gendre.
Amélie de Montchalin.
Liste à rallonge
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA, FRANÇOIS BOUCHON ET VINCENT BOISOT/LE FIGARO
MAJORITÉ Se dirige-t-on vers une bataille interne au sein de La République
en marche ? Pour un groupe qui ne cesse
de vanter son unité, l’idée semble étonnante. Pourtant, après l’élection de Richard Ferrand à la présidence de l’Assemblée nationale, les appétits s’aiguisent pour prendre la tête du groupe
majoritaire.
Pas moins de dix candidats figurent
sur la liste de départ pour une élection
interne prévue mardi. Même si des favoris se dégagent, aucun ne semble s’imposer naturellement. Au coude-à-cou-
Cinq macronistes de la première heure comme favoris
PARMI les dix candidats à la présidence du groupe LaREM à l’Assemblée nationale, cinq favoris se dégagent. Tous
ont déjà une place importante dans le
mouvement présidentiel.
Attal (Hauts-de-Seine),
uGabriel
le benjamin projeté
au premier plan
CRÉDIT PHOTO // MATIAS ANTONIASSI
Porte-parole du mouvement LaREM,
« whip » de la commission des affaires
culturelles et de l’éducation… Bien qu’il
n’ait que 29 ans, Gabriel Attal est déjà
une personnalité importante dans le logiciel de La République en marche.
Après avoir fait ses classes auprès de Ségolène Royal au PS et avoir épaulé Marisol Touraine comme membre de son cabinet lorsqu’elle était ministre de la
Santé, il a rejoint Emmanuel Macron en
2016. Une ascension fulgurante qui l’a
rapidement projeté sur le devant de la
scène médiatique.
Avia (Paris), l’avocate
uLaetitia
devenue politique
Également porte-parole du mouvement
présidentiel, l’avocate d’affaires Laetitia Avia (32 ans) fait partie de ces personnalités qui ont réussi leur mutation
de la société civile à la politique. Jamais
encartée dans un parti avant de rejoindre Emmanuel Macron, elle représente
une des figures du renouvellement prôné par le chef de l’État. Dans un entretien au Monde, elle indique qu’une femme à la tête du groupe, « même si cela ne
doit être en aucun cas un élément déter-
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minant », permettrait notamment d’incarner ce renouvellement.
Bourguignon
uBrigitte
(Pas-de-Calais), la chef de file
de l’aile gauche
Au fil des mois, Brigitte Bourguignon
(59 ans) s’est imposée comme la portevoix des députés les plus à gauche de la
majorité. Elle a notamment tenté d’installer (en vain) un pôle social au sein du
groupe macroniste. Pas la langue dans
sa poche, la députée n’hésite pas à s’exprimer dans les médias pour prendre
ses distances avec certaines réformes.
Elle n’en est pas à son premier engagement : elle a été députée socialiste entre 2012 et 2017 et a été proche de Laurent Fabius. Un handicap pour prendre
la tête du groupe ? « L’important n’est
pas de savoir d’où l’on vient, plutôt de
savoir où l’on va », a-t-elle souligné
dans le JDD.
Le Gendre (Paris),
uGilles
le Marcheur du premier jour
Après avoir rejoint En marche! quelques jours seulement après le lancement du mouvement en avril 2016,
Gilles Le Gendre (60 ans) représente un
fidèle de la première heure d’Emmanuel Macron. Cet ancien journaliste et
entrepreneur a été récompensé après sa
victoire aux législatives en héritant du
poste de vice-président du groupe LaREM. Le rôle de chef de file du groupe
majoritaire l’intéresse depuis un certain
temps déjà.
Un test pour cinq « outsiders »
LORIS BOICHOT ET PIERRE LEPELLETIER
£@Lboichot @PierreLepel
ILS N’ONT quasiment aucune chance et
ils le savent. Ils ont malgré tout voulu
être sur la ligne de départ, quitte à figurer comme « outsiders ». Connu pour
son franc-parler, Bruno Bonnell
(59 ans) a décidé de se lancer dans la
course. Issu de la société civile, l’entrepreneur du numérique est devenu député du Rhône. Même s’il n’a jamais été
encarté dans un parti politique, Bruno
Bonnell assume avoir toujours voté à
gauche. Il est membre de la commission
des affaires étrangères à l’Assemblée
nationale.
Il a été suivi par Roland Lescure
(51 ans), député des Français de
l’étranger (Amérique du Nord). L’ancien socialiste qui a fait carrière à Bercy
est aujourd’hui président de la commission des affaires économiques. Il a
également été nommé rapporteur général de la loi Pacte sur les entreprises.
Roland Lescure réclame notamment
des « règles communes plus souples, plus
transparentes et plus ouvertes ».
Trois autres candidats font figure de
parfaits inconnus au sein de La République en marche. La première, Perrine
Goulet (40 ans), est députée de la Nièvre. Ancienne responsable de projet
dans une centrale nucléaire du Cher,
elle ne revendique aucun engagement
politique avant d’avoir rejoint LaREM.
Elle est aujourd’hui membre de la commission des finances. Au sein de la
même commission, le député de Saôneet-Loire Rémy Rebeyrotte (52 ans) est
également candidat. Cet ancien professeur d’économie en lycée général et à
l’université avait déjà un passé politique
avant de rejoindre Emmanuel Macron.
En 2001, il a été élu maire de la commune d’Autun (13 000 habitants) sous
étiquette socialiste, avant de quitter le
PS en 2012. Jean-Charles Colas Roy
(40 ans), député de l’Isère, vient s’ajouter à la liste des candidats. Également
ancien socialiste, il a été exclu du PS en
2014 pour avoir participé à une liste
concurrente. Il est aujourd’hui membre
de la commission du développement
durable. Il a notamment soutenu Barbara Pompili face à Richard Ferrand lors
de la course au perchoir. ■
de Montchalin (Essonne),
uAmélie
l’entrepreneuse remarquée
Élue « députée de l’année », Amélie de
Montchalin (33 ans) est considérée
comme une des révélations de LaREM.
Issue de la société civile - elle a travaillé
pour le groupe d’assurance Axa - elle
s’est fait remarquer dans la majorité
présidentielle pour sa rigueur dans la
gestion des dossiers économiques.
Même si elle n’a jamais adhéré à un parti, elle n’est pas complètement novice
en politique. Amélie de Montchalin a
participé à la campagne de Nicolas
Sarkozy en 2007. Elle a également fourni des notes aux équipes d’Alain Juppé
et de Bruno Le Maire pendant les primaires de la droite de 2016. ■
L. B. ET P. L.
EN BREF
La patronne des députés PS
demande à Valls de quitter
l’Assemblée
La présidente du groupe socialiste
à l’Assemblée nationale, Valérie
Rabault, a estimé dimanche que
la campagne, jusqu’à présent
officieuse, menée par Manuel
Valls en vue de briguer la mairie
de Barcelone devait l’amener
à démissionner du Parlement
français. «Je pense qu’il devrait
démissionner, a-t-elle déclaré sur
France 3. On ne peut pas être élu
de la République française et aller
en même temps mener une
campagne à Barcelone.»
Estrosi cède la tête
de la fédération LR
des Alpes-Maritimes
A la tête de cette fédération
de poids depuis 2002, le maire
de Nice, Christian Estrosi a
annoncé, samedi, dans un
courrier aux militants LR qu’il
ne serait pas candidat à sa propre
succession face à son rival,
le député Éric Ciotti, qui s’est
porté candidat en août.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 17 septembre 2018
POLITIQUE
Marine Le Pen
installe son
duel avec
le chef de l’État
OPPOSITION Un traditionnel « Vive la
France ! », suivi d’un inédit « Vive l’Europe ! ». Une partie de l’assistance n’a pu
s’empêcher de sursauter, ce dimanche,
dans le Forum de Fréjus (Var), en entendant les derniers mots prononcés par
Marine Le Pen, en clôture de son discours
de rentrée. Fini les discours volontiers
europhobes prônant la sortie de l’Union
européenne et la fin de l’euro. À huit mois
des élections européennes, la candidate
malheureuse à la présidentielle de 2017 a
parfait son discours et revu sa stratégie.
« Je veux dénoncer une supercherie :
l’Union européenne, ce n’est pas l’Europe.
C’est une institution qui est dirigée par une
puissance bureaucratique anonyme qui
nuit gravement à l’Europe. Qui prépare sa
destruction en organisant sa subversion
migratoire et sa soumission aux puissances
financière. »
Plutôt que de quitter l’institution tant
honnie, comme elle le proposait lors de la
dernière présidentielle, l’ancienne eurodéputée s’est fixé pour objectif de la
changer de l’intérieur, devant un parterre de plus de 800 élus et militants.
En s’appuyant sur la vague populiste
qui déferle partout en Europe (voir ci-
dessous), Marine Le Pen ambitionne « de
sortir en tête de ces élections et de constituer, avec [ses] alliés, une majorité au Parlement européen » en mai prochain. Une
majorité avec laquelle, promet-elle,
« l’Aquarius n’accostera plus sur les côtes
françaises et où la France redeviendra
maîtresse de ses frontières ».
Cet abandon dans les mots des traditionnelles visées eurosceptiques du parti
au profit d’un discours davantage « altereuropéen », a pu secouer quelques élus
qui avouent « n’avoir jamais rien entendu
de tel ces cinq dernières années ». D’autres
tempèrent, voyant ici « la reprise du
flambeau d’une Europe des nations chère à
de Gaulle ou à Séguin », à l’image de l’élu
régional de Paca Franck Allisio. Voire,
pour Julien Odoul, membre du bureau
national du parti, « un retour au discours
de Jean-Marie Le Pen des années 80 ».
La question européenne n’a pas été la
seule à faire l’objet d’un réajustement
stratégique. En ciblant durement et quasi
exclusivement le président de la République, contrairement à ces derniers mois
où elle préférait concentrer ses attaques
sur Les Républicains et son chef de file,
Laurent Wauquiez, Marine Le Pen semble
YANN COATSALIOU/AFP
Lors de sa rentrée à Fréjus, la présidente
du RN a abandonné ses accents europhobes
pour porter une « autre Europe ».
Marine Le Pen entourée de militants après son discours de rentrée, dimanche à Fréjus.
avoir assimilé les derniers sondages plaçant sa formation au coude-à-coude avec
La République en marche, loin devant les
listes LR ou PS. « Le match est entre Macron et nous désormais, lâche tout sourire
le député du Nord, Sébastien Chenu. Cet
après-midi, Marine a relevé le gant. »
« Emmanuel Macron n’a pas de grande
vision, il tâtonne. Il ne marche plus, il rame.
[…] Dans le costume du chef de l’État, on a
5
quelqu’un qui n’est pas vraiment le chef, de
ce qu’il reste de l’État », griffe la présidente du Rassemblement national, moquant
aussi bien la « fuite en direct du ministre
biodégradable Hulot » que la politique de
la ministre de la Justice « BelloubetTaubira, qui consiste à traiter la délinquance en vidant les prisons et en libérant
les voyous ».
Si les prises de parole d’un représentant du FPÖ autrichien comme de la Ligue italienne en introduction du discours
de la chef du parti à la flamme ont pu partiellement habiller les alliances avec les
« partis frères » européens qu’a appelées
de ses vœux Marine le Pen, reste à l’ancien Front national d’incarner ce « Rassemblement », dont il n’a pour l’heure
que le nom.
Aucune prise de guerre, aucun ralliement venant d’autres pans de l’échiquier
politique n’a finalement été affiché durant cette rentrée. Ni le LR Thierry Mariani, dont les tractations avec le RN sont
connues depuis plusieurs mois, ni son
proche Jean-Paul Garraud, qui suivrait
ses pas, selon L’Opinion. Ce qui n’a pas
empêché la présidente du RN de faire par
deux fois, dans son discours, un hommage appuyé à Hervé Juvin, intellectuel et
professeur d’économie issu de la société
civile, dont le nom circule avec insistance
pour prendre la tête de liste lors des prochaines européennes. « Nous ne sommes
qu’à la rentrée, l’heure n’est pas encore
venue d’abattre nos cartes », justifie Julien
Odoul.
Pour toute surprise, les militants et élus
auront dû se contenter d’un concert en
hommage à Johnny Hallyday, décédé en
décembre dernier. Une façon d’illustrer
la rentrée financière rock’n’roll du Rassemblement national, sans doute. ■
C. S. (ENVOYÉ SPÉCIAL À FRÉJUS)
La vague populiste en Europe
profite-t-elle au RN ?
Charles Sapin
£@csapin
C’EST UN PEU l’éclaircie dans la rentrée
brumeuse du Rassemblement national.
Partout en Europe, les populistes gagnent
du terrain et s’affirment en force politique majeure. Quand ils n’accèdent pas
directement au pouvoir. Une vague
d’envergure, dont personne ne se risque
à prédire les suites, et qui persuade le
parti à la flamme d’être dans le « sens du
vent ». Qu’importent, donc, les ennuis
judiciaires, les difficultés financières ou
les déplacements perturbés. « On n’a jamais vu ça, c’est le grand basculement »,
savoure l’entourage de Marine Le Pen,
qui croit voir en Hongrie, en Pologne, en
Autriche, en Italie autant de signes annonciateurs d’un triomphe du RN. À
commencer lors des prochaines européennes. L’équation est pourtant loin
d’être évidente.
L’état des forces politiques en Europe
permet au Rassemblement national de
viser un objectif autrement plus ambitieux en 2019 que lors des dernières européennes de 2014 : « La possibilité de voir
émerger au sein du Parlement européen
une majorité eurosceptique, ou du moins
une minorité de blocage, pour empêcher les
politiques destructrices de l’Union européenne », se fixe ainsi Marine Le Pen.
« Courir derrière Salvini »
La vitalité de ses alliés permet également
à l’ancien Front national de « démontrer
qu’il n’est pas un parti isolé, comme on l’a
longtemps soutenu, et qu’au contraire, ses
idées sont en vogue. Qu’il a été en quelque
sorte à l’avant-garde du mouvement qui se
lève en Europe », analyse Jérôme Fourquet. Mais pour le directeur du département Opinion de l’Ifop, là s’arrêtent les
bienfaits que peut espérer tirer le RN de la
montée des populismes européens pour
la campagne à venir : « L’effet domino
d’un pays à l’autre n’existe pas. Chaque
élection nationale est liée à un contexte
propre, d’autant plus qu’il n’existe pas véritablement d’homogénéité entre tous ces
partis. Il n’y a pas d’internationale nationaliste. » Ni le Brexit, ni l’élection de Donald Trump aux États-Unis n’auraient
ainsi eu de réels impacts sur la présidentielle française.
Cette vague populiste peut également
avoir ses inconvénients pour le Rassemblement national. Contrairement à 2014,
où Marine Le Pen apparaissait dans toute
l’Europe comme la chef de file des eurosceptiques, la percée d’un Viktor Orban
en Hongrie ou d’un Matteo Salvini en Italie, lui ont fait perdre son leadership.
« On le voit dans le match concerté qui va
durer durant toute la campagne. Il y aura
d’un côté les partisans d’une refondation
de l’Europe emmenés par Macron, et de
l’autre les populistes emmenés par Orban.
Dans ce petit jeu, Marine Le Pen est largement distancée, elle n’a plus qu’à courir
derrière Salvini », analyse un fin connaisseur du Parlement européen qui siège
parmi les souverainistes.
Comme pour drainer un peu de leur
dynamisme, Marine Le Pen ne prononce
plus un discours, ne passe plus une interview, sans louer ses « partis frères »
européens. La Ligue italienne de Matteo
Salvini en tête. Son premier tract de
campagne, bientôt diffusé, exhibe ainsi le
ministre de l’Intérieur avec cette mention : « Partout en Europe, nos idées arrivent au pouvoir. »
Autant d’appels du pied laissés lettre
morte de l’autre côté des Alpes. Après
avoir séché, en mai dernier, la réunion
du Mouvement pour une Europe des nations et des libertés (MENL) – dont font
partie la Ligue et le Rassemblement national - Matteo Salvini n’a pas envoyé un
seul signe public en direction de « son
grand frère » français, le Rassemblement
national. Hormis une poignée de comptes Twitter de cadres RN, qu’il s’est mis à
suivre la semaine dernière.
« C’est un peu normal, il est au pouvoir.
Il a un agenda qui ne lui permet pas de
s’occuper de nous le week-end », veut
croire le porte-parole du RN, Jordan Bardella. Un emploi du temps chargé qui
pourrait être la cause du report du voyage de Marine Le Pen en Italie, initialement prévu en septembre. Désormais
annoncé « avant décembre », celui-ci se
veut « l’occasion de répondre à diverses
invitations de médias italiens ». Reste que
si Marine Le Pen n’y décrochait pas une
photo souvenir avec le nouvel homme
fort de la péninsule, sa « fraternité nationaliste » en prendrait un coup. ■
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DÉCRYPTAGE
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lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Allemagne : les groupuscules néonazis
ne se cachent plus
L’AfD sert
de paravent
respectable
à des réseaux
nationalistes
plus durs.
Manifestation le 7 septembre
à Chemnitz, derrière une
banderole « Nous sommes
le peuple », contre la politique
migratoire d’Angela Merkel.
NICOLAS BAROTTE £@Nicolas Barotte
CORRESPONDANT À BERLIN
ALLEMAGNE Le calme n’est pas revenu à
Chemnitz. Vendredi soir, plus de
3 000 personnes sont descendues une nouvelle fois dans les rues de cette ville de
Saxe, à l’appel du mouvement Pro-Chemnitz, pour dénoncer la politique d’accueil
des migrants en Allemagne. En marge du
cortège, un participant a été contrôlé par la
police pour avoir fait un salut nazi. À l’issue
du défilé, une « milice » autoproclamée
d’une quinzaine de personnes a pris à partie un petit groupe composé d’étrangers.
Un Iranien de 26 ans a été légèrement blessé lors de l’altercation.
En Allemagne, les groupuscules minoritaires d’extrême droite ne se cachent plus.
Après la mort d’un homme de 35 ans à
Chemnitz, fin août, ils se sont précipités
dans les rues pour manifester auprès des
« citoyens en colère ». À Köthen, théâtre
d’un fait divers similaire deux semaines
plus tard, ils étaient là aussi pour scander :
« National et social, maintenant ! » Si le
parti NPD, explicitement néonazi, est en
perte de vitesse, son idéologie n’a pas disparu, pas plus que ses membres, qui gardent le contact via Internet ou lors de
concerts. Dans un rapport de 2017, les
autorités s’inquiétaient de voir les réseaux
d’extrême droite devenir « plus militants ».
Quelque 12 000 personnes « prêtes à la violence » étaient recensées au sein d’un spectre comptant environ 23 000 membres.
droite qui pratiquent le salut nazi « peu ragoûtant ». « Mais qui représente vraiment
une menace pour la paix ? », a-t-il ajouté en
relativisant l’influence de ces groupes
comparée, selon lui, à l’immigration ou la
politique d’Angela Merkel. L’ex-président
du SPD, Martin Schulz, lui a répondu en
exhortant les démocrates « à se défendre »
contre la « rhétorique fasciste de l’AfD ».
Sur le terrain, l’AfD profite des réseaux
d’extrême droite. Ceux-ci ne se réclament
pas de la nostalgie nazie mais d’une idéologie anti-immigration voire nationaliste. Le
chef de file de l’aile radicale du parti, le leader de Thuringe, Björn Höcke, entretient
des contacts avec les mouvements tels que
Pegida, le groupe anti-islam de Dresde. À
Halle, en Saxe-Anhalt, l’AfD a installé un
bureau dans « la maison du mouvement
Accusé d’ambiguïté avec l’AfD, le patron
du renseignement divise la coalition
De Vilnius, où elle se trouvait
vendredi dernier, Angela Merkel
a tenu à dédramatiser l’affaire.
« Aussi importante que soit la
fonction de président du BfV (le
renseignement intérieur), il est aussi
clair que la coalition ne se brisera pas
sur la question du nom du président
d’une autorité subordonnée »,
a-t-elle expliqué. Depuis jeudi, son
gouvernement semble pourtant
tanguer : le SPD réclame la tête
de Hans-Georg Maassen, le patron
du BfV, soupçonné d’ambiguïté avec
le parti populiste AfD. « Il doit partir
et, je vous le dis, il partira », a insisté
la présidente du SPD Andrea Nahles
samedi lors d’un meeting.
Les sociaux-démocrates font monter
la pression alors que le ministre
de l’Intérieur CSU Horst Seehofer,
qui exerce la tutelle sur le BfV,
a exclu de limoger Maassen. Il lui
a réitéré sa confiance. Une réunion
de crise est prévue mardi entre les
trois leaders de la coalition.
N. B.
Face à l’AfD en Bavière, la CSU change de stratégie
« Cela recommence »
La tendance inquiète dans un contexte de
plus en plus explosif. « Cela recommence »,
s’alarme même dans une interview au
Spiegel Sally Perel, un survivant de l’Holocauste. « J’ai connu la même chose enfant
pendant la République de Weimar », poursuit-il. Il se voit « comme un gardien qui
doit prévenir qu’il est dangereux de rester
indifférent ». Même si les groupuscules sont
largement marginaux, « à Chemnitz ou
Köthen on a vu des manifestations d’extrême droite dans leur pire expression », explique un proche d’Angela Merkel. « Il y a
malheureusement toujours eu des manifestations néonazies en Allemagne. Mais ce qui
est nouveau, c’est leur niveau d’organisation et la rapidité avec laquelle ils se mobilisent grâce aux réseaux sociaux », poursuitil en ajoutant : « Il y a aussi un parti qui ne
craint pas de se montrer avec eux. » L’AfD
sert de fait de paravent respectable aux réseaux les plus durs. La radicalisation du
parti « est un sujet d’inquiétude », dit-on.
L’Alternative für Deutschland joue un
double jeu. À la tribune du Bundestag, son
président, Alexander Gauland, s’est voulu
catégorique cette semaine en dénonçant la
minorité « d’idiots » proches de l’extrême
identitaire ». Le mouvement « patriotique » Ein Prozent (un pour cent) s’y retrouve aussi. Les uns et les autres sont surveillés par le renseignement intérieur.
Dans l’ombre, l’idéologue de la nouvelle
droite allemande, Götz Kubitschek, théorise l’absorption des réseaux d’extrême droite par l’AfD. « Si vous voulez empêcher
(d’exister) les petits groupes néonazis locaux, il faut laisser faire l’AfD, tout simplement », confiait-il, il y a quelques semaines.
« Une bonne alternative patriotique et saine
rend superflues les provocations avec des
croix gammées », poursuivait-il. « Les
meilleurs travailleurs sociaux ne sont pas de
gauche mais ce sont les patriotes », assuraitil. Comme si l’attirance pour l’extrême
droite violente était un problème social et
non idéologique. ■
La CSU était
« censée
fermer
le flanc droit
de la politique
allemande.
Cela ne
fonctionne
plus
»
UN MILITANT DE LA CSU
UNE SEMAINE après le meeting de
Beatrix von Storch, Rainer Gross
est encore « indigné ». Quelque
2 000 manifestants de gauche ont
couvert de leurs sifflets le discours
que la députée de l’AfD voulait tenir
à Munich devant une centaine de
sympathisants. Pour Rainer Gross,
candidat de l’Alternative für
Deutschland aux élections régionales de Bavière, cette « haine » montre bien que les opposants de l’AfD
« refusent toute discussion sérieuse ». Directeur financier dans une
banque régionale, il en fait son miel
pour apparaître plus raisonnable
que ses adversaires.
En Bavière, l’AfD veut incarner
une droite radicale mais respectable, loin de « l’humeur révolutionnaire » qui imprègne l’ex-Allemagne de l’Est, selon Rainer Gross.
Les violences de Chemnitz « ne seraient pas possibles dans notre région », assure le candidat.
Le discours local de l’AfD, mêlant
valeurs traditionnelles et respect de
l’ordre, prend auprès d’un électorat bavarois fortement conserva-
teur. Avec 11 % d’intentions de
vote dans le dernier sondage, soit
autant que le SPD, la formation est
en mesure de planter son épine
dans le pied de la CSU, qui règne sur
le Land depuis cinquante ans.
« L’AfD représente les valeurs de la
CSU d’hier et de Franz-Josef
Strauss », dit Rainer Gross, en évoquant la figure tutélaire du parti bavarois qui aurait été « trahie » par
ses héritiers. L’AfD répète ce message sur ses affiches de campagne.
« Batailles internes »
À un mois du scrutin du 14 octobre,
le signal d’alarme a été tiré au sein
de la CSU, qui a tenu son congrès
samedi à Munich. La catastrophe
électorale s’annonce historique :
avec 35 % d’intentions de vote,
contre 47 % en 2013, elle pourrait
obtenir son pire résultat et perdre
sa majorité absolue au parlement
régional. Le parti a donc décidé de
changer radicalement de stratégie.
Après avoir choisi la confrontation avec Angela Merkel sur la politique migratoire, dans l’espoir de
reconquérir les voix perdues
auprès de l’AfD, la CSU modère
désormais ses critiques contre
l’accueil des migrants. Il faut éviter
de perdre aussi des voix au centre.
Samedi matin, le président de la
CSU, Horst Seehofer, n’a pas renouvelé ses attaques contre l’immigration « mère de tous les problèmes ». D’un ton neutre, son
discours a évité les provocations.
Son pouvoir décline dans le parti.
Les assauts répétés contre Angela Merkel ont entamé la crédibilité
de la CSU, qui n’a jamais osé rompre avec la chancelière. Dans les
allées du congrès de Munich, ces
polémiques ont laissé un goût désagréable de « déstabilisation ». « Il
y a eu trop de batailles internes »,
soupire Kristine, qui est venue assister aux discours en dirndl, la
robe traditionnelle. Elle comprend
toutefois ceux qui s’inquiètent de
l’immigration : « À cause des différences culturelles », dit-elle. « La
CSU était censée fermer le flanc
droit de la politique allemande. Cela
ne fonctionne plus », constate de
son côté, Heinz-Klaus, en reprenant la formule lancée à l’époque
par Franz-Josef Strauss.
Face à la brèche ouverte, le véritable leader de la CSU, Markus
Söder, a choisi de passer à l’offensive. À la tribune, le ministre président, candidat à sa propre succession, veut reprendre la main. Il
désigne l’AfD comme l’adversaire.
Les violences de Chemnitz ont
changé la donne. « L’AfD a défilé
avec le NPD (le parti néo-nazi), Pegida (le mouvement anti-islam) et
les hooligans », dénonce-t-il en
accusant l’Alternative für Deutschland de menacer la « stabilité »
de l’État. « Franz-Josef Strauss
aurait combattu cette AfD », assure-t-il déclenchant un tonnerre
d’applaudissements.
Pris en étau entre l’AfD et les
Verts, Markus Söder martèle un
dernier argument : la stabilité de la
région serait en jeu. Sans celle-ci,
dont la CSU serait la garante,
l’équilibre politique national serait
menacé, dit-il. Il lui reste un mois
pour inverser la tendance. ■
N. B.
À Madrid, la guerre des faux diplômes fait rage
MATHIEU DE TAILLAC £@mdetaillac
A
MADRID
ESPAGNE La semaine écoulée a débuté en
Espagne par la démission, mardi dernier,
de la ministre de la Santé, soupçonnée
d’avoir obtenu un master universitaire
sans avoir fourni le travail nécessaire ; elle
s’est terminée vendredi après-midi par la
publication sur Internet de la thèse en économie du président du gouvernement,
Pedro Sánchez, pour tenter de mettre fin
aux accusations de plagiat. Une rentrée
difficile pour l’exécutif socialiste (PSOE),
aux 100 jours de son installation.
Pourtant, le leader de l’opposition, Pablo
Casado, s’est saisi avec retenue de cette
munition parlementaire. Et pour cause : le
président du Parti populaire (PP, droite) est
accusé lui-même d’avoir obtenu son mas-
ter dans des conditions très avantageuses.
Son diplôme est estampillé par l’Institut de
droit public de l’université Rey Juan Carlos, celui-là même qui délivra les diplômes
de la ministre socialiste démissionnaire, et,
avant elle, de la présidente PP de la région
de Madrid, qui finit elle aussi par renoncer
à son poste. Casado n’échappe, pour l’heure, à la mise en examen que grâce à son immunité de député. Seul Albert Rivera, le dirigeant de Ciudadanos (centre libéral),
l’autre grande force d’opposition, s’est saisi de l’affaire avec gourmandise, improvisant une question au gouvernement sur le
sujet, en dépit du règlement de la Chambre. Le lendemain, l’université où il prétend être doctorant lui rétorquait qu’il ne
peut se prévaloir de ce titre.
La publication de la thèse de Pedro Sánchez a désarmé en partie les accusations de
plagiat, versées notamment par le quoti-
JUAN MEDINA/REUTERS
La classe politique espagnole est agitée par des accusations de plagiat ou de triche pour la rédaction de thèses universitaires.
Le premier ministre espagnol, Pedro
Sánchez, a dû publier sa thèse sur Internet
pour calmer les accusations de plagiat.
dien conservateur ABC. Les médias ont
passé le texte au filtre des logiciels spécialisés. Résultat : les quelque 13 % de la thèse
déjà publiés dans des textes antérieurs, soit
sont cités dans la bibliographie, soit correspondent à des articles déjà publiés par le
thésard. Les médias de droite se sont alors
rabattus sur la critique de la qualité du travail. « On peut dire que c’est une thèse médiocre, défendue devant un jury médiocre
dans une université privée médiocre,
convient Pablo Simon, pour sa part docteur en science politique. Et alors ? Cela
n’en fait pas un délit. »
L’accusation sous-jacente, qui court
comme une rumeur indémontrable, est
que Sánchez, qui n’a eu qu’un an pour rédiger sa thèse, n’en serait pas l’auteur véritable, ou exclusif. « Quel est le nègre qui
l’a écrite ? », a ainsi lancé Albert Rivera sur
Twitter, sans la moindre preuve.
Reste une question de fond. Que s’est-il
passé pour qu’un pays dont, il y a peu, les
habitants s’amusaient à dire que leurs politiques prenaient le verbe « dimitir » (démissionner) pour un prénom russe, s’érige
soudainement et comme un seul homme
en un sourcilleux jury universitaire ?
« Sánchez est arrivé au pouvoir par une motion de censure qu’il justifiait par les affaires
de corruption de Rajoy, rappelle le professeur Simon. Le degré d’exigence est donc
supérieur. En outre, nos dirigeants, à qui
l’on demande d’être à la fois excellents et
semblables à leurs électeurs, répondent par
la légitimation technocratique : ils passent
des diplômes pour défendre leur droit à occuper leur poste. » Le politologue observe
« un mouvement de pendule : après une tolérance excessive, nous assistons à une étape
de suspicion extrême, en attendant la phase
de stabilisation ». ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 17 septembre 2018
INTERNATIONAL
7
Rabat éloigne
les migrants
des frontières
de l’UE
En réponse aux pressions de l’Espagne
et de l’Europe, le Maroc procède
à des déplacements vers le centre du pays.
JULIE CHAUDIER £@JulieChaudier
RABAT
MAROC « Hier encore, mercredi 5 septembre, j’ai vu 3 bus stationner devant
la préfecture de police de Tanger. C’est
là qu’ils les rassemblent avant de les
emmener vers le Sud et l’Est », témoigne Karim Chaïri Hourri, avocat et
membre de l’association Rencontres
méditerranéennes pour l’immigration
et le développement.
Depuis plusieurs semaines, le ministère de l’Intérieur marocain organise
dans tout le nord du pays des arrestations massives de migrants issus de
pays subsahariens en situation irrégulière. Les estimations des associations
évoquent 1 800 à 6 000 personnes déplacées depuis le début de l’été.
Arrêtés brutalement dans des campements près de Ceuta et Melilla ou
dans leurs appartements à Tanger et
Nador, hommes et femmes doivent
abandonner leurs affaires. Rassemblés
par centaines, ils montent dans des
cars sans argent et parfois sans téléphone pour être relâchés dans une ville inconnue à des centaines de kilomètres de toute attache, dans le sud, l’est
ou le centre du pays.
« Deux jeunes hommes sont morts, le
31 août, dont un Malien de 16 ans, Mou-
mine Traoré. Ils sont tombés du bus qui
les emmenait à Tiznit, indique Saïd
Tbel, membre de l’Association maroDes migrants se cachent dans les faubourgs de Boukhalef, près de Tanger, pour éviter la police marocaine. FADEL SENNA/AFP
caine des droits de l’homme, ils
auraient voulu sauter en marche pour
un seuil que l’Espagne considère comme
objectifs et pour réclamer plus d’aréviter de trop s’éloigner de Tanger. »
intolérable. Comme l’Espagne reste un
gent à l’Union européenne. Le 6 juillet
Ces arrestations se sont accélérées,
partenaire essentiel du Maroc, Rabat
dernier, le Fonds d’urgence de l’UE
après le renvoi exceptionnel au Maroc,
n’a donc pas voulu aller à jusqu’à la
pour l’Afrique a approuvé un propar l’Espagne, le 23 août, de 116 miYémen : 32 rebelles tués
rupture. Il a opté pour ces déplacements
gramme de 55 millions d’euros pour
grants qui étaient parvenus à franchir
Au moins 32 rebelles ont été tués
forcés massifs dans le but de contenter
aider la Tunisie et le Maroc à assurer la
la veille la frontière de Ceuta en jetant
dans des combats et des raids
ses partenaires européens mais aussi
surveillance des frontières
des sacs remplis d’urine et
aériens ces dernières 24 heures
pour mieux résister à une injonction
de l’Europe.
d’acide sur les agents de la
autour de Hodeïda, la grande ville
bien pire : la création de camps de réGuardia Civil.
portuaire de l’ouest du Yémen,
« Effort financier »
tention de migrants. »
L’Espagne connaît ainsi
ont indiqué dimanche des sources
Si ce n’est pas la première fois que
depuis deux ans une forte
« Je
suis
pleinement
militaires et médicales.
le Maroc recourt à cette option, les
immigration irrégulière
conscient que les besoins
Ces violences ont coïncidé
derniers événements sont exceptionen provenance du Maroc. ont migré en Espagne exprimés par le Maroc exiavec l’arrivée de l’émissaire
nels
par
leur
ampleur.
Ils
semblent
Entre le 1er janvier 2018 et
gent
un
effort
financier
de l’ONU Martin Griffiths
depuis le Maroc
contredire sa politique d’intégration
beaucoup plus important »,
le 31 août, l’Espagne a acdans la capitale, Sanaa.
sur les huit premiers
adoptée
en
2013
dans
un
contexte
de
a
reconnu
Jean-Claude
cueilli plus de 33 000 permois de 2018
Moon à Pyongyang pour
rapprochement avec l’Afrique subsaJuncker, président de la
sonnes contre près de
aider à sortir de l’impasse
harienne.
Commission européenne,
15 000 l’année précédente.
Craignant de mettre à mal ses reladans une lettre à Pedro Sanchez, préLe président sud-coréen, Moon
Avec l’effondrement du nombre de
tions avec les pays du continent, Rabat
sident du gouvernement espagnol, le
Jae-in, est attendu mardi à
passages entre la Libye et l’Italie, l’Esa d’ailleurs pris soin de s’expliquer
31 juillet.
pagne est ainsi redevenue le premier
Pyongyang pour son troisième
auprès de plusieurs ambassadeurs afri« En réalité, le rapport de force entre
pays d’immigration de l’Union eurosommet depuis avril avec le Nordcains, le 31 août. « Le discours était
le Maroc et l’Espagne est nettement
péenne.
Coréen Kim Jong-un, avec pour
clair : pas d’expulsions ; pas de centre
asymétrique : c’est l’Espagne qui fait
Ces flux migratoires font l’objet d’un
objectif d’aider la Corée du Nord
de rétention des migrants ; le Maroc
pression sur le Maroc, estime au
puissant rapport de force entre le Maet les États-Unis à sortir de
n’est le gendarme de personne », insiste
contraire Mehdi Alioua, enseignant
roc et l’Espagne. Le Maroc est régulièl’impasse diplomatique. Moon
Abderrazzak El Hannouchi, chef de
chercheur à Sciences Po Rabat et spérement accusé de faire du chantage à
sera accompagné de plusieurs
cabinet du président du Conseil natiocialiste des migrations au Maroc. Je
l’Espagne en laissant passer plus ou
patrons sud-coréens pour
nal des droits de l’homme. ■
pense que le nombre d’arrivées a atteint
moins de migrants en fonction de ses
ce voyage de trois jours.
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Blanquer : « Priorité au pouvoir d’achat des
Malgré une hausse du budget de l’Éducation nationale, le ministre annonce la suppression de 1 800 postes.
ÉDUCATION Édouard Philippe l’a annoncé : 4 500 postes de fonctionnaires
doivent être supprimés en 2019. Alors
que seuls 1 600 postes ont été supprimés en 2018, il s’agit désormais d’accélérer le mouvement. Seuls ministères
épargnés, l’Intérieur et la Justice, où
seront créés respectivement 2 000 et
1 300 postes. L’enseignement scolaire
ne pouvait être épargné par cette politique, puisqu’il constitue près de la
moitié des effectifs de la fonction publique. Un sujet délicat pour Jean-Michel
Blanquer. Assumer une diminution
d’effectifs alors que le gouvernement
assure régulièrement que l’éducation
est « la première priorité budgétaire »
et qu’il entend « mettre le paquet à
l’école primaire » est malaisé. Le ministre annonce dans l’interview qu’il
accorde au Figaro que 1 800 postes seront finalement supprimés dans son
ministère. Afin de compenser cette
baisse, les chefs d’établissement pourront imposer plus d’heures supplémentaires aux enseignants. Jean-Michel Blanquer réaffirme par ailleurs la
priorité qu’il entend donner à l’école
primaire, dans la continuité de ce qu’il
avait commencé l’an dernier avec la division par deux des classes de CP et de
CE1 en éducation prioritaire. ■
C. B. ET M.-E. P.
« Nous voulons poursuivre le rééquilibrage
en faveur de l’école primaire »
PROPOS RECUEILLIS PAR
CAROLINE BEYER ET MARIE-ESTELLE PECH
£@BeyerCaroline @MariestellPech
LE FIGARO. - Le budget de l’Éducation
nationale devrait augmenter de
850 millions d’euros en 2019, soit 1,7 %.
C’est un peu plus que l’inflation… Estce suffisant pour tenir vos promesses ?
Jean-Michel BLANQUER. - Plus de
850 millions d’euros, hors augmentation
de notre contribution aux pensions de
l’État, c’est, évidemment, dans le
contexte que nous connaissons, extrêmement important. C’est l’une des plus
importantes augmentations au sein de
l’État. Le budget 2019 s’inscrit pourtant
dans un contexte d’effort général de
l’ensemble des pouvoirs publics. Il faut
donc dégager des priorités pour que ces
moyens servent à une amélioration notable du service public. Nous voulons
poursuivre le rééquilibrage en faveur de
l’école primaire. En effet, curieusement,
la France dépense moins que les autres
membres de l’OCDE pour son école et
davantage pour son collège et surtout
son lycée. C’est irrationnel car beaucoup
se joue dans les premières années de la
scolarité. C’est ainsi que nous allons
confirmer la priorité accordée à l’école
primaire, dont une des plus fortes illustrations est l’investissement dans la mesure de dédoublement des classes de CP
et CE1. Elle concernera 300 000 élèves
par an à la rentrée 2019. Une autre grande priorité, c’est l’augmentation du pouvoir d’achat des professeurs. J’ai entamé
le dialogue social sur le sujet. Nous avons
une ambition à l’échelle du quinquennat,
redonner aux professeurs une place centrale dans la société.
Parmi les 4 500 suppressions de postes
prévues en 2019 dans la fonction
publique, combien concerneront
l’Éducation nationale ?
Au global le nombre de postes diminuera de 1 800 l’an prochain, ce qui représente 0,2 % des emplois du ministère. Seuls le second degré et les
services administratifs seront concernés. Le volume d’enseignement sera
évidemment maintenu à travers le recours aux heures supplémentaires. De
plus, les heures supplémentaires seront
exonérées de cotisations salariales,
donc plus rémunératrices pour les professeurs. En cas de nécessité locale une
seconde heure pourra être imposée par
le chef d’établissement comme c’était
le cas avant les années 2000. Par
ailleurs, dans les années à venir, grâce
aux réformes que nous avons lancées à
l’école primaire, les professeurs verront arriver en 6e des élèves maîtrisant
mieux les savoirs fondamentaux. C’est
aussi cela qu’ils attendent.
Ils pourront donc être 35 par classe,
comme c’est souvent le cas en classe de
seconde, sachant qu’une augmentation
démographique est attendue
au collège ?
La réforme du lycée et du baccalauréat
va nous permettre d’organiser différemment les classes. Nous n’aurons plus des
séries littéraires à 15 élèves, et de l’autre
côté, des classes scientifiques à 35. Avec
LE 5/7
MATHILDE
MUNOS
A
Retrouvez le mardi à 6h44
Histoires Politiques avec Marcelo Wesfreid
du quotidien
À SUIVRE SUR TWITTER
#LE57INTER
les cours communs qui occuperont la
moitié du temps des élèves, ces derniers
seront mieux répartis. Il faut aussi déployer une offre d’options rationnelle
dans les établissements. La réforme du
lycée est un exemple typique de meilleure organisation des moyens.
La réforme du lycée va donc vous
permettre de faire des économies ?
Non, elle va nous permettre de faire
mieux, avec des moyens à peu près
comparables. Le mot rationalisation
n’est pas un vilain mot. Aujourd’hui,
tout un chacun peut constater que le lycée pourrait être mieux organisé. Cela
n’est bon pour personne.
Lorsque vous aurez supprimé
tous les postes de professeurs qui ne
sont pas devant élèves, où ferez-vous
des coupes ? L’Éducation nationale doit
contribuer aux 50 000 suppressions
de postes prévues d’ici à 2022
dans la fonction publique…
L’arbre ne monte pas jusqu’au ciel. La
France gagnerait beaucoup en ayant un
débat public qui arrête de se focaliser sur
les créations de postes. On ne peut pas
fonder une politique sur les créations de
postes. Le quinquennat Hollande montre que ce n’est pas une condition de
réussite. Il n’y a jamais eu de corrélation
La mesure de
dédoublement
des classes
de CP et CE1
concernera
300 000 élèves
par an à la
rentrée 2019
»
entre créations de postes d’enseignants
et augmentation du niveau des élèves.
Les vrais sujets sont ailleurs et nous
avons commencé à les traiter.
Quel sort budgétaire réservez-vous
à l’enseignement privé sous contrat ?
Je respecte avec beaucoup de rigueur la
règle de répartition de 80 % pour le public et 20 % pour le privé dans les créations de postes, comme dans les suppressions.
Aurez-vous davantage recours
aux enseignants contractuels, qui
représentent déjà 20 % des effectifs ?
Non. Tout d’abord, il est faux de dire que
les contractuels représentent 20 % des
enseignants : ils n’en représentent que
4 %. Vous incluez dans vos chiffres les
contractuels non professeurs de l’Éducation nationale. Ensuite, la question des
contractuels n’est pas liée au budget,
mais principalement aux difficultés de
recruter dans certaines disciplines.
D’une certaine façon, les créations de
postes, sans amélioration de la capacité à
recruter, n’ont fait qu’amplifier le recours aux contractuels. La création de
postes peut donc contribuer à dégrader
la qualité. C’est un paradoxe du système
auquel nous devons mettre fin.
Qu’allez-vous faire pour moderniser
le management poussiéreux
de l’Éducation nationale ?
Je vous laisse la paternité de cet adjectif.
J’ai été fier de souligner en cette rentrée
la capacité de notre système à être réactif et accompagner, vite et bien, des réformes très importantes comme le dé-
1,7%
doublement des classes ou
la mesure « Devoirs
faits ». Ceci étant, il est
évident que de grandes
modernisations sont encore nécessaires. Nous
voulons développer une
gestion des ressources humaines de proximité pour
mieux accompagner les personnels. La gestion des carrières ne peut pas être purement mécanique. Aucune institution ne pratique les ressources humaines uniquement à
l’aveugle. Notre dialogue
social actuel doit permettre de définir un déroulement de carrière
beaucoup plus personnalisé.
Nous devons favoriser la prise
en compte des responsabilités
portées par un professeur. Auprès
des chefs d’établissement, plusieurs
peuvent être dans des fonctions reconnues quand ils prennent en charge des
sujets comme les langues vivantes, le
numérique…
La progression
du budget
en 2019
50,6
milliards d’euros :
le budget
de l’Éducation
nationale
en 2018
Allez-vous concrètement améliorer
le remplacement des professeurs
absents, qui alarme les parents
à chaque rentrée scolaire,
surtout dans les collèges et lycées ?
Oui, c’est un sujet majeur pour les familles. L’un des enjeux est le remplacement des personnels absents par des
professeurs du même établissement.
Nous voulons aussi travailler sur l’organisation des temps de formation des
enseignants pour les articuler avec les
temps de présence devant les élèves.
Cette articulation fera l’objet de discussions dans le cadre de l’agenda social.
Pourrait-on envisager d’augmenter
les professeurs de maths ?
Cette profession n’attire pas
les étudiants car elle est concurrencée
par des métiers plus rémunérateurs…
Ce n’est pas une piste pertinente que de
vouloir différencier les salaires en fonction des disciplines. Cela nous mettrait
dans des différences systémiques non
souhaitables. En revanche, nous voulons faire un effort sur l’entrée en seconde carrière. Par exemple, un ingénieur qui se reconvertit comme
enseignant, pourrait commencer sa
carrière sur un traitement supérieur à
celui d’un professeur débutant. L’autre
enjeu est d’augmenter le nombre
d’étudiants dans les filières mathématiques : c’est le sens du rapport Villani.
Une partie de la rémunération
des professeurs de l’éducation
prioritaire renforcée (REP+)
comportera à l’avenir une part
de variable. Cette petite révolution
d’une rétribution au mérite pourraitelle devenir un principe général ?
La prime REP+ (3 000 euros annuels
supplémentaires, NDLR) est un bon
exemple d’évolution gagnante pour
tout le monde. Elle permet d’améliorer
le pouvoir d’achat des professeurs et de
rendre plus attractive l’éducation prioritaire. Nous travaillons sur les critères
d’attribution d’une partie de cette prime car nous souhaitons déboucher sur
une éducation prioritaire qui, au lieu
d’indemniser la difficulté, stimule la
réussite. Cela va de pair avec des
contrats d’objectifs permettant de progresser. Quand l’équipe éducative y arrive, elle est récompensée par des droits
de mutation plus forts, une prime plus
importante… L’argent accordé par
l’État à l’éducation prioritaire ne doit
pas être dépensé pour pérenniser des
situations, mais pour les améliorer. ■
Jean-Michel Blanquer,
jeudi dernier à Paris.
FRANÇOIS BOUCHON/
LE FIGARO
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 17 septembre 2018
SOCIÉTÉ
professeurs »
« Optimisation », « rationalisation » : une
volonté politique qui refroidit les syndicats
À QUELLE SAUCE seront mangés les
enseignants en cette période de restriction budgétaire qui prévoit, d’ici à 2022,
la suppression de 50 000 postes de
fonctionnaires ?
Inquiets, les syndicats d’enseignants
sont agacés par un dialogue social jugé
factice et les annonces savamment distillées dans les médias par Jean-Michel
Blanquer. Ils préparent aussi, il faut le
dire, leurs élections professionnelles qui
se tiendront en décembre.
Dans le même temps, la popularité du
ministre de l’Éducation auprès du grand
public progresse de sept points par rapport au mois de juillet, soit 34 % d’opinions favorables, selon un classement des
personnalités politiques publié le 11 septembre dans Paris Match. Étonnamment,
il gagne davantage de points à gauche
(+ 15 points, soit 30 % d’opinions favorables) qu’à droite (- 1 point, soit 38 %).
«On ne peut pas dire qu’il n’y a pas de
réunions. Nous en avons au contraire
une quantité ! Mais nous n’avons pas de
discussion », explique Frédérique Rolet, secrétaire général du Snes. Le syndicat majoritaire du second degré a
lancé début septembre l’opération
« vérité sur la rentrée » et aligne les
chiffres : 26 000 élèves supplémentaires dans les collèges et lycées,
2 600 professeurs stagiaires en moins
par rapport à la rentrée précédente et
79 % des classes de lycée comportant
plus de 30 élèves.
Sûr de lui, Jean-Michel Blanquer
poursuit la voie tracée par Emmanuel Macron, qui rencontre souvent ses convictions.
881 400
Nombre
d’enseignants
en France
L’inquiétante augmentation
des contractuels
ILS REPRÉSENTENT aujourd’hui 20 % ques et l’anglais, filières qui peuvent
des effectifs de l’Éducation nationale. mener à des emplois plus rémunéraEnseignants, assistants d’éducation et teurs que le métier d’enseignant, sont
accompagnants d’élèves handicapés, les particulièrement concernés.
contractuels sont généralement recruÀ l’école primaire, où le recrutetés dans l’urgence, après un simment se fait par académie, Versailles, Créteil et Amiens
ple entretien au rectorat…
enregistrent les plus
Dans un rapport publié
forts taux. En Seineen juin dernier, la Cour
Saint-Denis, départedes comptes faisait état
ment populaire fui
d’un recours massif et
par les enseignants,
croissant à ces peron compte 14 % de
sonnels. Ils sont pascontractuels.
sés de 40 000 en 2009
Le coût du recours
à 203 000 en 2017. Des
Pour la Cour des
aux contractuels
profils dont « la forcomptes, « l’ampleur
pour l’année scolaire
mation est incontestade leur croissance est la
2016-2017
blement un point déconséquence de l’absence
faillant », insistent les sages
de réformes structurelles »
de la rue Cambon.
pour transformer le métier. Ce
L’augmentation de ces contractuels recours aux contractuels s’est intensiest inversement proportionnelle à la fié avec les 54 000 emplois de profesbaisse d’attractivité du métier. Dans seurs créés sous le quinquennat de
les collèges et lycées, les mathémati- François Hollande. ■
C. B.
3,7
milliards
“
Mutualiser l’offre
par bassin d’options,
on sait ce que cela signifie :
l’offre sera très variable
d’un établissement
à un autre
”
FRÉDÉRIQUE ROLET,
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU SNES
Le changement qui arrivera dès l’an
prochain dans les classes de première
sonnera la fin des séries. Les élèves suivront des enseignements communs et
choisiront en parallèle des spécialités.
Un vrai lycée à la carte ?
Les organisations syndicales en doutent et y voient plutôt un moyen de réduire les coûts. « Totalement démagogique ! s’insurge Frédérique Rolet, au
Snes. Quand on nous explique que l’on va
mutualiser l’offre par bassin d’options,
on sait ce que cela signifie : l’offre sera
très variable d’un établissement à un
autre. » En 2015, un rapport de la Cour
des comptes constatait la prolifération
des options au bac. Il relevait que 58
langues vivantes pouvaient être passées
lors de l’examen du baccalauréat, dont
20 choisies par moins de 50 élèves.
Autre sujet de discorde : le projet de
réforme du baccalauréat professionnel
qui prévoit une diminution des horaires
des élèves et, là encore, une « rationalisation » de l’offre, avec le regroupement de spécialités par grandes familles
de métiers. L’intersyndicale constituée
cet été, qui va du Snes au Snalc en passant par SUD-éducation, appelle à la
grève le 27 septembre.
Cette année, le ministre promet
d’avancer sur le sujet de l’évaluation des
élèves mais aussi des établissements.
Avec, en toile de fond, l’autonomie accrue de ces derniers. Des sujets qui passent très mal dans le monde enseignant
français. Les promesses de Jean-Michel
Blanquer pour revaloriser le métier et accroître le pouvoir d’achat des professeurs
peuvent-elles faire passer la pilule ? D’ici
à trois ans, les enseignants de l’éducation
prioritaire renforcée (Rep +) toucheront
une prime de 3 000 euros supplémentaires, dont une partie sera assujettie aux
performances de l’établissement. Fin
août, le premier ministre a annoncé la fin
des cotisations salariales sur les heures
supplémentaires au 1er septembre 2019.
Autant de mesures qui introduisent une
dose de libéralisme et qui rompent avec
la logique ancestrale d’avancement mécanique, au point, dans la carrière. ■ C. B.
Avec les heures supplémentaires, le retour
du « travailler plus pour gagner plus »
POUR COMPENSER les 1 800 suppressions de postes prévues en 2019 dans
l’Éducation nationale, Jean-Michel
Blanquer compte sur une augmentation des heures supplémentaires des
professeurs.
Il s’agit en quelque sorte du retour du
« travailler plus pour gagner plus » de
Nicolas Sarkozy, mis en place entre 2007 et 2012. Mais en plus « light »…
Le chef d’établissement pourra à
nouveau, comme en 1999, imposer
deux heures supplémentaires aux enseignants s’il en a besoin, contre une
heure actuellement. Davantage de
coercition donc. Mais les heures supplémentaires, exonérées de cotisations
salariales comme l’avait promis Emmanuel Macron pendant sa campagne,
seront par ailleurs plus rémunératrices… Et donc plus attractives, espère le
gouvernement.
Édouard Philippe a récemment détaillé cette suppression de charges sur
les heures supplémentaires (rétablie
par François Hollande en 2012) afin
que « les Français puissent revenir vers
le travail, que ce travail paie, et qu’il
paie de mieux en mieux ».
Les heures supplémentaires des enseignants (ici une classe de terminale à Lille),
exonérées de cotisations salariales, seront par ailleurs plus rémunératrices…
Et donc plus attractives, espère le gouvernement. FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Les dédoublements de classes en CP
et CE1, promesse présidentielle phare,
absorberont une bonne partie de l’augmentation budgétaire 2019. Priorité au
primaire, martèle le ministre, comme
tant d’autres l’ont fait avant lui. « Optimisation », « rationalisation », « autonomie », ajoute-t-il… Des mots récurrents, parfaitement assumés en cette
rentrée, qui agitent le monde syndical,
y compris parmi les organisations soutenant ses orientations pédagogiques,
avec le retour aux fondamentaux. Parmi
les inquiétudes communes, l’avenir de
la réforme du lycée et du baccalauréat.
Le coût de la mesure
version Macron
est estimé à 2 milliards
d’euros
La mesure sur les heures supplémentaires avait coûté près de 5 milliards d’euros par an pendant le quinquennat Sarkozy. Le coût de la mesure
à la sauce Macron est quant à lui estimé
à 2 milliards d’euros. Un professeur
certifié qui assure une heure supplémentaire sur les dix mois d’année scolaire économisera ainsi 131,80 euros.
S’il en assume deux, il économisera
241,60 euros par an et ainsi de suite,
selon les calculs de Toufic Kayal, viceprésident du Snalc, syndicat d’enseignants du secondaire.
Mieux payés, les professeurs agrégés seront davantage gagnants.
« Avec cette mesure, une partie des
collègues auront une petite augmentation de leur pouvoir d’achat », reconnaît le syndicaliste. Soit environ la
moitié des enseignants du secondaire
(collège et lycée) qui effectuent des
heures supplémentaires. En moyenne, une heure et demie tous les ans.
Le syndicaliste rappelle toutefois que
le « travailler plus pour gagner plus »
de Nicolas Sarkozy avait en plus une
dimension fiscale, puisque les heures
supplémentaires étaient défiscalisées.
Les enseignants – comme les salariés - y gagnaient donc beaucoup plus
puisqu’ils ne payaient ni cotisations
ni impôts sur ce travail supplémentaire.
Jusqu’en 2013, on a assisté à une
augmentation des heures supplémentaires pour compenser la baisse du
nombre d’enseignants enregistrée entre 2002 et 2012, liée notamment à la
mise en œuvre du principe mis en place à l’époque de Nicolas Sarkozy de
non-remplacement d’un départ sur
deux à la retraite.
La réduction des heures avait été
« partiellement reportée sur les enseignants en place, sollicités pour faire
davantage d’heures supplémentaires », rappelait Gérard Longuet, en
2016, dans un rapport sénatorial
consacré aux heures supplémentaires
des enseignants.
Très largement répandues parmi les
enseignants du secondaire, ces heures
représentent souvent « un complément de rémunération dont le montant
peut être significatif », remarquait-il à
l’époque.
L’accroissement des heures supplémentaires – 1 milliard d’euros par an - a
aussi permis de combler les centaines de
postes d’enseignant non pourvus aux
concours pendant le quinquennat de
François Hollande, faute de candidats
en nombre suffisant. Elles constituent
un « élément de souplesse indispensable » alors que la durée hebdomadaire
d’enseignement des professeurs est
toujours la même depuis près de soixante-dix ans : quinze heures pour les agrégés, dix-huit heures pour les certifiés et
entre huit heures et onze heures pour
les professeurs en classe préparatoire
aux grandes écoles… ■
M.-E. P.
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Fait et rédigé à Lisieux par Maître Marie-Claude PIRO-VINAS, Avocat à LISIEUX, le 3 septembre 2018.
A
L’intersyndicale constituée cet été, qui va du Snes
au Snalc en passant par SUD-éducation, appelle
à la grève le 27 septembre. NICOLAS TAVERNIER/REA
9
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lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
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SOCIÉTÉ
Tariq Ramadan
fait face
à un second
front judiciaire
« rapports fougueux, de domination »,
notamment avec une troisième accusatrice, Mounia, apparue en mars. Cette
dernière dénonce neuf viols en France, à
Londres et à Bruxelles, entre 2013 et 2014.
Le théologien n’a pas encore été interrogé
ni mis en examen dans ce volet, où il est
placé sous le statut de témoin assisté.
Un « fonctionnaire assermenté »
La justice suisse a ouvert une enquête pour
viol à l’encontre du prédicateur, qui doit
rencontrer, mardi à Paris, une accusatrice.
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
JUSTICE Après sept mois d’incarcération
pour des accusations de viols qu’il nie, il
espère obtenir sa remise en liberté. Le
prédicateur suisse Tariq Ramadan sera
confronté, pour la deuxième fois mardi, à
celle qui se fait appeler « Christelle », sa
deuxième accusatrice. La défense du
théologien de 56 ans, atteint d’une sclérose en plaques, entend déposer, dès la
fin de cette rencontre, une troisième demande de mise en liberté. Mais au même
moment, un second front judiciaire se
précise en Suisse : après la plainte pour
viol d’une quatrième femme, « Brigitte », le ministère public genevois vient
d’ouvrir une instruction, révèle ce dimanche la Tribune de Genève. Une demande d’entraide entre les deux pays devrait être prochainement formulée.
« Nous n’avions jamais vu les proches de
Tariq Ramadan s’activer autant dans les
médias depuis quinze jours, parfois de manière comminatoire », relève Me Éric Morain, l’avocat de « Christelle ». « Ils devaient s’y attendre en tentant d’allumer
des contre-feux ».
Lors d’une première confrontation
avec « Christelle », en garde à vue, le
1er février, le théologien controversé
avait seulement admis un « jeu de séduction ». Il avait déclaré l’avoir rencontrée
20 à 30 minutes dans le hall d’un hôtel de
Lyon le 10 octobre 2009, tandis que cette
jeune femme handicapée affirme y avoir
été violée, la veille, avec une rare violence. « Christelle » avait également décrit
aux enquêteurs la cicatrice que Tariq Ramadan porte à l’aine. Pour la défense cependant, cet élément, qui avait pesé dans
la décision d’incarcération, aurait pu être
obtenu par une éventuelle « collusion »
des plaignantes avec d’anciennes maîtresses de Ramadan. Son avocat, Me Em-
Tariq Ramadan, fin 2017, à Nantes.
NOTARIANNI LAETITIA/ABACA
manuel Marsigny - qui n’a pas répondu
au Figaro -, a aussi fourni aux enquêteurs
une photo qui montrerait selon lui
« Christelle » assistant à la conférence
que le prédicateur avait donnée le soir
même des faits dénoncés. Mais la femme
de la photo, balaie Me Morain, n’a « rien à
voir physiquement avec la plaignante, qui
portait le voile à l’époque ».
En juin, Tariq Ramadan a reconnu,
pour la première fois, plusieurs relations
extraconjugales « consenties » et des
Cette deuxième confrontation avec
« Christelle » était à l’origine prévue le
18 juillet, mais avait dû être reportée en
raison de « difficultés de santé » rencontrées par la plaignante. Une expertise
médicale, réclamée par la défense,
confirme que « son état de santé était incompatible avec sa présence » ce jour-là.
« L’enjeu est moindre que lors de la première confrontation, où Tariq Ramadan
était à l’aveugle sur le dossier, commente
Me Morain. Ma cliente reste déterminée,
d’autant plus après avoir été accusée à tort
d’avoir repoussé de manière infondée la
confrontation de juillet. »
Le 19 juillet, c’est à Henda Ayari, dont
la plainte avait lancé l’affaire, en octobre
dernier, que l’islamologue avait été
confronté, pour la première fois. Mais
l’ancienne salafiste, avait fustigé la défense de Ramadan, n’avait pas su donner la
date exacte des faits présumés. Ses accusations avaient en outre été décrédibilisées par un « fonctionnaire assermenté »,
qui avait affirmé avoir été menacé par
Henda Ayari, en mars 2013, d’une plainte
pour viol. « C’est au contraire lui qui m’a
harcelée ! », s’offusquait la militante laïque, qui avait déposé plainte pour « dénonciation calomnieuse ». Aujourd’hui,
c’est la probité du témoin lui-même qui
est mise à mal… Selon les informations de
Paris Normandie, confirmées de source
policière, Djamel B., un ancien douanier,
vient d’être condamné à dix mois de prison ferme pour faux et sera renvoyé à la
cour d’assises dans deux dossiers : une affaire de viol et une autre de séquestration
et d’extorsion de fonds. ■
Nantes se divise sur l’accueil des migrants
Situé au cœur de la ville, le square Daviais est occupé par 600 étrangers. La préfète incite la maire à en demander l’évacuation.
THIBAULT DUMAS £@dumasthib
NANTES
IMMIGRATION Sous les arbres du parc des
Chantiers, où déambule le fameux Grand
Éléphant de Nantes, de jeunes migrants
attendent. Parmi eux, Driss, qui se présente comme un Ivoirien de 16 ans : « On
vient ici, par ce qu’au squat où je suis ou au
square [Daviais] il n’y a pas d’électricité. »
Alors ils chargent leurs téléphones sur des
prises électriques prévues à l’origine pour
les événements en plein air.
Sans parents, Driss est arrivé à Nantes
il y a six mois, après un périple qui l’a fait
traverser le Maroc et l’Espagne. En attendant d’être reconnu comme mineur isolé
par le juge des enfants, il dort dans l’exmaison de retraite de Bréa. Une centaine
d’Ivoiriens, de Guinéens, de Tunisiens
vivent comme lui dans ce qui est désormais un centre d’accueil et d’hébergement d’urgence ouvert par la Mairie et
dont l’accès est régulé par des vigiles. En
mai, ils étaient 500.
Selon Nicole Klein, la préfète de LoireAtlantique, ils sont aujourd’hui « 400 à
vivre à droite ou à gauche, majoritaire-
ment dans des squats », ce qui s’ajoute,
précise-t-elle, aux 600 migrants, principalement d’origine subsaharienne, qui
se sont agglomérés depuis trois mois
dans et autour du square Daviais, en
plein cœur de Nantes. La ville est, avec
Calais, la seule en dehors de Paris à abri-
ter un tel campement. C’est pourquoi
Nicole Klein juge désormais que « les
Nantais, aussi tolérants soient-ils, ne
peuvent plus le supporter ». Elle appelle
Johanna Rolland, la maire, à demander
une nouvelle évacuation du campement.
Le 23 juillet dernier, la préfète avait déjà
Le campement autour du square Daviais, début septembre, à Nantes.
MAHE/REUTERS
usé de son pouvoir de substitution pour
ordonner une première expulsion.
« Symbole du laxisme »
Conciliante jusqu’ici, l’opposition LRUDI monte aussi au front et qualifie la situation dans le square de « honte de Nantes ». « Notre ville est devenue le symbole
du laxisme et du laisser-aller des pouvoirs
publics, de NDDL aux émeutes urbaines,
dénonce sa chef de file, Laurence Garnier, vice-présidente de la région Pays de
la Loire. La priorité est de réunir autour de
la table tous les acteurs – associations,
État, collectivités - pour mettre à l’abri ces
migrants avant la fin de l’été ».
Johanna Rolland « suit le dossier en direct, en agissant au-delà de la compétence
légale de la ville (kits d’hygiène, aide alimentaire, à l’hébergement et au transport) », selon son cabinet. Elle renvoie
encore une fois l’État à ses responsabilités
sur les places d’accueil. Mise sous pression par l’aile écologiste de sa majorité,
elle doit aussi composer avec l’élan de solidarité d’une partie des Nantais. Quasiment 10 000 d’entre eux ont signé une
pétition « pour une politique d’accueil et
d’asile des réfugiés digne de la France »
À Lille, les lycéens drogués au gaz hilarant
Vendu par petites cartouches, le protoxyde d’azote est utilisé pour les siphons de crème Chantilly.
Son usage, détourné, n’est pas totalement anodin.
MADELINE VATEL £@Vatelm
A
LILLE
DROGUE Dans la métropole de Lille, de
petites capsules grises jonchent en
quantité les caniveaux, et la rentrée n’a
rien arrangé. « Ce sont surtout les collégiens qui en consomment, c’est pour
s’amuser. Mais ça n’a rien à voir avec le
joint », affirme Romain, habillé tout en
noir, en train de fumer tout en ramassant ces capsules de six centimètres
usagées. « Pour moi, ce n’est pas de la
drogue », estime le lycéen.
Autour de lui, tous savent comment
ça fonctionne : la cartouche de protoxyde d’azote est percée dans un ballon de baudruche, puis inhalée jusqu’au
fou rire. « C’est un gaz hilarant qui existait déjà dans les rave partys des années
1990. La grande différence, c’est qu’il est
aujourd’hui consommé par des adolescents de 12-16 ans, qui font leurs premières expériences de psychotropes, et le
font dans un espace public », explique
Sébastien Lose, chercheur auprès de
l’Observatoire français des drogues et
des toxicomanies (OFDT) à Lille. Les
grandes bonbonnes de gaz utilisées collectivement dans les soirées techno et,
à l’origine, réservées aux hôpitaux pour
un usage d’anesthésiant ou aux chantiers, ont laissé place à ces petites capsules individuelles, démarrées avec un
cracker qui tient dans la poche. Vendues entre 40 et 80 centimes l’unité, elles se taxent comme les cigarettes à celui qui a acheté le paquet.
Les grandes surfaces les vendent légalement pour les typhons de crème
Chantilly, par six au rayon cuisine. Mais
dans le quartier de Wazemmes, au sud
de Lille, les adolescents connaissent de
rares bars et épiceries qui en proposent… avec, derrière le comptoir, des
ballons de baudruche à l’unité. « C’est
cher, mais c’est pour faire de bons gâteaux » ironise l’un des commerçants,
dont l’adresse circule dans le quartier.
Les parents ignorent les risques
À Villeneuve-d’Ascq, ville de la métropole lilloise comptant près de 65 000
habitants, les élus en charge de la santé
et de la prévention jeunesse se sont saisis de la question. Ils préparent actuellement un flyer pour alerter les parents,
qui ignorent les risques et parfois l’usage même de ces cartouches. « L’effet
euphorisant dure moins d’une minute
mais il attaque la santé », rappelle Perrine Detricourt, éducatrice spécialisée
qui reçoit en consultation les jeunes
consommateurs de drogues au sein du
centre de soin d’accompagnement et de
prévention en addictologie (Capsa),
centre qui va préparer le flyer de prévention.
Dans ce petit local d’Armentières,
elle reconnaît le flou face à cette défonce à la mode, et accueille pour l’instant
surtout ceux que les parents veulent
décrocher des jeux vidéo. « Les citoyens
doivent être informés qu’il faut rester vigilant sur cette consommation de gaz,
associé aux débuts de soirée festifs ou au
groupe de copains après les cours. Attention, ça ne s’arrête pas à cinq minutes
de délire, l’effet du N2O peut être dévastateur s’il est prolongé ou répété », alerte-t-elle. D’autant, rappelle-t-elle,
qu’il peut conduire à la prise de polystupéfiants. ■
lancée par des habitants de la ville choqué
par la situation square Daviais.
Non loin de là, sur la devanture d’un
bar désaffecté, une banderole a été attachée et indique : « À l’Autre Cantine ».
Ici, une trentaine de personnes prépare
puis distribue chaque jour 500 repas. Et
ce, expliquent ces bénévoles, pour suppléer « à l’inaction des pouvoirs publics ».
Un maraîcher bio a livré une tonne de
pommes de terre dans la semaine : les
dons affluent au local de l’association, qui
a ouvert ses portes début juillet. « Les migrants ont faim. Nous leur donnons le seul
repas qu’ils mangent chaque jour, témoigne Emmanuel, un bénévole, tout en
triant des fruits et des légumes. Alors on
essaye de faire du consistant et du bon,
dans la mesure du possible. »
Mais jusqu’à quand ? « On devait fermer
bientôt, mais tant qu’il n’y a pas de relogement, on continue », poursuit-il. Vendredi, des élus ruraux réunis sous la bannière
Territoires 44 ont lancé un appel à tous les
maires de Loire-Atlantique pour les inciter à accueillir des migrants : « Nous
avons un devoir de fraternité à exercer »,
affirment-ils. Une dizaine de communes
ont déjà répondu favorablement. ■
EN BREF
Un chauffeur de bus visé par
une procédure disciplinaire
après avoir giflé un collégien
Un chauffeur de bus de la RATP
va passer en conseil disciplinaire
pour avoir giflé un collégien
qui l’avait insulté.
Marseille : braquage raté
au marché aux puces,
quatre blessés légers
Un braquage a mal tourné samedi
soir sur un marché aux puces d’un
quartier sensible de Marseille,
avec pour bilan un des braqueurs
tabassé par des passants, le butin
pillé et quatre blessés légers.
Pédophilie : le Vatican
prive un prêtre chilien
de son sacerdoce
Le Vatican a privé de son
sacerdoce le prêtre chilien
Cristian Precht, soupçonné
d’avoir dissimulé des faits de
pédophilie, et déjà sanctionné
en 2012 pour conduite abusive
envers des mineurs.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 17 septembre 2018
SANTÉ
11
DOSSIER
PSYCHO
INFECTIONS
BUCCO-DENTAIRES : PRIORITÉ
À LA PRÉVENTION PAGE 12
QU’EST-CE QU’UN BON
PSYCHOTHÉRAPEUTE ?
PAGE 14
Digestion : les probiotiques
sont-ils efficaces ?
Deux études sèment le doute sur la capacité de ces bactéries à rééquilibrer la flore
intestinale, même si elles sont bénéfiques lors de la prise d’antibiotiques.
Vue microscopique de bactéries probiotiques contenues dans le kéfir, une boisson au lait fermenté connue pour améliorer la digestion.
DELPHINE CHAYET £@DelChayet
MICROBIOTE Comment se comportent les probiotiques au contact de
notre flore intestinale ? Ces organismes
vivants, levures ou bactéries, sont souvent recommandés pour prévenir les
désordres intestinaux pendant un traitement antibiotique. On les consomme
aussi, sous forme de complément alimentaire en vente libre ou dans certains
yaourts, avec l’idée de rééquilibrer le
microbiote (les milliards de bactéries
qui peuplent le tube digestif) et de
« booster » le système immunitaire.
Mais leurs mécanismes d’action sont finalement mal connus, et leur efficacité
encore controversée.
Or deux études publiées la semaine
dernière dans une des revues scientifiques les plus prestigieuses, Cell, ont jeté
le trouble. Conduit par une équipe de
renom de l’Institut Weizmann, en Israël, ce travail de recherche fondamentale remet en question la capacité des
probiotiques à s’implanter dans le microbiote humain et à le modifier durablement.
Au moyen d’outils sophistiqués de
séquençage à haut débit, les chercheurs
ont examiné la présence, dans plusieurs
régions de l’intestin, d’un cocktail de
onze bactéries qu’ils ont administré à
des sujets sains. Ils observent des réponses différentes selon les personnes,
certaines tolérant les probiotiques de
façon transitoire, tandis que d’autres les
rejettent immédiatement. « Chez ces
derniers, les bactéries déjà présentes
dans le tube digestif ont formé une barrière qui a empêché la greffe des organismes étrangers », analyse l’immunologiste Eran Elinav, auteur principal de
l’article.
L’enseignement à en tirer est clair,
selon lui : « Les probiotiques ne devraient pas être donnés universellement,
à l’aveugle, mais de façon ciblée et
adaptée à chaque individu. C’est sur cette approche personnalisée que la recherche doit maintenant se concentrer. »
Dans leur deuxième étude, les scien-
tifiques examinent le comportement
des probiotiques, cette fois dans un environnement dévasté par un traitement
antibiotique. Là, les bactéries étrangères ont bien réussi à coloniser le tube digestif. Problème, leur installation semble perturber et retarder le retour de la
flore intestinale originelle.
“
Ce n’est pas parce
que les bactéries ne
s’installent pas dans le
tube digestif qu’elles n’ont
pas d’effet sur la santé
FRANÇOIS LEULIER,
DIRECTEUR DE RECHERCHE AU CNRS
”
Ces publications, et plus encore les
articles présentant leurs résultats dans
la presse britannique, ont créé l’émoi
dans la communauté scientifique. Tout
en saluant « un travail de grande qualité », François Leulier, directeur de recherche au CNRS, invite à ne pas se
tromper dans l’interprétation des résultats : « L’étude contredit l’idée, lar-
gement répandue dans le grand public,
selon laquelle les probiotiques serviraient
à régénérer la flore intestinale, ou à l’enrichir à long terme. Ce n’est apparemment pas le cas, dit-il. Mais ce n’est pas
parce que les bactéries ne s’installent pas
dans le tube digestif qu’elles n’ont pas
d’effet sur la santé, même si ce dernier est
transitoire. »
De fait, l’étude israélienne ne s’intéresse pas aux effets des probiotiques sur
la santé des participants. Or leurs bénéfices ont été démontrés dans plusieurs
indications, notamment dans la prévention des désordres intestinaux liés à
un traitement antibiotique. Leur
consommation est associée à une diminution de 60 % du risque de diarrhée, a
conclu une revue de la littérature en
2017. « Deux probiotiques (la bactérie
Lactobacillus gg et un champignon, Saccharomyces boulardii) sont recommandés par les sociétés savantes pour prévenir la diarrhée liée aux antibiotiques,
confirme le Pr Harry Sokol, gastro-entérologue à l’hôpital Saint-Antoine.
Mais, à l’inverse de l’expérience israélienne, il faut les prendre en même temps
SPL/PHANIE
que les antibiotiques, avant que le microbiote naturel n’ait été endommagé. »
Selon une étude publiée en 2018, certains probiotiques ont aussi montré un
effet positif pour lutter contre les diarrhées provoquées par le rotavirus, le
syndrome de l’intestin irritable et les
allergies alimentaires. De nombreuses
autres recherches portant sur l’obésité
ou le diabète suscitent l’espoir.
Directrice de recherche à l’Institut
Pasteur de Lille, Corinne Grangette relativise la portée de l’étude et souligne
que le cocktail testé ne fait pas partie de
ceux qui ont fait leur preuve contre la
diarrhée. Il est impossible, selon elle, de
tirer des leçons applicables à tous les
probiotiques. « On sait que deux souches, y compris de la même espèce, peuvent avoir des effets très différents. »
Le Pr Sokol, lui, insiste sur la nécessité
de mieux informer le grand public.
« Les probiotiques sont souvent présentés comme le remède miracle à tous les
maux. Or il est essentiel de les examiner
sous un angle scientifique pour utiliser
ceux qui ont fait la preuve de leur efficacité et rejeter les autres. » ■
Les secrets
de la vision
nocturne
NEUROLOGIE Les changements au
sein du système de la vision accompagnant le passage de la lumière du soleil à
celle des étoiles ou de la lune sont bien plus
complexes qu’on ne le croyait. D’après les
travaux d’une équipe de chercheurs de la
Duke University (Caroline du Nord), menée
par Greg Field, « pour passer de la lumière
à l’obscurité, la rétine doit modifier à la fois
sa structure et sa façon de fonctionner »
(travaux publiés dans la revue Neuron).
La rétine contient des cellules photosensibles de deux types, dites à cônes
(5 millions) et à bâtonnets (120 millions).
Elles contiennent des pigments photosensibles, c’est-à-dire qui vont déclencher
une réaction sous l’action des photons, ces
petits grains de lumière. Les cellules à cônes assurent principalement la vision diurne. Contrairement aux bâtonnets, elles
possèdent trois types de pigments et
permettent la vision en couleur. Les bâtonnets, eux, en association avec les cônes interviennent dans la vision crépusculaire, et les bâtonnets seuls dans la vision
nocturne.
Parmi ces bâtonnets, certains sont
spécialisés dans la détection des mouvements. Quelque 4 % des bâtonnets le sont
chez l’homme, contre 20 à 30 % chez les
rongeurs, par exemple. Il est important
pour les animaux et leur survie, surtout la
nuit, de pouvoir détecter des objets ou des
corps en mouvement. C’est pour cela que
parmi les bâtonnets à détection de mouvement, il existe quatre types de cellules,
chacun répondant à un mouvement vers
le haut, le bas, la droite ou la gauche. Toutes ces cellules photosensibles sont reliées à des neurones qui vont, pour leur
part, transmettre ces signaux au cerveau.
En travaillant sur des rétines de souris
spécialement équipées pour cartographier
son activité électrique, les chercheurs se
sont aperçus que, lorsque la lumière est
vraiment très faible, les cellules spécialisées dans les mouvements ascendants
prenaient le pas sur les autres et qu’elles
signalaient toutes les types de mouvements. « Nous avons donc appris que de
larges populations de neurones de la rétine pouvaient adapter leur fonctionnement
en fonction des conditions de luminosité »,
estime Greg Field. Il suppose que les cellules spécialisées dans le mouvement ascendant deviennent généralistes parce
que c’est le mouvement le plus important
pour qu’une proie puisse échapper à un
prédateur. Seule une étude plus complète
des réseaux de neurones et des cellules
amacrines, des neurones régulateurs de la
vision, pourrait apporter des réponses.
JEAN-LUC NOTHIAS
+@ SUR LE WEB
» Le stress post-traumatique
dangereux pour le cœur
» Méningite de l’enfant :
un quart des décès seraient
évités avec la vaccination
» Dons de plasma : la moitié
des machines françaises mises
à l’arrêt après des incidents
Des laitages pas si mauvais pour le cœur
Leur consommation modérée est associée à un risque réduit de maladies cardio-vasculaires.
NUTRITION Riches en matières grasses
et en calories, les produits laitiers entiers
ont mauvaise réputation. Mais une publication scientifique de la revue The
Lancet suggère que leur consommation
quotidienne, à condition de rester modérée, pourrait jouer un rôle protecteur
pour le cœur.
Pour cette étude épidémiologique,
dont les résultats ont été dévoilés la semaine dernière, environ 140 000 participants âgés de 35 à 70 ans, recrutés dans
21 pays, ont répondu à un questionnaire
sur leur consommation de lait, yaourts,
fromage et beurre. Ils ont été suivis pen-
dant neuf ans. Les chercheurs ont observé, chez les personnes habituées à ingurgiter trois portions par jour, un taux de
mortalité, de maladies cardio-vasculaires et d’accident vasculaire cérébral inférieur à celui des non-consommateurs.
Le constat était aussi vrai en cas de prise
exclusive de produits laitiers entiers.
Du bon calcium
Ces résultats ne surprennent pas le
Dr François Paillard, cardiologue au CHU
de Rennes et membre de la Fédération
française de cardiologie. « Le calcium
présent dans le lait est associé à une baisse
de la pression artérielle – et donc à une réduction du risque d’accident vasculaire
cérébral », explique le spécialiste. Il
ajoute que toutes les graisses saturées
présentes dans le lait entier ne sont pas
associées à une hausse du taux de cholestérol. « Le cocktail de lipides présent dans
les produits laitiers est plus complexe,
donc peut-être moins délétère, que les
graisses animales ou certaines huiles végétales (de coco et de palme) », poursuit
le Dr Paillard. Les auteurs de l’étude soulignent, pour leur part, que les produits
laitiers contiennent aussi de la vitamine
K1 et K2, du magnésium et du potassium
ainsi que certains acides aminés potentiellement bénéfiques pour la santé cardio-vasculaire.
Depuis 2017, le Haut Conseil de la santé publique recommande aux adultes de
consommer deux produits laitiers par
jour, contre trois auparavant. Il conseille
par ailleurs de privilégier les fromages
les plus riches en calcium et les moins
gras. Des règles qui, fixées en tenant
compte des bénéfices et des risques induits par la prise de lait entier sur l’ensemble des pathologies existantes, ne
devraient pas être remises en cause par
l’étude canadienne. ■
D. C.
A
VCHALUP/STOCK.ADOBE.COM
lefigaro.fr/santé
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
12
DOSSIER SANTÉ
Infections bucco-dentaires :
priorité à la prévention
Caries et maladies parodontales peuvent
être prévenues par des mesures simples.
700
espèces
bactériennes
sont présentes dans
une bouche
Les différentes pathologies
Carie de la pulpe
arie de l’émail
samment les bactéries qui colonisent ce
sillon, elles vont se multiplier, favoriser
Les bactéries peuvent attaquer l’émail de la dent,
l’arrivée d’autres bactéries, et cette colopuis la dentine. Si l’infection progresse, elles pénètrent
nisation va détruire progressivement
ODONTOLOGIE Les deux plus fréquendans la pulpe, la partie vivante, vascularisée et innervée
cette membrane. D’où le caractère irrétes des pathologies dentaires, la carie et
versible de la maladie parodontale », exla maladie parodontale, résultent d’une
de la dent, qui se nécrose, et la dent meurt.
plique le Pr Martine Bonnaure-Mallet,
infection bactérienne. Mais il s’agit de
maladies différentes. « On peut avoir des
odontologue et microbiologiste (CHU et
caries sans maladie parodontale, ou inInserm Rennes).
versement, insiste le Pr Géraldine LesCes bactéries s’organisent spontanécaille, odontologue (Pitié-Salpêtrière,
ment en un biofilm qui forme la plaque
Inflammation chronique de la gencive en réaction
Paris). De plus, nous ne sommes pas
dentaire. « La seule façon de casser suffià la plaque dentaire. Se manifeste par des saignements
samment ce biofilm résistant, c’est de se
égaux devant elles. Du fait de susceptibides gencives. Elle favorise la prolifération
brosser les dents au moins deux fois par
lités individuelles et familiales, certaines
de bactéries pathogènes.
jour pendant 2 minutes, et de nettoyer l’espersonnes développeront plutôt des capace interdentaire à la brossette. Le preries, d’autres plutôt une maladie paromier signe qui doit alerter, c’est l’apparidontale. » Mal soignées, elles peuvent
tion d’un saignement au brossage. Cette
être à l’origine de complications parfois
gingivite initiale est encore réversible avec
sévères. Or la prévention de ces infecSurinfection de la dent qui résulte souvent
un brossage correct. » Le détartrage rétions bucco-dentaires est encore loin
de la complication d’une carie dentaire
gulier et le polissage des dents diminuent
d’être optimale.
mal soignée.
aussi l’adhésion bactérienne.
Leurs mécanismes infectieux sont dif« Si ce saignement persiste, il faut absoférents, tout comme les bactéries qui en
lument voir un dentiste », insiste l’odontosont responsables. La bouche abrite plus
logue. Autre signe d’alerte, une mauvaise
de 700 espèces bactériennes, normaleIllustration : Sophie Jacopin
odeur dans la bouche. « Mais les gens
ment en équilibre, en symbiose dans
Infographie
consultent souvent trop tard, quand les
l’environnement buccal, dont la salive,
dents deviennent mobiles, qu’il ne nous
par son rôle de tampon, contribue à réreste littéralement qu’à les cueillir… » D’où
guler les fluctuations.
l’importance d’une
consultation denLe premier signe de la maladie
taire une fois par an
pour contrôler l’état
parodontale qui doit alerter, c’est
de la bouche. Or,
l’apparition d’un saignement au
selon une étude, si
brossage. Cette gingivite initiale est encore 63,7 % des gens ont
QUAND il est trop tard pour sauver la
au brossage, parce que la gencive s’est
vu le dentiste dans
ou les dents, reste le recours à la probeaucoup rétractée et laisse apparaître
réversible avec un brossage correct
l’année, seule la
thèse, et de plus en plus souvent à
l’implant, ou encore parce que ce derPR MARTINE BONNAURE-MALLET, ODONTOLOGUE ET MICROBIOLOGISTE
moitié
le
fait
tous
les
l’implant.
«
Mais
les
patients
qui
ont
nier bouge… » Le processus infectieux
(CHU ET INSERM RENNES).
ans, ce qui devrait
perdu leurs dents à cause d’une malaest donc assez comparable à la paroêtre la règle. Le diadie parodontale sont les plus à risque de
dontite classique. « Ce sont probablegnostic, tant de la carie que de la maladie
Dans la carie, certaines bactéries, surcomplications et d’infections péri-imment les mêmes bactéries, mais il n’y a
parodontale, repose sur l’examen clinitout des streptocoques, dont les apports
plantaires, parce que l’implant se fait
pas encore de consensus sur la prise en
que et sur l’imagerie, qui propose des
sucrés et acides favorisent la croissance,
dans un tissu cicatriciel à faible potencharge de ces infections péri-implanscanners dentaires beaucoup plus précis
attaquent l’émail de la dent, puis la dentiel de cicatrisation et qui réagit moins
taires », explique le Pr Monnet-Corti.
et moins irradiants, les « cone beams »,
tine. Si l’infection progresse, elles pénèaux mesures de régénération. Ils risVisite annuelle
utiles surtout dans la détection de fractrent dans la pulpe, la partie vivante, vasquent donc plus de perdre les imtures de dents, la recherche de foyers incularisée et innervée de la dent, qui se
plants… », indique le Pr Monnet-CorLa mauvaise hygiène de vie, les facfectieux ou la mesure précise d’une carie.
nécrose, et la dent meurt. Ces bactéries
teurs généraux d’aggravation comme
ti, odontologue (CHU Marseille).
Carie, abcès ou maladie parodontale,
vont coloniser cette partie morte jusqu’à
le tabagisme ont les mêmes effets faLors de la pose d’un implant pour
quand l’infection le justifie, un traitel’apex, l’extrémité de la dent, où elles
vorisants sur les péri-implantites que
remplacer une dent manquante, l’os
ment antibiotique est instauré. « Il fait
peuvent provoquer un abcès dentaire qui
dans la maladie parodontale. « À cela
maxillaire est foré pour y implanter
appel à des antibiotiques à spectre large
est une surinfection de la dent. D’où l’ims’ajoute un facteur temps : quand on
une racine artificielle en alliage de ticomme l’amoxicilline. Des recommandaportance d’une dévitalisation, d’un netpose un implant à un jeune rugbyman
tane. Cet implant, intégré en profontions fixent pour chaque catégorie de patoyage et d’une obturation rigoureuse du
qui s’est cassé la dent à 25 ans, il va endeur dans l’os, est recouvert en surfatients et chaque acte le protocole à suivre
canal dentaire.
suite être suivi, ou pas : quarante ans
ce par la gencive, mais une gencive
en prévention ou en traitement d’une infecDans certains abcès, l’extraction de la
plus tard, son squelette a bougé, il peut
cicatricielle, sans ligament, peu vastion dentaire, ou avant certains actes médent peut se révéler nécessaire. « Mais
avoir développé une obésité, un diabècularisée… « C’est à cet endroit que
dicaux ou chirurgicaux, précise le Pr Lesdes abcès peuvent aussi avoir pour origine
te, s’être mis à fumer… », précise le
peuvent se développer des infections.
une infection du parodonte alors que la
spécialiste.
Ces infections péri-implantaires ne font
caille. La bouche fait autant partie du
dent est normale, ou une dent mal positionIl n’y a pas de garantie de pérennité
pas mal, et souvent l’infection est décorps que tout le reste, d’où son impornée », précise le Pr Lescaille. L’abcès non
de l’implant à la mesure d’une espécouverte à cause d’une mauvaise odeur
tance comme porte d’entrée potentielle
rance de vie de 80 ans. Sauf en Suède
dans la bouche, de petits saignements
d’une infection. » ■
traité peut même s’étendre aux tissus
ou dans certains États américains où
voisins : « L’infection peut gagner la joue
les patients voient systématiquement
et provoquer une cellulite. Cette infection
leur dentiste tous les six mois durant
loco-régionale est une complication rare,
toute leur vie, et où la prévention de
mais potentiellement très grave : on peut
ces péri-implantites peut être très efmourir d’un abcès dentaire mal soigné, qui
ficace. La visite au moins annuelle est
peut être à l’origine d’un abcès cérébral,
donc là encore impérative.
d’une ostéite si l’infection gagne l’os de la
Les infections consécutives à un
mâchoire, ou d’une thrombophlébite par
geste d’implantologie sont assez rares
dissémination veineuse de l’infection. »
en France, estime l’odontologue.
La carie évoluée, l’abcès dentaire sont
« Cette rigueur n’est pas forcément
d’ordinaire si douloureux qu’ils conduitoujours à la hauteur dans les pays qui
sent chez le dentiste. Mais nous ne somdrainent des patients parce que le coût
mes pas égaux face à la douleur, et cette
des actes d’implantologie y est moindernière, fluctuante, peut s’effacer quand
dre. Mais surtout, le risque tient beaul’infection devient chronique, réappacoup à l’absence de suivi. Bien sûr,
raissant plus ou moins lors des poussées.
nous sommes tenus de recevoir ces paContrairement à la carie, la maladie
tients. Mais le souci vient de ce que
parodontale, qui survient vers 50 ans,
nous ne savons pas quels implants,
n’est pas douloureuse et peut évoluer
quels matériaux ont été utilisés, avec
sans bruit jusqu’à ce que les dents se déaussi des problèmes de responsabilité
chaussent. « Au collet de la dent, une fine
médico-légale qui font que nous déconmembrane attache celle-ci à la gencive. Si Une première gingivite, qui se traduit par l’apparition d’un saignement au brossage, est
seillons cette solution. » ■
un brossage efficace n’élimine pas suffiM. L.
encore réversible avec un nettoyage correct des dents. VADIMGUZHVA/STOCK.ADOBE.COM
MARTINE LOCHOUARN
La gingivite
(maladie parodontale)
Abcès dentaire
Une bonne hygiène aussi
pour les implants
«
»
A
Une influence globale sur la santé
LES RELATIONS entre santé buccodentaire et santé globale sont pour certaines bien identifiées. Le passage dans
le sang de streptocoques buccaux qui
vont se fixer sur les valves du cœur, avec
un risque d’endocardite infectieuse, rare
mais très grave, est connu depuis plus de
cent ans.
On sait également qu’il existe des corrélations entre maladies cardio-vasculaires et maladie parodontale, avec un risque 1,3 fois plus élevé de maladie cardiovasculaire chez les sujets atteints de
parodontite. Et des études ont montré
chez l’animal que l’injection dans le sang
de Pseudomonas, des bactéries très impliquées dans la maladie parodontale, favorise la formation de plaques d’athérome.
Pour certains chercheurs, ce lien entre
maladie parodontale et athérosclérose est
désormais établi avec un haut niveau de
preuves.
Diabète et hémochromatose
Autre fait bien connu, le diabète prédispose à la maladie parodontale. Les sujets
diabétiques doivent donc être suivis de
près sur le plan dentaire pour éviter qu’ils
ne perdent leurs dents précocement.
« C’est une relation à double sens : le diabète favorise la maladie parodontale et la
maladie parodontale aggrave le diabète.
On a démontré qu’une bonne prise en
charge de la maladie parodontale chez le
diabétique favorise un meilleur équilibre
glycémique », souligne le Pr BonnaureMallet.
Un travail récent publié par son équipe
montre, par ailleurs, que l’hémochromatose, maladie génétique de surcharge en
fer, favorise la maladie parodontale. « Il
semble également qu’améliorer l’état den-
taire ait une incidence positive dans certaines pathologies inflammatoires comme la
polyarthrite rhumatoïde et les Mici », précise le Pr Lescaille.
À l’inverse, un bilan dentaire et une remise en état de la bouche sont indispensables avant toute chirurgie cardiaque
lourde. « C’est aussi le cas en oncologie,
avant toute chimiothérapie, car ces traitements ont un effet immunosuppresseur
global, indique-t-elle. L’idéal serait un
examen odontologique systématique dans
toute maladie chronique grave, pour remettre aussi la bouche en état. » ■
M. L.
L’idéal serait
un examen
odontologique
systématique
dans toute maladie
chronique grave,
pour remettre
aussi la bouche
en état
»
PR GÉRALDINE LESCAILLE
ODONTOLOGUE
(PITIÉ-SALPÊTRIÈRE, PARIS)
DES ENNEMIS
BIEN IDENTIFIÉS
Le principal facteur favorisant
la carie est l’apport de sucre.
Les sodas sucrés, qui
combinent sucre et acidité,
sont particulièrement
néfastes et favorisent la
croissance des bactéries
impliquées dans la carie, en
particulier de Streptococcus
mutans, qui produit des acides
dégradant l’émail dentaire.
« Chaque absorption de soda,
par exemple, accentue cette
déminéralisation de la dent,
même si la salive, par son
effet tampon, réverse
un peu cet effet, prévient
le Pr Bonnaure-Mallet.
Plus la fréquence des prises
est élevée, plus le temps
de contact avec les dents
augmente et moins la salive
est capable de jouer
ce rôle tampon. »
Dans la maladie parodontale,
c’est le tabagisme qui est au
premier plan. Un fumeur perd
en moyenne ses dents de dix
à quinze ans avant un nonfumeur. Pour le Pr MonnetCorti, « la cigarette augmente
la température buccale et le
taux de C02 dans la bouche,
favorable au développement
des bactéries anaérobies
délétères pour le parodonte.
Les fumeurs produisent aussi
moins de salive ».
M. L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 17 septembre 2018
QUESTIONS-RÉPONSES SANTÉ
Comment réagir
lorsque votre
enfant a une
phobie scolaire ?
L
DOCTEUR
LAELIA
BENOIT
Pédopsychiatre,
chercheuse Inserm (Unité 1178
santé mentale et santé publique)
a phobie scolaire est un phénomène social en croissance qui
concerne différents âges chez
l’enfant et l’adolescent, depuis
l’école primaire jusqu’au lycée.
Aussi bien les parents que les enseignants se disent confrontés à cette difficulté de plus en plus fréquemment.
À l’heure actuelle émerge en France
un consensus pour décrire la phobie
scolaire comme un ensemble de difficultés personnelles, relationnelles, à l’école
ou en famille, qui s’accumulent au fil du
temps et fragilisent le jeune. Les enfants
concernés par la phobie scolaire développent une peur de l’école massive et
irrationnelle.
Les profils d’élèves souffrant de phobie scolaire sont divers. Elle atteint les
garçons comme les filles, les bons élèves
comme les moins bons et toutes les
catégories socioprofessionnelles. Certains ont subi une
grande pression ou un harcèlement, mais il existe aussi
des élèves dits précoces qui
sont en avance sur une partie
13
certains cas, un changement d’établissement peut être envisagé. Ces aménagements peuvent être formalisés grâce à
un projet d’accueil individualisé (PAI)
établi par le médecin scolaire. Plus les
aménagements sont décidés d’un commun accord entre l’élève, ses parents et
l’équipe pédagogique, plus ils seront
compris par tous. L’accueil de l’élève
n’en sera que meilleur. Cependant, l’intervention médicale n’est pas systématique et la collaboration
étroite entre l’élève, les paUne collaboration étroite entre
rents et les professionnels de
l’école permet d’ores et déjà
l’enfant, les parents et les
de nombreux établisseprofessionnels de l’école permet àments
de redonner cond’ores et déjà à de nombreux
fiance à leurs élèves.
Pour aller plus loin dans
établissements de redonner
les connaissances de la phoconfiance à leurs élèves
bie scolaire, dans le cadre de
nos projets de recherche
menés à l’Inserm, nous conduisons acaccès de nausées ou de vomissements
tuellement une enquête nationale qui
doivent amener les parents et l’équipe
vise à évaluer notamment les consépédagogique à parler avec l’élève.
quences sociales de la phobie scolaire sur
Dialoguer avec l’enfant et entre adull’emploi des parents, les prestations de
tes est une première étape pour comsoins non remboursées ainsi que les frais
prendre ce comportement. Le retour à
restant à leur charge. Parcours Phobie
l’école doit être rapide afin d’éviter que
Scolaire 2018 est une recherche citoyenla déscolarisation ne s’installe dans la
ne et participative initiée par le Centre
durée, mais la reprise doit se dérouler
de recherche en épidémiologie et santé
par étapes progressives. Un suivi psydes populations (CESP) de l’Inserm avec
chiatrique peut être proposé au jeune
l’Éducation nationale et l’association de
afin de traiter d’éventuels troubles asparents Phobie scolaire.
sociés (dépression, idées suicidaires)
Son questionnaire à destination des
et des activités de groupe (artistiVEZ
U
parents est disponible à l’adresse
ques, sportives) avec d’autres jeunes
O
R
T
E
R
IS
V
A
www.parcoursphobiescolaire.fr.
Vous
permettent
de
reprendre
confiance
S
O
pouvez suivre l’actualité ainsi que
en soi et de redécouvrir le plaisir de
TOUS N RTS
E
P
l’avancée
du
projet
Parcours
Phobie
la
socialisation.
X
D’ E
Scolaire 2018 sur le compte Twitter
Des aménagements de la scolaSUR
@LaeliaBenoit. ■
rité peuvent être proposés et dans
.FR
du programme, tout en étant souvent en
retard sur leur développement relationnel. Les jeunes concernés peuvent refuser l’école sans pour autant être dans le
rejet d’apprendre. La preuve en est que
beaucoup d’entre eux continuent à apprendre par d’autres moyens, soit en
ayant des cours individualisés, soit en
travaillant à la maison et en y passant
parfois leur diplôme.
Dans le terme « phobie scolaire », le
mot « scolaire » fait référence au lieu où
s’exprime l’anxiété de l’enfant. L’école
n’est pas nécessairement la cause de la
phobie scolaire. Le courant britannique
du « school refusal » parle de refus scolaire et non de phobie scolaire. Contrairement à « refus » en français, « refusal » en anglais n’indique pas une
opposition délibérée mais un comportement d’évitement. Les Britanniques observent ainsi un enfant qui refuse de se
rendre à l’école mais n’attribuent aucune intention ni aucune cause à ce comportement. Peut-être que l’enfant a
peur ? Peut-être qu’il évite quelque
chose ? Peut-être qu’il s’ennuie ? En
français, le terme de « school refusal » a
été traduit par celui de « refus scolaire
anxieux ». Ce terme rappelle qu’au lieu
de chercher coûte que coûte un responsable de la phobie, il s’agit de travailler
en partenariat pour favoriser la reprise
scolaire.
L’école tout comme les parents jouent
un rôle central dans le repérage des signes avant-coureurs de la phobie scolaire. Si une grande partie des enfants a déjà
appréhendé de se rendre à l’école un
jour, notamment à l’approche de la rentrée scolaire ou d’un contrôle, ces peurs
ordinaires disparaissent le plus souvent
après quelques jours d’adaptation. En
revanche, des absences répétées, une
angoisse vis-à-vis du milieu scolaire, des
«
»
RO
LEFIGA
figaro.fr
sante.le
@
sent une véritable régression physiologique.
Si le mal est connu, le remède l’est
tout autant : c’est l’activité physique.
Entendons-nous, on ne parle pas ici de
sport, encore moins de compétition,
mais de la pratique régulière d’activités élémentaires comme la marche, la
natation, la gymnastique, avec si nécessaire un encadrement approprié.
Les nombreux effets positifs de ce
changement de mode de vie sont
prouvés scientifiquement et depuis
longtemps : l’activité physique constitue un bon moyen de prévention et de
lutte contre les maladies cardio-vasculaires (dont l’hypertension artérielle), les maladies métaboliques (obésité,
diabète de type 2) et les cancers. Elle
permet de manière plus générale de
bénéficier d’une espérance de vie en
bonne santé. Elle préserve l’autonomie
et retarde la dépendance. Et l’intérêt,
c’est que, même avec une pratique limitée (de 10 à 15 minutes par jour), on
commence à en percevoir les effets
préventifs.
Déclic olympique
Puisque c’est l’affaire de tous, il faut
donc à la fois une prise de conscience
collective et un engagement individuel. La perspective des Jeux olympiques peut créer le déclic. Ne ratons pas
cette occasion. Et au-delà du sursaut
collectif, c’est un changement d’attitude personnelle qui est la clé du succès : à chacun de se bouger ! Il s’agit
simplement de trouver, dans l’organisation de notre journée, l’occasion de
faire un minimum d’exercice quoti-
Quelles mesures
prendre pour une
France en forme ?
PROFESSEUR
GÉRARD
SAILLANT
Président de l’Institut du cerveau
et de la moelle épinière.
Le collectif Pour une France en forme
est composé d’un groupe d’experts
indépendants issus du monde du sport,
de la santé et des médias. Plus de détails
sur www.pourunefranceenforme.fr
dien : transports actifs (marche, vélo),
escaliers, jardinage, etc.
Pour réaliser ces différents objectifs,
un groupe d’experts réunis dans un
collectif, Pour une France en forme, a
identifié différentes mesures incitatives, de mise en œuvre parfois immédiate ou à portée plus longue, visant
tous les publics et de nature à remettre
la France en forme.
Les professionnels de santé et les
encadrants sportifs sont les piliers du
changement. Les médecins en particulier doivent être formés à la prescription de l’activité physique comme de
tout autre médicament. De son côté, le
mouvement sportif doit encourager les
clubs à l’accueil d’un large public de
sédentaires en créant une licence sport
santé et en formant les éducateurs
sportifs. Le bon exemple vient des territoires, qui doivent se mobiliser davantage encore pour encourager la
création de réseaux sport santé permettant d’accompagner les bénéficiaires du sport sur ordonnance.
La responsabilité des pouvoirs publics et des collectivités locales est en
particulier de rendre l’aménagement
urbain plus favorable à la pratique
d’activité physique sous toutes ses formes et de faciliter les déplacements
actifs, de créer une signalétique adaptée, d’aménager des parcours santé et
des voies protégées, de proposer au
grand public des « rendez-vous de la
forme » ludiques et gratuits et de les
rendre accessibles à tous publics.
Les entreprises doivent aussi s’engager, d’abord parce que le bien-être
de leurs collaborateurs fait partie de
leur responsabilité sociétale (pourquoi
ne pas reconnaître le droit à une « pause santé bien-être » et associer les partenaires sociaux à ces réflexions ?), ensuite en apportant leur soutien financier à des initiatives sport santé
(mutuelles, assurances).
Les jeunes constituent un enjeu majeur de santé publique, qui justifie un
plan d’action spécifique, à mettre en
œuvre dès le plus jeune âge, où les bonnes habitudes se prennent. À l’égard
des adolescents, le Comité d’organisation des Jeux olympiques a une responsabilité particulière : il peut être un levier efficace pour les éduquer à une
bonne hygiène de vie et d’alimentation, en imaginant un programme de
sélection de jeunes volontaires dans les
classes primaires ou secondaires.
Si, en 2024, nous pouvions constater
que les courbes de l’obésité et du
surpoids tendent à s’inverser dans notre pays, ce serait là certainement le
plus bel héritage que peut apporter la
dynamique olympique à notre pays.
Ce combat mérite à coup sûr d’être
érigé au rang de « grande cause nationale ». ■
A
S
elon une récente communication de la Fédération française de cardiologie, nos enfants ont perdu en quarante
ans un quart de leurs capacités cardio-respiratoires. Ce constat
est particulièrement navrant à l’heure
où notre pays se prépare à accueillir
les Jeux olympiques. Il ne fait que
confirmer malheureusement un constat général particulièrement sombre :
plus de 16 millions de malades chroniques en France, quasiment un Français sur deux en situation d’obésité
(17 % de la population) ou de surpoids
(31 %).
Le mal est connu ; il a un nom : la sédentarité. C’est une épidémie lente,
insidieuse et qui tue. Beaucoup. Selon
l’OMS, l’inactivité physique est responsable de 9 % des décès en France.
Nous sommes tous concernés. Car
nous ne bougeons plus, ou si peu, et
nous sommes tellement addicts aux
écrans, quels qu’ils soient : le temps
passé en position assise ou dans des activités sédentaires varie de 6 h 30 à
7 h 30 par jour en France chez les adultes les jours travaillés, et près de
2 heures de plus les jours non travaillés. La durée moyenne passée devant un écran varie de 3 h 30 à 5 heures
chez les adultes, de 3 à 4 h 15 chez les
enfants et adolescents.
Concernant ces derniers, le danger
est particulièrement sournois, parce
qu’invisible : les mauvaises habitudes
de vie de nos sociétés modernes créent,
pour la première fois dans l’histoire de
l’humanité, des générations d’adolescents sédentaires et inactifs qui subis-
VOISIN/PHANIE, NATTAKORN/STOCK.ADOBE.COM
+
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lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
14
SANTÉ PSYCHOLOGIE
Qu’est-ce qu’un bon
psychothérapeute ?
Outre une formation certifiée, la capacité à travailler sur soi
et à réfléchir aux liens créés avec ses patients est fondamentale.
PASCALE SENK
THÉRAPIE D’écoles et d’obédiences différentes, et sous des titres variés – psychiatres, psychologues, psychanalystes,
psychothérapeutes ou psychopraticiens… –, ils exercent l’art difficile de la
psychothérapie. Longtemps reclus dans
le huis clos de leurs cabinets, ils sont désormais archiprésents sur les antennes de
radio, les plateaux de télévision, les webTV… Au point que même la fiction s’en est
emparée. Dans la série En analyse (In
Treatment), le héros principal Paul Watson, shrink (« psy ») new-yorkais, permet aux téléspectateurs d’apprécier in
vivo les prérogatives de ce métier. Mais
en réalité, qu’est-ce qu’un orfèvre en ce
métier ? Comment savoir si l’on a frappé à
la porte du bon professionnel, celui qui va
accompagner ses patients jusqu’à un (on
l’espère) mieux-être durable et concrètement perceptible au quotidien ?
Qu’est-ce qui signe la compétence en
cette matière presque alchimique, le soin
psychique ?
Bien sûr, il y a les repères de base, que
tout patient devrait connaître. Avant
d’être « bon » ou non, un psychothérapeute doit avoir été solidement formé, ce
que la Fédération française de psychothérapie et psychanalyse (FF2P http://
www.ff2p.fr) fait notamment reposer sur
quelques points incontournables : avoir
étudié au moins quatre ans, dans une
école reconnue, à la fois la psychopathologie et une méthode de psychothérapie ;
avoir fait un travail sur soi suffisant ; être
supervisé dès son premier client ; enfin,
accepter un code de déontologie de la
profession.
«
Le « bon » thérapeute
est capable d’humilité :
il sait que si son patient
va mieux, ce n’est pas
uniquement grâce à lui ;
s’il n’avance pas, ce n’est
pas non plus uniquement
à cause de lui
»
ISABELLE CRESPELLE, COFONDATRICE
DE L’ÉCOLE D’ANALYSE TRANSACTIONNELLE
DE PARIS-ILE-DE-FRANCE
nez sur lui tout ce que vous pouvez et ne
laissez pas vos points aveugles bloquer
l’accès à vos patients, vous empêcher de
comprendre ce qu’ils traversent. »
Isabelle Crespelle relève cet écueil chez
certains candidats au métier. « Entrer
dans l’acceptation inconditionnelle d’un
patient n’est possible que si l’on a fait suffisamment de travail sur soi. Dès la fin de la
première année, nos étudiants doivent participer à un séminaire d’exploration de
leurs motivations, afin d’éviter les fausses
routes ; quelquefois, nous leur demandons
d’interrompre un temps leur cursus pour
pacifier leurs problèmes, réparer leurs
propres souffrances. » D’ailleurs, l’auto-
Irvin Yalom : « Être utile au patient »
Supervisions régulières
« Cette formation, qui ne s’arrête jamais
vraiment, repose à la fois sur des connaissances théoriques et de la pratique », résume Isabelle Crespelle, psychologue,
psychothérapeute et cofondatrice de
l’École d’analyse transactionnelle de Paris-Île-de-France (http://www.eat-paris.net). « Si celles-ci sont nécessaires, elles sont cependant loin d’être suffisantes,
car les plus compétents ne sont pas ceux
qui se montrent imbattables en connaissances ; en plus d’être à l’écoute de son intuition, le “bon” thérapeute est capable
d’humilité : il sait que si son patient va
mieux, ce n’est pas uniquement grâce à lui ;
que s’il n’avance pas, ce n’est pas non plus
uniquement à cause de lui. De plus, il remet
constamment en cause sa pratique et sa
relation aux patients au cours de supervisions régulières. »
Un de ces virtuoses, Irvin Yalom, véritable « trésor national vivant » de la psychiatrie américaine, publie à 85 ans son
autobiographie, qui est aussi un passionnant document sur ce qui se passe dans le
lien psychothérapeutique et ce qui fait
l’étoffe des grands pros (lire ci-contre).
Ainsi, la capacité qu’a le psychothérapeute à « s’investiguer » lui-même pour
ne pas encombrer le patient de ses propres impasses inconscientes. Le Pr Yalom, dans son livre, s’adresse solennellement à ses jeunes collègues : « Votre
principal instrument est votre moi ; appre-
risation d’exercer n’est pas donnée avant
la troisième ou la quatrième année, avec
l’engagement de supervisions régulières.
« Le “bon” thérapeute a appris à s’aimer
suffisamment pour pouvoir “aimer” suffisamment son patient-client afin de l’accompagner pour qu’il en fasse de même »,
précise l’enseignante.
À l’heure où le focus et les interrogations concernant le process se déplacent
sur les supports numériques de la psychothérapie - peut-on faire une analyse
par Skype ? Que penser des séances sans
rencontre en chair et en os ? –, il est bon
de se rappeler qu’un psychothérapeute
compétent est d’abord celui qui sait établir une sorte de contrat moral avec son
patient, créer un « cadre » relationnel favorable au processus thérapeutique. Ces
compétences de lien, que ce soit par
écran interposé ou non, importent avant
tout. « Car c’est là l’essentiel, rappelle Isabelle Crespelle : avec un bon thérapeute,
vous vous sentez profondément accepté et
compris. »
D’ailleurs, Irvin Yalom himself supervise des sessions de « texto-thérapie ».
Pour lui, et étant donné l’échange empathique qu’elle permet à travers de courts
messages, « cette nouvelle méthode peut
offrir une relation plus personnelle que le
face-à-face avec un praticien appliquant à
la lettre un manuel ». ■
IRVIN
YALOM
Professeur
de psychiatrie
Irvin D. Yalom est professeur
émérite de psychiatrie à Stanford. Il vient de publier son
autobiographie, Comment je suis
devenu moi-même (Éditions Albin Michel).
LE FIGARO. - Quelles qualités
ont, selon vous, fait de vous
un psychothérapeute émérite ?
Irvin YALOM. - Carl Rogers, il y
a fort longtemps, a défini les
compétences de base d’un bon
psychothérapeute : sa capacité à
montrer de l’empathie au patient ; son aptitude à poser un regard inconditionnellement intéressé et positif sur celui-ci ; sa
faculté à être authentique. Ces
orientations, je les ai toujours
suivies avec sérieux. Mais j’ai, de
mon côté, réalisé assez tôt qu’il
est essentiel de prendre du temps
pour analyser cette relation que
moi, psychothérapeute, j’entretiens avec le patient. Une grande
partie de la séance doit être
consacrée à cette exploration
particulière : comment ça se passe entre ce patient et moi ? Quels
sont les écueils, les progrès que
nous faisons dans notre manière
d’avancer ensemble, de nous
comprendre ? J’ai toujours observé cela avec grande attention.
Cette qualité relationnelle n’est
donc pas donnée d’avance ?
Lorsque j’étais plus jeune, j’avais
moi-même quelques difficultés à
me relier aux autres. J’étais très
anxieux, timide et introverti ; la
pratique de mon métier m’a offert une formation approfondie
pour changer cela. J’ai aussi développé, dès l’adolescence, un
lien très profond et authentique
“
Mon apport principal
a certainement d’avoir
intégré dans mon
approche, à partir des
années 90, des concepts
philosophiques tirés
des œuvres de grands
penseurs comme
Nietzsche ou
Schopenhauer
ou écrivains comme
Tolstoï, Beckett…
”
avec ma femme, j’ai chéri quelques amitiés… Alors, en réalité,
je me suis transformé moi aussi
au fil du temps, et la pratique de
la psychothérapie m’y a certainement aidé.
Cette qualité relationnelle
oblige-t-elle le
psychothérapeute à « tout dire »
au patient ?
Non, il n’est nullement question
pour le psy de dire tout ce qu’il
ressent pendant la séance ! On se
doit d’être d’abord utile au patient, donc pas question de lui
dévoiler des éléments ou des
ressentis qui ne lui serviront pas.
Mais, par exemple, si le psychothérapeute sent à plusieurs reprises monter de la colère en lui
envers ce patient, même s’il n’a
pas à le lui dire, en revanche, il
est important qu’il garde cela en
tête. Car alors il tient là une idée
de la manière avec laquelle ce
patient provoque certainement
de la colère chez ses proches ou
ses collègues. Il faut donc toujours se demander : comment se
fait-il qu’il éveille autant de colère chez moi et chez les autres ?
de culpabilité, de responsabilité
- que j’ai développés dans Thérapie existentielle (Éditions du
Livre de Poche) – étaient plus
souvent abordés en littérature
qu’en
psychothérapie.
Par
exemple, en séance, on n’évoquait jamais la peur de la mort.
Des lieux où les malades pouvaient en parler n’existaient pas.
À la fin des années 1960, j’ai
donc créé les premiers groupes
de parole pour personnes atteintes de cancers incurables. À
l’époque, elles étaient très isolées. Tout le monde, par peur de
les détruire, évitait de leur parler
de l’échéance finale et elles-mêmes ne voulaient pas en parler
car elles craignaient de bouleverser leurs proches.
Avec le recul, qu’est-ce qui
vous semble avoir été
déterminant dans votre apport
à la psychothérapie ?
Mon apport principal a certainement été d’avoir intégré dans
mon approche, à partir des années 1990, des concepts philosophiques tirés des œuvres de
grands penseurs comme Nietzsche ou Schopenhauer, ou d’écrivains comme Tolstoï, Beckett…
Et de raconter cela dans des romans. Car les grands sujets dont
je souhaitais parler avec mes patients – le sentiment de solitude,
Que diriez-vous aux patients
qui se demandent s’ils ont trouvé
un bon thérapeute ?
Je leur dirai de réfléchir à ces
questions : votre psy se montret-il présent ? vous écoute-t-il ?
vous sentez-vous libre de parler
de tout avec lui, notamment de la
qualité même de votre relation ?
Et évidemment, s’il semble vouloir établir un lien plus amical
avec vous, voire sexuel, ou s’il
vous propose de partir en vacances avec lui… changez de psy ! ■
PROPOS RECUEILLIS
ET TRADUITS PAR P. S.
A
BARBARA MUNKER/PICTURE-ALLIANCE/DPA/AP IMAGES
La psychiatrie moderne est-elle si moderne ?
Il est dit, dans le livre de Daniel,
que le grand Nabuchodonosor, roi de
Babylone et de l’empire néobabylonien,
fut soudain persuadé qu’il était un
bœuf. Il errait dans les troupeaux,
lapant l’eau et mangeant de l’herbe.
C’était évidemment un châtiment
divin. Longtemps, les comportements
étranges ont été attribués aux dieux
ou à la sorcellerie. Les débuts de la
psychiatrie font qu’elle a longtemps
été considérée comme la « branche
folle de la médecine ». Dans Histoire
de la folie avant la psychiatrie, entourés
par une dizaine de spécialistes,
le neuropsychiatre Boris Cyrulnik
et le psychiatre et neuroscientifique
Patrick Lemoine examinent le passé
de la psychiatrie pour mieux essayer
d’en cerner l’avenir. Bûcher,
emmurement, enfermement ont
longtemps été les mesures prises pour
éradiquer ces possédés, ces sorciers,
ces envoûtés, ces aliénés. Mais quand,
à partir du XVIIIe siècle, on commence
à chercher une base physique aux traits
de personnalité, les choses ont bien
du mal à se décanter. C’est la
phrénologie dont les tenants pensent
que les qualités et les défauts d’une
personne transparaissent dans
les bosses et protubérances du crâne
et qu’une palpation permet de les
débusquer. Ainsi, les étudiants doués
d’une bonne mémoire verbale auraient
été dotés d’yeux saillants. C’est que
le siège de la mémoire verbale se
situerait derrière les yeux et que cette
LE PLAISIR
DES LIVRES
PAR JEAN-LUC NOTHIAS
jlnothias@lefigaro.fr
partie du cerveau se développait plus
que chez les autres personnes.
La phrénologie conquiert l’Europe puis
les États-Unis. On sélectionne des
enfants en fonction de palpations
crâniennes, on décide de la mise
en liberté ou non de prisonniers par
le même moyen. Comme l’écrit
malicieusement Jacques Hochmann,
« il n’y a guère de nos jours que la
psychanalyse pour avoir connu une telle
renommée (et suscité autant de
discussions) ». C’est aussi le cas de
Mesmer et de son magnétisme animal
capable de soigner par simple
imposition des mains et dont le
charlatanisme fut assez vite démasqué.
Autre catastrophe affectant la
psychiatrie au XXe siècle, celle bâtie
sur les travaux de Darwin, conduisant
à la naissance de l’eugénisme (mot
forgé par le neveu de Darwin),
aux programmes de stérilisation
des « dégénérés » pour éviter
l’« abâtardissement de la race ». Pire
encore, aux campagnes d’euthanasie
massive comme dans l’Allemagne nazie
(plus de 200 000 malades mentaux
euthanasiés entre 1930 et 1941). Autre
tragédie, la psychiatrie comme arme
politique. Comme en URSS quand
les dissidents étaient classés comme
malades mentaux et internés. Il suffisait
d’avoir une icône accrochée à son mur
pour le devenir et être déclaré
« dangereux pour l’État soviétique ».
À la veille de l’annonce d’un grand plan
santé en France, nombreux sont
les psys à réclamer une grande
mobilisation et
réorganisation de la
psychiatrie. Serait-ce
une folie ?
HISTOIRE DE LA FOLIE
AVANT LA PSYCHIATRIE
Boris Cyrulnik,
Patrick Lemoine.
Éd. Odile Jacob. 23,90 €
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LE FIGARO
lundi 17 septembre 2018
SPORT
15
Coupe Davis : la belle histoire de France
Facile vainqueur (3-0) de l’Espagne, Noah et ses joueurs défendront leur titre contre la Croatie fin novembre.
ROMAIN SCHNEIDER rschneider@lefigaro.fr
ENVOYÉ SPÉCIAL À LILLE
TENNIS L’équipe de France s’est qualifiée
pour sa deuxième finale consécutive de
Coupe Davis, le week-end dernier.
u
À Lille pour la der ?
La magie de la Coupe Davis a encore
frappé. Alors qu’elle menait 2-0 contre
les États-Unis dans l’autre demi-finale,
l’équipe de Croatie a failli être victime
d’une remontada américaine d’anthologie. À la tombée de la nuit, Borna Coric a
finalement renversé Frances Tiafoe en
cinq sets pour qualifier son équipe sur le
fil (3-2). La finale se disputera en France
contre la Croatie, du 23 au 25 novembre.
Plutôt une bonne nouvelle pour les Bleus,
sur la route du doublé. Et, de sources
concordantes, la dernière finale de la
naturel s’il retrouve la forme. Dans ses
cordes. Quant à Gaël Monfils, qui dispute
cette semaine un tournoi… à Taïwan, il
semble, en revanche, loin, très loin de
cette équipe.
l’épauler, entre Richard Gasquet, Adrian
Mannarino ou Benoît Paire. Vainqueur
avec l’art et la manière de Pablo Carreno
Busta, Paire a réussi ses premiers pas sous
le maillot bleu. « On a passé une supersemaine ensemble, glisse Pouille. Quand il se
sent bien et qu’il est dans un bon état d’esprit, il sait se contrôler. » Blessé depuis le
mois de février, Jo-Wilfried Tsonga devrait effectuer son retour sur les courts
cette semaine à Metz. L’ancien numéro
un français est évidemment un candidat
Benneteau pour une dernière
u Julien
pige ?
La retraite attendra peut-être pour le futur capitaine de Fed Cup. Écarté à la dernière minute de la finale contre la Belgique en 2017, Benneteau, associé à Nicolas
Mahut, a offert, dix mois plus tard, le
point de la victoire pour l’équipe de France. Le tout, alors qu’il avait rangé ses raquettes après l’US Open. Le Bressan de 36
ans ouvre la porte pour fin novembre :
« Je suis béni d’avoir été capable de vivre
des émotions comme ça. J’ai toujours dit
que le seul truc qui pouvait me faire continuer c’était la Coupe Davis. Ce serait une
fin rêvée. » Pour Pouille, c’est une évidence, Benneteau en sera : « Pendant la
semaine d’entraînement, il m’a mis 6-1,
6-3. Je lui ai demandé : “Mais pourquoi tu
arrêtes.” Il n’a plus envie du circuit et veut
profiter de sa famille. Ça se comprend. On
a réussi à le faire continuer un peu. J’espère
que l’on va organiser quelques tournois en
double avant la finale. Ce serait magique de
finir sur une victoire en Coupe Davis. »
Mais si Pierre-Hugues Herbert, le partenaire habituel de Nicolas Mahut, est apte
pour la finale, le retraité Julien Benneteau
soutiendra normalement ses copains du
banc. Normalement… ■
“
J’ai toujours dit
que le seul truc qui
pouvait me faire
continuer, c’était
la Coupe Davis. Ce serait
une fin rêvée
”
JULIEN BENNETEAU DENIS CHARLET/AFP
PHILIPPE HUGUEN/AFP
Coupe Davis, ancienne formule, devrait
encore se dérouler dans le stade PierreMauroy de Villeneuve-d’Ascq. Yannick
Noah savoure déjà. « C’est un rêve de
jouer à domicile. On a gagné les trois
matchs à Lille sous mon capitanat. Ça nous
a porté chance. »
u La Croatie sera-t-elle au complet ?
sera-t-il de la partie ?
u Tsonga
« Il y a pas mal de gars qui vont vouloir
gagner leur place. Ils connaissent tous mon
compte en banque… », plaisante Noah.
Avec le nouveau règlement de l’épreuve,
cinq joueurs peuvent intégrer la liste
bleue. Si Lucas Pouille apparaît incontournable pour le simple, le capitaine
français a l’embarras du choix pour
La joie partagée de Yannick Noah et Lucas Pouille après la victoire des Bleus. Rendez-vous cet automne pour la finale au stade Pierre-Mauroy de Villeneuve-d’Ascq.
Lucas Pouille : « J’ai toujours eu l’amour du maillot bleu »
J’ai toujours
« donné
le maximum
et ça ne me
fait pas peur
de revenir
sur le
terrain
»
LUCAS POUILLE
DIMANCHE, quelques heures
après la qualification puis une
courte nuit en raison d’une fête
prolongée dans une boîte branchée de Lille, le numéro un français s’est confié devant une poignée de journalistes. Le cœur
léger. « On a fait une semaine
idéale, à l’entraînement et en compétition, surtout dans l’état d’esprit. Se qualifier 3-0, c’est juste
parfait. » Au ralenti sur le circuit
depuis plusieurs semaines, le numéro un français, vainqueur au
combat en cinq sets de Roberto
Baustita Agut, a confirmé que la
Coupe Davis le transcendait, lui
qui avait qualifié, presque à lui
tout seul, les Bleus en Italie en
avril dernier. « J’ai toujours aimé
les sports collectifs, vivre en groupe et partager des moments forts
avec mes potes. J’ai toujours eu
l’amour du maillot. C’était un rêve
de gamin de disputer cette épreuve. Après ma première sélection à
Trinec en 2016, j’ai placé cette
compétition en priorité. Ça ne m’a
pas toujours réussi. Notamment en
demi-finale contre la Serbie l’année dernière avec un match assez
moyen (défaite contre Lajovic,
NDLR) en étant très tendu. Mais
j’ai toujours donné le maximum et
ça ne me fait pas peur de revenir
sur le terrain. Le public aide beaucoup. Tout le monde était debout
après chaque point dans mon cin-
quième set contre Bautista Agut.
On ne retrouve pas toujours ça sur
le circuit. Avoir le soutien des potes
et pouvoir échanger aux changements de côté avec Yannick, C’est
un plus. » Au fil de l’aventure,
Noah et Pouille ont tissé des liens
forts : « Je le considère comme un
ami. On a réussi à établir une relation de confiance. Après l’US
Open, on a eu une longue discussion. On s’est retrouvés dans le
restaurant d’un ami et on a parlé
jusqu’à six heures du matin. Cette
discussion nous a fait beaucoup de
bien. Il s’est livré. Je me suis livré.
Et on a réussi à être meilleurs ce
week-end en communication. »
Dès lundi, le Nordiste va retrou-
Angela Stanford, la victoire de l’abnégation
En remportant la 24e édition de l’Evian Championship, la Texane (41 ans) signe le premier succès
de sa carrière dans un tournoi du Grand Chelem. Sa dernière victoire sur le circuit remontait à… 2012.
LIONEL VELLA £@Lionel_Vella
ENVOYÉ SPÉCIAL À ÉVIAN
11
ans
JEAN-PIERRE CLATOT/AFP
GOLF Il est donc presque écrit qu’il faut
accuser cinq coups de retard sur le leader avant le dernier tour de l’Evian
Championship pour finalement s’imposer dans un finish digne des grands thrillers. Comme avec la Suédoise Anna
Nordqvist en 2017 (le tournoi avait
néanmoins été réduit à trois tours en raison d’une mauvaise météo), l’Américaine Angela Stanford est ainsi parvenue à
combler le même déficit alors qu’elle occupait la quatrième place (après 54
trous), ex-aequo à -9 (204) avec l’Anglaise Georgia Hall et la Sud-Coréenne
Inbee Park.
Sous le généreux soleil d’Evian, la
Texane, qui soufflera ses 41 bougies le
18 novembre prochain, s’était lancée
idéalement à l’assaut de sa compatriote
Amy Olson, leader depuis le deuxième
tour, avec deux birdies sur ses quatre
premiers trous. Profitant également
d’une certaine léthargie en haut du leaderboard où personne ne prenait vraiment la journée à son compte, la très
expérimentée golfeuse de Fort Worth,
pro depuis l’an 2000, en profitait pour
m’aurait bien ri au nez ! »Celle qui ne
revenir à la hauteur d’Olson sur le par 5
riait plus aux abords du green du 18,
du 15 avec un sublime eagle, pourtant
c’était bien Amy Olson. La golfeuse du
vite effacé par un double-bogey au 16.
Dakota du Nord pensait pourtant bien
Au courage, elle réussissait toutefois un
débloquer son compteur victoire sur le
dernier birdie au 17 avant de s’offrir
Circuit, qui plus est en Majeur, mais sa
presque miraculeusement son premier
prestation fut loin d’être aussi maîtrisée
tournoi Majeur grâce à une terrible déque les trois premiers tours (quatre bofaillance de sa principale adversaire,
geys en 54 trous pour deux cartes de 65
rattrapée par la peur de gagner sur le 18
et une de 69, trois bogeys et
et finissant par un horrible
un double sur 18 trous ce
double-bogey.
Suffisant
dimanche pour un plus
pour Stanford avec son -12
lourd 74). Un cruel retour
final.
sur terre !
«C’est fou quand même ce
« J’étais un peu nerveuse
qu’il m’arrive, soufflait quelsur le tee de départ, j’ai
ques minutes après son sacre
concédé rapidement un bocette joueuse, qui n’avait plus
depuis la dernière
rien gagné sur le LPGA Tour victoire américaine à gey (au 2), mais je suis resdepuis… 2012. Dieu peut être l’Evian Resort Golf Club tée concentrée sur mon jeu,
parfois très drôle. Il vous rap- de Natalie Gulbis (2007) glissait-elle, la mine défaite. J’ai joué tous les coups à
pelle à son bon souvenir alors
fond, sans retenue. Évidemque vous-même, vous pensez
ment, je suis déçue de la façon dont cela
que tout est fini depuis bien longtemps.
se termine, mais j’ai fait ce que j’ai pu. »
C’est incroyable. C’est aussi très dur de ne
Les Françaises rescapées du cut venpas craquer nerveusement, car je viens de
dredi, Camille Chevalier et Céline
passer par pas mal d’émotions. Si on
Boutier, ont elles aussi tenté de sauver
m’avait dit quand j’ai débuté ma carrière
l’honneur. En vain. Elles prennent resque je décrocherais mon premier tournoi
pectivement les 65e (+8) et 69e (+10)
du Grand Chelem à 40 ans, et en France
surtout (l’Evian Championship n’est Maplaces. Loin, très loin de la vainqueur
jeur que depuis 2013), tout le monde
2018. ■
Angela Stanford l’a emporté au terme
d’un incroyable suspense.
ver l’ordinaire du circuit avec le
tournoi de Metz : « Ce n’est pas
facile d’enchaîner après une semaine de Coupe Davis. On quitte
un groupe où tout le monde est aux
petits soins pour vous. On se retrouve ensemble le soir. Le circuit,
c’est différent. Ce n’est pas la
même atmosphère même si on est
bien entouré. » Amoureux de cette épreuve, Pouille, qui avait parlé
de boycott de la future Coupe Davis, préfère désormais ne pas trop
s’avancer : « Je vais attendre la fin
de l’année, que l’on sache vraiment
comment sera organisée cette
compétition. C’est encore très
flou. » En attendant, il profite à
fond des derniers feux d’une
épreuve qu’il a tant aimée.■ R.S.
EN BREF
F1 : Lewis Hamilton, encore
Le pilote anglais de l’écurie
Mercedes a signé la 69e victoire
de sa carrière lors du Grand Prix
de Singapour. Lewis Hamilton
a devancé Max Verstappen (Red
Bull) et Sebastian Vettel
(Ferrari) qui accuse désormais
un retard de 40 points
au championnat du monde.
Aucun Français n’a réussi à finir
dans le top 10 à l’arrivée.
Marathon : record
du monde pour Kipchoge
Le Kényan Eliud Kipchoge,
maître incontesté sur la distance
de 42,195 km, a pulvérisé
dimanche le record du monde en
remportant le marathon
de Berlin en 2h01:40. Le
précédent record avait été établi
sur le même parcours berlinois
en 2014 par un autre Kényan,
Dennis Kimetto, qui avait bouclé
la distance en 2h02:57.
LIGUE 1 - 5E JOURNÉE
NICE (11)
PARIS SG (1)
CAEN (13)
AMIENS (18)
DIJON (4)
MONTPELLIER (5)
TOULOUSE (3)
NANTES (17)
BORDEAUX (19)
MARSEILLE (6)
2-1
4-0
2-2
2-3
1-3
1-1
1-1
0-0
3-3
Dim.
RENNES (9)
ST-ÉTIENNE (14)
LYON (7)
LILLE (2)
ANGERS (12)
STRASBOURG (16)
MONACO (15)
REIMS (10)
NÎMES (8)
GUINGAMP (20)
A
Le « sorcier » Noah va-t-il encore
frapper ? C’est une habitude. Le numéro
un de l’équipe adverse déclare souvent
forfait au moment d’affronter les Bleus.
Très probablement qualifié pour le Masters, disputé la semaine précédente de la
finale, le leader croate Marin Cilic, 6e
mondial, jettera-t-il l’éponge à son tour
avant de défier la bande à Noah ? Car si le
numéro un croate est bien présent sur le
sol français, accompagné du numéro
deux Borna Coric, 16e mondial, Yannick
Noah, triple lauréat de l’épreuve en tant
que capitaine, devra encore compter sur
sa bonne étoile. La Croatie sera en effet
favorite sur le papier. Mais le collectif
français peut faire la différence.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
16
SPORT
Kevin Mayer, un record du monde venu d’ailleurs
Lors du Décastar de Talence, le Français a réussi son fantastique pari : battre le record du monde (9 126 points) de sa discipline.
CÉDRIC CALLIER ccallier@lefigaro.fr
DÉCATHLON Une revanche. Une « rédemption » aussi, pour reprendre les
termes de Dan O’Brien. Vingt-six ans
ans après le record du monde établi par
l’Américain à Talence (8 891 points), le
Décastar a vécu un nouveau moment
d’histoire ce week-end. À l’instar
d’O’Brien, qui avait brillé dans la cité
girondine quelques mois après avoir
vécu une cruelle désillusion avec une
non-qualification pour les Jeux olympiques de Barcelone, Kevin Mayer (26 ans)
a effacé sa sortie de route des derniers
championnats d’Europe estivaux (trois
sauts mordus à la longueur lui avaient
Kevin Mayer est entré dans la légende,
ce week-end à Talence. TUCAT/AFP
valu un zéro pointé le privant d’un sacre annoncé).
Un échec qui l’avait marqué, tout
autant qu’il l’avait motivé à effacer la
barre mythique des 9 000 points que
seuls deux décathloniens avaient franchie : le Tchèque Roman Sebrle (9 026)
et l’Américain Ashton Eaton, désormais
ex-détenteur du record du monde
(9 045). Une marque qui focalisait l’attention du Français, et dont il n’entendra plus parler. Après une journée de
samedi record, qu’il acheva avec
128 points d’avance sur son record de
France et deux records personnels sur
le 100m (10’’55) et à la longueur
(7,80m), Mayer n’a rien lâché le dimanche. Avec trois points d’orgue : ses
13’’75 au 110m haies, qui lançaient parfaitement sa journée puisque son
meilleur temps dans l’exercice était de
13’’71. Puis ses 5,45m à la perche, un
exercice dans lequel il sait briller, mais
peut aussi se faire des frayeurs comme
lors des championnats du monde 2017 à
Londres, où il avait frôlé le zéro. À Talence, royal, il a effacé 5,05 m, 5,25 m,
5,35 m et, donc, 5,45 m à chaque fois à
son premier essai. Un symbole.
Mais le plus beau était encore à venir.
Lors du lancer de javelot, le champion
du monde en titre réalisait un premier
jet extrêmement solide à 66,34 m. Une
performance qui lui déroulait déjà le tapis rouge vers le record du monde. De
quoi se concentrer déjà sur le 1 500 m ?
C’était mal connaître le panache du natif d’Argenteuil. Sur sa dernière tentative, il s’arrachait, expédiait son javelot à
71,90 m pour un nouveau record personnel, et pouvait hurler son bonheur
devant un public conquis. Nanti d’une
avance de 205 points d’avance sur le
record d’Eaton, Mayer pouvait même
se permettre ce trait d’humour sur
RMC : « Je vais pouvoir faire le 1 500 m
en footing, donc c’est cool. » Au lieu de
cela, le Français eut droit à 4’36’’ de
souffrance. À bout de souffle, au mental, Mayer s’est accroché à ses partenaires qui ont su lui donner un surplus de
forces. Pour décrocher un total de 9 126
points qui le fait entrer définitivement
dans l’histoire de l’athlétisme. ■
Leurs meilleurs souvenirs en solitaire
Invités des chantiers vendéens pour la présentation du Figaro Bénéteau 3, six anciens vainqueurs
de la Solitaire Urgo Le Figaro ont célébré la retraite de leur ancien coursier. Mémoires de skippers.
ENVOYÉ SPÉCIAL À SAINT-GILLES CROIX DE VIE
VOILE Les tempes sont grisonnantes,
donnant à ses oiseaux de mer de belles
couleurs cendrées. Six marins ayant inscrit leurs noms au palmarès de la Solitaire du Figaro étaient le week-end dernier
à Saint-Gilles-Croix-de-Vie pour célébrer la victoire de Sébastien Simon (Bretagne-CMB Performance). Impérial
triomphateur de la 49e édition. Mais leur
présence était avant tout un symbole.
Ces six hommes venaient en fait témoigner de leur affection vis-à-vis du bateau né en 2003, avec lequel ils ont bataillé de longues années pour enfin, un
jour, apparaître au firmament de la renommée.
Michel Desjoyeaux a remporté par
trois fois l’épreuve reine, dont une fois
sur le Figaro Bénéteau 2 qui prend désormais sa retraite : « En 2003, je termine 3e
car je rate la 1re étape et j’emmène avec
moi le pauvre Alain Gautier. Cette annéelà, c’est Armel Le Cléac’h qui l’emporte de
13 secondes seulement. Je participe aussi
en 2005, 2007, 2009 où je gagne, et 2013.
En revenant à chaque fois avec grand plaisir, car c’est une drogue douce et dure à la
fois. Ce bateau était puissant tout en étant
fiable. Rustique tout en étant rapide, ce qui
n’est pas incompatible. Je me souviens
d’une étape dans la brise par 55 nœuds de
vent, au près et dans une mer qui allait
avec. On ne faisait pas les malins, mais on
continuait à faire de la voile. Pour le futur
bateau, avec ma société Mer Forte, on a
été facilitateur intermédiaire entre les architectes de chez VPLP et la construction
chez Bénéteau. Il plane l’idée que je serai
prochainement en course sur ce bateau. »
Des voiliers qui ont une âme
Yann Éliès a également trois timbales sur
sa cheminée. Vainqueur en 2012 lors de
sa 13e participation, puis en 2013 et 2015,
le Briochin a toujours les yeux de Chimène pour son Morbic : « J’ai gagné la der-
nière étape en Figaro Bénéteau 1 et la première en Figaro Bénéteau 2. Cela m’avait
marqué. Les souvenirs sont nombreux,
évidemment. En 2004, je fais 2e derrière
Charles Caudrelier qui est présent aujourd’hui. Avec une étape exceptionnelle
s’achevant à Quiberon. Avec des bateaux
dans tous les sens où je découvre qu’il n’y a
personne autour de moi en arrivant aux
Cardinaux et que je suis en tête. J’ai enchaîné les victoires d’étapes (10 en tout)
pour enfin atteindre ces sentiments rares
“
Ce bateau était
puissant tout
en étant fiable.
Rustique tout
en étant rapide, ce qui n’est
pas incompatible
”
MICHEL DESJOYEAUX ERIC HOUDAS
que peu de skippers ont connu en levant les
bras à l’arrivée. De jeune loup à marin
confirmé, pour nous, c’est une page de nos
vies qui se tourne. Ce bateau avait une
âme, mais que je vais transmettre sur le
prochain. Il s’appellera Morbic, comme
tous mes bateaux, ceux de mon père et de
mon grand-père. Il me reste dix années de
carrière sportive à vivre. Des anciens présents à Saint-Gilles, j’ai été le premier à
faire un chèque. »
Comme Nicolas Troussel, dont une option de folie, appelée depuis une « troussellerie », lui avait permis d’atomiser la
concurrence en 2006 avec des heures
d’avance, Nicolas Lunven a également
raflé la mise par deux fois. Le Morbihannais restait dithyrambique sur le Figaro
Bénéteau 2 : « Un superbateau. Facile à
mener. Qu’on a amené dans des coins magiques, à Saint-Barth, Istanbul, Athènes.
Sincèrement, il y a tellement de souvenirs,
qu’il m’est difficile d’en citer un. Peut-être
le dernier, en 2017. Une victoire compliquée à aller chercher. J’avais gagné trop
facilement la première fois, sans être favo-
ALEXIS COURCOUX
SERGE MESSAGER smessager@lefigaro.fr
À Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée), ce week-end, sept skippers, tous vainqueurs de la Solitaire posent devant le Figaro
Bénéteau 3, premier monocoque monotype à foils de série. De gauche à droite : Nicolas Troussel, Yoann Richomme, Yann Eliès,
Sébastien Simon (vainqueur 2018), Michel Desjoyeaux, Nicolas Lunven, Charles Caudrelier.
ri, et je m’étais rendu compte qu’il fallait
beaucoup bosser pour arriver à ce que l’on
voulait. L’an dernier, toutes les étoiles
étaient bien alignées. J’espère que ces bateaux auront une belle fin de vie, plus pépère avec leurs nouveaux propriétaires.
Pour son petit frère, les échos sont bons.
Yoann Richomme, avec nous aujourd’hui
et qui a gagné la Solitaire en 2016, a participé à sa gestation. Son ressenti est vraiment positif. » Longue vie et bel avenir au
Figaro Bénéteau, 3e du nom. ■
Le « passage en force »
instauré au rugby
Cette nouvelle règle, inspirée du basket-ball
et du handball, va être testée chez les jeunes.
ARNAUD COUDRY £@ArnaudCoudry
ENVOYÉ SPÉCIAL À AMIENS
LA SOLITAIRE
URGO LE FIGARO
REMERCIE
A
©Alexis Courcoux
TOUS SES PARTENAIRES !
RUGBY La sécurité des joueurs de rugby est aujourd’hui une question cruciale. Après avoir vu un boom du nombre
de ses licenciés après la Coupe du monde 2007, la Fédération française de rugby fait face depuis à une baisse régulière
et inquiétante de son nombre de pratiquants (- 15 000 l’an dernier). L’image
renvoyée par le rugby professionnel, de
plus en plus violent, inquiète les parents au moment d’inscrire les enfants
à l’école de rugby. À l’occasion d’un
déplacement à Amiens, le président de
la FFR, Bernard Laporte, accompagné
de son directeur technique national Didier Retière, a présenté un plan intitulé
« Bien joué » visant à améliorer la pratique du rugby.
La principale mesure concerne l’instauration d’un « passage en force », à
l’instar de ce qu’il se fait dans le basketball et le handball, pour éviter les percussions trop frontales. « On ne peut
plus tolérer qu’un gamin qui est plus
grand que les autres, prenne le ballon
sous le bras et aille percuter un autre qui
est immobile. Aller percuter, ce n’est plus
TOP 14 - 4E JOURNÉE
LYON (5)
CASTRES (4)
PAU (8)
AGEN (9)
TOULOUSE (3)
LA ROCHELLE (7)
PARIS (2)
55-13
29-13
23-27
22-17
30-17
37-10
37-10
MONTPELLIER (11)
GRENOBLE (13)
CLERMONT (1)
BORDEAUX-B. (10)
RACING 92 (6)
PERPIGNAN (14)
TOULON (12)
possible, ou tu donnes le ballon avant, ou
tu prends les intervalles », martèle le
président de la FFR.
Didier Retière poursuit : « Le rugby
doit revenir à ses principes de base : le
joueur doit essayer de courir dans les intervalles et le défenseur doit essayer de le
plaquer. » Laporte et Retière ont rappelé que le plaquage n’allait pas être banni
des écoles de rugby, mais le toucher va
être privilégié lors de l’apprentissage
du rugby.
Concrètement, cette nouvelle règle
sera testée cette saison dans la catégorie
des moins de 14 ans au niveau national
et dans les ligues Occitanie et pays de la
Loire pour les plus jeunes (moins de 8,
10 et 12 ans). Un test sera également effectué avec les sélections nationales en
moins de 16 ans et moins de 17 ans, lors
de compétitions interpoules. ■
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lundi 17 septembre 2018
LE CARNET DU JOUR
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commémoration
L'Union des Blessés
de la Face et de la Tê te
« les Gueules Cassées »
ravivera
la Flamme de la Nation
sous l'Arc de Triomphe,
le mardi 18 septembre 2018,
à 18 h 30.
Une messe à la mémoire
de ses fondateurs sera célébrée
le mercredi 19 septembre,
à 10 heures, en la basilique
Notre-Dame-des-Victoires,
place des Petits-Pères,
à Paris (2e).
Boulogne-Billancourt
(Hauts-de-Seine).
M. Claude-André Boss,
son époux,
Christian, Dominique,
Jean-Louis, Juliette et Quan,
ses enfants,
Françoise, Valérie et Hervé,
ses belles-filles et son gendre,
Alexis, Natacha, Antoine,
Marc, Justine, Jimmy,
Benjamin, Charlotte, Louis,
Rémi, Adrien,
ses petits-enfants,
Luca, son arrière-petit-fils,
ont la douleur de vous
faire part du décès brutal de
Mme Claude-André BOSS
née Josette Paulet,
médaille
de la Famille française,
survenu le 10 septembre 2018,
dans sa 87e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 18 septembre,
à 14 h 30, en l'église
de l'Immaculée Conception,
63, rue du Dôme,
à Boulogne-Billancourt,
suivie de l'inhumation,
à 15 h 30, au cimetière
de Boulogne-Billancourt,
48, avenue Pierre-Grenier.
Un livre d'amitié sera ouvert
à l'église pour y recevoir
vos condoléances.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Les familles de Driésen,
d'Agay, de Montgolfier
et de Rohan-Chabot
vous font part du décès de
Pierre de DRIÉSEN
le 10 septembre 2018, à Paris.
deuils
Mme Roger Alvart,
son épouse,
Laurence, Alexandre
et Maxemilian,
ses enfants,
Jade, sa petite-fille,
Nicole Duval,
sa sœur,
ainsi que toute sa famille
ont l'immense douleur
de vous faire part du décès du
docteur Roger ALVART
ancien directeur
médical et scientifique
de Pfizer France,
survenu le 12 septembre 2018.
la cérémonie d'adieu
aura lieu le vendredi
21 septembre, à 9 h 30,
au funérarium des Batignolles,
21, boulevard du
Bois-Le-Prêtre, à Paris (17e).
L'inhumation aura lieu
le samedi 22 septembre,
à 11 heures, au cimetière
des Îles, à Annecy.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Une bénédiction sera dite
le jeudi 20 septembre 2018,
à 9 h 45, en la basilique
de Saint-Raphaël (Var).
Paris. Égletons (Corrèze).
Christine Estager,
son épouse,
Pierre et Emilie, Claire,
ses enfants,
Paul, son petit-fils,
Germain et Agnès Estager,
son frère et sa belle-sœur,
Guillaume et Amélie Estager,
Florence et Julien Laurent
et leurs enfants,
ses neveux et nièces,
et toute la famille
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Jean Marie ESTAGER
Mlle Marie
d'ESPALUNGUE d'ARROS
s'est endormie
dans la Paix du Seigneur,
le mercredi 12 septembre 2018,
dans sa 83e année, munie
des sacrements de l'Église.
De la part de :
Yves et Antoinette (†)
de Framond,
leurs enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
Robert et Catherine
de Volontat,
leurs enfants et petits-enfants,
Arnaud et Marie-Claude
d'Espalungue d'Arros,
leurs enfants et petits-enfants,
Jean et Marie-Joëlle
d'Espalungue d'Arros,
leurs enfants et petits-enfants,
Guilhem et Anne
d'Espalungue d'Arros,
leurs enfants et petits-enfants.
La messe d'obsèques
sera célébrée
en l'église paroissiale
de Villars-les-Dombes (Ain),
ce lundi 17 septembre, à 9 h 30.
L'inhumation aura lieu
le mardi 18 septembre,
à 10 heures,
dans le caveau de la famille
d'Espalungue d'Arros,
au cimetière d'Arros-de-Nay
(Pyrénées-Atlantiques),
où elle rejoindra
ses très chers parents.
La famille remercie toutes
les personnes qui l'ont entourée
pendant des mois,
avec beaucoup d'affection
dans sa famille,
et de soins attentionnés
dans les organismes
ou elle a été accueillie.
Serviès (Tarn).
Marie et Michel Masfayon,
Monique et Erwan Comte,
Bernadette Guiot de la Rochère,
ses enfants,
Donatienne et Cédric Fouques,
Ombline et Cyriaque
Frison-Roche,
Gersende Masfayon,
Louis-Marie Masfayon,
Médéric Masfayon,
Jean et Evangélia Comte,
Gabriel Comte,
Stanislas Comte,
ses petits-enfants,
Héloïse et Isaure Fouques,
Mahaut et Maximilien
Frison-Roche,
ses arrière-petits-enfants,
Geneviève de Lobit,
dominicaine missionnaire
des campagnes, sa sœur,
font part du retour à Dieu de
Mme Jacques
GUIOT de la ROCHÈRE
née Donatienne de Lobit,
survenu le 14 septembre 2018.
le 12 septembre 2018, en sa
quatre-vingt-douzième année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Antoine, à Égletons,
le mercredi 19 septembre,
à 10 h 30.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce lundi 17 septembre,
à 15 heures, en l'église
Saint-Jean-Baptiste de Serviès.
Ni fleurs ni couronnes.
M. et Mme
Rodolphe Szymanek,
M. et Mme Philippe Mathurin,
M. et Mme Denis Lederer,
ses neveux et nièces,
M. et Mme
Alexandre Szymanek,
son petit-neveu et son épouse,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Jacqueline BLANCHARD
née Colelough,
survenu à Issy-les-Moulineaux,
le 10 septembre 2018,
dans sa 102e année.
Ses obsèques ont été célébrées
dans la plus stricte intimité.
Cet avis tient lieu de faire-part.
27, rue de Rémusat,
75016 Paris.
M. et Mme
Thierry Gautier de La Plaine,
ses enfants,
Jean, Louis, Clément,
François, Guillaume,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part
du rappel à Dieu de
Jeannine
GAUTIER de LA PLAINE
le 14 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 18 septembre,
à 10 heures,
en l'église Sainte-Odile,
à Paris (17e),
suivie de l'inhumation,
à 16 heures, au cimetière
de Montamisé (Vienne).
Guide des Obsèques
Prévoir, organiser, accompagner.
En union avec
Michel Henry (†),
son époux,
Alain et Marie-Pierre Pécourt,
ses frère et belle-sœur,
Nicolas Pécourt,
Sophie Bousquet,
Emilie Pécourt (†),
ses neveux et nièces,
et leurs conjoints et enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès,
le 13 septembre 2018, à Albi, de
Anne HENRY
née Pécourt,
ancien professeur
à l'université de Montpellier.
Plascassier (Alpes-Maritimes).
M. et Mme Claude Besnault,
ses parents,
Mme Luce Picaudé-Lalande,
sa belle-mère,
M. et Mme Jérôme Duchalais,
M. et Mme Marc Besnault,
ses frère, sœur,
beau-frère et belle-sœur,
leurs enfants et petits-enfants,
Mme Bernard Gournay,
sa marraine,
sa famille et ses amis
vous font part avec tristesse
du décès de
Mme Brigitte LELIÈVRE
née Besnault,
survenu le 11 septembre 2018,
à l'âge de 58 ans, à Paris.
La cérémonie religieuse a été
célébrée le 14 septembre,
en l'église de Houdan.
5, rue de Silly, 92100 Boulogne.
Ses enfants,
Jean-Bernard,
Philippe et Catherine,
et leurs conjoints,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du décès de
Mme Christiane LETESSIER
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
survenu le 13 septembre 2018,
à l'âge de 94 ans,
à Ville-d'Avray.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Saturnin,
à Nogent-sur-Marne
(Val-de-Marne),
le vendredi 21 septembre,
à 14 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Son époux et ses fils,
sa sœur et ses frères,
ses nièces et neveux
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
Une bénédiction sera dite
en l'église de Plascassier,
à Grasse, le mardi
18 septembre, à 15 heures.
Recevez
Le FigaRo
ont la douleur
de faire part du décès de
chaque jouR
Mme Jean THIOLLET
née Monique Leforestier,
chez vous
survenu le 13 septembre 2018,
à Paris, munie
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Germain-des-Prés,
à Paris (6e),
le mardi 18 septembre,
à 14 h 30.
L'inhumation aura lieu
le mercredi 19 septembre,
à 15 heures, au cimetière
de Saint-Jean-Cap-Ferrat.
55, avenue Bugeaud,
75116 Paris.
Le Seigneur a accueilli
dans Sa Paix et Sa Lumière,
Mme Colette
TOULEMONDE-STUBBE
décédée à Lille,
le 14 septembre 2018,
à l'âge de 87 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 18 septembre 2018,
à 10 heures, en l'église
Notre-Dame de Pellevoisin,
à Lille (Buisson).
Recevez Le Figaro
du lundi au samedi,
accompagné des suppléments
et des magazines du week-end.
L'inhumation aura lieu
le même jour, à 15 heures,
au cimetière de Tardinghen,
dans le caveau de famille.
De la part de
ses enfants, petits-enfants
et toute la famille.
Cet avis tient lieu de faire-part.
6 mois
Jean-Paul Liauzu,
9, rue Romain-Rolland,
34200 Sète.
Michel Lacomare,
2, rue de Tournon,
75006 Paris.
209s
au lieu de 473,20E
née Lacomare,
Île Maurice. Madagascar.
Le Revest-les-Eaux (Var).
Marseille.
Dieu a accueilli dans Sa Paix,
55% de réduction
sur le prix de vente
en kiosque.
Michelle VAILLANT
née Couve de Murville,
le 8 septembre 2018,
à l'âge de 90 ans.
M. André Massieux,
son époux,
Francine et Denis Poisson,
Jacques et Joëlle Massieux,
Pierre et Marisia Massieux,
Philippe et Marie-Anne
Massieux,
ses enfants,
Caroline, Olivier, Laurent,
Paul Henri, Marie-Laure,
Sébastien,
Philippe et Gabriel,
Pierre-Emmanuel, Delphine,
Alix,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Henriette MASSIEUX
née Dron,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 19 septembre,
à 15 heures, en l'église
de Lésigny (Seine-et-Marne),
suivie de l'inhumation
dans le caveau de famille.
à Plascassier,
le 13 septembre 2018,
à l'âge de 80 ans.
Le capitaine de frégate
et Mme Jean Patrick Thiollet,
M. et Mme Marc Riez,
Albane, Guillaume, Mathilde,
Aymeric, Marie Alix,
Joséphine,
ses enfants et petits-enfants,
Mme Denise LIAUZU
survenu le 22 août 2018,
à Sète, à l'âge de 82 ans.
Thierry et Nathalie Labarbe,
Emmanuelle Labarbe,
ses enfants,
M. et Mme
Jean Claude Fonquerne
et leurs enfants,
Nicolas et Marie Claude
Korsakoff
et leurs enfants,
le colonel Alexandre Korsakoff
et Bénédicte et leurs enfants,
Cyrille Korsakoff
et sa fille Louise,
Mme Pierre Jobard-Picot
et ses enfants
Paris (16e).
Joseph Toulemonde,
son époux,
le vendredi 14 septembre 2018,
le jour de ses 91 ans.
M. Christian Jean LABARBE
Le Carnet du Jour • Le Figaro
14 boulevard Haussmann • 75009 Paris
Par courriel : obseques@media.figaro.fr
M. Eric Lelièvre,
son époux,
M. et Mme Louis Durand,
Mlle Charlotte Lelièvre,
ses enfants,
Agathe, Capucine, Mayeul,
ses petits-enfants,
Mme Christian Jean Labarbe,
née Danièle Jobard, son épouse,
ont la grande tristesse
de faire part
du rappel à Dieu de
Demandez-le par courrier :
17
Annick
Vaillant-Couve de Murville,
le professeur Alain Vaillant,
ses enfants,
les familles Vaillant,
Couve de Murville, Micouin,
Coulon, Challier-Barba,
Emilie, Camille, Pauline,
Marie, Julie,
ses petites-filles,
Kevin, Ondine, Gwendoline,
Tiaré-Esmeralda,
ses petits-enfants au Ciel,
Max, Julien,
ses arrière-petits-fils,
ses amis des familles
Delahousse, Courbon, Caillard
vous invitent à partager
leur peine et leur espérance.
Elle a rejoint son époux, le
médecin-général
André Vaillant
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 19 septembre,
à 14 h 30,
en l'église Saint-Christophe,
au Revest-les-Eaux,
suivie de l'inhumation
au cimetière du village.
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au FigaRo
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Nom :
Prénom :
Adresse :
Code postal :
E-mail :
messes
Rouen (Seine-Maritime).
Houlbec-Coherel. Garches.
Christine et François Perraud,
Isabelle Schrub
et André Mignot,
son époux,
ses enfants,
et toute la famille
ont la douleur
de faire part du décès du
docteur Jean-Claude SCHRUB
professeur d'université
au CHU de Rouen,
survenu le 12 septembre 2018,
à l'âge de 93 ans, à Rouen.
Une messe aura lieu
le jeudi 20 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Martin de Périgueux,
suivie de l'inhumation
dans le caveau de famille,
à Périgueux.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-des-Anges,
à Bihorel (Seine-Maritime),
le jeudi 20 septembre, à 14 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Ville :
Tél. :
Un registre à signatures tiendra
lieu de condoléances.
Je joins mon règlement par :
En l'honneur et à la mémoire
des bienfaiteurs, donateurs
et testateurs de la
Chèque bancaire ou postal
à l’ordre du Figaro
Fondation Saint Matthieu
pour l'École catholique
Expire in :
@
en majuscules
Date e t signature :
CB N°
une messe sera célébrée
par Mgr Jérôme Angot,
le vendredi 21 septembre 2018,
à 12 heures, dans la chapelle
située 76, rue des Saints-Pères,
à Paris (7e),
(métro Sèvres-Babylone
ou Saint-Sulpice).
Le conseil d'administration
et l'équipe de la fondation
seront heureux de vous
y accueillir et vous remercient
de vous associer à leurs prières.
www.fondation-st-matthieu.org
info@fondationst-matthieu.org
FAP18002
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jusqu’au 31/12/2018. Les informations recueillies sur ce bulletin
sont destinées au Figaro, ses partenaires commerciaux et ses soustraitants, pour la gestion de votre abonnement et à vous adresser des
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Relation Client, 14 boulevard Haussmann 75009 Paris. Si vous ne
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lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
SÉBASTIEN BOTELLA / JEAN-FRANÇOIS OTTONELLO, ERIC DULIERE/PHOTOPQR/NICE MATIN, BESTIMAGES
18
Reconstitution du meurtre d’Hélène Pastor (en médaillon, en haut à droite), en avril 2015, devant l’hôpital L’Archet de Nice. Le compagnon de sa fille, Wojciech Janowski (ci-dessus) est suspecté d’en être le commanditaire.
Assassinat d’Hélène Pastor : dix
accusés devant les assises à Nice
Stéphane Durand-Souffland
sudrandsouffland@lefigaro.fr
L’
enquête, si elle est confortée par le
verdict, aura été un modèle du
genre. En dix jours, la police a retrouvé l’homme qui, à partir de
lundi, répond devant les assises
des Bouches-du-Rhône de l’assassinat d’Hélène Pastor, 67 ans,
sur laquelle, armé d’un fusil à canons sciés, il aurait
tiré le 6 mai 2014.
Sa victime l’a elle-même implicitement identifié.
Car Mme Pastor, milliardaire monégasque, n’a pas
succombé immédiatement. Hospitalisée dans un état
grave, elle livre le 17 mai une description sommaire du
tireur aperçu à travers la vitre de sa portière avant
qu’il n’ouvre le feu sur elle et son chauffeur, Mohamed Darwich, tué sur le coup : « Il était de couleur noire et habillé de sombre. » Des photographies de suspects potentiels lui sont présentées, parmi d’autres.
Quand le visage de Samine Saïd Ahmed apparaît, la
sexagénaire, terrorisée, est prise de spasmes et les
médecins mettent fin à son audition. Mais peu après,
elle glisse dans un souffle aux enquêteurs : « J’ai peur,
je veux vous revoir car j’ai d’autres choses à dire. » Elle
n’en aura malheureusement pas le temps : Hélène
Pastor, héritière de l’un des principaux bâtisseurs de
Monaco, meurt le 21 mai 2014 de ses blessures compliquées par une infection nosocomiale.
Quand le tueur et le guetteur présumés partent de
Marseille, ils savent que leur cible sortira de l’hôpital
de Nice en début de soirée, après sa visite quotidienne
à son fils Gildo, qui se remet d’un accident vasculaire
cérébral. L’étude de la téléphonie et le visionnage des
images captées par les systèmes de vidéosurveillance
permettent de retracer le trajet de Samine Saïd Ahmed et d’Al Haïr Hamadi. Il est vrai que les deux hommes, qui ne sont pas des bandits chevronnés, laissent
derrière eux une brassée d’indices. Celui qui est accusé d’avoir pressé la détente est trahi par son ADN, déposé sur un flacon de gel douche dans l’hôtel niçois où
il était descendu avec le guetteur – d’où la présentation des clichés à Mme Pastor. L’autre commet l’erreur
stupide de continuer à utiliser le téléphone acheté exprès pour le crime, ce qui conduit les enquêteurs jusqu’à lui sans coup férir.
A
Aucune relation dans le milieu
En tirant le fil de la pelote, la police met au jour un incroyable complot. Selon ses conclusions, le cerveau
de l’opération serait le propre gendre de la victime,
Wojciech Janowski, né le 15 août 1949 à Varsovie, se
présentant comme un prospère gérant de sociétés et
revendiquant la qualité de consul général de Pologne
sur le Rocher. Celui-ci vit, depuis 1986, en couple
avec Sylvia, second enfant d’Hélène Pastor. Ils ont
une fille et ne manquent de rien sur le plan matériel :
outre les revenus de M. Janowski dont tout laisse à
penser qu’ils sont confortables, Mme Pastor mère
verse chaque mois à chacun de ses enfants, Gildo et
Sylvia, un demi-million d’euros.
D’après l’accusation, l’idée criminelle germe dans
Le 6 mai 2014,
la richissime monégasque
était tuée à coups de fusil.
Dix jours plus tard, la
police retrouvait l’homme
qui doit répondre lundi
de cet assassinat.
En remontant la piste
d’une affaire où la fortune
flirte avec l’amateurisme,
les enquêteurs sont
tombés sur Wojciech
Janowski : le gendre
de la victime, qui aurait
commandité ce crime.
l’esprit du compagnon de Sylvia en 2012, lorsque celleci apprend qu’elle est atteinte d’une grave maladie.
Comme ils ne sont pas mariés, Wojciech Janovski
craint de perdre son train de vie au cas où elle viendrait
à disparaître – partie civile, elle sera présente au procès
d’Aix-en-Provence. Il se dit que si Sylvia hérite sans
tarder, ses arrières seront assurés. Mais M. Janovski n’a
aucune relation dans le milieu. Aussi charge-t-il son
coach sportif, Pascal Dauriac, de monter une équipe,
mettant à sa disposition 140 000 € à partager en fonction des attributions de chacun. « Monsieur le consul
général » – il a, parmi d’autres indélicatesses, usurpé ce
titre – proteste de son innocence par tous les moyens
imaginables, ce qui lui vaut d’ailleurs de répondre de
subornation de témoins, nous y reviendrons.
L’accusation développe sa thèse. Pascal Dauriac
n’est pas non plus lié au grand banditisme. Aussi charge-t-il à son tour son beau-frère, Abdelkader Belkhatir, de lui présenter des individus susceptibles de commettre un assassinat, moyennant rétribution. Encore
raté : M. Belkhatir, dont le casier judiciaire est vierge,
décrit dans la procédure comme un « brave mec » un
peu naïf, ne fréquente pas de truands. Le plus gros profil qu’il connaisse se nomme Al Haïr Hamadi, deux fois
condamné pour des vols et des violences. Il le met en
relation avec le coach. Mais un meurtre, c’est trop
pour M. Hamadi, qui accepte le poste de guetteur. Il
faut donc trouver un tireur. On pense notamment à
Salim Youssouf, gendarme auxiliaire de son état, qui
semble intéressé – il le nie – mais se désiste. Et c’est
ainsi qu’on sollicite in extremis, car la date butoir du
« contrat », liée à la sortie de l’hôpital de Gildo Pastor,
approche, Samine Saïd Ahmed, né en 1990 aux Comores, cinq mentions au casier pour de petites affaires de
stupéfiants, relation de longue date du gendarme. Un
dénommé Omer Abale Lohore est accusé d’avoir assemblé le tandem Hamadi-Saïd Ahmed.
Interpellé, Al Haïr Hamadi se montre prolixe dès
sa première audition en garde à vue. Il dénonce Pascal Dauriac et, sans le nommer, Samine Saïd Ahmed
(« l’autre a fait son boulot de tueur »). Il se moque du
gendarme Youssouf, surnommé « inspecteur Derrick », et révèle un détail abject : le donneur d’ordres
avait fait miroiter à l’équipe une prime de 20 000 €
pour le vol du sac à main d’Hélène Pastor et 20 000 €
de « bonus si on tuait le chauffeur […] le commanditaire y tenait particulièrement ». Pour accréditer la piste
d’un meurtre crapuleux, évidemment. Le guetteur
présumé se rétractera poussivement. Samine Saïd
Ahmed, lui, joue les nigauds face aux enquêteurs.
Comme la plupart des voyous, il raconte n’importe
quoi, bien incapable de justifier la présence de son
ADN dans un hôtel de Nice où se trouvait aussi M.
Haïr Hamadi, qu’il jure ne pas connaître. « Les choses
sont claires, Monsieur le Juge, déclare-t-il au magistrat instructeur. Comme je vous l’ai dit depuis le début,
Pour accréditer la piste d’un meurtre
crapuleux, le donneur d’ordres avait fait
miroiter à l’équipe une prime de 20 000 €
pour le vol du sac à main d’Hélène Pastor
et 20 000 € pour le meurtre du chauffeur
»
je n’ai rien à voir ni de près, ni de loin, avec cette affaire. » Pascal Dauriac avoue rapidement son implication, se prétendant manipulé par Wojciech Janowski, qui aurait patiemment assuré son emprise sur lui.
Invité à décrire la nature de leur relation, il a cette
réponse surprenante pour un homme alors âgé de
45 ans : « Je la décrirais comme un écolier face à son
instituteur. […] J’ai commencé à exister à ses yeux il y a
environ deux ans quand cela a été le début de ses idées
criminelles, auparavant je n’étais rien pour lui sauf le
masseur avec lequel il discutait. »
Et M. Janowski ? Très sûr de lui, il adopte une posture déconcertante, tandis que l’enquête, peu à peu, met
à nu le personnage qu’il s’était construit. En garde à
vue, il déclare : « Je ne suis pas le commanditaire. »
Pressé de questions, il finit par admettre : « Oui, j’ai
commandité ce meurtre. » Mais il aurait agi de la sorte
en raison de « la passion » qu’il voue à Sylvia, victime,
affirme-t-il, de la « maltraitance psychique » d’Hélène
Pastor qui aurait déclenché son cancer. À l’en croire, la
richissime sexagénaire lui préférait son frère Gildo.
Plus tard, le faux consul général fait volte-face, prétextant tantôt que, le polonais étant sa langue maternelle, il a mal compris les questions qui lui étaient posées, tantôt qu’il a avoué pour permettre à Sylvia
d’être remise en liberté.
Aucun revenu personnel
Ce qui ne convainc guère. La fille de la victime a été
placée en garde à vue, mais rapidement mise hors de
cause et libérée avant que son compagnon ne reconnaisse avoir joué un rôle central dans l’homicide. Elle
découvre, en même temps que les enquêteurs, la véritable personnalité de l’« homme de (sa)vie ». Selon les
investigations de la PJ, M. Janowski gérait des coquilles de noix dont il entretenait artificiellement la
valeur grâce à l’argent de Sylvia, laquelle lui faisait entièrement confiance pour administrer sa fortune. Il
n’avait aucun revenu personnel. Au cours des dix-huit
mois précédant le crime, il aurait siphonné à son seul
profit 7,5 des 9 millions d’euros versés par Hélène Pastor à sa fille. Wojciech Janowski s’était par ailleurs lancé, en Pologne, dans une fumeuse opération de rachat
d’une raffinerie en faillite. La justice estime qu’il a orchestré « une véritable duperie » qui n’a pas bien fonctionné puisqu’il devait quelques dizaines de millions à
ses partenaires. La perspective d’un héritage mise à
part, il n’avait aucun moyen d’honorer cette dette.
Pour tenter de donner à son système de défense – il
accuse Pascal Dauriac et accessoirement Gildo Pastor
d’avoir tout mijoté – un semblant de solidité, l’outrecuidant Polonais, qui sera assisté à l’audience par Me
Éric Dupond-Moretti, aurait suscité plusieurs dépositions providentielles en sa propre faveur. Ce qui vaut à
sa nièce, Katarzyna Janowska, avocate, et à un ancien
codétenu, Francis Pointu (qui, coïncidence peu croyable, a été aussi le compagnon de cellule du coach sportif), de comparaître à ses côtés, respectivement pour
subornation et faux témoignage. Dix accusés, dont six
détenus, doivent répondre des actes qui leur sont prêtés. Abdelkader Balkhatir, Pascal Dauriac, Al Haïr Hamadi, Samine Saïd Ahmed, Salim Youssouf, Omer
Abale Lohore et Wojciech Janowski sont impliqués par
le ministère public dans l’assassinat de l’hôpital de
Nice. Les autres sont poursuivis pour association de
malfaiteurs ou dans le volet des témoignages bidon.
Verdict attendu le 19 octobre. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 17 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
INTERNATIONAL
19
Jusqu’où ira la restriction des libertés
religieuses en Chine ?
£@CyrillePluyette
Correspondant à Pékin
La dérive absolutiste
de Xi Jinping
n’épargne pas les
différentes Églises,
soumises à une
répression de plus
en plus sévère.
LES CHRÉTIENS
SONT-ILS
❙PARTICULIÈREMENT
CIBLÉS ?
Le Parti se méfie surtout des religions
qui ont des liens avec l’étranger : le
christianisme, l’islam et le bouddhisme tibétain. L’essor rapide des Églises
protestantes non officielles dans les
villes ces quinze dernières années l’in-
LE PCC A-T-IL
TOUJOURS RÉPRIMÉ
LES RELIGIONS ?
❙
Les religions vécurent le martyre sous
Mao. En particulier pendant la Révolution culturelle (1966-1976), qui a cherché à les éradiquer. Les lieux de culte
furent massivement fermés ou détruits, et de nombreux responsables
religieux furent emprisonnés ou envoyés en camps de travail.
À partir des années 1980, après le début des réformes économiques et de
l’ouverture du pays, le régime communiste s’est montré plus tolérant.
Les croyants des cinq grandes religions – bouddhisme, catholicisme,
protestantisme, islam, taoïsme – ont
été autorisés à construire de nouveaux
lieux de culte, et à pratiquer leur foi. À
condition toutefois de faire allégeance
à des organisations patriotiques étatiques, supervisées par le PCC. Refusant
cette tutelle, de nombreux chrétiens
ont cependant préféré continuer à
fréquenter les Églises « clandestines » dans lesquelles ils
s’étaient réfugiés sous
Mao. Les autorités ont
plus ou moins laissé
faire, et ces églises se
sont
développées,
même s’il y eut des
persécutions. Le gouvernement a commencé
à vraiment serrer la vis sur
les religions après les Jeux
olympiques de 2008, dans le
cadre d’une reprise en
main plus globale de la société. Ce mouvement s’est
nettement accentué depuis
l’arrivée au pouvoir de Xi
Jinping, fin 2012. « L’empereur rouge » a prévenu : pas
de pitié pour tous ceux qui menacent l’autorité du Parti. En octobre
dernier, il a insisté sur la nécessité que
les religions se « conforment mieux »
aux « réalités chinoises » et à la « société socialiste ». L’objectif de cette
« sinisation » des croyances est simple : elles doivent suivent la ligne du
Parti.
QU’IMPOSENT
LES RÈGLES APPARUES
❙RÉCEMMENT
?
Alors que les religions étaient déjà
étroitement surveillées, de nouvelles
réglementations destinées à encadrer
davantage les cultes sont entrées en
vigueur en février. Elles sont officiellement destinées à « faire barrage à l’extrémisme », à « contrer les infiltrations » étrangères et à limiter les
pratiques non reconnues par l’État.
Ces directives interdisent les dons venant de l’étranger et restreignent les
conditions d’ouverture des écoles
confessionnelles. Depuis leur entrée en
application, les mosquées sont par
exemple obligées de hisser bien haut le
drapeau national pour « développer
l’esprit patriotique ». Et leur personnel
est contraint d’assister à des formations pour étudier la Constitution, dans
laquelle figure depuis mars dernier la
1 Les Chinois et la religion
APPARTENANCE RELIGIEUSE EN 2014*, en % de la pop.
Sans religion
et religion
traditionelle
chinoise
Bouddhisme
2,53 % Christianisme
0,45 % Islam
73,56 % 15,87%
7,59%
HEILONGJIANG
Autres religions
Animisme, chamanisme,
nouvelles religions chinoises
(Ikuan Tao , Falun Gong...)
JILIN
*selon l’étude du China Family Panel Studies de l’université de Pékin
(CFPS) qui repose sur un panel 31 665 personnes et
du déclaratif. À prendre donc avec précaution dans
le cadre d'un régime dictatorial comme la Chine
communiste.
LIAONING
NEI MONGOL
XINJIANG
Pékin
(MONGOLIE-INTÉRIEURE)
TIANJIN
GANSU
HEBEI
SHANXI
NINGXIA
SHANDONG
QINGHAI
JIANGSU
SHAANXI
ANHUI
XIZANG
HUBEI
(TIBET)
ZHEJIANG
SICHUAN
CHONGQING
HUNAN
JIANGXI
200 km
FUJIAN
GUIZHOU
2 Une mosaïque
YUNNAN
GUANGXI
religieuse
RÉPARTITION DES GRANDES RELIGIONS
SUR LE TERRITOIRE EN FONCTION
DE LA DENSITÉ DE POPULATION,
HAINAN
en nombre d’hab./km²
100 10
1
Religion traditionnelle chinoise*
Bouddhisme tibétain
Autres branches du bouddhisme
Islam sunnite
Islam ismaélien
Christianisme
*syncrétisme du bouddhisme chinois, du taoïsme,
du confucianisme et du culte des ancêtres
Provinces où se sont développées les nouvelles
religions chinoises (plus de 20 % de la population)
telle que les mouvements Ikuan Tao ou Falun Gong
Sources :
Freedom
House (ONG
financée par le
gouvernement américain),
Varvara Krechetov, Economic
and Cultural Complexes of China ;
Katharina Wenzel-Teuber, Statistics on
Religions and Churches in the People’s
Republic of China de in « Religions & Christianity in
Today's China » et Encyclopedia Britannica.
GUANGDONG
3 Des religions plus ou moins soumises
à la pression du pouvoir central
NIVEAU DE RÉPRESSION RELIGIEUSE EN FONCTION
DE LA RELIGION ET DE LA PROVINCE
Très élevé
Animisme, chamanisme
Bouddhistes tibétains,
musulmans ouighours, Falun Gong
Élevé
Protestants
Modéré
Catholiques
Faible
Très faible
Bouddhistes chinois, mulsulmans Hui*
Taoïsme
*Ethnie chinoise de descendants
de Chinois Han convertis à l’Islamn
Cette année, les pressions et les intimidations des autorités se sont multipliées pour dissuader les chrétiens de
se rendre dans des églises non reconnues par l’État, selon certains observateurs. Cette répression concerne
aussi les catholiques « clandestins »,
alors même qu’un rapprochement entre Pékin et le Vatican est en discussion. Dans le Henan, des églises sont
détruites, la messe est interdite aux
enfants et des prêtres ont dû fournir la
liste de leurs fidèles aux autorités, selon des témoins cités par l’AFP. La
Chine compte 10 à 12 millions de catholiques, à peu près répartis à parts
égales, entre une Église étatique, et
une autre, qui ne reconnaît que l’autorité du Pape.
SORT EST RÉSERVÉ
AUX MUSULMANS ?
❙ QUEL
La Chine se dit particulièrement préoccupée par la situation de la province
du Xinjiang, une région où vivent
quelque 14 millions de musulmans et
qui a connu des violences ces dernières
années. Les autorités chinoises, redoutant d’éventuels liens entre des
militants « séparatistes » et des groupes djihadistes internationaux, ont
multiplié les initiatives pour contrôler
chaque parcelle de la vie des musulmans. Le gouvernement a interdit depuis 2017 le port du voile intégral et les
« barbes anormales » et traque dans les
téléphones portables le moindre signe
de « radicalisation ».
Mais les choses sont allées beaucoup
plus loin. Des rapports ont dénoncé la
naissance d’un vaste réseau de camps
de « rééducation » dans cette province. Entre plusieurs centaines
de milliers et un million de
Ouïgours et de Kazakhs de
confession musulmane ont été
envoyés dans ces camps depuis 2017, selon le chercheur allemand Adrian
Zenz. D’après les témoignages
recueillis par les ONG et par la
presse, les détenus subissent un
terrible lavage de cerveau. Le
but est de les obliger à renoncer à
leur identité religieuse, en les forçant à chanter les louanges du Parti
communiste et à dénigrer leur propre
culture. L’ONG américaine Human Rights Watch (HRW) a dénoncé « des
violations des droits de l’homme au Xinjiang à une échelle jamais vue dans le
pays depuis des décennies ». L’ONU,
qui est montée au créneau, a appelé
Pékin à autoriser l’envoi d’observateurs. La Chine a rétorqué qu’elle ne
persécutait pas les musulmans, mais
mettait en place des « centres éducatifs »…
CERTAINES RELIGIONS
SONT-ELLES DAVANTAGE
❙ÉPARGNÉES
?
HENAN
Infographie
ASIE Dernier exemple en date de la
paranoïa du Parti communiste chinois
(PCC) : il devrait bientôt interdire aux
croyants de diffuser des photographies
ou des vidéos de baptême, de messe,
ou de cérémonies bouddhistes sur les
réseaux sociaux.
L’étau ne cesse en effet de se resserrer
sur les cultes depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, fin 2012. Le dirigeant chinois le plus puissant depuis
Mao Tsé-toung se méfie de toutes les
organisations susceptibles de contester
l’autorité du régime, surtout si elles
ont des liens avec l’étranger. La pression ne cesse de s’accentuer sur les
Églises chrétiennes non reconnues par
le Parti, dont certaines sont dissoutes
ou détruites. Et, dans le Xinjiang, des
musulmans sont envoyés en masse
dans de terribles camps de « rééducation », dénoncent plusieurs rapports.
quiète au plus haut point. Les autorités
ont dissous ce mois-ci à Pékin l’une
des plus importantes organisations de
ce type dans le pays : l’Église de Sion.
« Cela signifie que le Parti est déterminé
à supprimer ces communautés indépendantes dans toute la Chine », estime
Yang Fenggang, professeur à l’université de Purdue, aux États-Unis.
En 2016, plus de 1 500 croix surmontant des Églises, essentiellement protestantes, ont été détruites dans la province du Zhejiang. Cette campagne
s’est ensuite étendue à d’autres régions, comme le Henan, selon certains
observateurs, qui dénoncent parallèlement une censure croissante des livres
traitant du christianisme.
« Le nombre de chrétiens chinois pourrait être proche de 100 millions actuellement (soit plus que les effectifs actuels
du PCC, 90 millions) et atteindre
224 millions en 2030 », évalue Yang
Fenggang. Le régime « est très nerveux
à l’idée qu’une communauté si nombreuse et bien organisée puisse contester son pouvoir », et promouvoir un
discours différent du sien, complète le
politologue Willy Lam, basé à
Hongkong. Et ce, d’autant plus que les
congrégations protestantes « non officielles » attirent par ailleurs de plus en
plus de cadres d’entreprises et de jeunes Chinois très diplômés. Ceux précisément sur lesquels mise le PCC pour
bâtir une superpuissance moderne.
Source :
Freedom House,
une ONG financée
par le gouvernement
américain. Février 2017.
Même si tous les cultes sont surveillés,
le bouddhisme chinois (première religion avec entre 185 et 250 millions de
membres) ou le taoïsme, bénéficient
d’un traitement de faveur. Ces religions traditionnelles sont en effet jugées compatibles avec le « grand renouveau » de la nation prôné par Xi
Jinping. Le maître de Pékin, qui cherche à renforcer la cohésion sociale,
juge que ces systèmes de pensée profondément enracinés dans la culture
chinoise peuvent être utiles pour répondre à un besoin de sens que ne parvient pas à combler la course à l’argent
ou le Parti. Ce faisant, il renforce son
pouvoir, car les leaders bouddhistes
acceptent plus que ceux d’autres religions de se soumettre à l’emprise du
PCC et à ses règles, décryptent des experts.
Le Parti entend néanmoins lutter
contre la « marchandisation » du
bouddhisme. « Il a compris que trop de
temples étaient devenus des affaires
commerciales, ce qui les rend peu attrayants aux yeux de la classe moyenne
des grandes villes chinoise, de plus en
plus sophistiquée », explique Ian Johnson, auteur d’un ouvrage (The Souls of
China, éd. Pantheon), sur le retour des
religions en Chine après Mao. Le régime veut à tout prix éviter que cette population continue à rejoindre les rangs
du christianisme, considéré comme
moins corrompu. ■
A
« pensée » de Xi Jinping, ainsi que les
« valeurs centrales du socialisme ».
Un projet de loi dévoilé dernièrement
prévoit, en outre, d’interdire sur
Internet tout échange – photos, vidéos
ou textes – témoignant d’une cérémonie religieuse. Censé endiguer le
prosélytisme, il propose aussi de bannir « la distribution de produits religieux » ou « l’incitation faite aux mineurs à participer à des activités
religieuses ». Le texte est ouvert aux
commentaires publics, mais le Parti
modifie généralement très peu ce genre de projets législatifs.
Le recadrage concerne également les
membres du PCC, sommés par Xi
Jinping d’être des athées « inflexibles ». Selon une nouvelle circulaire
destinée à renforcer la discipline, ceux
qui ne parviennent pas à se débarrasser
de leurs croyances religieuses grâce à
« l’éducation » fournie par le PCC,
« doivent être incités à quitter le Parti ».
Cyrille Pluyette
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
20
Le Dr Rochambeau attaqué pour son opinion
sur l’IVG : et la liberté de conscience ?
’
interview de Bertrand
de Rochambeau, président
du Syndicat national des
gynécologues-obstétriciens,
a provoqué une affaire
minuscule mais très
représentative de l’état des mentalités
en France, et du peu de cas accordé à
la liberté de parole, quand celle-ci vient
contredire le camp du Bien. Interrogé
sur TMC le 11 septembre, le médecin
a dit ne pas vouloir pratiquer d’IVG
par conviction personnelle. Il entend
bien, et l’affirme, ne pas parler
au nom du syndicat que par ailleurs
il représente. Interrogé, le syndicat
confirme que son président parlait
en son propre nom, dans une émission
sur la clause de conscience, laquelle
il n’est pas question de mettre en cause.
Mais une partie des médias,
des associations, jusqu’à la secrétaire
d’État à l’Égalité, ont pourchassé
Rochambeau de condamnations
littéralement hystériques pendant
plusieurs jours. On affirme qu’il pouvait
peut-être le penser, mais pas le dire !
En réalité, ce que voudraient certains
courants, c’est la suppression
de la clause de conscience. Et d’avancer
la situation
catastrophique
de certaines
femmes qui
ne trouveraient
POUR « LE FIGARO »
personne
Les attaques contre le Dr Rochambeau en raison
pour pratiquer l’IVG
de son avis sur l’IVG révèlent combien les principes en temps voulu.
La liberté
qui fondent la liberté politique sont menacés
en France, argumente le professeur de philosophie de conscience ne
devrait pas exister
politique, membre de l’Institut*.
quand elle s’oppose
L
CHANTAL DELSOL
Il existe des gens qui pensent
que même s’il n’y a pas solution
de continuité entre la première cellule
et le fœtus de plusieurs semaines, nous
avons affaire, au moment de l’IVG, à une
vie humaine – d’autant que l’IVG
peut en France, dans des circonstances
extrêmes, devenir un IMG, où l’on ne
peut plus nier avoir affaire à un enfant.
D’où le mot du Dr Rochambeau qui a
déclenché le courroux de la journaliste :
le médecin ne serait pas là pour
« retirer des vies ».
La sensibilité
D’après certains courants, la liberté
contemporaine est
de conscience ne devrait pas exister. heurtée
et s’indigne :
On mesure leur intolérance terrifiante.
on ne peut tout de
Et pour une bonne partie des médias,
même pas accuser
il est impensable d’énoncer cette opinion d’homicide un
comportement qui
en public
consacre une liberté
individuelle si
précieuse et si évidente. Rochambeau
qui a tant fait couler d’encre. De même
a mis le doigt sur une contradiction
que la jeune fille au foulard dirigeant
interne. Il existe des gens qui pensent
l’Unef laisse bien penser que l’Unef
que la dignité humaine est ontologique,
n’a pas peur de l’islamo-gauchisme,
intérieure, substantielle, et ne dépend
de même ici on peut penser
pas de la volonté extérieure : en
que le syndicat des obstétriciens n’est
l’occurrence, de la mère qui peut décider
pas tout entier défenseur acharné
si le fœtus a ou non le droit de vivre.
de l’IVG pour s’être doté de ce président.
Et c’est justement cette liberté
Tout cela évidemment est une opinion
de conscience, dans une affaire
personnelle, qui découle des principes
que le conformisme du temps voudrait
judéo-chrétiens, jusque-là bien établis
sans tolérance, qui affole les détracteurs
dans nos contrées. Dans tous les pays
de Rochambeau. On dit qu’un certain
en dehors de la chrétienté, c’est depuis
nombre de médecins ne veulent pas
toujours la société (le père, l’État,
pratiquer cet acte. On nous annonce
la mère, selon les cas) qui décide
qu’un hôpital s’est trouvé un moment
si une vie nouvelle ira ou non
sans médecin disponible pour cela,
à son terme, et aujourd’hui en Chine
à la suite du départ à la retraite
et en Inde on pratique largement l’IVG
du seul qui eût accepté.
sur les fœtus de filles.
à ce qui est considéré par la doxa
comme un progrès émancipateur.
C’est le principe de Saint-Just :
« Pas de liberté pour les ennemis
de la liberté. » On mesure dans ce genre
de situation l’intolérance du courant
dominant, intolérance terrifiante.
Bien sûr, Bertrand de Rochambeau
s’est exprimé en son nom propre,
mais il est significatif que le syndicat ait
élu un président attaché à sa clause
de conscience concernant l’acte médical
«
»
Ce n’est pas la première fois qu’une
pareille chose arrive. On se souvient
de François Fillon affirmant pendant
sa campagne qu’il était personnellement
opposé à l’IVG, pour des raisons
spirituelles. Ç’a été un tremblement de
terre, absolument comme s’il avait dit
qu’il demanderait une fois élu de revenir
à l’interdiction et à la pénalisation.
Nous avons compris que
pour une bonne partie des médias,
il est juste impensable d’énoncer
cette opinion en public, au moins
lorsqu’on veut faire partie de l’élite
gouvernante et pensante. Il est bien
probable que le candidat Fillon a forgé
là des adversaires médiatiques
qui l’ont ensuite écrasé avec succès.
On garderait la clause de conscience
par (mauvaise) habitude, pour payer
tribut à la tolérance obligatoire – mais
à condition que ceux qui s’en réclament
n’en parlent jamais, pratiquant
le ketman des anciennes sociétés
musulmanes, qui consiste
à penser sans jamais dire,
par crainte du pouvoir.
On ne peut plus imposer à la société
française des principes judéo-chrétiens.
Si elle se prétend démocratique,
qu’elle permette au moins à ceux
qui ont conservé le principe de la dignité
intrinsèque de l’enfant à naître
de pouvoir le penser, le dire et le faire
savoir.
*Chantal Delsol dirige, avec Joanna
Nowicki, le « Dictionnaire
encyclopédique des auteurs d’Europe
centrale et orientale depuis 1945 »,
en préparation, qui sera publié en 2019
aux Éditions Robert Laffont.
Le macronisme à la croisée périlleuse
de deux récits antagonistes
a chute spectaculaire
de la popularité du président
suscite des commentaires
variés selon les partis pris
de chacun, mais même les
plus macronistes s’inquiètent
d’une rentrée très difficile. Qu’on
le veuille ou non, il y a bien un avant
et un après Benalla : ni « affaire d’État »,
ni « affaire d’été », mais moment
de bascule du climat politique.
» Lire aussi PAGES 2 ET 3
Car le fait inquiétant pour le président
est la dégradation nette de son image
dans l’opinion. En termes rhétoriques
c’est l’ethos d’Emmanuel Macron
(son caractère, son comportement,
ses valeurs) qui est aujourd’hui en cause :
or « c’est le caractère moral de l’orateur
qui amène la persuasion » (Aristote).
En démocratie, cet ethos recouvre deux
dimensions : la crédibilité du leader
et sa représentativité. La première est
entamée par le doute très majoritaire
exprimé dans les dernières enquêtes
d’opinion sur la capacité du chef de l’État
à réformer en profondeur ; la seconde est
encore plus menacée par le sentiment
d’une distance croissante entre
Emmanuel Macron et les Français.
Le risque dès lors est celui d’un
renversement du grand récit macronien.
La « révolution » promise par un homme
neuf en politique, avec la fin du clivage
droite-gauche, le projet de « libérer et en
même temps de protéger », l’horizontalité
participative
d’En marche !,
la moralisation
de la vie publique
et rien moins que
Une guerre des mots fait rage autour de la personne
l’avènement d’un
et de l’action du président, analyse l’historien*,
« nouveau monde »,
qui enseigne la rhétorique politique à Sciences Po.
tels avaient été
L
DESSINS CLAIREFOND
+
U
CHRISTOPHE DE VOOGD
affaires et le désert de ses finances, dans
l’ombre disqualifiante de sa dernière
campagne. Jean-Luc Mélenchon est, lui,
l’adversaire rêvé du président – mis
en avant comme tel avec délices, comme
on l’a vu avec la cocasse rencontre
de Marseille. Outrances, inconséquences
et révolution bolivarienne ne sont pas
les meilleurs gages de crédibilité.
Chez Les Républicains, la situation n’est
guère plus favorable en raison
de leurs divisions et de leurs propres
contradictions : comment attaquer
le « laxisme budgétaire » tout en hurlant
à chaque mesure d’économie ?
À quoi s’ajoute la frappante faiblesse
rhétorique de la droite, accentuée
par le retrait de Nicolas Sarkozy.
Ainsi servi par l’état de l’opposition, le
président dispose de deux autres atouts
de taille.
Le premier est sa parfaite conscience de
l’importance du récit, en politique
comme ailleurs (conscience acquise
auprès de son maître Paul Ricœur),
et de l’enjeu central que constitue l’image
du Prince (connaissance acquise, elle,
auprès de Machiavel). Par ailleurs,
son proche conseiller Sylvain Fort,
un as de la rhétorique, est désormais placé
au cœur de la communication
présidentielle : changement capital
de dispositif qui aurait mérité au moins
autant d’attention que le remaniement
ministériel.
Le deuxième atout est le calendrier
vertigineux des prochains mois.
Cette « stratégie du tapis de bombes »
a été voulue pour commander et saturer
l’agenda médiatique. Mais l’importance
des échéances doit être surtout l’occasion
d’une refondation du discours
présidentiel. Une telle contre-attaque
narrative est visiblement à l’ordre
du jour.
La présentation du « plan pauvreté »,
échéance capitale au vu de l’accusation
de « président des riches » portée contre
le chef de l’État , en a été la première
étape. Plutôt réussie, car évitant
le double écueil de la charité tombée
d’en haut et du « social » comme
on le comprend en France, c’est-à-dire
l’augmentation continue de la
redistribution. Et ce sera bientôt
la loi Pacte, trop longtemps retardée et
occasion idéale de renouer avec le grand
récit du « nouveau monde »
et de la libération des énergies.
Encore faudra-t-il que cesse le
parasitage du discours présidentiel
par les pratiques de « l’ancien monde »,
comme on vient de le voir avec
« l’élection-nomination » de Richard
Ferrand et le énième pataquès dans
l’affaire Benalla. Autant de carburant
qui alimente à feu continu le contre-récit
du macronisme. Encore faudra-t-il que
s’amorce la réforme sans cesse reportée
de l’État : faute de quoi, l’image du
technocrate éloigné du peuple effacera
vite celle du rénovateur au plus près
du concret. Encore faudra-t-il enfin que
l’expression présidentielle trouve
sur tous les sujets une concision qui lui
fait cruellement défaut : de Lincoln à de
Gaulle en passant par Churchill, l’histoire
de la rhétorique politique montre
que les meilleurs discours ne sont pas
nécessairement les plus longs.
*Ancien élève de l’École normale
supérieure, agrégé et docteur en histoire,
Christophe de Voogd est l’auteur
de « Réformer : quel discours
pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).
présente
EA
UV
NO
les éléments principaux du grand récit
victorieux en 2017.
Or que voit-on depuis l’été ?
La montée en puissance de thèmes
qui vont à l’exact opposé de ce récit :
isolement d’un pouvoir « narcissique »,
verticalité non pas « jupitérienne »
mais technocratique, parisianisme
et jacobinisme triomphants, retour
des affaires, nominations
de complaisance. Autant d’attributs
de « l’ancien monde ». De mauvais
esprits voient une ressemblance
entre les budgets d’Emmanuel Macron
président et ceux d’Emmanuel Macron
conseiller de François Hollande : hausses
des dépenses publiques et inventivité
fiscale sans limite. Avec les mêmes
résultats : croissance qui patine
et chômage qui résiste.
Après le « banquier de chez Rothschild »,
la petite musique monte de « l’inspecteur
des finances entouré d’inspecteurs
des finances ». On nous avait promis
En marche ! et on a eu Bercy !
Certes, tous ces thèmes sont encore
épars dans le débat public ; mais il ne
manque qu’un habile maître des mots
pour les relier dans un contre-récit
redoutable, décliné en quelques formules
assassines. Ce contre-récit pourrait
cristalliser rapidement dans l’opinion,
en particulier chez les retraités
et les classes moyennes, qui y seraient
d’autant plus réceptifs qu’ils sont
objectivement les moins bien traités
par le pouvoir. Danger mortel, donc.
Mais danger encore évitable. D’abord
parce qu’aucun des opposants majeurs
n’est en mesure de produire et encore
moins d’incarner un tel contre-récit.
C’est l’évidence aux deux extrêmes :
Marine Le Pen erre entre le marais de ses
Exceptions de la langue française : certains Belges les détestent, mais nous, on les adore !
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LE FIGARO
lundi 17 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Nicolas Baverez
£@NicolasBaverez
Turquie : démocrature et récession
ecep Erdogan a mis à profit le
putsch avorté du 15 juillet
2016 pour effectuer un coup
d’État légal qui a transformé
la Turquie en démocrature
islamique. Le référendum du
16 avril 2018 a mis fin à quatre-vingtquinze ans de parlementarisme en
instaurant un régime hyperprésidentiel.
Il confie tous les pouvoirs au chef
R
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
ENTRE GUILLEMETS
17 septembre 1879 :
mort du célèbre
architecte Eugène
Viollet-le-Duc.
MARY EVANS/RUE DES ARCHIVES
Viollet-le-Duc
Restaurer un édifice,
ce n’est pas
l’entretenir, le réparer
ou le refaire,
c’est le rétablir dans
un état complet qui
peut n’avoir jamais
existé à un moment
donné
»
de l’État qui dirige également
le gouvernement, les armées
et les services secrets ainsi que le parti
AKP, tout en légiférant par décret et en
nommant à tous les postes, y compris
dans la magistrature et l’enseignement.
Le basculement de la Turquie dans
l’autocratie a été définitivement acté par
l’élection présidentielle du 24 juin 2018
qui, non sans fraudes avérées, a vu
la réélection d’Erdogan au premier tour
avec 52,5 % des voix.
Comme il était prévisible, l’évolution
vers une présidence à vie sur le modèle de
la Russie de Vladimir Poutine s’est
traduite par une radicalisation du régime.
Au plan intérieur, la répression et
l’islamisation de la société se sont
accélérées. Près de 50 000 personnes ont
été incarcérées dans l’arbitraire le plus
total. Plus de 150 000 fonctionnaires ont
été limogés, d’innombrables écoles
et universités fermées. Les médias
dissidents ainsi que des centaines
d’entreprises ont été confisqués
et confiés à des oligarques proches
du pouvoir. Les administrations,
à commencer par la justice et l’éducation,
ont été islamisées.
Au plan international, Erdogan entend
tout à la fois renouer avec l’Empire
ottoman, s’imposer comme le leader
du monde sunnite à travers son alliance
avec les Frères musulmans contre
l’Arabie saoudite et l’Égypte, participer
à un axe des démocratures opposé
à l’Occident, avec la Chine, l’Iran
et surtout la Russie.
Le nouveau sultan, dont la démesure
s’incarne dans le palais de quelque
600 millions de dollars qu’il a fait élever
à Ankara, a pourtant un talon d’Achille :
l’économie. Elle entre en récession
en raison de la stratégie de croissance
à tout prix poursuivie pour gagner le
référendum puis l’élection présidentielle.
La Turquie présente tous les
symptômes annonciateurs d’une crise
financière et bancaire majeure,
comparable à celle de 2000-2001.
L’économie est entrée en surchauffe avec
une croissance de 7,4 % en 2017, financée
par la dette extérieure qui atteint 52 %
du PIB et fait s’envoler l’inflation qui
approche 17 % par an. Le déficit de la
balance courante s’élève à 7 % du PIB.
Le chômage touche 10 % de la population
active et plus d’un jeune sur cinq.
D’où une fuite massive des capitaux
sanctionnée par l’effondrement de la livre
de 40 % et la chute de la Bourse de plus de
20 % depuis le début de l’année. D’où la
spirale de la récession en raison de
multiplication des défauts d’entreprises
et des difficultés croissantes des banques
pour se refinancer.
La responsabilité d’Erdogan
est directement engagée dans la descente
en vrille de l’économie en raison
de la multiplication des grands travaux
et des chantiers pharaoniques financés par
déficit budgétaire et dette extérieure. Le
veto qu’il a opposé à l’augmentation des
taux d’intérêt jugés contraires à l’islam
explique l’emballement de la crise
monétaire et financière. Le népotisme
affiché avec la nomination de son gendre
comme ministre des Finances ou le refus
de tout contre-pouvoir illustré par la
mainmise sur la banque centrale (CBRT)
DESSIN CLAIRFOND
« Après le Brexit, le Royaume-Uni
sera plus fort économiquement »
PROPOS RECUEILLIS PAR
MARIE-LAETITIA BONAVITA £@mlbo
LE FIGARO.- Le vote des Britanniques
en faveur du Brexit, le 23 juin 2016, a,
dites-vous, « douloureusement affecté
mon existence ». Pourquoi ?
Marc ROCHE. - D’abord parce que
j’étais pour le maintien de la GrandeBretagne dans l’Union européenne. De
culture française, je suis né en Belgique
où sont installées les institutions de
l’Union. Ensuite parce que mon métier
de correspondant financier m’a
conduit à rester à Londres et à fréquenter quasi exclusivement des antiBrexit. Je n’ai donc rien vu venir avant
le référendum de 2016.
MARC ROCHE
Quitte à accroître
les inégalités,
la Grande-Bretagne
va se forger
un nouveau destin,
assure le journaliste
économique.
Chroniqueur
au quotiden belge
« Le Soir », l’auteur
vient de publier
« Le Brexit va réussir».
LE BREXIT
VA RÉUSSIR
Albin Michel,
220 p.
18.50€
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
Comme expliquer cette volonté de
sortir de l’Union européenne ?
Le glas a sonné avec l’ouverture en
2004 de l’Union aux dix pays de l’Est.
Contrairement aux autres États membres, Tony Blair n’a mis aucune entrave à la libre circulation des ressortissants de ces pays. Résultat : l’afflux en
Grande-Bretagne d’un million de personnes, surtout polonaises, a été souvent mal perçu, notamment de la part
des petites classes moyennes, blanches
comme noires. Rappelons que le
Royaume-Uni avait été quelque peu
contraint de rejoindre la CEE en 1973. Il
était alors l’homme malade de l’Europe, au point de mendier cinq ans plus
tard une aide financière au Fonds monétaire international (FMI). Une humiliation terrible pour le plus grand empire de tous les temps. Mais le
Royaume-Uni n’a jamais apprécié la
politique du compromis et le manque
de transparence des institutions européennes. On se souvient du discours de
Bruges en 1988 de Margaret Thatcher.
Le Brexit a un prix économique…
Certes la croissance a ralenti, mais le
plein-emploi est toujours là. L’inflation
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
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Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
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Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
est maîtrisée. Le déficit budgétaire se
réduit grâce aux rentrées fiscales. Les
délocalisations industrielles restent
pour la plupart des menaces. Les prix
de l’immobilier se sont tassés. Quant
aux syndicats qui s’indignent de l’accord sur le Brexit signé entre Theresa
May et l’Union européenne, ils pèsent
très peu. La mise en place du Brexit posera d’importants problèmes, mais
seulement à court terme.
À long terme, écrivez-vous, « hors de
l’Union européenne, le Royaume-Uni
va pouvoir devenir un État voyou, sans
contrainte ni entrave ». C’est-à-dire ?
Les résistances au choc du Brexit sont
déjà là : un marché du travail déréglementé, un État-providence réduit aux
acquets, des centres offshore très prisés. Les deux premières caractéristiques vont, notamment, s’accroître
avec l’élargissement aux travailleurs
du Vieux Continent de la politique
d’immigration qui s’applique depuis
2008 aux étrangers extra-européens.
Il s’agit d’un système à points, calculé
en fonction de la qualification du salarié, qui permettra une immigration
choisie. Oui, le Royaume-Uni après
Brexit sera plus dur, plus inégalitaire,
mais beaucoup plus fort économiquement. Le sud du pays, qui a voté
contre le Brexit, va se concentrer sur
les secteurs d’avenir, comme l’automatisation, l’économie du savoir. Les
retombées de cette reprise bénéficieront aux habitants du nord du pays, en
majorité anti-Brexit, pour peu que le
gouvernement leur offre une vraie
politique de formation. Cette reprise
s’accompagnera dans tout le pays
d’importants investissements étrangers. Le Royaume-Uni pourra se forger un nouveau destin planétaire. En
outre, la reine demeure le ciment de
l’unité du pays, en étant à la tête de
l’Église anglicane, du Commonwealth
et surtout d’un important mouvement
philanthropique.
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
L’aile dure des députés conservateurs
peut-elle empêcher le Parlement
britannique d’avaliser le Brexit de
Theresa May ?
Westminster votera l’accord. Seuls 80
des 318 députés conservateurs sont férocement contre le Brexit « mou » de
Theresa May. Le Labour, dirigé par
l’antieuropéen Jeremy Corbyn, reste
très divisé. Quant à l’ex-ministre Boris
Johnson, principal opposant à Theresa
May, il est mort politiquement, car les
Britanniques n’acceptent pas qu’un
homme humilie sa femme en multipliant publiquement ses maîtresses.
Le Brexit bute sur deux obstacles :
l’Irlande du Nord, qui a voté contre le
Brexit, n’entend pas quitter l’Union et
la libre circulation des marchandises…
L’Irlande du Nord, autrefois soumise à
la violence et aujourd’hui toujours sous
perfusion, n’est pas essentielle pour les
Britanniques. Ils la laisseront dans
l’Union afin de lui permettre de protéger ses accords commerciaux. En raison de la démographie qui joue en faveur des catholiques, les Britanniques
misent à terme sur une réunification de
l’Irlande du Nord et de la République
d’Irlande, actuellement membre de
l’Union. S’agissant de la libre circulation des marchandises, Michel Barnier,
le négociateur du Brexit pour l’Union
européenne, a certes toujours dit que
les quatre libertés de circulation (biens,
services, personnes, capitaux) étaient
non négociables. Mais sous la pression
des ports belges, hollandais, belges et
même français, le Conseil européen finira par donner raison à Theresa May.
Le Brexit est-il un bon signal alors que
le populisme monte en Europe ?
L’Europe ne peut être que perdante
dans cette affaire, sauf si elle se réforme, dans la lignée de ce que préconise
Emmanuel Macron, à savoir une Europe à plusieurs vitesses, moins technocratique et bureaucratique. ■
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
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Aurore Domont
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direction.redaction@lefigaro.fr
alimentent la défiance de la population,
des investisseurs et des marchés. Le bras
de fer avec Donald Trump autour de la
condamnation du pasteur Andrew
Brunson pour « terrorisme et espionnage »
a porté le coup de grâce, déclenchant de
lourdes sanctions avec le doublement des
droits de douane sur les exportations
d’acier et d’aluminium aux États-Unis.
La Turquie se trouve plongée dans
une crise économique, monétaire
et financière qu’elle aura beaucoup
de mal à surmonter. Ses besoins de
refinancement à l’horizon d’un an
s’élèvent à 230 milliards de dollars - dont
110 milliards pour les banques et
65 milliards pour les entreprises - ; ils ne
sont pour l’heure couverts que par
le Qatar à hauteur de 12 milliards et par
la Russie à hauteur de 10 milliards.
Le relèvement des taux d’intérêt à 24 %,
décidé le 13 septembre par la CBRT,
intervient trop tard et se trouve en partie
annihilé par la perte d’indépendance
et de crédibilité de la banque centrale.
Il ne peut avoir d’effet qu’accompagné
d’un plan de rigueur budgétaire
hautement improbable. La crise de la
balance des paiements exigerait un
soutien financier du FMI qu’Erdogan
exclut catégoriquement.
La révolution conduite par Mustafa
Kemal en 1923 fit entrer la Turquie dans
la modernité. La contre-révolution
islamique réalisée par Erdogan en 2018
l’enferme dans une régression
autocratique, impérialiste
et fondamentaliste et fait de nouveau
de la Turquie l’homme malade
du Moyen-Orient.
VOX
… IMPÔTS
- Comment
le prélèvement à la source
va appauvrir les Français,
par Virginie Pradel,
fiscaliste
- Redevance : il ne faut pas
renflouer les caisses
de la télévision publique,
mais la réformer !,
par Nicolas Lecaussin,
directeur de l’Institut
de recherches
économiques et fiscales
(Iref)
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
FRANÇOIS-XAVIER
BELLAMY
le jeudi 18 octobre
2018, 20 heures
Salle Gaveau.
Réservations :
01 70 37 31 70 ou
www.lefigaro.fr/
rencontres
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
Commission paritaire n° 0421 C 83022
Pour vous abonner Lundi au vendredi de 7 h à 18h ;
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Origine du papier : France. Taux de fibres recyclées : 100%. Ce journal
est imprimé sur un papier UPM porteur de l’Ecolabel européen
sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 22 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
A
CHRONIQUE
21
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Le groupe Arkéa et le groupe Paprec Recyclage
félicitent Sébastien Simon pour sa victoire
sur la Solitaire URGO Le Figaro 2018 et son titre
de Champion de France Élite de course au large.
Nous sommes iers d’accompagner
Sébastien sur son projet Vendée Globe 2020.
@sebastiensimonskipper
sebastien.simon
©Alexis Courcoux
BRAVO
SÉBASTIEN !
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lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 046 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
L’« EXIT TAX »
NE SERA PAS
SUPPRIMÉE
lefigaro.fr/economie
LES DÉFIS DU NOUVEAU
PRÉSIDENT D’AIR
FRANCE-KLM PAGE 26
MÉDIAS
HERVÉ BEROUD
DE BFMTV AU
« BUZZ MÉDIA » PAGE 29
RYAN REMIORZ/CP/ABACA, JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO, PIERRE LE MASSON/PHOTOPQR/VOIX DU NORD, BMW
Ben Smith était précédemment numéro deux d’Air canada.
Dans une
pharmacie
lilloise.
La majorité veut libéraliser
les professions réglementées
Si les modalités d’un futur texte ne sont pas arrêtées, le sujet de l’ouverture
à la concurrence de ces professions est évoqué par plusieurs députés. PAGE 24
L’exécutif prêt à dévoiler un big bang de la santé
SANTÉ Après le plan pauvreté, la semaine dernière, de nouvelles mesures chocs sont attendues cette semaine. Emmanuel Macron doit en
effet dévoiler mardi une ambitieuse
réforme du système de santé qui veut
être bien plus qu’un « énième plan »
de réforme de l’hôpital.
Entre autres mesures clés, le chef de
l’État devrait annoncer la création de
centres de santé de proximité,
maillon intermédiaire entre l’hôpital
et les cabinets de ville. Ces structures
pourraient traiter les urgences non
le PLUS du
FIGARO ÉCO
BLOC-NOTES
Les Ben Smith
de l’auto
PAGE 27
LIBRES
ÉCHANGES
Matignon use
et abuse du retour
de l’inflation
pour boucler
le budget 2019
PAGE 27
ANALYSE
Sans le dire, Macron
s’éloigne du modèle
de protection sociale
hérité de 1945
PAGE 27
DÉCIDEURS
Dominique Giraudier,
directeur général
de l’institut
Paul-Bocuse
PAGE 28
vitales, comme un bras cassé, avec la
possibilité de réaliser des examens de
biologie ou de radiologie. Libéraux et
hospitaliers devraient y travailler en
complémentarité.
L’idée est ainsi de désengorger les
urgences hospitalières et de mieux
répondre à la demande des patients
en organisant une gradation des
soins. Un peu sur le modèle des maternités, classées de niveau I à niveau III pour accueillir les femmes en
fonction des difficultés de leur grossesse. « La santé s’apprête à connaître
une réforme comme elle n’en a pas
connu depuis soixante ans. Emmanuel
Macron a mis la barre très haut en plaçant la réforme à la hauteur des ordonnances de 1958 qui ont organisé tout le
système de soins français autour des
CHU », indique le député LaREM
Thomas Mesnier.
Outre cette réforme de la carte hospitalière, le chef de l’État doit également annoncer une réforme des études médicales, avec une refonte du
numerus clausus et du concours de
l’internat, une professionnalisation
plus précoce des futurs médecins,
qui ne feront pas toutes leurs études
dans les CHU mais effectueront aussi
des stages en cabinet de ville, en
maison de retraite, en médecine scolaire ou médecine du travail, etc.
Bref, le plan devrait marquer un vrai
virage avec un modèle français jusqu’ici très « hospitalo-centré ». « Le
diagnostic est partagé par tous, il faut
maintenant de l’audace et du courage
politique », conclut le Dr Patrick
Bouet, président du Conseil national
M.-C. R.
de l’ordre des médecins.
L'HISTOIRE
Ces motos autonomes qui veulent
assurer la sécurité de leur pilote
a moto sans pilote n’est pas la
contradiction que l’on pourrait
imaginer. La conduite d’une moto
étant cependant au carrefour
de la technique et du plaisir,
la déléguer frôle l’oxymore. Malgré tout,
l’autonomie d’une machine n’est plus
seulement la distance qu’elle peut parcourir
réservoir plein. Désormais, l’autonomie
d’une moto est aussi sa capacité à prendre
seule des décisions. Yamaha, Honda
et BMW (notre photo) rivalisent pour
présenter des machines sans pilote.
Avec la Motobot programmée, Yamaha
a défié - sans gagner - un champion sur un
circuit.
De son côté,
Honda a
présenté
au CES à Las
Vegas une
machine
capable de
suivre son
propriétaire
à pied et
de tenir
debout sans
L
béquille. Depuis la semaine dernière, c’est au
tour de BMW de présenter une GS 1200
capable de se pencher, de freiner, d’accélérer,
sans personne au guidon. Extérieurement,
elle ne se distingue des autres motos
que par sa petite antenne et son radar.
Et évidemment, l’absence d’un pilote.
Tout est dans ses sacoches métalliques.
Si cette BMW-là roule seule, l’idée du groupe
allemand n’est pas de réduire le client au rang
de simple passager. « Nous voulons prouver
notre capacité à proposer des aides à la
conduite, pour accroître la sécurité, explique
Frédéric Stik, directeur de BMW Motorrad
France. Par exemple, des freins intelligents
ou des moteurs situés
au guidon capables de
corriger d’éventuelles
erreurs de pilotage. »
Pour profiter de ces
innovations, il faudra
aussi l’adaptation
des infrastructures
routières (5G).
La route promet
donc d’être encore
longue… ■
CHARLES GAUTIER
Nouvel épisode dans la polémique
sur l’« exit tax ». Cet impôt, payé
par les entrepreneurs qui se rendent à l’étranger pour échapper à la
taxe sur les plus-values de cession
de valeurs mobilières, devait disparaître l’an prochain. Emmanuel Macron en avait fait l’annonce surprise
dans une interview à Forbes en mai
dernier. Finalement, Bercy annonce
que l’« exit tax » ne sera pas supprimée mais remplacée par un nouveau « dispositif anti-abus recentré
sur les cas d’optimisation ».
Selon un porte-parole du ministère
de l’Économie, le nouveau dispositif
concernera désormais les cessions
de patrimoine qui interviendront
jusqu’à deux ans après un départ de
France, contre un délai de quinze
ans à l’heure actuelle. « L’“exit tax”
frappait tous les départs et s’appliquait même lorsqu’on cédait ses titres très longtemps après avoir
quitté la France, quinze ans. C’est en
cela que le dispositif pouvait rebuter
un investisseur étranger », explique
un porte-parole de Bercy. « Le
nouveau dispositif ciblera les cessions intervenant peu de temps
après le départ de France - deux
ans - pour éviter les comportements d’optimisation consistant à
faire des allers-retours de courte
durée à l’étranger pour réaliser sa
plus-value », a-t-il indiqué. Les démarches administratives seront
aussi simplifiées. « Jusqu’alors,
quand les gens voulaient partir, il
fallait constituer une garantie
auprès d’un comptable public pour
qu’il puisse faire des saisies après le
départ à l’étranger », a rappelé le
porte-parole. « Il y avait des déclarations chaque année au fisc pendant quinze ans après le départ. […]
Dorénavant, ces complications
n’existeront plus. Il n’y aura de
constitution de garantie que pour
les gens qui partent dans des pays
qui n’ont pas de convention d’assistance fiscale au recouvrement avec
la France », a-t-il ajouté.
La nouvelle formule de l’« exit tax »
sera inscrite dans le projet de loi de
finances qui sera présenté en
Conseil des ministres le 24 septembre. Elle entrera en vigueur au
1er janvier prochain.
HAYAT GAZZANE
Trump vise
200 milliards de dollars
d’imports chinois
Une constante dans la méthode de Donald Trump : sa volonté de paraître en position de
force au début d’une négociation. Avant l’arrivée d’une
délégation de hauts dirigeants
gouvernementaux chinois à
Washington le 27 septembre,
la Maison-Blanche a fait savoir
que l’imposition de droits de
douane supplémentaires de
l’ordre de 10 % sur 200 milliards de dollars d’importations chinoises était imminente. La décision vise à
contraindre la Chine à ouvrir
ses marchés, réduire son surplus commercial avec les
États-Unis et respecter la propriété intellectuelle des entreprises étrangères.
Au risque d’offenser ses hôtes
chinois et de faire échouer les
efforts de son secrétaire au
Trésor, Steven Mnuchin, pour
relancer les négociations, le
président américain défie aussi les marchés financiers et les
milieux d’affaires. Ces derniers jugent l’approche pro-
tectionniste contre-productive et contraire aux intérêts des
consommateurs.
En pleine campagne pour les
législatives de novembre,
Donald Trump tient à durcir sa
position à l’égard de la Chine,
déjà frappée en juillet de droits
de douane portant sur 50 milliards de dollars d’importations. Le président est
convaincu qu’à ce jour les marchés lui ont donné raison en
pénalisant bien plus les valeurs
et la monnaie chinoises que le
dollar et les titres américains.
Pour autant, les protestations
des entreprises américaines
importatrices de produits
chinois l’ont convaincu de limiter ces nouveaux droits de
douane à 10 % au lieu de 25 %.
De nombreux produits électroniques, meubles, pneus,
bicyclettes, tous populaires
auprès des consommateurs,
semblent visés par ce nouveau
round de sanctions.
PIERRE-YVES DUGUA
(À WASHINGTON)
A
TRANSPORTS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
24
L'ÉVÉNEMENT
Les professions réglementées
de nouveau dans le viseur
Bruxelles encourage toujours la France à libérer davantage l’économie. L’exécutif y réfléchit.
C’est
un sujet
sur lequel
il faudrait
constituer
un groupe
de travail
au sein
de LaREM
pour plancher
sur une
proposition
commune
»
STANISLAS GUERINI,
3 SUJETS DÉJÀ TRAITÉS
DANS LA LOI MACRON
DÉPUTÉ LAREM DE PARIS
POLITIQUE ÉCONOMIQUE Alors
que l’examen du projet de loi Pacte
en commission spéciale s’est terminé vendredi soir, et que le texte
entrera à la fin du mois en séance,
les députés et exécutif se projettent
déjà dans la suite. Une brique manque en effet aux 73 articles du projet de loi. Le texte effleure à peine,
si ce n’est par le biais des commissaires aux comptes et des greffiers,
le sujet de l’ouverture à la concurrence des professions réglementées.
En France, plusieurs centaines
de professions, comme la charcuterie, la pharmacie ou encore la
coiffure, répondent encore à cette
définition. Exercer ces métiers requiert la possession d’un diplôme
spécifique, d’un agrément ou
d’une inscription à un ordre. Des
députés de la majorité souhaitent
se positionner sur le dossier.
« C’est un sujet sur lequel il faudrait
constituer un groupe de travail au
sein de LaREM pour plancher sur
une proposition commune », plaide
Stanislas Guerini, député LaREM de
Paris. L’exécutif surveille bien sûr
de près ces réflexions. D’autant que
les équipes à l’Élysée connaissent
bien le sujet. Elles étaient déjà en
grande partie sur le pont pour la loi
Macron de 2015, qui avait ouvert
davantage à la concurrence le notariat ou encore les transports par
autocar.
Les modalités d’un éventuel futur texte ne sont pas arrêtées.
Sera-t-il issu du gouvernement ou
des parlementaires ? Les plus enthousiastes évoquent une nouvelle
loi de « modernisation de l’économie » pour 2019, qui comprendrait
des chapitres sur les professions de
santé, les métiers juridiques ou encore le transport.
Approche
interministérielle
Le gouvernement pourrait aussi
procéder à des ajustements sur
certains secteurs au fur et à mesure
de la présentation de certains textes législatifs. Les premiers travaux
lancés officiellement sur le sujet,
qui se concentrent sur les autoécoles et le permis de conduire,
doivent en effet nourrir la future loi
mobilité et non pas un texte « professions réglementées ». Cette
mission parlementaire a été confiée
Professions
du droit
Ouverture de
lignes d’autocars
Permis
de conduire
■ La loi Macron de 2015
■ La loi a libéré
■ Afin de réduire le temps
a essentiellement
réformé les
professions du droit.
Elle a redéfini les tarifs
des notaires et
huissiers de justice
et élargi la liberté
d’installation des
notaires, huissiers et
commissaires-priseurs
judiciaires, via
des tirages au sort.
la desserte par autocars
entre les villes françaises,
jusque-là très contrainte.
En 2017, 7,1 millions
de personnes ont
voyagé par ce moyen.
DÉCRYPTAGE
Marie Visot
mvisot@lefigaro.fr
La loi Pacte ne prévoit pas de nouvelle vague de libéralisation de
secteurs économiques encore enfermés dans un carcan. « Nous
avons voulu dissocier l’enjeu de la
croissance des entreprises de celui
de la libéralisation de l’économie »,
confie une source gouvernementale. Pour autant, l’exécutif, soucieux de montrer qu’il compte
bien poursuivre dans la voie des
réformes, réfléchit en ce moment
à l’opportunité de préparer un
nouveau texte. Mais il hésite. Estce le bon calendrier ? Est-ce une
réforme prioritaire ?
Quelles que soient ses interrogations, le moment s’y prête, pour
deux raisons. La première tient à
l’évolution des mentalités. Emmanuel Macron, rapporteur adjoint de la commission Attali pour
la libération de la croissance, mise
en place par Nicolas Sarkozy,
avait pu constater en 2008 à quel
point les aspects du rapport mettant en cause des prérogatives
particulières pouvaient déclencher des réactions virulentes, non
seulement dans les corporations
concernées mais aussi dans l’opinion publique. Dix ans plus tard,
les choses ont changé. Dès 2015,
les Français soutenaient à 66 %,
selon Odoxa, l’ouverture à la
concurrence des professions ré-
glementées. Ceux que l’on voyait
hier comme des métiers qu’il
fallait défendre sont désormais
pointés du doigt pour les privilèges qu’ils ne veulent pas abandonner. Les « situations de rente »,
comme les appelle Emmanuel
Macron, ne sont plus en vogue. Le
faible soutien aux taxis, face à la
percée des VTC, en est une belle
illustration. Même si les choses
doivent être faites dans les règles
de l’art pour ne pas déstabiliser
des pans entiers de l’économie,
accroître la concurrence est
aujourd’hui moins une question
d’idéologie qu’un enjeu de croissance.
Rôle du numérique
La seconde raison qui pourrait inciter l’exécutif à ne pas faire marche arrière devant ce chantier
tient aux évolutions technologiques. La première vague de libéralisation du permis de conduire,
qui découle directement de
l’ouverture du marché par la loi
Macron votée en 2015, s’est traduite par la création de nombreuses auto-écoles en ligne, qui ont
révolutionné le coût et l’obtention
du Code de la route et du permis
de conduire, créant au passage des
entreprises et des emplois.
Aujourd’hui, alors que se multiplient les innovations, ce sont bien
d’autres secteurs (du droit, de la
santé, du chiffre, de l’architecture…) qui pourraient tirer parti du
numérique. Histoire de revenir
aux sources du macronisme. ■
À L’ÉTRANGER
Les conditions sont réunies
pour déverrouiller l’économie
A
à Françoise Dumas, députée LaREM du Gard, et Stanislas Guerini.
Cette approche sectorielle aurait le
mérite de moins braquer l’opinion,
en diluant les annonces au fil des
lois. Si ce scénario est retenu, un
texte général pourrait toutefois a
minima définir le socle juridique
commun à l’ensemble des professions concernées.
«On a bien conscience qu’il y a
encore des sujets sur les professions
réglementées mais entre la loi Pacte
et le projet de loi de finances, c’est
davantage une réflexion qu’un travail précis sur le sujet », précise-ton dans l’entourage de Bruno Le
Maire. Le ministre de l’Économie
avait pensé introduire davantage
de mesures en faveur de la concurrence dans son texte. Il y a renoncé. D’abord très pratiquement,
pour une raison de temps. S’attaquer aux professions réglementées
nécessite une approche interministérielle entre Bercy, le Travail,
et les ministères spécialisés sur le
sujet (Santé, Intérieur, Justice…).
Bruno Le Maire, qui estime en
outre que l’essentiel du sujet a été
réglé en 2015, hésite à en faire une
priorité. Il a ainsi déclaré devant un
parterre de pharmaciens au début
de l’année ne pas être favorable à la
vente de médicaments OTC (en
vente libre) en grande surface.
L’OCDE tout comme la Commission européenne sont plus critiques. Ils estiment qu’il y a encore
spécifiquement en France beaucoup à faire pour libéraliser les services. La loi Macron « a assoupli des
restrictions » mais « des réformes
supplémentaires pourraient cibler
des restrictions spécifiques d’accès
ou d’exercice jugées excessives (par
exemple, les réserves d’activité, les
restrictions en matière de droits de
vote ou d’actionnariat, les restrictions à l’exercice d’activités pluridisciplinaires et les restrictions sous
forme de numerus clausus) », écrit
ainsi la Commission dans ces dernières recommandations de mars.
Certaines de ces restrictions
sont justifiées par les spécificités
des métiers. D’autres par de
simples héritages de l’histoire.
Comme les taxis parisiens,
aujourd’hui concurrencés par les
VTC, dont le numerus clausus
avait été introduit dans les années
1930, afin d’assurer à tous les
chauffeurs des revenus décents.
Sans qu’il ne puisse ensuite jamais
être remis en cause. ■
d’attente des candidats, la
loi organise la privatisation
de l’examen Code de la
route, surveillé par des
opérateurs privés agréés
par l’État et non plus
par des inspecteurs.
Elle oblige en parallèle les
préfectures à accorder
une place à l’examen de
conduite aux candidats
libres sous deux mois.
L’ouverture
des
professions
réglementées
pourrait offrir
des opportunités
professionnelles
non seulement
aux entrepreneurs
innovants et aux
salariés qualifiés,
mais aussi dans
certains cas aux
salariés les moins
qualifiés
et à un grand
nombre d’exclus
du marché
du travail
»
EXTRAIT DU RAPPORT
ATTALI DE 2008 DONT
EMMANUEL MACRON
- ALORS À L’INSPECTION
GÉNÉRALE DES FINANCES ÉTAIT RAPPORTEUR
GÉNÉRAL ADJOINT
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
➜ EN ITALIE
➜ EN BELGIQUE
➜ EN ALLEMAGNE
« Dérégulation » fait partie de
ces mots qui ne se traduisent
pas en italien. Ou plutôt
qui ne correspondent
à aucune réalité effective,
dans cette société fortement
traditionnelle et corporatiste où les
ordres professionnels jouissent
de prérogatives qui seraient jugées
exorbitantes dans bien d’autres pays
européens. Les tentatives les plus
audacieuses pour briser le carcan
des corporations ont été entreprises
par l’ex-commissaire européen
Mario Monti, sous le gouvernement
qu’il a présidé de novembre 2011
à avril 2013. L’ouverture des ordres
professionnels qu’il a tenté, chez les
pharmaciens, les notaires, les taxis,
s’est heurtée à de vives résistances.
Dans le gouvernement Renzi
(février 2014-décembre 2016),
la ministre pour la Simplification,
Marian Nadia, a introduit une norme
très appréciée de la Confindustria
imposant à l’administration de faire
des contrôles a posteriori pour
l’ouverture d’une activité et non
plus antérieurs à cette ouverture.
L’Antitrust de son côté a cherché
à limiter le pouvoir des ordres
professionnels. Il a ainsi saisi la Cour
constitutionnelle pour abus
de position dominante de la part
de l’ordre des notaires de Lombardie,
estimant leur cumul des mandats
comme une atteinte à la libre
concurrence du marché.
Le gouvernement populiste formé
le 1er juin dernier ne parle plus de libre
concurrence. Richard Heuzé (à Rome)
Le pays avance
en ordre dispersé.
La fédéralisation de
l’État belge en 2011
s’est traduite
par la prise en main
des régions de l’encadrement
de la plupart des 132 professions
réglementées belges. Il s’agit surtout
de celles de nature artisanale, comme
les coiffeurs et les électriciens
- celles des experts-comptables et
des médecins restant, elles, régulées
au niveau national. Sept ans plus tard,
les trois régions (Flandre, Wallonie,
Bruxelles) commencent
à diverger sur ce point. En Flandre,
les examens d’entrée ont été abolis
au début de l’année 2018, sauf
pour les métiers de la construction.
La Wallonie a annoncé en juin la fin
de cet examen pour quelques
professions - grossiste en viandechevillard, dégraisseur-teinturier,
masseur, pédicure et technicien
dentaire. Pour les autres,
une « réflexion » est en cours
sur un éventuel assouplissement
des conditions d’entrée.
Le gouvernement de Bruxelles
souhaite lui conserver ces restrictions
- il s’agit d’assurer la « protection des
consommateurs », explique-t-on au
ministère régional de l’Économie. Mais
un travail a été lancé sur la nature
de l’examen d’entrée : ce dernier,
actuellement théorique, pourrait être
transformé en une épreuve pratique.
Un projet pilote a été lancé il y a un an
pour le secteur de la coiffure.
Jean Comte (à Bruxelles)
On compte
149 professions
réglementées, un
nombre plus faible
que dans nombre
de pays en Europe.
La Commission européenne
a cependant multiplié
les assauts pour obtenir des
assouplissements. La chancelière
Angela Merkel s’y est parfois
opposée. « La qualité a aussi un
prix », avait-elle déclaré en 2014.
Au cas par cas, des réformes ont
été engagées pour assouplir
la législation et l’accès à l’emploi.
Le bilan est parfois mitigé. Le cas
des « brevets de maître », les
« Meisterbrief », ouvrant la voie
à certains métiers d’artisans, en a
laissé sceptique plus d’un. En 2004,
des dizaines de qualifications ont
été assouplies et la Meisterbrief
n’a plus été requise pour fonder sa
PME. Si plus d’entreprises ont pu
être créées, le nombre de faillites
a aussi augmenté. Les syndicats
y voient comme principale
cause la baisse de qualité
de la formation. Le débat sur
les professions réglementées se
poursuit aujourd’hui, notamment
pour faciliter la reconnaissance
des diplômes étrangers. Avec
sa croissance économique et son
chômage au plus bas, l’Allemagne
souffre d’un manque de maind’œuvre qu’elle souhaite en partie
compensée en attirant
des travailleurs étrangers.
Nicolas Barotte (à Berlin)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 17 septembre 2018
ÉCONOMIE
25
L’Arménie en quête
d’investisseurs
français
Le pouvoir issu de la « révolution de velours »
prétend lutter contre la corruption et les monopoles.
Orchestra veut
se marier à Toys’R’US
Selon le fondateur de l’enseigne
de vêtements pour enfants,
cette union dynamisera
les deux réseaux de magasins.
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
Orchestra veut revenir en fanfare
chez Toys’R’US pour devenir « le
leader du marché de l’enfance ». De
2007 à 2013, l’enseigne de vêtements pour enfants a géré des corners dans les magasins français du
distributeur de jouets, avant d’arrêter, faute d’y obtenir plus de place. La faillite du groupe américain
pourrait lui permettre de prendre
sa revanche. Le 3 octobre, le tribunal de commerce d’Évry choisira
entre les trois offres de reprise de
Toys’R’US France, en redressement
judiciaire. Pierre Mestre, patron et
principal actionnaire d’Orchestra,
a fait une offre à titre personnel, en
vue de reprendre l’essentiel de la filiale française : 38 des 53 magasins
et 907 des 1 152 salariés, dont ceux
du siège et de l’entrepôt. Associé au
fonds américain Pimco, il propose
d’investir 60 millions d’euros pour
relancer la chaîne.
« Les deux sociétés resteront indépendantes dans un premier temps,
mais elles seront liées par des
contrats de franchise croisés : l’offre
sera commune dans les deux réseaux,
où Orchestra aura la charge des
rayons vêtements et puériculture,
Toys’R’US celle des jouets », explique l’entrepreneur. Son offre, qui
peut être améliorée d’ici au 3 octobre, concurrence celles d’un
franchisé Galeries Lafayette, aussi
candidat à la reprise de La Grande
Récré, et de Cyrus, un créancier de
Toys’R’US, associé à Picwic,
l’enseigne de jouets de la galaxie
Mulliez.
S’il l’emporte, Pierre Mestre
aimerait rebaptiser les magasins repris Orchestra & Toys’R’US. Il négocie avec le créancier du groupe
américain qui a récupéré la marque ; ce dernier a fait affaire avec le
repreneur de la filiale espagnole,
qui lui reversera 1,5 % de son chiffre
d’affaires. Si les négociations
n’aboutissent pas, Pierre Mestre rebaptisera les magasins repris Orchestra & Toys. Dans tous les cas, il
y ouvrira un espace textile de 500
mètres carrés. « Les deux marchés
sont complémentaires, explique-til. Les vêtements sont un créateur de
trafic toute l’année, alors que les magasins de jouets perdent de l’argent
de janvier à octobre. De plus, le marché de la mode pour enfant est moins
sensible à Internet que le jouet. »
Magasins modulables
Autre changement, l’offre de puériculture des magasins repris sera
celle d’Orchestra. « Nous pourrons
ainsi doubler leur chiffre d’affaires
en puériculture, car nous avons une
offre beaucoup plus large, avec des
griffes haut de gamme et nos marques propres Prémaman et Baby
Care », assure le dirigeant. Un test
de magasin modulable sera mené
sur deux Toys’R’US en région parisienne et dans le sud de la France.
Là sera installé un espace puériculture de 1 500 mètres carrés, dont la
taille sera réduite en novembre et
décembre afin de tripler l’espace
jouets à l’approche de Noël.
Ce mariage permettrait d’accélérer le projet d’Orchestra, engagé il
y a plusieurs années, de faire évoluer son parc et son offre, avec des
magasins plus grands et proposant,
outre des vêtements, des articles de
puériculture et des jouets. Depuis
2013, Orchestra accueille dans ses
deux plus grands magasins des espaces King Jouet, gérés en franchise. Ce partenariat sera stoppé en cas
de mariage avec Tosserais. « Ce
projet de rapprochement permettrait
à Orchestra de se rapprocher de son
objectif de porter d’ici à 2020 son
nombre de mégastores de 35 à 80,
assure Pierre Mestre. En investissant aussi sur l’omnicanal, nous serons bien plus forts pour résister aux
pure players du e-commerce. » ■
Emmanuel Macron
et le premier
ministre arménien,
Nikol Pachinian,
vendredi à Paris.
BERTRAND GUAY/AFP
la porte à des exportateurs vers un
marché de près de 200 millions
d’habitants. Autre atout géographique : l’Arménie, borde, sur son
flanc sud, l’Iran. Mais compte tenu
de la puissance des sanctions américaines contre les entreprises
commerçant avec l’Iran, il ne sera
pas forcément aisé de faire valoir
l’Arménie comme porte d’entrée
vers le régime des mollahs.
Macron à Erevan
C’est surtout sur son capital humain que mise le petit pays du
Caucase. « Savez-vous que la
bombe atomique soviétique a été
créée en Arménie ? Et que 25 % de
l’électronique militaire de l’URSS
était produite chez nous ? », interpelle Tigrant Avinian. La maind’œuvre – bon marché, un cadre
moyen peut coûter 1 000 euros par
mois toutes charges comprises selon un homme d’affaires - est restée bien formée.
Le secteur de la « tech » est en
« croissance exponentielle », assure le responsable politique.
Synopsys, entreprise de la Silicon
Valley, 3 milliards de dollars de
chiffre d’affaires a, par exemple,
installé un centre de recherche et
développement d’un millier de
personnes. Le pays investit dans
l’éducation des jeunes comme en
témoigne l’école Tumo, qui forme
gratuitement aux métiers du Web.
Anne Hidalgo, séduite par le
concept lors d’une visite à Erevan,
a même décidé d’ouvrir une école
Tumo à Paris. Enfin, comme dans
d’autres petits pays enclavés, la
main-d’œuvre est polyglotte :
russophone, de plus en plus anglophone et souvent encore francophone. C’est d’ailleurs Erevan qui
accueillera, le 10 octobre 2018, le
prochain sommet de la Francophonie, en présence d’Emmanuel
Macron et du Canadien Justin Trudeau, parmi d’autres dirigeants.
Les autorités profiteront de cette
occasion de médiatisation de leur
pays pour organiser un forum
d’affaires, afin d’attirer les investisseurs francophones. ■
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1
INTERNATIONAL « L’Arménie a
d’excellentes relations avec des
grands pays influents et leurs dirigeants, mais ça ne s’est jusqu’à
présent jamais traduit en relations
économiques. » Ce constat lucide
est dressé par Tigrant Avinian, le
vice-premier ministre arménien.
Diplômé d’une université britannique, passé par la banque d’affaires, l’homme désormais chargé
des réformes économiques de son
pays n’a que 29 ans. Il accompagnait vendredi à Paris le premier
ministre Nikol Pachinian, reçu par
Emmanuel Macron. Élu en mai par
les députés, Nikol Pachinian a été
porté au pouvoir par la « révolution de velours », un soulèvement
populaire qui a mis un terme à dix
ans de pouvoir du président Serge
Sarkissian.
Tigrant Avinian voit sa jeunesse
comme un avantage « pour prendre
des décisions courageuses ». Et il en
faudra pour transformer un pays
miné par la corruption, une plaie
dénoncée par les investisseurs
étrangers. Le vice-premier ministre le reconnaît sans détour : la tâche qui lui prend « le plus de temps
et d’énergie » est la réforme de la
gouvernance du pays qui comprend « la lutte contre la corruption
et les monopoles ». Le nouveau
pouvoir veut écrire sur une feuille
blanche. À cet effet, explique le vice-premier ministre, les entreprises étrangères présentes en Arménie ont été informées qu’elles ne
seraient pas poursuivies pour des
délits de corruption passés.
Quand on lui demande ce qui caractérise l’économie de son pays,
Tigrant Avinian évoque un sentiment de vide. Pas très engageant.
Mais cela signifie « un potentiel de
croissance immense ». Problème :
comment un si petit marché –
moins de 3 millions d’habitants peut-il attirer les investisseurs ? Le
jeune dirigeant fait valoir la position stratégique de l’Arménie. Le
pays fait partie de l’Union économique eurasiatique, la zone de libre-échange formée de la Russie,
du Kazakhstan, de la Biélorussie et
du Kirghizstan. Il peut donc ouvrir
A
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
26
ENTREPRISES
Les nombreux défis de Ben Smith à la tête d’Air France-KLM
Le nouveau patron entre en fonctions ce lundi. Les syndicats attendent de reprendre les négociations salariales.
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
Benjamin Smith,
le nouveau directeur
général du groupe,
prend ses fonctions
un mois après
sa nomination. HO/AFP
TRANSPORT Air France-KLM a
un nouveau pilote. Benjamin
Smith, le nouveau directeur général du groupe, prend ses fonctions
ce lundi, un mois après sa nomination. Attendu en principe à la fin
du mois, le Canadien, ancien numéro deux d’Air Canada, veut
semble-t-il prendre rapidement
ses marques à la tête du groupe aérien, miné par les conflits sociaux
et qui n’avait plus de commandant
attitré depuis quatre mois. En mai,
Jean-Marc Janaillac, le PDG d’Air
France-KLM, avait démissionné
après le rejet par référendum de sa
proposition sur les salaires. Il tentait alors de mettre fin au mouvement de grève des salariés d’Air
France, qui réclamaient 5,1 %
d’augmentation générale (10 %
pour les pilotes) et qui a coûté
335 millions d’euros au groupe.
Ben Smith, qui a fait l’essentiel de
sa carrière dans le transport aérien,
est le premier dirigeant non français et, qui plus est, non européen,
d’Air France-KLM, dont l’État détient 14,3 %. De très nombreux défis l’attendent. Il devra d’abord
mettre à profit sa solide expérience
de négociation pour régler l’épineux problème des rémunérations.
Il est attendu de pied ferme par les
syndicats qui, en trois ans, ont usé
deux PDG, Alexandre de Juniac
puis Jean-Marc Janaillac. En août,
ils ont vivement fustigé la nomination « d’un dirigeant étranger » et
sa rémunération, pouvant atteindre plus de 4 millions d’euros par
an si les objectifs sont atteints. Ces
dernières semaines, les représentants syndicaux qui, un temps,
avaient envisagé de lancer un
mouvement de grève de bienvenue, ont modéré leur discours.
Vendredi, l’intersyndicale d’Air
France a affiché sa volonté de renouer rapidement un dialogue avec
la direction. « La bonne nouvelle est
qu’on a de nouveau quelqu’un à la
tête d’Air France-KLM, c’est bien
qu’on sorte de cette phase d’incertitude », s’est félicitée Véronique
Damon, représentante des pilotes
(SNPL) au sein du conseil d’administration. « On demande qu’en
premier lieu il reçoive l’intersyndicale pour qu’on puisse sans attendre
commencer à traiter la question du
conflit qu’on mène depuis le début de
l’année sur les salaires », a de son
côté fait valoir Vincent Salles, de la
CGT. Des rencontres avec les partenaires sociaux, qui campent sur
leurs positions, sont inscrites à
l’agenda très chargé de la première
semaine du dirigeant, qui s’est fixé
comme priorité d’aller « très vite à
la rencontre des équipes sur le terrain », explique une source proche
de la compagnie.
Revoir la gouvernance
Ben Smith réunira aussi cette semaine les membres de la direction. Il
doit constituer ses équipes et pourrait rapidement revoir la gouvernance du groupe, qui a déjà évolué
avant son arrivée. Le poste de PDG a
été dissocié, avec un directeur général et un président non exécutif. Le
directeur général d’Air France,
Franck Terner, le principal négociateur avec les représentants syndicaux de la compagnie, qui n’a pas su
mesurer la colère sociale et déminer
les conflits, pourrait céder sa place.
D’autres défis de taille attendent
le nouveau commandant d’Air
France-KLM, âgé de 46 ans. Alors
que les prix du carburant sont re-
EN BREF
Tereos toujours
plus ambitieux
au Brésil
94 % DES FRANÇAIS
ONT CHOISI LE TAUX
FAMILIARISÉ
£ Les contribuables français,
qui avaient jusqu’au
15 septembre pour choisir
le taux d’imposition qui sera
transmis à leur employeur
pour le prélèvement
à la source, ont opté à 94 %
pour le taux familiarisé, à 5,1 %
pour le taux individualisé,
et 1 % n’ont pas fait de choix
exprès, a indiqué Christophe
Castaner, le patron de LaREM,
invité dimanche du « Grand
Jury RTL-LCI-Le Figaro ».
Le sucrier français y investit pour
doper sa productivité sur un marché
mondial de plus en plus complexe.
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
À OLIMPIA ET SANTOS (ÉTAT DE SAO PAULO)
AGROALIMENTAIRE En pilotage
automatique, l’imposante machine
agricole effeuille les cannes à sucre,
avant de débiter leurs tiges. Bienvenue à Olimpia, au cœur du grenier à
sucre du Brésil : la récolte en cours
illustre l’avancée technologique à
l’œuvre dans la filière locale qui
produit la moitié des 60 millions de
tonnes de sucre échangées chaque
année sur les marchés internationaux. On est loin de la coupe à la
main, comme au début des années
2000, quand Tereos a débarqué au
Brésil. La coopérative française
avait racheté Guarani et sa sucrerie
de Cruz Alta, près d’Olimpia.
Pionnier des géants internationaux du sucre à s’être implanté au
Brésil, Tereos est plus que jamais
convaincu du bien-fondé de sa
stratégie. Comme tous les acteurs
du secteur, le groupe détenu par
12 000 producteurs de betterave du
nord-est de la France est pris dans
la tourmente créée par la fin des
quotas européens (supprimés en
octobre 2017), la baisse du cours du
real brésilien et les vicissitudes du
climat, à l’origine de la hausse de la
production en Inde et en Thaïlande.
Autant d’éléments qui ont contribué à prolonger le bas de cycle des
cours mondiaux, compliquant la situation des acteurs européens.
Numéro trois au Brésil, Tereos y
produit autant de sucre qu’en France. « On n’est pas crédible sur le
marché mondial sans être présent au
Brésil, assure Alexis Duval, président du directoire de Tereos. Il faut
avoir une offre globale et une présence industrielle pour accompagner la
croissance de la demande mondiale. » À l’heure où des acteurs internationaux, tels les traders Lou is
Dreyfus et Bunge, ont mis en vente
leurs actifs dans l’industrie sucrière
au Brésil, certains s’interrogent sur
la pertinence de la stratégie de Tereos, seul sucrier européen présent
en Amérique du Sud. « L’allemand
Südzucker, leader mondial, répète
depuis dix ans qu’il veut s’implanter
au Brésil, sans pouvoir atteindre son
objectif, rappelle Alexis Duval, à
l’origine de l’aventure brésilienne
de la coopérative. Et pour cause : les
actifs de valeurs sont devenus très
chers, et beaucoup d’autres n’ont pas
d’intérêt, car le marché est devenu
beaucoup plus complexe. »
Depuis son implantation, le groupe, longtemps épaulé par Petrobras,
a densifié sa production. Il a
construit ou acquis des sucreries
pour bâtir un cluster dans la région
de Sao José do Rio Preto, à 400 kilomètres de Sao Paulo. Il y a installé
des distilleries pour produire de
l’éthanol ainsi que des chaufferies
pour produire de l’énergie à base de
bagasse (résidu de la canne à sucre)
et alimenter le réseau local. Objectif : multiplier les sources de revenus pour minimiser les risques et
gagner en productivité. Tereos Açùcar e Energia traite désormais de la
canne issue de 300 000 hectares,
pour moitié cultivés par le groupe.
Des drones survolent les plantations
pour détecter les zones sous-performantes. « Nous pouvons augmenter la productivité de nos terres et
les faire passer de 83 à 100 tonnes de
sucre par hectare d’ici cinq ans », assure Pierre Reboul, le patron de la
filiale, qui compte sept sucreries.
Contribution aux profits
« Nous avons investi au bon moment
et sommes bien mieux positionnés
que d’autres au Brésil », assure
Alexis Duval. La direction de Tereos
révèle que sa filiale brésilienne a
rapporté au groupe la moitié de son
excédent brut d’exploitation l’an
passé, soit 594 millions d’euros
d’Ebitda, et que le résultat net réalisé au Brésil est de 60 millions par an
depuis trois ans. Autant d’arguments sonnants et trébuchants destinés à rassurer les sceptiques sur la
stratégie de Tereos hors d’Europe,
dont les résultats sont critiqués par
d’ex-membres du conseil de surveillance (lire ci-dessous).
« Depuis 2012, le résultat net cumulé de nos activités internationales
s’est élevé à 147 millions d’euros,
dont 118 ont été reversés aux coopérateurs sous forme de dividendes »,
assure Alexis Duval, qui a bien l’intension de persévérer dans son
aventure brésilienne. Tereos vient
ainsi d’investir 50 millions d’euros
dans le terminal en cours de
construction pour le géant local de
la logistique VLI (filiale du minier
brésilien Vale) dans le port de Santos, le plus grand d’Amérique du
Sud. Là aussi, il s’agit de contrôler la
filière et de gagner en productivité,
grâce à une optimisation du temps
de déchargement des trains.
« Ce qui compte pour nos clients
internationaux, ce n’est plus le prix à
la sortie de nos sucreries, mais celui à
l’arrivée à leur usine, explique Alexis
Duval. Or, la valeur ajoutée se trouve
désormais dans la logistique. » La
complexité du marché mondial du
sucre rend les investissements aussi
cruciaux que les économies. ■
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Au Brésil, Tereos
Açùcar e Energia
traite désormais
de la canne issue
de 300 000 hectares,
pour moitié cultivés
par le groupe.
FERDINANDO RAMOS/
PLUS IMAGES
FRANCE TÉLÉVISIONS
NE VENDRA PLUS
DE SÉRIE À NETFLIX
£ France Télévisions compte
arrêter de vendre ses séries
à Netflix, a affirmé dimanche
sur Europe 1 la présidente de
France Télévisions, Delphine
Ernotte, pour en réserver
l’exclusivité à la future
plateforme Salto, commune
à France TV, TF1 et M6.
UBER SE LANCE DANS
DE NOUVELLES VILLES
£ Les chauffeurs d’Uber
arrivent ce lundi à Aix-enProvence, Avignon et Toulon,
a annoncé dans le JDD le
directeur de la filiale française.
La plateforme de réservation
de VTC porte ainsi à quinze
le nombre de villes françaises
où ses chauffeurs opèrent.
Une pétition pour révoquer le conseil
Si les
« perdants
A
partis à la hausse et que la concurrence dans le ciel européen s’intensifie, il devra redresser le groupe et
le rendre aussi rentable que ses
concurrents. Les dossiers stratégiques, comme le développement de
la filiale low-cost moyen-courrier
Transavia et la restructuration de
HOP!, l’activité court et moyencourrier d’Air France au départ
d’Orly, font aussi partie des priorités. Tout comme la consolidation
de la position de la compagnie sur le
long-courrier au moment où cette
activité affronte la concurrence du
low-cost. Développer ou acheter
une compagnie low-cost longcourrier devient un questionnement urgent pour le groupe. Vendredi, le cours d’Air France, en
chute libre depuis janvier (-37 %) a
repris de la hauteur (+2,42%). L’arrivée de Ben Smith nourrit beaucoup d’espoirs. ■
à une
élection
réclament
à chaque fois
un nouveau
scrutin, il y a
un risque
systémique
pour
le monde
coopératif
ALEXIS DUVAL,
LE PRÉSIDENT
DU DIRECTOIRE
DE TEREOS
»
La médiation menée par l’ancien
ministre de l’Agriculture Henri
Nallet n’apaise pas la guerre que
livrent à Tereos sept ex-membres
de son conseil de surveillance.
Le 9 juillet, ces derniers ont adressé
une lettre aux 172 conseillers
de région (CR), représentants
des 12 000 coopérateurs du géant
sucrier, critiquant sa gouvernance,
sa stratégie et ses résultats
(nos éditions du 6 août).
Protestant contre
la non-réélection de deux d’entre
eux à l’assemblée générale
du 27 juin, les cinq autres ont
démissionné et convaincu 70 des
172 CR de faire de même, entraînant
une crise ouverte. Mi-août, les trois
principaux frondeurs ont été exclus
de la coopérative par le conseil
de surveillance.
Pour apaiser la tension, Tereos
a accepté une médiation menée
sous l’égide du Haut Conseil
à la coopération agricole et reculé
à décembre l’élection, prévue
en juillet, de 70 CR pour remplacer
les démissionnaires. Insuffisant
pour les frondeurs, qui font circuler
une pétition réclamant une élection
pour l’ensemble des 172 CR. Ils
tentent de recueillir, d’ici à la fin
du mois, la signature de 20 % des
coopérateurs de Tereos.
Leur objectif ? « Révoquer
et réélire tous les membres du conseil
de surveillance. » Reste à savoir
si les exclus seront réintégrés
à la coopérative lors de
la médiation, condition pour qu’ils
puissent être candidats. « Si les
perdants à une élection réclament
à chaque fois un nouveau scrutin,
il y a un risque systémique pour
le monde coopératif, prévient Alexis
Duval, le président du directoire
de Tereos, s’exprimant pour
la première fois sur la crise et
le courrier des frondeurs. Il y a une
ligne rouge à ne pas franchir. Il est
intolérable de faire courir de fausses
rumeurs. Pas une coopérative
n’a notre degré de transparence
financière. Il est calomnieux de dire
que toutes les filiales hors Europe
sont en perte ou que les membres
du conseil de surveillance n’ont
pu voir les comptes. Ils ont validé
le rapport du comité d’audit
et approuvé le plan stratégique
proposé par le directoire. » ■
I. L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 17 septembre 2018
CHRONIQUES
BLOC NOTES
JACQUES-OLIVIER MARTIN
JOMARTIN@LEFIGARO.FR
Les Ben Smith de l’auto
Un Canadien à la tête d’Air France ! Que n’a-t-on entendu au
cœur de l’été ? Que de doutes et
de critiques venus de partout, de
syndicats, de pilotes, même de
politiques se demandant s’il
n’était pas préférable de nommer
un Français à la tête de ce fleuron
national en péril. La patrie des
Lumières est un curieux pays, a
dû penser Ben Smith. À ses détracteurs, s’ils osent l’interpeller,
il pourra toujours dire que la direction d’une entreprise n’est pas
une histoire de nationalité mais
seulement une affaire de compétences… À preuve, il y a quelques
jours Elon Musk a choisi Jérôme
Guillen pour diriger Tesla. Personne en Amérique n’a bien entendu émis des critiques ou des
doutes à propos de la nomination
d’un Avignonnais à la tête du
constructeur le plus en vue de la
planète ? Tout est dit !
Les Ben Smith « made in France » sont du reste nombreux dans
l’automobile. Jérôme Guillen
compte parmi ces ingénieurs sans
frontières de la « French autotech » qui marient innovations et
industrialisation. Il est loin d’être
le seul. Oliver François a démontré tous ses talents auprès de feu
Sergio Marchionne, le grand architecte de Fiat Chrysler. Il est
aux commandes de la marque
Fiat. Autre figure : Didier Leroy,
bras droit d’Akio Toyoda, patron
de Toyota. Si les marques automobiles les plus réputées sont allemandes, les meilleurs pilotes
des constructeurs ne seraient-ils
pas français ?
ISOLEMENT
ET NUMÉRIQUE
Mounir Mahjoubi, notre secrétaire d’État au Numérique, s’est fixé
une mission : convertir tous les
Français aux bienfaits des nouvelles technologies. Accordonslui de ne pas ménager ses efforts
surtout lorsqu’il s’agit de lutter
contre la fracture numérique :
« Quand on cherche un emploi,
c’est plus long d’un mois si on
n’utilise pas Internet. Quand on
achète des produits, on les paie
plus cher. Les Français aussi ont
accès à moins d’informations, ils
ont moins de contacts avec leur famille, ce qui pose des soucis par
rapport au lien social », expliquait-il dans une interview à
Ouest France.
Internet, c’est bon pour la productivité, le pouvoir d’achat et les
relations. Dont acte. Mais il n’est
pas certain, avec de tels arguments, que Mounir Mahjoubi
convertisse si facilement les personnes âgées trop nombreuses à
être exclues de cette révolution à
ses yeux. Pourquoi ? Parce que les
gains de productivité ont moins
d’importance hors du marché du
travail. Parce que les gains de
pouvoir d’achat, c’est tentant
bien sûr, mais le maintien des
commerçants de proximité lorsque la mobilité devient plus difficile vaut aussi à leurs yeux quelques euros de plus. Parce
qu’enfin les réseaux et le virtuel
pour assurer le lien social… trop
peu pour eux. L’isolement les
préoccupe beaucoup plus que la
fracture numérique. Aux smileys
et autre Skype, ils préféreront
toujours une petite visite et une
poignée de main.
L’ENTREPRISE
OBLIGATOIRE
Coup de frein sur les créations
d’emplois, mais coup d’accélérateur sur les créations d’entreprises. Faut-il chercher une relation entre ces évolutions
contrastées ? Pas nécessairement. Tout juste peut-on regretter que les commentateurs négligent l’entrepreneuriat, pourtant
riche d’enseignements sur l’évolution de la société française. En
moins d’une décennie, notre
pays est devenu, juste derrière la
Grande-Bretagne, la nation
d’Europe qui compte chaque année le plus de nouveaux entrepreneurs. Il a suffi de peu de choses pour y parvenir : un statut,
l’autoentrepreneur, permettant
de facturer sans autre contrainte
que de payer des charges proportionnelles aux recettes.
La France a donc inventé l’entreprise en trois clics sans trop savoir
ce que cette simplification provoquerait. D’abord la colère des artisans et des commerçants furieux
de voir de nouveau concurrents
exerçant leurs métiers sans formation, ni obligation… et puis peu
à peu, la manifestation d’un nouvel état d’esprit : le goût d’entreprendre. Sur le seul mois d’août,
27 000 microentreprises ont été
créées.
Les contempteurs rappellent
qu’un quart de ces entrepreneurs
n’ont pas de recettes et que la
moitié des autres empochent
moins de 9 000 euros par an. À
quoi bon ne voir que le demiverre vide. Ces sommes, mêmes
minimes, améliorent la vie quotidienne de ces néo-entrepreneurs. Et surtout, à l’heure de
cette nouvelle économie qui veut
que chacun monétise ses actifs
matériels et son temps libre, le
droit de facturer va peu à peu devenir indispensable. C’est peutêtre le moment d’aller plus loin et
d’attribuer à 18 ans un numéro de
Siret pour tous, histoire de faire
prospérer cet immense potentiel
de croissance. ■
27
Matignon use et abuse du retour
de l’inflation pour boucler le budget 2019
Il devient ainsi plus facile d’alléger la dette et d’amaigrir les dépenses.
A
nnée blanche pour
les contribuables
qui n’auront pas à
acquitter d’impôt
au titre de leurs revenus de 2018. Année noire pour les retraités qui
ont subi deux vilenies à quelques
mois d’intervalle. En janvier, ils
ont dû encaisser une hausse de la
CSG à hauteur de 1,7 % de leurs
pensions - régime de base et retraites complémentaires -, du
moins pour les 60 % les plus aisés
d’entre eux. Bis repetita, le premier ministre, Édouard Philippe,
leur a appris fin août que la retraite de la Cnav ne serait revalorisée que de 0,3 % en 2019 et en
2020, alors que le Code de la Sécurité sociale (article L161-25)
stipule que la révision annuelle
doit se faire en fonction de la
hausse des prix à la consommation. Laquelle a été de 2,3 % sur
les douze derniers mois et de
1,9 % hors tabac (la référence légale en l’occurrence).
Si leur impact négatif sur le
pouvoir d’achat est similaire, il y
a pourtant une grande différence
dans l’art et la manière dont ces
deux décisions ont été prises. La
première avait été annoncée urbi
et orbi dans le programme présidentiel 2017 du candidat Macron.
La seconde a été dévoilée de façon plus sournoise, au détour
d’une interview d’Édouard Philippe dans un journal dominical
le 26 août.
Il n’y aura pas de baisse nominale, mais la perte de pouvoir
d’achat n’en sera pas moins réelle à partir du moment où le gouvernement jette par-dessus les
moulins la règle d’indexation
inscrite dans la loi. Précisons
qu’un nouveau texte légal sera
adopté, car la France reste un
État de droit, même si on s’assoit
sur les principes, ce qui entraîne
une incertitude juridique permanente assez déplaisante.
Les retraités peuvent s’estimer
pris en traître, et ils ne seront pas
les seuls. « D’autres prestations
progresseront de façon plus modérée, de 0,3 % par an en 2019 et en
2020 : l’aide personnalisée au logement, les allocations familiales… », selon les termes du premier ministre.
Les instituts de statistiques,
dont l’Insee, définissent l’inflation comme « la hausse générale
des prix à la consommation ». Ce
qui est réducteur car en sont exclus les prix de l’immobilier neuf
et ancien, sans parler bien sûr des
cours de la Bourse. L’inflation
constitue en tout cas une facilité
et une marge de manœuvre pour
les gouvernements qui en usent
et en abusent, et celui d’Édouard
Philippe plutôt plus que d’autres.
Le premier appel d’air pour les
finances publiques porte sur la
LIBRES
ÉCHANGES
JEAN-PIERRE ROBIN
dette. Alors que celle-ci totalise
2 255 milliards d’euros (État, Sécurité sociale et collectivités locales), un taux d’inflation de 2 %
conduit à alléger mécaniquement
de 45 milliards d’euros l’endettement réel. C’est plus que la reprise de la dette de SNCF Réseau par
l’État ! Du même coup, le ratio
« dette publique sur PIB », qui
passionne tellement les foules et
tangente les 100 %, se trouve
abaissé, puisque le PIB augmente
quant à lui à proportion de l’inflation (sans compter sa progression en volume prévue à 1,7 % en
2019 par le gouvernement). Les
vents alizés de l’inflation sont
d’autant plus doux qu’en même
temps les taux d’intérêt auxquels
l’État s’endette restent très bas
(0,7 % pour les OAT à dix ans),
une anomalie qui n’est pas forcément éternelle.
La deuxième facilité pour les
comptes de l’État repose sur la
désindexation érigée en instrument de gestion. Outre les retraités et les prestations sociales, le
gel du fameux « point d’indice de
la fonction publique » a été
abondamment pratiqué sous le
quinquennat précédent ; cette
astuce paraît d’autant plus « normale » que les fonctionnaires bénéficient par ailleurs d’augmen-
que la dette publique totalise
« 2Alors
255 milliards d’euros, un taux
d’inflation de 2 % conduit à alléger
mécaniquement de 45 milliards
d’euros l’endettement réel
»
Le premier ministre Édouard Philippe sortant de l’Élysée,
le 5 septembre. PHILIPPE WOJAZER/REUTERS
tations
catégorielles
ou
personnelles, comme les gouvernements ne manquent jamais de
le rappeler à l’opinion publique.
Autre forme de désindexation,
celle des taux administrés fixés
par l’État – un bon 15 % de
l’épargne des Français - dont les
rendements sont très inférieurs à
l’inflation. Celui du livret A est
bloqué à 0,75 % jusqu’en 2020.
Dernier curseur, le gel du barème
des impôts directs, ce dont les
gouvernements de François Hollande ne s’étaient pas privés.
Ainsi ni le seuil de déclenchement de l’ISF devenu IFI
(1,3 million d’euros), ni le seuil
pris en compte pour le calcul de
l’impôt
sur
la
fortune
(800 000 euros) n’ont jamais été
révisés depuis 2012, quand bien
même l’inflation cumulée depuis
cette date s’élève à 7 %, selon
l’Insee.
Gains automatiques
Certes, l’État doit faire face à des
dépenses de carburant et à des
achats de matériels qui subissent
des hausses de prix, tout comme
certaines aides sociales (minimum vieillesse, adultes handicapés) verront leur pouvoir d’achat
préservé. Mais ces postes pèsent
peu comparés aux gains automatiques (les recettes de TVA) ou
forcés liés à l’inflation. Pour les
retraites, la désindexation « se
traduira par des économies de
presque 3 milliards d’euros en
2019 et 2 milliards si l’inflation est
conforme à ces prévisions », calcule François Ecalle, l’un des
meilleurs connaisseurs des finances publiques.
Sans l’appoint de l’inflation,
jamais le gouvernement ne pourrait boucler son projet de budget
2019 très ric-rac. Certes, les salariés et plus généralement les actifs n’ont aucune indexation
automatique tant s’en faut. On
peut donc considérer que les retraités bénéficient d’un régime
de faveur. À ces deux réserves
près : c’est inscrit dans la loi et,
contrairement à un actif, le retraité ne peut réagir en travaillant plus, par exemple. Il est
fait comme un rat. Quant à l’argument « les retraités gagnent
plus en moyenne que les actifs »,
toujours mis insidieusement sur
la table, il est de ce fait malhonnête.
L’exécutif croit que les Français n’y verront que du feu. Or ils
ne sont pas dupes de la confusion
délibérément entretenue. Selon
le baromètre mensuel de l’Insee,
l’un des plus fiables du tableau de
bord français, « la confiance
économique des ménages » qui,
en mai 2017, culminait au plus
haut depuis dix ans, a perdu
aujourd’hui 10 %. Un juste retour
des choses ? ■
Cécile Crouzel
ccrouzel@lefigaro.fr
SOCIAL En présentant jeudi ma-
tin son plan pauvreté, Emmanuel
Macron a affiché de grandes ambitions. Mais il y a un axe, central, de
la politique actuelle que le président de la République n’a pas développé : la tendance à concentrer
de plus en plus les bienfaits et les
effets de la protection sociale sur
les plus fragiles. Et donc à s’éloigner de modèle de la Sécurité sociale de l’après-guerre, conçu
d’abord pour couvrir tous les salariés, puis l’ensemble de la population française.
Faible revalorisation de prestations très diffusées comme les
pensions de retraite, les allocations
familiales et les allocations logement (APL), et coup de pouce au
minimum vieillesse (perçu par
436 000 seniors pauvres), à l’allocation adulte handicapé (AAH,
perçu par 1,13 million de personnes) et à la prime d’activité des
travailleurs modestes (2,61 millions de foyers) : les choix budgétaires pour 2019 sont révélateurs
de cette logique de ciblage. Mais
c’est en matière de politique familiale que l’inflexion est la plus nette. « Certaines familles fragiles doivent davantage être aidées : c’est le
cas des familles monoparentales »,
peut-on lire dans le dossier du
premier budget de la Sécu de l’ère
Macron. Ce qui s’est traduit par un
accroissement du soutien aux
foyers monoparentaux pour les
systèmes de garde, à une baisse
pour les autres.
À vrai dire, ce virage ne date pas
d’aujourd’hui. Il a été amorcé dès
les années 1970 et accentué par la
majorité précédente. Au 1er juillet
2015, à la mi-temps du quinquennat Hollande, les allocations fami-
Emmanuel Macron
annonce les mesures
du plan pauvreté,
lors d’un discours
au Musée de l’homme,
le 13 septembre 2018.
POOL/REUTERS
liales ont ainsi été divisées par deux
pour les couples gagnant plus de
6 000 euros par mois et par quatre
pour ceux gagnant plus de
8 000 euros. Finies les allocations
identiques quels que soient les revenus du foyer.
La logique de 1945 - réduire les
écarts entre ménages avec ou sans
enfants en compensant le « coût »
de l’éducation - est passée au second plan derrière la nécessité de
diminuer les inégalités. Indubitablement, une digue a cédé en 2015,
comme n’ont pas manqué de le regretter la droite mais aussi… la
CGT, très attachée aux principes
fondateurs de la Sécu. Depuis, les
propositions de mettre fin à l’universalité des allocations familiales
- comprendre, les supprimer pour
les ménages les plus aisés - se multiplient, notamment chez les députés LaREM. Bruno Le Maire, le
ministre de l’Économie, l’a aussi
évoqué l’an passé.
Montée de la CSG
Les changements financiers ont
rendu possibles ces bouleversements. Autrefois alimentée par les
cotisations sociales assises sur les
salaires, la Sécu est de plus en plus
financée (25 % en 2017) par la CSG,
un quasi-impôt aux mains de
l’État. Ce mouvement concerne
aussi l’assurance-chômage depuis
cette année. Rien d’étonnant dans
ces conditions que l’indemnisation
ait été élargie aux non-salariés
(indépendants) et que fleurissent
les idées d’une meilleure articulation de l’allocation-chômage
avec les minima sociaux.
La protection sociale s’éloigne du
modèle bismarckien - du nom du
chancelier allemand du XIXe siècle
qui l’a inventé -, où sont compensés les aléas de la vie que sont les
charges de famille, la maladie, le
chômage, la vieillesse. Elle tend à se
rapprocher du modèle beveridgien, propre aux pays anglosaxons, axé sur le secours aux plus
fragiles et piloté par l’État. Évoquée
par Emmanuel Macron dans son
interview au Point de l’été 2017,
cette mutation gagnerait à faire
l’objet de débats publics. Car à trop
concentrer le soutien public sur les
plus fragiles, au détriment des classes moyennes supérieures, le
consentement au système social
risque lui aussi d’être mis à mal… ■
A
ANALYSE
1
Sans le dire, Macron s’éloigne du modèle de protection sociale hérité de 1945
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
28
DÉCIDEURS
AVEC
PROPOS RECUEILLIS PAR
YANN LE GALÈS £@YannLeGales
Dominique
INTERVIEW Dominique Giraudier, directeur général de l’Institut Paul-Bocuse, analyse comment la formation aux métiers de
la cuisine et de l’hôtellerie se
transforme en grande école.
Giraudier
LE FIGARO. - Après avoir
travaillé quinze ans dans le
groupe Flo que vous avez dirigé,
vous pilotez l’Institut Paul-Bocuse
depuis septembre 2015.
Est-ce le même métier de diriger
une entreprise et une école
de management en art culinaire
et hôtellerie ?
Dominique GIRAUDIER. - Je ne
suis plus dirigeant. Je suis devenu
un maître d’école. Je ne travaille
plus dans un job. J’accomplis une
mission.
« Je suis
devenu un
maître d’école »
Ce mot était employé
au XVIIIe siècle. N’est-il pas
dépassé à l’époque d’Internet ?
Je suis fier de l’employer. Je souhaite que ce mot soit revalorisé.
Le maître d’école est celui qui
dans les écoles de village accompagnait des jeunes, les faisait accéder au savoir. Il permettait à de
jeunes enfants de se révéler et de
devenir des personnes brillantes.
Comment mesurez-vous
votre efficacité ?
J’ai créé de la valeur pour les actionnaires pendant vingt-cinq
ans. Aujourd’hui, je crée de la valeur humaine. L’équipe de l’Institut et moi-même formons de jeunes managers qui seront les
champions de demain dans les
métiers de l’hôtellerie et de la
restauration. Ma responsabilité
est plus élevée que de créer de la
valeur mesurée par l’indice du
CAC 40 ou un Ebitda ramené à
une action.
Une école est-elle
une entreprise ?
Je ne travaille pas dans une société anonyme ou à responsabilité limitée mais pour une association
loi 1901. Nous ne versons pas de
dividendes. Toutes les ressources
sont investies dans l’éducation.
Nous sommes responsables de
l’avenir des garçons et des filles
que leurs familles nous confient.
Notre responsabilité est morale.
Quel est votre engagement ?
Nous nous engageons à proposer
un ou plusieurs emplois à chaque
étudiant.
Les étudiants sont-ils exigeants ?
Égoïstes ?
Nos étudiants appartiennent à la
génération Z. Ces garçons et ces
Le directeur général de l’Institut
Paul-Bocuse explique pourquoi
« sa responsabilité est morale ».
filles sont en pleine mutation et
en quête de sens. Ils sont très sensibles à leur environnement. Ils
sont prêts à refuser des jobs extraordinaires pour préserver leur
équilibre personnel. Les étudiants
qui entrent en première année
ont des préoccupations très différentes de ceux qui seront diplômés à la fin de l’année scolaire.
Nous devons être agiles pour nous
adapter en permanence.
Rejettent-ils les entreprises
traditionnelles ?
Ils ne croient plus aux méthodes
traditionnelles de management.
Un tiers de nos étudiants devient
entrepreneur dans l’hôtellerie et
la restauration. Certains se sont
lancés dans le parfum, ont développé des technologies de cuisson
et des applications en logistique.
Mais ces jeunes ont choisi
des métiers qui exigent
une grande disponibilité.
Les métiers de la restauration et
de l’hôtellerie vont devoir
changer de fonctionnement pour
s’adapter à cette évolution des
valeurs. Les entreprises devront
recruter deux personnes là où
elles n’embauchaient qu’une
personne.
Les étudiants sont-ils conscients
du niveau d’exigence des clients ?
« J’ai créé de la valeur
pour les actionnaires
pendant 25 ans.
Aujourd’hui,
je crée de la valeur
humaine », explique
Dominique Giraudier.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
C’est à nous de leur faire comprendre ce niveau d’exigence.
Mais ils y sont assez sensibles.
Tous sont des clients dans leur vie
personnelle. Ils sont aussi les
clients de l’école.
L’Institut Paul-Bocuse est-il
reconnu comme une école
de même niveau qu’une école
de management ou d’ingénieurs ?
Notre ambition est d’être la pre-
CONFIDENCE
QUELLES PERSONNALITÉS VOUS ONT INSPIRÉ ?
Maurice Lévy, président du conseil de surveillance
de Publicis Group, a joué un rôle déterminant
dans ma carrière. Je l’ai rencontré à 40 ans alors
que je venais d’être nommé à la tête d’une société
dans une situation difficile. Je ne le connaissais pas.
Ce grand patron a eu l’humilité de jouer le rôle
de coach. Il m’a expliqué comment il avait succédé
au fondateur Maurice Bleustein-Blanchet,
fait évoluer l’entreprise. Il est mon modèle.
J’admire les entrepreneurs fondateurs comme
Gérard Pélisson, le cofondateur du groupe Accor.
Cet homme qui a construit le tourisme moderne,
croit à la transmission et au partage. Et aussi
Antoine Riboud, Francis Holder, Louis Le Duff,
Jean-Paul Bucher, le fondateur du groupe Flo
que j’ai dirigé. J’ai du respect pour Georges Plassat,
l’ex-PDG de Carrefour. J’admire aussi Simone Veil
pour la force de son engagement.
mière école métier à être reconnue comme une grande école.
Nous espérons obtenir ce label
dans les douze mois.
Est-ce utile ?
Pendant longtemps, nos métiers
ont été considérés comme de petits métiers laborieux qui étaient
choisis par ceux qui ne pouvaient
pas faire autre chose. Comme
mon prédécesseur, je travaille
pour qu’ils soient reconnus par
l’université. La restauration et
l’hôtellerie sont devenues des
grands secteurs économiques.
Pourquoi devenir
une grande école ?
Être reconnu comme une grande
école permettra à nos diplômes,
du bachelor au master, d’être accrédités sur le plan international.
Se développer à l’international
est-il nécessaire ?
Notre marché de l’éducation est
mondial. Des pays investissent
sur le tourisme, l’hôtellerie et la
restauration. Il existe une pénurie
de main-d’œuvre alors que le besoin en compétences va croître.
30 à 50 % de nos étudiants partent travailler en Asie, au MoyenOrient, en Afrique du Sud, en
Australie. Nous formons 300 étudiants sur nos campus étrangers.
Nous accueillons plus de 40 %
TOP
MANAGEMENT PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Patrick
Montliaud
GÉRARD UFERAS
â LES
Didier Trutt
DATES
CLÉS
1984
Entre chez
Thomson
2004
Devient directeur
général adjoint
de Thomson SA
2009
Prend la direction
de l’Imprimerie
Nationale
A
2018
L’Imprimerie
Nationale
devient IN Groupe
Bruno
Chappert
Philippe
Patrice
Yann
Haguet
Michaël
Zafrany
d’étudiants étrangers de plus de
50 nationalités dans nos classes à
Lyon. Nous sommes la seule école
française à atteindre un tel
pourcentage. Nous accueillerons
50 à 55 % d’étudiants étrangers
prochainement.
Deviendrez-vous une école qui
forme des étudiants par milliers ?
La sélectivité de l’école progressera avec sa reconnaissance
internationale. Nous acceptons
aujourd’hui un étudiant sur trois.
Demain, nous accepterons un
étudiant sur dix. Nous ne deviendrons jamais une usine à éducation qui accueille des milliers
d’étudiants. Nous deviendrons
l’école européenne de référence
dans nos métiers.
Les chefs sont devenus des stars.
Est-ce un bien ?
Paul Bocuse a été le premier à valoriser les cuisiniers grâce à son
talent marketing. Mais Paul Bocuse aimait dire à la fin de sa vie
que certains chefs devraient quitter les plateaux de télévision pour
rejoindre leur cuisine.
La valorisation de ces métiers permet d’attirer des jeunes talents.
Plus d’un tiers de nos étudiants a
suivi une formation scientifique.
Ces jeunes n’auraient jamais choisi les métiers de la cuisine et de
l’hôtellerie il y a vingt ans. ■
www.decideurs.lefigaro.fr
Arnaud
Boussemart
Frédérique
Durand
Antoine
Paoli
Romain
Galesne-Fontaine
DÉCIDEURS de l’(ex)-Imprimerie nationale
L’ex-Imprimerie nationale fait peau neuve.
Rebaptisée IN Groupe en avril dernier, parachevant neuf années d’intense transformation, l’entreprise publique, cinq fois centenaire, s’est engagée dans un tournant
numérique radical. « IN comme Imprimerie
Nationale, mais aussi comme Identité Numérique », souligne Didier Trutt, à sa tête
depuis 2009, qui veut faire du groupe le fer
de lance de la sécurisation des données personnelles digitales. Avec un slogan simple :
« le droit d’être soi ». Dernière avancée
spectaculaire en date, l’installation d’un
système de reconnaissance faciale à l’aéroport de Nice en juillet dernier. « Ce dispositif
confirme que le groupe est devenu un spécialiste du numérique comme il avait su le devenir
pour les passeports biométriques », s’enorgueillit l’actuel PDG.
Homme de l’industrie d’abord, chez Thomson, puis du service chez Thomson SA après
la cession des activités tubes cathodiques à
l’indien Videocon, ce Niçois et père de trois
enfants a su se distinguer par « sa capacité à
susciter l’adhésion et à donner du sens »,
selon les propres mots de ses proches collaborateurs. Neuf d’entre eux composent
aujourd’hui le comité exécutif, avec la casquette de « vice-président exécutif ». Une
équipe qui, par ses compétences, reflète la
capacité de transition du groupe et son cheminement organisationnel au gré des différentes acquisitions.
Parmi eux, Patrick Montliaud est un soldat
de la première heure de Didier Trutt, arrivé
lui aussi en 2009. Directeur commercial d’IN
Groupe, cet ingénieur des Mines a pu se forger une solide expérience dans le domaine
des systèmes professionnels B-to-Bo chez
Thales. Arrivé deux ans plus tard, en 2011,
Bruno Chappert dirige la branche services.
Homme sans frontières, à la carrière inter-
nationale, le centralien est lui aussi passé par
les grands noms de l’électronique, comme
Thales et IBM. Fondateur de la société Smart
Packaging Solution (SPS), rachetée en 2014
par IN Groupe, Philippe Patrice est à la tête
de la branche composants. Ingénieur en
microélectronique, il avait fait de son entreprise un des leaders des cartes à puce, une
technologie notamment nécessaire au développement des passeports biométriques.
Aux commandes de la branche identité, et
donc « du droit d’être soi », la présence de
Yann Haguet est aussi le fruit des acquisitions d’IN Groupe. Ingénieur de formation, il
était devenu directeur de l’identité chez
Thales jusqu’au rachat de cette branche
l’année dernière. Michaël Zafrany, chez SPS
à partir de 2009, a emprunté le même chemin que Philippe Patrice. Directeur des opérations industrielles, cet ingénieur de l’Insa a
également œuvré chez Gemalto et Thales. Le
pilotage des finances et de l’administration
revient à Arnaud Boussemart, ex-associé de
Mazars, dont il a fondé et dirigé le bureau de
Tokyo pendant douze ans. Diplômé de Skema, il a débuté sa carrière dans l’univers
industriel au sein de Lafarge Aluminates.
Frédérique Durand, directrice des ressources humaines depuis 2014, gère l’évolution
des compétences et des métiers des quelque
1000 salariés que compte aujourd’hui IN
Groupe. Antoine Paoli fait figure de doyen
du groupe comme secrétaire général. Garant
de l’identité historique du groupe, cet
ingénieur y œuvre depuis 1987, avec à son
actif la direction de la filiale Istra. Dernier
collaborateur du tableau, Romain GalesneFontaine, ancien de cabinet ministériel, est
directeur de la communication et des relations institutionnelles depuis 2015. Ce Sciences Po avait occupé des fonctions similaires
au sein du cabinet de conseil CEIS.
A. B.
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LE FIGARO
lundi 17 septembre 2018
MÉDIAS et PUBLICITÉ
29
Hervé Beroud :
« BFMTV
occupe
une position
hors norme »
Nous avons modifié notre matinale
entre 6 heures et 10 heures avec un
supertandem formé par Stefan
Etcheverry et Aurélie Casse et toute
une équipe autour d’eux. Nous y
croyons beaucoup, les premiers
week-ends ont été très convaincants. Par ailleurs, nous avons programmé une nouvelle émission de
faits divers, « Affaire suivante »,
présentée par Dominique Rizet et
Philippe Gaudin chaque dimanche et
qui démarre très bien.
Vous avez des projets
dans les formats longs ?
Nous voulons en effet développer ces
formats de 52 minutes que nous
avons mis en place la saison dernière. C’est du contenu supplémentaire
de qualité qui irrigue l’ensemble de
l’antenne. Nous avons vu sur de
grands sujets d’actualité que l’on
pouvait avoir des audiences extrêmement fortes, avec plus de 1 million
de téléspectateurs à chaque fois.
Nous avons aussi diffusé cette semaine un long format de 30 minutes sur
Alexandre Benalla, plus long qu’un
reportage habituel sur notre chaîne,
qui a réuni 350 000 téléspectateurs
pour sa première diffusion. C’est une
palette de plus pour BFMTV.
INTERVIEW Hervé Beroud,
le directeur général de BFMTV, est
l’invité du « Buzz Média Le Figaro ».
pas sur l’or, d’après ce que l’on peut
lire. Et puis il y a deux autres chaînes
privées concurrentes, LCI et CNews,
qui ont des audiences assez faibles et
perdent chacune beaucoup d’argent.
Ancien de RTL, Hervé Beroud a été
Avec ses bonnes audiences, BFMTV
successivement directeur de la réest rentable, mais nous voyons bien
daction puis de l’information de
que ce modèle économique à quatre
BFMTV (groupe Altice) avant d’en
chaînes n’est pas tenable. On verra
prendre la direction générale. Il a été
comment les choses évoluent. Mais si
nommé la semaine dernière direcun jour l’audience de BFMTV venait à
teur du pôle information des activirégresser et que toutes les chaînes
tés audiovisuelles d’Altice France.
perdaient de l’argent, le traitement
BFMTV est la première chaîne d’info
de l’actualité perdrait en qualité.
en continu en France avec une part
L’objectif n’est pas d’avoir quatre
d’audience de 2,4 %.
chaînes qui organisent des débats du
matin au soir. L’information, c’est d’abord
Le modèle économique
du direct sur le terà quatre chaînes d’information rain, du reportage, de
l’enquête, et pour cela
n’est pas tenable
il faut des moyens.
PROPOS RECUEILLIS PAR
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
Nous faisons tous les efforts pour
maintenir ce chiffre de 2,4 %.
»
À 2,4 % de part d’audience,
vous pensez que vous avez atteint
un plafond ?
Non, cette audience de la dernière
saison est la deuxième meilleure performance de BFMTV depuis sa création. La meilleure a été 2,7 % l’an
dernier, la preuve que l’on peut aller
plus haut quand l’actualité nous aide.
Elle est notre principal vecteur
d’audience. Nous occupons une position hors norme, avec 50 % à 60 %
de l’audience des chaînes d’info.
C’est une position pas simple à tenir
chaque jour face à nos concurrents.
HERVÉ BEROUD
dans le studio
du Figaro.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/ LE FIGARO
@
Le Buzz
MEDIA
en vidéo sur
www.lefigaro.fr/medias
Pour cette rentrée,
quels sont les changements
importants de votre grille ?
Nous avons fait assez peu de changements. Comme nous sommes leaders, nous n’avions aucune raison de
bouleverser notre grille. Le changement important, c’est celui de présentateur pour notre émission du
soir « Grand Angle ». Jean-Baptiste
Boursier a quitté BFMTV tout en restant dans le groupe, puisqu’il a rejoint RMC Story et RMC Sport 1. Bruce Toussaint nous a rejoints pour le
remplacer. C’est une recrue importante pour notre chaîne et un atout
NO
UV
EA
AUGMENTÉES
présente
Exceptions de la langue française :
certains Belges les détestent,
mais nous, on les adore !
Jean-Loup Chiflet nous entraîne dans
une nouvelle promenade passionnante,
surprenante, érudite et humoristique
à travers les exceptions, bizarreries
et autres étrangetés qui font tout
le charme de la langue française.
12,90€
Sur le week-end, vous rénovez
en profondeur votre matinale.
Avec quels objectifs ?
Le week-end, notre audience est
bonne, mais elle pourrait être au
même niveau que les jours de semaine. Les gens sont moins avides d’information au réveil le week-end,
mais ils ont plus de temps pour rester
devant la télévision et s’informer.
Vous venez par ailleurs de prendre
de nouvelles fonctions dans le cadre
d’une réorganisation. Qu’est-ce
que cela change pour vous ?
Je continue de diriger l’information
sur les différentes antennes de
NextRadioTV, et je vais me rapprocher un peu plus à cette occasion du
travail des rédactions de RMC, véritable bimédia radio et télé, et de
notre pôle digital, de plus en plus
intégré sur les antennes de notre
groupe. Cécilia Ragueneau, qui dirigeait RMC, a quitté le groupe. Elle
est remplacée par Guénaëlle Troly,
qui dirigeait RMC Découverte et
RMC Story. ■
RÉALITÉS
U
LE FIGARO. - Votre chaîne est leader
des chaînes d’info. Avec quatre
chaînes sur le créneau, le marché
n’est-il pas saturé ?
Hervé BEROUD. - Cette situation est
compliquée. Nous le disons depuis
longtemps. La concurrence, c’est
très bien. Le problème n’est pas
d’avoir trois chaînes concurrentes,
en particulier pour BFMTV, qui est
aujourd’hui large leader. Le problème plus général est celui du modèle
économique. Aujourd’hui, il y a une
chaîne du service public, Franceinfo,
qui a une audience faible et ne roule
pour « Grand Angle » mais aussi
pour des émissions spéciales. En cas
de gros « breaking news », nous savons que Bruce Toussaint est capable
de tenir une antenne. En semaine
aussi, nous avons donné une heure
de plus à Olivier Truchot en avantsoirée. C’est un petit ajustement.
EN VENTE ACTUELLEMENT
Disponible chez tous les marchands de journaux et sur www.figarostore.fr
PAR CAROLINE SALLÉ
Apple à l’ère du « no more thing »
«
Des années
durant,
la marque,
visionnaire,
a fait rêver.
Maintenant,
pragmatique,
elle fait
passer
à la caisse
»
Cette année, Apple a encore innové. Durant la grand-messe que la
firme californienne organise traditionnellement en septembre pour
présenter ses nouveautés, nul produit miracle n’est sorti du chapeau. Sur l’immense scène, le patron Tim Cook, baskets blanches et
chemise bleue, n’a pas non plus
sacrifié au rituel du « one more
thing », gimmick inventé par le
fondateur Steve Jobs pour annoncer l’arrivée d’un objet en passe de
révolutionner notre quotidien.
Souvenez-vous. L’iMac, qui a fait
basculer l’ordinateur de la catégorie geek à chic. L’iPod, au début
des années 2000, qui a misé sur la
dématérialisation de la musique et
permis à ses utilisateurs d’embarquer des milliers de chansons dans
un petit boîtier. Puis en 2010, la
première génération d’iPad, tablette tactile où lire les journaux,
visionner des films, écouter de la
musique, consulter ses mails. Sans
oublier évidemment l’iPhone, né
en 2007, condensé de haute technologie en même temps que bijou
de simplicité.
Dix ans plus tard, Apple, phare de
la pensée numérique, n’a toujours
rien trouvé de mieux. La semaine
passée, comme l’an dernier, Tim
Cook s’est de fait contenté de dévoiler son « one more iPhone ».
Plus exactement, trois nouvelles
versions du mythique smartphone. Les fans indéfectibles de la
marque ont eu beau s’extasier sur
ces variantes un peu plus sophistiquées, un peu plus rapides, un peu
plus grandes que les précédentes.
Il n’empêche. Sur les réseaux sociaux, c’est surtout leur prix qui a
alimenté les conversations. De 750
jusqu’à 1 660 dollars pour s’offrir
un nouveau téléphone portable.
Comme l’an dernier, Apple a innové en vendant beaucoup plus cher
des modifications somme toute relativement mineures.
SIGNE EXTÉRIEUR
DE RICHESSE
Des années durant, la marque, visionnaire, a fait rêver. Maintenant,
pragmatique, elle fait passer à la
caisse. Elle gère, plus qu’elle ne révolutionne. L’iPhone est devenu
un produit de luxe parmi tant
d’autres, un signe extérieur de richesse davantage qu’un symbole
de différenciation technologique.
Paradoxalement, la stratégie
s’avère payante. Cet été, Apple a
été la première entreprise à avoir
franchi la barre des 1 000 milliards
de capitalisation boursière. Un
comble ! L’inspiration s’est évaporée à mesure que le niveau des milliards de dollars encaissés s’élevait.
Malgré ce sur-place technologique, la société n’a jamais été aussi
riche. Moralité : s’il veut innover,
le consommateur ferait mieux
d’acquérir des actions Apple plutôt
que d’acheter des iPhone. ■
A
«
Vous allez aussi bientôt déménager ?
Toutes les chaînes et autres médias
du groupe seront réunis dans un
nouvel immeuble. Cela va changer
les choses pour nous en termes de
confort, avec sept plateaux ultramodernes qu’Alain Weill présentera à la
presse et aux téléspectateurs début
octobre. C’est une nouvelle étape
importante dans notre développement. Il ne faut pas oublier que le
groupe NextRadioTV est un groupe
jeune, créé au début des années
2000, et que BFMTV a été lancé en
2005. Nous avons beaucoup de marge de progression à tout point de vue.
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FLAVIE FLAMENT
ON EST FAIT POUR S’ENTENDRE 15H-16H
NOUS VOILÀ BIEN 9H15-10H LE SAMEDI
© Antoin
AAntoine
t i e FL
FLAMEN
FLAMENT/RTL
AME T/RTL
ON A TELLEMENT
DE CHOSES À SE DIRE
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lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 046 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
BEAUTÉ
CLASSIQUE
BERTRAND CHAMAYOU,
PIANISTE TOUT-TERRAIN
PAGE 36
CGR CINEMAS
LES JEUNES FEMMES S’ADONNENT
AU BOTOX TOUT EN NE JURANT
QUE PAR LE BIO PAGE 34
Des salles de cinéma plus immersives et plus spectaculaires, des téléviseurs de taille gigantesque… À la maison comme
dans les salles obscures, la concurrence fait rage, à grand renfort d’innovations. Le public en sort-il gagnant ? PAGES 32 ET 33
Paris croqué,
Paris retrouvé
EXPOSITION Le Centre tchèque croise
les visions des dessinateurs Sasek et Sempé,
deux observateurs inspirés de la capitale d’hier.
MORCEAU CHOISI
Marie-Noëlle Tranchant
mntranchant@lefigaro.fr
ls ont tous deux observé le
mouvement des villes et la bizarrerie des humains qui les
habitent. Leurs crayons et leurs
pinceaux ont capturé des lieux,
des atmosphères, des perspectives,
des personnages. Le Centre tchèque
à Paris (VIe) réunit deux grands
noms de l’illustration, le Tchèque
Miroslav Sasek et le Français JeanJacques Sempé, le temps d’une petite exposition qui se tient jusqu’au
27 octobre, « Le Paris de Sempé et le
monde de Sasek ».
Leur regard est très différent mais
ils ont un trait commun : l’humour.
Sempé raconte des histoires, même
quand il pose simplement un immeuble ancien tout seul entre deux
voies express en chantier. Sasek est
plus descriptif, même quand il annonce « Voici Londres », en légende
d’une page gris jaunâtre où on ne
voit rien - sauf le célèbre fog.
Né en 1916 à Prague, Miroslav Sasek était déjà diplômé d’architecture
quand il est venu à Paris poursuivre
ses études aux Beaux-Arts avec
l’envie de devenir peintre. « Il avait
prévu de revenir en Tchécoslovaquie
l’année suivante, en 1948, mais il n’y
est plus jamais retourné en raison du
I
putsch communiste dont nous commémorons le triste anniversaire, cette
année », commente Klara Voskovcova, commissaire de l’exposition.
L’exilé va se transformer en globetrotteur pour faire visiter les capitales et les pays à sa manière dans une
célèbre et charmante série de guides
illustrés pour la jeunesse. Le premier,
Voici Paris, paraît en 1959. Avec la
gouache et l’aquarelle, il fait surgir
les monuments aussi bien que les détails familiers : un ticket de métro,
une boîte à lettres, une cabine téléphonique, une enseigne de boutique
et, bien sûr, ces pains longs et étroits
que les Français appellent baguettes.
Il trouve des raccourcis imprévus, de
la statue de Jeanne d’Arc place des
Pyramides à Jeanne en prison au Musée Grévin. Aujourd’hui, ces petits
croquis parisiens ajoutent à leur saveur propre un charme suranné. La
population comporte des agents de
police avec sifflets et bâtons blancs,
des concierges avec leur chat, des
bonnes sœurs en cornette, des forts
des halles, disparus du paysage. Pour
un folklore plus actuel, on peut entrer dans la brasserie bondée dessinée par Sempé en 1980, avec ses
mangeurs d’huîtres et ses garçons
survoltés. L’exposition est assez maigrelette, à vrai dire. Mais on peut
feuilleter les albums : il s’en échappe
le parfum léger, un rien nostalgique,
d’un autre temps, à la cocasserie attendrissante.
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lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
32
L'ÉVÉNEMENT
La 8K, c’est quoi ?
La résolution 8K (diminutif
de 8 000) s’applique à l’origine
aux écrans capables d’afficher
8 192 pixels sur 4 320 pixels.
Avec le mode 16/9 des
téléviseurs, cette résolution
passe à 7 680 × 4 320 pixels,
Les salles de cinéma
misent sur
des surfaces
de projection élargies,
des effets sonores et
visuels plus immersifs,
et davantage de
confort.
soit un total de 33 millions
de pixels contre 8 millions pour
les téléviseurs 4K et 2 millions
pour les modèles Full HD.
En pratique, on pourrait afficher
4 images en 4K ou 16 images
en Full HD sur un écran 8K… D. S.
IMAX
Des téléviseurs géants
pour contrer smartphones
et tablettes
DIDIER SANZ £@sanzdidier
Alors que les téléviseurs 4K
commencent tout juste à s’installer
dans les foyers, les constructeurs
misent désormais sur une définition
supérieure, la 8K. L’intérêt ? Une
résolution de 7 680 × 4 320 pixels,
soit 4 fois plus importante que les
procédés actuels et 16 fois plus
détaillée que les écrans Full HD. Ce
qui se traduit par une précision inédite. Impossible, en effet, de distinguer les pixels à distance normale
sur un écran 8K. Il faut pratiquement coller le nez à l’écran pour
commencer à apercevoir les points
qui composent l’image. « L’avantage de la 8K, ce n’est pas la résolution pour la résolution, mais ce que
peut amener cette résolution, indique Adrian Wysocki, directeur des
produits Sharp Europe, qui lance un
téléviseur 8K ce mois-ci. Avec la
8K, on obtient une image d’un réalisme et d’une fidélité inédits. C’est
comme si on regardait à travers une
fenêtre. Nous avons fait des tests à
l’aveugle en présentant d’un côté une
photo de la taille d’une affiche et de
l’autre la même image sur notre téléviseur : la moitié des gens sont tombés dans le panneau. »
Avec cette nouvelle norme, les
fabricants espèrent évidemment
renouer avec la croissance. Au
début des années 2010, ils vendaient en France environ 10 millions de téléviseurs par an, selon
l’institut GfK. Aujourd’hui, ce
chiffre a diminué de moitié. Il faut
dire que les usages ont évolué et
que les innovations récentes images en 3D, écrans incurvés,
SmartTV… - n’ont pas convaincu
les consommateurs. Ce qu’ils
veulent, c’est d’abord une excellente qualité d’affichage et, surtout, une taille d’écran plus
grande. Les téléviseurs de 50 pouces (1,27 m de diagonale) représentent la moitié du marché en
valeur et les achats de téléviseurs
de 75 pouces (1,75 m) devraient
être multipliés par quatre en 2018,
selon le cabinet TrendForce.
Redonner de la dynamique
C’est ici que la 8K a une carte à
jouer. Avec une telle résolution,
les constructeurs peuvent fabriquer des écrans géants sans
perdre en netteté. Et espérer que
leurs produits retrouvent leur
place au centre du salon. Car le
téléviseur n’est plus le seul moyen
de regarder des émissions et des
séries. Smartphones, tablettes et
PC lui ont ôté une partie de ses
prérogatives. La 8K peut changer
la donne. Mais pas forcément
comme on l’entend. Car les
contenus ne se limitent plus aux
programmes télévisés. Et on l’a vu
avec la 4K : plus que les chaînes de
télévision, qui ont fait l’impasse
sur cette norme, ce sont surtout
les consoles de jeux et les séries de
Netflix qui ont motivé l’achat de
téléviseurs compatibles, avec
aussi les disques Blu-ray en 4K et
CINÉMA, TÉLÉVISION
Les écrans
en mettent
plein la vue
100
Mbps
C’est le débit moyen
nécessaire pour
recevoir des émissions
en 8K
250 000
Le nombre
de téléviseurs 8K
qui devraient être
vendus cette année.
Dans 4 ans, ce chiffre
sera multiplié par 30…
33
millions
C’est la quantité
de pixels qui
composent un écran
8K, à comparer
aux 8 millions
des téléviseurs 4K
et aux 2 millions
des modèles Full HD
5 000
euros
Le prix du téléviseur
8K de Samsung
dans sa version
65 pouces
Les images 8K sont quatre fois plus précises qu’en 4K et 16 fois plus
détaillées qu’en haute définition. RED
LOISIRS Surfaces d’affichage gigantesques et procédés
le grand spectacle chez soi et dans les salles obscures.
l faudra bien s’y faire. La
télévision de papa a vécu
et la salle de cinéma à
l’ancienne ne fait plus rêver. Alors, comment relancer l’intérêt pour ces deux
divertissements ? En misant sur
des technologies innovantes et
spectaculaires. Du côté des té-
I
certains événements sportifs
comme la dernière Coupe du
monde de football. Le phénomène
risque de se reproduire avec la 8K.
Pour les spécialistes, l’adoption de
la 8K devrait même être plus rapide que celle de la 4K. Les studios
tournent aujourd’hui des films en
8K, Netflix est en train de capturer en 8K la série Perdus dans
l’espace, YouTube commence à
mettre en ligne des vidéos en 8K
et plusieurs événements sportifs
sont déjà captés en 8K. Pour
Adrian Wysocki, « les téléspectateurs équipés d’un écran HD sauteront la 4K pour passer directement
à la 8K d’ici deux ou trois ans,
léviseurs, la technologie 8K
permet de créer des écrans
géants (plus de 2 mètres de diagonale) appelés à réunir à nouveau au salon la famille, de plus
en plus éparpillée sur les smartphones et les tablettes. De leur
côté, les salles de cinéma misent sur des surfaces de projec-
quand les téléviseurs seront moins
chers. »
Et puis, les téléspectateurs qui
auront investi dans un téléviseur
8K pourront profiter des contenus
existants. En mieux, même, grâce
aux fonctions de redimensionnement de l’image. Elles consistent à convertir en 8K des images
en définition standard en leur redonnant de la dynamique.
Ajouter des informations
Pour Samsung, cette astuce technique justifie que le téléviseur 8K
ait toute sa place aujourd’hui.
« Grâce à l’intelligence artificielle
et à des processeurs ultrarapides,
tion élargies, des effets sonores
et visuels plus immersifs, davantage de confort et même des
expériences sensorielles inédites. Tout est bon pour réinventer le plaisir du grand spectacle, chez soi ou dans une salle
obscure. Même si les deux domaines en viennent à se
tous les contenus peuvent s’afficher
en 8K, explique Fabrice Massin,
directeur marketing de Samsung
France. La question des sources est
secondaire : on bénéficie maintenant d’une image incroyable avec
des contenus existants, et demain
les programmes en 8K native seront encore plus spectaculaires. »
Le système de Samsung repose sur
des algorithmes qui ont été entraînés à analyser des images en
8K, puis leur version dégradée en
HD et en basse résolution, afin de
détecter les différences. « Le téléviseur va effectuer l’opération inverse pour produire la meilleure
qualité d’image et ajouter les infor-
Bernard Fontaine : « La télévision devient une application »
Rencontre avec le directeur des innovations technologiques de France
Televisions alors qu’arrivent les premiers modèles de téléviseurs 8K sur le
marché.
LE FIGARO. - L’usage du téléviseur
semble décliner. La 8K peut-elle
changer la donne ?
Bernard FONTAINE. - Le téléviseur
n’est pas mort ! Il s’en est vendu
238 millions dans le monde depuis
janvier, selon l’institut GfK : c’est un
marché qui dépasse en croissance celui
du smartphone. Mais il évolue. Avec la
8K, les constructeurs ne proposent plus
des téléviseurs mais des écrans qui
peuvent naturellement capter la télévision, et qui se connectent à différentes sources : Internet, câble, satellite. La télévision devient une
application sur le téléviseur.
Cette innovation va-t-elle changer
la manière de faire et de regarder
la télévision ?
Nous sommes dans une situation
comparable à l’arrivée de la TNT et à
la fin de l’analogique. Il faut d’ailleurs
rappeler que les chaînes de télévision
n’ont jamais demandé à passer à la
8K, pas plus qu’au 16/9, à la HD ou à
la 4K. Ces innovations proviennent
des constructeurs. Il faut donc nous
adapter, en tenant compte d’une
différence fondamentale entre la
télévision linéaire, diffusée en direct,
et la télévision non linéaire qui
peut se regarder à la demande, sur
Internet et avec les services par
abonnement. Dans le premier cas, il
faudra résoudre les problèmes de
diffusion. Dans le second, c’est aux
producteurs de contenus de s’adapter.
LES MATINS.
Guillaume Erner et la rédaction
© Radio France/Ch. Abramowitz
A
du lundi au vendredi > 7H
Retrouvez Eugénie Bastié ou
Alexandre Devecchio demain à 8H57.
franceculture.fr
@Franceculture
en partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
Précisément, les systèmes de diffusion
actuels sont-ils adaptés ?
Il faut de gros tuyaux pour véhiculer la
gigantesque quantité de données de la
8K : les débits sont compris entre 80 et
100 Mbps. Ce qui exclut l’ADSL. La fibre
optique peut convenir, et on a la chance
en France d’avoir un réseau bien développé. Mais la prochaine révolution sera
la 5G, qui se généralisera en 2020. Elle
permet de transmettre 40 chaînes de
télévision en 8K sur une seule fréquence. Sony, Samsung et Sharp nous
ont expliqué que cette nouvelle norme
était un moyen stratégique de démarrer
leur écosystème. Il faut donc s’attendre
à voir arriver des téléviseurs équipés
d’un tuner 5G.
Et en ce qui concerne les autres
contenus ?
L’arrivée du numérique sur les téléviseurs a facilité les choses. On peut profiter de programmes dans de nouvelles
résolutions provenant de services de
vidéo en ligne ou de disques Blu-ray.
C’était le cas pour la 4K. Ce sera pareil
pour la 8K. En attendant, les fabricants
misent sur les procédés d’« upscaling ». Il s’agit d’algorithmes qui
augmentent la résolution des images
pour les afficher en 8K. Le procédé est
déjà appliqué avec la 4K. Sans lui, on ne
verrait les images standards que sur un
quart de l’écran. Avec l’upscaling, le
public va bénéficier des contenus actuels en meilleure définition. Et puis, les
services de vidéo comme Amazon Prime et Netflix, déjà pionniers sur la 4K,
pourraient rapidement adopter la 8K.
Peut-on déjà annoncer
le coup d’envoi de la
8K ?
L’arrivée de la 8K
était prévue pour
2020 mais les
constructeurs ont
devancé l’appel…
Ils comptent vendre
250 000 téléviseurs
8K, cette année, et
7 millions dans quatre
ans selon le cabinet
Counterpoint Re-
Bernard Fontaine,
directeur
des innovations
technologiques
de France Televisions.
TRISTAN PAVIOT
search. D’abord en Asie, essentiellement
en Chine, puis il y aura une production
de masse et les prix vont baisser. Il faut
dire aussi que les prix annoncés pour les
téléviseurs 8K, à partir de 5 000 euros,
sont quatre fois moins élevés que ceux
des premiers téléviseurs 4K. C’est un
investissement sur l’avenir pour le
consommateur : il peut bénéficier
d’une image de grande taille avec
des contenus actuels sans prendre
de risque. La 8K va s’imposer,
contrairement à d’autres techniques abandonnées par les fabricants. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR D. S.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 17 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
33
«
Pour séduire les jeunes, le confort
de nos salles, la qualité du son et de l’image
doivent être bien supérieurs à ce qu’ils ont
à la maison
»
LINE DAVOINE, PRÉSIDENTE DU GROUPE LYONNAIS CINÉ ALPES
(14 MULTIPLEXES DANS DES VILLES MOYENNES)
Enquête : les cinémas
du futur sont déjà là
LÉNA LUTAUD£@LenaLutaud
ENVOYÉE SPÉCIALE À TOURS
d’immersion inédits réinventent
vrait lancer prochainement son
téléviseur 8K de 88 pouces équipé
d’une dalle Oled, et JVC son vidéoprojecteur compatible avec
cette nouvelle norme, vendu
18 000 euros. Toshiba, Sony et
quelques marques moins connues
ont présenté début septembre des
prototypes de téléviseurs 8K. À
l’inverse, Panasonic, pourtant
pionnier dans le domaine (la
marque a fabriqué en 2012 le premier téléviseur 8K, un écran de
3,60 m de diagonale à technologie
Plasma), estime aujourd’hui préférable de se concentrer sur les
technologies actuelles, notamment la 4K. ■
Les salles Ice, une invention
100 % française
À quelques encablures de l’océan Atlantique, Périgny au sud de La Rochelle ressemble à une zone industrielle banale.
Mais ce qui intéresse les trois hommes
d’affaires qatariens qui débarquent en jet
privé, c’est le QG de Jocelyn Bouyssy,
PDG de CGR, rival de Pathé et d’UGC.
Bien qu’installé à 500 kilomètres de
Paris, ce groupe familial charentais fait
l’objet de toutes les attentions de Hollywood. À la tête du plus grand réseau de
cinémas en France, Jocelyn Bouyssy, la
petite cinquantaine alerte, est un passionné : « Le cinéma, c’est avant tout le
film mais il faut investir dans la salle. » En
2008, cet autodidacte qui a commencé
comme balayeur dans une salle obscure
d’Agen a fait la une de Variety, la bible du
cinéma mondiale, car il a été le premier
en Europe à y importer le numérique. En
2016, quand il a fallu réfléchir à investir
dans des salles futuristes, il refuse de dépendre des quatre technologies étrangères : Imax, Dolby, Screen X et 4DX. « À
La Rochelle, nous fabriquons les meubles
de nos cinémas, nous pouvions bien inventer une technologie capable de rivaliser
avec celles de ces géants », martèle-t-il.
L’idée germe au bord d’une piscine de
Las Vegas, lors du Cinema Con, le rendez-vous mondial des patrons de cinéma. « Nils, un ingénieur néerlandais chez
Du côté des studios et des réalisateurs, le
pli est pris aussi. Plus le nombre de salles
augmente, plus les Américains adaptent
leurs films à toutes ces technologies avec
une préférence pour l’Imax qui compte
1 410 salles dans le monde. Sa programmation prévoit au moins un nouveau film tous
les quinze jours. Les producteurs français
misent plutôt sur Ice et sur Dolby Cinema
dont les procédés sont plus souples. Après
les tests de Luc Besson avec Valérian et
Taxi 5, Jérôme Seydoux, également producteur, a donné l’ordre de sortir Alad’2
avec Kev Adams le 3 octobre en Dolby Cinema mais également Le Chant du loup, un
film attendu sur l’univers des sous-marins
nucléaires qui sortira le 20 février 2019.
Encore faudra-t-il apprendre des erreurs de la 3D. Si cette technologie est morte (voir nos éditions du 18 août 2018), c’est
en partie à cause des tarifs imposés aux
spectateurs. « Il faut compter en moyenne
4 euros de supplément. L’expérience et l’immersion sont telles qu’aucune remarque ne
nous a été faite sur le prix, y compris pour
notre salle 4DX et Screen X au Pathé Beaugrenelle. » Dans cette salle parisienne spécifique, le fauteuil coûte 23 euros. Au final,
certains concepts resteront des effets de
mode. Et c’est bien pour ça qu’UGC n’y
croit pas. « La seule chose qui compte, c’est
que le film soit bon », affirme son directeur
de réseau, Emmanuel Delesse. ■
DOLBY CINEMA
Avec ses larges fauteuils inclinables,
le son enveloppant du Dolby Atmos
et un décor noir pour concentrer le
regard sur l’écran, ces salles sont
exclusivement sous la bannière
Pathé-Gaumont. Il en existe sept
en France. Une huitième ouvrira
à Marseille fin 2018 et une neuvième
sera implantée à Aéroville au nord
de Paris début 2019.
ICE
La seule technologie 100 % française.
Dans une salle très confortable,
le spectateur perçoit sur les côtés
latéraux des effets colorés mouvants
qui s’inspirent des scènes du film.
Il existe dix-neuf salles Ice en France.
Trois autres, à Périgueux (24),
Bruay-la-Buissière (62) et Villeneuvelès-Béziers (34) ouvriront en octobre
novembre.
Jocelyn Bouyssy, inventeur
de la technologie Ice.
CGR CINEMAS
IMAX
Le plus grand écran au monde,
un son immersif, une projection laser
pour une image plus nette et une salle
fortement en pente pour que
les spectateurs soient au plus près
de l’écran. Il en existe onze en France
auxquelles il faut ajouter celles qui
vont s’ouvrir d’ici peu à Tours,
Clermont-Ferrand, Dijon, Marseille,
Toulouse et Ivry-sur-Seine.
Philips, me montre un concept de panneaux latéraux capables de refléter des
couleurs mouvantes synchronisées avec
celles d’un film », raconte Jocelyn Bouyssy. Et d’imaginer cette technologie immersive dans des salles premium avec
des fauteuils ultraconfortables qu’il baptisera Ice.
Convaincre Hollywood
Quand sur l’écran géant, King Kong vous
observe les yeux injectés de sang, du
rouge carmin oscille sur les côtés. Nul
besoin de tourner la tête, la vision périphérique est subtilement influencée.
L’effet est particulièrement réussi pour
les films musicaux pleins de couleurs
comme The Greatest Showman et pour
les retransmissions de concerts où des
faisceaux balayent la salle. En 2016, Jocelyn Bouyssy construit un studio de
postproduction à La Rochelle pour intégrer cette technologie aux films et investit dans six salles Ice. Ne manque plus
que le contenu. Convaincre les studios de
Hollywood de faire confiance à une PME
de La Rochelle afin qu’ils envoient une
copie de leurs superproductions avant
leur sortie mondiale semble impossible.
En 2017, Bouyssy franchit une première
étape : Dunkerque tourné en Imax sort en
même temps que Valérian, ce qui n’était
pas prévu. Luc Besson décide que le public pourra aussi voir son film dans les
salles Ice. « Pendant huit semaines, la fréquentation de nos salles a doublé par rapport aux salles classiques », se souvient
Jocelyn Bouyssy. Le mouvement est lancé. De Warner à Universal, la quasi-totalité des studios américains envoient
leurs films à La Rochelle.
Caché dans Périgny, le studio de postproduction, dit le « bunker », ne désemplit plus. C’est dans cette pièce sécurisée que Jérôme Demoulin, directeur de
la création, et le designer Fabien Chaigne
synchronisent les éléments chromatiques avec les films. Les copies à transformer s’accumulent. Warner Bros a envoyé son thriller d’horreur La Nonne qui
sort mercredi. Sony a confié son superhéros Venom (sortie 10 octobre). Les
documentaires de Thomas Pesquet et de
Titouan Lamazou sont en cours de traitement. Au dernier Festival de Cannes, le
bras droit de Tom Cruise a testé à son
tour une salle Ice. Quinze jours plus tard,
Tom Cruise confie Mission impossible aux
Français de La Rochelle. « Pour discuter
plus facilement avec les Américains, je
vais acheter d’ici à deux mois une salle de
cinéma à Los Angeles, se rengorge
Jocelyn Bouyssy, qui possède désormais
dix-neuf salles Ice en France. C’est
l’étranger qui fera la différence », assure
celui qui espère signer très vite de gros
contrats avec les Qatariens. Plus il y a de
salles, plus il y a de films, plus il sera facile de convaincre les ayants droit. Outre
J.K. Rowlings, auteur des sagas Harry
Potter et des Animaux fantastiques,
Bouyssy compte séduire Steven Spielberg et James Cameron. ■
L. L. (ENVOYÉE SPÉCIALE À LA ROCHELLE)
SCREEN X
Ce concept coréen permet de mettre
en avant certaines scènes d’action sur
les côtés latéraux de la salle en étirant
l’image existante. L’effet concerne
un tiers du film. Le reste du temps, les
écrans latéraux sont éteints. Les deux
premières salles en Europe ont été
inaugurées par Pathé-Gaumont cet
été à Paris avec l’homme fourmi d’AntMan et le requin d’En eaux troubles.
A
mations manquantes pour augmenter les détails », poursuit
Fabrice Massin.
Premier modèle 8K disponible,
le LV-70X500E de Sharp, vendu
12 000 euros, n’est pas à proprement parler un téléviseur puisqu’il est dépourvu de tuner TV.
Mais il suffit de le relier à une box
Internet ou à un adaptateur TNT
pour le transformer en véritable
téléviseur. Samsung va commercialiser en octobre une gamme de
trois téléviseurs 8K à technologie
Qled, l’un de 65 pouces à
5 000 euros, un autre de 75 pouces
à 7 000 euros et un dernier de
85 pouces à 15 000 euros. LG de-
encore à adapter les contenus, à
nouer des partenariats avec les
réalisateurs et à améliorer les
modes de distribution. Des
enjeux qui garantiront, au final,
un nouveau départ pour deux
des activités préférées des
Français. ■
L. L. ET D. S.
Apprendre des erreurs de la 3D
À réserver aux amateurs
de sensations fortes. Les effets
du fauteuil qui vibre, le souffle du vent
et de l’eau sont convaincants
sur les courses-poursuites, moins
pour les films en mer où la dureté
du siège limite les sensations.
D’ici à Noël, Pathé-Gaumont comptera
30 salles 4DX.
FREDERIC BERTHET/PATHÉ!, CGR CINEMAS, IMAX,
concurrencer davantage : les
exploitants de cinéma veulent
attirer dans leurs salles les
spectateurs, ceux-là mêmes
que les constructeurs de téléviseurs veulent maintenir à la
maison.
Et puis, la production doit
suivre le mouvement. Il reste
L’inauguration du CinéLoire, le prochain
cinéma futuriste français, est prévue le
3 octobre, au nord de Tours. Pour l’instant,
ce multiplexe tout en baies vitrées, en bois
et couleur taupe est en chantier. Sous la
surveillance de l’architecte Pierre Chican,
juchés sur des échelles, les ouvriers percent, collent, vérifient des câbles. « L’idée
était d’imaginer un cinéma parfait qui donne
envie aux spectateurs de se déplacer pendant
au moins quinze ans », explique la propriétaire Line Davoine. Le plus spectaculaire se
cache derrière la porte de la salle 1. Un
écran incurvé d’une hauteur d’un immeuble de quatre étages, de 20 mètres de long
et d’un poids de 700 kg, est arrivé du Canada. Pour que les 400 spectateurs soient au
plus près de l’image, la salle est inclinée.
C’est une nouvelle façon d’aller au cinéma.
Basée à Lyon, Line Davoine, présidente
de Ciné Alpes, est la première dirigeante
d’un groupe régional à avoir signé avec le
géant américain Imax. « Nous n’avons pas
pris cette décision à la légère, souligne son
neveu et directeur Romain Davoine, qui en
ouvre deux autres à Dijon et à ClermontFerrand. Face à Netflix et aux écrans à la
maison, il faut proposer un vrai spectacle
cinématographique. Du confort à la projection, c’est un tout qui doit être parfait. » En
France, le mouvement est lancé. Au point
qu’à Tours et à Vitrolles, des multiplexes se
livrent à une guerre féroce. L’un ouvre un
Imax ? L’autre rétorque avec une salle Ice
avec son impeccable, fauteuils moelleux et
où des couleurs liées au film ondulent sur
des écrans latéraux.
Dans cette course à l’armement, le
grand manitou des salles futuristes est
Jérôme Seydoux, PDG de Pathé. Cet été, il
a annoncé un plan de déploiement historique avec les américains Imax et Dolby et le
sud-coréen CJ 4DPlex. Son idée ? Déployer des salles Imax, des Dolby Cinema,
des 4DX avec ses fauteuils qui bougent et
des Screen X avec écrans latéraux. Dans
certains de ses multiplexes comme le
Pathé Villette au nord de Paris, le spectateur a le choix entre ces quatre concepts
pour un même film. Seule la technologie
Ice n’y est pas disponible. Une question
d’ego. Elle a le défaut d’avoir été imaginée
par Jocelyn Bouyssy, rival de Jérôme
Seydoux. Le futur dira si une sixième technologie, elle aussi 100 % française, en test
au Club de l’Étoile à Paris arrivera à s’imposer. Les geeks ne s’y trompent pas : « Le
week-end, seuls jours où notre cinéma est
ouvert au public, certains font jusqu’à
400 kilomètres en voiture pour venir y voir
des films à grand spectacle », se félicite son
directeur, Alexandre Paquot.
En toile de fond, l’obsession est d’attirer
les jeunes. Selon le bilan 2017 du Centre
national du cinéma (CNC), le danger
guette. Certes, les moins de 25 ans sont les
plus nombreux à se rendre dans les salles
obscures. Mais « à cause de l’essor des plateformes américaines, les jeunes ont pour la
première fois passé plus de temps sur Internet que devant la télévision », alerte Frédérique Bredin, présidente du CNC. Pour
l’heure, les premiers bilans de ces cinémas
haut de gamme auprès du public sont positifs. « Les mouvements des sièges et les effets sensoriels des salles 4DX, l’écran géant
Imax attirent un large public dont les familles, explique Jacques Durand, directeur
de la « montée en gamme et de l’innovation » des cinémas Pathé Gaumont. Les
taux de remplissage pour des films comme
En eaux troubles et Mission Impossible :
Fallout ont été excellents. Sans ces technologies, nos salles auraient sans doute été
moins performantes. »
4DX
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
34 STYLE
Les femmes,
le Botox
et les plantes
1
BEAUTÉ Phénomène paradoxal
pour certains, logique pour d’autres,
de plus en plus de Françaises adeptes
des injections ne veulent utiliser
que des cosmétiques 100 % naturels.
E
ÉMILIE VEYRETOUT
eveyretout@lefigaro.fr
lles ne sont pas à une
contradiction près, ces jeunes
CSP+, urbaines, accros aux réseaux sociaux mais prêtes à payer
plusieurs milliers d’euros un
week-end de jeûne dans une forêt. New York, Londres et désormais Paris sont peuplés de ces
nouvelles consommatrices du
bien-être et de la beauté, adeptes
du naturel… autant que des retouches chez leur médecin esthétique. « Les millennials commencent
à arriver dans nos cabinets et nombre d’entre elles s’inscrivent dans
ce profil. Elles mangent bio, s’interrogent sur la composition de
leurs cosmétiques mais en appellent
aux injections pour éradiquer leurs
premières rides sur le front ou combler un sillon nasogénien marqué,
confirme Marilyne Plasqui, médecin esthétique dans le quartier de
la Madeleine (Paris VIIIe). Ce comportement est la conjonction de
deux tendances lourdes de société.
Il n’est pas plus illogique que suivre
un traitement médical contre une
maladie tout en prenant des compléments alimentaires pour la forme. Je m’intéresse moi-même à la
naturopathie et je conseille souvent,
pour prolonger les effets du Botox
ou de l’acide hyaluronique, des gélules d’oméga-3 et une huile d’argan. » Selon une étude d’Arcane
Dermatologie Esthétique sortie en
mars 2018, 47 % des Françaises
achètent un produit de beauté
après un acte esthétique. « Je l’observe chaque jour, une femme qui
découvre les injections renouvelle
sa routine cosmétique, reprend le
Dr Plasqui. Elle se détourne des
crèmes anti-âge pures au profit de
soins qui agissent sur la qualité de
la peau, comme l’éclat. Les quinquagénaires restent fidèles à leurs
marques traditionnelles, les plus
jeunes se dirigent vers des gammes
naturelles. »
A
Le phénomène
Tata Harper
Cette dernière génération se reconnaît dans la cosmétique green
haut de gamme, plus performante
que ses ancêtres bio. On peut appeler ça le phénomène Tata Harper
(5), du nom de la quadragénaire
américaine dont les sérums sont
devenus un must, challengeant les
géants du luxe. « Je représente
exactement ma cliente, le genre qui
fait du Pilates et “checke” les nouveautés sur Net-A-Porter, une femme qui adore prendre soin d’elle,
confirme Tata Harper, qui, en
2015, quitte Miami pour une ferme
du Vermont et crée sa ligne à partir
de ses propres récoltes. Pour mon
alimentation, j’achetais des fruits et
légumes chez les petits producteurs,
seulement pour mon visage, j’étais
fan de gammes comme La Prairie et
Valmont, aux résultats tangibles
mais qui n’ont rien de bio. Je me suis
rendu compte qu’il n’existait pas
d’équivalent en naturel. Il fallait en
profiter, ouvrir la brèche. »
Dans le sillon de Tata Harper, on
ne compte plus les jeunes pousses
cosmétiques « vegan », « non toxiques », « clean », « organiques »
ou « botaniques » promettant efficacité, transparence et innocuité
pour la peau comme pour l’environnement. Rien qu’en France, ces
derniers mois, sont apparus les
formules à la sève de bouleau Sæve
Selon une étude d’Arcane
Dermatologie Esthétique sortie
en mars 2018, 47 % des Françaises
achètent un produit de beauté
après un acte esthétique. JASON
LLOYD-EVANS, PRESSE
(lire ci-dessous), à l’aloe vera de La
Rosée ou à l’écorce de mimosa de
Mawena (6), ou encore les baumes
artisanaux Cosmydor (1), les compositions aux huiles essentielles
Les Huilettes (2), etc. Leurs points
communs ? Une démarche écoresponsable assortie d’un storytelling
rodé et d’un fort pouvoir instagrammable.
Le dynamisme de cette relève
incite les puristes à rajeunir leur
image : l’éternel Dr. Hauschka, les
soins aux plantes de l’Autrichienne Susanne Kaufmann (4), les
élixirs botaniques Delbove (3),
imaginés dans les années 1960 par
un disciple de Helena Rubinstein
(au Bon Marché, en novembre).
Une quête frôlant
l’orthorexie
Reste pour ces femmes à séparer
le bon grain de l’ivraie. « Il y a encore dix ans, elles étaient rassurées
2
3
4
5
6
par des actifs éprouvés tels que le
rétinol et la vitamine C. Aujourd’hui, elles adhèrent à un message
ou à une personnalité et ce, à tout
âge, la puissance des réseaux sociaux n’épargnant pas la grandmère inscrite sur Facebook, souligne Édouard Mauvais-Jarvis,
directeur scientifique de Dior.
Nous sommes passés de l’ère du
marketing et de la publicité à celle
des gourous. Or ces gens qui in-
fluencent peuvent dans le même
temps promouvoir l’utilisation de
peelings trop agressifs et une quête
de naturel frôlant l’orthorexie. »
De la même manière qu’on observe chez de plus en plus de trentenaires ce trouble alimentaire (caractérisé
par
la
volonté
obsessionnelle d’ingérer une
nourriture saine, au risque de
tomber malade), ces consommatrices adorent scanner les étiquettes de leurs flacons avec leur
smartphone, sans toujours prendre du recul. « Elles font une
confiance aveugle à ces nouvelles
applis censées décrypter la composition d’une crème pour valider ou
non ses effets sur la santé. Mais ces
dernières ne prennent pas en
compte la concentration des actifs :
d’un côté, elles sont alarmistes en
dénonçant certains ingrédients
controversés présents en toute petite quantité, de l’autre, elles valorisent les substances naturelles
même insuffisamment dosées pour
être efficaces. »
Le temps fera son œuvre, mais
ce recours aux extrêmes, plantes
d’un côté, Botox de l’autre, n’est
pas près de s’arrêter. La médecine
esthétique réfléchit à des injectables naturels, tandis que l’industrie
cosmétique repense son offre.
« Nous connaissons une mutation
historique, assure M. MauvaisJarvis. Il va falloir prendre un peu de
distance, réapprendre à formuler,
mais je suis certain que de cet immense amalgame émergeront, bientôt, des choses très positives. » ■
Pauline Bony : « Un besoin biologique de retour
à la nature, parfois même au village de ses origines »
Ces bienfaits
« étaient
connus de
nos ancêtres,
mais les
dernières
technologies
permettent
d’obtenir
des extraits
les plus actifs
possible
et de les doser
de façon
optimale.
Grâce à la
biotechnologie,
la nature
devient plus
pointue
et efficace
qu’une
molécule
chimique
PAULINE BONY
»
PROPOS RECUEILLIS PAR
LAURENCE FÉRAT
Dans le registre green, les actifs
issus des arbres gagnent du terrain. S’ils ne sont pas nouveaux
en cosmétique (depuis longtemps
dilués dans les formules), ils sont
remis en majesté par de jeunes
labels construisant leur argumentaire marketing autour dudit
végétal emblématique : le pin des
Landes chez Océopin et les Laboratoires du Cap-Ferret, le chêne
de la Nièvre chez La Chênaie…
Quoi de plus symbolique de nature, de terroir et de bien-être ?
Pour vous en convaincre, relisez
le best-seller du garde forestier
Peter Wohlleben, La Vie secrète
des arbres. Mais plus que surfer
sur la tendance « hug a tree »
(enlacer des troncs pour capter
leur énergie vitale), les laboratoires insistent sur les avancées
technologiques qui ont permis de
cibler les principes actifs des arbres les plus efficaces. Pauline
Bony, fondatrice de la petite
marque Sæve, est allée puiser
dans les bouleaux auvergnats ses
formules pour le visage et le
corps. Rencontre.
LE FIGARO. - Pourquoi la forêt
d’Auvergne ?
Pauline BONY. - Je vis à Paris,
mais une partie de ma famille est
installée à Mauriac, dans le Cantal. Petite, j’habitais à Lyon et
nous y passions tous les weekends et les vacances. J’y retourne, chaque été, avec mes enfants.
J’adore cette région préservée,
l’une des seules en France à
posséder des forêts primaires,
des lichens que l’on ne retrouve
qu’en Sibérie et une terre volcanique riche. Quand j’ai décidé de
me lancer, après quinze ans à
développer des produits pour
Caudalie et Roger & Gallet en tant
que directrice marketing, je n’ai
pas eu besoin d’aller chercher
bien loin !
Il n’y a pas que des bouleaux
dans cette région, pourtant
c’est l’espèce que vous avez
sélectionnée.
Les femmes de ma famille ont
l’habitude de boire, entre fin fé-
vrier et mi-mars, un demi-verre
de sève fraîche de bouleau qu’elles prélèvent directement sur le
tronc grâce à un petit trou réalisé
à la perceuse et un tuyau (à ne pas
confondre avec les jus vendus en
pharmacies, NDLR). Avec l’érable
et le tilleul, c’est l’un des seuls
arbres dont on peut boire la sève,
et l’on constate des effets spectaculaires sur les cheveux, la peau
et les ongles. Je n’ai fait que vérifier en laboratoire ces connaissances empiriques. Dans une
crème, la sève fraîche de bouleau
bio se révèle particulièrement
antioxydante, reminéralisante et
revitalisante. Je lui ai associé un
Fondatrice de la marque Sæve, Pauline Bony est allée puiser dans
les bouleaux auvergnats ses formules pour le visage et le corps. PRESSE
extrait de chaga, un champignon
parasite du bouleau qui stimule
les défenses immunitaires de la
peau. Puis, pour traiter chaque
désordre cutané, j’ai ajouté des
actifs végétaux comme le pissenlit au secours des teints brouillés
ou le pois contre les taches
pigmentaires.
Ces
bienfaits
étaient connus de nos ancêtres,
mais les dernières technologies
permettent d’obtenir des extraits
les plus actifs possible (par exemple, une cryoextraction pour le
chaga) et de les doser de façon
optimale. Grâce à la biotechnologie, la nature devient plus pointue et efficace qu’une molécule
chimique.
Le terroir français n’est-il pas
aussi un gage de succès ?
Je suis fière de pouvoir dire que
ma marque est « made in
France », avec des plantes de nos
régions, que la sève fraîche est
prélevée le matin, au printemps,
par un cueilleur de plantes sauvages dans une forêt d’Auvergne.
Les consommateurs ont envie de
produits fabriqués près de chez
eux. Nous en sommes à la troisième génération de Français après
l’exode rural, dont beaucoup
ressentent un besoin biologique
de retour à la nature, parfois
même dans le village de leurs
origines. L’industrie est allée trop
loin en sélectionnant des plantes
exotiques qui nous parlent peu.
Au-delà de la cosmétique, la sève
de bouleau a le potentiel pour devenir l’eau de coco française !
En pharmacie, 30 euros
le sérum anti-âge.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 17 septembre 2018
CULTURE
35
Le mystère
Louis XVII
au-delà
des fantasmes
CHRONIQUE Une exposition au Musée
de la Révolution française de Vizille et
un nouvel ouvrage synthétisent avec rigueur
ce qu’on sait du triste destin du jeune prince.
LES ARTS
Adrien Goetz
e jamais croire les réseaux sociaux : Vizille y est tantôt accusé d’être un musée à la gloire de Marat subventionné par
les fonds public, tantôt d’être
l’antre de la réaction monarchiste qui y
aurait organisé sans trop de bruit un mémorial dédié au pauvre petit Louis XVII, le
martyr de la prison du Temple.
Sur place, dans ce château des environs
de Grenoble qui fut la propriété de la famille Casimir-Perier et servit longtemps
de résidence d’été aux présidents de la République, c’est une vraie exposition d’histoire, scientifique et originale, qui se déploie dans les salles. Le sujet est abordé
avec intelligence et précision, en faisant
une large part à la construction du mythe.
N
L’histoire de l’emprisonnement du fils de
Louis XVI a toujours suscité les fantasmes.
Le musée a acquis en 2005 le tableau
d’Émile Mascré, Capet, lève-toi !, de 1838,
montrant le malheureux garçon sur son
grabat sous le double regard noir et fourbe
du cordonnier Simon et de sa femme, qui
ont entrepris de transformer l’héritier des
Bourbons en parfait sans-culotte. La fortune du sujet fut immense, jusqu’au premier
Musée Grévin et aux débuts du cinéma.
« Roi impossible »
Aujourd’hui, l’affaire inspire des romans
à des auteurs aussi divers que Françoise
Chandernagor, Christophe Donner ou
Amélie de Bourbon-Parme. La production iconographique fut à la hauteur de la
légende, on l’avait oublié. Aucune de ces
œuvres n’était vraiment connue : gravures populaires suscitant la terreur et la pitié, sculptures réalistes comme ce marbre
d’Anne de Chardonnet de 1891 ou cet incroyable buste d’Achille Valois de 1827, où
Capet, lève-toi ! (1838) d’Émile Mascré.
MUSÉE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE DOMAINE DE VIZILLE
l’enfant porte à la fois des chaînes et un
manteau à fleurs de lys. Hélène Becquet,
archiviste paléographe, auteur de la plus
récente des biographies de Louis XVII
(Perrin), commente l’œuvre dans le catalogue comme un portrait symbolique de
ce « roi impossible ».
Reste le mystère, car les analyses ADN
n’ont pas découragé les « survivantistes », qui ne rêvent qu’évasion dans le panier à linge et substitution d’enfants. Un
autre historien sérieux, qui a lui aussi
l’implacable érudition des chartistes,
Charles-Éloi Vial, conservateur à la BnF,
vient de publier une synthèse sur la captivité de la famille royale qui n’analyse que
les sources incontestables. Son livre se
dévore : un donjon médiéval en plein Paris, des prisonniers d’État qui partent peu
à peu pour l’échafaud, la politique et la diplomatie qui s’agitent tout autour. Le huis
clos est digne des romans gothiques que le
XIXe siècle appréciait tant. Son livre,
comme l’exposition de Vizille, ne perd pas
son temps avec les hypothèses, mais il a le
mérite de traiter aussi ce qu’il nomme
« les fantômes du Temple », les raisons
pour lesquelles cette histoire digne des
meilleures séries hante encore l’imaginaire collectif. Il est le premier à voir dans
l’affaire du Temple « la naissance chaotique de la France contemporaine ». Il ouvre
ainsi de grandes perspectives en partant
de ces quelques faits qui ne furent longtemps que de la « petite histoire ».
« Heurs et malheurs de Louis XVII. Arrêt
sur images », jusqu’au 1er octobre au Musée
de la Révolution française à Vizille (38).
Catalogue coédition Snoeck et département
de l’Isère, 20 €. À lire La Famille royale
au Temple. Le remords de la Révolution.
1792-1795, de Charles-Éloi Vial, Perrin, 25 €.
L’art d’être complètement piqué
EXPOSITION À travers cinquante pièces, dont un prêt inédit de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, la galerie J. Kugel à Paris révèle
ce fol art de l’écaille inventé à la cour de Naples au XVIIIe siècle.
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
l faut être « complètement piqué », titre de leur nouvelle et
fabuleuse exposition, pour rassembler un ensemble d’objets
d’une virtuosité aussi extraordinaire que ces trésors d’écaille qui
suscitèrent un fol engouement chez
les collectionneurs du XIXe siècle et,
tout particulièrement, parmi les
membres de la famille Rothschild.
Les expositions des frères Kugel,
cinquième génération d’une longue
lignée d’antiquaires, sont toujours
un événement perpétuant la tradition des extravagants cabinets de
curiosités. Elles sont devenues la
marque de fabrique de ce duo renommé de marchands parisiens,
chineurs dans l’âme, chercheurs de
trésors, commerçants hors pair mais
avec la discrétion de l’ancien temps.
Il y a quatorze ans, Nicolas et
Alexis avaient décidé de ne plus participer à la Biennale des antiquaires
I
(rebaptisée aujourd’hui Biennale
Paris), préférant se retrancher dans
leur palais du quai Anatole-France,
majestueuse demeure de plusieurs
étages construite en 1840 pour JeanPierre Collot, un financier proche de
Bonaparte. Avec raison. La semaine
passée, il y avait une foule dense
pour leur dernier vernissage.
L’objet de toutes les convoitises :
la table de Giuseppe Sarao, chefd’œuvre prêté pour la première fois
par le Musée de l’Ermitage de SaintPétersbourg. Six personnes ont été
dépêchées du musée pour venir installer sur son podium ce chefd’œuvre avec son piétement d’origine, décoré de plus d’une centaine
de personnages en chinoiserie
qu’entourent des animaux, singes,
insectes, oiseaux et dragons. Cette
table qui a voyagé en camion et en
bateau jusqu’à Paris fut achetée en
1886 par le baron Stieglitz à l’antiquaire Goldschmidt de Francfort,
l’un des principaux fournisseurs de
Mayer Carl de Rothschild, lui-même
grand amateur d’écailles piquées.
les Kugel font avancer l’histoire de
l’art. Dans l’arrière-cour, à l’étage,
leur nouvelle bibliothèque dessinée
par le décorateur Pier Luigi Pizzi,
écrin néoclassique gris scandé de
colonnes à l’antique, accueille des
dizaines de milliers de catalogues de
ventes, d’inventaires d’époque, de
livres introuvables. Ce trésor est
aussi précieux que leur stock
d’objets.
Minutie incroyable
C’est le décès de ce dernier qui permit à Stieglitz d’acquérir la table.
Elle orna son musée d’arts décoratifs
avant d’être transférée à l’Ermitage
après 1924.
Il est rare qu’un musée, de plus
aussi prestigieux, prête à des
privés… Mais par leurs recherches
scientifiques et leurs publications,
La table de Giuseppe
Sarao, chef-d’œuvre
prêté pour la première
fois par le Musée
de l’Ermitage
de Saint-Pétersbourg.
GALERIE J. KUGEL
L’idée d’une exposition sur l’art du
« piqué » leur vint après avoir eu entre les mains, il y a des années, une
de ces merveilles en écaille réalisées
entre 1720 et 1760 pour Charles de
Naples (fils de Philippe V d’Espagne
et d’Élisabeth Farnèse), qui transforma dès 1734 son royaume en l’une
des cours les plus resplendissantes et
cosmopolites d’Europe. La cinquantaine d’objets ici réunis - de la paire
d’aiguières à décor de chinoiseries, à
l’encrier aux motifs des quatre saisons, en passant par le coffret à jeux
avec encore ses petits jetons - a été
réalisée par des artistes de génie appelés « tartarugari », dont le plus célèbre fut Giuseppe Sarao. Ils parvinrent à mouler l’écaille à l’aide d’eau
bouillante tout en y inscrustant de
l’or et de la nacre avant que la matière ne se rétracte en refroidissant.
D’une minutie incroyable, chaque
décor - à regarder en détail à l’aide
de loupes - est un paysage en soi que
la lumière, passant à travers la sombre diaphanéité de l’écaille, illumine
de tous ses feux. D’une préciosité
rare, toutes les pièces portent des
provenances prestigieuses qui n’ont
pas manqué de faire rêver les collectionneurs dès le milieu du XIXe siècle, lorsqu’elles apparurent dans les
ventes à Paris organisées par des antiquaires comme Löwenstein, propriétaires de galeries à Francfort,
Vienne et Londres. Les prix s’échelonnent de 20 000 euros à 1 million
d’euros. ■
Jusqu’au 8 décembre, Galerie J. Kugel,
25, quai Anatole-France (Paris VIIe),
catalogue en français
aux Éditions Monelle Hayot (65 €)
Claire Tabouret, retour sur une révélation
VALÉRIE DUPONCHELLE £@VDuponchelle
ENVOYÉE SPÉCIALE À AVIGNON
est un petit feu follet posé
devant ses énormes tableaux où la vie semble
s’arrêter pile à minuit
dans le jardin du Bien et
du Mal. Claire Tabouret, née en 1981 à
Pertuis dans le Vaucluse, est un petit format délicat qui crée des fresques immenses. Des compositions classiques que la
palette et le sens de l’inachevé rendent
un rien diaboliques, où l’interprétation
reste ouverte à toutes vos craintes et vos
lointains souvenirs. Les enfants blafards
noyés dans La Grande Camisole, 2014,
vous fixent en témoins d’un secret. Les
Veilleurs, 2014 (230 × 400 cm) sont enco-
C’
re des enfants menaçants ou menacés qui
marient la tradition du carnaval par leurs
costumes, brandissent des lances comme les cavaliers de La Bataille de San Romano de Paolo Uccello (vers 1456). Ils
vous regardent sans ciller comme le font
les bébés en absorbant le monde.
Princesse sauvage
Depuis septembre 2013, cette peintre dans
la grande tradition est sortie de la foule
anonyme des artistes en herbe lors de son
exposition « Prosopon » à la galerie Isabelle Gounod. François Pinault et sa commissaire Caroline Bourgeois la remarquent, confirment leur intérêt par une
visite d’atelier, achètent justement Les
Veilleurs, qui deviendra le tableau de la révélation, lors de l’exposition « L’illusion
des lumières », au Palazzo Grassi, à Veni-
se, du 16 avril 2014 au 6 janvier 2015. Depuis, ce vrai tempérament s’est affirmé, a
fui les mondanités en s’installant à Los
Angeles dans un immense atelier, a plongé
dans la peinture comme en apnée, a forgé
sa palette et s’est aventurée toujours plus
loin dans le monde de la peinture. Depuis,
elle a multiplié les expositions prestigieuses, du Yuz Museum du collectionneur indonésien Budi Tek, à Shanghaï, à la Villa
Médicis, elle a changé de galerie, quitté le
duo Bugada & Cargnel (Paris, XIXe) pour
arriver en princesse sauvage dans le
Marais chez Almine Rech, Mme Bernard
Picasso à la ville. Claire Tabouret est restée
pourtant cette inquiète que travailler encore et toujours rassure. Le feu sacré semble avoir été inventé par elle.
À Avignon, la Collection Lambert revient sur ce succès précoce en exposant
ses œuvres déjà « anciennes ». Avec son
commissaire Stéphane Ibars, pilier de la
Collection Lambert, Claire Tabouret a
composé un jeu de regards croisés. Ceux
des tableaux où une touche bleu fluo
unit les femmes, où un halo vert d’aurore boréale plane au-dessus des garçonnets en uniformes. En face d’eux, en alignement presque magique, les
céramiques les toisent, visages pâles bizarrement monochromes, muets, petites statues habitées, chargées, diraient
les amateurs d’art africain. Le visiteur
traverse ce tir croisé, reste étonné d’en
sortir indemne. ■
« Claire Tabouret, Les Veilleurs », jusqu’au
4 novembre à la Collection Lambert en
Avignon (84). « Claire Tabouret, I Am Crying
Because You Are Not Crying », jusqu’au
6 octobre à l’Almine Rech Gallery Paris (IIIe).
Le Grand Frère (2013), terre cuite
émaillée, Claire Tabouret.
ANNIK WETTER
A
ARTS La jeune peintre au succès fulgurant expose ses œuvres anciennes à la Collection Lambert.
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lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
36 CULTURE
MUSIQUE
Le pianiste
toulousain,
qui vient de publier
une enivrante
monographie
de Saint-Saëns,
bouscule les idées
sur le classique.
U
THIERRY HILLÉRITEAU
£@thilleriteau
n fascinant camaïeu de
Chamayou. Ainsi s’annonce cette saison
2018-2019 pour les admirateurs du pianiste français… Et les amateurs de piano
tout court. Alors que vient de paraître son
troisième album solo sous pavillon Érato
(le septième de sa carrière), Bertrand
Chamayou multiplie les apparitions scéniques, dans des exercices très différents.
Mercredi, il sera dans sa ville natale pour
le festival Piano aux Jacobins, où il dialoguera avec la chorégraphe Élodie Sicard
sur des pièces pour piano préparé de John
Cage. Des œuvres « d’inspiration primitive, tribale, qu’il a composées pour la chorégraphie de Merce Cunningham, et où le
piano devient machine à percussions »,
commente-t-il.
À la fin de la semaine, retour à Paris
pour le premier week-end de musique
contemporaine de la Scala, nouvelle salle
parisienne avec laquelle l’interprète de
37 ans entretiendra une étroite collaboration. Il y interprétera, dimanche …Mais
les images restent, de Michael Jarrell.
Compositeur en vue, dont l’opéra Bérénice doit être créé à la fin du mois au Palais
Garnier, Jarrell écrit en ce moment pour
lui un nouveau concerto, que Chamayou
défendra en mai dans le cadre de sa résidence à Radio France. « Cette résidence
sera l’occasion de développer des projets
très différents, et de montrer que le piano
ZOOM
À Versailles, la salle du
Sacre retrouve son lustre
Bertrand
Chamayou
sur tous
les tons
À l’occasion de l’exposition
« Louis-Philippe et Versailles »,
qui commencera le 6 octobre
prochain, le château ouvrira
au public la salle du Sacre
entièrement restaurée. Cette
pièce, emblématique du vaste
chantier de transformation que
connut Versailles sous le règne
de Louis-Philippe, conservait
encore ses décors d’origine,
consacrés à la glorification de
Napoléon Ier et jusqu’ici jamais
restaurés. Sa réouverture
au public sera une invitation
à poursuivre l’exposition par
un parcours dans le Versailles
de Louis-Philippe qui transforma
l’ancienne résidence royale
en musée dédié « à toutes
les gloires de la France ».
EN BREF
Assises pour la parité
dans le cinéma
L’interprète de 37 ans multiplie les apparitions scéniques dans des exercices très différents.
n’est pas toujours l’instrument solitaire et
monomaniaque que l’on décrit parfois,
mais peut nourrir de nombreux centres
d’intérêt », explique l’intéressé. Des centres d’intérêt qui vont de la création
contemporaine à Beethoven, « le premier
compositeur qui m’a obsédé gamin, et la
raison de mon amour pour la musique »,
confesse-t-il. De la musique de chambre
(on retrouvera prochainement son duo
avec la violoncelliste Sol Gabetta au disque) aux concerts pour le jeune public.
Un pan artistique auquel ce jeune père est
particulièrement sensible, et qu’il défendra dès le 6 octobre à la Maison de la radio
devant un auditoire composé d’enfants
de… 3 à 6 ans !
L’occasion pour lui de briser quelques
idées reçues sur son art. Et sur la musique
classique en général. Car le Français aux
quatre Victoires de la musique n’aime
rien moins que les poncifs. Son dernier
disque consacré à la figure de Camille
Saint-Saëns en est la preuve. Opulent,
sensuel, séducteur jusqu’au bout des ongles, son Saint-Säens est à mille lieues de
l’image académique et salonarde que l’on
se fait du compositeur. Tout au moins au
piano. Une idée reçue contre laquelle
s’insurge Chamayou.
Une touche de sensualité
« J’ai toujours éprouvé au contact de sa
musique, même dans sa musique de chambre comme ses quatuors par exemple, une
légère bizarrerie. Comme une touche de
sensualité, qui montre quelque chose de
bien plus coloré que ce que sa carapace de
sage barbu laisse deviner », dit-il. C’est
cette carapace qu’il fait exploser dans sa
lecture, d’une éruptive volupté et néanmoins toujours élégante, des concertos
no 2 et no 5 (dit à juste titre « l’Égyptien »,
tant son goût pour l’Orient y transparaît). Aidé, sans doute, par la direction
d’un Emmanuel Krivine plus électrique
et coloriste que jamais à la tête de l’Orchestre national de France, il laisse en-
MARCO BORGGREVE
trevoir des sortilèges d’une beauté vénéneuse auxquels fait écho l’étonnant
bouquet de pièces solistes qui referme le
disque. « Des morceaux avec lesquels j’ai
un compagnonnage de longue date, et que
j’ai parfois utilisés pour des bis de
concert. » Un pan de répertoire largement oublié et négligé par les pianistes :
«Saint-Saëns a pourtant composé près de
huit heures de musique pour piano seul, et
parmi elles près de deux heures valent
vraiment le détour. »
L’interprète regrette d’ailleurs que le
compositeur ne soit pas davantage pris au
sérieux lors des concours de piano. « Ses
concertos sont souvent perçus comme trop
légers, pas assez démonstratifs pour un
concours, alors qu’ils sont bien plus profonds qu’on le pense. » Un manque auquel
il pourra peut-être bientôt remédier.
C’est en effet lui qui assumera, dès 2019,
la direction artistique du concours de
piano Long-Thibaud. Présidé - excusez
du peu - par Martha Argerich ! ■
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Le monde du cinéma français
débat à partir du 18 septembre
à l’occasion des Assises sur la
parité, l’égalité et la diversité.
Parmi les participants,
des réalisateurs tels Jacques
Audiard et Céline Sciamma, des
producteurs, des universitaires,
des représentants du collectif
50/50/2020, qui réunit
800 acteurs de la création et
de l’industrie du cinéma. Un des
objectifs est de parvenir à une
charte signée par la profession.
Métiers
administratifs
et de gestion
Comptabilité
AG.IMMOBILIERE (94)
Ccomptable(H/F)confirmé
GESTION LOCATIVE
expér.minimum 2ans,env.CV
sduponchel@belletoile.fr
ou 01.43.68.27.00
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LE FIGARO
lundi 17 septembre 2018
TÉLÉVISION
37
Figaro top,
Figaro flop
L’être
et le néant
« Les Terriens du samedi »
C8 | 18 h 45 | Samedi
D
égustant quelques
délicieuses huîtres
somptueusement iodées
devant le poste - vous voyez la
scène ! -, votre serviteur, comme
par hasard, a choisi un muscadet
et la chaîne C8, vers 19 heures.
Tenez, « Salut les Terriens ! » est
devenu « Les Terriens du samedi ».
La belle affaire. Thierry Ardisson
peut bien changer le nom de ses
émissions, il reste le même. Voilà
Yann Moix, sa nouvelle recrue.
L’écrivain n’a pas tardé à changer
de boui-boui. Après trois ans
de bons et loyaux services auprès
de Laurent Ruquier (« On n’est pas
couché », France 2), il réapparaît,
hop !, sur C8. Ardisson avait déclaré
dans Le Parisien, début septembre :
« Yann Moix va décerner chaque
samedi “Les Moix d’Or”, les
récompenses que personne n’a envie
de recevoir. Dès qu’il a quitté Ruquier,
je l’ai appelé. Je lui ai dit qu’au lieu de
rester trois heures à côté de Christine
Angot, il pouvait venir chez moi vingt
minutes par semaine, parler des sujets
dont il a envie. Et que je le payais
le double. Comment pouvait-il dire
non ? (rires) »
Sans rire, ça ne se refuse pas.
De quoi a-t-on causé samedi ?
De son absence le 8 septembre,
à la première des « Terriens ».
L’écrivain et réalisateur était en
Corée du Nord en bonne compagnie,
celle de Gérard Depardieu, « une
révélation amicale », a-t-il dit,
tel un revenant. On le comprend.
Moix est un sanguin et Depardieu
un vineux. Il est vrai qu’il vaut
mieux être en compagnie
de Depardieu que de s’emmerder
sur un plateau de télévision pendant
deux heures quand bien même
faut-il « bien payer le terme »
comme disait Céline.
PS : Alexis Philonenko n’est plus.
Spécialiste de Kant et de Fichte. On
se souviendra aussi de son Histoire
de la boxe, la boxe, cette école des
hommes. Soudain, comme il est
étrange que le monde devienne
flottant. Un génie, parfois,
fait votre histoire. Fait votre pensée.
Votre force. Il était un maître.
Le crime est leur affaire. En cette rentrée,
la mode est aux émissions de faits divers. Après
avoir découvert ces « nouveaux » concepts plus ou
moins pertinents, la rubrique télé rend son verdict.
15/20
c’est dire si LCI a décidé de ne pas rester en retrait par rapport aux chaînes
concurrentes sur le thème si porteur
des faits divers. Pour présenter ce nouveau rendez-vous, Hélène Lecomte,
journaliste à LCI depuis 2000, spécialiste de la justice, trouve le plus souvent le
ton juste, pour replonger les téléspectateurs au cœur d’histoires toutes plus
sanglantes les unes que les autres. La
discussion avec des chroniqueurs judiciaires ou encore des avocats qui
avaient suivi l’affaire du jour est illustrée par des images d’archives bien
choisies. Intéressant, même si les
intervenants en plateau ont tendance à
se répéter au fil d’une émission visiblement trop longue. Enfin, le vendredi
soir « Le Grand Dossier » est remplacé
par « Le Grand Document » présenté
par Bénédicte Le Chatelier. Et là, on
s’étonne que l’affaire Guy Georges, déjà
traitée le lundi 3 septembre par Hélène
Lecomte, le soit de nouveau par sa collègue vendredi dernier.
NATHALIE RENOUX
W9, « Enquêtes criminelles »,
le mercredi à 21 heures
Le magazine des faits divers lancé en
octobre 2008 sur W9 avec Sidonie
Bonnec et Paul Lefèvre fête son dixième
anniversaire. Un succès et une longévité qui s’expliquent par la capacité du
programme diffusé en prime time à être
accessible au plus grand nombre et par
l’ingéniosité de la narration. Avec un
ton savamment choisi, ni trop sérieux,
ni pas assez, chaque histoire racontée
par Jean-Marie Goix se regarde comme
un roman policier du réel. Du début
jusqu’à la fin, les téléspectateurs sont
tenus en haleine. Les séquences de reconstitution alternent avec les témoignages des proches des protagonistes,
ceux des enquêteurs, des journalistes et
des avocats. En plateau, Nathalie Renoux, présentatrice depuis 2015, sollicite l’avocat Joseph Cohen-Sabban
pour analyser chaque affaire et apporter son expertise. Complet et efficace.
12,5/20
13/20
PHILIPPE GAUDIN
ET DOMIINIQUE RIZET
BFMTV, « Affaire suivante »,
le dimanche à 13 heures
HÉLÈNE LECOMTE
LCI, « Le Grand Dossier »,
du lundi au jeudi de 20 heures
à 22 heures en direct
Deux heures de direct consacrées chaque soir à une grande affaire criminelle,
LE BUZZ TV
Invitée : Caroline Roux
interviewée par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez, aujourd’hui sur :
FIGARO FLOP Gilles Verdez semble
mal à l’aise aux commandes
du « Grand JT des faits divers »
sur CNews.
La chaîne d’info du groupe Altice a eu
la bonne idée de lancer cette nouvelle
émission avec son consultant policejustice. L’émission très bien séquencée
a du rythme et se montre très intéressante grâce à la qualité des intervenants. Après « Le dossier de la semaine », on apprécie particulièrement
« Les coulisses de la semaine », consacrées aux nouvelles technologies à la
disposition des forces de l’ordre : le
portrait-robot génétique notamment.
« L’histoire de la semaine » fait la lumière sur des faits divers insolites. Le
programme se termine avec une interview. Marie-Ange Laroche a accepté
l’invitation de Dominique Rizet pour sa
seule télévision, plus de trente ans
après la mort du petit Grégory. On regrette cependant la forme et son faux
décor de cour d’assises ainsi que le
marteau de président complètement
inutile placé à la droite du journaliste.
10/20
MAGALI LUNEL
TFX, « Chroniques criminelles »,
le samedi à 20 h 55
Atmosphère pesante, musique an-
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4833
HORIZONTALEMENT
1. Montrent des signes de faiblesse.
- 2. Pour un dada rétif. - 3. Vestiaire
de style anglais. - 4. Apatride.
Former un bloc. - 5. Président en
Angola ou fleuve en Calabre.
Retour de service gagnant. - 6. Cri
de vigie. En veine. - 7. Terre du
trèfle. - 8. Quasi mot do. Prend un
coup près du ring. - 9. Mis en
miettes. Bouillon maigre. - 10.
Conflue à Acquigny. Résultat de la
composition. - 11. Tient tête. Pièce
similaire à la filière. - 12. Se rendent au Guatemala.
VERTICALEMENT
1. Plume pour les poilus (trois
mots). - 2. Bien exposée. Boule
d’écailles. - 3. Lancer à la radio.
Pâturage humide. - 4. Passé.
Parfume la pizza. - 5. Laisse sans
connaissance. Soudeur à l’arc.
A quelque chose de magique. - 6.
Île grecque dont est originaire le
saint Nectaire. Pronom. Donne de
belles couleurs à la canopée. - 7.
Prénom féminin signifiant littéralement « qui apporte la victoire ».
Repaire de viandards. - 8. Poète
bucolique resté fidèle à sa ville
natale de Caen. Ont inspiré de
vieux peintres animaliers.
1
2
3
HORIZONTALEMENT 1. Peloteur. - 2. Amarante. - 3. Solennel. - 4.
Sil. Suri. - 5. Isar. iuG. - 6. Tee. Si. - 7. Geigne. - 8. Stoïques. - 9. Han. GI.
- 10. OM. Cérat. - 11. Teinture. - 12. Secrètes.
VERTICALEMENT 1. Passing-shots. - 2. Émois. Étamée. - 3. Lallation.
IC. - 4. Ore. Régi. CNR. - 5. Tans. Enquête. - 6. Ennui. Eu. Rut. - 7. Utérus.
Égaré. - 8. Religiosités.
3
4
5
6
7
8
FIGARO TOP Depuis 2015, Nathalie Renoux présente « Enquêtes criminelles » sur W9.
goissante, reconstitutions à outrance
et parfois maladroites, l’émission qui
retrace les plus grandes affaires judiciaires ne brille guère. Emmenée par
Magali Lunel depuis six ans, cette
dernière assure le service minimum,
se contentant de rappeler les faits en
début de reportage avant de disparaître. La dernière nouveauté qui
date de trois ans est la narration
sombre et captivante signée Jacques
Pradel. Le présentateur de « L’heure
du crime » sur RTL excelle dans cet
exercice depuis de nombreuses années, comme à la grande époque de
« Perdu de vue » dans les années
1990. Son intensité dans ses prises de
parole est appréciée mais ne suffit
pas à apporter au programme une
touche d’originalité. En bref, depuis
sa création en 2013, « Chroniques
criminelles » n’a pas bougé, ou presque. Décevant.
7/20
JEAN-MARC MORANDINI
NRJ12, « Crimes, la quotidienne »,
du lundi au vendredi à 13 h 35
en direct
En plus de son émission hebdomadaire de faits divers, Jean-Marc Morandini présente une version quotidienne
et en direct de « Crimes ». Ainsi, pendant près d’une heure, l’animateur se
consacre à trois affaires, de la plus
confidentielle à la plus médiatique
(Dutroux ou l’altercation à Orly entre
Booba et Kaaris). Une fois l’histoire
reconstituée dans un magnéto, un jeu
BRIDGE
PROBLÈME N° 2916 :
Réduction…
A4
D4
6532
R 10 7 6 5
N
O
4
5
E
S
RDV
AR762
A R D 10 4
-
6
7
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4832
2
GROUPE M6
apalou@lefigaro.fr
9
10
11
12
Contrat : Sud joue 7 Carreaux.
de questions/réponses entre un avocat, un psy et un invité se produit en
plateau. L’émission a tendance à virer
dans le pathos. Le ton grave de l’animateur dans ses lancements (avec
l’adjectif « incroyable » répété à tout
bout champ) et la musique digne d’un
Hitchcock pour rythmer les reconstitutions contribuent à un certain sensationnalisme dont on se serait bien
passé. Sans parler des témoignages de
parents de victimes au bord des larmes sur le plateau.
5/20
GILLES VERDEZ
CNews, « Le Grand JT des faits
divers », du lundi au vendredi
à 14 heures en direct
La présence récurrente sur le plateau
de l’ancien député et avocat Georges
Fenech (désormais consultant CNews)
et le développement de nouveaux jingles pour surdramatiser l’émission ne
peuvent faire oublier les faiblesses de
Gilles Verdez, son animateur. Les vacances ne lui ont apparemment pas
été très profitables (l’émission a commencé en juin dernier) et le présentateur semble toujours aussi mal à l’aise
lorsqu’il lance, raide comme la justice,
ses sujets. Avec très peu de mots comme pour éviter les bavures.
FRANÇOIS AUBEL,
BLAISE DE CHABALIER,
ROMAIN DELACROIX,
SIMON GONZALEZ,
SARAH LECOEUVRE
ET DAMIEN MERCEREAU
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2915 :
Encore et toujours trop vite
Contrat : Sud joue 6 Piques.
Entame : 3 de (qui « sent » le singleton).
Les deux déclarants (d’un championnat d’Europe !) ont
joué à cent à l’heure le Valet de puis la Dame de laissée filer. Une de chute ! Ou comment trébucher sur la
première marche…
Après ce départ malheureux, Ouest prend (il peut aussi
duquer) et contre-attaque à pris de l’As. Lorsque Sud
joue le 5 de , il voit Est défausser et comprend qu’il
ne peut plus gagner. Après la coupe d’un , les sont
bloqués (le 10 est devenu sec). Sa situation n’aurait pas
été meilleure s’il avait appelé le 10 du mort.
La solution à ce problème est pourtant enfantine. Faites
la levée en main, coupez un et rejouez la Dame puis le
10 de . Rideau.
Entame : 3 de (en pair-impair)
pour l’As du mort et le 2 en Est.
Vous jouez pour votre As et
Ouest défausse le 7 de .
D 10 6 5
AR76
ADV92
R974
943
3
R9632
N
O
E
S
AV83
V2
R 10 8
AD75
2
D 10 8 5
7654
V 10 8 4
A
Anthony Palou
CAPTURE ÉCRAN CNEWS
BIEN VU
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lundi 17 septembre 2018 LE FIGARO
38 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Renaud
Soleil : Lever 07h30 - Coucher 19h59 - Premier quartier de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 Nos chers voisins. Série.
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu.
Prés. : Nagui 20.00 20 heures 20.40
Un si grand soleil. Feuilleton
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Film TV. Drame
Série. Policière
Film. Guerre
19.55 Suburgatory. Série. Chacun
son territoire - Le nouveau Noah.
MATIN
14
21.00 Appels d’urgence
Société. Prés. : H. Mannarino. 2h05.
Bandes, rackets, vols, la police
municipale de Meaux en action Cambriolages, rébellions, incivilités :
interventions à risques…
20
13
14
12
11
13
17
14
13
16
13
23.05 Appels d’urgence. Côte
d’Azur : pas de vacances pour les…
13
14
13
14
13
13
14
13
10
14
Tu vivras ma fille
Meurtres au paradis
La grande évasion
Fra. 2018. Réal. : Gabriel Aghion.
1h46. Inédit. Avec Cécile Bois, Arié
Elmaleh, Chiara Montanari. (1 et 2/2).
Bianca l’enfant de Nathalie et Paul
Elbaz est atteinte d’une maladie du
système nerveux central.
GB. Saison 7. Avec Ardal O’Hanlon,
Ginny Holder, Danny John-Jules. Des
aveux suspects. Inédit. Dwayne et
JP sont appelés par un voisin pour un
tapage nocturne. Ils découvrent un
homme mort dans son salon.
EU. 1963. Réal. : John Sturges.
2h52. Avec James Gardner, Steve
McQueen, Richard Attenborough.
Durant la Seconde Guerre mondiale,
les tentatives d’évasion des détenus
d’un camp militaire allemand.
20.55 L’horloger de Saint-Paul
22.55 New York, unité spéciale
22.10 Meurtres au paradis Série.
Série. Policière 1.25 Chicago Police
Department. Série. Boomerang.
Policière 1.15 Les enfants de la télé
2.00 Les enfants de la télé, la suite
23.55 Soir/3 0.25 Qui sommesnous ? Doc. 2.15 Midi en France.
Magazine 2.45 Les carnets de Julie
22.35 C dans l’air. Magazine 23.40
Avis de sorties 23.55 C à vous
15
14
20.00 C à vous, la suite. Mag. 20.20
Entrée libre. Mag. Invitée : Zazie.
17
17
16
17
21
17
Film. Comédie dramatique. Fra. 1973.
Réal. : Bertrand Tavernier. 1h40. Avec
Philippe Noiret. À Lyon, un horloger
apprend que son fils est recherché par
la police pour meurtre.
18
17
21
19
21
10
21
APRÈS-MIDI
26
20
26
27
18.30 L’info du vrai (C). Magazine
19.55 L’info du vrai, le mag (C). Magazine 20.55 Catherine et Liliane (C)
19.00 Sur les toits des villes. Série
doc. 19.45 Arte journal 20.05 28
minutes 20.44 50 nuances de Grecs
18.35 La meilleure boulangerie de
France. Jeu 19.45 Le 19.45 20.25
Scènes de ménages. Série.
21.00
20.50
21.00
Série. Policière
Film. Drame
Téléréalité
26
25
27
19.55 The Big Bang Theory. Série.
2 épisodes.
28
27
21
28
27
28
29
26
30
20.55 Crimes
dans les villages lorrains
30
29
27
31
Magazine. Société. 1h50. Au programme de ce magazine : «Affaire
Castronovo» - «Affaire Cretello» «Affaire Granier».
29
30
20
29
33
22.45 Crimes au bord des lacs de
Savoie 0.30 Crimes. Magazine.
29
32
29
25
26
34
30
26
23
10
26
18.15 Voitures à la casse. Série doc.
Dans les détails - Le grand jour.
Babylon Berlin
Une histoire simple
L’amour est dans le pré
All. Saison 1. Avec Volker Bruch, Liv
Lisa Fries, Peter Kurth, Matthias
Brandt, Leonie Benesch. 2 épisodes.
Inédits. Charlotte utilise un subterfuge afin de pouvoir inspecter le
hangar abritant le train russe.
Fra-All. 1978. Réal. : Claude Sautet.
1h45. Avec Romy Schneider, Claude
Brasseur, Arlette Bonnard, Bruno Cremer. À Paris, quatre quadragénaires
sont les protagonistes de plusieurs
chassés-croisés amoureux.
Prés : Karine Le Marchand. 1h00.
Inédit. Après de brèves premières
rencontres lors des speed-dating à
Paris, voici les invités des agriculteurs
plongés en immersion dans leur quotidien pas comme les autres.
22.40 Crime Time Série. Thriller
23.40 Les grands esprits. Film 1.20
Nos années folles. Film. Drame.
22.35 Portrait de groupe avec
dame Film. Drame 0.15 Ta peau si
lisse. Documentaire 1.50 Arte journal
26
T (en °c)
20.50 Mega aéroport
Science et technique. Réal. : R. Young
et G. Strong. 1h40. Contre la montre.
Inédit. Dans un aéroport d’envergure,
la moindre opération est planifiée. Contrôle renforcé. Inédit.
<-10 à 0
22.00 L’amour est dans le pré
Téléréalité 23.25 L’amour est dans
le pré : que sont-ils devenus ?
19.20 Rénovation impossible. Être
rond comme... - Mi-figue mi-raisin.
MARDI
21.00 Un flic à la maternelle
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec David Salles.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Expendables :
unité spéciale
21.00 Taken 2
21.00 La planète des singes :
les origines
Film. Action. EU. 2009. Réal. : S. Stallone. 1h43. Avec S. Stallone. Des
mercenaires aguerris acceptent de
mener à bien une opération secrète.
Film. Action. Fra. 2012. Réal. : Olivier
Megaton. 1h38. Avec Liam Neeson.
Pour assouvir sa vengeance, un
gang enlève un ancien agent de la
CIA et son ex-femme, à Istanbul.
22.55 90’ enquêtes. Magazine.
Société.
22.50 Taken. Film. Action. Avec Liam
Neeson, Maggie Grace.
Film. Science-fiction. EU. 2011. Réal. : R.
Wyatt. 1h46. Avec J. Franco. Cobaye
d’une expérience scientifique, un chimpanzé devenu intelligent se révolte.
23.10 Au cœur de l’enquête. Immersion dans le quotidien des enquêteurs.
MOTS FLÉCHÉS N°2077
28/34
21/26
13/25
16/19
17/24
24/31
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
22.30 Mega aéroport. Série doc.
23.20 Méga convois. Série doc.
0 à 10
17/30
20/26
15/24
16/28
14/21
16/29
18/30
16/26
15/27
17/29
20/28
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
LA TOILE
NEZ
DE TERRE
EN MER
BANDE
D’UN FILM
INTÉGRALITÉ
DON
TROUS DE
CÉTACÉS
DIFFICILES
À AVALER
S’OBSTINER (S’)
PÉRIODES
LÉZARD
GÉANT
VIEUX
POÈME
AVEC MODÉRATION
ANGLE
DE MURS
PRONOM
GIRON
GAMIN
FACÉTIEUX
ESCLAVE
SPARTIATE
EFFACÉ
A
Jean-Loup Chiflet nous entraîne
dans une nouvelle promenade
passionnante, surprenante,
érudite et humoristique à travers
les exceptions, bizarreries et
autres étrangetés qui font tout
le charme de la langue française.
PAS FOU
SUPPORTS
DE
GOLFEURS
INVENTAIT
GAGNÉ
PAR
CHANCE
TÊTE
D’AFFICHE
HARDI
LAC
D’ITALIE
PRISE
LA MAIN
DANS
LE SAC
PRÉCISE
UNE POSSESSION
BRAMER
NON
PRÉPARÉ
HOMME
DE ROBE
TOUT
COMME
TRÈS DÉTERMINÉE
présente
Exceptions de la langue française :
certains Belges les détestent,
mais nous, on les adore !
BOURRIQUE
PRENDS
DU
LIQUIDE
CRI
D’ARRÊT
RENFORCE
UN OUI
EA
U
FORCE 2
FAÇON DE
PARLER
EN LA
MATIÈRE
UV
DANS LE
BUT DE
BAIGNEUSES
TIRAILLÉES
PAR LA
JALOUSIE
SUSPENSION
POUR LE
BOUCHER
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
D
T
E
O
E
O
F
I
L E V I
B I D O N V I L L E S
R E G A R D E
T E N U I T E
B O L E R O S P A R T E R I E
U I
P U B S M I E T T E
E T N A
E
AME N
T E R A
A
C AMP
A R
V E R S A
E N T O L E U S E
S I
T
N O N O R S E C
D E N S I T E
L A C E
20/29
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
NO
CAISSE DE
PARKING
COLLOQUE
24/29
16/25
16/27
21/30
13/25
27/34
JEUDI
16/27
15/24
15/28
23.05 Les rois de la piscine. Téléréalité. Mon paradis aquatique.
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
MERCREDI
16/29
16/23
14/24
16/27
14/25
11/17
22/30
22/30
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
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15/25
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LE FIGARO
lundi 17 septembre 2018
39
Lætitia Dosch,
fêlures à nu
Nathalie Simon
nsimon@lefigaro.fr
est rare que les gens
soient vraiment convaincus de ce qu’ils font et de
ce qu’ils pensent », lance
Lætitia Dosch à Corazon, un cheval, dans
Hate, son nouveau
spectacle. Le moins
qu’on puisse dire c’est que la comédienne, elle, est
pleinement convaincue de ce qu’elle accomplit.
Elle se met à nu dans tous les sens du terme pour
« donner la réplique » à son partenaire à crinière.
« On nous prenait pour des fous », se souvient-elle.
C’est le tournage d’un western aux États-Unis qui
a donné envie à Lætitia Dosch de se produire avec
un cheval. « Je voulais créer un lien, mieux le
connaître, explique la trentenaire, Corazon pèse
600 kg, je ne peux pas le contrôler, mais je suis rassurée en sa compagnie. » « Elle a eu envie de comprendre le mécanisme de l’animal. Jouer en gardant
cette écoute lui a demandé beaucoup d’humilité »,
souligne Judith Zagury, la coach équestre.
« Quand j’ai lu ses premiers textes, j’ai été étonné
par sa sincérité, il y a quelque chose de beau, de sincère et aussi beaucoup d’humour », renchérit Yuval
Rozman, le metteur en scène.
C’
«
VINCENT THOMAS/MADAME FIGARO
SUCCÈS Dans « Hate », son dernier spectacle,
la comédienne joue sur scène, avec un cheval.
Et dans le plus simple appareil. Une mise à découvert
du corps et de l’âme.
culer » le public de Nanterre-Amandiers (du 15 au
Pourquoi ce titre, Hate ? « Je me demande pour23 septembre), avant de partir en tournée.
quoi il y a autant de destructions parmi les êtres hu« Je lis Annie Ernaux et écoute du rap, ces permains », répond Lætitia Dosch. Dans le plus simsonnes utilisent leur vie personnelle pour créer, l’idée
ple appareil, « comme Adam et Eve », elle offre un
est d’utiliser l’intimité comme représentante de l’es« retour primitif » à la femme et se retrouve sur le
pèce humaine », explique Lætitia Dosch qui
même plan que l’équidé. « Elle se met aussi à nu
n’oublie jamais d’être drôle. « C’est séavec elle-même », signale Jurieux, concentre-toi ! », recommande-tdith Zagury. « On en avait
elle à un Corazon impassible. « Il fait des
marre du théâtre contemporain
blagues », assure la cavalière en herbe.
où tout le monde joue sans vêtements. Là, c’est justifié, LæArtiste hors normes
titia Dosch cherchait une éga1980
lité avec Corazon, sa façon
Fille d’un père plombier « devenu rentier »
Naissance à Paris.
d’être, et également avec le
et d’une mère qui travaillait dans les
2012
public. La nudité n’est pas seuassurances, l’actrice va toujours plus loin
Prix d’interprétation
lement physique, il y a aussi
dans l’audace. En 2010, déjà, avec un
pour Vilaine Fille, mauvais spectacle violent, Lætitia fait péter…, elle
une nudité de l’âme », juge
garçon de JustineTriet
Yuval Rozman. Sur scène,
se lâchait sans souci du qu’en-dira-t-on.
(Festival Côté court
l’actrice transcende ses expé« On me dit souvent que je suis barrée et
de Pantin).
riences personnelles pour
tarée, on n’arrive pas à me classer, la folie
2013
s’interroger sur ses congénèsert à parler de choses sérieuses », estimeJoue dans La Bataille
res, l’injustice et le « vivre
t-elle. « L’art, c’est fait pour inventer des
de
Solferino.
mieux ensemble ». Elle évoque
choses. Il y a des propos grivois et sexuels
2014
les sujets qui lui tiennent à
dans Hate, j’essaie de dynamiter l’image de
Joue La Mégère
cœur comme le « bordel » qui
la femme parfaite, de m’en affranchir, de
apprivoisée
règne dans notre société, la
m’en libérer. »
de Shakespeare.
solitude et l’importance de la
Le public a découvert cette artiste hors
2017
nature. Relevant ainsi un
normes en journaliste de télévision et
Joue dans Jeune femme
« challenge impossible », semère de famille débordée dans La Bataille
et Un album.
lon Shantih Breikers qui a trade Solferino de Justine Triet en 2013. Et
2018
vaillé avec Zingaro. Après sa
Lætitia Dosch a explosé au dernier Festival
Joue, aux Amandiers,
création au Théâtre de Vidy
de Cannes dans Jeune femme, le premier
dans Hate.
(Suisse), Hate devrait « bouslong-métrage de Léonor Serraille (Caméra
Bio
EXPRESS
d’or) où elle poursuivait sans relâche son amoureux à Paris. Formée à l’école Périmony, en classe
libre du Cours Florent et à la Manufacture, la haute
école des arts de la scène à Lausanne (Suisse), heureuse d’être libre, Lætitia Dosch cultive ses décalages, passe de La Maladie de la mort, de Marguerite Duras, à un solo atypique, déjà avec Yuval
Rozman : Un album, une galerie de personnages
interprétés à la façon de Zouc. Se produire sur un
plateau est pour la jeune femme une façon de « retrouver du sens à sa vie », de partager avec autrui
ses doutes, mais également l’espoir d’un monde
meilleur. « J’ai 37 ans, je n’ai plus le temps ! », lance-t-elle aux spectateurs.
Au cinéma, cette admiratrice de Sandrine
Kiberlain choisit ses rôles aux coups de cœur. Début octobre, elle incarnera la sœur affectueuse de
Romain Duris dans Nos batailles, de Guillaume
Senez. Elle va également tourner Passion simple,
une adaptation du roman d’Annie Ernaux, par
Danielle Arbid, et Les Cobayes, une comédie
d’Emmanuel Poulain-Arnaud. « C’est une bosseuse, observe Yuval Rozman. Pour Hate, il y avait
beaucoup de technique à acquérir, c’était comme si
on préparait un ballet, il fallait énormément travailler en amont pour parvenir au lâcher prise
auquel on arrive aujourd’hui. » « Lætitia a un caractère bien trempé, au début, on a eu des moments
conflictuels, puis on s’est apprivoisé, raconte Judith
Zagury. Elle est ultrasensible, tournée vers l’autre,
honnête, très touchante, engagée à 200 %.»
«Quand elle choisit de faire confiance, elle se donne
entièrement », confirme Yuval Rozman. ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Ne dites plus
" Il n ’y a plus de saisons ".
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Dérivé [dé-ri-vé] adj.
Objets qui forment un détournement de fond.
’Élysée vient d’ouvrir une boutique de produits dérivés.
Le mot vint du latin rivus, le ruisseau, le verbe derivare signifiant détourner
un cours. Est-ce celui des institutions qui se trouve soudain changé
par cette initiative ?
Certains estimeront que la présidence de la République quitte la rive
- jusqu’ici assez droite - de la Seine pour s’engager dans un cours tortueux,
ne serait-ce que par le torrent de commentaires que ces produits dérivés
suscitent.
Que se passe-t-il ? Assiste-t-on à une dérive mercantile - les plus sévères
parleront carrément d’un exécutif à la dérive : comment en est-on arrivé à imaginer,
concevoir et vendre à l’Élysée des produits de cette nature ?
On pourra aussi juger que le débat sur cette production de stylos, de mugs
et de tee-shirts est assez dérisoire au regard des problèmes contemporains.
Et, loin de nous dérider, ces produits dérivés nous apparaissent soudain
comme de simples dérivatifs. ■
L
à l’essentiel, profitez à fond
parti de la période en cours.
Alimentation, exercices de
méditation, rituels, playlists…
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au rythme des saisons.
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FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Une tournée de rock star pour Michelle Obama
Pour la sortie de ses Mémoires,
Becoming (devenir),
le 13 novembre, Michelle Obama
ne va pas se contenter de séances
de signatures dans les librairies.
Pendant plus d’un mois,
l’ancienne First Lady va remplir
des stades plus habitués
aux concerts de rock dans dix villes,
de Chicago à Dallas, pour ce que
son éditeur, Random House,
présente comme « des conversations
intimes et franches ».
Le couple Obama aurait passé
l’an dernier un contrat de 65 millions
de dollars pour deux livres.
Barack travaille encore au sien.
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Le premier ministre a confirmé sa présence le vendredi 28 septembre,
lors du premier jour de la Ryder Cup 2018, mythique compétition
biennale entre les équipes d’Europe et des États-Unis.
Édouard Philippe y représentera le président Emmanuel Macron,
en visite sur l’île de Saint-Martin, un an après l’ouragan Irma.
Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France,
prononcera le discours inaugural de l’épreuve, la veille.
A
Édouard Philippe au Golf national
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