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Le Figaro - 20 08 2018

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lundi 20 août 2018 LE FIGARO - N° 23 022 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
L’ŒUVRE UNIQUE
LE PALAIS
EXTRAVAGANT DU
FACTEUR CHEVAL
L’ÉTÉ
DU
FIGARO
PAGE 20
KOFI ANNAN
UNE VIE AU SERVICE
DES NATIONS UNIES
PAGE 5
Rentrée politique :
le grand malaise des partis
ESPRIT ES-TU LÀ ?
BERLIOZ
ET LES
FANTÔMES
DU DAUPHINÉ
PAGE 18
LA MODE PASSE
À TABLE
SIMON PORTE
JACQUEMUS :
TOUTES LES
SAVEURS DE
LA PROVENCE
Désargentées, en proie à un exode de leurs militants, les formations politiques préparent
sans passion leurs universités d’été et ont bien du mal à trouver un nouveau souffle.
Un an après l’élection inattendue d’Emmanuel Macron, les partis politiques
sont toujours sous le choc.
Étouffés à l’Assemblée nationale par une majorité plé-
PAGE 14
JEUX D’ÉTÉ PAGE 17
VENEZUELA
thorique d’élus de La République en marche, désargentés, délaissés par une
partie de leurs militants, ils
abordent la rentrée dans un
climat de grande morosité. À
la veille de l’ouverture sans
enthousiasme de leurs universités d’été, les formations
politiques ne savent pas
comment séduire à nouveau
des Français qui leur tour-
nent le dos. Le PS s’est effondré, Les Républicains ne
parviennent pas à retrouver
leur unité et le Rassemblement national craint le dépôt
de bilan faute de ressources
è LA RÉPUBLIQUE EN MARCHE N’A PAS ENCORE TROUVÉ SES MARQUES è LES RÉPUBLICAINS MINÉS PAR LES RIVALITÉS
è RENTRÉE MOROSE AU PS, À L’OMBRE DE MÉLENCHON è UN RASSEMBLEMENT NATIONAL SANS LE SOU PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
Règlement
de comptes
entre
Trump et
les anciens
de la CIA
Huit ans après son sauvetage,
la Grèce libérée de sa tutelle financière
SAHEL
La reddition d’un
chef d’Aqmi affaiblit
les djihadistes PAGE 7
GUERRE
D’ALGÉRIE
Des pistes pour
mieux reconnaître
le sort des harkis
PAGE 9
MÉDIAS
Audiovisuel public,
presse, vidéo : la
rentrée chargée
de Françoise
Nyssen PAGE 24
CHAMPS
LIBRES
Les tribunes de
Pierre Vermeren
et d’Éric Gross
n
PAGE 19
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de samedi :
Êtes-vous rassuré par
la présence de caméras
de vidéosurveillance
en ville ?
OUI
70 %
NON
30 %
M 00108 - 820 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@s@c@a@k";
TOTAL DE VOTANTS : 36 465
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Seriez-vous prêt à vous
engager pour un parti
politique ?
STEPHANE COMPOINT / BUREAU233
- RENAUD KHANH/ABACA
YK/YK - STOCK.ADOBE.COM
THÉÂTRE
Secourue par l’Europe et le FMI moyennant trois prêts d’un montant total de 386 milliards d’euros, la Grèce retrouve ce lundi
sa souveraineté budgétaire. Redressée après des années de réformes et d’austérité, son économie reste fragile. PAGES 22 ET 23
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
P
L’hiver partisan
lus d’argent dans les caisses, plus
de militants dans les rangs, plus de
projets rassembleurs. Cette image,
à peine caricaturale, est celle que
donnent les partis politiques plus
d’un an après l’élection d’Emmanuel
Macron. Alors que s’ouvre la période des
universités d’été, rendez-vous d’ordinaire
propices à l’affirmation d’un cap et à l’affichage d’une unité, chacun a décidé cette fois
de faire profil bas. Partout, les rivalités sont
intenses et les doutes, profonds. C’est l’hiver
partisan.
Le Rassemblement national, qui a perdu
52 000 adhérents ces derniers mois, se retrouvera à Fréjus sans tambour ni trompettes. Chez Les Républicains, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse et Bruno Retailleau
seront en mode « chacun pour soi ». Le PS se
réunira en catimini à La Rochelle, avec François Hollande et son livre miraculé en invité
surprise à défaut d’être bienvenu. Quant à
La France insoumise, elle tentera à Marseille
de se remettre de ses échecs successifs à mobiliser les Français par millions ; Jean-Luc
Mélenchon n’a pas encore trouvé le juste ton.
Le président de la République pourrait
s’amuser de ce morne spectacle livré par cet
« ancien monde » qu’il a contribué à détruire
ou ringardiser. Il aurait tort. D’abord parce
que La République en marche, sa formation,
n’attire pas plus la sympathie. L’affaire
Benalla l’a montré, il ne peut compter sur son
soutien car elle n’a ni capitaine reconnu ni
troupes convaincues. Ensuite parce que les élections à venir – européennes en 2019 et municipales
en 2010 – pourraient mettre fin à certaines illusions
sur le « nouveau monde ».
Si les partis sont malades,
les militants fatigués des
mots d’ordre sans contenu
et de leurs chefs sans relief,
les électeurs, eux, n’ont pas disparu. Avec
leurs idées, leur lecture de l’actualité, leurs
difficultés quotidiennes. Fiscalité, insécurité,
fiscalité, immigration, justice sociale, retraites… C’est en fonction des résultats obtenus
sur tous ces sujets brûlants qu’ils se détermineront. Peu leur importe que la vie partisane
se transforme, leurs motifs d’inquiétude,
eux, n’ont pas changé. ■
Les partis
sont
malades,
mais les
électeurs
n’ont pas
disparu
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ISSN 0182.5852
À la faveur de la guerre
ouverte entre Donald Trump
et le monde de l’espionnage
américain, les deux camps
font resurgir le spectre du
maccarthysme des années
1950. La nouvelle chasse aux
sorcières met en scène un
président des États-Unis
accusé
d’« autoritarisme »,
contre ce qu’il désigne comme un « État profond », cette
bureaucratie rétive à sa politique. PAGE 6
ANDRÉ RENAULT, BULTEX, DUNLOPILLO, DUVIVIER, EPÉDA, MÉRINOS,
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A
Les Vénézuéliens
affolés par
les réformes
de Maduro PAGE 6
Changements
en série cet été
à la tête des salles
privées PAGE 13
financières. Ébranlé par
l’affaire Benalla, le parti du
président lui-même connaît
ses premières crispations et
ne trouve pas sa vitesse de
croisière.
lundi 20 août 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
«
Nous avons perdu de nombreux
adhérents après la défaite,
mais depuis l’élection
de Laurent Wauquiez les gens
reviennent
»
LR
VIRGINIE DUBY-MULLER, RESPONSABLE DES FÉDÉRATIONS CHEZ LR
«
Beaucoup de gens s’engagent
au moment du scrutin
puis prennent leurs distances
J.-CH. MARMARA/LE FIGARO
2
»
MANUEL BOMPARD, ANCIEN DIRECTEUR DE CAMPAGNE
DE JEAN-LUC MÉLENCHON
Un an après l’élection de Macron, la re
Désargentées, en proie à un exode de leurs militants, les formations politiques se heurtent aux difficultés
ELISA CENTIS £@CentisElisa
ET EMMANUEL GALIERO £@EGaliero
UNE ANNÉE NOIRE pour les partis
politiques traditionnels. Éreintés
par l’élection imprévisible d’Emmanuel Macron, étouffés par une
majorité reposant sur l’apparition
de La République en marche comme nouvelle force politique, les
mouvements historiques ont vécu
cette première année du quinquennat comme un traumatisme. Le
Parti socialiste s’est effondré, Les
Républicains ont eu peur de disparaître et le Front national craint le
dépôt de bilan faute de ressources
financières. Quant au jeune parti du
président, il a du mal à exister et a
été sévèrement secoué au cœur de
l’été par l’affaire Benalla. Le doute
s’est installé partout obligeant les
anciennes familles politiques à se
repenser intégralement et à garder
un œil extrêmement vigilant sur
leur porte-monnaie. D’ailleurs, les
budgets en baisse consacrés à leur
université d’été bien moins florissante que par le passé révèlent une
période de disette.
Tous ont souhaité que cette année
soit celle d’un nouveau départ. Les
Républicains ont achevé leurs
« ateliers de la refondation » en décembre avec l’élection d’un nouveau chef, Laurent Wauquiez. Les
socialistes se sont également mis à
pied d’œuvre. Ils ont lancé les
« chantiers de la renaissance », en
juin, suite à l’élection, en mars, de
leur nouveau secrétaire général
Olivier Faure. Au sein de la formation lepéniste, cette reconstruction
s’est traduite par un nouveau nom :
le Rassemblement national.
Tous avaient perçu l’urgence de
se réformer en découvrant leurs
rangs clairsemés. « Beaucoup de
gens s’engagent au moment du scrutin puis prennent leurs distances »,
relève Manuel Bompard, ancien directeur de campagne de Jean-Luc
Mélenchon. Le FN a perdu 52 000
adhérents depuis avril 2017. Quant
au PS, on compte 60 000 adhérents
à jour de cotisation alors qu’ils
étaient plus de 100 000 sous le
mandat Hollande. « Il faut reconstruire le parti sur des bases locales, à
La principale
« question
adressée à ces
partis, par
l’opinion et
leurs militants,
est celle de
leur utilité
»
BERNARD SANANÈS,
PRÉSIDENT D’ELABE
A
Les LR minés par les rivalités
SONNÉE par son absence historique
au second tour de la présidentielle,
la droite républicaine s’est retrouvée sans boussole et sans chef. Bernard Accoyer, secrétaire général
des Républicains, et son successeur,
Laurent Wauquiez, élu à la tête d’un
parti moribond, n’ont pas caché
leur crainte de voir disparaître leur
famille politique. Pour reconstruire
un parti en lambeaux, la nouvelle
direction s’est appuyée sur des ateliers de la refondation et une nouvelle équipe dirigeante appelée à
réarmer le mouvement, sur les
plans structurel et idéologique. Le
mouvement a également décidé de
vendre son siège pour se restaurer
financièrement.
Si Laurent Wauquiez a été élu
président haut la main par 74,64 %
des voix, il n’est pas pour autant
sorti des difficultés. Face à lui, l’urgence de la reconstruction n’est pas
la seule priorité. Il est également
confronté à un patchwork d’indivi-
dualités perturbant son message
d’unité. Comme il l’a fait à Menton
en se mobilisant sur la question
européenne, le parti tente d’afficher le rassemblement sur des thèmes essentiels mais il peine à faire
taire les divergences.
Une kyrielle de clubs
Au-delà des Constructifs qui avaient
semé le trouble dans le socle électoral de la droite, Les Républicains
doivent aussi composer en interne
avec une kyrielle de clubs portés par
des personnalités politiques différentes : le président du groupe LR au
Sénat Bruno Retailleau (Force républicaine), la présidente de la région
Île-de-France Valérie Pécresse (Libres !), le président des Hauts-deFrance Xavier Bertrand (La Manufacture !), le maire de Nice Christian
Estrosi (La France audacieuse), le
député du Pas-de-Calais Daniel
Fasquelle (Sauvons la droite), le député européen Philippe Juvin (Les
Nouveaux républicains) ou encore le
député du Loir-et-Cher Guillaume
Peltier (Les Populaires). Pour contenir les courants, le président Laurent Wauquiez a confié à Jean Leonetti le soin d’animer un « conseil
des sensibilités ». Le maire d’Antibes, figure centriste et désormais
numéro 2 des Républicains, s’est attelé à la tâche en mettant néanmoins
les troupes en garde face aux dangers des « querelles de personnes »,
notamment pour un parti déjà affaibli par ses dispersions. Leonetti est
aussi le premier à rappeler l’histoire
de la droite. Pour lui, cette famille
politique s’est toujours construite
avec ses nuances gaullistes, libérales, démocrates-chrétiennes voire
radicales. D’autres élus croient au
contraire que la droite abrite des visions inconciliables. Comment Les
Républicains parviendront-ils à héberger leurs différences sous un
même toit ? C’est sans doute leur
plus grand défi. ■
E. G.
partir des fédérations et des sections.
Le centralisme de Solferino a
échoué » préconise Pierre Jouvet,
secrétaire national en charge de la
restructuration du PS.
Côté Républicains, il faudra attendre la fin de l’année pour mesurer l’évolution des adhésions.
« Nous avons perdu de nombreux adhérents après la défaite, mais depuis
l’élection de Laurent Wauquiez les
gens reviennent », assure avec optimisme Virginie Duby-Muller, responsable des fédérations chez LR.
Au lendemain de la présidentielle, les partis battus sont toujours
confrontés à la déception des militants, à la fuite des adhérents et aux
affres des recompositions internes
douloureuses. Mais au-delà des
problèmes inévitables, les partis
traditionnels devenus caducs ont
également été bousculés par une
modernisation accélérée des pratiques politiques. L’élection de Macron a écrasé la concurrence parce
qu’elle s’est illustrée comme le
symbole d’un rajeunissement de la
vie politique et d’une nouvelle manière de conquérir le pouvoir, au
point de nourrir le débat sur la mort
du clivage droite-gauche.
« La principale question adressée à
ces partis, par l’opinion et leurs militants, est celle de leur utilité. La nature de l’engagement a également
changé. On est passé de l’engagement timbre à l’engagement Postit », souligne Bernard Sananès, en
citant le sociologue Jacques Ion.
Rentrée morose au PS, à l’om
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
Comment
« Les
Républicains
parviendront
-ils
à héberger
leurs
différences
sous un
même toit ?
»
RUE DE SOLFERINO, il est l’heure
de faire les cartons. Le siège historique du Parti socialiste s’apprête
à être vidé au profit de locaux plus
modestes, à Ivry-sur-Seine.
L’inauguration est prévue le
21 septembre prochain, mais Le
Journal du dimanche indique que
les travaux du nouveau bâtiment
ont pris du retard…
Ce déménagement forcé est le
symbole le plus criant de la décrépitude du PS. Quand bien même la
politique du président de la République est étiquetée de droite, les
socialistes n’ont pas su en profiter.
De fait, l’ambiance est morose.
Cette année, pas d’université
d’été. Si ce n’est le rassemblement
de la FNESR, la Fédération des
élus socialistes qui se retrouvera à
La Rochelle de jeudi à samedi.
« Nous ne sommes pas actuellement en état de marche pour organiser une université d’été », concède le député Joaquim Pueyo. Un
ancien ministre espère toutefois
que « quelques militants viendront ». François Hollande pourrait y faire une apparition surprise, pour mieux parasiter la rentrée
du nouveau premier secrétaire,
Olivier Faure. On sera loin, quoi
qu’il en soit, des heures glorieuses
du PS où éléphants et caméras se
poussaient du col sur les quais du
port charentais.
D’autant plus que la bérézina
n’a pas ressoudé les troupes, au
contraire. Entre Olivier Faure et
ses anciens rivaux au congrès PS,
les rapports sont polaires. Stéphane Le Foll (lire page 4) admet avoir
« des désaccords » avec lui, le député Luc Carvounas va lancer son
club. Plus que jamais circule l’idée
d’un départ d’Emmanuel Maurel l’aile gauche du PS - vers La Fran-
LE FIGARO
lundi 20 août 2018
L'ÉVÉNEMENT
Il faut reconstruire le parti
sur des bases locales, à partir
des fédérations et des sections.
Le centralisme de Solferino a échoué
»
PS
PIERRE JOUVET, SECRÉTAIRE NATIONAL EN CHARGE
DE LA RESTRUCTURATION DU PS
«
On ne fait sûrement pas tout bien,
mais quand je regarde les autres
partis, je me dis qu’on n’est pas
si mauvais que ça
J.-CH. MARMARA/LE FIGARO
«
3
»
CHRISTOPHE CASTANER, DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL
DE LA RÉPUBLIQUE EN MARCHE
n’a pas encore
ntrée en berne des partis LaREM
trouvé ses marques
d’une vaste et indispensable reconstruction.
teurs ? Ceux-ci étaient déjà lassés
par les difficultés économiques, les
affaires, la déconnexion des élus et
une incapacité à trouver des réponses face aux réalités pressantes
du pays.
« La défiance s’obstine »
La progression des partis contestataires ou hors système n’est pas un
phénomène uniquement français.
Certains analystes ont pointé cette
tendance un peu partout en Europe.
En janvier 2018, dans son baromètre mensuel de la confiance politique intitulé « la défiance s’obstine »,
le Cevipof avait noté une progression à 69 % du nombre de personnes n’ayant confiance « ni dans la
droite ni dans la gauche pour gou-
verner le pays ». Aussi, pour 71 %
des sondés, le personnel politique y
était jugé « plutôt corrompu ».
Pour ces formations politiques en
phase de reconstruction, les défis
sont nombreux. Sans le dire, toutes
parient sur l’échec d’Emmanuel
Macron pour se refaire une santé.
Elles consolident leurs ancrages locaux en espérant être prêtes pour
les prochaines échéances électorales, européennes puis municipales.
Mais les partis traditionnels comprennent aussi que la politique n’est
pas qu’une question de vases communicants. S’ils veulent avoir une
chance de retrouver des électeurs,
ils se savent condamnés au changement. Sans ignorer, sans doute, que
leur survie en dépend. ■
De gauche à droite :
Laurent Wauquiez,
lors du conseil national
des Républicains,
le 30 Juin à Menton.
Olivier Faure, en mars,
au siège du PS.
Marine Le Pen, fin juillet,
à Paris. FREDERIC DIDES/
SIPA ; JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO ;
GERARD JULIEN/AFP
C’EST UN CHANGEMENT de ton
qui est loin d’être anodin. Pour la
première fois depuis qu’il a été intronisé délégué général de La République en marche (LaREM), en
novembre, Christophe Castaner
est la cible de critiques dans son
propre camp. D’habitude adulé,
« Casta » a, selon plusieurs témoignages de Marcheurs, déçu
une partie de ses troupes au moment de l’affaire Benalla. « Il
n’aurait pas dû être à l’Assemblée
nationale », regrette un parlementaire macroniste. « Il n’a pas
su gérer la crise », maugréé un
autre. L’épisode a délié les langues, si bien que certains Marcheurs vont jusqu’à s’interroger
sur sa gestion du mouvement.
« On a tout pour que ça fonctionne,
constate une députée LaREM. De
l’argent, un chef, des parlementaires, des échéances électorales à organiser. Et pourtant, on a l’impression que ça ne tourne pas. »
Les parlementaires sont les plus
sévères à l’égard du mouvement.
Ils sont nombreux à faire part,
“
Il ne faut pas de
doctrine, le macronisme
est une méthode,
pas une idéologie !
”
BRUNO BONNELL, DÉPUTÉ LAREM DU RHÔNE
sous couvert d’anonymat, de leurs
difficultés dans leur circonscription, de relations tendues avec les
comités locaux. « Quand je vais en
province, dans certains comités,
c’est Beyrouth », s’émeut l’un
d’eux. En cause : des inimitiés et
des rancœurs tenaces entre individus, alimentées par des ambitions individuelles. « On est arrivé
au bout du système d’une personne
représente une voix. Car dès qu’une
décision est prise, elle est forcément
contestée », souffle un député.
Pour certains, les « projets citoyens » sont à l’opposé de ce que
doit proposer le mouvement.
« Pour aider les enfants à faire
leurs devoirs, il y a des associations. Assumons d’être un parti politique et lançons des campagnes,
des tracts », s’impatiente-t-on.
« Tout le monde voudrait que ce
soit plus organisé, mais les défauts
de jeunesse sont normaux », tempère Bruno Bonnell, député LaREM du Rhône. « Il y a des avancées, avec la création d’une école de
bre de Mélenchon
ce insoumise à l’occasion des
élections européennes.
La préparation de cette élection
s’avère compliquée pour la direction du PS. Sollicité pour être tête
de liste, le Belge Paul Magnette a
décliné. Et ce n’est pas le premier… Christiane Taubira, Ségolène Royal ont elles aussi dit niet.
Le PS « n’a pas la capacité d’attraction qu’il devrait avoir »,
s’étonne dans Le Point JeanChristophe Cambadélis quand il
compare le nombre d’élus socialistes à ceux estampillés La France
insoumise. À gauche, c’est bel et
bien le mouvement de Jean-Luc
Mélenchon qui a le vent en poupe,
malgré l’échec des mouvements
sociaux.
De jeudi à dimanche, la gauche
radicale fera sa rentrée à Marseille. Jean-Luc Mélenchon y a
convié des députés d’opposition
de tous bords. Des socialistes, des
écologistes, des communistes et
même deux députés des Républicains. Officiellement pour participer à des débats thématiques.
Mais LFI veut surtout se présenter
comme le point de convergence
des oppositions et transformer
Marseille - la ville d’élection de
Jean-Luc Mélenchon - en capitale
anti-Macron. ■
formation, la structuration locale.
On voudrait toujours que ce soit
plus rapide, mais ça ne recule
pas », relativise de son côté Laurent Saint-Martin, député LaREM
du Val-de-Marne.
Christophe Castaner ne s’arrête
pas aux critiques. « On ne fait sûrement pas tout bien, mais quand je
regarde les autres partis, je me dis
qu’on n’est pas si mauvais que ça,
répond le délégué général. Qui
peut aujourd’hui réaliser ce que
nous avons fait avec la Grande
marche pour l’Europe : cinq semaines, 40 000 personnes mobilisées,
5 000 événements dans 3 500 communes, 230 000 portes frappées ? »
À la rentrée, le mouvement prépare sa « démultiplication », avec
1 000 événements organisés simultanément, le dernier weekend de septembre. Une façon de
tenter de remobiliser les militants,
même si certains auraient préféré
se retrouver à l’occasion d’une
université d’été. Au QG, « certains
outils doivent monter en puissance », admet Castaner, qui cite le
pôle Europe. De nombreux permanents du mouvement seront
renouvelés à la rentrée. Selon une
source interne, « au moins douze »
ruptures conventionnelles ont été
signées, car certains responsables
ne donnaient pas satisfaction.
« Certains stagiaires de la campagne s’étaient retrouvés conseillers
politiques, il fallait renforcer les
équipes », souligne une députée
qui suit le dossier de près. « On est
en train de nettoyer les écuries
d’Augias », illustre un autre.
L’équipe de communication,
après le départ d’Anne Descamps,
va évoluer. À la tête du « pôle politique », un ancien socialiste,
Maxance Barré, un proche de la
« bande de Poitiers », a été recruté avant l’été. Au pôle idées, c’est
Léo Roesch, un ancien de la direction générale du Trésor, diplômé
de l’École normale supérieure, qui
devra plancher sur une définition
du macronisme. Une mission hautement sensible tant les lignes politiques sont diverses au sein de la
majorité. « Il ne faut pas de doctrine, le macronisme est une méthode,
pas une idéologie ! », prévient déjà
le député Bruno Bonnell.
En plus d’une ligne politique, le
mouvement est aussi en quête
d’un nouveau QG. Un déménagement, un temps évoqué, ne semble plus faire partie des priorités.
Le local repéré à Montrouge
(Hauts-de-Seine) ne faisait pas
l’unanimité. ■
Un Rassemblement national sans le sou
JOSÉPHINE GRUWÉ-COURT
£@josephineejc
Jean-Luc Mélenchon
en juillet, à Madrid,
lors d’un meeting
du parti espagnol
Podemos.
ANTONIO NAVIA
LE MODE « SURVIE » est activé au
Rassemblement national (RN, exFN). Le parti d’extrême droite saura le 26 septembre si la justice saisit
ou non 2 millions d’euros d’aide
publique dans l’affaire des assistants présumés fictifs d’eurodéputés et « jusque-là, il faut tenir », assure Wallerand de Saint-Just,
trésorier du parti. Nicolas Bay,
eurodéputé RN, s’est dit « inquiet
pour la survie financière du mouvement ». Le montant des dons récoltés, qui s’élevait à 500 000 euros au
début du mois, « n’a pas beaucoup
grimpé au mois d’août », regrette le
trésorier. Il ajoute au Figaro que,
désormais, le parti n’ouvre son
porte-monnaie que pour payer
« l’indispensable, c’est-à-dire les
salaires et les charges sociales » et
« fait attendre les autres dépenses ».
Le Rassemblement national pâtit aussi d’une chute des cotisations. Chaque année, les cartes
d’adhérents assurent 15 % des revenus du parti, or, cette manne
chute depuis un an, au même
rythme que le nombre d’adhérents. Selon nos informations, le
parti ne comptait que 31 000 adhérents à jour de cotisation au
1er juin. Soit une perte de 60 % par
rapport au chiffre de 83 000 adhérents revendiqué par le Front
national à la veille du premier tour
de la présidentielle.
Une reprise « low-cost »
Face à ces difficultés, le parti s’est
organisé une reprise « lowcost ». Marine Le Pen fera sa rentrée politique à Fréjus, ville gérée
par David Rachline, son ex-directeur de campagne, les 14 et
15 septembre. En 2014 et 2016, le
parti avait organisé son université
d’été dans la commune varoise,
mais, cette année, l’habituel meeting en plein air sera remplacé par
une soirée dans le théâtre municipal qui ne compte que 800 sièges.
Un public réduit pour Marine Le
Pen qui compte mettre son parti
en ordre de bataille pour les élections européennes. Sauf que le
RN, endetté à hauteur de 12 millions d’euros, ne peut pas se permettre d’organiser un rassemblement en grande pompe. « Avec la
sonorisation, la lumière, cela nous
aurait coûté au bas mot
40 000 euros. À l’heure actuelle, il
n’est pas question d’y penser », a
regretté Wallerand de Saint-Just,
dans Le Parisien.
L’été dernier, à la sortie de la
présidentielle et des législatives,
la situation du Front national
n’était guère meilleure puisque le
parti n’avait pas eu les moyens
d’organiser de rassemblement estival, par manque de temps et
d’argent. ■
A
« C’était aussi la première fois qu’un
homme sans parti réussissait à gagner l’élection suprême », ajoute le
président d’Elabe. Sous la Ve République, le parti politique a toujours
été considéré comme l’élément clef
d’une ambition présidentielle mais
« la victoire de Macron a mis tout
cela en charpie, une première fois à la
présidentielle et une deuxième fois
aux législatives. Les partis politiques
ne fonctionneront plus comme nous
les avons connus », analyse Bernard
Sananès.
Avant la présidentielle, les partis
avaient anticipé l’importance des
réseaux sociaux et la nécessité de
s’appuyer sur de nouveaux visages
pour se renouveler. Ont-ils sousestimé la défiance de leurs élec-
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
lundi 20 août 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Le Foll : « Macron
n’est plus porté
par le souffle
de 2017 »
Étiez-vous au courant de la proposition
d’Olivier Faure ?
Je n’étais pas au courant, j’ai découvert
cela dans la presse. Ça aurait pourtant
pu être l’objet d’une discussion…
François Hollande multiplie
les apparitions et entretient le flou
sur un éventuel retour au premier plan.
Que vous inspire le slogan « Hollande
2 022 » qui a émergé cet été ?
François Hollande veut réhabiliter son
bilan, ce qui est tout à fait légitime mais
il est hors de question de parler maintenant de la présidentielle. C’est totalement prématuré, je ne participerai pas à
ces discussions.
PROPOS RECUEILLIS PAR
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
LE FIGARO.- Dans quel état d’esprit
les socialistes entament-ils cette
rentrée ?
Stéphane LE FOLL.- Nous avons devant nous les premiers résultats de la
présidence Macron. Chacun peut
constater que quelque chose ne tourne
pas rond. Ses réformes, qui devaient
relancer l’économie, se traduisent
surtout par des dépenses dispendieuses. Entre la baisse de l’ISF, le prélèvement forfaitaire unique, la suppression
de la taxe d’habitation et du CICE, on
peut dire que l’exécutif est cigale. Or,
la croissance est moins bonne que prévu. Cela va nous exposer à une équation budgétaire extrêmement difficile.
Et c’est bien ce que j’ai compris quand
le président et Bercy ont expliqué
qu’on dépensait un « pognon de dingue » dans les aides sociales.
Vous remettez en cause
la méthode Macron ?
Sa méthode, c’est le plébiscite permanent car tout est décidé à l’Élysée et il
veut tout contrôler. Mais il n’est plus
porté par le souffle de l’élection présidentielle, ni par la bonne croissance de
2017. Quand on veut gouverner un pays
comme la France, il ne faut pas déclencher un tourbillon de réformes face à un
monde qui bouge rapidement. Par la
fougue de la nouveauté, Emmanuel
Macron s’est trop pressé. On va maintenant avoir des difficultés pour corriger le tir.
Que préconisez-vous pour que le PS
sorte de l’ornière ?
Les socialistes doivent penser dès
maintenant à un nouveau projet. Il doit
être économique, écologique et social.
Les trois ensemble. Pour ma part, je réfléchis à un moyen de mesurer le taux
de croissance de l’économie française,
avec le niveau de découplage des énergies fossiles. La lutte contre le réchauf-
BLONDET ELIOT/ABC/ANDIA.FR
L’ex-ministre PS de l’Agriculture fustige la
méthode du président et invite les socialistes
à « penser un projet dès maintenant ».
« La méthode Macron, c’est le plébiscite permanent car tout est décidé à l’Élysée
et il veut tout contrôler », juge Stéphane Le Foll (ici le 7 avril, à Paris).
fement climatique est devenue une
priorité absolue. Je veux faire travailler
des économistes sur le sujet. C’est la
proposition de rentrée que je fais aux
socialistes. En tant que maire du Mans,
j’ai lancé une initiative sur l’énergie solaire et je serai présent au sommet sur le
climat à San Francisco en septembre.
Olivier Faure reproche à ses anciens
concurrents de ne pas adopter
une attitude constructive à son égard…
Il y a un choix qui a été fait. Je ne suis
pas là pour polémiquer. Il m’a fait des
reproches alors que je n’ai jamais rien
dit publiquement. Quand je ne suis pas
d’accord, je le dis lors du bureau national, une instance à huis clos. Je respecte
le vote des militants mais je ne vais pas
faire comme si je n’avais rien à dire, à
occulter les sujets de désaccord.
Le Belge Paul Magnette a renoncé à être
tête de liste du PS aux européennes.
Jean-Luc Mélenchon a convié des
députés d’autres partis à son université
de rentrée. Des socialistes s’y rendront,
dont le porte-parole du parti.
Auriez-vous accepté cette invitation ?
Non, je n’y serais pas allé. Pour ma part,
j’irai à la rentrée des élus socialistes
(FNESR) à La Rochelle. Chacun assume
ses responsabilités mais je pense que
notre priorité est de retrouver notre
identité politique. Il faut avoir ce soucilà de manière constante.
On a beaucoup entendu Nicolas Hulot
au lendemain de la condamnation
de Monsanto par la justice américaine.
Pensez-vous comme lui qu’il faut
déclencher « une guerre » contre
le glyphosate ?
Il revient avec un terme lourd de sens
alors qu’on ne l’avait pas beaucoup entendu avant cela. Il profite de ce sujet
pour rebondir, avec toujours aussi peu
d’intentions concrètes derrière. L’enjeu
n’est pas le glyphosate mais bien de
trouver une solution pour remplacer
tous les pesticides. Ceux qui disent « on
interdit » ne proposent rien. Ils vont
proposer aux industriels de la chimie le
choix de définir une autre molécule et on
aura le même problème d’ici cinq ou dix
ans. Je prône donc un changement complet de modèle avec l’agroécologie pour
remplacer à terme tous les pesticides. ■
Européennes : Jadot exclut de faire une liste avec Hamon
Le député européen, tête de liste EELV en 2019, règle ses comptes avec Nicolas Hulot, qui donne « une image résignée de la politique ».
CHRISTINE DUCROS £@ChristineDucros
ÉLECTIONS L’Europe, c’est son combat
et il le mènera sans alliance. À quatre
jours des journées d’été d’Europe Écologie-Les Verts à Strasbourg, Yannick
Jadot, désigné mi-juillet tête de liste
EELV pour les européennes de 2019, est
à nouveau en campagne. Éphémère
candidat à l’élection présidentielle sous
la bannière Europe Écologie, avant de
rallier Benoît Hamon, il exclut cette
fois, dans une interview au Journal du
dimanche, la possibilité d’une liste
commune avec le mouvement Génération.s et veut privilégier une ligne écologiste « conquérante et courageuse ».
Pourquoi alors avoir soutenu Benoît
Hamon à la présidentielle ? Parce qu’il
existait alors « une possibilité de faire
gagner
les
idées
écologistes »,
confie-t-il au JDD tout en reconnaissant que « l’échec a été assez retentissant ». « Mais il n’est pas interdit d’apprendre de ses erreurs », poursuit-il.
Foncièrement optimiste, il estime
aujourd’hui avoir un « potentiel énorme » et « vise 15 % des suffrages aux
européennes ». Bien loin des 6 % obtenus
par Benoît Hamon auquel il était associé.
Car, dit-il, « l’élection européenne est le
seul scrutin où les électeurs votent par
conviction. C’est un vote de clarté. Notre
priorité est de rassembler les écologistes
autour d’une ligne claire, pas de faire de la
vieille politique avec ses accords d’appareils et ses confusions ». Pour lui, « l’écologie, qui n’a jamais autant irrigué la société, les entreprises, les initiatives
citoyennes, a gagné la bataille culturelle ». Sur la liste EELV, figureront nombre de personnalités de la société civile
dont le maire de Grande-Synthe, Damien Carême, qui « a parfaitement géré
le dossier des réfugiés » et doit être « aux
avant-postes », avance Jadot, précisant
que les noms d’autres personnalités seront dévoilés d’ici à l’automne.
« Une écologie du courage »
Le député européen se révèle sévère à
l’égard de Nicolas Hulot dont il dit qu’il a
été « un formidable éveilleur de conscience mais, depuis qu’il est dans ce gouvernement, il donne une image résignée de la
politique ». Aucun doute pour lui, Nicolas Hulot est devenu « la caution verte du
pouvoir ». « Je suis, martèle-t-il, pour
une écologie du courage plutôt que de
L’ÉTÉ DU FIGARO
Le Meur garde
l’esprit d’équipe
du basket
l’affichage » et il dénonce tous les arbitrages perdus par le ministre de la Transition écologique, « le glyphosate, la
souffrance animale, la santé alimentaire… ». La campagne des européennes
a donc bel et bien commencé. Reste à savoir comment seront perçus les propos
du député européen durant les journées
d’été des Verts. Les rivalités au sein du
mouvement sont légion. En juin, c’est
Cécile Duflot, désormais directrice générale de l’ONG Oxfam, qui n’avait pas
hésité à rendre Jadot responsable du
piètre score des Verts à la présidentielle
sur sa page Facebook. ■
13/16
La députée LaREM a joué dans l’équipe
de basket du Racing, à Paris. Aujourd’hui,
elle entraîne une équipe de jeunes filles.
A
ELISA CENTIS £@CentisElisa
LUNETTES rouges, grand sourire,
Annaïg Le Meur, députée du Finistère, est discrète dans les rangs de
La République en marche (LaREM).
Seuls les assidus des questions au
gouvernement ont pu remarquer
cette députée aux cheveux coupés
au carré qui interpelle les ministres
sur les sujets économiques et le développement du territoire.
Sous son apparence stricte, celle
qui est kinésithérapeute de formation cache un tempérament passionné qu’elle laisse s’exprimer sur
les bords des terrains. La Bretonne
est en effet coach de basket pour
filles, de 11 à 13 ans, dans sa ville de
Quimper. Elle a également à son
actif une petite carrière de joueuse
professionnelle. Elle s’est illustrée
dans le club du Racing, à Paris. Elle
n’a pas pu échapper à ce sport.
« Mon père jouait au niveau national, ma sœur et moi y avons joué et
maintenant c’est au tour de ma fille.
C’est le sport familial », lance-t-elle en riant. Sur le banc, la coach
toujours vêtue d’un survêtement
de l’Ergué-Armel, du nom d’un
quartier de Quimper, soutient vivement ses joueuses. Ronan Te-
« En politique
également, on ne peut
exister sans l’équipe »,
insiste Annaïg Le Meur
(ici le 18 juillet devant
l’Assemblée).
J.-C. MARMARA / LE FIGARO
phany, coentraîneur de l’équipe et
instituteur à la ville, l’assure :
« Impliquée serait un doux euphémisme, elle vit les matchs intensément », s’amuse-t-il. « Je crie pour
encourager les filles », confesse
dans un sourire la députée.
« Un rôle de stratège »
De cette expérience sportive, elle
tire quelques enseignements. « En
politique également, on ne peut exis-
ter sans l’équipe. Et même si on n’est
pas celui qui porte le ballon au panier, on fait partie du collectif », insiste-t-elle. Une leçon que lui a apprise un épisode marquant de sa vie
de joueuse de basket. « Je me souviendrai toujours de ce quart de finale de la coupe de France, j’étais en
cadette à l’étoile Saint-Laurent de
Brest », se remémore-t-elle. « Je
n’ai pas joué de tout le match. C’était
très dur. C’était la première fois que
[
]
La politique
c’est du spo
rt
cela m’arrivait. Mais on a gagné. Il
faut retenir la victoire et non sa peine
personnelle », conclut-elle avec
fermeté. Pour le bien de la majorité
à l’Assemblée, elle préfère taire les
divergences du groupe aux journalistes. Il ne faudrait pas donner
l’impression que le message des
députés macronistes est confus,
s’inquiète-t-elle. « Il faut présenter
une seule ligne. Chacun ne peut pas y
aller de sa petite proposition »,
martèle-t-elle. Elle semble donc se
moquer des critiques adressées aux
députés LaREM, qui ont pu être
qualifiés de députés « godillots »
par l’opposition.
Au temps où elle jouait encore,
la députée occupait la place de
« deuxième arrière ». « Je suppléais la meneuse. J’avais un rôle
de stratège et d’organisation que
le grand public ne voit pas forcément », explique-t-elle. Annaïg
Le Meur s’identifie ainsi davantage à la petite ouvrière de l’ombre, évitant les micros et préférant discuter les textes avec ses
collègues. « J’ai un rôle de médiation à l’Assemblée », observe-telle avant de glisser : « À certains
moments, il faut quelqu’un pour
calmer le jeu des ego. » ■
LE FIGARO
lundi 20 août 2018
INTERNATIONAL
5
Kofi Annan, la mort d’un apôtre de la paix
L’ex-secrétaire général de l’ONU et Prix Nobel de la paix a durablement marqué la diplomatie internationale.
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
NEW YORK
DISPARITION Kofi Annan n’était déjà
plus secrétaire général de l’ONU en février 2012, mais il avait accepté d’endosser une dernière responsabilité, pour alléger le fardeau de son successeur, Ban
Ki-moon : mener une mission de bons offices en Syrie. L’aventure fut de courte
durée, la mission impossible. Face à l’escalade de violences, redoutant que la poignée d’observateurs onusiens déployés
sur le terrain ne soit prise pour cible, le
Ghanéen Prix Nobel de la paix 2001 avait
rapidement jeté l’éponge, déplorant les
dissensions entre grandes puissances.
« J’ai perdu mes troupes sur le chemin de
Damas », avait-il lâché, mâchoire serrée.
La paix hors d’atteinte, les armes allaient
continuer de parler, pour longtemps.
Cet échec cuisant, celui d’une organisation dédiée à la paix dans le monde
mais dépassée par une guerre atroce aux
enjeux trop complexes, rappelait celui
subi en Irak neuf ans plus tôt : Kofi Annan
était alors le secrétaire général des Nations unies en exercice, et il avait consenti, non sans inquiétude, à laisser son ami
brésilien Sergio Vieira de Mello prendre la
tête de la mission onusienne à Bagdad.
Fidèle aux préceptes d’un de ses prédécesseurs, Dag Hammarskjöld, Kofi Annan voulait « combler le vide » laissé par la
chute du régime de Saddam Hussein.
L’attentat de Bagdad, le 19 août 2003,
dans lequel périt Vieira de Mello, confirma ses pires craintes. Lorsqu’il quitterait
son poste, trois ans et demi plus tard, la
tragédie irakienne, qu’il n’avait su empêcher ni écourter, pesait toujours sur ses
épaules. Au point d’éprouver le besoin de
« disparaître du monde » trois mois durant, avec sa femme, Nane, née Wallenberg, et se réfugier un temps dans le silence éthéré des montagnes italiennes.
“
Il n’a jamais cessé
d’œuvrer à faire
de ce monde un monde
meilleur pour les jeunes,
comme il le disait
”
STÉPHANE DUJARRIC, PORTE-PAROLE
DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’ONU
Kofi Annan, décédé samedi 18 août en
Suisse à l’âge de 80 ans, pourrait être
l’homme de ces seules défaites, mais sa
popularité intacte, sur les bords de l’East
River (Manhattan), en dit long sur un
double mandat (1997-2006) que beaucoup de fonctionnaires internationaux
contemplent aujourd’hui avec nostalgie.
À commencer par l’actuel patron de
l’ONU, Antonio Guterres, pour qui Annan, par son autorité morale et sa promotion inlassable des droits de l’homme,
« incarnait » les Nations unies. « J’ai eu le
privilège de parler en son nom, confie l’actuel porte-parole, Stéphane Dujarric,
mais aujourd’hui, il m’est difficile de trouver les mots. Il n’a jamais cessé d’œuvrer à
faire de ce monde un monde meilleur pour
les jeunes, comme il le disait. »
« Gentleman Kofi », comme l’appelait
Bernard Kouchner, était un homme exquis « à la silhouette impeccable, aux allures de prince et d’une politesse que rien ne
Le Ghanéen Kofi Annan (ici en 2012, à Genève) fut secrétaire général des Nations unies de 1997 à 2006.
vient froisser ». « Un timide contraint à la
parole, qui jamais n’élève la voix » mais
dont « le rire d’Afrique » résonnait parfois
au 38e étage de la maison de verre, « lorsqu’il était en confiance ». Une éducation
britannique et des origines patriciennes
lui avaient conféré cette aura bonhomme, qui lui valait souvent des applaudissements polis dans les rues de New York
ou de Genève, sa dernière résidence, où il
aimait arpenter en solitaire les rives du
Léman.
Pour Kofi Annan, l’aventure des Nations unies commence par une tragédie,
en septembre 1961. Durant une visite estudiantine à New York, il apprend que
Dag Hammarskjöld a péri dans un accident d’avion à la frontière du Congo. À
l’aube de sa carrière internationale, Kofi
Annan fait siennes les convictions du téméraire Suédois : la foi dans la diplomatie
« silencieuse », et personnelle, pour renverser les montagnes et le droit de « s’inviter » dans une crise, au nom de l’article
99 de la charte des Nations unies aujourd’hui négligé, en offrant une porte de sortie pour les protagonistes, la médiation
onusienne. Tandis qu’il entame sa carrière à l’Organisation mondiale de la Santé
(OMS) en 1962, le brillant jeune homme
n’oubliera jamais de se référer à ce mentor spirituel, en se demandant systématiquement : « Qu’aurait fait Dag dans cette
situation ? » Il gravit les échelons pour
devenir directeur des opérations de
maintien de la paix (DOMP), sans pouvoir
stopper le génocide du Rwanda (1994) ni
le massacre de Srebrenica (1995).
Candidat des États-Unis, qui voyaient
en cet homme issu du sérail onusien le
remplaçant idéal (et lisse) du trop remuant Boutros Boutros-Ghali, Annan rejoint Hammarskjöld au rang des « mauvaises » surprises pour les grandes
puissances. Héritant du « job le plus impossible au monde » en 1997, il se refuse à
être « plus secrétaire que général » et défie
ouvertement Washington sur l’Irak, dont
il juge l’invasion « illégale ». Une poignée
de main controversée et un cigare fumé
avec Saddam Hussein en 1998, puis une
gestion hasardeuse du programme « pé-
“
Je suis un indécrottable
optimiste, je suis né ainsi
et je le resterai
KOFI ANNAN
”
trole contre nourriture » (1,8 milliard de
dollars évaporés) terniront durablement
son bilan, à la grande joie des néoconservateurs américains. Annan a
pourtant relancé le processus de réforme
FABRICE COFFRINI/AFP
d’une organisation septuagénaire et obsolète. En 2005, lors du sommet du Millénaire, il fait adopter le principe de la
« responsabilité de protéger », succédané
du « devoir d’ingérence » honni par les régimes autoritaires.
Après son départ des Nations unies,
Kofi Annan n’allait pas tarder à reprendre du service. Suivant les émeutes sanglantes du Kenya en décembre 2007
(1 000 morts, 300 000 déplacés), l’Union
africaine fait appel à ses services. Après
six semaines de consultations à Nairobi,
un règlement de paix est esquissé. « Un
génocide vient d’être évité », écrira Roger
Cohen dans le New York Times. Suivront
la naissance de sa fondation éponyme,
visant à promouvoir la bonne gouvernance et la transformation de l’agriculture en Afrique, puis sa nomination à la
présidence du club très fermé des « Anciens pour la Paix » imaginé par Nelson
Mandela. Il se trouvait encore à Johannesburg, le 17 juillet, pour célébrer le
centenaire de la naissance de « Madiba », s’affichant aux côtés de Barack
Obama. « Je suis un indécrottable optimiste, je suis né ainsi et je le resterai »,
confiait « Gentleman Kofi » à la BBC
pour son 80e anniversaire, le 8 avril.
Ajoutant que cette ONU si « imparfaite »
et tant décriée « pouvait être améliorée »,
bien sûr. « Mais si elle n’existait pas, il
faudrait l’inventer. » ■
« De bien des manières,
il était les Nations unies »
ANTONIO GUTERRES,
usecrétaire
général de l’ONU
« De bien des manières, Kofi Annan était
les Nations unies. Il en a gravi les échelons jusqu’à diriger l’organisation et la
faire entrer dans le nouveau millénaire
avec une dignité et une détermination
sans égales. »
DESMOND TUTU,
uarchevêque
anglican sud-africain,
Prix Nobel de la paix
« C’était un remarquable être humain
qui a représenté notre continent et le
monde avec une immense grâce, intégrité et distinction. »
BARACK OBAMA,
uancien
président des États-Unis
« Kofi Annan était un diplomate et un
humanitaire qui incarnait la mission des
Nations unies comme peu d’autres l’ont
fait. Son intégrité, son abnégation, son
optimiste et son sens de notre humanité
commune ont toujours guidé son action
envers la communauté des nations. »
MACRON, président
udeEMMANUEL
la République française
« La France lui rend hommage. Nous
n’oublierons jamais son regard calme et
résolu, ni la force de ses combats. »
NANA AKUFO-ADDO,
uprésident
du Ghana
« Il a considérablement contribué au renom de notre pays par sa position, par
sa conduite et son comportement dans le
monde. » ■
A
DE SON AFRIQUE natale à l’Amérique,
les grands dirigeants ont multiplié les
hommages au diplomate ghanéen, ancien secrétaire général de l’ONU et Prix
Nobel de la paix.
lundi 20 août 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
L’ombre du maccarthysme plane
sur la présidence Trump
La guerre qui oppose le président au monde de l’espionnage fait ressurgir le spectre du sénateur inquisiteur.
pays sera affaibli si l’on applique des critères politiques avant de permettre à des experts reconnus de partager leurs vues ».
Cette unanimité ne fait que renforcer
Trump dans sa conviction qu’il se bat
contre un complot de « l’État profond »,
bureaucratie rétive à son populisme. Sa
prochaine cible, déjà désignée, en est
l’exemple même : Bruce Ohr, un fonc-
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
ÉTATS-UNIS Quand le spectre du sénateur Joseph McCarthy ressurgit dans le
débat politique américain, c’est que les
ponts sont rompus. À la faveur de la guerre ouverte entre Donald Trump et l’establishment de sécurité américain, les deux
camps invoquent le nom de cet inquisiteur des années 1950 qui voyait des communistes partout. La nouvelle chasse aux
sorcières met en scène un président accusé d’« autoritarisme » contre ce qu’il désigne comme un « État profond » voué à sa
perte.
L’amiral en retraite William McRaven,
qui commandait les Forces spéciales lors
de la capture de Ben Laden en 2011, a le
premier dénoncé comme du maccarthysme la punition infligée par Trump à John
Brennan, ancien directeur de la CIA, en le
privant de son habilitation secret-défense. « Si vous vous imaginez que vos méthodes dignes de McCarthy feront taire les critiques, vous vous trompez lourdement, a
écrit cet officier respecté et jusque-là discret, dans une tribune au Washington
Post. Les critiques continueront jusqu’à ce
que vous deveniez le président que nous
avions espéré. »
Dans la foulée, le président du Council
on Foreign Relations, Richard Haass, a estimé sur Twitter que l’intervention de
McRaven « pourrait être l’équivalent du
moment où Joseph Welch, lançant “Avezvous perdu toute décence ?”, avait par bien
des aspects brisé la fièvre du maccarthysme ». L’indignation de ce responsable
du Pentagone lors d’une audition au Sénat
en juin 1954 avait amorcé la remise en
question menant six mois plus tard à la
censure de McCarthy. Haass veut croire
que la déclaration de cet amiral deman-
“
Si vous vous imaginez
que vos méthodes dignes
de McCarthy feront taire
les critiques, vous vous
trompez lourdement
”
L’AMIRAL EN RETRAITE WILLIAM MCRAVEN,
DANS UNE TRIBUNE DU « WASHINGTON POST »
Donald Trump, sur le tarmac de l’aéroport de Morristown, dans le New Jersey, le 17 août.
dant « comme un honneur » au président
de le priver aussi de son accréditation de
sécurité « a créé un espace où d’autres
peuvent se glisser ».
Dimanche, Donald Trump lui-même a
invoqué le pourfendeur des « activités antiaméricaines », pour s’en dire la victime.
Il a bien sûr le visage de Robert Mueller, le
procureur spécial chargé d’enquêter sur
le rôle de la Russie dans la présidentielle
de 2016. « Étudiez feu Joseph McCarthy, a
tweeté le président, car nous sommes actuellement dans une période, avec Mueller
et son gang, qui fait ressembler Joseph McCarthy à un bébé ! Chasse aux sorcières
truquée ! » Le premier mentor de Trump,
Roy Cohn, fut le très agressif conseiller juridique de McCarthy.
C’est de lui que l’ancien promoteur im-
mobilier tient sa première règle de
conduite : ne jamais battre en retraite,
rendre chaque coup encore plus fort. À
cette aune, le chef de la Maison-Blanche
est enchanté de sa manœuvre contre
Brennan et de la menace similaire qu’il
fait peser sur neuf autres responsables.
« J’ai reçu une formidable réponse pour
avoir fait ça », a-t-il assuré vendredi en
écho au soutien de ses supporteurs, des
élus et des médias conservateurs. Selon le
Washington Post, il a ordonné de préparer
des ordonnances retirant leur habilitation
aux autres membres de sa liste. Ces cartouches seraient tirées, sur recommandation de ses conseillers en communication,
« lorsqu’une diversion est nécessaire lors de
cycles d’informations défavorables ».
C’est déjà le cas. Dès vendredi, quator-
PABLO MARTINEZ MONSIVAIS/AP
ze anciens directeurs et directeurs adjoints de la CIA et du renseignement national ont signé une lettre dénonçant une
mesure de vengeance politique contre
Brennan. « Nul besoin d’être d’accord avec
ce qu’il dit (et nous ne l’approuvons pas
tous) pour être d’accord avec son droit de le
dire », écrivent-ils, « déplorant profondément […] une tentative d’étouffer la libre
parole ». La liste des signataires comprend
la fine fleur de l’establishment sécuritaire,
de William Webster, 95 ans, ancien directeur du FBI et de la CIA sous trois présidents, à George Tenet, Leon Panetta, le
général David Petraeus ou Robert Gates,
qui n’avait jamais pris position contre
Trump. Dans la foulée, 75 anciens officiers
du renseignement ont signé une déclaration affichant leur « ferme conviction que le
tionnaire de rang intermédiaire au département de la Justice, désigné à tort par une
théorie conspirationniste comme le déclencheur de l’enquête sur la Russie. Cet
ancien responsable de l’unité antidrogue
a le tort de connaître Michael Steele,
auteur d’un sulfureux dossier sur Trump à
Moscou, et d’être marié à une ex-collaboratrice de Fusion GPS, la société ayant enrôlé Steele pour ces recherches. « Le fait
qu’il soit encore [au ministère] est une honte, a déclaré Trump. Je soupçonne que je
vais lui retirer [son habilitation] très vite. »
Déjà au placard, Bruce Ohr pourrait
perdre son emploi si le président le prive
d’accès aux documents classifiés. Avec sa
liste d’ennemis, réminiscence de celle de
Nixon durant le Watergate, Trump flirte
dangereusement avec le code criminel,
qui interdit de prendre des représailles
contre les témoins d’une enquête fédérale. Pour John Brennan, qu’il n’a pas réduit
au silence, si ce n’est du maccarthysme,
c’est « l’ivresse du pouvoir ». ■
Les Vénézuéliens affolés par les réformes de Maduro
Plusieurs mesures âprement contestées accompagnent la mise en circulation du bolivar souverain pour remplacer le bolivar fort.
qui représente une augmentation de
6 000 %. Sans préciser comment il financera la mesure, il a promis que les
PME bénéficieront d’une compensation pendant les 90 premiers jours de
l’augmentation du salaire minimum.
La pseudo-cryptomonnaie créée en
début d’année, le petro, va devenir la
monnaie de conversion pour le pays.
La valeur du petro est fondée sur le prix
d’un baril de pétrole, soit 60 dollars ac-
A
PATRICK BÈLE £@Patrickbele
AMÉRIQUE DU SUD « Je veux que le
pays guérisse, j’ai la formule, croyezmoi. » Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, est intervenu en direct à la
télévision vendredi 17 août pour annoncer « le nouveau système économique vénézuélien ». Alors que le pays est
plongé dans une crise économique, sociale et politique sans précédent, l’héritier d’Hugo Chavez tente de reprendre
la main. Mais si les mesures annoncées
sont considérables, les moyens de les
mettre en place restent plus que flous.
Ces annonces s’ajoutent à un changement radical de monnaie. Les Vénézuéliens passent du « bolivar fort » au
« bolivar souverain », une opération
qui consiste à supprimer 5 zéros, un
souverain valant 100 000 forts. Ce
changement a lieu ce lundi. Pour ce
faire, le gouvernement a ordonné la
fermeture des banques pendant quatre
jours, provoquant un vent de panique
chez les Vénézuéliens.
« Les gens ont voulu retirer jeudi de
l’argent pour pouvoir faire les achats indispensables pendant le week-end, explique Paula Vasquez, chercheuse au
CNRS. J’ai vu des files de plus d’un kilomètre devant les banques. Mais les retraits ont été limités à 100 000 bolivars,
et parfois 20 000, pas même de quoi
payer le ticket de bus pour rentrer. »
L’inflation
est
devenue
folle :
1 000 000 % selon le FMI pour l’année
2018. « Maduro a aussi annoncé que,
désormais, pour obtenir du carburant à
prix subventionné, il faudrait montrer
son carnet de la patrie, sinon on paiera le
prix international », s’alarme la chercheuse.
Le carnet de la patrie est une sorte de
pièce d’identité qui permet d’obtenir
des denrées à prix subventionnés dont
tous les Vénézuéliens ne disposent pas
et qui doit être revalidé lors des élections. Le prix d’un litre d’essence est de
0,002 dollar. Pour les personnes ne détenant pas ce carnet de la patrie, les
prix vont donc exploser, le coût moyen
“
Il s’agit d’un ensemble
de moyens désordonnés et
irrationnels contradictoires
et non viables qui
augmentera le chaos
et la crise économique
”
LE PARTI D’OPPOSITION PRIMERO JUSTICIA
Le président Nicolas Maduro, vendredi, lors de la présentation du « nouveau système
économique vénézuélien ». HO/AFP
dans le monde d’un litre d’essence
étant de 1,16 dollar.
Les Vénézuéliens paient aujourd’hui
leur carburant un prix ridiculement
bas. « Il est difficile de payer dans une
station-service car les petites coupures
ne sont plus en circulation. Et on ne peut
payer qu’en liquide. L’autre jour, le
pompiste m’a laissée partir sans payer
les 150 bolivars que je devais car je
n’avais pas de monnaie », raconte Paula
Vasquez.
Le président Maduro a par ailleurs
annoncé une hausse du salaire minimum qui passe de 3 millions de bolivars
forts à… 1 800 bolivars souverains, ce
tuellement. Nicolas Maduro a annoncé
que le petro vaudrait 3 800 bolivars
souverains. Le gouvernement admet
ainsi la valeur réelle de la monnaie vénézuélienne, celle du marché noir, en
effectuant une dévaluation de… 96 %.
Le président vénézuélien a aussi promis un déficit fiscal zéro. « Une étape
de discipline budgétaire est nécessaire.
Nous devons faire un certain nombre de
Affrontements entre Brésiliens et migrants vénézuéliens
La crise vénézuélienne commence
à peser sur les pays voisins. Au Brésil,
des affrontements ont eu lieu samedi
entre la population et les réfugiés
vénézuéliens, à Pacariuma, dans l’État
frontalier de Roraima. Des habitants ont
contraint le millier de migrants à rentrer
dans leur pays, après avoir brûlé les
cartons sur lesquels ils dormaient dans
la rue. À l’origine : quatre Vénézuéliens
auraient agressé un commerçant
pour le voler. Le gouverneur de Roraima
a demandé à Brasilia d’envoyer des
renforts de sécurité. Soixante policiers
devraient arriver ce lundi. Depuis 2017,
127 000 Vénézuéliens ont traversé
la frontière. 69 000 ont continué
leur chemin, la plupart vers le Chili
et le Pérou, et 58 000 ont demandé leur
régularisation. En Équateur, 550 000
auraient traversé la frontière depuis
2017, 80 % d’entre eux ont continué
vers le Pérou ou le Chili. Depuis samedi,
Quito, qui dit faire face au « trafic illicite
de migrants », exige un passeport pour
passer la frontière alors qu’auparavant
une carte d’identité suffisait. Mais le
passeport est devenu difficile à obtenir
au Venezuela à cause des pénuries. En
Équateur, tous les migrants bénéficient
de l’ensemble des prestations sociales.
La Colombie a, elle, accueilli un million
de Vénézuéliens, venus pour la plupart
à pied. Pour Luis Almagro, secrétaire
général de l’Organisation des États
américains, « il faut maintenir les portes
ouvertes au peuple vénézuélien, victime
de la plus grave crise humanitaire
que le continent a connue ».
P. B.
corrections qui vont renforcer le nouveau
système économique vénézuélien », a-til déclaré.
Les partis d’opposition Primero Justicia (PJ), Voluntad Popular (VP) et
Causa R ont appelé à la grève générale
mardi 21 août contre le plan du gouvernement. « Il s’agit d’un ensemble de
moyens désordonnés et irrationnels
contradictoires et non viables qui augmentera le chaos et la crise économique », estime PJ dans un communiqué.
Pour VP, la hausse des salaires « va
provoquer plus de souffrances… Des millions d’entreprises vont fermer laissant
des millions de Vénézuéliens sans emploi ». Maria Corina Machado, de Vente
Venezuela, appelle à la mobilisation :
« Avançons tous sur le chemin de la protestation généralisée et la désobéissance. Ici, personne ne se rend ni ne se
livre. »
« L’augmentation du salaire minimum
est réellement l’annonce la plus contradictoire avec l’objectif de discipline budgétaire et le rend difficile à atteindre. Si
on ajoute que l’augmentation du carburant est retardée, on ne comprend pas
comment ils vont faire, analyse l’économiste Luis Vicente Leon. Je ne suis pas
optimiste sur l’impact des annonces sur
le contrôle effectif de l’inflation. Mais je
dois reconnaître que le gouvernement
prend enfin en compte la réalité : l’existence du dollar noir, son irresponsabilité
fiscale et l’importance du marché. »
Les Vénézuéliens se demandent
comment le changement de monnaie
se fera, d’autant que personne n’a encore vu les nouveaux billets. Sont-ils
seulement imprimés ? Dans un premier
temps, les deux monnaies coexisteront, au risque d’une grande confusion. Le directeur de la banque centrale, Calixto Ortega Sanchez, a tenté
de rassurer la population en prenant un
exemple précis : « Si un produit vaut
5 010 000 bolivars forts, il coûtera
50,1 bolivars souverains. On pourra
payer avec un billet de 50 bolivars souverains et un billet de 10 000 bolivars
forts. » Pas sûr que cela rassure ses
compatriotes. ■
LE FIGARO
lundi 20 août 2018
INTERNATIONAL
7
Tragédie de Gênes : Autostrade sort de son mutisme
La société gestionnaire du viaduc a annoncé une enveloppe de 500 millions d’euros pour aider la ville et reconstruire l’ouvrage.
cès. C’est pour cela que le manager s’est
refusé d’admettre une quelconque culpabilité, du moins pas avant que la magistrature n’ait clairement établi les causes
et désigné les responsables de la catastrophe. Sans nommer le gouvernement, le
manager a récusé avec vigueur les procès
sommaires faits à son groupe et s’est mis à
la disposition du parquet. À aucun mo-
MASSIMO PINCA/REUTERS
ROME
Giovanni Castellucci, administrateur
délégué d’Autostrade, a présenté ses
excuses devant la presse et a récusé
les procès sommaires faits à son groupe.
ITALIE Les Benetton sont enfin sortis de
leur silence. À l’heure où Gênes réservait
samedi d’émouvantes funérailles nationales aux 43 victimes de la tragédie du
viaduc Morandi, le 14 août, les principaux
actionnaires du groupe Autostrade ont
fait parvenir un message de condoléances, se déclarant « proches » de la population et des familles. Il a fallu quatre jours à
la famille Benetton pour réagir.
Dans l’après-midi, Giovanni Castellucci, administrateur délégué d’Autostrade
depuis douze ans, a présenté ses excuses
devant la presse, pour « avoir été perçu
loin du drame », alors que le groupe était
« à la recherche de solutions » pour panser
ce que le cardinal Angelo Bagnasco a appelé dans son homélie une « profonde
blessure » faite à la ville.
Ce long silence peut aussi s’expliquer
par la crainte de commettre un faux pas
susceptible d’aggraver la situation judiciaire du groupe lors d’un éventuel pro-
“
La lettre de révocation
est partie vendredi
et ne sera pas annulée
DANILO TONINELLI,
MINISTRE DES TRANSPORTS PUBLICS
”
ment, a-t-il réaffirmé, « Autostrade n’a
eu le sentiment que le viaduc courait le
moindre risque de s’effondrer ». Le groupe
devra maintenant le démontrer.
Autostrade s’engage à œuvrer pleinement pour indemniser les familles des
victimes et à rétablir au plus vite une artère cruciale pour la sixième ville et premier port d’Italie.
Le groupe débloquera un demi-milliard d’euros pour reconstruire à ses frais
un pont métallique en lieu et place du
viaduc Morandi qui sera démoli, ainsi que
le quartier populaire situé sous son tablier. L’administrateur estime que cela
peut se faire en huit mois. Son groupe
créera aussi un fonds spécial pour indemniser les familles des victimes et reloger
les quelque 600 habitants évacués par sécurité. « Nous pourrions commencer la reconstruction dès demain, sitôt reçues les
autorisations nécessaires », a ajouté le
président et actionnaire du groupe Fabio
Cerchiai, à ses côtés.
La réaction du gouvernement ne s’est
pas fait attendre. Encouragés samedi par
les applaudissements nourris ayant salué
leur arrivée dans le pavillon Jean Nouvel
de la Fiera del Levante, où avaient lieu les
funérailles nationales, les ministres populistes se sont sentis renforcés dans leur
intransigeance. « 500 millions d’euros,
c’est le minimum syndical », a lancé le ministre de l’Intérieur et leader de la Ligue,
Matteo Salvini. « L’État n’acceptera
aucune aumône. Nous prétendons obtenir
ZOOM
La reddition d’un chef d’Aqmi
affaiblit les djihadistes au Sahel
Des milliers d’Indiens piégés
par des inondations
Sultan Ould Bady figurait parmi les derniers cadres les plus influents d’al-Mourabitoune.
ADAM ARROUDJ
ALGER
La nébuleuse djihadiste au Sahel
ALGÉRIE
Zone de peuplement touareg
TERRORISME « C’est une très grosse
prise qui va nous apprendre beaucoup
de choses sur ce qui se passe au Sahel. »
La reddition de Sultan Ould Bady, Abdou Aïssa de son vrai nom, le 11 août,
aux autorités algériennes à Tamanrasset, dans le sud du pays, réjouit ce cadre des renseignements militaires.
Celui que le ministère de la Défense
décrit comme « un dangereux terroriste » est un des chefs islamistes armés
les plus influents au Sahara et au Sahel.
Si l’armée le recense officiellement
parmi les groupes armés à partir de
2006, le Malien aurait, selon des sources sécuritaires algériennes, été recruté dès 2001-2002 par Mokhtar Belmokhtar, cerveau de la prise d’otages de
l’exploitation gazière de Tiguentourine
en janvier 2013.
« En 2011, au moment où al-Qaida au
Maghreb islamique (Aqmi) créait la katiba (phalange) al-Ansar, qui regroupait des Touaregs, on sait qu’avec Adnane Abou Walid al-Sahraoui, Hamada
Ould Mohamed al-Kheiri et Ahmed alTlemci, ils avaient demandé l’autorisation de créer une autre katiba pour les
Arabes du nord du Mali, raconte un officier des renseignements au Figaro.
Mais Djamel Okacha, à la tête de l’émirat du Sahara, avait refusé. Ils s’étaient
alors séparés d’Aqmi pour fonder leur
propre organisation, le Mouvement pour
l’unicité et le djihad en Afrique de
l’Ouest (Mujao). »
Une « mine d’informations »
escomptée
Depuis, il avait rejoint Mokhtar Belmokhtar pour créer notamment alMourabitoune, affilié à Aqmi. Kheiri et
Tlemci ayant été tués, Abou Walid alSaharoui ayant rallié le groupe État islamique (EI) et Belmokhtar ayant disparu des radars, Sultan Ould Bady
figurait donc parmi les derniers cadres
les plus importants et les plus influents
de
l’organisation.
« On
estime
d’ailleurs que sur la centaine de terro-
Sahara
occidental
PRINCIPAUX GROUPES
TERRORISTES AU SAHEL
Groupe pour le soutien de l'Islam
et des musulmans (GSIM) affilé
à al-Qaida et regroupant
depuis mars 2017 :
- Ansar Dine
- al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi)
- Front de libération du Macina
- al-Mourabitoune
Tamanrasset
Tessalit
Ansarul Islam, groupe autonome
issu d’une scission du Front
de libération du Macina
Le hajj commence pour plus
de 2 millions de musulmans
Kidal
Tombouctou
Gao
NIGER
SÉNÉGAL
Mopti
MALI
Sévaré
N iamey
Bamako
OCÉAN ATLANTIQUE
GUINÉE
Ouagadougou
GHANA
Source : ministère des Affaires étrangères
ristes et contrebandiers qui se sont rendus depuis fin 2017, au moins un tiers
font partie de ses hommes », assure
l’expert de la lutte antiterroriste qui
voit en lui « une mine d’informations ».
Ces informations précieuses pourraient notamment porter sur les cellules de soutien, les méthodes utilisées
dans les attaques terroristes ou les enlèvements, l’organisation des hommes
dans les centres urbains ou encore les
relations entre les islamistes armés.
Selon les services de renseignements
algériens, la reddition de Sultan Ould
Bady aurait été motivée par des tensions tribales entre les groupes aujourd’hui fédérés dans le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans
(GSIM), affilié à Aqmi, mené par le
Malien et figure de la rébellion touarègue, Iyad ag-Ghaly. « Nous avons toutes les raisons de penser qu’au sein de ce
groupe, où sont rassemblés des Touaregs (Ansar Dine), des Peuls (Front de libération du Macina), des Arabes (Aqmi,
Niger
NIGERIA
BURKINA FASO
Infographie
al-Mourabitoune), l’autorité d’agGhaly, Touareg, poserait un problème
aux Arabes, majoritaires », explique
encore l’officier des renseignements.
En janvier 2017, Le Figaro révélait
que Sultan Ould Bady, auquel ont été
attribués
plusieurs
enlèvements
d’étrangers et diverses attaques contre
la mission de l’ONU au Mali (Minusma), avait négocié pour récupérer
l’humanitaire franco-suisse Sophie
Pétronin, kidnappée le 24 décembre
2016 à Gao par des malfaiteurs. AlMourabitoune faisant partie du GSIM,
l’otage est donc aujourd’hui entre les
mains d’Iyad ag-Ghaly, comme l’a démontré la vidéo diffusée en juillet 2017.
Mis en difficulté par les ratissages militaires dans les maquis qui ont décimé
ses rangs et les redditions encouragées
par les mesures de grâce de la Charte
pour la paix et la réconciliation nationale, Aqmi a perdu beaucoup de terrain en
Algérie. Mais au Mali, grâce à un jeu
d’alliances et à l’argent des rançons qui
Les secouristes indiens, appuyés
par des dizaines d’hélicoptères
et des centaines de bateaux,
tentaient dimanche de sauver
les milliers de personnes piégées
par les inondations dans l’État
du Kerala, dans le sud du pays.
Ces inondations ont déjà fait au
moins 370 morts et chassé de leurs
foyers plus de 700 000 personnes,
depuis le début de la mousson
le 29 mai. Ce sont les plus graves
qu’ait subies cet État du sud de
l’Inde depuis un siècle. Près de
725 000 personnes ont été relogées
dans des abris. Pour les services
météorologiques, les pluies
devraient se poursuivre dans
l’État du Kerala jusqu’au 23 août.
EN BREF
MAURITANIE
État islamique au Grand Sahara (EIGS)
affilié à Daech
une indemnisation crédible. Il n’y aura
aucun marchandage », renchérit Luigi Di
Maio, ministre du Travail et leader du
Mouvement 5 étoiles (M5S).
Danilo Toninelli, ministre (M5S) des
Travaux publics, a exclu de renoncer à la
révocation de la concession octroyée par
l’État à Autostrade sur ses 3 020 km de
réseau. « La lettre de révocation est partie
vendredi et ne sera pas annulée », a-t-il
affirmé. Cette décision risque de créer
une situation juridique particulièrement
complexe. Le groupe a six mois pour présenter sa défense. Après ce délai, si aucune médiation n’intervient, d’interminables recours judiciaires se profilent.
En révoquant la concession, le gouvernement devra faire gérer le réseau
d’Autostrade par l’État, dans un premier
temps du moins. Il existe bien une société
publique, l’Anas, qui administre la sécurité et la maintenance sur 26 000 km de
routes nationales et secondaires. Mais ses
piètres performances et les innombrables
procès en cours n’en font guère un repreneur crédible pour le principal réseau
autoroutier italien. ■
BÉNIN
200 km
lui permet de recruter, elle parvient à se
maintenir et même à mener des attaques d’envergure. Le 29 juin dernier, le
GSIM a ainsi revendiqué un attentat suicide responsable de la mort de trois
personnes, contre le QG du G5 à Sévaré,
dans le centre du pays.
Coup dur pour la filiale d’Ayman alZawahiri, la reddition de Sultan Ould
Bady est un « succès de plus dans le
nombre record de redditions enregistrées depuis un an », maintiennent nos
interlocuteurs. Selon eux, les effectifs
du GSIM, en baisse, seraient aujourd’hui de quelque 2 000 hommes.
D’après eux toujours, ces bons résultats sont en partie à mettre sur le
compte d’un accord signé en
juillet 2017 entre Alger, Bamako et Paris, permettant de négocier directement avec les djihadistes et d’ouvrir
des passages sécurisés pour que les
terroristes puissent se rendre sur la
zone sans être tués par les armées impliquées. ■
Plus de 2 millions de fidèles ont
entamé dimanche sous une
chaleur accablante le grand
pèlerinage à La Mecque, premier
lieu saint de l’islam en Arabie
saoudite, l’un des plus grands
rassemblements religieux annuels
du monde. Cet événement
religieux, qui se tient jusqu’à
vendredi, représente un défi
logistique pour les autorités
saoudiennes.
Un opposant russe, en grève
de la faim, hospitalisé
L’opposant russe d’extrême
gauche Sergueï Oudaltsov, qui a
entamé une grève de la faim après
avoir été emprisonné pour une
peine de 30 jours, a été hospitalisé.
Oudaltsov a été condamné
pour avoir brûlé des portraits
de dirigeants russes lors
d’une manifestation contre le
relèvement de l’âge de la retraite.
Afghanistan : un cessezle-feu avec les talibans
Le président afghan Ashraf Ghani
a déclaré dimanche un cessezle-feu de trois mois avec les
talibans, à condition que ceux-ci
interrompent également
les combats, après une récente
poussée de violence dans le pays.
Un premier cessez-le-feu de
quelques jours avait été déclaré
entre les deux parties en juin.
EN SEPTEMBRE 2018
Toulouse | Clermont-Ferrand | Auriol
Mulhouse | Tours | Mont-de-Marsan
Marseille | Guingamp | Valenciennes | Nantes
Bordeaux | Aurillac | Lyon | Paris | Nice
Dates et infos :
StopBombing.fr
A
RICHARD HEUZÉ rheuze@lefigaro.fr
lundi 20 août 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Terrorisme : la menace croissante des drones
Un rapport de l’ONU
note que Daech
et ses affiliés
auraient atteint
un « niveau élevé
de sophistication »
pour armer
ces engins.
JEAN CHICHIZOLA
SÉCURITÉ « L’État islamique et ses affiliés auraient atteint un niveau élevé de sophistication (notamment) pour ce qui est
de l’armement de drones. Des États membres (des Nations unies) estiment par
conséquent que l’un des dangers liés au
retour des combattants terroristes étrangers dans leur pays d’origine tient aux
connaissances acquises dans les zones de
conflit s’agissant du maniement » de ce
type d’armes. Dans un contexte marqué
par le vol, le 6 août, d’un drone au-dessus du fort de Brégançon, où réside ce
mois-ci le président de la République,
ou par l’explosion, le 4 août, de deux engins civils lestés chacun d’un kilo de C4
(explosif militaire) dans le ciel de Caracas, le constat dressé par un récent rapport des Nations unies ne peut qu’inquiéter.
Sous la coordination d’Edmund Fitton-Brown, ancien ambassadeur du
Royaume-Uni au Yémen, ce point semestriel d’experts indépendants sur les
activités de Daech, d’al-Qaida et « des
personnes, groupes, entreprises et entités
qui leur sont associés », a été remis le
mois dernier au Conseil de sécurité et
rendu public le 13 août.
L’usage d’un drone pour commettre un
attentat est un risque souligné depuis plusieurs années par les spécialistes de l’antiterrorisme. Avant leur dernier rapport,
les experts des Nations unies, se fondant
sur les informations livrées par les États
Un membre des Forces démocratiques syriennes (FDS) examine un drone envoyé par l’État islamique pour espionner leurs positions, en mars 2017.
membres, avaient d’ailleurs déjà abordé
cette question. Début 2018, ils remarquaient que « les États membres continuent de s’inquiéter du mésusage par les
groupes terroristes des drones disponibles
dans le commerce, notamment à la suite de
l’utilisation fréquente de drones par l’État
islamique. Certains États membres exercent un contrôle sur l’importation et la
commercialisation de ces équipements.
Toutefois, la non-réglementation de la
vente globale de drones sur Internet a été
soulignée comme un risque potentiel pour la
sécurité ».
L’an dernier, ce même groupe d’experts
soulignait que Daech a développé la capacité d’adapter « des drones disponibles
dans le commerce en recyclant les pièces des
modèles en vente libre », la majorité des
drones « identifiés sur les champs de bataille en Irak et en République arabe syrienne » étant « des modèles disponibles dans le
commerce », d’un coût allant « de 100 à
1 000 dollars ». Des engins utilisés, depuis
2014, « pour filmer des documents de propagande, mener des missions d’observation, effectuer des tirs indirects, transporter
et larguer de petites bombes et des engins
explosifs improvisés. Il est également arrivé
(que Daech) lance sur des forces rivales des
drones chargés d’explosifs ».
Les experts indiquent qu’al-Qaida a
également déjà utilisé des drones, une
première opération menée par un de ces
groupes « affiliés » remontant à 2012. À
l’époque de sa splendeur, Daech cher-
CONFÉRENCE - DÉBAT
ÉRIC ZEMMOUR, LA FRANCE AU CŒUR
E. Zemmour © Jean-Christophe Marmara
Passionné d’Histoire de France, Éric Zemmour trouve dans chaque épisode de notre roman national
des leçons pour notre temps.
Lors de cette rencontre Salle Gaveau, l’essayiste qui publie un nouvel ouvrage au mois de septembre
chez Albin Michel, racontera aussi ses années d’enfance et d’adolescence où apparaît l’attachement
profond pour son pays. Une forme d’autobiographie intellectuelle, historique et littéraire.
ÉRIC
ZEMMOUR
JEUDI 20 SEPTEMBRE 2018
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chait même « à se doter des moyens nécessaires pour concevoir et construire des
drones de plus grande taille », ce qui
aurait pu lui permettre « progressivement
“
En janvier 2018,
la Russie avait affirmé
que dix drones chargés
d’explosifs avaient attaqué
sa base aérienne
à Hmeimim, dans
le Nord-Ouest syrien
AGENCE FRANCE PRESSE
”
d’armer ses drones, accroissant ainsi sa
capacité de frapper à distance ». L’Agence
France Presse rappelait récemment
qu’« en janvier 2018, la Russie avait affirmé que dix drones chargés d’explosifs
avaient attaqué sa base aérienne à Hmeimim, dans le Nord-Ouest syrien, et trois
autres sa flotte à Tartous, sans faire de victimes ni de dégâts ».
Après une série de survols suspects,
DELIL SOULEIMAN/AFP
notamment de centrales nucléaires, ces
dernières années, la France s’est bien sûr
préparée à contrer ce nouveau risque,
pouvant aussi bien venir de citoyens
malveillants que de voyous (pour faciliter les évasions de prison par exemple)
ou de terroristes. Il est à noter que le drone survolant le fort de Brégançon a vu
son vol déstabilisé par un dispositif de
brouillage des ondes.
Plusieurs méthodes de repérage et de
neutralisation des engins ont été testées
sous la houlette du Secrétariat général de
la défense et de la sécurité nationale
(SGDSN). Et la législation en la matière a
été par ailleurs « durcie » pour que l’utilisation des milliers de drones professionnels et des centaines de milliers de drones
à usage privé soit la plus sûre possible. En
octobre 2016, Paris avait déjà été confronté aux drones de Daech, dans des circonstances toutefois bien particulières, quand
deux soldats français des forces spéciales
déployées près de Mossoul (Irak) avaient
été grièvement blessés. Cette fois-là, l’engin, posé sur le sol, avait été piégé pour
exploser à la moindre manipulation. ■
Daech toujours très actif
sur les réseaux sociaux
LA LECTURE du rapport onusien, qui
procède à un tour d’horizon des terres de
djihad, du Levant à l’Asie en passant par
l’Afrique et l’Europe, le confirme une
nouvelle fois : si Daech est défait dans la
zone syro-irakienne, la menace djihadiste demeure plus que jamais vivace. Fondés sur des données transmises par les
États membres, les chiffres parlent
d’eux-mêmes. Le « nombre total de membres de l’État islamique actuellement présents en Irak et en République arabe syrienne s’établirait entre 20 000 et 30 000,
à peu près également répartis entre les
deux pays. Une grande partie des milliers
de combattants terroristes étrangers actifs
se trouve toujours parmi eux ». Les experts
notent que Daech « est toujours en phase
de transition d’une structure protoétatique
à un réseau clandestin - processus très
avancé en Irak ».
Propagande spécifique
lors de la Coupe du monde
Au Yémen, l’EI ne pourrait compter que
sur 250 à 500 combattants (al-Qaida
dans la péninsule arabique y rassemblant quant à elle de 6000 à 7000 membres), mais Daech aurait de 3000 à 4000
combattants en Libye et de 3500 à 4000
en Afghanistan. Concernant ce dernier
pays, le rapport note que « la structure
centrale de l’EI continue de faciliter la relocalisation de certains de ses principaux
agents vers l’Afghanistan. Un État membre signale que des combattants terroristes étrangers ressortissants de l’Algérie,
de la France, de la Fédération de Russie,
de la Tunisie et d’États d’Asie centrale [y]
sont récemment arrivés ». Un État membre a également indiqué « que certains
projets d’attentat récemment détectés et
déjoués en Europe avaient été conçus par
l’État islamique en Afghanistan ».
Concernant le Vieux Continent, le rapport souligne que Daech « continue d’utiliser les réseaux sociaux pour exhorter ses
sympathisants en Europe à perpétrer des attentats dans leur pays de résidence. La Coupe du monde a fait l’objet d’une propagande
spécifique visant à amener des individus isolés ou autonomes à frapper pendant le tournoi ». Le rapport évoque « les milliers de
partisans actifs en ligne qui sont autant de
recrues potentielles ». Daech continue également « à diffuser diverses méthodes d’attentat ainsi que des instructions pour fabriquer des bombes ou des gilets d’explosifs. Il a
eu tendance ces derniers temps à chercher
davantage à encourager la perpétration
d’attentats qu’à les diriger ou à les faciliter,
ses capacités opérationnelles s’étant détériorées ». « Toutefois, notent les experts,
l’EI et al-Qaida ont récemment manifesté
leur intérêt pour des méthodes plus sophistiquées, faisant notamment appel à l’utilisation de produits chimiques ou d’engins explosifs improvisés téléguidés. »
Enfin, les « revenants » de la zone
syro-irakienne vers l’Europe, moins
nombreux qu’escompté, inquiètent
toutefois de par « la menace accrue que
pourraient représenter ces individus s’ils
transmettaient leurs connaissances et
leurs compétences en matière de drones
(voir ci-dessus), d’engins explosifs improvisés et de voitures piégées. Certains
combattants de l’EI étaient capables de
construire des armes à partir d’articles
disponibles dans le commerce ».
Et le rapport de conclure qu’en Europe,
« malgré l’affaiblissement de sa structure
centrale et la moindre qualité de sa propagande », les « nombreux messages » de
Daech, « qui sont chiffrés par des moyens
disponibles dans le commerce, restent très
efficaces en termes de radicalisation, de
recrutement et d’entraînement ». ■
J. C.
LE FIGARO
lundi 20 août 2018
SOCIÉTÉ
9
Des pistes
pour mieux
reconnaître
le sort des harkis
d’accueil inhumaines des familles transférées dans les camps en France ».
Second champ de réflexion : la mémoire. Le rapport Ceaux évoque l’attribution de décorations, l’entretien et la
collecte d’archives orales et écrites ou
l’éducation par « des interventions croisées de témoins (harkis, rapatriés, appelés, indépendantistes) en milieu scolaire,
sur la base du volontariat » ou par un enseignement « obligatoire de la guerre
d’Algérie au collège ainsi qu’au lycée ».
Un rapport préconise de créer un « fonds
de réparation » doté de 40 millions d’euros.
« Inacceptable », pour les associations.
MÉMOIRE Un demi-siècle après la fin de
la guerre d’Algérie, la question des
harkis, « supplétifs » algériens ayant
combattu pour la France, est toujours
brûlante et pourrait animer la rentrée
politique. Dans son rapport « Aux harkis, la patrie reconnaissante », remis le
17 juillet à la secrétaire d’État auprès de la
ministre des Armées, Geneviève Darrieussecq, le préfet Dominique Ceaux
évoque la tragédie « de ces hommes, de
ces femmes, de ces enfants, pour une partie délaissés sur leur terre natale, désarmés, en proie aux exactions et aux massacres, pour une autre partie rapatriés en
métropole, déracinés, exilés, ensuite relégués dans des camps, des hameaux de fo-
restage, des cités urbaines ». À la fin de la
guerre, de 55 000 à 75 000 harkis, selon
les historiens, ont été abandonnés par la
France et de 60 000 à 90 000 rapatriés et
accueillis dans de très mauvaises conditions. Le rapport dresse une liste de
56 propositions centrées sur la reconnaissance de la responsabilité de l’État
français, les enjeux de mémoire et, de
manière très mesurée, les réparations.
Dans Le Journal du dimanche du 19 août,
Geneviève Darrieussecq déclare qu’elle
veut faire, après avoir soumis la question
au chef de l’État et au premier ministre,
des annonces le 25 septembre, lors de la
seizième Journée nationale d’hommage
aux harkis (créée par un décret de 2003
sous la présidence de Jacques Chirac).
Première mesure possible : un geste
officiel et symbolique. Le rapport Ceaux
RUE DES ARCHIVES/AGIP
JEAN CHICHIZOLA
Deux obstacles
Selon les historiens, à la fin de la guerre d’Algérie, 55 000 à 75 000 harkis auraient été
abandonnés par la France et 60 000 à 90 000 rapatriés dans l’Hexagone.
évoque une « résolution parlementaire
pour acter la reconnaissance de la nation ». Dès 2012, Nicolas Sarkozy avait
pourtant déjà déclaré que « rien ne peut
excuser l’abandon de ceux qui avaient fait
le choix de la France ». Et François Hollande reconnaissait en 2016 « les responsabilités des gouvernements français dans
l’abandon des harkis, les massacres de
ceux restés en Algérie et les conditions
Ces gestes envers les harkis risquent fort
de buter sur deux obstacles : financier
d’abord pour les réparations. Le rapport
Ceaux reconnaît que l’État ne satisfera
pas « toutes les demandes, toutes les attentes […]. Il y faudrait beaucoup d’argent, que la France n’a pas forcément. Ou
n’a plus ». Geneviève Darrieussecq parle
de 40 millions d’euros en quatre ans. Les
représentants des harkis ont dénoncé un
rapport « inacceptable » et une proposition « ridicule ». Autre écueil : les rapports avec l’Algérie. Le 7 juillet, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le
Drian, soulignait que le dossier des harkis « est toujours au centre de discussions
(avec Alger) et n’a pas été abandonné.
(Paris) fera de son mieux pour résoudre
cette question et permettre de préserver le
droit des harkis à retourner dans leur
pays ». Vendredi, le ministre algérien
des Moudjahidine rétorquait : « Le sort
des harkis a déjà été tranché par l’histoire.
(Ils) ont choisi leur camp. Les personnes
ayant trahi leur pays et leurs frères n’ont
aucune place sur notre sol. » ■
L’escalade urbaine, cette pratique à risque
Rendues célèbres grâce à des vidéos virales, des performances dangereuses inquiètent. La RATP fait de la prévention.
JEUNESSE Ils escaladent, sans aucun assurage, des grues ou des bâtiments, réalisent
des saltos du haut de ponts, sautent sur des
trains en marche… Nés dans les années
1990, les phénomènes de l’« urban
climbing » et du « train surfing » prennent de l’ampleur. Aujourd’hui, des dizaines de vidéos montrent le plus souvent de
jeunes hommes se lançant dans ces pratiques à risque sont publiées chaque jour.
Diffusées sur les réseaux sociaux Twitter,
Snapchat, Facebook, Instagram ou YouTube, elles rassemblent des centaines de
milliers de vues.
Ces pratiques « mettent réellement l’existence des adolescents en danger », rappelle
le professeur de sociologie et d’anthropologie David Le Breton dans son livre Sociologie, psychanalyse et conduites à risque des
jeunes. Plusieurs faits divers en attestent.
Maxime Sirugue, alias Siirvgve, jeune photographe français adepte de l’« urban
climbing », a fait une chute mortelle en
janvier 2017 alors qu’il escaladait un pont à
proximité du Musée des Confluences de
Lyon. Le 24 octobre dernier, un adolescent
qui était monté sur une rame de la ligne de
métro 6, à Paris, mourait après avoir percuté la verrière du toit de la station de métro Bir-Hakeim. Le Français Alain Robert,
pionnier de l’« urban climbing », a également fait les frais de sa passion. Avec plus
de sept chutes à son actif, le sportif estime
aujourd’hui être handicapé à 66 %. Ce qui
ne l’empêche pas de continuer à grimper,
son dernier exploit en date étant l’ascension de la Lotte World Tower de Séoul début juin. La vidéo qui le montre escaladant
un gratte-ciel brésilien à mains nues, en
2009, comptabilise aujourd’hui près de
4 millions de vues.
À la recherche
de sensations fortes
Ces performances touchent un public jeune, à la recherche de sensations fortes,
pour qui le risque fait partie du jeu et qui
ne se rend pas forcément compte du niveau d’entraînement de leurs stars préférées sur les réseaux sociaux. En effet, les
amateurs, qui se retrouvent sur de nombreux forums en ligne, revendiquent toujours le même objectif : « Le plaisir et la li-
Le Français Alain Robert, pionnier de l’« urban climbing », lors de son ascension
de la Lotte World Tower, à Séoul, début juin. ED JONES/AFP FORUM
berté de savoir que l’on est sûrement le
premier à mettre ses doigts et ses pieds sur
ce béton », confie Adrien*. L’adrénaline
procurée par ces performances sportives,
et surtout leur illégalité, fascine. Louis ex-
plique : « Tu te souviendras de ton exploit
pour deux raisons : la grimpe et la taule ! »
La lutte contre ces pratiques, en particulier le « train surfing », passible d’une peine d’un an de prison et de 15 000 €
La lutte s’organise contre l’addiction
aux jeux d’argent en ligne
Dans l’enthousiasme de la Coupe du monde, les sommes pariées sur Internet ont explosé.
ALICE SANGOUARD £@alicesangouard
SANTÉ Basile ne parie pas souvent en ligne. Mais, pendant la Coupe du monde, ce
n’était pas pareil. « Des pubs ont commencé
à tourner en boucle sur les sites. C’était difficile de passer à côté. » Il a joué. Il est loin
d’être le seul. D’après l’Autorité de régulation des jeux en ligne, les parieurs français
ont engagé 381 millions d’euros pendant la
durée de la compétition. En comparaison,
la Coupe du monde de 2014 n’avait généré
« que » 290 millions d’euros. Dans l’enthousiasme général, des milliers de Français se sont laissé séduire par ce supplément d’excitation que procurent les paris
sportifs. Fort heureusement, tous ne tombent pas dans l’addiction aux jeux. Une
maladie qui touche pourtant deux joueurs
sur dix, selon une enquête menée en 2017
par l’Observatoire des jeux (ODJ).
« 9,4 % des pratiquants sont classés
comme joueurs à risque modéré et 13,0 %
comme des joueurs excessifs, en grande
difficulté avec leurs pratiques de jeu », précisait l’ODJ. Des pratiques « plus intensives et problématiques que celles sur les supports traditionnels ». Le joueur type est un
homme âgé en moyenne de 38 ans, diplômé, qui pratique surtout les jeux de loterie
en ligne (sept joueurs sur dix). Viennent
ensuite les paris sportifs, en forte augmentation depuis 2012, puis le poker et les
paris hippiques. Les dépenses annuelles
moyennes de ces joueurs tournent autour
de 1 500 euros. Mais ces sommes peuvent
excéder les 3 000 euros, somme à partir
de laquelle l’ODJ considère qu’ils basculent dans l’addiction. « Ce qui me plaît,
c’est l’adrénaline de suivre un match en espérant qu’il tourne en ma faveur », exulte
Léandre, qui parie en moyenne 50 euros
par semaine, et qui, pendant ce qu’il appelle ses « périodes de jeu », peut engager
cette somme de manière quotidienne.
Pour Marc Auriacombe, praticien au
pôle addiction du centre hospitalier Char-
les Perrens à Bordeaux, cette dépendance
devient visible dès que « la personne perd
le contrôle ». Ce phénomène, appelé le
« craving », consiste en « une envie anormale qui contraint les gens à faire ce qu’ils
ne veulent pas faire », continue-t-il.
Un engrenage vicieux
Ce processus intervient lorsque les
joueurs désirent reproduire les sensations
positives que leur apporte le jeu, ou au
contraire échapper à des difficultés de
leur vie quotidienne. Ils sont alors
pris dans un engrenage vicieux et cherchent « à jouer pour se refaire ». D’autant
plus tentant que l’accès rapide à Internet,
où que l’on soit grâce aux smartphones,
ainsi que les sollicitations régulières en
ligne, constituent des incitations quotidiennes.
Bien que peu connu, ce type d’addiction est solidement pris en charge par
l’Institut fédératif des addictions comportementales. Fondé en 2010, il dispose dé-
sormais d’un réseau national fort de
24 structures universitaires et hospitalières. Adossé au Centre de référence sur
le jeu excessif du CHU de Nantes, créé en
2008, il évalue, oriente et prend en charge
ces patients. Les joueurs sont suivis tout
au long de leur sevrage, grâce à un bilan
général réalisé par des médecins, des
plans de soin thérapeutique, ou encore
des groupes de parole. En parallèle, des
associations accompagnent ces personnes
sur les plans psychologique, juridique et
social. « Un psychologue propose aux
joueurs une orientation analytique ou thérapeutique en fonction de leur profil, indique Armelle Achour, directrice de SOS
Joueurs. En cas d’endettement, nous travaillons avec une avocate qui leur donne les
clés pour effectuer les démarches qu’ils
peuvent accomplir pour juguler leurs difficultés. » C’est le cas pour 73,1 % des
joueurs qui appellent l’association,
d’après son « Rapport d’activité et réflexions 2017 ». ■
d’amende, mobilise les réseaux ferroviaires. S’il s’agit d’un phénomène rare, « il
est souvent dramatique, explique Mariah
Camargo de Staal, responsable marque et
digital du groupe RATP. Il peut par ailleurs
être amplifié par la course aux “like” sur les
réseaux sociaux. » C’est pourquoi l’entreprise a décidé de faire de la prévention ciblée. « Nous voulions créer un mécanisme de
micro-influences, indique Mariah Camargo
de Staal. Nous avons visé ceux qui font du
“parkour” (discipline sportive consistant à
se déplacer dans tout type d’environnement grâce à ses seules capacités physiques) et les pratiques assimilées, en choisissant une figure emblématique de ces
communautés, afin d’être davantage écouté
que si l’entreprise s’était exprimée seule. »
Le choix de la RATP s’est porté sur
Johan Tonnoir, Parisien adepte du « free
running » (dérivé du parkour), qui dispose d’une communauté Instagram de plus
de 22 800 followers. Grâce à la diffusion de
messages de prévention via Johan Tonnoir, la RATP espère réduire au maximum
le nombre de « train surfers », en particulier sur la ligne 6 du métro parisien. ■
* Les prénoms ont été modifiés.
EN BREF
Loi Schiappa : les acteurs
de la protection de l’enfance
ne décolèrent pas
Associations et professionnels de
la protection de l’enfance se disent
dimanche « unanimement déçus »
par la loi contre les violences
sexuelles et sexistes, dénonçant
un « statu quo » dans la protection
des mineurs et accusant
le gouvernement d’attaques
à leur encontre.
Des LGBT heurtés par une
campagne antihomophobie
« Pour qu’une femme aime les
hommes, rien ne vaut un viol
collectif »… Une campagne contre
l’homophobie, lancée le 15 août en
France par une agence de publicité
et un magazine autrichien,
est dénoncée pour sa violence
par de nombreux militants LGBT.
Enquête après la diffusion
d’images du rappeur Kaaris
en prison
L’Administration pénitentiaire
a ouvert une enquête
après la diffusion d’images
du rappeur Kaaris dans la prison
de Fresnes.
A
ALICE SANGOUARD £@alicesangouard
lundi 20 août 2018 LE FIGARO
10
SCIENCES
Quand les robots jouent avec notre esprit
ANNE-LAURE LEBRUN
£@LebrunAnneLaure
PSYCHOLOGIE « Si tu te réveillais un matin avec une nouvelle qualité ou un talent,
que préfèrerais-tu ? », demande un jeune
étudiant de l’université de Clermont
Auvergne au robot Marvin, une petite
machine faite en Meccano qui pourrait
être le cousin de l’adorable Wall-E.
« J’aimerais pouvoir créer d’autres robots
pour avoir des conversations plus intéressantes », lui répond sèchement l’objet en
ferraille. Pas plus haut que trois pommes,
ce robot n’a pas la langue dans sa poche
et aboie sur tous les étudiants qui osent
lui demander comment il va ce matin.
Cette mauvaise humeur et cet air hautain ne sont que des programmes insufflés par les informaticiens. En tant
qu’être humain, nous savons que cette
machine pleine de fils électriques ne
pense pas ce qu’elle dit. Cela devrait
même nous faire sourire. Et pourtant,
l’attitude du robot suscite une petite
crainte. Une appréhension qui modifie
nos capacités d’attention, selon une étude menée par le laboratoire de psychologie sociale et cognitive (Lapsco) parue
cette semaine dans Science Robotics.
Les chercheurs ont découvert ce pouvoir de Marvin en étudiant les interactions entre lui et une soixantaine d’étudiants de l’université. « Nous voulions
savoir si la présence d’un robot avec lequel
il est possible d’interagir peut avoir le
même effet que la présence d’un humain,
explique au Figaro Nicolas Spatola, le
responsable de ces travaux. La littérature
en psychologie montre que la présence
d’un être humain lors de la réalisation
d’une tâche n’est pas neutre. Elle peut
nous rendre plus performant ou alors nous
perturber. »
Pour savoir si Marvin peut avoir un tel
impact, les chercheurs ont observé les
TONY BELPAEME/ALAN STEWART/SCIENCE AND TECHNOLOGY/UNIVERSITY OF PLYMOUTH
Deux études révèlent que les humains
perçoivent les robots comme des êtres
sociables et non pas comme des objets.
étudiants lors de la réalisation du test
Stroop. Celui-ci consiste à nommer la
couleur de l’encre utilisée pour écrire le
nom d’une couleur. Par exemple si le
mot « vert » est écrit avec de l’encre
rouge, il faut dire « rouge ». Il permet
d’évaluer la capacité à maintenir son attention sur un seul paramètre et ignorer
les autres. Il s’agit ici de mettre sous silence le processus automatique de lecture et de se concentrer uniquement sur la
couleur que l’on voit.
Les étudiants se sont pliés à cet exercice selon deux scénarios : une première
fois seuls dans la pièce, puis une seconde
fois en présence du robot version méchante ou programmé pour être sympa-
Comme des animaux
à l’affût, les étudiants
gardent un œil
sur Marvin le vilain
L’étude britannique montre que des enfants âgés de 7 à 9 ans peuvent se soumettre à l’influence des robots.
thique. Avant de commencer le test, ils
ont eu quelques minutes pour échanger
avec la machine. Cette dernière restait
ensuite silencieuse pendant la réalisation du test de Stroop. « Nous voulions
être le plus proches de la réalité et étudier
l’impact d’interactions positives ou négatives sur les volontaires », glisse Nicolas
Spatola.
Et il apparaît que les étudiants réussissent bien mieux le test en présence
du robot pénible qu’avec la version
amicale de Marvin. « En raison de son
côté menaçant et imprévisible, la version
méchante du robot semble plus capturer
l’attention des participants. Cela leur
permet de se concentrer davantage sur la
tâche centrale de l’exercice, à savoir
nommer la couleur du mot. » Comme des
animaux à l’affût, les étudiants gardent
un œil sur Marvin le vilain et nomment
par automatisme le nom des couleurs.
En somme, le robot froid comme le métal d’une pièce de Meccano a rendu les
étudiants plus performants au test de
Stroop. « Mais cela ne signifie pas qu’il
faut un robot antipathique dans une
classe pour améliorer l’apprentissage des élèves. Ce serait la pire chose à
faire », s’empresse d’ajouter le chercheur. De fait, robot ou pas, on sait que
l’apprentissage à la dure ne produit que
des dégâts.
Dans le même numéro de Science Robotics, des chercheurs britanniques
montrent que des enfants âgés de 7 à
9 ans peuvent se soumettre à l’influence
des robots. Il était demandé à ces enfants
d’indiquer parmi quatre lignes lesquelles
étaient de même longueur. Alors qu’ils
donnaient une bonne réponse dans près
de neuf cas sur dix, ils perdaient leurs
moyens en présence des robots et n’arrivaient à donner que 75 % de bonnes réponses. Plus intéressant encore, trois
quarts de leurs erreurs sont identiques à
celles commises par les robots juste
avant eux. Les enfants ont donc copié sur
leur voisin robotisé. Les adultes participant à cette expérimentation n’ont pas
été aussi dupes. « Les enfants auraient
donc plus d’affinités avec les robots que
leurs aînés, ce qui amène à cette question :
et si les robots leur disaient quoi acheter ou
quoi penser ? », s’interroge Tony Belpaeme, professeur de robotique à l’université de Plymouth.
« Finalement, ces deux études montrent que les humains attribuent des caractéristiques humaines aux robots. Ils
ne le perçoivent pas comme un objet mais
un être sociable. Une perception qui se
renforcera avec l’arrivée des robots humanoïdes beaucoup plus sophistiqués, et
qui posera de nombreuses questions
éthiques », anticipe Nicolas Spatola. ■
Essai réussi contre le
tabagisme en prison
Les cigarettes électroniques sont distribuées
dans deux prisons de Caen. Et les premiers
résultats ne se sont pas fait attendre.
CLOTILDE COSTIL £@ClotildeCostil
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SANTÉ Difficile d’être non-fumeur dans
les prisons françaises. À Caen, 80 % de
la population carcérale appartient à la
catégorie des fumeurs, contre 32 % des
Français de manière générale. L’ennui,
les trafics ; plusieurs raisons viennent
expliquer cette consommation excessive de tabac en milieu pénitentiaire. En
mai 2017, un détenu de la maison d’arrêt
de Caen avait d’ailleurs fait condamner
l’État pour tabagisme passif. Le plaignant avait partagé pendant 245 jours sa
cellule avec des détenus fumeurs.
Une solution pourrait venir en aide à
ces fumeurs passifs. Non pas d’interdire la cigarette en prison comme l’a fait
le Canada ou encore l’Australie. L’idée
inédite est née d’un partenariat entre
le CHU de Caen et La Vape du Cœur,
association qui tente d’équiper les fumeurs les plus démunis en cigarette
électronique.
Jeudi 28 juin dernier, un accord a été
signé entre ces deux parties pour réduire les risques du tabagisme en prison. La mesure a permis de distribuer
plus de 200 e-cigarettes au sein des
deux établissements pénitentiaires de
Caen, la maison d’arrêt et le centre pénitentiaire.
« Nous avons commencé à travailler
sur le projet fin 2017, quand nous avons su
que l’Agence régionale de santé nous accordait un financement de 50 000 euros,
ce qui équivaut à environ 1 000 cigarettes
électroniques », indique le Dr Marie Van
Der Schueren, responsable du service
de tabacologie du CHU de Caen et porteuse du projet. Dans un premier temps,
l’association La Vape du Cœur est intervenue auprès des tabacologues du centre hospitalier et des soignants de l’unité
de soins en milieu pénitentiaire (USMP)
de Caen, pour les former à l’usage de la
cigarette électronique. « La pratique de
la vapoteuse ne fait pas partie de notre
enseignement comme c’est un objet arrivé récemment sur le marché », précise le
Dr Van Der Schueren. Une fois formées,
les équipes médicales ont dû composer
avec les contraintes liées à leur environnement professionnel ; il était nécessaire de trouver un type de cigarette
électronique validée par le centre de
détention.
Oubliée la cigarette qui se charge
avec une clé USB « parce que le cordon
de charge aurait pu être utilisé pour
autre chose. Il fallait un chargeur avec
une prise classique », explique le médecin. Trois mois de mise en place ont été
nécessaires pour que les détenus puissent bénéficier de ce dispositif.
Depuis mars, des ateliers avec des
professionnels de santé leur sont proposés, à eux comme au personnel pénitentiaire. Outre les conseils sur l’utilisation des cigarettes électroniques, des
“
Nous souhaitons aussi
grâce à cette alternative
limiter le tabagisme
passif, tous les problèmes
de manque qui entraînent
de l’agressivité et même
de la violence
”
DR MARIE VAN DER SCHUEREN, RESPONSABLE
DU SERVICE DE TABACOLOGIE DU CHU DE CAEN
consultations de sevrage tabagique
sont également mises à leur disposition. 150 personnes des deux établissements pénitentiaires ont ainsi fait le
choix de la cigarette électronique. Et
les premiers résultats, positifs, sont
déjà visibles puisque les infirmiers de
l’USMP ont observé des modifications
dans les pratiques et les comportements des détenus convertis à la vapoteuse. « Nos objectifs vont plus loin que
la simple réduction du tabagisme. On
souhaite aussi grâce à cette alternative
limiter le tabagisme passif, tous les problèmes de manque qui entraînent de
l’agressivité et même de la violence »,
remarque Marie Van Der Schueren.
Marie Van Der Schueren espère déployer le projet dans d’autres prisons
normandes et peut-être même françaises. ■
LE FIGARO
lundi 20 août 2018
SCIENCES
11
Mais pourquoi
les oisillons
quittent le nid ?
Les oiseaux qui lâchent leurs petits dans la
nature avant qu’ils ne soient prêts à voler
le font en protection contre les prédateurs.
MARIELLE COURT £@MarielleCourt
NATURE Should I stay or should I go,
chantaient The Clash en 1981… Et c’est
bien la question, dois-je rester ou doisje partir, que semblent se poser les
oisillons au moment de quitter leur nid.
Dans une étude publiée dans la revue
Science Advances au mois de juin, une
équipe de chercheurs de l’université du
Montana aux États-Unis a cherché à
comprendre les raisons qui poussent les
petits à partir, alors même que, dans
certains cas, leurs ailes sont insuffisamment développées pour pouvoir s’envoler. Leur étude a porté sur 19 espèces
d’oiseaux chanteurs dans les forêts
d’Arizona, avec certaines espèces scrutées en plus grand détail, dans des
conditions expérimentales contrôlées.
Les chercheurs montrent notamment
que chez les oiseaux qui nichent au sol,
les oisillons partent au bout de 11 jours
environ après être sortis des œufs, alors
que chez les oiseaux cavicoles qui font
leur nid dans les anfractuosités des arbres et autres cavités obscures, les petits
attendent 25 à 28 jours avant de se lancer, au moment où leurs ailes sont parfaitement formées pour pouvoir les porter. « Ce qui fait la différence, explique
Bret Tobalske, directeur du laboratoire
d’étude du vol des oiseaux à l’université
du Montana, qui a participé à l’étude,
c’est la contrainte de la prédation », plus
forte au sol que dans des cavités cachées.
Pourtant, l’expérience menée par les
scientifiques grâce à une barrière placée
autour du nid, deux mètres de haut mais
sans toit afin que les parents puissent al-
ler et venir, montre clairement que des
oisillons qui se trouvent contraints de
rester à proximité de leur nid, ne seraitce que trois jours, ont leurs ailes qui se
développent de telle façon qu’ils sauront
plus rapidement voler, comparé à leurs
congénères sans barrière.
Une hirondelle quitte le nid sous le regard de sa nichée.
“
Cela s’appelle
de la sélection naturelle.
Un oisillon suffit à assurer
la descendance
”
BRET TOBALSKE, UNIVERSITÉ DU MONTANA
Mais le fait de garder les jeunes plus
longtemps au sol augmente considérablement le risque d’être attaqué. Plus
les oisillons qui se trouvent à hauteur
de museau d’un renard ou d’un chat
restent longtemps groupés dans le nid,
plus le risque de voir toute la nichée
disparaître d’un seul coup augmente.
En les poussant hors du cocon familial,
les parents savent bien que le risque ne
s’efface pas, mais il sera alors éclaté : ne
sachant pas voler les jeunes vont séparément aller se réfugier dans les fourrés
CHRISTIAN DÉCOUT/BIOSPHOTO/AFP FORUM
pour tenter de se cacher. Si l’un ou plusieurs d’entre eux sont repérés par un
prédateur, ils se feront sans aucun doute croquer, mais ailleurs, il en restera
peut-être d’autres qui survivront.
« Cela s’appelle de la sélection naturelle, poursuit le scientifique. Un oisillon
suffit à assurer la descendance même si
c’est toujours mieux si toute la nichée survit. » « Les parents ont intégré l’idée que
si les jeunes partent tôt, ils sont moins bien
préparés, mais ils courent moins de risque
de se faire tuer », souligne Frédéric Angelier, chercheur au centre d’études
biologiques du CNRS à Chizé, dans les
Deux-Sèvres. « C’est une étude très solide », estime-t-il, qui confirme l’adage
populaire selon lequel il est dangereux
de mettre tous ses œufs dans le même
panier. ■
Les oiseaux dévorent 400 millions de tonnes d’insectes
La
« population
des oiseaux
insectivores
consomme
autant
d’énergie
qu’une ville
comme
New York
»
MARTIN NYFFELER,
BIOLOGISTE
LES OISEAUX à travers le monde consommeraient 400 à
500 millions de tonnes d’insectes chaque année, qu’il s’agisse
de fourmis, de sauterelles, de
papillons, de mouches, de coléoptères et autres pucerons…
Autant de petites bestioles qui
sinon détruiraient plus sûrement
les forêts ou les cultures.
C’est ce qu’affirme une équipe
de trois chercheurs. Pour arriver
à ce résultat, publié dans la revue Science of Nature, les scientifiques ont compilé les résultats
de 103 études exclusivement
consacrées à cette question. « La
population globale des oiseaux
insectivores consomme annuellement autant d’énergie qu’une ville comme New York », raconte le
principal auteur, Martin Nyffeler, biologiste à l’université de
Bâle (Suisse).
Menacés en raison de
la disparition des forêts
Les oiseaux forestiers sont les
plus voraces puisqu’ils consomment 75 % des insectes, soit environ 300 millions de tonnes,
100 millions sont attaqués par
L’ÉTÉ DU FIGARO
les volatiles des savanes et de la
campagne et ceux vivant dans
les zones froides, telles que la
toundra arctique ou bien les déserts. C’est surtout au moment
de la naissance des petits que la
chasse est la plus intense.
« Seuls quelques groupes de
prédateurs tels que les araignées
qui se nourriraient de 400 à
800 millions de tonnes d’insectes
par an, les insectes entomophages, et notamment certaines
fourmis, peuvent rivaliser sur
une grande échelle avec les
oiseaux insectivores dans leur
1/6
capacité à supprimer les ravageurs des cultures », poursuit le
chercheur.
Il rappelle que les oiseaux sont
pourtant menacés en raison de
la disparition des forêts, de
l’agriculture intensive, de l’usage de pesticides systémiques, de
la multiplication des chats, de la
pollution et du changement climatique. « Nous pouvons craindre que les services écosystémiques rendus par les oiseaux, tels
que la suppression des insectes
nuisibles, se perdent », met en
garde le biologiste. ■
M. C.
[
]
Les fléaux
biologiques
La grenouille géante qui meugle comme un taureau
Depuis 2006, la France essaie d’éradiquer cette espèce qui prolifère aux dépens des espèces locales.
« Première apparition en France (région
aquitaine) d’une grenouille géante américaine : Rana catesbeiana (ou Lithobates
catesbeianus)) en voie d’acclimatement. »
La première description scientifique de la
grenouille taureau dans l’Hexagone date
d’avril 1992 dans le Bulletin mensuel de la
Société vétérinaire pratique de France et
est l’œuvre du docteur vétérinaire Louis
Touratier, avec l’aide du laboratoire des
reptiles et amphibiens du Muséum national d’histoire naturelle. Il y souligne le
risque de « catastrophe écologique » que
sa pullulation fait courir à l’environnement. La bête est classée au niveau mondial parmi les 100 espèces exotiques envahissantes les plus néfastes et parmi
les 37 les plus préoccupantes dans la
liste de l’Union européenne.
Grande comme un (petit) poulet, la grenouille taureau (bullbullfrog dans son pays natal) aurait
été introduite en Gironde il y a
trente ans. On dit que c’est Armand Lotti, ancien pionnier de
l’aviation (premier vol transatlantique français dans le sens ouest-est
en 1929), qui en rapporta des ÉtatsUnis pour le parc et l’étang du château
familial d’Arveyres, dans le Sud-Ouest,
entre Bordeaux et Libourne. On ne sait
pas exactement quand cela se produisit,
peut-être après la Seconde Guerre mondiale. Mais les batraciens américains restèrent dans l’ombre pendant des années.
Jusqu’à ce qu’ils sortent de leur étang et
commencent à coloniser les alentours à
la fin des années 1960 en Gironde. Ils
Grande comme
un petit poulet,
la grenouile taureau
est classée parmi
les 100 espèces exotiques
envahissantes
les plus néfastes.
WILDLIFE/ANDIA.FR
sont arrivés en Dordogne à la fin des années 1980 et en Loir-et-Cher vers 2000.
La grenouille taureau est, comme les
autres anoures, un amphibien sans
queue à l’âge adulte, carnivore. Elle mesure jusqu’à 40 cm de long et peut peser
2 kg. Et même si les spéci-
mens capturés en France n’atteignent
pas tous ces dimensions, que peut une
rainette verte avec ses 3 à 5,5 cm et ses
quelques centaines de grammes contre
elle… si ce n’est lui servir de repas ou déménager au plus vite. Ce prédateur vorace est capable de s’attaquer à un grand
nombre d’autres espèces, reptiles,
oisillons ou même petits mammifères. La
grenouille taureau est également porteuse d’un champignon pathogène, appartenant à la famille des chytrides
(Batrachochytridium
Batrachochytridium dendrobatidis), qui menace gravement les espèces autochtones.
Programme d’éradication
Dans le parc naturel régional PérigordLimousin, la lutte contre la grenouille
taureau, engagée en 2005 et dopée depuis 2016 par un plus vaste programme,
financé à 60 % par l’Union européenne
jusqu’en 2022, commence à porter
ses fruits. « En 2005, date du précédent inventaire, 78 étangs étaient
colonisés par l’espèce sur trois foyers.
L’inventaire de 2017 a permis d’établir sa
présence sur moins d’une trentaine de
plans d’eau sur l’ensemble du territoire.
Avec également des baisses significatives
des populations, sauf sur un site, extérieur
au parc », se félicite Manon Despeaux,
responsable du programme européen
Life Croaa au sein du parc.
De juin à août 2017, principale période
d’activité de l’animal, un inventaire véritable état des lieux - a été réalisé de
trois manières : visuelle, auditive et moléculaire. Le repérage visuel est difficile
et aléatoire, la grenouille taureau
n’aimant pas les feux de la rampe. En re-
vanche, et c’est là une autre nuisance de
la bête, elle est très, très bruyante. Durant la parade nuptiale, le mâle émet un
chant rauque semblable à un meuglement de taureau, qui porte à 1 km à la
ronde ! Ce chant est donc diffusé par des
haut-parleurs et on écoute s’il y a des réponses (428 km2 couverts). Enfin, les
scientifiques du laboratoire Spygen sont
capables, en analysant des prélèvements
d’eau, de détecter l’ADN de la grenouille
et donc sa présence ou non. La phase
suivante, sur les sites où ont été caractérisées des grenouilles taureaux est triple :
tir nocturne par des gardes-chasse à la
carabine (7 731 animaux abattus ces cinq
dernières années) ; piégeage par nasse de
têtards et de juvéniles ; repérage et ramassage des pontes (un grand amas gélatineux de 80 cm de diamètre formé de
10 000 à 25 000 œufs).
« Au début, en 2005 et 2006, les grenouilles faisaient jusqu’à 1,2 kg pour
40 cm. Grâce aux actions menées, elles
sont aujourd’hui plus petites, raconte Manon Despeaux. Les gardes-chasse disent
qu’ils réentendent le chant des rainettes et
des grenouilles vertes. »
Ainsi, la mobilisation des acteurs locaux et le renouvellement annuel des actions de lutte depuis douze ans portent
progressivement leurs fruits. Il convient
de poursuivre les efforts pour atteindre
l’objectif d’une éradication totale en
France, qui semble envisageable au regard des résultats obtenus depuis 2006. ■
RETROUVEZ DEMAIN:
La punaise diabolique
ravage vergers et potagers
A
JEAN-LUC NOTHIAS jlnothias@lefigaro.fr
lundi 20 août 2018 LE FIGARO
12
SPORT
Étincelant,
Mbappé fait
toujours briller
l’étoile des Bleus
Un mois après le sacre de l’équipe de
France en Russie, les champions du monde
ont repris la compétition. Tour d’horizon.
VINCENT DUCHESNE £@VinceSport24
FOOTBALL « On n’a pas le temps de rester
à glander. » Du Kylian Mbappé dans le
texte. Frais, mature et compétiteur dans
l’âme. Pour les champions du monde
français, la fête est finie. Un peu plus d’un
mois après avoir décroché le graal avec
l’équipe de France, tous, ou presque, ont
repris le chemin de l’entraînement et de
la compétition. Avec des étoiles plein les
yeux, certes, mais un appétit toujours
aussi aiguisé. À l’image de Mbappé justement. « Je l’ai déjà dit, on a gagné, on a
fêté parce que c’est important de le faire
mais ça continue, a ainsi affirmé le gamin
de Bondy, au micro de Canal +. Ma carrière ne fait que commencer et j’ai des objectifs très élevés. »
Alors que de nombreux observateurs
s’interrogeaient sur sa capacité à gérer et
digérer l’après Coupe du monde, le nouveau numéro 7 du PSG a mis tout le monde d’accord samedi à Guingamp. Entré à
la mi-temps alors que Paris était mené et
en grande difficulté, Mbappé a tout changé. Avec des jambes de feu et un doublé à
son actif. Sans chercher à tirer la couverture à soi. « Neymar est notre leader, a-til ajouté. On essaie de l’aider. Là, c’est lui
qui m’a aidé (le Brésilien est passeur décisif sur le troisième but, NDLR). Je vais essayer d’en faire autant pour lui. »
Les autres internationaux français du
PSG, Presnel Kimpembe et Alphonse
Areola, ont suivi ses exploits depuis le
banc de touche. Ils devront patienter encore un peu avant de refouler les pelouses
de L1. Tout comme Djibril Sidibé, absent
Kylian Mbappé, samedi, après son second but face à Guingamp.
de la feuille de match lors de MonacoLille (0-0), ou encore Nabil Fekir, préservé par Bruno Genesio et absent à Reims
(1-0). Steve Mandanda, Adil Rami et Florian Thauvin, buteur la semaine dernière
contre Toulouse (4-0), étaient eux attendus dans le onze marseillais à Nîmes dimanche soir.
Griezmann sans jambes
À l’étranger, Hugo Lloris tient toujours la
baraque. Sur la lancée de son excellent
Mondial, le capitaine des Bleus enchaîne
les interventions déterminantes avec
Tottenham en ce début de saison. À Manchester United, Paul Pogba, buteur lors
de la première journée de Premier League, a pris de l’épaisseur avec désormais
le brassard de capitaine autour du bras.
Tout roule également pour Benjamin
STEPHANE MAHE/REUTERS
Mendy, qui engrange (enfin) du temps de
jeu à Manchester City, et N’Golo Kanté,
déjà auteur d’un but et toujours aussi
précieux dans l’entrejeu des Blues.
Contre Arsenal, Chelsea l’a emporté (3-2)
malgré deux occasions franches manquées par Olivier Giroud, entré dans le
dernier quart d’heure.
Longtemps en plein doute sur son avenir, Ousmane Dembélé est toujours au
Barça. Et il commence à s’y épanouir.
Décisif lors de la Supercoupe d’Espagne
contre le FC Séville dimanche dernier
(2-1), l’ancien chouchou de Dortmund a
rendu une copie séduisante contre Alavès
(3-0) lors de la reprise de la Liga. Derrière, Samuel Umtiti n’a pas vraiment été
bousculé. Contrairement à Raphaël Varane, fautif sur deux des trois buts inscrits
par l’Atlético Madrid mercredi en Super-
coupe d’Europe (2-3). Si Thomas Lemar a
rayonné et Lucas Hernandez a assuré
l’essentiel côté Colchoneros, ce fut bien
plus compliqué pour Antoine Griezmann,
sans jambes après seulement dix jours
d’entraînement.
En Italie, Blaise Matuidi n’a pas pris
part au succès de la Juventus au Chievo
Vérone (2-3). Le néo-Romain Steven
Nzonzi est resté à la maison pour le premier match de la saison sur la pelouse du
Torino. Enfin, Benjamin Pavard a assisté,
impuissant depuis le banc, à l’élimination de Stuttgart dès le 1er tour de la Coupe d’Allemagne tandis que Corentin Tolisso s’est dégourdi les jambes cinq
petites minutes avec le Bayern Munich
contre les amateurs de Drochtersen/Assel (1-0), cinq jours après son retour à
l’entraînement. ■
Le PSG s’installe en tête de la Ligue 1 grâce à sa pépite
TEDDY VADEEVALOO
tvadeevaloo@lefigaro.fr
La deuxième journée du championnat a
offert des résultats mitigés pour les cadors de Ligue 1.
uAlors que son club était mené à GuinLe PSG sauvé par Mbappé
gamp (1-0), l’attaquant des Bleus est entré à la pause. Et a tout changé. Il a ins-
crit un doublé en huit minutes, faisant
preuve de sang-froid à chaque fois face
au portier adverse (82e, 90e). Paris enregistre son deuxième succès et peut
grandement remercier Mbappé.
uL’Olympique Lyonnais a, lui, déjà esLyon et Monaco piétinent
suyé son premier revers de la saison à
Reims (1-0). Chez le promu, les hommes
de Bruno Genesio ont manqué de punch
et se sont retrouvés menés après la de-
mi-heure de jeu sur un but de l’Argentin
Chavarria (32e). Monaco a failli se faire
surprendre par Lille (0-0), à domicile.
Le capitaine Falcao a raté un penalty.
la crise couve
uNantes,
Les Canaris de Miguel Cardoso se sont
inclinés pour la deuxième fois en deux
rencontres à Dijon (2-0). Avec un jeu
stéréotypé et trop de frilosité derrière (5
buts encaissés en 2 matchs), les Nantais
passent à côté de leur début de saison.
Nice a bien failli imiter le FCNA, mais les
hommes de Patrick Vieira ont réussi à
arracher un point du côté de Caen (1-1).
d’effet Bedouet pour Bordeaux
uPas
La semaine a été agitée à Bordeaux.
Gustavo Poyet mis à pied, Éric Bedouet
joue les roues de secours au poste d’entraîneur. Habitué au rôle (c’est son 4e intérim), il a connu des débuts difficiles
lors du 83e derby de la Garonne, à Toulouse (2-1). ■
L’hégémonie d’Ogier ne tient plus qu’à un fil
Malchanceux, le quintuple champion du monde voit la perspective d’un nouveau sacre s’éloigner.
l’issue de la saison, sachant que Tänak, qui
vient de récolter 59 points sur 60 possibles
lors des deux derniers rallyes, est revenu
pleinement dans la course avec un retard
de 13 unités sur Ogier.
D’un simple duel, le titre pourrait se
jouer entre trois protagonistes, avec un indéniable avantage pour Neuville, d’une
parfaite régularité depuis le début de la sai-
CÉDRIC CALLIER ccallier@lefigaro.fr
A
RALLYE « J’avais envie de pleurer… » Samedi dernier, en milieu d’après-midi, Sébastien Ogier (Ford) avait le moral en berne. Dans le camp militaire de
Baumholder, là même où l’an dernier il
avait pris l’ascendant au Championnat du
monde sur un Thierry Neuville (Hyundai)
contraint à l’abandon, le Français a peutêtre bien perdu tout espoir de conserver le
trône qu’il occupe depuis désormais cinq
saisons en WRC. La faute à une crevaison
qui lui a fait perdre plus d’une minute et
demie. Un véritable crève-cœur alors
qu’il occupait la deuxième place au classement, avec l’opportunité de reprendre
de nombreux points à son rival belge pour
le titre. « Thierry n’était pas dans le coup
alors que nous, nous n’étions pas si mal
derrière Ott (Tänak, le futur vainqueur).
Une belle opération se profilait et puis tout
s’est envolé sur un coup de malchance. À
Baumholder, c’est toujours la loterie avec
toutes ces petites pierres au milieu de la
route. C’est dur à accepter de voir tous nos
efforts réduits à néant. »
Relégué au 9e rang alors que Neuville
pointait, lui, cinq places plus haut, Ogier
“
Tout peut encore
arriver et on sait que
Seb ne lâchera rien jamais.
Cette saison est loin
d’être finie
”
MALCOLM WILSON, DIRECTEUR DE M-SPORT,
L’ÉQUIPE DE SÉBASTIEN OGIER
Sébastien Ogier compte 23 points de retard sur le Belge Thierry Neuville, à 4 courses
de la fin du championnat du monde de rallye. LAVADINHO/S PRESSE / PANORAMIC
ne s’est pas désuni pour autant pour finir à
l’arrivée, ce dimanche, au pied du podium.
Une belle remontée – liée notamment à la
sortie de route de Dani Sordo et aux ennuis
mécaniques de Jari-Matti Latvala – dont il
ne pouvait se réjouir cependant car elle
s’accompagnait de celle du Belge, finalement deuxième. Seul petit rayon de soleil
pour le quintuple champion du monde,
son meilleur temps lors de l’ultime super
spéciale qui lui rapporte cinq points,
contre un seul à Neuville (5e). La facture en
Allemagne s’élève donc à deux unités pour
le Gapençais, qui accuse désormais un retard de 23 points au championnat. Soit un
joker pour le Belge à quatre épreuves de
son. Ce qui signifie pas pour autant
qu’Ogier abandonne la partie, comme le
confiait Malcolm Wilson, le directeur de
l’équipe M-Sport : « Tout peut encore arriver et on sait que Seb ne lâchera rien jamais.
Cette saison est loin d’être finie. C’est évidemment dommage d’avoir loupé cette
chance de réduire l’écart mais on continue à
y croire. » Prochaine étape, en Turquie, du
13 au 16 septembre prochain. ■
RÉSULTATS
Si Paris a pu compter sur un grand Mbappé pour l’emporter, Lyon et Monaco ont rencontré plus de difficultés.
LIGUE 1 - 2e JOURNÉE
REIMS (3)
GUINGAMP (17)
AMIENS (18)
CAEN (15)
DIJON (2)
MONACO (5)
RENNES (12)
STRASBOURG (6)
TOULOUSE (13)
NÎMES (9)
1-0
1-3
1-2
1-1
2-0
0-0
1-0
1-1
2-1
Hier
LYON (10)
PARIS-SG (1)
MONTPELLIER (11)
NICE (14)
NANTES (20)
LILLE (4)
ANGERS (16)
ST-ÉTIENNE (7)
BORDEAUX (19)
MARSEILLE (8)
EN BREF
Rugby : All Blacks et
Springboks l’emportent
La Nouvelle-Zélande et
l’Afrique du Sud se sont imposés
respectivement en Australie (1338) et contre l’Argentine (34-21)
à l’occasion de la première
journée du Rugby Championship.
Tennis : l’US Open adopte
l’arbitrage vidéo
Les organisateurs de l’US Open
ont décidé de passer un cap.
Cette année, tous les courts
du tournoi new-yorkais qui aura
lieu du 27 août au 9 septembre,
seront équipés du « hawk-eye »
(arbitrage vidéo). Il sera à la fois
utilisé pour les matchs de simple
et de double.
Boxe : Fury retrouvera
Wilder chez les lourds
Pour son 2e combat après une
interruption de carrière de deux
ans et demi, le poids lourd
britannique Tyson Fury a battu
aux points l’Italien Francesco
Pianeta à Belfast (Irlande du
Nord). Une victoire qui lui
permet de défier le champion
WBC de la catégorie, l’Américain
Deontay Wilder. Le combat tant
attendu devrait avoir lieu à Las
Vegas avant la fin de l’année.
LE FIGARO
lundi 20 août 2018
CULTURE
13
Théâtre Antoine : Laurent Ruquier
et Jean-Marc Dumontet se séparent
THÉÂTRE L’animateur, qui ouvre la saison avec « Pourvu qu’il soit heureux », revend ses parts de copropriétaire,
acquises en 2011. Par ailleurs, de nombreuses salles privées parisiennes ont changé de main cet été.
n ne leur fera pas dire
qu’ils sont fâchés ! Laurent Ruquier, en
déplacement aux États-Unis, parlait depuis quelque temps de revendre les parts
qu’il avait acquises il y a sept ans, devenant copropriétaire avec Jean-Marc Dumontet d’un des plus beaux théâtres de
Paris. Le Théâtre Antoine est marqué par
les directions brillantes de Simone Berriau puis de sa fille Héléna Bossis avec
son mari Daniel Darès. Et DumontetRuquier, c’était un bon ticket ! On se
souvient encore du coup de fil donné en
août 2011 à l’animateur de « On n’est pas
couché ». Il était alors – déjà ! – en Amérique et malgré l’heure très matinale, il
avait été enthousiaste.
Cet enthousiasme ne s’est en rien
émoussé. Mais Laurent Ruquier se rend
bien compte que l’on ne peut pas mener
de front toutes ses activités à la radio, à
la télévision, sans oublier l’écriture régulière de pièces et en même temps codiriger un théâtre aussi prestigieux
qu’Antoine. En ce moment, le toucheà-tout brillant est même en train de
peaufiner une comédie musicale consacrée aux Marx Brothers et a d’autres
projets en tête. N’empêche, c’est lui qui
ouvre la saison d’Antoine avec Pourvu
qu’il soit heureux, une comédie à moirures graves : un couple, Francis Huster et
Fanny Cottençon, apprend par le truchement d’une couverture de magazine
people que son fils unique (Louis Le Barazer, à découvrir) est homosexuel.
Laurent Ruquier s’est inspiré d’un événement vécu par l’un de ses proches.
C’est Steve Suissa qui signe la mise en
scène. Première le 13 septembre pour
un peu plus de quatre mois.
Le retour de Dany Boon
En janvier, ce sera le retour de Dany
Boon au théâtre, avec Valérie Bonneton,
dans une pièce sur la pingrerie des riches
signée Sébastien Thiéry, Huit euros de
l’heure. On ne veut pas croire que cela ait
pu irriter Laurent Ruquier. Si sa pièce a
du succès, il sera facile de trouver une
autre salle. Il a d’ailleurs, alors qu’il était
seaux aussi solides que divers, Stéphanie
Bataille. Sollicitée un moment par le Marigny, elle est de retour à Antoine, et
chacun s’en réjouit.
Jean-Marc Dumontet le souligne :
« On ne peut cesser d’imaginer des projets. Il faut voir loin. Il m’a fallu trois ans
pour monter Plaidoiries, l’un des spectacles de la rentrée. Richard Berry, seul en
scène, et les textes authentiques de grandes plaidoiries recueillies par le journaliste
Matthieu Aron. » Il faut du temps depuis
l’idée jusqu’à l’écriture définitive.
« Nous avions pensé avoir la partie civile
et l’avocat. Mais Richard Berry a eu l’intuition qu’il ne fallait qu’une seule voix. Et
c’est idéal. »
Autre projet qui a pris du temps, ces
Lettres à Nour composées par Rachid
Benzine. « Une toute jeune femme rejoint
le mari qu’elle a épousé en cachette. Il est
copropriétaire, parfois créé ses comédies ailleurs qu’à Antoine. Ainsi À droite
à gauche a fait les beaux soirs du Théâtre
des Variétés.
Se séparer n’est jamais agréable et
c’est avec leurs conseils respectifs que se
négocie ce divorce à l’amiable. JeanMarc Dumontet ne cherche pas d’autre
associé. Il a les reins assez solides pour
reprendre les parts de Ruquier. Il sait
que diriger un théâtre est un métier à
plein temps. S’il est à la tête d’une importante constellation de salles à Paris,
plus une à Saint-Malo, il ne fait rien
d’autre. Il s’accorde le suivi des prestations de Canteloup, l’un de ses poulains,
mais pour le reste, il est dans son théâtre, il va voir des spectacles, en France et
à l’étranger, il se renseigne, il fait des
choix. Il est épaulé par une femme de
théâtre à la personnalité forte et aux ré-
COADIC GUIREC/BESTIMAGE ; SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
O
ARMELLE HÉLIOT
aheliot@lefigaro.fr
Théâtre Michel :
Francis Nani succède
à Didier Caron
● Auteur dramatique à succès,
comédien prisé au théâtre comme
à la télévision, metteur en scène
et réalisateur, Didier Caron était
à la tête du ravissant Théâtre Michel,
rue des Mathurins (VIIIe), depuis
2008. Il y a mené un très bon travail
de direction, mais il souhaitait passer
la main. C’est Francis Nani, l’heureux
PDG du Théâtre du Palais-Royal ;
où Edmond, d’Alexis Michalik,
poursuit son triomphe, qui reprend
cette salle de 350 places. Sébastien
Azzopardi, directeur adjoint
du Palais-Royal, en devient
directeur artistique. À l’affiche
en octobre, l’excellente Machine
de Turing de Benoit Solès, avec
l’auteur et Amaury de Crayencour
dirigés par Tristan Petitgirard.
Ciné 13-Théâtre
Place de
Clichy
Hébertot
Gare St-Lazare
Théâtre
Michel
Opéra
Garnier
Place de
la Concorde
en Irak avec Daech. Le père écrit à sa fille.
C’est Éric Cantona qui interprète ces textes et l’auteur et Charles Berling qui signent la mise en scène. »
Au Comedia, que Jean-Marc Dumontet a racheté il y a quelques mois à Marc
Ladreit de Lacharrière, et qui est à deux
pas d’Antoine, des travaux sont en
cours, notamment pour refaire une pente. « Lambert Wilson ne connaissait pas la
salle. Il a été ébloui », note, ravi celui qui
tout jeune avait la passion du théâtre et
fréquentait Monclar et les Baladins en
Agenais des frères Louret par où sont
passés Muriel Robin et Pierre Palmade.
C’est au Comedia qu’en février prochain on découvrira Le Misanthrope de
Molière dans une mise en scène de Peter
Stein, avec Lambert Wilson dans le rôle
d’Alceste, Pauline Cheviller en Célimène, belle et cruelle coquette et Brigitte
Catillon en Arsinoé. Un spectacle qui a
failli ne pas voir le jour car le coproducteur pressenti par Frédéric Franck et le
Théâtre Montansier de Versailles a fait
défaut brutalement avant l’été. « Je suis
très fier de pouvoir participer à cette
création, souligne Jean-Marc Dumontet.
Et en décembre, Jane Birkin donnera des
concerts avec un orchestre symphonique. » Que rêver de plus. La Rue de Valois ? « Je laisse les gens parler. Je travaille. Je me suis engagé pour le président
de la République. Mon métier, c’est le
théâtre. » ■
Les Déchargeurs
se marient avec
la Reine Blanche
● Si cette rentrée est marquée par
quelques divorces, on annonce
également le mariage de deux théâtres
originaux du circuit privé. En effet,
Les Déchargeurs-Le Pôle (Ier), dirigé
jusqu’alors par Ludovic Michel
Sacré-Cœur
et Lee Fou Messica, avec deux salles
Reine Blanche de 80 et 19 places, sont intégrés
à la société du Théâtre de la Reine
Blanche (XVIIIe), constitué d’une
Gare
L’Atelier
salle principale de 156 places
du Nord
et d’une petite de 50. Un lieu qui
revit depuis 2014 grâce à la
scientifique Élisabeth Bouchaud.
Théâtre Antoine
Chacun garde son identité
artistique. Quant à Lee Fou
Messica, qui porte le nom
du fondateur des Déchargeurs où
elle officiait depuis vingt-sept ans,
Place de
la République
elle a été nommée en avril dernier
directrice de l’Espace Bernard-Marie
Les Déchargeurs
Koltès- Théâtre du Saulcy à Metz.
Musée
du Louvre
500 m
Hôtel
de Ville
Infographie
● Nous vous l’avons
annoncé en juillet, c’est
une solution inattendue
qui a été trouvée
au Théâtre de l’Atelier,
563 places, qui depuis
plusieurs mois cherchait
un repreneur. Nagui et
Nicolas Briançon avaient
élaboré un projet très
intéressant, mais qui
ne permettait pas à Didier
Long de se maintenir
à la tête de ce bâtiment
de la place Charles-Dullin
(XVIIIe) qu’il dirige depuis
2015. C’est le PDG
de l’Atelier MériguetCarrère, spécialisé dans
la réhabilitation d’œuvres
d’art et de bâtiments
historiques, Antoine
Courtois, qui a repris
le théâtre. Didier Long
demeure directeur
artistique. À la rentrée,
Pierre Palmade reprend
son Aimez-moi pour
quelques dates et l’on
reverra King Kong
Théorie de Virginie
Despentes, un succès.
Ciné 13 Théâtre :
une histoire de famille
● « Le Ciné XIII Théâtre fait peau neuve » :
cette phrase accueille le visiteur devant cette salle
synonyme de jeunesse, actuellement en travaux.
Salomé Lelouch, la directrice, y mène une
programmation remarquable. Elle vient de reprendre le
bail, détenu par son père, Claude Lelouch, pour pouvoir
entrer au syndicat du théâtre privé. La salle, très
profondément enfouie dans la colline de Montmartre,
avenue Junot, est effectivement en chantier. Arthur
Jugnot entre comme associé et, à la réouverture
en novembre, on retrouvera le bouleversant spectacle
de Mikaël Chirinian et Océan L’Ombre de la baleine
et l’on découvrira J’aime Valentine mais bon, de Rudy
Milstein, avec l’auteur, Agnès Miguras, Farid Bouzenad,
mis en scène par Mikaël Chirinian.
Hébertot : l’arrivée de Stéphane Prouvé
● Ce bâtiment du boulevard des
Batignolles (XVIIe) abrite une salle
de 627 places. Francis Lombrail,
ancien commissaire-priseur
passionné de théâtre, en avait
repris le bail en 2013 et s’était
associé récemment avec Pascal
Legros, producteur, tourneur,
propriétaire notamment des
Nouveautés et d’Édouard VII,
salles importantes. Pascal Legros
se retire et Stéphane Prouvé,
excellent professionnel passé
notamment par Marigny, entre
dans l’administration. Au
programme, en septembre, Misery
de William Goldman d’après
Stephen King avec Myriam Boyer
et Francis Lombrail dans une mise
en scène de Daniel Benoin, puis
la reprise de Douze Hommes en
colère, avec Francis Lombrail.
Bruno Putzulu remplace Bruno
Wolkowitch, que l’on retrouvera
en janvier dans l’adaptation
de Sept Morts sur ordonnance.
A
L’Atelier : un changement inattendu
lundi 20 août 2018 LE FIGARO
14
L’ÉTÉ DU FIGARO
1/6
[
La mode
passe à table
Le point com
mun entre la
cuisine et le sty
Un art de viv
le ?
re que nous fon
t partager,
cette semaine,
six créateurs
autour
d’un petit pla
t au goût de vac
ances.
]
Simon Porte
Jacquemus
La Provence
à l’estomac
Si, de son propre aveu, il n’est pas
un cordon-bleu, le styliste venu
du Sud aime les produits simples
et frais comme sa mode.
VALÉRIE GUÉDON vguedon@lefigaro.fr
Quand nous avons eu l’idée de cette
série d’été consacrée aux petits
plats des créateurs, le nom de
Simon Porte Jacquemus est tombé
d’emblée. Parce qu’il vient du Sud,
parce qu’il est doré comme l’huile
d’olive, parce qu’il aime les imprimés Souleiado, parce qu’il parle
volontiers des tablées chez sa
grand-mère à Salon-de-Provence.
Bref, aussitôt sollicité, il accepte.
Seulement quatre semaines après
cet OK, alors qu’il est éreinté par un
mois de juin surchargé (les ventes
de ses collections, son premier défilé de mode masculine, les interviews à tour de bras), le garçon
avoue ne pas cuisiner, ne pas vouloir montrer son chez-lui. Il est
comme ça Simon, il ne sait pas dire
non. Mais qu’importe. S’il est plus
branché Instagram que « Top
Chef », à seulement 28 ans, il incarne sur la scène mode mondiale le
mythe de l’art de vivre hexagonal.
Rendez-vous est donc pris, non
pas dans sa cuisine, mais à la terrasse de son café parisien favori. Un
beau matin de juillet, il est attablé
devant son petit déjeuner habituel :
deux tartines beurrées et sa confiture d’abricot au Café Français,
place de la Bastille. Peut-on faire
plus franco-français ? « Ce n’est pas
une posture ! proteste le jeune homme. Bastille est mon quartier, je
viens ici quasiment chaque matin.
Très tôt, la terrasse est particulièrement lumineuse. De la carte jusqu’à
A
La soupe
au pistou
de Liline
Éplucher les pommes
de terre et les couper en dés.
Couper les haricots verts.
Rajouter des haricots blancs
et rouges (achetés sur le marché).
Couper les carottes du jardin
en petits morceaux.
Rajouter une petite branche
de céleri coupée très très finement.
Tout mettre dans une grosse
casserole et porter à ébullition.
Ébouillanter les tomates fraîches,
les peler, les mettre dans le saladier.
Écraser des gousses d’ail
et deux branches de basilic.
Rajouter de l’huile d’olive,
sel et poivre. Mélanger la soupe.
Le mieux est de la préparer
la veille pour le lendemain.
l’attitude des serveuses, cette brasserie cultive cet esprit français que
j’adore. » Enfin, surtout l’esprit
« Costes » parisien. « Oui, c’est
vrai. Ce rituel m’est venu quand je
suis monté à la capitale, il y aura dix
ans en septembre, se souvient-il.
Dans mon village, à part quelques
ouvriers qui se posent au comptoir
du PMU avant les chantiers, on ne
prend pas son petit déjeuner en terrasse ! C’est un truc de ville. »
On revient sur ses tergiversations au sujet de ce portrait lié à la
cuisine. « Ce n’est pas que je ne sais
pas cuisiner, plutôt que je ne me sens
pas très à l’aise derrière les fourneaux. À chaque fois, je dois appeler
ma grand-mère pour lui demander
conseils. Je vérifie, avec elle, le temps
de cuisson optimal, le moment idéal
pour ajouter une pincée de sel. » S’il
ne se considère pas comme un cordon-bleu, il n’est pas « fan des restaurants » et préfère dîner chez lui,
tous les soirs. Alors que mange-ton chez Simon ? « Je ne prépare pas
de grands plats. Surtout des rôtis,
des pâtes - sans doute liées à mes
origines italiennes - et des salades.
Des choses simples, souvent à base
de tomates. Une belle tomate avec un
peu de sel de Camargue et du basilic
frais, c’est un plat à elle toute seule.
Ma famille en produit dans le Sud. »
Le sens de la fête
Ce fils de maraîchers - « de paysans », précise-t-il - connaît un
peu « les ficelles de l’agroalimentaire », alors il a parfois des scrupules à faire ses courses chez Monoprix. « Chez moi, nous ne sommes
pas du genre à acheter nos fruits et
légumes en supermarché. Nous nous
servons dans les réserves avant chaque repas. Je ne dis pas qu’à la campagne, on se nourrit mieux qu’en ville, mais nous avons la chance d’avoir
accès à de bons produits directement
du producteur. » En toute logique,
le Provençal confesse une préférence pour la cuisine méditerranéenne, peu transformée et peu assaisonnée, et surtout celle de sa
grand-mère : « Sa recette d’œufs
mimosa est fabuleuse… Autant que
son poulet du dimanche, tout droit
sorti de son poulailler. » Cette mémé
tant aimée qui ne joue pas seulement les aides-cuisinières lui a
aussi transmis sa passion de la céramique trouvée en brocante. « Elle
m’a passé le virus de la chine, des
journées entières à fouiner et à marchander. »
La table, chez lui, évoque surtout
les banquets d’été de son enfance.
« Ma mère, ma tante, mes grandsparents organisaient des fêtes sans
raison. Tout le village, tous les voisins s’y retrouvaient. J’adorais cette
organisation, les femmes cuisinaient
de leurs côtés pendant que les hommes installaient la salle, la sono, etc.
Les enfants étaient réquisitionnés
pour la décoration. À la fin, tout le
monde finissait sur les tables. J’ai
plein de souvenirs, de photos de ces
bringues estivales avec cette magnifique lumière descendante, la chaleur accumulée de la journée. Famille
et amis sur son 31. C’était les marches du Festival de Cannes à moi, se
remémore-t-il plein de joie. Encore
aujourd’hui, j’ai gardé ce goût pour
les fiestas endiablées. Avec mes
amis, plutôt que des dîners, nous
nous installons le soir sur les bords de
Seine. Chacun apporte un petit quelque chose, on s’amuse beaucoup ! »
Un sens de la fête qui infuse ses
collections solaires, colorées, souvent très courtes du côté de l’ourlet. Cet été, ne livrait-il pas une ode
à la Bomba, cette belle fille des plages drapée à l’année dans son paréo ? L’hiver prochain, l’héroïne se
balade dans les souks marocains en
robe à bretelles spaghettis, fendue
jusqu’à la hanche. Derrière la femme Jacquemus, toujours, saison
après saison, le souvenir de sa mère
disparu quand il avait 18 ans. De ce
jour-là est né un mal du pays plus
profond qu’il n’y paraît.
« Plus jeune, je ne rêvais que de
monter à la capitale. Après sa mort,
le Sud m’a rattrapé. Je me suis rendu
compte de mon amour inconditionnel
pour la région où je suis né, la mer, le
soleil. Le week-end dernier, dans le
train du retour, j’avais presque l’impression que les cigales me demandaient de rester. Très Pagnol ! » Une
idée fixe qui irait jusqu’à le pousser à
quitter la capitale de la mode ?
« Tous les jours, je me pose la question
mais c’est un choix compliqué : rêver
d’une ville toute son enfance pour finalement renoncer à y vivre, à même
pas 30 ans, c’est un peu triste, non ? »
Ce chef d’entreprise, qui compte
une quarantaine de personnes ins-
Simon Porte
Jacquemus,
le 12 juillet,
à Paris.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
tallées dans un immeuble du canal
Saint-Martin, hésite sérieusement
à déménager son business florissant dans le Midi. « Certains de mon
équipe seraient prêts à faire le grand
saut quand je leur parle des baignades après le boulot. D’autres restent
très attachés à leur vie parisienne. »
Établir une marque de mode au
chiffre d’affaires de plusieurs millions d’euros ailleurs qu’à Paris ne
l’effraie pas le moins du monde.
« Je reste un label indépendant, j’essaie donc de calculer les risques que
j’encours. Mais, dans ma vie, les décisions que j’ai prises à l’instinct et
qui semblaient périlleuses se sont
avérées les plus payantes. »
Un bon camarade
Le designer n’a rien d’un Rastignac
à l’assaut de la Ville Lumière. Sauf
qu’il sait jouer de son côté provincial, terrien, presque kitsch dans
ses références, qui fascine tous les
grands journaux étrangers. Six pages sur ce gaillard dans le Vogue
américain en février, s’il vous plaît !
« Je n’ai jamais eu peur d’affirmer
qui je suis. Je revendique sans complexes mes origines méditerranéennes et populaires. Mon but est de
partager avec les gens, sur les réseaux sociaux certes, mais aussi à
travers mes collections. Jacquemus
n’a jamais été une marque de mode à
mes yeux, plutôt un moyen de raconter mes histoires. Sans cette sincérité, ce lien avec les gens, ce métier serait beaucoup moins intéressant. »
Il entretient donc un lien avec ses
583 000 abonnés sur Instagram,
fort de sa belle gueule et de ses vidéos sans filtre. Et fait même désormais partie, avec Karl Lagerfeld
et Olivier Rousteing, du club très
fermé des bons clients de la télé.
« Je dois bien avouer que cette pseu-
Casting idéal
pour un dîner
Qui rêveriez-vous d’inviter
à votre table, cet été ?
« Marion, Marine et Bastien,
mes trois meilleurs amis.
Nous nous connaissons
depuis l’enfance, avons fait
les quatre cents coups dans
la cour de l’école de mon
village. Si, aujourd’hui,
nous sommes séparés
- l’un est resté dans le Sud,
les deux autres sont
installées en Australie -,
notre lien demeure très fort.
Ces moments ensemble
sont le ciment de ma vie. »
do-notoriété est parfois déstabilisante. Mais la plupart des gens sont
gentils et respectueux. » À
Marseille, les passants le saluent
comme un bon camarade. On se
dit, ce matin-là, à la table du Café
Français qu’il a tout du bon camarade. On en est presque à lui pardonner de nous avoir « plantés »
avec deux tartines beurrées en guise
de petit plat pour notre série d’été.
Dix jours plus tard, Simon Porte
Jacquemus nous appelle. Il est enfin
en vacances, à Salon-de-Provence.
Et a préparé son plat préféré, une
soupe au pistou, avec sa grandmère, Liline. Pour nous, il a dégainé
son smartphone et immortalisé
leur spécialité. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Le couscous au poisson
d’Évelyne Chetrite
lundi 20 août 2018
LE CARNET DU JOUR
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deuils
M. et Mme Jacques Bacot,
M. et Mme Dominique Bacot,
M. et Mme Arnould Bacot,
Mme Gilles Ramin
en union avec son époux,
M. et Mme Frank Bacot,
ses enfants,
Milarépa et Agathe,
Philibert et Emilie,
Claire,
Philippine et Pierre-Henry,
Louis-Auguste, Paul-Edouard,
Antonin et Anne,
Esther et Théo,
Philéas et Clémence,
Pauline et Guillaume,
Marc-Antoine, Laetitia,
ses petits-enfants,
Edgar, Sidonie, Vladimir,
Hector, Albane, Aléthéa,
Ulysse, Mahaut, Stanislas,
Georges,
ses arrière-petits-enfants,
la vicomtesse Gérard
Raviot de Saint Anthost,
le vicomtesse Jean
Raviot de Saint Anthost,
ses belles-sœurs,
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de
Mme François BACOT
née Bernadette
Raviot de Saint Anthost,
le 17 août 2018,
à l'âge de 96 ans, ayant reçu
les sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi 21 août,
à 15 heures, en l'église
de Saint-Sauveur (Côte-d'Or).
Une messe sera célébrée
ultérieurement à Paris.
Mme Christian de Bazelaire,
née Marie-Claude Rengade,
son épouse,
Sophie de Bazelaire (†),
Marc-Olivier et Juliette
de Bazelaire,
Romain et Florence Déchelette,
Martin de Bazelaire (†),
Bertrand et Hélène Gourdain,
ses enfants,
ses petits-enfants
font part du rappel à Dieu de
M. Christian de BAZELAIRE
le 18 août 2018,
à l'âge de 81 ans,
à Levallois-Perret.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Justin, à Levallois-Perret
(Hauts-de-Seine),
le mercredi 22 août, à 10 h 30.
Hussein-Dey. Avignon.
Ain El Arbaa.
Pierre DUMAS
« Poucha »,
Alger 1939-Avignon 2018,
est parti.
Jeune officier de la Légion
étrangère au courage souriant,
il s'installe à Avignon à la fin
de la guerre d'Algérie.
Il est perçu à Avignon
comme une sorte de
« Pic de la Mirandole ».
Doté d'une grande finesse
philosophique individuelle
et d'une vaste intelligence
cohérente.
Ne l'oubliez pas.
Norbert FIERRO
dit Quito
nous a quittés le 16 août 2018,
à l'âge de cinquante-six ans.
Mme Suzanne
Capron-Douchin,
son épouse,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
toute la famille
et ses nombreux amis
Une cérémonie aura lieu
le mercredi 22 août 2018,
à 10 h 30, en la chapelle
de l'Est, du cimetière
du Père-Lachaise, Paris (20e).
L'office sera suivi
de la crémation
dans l'intimité familiale.
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Paul CAPRON
Des hommages en sa mémoire
auront lieu ultérieurement
à Marrakech.
ancien ingénieur EDF,
survenu
à Saint-Martin-Boulogne,
le vendredi 17 août 2018,
à l'âge de 97 ans, muni
des sacrements de l'Église.
familledequito@gmail.com
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 24 août 2018,
à 15 heures, en l'église
Saint-Louis, rue Félix-Adam,
à Boulogne-sur-Mer,
sa paroisse, où l'on se réunira.
M. Jean Pierre Gatineau,
son mari,
philippemr.capron@gmail.com
Josette, son épouse,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ainsi que toute sa famille
ont le chagrin
de vous faire part du décès,
le 15 août 2018,
dans sa 88e année, du
Maeva Gatineau,
sa fille,
Jean Marc Cohen,
son fils,
et ses enfants, Gregory, Julia,
Dan Cohen
et ses enfants, Arthur, Jack,
Ruth Cohen,
sa belle-fille,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Christiane GATINEAU
née Vandenbulcke,
survenu à l'âge de 85 ans.
docteur Pierre CHAMBON
médecin biologiste
des Hôpitaux de Nice.
Un recueillement aura lieu
le mercredi 22 août 2018,
à 11 h 30, au crématorium,
14, avenue Pasteur, à Monaco,
où l'on se réunira.
La messe de funérailles sera
célébrée le mercredi 22 août,
à 9 h 45, en l'église
de la Rédemption, Lyon (6e).
On nous prie de faire part
du rappel à Dieu de
Mme Robert MERCIER
née Hélène Nodé-Langlois,
survenu le 16 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 22 août, à 10 h 30,
en l'église Saint-Jean-Baptistede-La-Salle,
9, rue du Docteur-Roux,
Paris (15e),
suivie de l'inhumation
dans l'intimité familiale,
au cimetière Saint-Louis
de Versailles.
Entraygues-sur-Truyère
(Aveyron).
Francine Morin
a la tristesse
de faire part du décès de
Michèle Claitte,
Maurice et Catherine Claitte,
sa sœur, son frère
et sa belle-sœur,
Antoine, Sylvain
et Thomas Rouze,
Julien et Valentine Claitte,
ses neveux et nièce,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Frédérique CLAITTE
survenu le 10 août 2018,
dans sa quatre-vingt-onzième
année, à son domicile.
La cérémonie religieuse
a été célébrée en l'église
Notre-Dame-des-Eaux-Vives,
à Entraygues-sur-Truyère,
dans l'intimité familiale,
le jeudi 16 août 2018.
Un rassemblement
en son souvenir aura lieu
à Paris, au mois de septembre.
Cet avis tient lieu de faire-part
Micheline Potin,
née Numa-Sauvage,
son épouse,
Catherine et Patrick (†)
Desnos,
Brigitte et Denis Bouilliant,
Eric et Claudine Potin,
Olivier et Annick Potin,
Sophie Potin,
ses enfants et beaux-enfants,
ses 17 petits enfants,
ses 34 arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
le 17 août 2018,
dans sa 91e année.
De la part de
Elisabeth Jamot de Peretti,
sa fille,
Sébastien de Peretti,
Pauline de Peretti,
ses petits-enfants.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi 21 août,
à 15 heures, en l'église
Notre-Dame-de-la-Nativité
de Us, suivie de l'inhumation
au cimetière de Us.
Une messe à sa mémoire
sera célébrée
le samedi 15 septembre,
à 12 heures, en l'église
Notre-Dame-de-Beauregard,
à La Celle-Saint-Cloud.
survenu le 16 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Sainte-Cécile,
44, rue de l'Est,
à Boulogne-Billancourt,
le mercredi 22 août, à 14 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Grasse.
Jean Paul et Anne Kovalevsky,
Madeleine Kovalevsky
et François Marcaggi,
Pierre Kovalevsky,
ses enfants,
ainsi que ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
Souvenirs, Messes...
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Partagez le souvenir d’un être cher
dans le carnet du jour
M. Jean KOVALEVSKY
membre de
l'Académie des sciences,
chevalier
de la Légion d'honneur,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
© Gettyimages
ancien directeur
de l'observatoire
de la Côte-d'Azur,
ancien président
du Bureau international
des poids et mesures,
survenu le 17 août 2018,
à Grasse, à l'âge
de quatre-vingt-neuf ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu dans l'intimité
le mercredi 22 août 2018,
à 15 heures, en la chapelle
Saint-Roch d'Antibes.
Un hommage pourra
lui être rendu à l'athanée
de Grasse à compter
de ce lundi 20 août,
à 14 heures.
Mme Alain Roussille,
née Christine Révillon,
son épouse,
Recevez
Le FigaRo
Louis et Charlotte Roussille,
Baptiste et Mélanie Roussille,
ses fils et belles-filles,
Alix, Antoine, Matthieu,
Paul, Arthur et Anna,
ses petits-enfants,
chaque jouR
ses frères et sœurs,
ses beaux-frères
et belles-sœurs,
ses neveux et nièces
chez vous
ont la tristesse de vous
faire part de la disparition de
Alain ROUSSILLE
le 17 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mardi 21 août,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
à Ascain.
L'inhumation aura lieu
le mercredi 22 août,
à 11 heures, au cimetière
de Pau.
Chemin de Serres,
64310 Ascain.
président honoraire de
Defrénois, La revue du notariat,
le 16 août 2018,
à l'âge de 95 ans,
à Saint-Brévin.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-Beauregard,
à La Celle-Saint-Cloud
(Yvelines), le mercredi 22 août,
à 14 h 30.
Ascain (Pyrénées-Atlantiques).
Georges MORIN
René POTIN
Charlotte Claitte,
sa mère,
carnetdujour.lefigaro.fr
font part du décès de
Bernard JAMOT
Boulogne-Billancourt
(Hauts-de-Seine).
carnetdujour@media.figaro.fr
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Jacques et Mireille Campora,
Robert et Chantal Vezin,
Jacques Béjot,
en union avec
Marie-France (†)
et Vincent (†) Dubief,
leurs enfants et petits-enfants
Michel Numa-Sauvage,
son beau-frère,
ses neveux et nièces
Plutôt que des fleurs,
merci de vos dons en faveur
de France Alzheimer.
Tél. 01 56 52 27 27 • Fax. 01 56 52 20 90
15
Cet avis tient lieu de faire-part.
Micheline Potin,
domaine de Dampont,
95450 Us.
Mme Jean Raynaud,
M. et Mme
Philippe Gouttebroze
et leurs enfants,
le général de division et Mme
Didier L'Hôte
et leurs enfants,
M. et Mme Patrice Walrave
et leurs enfants,
Mme Florence Raynaud,
les familles Raynaud, Bret,
Terris et Kammermann
font part du rappel à Dieu,
le 16 août 2018, de
Jean RAYNAUD
général de brigade aérienne,
École de l'air 1946,
officier de la Légion d'honneur.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-Vie,
à Saint-Cannat
(Bouches-du-Rhône),
le mardi 21 août 2018, à 15 h 30.
Paris (20e).
Ses enfants,
Laure-Caroline Semmer
et Sacha Laassiri,
ses petits-enfants,
Camille, Théophile, Ysé,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Patricia Dominique SEMMER
survenu le 13 août 2018,
à l'âge de 66 ans, à Metz.
Nos pensées accompagnent
notre très chère maman
pour son dernier voyage;
mère exemplaire et dévouée,
femme flamboyante
à la volonté d'airain.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Son fils
et Marie Ange L'Herbier
ont la tristesse
de faire part du décès de
Antoine
de ROQUETTE-BUISSON
en religion
dom Stanislas, o.s.b.
La messe d'obsèques
sera célébrée
le mardi 21 août 2018,
à 10 heures, en l'abbaye
d'En-Calcat (Tarn).
209s
au lieu de 473,20E
conseiller du commerce
extérieur de la France,
fondateur du café théâtre
« Au Bec Fin ».
55% de réduction
sur le prix de vente
en kiosque.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Jean-Baptiste
de Neuilly-sur-Seine,
le mardi 21 août 2018, à 10 h 30.
Jacqueline, Christian, Bernard,
ses enfants,
Khadijatou, sa belle-fille,
Felipe, Damian, Luis, Maria,
Jacqueline, Laëtitia, Benjamin,
ses petits-enfants,
ses six arrière-petits-enfants,
tous ses amis et proches
du maquis de l'Oisans
et de la section Porte
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès,
le 16 août 2018,
dans sa 94e année, de
abonnez-vous
au FigaRo
À renvoyer dans une enveloppe affranchie à :
LE FIGARO ABONNEMENT
4 rue de Mouchy – 60438 NOAILLES Cedex
Pierre VOLAIT
officier de la Légion d'honneur,
médaille militaire,
officier
de l'ordre national du Mérite,
croix de guerre 1939-1945
avec palmes.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi
22 août 2018, à 9 h 30,
en l'église de Pinsot (Isère).
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Claude TULIÉ
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Le père abbé d'En-Calcat
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née Frère de Subreville,
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Une pensée et une prière
sont demandées à tous ceux
qui l'ont connue et aimée.
Docteur Michel Kazandjian,
ses enfants et petits-enfants.
Il y a un an déjà,
Sabine LAYANI-GHNASSIA
nous quittait.
Que ceux qui l'ont connue
et aimée aient une pensée
pour elle.
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lundi 20 août 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
16
« L’amour est dans
le pré » captive
toujours autant
sœur qui saura partager leur quotidien
à la ferme, sont étonnants. Après s’être
présentés en janvier dernier sur leur
lieu de vie, en indiquant les critères importants qu’ils attendaient de la compagne ou du compagnon idéal, ils sont
« montés à Paris » et
dépouillent devant nos
○○○¡
yeux le courrier qu’ils
ont reçu. Une scène riche en émotions qui se déroule dans
une ancienne ferme de la vallée de Chevreuse, à une trentaine de minutes au
sud-ouest de Paris.
La 13e saison du programme
de téléréalité agricole offre
une immersion dans le monde paysan
toujours aussi riche en émotions.
ÉRIC DE LA CHESNAIS
£@plumedeschamps
ne émission de téléréalité
agricole qui n’a pas pris
une ride, à l’image de sa
pimpante
présentatrice
Karine Le Marchand ! La
saison 13 de « L’amour est dans le pré »,
qui revient ce soir en prime time sur
M6, captive toujours autant qu’à ses
débuts. On est encore aussi ému par la
fraîcheur des protagonistes qui nous
U
+
@ SUR
LE WEB
Quant à Daniel, 48 ans, éleveur de vaches allaitantes en Normandie, surprise : il ouvre non pas la lettre d’une prétendante mais celle de trois lycéennes
d’un établissement agricole des Vosges.
Ces dernières l’encouragent. « On espère de tout
cœur que tu trouveras
l’âme sœur », ont-elles
écrit à Daniel qui est ému
aux larmes. « Dans la vie,
je n’ai jamais reçu d’encouragements,
mon père était avare de compliments »,
confie-t-il. Comment rester insensible
face à cette confidence ?
L’émission brave les règles des programmes classiques de téléréalité par sa
longévité et le peu d’évolution de son
format d’une année sur l’autre. Juste
quelques nouveautés comme cette saison l’apparition d’un candidat qui travaille l’osier, Patrice, 50 ans, osiériculteur dans le centre Val de Loire, ou
Thomas, ostréiculteur en NouvelleAquitaine, second candidat gay depuis
la création du programme. Le secret de
« L’amour est dans le pré » ? Le caractère unique des agriculteurs, leur
authenticité. Le résultat est un rendezvous savoureux dans un monde paysan
qui accorde davantage d’importance à
l’être qu’au paraître. ■
21.00
Être et paraître
Karine Le Marchand parvient à faire
ressortir le meilleur de ces êtres pudiques qui n’ont pas l’habitude d’étaler
leurs sentiments. Elle réussit par exemple à laisser s’exprimer le côté coquin
de Jacques, éleveur de vaches laitières
dans l’Isère. Derrière la carapace de ce
paysan se cache une grande sensibilité.
surprennent par leur
authenticité, leur humour et leurs traits de caractère peu conformes.
Des personnalités qui détonnent dans notre société souvent uniforme. Les
paysans qui travaillent avec
la nature dans des cadres exceptionnels, mis en valeur
par les images des réalisateurs, ne savent pas tricher.
Nos quatorze candidats au
bonheur, en quête de l’âme
On retrouve Karine Le Marchand
qui parvient à faire ressortir le meilleur
de candidats qui n’ont pas l’habitude
d’étaler leurs sentiments.
J.-CH. MARMARA/LE FIGARO
» Paul Amar égratigne Jean-Pierre Elkabbach » « Touche pas à mon poste ! » : une bande-annonce sans Jean-Luc Lemoine www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE St-Bernard
Soleil : Lever 06h51 - Coucher 20h56 - Lune croissante
18.15 Bienvenue chez nous. Jeu 19.20
Demain nous appartient 20.00 Le
20h 20.50 Nos chers voisins. Série.
18.40 N’oubliez pas les paroles !
Jeu 20.00 20 heures 20.50 Parents
mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Laurent Kerusoré.
21.00
20.55
20.55
Série. Comédie
Série. Policière
Film. Historique
19.00 La villa : la bataille des couples.
Téléréalité 19.55 Suburgatory
MATIN
17
21.00 Appels d’urgence
Magazine. Société. 0h50. Pompiers
des Bouches-du-Rhône. «Appels
d’urgence» a suivi les pompiers
des Bouches-du-Rhône qui interviennent dans toutes les situations.
20
17
17
16
14
17
17
17
16
17
17
15
21.50 Appels d’urgence. Magazine.
Incendies, accidents, noyades…
16
17
19
15
10
16
18
19
Joséphine,
ange gardien
Fra. Saison 15. Avec Mimie Mathy,
Chloé Lambert. Tous au zoo (1 et
2/2). Joséphine vient en aide à une
mère de famille qui vit avec ses deux
enfants dans le zoo de son père.
Motive :
le mobile du crime
Can. Saison 1. Avec Kristin Lehman,
Brendan Penny, Louis Ferreira, Roger Cross. 2 épisodes. Inédits. L’enquête de Flynn et Vega les plonge au
cœur du monde du crime organisé.
23.00 New York, unité spéciale
22.25 Motive : le mobile du crime
Série. Non avoué - Libre échange Sans pitié - Traumatisme.
Série. David et Goliath. Inédit - Acquitté. Inédit 0.00 Mensonges. Série.
Paris brûle-t-il ?
18
17
18
19.00 Silence, ça pousse ! 20.00
Miracles de la mousson 20.50 Vu
16
19
15
21
Fra-EU. 1966. NB. Réal. : René Clément. 2h55. Avec Jean-Paul Belmondo, Charles Boyer, Gert Fröbe,
Alain Delon. Août 1944, les Alliés
approchant de Paris, Hitler donne
l’ordre de détruire la ville par le feu.
20.55 Marie Marmaille
23.45 Soir/3 0.15 Hayati, ma vie
Documentaire. Inédit 1.15 Bécaud,
mon père 3.05 Les grands du rire
22.25 C dans l’air 23.35 Avis de sorties 23.45 Au bout c’est la mer
Film TV. Comédie dramatique. Fra.
2002. Réal. : J.-L. Bertuccelli. 1h35.
Avec L. Sagnier. En 1942, dans la
France occupée, Marie trouve un
juif de 9 ans. Elle décide de le cacher.
23
20
19
16
23
22
26
20
25
APRÈS-MIDI
22
10
23
19.25 Les incroyables aventures de
Nabilla et Thomas en Australie
20.05 Rendez-vous avec Kevin
Razy (C) 20.30 Groland le Zapoï (C)
20.55 Catherine et Liliane (C)
19.00 Inde : les léopards des montagnes 19.45 Arte journal 20.05
28 minutes 20.45 La minute vieille
18.35 La meilleure boulangerie de
France. Jeu 19.45 Le 19.45 20.25 En
famille. Série. Avec Yves Pignot.
21.00
20.50
21.00
Série. Thriller
Film. Western
Téléréalité
27
21
23
25
26
28
20
24
30
28
28
28
30
20.55 Crimes dans le Poitou
Magazine. Société. 1h50. «L’homme
au double visage». À la fin de 1989,
à Oulmes, en Vendée, Catherine,
23 ans, disparaît. - «Le coupable
idéal» - «Le calvaire d’Angèle».
30
27
29
30
29
31
30
30
33
31
32
22.45 Crimes à Poitiers. Magazine
0.30 Crimes spécial. Magazine.
34
32
35
26
32
31
31
20
34
19.10 Constructions sauvages. Téléréalité. À la belle étoile. - Tout schuss.
Crime Time
Fra. Saison 1. Avec Augusto Madeira, Érico Brás, Sabrina Greve, Dionisio Neto. 2 épisodes. Inédits. Un
ex-flic présente un show télé qui
plonge les spectateurs dans l’enfer
des favelas et des gangs.
Les prairies
de l’honneur
L’amour est dans le pré
EU. 1965. Réal. : Andrew V. McLaglen. 1h40. Avec James Stewart, Doug
McClure. En 1863, un fermier de Virginie doit prendre part à la guerre de
Sécession contre son gré.
Prés. : Karine Le Marchand. 1h10.
Inédit. Ils sont convaincus qu’il n’y
a pas d’âge pour tomber amoureux.
Pour ce treizième cru, 2 femmes et
12 hommes tentent à leur tour de
trouver l’élu(e) de leur cœur.
22.55 21 cm Magazine. Littéraire.
22.30 Asphalte Film. Comédie
22.10 L’amour est dans le pré
Invitée : Virginie Despentes 23.40
Nos patriotes. Film. Historique.
dramatique 0.10 L’encre de Chine.
Documentaire 1.05 Arte journal
Téléréalité 1.20 La robe de ma vie.
Divertissement.
28
T (en °c)
20.50 Méga convois
Série documentaire. Science et
technique. 2016. 1h40. François
Genevy coordonne le déplacement
de réservoirs de drainage destinés
à un réacteur nucléaire.
22.30 Convois XXL. Série documentaire. Hélicoptère de sauvetage.
<-10 à 0
18.55 Les rois de la réno. Téléréalité.
Pousser les murs.
MARDI
A
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55 La petite histoire de France
19.20 France/Espagne. Football.
Demi-finale. En direct.
21.00 Un pont trop loin
21.00 Protéger et servir
21.20 Le grand chef
Film. Guerre. EU-GB. 1977. Réal. :
R. Attenborough. 2h49. Avec S.
Connery. En septembre 1944, les Alliés montent une opération aéroportée pour accélérer la fin de la guerre.
Film. Comédie. Fra. 2009. Réal. : Eric
Lavaine. 1h30. Avec Kad Merad, Clovis Cornillac, Carole Bouquet. Deux
policiers médiocres sont chargés de
déjouer une vague d’attentats.
Film. Comédie. Fra-Ital. 1958. NB.
Réal. : H. Verneuil. 1h30. Avec Fernandel. Désireux de s’acheter une
station-service, deux amis décident
d’enlever l’enfant d’un industriel.
23.15 Itinéraire d’un enfant gâté.
Film. Comédie. Avec R. Anconina.
22.25 Les 11 commandements. Film
0.10 La fabuleuse histoire du Top 50
22.50 Un drôle de paroissien. Film.
Comédie. Avec André Bourvil.
Série. Comédie. Fra. 2005. Saison 1.
Avec Alexandre Astier, Lionnel Astier, Anne Girouard. Le royaume de
Kaamelott s’organise autour du roi
Arthur à la recherche du Saint Graal.
22.30 Kaamelott. Série. Avec
Alexandre Astier, Lionnel Astier.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
24/33
16/26
18/28
18/29
16/27
18/31
19/34
25/31
21/26
23/33
24/31
20/29
25/30
JEUDI
17/27
17/29
19/32
18/24
22/32
16/23
16/20
23/32
24/36
MERCREDI
18/28
17/23
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
17/25
21.00 Kaamelott
18.55 Alerte Cobra. Série. Le virus de
l’amour - Entre frères.
25/29
24/31
17/28
18/20
17/25
24/33
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
19/29
18/32
20/33
24/32
24/32
lachainemeteo.com
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
LE FIGARO
lundi 20 août 2018
JEUX D'ÉTÉ
17
SU DO KU
TAKUZU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
FAcile
grille 570
0
0
0
0
0
1
0
1
1
1
1
1
0
0
0
0
0
0
0
0
1
0
0
0
0
0
grille
2629
FAcile
grille
3 6 8
3 1 7 4
2 5
7
5 8
2
3 1 9 4 5
1
8
6 8 7 2 3
4
3 2
6
6 2
8 9 7 3
1 4 5
MOTS FLÉCHÉS N° 2053
CÉLÉBRITÉ
PS GREC
INTERVERTIE
IDOLÂTRÉES
ÇA LAISSE
DU TEMPS
ENCHANTEMENT
TROUBLE
LA VUE
TEST
PAR SCARIFICATION
BRIN
TEXTILE
MOT
D’ENFANT
ÉTATS
CHANTEUR
DÉCORAS
6 5
6 5
1
4 6 9
AVEC
TENDRESSE
NAVET
FAMILIER
AMOUR
ANIMAL
DONNE DE
LA VOIX
PIED
DU CRU
APÉRITIF
SE MOQUE
TRAVAILLE
AU JARDIN
ORIFICE
MINUSCULE
L’ERBIUM
AU LABORATOIRE
STRIE
SURFACES
À ENTRETENIR
PARTS
IL ABRITE
UNE PETITE
FAMILLE
HEP LÀ !
ON Y
ACCÈDE
PAR
L’ESCALIER
MOTS CROISÉS
PROBLÈME N° 4809
HORIZONTALEMENT
1.J e u n e f e m m e d a n s l e s A l p e s b e r n o i s e s .
- 2. R é g i o n d o m i n é e p a r l e p r é c é d e n t . - 3.
S a v e n t u s e r d ’ a r t i fi c e s . - 4. F tî l e s g l a c e s .
S o n l i v r e s ’ é c r ti à p l u s i e u r s . - 5. D ri e c t i o n .
A ri v a c h e … - 6. P r i s e s d e r i s q u e . A l a n c é
T r a v o lt a . - 7. L a « t o u t e r é j o u i s s a n t e »
j o u e u s e d e fl û t e . - 8. D é b o u c h é d u c a n a l .
C a r d i n a l d e P o l o g n e . - 9. P a r c s à b r e b i s .
- 10. A i g r i a v e c l e t e m p s . C o l l é a u b a r ,
i l s ’a v a n c e r o y a le m e n t c h e z O ff e n b a c h .
- 11. R e l i e l e r e i n à l a v e s s i e . - 12. D é c l a m e
c o m m e C y ra n o ?
VERTICALEMENT
1. F i g u r e e s p a g n o l e d e l a r é s i s t a n c e
r é p u b l i c a i n e , i l c h o i s ti d ’ é c r ri e e n f r a n ç a i s
( p r é n o m e t n o m ) . - 2. D r ô l e m e n t c r u e l .
S o n r a m a g e n e v a u t p a s s o n p lu m a g e .
- 3. L a t o u r i n f e r n a l e . F a i s l a p e a u . - 4.
S ’ o c c u p a d ’ u n v a u r i e n . E n r e g is tr a la
p r é s e n c e . - 5. D é p o u i l l e r d e s a f r a î c h e u r .
H u m e u r a m è r e . - 6. É q u i v a l e n t é t h i o p i e n
d e n o tr e d u c . B o b in e s d e fi l . P a s s é p le in
d ’ é c l a t s . - 7. R é v o l u t i o n f r a n ç a i s e . I l e n
f a l l a ti h u ti p o u r f a ri e u n m a r c . P o i n t c u l m i n a n t . - 8. S ’ e s t i l l u s t r é d a n s l a g a u l o i s e r i e .
P iè c e s o m b r e .
Par
ParVincent
Louis Morand
Labbé
1
2
3
4
5
6
7
8
1
2
3
4
5
6
7
8
9
MONARCHIE
DU NORD
BRIDGE
PROBLÈME N° 2896 :
Un risque qui
rapporte
A R 2
V 9 5
R 7 5 4 3
1 0 7
N
O
E
S
D
A
A
D
10 9 8 6 5 4
3
2
6
10
11
12
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4807
HORIZONTALEMENT 1. B r i d g e u r . - 2. R e m u a n t e . - 3. A p p r i s e s . - 4. C r é é e . R t . - 5. H o t .
S a u r . - 6.I g u e . P s i . - 7. O r o n t e . - 8. S a s . E x ti .
- 9. A m i n é . N i . - 10. U m t é . A s o . - 11. R é e x a m e n .
- 12. E s s o r é e s .
VERTICALEMENT 1. B r a c h i o s a u r e . - 2. R e p r o g r a m m é s . - 3.I m p é t u o s ti é s . - 4. D u r e . E n .
N e x o . - 5. G a i e s . T e e . A r . - 6. E N S . A p e x . Â m e .
- 7. U t é r u s .I N S E E . - 8. R e s t r i c t i o n s .
Contrat : S
4 Piques, a p
l’o u v e rt u r e
e n E st(T o u
u d jo u e
rè s
d e 1
s v u l n ). .
Entame :1 0 d e p o u r
le V a le t , la D a m e e t
v o tr e A s . V o u s ê t e s
e n t o u r n o i p a r p a ri e s .
M a x i m is e z v o s c h a n c e s
d e f a ri e o n z e , v o ri e
d o u z e le v é e s .
grille
9
7
5
8
4
2
6
3
1
3
4
9
8
1
7
6
5
2
CHIFFRES
ROMAINS
DES
LETTRES
POUR LE
PATRON
Takuzu
1 0 0 1 0 1 0 1 1 0
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2895 :
Un peu inquiétant, non ?
Contrat : S u d j o u e 2 Cœurs.
La séquence (Tous vuln.) : N o r d
r é p o n d e z 1 , O u e s t i n t e r v i e n t à 2
à 2 .
Entame : A s e t R o i d e ( l e 6 e t l e
d e .I n d i c e : e t s i v o u s f a i s i e z l a t r o
1
2
3
7
5
6
4
8
9
E
N
E
E
E
P
I
N
E
U
S
E
Mots
léchés
569
8
2
6
3
5
4
9
1
7
2627
8
4
6
3
9
1
2
5
7
grille
PRENANT
DES
RISQUES
SERVICE
DE PRESSE
1 0 1 0 1 0 1 0 0 1
grille
QUI A
ABUSÉ DES
RAYONS
CONSOMMER
ASEPTISÉS
G
V
E
E N I S T
N E S I E
E S I G N
T
O N D
U N I R
E R
F E
G A I
C E L E R
I N E
E
T T R A P
E
T
E
B E A T
F E R I E
Sudoku
ON LE
RONGE
AVEC
IMPATIENCE
ANCIEN
JURON
CARTE
IMPARABLE
IL NAGE
EN BASSIN
B
A
R
I
O
A L
R E
E
U T
A
T R
E E
S
0 1 0 1 0 1 0 1 0 1
CEPENDANT
ENCOURAGE À
SAUTER
BOIS DUR
ARTICLE
CASTILLAN
D
E
L
T
A
0 1 1 0 0 1 0 1 1 0
POSTILLON
EST-OUEST
E
N
T
O
R
T
I
L
L
A
G
E
0 0 1 0 1 0 1 1 0 1
NE CONTESTE PAS
L’ORDRE
FOYER
COURT
APPEL
ÉTUI DE
COUSETTE
S
D
I N E
L
M
C O
R E
N E
H T
C
E
A
E
L E R
L
E R
L
R T
U
M A R
L I E
A
E
R A C
B
A
R
B
O
U
I
L
L
E
1 0 0 1 1 0 1 0 1 0
HOME
RUSSE
ELLES FONT
LE MUR
TRANCHE
APRÈS
AVOIR PESÉ
P
A
T
E
R
E
0 1 1 0 0 1 0 0 1 1
ESPAGNOLS
D’AUTREFOIS
FILE VITE
LE
BONHEUR
EST CENSÉ
Y ÊTRE
R
E
T
A
M
E
1 0 1 0 1 0 1 0 1 0
AVEC
LEQUEL
FACTEUR
SANGUIN
POUR
SCANDIUM
ACCORDER ABRÉGÉ
NOS
VIOLONS INSTALLA
C
C A
L
G A
M
V I
T
L E
1 1 0 1 1 0 0 1 0 0
SUITE
ROYALE
HYMNE
CHANTÉE
GRANDE
OUVERTE
7
0 1 0 1 0 1 1 0 0 1
FEMMES DE
POLYGAME
TOMBÉE
À TERRE
4
SOLUTIONS DES JEUX
DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
S
P A I
I S
B D
E N
V E L
ESQUIF
CRÊPE
FOURRÉE
2
8 4
3 2
3 5
9
7
1 8
FORMANT
UN TOUT
DÉPOUILLÉE
BOUCAN
ÉMET
UN SIFFLEMENT
2 5 3
3
STATION AU
BORD DES
FALAISES
FLEUVE DE
SIBÉRIE
eXPerT
8
Par Diane Monfort
INEPTIE
2630
7
6
4
2
3
5
9
1
8
2
9
1
6
7
8
3
4
5
5
3
8
9
1
4
7
6
2
3
1
7
5
6
9
8
2
4
6
5
2
4
8
7
1
9
3
4
8
9
1
2
3
5
7
6
6
9
4
2
3
5
1
7
8
9
8
2
1
4
3
7
6
5
1
6
5
7
2
8
3
4
9
4
7
3
5
6
9
2
8
1
2628
7
5
1
6
9
2
8
3
4
2
1
7
4
8
6
5
9
3
5
3
8
9
7
1
4
2
6
MOTS COUPÉS
Mots
coupés
cirAge - cireur doPAge - doPAnT doPeur - ForAge Forcir - Foreur gAvAge - gAveur hAlAge - hAleur jAseur - jAsmin jeTAge - jeTeur minAge - mincir mineur - miXAge miXeur - PAvAge PAveur - PesAge Peseur - PliAge PliAnT - Plieur voyAge - voyAnT voyeur.
Par Arthur Gary
Assemblez les huit groupes de trois lettres deux
par deux pour former au moins dix mots de six
lettres. Un même groupe de lettres peut être
utilisé plusieurs fois pour des mots diférents.
o u v r e d e 1 , v o u s
e t N o r d s o u t ie n t
C E E
C E R
L U T
M O N
2 e n E s t ) p u is D a m e
is i è m e l e v é e ?
R I N
S A U
T E R
T E S
V o u s c o u p e z é v i d e m m e n t d u m o r t ( a v e c u n e p e t it e
c a r t e ) c a r v o u s n ’a v e z a u c u n in t é r ê t à d é f a u s s e r .
A d m e t t o n s q u e v o u s f a s s ie z la le v é e e t q u ’ E s t d é f a u s s e
u n . U n p e u i n q u i é t a n t , n o n ? Vous tirez As-Roi d’atout e t ,
c o m m e r e d o u t é , O u e s t d é f a u s s e .J o u e z s o ig n e u s e m e n t
Dame de et vers le Roi en lob ( E s t d é f a u s s e ) ,
p o u r l ’ A s e t e n c o r e v e r s l ’ A s e n lo b . E s t n e p e u t à a u c u n
m o m e n t c o u p e r d a n s l e v i d e .I l n e v o u s r e s t e p l u s q u ’ à
c o u p e r l e q u a t r i è m e a u m o r t . P e u i m p o r t e q u e v o u s
s o y e z s urc o u p é .
R e m a r q u e : s i E s t s u r c o u p e à la t r o is i è m e l e v é e e t
r e n v o ie p o u r le 9 d ’ O u e s t , n e d u q u e z p a s ( u n E s t
d o u b le t o n à l ’a t o u t
A 5 4 3
p o u r r a it p r e n d r e u n e
A R 5 4
n o u v e l le c o u p e f a t a le
D 7 6
7 5
à ) m a i s p r e n e z d e
R V 8 7 2
l’A s , d o n n e z d e u x t o u r s D 9
N
D V 1 0 9
d ’a t o u t e t c o u p e z v o t r e 6
O E 1 0 2
V
9
8
3
q u a t r i è m e .
S
A R D 1 0 4 3
1
2
3
4
5
6
7
8
6 2
1 0 6
8 7 3 2
A R 5 4
V 9 8
9
10
A
Remplir la grille avec les chifres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
[
]
Hector Berlioz
erlioz
lundi 20 août 2018 LE FIGARO
18
L’ÉTÉ DU FIGARO
Aux sources des
sorcières du Dauphiné
THIERRY HILLÉRITEAU £@thilleriteau
Ce jeudi 8 octobre, les Hautes-Alpes sont en effervescence. Le procès d’Upaix vient de s’ouvrir. Instruit par Claude Tholosan, jugemage du Briançonnais aussi célèbre
que redouté, il s’étalera sur près de
trois mois. Trois mois durant lesquels les six accusés seront passés à
la question. Deux seront relâchés.
Les quatre autres finiront pendus
après avoir avoué pactiser avec le
diable. Le premier inculpé en fera
une terrifiante description : noir,
doté d’une unique narine, la langue
pendante, avec des yeux de bœufs
d’où jaillissent des flammes… Bienvenue à « Salem en Dauphiné », en
l’an de grâce 1440.
Le cas d’Upaix est emblématique
de la présence précoce d’arts maléfiques et divinatoires dans cette
partie de la France, marquée par la
ruralité. Mais il n’est qu’un exemple parmi d’autres. Selon les registres de la Chambre des comptes du
Dauphiné, la région aurait vu
À moins que cette « Marche au
supplice » ne fasse référence à
d’autres tortures et humiliations :
celles infligées jadis aux sorcières
du Dauphiné, que l’on menait au
bûcher ou au gibet. Même si de telles pratiques étaient abolies depuis
Louis XIV, « on trouve trace, vers
1755, d’un cas de femme brûlée pour
sorcellerie dans un village proche de
La Côte-Saint-André », assure
l’ethnomusicologue. Si de telles
traces existent, il est plus que probable que le non moins célèbre
« sabbat » de sorcières qui referme
la Fantastique ne soit pas une simple relecture de la nuit de Walpurgis dans Faust de Goethe, mais qu’il
soit inspiré par l’un de ces sabbats
dont les bois isérois résonnent encore. Et dont ils sont peut-être toujours témoins certains soirs d’été.
En 1830, la « Symphonie fantastique » fait basculer la France
dans le romantisme musical. Mais sa « nuit de sabbat »
n’est peut-être pas que d’inspiration poétique.
« Un monde
de superstitions »
Si l’on en croit les travaux très sérieux de l’ethnographe Jeanne Favret-Saada, portant sur un bocage
de la Mayenne, la sorcellerie s’est
perpétuée en France au moins jusqu’à la fin des années 1970. « Le
monde dans lequel grandit Berlioz est
plein de croyances populaires, où
la religion, restée
très vivace, cohabite avec la superstition,
son
1803
Un
Naissance à La Côte- corollaire.
monde où les cloSaint-André (Isère)
ches
n’ont
jamais
1815
cessé de sonner,
Premiers cours de
flageolet, instrument même après la
Révolution, mais
des contes isérois
où l’on croit aux
1821
loups-garous, où
Études de médecine
l’on se méfie des
à Paris, premières
bois dont chaque
dissections
champ est encore
1828
bordé, et où l’on
Première lecture
fait peur aux
du Faust de Goethe
gamins avec les
1830
Roiderodes: d’étranCréation
ges lutins malfaide la Symphonie
sants, dont le nom
fantastique
est sûrement dé1846
rivé du roi Hérode
Création de l’opéra
de la Bible. C’est
La Damnation
dans ce spiritisme
de Faust
rugueux de la
1869
que
Mort à Paris. Inhumé campagne
naît le fantastique
au cimetière
berliozien,
bien
de Montmartre
plus que dans un
spiritisme parisien à la Hugo ou à la
Théophile Gautier, avec lequel Berlioz prend d’ailleurs très vite ses distances. »
Un spiritisme lourd exalté par les
premières années de médecine du
musicien à Paris. « Des années où la
mort devait être omniprésente dans
cette capitale de la révolution industrielle aux allures de cloaque, et où
l’on sait qu’il n’avait aucun mal à se
fournir en cadavres pour ses dissections. » Un spiritisme, surtout, qui
pourrait avoir été beaucoup plus
proche de l’enfant Berlioz qu’on ne
l’imagine. Dans la maison-musée
« D’autant que l’on trouve trace
de La Côte-Saint-André, la chamvoisin de Saint-Étienne-de-Saintdans les archives du Dauphiné d’un
bre bleue d’Hector voisine avec le
Geoirs. » Un village que le petit
litige entre la famille Berlioz et les
cabinet où son père médecin receHector apercevait depuis la fenêtre
Mandrin quelques années plus tôt,
vait ses patients, faisait ses expéde sa chambre. Où l’ombre de
poursuit Messina. Hector ne pouvait
riences d’acupuncture et se droMandrin, mort un demi-siècle
donc ignorer cette sinistre histoire. »
guait à l’opium, dans une
avant sa naissance, planait encore.
atmosphère qui devait sentir le
soufre. Un père dépressif. Qui ne
put empêcher sa propre mère
d’être brûlée vive, comme les sorcières du Dauphiné, après qu’un
Il rêverait de voir un jour Hector entrer au Panthéon et de plaider sa cause auprès de
bout d’étoffe se fut pris dans l’âtre
l’Élysée. Pour l’heure, Bruno Messina, directeur depuis dix ans du Festival Berlioz, dans
de la cheminée. Un drame passé
la cité natale du compositeur, à La Côte-Saint-André (Isère), a hérité d’une autre mission
sous silence par les biographes, et
de taille, de la part de la ministre de la Culture, Françoise Nyssen : orchestrer les
pourtant survenu dans la maison
d’en face, alors qu’Hector n’avait
célébrations du 150e anniversaire de sa mort, qui sera célébrée en France et partout dans
le monde en 2019. Une année de commémoration nationale qui culminera autour de la date que 6 ans. « L’âge où s’impriment les
souvenirs qui vous marquent pour
de sa disparition, le 8 mars. Mais commencera officiellement et symboliquement demain
toute une vie », conclut Messina. ■
GRANGER NYC/RUE DES ARCHIVES
Bio
EXPRESS
363 personnes jugées pour sorcellerie rien qu’au XVe siècle. Et la
pratique se perpétuera bien au-delà, parfois de manière retentissante. Le 14 août 1606, la condamnation à mort du franciscain Nobilius,
à la réputation sulfureuse d’astrologue et d’alchimiste, ira jusqu’à
émouvoir Louis XIII. Nobilius sévissait à Lyon et Grenoble. Mais
aussi à… La Côte-Saint-André,
dans l’Isère, ville natale du futur
Hector Berlioz.
Ce dernier a-t-il eu connaissance
de ce procès survenu deux siècles
avant sa venue au monde ? Rien ne
l’atteste. Néanmoins, « il serait absurde d’affirmer qu’il n’avait eu
vent, d’une manière ou d’une autre,
des cas de sorcellerie avérés tout
autour de La Côte-Saint-André jusqu’au XIXe siècle », estime Bruno
Messina. Directeur du Festival Berlioz, l’ethnomusicologue voit dans
les dix-huit premières années du
compositeur passées dans le Dauphiné la clef de voûte de toute son
œuvre. Et a fortiori de sa célèbre
Symphonie fantastique, par laquelle
le musicien fera entrer de plainpied notre pays dans le romantisme
musical, le 5 décembre 1830.
« Histoires de l’enfance »
Cette création a lieu au Conservatoire de Paris, sous la direction de
François-Antoine Habeneck, également chef d’orchestre à l’Opéra.
Le succès est immédiat. Franz Liszt
est dans la salle, conquis devant
cette œuvre à programme aussi innovante dans sa forme que ses forces orchestrales. Berlioz en témoignera dans ses Mémoires : « [Liszt]
assista à ce concert où il se fit remarquer de tout l’auditoire par ses applaudissements et ses enthousiastes
démonstrations. L’exécution ne fut
pas irréprochable sans doute, ce
n’était pas avec deux répétitions
seulement qu’on pouvait en obtenir
une parfaite. […] L’ensemble toutefois fut suffisant pour en laisser
RUE DES ARCHIVES/PVDE
Hector Berlioz (ci-contre) s’inspira
des histoires de sorcellerie (ci-dessus,
une gravure du XIXe siècle représentant
un bûcher) pour composer sa Nuit de sabbat.
A
Esprit, es-tu là ?
Le mal du siècle engendre
le rejet de la vie réelle.
Les artistes trouvent refu
ge dans leurs chimères
qu’ils se
plaisent à apprivoiser.
Dans
le spectacle ou la peinture la musique, la photographie,
, les revenants donnent
de la voix et inspirent
les œuvres.
apercevoir les traits principaux.
Trois morceaux de la symphonie,
“Un bal”, la “Marche au supplice” et
le “Songe d’une nuit du sabbat”, firent une grande sensation. La “Marche au supplice” surtout bouleversa
la salle. »
Il est tentant de livrer de cet événement parisien une lecture parisienne. De voir dans cette « Marche
au supplice », créée quelques mois
après la parution du Dernier Jour
d’un condamné, une variation hugolienne sur la guillotine. Pour
Bruno Messina, la vérité est ailleurs.
En Isère. « Si l’œuvre est créée en
1830, on sait que Berlioz l’avait en
germe bien avant que Hugo publie
son Dernier Jour d’un condamné. Il
semble plus probable que la “Marche
au supplice” lui ait été inspirée par
des histoires de son enfance. Comme
celle du contrebandier Mandrin, par
exemple, qui était né dans le village
1/6
UNE ANNÉE DE CÉLÉBRATIONS
soir à La Côte-Saint-André, avec l’exécution en présence de la ministre du Requiem, dirigé
par le chef français François-Xavier Roth, grand berliozien devant l’Éternel. Le premier
temps fort de l’année Berlioz et de l’édition 2018 du festival, placée sous la bannière
du « Sacré Berlioz » et de son rapport à la religion, inévitable corollaire des superstitions
iséroises dont se nourrit sa musique.
T. H.
RETROUVEZ DEMAIN :
Anges et démons
de William Blake
LE FIGARO
lundi 20 août 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
19
Les hangars métalliques prolifèrent
et enlaidissent nos campagnes et nos villes
onds-points, rocades
et parkings en nombre
excessif défigurent
irrémédiablement
les paysages français.
Mais il est un autre mal,
d’importance majeure, qui demeure
méconnu : les hangars ou, pour
employer un terme plus précis,
les charpentes métalliques.
Derrière leur absence totale
d’harmonie et d’esthétique
architecturale, les hangars participent
à la dévastation de l’espace. Pour les
édifier, et a fortiori pour en construire
un ensemble, il faut éradiquer tout
ce qui préexiste : cabanons, chemins,
vieilles fermes, calvaires, haies, étangs,
mares, arbres, bosquets, vergers,
chemins, talus… Le terrassier aplanit
l’espace, détourne ou enterre les petits
cours d’eau, supprimant toute trace
de la vie humaine antérieure. Une fois
l’espace rendu plat et vide, une chape
de béton est coulée afin de noyer
les réseaux préalablement installés
et établir les charpentes.
Dans une célèbre tirade, Jean-Pierre
Raffarin avait déploré, lorsqu’il était
premier ministre, que nos villes soient
cernées de « boîtes à chaussures ».
Il évoquait ces entrepôts qui ont fleuri
dans la France de la fin du XXe siècle
et dont la structure est la fameuse
charpente métallique. Or depuis
cette déploration voilà déjà quinze ans,
ce mal n’a non seulement pas été
endigué, mais il se développe aux
entrées
de villes,
dans les zones
commerciales,
les campagnes,
Les hangars métalliques pullulent dans notre pays,
les villages
défigurent les paysages et bouleversent
ou le long
l’organisation du travail dans les villages
des axes
de transports.
et les villes moyennes, s’alarme l’universitaire*.
R
PIERRE VERMEREN
Dans la France rurale, les agriculteurs
et les maires des petits villages affichent
leur activité par le biais de ces hangars.
Dans la Toscane médiévale, on
construisait de hauts campaniles
de pierre pour affirmer sa puissance.
Dans la France du XXIe siècle,
on ceinture sa ferme, son village
ou sa petite ville de hangars métalliques
et cubiques.
Au fil des décennies, des pans entiers
de l’activité économique française
ont été transférés dans les « boîtes
à chaussures », au mépris de toute
tradition architecturale antérieure et
de tout urbanisme régional. La « boîte à
chaussures » est à l’activité économique
ce que l’immeuble résidentiel en béton
est à l’habitat. Il est universel, identique
et standardisé. Seules des couleurs
criardes le sortent de l’anonymat.
Il a relégué au néant tout bâtiment
antérieur : hangar en pierre, grange,
usine, boutique, cabinet de professions
libérales, grand magasin, station
essence, garage, bâtiment agricole.
De fil en aiguille, la charpente
métallique est devenue la marque
des activités économiques. Toutes
se sont soumises à son hégémonie :
hypermarché, centre médical, salle de
sport, entrepôt de stockage, commerce
de toutes sortes, magasin d’usine,
entreprise artisanale et du bâtiment,
travailleur indépendant, garage, hangar
de stationnement ou d’hivernage
(pour camions, bateaux, voitures,
tracteurs, bus), atelier de lavage,
entrepôt municipal ; mais aussi étable
(songeons à l’affaire de la ferme-usine
des « mille vaches » dans la Somme),
porcherie, élevage de volailles, atelier
de réparation, usine, restaurant,
entreprise de crémation, cinéma,
pharmacie, hôtel, marchand de jouets
ou entreprise de maraîchage…
L’entrepôt métallique et son
ordinaire, inconnue de nos décideurs
publics et privés, l’entrepôt métallique
règne en maître.
Dans les dépliants touristiques ou
dans les films français, ce triste élément
de nos paysages est rarement montré.
Cette France moche a pourtant été
dévoilée dans un film de 2015, La Vie
très privée de monsieur Sim, où l’on voit
Jean-Pierre Bacri errer de rond-point
en rocade et d’entrepôt de banlieue
en zone de chalandise.
Combien de centaines de milliers
d’entrepôts parsèment notre pays ?
Les grandes entreprises du secteur se
vantent d’en avoir édifié des dizaines de
milliers… Les destructions opérées sont
irrémédiables. Elles pèsent lourd dans
l’artificialisation des sols (recouvrement
du sol par du bâti, des routes, des voies
ferrées, des
parkings)
Dans la Toscane médiévale, on
et se poursuivent
à grand train.
construisait de hauts campaniles
Pour en finir
de pierre pour affirmer sa puissance.
avec ce drame
Dans la France du XXIe siècle, on ceinture qui a vidé tant
de centres-villes
sa ferme, son village ou sa ville
de leurs activités
de hangars métalliques
et dénaturé les
paysages ruraux,
et pour sortir du degré zéro de
La profession a ainsi réalisé
l’architecture, ne faudrait-il pas inciter
un véritable hold-up esthétique
ces sociétés à se reconvertir : réparer
et paysager sur l’aménagement de la
France ; elle a décidé, inconsciemment
ce qu’elles ont dévasté, et à tout le moins
ou pour des raisons mercantiles,
réaménager les nombreux entrepôts
de normaliser et de préempter les
déjà abandonnés, au lieu d’en construire
entrées de villes et de villages de milliers
toujours de nouveaux ? Un moratoire
de communes, y compris dans les
supposerait une politique qui relocalise
régions les plus touristiques et les plus
les activités dans les centres-villes,
belles, de la Provence à la Bretagne.
au prix d’un aménagement volontariste
Gageons qu’au Touquet, à Saintdu territoire. Pour Dostoïevski,
Lunaire, à Libourne ou à Gordes, villes
« seule la beauté sauvera le monde ».
touristiques prisées de nos dirigeants,
Assurément, la laideur risque de le tuer.
les entrepôts sont soigneusement
* Ancien élève de l’École normale
refoulés, inexistants ou dissimulés.
supérieure, Pierre Vermeren est agrégé
Mais dans la France périphérique
et docteur en histoire.
omniprésence manifestent, assuret-on, la bonne santé d’une ville, d’une
ferme ou d’un village. Est-ce sérieux ?
Le charpentier métallique (c’est le
nom consacré de cette nouvelle
profession du BTP), au contact des élus
locaux, des mairies et de ses clients,
les démarche assidûment. Quant
à ses collègues du BTP (terrassiers,
électriciens, plombiers), il leur
commande comme à la parade.
Palliant l’architecte, l’aménageur
et le paysagiste, le charpentier
métallique est le maître d’œuvre
qui obtient les permis de construire,
faisant miroiter activités et emplois
à des élus souvent aux abois.
Préalablement, il a réussi à convaincre
ses clients de transférer tout ou partie
de leurs activités dans le futur hangar.
«
»
Nominations aux postes clés de l’Etat :
le triste exemple du ministère de la Culture
L
ÉRIC GROSS
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
de leur programme politique. Il n’y a
rien de choquant à cela, pourvu qu’on
évite des traitements injustes, des
décisions arbitraires et des choix
privilégiant la proximité au détriment
d’autres considérations. Tout
gouvernement est soumis à ce risque.
Malgré les violentes critiques adressées
par François Hollande à Nicolas Sarkozy
pendant la campagne de 2012, ceux
du précédent quinquennat n’y ont pas
échappé, loin de là, notamment au
ministère de la Culture, où je travaillais.
Nommer, savoir nommer, savoir
remplacer si besoin, c’est la très haute
responsabilité du gouvernement
et du président. La fonction publique,
dans l’État comme dans les collectivités
locales, doit être ainsi dirigée, pour être
toujours en ordre de marche et mettre
en œuvre les orientations de ceux
qui tiennent leur mandat de la volonté
du peuple.
Au demeurant, la fonction publique
est entièrement imprégnée de cette
culture du service. Un enjeu majeur
est de la maintenir. Une politique
de nomination hésitante produit
routine et désinvolture. Une politique
de nomination menaçante substitue
à l’esprit de service l’esprit de servilité.
Les nominations, de surcroît,
il convient sans doute d’y procéder
plus que d’en parler. Pour prendre
un exemple, des nominations rapides
et assumées sont une urgence au
ministère de la Culture. Il n’y a plus
depuis des mois de directeur général
des patrimoines, de directrice générale
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
de la création artistique, de directeur
des archives, de directrice des musées,
de présidente de la Réunion
des musées nationaux-Grand Palais.
Des désaccords de fond, des choix
personnels de carrière ont provoqué
des mouvements et des départs.
L’état de vacance prolongé qui a suivi
est préoccupant. La complexité
des procédures mises en place – appels
à candidatures, commissions
de sélection, entretiens - mais aussi,
semble-t-il, des difficultés d’arbitrage
et la recherche de profils « atypiques »
qui ne sont pas nécessairement adaptés
à des fonctions administratives exigeant
des compétences très spécifiques
en sont en partie responsables. Pour
certaines fonctions, les nominations
sont renvoyées aux conclusions
d’une mission confiée au président
du Centre des monuments nationaux,
personnalité reconnue mais qui, en tant
que responsable d’un établissement
public sous tutelle de l’administration
centrale au sein de laquelle les postes
sont à pourvoir, semble placée
dans une surprenante situation de
conflit d’intérêts. C’est en tout cas l’avis
unanime des syndicats du ministère,
qui ont saisi le collège de déontologie.
La verticalité assumée par le
président ne doit pas, dans l’intérêt
de l’action publique, donner
le sentiment qu’il suffit à ses yeux
de décider ce qu’il veut faire avec ses
proches, sans se soucier des personnes
chargées de mettre en œuvre.
La verticalité assumée ne doit pas plus
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
Fax : 01 56 52 23 07
Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
donner l’impression qu’il n’est pas
permis aux ministres de procéder
aux changements qu’eux-mêmes
pourraient juger nécessaires, et qu’ils
seraient dépossédés de ce droit et de
cette éminente responsabilité politique
et administrative, au profit de
conciliabules de cabinet ou du jugement
de commissions endogamiques. Je ne
parle évidemment pas des commissions
parlementaires dont l’avis, sollicité
dans un nombre très réduit de cas,
est un progrès, mais, entre autres,
du « comité d’audition »
désastreusement mis en place
par le gouvernement de Manuel Valls
en 2016 pour examiner les candidatures
aux fonctions de directeurs
d’administration centrale
et de chefs de service. Le gouvernement
d’alors, qui ne s’est pas privé
de nominations très politiques,
par exemple de préfets en mission
de service public, n’a-t-il pas imposé
des filtres par lesquels l’administration
apprécie et parfois conteste les souhaits
de l’autorité politique, seule légitime
à nommer, sous sa responsabilité,
et parfois à ses risques ?
Alors oui, « spoil system » ou pas,
il y a aujourd’hui au moins à renouer
avec un art de nommer qui reste une
part essentielle de l’art de gouverner.
* Normalien, agrégé de philosophie,
l’auteur a été notamment directeur
d’administration centrale
au ministère de la Culture, président
du Centre national du livre et directeur
de l’Institut national du patrimoine.
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
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Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
4 pages
A
a crise ouverte par l’affaire
des violences commises par
un collaborateur de l’Élysée
et un militant de LaREM
a été l’occasion de replacer
au cœur du débat public
l’intention du président d’instaurer
un « spoil system » à la française.
L’expression renvoie à l’usage
en vigueur aux États-Unis pour une
nouvelle Administration de remplacer
les plus hauts responsables publics.
Mais ce système n’existe-t-il pas
déjà en France ? À chaque Conseil
des ministres, le président et le
gouvernement peuvent nommer de
nouveaux directeurs d’administration
centrale, préfets, dirigeants
d’établissement public. D’autres
nominations, si elles ne se font pas
en Conseil des ministres, dépendent
entièrement du gouvernement.
En fait de « spoil system », il n’y a rien à
inventer. Les alternances régulières que
connaît le pays depuis 1981 ont à chaque
fois donné lieu, à des degrés divers
d’intensité, et parfois de brutalité, à des
vagues de remplacement dans la haute
fonction publique. Cela vaut aussi dans
les collectivités locales, où les exécutifs
ont besoin
de choisir les
principaux
responsables
de leur
« Plusieurs emplois de direction rue de Valois
adminissont vacants depuis des mois », s’inquiète
tration, à qui
le haut fonctionnaire*, fin connaisseur
ils confient la
mise en œuvre
de l’administration culturelle.
lundi 20 août 2018 LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
20 SÉRIE ÉTÉ
[
1/6
L’œuvre uniq
ue
]
Coup du sort
ou
n’ont signé qu coup de génie ? Certains art
’un
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télévisuelle, film e seule pièce, roman, disqu es
e, sér
ou opéra. Comm
tarie. Comme
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s’ils avaient tou
s’était
le succès se tro
t dit en une foi
uv
s.
sur quelques ex e aujourd’hui au rendez vo Pourtant,
us. Retour
emples d’un cu
rieux phénom
ène.
Vue du Palais Ideal
du Facteur Cheval,
classé, en 1969,
au titre
des monuments
historiques.
Ci-dessous, détails
exotiques
et exhubérants
du Palais.
JEAN-JACQUES
GOUSTILLE/PHOTOPQR/
LE DAUPHINE, LIONEL
FOURNEAUX
Le Palais du facteur Cheval :
une vie pour un monument
Pendant trente-trois ans, un homme a construit seul de ses mains
un monument inclassable dans la Drôme. Il attire 170 000 visiteurs par an.
A
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
« Lorsque l’on est en présence de cet
immense travail, l’imagination en
reste saisie, et on se demande si l’on
n’est pas transporté dans un autre
hémisphère
où
tout
serait
surhumain, phénoménal et éblouissant », écrit Ferdinand Cheval, à
propos de l’extravagant monument
qu’il construisit de ses propres
mains. Ce ne sont pas ces touristes,
venus à Hauterives (Drôme) sous le
cagnard estival, qui le contrediraient : l’œuvre de Cheval est baroque, exubérante et réellement
« phénoménale ». Elle est unique
en son genre, car sortie des mains
et de l’imagination d’un facteur rural de la Drôme.
L’histoire de l’achèvement du
monument, neuf mille journées
d’un travail solitaire entre 1879
et 1912, a été racontée par Ferdinand Cheval lui-même. En lisant
ses petits carnets, remplis d’une
belle écriture, on apprend qu’il
buta un jour contre une pierre à la
forme originale, qu’il nommera la
« pierre d’achoppement ». Lui qui
avait « distrait ses pensées » tant de
fois au cours de ses tournées, en
imaginant un « palais féerique », va
se saisir de cette découverte pour
donner corps à ses rêves.
Il a alors 43 ans, un âge, note-til, où l’on n’est plus censé construire des châteaux en Espagne. Seule
une plongée dans son inconscient
aurait pu éclaircir les motivations
profondes de cet homme au visage
émacié, dépourvu de tout sourire.
Muni d’une brouette, objet crucial
encore exposé à Hauterives, Cheval
va chercher des centaines de pierres susceptibles d’être intégrées
dans son futur Temple de la nature.
Au cours de ses tournées quotidiennes, qui font 35 kilomètres, il
ramasse des cailloux. Il glisse les
plus petits dans ses poches, entasse
les autres dans la brouette. Tout en
entreposant son butin dans un potager, il commence à bâtir la façade
est de son temple, creuse une fontaine, baptisée Source de vie, puis
instaure une cascade, Source de sagesse. On le voit, à la nuit tombée,
tablier ceint sur la taille, mélangeant du mortier de chaux, destiné
à sa construction. Outre les pierres,
il crée des serpents, des figures, de
la faune, toute sorte d’animaux. Il
pioche ses références dans des magazines qu’il distribue dans les boîtes aux lettres : s’érigent tour à tour
un monument égyptien, un temple
hindou à la flore exotique, un chalet
suisse, un château du Moyen Âge,
une maison algérienne. Des figures
bibliques côtoient trois géants, César, Vercingétorix et Archimède,
gardant la Tour de barbarie. Une
terrasse, un escalier et un balcon
chapeautent le tout.
“
D’un caractère
secret, tout absorbé
par la réalisation de la
“huitième merveille”,
il passe pour un fou
dans la région
”
Le facteur n’est ni artiste, ni architecte, ni même maçon. Mais
grâce à trente-trois ans de travail
acharné, il parvient à un ensemble
haut de 12 mètres, avec des façades
de 26 mètres de long. Le palais ne
ressemble à rien de connu. De loin,
il a une petite allure de temple
cambodgien. De près, c’est un
chef-d’œuvre d’art naïf, dans lequel se mélangent figures et phrases, coins et recoins.
Cheval, qui n’hésite pas à parler
de lui à la troisième personne, est
fier de son ouvrage et de son opiniâtreté. D’un caractère secret,
tout absorbé par la réalisation de la
« huitième merveille », il passe
pour un fou dans la région. Il n’en
tient pas compte car, affirme-t-il,
la « foule tourne en dérision et même
persécute les hommes qu’elle ne
comprend pas ».
À partir de 1905, grâce à l’arrivée
du tram dans le village, les premiers curieux affluent pourtant sur
le site. On a entendu parler de ce
chantier improbable dans la presse,
aperçu ce palais sur des cartes postales, on veut juger sur pièces. Le
facteur a l’idée de faire payer
5 centimes la visite, ce qui finance
en partie l’achat de ciment et de
chaux (4 000 sacs en tout, précisera-t-il). Son « Temple de la nature » s’est transformé, par la grâce
d’un ami poète, Émile Roux-Parassac, en « Palais idéal ». Il est ache-
vé en 1912. En dépit du creusement
d’une sépulture pour lui-même et
sa famille, le facteur Cheval ne peut
y être enterré, faute d’autorisation
municipale. Le caveau des Cheval,
monument également créé par le
facteur dans les dernières années
de sa vie, de 1914 à 1922, se trouve
au cimetière d’Hauterives. Situé à
l’entrée, il est reconnaissable entre
mille, avec des entrelacs de serpentins, et une phrase : « Voici le tombeau du silence et du repos sans fin. »
À partir des années 1920, l’aspect
onirique et fantastique du monument, ses conditions de réalisation
et le profil de son instigateur vont
attirer les artistes et les intellectuels. Le groupe des surréalistes
prise l’endroit, s’y rend à plusieurs
reprises, publie sur ce palais qu’il
range du côté de l’art brut. « Nous
étions quelques-uns dans les années
1930, qui connaissaient l’existence
d’une construction farfelue […], on
venait de loin pour voir cet édifice insolite », se rappela, de son côté,
l’éditeur José Corti, en 1983. Picasso réalise même 12 dessins sur le
facteur, en 1937.
La consécration viendra d’André
Malraux, en 1969, qui fait classer le
palais Monument historique. « Il
serait enfantin de ne pas le faire,
quand c’est nous Français qui avons
cette chance de posséder la seule architecture naïve du monde », justifie-il devant son ministère, qui
trouve le palais « hideux ». Ce dernier n’est pas le seul à trouver tout
cela sans intérêt. Le village d’Hauterives mettra très longtemps à reconnaître ce génie local et à lui laisser de la place dans son discours.
« Lorsque j’étais enfant, certaines
familles avaient une forme de mépris
pour l’œuvre du facteur, qu’elles
trouvaient
banale »,
raconte
aujourd’hui une hôtesse d’accueil
du Palais idéal. « Ce n’est vraiment
qu’à partir de 1984, lorsque sa fille
en a fait don au village, que tous les
habitants ont compris l’intérêt du
monument, en tant que tel et pour la
région. »
Depuis 1912, si l’on en croit les
anciennes cartes postales, le village
n’a pas vraiment changé, en dehors
des commerces qui ont fleuri. Du
Palais de la conduite à L’Idéal coiffure, Hauterives s’est mise au facteur Cheval. En 2008, CharlElie
Couture va donner un premier
Ferdinand
Cheval
■ Joseph Ferdinand Cheval
né le 19 avril 1836,
dans la Drôme.
■ En 1867, il est nommé
« facteur aux postes », dans
la région d’Hauterives.
Il effectue une tournée
quotidienne de 35 kilomètres.
concert devant le monument, suivi
depuis par cinq autres par an. En
2016, le collectionneur Antoine de
Galbert y a installé certaines
œuvres de sa collection, et sa fondation a financé des restaurations.
Dans la boutique du site, le magnet
« Interdit de rien toucher », une
des multiples phrases gravées sur le
palais, obtient un bon succès
auprès des 170 000 visiteurs annuels. Il y a cinq ans, un petit musée
s’est ouvert, visant à faire comprendre la démarche de ce facteur
rural un peu fou. Des photos le
montrent, sérieux comme un pape,
posant devant sa statue de César. À
sa gauche, depuis quelques mois, le
portrait de l’acteur Jacques Gamblin, méconnaissable, s’affiche.
Gamblin incarne le facteur Cheval
dans une fiction du même nom,
tournée en septembre dernier sur
place, par Nils Tavernier. L’épopée
du facteur Cheval sortira en salle en
novembre. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
« Les Hauts du Hurlevent »
■ En 1879, il découvre
une pierre de forme curieuse,
qui déclenche son projet.
Photographie non
datée de Ferdinand
Cheval transportant
des pierres pour
la construction
de son Palais idéal
(ci-dessus).
MARY EVANS/RUE DES
ARCHIVES
■ Il démarre la construction
de son Temple de la nature
dans un potager. Les vingt
premières années sont
passées à parachever la
façade est. Elle comporte,
dans des alcôves, une
mosquée, un temple hindou,
un chalet suisse, la maison
carrée d’Alger, un château
du Moyen Âge, et trois
grands géants.
■ Viennent ensuite
les façades nord et sud,
décorées d’animaux et d’un
« musée antédiluvien ».
Le travail prend treize autres
années.
■ En 1912, il met un terme à
son entreprise et rédige ses
Mémoires. À partir de 1914,
il passera huit années
supplémentaires, à construire
le caveau familial, dans
le cimetière d’Hauterives.
■ Il meurt en 1924.
lundi 20 août 2018 LE FIGARO - N° 23 022 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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lefigaro.fr/economie
MÉDIAS
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LA NOUVELLE CARTE
CRITIQUÉE
PAR LA PROFESSION PAGE 23
RENTRÉE CHARGÉE
POUR
FRANÇOISE NYSSEN PAGE 24
La Grèce retrouve
sa souveraineté financière
Après huit années
de crise et trois
plans d’aide
de l’Union européenne,
le pays dirigé
par Alexis Tsipras
reste fragile. PAGES 22 ET 23
Brexit : 1 million de livres pour un nouveau vote
Farouche opposant au Brexit, Julian Dunkerton, cofondateur de
Superdry, marque de vêtements
en vogue, a annoncé dimanche
qu’il avait offert 1 million de livres, soit 1,1 million d’euros, à
l’association People’s Vote, qui
milite pour la tenue d’un nouveau
référendum.
Pour ce self-made-man, la sortie
du Royaume-Uni de l’Union
européenne n’est pas encore actée. « Je donne un peu de mon argent à la campagne de People’s Vote
le PLUS du
FIGARO ÉCO
parce que je sais que nous avons une
véritable chance de changer le cours
des choses », a-t-il expliqué dans
une tribune publiée sur le site Internet du Sunday Times. Dunkerton en est certain : Superdry
n’aurait jamais connu son succès
mondial si le Brexit était survenu
il y a vingt ans, en raison notamment des lourdeurs administratives et des taxes qui auraient freiné
son développement à l’étranger.
Ce million de livres servira à organiser le plus grand sondage jamais
Le géant
maritime danois
poursuit
son recentrage
sur le transport
PAGE 23
Ratcliffe, première fortune britannique (23,5 milliards d’euros),
fait couler beaucoup d’encre.
Le discret patron du groupe
chimique Ineos (60 milliards de
dollars de chiffre d’affaires), dont
il détient 60 % du capital, est un
grand partisan du Brexit. Malgré
ses prises de position, il a décidé,
selon la presse britannique, de
transférer son patrimoine et de
s’installer à Monaco, au climat fiscal accueillant pour les grandes
CH. G.
fortunes.
L'HISTOIRE
Clap de fin pour la Tata Nano,
voiture la moins chère du monde
E
MAERSK
entrepris outre-Manche. Avec le
but in fine de soutenir la campagne en faveur d’un autre scrutin
public. De son côté, le quotidien
The Independant a lancé une grande pétition qui a déjà réuni quelque 660 000 signatures. Mais malgré ces initiatives, l’éventualité
d’un nouveau référendum a été
rejetée avec fermeté par Theresa
May.
Tous les hommes d’affaires britanniques n’ont pas la même attitude face au Brexit. Celle de Jim
lle devait révolutionner le monde
automobile en Inde, voire dans
le monde. Au finish, la Tata Nano
(photo) va entrer au panthéon
des échecs automobiles.
La production de cette voiture, la moins
chère du monde, a cessé cet été. Seulement
trois exemplaires ont été vendus
depuis le début de l’année. À son lancement,
en 2008, la Nano se présentait comme
la voiture la plus bon marché au monde :
1 500 euros (100 000 roupies). Pas
de chauffage, pas de ventilation, pas d’airbag,
un moteur deux cylindres de moins
de 40 chevaux :
le véhicule était
forcément
spartiate.
Le potentiel
semblait énorme
compte tenu
du faible pouvoir
d’achat
des Indiens.
Mais c’était
sous-estimer
leur volonté
d’accéder à une
vraie voiture. Le patron de Tata visait
un million de ventes annuelles. Il faudra trente
mois pour en écouler 100 000 exemplaires.
Après un premier lifting, les ventes
grimperont à 75 000 unités en 2012,
avant de retomber lourdement.
La voiture a connu quelques soucis techniques
à ses débuts. Mais les causes de cet échec
sont ailleurs : dans le positionnement marketing
choisi. Tata a présenté sa voiture comme
la moins chère du monde ? Elle est devenue
la voiture des pauvres. Cela, le consommateur
indien n’en veut pas. Il souhaite qu’on mette
en avant les qualités du produit qu’il achète. Pas
seulement son prix
bas. Ce qu’a bien
compris Renault
lorsqu’il a lancé
la Kwid quelques
années plus tard.
En Europe, c’est
différent : le concept
low-cost de Dacia
a fonctionné car
ses utilisateurs
le revendiquent
fièrement. ■
EMMANUEL EGLOFF
Aller plus loin dans l’ouverture des
commerces le dimanche, c’est la volonté d’une vingtaine de députés LaREM qui ont signé dimanche une tribune intitulée « Faisons le choix de la
liberté » dans le JDD. « Premier assouplissement, la loi Macron d’août
2015 a été une bouffée d’oxygène
pour nos commerces et nos centresvilles », estiment les élus, qui citent
une hausse de 10 % du nombre d’emplois et 1 500 postes créés dans les
grands magasins parisiens. « L’ouverture dominicale est avant tout un enjeu sociétal qui correspond à l’aspiration des Français : être libre d’acheter,
de se divertir, de travailler ou non le dimanche », affirment les signataires,
qui voient dans la loi Pacte « l’opportunité à saisir pour donner plus de libertés aux commerces d’ouvrir ou non le
dimanche et ainsi redynamiser nos
cœurs de ville ».
« L’attrait des Français pour l’e-commerce est également révélateur de
notre aspiration à être libre de
consommer, ajoutent-ils. De nombreux commerces de proximité subissent de plein fouet cette concurrence
24 h/24 et 7 j/7. Certains, même situés dans les artères les plus commerçantes, ferment et ne contribuent plus
au lien social. »
Il y a trois ans, la loi avait permis la
création de vingt et une zones touristiques internationales où les magasins
pouvaient être ouverts le dimanche et
en soirée, sous réserve d’un accord
avec les employés. Quatre d’entre elles - trois à Paris et une à Dijon - viennent d’être annulées par la justice. Mais
leur périmètre a aussitôt été revu pour
maintenir l’ouverture le dimanche.
« Londres, Madrid, Rome… Les grandes capitales européennes ont bien
compris la nécessité d’ouvrir leurs magasins le dimanche pour attirer les touristes internationaux et soutenir l’activité, ajoutent les députés. Dans le
contexte du Brexit, le temps est venu
de rattraper notre retard en offrant
des services au moins comparables. »
Le projet de loi sur la croissance et la
transformation des entreprises (Pacte) devrait être examiné à la rentrée.
Mais Bruno Le Maire a évoqué fin juillet
un possible report de son examen. V. C.
Une PME
bicentenaire ouvre
son musée
Deux cent dix ans d’histoire,
cela se raconte ! PME restée
dans la même famille depuis
huit générations, l’entreprise
vauclusienne Brun de Vian
Tiran, dernière fabrique française de plaids et couvertures,
a inauguré en juillet, à L’Islesur-la-Sorgue, « un musée
sensoriel des fibres nobles » : la
Filaventure, installée dans un
bâtiment attenant à la manufacture historique où s’affairent 45 salariés.
Dans son musée, l’entreprise
dirigée par Pierre et JeanLouis Brun raconte les quinze
métiers qui concourent à la
fabrication d’une couverture,
son histoire, sa quête de nouvelles laines en France, en
Nouvelle-Zélande ou en
Mongolie,
sa
recherche
constante d’innovations et
d’amélioration de ses processus de production.
Cet espace interactif, qui fait
la part belle au toucher et à la
pédagogie vidéo, représente
un investissement d’environ
4 millions d’euros. L’entreprise créée en 1808 réalise
aujourd’hui « un peu moins de
10 millions d’euros de chiffre
d’affaires ».
Surfant sur la mode du tourisme industriel, Brun de
Vian Tiran espère accueillir
30 000 visiteurs (au tarif de
7,50 euros) en année pleine. À
la sortie du musée, un espace
de vente présente toute une
gamme d’articles, d’une centaine d’euros pour une écharpe à plus de 2 000 euros pour
une couverture. « La vente
directe par Internet représentait jusqu’à l’ouverture de cette
boutique 10 % de nos ventes »,
explique le DG Jean-Louis
Brun. Nous veillons cependant
à ce que nos prix à la boutique
soient en ligne avec ceux pratiqués par nos distributeurs. Notre site Web renvoie d’ailleurs
en priorité vers eux. C’est leur
confiance qui nous permet de
durer depuis plus de deux siècles. » GUILLAUME MOLLARET
(À L’ISLE-SUR-LA-SORGUE)
A
NOTAIRES
OUVERTURE
DOMINICALE :
22 DÉPUTÉS
POUR ALLER
PLUS LOIN
lundi 20 août 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
La Grèce tourne la page de sa tutelle financi
Le programme d’aide européen s’achève officiellement ce lundi. Une victoire pour Alexis Tsipras qui marche cep
ALEXIA KEFALAS £@alexiaKefalas
ATHÈNES
EUROPE C’est le jour J. Après dix
années de crise économique et huit
ans d’une tutelle imposée par
l’Union européenne et le Fonds
monétaire international (FMI), en
échange de trois prêts d’un montant total de 386 milliards d’euros,
la Grèce retrouve ce lundi sa souveraineté budgétaire. C’est la fin officielle des programmes de sauvetage. « Ce 20 août marque la fin de huit
années particulièrement douloureuses pour le peuple grec et profondément déstabilisantes pour la zone
euro », souligne Pierre Moscovici,
le commissaire européen chargé
des Affaires économiques, l’un des
acteurs de la crise grecque.
Concrètement, la Grèce devra à
présent s’autofinancer en empruntant sur les marchés. Quant aux représentants de ses créanciers publics, ils ne se rendront plus tous les
trois mois à Athènes pour inspecter
les comptes, l’avancée des réformes
et en imposer de nouvelles. Un suivi
des dépenses et des recettes sera
tout de même mis en place, mais à
titre consultatif.
Ce 20 août marque surtout, pour
le gouvernement d’Alexis Tsipras,
la fin du dogme de l’austérité, des
mesures drastiques comme les
ponctions successives sur les salaires et les retraites, l’imposition de
nouvelles taxes ou la pression sur
un programme de privatisation colossal. C’est une « nouvelle ère pour
la Grèce », a annoncé le premier
ministre grec qui compte bien savourer cette victoire après s’être
agenouillé devant les créanciers la
nuit du 12 juillet 2015 (lire ci-dessous) et qui aujourd’hui est au plus
bas dans les sondages.
Les chiffres viennent pourtant
confirmer un début de redresse-
ment : reprise notoire de la croissance qui devrait atteindre les 1,9 %
cette année et 2,3 % l’an prochain,
excédent budgétaire primaire (hors
charge de la dette) significatif de
0,8 % alors que le déficit était à
15,1 % en 2009 ; et taux de chômage
enfin sous la barre des 20 %, une
première depuis 2011.
Sur le plan des réformes structurelles, les résultats commencent
aussi à apparaître : fraude fiscale en
baisse de 10 milliards d’euros, retour timide des investisseurs et fréquentation touristique record cette
année, avec 32 millions de visiteurs
attendus.
Ces statistiques encourageantes
ne suffisent pas à enthousiasmer
Dimitri Vayanos, professeur d’économie à la London School of Economics : « Il n’y a pas de réelle dynamique de croissance. Les réformes de
ces huit dernières années n’ont pas
été soutenues par la majeure partie
de la classe politique, elles sont donc
à moitié achevées », pointe-t-il.
contraint à céder ses boutiques
pour n’en garder qu’une seule.
« Mais il est difficile de tenir. Nous
négocions avec la compagnie des
eaux et d’électricité pour pouvoir
payer en plusieurs fois, mais nous essuyons des refus », témoigne ce patron à des milliers d’autres pareils.
Cette impasse, nombre de PME,
C’est une « nouvelle ère
pour la Grèce »,
a annoncé Alexis Tsipras,
premier ministre grec,
qui compte savourer
cette victoire après
s’être agenouillé devant
les créanciers en juillet
2015. C. BALTAS/REUTERS
A
Cette Française a plusieurs fois fait
la une de la presse grecque. Elle
suscite à Athènes interrogations et
fantasmes. Elle est « la femme qui
souffle à l’oreille de Tsipras », selon
le journal Fileleftheros, ou encore,
« la banquière de Rothschild ». En
France, Anne-Laure Kiechel est
parfaitement inconnue du grand
public. Mais, à n’en pas douter,
son rôle auprès du premier ministre grec a été ces derniers mois
déterminant.
Dans le monde feutré de la banque d’affaires, Anne-Laure Kiechel fait figure d’exception. À
42 ans, elle est – depuis 2013 - la
seule femme « associée gérante »
du prestigieux établissement de
l’avenue de Messine où un certain
Emmanuel Macron avait décroché
les mêmes galons trois ans plus
tôt. Travailler dans l’ex-banque
du président de la République a-til permis à Anne-Laure Kiechel
d’introduire son client grec à
l’Élysée ou auprès d’investisseurs
français et étrangers ? Alexis Tsipras « n’avait pas besoin de nous
pour ouvrir des portes, répond
l’intéressée au Figaro, mais nous
avons un rôle de facilitateur travaillant à ses côtés et avec ses ministres en charge des questions
économiques ». Rothschild annonce début 2017 avoir décroché un
contrat avec PDMA, l’agence qui
gère la dette grecque. Matthieu
Pigasse, de la Banque Lazard, a
pour sa part cessé de conseiller le
gouvernement Tsipras au printemps 2015. Rothschild endosse le
rôle de « conseiller technique »
pour aider le pays à revenir sur les
marchés financiers.
« Au-delà de son expertise sur la
dette, Anne-Laure Kiechel a mani-
déclarée. « Or la Grèce doit continuer les réformes si elle veut tenir son
rang européen », résume l’économiste Dimitri Vayanos. Autrement,
le refinancement de la dette par les
marchés sera difficile et un nouveau
plan d’aide ne peut être exclu.
À cette situation fragile s’ajoutent
plus de 100 milliards d’euros de
Changement d’ère
Il faut dire que la Grèce revient de
loin. En huit ans, le pays a perdu un
quart de son PIB, le salaire minimum est passé de 794 à 684 euros,
les prix de l’immobilier ont brutalement chuté de plus de 50 %, les
systèmes de santé et d’éducation
s’effritent et les jeunes ne pensent
qu’à quitter le pays. Dans la population, rares sont les Grecs qui comprennent le changement d’ère, à
l’image de Stratos Voulamakis. En
2010, il gérait huit teintureries dans
le centre d’Athènes. « Les Grecs ont
vite été contraints de ne dépenser que
pour des produits de première nécessité. J’ai donc des dizaines de vêtements de marque ici, des fourrures
aussi, que les clients ne viennent plus
chercher », affirme-t-il. L’augmentation brutale des taxes et l’accumulation des dettes l’ont
Kostas et Tina ont préféré
la reconversion à l’exil
La banquière française qui souffle
à l’oreille d’Alexis Tsipras
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£@Fnodelanglois
soit 80 % des entreprises du pays, la
vivent au quotidien et sont
contraintes de mettre la clé sous la
porte. D’autres choisissent d’implanter leur siège dans les pays voisins, Bulgarie ou Chypre, à la fiscalité nettement plus avantageuse.
D’autres encore songent à retrouver le chemin de l’économie non
festement gagné la confiance et la
sympathie d’Alexis Tsipras », souligne un haut responsable européen. C’est si vrai que la jeune
femme à la silhouette gracile et
aux grands yeux clairs déterminés
est capable d’imposer au premier
ministre grec de ne pas rendre
public le nom de tel investisseur
étranger afin de préserver une négociation en cours. Et le chef du
gouvernement, devant l’autorité naturelle de la banquière, de
suivre son conseil. Dans une
réception, l’autorité se mue
en enthousiasme chaleureux. La conseillère excelle
à présenter tel ou tel industriel de sa connaissance à
« Alexis ».
Approche politique
« Quand j’ai rencontré
Alexis Tsipras pour la
première fois, après
avoir d’abord travaillé
avec son ministre délégué aux Finances
puis avec le ministre
Euclide Tsakalotos,
raconte l’associée de
chez Rothschild, il a
posé des questions
pendant deux heures. Il a senti qu’il
pouvait
faire
confiance. » Une
confiance d’autant plus naturelle qu’Anne-Laure
Kiechel,
pourtant passée
par
Lehman
Brothers au début de sa carrière – la
chute de la
banque américaine a été une
leçon de vie très
forte –, assure avoir
Anne-Laure Kiechel,
associée-gérante
de la banque
Rothschild, préfère
se qualifier
de « conseil »
plutôt que
de « banquière ».
JEAN-CHRIQTOPHE
MARMARA/LE FIGARO.
la passion de la chose publique et
la justice sociale chevillée au
corps.
D’ailleurs, elle préfère nettement se qualifier de « conseil »
plutôt que de « banquière ». Pour
elle, conseiller Athènes sur la dette et les marchés financiers « n’a
pas de sens sans vision, et si l’on ne
regarde pas également la croissance et la manière de conduire les réformes économiques ». Une approche très politique qui guide sa
petite équipe de Rothschild, montée avec Stéphane Charbit, au
chevet de l’Ukraine, du Bénin, du
Sénégal, de la Côte d’Ivoire ou encore de l’Albanie.
Parmi ses clients de haut vol,
c’est auprès de la Grèce qu’AnneLaure Kiechel a le plus « mouillé
la chemise », ne comptant pas ses
allers-retours à Athènes, les nuits
ni les week-ends de travail. Il
faut dire que la conseillère
– autre point commun avec son
ex-collègue de Rothschild Emmanuel Macron - semble faire
partie de ces personnes hors
norme qui ont « la chance de ne
dormir que trois ou quatre heures par nuit ». Elle donne l’apparence d’être dévouée corps
et âme à son travail. Mais n’en
préserve pas moins sa vie privée et trouve même le temps de
prendre des vacances. Elle se
reposait d’ailleurs au fin fond de
la Thaïlande à Noël dernier lorsqu’elle a éprouvé l’une de ses
plus grandes satisfactions sur le
dossier grec. Ce jour-là, des touristes grecs racontent à des Français que oui, « la Grèce va
mieux ».■
(AVEC A. K. À ATHÈNES)
+@
» Lire la version intégrale
du portrait d’Anne-Laure
Kiechel et du récit de 2015 sur
www.lefigaro.fr/economie
s’est lancée, dès le début de la criEn dix années de crise économise, dans une offre de visite de la
que, plus de 500 000 Grecs en
capitale des plus innovantes.
quête d’un avenir meilleur ont
« J’étais directrice marketing à la
choisi d’émigrer, en France, en
Fnac, en Grèce. L’enseigne a fermé
Allemagne, au Qatar ou aux
tous ses magasins en début de criÉtats-Unis. Cette fuite massive
se, je me suis donc retrouvée au
des cerveaux touche toutes les cachômage et j’ai réalisé que je soutégories
socioprofessionnelles,
haitais rester dans mon pays et
ingénieurs diplômés, médecins
lancer ma propre entreprise »,
séniors ou chefs de chantier exévoque-t-elle.
perts en grands travaux.
En quelques mois, elle
Mais ces toutes dernières
fonde sa start-up, Alannées, une nouvelle
ternative
Athens,
tendance s’affirme.
s’installe dans un
Le tourisme bat
hub du quartier
tous les records,
de Monastiraki
avec 32 millions
et s’entoure de
de visiteurs atgraffeurs protendus
cette
fessionnels pour
année. NomC’est la chute
organiser
des
breux sont les
du PIB grec entre
visites spécialiGrecs à se reconsées
sur
«
l’art
de
vertir dans ce
2008 et 2017
la rue et le graffiti ».
secteur,
souvent
Le succès est imméjugé comme le seul
diat. Les visiteurs découmoteur viable de l’écovrent sur les murs de la capitale
nomie.
l’expression populaire des états
Kostas Iakoumidis en est un
d’âme des Grecs. Telle une véritaexemple parlant. À 40 ans, ce
ble bande dessinée, on peut suivre
professeur de mathématiques
des scènes représentant des anarn’arrivait plus à joindre les deux
chistes fuyant des policiers, des
bouts même en donnant des cours
messages de paix, ou d’humour.
privés pour arrondir son traiteNombre d’artistes reconnus sament. « Un ami était en train de
luent la technique de ces grafmonter son agence de voyages,
feurs. « Athènes est un produit de
avec un concept de tours laissant
la crise parce qu’elle combine des
une grande liberté aux visiteurs,
éléments très pessimistes mais
tout en les encadrant. Comme j’ai
aussi très innovants », confie Tina.
la chance de parler parfaitement
La crise explique sans doute la tol’anglais et le français, il m’a suglérance des autorités à l’expresgéré de le rejoindre », raconte
sion des graffeurs, ni sanctionnés,
Kostas. Il est aujourd’hui coproni arrêtés.
priétaire de l’agence Elyseum et
La saison 2018 n’est pas encore
enchaîne les visites de la capitale
terminée et les initiatives multiou des îles proches d’Athènes.
ples qui misent sur le tourisme
« Ce n’est pas la même façon d’enenregistrent un réel succès écoseigner mais c’est enthousiasnomique. À tel point que de noumant : il faut expliquer aux tourisvelles idées se développent déjà
tes ce qu’est une visite hors des
pour l’an prochain. ■
sentiers battus », ajoute-t-il.
Quant à Tina Sklavolia, elle
A. K. (À ATHÈNES)
23 %
LE FIGARO
ÉCONOMIE
ière
pendant sur un fil.
Réformes
L’OCDE a fait le point sur
les réformes menées
(ou en cours) par l’État grec
■ Stabilité financière
créances douteuses, un casse-tête
pour les banques qui vendent massivement aux enchères les biens de
propriétaires surendettés. Alexis
Tsipras continue de marcher sur un
fil, en cherchant l’équilibre entre
les attentes de la population et celles des créanciers, toujours aux
aguets. ■
- Feuille de route pour lever
le contrôle des capitaux
- Simplification des
procédures de liquidation
des entreprises
■ Investissement public
- Inventaire des actifs à
privatiser, création de la HCA,
organisme gérant
les privatisations
- Ouverture à la concurrence
des marchés de l’électricité
et du gaz
- Établissement du cadastre
(prévu pour 2020)
■ Marché du travail
- Nouvelles règles sur
les licenciements collectifs,
la médiation des conflits
sociaux, le droit de grève
■ Social
- Création d’un revenu
de solidarité
■ Finances publiques
- Fusion de fonds de pension,
plafonnement des retraites
- Nouvelles procédures
pour améliorer la collecte
de l’impôt
- Modernisation des
procédures d’appels d’offres
62
milliards
d’euros ont été versés
à la Grèce
par le MES
(Mécanisme
européen de stabilité)
depuis 2015
La nuit où Athènes
faillit quitter la zone euro
JEAN COMTE £@JeanComte
BRUXELLES
« On est passé à deux doigts de
l’Armageddon. » Ce 13 juillet 2015,
ce responsable européen souffle.
Un sommet historique de la zone
euro vient de s’achever au petit
matin. Après une nuit entière de
négociations, les 19 chefs d’État ont
arraché un accord sur un nouveau
- le troisième - programme de soutien financier à la Grèce. L’épilogue
d’une crise commencée six mois
plus tôt, avec l’arrivée au pouvoir
en Grèce de Syriza, parti d’extrême
gauche qui a promis de combattre
cette austérité imposée par l’Union
européenne et le FMI. Le nouveau
chef du gouvernement, Alexis Tsipras, demande d’adoucir la potion
amère des créanciers.
Après quelques tensions politiques qui divisent l’Union, l’Eurogroupe - le cénacle des ministres
des Finances de la zone euro - accorde fin février quatre mois pour
renégocier. Mais la discussion
s’embourbe rapidement. Le courant passe surtout mal avec le trublion Yanis Varoufakis, ministre
des Finances de Tsipras. « Il avait
du mal à rentrer dans la mécanique
européenne », relate un observateur. « En face, Wolfgang Schäuble
(son intransigeant homologue allemand) n’était pas non plus très
constructif. »
Varoufakis quitte la salle
Coup de théâtre en juin. Tsipras
annonce un référendum sur le programme d’austérité. Un Eurogroupe organisé le lendemain de l’annonce aggrave les choses :
Varoufakis quitte la salle tandis que
son gouvernement met en place un
contrôle des capitaux et appelle à
voter non aux réformes. Les marchés tremblent, Athènes arrive à
court de liquidités - elle manque un
paiement de 1,5 milliard d’euros dû
au FMI. La Grèce se retrouve en défaut de paiement.
Malgré une victoire du « non »,
Tsipras accepte un nouveau programme d’austérité en échange
d’un sauvetage. Varoufakis démissionne. Il est remplacé par Euclide
Tsakalotos, beaucoup plus apprécié à Bruxelles comme à Berlin. Les
Eurogroupe de crise s’enchaînent.
Jusqu’à ce 10 juillet au soir où l’Allemagne fait circuler un document
évoquant le choix entre une pile de
réformes drastiques et une « sortie
temporaire » de la Grèce de la zone
euro. L’impensable est couché noir
sur blanc. La situation est critique :
« L’Allemagne était soutenue par
plusieurs pays comme la Slovaquie et
les Pays-Bas. En face, la France et
l’Italie s’opposaient à un Grexit. Et
entre les deux, la plupart des pays
étaient prêts à se laisser entraîner
sur la pente d’un no deal… », se rappelle une source.
La suite se jouera dans la nuit du
dimanche au lundi, lors d’un sommet extraordinaire. Excédés, les
faucons évoquent explicitement un
Grexit : « C’est simple : soit ils font
les réformes et ils restent, soit ils
sortent », résume l’un d’eux devant la presse. Dos au mur, la Grèce
essaie de négocier les clauses imposées les plus exorbitantes - par
exemple, ce fonds de privatisation
qui serait établi… au Luxembourg.
François Hollande joue les bons offices entre Merkel et Tsipras. Dans
la salle de presse, des journalistes
dorment par terre ou veillent en
attendant une conférence de presse qui n’arrivera qu’après le lever
du soleil.
Trois ans plus tard, un participant de la tragédie grecque l’assure : le 13 juillet, à 3 heures du matin,
le scénario du Grexit « n’avait plus
rien d’irréaliste ». ■
lundi 20 août 2018
L'ÉVÉNEMENT
23
23
Maersk poursuit son recentrage
sur le transport
Le géant maritime danois compte introduire en Bourse
sa filiale de forage, Maersk Drilling.
AGATHE FOURCADE
afourcade@lefigaro.fr
SERVICES Un an après avoir cédé
à Total ses activités d’exploitation
et de production pétrolière regroupées sous Maersk Oil, AP
Møller-Maersk tire définitivement un trait sur l’or noir. Le
groupe danois a annoncé, à l’occasion de la publication de ses résultats trimestriels, l’introduction
en Bourse de Maersk Drilling, sa
filiale de forage. « Pour ce qui est
de Maersk Drilling, il a été décidé
de viser une introduction sur le
Nasdaq Copenhague en 2019 », indique le géant maritime. Cette filiale pourrait être valorisée entre
4,4 et 4,7 milliards de dollars (entre 3,8 et 4,1 milliards d’euros). La
Bourse est la meilleure solution
car il semble aujourd’hui difficile
de trouver un acquéreur dans le
secteur parapétrolier, qui se remet
difficilement de la violente crise
déclenchée par la chute des cours
de l’or noir en 2014.
Le processus de désengagement
de l’énergie avait été enclenché en
août 2017, lorsque le géant danois
avait vendu à Total sa filiale
Maersk Oil qui exploite des puits
de pétrole en mer du Nord. Bouclée en mars 2018, cette transaction d’un montant de 7,45 milliards de dollars avait permis au
groupe français de devenir le
deuxième producteur de la zone
derrière le norvégien Statoil.
C’était pour Total son acquisition
la plus importante depuis que le
groupe avait mis la main sur Elf
Aquitaine en 2000. Maersk avait
obtenu, à l’issue de la transaction,
3,7 % du capital de Total. Le danois en a revendu une partie en
juillet et redistribué le solde à ses
actionnaires. Après Maersk Oil et
Maersk Drilling, le géant danois
doit encore trouver une solution
pour sa filiale de services offshore
Maersk Supply Service.
Retour aux bénéfices
Le virage stratégique du danois
n’est pas surprenant. Maersk,
autrefois présent dans l’énergie, la
logistique et le transport maritime, avait décidé en 2016 de se recentrer sur cette dernière activité
et de vendre ses actifs dans l’énergie. Le groupe danois est actuellement le numéro un mondial du
transport de conteneurs avec
17,9 % de part de marché, selon le
classement Alphaliner, devançant
l’italo-suisse MSC (14,5 %), le
chinois Cosco (12,4 %) et le français CMA CGM (11,7 %).
Maersk a pourtant souffert d’un
début d’exercice difficile. « La
rentabilité a été sensiblement affectée par les prix du combustible et
est restée à un niveau insatisfaisant », commente le directeur général Søren Skou. Dans le rouge
depuis 2016, le groupe a dégagé un
bénéfice net de 18 millions de dollars au deuxième trimestre, contre
une perte nette de 269 millions de
dollars l’année dernière.
La concurrence fait rage dans le
transport maritime. Pour renforcer ses positions, CMA CGM a racheté le groupe singapourien NOL
en 2016 pour 2,2 milliards d’euros.
Maersk avait riposté l’an dernier
en mettant la main sur l’allemand
Hamburg Süd pour 3,7 milliards
d’euros. Cette acquisition lui a
permis d’augmenter sa flotte de
130 navires, la portant à 590 bateaux contre 563 pour CMA
CGM. ■
Un porte-conteneurs
de la flotte Maersk
dans les eaux du
Bosphore, à Istanbul.
MURAD SEZER/REUTERS
L’incompréhension des notaires face à la
deuxième vague de créations d’offices
Selon eux, la première tranche d’installations manque d’un vrai bilan.
CORINNE CAILLAUD
£@corinnecaillaud
SERVICES C’est ce qu’on appelle
une divergence d’appréciation
majeure. Pour l’Autorité de la
concurrence, qui a présenté fin
juillet une carte révisée des zones
d’installation des notaires, le premier bilan de la réforme des notaires « est un succès », affirme sa
présidente Isabelle de Silva. L’instance recommande donc la nomination de 700 nouveaux notaires
libéraux pour la période 20182020, la loi d’août 2015 prévoyant
un réexamen de la carte tous les
deux ans (nos éditions du 1er août).
Du côté de la profession, ces préconisations font grincer des dents,
d’autant qu’à l’horizon 2024
l’Autorité va même jusqu’à estimer le potentiel d’installations
entre 1 800 et 2 300.
Alors que la loi Macron fixait à
20 % l’augmentation du nombre
de notaires, l’état des lieux dressé
par le Conseil supérieur du notariat (CSN) n’a rien de commun
avec celui de l’Autorité de la
concurrence. Pour cette dernière,
l’objectif de 1 650 nouveaux notaires fixé dans la carte de 2016 n’est
« pas encore, mais presque atteint » « quelques dizaines de nominations feront défaut ». Pour le
CSN, on est au contraire loin du
compte. Sur les 1 517 nommés mijuillet, 1 300 ont prêté serment et
seulement 1 100 accèdent au réseau Réal, dispositif informatique
permettant d’avoir un accès sécurisé aux outils de la profession.
« La procédure mise en place, longue et complexe, a pris un an de retard. Actuellement, 700 sont réellement en activité et il y en a plus de
800 qui manquent à l’appel, donc
comment mesurer les impacts ? »
interroge Didier Coiffard, président du CSN.
Principe de progressivité
Si une grande partie de la profession s’est élevée, dès 2015, contre
la loi pour la croissance, l’activité
et l’égalité des chances économiques, le climat était à l’apaisement
ces derniers mois. Le 15 mars dernier, le CSN avait organisé un
grand rassemblement à la Maison
de la Mutualité à Paris, où les nouveaux notaires avaient été réunis,
afin de favoriser leur début
d’exercice. D’autant que la réforme a supprimé le stage obligatoire
qui visait une mise à niveau des récents arrivés en matière de gestion
et de comptabilité. Ce sont désormais les conseils régionaux des
notaires qui y pallient en mettant
en place des formations dédiées.
« Un accompagnement qui n’est
pas toujours simple à organiser »,
observe un spécialiste de la
question.
Autant de motifs qui font dire à
Didier Coiffard « qu’il n’est pas
raisonnable de lancer dès à présent
une deuxième vague d’installations.
Nous voulons une réussite de la réforme, c’est pourquoi il faut laisser
les jeunes prendre leurs marques ».
Un argument qui va dans le sens
de l’article 52 de la loi de 2015 qui,
pour « ne pas bouleverser les
conditions d’activité des offices
existants », mentionne bel et bien
« une augmentation progressive du
nombre de professionnels ». Pour le
président du CSN, « ce principe de
progressivité n’est pas respecté par
l’Autorité de la concurrence qui a
une vision mécaniste et superficielle, contraire à notre mission de
qualité de service et de rigueur ».
Le risque à terme serait d’aboutir à
une atomisation de la profession
avec beaucoup de petites structures qui ne créent pas d’emplois et
ne répondent pas non plus aux attentes des Français, qui privilégient aujourd’hui les études leur
fournissant un service complet. ■
Pour l’Autorité
de la concurrence, qui
a présenté fin juillet
une carte révisée
des zones
d’installation des
notaires, le premier
bilan de la réforme
des notaires
« est un succès ».
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
2 300
nouveaux
notaires
pourraient être
nommés à l’horizon
2024
lundi 20 août 2018 LE FIGARO
24
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Audiovisuel public, presse, vidéo :
la rentrée chargée de Françoise Nyssen
La ministre de la Culture est en première ligne sur la télévision et la radio publiques, et la réforme de la loi de 1986.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
ET ALEXANDRE DEBOUTÉ
£@axel_deb
MÉDIAS Au rang des ministres
susceptibles de faire les frais d’un
remaniement qui n’a pas eu lieu,
Françoise Nyssen a finalement traversé l’été sans encombre. Avant
de partir en vacances, la locataire
de la Rue de Valois a bien passé son
oral, le 3 août, avec le premier ministre, Édouard Philippe. Mais elle
reste en position difficile. L’Élysée
et Matignon lui reprochent de
manquer de sens politique. Or la
ministre de la Culture est attendue
au tournant sur des dossiers ultrasensibles, avec des échéances à négocier rapidement.
Outre la loi sur les « fake news » et
le Pass Culture, critiqués mais qui
iront au bout de leur idée, il y a des
urgences, comme la situation de
Presstalis et de la filière de la distribution de la presse, et surtout
des chantiers complexes et ambitieux que la ministre est sommée
de faire aboutir. Au pas de charge
- mais en associant plus clairement les parlementaires à son action -, le gouvernement souhaite
notamment réformer la loi sur
l’audiovisuel de 1986, dans laquelle sera inscrit le nouveau
schéma de gouvernance qu’il souhaite pour l’audiovisuel public.
Vaste opération de déminage en
perspective… Et d’une façon générale, il veut s’atteler à réformer
le cadre réglementaire pour
l’adapter aux nouveaux usages issus des plateformes de streaming.
Avec ces copieux dossiers sur les
bras, les conseillers de la ministre
reprendront cette semaine le chemin de leur ministère, où est par
ailleurs programmée une réorganisation pour l’automne. L’équipe
autour de Françoise Nyssen pourrait évoluer. Plusieurs postes sont
vacants : à la direction de la création artistique et du spectacle vivant, à la celle des patrimoines, au
service des musées de France ou
aux Archives… Déjà épaulée par
Erik Orsenna pour les bibliothèques, Leïla Slimani pour la francophonie et Stéphane Bern pour le
patrimoine, la ministre va pouvoir
se concentrer sur les « vrais »
grands chantiers.
1
A
Moderniser la loi Bichet
pour donner un nouveau
souffle à la distribution
de la presse
C’est le dossier le plus urgent pour le ministère de la Culture
au regard de la situation de Presstalis, principal distributeur de presse
du pays, qui a frôlé la banqueroute
fin 2017. La Rue de Valois a missionné Marc Schwartz, conseiller
maître à la Cour des comptes, pour
remettre à plat la loi Bichet qui régule le secteur depuis 1947. Son
rapport, remis en juillet, est actuellement en consultation publique et
fera l’objet d’un projet de loi d’ici à
la fin d’année pour une adoption au
plus tard début 2019. Le gouvernement hésite entre une réécriture de
la loi ou son abrogation, ce que préconise plutôt le rapport Schwartz.
Le gouvernement devrait notamment avaliser l’objectif d’alléger les
flux qui arrivent chaque jour chez
les marchands de journaux en restreignant la définition des « produits de presse ». Le rapport propose que seuls les journaux et
magazines reconnus par la CPPAP
(Commission paritaire des publications et agences de presse), soit environ 2 300 titres, se voient garantir
un « droit à être distribué » sur l’ensemble du territoire. Il souhaite
aussi mettre fin au statut coopératif
obligatoire pour les entreprises de
distribution, qui a créé des « conflits
d’intérêts et une déresponsabilisation ». La mission Schwartz, qui
pointe l’inefficacité et le manque de
moyens des autorités actuellement
en charge de la distribution de la
La ministre
de la Culture,
Françoise Nyssen
(ci-dessus en mai,
rue de Valois, à Paris),
s’attellera dès la
rentrée à faire aboutir
de nombreux dossiers.
Parmi les plus
sensibles, l’instauration
d’une présidence
commune pour
les quatres entreprises
de l’audiovisuel public :
France Télévisions
(ci-dessous, son siège,
à Paris), Radio France,
France Médias Monde
et l’INA.
MARMARA/LE FIGARO,
N. GUYON/FTV FRANCE 5
presse, propose enfin que la régulation du secteur soit désormais
confiée à l’Arcep, l’autorité de régulation des télécoms.
2
Instaurer une
nouvelle présidence
commune pour
l’ensemble de
l’audiovisuel public
L’idée n’avait pas semble-t-il les
faveurs de Françoise Nyssen au
départ, mais l’instauration d’une
présidence commune pour les
quatre grandes entreprises de
l’audiovisuel public (France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’INA) a fait son bout
de chemin. Le « Meccano institutionnel » que la ministre semblait
redouter aura finalement bien lieu,
mais en plusieurs étapes. À la
manœuvre - car elle est la première concernée -, Delphine Ernotte,
la présidente de France Télévisions, devrait prendre le leadership du nouvel échafaudage à
mettre en place, avec comme
principale partenaire Sibyle Veil, la
PDG de Radio France. « Le chantier
de la proximité est très complexe »,
confie l’entourage de la ministre.
Autant procéder avec méthode.
Chaque entreprise audiovisuelle
devrait conserver un conseil d’administration, mais le mode de nomination des dirigeants de l’audiovisuel public, actuellement dévolu
au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), est appelé à évoluer. Ce
serait les conseils d’administration
qui désigneraient leur dirigeant.
3
Transposer
la directive
bruxelloise SMA,
qui impose aux
plateformes
mondiales de financer
la création européenne
C’est un petit big bang venu de
Bruxelles que la France va trans-
poser avec entrain dans le cadre
du projet de loi audiovisuel. Adoptée en mai, la directive « services
de médias audiovisuels », dite
SMA, impose aux plateformes vidéo (Netflix, Amazon…) opérant
sur le continent de nouvelles obligations qui visent à protéger les
productions européennes. Ces
services devront avoir dans leur
catalogue au moins 30 % d’œuvres
issues de l’Union européenne et les
mettre en avant sur leur page
d’accueil. La directive oblige également les plateformes vidéo à investir dans la création européenne, que ce soit en cofinançant des
séries et des films ou bien en
contribuant aux fonds d’aide nationaux. Cette obligation s’appliquera en France même si le service
vidéo opère depuis les Pays-Bas ou
le Luxembourg. « Ces règles protégeront le financement de notre
création », se réjouit le ministère.
La directive SMA impose aussi aux
plateformes de partage vidéo
comme YouTube de protéger les
petits Européens des contenus non
appropriés à leurs âges et de lutter
contre les vidéos haineuses et violentes. En France, le CSA sera
chargé de contrôler les mesures
mises en œuvre par ces sites.
4
Imposer
une réforme
de la chronologie
des médias
après des années
de paralysie
2019 verra-t-elle enfin l’épilogue
de la réforme de la chronologie des
médias ? Ces règles, dont la dernière mouture date de 2009, fixent
les délais à partir desquels un film
distribué en France est disponible
en VOD et DVD (4 mois), sur les
chaînes payantes et gratuites (10,
22 ou 30 mois) et, enfin, sur les sites de streaming payants comme
Netflix (trois ans). L’écosystème
est d’accord pour dire que ce ca-
lendrier n’est plus adapté aux
nouveaux usages numériques.
Mais les négociations menées depuis 2014 sont au point mort, les
professionnels (salles de cinéma,
télévisions, plateformes…) n’arrivant pas à trouver un compromis.
En avril, Françoise Nyssen a sifflé
la fin de la récréation. Après avoir
constaté l’échec de la médiation
qu’elle avait lancée fin 2017, la ministre a annoncé « prendre la
main » sur ce dossier : « Sans accord professionnel, je prendrai mes
responsabilités. » En clair, le gouvernement menace de passer par
la loi pour modifier la chronologie.
Parmi les pistes privilégiées : raccourcir la chronologie pour les
œuvres ayant fait peu d’entrées en
salle, ainsi que pour les plateformes de streaming qui investissent
au moins 17 % de leur chiffre d’affaires dans la production de films
français. Les plus vertueuses verront leur temps d’attente divisé
par deux, de 36 à 18 mois.
5
Inciter
les plateformes
musicales à diffuser
plus de chansons
françaises
Le gouvernement réfléchit à inciter les plateformes de streaming
musical, comme Spotify ou Apple
Music, à respecter les quotas de
chansons françaises imposées aux
radios depuis 1996. Aujourd’hui,
les musiques diffusées par les stations FM doivent comprendre au
moins 40 % de titres chantés en
français, dont la moitié provient de
nouveaux talents ou de disques récents. Les radios musicales voient
rouge car les sites de streaming,
qui marchent sur leurs plates-bandes, ne sont pas soumis à ces obligations… L’idée serait de viser
d’obligations similaires les playlists, devenues une porte d’entrée
incontournable pour naviguer
dans l’immense catalogue de ces
plateformes. Depuis 2015, le français Deezer s’est ainsi engagé à
mieux valoriser les artistes nationaux. Sur la page d’accueil de la
plateforme de streaming, on trouve les playlists « Bleu Blanc Hits »,
la « Fraichlist de Louane » ou
« Souvenirs d’été », comprenant
des reprises chantées par les
meilleurs groupes pop français…
Mais la marge de manœuvre de la
Rue de Valois est faible. La France
n’a aucune prise sur les plateformes musicales opérant depuis
l’étranger. Le gouvernement songe
toutefois à les appâter avec le Pass
Culture. Seuls les sites vertueux
seraient éligibles à ce système de
bon d’achat de 500 euros distribué
à partir de 2019 à tous les jeunes de
18 ans afin de financer leurs sorties
et abonnements culturels.
6
Faire évoluer
la régulation
du secteur
Les schémas actuels
de
régulation
de
l’audiovisuel ou de la
presse ne sont pas assez opérants. C’est le constat général
que fait le gouvernement. Le
projet de loi audiovisuel devrait
donc poser les bases d’une nouvelle régulation. L’Arcep pourrait récupérer le dossier compliqué de la distribution de la
presse. Le CSA serait le mieux à
même de coréguler les plateformes vidéo. Fondamentalement
revient sur la table l’idée de fusionner les deux autorités administratives indépendantes. Le
président de l’Arcep, Sébastien
Soriano, l’a subtilement évoqué
en soulignant que l’essor de la télévision par IP (via l’ADSL, la fibre ou le satellite) se fait aux dépens de la télévision numérique
terrestre (TNT). L’Arcep qui régule les réseaux télécoms serait
l’autorité la mieux armée… ■
EN BREF
EELV EN RÉFÉRÉ
CONTRE MONSANTO
£ Europe Écologie-Les Verts
va déposer ce lundi
un recours en référé
pour faire interdire
en France les herbicides
contenant du glyphosate
du groupe Monsanto (Bayer),
récemment condamné
par la justice américaine,
sur la base de documents
internes, à indemniser
un jardinier atteint
d’un cancer.
« EELV entend contester
en urgence en justice la légalité
des autorisations de mise
sur le marché de ces produits »,
explique le parti politique
dans un communiqué.
PERTURBATION
DU TRAFIC SAMEDI
À MONTPARNASSE
£ La circulation des trains
a été légèrement perturbée
samedi à la gare parisienne
de Montparnasse en raison
d’une panne électrique
qui a rendu nécessaire
une interruption temporaire
du trafic. L’incident, qui
est intervenu une nouvelle fois
en plein chassé-croisé estival,
a entraîné un arrêt total des
trains durant quinze à vingt
minutes en tout début
d’après-midi.
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