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Le Figaro - 19 09 2018

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mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 048 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
BILL GATES
« « IL N’Y A PAS D’EFFET IMMÉDIAT
DE L’AIDE AUX PAYS PAUVRES
SUR LES MIGRATIONS » PAGE 18
Avec « Les Frères Sisters »,
Jacques Audiard part à
la conquête du Far West
ASSEMBLÉE
Gilles Le Gendre,
le choix
de la continuité
PAGE 4
PROCHE-ORIENT
La Syrie abat un
avion russe et fait
flamber la tension
entre Moscou
et Israël PAGE 8
SÉCURITÉ
La police réinvestit
les quartiers
difficiles dans
les grandes villes
ÉDUCATION
Les évaluations
des élèves
contestées
ENVIRONNEMENT
L’été 2018
marqué par des
pics de pollution
à l’ozone PAGE 13
Le plan Macron
accueilli plutôt
favorablement par
les professionnels
du secteur PAGE 24
CHAMPS
LIBRES
BRIQUET-HAHN/ABACA
COMMERCE
SANTÉ
Le cinéaste s’essaie avec succès à un nouveau genre :
le western. Les Frères Sisters, porté par les acteurs
américains Joaquin Phoenix et John C. Reilly, renouvelle
le mythe de l’Ouest américain, ses cow-boys et sa loi
en y ajoutant une touche métaphysique et personnelle.
Un film déjà auréolé d’un Lion d’argent décerné
ce mois-ci à la Mostra de Venise. PAGES 30 ET 31
LA PREMIÈRE HEURE,
LE MINISTRE PRÉPARE
LE RETOUR DANS SON FIEF
è UNE ANNONCE QUI SONNE
LE GLAS DU MACRONISME
HEUREUX
è COMMENT GÉRER
LA PLACE BEAUVAU
AVEC UN SIMPLE CDD ?
PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
Anne Hidalgo au « Figaro » :
« Non, je ne suis pas
isolée » à la mairie de Paris
Mise en difficulté dans de
nombreux dossiers comme la
piétonnisation des voies sur
berge, Vélib’ et Autolib’,
Anne Hidalgo a été confrontée lundi à un événement
majeur : la démission de son
premier adjoint, Bruno Julliard. Moins de vingt-quatre
heures après ce coup de tonnerre, la maire de Paris a
reçu Le Figaro. Combative,
elle se confie et réagit à cette
défection. PAGE 6
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mardi :
Faut-il rendre obligatoire
l’usage de l’éthylotest
antidémarrage ?
OUI
54 %
TOTAL DE VOTANTS : 13 214
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sur lefigaro.fr
Après l’annonce
de sa candidature à Lyon
pour les municipales
de 2020, Gérard Collomb
peut-il rester ministre
de l’Intérieur ?
FABIEN CLAIREFONDFRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
E
La fêlure
mmanuel Macron et Gérard Collomb
formaient un tandem qui semblait
inséparable, fusionnel, complémentaire. Au premier, la jeunesse, le dynamisme, l’audace. Au second, l’expérience, la tempérance, la sagesse. Le
quadragénaire des grandes villes, chantre
d’un nouveau monde à construire, avait trouvé en son aîné, l’élu de province attaché à son
terroir, son plus acharné soutien depuis le début. Le plus utile aussi. Son barde idéal en
même temps qu’un mentor bienveillant.
Puis quelque chose s’est rompu à l’épreuve des
difficultés du pouvoir. Après l’harmonie dans
la conquête du Graal, l’incompréhension face
aux dures réalités. Gérard Collomb a ouvert les
yeux et estimé que l’exécutif manquait d’« humilité ». Mais à l’oreille présidentielle, semblet-il, toutes les vérités ne sont aujourd’hui pas
bonnes à entendre. Le ministre de l’Intérieur
en a donc tiré la conclusion : une rupture qui
ne dit pas son nom et que l’Élysée s’efforce de
maquiller en « bonne nouvelle ».
Certes, Gérard Collomb chérit sa ville de Lyon
dont il veut redevenir le maire, après seize ans
de mandat. Certes, il est sans doute épuisé par
son rôle de premier flic de France. Toujours sur
la brèche, exposé 24 heures sur 24, pour de décevants résultats, contre l’insécurité et l’immigration. Mais la vraie raison de sa démission
programmée tient bien davantage à cette fêlure entre les deux hommes. Celle-ci était déjà
perceptible à l’éclatement de l’affaire Benalla,
quand le ministre de l’Intérieur avait paru interloqué d’être mêlé à
une polémique dont il
jugeait que seule la
présidence était responsable.
Après Nicolas Hulot,
numéro 3 du gouvernement, c’est le numéro 2 qui veut quitter le navire, les
élections européennes
de mai 2019 passées.
Tenir jusqu’à cette
date relève d’un improbable pari. Comment
préserver l’autorité qu’exige un poste pareil
lorsque l’on donne le sentiment d’avoir déjà
la tête ailleurs ? Le « en même temps » a ses
limites. Emmanuel Macron pourrait pour la
première fois, malgré lui, être obligé de le
reconnaître… ■
Entre
Macron
et Collomb,
quelque
chose
s’est rompu
à l’épreuve
du pouvoir
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la « bonne nouvelle », que
Gérard Collomb souhaite à
71 ans « consacrer du temps
et de l’énergie » à la métropole lyonnaise. L’opposition
dénonce le maintien d’un
ministre de l’Intérieur à mitemps et s’interroge sur la
possibilité pour lui de continuer à exercer sa fonction
pendant encore huit mois.
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
La chronique
de Bertille Bayart
L’analyse
de Damien
Mascret PAGE 19
n
NON
46 %
L’Élysée veut
banaliser le
départ annoncé
de Collomb
Le départ programmé de Gérard Collomb du gouvernement après les européennes
de mai 2019 ajoute à la confusion d’une rentrée agitée
pour l’exécutif. L’Élysée, qui
était au courant depuis plusieurs jours de la décision du
ministre de l’Intérieur, feint
le non-événement. Un communiqué a même évoqué
PAGE 11
PAGES 22 ET 23
QUAND UN DISCIPLE DE MARX
ET UN ÉLÈVE D’ARON CRITIQUENT
LA MODERNITÉ PAGES 16 ET 17
Le chef de l’État a profité de l’annonce de son ministre
de l’Intérieur pour dire à son équipe que nul ne
pourrait être candidat et membre du gouvernement.
PAGE 10
Donald Trump
étend son offensive
commerciale contre
Xi Jinping
MANENT-MICHÉA
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mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Les ministres
qui veulent
être candidats
aux municipales
de 2020 devraient
pouvoir quitter
le gouvernement
après la bataille des
européennes. Je ne
serai pas ministre
de l’Intérieur jusqu’à
l’avant-dernier jour.
À partir d’une certaine
période, il vaut mieux
être totalement
disponible pour
la campagne
GÉRARD COLLOMB
»
DANS « L’EXPRESS » LE 18 SEPTEMBRE
Macron minimise la démission
Le chef de l’État demande aux ministres qui veulent se présenter aux municipales de
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
EXÉCUTIF Nouveau revers ou clarification ? L’annonce par Gérard Collomb de sa
candidature à Lyon pour les élections municipales de 2020 a jeté un nouveau trouble
sur la rentrée déjà passablement embrouillée d’Emmanuel Macron. « C’est
loin, les municipales. Si d’ici là on ne m’a pas
diagnostiqué de maladie grave, je serai candidat à Lyon », a assuré le ministre de l’Intérieur à L’Express en invitant les membres du gouvernement qui souhaiteraient
se présenter dans une ville à démissionner
« après la bataille des européennes ».
Au sein de l’exécutif, la nouvelle n’a
surpris personne. La semaine dernière,
Gérard Collomb avait prévenu le prési-
dent de la République et le premier ministre de ses intentions. Avant publication, le texte de l’interview a par ailleurs
été relu à l’Élysée et à Matignon. D’où
sans doute le détachement affiché par ce
conseiller à propos du départ programmé
du ministre de l’Intérieur qui évoque,
pour décrire la réaction de l’exécutif, « la
fameuse citation de Jacques Chirac », sans
préciser laquelle. Or il y en a deux qui
peuvent s’appliquer. D’abord, « les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ». Et
il est vrai qu’après l’affaire Benalla, la démission surprise de Nicolas Hulot, le psychodrame sur le prélèvement à la source,
la chute sans fin de la popularité du chef
de l’État ou les soubresauts dans la majorité, l’exécutif semble n’en plus finir de
s’empêtrer dans la glu. Avec le départ annoncé de Gérard Collomb, Emmanuel
Macron perd en tout cas un soutien de la
première heure, fidèle d’entre les fidèles,
même si les relations entre les deux hommes s’étaient tendues ces derniers temps.
Furieux d’entendre son ministre de l’Intérieur dénoncer publiquement le « manque d’humilité » de l’exécutif, le président
de la République s’en était expliqué avec
lui lors d’un dîner à l’Élysée. La tension
entre les deux hommes accréditerait ainsi
l’idée d’une macronie en déshérence,
peinant à retrouver ses marques sous
l’avalanche de polémiques de la rentrée.
« Le pouvoir subit une crise de croissance
et comme dans toutes les entreprises qui
connaissent cela, ça s’accompagne d’une
crise inouïe des ressources humaines »,
observe un ministre. L’angle d’attaque de
l’opposition est ainsi tout trouvé : torpiller le Titanic Macron.
Mais il y a une deuxième citation de
Jacques Chirac qui peut aussi s’appliquer
à la situation : « Ça m’en touche une sans
faire bouger l’autre. » Et au sein de l’exécutif, on est plutôt sur cette ligne. Vu sous
cet angle, le départ programmé de Gérard Collomb serait une clarification nécessaire, sorte de conséquence naturelle
de la reprise en main que tente de mener
Emmanuel Macron.
« Club med »
« Le gouvernement n’est pas une arène politique d’où l’on peut lancer des ballons
d’essai pour les municipales, prévient un
proche du chef de l’État. Le président ne
veut pas que son programme de réformes
soit perturbé par des prises de position personnelles. » Tout ministre candidat aux
municipales est donc désormais prié de le
Gérard Collomb,
en visite
aux Tarterêts
à Corbeil-Essonne,
le 18 septembre.
FRANÇOIS BOUCHON/
LE FIGARO
C’est surréaliste.
Penser qu’on
puisse avoir
un ministre
de l’Intérieur
à mi-temps montre
bien la déconnexion
du pouvoir sur
l’insécurité.
L’annonce d’un
ministre qui choisit
sa date de départ
est surréaliste. C’est
un acte révélateur
de l’affaiblissement
du président
de la République
LAURENT WAUQUIEZ
»
APRÈS LA RÉUNION DU GROUPE LR
À L’ASSEMBLÉE MARDI 18 SEPTEMBRE
A
8
mois
Le temps restant
d’ici aux élections
européennes, date
à laquelle le ministre
veut partir
Marcheur de la première heure, le ministre prépare le retour
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
C’EST un drôle de retour au bercail. Car le
doyen du gouvernement (71 ans), qui
vient d’annoncer sa candidature pour
2020, n’a en réalité jamais quitté son fief.
Il y a encore quelques jours, dans les salons de l’hôtel de ville, avait lieu la remise
de Légion d’honneur au maire de Lyon,
Georges Képénékian. Un chirurgien urologue qui a succédé à Gérard Collomb,
quand celui-ci est entré au gouvernement. L’industriel Alain Mérieux, président de l’Institut Mérieux, est chargé
d’épingler l’élu. Un enfant apporte les insignes, qui étaient disposés sur un coussinet. Le Tout-Lyon est là, massé devant
l’estrade, et applaudit. Derrière le récipiendaire, se tient ostensiblement un
homme : Gérard Collomb. Le vrai maître
de cérémonie. Le seul patron. Au micro,
l’ex-maire salue son successeur, un
« compagnon parmi les plus fidèles ».
Cela fait plusieurs semaines que la rumeur d’un départ du gouvernement,
pour cause de municipales et d’élections
métropolitaines, enfle dans le Rhône. En
juin dernier, Gérard Collomb a créé l’association « Prendre un temps d’avance », rampe de lancement pour 2020.
Depuis, « Gégé » ne rate plus le moindre
forum des associations ni la moindre manifestation culturelle. Dernièrement, les
préparatifs se sont accélérés. « Il a fait
passer des messages à ses anciennes équipes », raconte un ex-collaborateur. Vendredi dernier, il a remis l’ordre du mérite
à un cadre de la Métropole de Lyon. L’occasion de remobiliser une nouvelle fois
ses troupes. Mais rares sont ceux qui savent que l’annonce aura lieu en marge
d’un entretien de onze pages consacré à
la sécurité, à l’islam et aux migrants.
«Son envie de revenir commençait à se
savoir depuis un certain temps, avance
l’ancien ministre socialiste Jean-Marie Le
Guen et proche du ministre, qui a gardé
des liens avec l’aile droite du PS. Gérard
Collomb a vraisemblablement voulu maîtriser sa communication plutôt que de la
subir. » « Je pense qu’à Lyon, j’apporte
une certaine plus-value forte, déclare
l’ancien maire, dans L’Express. Bon, ça
manque peut-être d’humilité [rires]. Cependant, je ne dirais pas que l’élection est
gagnée. » Le poids des maires de centre
droit rend le jeu plus ouvert que prévu
pour la gouvernance de la métropole… Au
passage, le ministre indique que sa femme, Caroline, référente de La République
en marche dans le département, « sera
sans doute sur la liste ». Voilà le compte à
rebours enclenché. « Je ne serai pas ministre de l’Intérieur jusqu’à l’avant-dernier jour, prévient Gérard Collomb. À
partir d’une certaine période, il vaut mieux
être totalement disponible pour la campagne. » Le locataire de Beauvau pourrait
briguer à la fois « la ville » et « la métropole ». Ne pouvant pas cumuler les deux
postes, rien ne l’empêche de ne conserver qu’un exécutif, s’il fait un doublé.
Dans son cabinet, certains ont déjà pris
les devants. Ainsi, Jonathan Guémas,
conseiller stratégie, prospective et discours, est en passe de rejoindre l’Élysée,
où il épaulera le futur responsable de la
communication, Sylvain Fort. Il sera la
nouvelle « plume » du président. Selon
nos informations, le chef de cabinet JeanMarie Girier ne suivra pas non plus son
patron à Lyon. Une perte pour Collomb.
Cette pièce maîtresse du ministère, grand
spécialiste de la carte électorale, est aussi
un proche d’Emmanuel Macron, dont il
dirigea la campagne.
Dans les prochains mois, Gérard Collomb s’apprête donc à refermer une parenthèse, commencée en avril 2017. Emmanuel Macron lui propose, dans
l’entre-deux-tours de la présidentielle,
l’Intérieur, portefeuille ô combien
convoité. Mais Gérard Collomb réserve sa
réponse. Il demande quarante-huit heures de réflexion. Lâcher Lyon, c’est rompre avec quatre décennies d’ancrage
dans la capitale des Gaules, un territoire
quadrillé méticuleusement comme maire
du IXe arrondissement puis premier édile
d’une ville qu’il a profondément modernisée. Après des débuts dans les cercles
mitterrandistes, au sein de la convention
des institutions républicaines, il entre au
“
À Lyon, j’apporte une
certaine plus-value forte.
Bon, ça manque peut-être
d’humilité. Cependant,
je ne dirais pas que
l’élection est gagnée
GÉRARD COLLOMB
”
conseil municipal en 1974.
Jamais nommé ministre par la gauche,
qui s’est toujours méfiée de ce social-libéral au caractère bien trempé, Gérard
Collomb accepte l’offre d’Emmanuel Macron. Difficile de ne pas accompagner son
poulain, en qui il a toujours cru. En février 2016, le maire de Lyon est le premier grand élu à chanter publiquement
les louanges du ministre de l’Économie
de François Hollande. Emmanuel Macron
« porte une véritable vision qui correspond
au XXIe siècle », répète-t-il, alors que
personne ne croit encore aux chances du
trentenaire.
Pendant la campagne, le soutien du
septuagénaire est déterminant : il crédibilise le candidat en quête de ralliements
et met ses réseaux à disposition. C’est
dans les locaux parisiens de la métropole
de Lyon que s’organise ainsi une rencontre ultraconfidentielle entre Emmanuel
Macron et Alain Juppé, avant le second
tour. Convaincue que Gérard Collomb a
utilisé des moyens publics pour aider son
poulain, l’opposition lyonnaise a
d’ailleurs porté plainte, en juin 2018. Une
procédure est désormais ouverte par le
parquet de Lyon pour « détournements de
fonds publics et abus de biens sociaux ».
Devenu le « premier flic de France »,
Collomb fait voter la loi asile et immigration et s’impose comme l’un des hommes
forts. Il a la ligne directe avec le chef de
l’État. Leurs rapports sont chaleureux,
francs, parfois « cashs ». Cumulard assumé, homme de réseau qui n’a jamais caché son appartenance à la franc-maçonnerie, Gérard Collomb a beau avoir tous
les attributs de l’« ancien monde », il devient l’un des piliers de la macronie. « On
se dit les choses en face », confie-t-il dans
L’Express. « Gérard est habitué aux passions fugaces en politique, rappelle un proche. Mais rapidement, il finit par trouver
des défauts à la personne dont il s’est entiché. Avec Macron, c’est sa plus longue lune
de miel. »
L’idylle connaît ses premiers orages,
après un an aux responsabilités. Le locataire de Beauvau s’insurge publiquement
contre l’instauration de la limitation de la
vitesse à 80 km/h. Puis, il regrette le manque d’« humilité » d’un pouvoir déconnecté, cédant à l’« hybris » du pouvoir.
L’ancien agrégé de lettres classiques, qui
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 19 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
différée de Collomb
ne pas faire campagne en tant que membre du gouvernement.
Med, il vaut quand même mieux que tout
cela soit un peu cadré », confie un ministre.
Car en arrière-plan, le programme de réformes se poursuit et c’est cela plutôt cela
que le chef de l’État voudrait mettre en
avant. « La rentrée est agitée médiatiquement et politiquement, ce n’est pas facile,
reconnaît-on dans l’entourage d’Édouard
Philippe. « Mais les fondamentaux demeurent : l’appareil politique fonctionne, le président et le premier ministre sont alignés
comme rarement et le groupe majoritaire est
là. Dans le tourbillon de la rentrée, nous devons rester calmes et garder le cap. » Sans
se laisser déstabiliser par les ambitions
personnelles des uns ou des autres donc.
De toute façon, comme le souligne presque
à regret un conseiller d’Emmanuel Macron, « dans le nouveau monde, il y a un
truc que nous n’avons pas changé, c’est la
nature humaine, celle-là même qui constitue la matière première de la politique… ». ■
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Une annonce qui sonne le glas
du macronisme heureux
Q
uand une simple évidence
provoque une grave
turbulence. Que Gérard
Collomb se prépare à briguer
un nouveau mandat à la tête
de Lyon est tout sauf une surprise.
Élu municipal depuis quatre décennies,
il a construit une métropole inédite et a
un bilan local applaudi bien au-delà de
sa famille politique. D’une certaine
Tel. 01.55.35.20.20
Gouvernement
cherche premier flic
de France
La guerre de succession est lancée.
En annonçant presque neuf mois
à l’avance son départ du ministère
de l’Intérieur, Gérard Collomb a
également ouvert la course pour
le remplacer. À l’Élysée, un conseiller
du président lève les yeux au ciel
à l’évocation des marques d’intérêts
pour le poste déjà signalées avant
l’interview de Gérard Collomb. Au
grand jeu du name dropping, plusieurs
profils reviennent en boucle. Il y a
Gérald Darmanin d’abord. L’actuel
ministre du Budget figure toujours
parmi les cadres à haut potentiel
du macronisme. Il y a Frédéric
Péchenard ensuite, le vice-président
LR du conseil régional d’Île-de-France
chargé de la sécurité et proche de
Nicolas Sarkozy. Il vient de refuser de
devenir préfet des Hauts-de-France.
Il y a aussi Jean-Michel Fauvergue,
l’ancien patron du Raid et conseiller
sécurité d’Emmanuel Macron pendant
la campagne. Et puis il y a tous ceux
qui surgiront dans les neuf mois
pour faire campagne. Un casse-tête
à venir qui agace déjà à Matignon
où l’on balaie d’un revers de main les
ambitions exprimées ou non des uns
ou des autres : « Le gouvernement
n’est pas une entreprise avec des
ouvertures de postes. »
F.-X. B.
dans son fief
#CIAOBYTODS
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8h10
sur Radio Classique
Comment gérer la place Beauvau avec un simple CDD ?
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
COMMENT gouverner Beauvau lorsque
l’on vient d’annoncer sa démission dans
sept mois ? Gérard Collomb plonge l’Intérieur dans un scénario inédit. Jusqu’alors, les politiques préféraient
conserver les manettes tout en faisant
campagne le plus longtemps possible.
Nicolas Sarkozy a lâché Beauvau en
mars 2007 pour gagner la présidentielle
en mai. Certes, il était candidat depuis
novembre. Mais il lâchait le poste pour la
fonction suprême. Une perspective qui
n’incitait guère les hauts fonctionnaires
les plus versatiles à lui manifester de la
défiance. Gérard Collomb, quant à lui,
part pour Lyon…
La tentation pour l’administration de
se mettre en pause en attendant le nouveau patron n’est pas négligeable dans
une maison qui a le culte du chef. Il est
certain également que la structure est
autoporteuse. En clair : les grandes directions générales de la police, de la gendarmerie et du renseignement intérieur
portent les réformes et s’auto-administrent. À tel point que, lorsqu’un ministre
est en verve, il vous glisse qu’il doit avant
tout se battre contre l’inertie de sa propre administration. Les grands patrons
aiment, de leur côté, à rappeler qu’ils ont
vu passer beaucoup de ministres.
Pour un Pasqua ou un Sarkozy qui ont
su incarner la fonction, combien ont eu
du mal à endosser le costume ! Au reste, à
nommer des ministres de l’Intérieur
pour quelques mois seulement, la tête de
l’exécutif a contribué au fil du temps à
affaiblir la fonction.
Sous double commande
Qui peut croire aujourd’hui que le ministre de l’Intérieur exerce pleinement
ses attributions ? Il y a bien longtemps
que la « maison » est placée sous double
commande. L’Élysée décide ce qui est
stratégique. Le sommet de l’exécutif va
jusqu’à relire la moindre interview du
premier flic de France avant publication.
Bien des choses se gèrent directement
entre le secrétaire général de l’Élysée et
les directeurs des cabinets d’Emmanuel
Macron et de Gérard Collomb. Une
coadministration si développée qu’il a
fallu attendre l’affaire Benalla pour réaliser combien certaines mauvaises habitudes avaient été prises. Mais à la fin, qui
s’en va ?
Gérard Collomb savait en devenant
ministre à Paris qu’il pourrait se voir reprocher, comme Brice Hortefeux en son
temps, d’être trop souvent sur ses terres
d’élection. Il a voulu clarifier les choses,
en déclassant son CDI en simple CDD.
Alors qu’il était plutôt apprécié des troupes. Sa tâche va se compliquer. ■
1
s’était amusé à citer saint Augustin pendant une séance des questions au gouvernement (« J’aimais aimer et, aimant aimer,
je cherchais qui aimer »), revendique un
retour au terrain, aux « conversations des
Français […]. Sortons du politiquement correct », lâche-t-il dans L’Express, en assumant de parler de « régions submergées »,
de migrants procédant à une forme de
« benchmarking ». Il regrette aussi qu’on
charge « la barque » des retraités. Pour
aplanir leurs divergences, les deux hommes ont dîné ensemble à l’Élysée, le
10 septembre, selon Le Parisien.
C’est surtout la gestion de l’affaire
Benalla qui a instillé une certaine distance.
L’Élysée souhaite alors donner des indications à Gérard Collomb, avant son audition
par les sénateurs. L’intéressé fulmine, qui
se considère comme étranger aux actions
du chargé de mission de l’Élysée. Symbole
de ces tensions : dans l’entourage du président, certains commencent à égratigner
« Gégé ». « Il est fatigué, son périmètre est
trop grand », grince un proche. Mais c’est
surtout avec le premier ministre que les
relations se révèlent compliquées, au point
qu’Édouard Philippe caresse l’idée d’exfiltrer Gérard Collomb et de le remplacer par
le prometteur Gérald Darmanin, dans le
cadre d’un remaniement plus large. Option qui ne sera pas retenue. En annonçant
lui-même la date de son départ, Gérard
Collomb met le président, seul maître des
horloges, dans l’embarras. En interne, il
affaiblit également son ministère (lire cicontre). « Gérard Collomb ne veut pas se
payer l’impopularité du gouvernement, il
veut refaire des mois de terrain pour se dégouvernementaliser », analyse un membre
du gouvernement. Si Gérard Collomb est
réélu à l’hôtel de ville, en 2020, ce sera son
quatrième mandat. ■
façon, Collomb, c’est Lyon et Lyon,
c’est Collomb. Et dans son action
gouvernementale, ses références restent
toujours lyonnaises. Cette tentation
du retour entre Saône et Rhône
était donc signée d’avance.
Mais le moment, les modalités et l’effet
de cette annonce sont un tracas de plus
pour Emmanuel Macron.
Au moment où le chef de l’État
essaie de reprendre la main sur
des sujets de fond et essentiels pour
les Français, l’interview de Collomb
à L’Express occulte en partie
les annonces importantes sur la refonte
du système de santé. Mais surtout,
rien ne l’obligeait à dévoiler
ses intentions dix-huit mois à l’avance.
S’il y en a un dont l’assise locale
lui permettait d’attendre le dernier
moment pour se déclarer, c’est bien lui.
Anticiper à ce point, c’est avouer
en creux qu’il ne croit plus à ce qu’il fait
Place Beauvau ; qu’il a épuisé les
charmes de la fonction ou, plus grave,
qu’il n’espère plus y faire bouger
les choses en profondeur.
L’échéance qu’il fixe pour son départ
est doublement étonnante.
Le lendemain des européennes,
c’est dans huit mois. Gérard Collomb
crée ainsi un statut de ministre sursitaire
dont la parole risque de ne plus guère
peser ; sur des questions (la sécurité,
l’immigration, l’islam…) où l’autorité
et l’engagement de la parole
ministérielle sont plus impératifs
qu’ailleurs. Fixer soi-même l’échéance,
c’est ensuite faire peu de cas
des prérogatives du chef de l’État
qui nomme les ministres et se charge
de « mettre fin à leurs fonctions ».
Victime il y a trois semaines de la
démission précipitée de Nicolas Hulot,
Macron est aujourd’hui victime
de la démission différée de son ministre
de l’Intérieur.
Et celle-là pèse lourd aussi.
Sur le plan politique bien sûr,
alors que des arbitrages décisifs sont
attendus sur l’organisation de l’islam,
sur le Grand Paris, les lois électorales…
Et plus encore sur le plan affectif.
Car l’élu de Lyon n’est pas n’importe
qui dans le dispositif macronien. Dans
cette aventure inédite, il fut le premier
des Marcheurs. Auprès du béotien
Macron, l’expérimenté Collomb était
à la fois un grand frère protecteur,
un guide au sein des arcanes complexes
de la vie politique et des réseaux locaux,
ainsi qu’une parole libre capable de lui
dire son fait sans souci de courtisanerie.
Par son ADN réformateur au sein
de la gauche et son discours sécuritaire
à l’Intérieur, il assurait enfin le rôle
de flotteur droit de la macronie.
Y a-t-il eu brisure personnelle entre
les deux hommes ? L’affaire Benalla
n’a été bien vécue par aucun des deux.
Et l’Élysée peut s’agacer des lenteurs
de Beauvau sur le dossier de l’islam.
Mais du fait de leur histoire commune,
cette annonce vient refermer la page
du chapitre heureux du macronisme.
Et donne le sentiment que ce n’est plus
auprès de Macron que se trouve
le bonheur ou que l’action peut se
poursuivre. Dans ce chapelet
de mauvaises nouvelles qui égrène
la rentrée du chef de l’État,
celle-là n’est pas la plus anodine. ■
A
faire savoir puis de faire ses valises autour
des élections européennes. Car à l’heure
où l’exécutif s’enfonce dans l’impopularité, certains peuvent être tentés de commencer à faire campagne en se démarquant de la ligne gouvernementale. Et
Emmanuel Macron ne veut pas en entendre parler. Et puis, « à côté des ambitions
personnelles, il n’est pas question non plus
que l’on gère des idées farfelues sur la fiscalité comme cette proposition de réformer les
droits de succession », explique un proche
du chef de l’État, en référence à la proposition, rejetée, de Christophe Castaner.
Emmanuel Macron fera passer ces
consignes mercredi dans le cadre solennel
du Conseil des ministres. Elles viseront
désormais Benjamin Griveaux et Mounir
Mahjoubi, candidats putatifs à la mairie de
Paris. « Si on ne veut pas que ça vire au Club
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mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
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POLITIQUE
Gilles Le Gendre, le choix de la continuité
Ce macroniste de 60 ans, député de Paris, a été élu mardi président du groupe LaREM. Il succède à Richard Ferrand.
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
ASSEMBLÉE Il était le premier à défendre sa candidature devant ses collègues
députés, mardi matin, à 8 h 30. Spécialiste d’économie mais aussi fin littéraire,
Gilles Le Gendre a déroulé son programme, façon discours de politique générale,
en revenant sur son parcours personnel
et en insistant sur l’ADN de La République en marche (LaREM). « Son discours
était bon, il a détendu l’atmosphère », raconte une députée présente. Peu de
temps après, l’élu parisien, jusqu’ici numéro deux officieux du groupe, a fait
deux apparitions furtives salle des Quatre
Colonnes. La démarche aérienne et rapide tranche avec la prudence affichée.
« My lips are sealed », répète-t-il aux
journalistes, soucieux de garder le silence. « Je suis superstitieux. »
L’issue de l’élection était encore incertaine. Au sommet de l’État, Emmanuel
Macron a surveillé de près la campagne.
Le chef de l’État a lu les déclarations de
foi des candidats. Au premier tour, Gilles
Le Gendre est devancé de deux voix par
Roland Lescure, son concurrent de la
commission des affaires économiques. À
la mi-journée, il l’emporte finalement
largement, avec 59 % des voix, bénéficiant notamment du report des voix des
soutiens d’Amélie de Montchalin, qui a
terminé en troisième position.
En élisant ce député loyal, bon soldat
de la macronie, les députés LaREM ont
privilégié la continuité. Car s’il a hésité à
se présenter, le tombeur de Nathalie
Kosciusko-Morizet dans la deuxième
circonscription de Paris était présenté
depuis plusieurs mois comme le successeur naturel de Richard Ferrand, qui a
quitté le groupe pour s’installer au perchoir. « Les députés ont besoin de points
de repère, et Gilles a un profil rassurant. Il
avait déjà l’expérience », félicite Coralie
Dubost, actuelle vice-présidente du
groupe. « Gilles est un rassembleur. Il a
été au côté des députés depuis le premier
jour. Il sait aller au front quand c’est nécessaire pour appuyer le travail parlementaire », loue la porte-parole Aurore Bergé. De nombreux élus soulignent les
qualités humaines de Gilles Le Gendre,
qui a su se montrer à l’écoute de ses collègues. « C’est le seul du bureau qui m’a
soutenue pendant les débats sur la loi asile
et immigration, salue Martine Wonner,
députée du Bas-Rhin qui avait exprimé
des réserves sur ce texte. Écoute, échange, management, bienveillance et parole
plus libre pour les députés. »
Reconnaissance des sensibilités
Après une multitude de candidatures
pour la présidence du groupe - sept après
trois retraits de dernière minute -, l’ensemble des députés s’est rassemblé
derrière le vainqueur. Du moins en apparence. « Les députés voulaient le changement, ils votent pour un clone de
Ferrand. Ou plutôt un clone de Ferrand
sans son talent », grimace un député qui
prônait la rupture.
« Tout le monde a fait le constat qu’on
voulait changer, davantage peser sur
l’exécutif, mais finalement cela ne s’est
pas traduit dans les votes », regrette la
députée Sonia Krimi, qui avait apporté
son suffrage à la présidente de la com-
mission des affaires sociales Brigitte
Bourguignon. Gilles Le Gendre devra rapidement prendre les rênes de ce groupe
complexe, à l’approche des débats budgétaires à l’Assemblée. En interne, après
une première année menée tambour
battant, beaucoup espèrent toujours une
meilleure organisation des débats internes, une reconnaissance des différentes
sensibilités et davantage de considération de la part du gouvernement. « Il faut
pouvoir être en capacité de créer un rapport de force avec l’exécutif », plaide Florent Boudié, député LaREM de Gironde.
« Nous devons retrouver la promesse initiale d’En marche, être force de propositions et la voix de nos concitoyens, montrer
nos singularités », abonde le député de
Paris Pacôme Rupin.
En toute logique, le nouveau président
de groupe devrait réunir l’actuelle direction du groupe dans les jours à venir et
décider d’un éventuel renouvellement
des postes. « Je serai vigilant à ce qu’on
ait la pluralité des idées et des talents dans
l’équipe dirigeante », prévient Aurélien
Taché, député du Val-d’Oise. ■
Réactions en chaîne
après la démission
de Nicolas Hulot
Nicolas Hulot
28 août 2018 Démission
François de Rugy
François
de Rugy
remplace
Nicolas Hulot
Gilles Le Gendre,
à l’Assemblée nationale,
en juillet 2017.
4 sept. 2018
THOMAS PADILLA/MAXPPP
Ministre d'État,
ministre de la Transition
écologique et solidaire
Applique la politique du gouvernement
SON CHANTIER BRÛLANT
Fixer la part du nucléaire dans
la production d'énergie dans
le cadre de la programmation
pluriannuelle de l'énergie (PPE)
Richard Ferrand
Richard
Ferrand
remplace
François
de Rugy
12 sept. 2018
L’ascension discrète d’un novice en politique
« J’ADORE ce groupe. J’adore la richesse
des personnalités, la brochette des compétences. C’est un repère de talents formidables, une écurie de pur-sang à la
robe frémissante », confiait Gilles Le
Gendre au Figaro, avant l’été. Cette déclaration d’amour - un brin lyrique montre bien que le vice-président se
préparait en coulisses, depuis plusieurs
mois, à succéder à Richard Ferrand. Il
n’avait cependant pas anticipé que son
heure arriverait si vite. Le renouvellement des postes, initialement prévu
pour mi-mandat, a été précipité par la
nomination de François de Rugy au
gouvernement et de l’élection de Richard Ferrand au perchoir. Alors que
plusieurs prétendants avaient annoncé
leur candidature, la semaine dernière,
pour la présidence du groupe, Gilles Le
Gendre a attendu le dernier moment
pour sortir du bois. Certains pariaient
même sur son renoncement. Dans sa
profession de foi, il promet « plus de collégialité, plus de politique, plus d’efficacité ». « Je crois que je suis le mieux à
même de nous rassembler, d’écouter chacun, de tirer le meilleur parti de la diversité de nos talents (et de nos caractères !)
et de faire en sorte de n’oublier personne,
absolument personne, dans l’attribution
des rôles et des personnalités », a-t-il
écrit.
En l’absence de Richard Ferrand, depuis un an, c’est Gilles Le Gendre qui
animait les réunions de groupe et le représentait dans les réunions stratégiques comme les petits déjeuners de la
majorité. Cet ex-entrepreneur et journaliste, libéral convaincu, a su s’imposer en toute discrétion au sein de ce collectif disparate. Il est apprécié aussi bien
à l’Élysée qu’à Matignon, ce qui lui
confère une certaine légitimité auprès
des troupes. Après le passage de Richard
Ferrand, parfois critiqué pour sa raideur, Gilles Le Gendre incarne un autre
style. Ses collègues - qui parfois le surnomment « l’étonnant monsieur Le
Gendre » pour son sens du verbe et ses
costumes souvent désuets - lui reconnaissent un entregent certain et un
grand sens de l’écoute. Le député parisien, novice en politique, est aussi
connu pour son extrême courtoisie et
son goût du consensus. « Il n’est pas clivant, il ne suscite ni attraction ni répulsion », résumait un député LaREM. Il
devra toutefois se départir du bilan de
Richard Ferrand, dont il est proche,
pour se faire accepter. Au sein du groupe, alors que des députés veulent davantage affirmer des sensibilités (lire cidessus), l’élu devra trouver un juste
équilibre entre le respect de la discipline
et la réapparition du clivage droitegauche, qu’il porte en horreur. Lui, est
“
Il n’est pas clivant,
il ne suscite ni attraction
ni répulsion
UN DÉPUTÉ LAREM
”
pourtant classé plutôt à droite par ses
pairs. « Nous sommes absolument tous
unis maintenant pour aller de l’avant
pour soutenir le programme de réformes
du président de la République et du gouvernement », a-t-il déclaré à la presse
après son élection.
Gilles Le Gendre, qui a grandi à
Neuilly-sur-Seine dans une famille catholique, a exercé des responsabilités
importantes dans le privé. Son adhésion
à La République en marche, dès le prin-
temps 2016, est son premier engagement politique notable. Il est très vite
propulsé référent des Ve et VIe arrondissements de Paris et veille depuis à
conserver un lien avec les Marcheurs.
Ainsi, quand les militants de sa circonscription prétextent une réunion sur la
réforme constitutionnelle pour lui organiser une soirée d’anniversaire surprise, pour ses 60 ans, en mai dernier,
Gilles Le Gendre a du mal à masquer son
émotion. Défenseur infatigable de l’action d’Emmanuel Macron, le parlementaire n’a jamais un mot plus haut que
l’autre. « Un chef de colo, un “M. Loyal”,
qualifie un député. Il sera là pour animer
un collectif. Pas pour faire de la politique. »
Aura-t-il la carrure et le répondant
nécessaires face aux présidents de groupe de l’opposition comme Christian
Jacob et Jean-Luc Mélenchon, dans
l’Hémicycle ? Certains députés pointent
son « profil lisse » et son « inexpérience ». « Il manque de carrure », regrette
un élu LaREM. Son profil très parisien,
alors que certains plaidaient pour une
personnalité plus rurale, suscite aussi
quelques crispations en interne. ■ M. S.
Président de l'Assemblée nationale
Garantit le fonctionnement de l 'Assemblée
nationale et préside les séances
SON CHANTIER BRÛLANT
Se mettre d'accord avec le président
du Sénat sur la révision constitutionnelle
Gilles Le Gendre
Gilles
Le Gendre
remplace
Richard
Ferrand
18 sept. 2018
Président du groupe parlementaire
LaREM à l'Assemblée nationale
Fait respecter la discipline
de vote des députés du groupe
SON CHANTIER BRÛLANT
Assurer l'unité d'un groupe traversé
par des sensibilités sociale
et écologique en éveil
Infographie
L’absence de femmes suscite des critiques dans la majorité
A
MÉLANIE VOLLAND £@MelanieVolland
UNE NOUVELLE occasion manquée. La
République en marche aurait pu porter
une femme à la tête de son groupe parlementaire. Au départ, elles étaient même
quatre candidates en lice pour remplacer
Richard Ferrand, élu la semaine dernière
président de l’Assemblée nationale.
C’est pourtant le député de Paris, Gilles
Le Gendre, qui hérite du fauteuil de patron de la majorité dans l’Hémicycle.
Malgré ses velléités de changement, la
parité peine encore à se frayer un chemin
dans les hautes sphères du groupe majoritaire, pourtant composé à 47 % de députées. De quoi susciter des critiques au
sein même de la majorité. « C’est une occasion ratée d’avoir enfin une femme à la
tête du groupe », a regretté la députée LaREM Sonia Krimi. Le député FrançoisMichel Lambert s’est contenté de tweeter
le morceau Où sont les femmes ? de Patrick Juvet. Alors que la vice-présidence
du groupe pourrait incomber à Amélie de
Montchalin, l’ex-candidate à la présidence de l’Assemblée Cendra Motin s’en
réjouit « même si, comme beaucoup, [elle]
aurai[t] préféré que ce soit une numéro 1 ».
Lot de consolation
Les seuls postes d’envergure auxquels des
femmes ont eu accès à l’Assemblée sont
les présidences de commission. Sur huit
commissions permanentes, la moitié sont
dirigées par des députées. Un maigre lot
de consolation quand on sait que la volonté, au sein de la majorité, de porter
une femme à un poste de responsabilité se
faisait entendre dès le premier vote pour
la présidence de l’Assemblée, en 2017.
Cette année, alors que la nomination de
François de Rugy au gouvernement laissait le perchoir vacant, des voix se sont à
nouveau élevées en faveur de l’élection
d’une présidente. Pour l’heure, aucune
femme n’a jamais réussi à accéder au
poste. La candidature de Barbara Pompili
n’a obtenu que 85 voix, laissant Richard
Ferrand lui ravir le siège. Le jour de son
élection, le macroniste avait d’emblée
tenté de faire taire les critiques relatives à
sa nomination. « Vous me pardonnerez de
ne pas être une dame », avait-il lancé,
créant la polémique.
Une semaine plus tard, rebelote. Malgré
plusieurs candidatures féminines, c’est
donc Gilles Le Gendre qui a été choisi. La
première femme, Amélie de Montchalin,
arrive en troisième position avec seulement 45 voix. « Les femmes, donc la moitié
du groupe En marche, ont bien l’intention de
continuer à peser », a soutenu la candidate
malheureuse après le vote. L’ex-candidate au perchoir Barbara Pompili était pour
sa part plus nuancée. « Le renouvellement
n’est pas dans les postes de direction », at-elle regretté. À ce niveau, le nouveau
monde n’a rien à envier à l’ancien. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
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POLITIQUE
Anne Hidalgo :
« Non,
je ne suis pas
isolée »
premier adjoint. Au moins, le départ de Bruno Julliard aura clarifié
les choses. Et je préfère qu’elles le
soient en septembre 2018 que plus
tard.
Bruno Julliard vous connaît bien,
ainsi que les rouages de l’Hôtel
de ville. Êtes-vous inquiète qu’il
rejoigne le « nouveau monde » ?
Chacun est libre, vous savez. Chacun est face à sa conscience. Il n’y a
pas de secret ici. Ceux qui ont essayé de trouver des choses cachées
dans ma vie n’ont rien trouvé. Ça
fait vingt ans qu’ils essayent. J’ai
une colonne vertébrale construite
par un héritage familial, qui est
fondé sur l’honnêteté. Je ne suis
pas différente en privé de ce que je
suis face à une foule ou face aux
journalistes.
Affaiblie par la démission de son
premier adjoint, Bruno Julliard, la
maire de Paris confie sa « déception ».
PROPOS RECUEILLIS PAR
FRANÇOIS DELÉTRAZ £@deletraz
YOHAN BLAVIGNAT£@yohanblavignat
ÉTIENNE JACOB £@JacobEtienne
INTERVIEW Mise en difficulté dans
de nombreux dossiers comme Vélib’ et Autolib’, Anne Hidalgo a été
confrontée lundi à un événement
majeur : la démission de son premier adjoint, Bruno Julliard. En interne, le départ de l’ancien militant
de l’Unef était pressenti. « Cela fait
six mois qu’on travaille sans premier
adjoint », souffle-t-on dans l’entourage de la maire.
Moins de vingt-quatre heures
après ce coup de tonnerre, Anne
Hidalgo a reçu Le Figaro dans son
vaste bureau de l’Hôtel de ville.
LE FIGARO. - Quel a été votre
sentiment après la démission
de votre premier adjoint ?
Anne HIDALGO. - On n’a pas de
colère dans ce genre de situation,
mais je ressens une énorme déception, bien sûr. J’ai bossé avec Bruno
pendant dix ans. Je lui ai accordé
ma confiance. Je l’ai marié il y a un
an. C’était aussi une relation affec-
Vous avez immédiatement
annoncé le nom d’Emmanuel
Grégoire, adjoint chargé du budget,
pour le remplacer…
Emmanuel Grégoire est quelqu’un
de solide. Il sera premier adjoint en
charge des finances mais va se
mettre en retrait de la direction de
la fédération du PS. C’est un jeune
homme brillant, qui a fait de belles
études. Il a une tête vraiment bien
construite, il a du fond. Après l’été
2015, c’est lui qui m’a suggéré de
réformer le statut de la ville de
Paris. Il m’a fait une note, brillante,
que j’ai partagée à l’époque avec
Manuel Valls, François Hollande et
Bernard Cazeneuve. Ils m’ont dit :
« Écoute, on peut tenter le coup, essayer. » Emmanuel Grégoire a déjà
beaucoup inspiré cette mandature
sur des sujets de fond. Il réfléchit
beaucoup et est d’une grande
loyauté. Je sais que je vais pouvoir
compter sur lui dans la bagarre.
savais pas qu’il était en désaccord car il ne l’a jamais exprimé ! Il a
mentionné l’étude sur la gratuité
des transports : je lui ai dit que je
l’avais confiée à trois adjoints, dont
deux qui sont hostiles à cette question. Je n’ai pas tranché sur le sujet.
La surprise, c’est la violence de ses
propos.
Bruno Julliard s’attaque à vous
personnellement…
C’est très violent. Malheureusement, c’est le lot de la fonction
qu’on occupe. Être maire de Paris,
c’est avoir les épaules larges et savoir encaisser. Je pense à ceux qui
ont vécu des choses de cet ordrelà. C’est encore plus dur quand cela
vient de son propre camp. Il faut
être à la hauteur.
Il évoque notamment votre
« repli » sur l’Hôtel de ville…
Si vous regardez mon activité, ce
n’est pas le cas. Les psychologues
disent souvent : « On ne parle jamais que de soi. »
Votre adjoint vous reproche également de « gouverner à l’instinct ».
Qu’en penAprès la présidentielle, je pense que sez-vous ?
pobeaucoup de gens de la génération L’instinct
litique se forde Bruno Julliard se sont dit :
me à partir
des connais« Wow, on peut être président
sances
sur
à 39 ans. Que serai-je à 39 ans ? »
différents sujets, de son
ANNE HIDALGO
ouverture au
monde des idées, de ses rencontres
tive. J’ai été treize ans adjointe de
avec des intellectuels, des artistes
Bertrand Delanoë et je considère
ou des personnes dans la rue. Il faut
que le maire a la légitimité. Il tralire beaucoup, se documenter.
vaille avec une équipe, il écoute,
Heureusement que l’on a cette vamais il a ses intuitions, même si on
leur ajoutée, sinon un fonctionest à un moment donné en désacnaire pourrait très bien faire notre
cord ou en nuance.
job. On se doit de sentir les choses.
Que vous a-t-il dit lorsqu’il
Vous n’avez donc rien pressenti ?
s’est présenté dans votre bureau,
lundi matin ?
Lundi, en arrivant dans mon buIl m’a dit : « Je viens te porter ma déreau, je me suis doutée qu’il allait
mission. » Je lui ai dit de m’en donme dire quelque chose de l’ordre
ner les raisons. Il m’a répondu qu’il
d’une décision. Mais jamais il ne
démissionnait essentiellement pour
m’avait exprimé des désaccords
des raisons personnelles, qu’il avait
importants en direct. Je ne comenvie de faire autre chose. Tout cela
prends pas tout des raisons de ce
est très bien. Mais je lui ai demandé
départ. Après la présidentielle, je
de ne pas abîmer ce que nous sompense que beaucoup de gens de la
mes. Il m’a alors dit : « Je te fais juste
génération de Bruno Julliard se
part de quelques désaccords misont dit : « Wow, on peut être présineurs. » Il a évoqué le passe Navigo
dent à 39 ans. Que serai-je à
gratuit pour les seniors. Mais je ne
39 ans ? » C’est un peu le « si j’ai pas
Ce départ va-t-il vous faire
prendre conscience, comme
l’espère Bruno Julliard,
que certaines choses ne vont pas
dans votre manière d’agir ?
L’électrochoc dont parle Bruno,
cela produit de la colère chez ses
collègues qui se disent que ce n’est
pas fair-play. Car par les sujets qu’il
évoque, c’est l’action de toute une
équipe qu’il remet en cause. Mais je
peux compter sur mes adjoints, les
maires d’arrondissement et beaucoup d’autres. C’est quand même
plutôt réconfortant pour moi. Non,
je ne suis pas isolée.
«
»
Anne Hidalgo (ici dans
son bureau, à l’Hôtel
de ville) : « Être maire
de Paris, c’est avoir
les épaules larges
et savoir encaisser. »
F. BOUCHON/LE FIGARO
ma Rolex à 50 ans, j’ai raté ma
vie ». Pour toute cette génération
d’hommes pressés, cette élection
les a déstabilisés. J’ai senti cette réflexion chez Bruno Julliard, dont
toute la vie s’est construite autour
de la politique, au sein d’un syndicat étudiant, puis d’un parti, même
si la gestion municipale lui a donné
l’opportunité de faire autre chose.
J’ai senti qu’il se disait que le monde politique n’allait plus être comme il était, qu’il n’était plus possible de s’inscrire dans des
trajectoires comme j’ai pu le faire
avec Bertrand Delanoë en se formant, en acceptant l’autorité de
celui qui est maire.
Depuis six mois, Bruno Julliard
était beaucoup plus effacé…
Lorsque j’étais première adjointe
de Delanoë, il a été très attaqué. Je
considérais que c’était lui le patron
de cette maison, que j’essayais
d’influencer ou de faire évoluer un
certain nombre de décisions. Plus
le temps passait, plus Bertrand prenait en compte ce que je disais. En
revanche, si je n’étais pas d’accord
avec lui, c’est lui qui avait la légitimité car c’est lui qui avait porté la
conquête de Paris et qui était maire.
J’étais dans ce schéma-là. Or,
quand les choses ont été très difficiles cet hiver avec un bashing, des
attaques, une entreprise de démolition assez bien orchestrée à mon
encontre, je me suis rendu compte
que toute mon équipe était à mes
côtés, me soutenait dans cette période difficile, à l’exception de mon
Êtes-vous toujours confiante pour
les élections municipales de 2020 ?
Tout à fait. Certains essayent de
faire de 2020 un enjeu de politique
nationale. Toutes les élections municipales depuis Jacques Chirac ont
été très médiatisées parce que c’est
Paris. Et forcément, il y a ceux qui
viennent pour le prestige ou parce
qu’ils y voient un tremplin. Beaucoup se verraient bien maire de
Paris. Je n’en doute pas. 2020 sera
une élection très disputée, je le sais,
mais elle sera très différente de ce
qu’on a connu jusqu’à présent. Je
pense que toutes ces habiletés politiciennes, ces habiletés d’apparatchiks ne sont pas celles qui vont
être soutenues par les Parisiens.
Seule une petite partie des électeurs votent sur des considérations
de politique nationale. Les Parisiens voteront sur les sujets liés à
leur vie quotidienne. ■
Maurel : « Il faut des âmes fortes pour sauver l’Europe »
L’eurodéputé socialiste Emmanuel Maurel était mardi l’invité du « Talk Le Figaro ».
A
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
PARTI SOCIALISTE « Nous avons subi
une telle débâcle électorale que nous
flirtons avec la marginalité politique… »
Invité mardi du « Talk Le Figaro »,
Emmanuel Maurel, chef de file de l’aile
gauche du PS, dresse un constat sans
appel. Si ce constat de l’eurodéputé est
globalement partagé au sein de son parti, quoique de façon parfois moins brutale, tous ne considèrent pas que l’affaire est sans espoir. Maurel pour sa part,
ne voit qu’une issue : « Il faut faire des
choix que je qualifierais de radicaux. » Et
il semble loin d’être assuré que ces choix
puissent être posés.
Maurel va-t-il donc se décider, comme il le laisse entendre depuis des mois
maintenant, à quitter le PS pour consti-
tuer sa propre formation politique avec
la sénatrice PS Marie-Noëlle Lienemann, et rejoindre La France insoumise
en vue des européennes ? Le suspense
n’est pas encore complètement levé
même s’il donne des signes de rupture
de plus en plus évidents. Dans son rejet
d’un éventuel retour de François
Hollande, déjà, « incapable de reconnaître ses erreurs et qui n’assume rien de
ses fautes politiques ». Mais aussi sur
l’Europe.
« L’Europe pour la sauver, car nous en
sommes là, il faut des âmes fortes et des
caractères vigoureux avec des visions
précises. Je prétends faire partie de ceuxlà », a-t-il ainsi assené. Un hommage en
creux à son ami Jean-Luc Mélenchon, le
leader des Insoumis, mais aussi un missile envoyé à certains de ses pairs socialistes comme le commissaire européen
Pierre Moscovici. Ce dernier n’a pas
complètement écarté la possibilité de se
présenter comme tête de liste socialiste.
Or, il incarne pour Maurel « les sociauxdémocrates » qui ont « un problème de
crédibilité » en Europe. « Ils n’ont pas été
brillants et ils se sont englués dans de
grandes coalitions avec la droite qui
aboutissent à l’impuissance, voir à l’oubli
de nos idées et de nos propositions. »
Poser les bases
Lors d’un bureau national mardi soir, les
socialistes devaient justement poser les
bases de leur texte d’orientations européennes. Et leurs désaccords. Lundi, la
commission chargée de rédiger le texte
s’est réunie de 10 heures jusqu’à minuit,
pour tenter d’aplanir les différents.
Eurodéputé et membre de ce groupe,
proche du premier secrétaire Olivier
Faure, Christine Revault d’Allonnes l’assure : « Les tenants des différents courants avec beaucoup en
commun, contrairement à ce que les
uns et les autres veulent laisser croire. »
Elle-même « disponible » pour être tête
de liste si Moscovici renonçait à être
candidat, Revault d’Allonnes reconnaît
cependant deux désaccords majeurs,
susceptibles de créer rapidement la rupture avec Maurel. D’abord « une volonté
de quitter l’Otan » qui ne serait selon elle
« partagée par personne chez les socialistes européens ». Mais aussi « sa volonté
de quitter le groupe des socialistes, le PSE,
si le Spitzenkandidat, leur chef de file, ne
devait pas convenir ». Or, pour l’eurodéputée PS, « le choix du chef de file européen est soumis au vote de l’ensemble des
militants socialistes. Nous devons respecter cette procédure démocratique ». ■
EMMANUEL MAUREL,
hier, dans le studio du Figaro.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
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LE FIGARO
mercredi 19 septembre 2018
INTERNATIONAL
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Cour suprême : l’embarras de Trump
Le président fait
preuve de prudence
à l’égard de son
candidat, Brett
Kavanaugh, accusé
de tentative de viol.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
ÉTATS-UNIS La scène politique américaine va satisfaire son penchant pour le
spectacle, la dramaturgie et le scandale
avec une audition au Sénat, lundi prochain, comme on n’en a pas vu depuis
plus d’un quart de siècle : une confrontation publique et sous serment entre un
candidat à la plus haute juridiction du
pays et une femme qui l’accuse d’agression sexuelle il y a trente-six ans.
Selon ses dires, Christine Blasey Ford
avait 15 ans, Brett Kavanaugh 17, lorsqu’ils se sont croisés à l’été 1982 dans une
soirée en banlieue de Washington. Très
avinés, le futur juge et un de ses camarades, un dénommé Mark Judge, auraient
suivi Christine alors qu’elle se rendait
dans la salle de bains et l’auraient poussée dans une chambre en verrouillant la
porte. Kavanaugh se serait alors jeté sur
elle, aurait cherché à la déshabiller et
l’aurait bâillonnée avec sa main pour
étouffer ses cris. Puis Judge se serait à son
tour jeté sur eux, les faisant tomber du lit.
Christine en aurait profité pour s’échapper, s’enfermant dans la salle de bains.
Sur le moment, l’adolescente ne dit rien
à personne, ne voulant pas que ses parents
apprennent qu’elle se rendait à des soirées
où l’on buvait de l’alcool. Mais le traumatisme la poursuit. Devenue professeur de
psychologie à Palo Alto en Californie, elle
en parle à son mari et à son psychanalyste.
Au début de l’été, avant la nomination de
Brett Kavanaugh à la Cour suprême, elle
écrit à la sénatrice Dianne Feinstein,
membre de la commission des Affaires ju-
Brett Kavanaugh lors d’une audition devant la commission judiciaire du Sénat, le 6 septembre à Washington.
diciaires : « J’ai eu peur qu’il me tue accidentellement en voulant m’empêcher de
crier », affirme-t-elle dans sa lettre. Elle
souhaite alors que son anonymat soit préservé. Non seulement Feinstein va respecter ce vœu, mais elle ne fera aucune mention de l’incident, ni lors de ses entretiens
privés avec Kavanaugh, ni durant ses trois
jours d’auditions publiques.
L’apparition au grand jour de cette accusatrice intervient après que la sénatrice
démocrate a remis la lettre au FBI et que la
police fédérale l’a ajoutée au dossier du
juge en effaçant le nom de l’auteur. Plutôt
que de subir la tempête politique et médiatique, Christine Blasey Ford serait prête à l’affronter – même si elle n’a pas encore formellement accepté de témoigner
devant le Sénat. La pression est à la hauteur de l’enjeu : le juge Kavanaugh dément catégoriquement les faits, ses parti-
sans dénoncent une cabale et les
républicains s’élèvent contre une
« manœuvre de la onzième heure »,
après les tentatives d’obstruction infructueuses des démocrates. Alors qu’un vote
de la commission sénatoriale validant la
nomination était prévu jeudi, l’état-major républicain a cédé à la pression en
proposant l’audition publique des deux
parties lundi prochain.
Une prudence inédite
Certains sont tentés de balayer l’incident comme un banal chahut de jeunesse, qui n’aurait même pas été incriminé
s’il avait été dénoncé à l’époque. « Des
allégations remontant à 36 ans, qu’on ne
pourra jamais prouver, peuvent-elles détruire la carrière d’un homme par ailleurs
sans tache ? », interroge un assistant
parlementaire républicain. D’autres
J. SCOTT APPLEWHITE/AP
rappellent les accusations de harcèlement sexuel lancées par Anita Hill
contre le juge Clarence Thomas en 1991,
dans un contexte nettement plus machiste au Sénat, et dont le nominé
n’avait triomphé que par deux voix de
majorité. Quatre ans plus tôt, le juge
Douglas Ginsburg, nommé par Ronald
Reagan, avait dû renoncer pour avoir
fumé de la marijuana avec ses étudiants…
Aujourd’hui, le mouvement #MeToo
et l’importance du vote féminin rendraient politiquement périlleux de traiter par le mépris une accusation d’agression sexuelle contre un candidat à l’une
des plus hautes fonctions de l’État, cinquante jours avant une élection cruciale.
« Si Kavanaugh a menti, c’est disqualifiant », estime la sénatrice Susan Collins.
« Si vous croyez l’accusatrice, vous votez
Merkel ramène le
calme dans sa coalition
non », renchérit son homologue Jeff Flake. Avec seulement deux voix de majorité au Sénat, ces défections républicaines
suffiraient à torpiller la confirmation du
juge.
Donald Trump, qui dans ce genre d’affaires a toujours pris le parti de l’accusé,
fait preuve cette fois d’une prudence
inédite. Brett Kavanaugh est « un juge
remarquable, un brillant intellect » et il lui
maintient sa confiance. Mais il encourage le Sénat à « aller au bout du processus,
car nous voulons que tout soit parfait »,
quitte à subir « un petit délai ». Le président a toutefois fait savoir mardi qu’il
écartait l’idée d’une enquête du FBI sur
son candidat. L’objectif de la MaisonBlanche reste d’avoir le juge en place
d’ici à octobre, un argument électoral de
poids auprès des conservateurs en vue
des législatives du 6 novembre. ■
Toshiba recommande Windows 10.
Le patron du renseignement, dont le SPD voulait
la tête, est sanctionné, mais devient secrétaire d’État.
Fragile politiquement
La position de Maassen était devenue
quoi qu’il en soit intenable. Alors
qu’Angela Merkel est fragile politiquement, sa déclaration sur Chemnitz avait
apporté de l’eau au moulin de la droite
radicale et des populistes de l’AfD qui
minimisent les débordements violents
de fin août en Saxe. Puis, au-delà de la
polémique, toutes ses prises de position
avaient été repassées au crible de ses
relations supposées avec la droite radicale. Hans-Georg Maassen n’est pas
seulement soupçonné d’avoir transmis
des informations confidentielles à des
responsables de l’AfD, ce qu’il dément.
Il est aussi accusé désormais par la gauche d’avoir couvert le travail des informations du BfV dans le procès du groupe d’extrême droite NSU et de leur
avoir évité de devoir témoigner. Le cas
de journalistes accusés d’avoir révélé
des informations confidentielles et menacés de poursuites par la BfV a aussi
été remis sur le devant de la scène.
Pour sauver son poste, Hans-Georg
Maassen ne pouvait compter que sur un
allié : le ministre de l’Intérieur Horst
Seehofer. Le président de la CSU s’est
installé dans le rôle d’opposant à Angela Merkel, dont il conteste la politique
migratoire. Mais ses provocations ne
sont plus au goût du jour : ses camarades en campagne en Bavière pour
l’élection du 14 octobre font pression
pour qu’il modère ses assauts et que
cesse la division dans le camp conservateur. En conservant Hans-Georg
Maassen à son côté, il se prépare néanmoins à d’autres batailles. ■
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A
ALLEMAGNE Il va partir. Après plusieurs jours d’une polémique qui s’était
transformée en crise politique, le patron du renseignement intérieur allemand (BfV), Hans-Georg Maassen, a
été poussé à quitter son poste. Il a fallu
près de trois heures aux leaders de la
coalition gouvernementale réunis
autour d’Angela Merkel pour trouver,
mardi en fin de journée, une solution
acceptable. En prenant la chancelière à
contre-pied sur les violences de Chemnitz, qu’il avait relativisées quand elle
les avait dénoncées, le patron de la Verfassungsschutz était entré en conflit
avec elle. Soutenu par son autorité de
tutelle, le ministre de l’Intérieur Horst
Seehofer, adversaire déclaré de la
chancelière, Hans-Georg Maassen sera
donc promu « secrétaire d’État à la Sécurité » au sein du ministère. Angela
Merkel doit se contenter d’un pis-aller.
Le compromis sauve les apparences
sans régler les tensions de fond qui minent la coalition. Le cas Maassen divisait
la CDU, la CSU et le SPD depuis plusieurs
jours. Jeudi dernier, Angela Merkel,
Horst Seehofer et Andrea Nahles
s’étaient déjà retrouvés à la chancellerie
pour débattre du sort de Maassen. Les
sociaux-démocrates du SPD réclamaient
son éviction pour mieux appuyer sur les
fractures internes à la CDU-CSU. Le ministre de l’Intérieur et leader du parti
conservateur bavarois CSU avait de son
côté renouvelé sa confiance à Maassen.
La veille, le patron du renseignement
allemand avait modéré la portée de ses
propos
polémiques
doutant
de
« l’authenticité » de la vidéo montrant
des manifestants de Chemnitz menacer
et pourchasser des étrangers. HansGeorg Maassen s’était rattrapé en assurant avoir été mal compris. Il aurait
voulu parler de l’utilisation qui avait été
faite des images. Depuis, des rapports
de police ont indiqué la présence à
Chemnitz ce jour-là d’une centaine de
personnes cagoulées décidées à s’en
prendre à des étrangers.
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CORRESPONDANT À BERLIN
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NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
La Syrie abat un avion russe et fait
flamber la tension entre Moscou et Israël
La Russie accuse Tsahal d’avoir provoqué la confusion en menant des raids à Lattaquié, fief du clan Assad.
PIERRE AVRIL ET THIERRY OBERLÉ
CORRESPONDANTS À MOSCOU ET À JÉRUSALEM
POOL/REUTERS
PROCHE-ORIENT Ce n’était pas un
chasseur MiG de dernière génération
mais un simple avion de reconnaissance Iliouchine 20, de fabrication soviétique, porteur d’aucune menace immédiate et qui, après une courte mission
dans le ciel syrien, s’apprêtait à rejoindre sa base de Hmeimim. Le crash de
l’appareil survenu lundi soir, et imputé
par la Russie à Israël alors qu’il est le
fait d’un tir de missile syrien, a provoqué mardi un brutal accès de tension
entre ces deux partenaires qui, jusqu’à
présent, avaient toujours su aplanir
leurs différends autour de la Syrie. Le
ministre russe de la Défense, Sergueï
Choïgou, a accusé l’armée israélienne
d’avoir commis « des actes irresponsables » ayant entraîné la « mort de quinze militaires russes ». L’ambassadeur
israélien à Moscou a été convoqué au
ministère des Affaires étrangères, obligeant Israël à exprimer publiquement
sa « tristesse », à défaut d’excuses en
bonne et due forme. Un peu plus tard,
Vladimir Poutine a minimisé l’incident,
déclarant qu’elle était le fruit de « circonstances tragiques fortuites ».
tallation de l’armée syrienne d’où des
systèmes entrant dans la fabrication
d’armes de précision étaient en passe
d’être livrés au Hezbollah libanais pour
le compte de l’Iran. Dans une référence
implicite aux actions militaires préventives en Syrie, Benyamin Nétanyahou avait déclaré qu’« Israël travaille
constamment pour empêcher (ses) ennemis de s’armer d’armes avancées ».
Mais le premier ministre devra néanmoins, au lendemain des célébrations
religieuses, allier sa détermination à un
exercice diplomatique délicat, afin
d’éviter une remise en cause de ses arrangements avec Vladimir Poutine.
Israéliens et Russes avaient, jusqu’à
présent, toujours maintenu une ligne
directe spéciale pour empêcher leurs
forces aériennes de s’affronter dans le
ciel syrien.
Ces dernières semaines, une hausse
significative des attaques attribuées à
l’aviation israélienne avait été rapportée. Une escalade qui augmente les risques d’incident majeur alors que les
avions de chasse sont contraints de naviguer entre des lignes de défense
complexes. Dans le même temps, un
responsable militaire israélien avait
admis début septembre que l’armée
avait mené quelque 200 frappes au
cours des 18 derniers mois, en visant
principalement des cibles iraniennes
concentrées près de l’aéroport de Damas. Une annonce rarissime dans un
pays où les interventions militaires à
l’étranger sont couvertes par la culture
du secret. Selon le responsable israélien, environ 800 missiles et bombes
ont été lancés. Quant au ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman,
il avait affirmé récemment que son
pays pourrait frapper des cibles iraniennes également en Irak si elles servaient au transfert de missiles balistiques vers la Syrie.
Israël craint que l’entrée de la guerre
dans une nouvelle phase en Syrie profite aux Iraniens pour pérenniser leur
ancrage. Les renseignements militaires
israéliens estiment que 20 000 hommes
répondant aux ordres de Téhéran y
sont déployés. Conforté dans son pou-
voir, Bachar el-Assad a conclu récemment un accord bilatéral avec son principal allié en vertu duquel des
conseillers militaires de Téhéran resteraient en Syrie au terme du conflit. Si
Israël reste résolu à outrepasser les tensions avec Moscou pour faire échouer
ce deal, il devra tenir compte de l’avertissement lancé hier par Vladimir Poutine. « Notre riposte sera dirigée avant
tout vers la protection additionnelle de
nos personnels militaires en Syrie », a
lancé le chef du Kremlin, ajoutant que
« ces dispositions seront remarquées par
tout le monde ». L’armée israélienne,
qui s’est aventurée pour la première
fois lundi dans la région de Lattaquié,
est désormais prévenue. ■
“
Notre riposte
sera dirigée
avant tout
vers la protection
additionnelle de nos
personnels militaires
en Syrie
”
A
VLADIMIR POUTINE
L’Iliouchine, un quadrimoteur à hélices, avait disparu des écrans radar
vers 23 heures, heure de Moscou, alors
qu’il se trouvait à 35 kilomètres des côtes syriennes. Après avoir notamment
soupçonné la France, dont la frégate
Auvergne croisait également en Méditerranée, Moscou a ciblé ses accusations contre l’État hébreu. Selon cette
version, quatre chasseurs israéliens
F-16 ont utilisé la couverture aérienne
de l’Iliouchine afin de mener des raids
dans la province de Lattaquié, plaçant
ainsi ce dernier sous le feu de la défense
anti-aérienne
syrienne.
Résultat,
croyant intercepter des missiles israéliens qui avaient pris pour cible des dépôts de munition, les forces de Damas
ont abattu à la place l’avion russe. Loin
de rendre les troupes d’Assad responsables de cette « confusion », Moscou
incrimine les militaires israéliens de
n’avoir pas prévenu à temps leurs homologues russes, en violation d’un accord de partenariat. Plus tard, l’État
hébreu a justifié ses raids au nom de sa
défense contre l’ennemi iranien et sa
filiale du Hezbollah au Liban, eux-mêmes alliés de Damas avec Moscou.
Pas grand monde, dans la capitale
russe, ne met en cause le bien-fondé de
cette version. Et chacun souligne le caractère inédit des raids israéliens de lundi qui, pour la première fois visent Lattaquié, le fief de Bachar el-Assad, qui
abrite lui-même la base militaire russe
de Hmeimim. « Jusqu’à présent, la Russie avait pour habitude de réagir calmement aux opérations aériennes israéliennes en Syrie, considérant qu’il s’agissait
là d’un conflit bilatéral propre à Tel-Aviv
et Damas. Mais l’attaque de Lattaquié
change tout, cette fois la Russie est victime », souligne Leonid Issaev, spécialiste
de la région à la Haute École d’économie. Ainsi, le Kremlin a toujours fermé
les yeux sur les incursions des F-16 israéliens sur le territoire syrien, comme
au printemps dernier lorsqu’un tir israélien avait visé, près de Damas, un dépôt
des gardiens de la révolution, l’armée
d’élite du régime iranien. Les Russes ont
aussi pesé pour éviter une présence iranienne dans les territoires syriens repris
par le régime d’Assad à proximité de la
partie du plateau du Golan annexée par
Israël voici un demi-siècle.
Mardi, à la veille de la fête de Yom
Kippour, l’État hébreu a une nouvelle
fois rendu les régimes syrien et iranien
responsables in fine de l’accident aérien. L’armée israélienne a affirmé que
ses appareils avaient attaqué une ins-
Un avion de reconnaissance Iliouchine 20, le modèle qui s’est crashé, lundi soir, entraînant la mort de 15 militaires russes.
NIKITA SHCHYUKIN/AFP
Les incertitudes de l’accord Poutine-Erdogan sur Idlib
« leCelarêveenterre
d’Assad
de reprendre
le contrôle
de toute
la Syrie
»
MOUSTAPHA SEDJARI,
DE L’ARMÉE SYRIENNE
LIBRE
GEORGES MALBRUNOT
£@Malbrunot
DANS LE NORD-OUEST de la Syrie, frontalier de la Turquie, le
pire a été évité, mais il ne pourrait s’agir que d’un simple répit.
Réunis pour la deuxième fois en
dix jours, Vladimir Poutine et
Recep Tayyip Erdogan sont
convenus de créer « une zone démilitarisée » dans la province
d’Idlib, la dernière entre les
mains des rebelles anti-Assad,
que Moscou et Damas menaçaient d’attaquer. Cette zone sera
établie d’ici au 15 octobre, et
s’étendra le « long de la ligne de
contact entre l’opposition armée et
les troupes gouvernementales »
sur une profondeur entre 15 et
20 km, a déclaré Vladimir Poutine, à l’issue de sa rencontre avec
son homologue turc à Sotchi, sur
les bords de la mer Noire. Le président russe a précisé que « tous
les groupes armés d’orientation
60 km
TURQUIE
Territoire
contrôlé par
les rebelles et...
... l’armée turque
Afrine
Jisr
al-Choughour
Alep
Postes d’observation turcs
Postes d’observation russes
Zone démilitarisée
devant être mise
en place
Idlib
Lattaquié
Abu
ad-Duhur
Hmeimim
Mer
Méditerranée
Source : syria.liveuamap.com
SYRIE
Hama
Infographie
un communiqué tout retrait de la
radicale, y compris al-Nosra
future zone démilitarisée. Or ils
(l’ex-branche locale d’al-Qaida,
sont présents, non seulement enrebaptisée Hayat Tahrir altre Abou Zouhour et Alep sur le
Cham, HTC) » devraient s’en reflanc est de cette zone, mais surtirer. Et, a ajouté Poutine, « d’ici
tout à l’ouest, près de la ville de
au 10 octobre, à la demande du
Jisr al-Choughour, une zone de
président turc, nous avons apmontagne, dont ils ont renforcé
prouvé un retrait des armes lourla défense, grâce aux ouïgours,
des, des chars, des lance-roquetdes musulmans venus de Chine.
tes et des mortiers de tous les
Comment Ankara va-t-il s’y
groupes d’opposition dans cette
prendre pour les déloger ? Et puis
zone ». Le secteur sera contrôlé
Turcs et Russes ont-ils la même
par des patrouilles mobiles
définition de « radiconjointes entre solcaux » ? Ankara a
dats turcs et police
annoncé que services
militaire russe.
de renseignements
Peu après, Sergueï
turcs et russes allaient
Choïgou,
ministre
prochainement
se
russe de la Défense,
réunir pour régler
déclarait qu’une ofet quelque
cette équation. Mais
fensive militaire rus40 000 autres
devant
Erdogan,
so-syrienne contre
rebelles recensés
Idlib n’était plus à dans la région d’Idlib Poutine a bien précisé
que l’accord « prévoit
l’ordre du jour. Dele retrait de tous les
puis l’échec du somcombattants radicaux », dont la
met de Téhéran, il y a dix jours,
présence est dénoncée par Mosentre Poutine, Erdogan et le précou comme justifiant un assaut.
sident iranien, Hassan Rohani, la
« Les djihadistes ne sont pas
Turquie réclamait plus de temps
contents du tout de cet accord,
pour éviter que cette offensive,
confie Hussein, un insurgé près
annoncée comme imminente,
de la ville d’Idlib, joint via l’apn’entraîne la fuite de dizaine de
plication WhatsApp. Je ne crois
milliers de réfugiés sur son terripas qu’ils se rendront, mais quel
toire, les États-Unis et l’Union
est l’autre choix pour eux ? » Proeuropéenne, multipliant les mises
bablement quitter leurs positions
en garde contre le risque d’une
pour rejoindre leurs bastions plus
« catastrophe humanitaire ».
au nord, les villes de Jisr alCes risques ont reculé. Mais
Choughour, Idlib, ou le long de la
pour combien de temps ? Si cet
frontière turque. « Pour ces
arrangement consacre un droit
étrangers, ce n’est pas essentiel
turc à intervenir dans cette réqu’ils soient près de Jisr al-Chougion d’Idlib - peuplée de 2,5 milghour ou plus au nord », relève le
lions d’habitants aux côtés de
spécialiste de la Syrie, Fabrice
15 000 djihadistes et quelque
Balanche. Quant aux quelques
40 000 autres rebelles, proches
dizaines de milliers de rebelles
de la Turquie -, Ankara aura-t-il
proturcs - mélange d’islamistes
pour autant les moyens de l’apet d’insurgés modérés de la dépliquer ? Mardi matin, les djihafunte Armée syrienne libre dédistes de HTC – les plus forts,
fendue par les Occidentaux -, se
avec un contrôle d’environ 60 %
laisseront-ils tordre le bras par
de la province - ont rejeté dans
15 000
djihadistes
leur sponsor turc et abandonneront-ils leurs armes lourdes ? À
leur égard, la marge de
manœuvre de leur bailleur de
fonds turco-qatarien est plus
grande. Et eux ne devraient pas
être contraints de quitter sans armes cette zone, d’où certains
sont originaires.
Malgré ces incertitudes, chaque camp – opposants à Assad,
comme le pouvoir à Damas – salue cet accord, en n’en retenant
que les aspects favorables.
« L’accord enterre le rêve d’Assad
de reprendre le contrôle de toute la
Syrie », se félicite Moustapha
Sedjari, de l’Armée syrienne libre
(ASL), qui y voit le prélude à « un
processus politique sérieux qui
mènera à une véritable transition
et à la fin du régime d’el-Assad ».
L’interprétation qui en est faite à
Damas est toute différente.
« L’autorité de l’État devra être
rétablie d’ici à la fin de l’année,
une fois que les insurgés auront
remis toutes leurs armes lourdes et
quitté les zones civiles », écrit le
journal progouvernemental, alWatan. Bref, là où les opposants y
voient un coup d’arrêt à la reconquête du territoire par Assad,
il ne s’agit, pour Damas, que
d’une simple pause. Reste que
Bachar el-Assad a été « humilié,
selon Fabrice Balanche, par un
accord signé sans lui à Sotchi entre
Russes et Turcs ». Il paraît clair
que Damas ne renoncera pas au
sud de la région d’Idlib et que la
Turquie devra se contenter d’une
partie seulement de la province
d’Idlib. « Le vrai décideur, selon
Fabrice Balanche, reste Poutine
qui a dit à Erdogan : “Je t’ai donné
une première chance, tu m’avais
promis de séparer les djihadistes
des rebelles moins radicaux, tu as
échoué. Tu as une deuxième chance.” » Verdict le 15 octobre. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 19 septembre 2018
INTERNATIONAL
9
En Afghanistan,
l’Iran accroît
son aide
aux talibans
Ce soutien vise à saper les efforts
des États-Unis, qui sont engagés dans
une lutte coûteuse contre l’insurrection.
ZARANJ (AFGHANISTAN)
ASIE CENTRALE Silhouette blanche parmi les dunes, le vieux taliban attend. Sa
tunique immaculée flotte au gré du vent
qui se lève, augure d’une tempête de sable. Il a traversé le désert, à moto malgré
sa jambe en moins, et personne ne sait
qu’il est là. Parler, ici, est criminel.
À Nimroz, province lunaire du SudOuest afghan qui borde l’Iran, trafics et
enlèvements sont la norme, ponctués de
combats entre talibans et forces gouvernementales. Il n’y a pas que le pétrole, les
migrants et la drogue qui transitent par la
frontière poreuse entre les deux pays,
qu’un mur ne divise que sur quelques kilomètres : depuis des années, les talibans
vont suivre des entraînements en Iran,
dispensés par la Force al-Qods, l’unité
des forces spéciales des gardiens de la révolution. Et, depuis quelques mois, Téhéran fournit aux talibans un niveau de
soutien sans précédent.
« Tout ce dont nous avons besoin, que ce
soit de l’aide financière, matérielle ou relative aux entraînements, ils nous en donnent
maintenant le double », prétend le commandant que nous appellerons Ali, qui
dirige une trentaine d’hommes. Que ce
chiffre se rapporte ou non uniquement à
l’aide reçue par son groupe, il reflète, selon plusieurs sources sécuritaires afghanes et internationales, la progression générale de l’aide iranienne aux talibans.
« En contrepartie, nous devons muscler nos
opérations contre la branche afghane du
groupe État islamique, mais aussi contre
les troupes américaines », confie le taliban, qui dit s’être rendu plusieurs fois en
Iran suivre des entraînements.
Téhéran, allié historique de Kaboul et
jadis ennemi des talibans, joue depuis
quelques années un double jeu de plus en
plus marqué - alors même que les insurgés pensent moins pouvoir compter sur
leur allié principal, le Pakistan. Selon plusieurs sources afghanes et internationales,
l’Iran a commencé à renforcer de manière
significative son aide aux talibans au printemps dernier, quand l’Administration
Trump a annoncé qu’elle se retirerait de
l’accord sur le nucléaire conclu en 2015.
Organisation d’attentats suicides
Furieux, Téhéran a opté pour une réponse
toute trouvée : les États-Unis, embourbés
depuis 2001 dans une lutte coûteuse et
guère fructueuse contre les talibans, et
principaux bailleurs d’un gouvernement
sous perfusion qui échoue à vaincre les insurgés, sont en position de faiblesse en
Afghanistan. Renforcer l’appui aux talibans est un moyen pour l’Iran d’accroître
la pression sur Washington, à l’heure où le
futur de la politique américaine dans ce
pays est incertain. Officiellement, pourtant, les deux parties nient formellement
avoir affaire l’une avec l’autre. « Les talibans n’ont jamais eu recours à de l’aide internationale pour s’entraîner ou combattre », martèle au téléphone Qari Youssef
Ahmadi, un porte-parole des talibans.
Ali, qui s’est assis sur une couverture à
même le sable, évoque quatre types de
formations dispensées en Iran : le combat
au corps-à-corps, la formation « renseignement et stratégie », la fabrication
d’explosifs télécommandés et l’organisation d’attentats suicides. « Ce sont les futurs kamikazes qui bénéficient du plus
d’aide de la part des Iraniens, précise
l’homme au visage buriné. Leurs familles
sont logées en Iran, obtiennent des docu-
Un commandant taliban scrute l’horizon dans le désert afghan de Nimroz,
à la frontière iranienne. MARGAUX BENN
ments d’identité iraniens et peuvent reconstruire leur vie dans le pays voisin. »
Fait nouveau : des jeunes sélectionnés
pour leur potentiel et des commandants
de haut niveau bénéficieraient depuis mai
d’une formation spéciale dont le cursus
met l’accent sur la dimension stratégique.
À leur retour en Afghanistan, ils doivent à
leur tour former leurs troupes.
La plupart des talibans passent la frontière de façon légale, aux postes-frontières, auxquels ils présentent un visa iranien obtenu au consulat d’Hérat, troisième
ville d’Afghanistan juste au nord de Nimroz. Hamed et Youssef (également des
noms d’emprunt), qui trafiquent principalement du pétrole mais ne seraient pas
contre l’idée de faire passer des talibans
vers l’Iran, se sont fait une raison : « La
plupart d’entre eux n’ont pas besoin de passeurs pour rejoindre l’Iran », regrettent-ils,
fusant dans leur 4 × 4 non immatriculé sur
la route qui coupe le désert plein sud vers le
Pakistan. « Ils bénéficient d’aide depuis
l’autre côté. Tout cela est très bien rodé. »
Les commandants locaux ou de haut
rang, qui pourraient être reconnus par les
services de sécurité afghans aux points de
passage, attendent les tempêtes de sable
pour passer discrètement la frontière là où
elle n’est pas démarquée par un mur.
« Les passeurs, venus d’Iran, ouvraient la
route. Nous les avons suivis par là-bas »,
explique Ali, désignant d’un geste vague
l’horizon où ondoie un troupeau de dromadaires. D’autres passent d’abord par le
Pakistan avant de bifurquer vers l’Iran.
Les camps d’entraînement se situent
surtout dans le nord-est de l’Iran, aux
confins des frontières afghane et turkmène. Plusieurs sources sécuritaires confirment ainsi l’existence de camps aux abords
de la ville de Machhad. « Je me rappelle
avoir traversé la frontière au niveau d’Islam
Qala, un village au nord de la province d’Hérat », précise un ancien formateur afghan
qui dit s’être rendu dans une académie militaire iranienne en tant que conseiller sur
l’entraînement des talibans. « À partir de
là, nous avons fait deux heures de route jusqu’au Turkmansarat », continue-t-il, employant le terme pachtou qui indique la région iranienne proche du Turkménistan.
Lors de son dernier passage au camp
d’entraînement, il y a un peu moins d’un
an, Ali affirme avoir été surpris d’y voir,
pour la première fois, des formateurs russes. « Cela n’a pas encore été prouvé », met
en garde un observateur étranger. « Pourtant, c’est plausible, surtout si l’on considère l’alliance Iran-Russie en Syrie. Et puis,
les Russes acheminent déjà aux talibans des
armes légères et de l’équipement militaire. »
Les bourrasques s’accélèrent, il faut
rentrer. S’enfonçant dans le soleil couchant, Ali s’éloigne, titubant entre ses
béquilles, vers sa moto garée au pied d’une
dune. Il l’enfourche, pose son moignon
sur le siège, se baisse pour passer la première à la main. Le moteur cale, vrombit,
cale à nouveau, puis enfin c’est parti : le
combattant s’en va d’où il vient, quelque
part dans ce vaste désert, au milieu d’un
nuage de poussière ocre. ■
Téhéran sème les graines d’un Hezbollah afghan
PAR UNE ÉTOUFFANTE journée de juillet,
à Kaboul, un petit groupe venu de Téhéran - un mollah, un membre des gardiens
de la révolution, un professeur d’université, un étudiant afghan en religion dans une
université iranienne et un autre dignitaire
iranien - se sont retrouvés dans une pièce
discrète d’un quartier chiite de Kaboul. De
l’autre côté de la table, cinq jeunes
Afghans les écoutaient attentivement. Ils
n’avaient pas été choisis au hasard : jeunes, éduqués (parfois en Iran), travaillant
dans des secteurs différents et potentiellement influents, ils avaient été repérés
comme « points focaux » potentiels. Ils
devaient, ainsi que d’autres petits groupes
rencontrés séparément par la délégation,
représenter le « premier cercle » des artisans d’une utopie à visée internationale.
« Nous semons les graines d’un grand projet chiite transfrontalier, notre Hezbollah
afghan », raconte un témoin. Objectif :
rallier les chiites afghans à ceux des pays
voisins, pour « contrer les ennemis américain, israélien ainsi que Daech, qui tuent les
musulmans, et les chiites en particulier,
dans le monde entier ».
La scène, raconte Hassan*, le témoin,
dont les propos ont été confirmés par plusieurs sources sécuritaires, s’est répétée.
Chaque membre de ces groupes de cinq
jeunes aurait reçu pour consigne de « persuader » cinq autres Afghans, qui à leur
tour doivent propager les idées du « projet » à deux autres personnes, et ainsi de
suite. « C’est simple et économique », semble réciter cet habitant de la capitale
afghane, qui se lève toutes les dix minutes
afin de vérifier que personne ne surprenne
la conversation. « Pour l’instant, il s’agit
seulement de partager nos idées avec les
gens qui compteront à Kaboul dans les années à venir. Nous construisons le socle de ce
qui sera, d’ici à quelques années, j’espère,
un grand mouvement qui ignore les frontières et leur préfère les idées ». Les « points
focaux » à Kaboul demeurent régulièrement en contact avec leurs « points de
contact » à Téhéran.
En plus de ces réunions, une autre
campagne, discrète aussi mais publique, a
été mise en route. L’année passée, un
autre groupe d’Iraniens - dont des politiciens influents, selon Hassan, dont les
propos ont été confirmés par plusieurs
responsables afghans et étrangers - avait
effectué une première visite dans les provinces de Kaboul, Hérat, Mazar-e Charif
et dans le Panchir. Au programme : visites
de mosquées, organisation de débats sur
le rôle des forces étrangères dans le pays
et rencontres avec les communautés
chiite mais aussi sunnite. « Ils nous disaient : “Vous mourrez dans des attentats
car le gouvernement et son allié américain
vous négligent. Pourquoi ne créez-vous pas
votre propre organisation ? Le Hezbollah a
été créé il y a trente ans. Vous pouvez faire
de même” », raconte un habitant.
Le bras armé de ce Hezbollah afghan serait, espère-t-on à Téhéran, constitué essentiellement d’anciens Fatemiyoun, ces
chiites afghans recrutés par l’Iran pour
combattre en Syrie. En 2017, le général Esmaïl Ghani, vice-commandant de la Force
al-Qods, avait déjà annoncé selon les médias iraniens que la brigade n’avait accompli en Syrie que la première étape d’une
“
Si vous vous
exprimez contre l’Iran,
vous êtes mort
”
UN OFFICIEL LOCAL EN CHARGE DE LA SÉCURITÉ
DANS LA PROVINCE OCCIDENTALE DE NIMROZ
Un combattant du Hezbollah
sur une pièce d’artillerie flanquée
du drapeau de l’organisation chiite,
en 2017 en Syrie. LOUAI BESHARA/AFP
entreprise plus large. « Lorsque j’étais en
Iran, puis en Syrie, nos chefs nous répétaient
souvent que la prochaine étape était de défendre nos frères dans notre propre pays »,
se rappelle Syed*, 21 ans, qui a passé quatre
ans dans les rangs des Fatemiyoun avant
de rentrer à Kaboul. « Ils nous répétaient :
“votre gouvernement n’est pas capable de
vous protéger, c’est à vous de prouver encore votre valeur en prenant les armes contre
l’EI et les Américains dans votre pays”. » À
Kaboul, des membres du gouvernement
disent redouter que ce projet, par le biais
d’un renvoi systématique des anciens Fatemiyoun dans leur pays, soit mis en route : cela pourrait, craignent-ils, mener à la
naissance en Afghanistan d’une milice
chiite sous les ordres de Téhéran.
La communauté chiite hazara, minoritaire et souvent discriminée, est particulièrement meurtrie par les attentats revendiqués par le groupe État islamique qui
n’hésite pas à s’en prendre à des cibles ci-
viles, y compris des enfants. Une partie de
cette population, qui perçoit le gouvernement comme incapable de la protéger, est
d’autant plus réceptive aux discours populistes iraniens. Depuis quelques mois déjà,
des milices armées ont été formées pour
protéger les mosquées et patrouiller dans
les quartiers chiites de Kaboul. Mais selon
un analyste, « garder quelques lieux saints
ne sert à rien, car les assaillants se revendiquant de l’EI ont compris qu’ils n’avaient
qu’à viser des cibles plus aléatoires, comme
des centres éducatifs ou sportifs. » Selon
plusieurs habitants des quartiers chiites
ainsi que des sources sécuritaires, certains
membres de ces milices seraient de plus en
plus violents : non satisfaits de protéger
seulement les cibles potentielles de l’EI, ils
s’en prendraient aussi aux citoyens perçus
comme extérieurs aux quartiers.
Téhéran a déjà bien œuvré pour s’immiscer dans le paysage politique de son
voisin, où des députés tiennent par exemple des discours résolument pro-Iran. Ils
recevraient en contrepartie un soutien financier, qu’ils sont censés utiliser pour le
bien de leurs communautés. Les centres
culturels iraniens se sont multipliés à Kaboul. Dans la province occidentale de
Nimroz, où la devise d’usage est iranienne
à l’image de l’architecture et du drapeau
vert-blanc-rouge visible juste au-delà de
la frontière, les responsables locaux ressentent une omerta qui rend paranoïaque :
chacun murmure que la plupart des autres
employés gouvernementaux sont à la solde du pays voisin. « Si vous vous exprimez
contre l’Iran, vous êtes mort », glisse un officiel local en charge de la sécurité. Il y a
cinq mois, un membre des services de
renseignements en poste dans cette province était assassiné. Les commanditaires
du meurtre sont officiellement inconnus,
mais le responsable en est certain : « Il a
parlé un peu trop fort ». ■ M. B. (À KABOUL)
* Les prénoms ont été modifiés.
ZOOM
Un prêtre italien enlevé
dans le sud-ouest du Niger
Un prêtre italien, Pier Luigi
Maccalli, a été enlevé lundi soir
par des hommes armés à son
domicile de Bamoanga, un village
situé dans la région de Tillabéri
dans le sud-ouest du Niger, en
proie à des incursions djihadistes
fréquentes. Les forces de sécurité
nigériennes se sont déployées
pour ratisser le secteur. En avril,
un humanitaire allemand
avait déjà été enlevé dans
la même région. En octobre 2016,
c’est un humanitaire américain
qui avait été kidnappé plus
au nord. Ces otages, dont on est
toujours sans nouvelles, ont été
emmenés au Nord-Mali, selon
des sources sécuritaires. Pays
majoritairement musulman, le
Niger compte 1 à 2 % de chrétiens
sur une population de 20 millions
d’habitants. Les chancelleries
occidentales déconseillent
fortement de longs séjours
dans les zones frontalières.
EN BREF
Algérie : le chef de l’armée
de l’air mis à la retraite
Le général Abdelkader Lounes,
chef de l’armée de l’air algérienne,
a été mis à la retraite et remplacé
mardi. Ce départ s’inscrit dans
une vague de limogeages amorcée
au sein de la haute hiérarchie
militaire du pays, début juillet, par
le président Abdelaziz Bouteflika.
L’opposant russe Verzilov
aurait été empoisonné
Le militant contestataire
russe Piotr Verzilov, désormais
hors de danger, a « très
vraisemblablement » été victime
d’un empoisonnement
dont l’origine sera difficile
à déterminer, estiment
ses médecins à Berlin, où il est
hospitalisé depuis dimanche.
Ses proches dénoncent
une tentative d’assassinat
visant à le punir d’avoir envahi
la pelouse le 15 juillet pendant
la finale de la Coupe du monde
de football en Russie.
Quatre Palestiniens tués
dans la bande de Gaza
Deux Palestiniens ont été tués
mardi dans des heurts près
de la barrière de sécurité qui
sépare Israël de la bande de Gaza.
Deux autres avait été tués
dans la nuit par une frappe
israélienne.
Le président du Zimbabwe
boycotté par l’opposition
Les députés de l’opposition
zimbabwéenne ont boycotté
mardi le premier discours
sur l’état de la nation prononcé
par le président élu Emmerson
Mnangagwa, dont ils contestent
l’élection. Au pouvoir depuis
la chute de Robert Mugabe
en novembre, M. Mnangagwa,
75 ans, a été déclaré élu dès le
premier tour de la présidentielle
disputée le 30 juillet, avec
50,8 % des suffrages.
A
MARGAUX BENN £@B_Margaux
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
La police réinvestit les quartiers difficiles
D’ici à 2020, 1 300 policiers sont attendus en renfort sur 60 sites minés par les trafics et la violence.
CHRISTOPHE CORNEVIN
£@ccornevin
SÉCURITÉ L’âpre bataille menée
contre les trafiquants qui gangrènent des banlieues pourrait
changer de dimension. En déplacement à la cité des Tarterêts
à Corbeil-Essonnes, le ministre
de l’Intérieur, Gérard Collomb,
a inauguré mardi la mise en place des Quartiers de reconquête
républicaine (QRR). C’est-à-dire le fer de lance d’une stratégie
censée rassurer les Français. « Il
s’agit de quartiers qui cristallisent d’importantes difficultés
liées à la sécurité (délinquance,
trafic de drogue, violences, rodéos…) ou à des problématiques
sociales (pauvreté, chômage, habitat dégradé, repli communautaire, radicalisation…)», explique Gérard Collomb.
Ayant bien compris que la population, excédée, exige avant
tout d’éradiquer les trafics dans
les territoires perdus de la République, Beauvau entend s’attaquer au « contre-modèle social
qui s’est développé sur les stupéfiants » : « Quand un gamin ne
comprend plus pourquoi il irait
travailler pour 1 500 euros par
mois quand il en gagne 200 par
jour à faire le guet, le modèle
d’intégration républicaine est en
péril, estime un préfet. C’est de
là que découle l’échec scolaire, la
violence, les règlements de comptes, les occupations sauvages de
la voie publique… » Au total,
1 300 policiers supplémentaires
sont attendus en renfort de 60
sites d’ici à la fin 2020.
Fidélisation
des policiers
Quinze quartiers pionniers verront l’arrivée en renfort de 300
fonctionnaires avant fin décembre à Toulouse, Bordeaux,
Montpellier, Pau, Nouméa ou
Trappes. « Dans ces quartiers,
les habitants ont parfois le sentiment d’être abandonnés par les
pouvoirs publics et livrés à l’insécurité », assure le ministre. Si
les contours des QRR sont
« cousus main » au gré des spécificités du terrain, la « thérapie
de choc » se veut globale et
pragmatique.
Bien sûr, le plan prévoit de
déployer des agents chevronnés
dans les secteurs les plus rugueux, comme à la Mosson et la
Paillade à Montpellier. Il augure
aussi d’un effort matériel qualifié de « prioritaire », en termes
de voitures, d’équipements et de
mobilier notamment financé par
une enveloppe de plusieurs dizaines de milliers d’euros propre
à chaque quartier pour mieux
recevoir le public.
Le renfort des effectifs devrait
en outre s’accompagner d’une
fidélisation des policiers. « Pour
l’heure, le turn-over fait que les
patrouilles connaissent mal le
terrain », déplore-t-on Place
Beauvau où l’on veut que les effectifs, sur le modèle des Brigades spécialisées de terrain (BST),
soient « reconnus, identifiés et
même joignables sur le portable
par les administrés ».
De son côté, la Direction générale de la police nationale a
lancé, avec l’université de Savoie, un sondage dans 15 sites
pilotes pour prendre le pouls de
la population et comprendre ce
qu’elle attend de la police. Les
résultats seront livrés début octobre, alors qu’un « lab PSQ »
réunissant chercheurs et élus
lancera une première évaluation
du dispositif. Plutôt que des
grands-messes ineptes, Gérard
A
À Bordeaux, la promesse d’un bras
de fer avec les trafiquants des Aubiers
RÊVE D’URBANISTES des années 1970, casse-tête policier
en 2018, la cité des Aubiers,
dans le nord de Bordeaux, est
l’archétype de ces quartiers
mornes qui ont fini par sombrer dans la délinquance.
Construit dans le cadre d’un
plan d’aménagement signé par
le maire d’alors, Jacques Chaban-Delmas, au nom de la
mixité sociale, ce site de 4 000
habitants est morcelé en communautés d’origines comorienne, pakistanaise, subsaharienne ou maghrébine.
Au pied des hautes barres
d’immeubles, le commerce de
la drogue prospère. Sur de
simples chaises en plastique ou
des fauteuils posés sur le trottoir, les dealers alimentent en
haschisch une myriade de
consommateurs venant de partout, à pied, par le tramway ou
en voiture. Cinq à six familles
bien identifiées se partagent le
« business » en bonne intelligence. À leur tête, des « anciens » de 30 à 40 ans qui disposent chacun de listes de
clients et d’une cohorte de
dealers. D’une dizaine dans la
journée, cette main-d’œuvre
monte à 50 vers 17 heures,
après la sortie de l’école. Les
bénéfices, que prodiguent aussi
les trafics de cigarettes et la
contrefaçon de vêtements,
sont recyclés sur place, grâce
la complicité présumée de
commerçants locaux. Peu d’intermédiaires, circuits courts
pour l’argent sale, gangs communautaires : le trafic est florissant.
Pour intervenir, la police,
qui dispose d’un poste grillagé
et aux fenêtres opaques au
cœur même de la cité, ne mise
pas sur l’effet de surprise.
« C’est un vrai gruyère car tous
les immeubles communiquent
par des passerelles aériennes ou
des parkings souterrains qui
courent d’un bout à l’autre de la
cité », grimace Christophe,
policier chevronné affecté aux
Aubiers depuis dix-neuf ans.
À bord d’une voiture banalisée qui circule au pas au milieu
d’un entrelacs de sombres
coursives, de parkings enclavés et de ruelles en chicane où
des bosquets obstruent le
champ de vision, un de ses collègues témoigne : « Un jour,
j’ai failli être shooté par une
voiture alors que je faisais un
contrôle. Ici, certains peuvent
soudain démarrer en trombe
parce qu’ils sont chargés de
stups ou en simple défaut de
permis de conduire. »
S’ils n’ont pas encore rejoint
le cercle des zones de nondroit, les Aubiers sont un point
chaud du secteur BordeauxMaritime, qui compte 29 000
âmes et qui vient d’être désigné comme l’un des premiers
« quartiers de reconquête républicaine » (QRR). Mission
pour la police ? Assainir le périmètre alors qu’une population nouvelle investit Ginko,
un écoquartier voisin plutôt
« bobo » porté par Alain Juppé. « Les effectifs du groupe de
sécurité de proximité ont été
doublés afin d’offrir une présence policière dans la nuit, là où
les
patrouilles
s’arrêtaient
avant à 20 heures », explique la
commissaire Anne Kamatra,
chef de division à Bordeaux.
Elle se félicite de la montée en
puissance des équipages de
« proximiers » en charge de
l’îlotage ainsi que du renforcement des brigades spécialisées
de terrain, les précieuses
« BST » projetables à tout instant sur les points chauds. « La
semaine dernière, rappelle la
commissaire Kamatra, c’était
une boule de pétanque jetée depuis les toits sur une voiture de
patrouille en guise de bienvenue
à de nouvelles recrues. »
De puissants relais
Grâce à 37 policiers chevronnés
désormais fidélisés sur le quartier
Bordeaux-Maritime, les opérations coup de poing se multiplient. Jeudi, une Slic, une structure légère d’intervention et de
contrôle, s’est ainsi constituée
pour mener une descente aux
Aubiers.
Vers 17 heures, une quinzaine
d’hommes casqués, équipés pour
certains de lanceurs de balles et
de « gazeuses », ont fondu sur un
point de « deal ». Appuyés par un
chien renifleur d’armes, ils ont
fouillé et passé au fichier les
identités des jeunes présents.
L’un d’eux a juste eu le temps de
dissimuler, en vain, un morceau
de « résine » sur la roue d’une
voiture. « La semaine dernière,
nous avons retrouvé 400 grammes
d’herbe, nous n’allons plus les lâcher », prévient un officier expliquant que « l’opération est menée
sur réquisition du procureur ».
Car les policiers savent désormais
pouvoir compter sur de puissants
relais : d’abord celui du parquet,
avec la mise en place d’un groupe
local de traitement de la délinquance, qui permet un suivi judiciaire plus réactif et des déferrements plus systématiques là où
de simples convocations par officiers de police (COPJ) encourageaient jusqu’ici un certain sentiment d’impunité. De leur côté,
les bailleurs sont appelés à la
rescousse pour expulser des locataires indésirables : une procédure en cours vise une famille dans l’appartement de
laquelle des armes et des
« stups » avaient été retrouvés
il y a trois ans.
Alors que la police municipale vient en appui pour juguler
des attroupements et prendre
en charge des riverains avinés,
les élus de quartier sont, quant
à eux, incités à convoquer,
pour un « rappel à loi », les parents
d’enfants
« décrocheurs » ou encore ceux qui
jettent leurs poubelles dans la
rue. Ce texte, voté en 2007,
n’était jamais entré en vigueur.
Quelques chiffres suffisent à
décrire l’urgence de ce train de
mesures : entre 2016 et 2017,
les vols de véhicules ont bondi
de 53 % dans le secteur tandis
que les rixes sur la voie publique ont augmenté de 54 %.
Dans le même temps, les feux
de poubelles ont connu une
hausse de 40 % et les actes de
vandalisme de 82 %. Plus que
jamais, Bordeaux doit reconquérir ses territoires perdus. ■
C. C.
(ENVOYÉ SPÉCIAL À BORDEAUX)
Collomb entend privilégier les
« petites réunions de terrain avec
des bailleurs sociaux, élus et associations pour apporter des réponses concrètes ».
Très opérationnelle, la philosophie QRR prévoit aussi d’accueillir des cellules de lutte
contre les trafics qui, de manière très resserrée, vont rassembler une fois par mois quatre ou
cinq magistrats et policiers pour
examiner au cas par cas des pro-
Les 15 premiers
sites de la
reconquête
républicaine
fils de « caïds » ou des dossiers
de rodéos, de ventes à la sauvette ou d’occupations de halls
d’immeubles… Une boîte mail
sécurisée, ouverte à tous les policiers, permettra de cartographier les trafics et monter des
« dossiers d’objectifs » avant de
mener des frappes chirurgicales.
L’heure des premiers comptes
pourrait sonner dès juin, quand
Gérard Collomb bouclera ses
valises pour Lyon. ■
MIS EN PLACE D’ICI À DÉCEMBRE 2018
Aulnay-sous-Bois, Sevran
Gros Saule, Les Beaudottes
+14 % de violences physiques,
trafics de stupéfiants, rixes
Lille
Fivès, Lille-Moulins
Trafics de stupéfiants,
rodéos moto
Sarcelles,
Garges-lès-Gonesse
Lochères, Dame Blanche
+32 % de vols par effraction,
trafics de stupéfiants
Trappes
Les Merisiers
Économie souterraine,
trafics de stupéfiants
NOUVELLECALÉDONIE
Nouméa
Pierre Lenquette,
Montravel Tindu
Violences intrafamiliales,
consommation d’alcool
Paris
Champigny-sur-Marne
Le Bois-l’Abbé, Les Mordacs
Trafics de stupéfiants, violences
urbaines
Corbeil-Essonnes
Les Tarterêts
Trafics de stupéfiants,
incendies de véhicules
Lyon
Lyon (8e)
+37 % d’atteintes aux automobiles,
trafics de stupéfiants
Bordeaux
Bordeaux-Maritime
+82 % de dégradations
de biens publics,
+54 % de rixes
Toulouse
Le Mirail
+24 % de vols avec violences,
incendies de véhicules,
trafics de stupéfiants
Pau
Ousse-des-Bois, Saragosse
Atteintes aux biens et
aux personnes, violences urbaines
Strasbourg
Le Neuhof, La Meinau
+54 % de dégradations par incendie,
+26 % d'atteintes aux automobiles
Besançon
Planoise
+ 75 % de trafics de stupéfiants,
+35 % de délinquance
Marseille
Quartiers Nord
(3e, 14e et 15e)
Économie souterraine,
trafics de stupéfiants
Montpellier
La Mosson, La Paillade
+50 % de dégradations
par incendies, trafics de stupéfiants
Infographie
Source : Ministère de l’Intérieur, chiffres 2017
BRUNO BESCHIZZA
La semaine
« dernière,
c’était une
boule de
pétanque
jetée depuis
les toits sur
une voiture
de patrouille
en guise de
bienvenue à
de nouvelles
recrues
»
ANNE KAMATRA, CHEF
DE DIVISION À BORDEAUX
Opération de police
contre des dealers, jeudi
dernier, dans la cité
des Aubiers, classée en
quartier de reconquête
républicaine (QRR).
J.C. MARMARA/LE FIGARO
MAIRE (LR) D’AULNAY-SOUS-BOIS
« La police de sécurité
du quotidien ne doit pas être
un slogan de plus »
PROPOS RECUEILLIS PAR
JEAN-MARC LECLERC
£@leclercjm
Maire LR d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et ancien patron du
syndicat de police Synergie-officiers,
Bruno Beschizza avait candidaté
pour que les Aulnaysiens expérimentent la police de sécurité du quotidien (PSQ) de Gérard Collomb. Le
ministre vient de retenir cette ville
comme site pilote.
LE FIGARO. - Fers de lance de la
PSQ, les quartiers de reconquête
républicaine (QRR) semblent
en marche à Aulnay. Êtes-vous
satisfait de cette avancée ?
Bruno BESCHIZZA. - J’attends d’en
connaître le contenu. Pour ma part, je
me suis inscrit dans une démarche de
main tendue à l’État. Quand on est
maire en Seine-Saint-Denis, on est
pour le pragmatisme et l’efficacité.
Moi, je ne quémande rien. Ma ville
fournit même d’importants moyens à
la police nationale, car celle-ci se paupérise. Nous avons livré au commissariat local quatre véhicules. Nous les
entretenons. Et quand les policiers
nationaux ont un problème de chauffage, par exemple, ce sont les services techniques de la mairie qui se déplacent pour réparer. Voilà la réalité.
De combien de policiers
municipaux disposez-vous
à Aulnay?
Ils sont quatre-vingts, bien formés et
disposant de tous types d’armements, du bâton de défense à l’arme
de poing, en passant par le lanceur de
balles de défense. Avant mon élection, en 2014, les municipaux remettaient à la police nationale 174 suspects en un an. En 2016, les mises à
disposition sont passées à 2 278…
Comment procéder pour que
les QRR ne soient pas un échec ?
La PSQ ne doit pas être un slogan de
plus. C’est une méthode ou ce n’est
rien. Et, surtout, qu’on cesse de
considérer la police municipale
comme un supplétif servant à boucher les trous, à mesure que la police
nationale se désengage.
Et si les QRR revenaient à affecter
vos municipaux là où l’État
le décide ?
C’est notre crainte et nous saurons
nous montrer vigilants. Car nous
voulons une vraie coproduction de
sécurité. Il faut que le préfet nous
écoute. Le maire n’est pas un simple
carnet de chèques qui finance des
moyens sans avoir son mot à dire. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 19 septembre 2018
SOCIÉTÉ
11
Les évaluations des élèves contestées
1,6 million d’enfants
en CP et CE1 passent
en ce moment des
tests nationaux en
français et en maths.
MARIE-ESTELLE PECH £@MariEstellPech
ÉDUCATION Jusqu’au vendredi 28 septembre, les professeurs de CP et CE1 des
écoles publiques et privées sous contrat
font passer à 1,6 million d’élèves des évaluations en français et en mathématiques
qui offriront aux professeurs « un point de
repère précis sur les acquis et les besoins de
chacun de leurs élèves », a affirmé le ministère. Loin des cris d’orfraie, pour cet
enseignant du centre de la France, les
évaluations qu’il a fait passer mardi à ses
élèves de CE1 sont « une bonne surprise ».
La majorité « a compris que ce test était
important et qu’il devait, non pas les noter,
mais aider leurs enseignants à adapter
leurs cours à leur niveau ». Certains ont eu
« du mal à écouter les consignes et à entrer
dans l’esprit examen ». Le plus dur a été
de leur faire respecter les temps minutés,
« pas toujours adaptés à des CE1 en début
d’année ». Mais aussi de leur faire comprendre que donner la réponse à voix
haute était un mauvais réflexe…
À la tête du Snuipp-FSU, premier syndicat des enseignants du primaire, Francette Popineau, qui mène la fronde des
sceptiques, note que, selon les premières
remontées, la moitié des élèves de CP
aurait buté sur une question qu’elle juge
inutilement « piégeuse » pour d’aussi jeunes enfants : «Retrouver le son f comme
dans “fille” ». Beaucoup ont cru que le
mot « bille » se terminant de la même façon était une bonne réponse…
“
Ces tests ne donneront
aucune solution pour
les enfants dyslexiques
”
FRANCETTE POPINEAU, SECRÉTAIRE GÉNÉRALE
DU SNUIPP-FSU
Les tests font toujours polémique. Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale sous Nicolas Sarkozy, avait introduit des évaluations nationales pour les
élèves de CE1 et de CM2 en 2009, ce qui
avait soulevé une telle bronca chez les
enseignants - 20 % avaient refusé de les
faire passer la première année – que le
dispositif avait été abandonné en 2013
sous François Hollande.
Parmi les craintes : l’émergence d’un
stress des élèves - d’autant plus que
tous les tests se font en temps limité -,
un classement des professeurs et des
écoles « caché » derrière ces tests, ou
encore de la paperasse administrative
supplémentaire.
Jean-Michel Blanquer réactive les
évaluations au grand dam du Snuipp
pour qui « les inquiétudes ne sont pas levées face à un ministre qui ne cesse de
parler d’évaluation des professeurs et de
salaires au mérite ». Pour Francette Popineau, ces évaluations sont aussi une
Selon le ministère de l’Éducation nationale, les tests nationaux vont permettre d’évaluer les acquis et les besoins de chacun des élèves.
occasion d’imposer des « partis pris »
pédagogiques : « Elles insistent beaucoup
sur la méthode syllabique, certes nécessaire mais insuffisante. L’apprentissage
de la lecture passe tout autant par la compréhension ! » Par ailleurs, « la pédagogie
ne résout pas tout. Ces tests ne donneront
aucune solution pour les enfants dyslexiques, qui souffrent de troubles du comportement, de retards de langage, les enfants
allophones ». Sans aller jusqu’à demander de boycotter les évaluations, le
Snuipp propose aux professeurs de « sélectionner les items qu’elles jugent inutiles
et de ne pas en saisir les réponses ».
Membre du Conseil scientifique à l’origine des tests, Franck Ramus a répondu à
ceux qui jugent certaines épreuves inadaptées à des enfants sortant de maternelle : contrairement à un exercice, un test
vise à évaluer une fonction cognitive précise. Il semble ne pas correspondre directement au programme de la maternelle ou
du CP. « Mais ces évaluations n’ont pas
pour objectif d’évaluer ce qui a été fait à la
maternelle ou dans les deux premières semaines du CP. Elles évaluent des compétences cognitives qui sont des prérequis pour le
programme de français et de mathématiques du CP. Certains prérequis ont été enseignés à la maternelle, d’autre pas (par
exemple : situer les nombres sur une ligne
numérique), mais ils n’en sont pas moins
importants. » Enfin, alors qu’un exercice
est conçu pour pouvoir être réussi par la
plupart des élèves, les tests sont conçus de
manière que l’obtention du score maximal
soit difficile. À titre d’exemple, le texte sur
la glande pinéale qui offusque certains enseignants a donné 53 % de réponses correctes chez des élèves testés en fin de CP. Il
est donc « au niveau de difficulté recherché », argumente le scientifique. ■
PRESSMASTER-STOCK.ADOBE.COM
Les petits Anglais soumis à de nombreux tests
FLORENTIN COLLOMP
£@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
La pratique
« d’examens
réguliers
fait peu pour
développer
l’aptitude
d’un enfant
à comprendre.
À trop
se focaliser
sur la
performance
des établissements,
on risque
de perdre
de vue
les élèves
»
AMANDA SPIELMAN,
PRÉSIDENTE
DE L’ORGANISME
DE TUTELLE OFFICE
FOR STANDARDS
IN EDUCATION
LES ÉLÈVES anglais sont parmi
les plus évalués au monde. La
course à la performance commence dès 5 ans, avant l’entrée
en primaire. S’ensuivent une série d’examens à des « étapes
clés » successives fixées par le
ministère de l’Éducation : à 7, 11,
14 et 16 ans, avant le diplôme de
sortie du secondaire, les A Levels, à 18 ans. Ce système a vu le
jour à la fin des années 1980 et
n’a cessé de se complexifier depuis. Au départ, il s’agissait de
vérifier l’harmonisation des niveaux entre élèves d’écoles très
différentes, jouissant d’une importante autonomie. L’État entend s’assurer qu’au moins 80 %
d’une cohorte d’enfants atteignent les compétences requises
dans quelques domaines jugés
essentiels : grammaire, orthographe, maths et sciences. Ce
régime s’est encore sophistiqué
avec l’introduction de nouvelles
batteries de tests en 2016 après
une refonte totale des programmes. Ces examens (SATs) sont
menés par des organismes indépendants extérieurs aux établissements scolaires. Les résultats
sont publiés sous forme de clas-
sements, qui permettent de
connaître les niveaux respectifs
des écoles.
Destinés à évaluer les élèves,
ces tests sont donc aussi un outil
pour contrôler les écoles et les
professeurs. Les augmentations
de salaire et évolutions de carrière de ces derniers dépendent
des performances de leurs élèves. Le principal d’un établissement au niveau insuffisant peut
perdre sa place. En dessous de
65 % d’élèves au niveau requis,
l’école ou le collège sont jugés
en difficulté et repris en main.
Ce système ultracompétitif
est de plus en plus contesté. La
nature des tests, qui échappe
aux professeurs, suscite des critiques récurrentes. « Comment
suis-je censé suivre ces objectifs
en perpétuelle évolution, quels
que soient mes efforts ? », se lamente un enseignant cité par un
rapport du syndicat National
Union of Teachers. Les élèves
ont le sentiment de passer leur
temps en évaluation et de n’étudier que pour réussir les examens. La pression des objectifs
est telle que les cours se concentrent sur les matières soumises
aux tests, au détriment de sujets
de plus en plus délaissés comme
l’histoire, la géographie, les langues, la musique, les arts plastiques ou le sport.
Les résultats déterminent les
parcours scolaires et universitaires futurs des élèves dans un
système éducatif très sélectif.
Ils en subissent souvent des effets secondaires. « Stress, anxiété, insomnies, troubles dans
les amitiés entre camarades et
dans les relations avec les enseignants. Cela a radicalement
changé la culture dans les écoles », constate Jo-Anne Baird,
professeur de sciences de
l’éducation à Oxford.
Des critiques s’élèvent même
des plus hauts rangs du système
éducatif anglais. « La pratique
d’examens réguliers fait peu pour
développer l’aptitude d’un enfant
à comprendre. À trop se focaliser
sur la performance des établissements, on risque de perdre de vue
les élèves », cingle Amanda
Spielman, nouvelle présidente
de l’organisme de tutelle Office
for Standards in Education, qui
dénonce un apprentissage
« creux et fragile ».
Une réforme est en vue.
D’ores et déjà, l’examen à 14 ans
est devenu facultatif et celui à
l’âge de 7 ans pourrait être supprimé d’ici à 2023. Des associations de parents ont organisé au
printemps une campagne de
boycott de cette évaluation,
sous le mot d’ordre : « Laissons
les enfants être des enfants. » ■
Des épreuves qui « existent dans au moins la moitié des pays de l’OCDE »
CAROLINE BEYER £@BeyerCaroline
LE FIGARO. - D’après les constats
de l’OCDE, l’évaluation des élèves
est-elle un levier d’amélioration
d’un système scolaire ?
Éric CHARBONNIER. - Précisons
d’abord qu’en France les enseignants
font déjà, dans leurs classes, des évaluations de leurs élèves. Mais les évaluations nationales sont indéniablement un levier de progression. Elles
permettent de comparer les élèves et
les établissements d’une même région. Ce type d’évaluation existe dans
au moins la moitié des pays de
l’OCDE, à commencer par les pays où
les établissements scolaires sont plus
autonomes. Au Canada, en Australie,
en Irlande ou en Allemagne, les évaluations ont été mises en place à
VINCENT ISORE/IP3 PRESS/MAXPPP
EXPERT à la direction Éducation de
l’OCDE, Éric Charbonnier fait le point
sur les pratiques à l’étranger. Selon lui,
les évaluations actuellement menées en
France doivent évoluer.
« Il faut que les évaluations débouchent sur une pédagogie différenciée
et un accompagnement des élèves », déclare Éric Charbonnier.
l’école primaire et au collège depuis
trente ans. Mais elles ne se concentrent pas uniquement sur les fondamentaux, comme c’est le cas de celles
menées actuellement en France. À
l’étranger, elles prennent aussi en
compte les infrastructures, le climat
scolaire, le bien-être des élèves, notamment pour les plus jeunes, au CP.
Il y a une dimension bienveillante.
En Angleterre et aux États-Unis,
le système d’évaluation est aujourd’hui
très critiqué. Pour quelles raisons ?
Ces pays s’interrogent aujourd’hui sur
les effets pervers de leurs évaluations.
Il faut dire que, parmi les pays de
l’OCDE, ce sont des cas de figure extrêmes : les évaluations sont rendues
publiques, la compétition entre les
établissements est exacerbée, certains
ferment leurs portes en cas de mauvais
résultats… C’est très anxiogène pour
les élèves qui, dès le CP, voient leurs
faiblesses pointées, sans que ne leur
soit proposé un accompagnement.
L’évaluation des élèves va-t-elle de pair
avec une évaluation des enseignants ?
Pas forcément. Les enseignants sont
davantage évalués dans les établissements qui ont le plus d’autonomie. Or
la France est le pays où le chef d’établissement est le plus éloigné de ses
équipes.
Les évaluations qui viennent
d’être lancées en CP et CE1 en France
sont déjà très critiquées. Elles seraient
déconnectées de la réalité…
Elles viennent de se mettre en place. Il
est clair qu’elles doivent évoluer. Il doit
y avoir une concertation sur ce sujet.
De quelle manière le ministre Blanquer
conçoit-il, selon vous, les évaluations ?
Il semble vouloir établir une cartographie des établissements en France.
Quels sont ceux qui font le plus progresser les élèves ? Quelles sont les
bonnes pratiques ? J’ai entendu dans sa
bouche les mots « bienveillance » et
« aide aux établissements ». C’est positif. Les évaluations ne doivent pas être
de simples tests nationaux. Il faut
qu’elles débouchent sur une pédagogie
différenciée et un accompagnement
des élèves.
Le ministre a annoncé la création
d’une instance d’évaluation du système
pour le premier trimestre 2019.
Quel sera son rôle ? De quels types
de profils devrait-elle être composée ?
Cette instance va se concentrer sur le
contenu des évaluations et l’analyse des
résultats, de manière à établir une cartographie. Les neurosciences étant désormais largement mises à l’honneur au
ministère de l’Éducation nationale, il me
semble qu’il faudrait intégrer aussi dans
cette instance des chercheurs en éducation et des psychologues. ■
A
PROPOS RECUEILLIS PAR
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
12
SOCIÉTÉ
Le crime commis, l’un des suspects
a continué à utiliser son téléphone.
La police a ainsi retrouvé sa trace.
STÉPHANE DURAND-SOUFFLAND
sdurand-souffland@lefigaro.fr
ENVOYÉ SPÉCIAL À AIX-EN-PROVENCE
(BOUCHES-DU-RHÔNE)
JUSTICE Pour des policiers, le bonheur,
parfois, c’est simple comme une poignée de coups de fil. Ainsi des enquêteurs de la PJ niçoise en charge de l’assassinat de la milliardaire monégasque
Hélène Pastor et de son chauffeur, Mohamed Darwich, commis le 6 mai 2014.
Leur chef, le commissaire Frizon, a expliqué mardi comment son équipe a pu
identifier en un temps record les accusés des assises des Bouches-du-Rhône.
Al Haïr Hamadi et Samine Saïd Ahmed, respectivement guetteur et tireur
présumés, se sont rendus sur les lieux
du guet-apens – un hôpital de Nice – à
bord de deux taxis, pour bien brouiller
les pistes. Sauf qu’ils les avaient réservés au moyen de téléphones « portables
toc » devant impérativement « fonctionner en circuit fermé », précise
M. Frizon. Des témoins aperçoivent les
taxis. La compagnie livre les numéros
des mobiles à la police, qui les place sur
écoute. M. Saïd Ahmed a jeté l’appareil
(mais laissé traîner son ADN à Nice).
M. Hamadi s’est contenté de changer la
puce, ignorant que les boîtiers laissent
aussi leur empreinte numérique. Il utilise par ailleurs son « portable officiel ».
Résultat : l’un après l’autre, les suspects
sont identifiés et écoutés. Salim Youssouf, le gendarme qui a fourni des munitions faute d’avoir accepté de tirer
lui-même. Pascal Dauriac, coach sportif du gendre de Mme Pastor et de sa
compagne, mandaté pour superviser le
coup. Abdelkhader Belkhatir, beaufrère du précédent chargé de constituer
l’équipe. Omer Abale Lahore, qui souffle le nom du tireur. Anthony Colomb,
qui décline ce poste mais en sait long.
Mme Pastor, pour éviter
les fuites dans la presse,
a été admise à l’institut
médico-légal
« sous un faux nom,
dans un tiroir secret »
Le 23 juin 2014, une vaste opération
de police est lancée. Sylvia, la fille
d’Hélène Pastor, est placée en garde à
vue, tout comme son compagnon Wojciech Janowski. La première est rapidement remise en liberté. Le second,
désigné par son professeur de gymnastique en tant que commanditaire,
avoue lors de sa 6e audition, et prétend
qu’il voulait « sauver Sylvia du harcèlement de sa mère ». Puis il se rétracte.
FRANZ CHAVAROCHE/NICE MATIN/BESTIMAGE
Procès Pastor :
les suspects
trahis par
leurs portables
Le commissaire Frizon (à droite) lors de son arrivée, mardi, à la cour d’assises des Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence.
Place au commandant Catherine
Massineo, bras droit du commissaire
Frizon. Cette fonctionnaire est une
redoutable joueuse de fond de cour
d’assises, qui, mieux que son patron,
renvoie toutes les balles de la défense
de M. Janowski. Cette dernière est en
délicate posture : son client est accablé par un coaccusé et il a avoué, certes temporairement. L’enquête démontre en outre qu’il vivait aux
crochets de Sylvia Pastor, à l’insu de
celle-ci, qui le prenait pour un homme d’affaires aisé. Il lui offre un bateau à 3,9 millions ? Oui, mais payé
avec son argent à elle – elle gagne
8 000 € par mois, auxquels sa mère
ajoute 500 000 €. En plus, il lui fait
croire que le navire a coûté 6 millions. Le faux consul de Pologne, qui
s’occupe des comptes du ménage, va
jusqu’à soustraire à son profit les cotisations de Sylvia auprès de l’Assurance maladie. Bref, une seule option
pour les conseils d’un individu aussi
odieux, Mes Dupond-Moretti et Febbraro : démolir la garde à vue, faire
litière d’aveux passés devant Mme
Massineo.
Quand Me Febbraro tente : « Sur un
procès-verbal, vous faites dire à Sylvia
Pastor… », elle monte au filet : « Non,
Maître. Sylvia Pastor déclare. » Quand
Me Dupond-Moretti s’indigne de ce
que les interpellations ont été lancées
exprès un lundi 23 juin parce que les
avocats seraient en grève le 26, elle le
lobe : « Il fallait agir avant l’été, car
nous avions besoin de beaucoup de monde, et en début de semaine en prévision
des quatre jours de garde à vue. Nous
avions avisé M. Janowski dès le lundi
qu’il avait droit à un avocat, il a refusé. » Quand il s’emporte contre une
rencontre non procédurale à la PJ entre M. Janowski, qui vient d’avouer, et
Sylvia Pastor, le commandant place un
passing-shot : « Mais Maître, c’est M.
Janowski qui l’a demandé. Il avait beaucoup pleuré, c’était un geste bienveillant. » Mme Massineo admet qu’elle
a pu, dans un moment de tension, traiter le gradé à vue de « sous-merde »,
vulgarité choquante qui ne l’empêche
pas de remporter l’échange.
La fonctionnaire de police rappelle
également qu’« il y a ici deux familles en
deuil ». Elle raconte comment Mme Pastor, pour éviter les fuites dans la presse,
a été admise à l’institut médico-légal
« sous un faux nom, dans un tiroir secret ». Il ne faut pas oublier le nom de
l’autre victime : Mohamed Darwich,
« un homme honnête, sans histoire »,
criblé de plombs uniquement pour faire
croire à un vol à main armée qui avait
mal tourné. Et éloigner les enquêteurs
d’assassins qui téléphonaient trop. ■
ZOOM
Val-d’Oise : deux policiers
violemment percutés par
une voiture conduite par
des mineurs
Deux policiers ont été
grièvement blessés après avoir
été percutés de plein fouet par
une voiture volée et conduite par
des mineurs lors d’un contrôle
dans la nuit de lundi à mardi à
Osny (Val-d’Oise). Des renforts
de la BAC rapidement arrivés ont
permis l’interpellation des quatre
passagers, âgés de 16 à 18 ans.
Trois sont « défavorablement
connus » des services de police et
de la justice, a indiqué une source
proche de l’affaire. Une enquête
a été ouverte pour « tentative
d’homicide sur personnes
dépositaires de l’autorité
publique avec arme par
destination », a précisé le
parquet de Pontoise. Elle a été
confiée à la sûreté
départementale.
EN BREF
SNU : première
expérimentation
à la Toussaint 2019
Marseille : réunion de la dernière chance
pour sauver un « McDo » emblématique
Le service national universel
(SNU) sera expérimenté
en 2019 pendant les vacances
de la Toussaint, selon le général
Daniel Ménaouine, président
du groupe de travail sur le SNU
et auteur d’un rapport servant
de base au projet. D’une durée
d’un mois, dont deux semaines
en internat, à effectuer vers l’âge
de 16 ans, il concernera plus de
700 000 jeunes à horizon 2026.
Ce restaurant populaire d’un quartier déshérité
sera ce jour au cœur de discussions à la préfecture.
MARSEILLE
A
QUARTIERS Il est à de multiples carrefours. Dans le XIVe arrondissement de
Marseille, le McDonald’s de Saint-Barthélemy se situe tout d’abord entre plusieurs cités. «Ici il y a Font Vert, là Picon,
là encore les Lauriers. Et à 600 mètres à vol
d’oiseau, les Micocouliers, aussi. » Salim
Grabsi habite le secteur « depuis toujours ». Ce prof de lycée fait partie des
fondateurs du Syndicat des quartiers populaires de Marseille (SQPM), qui suit de
près le bras de fer inédit engagé entre les
salariés de ce fast-food, son dirigeant
franchisé et la multinationale.
Tout commence en mai, lorsque le gérant de six « McDo » décide de passer la
main. Cette « unité économique et sociale » (UES) représente plus de 300 salariés. Un autre franchisé local, Mohamed Abbassi, se dit prêt à les
reprendre… à l’exception de celui de
Saint-Barthélemy et de ses 77 employés.
En cause : son manque de viabilité économique. Un porteur de projet se présente, avec la volonté de transformer
l’établissement en « fast-food asiatique
halal ». Une solution alors jugée « économiquement pertinente », selon les dirigeants de l’établissement, mais « qui
aurait augmenté la ghettoïsation du secteur », déplore Salim Grabsi.
Sur le parking du McDo, ce prof de lycée montre du doigt, de l’autre côté de la
route, le petit centre commercial « qui va
être rasé ». À quelques minutes à pied, il
pointe aussi la Busserine, théâtre d’une
fusillade le printemps dernier. Oui, le
quartier du « grand Saint-Barthélemy »
fait partie de ce que l’on appelle communément « les quartiers Nord de Marseille ». « Et notre McDo, c’est un restaurant populaire, où les mères de famille se
retrouvent le mercredi pour faire jouer les
enfants ensemble et en sécurité », insiste
Salim Grabsi. « Son ouverture en 1992 est
arrivée au moment où les emplois salariés
quittaient le quartier, ajoute Karima Berriche, autre membre du SQPM. C’est rapidement devenu un tremplin vers l’emploi », assure-t-elle. Comme pour
Yassine, 23 ans, en temps partiel depuis
plus d’un an et qui « zonait dans le quartier, sur une mauvaise pente », avant de
passer derrière le comptoir. « On a l’image d’Épinal, en France, de l’église et de la
petite place de village, mais il faut comprendre qu’en 2018 la terrasse d’un McDo
en fait aussi partie », glisse Salim Grabsi.
Le 7 septembre dernier, la justice a interdit la vente de l’établissement à Hali
Food & Co - étape d’une bataille judiciaire engagée sur différents plans par les re-
Un plan pour l’éducation
artistique à l’école
CHRISTOPHE SIMON/AFP
JEAN-CHRISTOPHE MAGNENET
Le McDonald’s de Saint-Barthélemy est le poumon économique et social du quartier.
présentants des salariés, et loin d’être encore achevée.
« Je suis optimiste »
La reprise des cinq autres restaurants par
Mohamed Abbassi a quant à elle été autorisée et signée dans la foulée… entraînant
le blocage de quatre d’entre eux par des
salariés. « Ce sont des employés de SaintBarthélemy qui sont à la manœuvre », explique le repreneur. Mohamed Abbassi a
depuis proposé de reprendre également
l’établissement des quartiers Nord, « à
condition de se séparer d’une partie de
l’encadrement ». Une table ronde doit
être organisée ce mercredi matin sous
l’égide de la préfecture. « Je ne m’y rendrai que si mes McDo sont débloqués », argue le potentiel repreneur. Représentants
des salariés, vendeur et repreneur des
restaurants, dirigeants de McDonald’s
France et syndicat de quartier… « Ce
pourrait être enfin l’occasion de réunir tout
le monde autour de la table, je suis donc
optimiste », juge la préfète déléguée pour
l’égalité des chances Marie-Emmanuelle
Assidon, qui organise la rencontre avec
Jean-Pierre Floris, le délégué interministériel aux restructurations d’entreprise.
Mais pas sûr que le McDo de Saint-Barthélemy soit encore au carrefour des intérêts de chacun. ■
Les ministres de l’Éducation
et de la Culture ont lancé
mardi leur plan pour favoriser
l’éducation artistique à l’école,
pour les élèves de 3 à 18 ans.
Chorale, éloquence, ateliers
de création… Doté de 26 millions
d’euros, ce plan sera
expérimenté dans dix villes
à partir de septembre 2019.
Accord francobritannique sur la coquille
Saint-Jacques
Les ministères français
et britannique ont abouti
à un accord sur la pêche
en baie de Seine, mettant
fin à plusieurs semaines
de négociations tendues.
Les navires britanniques de plus
de 15 mètres s’engagent ainsi
à ne pas capturer le précieux
mollusque en Manche Est
jusqu’à fin octobre. Ils
bénéficieront, en contrepartie,
d’un échange de quotas d’effort
de pêche de la part de la France,
dans les mêmes conditions
que l’an passé.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 19 septembre 2018
SCIENCES
13
L’été 2018
marqué par des
pics de pollution
à l’ozone
ZOOM
Le premier client de SpaceX
pour aller vers la Lune
est un milliardaire japonais
Elon Musk ne fait décidément
rien comme les autres.
Le premier passager de sa future
fusée d’exploration du Système
solaire, BFR (pour Big Falcon
Rocket), sera… un touriste. Un
milliardaire japonais passionné
d’art contemporain, Yusaku
Maezawa, qui veut aller faire le
tour de la Lune avec des artistes
qui seront ses invités. L’annonce
a été faite lundi par le fondateur
de SpaceX, Elon Musk, au siège
de la compagnie à Hawthorne,
près de Los Angeles, dans
la gigantesque usine qui produit
les fusées Falcon 9.
Yusaku Maezawa est le fondateur
de la plus grande galerie
marchande japonaise de mode en
ligne, Zozotown, et sa fortune est
estimée à 3 milliards de dollars,
selon Forbes. Il est passionné
d’art contemporain.
« Je choisis d’aller autour de
la Lune… avec des artistes ! »,
a expliqué l’homme d’affaires
de 42 ans. « Ils auront à créer
quelque chose à leur retour sur
Terre. » « Leurs chefs-d’œuvre
inspireront tous les rêveurs
qui sommeillent en nous », a-t-il
dit, baptisant son projet « Dear
Moon », « Chère Lune ». Le
voyage, pour eux, sera gratuit, a
précisé Elon Musk. Le décollage
est prévu pour 2023, si SpaceX
tient ses objectifs de calendrier,
ce qui est très rarement le cas.
À cause de la canicule en France, le gaz
polluant a dépassé les normes pendant
une durée jamais observée depuis 2003.
Des limitations de vitesse ont donc été
décidées dans des agglomérations de
Lyon et Grenoble, où une restriction de
circulation aux véhicules les plus polluants a été imposée. Dans la vallée de
l’Arve, les pics de pollution étaient moins
importants que ceux observés de l’autre
côté du tunnel du Mont-Blanc, côté Suisse. La raison ? Les normes sont plus strictes du côté helvétique, où les recommandations de l’Organisation mondiale de la
santé sont appliquées (limite de 120 mi-
Les particules fines,
nocives pour le fœtus
Dans de nombreuses villes (ci-dessus, près de Marseille), la vitesse maximale
des véhicules a été réduite à cause de pics à l’ozone. GÉRARD JULIEN/AFP
crogrammes d’ozone par mètre cube
d’air). En Suisse, des taxes ont permis de
réduire les émissions à l’origine des pics
d’ozone, tandis que la France applique la
directive européenne, plus laxiste. La
Cour des comptes européenne a mis en
cause le 11 septembre les normes de la directive de la qualité de l’air ambiant de
2008, jugées « moins strictes » que celles
de l’OMS et « trop peu contraignantes au
regard des dernières données scientifiques ». Il reste qu’en France des mesures
de restrictions d’activités industrielles
DELPHINE CHAYET £@DelChayet
SIMEON CHATZILIDIS/SIANSTOCK - STOCK.ADOBE.COM
DEPUIS VINGT ANS, les indices de la nocivité de la pollution atmosphérique pour le
fœtus se sont accumulés de manière inquiétante. On sait maintenant que l’exposition de la femme enceinte à un air pollué
est susceptible d’augmenter le risque d’accouchement prématuré, de petits poids à la
naissance et de troubles respiratoires chez
l’enfant. Dans les villes les plus polluées qui
se trouvent aujourd’hui dans les pays en
voie de développement, le lien avec une
hausse de la mortalité périnatale a aussi été
suggéré.
Une étude présentée dimanche au
Congrès européen de pneumologie (ERS),
à Paris, permet de mieux comprendre la
manière dont ces micropolluants atteignent le bébé. Elle montre que les particules fines réussissent à passer des poumons
dans le sang maternel et à franchir la barrière placentaire. Cinq femmes enceintes,
résidant à Londres, et dont l’accouchement par césarienne était programmé à
l’Hôpital royal, ont participé à cette recherche. Non fumeuses, toutes ont mis au
monde un bébé en bonne santé, puis ont
donné leur placenta à la science. Au
L’exposition de la femme enceinte
à un air pollué augmente le risque
d’accouchement prématuré,
de petits poids à la naissance et
de troubles respiratoires chez l’enfant.
moyen d’un microscope très puissant, les
chercheurs se sont intéressés aux cellules
placentaires macrophages, qui protègent
le fœtus et jouent un rôle dans le système
immunitaire. Ils ont observé dans 60 cellules (sur les 3 500 examinées) un total de
72 « petites taches noires » correspondant
selon eux à des particules de carbone.
« Nous ne savons pas encore si ces particules peuvent aussi se déplacer jusqu’au
fœtus, mais nous pensons que c’est possible, souligne le Dr Norrice Liu, pédiatre et
auteure principale de l’étude. De toute façon, si elles ont un effet sur le placenta, cela
aura un impact sur le bébé. » Le placenta
joue un rôle essentiel dans les échanges
entre la mère et son enfant. Son rôle est de
nourrir et d’oxygéner le bébé.
ont tout de même été décidées, notamment pour des sites pétrochimiques et
chimiques qui effectuent des opérations
de maintenance pendant l’été et qui, sinon, auraient relâché dans l’air d’importants précurseurs de l’ozone.
Le pic d’ozone, dépendant de l’ensoleillement et de la température, se forme
par une réaction chimique atmosphérique,
entre des oxydes d’azote et des composés
organiques volatils comme le benzène, des
solvants et certaines peintures. Il se crée,
en particulier l’été, par une réaction photo-
C R O I S I È R E S
Perte d’oxygène
et de nutriments
Une intrusion étrangère dans ce système
très complexe peut avoir plusieurs
conséquences, souligne Isabella AnnesiMaesano, directrice de recherche à l’Inserm. « Les polluants vont créer un stress
oxydant, c’est-à-dire une agression des
cellules qui va susciter une réponse inflammatoire exagérée - avec des conséquences
à long terme », explique-t-elle. Un autre
impact possible est lié à la perte d’oxygène et de nutriments transmis par le placenta. « Un fœtus privé pendant son développement s’adaptera en privilégiant la
croissance du cerveau au détriment
d’autres organes, tels que les reins ou le
foie », avance Marie-Aline Charles, épidémiologiste à l’Inserm. C’est ce qui expliquerait la survenue de maladies chroniques (diabète, hypertension, obésité)
bien plus tard dans la vie.
La recherche sur les conséquences à
long terme d’une exposition à la pollution
de l’air en est encore à ses débuts. En attendant, les preuves des effets immédiats
s’accumulent. En mai dernier, une recherche de l’Inserm attribuait à ce problème la moitié des naissances de bébés
hypotrophes (poids inférieur à 2,5 kg) en
France. Soit environ 8 300 nouveau-nés,
dont 1 800 ont présenté un retard mental
important. ■
chimique favorisée par les rayons ultraviolets du Soleil et une température de l’air
élevée. Mais le gaz est détruit rapidement
près du sol au contact du dioxyde d’azote
émis notamment par les véhicules diesel.
La concentration d’ozone près du sol est dix
fois inférieure à celle qui se trouve à plus de
100 mètres d’altitude. Un résultat confirmé
par les mesures d’un instrument embarqué
dans le ballon captif Generali à Paris, conçu
en coopération par le laboratoire interuniversitaire des systèmes atmosphériques du
CNRS avec deux universités. ■
avec Alain Duault,
conférencier,
directeur artistique
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w w w. c r o i s i e u r o p e . c o m
A
ENVIRONNEMENT Parmi les cinq polluants de l’air étroitement surveillés pour
leurs risques sur la santé publique, l’ozone,
très irritant pour les voies respiratoires, est
celui qui a le plus progressé dans nos villes.
« C’est le seul dont la concentration a été
multipliée par cinq en Europe sur un siècle »,
précise Karine Léger, directrice des relations extérieures d’AirParif, qui surveille
la qualité de l’air en Île-de-France.
« Au niveau national, du 2 au 7 août,
pendant la canicule, il y a eu de nombreux
dépassements réglementaires à l’ozone »,
complète Marie-Blanche Tersonnaz, directrice générale d’Atmo AuvergneRhône-Alpes, l’agence régionale pour la
qualité de l’air.
Au cours de l’été 2018, dans la région
francilienne, pendant onze jours au total,
dont six jours consécutifs, la concentration d’ozone a été supérieure au niveau
fixé par la réglementation française pour
la santé humaine (180 microgrammes
d’ozone par mètre cube d’air pendant
une heure pour l’information du public et
240 microgrammes pour le seuil d’alerte). Il s’agit du deuxième épisode le plus
long depuis celui de 2003 (19 jours), mais
le troisième en termes de concentration
d’ozone au niveau du sol (243 micro-
grammes mesurés en 2018, contre 283 en
2003 et 340 en août 1998).
De nombreuses villes et départements
ont été touchés, en particulier dans l’est de
la France, comme à Strasbourg, où la vitesse maximale des véhicules a été réduite
de 20 km/h par décision préfectorale à
cause de pics à l’ozone. Et le Sud n’a pas été
épargné. « Pendant la période estivale, seize jours de pollution à l’ozone ont été notés
au total dans la région, contre une moyenne
de huit jours sur la période 2011-2017 », détaille Nicolas Vigier, directeur de la prévision à l’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes.
Dans cette région, le pic de concentration
à l’ozone mesuré cet été (229 microgrammes par mètre cube d’air) a été très inférieur au record mesuré en 2003 (306).
© O. Asmussen
MARC CHERKI £@mcherki
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
14
SPORT
Ligue Europa :
entre rêve
et réalité pour
les Français
Marseille, finaliste de la dernière édition,
Rennes et Bordeaux ont de quoi briller
à l’ombre de la Ligue des champions.
BAPTISTE DESPREZ £@Batdesprez
FOOTBALL Chaque année, la même rengaine s’installe dans toutes les discussions. Et alimente les débats. Comment
la Ligue Europa arrivera-t-elle à passionner les foules dans l’ombre de la séduisante et sémillante Ligue des champions ? Poser la question augure déjà la
réponse. Tout du moins pour la phase de
groupes, jamais très emballante, avec
des stades rarement pleins et la plupart
du temps des équipes mixtes alignées
pour des clubs tiraillés entre l’ambition
d’y briller et la perspective d’exister
dans l’exercice de leur championnat.
compétition qui scintille…
uUne
après la phase de groupes
Une vaste fumisterie balayée dès l’entame des matchs couperets en plein
cœur du mois de février, avec la bascule des formations troisièmes de Ligue
des champions qui en dit véritablement
plus sur les forces en présence. Preuve
en est avec le parcours de l’Atlético
Madrid d’Antoine Griezmann et Diego
Simeone, aligné en C1 en septembre
dernier, reversé en C3 durant l’hiver et
sacré en mai à Lyon devant l’OM (0-3).
Avec des vainqueurs aussi renommés
que Manchester United (2017), Chelsea
(2013) ou encore l’Atlético (2018, 2012,
2010), le FC Séville (2014, 2015, 2016) et
Porto (2011) sur la dernière décennie, le
palmarès parle de lui-même et le football français aurait tort de bomber le
torse ou de montrer un quelconque dédain à l’aune de cette compétition.
ne rêve plus en silence
uL’OM
Si un club de l’Hexagone peut se tar-
guer de jouer à fond cette Ligue Europa,
Dimitri Payet
et Florian Thauvin lors
de la finale de la Ligue
Europa 2018 perdu
par Marseille (0-3)
contre l’Atlético Madrid,
le 16 mai à Lyon.
ANTHONY DIBON/ICON SPORT
c’est bien l’OM. Finaliste malheureux
l’an passé, le club phocéen entend bien
exister de la plus belle des manières dans
une compétition qu’il espère quitter dès
la saison prochaine pour rêver plus
grand, attirer des joueurs d’autres calibres - et empocher plus d’argent - avec
la C1. Malgré un groupe délicat au tirage
avec l’Eintracht Francfort de l’ancien
Parisien Kevin Trapp (jeudi, 18 h 55,
RMC Sport), la Lazio Rome de Simone
Inzaghi ou les Chypriotes de Limassol,
l’appétit marseillais ne semble pas rassasié. Loin de là. « On veut tout gagner »,
avance Luiz Gustavo, conscient des retombées positives d’une belle aventure
sur la scène continentale.
et Bordeaux,
uRennes
des ambitions diverses et variées
Dans l’ombre du colosse olympien,
Rennes absent de la compétition de-
puis six ans (élimination dès le premier tour dans un groupe comportant
l’Atlético Madrid de Radamel Falcao)
regarde malgré tout les Ukrainiens de
Kiev, les Kazakhs d’Astana ou les
Tchèques de Jablonek sans complexe
d’infériorité. Forts d’un recrutement
haut de gamme cet été, avec notamment la venue d’Hatem Ben Arfa. « La
déception, c’est si on ne sort pas de cette poule », assure Sabri Lamouchi,
franc et offensif. Impression différente quatre cents kilomètres plus au sud,
à Bordeaux. Déstabilisés par la reprise
du club (le fonds d’investissement
américain GACP succédera à M6 fin
octobre) et le changement d’entraîneur (Poyet a laissé sa place à Ricardo), et auteurs d’un début de saison
raté (19e, 1 victoire en 5 matchs), les
Girondins n’ont pas la tête à la Coupe
d’Europe. La preuve en est l’état am-
Lyon déjà sous pression pour son grand retour
VINCENT DUCHESNE £@VinceSport24
UN AN QUE L’OLYMPIQUE lyonnais attendait ça. Réentendre la douce mélodie
de la Ligue des champions. Humer
l’odeur des grands rendez-vous de la
plus prestigieuse compétition européenne. Goûter à nouveau au caviar après
avoir dû se contenter des œufs de lompe
la saison passée avec la Ligue Europa. « Je
ne dis pas que ce sera le plus beau jour de
ma vie mais, sur les dix dernières années,
ce retour en Ligue des champions chez le
champion d’Angleterre sera l’un des moments les plus passionnants et les plus magnifiques », a glissé le président lyonnais
Jean-Michel Aulas dans les colonnes de
L’Équipe. Le tableau semblerait presque
idyllique. À ceci près que l’OL aborde ce
déplacement à Manchester City (21 heures sur RMC Sport 1), favori du groupe F
- où l’on retrouve également le Shakhtar
Donetsk et Hoffenheim - et candidat à la
succession du Real Madrid, avec des
doutes plein la tête.
La faute à une entame de championnat ratée avec déjà deux défaites en cinq
journées et seulement 7 points glanés.
Samedi, les Lyonnais ont même réussi à
perdre bêtement deux points contre
Caen (2-2), pourtant réduit à dix pendant l’essentiel de la deuxième période.
Pour une équipe présentée par beaucoup d’observateurs comme le principal concurrent au PSG cette saison en
Ligue 1 après avoir réussi à conserver
Nabil Fekir, tout en se renforçant avec
des jeunes prometteurs (Dubois, Terrier, Denayer, Dembélé), cela fait tache.
« Il y a des fondamentaux à respecter, a
pesté après coup l’entraîneur lyonnais
Bruno Genesio. L’engagement, l’investissement, l’intensité, les Caennais les ont
eus, nous non. Je suis plus que déçu. Je
suis très déçu, très en colère. »
A
Bruno Genesio joue gros
Même son de cloche de la part de JeanMichel Aulas qui, après avoir zappé les
médias, a préféré exprimer son mécontentement sur Twitter. Le tout en mettant ses joueurs face à leurs responsabilités : « Mauvaise opération à Caen, les
joueurs m’ont déçu : manque d’enthousiasme et faiblesses techniques individuelles. Nabil va remobiliser son groupe :
le talent est là, mais l’état d’esprit pas
encore. La semaine à venir sera déterminante pour nos ambitions. » Car outre
cette entrée en matière corsée en Ligue
des champions à Manchester ce mercredi, les Lyonnais joueront déjà très
gros quatre jours plus tard avec la réception de Marseille au Groupama Stadium pour le choc des Olympiques.
Bruno Genesio le premier.
Contesté par une partie des supporters rhodaniens depuis quasiment sa
nomination en décembre 2015 mais
soutenu par son président, le technicien
de 52 ans est plus que jamais dans l’œil
du cyclone. Une atmosphère pesante
qui a atteint son paroxysme durant la
trêve internationale avec une altercation nocturne impliquant Genesio alors
qu’il fêtait son anniversaire en famille
dans un établissement branché de
Lyon. « Je comprends les critiques, je
comprends qu’on puisse être en désac-
cord avec certains de mes choix, je comprends plein de choses jusqu’à ce que
certaines limites soient franchies, avaitil affirmé face aux médias la semaine
dernière. Et lorsque certaines limites
sont franchies, je ne peux pas rester de
marbre. »
Ce n’est pas un hasard si dimanche,
après le couac de Caen, Jean-Michel
Aulas a ressenti le besoin de venir voir
ses ouailles pour réclamer rapidement
une prise de conscience. Tout en expliquant à Genesio qu’il avait une occasion
en or de prouver sa valeur et son « charisme » face à l’une des références au
poste d’entraîneur, Pep Guardiola. Ce
serait, à coup sûr, un joli pied de nez à
ceux qui le surnomment de manière ironique « Pep » Genesio pour son prétendu
manque de culture tactique. « On a loupé
Caen, mais ce n’est pas Bruno qui l’a loupé. Les joueurs vont réagir, je le sais, prophétise Aulas. Je me fous d’ailleurs du résultat à City, je veux le contenu et
l’attitude. Le résultat de Marseille dépendra de City dans ce contenu. » ■
Avec 4 buts depuis
le début de la saison,
Karim Benzema
(ici contre Bilbao,
samedi dernier),
est en tête
du classement
des buteurs en Liga,
à égalité avec Lionel
Messi. LLUIS GENE/AFP
LE REAL MADRID, triple champion en titre, entame, ce mercredi, sa nouvelle campagne
européenne. Mais les Madrilènes
sont désormais orphelins de
Cristiano Ronaldo et Zinédine
Zidane.
Ce mercredi soir, Karim Benzema et ses partenaires débutent
la défense de leur Ligue des
champions contre l’AS Rome. Le
premier match d’une nouvelle
ère européenne pour le club aux
13 « C 1 », qui présente un nouveau visage. Car oui, de nouvelles
têtes sont apparues à Madrid.
D’autres sont parties, et pas des
moindres. Zinédine Zidane, qui
estimait que son cycle à la Casa
Blanca était terminé, a décidé de
quitter le club, avec dans son sac,
trois Ligue des champions et une
Liga, entre autres. Mais le réel
coup de tonnerre a été le départ
de l’incontournable Cristiano Ronaldo, quintuple Ballon d’or et vitrine du club depuis 2009. Après
avoir explosé à Manchester United (2003-2009), tout gagné au
Real Madrid (2009-2018), « CR7 »
a décidé, à 33 ans, de s’offrir un
nouveau défi en Italie, à la Juventus Turin. Le Real va donc devoir
opérer cette saison sans son entraîneur emblématique et sans le
plus grand joueur de son histoire.
Un mal pour un bien ?
« C’est plus détendu »
C’est indéniable. La star portugaise, que cela soit sur le terrain
ou médiatiquement, était presque constamment au centre de
l’attention générale. Son départ
pourrait, si ce n’est pas déjà le
et champions du monde,
uCadors
un plateau relevé
Du côté des différents cadors annoncés figurent le Chelsea de Kanté et
Giroud ou Arsenal, désormais mené
par Unai Emery. Des têtes d’affiche
séduisantes bien encadrées par le FC
Séville de Gonalons et Ben Yedder,
l’AC Milan de Leonardo et Maldini, de
retour aux affaires, et Fenerbahçe de
Valbuena. Un menu plutôt appétissant. ■
ZOOM
Nouveaux défis pour le Real Madrid
SAMUEL ZAGURY £@Sammzag
biant du club, l’oubli d’inscrire la
nouvelle recrue croate Toma Basic sur
la liste des joueurs amenés à disputer
la C3, qualifié d’« erreur administrative » par le technicien brésilien.
Autant de signaux négatifs pour un
groupe appelé à batailler face au Slavia Prague (jeudi, 21 heures, RMC
Sport), Copenhague ou au Zenit.
1RE JOURNÉE
LIGUE DES CHAMPIONS
GR E
AJAX
mer.
AEK ATHÈNES
AMSTERDAM 18 h 55
BAYERN
BENFICA
21 h
DE MUNICH
GR F DONETSK 18h55 HOFFENHEIM
MANCHESTER
21h
LYON
CITY (RMC)
GR G
PLZEN
CSKA MOSCOU
21h
AS ROMA
REAL MADRID
GR H VALENCE
JUVENTUS
MANCHESTER
BERNE
UNITED
cas, en libérer plus d’un. « Je
pense qu’il y a plus de travail
pour l’ensemble, plutôt que pour
un seul joueur. C’est plus détendu », déclarait d’ailleurs Gareth
Bale, l’un des trois membres de la
nouvelle attaque du Real Madrid.
À ses côtés se trouvent Karim
Benzema (30 ans) et la pépite espagnole Marco Asensio (22 ans).
Le trio compte déjà 7 buts en Liga.
Si Benzema n’est plus en Bleu, ses
deux compères brillent respectivement avec l’Espagne et le pays
de Galles. Preuve donc que, sans
Ronaldo, le Real Madrid est capable d’impressionner.
Que demander de mieux pour
se jauger dans une compétition
que d’affronter un demi-finaliste
de la dernière édition ? Les
champions en titre seront opposés à une équipe romaine qui aura
à cœur de confirmer l’excellent
parcours réussi l’an passé : une
demi-finale perdue contre Liverpool, après une étonnante « remontada » contre Barcelone en
quarts de finale. À domicile, le
Real est évidemment favori
contre les Italiens, qui réalisent
un début de saison non sans difficultés, n’ayant gagné aucun de
leurs quatre derniers matchs. ■
Natation : Amaury Leveaux
sort de sa retraite
Cinq ans après avoir quitté
les bassins, Amaury Leveaux,
vice-champion olympique 2008
et recordman du monde, a décidé
de revenir à la compétition avec
pour objectif les Jeux de Tokyo
en 2020 sur sa distance fétiche,
le 50 m libre. Le Français, âgé
de 32 ans, a expliqué au journal
Le Parisien qu’il avait « encore
un truc à faire sur 50 m ». Leveaux,
champion olympique en 2012 avec
le relais 4 × 100 m libre, a précisé
qu’il allait s’entraîner
dès le 1er octobre à Los Angeles,
sous la houlette de Dave Salo,
mentor des champions
olympiques Rebecca Soni, Aaron
Peirsol, Oussama Mellouli
ou encore Jason Lezak.
EN BREF
Foot : Sergio Ramos
tacle Antoine Griezmann
« Les ignorants, ça ose tout. Quand
j’entends parler ce garçon, je pense
très fort aux Totti, Buffon, Maldini,
Xavi, Raul ou Iker (Casillas), des
joueurs qui ont tout gagné, qui ont
une multitude de trophées chez eux,
et aucun n’a de Ballon d’Or »,
a assené le défenseur espagnol
en conférence de presse,
répondant à Antoine Griezmann
qui avait assuré être désormais
installé « à la table » de Lionel
Messi et Cristiano Ronaldo.
Débuts réussis
pour Diego Maradona
La légende du football argentin
a réussi ses débuts en tant
qu’entraîneur des Dorados de
Sinaloa, une équipe de deuxième
division mexicaine, grâce à une
large victoire (4-1) lundi soir face
aux Cafetaleros de Tapachula.
Tennis : Alizé Cornet
éliminée d’entrée
La Française, 34e mondiale,
a été éliminée dès son entrée
en lice dans le tournoi de Canton,
battue 6-0, 6-3, par l’Américaine
Jennifer Brady.
JO : le CIO rassuré par Pékin
Le CIO s’est dit « extrêmement
confiant » dans le travail mené
par Pékin pour l’organisation
des JO d’hiver 2022, se félicitant
du nombre de skieurs, « qui
a triplé en deux ans » dans le pays.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 19 septembre 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues avec justification d’identité
par téléphone au
01 56 52 27 27
par télécopie au
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par e-mail : carnetdujour@media.figaro.fr
sur notre site : www.carnetdujour.lefigaro.fr
Clamart (Hauts-de-Seine).
M. et Mme Stefan Risson,
M. et Mme
Didier Robert-Fulachier,
ses enfants,
Eléanor, Emmanuelle, Sullivan,
ses petits-enfants,
M. et Mme Louis Fulachier,
ses frère et belle-sœur,
et leurs familles,
parents et alliés
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Georges FULACHIER
ingénieur général de première
classe de l'armement,
officier de la Légion d'honneur,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
Naissances,
Saint-Valentin,
Commémoration, Souvenirs,
Adoptions,
Noces,
Signatures,
Baptêmes,
Communications
diverses,
Départsenretraite,
Fiançailles,
Mariages,
Conférences,
Deuils,
Officesreligieux,
Vœux,
Prised’habit,
Jubilé,
Jubilésacerdotal,
Anniversaires,
Thèses,
Condoléances,
Centenaires,
Portesouvertes,
Remerciements,
Ordination,
FêtedesMères,
Distinctions,
FêtedesPères,
Nominations,
Messeset
anniversaires,
Vœux
monastiques.
survenu le 14 septembre 2018,
à l'âge de 86 ans, à Clamart.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre-Saint-Paul,
5, place Ferrari, à Clamart,
le vendredi 21 septembre 2018,
à 14 heures.
Boulogne-Billancourt
(Hauts-de-Seine).
Son fils
a la tristesse
de faire part du décès de
Les annonces sont reprises sur
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
deuils
Les familles Berriau, Shapiro,
Darrasse, Tejada
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Yvonne BERRIAU
survenu le 17 septembre 2018,
à l'âge de 90 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 21 septembre 2018,
à 10 heures, en l'église
de Saint-Martin-de-Ré, suivie
de l'inhumation au cimetière
de cette même commune.
Didier et Marie-France (†)
Brugère,
Denis (†) et Nathalie Brugère,
Elisabeth et Pierre Hovakimian,
ses enfants,
Aurélien,
Alexis et Christelle,
Frédéric et Valentine,
Louis et Soline,
Dorothée et Antoine,
Noé,
Félix,
ses petits-enfants,
Héloïse, Clotilde, Jeanne,
Maxime, Gaëtan,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Mme Jean BRUGÈRE
née Geneviève Gosset,
survenu le 17 septembre 2018,
à l'âge de 91 ans, à Clamart,
munie des sacrements
de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Martin
de Charenton-du-Cher (Cher),
le vendredi 21 septembre,
à 15 h 30,
suivie de l'inhumation
au cimetière de la ville.
Ni fleurs ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Pascale, Martine,
Bénédicte et Didier Nicolas,
ses enfants,
Mme Colette HENRIET
survenu le 11 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-Boulogne,
2, rue de l'Église,
à Boulogne-Billancourt
le jeudi 20 septembre, à 10 h 30.
Colette BOULARD
née Douetteau,
survenu le 16 septembre 2018,
à l'âge de 87 ans, à Prades.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-François-d'Assise,
92, rue Sadi-Carnot,
à Vanves (Hauts-de-Seine),
le vendredi 21 septembre 2018,
à 15 heures,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Vanves,
avenue Marcel-Martinie.
Fontenay-le-Comte (Vendée).
ont la très grande tristesse
de vous faire part du décès de
Alice LACHENY
née Dubois,
survenu le 14 septembre 2018,
à l'âge de 91 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le lundi 24 septembre,
à 11 heures, en l'église
de Bouray-sur-Juine (Essonne),
suivie de l'inhumation
dans le caveau de famille au
cimetière de Bouray-sur-Juine.
catherine_lacheny@yahoo.fr
dominique.lacheny@
gmail.com
Stéphane et Yolanda,
Charlotte et Thomas,
Erwan et Emilie,
Clément et Denise,
Morgane et Denis,
ses petits-enfants,
On nous prie d'annoncer
le décès, le 17 septembre 2018,
à Alger, du
Malo, Camille, Dimitri,
Marcus, Nola, Brune, Eva,
Soan,
ses arrière-petits-enfants,
De la part
Mme Alain DOUAULT
née Annie Hubert-Corhumel,
le 17 septembre 2018,
dans sa 95e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 20 septembre 2018,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Nicolas de Nantes.
père Dominique LANQUETÔT
prêtre de la Mission de France.
du général Wilfrid Boone,
son beau-frère,
de ses neveux et nièces,
des familles Le Levreur
et Boone.
La cérémonie religieuse
aura lieu
ce mercredi 19 septembre,
à 11 heures,
en la maison diocésaine,
chemin d'Hydra, à El Biar,
à Alger.
Henri et Isabelle Lignon,
Mabé et Jacques Le Chatelier,
ses enfants,
Estelle et Nicolas, Clément,
Guilhem, Guillaume,
ses petits-enfants,
Anniversaires de mariage
Fêtez-les dans le carnet du jour !
Xavier et Véronique,
Béatrice et Alain,
Sabine et Michel,
Oleg et Bénédicte,
Bertrand,
Martin et Margarita,
Agnès et Marc, Grégoire,
ses neveux et nièces,
leurs enfants et petits-enfants
font part du rappel à Dieu de
Mlle Françoise LINAIS
le 15 septembre 2018,
à l'âge de 93 ans, à Paris.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de La Perrière (Orne),
le samedi 22 septembre,
à 10 h 30.
Mme Philippe Biosse Duplan,
M. Olivier Biosse Duplan
et ses enfants,
Marion et Vincent,
M. et Mme Jean-Luc Mattlé,
M. et Mme François Macaire,
M. et Mme
Fabrice Gautier de la Ferrière,
M. et Mme Michel Macaire,
M. et Mme Jacques Macaire,
M. et Mme Eric Macaire,
leurs enfants et petits-enfants
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Bernard MACAIRE
née Gilberte Gaume,
leur sœur, belle-sœur, tante
et grand-tante,
survenu le 16 septembre 2018,
à l'âge de 90 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Augustin, à Paris (8e),
le jeudi 20 septembre, à 14 h 30.
Catherine et Dominique,
ses enfants,
ses petits-enfants
et son arrière-petite-fille
Marie et Yann de Rengervé,
Patrick et Corneilla Douault,
ses enfants,
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Gérard Linais,
son frère,
Claude Linais
et Elisabeth Linais,
ses belles-sœurs,
11, rue de Lisbonne,
75008 Paris.
ses petits-enfants
et son arrière-petit-fils
ont la douleur
de faire part du décès de
15
Victor, Zoé, Rose,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Bernadette et Didier Houzel,
Colette Faure (†),
Françoise et André Boutiron,
Pierre et Michèle Massiani,
ses sœurs, frère,
beaux-frères et belle-sœur,
ses neveux, nièces,
petits-neveux, petites-nièces
font part du retour à Dieu,
dans l'espérance
de la Résurrection, de
Anne-Marie MASSIANI
le 13 septembre 2018,
des suites d'une longue
maladie.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 21 septembre,
à 10 h 30,
en l'église Sainte-Cécile,
44, rue de l'Est,
à Boulogne-Billancourt.
Famille Massiani Boutiron,
61, rue Jean-de-La-Fontaine,
75016 Paris.
Mme Marc Michon,
née Elielle Fournier Montgieux,
son épouse,
Edwige, Gatien, Grégoire
et Gonzague,
ses enfants,
Mme Bruno Michon,
sa mère,
M. et Mme
Alain Fournier Montgieux,
ses beaux-parents,
Tél. 01 56 52 27 27 • Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Cet avis tient lieu de faire-part.
93, boulevard Murat,
75016 Paris.
96, rue de Longchamp,
92200 Neuilly-sur-Seine.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi
20 septembre, à 15 heures,
en l'église Saint-Claude,
à Dardilly-le-Haut.
Le vicomte et la vicomtesse
Eugène de Parscau,
le vicomte et la vicomtesse
Pierre de Parscau,
le comte et la comtesse
Emmanuel de Bourmont,
ses enfants,
ses 13 petits-enfants,
en union avec Gabriel au Ciel,
vous font part
du rappel à Dieu de la
vicomtesse
Amédée de PARSCAU
née Chantal Brézun,
le 17 septembre 2018.
La messe de funérailles
sera célébrée
le jeudi 20 septembre,
à 9 h 30, en l'église
de Sainte-Blandine (Isère).
Mme Catherine de Penguilly,
M. et Mme Arnaud Héger,
M. et Mme
Christian de Penguilly,
Mme Florence de Penguilly,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petites-filles
ainsi que toute la famille
ont la tristesse de vous
faire part du décès de la
vicomtesse
Loïc de PENGUILLY
née Marielle de Kermel.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 21 septembre 2018,
à 10 heures, en l'église
Notre-Dame-de-Toutes-Joies
de Nantes,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Saint-Lormel
(Côtes-d'Armor),
vers 16 heures.
Rennes. Paris. Biarritz.
On nous prie d'annoncer
le décès de
ancien chef d'entreprise
reconnu et apprécié
dans sa profession,
imprimeur-photograveur
à la photogravure offset
du Plessis (POP),
survenu à l'âge de 88 ans.
messes
et anniversaires
nous quittait.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de Grâcede-Passy,
10, rue de l'Annonciation,
Paris (16e),
le samedi 22 septembre,
à 9 heures.
Ni fleurs ni couronnes.
L'inhumation aura lieu
le samedi 22 septembre,
à 11 heures,
au cimetière ancien de
Saint-Jean-de-Védas (Hérault).
Guy PANICI
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Marc MICHON
Michèle Gourdon,
Dominique Ollivier
et Tony Rosenthal,
Isabelle et Olivier Dath,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jean DILAN
Jean reste dans notre cœur,
absent de notre vie,
il continue à nous y ancrer.
La messe du
dimanche 23 septembre 2018,
en la cathédrale
apostolique arménienne
Saint-Jean-Baptiste, Paris (8e),
sera dite à son intention.
Sa famille.
souvenirs
Roland BOURDIN
nous quittait
le 3 septembre 2005.
Il nous manque.
Sa sœur, ses frères et ses amis.
Mireille OLLIVIER
née Ricolfi,
le 17 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 21 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Christophe-de-Javel,
4, rue Saint-Christophe,
Paris (15e).
Paul Virilio, le grand
penseur noir de la ville
survenu dans sa 90e année,
le 17 septembre 2018, à Lyon.
Il y a six ans,
le mercredi 19 septembre 2012,
décédé brutalement
le 8 septembre 2018.
disparition
vous font part du décès de
ses sœurs, ses beaux-frères,
belles-sœurs,
ses neveux et nièces
née Violette Luce,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 21 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-François-de-Sales,
15-17, rue Ampère, Paris (17e).
Christiane Panici,
son épouse,
Lionel et Bénédicte Panici,
Charlotte et Jean-Luc Soty,
ses enfants,
Germain, Elisa, Baptiste,
Victor, Valentine,
ses petits-enfants
« les Gébawel »,
M. Jacques PEZIER
Mme Raymond LIGNON
le 15 septembre 2018,
à l'âge de 94 ans.
Dardilly (Rhône). Paris.
Le 8 septembre 2004,
Raymond MARCELLIN
disparaissait.
Que ceux qui l'ont connu
et apprécié aient une pensée
pour lui.
Paul Virilio s’est éteint à l’âge de 86 ans.
ANNE DION/OPALE/LEEMAGE
BEATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
C’était un grand penseur
de la ville ! Urbaniste, essayiste, théoricien, Paul
Virilio qui s’est éteint le
10 septembre, à 86 ans, à la
suite d’un arrêt cardiaque,
avait les idées plutôt noires, à force de s’intéresser
à la vitesse et aux catastrophes qu’elle pourrait engendrer. Il en avait fait la
démonstration lors d’une
grande exposition à la Fondation Cartier dans les années 2002-2003. Par son
titre choc, « Ce qui arrive », cet auteur de nombreux ouvrages sur les
conséquences morales, politiques et culturelles de la
technologie, secouait les
mentalités de l’époque,
tout en offrant une réflexion rationnelle sur l’accident, qu’il soit banal ou
tragique.
Sur le sujet, Paul Virilio
soulevait alors une question existentielle : « L’accident fait partie de l’histoire
moderne. L’un des principaux phénomènes qui opposent la civilisation contemporaine à celles qui l’ont
précédée est la vitesse.
L’accident en découle. Il est
une accélération qui affecte
la vie, l’art, la politique internationale. Les sociétés
qui développent la vitesse
développent
l’accident. »
Paul Virilio avait une fascination esthétique de la catastrophe. Sans doute parce que ce fils d’un
communiste italien et
d’une Bretonne catholique
avait été marqué à vie, à
11 ans, par le souvenir des
bombardements de Nantes, en 1943.
« Le lieu du vif »
« Cette tête chercheuse n’a
eu de cesse d’explorer
l’avers et le revers de la
même médaille qu’est le
progrès. Et cette réflexion
sur les grandes mutations
de la modernité a nourri ses
expérimentations sur la
“fonction oblique” du temps
d’“Architecture Principe”,
mouvement qu’il a créé avec
Claude Parent décédé en
2016 », observe le critique
Francis Rambert qui l’a interviewé sur le vide, dans
le cadre d’une exposition à
la Cité de l’architecture et
du patrimoine.
« Parler du vide, c’est
parler d’espace, de mouvement, de vitesse, de perspective temporelle, avait
expliqué Paul Virilio. C’est
un champ, une durée, une
quantité. Le vide est le lieu
du vite et du vif. L’homme se
trouve face à ces deux énergies. Le monde est saturé
parce que les individus ont
conscience de son étroitesse
par rapport au progrès. Le
vide pose de grandes questions politiques sur l’avenir
des villes et des populations
avec la prolifération des
tours. J’ai tout contre les
tours quand elles deviennent
un risque de saturation verticale. Le risque de demain
est la menace du succès. »
Hautement philosophiques, ses réflexions ont de
quoi donner le tournis.
Avant de vous plonger
dans ce vide dont il parle.
À l’aube de sa mort, Virilio
projetait une nouvelle exposition sur le vide à la
Fondation Cartier, dans le
bâtiment « transapparent »
de Jean Nouvel, avec le titre Incertain vide, confirme
son élève Hala Wardé,
l’architecte libanaise de
52 ans qui a œuvré au côté
de Jean Nouvel (lui aussi
formé par Virilio) pour le
Louvre Abu Dhabi. « Il
n’est pas fortuit que dans les
recoins de ce dernier mot
qu’il a prononcé “transapparence” apparaisse justement, encore et une dernière
fois, ce désir permanent
d’entre deux », ajoute cette
dernière.
« Une vision noire »
Ensemble, Paul Virilio et
Claude Parent ont dirigé
l’École spéciale d’architecture, établissement situé
boulevard Raspail, à l’arrière du cimetière Montparnasse, à Paris. Le premier pense, le second
conçoit. L’église du Banlay
à Nevers, avec ses volumes
qui s’emboîtent en pente,
fait figure de manifeste.
Construite en 1966, cette
singulière
construction
ressemble à un blockhaus
de la Seconde Guerre mondiale, type d’architecture
que Paul Virilio a comparé
aux tombeaux aztèques
dans son livre Bunker archéologie, édité en 1958.
L’année 1968 marquera
leur séparation. « Le camarade Paul ne veut pas te recevoir », avait dit Virilio à
Parent. « Parent était optimiste, il avait une joie de vivre, toujours prêt à l’impossible. Virilio était un
penseur avec une vision noire du monde », raconte
Francis Rambert. Tous
deux n’ont jamais trouvé
de clients pour appliquer
leur théorie. « Si Paul, architecte, a conçu peu de bâtiments, il a en revanche
construit des esprits, observe Hala Wardé. Il aura aidé
d’autres à penser, et aura
fait ce qui est le plus noble
dans le métier d’enseigner :
transmettre, éveiller, susciter, pousser à s’interroger ;
Paul aura été, surtout, un
passeur d’idées, de concepts, et de mondes. » ■
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mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
DÉBAT
Pierre Manent, Jean-Claude Michéa,
Pour la première fois, « Le Figaro » fait dialoguer ces deux penseurs majeurs de la critique
À
première vue, tout semble
opposer Pierre Manent
et Jean-Claude Michéa.
Si le premier ne sort jamais
sans sa cravate, le second
aime à poser en tee-shirt
avec la faucille et le marteau. Ils habitent
les rives opposées de l’ancien monde :
l’un appartient à la vieille famille
de la droite classique, l’autre
revendique la tradition démodée
du socialisme.
EUGÉNIE BASTIÉ
Leurs panthéons sont différents :
Manent puise chez Aristote,
Raymond Aron et Leo Strauss,
pour rappeler la droite conservatrice
à ses racines tandis que Michéa
exhume Marx, Proudhon et Orwell
pour mettre la gauche libérale
face à ses contradictions. Ils ont
un point commun : la quête
de cohérence, l’un par la remontée
aux sources, l’autre par le dévoilement
d’un système.
Tous deux agrégés de philosophie,
appartenant à la même génération,
ils se rejoignent sur la critique
qu’ils font de la civilisation libérale
et de la dynamique illimitée portée
par l’anthropologie individualiste
des droits de l’homme. Malgré
leurs divergences, le catholique
et le marxiste partagent la même
méfiance envers l’idole du Progrès.
« Ce qui commence par Kouchner finit
toujours par Macron », résume
Jean-Claude Michéa dans son nouveau
livre. Voilà formulé en un trait
de plume les fondements de la pensée
de l’auteur d’Impasse Adam Smith :
libéralisme culturel et libéralisme
économique se rejoignent, et ne sont
que les deux faces apparemment
opposées d’un même ruban
de Moebius. Une réflexion profonde
et séduisante qu’il poursuit dans
Le Loup dans la bergerie. Derrière
l’allusion se trouve un fait concret,
« L’idéologie des droits de l’homme porte en
PROPOS RECUEILLIS PAR
EUGÉNIE BASTIÉ £@EugenieBastie
L’ENTRETIEN
LE FIGARO. – Jean-Claude Michéa,
votre dernier essai s’intitule Le Loup
dans la bergerie. Ce « loup » dont
vous parlez, est-ce l’anthropologie
libérale des droits de l’homme ?
En quoi est-elle problématique ?
Jean-Claude MICHÉA. - Ce qui fait problème, ce n’est pas l’existence de telle
ou telle liberté individuelle ni de chartes garantissant des droits fondamentaux. C’est l’idée que seule l’idéologie
des « droits de l’homme » - telle qu’elle
s’est forgée au XVIIIe siècle - serait à
même de fonder intellectuellement la
défense de ces libertés et de ces droits.
Or cela revient à oublier, d’un côté,
qu’il existait déjà en Europe - pour reprendre le titre du célèbre ouvrage de
Quentin Skinner - une longue tradition
politique de « liberté avant le libéralisme » (le droit, par exemple, de ne pas
être arrêté et emprisonné arbitrairement est au cœur de la Magna Carta de
1215). Et, de l’autre, que cette idéologie
repose sur la fiction anthropologiquement absurde (une « robinsonnade »,
ironisait Marx) d’un homme déjà pleinement humanisé avant même l’existence du langage et de la société, et
dont les droits « inaliénables » seraient
par conséquent déductibles a priori.
C’est donc clairement la conversion
massive de l’intelligentsia de gauche à
cette vision nominaliste et libérale – la
société n’existe pas, il n’existe que des
individus dont chacun est « propriétaire absolu de lui-même » (« c’est mon
choix, ça ne vous regarde pas ») et ne se
lie à ses semblables que sur des bases
contractuelles – qui la conduira progressivement, à partir des années
1980, à devoir abandonner la
vieille « question sociale » - et,
avec elle, toute critique cohérente de la société marchande – au profit de la seule, et
désormais
omniprésente,
« question sociétale ».
A
DESSINS FABIEN CLAIREFOD
Pierre Manent, vous opposez
la logique des « droits
de l’homme » à celle de la loi
naturelle. Quelle différence
faites-vous entre les deux ?
Pierre MANENT. - La philosophie des droits humains postule
que nous disposons d’un pouvoir
légitime et illimité sur tous les aspects de la condition et de la nature
humaines. Je pense le contraire. Aussi vastes que soient les capacités humaines, elles restent liées à la condition
et à la nature de l’homme. Celui-ci est
l’être « intermédiaire » qui se cherche
entre la bête et le dieu – entre les
êtres qui sont en deçà de
la loi et ceux qui
sont au-delà
Bio
EXPRESS
1949
Naissance à Toulouse
de Pierre Manent
1972-1977
Assistant de Raymond Aron
au Collège de France
1978
Fondation de la revue
« Commentaire »
avec Raymond Aron,
Jean-Claude Casanova
et Marc Fumaroli
1992
Directeur d’études
à l’EHESS
2006
Publication de « La Raison
des nations »
■ « La Loi
naturelle
et les
Droits de
l’homme »
Pierre Manent
PUF, 2018, 135 P.,
22 EUROS.
de la loi. Il est donc voué à une vie politique, c’est-à-dire à une vie de liberté
sous la loi. Ici intervient décisivement la
notion ou plutôt le fait de la nature humaine. Tous ces termes - politique, loi,
liberté - n’auraient aucun sens si nous
n’étions ordonnés par notre nature à
une vie commune que nous avons le désir de poursuivre et la capacité de régler.
Nous tendons par nature à une vie commune réglée par la raison pratique. La
loi naturelle, c’est l’ensemble des prin-
détruire, chaque jour un peu plus, les
murs porteurs de la vie commune nous
confirme que le « sens des autres » dépend lui-même de conditions anthropologiques précises et qu’il n’a donc pas
la solidité d’un phénomène naturel.
Pour ne rien dire ici des sinistres projets
d’« homme augmenté » que travaillent
déjà à mettre au point les Laurent
Alexandre de la Silicon Valley.
P. M. – Je m’accorde avec Jean-Claude
Michéa sur ce point capital que face à cet
imaginaire de l’illimité, qui est au prinLa philosophie des droits humains
cipe de la mondialipostule que nous disposons
sation « libérale »,
c’est-à-dire de la lid’un pouvoir légitime et illimité
bération et de l’accésur tous les aspects de la condition
lération de tous les
flux, comme il est au
et de la nature humaines. Je pense
des rêveries
le contraire. Aussi vastes que soient les principe
sottes et cruelles du
capacités humaines, elles restent liées à transhumanisme,
nous devons opposer
la condition et à la nature de l’homme
un principe de limiPIERRE MANENT
tation qui permette à
la vie commune de
cipes et critères qui guident cette raison
garder sa forme, ou de la trouver. La recommune. Recourir à la loi naturelle,
cherche qu’il conduit pour encourager la
c’est rappeler que nous ne sommes pas
préservation ou la renaissance d’un peules auteurs souverains du monde huple « civique » porteur et gardien de la
main. Notre liberté habite une nature
« common decency » est une heureuse
qui nous donne à la fois l’impulsion, le
contribution à la conversation politique.
but et la limite. Nous rejetons aujourd’hui avec impatience et dédain ces déPlus largement, pensez-vous
terminations naturelles et prétendons à
que la critique socialiste des droits
une liberté sans règle ni raison.
de l’homme formulée par
Jean-Claude Michéa rejoigne la vôtre ?
Jean-Claude Michéa, vous aimez opposer
P. M. – Si nos diagnostics des maladies de
l’époque sont voisins, nos approches du
la « common decency » à la logique
politique me semblent assez différentes.
abstraite des droits de l’homme.
Je signale deux points. Je me refuse
Cette « common decency » n’est-elle pas
quant à moi à loger tous les défauts et viune forme de loi naturelle ?
ces de la société actuelle à l’enseigne du
J.-C. M. - La disposition morale – c’est« libéralisme », tant il y a de différence
à-dire le sentiment, disait Orwell, qu’il
entre le libéralisme originel et ce que l’on
y a « des choses qui ne se font pas » - est
attaque de toute part sous ce nom
effectivement présente dans toutes les
aujourd’hui. Je l’ai souvent souligné,
sociétés humaines. Mauss l’avait déjà
dans son ressort premier, le libéralisme
établi dans l’Essai sur le don, en monest une démarche ou un projet politique
trant que le lien social primaire repose
qui vise à un meilleur gouvernement. Si
partout et toujours sur la triple obligales institutions politiques libérales se
tion de « donner, recevoir et rendre ».
sont progressivement imposées en EuPour autant, cela ne signifie évidemrope, c’est à la suite d’une expérience
ment pas que la « common decency »
historique qui a vu l’Angleterre non seusoit « une forme de loi naturelle ».
lement garantir la première les droits et
D’une part, parce que, même si elle
libertés des citoyens, mais aussi dégager
trouve en effet son origine dans les verdes ressources inséparablement finantus « transculturelles » qui supportent la
cières, politiques et militaires lui perlogique du don – qu’il s’agisse du sens de
mettant, dans sa montée en puissance au
l’honneur ou de l’aptitude à agir indélong du XVIIIe siècle, de surclasser la
pendamment de ses intérêts immédiats –, ses formes concrètes n’en vamonarchie de loin la mieux gouvernée
rient pas moins selon les époques et les
du continent. Bref, le libéralisme comme
cultures (Simon Leys considérait par
facteur décisif dans l’histoire politique
exemple la tradition confucéenne comde l’Europe moderne, facteur étroiteme une forme spécifiquement chinoise
ment lié au développement de l’Étatde la « common decency »). Et, de
nation auquel il apporte en quelque sorte
l’autre, parce que le fait que le dévelopson dernier perfectionnement, a peu à
pement continuel des rapvoir avec l’idéologie antiétatique, antiports
marchands
politique et indifférente à la cohésion soconduise à
ciale et nationale qui a malheureusement
envahi l’opinion des élites européennes
depuis trente ou quarante ans.
Une seconde remarque. L’imaginaire de
la croissance illimitée, où Jean-Claude
Michéa voit à juste titre un des ressorts du
charme maléfique qui emporte maintenant, avec l’Occident, l’humanité tout
entière, n’est pas propre au libéralisme
et n’appartient même pas vraiment au libéralisme comme doctrine politique spécifique. Sous l’Ancien Régime, les arguments en faveur de la liberté de
commerce par exemple relevaient d’un
certain bon sens plutôt que d’un imaginaire de l’illimité : dans des époques
de pénurie récurrente, dans des sociétés entravées par l’enchevêtrement
de commandements sociaux désaccordés, les arguments libéraux encourageaient une certaine rationalité et fiabilité de
l’organisation collective. Après
la Révolution française, une fois
«
»
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LE FIGARO
mercredi 19 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
17
conservateurs des deux rives
de la modernité.
que connaît bien le philosophe
qui a émigré dans Les Landes : « Vivant
désormais entouré d’éleveurs, au cœur
de cette France rurale et “périphérique”
qui constitue l’angle mort de tous
les plans Borloo, j’ai eu tout loisir
de découvrir à leur contact ce qui
se tramait réellement derrière le projet
européen pourtant officiellement vendu
comme “écologique” - de réintroduire
le loup (et tant qu’on y est, l’ours)
à proximité de ces dernières zones
d’élevage qui échappent encore
à la logique industrielle du capitalisme. »
Sur les bancs de l’École des hautes
études en sciences sociales, boulevard
Raspail, loin des éleveurs de brebis,
Pierre Manent cultive aussi la discrétion
médiatique pour travailler à une œuvre
qui fait de lui un des penseurs majeurs
de notre temps. Dans La loi naturelle
et les droits de l’homme, il décortique
les fondements de l’anthropologie des
droits de l’homme et explique pourquoi
elle porte en elle une dynamique
illimitée. « Une fois installée dans sa
légitimité exclusive, l’idée des droits tend
à devenir une forme vide en quête
de sa matière », écrit-il dans
cette conférence magistrale.
Pour Le Figaro, ces deux penseurs
majeurs ont accepté pour la première fois
de dialoguer. Ils ne se sont pas
physiquement rencontrés. Depuis sa
retraite landaise, Jean-Claude Michéa
goûte peu les déplacements à Paris.
La conversation s’est donc faite,
« à l’ancienne », par écrits interposés,
Jean-Claude Michéa, glissant
malicieusement de temps à autre
dans ses courriels, une photo
de ses légumes, et de lui en béret basque
au bord de la rivière.
Si ce dernier est né dans le XIIe
arrondissement parisien, il a pris l’accent
ensoleillé à Montpellier. Le Toulousain
Manent l’a gardé à Paris. Ces deux
enracinés se retrouvent dans la vision
d’une humanité limitée, et s’érigent
contre la déconstruction généralisée
et la quête infinie des droits individuels.
Ils confessent leur estime mutuelle.
Pourtant, Si Michéa n’a de cesse
de souligner l’unité du système libéral,
Manent se refuse à faire du libéralisme
l’origine de tous nos maux. Ces deux
intellectuels à la sensibilité antimoderne
sont la preuve que le conservatisme
transcende les clivages habituels
de l’histoire des idées. ■
bien, en réalité, toutes les valeurs morales et culturelles encore communes qui
se retrouvent inévitablement condamnées à se voir « déconstruites » comme
autant de « stéréotypes » arbitraires visant à « stigmatiser » le mode de vie de
telle ou telle frange de la population.
Processus de libéralisation des mœurs
qui n’en est clairement qu’à ses débuts
(il suffit d’observer les États-Unis) mais
dont le terme logique ne peut être que
cette « désagrégation de l’humanité en
monades, dont chacune a un principe de
vie particulier et une fin particulière »
dans laquelle Engels voyait déjà, en
1845, le prélude inévitable d’une nouvelle « guerre de tous contre tous ».
P. M. – Les ressorts des grands mouvements historiques gardent toujours une
part d’énigme. En tout cas, quelles que
fussent les causes, le fait est là : à partir de
la première moitié du XVIIe siècle, l’esprit
humain commença à regarder la nature
comme une matière à modeler, pour ainsi
dire à recréer. L’ambition réformatrice,
ou régénératrice, s’étendit vite au monde
humain, les grandes révolutions politiques modernes suivant de près la révolution industrielle. On est frappé par
l’audace et l’ampleur de l’entreprise.
Voyez la Révolution française. En quelques mois, un ordre séculaire est déraciné, et bientôt une poignée d’hommes que
rien n’avait préparés ni distingués pour
cette tâche se trouvèrent chargés de la
volonté supposée de la Nation et de
l’autorité déclarée de la Raison. Il fallut
trois quarts de siècle avant que l’exorbitante entreprise n’aboutisse aux institutions et mœurs régulières de la République, et que l’amalgame se fasse entre
l’Idée d’un ordre humain issu de notre
volonté et les multiples besoins de notre
nature sociale.
ciale ont été pour ainsi dire successivement déménagés. La religion a été la
première exclue de l’espace public, dont
on requiert qu’il soit nu et neutre. La nation a été ensuite ramenée à une circonscription arbitraire qui ne comporte
aucune légitimité intrinsèque, mais justifie au contraire tous les soupçons. Voici
que la différence sexuelle elle-même,
avec tout ce qu’elle porte et produit, a
été privée de l’inscription spécifique
dans l’espace public que représentait le
mariage dit traditionnel. Ainsi, au nom
des droits humains, la loi aujourd’hui
condamne les composants du monde
humain, les contenus de notre vie, à une
existence spectrale.
J.-C. M. - L’idée que ce qui me définit
comme homme ou femme, ce ne sont
pas tant mes particularités anatomiques
et biologiques que mon « ressenti » personnel ne constitue, bien sûr, qu’un développement parmi d’autres de cette
idéologie du « c’est mon choix » - avec
son petit côté « Sartre pour les nuls » qui définit l’essence du libéralisme
culturel (le clivage « binaire » gauchedroite restant alors le seul dont toute
« déconstruction » soit interdite). Il me
semble toutefois que, dans le cas précis
de la différence sexuelle, cette course à
l’indifférenciation - outre le fait qu’elle
permet de contourner tranquillement le
principe de parité - ne s’explique pas
seulement par les effets uniformisateurs
de toute logique marchande (« la marchandise - écrivait encore Marx - est, de
naissance, une grande égalisatrice cynique »). C’est que le fait biologique de la
différence homme-femme fonctionne
aussi comme une limite absolue à tous
les fantasmes de complétude, et donc de
toute-puissance, en délégitimant d’emblée toute prétention de l’un des deux
sexes - et donc surtout, dans la pratique,
celle du sexe masculin - à incarner, à lui
seul, pour reprendre la formule de Montaigne, « la forme entière de l’humaine
condition ». Qu’on le veuille ou non,
l’humanité n’est pas une. Elle se dédouble, depuis toujours, en deux « moitiés »
dont aucune, pour parler comme Lacan,
ne saurait être « toute ». Or reconnaître
ce fait structural, c’est forcément infliger une terrible blessure narcissique à
tous ceux (et celles) dont le désir forcené
de pouvoir - désir toujours lié aux malheurs de l’enfance - ne peut souffrir la
moindre limite « morale ou naturelle ».
la révolution industrielle et la révolution
démocratique entrées en phase, le libéralisme n’est plus qu’un facteur parmi
d’autres, et rarement le plus fort. L’Industrie, le Socialisme, l’État administratif, la Science, d’autres instances encore,
furent tour à tour convoqués pour servir
d’instrument à cette démesure de la raison organisatrice qui marqua tellement
les deux derniers siècles.
son choix de vie personnel ne nuise pas à
la liberté symétrique d’autrui. Autre
manière de dire, en somme, qu’un État
libéral doit être « axiologiquement neutre » (idéalement, c’est un simple gouvernement d’« experts » dont toutes les
décisions pourraient être prises par un
algorithme), toute conception de la « vie
bonne », qu’elle soit philosophique, morale ou religieuse, relevant dès lors de la
seule sphère privée. Or c’est justement
cette exigence principielle de « neutraliJean-Claude Michéa, ne pensez-vous
té axiologique » qui explique que toute
pas qu’un libéralisme encastré
pensée libérale, même la plus modérée,
et conservateur, à l’instar de celui
finisse toujours, tôt ou tard, par être mide Tocqueville ou de Pierre Manent,
née de l’intérieur par une logique d’illiest viable ?
mitation. L’idée que le « c’est mon
J.-C. M. - Dans La Loi naturelle et les
choix » des uns ne saurait être limité que
Droits de l’homme, Pierre Manent a mapar le « c’est mon choix » des autres n’a
gistralement mis en lumière cette dynaen effet de sens qu’aussi longtemps qu’il
mique d’illimitation - portée par l’idée
existe des critères suffisamment clairs
d’une « liberté sans loi » - qui conduit, tôt
pour définir de façon indiscutable qui
ou tard, l’idéologie libérale des « droits de
« nuit » à qui. Le problème, c’est que
l’homme » à devoir sacrifier la liberté
cela suppose précisément que la plupart
d’expression sur l’autel du droit « includes membres d’une société s’accordent
sif ». L’ennui, c’est qu’il est devenu presencore, même de façon implicite, sur un
que impossible, aujourd’hui, de s’oppocertain nombre de valeurs morales et
ser aux dérives les plus folles de cette
culturelles communes que la logique liidéologie libérale (à partir du moment, en
bérale n’a donc pas encore réussi à
effet, où tout comportement - faute de
« privatiser » jusqu’au bout : le touriste
critères éthiques partagés - peut devenir
parisien, par exemple, qui choisissait, il
objet de plainte, elle invite inévitabley a quelques années encore, de passer
ment à voir le mal partout et donc à remses vacances dans un village provençal
placer tout débat par un appel aux tribus’attendait logiquement à rencontrer
naux) sans remettre simultanément en
des éleveurs de brebis et des chasseurs
question la dynamique du capitalisme
de sangliers ou à entensonner les cloches de
Il est clair qu’une forme de société dre
l’église et chanter les ciqui tend ainsi à noyer toutes
gales du lieu (ne seraitles valeurs morales dans « les eaux ce que parce que l’école
laïque lui avait appris
glacées du calcul égoïste » est
qui étaient Alphonse
forcément incapable de fixer d’elleDaudet, Marcel Pagnol
même la moindre limite à ses propres ou Jean Giono). Et l’idée
ne lui serait, bien sûr, jadébordements. Sous ce rapport, l’idée mais venue de voir dans
ces réalités typiques un
d’un libéralisme « conservateur »
ensemble de « nuisann’est donc qu’un oxymore
ces » humainement inJEAN-CLAUDE MICHÉA
tolérables et contraires à
ses droits les plus fondamentaux (on sait, à l’inverse, que, au
lui-même. Un système économique dans
cours de l’été 2018, plusieurs touristes
lequel un bien n’est pas produit en raison
parisiens n’ont pas hésité à s’en prendre
de son utilité réelle ou de ses qualités proau maire et aux habitants d’une petite
pres mais, avant tout, parce qu’il permet
commune du Var au prétexte que ceuxau capital déjà accumulé de s’accumuler
ci ne faisaient rien pour mettre un terme
encore plus ne peut en effet connaître –
aux « nuisances sonores » des cigales.).
écrivait Marx – ni frontière géographique
Or au fur et à mesure que le développeni « aucune limite morale ou naturelle ».
ment de la logique libérale – ou, dans le
C’est même d’abord ce caractère expolangage de la gauche moderne, l’« évonentiel du progrès capitaliste qui explilution naturelle des mœurs » - conduit
quait, à ses yeux, que « le bouleversement
inexorablement à dissoudre toutes les
continuel de la production, le constant
formes de tradition et de vie commuébranlement de tout le système social,
ne dans le bain d’acide de la
l’agitation et l’insécurité perpétuelles »
« neutralité axiolosoient précisément « ce qui distingue
gique » (business
l’époque bourgeoise de toutes les précéis business), ce
dentes ». Or il est clair qu’une forme de
sont donc
société qui tend ainsi à noyer toutes les
valeurs morales dans « les eaux glacées du
calcul égoïste » est forcément incapable
de fixer d’elle-même la moindre limite à
ses propres débordements (dans quelle
source pourrait-elle d’ailleurs en puiser
les critères ?). Sous ce rapport, l’idée d’un
libéralisme « conservateur » n’est donc
qu’un oxymore. Ou, si l’on préfère, une
simple variante de cette « illusion Meiji »
qui poussait déjà les élites japonaises de
la fin du XIXe siècle à croire qu’on pourrait adopter les techniques du capitalisme occidental sans avoir également à
intégrer l’imaginaire culturel qui en
conditionne tous les progrès.
«
»
Vous dénoncez tous deux
le caractère illimité de la logique
des droits. Pourquoi la conquête
des droits dans le système libéral
est-elle sans fin ?
J.-C. M. - Le projet libéral est
celui d’une société où chacun
pourrait vivre « comme il l’entend » sous la seule réserve que
Bio
EXPRESS
1950
Naissance
de Jean-Claude Michéa
1972
Agrégation de philosophie
1970-2009
Professeur de philosophie
au lycée à Montpellier
1995
Publication d’« Orwell,
anarchiste tory », un essai
sur le penseur britannique
George Orwell
2007
Publication de « L’Empire
du moindre mal. Essai sur
la civilisation libérale » (Climats)
2018
Publication du « Loup dans
la bergerie » (Climats)
■ « Le
Loup
dans la
bergerie »,
Jean-Claude
Michéa
CLIMATS, 2018, 165
P., 17 EUROS.
Il semble que la destruction
de la différence sexuelle soit
devenue l’agenda primordial
des libéraux. Pourquoi,
selon vous ?
P. M. – Aujourd’hui, en Europe,
les espérances révolutionnaires
qui ont donné leur physionomie
aux deux siècles précédents ont
perdu toute force. Pourtant, le
désir de la table rase est parmi
nous aussi virulent que jamais.
L’attaque porte aujourd’hui sur la
part de la vie qui condense, si j’ose
dire, la force et la douceur de la nature : la différence sexuelle qu’on entend ramener à une construction sociale. Homme et femme, Il ne les créa
pas, mais homme et femme, ils se créèrent eux-mêmes, sans appui ni raison
dans leurs natures respectives, telle est la nouvelle religion
sociale. Voyez avec quelle
brutalité les grands
composants de
la vie so-
Croyez-vous qu’il soit encore possible
d’échapper à une conception purement
libérale du droit et de la société, ou bien
le « ver est-il dans le fruit » ?
P. M. – Cela nous est en principe interdit
par la norme de justice qui prévaut parmi
nous : puisque nous nous faisons des
idées incompatibles du bien, le juste ne
saurait être que « procédural ». Il réside
dans les règles formelles d’égalité, de réciprocité et de neutralité qui ordonnent
la coexistence des individus séparés. Une
telle conception rejette pour ainsi dire
dans les coulisses de la société la vie morale réelle qui repose sur la quête des
biens humains, qui sont par définition
des biens substantiels : ils donnent forme
et contenu à notre vie.
Nous sommes en train de faire sur nousmêmes une expérience morale ou métaphysique particulièrement cruelle. Au
lieu de chercher les voies d’une éducation commune et de construire des institutions qui protègent, nourrissent et
raffinent des expériences partagées,
nous nous imposons une désinstitutionnalisation toujours plus complète
des contenus de notre vie. Qu’espérons-nous donc de l’émancipation finale quand il ne restera plus sur la
place publique que l’individu avec
ses droits, pauvre homme séparé
des hommes et des biens qui donnent son sens à la vie humaine ? ■
A
elle une logique illimitée »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
ENTRETIEN
Bill Gates : « Il n’y a pas d’effet immédiat
de l’aide aux pays pauvres sur les migrations »
PROPOS RECUEILLIS PAR
ENTRETIEN
A
DESSIN CLAIRFOND
Cela fait plus de vingt
ans que le fondateur
de Microsoft, le géant
du logiciel, consacre
une large partie
de sa colossale fortune
à la philanthropie. Selon
Bloomberg, Bill Gates
détient 98 milliards
de dollars (il est devancé
uniquement par Jeff
Bezos, le patron
d’Amazon).
La Fondation Bill
et Melinda Gates, lancée
en 2000, a consacré plus
de 46 milliards
de dollars à la lutte
contre les maladies
infectieuses
et la malnutrition ainsi
qu’à une pléthore
de programmes
de développement
économique dans
les pays les plus
pauvres. La fondation
a publié
mardi 18 septembre
un rapport, intitulé
« Goalkeepers »,
que l’on peut traduire
par « les gardiens
des buts ». Le document
dresse un état des lieux
de l’avancée des dixsept « objectifs
du millénaire » définis
par l’ONU en 2015,
autant de cibles
à atteindre en 2030
en matière de lutte
contre la pauvreté.
Résolument optimiste,
confiant dans le progrès
scientifique,
le milliardaire de Seattle
ne cache pas non plus
l’ampleur des défis
qu’il faut relever
en Afrique dans
l’entretien exclusif qu’il
a accordé au « Figaro ».
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
LE FIGARO. - Le rapport que votre
fondation a publié mardi établit que,
après plusieurs décennies de grands
progrès dans la lutte contre la pauvreté
et la maladie dans le monde, nous
sommes au bord d’une période d’arrêt.
Pourquoi ?
Bill GATES. - Ces efforts ont reposé sur
l’aide publique des pays occidentaux.
Or, avec la tentation actuelle de repli
sur soi, et une moindre attention aux
problèmes mondiaux, ces budgets
pourraient diminuer. Nous avons déjà
montré l’an dernier que si nous ne parvenons plus à doter autant le Fonds
mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, l’épidémie
de sida pourrait devenir incontrôlable.
À ce sujet, nous nous réjouissons que la
France, qui a été particulièrement généreuse pour ce fonds, en accueille la
prochaine réunion [en 2019, en vue du
financement de la période 2020-2022,
NDLR]. Nous espérons qu’elle nous
aidera à convaincre qu’il faut continuer
de financer la lutte contre le sida et les
maladies infectieuses. Cette année,
nous soulignons dans le rapport que,
contrairement à ce que l’on croit souvent, le nombre de naissances dans le
monde est globalement stable. En revanche, il continue d’augmenter dans
les pays les plus pauvres. En d’autres
termes, 24 % des bébés naissent aujourd’hui en Afrique, mais, à la fin du siècle,
ce sera 50 %. Et si l’on regarde le continent plus en détail, c’est dans les pays
les plus pauvres que surviendront ces
naissances. Assurer une bonne santé et
l’éducation aux populations de ces pays
sera un grand défi pour les prochaines
années.
D’après votre rapport, le nombre
de personnes très pauvres, c’est-à-dire
qui vivent avec 1,9 dollar par jour selon
la définition de la Banque mondiale,
a augmenté en Afrique subsaharienne
ces quinze dernières années.
N’est-ce pas un échec de vos efforts ?
À l’échelle mondiale, les résultats sont
très encourageants. L’extrême pauvreté a reculé en termes absolus comme en
pourcentage. Les plus pauvres sont
passés de 26 % à 9 % de la population
mondiale. Par contre, il est vrai qu’en
Afrique, leur nombre
a augmenté.
Cela s’explique par la très forte croissance de la population. Et nous n’avons
pas réussi à relever le défi. C’est
d’abord sur l’agriculture qu’il faut intervenir pour éradiquer la grande pauvreté, pour en augmenter la productivité de manière très significative. Afin
que les enfants puissent profiter pleinement de l’école, il faut déjà qu’ils soient
nourris correctement. L’Afrique, notamment avec ses problèmes de gouvernance, représente bien un défi. Mais
il y a des raisons d’espérer. Voyez
l’Éthiopie ou le Rwanda : ces deux pays
très très pauvres, au-dessous de la
moyenne du continent, ont fait du très
bon travail en matière d’alimentation,
de santé et d’éducation. Cela fait partie
de notre travail, à travers ce rapport
« Goalkeepers », de diffuser les solutions éprouvées sur le terrain.
revenu par habitant plus élevé. Hormis
la Chine et l’Inde, qui ont utilisé la
contrainte pour contrôler les naissances, regardez à quel point le taux de fécondité a baissé dans des pays comme
l’Italie, le Mexique ou même le Bangladesh. De nombreuses études ont démontré que lorsque vous avez de la
croissance économique, que la morta-
telligence artificielle. Il faut parvenir à
orienter les progrès technologiques au
service des plus démunis. Nous y arrivons, par exemple avec la monnaie
électronique, qui permet à des familles
très modestes d’emprunter ou d’épargner, avec des coûts financiers extrêmement faibles, cela même dans les
zones rurales. Le programme M-Pesa
au Kenya profite à des
ménages très modestes.
Dans tous les pays où
Le recul de la grande pauvreté
nous intervenons, nous
développons la monnaie
dans le monde a été phénoménal
électronique. Nous finirons aussi, grâce à la
technologie, à aider les personnels de
lité infantile baisse, que l’alimentation
santé à comprendre comment être plus
s’améliore, que les enfants vont à
efficace, à évaluer la qualité de leur tral’école, que la contraception devient
vail. Nous n’en sommes pas encore à
plus accessible aux femmes, celles-ci
donner un smartphone à toutes ces
finissent par choisir d’espacer les naispersonnes qui travaillent sur le terrain,
sances et contrôlent la taille de leur famais cela finira par arriver et cela aura
mille. Et le taux de fécondité baisse.
S’agissant de la malnutrition, votre
un effet sur les résultats.
Tous ces éléments qui conduisent les
rapport indique que si la tendance
femmes à choisir d’avoir des familles
actuelle se poursuit, l’objectif de l’ONU
moins nombreuses confirment ce que
de l’éradiquer en 2030 ne sera pas
Nous vivons dans un monde
nous préconisons depuis le début, pour
atteint. Que préconisez-vous
où il semble qu’un plus grand nombre
aider les pays pauvres : il faut investir
pour améliorer la situation ?
d’êtres humains aient accès
prioritairement dans le capital humain :
à un téléphone portable qu’à un système
Il reste encore du travail scientifique à
la santé et l’éducation.
d’assainissement, autrement dit à des
faire pour intervenir le plus efficacetoilettes. N’est-ce pas étrange ?
ment possible. Nous ne comprenons
pas encore si bien que cela tous les resL’assainissement est un vrai problème.
L’immigration est un sujet politique
sorts de la malnutrition, ce qu’il faut
Son absence affecte les conditions de
très sensible en Europe, et ailleurs.
faire précisément en termes de régime,
vie et favorise les maladies. Nous somPensez-vous que réduire la pauvreté
de supplémentation de tels nutriments
mes mobilisés sur la question : peutde l’Afrique aura une incidence directe
ou de telles vitamines. Des travaux
être avez-vous entendu parler de notre
sur les migrations ?
scientifiques sur la flore intestinale et
programme Réinventer les toilettes ?
Regardez la Syrie. Avant la guerre,
des essais que nous menons vont nous
Nous organisons un événement à Pékin
combien de migrants venaient de ce
aider, je l’espère, à rendre nos interen novembre sur le sujet où seront prépays ? Il est évident que les guerres et
sentés les progrès des toilettes ne nél’instabilité
politique
cessitant ni eau courante ni réseau
sont les premières caud’évacuation.
ses de migration. Par
Hormis la Chine et l’Inde,
conséquent,
l’Europe
doit encourager la stabiJack Ma, le milliardaire chinois
qui ont utilisé la contrainte pour
en Afrique, afin que
fondateur d’Alibaba, vient d’annoncer
contrôler les naissances, regardez à quel lité
des guerres y soient, à
qu’il allait se retirer de la direction
point le taux de fécondité a baissé dans moyen terme, de moins de son groupe pour se consacrer
en moins fréquentes. À
à la philanthropie. Souhaitez-vous
des pays comme le Mexique ou même
cet effet, il faut contriqu’il rejoigne votre « engagement
le Bangladesh
buer à l’amélioration
à donner » auquel se sont jointes
des conditions de vie, à
plusieurs grandes fortunes ?
ventions encore plus performantes.
la suffisance alimentaire, au dévelopPlusieurs Chinois qui ont réussi ont reBien sûr, dans le cas de malnutrition
pement économique. Mais attention, il
joint notre promesse de don, « The giaiguë, on sait que les aliments spéciaux
n’y a pas d’effet immédiat de l’aide aux
ving pledge ». Il est encore difficile de
à base de pâte de cacahuète marchent
pays pauvres sur les migrations. Les
savoir dans quelle proportion la phitrès bien. Encore faut-il les expédier en
bienfaits de l’aide au développement
lanthropie va se développer en Chine.
temps utile et les distribuer aux enfants
centrée sur le capital humain appaQue Jack consacre plus de temps à la
qui en ont le plus besoin. La malnutriraissent au bout de vingt ans au moins,
philanthropie serait fantastique, il a
tion reste un défi redoutable. Même
soit d’une génération. Que ce soit du
plein de bonnes idées et est très inl’Inde n’a pas atteint ses objectifs sur ce
point de vue humanitaire, ou dans
fluent. Je l’ai rencontré à Davos en
sujet. Mais il y a des motifs d’espérer. Je
l’idée de réduire les migrations, la stajanvier dernier et nous avons beaureviens juste d’une conférence au Nigebilité de l’Afrique est dans l’intérêt du
coup parlé du sujet. L’une de ses sociéria avec des producteurs de l’agroamonde, et particulièrement dans celui
tés, AMP Financial, travaille sur la
limentaire qui se sont engagés à
de l’Europe.
monnaie numérique. Cela recoupe
intégrer des fortifiants, de la vicertaines activités de notre fondation
tamine A par exemple, dans des
sur l’accès des plus pauvres à l’argent.
Sur tous les sujets où agit votre
produits de consommation
Je ne sais pas s’il rejoindra notre « profondation - la malnutrition, la santé,
courante comme l’huile de
messe de don », mais il serait bien sûr
l’éducation, le développement
cuisson ou le maïs. Ce sujet
le bienvenu.
économique -, donner plus de
des fortifiants est un enjeu
responsabilités aux femmes semble
très important pour sauver
Malgré les difficultés, vous semblez
essentiel pour progresser. Quelles
les enfants les plus affaiblis.
finalement rester optimiste sur
actions menez-vous sur ce point ?
la capacité à atteindre les « objectifs
De nombreux travaux ont montré - et
L’une des clés pour réduire
du millénaire » définis par l’ONU.
nous recueillons nous-mêmes beaula grande pauvreté dans
Sur quoi se fonde votre confiance ?
coup d’observations - que si l’on donne
le monde passe, selon vous,
Nous n’atteindrons pas tous les objecaux mères l’accès aux ressources, elles
tifs, c’est certain. Certains sont très
par le contrôle des naissances.
les utilisent de manière très fructueuse.
précis et on peut les atteindre en étant
Comment faire ?
Nous avons constitué un groupe de traméthodique, d’autres relèvent plus
Dans les années 1960, on ne s’atvail il y a quelques années qui évalue
d’un but à viser. Bien sûr, nous estendait pas à ce que le taux de natatoutes les solutions mises en œuvre, à la
suyons des revers : l’épidémie d’Ebola,
lité baisse autant, même
lumière de la question du genre, autredes résistances aux moustiquaires antilorsque les pays atment dit du rôle des femmes. Nous étupaludiques, sans parler des guerres et
teindraient un
dions l’accès au financement, les quesdes catastrophes naturelles. Mais le retions agricoles. C’est ainsi que, par
cul de la grande pauvreté dans le monexemple, nous avons été amenés à inde a été phénoménal. Et à mesure qu’un
sister sur la distribution de poules au
pays se développe, comme c’est le cas
plus grand nombre de foyers pauvres
par exemple au Vietnam ou en Inde, on
possible. Des poules, cela veut dire des
peut consacrer des ressources à une poœufs, donc plus de protéines. Cela peut
pulation dans le besoin, de moins en
faire une différence importante dans la
moins nombreuse, donc être plus effilutte contre la malnutrition. On en recace. Lorsqu’une erreur est commise
vient à la notion de capital humain. Si
dans un programme d’aide, on la claivous formez les mères, elles font en
ronne comme si l’ensemble de la lutte
sorte que leurs enfants aillent à l’école
contre la pauvreté était en échec. Je
et y restent plus longtemps.
garde de l’espoir en regardant les chiffres, en voyant les innovations, et tous
Vous êtes optimiste sur le rôle que
ces héros sur le terrain, que nous préla technologie, l’intelligence artificielle
sentons dans notre rapport. ■
par exemple, peut avoir dans la lutte
contre l’extrême pauvreté dans
le monde. N’est-ce pas une approche
exagérément « geek » ?
Non, c’est important que l’innovation
intervienne dans ce domaine. Les personnes qui conçoivent de nouvelles se■ Goalkeepers
mences plus résistantes à la sécheresse
The stories behind
causée par le changement climatique
the data, 2018
ou qui mettent au point de nouveaux
FONDATION BILL
ET MELINDA GATES
vaccins emploient des technologies nuDATAREPORT.GOALKEEPERS.ORG/
mériques avancées et recourent à l’in-
«
»
«
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 19 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Bertille Bayart
£@BertilleBayart
Le cadre se rebiffe
omme on dit aujourd’hui,
la parole se libère. Dans les
dîners entre amis, dans les
cafétérias et sur les réseaux
sociaux, Nicolas Bouzou et
Julia de Funès ont fait naître
un mouvement « MeToo » des cadres
et des salariés. C’est un vent de révolte
contre les formations et les séminaires
absurdes qu’on leur fait subir. Contre ces
journées qui laissent un sentiment confus
d’humiliation au point qu’on n’ose pas
trop les raconter en rentrant chez soi
le soir. Pour dire quoi, en effet ? Qu’on a
dû grimper sur les tables en braillant pour
développer sa confiance en soi ? Qu’on a
dialogué avec un petit canard en peluche
pour évacuer la tension du manager, et
que - chouette ! - on a pu garder le canard
pour continuer d’en faire son souffre-
C
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
douleur au quotidien ?
Dans La Comédie (in)humaine*,
récemment publié, Bouzou et de Funès
racontent bon nombre d’anecdotes
comme ces deux-là (authentiques).
L’économiste et la philosophe font œuvre
salutaire en démontrant que, non,
les salariés qui ne comprennent pas
le sens de ces sessions de formation
ou de communion collective ne sont pas
coupables de débilité, parce que, oui,
ils sont victimes d’avoir été « pris pour des
débiles ». Les auteurs décrivent
cruellement le paradoxe de la vie
moderne en entreprise, dont les salariés
ont souvent le sentiment de subir une
pression croissante tandis que l’on assiste
à une déperdition tragique de substance
et d’énergie, aspirées en temps
de réunion et de reporting.
ENTRE GUILLEMETS
19 septembre 1551 : naissance du futur Henri III,
fils préféré de Catherine de Médicis. RDA/BRIDGEMAN IMAGES
Surnom donné à Henri III
par Catherine de Médicis
BRIDGEMAN IMAGES/RDA
Mes yeux»
Bouzou et de Funès attribuent
ces dérives à une perte de sens, à une
« définalisation », de l’entreprise. C’est
peut-être tout l’inverse - mais qui revient
au même : on veut donner trop
de sens et trop de finalités, par la loi
et par la pression sociale, à l’entreprise,
au point de lui faire perdre de vue ses
objectifs propres.
Pourquoi en effet l’entreprise, qui
devrait être le territoire d’une froide
rationalité, se laisse-t-elle embarquer
dans l’organisation de séminaires qui
tourneront au calvaire pour les
participants ? C’est peut-être parce que,
en matière de formation en particulier,
il ne s’agit plus tant de former
effectivement les salariés à un nouvel
outil ou une nouvelle compétence, que de
cocher une case budgétaire. La formation
est souvent réduite à un indicateur
exprimé en pourcentage de la masse
salariale, dont l’entreprise pourra se
prévaloir auprès de l’administration et en
comité d’entreprise. La quantité prime
le contenu. Ce dernier est laissé
à l’appréciation d’organismes
de formation de tous poils dont la
vocation est de vivre de la rente créée par
tout un système. D’où une imagination
débridée pour inventer des animations
destinées à « créer du collectif », quand
une bonne séance d’explication des
enjeux stratégiques qui préoccupent la
direction générale fait bien plus pour cela
qu’un après-midi d’acrobranche.
Julia de Funès et Nicolas Bouzou
mettent en garde contre « l’égalitarisme »
qui contamine l’entreprise et y sape
l’autorité. L’entreprise n’est pourtant pas
le lieu où doit se rechercher l’égalité.
L’équité suffira. Mais force est de
constater que l’opinion publique et le
pouvoir politique pressent de plus en plus
l’entreprise d’épouser des objectifs autres
que les siens propres.
Ainsi les députés veulent-ils, dans la
future loi Pacte, imposer la publication
par chaque société de l’écart entre le
salaire médian et le salaire le plus élevé.
Or cette variante de l’indice de Gini,
pertinente pour évaluer la dispersion de
revenus à l’échelle d’un pays, l’est
beaucoup moins à l’échelle d’une
entreprise, surtout s’il s’agit ensuite
de comparer le résultat d’un groupe
de grande distribution avec celui d’un
holding, par exemple. Les parlementaires
ont, sous la pression du gouvernement,
amodié la mesure en se contentant
de demander la transparence sur la
rémunération moyenne. Un indicateur de
plus à fournir, qui ne servira pas à grandchose, sinon certainement à publier
beaucoup de classements démagogiques
dans les années à venir.
La même loi Pacte veut aussi que les
entreprises fassent le bien. Leur objet
social doit en effet être élargi à la prise en
considération des enjeux sociaux et
environnementaux. Et elles pourront se
donner, dans leurs statuts, une « raison
d’être ». Le politique veut ainsi faire
partager plus largement ses priorités
d’action, et les patrons, certains en tout
cas, terrifiés par le délitement actuel du
consentement à l’économie de marché,
espèrent agir pour réconcilier citoyens,
salariés et entreprises. Tout cela est très
ambitieux, trop peut-être. On peut en
tout cas déjà faire le pari que la définition
de la raison d’être de l’entreprise fournira
l’occasion de multiples séminaires et
conventions. Espérons que les cadres,
libérés par la révélation publique de « la
comédie (in)humaine », n’y subiront pas
un abus de lieux commun et de bienpensance…
* « La Comédie (in)humaine », Nicolas
Bouzou et Julia de Funès, Éditions de
l’Observatoire, septembre 2018.
VOX
ANALYSE
Damien Mascret
£@dmascret
Santé : le plan ambitieux
d’Agnès Buzyn est-il réaliste ?
u’on ne s’y trompe pas.
Le plan
de transformation
du système de santé
que vient d’annoncer
le président de la
République est
ambitieux. « Nous avons
à inventer les cinquante prochaines
années », a d’ailleurs lancé Emmanuel
Macron en en présentant les grandes
lignes, le 17 septembre. Ambitieux mais
aussi très optimiste, pourrait-on ajouter.
Tout part d’un double constat.
Il est de plus en plus difficile de trouver
un médecin dans certains territoires, et
pas seulement ruraux. Et cette situation
conduit à un engorgement des urgences
non seulement coûteux pour la
collectivité mais aussi disproportionné,
la plupart du temps, par rapport
aux besoins.
L’objectif est donc de pousser
les professionnels de santé à s’organiser,
à l’échelle du territoire, pour répondre
aux besoins de la population. Une idée
déjà en germe dans la loi de
modernisation du système de santé
du 26 janvier 2016, qui crée les
communautés professionnelles
territoriales de santé (CPTS). Mais cette
fois-ci, le gouvernement veut aller plus
loin, plus vite. « D’ici à 2022, l’exercice
médical isolé doit devenir l’exception »,
a rappelé Agnès Buzyn, la ministre
de la Santé, ce 18 septembre.
Est-ce bien réaliste ? Afin d’inciter les
médecins libéraux à s’engager dans les
CPTS, la ministre marche sur des œufs.
Elle assure que ces structures seront
des organisations très légères dédiées
à la coordination des acteurs de santé.
Q
+
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Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
cabinet de groupe, opter pour un
exercice coordonné (notamment CPTS).
Le ministère de la Santé imagine déjà que
« 4 000 structures de groupes seront
dotées d’un assistant médical à l’horizon
2022 ».
L’avenir dira si les médecins ont
réellement besoin de cette profession
hybride entre les secrétaires médicaux
et les infirmières. D’ailleurs, ces
dernières se sont d’ores
et déjà étonnées, via leur
L’avenir dira si les médecins
Ordre national, d’avoir été
« oubliées » dans le plan
ont réellement besoin
santé, tout comme
de cette profession hybride :
les orthophonistes.
La transformation
les « assistants médicaux »
et la labellisation de « 500
à 600 hôpitaux de proximité d’ici à
mouvementée. D’un côté les médecins
2020 », où pourraient travailler main
libéraux n’ont aucune envie de s’ajouter
dans la main libéraux (à activité mixte,
de nouvelles contraintes. Les CPTS
ville plus hôpital) et hospitaliers, est une
doivent par exemple assurer
avancée prometteuse. En y autorisant
collectivement la disponibilité
la réalisation d’examens d’imagerie
d’un médecin sans rendez-vous dans
et de biologie, le médecin généraliste
la journée. De plus, pour décharger
et les équipes de soin pourraient enfin
les urgences, les médecins adhérents
éviter aux patients de « finir aux
travailleront « jusqu’à 20 heures durant
urgences » du CHU.
la semaine et le samedi matin », a déclaré
Saluée de toutes parts, l’annonce
la ministre de la Santé. Par un
du retour des études de santé dans
communiqué de presse, la Confédération
un cursus universitaire normal (sans
des syndicats médicaux français (CSMF)
numerus clausus ni concours), voulu par
a déjà mis en garde sur les CPTS : « Cela
le président, est hélas gâchée par
doit être un objectif pas une obligation. »
la lenteur de la mise en œuvre prévue :
De l’autre côté, l’assurance-maladie
« En 2020 ou peut-être en 2019 », assure
conditionnera une partie de la
l’Élysée. Comment peut-on
rémunération des médecins libéraux
humainement accepter qu’une ou deux
(forfait structure, ROSP) à l’adhésion
promotions de plus (60 000 étudiants
aux CPTS. De même, les assistants
en Paces) aillent encore à l’abattoir
médicaux, seront « financés » à
du concours (85 % d’échec) alors que
condition que les médecins adhèrent
la décision de le supprimer est prise ?
à la réforme : accepter de suivre
Parfois, l’intendance doit suivre.
davantage de patients, exercer en
Pour prévenir les réticences de ceux
qui y verraient une perte de temps
ou d’argent, la ministre insiste sur le fait
qu’il s’agit de « rendre du temps aux
soignants et aux médecins », à travers
l’aide d’assistants médicaux, un nouveau
métier, et que c’est au contraire
en ne s’engageant pas dans la réforme
que les médecins perdront de l’argent.
La négociation conventionnelle qui
doit être engagée en 2019 promet d’être
«
Arnaud de La Grange
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(Figaro Littéraire),
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… POLITIQUE
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une fois encore à la mairie
à Lyon : quand le vieux
monde s’accroche,
par David Desgouilles,
essayiste
Les rencontres
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2018, 20 heures
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mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 048 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
SANTÉ
AMAZON
LE PLAN MACRON
PLUTÔT BIEN ACCUEILLI
PAR LES PROFESSIONNELS PAGE 24
LE GÉANT DU WEB
LANCE SA MARQUE DE SPORT
PAGE 26
Chine-États-Unis
PHOTOMONTAGE LE FIGARO/LEAH MILLIS/REUTERS, REUTERS, JEAN LANDRY/SHUTTERSTOCK , AMAZON
Guerre
commerciale :
l’escalade
Pékin a déjà riposté
aux 200 milliards de dollars
d’importations surtaxées
par les États-Unis. La surenchère
protectionniste pourrait
se poursuivre.
PAGES 22 ET 23
Ferrari mise sur le moteur hybride plus que le SUV
Louis Camilleri, nouveau directeur
général de Ferrari, a de l’ambition
pour la marque au cheval cabré.
Mardi 18 septembre, le dirigeant,
qui a pris le volant le 21 juillet, a
présenté le nouveau plan stratégique pour la période 2018-2022, à
Maranello, le siège de Ferrari. Le
patron vise une croissance de près
de 50 % du chiffre d’affaires entre
2017 et 2022. À cette date, il devrait atteindre 5 milliards d’euros.
La rentabilité de la marque automobile de luxe restera très élevée,
FISCALITÉ
Supprimer
les petites taxes,
un exercice
délicat PAGE 24
LA SÉANCE
DU MARDI 18 SEPTEMBRE 2018
CAC 40
5363,79
+0,28%
DOW JONES (18h)
26204,92 +0,55%
ONCE D’OR
1200,20 (1201,90)
PÉTROLE (lond)
78,960 (78,010)
EUROSTOXX 50
3355,36 +0,28%
FOOTSIE
7300,23 -0,03%
NASDAQ (18h)
7522,93 +1,19%
NIKKEI
23420,54 +1,41%
séries limitées, avec notamment
des concepts inspirés des mythiques bolides des années 1950 mais
mis au goût du jour. Les volumes
de ventes augmenteront également. Le seuil symbolique des
10 000 véhicules produits par an
sera dépassé, alors qu’ils étaient
8 398 en 2017, mais la marque
compte préserver la notion d’exclusivité.
Ferrari modifiera sa stratégie en
matière de motorisation, pour tenir compte des contraintes envi-
ronnementales. « D’ici à 2022,
près de 60 % des modèles que nous
produisons seront construits autour
de moteurs hybrides », a expliqué
Louis Camilleri. Aujourd’hui, un
seul modèle, LaFerrari, est équipé
d’un tel moteur. En revanche, le
projet de SUV Ferrari, qui fait frémir les amateurs, est décalé dans
le temps. Il était promis pour fin
2019-début 2020. Le nouveau dirigeant a repoussé ce nouveau véhicule à la fin du plan stratégique,
E. E.
en 2022 donc.
Apple a payé. Le gouvernement
irlandais a annoncé mardi avoir récolté les avantages fiscaux supposés d’Apple, plus les intérêts, soit
14,3 milliards d’euros. Ce transfert
fait suite à la décision de la Commission européenne, qui, en 2016,
a jugé que le géant américain des
nouvelles technologies avait bénéficié de dispositions fiscales
particulières,
lui
permettant
d’échapper en partie aux impôts
en Irlande pendant plusieurs années. Elle avait réclamé au gouvernement irlandais qu’il récupère
la somme estimée de ces avantages fiscaux. Mardi, le ministre des
Finances irlandais a finalement déclaré qu’Apple avait déposé cette
somme sur un compte bloqué, entre le deuxième et le troisième trimestre 2018.
Le dossier, néanmoins, est loin
d’être réglé. L’Irlande et Apple
contestent tous les deux la décision de la Commission européenne.
Le géant des nouvelles technologies estime qu’il a toujours payé
les impôts qui lui étaient réclamés,
et que la disposition dont il a bénéficié en Irlande pendant plusieurs
années n’était pas illégale.
L’Irlande, de son côté, a fait appel
de la décision, car elle remet en
cause une partie de son système
fiscal. Mais le pays souhaite aussi
apaiser ses relations avec l’Union
européenne. La Commission avait
lancé une action en justice l’année
dernière, car l’Irlande tardait à récolter l’argent d’Apple. Cette initiative devrait être abandonnée au vu
de la bonne volonté désormais affichée du gouvernement irlandais.
« Il a fallu du temps pour bâtir l’infrastructure et le cadre légal
autour de ce fonds bloqué, mais il
était essentiel de protéger l’intérêt
de toutes les parties, a assuré Paschal Donohoe, ministre des Finances irlandais. Bien que nous n’approuvions pas l’analyse de la
Commission et que nous cherchions toujours à annuler cette décision, cet argent sera désormais
retenu, en attendant le résultat de
notre procédure d’appel devant la
justice européenne. »
L. R.
Produits alimentaires :
les promotions seront
Pour la première fois, un porteconteneurs emprunte la route arctique bientôt encadrées
L'HISTOIRE
À
bord du Venta Maersk, des
poissons russes, des produits
électroniques coréens. Rien
de très précieux. Toutefois,
ce porte-conteneurs entrera
dans l’histoire maritime en accostant en
Allemagne, a priori le 22 septembre selon
la revue ArcticToday. Parti de Vladivostok
fin août à destination finale de SaintPétersbourg, il aura été le premier porteconteneurs à utiliser la route arctique,
une voie uniquement empruntée par des
méthaniers brise-glace dont le Christophe
de Margerie. Ce passage du Nord-Est via le
détroit de Béring
est ouvert
seulement trois
mois par an
à cause de
l’épaisseur des
glaces. Il pourrait
devenir de plus
en plus accessible
en raison du
réchauffement
climatique. Le
11 septembre,
ce bateau a
achevé la partie périlleuse du voyage,
bien calé dans le sillage d’un brise-glace à
propulsion nucléaire russe, le 50 Let Pobedy.
Le Venta Maersk et ses 3 600 conteneurs,
200 mètres de long et 35 de large, qui file
11 nœuds, est prévu pour une faible épaisseur
de glace. Le navire, qui effectue là un voyage
inaugural coûteux, n’est pas appelé à ouvrir
une ligne régulière. L’objectif est,
selon l’armateur danois Maersk, d’obtenir
des données scientifiques et techniques
inédites. Le gain de temps d’une
à deux semaines, selon les ports d’Europe
concernés, par rapport à la route via le canal
de Suez n’est
toutefois pas neutre.
Ce raccourci
incite les Chinois
à s’interroger
sur la création d’une
« route de la soie du
Nord ». Et les Russes
y voient une chance
unique de développer
une voie maritime
stratégique
rentable. ■
CHARLES GAUTIER
Les ordonnances entérinant la
limitation des promotions et
l’augmentation du seuil de revente à perte (SRP) sur les
produits alimentaires promis
par Emmanuel Macron en 2017
seront publiées d’ici au 30 novembre. Le projet de loi alimentation issu des États généraux de l’alimentation arrive
en seconde lecture au Sénat la
semaine prochaine avant un
vote définitif autour du 3 octobre.
Et les deux mesures phares du
texte devraient bien être effectives avant le début des négociations commerciales pour
2019, a promis mardi le ministre de l’Agriculture, Stéphane
Travert. Elles visent à obliger
industriels et enseignes à limiter à 34 % les prix cassés en
grandes surfaces (25 % en volumes) et à relever de 10 % le
SRP sur les produits alimentaires. Il s’agit de redonner ainsi
de l’air au monde agricole.
Un autre point clé du texte est
la définition d’indicateurs de
prix et de coûts de production
qui serviront de base à la répartition des marges dans
chaque filière.
Le ministre a rappelé les filières agricoles à leurs engagements. En effet, la définition
de ces indices - en interprofession avec les transformateurs et les distributeurs - patine dans certaines filières.
« Mon rôle, c’est de mettre la
pression sur l’ensemble des opérateurs pour qu’on puisse réussir
cette négociation », a précisé le
ministre. Les interprofessions
doivent rendre leur copie fin
septembre. Devant le scepticisme des syndicats agricoles
sur l’efficacité d’un tel système sur le revenu des agriculteurs, le ministre a souligné
que la loi a été « au bout de ce
que nous pouvions faire en
droit ». « Ce n’est pas l’État qui
fixe les prix et on ne fixe pas de
prix plancher. Un prix plancher,
ça devient souvent un prix plafond », souligne Stéphane TraOLIVIA DÉTROYAT
vert.
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
avec un excédent brut d’exploitation (Ebitda) qui devrait quasiment doubler, pour atteindre 1,8 à
2 milliards d’euros.
Cette croissance sera portée par
une multiplication des lancements. Le constructeur prposera
15 nouveaux modèles entre 2019 et
2022. Ces véhicules présenteront
une augmentation « significative »
du prix moyen de vente, selon Enrico Galliera, directeur commercial de Ferrari. Pour y parvenir, la
marque italienne multipliera les
APPLE PAYE
14,3 MILLIARDS
D’EUROS
À L’IRLANDE
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mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
SIX MOIS D’ESCALADE
8 MARS
2 AVRIL
31 MAI
6 JUILLET
Première salve protectionniste des États-Unis.
Les droits de douane sont relevés sur l’acier
de 25 % et sur l’aluminium de 10 %.
Plusieurs pays sont provisoirement exemptés,
dont l’Union européenne, le Mexique
et le Canada.
Pékin réplique aux droits sur l’acier et l’aluminium
et vise 128 produits américains. Entre-temps,
Washington a fait monter la pression, menaçant
de taxer 60 milliards d’importations chinoises aux
États-Unis. Les 3 et 4 avril, Washington et Pékin
ont tour à tour publié une liste de produits taxables.
L’exemption provisoire sur l’acier et l’aluminium
tombe. Les droits sont relevés pour l’UE, le Mexique
et le Canada. Les trois pays saisissent l’OMC
dans la foulée. Et le 22 juin, l’UE relève ses droits
sur une série de produits américains,
dont le bourbon, les jeans et les motos.
Escalade protectionniste des États-Unis contre
la Chine. Des tarifs douaniers de 25 % entrent
en vigueur, ciblant 818 produits chinois, dont
les disques durs et les automobiles, portant
sur 34 milliards d’importations. Pékin saisit
aussitôt l’OMC et promet des représailles.
Donald Trump étend sa guerre commerciale
Washington inflige des surtaxes douanières sur la moitié des produits importés de Chine. Une escalade dange
CORRESPONDANT À WASHINGTON
COMMERCE Jusqu’ici, le terme de
« guerre commerciale » pouvait
sembler usurpé pour qualifier la
relation tendue entre Washington
et Pékin et les mesures protectionnistes prises depuis le printemps. Depuis lundi soir et l’annonce par Donald Trump de
nouvelles surtaxes douanières infligées à quelque 6 000 produits
chinois représentant 200 milliards de dollars d’importations,
le bras de fer a pris une autre dimension.
D’autant que la riposte chinoise, équivalente aux sanctions
américaines dans la mesure où
elle couvre la même proportion
d’importations, risque de déclencher une nouvelle réaction de
Washington. Donald Trump a
prévenu : en cas de représailles de
Pékin, « nous engagerons alors
immédiatement la troisième phase,
qui consiste en droits de douane
couvrant 267 milliards de dollars
d’importations supplémentaires ».
Comme Washington applique déjà
depuis juillet des droits de douane
punitifs couvrant 50 milliards de
dollars d’importations, c’est la
quasi-totalité des produits chinois
arrivant sur le marché américain
qui serait alors frappée.
Mardi matin, la surenchère a
continué. « Il y aura une forte et
rapide riposte économique contre la
Chine si nos agriculteurs, éleveurs
et/ou nos ouvriers de l’industrie
sont visés », a twitté Donald
Trump, qui accuse en passant Pékin d’intervenir dans la campagne des législatives pour monter
contre lui les ouvriers et les agriculteurs.
L’objectif affiché par Washington n’est pourtant pas de protéger
des producteurs ou des industries
Convaincu de la solidité de la
conjoncture américaine, Trump
agit contre l’avis des milieux d’affaires, alarmés de l’engrenage, in-
américaines : « Notre dessein est
d’avoir des négociations constructives avec les Chinois pour résoudre
des questions fondamentales…
Nous voulons changer le comportement de la Chine, notamment en
matière de transfert de propriété
intellectuelle, de subventions et
d’autres restrictions sur leurs marchés », explique calmement Wilbur Ross, le chevronné ministre
américain du Commerce.
quiets des effets inflationnistes de
droits de douane qui représentent
« une taxe sur les consommateurs
américains ». Le président défie
aussi ceux qui jugent que la Chine
ne cédera pas, car son régime
autoritaire peut contraindre ses
citoyens à s’ajuster à des sanc-
tions américaines. En outre, la
dépendance de la Chine à l’égard
des exportations s’est beaucoup
réduite depuis dix ans. De 35 % du
PIB chinois en 2007, les exportations sont tombées à 18,5 %. Et les
États-Unis ne représentent plus
que 18 % de ses débouchés.
Surtaxes douanières américaines et
Sale boulot
Donald Trump est convaincu qu’il
fait aujourd’hui le sale boulot que
ses prédécesseurs n’ont pas osé
faire. La timidité des Administrations précédentes
serait la cause de l’excédent commercial chinois
de 375 milliards de dollars (en 2017)
Une guerre
avec les Étatscommerciale
Unis, de la
perte de mildoit être
lions d’emplois
rejetée parce
industriels et
qu’elle n’aurait
de la manipulation par la
aucun
Chine des rèvainqueur
gles de l’OMC
XI JINPING,
(Organisation
LE PRÉSIDENT
mondiale du
DE LA CHINE,
commerce).
LE 25 JUILLET
Pour
faire
AU SOMMET ANNUEL
DES BRICS
monter
la
À JOHANNESBURG
pression
sur
Pékin,
les
droits de douane
de 10 % annoncés
lundi soir seront
relevés à 25 % à la
fin de l’année.
L’idée est aussi de
donner le temps
aux
entreprises
américaines qui dépendent de fournisseurs chinois de trouver
des sources alternatives d’approvisionnement.
6 juillet
23 août
24 septembre
818 produits chinois :
automobiles, disques durs,
composants d’avions...
Un millier de produits visés :
composants électroniques,
machines-outils...
10 % de droits de douane sur 6 000 produits
chinois : produits alimentaires (viandes, produits
de la mer, fruits et légumes), produits textiles,
machines-outils, électronique...
«
34 16
»
200 milliards
505 milliards de dollars
T   *
  É-U  2017
60 milliards
WANG ZHAO/AFP
PIERRE-YVES DUGUA
£@PDugua
...  
24 septembre

Hausse de droits de douane de 5 et 10 % sur une liste de 5 200 produits,
Sources : USTR et agences
Infographie
Valeur des produits
taxés en milliards
de dollars
selon une liste préliminaire dévoilée le 3 août :
produits agricoles, bœuf, textiles, composants chimiques,
pièces aéronautiques, petits avions...
À Shanghaï, l’horizon des industriels qui exportent aux États-Unis s’obscurcit
SÉBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
A
SHANGHAÏ
L’ombre de Donald Trump plane sur
le Jiangsu, l’arrière-pays industriel
de Shanghaï. À Wuxi, étape séculaire de la route de la soie, la guerre
commerciale déclenchée par le président américain sème le trouble
chez certains sous-traitants de
l’usine du monde. « Depuis l’entrée
en vigueur des taxes douanières en
juillet, nous n’avons plus reçu aucune
commande de clients américains. Je
ne sais pas ce qui va nous arriver »,
explique Nancy Fan, manager en
charge du commerce international,
à la Wuxi Nengli Bearing Company.
Le marché américain absorbe un
tiers de la production de roulements
industriels de cette entreprise de
l’embouchure du fleuve Bleu, fondée en 2002. « 25 % de taxe, c’est
destructeur pour nous comme pour
nos clients », ajoute la responsable.
L’industriel affirme faire des profits
inférieurs à 10 % sur ces produits,
limitant ainsi sa marge de
manœuvre face à la brusque hausse
des coûts imposée par la première
puissance mondiale.
Sa production fait partie des
1 102 produits visés par la première
batterie de mesures douanières décrétée par Washington en juillet.
Une situation qui pourrait s’aggraver encore si le président de
« l’Amérique d’abord » décide
d’appliquer sa menace de nouveaux
tarifs sur 200 milliards de dollars
d’exportations.
Des Bourses nerveuses
Cette entreprise reste néanmoins
une exception, trois mois après
l’ouverture des hostilités. « Les effets de la première salve de mesures
sont limités, car elle touche peu de
produits très fortement dépendants
au marché américain », juge Tu
Xinquian, chercheur à l’University
of International Business and Economics, à Pékin. « L’impact écono-
Usine de production
d’aluminium située
à Zouping, en Chine.
Les droits de douane
imposés par les ÉtatsUnis sur l’aluminium
chinois sont de 10 %.
CHINATOPIX/AP
mique est relativement faible et ne
justifie pas une telle réaction des
marchés », confirme un nouveau
rapport de Natixis, faisant allusion à
la nervosité des Bourses et les pressions à la baisse affectant le yuan.
Seulement 3 % des exportations
chinoises seront impactées, même
si Trump décide d’imposer une
nouvelle batterie de mesures, a calculé la banque, en prenant en
compte l’élasticité des prix.
Néanmoins, l’offensive américaine plombe l’horizon de l’industrie
chinoise. « La guerre commerciale a
massivement accru l’incertitude,
mettant en suspens les investissements », prévient la chef économiste Asie Alicia Garcia-Herrero, coauteur du rapport et basée à
Hongkong. Cette bombe à retardement menace les ambitions économiques du président Xi Jinping, qui
cherche à monter en gamme l’industrie, dans le cadre de l’ambitieux
plan « Made in China 2025 ».
Délocalisations
L’offensive douanière « perturbe les
chaînes d’approvisionnement globales » selon la Chambre de commerce
de l’UE en Chine (EUCC) et pousse
les industriels à envisager des circuits alternatifs si le conflit perdure.
59 % des membres de la chambre
ont une opinion « négative » des
taxes américaines et 6 % d’entre
eux ont déjà décidé de transférer
leur production hors de Chine, selon
un sondage conduit en septembre.
Qu’ils soient chinois ou étrangers, les industriels basés dans
l’empire du Milieu observent avec
une anxiété grandissante l’escalade.
« Pour le moment, peu de nos produits étaient sur la liste, mais avec les
taxes sur les 200 milliards de dollars,
nos clients seront impactés », prévient M. Zheng, responsable marketing chez Reanod, une entreprise
qui aide de nombreux industriels de
la métallurgie à exporter. Parmi
eux, Hebei Sinotools Industrial Co,
équipementier automobile dont
70 % du chiffre d’affaires dépend
du marché américain. Le groupe a
déjà prévenu ses clients de hausse
des prix à venir, et ces derniers
cherchent déjà des alternatives à
Taïwan. Un travail de longue haleine, alors qu’il s’agit de remplacer
les approvisionnements de centaines de type de pièces ultrapointues.
Les importateurs sont les premières victimes de la guerre commerciale et n’ont parfois d’autres
choix que de payer les 25 % de taxe,
comme cette marque de casseroles
de fonte dont le producteur,
chinois, détient à lui seul près de la
moitié du marché international.
« À court terme, ce sont les consommateurs américains qui paieront les
taxes. Mais si la guerre dure, nous
perdrons nos clients américains. La
seule solution sera alors de développer le marché en Europe », prévient
M. Zheng. Cet aveu contraste avec
le ton rassurant des autorités.
Wuxi Nengli Bearing Company
tente déjà de réduire sa dépendance
américaine en explorant des alternatives ailleurs en Angleterre, France, Italie ou Allemagne. « Mais cela
prend du temps. Les États-Unis sont
la première puissance économique et
importent des grosses quantités »,
explique Fan. Pour autant, seules les
usines les plus petites et spécialisées,
soit à peine 10 % de l’appareil productif chinois, seront menacées de
faillite, juge M. Zheng. ■
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LE FIGARO
mercredi 19 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
23
LES TERRES RARES ÉPARGNÉES
23 AOÛT
18 SEPTEMBRE
Washington applique des droits de 25 %
à une nouvelle tranche de 16 milliards de dollars
de produits chinois importés, dont des composants
électroniques et des machines-outils. Pékin riposte
sur un même montant, touchant les produits
emblématiques comme les Harley Davidson.
La guerre commerciale monte d’un cran. Désormais,
ce sont 200 milliards d’importations chinoises qui
sont taxées à 10 %. Trump a déjà menacé de relever
les droits à 25 % le 1er janvier et de taxer d’autres
importations chinoises. Pékin riposte en taxant
pour 60 milliards d’importations américaines.
Les terres rares, familles de 17 métaux stratégiques, qui figuraient dans une liste préliminaire
de produits à taxer, sont finalement exemptées. Et pour cause, la Chine est un acteur central,
assis sur 37 % des réserves de la planète et de loin le plus gros producteur de ces minerais.
L’an dernier, les États-Unis ont couvert 78 % de leurs besoins grâce aux fournisseurs chinois.
Ces minerais entrent dans la composition de nombreux produits technologiques, comme
les téléphones portables, les moteurs d’avion, mais servent également pour les forages de pétrole
et de gaz. Soucieux de l’enjeu stratégique et de réduire sa dépendance, Washington a passé
une loi le mois dernier interdisant à partir de 2019 l’usage militaire de terres rares chinoises.
« La Chine a plus à perdre
que les États-Unis »
contre Xi Jinping
reuse pour forcer les Chinois à négocier afin de réduire leur excédent.
Wilbur Ross, pour sa part, minimise le risque inflationniste
pour l’Amérique. « 10 % sur
200 milliards équivalent à 20 milliards, répartis sur quelque 6 000
articles… Personne ne va s’en
apercevoir », affirme-il. La réaction initiale sereine des marchés
mardi (le Dow Jones progressait de
0,5 % à mi-séance et Shanghaï a clôturé à + 1,8 %) semble lui donner raison. Il est vrai qu’à la suite des
commentaires critiques de 350
témoins représentant des importateurs américains ou des
entreprises dépendantes de
fournisseurs chinois, la liste de
produits sanctionnés a été minutieusement amendée. Elle exclut par exemple les montres
numériques d’Apple et Fitbit, les
casques de cyclistes et les sièges
automobiles pour bébés.
représailles chinoises
Pari risqué
L  
    
   ...
Valeur des produits taxés en milliards de dollars
Le pari de Donald Trump n’en est
pas moins risqué. La surenchère
peut déclencher une crise de
confiance sur les marchés.
Le moment choisi par la
Maison-Blanche pour
frapper est délibérément provocateur. Steven
Mnuchin, le
Il y aura une
secrétaire
américain au
riposte forte
Trésor, venait
et rapide
tout
juste
contre la
d’inviter
à
Washington
Chine si nos
une délégation
agriculteurs
de hauts diriet nos
geants chinois
pour renouer
ouvriers
la
semaine
sont visés
prochaine des
DONALD TRUMP,
négociations
PRÉSIDENT DES ÉTATScommerciales
UNIS, TWEET
directes.
La
LE 18 SEPTEMBRE
rafale de sanctions antichinoises pourrait
faire annuler
cette visite. En
outre, même si
cette dernière
était maintenue, la crédibilité de Steven
Mnuchin comme
interlocuteur du
vice-premier ministre chinois, Liu He, en
est amoindrie. ■
«
»
T  
* 
 C  
16
34
SUSAN WALSH/AP
130 milliards de dollars
23 août
6 juillet
25 % de taxes chinoises :
motos Harley-Davidson,
bourbon, jus d'orange...
Produits agricoles,
automobiles...
*hors services
PROPOS RECUEILLIS PAR
ANNE CHEYVIALLE
£@AnneCheyvialle
Philippe Martin, président délégué
du Conseil d’analyse économique et
professeur à Sciences Po, analyse la
confrontation entre les deux pays.
sociétés américaines installées en
Chine compliquées, même si cela
ne lui rapporte pas grand-chose.
Côté américain, cette hausse des
tarifs va inciter à la marge les producteurs à se relocaliser aux ÉtatsUnis. Les consommateurs seront
perdants, car cela renchérit les
prix. On a vu aussi avec l’acier et
l’aluminium que cela pénalise les
entreprises qui consomment des
biens intermédiaires. Surtout, cela
ne va pas réduire le compte courant
déficitaire. Il continue d’augmenter
malgré les tarifs car une grande
partie du déficit est liée à la politique de relance budgétaire de
Trump qui augmente la
demande intérieure.
LE FIGARO. - Quelles seront les
répercussions de cette surenchère
protectionniste de Washington ?
Philippe MARTIN. - Un recul mécanique des exportations chinoises
aux États-Unis. On évalue qu’une
hausse de 10 % des tarifs entraînera
une baisse de 50 % d’ici
un ou deux ans. Audelà, la vraie question
est :
que
cherche
Washington ? Est-ce
un moyen de pression
pour réellement négocier avec Pékin ? Ou le
seul objectif est-il de
réduire le commerce et
de relocaliser la proAux
duction aux ÉtatsÉtats-Unis,
Unis ? La position de
les consoml’Administration américaine n’est pas claire.
mateurs sont
Deux camps s’y affronperdants
tent.
Quel sera l’impact sur
la croissance mondiale ?
Je ne crois pas à des
conséquences immédiates
négatives.
Les
Chinois vont réagir en
faisant de la relance
budgétaire et monétaire
pour amoindrir l’impact
sur leur croissance. À
plus long terme, oui, il y
a un risque car cela diminue la productivité et
l’efficacité. Si les taux
PHILIPPE MARTIN
sont relevés à 25 %,
l’impact sur le consomÀ votre avis,
mateur américain et la croissance
qui a pris l’avantage ?
américaine ne sera pas négligeable.
Le fait de taxer à 10 % avec une
gradation à 25 % semble donner
L’Europe peut-elle en bénéficier ?
l’avantage à la première option.
Mais les États-Unis font monter la
Il y a deux scénarios. Un positif,
pression de manière unilatérale et
où l’Europe profite d’une rediviolente. Il est difficile de savoir où
rection des flux commerciaux.
en est la négociation, entre les
L’UE peut aussi bénéficier du bras
tweets rageurs de Trump et des déde fer avec la Chine, qui peut
clarations plus conciliantes de
aider dans les négociations sur la
l’Administration.
réforme de l’OMC. Sauf que cela
prendra du temps. Mais je pense
que Trump privilégie un accord
Qui a le plus à perdre
bilatéral. Dans ce second scénadans cette bataille ?
rio, c’est plus mauvais pour l’EuLa Chine, clairement, car elle a un
rope. Si la Chine s’engage à acheimportant excédent courant avec
ter des produits américains, par
les États-Unis. Pékin ne pourra pas
exemple des avions, ce sera au
riposter à même hauteur, mais il
détriment des Européens. Trump
peut agir sur les autorisations aux
pourrait le brandir comme une
entreprises. L’État chinois est suffivictoire ! ■
samment fort pour rendre la vie des
»
Pékin riposte avec des tarifs douaniers mais envisage des représailles plus larges
CYRILLE PLUYETTE
£@CyrillePluyette
CORRESPONDANT À PÉKIN
La Chine avait prévenu qu’elle ne
se laisserait pas faire. Elle a tenu
parole : peu après la nouvelle salve
de tarifs douaniers annoncée par
Donald Trump portant sur
200 milliards de dollars de produits
chinois, l’empire du Milieu a contre-attaqué. Au risque de provoquer un engrenage susceptible de
pénaliser l’ensemble de ses exportations vers les États-Unis. Le
géant asiatique a indiqué mardi
soir qu’il allait imposer des droits
de douane sur 60 milliards de dollars de biens américains. « La
Chine n’a pas d’autre choix que de
riposter » pour défendre ses
« droits et ses intérêts légitimes », a
justifié le ministère chinois du
Commerce, tout en espérant un
changement d’attitude de la part
de Washington.
Avant ce dernier épisode de la
guerre commerciale, la Chine avait
rendu coup pour coup, de façon
proportionnée. Mais, du fait de
l’ampleur du déficit américain visà-vis de la Chine, le régime communiste ne peut plus suivre. Il a en
effet importé l’an dernier presque
quatre fois moins de biens américains (130 milliards) qu’il n’en a
exportés vers les États-Unis.
Les Chinois pourraient essayer
de compenser cette situation qui
les prive de munitions par des représailles ciblées capables de faire
mal aux États-Unis et à leur président. Donald Trump a d’ailleurs
accusé Pékin, sur Twitter, de tenter « activement d’influencer » les
élections de mi-mandat en s’attaquant à sa base électorale. La liste
préliminaire de produits visés par
la Chine – dévoilée début août –
comprenait une large gamme de
biens agricoles, dont le bœuf, des
textiles, des composants chimiques
ou encore le gaz naturel et le minerai de fer. Les mesures déjà prises
par Pékin contre le soja américain
avaient été perçues par certains
observateurs comme une volonté
de fragiliser des États agricoles qui
avaient voté Trump en 2016.
La riposte chinoise pourrait ne
pas s’arrêter là. « Au-delà de la réponse tarifaire, les intérêts écono-
miques américains en Chine sont
voués à être pris pour cible », pronostique Alicia Garcia-Herrero,
économiste en chef pour l’AsiePacifique de Natixis.
Apple et Tesla en question
Parmi les scénarios possibles, Pékin pourrait se retourner contre
des entreprises américaines pour
lesquelles le marché chinois est
crucial, comme General Motors,
Apple ou le constructeur de voitures électriques Tesla, qui prévoit
d’ouvrir une usine géante localement. « Cela pourrait passer par
des réglementations plus dures, des
lourdeurs administratives (à la
douane, par exemple) ou des
contrôles sanitaires plus tatillons,
voire par un boycott des produits »,
indique Mahamoud Islam, économiste chez Euler Hermes, basé à
Hongkong. Ces méthodes iraient
toutefois à l’encontre de l’image
réformiste que Pékin cherche à se
donner.
Malgré ce nouveau coup dur, le
pays se dit confiant en sa capacité à
résister. Le président Trump « essaie de faire pression sur la Chine
pour obtenir des concessions dans
nos négociations », mais « ce genre
de tactique ne marchera pas », avec
la deuxième puissance mondiale,
qui dispose d’importants outils politiques pour en limiter l’impact, a
déclaré mardi Fang Xinghai, viceprésident de l’autorité chinoise des
marchés financiers. Une solution à
cette crise paraît en revanche peu
probable à court terme. ■
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mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
24
ÉCONOMIE
4
Le plan Macron
accueilli plutôt
favorablement par
le monde de la santé
MESURES
EMBLÉMATIQUES
ANNONCÉES PAR
LE CHEF DE L’ÉTAT
■ Le numerus clausus
va être supprimé
Après presque 50 ans d’existence,
le numerus clausus sera supprimé
afin de « mettre fin au gâchis
de la première année de médecine
où 80 % d’étudiants brillants
échouent au concours », a indiqué
le président. Dès la rentrée 2020,
il n’y aura plus de concours en fin de
première année et tous les étudiants
inscrits en licence pourront candidater
en 2e ou 3e année de médecine.
Il sera doté d’un budget de 3,4 milliards d’euros
d’ici à 2022.
■ 4 000 postes d’assistant médical
MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault
SANTÉ Après le plan pauvreté la
semaine dernière, le président de la
République a signé mardi l’acte II de
sa rentrée sociale en dévoilant sa
réforme du système de santé. Baptisé Ma santé 2022, ce plan comporte une cinquantaine de mesures et
nécessitera une loi début 2019.
« Notre système de santé ne souffre
pas d’abord d’un problème de sousfinancement. Il pèche par un vrai
handicap d’organisation », a affirmé
le chef de l’État. À l’issue d’un discours de près d’une heure devant
les professionnels de santé réunis
pour l’occasion à l’Élysée, ces derniers ont estimé que ce plan (nos
éditions de lundi) était à la hauteur
des enjeux.
Les syndicats de médecins, notamment, se sont dits globalement
satisfaits. MG France a salué « des
mesures de bon sens » et le Syndicat
des médecins libéraux (SML), « un
plan ambitieux ». De son côté, la
Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) s’est « félicitée d’un statut mixte du médecin
partagé entre la ville et l’hôpital » et
la Fédération des hôpitaux privés
(FHP) s’est dite « prête à relever le
défi au service des patients ». Quant
au Conseil de l’ordre, il s’est dit
« globalement satisfait ». Tous attendent désormais la mise en
œuvre du plan, avec une vigilance
particulière sur les moyens qui seront accordés.
La philosophie du plan est d’appeler à un sursaut collectif des acteurs de santé, tant publics que privés, qui sont priés de travailler
ensemble et de mieux se coordonner. Cette fois, il s’agit vraiment de
« décloisonner le système de santé »,
un objectif souvent annoncé par les
précédents gouvernements mais
rarement atteint.
Coté hôpital, le chef de l’État a
réaffirmé qu’il n’était pas question
de fermer de petits établissements.
En revanche, ceux qui ne font pas
assez d’actes pour assurer la sécurité des patients seront transformés
en hôpitaux de proximité. Ils pour-
ront dispenser des soins gériatriques, des soins de suite, assurer les
urgences non vitales et autres
consultations, en collaboration
avec les médecins de ville. « Je ne
souhaite pas qu’on ferme un service
pour des raisons financières mais je
ne veux pas qu’on laisse ouvert un
service où aucun d’entre vous n’enverrait ses enfants », a martelé le
chef de l’État. Les grands hôpitaux
seront, eux, recentrés sur les urgences vitales, les soins de pointe,
l’innovation et la recherche.
seront créés
4 000 assistants médicaux seront
créés d’ici à 2022. Ils déchargeront les
médecins d’actes simples comme la
prise de tension ou de température, le
suivi des rendez-vous, et des tâches
administratives. Le financement sera
impulsé par l’État qui mettra une mise
de départ importante, puis partielle
mais assez incitative. En contrepartie,
les médecins libéraux devront
s’engager à exercer en groupe.
Des hôpitaux
de proximité pourront
dispenser des soins
gériatriques, des soins
de suite, assurer les
urgences non vitales
et autres consultations,
en collaboration avec
les médecins de ville.
GARO/PHANIE
■ 400 médecins salariés vont être
envoyés dans les déserts médicaux
Quelque 400 médecins salariés
volontaires, recrutés sur la base
du volontariat, vont être envoyés
dès 2019 dans les zones défavorisées
en termes d’accès aux soins.
Pas de coercition
Coté médecins de ville, là encore le
chef de l’État appelle à mieux s’organiser. Il entend mettre fin d’ici à
2022 à l’exercice isolé, qui demeure
majoritaire chez les praticiens libéraux. « Je veux que l’exercice isolé
devienne progressivement marginal,
devienne l’aberration et puisse disparaître à l’horizon de janvier 2022 »,
a-t-il déclaré. Emmanuel Macron
les enjoint à s’organiser dans le cadre de communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS)
et promet d’« aider financièrement
dans la durée sur dix ans toutes les
communautés professionnelles qui
seront créées d’ici à dix-huit mois ».
En contrepartie, charge aux libéraux de s’organiser pour assurer les
+@
» Retrouvez
le Big Bang
Santé, Maison de
la Chimie à Paris,
le 18 octobre 2018
bigbang.lefigaro.fr
urgences de ville entre 8 heures et
20 heures, – « si possible jusqu’à
22 heures », a ironisé Emmanuel
Macron –, de se coordonner avec
les hôpitaux de proximité ou encore
d’assurer une présence dans les zones sous-dotées. Ce faisant, le président de la République privilégie
l’incitation aux mesures coercitives
prônées par certains élus. « La
contrainte unilatérale venant d’en
haut peut faire plaisir aux élus de
certains territoires… mais elle ne
marchera pas ! », a-t-il affirmé.
Pour insuffler cette réforme,
l’exécutif indique que l’objectif national des dépenses d’assurancemaladie (Ondam) augmentera de
2,5 % l’an prochain, au lieu des
2,3 % prévus, soit une rallonge de
400 millions d’euros. Le plan global
sera lui doté d’un budget de
3,4 milliards d’euros d’ici à 2022, a
précisé le ministère de la Santé, avec
près de 1,6 milliard d’euros consacré
à la structuration des soins dans les
territoires, 920 millions à l’investissement hospitalier, 500 millions au
numérique et 420 millions à l’évolution des métiers et des formations. ■
■ Les libéraux devront assumer
les « urgences de ville »
L’exécutif souhaite la fin de l’exercice
isolé d’ici à 2022 via la mise en place
de 1 000 communautés
professionnelles de territoire
de santé (CPTS). Elles assumeront
un certain nombre de missions,
dont les « urgences de ville », pour
décharger les urgences hospitalières
qui doivent se concentrer
sur les situations vitales.
M.-C. R.
+
» Lire aussi PAGE 19
Valletoux : « La direction est bonne mais le financement insuffisant »
Frédéric Valletoux est président de
la Fédération des hôpitaux de France (FHF), qui réunit tous les hôpitaux publics et plus de mille établissements médico-sociaux.
Frédéric Valletoux,
président de la Fédération
des hôpitaux de France.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
LE FIGARO. - Êtes-vous satisfait
des annonces du président?
Frédéric VALLETOUX. - On a un
discours cohérent, volontariste,
ambitieux, et surtout qui appelle
tous les acteurs publics ou privés à
prendre leurs responsabilités.
Maintenant, il va falloir écrire les
mesures concrètes d’accompagnement dans la loi de financement de
la Sécurité sociale, qui va répartir les
enveloppes budgétaires. C’est là que
des tensions risquent de revenir. On
a fait une grande partie du chemin
car la direction est la bonne. Il faut
continuer à avancer avec le même
volontarisme dans la durée.
400 millions d’euros en plus,
ce n’est pas suffisant ?
Je ne vois pas comment cela suffirait
à financer les assistants médicaux,
les 400 médecins des zones prioritaires et à réoxygéner l’hôpital ! Je
rappelle qu’en 2018 on demande au
secteur 1,6 milliard d’économies,
dont 960 millions pour les seuls hôpitaux publics. Cette rallonge de
400 millions, c’est juste la moitié
des économies qu’on nous demande de faire cette année. Même en
hausse de 2,5 %, l’Ondam augmente moins vite que nos charges. On
va rapidement s’apercevoir que
tout cela est insuffisant pour accompagner la mutation du système.
Comment public et privé vont-ils
collaborer au sein des hôpitaux
de proximité ?
Les choses vont se faire de façon
très pragmatique. Il y a déjà plein
d’hôpitaux locaux où des généralistes interviennent et plein de
praticiens hospitaliers qui font des
consultations hors de l’hôpital.
C’est un élément de souplesse
alors que les situations de tension
se multiplient partout. Si on ne
réagit pas, on se regardera mourir
les uns les autres. Il y aura sans
doute des points de friction quand
il faudra dessiner une offre de
soins qui fasse travailler tout le
monde ensemble. Mais l’idée est
de faire confiance aux acteurs de
terrain. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR M.-C. R.
La suppression des petites taxes, un exercice budgétaire délicat
L’État va devoir compenser en partie les 200 millions d’euros de petites taxes qu’il veut supprimer en 2019.
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
FISCALITÉ Le gouvernement doit
annoncer, lors de la présentation
du projet de budget pour 2019 lundi
prochain, la suppression de petites
taxes pesant 200 millions d’euros.
Cette mesure devrait faire baisser
quelque peu le taux de prélèvement
obligatoire, thermomètre de la
pression fiscale qui pèse sur les entreprises. Mais ce ne sera pas sans
conséquences : ces suppressions
devraient avoir un coût pour l’État.
Certaines de ces taxes seront en effet remplacées, selon nos informations, par des dotations publiques.
A
Chèque de l’État
En d’autres termes, par des chèques de l’État en faveur des institutions financées par les prélèvements supprimés - le coût de la
« simplification » nécessaire vantée par le gouvernement en matière de taxation.
La France compte aujourd’hui
200 taxes rapportant moins de
150 millions chacune et 81 d’entre
elles génèrent un rendement inférieur à 5,5 millions d’euros. Pour
autant, ce n’est pas chose aisée de
les rayer du Code des impôts. « Il
faut faire dans la dentelle et ne pas
les supprimer en masse », recon-
naît Laurent Saint-Martin, viceprésident (LaREM) de la commission des finances de l’Assemblée.
La liste complète de la vingtaine
de taxes qui seront supprimées
l’année prochaine n’est pas encore
connue. Le premier ministre a
toutefois déjà annoncé que la taxe
sur les farines (64 millions d’euros)
Le fisc suivra mieux les revenus tirés du Web
Les plateformes Web auront
l’obligation de transmettre
au fisc les revenus de leurs
utilisateurs, et ce à compter
des revenus de 2019. Il sera
alors impossible de cacher
ce genre de gains. C’est un
des objectifs du projet de loi
de lutte contre la fraude,
en cours d’examen
à l’Assemblée.
Néanmoins, Bercy n’a pas trop
voulu compliquer la vie des
particuliers et des entreprises
du Web. Pour deux activités
- la co-consommation du
type covoiturage et la vente
de biens -, l’obligation
de transmission au fisc
ne s’appliquera pas, si les
transactions ne dépassent
pas 3 000 euros par an et par
plateforme ou 20 opérations.
C’est que prévoit un
amendement gouvernemental
voté dans la nuit de lundi.
De fait, le covoiturage n’est
pas imposable, pas plus
que la vente de biens
d’occasion s’il n’y a pas
de bénéfices. En revanche,
la location d’appartements,
la prestation de services ou
l’achat et vente de biens avec
bénéfice sont soumis à l’impôt
sur le revenu.
C. C.
ou encore celle sur les appareils de
reproduction ou d’impression
(25 millions) y figureraient. Le
Centre national du livre (CNL), financé par la taxe sur les appareils
de reproduction, se dit très satisfait de cette nouvelle. Et pour cause : cette taxe lui rapporte de
moins en moins d’année en année
et l’État lui versera directement,
dès l’année prochaine, une dotation dont il espère qu’elle restera
stable.
« Contribution volontaire
obligatoire »
Les entreprises ne voient cependant pas forcément d’un bon œil la
suppression des petites taxes auxquelles elles sont soumises. En effet, nombre de ces prélèvements
financent en réalité des « organismes techniques et professionnels ».
Dans le textile, le Defi a ainsi aidé
les PME de la filière à conquérir des
marchés à l’export. La filière papier, l’année dernière, a demandé
et obtenu la création d’une nou-
velle taxe pour financer leur centre technique, parce que les dotations que l’État leur versait avaient
été réduites à zéro.
Il existe bien une autre solution
pour financer les organismes interprofessionnels : les « contributions volontaires obligatoires »
(CVO). Cet outil est utilisé massivement dans l’agriculture et permet de financer le Comité interprofessionnel des palmipèdes à
foie gras ou le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace.
Problème : contrairement aux
taxes, « les CVO ne frappent pas les
produits importés », souligne-t-on
côté patronal. De plus, les organismes interprofessionnels doivent
eux-mêmes lever ces CVO auprès
des entreprises de la filière. Or, elles n’ont pas l’autorité des douanes
qui prélèvent les petites taxes. Il
leur est donc parfois difficile de récolter tout l’argent dû, certaines
entreprises préférant retenir la
notion de « volontaire » à celle
d’« obligatoire ». ■
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LE FIGARO
mercredi 19 septembre 2018
ENTREPRISES
25
Le gouvernement mise sur le développement du coworking
L’objectif vise la création de quelque 300 espaces collectifs de travail d’ici à 2021 pour stimuler l’activité.
11O
millions
d’euros
sur trois ans vont être
consacrés à ces
espaces de travail
CORINNE CAILLAUD
£@corinnecaillaud
TRAVAIL Travailler à une France
connectée passe par le déploiement de la fibre et du haut débit,
mais aussi par des projets simples, comme le développement
des espaces de « coworking »
(travail en commun). Julien Denormandie, le secrétaire d’État
auprès du ministre de la Cohésion
des territoires, a donc commandé
un rapport à Patrick Levy-Waitz,
président de la Fondation Travailler autrement.
Pour élaborer ce document re-
mis ce mercredi, son auteur a
sillonné l’Hexagone depuis le
printemps et identifié 1 463 espaces collectifs. « Alors que les experts en dénombraient entre 600
et 900, nous en avons compté plus
de 1 400. Nous pensons même qu’il
en existerait 1800, ce qui prouve
bien que le phénomène n’est ni alternatif ni marginal », relève Patrick Levy-Waitz. Ces tiers lieux
sont très différents les uns des
autres. Outre les espaces de
coworking, ils sont notamment
composés de « hakerspace »,
c’est-à-dire des ateliers spécifiques autour d’un outil ou d’un
projet numérique, mais aussi de
Fablab, soit des plateformes
ouvertes de création et de prototypage d’objets comportant des
machines à commande numérique de niveau professionnel.
Ils accueillent des publics divers comme des personnes en télétravail, mais aussi des indépendants et des artisans. Le
développement de ce mouvement porte des dynamiques économiques et sociales, qui sont
structurantes pour les territoires.
Mais il reste fragile. « C’est pourquoi l’État doit accompagner ceux
qui, sur le terrain, sont à la base de
ces initiatives. Et ce en lançant un
programme d’accélération de ces
tiers lieux », indique Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des
territoires. L’objectif est d’en
créer 300 à l’horizon fin 2021,
sous le terme de « fabriques des
territoires ».
Fonds d’investissement
responsable
Pour ce faire, 110 millions d’euros
vont leur être consacrés sur trois
ans. Dans le détail, 20 millions
d’euros par an seront débloqués
par l’État pour aider à l’amorçage
du dispositif. Par ailleurs, un
fonds de dotation de 10 millions,
financé par des opérateurs privés, sera créé. Un fonds d’inves-
tissement, de type socialement
responsable, à hauteur de
40 millions d’euros sera également lancé. En effet, ces espaces
sont censés être plus écologiques,
car ils évitent, entre autres, des
trajets aux télétravailleurs.
Pour faciliter le déploiement de
ces 300 nouveaux tiers lieux, une
instance nationale de préfiguration, confiée à Patrick LevyWaitz, sera mise en place. « Il est
important de structurer ce mouvement pour mettre ces tiers lieux en
réseaux les uns avec les autres et
diffuser les bonnes pratiques »,
souligne de son côté Julien Denormandie. ■
Nestlé poursuit la refonte de son portefeuille
Le suisse accélère son recentrage stratégique et cède ses activités d’assurance-vie pour 1,3 milliard d’euros.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
AGROALIMENTAIRE Avec la précision d’un horloger suisse, Mark
Schneider déroule son plan d’action
pour le leader mondial de l’agroalimentaire. Lundi soir, l’administrateur délégué du géant de Vevey a
annoncé avoir trouvé un acquéreur
pour la filiale d’assurance-vie du
groupe, Gerber Life Insurance. Cette activité de 856 millions de dollars
de chiffre d’affaires (733 millions
d’euros) sera cédée au groupe américain Western and Southern Financial Group pour 1,55 milliard de
dollars (1,3 milliard d’euros). Héritée du rachat à Novartis du spécialiste de la nutrition infantile Gerber,
en 2007, cette division avait été
présentée comme non stratégique
en février par Nestlé. Le groupe se
recentre depuis 2017 sur ses piliers
stratégiques : café, eaux, nutrition
infantile et nutrition animale.
« Cette décision s’inscrit dans le
cadre de l’évolution continue de notre
portefeuille, détaille Mark Schneider. Elle nous permettra d’investir
d’avantage dans nos activités principales d’alimentation et de boissons,
ainsi que dans les produits de santé
grand public. » L’opération, qui devrait être conclue au plus tard début
2019, ne concerne pas les aliments
pour bébés Gerber.
Il s’agit d’une étape supplémentaire dans la refonte du portefeuille
de Nestlé entamée depuis dix-huit
LES GRANDES
MANŒUVRES
DE MARK
SCHNEIDER
■ Juin 2017
Entrée au capital
de Freshly (livraison
de plats préparés
à domicile aux USA)
■ Septembre 2017
Acquisition de Sweet
Earth (aliments
végétaux), de Blue Bottle
Coffee (chaîne
américaine de café)
■ Novembre 2017
Rachat de Chameleon
Cold-Brew (café froid)
■ Décembre 2017
Acquisition d’Atrium
Innovations (nutrition
santé) pour
2 milliards d’euros
■ Janvier 2018
Cession des activités
de confiserie
aux États-Unis
à Ferrero pour
2,4 milliards d’euros
■ Mai 2018
Accord de distribution
avec Starbucks pour
6 milliards d’euros
■ Septembre 2018
Cession de Gerber LIfe
Insurance pour
1,3 milliard d’euros
Le siège social du groupe Nestlé, à Vevey, en Suisse.
mois. Cette restructuration s’est
traduite en janvier par la vente à
Ferrero de ses activités de confiserie aux États-Unis pour 2,4 milliards d’euros. Quelques jours plus
tôt, le champion suisse déboursait
2 milliards d’euros pour s’offrir le
spécialiste canadien des produits de
nutrition santé Atrium Innovations.
En mai, il a noué une alliance avec
l’américain Starbucks pour près de
7 milliards d’euros, lui attribuant le
BLOOMBERG VIA GETTY IMAGES
droit de distribuer la célèbre marque de café dans les grandes surfaces et la restauration. Cette opération signe les ambitions intactes du
propriétaire de Nescafé et Nespresso dans le café.
Opérations à venir
Entre-temps, Nestlé a pris des participations ou fait des rachats de
taille plus modestes, mais révélateurs de son appétit pour de nou-
veaux métiers : Freshly dans les
plats préparés livrés à domicile aux
États-Unis puis le spécialiste des
aliments végétaux Sweet Earth.
Mais aussi Blue Bottle Coffee et
Chameleon Cold-Brew dans le café,
Terrafertil dans la nourriture bio ou
encore Tails.com dans la livraison
de produits pour animaux à domicile… Ce rythme « très élevé » selon
Jean-Philippe Bertschy, analyste
chez Vontobel, devrait se maintenir
dans les prochains mois, pour atteindre l’objectif de retrouver une
croissance organique annuelle
autour de 5 % (contre 2,4 % en
2017) d’ici à 2020 et une marge opérationnelle courante récurrente entre 17,5 % et 18,5 % (16,5 % en
2017).
Ces objectifs s’inscrivent dans un
contexte de pression. Entré au capital du géant suisse en 2017, l’activiste Dan Loeb et son fonds Thirpoint militent pour accélérer la
restructuration du groupe, et notamment les cessions. Mais si le
fonds plaide pour une rotation plus
forte du portefeuille de Nestlé
(15 %, contre 10 % annoncés par
Mark Schneider), les grandes lignes
de son constat vont dans le même
sens que la direction. À l’exception
de la vente de la participation de
23 % du groupe dans L’Oréal
(23 %).
Selon les analystes de Vontobel,
les prochaines cessions non stratégiques pourraient concerner les pôles glaces et surgelés aux États-Unis
ou les pizzas surgelées Wagner en
Allemagne. « Mark Schneider applique une stratégie implacable, S’il a
vendu les activités de glaces en Europe, il n’y a pas de raison qu’il garde
des marques locales sur les mêmes
métiers », appuie Jean-Philippe
Bertschy, qui identifie aussi Nestlé
Skin Health (2,2 milliards d’euros
de chiffre d’affaires) comme possible cession. Voire le poids lourd
français Herta. ■
La RATP et Alstom en piste pour le métro de Riyad
La capitale de l’Arabie saoudite mettra en service six lignes de métro en 2019. Une première dans le royaume.
milliards
d’euros
Coût de la construction
du réseau de métro
de Riyad
TRANSPORT Le projet géant de
métro à Riyad, la capitale de
l’Arabie saoudite, continue à rapporter aux grands groupes français. Lundi, l’ArRiyadh Development Authority (ADA) a rendu
publique l’attribution des lots
pour l’exploitation des six lignes
du métro automatique dont la
mise en service est prévue en
2019.
La RATP associée à un opéra-
teur saoudien, Saptco, gagne l’exploitation et la maintenance des
lignes 1 et 2 du futur métro, ce qui
représente 64 kilomètres de lignes
sur 176 kilomètres pour l’ensemble du réseau qui comprendra 85
stations. Le contrat de la RATP et
de son partenaire est estimé à
2 milliards d’euros sur douze ans.
De son côté, Alstom, qui avait
déjà remporté en 2013 un contrat
de fourniture de rames pour plus
d’un milliard d’euros, décroche
les lignes 3, 4, 5 et 6 dans le cadre
d’un consortium. Alstom est asso-
cié à l’équipementier italien Ansaldo et à l’opérateur italien Ferrovie dello Stato. Ce contrat de
2,5 milliards d’euros sur douze
ans rapportera 730 millions
d’euros à Alstom seul. Une clause
prévoit que 45 % des emplois bénéficieront à des Saoudiens et que
55 % des fournisseurs et des prestataires de services seront locaux.
Avec près de 6 millions d’habitants, Riyad est une ville régulièrement étouffée par les embouteillages d’automobiles. Le prix de
l’essence y est ridiculement bas.
Le royaume a décidé d’y développer des réseaux de transport public ces dernières années.
Marché clé
Il y a quatre ans, la RATP et son
partenaire Saptco avaient déjà
remporté un contrat de 1,7 milliard d’euros sur douze ans pour
l’exploitation d’un réseau d’une
centaine de lignes de bus dans la
capitale saoudienne. Le royaume
prévoit d’investir d’importants
investissements dans la création
de réseaux de transport en com-
mun dans les cinq principales villes du pays. « L’Arabie saoudite
est un marché clé pour le secteur
dans la région et le métro de Riyad
est un projet de transport public
unique et emblématique au MoyenOrient », explique Catherine
Guillouard, PDG de la RATP. Laurence Battle, présidente du directoire de RATP Dev, la filiale en
charge de l’international, s’est
dite fière d’avoir « l’opportunité
de participer à la création du secteur du transport public en Arabie
saoudite ». ■
A
17
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
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mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
26 ENTREPRISES
Amazon sort sa
griffe de sport pour
muscler sa mode
Amazon lance officiellement
Aurique ce mercredi,
une petite marque accessible
d’«Athleisure», sans
concurrencer les marques
vedettes vendues
sur Amazon. AMAZON
Le géant américain prend la tête des ventes
de textiles et chaussures en ligne, jusqu’en France.
ANNE-SOPHIE CATHALA
£@Ascathala
HABILLEMENT Le géant mondial
de l’e-commerce n’a pas fini de
sortir ses griffes dans la mode. Il
aiguise son offre avec sa marque
propre de sportswear féminin :
Intersport et Decathlon
font la course en tête
À contre-courant de ventes
d’habillement-textile en recul
de 2,3 % sur les sept
premiers mois en France,
Amazon poursuit sa
conquête. Le géant du Web
prend 1 % de parts de marché
et la seizième place du
classement toutes enseignes
confondues (mode,
chaussures, accessoires,
textiles de maison) selon
Kantar Worldpanel. Mais
les enseignes n’ont pas dit
leur dernier mot : Intersport
gagne quatre places
et devient leader avec
Decathlon (3,3 % de parts
de marché), devant Galeries
Lafayette (3,2 %). Kiabi reste
numéro un de l’habillement
stricto sensu.
A.-S. C.
Amazon lance officiellement
Aurique ce mercredi, avec une remise de 20 % dès 20 euros
d’achats. Une petite marque accessible (de 16 à 30 euros en
moyenne) d’« athleisure », mêlant gym, running et street-wear,
avec une touche de mode. C’est sa
cinquième marque propre créée
dans la mode après Find, lancée
en 2017, Iris & Lilly (lingerie),
Truth & Fable (tenues de soirée) et
Meraki, plus épurée.
Amazon n’en continue pas
moins d’élargir son offre en séduisant de petits labels et des
marques qui comptent, comme
Nike, avec qui il a conclu un accord l’an passé. Ce n’est qu’en parallèle et complément qu’Amazon
déploie ses propres marques, inspirées par les avis des clients sur
d’autres achats. « Notre but est
d’offrir aux clients le plus de choix
possible, avec une qualité et des
prix au plus juste », résume Frances
Russell,
vice-présidente
d’Amazon Fashion Private.
Il ne s’agit pas de concurrencer
les marques vedettes vendues sur
Amazon mais d’illustrer l’expertise et l’intérêt du géant du Web
pour la mode qu’il fait monter en
puissance depuis 2009 sur son
site. Avec Aurique, il livre ainsi
son interprétation d’un nouveau
« lifestyle » déjà exploité par tous :
Nike, Adidas, Puma, Zara comme
les marques de luxe. Amazon présente 200 références textiles pour
Aurique mais laisse les chaussures
aux spécialistes des baskets.
30 milliards de dollars
Amazon sponsorisait déjà des
fashion weeks. Il a étendu son offre
à des labels de plus en plus premium, comme Lagerfeld ou Moschino. Mais le géant du Web a
compris que, pour étendre son
domaine à la mode, il lui fallait
compter à la fois sur les vête-
ments, le sportswear, les chaussures, les baskets et les accessoires
dans une logique de distributeur
multimarque avant tout.
La stratégie est payante : Amazon s’apprête à dominer cette année le marché de la mode aux
États-Unis avec 30 milliards de
dollars de ventes, selon les analystes de la banque Wells Fargo.
En France, le groupe domine déjà
le marché de la mode sur Internet.
Selon la société d’études Kantar
Worldpanel, il est devenu, sur un
an, à fin juin, numéro un sur le
Web tous types d’articles confondus (vêtements, chaussures, accessoires, linge de maison). Amazon s’est taillé 7,6 % de ce marché
de 5,5 milliards d’euros, en croissance. Il y détrône Vente-privée,
qui reste numéro un des ventes de
vêtements en ligne (7,1 %, contre
5,4 % pour Amazon, sur ce segment).
En attendant, Amazon affine
son offre. « Il doit encore légitimer
ses marques, estime Hélène Janicaud, chez Kantar Worldpanel, en
particulier dans le sport, porté par
les grandes marques. Il doit
convaincre, plus globalement, ses
acheteurs, bien plus nombreux,
d’autres types d’articles (multimédias, culturels…), d’acheter aussi
des articles de mode. » Un défi,
autant qu’un potentiel. ■
Decathlon part à la conquête de la Corée du Sud
L’enseigne française vient d’ouvrir son premier magasin, près de Séoul.
1 412
magasins
Decathlon
dans le monde
dont 300 en France
SÉBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
À SÉOUL
DISTRIBUTION Les randonneurs
du dimanche partis à l’assaut des
pics de la banlieue de Séoul porteront bientôt du Quechua. Decathlon a ouvert le week-end dernier
son premier magasin en Corée du
Sud, dans la ville futuriste de Songdo, à l’ouest de la capitale. Un premier test réussi, au vu de la foule
venue découvrir le magasin de
4 400 m2 uniquement dédié au
sport, une nouveauté sur ce marché
de 50 millions d’habitants. « Le
marché du sport était jusqu’ici axé
sur la mode et les marques. Nous,
nous parlons pratique du sport et
voulons répondre à cette demande
croissante en Corée du Sud », explique Stéphane Guy, président de
Decathlon Korea.
Le groupe français voit grand
pour la quatrième économie d’Asie,
en surfant sur la démocratisation
du sport. Il compte ouvrir une cinquantaine de magasins dans la prochaine décennie, dont cinq dans les
deux ans à venir. Les négociations
sont en cours pour ouvrir prochainement un magasin au cœur de
Séoul. Les principales villes du pays
suivront : Busan, Daegu, Daejon et
l’île de Jeju, réputée pour ses parcours de randonnées et ses plages.
« Le potentiel de ce marché est
aussi important que celui de la Fran-
LES DÉCIDEURS
â ISABELLE HUAULT
Paris-Dauphine
La directrice générale de l’institution parisienne renforce l’équipe de direction et nomme :
Florence Gelin, DGA des services ; Murièle
Sebert, directrice des ressources humaines ;
Valérie Bouba, directrice de la communication, Louis Lenfant, directeur immobilier, et
Sophie Fagart Maigne, directrice du projet
« Nouveau Campus ». Tous seront rattachés au
directeur général des services, Nicolas Péjout,
arrivé en mai.
â BRUNO MARIE-ROSE
JO Paris 2024
Ancien athlète et ex-président de La ligue
nationale d’athlétisme, il est nommé directeur
de la technologie et des systèmes d’information
au sein du Comité d’organisation des JO de Paris
de 2024.
A
â YVES BAZIN DE JESSEY
Banque Palatine
Cet HEC de 57 ans au parcours 100 %
bancaire laisse la direction de la banque Saint Olive pour la présidence du
directoire de Palatine Asset Management, filiale
de gestion d’actifs de la banque éponyme.
ce », juge Stéphane Guy. Decathlon
possède plus de 1 400 points de
vente dans le monde, dont 300 en
France. Le marché coréen des articles de sport a triplé entre 2009 et
2016 et devrait représenter 1,5 milliard d’euros cette année, selon
l’agence Yonhap.
Percée d’Ikea
Un pari ambitieux sur un pays
traditionnellement fermé où des
distributeurs comme Carrefour ou
Tesco se sont cassé les dents, face
à la concurrence locale des chaebols. Mais la percée récente d’Ikea
illustre une nouvelle demande des
classes moyennes pour des produits de qualité à prix compétitifs.
Le groupe français, qui importe
des composants coréens pour ses
chaussures et textiles depuis 1993,
a discrètement testé le marché en
ligne depuis trois ans, avant de se
lancer. « Cela va marcher, juge
Philippe Li, avocat au cabinet
Kim&Chang, car il émerge un
nouveau marché alternatif au système de consommation traditionnel
comme l’illustre le succès d’Ikea ou
de Wework. La Corée du Sud est
devenue un marché de consommation sophistiqué, ce qui attire de
nouvelles entreprises françaises et
européennes. »
Déjà présent en Chine, Decathlon a ajusté son offre pour séduire
un marché exigeant où les marques
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Häkan Samuelsson : à 67 ans, il repart
pour quatre ans au volant de Volvo
Voilà un dirigeant ultradiscret, mais très apprécié à la
fois du public, des salariés
et… de son actionnaire ! Et
pour cause, il est l’homme
qui a su offrir une nouvelle vie et une nouvelle
dimension à la marque de voitures suédoise,
véritable institution au pays, sous la houlette
du chinois Geely. Pas étonnant donc que ce
dernier ait décidé de prolonger son contrat de
président et CEO de deux années supplémentaires. Désormais, donc, jusqu’en 2022. De
quoi permettre à l’entreprise de poursuivre sa
mue en « prestataire de services de mobilité
mondial et diversifié », l’objectif de Häkan
Samuelsson dans le cadre du programme
« Freedom to Move ». « J’ai pris énormément
de plaisir à diriger l’entreprise jusque-là et j’ai
hâte de poursuivre sa transformation », se félicite celui qui est aujourd’hui âgé de 67 ans.
Presque un cas d’école.
C’est que Samuelsson a su très vite acquérir la
confiance du chinois Li Shufu. Fils de riziculteur et autodidacte, ce dernier, âgé de 55 ans, a
fait fortune en créant le groupe Geely, devenu
le deuxième constructeur automobile privé de
Chine. Alors que la Volvo Cars végétait dans le
giron de Ford, le rachat de la marque en 2010
fut pour lui un coup de maître. Autant que sa
décision deux ans plus tard d’en confier le
volant à Samuelsson. Sorti du Royal Institute
of Technology de Stockholm avec un diplôme
d’ingénieur mécanicien, ce pur produit de
l’industrie scandinave a voué sa carrière aux
grands noms de l’automobile « made in Sweden ». D’abord pendant plus de vingt ans dans
les poids lourds et bus chez Scania AB, à la tête
du marché latino-américain, puis du développement et de la production. Puis chez MAN
(groupe VW), d’où le milliardaire chinois l’a
débauché pour Volvo. Il s’attelle alors à une
vaste réorganisation de l’entreprise, relance
les ventes en positionnant la marque sur le
segment premium, avec une gamme entièrement renouvelée. Et, fait marquant, réussit
l’intégration de la marque de Göteborg au sein
de Geely (usines en Chine, coopérations technologiques…). Records absolus de ventes, passage au tout électrique… Le dirigeant disruptif
qui a acquis un Coupé Volvo P 1800, modèle
mythique de Roger Moore dans Le Saint, a été
sacré en mars « Homme de l’année » dans
l’automobile. Alors que le lancement imminent du break V60 en Europe devrait confirmer les succès des XC 60 et XC40, Samuelsson
doit aussi relever un défi de taille : mener à
bien le projet d’introduction en Bourse prévu à
Stockholm. Celui-ci vient d’être reporté du
fait de la guerre commerciale entre les ÉtatsUnis et la Chine. Un mauvais timing.
C. B.
comme Nike, Adidas, mais aussi
Lafuma ou Millet se sont imposées
sur le créneau sportif. Le groupe
français maintient sa stratégie de
prix compétitifs, mais a soigné
l’environnement de ses magasins
et mise sur la qualité de ses produits pour faire connaître sa marque encore inconnue du grand public. « Les Coréens sont plus
exigeants que les Chinois sur la
technicité et le prix des produits »,
selon Stéphane Guy qui ne dévoile
pas le coût de l’investissement.
Cette offensive coréenne s’inscrit
dans une stratégie d’expansion en
Asie-Pacifique et en Australie où
Décathlon vise une centaine de
magasins à terme. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â LAURENT BENATAR
BPCE
La banque mutualiste débauche l’actuel directeur technique et des systèmes d’information d’Orange et lui
confie la casquette de directeur général adjoint,
en charge de la transformation et de l’excellence opérationnelle. À ce titre, « il aura notamment en charge l’informatique », précise le
groupe bancaire tricolore. Engagé dans une
transformation de son modèle, BPCE table sur
le numérique pour s’imposer, d’où la montée
en puissance d’experts en la matière à la direction. Entré en 1992 chez Orange, le polytechnicien remplacera dans ses nouvelles fonctions
Jean-Yves Forel, nommé responsable de la
stratégie de la banque en ligne Fidor, récente
acquisition, et plus généralement de la banque
de proximité en Europe.
â DAVID DOUILLET
Finaxy Group
Conseiller régional d’Île-de-France et
ex-ministre des Sports, le célèbre judoka français quatre fois champion du
monde devient conseiller spécial du président
de Finaxy Group, société de courtage en assurances. Il secondera Erick Berville. L’image et
le réseau de l’ancien sportif, qui avait annoncé
se retirer de la politique à l’expiration de son
mandat en 2021, devraient bénéficier à Finaxy.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 19 septembre 2018
TECH
27
L’Alliance Renault Nissan Mitsubishi
ouvre la porte à Google
EN BREF
LA FAMILLE PINAULT
RACHÈTE COURRÈGES
À partir de 2021, les véhicules des trois constructeurs seront équipés du système Android.
présent, ceux-ci contenaient l’influence de Google et d’Apple : s’ils
rendaient les véhicules compatibles avec les systèmes Android ou
Carplay, ils limitaient au maximum les fonctions disponibles
dans les voitures.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
AUTOMOBILE TomTom a pris de
plein fouet la mauvaise nouvelle.
Mardi 18 septembre, le cours de
Bourse de l’éditeur de logiciels de
navigation s’est effondré de 25 %
dans la foulée de l’annonce du
partenariat conclu entre l’Alliance
Renault Nissan Mitsubishi et Google. « À partir de 2021, les véhicules
de l’Alliance seront progressivement équipés du système d’exploitation Android, développé par Google », explique une porte-parole
du constructeur automobile l’Alliance. Cette introduction se fera
en fonction du renouvellement
des modèles. « Tous les marchés ne
seront pas concernés, notamment
la Chine », précise la porte-parole.
Le système actuellement utilisé
par les véhicules Renault est déjà
compatible avec Android. Mais le
nouveau sera beaucoup plus facile
à mettre en œuvre et, surtout,
beaucoup plus large. Les deux
partenaires citent le système multimédia, les applications automobiles de Google Play Store, mais
également la commande vocale de
Google Assistant et, surtout, la
navigation grâce à Google Maps.
C’est précisément cette entrée
de Google Maps dans les véhicules
de Renault, Nissan et Mitsubishi
qui a fait dévisser l’action de
TomTom. Jusqu’à présent, c’est la
société néerlandaise qui équipait
les véhicules de la marque au losange. Aujourd’hui, le système de
Avec Chrysler et Jaguar
cartographie devient stratégique
dans une voiture, notamment
dans la perspective de la conduite
autonome. Il faut absolument que
la carte soit à jour en permanence
et présente un environnement
contextualisé.
Plusieurs acteurs majeurs s’y
Le système de
cartographie Google
Maps va remplacer
le logiciel néerlandais
TomTom actuellement
utilisé par Renault. DR
développent, notamment Google,
TomTom ou Here, coentreprise
entre les constructeurs allemands
Daimler, BMW et Audi. Ces derniers ont décidé eux aussi de s’allier pour éviter de dépendre de
Google, qui fait peur à tous les industriels de l’automobile. Jusqu’à
Google ouvre un centre d’IA à Paris
Google a inauguré mardi
un centre de recherche
en intelligence artificielle
à Paris avec six chercheurs.
Trois thèmes seront privilégiés
par ses chercheurs : la santé,
l’environnement et l’art.
La France héberge déjà
plusieurs centres privés de
recherche et développement
en intelligence artificielle,
comme celui de Facebook,
ouvert en 2015. DeepMind,
filiale d’Alphabet, la maison
mère de Google, a aussi
annoncé en mai qu’elle
s’installerait à Paris avant
la fin de l’année.
L. R.
La situation change avec le partenariat annoncé le 18 septembre.
Renault n’a plus peur de Google et
semble décidé à s’impliquer beaucoup plus avec le géant américain
de la technologie. Et les discussions peuvent aller bien au-delà
d’Android, car Google s’intéresse
beaucoup à la voiture. « Ce partenariat, analyse Rémi Cornubert,
consultant chez Advancy, pourrait ouvrir la voie à une collaboration plus large, notamment avec
Waymo, la filiale de voiture autonome de Google. Cela représenterait un séisme pour l’industrie
auto. »
Waymo est aujourd’hui réputé
pour être le plus en pointe dans
cette technologie. La société maîtrise les logiciels, indispensables
dans ce domaine et fait rouler des
voitures depuis de nombreuses
années. La filiale de Google a déjà
conclu deux accords de partenariat : avec Chrysler et avec Jaguar.
Le constructeur britannique est
très ambitieux puisqu’il porte sur
20 000 véhicules. C’est important
mais bien loin de ce que pourraient amener Renault-Nissan et
ses dix millions de véhicules annuels. ■
£ Artemis, holding de la famille
Pinault, principal actionnaire
de Kering et propriétaire
de Château Latour, Ponant
et Christie’s, a pris le contrôle
de Courrèges. Entré en 2015
à hauteur de 30 % au capital
de la maison de mode, il en
détient désormais 100 %.
LACTALIS À NOUVEAU
AUTORISÉ À VENDRE
SON LAIT INFANTILE
£ Le géant laitier basé à Laval
a reçu le feu vert des autorités
sanitaires pour remettre
sur le marché la poudre de lait
pour bébés fabriquée dans
son usine de Craon (Mayenne).
Touché mi-2017 par une
contamination à la salmonelle,
le site était à l’arrêt depuis
décembre. La production
a pu y reprendre pour le lait
infantile début juillet, mais
sans commercialisation.
HAUSSE DES TAXES
SUR LE CARBURANT
£ Le taux réduit de taxe
intérieure de consommation
sur les produits énergétiques
(TICPE) sera supprimé
en 2019 pour le gazole non
routier, a indiqué Bercy,
confirmant une information
des Échos. La mesure touchera
surtout le BTP. Les taxis,
les poids lourds ou encore
les agriculteurs conserveront
leur taux réduit.
+@
» Notre test des iPhone XS
et iPhone XS Max :
« Le Figaro » a fait son choix
www.lefigaro.fr/economie
Orange veut devenir un des leaders mondiaux du cloud
Le groupe vise une croissance annuelle de 25 % dans ce secteur jusqu’en 2022.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
« Le cloud croît sept fois
plus vite que les autres
services informatiques »,
souligne Helmut
Reisinger, PDG d’Orange
Business Services.
GUILLAUME LECHAT/ORANGE
INFORMATIQUE À peine arrivé à la
tête d’Orange Business Services,
Helmut Reisinger donne le ton. La
filiale d’Orange, dédiée aux services aux entreprises, veut « devenir
un des leaders mondiaux du cloud ».
Pour cela, le groupe veut s’internationaliser davantage, alors qu’il
réalise actuellement la moitié de
ses revenus en France. Ce n’est
d’ailleurs pas un hasard si OBS s’est
doté d’un patron autrichien. C’est
aussi dans cette optique que le
groupe vient de boucler le rachat
du britannique Basefarme pour
350 millions d’euros. OBS vise en
outre une croissance annuelle de
25 % par an, jusqu’en 2022, alors
que le marché progresse de 17 %
environ. Une véritable aubaine
alors que les revenus dans les télécoms sont plutôt orientés à la baisse. Mieux, « le cloud croît sept fois
plus vite que les autres services informatiques », souligne Helmut
Reisinger.
Le cloud et la cybersécurité sont
clairement identifiés comme d’importants relais de croissance pour
Orange. Aujourd’hui, 34 % des
7,25 milliards d’euros de chiffre
d’affaires annuels d’OBS proviennent des services informatiques au
sens large, soit environ 2,4 milliards d’euros. À titre de comparai-
son, Amazon Web Services a réalisé 6 milliards de dollars de chiffre
d’affaires l’année dernière.
La croissance est clairement tirée par le cloud. « Les entreprises
n’en sont plus à gérer leur transition
vers le cloud, elles en sont à la
deuxième étape », résume Helmut
Reisinger. Plus de 81 % des entreprises de plus de 1 000 salariés ont
désormais une « stratégie multicloud », avec au moins cinq fournisseurs directs ou indirects dans le
domaine. « Les grandes entreprises
courent à la fois un marathon et un
sprint. D’un côté, le cloud transforme en profondeur l’entreprise, ce qui
est un travail de longue haleine. De
l’autre, il leur faut aller très vite
pour optimiser leurs budgets et rester dans la course face aux startup », explique Helmut Reisinger.
Partenariat avec Amazon
En effet, le recours au cloud permet
aux entreprises de transformer des
investissements et immobilisations
en dépenses de fonctionnement.
Autre avantage, il offre plus de souplesse, puisque les capacités mises
à disposition par les différents
fournisseurs évoluent avec les besoins de l’entreprise. Et ce, sans les
effets de seuil qui existent quand les
sociétés investissent directement
dans leurs propres infrastructures.
Les enjeux de ce marché sont à la
mesure de la numérisation de
l’économie. Aucun secteur n’y
échappe. OBS élargit son offre pour
être présent dans les différents
pans, quitte à multiplier les partenariats pour répondre à une demande très hétérogène. Après
avoir signé un premier partenariat
avec Microsoft Azur en juin, OBS
annonce la signature d’un deuxième avec Amazon Web Services
(AWS). « Nous évoluons dans un
environnement hybride, dans lequel
les entreprises jonglent entre des
clouds privés et publics. Notre rôle
est de simplifier la complexité de
l’offre », ajoute Helmut Reisinger.
À ces partenariats s’ajoute Flexible
Engine, l’offre maison d’OBS dans
le cloud public. ■
LA SÉANCE DU MARDI 18 SEPTEMBRE
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
+0,56 42,86
-0,19 107,65
-1,28 107,36
+1,17
26,03
+2,33 103,6
+0,79 22,555
+0,12
52,2
-0,39 36,53
+2
109,65
+1,62
16,59
+0,13
12,546
+0,14
65,17
-0,12
12,575
+0,78 122,35
+1,21 551,6
+0,07 448,6
-0,35 202
-0,06 64,48
-0,02 292,6
-0,19 104,3
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
42,43
105,4
104,04
25,63
100,45
22,255
51,6
36,1
107
16,215
12,432
64,75
12,385
121,2
542,8
437,8
200,6
63,56
286,1
102,9
0,314
0,248
0,143
0,197
0,339
0,294
0,271
0,165
0,29
0,548
0,209
0,245
0,2
0,269
0,074
0,241
0,082
0,221
0,094
0,35
-0,33
+1,57
+26,43
-4,37
-14,83
-9,42
-16,64
-16,42
+10,88
-8,04
-9,39
-7,25
-13,29
+6,39
+23,29
+20,81
+8,57
-0,67
+17,4
-13,26
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................13,67 +0,74
PERNOD RICARD ..................................
134,35 -0,04
PEUGEOT ..............................................
24,39 +3,48
♣ 51,16
PUBLICIS GROUPE SA .............................
-0,51
RENAULT ..............................................
75,14
+1,76
SAFRAN ..............................................117,65 -0,13
SAINT GOBAIN ..................................
36,765 +0,86
SANOFI ..............................................74,9
-0,27
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
68,68 -0,64
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
36,36 +0,15
SODEXO ..............................................92,28 +1,18
SOLVAY ..............................................
114
+0,44
STMICROELECTRONICS .............................
15,645 +0,42
TECHNIPFMC ..................................26,44 +2,12
TOTAL .............................................. 53,98 +0,5
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
176
+0,66
VALEO .............................................. 37,66 -0,03
VEOLIA ENVIRON. ..................................
17,48 -0,96
♣
VINCI .............................................. 81,8
+1,51
VIVENDI ..............................................21,84 +1,35
+HAUTJOUR +BAS JOUR
13,72
135,35
24,4
51,86
75,4
119,2
37,375
75,54
69,8
36,655
93,12
114,45
15,72
26,7
54,13
177,3
38,27
17,805
81,98
21,9
13,5
134,35
23,65
51,16
74,2
117,1
36,51
74,42
68,54
36,23
91,14
113,3
15,39
25,63
53,48
175,26
37,33
17,42
80,54
21,53
%CAP.ECH
0,241
0,168
0,422
0,311
0,569
0,191
0,424
0,156
0,342
0,423
0,209
0,261
0,329
0
0,208
0,246
1,698
0,444
0,188
0,287
VIRBAC DÉLIVRE ENFIN DE BONNES PERFORMANCES
Le cours de Bourse du laboratoire vétérinaire Virbac s’est apprécié de 12,74 %,
à 143,60 euros, ce mardi à la Bourse de
Paris. Cette envolée s’explique par la
publication de résultats semestriels satisfaisants, qui mettent fin à une longue
série de déceptions au cours de ces
dernières années. La bonne surprise
vient de l’annonce d’un résultat opéra-
tionnel courant en hausse de 10,9 %, à
45,2 millions d’euros, portant la marge
correspondante de 9,3 à 10,5 %, un niveau supérieur aux attentes des analystes. Le résultat net part du groupe
recule de 11,9 %, à 12,3 millions, principalement en raison d’une dépréciation de
l’actif d’impôt différé sur les pertes fiscales américaines au premier semestre.
31/12
-5,56
+1,82
+43,85
-9,69
-10,45
+36,95
-20,04
+4,24
-3,08
-15,54
-17,64
-1,64
-14,06
+2,28
+17,23
-39,52
-17,84
-3,93
-2,59
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,6244
1,5237
0,8896
9,1755
131,21
1,1245
1,1697
3,236
11,103
7,5053
20,95
8,0317
85,361
137,5828
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33000
33380
-5,04
NAPOLEON ..................................................... 195,2
198,8
-5,65
PIECE 10 DOL USA .....................................................
551
551
-6,29
PIECE 10 FLORINS .....................................................
205
205
-3,67
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1130
1130
-3,25
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
195
195
-4,41
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
295
295
-3,28
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1246,5
1220
-4,85
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
109,9
109,9
+0,09
PIECE SUISSE 20F .....................................................
195
195
-3,8
PIECE LATINE 20F .....................................................
194
194
-4,39
SOUVERAIN ..................................................... 252,6
252,6
-3,11
KRUGERRAND .....................................................1097,5
1097,5
-1,9
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
281,39 14/09/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
48,06 14/09/18
BELLATRIX C ................................................
330,99 14/09/18
SIRIUS ................................................55,07 14/09/18
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Le résultat net courant est en revanche
en progression. La croissance du chiffre
d’affaires devrait rester inférieure à 5 %
pour l’ensemble de l’exercice, mais la direction vise un gain d’un point de pourcentage de sa marge opérationnelle
courant avant amortissement. Elle s’attend aussi à une réduction d’environ
30 millions d’euros de son endettement
d’ici à la fin de l’année. L’absence de versement de dividendes au titre de 2017
et un contrôle strict du besoin en fonds
de roulement ont conduit à ce désendettement.
Le retour à une certaine visibilité sur
l’évolution des profits rassure les investisseurs. Ils gardent tous en mémoire les
difficultés auxquelles le groupe s’est
heurté depuis fin 2014 dans son usine de
Saint Louis, dans le Missouri, qui ont pesé
sur ses résultats jusqu’à la fin de 2017.
Les mésaventures qu’a subies Vibac aux
États-Unis ont coûté cher aux actionnaires : le titre, qui culminait à 250 euros au
printemps 2015, avait touché un plus bas
de 103 euros à la mi-juillet. Depuis, il a rebondi de près de 40 %. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 42,86
♣
AIR LIQUIDE ..................................
106,7
AIRBUS ..............................................104,94
ARCELORMITTAL SA ..................................
25,93
ATOS .............................................. 103,35
AXA .............................................. 22,405
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
51,89
BOUYGUES ..............................................
36,2
CAPGEMINI ..............................................
109,65
CARREFOUR ..............................................
16,59
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,504
DANONE ..............................................64,88
ENGIE .............................................. 12,43
ESSILOR INTL. ..................................122,3
HERMES INTL ..................................550,2
KERING ..............................................441,3
L'OREAL ..............................................
200,8
LEGRAND ..............................................63,76
LVMH .............................................. 288,1
♣
MICHELIN ..............................................
103,7
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Canal + va distribuer RMC Sport
La filiale de Vivendi aurait déboursé entre 100 et 120 millions d’euros pour distribuer la Ligue des champions.
ELSA BEMBARON £@Elsabembaron
ET CAROLINE SALLÉ£@carolinesalle
AUDIOVISUEL Une affiche de rêve.
Et un double coup d’envoi. Celui du
match Liverpool-PSG, le premier de
la saison pour les Parisiens en Ligue
des champions de football. Et, quelques heures plus tôt, celui de la signature d’un accord entre Canal + et
SFR pour la distribution du bouquet
de chaînes sports du groupe, RMC
Sport.
Ce premier accord, trouvé in extremis, concerne un peu plus de deux
millions d’abonnés aux offres Canal+
sur le satellite. Ceux-ci retrouveront
les chaînes directement dans leur offre, moyennant 9 euros par mois, et
19 euros pour les nouveaux venus.
Enfin, le forfait « Intégrale » de Canal+ à 79,90 euros propose RMC
Sport sans surcoût. « La plupart de
nos ventes de RMC Sport seront faites
à 9 euros », précise Frank Cadoret,
directeur général adjoint du groupe
Canal+ France. Les discussions ont
été longues, achoppant sur les montants demandés par Altice, la maison
mère de RMC Sport et de SFR.
Canal aurait déboursé de 100 à
120 millions d’euros pour pouvoir
continuer à proposer « 100 % du foot.
Canal reste bien positionné sur ce
sport », mentionne Maxime Saada, le
président du directoire du groupe
Canal+. « Ce n’est pas une question
d’image, mais de satisfaction de nos
abonnés », insiste Frank Cadoret qui,
néanmoins, aurait « préféré avoir les
droits en exclusivité ». Les abonnés
de Canal+ qui ne passent pas par le
satellite devront télécharger l’application RMC Sport et débourser
19 euros par mois (offre dite en OTT).
« C’est un accord idéal pour notre
Neymar
et Kylian Mbappé,
à l’entraînement
le 17 septembre, avant
le premier match du
PSG face à Liverpool,
pour la première
journée de la Ligue
des champions. ANNECHRISTINE POUJOULAT/AFP
groupe : les abonnés du satellite ne
sont pas en concurrence avec ceux des
opérateurs télécoms », se félicite
Alain Weill, le PDG d’Altice Europe.
1 million d’abonnés attendus
Cet accord marque aussi « le coup
d’envoi de RMC Sport comme véritable plateforme. SFR devient le seul
opérateur à proposer l’intégralité du
foot, avec RMC Sport, beIN Sports,
Canal +», ajoute Alain Weill, qui estime que « Canal et SFR sont deux
entreprises très complémentaires ».
Le patron d’Altice reste très optimiste sur sa capacité à convaincre
les autres opérateurs télécoms.
Les abonnés SFR peuvent, eux,
retrouver la Ligue des champions
sur RMC Sport, à condition de dé-
bourser 9 euros en plus du prix de
leur abonnement télécom. Pour les
autres, l’application est disponible à
19 euros par mois. Alain Weill souligne que « les niveaux d’abonnements à RMC Sport depuis deux semaines sont très satisfaisants, audelà des attentes. À moyen terme, un
million d’abonnés semble un niveau
très raisonnable ». Le dirigeant promet, en outre, une offre qui permettra aux abonnés SFR d’avoir accès à tous les matchs à un tarif
préférentiel. Actuellement, ils doivent débourser, en sus des 9 euros
pour RMC Sport, 19,90 euros par
mois (au minimum) pour Canal + et
15 euros pour beIN Sports, toujours
diffuseurs de la Ligue 1.
En clair, ça se complique pour le
consommateur, qui doit jongler avec
un empilement d’abonnements pour
continuer à regarder des matchs de
foot. Pire. S’il est chez Bouygues Telecom, Free ou Orange, il lui sera impossible de recevoir directement, via
sa box, le bouquet de chaînes RMC
Sport. Faute d’accord entre les parties. Des négociations ont bien été
entamées, mais elles traînent en longueur. Trop cher, estiment les autres
opérateurs. SFR aurait réclamé environ 280 millions d’euros à Orange,
un peu moins de 100 millions à Bouygues Telecom, Free étant entre les
deux. Il n’y a plus d’espoir chez
Orange. L’opérateur historique a
claqué la porte : « Les discussions sont
closes. Les divergences étaient trop
grandes. »
La situation est un peu plus complexe chez Free et Bouygues Telecom, où l’attentisme est de rigueur.
Les retombées de cette première
soirée « sans foot » sur leur box seront disséquées. « Actuellement,
nous recevons seulement une quinzaine d’appels par jour de clients qui
nous interrogent sur la Champions
League, sur une base de 3,5 millions », glisse Olivier Roussat, le patron de Bouygues Telecom. D’autant
plus que les abonnés Bouygues Telecom équipés d’une Box Miami (soit
la majorité du parc) peuvent retrouver l’application RMC Sport directement dans le menu de la Box. Même
chose pour les clients de Free ayant
opté pour la Freebox Mini 4K. L’application est, en outre, disponible
sur les téléviseurs connectés de
Samsung, les Apple TV 4K, les Chrome Cast… et SFR lui-même commercialise un boîtier qui permet de
connecter sa télé quand elle ne l’est
pas. Vendu 69 euros, il s’adresse
clairement aux clients des autres
opérateurs, notamment à ceux qui
ont souscrit à un abonnement Internet, sans décodeur télé.
Pour SFR, à vrai dire, l’enjeu est
colossal. Car l’opérateur s’est engagé
à dépenser près d’un milliard
d’euros dans les contenus, y compris
le sport. En mai 2017, SFR avait mis
sur la table 350 millions d’euros par
saison pour s’offrir la compétition
durant trois ans à partir de 2018. Canal + et beIN Sports payaient jusqu’à
présent 145 millions d’euros à eux
deux. Une flambée des droits de plus
de 140 %, que SFR va devoir maintenant rentabiliser. Pour ce, il dispose
de trois leviers : attirer des abonnés à
ses offres télécoms, commercialiser
la chaîne directement ou la revendre
à des opérateurs. ■
NRJ Group mise sur la révolution des enceintes connectées
Après deux années en demi-teinte, le groupe retrouve des perspectives de croissance sur ses différents métiers.
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
« Le pôle télé devrait
devenir profitable
en 2019 », explique
Jean-Paul Baudecroux,
PDG du groupe NRJ.
ULYSSE GUTTMANN/
LE FIGARO
AUDIOVISUEL NRJ Group fait une
rentrée discrète. Très affecté depuis deux ans par l’affaire Guillon
sur Fun Radio (des appels aux
auditeurs pour tenter de manipuler l’audience), le groupe de radio
et de télévision a traversé une période délicate. Sa station phare,
NRJ, a perdu 400 000 auditeurs
ainsi que sa place de leader de
l’audience cumulée pour être rétrogradée sur la troisième marche
du podium, derrière RTL et France
Inter. Outre, l’affaire Fun, NRJ a
dû aussi composer avec l’évolution des goûts musicaux des jeunes, qui plébiscitent massivement
la musique urbaine. « NRJ reste
une radio musicale généraliste qui
passe le meilleur de chaque genre.
Nos auditeurs aiment écouter le
meilleur de la pop, du R&B et du
rap », assure Jean-Paul Baudecroux, PDG du groupe. Un grand
écart que la station assume. Et
pour rester la radio la plus écoutée
des moins de 65 ans, NRJ compte
également sur la matinale de Manu
et vient de rappeler Cauet pour
une émission de bande en fin
d’après-midi.
Interface vocale
Dans le même temps, le groupe a
repositionné ses autres stations, et
les audiences de Nostalgie (qui atteint 6,1 % d’audience cumulée),
de Chérie FM et de Rires & Chansons sont reparties à la hausse.
Figure de l’histoire de la radio
depuis l’éclosion des radios libres,
Jean-Paul
Baudecroux
est
convaincu que ce média vit aujourd’hui une nouvelle révolution : celle des enceintes connectées comme
Echo d’Amazon (avec le système
Alexa) ou Google Home. Pour la
première fois depuis la révolution
Internet, l’interface vocale pourrait s’imposer. « Cela ouvre un nouveau champ d’attractivité pour nos
radios. Ainsi, quand un auditeur
écoute NRJ sur son enceinte connectée Amazon, dès qu’il écoute une publicité, il peut immédiatement commander par la voix le produit sur
Amazon. Cela redonne de la valeur à
la radio aux yeux des annonceurs »,
analyse-t-il. Pour l’instant, le digital crée de nouveaux usages, mais
pas encore de revenus importants.
Towercast conservé
Côté télévision, NRJ Group commence à entrevoir le bout d’un très
long tunnel. Depuis le lancement
NRJ 12 en 2005 puis de Chérie 25 en
2012, le pôle TV du groupe a beaucoup investi et perdu beaucoup
d’argent. Mais au premier semestre
2018, la perte a été divisée par deux
et « le pôle télé devrait devenir profitable en 2019 », selon Jean-Paul
Baudecroux.
Le troisième pilier du groupe, la
diffusion, avec la filiale Towercast,
a fait l’objet d’une réflexion straté-
gique. Si NRJ Group a envisagé,
l’année dernière, de vendre
Towercast, il a aujourd’hui mis ce
projet entre parenthèses. « Towercast est un bel actif qui contribue
fortement aux résultats du groupe.
Towercast est très convoité mais
nous n’avons pas sollicité d’offres »,
précise le fondateur du groupe.
Au-delà de Towercast, le monde
des médias s’interroge sur la volonté de Jean-Paul Baudecroux,
actionnaire à 72 %, de céder ou non
son groupe. « Je suis pragmatique,
et non dogmatique. NRJ Group est le
seul groupe de médias indépendant
présent à la fois en radio et en télévision. Le récent rachat de RTL par
M6 valide cette stratégie de média
global », conclut-il ■
EN BREF
M6 rachète Ctzar, spécialisée dans l’influence
La société dispose d’un réseau de 15 000 « ambassadeurs ». Pour faire passer leur message,
les marques utilisent de plus en plus ces leaders d’opinion sur les réseaux sociaux.
«
Nous sommes
convaincus
depuis dix ans
que le boucheà-oreille
des leaders
d’opinion
deviendrait
un jour un
vrai média
de communication
»
A
THOMAS SILVE,
CO-FONDATEUR
ET DG DE CTZAR
CAROLINE SALLÉ £@Carolinesalle
PUBLICITÉ M6 élargit son terrain
de jeu. La régie publicitaire du
groupe dirigé par Nicolas de Tavernost vient de finaliser une prise
de participation majoritaire (51 %)
au capital de Ctzar, agence de
marketing d’influence.
Photos sur Instagram, messages
sur Twitter, posts ou vidéos sur
Facebook… Les marques font de
plus en plus appel à des « ambassadeurs » pour faire la promotion de
leurs produits sur les réseaux sociaux. Résultat, le secteur est
aujourd’hui en plein boom.
Fondée en 2008 par Thomas Silve et Camille Olivier, Ctzar est l’un
des pionniers de ce marché florissant. La société emploie aujourd’hui 25 personnes, dispose d’un
réseau de près de 15.000 influenceurs, et réalise 80 % de son chiffre
d’affaires à l’international. Si les
dirigeants se refusent à divulguer
son montant, ils assurent néanmoins qu’il est « en croissance de
100 % depuis trois ans et devrait rapidement dépasser la barre des
10 millions d’euros ».
« Nous sommes convaincus depuis
dix ans que le bouche-à-oreille des
leaders d’opinion deviendrait un
jour un vrai média de communication », explique Thomas Silve, l’un
des deux fondateurs et DG de
Ctzar. Parmi ses clients, de grands
groupes dans l’univers du luxe, de
la tech, de l’automobile, de la
mode, de la beauté ou encore des
spiritueux, pour lesquels Ctzar
réalise des campagnes sur mesure.
Outre ce savoir-faire dans la production de contenus, la société a
mis au point un outil technologique, une plateforme baptisée Sociaddict, permettant de tracer les
performances en temps réel des
influenceurs auprès de leurs communautés sur Facebook, Instagram, Twitter et YouTube…
Ctzar, qui conservera une activité autonome, espère accélérer
grâce à son rapprochement avec
M6. Elle aura à l’avenir un accès
privilégié au portefeuille de clients
de M6 Publicité, qui compte près
d’un millier d’annonceurs. Un
avantage de poids.
Enrichir les offres
publicitaires
Pour M6, c’est l’occasion de se renforcer sur un marché en pleine
croissance. Il y a quelques années,
le groupe avait déjà racheté le réseau de chaînes et de talents Golden
Network, sur YouTube. « Notre
métier consiste à aider les marques à
se développer. Le marketing d’influence est devenu un levier de communication stratégique pour nos
clients. Il était important d’enrichir
notre offre de solutions publicitaires,
au-delà des dispositifs TV, radio et
numérique », confie David Larramendy, le directeur général de M6
Publicité. En clair, les réseaux sociaux sont devenus aux yeux des
annonceurs un passage obligé.
« Les influenceurs, qui sont suivis
pour certains par des dizaines voire
des centaines de milliers de personnes, offrent de la puissance aux
marques. Ils leur permettent de générer des contenus très affinitaires et
les aident également à toucher des
audiences très engagées », constate
Camille Olivier, également fondatrice et DG de Ctzar. ■
LE BON COIN VA
CHANGER DE MAINS
£ Suite à une réorganisation
du groupe de médias norvégien
Schibsted, le leader français
des petites annonces Leboncoin
va rejoindre une nouvelle entité
appelée à être cotée en Bourse
en 2019. Provisoirement
baptisée MPI, elle regroupera
une partie des activités
internationales de petites
annonces en ligne.
Schibsted en restera
l’actionnaire majoritaire.
EMMY : MATCH NUL
ENTRE NETFLIX ET HBO
£ Netflix et HBO sont chacun
repartis avec 23 statuettes aux
Emmy Awards 2018. Ce résultat
valide la stratégie de HBO
d’investir lourdement dans
ses séries afin de tenir tête
aux plateformes. À noter la
percée d’Amazon, récompensé
à huit reprises pour sa série
The Marvelous Mrs Maisel.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 048 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
STYLE
Dior
MODE, BEAUTÉ,
ACCESSOIRES...
LES INCONTOURNABLES
DE LA SEMAINE PAGE 34
COLLECTIONS
À LONDRES, LE PREMIER
DÉFILÉ DE RICCARDO TISCI
SIGNE LE RENOUVEAU
DE BURBERRY PAGE 33
Audiard et ses fantômes
SHANNA BESSON
Avec « Les Frères Sisters », le réalisateur revisite à sa manière le mythe
de l’Ouest et signe son film le plus personnel. Une réussite. PAGES 30 ET 31
LE PRINTEMPS DU CINÉMA FRANÇAIS
FIGURE
LIBRE
Révolution française. Elle le dépasse,
comme tout le monde. Mais dans le
chaos du peuple livré à lui-même et aux
diatribes d’orateurs enflammés, Schoeller tente de suivre l’enchaînement fatal
qui mènera à l’exécution du roi. La démarche ne manque pas d’audace. Il s’arrête au bord de l’abîme - la Terreur -,
mais l’enjeu, abordé sans œillères, est
passionnant.
Plus inattendue est la performance de
Gilles Lellouche. L’acteur, habitué à
jouer les fiers-à-bras, sort bientôt sa
première comédie, Le Grand Bain. On
craignait la noyade. Ou la bouée canard.
Divine surprise. Non seulement Lellouche surnage, mais il émeut et fait sourire
avec cette plongée tendre et modeste
dans la dépression de gens ordinaires. Le
film devrait plaire au public français,
champion du monde de la consommation d’anxiolytiques.
Quand on aime la vie, on va au cinéma,
prônait la publicité. Voir les films français, ajoutera-t-on dans un bel élan patriotique. Les nostalgiques de la vacuité
et de l’intellectualisme bouffon vantés
par l’intelligentsia se consoleront en se
précipitant au spectacle du dernier pensum de Gaspar Noé.
FRANZ WEST
EXPOSITION
12 SEPTEMBRE - 10 DÉCEMBRE 2018
Avec le soutien de
David Zwirner
En partenariat média avec
A
ALESSANDRO LUCIONI/IMAXTREE.COM
Certes, il est tourné en anglais, avec des
acteurs américains. Mais son ton, sa profondeur en font une œuvre magnifiquement personnelle. Une gageure, dédiée à
son frère, sur un terrain qui n’était pas le
sien. Chapeau - de cow-boy -, l’artiste !
Sans aucun rapport mais déjà en salle,
Première année, de Thomas Lilti, dissèque avec une précision millimétrée les
angoisses de jeunes
étudiants en médecine. Une terrible
leçon de choses qui
fait réfléchir. À tel
point qu’en sortant
de la projection, la
ministre de la Santé
a annoncé la fin du
numerus clausus.
Bertrand
On plaisante. Mais
de Saint Vincent
la réalité aurait pu
s’inspirer de la fiction.
Annoncé pour la
semaine prochaine,
Un peuple et son roi, de Pierre Schoeller,
fait preuve d’une énergie revigorante.
Fasciné par le mécanisme du pouvoir, le
réalisateur de L’Exercice de l’État s’attaque cette fois-ci à un gros morceau : la
Franz West: Plakatentwurf (Die Aluskulptur) [Projet d’affiche (Sculpture en aluminium)], (détail), 2000 - © Estate Franz West, © Archiv Franz West - Photo: DR © Centre Pompidou, direction de la communication et des partenariats - Conception graphique: Ch. Beneyton, 2018
«L
es Français sont les
plus grands cinéphiles
d’Europe »,
affirme
Frédérique
Bredin,
commentant le rapport annuel du
Centre national du cinéma, dont elle
est la présidente. La France détient le
record du nombre de salles et de spectateurs. Cocorico. Le 7e art demeure
« l’activité culturelle préférée » des
Français. On ne s’en plaindra pas.
Après tout, mieux vaut applaudir de
vrais acteurs qui jouent la comédie
que des hommes politiques qui font
leur cinéma. On pense à la rencontre
sur le Vieux-Port de Marseille entre
Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon : piètre mise en scène, faiblesse des dialogues. D’autant plus
qu’en cette rentrée les réalisateurs
français font des étincelles. Par leur
diversité, leur ambition, leur absence
d’arrogance, leurs films séduisent.
Oubliés le narcissisme, la pesanteur
morale, la lourdeur comique, qui trop
souvent les caractérisent. Un vent
nouveau leur donne des ailes.
L’un des plus ébouriffants est celui que
fait passer Jacques Audiard dans Les
Frères Sisters. Son western laisse béat.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
30
L'ÉVÉNEMENT
Jacques
le fataliste
CINÉMA Avec
le western « Les Frères
Sisters », dédié à son frère disparu,
Jacques Audiard signe son film le plus
personnel. Portrait en forme d’analyse.
J
ÉTIENNE SORIN
esorin@lefigaro.fr
acques Audiard a la crève. Il est
au café du Cinéma du Panthéon et il
rêve d’être au fond de son lit. Pascal
Caucheteux, le maître des lieux et coproducteur des Frères Sisters, rôde non
loin tel un chat méfiant. C’est une belle
journée du mois d’août dans un Paris
encore dépeuplé et Audiard est à
l’Ouest. Son angoisse naturelle en est
décuplée. De toute façon, rencontrer
un cinéaste à la veille de la sortie de
son nouveau film est la pire idée qui
soit. Même quand il pète la forme.
C’est le moment où il est le plus à fleur
de peau, le plus vulnérable. Dans le cas
d’Audiard, la palme d’or n’a rien
changé. « J’étais très touché de la recevoir, surtout pour Dheepan. C’est très
flatteur, mais je ne sais pas quel usage
on peut en faire. Elle est là, d’ailleurs. »
Il pointe du doigt le trophée, posé dans
un coin.
Il y a un an jour pour jour, il était dans
la pampa espagnole en train de filmer
des cowboys. Aujourd’hui, il sirote un
thé au citron et au gingembre et donne
des entretiens. « J’espère que les acteurs
vont être un peu avec moi, je suis fatigué.
Je me sens un peu faible. Il faudrait qu’ils
s’y collent. »
En attendant les stars anglosaxonnes Joaquin Phoenix, John C.
Reilly, Jake Gyllenhaal et Riz Ahmed,
Audiard fait le boulot. Les Frères Sisters
n’a pas encore remporté le lion d’argent
à la Mostra de Venise, il est malade et il
“
Il y a une espèce de
méprise due à ma filiation.
Je ne suis pas un homme
de dialogues du tout. Je
suis scénariste au sens où
je conçois des situations
A
JACQUES AUDIARD
”
n’en mène pas large. La peur, il en parle
très bien. « On pourrait écrire une histoire mondiale du cinéma par la peur. De
quoi a-t-on peur ? Quelles possibilités
vous laisse la peur ? Le système américain m’effraie parce qu’il est dévoreur de
cinéastes. Il est peut-être précédé par
une légende excessive, mais des confrères m’ont raconté, les syndicats… »
Audiard répond ici à la question :
« Pourquoi n’avez-vous pas tourné en
Amérique du Nord ? » Il aurait pu tourner au Canada, en Alberta, dans les décors naturels de la série Deadwood. Tout
est là, les bicoques en bois et la montagne en arrière-plan. « L’inconvénient,
c’est que ce paysage a été vu 8 000 fois. »
Il a préféré la Vieille Europe, l’Espagne
et la Roumanie. Il a eu peur de la machine hollywoodienne et il n’est pas fétichiste. « Je ne suis pas un érudit du genre
western. Si vous posez des questions à
Bertrand Tavernier, lui aura les réponses, et jusque très loin dans le générique.
Le genre ne m’a ni bercé ni beaucoup fasciné. Sauf à partir d’une certaine époque,
plus tardive, quand le genre est plus mature. Les John Ford de la fin, L’homme
qui tua Liberty Valance ou Les Cheyennes, les films d’Arthur Penn, La Poursuite impitoyable, Little Big Man. Quand le
western est déjà critique de lui-même. »
Les Frères Sisters, le roman de Patrick
deWitt, paru en France en 2012 (Actes
Sud), a tout pour lui plaire. C’est l’acteur John C. Reilly qui lui fait lire et lui
propose de l’adapter. Audiard y voit un
conte gothique avec chapeaux et revolvers. « Les deux frères sont deux enfants
dans le corps d’adultes. La violence est
presque de l’ordre du jeu. Quand Charlie
ivre mort sort du bar et demande : “Qui
veut se battre avec moi ?”, j’entends :
“Qui veut jouer avec moi ?” Ce sont des
enfants de 45 ans qui ne savent pas qu’ils
sont des enfants. »
Le film est dédié à son frère, François, assistant-réalisateur, mort dans
un accident de voiture en 1975, à l’âge
de 26 ans. Jacques Audiard savait que
son scénario parlait de fraternité, c’est
même ce qui l’intéressait dans le
roman. Il ne se rendait pas compte à
quel point son film parlait de sa propre
histoire. « Comme par hasard, j’ai
inversé l’âge des deux frères par rapport au roman », explique-t-il. Chez
lui, le chef du duo est le cadet, Charlie
(Joaquin Phoenix). Le plus âgé, Eli
(John C. Reilly), a perdu son droit
d’aînesse. Il finit par le récupérer,
après avoir cru qu’il poursuivait l’or
ou cherchait une société idéale. L’ordre naturel est rétabli.
« Quand vous perdez un frère aîné,
vous vous retrouvez dans la peau d’un fils
unique, donc aîné, dit Audiard. Au-delà
du deuil, c’est quelque chose de très pesant. Il n’y a pas de mots pour dire cette
perte. On ne dit pas orphelin de frère ni
de fils. J’ai été très proche de François
jusque vers l’âge de 12 ans. J’avais trois
ans de moins que lui. Il est parti en pension. On s’est perdu de vue. Je suis parti
en pension à mon tour. Quand on s’est
retrouvés, on était très différents. La vie
nous a escamotés l’un à l’autre. Quand je
pense à sa mort, je n’ai pas l’impression
que c’était dans cette vie mais il y a quatre vies. Cela me paraît très très loin. La
mort de François. La mort de mon père.
Le père aussi, ça m’intéressait. Le western ne parle que de ça, de l’héritage.
L’homme qui tua Liberty Valance, c’est
ça. Rio Bravo, c’est ça. Que fait-on de la
violence transmise ? Quel héritage choisir
entre le père et la mère ? On retrouve cette question dans Les Frères Sisters. »
Dans Les Frères Sisters, il est question
d’un parricide. On comprend que le
père des frangins était une belle ordure.
Proche du père monstrueux, un peu
ogre, joué par Niels Arestrup dans De
battre mon cœur s’est arrêté. Tuer le
père, Audiard, le fils du plus grand dialoguiste du cinéma français, longtemps
scénariste avant de passer à la réalisation à plus de 40 ans, le fait surtout
quand il prononce l’éloge du cinéma
muet : « Il y a une espèce de méprise due
à ma filiation. Je ne suis pas un homme de
dialogues du tout. Je suis scénariste au
sens où je conçois des situations. Sur
Dheepan, j’ai travaillé avec des acteurs
tamouls dont je ne parle pas du tout la
langue. Tourner avec des acteurs américains crée la même sensation. La langue
devient le territoire. Je ne parle pas bien
Jacques Audiard a remporté
le Lion d’argent à la Mostra
de Venise pour son film
Les Frères Sisters.
DEGUN/STARFACE
du tout anglais, j’ai quelqu’un sur le plateau pour traduire et j’adore ça. Qu’il y
ait une médiation me plaît beaucoup.
Même en français, j’aimerais prendre un
traducteur ! Le français est une langue
merveilleuse mais toujours très psychologique. Le cinéma français, c’est sa vertu,
est essentiellement un cinéma d’“échanges parlés”. Rohmer a bercé mon adolescence. Ma nuit chez Maud est un chefd’œuvre absolu. La séduction, le sexe
passe par le dialogue. J’aime aussi beaucoup pour ça Plaire, aimer et courir vite,
de Christophe Honoré. L’une de ses
audaces est cette confiance dans la parole. Je suis admiratif de cela, mais je ne
vais pas dans cette direction. Je veux
passer par d’autres moyens que la langue
pour exprimer les sentiments. Dans ma
culture cinéphilique, le cinéma muet a
une grande importance et je ne le savais
pas avant Dheepan. Pour moi, c’est
peut-être une façon de faire du cinéma
parlant qui serait muet. Rien n’est plus
beau que Le Dernier des hommes ou
L’Aurore de Murnau. »
De battre mon cœur s’est arrêté
n’était pas une mise à mort du père. Il
montrait ce moment terrible dans la vie
d’un homme où un fils devient le père
de son père. « À partir du moment où
vous perdez votre frère, vos parents deviennent inconsolables, dit Jacques
Audiard. J’ai eu le temps de devenir le
père de mon père. Même si cela n’a pas
lieu, c’est quelque chose que l’on craint.
Entre l’appréhension et la réalité, il y a
très peu de distance. C’est le début de
l’héritage. Comme une dation. Tout à
Audiard, à l’Ouest toute !
tiennent. Telles sont les familles, même
chez les hors-la-loi.
Un secret les lie. Il ne date pas
d’hier. Leur mission consiste à mettre
la main sur un chimiste, sosie de Charles Denner, ayant découvert une formule miracle pour repérer l’or dans les
cours d’eau. On verse le produit et les
pépites s’illuminent soudain dans la rivière. L’effet est magistral. Attention,
la solution est hautement toxique. Un
détective taciturne (Jake Gyllenhaal,
barbu) rôde dans les parages. Il tient
son journal.
LE CINÉMA
Éric Neuhoff
eneuhoff@lefigaro.fr
dieu la prison. Fini la banlieue. Un peu d’air. Jacques
Audiard, toujours inattendu, s’attaque au western.
Sur l’écran, le plaisir extrême qu’il a pris à adapter le roman tordant de Patrick deWitt est palpable. Ce
visa pour l’Oregon et la Californie
constitue une aubaine. Le réalisateur
s’émerveille de ce qu’il a devant les
yeux. Ces vastes prairies, ces vallées
profondes, ces montagnes enneigées,
ces forêts obscures, cela le change des
barres d’immeubles et des cellules surpeuplées. Il n’en revient pas de chausser
les bottes de John Ford ou d’Anthony
Mann. On sent ici la concrétisation
d’un vieux rêve.
Le film édulcore le cynisme du livre
dont le ton plairait à Tarantino.
Audiard balaie le second degré d’un
revers de caméra. Les frères Sisters
sont tueurs à gages. Ils officient pour
un mystérieux personnage baptisé le
Commodore, dont la demeure majes-
A
Sang et désillusion
Joaquin Phoenix (à gauche) et John C. Reilly forment un duo dont la fierté
a quelque chose de touchant. MAGALI BRAGARD
tueuse arbore sur son fronton la devise
« In cauda venenum ». Ces deux brutes
ne se posent pas de questions. On
n’aimerait pas les rencontrer au coin
d’un bois. Ils ne savent pas combien ils
ont fait de victimes. Ils ne comptent
même plus. Charlie (Joaquin Phoenix,
impeccable) ne dessaoule pas. Eli (le
débonnaire John C. Reilly) joue les
protecteurs. Ils se chamaillent, se sou-
Audiard respecte le cahier des charges. Il y a des bivouacs où les selles
servent d’oreillers, les saloons dont on
pousse la porte battante, les tripots où
l’on entre d’un pas affirmé, au bruit
des éperons. Un ours éborgne la monture d’un des héros qui ne s’en remet
pas. Sous ses dehors bourrus, Eli est
un tendre. Il découvre avec ravissement les joies de la brosse à dents, un
peu comme un lycéen auquel on aurait
offert le nouveau smartphone. Il s’endort en respirant une étole rouge qui
aurait appartenu à la dame de ses pensées. Un soir, il demande à une prosti-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
CULTURE
“
À partir du moment
où vous perdez votre frère,
vos parents deviennent
inconsolables. J’ai eu
le temps de devenir
le père de mon père
tuée d’agir comme si elle la lui offrait
avant un adieu. Il faut répéter la phrase. La dame n’a pas le ton adéquat.
D’autres scènes restent gravées, ce
cheval en flammes qui galope dans la
nuit, cette araignée qui pénètre dans
la bouche de l’aîné en train de ronfler.
Évidemment, tout cela finit dans le
sang et la désillusion. C’est bien le
moins.
On apprécie ce duo dont la fierté a
quelque chose de touchant. Ils aiment
le travail bien fait. Cette vie sauve et
dure est la leur. Ils n’en ont pas connu
d’autre. Dans son ranch, leur mère les
attend. « Prisonnière du désert » pas
morte. Le cinéma est magique. Le
temps n’existe plus. Audiard retombe
en enfance. À un moment, les héros
foulent une plage jonchée des reliquats
d’un naufrage. Ils ne peuvent pas aller
plus à l’ouest. C’est la mer. Ils ne
l’avaient jamais vue. ■
« Les Frères Sisters »
Western de Jacques Audiard
Avec Joaquin Phoenix, John C.Reilly,
Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed
Durée 1 h 57
■
CINÉMA Un père et sa fille vivent en autarcie dans la nature
avant d’être rattrapés par la société. « Leave No Trace » de Debra Granik
frappe par sa beauté.
est d’un vert. On se
noie dans les fougères,
s’enfonce dans les herbes, se cache sous les
feuilles. La forêt est
peut-être la véritable héroïne de ce film
calme, grave, habité.
Un père et sa fille vivent en autarcie
dans ce qui se révélera être un parc national de l’Oregon. Ce sont des clandestins. Ils se camouflent, déménagent
leur campement à la moindre alerte.
Qui sont-ils ? Que fuient-ils ? Dans leur
ciré noir, ils se confondent avec la nature, se nourrissent de racines et d’animaux sauvages. Pour garder la forme,
ils se livrent à des exercices de survie. Il
ne faut surtout pas qu’on les trouve. Ils
ne parlent pas beaucoup. Des bruits
d’insectes, des cris d’oiseaux brisent le
silence de cet univers humide. La nuit,
dans leur tente, ils portent une lampe
de mineur sur le front. Un jour, un jour
hélas, les autorités mettent la main sur
eux. Des chiens aboient. Des gardes les
traquent avec douceur. Fin de la parenthèse enchantée. Si enchantée que ça ?
C’
« HOSTILES »
Un capitaine de cavalerie doit
convoyer un chef indien malade
sur sa terre natale. Comment
faire la paix après la guerre ?
Christian Bale (notre photo)
et Wes Studi dans un western
crépusculaire de Scott Cooper.
”
pas la parole dans les médias. Son neveu
Stéphane, le fils de François, s’exprime
alors pour prendre la défense de son
grand-père. Jacques, lui, s’est intéressé
à cet épisode méconnu de la vie de son
père. « J’ai découvert ces écrits à ce moment-là. Michel était un enfant abandonné… Il vient d’un milieu où normalement on ne lit pas. D’où vient le fait qu’il
se mette à écrire ? Et à écrire ça ? Franck
Lhomeau travaille là-dessus. Les autres
biographes ont occulté ces articles, ce
sont des crétins. Jamais de la vie je ne le
lui ai connu des poussées antisémites,
donc j’apprends des choses, c’est très intéressant. Il faut se souvenir aussi de la
presse de l’époque. C’est inimaginable, il
faut voir les éditoriaux de Maurras, les
mots employés. Même Bernanos, avant
de devenir un écrivain formidable, est
d’une violence incroyable. Il y avait une
espèce d’usage qui aujourd’hui nous
semble fatal. Léon Blum, président du
Conseil, est surnommé “la chèvre hébraïque”. La IIIe République a produit ça… »
Michel Audiard n’est ni Rebatet ni
Céline. Il n’a rien d’un pamphlétaire
antisémite pathologique. Il n’empêche.
Les pères laissent parfois un drôle d’héritage. De quoi vous passer l’envie
d’une descendance. Jacques Audiard, le
fils très digne, est-il père à son tour ?
« Oui, malheureusement. Non, je plaisante. J’ai trois enfants. Le premier enfant, c’est simplement le début d’une inquiétude qu’on ne connaissait pas. Il y a
une expression pour cela : “être en charge d’âme”. Je l’ai connu avec la mort de
mon frère, vis-à-vis de mes parents. On
sait qu’on n’a pas le droit de disparaître
soi. Appelez-ça une responsabilité, si
vous voulez, moi, j’y vois plutôt une fatalité. Mais les enfants sont stimulants, ils
sont du côté de la vie. Vous êtes convoqué. » D’une inquiétude à l’autre, ainsi
va la vie selon Jacques Audiard. ■
L’avis du Figaro : ○○○○
31
Rêver de la vie dans les bois
LE WESTERN
BOUGE ENCORE
Un récit hésitant
Le père était un ancien marine. Ses
traumatismes de soldat l’ont poussé à
tourner le dos au monde. Cette liberté a
eu un prix. L’adolescente a grandi dans
un isolement qu’elle ne souhaitait
peut-être pas. On leur offre une maison. On leur propose un avenir. Il leur
manque le spectacle des toiles d’araignée luisant de rosée. Ils étaient marginaux. Ils ont peur de devenir comme les
« LES HUIT
SALOPARDS »
Thomasin McKenzie (à gauche) et Ben Foster.
autres. Le père (Ben Foster, fermé comme une huître, dévasté de l’intérieur)
traîne des pieds, accepte un boulot (il
coupe des sapins : on reste dans le végétal). La demoiselle découvre la société, les voisins. Elle a l’impression de
trahir quelque chose, quelqu’un. Foster
lui jette des regards désespérés et compréhensifs. Partir, dit-elle. Il doit la
laisser.
Debra Granik (Winter’s Bone) livre
un récit hésitant entre Thoreau et le
Manuel des Castors Juniors. Il règne une
belle lenteur sur cette Amérique
oubliée, marginale, peuplée de mobile
CINÉMA Avec « Fortuna », le cinéaste suisse
Germinal Roaux évoque le drame de l’immigration
en explorant les profondeurs de l’âme.
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
e phénomène de l’immigration, qui hante plus que jamais
l’Europe, a déjà été beaucoup
traité au cinéma. Le plus souvent dans des drames humains qui illustrent les débats sociaux
et politiques, comme Welcome (2009),
de Philippe Lioret, avec un Vincent
Lindon très engagé. Il est pratiquement
impossible de dépasser l’aspect militant
du sujet, même dans les documentaires
qui se veulent descriptifs. On est dans
un cinéma à thèse.
Les exceptions sont rares. Le réalisateur de Nos meilleures années Marco
Tullio Giordana était parvenu à retrouver l’innocence du regard dans Une fois
que tu es né (2005). Son héros, un enfant tombé à la mer et recueilli sur un
radeau de clandestins, nous faisait vivre une expérience purement existentielle, dénuée d’idéologie.
Avec Fortuna, le cinéaste suisse Germinal Roaux porte le regard encore audelà, jusqu’aux profondeurs de l’âme.
Fortuna (Kidist Siyum Beza), petite
Éthiopienne de 14 ans, est hébergée
parmi d’autres réfugiés dans un monastère catholique du Valais, en attendant les décisions administratives. Fortuna a un secret qui l’effraie et la
réjouit, qu’elle n’a confié qu’à la Vierge
Marie. Elle attend un enfant de Kabir.
Quand elle le lui dit, il réagit violemment : elle est mineure, on pourrait le
jeter en prison… Mais elle veut cet enfant, refuse de « l’enlever » comme il
dit. Kabir est embarqué à la suite d’une
descente de police, faute de papiers en
règle. Fortuna se retrouve plus seule
que jamais, tandis que les moines réunis
en chapitre cherchent à discerner s’il
faut poursuivre ou non leur action
d’accueil.
On songe à Des hommes et des dieux
(d’ailleurs, le moine médecin s’appelle
frère Luc) et Fortuna en a la profondeur
spirituelle. Entre le groupe de réfugiés
et la petite communauté des religieux,
Germinal Roaux fait ressortir les beaux
portraits de Fortuna, à la grâce farouche, et du supérieur (admirable Bruno
Ganz), solide et délicat, attentif aux
humbles besoins des exilés comme au
souffle de l’Esprit. Deux âmes de solitu-
L
« TRUE GRIT »
Jeff Bridges (notre photo)
et Matt Damon aident une fillette
à venger la mort de son père.
Après Henry Hathaway, les frères
Coen adaptent à leur tour
le roman de Charles Portis.
Ils ont ressorti les éperons dans
leur nouveau film, La Ballade de
Buster Scruggs, prix du scénario
à la Mostra de Venise
et bientôt sur Netflix.
« 3 H 10 POUR YUMA »
Tourner un remake du chefd’œuvre de Delmer Daves, inspiré
d’une nouvelle d’Elmore Leonard,
il fallait oser. James Mangold
(Copland, Walk the Line, Logan)
s’en tire avec les honneurs.
Christian Bale et Russell Crowe
(notre photo) reprennent les
rôles de Van Heflin et Glenn Ford.
SCOTT GREEN / CONDOR DISTRIBUTION
homes et de 4 × 4 rouillés. On y voit une
famille se décomposer, une gamine se
transformer en adulte, un militaire essayer d’endosser des vêtements civils.
La beauté du film est évidente. Elle se
mérite. Parfois les salles obscures sont
des sous-bois, des territoires vierges,
des zones de liberté. ■
É. N.
« Leave No Trace »
Drame de Debra Granik
Avec Thomasin McKenzie, Ben Foster
Durée 1 h 49
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
« CLIMAX »
L’exil et le royaume
Huit personnages surpris par
le blizzard se réfugient dans
une auberge au milieu des
montagnes. Un jeu de massacre
bavard, ironique et sanguinolent.
Le western à la sauce Tarantino.
METROPOLITAN FILMEXPORT ; SND ; PARAMOUNT PICTURES FRANCE ; TFM DISTRIBUTION
JACQUES AUDIARD
L'ÉVÉNEMENT
Kidist Siyum Beza incarne Fortuna, une
jeune Éthiopienne de 14 ans. NOUR FILMS
de, de foi et de silence, plongées dans le
mystère de l’épreuve. Mais qui font
confiance à l’imprévisible liberté de la
vie. « Parfois, le mal c’est le bien imposé », dit le supérieur au moine qui veut
trop prudemment organiser l’avenir de
Fortuna.
Vérité humaine
Germinal Roaux est parti de l’expérience vécue par sa femme, qui s’est occupée de mineurs isolés, et a tourné son
film dans l’hospice du Simplon, tenu
par les chanoines du Grand Saint-Bernard. Cet ancrage réaliste donne au film
sa grande vérité humaine, des scènes
de repas, de travaux, de fête même.
Photographe et « poète de cinéma »
attaché au noir et blanc, Roaux va audelà de la justesse de l’observation vers
une
interrogation
essentielle
:
« Qu’avons-nous fait ? Quel est ce monde ? Y a-t-il quelque chose que je puisse
faire ? » Et il rappelle avec Valéry que le
poème ne veut pas « dire », mais « faire », selon sa racine grecque. C’est ce
cinéma-là qu’il cherche, dit-il. Et il
trouve. ■
« Fortuna »
Drame de Germinal Roaux
Avec Kidist Siyum Beza, Bruno Ganz
Durée 1 h 46
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
de Gaspard Noé
LE
■ C’est du sérieux.
Au début, on voit
sur un écran
de télévision
LA
les protagonistes
expliquer leur
attrait pour
la danse. Autour du poste,
il y a des livres et des cassettes
VHS. C’est du lourd. D’un côté,
Kafka, Schizophrenia, Suicide,
mode d’emploi. De l’autre, Salo,
Possession, Suspiria. On n’est
pas là pour rigoler. La suite le
confirme. Dans une salle
des fêtes, tout ce petit monde
se livre à une série de ballets
plus ou moins survoltés.
Cela s’agite sur Soft Cell ou
Patrick Hernandez. Il y aura
même Angie, des Stones, mais
sans les paroles. Problème :
un malin a glissé une substance
toxique dans le bol de sangria.
La soirée tourne au vinaigre.
Quelle idée, aussi, de boire
ce cocktail dont même
les touristes ne veulent plus
sur la Costa Brava. Sur l’écran
apparaissent des cartons
en lettres multicolores et
majuscules (Godard faisait ça).
« Vivre est une impossibilité
collective ». Ah bon ? Et on ne
nous disait rien. Une blonde
fait pipi debout. Les toilettes
sont pleines. Une mère de
famille enferme son gamin
dans le local technique.
Cette gourdiflote perd les clés,
ce qui est embêtant. Qui est
le coupable ? Pas moi ! clament
les uns après les autres les
participants à cette usante
bachanale. « Je vais me tuer ! »
menace une demoiselle.
La sono tombe en panne.
Heureusement, il y a un
ghetto-blaster. La vie est bien
faite. Soudain, une lumière
rouge envahit les lieux (Godard
faisait ça). Les cris se mêlent
aux larmes. Les corps se
traînent sur le carrelage.
Est-ce que quelqu’un a un Alka
Seltzer ? Noé, qui est moderne
(d’une modernité qui remonte
à l’Antiquité), filme caméra
à l’envers (Godard ne faisait
pas ça). C’est vide, plat,
prétentieux. Un dernier carton
nous prévient que « Mourir est
une expérience extraordinaire ».
Bah dites donc. À propos,
il reste de la sangria ? ■
É. N.
R
NANA
DE
INE
SEMA
A
coup, vous êtes confronté au fait que
vous êtes un peu plus âgé que vous n’en
avez l’air. »
L’un des premiers scénarios que Jacques et Michel Audiard ont écrit ensemble est Mortelle randonnée, l’adaptation
du roman de Marc Behm, réalisée par
Claude Miller. L’histoire de l’Œil, un détective traumatisé par la perte de son
enfant, joué par Michel Serrault. Un travail d’écriture léger, sinon consolateur.
« Cela a été fait de façon très délibérée,
très en conscience. On l’a fait autour d’un
deuil que l’on n’a pas éprouvé à la même
place – le père et le frère n’ont pas la
même culpabilité. Ce que j’avais totalement occulté, c’est que Michel Serrault
avait perdu sa fille peu de temps avant
qu’on lui propose le film. Quand je l’ai fait
remarquer à mon père, il ne voyait pas où
était le problème… C’était fou. Les deux
Michel étaient très amis. »
Quand, en octobre 2017, l’historien
Franck Lhomeau exhume des textes de
Michel Audiard publiés entre 1943
et 1944 dans L’Appel, journal proallemand et antisémite, Jacques ne prend
mercredi 19 septembre 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
32 CULTURE
Mathieu Sapin : « Les politiques sont
largués comme tout le monde »
Les autres
films
■ « VOLUBILIS »
Drame de Faouzi Bensaïdi, 1 h 46.
ENTRETIEN
Abdelkader et Malika, jeunes
mariés très amoureux mais
sans le sou vivent au milieu de la
famille nombreuse d’Abdelkader.
Il est vigile dans un centre
commercial de Meknès, elle
trouve un emploi de domestique
chez une grande bourgeoise.
Mais pour avoir exigé qu’une
femme riche et sans-gêne fasse
la queue comme tout le monde,
Abdelkader est renvoyé
et tabassé par les sbires
de son mari. Dès lors, il cherche
à se venger. Un peu schématique
dans l’opposition de classes, qui
amène des péripéties répétitives,
ce mélodrame social à la mise
en scène ample et percutante
est riche en émotions, avec
de beaux personnages pris entre
la violence et l’amour.
PROPOS RECUEILLIS PAR
NATHALIE SIMON
nsimon@lefigaro.fr
n 2011, une bande
dessinée pour Libération avait « un
peu » ouvert les portes de la campagne
de la primaire à gauche à Mathieu Sapin. Suffisamment pour qu’il devienne, en 2012, le dessinateur « officiel »
de la campagne présidentielle de
François Hollande. En 2015, l’auteur,
qui rappelle n’avoir aucun lien avec
l’homme politique Michel Sapin, a publié Le Château. Une année dans les
coulisses de l’Élysée (Dargaud), toujours adoubé par François Hollande.
Avec Le Poulain, Mathieu Sapin livre
son premier long-métrage. Il met en
scène Arnaud Jaurès, un jeune novice
candide (Finnegan Oldfield) projeté en
pleine campagne présidentielle.
LE FIGARO. – Vous êtes-vous inspiré
de la réalité ?
Mathieu SAPIN. – Avec Noé Debré, on
a pris un maximum de champ avec la
réalité politique. Ce sont les ressorts
humains qui nous intéressaient. Je cite
un ancien collaborateur de François
Hollande : « Une campagne présidentielle, c’est le lieu où le darwinisme social
est poussé au maximum. » C’est la loi de
la jungle, un spectacle. La réalité est
imbattable ! On s’inspire de la «comédie humaine », Balzac et un peu
Stendhal. On voulait faire vivre des
personnages au sein d’une histoire et
ramener du cinéma là-dedans, pas faire un faux documentaire. Le sujet ?
Comment un jeune homme, Arnaud
(Finnegan Oldfield), qui n’a pas de
goût particulier pour la compétition et
la politique, peut s’y trouver embarqué
pour de mauvaises raisons. Puis y
prendre du goût et devenir un jeune
loup.
Alexandra Lamy dit qu’il y a beaucoup
de violence dans le scénario…
Je ne condamne pas, je crois que la nature humaine est ainsi. Quand on arri-
Agnès Karadzic (Alexandra Lamy), directrice de la communication, va initier le candide Arnaud Jaurès (Finnegan Oldfield)
aux tactiques de campagne électorale. BAC FILMS
ve à un certain niveau de pouvoir, les
gens ne sont pas des agneaux. Les politiques sont des personnages forts pour
raconter une histoire avec des enjeux,
je défends le côté humain. Ils sont
bourrés de défauts, mais ce ne sont pas
des robots. Je n’aime pas ces films qui
montrent des personnages implacables, froids et insensibles. Ils ont tous
des faiblesses et des lâchetés, c’est
aussi ce qui les rend beaux. Frank
Underwood, dans la série américaine
House of Cards, est comme ça, mais
nous, on est français.
“
C’est un film
sur la nature
humaine
MATHIEU SAPIN
CECILE MELLA / BAC FILMS
”
Avez-vous des références
cinématographiques ?
Le Lauréat, de Mike Nichols, c’est grave
et drôle. M.A.S.H. d’Altman, c’est drôle
et féroce aussi. La Nuit américaine de
Truffaut pour le côté troupe, qui semble
anecdotique mais qui raconte quelque
chose d’universel. J’ai adoré le livre
d’entretiens de Billy Wilder. Il a beaucoup d’autodérision. Pour moi, la politique est un décor. Le Poulain est un
film sur la nature humaine. J’espère
aussi attirer des gens qui ne sont pas
français, que le film conservera un intérêt dans dix, quinze ans, qu’il n’est
pas un instantané de la politique en
France aujourd’hui. Ce n’était pas facile, il y a tous ces rapports aux textos,
médias… On ne pouvait pas raconter
cette histoire sans les téléphones porta-
bles. Pendant la campagne de 2012, Manuel Valls disait : « Vous me tournez sept
fois votre tweet dans votre téléphone. »
Comment avez-vous travaillé
avec Noé Debré (scénariste
de Dheepan de Jacques Audiard,
palme d’or à Cannes en 2015, NDLR) ?
Il n’y a pas une scène qu’on n’ait pas
écrite ensemble. On échange, soit ensemble, soit chacun de son côté.
Quand je fais de la bande dessinée, je
suis seul, je n’avais pas envie de l’être
pour le cinéma. Je me suis appuyé sur
Noé, qui a une méthode de travail
aguerrie. On a aussi réfléchi en amont
avant d’écrire à ce qu’on voulait dire
par exemple, combattre l’idée que les
politiques sont plus adultes et responsables que les citoyens. Ils sont largués
comme tout le monde. Si les citoyens
sont désabusés par rapport à la politique, c’est à cause d’un malentendu :
les politiques annoncent les réformes
qu’ils vont engager, mais la réalité ne
correspond jamais à leurs promesses.
J’ai la naïveté de croire qu’ils sont
comme tout le monde.
Comment avez-vous choisi
les comédiens ?
J’avais vu Finnegan Oldfield dans Les
Cowboys de Thomas Bidegain (coécrit
également avec Noé Debré, NDLR). Il a
un truc enfantin et charmant qui m’a
séduit. Les politiques doivent plaire. Il
fallait que la directrice de la communication jouée par Alexandra Lamy
soit séduisante, qu’elle puisse être
touchée par la fraîcheur d’Arnaud. J’ai
inversé les valeurs : la jeune vierge effarouchée, c’est Finnegan, et elle est
le prédateur féroce. ■
 LA CRITIQUE
Arnaud Jaurès, 25 ans (Finnegan Oldfield), envisage de rejoindre sa fiancée
au Canada, mais un politique sur la
touche (Philippe Katerine) en décide
autrement. Le jeune homme se retrouve nommé « assistant » d’Agnès
Karadzic (Alexandra Lamy, cocasse
en méchante), la directrice de communication d’une candidate à la primaire d’une élection présidentielle
(Valérie Karsenti). Contrairement à ce
que prétendent l’auteur de bandes
dessinées, Mathieu Sapin, et le scénariste Noé Debré, toute ressemblance
avec la réalité n’est ici pas pure coïncidence. On sent l’expérience, les
« choses vues », une observation attentive du terrain. Observée de l’intérieur, une campagne politique n’est
pas belle à voir. Au nom du pouvoir,
l’humain est piétiné. L’homme politique est un loup pour l’homme politique. Tous les coups sont permis. Dominent compromissions, calculs
machiavéliques et retournements de
veste. Parfois un peu faciles, les situations sonnent souvent juste, les dialogues font mouche et les musiques de
Nicolas Repac et de Philippe Katherine renforcent le ton comique de ce
premier long-métrage. Visiblement,
les interprètes s’amusent. Le public
aussi. ■
N. S.
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
■ L’avis du Figaro
: ○○○¡
■ « VAURIEN »
Drame de Mehdi Senoussi, 1 h 30.
DESTINY FILMS
E
ASC DISTRIBUTION
Avec « Le Poulain »,
le dessinateur
signe un premier
long-métrage réussi
et cocasse
sur une campagne
présidentielle
menée comme
une guerre.
Redouane, 30 ans, ne trouve
pas de travail après des études
poussées. Désespéré, il braque
une agence Pôle emploi. Mehdi
Senoussi joue et réalise ce huis
clos. Malgré une distribution de
qualité, ce premier long-métrage
N. S.
manque de crédibilité.
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
Lamy, Valérie Karsenti, Gilles Cohen
■ « LA NONNE »
Horreur de Corin Hardy, 1 h 36.
Corin Hardy s’empare de Valak,
la maléfique religieuse aperçue
dans Conjuring 2 : Le Cas Enfield.
Direction la Roumanie, où
un prêtre exorciste et une sœur
novice sont missionnés par
le Vatican pour enquêter sur
le suicide d’une nonne dans
un couvent hanté. À l’est
de l’horreur cinéphilique, rien
de nouveau dans cette histoire
de possession démoniaque. Les
innombrables « jump scares »
(sauts de peur en VF), distribués
comme des sermons, devraient
toutefois contenter les amateurs
de sueurs froides.
Durée 1 h 37
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
■ L’avis du Figaro
« Le Poulain »
Comédie de Mathieu Sapin
Avec Finnegan Oldfield, Alexandra
ROBIN CANNONE
: ○¡¡¡
« L’amour est une fête » : Pigalle, l’ennui
CINÉMA Cédric Anger plonge dans le business du porno au début des années 1980. Une ode plutôt glauque à une époque révolue.
déjà dans sa tombe. Moins pénible dans
sa dernière partie – le tournage d’un
porno avec Xavier Beauvois dans son
propre rôle de réalisateur qui dirige les
acteurs un verre de Ricard à la main -, le
film part dans tous les sens et ne parvient jamais à décoller. Tout se veut léger, tout est lourdingue. Tout se veut
joyeux, libertin, libertaire, tout est cafardeux. Guillaume Canet, acteur pas du
tout rock’n’roll, illustre parfaitement
cet hédonisme contrarié, plus glauque
que festif.
ÉTIENNE SORIN esorin@lefigaro.fr
e porno n’est décidément pas
à la fête dans le cinéma français. Un couteau dans le cœur,
de Yann Gonzalez, avec Vanessa Paradis en productrice
de films gays, se prenait pour un hommage au giallo, le thriller italien fantastico-érotique des années 1970. Le résultat était un film horrible plutôt qu’un
film d’horreur.
L’amour est une fête en est en quelque
sorte la version hétéro-beauf. Le film
de Cédric Anger se situe à peu près à la
même époque. 1982, le sida n’existe pas
encore. Franck (Guillaume Canet) et
Serge (Gilles Lellouche) sont patrons
d’un peep show à Pigalle, le Mirodrome. Leur business a un coup de mou.
Pour redresser la barre, ils se lancent
dans la production de petits films pornographiques. Leurs danseuses crèvent
l’écran. Les affaires reprennent et la
concurrence ne voit pas d’un très bon
A
L
Sexisme d’un autre âge
Dans L’amour est une fête, deux flics (Gilles Lellouche et Guillaume Canet) se muent
en tenanciers de peep show afin d’infiltrer le Pigalle interlope. CHRISTINE TAMALET
œil le succès de ces jeunes loups ambitieux. Maurice Vogel (Michel Fau), le roi
des sex-shops, va leur rappeler qu’il est
le patron. Ce qu’il ne sait pas, c’est que
Franck et Serge sont deux policiers in-
filtrés dans l’industrie du porno pour
lutter contre le blanchiment d’argent et
la fraude fiscale.
Boogie Nights à la française ? Burt
Reynolds, à peine enterré, se retourne
Cédric Anger avait déjà cerné la face
sombre de Canet dans son précédent et
excellent film, La prochaine fois je viserai le cœur. Canet jouait un gendarme
schizophrène enquêtant sur un serial
killer qui n’était autre que lui-même.
Ici, Canet interprète un célibataire presque frigide, peine-à-jouir. Lellouche,
lui, en mari ravi de s’envoyer en l’air
pour le boulot, est dans un registre de
bourrin dans lequel il a fait ses preuves
– comment la scène du tennis n’a-t-elle
pas été coupée au montage ? Mystère.
Pas besoin d’être une chienne de garde ou une femme à barbe pour être gêné
par la vision de la femme véhiculée par
cette ode au porno de papa. L’affiche
annonce la couleur. Les femmes sont
des jolies poupées à qui on demande de
sourire et de ne pas parler la bouche
pleine. Aucun personnage féminin ne
vaut mieux qu’une silhouette bien roulée. Pour se faire pardonner ce sexisme
d’un autre âge, Guillaume Canet acteur
et Gilles Lellouche réalisateur ont tourné Le Grand Bain, formidable comédie
sur la débandade des hommes, en salle
le 24 octobre. L’amour est une fête fait
ainsi figure de mâle pour un bien. ■
« L’amour est une fête »
Comédie de Cédric Anger
Avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche,
Michel Fau, Xavier Beauvois
Durée 1 h 59
■ L’avis du Figaro : ○¡¡¡
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 19 septembre 2018
STYLE
ALESSANDRO LUCIONI, DANIELE OBERRAUCH/IMAXTREE.COM ; INDIGITAL
PrintempsÉté 2019
33
Mary Katrantzou
J.W. Anderson
Christopher Kane
Burberry
Merci la Central Saint Martins !
COLLECTIONS De Riccardo Tisci à Christopher Kane, les designers les plus brillants de la Fashion Week
de Londres ont fait leurs classes dans cette école de mode locale, réputée la plus prestigieuse au monde.
ENVOYÉE SPÉCIALE À LONDRES
lle est l’école de mode la
plus célèbre au monde, le vivier de designers où s’approvisionnent en talents
frais les grands groupes de luxe. La
Central Saint Martins a vu passer
Alexander McQueen et Sarah Burton,
John Galliano, Stella McCartney, Kim
Jones, Phoebe Philo et Riccardo Tisci,
entre autres superstars. Ainsi que la relève de la mode britannique, au calendrier de la Fashion Week, cette saison :
Molly Goddard, Nicholas Kirkwood,
Mary Katrantzou, Michael Halpern et
Christopher Kane. Dans chaque interview qu’ils donnent, les étudiants vantent les mérites de l’établissement, où
ils ont appris à s’exprimer librement, à
pousser toujours un peu plus le curseur
de la créativité, à tailler, à draper. Ils s’y
sont surtout construit un réseau solide.
Diplôme en poche, ils en sortent, prêts
à en découdre.
Michael Halpern (promo 2016) se moque de tout : du genre des mannequins
qui foulent son podium, des acheteurs
qui veulent le distribuer à tout prix et
qu’il éconduit, de la critique pas toujours tendre. Et il a raison, les clientes
de sa mode extravagante traversent les
océans pour assister à son show. Elles
veulent ce qu’il y a de plus fou, de plus
cher, ses robes entièrement cousues de
sequins, ses pantalons pattes d’ef perfusés au disco, ses bustiers à traîne rutilants comme celui porté par Marion
Cotillard au Festival de Cannes. Repéré
par Donatella Versace herself à la sortie
de l’école, le New-Yorkais de tout juste
30 ans a fait ses classes à Milan sur la
collection couture de la griffe italienne.
Aujourd’hui, il se consacre pleinement
à l’expansion de sa marque Halpern,
sans se presser. Ce printemps-été 2019,
fidèle à la fantaisie glitter, s’essaie aussi
à un vestiaire plus jour, plus quotidien.
Un sac devrait sortir d’ici à quelques
mois, pour les souliers, patience.
Après Victoria Beckham, au tour de
Mary Katrantzou (promo 2008) de fêter
les 10 ans de sa marque. À l’occasion,
elle investit la salle de spectacle circulaire de la Roundhouse et expose, au
centre de la scène, ses créations passées. Balayer du regard ses robes aux
impressions digitales des débuts, ses
broderies extraordinaires figurant des
L’image de ce string sans attache, acheté à Tokyo, circule déjà sur les réseaux
sociaux. Un morceau de dentelle synthétique rouge ou noire premier prix,
que l’on trouve dans les sex-shops.
Pour être honnête, il n’était pas évident
de faire le lien avec la collection sen-
suelle et gracieuse de Christopher Kane
(promo 2006). Pourtant, ce petit bout
de Nylon se révèle le fil rouge de son
printemps-été 2019 : en bretelle de
robe, en corset façon dossard de motard, en languette de soulier. Une subversion propre à l’Écossais, dans le giron de Kering, qui n’a jamais caché son
goût pour le beau vulgaire – cette robe
vert chlorophylle taillée dans une étoffe
liquide, par exemple. Ses jupes plissées
caressent les cuisses, ses vestes exagèrent les épaules et les cristaux Swarovski
décorent des manches, des poignets, des
cols semblent sortir d’une série Z. Extra !
Molly Goddard
(promo 2014) a
construit un univers enchanté de robes
de poupée façon manga, de volants et de
frous-frous. Cette saison, pourtant, son
truc fonctionne moins bien. Les filles
sont toujours aussi jolies - Edie Campbell
en tête. On retrouve ces imprimés des
années 1990, ces volumes photogéniques et quelques robes de patineuses
brillantes qui diversifient la proposition.
Mais sans le charme des fois dernières.
Pas de vêtement, mais un show dingue pour le chausseur Nicholas
Kirkwood (promo 1998). Présenté sur
scène et emporté par l’actrice Rose
McGowan (à l’initiative du mouvement #MeToo), le spectacle met à
l’honneur des femmes sorties d’un roman de George Orwell, en rébellion
contre une dictature imposant la norme - des escarpins beiges, pour l’image. Les rebelles portent des cuissardes
luminescentes fluo, des hybrides de
sandales et de baskets, des mules en
doudoune de cuir blanc.
Il est l’exception qui confirme la règle :
Jonathan Anderson n’est pas un ancien
élève de la Central Saint Martins. Cela
n’enlève rien à son talent et prouve que
des esprits libres émergent aussi
d’autres écoles - il est diplômé du
London College of Fashion. Pour sa
collection printemps-été 2019 de son
label J.W. Anderson, l’Irlandais, féru du
mouvement Arts & Crafts, explore le
fait-main. On sent le travail d’artisanat
dans les jupes au crochet filet de pêche,
les plastrons en napperon, les robes
pointes foulard pareilles à des foutas
gorgées de soleil. Aux pieds, les filles
portent des Converse avec qui Anderson collabore déjà depuis plusieurs
saisons. Moins artisanal, mais bien
cool. ■
Halpern
Riccardo Tisci adoubé chez Burberry
Lundi 17 septembre, 17 heures : le premier défilé de l’Italien Riccardo Tisci
pour l’institution britannique sise dans
le quartier de Vauxhall, au sud-ouest
de la capitale, compte parmi les plus
attendus de cette saison. La mission est
d’ampleur : redorer le blason de ce
joyau de la Couronne. À la même heure, toujours à Londres, devant le magasin Burberry de Regent Street (tapissé, pour l’occasion, de beige du sol au
plafond), les fans s’apprêtent à regarder le show en streaming sur écran
géant. Ils trépignent : dans la foulée de
la présentation de cette collection,
baptisée Kingdom (« royaume »), une
capsule événementielle sera disponible, ici, à la vente mais aussi sur WeChat et Instagram pendant seulement
vingt-quatre heures. Présents au défilé, qui a lieu dans un hangar gigantesque de la Royal Mail, 800 invités triés
sur le volet attendaient, impatients, le
coup d’envoi. L’heure tourne. Est-ce
dû à l’arrivée tardive de Meghan
Markle, comme on le murmure depuis
quelques jours ? Du tout. Ici, pas l’om-
bre d’une célébrité, juste la profession,
des amis de M. Tisci et sa famille – ceci
expliquant le calme qui règne dans la
salle. Le premier passage annonce la
couleur, du beige. Un trench à la serpe,
ceinturé d’un large élastique chocolat
« un détail militaire repéré dans les archives de la maison », explique le designer dans les coulisses à l’issue du
show. Suivent des jupes légères et plissées, coupées ras le genou, des chemisiers bourgeois en soie imprimée, des
cardigans de cachemire, des vestes
college. Les mannequins sont coiffés
d’un chignon d’hôtesse de l’air noué
d’un foulard monogramme.
La fin du streetwear ?
Une esthétique d’hier remise brillamment au goût du jour. Cette touche
BCBG, dans un monde dominé par le
sportswear, est rafraîchissante. « J’ai
voulu injecter de la sophistication à
Burberry, poursuit-il. Aujourd’hui, la
mode ne tourne qu’autour du
streetwear. Je suis conscient d’avoir ma
part de responsabilité – j’étais le premier
à y croire dans le luxe - et j’adore toujours ça, je suis un gamin de la rue ! Il m’a
semblé important de s’attarder sur les
tissus, les boutons, la coupe, le tailoring
de Savile Row. Le trench ? Je n’en étais
pas fan et n’en avais jamais dessiné. Et
puis j’ai découvert les archives de la maison, et c’est devenu une obsession. »
Devant une poignée de journalistes,
l’Italien évoque son arrivée en
Angleterre, à l’âge de 17 ans. Adolescent timide, élève à la Central Saint
Martins, il se révèle au contact du Londres underground, des rave parties. Il
découvre les codes de la culture brit : la
reine, les punks, les skinheads, le style
victorien… Il regarde les jeunes s’habiller en pièces oversized, du vintage,
des vêtements volés à leurs parents. Il
écoute en boucle le son planant de
Massive Attack… Toutes ces références
se mêlent sur le podium de l’été 2019, y
compris la musique originale composée par le leader charismatique du
groupe de trip hop, Robert Del Naja.
Après les ladies apprêtées, déboule le
vestiaire plus punk, plus juvénile, fait
de mini en peau de vache, de leggings,
puis des hommes en complet à rayures
tennis (et chaussures assorties !) et
d’autres en workwear, pantalons larges et chemisettes de toile sèche. Last
but not least, pour clore les quelque
133 passages, un vestiaire du soir peuplé de fourreaux noirs. C’est riche. « Je
veux habiller tout le monde : mères,
filles, pères, fils… Pourquoi se limiter à
une seule proposition ? Et puis, nous
avons de nombreuses boutiques à remplir ! » Riccardo Tisci explique adorer le
merchandising : il veut habiller les
femmes, pas seulement vendre du
rêve. « Marco Gobetti (le PDG de
Burberry, NDLR) et moi avons décidé de
littéralement tourner la page de ce
qu’était la maison ces dernières années,
lance-t-il. Mais nous gardons l’héritage. Il est fort, riche, il représente la quintessence du style britannique. » ■
É. F.
+ @SUR LE WEB
» Retrouvez tous les défilés en images
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A
E
ÉMILIE FAURE
efaure@lefigaro.fr
objets du quotidien et ses constellations
de cristaux Swarovski, permet de comprendre l’univers de la créatrice grecque. « Ce n’est pas une rétrospective,
mais nous avons pris, çà et là, dans les
saisons précédentes, une technique, une
couleur, un matériau que nous avons
réactualisé, explique-t-elle. Il y a cette
idée de collecter des bijoux dans des boîtes, des papillons dans des cadres, des
timbres dans des albums et, aussi, que les
pièces elles-mêmes deviennent des collectors. » Les robes figurant des flacons
de parfum (clin d’œil à sa première collection hiver 2009) font un corps de
vestale, les cocons de pétales de plastique intriguent. Les cottes de mailles
fluo rebrodées de pampilles en jettent,
les fourreaux puzzle moins. La styliste a
repoussé ses limites, et de nombreuses
robes sont entièrement réalisées à la
main. Une approche couture, quasi
muséale.
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mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
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34 STYLE
3
1
DANIELE OBERRAUCH, ALESSANDRO LUCIONI/IMAXTREE.COM ; NIKE ; PRESSE
2
5
QUOI
DE
NEUF
CETTE
SEMAINE
6
7
PAGE RÉALISÉE PAR MADELEINE VOISIN
AVEC MARIE-GABRIELLE GRAFFIN, VALÉRIE GUÉDON
ET ÉMILIE VEYRETOUT
8
9
10
Tous les mercredis, la rédaction sélectionne pour vous le meilleur des sorties de la semaine :
tendances mode, nouveautés cosmétiques, objets de désir, expositions et lieux originaux.
TENDANCE
GÉOMÉTRIE VARIABLE
Le tailleur-pantalon quadrillé est de
tous les dressings, cet hiver. On retrouve l’esprit vintage, les origines
masculines de ses tissus, la force de son
tailoring, mais surtout la signature de
chaque designer. Le « twist » britannique de Jonathan Anderson pour
Loewe (7) dans ce costume en pied-depoule à veste sans col et manches
tailladées
(prix
sur
demande.
Tél. : 01 53 57 92 50). Le classicisme
boyish de Maria Grazia Chiuri pour
Dior (4) avec cet ensemble en laine
prince-de-galles au blazer double boutonnage (3 200 € et 1 180 €. Tél. :
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Van Noten (1) et de son sublime complet
aux lignes presque Bar en coton tartan
(1 046 € et 524 €. www.driesvannoten.
be). Une tendance qui ne devrait pas
vous laisser sur le carreau.
A
ESSENTIELS
RHABILLÉS POUR L’HIVER
Le vestiaire idéal selon Uniqlo (8), le
géant japonais ? Sa gamme Uniqlo U,
alliant avec brio fibres techniques et
style intemporel. À la tête de cette offre
résolument plus mode, Christophe
Lemaire, le créateur parisien, y cultive
depuis deux ans son goût pour le mini-
malisme efficace. Cet automne, on
retrouve, entre autres, une maxidoudoune coquelicot et un manteau chocolat pour elle ; un paletot moutarde et
une polaire zippée (notre photo) pour lui
(entre 29,90 € et 149,90 €. Dès demain
en boutiques et sur www.uniqlo.com).
Basiques toujours, avec les pulls en cachemire signés From Future (2), nouveau label qui a vu le jour en août 2018.
Affaire de famille, il regroupe un père et
ses deux enfants, soucieux de proposer
à prix justes (les marges ont été réduites) des mailles de qualité, douces et
bien coupées. Succès assuré (139 € le col
roulé 10 fils. www.fromfuture.com).
COLLECTOR
EN ATTENDANT LA PLUIE
C’est une collaboration qui dure entre
Mackintosh (3), le fabricant historique
de toile enduite, et Alyx, la marque
américaine basée en Italie du très talentueux Matthew Williams, formé à
l’école de Kanye West et du photographe Nick Knight. C’est d’ailleurs ce
dernier qui a créé l’étrange dessin sérigraphié sur le trench-coat, d’après un
procédé de peinture à l’eau sur un matériau photosensible. Seul bémol, les
manteaux pour homme et pour femme
sont édités en série très très limitée,
numérotés de 1 à 10 et disponibles
exclusivement dans le magasin
Mackintosh de Londres. It’s a pity !
[2 807 €. 19 Conduit Street, Londres]
SAC
LOGOMANIA
Il ne vous aura pas échappé : le retour
du double F Fendi (5) (et du monogramme en général) a été repéré, ces
mois derniers, sur une flopée de célébrités (notre préférée, Kylie Jenner et
son landau griffé). Le commun des
mortels l’appréciera en touche sur le
Mon Trésor, le minisac seau issu de la
croisière 2018, revisité, cette saison,
dans un format plus grand, gonflé à
bloc. Hautement désirable, en cuir vitrifié et fermé d’un lien coulissant, il est
doté d’une bandoulière ajustable et
d’anneaux en métal doré auxquels s’accrochent une sangle supplémentaire et
les fameux charms chers à la maison
romaine. [1 490 €. www.fendi.com]
PARFUM
ANCRAGE
S’enraciner pour prendre de la hauteur : ce qui est vrai en psychologie
l’est aussi en parfumerie. Créatrice des
fragrances Hermès (9) depuis 2016,
Christine Nagel a « démonté » Terre
d’Hermès, le best-seller pour homme
réalisé par Jean-Claude Ellena, il y a
douze ans, afin de comprendre sa
structure. Elle lui insuffle une force
nouvelle avec des racines de vétiver en
abondance, du poivre du Sichuan (plutôt que noir) et de la bergamote encore
verte, cueillie avant maturité. « Tu as
osé ? J’adore ! » lui a dit Ellena, beau
joueur. Comme un autre angle de vue,
ou éclairage, cette Eau Intense Vétiver
pourrait donner des ailes aux adeptes
de l’original, à ceux qui s’en étaient
lassés, à ceux qui ne le connaissaient
pas mais aussi à de nombreuses femmes
– elle est planante sur leur peau. [108 €
les 100 ml en parfumerie et sur
www.hermes.com]
COLLABORATION
SPORT CO
« Aux États-Unis, si vous entendez le
nom Jordan, vous pensez panier à trois
points ou hip-hop, explique Laurent
Nicolas Bourgeois, l’un des deux danseurs des Twins. À Paris, cela va au-delà : c’est une marque que nous affectionnons tous. Nous sommes les plus grands
fans au monde ! » Vous l’aurez compris,
s’il y a bien sûr Michael, l’éternelle star
des Chicago Bulls, il y a aussi Jordan
Brand (10), la ligne de vêtements créée
en 1988 dans le giron de Nike, avec la
complicité du joueur. Celle-ci revient
en force, une fois n’est pas coutume,
non pas sur le parquet mais sur les terrains… de football. Main dans la main
avec le Paris Saint-Germain, elle lance
une collection inédite de maillots de
foot (85 €), débardeurs (110 €), baskets
et même crampons (280 €) déjà adoptée
par Neymar, Mbappé et consorts.
« Nous sommes ravis de réunir nos deux
communautés en mettant le logo
Jumpman sur la poitrine du PSG afin de
continuer à alimenter l’énergie autour du
sport et du style à l’échelle mondiale », a
déclaré Michael Jordan à cette occasion
(www.store.nike.com). Autre duo qui
devrait également faire un carton
auprès des millennials : Adidas
Originals (6) a choisi le chanteur Eddy
de Pretto pour promouvoir sa dernière
sneaker, la Yung 96. Parfait exemple de
« dad shoes » (littéralement « chaussures de papa ») dont les jeunes générations raffolent et que le kid du rap français a contribué à populariser dans
l’Hexagone, elle en impose avec sa
maxisemelle en polymère expansé et sa
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mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
Vichy passé
au révélateur
de sa police
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Picasso est
un autre
« Le Tour
de la question »
Europe 1 | 9 heures | Mardi
P
ablo est mort mais Picasso
est éternel. » Ainsi Olivier
présente-t-il son illustre
grand-père. Il était l’invité de
Wendy Bouchard, nouveau rendezvous matinal d’Europe 1. Nous
avons déjà parlé de cette émission,
il y a environ dix jours, mais
l’invité, hier, méritait qu’on y
revienne puisqu’il s’agissait
d’Olivier Widmaier Picasso,
auteur de Picasso, portait intime
(éd. Albin Michel).
Au Musée d’Orsay, une exposition :
les périodes bleue et rose du génie.
Wendy Bouchard déclare :
« Ah, cette colombe ! » Le petit-fils
du maître rebondit : « Une valeur
symbolique. Mon grand-père
a été un humaniste. Il s’est engagé
politiquement, personnellement au
niveau du quotidien, mais aussi sur
un plan international. Les gens ont
retenu cette colombe parce qu’elle est
un espoir. » Picasso est une énigme
et « chaque exposition, dit son petitfils, est une façon de la comprendre
[…]. Lorsqu’il arriva à Paris en 1900,
il avait 19 ans et se devait de faire
exploser son talent. C’était une
mission . » Et le maître répétait
inlassablement, en regagnant son
atelier : « Quand les autres parlent,
je travaille. » Puis Olivier Picasso
revient sur la période cubiste :
« Comment reproduire plusieurs
angles d’un personnage, d’un objet
sur un même plan ? Le visage
est déstructuré mais lorsque
vous regardez bien l’œuvre, vous
vous approchez de la réalité. Vous
retrouvez les traits de la personne. »
À ce moment-là, la célèbre Julie
de la station, dit, émoustillée :
« Wendy, c’est notre émission
la plus ambitieuse. » Picasso, on
le connaîtra toujours de loin. Il sera
toujours un autre (lire Éloge de
l’infini de Sollers à ce sujet ). Trop
rapide pour nous. Notre monde que
l’on croit accéléré est trop lent pour
saisir cet Espagnol torero. Figuratif,
abstrait ? Tout ça se retourne dans
un sublime mouvement de poignet.
Un docu-fiction, qui s’appuie sur les déclarations
des responsables successifs – dont Bousquet
et Darnand –, montre le rôle décisif des forces
de l’ordre dans l’engrenage de la collaboration.
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
«
endant quatre ans, j’ai
reçu les compliments du
Maréchal, et ses félicitations. Mais, quand les
Américains étaient aux
portes de Paris, il a commencé à dire que
je serais la tâche de l’histoire de France. »
Ainsi s’exprime Joseph Darnand à la Libération (avant d’être fusillé), le tristement célèbre chef de la Milice devenu
secrétaire général au maintien de l’ordre entre janvier et août 1944. Ces mots,
dits par un comédien, dans le docu-fiction de David Korn-Brzoza et Laurent
Joly, La Police de Vichy, résume bien le
terrible engrenage, vers toujours de plus
de collaboration, dans lequel le régime
de Pétain se laissa entraîner.
Tout au long du film, émaillé des interventions d’acteurs de talent, prononçant des paroles authentiquement
dites par les responsables successifs de
la police de Pétain (Adrien Marquet,
Marcel Peyrouton, Pierre Pucheu, René
Bousquet et donc, Darnand) le rôle des
forces de l’ordre apparaît comme un
outil décisif mis au service des Allemands.
C’est
bien
simple, nous dit le commentaire du docu-fiction, sans l’aide des poli○○○¡
ciers français, jamais
P
l’occupant nazi n’aurait réussi à déporter 42 000 Juifs en 1942, soit 2 000 de
plus que son objectif.
En 1942, la rafle du Vél’ d’Hiv’ (1617 juillet) est minutieusement organisée
par René Bousquet. Celui qui fut le plus
jeune préfet de France est devenu secrétaire général de la police en avril 1942. Il
a 33 ans et est nommé par Pierre Laval.
Ce dernier vient de revenir aux affaires,
à la demande des Allemands. Laval et
Bousquet vont rapidement négocier un
accord redoutable avec le général Karl
Oberg, chef de la police SS en France.
Les forces de l’ordre françaises arrêteront pour le compte de l’occupant les
Juifs étrangers sur l’ensemble du territoire. En contrepartie, elles agiront en
totale autonomie et n’auront en principe pas à arrêter les Juifs français.
Le vent tourne en 1943
Pierre Laval déclare pour sa défense,
avec un accent auvergnat parfaitement
imité par le comédien qui l’incarne :
« J’ai essayé de savoir en les interrogeant,
où les Allemands dirigeaient les convois
de Juifs. Et leur réponse était invariable:
“En Pologne où nous voulons créer un
État juif.” » Des propos qui laissent pantois. Laval sera fusillé.
Quant au choix de
Bousquet de refuser la
remise de 1 000 enfants
juifs à une organisation
21.00
américaine au nom de la préservation
de l’union des familles, il fait frémir.
Mais le secrétaire général sent le vent
tourner en 1943. Il rend des services à la
Résistance et fournit notamment de
faux papiers à un certain François Morland, qui n’est autre que François Mitterrand. De quoi lui sauver la vie à la Libération, avant qu’il ne soit inculpé en
1991 puis assassiné par un déséquilibré
en 1993 avant d’être jugé.
Après le renvoi de Bousquet à la demande d’Hitler, Laval fait appel à Dar-
nand. « Les Allemands me disaient, vous
manquez de fermeté. Nous avons un homme qui nous inspire confiance […] c’est
Darnand. […] J’ai protesté, je n’ai jamais
autant protesté qu’à cette occasion. »
Finalement, même s’il y eut aussi des
résistants au sein de la police française,
ils ne furent pas nombreux. Pour tenter
de sauver un peu leur honneur, les gardiens de la paix surent quand même
réagir, très tard certes, en se soulevant
contre l’occupant au moment de la libération de Paris. ■
À la découverte de ces cités qui reconstituent les décors de la Vieille Europe.
CLAIRE BOMMELAER cbommelaer@lefigaro.fr
ormidable sujet que celui abordé par Benoît Felici, ce soir sur
Arte. Le réalisateur nous entraîne dans ces villes chinoises
qui ont reconstitué des bouts
d’Europe, au milieu de rien. C’est l’art
d’être à la fois ici et là-bas, nous explique-t-il. Le documentaire Archi-faux
laisse un peu sur sa faim, tant la question
de la copie des monuments, qui est vieille
comme le monde, aurait mérité une
plongée dans l’histoire. Mais en interrogeant des habitants de ces cités copies, il
nous plonge dans des abîmes de réflexion. Comment les Chinois, « habi-
F
Invité : Marc Fauvelle
interviewé par Philippe Larroque
et Damien Canivez aujourd’hui
sur :
La tour Eiffel dans le quartier de la Cité du
Ciel à Hanghzou, est l’archétype
des copies de monuments que l’on peut
trouver en Chine. ARTLINE FILMS
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4835
VERTICALEMENT
1. Fondateur du mouvement
sioniste (prénom et nom). - 2.
Langue basque… des Basques.
Toujours à l’endroit. - 3. Machine à
percer des cartons. Céréales au
petit déjeuner. - 4. Chaud quart.
Fis parvenir à saturation. - 5.
Ancien Franc. Laissa un vide. - 6.
Élément négatif. A écrit les tribulations d’un Breton en Chine. - 7.
On y pose la Bible à l’église.
Touche énormément. - 8. Femme
de plumes.
1
2
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4834
HORIZONTALEMENT 1. Cocorico. - 2. Ouatiner. - 3. Panorama. - 4. Éon.
Aven. - 5. Nuée. ONG. - 6. Ha. Goûts. - 7. Armada. - 8. Goal. Bru. - 9. Uni.
Clôt. - 10. Serena. - 11. Isole. DN. - 12. Sincères.
VERTICALEMENT 1. Copenhaguois. - 2. Ouaouaron. Si. - 3. Canne.
Maison. - 4. Oto. Égal. élC. - 5. Rira. Od. Crée. - 6. Inavouable. - 7.
Cément. Ronde. - 8. Orangs-outans.
2
3
4
5
6
7
8
tent-ils » ces quartiers ? Qu’est-ce que
l’esprit d’un lieu ? Peut-on vivre partout
et nulle part ?
« Un substitut au voyage »
« Ici, c’est calme et paisible », explique
par exemple un habitant de la Cité du
Ciel, à Hanghzou, où l’on a reproduit une
partie des Champs-Élysées. L’homme se
présente comme le gardien d’une vraie
fausse tour Eiffel. Derrière lui et ce quartier, qui n’est ni tout à fait la France ni
tout à fait autre chose, des immeubles
contemporains de mauvaise facture, tous semblables. On comprend
dès lors que ce n’est pas
○○○¡
tant l’idée de Paris qui
BRIDGE
fait le succès de la Cité du Ciel, mais ses
constructions à taille humaine.
En 2001, à Shanghaï, on a construit un
quartier entier, Thames Town, en reprenant les codes de la ville anglaise de Bristol. Esthétiquement, c’est réussi. Là aussi,
on imagine que les petits immeubles en
pierre brune font la différence, à côté des
célèbres gratte-ciel de Shanghaï. « La
Chine est loin de tout, explique l’architecte
anglais à l’origine de cette réplique,
construite en 2001. Ce quartier est aussi un
substitut au voyage. » Dans la Cité du Ciel,
un appartement-témoin,
censé être typiquement
français, montre ainsi aux
petits Chinois l’usage de
la fourchette. ■
22.35
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
PROBLÈME DE DÉFENSE N° 2918 : Espoir raisonnable
R984
973
R72
RV3
N
3
O
E
S
Contrat : Sud joue 3 Carreaux.
7
A 10 6 5 2
V 4 3
6542
La séquence (Pers. vuln.) :
Sud Ouest Nord
Est
1 passe 1SA
2 passe 3
Entame : Roi de . Comment voyez-vous la suite ?
4
5
6
7
8
A
René Bousquet, alors secrétaire général de la police, et Pierre Laval accueillent
le maréchal Pétain à Clermont-Ferrand, le 20 août 1942.
Descendre les Champs-Élysées en Chine
LE BUZZ TV
HORIZONTALEMENT
1. Ne passe pas dans les salles
obscures. - 2. Presque neuf. Prit
une robe toute neuve. - 3. On y
pend les barons. Tranche de
baguette. - 4. Le Port-Salut à la
mode québécoise. Terrain plat
en altitude. - 5. Tout en fonte.
Fait mâle. - 6. Trois de la couronne
ou un centième. Étape pour une
croisière sur le Nil. - 7. Chef de
rayons, à double titre. Général en
Amérique, martial en Asie. - 8.
Sont en voie de digestion. - 9.
Heureux en amour. Frère adoptif.
- 10. Revenue au chaud. - 11. Supporter extrémiste. - 12. Produit
des étincelles.
ALBERT HARLINGUE / ROGER-VIOLLET
36
9
10
11
12
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2917 : À l’étroit
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : 9 de pour le 10 d’Est et votre Roi. Indice : vous savez que l’As de gît en Est.
Si vous commencez par tirer les dans le but de tenter ultérieurement l’impasse à ,
vous n’allez pas tarder à vous sentir à l’étroit. Bien vite, le défilé de votre longue va squeezer
votre main et l’échec de l’impasse à scellera votre chute.
Ne perdez pas le mince fil qui vous unit à (le 4) et jouez tout de suite vers la Dame.
Fait-elle la levée ? C’est le cas de figure le plus délicat. Toujours dans le but de ne pas vous
auto-écraser, laissez les intacts et appelez un petit V7
du mort. Vous pourrez ainsi réclamer deux , cinq et deux ,
D7
soit neuf plis.
A R D V 10
7643
Remarque : l’entame d’un doubleton contre 3 Sans-Atout est
A62
rarement bonne, sauf séquence explicite. Ici, l’entame à était R 10 8 3
N
R98
643
mortelle (mais Nord avait répété ses !) et celle à (pour l’As,
O E 985
7632
S
suivi d’une contre-attaque à ) compliquait sérieusement les 9 2
A V 10 8
affaires du déclarant.
D954
A V 10 5 2
4
RD5
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LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
mercredi 19 septembre 2018
37
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Emilie
Soleil : Lever 07h33 - Coucher 19h55 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient 20.00
Le 20h 20.35 Le 20h le mag 20.50
Nos chers voisins. Série.
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
19.00 La villa : la bataille des couples.
Téléréalité 19.55 Suburgatory
21.00 Joséphine, ange gardien
21.00
21.00
21.00
Série. Policière
Série. Policière
Documentaire. Historique
MATIN
17
Série. Comédie. Fra. 2001. Saison 5.
Avec Levitan Aurélien. La tête dans
les étoiles. Joséphine va découvrir les
dons exceptionnels jamais décelés
que possède le jeune Jérôme.
50
16
15
16
16
15
18
16
16
17
17
16
17
16
16
22.45 Joséphine, ange gardien. Série
0.40 Confessions intimes. Mag.
15
17
18
17
10
16
Esprits criminels
Alex Hugo
La police de Vichy
EU. Avec Matthew Gray Gubler,
Kirsten Vangsness, A.J. Cook, Paget
Brewster. 2 épisodes. Le cadavre
d’Andrew Hirota est retrouvé à côté
du symbole d’un dieu grec dessiné
avec son sang.
Fra. Saison 2. Avec Samuel Le Bihan,
Lionnel Astier, Jean-Marie Winling,
Caroline Baehr, Louise Szpindel. Les
amants du levant. Dans un refuge de
montagne, Alex découvre un couple
mort, ainsi qu’une lettre au pied du lit.
Fra. 2018. Réal. : David Korn-Brzoza.
1h35. Inédit. Ce film redonne vie aux
responsables politiques et administratifs de la police de Vichy grâce à
des images d’archives et à l’aide de
techniques modernes d’animation.
20.50 La grande librairie
22.40 Esprits criminels Série. Po-
22.40 Alex Hugo Série. Policière.
22.35 Ils ont libéré Paris Doc. His-
licière. La lame du châtiment 23.25
Blacklist. Série. 3 épisodes.
Celle qui pardonne - La mort ou la
belle vie 1.55 Présence protestante
torique 0.15 Soir/3 0.50 Des racines
et des ailes 2.50 Midi en France
22.25 C dans l’air. Magazine 23.30 C
à vous 0.25 C à vous, la suite. Mag.
17
18
19.00 C à vous. Magazine 20.00 C à
vous, la suite 20.20 Entrée libre
18
19
18
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22
20
Magazine. Littéraire. Prés. : François
Busnel. 1h30. Inédit. Invités : John
Irving, Janine Mossuz-Lavau, Nina
Bouraoui. John Irving notamment
est invité par François Busnel.
20
19
22
21
21
10
22
APRÈS-MIDI
23
50
24
23
18.30 L’info du vrai (C) 19.55 L’info
du vrai, le mag (C). Magazine 20.55
Catherine et Liliane (C)
19.00 Sur les toits des villes 19.45
Arte journal 20.05 28 minutes. Magazine 20.50 50 nuances de Grecs
18.35 La meilleure boulangerie de
France. Jeu 19.45 Le 19.45 20.25
Scènes de ménages. Série.
21.00
20.55
21.00
Film. Comédie dramatique
Film. Comédie dramatique
Divertissement
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19.00 Les vacances des Anges 3 : viva
España ! 19.55 The Big Bang Theory
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29
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28
25
20.55 Countdown
Film TV. Action. EU. 2016. Réal. : John
Stockwell. 1h30. Avec Nic Nemeth,
Glenn Jacobs, Katharine Isabelle.
Un déséquilibré kidnappe un jeune
garçon et menace de le tuer.
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10
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22.40 Sniper : Special Ops. Film TV
0.25 Ransom Games. Film TV.
30
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10
26
19.05 Custom Garage. Téléréalité.
Le camion de lait - Bubble Top.
Fra. 2017. Réal. : Teddy LussiModeste. 1h32. Inédit. Avec Roschdy
Zem, Tahar Rahim, Maïwenn. Brahim
est promis à un brillant avenir dans
l’univers du stand-up et son frère
Mourad est jaloux de lui.
La guerre est déclarée
Fra. 2010. Réal. : Valérie Donzelli.
1h40. Avec Valérie Donzelli, Jérémie
Elkaïm, César Desseix, Gabriel Elkaïm. Roméo et Juliette apprennent
que leur fils a un cancer. Unis, ils
déclarent la guerre à la maladie.
22.35 Profession... Magazine
22.35 Archi-faux, vraies villes
23.30 Babylon Berlin. Série 1.05
Happy End. Film. Drame.
et faux monuments Doc. Civilisation. 23.30 Mercuriales. Film. Drame.
Le meilleur pâtissier
Prés. : Julia Vignali. 2h25. Les ch’tis
gâteaux. Inédit. Le Nord est à l’honneur de cette semaine qui gratifie les
candidats de trois épreuves autour
des «ch’tis gâteaux», sous le haut
patronage de Dany Boon.
20.50 Retour à l’instinct
primaire
<-10 à 0
Téléréalité. 2h00. Inédit. Loury et Géraldine affrontent des températures
extrêmes et une faune dangereuse
dans la savane africaine.
22.50 Retour à l’instinct primaire.
Téléréalité.
23.25 Le meilleur pâtissier : à
vos fourneaux ! Divertissement
0.35 Incroyables gâteaux
19.20 Rénovation impossible. Téléréalité. Pour une bouchée de pain.
19.20 Quotidien, première partie
19.40 Quotidien. Talk-show.
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec David Salles.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Burger Quiz
21.00 Enquêtes criminelles
Jeu. Présentation : Alain Chabat.
2h45. Des candidats joyeusement
assistés par des personnalités
tentent de remporter un maximum
de «Miam».
Magazine. Société. Présentation :
Nathalie Renoux. 2h10. «Affaire
Sophie Lionnet : les dernières heures
de la jeune fille au pair» - «Affaire
Zawadski : les amants maudits».
21.00 Blanche Gardin :
«Je parle toute seule»
23.45 90’ enquêtes. Magazine.
Présentation : Tatiana Silva.
23.10 Enquêtes criminelles. Magazine. Présentation : Nathalie Renoux.
SU DO KU
Spectacle. One-woman show. 1h55.
Inédit. Blanche Gardin signe la suite
d’«Il faut que je vous parle !», son
premier spectacle.
GRILLE 2668 MOYEN
5 2 1
3
6
8 9 6
4
1
3 5 7
4
3
5
8 9 6
1
9
8
SOLUTION DU N° 2667
7
5
9
8
4
2
3
6
1
15/29
16/32
RELATIF À
UNE SUITE
DE JOURS
TYPE
CAPITAUX
ELLE
BRIDE
LE CHEVAL
3
5
8
7
1
2
4
9
3
6
9
1
6
7
3
8
4
2
5
9
3
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
GRAPPILLE
SAC
BRETON
BLÉ OU
TRÈFLE
L’HOMME
DU CŒUR
présente
BARBICHETTE
DE
NAPOLÉON III
NON
DE JADIS
GALETTE
MUSICALE
8
6
5
4
9
1
2
7
3
3
9
1
2
7
5
6
4
8
ID EST
EN
ABRÉGÉ
QUERELLE
TANGIBLE
COSTUME
DE DANSE
ELLE
EMPLIT
LA BOÎTE
ENTIER
MESURE
DES
CAPACITÉS
VIEIL
AUROCHS
DANS LES
GÈNES
PRÉFIXE
SYMBOLE
CHIMIQUE
DE
L’ARGON
CAPONE
POUR LES
INTIMES
GOURDE
EN PEAU
PETIT
CARRÉ
FAÇON
D’ÊTRE
UNITÉ
D’ANGLE
STATION
SUR LES
ONDES
IRANIEN
NOUVEAU
Exceptions de la
langue française :
certains Belges les
détestent, mais nous,
on les adore !
PRÉNOM
NUIRE
DISPOSITIF
DE PRODUCTION
20/28
2,99 €/appel
LASSITUDE
ÉLU
NORMAND
3 4 7
7
2
4 5 9
2
7
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5
9
RECOUVRIR
D’UN
ALLIAGE
DIEU
ROMAIN
RÈGLE
À DESSIN
15/26
20/30
PASSABLES
4
5 2
7
8 1
4
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8
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17/24
10/19
10/22
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
DOMINATION
FRAPPÉE
AU CŒUR
10/17
11/18
16/19
20/29
21/27
19/28
18/29
18/28
17/27
26/33
SAMEDI
16/21
FORCE 2
TERRE
PARTIELLEMENT
INONDÉE
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
15/17
12/18
17/28
17/20
22.30 Storage Wars : enchères surprises. Téléréalité.
22.55 Gaspard Proust tapine. Spectacle 0.50 Langue de bois s’abstenir
FAIS DE
L’EFFET
6
4
3
9
1
7
5
8
2
Téléréalité. 1h30. Aux États-Unis,
le contenu des garde-meubles est
vendu aux enchères quand leur
loyer est impayé.
15/24
19/30
17/24
13/15
23/31
22/31
VENDREDI
13/26
21.00 Storage Wars :
enchères surprises
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
JEUDI
MOTS FLÉCHÉS N°2079
Chaque jour un peu plus difficile
1
2
8
5
6
3
7
9
4
27/31
21/25
15/27
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BARCELONE
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COPENHAGUE
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CONTREDIS
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CHOSE-LÀ
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LA NUIT
DÉCORS
RÉSERVÉS
AUX
CHÂTEAUX
UNE FILLE
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FAMILLE
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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mercredi 19 septembre 2018 LE FIGARO
38
Samuel Benchetrit,
le flâneur rêveur
Armelle Héliot
aheliot@lefigaro.fr
l échappe. Il a toujours été ainsi. Une
présence très douce, une élégance de
tout l’être. Un mystère. Samuel Benchetrit est bien plus qu’un beau ténébreux,
un homme plein de charme oublieux de
l’impression qui s’impose devant ce physique impeccable de jeune premier fait
pour les rôles romanesques. Cette silhouette déliée, ce visage aux traits fins, ce regard
profond, cette voix aux inflexions moirées. Ces
temps-ci, il se balade avec une casquette sur le
crâne, singulier et insaisissable, pudique.
On le retrouve en ce début septembre pour un
nouveau roman très remarqué qu’Olivier Nora,
son patron, son ami chez Grasset, l’a convaincu
d’écrire. Reviens cristallise tout ce qui fait l’originalité puissante de Samuel Benchetrit. Une fantaisie pleine d’alacrité tressée d’une gravité, sinon
d’un désespoir, qui sont sa marque. Son sceau.
Le personnage qui parle est un écrivain un peu
en panne. Son fils est parti faire le tour du monde,
laissant ce père anxieux dans un désarroi certain.
Mais voici une éclaircie : un producteur, séduit
par le propos de son dernier livre, lui en demande
un exemplaire car il envisage de l’adapter au cinéma. Sauf que, dans le désordre de sa vie, il n’en
a pas conservé un seul. L’ouvrage a été pilonné. Il
faut qu’il retrouve ce bouquin… Commence alors
une quête aussi drolatique qu’angoissante, aussi
I
EUGÉNIE RAGOT/LE FIGARO
SUCCÈS Il y a en lui autant de gravité que d’espièglerie,
ainsi qu’en témoigne son nouveau roman, « Reviens ».
sente. « J’ai toujours eu un carnet avec moi. Je note
des phrases. Des idées. Des bribes de scènes. J’y
pense comme on rêve. »
S’il a un grand sens de la responsabilité, un sérieux sans faiblesse, une dignité face au drame
qu’il a traversé il y a quinze ans, à la mort de Marie Trintignant, il a conservé on ne
sait quoi de gamin qui égare et parfois exaspère ceux qui le considèrent
d’un regard supérieur. Mais il est
ainsi. L’adolescent de Champignysur-Marne n’est jamais très loin. Il a
aimé ce temps de camaraderie, ce fils
1973
unique choyé par ses parents.
Naissance
Père, il n’est pas comme le héros
à Champigny-sur-Marne
de son livre, mais il a aimé regarder
(Val-de-Marne).
grandir Jules et ses frères, et Saül.
1998
« Dès qu’ils sont scolarisés, les enNaissance de Jules,
fants ont leur vie privée. On leur dedernier fils
mande “ça a été, à l’école ?” et ils réde Marie Trintignant.
pondent par un “ouais, ouais”,
2005
histoire de ne surtout rien dévoiler… »
Parution des Chroniques
Si, comme il le dit, Reviens n’est pas
de l’asphalte (Grasset).
un
journal intime, on peut aperce2005
voir des sentiments partagés entre
Pièce Moins deux avec
son narrateur et lui. Il le glisse en
Jean-Louis Trintignant.
passant : « Dès qu’il a des sous, Jules
2007
se barre. Part en voyage », un peu
Naissance de Saül,
comme le fils du livre, arpenteur au
fille d’Anna Mouglalis.
long cours qui change sans cesse de
2015
fuseau horaire. Mais pas vraiment
Sortie au cinéma
d’horizon : un bon garçon qui rassud’Asphalte, puis en 2017,
re son père, régulièrement.
de Chien.
Ce père immature qui vit dans un
2018
monde où Pline l’Ancien et les caParution de Reviens
nards sont des compagnons fré(Grasset).
cocasse que cruelle, parfois. C’est du Benchetrit
pur. « Je l’ai écrit très heureux », confie-t-il. Avec
ce ton, ce sens de la phrase, des liaisons, des sautes d’humeur et d’humour qui font de Reviens un
livre que même certains des critiques du « Masque et la Plume » ont salué. « Mais pourquoi fautil que l’on commence toujours par
raconter ma vie ? », se demande
l’écrivain.
Formation d’autodidacte
Il a fait depuis longtemps ses preuves, pourtant. Auteur éloquent de
Récit d’un branleur dès 2000. Dramaturge loué de Comédie sur un
quai de gare dès 2001. Écrivain remarqué des premières Chroniques
de l’asphalte dès 2005, suivies de
deux volumes et d’un film en 2015.
Acteur, scénariste reconnu pour le
merveilleux film J’ai toujours rêvé
d’être un gangster, avec ses interprètes exceptionnels et ses scènes
d’anthologie. Le prix Lumière et un
prix au Festival de Sundance. Ce
n’est pas rien, tout de même.
Réalisateur, metteur en scène,
photographe de talent à ses heures,
puisque ce fut l’art de sa formation
d’autodidacte et de très jeune travailleur. Que faut-il donc de plus ?
En France, il est vrai, on n’aime
pas que les artistes aient plusieurs
cordes à leur arc. Lui est tout entier
dans ces variations. L’image
d’abord, puis l’écriture, omnipré-
Bio
EXPRESS
quentables. « Il ne manquerait plus que ce soit sérieux », jette dans un grand sourire Samuel
Benchetrit. Parfois des idées baroques le traversent. Des fantasmes, des utopies. « Le matin, lorsque je vois les gens dans le métro qui se rendent à
leur boulot, j’ai envie de leur dire : “Racontez-vous
vos rêves…” Cela changerait tout, non ?” »
Chansons pour Vanessa Paradis
Le film Chien, avec Vincent Macaigne et Vanessa
Paradis est sorti en mars dernier. Reviens est en librairies et voici que, sur les ondes, depuis dix
jours, on entend une très jolie chanson choisie par
Vanessa Paradis dans son nouveau disque. Elle est
signée Samuel Benchetrit. Il a composé la musique
de quatre des titres, sur des textes de lui et deux
encore qu’il a simplement écrits sur des musiques
de Vanessa. Accord parfait. « Ça a été merveilleux,
je n’ai jamais autant aimé travailler sur le projet de
quelqu’un d’autre. Avec la chance de faire de la
musique, moi qui la cherche toujours dans l’écriture
ou le cinéma. »
Elle sera bien sûr dans son prochain film, Cette
musique ne joue pour personne. À l’affiche entre
autres, François Damiens, Ramzy, Joey starr,
Bouli Lanners, Gustave Kervern, Béatrice Dalle,
Jules Benchetrit… Une bande dont la vie change
par l’art, le théâtre. « C’est une comédie qui parle
du poème que chacun porte en soi. J’espère tourner
ce film autour de juin prochain, si je trouve les financements, ce qui est toujours très difficile pour
moi. »
Puis, en 2020, aura sans doute lieu la création
d’une nouvelle pièce de théâtre, qu’il est en train
de terminer. Une pièce à trois personnages dans
l’esprit des précédentes. Décalé. ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Reconquête [re-kon-kè-t’] n. f.
Action de soumettre un problème.
érard Collomb a lancé les quartiers de reconquête républicaine.
Le mot vient du latin querere, qui signifie chercher, et qui a donné quête,
conquête (chercher à prendre) et reconquête.
C’est un mot difficile, ne serait-ce que par sa conjugaison : je reconquérais (imparfait)
et je reconquerrais (futur). Je conquiers (présent) et je conquis (passé simple).
Pas facile dans ces conditions de faire la conquête des élèves.
Le mot peut avoir une connotation franchement belliqueuse. Nos voisins espagnols
parlent de conquistadors et de reconquista pour une période particulièrement
guerrière de leur histoire : ce fut une reconquête sans quartier.
On voudrait donc s’enquérir auprès du ministère de l’Intérieur et requérir
une précision sur ce que recouvre cette expression.
Est-ce seulement une reconquête de l’espace ?
Car heureusement le mot possède une acception plus pacifique, sentimentale même.
Si on peut multiplier les conquêtes, même dans les quartiers, on peut aussi reconquérir
les cœurs. ■
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FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Rachida Dati fait son bilan
Comme tous les ans, la députée européenne LR publie un état
de ses actions au Parlement de Strasbourg. Ces derniers mois,
elle a obtenu le traçage des individus radicalisés,
la responsabilité pénale des géants du Net en cas de nonsuppression de contenus à caractère terroriste et le traçage
des circuits de financements du terrorisme. L’ancienne garde
des Sceaux est aussi parvenue à imposer le conditionnement de l’aide européenne
au développement au respect des accords de réadmission par les pays tiers.
Elle a enfin travaillé sans relâche sur la création d’un parquet européen.
Le Grand Nord russe
fait salon à Paris
Durant trois jours, plus de 60 auteurs
et 20 éditeurs feront vibrer la culture
du Grand Nord russe à Paris.
Auteurs, géographes et aventuriers
feront toucher du doigt la surface
des glaciers ou celle des toundras
prises dans la neige. Les cultures
ancestrales des Nenets, Komis,
Taimyr, Evenes, Iakoutes,
Tchouktches, Koriaks seront
à l’honneur. Enfin, cette quatrième
édition célébrera le 200e anniversaire
de la naissance d’Ivan Tourgueniev
et le 100e anniversaire de celle
d’Alexandre Soljenitsyne.
Du 5 au 7 octobre, au Centre culturel
et spirituel orthodoxe russe.
Gourault prépare
le terrain alsacien avant
la visite de Macron
Après de multiples rencontres
avec les élus alsaciens, la ministre
rattachée au ministère de l’Intérieur
incite les élus du Haut-Rhin
et du Bas-Rhin à s’entendre pour
envisager une fusion des deux
départements. L’objectif est d’acter
une solution avant le déplacement
du président, annoncé pour
novembre. L’État plaide pour
la création d’une collectivité à statut
particulier comme celui de la Corse,
un territoire où Jacqueline Gourault
a déjà passé beaucoup de temps
sans parvenir à convaincre
pleinement l’exécutif corse.
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
G
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