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Le Figaro - 20 09 2018

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jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 049 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
AUTOMOBILE
AVEC LA MONZA, FERRARI
RENOUE AVEC L’ESPRIT
DES ANNÉES 50 PAGE 32
Christian Jacob :
« Il y a un signe
d’affaiblissement
sans précédent
du président » PAGE 4
Kim et Moon
imposent leur
tempo à Trump
PAGE 8
RUGBY
Le Japon déjà prêt
pour la Coupe
du monde 2019
PAGE 11
FISCALITÉ
Rentrée tendue
entre les
collectivités locales
et l’exécutif
Réunis à Salzbourg, les Vingt-Huit se divisent sur
les modalités du divorce avec le Royaume-Uni et sur
la gestion de la crise migratoire qui agite le continent.
Confrontée à une situation
géopolitique inédite, l’Europe
se sent assaillie par les menaces. À l’Est, une Russie redevenue agressive et une Chine
n
n
VIM/ABACA
CHAMPS LIBRES
PAGE 20
n
NOTRE SUPPLÉMENT
L’Europe
paralysée face
à la montée
des périls
CORÉES
n
LA GUERRE SELON STEINBECK,
BÖLL ET MALAPARTE
Migrants, Brexit, Sécurité...
ENTRETIEN
Derrière
l’espoir
de la PMA,
le tabou des
nombreux
échecs
La chronique
d’Éric
Zemmour
Le tête à tête
de Charles
Jaigu
Les tribunes
de Bertrand
Mathieu et
de sir Nicholas
Carter
La chronique
de Luc Ferry
L’analyse
de Guillaume
Perrault
LE FIGARO LITTÉRAIRE
conquérante. Au Sud, la menace terroriste, la pression migratoire toujours plus forte et
le durcissement de la Turquie
d’Erdogan. À l’Ouest, la trahi-
son des amis. La Grande-Bretagne a quitté la table en claquant la porte et l’allié
traditionnel américain traite
l’Europe avec dédain.
è LA DÉFENSE COMMUNE N’AVANCE QU’À PETITS PAS è ENTRE L’ALLEMAGNE ET L’ITALIE, UN FAUX
ACCORD è L’EUROPE DÉBOUSSOLÉE FACE AUX PÉRILS DU MONDE NOUVEAU PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
Jean Piat, une élégance
au service
du théâtre français
Benalla joue l’apaisement
sans dissiper tous les doutes
Sociétaire de la Comédie-Française de 1947 à 1972,
interprète inoubliable de Cyrano de Bergerac,
fabuleux Robert d’Artois dans l’adaptation télévisée
des années 70 des Rois maudits… ce comédien
amoureux du théâtre dès son plus jeune âge
n’a jamais quitté la scène. Il s’est éteint quelques jours
avant ses 94 ans. PAGES 28 ET 29
Loquace et visiblement bien
préparé, l’ex-chargé de mission de l’Élysée a répondu
mercredi matin pendant plus
de deux heures aux questions
des sénateurs de la commission d’enquête. Alexandre
Benalla a cherché à clarifier
son rôle, assurant n’avoir jamais été le garde du corps du
président. Mais des interrogations subsistent, notamment sur l’attribution de son
port d’arme. L’enquête judiciaire va désormais prendre
le relais. PAGES 6 ET 7
n
ÉDITORIAL par Patrick Saint-Paul psaintpaul@lefigaro.fr
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mercredi :
Après l’annonce de sa
candidature à Lyon pour
les municipales de 2020,
Gérard Collomb peut-il
rester ministre
de l’Intérieur ?
OUI
20 %
NON
80 %
TOTAL DE VOTANTS : 38 867
M 00108 - 920 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@t@c@k@a";
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la généralisation
du recours à Internet pour
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administratives ?
FERRARI - FRANÇOIS BOUCHON / LE
FIGARO
«
L’Europe dans les limbes
L’
Europe, quel numéro de téléphone ? » Depuis des décennies, la boutade prêtée à
Henry Kissinger, pape de la
géopolitique américaine,
faisait sourire les Européens, qui se flattaient
en y décelant l’inquiétude des États-Unis face
à l’émergence d’un nouveau bloc. Force est
de constater que dans le nouveau monde,
l’Union européenne ne sait plus où elle habite.
Le Brexit devait être l’occasion pour une
Union débarrassée de l’entrave britannique
de se rationaliser. Mais la vague des migrants,
qui a ouvert les vannes du populisme, a aggravé la fracture entre les pays qui ne veulent
plus supporter seuls le fardeau de l’immigration de masse et ceux qui refusent de le partager. Trop longtemps autiste face aux inquiétudes des peuples, l’UE est aujourd’hui
désemparée face aux nouveaux défis.
L’ordre libéral issu de l’après-guerre a du
plomb dans l’aile. Après le vide laissé par l’effondrement du bloc soviétique, le monde est
entré dans l’ère des grandes puissances du
postcommunisme. La Chine étend son influence en Europe à travers ses investissements. L’Europe est devenue l’un des ter-
rains de jeu de la Russie pour s’affirmer dans
sa rivalité face aux États-Unis. Féru d’histoire, Vladimir Poutine appuie sur le « ventre
mou » de l’UE, au sud, où ses alliances, notamment en Syrie, ont un effet déstabilisateur. Le Vieux Continent est fragilisé par
l’Amérique de Donald Trump, qui n’est plus
un partenaire fiable : pour s’affirmer dans le
nouveau rapport de force international, il
joue sur les divisions et les peurs des Européens.
À l’intérieur, le couple
franco-allemand, force
indispensable pour faire
avancer les compromis,
est en panne. La réunification a déplacé le centre de gravité allemand
vers l’Europe de l’Est,
que Berlin utilise pour faire contrepoids à Paris, dont les intérêts sont diamétralement opposés aux siens. Obnubilée par la fragilité de
son gouvernement, l’Allemagne est plus focalisée sur ses problèmes intérieurs que sur
les grands enjeux européens. Face à la montée de ces périls, il est temps que l’UE cesse
d’être à elle-même son meilleur ennemi.
L’UE doit
cesser
d’être son
meilleur
ennemi
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PAGES 14 À 17
ART MODERNE
Collections d’exceptions
Albert MARQUET Vue de Venise
n
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jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Les 28 butent sur le Brexit et les
POOL NEW/REUTERS
Les sanctions promises à la Pologne et à la Hongrie ont refroidi l’ambiance au sommet
ANNE ROVAN £@AnneRovan
CORRESPONDANTE À BRUXELLES
Certaines
propositions
de Theresa May
ont montré une
évolution positive
dans l’approche du
Royaume-Uni ainsi
que sa volonté de
minimiser les effets
négatifs du Brexit […]
mais, sur la question
irlandaise ou le cadre
de la coopération
économique,
les propositions
du Royaume-Uni
devront être
retravaillées
»
DONALD TUSK, PRÉSIDENT
DU CONSEIL EUROPÉEN
LE SOMMET de Salzbourg s’annonce
comme une nouvelle occasion manquée
pour l’Union européenne. Certes, la rencontre, qui a débuté mercredi soir par le
traditionnel dîner des chefs d’État et de
gouvernement, est informelle. Elle n’a
pas vocation à déboucher sur une déclaration commune. Mais elle pourrait, dans
l’absolu, être l’occasion de repartir du bon
pied, après un été de crises successives
durant lequel l’unité des vingt-huit a encore été durement mise à l’épreuve avec
les épisodes de l’Aquarius et du Diciotti.
Ces derniers jours, diplomates, membres du Conseil et représentants de la
Commission se sont employés à préparer
les esprits, affirmant qu’il n’y aurait pas
de « percées ». Il est vrai que les deux
principaux sujets au menu de ce sommet
sont les plus épineux auxquels l’Union
doit faire face : le Brexit et les migrations.
Sur le retrait du Royaume-Uni, le
chaud et le froid alternent. Les discussions butent toujours sur la question de
l’Irlande et sur l’organisation de la relation future. Alors que Theresa May devait
s’exprimer sur le sujet mercredi soir durant le dîner des chefs d’État, le négociateur en chef Michel Barnier fera ce jeudi
au cours du déjeuner à 27 - sans Theresa
May donc - un point d’étape. L’objectif
est d’aboutir à un accord pour le sommet
d’octobre qui sera finalisé lors d’un autre
sommet, vraisemblablement en novembre. Le temps presse et la perspective
d’un no-deal, dont ni les États membres
ni le Royaume-Uni ne sortiraient gagnants, est dans toutes les têtes. « Il y a
une incompatibilité. On ne peut avoir en
même temps l’intégrité du marché unique,
l’intégralité de l’Irlande et l’intégrité du
Royaume-Uni », résume-t-on à l’Élysée.
Michel Barnier, qui redoute la « catastrophe », propose désormais « une amélioration », à savoir des contrôles douaniers
et réglementaires effectués « loin des
frontières, dans les locaux des entreprises ». Bien sûr, il y a des différences d’approche. Mais, à ce stade, les vingt-sept se
serrent plutôt les coudes.
Ce n’est pas le cas sur la question des
migrations et des réponses à y apporter.
Le dossier est pour ainsi dire au point
mort depuis l’interminable Conseil européen de juin qui avait accouché au petit
matin de nombreuses conclusions. Les
plateformes régionales de débarquement
à l’extérieur de l’UE ? Aucun des pays
sollicités - Tunisie, Maroc, Égypte… - n’a
donné suite. Et les États membres ne sont
pas en phase sur le sujet. Partant du vœu
pieux qu’il est possible d’arrêter les débarquements en Europe, « la Hongrie,
l’Autriche et le Danemark souhaitent ex-
ternaliser le sujet », affirme un diplomate.
La France et l’Allemagne estiment au
contraire qu’il faut aider les pays tiers,
mais qu’il est illusoire de penser que les
flux de migrants en Europe pourraient
être nuls. « On peut toujours dire que les
gens n’arrivent pas mais ils arrivent »,
s’agace-t-on à l’Élysée en visant le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini. « Après le déni de solidarité, nous avons
maintenant un déni de réalité ! », ironiset-on encore.
“
Il y a un problème
à travailler avec des gens
qui ne respectent pas
les règles du jeu
UN DIPLOMATE
”
Qu’en est-il de l’élargissement du
mandat de Frontex évoqué en juin et remis en selle à Strasbourg par le président
de la Commission, Jean-Claude Juncker ? Certains pays - l’Italie et la Hongrie
en tête mais aussi la Grèce et l’Espagne estiment que c’est aux États de protéger
eux-mêmes leurs frontières. Question de
souveraineté ! Question d’intérêt bien
compris aussi ! « Plus de Frontex, c’est
plus d’enregistrements », a résumé mercredi le chancelier autrichien Sebastian
Kurz, pointant ainsi les pays du sud de
l’Europe qu’il soupçonne de laisser filer
les migrants non enregistrés vers l’Europe centrale. La réforme du droit d’asile ?
Elle est dans l’impasse. En réalité, seul le
développement des relations avec l’Afrique semble faire consensus.
« Si certains veulent résoudre la crise
tandis que d’autres veulent l’utiliser, cela
restera insoluble », a écrit mardi aux dirigeants de l’UE le président du Conseil,
Donald Tusk, appelant chacun à « revenir
à une approche constructive » et à « mettre fin aux ressentiments mutuels ». Hier
après-midi, il mettait encore en garde :
« Ce soir, j’appellerai les dirigeants européens à cesser le jeu des reproches. »
Le déclenchement de la procédure de
l’article 7 contre la Pologne puis contre la
Hongrie a mis un peu plus d’huile sur le
feu. Car, à côté des questions migratoires,
le respect de l’État de droit est en passe de
créer une nouvelle ligne de fracture au
sein de l’UE. Grosso modo, trois camps se
dessinent. Les pays de l’Est qui font corps
avec la Hongrie et la Pologne brandissant
l’argument de la souveraineté, ceux qui,
gênés par cette affaire, se montrent très
ambiguës – Malte et les Pays baltes — et
les pays – France et Allemagne en tête —,
pour lesquels il est inconcevable de transiger sur les valeurs qui ont fondé l’Europe. Mardi, à Bruxelles, lors du Conseil des
Affaires générales, seuls 12 ministres ont
pris la parole pour questionner le repré-
Theresa May, Giuseppe Conte et Viktor Orban lors
de leur arrivée, mercredi, au sommet de l’UE, à Salzbourg,
en Autriche. JOE KLAMAR/AFP ; LEONHARD FOEGER/REUTERS
Malgré l’aiguillon Trump, la défense commune n’avance qu’à petits pas
A
ALAIN BARLUET £@abarluet
CERTAINS chiffres parlent d’eux-mêmes : moins de la moitié des chars en service dans les armées de l’UE sont de
conception européenne et 20 % seulement pour l’artillerie. La propension limitée des Européens à « acheter européen » pour doter leurs forces, la grande
disparité des matériels qu’ils utilisent (60
types d’équipements terrestres différents
dans l’Union, contre 20 aux États-Unis)
illustrent le chemin qui reste à parcourir
sur le chemin d’une Europe de la défense.
Et encore ne s’agit-il là que du domaine
capacitaire.
Pourtant, depuis l’an dernier, les
conditions d’une prise de conscience ont
progressé. Les coups de boutoir du président américain contre l’Otan, qu’il juge
« obsolète », et les Européens, qu’il considère comme trop peu investis dans leur
défense, ont provoqué une onde de choc
de ce côté-ci de l’Atlantique. Un certain
nombre de pays, dont la France, ont augmenté leur budget de défense pour se
rapprocher de l’objectif des 2 % du PIB.
Reste que le message de Donald Trump
a été perçu de façon disparate au sein de
l’Union européenne. Les positions diffè-
rent entre ceux pour lesquels un sursaut
menace russe. Des Baltes aux Italiens et
commun s’impose et ceux qui craignent
aux Espagnols, en passant par les Néerque les progrès de l’Europe de la défense
landais, les Européens témoignent sur le
remettent en cause le rôle de l’Alliance
sujet de toute une palette de sensibilités.
atlantique, considérée comme leur seule
« L’Europe est exposée à un ensemble de
assurance-vie.
risques : menaces étatiques, terrorisme,
« L’Europe ne peut plus remettre sa sétrafics, migrations. Mais ces risques font
curité aux seuls États-Unis. C’est à nous
l’objet d’analyses divergentes, voire
aujourd’hui de prendre nos
contradictoires, selon les pays
responsabilités et de garantir
européens », constatait le chef
la sécurité et donc la souveraid’état-major des armées, le
neté européenne », a déclaré
général François Lecointre,
Emmanuel Macron devant
lors de son audition devant
les ambassadeurs, le 27 août à
les députés, le 17 juillet.
l’Élysée. « L’Europe de la déLe Brexit, qui aurait pu serfense, aujourd’hui, c’est un
vir d’électrochoc, n’aura pas
C’est l’objectif
impératif. […] Nous ne pour- du budget de défense beaucoup d’impact sur le larons pas nous abriter éternelborieux chantier de la défenque s’est fixé
lement derrière le paravent
se européenne, selon nombre
un certain nombre
américain », lui a fait écho de pays, dont la France de spécialistes. La GrandeFlorence Parly, le 9 septemBretagne ne participait que
bre aux universités d’été de la
peu à la politique européenne
défense. La ministre des Armées s’attache
de sécurité et de défense (PESD) et s’est
à promouvoir une « autonomie stratégitoujours montrée réfractaire aux structuque » européenne en veillant à bien réafres communes. Après le Brexit, aucun enfirmer que « l’Alliance atlantique reste et
gagement britannique n’est à attendre
restera le pilier de la sécurité atlantique ».
dans ce cadre, a confirmé, la semaine
En dépit de telles assurances, les argudernière, le négociateur britannique Anments en faveur d’une défense européengus Lapsley, lors d’une conférence organe ne convainquent pas les pays qui, telle
nisée à Paris par l’Institut de relations inla Pologne, sont avant tout obsédés par la
ternationales et stratégiques (Iris). En
2%
du PIB
revanche, les relations bilatérales francobritanniques se poursuivront sur la lancée
du traité de Lancaster House (2010), assure-t-on des deux côtés de la Manche.
« Nous avons besoin des Britanniques, à
certaines conditions, et eux ont besoin de
l’UE sur la question de l’accès aux financements du Fonds européen de défense (FED,
doté de 13 milliards, NDLR), qui est soumis à des règles communautaires », relève
Jean-Pierre Maulny, le directeur adjoint
de l’Iris. Hors de l’UE, le Royaume-Uni se
retrouvera dans la catégorie des pays
tiers. L’industrie de défense britannique
risque aussi de rencontrer de sérieux
problèmes de certification européenne.
Programmes structurants
Sur le volet opérationnel, neuf pays européens ont rejoint récemment l’initiative
européenne d’intervention (IEI), voulue
par Emmanuel Macron et destinée aussi à
créer une « culture stratégique » entre ses
membres. Le lancement de l’IEI, ouverte
aux pays n’appartenant pas à l’UE, visait
aussi à maintenir Londres « à bord » de la
défense européenne en dépit du Brexit.
Les chefs d’état-major des pays de l’IEI
doivent se retrouver à Paris le mois prochain pour leurs premiers travaux pratiques. La France a fait le choix de la coopé-
ration avec l’Allemagne pour mener des
programmes structurants, char lourd du
futur et système de combat aérien du futur. Une priorité jugée incontournable
mais qui en même temps bute immanquablement sur les limites culturelles et
constitutionnelles que les Allemands opposent aux engagements opérationnels.
« Les armées françaises et allemandes
n’ont objectivement ni les mêmes capacités
opérationnelles ni le même esprit de combat », notait le général Lecointre lors de
son audition parlementaire. Pour le
CEMA, il serait « contre-productif de forcer la main aux Allemands en leur demandant des engagements dont ils ne sont pas
capables pour des raisons politiques. […]
Entraînons-les avec nous, et espérons
qu’ils évoluent peu à peu, au fur et à mesure des engagements conjoints… »
Le 9 septembre dernier, Florence Parly
dînait à Paris aux côtés de son homologue
allemande, Ursula von der Leyen. Elle a
appelé à relever le défi de « coopérations
souples, adaptables, pragmatiques ».
« Nous avons peu de temps pour transformer l’essai d’une Europe de la défense qui
prend enfin forme », affirmait alors la ministre des Armées. ■
+
» Lire aussi PAGE 16
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LE FIGARO
jeudi 20 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
migrants
de Salzbourg.
sentant polonais sur cette réforme de la
justice qui vaut à son pays le déclenchement de l’article 7. À Salzbourg, mercredi
matin, beaucoup s’interrogeaient sur
l’attitude de Viktor Orban lors du sommet du PPE et lors du dîner des chefs
d’État et de gouvernement. Angela Merkel, qui était annoncée au PPE, a finalement choisi de retarder son départ pour
Salzbourg.
Ce sont aussi les nouveaux comportements qui surprennent certains diplomates. « Il y a un problème à travailler avec
des gens qui ne respectent pas les règles du
jeu », lâche l’un d’eux en évoquant la
volte-face de la Hongrie sur les centres
contrôlés au lendemain du sommet de
juin. Et en songeant sans doute à cette
réunion informelle de ministres de l’Intérieur filmée la semaine dernière par des
collaborateurs de Matteo Salvini. « Les
matchs de politique intérieure ont dynamité
les règles du jeu au sein de l’Union. Avant,
la méthode de travail communautaire était
basée sur le fait que, même s’il y avait des
divergences d’intérêt, la volonté supérieure
de trouver compromis passait avant.
Maintenant, beaucoup d’États membres
n’ont plus envie faire de compromis », soupire un porte-parole bruxellois, en pointant la Hongrie, la Pologne et l’Italie. Un
changement de méthode qui ne fait, là
encore, que ralentir le Vieux Continent au
moment où il faudrait accélérer. ■
3
L’Europe déboussolée face aux périls du monde nouveau
ISABELLE LASSERRE £@ilasserre
À MOINS de neuf mois des élections européennes, l’Union joue en
partie son destin, mais elle tourne
comme une toupie, se cognant
contre les murs, incapable de s’inventer une trajectoire qui la fasse
sortir de la tempête.
Impuissante, l’Europe assiste à la
destruction de deux ordres : celui de
1945 et celui de l’après-guerre froide, qui lui avaient assuré la sécurité
et la prospérité. Soixante-dix ans
après la fin de la Seconde Guerre
mondiale, confrontée à une situation
géopolitique totalement inédite,
l’Europe se sent assaillie par les menaces contre sa sécurité. À l’Est, une
Russie redevenue agressive et une
Chine dangereusement conquérante. Au Sud, la menace terroriste tapie dans l’ombre, la pression migratoire toujours plus forte et le
durcissement de la Turquie d’Erdogan. À l’Ouest, la trahison des amis.
La Grande-Bretagne a quitté la table
en claquant la porte et l’allié traditionnel américain traite l’Europe
avec dédain ou indifférence, pariant
même sur son éclatement.
Aucun des efforts entrepris par
Emmanuel Macron pour apprivoiser
ou normaliser Donald Trump et Vladimir Poutine n’ont porté leurs
fruits. Le premier continue à écraser
du pied les accords sur le climat, sur
l’Iran et sur le libre-échange. Le se-
“
Pour beaucoup
d’Européens, la crise
des migrants a remis en
question la capacité de l’UE
et du système multilatéral
à les protéger
que, l’Europe peine à s’organiser et à
apporter une réponse commune, tant
elle est marquée par ses divisions. Loin
de se résorber, celles-ci s’aggravent
sous la pression. L’Europe est traversée par « bien trop de tensions » a récemment commenté le chancelier
autrichien Sebastian Kurz.
Les États européens, d’abord, n’ont
pas tous la même conception de l’Europe. Emmanuel Macron voudrait relancer et approfondir l’intégration
européenne. L’Italie de Matteo Salvini
et la Hongrie de Viktor Orban militent
pour une Europe des nations et des
peuples. La perception des menaces est
également différente. L’Est craint surtout la Russie, le Sud redoute avant
tout le terrorisme. Et si tous les pays
considèrent les migrations comme un
danger, ils ne veulent pas leur appliquer les mêmes solutions : l’Italie exige
une répartition équitable des réfugiés
entre pays européens, tandis que la
Hongrie veut fermer ses frontières.
Une seule certitude : « Pour beaucoup
d’Européens, la crise des migrants a remis en question la capacité de l’UE et du
système multilatéral à les protéger »,
peut-on lire dans un récent rapport du
think tank European Council on Foreign Relations (ECFR). L’échec du
contrôle des migrations a dopé le sentiment de vulnérabilité et augmenté les
doutes sur la crédibilité de l’UE, poursuit l’ECFR. L’affrontement est aussi
sur les valeurs, la France restant très
attachée au principe de laïcité, la Hongrie et la Pologne voulant davantage
rappeler les fondements chrétiens de
l’Europe. Même la démocratie ne fait
Donald Trump (ici, avec Emmanuel
Macron) a dérouté ses alliés lors
du sommet de l’Otan du 11 juillet,
à Bruxelles. TATYANA ZENKOVICH/AFP
plus l’unanimité en Europe. « Entre 2000 et 2018, le pourcentage d’Européens votant pour des régimes populistes
est passé de 5 à 25 % des votes », rappelle le politologue américain Yascha
Mounk, auteur de Le Peuple contre la
démocratie (Éditions de l’Observatoire), à l’occasion d’une conférence or-
ganisée par l’Institut Montaigne. « Jusque-là, poursuit-il, il n’y avait pas de
vraie alternative à la démocratie en Europe. Aujourd’hui, si. » Enfin, les divisions se retrouvent au sein même des
pays européens, surtout dans sa partie
occidentale, où le conflit entre les peuples et les élites éclate au grand jour.
« L’Europe doit prendre son destin en
main, surtout sa défense. Car les Européens auraient tort de penser que Donald Trump est un accident de l’histoire.
Même s’il s’en va, les grandes tendances
de la politique étrangère américaine demeureront », prévient un diplomate.
Depuis le départ de son grand allié britannique, Paris comptait sur Berlin
pour redynamiser l’Europe et lui inspirer des solutions à opposer aux menaces qui l’entourent et aux changements qui la déstabilisent. Mais
l’Allemagne a pour l’instant décidé de
demeurer une puissance civile. En attendant que l’Europe de la défense décolle, les citoyens du Vieux Continent
se disent encore attachés à l’Otan, la
seule organisation capable selon eux
d’assurer leur sécurité malgré les ambiguïtés de Donald Trump à son égard.
C’est le prochain défi de l’Europe :
constituer un bloc assez solide pour
s’adapter à la nouvelle donne mondiale, sachant que les analyses et les politiques nationales ne suffisent plus. Il
sera d’autant plus difficile à relever
que la crise de l’Europe est aussi une
crise de la démocratie. « L’époque
nous rappelle que la démocratie est
mortelle » prévient l’essayiste Nicolas
Baverez pendant la réunion de l’Institut Montaigne. ■
”
RAPPORT DU THINK-TANK EUROPEAN
COUNCIL ON FOREIGN RELATIONS
cond à ignorer toutes les demandes
de Paris, qu’il s’agisse de libérer le
cinéaste ukrainien en grève de la
faim Oleg Sentsov ou de faire pression sur ses alliés en Syrie. L’Union
européenne, qui s’était créée sur sa
croyance en un règlement des
conflits s’appuyant sur le droit et sur
la norme et qui pensait vivre dans un
monde sans ennemis, se retrouve
démunie et isolée depuis que soufflent à nouveau à ses portes les vents
noirs de la guerre. Elle qui croyait en
l’efficacité et en la supériorité du
multilatéralisme assiste les bras ballants à la multiplication des gestes
bilatéraux, des initiatives prises par
des petits groupes de pays autocrates
et à la volonté de Donald Trump de
mettre fin aux mécanismes de coopération internationale. Le renversement de l’équilibre des pouvoirs
dans le monde au détriment de l’Occident, l’affirmation de plus en plus
nette des puissances émergentes ou
réémergentes réduisent l’influence
de l’Europe et la portée de la voix de
ses grandes nations.
Face à cette révolution géopoliti-
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
UN CAS D’ÉCOLE : entre l’Allemagne et
l’Italie, l’accord sur la réadmission des demandeurs d’asile se révèle encore plus laborieux à signer que prévu. Le ministre de
l’Intérieur allemand, Horst Seehofer, avait
pourtant annoncé triomphalement sa
conclusion imminente jeudi dernier devant
les députés du Bundestag : « C’est un succès », avait-il lancé. Rome s’engageait à reprendre sur son territoire les migrants déjà
enregistrés en Italie, dans les 48 heures
après leur interpellation à la frontière germano-autrichienne. Mais son homologue,
Matteo Salvini, a douché les attentes allemandes : rien n’était encore signé.
Le leader de Ligue du Nord posait encore
des conditions : il souhaite un accord à
somme nulle qui prévoirait que pour chaque migrant reconduit en Italie l’Allemagne accueille un migrant arrivé sur les côtes
italiennes. Le gouvernement allemand l’a
accepté. Mais Matteo Salvini veut pousser
plus loin son avantage et réclame le soutien
de l’Allemagne pour réformer la mission
européenne Sophia de sauvetage en mer
des migrants. L’Italie veut aussi une réforme du règlement de Dublin III et la répartition des réfugiés entre les pays de l’Union.
L’Allemagne y est favorable mais se heurte
depuis des mois au blocage de certains de
ses partenaires comme la Hongrie.
Lent à être conclu, l’accord germanoitalien n’aura qu’une portée symbolique.
Depuis la fin juin, il n’aurait concerné que
118 demandeurs d’asile. Il fait partie du
compromis conclu entre la chancelière Angela Merkel et la CSU en juillet dernier,
après des semaines de tension politique
pour obtenir « un tournant », selon le terme
des Bavarois. Des accords de réadmission
similaires mais sans contrepartie ont été signés durant l’été entre l’Allemagne et l’Espagne et entre l’Allemagne et la Grèce. Leur
portée est encore plus faible : aucun migrant
venu d’Espagne n’a été arrêté à la frontière
allemande et une poignée venue de Grèce.
La question migratoire, beaucoup moins
forte qu’en 2015, n’a pas disparu pour
autant en Allemagne : 15 122 demandes
d’asile y ont été déposées au mois
d’août 2018 et 127 525 demandes depuis le
début de l’année, soit 14,9 % de moins. ■
A
Entre l’Allemagne et l’Italie,
un faux accord
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Jacob : « Il y a un signe d’affaiblissement
sans précédent du président »
Les députés Les Républicains se retrouvent jeudi et vendredi en séminaire parlementaire dans l’Ain.
«
PROPOS RECUEILLIS PAR
Même pour ce qui
concerne la composition
de son gouvernement,
Emmanuel Macron ne tient
plus rien. Les ministres
annoncent leur sortie,
bientôt, les prétendants
vont annoncer leur entrée
au gouvernement
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
ET CHARLES SAPIN £@CSapin
DROITE Christian Jacob est le président
du groupe LR à l’Assemblée nationale.
LE FIGARO. - C’est la rentrée des députés
LR. Comment jugez-vous l’action
du chef de l’État en cette rentrée ?
Christian JACOB. - Emmanuel Macron est
en train de s’écraser face aux murs des
réalités. Il fait face à un double échec. Tout
d’abord, sur le plan politique il perd la
main. En seulement huit jours, il a organisé
l’éviction du président de l’Assemblée nationale pour y installer un proche parmi les
proches, Richard Ferrand, qui se fait élire
avec difficulté. Puis, ce sont les coups de
boutoir de François Bayrou pour dire que
Macron a perdu le fil du quinquennat et
l’élection compliquée de Gilles Le Gendre à
la tête du groupe LaREM. Et enfin, après la
démission d’un ministre d’État en direct à
la radio, c’est son autre ministre d’État,
ministre de l’Intérieur, qui dépose son
préavis de départ huit mois à l’avance.
C’est la démonstration que même pour ce
qui concerne la composition de son gouvernement, le président de la République
ne tient plus rien. Les ministres annoncent
leur sortie, bientôt, les prétendants vont
annoncer leur entrée au gouvernement.
C’est aussi le signe d’un affaiblissement
sans précédent du président de la République et du peu de considération du ministre
de l’Intérieur pour une fonction aussi importante. Il perd toute autorité vis-à-vis
de son administration qui sait que dans
quelques mois il ne sera plus là. Je ne vois
pas, dans ces conditions, comment Gérard
Collomb peut continuer d’exercer sa fonction efficacement.
Et sur le plan économique ?
La politique économique conduite depuis
un an est un véritable fiasco. Le chômage
reste au même niveau que sous François
Hollande, la croissance est divisée par trois
si l’on prend les résultats comparables du
»
des dissonances. Maintenant au travail ! Le
débat sur les sensibilités commence à devenir agaçant. Parce qu’en réalité, il y a
plus de susceptibilités que de sensibilités.
Quand on interroge les uns et les autres sur
l’immigration, sur la politique économique, sur la sécurité, j’ai du mal à voir où
sont les différences.
Christian Jacob dans son bureau de l’Assemblée nationale, le 18 septembre.
2e trimestre de 2017 et du 2e trimestre 2018.
Et le matraquage fiscal des retraités et des
classes moyennes se poursuit. C’est une
année pour rien et en politique, lorsque
l’on n’avance pas on recule.
Vous peinez pourtant à occuper l’espace
politique et à rendre vos propositions
audibles.
En 2017, la secousse a été forte. Nous avons
proposé un projet aux Français et nous
avons été battus sèchement. Nous n’allons
pas dire aujourd’hui « on va vous expliquer
comment faire, on a la solution à tout ».
Nous sommes sur le temps long, le temps
de la crédibilité, pas sur le concours Lépine des propositions. Une majorité de gou-
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
vernement, cela se construit avec sérieux
en contact étroit avec les Français et avec
la réalité de ce qu’ils vivent. Laurent Wauquiez a mis dès le départ le doigt sur les
fractures nées de la présidence d’Emmanuel Macron : la fracture territoriale, que
nous avons été les premiers à dénoncer, le
pouvoir d’achat qui s’effondre, le laxisme
en matière de sécurité et de lutte contre le
terrorisme. Notre analyse a été la bonne.
Nous entrons désormais dans une phase
de propositions. Nous avons commencé
sur la sécurité, sur le pouvoir d’achat,
quant au budget, nous travaillons sur la loi
de finances. Il y a encore un an, on nous
donnait pour mort. C’était d’ailleurs le
pari de tous ceux qui nous ont trahis, à
commencer par le premier ministre, les
ministres qui l’ont suivi et quelques parlementaires d’Agir qui espéraient rentrer
au gouvernement. La réalité, c’est qu’au—
jourd’hui notre groupe parlementaire est
solide, le parti l’est aussi.
Au sein de LR, de nombreuses voix
différentes émergent. Comment savoir
laquelle incarne celle du parti ?
Laurent Wauquiez a une légitimité qui est
incontestable. Je sens de plus en plus
d’agacement dans notre électorat à l’encontre des voix qui divisent. On ne
construit pas sur des petites jalousies, sur
des aigreurs ou des rancœurs. Au lendemain d’une défaite, c’est normal qu’il y ait
Elles semblent se manifester
sur les européennes… Qui sera alors
votre tête de liste ?
Le sujet aujourd’hui n’est pas de trouver
une tête de liste. C’est de préparer un projet européen qui réponde aux attentes des
Français sur la crise migratoire, la lutte
contre le terrorisme et la défense de nos
intérêts économiques face aux attaques de
la Chine et des États-Unis. Comme Nicolas
Sarkozy avait su le faire au moment de la
crise financière de 2008. Or, aujourd’hui,
la faiblesse de M. Macron, c’est son isolement, son incapacité à porter un projet et à
fédérer. Nous, notre projet européen, nous
le bâtissons en commun au sein du PPE
avec les partis de droite et de centre droit.
Si des députés En marche étaient élus aux
prochaines élections européennes, ils ne
serviraient à rien. Personne n’imagine sérieusement qu’il puisse y avoir des Groupes en Marche dans les 27 pays de l’Union
européenne. Les députés En marche se
trouveraient totalement isolés. Dans quel
groupe siègeraient-ils ? Avec qui ? Et pour
faire quoi ? ■
Pour Wauquiez, « Orban a toute
sa place au sein du PPE »
A
Le président de LR veut tisser des liens avec les responsables de droite membres
du PPE. Le 24 septembre, il rencontrera Angela Merkel.
EUROPE C’est devenu un rituel. À chaque sommet du Conseil européen et donc
du sommet du PPE (Parti populaire européen) qui se tient en marge, Laurent
Wauquiez en profite pour rencontrer ses
homologues des partis de droite. « Je vois
l’émergence d’une nouvelle génération de
responsables de droite sur la scène européenne », confie Laurent Wauquiez, pas
mécontent d’essayer de tisser des liens au
sein du PPE.
« Nous partageons tous le projet européen mais nous sommes contre ce qu’il est
devenu. Nous voulons tourner la page de la
social-démocratie qui ne fait rien sur l’immigration ni sur la baisse des déficits », décrit le président de LR. « Dans ce schéma,
Emmanuel Macron est totalement isolé
contrairement à ce qu’il veut dire », assure-t-il. L’occasion de démontrer selon
lui, qu’il ne l’est pas comme patron de LR.
« C’est avec tous ces responsables que je
veux tisser des liens et fédérer cette nouvelle
génération », indique Laurent Wauquiez.
Ce mercredi, à Salzbourg en Autriche,
Laurent Wauquiez devait s’entretenir en
marge du sommet du PPE avec plusieurs
représentants de différents partis de droite : le président grec de la Nouvelle Démocratie Kyriákos Mitsotákis, le premier ministre bulgare Boïko Borissov et le leader
du Parti populaire espagnol Pablo Casado.
Avec ce responsable de 37 ans, le courant
devrait passer… « Le Parti populaire est de
retour », avait lancé le successeur de Mariano Rajoy à la tête du Parti populaire,
après l’annonce de sa victoire mi-juillet.
Un message identique au slogan de campagne de Laurent Wauquiez pour la présidence de LR : « La droite est de retour ». Au
soir de l’élection de Pablo Casado, Laurent
Wauquiez lui avait d’ailleurs écrit pour le
féliciter. « Il est comme moi, il a récupéré un
parti éprouvé par les défaites et travaille à le
rebâtir », glisse Laurent Wauquiez
convaincu de pouvoir offrir, via ces liens
avec ses homologues européens, une alternative à Emmanuel Macron.
Vigilance
Ce nouveau sommet du PPE devait être
aussi l’occasion de croiser Angela Merkel
avant leur rendez-vous en tête à tête à la
Chancellerie le 24 septembre. « C’est un
signal qu’elle envoie de prise de distance
par rapport aux propositions d’Emmanuel
Macron, pour sortir d’un monologue avec
lui », veut croire le président de LR. En
Autriche, il devrait aussi revoir Viktor
Orban, dont la politique divise jusqu’au
sein de LR. Une semaine après le vote du
Parlement européen, le sujet s’est invité
mardi soir au menu du bureau politique
du parti. Alors que Valérie Pécresse, Maël
de Calan ou Jean-François Copé ont
demandé que « les Républicains condamnent sans réserve le démantèlement de
l’État de droit en Hongrie engagé par Viktor Orban », d’autres à l’instar de Brice
Hortefeux ont jugé qu’il faisait « reculer
l’extrême droite » et avait été « élu au suffrage universel ». « Erdogan aussi ! », a rétorqué Jean-François Copé. « C’est
d’autant plus facile de gagner les élections
qu’on ferme les journaux et qu’on écrase
l’opposition. L’extrême droite ne recule pas
en Hongrie, elle a pris le pouvoir ! », a enchaîné Maël de Calan. Pour Laurent
Wauquiez, pas question au contraire de
ne pas le considérer. « Je parle à Merkel
comme à Orban. Il a toute sa place au sein
du PPE. Il a été élu démocratiquement.
Tous nos braves censeurs devraient s’en
souvenir », répond Laurent Wauquiez au
Figaro, sans vouloir dire ce qu’il aurait
voté au Parlement européen dans le cadre
de la procédure engagée contre la Hongrie, sur la base de l’article 7. « Je ne suis
Laurent Wauquiez lors d’une réunion du groupe du PPE (Parti populaire européen),
à Lyon, en avril dernier. K. KONRAD /SIPA
pas parlementaire européen », se contente-t-il de répondre. Les deux hommes
ont déjà eu l’occasion de s’entretenir en
tête à tête, le 28 juin à Bruxelles. « Je ne
suis pas gêné par son discours sur la question migratoire, soutient Wauquiez, par
contre il y a des lignes rouges à ne pas
franchir comme celles de l’État de droit ou
la liberté de la justice », développe-t-il.
Une vigilance qui ne doit pas signifier
pour autant excommunication, selon
Laurent Wauquiez. « On a tort de pousser
Orban en dehors de l’Europe et du PPE. Il
faut arrêter d’opposer les uns aux
autres », argue-t-il. « Je me méfie de cette
approche où certains décernent les bons
points pour ceux qui accueillent les
migrants, et les mauvais points pour les
autres », conclut-il en voulant sortir de
« l’affrontement caricatural et artificiel
Macron-Orban qui ne correspond pas à la
réalité ». ■
M. M.
Le PS présente ses grandes orientations européennes
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
« EUROPÉENS DE CŒUR et de raison »,
les socialistes ont publié mercredi les bases d’un texte d’orientation pour les
européennes, destiné à devenir la
contribution française au « manifesto » le programme commun - des socialistes
européens. Le texte plaide « pour la
construction d’une gauche européenne qui
assume une rupture avec les politiques libérales et austéritaires et construise une
alternative progressiste et écologiste ».
Premier secrétaire du PS, Olivier Faure
promet « une rupture nette en Europe ».
« Il n’y aura pas de grande coalition avec
des conservateurs et des libéraux », juget-il. Sur les traités commerciaux, le PS
demande la « suspension des négociations
en cours » et annonce que les députés et
eurodéputés « refuseront de voter » le
traité euro-canadien Ceta. Sur le dossier
des migrants, il veut « en finir avec les accords de Dublin » et prévoit dans son programme « un droit d’asile européen ».
Le texte, qui a été longuement travaillé
par une commission représentant l’ensemble des sensibilités socialistes, a été
voté, selon Olivier Faure, « à l’unanimité
des votants ». Il doit être enrichi d’ici au
Bureau national (BN) du 2 octobre, soumis au vote des militants le 11 puis approuvé par un conseil national le 13.
Un texte fragile
La constitution de la liste ne sera abordée
qu’ensuite… Mais ce texte reste fragile.
Car, mardi soir, lors du vote, seuls
38 membres du BN étaient présents sur
73, et 8 des présents se sont abstenus :
ceux du courant d’Emmanuel Maurel,
sur la gauche du PS, et Julien Dray. Candidat pour être tête de liste, il a présenté
son propre texte. À droite du PS, le maire
du Mans, Stéphane Le Foll, a claqué la
porte avant la fin, agacé par l’attitude de
l’aile gauche. Ce qui fait dire à un membre du BN, lassé lui aussi : « Au PS, ce ne
sont pas tant des gauches irréconciliables
que des personnes irréconciliables. Il leur
faudrait une bonne thérapie de groupe. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
POLITIQUE
6
Loquace, Benalla répond aux sénateurs sans
L’ex-chargé de mission de l’Élysée
a affirmé n’avoir jamais été « ni policier
ni garde du corps » d’Emmanuel Macron.
LORIS BOICHOT £@lboicho
SÉNAT Les cheveux sont peignés, le costume soigné, la voix posée. Mais derrière
ses lunettes rondes et son léger sourire,
Alexandre Benalla semble navré. « J’ai
été bien élevé et j’ai de profonds regrets
d’avoir eu les propos qui ont été les miens à
votre encontre », lâche le jeune homme
de 27 ans devant les sénateurs de la commission d’enquête. La semaine dernière,
il les avait menacés de ne pas se présenter
devant eux et avait qualifié leur président
Les Républicains (LR), Philippe Bas, de
« petit marquis ». Ce mercredi matin, il
tient à leur « présenter [ses] excuses ».
L’heure est à la contrition et à l’apaisement. Il s’agit de tarir une affaire à l’origine de l’été tourmenté de l’exécutif, deux
mois après la révélation d’une vidéo. Celle-ci montrait le chargé de mission à l’Élysée, aujourd’hui licencié, en train de violenter des manifestants à Paris, le 1er mai
dernier. « Je n’ai jamais été ni policier ni
garde du corps » du candidat comme du
président Macron, insiste Alexandre
Benalla, sous serment. Son rôle à l’Élysée
n’était « pas une fonction opérationnelle de
sécurité » mais « une fonction administrative », explique-t-il pour désamorcer les
craintes, exprimées par l’opposition, de
l’émergence d’une « police parallèle » aux
unités d’élite de police et de gendarmerie
chargées de la sécurité du président.
Il ne balaie aucune interrogation, face à
des sénateurs contraints par la séparation
des pouvoirs à ne s’intéresser qu’à son
rôle exact à la présidence, les faits du
1er mai étant visés par une enquête judiciaire. À sa place, un peu plus tard, Vincent Crase, ancien salarié de La République en marche (LaREM), présent avec lui
le 1er mai, refusera de répondre à plusieurs questions. Plus loquace, Alexandre
Benalla énumère ses cinq missions auprès
de la présidence : l’organisation des dé-
placements publics d’Emmanuel Macron
en France, de ses déplacements privés,
des événements à l’Élysée, la coordination des services de sécurité et la gestion
des cadeaux diplomatiques du chef de
l’État. Sans citer « la mise en place de la
réforme du GSPR (l’unité d’élite chargée
de la sécurité des déplacements du président), décidée par M. Macron, sur [sa]
proposition », dont il s’était prévalu en
garde à vue. Malgré sa volonté de se
montrer « précis » - une expression reprise dans presque toutes ses réponses -,
il n’a en effet pas vraiment démêlé
l’écheveau complexe de ses fonctions à
l’Élysée. Les sénateurs sont par exemple
restés dubitatifs lorsqu’il a justifié sa demande d’autorisation de port d’arme, selon des « motifs de défense et de sécurité
“
J’ai de profonds regrets
d’avoir eu les propos
qui ont été les miens
à votre encontre
”
ALEXANDRE BENALLA
S’ADRESSANT À PHILIPPE BAS
personnels ». Alors même que le permis
délivré en octobre dernier évoquait des
« missions de police » et était « lié à la
fonction auprès du chef de l’État », avait
déclaré le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, en juillet dernier.
En contradiction avec ses « raisons
personnelles », Alexandre Benalla a aussi
reconnu avoir porté son arme - un
Glock 43 - « trois fois en un an », lors de
déplacements privés et publics du président. Des incohérences notées par le président de la commission, Philippe Bas,
peu convaincu à la sortie de sa vingttroisième audition : « Les contradictions
apparues sur la définition de la fonction
réelle de M. Benalla, dès le mois de juillet,
ne sont pas levées aujourd’hui. » ■
Alexandre Benalla, mercredi, lors de son audition avec, à sa gauche, les rapporteurs Jean-Pierre Sueur et Muriel Jourda, et le président de la
Philippe Bas, une main de fer dans un gant de velours
EMMANUEL GALIERO egaliero@lefigaro.fr
MÊME Alexandre Benalla, qui l’avait
qualifié de « petit marquis », a été obligé
de s’excuser. Ceux qui le croyaient insignifiant, condamné à jamais à la discrétion des rôles de l’ombre, en sont encore
sidérés. En quelques semaines, Philippe
Bas est passé d’un relatif anonymat politique à la célébrité soudaine des télévisions et des réseaux sociaux. Les qualités
du président de la commission des lois
du Sénat, mises une nouvelle fois en lumière lors de l’audition de l’ex-chargé
de mission élyséen, sont désormais reconnues de tous. Égal à lui-même, pilotant cette commission d’enquête avec
une régularité de métronome, le sénateur de la Manche a maintenu ce mercredi le cap sans ciller. Il gère avec calme la vague de cinquante photographes
et cameramen s’agitant sous le nez de
l’invité Benalla. Il contrôle le temps de
parole des orateurs, rappelle le périmètre limité de ces travaux parlementaires
et, quand il le juge nécessaire, relance
les questions, sans hésiter à les répéter si
les réponses lui semblent incomplètes.
L’une de ses collaboratrices, qui a eu
l’occasion de l’accompagner sous la
pression quotidienne du ministère des
Affaires sociales en 2005, confirme sa
résistance au stress. « L’une de ses quali-
tés est de ne jamais transférer de tension
sur son entourage. Ce que l’on voit
aujourd’hui reflète une maîtrise et une rigueur constantes », fait-elle observer.
Une expérience de secrétaire général de
la présidence Chirac, de 2002 à 2005,
peut aussi forger un caractère.
« Sur le plan de la notoriété, Philippe
Bas est aussi jeune qu’Emmanuel Macron. Mais avec quarante ans d’expérience, cela fait une sacrée différence. »
L’écrivain Xavier Patier, haut fonctionnaire de formation et proche de Jacques
Chirac, manque peut-être d’objectivité
quand il parle de son ami sénateur, mais
il le connaît depuis très longtemps. Les
deux serviteurs de l’État avaient à peine
30 ans lorsqu’ils se sont rencontrés en
Afrique. L’un était diplomate, l’autre
détaché du Conseil d’État, mis à la disposition du président Abdou Diouf. De
ses années africaines, durant lesquelles
on l’aperçut déguisé en clown dans
l’école primaire de ses enfants à Dakar,
Philippe Bas conserve surtout une grande admiration pour Diouf, devenu secrétaire général de la Francophonie. À
côté de Simone Veil, de Jacques Chirac
et du cardinal Lustiger, l’ami sénégalais
compte parmi ses figures de référence.
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VISITE sur place le Jeudi 11 octobre 2018 de 12 H 00 à 13 H 30
Philippe Bas dans son bureau au Sénat, le 5 septembre.
tion publique, Philippe Bas est plutôt attiré par l’aspect intellectuel du pouvoir.
« Il ne se voyait pas dans la marmite politique », assure Xavier Patier. C’est le
président Chirac qui encourage vivement son secrétaire général à relever le
défi des législatives en 2007. Philippe
Bas hésite. N’ayant aucune intention de
sacrifier sa vie de famille pour une carrière – il est aujourd’hui deux fois
grand-père –, il cherche une circonscription lui permettant de concilier les
deux. Sous les ors de la République, certains ne parieraient pas un kopeck sur
les chances de cet intellectuel parisien
parachuté en zone rurale. Mais, avec le
soutien appuyé de Chirac, l’UMP lui
propose la 2e circonscription de la Manche. Après tout, le candidat Bas n’est-il
pas un enfant du pays par son père né à
Rouen ? « La révolution pour lui aura été
ce passage au suffrage universel. C’est sa
deuxième vie », insiste Michel Boyon, un
ami du Conseil d’État.
Investi par l’UMP, Bas est propulsé
dans un scrutin local où il se heurte à la
dissidence d’un assistant parlementaire mieux implanté, Guénhaël Huet. Ce
n’était pas prévu. La défaite est amère.
Mais le soir même, Philippe Bas décroche son téléphone et félicite le vainqueur. « La bataille fut particulièrement
rude mais nous ne nous sommes jamais
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
affrontés dans des proportions déraisonnables. C’est un homme courtois et
pugnace. En l’observant agir au sein de
la commission aujourd’hui, je le retrouve tel que je l’ai connu », confie l’exdéputé Huet.
« Droiture hors norme »
Même ses adversaires peinent donc à lui
trouver des défauts. Sous ses airs
d’homme poli et mesuré, derrière la
« droiture hors norme » vantée par ses
amis, Philippe Bas cache une grande ténacité. Il jouit d’une réputation d’excellent rédacteur, de juriste avisé et de
grand connaisseur des institutions.
Trop austère ? « Non, ce serait mal le
connaître. En vérité, il est pince-sans-rire, très humour British. Ce que certains
ne comprennent pas toujours immédiatement », sourit l’un de ses collaborateurs.
Mercredi, sous l’énorme pression
médiatique de la commission, Philippe
Bas a parfois manié l’ironie avec doigté,
notamment sur les connaissances
d’Alexandre Benalla en matière de port
d’arme. Une main de fer dans un gant
de velours. La formule colle assez bien à
ce protestant converti au catholicisme,
« très attaché à la laïcité ». « Il a des
convictions fortes sur les plans religieux,
politique et éthique mais il est toujours
modéré et nuancé. La figure de Tocque-
ville, parfois présente dans ses bureaux,
lui ressemble. Beaucoup de gens l’ont
sous-estimé », juge Frédéric Lemoine,
ex-président du groupe Wendel. Cet
autre fidèle du sénateur Bas fut son adjoint à deux reprises dans des cabinets
ministériels, dès 1995. « Après son échec
à la députation, il y a eu chez lui une tentation au découragement. Il allait avoir
50 ans. Mais il a finalement décidé d’escalader l’Everest par la face nord. » En
l’occurrence le canton de Saint-Pois,
l’un des plus petits de la Manche, où
Philippe Bas décroche de justesse un
siège de conseiller général en 2008.
Sept ans plus tard, ce gaulliste social,
réputé méfiant à l’égard de la droite bonapartiste, accède à la présidence du
département. Sans la loi sur le non-cumul des mandats, il est fort probable
qu’il y serait encore. « Les élus, tout
autant que la population, ont été marqués par sa grande envergure. Ses mots
simples, ses sourires et son empathie
semblaient naturels. Il a un côté démocrate-chrétien », apprécie le politologue Michel Boivin, maire de Blainvillesur-Mer.
Il
se
souvient
de
« l’honnêteté » du personnage qui rendait visite aux malades et handicapés.
« On avait l’impression qu’il souffrait
réellement avec eux ». Quelques années
plus tôt, l’élu s’était beaucoup investi
dans la loi de 2005 sur le handicap.
Une fois élu à la tête du département,
ce proche de Gérard Larcher a sillonné
toutes les communautés de communes
pour les inciter à signer des contrats
avec la collectivité. Si la Manche est une
terre d’adoption, le sénateur élu en 2011
aime profondément ce pays. Il le sillonne à vélo avec ses quatre grands enfants.
Il y déguste volontiers un bœuf mijoté
aux carottes de Créances ou une teurgoule (riz sucré à la crème). C’est un lieu
idéal pour relire ses auteurs préférés
(Zweig, Balzac, Zola, Laclos, Madame
de La Fayette, Barbey d’Aurevilly…) ou
plancher sur les épais rapports de la
commission des lois. Depuis sa Normandie, ce grand pudique peut regarder son horizon politique avec sérénité.
« Dans un prochain gouvernement, il
sera garde des Sceaux. C’est là qu’il apportera tout son talent », promet, admiratif, un camarade des premiers jours. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 20 septembre 2018
POLITIQUE
les convaincre
7
Édouard Philippe cherche
à exister dans le marasme
Alors que les difficultés s’accumulent pour l’exécutif, le premier ministre va
tenter de reprendre la main à travers deux grands rendez-vous médiatiques.
MATIGNON Il l’avait dit, en rigolant, il y
a quelques semaines, devant les députés
de la majorité : « Souvent, moi, le matin,
j’écoute France Inter… Oui, je sais, il peut y
avoir parfois des surprises. » Édouard
Philippe venait de gérer la démission fracassante de Nicolas Hulot, annoncée sur
la radio publique. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il avait choisi
d’en parler sur le ton de l’autodérision.
Cette fois, le premier ministre ne sera pas
un auditeur passif, mais l’invité principal
de la station. Ce jeudi, il participe à la
matinale. Il sera ensuite sur le gril, le
27 septembre, de « L’Émission politique » de France 2. Deux longs rendezvous médiatiques, destinés à « remettre
du lien et du sens entre les annonces, à fai-
“
Il vaut mieux valoriser
ce qu’il y a de positif
dans nos actions
ÉDOUARD PHILIPPE
commission des lois du Sénat, Philippe Bas.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
La vérité n’a pas émergé,
la République n’a pas vacillé
E
h bien voilà. L’audition a eu
lieu. La vérité n’a pas
émergé et la République n’a
pas vacillé. Frustration pour
les uns, soulagement pour d’autres.
Obligation pour tous de passer
à autre chose après un trop long
feuilleton Benalla au scénario
médiocre - en dépit des talents
d’acteur déployés par le principal
intéressé - et aux résonances
disproportionnées.
La vérité, donc, n’a pas éclaté.
Pouvait-il en être autrement dès lors
que le cœur du sujet relevait d’une
instruction judiciaire et échappait
ainsi à la curiosité de la commission
d’enquête sénatoriale ? Il restait
à comprendre tout de même ce qui
s’était passé, ou plutôt mal passé,
au sein de l’appareil d’État.
Alexandre Benalla a parlé et très
longuement. Mais plus il s’engageait
à être « très précis » et plus le flou
grandissait sur les circonstances
de son embauche à l’Élysée, sur
la nature de ses missions et sur les
raisons pour lesquelles le garde du
corps qui n’en est pas un avait besoin
d’une arme pour se protéger
lui-même et non pas le président.
Plus la communication est visible
- et là, on ne voyait qu’elle et moins les explications sont
convaincantes, rendant presque
risible la médiatisation de cette
audition. Sur les faits eux-mêmes,
à savoir l’implication d’un
collaborateur de la présidence de
la République dans une opération
de police le 1er Mai dernier,
place désormais à la justice.
La République n’a pas vacillé, non
plus. On aurait pu le penser pourtant
au vu des alertes de ces derniers jours
lancées par l’exécutif. Le président de
la République lui-même décrochant
son téléphone pour rappeler au
président du Sénat le principe de la
séparation des pouvoirs, la garde
des Sceaux pointant préventivement
« l’instrumentalisation » par la
commission d’enquête, le porteparole du gouvernement fustigeant
la « campagne politique personnelle »
de Philippe Bas. Le patron du parti
macroniste enfin s’alarmant
d’une supposée volonté sénatoriale
de « destituer » le président de la
République. Même le général
de Gaulle ne se méfiait pas à ce point
de Gaston Monnerville…
Dans l’enceinte du Sénat, ce
mercredi matin, on n’a pas vu la
moindre tentative de « destitution »,
de déstabilisation ni même de mise
en cause du pouvoir politique.
Mais des sénateurs faisant leur travail
d’enquête, sans la dimension
polémique et électrique constatée
lors des auditions à l’Assemblée
nationale.
Cette affaire Benalla a d’ores et déjà
eu un coût élevé pour Emmanuel
Macron. Elle lui a fait perdre
certainement beaucoup de points
dans les sondages, sans doute un
ministre de l’Intérieur et peut-être
une révision constitutionnelle.
Et si les amis du président reprochent
aux oppositions d’en faire trop,
ils devraient surtout tirer les leçons
d’une gestion brouillonne
et maladroite de leur part à eux.
Banalisant au départ, dramatisant
ensuite. Plaidant la « dérive
individuelle » avant de s’inquiéter
d’un complot politique. Après une
audition qui, comme aurait dit
Chirac, « a fait pschitt », l’acteur
Benalla doit quitter les projecteurs. ■
”
re de l’explication de texte », commentet-on à Matignon. Une attention particulière sera accordée aux retraités, visés
par la hausse non compensée de la CSG et
la désindexation des pensions.
Édouard Philippe monte en première
ligne pour inverser le bruit médiatique.
Le chef du gouvernement veut mettre
les projecteurs sur le plan pauvreté, le
plan santé, la suppression de la sécurité sociale étudiante, les chèques énergie, le plan vélo, etc.
« Il souhaite aller à l’essentiel et
se débarrasser des événements
périphériques », décrypte un
pilier de la majorité. En clair,
en finir avec la rentrée à rebondissements, qui a brouillé
les messages du gouvernement : chamboulement au ministère de l’Écologie, candidature aux municipales du
ministre de l’Intérieur, Gérard
Collomb, audition d’Alexandre
MÉLANIE VOLLAND £@MelanieVolland
LES CENTRISTES mettent en garde Emmanuel Macron. Le coprésident du Mouvement radical, Laurent Hénart, l’a précisé alors qu’il était hier l’invité de
l’émission « Le Talk Le Figaro ». La politique actuellement menée par le gouvernement peine à convaincre dans ses
rangs. Les membres du Mouvement radical, né de la fusion des radicaux valoisiens, classés à droite, et du parti radical
de gauche, ne s’inscrivent « pas dans une
opposition systématique » au gouvernement. Ainsi, sans faire partie de la majorité, ils approuvent en partie les décisions
prises par Emmanuel Macron. « Les choix
européens, la volonté de libérer l’économie,
l’attention aux TPE et PME […] vont dans le
bon sens », abonde Laurent Hénart.
En revanche, deux axes préoccupent les radicaux. Ils restent
pour l’instant « sur leur faim
LAURENT HÉNART, mercredi, dans
le studio du Figaro. MARMARA /LE FIGARO
repenser la stratégie digitale. La pédagogie n’exclut pas le combat politicien.
Le 27 septembre, « L’Émission politique » sera ponctuée par un débat entre
l’ex-maire du Havre et le patron des
Républicains,
Laurent
Wauquiez.
« Édouard Philippe est un puncheur, il a
du sang-froid et de l’humour, souligne
un Marcheur historique. Tout l’inverse
de Wauquiez, qui n’a ni l’un ni l’autre. Ce
sera donc un beau combat qui va permettre à Édouard Philippe de ramasser les
déçus de droite et de faire la différence en
marquant ses différences. » Et aussi de
montrer sa capacité à défendre le président de la République, alors que certains macronistes doutent parfois de sa
robustesse. « Il ne mouille peut-être pas
assez la chemise, mais il saura construire
la suite, c’est certain », juge un député
La République en marche.
En attendant, l’hôte de Matignon
prend très à cœur son rôle de « chef d’orchestre » de la majorité. Mercredi, à l’Assemblée nationale, il s’est livré à un
exercice de câlinothérapie avec les députés MoDem, qui regrettent de n’être pas
assez considérés. « Il nous a renouvelé sa
confiance pour transformer le pays et s’est
engagé à améliorer le travail ensemble »,
confie Bruno Fuchs, député du Rhin apparenté au groupe MoDem. Aussi, après
le coup de gueule du député Jean-Louis
Bourlanges, la semaine dernière, qui
avait dénoncé une majorité « trompel’œil » et une « participation totalement
marginale » du MoDem au gouvernement, un « échange franc mais constructif » a eu lieu entre les deux hommes. « Le
premier ministre l’a interpellé et lui a dit
qu’il n’aurait pas mis en cause les ministres MoDem de cette manière, raconte
un participant. La passe d’armes a
permis de lever le quiproquo. » « De
toute façon, ajoute un autre député, Édouard Philippe est plutôt un
facilitateur, il n’y a aucune crispation avec lui. » ■
Édouard Philippe
veut inverser
le bruit médiatique.
GUILLAUME SOUVANT/AFP
Hénart : « Les Français
veulent plus d’écoute »
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
Benalla, départ du groupe majoritaire
de la députée LaREM Frédérique Dumas, polémique sur la redevance, recadrage de Christophe Castaner par l’Élysée sur la perspective de toucher à la
fiscalité sur les successions…
En interne, le locataire de Matignon
martèle à ses troupes : « Il vaut mieux valoriser ce qu’il y a de positif dans nos actions. » Un ministre renchérit : « Ce qui
avait fait notre force au début, c’est la cadence infernale de nos réformes, il y avait
un côté “attrape-moi si tu peux”. Puis ça
s’est ralenti, en juillet. Maintenant, ça reprend, on délivre, mais ça se voit moins à
cause des problèmes humains rencontrés
ces derniers temps. »
Si le premier ministre a abandonné
ses Facebook Live hebdomadaires qui
ne rencontraient pas de succès, il devrait reprendre en octobre le dialogue
interactif sous une autre forme. Matignon attend la nomination imminente
d’un nouveau patron du SIG, le service
d’information du gouvernement, pour
en matière de justice sociale ». Laurent
Hénart attend davantage du gouvernement pour répondre aux attentes sur le
pouvoir d’achat et l’emploi. « Il fallait aller un peu plus loin dans les économies budgétaires de l’État », analyse-t-il.
Diverses alliances
Autre dossier que la majorité devrait
prendre à bras-le-corps selon lui : les territoires. En tant que maire de Nancy, cette thématique le touche particulièrement. « On a l’impression que c’est deux
mondes parallèles. […] On a des collectivités dont l’État ne parvient pas à prendre en
compte les particularités », déplore le chef
de file des radicaux. Laurent Hénart plaide pour une vision globale qui rompe
avec les réformes énoncées au comptegouttes. « Ce qui manque, c’est une politique vigoureuse d’aménagement du territoire », tranche l’édile nancéen. Depuis
son fief, Laurent Hénart a identifié « une
impatience sur les résultats ». Or, pour
l’instant, l’élu radical estime que le
compte n’y est pas. « Les gens attendent
que ça change vite. […] C’est le modèle social qui doit se réformer », poursuit-il. Le
coprésident du Mouvement radical recommande à la majorité de davantage
« prendre en compte les difficultés, les angoisses, les inquiétudes » des Français.
« Ce qu’ils attendent de leurs élus, et même
du président de la République, c’est de
l’écoute », assure-t-il.
Concernant les européennes, « toutes
les options sont sur la table » pour le Mouvement radical. Ce dernier a adhéré à
l’Alliance des libéraux et des démocrates
européens et n’exclut pas d’autres alliances. Toutefois, les conditions pour un pacte avec En marche ! ne sont aujourd’hui
« pas réunies », rappelle Laurent Hénart. Il
incite le gouvernement à faire des efforts
et à « accepter de la pluralité et de la diversité » pour contrer la poussée populiste. ■
EN BREF
Un emploi pour le chômeur
qui a interpellé Macron
Le jeune horticulteur au chômage,
sorti de l’anonymat par sa
rencontre avec Emmanuel
Macron, a été mis en relation
par l’Élysée avec la Fédération
d’horticulture qui s’engage à lui
proposer un emploi, a fait savoir
la présidence. Jonathan Jahan,
25 ans, a confirmé sur France 5
avoir été « contacté trois fois »
mardi par la fédération qui lui a
« dit qu’il y avait des postes à
pourvoir dans le secteur »
où il habite, autour de Montargis
(Loiret). Mercredi, en Conseil
des ministres, le porte-parole
du gouvernement, Benjamin
Griveaux, s’est « réjoui »
de cette issue.
Un musée pour les victimes
du terrorisme va être créé
Emmanuel Macron a annoncé
mercredi, lors de la cérémonie
annuelle d’hommage aux
victimes du terrorisme, la mise en
chantier d’un musée-mémorial
ainsi qu’une amélioration de la
prise en charge des victimes.
Le chef de cabinet de
Collomb rejoint Ferrand
Le chef de cabinet de Gérard
Collomb à Beauvau, Jean-Marie
Girier, rejoint Richard Ferrand
à l’Assemblée nationale. À 34 ans,
il devient directeur de cabinet du
nouveau président de l’Assemblée
nationale. Directeur de campagne
de Macron pendant la
présidentielle, il était l’un des plus
proches collaborateurs de Gérard
Collomb, avec qui il travaillait
depuis 2007. Mais selon Beauvau,
son départ n’aurait aucun lien
avec l’annonce du prochain
départ de Gérard Collomb
pour les municipales à Lyon.
A
MATHILDE SIRAUD£@Mathilde_Sd
ET MARCELO WESFREID £@mwesfreid
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Kim et Moon imposent leur tempo à Trump
Avec ses promesses
sous condition sur
le front atomique, le
leader nord-coréen
a renvoyé la balle
dans le camp
américain.
Mike Pompeo réclame en vain depuis
juillet une feuille de route sur la dénucléarisation assortie d’une liste des sites
sensibles, le maréchal renvoie la balle
dans le camp américain. Washington est
prié de bouger le premier, sans précision
sur le geste attendu. « Ils veulent une déclaration conjointe avec les États-Unis qui
mettrait fin à la guerre de Corée, ouvrant
la porte à une normalisation des relations
par un traité de paix », juge Go. Le régime
assiégé cherche des garanties de sécurité
avant de se « déshabiller », ainsi qu’une
levée partielle des sanctions qui étranglent son économie.
SÉBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
“
ENVOYÉ SPÉCIAL À SÉOUL
ASIE Le maréchal Kim Jong-un a gardé
le meilleur pour la fin. Une escalade
« pour la paix » sur les flancs du mont
Paektu, en compagnie de son frère ennemi du Sud, le président Moon Jae-in,
en point d’orgue d’un sommet intercoréen aussi fort en symboles qu’élusif
sur le front nucléaire. Le leader suprême
emmènera jeudi son hôte en promenade
surprise sur ce volcan, lieu de naissance
mythique de la nation coréenne, où son
père « cher dirigeant » défunt Kim Jongil a également vu le jour, selon la propagande de la seule dynastie communiste
de la planète. Une image sans précédent
pour signifier que la péninsule déchirée
tourne le dos à la guerre, malgré les
doutes américains sur l’atome, et les
barbelés du 38e parallèle.
Pendant trois jours, les deux Corées
ont multiplié les annonces spectaculaires, sous les ors des palais kitsch de
Pyongyang, dont une candidature
conjointe aux Jeux olympiques de 2032,
et une visite prochaine du dictateur à
Séoul, la capitale du Sud. Kim et Moon
ont enchaîné les bains de foule, tout sourire à bord d’une Mercedes décapotable
noire fendant les avenues au cordeau de
la capitale, avant de partager des nouilles
froides, spécialité de la capitale nord-coréenne, en trinquant un verre de vin
rouge à la main. Ces scènes d’une cordialité inimaginable il y a quelques mois encore, lorsque la menace d’une frappe
préventive américaine planait sur la péninsule, visent à entretenir la dynamique
diplomatique menacée par l’enlisement
des négociations avec Washington.
La guerre commerciale
avec la Chine change
la donne : Trump ne peut
plus miser sur la pression
maximale à coups
de sanctions, il va donc
devoir lâcher du lest face
à la Corée
”
HARRY KAZIANIS, DU CENTRE
FOR THE NATIONAL INTEREST
Le président de la Corée du Sud, Moon Jae-in, et le leader nord-coréen, Kim Jong-un, lors d’un déjeuner, le 19 septembre,
à Pyongyang. HANDOUT/REUTERS
Sur les berges de la rivière Taedong, le
patron de l’empire Samsung Lee Jayyong, l’homme le plus riche de la Corée
« capitaliste » a aussi posé devant la tour
du Juche, symbole de l’idéologie nationaliste du régime le plus fermé de la planète. Le milliardaire faisait partie de la
délégation de 200 VIP embarqués à bord
du Boeing présidentiel pour célébrer les
retrouvailles entre deux pays toujours
techniquement en guerre.
Ce premier sommet à Pyongyang depuis plus d’une décennie visait à transformer l’essai de la rencontre inédite en
avril, qui avait permis à Kim et Moon de
briser la glace sur la ligne de démarcation. Sous le regard imprévisible de
Donald Trump, les deux dirigeants pressent le pas pour rendre le dégel irréversible. Mais pour remporter son pari, le
négociateur Moon devait arracher des
concessions tangibles sur le front atomique, avant de rencontrer le président
américain la semaine prochaine à New
York, lors de l’Assemblée générale de
l’ONU. Mission à moitié remplie. « Ces
annonces sont symboliques mais manquent
de substance, et ne répondent pas aux exigences des négociateurs américains »,
juge Go Myong-hyun, chercheur au Asan
Institute, un think-tank à Séoul.
Dans son escarcelle, Moon repart avec
un geste sur le balistique, et des promesses sous condition sur le front atomique.
Pyongyang s’engage à fermer son site de
lancement de fusées de Dongchang ri,
sous le regard d’experts internationaux.
Cette promesse, qui avait déjà été faite à
Trump lors de leur sommet du 12 juin à
Singapour, est cette fois assortie d’un lieu
précis. Le démantèlement permettrait de
ralentir le programme de développement
de ses missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), capables en théorie de frapper le territoire américain, et notamment
le test de nouveau moteur surpuissant.
Mais il ne supprime pas la menace des
missiles Hwasong 14 et 15 qui décollent
d’une rampe mobile et ont été testés depuis d’autres sites de la péninsule.
Cette annonce fracassante camoufle
un message de fermeté sur l’atome en direction de l’administration américaine.
Kim promet de « démanteler de façon
permanente » son site historique de
Yongbyon, mais « sous condition que les
États-Unis prennent des mesures correspondantes ». Il ne s’engage même pas à y
faire revenir les inspecteurs de l’AIEA.
Alors que le secrétaire d’État américain
En RD-Congo, l’opposition affaiblie peine
à s’unir face au clan du président Kabila
À trois mois de l’élection présidentielle, le « dauphin » désigné profite des errements de ses rivaux.
A
TANGUY BERTHEMET £@tanguyber
AFRIQUE CENTRALE La semaine de
Jean-Pierre Bemba a très mal commencé. Lundi, l’ancien chef de guerre
congolais apprenait la confirmation de sa
condamnation par la Cour pénale internationale (CPI) à un an de prison et
300 000 euros d’amende pour « subornation de témoins ». Mercredi, la Commission électorale congolaise (Céni)
ajoutait que la candidature de Jean-Pierre Bemba à la présidentielle en République démocratique du Congo (RDC), prévue le 23 décembre, était officiellement
invalidée. Les deux affaires sont liées et
ne sont pas des surprises.
Dès le 3 septembre, la Céni avait expliqué qu’elle repoussait le dossier de
M. Bemba en raison des poursuites devant la CPI. Les proches de Jean-Pierre
Bemba avaient vivement contesté cette
approche. Le candidat déchu, lui,
s’était contenté d’affirmer que « le président Kabila a peur de moi ». S’il a fait
appel de la décision de la Céni, il ne
semble se faire aucune illusion.
Son rêve d’une invraisemblable revanche contre son ennemi intime, le président sortant Joseph Kabila, n’aura duré
que le temps d’un été. Acquitté en juin
contre toute attente par la CPI, où il était
poursuivi pour « crimes de guerre » et
« crimes contre l’humanité », il a été libéré
dans la foulée après dix ans de détention.
Le retour dans le jeu politique congolais
de cet ancien proche de Mobutu, ancien
puissant leader d’une milice armée, avait
chamboulé le paysage. Les magistrats
congolais ont donc remis un peu d’ordre.
D’autant que la justice congolaise a
également écarté l’autre prétendant le
plus sérieux à la présidence congolaise,
Moïse Katumbi. Longtemps proche de
Kabila et gouverneur du Katanga, une
immense province minière, il avait
rompu et rejoint les rangs de l’opposition en 2014. Les tensions avec le pouvoir ont été immédiates et une affaire
judiciaire, visiblement montée de toutes pièces, a contraint ce milliardaire
souriant à l’exil deux ans plus tard.
Moïse Katumbi s’est donc vu dans l’impossibilité de se porter candidat.
“
L’élection ne sera pas
facile. Mais le fait que
Kabila ne se présente pas
est déjà une première
victoire
”
UN DIPLOMATE
Petite consolation pour les deux rejetés, Joseph Kabila, élu en 2006 et réélu
en 2012, ne briguera pas non plus sa
succession. Il a pourtant entretenu le
suspense des mois durant, même si la
Constitution limite clairement à deux le
nombre de mandat présidentiel. Le
nom du « dauphin » ne fut annoncé
qu’à la veille de la clôture des candidatures. Et il a surpris : Emmanuel Ramazani Shadary, ex-ministre de l’Intérieur, ne fait pas parti des ambitieuses
figures congolaises au point qu’il était
l’un des très rares à avoir ouvertement
dit qu’il ne se « présenterait jamais ».
Est-ce cette discrétion qui a séduit ? Ce
cacique du régime est un fidèle du clan
Kabila depuis plus de vingt ans, qu’il
n’a jamais trahi, ce qui est également
très rare. Dans le pays, sa très relative
notoriété ne lui laissait que peu de
chance d’emporter à la loyale le combat
pour la présidence, même dans un
scrutin amputé de plusieurs puissants
Le président sortant, Joseph Kabila,
à Kinshasa, en janvier dernier.
KENNY-KATOMBE BUTUNKA/REUTERS
rivaux. Alors, outre Jean-Pierre Bemba
et Moïse Katumbi, deux anciens premiers ministres, Adolphe Muzito et
Samy Badibanga ont aussi été retoqués.
À un peu plus de trois mois du vote,
l’élection congolaise apparaît donc toujours aussi incertaine. Repoussé deux
fois, à la fin 2016 puis à la fin 2017, le
scrutin est censé apaiser le géant africain, traversé depuis deux ans par des
violences liées à la contestation d’un
président perçu comme illégitime.
« L’élection ne sera pas facile. Ce sera un
moment dangereux. Mais le fait que Kabila ne se présente pas est déjà une première victoire », souligne un diplomate.
L’affrontement s’annonce tendu. Joseph Kabila et les siens entendent bien
conserver le pouvoir. De son côté, l’opposition n’a en rien abdiqué. Elle
n’ignore pas que dans le cadre d’un
scrutin à un seul tour, une candidature
unique représente la meilleure, si ce
n’est la seule chance de l’emporter. Or,
l’opposition congolaise s’est toujours
perdue ces dernières années dans des
luttes d’ego, bloquant toutes les tentatives d’union, au grand plaisir du président. Cette année encore, les challengers se disputent la primauté. Sur la
vingtaine de candidats validés par la
Céni, deux hommes pourraient pourtant incarner, au moins par défaut, les
espoirs d’alternance.
Félix Tshisekedi, tout d’abord. Si le
personnage est un peu falot et désargenté,
s’il doit avant tout son poste au fait d’être
le fils du leader historique Étienne Tshisekedi, mort en février 2017, il reste chef
de l’UDPS, un parti puissant. Vital Kamerhe, ensuite, qui rêve lui aussi de présidence. Homme politique aguerri et
matois, cheville ouvrière de l’élection de
Kabila en 2006, il a depuis erré dans toutes les oppositions, sans jamais parvenir
à rallier autour de lui.
Poussés aux marges, les deux poids
lourds Moïse Katumbi et Jean-Pierre
Bemba peuvent encore jouer un rôle
déterminant en adoubant un candidat.
Officiellement, les deux hommes se disent prêts. Depuis le début septembre,
deux réunions se sont tenues, à Bruxelles et en Afrique du Sud, pour tenter de
déterminer une position commune. En
vain. Les discussions semblent plutôt se
perdre en contestation du processus allant jusqu’à brandir la menace d’un
boycott. Faute de solution, cette fois,
c’est l’année de tout un peuple qui
pourrait mal finir. ■
En quelques heures, la tactique nordcoréenne a porté ses fruits : Donald
Trump a immédiatement salué via Twitter les « enthousiasmantes » annonces en
provenance de Pyongyang, offrant son
blanc-seing au rapprochement intercoréen. En pleine campagne pour les élections à mi-mandat, le président joue la
carte diplomatique avec en ligne de mire
un second sommet avec le dictateur. « Il
va tout faire pour arracher un succès, et un
sommet avec Kim avant le vote. La guerre
commerciale avec la Chine change la
donne : Trump ne peut plus miser sur la
pression maximale à coups de sanctions, il
va donc devoir lâcher du lest face à la
Corée », juge Harry Kazianis, du Centre
for the National Interest, un think-tank
américain. Les deux frères ennemis coréens comptent s’engouffrer dans ce
contexte, en tenant une nouvelle rencontre « d’ici à la fin de l’année », cette
fois à Séoul, capitale high-tech où aucun
dirigeant nord-coréen ne s’est jamais
rendu depuis la fin de la guerre. Une
nouvelle occasion pour Kim de briser son
isolement, en imposant son rythme à
Washington. ■
EN BREF
Macron rencontrera Trump
et Rohani à l’ONU
Emmanuel Macron rencontrera ses
homologues américain, Donald
Trump, le 24 septembre
et iranien, Hassan Rohani,
le 25 septembre à New York
en marge de la 73e Assemblée
générale de l’ONU. Le même jour,
le président prendra la parole
à la tribune avant des entretiens
bilatéraux, avec le chef d’État
iranien, « très probablement » le
président turc Erdogan et « peutêtre » le président égyptien al-Sissi.
La Pologne prête à payer
pour une base américaine
Le président américain Donald
Trump a affirmé mercredi
qu’il étudiait « très sérieusement »
une offre de la Pologne qui s’est dite
prête à débourser au moins
2 milliards de dollars pour
l’implantation d’une base militaire
américaine permanente sur son sol.
Yémen : 5 millions d’enfants
menacés de famine
Alors que le conflit s’aggrave
et que les prix de la nourriture
et du carburant s’envolent, plus de
5 millions d’enfants sont menacés
de famine au Yémen, d’après
l’ONG Save the Children.
Dans son rapport, l’organisation
britannique met en garde contre
« une famine d’ampleur inédite »
dans ce pays qui connaît la pire
crise humanitaire au monde.
Irak : un adjoint du chef
de Daech condamné à mort
Un « adjoint » du chef de l’État
islamique (EI) a été condamné
à mort par pendaison mercredi
en Irak. Selon le tribunal
de Bagdad, Ismail Alwan Salmane
al-Ithawi, 55 ans, était chef
du comité chargé de nommer
les plus hauts cadres de l’EI
et « ministre chargé
des fatwas (édits religieux) ».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 20 septembre 2018
SOCIÉTÉ
9
Alerte sur
la numérisation
des procédures
administratives
Devant les bugs et le nombre de dossiers
en déshérence, le Défenseur des droits
veut obliger l’État à revoir sa copie.
PAULE GONZALÈS £@paulegonzales
SERVICES PUBLICS Un labyrinthe numérique qui laisse sur le carreau le citoyen moyen qui tente d’obtenir le renouvellement de son permis de conduire, de sa carte nationale d’identité ou
l’immatriculation de son véhicule. La
numérisation des procédures imposée
par le plan préfectures nouvelle génération a introduit le chaos dans un processus jusque-là bien huilé par les humains.
Blocages informatiques, sous-évaluation du flux des demandes, manque
d’accompagnement des publics et déni
des difficultés de nombreux Français
face à Internet ponctuent le passage au
tout-numérique pour la délivrance des
papiers d’identité, qui sera achevé en
2020. L’embolie du système, manifestement mal calibré, est telle que Jac-
ques Toubon, le Défenseur des droits,
vient de taper du poing sur la table
pour obliger l’État à revoir sa transition
numérique administrative. Plusieurs
milliers de cas sont arrivés sur son bureau depuis la fin de l’année 2017.
En février 2018, un stock de
240 000 dossiers de certification d’immatriculation encombrait les préfectures. Du jamais-vu. Obtenir un permis
international, jusque-là délivré en
deux jours, exige désormais plusieurs
mois. Se voir délivrer son nouveau
permis de conduire dans le délai légal
de quatre mois est impensable. Quant
aux rectifications d’erreurs lors de saisies mal faites, elles sont quasi impossibles. « Du coup, nos agents ne se sont
pas contentés de renseigner les citoyens
ou d’instruire les dossiers qui nous arrivaient. Nous avons procédé à beaucoup
de règlements amiables, affirme Jacques
File d’attente
au service
des cartes grises
de la préfecture
de Lille.
PHOTOPQR/VOIX
DU NORD/MAXPPP
Toubon. Chaque fois qu’une personne
dans un bureau a été remplacée par une
machine qui dysfonctionnait, nous avons
essayé de répondre à sa place. »
« Pari pascalien »
Le Défenseur des droits note bien,
dans sa décision, l’effort du ministère
de l’Intérieur confronté, « à partir de
novembre 2017, à un nombre d’appels
qui est passé de 10 000 à 30 000 et à un
nombre de courriels passés de 7 000 à
30 000, malgré la mise en service, le
15 octobre 2017, d’un serveur vocal interactif permettant de répondre aux
questions les plus courantes ». Mais
« quand un système aussi dense bascule
du jour au lendemain, il ne peut y avoir
que des bugs », souligne le Défenseur
des droits. Jacques Toubon affirme que
« la dématérialisation peut être une
bonne chose en soi », mais elle ne doit
pas engendrer « une rupture de la
continuité et de l’égalité des citoyens
devant les services publics. Trop
souvent, ceux qui inventent ces évolutions et les présentent à leur ministre
font le pari pascalien que le nouveau
système marchera pour 80 % des dossiers. Ils abandonnent les 20 % restants
qui sont souvent les plus fragiles et les
plus vulnérables ».
Or, selon un rapport rendu par le
secrétariat d’État au numérique, en
mai dernier, « 13 millions de Français
sont en difficulté avec l’accès au numérique et/ou son usage ; 40 % des Français sont inquiets à l’idée de réaliser
leurs démarches administratives en ligne ». Le Défenseur des droits note que
les victimes de cette fracture numérique sont certes les plus défavorisés
mais aussi les personnes âgées et les
plus jeunes, peu rodés aux formulaires
administratifs.
Enfin et surtout, le Défenseur des
droits met en garde contre les entreprises privées qui vont faire payer des
fortunes pour prendre en charge ces
formalités, en lieu et place d’un service public gratuit. Lundi, la Direction
générale de la concurrence, de la
consommation et de la répression des
fraudes a lancé une alerte aux faux
sites administratifs qui ont engendré
un préjudice de 150 millions d’euros.
Dans ses recommandations, Jacques
Toubon insiste sur « la nécessité d’affecter les gains de la dématérialisation à
l’accompagnement des usagers et un
meilleur référencement de l’Agence nationale des titres sécurisés. Mais aussi
une prise en compte des publics vulnérables afin d’éviter une bascule des
prestations publiques vers des services
privés payants ». ■
Réforme de la justice : les avocats toujours sur le qui-vive
Alors que la loi sera votée en accéléré d’ici à la fin novembre, les professionnels s’apprêtent à déposer des dizaines d’amendements.
moins trois ans d’emprisonnement. De
quoi faire bondir Basile Ader, qui rappelle
que « le délit de fuite, l’exploitation de la
mendicité ou de la vente à la sauvette seront concernés ! Nous allons vers un système accusatoire à l’anglo-saxonne sans en
avoir les avantages, comme l’accès au
dossier, la possibilité de soulever des nullités. Cette mainmise du parquet, nous la
retrouvons lors des gardes à vue ou dans la
comparution différée permettant d’écarter
le juge d’instruction, jusque-là seul maître
de la détention provisoire », souligne-t-il.
« Toute cette réforme pénale est une régression dangereuse des droits de la défense mais aussi des victimes », rappelle
Marie-Aimée Peyron, le bâtonnier de
Paris, qui combat avec force la réforme
Pas de grand soir pour la carte judiciaire
Exit le grand soir de la carte judiciaire
et de la refonte des cours d’appel
et des tribunaux de grande instance.
Durant l’été, la Chancellerie a fléchi
devant la levée de boucliers des
barreaux de France. Si Nicole Belloubet
maintient la fusion des tribunaux
d’instance avec les TGI, elle remet
quasiment aux calendes grecques
la fameuse spécialisation des cours
d’appel. En effet, lors d’une réunion
grand format lundi dernier, la garde
des Sceaux a invité les premiers
présidents et les procureurs généraux
de cours d’appel à réfléchir
par eux-mêmes à une éventuelle
spécialisation de leur juridiction
en fonction des contentieux les plus
techniques. Les avocats opposés
à une telle réforme devraient être
associés à la réflexion. Même si
la garde des Sceaux ne renonce pas
au projet, il sera cependant compliqué
à faire passer dans les faits.
P. G.
de la constitution de parties civiles.
« Sous couvert de simplification on complexifie la procédure pour les victimes. »
Ces dernières devront attendre six mois
au lieu de trois avant d’être recevables, le
recours hiérarchique devant le procureur général initialement prévu ayant été
supprimé. Seule avancée : la Chancellerie a supprimé l’idée de la visioconférence obligatoire pour la détention provisoire et l’audience de première comparution. « Ce ne sont que des miettes »,
déplore le bâtonnier de Paris.
Évolutions stratégiques
Nicole Belloubet a donc peu lâché sur le
volet pénal et davantage en matière de
procédure civile où elle est plus maître
de son agenda. Dès avril, elle était revenue sur l’idée de confier aux huissiers les
saisies immobilières. En septembre 2018,
elle accepte de revoir un point important : celui de la place de l’avocat à
l’heure des « legal tech » et du numérique, en lui réservant les consultations
juridiques, la médiation et les procédures judiciaires en ligne. En matière de di-
L’ultime conversation d’Hélène Pastor
Les assises des Bouches-du-Rhône ont tâché de reconstituer, grâce aux témoins de l’assassinat,
les derniers moments de la milliardaire monégasque et de son chauffeur.
STÉPHANE DURAND-SOUFFLAND
sdurand-souffland@lefigaro.fr
ENVOYÉ SPÉCIAL A AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES DU RHÔNE)
PROCÈS Hélène Pastor sortait de l’hôpital
l’Archet, sur les hauteurs de Nice. Comme chaque jour depuis quelques semaines, l’héritière d’un empire immobilier
monégasque avait quitté la Principauté,
truffée de caméras de surveillance, pour
se rendre au chevet de son fils Gildo,
victime quelques mois auparavant d’un
grave AVC. Le patient devait bientôt rentrer chez lui.
Ce 6 mai 2014, sa mère lui rendait une
dernière visite en dehors de Monaco.
Tandis que son chauffeur, Mohamed
Darwich, va chercher le monospace noir,
Hélène Pastor s’approche d’un patient
qu’elle ne connaît pas. Philippe L., 49 ans
à l’époque, fume une cigarette sur son
fauteuil roulant. Lui aussi se remet d’un
AVC. « Madame Pastor – je ne savais pas
qui c’était à ce moment – a discuté avec
moi, raconte-t-il aux assises des Bouches-du-Rhône. Elle m’a demandé ce qui
m’était arrivé. Puis elle m’a dit qu’il fallait
garder espoir, que la médecine avait fait
beaucoup de progrès. »
Sur ce, elle monte dans sa voiture qui
roule sur quelques mètres. Un homme
surgit. Le témoignage de Philippe L. devient confus : « Il a ouvert la portière et
tiré, la vitre [de la portière] a volé en
éclats, se souvient-il. J’ai pensé qu’il venait voler un sac à l’arraché. » Exactement
ce que souhaitait le commanditaire du
crime – le gendre de Mme Pastor, selon
l’accusation.
Le président : « Qu’avez-vous fait ? »
Le témoin : « Je suis resté bête.
Qu’est-ce que vous vouliez que je fasse ? »
Si, comme il le maintient mordicus
face à l’avocat général qui, cartésien, s’en
étonne, la portière était grande ouverte,
comment la vitre a-t-elle pu être
pulvérisée par la première des deux car-
Hélène Pastor.
BESTIMAGES
touches de chasse tirées par l’individu ?
Est-ce vraiment important ? Hélène Pastor et Mohamed Darwich ont été grièvement blessés. Dans quelques jours, ils seront morts.
Au procès, la téléphonie et les caméras
de vidéosurveillance accablent les accusés. Les jurés d’Aix découvrent la fragilité
des témoignages humains – Philippe L.
n’est pas le seul à avoir assisté à la scène ; le
difficile exercice de reconstitution d’un
puzzle parfait, avec ces minuscules pièces
de mots qui ne s’emboîtent jamais sans
forcer un peu. Dans le box, les accusés espèrent que ces incohérences les sauveront.
Ce qui compte, ce qui bouleverse dans
le témoignage de Philippe L., ce sont les
derniers mots d’une femme qui, comme
son chauffeur, va être assassinée dans une
poignée de secondes. Le message chaleureux d’une milliardaire à un inconnu, qui
le transmet aux assises. À 77 ans, Hélène
Pastor, cible d’un contrat criminel,
croyait plus que jamais à la vie. ■
vorce, la Chancellerie fait légèrement
marche arrière. Si elle confirme la suppression de l’audience de non-conciliation, en revanche il restera impossible
d’invoquer la cause du divorce dès l’introduction de la procédure. De quoi permettre un règlement apaisé des affaires
les plus conflictuelles.
En revanche, la garde des Sceaux refuse de donner plus de pouvoirs aux avocats. « La Chancellerie a raté l’opportunité
de donner force exécutoire à l’acte d’avocat. Notamment pour le divorce par
consentement mutuel », regrette Christiane Feral-Schuhl. De même, la révision
des pensions alimentaires sera bien dans
les mains des directeurs des caisses des
allocations familiales. « Une hérésie vu les
délais de traitement des CAF », souligne
ce magistrat des affaires familiales à la
longue expérience. Les avocats auront les
yeux rivés sur les débats parlementaires,
lieux de toutes les pressions. Mais aussi
sur les décrets et ordonnances qui fixeront des évolutions stratégiques, comme
la représentation obligatoire de l’avocat
pour les petits litiges. ■
P. G.
ZOOM
Un prêtre se suicide
dans son église
Un prêtre de 38 ans s’est donné
la mort mardi dans l’église
Saint-Jean XXIII, à Rouen.
D’après une source policière,
« une femme était venue
se plaindre auprès de l’archevêque
de Rouen de comportements
indécents et d’agression sexuelle
commis envers sa fille. Mais rien
n’avait été porté à la connaissance
de la police avant ce suicide ».
Le procureur de la République
a précisé qu’aucune plainte
n’avait été déposée et que
l’enquête devrait permettre
de mieux connaître
les motivations de cet acte.
Mardi, Mgr Dominique Lebrun,
archevêque de Rouen, a envoyé
aux prêtres de son diocèse
un courrier dans lequel il se dit
« dans l’incompréhension d’un
tel geste même si je savais qu’il
connaissait un moment difficile ».
Ordonné en 2005, ce prêtre
était curé de la paroisse SaintJean XXIII, directeur du centre
théologique universitaire et du
service de formation permanente.
A
JUSTICE « Au printemps, les avocats dénonçaient une justice morte. Aujourd’hui,
nous sommes bien vivants pour nous battre
en faveur d’une justice qui méritait une réforme de plus grande ampleur. Nous avons
au moins rétabli un dialogue respectueux. » Après six mois de négociations
avec le ministère de la Justice, Christiane
Féral-Schuhl, la présidente du Conseil
national des barreaux, accueille avec une
réserve polie les ultimes arbitrages de la
garde des Sceaux, Nicole Belloubet, sur le
projet de loi justice.
Son volet pénal, concocté en étroite
collaboration avec le ministère de l’Intérieur, est un point de crispation pour tous
les pénalistes. Au point que le vice-bâtonnier de Paris, Basile Ader, préfère
parler de « loi Molins » pour dénoncer
l’extension des pouvoirs d’enquête des
parquets et la disparition programmée
du juge d’instruction. Ces derniers gardent la main sur la procédure et leurs
pouvoirs d’enquête sont augmentés : la
géolocalisation, les interceptions et les
perquisitions seront autorisées pour les
crimes et délits flagrants punis d’au
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jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
SPORT
Pourquoi
la défaite du
PSG à Liverpool
est inquiétante
Si l’échec n’hypothèque pas les chances
de qualification, le bilan global du match est
clairement négatif. Notamment pour la MCN.
CHRISTOPHE REMISE £@CRemise77
ENVOYÉ SPÉCIAL À LIVERPOOL
FOOTBALL Décidément, le PSG n’aime
pas voyager chez les grands d’Europe.
Des Parisiens qui, depuis 2013, se sont inclinés en déplacement face à Chelsea, au
Barça (trois fois), au Real (deux fois), à
City et au Bayern, pour trois nuls (Barça,
Chelsea, Arsenal) et… une victoire, à
Stamford Bridge en 2016 (2-1). On peut
désormais ajouter Liverpool et Anfield à
la liste, avec un succès aussi cruel que logique des Reds mardi soir (3-2), sur un
but de Roberto Firmino dans les arrêts de
jeu. Menés 2-0, les Parisiens sont revenus
à 2-2 et ont eu une balle de match par Julian Draxler, mais tout autre résultat
qu’une défaite aurait ressemblé à un
hold-up. Sauf à écouter les joueurs, qui
assurent avoir livré un « bon » match. Ou
Thomas Tuchel, qui jure que le résultat final n’est « pas logique ». « Revenir à 2-2
face aux vice-champions d’Europe en titre,
ce n’est pas rien », note Thomas Meunier.
Pas faux. Mais dans le contenu, cette partie met en lumière des failles inquiétantes.
pression haute et intense dès l’entame de la
rencontre. Ils ont été super dominants la
plupart du temps », ajoute Meunier. Mais
pourquoi diable les Reds devraient-ils
être plus agressifs que le PSG sous prétexte que le match a lieu à Anfield ? Thomas Tuchel signifiait avant la partie que
le mental avait pu être l’une des raisons
majeures des sorties de piste face au Barça et au Real. De toute évidence, le problème reste entier…
milieu à revoir,
u Un
le mercato se paie cash
Marquinhos, Angel Di Maria, Adrien Rabiot. Voilà le trio aligné au milieu par
Thomas Tuchel mardi, à Anfield. Le pre-
La prestation de Neymar
a été très décevante,
mardi soir, lors du match
contre Liverpool.
mier étant défenseur central et le deuxième n’ayant plus joué dans ce rôle depuis
ses années madrilènes. Du bricolage, à
cause d’un mercato décevant. Blaise Matuidi et Thiago Motta n’ont en effet pas
été remplacés. Et quand Marco Verratti
(suspendu) manque en plus à l’appel, ça
devient encore compliqué… Trop. En
parlant de mercato, Juan Bernat provoque un penalty en première période. En
tout cas, le duel du milieu a, largement,
été remporté par la triplette WijnaldumHenderson-Milner. On revient à la question du mental, mais pas que. Peut-être
Thomas Tuchel aurait-il dû opter pour
un autre schéma ? « Ce n’était pas le moment, à Anfield, pour faire des expérimen-
tations tactiques, explique le technicien
allemand. Il fallait faire confiance à la
mentalité et à la qualité des joueurs, fermer
l’axe et attaquer sur les ailes. »
Mbappé devant », résume Thiago Silva.
Or, le PSG doit savoir jouer sur ses forces
et mettre ses trois pépites dans les
meilleures conditions. Ça n’a pas été le
cas mardi. Ce n’est pas souvent le cas
contre les « gros ». Bonne nouvelle ? Ce
n’est que le début de la saison. « On doit
jouer de manière plus agressive en direction du but adverse, reconnaît Tuchel. On
doit améliorer le trio offensif pour décider
des matchs intensifs, serrés et de ce niveau. Ce n’est pas possible à chaque fois,
mais ils pourront le faire à l’avenir. » Le
plus tôt sera le mieux. Si possible les 3 et
24 octobre prochain, pour les deux prochaines sorties en C1 contre l’Étoile et
Naples, au Parc des Princes. ■
», des étoiles
u «enMCN
clair-obscur
S’il y a bien un domaine dans lequel Neymar n’a pas fait de zèle mardi, c’est le replacement défensif. Idem pour Kylian
Mbappé. Certes, les deux hommes ont
permis au PSG d’égaliser, avec une passe
décisive du premier pour un but du second. Mais l’ensemble de leur prestation
est très décevant. Edinson Cavani ? Porté
disparu. « On n’a pas eu beaucoup d’occasions de trouver “Ney”, Cavani et
À Monaco, des motifs d’espoir malgré tout
Je n’ai
« pas
trouvé
u C’est dans la tête que ça se joue
Même s’ils n’y sont que rarement
obligés en Ligue 1, les Parisiens doivent
apprendre à se faire mal et à mordre dans
ce genre d’affiche à pleines dents. Parce
qu’en face ce n’était pas Gijon ou Valladolid… Il fallait s’attendre à un duel au
couteau à Anfield. Et pourtant, le PSG
s’est, une fois de plus, fait manger dans
les duels. « Je pense que Liverpool était un
peu plus agressif que nous, mais c’est normal, ils jouaient à domicile », analyse
Draxler. Une équipe de Liverpool « qui
jouait clairement à domicile, avec une
beaucoup de
différences
entre les
deux équipes
dans le jeu.
Le match
est resté très
équilibré
»
LEONARDO JARDIM,
ENTRAÎNEUR
DE MONACO
GUILLAUME LOISY £@guiloisy
CAPABLE du meilleur (demi-finale)
puis du pire (élimination dès la phase de groupes) ces dernières saisons
en Ligue des champions, l’AS Monaco a offert mardi à Louis II des réminiscences des deux sentiments en
ouverture de sa nouvelle campagne
européenne. La 5e, déjà, sous la
houlette de son bâtisseur en chef
Leonardo Jardim. L’ouverture du
score inattendue contre l’Atlético
Madrid, signée du nouveau venu en
Principauté Samuel Grandsir, a
d’abord rappelé les soirées fiévreuses d’il y a deux ans quand Manchester City et le Borussia Dortmund se fracassaient contre le
Rocher. La suite a été moins belle et
plus conforme aux attentes. Portés
par un Antoine Griezmann encore
très inspiré – à l’image de sa remise
lumineuse pour Diego Costa sur
l’égalisation de ce dernier –, les Madrilènes ont vite remis de l’ordre
pour s’imposer (2-1). Et l’ASM, avec
une défaite à la maison et un déplacement périlleux à venir à Dortmund dans quinze jours, est dans le
dur d’entrée en Ligue des champions. Elle l’était déjà en Ligue 1 où
elle n’a plus gagné depuis la première journée (15e avec 5 points).
Après un nouvel été agité, marqué
par la fuite désormais habituelle de
ses talents (Lemar, Fabinho) conjuguée à un afflux de jeunes à fort potentiel (Geubbels, Henrichs, Grand-
sir, Navarro) à faire fructifier pour
engranger – plus tard – les millions
à la revente, Monaco est encore en
phase de reconstruction. Ralenti
par une infirmerie pleine (Subasic,
Golovine, Lopes, Geubbels, Jovetic,
Pellegri) et le niveau fluctuant de
certains cadres (Sidibé, Glik, Jemerson, Falcao), le processus a
quand même connu une petite accélération mardi malgré la défaite.
Manque de « maturité »
Face à des Madrilènes toujours en
rodage, les Monégasques ont répondu présent dans l’engagement
et l’envie. Et même un peu plus selon Jardim. « Je n’ai pas trouvé
beaucoup de différences entre les
deux équipes dans le jeu. Le match est
EN BREF
Florian Thauvin, l’atout maître de Marseille
veilles au sein du club vainqueur de la Ligue des champions 1993. Associé à Dimitri Payet, l’attaquant olympien est
capable de tous les coups de génie, à
ILS AVAIENT quitté la pelouse tête basse,
l’image de sa superbe frappe enroulée
les yeux rougis par une sévère désillusion
contre Guingamp.
en finale européenne contre l’Atlético
Face à Francfort, Florian Thauvin tenMadrid à Lyon (0-3). Quatre mois plus
tera de confirmer sa bonne passe, alors
tard, les Marseillais se lancent à nouveau
que l’OM se trouve dans un groupe pluà l’assaut du Vieux Continent, toujours
tôt homogène complété par la Lazio
en Ligue Europa. La Cité phocéenne va
Rome et l’Apollon Limassol. Indispensaencore vibrer au rythme des grands renble au onze mis en place par Rudi Garcia
dez-vous continentaux. Les débuts sedepuis près de deux saisons, Thauvin asront cependant feutrés dans un Vélodrosume son statut de leader. Avec des stame vide pour cause de huis clos suite aux
tistiques sans cesse en promultiples incidents de la saigrès, il est évidemment
son dernière. L’OM espère
l’une des attractions martout de même lancer face à
seillaises. Et s’il entend meFrancfort (18 h 55, RMC
ner l’OM vers les sommets,
Sport) une nouvelle épopée,
tant en Ligue Europa qu’en
semblable à celle qui l’avait
Le nombre
Ligue 1, l’attaquant tricolore
mené jusqu’en finale l’an
dernier. Pour cela, les Olym- de buts inscrits en cinq a également des objectifs
matchs depuis août personnels importants. À
piens pourront s’appuyer sur
par Florian Thauvin commencer par l’Europe, où
un homme : Florian Thauvin.
il avait tardé à briller la saiAuréolé d’un nouveau statut
son dernière (3 buts en 12 matchs). Cette
de champion du monde, l’ailier droit pofois-ci, le rendez-vous est pris avec les
lyvalent est un des maillons forts du désupporteurs phocéens, en quête des belbut de saison marseillais.
les émotions de l’an passé.
Auteur de cinq réalisations en cinq
En ce début de saison, il est en tout cas
matchs depuis août, le créatif attaquant
l’un des champions du monde à avoir le
semble être parti sur les mêmes bases que
mieux digéré le titre acquis en Russie. Le
l’exercice 2017-2018 (26 buts, 12 passes
Marseillais n’avait eu droit qu’à une seudécisives). S’il monte encore en puissanle minute de jeu durant la compétition,
ce après une éprouvante saison dernière
face à l’Argentine en 8es de finale (4-3).
(55 matchs joués), l’ancien du SC Bastia
semble avoir enclenché, dimanche derÀ l’image de son bilan en Bleu (5 sélecnier, une nouvelle dynamique dans sa
tions, aucun but), Thauvin n’est pas ensaison, inscrivant un doublé contre
core parvenu à apparaître comme un tiGuingamp (4-0). Et ce malgré un physitulaire en puissance aux yeux de Didier
que un peu juste. « Mes stats sont bonnes,
Deschamps, qui ne l’a pas utilisé en Limais j’ai eu du mal à répéter les efforts,
gue des nations, contre l’Allemagne
avouait l’intéressé dimanche. C’est dur de
(0-0) et les Pays-Bas (2-1) début sepretrouver le rythme, la Coupe du monde est
tembre. Si la Coupe d’Europe doit lui faidigérée, mais maintenant il faut passer à
re gagner en visibilité, c’est bien l’horiautre chose. » Sa capacité d’accélérer le
zon bleu que Florian Thauvin a aussi en
tempo d’un match fait toujours des merligne de mire. Le cap est fixé. ■
Rugby : la Ligue
renforce le salary cap
QUENTIN GESP £@quentin_gsp
La Ligue nationale a annoncé,
ce mercredi, le renforcement
de son dispositif du salary cap,
un plafonnement de la masse
salariale des clubs, qui passe
de 10 M€ à 11,3 M€ pour les trois
prochaines saisons. Dans
un souci de simplification,
trois dérogations existantes
ont été supprimées par la Ligue.
Volley : les Bleus
dans un groupe compliqué
Troisième de sa poule éliminatoire
et qualifiée pour le 2e tour
du Mondial après sa victoire
face au Canada mardi, l’équipe
de France aura fort à faire dans
la poule H face à la Pologne,
tenante du titre, l’Argentine et la
Serbie (de vendredi à dimanche).
Pour se qualifier pour la phase
finale, les Bleus devront terminer
premiers de leur poule ou parmi
les deux meilleurs deuxièmes.
MOUNIC ALAIN/PRESSE SPORTS
5
A
resté très équilibré », s’est félicité le
coach portugais dont l’équipe a
manqué selon lui de « maturité »
face à un adversaire « plus rigoureux
et plus efficace ». Sous les yeux de
son propriétaire, le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev, mais aussi de
Didier Deschamps et Thierry Henry, le champion de France 2017 a
rassuré et doit s’appuyer sur cette
prestation pour enfin décoller. « Si
on montre cet engagement, cette
équipe très jeune va progresser »,
croit l’expérimenté gardien Diego
Benaglio (35 ans). Vendredi, face à
un promu nîmois qui ne fait aucun
complexe devant les gros, il faudra
surtout gagner. Le couplet de la fameuse « défaite encourageante »
n’a jamais droit à un rappel. ■
Florian Thauvin a inscrit un doublé contre Guingamp, dimanche à Marseille.
Ligue 1 : une peine alourdie pour Mbappé ?
L’attaquant du Paris SG Kylian Mbappé,
suspendu trois matchs de championnat,
sera rejugé ce jeudi pour son geste
d’humeur contre un joueur de Nîmes,
en raison de l’appel formé
par le club gardois et avec le risque
de voir sa peine alourdie.
La commission supérieure d’appel
de la Fédération (FFF) se réunit dans
la matinée pour réexaminer les faits
survenus le 1er septembre à Nîmes
lors de la quatrième journée de L1. Elle
devrait rendre sa décision vendredi
ou en début de semaine prochaine.
Fauché en pleine course par
Téji Savanier, dans le temps additionnel
d’une rencontre que Paris s’apprêtait
à gagner, le n° 7 du PSG s’était relevé
vivement avant de pousser
son adversaire au niveau du torse,
précipitant sa chute. Carton rouge.
Cinq jours après l’incident, la commission
de discipline de la Ligue (LFP) a infligé
à Mbappé une suspension ferme
de trois matchs. Savanier en a pris cinq,
dont un par révocation du sursis.
Jugeant la peine excessive, le Nîmes
Olympique a fait appel de la décision
concernant son joueur. Or, en vertu
du règlement, la commission d’appel
de la FFF doit rejuger l’affaire
dans son ensemble, et donc statuer
à nouveau sur le geste du Parisien.
La décision rendue peut être identique
à celle de la Ligue. Mais aussi
plus sévère… Ce fut le cas notamment
la saison passée, après une bousculade
survenue entre plusieurs joueurs
de Lyon et de Marseille, le 18 mars.
PA IMAGES/ICON SPORT
10
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LE FIGARO
jeudi 20 septembre 2018
SPORT
11
Le Japon déjà prêt pour la Coupe du monde
Dans tout juste un an, le pays du Soleil-Levant accueillera l’événement pour la première fois. Avec passion.
À tout juste un an du match d’ouverture, pas de quoi s’angoisser pourtant. En
dehors du couac du futur stade olympique, dont la livraison a été retardée à novembre 2019, les douze stades retenus
sont presque tous déjà prêts. Les Japonais
se sont appuyés sur de l’existant, seul le
Kamaishi Recovrey Memorial Stadium
ayant été construit ex nihilo. Pas prévue à
l’origine, cette commune presque entièrement détruite par le tsunami de 2011 a
été choisie pour remplacer le stade olympique par les autorités, qui en ont fait un
symbole de résilience.
Le stade Ajinomoto, où le Japon disputera le match d’ouverture contre la Russie, avait, lui, été construit pour la Coupe
du monde de football en 2002. Situé à
Chofu, l’un des vingt-trois arrondissements de Tokyo, il n’a pas nécessité de
gros travaux. Les Bleus y disputeront leur
premier match de poule face à l’Argentine, le 21 septembre 2019, avant de mettre
le cap au sud. C’est à Fukuoka, sur l’île de
Kyushu, que la France affrontera ensuite
les États-Unis. Entouré de forêts, le stade
Hakatanomori, enceinte d’un autre
DAMIEN DUBRAS £@ddubras
AU JAPON
RUGBY En plein milieu des buildings
ultramodernes de Tokyo, non loin
d’Omotesando, les Champs-Élysées japonais, se niche le Meiji Jingu, un temple
shintoïste érigé en mémoire de l’empereur Meiji. Ce monarque, qui a fait entrer
le Japon dans la modernité au début du
XXe siècle, n’aurait sans doute pas pu
imaginer à l’époque que son pays organiserait un jour une Coupe du monde de
rugby, ce sport importé d’Angleterre sous
son règne. C’est pourtant le pari que se
sont lancé les dirigeants de la JRFU (Japan
Rugby Football Union) il y a maintenant
sept ans. « Une grande pression » pour son
président, Tadashi Okamura, qui oscille
entre « inquiétude et espoir ». Le poids est
en effet énorme. Car, en confiant l’organisation de sa vitrine quadriennale à un
pays asiatique, World Rugby, la fédération internationale, espère accélérer son
développement en dehors des terres traditionnelles - mais étriquées - de ce sport.
Les 12 stades de la compétition
Sapporo
Dome
41 410 places
DU 20 SEPTEMBRE 2019 AU 2 NOVEMBRE 2019
temps dont seules les tribunes latérales
sont couvertes, n’avait jamais été rénové
depuis sa construction. Le lifting est déjà
bien entamé, un deuxième écran géant
sera ajouté et la pelouse sera changée.
Pour rejoindre Kumamoto, lieu du
match France-Tonga, il suffit d’une petite
demi-heure de Shinkansen, le TGV japonais. La rénovation du stade, d’un montant de 2 M€ supporté par le gouverne-
“
On vise
les 100 % de taux
de remplissage
TADASHI OKAMURA,
PRÉSIDENT DE LA JRFU
(JAPAN RUGBY FOOTBALL UNION)
”
ment local, y est presque terminée.
L’agrandissement du terrain - il manque
5 mètres à ce jour ! – viendra manger la
piste d’athlétisme, qui sera dissimulée
sous des bâches. À l’extérieur, des affiches
clament « Once in your lifetime » (« Une
fois dans votre vie ») pour convaincre les
habitants de venir assister aux deux seules
rencontres programmées ici. « On vise les
100 % de taux de remplissage (en 2015,
l’Angleterre avait établi un record à 97 %,
NDLR), annonce le président de la fédération. Pour cela, nous devrons vendre
1,8 million de tickets. Nous impliquons les
populations locales des villes où les sélections auront leur camp de base. Nous voulons que les gens puissent s’attacher à eux
et aient envie d’aller voir leurs matchs. » La
phase de prévente confirme cet espoir
avec 2,5 millions de demandes de la part
des Japonais. Pour laisser des places aux
400 000 supporteurs étrangers attendus,
il y a aura donc beaucoup de déçus…
Disputée dans douze villes disséminées
partout dans le pays, la Coupe du monde
devrait également être un accélérateur
économique pour les Nippons. Selon
Brett Gosper, le directeur exécutif de
World Rugby, les dernières prévisions
annoncent 2,8 milliards d’euros de retombées. Soit un peu plus qu’en Angleterre il y a trois ans. Tous les secteurs devraient en profiter, en particulier le
tourisme. « Généralement, les étrangers
ne visitent que Tokyo ou Kyoto, explique
Michiko Watanabe, du TCVB (l’office de
tourisme de la capitale). La Coupe du
monde va nous aider à promouvoir le tourisme partout dans le pays. On espère que
les fans resteront deux ou trois semaines
pour découvrir les villes-hôtes.»
S’échapper à vélo dans l’immense parc
d’Umi no Nakamichi à Fukuoka (qui
comporte un camping où les fans pourront loger), déguster des ramen chez des
marchands ambulants au bord de la mer
de Chine, s’évader à cheval dans les montagnes d’Aso proches de Kumamoto, visiter des temples shintoïstes ou bouddhistes, autant d’activités mises en avant par
les autorités pour attirer les supporteurs.
Mais, pour les organisateurs, le succès
sera vraiment au rendez-vous si cette
Coupe du monde permet d’attirer de
nouveaux joueurs dans les clubs. Avec
seulement 100 000 licenciés, le rugby
reste un sport mineur au Japon. « La
compétition doit nous aider à atteindre le
chiffre d’un million de pratiquants en Asie,
espère M. Okamura. Nous voulons qu’elle
laisse un héritage. » ■
300 km
Kumagaya Rugby Stadium
24 000 places
Kamaishi
Recovery
Memorial
Stadium
16 187 places
City of Toyota Stadium
45 000 places
C H IN E
Kobe Misaki Stadium
30 132 places
Fukuoka
Hakatanomori
Stadium
22 563 places
JA P ON
France - États-Unis,
mercredi 2 octobre
Tokyo Stadium
49 970 places
France - Argentine,
samedi 21 sept.
MANUEL BLONDEAU/ICON SPORT
International
Stadium
Yokohama
72 327 places
Finale le 2 novembre
Kumamoto
Stadium
32 000 places
France - Tonga,
dimanche 6 oct.
Angleterre - France,
samedi 12 octobre
Oita
Stadium
40 000 places
Hanazono
Rugby
Stadium
30 000 places
Shizuoka
Stadium Ecopa
50 889 places
Le très prometteur demi de mêlée Shinobu Fujiwara (ici avec le ballon, lors du Championnat du monde U20, contre l’Australie,
le 3 juin à Narbonne) devrait faire partie des 28 joueurs japonais sélectionnés pour la Coupe du monde de rugby.
Le rugby, une passion réservée aux initiés nippons
LE RECORD du plus grand nombre de
mue. Composée à 90 % de joueurs de la
points encaissés en Coupe du monde
sélection, elle affronte chaque semaine
(145-17 face aux Blacks en 1995). Vingtce qui se fait de mieux dans l’hémisphère
quatre ans d’attente entre sa première
Sud. « Ça leur permet d’engranger de
victoire à un Mondial face au Zimbabwe
l’expérience, note Yuichi Ueno, le patron
en 1991 et la suivante contre l’Afrique du
de la franchise. Autrefois, nous n’affronSud en 2015. Longtemps, le Japon a été
tions que des formations de deuxième diun souffre-douleur, une équipe que les
vision mondiale et ça nous desservait. Dégrandes nations affrontaient le sourire
sormais, on se frotte à de très grosses
aux lèvres, sûres de gagner. Lassés de reéquipes et on progresse grâce à cela. Il
partir les fesses rouges et l’honneur en
faut s’habituer à affronter les meilleurs. »
bandoulière, les dirigeants de la fédéraLe championnat local est organisé
tion ont pris les choses en main. La Coupe
pour laisser du temps à la sélection.
du monde 2015 a marqué un tournant :
Cinq mois de préparation pour deux
trois victoires et un exploit en Mondovimois de compétition seulement : « C’est
sion face aux Springboks ont changé le
dans la culture japonaise de privilégier la
regard de la seigneurie interquantité à la qualité, dénationale de l’Ovalie.
crypte Nicolas Kraska,
Eddie Jones est l’homme à
ailier français des Toshiba
l’origine de ce profond bouBrave Lupus, le club le plus
leversement dans le rugby
titré du pays, basé à Fuchu,
nippon. L’actuel boss du XV
dans la banlieue de Tokyo.
d’Angleterre, marié à une
Les séances durent souvent
Japonaise, a été nommé sé- de demandes de billets 1 h 30-2 heures. Même s’il y a
lectionneur fin 2011. « Avant
eu beaucoup d’erreurs techrien qu’au Japon
son arrivée, nous avions
niques, si l’entraînement a
(soit plus
beaucoup de lacunes, relève
été épuisant, tout le monde
que le 1,8 million
Tadashi Okamura, le prési- de places disponibles) est content. » Le style, très
dent de la fédération. Nous,
énergivore et largement
les Japonais, sommes natuinspiré du modèle néorellement plus petits et moins épais que les
zélandais, privilégie le jeu. « Presque 40
Européens. Il a fait travailler les joueurs
minutes de temps de jeu effectif, proche
pour réduire l’écart physique. Il leur a
d’un match international. Il faut être prêt
aussi fait répéter des gammes pour comà encaisser », souffle le Français.
bler leurs lacunes techniques et tactiLe niveau, proche « physiquement du
ques. » Eddie Jones exige beaucoup et
Top 14 mais techniquement de la Fédéraobtient tout. Les joueurs sont à disposile 1», pâtit de limites culturelles endétion quasi permanente, il leur impose
miques. « Les enfants sont éduqués tout
trois entraînements par jour et multiplie
petits à respecter des consignes, note
les tournées. Reparti après le Mondial
Kraska. Par exemple, s’il y a un trou dans
2015, il a cependant enclenché une révola défense adverse, le Japonais ne va pas
lution qui, aujourd’hui, perdure encore.
essayer de s’y engouffrer car on lui a apLa création des Sunwolves, franchise
pris que, dans telle situation, il devait faibasée à Tokyo évoluant dans le puissant
re telle combinaison. Ils ne savent pas
Super Rugby, a permis de poursuivre la
s’adapter et sortir des schémas. »
Chacun des 16 clubs de Top League est
patronné par les plus grandes entreprises du pays, qui offrent aux joueurs locaux un statut semi-pro. Kraska est
100 % professionnel quand ses coéquipiers japonais travaillent, eux, cinq heures par jour à l’usine où est situé le terrain d’entraînement. Un rookie nippon
émarge à 2 000 € par mois, se voit offrir
un CDI et est logé au dortoir de l’usine.
Suffisant pour vivre de sa passion.
Une passion qui déborde peu du cadre des initiés, même si la Coupe du
monde a provoqué un véritable en-
gouement avec 2,5 millions de demandes de billets rien qu’au Japon (soit
plus que le 1,8 million de places disponibles). Pour s’en convaincre, il suffit
de se rendre à Toshima, un des arrondissements de Tokyo, où se trouve le
No Side Club, le seul bar réservé aux
fans de rugby dans la capitale. Un seul
lieu point de ralliement dans une mégapole de 13 millions d’habitants, c’est
peu… Dans une petite salle pouvant
contenir 120 personnes - en se serrant
et en enlevant les tables -, l’enthousiasme était à son paroxysme pendant
le Mondial 2015. Une folie douce retombée depuis. « Les Japonais ne sont
pas passionnés de rugby, regrette Masazaku Takeuchi alias Master, le patron. Le championnat n’est pas d’un assez bon niveau pour que les gens
puissent s’y intéresser. Mais si la sélection réussit un bon parcours l’an prochain, les médias lui accorderont plus de
place et les enfants auront envie de s’y
mettre. » Ils permettront peut-être aux
Brave Blossoms de continuer de progresser. Et d’éviter de revivre les déroutes du passé. ■
D. D. (À TOKYO)
2,5
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jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
12
SCIENCES
Détecter plus tôt le cancer du pancréas
Des chercheurs expérimentent un test sanguin qui permettrait de détecter cette maladie redoutable et silencieuse.
SANTÉ Avec moins de 5 % de survivants
cinq ans après l’annonce du diagnostic,
le cancer du pancréas est particulièrement redoutable… Pouvant passer inaperçu pendant des mois, voire des années, ce cancer est le plus souvent
repéré à un stade où il n’est plus opérable. L’enjeu actuel est donc de mettre au
point des outils qui permettront de diagnostiquer les patients le plus tôt possible. Une nouvelle étape vient d’être
franchie dans ce sens par des chercheurs suédois, qui viennent de développer un test, dont les détails ont été
rendus publics cette semaine dans le
Journal of Clinical Oncology.
En quoi consiste ce test ? Il s’agit d’une
analyse de sang visant à identifier une signature biologique fiable de ce cancer.
Car ce dernier, même niché dans le pancréas, peut laisser dans le sang des indices de sa présence. La difficulté est de
débusquer ces « marqueurs ». Pour y
parvenir, les scientifiques ont analysé
des échantillons sanguins de plus
400 malades souffrant de cancer du
pancréas à différents stades, avant de les
comparer à ceux de 800 personnes en
bonne santé. « Notre test permet de détecter un cancer du pancréas de stade I ou
II avec une efficacité de 96 %, quand il
n’est pas encore trop tard pour réaliser
une intervention chirurgicale », explique
dans un communiqué le Pr Carl Borrebaeck, immunologiste et coauteur de
l’étude. Des résultats confirmés a posteriori sur des patients américains.
Bien qu’encourageants, ces résultats
restent préliminaires, comme le souligne
le Pr Vinciane Rebours, gastro-entérologue à l’hôpital Beaujon à Clichy. « Il reste
à reproduire cette expérience sur une population plus importante qui devra être
suivie sur le long terme », souligne la spécialiste. « Bien sûr, c’est ce type de test
qu’il faut développer car le pancréas est un
organe difficile d’accès, et les outils dont
nous disposons actuellement ne permettent pas toujours de l’explorer correcte-
ANGELLODECO/STOCK.ADOBE.COM
CÉCILE THIBERT £@CecileThibss
Même niché dans les profondeurs de l’abdomen, le cancer du pancréas laisse sa signature biologique dans le sang, des « marqueurs » qui témoignent de sa présence.
ment. » D’autres équipes de recherche
sont engagées dans cette voie. « Il existe
déjà un marqueur utilisé en clinique, mais
ses performances sont limitée, souligne le
Pr Pascal Hammel, chef du service d’oncologie digestive à l’hôpital Beaujon. Il
permet tout au plus de confirmer un diagnostic de cancer avancé ou de suivre son
évolution sous traitement ».
Pour l’heure, le dépistage du cancer
du pancréas passe par des techniques
d’imagerie médicale : scanner, IRM ou
écho-endoscopie. Mais seules d’importantes anomalies visibles à l’œil nu, telles
que des grosses tumeurs, sont décelables. Bien souvent, il est alors trop tard :
le cancer s’est déjà disséminé dans
l’organisme sous la forme de métastases.
« Ce cancer est agressif car il a la capacité
de diffuser rapidement et de résister à un
environnement hostile », explique le
Pr Rebours. En outre, il est peu sensible
aux traitements de chimiothérapie.
« Pour espérer une guérison ou tout du
moins une survie prolongée, nous n’avons
pas d’autres solutions que la chirurgie,
quand le stade d’avancement de la maladie le permet, mais ce n’est pas sans
risque. »
Améliorer la survie des malades
Un test sanguin permettrait donc d’agir
avant le développement de métastases.
« L’idéal serait d’avoir un marqueur fiable pour détecter la présence de lésions
précancéreuses, avant même que le cancer ne se déclare », estime la spécialiste.
À l’heure actuelle, seules 10 à 15% des
tumeurs peuvent être opérées – toutes
les autres étant découvertes au stade
Pour être heureux
n’écoutez que vous.
Et notre podcast.
métastatique. Et lorsque ce dernier cap
est franchi, la survie médiane des patients n’est que d’un an environ.
Dans l’hypothèse où un test efficace
verrait le jour, il ne serait toutefois pas
destiné à tout le monde. « Il n’est pas
question d’envisager un dépistage de
masse, nous aurions trop de faux positifs !
s’exclame le Pr Hammel. Il ne concernerait que les personnes dites à risque : celles
ayant plusieurs cas de cancer du pancréas
dans leur famille, ou bien des mutations
génétiques prédisposant à la maladie ou
encore celles ayant développé un diabète
après 50 ans, surtout s’il est associé à des
troubles digestifs. » En clair, la mise au
point d’un test de dépistage ne serait pas
la panacée : il n’empêcherait pas de nouveaux cas de cancer, en revanche, il
pourrait améliorer la survie des malades
Un filet pour attraper
les débris spatiaux
Un petit satellite européen teste des techniques
de nettoyage de l’orbite terrestre.
En partenariat avec
A
Disponible sur
et sur madame.lefigaro.fr
Illustration @ Eric Giriat
CYRILLE VANLERBERGHE £@CyrilleVan
Un podcast dédié
au bien-être sous
toutes ses formes,
une parenthèse de
calme et de légèreté
pour se détendre
et cultiver le bonheur
au quotidien.
par un diagnostic précoce. « Pour l’heure, il faut former les professionnels de santé à repérer ce cancer sournois, explique
le Pr Hammel. Chez un patient de plus de
50 ans, avec un diabète récent, un amaigrissement et une diarrhée chronique, on
devrait évoquer un cancer du pancréas. »
Sans compter la sensibilisation du grand
public aux facteurs de risque, en premier
lieu le tabagisme et l’obésité. Depuis le
début des années 2000, le nombre de
cancers du pancréas a beaucoup augmenté dans les pays occidentaux. « En
2006, il y avait environ 6 000 nouveaux
cas par an, contre 13 300 en 2015 », alertent les médecins. Une tendance qui
semble se maintenir : d’ici à 2030, le
cancer du pancréas devrait être le
deuxième plus meurtrier après le cancer
du poumon. ■
ESPACE Un satellite européen a réalisé en
orbite une jolie première mondiale : un
filet a été projeté pour attraper un débris
spatial. Il ne s’agissait pas d’une opération
de nettoyage à proprement parler, mais
d’une expérience menée par la mission
RemoveDebris pour tester une solution
technique contre le problème grandissant
de la pollution en orbite. Des dizaines de
milliers d’objets dérivent au-dessus de
nos têtes, se déplaçant à des vitesses
énormes, de plusieurs milliers de kilomètres/heure, menaçant potentiellement le
fonctionnement des satellites ainsi que la
vie des astronautes à bord de la Station
spatiale internationale (ISS). Le satellite
RemoveDebris, d’une masse de 100 kg, a
d’ailleurs été déployé en juin depuis l’ISS.
Dimanche 16 septembre dernier, un filet d’environ 5 mètres de diamètre a été
projeté par le petit satellite RemoveDebris, et s’est refermé autour de sa cible,
un nanosatellite qui flottait en apesanteur
à quelques mètres de distance. « Nous
sommes ravis de ce succès, même s’il nous
reste encore des données à télécharger et
analyser pour vérifier que tout s’est bien
passé dans le détail », déclare Guglielmo
Aglietti, directeur du centre spatial du
Surrey en Grande-Bretagne, l’organisme
qui dirige la mission. « Cela peut paraître
simple de jeter un filet sur Terre, mais c’est
une tout autre histoire dans l’espace en
apesanteur », poursuit le scientifique.
Il a notamment fallu mettre au point
des petites masses projetées toutes en
même temps pour déployer le filet, puis,
après l’impact, resserrer une cordelette
pour piéger l’objet visé. « Ce n’est pas
simple du tout, et ça a été impossible à tester intégralement sur Terre, à cause de la
gravité et des frottements de l’air », explique Guglielmo Aglietti.
Certains ingénieurs ont imaginé des
systèmes complexes, comme des bras
robotisés pour saisir de gros débris comme des satellites hors service, mais la solution du filet présente plusieurs avantages. « C’est avant tout une solution peu
chère et légère, des critères très importants pour ceux qui voudraient envoyer
dans l’espace une éventuelle mission de
nettoyage des débris spatiaux », détaille le
professeur Aglietti. « Autre avantage
crucial, un filet peut aussi bien attraper un
objet bien stable qu’une cible qui fait la
toupie sur elle-même, ce qui n’est pas le
cas pour un bras robotisé. »
Capteurs optiques
Pour cet essai, le filet n’était pas relié au
satellite lanceur, pour ne pas compliquer
les prochains tests prévus avec le même
engin. Le filet et sa cible vont retomber
vers la Terre et devraient intégralement
brûler dans l’atmosphère. Le mois
prochain, l’équipe du centre spatial du
Surrey et ses partenaires techniques
(ArianeGroup, Airbus et SSTL) vont tester une technique de navigation nouvelle, avec des capteurs optiques qui vont
guider le satellite vers une cible.
À partir de Noël, ils testeront un petit
harpon tiré sur un panneau-cible qui
sera déployé au bout d’une perche. Une
technique qui pourrait notamment être
utile pour s’accrocher à des panneaux
solaires.
Le dernier test consistera à déployer
une grande voile, pour augmenter la surface du satellite exposée aux très rares
particules d’atmosphère subsistant en orbite et donc accroître les frottements pour
accélérer sa chute. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une technique de nettoyage active des débris, mais cela pourrait équiper de futurs satellites, pour être
sûr qu’en fin de vie ils n’encombreront
pas l’orbite pendant de longues années. ■
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jeudi 20 septembre 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues avec justification d’identité
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Aline Blumereau,
née Dormoy, son épouse,
Neuilly-sur-Seine
(Hauts-de-Seine).
Philippe et Marie-France
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Catherine et Jean-Pascal
Vignes,
Bertrand et Véronique
Blumereau,
ses enfants et leurs conjoints,
Dominique et Serge Montagne,
Gilles et Elisabeth Lecointre,
Jean-Hugues Lecointre,
Caroline et Richard Delvert,
ses enfants,
Vincent, Alice, Delphine,
Laure, Raphaël, Sébastien,
Estelle, Hortense, Aliénor,
Armand,
ses petits-enfants,
Valentine,
son arrière-petite-fille,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
vendre
Henry BLUMEREAU
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Noces,
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Ordination,
FêtedesMères,
Distinctions,
FêtedesPères,
Nominations,
Messeset
anniversaires,
Vœux
monastiques.
e
om
son
le
om
exte oi om
le 14 septembre 2018,
dans sa 89e année,
Selon son souhait,
Henry sera inhumé dans
la stricte intimité familiale.
La messe d'A-Dieu
sera célébrée
le samedi 22 septembre,
à 10 heures,
en l'église Saint-Michel,
3, place Saint-Jean, Paris (17e).
Plutôt que des fleurs,
un don à l'hôpital Charles Foix,
à Ivry-sur-Seine
vous sera proposé.
Aline Blumereau,
34 ter, boulevard Saint-Marcel,
75005 Paris.
on on
Les annonces sont reprises sur
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www.dansnoscoeurs.fr
Caroline Tarnaud,
Thierry Elie-Mantout,
Nathalie Salama,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
conférences
Maylis de KERANGAL
sera l'invitée des
Jeudis de La Procure
pour
Un monde à portée de main
(Verticales),
ce jeudi 20 septembre 2018
de 18 h 30 à 19 h 30,
à la librairie La Procure
3, rue de Mézières, Paris (6e).
Paris. Malakoff.
Mme Catherine Dulmet-Ameil,
sa fille,
M. Patrice Dulmet (†),
son fils,
M. Cecil Ameil
et son épouse Bénédicte,
M. Guillaume Ameil,
ses petits-enfants,
Arthur, Victor, Gaspard Ameil,
ses arrière-petits-enfants,
Mme Annie Pertuzio,
sa sœur, et son époux André,
Mme Chantal Pertuzio
et Mme Odile Courivaud,
ses nièces,
leurs enfants et petits-enfants,
parents, amis et alliés
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
deuils
Mme Jacqueline BOURDEL
Manuela et Didier,
sa fille et son gendre,
ses petites-filles chéries
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Christine ASTIER
L'inhumation aura lieu
au cimetière du Père-Lachaise,
à Paris (20e), le vendredi
21 septembre 2018, à 14 h 30.
Les familles Berriau, Shapiro,
Darrasse, Tejada
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Yvonne BERRIAU
survenu le 17 septembre 2018,
à l'âge de 90 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 21 septembre 2018,
à 10 heures, en l'église
de Saint-Martin-de-Ré, suivie
de l'inhumation au cimetière
de cette même commune.
née Bouleau,
survenu à l'âge de 96 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Bosset (Dordogne),
le vendredi 21 septembre 2018,
à 10 h 30,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Bosset.
Cet avis tient lieu de faire-part.
M Jean Bouthier,
son époux,
ses enfants et petits-enfants,
son père et ses sœurs
ont la tristesse
de faire part du décès de
Mme Catherine
BOUTHIER ISSERLIS
pédopsychiatre.
Un hommage se tiendra
le lundi 24 septembre 2018,
à 12 h 30, au crématorium
du Mont-Valérien, à Nanterre.
Une conférence
s’annonce toujours dans Le Figaro
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Claude ELIE-MANTOUT
pharmacien,
le 18 septembre 2018,
dans sa 92e année.
vous font part du décès,
le 14 septembre 2018,
dans sa 92e année, de
Huguette LECOINTRE
née Gagnol,
veuve de
Jean Lecointre
décédé en 2004.
Les obsèques ont eu lieu dans
l'intimité, à Mautes (Creuse).
3, allée Saint-Alexis,
87000 Limoges.
Gérard Linais,
son frère,
Claude Linais
et Elisabeth Linais,
ses belles-sœurs,
Xavier et Véronique,
Béatrice et Alain,
Sabine et Michel,
Oleg et Bénédicte,
Bertrand,
Martin et Margarita,
Agnès et Marc, Grégoire,
ses neveux et nièces,
leurs enfants et petits-enfants
font part du rappel à Dieu de
Mlle Françoise LINAIS
le 15 septembre 2018,
à l'âge de 93 ans, à Paris.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de La Perrière (Orne),
le samedi 22 septembre,
à 10 h 30.
Alain Rosant,
Brigitte Korsec,
Chantal Rosant,
Frédéric, Matthias
et Delphine Haby,
ses neveux et nièces,
leurs enfants et petits-enfants,
survenu à l'âge de 90 ans,
le mardi 18 septembre 2018.
Jacqueline Gentien,
née Piffaut, son épouse,
Les obsèques auront lieu
le vendredi 21 septembre,
à 15 heures,
au cimetière du Montparnasse,
3, boulevard Edgar-Quinet,
Paris (14e).
Frédéric Gentien (†),
Caroline et Jean Moreau,
Louis, Eléonore et Romaine,
Eric et Marine Gentien,
Paul Augustin, Léopoldine
et Philippine,
Dominique et Véronique
Gentien,
Marie, Victor et Côme,
Thierry et Helga Gentien,
Jeanne et Suzanne, Olivier,
Damien et Peggy Gentien,
Hélie et Jules,
ses amis proches
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Marceline LORIDAN IVENS
Restigné (Indre-et-Loire).
Mme Liliane Nectoux,
son épouse,
ses parents et amis
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Jean-Claude NECTOUX
École supérieure du Bois,
directeur d'exploitation
forestière en Afrique,
Estelle et Nicolas, Clément,
Guilhem, Guillaume,
ses petits-enfants,
survenu le 18 septembre 2018,
à l'âge de 87 ans.
Victor, Zoé, Rose,
ses arrière-petits-enfants,
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi
24 septembre, à 15 heures,
en l'église de Restigné.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
née Violette Luce,
le 15 septembre 2018,
à l'âge de 94 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 21 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-François-de-Sales,
15-17, rue Ampère, Paris (17e).
L'inhumation aura lieu
le samedi 22 septembre,
à 11 heures,
au cimetière ancien de
Saint-Jean-de-Védas (Hérault).
Cet avis tient lieu de faire-part.
93, boulevard Murat,
75016 Paris.
96, rue de Longchamp,
92200 Neuilly-sur-Seine.
En vente
vendredi 21
et samedi 22 septembre
avec votre Figaro
née Dominique Mante,
le 17 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 25 septembre,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, 10, rue de
l'Annonciation, Paris (16e).
Les membres du
conseil d'administration de la
Société des amis
de Marcel Proust
et des amis de Combray
ont appris
avec une grande tristesse
la disparition de la
marquise de PUYSEGUR
née Dominique Mante,
petite-nièce de Marcel Proust
et présidente d'honneur
de la Société.
Ils s'associent au deuil
de sa famille et de ses proches.
On nous prie de faire part
du décès de
Mme Véronique RIEDERER
enlevée à l'affection
de sa famille et de ses amis,
le 15 septembre 2018,
dans sa 67e année, à la suite
d'une maladie brève et brutale.
Son époux,
M. Jürg-Christophe Riederer,
à Belmont-sur-Lausanne,
son fils,
M. Nicolas Riederer,
à Belmont-sur-Lausanne,
son frère,
M. Bruno Monnier,
et ses enfants,
Grégoire, Raphaëlle,
Frédéric et Philippine,
sa femme Johanna
et sa belle-fille Isadora,
à Neuilly-sur-Seine,
sa belle-sœur,
Mme Parme de Galliffet,
à Neuilly-sur-Seine,
ainsi que les familles parentes,
alliées et amies.
M. Lionel MOREAU
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 20 septembre, à 10 h 30,
en l'église Notre-Dame,
à Verneuil-sur-Avre,
sa paroisse, où l'on se réunira.
Henri et Isabelle Lignon,
Mabé et Jacques Le Chatelier,
ses enfants,
marquise de PUYSEGUR
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
font part du rappel à Dieu,
le 18 septembre 2018, de
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 22 septembre,
à 14 heures, en l'église de Buxy
(Saône-et-Loire).
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de la
Jacqueline Moreau,
Brigitte Moreau,
Olivier Balazuc,
Iris, Damien et Opale
Verneuil-sur-Avre (Eure).
survenu le 17 septembre 2018,
à Verneuil-sur-Avre,
à l'âge de 89 ans.
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
maire honoraire
de la commune de Buxy.
Diane, Alexandre,
ses petits-enfants,
ses beaux-enfants,
M. Stéphane Riederer,
sa compagne Julie
et leurs enfants,
à Lausanne,
Mme Magali
Chabloz-Riederer,
son mari Christophe
et leurs enfants,
à Lausanne,
ses sœurs et son frère,
ses belles-sœurs
et ses beaux-frères
André GENTIEN
Le marquis de Puysegur,
le comte et la comtesse
de Puysegur,
ses enfants,
née Monnier,
Jacqueline Haby,
sa sœur,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 21 septembre,
à 10 h 30, en la chapelle haute
de l'église Saint-Pierre,
1, boulevard Jean-Mermoz,
à Neuilly-sur-Seine,
suivie de l'inhumation
au cimetière ancien à 11 h 45.
Mme Raymond LIGNON
Tél. 01 56 52 27 27 • Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
www.carnetdujour.lefigaro.fr
13
Mme Catherine de Penguilly,
M. et Mme Arnaud Héger,
M. et Mme
Christian de Penguilly,
Mme Florence de Penguilly,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petites-filles
ainsi que toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part
du décès de la
vicomtesse
Loïc de PENGUILLY
née Marielle de Kermel.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 21 septembre 2018,
à 10 heures, en l'église
Notre-Dame-de-Toutes-Joies
de Nantes,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Saint-Lormel
(Côtes-d'Armor),
vers 16 heures.
La cérémonie d'adieu
aura lieu en la chapelle A
du centre funéraire
de Montoie, à Lausanne,
le vendredi 21 septembre,
à 16 heures.
Georges Stoleru,
Elisabeth Stoleru-Pezant,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Mireille STOLERU
le mardi 18 septembre 2018.
Les obsèques auront lieu
ce jeudi 20 septembre, à 14 h 30,
au cimetière du Montparnasse,
3, boulevard Edgar-Quinet,
Paris (14e).
Les éditions du Figaro
Cet avis tient lieu de faire-part.
2, avenue de Champaubert,
75015 Paris.
services religieux
Un culte d'action de grâces
sera célébré
le samedi 22 septembre 2018,
à 14 heures,
au temple du Luxembourg,
58, rue Madame, à Paris (6e),
en mémoire de
Jean MOUSSU
ancien directeur général
adjoint des houillères
du bassin de Lorraine,
chevalier
de la Légion d'honneur,
décédé le 26 juillet 2018,
dans sa 104e année.
Il est inhumé au cimetière
de Châtillon-sur-Loire.
En vente chez votre marchand de journaux
et sur www.figarostore.fr
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jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
BURGER/PHANIE
14
Réalisation d’une fécondation in vitro au Centre d’étude et de conservation des œufs et du sperme, au CHU de Bordeaux. Seuls 50 à 60 % des couples sortiront de leur parcours d’aide médicale avec un bébé dans les bras.
Derrière l’espoir de la PMA,
le tabou des nombreux échecs
Agnès Leclair
£@AgnesLeclair
P
MA pour toutes. » La formule
claque comme une promesse.
Omniprésente dans les médias,
l’expression désigne le projet
d’étendre la procréation médicalement assistée, aujourd’hui
réservée aux couples infertiles,
aux lesbiennes en couple et aux femmes célibataires. Elle ferait presque oublier que ce coup de pouce
de la médecine n’a rien d’une garantie. La PMA
sans enfant ? Une réalité ignorée dans une époque
qui préfère se pencher sur le berceau des « bébés
miracles » de célébrités proches de la cinquantaine.
« C’est un vrai tabou, lâche Ludivine. Ceux pour
qui “ça n’a pas marché”, celles qui restent “le ventre vide”, personne n’en parle. Ce sont des paroles
qui font peur. En début de parcours de PMA, c’est
un risque qui n’est quasiment pas envisagé. Personne n’ose évoquer le sujet du renoncement, le
moment où l’on prend conscience que l’on ne sera
pas parent. » Atteinte d’endométriose sévère et
d’insuffisance ovarienne, Ludivine a passé plus
dix ans de sa vie à essayer de devenir mère. Dix
années où elle a tout connu. Des piqûres par centaines, des flopées de médicaments à ingurgiter,
trois FIV (fécondations in vitro) en France, des allers-retours en République tchèque pour une
PMA avec don d’ovocytes, deux fausses couches…
Une véritable épopée qui s’est achevée avec un
deuil, celui de la maternité. En 2014, cette jeune
quadragénaire a décidé de la raconter sur son
blog, Artémise aura tout essayé ou presque. Son
initiative, pionnière en France, est venue combler
un vide sur ce sujet douloureux.
«
On estime
que la procréation
médicalement assistée
ne permet qu’à un
couple infertile sur deux
de devenir parent.
Fréquents, les échecs
de PMA restent
cependant dans l’ombre.
Des femmes qui ont
connu ce parcours
douloureux cherchent
à briser le silence
en témoignant
de leur reconstruction.
A
Une naissance sur trente en France
« Tout le monde vous répète que “vous allez y arriver”. Mais qu’est-ce qu’on fait si la PMA, ça ne
marche pas ? J’avais l’impression d’être la seule à
me poser la question. Personne n’en parlait, ni dans
les équipes médicales ni sur les forums de discussion, souvent très “bisounours”, explique Ludivine.
J’aurai aimé que quelqu’un me dise que je pouvais
m’en sortir sans enfant alors que j’avais consacré
tant d’énergie à en faire un. » Cette année, c’est
une association nationale de patients et de personnes infertiles qui ont recours à la PMA, BAMP,
qui a sollicité Ludivine pour créer un espace de
dialogue et de soutien en ligne. Nommé « Parentaise », il vise à « briser le silence » et à lancer des
pistes de réflexion sur la vie sans enfants. Dans
une société où tout le monde affiche ses réussites,
« c’est un discours difficile à faire passer, pointe
Virginie Rio, cofondatrice de BAMP. Il y a une forte
pression sur la parentalité. Les personnes qui sortent de la PMA sans aboutir se retrouvent avec un
grand vide. Cela leur tombe sur la tête avec d’autant
plus de force qu’ils n’y ont pas du tout été préparés », regrette-t-elle.
« Peu nombreuses sont les cliniques qui dirigent
les patients vers un soutien psychologique ou inci-
tent les couples à se préparer à l’éventualité de rester sans enfants », écrit également Léa, une jeune
femme qui a lancé un blog sur l’infertilité, Des
méandres aux étoiles. Sans être opposé à cette
technique de procréation, elle regrette que la médicalisation soit toujours présentée « comme une
évidence et un passage obligé alors qu’elle est un tel
poids à porter pour le couple et que son succès n’est
pas garanti ».
Véritable phénomène de société, la PMA est
aujourd’hui à l’origine d’une naissance sur trente
en France, selon les dernières estimations de
l’Ined. Le nombre de couples infertiles qui se retrouvent avec un berceau vide reste par contre
moins connu. Aujourd’hui, on estime que seuls 50
à 60 % des couples sortiront de leur parcours
d’aide médicale avec un bébé dans les bras. « Un
chiffre approximatif, souligne-t-on prudemment
à l’agence de biomédecine, car le parcours médical et personnel des couples est très variable. Certains changent de techniques de procréation,
d’autres renoncent à leur projet parental ou font
une pause dans leurs tentatives… »
« Madame, Monsieur, nous avons le regret de
vous informer de l’arrêt de votre prise en charge en
don d’ovocytes… » C’est dans une lettre tapée à
l’ordinateur qu’Emmanuelle a appris la fin de son
parcours médical, entamé cinq ans plus tôt. « Une
douche froide, résume cette éducatrice de 43 ans.
Ce type de parcours est toujours chaotique. Il donne
de grands espoirs et puis, à chaque échec, on tombe
plus bas. Comme mon mari n’est pas infertile, j’ai
beaucoup culpabilisé. J’avais envie d’essayer et
d’essayer encore pour lui. Finalement, nous avons
décidé de nous tourner vers l’adoption pour briser
ce cycle infernal. Mais j’aurais aimé que ce processus se termine autrement que par une lettre très
impersonnelle… », déplore cette Niçoise.
Adopter, c’est également le choix qu’ont fait
Florence et son mari. Depuis quelques mois, la vie
de ce jeune couple est rythmée par les cris de joie
et les pleurs d’un petit garçon de 4 ans. Pour eux,
le long chemin de l’adoption a été comme une libération après cinq tentatives de fécondation in
vitro entre 2011 et 2013. Pour Florence, alors âgée
de 26 ans, la première FIV s’annonçait pourtant
comme une formalité. « Au deuxième échec, on
commence à se poser des questions et on trouve le
protocole plus fatigant. À la troisième tentative, j’ai
pensé que c’était une forme de torture… Les piqûres
anodines du début tournent au cauchemar, raconte
la jeune femme. À la fin, j’avais si mal que je ne
supportais plus de voir une aiguille. Le corps reçoit
tellement d’hormones pour produire des ovocytes
que l’on se pose la question de ses limites. La dernière FIV, je l’ai faite pour m’en débarrasser. »
Avoir un enfant, c’était une priorité
pour moi mais pas pour mon conjoint.
Je me suis sentie très seule à la fois
face au corps médical et face à lui.
Cela a créé un fossé entre nous
UNE JEUNE FEMME DE 32 ANS
»
Pourtant, Florence ne regrette rien. La PMA a fait
partie de sa vie. Comme une étape. « On se trouve
confronté au regard et au jugement de la société et
de nos proches sur ce qui est habituellement le plus
intime et le plus naturel. C’est une situation difficile
à vivre et il faut arriver à prendre de la hauteur
pour s’en sortir, analyse-t-elle. La PMA n’est pas
un gage de réussite. La PMA nous a malmenés.
Mais la PMA nous a aussi construits. » D’autres
couples, plus fragiles, se fracassent en cours de
route, laissant en déshérence leur désir de fonder
une famille. « Dans notre couple, il y avait une
grosse différence d’implication, confie Anne*,
32 ans, qui a arrêté les traitements. Avoir un enfant, c’était une priorité pour moi mais pas pour
mon conjoint. Je me suis sentie très seule à la fois
face au corps médical et face à lui. Cela a créé un
fossé entre nous. » Leur histoire a pris fin un an
après ces tentatives.
Un parcours du combattant
Après plusieurs échecs en France, Véronique a
pour sa part décidé de se tourner vers l’Espagne. Un eldorado pour les cliniques privées spécialistes de la fertilité qui reçoivent nombre de
Françaises en échec de PMA en France. Elle a
rencontré l’homme de sa vie à 37 ans et entamé
un processus de PMA à 40 ans. Le couple n’arrive pas à imaginer ses photos de famille « vides
d’enfants ». « Nous avions déjà des prénoms en
tête », raconte-t-elle. En cinq ans, elle a fait le
tour de toutes les techniques médicales de procréation. « Avec les stimulations hormonales incessantes, c’est comme si j’avais été enceinte
pendant trois années entières. J’avais des nausées
et j’ai beaucoup grossi, décrit-elle. Traitements
aux plantes, rencontre avec un shaman… Nous
avons même donné dans l’irrationnel. Sur le moment, cela nous faisait rire. Mais un jour, j’ai
compris qu’il fallait arrêter de se voiler la face. »
Après le parcours du combattant, c’est la descente aux enfers. Arrêt de travail, antidépresseur, suivi psychiatrique… « Je voulais mourir.
Ne pas arriver à faire un enfant renvoie forcément à des questions métaphysiques sur la mort,
le sens de la vie… », témoigne Véronique. Pour
la sortir de cet abîme, son mari l’engage à « se
construire une belle vie à deux ». « C’étaient les
bons mots au bon moment. Nous avons réussi à
rebondir tous les deux en changeant de métier.
Aujourd’hui, j’ai encore un peu de mal à gérer les
annonces de grossesses et la Fête des mères mais
j’ai pris un nouvel élan. »
Après le renoncement, l’« après » PMA est un
des sujets de prédilection de Ludivine. Art-thérapeute et responsable pédagogique dans une
école primaire, elle vit tournée vers les autres.
Comme une autre forme de filiation. « Mon désir
d’enfant était si fort que je ne pensais ne jamais
pouvoir surmonter cette épreuve. Mais quand mon
mari a dû subir une opération du cœur, je me suis
rendu compte que cet amour-là était plus important que tout. Nous avons rebâti une nouvelle vie
en rasant notre garage pour le transformer en
atelier et en lieu d’accueil. Aujourd’hui, je suis au
quotidien dans la transmission. Il y a d’autres manières d’être parents… » ■
* Le prénom a été modifié
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LE FIGARO
jeudi 20 septembre 2018
CHAMPS
IDÉES
LIBRES
15
La société liquide ou la dé-civilisation
Un échange
épistolaire entre
Zygmunt Bauman,
le philosophe
concepteur
de la société liquide,
et un jeune journaliste
italien qui tente
de cerner les lignes de
force de la modernité.
LES ENFANTS
DE LA SOCIÉTÉ
LIQUIDE
Bauman-Leoncini,
Fayard,
108 p, 15 €.
CHRONIQUE
Éric Zemmour
ezemmour@lefigaro.fr
I
ls ont soixante ans d’écart. Le plus
vieux est Zygmunt Bauman, un
sociologue mondialement célèbre
pour ses analyses sur la « société
liquide ». L’autre est un jeune
journaliste italien inconnu, Thomas Leoncini, né en 1985, au cœur de
cette fameuse génération Y, dite des
millennials, à l’origine, selon son concepteur, de la génération liquide actuelle. Le
journaliste italien s’est demandé chaque
matin, pendant des mois, en ouvrant la
boîte mail de son ordinateur : « Va savoir
ce que Zyg m’aura écrit aujourd’hui » jusqu’à ce que la mort n’ait fait taire définitivement la voix de Zyg.
L’échange écourté n’est cependant pas
sans intérêt, même s’il n’a pas la profondeur philosophique d’un dialogue socratique ni le charme littéraire des conversations à la Diderot. Il est parfois confus
et souvent superficiel ; le vieux s’esbaudit
trop aisément devant la moindre réflexion du jeune, comme un grand-père
devant les bons mots de son petit-fils :
« Comme vous avez raison d’ajouter à notre tableau le facteur de la richesse ! »
On passe des tatouages au harcèlement à l’école, de la quête sexuelle et
amoureuse sur Internet à la flexibilité du
travail. Le jeune livre au vieux ses réflexions sur les comportements de sa génération ; le vieux y vérifie la pertinence
de ses thèses. Cinquante ans après
Mai 68, on est passé de la « lutte des générations » à la « collaboration générationnelle ». On ne sait pas si on doit s’en
réjouir ou s’en plaindre. On y gagne un
dialogue apaisé, sans agressivité superflue et surjouée. On y perd aussi en autonomie de pensée : le journaliste cherchant sans cesse l’approbation du
maître, on ne sait plus, au bout de quelques pages, qui pense quoi et qui dit quoi,
tant le mimétisme est fort entre le jeune
et le vieux.
La fameuse thèse de la « société liquide », selon laquelle la communauté cède
le pas à l’individualisme, et où le changement est la seule chose permanente,
n’est pas contestée ni même questionnée. Elle doit seulement être illustrée et
explicitée.
Pourtant, on sent bien, au hasard des
remarques et des thèmes abordés, les limites et contradictions de la thèse du
maître. La liquidité n’empêche nullement la quête éperdue de stabilité, voire
d’enracinement. Les jeunes gens, gar-
fonction de l’aptitude… Si le désir veut
consommer, l’amour veut posséder.
L’amour met en état d’arrestation son prisonnier et le surveille, pour le protéger. »
Le journaliste italien note avec pertinence que cette génération qui goûte
avec délectation les délices de la « flexibilité sexuelle » est beaucoup moins
douée pour la « flexibilité professionnelle » que lui imposent le capitalisme mondialisé et les nouvelles législations du travail. « La flexibilité professionnelle est en
contradiction totale avec les jeunes
d’aujourd’hui, parce qu’elle demande une
forte responsabilisation […]. On n’est plus
au temps de la rationalité instrumentale
chère à Max Weber […], les membres de la
génération liquide n’ont que les moyens,
dans le meilleur des cas. Quelques ressources, quelques compétences, quelques
aptitudes. Mais inconsciemment, chacun
ne peut que se demander sans relâNotre moderne individu liquide
che : qu’est-ce que je
vais bien pouvoir
semble avoir tout simplement
faire de tout ça ? »
ressuscité l’antique
Mais c’est sans
« guerre de tous contre tous »
doute à propos de la
violence inhérente
qu’avait théorisée le grand Hobbes
à notre société
qu’apparaissent le
mieux les limites de cette fameuse théoçons et filles, sont adeptes d’une négorie. Violence contre soi-même (du taciation permanente sur les rôles entre
touage à la chirurgie plastique), violence
hommes et femmes où Bauman ne recontre ses proches (harcèlement), ou
connaît ni patriarcat ni matriarcat. Et
violence contre des inconnus, « violence
pourtant, il ne dit rien de ces mêmes jeualéatoire, gratuite, et non motivée, viones gens qui s’installent en couple,
lence pour la violence », la « société limême éphémère, comme une nostalgie
quide » explose sous les coups.
inconsolable de la permanence passée.
Notre moderne individu liquide semCar même à l’égard de cette révoluble avoir tout simplement ressuscité
tionnaire génération liquide, les lois
l’antique « guerre de tous contre tous »
éternelles dégagées par les siècles semqu’avait théorisée le grand Hobbes.
blent s’imposer : « Si la désirabilité des
Le vieux Zyg sent bien qu’on est à un
femmes tend à être évaluée en fonction de
tournant. Il évoque Norbert Elias, et sa
la beauté, celle des hommes tend à l’être en
«
»
fameuse thèse sur le processus de civilisation, engagé en France, sur le modèle
de la Cour de Louis XIV, reposant sur le
contrôle des passions et des violences, au
bénéfice d’une civilité faite d’un mélange de courtoisie mâtinée d’hypocrisie.
Nous vivons un processus inverse, de
dé-civilisation, où le culte de la transparence et de l’authenticité réveille les passions et les violences sans contrôle. Bauman n’hésite pas à citer Spengler et son
célèbre « déclin de l’Occident », mais il
n’ose pas aller jusqu’à Ibn Khaldoun, le
grand historien arabe du XIVe siècle qui
faisait de l’affrontement entre nomades
et sédentaires la trame d’une histoire des
sociétés humaines toujours belliqueuse et
sans cesse recommencée. C’est qu’il ne
faudrait surtout pas remettre en cause le
fondement philosophique des progressistes, celui d’un individu rationnel et
autonome, émancipé des identités et des
communautés archaïques. Un fondement philosophique qui repose sur un
existentialisme mal digéré, qui rejette
avec horreur tout ce qui pourrait ressembler à un essentialisme honni. Et tant pis
si les analyses sont condamnées à demeurer partielles puisque aucun des
deux interlocuteurs ne veut voir cette
face obscure de l’humanité, ni le vieux
parce qu’il craint d’y retrouver « les heures les plus noires de notre histoire », ni le
jeune parce qu’on ne lui a pas appris.
Ce fondement philosophique existentialiste mène inéluctablement à cette fameuse théorie de la « société liquide »
qui n’apparaît alors que comme une
prophétie autoréalisatrice, aboutissement ultime d’une sociologie, science
reine de l’époque, qui se prétend une
science alors qu’elle n’est qu’une idéologie se parant des atours scientifiques.
Sociologie de la liquidité ou liquidation
de la sociologie ? ■
Colère d’un historien contre Mme Taubira
TÊTE À TÊTE
Charles Jaigu
cjaigu@lefigaro.fr
P
ar définition, un historien
polyglotte et globe-trotter
ne tient pas en place. Nous
le retrouvons dans son bureau, au dernier étage du
Collège de France, avant
son envol pour l’université de Californie à Los Angeles (Ucla). Il est assez logique après tout que ce savant voyageur
soit devenu l’un des grands pontes de
« l’histoire globale ». Cette discipline,
fille de Fernand Braudel et de quelques
autres, s’est propagée dans les universités après la chute du mur de Berlin.
L’avènement du monde multipolaire
supposait des récits multilatéraux. Une
nouvelle génération d’historiens, formée dans les anciennes colonies de
l’Europe, a donc exhumé des sources
extra-européennes. Après le récit
d’une Europe illuminant le monde, il
fallait montrer les ombres au tableau.
Quoi de plus normal, même si on sentait sourdre un peu partout une envie
de règlement de comptes postcolonial.
Sanjay Subrahmanyam ne se réclame
pas de cette filiation vindicative, qui remonte à Edward Saïd, professeur à Columbia, et auteur, il y a quarante ans
exactement, du célèbre Orientalisme,
l’Orient créé par l’Occident. « Edward
Saïd a lancé toute une école pour qui
l’Occident avait un regard univoque sur
l’Orient. C’était très réducteur », nous
dit cet homme à la barbe blanche dans
son excellent français.
La discipline de l’histoire globale est
devenue en France le porte-étendard
des intellectuels de gauche pour lancer
l’offensive contre les partisans du récit
national. Combat de mauvaise foi, car
ces derniers réclament seulement une
pédagogie de l’histoire plus franco- et
européo-centrée jusqu’au collège. Cela
ne relève pas d’une idéologie identitaire
forcenée. N’est-il pas plus logique de
commencer par le particulier avant
d’arriver à l’universel ? Aller des unités
discrètes aux grands ensembles est le
mouvement naturel de l’esprit humain.
En histoire aussi.
Cela ne signifie pas que l’histoire globale soit dépourvue de pertinence – les
travaux de Sanjay Subrahmanyam le
prouvent amplement. C’est aussi pour
cela que l’historien indien s’agace des
fleurs de rhétorique de Patrick Boucheron, son collègue au Collège de France,
qui s’est auto-institué grand Mamamouchi de cette nouvelle approche.
« Je ne souscris pas à tout ce qui se passe
autour de l’histoire globale, car ceux qui
s’en réclament la pratiquent parfois de
manière très paresseuse. Ils ont oublié de
travailler avec les sources. Ils font une
histoire globale pour imbéciles, faite de
compilations », nous explique-t-il en
visant notamment « l’école historique
allemande », mais pas seulement.
CANNARSA/OPALE/LEEMAGE
globale
« L’histoire
ne devrait pas être
de gauche. Ni de
droite. Et on peut
la mettre au service
de tel ou tel parti
pris, mais
ce sera toujours
de la récupération
SANJAY SUBRAHMANYAM
»
« L’histoire globale ne devrait pas être de
gauche. Ni de droite. Et on peut la mettre
au service de tel ou tel parti pris, mais ce
sera toujours de la récupération. Patrick
Boucheron a faussé le débat en créant une
confusion, en faisant comme si l’histoire
globale était celle des gens bien-pensants
de gauche », explique-t-il en soulignant que « Boucheron est d’abord un
historien de l’Italie médiévale qui donne le
sentiment qu’il fait de l’histoire globale ».
Subrahmanyam se fâche aussi contre
l’ancienne ministre Christiane Taubira,
très inspirée par ce sujet : «J’ai été très
choqué quand j’ai entendu Mme Taubira
m’expliquer dans une émission sur France Inter que l’histoire globale devait servir un projet politique multiculturaliste. »
C’est pour cette raison qu’il préfère
parler « d’histoire connectée » pour décrire son activité d’historien de la rencontre des civilisations. « Il s’agit d’une
histoire qui croise les archives, qui multiplie les sources pour affiner et refaçonner
les manières de voir, et mettre en lumière
les échanges et les malentendus entre les
aires culturelles », ajoute-t-il.
Sanjay Subrahmanyam est né à NewDelhi en 1961, et il a baigné dans l’ambiance marxiste et nationaliste de l’Inde
indépendante. Issu d’une lignée de brahmanes tamouls, devenus administrateurs de l’empire colonial, puis de l’État
indépendant, il a échappé à la réécriture de l’histoire indienne dans ces années-là – et il dénonce aujourd’hui son
idéalisation par les nouveaux nationalistes hindous du BJP. Invité au Portugal, en Angleterre et aux États-Unis
dans les années 1980, il publie en anglais L’Empire portugais d’Asie : 15001700. Cette somme le fait entrer dans la
cour des grands. L’année suivante, il est
appelé à l’École des hautes études en
sciences sociales, à Paris. La découverte
de l’Inde par les Européens, à partir de
Vasco de Gama jusqu’à la grande colonisation anglaise devient sa spécialité.
Du navigateur portugais, il décrira dans
un livre ironique et décentré comment
il fut considéré par ses hôtes indiens.
Dans le livre récompensé par le prix
Aublet, il a exhumé d’innombrables
personnages de seconde ou troisième
zones, aventuriers, marchands, collectionneurs, ecclésiastiques, diplomates,
et érudits autodidactes pour raconter
comment les esprits européens ont produit les premiers portraits naïfs de
l’Inde, puis des descriptions plus savantes, mais souvent lacunaires et contra-
dictoires. Le lecteur s’y perd, mais
comprend que du XVIe au XVIIIe siècles,
les voyageurs européens se sont éclairés
à la bougie dans la nuit indienne. Ils ne
savaient pas quoi penser de ces « Gentils ». Le terme, repris des juifs par les
pères de l’Église à la fin de l’Empire romain, désigne celui qui n’a pas encore
reçu la foi en le Dieu biblique. C’est le
cas des hindous et des bouddhistes. Cela
n’est pas le cas de ceux qui pratiquent
les deux autres religions abrahamiques
– juifs et musulmans. La religion des Indiens laisse les Européens perplexes.
Descend-elle des juifs, comme le prétendent certains ? Ce qui ferait des hindous des monothéistes qui s’ignorent,
plus faciles à convertir. Ou sont-ils
vraiment d’incurables polythéistes ?
«Les infidèles de l’Inde comme ceux de la
Chine disent que la tempête de Noé n’a
pas atteint leur pays… mais c’est complètement faux », tente de se rassurer un
savant musulman.
Entre deux transactions de poivre ou
de cannelle, il apparut que ces « Gentils » étaient bien difficiles à convertir.
Les missionnaires découvrirent peu à
peu l’existence de « castes ». D’autres,
très nombreux, décrivirent avec une
dilection horrifiée la pratique du sati,
durant laquelle la « veuve gentille » est
brûlée ou enterrée vive avec son mari
défunt.
De leur côté, les Indiens jugeaient les
Européens « fourbes, violents, sales,
mais assez ingénieux ». Au fond, ce
n’est qu’au XIXe que le regard européen
se fixe, se durcit, et devient réellement
colonial. Le paternalisme se généralise.
Même après 1945, certains, comme
Churchill, penseront que l’Inde ne peut
devenir indépendante. Elle serait incapable de se gouverner seule. L’auteur se
moque alors de ces Anglais, qui ont
« tendance à généraliser depuis les cimes
de l’Olympe ». ■
L’INDE SOUS
LES YEUX
DE L’EUROPE
Sanjay
Subrahmanyam,
Alma Éditeur,
482 p, 26 €.
A
La Fondation
Martine Aublet
et le Musée
du quai Branly
récompensent le livre
de l’historien Sanjay
Subrahmanyam
sur l’Inde vue
d’Europe. L’occasion
d’une mise au point
sur le bon usage
de l’histoire globale.
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jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Crise des démocraties en Europe :
comprendre avant de dénoncer
a fracture qui divise l’Europe
traduit une crise profonde
du système de la démocratie
libérale. Tenter de la
surmonter implique de ne pas
s’enfermer dans une posture
idéologique mais d’en analyser les causes.
La démocratie représentative a longtemps
constitué un modèle qui a apporté
cohésion sociale, paix et développement
des droits de l’homme. Aujourd’hui, non
seulement les régimes autoritaires
exercent une certaine attraction, mais
il existe une corrélation entre sentiment
de perte d’identité et manque de
confiance en la démocratie. Le fossé entre
les élites et le peuple est alimenté par la
déconnexion qui s’établit entre le vote et
les décisions politiques prises par les élus.
Le système occidental est un système
mixte démocratique et libéral. Il est
démocratique en ce qu’il fonde la
légitimité du pouvoir dans le peuple. Il est
libéral, en ce qu’il prévoit des mécanismes
de contrôle et de contrepoids visant à
limiter l’exercice du pouvoir, à le
modérer. Or l’utilisation contemporaine
du terme démocratie confond ces deux
aspects, masquant les contradictions, les
conflits qui peuvent opposer démocratie
et libéralisme. Il en résulte que la doxa ne
parvient pas à expliquer que des peuples
accordent leur suffrage à des régimes de
moins en moins libéraux comme en
Hongrie ou en Pologne et que certains
régimes libéraux soient de moins en
moins démocratiques.
Les facteurs de la crise sont multiples.
La démocratie est née et s’est développée
dans le cadre des États. Elle présuppose
l’existence d’un peuple, inscrit dans des
frontières et uni par le partage de valeurs
communes. Or le cadre étatique se
fracture. Des
organismes
supranationaux,
producteurs d’ordres
juridiques spécifiques,
Le spécialiste du droit constitutionnel* analyse
s’installent en
l’opposition montante entre l’État de droit
surplomb. La carte
et la souveraineté populaire et explore des pistes
géopolitique se
pour y remédier.
transforme par la
DESSINS CLAIREFOND
+
» Lire aussi PAGES 2 ET 3
BERTRAND MATHIEU
L
d’opinion se multiplient. La loi sur la
presse se grossit d’interdits pénalement
sanctionnés toujours plus nombreux.
Cette action vise à « régénérer » un
peuple et à disqualifier une population,
qu’on dit victime de ses préjugés et
délégitimée par ses tendances au
populisme.
C’est dans ce contexte que le pouvoir du
juge tend à suppléer les carences du
pouvoir politique.
Les facteurs en sont
Le fossé entre les élites et le peuple
nombreux :
développement
est alimenté par la déconnexion qui
d’un droit fondé
s’établit entre le vote et les décisions
sur les droits
individuels,
politiques prises par les élus
pénalisation de la
vie publique
corollaire de l’affaiblissement de la
souvent plus puissants qu’eux.
responsabilité politique, multiplication
Le développement d’une conception
d’ordres juridiques enchevêtrés (national,
individualiste des droits fondamentaux
européen, international) dont les rapports
participe au déchirement du tissu social, à
sont régulés par les juges. Le juge peut
l’éclatement de la notion d’intérêt
ainsi forger un droit (en matière
général, à un système de valeurs
d’immigration, de mœurs) dans la
concurrentielles qui affaiblissent la
détermination de laquelle le peuple
démocratie. Si l’homme se définit par son
n’a qu’un rôle résiduel. Le développement
universalité, un peuple se définit par son
de la jurisprudence de la Cour européenne
identité. Or l’hyper-individualisation du
des droits de l’homme en est l’une des
droit entraîne en retour la création de
nouvelles solidarités communautaristes.
Ces deux mouvements conduisent la
société à fonctionner selon des
mécanismes de légitimation étrangers à la
démocratie, du fait de l’impossible
construction d’une volonté générale. Des
mouvements comme ceux relevant de
l’islamisme politique s’appuient sur les
droits individuels pour imposer à la
société une idéologie concurrente et
puissante. La fragmentation engendrée
par ce communautarisme conduit à une
n cette année de
rupture dans l’identité culturelle. Le
commémoration de la fin de
multiculturalisme oppose au sein d’une
la Grande Guerre, je me dis
société des populations qui n’ont parfois
souvent combien il est
plus les mêmes références culturelles.
précieux d’avoir des alliés.
Par ailleurs, l’État concentre ce qui lui
Être capables de nous battre
reste de pouvoir sur une rééducation
ensemble de manière cohérente offre un
idéologique du peuple. Le contrôle du
incontestable avantage militaire. Le
langage devient l’un des outils les plus
centième anniversaire de la fin du
puissants du contrôle social. L’histoire
premier conflit mondial est là pour
est inlassablement réécrite. Les délits
rappeler aux Britanniques l’importance
de leurs liens militaires avec la France.
Notre époque se caractérise par une
confrontation permanente avec des États
Avec le soutien du :
autoritaires qui tirent profit des zones
grises entre guerre et paix pour mettre à
l’épreuve le système démocratique fondé
sur des règles garantissant notre sécurité,
notre stabilité et notre prospérité depuis
près de trois générations. Venant
s’ajouter à la menace terroriste, les
dangers qui pèsent sur notre mode de vie
ne cessent de se diversifier et de
s’intensifier.
Ces dangers représentent un défi
stratégique qui exige une réponse
stratégique. Un des avantages essentiels
que nous devons mettre à profit est la
profondeur de la cohésion entre alliés.
Les forces armées britanniques et
françaises œuvrent ensemble depuis plus
d’un siècle à la défense de nos peuples
et des valeurs que nous chérissons
en tant que démocraties libérales. Tout
récemment encore, nous avons agi
ensemble pour répondre à l’utilisation
illégale d’armes chimiques au RoyaumeUni et en Syrie, pour renforcer l’intégrité
territoriale en Europe orientale et pour
agir sur les causes profondes de
l’émigration de masse en Afrique.
Je me souviens avec des sentiments
affectueux de l’époque où je commandais
à Mitrovica (Kosovo) un bataillon qui
appuyait l’action du général Pierre de
Saqui de Sannes, le commandant français
de la Brigade multinationale Nord (Kfor).
Nous avons beaucoup progressé depuis.
La compatibilité technique est
reconstitution de systèmes impériaux
(Russie, Turquie), composés d’un État
central et d’États satellites ou sous
influence et par la déconstruction d’autres
États (Espagne). Des ONG jouent un rôle
qui peut être positif mais qui traduit
souvent des engagements de nature
politique masqués. Au-delà s’exercent des
pouvoirs économiques et financiers qui ne
s’inscrivent pas dans le cadre des États, et
«
»
Le lien Londres-Paris
vital pour la défense
essentielle, mais ce qui procure un
avantage décisif, c’est l’édification à long
terme de relations fondées sur confiance
et respect mutuels qui naissent d’un
entraînement commun, d’une mise
à l’essai commune de la doctrine
et des tactiques, et du développement
ensemble d’une capacité militaire.
Des déploiements communs en de
nombreux lieux ont permis à nos armées
de nouer une excellente relation
opérationnelle. Au Sahel, des
hélicoptères britanniques Chinook
améliorent la mobilité tactique et la
souplesse opérationnelle des troupes
françaises qui combattent l’extrémisme
violent. En 2019, nous aurons le plaisir
d’accueillir à nouveau des soldats
français dans le dispositif de la présence
avancée renforcée de l’Otan mené
en Estonie par l’armée britannique.
Des sous-marins, navires et avions
britanniques et français coopèrent
aujourd’hui pour assurer la sécurité
de l’Atlantique. Nos deux pays
investissent dans des groupes d’attaque
aéronavals capables d’exercer une
influence mondiale.
Tout cela confère de la substance
à la Combined Joint Expeditionary Task
Force (Force expéditionnaire
interarmées conjointe), créée en 2010 par
les accords de Lancaster House [signés
par Nicolas Sarkozy et David Cameron,
NDLR] ; une force d’intervention dont
la véritable puissance réside dans une
organisation combinée qui nous permet
d’instaurer une « interopérabilité
opérationnelle » durable.
Un élément central du programme
de modernisation dans lequel j’ai engagé
les armées britanniques sera un
investissement stratégique à long terme
dans les relations avec d’autres forces
armées. Nous devons recréer la capacité
que nous avions durant les deux guerres
mondiales d’innover et d’intégrer
de nouvelles technologies au travers
d’un programme d’expérimentations.
Innovation et intégration seront d’autant
plus fructueuses qu’elles auront été
conduites en collaboration avec nos
alliés.
Lorsque mon homologue français le
général François Lecointre et moi-même
sommes intervenus le 19 septembre
devant le Conseil franco-britannique,
le message que nous avons souhaité
transmettre est que nous avons jeté des
fondations solides dont les architectes
des accords de Lancaster House peuvent
être satisfaits. Nous devons continuer
à construire sur cette base pour hisser
notre alliance au niveau supérieur. Notre
sécurité et notre
stabilité collectives en
dépendent.
Traduit par Gilles Berton.
Ce texte est également
Le chef d’état-major des armées britanniques
publié aujourd’hui dans
rappelle la nécessité d’une coopération militaire
le quotidien britannique
approfondie entre la France et le Royaume-Uni.
« The Times ».
E
SAMEDI 06 OCT. | 10H-18H
SIR NICHOLAS CARTER
A
illustrations la plus évidente. Combattre
cette évolution et sauver, si tant faire se
peut, les démocraties européennes exige
de clarifier le lieu du pouvoir politique,
notamment les compétences attribuées
à l’Union européenne et celle relevant des
États, ce qui relève de l’identité commune
et ce qui relève des identités nationales.
Il importe également de rétablir et de
développer les instruments d’intervention
du peuple dans la décision politique.
Si pour les questions locales, le
développement des instruments de la
démocratie participative constitue une
voie féconde, au niveau national, il
convient de revaloriser une utilisation
raisonnée du référendum, sans en
méconnaître les dangers. Continuer à
faire l’impasse sur cette révolte sourde des
peuples, en les privant de la possibilité
de s’exprimer, c’est courir le danger
d’une explosion dont personne ne peut
prédire les péripéties et les conséquences.
C’est signer la fin du modèle de
démocratie occidentale.
*Professeur agrégé des facultés de droit,
vice-président de l’Association
internationale de droit constitutionnel et
auteur de « Le Droit contre la
démocratie ? », Lextenso, 2017.
MÉTIERS
La découverte des métiers en réalité virtuelle
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 20 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Luc Ferry
luc.ferry@yahoo.fr
www.lucferry.fr
Non, ce n’était pas mieux avant !
ans un article publié
ici même le 29 août,
mon vieil ami Alain
Finkielkraut se livrait
à un vibrant éloge de la
nostalgie, énumérant
un à un les éléments qui démontrent
que « tout fout le camp » et que
c’était mieux avant : mieux quand
les professeurs se pressaient encore
pour aller enseigner, quand il n’y avait
pas de « musique boumboum » dans
les cafés, pas de téléphones portables
dans les rues, quand les éléphants
n’avaient pas disparu, quand la syntaxe
était respectée par les journalistes,
quand le bac n’était pas une blague,
quand les murs d’immeubles
n’étaient pas tagués, quand on élevait
D
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
les animaux à la ferme, avant l’ère
du « tout-culturel » et des territoires
perdus de la République, etc.
Le problème c’est que même
si tout ce que dit Alain était vrai
(ce qui n’est pas le cas, par exemple,
pour les éléphants, qu’on a exterminés
au siècle dernier et qu’on tente enfin
de protéger), les larmes que verse
notre ami seraient dérisoires si on les
comparait à celles que devaient verser
nos aïeux. Qu’on y réfléchisse avant
de se laisser aller à cette facilité qu’est
la nostalgie, un sentiment qu’avec l’âge
nous avons tous, hélas, tendance
à éprouver. Pour ne pas remonter au
Moyen Âge, était-ce vraiment mieux
quand, en l915, certaines journées
comptaient plus de 20 000 morts parmi
ENTRE GUILLEMETS
20 septembre 1975 : mort du poète et écrivain Alexis Leger, dit Saint-John Perse
Discours lors de la remise
du prix Nobel (1960)
RUE DES ARCHIVES/AGIP
Le vrai drame du siècle
est dans l’écart qu’on
laisse croître entre
l’homme temporel
et l’homme intemporel»
ANALYSE
Guillaume Perrault
£@GuilPerrault
Collomb veut quitter Beauvau,
mais qui aurait envie d’y rester ?
ouché espionnant jusqu’à
ses propres collègues
du gouvernement sous
le Directoire, le Consulat
et l’Empire ; Morny exécutant
le coup d’État du 2 Décembre
pour son demi-frère, le prince-président ;
Clemenceau accourant sur place après
la catastrophe de Courrières en 1906
(1 100 morts) et avançant, seul, face
aux mineurs en fureur ; Georges Mandel
luttant contre l’effondrement de l’État
jusqu’à l’extrême limite de ses forces
pendant la débâcle de 1940 ; Jules Moch
donnant l’ordre aux CRS de reconquérir
les charbonnages lors des grèves
insurrectionnelles de 1947 et fixant
des petits drapeaux tricolores sur la carte
du Nord - Pas-de-Calais déployée
dans son bureau à mesure que les gardes
mobiles occupaient les puits de mine ;
Raymond Marcellin maîtrisant, sous
Pompidou, la violence de la Gauche
prolétarienne qui, à Bruay-en-Artois,
appelait à lyncher un notaire soupçonné
à tort du meurtre d’une jeune ouvrière ;
Charles Pasqua arrêtant les terroristes
d’Action directe durant la première
cohabitation (1986-1988) : il est
prestigieux, pour un personnage
politique, de s’inscrire dans la tradition
des « premiers flics de France »
et de s’installer à son tour au ministère
de l’Intérieur. Aussi les Français
éprouvent-ils une vive surprise à voir
Gérard Collomb manifester une telle
impatience de quitter la Place Beauvau
pour briguer un nouveau bail à Lyon.
La fonction de ministre de l’Intérieur
perdrait-elle de son attrait ?
On objectera que Collomb, passionné
par sa ville, n’a jamais caché qu’il
la préférait à tous les maroquins. Entre
un portefeuille ministériel de premier
plan et sa chère mairie occupée, avant lui,
F
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
de tout jeunes gens, quand la Deuxième
Guerre fit 60 millions de victimes,
quand les femmes n’avaient pas le droit
de vote, quand l’apartheid sévissait
aux USA, quand il n’y avait jusqu’en
l920 que 10 000 bacheliers par an parce
que l’alphabétisation des jeunes filles
passait pour superflue, quand
on mourrait d’un bobo faute
d’antibiotiques, quand l’espérance
de vie n’était que de 45 ans en 1900
alors qu’elle est de 80 aujourd’hui,
quand le smic de 1970 était inférieur
à notre RSA, quand la Révolution
culturelle faisait 70 millions de morts,
quand l’Amérique latine et le cœur
de l’Europe étaient peuplés de régimes
fascistes, quand des gamins partaient
pour l’Algérie ou le Vietnam, quand
on prononçait la peine de mort contre
les « faiseuses d’anges », quand
la scolarité obligatoire s’arrêtait à
14 ans afin d’envoyer les fils d’ouvriers
vers les « cours complémentaires »,
quand l’ORTF était monopole d’État,
quand la sortie de Paris abritait
des bidonvilles, quand les étudiants
(et l’ami Alain lui-même) adhéraient
aux délires pseudo-révolutionnaires
de Mai, quand ils traitaient de Gaulle
de fasciste et les CRS de SS ?
Au regard de la misère intellectuelle
et matérielle qui pouvait régner encore
dans mon enfance, la complainte
actuelle des esprits distingués
me fait sourire. Révolutionnaires
en 68, pessimistes en 2000 :
d’un conformisme à l’autre ! Gaulliste
en 68, je persiste et signe par-delà
les effets de mode. Certains sont gênés
par la présence des portables,
ma mère l’était par les bruits de bottes
allemandes, les bombardements,
les couvre-feux et la famine. Comment
ne pas voir d’ailleurs qu’à défaut
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
par Raymond Barre et jadis par Édouard
Herriot pendant près d’un demi-siècle,
son cœur n’a jamais balancé. En somme,
la déclaration prématurée de Collomb,
à dix-huit mois des municipales,
s’expliquerait uniquement par son
caractère et ses choix de carrière
personnels. Il serait impossible d’en tirer
un enseignement d’ordre général, sinon
qu’Emmanuel Macron a, une fois encore,
surestimé son emprise sur un homme
qu’il avait choisi.
Qu’il soit pourtant permis de soutenir
que l’empressement de Collomb
à regagner la cité des Gaules traduit
tout autant sa volonté de se décharger
d’un lourd fardeau et de cesser une tâche
ingrate. Or, nombreux sont les hôtes
successifs de la Place Beauvau depuis
trente ans à avoir éprouvé une telle
lassitude à leurs heures.
Les prérogatives de l’Intérieur
ont subi une érosion parallèle à l’essor
de la jurisprudence du Conseil
constitutionnel, de la Cour européenne
des droits de l’homme et de la Cour
de justice de l’Union européenne (qui
traite désormais de questions régaliennes,
et non plus seulement économiques
comme dans les années 1980). Pour
tout arranger, l’autorité est de plus
en plus mal supportée par les Français,
qui la réclament pourtant à cor et à cri.
La hantise de la bavure, la crainte
de traîner à vie une image de dureté
paralysent souvent l’hôte de Beauvau
à l’heure de la puissance des images,
du règne de l’émotion, des chaînes
d’information en continu et d’un
militantisme associatif intimidant.
« J’en ai un peu marre de passer
pour le facho de service, déclarait Collomb
en privé en décembre au sujet
des migrants. Je suis bien seul aux
avant-postes, et, lorsque je me retourne,
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
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Bertrand de Saint-Vincent
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Opérations spéciales, Sports,
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(Politique, Société, Débats Opinions)
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Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
j’ai l’impression qu’il n’y a personne
derrière moi. » Un jugement que
pourraient cosigner tant de ses devanciers
depuis les années 1980 ! Un ministre
de l’Intérieur ne peut pas agir
en profondeur sans l’implication
du président et la coopération du garde
des Sceaux (s’agissant de la politique
pénale et pénitentiaire). À cet égard,
le dernier soutien efficace apporté,
au sommet de l’État, aux ministres
de l’Intérieur et de la Justice en vue
d’un effort concerté dans la durée afin
de juguler la délinquance remonte sans
doute à la seconde moitié du septennat
Giscard, lorsque Christian Bonnet
et Alain Peyrefitte étaient respectivement
Place Beauvau et Place Vendôme.
Certes, le procès en « lepénisme »
intenté par la gauche associative
et ses soutiens médiatiques à un ministre
de l’Intérieur de droite peut lui valoir
un destin national. De 2002 à 2007,
Nicolas Sarkozy, alors à l’Intérieur
(hormis une parenthèse à Bercy) a fait
de Beauvau son tremplin pour l’Élysée.
Mais pareil scénario ne réussit qu’une fois.
Désormais le livret des comédiens est
connu d’avance et le public lassé avant
même de s’asseoir pour une nouvelle
représentation. À gauche, la filière
de l’Intérieur empruntée à son tour
par Manuel Valls pour accéder au faîte
lui a certes permis d’obtenir Matignon
mais a aussi contribué à son échec
aux primaires du PS pour la présidentielle
de 2017, en raison de l’animosité
que son image d’ex-« premier flic
de France » suscitait dans son parti.
Un politique rêve encore d’être nommé
Place Beauvau. Mais une fois installé
dans le fauteuil de Fouché, il songe
désormais à le quitter avant
que son impuissance relative
ne devienne manifeste.
FIGAROMEDIAS
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direction.redaction@lefigaro.fr
de s’intéresser un tant soit peu
sérieusement à l’histoire, il suffit
de considérer la géographie
pour mesurer à quel point notre vieille
Europe est une merveille de douceur,
de paix et d’intelligence comparée
aux théocraties qui ensanglantent
le monde, voire tout simplement
aux pays qui sont encore dans
la panade faute de ce que les idiots
inutiles appellent « l’horreur
économique », à savoir ce capitalisme
qui nous a pourtant sortis de la misère
et conduits vers la démocratie ?
Rappelons au passage l’origine
du mot nostalgie dont Alain fait l’éloge
avec tant de talent et de passion. Forgé
au XVIIe siècle par un médecin suisse,
un certain Harder, à partir de deux
termes grecs (nostos, le retour, et algos,
la douleur), il évoque le désir ardent
de revenir vers un passé perdu.
Il traduisait l’allemand Heimweh
et le français « mal du pays ». Harder
l’avait forgé pour rendre compte
des « maladies de l’âme » des soldats
suisses qu’il devait soigner tant
la guerre les avait traumatisés.
Des soucis autrement plus lourds
que ceux d’un intellectuel gêné par la
« musique boumboum » dans les cafés.
Pas de malentendu : il y a souvent du
vrai dans les constats que fait mon ami
et les motifs d’affliction ne manquent
pas. Je dis simplement que notre vieux
continent, si fautif soit-il à ses yeux,
est infiniment supérieur à tout ce qu’on
a connu sur cette terre aussi bien
avant qu’ailleurs. L’urgence n’est pas
de l’accabler, mais de redonner de
l’avenir à une civilisation européenne
aujourd’hui menacée tout autant
par l’islamisme que par son infériorité
technologique et politique face
à la domination sino-américaine.
VOX
…SOCIÉTÉ
« L’affaire de la gifle est le
symptôme d’une société
en manque d’autorité »,
par Barbara Lefebvre,
enseignante et essayiste,
auteur de « Génération j’ai
le droit » (Éd. Albin Michel)
…POLITIQUE
La société civile et
Macron : de la martingale
au maillon faible,
par Frédéric Saint Clair,
essayiste, auteur
de « La Droite face
à l’islam » (Éd. Salvator)
Les rencontres
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A
CHRONIQUE
17
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jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
18
Agnès Leclair
£@AgnesLeclair
n France, des enfants meurent dans
une quasi-indifférence », dénonce
leur livre, Le Massacre des innocents, les oubliés de la République,
sorti le 13 septembre sur Amazon.
Cruel, parfois déchirant, ce brûlot
sur les failles de la protection de l’enfance revient
sur plusieurs cas d’infanticides. Il est assorti d’un
manifeste pour mobiliser les Français et alerter les
pouvoirs publics. Lundi dernier, l’actualité est entrée en résonance avec leur cri d’alarme. Pour la
première fois, l’État a été condamné pour déni de
justice dans l’affaire de Karine. Malgré plusieurs
signalements aux services sociaux, la fillette avait
été violée par un proche de ses parents pendant
des années.
E
Vous retracez plusieurs affaires comme celle
de Marina, morte à 8 ans après avoir été torturée
pendant six ans par ses parents, ou celle du petit
Bastien, tué par son père qui l’a enfermé dans
le lave-linge familial pour le punir… En quoi
ces drames nous éclairent sur notre système
de protection de l’enfance ?
M.C. - Nous voulions arriver à faire exister ces enfants, à leur redonner une visibilité, une identité. Il
ne s’agit pas de raconter des faits divers mais
Michèle Créoff et Françoise
Laborde : « Nous restons sourds
à la souffrance des enfants »
La vice-présidente du Conseil national pour la protection de l’enfance
et la journaliste lancent un manifeste pour mieux lutter contre la maltraitance.
d’aider le lecteur à se représenter, clairement mais
sans dramaturgie inutile, le calvaire de ces enfants
et ce qui aurait dû alerter sur leur situation. La
protection de l’enfance devrait toujours être guidée par cette question centrale : « Que ressent
l’enfant face à ce qu’il est en train de vivre ? »
F.L. - Ces histoires permettent de comprendre les
failles du système. Les professionnels de la protection de l’enfance sont mal armés pour évaluer les
situations de maltraitance. Chacun est libre de se
fier à ses impressions. C’est le règne de l’aléatoire
et du préjugé, qu’il soit favorable ou défavorable.
Or, un diagnostic précis et rapide est indispensable pour intervenir de manière efficace. Notre
première préconisation est de mettre en place un
outil national d’analyse des situations d’enfants en
danger pour les professionnels. Une grille d’évaluation fondée sur des critères précis, comme cela
existe dans d’autres pays.
Vous racontez également chacune une histoire
plus personnelle qui a marqué votre engagement
pour cette cause…
F.L. - J’ai été bouleversée par une petite fille que
j’ai croisée dans un foyer pour femmes battues, au
cours d’un reportage. Sa maman venait d’être tuée
par le père deux jours plus tôt. J’ai fait de nombreuses démarches pour accompagner cette petite
de deux ans. L’adoption simple n’était pas possible
car son père était en prison pour plusieurs années
Notre première
« préconisation
est
de mettre en place
un outil national
d’analyse
des situations
d’enfants
en danger pour
les professionnels.
Une grille
d’évaluation
fondée sur
des critères
précis, comme
cela existe dans
d’autres pays
FRANÇOISE LABORDE
A
« En France, on a
encore tendance
à considérer que
l’enfant est la
propriété de ses
parents et que
personne ne doit
intervenir. »
»
mais avait toujours l’autorité parentale. J’aurai
tout de même voulu être une sorte de marraine, un
recours pour elle mais le système est trop verrouillé. Même avec de la bonne volonté, aider ces
enfants à retrouver une vie de famille harmonieuse est difficile.
M.C. - Pour moi, l’histoire de Brandon, un petit
garçon de 3 ans, a été fondatrice. Je venais de
prendre mon poste d’inspecteur à l’Aide sociale à
l’enfance, en Seine-Saint-Denis, sans idée précise
de ce qui m’attendait. Un jour, les parents de
Brandon ont débarqué pour abandonner leur fils
dans mon bureau. J’étais enceinte de sept mois et,
d’un seul coup, j’ai été confrontée à l’impensable.
Souvent, on a tendance à s’identifier aux adultes
plutôt qu’aux tout-petits. Mais à partir de ce moment-là, j’ai choisi de toujours me placer du côté
des enfants.
Vous relevez que 70 % des enfants placés n’ont
aucun diplôme alors que l’État français dépense
pour eux 44 000 euros par an et par enfant, soit
le prix d’un collège d’élite. 40 % des jeunes SDF
sont issus de l’Aide sociale à l’enfance… Pourquoi
le système est-il si peu efficace ?
M.C. - Les mauvaises réponses coûtent cher ! Ces
enfants sont trop souvent trimballés de familles en
foyers, de structures en structures, au nom du
maintien du lien avec leurs parents. Ils vont de
plus en plus mal car on les empêche de s’attacher,
de s’ancrer. Aujourd’hui, la plupart des enfants
sont placés à cause de l’incapacité éducative de
parents toxicomanes, schizophrènes ou alcooliques. Le lien biologique avec ces parents doit-il
être maintenu coûte que coûte, quel que soit le
prix à payer pour l’enfant, alors que l’on sait qu’ils
ne pourront pas vivre ensemble ? Nous proposons
de leur donner le droit à une deuxième famille qui
les prenne en charge jusqu’à ce qu’ils deviennent
autonomes. Il ne s’agit pas de les empêcher de voir
leurs parents mais de leur éviter un parcours
chaotique.
F.L.- Certains enfants devraient pouvoir bénéficier d’une adoption simple ou être placés sur le
long terme dans une famille d’accueil. Ce système
est deux fois plus efficace et moins cher qu’un
foyer. Mais rien n’est fait pour encourager le développement des familles d’accueil. Le métier d’assistante familiale fonctionne encore sur un modèle
qui date des années 1960.
La maltraitance ne touche pas que les enfants
des milieux défavorisés. En 2013, Céline Raphaël,
une jeune femme issue de la bourgeoisie, racontait
son passé d’enfant battue parce que son père
voulait en faire une pianiste prodige.
Cette violence passe-t-elle sous les radars
de la protection de l’enfance ?
M.C. - La maltraitance n’est pas une question de
pauvreté, contrairement aux idées reçues. Mais
elle passe plus inaperçue dans les familles qui ne
sont pas en contact avec les travailleurs sociaux. Il
y a aussi la crainte de provoquer un scandale inutile, de porter atteinte à une réputation. Dans le cas
de Céline Raphaël, c’est l’infirmière scolaire qui
s’était rendu compte de la situation.
F.L. - Dans les familles défavorisées, la maltraitance n’est pas bien repérée non plus. Les
travailleurs sociaux qui aident ces familles à
trouver un logement, à remplir des papiers peuvent avoir du mal à voir ou à signaler des maltraitances sur les enfants car ils sont dans l’empathie avec les parents. Il y a un problème de conflit
de loyauté. De plus, on craint d’infliger une double peine aux familles démunies en leur enlevant
leurs enfants. ■
COLLECTION PERSONNELLE
LE FIGARO.- Près de deux enfants sont tués
chaque semaine dans le cadre du cercle familial,
selon les données de 2016. 7 000 mineurs ont été
violés et plus de 70 000 ont été maltraités.
Pourquoi ces chiffres sont-ils beaucoup moins
médiatisés que ceux des violences conjugales ?
Michèle CRÉOFF. – Si vous ne voulez pas savoir, il
suffit de ne pas compter. Il n’y avait pas de données nationales officielles et fiables sur la maltraitance des enfants avant ces chiffres, issus des
données de la police et de la gendarmerie et compilés à la demande du Conseil national de la protection de l’enfance (CNPE). De plus, on sait que
ces chiffres sont sous-estimés, comme c’était le
cas pour les violences conjugales autrefois. Nous
restons encore sourds à la souffrance des enfants.
Françoise LABORDE. - Les violences faites aux enfants sont invisibles. On considère que c’est « la
faute à pas de chance »… En France, on a encore
tendance à considérer que l’enfant est la propriété
de ses parents et que personne ne doit intervenir.
Des débats picrocholins, comme celui sur l’interdiction de la fessée, permettent d’éviter des sujets
qui restent tabous comme l’infanticide, l’abandon,
l’inceste. Il est urgent de se préoccuper de la vie de
ces enfants martyrs qui meurent dans une quasiindifférence.
RENCONTRE
«
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 049 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
COLLECTIVITÉS
CHAMPION’S LEAGUE
LES TENSIONS PERSISTENT
ENTRE L’EXÉCUTIF
ET LES ÉLUS LOCAUX PAGE 20
APRÈS LE BUG, SFR VEUT APAISER
LA GROGNE AVEC UNE OFFRE
100 % FOOT À MOINS DE 40 EUROS PAGE 25
Big bang
dans le
logement
social
AKUO, J._C. MARMARA/LE FIGARO, ICON SPORT/PA IMAGES,
La loi Élan, en cours d’adoption,
va contraindre des organismes
de HLM à se regrouper et à vendre
des logements aux locataires.
Pour Jacques Mézard, ministre
de la Cohésion des territoires,
le système y gagnera en efficacité.
PAGE 21
Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires
Les députés votent la fin du « verrou de Bercy »
Dans le cadre de l’examen en première lecture du projet de loi
contre la fraude fiscale, les députés
ont voté mercredi à la quasi-unanimité la fin du « verrou de Bercy ».
L’administration fiscale ne disposera donc plus du monopole des
poursuites pour fraude fiscale.
« L’Assemblée adopte l’article qui
met fin à ce système vieux d’un siècle, remplacé par des critères transparents, s’est félicité sur Twitter le
ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin. Le
L'HISTOIRE
La première centrale solaire flottante
en France entrera en service en mars
as facile de trouver de la place
en France pour installer
de nouvelles infrastructures
de production d’énergies
renouvelables.
Les professionnels s’en plaignent
DU MERCREDI 19 SEPTEMBRE 2018 régulièrement. Akuo Energy a peut-être
trouvé une solution. Ce producteur
CAC 40
indépendant, détenu par ses fondateurs,
5393,74 +0,56%
Éric Scotto et Patrice Lucas, annonce
ce jeudi la future construction
DOW JONES (18h)
de la première centrale solaire flottante
26441,22 +0,74%
dans l’Hexagone. Un investissement de
17 millions d’euros. D’ici à mars 2019,
ONCE D’OR
47 000 panneaux seront implantés (photo)
1203,30 (1200,20)
sur le lac artificiel de Piolenc (Vaucluse).
PÉTROLE (lond)
Sur ses
79,220 (78,960)
50 hectares,
17 seront occupés
EUROSTOXX 50
par la centrale.
3369,13 +0,32%
La puissance
installée,
FOOTSIE
à hauteur
7331,12 +0,42%
de 17 mégawattNASDAQ (18h)
crêtes (MWc),
représente
7477,29 -0,23%
la consommation
NIKKEI
d’électricité de
LA SÉANCE
23672,52 +1,08%
P
quelque 4 700 foyers. Au terme d’un appel
d’offres, le contrat de fourniture obtenu
par Akuo Energy s’est négocié autour de
62,5 euros le mégawattheure (MWh). C’est
dire si la compétitivité du photovoltaïque
progresse de jour en jour : il y a encore
quelques années, on ne descendait pas
sous la barre des 100 euros. Reste à savoir
si toutes les étendues d’eau en France
pourraient soudain se transformer
en centrales solaires. Retenue à Piolenc,
la technologie de structure flottante Hydrelio
de la société Ciel & Terre – qui permet
de maintenir les panneaux grâce
à des flotteurs – cible de nombreuses zones :
bassins d’écrêtage de crues et d’irrigation,
réservoirs d’eau
potable, bassins
industriels, terrains
inondables, lacs
de carrières (comme
dans le Vaucluse)…
Une nouvelle
géographie du solaire
pourrait bientôt
s’esquisser. ■
FRÉDÉRIC
DE MONICAULT
PREMIÈRE ENTREPRISE PHARMACEUTIQUE
EN FRANCE, SANOFI ACCOMPAGNE DES
MILLIONS DE PERSONNES AU QUOTIDIEN
DANS LEUR PARCOURS DE SANTÉ.
Donner toute sa force à la vie.
A
Les parkings Indigo
lancent des voitures
et des scooters
en libre service PAGE 24
traitement efficace et rapide des procédures », assure l’exposé des motifs de l’amendement.
La CJIP a été instaurée dans le cadre de la loi Sapin 2 de 2016, mais à
l’origine pour des faits de corruption. Lors de la première convention conclue, en novembre 2017,
HSBC Private Bank, filiale suisse du
géant bancaire britannique, avait
ainsi accepté de payer 300 millions
d’euros pour échapper à un procès
pour « blanchiment de fraude
G. G.
fiscale ».
Direction Communication France 7000022504-09/2018
TRANSPORT
(LaREM), auteur d’un rapport parlementaire sur le sujet en mai et qui
a convaincu le gouvernement de
mettre fin au système existant.
Par ailleurs, dans la nuit de mardi à
mercredi, les députés ont aussi
voté l’amendement étendant la
convention judiciaire d’intérêt public (CJIP) à la fraude fiscale. Cette
mesure permettra à une entreprise
de payer une amende afin d’éviter
des poursuites, sans reconnaissance de culpabilité. Ce « mécanisme transactionnel » permet « un
McDonald’s s’en sort bien. La multinationale américaine ne sera pas
sanctionnée pour avoir bénéficié d’un
accord sur mesure passé avec le
Luxembourg. Un « rescrit fiscal » qui
lui aurait permis d’éviter de payer environ un milliard d’euros d’impôts en
Europe entre 2009 et 2013. La Commission européenne a finalement
jugé mercredi que ce traitement fiscal avantageux accordé par le
Grand-Duché était légal.
Bruxelles avait ouvert une enquête
en décembre 2015, soupçonnant le
montage de s’apparenter à une aide
d’État illégale. Selon la Commission,
le géant américain a transféré au
Luxembourg certains bénéfices réalisés dans d’autres pays d’Europe.
Mais en vertu d’une convention de
non double imposition, ces revenus
ne pouvaient pas être taxés dans le
Grand-Duché car ils devaient l’être
aux États-Unis.
« Le Luxembourg n’a pas enfreint les
règles », a conclu la Commission. En
rendant sa décision, la commissaire à
la Concurrence, Margrethe Vestager,
qui traque sans relâche l’optimisation
fiscale des multinationales, a toutefois souligné que le fait que « McDonald’s n’avait payé aucun impôt sur
les bénéfices en cause » n’est « pas
conforme au principe d’équité
fiscale ».
Cette décision met fin à l’enquête
ouverte après la plainte déposée début 2015 par l’ONG anti-pauvreté
britannique War on Want et trois fédérations syndicales internationales.
Et ce dans la foulée du scandale financier LuxLeaks qui a éclaté fin
2014, révélant les pratiques d’évasion fiscale de grandes multinationales établies au Luxembourg. « La
Commission a raté une occasion de
s’attaquer à McDonald’s », regrette
l’ONG.
De son côté, le ministre luxembourgeois des Finances, Pierre Gramegna,
affirme « avoir collaboré pleinement
avec la Commission ». Quant au
géant de la restauration rapide, il assure avoir payé de 2013 à 2017 « plus
de 3 milliards de dollars d’impôt sur le
revenu des sociétés dans l’UE, avec
un taux d’imposition moyen proche
de 29 % ».
CLÉMENTINE MALIGORNE
@ Geber86
le PLUS du
FIGARO ÉCO
nombre de dossiers de fraude fiscale
transmis à la justice va doubler. »
Soit environ 2 500 plaintes contre
un millier aujourd’hui. Le risque
réside maintenant en un engorgement de la justice.
Les députés ont imaginé un mécanisme de transmission automatique au parquet des affaires ayant
donné lieu à des pénalités administratives importantes, sur des droits
éludés supérieurs à 100 000 euros.
Ils se sont appuyés sur les travaux
de la rapporteure Émilie Cariou
FISCALITÉ :
BRUXELLES
ABSOUT
MCDONALD’S
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
20
L'ÉVÉNEMENT
Rentrée tendue entre
les collectivités locales et l’exécutif
ÉVOLUTION DES DÉPENSES
DE FONCTIONNEMENT
DES COLLECTIVITÉS LOCALES,
en %
10 %
8%
Les élus locaux reprochent à Emmanuel Macron d’être un « président centralisateur ».
6%
FISCALITÉ Ils se sont quittés fâchés
avant l’été. Ils se retrouvent brouillés
en cette rentrée. Les vacances
n’auront pas permis de calmer les
esprits entre le gouvernement et les
collectivités locales. Le 12 juillet dernier, les présidents des trois principales associations, Hervé Morin
(Régions de France), Dominique
Bussereau (Assemblée des départements de France) et François Baroin
(Association des maires de France),
avaient boycotté la Conférence
nationale des territoires, qui réunit
élus locaux et ministres.
Édouard Philippe a beau avoir appelé de ses vœux, mercredi, devant
l’association France urbaine (métropoles), « une décentralisation qui soit
contractuelle plutôt que conflictuelle », les présidents des trois grandes
associations ont décidé de solenniser
leur opposition le 26 septembre à
Marseille, en compagnie de Gérard
Larcher, le président du Sénat.
« Nous avons souhaité unir nos voix
pour dénoncer les faux-semblants de
la concertation avec l’État et alerter
l’opinion publique sur le risque d’aggravation des fractures territoriales », expliquent les futurs participants, tous issus de la droite
traditionnelle.
Sujets de fâcherie
La multiplication des sujets de fâcherie a débouché sur une nouvelle
convergence des luttes territoriales.
Les maires pleurent la suppression de
leur taxe d’habitation d’ici à la fin du
quinquennat. Les départements
multiplient les griefs : accueil non financé par l’État des mineurs étrangers isolés, explosion des dépenses
sociales et crainte de perdre la taxe
foncière, le seul impôt à leur main.
L’exécutif entend en effet la leur retirer afin de la confier aux communes,
pour compenser la suppression de la
taxe d’habitation. Quant aux régions, elles ont basculé dans l’opposition le jour où le gouvernement leur
a retiré des mains l’apprentissage.
À cela s’ajoute une crispation globale face « au premier président à recentraliser le système », comme l’ex-
FRANÇOIS
BAROIN,
PRÉSIDENT DE
L’ASSOCIATION
DES MAIRES
DE FRANCE
2%
0%
1998
Comment opérer un rabibochage ?
« Plan santé, plan pauvreté, loi
Élan… chacune de nos lois prend
soin des territoires les plus fragiles,
assure Jean-René Cazeneuve. Et,
mesure après mesure, on reconquiert les territoires. » Le gouvernement peut aussi compter
sur des associations d’élus
moins virulentes, comme
France urbaine (les métropoles) et l’AdCF (les intercommunalités).
Quant aux autres, « les négociations officieuses ont repris
à la fin de l’été, au calme, en
particulier avec l’Assemblée des
départements de France », témoigne un connaisseur du dossier. Et d’ajouter : « Personne ne
peut se satisfaire de la politique de
la chaise vide. » En signe d’apaisement, Matignon, qui pilote les discussions, aurait remis sur la table le
marché qu’il proposait avant l’été à
des départements plombés par les
dépenses sociales : ils se verraient
proposer un fonds d’urgence et la
possibilité d’augmenter les droits de
mutation (frais de notaires). L’exécutif a pour objectif de calmer la
fronde d’ici les congrès des départements et celui des maires en novembre. Puis de ficeler, dans une atmosphère si possible moins tendue, la
délicate loi sur la fiscalité locale rendue nécessaire par la suppression de
la taxe d’habitation. Le projet de loi
devrait être présenté en mars 2019. ■
DOMINIQUE
BUSSEREAU,
PRÉSIDENT DE
L’ASSEMBLÉE DES
DÉPARTEMENTS
DE FRANCE
« Il y a un vrai
problème de dialogue
avec les collectivités
territoriales. Ce n’est
pas par des initiatives
discrètes, à défaut
de secrètes,
que le problème se
réglera », août 2018.
HERVÉ MORIN,
PRÉSIDENT
DE RÉGIONS
DE FRANCE
« Je dis au gouvernement
vous n’êtes pas […]
modernes sur
la construction d’une
gouvernance qui doit être
conforme à celle des
autres pays européens,
c’est-à-dire très
décentralisée voire
fédérale », août 2018.
2018
Sources : La banque postale
Infographie
42,8
milliards
d’euros
Solde entre
les recettes
et les dépenses
de fonctionnement
des collectivités
en 2018, selon
La Banque postale
Piste des frais de notaire
« Cette
contractualisation-là,
ce n’est pas une
contractualisation,
c’est un diktat »,
juillet 2018.
+ 0,9 %
4%
Je sais
l’exigence
que fait reposer
sur une
agglomération
l’effort de
maîtrise de ses
dépenses. Cela
implique de faire
des choix, de
se concentrer sur
l’essentiel pour
ne pas casser
une dynamique
Édouard
Philippe,
premier
ministre.
ÉDOUARD PHILIPPE,
MERCREDI, LORS
DE LA 18e ÉDITION
DE LA CONFÉRENCE DES
VILLES- FRANCE URBAINE
Trois leviers pour inciter les élus locaux
à faire des économies et à se désendetter
Une bonne santé financière inédite
depuis trente ans
dépenses de fonctionnement dans
les années à venir.
Du jamais-vu depuis la vague de
décentralisation. Les communes,
départements et régions devraient
accumuler cette année un peu plus
de 42,8 milliards d’euros d’excédent (solde des recettes et dépenses
de fonctionnement), un niveau inédit, indique La Banque postale dans
sa note sur les finances locales
publiée mercredi.
Si les nuages accumulés durant
les années Hollande à cause de la
baisse des dotations de l’État aux
collectivités se sont dissipés, c’est
en partie parce que les élus locaux
ont su maîtriser leurs dépenses de
fonctionnement. Celles-ci devraient progresser de seulement
0,9 % cette année. C’est mieux,
même, que l’objectif de 1,2 % assigné aux collectivités par le gouvernement. « Cette faible croissance résulterait principalement de l’évolution contenue des frais de personnel
(+ 1 %) qui représentent 36 % des dépenses de fonctionnement », détaille
la Banque postale dans sa note.
Le gouvernement n’y est pas
pour rien. Le gel du point d’indice
depuis le printemps 2017 (élément
clé de la rémunération des agents),
le décalage d’un an du très coûteux
plan de revalorisation des carrières
(PPCR, Protocole parcours professionnels, carrières et rémunérations), la restauration en 2018 du
jour de carence, la suppression de
MARIE VISOT £@MarieVisot
Les communes, départements et
régions devront, aux côtés de
l’État et de la Sécurité sociale, participer à l’effort de redressement
des finances publiques. Pour cela,
l’exécutif a mis en place plusieurs
outils de pilotage.
dépenses
u Leurs
n’augmenteront
que de 1,2 % par an
A
LES
ASSOCIATIONS
D’ÉLUS
REMONTÉES
vement pas favorable et n’incite pas
les élus à changer de comportement »,
reconnaît Jean-René Cazeneuve,
président LaREM de la Délégation
aux collectivités territoriales de l’Assemblée nationale.
La colère des responsables nationaux tranche toutefois avec la situation des finances locales, qui n’a jamais été aussi bonne (lire ci-dessous).
Elle jure aussi avec le succès des
contrats de maîtrise des dépenses de
fonctionnement proposés par l’État
aux plus grandes collectivités.
Brocardé par les associations d’élus,
ce dispositif a séduit une majorité de
villes, départements et régions. Dont
Troyes, la municipalité dirigée par
François Baroin.
Le contrat financier que les élus
locaux ont passé avec l’État (voir
ci-dessus) vise à engager les grandes collectivités à réaliser 13 milliards d’économie sur leurs dépenses de fonctionnement d’ici à 2022.
L’État leur a proposé de s’engager
à limiter l’augmentation de cette
enveloppe à 1,2 % par an - avec
une variation possible du taux de
0,75 % à 1,65 % « pour tenir compte
des circonstances locales ». En
contrepartie, l’État assure la
stabilité des dotations aux collectivités durant le quinquennat, alors
qu’elles avaient baissé en
deuxième partie de l’ère Hollande.
Cette hausse des dépenses contenue à 1,2 % est un effort non négligeable. Car ce chiffre s’entend inflation comprise, ce qui veut dire
que les grandes collectivités devront, en valeur, diminuer leurs
devront se désendetter
u Elles
d’ici à la fin du quinquennat
Le gouvernement n’a aucun
moyen de forcer les communes,
départements et régions, mais il
espère bien que leurs excédents de
fonctionnement serviront davantage au désendettement qu’aux
dépenses d’investissement. Il a
quand même chiffré l’effort qu’il
attend : il veut que les collectivités
aient dégagé 0,8 point de PIB d’excédent budgétaire à l’horizon 2022
pour participer à l’assainissement
général du déficit public. Cela veut
dire qu’en 2022, il faudra que leur
excédent global atteigne 19,5 milliards d’euros. Si les collectivités
arrivaient à tenir le cap fixé pour
2022 et que se poursuivait l’amélioration du déficit de la Sécurité
sociale et de celui de l’État, cela
permettrait à la France de présenter à ses partenaires européens des
comptes globaux proches de
l’équilibre à la fin du quinquennat.
Depuis des années, les collectivités
locales représentent entre 8 % et
9 % de l’endettement de la France.
D’ici à 2022, ce chiffre devrait
retomber autour de 6 %.
000 postes
u 70
devront être supprimés sur
le quinquennat et le temps
de travail augmenté
L’objectif de réduction de postes
d’ici à 2022 est fixé par Bercy. Or,
l’emploi dans les collectivités territoriales est du seul ressort des
élus locaux. Là non plus, l’État ne
peut pas imposer des suppressions
de postes, comme il le fait dans les
lois de finances pour les missions
ministérielles.
Il a donc inscrit noir sur blanc ce
chiffre, mais a surtout mis la pression sous un angle différent, qui
permettra de baisser le nombre de
fonctionnaires : celui du temps de
travail. Il veut en effet pousser les
collectivités territoriales à allonger
la durée de travail annuelle de
leurs agents, pour la ramener à la
durée réglementaire.
Ainsi, le secrétaire d’État Olivier
Dussopt est entré en discussion au
printemps avec les élus locaux - à
leur demande - pour obliger les
collectivités à réexaminer les accords sur le temps de travail signés au début des années 2000
avec les syndicats. Dans de nombreuses collectivités, le temps de
travail légal - fixé à 1 607 heures
par an - n’est pas atteint. La
moyenne est à 1 584 heures, selon
le rapport de Philippe Laurent,
président du Conseil supérieur à la
fonction publique, publié il y a
deux ans. ■
respect
« deLe l’objectif
de 1,2 % de
progression
des dépenses
de fonctionnement ne
sera possible
que si
l’emploi local
diminue
»
LUC ALAIN VERVISCH,
DIRECTEUR DES
ÉTUDES DE LA BANQUE
POSTALE
COLLECTIVITÉS
LOCALES
»
nombreux contrats aidés… toutes
ces mesures ont modéré la progression de la masse salariale locale.
Parallèlement, les recettes fiscales ont bondi (+ 4,8 %). Non pas
que les élus aient eu la main lourde
sur les impôts locaux, au contraire.
Peu ont augmenté les taux de la taxe
d’habitation ou de la taxe foncière.
Leurs caisses se sont remplies grâce
à la bonne santé de l’économie et à
la revalorisation nationale de 1,2 %
des bases d’imposition des taxes
locales sur les ménages et les
entreprises.
Investissement dynamique
Recettes dynamiques et dépenses
maîtrisées ont donc permis aux collectivités de dégager, en 2018, une
épargne en hausse de 2,8 % par rapport à 2017. Les édiles s’en sont servis pour se désendetter et investir.
Ils devraient investir cette année
pour 54,2 milliards d’euros, un
montant en hausse de 7 % (après
+ 6,8 % en 2017).
2018 sera une bonne année, mais
les années qui viennent seront plus
délicates à gérer, prévient toutefois
Luc Alain Vervisch, directeur des
études de la Banque postale collectivités locales : « Le respect de l’objectif de 1,2 % de progression des
dépenses de fonctionnement ne sera
structurellement possible que si
l’emploi local diminue. » ■
G. G.
FRANÇOIS BOUCHON ETSÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO, CHRISTOPHE MORIN/CHRISTOPHE MORIN / IP3
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
plique Hervé Morin. Une critique
« classique », a balayé mercredi le
premier ministre.
L’exécutif a beau minimiser la
fronde, le contexte politique n’est
pas en sa faveur. « L’affaiblissement
relatif d’Emmanuel Macron ne va pas
arranger les choses, observe-t-on au
sein d’une grande association d’élus.
Tout le monde parie sur un échec de
Macron. » Une atmosphère dont a
bien conscience la majorité. « Le
contexte politique ne nous est effecti-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 20 septembre 2018
ÉCONOMIE
21
Avec sa loi sur le logement, le gouvernement
réforme en profondeur le secteur HLM
Mercredi, députés et sénateurs devaient s’accorder sur une version du texte qui doit être votée cet automne.
RÉFORME Le projet de loi Élan,
pour « Évolution du logement, de
l’aménagement et du numérique », a avancé de plusieurs cases mercredi. Réunis dans le cadre
d’une commission mixte paritaire,
députés et sénateurs devaient se
mettre d’accord sur une version
unique du texte. Par exemple, ils
devaient convenir que 20 % des
logements devraient être conçus
pour des handicapés et que le reste
devait être adaptable à cette population. Initialement, les sénateurs
en exigeaient 30 % et les députés
10 %.
Pour le gouvernement, cet accord constitue une bonne nouvelle : « Mon objectif est de promulguer cette loi dans les six
semaines », affirme au Figaro Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires (voir l’interview
ci-dessous). « Le texte sera entière-
ment applicable dans les douze
mois, le temps de sortir tous les décrets d’application », ajoute Mickael Nogal, député LaREM, coprésident du groupe d’études
logement à l’Assemblée nationale.
L’ambition du texte est très claire :
bâtir plus et moins cher en débloquant les verrous qui rendent la
construction de logements longue
et onéreuse. Mais aussi réformer le
logement social pour qu’il soit plus
efficace à moindre coût.
Il y a urgence : les uns après les
autres, les indicateurs du logement
basculent dans le rouge. Selon
l’indice des Notaires de France, les
prix de l’immobilier ont augmenté
depuis un an de 2,8 %. Au cours de
la même période, les permis de
construire de maisons individuelles et d’appartements ont baissé de
4,5 %. Pour inverser la tendance,
le gouvernement va faciliter la vie
+2,8 %
La hausse des prix
de l’immobilier sur un
an selon le dernier
indice des notaires
des promoteurs et des constructeurs immobiliers. Pêle-mêle, les
recours abusifs contre les permis
de construire seront plus sévèrement combattus, la chasse à l’empilement des normes dans la
construction est renforcée, la
transformation de bureaux en logement est encouragée…
Pas très audacieux
Mais les experts restent sur leur
faim. Parce que l’exécutif n’a pas
été très audacieux. Il a repris en les
sophistiquant des mesures déjà
mises en place par ses prédécesseurs sans grand succès. « Avec
cette réforme, le gouvernement n’a
agi sur aucun des leviers qui permettraient de baisser structurellement les prix du logement neuf, estime Alain Dinin, PDG du
promoteur immobilier Nexity. Par
exemple, il n’a pas baissé les taxes,
qui atteignent 30 % du prix d’un
appartement, ou il n’a pas plafonné
le prix de vente des terrains
constructibles. » De même, alors
qu’Emmanuel Macron semblait
hostile à l’encadrement des loyers
mis en place en 2014 par la loi Alur,
ce texte n’annule pas le dispositif,
le réservant aux grandes villes qui
souhaiteraient le tester.
En fait, c’est sur le terrain du logement social que ce texte constitue un vrai big-bang. Dans la loi
de finances 2018, l’exécutif avait
mis le secteur HLM au pain sec et à
l’eau avec une réduction de l’aide
personnalisée au logement (APL)
couplée à une baisse de loyers
équivalente de 800 millions en
2018 et 2019, s’élevant à 1,5 milliard en 2020. Il estimait que, si les
bailleurs sociaux étaient mieux
gérés, ils pourraient encaisser le
choc. Pour leur permettre de sur-
vivre à cette ponction, la loi Elan
avance des solutions : ainsi, les
bailleurs sociaux qui gèrent moins
de 12 000 logements sociaux devront fusionner pour réaliser des
économies d’échelle. Et la vente
de logements HLM à leurs locataires, génératrice de revenus,
sera favorisée.
« Cela ne résout pas le problème,
estime Marianne Louis, directrice
générale de l’USH (Union sociale
pour l’habitat), qui fédère les organismes HLM. Les prélèvements
sont immédiats, alors que ces dispositions mettront du temps à porter leurs fruits. Du coup, la programmation de construction de
nouveaux logements sociaux devrait reculer de 5 % cette année
après avoir baissé de 9 % en 2017. »
Les prochaines années diront si le
gouvernement a remporté son
pari. ■
J.-Y. G.
Mézard : « Nous sortons
de certains tabous et
de postures toutes faites »
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
Alors que le projet de loi logement
Élan devait être adopté mercredi en
commission mixte paritaire, le ministre de la Cohésion des territoires,
Jacques Mézard, précise l’ambition
de ce texte qui vise à construire plus
et moins cher pour faire baisser les
prix des logements. Ce projet intervient dans un contexte d’augmentation des prix de l’immobilier et de
ralentissement de la construction
de logements.
normal. D’autre part, 2019 est l’année qui précède les élections municipales, ce qui n’incite pas les maires à lancer des grands programmes
immobiliers.
Pourquoi n’avez-vous pas baissé
drastiquement en même temps
la fiscalité sur le logement et les
programmes d’incitation à l’achat
de logement tels que le « Pinel »
ou le prêt à taux zéro (PTZ) ?
Supprimer les droits de mutation qui
entrent dans la poche des collectivités locales serait compliqué : je ne
sais pas comment on pourrait remplacer cette recette fiscale. Quant à
LE FIGARO.- Quel est l’objectif
la TVA encaissée par l’État, je vois
mal comment revenir dessus. Par
de cette loi ?
ailleurs, concernant les dispositifs
Jacques MÉZARD.- Simplifier l’acte
d’incitation à l’achat de logements
de construction pour in fine
neufs (Pinel, PTZ…), on connaît mal
construire plus et moins cher. Nous
leur véritable
Supprimer les droits de mutation efficacité. Mais
nous avons proqui entrent dans la poche
longé le disposides collectivités locales serait
tif Pinel pour
compliqué : je ne sais pas comment quatre ans en le
supprimant en
on pourrait remplacer
zone B2. Quant
cette recette fiscale
au PTZ, nous
l’avons reconJACQUES MÉZARD, MINISTRE DE LA COHÉSION DES TERRITOIRES
duit pour quatre
ans en zone tendue et deux ans en
sortons de certains tabous et de poszone détendue. Le débat sur la protures toutes faites. Quelques exemlongation ou la modification de ces
ples : d’abord, nous avons dématédispositifs ne sera pas ouvert avant
rialisé les dossiers de dépôt de
2020.
permis de construire, ce qui permettra d’aller plus vite. Aujourd’hui, le temps d’instruction des
Pourquoi
dossiers en France prend presque
ne pas avoir supprimé
deux fois plus de temps qu’en Allel’encadrement des loyers alors
magne. Ce n’est pas normal. Par
que le gouvernement ne semble pas
ailleurs, nous avons accéléré le traifavorable à ce dispositif ?
tement par la justice des recours
Si on l’avait supprimé, on nous
contre les permis de construire. En
aurait accusés d’idéologie. Pour
France, 30 000 logements ne sont
l’instant, nous n’avons pas les
pas construits à cause de recours.
moyens de mesurer l’efficacité de
Nous nous sommes aussi attaqués à
cette mesure. Elle n’a fonctionné
l’inflation des normes de construcqu’à Paris pendant à peu près dixtion pour qu’il n’y en ait pas de nouhuit mois et à Lille six mois. Du
velles pendant le quinquennat hors
coup, les grandes agglomérations
mesures éventuelles de sécurité.
qui le souhaitent pourront tester ce
Enfin, les propriétaires de terrains
dispositif. Et dans cinq ans, nous
constructibles auront intérêt à les
tirerons les conclusions de cette
vendre grâce à des abattements
expérience.
d’impôt sur les plus-values alors
qu’auparavant ils faisaient une bonQue répondez-vous à Stéphane
ne affaire en les gardant longtemps.
Bern qui vous reproche de ne
plus tenir compte des avis des
Pensez-vous que cette loi
architectes des Bâtiments de France
permettra à court terme
pour construire toujours plus ?
Les architectes des Bâtiments de
de relancer la construction
France continueront à donner leur
de logements en France
avis. Simplement, dans deux cas
qui patine ces derniers mois ?
prévus par la loi, la lutte contre l’haToutes ces mesures doivent normabitat indigne et la couverture numélement permettre de fluidifier les
rique, il sera consultatif et ne s’imopérations de construction. Mainposera plus aux maires. Dire que les
tenant qu’un tel changement proélus locaux veulent massacrer les
voque de la surprise et de la retenue
centres-villes, c’est une appréciade la part des promoteurs immobition inexacte. Croyez-moi, dans les
liers et des bailleurs sociaux, c’est
«
»
Jacques Mézard,
ministre de la Cohésion
des territoires.
territoires, ce sont les élus locaux qui
ont préservé le patrimoine.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Pourquoi allez-vous sanctionner
les plateformes de locations
saisonnières comme Airbnb quand
elles ne respectent pas les règles ?
Parce que dans des villes comme Paris ou Nice, ce sont des dizaines de
milliers de logements qui sont retirés
de la location avec ce type de pratique. Du coup, les plateformes qui ne
jouent pas le jeu, qui ne respectent
pas la règle des 120 jours maximum
de location par an par exemple, nous
allons leur cogner dessus.
ont entièrement consommé les
750 millions d’euros de prêts de
haut de bilan débloqués par la Caisse des dépôts avec l’aide d’Action
Logement. L’objectif est qu’au final
les bailleurs sociaux puissent investir autant ou plus qu’avant.
Quand la réforme visant à verser
l’APL en fonction de ses revenus
actuels plutôt que les revenus
d’il y a deux ans sera mise en place ?
Elle interviendra au printemps. Il
est plus juste de verser de l’APL sur
les revenus actuels que sur ceux d’il
y a deux ans. En plus, cela va générer des éconoSi on avait supprimé
mies d’à peu
près un milliard
l’encadrement des loyers,
d’euros. Parce
on nous aurait accusés d’idéologie. que les revenus
actuels sont en
Pour l’instant, nous n’avons pas
moyenne plus
les moyens de mesurer
élevés que ceux
l’efficacité de cette mesure
d’il y a deux ans.
Sans compter
JACQUES MÉZARD, MINISTRE DE LA COHÉSION DES TERRITOIRES
qu’actuellement, il y a 600 millions d’indus très
Quelle est la logique de la
difficiles à récupérer pour l’État.
réorganisation du secteur HLM ?
Ce n’est pas simplement une mesure budgétaire même si je confirme
Avec votre loi, pensez-vous
que les loyers baissent de 800 milen finir avec les marchands
lions en 2018 et 2019 puis d’1,5 milde sommeil ?
liard en 2020. La question de la
En tout cas, aucun gouvernement
réorganisation du secteur se pose
n’était allé aussi loin jusqu’ici. Fisdepuis longtemps. Il y avait beaucalement, nous allons les traiter
coup d’organismes (plus de 700)
comme des trafiquants de drogue.
avec de grosses disparités : certains
Et quand ils seront condamnés,
ont une très bonne situation de tréleurs biens seront confisqués et ils
sorerie, d’autres une très mauvaise.
auront l’interdiction de racheter
En faisant des regroupements, le
d’autres appartements.
secteur devrait arriver à faire 6 %
d’économies. On laisse trois ans aux
Dans la prochaine loi de finances,
organismes HLM pour mener à bien
y aura-t-il des suppressions
ces regroupements. Si on n’y était
de poste dans votre ministère ?
pas allé un peu fort, le secteur
Oui, il y aura des suppressions de
aurait-il bougé ? Par ailleurs, les
postes. Le nombre n’est pas fixé. Ce
mesures prises pour permettre aux
sera de l’ordre de quelques centaibailleurs sociaux de passer le cap
nes. Je souhaite qu’on préserve au
commencent à porter leurs fruits.
maximum nos équipes dans les
Par exemple, les organismes HLM
territoires. ■
«
»
EN BREF
SÉCU : UN MILLIARD
D’ÉCONOMIES SUR LE
MÉDICAMENT EN 2019
£ Le gouvernement prévoit
de nouvelles baisses de prix
sur le médicament pour
réaliser « un milliard d’euros
d’économies » dans le budget
de la Sécurité sociale qui
sera présenté la semaine
prochaine, a indiqué mercredi
la ministre de la Santé,
Agnès Buzyn, sur RTL.
TESCO SE LANCE
DANS LE DISCOUNT
£ Le coleader de la
distribution alimentaire
outre-Manche ouvre ce jeudi
deux magasins discount,
sous une nouvelle enseigne
(Jack’s) pour répondre
à la concurrence croissante
des discounters allemands
Aldi et Lidl sur son marché.
LAIT : MLC CHIFFRE
SES DÉBOIRES
AVEC SYNUTRA
£ La coopérative des Maîtres
laitiers du Cotentin (MLC)
a provisionné 9,5 millions
d’euros sur l’exercice en
cours, en raison de la rupture
unilatérale de contrat cet
été par son important client,
le chinois Synutra.
+@
» Retraites : pourquoi
les Françaises s’inquiètent
plus que les autres
» L’achat d’une résidence
secondaire peut-il être rentable ?
www.lefigaro.fr/economie
A
PROPOS RECUEILLIS PAR
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
22
ÉCONOMIE
L’Afrique est le seul
continent à subir
une progression de
l’extrême pauvreté
413 millions de personnes, soit 41,1 % de la population,
y vivent avec moins de 1,9 dollar par jour.
JEAN-PIERRE ROBIN jprobin@lefigaro.fr
les
« 27Surpays
qui ont
le taux de
pauvreté
le plus élevé,
26 sont
en Afrique
»
UNE ÉTUDE DE LA BANQUE
MONDIALE
DÉVELOPPEMENT
La Banque
mondiale a publié mercredi de nouveaux chiffres sur « l’extrême pauvreté » dans le monde qui font froid
dans le dos. Selon la définition internationalement admise selon laquelle le seuil de pauvreté extrême
se situe à 1,9 dollar par jour,
736 millions de gens vivent en dessous de ce niveau. Soit 10 % de la
population mondiale, qui était de
7,36 milliards en 2015, l’année de
l’enquête (le retard de trois ans
s’explique par les difficultés à établir
des statistiques dans des pays dont
le système est souvent très fruste).
Si ces chiffres peuvent paraître
élevés, ils constituent pourtant une
victoire considérable. En 1990,
quand la population mondiale
s’établissait à 5,3 milliards, 1,9 milliard de gens vivaient alors dans
« l’extrême pauvreté », soit 35,9 %
de la population. Le progrès est
donc spectaculaire, et le président
du Groupe de la Banque mondiale,
Jim Yong Kim, a raison de s’en féliciter : « Sur les 25 dernières années,
plus d’un milliard de personnes sont
sorties de l’extrême pauvreté et le
taux actuel de pauvreté dans le monde n’a jamais été aussi bas dans
l’Histoire. » C’est une bonne nouvelle en effet.
Mais la médaille a son revers, et
elle est terrifiante. L’Afrique subsaharienne reste totalement à contrecourant de cette tendance. L’extrême pauvreté continue d’y faire des
ravages. Certes, au Moyen-Orient
aussi, mais le phénomène y est plus
récent, moins prononcé (voir graphique), et circonscrit à la guerre en
Syrie et au Yémen.
Le Nigeria talonne l’Inde
Les statistiques de la Banque mondiale dessinent un continent africain totalement déconnecté du
reste du monde avec un taux de
pauvreté de 41,1 % absolument
extravagant, quatre fois plus que la
moyenne mondiale. « Sur les 27
pays qui ont le taux le plus élevé, 26
sont en Afrique », souligne l’étude.
Du fait de son énorme population,
1,3 milliard, l’Inde demeure certes
le pays avec le nombre de « pauvres extrêmes » le plus fort dans
l’absolu (170 millions). Mais au
rythme où vont les choses et au vu
de sondages partiels effectués en
2018, le Nigeria, et ses 190 millions
d’habitants, risque de dépasser dès
cette année le subcontinent indien, prévoient les économistes
internationaux.
Car la situation ne paraît pas en
voie de s’améliorer bien au
contraire. Alors que l’ONU et la
Banque mondiale, créée en 1944
Situé au sud de Nairobi, au Kenya, Kibera est l'un des plus grands bidonvilles d’Afrique. Sa population, estimée
entre 500 000 et plus d’un million d’habitants, vit dans un dénuement extrême. L. MOSCIA/ARCHIVOLATINO-REA
736 millions de personnes en extrême pauvreté
En 2013
Millions de personnes vivant
avec moins d’1,9$ par jour
En 2015
405,1
413,3
Afrique
sub-saharienne
Asie
du Sud
Asie de l'Est,
Pacifique
Amérique latine,
Caraïbes
Moyen-Orient,
Afrique du Nord
En % de la
population
274,5
42,5 %
41,1 %
16,2 %
216,4
12,4 %
73,1
47,2
3,6 %
2,3 %
28
25,9
4,6 %
4,1 %
9,5
18,6
2,6 %
5%
Infographie
Source : Banque mondiale
pour canaliser l’aide multinationale au développement, se sont fixé
comme objectif « de mettre fin à
l’extrême pauvreté à l’horizon
2030 », cette ambition ne pourra
être réalisée stricto sensu ; l’Afrique
risque fort de la contrarier. Il faudra sans doute se contenter d’un
taux de 3 %. « En Afrique subsaharienne, même dans les hypothèses les
plus optimistes, le taux de pauvreté
extrême restera à deux chiffres (audessus de 10 %) », considèrent les
experts de la banque.
Les raisons de « l’exception africaine » sont à vrai dire parfaitement identifiées. L’absence de
contrôle des naissances fait que
« le recul de la mortalité infantile en
dessous de 5 ans s’est accompagné
d’un reflux relativement faible du
taux de fécondité ». Les progrès sa-
nitaires n’ont pas été suivis d’une
amélioration des conditions sociales et économiques. À quoi s’ajoutent les conflits ethniques, les catastrophes
écologiques,
la
corruption des gouvernements et
des élites si nocive pour le développement économique.
Le diagnostic dressé en 2018 est
mot pour mot celui de l’agronome
René Dumont, dans son livre au titre hélas prophétique paru en 1962,
au moment de la décolonisation :
L’Afrique noire est mal partie. Il y
dénonçait la corruption, les relations perverties avec l’Europe, le
choix d’un modèle de développement, notamment agricole, inadapté aux besoins de la population.
Qu’avons-nous fait depuis, si ce
n’est
remplacer
l’expression
« Afrique noire », que Dumont
n’avait pas peur d’utiliser, par la
technocratique « Afrique subsaharienne » ? Comme si la couleur noire était maudite, tout comme la négritude chère à Aimé Césaire et
Léopold Sédar Senghor.
À l’évidence, les Européens ont
de quoi se lamenter de ce que leur
dit la Banque mondiale. Nous sommes des humanistes qui ont tout intérêt à se soucier du sort de leurs
voisins. ■
L’Europe prend les devants pour réformer l’OMC
Les pistes avancées par la Commission pour sauver le multilatéralisme répondent aux critiques des États-Unis.
164
États
sont membres
de l’Organisation
mondiale du commerce
ANNE CHEYVIALLE
£@AnneCheyvialle
COMMERCE L’Europe veut faire
entendre sa voix pour réformer
l’Organisation mondiale du commerce (OMC). La Commission
soumettra ses premières pistes de
réflexion à ses partenaires, ce jeudi
à Genève, lors d’une réunion à
l’initiative du Canada. Cette réforme est jugée indispensable face
aux tensions commerciales, à l’escalade protectionniste des ÉtatsUnis et aux critiques récurrentes
de son président d’un système
multilatéral à bout de souffle.
Récusant les méthodes musclées
de Trump, le rapport de force et les
décisions unilatérales, l’Union
européenne n’en partage pas
moins son diagnostic sur certains
dysfonctionnements et distorsions,
notamment
d’origine
chinoise. « Le monde a changé, pas
l’OMC. Il est grand temps d’agir
pour permettre au système de relever les défis de l’économie mondiale
et de fonctionner à nouveau dans
l’intérêt de tous », a commenté la
commissaire au Commerce, Cecilia
Malmström. Tout en défendant le
système multilatéral qui a contribué « à la croissance rapide de
nombreuses économies ». « L’UE
doit assumer un rôle de premier
plan », a insisté la commissaire.
Réformer une institution basée
sur le consensus entre ses 164
membres n’est pas chose facile.
L’enlisement depuis des années du
cycle de Doha visant à libéraliser
les échanges en est la preuve. Trois
priorités liées aux fonctions clés de
l’OMC sont sur la table : mettre à
jour les règles du commerce international, renforcer son rôle de
surveillance et sauver l’organe de
règlement des différends (ORD),
reconnu pour son efficacité.
Dialogue constructif
Le temps presse, l’ORD qui arbitre
les litiges commerciaux est pris en
otage par les États-Unis qui bloquent depuis des mois le renouvellement de ses membres. Composée de sept juges, son instance
d’appel n’en aura plus que trois
d’ici à fin septembre. Un nombre
tout juste suffisant qui est déjà
source d’engorgement. La situation pourrait devenir très critique
fin 2019 avec un seul juge. Les
États-Unis accusent l’OMC de focaliser ses efforts sur le règlement
des différends, au détriment des
négociations. L’UE le reconnaît :
« Les règles internationales actuelles sont insuffisantes pour lutter
contre les subventions à l’origine
des distorsions du marché. » En ligne de mire, la Chine, ses entreprises d’État et ses transferts de
technologies. Ces sujets sont au
cœur du blocage actuel.
Pour sortir de l’impasse, l’UE
s’active sur plusieurs fronts. Elle
mène des discussions tripartites
avec les États-Unis et le Japon. Et
ce dans un climat plus serein depuis la rencontre en juillet entre
Jean-Claude Juncker, président de
la Commission, et Donald Trump
qui ont enterré la hache de guerre
commerciale. Une réunion à trois
est prévue la semaine prochaine.
Bruxelles dialogue en parallèle
avec Pékin. Le sommet UE-Chine
de juillet a mis sur pied un groupe
de travail, validé au plus haut niveau. « En soi, c’est une avancée.
Jusqu’ici les Chinois jouent le jeu et
se montrent constructifs », commente une source à la Commission. Autre initiative, le G20 a aussi reconnu vendredi dernier dans
une déclaration la nécessité de réformer l’OMC. ■
Tarkett remercie son nouveau patron et affole la Bourse
Le fabricant français des revêtements de sol souffre de la hausse du pétrole et accumule les mauvais chiffres.
A
ANNE BODESCOT abodescot@lefigaro.fr
Glen Morrison avait pris
ses nouvelles fonctions
il y a un an.
FRANCK JUERY/TARKETT
INDUSTRIE Les actionnaires de
Tarkett, la famille Deconinck,
s’impatientent. Le numéro trois
mondial des revêtements de sol
vient de remercier brutalement le
président du directoire, Glen Morrison, dans l’espoir de trouver un
nouveau patron qui puisse accélérer le développement du groupe.
En attendant, Fabrice Barthélemy,
jusque-là responsable de la division
Europe, Moyen-Orient, Afrique et
Amérique latine, assurera l’intérim.
Cette décision brouille un peu
plus l’image du groupe tricolore,
déjà écornée ces derniers mois par
des résultats financiers décevants
et une lourde amende de 165 millions d’euros infligée en 2017 par
l’Autorité de la concurrence pour
entente sur les prix avec ses
concurrents.
Malgré les efforts de Tarkett
pour déminer le terrain auprès des
analystes, ce changement de casting n’a pas plu du tout à la Bourse
de Paris, où le titre a plongé de
plus de 9 % mercredi matin, pour
terminer la journée sur un repli de
plus de 6 %. « Cette annonce a
semé le doute. Les investisseurs redoutent qu’elle ne précède des résultats décevants », indique Mehdi
Boudokhane,
analyste
Raymond James.
chez
Les marges ont fondu
Glen Morrison, qui avait dirigé
pendant deux ans la division Amérique du Nord, était arrivé aux
commandes voici un an, pour donner un nouveau souffle à l’entreprise. Il succédait à un PDG apprécié des investisseurs, Michel
Giannuzzi, qui, après dix ans à la
tête de cette entreprise familiale,
avait décidé de poursuivre sa carrière chez Verallia, le fabricant
d’emballages en verre.
Mais prendre la relève s’est révélé plus complexe qu’attendu.
Glen Morrison a dû faire face à la
sanction de l’Autorité de la
concurrence mais aussi à la hausse
des prix du pétrole, qui « pénalise
Tarkett, dont les produits sont en
grande partie dérivés du pétrole »,
souligne Félix Brunotte, analyste
chez AlphaValue.
Le temps de répercuter ce renchérissement des matières premières dans les prix de vente, les marges, affectées aussi par les
fluctuations de change, ont fondu.
« Par rapport à l’excédent brut
d’exploitation, la marge du groupe,
qui était de 12 % en 2016 et 11 % en
2017, est tombée à 8,8 % sur les six
premiers mois de 2018 », souligne
l’expert d’Alpha Value. Au premier
semestre 2018, le groupe tricolore a
même vu son chiffre d’affaires reculer de 3,4 %.
Il avait pourtant repris le chemin des acquisitions cet été, en
mettant la main sur l’américain
Lexmark Carpet Mills. Cette opération « positionnera Tarkett comme l’un des leaders de la moquette
pour le secteur de l’hôtellerie en
Amérique du Nord », déclarait
alors Glen Morrison. Mais « ce
n’était qu’une petite partie du programme d’achats envisagé par le
groupe, qui aimerait surtout se renforcer dans la céramique », remarque Mehdi Boudokhane. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 20 septembre 2018
ENTREPRISES
23
M&M’s réagit
au « come-back »
de son ancêtre Treets
Le droit
DES MARQUES
Renouvellement
tous les dix ans
Quand une marque
est déposée,
elle est protégée pour
dix ans. À ce terme,
elle redevient disponible,
sauf si le détenteur
renouvelle ses droits.
Obligation
d’exploitation
S’il n’utilise pas ou trop
peu la marque pendant
cinq ans, le détenteur
peut être attaqué par
un tiers pour « défaut
d’usage sérieux ».
Pas de concurrence
déloyale
Le propriétaire
d’une marque ne peut
parasiter une autre
en la copiant : couleur,
packaging, logo,
typographie.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
AGROALIMENTAIRE Treets vous
parle d’un temps que les moins de
40 ans ne peuvent pas connaître.
Disparue des rayons en 1986, cette
marque de billes de cacahuètes enrobées de chocolat a fait son grand
retour dans les stations-service et
kiosques de France cet été. Le
confiseur américain Mars, qui désirait unifier son portefeuille au niveau mondial, avait abandonné la
marque créée en 1955, utilisée surtout en France, pour la renommer
M&M’s, sans changer la recette.
Mars a fait de même avec Raider,
rebaptisé Twix.
Le géant américain a délibérément choisi de ne pas renouveler
ses droits sur la marque Treets, laissant à d’astucieux rivaux l’opportunité de s’engouffrer dans la brèche.
Ce qu’a fait l’allemand Katjes, maison mère de Lutti, en redéposant la
marque. Lutti relancera aussi Treets
dans les rayons des grandes surfaces
français. Son objectif : être présent
partout d’ici à six mois. Lutti, en
cours de rachat par Carambar & Co,
est peu disert sur ses objectifs. Mais
le plan de lancement est en place.
Katjes, qui a les droits sur Treets
jusqu’en 2027 voire 2028 selon les
pays, affirme s’être mis d’accord
avec Mars pour ne pas lui faire
concurrence frontalement sur ses
M&M’s. Il a fait passer du jaune à
l’orange ses paquets pour éviter
d’être accusé de concurrence déloyale. Chez Mars, on réfute tout
accord tacite ou formel avec Lutti.
« Dimension humour »
Avec Treets, Lutti veut s’installer
sur un marché français des bonbons
au chocolat supérieur à 300 millions
d’euros. Sa gamme de trois produits
(billes et coupes au beurre de cacahuète) n’atteint pas les quinze références de M&M’s (140 millions
d’euros de chiffre d’affaires en
France). Mais elle vise à déstabiliser
celle qui a pris son relais en 1986.
Pour cela, elle mise sur un position-
SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Mars avait abandonné la marque en 1986. Son rival
Lutti l’a astucieusement récupérée pour la relancer.
Critiqué pour l’utilisation de dioxyde de titane (E171) dans ses dragées, M&M’s a un concurrent sérieux
avec les billes de chocolat Treets, fabriquées avec des colorants d’origine naturelle.
nement naturel : chocolat équitable,
pas de couleur criarde, colorants
d’origine naturelle. L’argument vise
M&M’s, critiqué pour l’utilisation
de dioxyde de titane (E171) dans ses
billes. « Nous respectons strictement
la réglementation européenne, assure Lionel Trapet, directeur marketing de Mars chocolat France. Mais
la perception de nos consommateurs
est importante et nous supprimerons
cet ingrédient de tous nos produits
d’ici mi-2020. »
M&M’s, qui se présente comme le
leader mondial de la confiserie de
chocolat, affûte ses armes face au
« come-back » inattendu d’un ancêtre qu’il croyait disparu. La marque veut mettre les bouchées doubles en France, son second marché
de M&M’s dans le monde. « M&M’s
a sa propre image, différente de celle
de Treets, basée sur ses personnages
inimitables Rouge et Jaune, ses billes
colorées et sur une dimension humour
et partage. ajoute Lionel Trapet.
Nous voulons croître de 5 % par an
sur les cinq prochaines années (+ 3 %
en 2017). » La marque a été déclinée
du chocolat aux rayons glaces et
biscuits avec succès. En 2017, la glace à son effigie s’est classée en tête
des meilleures innovations toutes
catégories. Sur le biscuit, M&M’s
revendique être dans le top 5 avec
une seule référence.
M&M’s mise aussi sur les billes au
chocolat qui ont fait son succès. Il
détient les deux tiers de ce marché
en France, devant Maltesers, une
autre marque de Mars. Après le succès de la variété Crispy (cœur de riz
soufflé enrobé de chocolat), elle
lance une référence au caramel.
M&M’s veut garder le côté plaisir de
la confiserie, mais a sorti des formats plus petits, dans un contexte
défavorable aux produits sucrés.
« Si la marge de manœuvre dans le
chocolat est faible, nous avons beaucoup travaillé sur les graisses saturées, et pris l’engagement il y a dix
ans de ne plus communiquer auprès
des enfants de moins de 12 ans »,
conclut Lionel Trapet.
Si la menace Treets est circonscrite, encore faudrait-il ne pas revivre la même mésaventure avec le
retour de Raider. Chez Twix, on
croise les doigts… ■
Transformation douloureuse pour Castorama
Ses ventes chutent, amplifiant les doutes sur le plan de relance de Kingfisher, son propriétaire britannique.
Recul
des ventes
en France (224 magasins
Castorama et Brico
Dépôt) à périmètre
comparable au premier
semestre
DISTRIBUTION
Numéro deux
européen, le roi britannique du bricolage Kingfisher n’en finit pas de
vaciller sur son trône. Le groupe
(1 300 magasins dans 10 pays), propriétaire des enseignes Castorama,
Brico Dépôt (France), B&Q et
Screwfix (Royaume-Uni), a dévissé
de 5,7 % en Bourse de Londres mercredi après la publication de ses résultats semestriels. Le bénéfice net
entre février et juillet a chuté de
29,5 % sur un an, à 234 millions
d’euros, pour un chiffre d’affaires
de 6,7 milliards d’euros (- 1,1 % à
nombre de magasins constant).
De quoi raviver les doutes sur la
capacité du groupe à réussir son
plan de relance ; il est déjà à la mitemps de « One Kingfisher », lancé
en janvier 2016 par la directrice générale, la Française Véronique Laury. Il consiste à unifier les produits
des enseignes du groupe. 42 % de
l’offre est déjà unique (4 % en 2016).
Une mutation radicale, au pas de
charge : tous les achats ont été centralisés à Londres, une seule plateforme informatique en appui. Avec
la nouvelle plateforme e-commerce, les ventes en ligne ont été doublées en trois ans, à 6 % des ventes,
mais les dysfonctionnements sont
nombreux. Les économies ne permettent pas de gonfler les profits.
LES DÉCIDEURS
â ANDRÉ COISNE
Orange Bank
Le patron de la banque en ligne depuis 2016
s’en va, un an seulement après le développement des services sur mobile. En cause,
notamment, la réorganisation de l’équipe de
direction d’Orange Bank par le nouveau
responsable des activités de services financiers mobiles, Paul de Leusse, arrivé en mai
dernier.
â OLIVIER HEITZ
Bouygues Telecom
Entré dans le groupe en 1998, le quinquagénaire prend aujourd’hui la direction des
systèmes d’information à la suite d’Alain
Moustard, devenu directeur de la transformation de la filiale de Bouygues, Colas.
â NICOLAS GONÇALVES
Editis
Le groupe d’édition français se dote
d’un nouveau directeur industriel,
100 % maison. Entré dès 2003 dans le
groupe, par un stage dans la fonction
logistique, le centralien aura notamment la
responsabilité de l’ensemble des sites industriels d’Interforum.
Malgré les incertitudes brexitiennes
outre-Manche, ventes et bénéfices
y restent en hausse. Mais toutes les
filiales ne suivent pas.
Lourdeurs logistiques
En France (37 % de l’activité), le recul des ventes de Castorama (6 %)
n’est pas compensé par l’avancée
(+ 2,7%) de Brico Dépôt. Un hiatus
préoccupant sur un marché du bricolage stabilisé. « Il y a encore beaucoup à faire pour améliorer notre
performance » dans le pays, concède Véronique Laury. La patronne
espère que les efforts paieront au
second semestre en France et reste
certaine d’atteindre cette année ses
objectifs au niveau du groupe.
Kingfisher souffre des lourdeurs
dans sa logistique en rodage et des
couacs en gestion de stocks chez
Castorama. Sur le front des prix,
Brico Dépôt bénéficie de son positionnement « discount » et de la
politique d’offre unique, qui améliore la sienne. « Casto » semble en
pâtir, trop au-dessus du marché.
Son faible e-commerce pèse aussi.
Les autres pays restent à la traîne,
à part la Pologne. À force d’uniformisation centralisée, le risque est
que les assortiments s’adaptent
moins aux particularités locales,
très présentes en bricolage. Vu le
« peu de certitude que le redressement marche vraiment », selon Neil
Wilson, analyste de Markets.com,
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Micaela Le Divelec Lemmi au défi
du redressement chez Ferragamo
Une marque italienne
mythique, une maison
presque centenaire et un
avenir résolument familial : Micaela Le Divelec
Lemmi, l’ex-numéro deux de Gucci, a estimé
qu’épouser la cause de Salvatore Ferragamo
était pour elle une belle opportunité de carrière. D’autant que le président Ferrucio Ferragamo était prêt à lui laisser les pleins pouvoirs… C’est chose faite depuis le 1er août et
c’est en nouvelle patronne du groupe coté que
l’Italienne assistera ainsi samedi au défilé de
couture maison à Milan. Arrivée dès avril, elle
a eu le temps de s’imprégner des arcanes du
groupe et, le mois dernier, a ainsi pu prendre
avec aisance la parole devant les analystes, à
l’occasion de la publication des résultats.
Décevants, car au premier semestre ventes et
bénéfices ont continué de déraper… Pour elle
et le clan Ferragamo, il est urgent de rassurer
les investisseurs du groupe florentin, coté
depuis 2011 à la Bourse de Milan. « Il y a beaucoup de choses à faire », a lâché la manager de
tout juste 50 ans, affirmant avoir déjà « évalué
toutes les priorités sur lesquelles travailler ».
Micaela Le Divelec est une pointure du secteur
de la mode et du luxe, rompue aussi à la stratégie et à la finance. Formée à l’économie à
Florence, elle a d’abord forgé son expérience
comme auditeur, pendant six ans, chez EY
(ex-Ernst & Young) avant d’entrer chez Gucci
(Kering) en 1998. Elle y passera deux décennies, contribuant à la croissance de la griffe
des Pinault. Enchaînant les responsabilités,
elle en fut notamment la grande argentière
avant de devenir en 2015 vice-présidente et
chief consumer officer, coiffant tous les
réseaux de vente- retail, wholesale et digital.
Mais surprise, au lendemain d’une incroyable
année 2017 où les ventes de Gucci ont bondi de
42 %, le big boss décidait de séparer de sa
« wonder woman » pour s’appuyer sur une
structure plus « agile » d’un quatuor de dirigeants. L’occasion, donc, pour Micaela Le
Divelec de se lancer un nouveau défi.
Aujourd’hui, chez Ferragamo, au côté du
désormais chairman, la nouvelle pédégère
doit non seulement redonner des couleurs au
groupe, dont les performances détonnent
dans un secteur du luxe au firmament, mais
aussi apporter stabilité et confiance au sein de
cette maison au milliard de chiffre d’affaires et
aux 4 000 salariés. Après l’avertissement lancé en décembre, le précédent dirigeant, Eraldo Poletto, qui ne sera resté que dix-huit
mois, été remercié au début de l’année, et la
famille actionnaire a commencé à restructurer
le management. Micaela Le Divelec Lemmi
devra transformer l’essai.
C. B.
« sur fond de discussions d’activistes, l’activité française est certainement une de celles dont une cession
pourrait être envisagée ». En attendant, les têtes tombent : exit le responsable offre et approvisionnement groupe. Exit, avant lui, Marc
Tenart, DG de Castorama et Brico
Dépôt, au profit de Christian Mazauric, DG de B&Q, principale chaîne britannique de Kingfisher. Destinée aux amateurs, elle est en
forme, mais moins que Screwfix.
Un fournisseur de professionnels,
plombiers et autres artisans, que,
pour des raisons inverses deCastorama, Kingfisher pourrait,
selon des analystes, avoir intérêt à
céder. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â BERTRAND DUMONT
Trésor
Retour aux sources pour l’ancien de
HSBC jusqu’alors « dircab » adjoint de
Bruno Le Maire à l’Économie. À
45 ans, l’ancien conseiller de Christine
Lagarde, normalien, agrégé d’histoire, énarque
et Sciences Po, devient n° 2 du Trésor aux côtés
de la directrice générale Odile Renaud-Basso. Il
remplace Thomas Courbe, promu directeur général des entreprises et commissaire à l’information stratégique et à la sécurité économique.
â ALEXANDRE FALCK
But
Rachetée fin 2016 par l’autrichien Lutz associé
au fond CD&R, l’enseigne tricolore change de
patron à compter du 1er octobre. Frank Maassen
laissera son fauteuil à Alexandre Falck,
ex-Carrefour qui dirigeait le Groupement Les
Mousquetaires (Intermarché).
â VINCENT GARDES
Truffle Capital
À 45 ans, il rallie comme senior partner l’équipe
BioMedTech de la société d’investissement dirigée par le Dr Philippe Pouletty. Vincent Gardes
dirigeait la MedTech Vexim, rachetée par
Stryker Corporation en avril 2018.
A
- 2,4 %
ANNE-SOPHIE CATHALA £@Ascathala
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
24
TECH
Ciblage publicitaire :
Facebook accusé
de discrimination
Le réseau social permet de publier des offres
d’emploi qui excluent l’un des deux sexes.
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
«
TECHNOLOGIE « Vous prenez souvent le volant ? Vous pourriez vous
faire de l’argent, quand ça vous arrange. » Cette publicité, qui vise à
recruter des chauffeurs chez
Uber, s’est affichée sur la page
d’accueil de nombreux utilisateurs américains de Facebook.
Problème : elle était réservée aux
hommes. C’est la conclusion
d’une enquête menée par le média
américain ProPublica. Elle met en
lumière les pratiques de quinze
employeurs qui, aux États-Unis,
ont fait la promotion sur Facebook
d’annonces d’emploi, en demandant explicitement à ce qu’elles ne
soient affichées qu’aux utilisateurs d’un seul sexe. Dans la foulée, l’ACLU, l’Union américaine
pour les libertés civiles, a annoncé
qu’elle lançait une action collective contre Facebook devant la
Commission américaine de l’égalité des chances, l’organisme fé-
Vous ne
devez pas
utiliser les
options de
ciblage pour
discriminer,
harceler,
provoquer ou
dénigrer des
utilisateurs
ou pour vous
livrer à des
pratiques
publicitaires
abusives
»
RÈGLES PUBLICITAIRES
DE FACEBOOK
déral en charge du contrôle des
discriminations au travail. « Facebook n’autorise pas la discrimination, et nous avons renforcé nos
contrôles en la matière ces dernières années », a commenté le réseau social, qui va examiner la
plainte.
Sur Facebook, les annonceurs
peuvent choisir l’audience de
leurs publicités de différentes manières. Ils ont accès à des critères
de base, comme l’âge, le genre ou
la localisation des utilisateurs
qu’ils souhaitent toucher, et
d’autres un peu plus avancés, fondés sur leurs intérêts, leurs données démographiques, leurs comportements en ligne, etc. Ce
principe de ciblage est un classique de la publicité en ligne. Il a
aussi fait la richesse de Facebook.
Il pose néanmoins problème à
plusieurs égards. Déjà, peu de sites ont accès à autant de données
– y compris des informations très
sensibles – que le premier réseau
social au monde. Ensuite, ce sys-
Le principe du ciblage, qui a fait la fortune de Facebook, est un classique de la publicité en ligne.
tème n’est pas seulement utilisé
pour faire la promotion de produits à acheter, mais aussi pour
afficher des offres d’emploi ou de
logement à louer. Or, selon la loi
américaine, et dans beaucoup
d’autres pays, la discrimination
sur l’âge, le sexe ou l’origine pour
ce genre d’annonces est interdite.
Modèle remis en question
Ce n’est pas la première fois que le
modèle publicitaire de Facebook
est remis en question. ProPublica
s’est même fait une spécialité de
dénoncer ces pratiques de ciblage.
En 2016, le média avait découvert
qu’il était possible d’exclure les
personnes selon leur couleur de
peau sur des publicités pour des
logements ou des emplois publiés
sur Facebook. Le réseau social
avait rapidement annoncé l’interdiction des critères ethniques
(disponibles aux États-Unis), religieux et nationaux pour trois types d’annonces : le logement,
l’emploi et le crédit. Un an plus
tard, en 2017, ProPublica a dénoncé d’autres discriminations,
portant sur des offres d’emploi ciblant spécifiquement une certaine
catégorie d’âge. Facebook avait
répondu cette fois-ci que, selon
lui, « montrer une annonce à des
groupes d’âges différents n’est pas
en soi discriminatoire, et similaire
au fait de mettre des publicités dans
des magazines destinés à des lecteurs vieux ou jeunes ».
Facebook interdit officiellement aux annonceurs d’« utiliser
les options de ciblage pour discriminer, harceler, provoquer ou dénigrer des utilisateurs ou pour vous
livrer à des pratiques publicitaires
abusives. » Après la première enquête de ProPublica, le réseau so-
DADO RUVIC/REUTERS
cial avait annoncé un renforcement de son contrôle des
pratiques de ses annonceurs. Mais
l’application de ces règles est parfois absurde. Par exemple, sur Facebook, il est autorisé d’écrire sur
une publicité « Rencontrez des célibataires chrétiens ! », mais pas
« Êtes-vous
chrétien(ne) ? »,
considéré trop discriminatoire.
Cet été, Facebook a annoncé la
suppression prochaine de 5 000
catégories publicitaires pouvant
être utilisées à des fins discriminatoires. La liste de ces critères
n’a pas été publiée. On ignore par
ailleurs quand ces changements
seront appliqués. Par exemple, en
France, il est toujours possible de
cibler (ou d’exclure) des utilisateurs de Facebook selon leurs intérêts pour l’homosexualité, l’islam ou le mouvement afroaméricain des droits civiques. ■
Le roi des parkings Indigo se met à la voiture et au scooter
L’ex-Vinci Park, qui exploite déjà des vélos sans borne, va se lancer dans l’autopartage.
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
MOBILITÉ Qui raflera la mise sur le
marché en plein essor des mobilités
partagées (vélos, trottinettes, voitures en libre-service…) ? Uber qui
a racheté Jump, une société de vélos électriques en libre-service et a
pris une participation dans Lime,
l’opérateur de trottinettes présent à
Paris ? Le roi chinois du VTC, Didi,
qui propose aussi un système de
vélo-partage dans l’empire du Milieu ?
Plus connu pour ses parkings,
Indigo (ex-Vinci Park) va se jeter
dans la mêlée. «À partir de mai-juin
2019, affirme Serge Clemente, PDG
du groupe, nous serons en mesure
d’offrir toute la palette des services
(vélos, trottinettes, scooters et voitures en libre-service). Nous serons
les premiers à les proposer sur une
seule App, Indigo Weel. »
Autre originalité, tous ces véhicules seront alimentés par le même
4,2 %) croit en ses chances car il
dispose d’atouts. « À la différence
des Uber et autres Ofo, nous avons
tissé une relation de confiance avec
les villes, souligne Serge Clemente.
Et, avec nos parkings, nous avons
une base pour recharger les batteries, ce que n’ont pas les autres. »
Indigo ne part pas de zéro pour
mettre en place cette stratégie. Il
exploite déjà des services de vélos
en libre-service sans bornes dans
modèle de batterie. Une seule suffira pour charger vélos et trottinettes
électriques. Deux seront nécessaires pour les scooters. Et cinq pour
les voitures. Est-ce suffisant pour
se faire une place parmi les géants
qui lèvent des milliards de dollars
alors que le groupe tricolore a une
taille plus modeste ?
Indigo, qui a réalisé un chiffre
d’affaires de 467,5 millions d’euros
au premier semestre (en hausse de
Plus de 100 millions déjà investis dans Vélib’
Avec le redémarrage de Vélib’ à
Paris, le spectre de la résiliation
du contrat s’éloigne pour
Smovengo. Mais ce prestataire
paye au prix fort le déploiement
raté de son service au premier
semestre. « Pour rectifier le tir,
nous avons dépensé quelques
dizaines de millions d’euros non
prévus. En tout, nous avons
investi plus de 100 millions »,
affirme Serge Clemente, PDG
d’Indigo qui détient 35 % de
Smovengo. Pas de quoi
compromettre la rentabilité de
l’opérateur de vélos : « Nous
gagnerons de l’argent malgré
ces efforts financiers », estime
Serge Clemente. À condition
que le tribunal administratif de
Paris, saisi par JCDecaux,
confirme la légalité du contrat.
L’audience aura lieu
le 28 septembre.
J.-Y. G.
neuf villes (Bordeaux, Toulouse,
Saragosse…). D’ici à fin 2019, il
compte déployer son système
dans une cinquantaine d’agglomérations.
En octobre, il lancera aussi le
scooter en libre-service à Toulouse,
où il exploite déjà des bicyclettes.
Et il attaquera le marché de la trottinette partagée à la mi-2019. Mais,
le gros morceau du projet, c’est la
voiture. « Nous lancerons un service
de voitures en libre-service sans
bornes en mai ou en juin 2019, avance Serge Clemente. Ce sera dans une
ville où nous avons déjà des vélos. »
Donc ce « pilote » n’aura pas lieu à
Paris, où Indigo n’est pas présent.
Start-up chinoise
Cette voiture électrique de trois
places d’un coût compris entre
4 000 et 5 000 euros a été conçue
par la start-up chinoise Che He Jia.
Pour l’instant, elle est en cours
d’homologation auprès de l’administration française. Indigo la pré-
sentera fin octobre à Paris. Quant
aux batteries, elles seront fournies
par une PME française, Forsee (nos
éditions du 5 avril 2016).
Pour Indigo, le lancement d’une
application qui présentera toutes
sortes de moyens de transport est
un pari onéreux : chaque année, le
groupe y consacre 20 millions
d’euros par an. Du coup, en 2019, il
compte ouvrir le capital de sa division MDS (Mobility and Digital Solutions) qui gère ce projet.
Parallèlement, Indigo travaille
sur les façons de rentabiliser ce service. Notamment dans le domaine
du vélo où son service est opérationnel.
S’il
a
enregistré
700 000 courses à bicyclette depuis
son lancement, il déplore comme
tous ses concurrents un taux de
vandalisme de 30 %. « Avec une
nouvelle génération de vélos plus résistants, nous comptons abaisser ce
taux à 10 % », déclare Serge Clemente. Après la course à l’innovation commence celle aux profits. ■
LA SÉANCE DU MERCREDI 19 SEPTEMBRE
LE CAC
JOUR
%VAR.
ACCOR .............................................. 42,8
♣
AIR LIQUIDE ..................................
107,95
AIRBUS ..............................................106,36
ARCELORMITTAL SA ..................................
26,95
ATOS .............................................. 105,9
AXA .............................................. 22,795
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
52,96
BOUYGUES ..............................................
36,41
CAPGEMINI ..............................................
108,6
CARREFOUR ..............................................
16,825
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,69
DANONE ..............................................64,32
ENGIE .............................................. 12,17
ESSILOR INTL. ..................................122,2
HERMES INTL ..................................543
KERING ..............................................443
L'OREAL ..............................................199,85
LEGRAND ..............................................63,48
LVMH .............................................. 290,25
♣
MICHELIN ..............................................
104,65
+HAUTJOUR
-0,14 43,4
+1,17 108,3
+1,35 106,68
+3,93 27,135
+2,47 106,9
+1,74 22,89
+2,06 53,09
+0,58 36,41
-0,96 110
+1,42
16,905
+1,49
12,698
-0,86 64,89
-2,09
12,49
-0,08 122,45
-1,31 551,4
+0,39 445
-0,47 201,4
-0,44 63,94
+0,75 291,8
+0,92 104,9
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
42,46
106,6
104,58
26,21
103,15
22,44
51,95
36,04
108,3
16,52
12,462
64,25
12,075
121,1
541,6
439
199,25
63,3
286,5
103,6
0,366
0,193
0,098
0,213
0,531
0,33
0,45
0,208
0,255
0,631
0,3
0,248
0,33
0,222
0,065
0,175
0,072
0,198
0,083
0,246
-0,47
+2,76
+28,14
-0,61
-12,73
-7,84
-14,92
-15,93
+9,82
-6,74
-8,04
-8,05
-15,1
+6,31
+21,68
+21,27
+8,06
-1,11
+18,28
-12,46
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................13,585 -0,62
PERNOD RICARD ..................................
133,55 -0,6
PEUGEOT ..............................................
25,14 +3,08
♣ 51,1
PUBLICIS GROUPE SA .............................
-0,12
RENAULT ..............................................
76,91 +2,36
SAFRAN ..............................................119,55 +1,61
SAINT GOBAIN ..................................37,125 +0,98
SANOFI ..............................................75,12 +0,29
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
69,18 +0,73
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
37,16 +2,2
SODEXO ..............................................92,16 -0,13
SOLVAY ..............................................
116,5
+2,19
STMICROELECTRONICS .............................
15,695 +0,32
TECHNIPFMC ..................................26,52 +0,3
TOTAL .............................................. 54,05 +0,13
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
175,66 -0,19
VALEO .............................................. 39,27 +4,28
VEOLIA ENVIRON. ..................................
17,225 -1,46
♣
VINCI .............................................. 80,82 -1,2
VIVENDI ..............................................21,9
+0,27
+HAUTJOUR +BAS JOUR
13,705
134,95
25,14
51,34
77,49
119,9
37,24
75,37
69,22
37,16
92,46
116,75
15,955
26,79
54,22
177,12
39,55
17,525
81,8
21,92
13,55
133,25
24,36
50,86
75,09
117,95
36,55
74,5
68,54
36,365
91,98
113,9
15,55
26,41
53,75
174,84
37,6
17,185
80,8
21,73
%CAP.ECH
0,193
0,199
0,359
0,238
0,486
0,194
0,398
0,135
0,231
0,755
0,125
0,275
0,212
0
0,2
0,295
2,093
0,371
0,165
0,177
A
L’ACTION TRIGANO DÉVISSE À LA BOURSE DE PARIS
L’action Trigano a perdu 8,96 %, à
115,90 euros, mercredi, ce qui place le titre
du fabricant français de camping-cars en
tête des plus fortes baisses de l’indice parisien SBF 120. Cette chute s’explique par
la publication d’une note du courtier Kepler Cheuvreux qui juge la valorisation du
groupe français élevée au vu de celle retenue pour le rachat de l’allemand Erwin
Hymer Group par l’américain Thor Industries. Ce dernier a en effet annoncé mardi
le rachat de son concurrent allemand, sur
la base d’une valorisation de 2,1 milliards
d’euros, dette comprise. Cet accord porte
la valeur d’entreprise d’Erwin Hymer
Group à 8,9 fois l’excédent brut d’exploitation à un niveau nettement inférieur à
un ratio de valorisation pour Trigano pro-
31/12
-6,15
+1,21
+48,27
-9,8
-8,34
+39,16
-19,26
+4,55
-2,37
-13,68
-17,75
+0,52
-13,79
+2,59
+17,39
-36,94
-19,04
-5,09
-2,32
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,6109
1,5136
0,8881
9,1515
130,94
1,1304
1,1667
3,236
11,103
7,3236
20,95
7,9983
84,4515
137,5828
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
32810
33000
-5,58
NAPOLEON ..................................................... 198,8
195,2
-3,91
PIECE 10 DOL USA .....................................................
570
551
-3,06
PIECE 10 FLORINS .....................................................
205
205
-3,67
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1130
1130
-3,25
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
195
195
-4,41
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
295
295
-3,28
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1245,75
1246,5
-4,9
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
109,9
109,9
+0,09
PIECE SUISSE 20F .....................................................
191
195
-5,77
PIECE LATINE 20F .....................................................
194
194
-4,39
SOUVERAIN ..................................................... 245
252,6
-6,02
KRUGERRAND .....................................................1097,5
1097,5
-1,9
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
281,30 17/09/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
48,16 17/09/18
BELLATRIX C ................................................
331,63 17/09/18
SIRIUS ................................................55,19 17/09/18
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rlaskine@lefigaro.fr
che de 9,5 fois. La comparaison de la valeur d’entreprise sur le chiffre d’affaires
fait également apparaître une surcote du
français par rapport au concurrent allemand. Les analystes de Kepler Cheuvreux restent à l’achat sur la valeur mais
avec un objectif de cours abaissé à
180 euros contre 182 euros. Ils ont en
outre revu à la baisse l’objectif de chiffre
d’affaires du quatrième trimestriel de Trigano à fin août, qui sera publié le 26 septembre. Celui-ci est désormais attendu
en hausse de 4 % à périmètre comparable,
contre 12 % précédemment.
Ces révisions d’objectifs tombent mal
pour le groupe français. Le titre s’était
déjà effondré de 10 % en une seule séance
début juillet après la publication d’un chif-
fre d’affaires du troisième trimestre (clos
fin mai) plutôt décevant. À structure
constante, c’est-à-dire sans l’intégration
du fabricant slovène de caravane Adria acquis en septembre 2017, le chiffre d’affaires du groupe français était ressorti en
baisse de 1,2 % à un niveau très inférieur
aux attentes des analystes. Depuis le
1er janvier, le titre abandonne plus de 21 %. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 20 septembre 2018
MÉDIAS et PUBLICITÉ
25
La presse française s’unit pour défendre le pluralisme
Les syndicats de la presse nationale, régionale et locale créent l’Alliance de la presse d’information générale.
PRESSE Le mouvement est historique : pour la première fois,
tous les représentants de la presse
française d’information générale
ont décidé d’unir leurs forces.
Mercredi soir, les trois syndicats
de la presse quotidienne nationale
(SPQN), régionale (SPQR) et départementale (SPQD), ainsi que le
Syndicat de la presse hebdomadaire régionale (SPHR) ont officialisé la création d’une structure
commune : l’Alliance de la presse
d’information générale, à laquelle
sont associés l’Agence FrancePresse (AFP), les journaux gratuits
d’information et les « newsmagazines ».
Forte de plus de 300 journaux
adhérents qui emploient environ
10 000 journalistes et réalisent
plus de 3 milliards d’euros de
chiffre d’affaires, la nouvelle Alliance constitue « un ensemble fort
et cohérent, acteur majeur du débat
démocratique et du pluralisme des
expressions ». Pluralité des tailles,
des lectorats et des implantations
géographiques sur tout le territoire national. Pluralisme aussi des
idées. Le regroupement de tous
les éditeurs de presse d’information marque une étape majeure
dans la vaste recomposition en
cours dans l’univers de la presse
et plus largement des médias.
Renforcée par le combat mené
et gagné au Parlement européen
pour l’instauration d’un droit voisin opposable aux plateformes digitales utilisatrices des contenus
de presse, cette alliance inédite
et tendances de fond de la commune au monde avec fiabilité, objectivité et exhaustivité ».
Bataille des droits voisins
Jean-Michel Baylet,
président du SPQR,
PDG du groupe
La Dépêche (à gauche),
et Marc Feuillée,
président du SPQN,
directeur général
du groupe Figaro.
PHOTOS LE FIGARO
unit des acteurs fondamentaux de
la vitalité démocratique. Tous
s’inscrivent dans une même démarche : « apporter à leurs lecteurs une information de qualité,
s’adresser au plus grand nombre,
relater et commenter événements
L’Alliance a vocation à devenir
l’« interlocuteur
incontournable
des pouvoirs publics » et à gagner
en cohérence et en force pour peser dans les débats en cours, « à
commencer par la bataille sur les
droits voisins », souligne Louis
Dreyfus, président du directoire
du groupe Le Monde, qui estime
que « cette bataille sera un vrai
test pour sonder la résistance de la
presse face au lobbying des Gafa,
qui sont en train de s’organiser
pour limiter l’impact de la directive » adoptée la semaine dernière.
Autres sujets cruciaux actuelle-
ment sur la table : la nécessaire
transformation du système de
distribution des journaux et,
d’une façon générale, toutes les
évolutions législatives et réglementaires européennes et nationales rendues indispensables par
les changements d’usages.
Tous les patrons de la presse
d’information sont administrateurs de l’Alliance, avec à sa tête
alternativement un représentant
de la presse nationale et un représentant de la presse locale. JeanMichel Baylet, président du SPQR
et PDG du groupe La Dépêche, a
été élu président de l’Alliance
pour un mandat de deux ans, et
Marc Feuillée, président du SPQN
et directeur général du groupe Figaro, vice-président. ■
A. D.
Après le bug, SFR tente d’apaiser la grogne
avec une offre 100 % foot à moins de 40 euros
Seul opérateur télécoms à proposer tout le foot, la filiale d’Altice doit maximiser les abonnements.
CAROLINE SALLÉ£@carolinesalle
ET ELSA BEMBARON£@elsabembaron
TÉLÉVISION Opération déminage.
Après le plantage mardi soir de
l’application RMC Sport lors de la
diffusion du match événement Liverpool-PSG en Ligue des champions, Altice est allé à Canossa.
Communiqué penaud, longues explications dans les matinales des
radios, tweets d’excuses et geste
commercial avec la promesse d’un
remboursement du premier mois
d’abonnement… Les dirigeants de
la maison mère de l’opérateur SFR
et de la chaîne RMC Sport ont
mouillé le maillot pour tenter
d’apaiser la grogne des abonnés.
« Nous devons nous faire pardonner », a reconnu le DG d’Altice Europe, Alain Weill.
Dans la journée, le dirigeant a
même annoncé sur RTL une nouvelle offre à destination des fans de
football incluant Canal +, beIN
Sports et RMC Sport pour moins de
40 euros. Manière habile de répondre aux critiques virulentes des
consommateurs obligés d’empiler
les abonnements et de payer plus
cher pour continuer à regarder
toutes les compétitions de foot.
Façon également adroite de replacer SFR au centre du jeu
footballistique.
Actuellement, il faut débourser
au bas mot 35 euros pour accéder à
la Ligue 1 sur Canal + et beIN Sports
(à condition de s’engager sur
24 mois), auxquels il faut ajouter
entre 9 et 19 euros pour visionner la
Ligue des champions, l’Europa
League et la Premier League sur
RMC Sport. Soit un total compris
entre 44 et 54 euros. Demain, le
nouveau forfait de SFR fera tomber
l’addition à moins de 40 euros… Il
sera toutefois monothématique,
quand l’offre de Canal + comprend
en plus du cinéma et des séries.
« Dans l’univers des télécoms, SFR
sera le seul opérateur à diffuser tout
le foot », fait observer Alain Weill.
Un argument de poids. « SFR va
pouvoir tester sa capacité à séduire
les abonnés des opérateurs concurrents. Si l’effet escompté n’est pas à
la hauteur, il devra trouver des accords de distribution plus larges pour
rentabiliser son investissement de
370 millions d’euros par saison », estime Philippe Bailly, le président de
NPA Conseil.
Montée en charge
Encore faut-il être irréprochable
techniquement. Mardi soir, SFR a
sous-estimé l’engouement des aficionados. Plus de 200 000 ont tenté
de s’abonner dans la journée,
s’ajoutant à ceux qui voulaient regarder RMC Sport via l’application
dédiée. Cette dernière n’a pas tenu.
« Une erreur de débutant. SFR ne
s’est pas laissé la possibilité de monter en charge », tranche Julien Coulon, fondateur de Cedexis. « 80 %
de nos abonnés n’ont pas eu de soucis », martèle Alain Weill, faisant
allusion aux détenteurs de box SFR
qui ont pu tranquillement regarder
le match. Mardi soir, le cauchemar
Les ratés
de l’application
RMC Sport ont privé,
mardi, de nombreux
abonnés SFR
du match événement
Liverpool-PSG.
ICON SPORT/SPI
+
» Lire aussi
PAGE 10
était sur Internet. Ce type de
contrariétés techniques n’a rien
d’exceptionnel. Amazon a connu
des déboires quasi similaires au
Royaume-Uni, où il avait acquis les
droits de l’US Open de tennis. « En
août, Amazon a été vertement critiqué par les téléspectateurs en raison
de problèmes techniques doublés
d’une qualité d’image médiocre »,
rappelle un acteur du secteur des
médias.
Certains estiment toutefois que le
bug de RMC Sport était évitable.
Dans la mesure où SFR a signé in
extremis avec Canal +, et faute
d’accord avec les autres opérateurs
pour distribuer RMC Sport, le groupe pouvait s’attendre à un afflux de
clients pour son offre de streaming
en OTT, c’est-à-dire accessible via
Internet. SFR se sait désormais attendu au tournant pour la diffusion
de ses prochains matchs.
Pour la concurrence, cette soirée
mouvementée a en tout cas créé un
effet d’aubaine. La chaîne L’Équipe, qui ne dispose pas des droits de
retransmission des grandes compétitions de foot, a réalisé de belles
audiences. Sa « Grande Soirée »,
émission durant laquelle des experts du ballon rond sont filmés en
train de commenter un match en
direct, a rassemblé en moyenne
350 000 téléspectateurs, quasiment
le double des scores habituels. Un
pic à 700 000 personnes a même été
enregistré. Tandis que les commentaires en live du site ont généré
1,4 million de visiteurs uniques. Un
record, assure L’Équipe. ■
« Madame Figaro » rejoint l’univers des podcasts
Il nous
« importe
d’explorer
des
territoires
nouveaux
pour
raconter les
mouvements
de société
qui touchent
les
femmes
»
JEAN-SÉBASTIEN
STEHLI,
DIRECTEUR ADJOINT
DE LA RÉDACTION
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
PODCAST Le groupe Figaro prend
pied dans l’univers du podcast. À
partir de jeudi, son hebdomadaire
Madame Figaro publie deux émissions audio qui seront distribuées
sur les principales plateformes
d’écoute (Apple Podcast, Soundcloud, Deezer, Spotify, YouTube…) ainsi que sur son site. Chaque
émission, composée de dix épisodes, sera mise en ligne un jeudi sur
deux.
Les podcasteurs pourront découvrir « Happiness Therapy »,
une émission autour du bien-être
menée par Marion Louis, rédactrice en chef adjointe de l’hebdomadaire. Ce reportage sonore d’une
vingtaine de minutes tend le micro à des personnalités et à des experts, et évoque la marche en vil-
le, l’âge ressenti, les animaux qui
apaisent, ou comment bien dormir à deux. Des sujets qui peuvent
paraître légers mais qui abordent
le besoin des femmes surmenées
de se ressourcer. De l’autre, « Désirs », une conversation intime
entre Dalila Kerchouche, grande
reporter au Madame Figaro, et une
personnalité engagée. « On sait
que l’on va surprendre avec un podcast autour de la sexualité féminine et de l’empowerment, souligne
Jean-Sébastien Stehli, directeur
adjoint de la rédaction. Mais c’est
la force du Madame d’être là où on
ne l’attend pas. »
Encore peu de rédactions de
presse écrite en France ont fait le
grand saut vers le podcast : Les
Échos, L’Équipe, Grazia… Depuis
cet été, l’éditorial du Figaro est
disponible en audio, lu par son
auteur. Du côté du Madame, cela
fait plus d’un an que l’on étudie ce
marché. « Sous l’impulsion de sa
directrice, Anne-Florence Schmitt,
le Madame est devenu une marque
à part entière. Il nous importe d’explorer des territoires nouveaux
pour raconter les mouvements de
société qui touchent les femmes »,
poursuit Jean-Sébastien Stehli.
« Mais jusqu’à peu il n’y avait pas
vraiment de marché structuré pour
le podcast », rebondit Katia Sanerot, éditrice déléguée.
Les annonceurs présents
Tout a changé avec l’arrivée d’hébergeurs comme Pippa, l’ouverture de Deezer et Spotify aux podcasts, la création de régies
publicitaires dédiées ainsi que de
premiers outils de mesure
d’audience, et l’appétit croissant
des annonceurs. « Les podcasts
permettent de créer des émissions
pour des niches d’auditeurs qui sont
en retour extrêmement engagés. Et
il se trouve parmi eux de très nombreuses femmes CSP + », poursuit
Katia Sanerot. « Désirs » et « Happiness Therapy » sont ainsi sponsorisés respectivement par Yves
Saint Laurent Beauté et Lancôme.
Un message de l’annonceur sera
placé en début d’émission.
« Le taux d’écoute des podcasts
dépasse les 80 %, mais, pour atteindre de tels chiffres, il faut une
réalisation et un son de haute qualité », souligne Katia Sanerot. Pour
accompagner Madame Figaro
dans ce média encore inconnu, la
rédaction a donc fait appel à Louie
Média. Lancée en début d’année
par Charlotte Pudlowski et Mélissa Bounoua, cette société crée des
podcasts en propre (« Entre »,
« Plan Culinaire »), pour des médias (« Transferts » pour Slate) ou
pour des marques (« Regards »
pour Birchbox). « Elles nous ont été
très précieuses, que ce soit pour la
qualité de la prise de son, l’identité
sonore ou l’écriture. Elles ont aussi
une exigence journalistique très
forte », indique Jean-Sébastien
Stehli. Les podcasts sont à dessein
incarnés par des signatures du
Madame, et tournés dans les studios du Figaro.
Ces deux émissions ne sont
qu’un début. Madame Figaro songe à un podcast autour des entrepreneuses, qui pourrait s’inscrire
dans le cadre de son programme
Business with Attitude. « Nous réfléchissons aussi à des programmes
autour de la culture, du livre, de la
mode, de la création… », ajoute le
directeur adjoint de la rédaction.
« Si les lectrices adhèrent, nous
poursuivrons dans cette voie », rebondit Katia Sanerot. ■
A
Le magazine du groupe Figaro lance deux programmes audio en partenariat avec Louie Média.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
1ère MARQUE MÉDIA
Source : ACPM ONE GLOBAL 2018 V3 – BRAND 30 JOURS LE FIGARO
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jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 049 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
JOAILLERIE
BULGARI EXPOSE
PLUS DE CINQ CENTS PIÈCES
D’EXCEPTION AU MUSÉE
DU KREMLIN, À MOSCOU PAGE 31
AUTOMOBILE
FERRARI PRÉSENTE
LA MONZA ET ANNONCE
UN SUV HYBRIDE
PAGE 32
Jean Piat
Le théâtre à la patte
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Sacha Guitry était son
maître, Figaro son héros
et Cyrano son rôle fétiche.
L’acteur qui a eu l’une
des plus longues carrières
du théâtre français s’est
éteint à 93 ans. PAGES 28 ET 29
Jean Piat chez lui,
à Paris, le 15 janvier 2016.
Jakuchu, une force
de la nature
ARTS À Paris, le Petit Palais déroule les
peintures sur soie de ce génie atypique du
XVIIIe siècle, vénéré comme un dieu au Japon.
Éric Biétry-Rivierre
ebietryrivierre@lefigaro.fr
n bébé poulpe voyage accroché à l’un des tentacules de sa mère. Dans les
fonds marins d’Ito Jakuchu (1716-1800), grand
peintre sur soie dont trente rouleaux
sont exceptionnellement sortis du Japon pour un mois seulement au Petit
Palais de Paris, on remarque d’amusants poissons cyclopes ou clowns.
Les carpes sacrées, elles, se meuvent
en banc. Elles font pendant aux
oiseaux qui volent en escadrille.
Sous une neige tombant en dripping, un canard pêcheur effectue un
acrobatique piqué. Sur terre, on
comptera vainement les coquillages
ou les insectes. Ces fines et fraîches
peintures n’ont rien à envier aux
planches encyclopédiques des Lumières. Y zigzaguent des volatiles aux
plumes magnifiques, parfois saupoudrées d’or. Saillent les crêtes écarlates
de coqs aussi terribles que Godzilla …
L’âme shintoïste se reconnaît immédiatement dans l’œuvre de celui
qui ne relevait d’aucune école et qui,
pour sa liberté, demeure une star vénérée ; chaque exposition déclenchant
dans l’archipel une émeute. Car, pardelà sa virtuosité et son talent d’observateur, Jakuchu témoigne d’une
U
ANTONIO BARRELLA ; FERRARI
exceptionnelle empathie avec la nature. Tout y est merveille.
Il faut d’ailleurs chercher la petite
bête dans cette série sur les saisons et
les animaux, exécutée pour un temple
kyotoïte. Chaque rouleau fonctionne
à la manière des natures mortes nordiques du XVIIe siècle : ce sont des vanités. Un détail, souvent minuscule,
rappelle l’éphémère de toute vie et
l’inanité profonde de toute action.
Même les plus beaux coqs ou les plus
forts, même le grand phénix au blanc
impérial, ils ont toujours une plume
abîmée quelque part.
Non loin, une armée des grenouilles
surveillant sa myriade de têtards
n’impressionne guère le bousier ingénieusement caparaçonné ou l’industrieuse araignée… Fruit de longues
années de croisements, le moineau du
Japon redevient sauvage au XVIIIe siècle. Jakuchu s’en amuse pareillement,
saluant son espièglerie et son intelligence. Il le figure fondant en rangs
serrés sur des fruits que l’homme, jadis, lui interdisait.
Ainsi le monde n’est pas que
conventions immuables et pruniers
en fleurs, constate l’artiste. L’hiver
cotonneux ou l’automne rouge des
érables sont aussi délectables. Savoure chaque instant, conseille en somme
cet épicurien du Soleil-Levant.
Petit Palais (Paris VIIIe), jusqu’au
14 octobre. Catalogue Paris Musées,
144 p., 29,90 €. Tél. : 01 53 43 40 00.
www.petitpalais.paris.fr
A
MORCEAU CHOISI
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
28
L'ÉVÉNEMENT
Jean Piat
Le panache
et l’élégance
DISPARITION Sociétaire honoraire
de la Comédie-Française, il était l’interprète
magistral de Cyrano, de Figaro ou
de Robert d’Artois dans « Les Rois maudits ».
Il s’est éteint mardi à 93 ans.
PAR ARMELLE HÉLIOT aheliot@lefigaro.fr
J
e le revois, dit Éric Ruf, administrateur général de la
Comédie-Française. Je le revois ce jour où nous tournions
le film qui accompagnait la
mise en scène, par Denis Podalydès, de Cyrano de Bergerac. Nous avions réuni les Cyrano qui précédaient et les sociétaires
honoraires. Les caméras étaient installées au balcon, et, pour rejoindre l’espace du tournage, nous avons traversé le
plateau. Il a été saisi. Il a été comme sidéré. J’ai compris que des années de
souvenirs l’enveloppaient soudain et
qu’il était bouleversé, beaucoup plus
bouleversé, sans doute, qu’il n’avait pu
l’imaginer. »
Il avait pourtant quitté la maison depuis bien des années, Jean Piat. Mais il
était toujours un enfant de la troupe,
un enfant de Molière, un pensionnaire
devenu sociétaire, un sociétaire honoraire dont une grande partie de la vie,
une grande partie de la carrière palpitaient encore là, sur le plateau de la
Salle Richelieu, où il avait connu tant
de triomphes.
Jean Piat aurait eu 94 ans dimanche
23 septembre. Jusqu’à ses derniers
jours, il sera demeuré l’homme solaire
et humble qui prenait la vie avec
l’émerveillement et la lucidité d’un
honnête homme. Pudique face à la
douleur, courageux face à l’inéluctable. Il ne craignait pas de l’avouer : depuis plusieurs années, son corps le faisait souffrir. Il avait du mal à marcher,
la station debout était difficile. Mais la
A
On n’a nulle idée,
aujourd’hui, de la notoriété
de Jean Piat des années
1950 aux années 1970.
Si l’on est encore
à l’époque des « emplois »,
sa palette est si large
qu’il fait craquer
le carcan
tête ne le lâchait pas ! « Sur scène on
peut échapper à la réalité de l’âge », disait-il, et on l’avait encore applaudi il
y a un peu plus d’un an dans Love Letters de A. R. Gurney au côté de Mylène
Demongeot. C’est Stéphanie Fagadau
qui les avait réunis, et ils étaient subtils
et touchants, rayonnants face à un public bouleversé et admiratif.
Avec humour, Jean Piat avait publié
quelque temps auparavant ce qui demeurera comme son dernier livre, Et…
vous jouez encore ! Son ami François
d’Orcival menait ce bel entretien découpé, comme il se doit pour un comédien, en actes ! C’est un ouvrage fraternel et enlevé, une autobiographie
déliée, riche d’anecdotes amusantes,
un livre de sagesse, aussi.
La question de la longévité, Jean Piat
se la posait avec humour depuis quelque temps. En 2010, Françoise Dorin,
la seconde femme de sa vie, après
Françoise Engel, comédienne et professeur d’art dramatique, maman de
ses deux filles, Dominique et Martine,
l’acide et drôle Françoise Dorin avait
écrit pour lui Vous avez quel âge ? Il
l’avait joué sous la direction de Stéphane Hillel, et c’était déjà à la Comédie des Champs-Élysées. Ensuite
étaient venus deux autres spectacles,
Ensemble et séparément, toujours de
Françoise Dorin, et Pièces d’identité,
texte et jeu de Jean Piat, deux mises en
scène du fidèle Stéphane Hillel qui
l’aura souvent accompagné pendant
plus de vingt ans.
Le public n’avait jamais lâché son
cher jeune premier… Il n’avait rien
perdu de son charme, de son regard
bleu étincelant, de son intelligence.
Jean Piat, c’est l’une des plus belles et
longues carrières du théâtre français.
Il aimait les dates. Il n’avait pas peur
de compter. Le 2 janvier 2018, on en
était à soixante-quatorze ans de métier ! Dans la première pièce qu’il avait
jouée, professionnellement, Monsieur
de 5 heures, un vaudeville, il était le
jeune deuxième régisseur et jouait
deux silhouettes, un barman et un
flic… Mais le goût du théâtre lui était
venu encore plus tôt !
Il nous l’avait raconté (lire nos éditions du 22 janvier 2016). Il s’en souvenait comme si c’était hier. Il avait 4 ans
et il avait compris ce jour de juillet
1928 qu’être en scène était un bonheur. Pourtant, il n’était pas parvenu à
dire sa réplique sans qu’on la lui souffle, tant il était fasciné ! C’était à Lannoy, dans le Nord, là où il était donc
né, le 23 septembre 1924, et si le gamin
se passionne aussi pour le football, il
poursuit du côté du spectacle : à 7 ans,
il chante !
La douce France connaît la crise,
connaît la guerre. En 1933, la famille,
ses parents et son grand frère, s’installe
à Paris. Il continue le foot, fréquente de
bonnes écoles et, en 1936, choisit l’option théâtre des « loisirs dirigés » du
Front populaire. Mais il doit affronter
de profonds chagrins. Sa mère meurt en
1941, après une maladie fulgurante.
Toute sa vie, il se sentira sous sa protection, voyant des signes, allant au-delà
des apparences, sensible à l’astrologie
chinoise.
Il pratique le théâtre en amateur,
avec ses copains, suit un cours donné
par un pensionnaire de la ComédieFrançaise, décroche ses premiers engagements, passe le concours d’entrée du
Conservatoire en octobre 1944 et entre
au Français trois ans plus tard, le
1er septembre 1947 après une audition
pour Le Barbier de Séville. Nommé sociétaire en 1953, il quittera cette maison
où il a connu les joies de la diversité des
rôles, la camaraderie, les triomphes, le
31 décembre 1972. Il rompt en pleine
Jean Piat en 2003,
au Théâtre Mogador,
lors de la 17e nuit des Molières.
PHILIPPE LEROUX/SIPA
gloire pour jouer, en 1973, Le Tournant
de Françoise Dorin.
Ses années au Français, il les avait
adorées. On n’a nulle idée, aujourd’hui,
de la notoriété de Jean Piat des années
1950 aux années 1970. Si l’on est encore
à l’époque des « emplois », sa palette est
si large qu’il fait craquer le carcan.
Lorsqu’on lui demandait quel était,
parmi tous les rôles qu’il avait joués, le
plus important à son cœur, il citait Figaro. Figaro, son héros. « Son francparler, sa vigueur, tout aussi intellectuelle que morale. Son audace aussi ! Son
courage. » Il l’avait rencontré très tôt.
En février 1948, Robert Manuel, titulaire du rôle, s’était cassé la cheville, et
Pierre-Aimé Touchard, administrateur
général, lui avait demandé de le remplacer.
La bénédiction des « Rois maudits »
BERTRAND GUYARD bguyard@lefigaro.fr
1972, le sociétaire de la Comédie-Française devient l’une des figures les plus
populaires de feu l’ORTF. C’est l’année
de sa magistrale interprétation de Robert d’Artois dans l’adaptation télévisée des Rois maudits, la grande fresque
médiévale de Maurice Druon.
« On connaît le talent et le physique
de Jean. Il est au service de l’art, et au
service de lui-même, servant de cet art.
Il mène son chemin qui est une voie
royale sans apparat. J’ai rarement senti une présence aussi directe et aussi
juste que la sienne… » Cet éloge a son
prix et est signé de la comédienne Hélène Duc (1917-2014) qui, dans sa passionnante autobiographie Entre cour
et jardin (Éditions Pascal), parlait du
miracle que fut pour elle l’adaptation
des romans historiques de l’académicien français pour le petit écran. La
formidable interprète de Mère Courage campe la comtesse Mahaut d’Artois. Elle rivalise de ruse et de cruauté
pour nuire à « son goret de neveu », un
Jean Piat sublime, écarlate de la tête
aux pieds dans les habits de Robert III
d’Artois.
Une onction populaire
L’interprétation de ce haut baron
moyenâgeux, rouge de sang, aussi
ogresque que majestueux va participer
à la légende de l’homme de théâtre. Ses
prouesses scéniques dans Cyrano de
Bergerac, Ruy Blas et Le Barbier de Séville ont été jusqu’à maintenant réservées aux spectateurs parisiens qui fréquentent la Comédie-Française. La
volonté de Maurice Druon de faire partager au plus grand nombre son roman
Benoît Brione (Philippe VI de Valois) et Jean Piat (Robert d’Artois) dans le téléfilm
Les Rois maudits, de Claude Barma, en 1972. RUE DES ARCHIVES/TALLANDIER
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 20 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
Il a pris le temps
de célébrer son cher Sacha
Guitry avec un spectacle
de son cru que Jacques
Mauclair avait mis
en scène. Il savait tout
de lui. Ses textes, ses films,
sa vie, ses bons mots
Mais évidemment, Jean Piat a tout
joué à la Comédie-Française. Citons
dans le désordre : Shakespeare comme
Jules Romains, Aristophane, Courteline
comme Feydeau, Marivaux, Molière
bien sûr, Musset, Pirandello, Becque,
Salacrou, Claudel, Montherlant, Mérimée, Strindberg, Bourdet. Et Achard :
Domino, repris plus tard
Et on n’aura rien dit du parcours hallucinant de Jean Piat. Après le Français,
il a joué Dorin, Le Tournant, donc, puis
L’Étiquette et, plus tard, L’Âge en question. Mais il a aussi joué Bernard Slade,
Même heure l’année prochaine, Barillet et
Grédy, Le Préféré, repris Domino de
Marcel Achard en signant la mise en
scène. Il a retrouvé Feydeau avec Le
Dindon monté par Jean Meyer, il a partagé l’affiche de Chapitre II de Neil Simon
avec Mireille Darc. Il a joué L’Homme de
la Mancha, formidable sous la direction
de Jean-Luc Tardieu. Dans L’Affrontement, il a été face à Francis Lalanne, puis
à Stéphane Hiller. Il a incarné un Salieri
inquiétant et touchant à la fois face à Lorant Deutsch dans Amadeus.
Bien sûr, il a pris le temps de célébrer
son cher Sacha Guitry avec un spectacle
de son cru que Jacques Mauclair avait
mis en scène : De Sacha à Guitry. Il savait tout de lui. Ses textes, ses films, sa
vie, ses bons mots.
Il a lu, écrit, beaucoup et bien écrit.
Il a savouré la vie, cherché des signes,
écouté les musiques secrètes du monde. Il a été stoïque devant les deuils et
les souffrances. Un homme d’une générosité rayonnante, un artiste toujours en quête de rencontres, d’expériences. Il y a quatre ans, il avait
célébré George Sand, Lamartine, Musset en compagnie de Pascal Amoyel. En
mars dernier, il lisait Orsenna à l’Institut… Ultime salut. ■
historique médiéval permet à Jean Piat
de recevoir une onction populaire plus
large.
C’est Claude Barma qui décide de
choisir la crème de la crème de la scène théâtrale pour réaliser l’histoire
maudite des derniers capétiens directs, de Philippe IV le Bel et de ses
trois fils morts sans descendance directe. En jetant son dévolu sur Jean
Piat et Hélène Duc, le réalisateur
démontre que la télévision sait aussi
faire du cinéma, utilisant, comme une
sorte de paradoxe, les meilleurs
comédiens de théâtre de l’époque.
Dans cette troupe éclectique, on retrouvera Georges Marchal glacial et
hiératique en Roi de Fer, Louis Seigner parfait de malice en banquier
lombard, Catherine Rouvel tueuse
ensorceleuse en Béatrice d’Hirson.
Chaque acteur donne ici le meilleur
Francis Huster : « Un être de noblesse qui
préférait les rôles de rebelles ou de valets »
C’était il y a deux ans, sur la scène du
Théâtre du Léman, à Genève. On était
le 26 septembre. Trois jours auparavant, Jean Piat avait eu 92 ans, mais
c’est ce soir-là que l’on fêterait son
anniversaire, sur le plateau, à l’issue
d’une représentation exceptionnelle
d’un texte intitulé Confidences pour
confidences et en présence de sa fille
Dominique.
Un dialogue fin et délié, comme Jean
Piat, auteur de style, excellait à en ciseler. Un impromptu pour deux comédiens, lui, dans la splendeur de l’âge, et
Francis Huster, né en 1947, l’année
même où son aîné était entré à la Comédie-Française. Ils avaient bavardé,
décidé des thèmes, Jean Piat avait écrit.
Steve Suissa les avait réunis. Ce moment rare a été filmé par la télévision
suisse.
Francis Huster, entré à la ComédieFrançaise en 1971 avec trois premiers
prix de conservatoire, croise le sociétaire qui illumine alors de son talent la
Salle Richelieu, mais choisit fin décembre 1972 de prendre un autre chemin. Il ne le croise pas n’importe où !
Mais sur scène. Jean Piat est toujours
le grandiose Cyrano de la mise en scène de Jacques Charon. Deux autres
comédiens jouent en alternance le rôle
de l’homme au panache, Jacques Destoop et Georges Chamarat. Jacques
Toja est Christian, Georges Descrières,
de Guiche. « Moi, je venais d’arriver et
j’avais deux rôles, le deuxième poète et
le premier marquis ! C’était la ComédieFrançaise dans l’éclat d’une époque extraordinaire. Une troupe qui réunissait
des personnalités fortes, des talents
éblouissants. Une troupe fraternelle.
On apprenait évidemment beaucoup, en
côtoyant ces artistes. » Même si, à
l’époque, il ne s’agit pas qu’un pensionnaire prenne le même ascenseur
qu’un sociétaire.
CHRONO
23 septembre 1924
Naissance à Lannoy (Nord)
1er septembre 1947 Entrée
à la Comédie-Française
Février 1948 Mariage
avec Françoise Engel, connue
au Conservatoire et qui est
pensionnaire au Français
1949 Naissance
de sa fille Dominique
1952 Naissance
de sa fille Martine
1er janvier 1953
Nommé sociétaire
de la Comédie-Française
1964 Joue le rôle-titre
de Cyrano de Bergerac
Francis Huster et Jean Piat lors de la 13e cérémonie des Molières, en 1999.
THIERRY ORBAN/SYGMA VIA GETTY IMAGES
après avoir incarné une kyrielle
d’autres personnages de la pièce, elle
est historique. »
Jusqu’à cinquante rappels
Historique, oui. Jean Piat avait tout pour
être un Cyrano de légende. La prestance,
une voix claire et chaude à la fois, une
voix ensoleillée mais capable de s’assombrir. La sensibilité, la profondeur, la
mobilité, l’esprit. Avec la haute figure du
personnage de Rostand, Jean Piat a
connu des triomphes inouïs. Des rappels
en rafale. La légende veut qu’il y en eût,
certains soirs, jusqu’à près de cinquante.
Et Francis Huster de conclure : « Le plus
beau est que cet homme qui était grand a
défendu des personnages rebelles. Cet être
de noblesse préférait les rebelles et les valets. Cyrano, Figaro, Don César de Bazan
dans Ruy Blas. Ce sont de très grands rôles classiques qu’il a marqués de sa personnalité profonde. » ■
A. H.
À lire : Et… vous jouez encore !, de Jean Piat,
entretiens avec François d’Orcival, Flammarion,
2015, 19,90 €.
1972 Les Rois maudits,
par Claude Barma
1973 Après avoir quitté
le Français, devient
sociétaire honoraire
2001 Voix de Gandalf dans
Le Seigneur des anneaux
7 mai 2005 Mort
de Françoise Engel
12 janvier 2018 Mort
de Françoise Dorin,
la seconde femme de sa vie.
« Le Laurence Olivier français »
Francis Huster et Jean Piat, n’étaient
ces Confidences pour confidences, dialogue savoureux où ils évoquaient
leurs souvenirs respectifs, n’ont donc
guère joué ensemble. Mais Francis
Huster a souvent vu Jean Piat jouer, l’a
fréquenté et l’aimait beaucoup. Et
c’était réciproque. « Saluant Jean Piat
dont Truffaut disait qu’il était le Laurence Olivier français, je revois ses camarades : Robert Hirsch, Jean-Paul
Roussillon, Jacques Charon. Avec Jean
Piat, c’était un peu les mousquetaires !
Charon était Aramis, Roussillon Athos,
Hirsch Porthos et lui, Jean Piat, avec
son regard bleu, son physique de jeune
premier, sa fougue, son élégance,
c’était d’Artagnan ! »
Et Francis Huster, ému, de poursuivre : « Ce que j’admire le plus en lui, c’est
que c’est un homme qui a acquis sa noblesse par lui-même. Il n’a jamais rien
dû à quiconque. C’était un seigneur, et si
nous étions en Grande-Bretagne, il
aurait été depuis longtemps anobli. On
l’appellerait Sir Piat ! Et c’était sa fierté
profonde, il venait d’un milieu ennemi de
toute prétention, un enfant du Nord,
passionné de football, un homme droit et
probe d’une culture très large et d’une
modestie d’artisan. »
Francis Huster se souvient des
grandes heures de la Comédie-Française dans ces années 1970. « Georges
Descrières et Jean Piat dans Le Mariage
de Figaro, c’était inouï. Quant à son interprétation de Cyrano, qu’il a joué
de lui-même tout en sachant qu’il entre de plain-pied dans la grande histoire de la télévision.
Pourtant, au départ, Maurice
Druon voit mal comment l’éternel
jeune premier Jean Piat, parfait
autrefois en Figaro ou en chevalier de
Lagardère, peut endosser le costume
du géant Robert d’Artois. Celui qui est
encore comédien-français va alors
montrer toute sa science du jeu.
Comme il ne transige pas avec les textes, comme il sait parfaitement doser
ses effets sans jamais sombrer dans le
cabotinage, la métamorphose sera
parfaite. Jean Piat se transformera
impeccablement en ce grand baron
de France, poussé par un désir de
vengeance, et incarnera à la perfection ce Don Quichotte malgré lui, qui
alluma une guerre de plus de cent ans
entre la France et l’Angleterre. ■
A
C’est par Figaro qu’il va rencontrer
l’homme qu’il admire plus que tout, Sacha Guitry. Le maître, qui l’a vu en scène, l’appelle alors qu’il est en plein
tournage du Diable boiteux et lui consacre du temps. Le jeune Piat jouera… Figaro au château de Valençay. Talleyrand en a été le propriétaire et on y a
donné la première du Barbier de Séville.
Dans ces années-là, Jean Piat rencontre
également Louis Jouvet, Pierre Fresnay, ces fortes personnalités que toute
sa vie il a eu besoin d’admirer.
Cyrano ensuite, évidemment, marque son parcours. Il a joué de nombreux
rôles auprès d’autres Cyrano. C’est
Maurice Escande, alors administrateur,
qui lui offre ce « brevet de confiance »
et Henri Rollan qui lui dévoile le secret
de la dernière scène. « Cyrano vit selon
la philosophie de Gassendi qui renoue
avec celle d’Épicure. Il accepte sa mort.
Pas question de rage en disant : “J’aurais
tout manqué ! Même ma mort !” Et cette
fin était sublime. »
Jean Piat a joué trois cents fois le rôle-titre de Cyrano entre 1964 et 1972. Il
y eut la générale aux quarante-neuf
rappels. Il rendait toujours hommage
au « quintette » : Toja (Christian), Descrières (de Guiche), Simon Eine (Le
Bret), René Camoin (Ragueneau) et la
sublime Geneviève Casile (Roxane).
29
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jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
30 CULTURE
Chris, reine de l’artifice
DÉCRYPTAGE Pour la sortie de son
e jeudi 20 septembre, Héloïse Letissier alias Christine and the
Queens, désormais appelée Chris, est
l’invitée de Yann Barthès sur le plateau de
« Quotidien » sur TMC. Une présence assurée de faire grimper l’audience et qui,
pour Héloïse Letissier, achève six mois de
promotion. Son nouvel album Chris sort
le lendemain, simultanément en France,
en Grande-Bretagne et aux États-Unis.
Avec une double version francophone et
anglophone. Un marketing aussi intense,
c’est du jamais-vu dans l’industrie de la
musique, en tout cas pour un deuxième s’étonnent de ce manque de reconnaisalbum.
sance. Because n’est pas une « méchanCette promotion hors normes a démar- te » major. Son PDG, Emmanuel de Bureré dès le 25 mars, avec l’annonce d’une tel, est l’un des plus brillants patrons de la
tournée et de l’ouverture de la billetterie. musique et est connu pour respecter l’inLe milieu de la musique est alors
tégrité de ses artistes.
sidéré : aucun titre n’avait
En Grande-Bretagne et aux
encore été lancé en raÉtats-Unis, où elle est l’égérie
dio. Même Madonna
des milieux branchés, Chris
annonce ses concerts
doit s’assurer que ses titres
en même temps
passent en radio mais elle
qu’un nouvel aln’a pas de souci d’image.
bum. Le dernier
En France, où son public
Cheveux courts,
show de Christine
est beaucoup plus large,
débardeur, bandana,
and the Queens date
quelque chose a changé.
de novembre 2016 à
Là où le succès de sa carpantalon et aucun
Glasgow. En ce prinrière était salué de manière
maquillage
temps 2018, les Franinégalée dans les médias, le
çais, qui l’ont découverte
moindre de ses faux pas est
en juin 2014 avec son
aujourd’hui critiqué. C’est le
premier album Chacas par exemple de sa parleur humaine et des
ticipation à « Burger
tubes comme Saint
Quiz », l’émission culte
Auteur, compositeur,
Claude, ont d’elle
d’Alain Chabat sur
l’image d’une arTCM, début septeminterprète, productrice,
tiste extrêmement
bre. Pour elle, c’est
chorégraphe, experte
sympathique, en
« la consécration ulen marketing
avance sur son
time ». À l’instar de
temps. Une intellecMarina Foïs, il faut
et pianiste
avoir de la répartie et
tuelle dotée d’une gesêtre drôle. Les rappeurs
tuelle unique. Excellente sur
toulousains Big Flo et Oli y ont
scène et ultracréative dans ses
clips. Une meneuse de troupe courageuse fait sensation. Chris, elle, passe à
qui a donné des concerts non-stop pen- côté de l’exercice, allant jusqu’à
dant deux ans et demi. En toute logique, provoquer un certain malaise
les places pour son retour s’arrachent. Le par son manque de naturel.
Quatre jours plus tard, nougrand public fait confiance à l’artiste.
Aujourd’hui, certains disent regretter leur veau faux pas. Sur le plateau de
achat impulsif. « Si c’était à refaire en ce « La Clique », animée par Moumois de septembre, je n’achèterais pas des loud Achour sur Canal +, elle
affirme ne pas oublier ses raciplaces », lit-on sur les réseaux sociaux.
nes : « Dans mon corps, il y a la
Plusieurs faux pas
mémoire des muscles de la
Un revirement inattendu. C’est qu’en- classe ouvrière […]. Les
tre-temps elle s’est inventée un nouveau gens avec qui je m’entends
personnage, celui d’une « puissante fem- bien dans le milieu de la
me phallique », et se présente désormais chanson sont des transcomme Chris. Bien avant elle, David fuges de classe comme
Bowie a agi ainsi, mais il accompagnait moi. » Sur les réseaux soses transformations avec sa musique plus ciaux, le Dr Laélia Véron,
que par des discours. Elle a choisi de enseignante suivie par
beaucoup parler d’abord. Symbole de la 12 000 abonnés dont de
réussite des chanteurs français à l’inter- nombreux journalistes,
national et largement citée en modèle s’agace. Elle rappelle que
dans l’industrie de la musique, elle a pris les parents de Chris sont
le risque de lasser. Dans un contrôle total professeurs. Qu’elle est
de son image, elle apparaît pour certains diplômée de Normale
comme autocentrée et artificielle. Le Sup. Et que l’artiste n’est
triomphe de son premier album lui a ap- pas un « transfuge social »
porté une autonomie financière et donc puisqu’elle partage, avec ses paplus de liberté vis-à-vis de l’équipe d’en- rents, un bagage culturel et scotrepreneurs indépendants, le label Be- laire. Chris lui répond et reconcause et le producteur de concert Corida, naît son erreur. À l’inverse,
qui ont travaillé main dans la main depuis pour « l’affaire » des boucles
2012 pour lui construire une carrière à musicales - ces morceaux lil’international. Forcément, quand cet bres de droit qu’elle a emété, lors d’une interview avec le Sunday pruntés sans le préciser pour
Times, elle poste sur Twitter la couvertu- créer Damn, dis-moi - , au lieu
re de son album en précisant ne pas avoir d’expliquer qu’il faut une
l’autorisation de son label, certains vraie intelligence artistique
pour utiliser des éléments déjà disponibles, elle opte pour une stratégie de victimisation. Et s’estime attaquée, car
dit-elle à L’Obs, « je suis une
femme auteur et producteur ».
Il lui a aussi été reproché de
Elle revient sur scène le
s’être inspirée du clip de
11 octobre au Luxembourg. Que mon cœur lâche, de
Mylène Farmer, pour sa
Après quelques dates en
vidéo avec la colombe sur
Europe, elle sera aux États- l’épaule. Ce lancement
trop
millimétré a-t-il fini
Unis avant la Grandepar lui échapper ?
Concerts
Bretagne en novembre
Volte-face
et la France en
spectaculaire
décembre.
Entre la mise en vente des billets
pour ses concerts et la sortie de son premier single, il s’est écoulé huit semaines.
Comme le raconte M le magazine, elle en
a profité pour aller à New York négocier
un large partenariat avec le groupe Condé
Nast (Vogue, Vanity Fair, GQ…). Un autre
contrat est signé avec Apple. Entretemps, sur les murs du métro
parisien, elle s’affiche avec un
nouveau look androgyne sans
la féminité de Mylène Farmer.
Mais surtout, toutes les lettres
de son nom de scène, à l’ex1er juin 1988
ception des cinq premières qui
Naissance à Nantes
forment le prénom Chris, sont
dans une famille
raturées en vert. Fin mai,
de professeurs
quand ses premières inter2008
views paraissent enfin, elle ne
Intègre l’École
parle jamais de musique. Rien
normale supérieure
de plus normal puisque en deet le Conservatoire
hors d’un titre, personne n’a
d’art dramatique
rien entendu. Un seul sujet lui
à Lyon
tient à cœur : qu’on l’appelle
2014
Chris. Sa sexualité devient le
Sortie de son premier thème principal de ses entrealbum Chaleur
tiens. De ce fait, elle s’enferme
humaine en France.
dans une niche et devient une
Énorme succès
marionnette d’elle-même.
commercial et critique
En Grande-Bretagne, où les
2015
médias, y compris la BBC,
Traduit certaines
adorent parler de sexe, elle a le
de ses chansons
créneau parfait pour une bonen anglais,
ne couverture médiatique.
modifie quelques
D’autant qu’elle s’exprime
arrangements et se
parfaitement en anglais. En
lance aux États-Unis
juillet, le Sunday Times la qualipuis en Grandefie comme « la plus excitante
Bretagne. Là aussi
des stars pop au monde ». Le
énorme succès
New York Times s’embrase
Novembre 2016
aussi. Sur les mêmes sujets,
Après deux ans et
l’actrice américaine Kristen
demi sur les routes,
Stewart se fait lyncher. Pas
elle donne son dernier Chris, une artiste « frenchy »
concert en Écosse
polyamoureuse qui corresà Glasgow
pond à l’image des petites
21 septembre 2018
Françaises telles que les
Sortie mondiale
aiment les Américains.
de son deuxième
En France, de plus en
album Chris
plus d’artistes, tels Eddy de
Pretto, Jeanne Added et
l’humoriste Océanerosemarie,
désormais
dite
Océan, jouent sur l’ambiguïté. Seule Chris est soupçonnée
de « coup marketing ». La mue
de Mylène Farmer s’est faite
après des années de succès. Surtout, elle et son manager Pascal Nègre ont toujours été d’accord sur la
stratégie à suivre. Y compris quand
Farmer décide de se rendre rare. Ici,
c’est moins sûr. Mercredi, dans le métro
parisien, les nouvelles affiches placardées par Because sont surmontées d’un
grand Christine and the Queens. Cette
volte-face s’explique facilement. Il devient urgent qu’un tube soit matraqué en
radio. Mais surtout, si l’on tape « Chris »
sur Internet, même associé au mot
« concert », aucune occurrence n’apparaît. Le prénom est trop commun. ■
Total
look
garçonne
Bio
EXPRESS
Artiste
complète
Un album puissant mais souvent trop froid
LA MUSIQUE
Olivier Nuc
A
onuc@lefigaro.fr
Enregistré entre Paris, Londres et Los
Angeles, l’album Chris est une production internationale d’une ampleur peu
commune. Après tout, son auteur, une
jeune femme de 30 ans, n’en est qu’à
son deuxième disque. Bien sûr, Chaleur humaine, qui l’a révélée en 2014,
s’est écoulé à un million et demi
d’exemplaires dans le monde, dont
une bonne moitié en France. Préparées à son domicile de l’Est parisien,
les compositions prennent appui sur
les ordinateurs, les synthétiseurs et les
programmations. Ces maquettes ont
ensuite été gonflées aux stéroïdes dans
un laboratoire californien.
Là où Chaleur humaine était intime,
introverti et sensible, son successeur est
une affaire bien plus ouverte sur le monde à l’allure de défi. Si elle ne se réinvente pas radicalement sur le plan musical,
Chris élargit sa palette sur ces chansons à
la fois plus outrées, plus sexuelles et plus
engagées. La chanteuse, compositrice et
productrice, explique avoir été marquée
par les sons du Love on the Beat de Gainsbourg, Dangerous de Michael Jackson,
mais aussi des disques de Janet Jackson,
Madonna et Eminem.
Une forme de manifeste
Après avoir passé des années à contempler leurs photos dans sa chambre
d’adolescence, la trentenaire a été
adoubée par Madonna et Elton John,
qui l’ont tous deux invitée à partager la
scène. C’est certainement cette reconnaissance qui confère à l’album une as-
surance inédite. Quitte à parfois tomber
dans l’excès.
Certes l’album est précis, percutant,
maîtrisé. Mais c’est justement ce qui
nous tient parfois à distance. La faute à
une production assez martiale, froide et
désincarnée. On est plus touché par des
chansons sensibles comme La Marcheuse ou Machin-chose que
par des pièces plus mécaniques comme Goya-Soda.
Bruce est dans le brouillard
reprend trop fidèlement
les schémas rythmiques de
la décennie 1980, notamment avec cette caisse
claire artificiellement mise
en avant. Il manque une
certaine vulnérabilité à ces
instrumentations sèches et
cliniques. Les basses synthétiques et les cocottes de
guitare funk sortent tout droit des productions de Michael Jackson, qui apparaît plus que jamais comme l’influence
majeure de la Nantaise.
Paul McCartney, qui a souvent collaboré avec Jackson, a déjà déclaré son
admiration pour la jeune femme. La
presse internationale est très impressionnée par cet album en forme de
manifeste. On aurait
aimé que Chris fasse
preuve
d’encore
plus d’audace au
moment de faire des
choix musicaux. Si
on prend en compte
sa transformation
esthétique et le
message envoyé par
son nouveau nom de
scène, Chris, la mu-
sique n’obéit pas à la même réinvention.
David Bowie, qui passa par plusieurs incarnations, rénovait sa musique au
rythme des personnages : Ziggy Stardust, le Thin White Duke empruntaient
des esthétiques différentes.
Autoproclamée « femme phallique »,
Chris signe un disque assez puissant
mais dont le curseur a peut-être été
poussé un peu trop dans la zone rouge.
En souhaitant appliquer la radicalité de
sa démarche à sa musique, elle livre un
disque trop monochrome, s’interdisant
des écarts d’intensité qui produisent les
plus belles œuvres. Les chansons s’assoupliront certainement sur les scènes
que la trentenaire ne va pas tarder à arpenter. On peut compter sur l’expertise
de cette danseuse hors pair pour conférer un peu plus de chaleur humaine à
cette collection de titres réussis mais
pour l’heure assez désincarnés. ■
JEAN-BAPTISTE QUENTIN/PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP, JAMIE MORGAN
C
deuxième album, le 21 septembre,
l’ex-Christine and the Queens déploie
le grand jeu marketing depuis mars.
Loin de la musique, elle se focalise
sur sa transformation physique.
Une stratégie étouffante
qui prend le risque de lasser.
LÉNA LUTAUD
£@LenaLutaud
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LE FIGARO
jeudi 20 septembre 2018
STYLE
31
Bulgari s’installe au Kremlin
EXPOSITION Le joaillier italien vient d’inaugurer, à Moscou, sa riche
rétrospective « Tribute to Femininity », avec plus de 500 bijoux.
1
3
2
C’
1. Bague Trombino
en platine, diamant jaune 25 carats
et diamants ayant appartenu
à Anna Magnani, 1954.
2. Tiare en platine, diamants
et aigues-marines ayant appartenu
à l’infante Beatriz d’Espagne, 1935.
3. Collier en or, saphirs, émeraudes,
rubis et diamants, 1967.
4. Boucles d’oreilles en platine avec
émeraudes et diamants ayant appartenu
à Gina Lollobrigida, 1964.
5. Monica Vitti porte une parure
diamants et émeraudes
(Vogue Italia & Novita’, 1963).
5
des bijoux de l’actrice Anna Magnani, que
nous avons acquis récemment. » Dont une
énorme bague Trombino avec un spectaculaire diamant jaune de plus de 25 carats ou ces deux broches en platine serties de diamants et de perles fines.
KAREN RADKAI, ANTONIO BARRELLA
PAULINE CASTELLANI
est l’une des pièces maîtresses de cette exposition : une majestueuse tiare en platine et diamants, sertie
de sept énormes gouttes aigue-marine à
la limpidité saisissante. Réalisée pour
l’infante Beatriz d’Espagne, en 1935, et
appartenant aujourd’hui à la famille
Torlonia, elle est dévoilée pour la première fois. Elle est entourée d’une trentaine de bijoux sertis de diamants. « Peu
savent que Bulgari, maître incontesté de la
couleur, a aussi beaucoup travaillé les diamants, note Jean-Christophe Babin, PDG
de la marque qui appartient au groupe
LVMH. Pourtant, dans l’histoire de l’entreprise créée par Sotirio Bulgari à la fin
du XIXe siècle, il y a des parures pavées de
gemmes en taille baguette dans un style
Art déco. » Quelques vitrines plus loin, le
style italien s’affirme sur des modèles
plus réjouissants les uns que les autres
avec une explosion de couleurs vives et
insolentes, une pluie de cabochons, des
ensembles associant pierres précieuses
et pierres dures. À l’image de ce sautoir
des années 1970 qui apparaît aussi sur
l’affiche de l’exposition : « Il est tellement
Bulgari dans toutes ses caractéristiques :
le pendentif avec son importante émeraude taille cabochon de 300 carats, l’utilisation de l’or jaune, la construction architecturale du bijou offrant un équilibre parfait
entre design distinctif et confort absolu »,
souligne Lucia Boscaini, directrice du
patrimoine de la société.
De cette vivacité créative, retenons
également cette mosaïque d’améthystes,
citrines, rubellites et diamants qui tapisse un sublime plastron géométrique. Ou
ce charivari de diamants, saphirs, émeraudes et rubis, tout en rondeur et sensualité, qui compose un opulent collier
de 1967 jamais exposé. « Sur les 500 pièces présentées au Musée du Kremlin, près
d’une centaine n’avait jamais été montrée,
insiste Jean-Christophe Babin. À l’instar
4
re cette gracieuse broche en trembleuse
dont les fleurs d’émeraudes oscillaient à
chacun de ses mouvements. « L’exposition est un hommage à ces femmes, déjà libres, souvent extravagantes et audacieuses, qui choisissaient leur joaillerie et qui
ont apporté toute sa profondeur à la marque, poursuit Jean-Christophe Babin. Elles restent un formidable moyen de mieux
comprendre la cohérence de nos collections. » De quoi ravir les 500 000 visiteurs
attendus tout au long des quatre prochains mois (la grande rétrospective du
Grand Palais « Bulgari, 125 ans de magnificence italienne » avait attiré, en décembre 2010, 150 000 visiteurs). Mais l’occasion également de développer la
clientèle russe, qui représenterait moins
de 10 % du chiffre d’affaires de Bulgari.
« La part du marché russe s’avère marginale comparé aux très grands marchés
mondiaux du secteur du luxe que sont les
États-Unis, la Chine ou le Japon, note
Jean-Christophe Babin. Nous sommes
présents en Russie avec trois boutiques
seulement depuis deux ans mais cette exposition comme l’ouverture en 2021 d’un
hôtel Bulgari à Moscou
témoignent de l’importance de ce
pays pour nous. Pour l’instant, nos
clients russes achètent beaucoup à
l’étranger, principalement à Paris,
Cannes ou Courchevel. » C’est sans doute dans l’une de ces villes qu’aurait été
commandée, en 1987, cette étonnante
broche pavée de la faucille et du marteau
en rubis.
Monete, Serpenti, Tubogas…
Outre les pièces uniques, les visiteurs
pourront également se familiariser avec
les collections iconiques du joaillier exposées au Palais du Patriarche. Ici, une
cinquantaine de sinueuses montres Serpenti aux écailles saturées de couleurs,
presque autant de bijoux Tubogas et
quelques pièces Parentesi, dont le motif
inspiré des trottoirs de Rome se répète
sur de longs sautoirs de pierres dures très
seventies. À noter surtout, une rare collection de modèles Monete, ces bijoux
intégrant des pièces de monnaie anciennes ou des intailles antiques sur d’épaisses chaînes gourmettes à l’allure
contemporaine. Exemplaire, ce collier
de 1978, embelli d’un solidus et d’un argenteus à l’effigie de l’empereur romain
Constantin II, rejoindra à partir de 2019
les 13 200 merveilles joaillières des collections permanentes du Kremlin. ■
Exposition « Bulgari. Tribute to Femininity »,
au Musée du Kremlin, à Moscou,
jusqu’au 13 janvier 2019. www.kreml.ru
Encourager le marché russe
Sous le beffroi de l’Assomption, plus haut
monument du Kremlin où sont exposées
ces merveilles, on perçoit l’écho de la
Dolce Vita et du glamour à l’italienne
dont Bulgari a été l’un des témoins privilégiés. Il y a, là, les boucles d’oreilles en
émeraudes de Gina Lollobrigida, la parure en saphirs bleus d’Anita Ekberg et
quelques-unes des plus étourdissantes
pièces de Liz Taylor tel ce magnifique
collier de dix-sept émeraudes colombiennes offert par Richard Burton à l’occasion de leur mariage en 1964. Ou enco-
Le design intemporel
de Dinh Van
n le reconnaîtrait entre
mille, ce maillon allongé,
un peu plat et très graphique. Même lorsqu’il est
totalement pavé de diamants, comme sur les dernières boucles d’oreilles, bagues et collier de la
collection Maillon L signée Dinh Van.
« Il date de 1965 mais ses lignes restent
d’une modernité folle, insiste Thierry
Vasseur, directeur général adjoint de
la marque qui compte 120 points de
vente en France et annonce
l’ouverture, au début de
l’année prochaine, d’une
boutique dans le quartier
du Marais, à Paris. Jean
Dinh Van, qui a lancé
son entreprise dans
les années 1960 puis
vendu en 1998, a été
le premier à proposer
ce type de mailles
avec une section de fil
carré et non rond. Rester fidèle à cette esthétique contemporaine, très
épurée, et sans céder aux
effets de mode, voici notre
défi principal. »
PRESSE
O
Aujourd’hui encore, les bijoux affichent un design géométrique et des
formes souvent généreuses. En témoigne la dernière collection Neo, inspirée,
là encore, par des dessins d’archives où
un cercle épais est posé en équilibre sur
un anneau - forcément carré - décliné
en argent ou en or (sortie prévue en octobre). « On nous reproche souvent de ne
pas assez nous renouveler, mais nous ne
raisonnons pas en termes de tendance.
Nos best-sellers, les lignes Maillon et
Menottes, datent tous deux des
années 1960 et 1970 et nous
continuons à imaginer des
pièces qui traverseront le
temps. Dinh Van, c’est une
joaillerie du quotidien, facile
à mettre et facile à enlever.
Confortable, simple et jamais
clinquante », poursuit Thierry
Vasseur, dont l’objectif est aussi
de déployer la griffe à l’étranger,
en Chine mais également aux
États-Unis, où elle compte déjà
dix points de vente. À New
York, Princeton, Boston, ce
trait architectural, parfois
cérébral, devrait s’imposer
sans peine. ■
P. C.
Le musée qui vous parle...
UNIVERSITÉ
POPULAIRE
2018 - 2019
4 CYCLES DE SEPTEMBRE 2018 À JUIN 2019
GRANDS TÉMOINS • LES GRANDES RÉVOLTES
L’HISTOIRE DES CATASTROPHES • L’INVENTION DU FUTUR
L’UNIVERSITÉ POPULAIRE DU QUAI BRANLY - JACQUES CHIRAC EST CONÇUE ET ANIMÉE PAR CATHERINE CLÉMENT, PHILOSOPHE ET ROMANCIÈRE
Théâtre Claude Lévi-Strauss, accès libre dans la limite des places disponibles, sans réservation
Renseignements : 01 56 61 70 00 • contact@quaibranly.fr • www.quaibranly.fr • #UNIVPOP
Statuette représentant un chamane, photo Thierry Ollivier, Michel Urtado © musée du quai Branly - Jacques Chirac / Sculpture anthropomorphe, photo Thierry Ollivier, Michel Urtado /
Statuette, photo Patrick Gries, Bruno Descoings / Sculpture anthropomorphe masculine, photo Hughes Dubois
A
FOCUS Le joailler parisien lance deux lignes
inspirées par les archives de la maison
où dominent les formes minimalistes.
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jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
32
AUTOMOBILE
Ferrari Monza,
la course en héritage
La Monza, premier modèle de la ligne
« Icona » du constructeur, se décline
en deux versions. La SP1 (à droite)
est une monoplace ; la SP2, une
biplace. FERRARI
NOUVEAUTÉ Le dernier pur-sang « hors série » du cheval cabré renoue avec l’esprit des barquettes
de compétition des années 1950. Vedette du salon de Paris, il sera lancé à l’été 2019 autour de 2 millions d’euros.
ENVOYÉ SPÉCIAL À MARANELLO
ne fois de plus, la firme
de Maranello a puisé dans son histoire
l’inspiration pour concevoir son dernier bolide qui inaugure la nouvelle
ligne de modèles baptisée « Icona ». Le
choix du nom Monza est lourd de signification. Il renvoie au temple de la vitesse situé dans la banlieue de Milan et
où Ferrari a forgé une partie de sa légende. Monza, c’est aussi le nom donné
à une sublime barquette de course, la
750 Monza, née en 1954 pour défendre
les couleurs de la Scuderia dans les
épreuves d’endurance. Cette voiture a
servi de modèle à l’équipe du style
Ferrari animée par Flavio Manzoni pour
concevoir son nouveau modèle. En
partant d’une base technique de 812
Superfast, les stylistes se sont attachés à
préserver la pureté des formes qui avait
présidé à la réalisation de son aînée par
le maître carrossier Sergio Scaglietti.
« Nous avons voulu renouer avec l’essence des premières Ferrari de course et
avec les sensations que distillaient ces
voitures », prévient d’emblée le patron
du design.
Si le langage formel est moderne, intégrant notamment des phares à LED
mais aussi une fine bande lumineuse
transversale à l’arrière, l’esprit renvoie
irrémédiablement à la 750 Monza. Face
à l’incroyable gracilité de cette dernière, le nouveau pur-sang paraît descendre d’une autre planète. Si la longueur
est celle de la 812 Superfast, la largeur
frise les 2 mètres tandis que la hauteur
ne dépasse pas 1,15 m. Les lignes d’une
grande pureté sont dépourvues de tout
appendice aérodynamique. Un exploit
de nos jours.
Moins de cinq cents unités
Comme la barquette 750 et celles qui
l’ont succédé, la Monza d’aujourd’hui
adopte l’appuie-tête caréné, derrière le
poste de pilotage. Un trait de style repris par toutes les Sport biplaces des
années 1950 (Jaguar Type D, Aston
Martin DB3 S, Mercedes 300 SLR). Ferrari s’est encore inspiré de son passé
pour décliner deux variantes de la
Monza. La SP1 répond à l’appellation
« monoposto » et n’accueille que le pilote quand la SP2 est une biplace. À
l’époque, lors des épreuves d’endurance type 24 Heures du Mans, la place du
passager était recouverte d’un couvretonneau, en général en toile, pour gagner en efficience aérodynamique.
Lorsque la même barquette prenait le
départ d’une course routière telle que
les Mille Miglia, on enlevait l’occultant
pour installer un copilote.
Êtes-vous monoplace ou biplace ?
FERRARI
U
SYLVAIN REISSER
sreisser@lefigaro.fr
Des portes en élytre invitent à entrer dans un habitacle conçu comme un cockpit de voiture de course, dénué de toute protection.
Les amateurs et les collectionneurs de la
marque devront choisir au moment de
la commande car les carrosseries
confectionnées en fibres de carbone ne
seront pas modifiables. Dans les deux
cas, l’idée est bien de permettre à quelques centaines de privilégiés, forcément triés sur le volet car Ferrari a annoncé une production de moins de cinq
cents exemplaires, de se mettre dans la
peau des Fangio, Ascari, Scarfiotti, De
Portago, Trintignant qui ont animé les
courses des années 1950. Les futurs acquéreurs ne devraient pas être déçus
car, cheveux au vent, ils vont goûter
aux sensations de pilotage d’une barquette. La Monza se dispense de toute
protection. Ferrari n’a pas prévu de capote pour s’abriter et seul un petit saut
de vent transparent protégera les occupants. À l’instar de la 550 Barchetta,
une toile permettant de recouvrir l’habitacle à l’arrêt fera partie de l’équipement de série.
Ferrari s’aventure ainsi sur un terrain
où il n’avait encore jamais osé aller avec
ses modèles hors série. Allégée de plus
de 100 kg par rapport à une 812, la
Monza revendique des performances
hors normes. Le rapport poids/puissance ne dépasse pas 1,85, un exploit
grâce à une nouvelle évolution du V12
6,5 litres toujours associé à une boîte à
double embrayage à 7 rapports. Avec
810 chevaux, la Monza accueille le
12 cylindres le plus puissant jamais produit. Les accélérations sont semblables
à celles de la dernière GT de la gamme
(0 à 100 km/h en 2,9 secondes) mais les
sensations seront vraiment très différentes. Et surtout, la barquette sera plus
à son avantage sur un circuit ou sur une
route sinueuse.
Le tarif de ce bolide sera révélé au
Mondial de l’automobile où, à n’en pas
douter, il occupera la vedette. Il est annoncé autour de 2 millions d’euros. Une
affaire juteuse pour Ferrari qui s’est fixé
pour objectif d’augmenter ses marges.
À ce prix-là, les acheteurs pourront
choisir la livrée de leur Monza. ■
La firme de Maranello donne un coup d’accélérateur
Ferrari va-t-il réussir à préserver son
exclusivité ? La question était sur toutes
les lèvres des journalistes financiers et
spécialisés invités ce mardi à découvrir
la stratégie de la firme italienne pour les
cinq ans à venir. Après l’introduction liminaire de John Elkann, président du
holding de la famille Agnelli et désormais président de Ferrari, Louis
Camilleri, ex-Philip Morris propulsé directeur général en juillet dernier à la
suite de la disparition de Sergio Mar-
chionne, déroulait sobrement la feuille
de route tracée par son prédécesseur. À
ceux qui craignaient une politique centrée sur la distribution de dividendes,
Ferrari a répondu par un relèvement
cette année de ses dépenses d’investissement de 250 millions d’euros pour atteindre environ 650 millions. C’est que
l’artisan qui a toujours pris soin de
contrôler sa production pour entretenir
sa désirabilité va passer le cap des 10 000
unités en 2022. Louis Camilleri assure
Une nouvelle architecture moteur avant
2 ou 4 roues motrices
Plateforme
modulable,
2 places, 2+2
ou 4 places
Système
hybride
Boîte double
embrayage
placée à l'arrière
A
Moteur
en position
centrale
avant
Source : Ferrari
Infographie
que cette évolution n’empêchera pas
d’assurer la rareté. Le plan 2019-2023
comporte le lancement de 15 modèles et
la rationalisation de l’offre autour de
quatre familles : Sport, GT, séries spéciales (type 488 Pista) et « Icona ». Cette
dernière est inaugurée par la Monza (lire
ci-dessus). Sans compter la catégorie
« hypercar ». Avec ce plan, le chiffre
d’affaires doit passer de 3,4 milliards
d’euros en 2017 à 5 milliards d’euros en
2022 ; le revenu net devant augmenter
de 38 % sur la même période pour flirter
avec les 2 milliards.
de particules de sa gamme, Ferrari a
prévu d’assurer 60 % de ses ventes avec
des modèles hybrides en 2022. En service dès 2021, cette architecture assurant
une propulsion zéro émission en ville
sera couplée en priorité à un inédit V6
en cours de développement. Cela lui
permettra de répondre à la législation
plus sévère en matière de CO2 au-dessus
de 10 000 unités. Michael H. Leiters, le
directeur technique, est bien conscient
que l’enjeu est de préserver les sensa-
tions de conduite typiquement Ferrari.
Le cheval cabré est ainsi à l’aube de proposer la gamme la plus étendue de son
histoire. Les amateurs de la première
heure peuvent respirer. Le V12 n’est pas
abandonné et le développement de la
famille des V8 va se poursuivre. Les prochains modèles profiteront encore davantage des transferts de technologie
avec la Formule 1. Comme au premier
jour, les voitures de route se nourrissent
de la course. ■
S. R.
Une approche révolutionnaire
Parmi la salve de nouveautés, certaines
remplaceront des véhicules existants,
d’autres élargiront l’offre. C’est le cas du
SUV qui verra bien le jour selon les
vœux de Marchionne mais dont le lancement a été repoussé de deux ans, en
2022. Le temps d’affiner le projet baptisé
« Purosangue » en interne et si spécial
que la direction refuse de parler de SUV.
« Nous avons une approche révolutionnaire », s’est contenté de dire Louis
Camilleri. Quant aux modèles de la famille GT, ils vont renouer avec l’élégance de leurs aînés des années 1960.
Pour servir son ambitieux plan mais
aussi certainement Maserati, l’un de ses
précieux clients, Ferrari est en train de
développer deux nouvelles plateformes
modulables. L’une dédiée au moteur
avant, l’autre au moteur arrière. Ces
deux structures pourront être électrifiées. Condamné comme ses concurrents à réduire les émissions de CO2 et
Ferrari, qui continue de s’étendre, vient d’ouvrir un nouveau centre de style, au sein
du complexe industriel de Maranello. GM D’ALBERTO
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 20 septembre 2018
Intéressé par le Viager ?
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Pascale Poirot, présidente de l’UNAM ( Union nationale des aménageurs)
« Aménager pour un nouveau cadre de ville »
A quelques jours du Congrès de l’UNAM (24 au 25 septembre à Avignon) Pascale Poirot milite pour faire converger les stratégies
des acteurs afin de libérer des énergies sur tous les territoires.
Par Olivier Marin @OlivierMarin1
construction font état de recul, tant au niveau
des mises en chantier que des permis de
construire. Cela vous inquiète-t-il ?
logement y est très cher et très souvent, hors de
portée des ménages ou des familles nombreuses. Il y a aussi des problèmes de pollution,
de qualité de l’air, de santé. Les effets de la loi
Elan ne seront pas sentir avant plusieurs mois.
Les conditions du choc d’offres, construire
mieux, plus vite et moins cher, promis par le
gouvernement, ne sont pas encore là.
PASCALE POIROT : Cela inquiète tous les acteurs de
l’aménagement comme d’ailleurs tous les
Français. Les derniers résultats sur les chiffres
de la construction neuve sont effectivement en
recul (-12,1% pour les permis de construire
et -4, 9 % pour les mises en chantier sur un an, Comment produire du logement plus
NDLR). La disparition de certaines aides au abordable ?
logement explique en partie ce repli. En atten- Chacun se renvoie les responsabilités. Les
dant, il y a des mesures prévues dans la future logements sont plus qualitatifs et cela coûte
plus cher. Il y a un réel problème
loi Elan (évolution du logement
de foncier mais ce n’est pas la
et de l’aménagement numérique)
Traiter
simultanément
loi Elan qui va résoudre la
qui sont extrêmement positives
le logement, l’emploi,
mobilisation des terrains. C’est
pour soutenir la construction, le
l’aménagement
davantage une réforme fiscale
logement et l’aménagement. Il y
qui devrait s’y atteler. Au pasa une réelle volonté de simplifier
les normes, d’aménager et d’investir certains sage, il ne faudrait pas que la prochaine loi de
territoires dont on ne parle plus depuis fort finances réduise le peu d’aides encore
longtemps. C’est un signal positif. Depuis de effectives. Dans l’attente des effets positifs de la
longues années, la politique du logement est politique du logement, il faudrait remettre de
fléchée sur les grandes métropoles. Or, celles- l’argent afin d’aider les Français à acheter un
ci commencent à s’asphyxier. D’autre part, le bien immobilier.
«
»
A l’image du marché de l’immobilier à plusieurs
vitesses, avec une hausse de prix dans
les grandes villes et un décrochage dès lors
que l’on s’éloigne des métropoles dynamiques,
comment rendre certains territoires
« délaissés », plus attractifs ?
C’est la question centrale qui touche des sujets
d’aménagement. Dans les villes moyennes et les
territoires délaissés, il faut traiter simultanément la construction de logement, la création
d’emplois et la réalisation d’équipements pour
que cela marche. Il faut mener une analyse très
fine des besoins de chaque territoire car les
problématiques ne sont pas les mêmes partout.
Des villes moyennes sont très attractives sur le
plan économique mais avec un habitat dépassé.
Inversement, il y a des villes dotées de
nombreux logements mais avec un déficit
d’offres d’emplois. C’est une problématique
d’aménagement où tous les acteurs de la ville et
des territoires doivent être mobilisés. Il faut
aller vers un nouveau cadre de ville. A la clé,
l’émergence
de
nouveaux
marchés
en
permettant à des professionnels d’investir dans
des secteurs sur lesquels ils ne venaient pas.
En vidéo sur Figaro Immo sur Lefigaro.fr
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
34
TÉLÉVISION
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Camarade
Taddeï
« Les Grandes
Gueules »
RMC Story | 9 heures | Mercredi
F
rédéric Taddeï a été
méchamment évincé de
France 2. C’est idiot, il était
si bon lorsqu’il présentait « D’art
d’art » et son émission salutaire
« Ce soir (ou jamais !) », eh bien
après dix ans de bons et loyaux
services : à la trappe ! Sur Europe 1,
on l’a essoré : il est passé d’une
quotidienne à une hebdomadaire,
quel gâchis. Alors le camarade
Taddeï se retrouve sur une chaîne
assez exotique, sur Russia Today
France, la « RTF ». On va regarder
ça, fin septembre, car on aime
l’audace de Taddeï. Il est le fils
naturel de Michel Polac et de
Jean-Edern Hallier. Dans ses « social
club » sur Europe 1, il a toujours
donné le droit de réponse. Taddeï
est un homme nécessaire, il ne pèse
pas, a l’élégance de l’autre,
y compris celle de ses ennemis.
Sa profession de foi : « Interdire
d’interdire ». Interviewé aux
« Grandes Gueules », l’animateur
semblait débarrassé du poids
de France Télévisions. Sur « RTF »,
il fera du crawl sur le dos et il s’en
explique : « Je rejoins une chaîne
de télévision toute jeune.
Je vais y faire une émission comme
j’en ai toujours fait ailleurs […]. Je me
fous de savoir qui me paye, à partir
du moment où je peux faire ce que je
veux. Vous savez, j’ai été payé par
l’État français pendant dix ans
et ça ne m’a jamais empêché de faire
des émissions en toute liberté où l’on
disait le meilleur et le pire […]. J’ai
toujours invité des gens qui avaient
des visions du monde antagonistes
qu’on ne voyait pas ailleurs […],
des gens de tous les genres qui
apportaient des choses au débat
public. Le problème, c’est qu’on vous
assimile aux personnes à qui vous
tendez le micro […] Ma conception
de la télé est assez ambitieuse. Il ne
faut pas prendre les téléspectateurs
pour des imbéciles… » Taddeï,
pas frileux, c’est « L’Idiot
International » ! Le grand plongeon.
« Rolling
Stone », une
certaine idée
de l’Amérique
Le magazine, qui fête ses cinquantes ans
de parution, est l’objet d’une très belle série
documentaire en six épisodes.
OLIVIER NUC £@oliviernuc
lors que le magazine vient de
changer d’actionnaire et de
bénéficier d’un toilettage à
l’occasion de son cinquantième anniversaire, une série
documentaire (six épisodes diffusés chaque jeudi à partir de ce soir) explore l’histoire de Rolling Stone. Ce n’est pas la première fois que l’ancienne bible de la
contre-culture subit ce traitement. En
1987, Canal + avait diffusé un film réalisé à
l’occasion des 20 ans de la revue. Celui-ci
donnait principalement la parole aux
musiciens dont le travail avait été suivi
deux décennies durant.
La grande force de cette série intitulée
Stories From the Edge est de faire parler
ceux qui ont fabriqué le magazine : journalistes et photographes. En commençant par son fondateur, Jann Wenner,
personnage atypique, « mélange entre
branchitude et grande bourgeoisie ». Un
véritable visionnaire qui a su faire de la
feuille de chou lancée à San Francisco en
pleine scène hippie un titre incontournable de la presse américaine. L’homme
est très souvent présent à l’image au gré
des multiples évolutions du titre. Il rappelle que l’ambition première de Rolling
Stone était de parler de rock au sens large :
A
la musique et toute la culture qui va avec.
Sans oublier la société et la politique, traitées avec un ton neuf. Décrit comme un
grand rédacteur en chef par ses collaborateurs, Wenner a eu l’intelligence de faire émerger des plumes majeures. Quitte à
ne pas épouser à 100 %
leurs idées. Entre spécialistes de la musique (Greil
Marcus, Ben Fong-Torres,
Cameron Crowe) et père
○○○○
fondateurs du journalisme
gonzo (Tom Wolfe, Hunter S. Thompson), Wenner n’a pas choisi et c’est tout
ce qui a donné leur sel aux papiers historiques publiés au sein du bimensuel.
Dissensions sur la ligne
éditoriale
La couverture de la campagne électorale
de 1972, qui opposait le président sortant
Richard Nixon au candidat démocrate
George McGovern, est un cas d’école.
Thompson est déchaîné. On le voit donner sa définition du gonzo, qualifiant le
terme « journalisme objectif » d’« oxymore pompeux ». Mauvaise foi, talent, engagement : l’homme a accompagné l’âge
d’or de la revue. Pourtant, la victoire
écrasante de Nixon lors du scrutin – deux
ans avant le Watergate – montre à quel
point Rolling Stone est resté en marge de la
majorité des citoyens américains. Une le-
ÉTIENNE SORIN esorin@lefigaro.fr
tit Quinquin a grandi. Il
s’appelle désormais Coincoin. Le blondinet du
Nord a toujours cette
tronche de traviole pas
possible. Il flirte avec les filles, milite
mollement au Bloc, un parti d’extrême
droite. À vrai dire, Coincoin n’a pas
grand-chose à faire dans cette nouvelle
saison. La star, c’est le duo de gendarmes
qui donne à la série des airs de Capitaine
Marleau sous acide ou d’X-Files dadaïste.
Le commandant Van der Weyden et le
lieutenant Carpentier sont de retour et ils
sont encore plus déjantés. L’heure est
P’
interviewés par Nicolas Vollaire
et Damien Canivez aujourd’hui sur :
Le commandant Van der Weyden,
campé par Bernard Pruvost, se lance
dans des aventures toujours aussi
rocambolesques. ROGER ARPAJOU
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4836
VERTICALEMENT
1. N e s o y e z p a s v a c h e , e l l e v o u s
e n v e r r a it p a ît r e a i l l e u r s ! 2.
R o g n e n t s u r t o u t . - 3. T r o m p é s .
G u id e s d e la n a v i g a t i o n . V ie i l le
C ti r o ë n . - 4. T e c h n i q u e d e c o n s tr u c t i o n o u c o n s tr u c t i o n t o u t
c o u rs , a v e c o u s a n s a c c e nt .
M o u l u r e e n b a s d e c o l o n n e . - 5.
T o uj o u r s là s u r le s o l d e R é . L e p lu s
g r a s d u c a n a r d . - 6. L e t t r e s d ’ u n
g a l a n t . S u s c ti è r e n t l a c o m p a s s i o n . - 7. P r e m i e r c a o u t c h o u c
s y n t h é t i q u e . A t t e n d u p a r l e m a ri e .
- 8. T r è s p o r t é s s u r l e s p r o d u ti s d e
b e a uté .
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4835
HORIZONTALEMENT 1. T é l é fi l m . - 2. H u ti . M u a . - 3. E s s e s . T t . - 4. O k a .
A ri e . - 5. D é g e l I. l . - 6. O r e I. s n a . - 7. R â . L e e . - 8. M a n g é s . - 9. É l u s . A m i .
- 10. R i s s o l é e . - 11. Z é l a t e u r . - 12. L u i s a n t e .
A
çon dont Wenner se souviendra au moment des dernières primaires démocrates, appelant à voter Hillary Clinton, pour
affronter Trump, alors que le cœur de la
rédaction battait pour Bernie Sanders.
La limite de la série est qu’il faut se passionner pour la culture américaine pour
apprécier le récit de faits inconnus de ce
côté de l’Atlantique, comme l’affaire
Roxanne Pulitzer. Les images des télévangélistes font froid dans le dos. L’épisode
numéro 4 (Yippies et télévangélistes) est
d’ailleurs un des plus réussis, qui pointe les
dissensions sur la ligne éditoriale d’un magazine devenu une grosse machine déconnectée de la musique. Les multiples unes
consacrées à Britney Spears dans les années 1990 amplifient ce constat. L’installation de la rédaction à New York en 1977 et
la mort de Ralph Gleason, pilier du journal,
semblent avoir accéléré la banalisation du
titre. Pourtant, Rolling Stone a couvert
l’émergence du punk puis du hip-hop grâce à de jeunes journalistes. La séquence
avec Ice-T lors du scandale Copkiller est
savoureuse, vingt-cinq ans après les faits.
C’est sous la présidence Obama que
Rolling Stone retrouvera sa pertinence avec
des papiers politique et société réussis, et
ce, malgré le faux témoignage d’une étudiante du campus de Virginie au sujet d’un
viol collectif. ■
Avec « Coincoin et les Z’inhumains », Bruno Dumont confirme son humour.
LE BUZZ TV
HORIZONTALEMENT
Jann Wenner, le fondateur de Rolling Stone, dans ses bureaux sur Brannan Street
à San Francisco, en 1967. BARON WOLMAN
L’attaque des clowns
Invités : Julien et Manon
(« Les Marseillais vs le reste
du monde »)
1. D o n n e d e s c o u p s d e p i n c e a u x
n e r v e u x . - 2. D a m s d e f e r . - 3.
S u r l ’ h e u r e . - 4. A v a n t J . - C . D e u x
p e t ti s b l a n c s p o u r d e g r a n d s v e r s .
C a l c u l é d a n s l a s o l u t i o n . - 5. P a r t i e
d ’ E s p a g n e m a is t o u j o u r s e n
B e l g i q u e . A r b r e v é n é r é e n A fr i q u e .
- 6. E x p r i m e u n d o u t e . F o r t e v o i x
e n v e r s i o n o r i g i n a l e . - 7. R o u g e s
d e la r é s e r v e . S a n s a u c u n e fl e u r .
- 8. P o l l u a n t s r e j e t é s p a r l e s o r p a i l l e u r s . - 9. F u t à l a f o i s p o è t e
v ir t u o s e e t v i g n e r o n d a n s l e
S a i n t - É m i l i o n . - 10. L e d e r n i e r
s o u c i d e s c a d e t s , é p e lé . R e ç u
d a n s u n e p i è c e e n b o i s . - 11.
C ri c u l e d a n s l e s r u e s d ’ A c c r a . C e l a .
12. E n t r e D u i s b u r g e t B o c h u m .
B o u r g b o u r g u ig n o n .
22.30
VERTICALEMENT 1. Th e o d o r H e r z l . - 2. E u s k e r a . L i e u . - 3. L i s a g e .
M u s l i . - 4. É t é . L a s s a s . - 5. S a l i e n . Ô t a . - 6.I m . S e g a l e n . - 7. L u t r i n .
É m e u t . - 8. M a t e l a s s i è r e .
1
2
3
4
5
2
3
4
5
6
7
8
grave. Des flaques de colle noire (des
bouses de vache ?) tombent du ciel. Les
premiers signes d’une invasion extraterrestre. Les habitants englués se dédoublent. Van der Weyden lui-même à droit
à son « clown ». Il n’en croit pas ses yeux
(il n’a pas le « don d’immunité »).
Apocalypse joyeuse
Coincoin et les Z’inhumains est un carnaval de gens bizarres, de clones et de
questions métaphysiques (l’au-delà,
l’invisible, l’Autre). L’ancien professeur
de philosophie Bruno
Dumont pousse le bouchon très loin. Le grotesque ne lui fait pas
○○○¡
peur. Cascades à la
BRIDGE
PROBLÈME N° 2919 :
Dichotomie
A
A D 1 0 4
R 8 7
R 8 7 6 5
N
O
E
S
1 0
R
A
A
9 8
V 6 5
V 9
D 3
6
7
8
Contrat : S u d j o u e 7 Cœurs.
Entame : 9 d e .
Rémy Julienne (Carpentier ne roule que
sur deux roues), comique langagier, burlesque à la Buster Keaton… Depuis que le
réalisateur de L’Humanité a découvert
l’humour, il y va à fond les ballons et il a
bien raison. Il nous venge au passage de
toutes les mauvaises séries policières à
l’esprit de sérieux catastrophique. Après
avoir vu Van der Weyden dégainer son
pistolet, vous ne regarderez plus jamais
un flic de fiction sans réprimer un fou
rire. L’apocalypse selon Dumont est
joyeuse. Des migrants observent tout ça
un peu inquiets. Dans
quel pays de fous ont-ils
atterri ? Les Terriens
sont tarés. Les extraterrestres sont prévenus. ■
20.55
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME DE DÉFENSE
N° 2918 : Espoir raisonnable
Contrat : S u d j o u e 3 Carreaux.
La séquence (Pers. vuln.) : O u e s t o u v r e d e 1 , v o u s
r é p o n d e z 1 S A , S u d in t e r v ie n t à 2 e t N o r d s o u t ie n t
à 3 .
Entame : R o i d e . C o m m e n t v o y e z - v o u s l a s u ti e ?
L e s e n c h è r e s v o u s o n t a p p r is q u ’ O u e s t n ’a p a s q u a t r e ( i l a u r a ti d ti 2 s u r 2 ) , d o n c d e u x l e v é e s d e v o u s
s o n t p r o m i s e s ( d e t o u t e f a ç o n , i l v o u s l e s f a u t )! .
C o m m e n t t r o u v e r l e s t r o is a u t r e s ? U n i q u e m e n t g r â c e à
d e s c o u p e s à , d e t o u t e é v i d e n c e . E s p é r e z l’As de chez votre partenaire e t e s p é r e z a u s s i q u ’ i l n ’ a ti q u e cinq
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L a d é f e n s e , l i m p i d e : R o i d e p r is d e l ’ A s , 7 d e p o u r
l ’ A s d ’ O u e s t q u i r e p a r t d u 1 0 d e ( p r é f é r e n t i e l , ç a n e
m a n g e p a s d e p a in ) c o u p é , 6 d e p o u r la D a m e e t ,
d e r e c h e f , c o u p é .
L e d é c l a r a n t r é c l a m e l e r e s t e m a is v o u s a v e z p r is l e s c i n q
p r e m i e r s p l is …
R 9 8 4
9 7 3
R 7 2
R V 3
9
10
11
12
A
R
6
9
D 10 6 2
D V
5
N
O
S
8 7
V
8
A
A
7
A 1 0 6 5 2
E V 4 3
6 5 4 2
5 3
4
D 10 9 8
D 10
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 20 septembre 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
35
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Davy
Soleil : Lever 07h34 - Coucher 19h52 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 Nos chers voisins. Série.
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu.
Prés. : Nagui 20.00 20 heures 20.40
Un si grand soleil. Feuilleton.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Série. Policière
Magazine. Reportage
Film. Policier
19.00 La villa : la bataille des couples.
Téléréalité 19.55 Suburgatory
MATIN
16
21.00 Célibataire,
mode d’emploi
50
Film. Comédie. EU. 2015. Réal. : C.
Ditter. 1h44. Avec Dakota Johnson.
Les aventures de jeunes célibataires décomplexées à New York.
14
14
15
13
17
15
18
16
17
17
15
14
15
14
23.05 Triple alliance. Film. Comédie
1.05 Chroniques criminelles. Mag.
15
17
17
14
5
Insoupçonnable
Envoyé spécial
Les Lyonnais
Fra. Saison 1. Avec Emmanuelle Seigner, Melvil Poupaud, Claire Keim,
Sofia Essaïdi. 2 épisodes. Inédits.
L’assassinat du lieutenant Costa,
son amant d’un soir, ébranle la criminologue Chloé Fisher.
Prés. : É. Lucet. 1h45. Inédit. «Éoliennes : le vent de la révolte». Reportage dans une France qui ne veut
pas de ce symbole de l’énergie propre
- «Maisons de retraite : derrière la façade» - «Les virtuoses de Vicente».
Fra. 2010. Réal. : Olivier Marchal.
1h38. Avec Gérard Lanvin, Tchéky
Karyo, Daniel Duval, Dimitri Storoge.
À l’approche de la soixantaine, Momon, un ancien du grand banditisme,
n’aspire qu’à la tranquillité.
20.50 Nyiragongo,
voyage au cœur du volcan
23.00 New York, section criminelle Série. Luttes armées - Mésal-
22.45 Complément d’enquête
22.40 Soir/3 23.55 Vive la politique ! 1.25 1968, actes photographiques 2.20 Le dernier socialiste.
21.40 Révélations sur Pompéi. Doc
22.30 C dans l’air 23.40 C à vous
liance - La belle et la bête.
Benalla, «petits chefs» : l’ivresse du
pouvoir. 0.15 Hip Hop symphonique
16
18
17
19.00 C à vous. Magazine 20.00 C à
vous, la suite 20.20 Entrée libre
18
18
16
18
22
21
19
Doc. Nature. 2017. Réal. : S. Winchcombe et B. Wilson. 0h50. Inédit. Au
cœur du Congo se dresse un immense volcan : le mont Nyiragongo.
17
22
20
22
10
21
APRÈS-MIDI
24
50
24
24
19.00 Sur les toits des villes 19.45
Arte journal 20.05 28 minutes. Magazine 20.52 50 nuances de Grecs
18.35 La meilleure boulangerie de
France. Jeu 19.45 Le 19.45 20.25
Scènes de ménages. Série.
21.00
20.55
21.00
Série. Drame
Série. Comédie
Magazine. Culinaire
25
27
19
23
28
27
26
26
27
20.55 Le Négociateur
Film. Policier. EU. 1998. Réal. : Gary F
Gray. 2h15. Avec Samuel L. Jackson.
Victime d’un complot, un policier
spécialisé dans les prises d’otages
retient prisonnier son accusateur.
27
24
27
27
27
30
10
29
30
30
30
23.30 Sécurité rapprochée. Film.
Thriller. Avec Denzel Washington.
32
27
32
29
32
28
26
20
30
19.05 Custom Garage. Téléréalité.
Hot Rod Style BD - Ford Falcon.
Killing Eve
EU. Saison 1. Avec Sandra Oh, Jodie
Comer, Fiona Shaw, Kim Bodnia,
Darren Boyd. 2 épisodes. Inédits.
Villanelle supprime un colonel chinois
dans une clinique de Berlin. Eve et Bill
se rendent sur les lieux.
Coincoin
et les Z’inhumains
Cauchemar en cuisine
Fra. Saison 2. Avec Lucy Caron,
Alane Delhaye. 2 épisodes. Inédits.
Le p’tit Quinquin, devenu Coincoin, a
grandi. Son amoureuse Ève l’a abandonné pour une fille, Corinne.
22.30 Rolling Stone Magazine :
Stories From the Edge Série doc.
22.45 Ngogo : la guerre des
singes Documentaire. Inédit 0.10
23.10 Les coulisses d’une création…
Les démons du passé. Film TV.
Présentation : Philippe Etchebest.
2h00. Tarbes. Inédit. Il y a vingt-cinq
ans, Christian a repris un établissement avec sa femme et son neveu.
Malgré des années de dur labeur,
l’affaire périclite.
27
T (en °c)
20.50 Le Tonnerre, fleuron
de la marine française
<-10 à 0
Documentaire. Science et technique. Réal. : Lionel Langlade. 1h00.
Inédit. Le «Tonnerre» est le plus
gros navire de la Marine nationale.
21.50 Sous-marins, fleurons de la
marine française. Documentaire.
23.00 Cauchemar en cuisine
Magazine. Culinaire. Présentation :
Philippe Etchebest.
20.10 Rénovation impossible. Téléréalité. Diviser pour mieux régner.
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec David Salles.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Taxi 2
21.00 Esprits criminels :
unité sans frontières
21.00 Enquête sous haute
tension
Série. Policière. EU. 2016. Saison 1.
Avec Gary Sinise. 2 épisodes. Un
couple de seniors de l’Idaho en croisière est kidnappé à Casablanca.
Magazine. Société. Présentation :
Carole Rousseau. 2h00. Police, pompiers, Samu : un été chaud sur la Côte
d’Azur. Inédit.
22.30 Esprits criminels : unité sans
frontières. Série. 4 épisodes.
23.00 Enquête sous haute tension.
Magazine. Prés. : Carole Rousseau.
Film. Action. Fra. 2000. Réal. : Gérard Krawczyk. 1h25. Avec Frédéric
Diefenthal. En visite en France, le
ministre de la Défense japonais est
enlevé par un gang de yakusas.
22.40 Taxi. Film. Action 0.25 20 ans
de saga «Taxi»… Documentaire.
SU DO KU
GRILLE 2669 CONFIRMÉ
SOLUTION DU N° 2668
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BILLE
DE BOIS
PRODUIRE
DES ŒUFS
CONTINENT
TRÈS
PEUPLÉ
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par téléphone :
HOME
DE NEIGE
FLEURS
DES BOIS
CONTRÔLEUR
ENTRE
I ET V
PRATIQUER
SON
MÉTIER
VAUT DO
présente
Exceptions de la
langue française :
certains Belges les
détestent, mais nous,
on les adore !
MARQUE
DE GROS
EFFORT
FORTUNÉ
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ACCOMPAGNE
À TABLE
FUMER LE
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PLUS
MAUVAIS
COMMANDEMENT
TERME DE
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NOUVEAU
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COURT
RETENU
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ELLE VEUT
LA PAIX
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LIVE 24/24 SUR
ON LE
PLANTE
DANS
L’HERBE
LIVRE
À CONSULTER
ADOUBER
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FURTIF
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C’EST
DONC
LE LIEU
ACCEPTE
PASCAL
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2,99 €/appel
CONSERVATEUR
ROUE
DENTÉE
BRAMA
ILS
PEUVENT
CREVER
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ET QUI
S’IMBIBE
VITE
CALE MÉCANIQUE
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DU NORD
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QUI
EXHALE
UN ARÔME
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Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
MOTS FLÉCHÉS N°2080
Chaque jour un peu plus difficile
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22.50 Les rois de la piscine. Téléréalité.
ATHÈNES
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SAMEDI
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Film. Comédie sentimentale. EU.
2007. Réal. : A. Heckerling. 1h37. Inédit. Avec Michelle Pfeiffer. À 40 ans
passés, une mère célibataire tombe
amoureuse d’un homme plus jeune.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
VENDREDI
21.00 Trop jeune pour elle
19.20 Quotidien, première partie
19.40 Quotidien. Talk-show.
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17/20
17/20
23/30
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
LETTRE
GRECQUE
SERPENT
D’EAU
SPECTACLES
ENCHANTEURS
IL SE PARLE
DANS LES
DATCHAS
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
C
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G A R S
A C C E P T A B L E
L E S E R
I M P E R I A L
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EN VENTE ACTUELLEMENT
Disponible chez tous
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A
18.30 L’info du vrai (C). Magazine
19.50 L’info du vrai, le mag (C). Magazine 20.55 Catherine et Liliane (C)
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19.00 Les vacances des Anges 3 : viva
España ! 19.55 The Big Bang Theory
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
36
Marceline
Loridan-Ivens,
CHRONO
1928 Naissance à Épinal (Vosges).
1944 Arrêtée avec son père lors
d’une rafle, à Bollène, puis déportée
à Birkenau. Son père n’en reviendra
pas.
1961 Apparaît dans le film de Jean
Rouch et Edgar Morin, « Chronique
d’un été ».
La « sur-vivante »
E
lle avait perdu la vue, il y
a quelques années, à Jérusalem. Et elle a perdu
la vie, hier, jour du
Grand Pardon, dans la
religion juive. Comme
un clin d’œil du destin
adressé à Marceline Loridan-Ivens, vieille dame indigne qui
assurait crânement ne pas croire en
Dieu mais avait cependant confié que
lorsqu’elle était à Birkenau, elle avait
jeûné pour Yom Kippour. Pour retrouver un semblant de dignité, refuser
« d’être traitée par les SS comme un
morceau de bois, un “Stück” » Pour
donner aussi, surtout, un sens à sa vie
qui aurait pu être marquée par la mort,
mais s’est illustrée, également, par le
sursaut. Toujours. Et un appétit et une
force vitale inégalables qui ont attiré
jusqu’au dernier moment, dans son petit appartement du VIe arrondissement,
des visiteurs à la pelle, souvent jeunes,
connus, comme Sandrine Kiberlain, ou
anonymes.
Au fond, ce sens, Marceline LoridanIvens, ce petit bout de bonne femme,
haute comme trois pommes - « un mètre cinquante avec les talons » - à la chevelure flamboyante et en pétard, comme elle, l’a probablement cherché tout
au long de sa drôle de vie. Pour tenter,
si ce n’est de comprendre, en tout cas
de mettre entre parenthèses, avant de
raconter, des années plus tard, ce qui
fut longtemps, très longtemps, indicible pour elle. Et inaudible pour les
autres.
Marceline Rozenberg, née en 1928 à
Épinal, dans les Vosges, de parents juifs
polonais émigrés en France en 1919,
avait 15 ans lorsqu’elle fut arrêtée, en
mars 1944, en même temps que son
1963 Épouse Joris Ivens.
2003 Réalise « La Petite Prairie
aux bouleaux ».
DISPARITION
Meurtrie à jamais
par sa déportation
à 15 ans, mais aussi
terriblement ancrée
dans la vie, l’écrivain
et cinéaste est morte
mardi à 90 ans.
PAR ANNE FULDA
£@AnneFulda
père, Salomon Rozenberg ; avant d’être
déportée à Auschwitz-Birkenau. Le
froid, la faim, les coups, l’humiliation.
La violence. Les fosses communes
qu’elle creuse pour les Juifs hongrois, la
« sélection » par le Dr Mengele, le premier homme qui l’a vue nue, la marquèrent à tout jamais. Tout comme, revers solaire de la médaille, les liens
noués avec ses sœurs de malheur.
Comme Simone Veil (« j’avais tatoué
sur mon avant-bras le matricule 78750,
le sien était 78651 »). Ces deux-là se retrouveront après la guerre et ne se quitteront plus. Et qu’importe si elles ne
sont pas du même bord politique, ni du
même monde. « Nous étions du même
transport, du même quai, du même
camp. Nous étions des femmes dures, dira-t-elle. La politique, la vie, les hommes
traversaient nos discussions, mais nous
étions des confidentes de l’Avant, nous
2015 Parution de « Et tu n’es pas
revenu », avec Judith Perrignon
(Grasset).
2018 Parution de « L’Amour après »
avec Judith Perrignon (Grasset).
Marceline Loridan-Ivens
à son domicile le 16 janvier 2018.
CHRISTOPHE PETIT TESSON/MAXPPP
revenions vers les camps ensemble, parfois même en souriant ou en rigolant au
détour d’un souvenir. »
Liberté de parole
et de comportement
Elle dit ça, mais, en 1945, le retour en
France, sans son père, mort dans les
camps, a cependant un goût amer.
Marceline a 18 ans à peine, l’âge des
premières amours, mais comme elle le
racontera dans L’Amour après (Grasset), l’amour est pour elle « une contrée
inconnue ». Elle cherchera longtemps,
dans le regard des hommes, la certitude
d’« être vivante ». Une certitude qu’elle
acquiert aussi en multipliant les expériences. Avec une force démultipliée,
une énergie vitale à faire pâlir d’envie
des bataillons de déprimés à la petite
semaine. Mais aussi une vraie liberté de
parole et de comportement. « Marceli-
ne », comme l’appelaient affectueusement ses admirateurs, s’est embringuée
dans des combats politiques parfois hasardeux mais toujours sincères. Avec
une soif d’apprendre inépuisable
qu’elle assouvit dans le Saint-Germaindes-Prés de l’après-guerre où elle vit la
nuit, de club en club, en demandant « à
tous les artistes et intellos du périmètre »
ce qu’il faut lire, comme pour rattraper
le temps qu’elle n’a pas passé à l’école.
Elle croise alors Sidney Bechet, tape des
manuscrits pour Roland Barthes, ensorcelle Georges Perec. Elle rêve d’être
chanteuse ou actrice mais finalement
deviendra dans un premier temps enquêtrice. Comme dans le film de Jean
Rouch et Edgar Morin, Chronique d’un
été, où on la voit, dans son propre rôle,
demander à des gens dans la rue :
« Êtes-vous heureux ? » Elle s’engage
aussi. Au Parti communiste, au MLF -
pour quelques mois seulement -, contre
la guerre en Algérie. Et réalise son premier film, Algérie, année zéro, avec
Jean-Pierre Sergent, en 1962, suivi de
nombreux autres tournés notamment
sur la Chine de Mao, dont elle et son second mari, Joris Ivens, seront de fervents partisans jusqu’en 1975…
C’est après des années de silence sur
sa déportation - « il fallait se geler de
l’intérieur pour survivre » -, qu’elle
avait accepté de témoigner dans un
premier livre, paru chez Albin Michel,
puis dans un autre, plus intime, coécrit
avec Judith Perrignon et paru en 2015,
Et tu n’es pas revenu. Un livre qui remporta un succès mondial mais que son
éditeur chez Grasset, Christophe Bataille, obtint d’elle de haute lutte et grâce à l’intermédiaire d’un autre « rescapé », auteur de la maison, Rithy Panh.
Marceline Loridan-Ivens était pourtant
toute proche : son appartement était
au-dessus des bureaux de Grasset, rue
des Saints-Pères. « Pour nous, Marceline, c’était la petite voisine à la crinière
rouge et à la voix éraillée qui nous passait
des savons, se souvient, ému, Bataille.
C’était une amoureuse, drôle, moqueuse,
avec un ton pétaradant, une personnalité
inclassable qui obligeait les visiteurs à la
vigilance, à sortir d’eux-mêmes. » Ils
devront apprendre désormais la vie
« après Marceline ». ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Audition [o-di-sion] n. f.
Mise sur écoute.
ier la commission du Sénat a procédé à l’audition d’Alexandre Benalla.
Le mot vient du verbe latin audire : entendre, qu’on retrouve dans la phrase
évangélique « Qui habet aures audiendi, audiat » : que celui qui a des oreilles
qu’il entende.
Auditionner, c’est écouter, c’est aussi auditer. La séance de questions à Benalla a donc
donné l’occasion aux sénateurs de procéder à un audit de l’Élysée.
L’ancien chargé de mission a été écouté ; a-t-il été entendu ? Car un auditoire peut très
bien se révéler sourd aux arguments de celui qui paraît – on allait écrire comparaît :
une audition peut être le préalable à une audience, cette fois devant un tribunal.
Face à des interlocuteurs (qui se sont entendus), l’auditionné ne doit pas s’écouter
mais se faire entendre et comprendre. Il est important de ne pas être inaudible.
D’autant que l’audition peut vite tourner à la joute, et donner lieu à de vifs échanges.
On parlera alors de troubles de l’audition.
Après sa prestation d’hier, Benalla doit espérer que soient levés, avec la séance, les
doutes. Quoique peuvent subsister ce qu’on appellera des malentendus. ■
H
Mardi 2 Octobre 2018
En accord mets et grands vins de Champagne
de la Maison Laurent-Perrier
Chef des Cuisines Christophe Moret
Chef Pâtissier Michaël Bartocetti
Chef Sommelier Matthias Meynard
Oursin et caviar
Champagne Laurent-Perrier La Cuvée en magnum
Feuilles à feuilles de foie gras de canard
et champignons de Carrières-sur-Seine, délicate gelée de dashi
Champagne Laurent-Perrier Brut Millésimé 2007 en magnum
Homard des îles Chausey
nourri de vanille, courges et châtaignes en cocotte lutée
Champagne Grand Siècle par Laurent-Perrier en magnum
Poitrine de canard colvert
rôtie, navets et jeunes betteraves au sautoir,
sauce agrodolce
Champagne Laurent-Perrier Alexandra Rosé 2004
en magnum
Agrumes de Damien Blasco
sorbet kalamansi-kaffir, arlettes caramélisées
Champagne Laurent-Perrier Ultra-Brut
Miel de maquis Corse
givré au parfum de cédrat et d’eucalyptus
Champagne Laurent-Perrier Cuvée Rosé en magnum
à 20h00
320 euros par personne
Réservation obligatoire : +33 1 53 67 19 90
abeille.slpr@shangri-la.com
A
L’ Abeille - Shangri-La Hotel Paris
10 avenue d’Iéna - 75116 Paris
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
La France gèle la nomination
d’un ambassadeur en Iran
« Oui, nous avons gelé la nomination d’un nouvel ambassadeur
à Téhéran », confirme un haut responsable du Quai d’Orsay.
Cette décision est la conséquence de la découverte par
la France de l’implication de certains cercles du pouvoir
iranien dans la tentative d’attentat manqué contre
un rassemblement des opposants, les Moudjahidins
du peuple, fin juin en banlieue parisienne. « Mais
nous poursuivons le dialogue avec l’Iran, ajoute le diplomate,
Emmanuel Macron rencontrera le président Hassan Rohani »
(photo) fin septembre, en marge de l’Assemblée générale
de l’ONU à New York.
L’écrivain Patrick Besson
se met au football
Le PS contre
Gérard Collomb à Lyon
Le prochain roman de Patrick Besson
sera publié par Grasset le 10 octobre.
Son titre ? Le Milieu de terrain.
L’écrivain, qui adore le football, met
en scène Elvis, 61 ans, ancien joueur
de l’équipe de France. Il raconte dans
son journal son recrutement en tant
qu’entraîneur par le maire d’Y, ville
de Gironde dont le club de football
s’apprête à intégrer la deuxième
division. S’ensuit une histoire d’amour
entre ce personnage et la très jeune
épouse d’un des joueurs…
Olivier Faure, le premier
secrétaire du PS, compte bien
présenter un candidat socialiste
contre Gérard Collomb aux
municipales de 2020, à Lyon.
« Non seulement, il a changé de
parti, mais il a aussi changé de
cerveau », dit le député de Seineet-Marne, en référence aux
positions du ministre de
l’Intérieur sur l’immigration.
Autant dire que la campagne des
municipales a déjà commencé.
KIRILL KUDRYAVTSEV/AFP
dî n e r r e t o u r d e vend anges
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 049 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
l ittérai re
lefigaro.fr/livres
RICHARD RUSSO
AGNÈS DESARTHE
PAGE 4
PAGE 5
« RACONTER DES HISTOIRES,
C’EST JOUER DU VIOLON
PENDANT QUE ROME BRÛLE »
UNE FABLE DÉSENCHANTÉE
SUR LA FAMILLE
ET LE COUPLE
Entre le débarquement de Normandie,
en juin 1944, et la bataille des Ardennes,
en décembre, Ernest Hemingway accompagne
comme correspondant de guerre
l’armée américaine durant son avancée
sur le territoire français.
DOSSIER Le second conflit mondial a fasciné les romanciers, comme Hemingway ou Malaparte. Des textes
inédits d’Heinrich Böll et de John Steinbeck apportent un éclairage inattendu sur cette guerre. PAGES 2 ET 3
L
Une dame du temps jadis
E MOT est connu, Dumas disait
qu’il violait l’histoire de France
mais pour lui faire de beaux enfants. Traduire : La Reine Margot,
ou Les Trois Mousquetaires. Faire
de beaux enfants à l’histoire ou plus simplement célébrer ses belles noces avec la littérature, telle est à n’en pas douter l’ambition
de Clara Dupont-Monod qui, depuis La Passion selon Juette, aime le voyage dans le
temps, qu’elle poursuit avec La Révolte : soit
le soulèvement qu’Aliénor d’Aquitaine
fomenta contre son mari en 1173.
C’est un lieu commun, celle qui fut deux fois
reine, et dix fois mère, eut ce qu’on peut appeler une vie romanesque. Il convenait donc
d’en faire un roman. Et même deux. Après Le
roi disait que j’étais diable, Clara Dupont-Monod réattaque ce monument par la face nord ;
autrement dit, le truchement du plus célèbre
de ses fils, Richard Cœur de Lion.
Nous sommes au XIIe siècle. Les protagonistes
de l’époque portent des noms familiers de nos
mémoires d’écolier. Plantagenêt, Saladin, Thomas Beckett. Hildegarde de Bingen, Jean sans
Terre, Philippe Auguste. Et, prima donna inter
pares, Aliénor. Ses innombrables faits et gestes,
entre Westminster et Poitiers sont connus,
pour l’essentiel. Certes, on déplore quelques
zones blanches, des interstices, épisodes négligés des chroniqueurs, ou détruits avec des
archives, victimes des outrages du temps.
Dans ces courants d’air, l’intrépide romancière s’engouffre. Elle met en scène son héroïne dont c’est peu dire qu’elle n’a pas eu
besoin de la parution du Deuxième Sexe
pour devenir une femme. Quittant Louis
VII pour un roi d’Angleterre de dix ans plus
jeune qu’elle, avant de l’affronter, traversant l’Europe aux fins de réunir une rançon
LA CHRONIQUE
d’Étienne
de Montety
pour la liberté de Richard, elle est une de
ces figures féminines, à l’instar d’une Blanche de Castille, d’une Jeanne d’Arc, d’une
Catherine de Médicis, dont le poids sur le
cours de l’histoire sidère nos petits esprits
contemporains.
Son fils Richard, qui veut être fidèle au commandement maternel, « relève ce qui est détruit, conserve ce qui est debout », avouera
tout de même : « Inutile d’attendre des mots
d’amour. Ma mère n’en a jamais prononcé. »
Par ce plongeon dans les eaux noires et
troubles du Moyen Âge, on quitte les
miasmes de la France de 2018. Et pourtant, le roman de Clara Dupont-Monod
n’a rien du genre néogothique qui eut sa
vogue au XIXe siècle, avec son décor
d’oubliettes et de mâchicoulis. Ici, si le détail
est juste, le style est résolument contemporain. Pas de vieilleries, d’ancien françois ni de poutres apparentes. Simplement
cette ère cesse d’être moyenâgeuse. Aliénor,
Richard, Henri, leur langage, leurs pensées
sont modernes.
Pourquoi s’en étonner, l’amour, l’ambition, la jalousie, la volonté de puissance,
autant de carburants du moteur de l’histoire, qui sont d’hier, d’aujourd’hui et de toujours. Les heurs de ces princes nous parlent
de nous. Entre l’Angleterre et le continent,
l’Occident et l’Orient, le balancier des
échanges, des passions et des affrontements est déjà en branle. Philippe jalouse
Richard. Saladin conquiert Jérusalem. Ça
ne s’arrêtera jamais.
Non décidément, rien de nouveau, ni dans
le cœur des hommes, ni dans le grand
mouvement du monde ; c’est l’une des leçons du beau livre de Clara Dupont-Monod, qui vient de réussir
sa ballade d’une dame du
temps jadis. ■
LA RÉVOLTE
De Clara Dupont-Monod,
Stock,
245 p., 18,50 €.
PAR L’AUTEUR DE
A
COLLECTION. JOHN F. KENNEDY PRESIDENTIAL LIBRARY AND MUSEUM, BOSTON, VINCENT MULLER/OPALE/LEEMAGE
Écrivains dans la guerre
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
2
LE CONTEXTE
L'ÉVÉNEMENT
littéraire
La guerre fascine les écrivains. Qu’il la fasse en tant
qu’appelés, volontaires ou correspondants de guerre,
elle leur inspire souvent de grands textes : Orages d’Acier,
L’Adieu aux armes, À l’Ouest rien de nouveau, L’Espoir,
Kaputt... Aujourd’hui, on découvre les passionnantes
lettres de guerre inédites d’Heinrich Böll, mobilisé dans
la Wehrmacht en 1939. Dans un autre inédit, encore plus
surprenant, on voit un Steinbeck louant, à la demande
de Roosevelt, la perfection des bombardiers B-17.
Pacifistes...
mais patriotes
avant tout
DOSSIER Hostiles à la guerre, l’Allemand
Heinrich Böll et l’Américain John Steinbeck
ont pourtant soutenu leur patrie.
LETTRES DE
GUERRE 1939-1945
De Heinrich Böll,
traduit de l’allemand
par Jeanne Guérout,
L’Iconoclaste,
368 p., 22,90 €.
THIERRY CLERMONT
tclermont@lefigaro.fr
M
A SOIF de vivre
est comme une
fringale douloureuse et sauvage ; cette soif fait
si mal que les larmes me montent aux
yeux pour peu que je pense à un beau
concert ou au bruissement des feuilles
d’un arbre en été, un soir tranquille
au bord du Rhin ou à la solennité grave d’une messe. » C’est ce que confie
le jeune caporal Heinrich Böll à son
épouse Annemarie, en juillet 1942,
alors qu’il vient d’être formé au maniement du lance-flammes. Il est en
France, sur le mur de l’Atlantique,
précisément au cap Gris-Nez. Hanté
à la seule idée d’être envoyé sur le
front de l’Est, il passe l’essentiel de
ses journées dans un bunker à attendre les Anglais ; il est aux premières loges pour assister aux violents combats aériens opposant les
Spitfire aux Messerschmitt, au-dessus de la Manche. Le futur Prix Nobel de littérature (en 1972) a été mo-
«
bilisé dans la Wehrmacht en
août 1939, alors qu’il n’avait pas
vingt-deux ans.
Inédite en français, cette correspondance de guerre adressée à sa
famille et à ses proches porte à la fois
un éclairage nouveau sur l’œuvre
de l’écrivain, notamment ses premiers romans, inspirés de cette expérience, et sur le quotidien des appelés allemands (situés à l’arrièregarde) et leurs relations avec les
civils. Catholique pratiquant, passionné de littérature, il est ballotté
de casernes en garnisons, de cantonnements en chambrées. On le
retrouve ainsi en Basse-Saxe, en
Pologne, puis dans la Somme, dans
la Ruhr, au Mans, au Tréport, en
Crimée, en Ukraine, en Roumanie
puis en Hongrie, ne bénéficiant que
de rares et courtes permissions.
Le natif de Cologne, qui avait refusé de rejoindre les Jeunesses hitlériennes quelques années plus tôt, se
plaint de la monotonie des paysages, de la routine des journées, de
l’approvisionnement et du manque
de tabac, déplore les conditions de
vie et d’hygiène, « Quand commenceront enfin les jours de la vie ? » se
morfond-il. Il considère cette guerre comme juste et estime l’engagement de sa patrie, légitime, tout en
se faisant le chantre de la germanité.
« Tant de préjugés naïfs qui voient en
nous, le plus naturellement du monde, des sauvages et des barbares »,
écrit-il, ajoutant : « Je crois que jamais au monde un peuple nous comprendra. » Soulagé d’être loin des
combats, affligé d’être loin des
siens, il lâche tout de même : « Je
suis condamné à ne vivre cette guerre
que dans l’ombre. » L’appel du feu le
taraude. On le verra plus tard.
La France, ce grand lecteur de
Léon Bloy la voit comme le « pays
du déclin de la natalité et du triomphe
de l’individualisme », fustigeant au
passage « ce peuple pleurnichard »,
« ce peuple flagorneur et traître, qui
ne connaît ni le deuil ni la foi ». En
octobre 1943, il remet le couvert :
« Le fatalisme, cette indolence indéracinable des Français, est vraiment
quelque chose d’irritant », alors qu’il
est chargé de négocier avec les paysans les tarifs de l’approvisionnement (Böll fait la tournée des fermes), en ne manquant pas de
fréquenter les nombreux cafés qu’il
croise sur son chemin. Les Rou-
mains et les Polonais ne seront pas
mieux traités ; à propos de ces derniers, il déclare : « Ils ne peuvent
être nos amis », avant d’enfoncer le
clou : « Derrière la mélancolie de leur
regard, c’est la haine qui guette. »
L’expérience du front
On le voit, on est bien loin du Böll
pacifiste et écologiste avant l’heure,
catholique de gauche, conscience
morale de l’Allemagne d’aprèsguerre, aux côtés de Günter Grass,
lequel révélera au soir de sa vie qu’il
s’était engagé à dix-sept ans dans la
Waffen SS. Le Böll qui accueillera en
1974 (l’année de la publication de
John Steinbeck, éloge des bombardiers
ASTRID DE LARMINAT
adelarminat@lefigaro.fr
D
A
BOMBES
LARGUÉES
De John Steinbeck,
traduit de l’anglais
(États-Unis)
par Julia Malye,
Les Belles Lettres,
240 p., 23 €.
ÉBUT 1942, Roosevelt en personne se
charge de convaincre
Steinbeck, d’abord
réticent parce qu’instinctivement pacifiste, de mettre
son talent et sa popularité au service de l’Amérique qui vient
d’entrer en guerre. Deux ans plus
tôt, Les Raisins de la colère avait
été couronné par le prix Pulitzer
et adapté à l’écran par John Ford.
L’histoire de ces petits fermiers
de l’Oklahoma victimes de la crise de 29, expropriés par les banques, contraints d’immigrer en
Californie et d’y louer leurs bras
aux grands propriétaires, luttant
pour survivre parmi des milliers
d’autres ouvriers agricoles, a fait
grincer des dents et valut à Steinbeck une réputation de « rouge ». Mais la tendresse avec laquelle il brosse le portrait de ses
personnages lui a attiré une vaste
sympathie populaire. Or, en
1942, le président des États-Unis
a besoin de mobiliser largement
le peuple américain qui s’engage
à reculons dans la guerre. Le
Congrès a voté la mobilisation de
tous les hommes de vingt à quarante-quatre ans. Il faut maintenant convaincre les esprits, réveiller leur combativité.
Steinbeck a pour mission de
donner envie de s’engager dans
l’Air Force aux garçons des petites villes qui depuis la crise économique ne croient plus guère au
rêve américain, végètent souvent
de petit métier en petit métier. Il
doit notamment exalter la mission du nouveau « bombardier
lourd », le B-17, un monstre aérien qui fait peur. L’écrivain
sillonne les bases de l’Air Force à
travers les États-Unis, à l’œuvre
dès 5 heures du matin pour suivre
l’entraînement des hommes,
veillant tard dans la nuit pour
boire des verres avec eux. De ce
reportage, il tire un texte d’une
efficacité redoutable, mélange
d’exhortation et de description
ultraréaliste, qui donne aux équipages de bombardiers une aura
mythologique.
Dès la préface, Steinbeck attaque. Il ne joue pas la corde du patriotisme, ne sort pas non plus les
violons de l’alliance des démocraties contre le fascisme. Non, il
aiguillonne la fierté de ses lecteurs, fait valoir que cette guerre
est l’occasion de montrer à la face
du monde de quoi l’Amérique est
capable, notamment à ces Européens qui pensent « stupidement » que la nation américaine
est « dégénérée ». Il décrit les
jeunes gens des années 1930,
désœuvrés, cyniques, sa propre
génération et la suivante. « En
nous attaquant, les Allemands ont
réveillé l’instinct le plus puissant
que notre espèce connaisse – l’instinct de survie. Cela nous a donné
un but vers lequel concentrer nos
forces – et nous sommes d’une
grande vitalité. » Comme un entraîneur de baseball, il harangue
ses lecteurs, en appelle aux qualités qui font la force des Américains, l’opiniâtreté, l’esprit d’initiative, la faculté d’adaptation. Il
exalte la puissance de production
des États-Unis, véritable machine de guerre industrielle. En
comparant l’avion au cheval des
premiers pionniers, il rattache
l’aventure guerrière à la geste
fondatrice des États-Unis.
“
C’est uniquement
grâce à l’esprit d’équipe
que le bombardier
peut fonctionner
JOHN STEINBECK
John Steinbeck (assis à droite), posant, au milieu d’un groupe d’aviateurs
américains, avec une prise de guerre. SIT
”
Steinbeck a toujours aimé la
mécanique et les armes. Il commence par une ode au B-17 digne
de figurer dans une anthologie
du futurisme. Décrit ensuite les
tests de sélection et l’entraînement intensif – mais ô combien
exaltant – au terme desquels un
jeune garçon sans qualification
particulière mais doté d’un physique et d’un mental « supérieurs
à la moyenne » deviendra pilote,
bombardier, navigateur, mitrailleur, mécanicien ou opérateur radio, les six postes clés du
B-17. Six personnages, Bill, Joe,
Allan etc. incarnent chacune de
ces fonctions, montrant ainsi
comment, en une dizaine de semaines, l’Air Force transforme
un garçon dégingandé en professionnel affûté et en soldat irrésistiblement séduisant. Steinbeck joue sur tous les clichés de
l’idéal viril – mais comme il y
croit, ça marche !
Il insiste sur le fait que chaque
poste a sa noblesse et sa technicité, que chacun doit être capable de prendre des décisions :
« Chaque membre de l’équipage a
une tâche à accomplir, qui ne dépend que de lui et de personne
d’autre. » S’il y a une hiérarchie
militaire, il n’y a pas de tâche subalterne. Mais la fine pointe du
texte est le portrait qu’il fait de
l’équipage au moment où ses
membres font connaissance, apprennent à vivre et à travailler
ensemble. Car c’est « uniquement
grâce à l’esprit d’équipe que le
bombardier peut fonctionner ».
Voilà le credo de Steinbeck, depuis Les Raisins de la colère : l’individualisme est une impasse,
chaque âme fait partie d’« une
plus grande âme », l’homme ne
peut triompher de l’adversité
qu’en prenant ses responsabilités
dans et pour le groupe.
Bombes larguées est moins un
récit que le portrait d’un groupe
d’hommes tendus vers l’avenir,
un document passionnant sur la
vision que l’Amérique avait
d’elle-même. Ensuite, Steinbeck
écrira des vrais reportages comme correspondant de guerre sur
les terrains où se battaient les
GI, en Europe en 1943 (Il était
une fois une guerre, Petite Vermillon), et plus tard au Vietnam
(Dépêches du Vietnam, Les Belles
Lettres). ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 20 septembre 2018
3
Les trois fils Böll
- de gauche à droite :
Aloïs, Heinrich
et Alfred -, à Cologne,
en 1942, au cours
d’une permission.
ARCHIVES HEINRICH BÖLL
FOTOARCHIV
L'ÉVÉNEMENT
littéraire
Écrivains et engagement :
les liaisons dangereuses
PAR MAURIZIO SERRA
É
« Les Russes et leurs armes lourdes et
meurtrières créent un voile d’horreur
et d’effroi, qui s’ajoute à la réalité
déjà horrible et épouvantable de la
guerre. »
Le 9 avril 1945, il est fait prisonnier par les Américains sur le sol
hongrois et aura la chance d’être libéré cinq mois plus tard.
Deux bémols à ce corpus passionnant et bien illustré (Böll nous offre
une superbe description du Tréport,
en 1943) : la préface maniérée et à
charge contre le soldat Böll et les
commentaires parfois déplacés glissés dans l’appareil critique sur ce
qu’il n’a pas vu ou pas dit. ■
J’ai été saisi
« par
la peur
absolue
de la mort
HEINRICH BÖLL
»
Malaparte : la guerre
comme paysage
BRUNO CORTY
bcorty@lefigaro.fr
E
NGAGÉ à l’âge de seize
ans dans la Légion garibaldienne pour aider la
France, Kurt Erich Suckert découvrit très tôt les
horreurs de la guerre. Six ans plus
tard, le jeune homme né à Prato,
Toscane, prenait pour nom de
plume Curzio Malaparte. Il n’allait
plus cesser de se pencher, dans ses
écrits, sur la tragique condition de
l’homme du XXe siècle.
Correspondant de guerre du
Corriere della Sera en 1940, il écrira
depuis le front russe avant d’être arrêté et expulsé par les Allemands jugeant ses écrits défavorables au
Reich. Après avoir purgé une énième peine d’emprisonnement en Italie (en 1933, il avait été condamné à
l’exil politique aux îles Lipari pour
activités antifascistes en France),
Malaparte suivra l’armée finlandaise deux ans durant. Ce qui lui
donnera la matière pour écrire son
premier chef-d’œuvre, Kaputt,
publié en 1943.
La guerre, telle qu’il la raconte, ne
sera pourtant jamais le thème principal de Kaputt et de La Peau (1949).
L’écrivain s’en explique dans la préface du premier : « Parmi les protagonistes de ce livre, la guerre joue le
rôle d’un personnage secondaire. Si
les prétextes inévitables n’appartenaient pas à l’ordre de la fatalité, on
pourrait dire qu’elle n’a valeur que de
prétexte. Dans Kaputt, la guerre vaut
donc comme fatalité. Elle n’y entre
pas autrement. Je puis dire qu’elle n’y
entre pas comme protagoniste, mais
comme spectatrice, dans le sens où un
paysage est spectateur. La guerre,
c’est le paysage objectif de ce livre. »
Et Malaparte d’ajouter : « Le héros
principal est Kaputt, monstre gai et
cruel […] mot (allemand) qui signifie
littéralement : brisé, fini, réduit en
miettes, perdu […] ce qu’est l’Europe,
dorénavant : un amoncellement
de débris. » Ce que Blaise Cendrars
résume parfaitement dans une lettre
à Pierre Laleure : « Oui, j’ai beaucoup aimé Kaputt de Malaparte. C’est
un grand livre, assez dégueulasse,
comme je les aime, reflétant bien
l’époque. »
Au cœur de l’histoire
Le Cahier de L’Herne qui paraît ces
jours-ci offre une multitude de
points de vue sur l’écrivain classés
en grands thèmes : Malaparte et la
Grande Guerre, Malaparte et le fascisme, Malaparte Européen contrasté… Un grand nombre de textes inédits de l’écrivain italien et sur lui
(signés Raymond Guérin, FrédéricJacques Temple, Olivier Rolin, Roger Vailland, René de Ceccatty) permettent d’esquisser un portrait de
celui qui fut, pour reprendre la formule de Maria Pia De Paulis, responsable du Cahier de L’Herne Malaparte, « une personnalité volontairement
au cœur de l’Histoire ». On retiendra
les mots justes de Frédéric Vitoux :
« Sa carrière, ses engagements politiques, journalistiques et littéraires
donnent le vertige. Malaparte, c’est le
zigzag élevé au rang des beaux-arts,
la volte-face comme une figure de
rhétorique […] le génie du contre-pied
ou de la contre-plume […]. Il a été détesté équitablement par tout le monde. Par les fascistes, les antifascistes,
les communistes, les nazis, les socialistes. Par ses confrères souvent plus
“compromis” que lui. » ■
De la plume au fusil
Vingt ans après, les choix seront encore plus nets. La croisade pour ou
contre le totalitarisme oppose les
écrivains, plus que les nationalismes
de jadis. Nombreux sont celles et
ceux qui refusent l’étrange défaite,
qui disent non à l’abjection. Ils vont
combattre et s’immoler non par attrait esthétique ou besoin d’en découdre, mais pour défendre la liberté et la justice. Et cependant, dans
l’univers exténué et horrifié de 1945,
qui invoque la paix, en espérant que
les Nations unies soient moins impuissantes que leur prédécesseur, de
nouveaux enjeux vont fissurer le
camp des vainqueurs, au début de la
guerre froide.
Plus près de nous, le procès de la
décolonisation va accentuer ces divisions. Les écrivains ont découvert
un autre culte, l’engagement, et un
autre type de combattants, les mouvements de libération. En 1967,
Norman Mailer et le poète Robert
Lowell guident « les armées de la
nuit » contre les frappes américaines
au Vietnam. L’illusion d’un tournant pacifiste sera de courte durée :
Mailer et ses amis ne cacheront pas
leurs sympathies pour le mouvement des Panthères noires. En Europe, des écrivains allemands, italiens, français apportent une
caution plus ou moins explicite à la
Fraction armée rouge et aux Brigades rouges. Il devient très difficile de
choisir la voie de la raison et d’appeler au dialogue des esprits survoltés.
Lorsque Heinrich Böll essaiera de le
faire, dans L’Honneur perdu de
Katharina Blum (1974), il sera attaqué de part et d’autre. L’art de la
nuance résiste mal à l’emprise des
passions et aux intoxications de la
propagande. Quand on a vu des
écrivains connus se faire photographier, fusil à la main, à Sarajevo, en
Tchétchénie ou ailleurs, on est tenté
de se demander pourquoi ils éprouvent encore le besoin d’écrire des livres. Le dilemme entre « traîtres »
et « patriotes », « résistants » et
« terroristes », revient en force et ne
nous quittera plus.
Aujourd’hui, les intellectuels
prônent souvent un droit d’intervention dite « humanitaire », aux
contours plutôt flous et changeants,
au gré des circonstances. Il est (relativement) facile de renverser des
régimes félons ou faillis ; le tout est
de savoir par quelles alternatives
viables les remplacer. L’histoire a
horreur du vide, qui alimente
d’autres tragédies. ■
Dernier ouvrage paru :
« D’Annunzio, le magnifique »,
Grasset,2018.
JÉRÔME FERRARI
À son image
roman
Prix Littéraire Le Monde
Sélection Le Journal du Dimanche et France Inter
Sélection des rédactions de France Culture et de L’Obs
MALAPARTE
Cahier dirigé par
Maria Pia De Paulis,
Éditions de L’Herne,
335 p., 33 €.
“On sort de la lecture du roman de Jérôme Ferrari, sonné, sidéré par
l’intelligence et la puissance du récit.”
Bernard Pivot, Le Journal du Dimanche
“Somptueux.”
Jean Birnbaum, Le Monde des Livres
“Magnifique, bouleversant !”
François Busnel, La Grande Librairie, France 5
“Jérôme Ferrari offre une élévation,
un appel à la miséricorde, plaçant ses
personnages sous le regard de Dieu.
Édifiant.”
Sabine Audrerie, La Croix
“Une prose drue comme une pluie d’été.
Un beau livre.”
Étienne de Montety, Le Figaro Littéraire
“Un requiem d’un grand tact.”
Claude Arnaud, Le Point
Photographie de couverture : Mervyn O’Gorman, autochrome, 1913.
© he Royal Photographic Society Collection/National Science and Media Museum/SSPL/Getty Images
A
L’Honneur perdu de Katharina Blum)
Alexandre Soljenitsyne après son
expulsion d’URSS. C’est à peu près à
cette époque qu’il avouera publiquement avoir été tenté par « l’expérience du front ». Ce fut chose
faite à l’automne 1943, au moment
où l’Armée rouge reprend Kiev. En
Crimée, il est blessé à la tête par un
éclat de grenade, et en juin de l’année suivante, à Jassy (Moldavie roumaine) affronte les troupes et les
chars soviétiques, à quelques dizaines de mètres, avant d’être à
nouveau blessé et de s’enfuir à toutes jambes. « J’ai été saisi par la peur
absolue de la mort. » Et d’ajouter :
PREUVE virile, loin des
lieux clos du savoir, compagnonnage des tranchées, lyrisme patriotique, désir de rejoindre le
peuple en armes et de s’ériger en
chantre de la nation : les motivations
qui poussent les intellectuels vers la
guerre sont multiples, souvent
contradictoires, parfois troublantes.
Il faut essayer de les situer dans le
contexte. En 1914, l’Europe s’ennuie, après cinquante ans de paix
bismarckienne, et se rue dans la
joyeuse Apocalypse. Le rôle des
écrivains est fondamental pour précipiter un conflit que la maladresse
des chancelleries rend désormais
inévitable. Barrès, Kipling, Bergson,
Marinetti, si différents entre eux,
veulent la guerre pour culbuter le
« monde d’hier » ; Thomas Mann et
Hofmannsthal, pour le préserver. Le
terme fatal de « guerre de civilisation », que ne connaissaient ni les
Lumières ni le XIXe siècle bourgeois,
fait son apparition. Un philosophe,
José Ortega y Gasset, l’appellera
« l’ère de l’irresponsabilité collective », se référant à ses confrères ; il
est vrai qu’il est espagnol et neutre.
D’Annunzio est volontaire à cinquante-deux ans, les frères Jünger et
Montherlant à dix-huit, Malaparte à
seize. Même le pacifiste Wells, dont
La Guerre des mondes (1897) a anticipé à s’y méprendre celle terrestre,
devient correspondant de guerre.
Et qui dit écrivain, dit imagination
au pouvoir. Léon Daudet parraine la
légende des uhlans sabreurs de
nourrissons belges. L’ambulancier
Hemingway atteint la renommée
internationale, en racontant les faits
d’armes qu’il n’a ni vus ni vécus sur
le front italien. Il est vrai que le plus
grand succès littéraire de la guerre
ira à un livre résolument antibelliciste, À l’Ouest rien de nouveau
(1928) de Erich Maria Remarque.
N’importe. Les écrivains sont déjà
solidement aux commandes des
avions qu’ils ne piloteront pas, tel
Malraux dans le ciel d’Espagne.
En 1918, le « monde d’hier » s’est
effondré, mais à quel prix ? La fin du
Deuxième Reich de Guillaume II pose
les prémices du Troisième d’Hitler,
par-delà la mal-aimée république
de Weimar. La guerre qui devait
compléter le Risorgimento apportera
le fascisme aux Italiens. Le démembrement de l’Autriche-Hongrie, au
profit d’une mosaïque de successeurs querelleurs, ouvre une ère
d’instabilité au cœur du continent,
qui se prolongera jusqu’aux guerres
de l’ex-Yougoslavie. La révolution
de 1917 transformera l’empire des
tsars en celui de Lénine et de Staline.
L’Europe a-t-elle gagné au change ?
On peut se poser la question.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
4
parle
ON EN
CRITIQUE
littéraire
LA 9E ÉDITION DU FESTIVAL AMERICA
DE VINCENNES COMMENCE CE SOIR
JUSQU’À DIMANCHE. AU PROGRAMME
UNE CENTAINE D’ÉCRIVAINS
D’AMÉRIQUE DU NORD.
États-Unis et Canada débarquent à Vincennes
America 2018 met à l’honneur les
littératures du Canada avec la
présence d’une trentaine d’écrivains anglophones et francophones. Les auteurs des États-Unis
seront présents en nombre. Parrain de cette 9e édition, John Irving viendra célébrer les 40 ans
du Monde selon Garp. De nombreux débats, rencontres sont
prévus. Depuis 2002, Le Figaro
littéraire, fidèle à cette manifestation unique en Europe, prendra
part à cette fête de la littérature
en proposant vendredi soir une
rencontre avec quatre lauréats
du prestigieux prix Pulitzer dont
trois (Richard Russo, Michael
Chabon, Jeffrey Eugenides) publient d’excellents ouvrages (lire
ci-dessous). Le 4e, Colson
Whitehead, illumina la rentrée littéraire 2017 avec Underground
Railroad. Un roman récompen-
sé en 2016 par le National Book
Award et en 2017 par le Pulitzer,
doublé réalisé jusque-là par six
B. C.
auteurs dont Faulkner !
Rens : www.festival-america.com
Des Pulitzer en grande forme
Richard Russo.
Michael Chabon.
Richard Russo : « Un encouragement »
ENTRETIEN L’écrivain américain a été distingué par le prix Pulitzer en 2002
pour « Le Déclin de l’empire Whiting ». Il se souvient.
PROPOS RECUEILLIS PAR
BRUNO CORTY
On le lit et l’apprécie depuis plus de vingt
ans. On aime ses chroniques d’une Amérique des petites villes abîmées de la côte
Est, du New Jersey au Maine. Ses personnages sont à son image : un mélange de
simplicité, de pudeur et d’humour. Richard Russo, soixante-neuf ans, est l’un
des meilleurs conteurs de la littérature
américaine. La France qui a couronné
beaucoup d’auteurs américains semblait
l’avoir oublié jusqu’à ce que le Grand Prix
de littérature américaine le célèbre en 2017
pour son roman À malin, malin et demi. Il
était donc logique de chercher à savoir
comment un auteur aussi discret avait
vécu en 2001, à un peu plus de cinquante
ans, le sacre du prix Pulitzer, qui est aux
États-Unis ce que le Nobel est au monde
entier.
LE FIGARO. - Empire Falls (Le Déclin
de l’empire Whiting, en français chez
Quai Voltaire, l’éditeur de tous ses livres),
votre cinquième livre, a été publié en 2001,
l’année des attentats du 11 Septembre
et le Pulitzer vous a été remis en 2002,
au moment de l’intervention en Irak.
N’avez-vous pas craint un instant
que les gens désertent les librairies
à ce moment-là ?
RICHARD RUSSO. - Le Déclin de l’empire
Whiting est sorti en mai 2001, cinq mois
avant les attentats contre le World
Trade Center, il avait donc eu le temps
de se faire connaître. En revanche, j’ai
des amis dont les livres, publiés cet
automne-là, sont quasiment passés à la
trappe.
Quand Le Déclin est sorti en poche au
mois d’avril suivant, six mois étaient passés et si le 11 Septembre restait une plaie
ouverte, les gens avaient retrouvé le chemin des librairies. Alors, je ne pense pas
que les ventes en ont beaucoup souffert.
Le prix Pulitzer a-t-il changé
d’une manière ou d’une autre
votre existence ?
Le Pulitzer a eu un énorme impact sur l’aspect « économique » de ma carrière. Il a
dopé les ventes de ce roman, et également
de tous les précédents.
Mais la carrière d’un écrivain repose aussi sur sa capacité à écrire dans de bonnes
conditions et, là, je dois dire que j’avais
deux avantages. Premièrement, je vis
dans le Maine, loin des sentiers battus de
la littérature, ce qui signifie que j’ai pu
me remettre au travail et reprendre une
vie normale très rapidement. J’étais toujours le mari, le père, le fils, l’ami de
quelqu’un ; autant de forces rassurantes
et stabilisantes.
Deuxièmement, aussitôt après avoir fini
Le Déclin, j’avais commencé un autre roman et j’avais déjà écrit deux cents pages
quand le prix a été annoncé, par conséquent je n’avais pas à me préoccuper de
ce que j’allais faire ensuite, je n’avais pas
trop de pression.
Ce prix est-il plutôt un encouragement
ou une consécration ?
Pour moi, ce prix a surtout été un encouragement. La plupart des auteurs se demandent de temps en temps s’ils ont suivi
la bonne voie. Parfois (en ce moment, par
exemple), raconter des histoires, c’est un
peu comme jouer du violon pendant que
Rome brûle.
J’ai vu dans ce prix l’autorisation de
continuer à faire ce que j’aimais. En
outre, il a renforcé ma détermination à
me montrer digne de ce cadeau. ■
AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Les désenchantés du Maine
A
R
vous. À force, cela agace. Russo excelle à
dévoiler les liens changeants entre un
aîné et son cadet, ces souvenirs d’enfance qu’on croyait avoir oubliés. Son voyage italien regorge de nostalgie et de nondits, d’une tristesse non dissimulée.
Pourquoi visiter des musées quand le but
recherché est de disposer des cendres
dans un canal ? Le héros d’« Intervention » essaie de vendre une maison dans
le Maine. La propriétaire en demande
trop cher. Elle n’a même pas débarrassé
le garage. Les cartons s’entassent dans le
salon. Ça n’est pas le seul souci de cet
agent immobilier. Il est atteint d’un cancer. C’est à peine s’il en parle. Cette pudeur donne tout son prix à ce texte mélancolique, où apparaît un de ces amis
comme on en a tous, envahissant, qui
sait tout, qui a bien sûr le téléphone du
meilleur médecin. C’est Tchekhov dans
le Maine. On garde pour la bonne bouche
« Milton et Marcus ». Un romancier en
bout de course accepte l’offre d’un acteur hollywoodien. Ryan se méfie. Il a
raison. William Nolan (appelle-le « Simplement Bill ») est une star. Il n’y a pas
besoin d’être un expert pour identifier
Robert Redford pour lequel Russo a tra-
La saga familiale de Michael Chabon
Le premier roman de Michael Chabon
(né à Washington en 1963), The
Mysteries of Pittsburgh, est sorti
il y a trente ans. Depuis, il n’a cessé
de publier régulièrement romans,
recueils de nouvelles, livres pour
la jeunesse, scénarios. Né dans
une famille juive, Chabon s’est inspiré
des récits et comics de son père
pour écrire The Amazing Adventures
of Kavalier and Clay, la saga de deux
cousins juifs new-yorkais, créateurs
de génie de superhéros au début
des années 1940. Pour ce roman
ébouriffant, il recevra le Pulitzer en
2001. Aujourd’hui, il publie Moonglow.
Roman ? Livre autobiographique ?
L’histoire reposerait sur
les confessions des grands-parents
maternels de l’auteur qui apparaît
dans le récit sous son nom.
L’essentiel, bien sûr, n’est pas de
démêler le vrai du faux. C’est plutôt
de se laisser porter par un récit
fleuve dans lequel plusieurs épisodes
de la vie des grands-parents se
chevauchent, s’imbriquent pour nous
transporter de la Seconde Guerre
mondiale à nos jours. Au cœur
de cette histoire un peu folle,
la rencontre improbable, en 1947,
dans une synagogue de Baltimore,
de son grand-père, un vétéran
atrabilaire de la Seconde Guerre
fasciné par les fusées, et de sa
grand-mère, réfugiée passée par
la France, encombrée d’une petite
fille (la mère de l’auteur) et d’un
tatouage de déportée sur le bras.
Les cauchemars de la grand-mère,
la libération du camp de Dora
par le grand-père décidé à capturer
Werner von Braun, l’ingénieur et
père des V2, des chevaux fous, des
serpents géants… Avec ce récit XXL,
l’auteur redonne vie à un grand-père,
héros rationnel, pragmatique et une
grand-mère, européenne dans l’âme,
un peu sorcière. Sa saga familiale
fourmille de scènes homériques,
drôles, touchantes. Quel talent !
B. C.
MOONGLOW
De Michael Chabon,
traduit de l’anglais
(États-Unis)
par Isabelle D. Philippe,
Robert Laffont,
522 p., 22 €.
Jeffrey Eugenides met les hommes à nu
Par Éric Neuhoff eneuhoff@lefigaro.fr
ICHARD RUSSO se met en
quatre. Les nouvelles réunies
ici sont d’inégale longueur ;
leur qualité est identique.
Russo, qui dans ses romans
pratique le marathon, adopte la petite
foulée. Les deux rythmes lui conviennent. Son attention se porte sur le désenchantement de l’âge adulte, les corps
qui commencent à se déglinguer, les menues tricheries auxquelles oblige la vie
en société, l’argent qui vient à manquer,
les sentiments qui ne sont plus ce qu’ils
étaient. Cela offre un vaste panorama des
émotions. Dans « Cavalier », une enseignante s’aperçoit qu’un de ses élèves lui
a remis une copie où il plagie un devoir
ancien. Janet se demande quoi faire. Le
doyen la convoque. Ses collègues ne sont
guère plus utiles. Le garçon ne se démonte pas. « Voix » nous entraîne à Venise. Nate et son frère jouent au chat et à
la souris. Julian est bizarre. À l’hôtel, il
n’a pas réglé sa note. Au restaurant, il
disparaît au moment de l’addition. C’est
le genre de type qui a toujours des projets mirobolants, qui vous conseillent
des placements financiers imparables,
qui a l’air de tout connaître mieux que
Jeffrey Eugenides.
vaillé. Ce gars-là est capable de dépenser
cent mille dollars rien que pour boire la
meilleure margarita du monde. Jadis,
Ryan avait écrit le début d’un scénario. Il
s’aperçoit que le comédien lui a volé
l’idée. Comment réagir ? Il n’a pas de
contrat et plus d’assurance-maladie (sa
femme a attrapé une cochonnerie). Les
pages sont cruelles, vivantes, drôles. La
tendresse apparaît lors de l’évocation
d’une figure qui ressemble à Paul Newman. Ryan brosse aussi le portrait d’une
Patricia croisée il y a longtemps et qui
aurait pu être l’amour de sa vie. Mais
non. Elle a seulement changé tout le
reste de son existence. C’est déjà ça.
Certains livres font le même effet. ■
TRAJECTOIRE
De Richard
Russo,
traduit
de l’anglais
(États-Unis)
par Jean Esch,
Quai Voltaire,
296 p., 21,80 €.
À l’image d’une Donna Tartt, Jeffrey
Eugenides (né à Detroit en 1960)
est un auteur lent qui assume cette
lenteur. Il a publié trois romans
en 25 ans : The Virgin Suicides (1993),
Middlesex (2002) et The Marriage
Plot (2011). L’adaptation au cinéma
du premier par Sofia Coppola
et le Pulitzer pour le second lui ont
assuré une notoriété internationale.
En attendant son prochain roman
(en 2020 ?), l’homme aux racines
grecques, anglaises et irlandaises
nous offre son premier recueil
de nouvelles. Dix histoires publiées
entre 1988 et 2017 pour la plupart
dans le New Yorker, réécrites
ou lissées. Plusieurs ont servi
de brouillon à ses romans. Dans deux
(« Par avion » et « La Vulve
oraculaire »), on retrouve
les personnages centraux de
The Marriage Plot et de Middlesex.
Le moins que l’on puisse dire, c’est
que les hommes n’ont pas la part
belle dans ces histoires. Ils sont
veules, menteurs, tricheurs, fragiles
aussi, en quête d’argent, d’aventure,
de considération, de sexe. Les
femmes ne leur font pas de cadeaux.
C’est de bonne guerre. Eugenides ne
les enfonce pas plus que nécessaire.
Il est sans doute trop proche d’eux.
Ces grands enfants lui inspirent
une certaine tendresse. En voulant
s’affranchir de leurs parents, de
leurs femmes, du poids de la société,
de tout ce qui les contraint, les bride,
ils commettent des erreurs, font
les mauvais choix, s’enferrent.
Leurs faiblesses nous amusent, leur
humanité nous touche. « Je ne sais
pas où je vais. Je marche sans but.
Je ne suis pas pressé de regagner
mon appartement », dit Charlie
(« À qui la faute ? »). Certains
comme Malcolm (« Des jardins
capricieux ») continuent de croire au
bonheur. D’autres, comme Mitchell
ou le Dr Peter Luce, sont passés de
l’indécision au « lâcher prise ». Pas
facile d’être un homme aujourd’hui !
B. C.
DES RAISONS
DE SE PLAINDRE
De Jeffrey Eugenides,
traduit de l’anglais
(États-Unis)
par Olivier Deparis,
L’Olivier,
302 p., 22,50 €.
SAMUEL KIRSZENBAUM, SARAH LEE/EYEVINE/
BUREAU233, PATRICE NORMAND/OPALE/LEEMAGE
ÉVÉNEMENT Plusieurs auteurs couronnés par le prestigieux prix sont invités
au Festival America. Trois d’entre eux viennent avec un roman et deux recueils de nouvelles formidables.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
EN TOUTES
confidences
riste, tels que Vénus Erotica ou encore Les Petits Oiseaux, publiés juste après sa mort.
D’autres, totalement inédits, ont été publiés en 2016 aux États-Unis, sous le titre Auletris, du nom d’une nymphe. II
réunit « Marcel » et « La Vie à Provincetown », et sortira le 4 octobre, chez
Finitude. De quoi retrouver ce brillant
auteur qui affirmait : « L’érotisme est
l’une des bases de la connaissance de soi,
aussi indispensable que la poésie. »
Anaïs Nin inédit et érotique
Alors qu’elle aborde la quarantaine, Anaïs Nin
est poussée par son amant Henry Miller à
écrire des textes érotiques, qu’il signe à l’attention d’un collectionneur qui le paye grassement. Certains de ses textes sont apparus en
volume sous la signature de la romancière et dia-
LE DERNIER BAIN
De Gwenaëlle Robert,
Robert Laffont,
240 p., 18 €.
jeudi 20 septembre 2018
5
Nourrice, et maintenant baby-sitter
Bécassine revient, encore. Le 3 octobre, les éditions Gauthier-Languereau publieront la nouvelle BD de Corbeyran et Béjà qui ont entrepris
d’imaginer une suite aux aventures de l’héroïne
de Caumery et Pinchon. Il y a deux ans, ils ont
publié Les Vacances de Bécassine. Cette foisci, ils imaginent qu’elle s’en retourne à Clocherles-Bécasses. L’oncle Corentin lui a demandé de
venir s’occuper du fils de Loulotte, devenue une
actrice célèbre. Retour aux sources, donc.
CRITIQUE
littéraire
À mort Marat !
GWENAËLLE ROBERT La romancière imagine un délicat ballet de femmes téméraires en pleine Terreur.
ISABELLE SPAAK
D
ES SQUAMES purulentes, une odeur de
soufre, des chairs
décomposées
d’où
suinte un liquide jaunâtre. Au 30 de la rue des Cordeliers, premier étage d’une maison à
tourelle, le député de Paris JeanPaul Marat macère dans une cuve
puante remplie d’eau sulfureuse
pour tenter de soulager l’eczéma
géant qui le dévore, des linges imbibés de vinaigre noués en couronne autour de sa tête par Simone
Évrard, sa compagne fidèle. La
seule qui résiste à cette vision
ignoble d’un homme qui se décompose vivant à l’abri de son ca-
binet de toilette. Un lieu clos d’où il
continue à rédiger à un rythme effréné les ordres d’exécutions capitales envers les « ennemis de la Révolution », une petite écritoire fixée
à sa baignoire sabot en guise de bureau. Les dénonciations pleuvent,
et il en raffole. Voilà Marat dans les
derniers jours de sa vie, juste avant
son assassinat, le 13 juillet 1793, un
peu après sept heures du soir, par
Charlotte Corday.
Sujet rebattu. Mais toute la
prouesse de Gwenaëlle Robert est
de s’être servie de l’homme politique pour en faire le pivot mais non
la figure centrale du Dernier Bain,
deuxième roman très habilement
maîtrisé. Marat, dont on n’entend
jamais la voix, sert de prétexte à un
ballet vibrionnant de personnages
réels ou fictifs qui gravitent autour
de lui. Les uns qui le flattent, tel le
peintre David à qui l’on doit La
Mort de Marat (1793), tableau
conservé au Musée des beaux-arts
de Bruxelles et qui immortalisera à
jamais l’Ami du peuple agonisant.
Les autres qui le craignent. Ainsi,
Théodose, un moine défroqué reconverti en écrivain public.
« La garce du Calvados »
D’autres, et les principales, qui
veulent sa mort pour des raisons
diverses. La ravissante Jane Ashley, logée dans l’appartement
vide d’une famille d’aristocrates,
rue Visconti, veut assassiner le
Montagnard pour avoir mal soigné
et laisser mourir son père du temps
où Marat exerçait comme médecin
en Angleterre. Marthe Boisseau,
citoyenne du peuple devenue la
lingère de Marie-Antoinette au
Temple, veut soutirer à Marat de
quoi élever le bâtard de sa fille
après qu’il l’a abusée. Avant de
perdre l’esprit et songer à le tuer.
Évidemment, il y a aussi Marie
Charlotte Corday qui s’est faite
belle dans son auberge miteuse
pour se donner le courage de frapper le monstre eczémateux sans
faiblir.
Car ce sont les femmes, si souvent négligées dans les comptes
rendus révolutionnaires, qui sont
les vraies héroïnes de ce roman se
déroulant du 11 juillet à midi,
quand Charlotte met pied à terre à
Paris en provenance de Caen, jusqu’au 17 juillet, deux heures après
minuit, après que le cortège funéraire de Marat vient juste de traverser la ville en grande pompe.
La population prête à assister à
l’exécution de la « garce du Calvados ». Dans un Paris surchauffé par
la Terreur, Gwenaëlle Robert nous
fait partager avec une grande
finesse l’intimité de ses figures et
les entrelacs de leurs destins. Professeur de lettres à Saint-Malo, la
romancière s’était inspirée de Cyrano de Bergerac pour Tu seras ma
beauté, son premier roman. Avec
Le Dernier Bain, elle poursuit sa
route dans le passé. Tout en sensibilité. ■
L’histoire de leurs vies
AGNÈS DESARTHE Un couple
de sexagénaires et leur fils
étudiant quittent Paris pour
les États-Unis où chacun
trouvera, ou pas, son équilibre.
PAR ALICE FERNEY
LA CHANCE
DE LEUR VIE
D’Agnès Desarthe,
Éditions de l’Olivier,
297 p., 19 €.
LEURS ENFANTS
APRÈS EUX
De Nicolas Mathieu,
Actes Sud,
426 p., 21,80 €.
D
ANS une rentrée littéraire où abondent les
récits « d’après une
histoire vraie », réjouissons-nous qu’Agnès
Desarthe invente des personnages et
se lance encore dans la pure fiction,
celle qui est capable de donner à voir
ce qui n’a pas été mais pourrait être et
ce que le présent fait concevoir aux
écrivains.
La Chance de leur vie est un roman d’imagination. On peut dire
que son sujet est le cycle de la vie
familiale, l’histoire qui le porte celle
d’une expatriation, l’intrigue principale un adultère sans méchanceté
et sans vaudeville, l’époque celle
d’aujourd’hui.
À la rentrée scolaire 2015, la famille Vickery, un trio père-mèrefils, quitte Paris pour les États-Unis
où Hector, figure paternelle traditionnelle et néanmoins poète, enseignera dans une prestigieuse université. Les parents ont atteint la
soixantaine, âge des bilans, le fils est
adolescent, âge à problèmes. Avec
cette configuration familiale restreinte et un déplacement géographique, Agnès Desarthe compose un
roman réaliste. On y trouve un
Agnès Desarthe signe une fable désenchantée sur la famille, le couple, la féminité. DANTE DESARTHE
quasi-chromo d’une Amérique
conventionnelle, royaume de l’efficacité et de la réussite, une évocation
de la France en vieux pays frappé par
les attentats terroristes, une peinture
impressionniste d’un « état de
femme » (pour reprendre un titre de
Nathalie Heinich), un tableau d’une
jeunesse fragile, et une réflexion sur
le temps dans la vie humaine.
Le temps des bilans
La narration se fixe sur un personnage puis sur un autre, chacun
vivant à sa manière l’aventure américaine. À la suite de l’auteur, le
lecteur entre dans les têtes. Sylvie,
désorientée, désemparée, peu à peu
se retrouve voire se découvre. L’exil
attise en elle une vaste songerie où
son existence est passée au peigne
fin. Hector - son mari -, dopé,
s’épanouit comme un paon fait la
roue, profitant de sa séduction restaurée par le dépaysement. Lester, le
fils, s’adresse à Dieu comme à un copain et devient le gourou d’un groupe de lycéens, occasion pour l’auteur
de mettre en scène, dans une version
douce, un embrigadement.
À côté de trouvailles amusantes
ou d’une volonté revendiquée de
faire entrer dans la littérature des
thèmes peu abordés (les désagréments de la ménopause par exemple), on trouvera des refrains
connus sur les relations mère-enfant, l’adolescence délicate, les
femmes actives qui sont sur tous
les fronts, comment remplir un
lave-vaisselle, etc. La féminité est
à la fois un thème et une tonalité.
Au détriment de la vigueur narrative, l’inoccupation de Sylvie
Vickery contribue à un rythme
alangui et le texte est plutôt désenchanté. Sacrifices, inégalités, solitudes, usure du temps, concur-
rents extérieurs, une romancière
renseignée nous rappelle ces dangers qui menacent le couple. Car
« le couple, la grande affaire » sera
le cœur du livre et de l’existence
de l’épouse. Agnès Desarthe avaitelle en tête ce projet de Virginia
Woolf, restituer à la littérature la
nature et la force de l’âme féminine ? On pourrait le croire. Mais
en choisissant pour héroïne – et
centre émotionnel - une mère au
foyer, totalement dépendante de
son mari, elle scie la branche sur
laquelle reposent l’actualité et
l’intérêt de son propos. ■
La route de la servitude
NICOLAS MATHIEU Une fresque sociale où des adolescents rêvent de jours meilleurs
dans une Lorraine désindustrialisée.
SÉBASTIEN LAPAQUE
slapaque@lefigaro.fr
N
ICOLAS MATHIEU est
entré dans la carrière
en faisant ses armes à
l’école du roman
noir. D’autres écrivains français, parmi les meilleurs,
ont commencé de la sorte : Daniel
Pennac, Tonino Benacquista, Daniel Picouly, Alix de Saint-André.
Loin des marécages de l’autofiction et des délices équivoques du
roman sans sujet - n’est pas Proust
ou Beckett qui veut -, tous savent
qu’un bon livre, c’est d’abord une
bonne histoire.
Celle que raconte Nicolas Mathieu dans Leurs enfants après eux
se déroule en France, dans une
vallée lorraine dévastée par la crise, de la fin des années Mitterrand
au début des années Chirac. Une
époque frénétique de mondialisation heureuse où il était plus gratifiant de s’intéresser à la Bosnie ou
à la Californie qu’à la vallée de
Thionville. C’est pourtant là que
sont nés Anthony, Hacine, Steph
et Clém, des enfants tristes de la
crise qu’on voit sortir de l’adolescence et s’engager sans hâte dans
l’âge adulte à une époque d’ajustements structurels et de compression des effectifs où l’avenir
n’est plus ce qu’il était.
Ils sont chez eux, à Heillange,
ville grise où les hauts-fourneaux
ne brûlent plus depuis longtemps.
Ils font du canoë, du VTT, fument
des pétards, écoutent Nirvana,
dragouillent et baisouillent, sans
se demander de quoi demain
pourrait être fait.
Épidermes
et lutte des classes
Il y a des fils de bourgeois et des
fils de prolos, dans la remarquable
fresque sociale de Nicolas Mathieu, des garçons sombres qui
ont le regard noir et des filles
diaphanes qui ont les dents blanches. Des mensonges, des malheurs, de la fraude, des cœurs
durs, des foies cirrhosés, des
coups de poing qui partent et des
gueules cassées. Les heures sont
longues et les bonheurs brefs,
dans cette France ravagée par le
néolibéralisme.
Les romanciers français ont
oublié la leçon de Balzac : ils font
comme si les luttes de classes
étaient une hallucination marxiste
disparue avec le mur de Berlin.
Pas Nicolas Mathieu.
En s’intéressant aux marges de
la société, il voit ce que les bricoleurs de littérature consolatrice ne
voient pas ; en se glissant dans
l’intimité de ses personnages dont
il a le don de faire palpiter la chair
et le sang, il montre sans discours
que la peau d’une fille de chef
d’entreprise est plus soyeuse et
plus confortable que celle d’un fils
de chômeur. À l’âge des premières
amours, on se mélange facile-
ment. Anthony peut glisser sa
main dans la culotte de Steph.
Mais quand le temps passe, chacun retrouve sa place.
Sur fond de catastrophes sociales et de modification des mœurs,
Leurs enfants après eux est tendu
par une histoire d’amour impossible et rêvée dont Anthony, le personnage principal, est le protagoniste malheureux. Le héros de ce
bildungsroman âpre, entêtant et
sauvage a quatorze ans au début
du livre, vingt à la fin. Après avoir
rêvé de voir du pays, comme Hacine, son doppelgänger, il retrouve
sa Lorraine sombre et malheureuse, tragique et déchirée. Et la place
qui lui est assignée depuis toujours : celle d’un vaincu. ■
A
F. STEIN/PICTURE ALLIANCE/RUE DES ARCHIVES
LE FIGARO
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
6
&
ÇÀ
LÀ
George et Mona
HISTOIRE
littéraire
Dans son prochain ouvrage,
L’autre George, à paraître le
4 octobre chez Gallimard, l’historienne Mona Ozouf nous propo-
sera une « promenade dans
la forêt des romans » de la Britannique George Eliot (18191880), auteur du chef-d’œuvre
Middelmarch.
Célébration de Genet
et de Riboulet
Pour leur 13e édition, les Rencontres de Chaminadour rendront hommage à Mathieu Ri-
boulet, qui nous a quittés en
début d’année, et à Jean Genet.
Parmi les nombreux participants :
Pierre Michon, Mathias Enard,
Arno Bertina, Marie-Hélène Lafon... Du 20 au 23 septembre, à
Guéret. www.chaminadour.com.
La bibliothèque
de Manguel
Bibliophile et bibliomane, l’écri-
vain argentin et d’expression
anglaise Alberto Manguel nous
raconte par le détail, entre le
centre de la France, New York
et Buenos Aires, les tribulations
de sa bibliothèque personnelle,
forte de 35 000 volumes, et qui
furent autant de compagnons
durant son existence. Je remballe ma bibliothèque sortira le
3 octobre.
Tout Nadeau littéraire
L’intégralité des articles littéraires de Maurice Nadeau, parus
entre 1945 et 1952, surtout
dans Combat, paraîtra le 21 novembre aux Éditions Maurice
Nadeau. Suivra un tome 2 sur
ses années aux Lettres nouvelles (1953-1966) et, enfin, un
tome 3 sur La Quinzaine litttéraire (1966-2013).
Heurs et malheurs des familles régnantes
TRIBUS Plusieurs ouvrages disent l’importance des entourages royaux et impériaux dans la symbolique du pouvoir.
RUE DES ARCHIVES/PVDE
Napoléon Ier en 1805,
entouré (de gauche à droite) de :
Lacépède, le cardinal
Fesch (oncle de Napoléon),
Mme Campan et la reine
Hortense (de Beauharnais,
belle-fille et belle-sœur
de l’empereur).
La monarchie morte
et ressuscitée
à la prison du Temple
JACQUES DE SAINT VICTOR
S
ELON certains historiens, la monarchie serait morte en France
après la fuite pitoyable à
Varennes, en 1791, qui
mit fin au prestige du Très-Chrétien. Mais peut-être est-elle ressuscitée après le calvaire de la
prison du Temple ?
C’est le propos de ce récit historique sur la vie (tragique) de la
famille royale à la prison du Temple. Charles-Éloi Vidal, jeune et
brillant historien qui avait déjà
publié une intéressante histoire
de la cour de France de 1789
à 1870, nous convainc que cette
idée monarchique pourrait avoir
retrouvé de la force justement
grâce à cet épisode funeste. La
prison
du
Temple
aurait,
paradoxalement, donné naissance à la France contemporaine,
avec toutes ses contradictions,
oscillant toujours entre monarchie et démocratie.
S’il faut du reste en croire l’actuel président de la République,
notre pays ne se serait toujours
pas remis de la mort du roi. En
2015, Emmanuel Macron rappelait que « la démocratie comporte
toujours une forme d’incomplétude car elle ne se suffit pas à ellemême. Dans la politique française, cet absent est la figure
du roi ».
A
Passion de la royauté
En faisant preuve d’une excessive
cruauté à l’encontre de Louis XVI,
de Marie-Antoinette mais aussi
de tout le reste de la famille royale (du dauphin à la duchesse
d’Angoulême), la Révolution
aurait paradoxalement contribué
à redorer le blason de la monarchie.
Au fond, les grands révolutionnaires comme Saint-Just ou Robespierre qui considéraient que
Louis XVI devait mourir pour que
vive la Révolution se seraient
profondément trompés.
L’auteur cite cette remarque
profonde
d’Edgar
Quinet :
« Louis XVI errant à l’étranger sous
un nom emprunté, repoussé de lieu
en lieu, sans cour, sans États, sans
armée, vivant de la complaisance de
la Convention, eût été cent fois
moins redoutable que Louis XVI
supplicié au Temple devant sa femme et ses enfants […] qui fit de ses
derniers moments la Passion de
la royauté elle-même, mourante et renaissante sur son Calvaire. » À
méditer. Le sort des Bourbons de
Naples après 1861 semble conforter
le propos de Quinet.
Avec talent et minutie, Charles-Éloi Vidal retrace le véritable
supplice de la prison du Temple.
Celui-ci illustre à ses yeux les
illusions du 10 août 1792.
Péché originel
La chute de la royauté n’a nullement correspondu à une plus
grande liberté pour les autres
Français mais fut le début d’une
séquence de peur et de violence
dont la tragédie royale ne serait
que la pointe visible de l’iceberg.
Certes, il n’est plus possible
aujourd’hui d’opposer comme
Mme de Staël la « bonne » révolution de 1789 à la « mauvaise » de
1793. La première engendre la seconde et, au fond, Clemenceau
n’avait pas entièrement tort en
soutenant la thèse du « bloc » : il
faut accepter la seconde si on applaudit la première. Car la violence est dès les origines, dès le
massacre du gouverneur de la
Bastille le 14 juillet 1789. Mais
c’est aussi pour défendre la « patrie en danger » que Robespierre a
mis en place la dictature du Salut
public.
En histoire, les choses sont si
complexes et imbriquées qu’il est
difficile d’avoir une interprétation univoque. Il n’en demeure
pas moins que le traitement lamentable réservé à la famille
royale – l’emprisonnement des
enfants, l’inhumanité et la brutalité des geôliers, tout ce fatras
inutile de vexations – a contribué
à discréditer l’expérience du Salut public : « Il y a des tombes qui
ne se referment jamais », dira
Chateaubriand. ■
NAPOLÉON
& LES SIENS
De Vincent Haegele,
Perrin,
432 p., 24,90 €.
LA FAMILLE
ROYALE
AU TEMPLE
De Charles-Éloi Vidal,
Perrin,
431 p., 25 €.
Les Bonaparte : un clan corse
JEAN-MARC BASTIÈRE
M
ÊME les aigles solitaires ont un père
et une mère, des
frères
et
des
sœurs… Napoléon
lui-même, tout conquérant de génie qu’il fût, n’aurait pu asseoir
son pouvoir sans les siens. La Révolution française ne changea rien
à l’affaire. Les régimes passent, la
famille reste. Au sujet de l’empereur, on peut même parler de
« système ». Ingénieur dans l’âme,
il ose le mot dans une lettre écrite
en 1806 à son frère Joseph, promu
roi de Naples.
Ainsi, le dernier livre de Vincent
Haegele consacré au clan Napoléon nous fait-il entrer dans les
entrailles brûlantes de cette machinerie familiale destinée à gouverner l’Europe. Ce spécialiste de
l’Empire, conservateur des bibliothèques de Versailles, a déjà publié
la Correspondance intégrale de Napoléon et Joseph Bonaparte ainsi
qu’une biographie croisée des
deux frères. C’est dire si ce jeune
érudit s’est déjà plongé dans les
soupentes de la famille. Évidemment, il n’est pas le seul, les études
et les ouvrages pullulant sur le su-
jet. On a tout dit sur Napoléon et
son clan, pourrait-on croire. Avec
une image subliminale : celle d’une
tribu avide d’argent et d’honneurs
s’emparant des dépouilles d’antiques monarchies. Il y a Joseph,
l’aîné qui, accédant au trône des
Espagnes et des Indes, jouit du
bonheur enivrant de se découvrir
roi. Il y a Louis, instable et ombrageux, qui règne sur la Hollande et
son empire, ou Jérôme, confiant
en lui-même, dont les principales
possessions se trouvent en Allemagne. Sans oublier les sœurs, Élisa, Caroline, Pauline, spirituelles
et ambitieuses. Mentionnons aussi
Lucien le réprouvé, rebelle taillé
pour l’exil.
Franchises familiales
Serait-ce Dallas, son « univers impitoyable », la famille Bonaparte ?
Cette image peu reluisante qui est
colportée avec persistance, Vincent Haegele, en allant voir de
près, sait la nuancer voire la
contredire. Mais l’essentiel n’est
pas là. La vérité est que les Bonaparte subissent un perpétuel procès en légitimité. On ne leur passe
pas les travers humains qu’on accepte, sans même les remarquer,
des membres des vieilles dynas-
ties. Napoléon et son clan doivent
surmonter
une
intrinsèque
contradiction. Celle d’une synthèse imparfaite, sinon impossible, en
tout cas instable, entre l’ancien et
le nouveau monde. Cette suspicion
perpétuelle fragilise ce colossal
édifice. Les siens sont le soutien
mais aussi le talon d’Achille de Napoléon. Ce clan bruyant et hardi,
qui s’est élevé jusqu’aux plus hauts
sommets sans se départir d’une
certaine mesquinerie et d’une propension à la jalousie en son sein, a
fait la joie de ses contempteurs.
Il faut en tout cas saluer l’efficacité, fût-elle éphémère, de ce
« système » multicéphale aux
« franchises » familiales. Parvenir
à se concilier dans le même temps
l’opinion de l’aristocratie napolitaine, celle des républicains bataves, ou encore la complaisance du
clergé allemand constitua une
réelle prouesse. Pourtant, il n’était
pas simple de succéder à la dynastie qui avait fixé à l’Europe entière
les règles de la bienséance. Les Bonaparte, qui possédaient la mystique du pouvoir, s’étaient faits les
héritiers innovants de cette tradition implicite. Comme s’exclama
une grande dame d’une cour européenne : « Une drôle de famille ! ». ■
Madame de Maintenon,
à l’ombre du Roi-Soleil
FRÉDÉRIC DE MONICAULT
fdemonicaud@lefigaro.fr
MADAME
DE MAINTENON
D’Alexandre Maral,
Belin,
412 p., 25 €.
L
A PRESQUE REINE. Tout
est dit dans le sous-titre
mais encore faut-il réussir
à dérouler cette extraordinaire trajectoire constituée par l’ascension de Madame de
Maintenon. Jusqu’au cœur de la cour
de la France, au côté du plus grand
monarque de son époque, loin, très
loin de l’inconfort matériel des débuts dû à l’emprisonnement pour
dettes de son père. Aux antipodes
aussi de ce déshonneur familial originel, à peine réparé par un séjour
aux Antilles, où le géniteur fraîchement amnistié voulait se refaire une
réputation en créant une plantation
de tabac.
Bref, ce n’est pas d’ascenseur social dont il faudrait parler à propos
de Françoise d’Aubigné - épouse
Scarron avant de devenir marquise -, mais d’une mise en orbite sans
précédent sous l’Ancien Régime.
Alexandre Maral, conservateur général au château de Versailles, relève le gant, suivant pas à pas l’aventure de la petite-fille d’Agrippa
d’Aubigné, ses ressorts, ses exploits
et ses obstacles, aussi frappants
qu’incessants.
Éminence noire
Bien sûr, l’ouvrage regorge de dates,
de lieux et de ces considérations politiques indispensables pour saisir la
complexité d’un pays en pleine mutation, à commencer par l’évolution
de ses frontières. Mais la pâte humaine est constamment présente, de telle sorte que cette biographie se révèle
souvent haute en couleur, utilement
étayée par le recours aux nombreux
mémorialistes. À la cour, même les
détails les plus infimes prennent une
importance considérable. Le simple
ordonnancement d’une pièce est un
décor au service des acteurs de l’histoire, qui s’y meuvent plus ou moins
habilement.
Qu’il s’agisse du « langage des
lieux », des « intérêts de famille » ou
de la « vie dévote », Madame de
Maintenon devient rapidement une
orfèvre. Si bien qu’elle sort souvent
de l’ombre de Louis XIV, assistant
régulièrement à des actes importants
du gouvernement, au point que
Saint-Simon n’hésite pas à la présenter comme une manipulatrice,
« une sorte d’éminence noire », écrit
Alexandre Maral. Mais peut-on provoquer un tel destin sans vouloir tirer des ficelles ? Madame de Maintenon a « un air de mystère qui ne laisse
pas d’exercer sa fascination ». ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
Nous vivons
une époque
plus étrange
que la fiction »
@
927
C’est le nombre total
SUR
WWW.LEFIGARO.FR/
LANGUE-FRANCAISE
de pages des deux livres de Joyce Carol Oates
qui seront publiés le 4 octobre chez Philippe Rey :
L’Homme sans ombre, roman et Trahison,
un recueil de nouvelles.
L’enfant de la discorde
L
RIVIÈRE
TREMBLANTE
D’Andrée A. Michaud,
Rivages, 363 p., 21 €.
Émilie Frèche met
à mal l’image
idyllique des familles
recomposées.
FRANÇOIS BOUCHON/
LE FIGARO
Dans ces pages souvent effrayantes, Émilie Frèche met à mal l’image idyllique de la famille recomposée. Oser avouer qu’un petit garçon
de onze ans fait peur, éprouver
pour lui de l’antipathie, pire de
l’aversion, c’est prendre de grands
risques. Pourtant, Déborah tente
tout pour l’amadouer. Elle est le
contraire d’une marâtre. Sa patience est inépuisable, son dévouement
admirable. Mais l’horreur des attentats lui a laissé une cicatrice trop
vivace et Salomon est à sa façon un
terroriste. Un terroriste à la fois innocent et nuisible, brinquebalé entre une mère à moitié folle et un
littéraire
La chute de Sfar
LAURENCE CARACALLA
VIVRE ENSEMBLE
D’Émilie Frèche,
Stock, 288 p.,
18,50 €.
EN VUE
BD
ÉMILIE FRÈCHE Au moment des attentats de 2015, un couple de divorcés s’installe
avec leurs enfants respectifs. La mélodie du bonheur tourne au cauchemar.
ORS des attentats du
13 novembre 2015, le
destin de Déborah bascule. Témoin du climat
de guerre dans les rues
parisiennes, elle ne parle à personne de son traumatisme. Même si
elle se refuse à l’admettre, un besoin de réconfort, de consolation la
tenaille. L’expression « vivre ensemble » est alors sur toutes les lèvres, bonne idée, elle propose à son
amant Pierre, avocat engagé dans la
défense des migrants, de partager
un appartement. Le couple s’installe avec l’irrésistible Léo, treize
ans, le fils de Déborah, et, une semaine sur deux, avec Salomon,
onze ans, le fils de Pierre. Un nouveau départ qui ravit le couple. Sur
le papier, le projet semble cohérent.
Sur le papier seulement, car Salomon s’avère être un enfant différent : un QI hors norme et une violence inconcevable pour un gamin
de cet âge. Dès la première rencontre, Déborah, ahurie, a compris : elle s’embarque dans une
aventure dangereuse. Mais cette
quadragénaire, pleine de ressources
et sûre d’elle, en a vu d’autres. Elle
aime Pierre et se sent investie d’une
mission : réussir à créer un cadre
harmonieux et rassurant dans un
pays qui ne l’est plus. Pourtant, cet
enfant pas comme les autres, petit
être malheureux et menaçant, fera
vaciller l’équilibre du foyer et plus
encore les convictions de Déborah.
7
LE CHIFFRE DE LA SEMAINE
Retrouvez sur Internet
la chronique
« Langue française »
SALMAN RUSHDIE,
DANS « LA GRANDE TABLE »
(FRANCE CULTURE, LE 13 SEPTEMBRE 2018)
HANNAH ASSOULINE/OPALE
jeudi 20 septembre 2018
père attentif qui doit jongler entre
sa vie professionnelle et familiale.
A-t-on le droit de haïr le fils de son
compagnon ? Cette question, a
priori inacceptable, Émilie Frèche
nous la lance en pleine face. Comme pour refuser les petits arrangements avec les convenances.
Guerre intime
Des beaux-parents qui n’en peuvent
plus de partager leur quotidien avec
la progéniture de leur conjoint, ce
n’est pas une exception, juste un tabou qu’elle entreprend de transgresser. Sans doute, le trait est ici un peu
forcé. Mais la culpabilité de son hé-
roïne, sa grande solitude aussi devant cette situation irrespirable sonne tout le temps vrai. Le pire est à
venir : comment avouer à l’être aimé
la monstruosité de son fils ? N’est-ce
pas devenir soi-même monstrueuse ? Et briser pour toujours une
véritable histoire d’amour ? Ce roman social, voire politique, glisse
soudain vers le thriller, avec ce que
cela comporte de suspense et même
d’épouvante. Heureusement, le personnage de Léo, adolescent plein de
bon sens et d’ironie, petite victime
collatérale d’un enfant perturbé
et perturbant, illumine ce texte
dérangeant et courageux. ■
Le titre de cet album, L’Ancien
Temps, éveille la curiosité. On y
reconnaît l’obsession de Joann
Sfar pour l’Ancien Testament
et le monothéisme, obsession
intéressante. Le récit part
dans tous les sens mais le propos
de fond apparaît vite : il faut
se soustraire à la tyrannie du
méchant Dieu unique qui asservit
la femme, et pour cela libérer
les anciens dieux. S’il est mal vu
de penser que « c’était mieux
avant », il est chic de dire, comme
Sfar, que « c’était mieux avantavant » - même si le sort de la
femme dans l’Antiquité n’était pas
forcément enviable. Mais passons.
Le plus indigeste dans cette BD,
c’est la débauche de personnages,
monstres, dragons, princesses,
sorciers, pape, démons, qui se
métamorphosent et se multiplient
sans cesse comme dans un jeu
vidéo. Page 86, Sfar fait de
la théorie narrative. Il compare
les personnages à des petits pois
et le récit à un entonnoir pour dire
ce qu’est un bon récit. L’ennui,
c’est qu’il perd ses petits pois
en route, et le lecteur aussi. A. L.
L’ANCIEN TEMPS, T2
De Joann Sfar,
Gallimard,
104 p., 20 €.
Ils n’iront plus au bois
ANDRÉE MICHAUD Après le succès de « Bondrée », la Québécoise publie un nouveau polar psychologique réussi.
ALICE DEVELEY
adeveley@lefigaro.fr
C’
chard doit aller à son cours de ballet,
l’enfant se volatilise. « Pourquoi
ma fille ? », s’étrangle Bill. Mais
personne ne lui répond. Sauf par
des accusations. Comme Marnie,
trente ans avant lui, la police le soupçonne d’être à l’origine de la disparition. À l’impossible deuil, les personnages doivent alors faire face aux
insultes et incriminations. « Enfoiré,
trou-de-cul, imbécile, salaud », lui
crie sa femme, Lucy Ann. « Sorcière », chuchotent les enfants au passage de Marnie. Il faut un coupable.
Mais l’enquête n’aboutit pas. Et le
pire est encore à venir. Alors que
Marnie et Bill s’inventent une nou-
velle vie, la mort est à leurs trousses.
Un petit Michaël vient à disparaître
et ils sont à nouveau suspects…
Conte cruel
Rivière tremblante est un livre aussi
insupportable que remarquable. Un
roman qui, comme le génial Bondrée
couronné outre-Atlantique, a le don
de réunir tous les ingrédients du bon
polar psychologique : l’insoutenable
perte de l’enfant, l’enquête policière, le mystère qui entoure les personnages principaux… Mais pas seulement. Car Andrée Michaud,
philosophe de formation, analyse
surtout ici la question du deuil.
Éclairant ainsi la phrase de Nietzsche : « Il est impossible de vivre sans
oublier. » Bill et Marnie n’arrivent
pas à se soustraire du passé et deviennent ses prisonniers. Leur récit
se lit alors comme celui d’une agonie. Comme si le fait de se rappeler
leur permettait de repousser l’inévitable chute. Mais la fin était dans le
commencement. Et personne ne
peut remonter le temps. Pas même
Superman. Il se cache un petit trésor
d’écriture dans le français québécois
d’Andrée Michaud. Des expressions
charmantes qui savent donner de la
couleur à un conte cruel. Un effet de
réel fin et percutant. ■
présente
Exceptions de la langue française :
certains Belges les détestent, mais nous, on les adore !
Jean-Loup Chiflet nous entraîne dans une nouvelle promenade passionnante,
surprenante, érudite et humoristique à travers les exceptions, bizarreries
et autres étrangetés qui font tout le charme de la langue française.
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NO
UV
EA
U
EST FORCÉMENT
l’œuvre des Martiens. De Lex Luthor
ou de Harry Potter.
Ça ne peut être que
ça. Une histoire abracadabrantesque
pour expliquer l’inexplicable. Sinon,
la raison prouvera qu’il s’agit d’un
rapt, d’une noyade ou, pire, d’un assassinat. Et tout cela, Bill Richard et
Marnie Duchamp ne peuvent pas le
concevoir. Les petits Michaël SaintPierre et Billie Richard sont vivants.
Quelque part.
Andrée A. Michaud ne s’embarrasse pas des lieux communs du polar
et fait disparaître deux personnages
dès ses premières pages. Août 1979.
Marnie Duchamp, onze ans, se rend
avec son meilleur ami Michaël SaintPierre dans les bois de Rivière-auxTrembles. Ensemble, le duo se sent
invincible. Lui est son Superman,
elle, sa Loïs Lane. Mais ce 7 août, tout
éclate. Un orage puis leur amitié.
Michaël disparaît, comme avalé par
la forêt. Qu’importe les secours mobilisés, du petit garçon, on ne retrouvera qu’une chaussure. Trente ans
plus tard, l’histoire se reproduit dans
la ville. Alors que la petite Billie Ri-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 20 septembre 2018 LE FIGARO
L’HISTOIRE
semaine
de la
EN MARGE
littéraire
LE PRIX NOBEL ALTERNATIF QUI SERA
DÉCERNÉ LE 12 OCTOBRE CONNAÎT
SES PREMIERS SOUBRESAUTS.
LE JAPONAIS MURAKAMI, REFUSE
D’APPARAÎTRE DANS LA LISTE FINALE
Murakami dynamite le « Nobel de substitution »
Humour. À défaut du Nobel de
littérature qui se refuse à lui depuis des années, Haruki Murakami avait une chance de recevoir le « Nobel bis ». Hélas ! Le
romancier japonais vient de demander aux responsables de
« La Nouvelle académie » de re-
C’est un texte puissant dans la veine des grands romans sociaux russes ou sud-américains qu’Alaa El
Aswany vient de publier. J’ai couru
vers le Nil (Actes Sud) met en scène
une fantastique galerie de personnages au moment du printemps
arabe en Égypte. Des personnages
qui sont comme des êtres vivants
et complexes, face à leur destin. Sa
peinture sociale n’est pas sans rappeler celle de l’immense Naguib
Mahfouz, Prix Nobel de littérature
en 1988. J’ai couru vers le Nil a été
interdit dans tous les pays arabes,
sauf en Tunisie, au Maroc et au Liban où le romancier a pu trouver
un éditeur. Rencontre avec
l’auteur de L’Immeuble Yacoubian,
un écrivain de grand talent, un
homme rare dont le courage n’est
pas que littéraire.
LE FIGARO.- Vous exercez
toujours le métier de dentiste,
malgré vos succès en littérature ?
Alaa EL ASWANY.- Oui, même si
j’enseigne la littérature aux ÉtatsUnis une partie de l’année, j’ai
toujours gardé mon cabinet de
dentiste au Caire. C’est mon
deuxième métier. Je suis un écrivain qui est dentiste. Avoir un
autre métier est utile pour ma littérature : vous voyez beaucoup de
gens, j’écoute mes patients. On
parle. Certains m’ont inspiré des
de mœurs, n’inspire donc pas
l’écrivain japonais. « Il préfère se
concentrer sur son écriture et
rester à l’écart de l’attention
médiatique », dit-on du côté de
« La Nouvelle académie ». Espérons que l’initiative de Murakami
n’incitera pas la Française
Maryse Condé, le Britannique
Neil Gaiman ou la Canadienne
d’origine vietnamienne Kim
Thuy à en faire de même. Sinon
on finira par croire qu’il y a quelque chose de pourri au royaume
de Suède.
BRUNO CORTY
« Un bon
roman, c’est
révolutionnaire ! »
PROPOS RECUEILLIS PAR
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
J’AI COURU
VERS LE NIL
D’Alaa El Aswany,
traduit de l’arabe
(Égypte)
par Gilles Gauthier,
Actes Sud,
434 p., 23 €.
tirer son nom de la liste finale.
Le prix Nobel alternatif ou
« Nouveau prix », créé il y a
quelques mois par un groupe
d’artistes suédois en réaction
à l’annonce du jury Nobel de
ne pas décerner son prix cette
année suite à une vilaine affaire
ENTRETIEN Rencontre
avec Alaa El Aswany, l’écrivain
égyptien, qui publie une fiction
sur le printemps arabe.
Alaa El Aswany
à Paris en 2014.
personnages. Mon père, qui était
écrivain et avocat, me disait qu’il
était bon d’avoir une autre activité : c’est la nourriture du talent et
un gage d’indépendance. J’ai travaillé six ans dans une usine, moi
qui suis issu d’un milieu bourgeois.
Pourquoi votre roman a-t-il été
interdit dans la plupart
des pays arabes ?
Parce que, entre autres, je m’attaque au rôle des islamistes dans
la contre-révolution lors du
printemps arabe. On ne m’a pas
seulement interdit la publication
du roman, je suis également interdit de m’exprimer dans les
médias égyptiens. On m’a interdit la tenue d’un séminaire littéraire que j’organisais chaque semaine depuis vingt ans. Je suis
interdit de tout ! Mais je suis heureux de voir que mon livre
s’échange sous le manteau… C’est
un honneur d’être interdit : cela
veut bien dire que j’ai écrit un
roman dangereux.
J’ai couru vers le Nil met en scène
l’alliance entre les militaires
et les islamistes – une vieille
histoire. Cette alliance a-t-elle
trahi la révolution ?
Dès 1952, on a été coincés entre ces
deux forces fascistes. La révolution
était la troisième voie. Dès le
2e jour, sur la place Tahrir (lieu de
rassemblement lors des manifestations pour la démocratie en 2011,
NDLR), il était écrit en grandes lettres que l’on voulait un État laïc, ni
religieux ni militaire. L’histoire de
l’Égypte, c’est l’histoire de cette
alliance entre l’armée et les islamistes. Ils ont toujours occupé le
terrain, avec, entre eux, un jeu
permanent de conflits et d’alliances. La religion est sortie du cadre
personnel. Le voile, symbole religieux (discutable) est devenu un
symbole politique. Durant le printemps arabe, des imams étaient
envoyés par la Sécurité place Tahrir… Je sais
aussi qu’on ne peut pas
libérer l’Égypte si on
ne libère pas la femme.
C’est toujours délicat
d’interviewer un écrivain engagé :
parle-t-on littérature ou politique ?
Ce n’est pas l’écrivain qui est engagé, c’est la littérature. Celle-ci
est une défense – artistique – des
valeurs humaines. J’insiste sur le
mot « artistique ». Je crée des
personnages. Parfois je suis d’accord avec eux, parfois pas du tout.
Je me dois de décrire honnêtement ce qu’ils sont, avec toute
leur complexité. J’écris ce que je
vois sur l’écran de mon imagination. Bien sûr, l’imaginaire
puise dans le réel. Je crois que
ces personnages existent, je
crois qu’ils sont avec
moi… Je vous assure
qu’il arrive souvent
qu’ils m’échappent,
ils deviennent indépendants ! Ça m’amu1957
se. Il me faut deux à
Naissance au Caire.
trois années, cinq
À l’adolescence,
jours sur sept, six
il étudie au lycée
heures par jour, pour
français du Caire.
terminer un roman.
Entreprend
Ce n’est pas de trop…
des études
Alors, oui, pour vous
de chirurgie dentaire
répondre, ma littéaux États-Unis.
rature est engagée,
2002
mais je n’aime pas la
Publication
politique…
de L’Immeuble
Yacoubian en France,
Écrit-on pour délivrer
son premier roman,
un message ?
succès mondial.
Non, un écrivain n’a
2011
pas à délivrer de mesPrintemps arabe
sage. Délivrer un
en Égypte, il y
message, c’est écrire
participe activement.
un roman théorique,
Publie Chroniques
qui veut démontrer
de la révolution
quelque chose. Autant
égyptienne, recueil
dire un roman mort.
d’articles avant et
Moi, j’use toujours de
pendant la révolution.
la formule : fiction
2018
égale réalité plus imaPublication
ginaire. Ainsi, ce
de son septième titre
général, chef de la Sétraduit en français,
curité, l’un des perJ’ai couru vers le Nil.
sonnages centraux du
A
Bio
EXPRESS
roman, est-il né d’une
consultation
dans
mon cabinet dentaire, c’est là que
j’ai entendu que la religion justifiait la torture, que l’on peut tuer
en étant croyant…
Gabriel Garcia Màrquez répondait
à ceux qui lui demandaient de
s’engager politiquement : « Si vous
voulez défendre la cause, écrivez un
bon roman. » Un bon roman, c’est
révolutionnaire ! Même si j’ai participé au mouvement Kifaya*, je ne
veux pas appartenir à un parti politique, c’est limiter l’artiste. On
doit être totalement libre. J’ai refusé le poste de ministre de la
Culture. Écrivain, c’est le poste le
plus important que je connaisse !
En France,
un rapport dénonce
la propagation
alarmante
de l’idéologie
islamiste. Qu’est-ce
que cela vous inspire ?
C’est terrible. C’est la
faute des gouvernements qui n’ont
rien compris dès le
commencement. Il y a
une différence entre
les musulmans et les
islamistes. L’islamisme est une idéologie
de guerre. L’islamiste
pense qu’il doit faire la
guerre à tous les pays
qui ne sont pas islamistes. Il a le même
but que la dictature,
avec des techniques
différentes.
Dans le roman, il est
souvent question
de sexe et dès
le début, vous
en parlez crûment.
Quel est le but ? Vous
saviez que vous alliez choquer…
C’est le rôle du romancier et du roman que de choquer. Le sexe est
tabou en Égypte, et je me fiche des
tabous. Pour ternir mon image, on
a usé de ce motif. Mais c’est fou, on
est moins choqué par une scène de
femme torturée par un militaire
que par les propos sur le sexe ! ■
* Qui veut dire « Assez »,
mouvement regroupant des
militants et des intellectuels qui
organisent des manifestations pour
la démocratie. Dans le roman, deux
étudiants, dont la fille du général,
participent à ce mouvement.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
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