close

Вход

Забыли?

вход по аккаунту

?

Le Figaro - 21 03 2018

код для вставкиСкачать
2,60 €
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO - N° 22 894 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
NATALIA SOLJENITSYNE
POUTINE, LA RUSSIE ET LA FRANCE :
LA VEUVE DU PRIX NOBEL SE CONFIE
AU « FIGARO » PAGE 16
ISRAËL
Tsahal dévoile une
opération secrète
en Syrie PAGE 6
FRANCOPHONIE
Comment Macron
veut faire du
français la 3e langue
la plus parlée PAGE 7
INCARCÉRATION
La France sous
la moyenne
européenne PAGE 10
LYCÉES
LE PALMARÈS DES
MEILLEURS RÉSULTATS
AU BAC PAGES 8 ET 9
Syrie : les Kurdes
abandonnés par
les Occidentaux
AFRIQUE
Le rhinocéros
blanc du Nord
s’éteint PAGE 11
ENTRETIEN
RETRAITÉS
Édouard Philippe
commence à lâcher
du lest PAGE 21
Après la prise d’Afrine, la Turquie veut élargir son offensive vers le nord-est de la Syrie
contre les alliés de l’Occident dans la lutte contre les djihadistes de Daech. PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
BULENT KILIC/AFP
Alain Prost :
« Les F1 actuelles
ne sont pas
belles » PAGE 18
INTERNET
CHAMPS
LIBRES
Vélib’ : comment
Anne Hidalgo
a transformé
un succès en échec
La tribune
de Ran Halévi
L’analyse
de Guillaume
Perrault PAGES 14 À 17
n
n
Fiscalité : la majorité
envisage de supprimer
le quotient familial
Campagne 2007 : Sarkozy
interrogé sur des soupçons
de financement libyen
Le député Guillaume Chiche
(LaREM) préconise la suppression du quotient familial et des
allocations pour les remplacer
Nicolas Sarkozy a été placé en
garde à vue, mardi, dans les
locaux de la police judiciaire à
Nanterre. L’ex-ministre de
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mardi :
Faut-il durcir
les sanctions contre
les chômeurs qui refusent
« deux offres
raisonnables d’emploi » ?
NON
25 %
OUI
75 %
TOTAL DE VOTANTS : 50 560
M 00108 - 321 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@d@c@l@a";
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Impôt sur le revenu :
êtes-vous favorable
à la suppression
du quotient familial ?
FABIEN CLAIRFOND - DENIS DUPOUY/
LE FIGARO - JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
l’Intérieur, Brice Hortefeux,
proche de l’ancien président,
était également entendu, en
audition libre. PAGE 4
ÉDITORIAL par Arnaud de La Grange adelagrange@lefigaro.fr
n
@
par une nouvelle aide en fonction des revenus et peut-être
fiscalisée. Ces idées suscitent
un tollé à droite. PAGE 20
E
Reniement
n grand chroniqueur de la comédie
humaine, Honoré de Balzac nous
dit que « l’ingratitude vient peutêtre de l’impossibilité où l’on est de
s’acquitter ». C’est une tragédie qui
se joue dans le nord de la Syrie, mais l’une de
ses clés se trouve peut-être dans ces mots.
Aux Kurdes qui leur ont servi de fantassins
dans la lutte contre Daech, les Occidentaux
ne savent qu’offrir. Alors ils les lâchent, les
sacrifient.
Cette indignité se fait dans l’indifférence de
l’opinion et l’indignation très amortie des
politiques. Il y a trois ans, les jeunes combattantes kurdes qui avaient défendu Kobané
face aux djihadistes étaient célébrées jusqu’au Palais de l’Élysée. Aujourd’hui, on les
regarde mourir en silence.
Cela semble une fatalité. Comme si, à la fin,
dans cet Orient compliqué, les Kurdes devaient toujours perdre. Il est vrai qu’ils ne
s’aident pas toujours eux-mêmes. Divisions
claniques, conflits et sous-conflits en cascade, alliances de revers minent leur cause et
leurs projets.
Cet abandon est d’autant plus révoltant que
les Kurdes sont laissés seuls face à un auto-
crate turc qui passe son temps à défier ces
mêmes Occidentaux. Et qui s’appuie sur des
soi-disant « rebelles syriens » aux forts relents islamistes. Nous renions notre propre
camp.
Il ne s’agit pas de faire des forces kurdes de
Syrie une armée des anges. Elles restent cousines du PKK marxiste-léniniste de Turquie,
même si cette coloration idéologique a passé
avec les années. Mais
nous avons des valeurs en commun. Et
nous serons toujours
plus proches d’un
mouvement qui met
les femmes au même
rang que les hommes que de ceux qui
les rangent dans une catégorie inférieure.
Ce lâchage est une faute morale. C’est aussi
une faute politique. Les Occidentaux montrent que leurs alliés d’un jour peuvent le lendemain être traités comme de vulgaires supplétifs. De la chair à canon qu’on laisse
tomber quand elle a fini de servir. Alors que
des combats essentiels sont loin d’être terminés, le signal est désastreux. ■
Le lâchage
des Kurdes
est une
faute morale
et politique
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
AVANT-PREMIÈRE
Retrouvez Cerruti 1881 Essentiel en avant-première
du 26 février au 2 avril 2018 chez Marionnaud
la beauté qui me ressemble
A
Facebook face à la
colère des autorités
américaines PAGE 22
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
ADEM ALTAN/AFP
Après Afrine, la Turquie veut
l’offensive contre les Kurdes
Ankara et les rebelles anti-Assad entendent prendre le contrôle de Manbij, cent kilo
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
»
RECEP TAYYIP ERDOGAN,
S’ADRESSANT AUX AMÉRICAINS
Des civils fuient les combats
dimanche à Afrine, alors que les
chars de l’armée turque viennent
d’entrer dans la ville.
NAZEER AL-KHATIB/AFP
NI LA TURQUIE ni ses alliés, les insurgés
syriens, ne s’en cachent : après avoir
conquis Afrine aux miliciens kurdes, Ankara et les rebelles anti-Assad entendent
prendre le contrôle de Manbij, à cent kilomètres plus à l’est, et au-delà d’une
bande de terre administrée par les Kurdes, le long de la frontière avec la Turquie. Mais à Manbij, le déploiement de
200 soldats américains fait planer la menace d’affrontements entre alliés au sein
de l’Otan. Le scénario de la débâcle
d’Afrine peut-il se rééditer à Manbij ?
Lundi, alors que les Kurdes annonçaient le lancement d’une « guérilla »
THIERRY OBERLÉ £@ThierryOberle
A
Une combattante britannique
engagée aux côtés des forces
kurdes a été tuée lors de
l’offensive menée par la Turquie
dans la région syrienne d’Afrine,
a indiqué lundi une porte-parole
de ces forces. Anna Campbell
a été tuée la semaine dernière
dans l’enclave d’Afrine,
cible d’une offensive d’Ankara
et de supplétifs syriens depuis
deux mois, a indiqué Nisrine
Abdallah, porte-parole
des Unités de protection
de la femme (YPJ). Selon
la porte-parole, Anna Campbell
avait rejoint les YPJ en mai 2017
et n’a été mobilisée sur
le front que ce mois-ci. Après
le début de l’offensive turque
sur Afrine, « elle a insisté
pour être envoyée là-bas »,
a-t-elle précisé.
Le chef du comité de réconciliation et un
responsable kurde de la sécurité furent
assassinés. En janvier, des manifestations
contre le Conseil de Manbij éclatèrent,
organisées par des tribus arabes, hostiles
à la conscription de leurs enfants par les
Kurdes.
Après la défaite d’Afrine, des miliciens
kurdes se sont repliés à Manbij. « Les
Kurdes ne laisseront pas les clés de Manbij
à la Turquie », anticipe F. Balanche, car
« ce serait une autre humiliation, et Erdogan pourrait alors continuer son offensive
plus à l’est. »
Mais une fois de plus, peu d’options
s’offrent aux Kurdes. Compter sur la protection des 2 000 soldats américains, déployés dans le Nord-Est syrien ? Pour ne
Vers un nouveau recul
« Le Conseil est dominé par les Kurdes, en
particulier les vétérans du PKK qui cooptent les notables locaux et les renvoient en
cas de problème », analyse le chercheur
Fabrice Balanche, qui était à Manbij en
février. Les incidents se sont multipliés.
Kendal Nezan : « Cet abandon de l’Occident est une grave erreur
PROPOS RECUEILLIS PAR
MORT D’UNE
COMBATTANTE
BRITANNIQUE
PROKURDE
peuplée d’une majorité de Kurdes, tandis
qu’à Manbij, ce sont les Arabes, qui y sont
majoritaires à 75 %. En 2016, après la
conquête de Manbij sur Daech par une alliance de combattants arabo-kurdes,
soutenue par les États-Unis, un « Conseil
civil » fut installé à Manbij et sa campagne. Mais dans cette portion de Syrie
post-Daech, la greffe arabo-kurde n’a
pas pris.
Kendal Nezan est président de l’Institut
kurde de Paris.
LE FIGARO. – Faut-il craindre
un nettoyage ethnique dans l’enclave
d’Afrine ?
Kendal NEZAN. – Les habitants d’Afrine
se sont installés dans des conditions
effroyables dans un no man’s land qui
n’est contrôlé ni par les Kurdes, ni par le
régime syrien. Les Turcs ne les laissent
pas revenir chez eux. On peut craindre
une opération de nettoyage ethnique car
les Turcs ont fait savoir qu’ils comptaient
installer à Afrine des centaines de milliers
de réfugiés syriens en Turquie, pour l’essentiel des Arabes. Erdogan parle de rendre ces territoires à leurs « véritables
propriétaires ». Il a fait fabriquer des statistiques selon lesquelles il y aurait une
majorité arabe, 15 % de Turkmènes et
25 % de Kurdes.
S’il y a un domaine où la Turquie excelle,
c’est bien celui de l’ingénierie démographique. Elle sait modifier la géographie
d’un peuple comme elle l’a démontrée en
1915 avec les Assyro-Chaldéens puis avec
les Kurdes, et dans les années 1980-1990
en forçant à l’exil plus de 3 millions d’entre eux. Le projet turc était connu depuis
le début de la guerre en Syrie : elle voulait
créer à la frontière syro-turque une zone
« tampon » d’une trentaine de kilomètres de profondeur et y installer une population arabe pour couper les Kurdes de
Syrie des Kurdes de Turquie, au nom de la
sécurisation des frontières. Le même
prétexte a été utilisé en 1915, quand la
Turquie a déporté les Arméniens pour les
éloigner de la Russie, soi-disant pour les
mettre à l’abri. D’un siècle à l’autre, les
arguments, les techniques et les modes
opératoires sont identiques.
vous à leur place ? Pourquoi se battre
contre Daech alors qu’ils ont été abandonnés à Afrine ? L’État islamique n’est pourtant pas fini. Sur qui peuvent compter
aujourd’hui les Occidentaux ? Sur la Turquie ? Sur ceux que l’on appelle par commodité les rebelles, alors que ce sont des
mouvements salafistes et pour certains
d’entre eux djihadistes ?
Vous dénoncez un abandon des Kurdes
par les Occidentaux…
Malheureusement personne n’a eu le courage d’affronter diplomatiquement le président Erdogan par peur de représailles.
Les Kurdes ont été sacrifiés. C’est une faute morale incommensurable, car ceux qui
sont morts là-bas sont ceux que l’on célébrait, il y a quelques mois, quand ils ont libéré Raqqa et le nord de la Syrie de Daech.
“
La France a fait
le service minimum
KENDAL NEZAN
”
Ce sont eux qui ont neutralisé des milliers
de djihadistes occidentaux, y compris des
Français. Le devoir de loyauté, de solidarité est oublié. On est plus dans les temps
où l’on parlait du sens de l’honneur, mais
un minimum de devoir moral aurait dû
conduire les alliés occidentaux à condamner formellement la Turquie pour son intervention. Personne ne l’a fait. On leur a
donné carte blanche. Au-delà de la faute
morale, c’est une erreur politique aux graves conséquences. Les combattants kurdes sont le rempart contre Daech. Mettez-
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Si nous
sommes
votre partenaire
stratégique, alors
vous devez nous
respecter, vous
devez marcher
à nos côtés
contre « l’occupation turque » de l’enclave d’Afrine, des responsables militaires
américains affichaient ostensiblement
leur présence à Manbij. Washington est
« préoccupé » par l’exode de dizaines de
milliers de civils kurdes jetés sur les routes. Mais que pèsent ces manifestations
d’indignation face à la realpolitik ?
Washington est-il prêt à partir en guerre
contre son allié turc, pour satisfaire les
miliciens kurdes syriens, certes partenaires de l’Occident dans la guerre contre
Daech, mais également émanation locale
d’une organisation – le PKK, Parti des
travailleurs du Kurdistan – que les ÉtatsUnis, comme Ankara et l’Union européenne, qualifient de « terroriste » ?
Manbij n’est pas Afrine. Celle-ci était
« Personne n’a eu le courage d’affronter
diplomatiquement le président Erdogan
par peur de représailles », explique Kendal
Nezan, président de l’Institut kurde de Paris.
Quel jugement portez-vous
sur la position de la France ?
La France a fait le service minimum. On
compatit aux malheurs des Kurdes et en
même temps on accorde le droit à la Turquie de sécuriser sa frontière qui n’est pas
menacée. On ménage la chèvre et le
chou, au lieu de mobiliser l’Europe et le
Conseil de sécurité des Nations unies. Il y
a un changement important avec les
Kurdes de Syrie. Le président Hollande
les avait soutenus en les recevant et en les
armant, avec l’appui des forces spéciales
qui opéraient en Syrie. C’étaient des alliés. Le président Macron n’a pas cette
histoire et cette sensibilité. Il est intervenu auprès d’Erdogan, mais ce dernier
n’entend pas les discours modérés. Le
sentiment des Kurdes est que les Occidentaux ont laissé faire. La France a fait
plus que les autres, mais pas assez pour
prévenir cette catastrophe alors qu’elle
en avait les moyens.
Les combattants kurdes pourront-ils
maintenir leur contrôle sur le nord
de la Syrie ?
Après Afrine, je crains que cela se passe
de la même manière au Rojava (nord de la
LE FIGARO
mercredi 21 mars 2018
L'ÉVÉNEMENT
Forces démocratiques syriennes (FDS)*
Rebelles syriens...
Daech
... avec le soutien de l’armée turque
Les régions faiblement peuplées apparaissent en clair sur la carte
Présence de l’armée turque
hors de la région d’Afrine
Présence de l’armée américaine
aux côtés des FDS
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
Kamechliyé
Alep
Idlib
Lattaquié
Hassaké
Manbij
IRAK
Raqqa
SYRIE
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
TURQUIE
Eup
h ra t e
Deir ez-Zor
60 km
LA PHOTO du drapeau turc hissé sur
Afrine – et qui tapissait, ce lundi, la une de
tous les journaux turcs – résume l’état
d’esprit de Recep Tayyip Erdogan au lendemain de la « victoire » : celui d’un président déterminé à capitaliser sur la
conquête de cette ville syrienne contrôlée
par les milices kurdes de l’YPG pour peser
de tout son poids dans les négociations in-
Tel. 01.55.35.20.20
*YPG kurde et ses alliés arabes (soutenus par les Américains)
Infographie
Kobané
Afrine
mètres plus à l’est.
pas aggraver son contentieux avec Ankara, Washington se serait entendu avec la
Turquie pour éviter un affrontement entre alliés à Manbij. Une des solutions envisagées serait le déploiement de forces
turques aux côtés des marines… et l’expulsion des miliciens kurdes de Manbij.
Pour éviter ce scénario synonyme de
nouveau recul, les Kurdes n’auront probablement pas d’autre choix que de se
tourner vers Damas. Comme ils l’ont fait
pendant l’offensive turque contre la poche d’Afrine. « Les Kurdes ont certainement tiré la leçon de leur erreur », estime
un diplomate occidental, qui suit le dossier syrien. Juste avant le déclenchement
de l’opération militaire turque, le 20 janvier, la Russie proposa aux Kurdes de céder le contrôle d’Afrine au régime syrien,
moyennant quoi la Turquie n’interviendrait pas contre eux. « S’ils avaient accepté, ils auraient certes dû renoncer à une
part de leur autonomie, mais ils n’auraient
pas tout perdu à Afrine », estime le chercheur Hassan Hassan.
Régime syrien
Douloureux réajustements
Le retour du régime syrien à Manbij impliquerait le départ de la petite garnison
américaine sur place. Mais cette présence
contrevient à l’accord de déconfliction
conclu entre Washington et Moscou dans
le Nord syrien, au terme duquel les Russes sont à l’ouest de l’Euphrate, les Américains à l’est. Or Manbij est à l’est.
« Si les Kurdes n’ont pas été capables
de résister dans une région montagneuse
et ethniquement homogène comme Afrine, où ils avaient fortifié leurs positions,
comment pourraient-ils résister au milieu de populations mixtes à Manbij, Tall
Abyad ou Kamechliyé », s’interroge Fabrice Balanche. « Afrine était un fief historique kurde », insiste-t-il. Dans les années 1990, quand le leader kurde
Abdullah Ocalan était réfugié à Damas,
son parti, le PKK, recrutait de nombreux
jeunes d’Afrine pour sa guérilla antiturque. Devenus des vétérans du combat, ce
sont eux qui ont bâti le « Rojava », ces
trois cantons kurdes quasi autonomes,
après le départ des troupes d’Assad en
2012.
Depuis, forts d’appuis internationaux
probablement surestimés, les Kurdes ont
avancé en profondeur en territoire arabe.
Mais aujourd’hui, l’heure des douloureux
réajustements a, sans doute, sonné pour
la minorité kurde de Syrie. ■
+
3
Erdogan savoure
une victoire stratégique
CONTRÔLE (OU PRÉSENCE) LE 19 MARS 2018
Source : syria.liveuamap.com
élargir
syriens
Erdogan se tourne maintenant vers l’Est
ternationales sur le devenir de la Syrie et
redorer son blason auprès de la population. « C’est un tournant stratégique pour
la Turquie », avance Murat Yesiltas, directeur des études sur la sécurité au sein
du think-tank progouvernemental Seta.
« Par cette victoire, précise-t-il, le pouvoir
turc sécurise sa frontière avec la Syrie, en
guerre depuis sept ans, et inflige au PKK un
revers sans précédent (les forces YPG étant
considérées comme une extension syrienne du PKK, classé « terroriste » par
Ankara, NDLR) ». Cette position de force
devrait ainsi permettre à Ankara de « relancer les discussions avec les États-Unis »
(connus pour leur soutien envers les TPG,
alliés de taille dans leur lutte contre
Daech), notamment sur le devenir d’une
autre ville syrienne, Manbij, à l’est de
l’Euphrate, où sont déployés de nombreux combattants kurdes.
Dimanche, l’arrivée des chars de l’armée turque au cœur d’Afrine, a créé la
surprise. « Personne ne s’attendait à une
victoire si rapide », concède le politologue
turc Behlül Özkan, et professeur associé à
l’université Marmara. Déterminé à déloger les miliciens YPG de cette enclave syrienne, pour empêcher la création d’un
corridor kurde le long de sa frontière, Ankara avait lancé, il y a deux mois, l’opération « Rameau d’olivier ». Les soldats
turcs, appuyés par les combattants de
l’Armée syrienne libre, avaient d’abord
rencontré une résistance farouche de
leurs adversaires, familiers du paysage
montagneux et aguerris dans la bataille
contre les djihadistes de l’EI. Une fois les
forces turques et leurs supplétifs syriens
parvenus aux portes d’Afrine, les rumeurs
gonflaient sur le risque d’une bataille urbaine particulièrement meurtrière, voire
d’un massacre à grande échelle des populations kurdes.
L’avantage du pouvoir turc
Or, d’après un premier bilan officiel turc,
l’offensive de 58 jours a coûté la vie à
46 soldats turcs et a permis de « neutraliser 3 603 terroristes ». Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, quelque 280 civils ont été tués depuis le début
de l’opération. En revanche, toujours
d’après cet organe indépendant, environ
250 000 habitants d’Afrine auraient fui la
ville en moins d’une semaine. Ce soudain
retrait - qui explique la facilité avec laquelle les Turcs sont finalement entrés
dans la ville sans combattre – « a probablement été négocié préalablement entre
Ankara et Washington », poursuit Behlul
Ozkan. Et de rappeler une accélération
notoire des événements depuis la visite,
en février dernier à Ankara, de l’ex-secrétaire d’État américain Rex Tillerson,
qui aurait vraisemblablement encouragé
ses alliés à se retirer d’une ville que
Washington n’a jamais considérée comme faisant partie de sa zone d’influence.
Pour l’heure, cette victoire à moindre
coût joue à l’avantage du pouvoir turc.
« Au niveau national, le gain politique est
conséquent pour Erdogan, à l’approche des
élections de 2019. Avec Afrine, il est parvenu à titiller la fibre nationaliste des Turcs et
à rassembler l’essentiel de l’opposition turque, à l’exception du parti prokurde
HDP », observe le politologue. La suite est
plus incertaine. « La conquête militaire
d’une région ne va pas toujours de pair avec
son contrôle. Reste à voir comment les populations kurdes vont accepter la présence
turque. De plus, la crainte d’un changement démographique, en vertu d’une relocalisation des populations syriennes arabes, réfugiées en Turquie, sur Afrine,
pourrait provoquer d’importants changements démographiques – et exacerber les
tensions interethniques », prévient-il. ■
» Tsahal dévoile une opération
secrète en Syrie PAGE 6
politique »
Syrie, NDLR). Tout dépendra des Américains. Il se peut qu’ils s’opposent à l’invasion turque du Rojava, mais à l’heure
actuelle personne ne peut dire ce qu’ils
vont faire. Le Rojava est pour les Américains l’occasion non pas d’imposer une
entité kurde mais de peser sur les négociations sur l’avenir de la Syrie, car ils
n’ont pas d’autres leviers. Ils ne veulent
pas que les Iraniens contrôlent toute la
région, et menacent gravement Israël.
Les Kurdes dans ce jeu sont des alliés de
circonstance. ■
Adrien Jaulmes
ajaulmes@lefigaro.fr
L’ÉTAU se resserre sur les Kurdes de
Syrie. La prise d’Afrine par l’armée turque et ses alliés djihadistes syriens marque le début de la fin du rêve kurde du
Rojava. Né à la faveur de la guerre civile
dans le nord-est de la Syrie, ce protoÉtat voit son existence commencer à
être remise en cause de toute part.
Même si les milices kurdes des YPG
(Unités de protection populaire) représentent toujours une force militaire non
négligeable sur le champ de bataille syrien, les circonstances favorables qui
ont permis aux Kurdes de se tailler un
territoire autonome sont en train de disparaître. La défaite de la rébellion syrienne a joué contre les Kurdes. Ceux-ci
avaient habilement profité du soulèvement populaire contre Bachar el-Assad
pour gagner leur autonomie. Se tenant
soigneusement à l’écart des combats
entre le régime et les rebelles, les partis
kurdes sont sortis dès 2012 de la clandestinité, et les YPG ont sanctuarisé
leurs villes et leurs villages dans le nord
et l’est du pays. À partir de ces îlots, les
Kurdes ont ensuite pris peu à peu le
contrôle d’un territoire continu allant
de l’Euphrate à la frontière irakienne,
Afrine restant une enclave distincte à
l’ouest du fleuve. La reconquête par Assad des territoires perdus fait monter la
pression sur les Kurdes, et leur succès
même représente une menace intoléra-
ble pour l’État syrien comme pour la
Turquie voisine.
Les Kurdes syriens ont entre-temps
perdu leur utilité pour leurs alliés occidentaux. Devenus les soldats au sol de la
coalition internationale en guerre contre
Daech, ils sont à l’apogée de leur influence en octobre 2017, moment de la
prise de Raqqa, la capitale syrienne de
l’État islamique. Leur situation commence à se dégrader après cette date. La
défaite de l’État islamique rend les Kurdes moins indispensables, et leur autonomie plus irritante pour leurs adversaires, et en particulier la Turquie. Le
président turc, Erdogan, qui a presque
tout raté depuis le début de la crise syrienne, misant d’abord sur la chute rapide de Bachar el-Assad, puis sur les djihadistes les plus radicaux avant de les voir
se retourner contre lui, a vu avec fureur
se constituer sur sa frontière sud un territoire pouvant servir de base arrière aux
séparatistes kurdes du PKI, les cousins
turcs des YPG. Après une première
incursion le long de l’Euphrate pour empêcher la jonction des cantons kurdes,
Erdogan lance le 20 janvier dernier
l’opération « Rameau d’olivier » visant à
reprendre Afrine.
Chantage aux migrants
La Russie a aussi décidé d’agir contre les
Kurdes. Afin de déranger les plans américains, les Russes ont donné leur feu
vert à l’opération turque, en laissant
l’aviation d’Ankara opérer dans l’espace
aérien qu’ils contrôlent. Le régime syrien n’a laissé passer que les réfugiés
Kurdes fuyant Afrine, mais empêchant
des renforts de rejoindre l’enclave. Cette
mauvaise conjonction stratégique risque
de durer. La présence des forces américaines dans le reste du Rojava constitue
le dernier atout des Kurdes syriens. Mais
la politique de Washington, qui ne s’est
pas caractérisée par sa cohérence depuis
le début de la crise syrienne, reste une
donnée aussi changeante qu’imprévisible. Quand aux Européens, soumis au
chantage aux migrants d’Erdogan, leur
capacité d’action est limitée. Et le sort de
leurs alliés kurdes risque de ne pas peser
bien lourd face à la perspective d’une
nouvelle vague de migrants, si la Turquie
relâche le contrôle de ses frontières. Victimes historiques de la constitution des
États du Moyen-Orient au XXe siècle, les
Kurdes sont au début du XXIe de nouveau bien seuls. ■
A
DÉCRYPTAGE
1
Une défaite qui marque le début de la fin d’un Kurdistan syrien
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Financement libyen : Sarkozy interrogé
L’ex-chef de l’État a été placé en garde à vue mardi matin dans les locaux de la police judiciaire, à Nanterre,
dans le cadre de l’enquête sur l’origine d’une partie des fonds de la campagne présidentielle de 2007.
SERVICE SOCIÉTÉ (AVEC AGENCES)
JUSTICE La nouvelle a déclenché une
tempête de réactions dans la classe politique, à gauche comme à droite. Nicolas
Sarkozy a été placé en garde à vue mardi
matin à 8 heures dans l’enquête sur les
soupçons de financement libyen de sa
campagne électorale de 2007. Une information révélée par Le Monde et Mediapart, qui avait publié le premier article
sur le sujet en mars 2012. Les juges enquêtent sur ce dossier depuis le printemps 2013.
L’ancien chef de l’État, qui nie tout financement libyen, était entendu par les
policiers de l’Office central de lutte contre
la corruption et les infractions financières
et fiscales, à Nanterre. À l’issue de cette
garde à vue, qui peut durer jusqu’à
48 heures, il sera remis en liberté, présenté à un juge en vue d’une éventuelle mise
en examen ou convoqué ultérieurement.
Par ailleurs, Brice Hortefeux, ancien
ministre de l’Intérieur et ami de Nicolas
Sarkozy, a été entendu à Nanterre en
audition libre, qui permet aux enquêteurs
d’entendre une personne soupçonnée
d’avoir commis ou tenté de commettre
une infraction sans la mettre en garde à
vue, l’intéressé pouvant donc à tout moment quitter les lieux.
Nicolas Sarkozy et
Mouammar Kadhafi,
en décembre 2007
à l’Élysée.
« Avancer et faire la lumière »
Dans ce dossier, d’anciens responsables
du régime de feu Mouammar Kadhafi et
l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine ont notamment évoqué la thèse
de versements au profit de la campagne
de Nicolas Sarkozy en 2007. D’autres responsables libyens les ont démentis, comme l’ancien chef de l’État et plusieurs de
ses proches.
L’enquête, ouverte notamment pour
détournements de fonds publics et corruption active et passive, a été élargie en
janvier à des faits présumés de « financement illégal de campagne électorale », a
indiqué une source proche du dossier à
l’Agence France-Presse. En septembre
2017, les policiers avaient remis aux juges
un rapport qui pointait la circulation
d’espèces dans l’entourage de Sarkozy
durant la campagne 2007. Interrogés par
les enquêteurs, Éric Woerth, trésorier de
la campagne présidentielle, et son adjoint
chargé de la distribution des enveloppes,
Vincent Talvas, ont répondu que l’argent
provenait de dons anonymes, pour un
ÉRIC FEFERBERG/AFP
montant global de 30 000 à 35 000 euros.
Une justification contestée au cours
d’autres auditions, dont celle de la personne chargée du courrier reçu à l’UMP
durant cette campagne présidentielle,
qui a déclaré n’avoir « jamais vu de courrier arrivant qui contenait des espèces ».
Mardi, Me Bouchez El Ghozi, l’avocat
de l’ancien secrétaire général de l’Élysée
et ministre de l’Intérieur Claude Guéant,
mis en examen dans cette affaire, a jugé
qu’« il n’y a pas d’élément dans le dossier
qui justifie aujourd’hui une telle mesure
spectaculaire de garde à vue. Après cinq
ans d’enquête, on n’arrive toujours pas à
prouver qu’un seul centime d’argent libyen
a été versé à Nicolas Sarkozy ».
Les réactions politiques ont été nombreuses. Dans la majorité, le premier ministre, Édouard Philippe, a lâché : « Aucun
commentaire à faire sur la procédure judi-
ciaire », tout en évoquant des relations
empreintes de « respect mutuel » avec
l’ancien président. Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, a jugé qu’« il
est utile que la justice puisse avancer et faire la lumière ». Dans l’opposition, Les Républicains ont apporté leur « plein et entier soutien » à l’ancien président, Laurent
Wauquiez jugeant sur Twitter la garde à
vue « humiliant(e) et inutile ». Christian
Jacob, patron des députés LR, a remarqué : « Onze ans après, c’est de l’acharnement, et on a vu ce que ça avait donné avec
l’affaire Bettencourt. » Le ton est plus
acerbe au PCF et au FN. Sébastien Jumel,
un des porte-parole des députés communistes, a déclaré : « Ça devait arriver. (Nicolas Sarkozy) va avoir du mal à trouver
des alibis. » « Si on en est là, a estimé Gilbert Collard, député FN et avocat, c’est
qu’il y a des éléments. » ■
Le virus de la politique n’a jamais
vraiment quitté l’ex-chef de l’État
s’exprimer. Le président des Républicains n’a pas suivi ses conseils. L’ex-chef
de l’État l’a noté.
« Je suis sensible à votre témoignage de
fidélité… un mot à ne pas prononcer à la légère ! », répond ainsi Nicolas Sarkozy
quand Gérard Larcher, qui l’a invité début mars à faire le bilan sur la réforme
constitutionnelle de 2008, lui donne la
parole. Les sénateurs y voient une allusion à Laurent Wauquiez qui, quelques
jours, plus tôt tenait des propos critiques
à son encontre (lire ci-contre). La semaine
d’après à Tourcoing, son message est
sensiblement le même. « [Gérald] est fidèle, je le suis. Il est libre, je le suis », glisse-il. Façon de souligner qu’il ne s’interdit pas de prendre la parole.
A
MARION MOURGUE £@MarionMourgue
« UN TIGRE ne devient jamais végétarien », s’était amusé Brice Hortefeux fin
mai, peu de temps après l’élection d’Emmanuel Macron. Avant d’ajouter que Nicolas Sarkozy n’avait « aucune préoccupation électorale personnelle », mais « il
est bien évidemment attentif à ce qu’il se
passe dans le monde, en Europe et dans son
pays ». Fin janvier, déjeunant avec des
élus LR de la jeune génération, Nicolas
Sarkozy confirmait que pour lui « c’était
fini » depuis sa défaite à la primaire. « Je
ne participerai pas à quoi que ce soit de politique et d’organisé. Quand on est un ancien chef d’État, quand on a vraiment tourné la page, il faut se hisser au-dessus. Moi,
j’ai une autre vie maintenant », confiait-il
alors. Ou plusieurs entre ses conférences,
sa participation au conseil d’administration d’Accor, sa vie d’avocat…
Si Nicolas Sarkozy ne se considère plus
comme un acteur de la vie politique quotidienne et a selon un ami « posé les armes
du combat », la politique ne l’a pourtant
jamais quitté… Au 77 de la rue de Miromesnil où il a installé ses bureaux, au milieu des
photos de son épouse et des chefs de l’État
avec lesquels il a aimé travailler, l’ancien
président reçoit : nouveaux députés, élus
battus, anciens ministres, ténors de LR,
président de parti… Ils sont nombreux à
solliciter un rendez-vous, demander un
conseil ou écouter ses analyses.
«C’est une folie de cliver entre la France
des villes et la France des villages et de les
opposer », expose-t-il à un visiteur en
parlant de la stratégie de Laurent Wauquiez. Le message est clair : s’il était encore aux affaires, Nicolas Sarkozy ras-
« Macron s’aime trop »
Nicolas Sarkozy lors d’une intervention
à Dakhla, vendredi, au Sahara occidental.
CM FORUM
semblerait. Comme il rassemblerait
toutes les sensibilités de la droite pour ramener au sein de LR les électeurs et les
élus séduits par Emmanuel Macron.
La semaine dernière, dans un parfait
équilibre, Nicolas Sarkozy reçoit Laurent
Wauquiez le mercredi puis s’affiche le
jeudi aux côtés de Gérald Darmanin à
Tourcoing, vu pourtant par nombre
d’élus LR comme un « traître ». « Gérald
a été fidèle, je veux donc dire à Gérald mon
amitié extrêmement fidèle pour lui », déclare Nicolas Sarkozy. L’ex-chef de
l’État, qui a toujours regretté l’exclusion
des élus LR, avait conseillé à Laurent
Wauquiez la tenue d’un conseil national
après son élection, au cours duquel il
aurait proposé à Édouard Philippe de
Comme sur son successeur. Au fond, Nicolas Sarkozy n’est pas surpris qu’Emmanuel Macron connaisse ses premières
difficultés. Il l’a toujours pronostiqué.
« La CSG, les retraités… Emmanuel Macron ne sent pas le pays », indique-t-il récemment à un visiteur. Et quand il voit les
images de son déplacement en Inde, il
trouve qu’« Emmanuel Macron s’aime
trop ». « Il est dans la politique marketing.
Il affiche beaucoup mais dans la réalité il ne
se passe pas grand-chose sur la baisse de
la dépense publique et du nombre de fonctionnaires, juge encore Nicolas Sarkozy.
Les heures supplémentaires défiscalisées,
c’est une vraie erreur de ne pas les rétablir.
Ça va très mal finir. » « Nicolas Sarkozy
garde le plaisir de conseiller quand il est
sollicité, assure un député LR resté proche. Et si au passage cela lui permet de
montrer que la France et la droite ont besoin de lui, pourquoi s’en passer ? » ■
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
L’ancien président
garde la cote à droite
D
e ses propos divulgués
devant les étudiants
de l’EM Lyon, Laurent
Wauquiez n’avait regretté
que ceux visant Nicolas Sarkozy.
Et aucun autre. Et pour cause : le
nouveau président des Républicains
est conscient que les militants ne lui
pardonneraient pas de s’en prendre à
celui qui, même officiellement retiré
de la vie politique, reste une référence
à droite. Les manifestations de
soutien des nombreux élus LR et du
parti en tant que tel après l’annonce
de sa garde à vue en sont la preuve.
Aujourd’hui encore, la popularité
de l’ancien chef de l’État reste
mesurée par les instituts de sondages.
Dans le baromètre des personnalités
Ifop-Paris Match, il se classe à la
onzième place, derrière Alain Juppé
ou Valérie Pécresse, mais auprès
des seuls sympathisants LR il reste
en tête : 75 % de bonnes opinions,
trois points de plus que Juppé,
six de plus que Pécresse, huit de plus
que Wauquiez. Même en cote
d’avenir, Sarkozy surclasse au sein
de l’électorat des Républicains tous
ceux qui jouent un rôle à droite
(46 % selon Kantar-Figaro Magazine,
contre 38 % pour la présidente
d’Île-de-France, 32 % pour
le président du parti et 30 %
pour le maire de Bordeaux).
Encore aujourd’hui, la popularité
de Nicolas Sarkozy est différentielle.
Plus fortement que pour aucune autre
personnalité politique. Tous les élus
LR en témoignent : il subsiste
un attachement inégalable
et indéfectible pour lui au cœur
du noyau militant du parti, un noyau
pour lequel les procédures judiciaires
relèvent d’un acharnement
politique ; mais l’électorat de droite,
dans son ensemble, a en grande
partie tourné la page. Si les deux tiers
des adhérents UMP avaient voulu
son retour à la tête du parti fin 2014,
20 % seulement des 4,3 millions de
votants à la primaire avaient souhaité
en faire leur candidat à l’élection
présidentielle.
Ce décalage a pu le tromper
lui-même. Et lui faire prendre l’envie
des militants pour le désir des
électeurs. Ce qui n’était pas le cas.
D’ailleurs sa popularité est en partie
indexée sur sa distance à la vie
politique active. En 2013,
par contraste avec la désillusion
Hollande, Sarkozy avait commencé
à être regretté et sa cote s’était
envolée… avant de chuter lorsqu’il
avait repris la tête de l’UMP.
S’il n’est plus attendu pour
l’avenir, l’ancien président de
la République laisse cependant
une empreinte irréfragable à droite
pour l’avoir dominée durant deux
décennies, comme Jacques Chirac
l’avait dominée avant lui. Il y a eu
un « moment Sarkozy » qui
a marqué la droite. En dépit de son
échec en 2012, en dépit de son retour
manqué en 2016, il reste le dernier
à lui avoir offert une victoire
présidentielle. Et la force de sa
campagne de 2007 a durablement
marqué son imaginaire.
C’est ce qui fait que pour tous ceux
qui aspirent aujourd’hui au leadership
de la droite, il reste une référence
obligée, respectée, recherchée,
et parfois redoutée. Wauquiez peut
revendiquer l’héritage du héraut
d’une droite assumée ; les ennemis
de Wauquiez peuvent se référer
au chantre de l’ouverture. Même
chez Emmanuel Macron, certaines
similitudes dans l’exercice de la
fonction sont perceptibles. Bref,
ils ont tous en eux quelque chose
de Sarkozy. Et c’est aussi ce qui
explique, face aux rebondissements
judiciaires, le soutien des uns
et la prudence des autres. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
Sarkozy
surclasse
au sein
de l’électorat
des
Républicains
tous ceux
qui jouent un
rôle à droite
»
LE FIGARO
mercredi 21 mars 2018
POLITIQUE
5
En difficulté,
Anne Hidalgo
tente un coup
de poker à Paris
ZOOM
Sonia Krimi (LaREM)
envisage de « voter contre »
la loi asile et immigration
MUNICIPALITÉ Ceux qui en doutaient
encore ont acquis la certitude qu’Anne
Hidalgo avait bien sa réélection en ligne
de mire. En annonçant la commande
d’une étude sur la gratuité des transports
en commun à Paris, la maire de la capitale tente un coup politique pour tourner le
dos aux difficultés qui s’amoncellent depuis plusieurs semaines, sur le front de la
propreté, de la piétonnisation des berges
ou encore du Vélib. Ce débat intervient
alors que Paris doit entériner cette semaine la gratuité de la carte Navigo pour
les plus de 65 ans, sous conditions de ressources.
Trois adjoints – Christophe Najdovski
(Transports), Jean-Louis Missika (Développement économique) et Emmanuel
Grégoire (Finances) – présenteront dans
les prochaines semaines un calendrier et
le cahier des charges de cette étude, a
précisé Anne Hidalgo qui affirme que
« la question de la gratuité des transports
peut être l’une des clefs de la mobilité urbaine de demain ».
L’annonce a pris de court les élus,
qui ont été informés de l’initiative par
voie de presse. « Je trouve dingue
qu’elle lance un tel débat sans même le
mettre à l’ordre du jour du Conseil de
Paris. C’est de l’irrespect pour les élus »,
souffle Yann Wehrling (MoDem). « Je
suis un peu étonné par la méthode. On
aurait quand même pu en discuter au
sein de la majorité », témoigne l’écologiste Yves Contassot. « Je n’étais pas
dans la boucle », abonde un adjoint. Le
même décrypte l’annonce de la maire :
« On a beaucoup subi. Il était temps de
reprendre l’initiative autour de nos pro-
positions plutôt que d’avoir à répliquer à
nos adversaires ».
Pour Anne Hidalgo, il s’agit surtout
d’agiter une idée – a priori populaire –
sans avoir à la trancher dans l’immédiat.
Le temps que l’étude aboutisse, les élections municipales pointeront alors le
bout de leur nez… « Il n’est pas interdit
d’être habile politiquement », se gausse
un adjoint. « Ce projet ne pourra aboutir
que dans le cadre d’un nouveau contrat de
mandature », observe Yves Contassot
qui juge l’étude « intéressante ».
La suggestion d’Anne Hidalgo n’a pas
manqué de provoquer l’émoi de l’opposition. « Alors que sa politique prend l’eau
de toutes parts, Anne Hidalgo tente une
mesure de diversion », dénonce la présidente du groupe LR, Florence Berthout.
« Elle prépare évidemment son programme pour la future campagne », râle Yann
Wehrling qui exige de connaître le coût
« Il n’est pas interdit
d’être habile
politiquement », se gausse
un adjoint d’Hidalgo
de l’étude. « Que la campagne des municipales 2020 commence ! », réagit
Alexandre Vesperini, le président du
groupe PPCI (macronistes ex-LR). L’élu
juge que la socialiste veut « raser gratis »
et s’interroge : « Qui va payer la facture ? » Danielle Simonnet (La France insoumise) n’est pas plus tendre : « Elle ne
manque pas de culot ! Le sauve-qui-peut
continue ». « Elle est en permanence dans
le zigzag. Un jour, elle tend la main aux
macronistes, un jour elle propose la gratuité des transports pour prouver qu’elle
reste de gauche », s’époumone-t-elle.
L’annonce d’Anne Hidalgo a pris de court les élus, qui ont été informés de l’initiative
par voie de presse. GILLES BASSIGNAC/DIVERGENCE
Quant à Valérie Pécresse, la présidente
LR de la région Île-de-France, elle a rappelé sur Radio classique que « comme sur
tous les sujets transport, la Ville de Paris
ne peut pas faire cavalier seul ». Et de
souligner au passage que « si on fait la
gratuité des transports à Paris pour les
Parisiens, ça n’aura pas d’impact sur la
baisse de la pollution puisque ce sont les
Franciliens qui, la plupart, prennent leur
voiture pour venir à Paris ». Même coup
de griffe de la part du porte-parole du
gouvernement, Benjamin Griveaux. « La
gratuité… à la fin il y a toujours quelqu’un
qui paie », a lâché sur France Inter le macroniste qui nourrit des ambitions pour
l’Hôtel de ville. Ajoutant sévèrement :
« J’ai toujours un doute sur le caractère
électoraliste ou pas, à deux ans d’une
élection (…) et où on sait qu’elle est la candidate déclarée à sa propre succession ».
« C’est mon rôle d’éclairer le débat public », a argué Anne Hidalgo sur France
Bleu, tout en jurant qu’elle associera
l’opposition à sa démarche. ■
+
» Lire aussi PAGES 14 ET 15
Photo Michel Gibert, non contractuelle. Stone Sculpture museum of the Fondation Kubach-Wilmsen.
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
La maire veut lancer une étude sur
la gratuité des transports dans la capitale.
Un sauve-qui-peut que l’opposition critique.
Valérie Pécresse s’attaque à la
pollution dans les transports
ailleurs, déjà apparaître des résultats différents d’une gare à une autre. « La qualité de l’air varie selon la fréquentation de la
gare, sa profondeur ou selon son ancienneVÉRITABLE préoccupation en Île-deté », indique Amélie Fritz, porte-parole
France, la pollution de l’air ne touche pas
d’Airparif.
que les rues mais concerne aussi les
Déjà diverses actions ont été conduites
transports souterrains. Alors que la SNCF
pour améliorer l’air. Ainsi, la RATP en est
et la RATP s’efforcent depuis des années
à son deuxième programme de renouveld’améliorer la situation avec la mise en
lement des ventilateurs pour un montant
place de divers plans d’actions, Valérie
de 45 millions d’euros. Mais Pécresse, qui
Pécresse souhaite aller encore plus loin.
a en charge la coordination de la lutte
La présidente LR de la région Île-decontre la pollution de l’air en Île-deFrance lance un appel à projet en vue de
France, veut aujourd’hui se tourner vers
tester dès l’été de nouvelles technologies
d’autres solutions complémentaires. « À
dans ce domaine. Elle débloque un milce jour, divers industriels s’engagent sur
lion d’euros pour prendre en charge cette
des procédés innovants qui méritent qu’on
expérimentation.
s’y intéresse pour mieux comÀ ce jour, les nombreuses
battre la pollution », signaleétudes réalisées soulignent
t-elle. Les offres sont multiune influence de l’air extéples. Des sociétés travaillent
rieur sur l’air intérieur. Le
ainsi sur un robot qui purifie
dioxyde d’azote, lié au trafic
l’air, d’autres sur un système
routier, est ainsi responsade filtration de l’air par ionible des niveaux relevés, en
sation positive. D’autres enquantité moindre, en milieu
Le coût de
core développent un procésouterrain. Surtout, les dil’expérimentation
dé qui aspire les particules
verses analyses pointent la
décidée par Valérie
dès leurs émissions.
présence dans les métros et
Pécresse
À l’heure où nombre de
RER de particules dont les
politiques - la maire de Paris en tête teneurs sont en moyenne supérieures à
veulent
favoriser
l’usage des transports
celles relevées dans l’air extérieur. Due
en commun, il faut donc pour la responpour l’essentiel aux systèmes de freinage
sable de la région, y améliorer, plus encodu matériel roulant, cette pollution partire, l’air qu’on y respire. « Ce serait paraculaire augmente alors aux heures de
doxal d’inciter les Franciliens à prendre
pointe avec la hausse du trafic. Elle s’agdavantage le métro ou le RER et les envoyer
grave aussi avec le nombre de passagers
en même temps dans des endroits polqui, en se déplaçant, font davantage voler
lués », indique-t-elle. Une fois les sociéces poussières métalliques.
tés retenues par un jury - dont feront
Lancée en 2016 et devant s’achever à
partie la RATP et la SNCF -, l’expérimenl’automne prochain, une campagne de
tation sera suivie par Airlab, une émanamesures menée par Airparif dans vingttion d’Airparif financée par la région. ■
cinq gares du réseau transilien fait, par
Y aura-t-il une frondeuse parmi
les marcheuses ? Alors que la loi
asile et immigration fracture
la majorité, Sonia Krimi pourrait
bien prendre la tête de la
contestation. Invitée mardi du
« Talk Le Figaro », la députée
La République en marche (LaREM)
de la Manche a dénoncé « un
mauvais projet de loi » et a affirmé
qu’elle pourrait s’abstenir… voire,
« bien sûr », aller jusqu’à « voter
contre ». Ainsi, bien qu’elle
se dise soucieuse de ne pas « nier
le travail parlementaire » qui va se
poursuivre dans les prochaines
semaines, la députée assure :
« En l’état,
je ne voterai
pas ce projet
de loi. »
Remontée,
elle juge
en effet que
le texte
contient
« beaucoup »
de volets
démagogiques, et elle considère
que les ajustements qui ont
été faits relèvent de simples
« mesurettes ». « C’est une rustine
sur une jambe de bois », peste
Sonia Krimi, selon qui
« l’immigration n’est pas un
problème », contrairement à
« la non-gestion de l’immigration,
qui (en) devient un ». « Il y a une
ignorance de la souffrance des
étrangers dans ce pays », estimet-elle encore, refusant toutefois
d’aller jusqu’à accuser les
Français de xénophobie.
« Ce n’est pas un tort d’être une
femme de gauche », revendique
la députée, qui vante la « mixité »
du groupe LaREM à l’Assemblée
et assure qu’elle « travaille
beaucoup » avec ses collègues issus
« de la droite ». Ainsi, Richard
Ferrand est, selon elle, un
« excellent président » de groupe,
qui a su « laisser la parole à tout
le monde ».
ANGÉLIQUE NÉGRONI anegroni@lefigaro.fr
1 million
d’euros
PARIS 3e • PARIS 12e • PARIS 7e • PARIS 14e • PARIS 17e • ATHIS-MONS • COIGNIÈRES • HERBLAY / MONTIGNY-LES-C.(1) • ORGEVAL • SAINTE-GENEVIÈVE-DES-BOIS
SAINT-MAXIMIN • SURESNES • VAL D’EUROPE C. CIAL / SERRIS • VERSAILLES. (1) Magasin franchisé indépendant. Liste des magasins Roche Bobois de France participant à
l’opération sur www.roche-bobois.com
OUVERTURE EXCEPTIONNELLE LE DIMANCHE 25 MARS
A
Mah Jong. Design Hans Hopfer,
Habillé de tissus dessinés par Kenzo Takada.
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Xi Jinping proclame la superpuissance chinoise
Rompant avec la discrétion qui a prévalu pendant des décennies, le numéro un chinois affirme les visées conquérantes de son pays.
CORRESPONDANT À PÉKIN
ASIE Les Chinois ont « le courage de livrer jusqu’à la fin des batailles sanglantes
contre leurs ennemis », a tonné Xi
Jinping, dans son premier discours depuis que les députés lui ont accordé le
droit de rester au pouvoir à vie. Réélu samedi président à l’unanimité, il a multiplié mardi les tirades nationalistes, devant une assemblée parlementaire
prenant sagement des notes, ou applaudissant à tout rompre. Arrivé au pouvoir
fin 2012, Xi Jinping a, en quelques années, spectaculairement rompu avec la
ligne suivie par la diplomatie chinoise
pendant trois décennies. Oublié la doctrine consistant à faire profil bas défen-
due par l’ancien dirigeant Deng Xiaoping. « Nous avons la capacité de tenir
fièrement notre rang parmi les nations »,
s’est enflammé le leader chinois, qui ne
cesse de faire miroiter le « grand renouveau » de la nation, après une longue période d’humiliations et de déclin. En octobre, il avait promis de faire de son pays
une superpuissance « moderne » et dotée d’une armée de « classe mondiale ».
Ce changement de cap s’est traduit
par une affirmation plus forte des revendications territoriales. La Chine a accru
sa présence en mer de Chine du Sud – où
elle transforme des îlots disputés en
avant-postes militaires. Et Xi Jinping se
montre de plus en plus menaçant avec
Taïwan. « Les actes et les manœuvres visant à diviser le pays sont voués à l’échec,
ils seront condamnés par le peuple et punis
par l’Histoire », a martelé le maître de
Pékin, ajoutant qu’il était dans « l’intérêt
fondamental » des Chinois de parvenir à
la « réunification complète » du pays.
N. ASFOURI/AFP
CYRILLE PLUYETTE
“
Nou s avon s
la capacité
de ten ir fièremen t
n otre ran g
parmi les n ation s
XI JINPING
”
Le géant asiatique, qui n’autorise pas
les relations diplomatiques entre Taipei
et les capitales étrangères, a été ulcéré
par une loi que viennent de voter les
États-Unis, et qui encourage les hauts
responsables américains à se rendre à
Tsahal dévoile
une opération
secrète en Syrie
Taïwan et vice-versa. Washington n’a
pas de lien officiel avec l’île, mais entretient avec elle des contacts informels, en
lui vendant notamment des armes. Taipei, qui mène de facto une politique indépendante, est revendiquée par Pékin
depuis 1949. Les relations se sont fortement tendues depuis l’élection, début
2016, de la présidente Tsai Ing-wen, qui
prône la fermeté face à Pékin, et que le
régime chinois soupçonne de vouloir
déclarer formellement l’indépendance
du territoire.
Xi Jinping a toutefois assuré que l’essor de son pays ne constituait « pas une
menace ». « La Chine ne sacrifiera jamais
les intérêts des autres pays pour assurer
son propre développement », a-t-il déclaré, alors que son homologue américain, Donald Trump, prépare une hausse
Image satellite,
prise en 2007,
du site présumé
du réacteur nucléaire
syrien d’al-Kibar.
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
ISRAËL L’intérêt de l’information réside en grande partie dans le moment
choisi pour la rendre publique. Après
dix années de silence, l’armée israélienne vient de lever la censure qui pesait jusqu’à présent sur le bombardement du réacteur nucléaire syrien d’alKibar. Les principaux détails de
l’opération, conduite sur ordre du premier ministre Ehoud Olmert dans la
nuit du 5 au 6 septembre 2007, ont depuis longtemps été éventés par l’Administration américaine. Mais les officiels
israéliens continuaient de se retrancher
pudiquement derrière l’évocation de
comptes rendus publiés par la presse
étrangère. Cette politique d’ambiguïté,
admet a posteriori l’armée, visait à ménager une « zone de déni » pour permettre au régime de Bachar el-Assad de
ne pas riposter. Mais la politique nucléaire de l’Iran ainsi que ses récents efforts en vue d’établir une implantation
militaire durable en Syrie ont à l’évidence rendu ces préoccupations largement caduques.
Les dirigean ts de l’État
h ébreu martèlen t
qu ’ils n e toléreron t pas
l’implan tation de forces
iran ien n es ou d’u sin es
permettan t de fabriqu er
des missiles de précision
à sa fron tière n ord
ministration américaine, sur lesquels
l’armée ne s’étend guère mais qui ont
été dévoilés en septembre 2012 par la
revue The New Yorker (*). Ehoud Olmert, alors premier ministre de l’État
hébreu, aimerait que son plus proche
allié participe aux frappes contre le
réacteur syrien. Mais George W. Bush,
qui a engagé quatre ans plus tôt son
pays dans une guerre controversée en
Irak, hésite. Ses services de renseignements décrivent bien le site d’al-Kibar
comme un réacteur nucléaire, mais
n’ont pas identifié les autres composants d’un programme militaire. Le locataire de la Maison-Blanche préférerait donc laisser sa chance à la
diplomatie. Il le dit à Ehoud Olmert lors
d’un entretien téléphonique le
12 juin 2007. Le premier ministre israélien, convaincu que le programme sera
bientôt trop avancé pour qu’il soit possible de le frapper sans risque d’émanations dangereuses, choisit d’interpréter
ces propos comme un « feu vert » à une
opération israélienne.
Dans la soirée du 5 septembre, quatre
F-16 décollent des bases de Ramon et
de Hatzerim puis survolent la Méditerranée en direction de la frontière turcosyrienne avant de mettre le cap à l’est.
Selon le New Yorker, il est un peu plus
de minuit et demi lorsqu’ils larguent
17 tonnes de bombes sur le site d’al-Kibar. Quelques heures plus tard, les mé-
A
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
Cette « opération vérité », soigneusement orchestrée pour garantir un retentissement maximal en Israël et audelà, valide les principaux éléments déjà
publiés par la presse. L’enquête du Mossad et du renseignement militaire israélien a débuté fin 2004 sur la base d’informations évoquant des contacts entre
le régime syrien et des « experts étrangers », en l’espèce nord-coréens, dans
le domaine du nucléaire. En avril 2006,
un site présenté comme un réacteur nucléaire est identifié dans la région de
Deir ez-Zor, à environ 450 km de Damas. L’État hébreu décide alors de mettre sur pied une « task force » pour étudier l’installation et préparer sa
neutralisation. Des unités de reconnaissance sont déployées sur le terrain pour
« recueillir des renseignements variés et
précis ». Objectif : « évaluer le niveau de
développement du réacteur, calculer le
bon moment pour frapper et évaluer les
dommages infligés en temps réel ».
D’intenses échanges s’engagent alors
entre les dirigeants israéliens et l’Ad-
LES MÉDIAS israéliens ont surtout retenu l’insulte. S’exprimant lundi soir devant les membres de la direction palestinienne, le président Mahmoud Abbas a
de nouveau laissé parler sa colère contre
l’Administration américaine. Il a notamment traité l’ambassadeur auprès de
l’État hébreu, David Friedman, de « fils
de chien », en réaction au soutien que
celui-ci apporte aux colons israéliens de
Cisjordanie. L’émissaire de Donald
Trump pour le Proche-Orient, Jason
Greenblatt, a aussitôt condamné des
propos « hautement inappropriés » tandis que Benyamin Nétanyahou accablait
leur auteur. « Pour la première fois depuis des décennies, a-t-il dit, l’Administration américaine cesse de cajoler les dirigeants palestiniens. Apparemment le
choc de la vérité leur fait perdre la tête. »
Plus encore que les noms d’oiseau,
cependant, ce sont les mises en garde
brandies par le chef de l’Autorité palestinienne qui suscitent l’inquiétude. Accusant ouvertement le Hamas d’avoir
TURQUIE
Raqqa
Alep
Al-Kibar
Deir ez-Zor
SYRIE
LIB.
IRAK
Damas
ISRAËL
JORDANIE
Infographie
dias officiels syriens affirmeront avoir
mis en déroute des avions israéliens entrés dans leur espace aérien mais ne diront pas un mot des dégâts infligés à
l’installation. Jusqu’à ce jour, le régime
de Bachar el-Assad continue d’affirmer
qu’il n’a jamais développé de programme nucléaire, malgré les indices incriminants découverts par la suite à l’occasion de visites conduites par les
inspecteurs de l’Agence internationale
de l’énergie atomique. « Les services de
renseignements ont estimé que le réac-
teur avait été totalement neutralisé et
que les dommages infligés étaient irréversibles », indique l’armée israélienne,
qui précise : « Il a été décidé dans la foulée de ne pas confirmer la frappe au regard de la situation sécuritaire hautement sensible. »
La publication d’un compte rendu
officiel de cette opération qui, pour de
nombreux Israéliens, symbolise l’audace et l’efficacité de leur armée, intervient à un moment clé. Les dirigeants
de l’État hébreu martèlent depuis plu-
Les emportements de Mahmoud Abbas
CYRILLE LOUIS £@cyrille_louis
100 km
DIGITALGLOBE/
GETTY IMAGES
La confirmation du raid contre le réacteur
nucléaire d’al-Kibar, en 2007,
est un avertissement à l’Iran.
CYRILLE LOUIS £@cyrille_louis
de ses droits de douane sur les produits
chinois.
Le dirigeant le plus puissant depuis
Mao Tsé-toung, qui cherche à cimenter
le Parti et le pays autour d’un discours
patriotique, a encore renforcé son autorité pendant cette session parlementaire annuelle. Il a obtenu que le Parlement vote la suppression de la limite de
deux mandats présidentiels dans la
Constitution. Et réussi à placer des proches à des postes clés du gouvernement, comme Wang Qishan, l’ex-tsar
de la lutte anticorruption, nommé viceprésident. « L’empereur rouge », qui
estime que « seul le socialisme peut sauver la Chine », devrait à présent chercher à accroître encore l’emprise du
Parti – dont il est le secrétaire général –
sur la société. ■
commandité l’attentat manqué contre
le convoi du premier ministre Rami
Hamdallah le 13 mars à Gaza, Mahmoud
Abbas a menacé de mettre fin au processus de réconciliation amorcé en septembre dernier par les deux factions rivales. Si le mouvement islamiste, qui
contrôle l’enclave depuis 2007, ne lui
cède pas les ministères régaliens sans
tarder, il a promis d’alourdir les sanctions contre le territoire côtier. Après la
réduction des salaires que verse l’Autorité, la mise à la retraite de fonctionnaires et la réduction de l’approvisionnement en électricité, une telle extrémité
risque fort de provoquer un effondrement généralisé – et pourrait déboucher sur une nouvelle confrontation
avec Israël.
Des pays donateurs « fatigués »
Soucieux de conjurer une telle spirale,
les pays donateurs qui soutiennent traditionnellement la Palestine se sont réunis mardi à Bruxelles pour financer des
interventions à court terme. Une dizaine de projets ont été évoqués la semaine
dernière, à Washington, lors d’une rare
rencontre qui a associé des représen-
tants d’Israël et de plusieurs pays arabes. La réparation rapide des trois lignes
électriques qui relient l’Égypte à l’enclave palestinienne, la reconstruction du
réservoir de carburant accolé à la seule
centrale électrique de Gaza ainsi que la
fourniture de 10 millions de mètres cubes d’eau supplémentaires par Israël
font partie des pistes envisagées. « Le
problème, s’inquiète un haut responsable de l’ONU, c’est qu’au-delà de ces
mesures d’urgence, nous devons trouver
des financements pour l’agence en charge
des réfugiés palestiniens (l’Unrwa,
NDLR). Or les pays donateurs sont clairement fatigués après tant d’années à soutenir les Palestiniens sans le moindre horizon politique. »
À plus long terme, la communauté internationale envisage de financer une
vaste centrale pour dessaler l’eau de
mer, un champ de panneaux solaires et
l’agrandissement d’une zone industrielle qui fonctionne déjà à l’est de l’enclave. Mais il y a de fortes chances pour que
ces projets pharaoniques restent au
point mort aussi longtemps que le Hamas et le Fatah ne se seront pas décidés à
enterrer la hache de guerre. ■
sieurs mois qu’ils ne toléreront pas
l’implantation de forces iraniennes ou
d’usines permettant de fabriquer des
missiles de précision à sa frontière
nord. En décembre dernier, une base
militaire iranienne en cours d’aménagement a été bombardée près de Damas. Début février, l’échange de feux
provoqués par l’interception d’un drone iranien au-dessus du territoire israélien a mis en lumière le risque accru
d’escalade entre les deux pays.
L’aveu est par ailleurs lâché alors
qu’Israël et les États-Unis pressent les
Européens d’imposer, d’ici au 12 mai
prochain, un renforcement des mesures visant à empêcher l’Iran d’acquérir
la bombe atomique. Des rumeurs récurrentes laissent entendre que Donald
Trump s’apprête à sortir de l’accord signé en 2015 par son prédécesseur. Une
telle initiative ne manquerait pas de relancer le débat sur de possibles frappes
israéliennes contre les sites nucléaires
iraniens. En 2007, le général Gabi Ashkenazi, chef d’état-major de Tsahal,
confiait aux officiers de l’escadron impliqué dans les frappes en Syrie : « Ce
qui est significatif, ce n’est pas seulement
la destruction du réacteur mais ce qui se
passera après. » ■
(*) David Makovsky, « The Silent Strike ».
+
» Lire aussi PAGES 2 ET 3
EN BREF
Brexit : Tusk n’a pas encore
le soutien de tous les 27
Le président du Conseil européen,
Donald Tusk, a déclaré mardi
ne pas encore avoir, à deux jours
d’un sommet de l’UE, le soutien
de la totalité des États membres
sur les termes de la transition
post-Brexit dévoilés la veille.
Colis piégés au Texas : pas
encore de pistes officielles
La Maison-Blanche a affirmé
mardi qu’il n’existait pas de « lien
apparent » avec le terrorisme
dans les explosions aux colis
piégés, ces dernières semaines
au Texas, qui ont fait deux morts
et plusieurs blessés. Donald
Trump a qualifié de « malades »
les auteurs de ces actes.
Trump et Poutine enclins
à freiner la militarisation
Donald Trump et Vladimir Poutine
se sont dits favorables, lors d’une
conversation téléphonique, mardi,
à une coordination afin de « limiter
la course aux armements »,
a annoncé le Kremlin.
LE FIGARO
mercredi 21 mars 2018
SOCIÉTÉ
7
Comment Macron veut faire du français
la troisième langue la plus parlée au monde
Le chef de l’État a annoncé mardi, devant les académiciens, un plan pour redynamiser la francophonie.
PATRIMOINE Il a terminé son discours les
yeux brillants en évoquant ses lectures de
Giono et de Colette. Sans doute pas mécontent de son éloge de la langue française prononcé sous la coupole de l’Institut
de France, là où se réunissent les académiciens depuis bientôt quatre cents ans.
Là surtout où aucun président de la République ne s’était exprimé avant lui, malgré
le statut de protecteur de l’Académie dont
il jouit.
Mardi, les immortels étaient tous là
pour écouter, selon les mots de l’Élysée, le
« discours fondateur » d’Emmanuel
Macron sur la francophonie. Sujet poussiéreux s’il en est que le président de la
République s’est efforcé de moderniser.
D’abord en conviant, aux côtés des quarante membres de l’Académie française,
près de trois cents étudiants. Ensuite en
exposant, sur un ton parfois lyrique, une
trentaine de mesures pour propulser le
français au troisième rang des langues les
plus parlées dans le monde alors qu’elle
occupe aujourd’hui, dans le meilleur des
cas, la cinquième place. Une ambition de
développement pour la langue française
qu’Emmanuel Macron a placée dans le
prolongement de celles de Charlemagne,
de Louis XII et surtout de François Ier avec
son ordonnance de Villers-Cotterêts (lire
ci-dessous).
Vanter les réformes
Pour le chef de l’État, développer le français à l’ère moderne suppose avant tout
que la France cesse de se voir comme le
cœur de l’espace francophone. « Ce que
l’on appelle la francophonie, ce n’est pas
cet espace incertain à la périphérie de la
France et dont elle serait le centre », a-t-il
assuré. Car selon lui, la francophonie,
c’est avant tout « la langue française ».
« La France est un pays parmi d’autres qui
écrit et parle en français. Voilà le décentrement que nous devons réussir », a-t-il expliqué, avant de se livrer à un long éloge
du français et surtout de ceux qui l’enseignent. « Sur ce sujet », a souri Emmanuel
Macron, dont l’épouse était professeur de
français, « j’ai une forme de conflit d’intérêts biographique qui pourrait conduire à
fausser mon jugement, je ne pourrai le nier.
Mais je veux néanmoins dire que l’histoire
de notre pays fut constituée par ces héros
que sont les professeurs de français ».
L’occasion pour lui de vanter à nouveau
les réformes lancées par son ministre de
l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, pour
redynamiser l’apprentissage de la langue
dès le plus jeune âge.
En la matière, Emmanuel Macron veut
aller encore plus loin. Il a demandé « des
exercices multipliés, de la dictée à la pièce
d’éloquence, de la lecture à voix haute à la
chanson, de la récitation à la réflexion sur la
racine des mots, qui passe par la revitalisation résolue des langues anciennes ». Une
façon de dénoncer le bilan de ses prédécesseurs sur le volet éducatif. « Nous ne
pouvons être davantage ce pays où ces
reculs avaient été admis », a-t-il dénoncé.
Lui ne veut pas d’un autre recul, celui qui
consisterait à accepter d’enlaidir la langue
en institutionnalisant l’écriture inclusive.
Sans citer explicitement cette revendication de militantes féministes, le président
de la République a rappelé que le rôle de
l’Académie française était de « protéger la
langue contre les précieuses et les précieux
de tout temps… Et nous en avons encore ».
Fin 2017, au plus fort du débat sur l’écriture inclusive, l’Académie française avait
émis une « solennelle mise en garde »
contre « ce redoublement de complexité »
qui finirait fatalement par remettre en
cause « les promesses de la francophonie ».
D’autant que celles formulées par Emmanuel Macron sont nombreuses : doubler le
nombre d’élèves dans les lycées français
(lire ci-dessous), doubler les moyens de
l’Agence française du développement
pour l’éducation en Afrique, débloquer
des crédits en faveur du Partenariat mondial pour l’éducation, doubler le nombre
d’étudiants étrangers en France venant
des pays émergents, améliorer dans
l’Hexagone l’accès au français pour les réfugiés, développer les médias francophones… Objectif à terme : devenir la troisième langue la plus parlée dans le monde. ■
Emmanuel Macron prononce son discours à l’occasion de la Journée internationale de la francophonie devant les membres de l’Académie française et 300 étudiants, mardi, à l’Institut de France.
Le château de Villers-Cotterêts, un écrin
pour faire rayonner la francophonie
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
LE CHÂTEAU de Villers-Cotterêts,
dans l’Aisne, attendait sa renaissance
depuis plusieurs années. À partir de
2022, ce patrimoine historique va
connaître un renouveau spectaculaire : il va se transmuter en « laboratoire
de la Francophonie », avec des espaces
de découverte des cultures francophones, un lieu de débats et des résidences
pour écrivains. Juste retour aux sources ? C’est là, en 1539, que François Ier
a décrété l’usage obligatoire du français pour les actes administratifs et de
justice. La « dimension symbolique du
site », fondateur pour l’identité française, ainsi que cette décision ayant
« permis de jeter des ponts entre les
classes et les conditions », n’a pas
échappé à Emmanuel Macron.
Ce dernier a (re)découvert le château pendant la campagne électorale.
Juste avant un discours à Reims, le
candidat fit une halte dans cette ville
de 10 000 habitants, où naquit Alexandre Dumas. C’est alors qu’il prit la mesure du désastre patrimonial : dans la
cour pavée, il vit ce domaine d’essence
royale et princière, sans affectation et
délabré. Construit au XVIe siècle par
les frères Lebreton (architectes de
Fontainebleau), doté de décors somptueux dans sa partie centrale, VillersCotterêts n’est plus que l’ombre de luimême. Après avoir séduit François Ier,
Henri IV ou encore les Orléans, il fut
transformé par Napoléon, en 1809, en
dépôt de mendicité, puis servit de
maison de retraite de 1889 à 2014.
Gigantesque - 95 000 mètres carrés,
dont 23 000 dits utiles -, il a terminé sa
vie avec 80 pensionnaires et des fuites
d’eau dans les dépendances. Aujourd’hui, les fenêtres sont murées, la chapelle extraordinaire et les escaliers aux
caissons Renaissance sont interdits à la
visite, afin d’éviter qu’un touriste ne se
prenne une pierre sur la tête.
Il n’a pas été évident, pour le gouvernement, d’imaginer un projet pour
réhabiliter les lieux, organisés en plusieurs corps de bâtiments. Selon les
La présidence
de la République
promet un « écosystème
exemplaire et innovant »
scénarios évoqués - une restauration
complète ou au contraire très partielle
-, le budget prévisionnel des travaux
varie entre 100 et 250 millions d’euros.
Sommes que personne n’a, et surtout
pas l’État.
Il a donc été décidé de procéder par
étapes. La gestion du bâtiment, longtemps dévolue à Bercy, a été transférée
au Centre des monuments nationaux
(CMN) - qui a immédiatement tweeté
l’annonce, mardi après-midi. Ce
grand opérateur public a déjà dans son
escarcelle cent monuments, dont l’arc
de Triomphe, le Mont-Saint-Michel
ou l’Hôtel de la marine à Paris, et
connaît les techniques pour valoriser
les grands sites. Il a été chargé de restaurer, puis rouvrir à la visite, le corps
central, fait de décors, d’escaliers et de
plafonds à caissons, mélangeant salamandres, figures mythologiques et
fleurs de lys.
Le destin des dépendances sera plus
délicat à concevoir. L’architecte Jean
Michel Wilmotte est en train de travailler sur leur réhabilitation, imaginant un grand restaurant, un hôtel et
un centre de conférence. Il faudra, en
tout état de cause, aller chercher des
investisseurs privés avec les dents
pour équilibrer le tout. La présidence
de la République promet un « écosystème exemplaire et innovant », mélangeant des financements publics, privés
et de collectivités locales. On parle de
l’installation d’incubateurs de start-up
- mais lesquels ?
Si, à terme, l’essai est transformé,
Villers-Cotterêts, situé dans une ville
abandonnée, fera figure d’exemple.
Emmanuel Macron a chargé l’animateur Stéphane Bern d’une mission sur
le patrimoine en péril, et sur les nouveaux modes de financement pour le
réhabiliter. Au-delà de l’organisation
d’un loto à leur profit, l’idée est que
les monuments peuvent être de puissants vecteurs économiques et touristiques pour un territoire - si tant est
qu’on ne s’interdise pas d’en faire des
lieux à usages multiples, une partie
muséale côtoyant un hôtel, une entreprise ou des boutiques. Ce n’est pas ce
dont les puristes rêvent, à VillersCotterêts ou ailleurs, mais c’est sans
doute l’avenir. ■
POOL/REUTERS
La volte-face de Macron sur
les lycées français de l’étranger
MARIE-ESTELLE PECH £@MarieEstellPech
DEVANT l’Académie française, le président s’est engagé à « consolider et dynamiser le réseau » des lycées français de
l’étranger afin de lui permettre de répondre à une demande croissante. L’objectif
est de « doubler le nombre d’élèves accueillis au sein du réseau scolaire français
d’ici à 2025 ».
Puissant outil d’influence diplomatique
et linguistique, le réseau scolarise actuellement 350 000 élèves dont 60 % sont
étrangers et 40 % français. On compte
492 établissements scolaires, dont 74 en
« gestion directe » et 153 « conventionnés » : ce sont ceux qui coûtent le plus
cher à l’État car des professeurs français y
sont souvent détachés.
Les 265 autres sont de simples « partenaires » qui s’autofinancent grâce aux
frais d’inscriptions payés par les parents.
« C’est presque neutre pour l’État », explique-t-on à l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) qui
coordonne le réseau. Seul coût pour les
finances publiques, les bourses accordées
aux élèves français. Mais dans la plupart
de ces écoles « partenaires », les élèves
français sont moins présents que dans les
autres : à peine 10 % au Liban ou en Amérique latine, par exemple. Le développement voulu par Emmanuel Macron devrait donc prolonger le développement
de ces lycées « partenaires ».
La multiplication de ces accords permet depuis quelques années de répondre
à l’augmentation de 2 % de croissance
annuelle. L’AEFE note une demande par-
ticulièrement importante au ProcheOrient (Liban) et au Maghreb (Maroc). Et,
dans une moindre mesure, en Asie et en
Afrique (Côte d’Ivoire, Sénégal).
L’annonce d’Emmanuel Macron ne
coûte pas grand-chose, si ce n’est laisser
un goût amer à beaucoup de parents et
d’enseignants alors que de récentes coupes budgétaires touchant l’AEFE ont
provoqué une importante vague de mécontentement. Le réseau a vécu plusieurs mouvements de grève depuis
l’automne. Une journée école morte
avait été organisée dans dix écoles de
Tunisie lors de la visite du président fin
janvier. Une pétition de parents d’élèves, lancée récemment, a déjà recueilli
plus de 10 000 signatures.
« Baisse de qualité »
Dans le cadre des mesures d’austérité annoncées l’an dernier, le budget de l’AEFE
a été réduit de plus de 8 %, pour le ramener à 354,5 millions d’euros en 2017. Mais
le gouvernement a promis à l’AEFE
qu’elle retrouverait, cette année et en
2019, son budget d’avant les coupes. Lesquelles correspondent à la suppression de
« plus de 500 postes d’enseignants titulaires, soit 8 % des effectifs actuels », sur les
trois ans à venir, selon l’association Français du monde-ADFE.
« Sauvons les lycées français du monde », écrivent les parents d’élèves dans
leur pétition diffusée sur Change.org. Dénonçant une « baisse de qualité de l’enseignement », les signataires disent « craindre que ces coupes budgétaires n’entraînent
mécaniquement une hausse sévère des frais
de scolarité, déjà très élevés ». ■
A
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Notre palmarès des lycées, mentions
Le ministère de l’Éducation nationale a diffusé pour la première fois cet indicateur. Nous l’avons intégré
SOPHIE DE TARLÉ £@sophiedetarle
ÉDUCATION C’est une première. Répondant aux demandes répétées des
médias et des familles, le ministère de
l’Éducation nationale, qui publie chaque année les résultats du baccalauréat
par lycée, parmi d’autres indicateurs, a
décidé de diffuser cette année le pourcentage des mentions au bac. « Le fait
d’avoir une mention prédispose à la
réussite dans l’enseignement supérieur », a justifié Fabienne Rosenwald,
directrice de la Depp (Direction de
l’évaluation, de la prospective et de la
performance) qui publie chaque année
ces chiffres. Mais le ministère s’est arrêté au milieu du gué : les indicateurs
ne distinguent pas les types de mentions obtenues pour chaque lycée (Assez bien, Bien et Très bien). Le service
statistique a préféré englober tous les
résultats « car les chiffres des mentions
Très bien portent sur des nombres trop
faibles », a répondu la Depp.
Toutefois, ce nouvel indicateur permet au Figaro de publier un classement
des lycées beaucoup plus fin. Au vu des
résultats au bac 2017, notre palmarès
place en tête trois établissements d’élite : côté public, le lycée Henri-IV, Louis
Le Grand et Lavoisier, tous à Paris. Côté
N o t r e c l a s s em ent g énér a l
1
HENRI-IV
2
ÉCOLE ACTIVE JEANNINE-MANUEL
TAUX DE
RÉUSSITE
TAUX DE
MENTIONS
Paris V
Public
100
97
Paris XV
Privé
100
97
PAUL DE COUSTIN £@PauldeCoustin
Il EST 17 HEURES, ce lundi 19 mars, et
l’immense cour intérieure du collège Stanislas bruisse encore d’exclamations
joyeuses. Sur les trois terrains de sport en
plein air, surplombés par les différents bâtiments qui composent cette véritable cité
scolaire, des garçons de tous âges trompent le froid en s’exerçant au football ou
au rugby, quand des jeunes filles discutent
et jouent à cache-cache sous un préau. Si,
à cette heure avancée, la majorité des écoliers français reprennent le chemin de leur
foyer, la journée de travail est encore loin
d’être achevée pour les élèves de cet établissement privé catholique sous contrat,
fondé en 1804, du VIe arrondissement parisien. Ceux qui le désirent, ou qui y ont
été encouragés par l’équipe pédagogique,
se rendront dans l’immense salle d’étude
circulaire où des centaines de places sont
disponibles. Une fois entrés, ils ne pourront en sortir qu’à 19 h 30. Les 150 internes
du lycée, eux, totalisent trois heures
d’étude obligatoires par jour.
Cette « culture du travail régulier et approfondi », qui s’inculque à « Stan » de la
maternelle aux classes préparatoires, serait la raison des résultats impressionnants
de ses élèves au baccalauréat, selon le directeur, Frédéric Gautier. Les chiffres en
attestent : la totalité des bacheliers y ont
obtenu leur diplôme avec une mention.
« Cela fait plusieurs années déjà que nous
obtenons 100 % de mentions au bac, note
François Jubert, censeur-directeur du lycée. Et nous progressons sur les mentions
très bien. » Pour preuve, à l’examen 2017,
64 % des littéraires (L) et des élèves de la
3
LOUIS-LE-GRAND
Paris V
Public
100
93
4
LAVOISIER
Paris V
Public
100
93
5
HOCHE
94
6
PROVENCE
7
SAINT-JEAN-DE-PASSY
8
STANISLAS
9
CONDORCET
10
INTERNATIONAL
Versailles
Public
100
Marseille VIII
Privé
100
97
Paris XVI
Privé
100
98
Paris VI
Privé
100
100
Paris IX
Public
100
91
Saint-Germain-en-Laye
Public
100
92
Strasbourg
Privé
100
94
Marseille XIII
Privé
100
96
11
LE GYMNASE JEAN-STURM
12
LACORDAIRE
13
LA ROCHEFOUCAULD
Paris VII
Privé
99
92
14
JEAN-BAPTISTE-SAY
Paris XVI
Public
98
88
15
FÉNELON-SAINTE-MARIE
Paris VIII
Privé
100
94
16
ALBERT-DE-MUN
Nogent-sur-Marne
Privé
100
96
Paris XVI
Privé
100
100
Paris X
Privé
100
95
17
SAINT-LOUIS-DE-GONZAGUE
18
BOSSUET-NOTRE-DAME
19
NOTRE-DAME
20
BLOMET
21
SAINT-PAUL
22
FRANCS-BOURGEOIS
23
NOTRE-DAME-DES -MISSIONS
24
NOTRE-DAME-DU-GRANDCHAMP
25
MAURICE-RONDEAU
26
NOTRE-DAME-DE-SION
27
FRANCO -ALLEMAND
28
CHARLEMAGNE
29
ÉCOLE ALSACIENNE
30
NOTRE-DAME
31
MONTALEMBERT
32
SAINT-LOUIS-DE-GONZAGUE
Meudon
Privé
100
89
Paris XV
Privé
100
95
Lens
Privé
100
84
Paris IV
Privé
100
88
Charenton-le-Pont
Privé
100
92
Versailles
Privé
100
83
Bussy-Saint-Georges
Privé
100
87
Paris VI
Privé
100
91
Buc
Public
100
91
Paris IV
Public
99
87
Paris VI
Privé
99
87
Saint-Germain-en-Laye
Privé
100
88
Nogent-sur-Marne
Privé
99
88
Perpignan
Privé
100
89
33
MARCQ
Marcq-en-Barœul
Privé
100
96
34
NOTRE-DAME-DE-SAINTE CROIX
Neuilly-sur-Seine
Privé
100
89
35
CHARLES-PÉGUY
Paris XI
Privé
100
84
36
MARCELIN-BERTHELOT
Saint-Maur-des-Fossés
Public
98
80
37
LE CAOUSOU
Toulouse
Privé
99
91
38
MADELEINE-DANIÉLOU
Rueil-Malmaison
Privé
100
99
39
NOTRE-DAME-DE-BURY
Margency
Privé
100
85
40
AUX LAZARISTES
Lyon V
Privé
100
87
95 % au moins, seul un établissement
public se distingue : le lycée Henri-IV à
Paris avec 97 %. Le premier de ce classement des mentions, Stanislas (lire notre reportage), affiche avec SaintLouis-de-Gonzague, tous deux à Paris,
un score inimaginable il y a 50 ans :
100 % de mentions au bac. Pour rappel,
en 1967, seuls 32 % des bacheliers obtenaient une mention au bac contre la
moitié aujourd’hui.
Avec 100 % de réussite au bac et
Stanislas se veut un chaudron de
“
Un élève a dû nous
quitter car il voulait
continuer le sport, la
musique et son engagement
chez les scouts
”
FRANÇOIS JUBERT, CENSEUR-DIRECTEUR DU LYCÉE
Source : ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
A
IL PREND EN COMPTE LE TAUX DE RÉUSSITE AU BAC, LE TAUX DE MENTIONS,
MAIS AUSSI LA CAPACITÉ DU LYCÉE À GARDER SES ÉLÈVES JUSQU'AU BAC
privé, l’école active bilingue Jeannine
Manuel à Paris, le lycée de Provence à
Marseille et Saint-Jean de Passy à Paris
(voir nos tableaux). Comme les années
précédentes, les lycées privés obtiennent des résultats insolents : sur les dix
premiers du classement général, quatre
sont privés. Mais c’est pour les mentions que le succès du privé est encore
plus éclatant : parmi les 16 lycées en
France ayant un taux de mention de
série économique et sociale (ES) ont obtenu la plus haute distinction, proportion qui
atteint 76 % chez les bacheliers scientifiques (S). Plus saisissant encore : un élève
sur cinq a obtenu une note moyenne supérieure à 18 sur 20. L’établissement affiche
également de très bons résultats au
concours général, qui distingue chaque
année les meilleurs élèves d’une génération. Stanislas compte 16 récompenses
dont cinq prix, six accessits et cinq mentions au concours 2017.
« Le travail », toujours. Cette notion,
psalmodiée par Frédéric Gautier et ses
équipes, est l’ingrédient principal de la
« potion magique » à l’origine du succès de
l’établissement. « Nos élèves doivent avoir
une bonne aptitude au travail, développer de
bonnes habitudes de travail et montrer une
bonne attitude au travail », formule le directeur. Cette trilogie laborieuse s’applique à Stanislas dès le plus jeune âge. À
l’école primaire, les enfants développent
leur mémoire en apprenant l’intégralité de
leurs leçons par cœur, « à l’écrit comme à
l’oral ». En entrant en sixième, un élève de
Stanislas doit déjà s’attendre à devoir travailler près d’une heure et demie par jour,
puis deux heures complètes en classe de
troisième. Au lycée, dès l’entrée en seconde, ce sont trois heures de travail quotidiennes qui sont attendues de la part des
jeunes. Ils disposent pour cela de la salle
d’étude, qu’ils peuvent également investir
le week-end. Un travail acharné qui laisse
peu de place aux loisirs : « Un élève a dû
nous quitter car il voulait continuer le sport,
la musique et son engagement chez les
scouts », regrette François Jubert. Une
multiplication d’activités incompatibles
LE FIGARO
mercredi 21 mars 2018
SOCIÉTÉ
au bac comprises
Notre classement par mentions au bac
Paris VI Privé
100
Paris XVI Privé
100
1 STANISLAS
ses élèves d’une année sur l’autre. C’est
pourquoi certains lycées passent devant
d’autres qui ont de très bons résultats,
mais qui congédient certains élèves
dont le niveau est trop faible.
« Distinguer
les bonnes pratiques »
En outre, cette année, nous avons choisi
de ne pas prendre en compte les établissements présentant moins de 100 candi-
« le travail » pour mantra,
l’excellence
dats. En effet, il n’est pas pertinent de
comparer des gros établissements avec
des lycées qui ne présentent qu’une poignée d’élèves à l’examen. « C’est un
classement qui présente ce qu’un élève
peut espérer en y entrant », explique
Marc Ganet, statisticien au sein de la Junior Entreprise de l’Ensae (École nationale de la statistique et de l’administration), qui a réalisé l’étude pour Le Figaro.
Autre précision : la rédaction a réalisé
son classement sans prendre en compte
la valeur ajoutée de l’établissement, ni
pour le taux de réussite, ni pour le taux
de mention. Pour mémoire, la valeur
ajoutée d’un lycée est la différence entre le taux attendu au bac compte tenu
du profil des élèves (notes au brevet,
profil social, retard scolaire) et le taux
de réussite réel. Elle permet de calculer
« l’action propre » du lycée et sert au
rectorat « à distinguer les bonnes pratiques », précise Fabienne Rosenwald.
Mais la valeur ajoutée ne permet pas de
faire de classements d’excellence. Un
lycée qui a déjà de très bons résultats au
bac, de l’ordre de 100 % et un fort taux
de mention, ne pourra jamais obtenir de
valeur ajoutée positive. La valeur ajoutée peut toutefois être utile pour des familles dont les enfants, plus moyens,
sont scolarisés dans des établissements
accueillant des élèves au profil plus faible. C’est pourquoi cet indicateur est
disponible sur notre site Internet. ■
2
SAINT-LOUIS-DE-GONZAGUE
3
MADELEINE DANIELOU
4
SAINT-MICHEL-DE-PICPUS
5
INSTITUTION DES CHARTREUX
6
SAINT-JEAN-DE-PASSY
7
HENRI-IV
8
PROVENCE
9
ÉCOLE ACTIVE JEANNINE-MANUEL
10 LYCÉE PRIVÉ DE MARCQ
11 LACORDAIRE
12 ALBERT-DE-MUN
13 SAINT-JEAN-HULST
TAUX DE
MENTIONS
Rueil-Malmaison Privé
99
Paris XII Privé
98
Lyon I Privé
98
Paris XVI Privé
98
Paris V Public
97
Marseille VIII Privé
97
Paris XV Privé
97
Marcq-en-Barœul Privé
96
Marseille XIII Privé
96
Nogent-sur-Marne Privé
96
Versailles Privé
95
14 SAINT-FRANCOIS-D'ASSISE Montigny-le-Bretonneux Privé
95
15 BLOMET
Paris XV Privé
95
Paris X Privé
95
16 BOSSUET-NOTRE-DAME
Infographie
Source : ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
LYCÉES* CLASSÉS UNIQUEMENT PAR TAUX DE MENTIONS AU BAC
(AB, B, TB). EN CAS D'EXÆQUO, CEUX QUI ONT UN PLUS GRAND
NOMBRE DE CANDIDATS SONT PLACÉS AVANT
dans notre calcul des meilleurs établissements.
* Ces lycées ont présentés plus de 100 candidats au bac
L’aéroport,
avec la charge de travail, même si Stanislas
encourage l’activité physique chez ses élèves, qui jouissent de sept gymnases et de
deux piscines de 25 mètres au sein de l’établissement. Les élèves sont également accompagnés au quotidien par les préfets et
leurs adjoints, qui constituent le « deuxième ingrédient de la potion ». Responsables
de l’ensemble des classes d’un même niveau, ils sont en charge de « connaître leurs
brebis », tant sur le plan scolaire que personnel. Ce sont eux qui détectent les éventuels signes de mal-être ou de décrochage
chez leurs élèves.
Quant au troisième ingrédient de la
réussite de « Stan », ne serait-il pas la sélection, menée pour ne retenir que les
meilleurs ? Entre la troisième et la seconde, « 80 % d’avis favorables de poursuite au
lycée » sont donnés par la direction. « On
ne peut pas véritablement parler de sélection ! », conteste Frédéric Gautier. Le reste
des 330 élèves de seconde sont recrutés à
l’extérieur, et proviennent « de 64 départements différents, y compris de l’outremer ». Le candidat, reçu en entretien individuel, devra motiver sa volonté
d’intégrer Stanislas, sera jugé sur sa personnalité et son projet professionnel, qui
se doit d’être déjà affirmé à l’entrée au lycée. Les parents ne seront utiles qu’au moment de payer la « participation des familles » : 2 252 euros annuels de frais de
scolarité, sans compter la demi-pension
ou la pension complète (8 160 euros au lycée), ni les heures d’étude surveillée.
« 90 % des nouveaux entrants sont déjà sélectionnés à la fin du mois de janvier de l’année de troisième », prévient le censeur-directeur du lycée, qui peut ainsi les
prémunir contre le « choc académique »
qu’ils subiront généralement en arrivant.
Le censeur–directeur leur envoie devoirs
et contrôles donnés à « Stan » pour qu’ils
puissent « se mettre au niveau ». Et participer ainsi, trois ans de potion magique plus
tard, à la nouvelle moisson de mentions du
collège Stanislas au baccalauréat. ■
pour certains, une course efrénée.
Pour d’autres, un moment de détente.
Accès gratuit et illimité
à plus de 1 000 salons d’aéroport.
Prenez le temps de vous relaxer.
Americanexpress.fr/Platinum
Parce que vous êtes Platinum
Carte Platinum American Express
A
La salle d’étude (ci-contre) du lycée
Stanislas (ci-dessus), dans le quartier
de Montparnasse à Paris.
En bas, un conseil de classe, lundi soir,
au lycée Stanislas. DENIS DUPOUY/LE FIGARO
American Express Carte-France - Société anonyme au capital de 77 873 000 - R.C.S. Nanterre B313 536 898 - Siège social : 4, rue Louis Blériot - 92561 Rueil-Malmaison Cedex.
Comment avons-nous fait ce classement ? Le Figaro a souhaité, parmi tous
les indicateurs publiés par le ministère,
sélectionner les trois qui nous semblaient les plus pertinents pour les familles : le taux de réussite au bac, le
taux de mention et la capacité du lycée à
garder ses élèves de la seconde jusqu’au
bac. Pour Le Figaro, un bon lycée est un
établissement aux excellents résultats
académiques, mais qui garde aussi tous
9
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
10
Des taux de détention
contrastés
SOCIÉTÉ
Incarcération :
la France
sous la moyenne
européenne
Selon une étude, elle affiche un taux
de détention modéré par rapport
à ses voisins et manque de places de prison.
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
SÉCURITÉ La crise du système carcéral
français se lit dans la dernière étude de
statistique pénale du Conseil de l’Europe. Baptisé « Space » et réalisé avec le
concours de l’université de Lausanne,
ce rapport concerne 47 pays, parmi lesquels la Turquie. Il confirme clairement
que la surpopulation dans les prisons
tricolores est liée au sous-dimensionnement du parc pénitentiaire.
À lire ces tableaux fournis par les administrations elles-mêmes (des données arrêtées au 1er septembre 2016), la
France compte dans ses prisons presque
117 détenus pour 100 places. Alors que la
moyenne européenne est de 90 détenus
pour 100 places. L’Espagne, elle, ne
compte que 71 détenus pour 100 places,
contre 109 en Italie, 98 en Grèce, 97 au
Royaume-Uni et 87 en Allemagne.
Autant dire que le projet Macron de
construire 10 000 nouvelles places de
prison en France d’ici à la fin de son
quinquennat serait le bienvenu, même si
le chef de l’État en avait initialement
promis 15 000 durant la campagne présidentielle. Aujourd’hui, son équipe le
reconnaît : il faudra deux mandats pour
tenir ces engagements. Les 10 000 nou-
velles places du premier quinquennat
pourraient même être ramenées à 7 000.
Malgré cette surpopulation carcérale,
la France ne semble pas être la terre de
répression que l’on pourrait imaginer.
Avec un taux de détention de 102 détenus pour 100 000 habitants, elle se situe
nettement au-dessous de la moyenne
européenne (127), très loin de l’Espagne
(137) ou du Royaume-Uni (146), sans
parler de la Pologne (188).
La Turquie et la Russie, quant à elles,
pulvérisent tous les records, avec respectivement 224 et 448 détenus pour
100 000 habitants ! À côté, l’Allemagne,
l’Italie ou la Grèce passeraient pour des
havres de paix avec quelque 80 détenus
pour 100 000 habitants.
L’étude Space fourmille d’informations utiles. On y apprend que, dans les
prisons françaises, la durée moyenne
d’incarcération se limite à 8,5 mois,
tandis qu’elle s’établit à 9,8 mois en
moyenne en Europe, 13,7 en Italie, 21,9
en Espagne, et même 30,7 au Portugal. Il
faut dire que, avec un nombre de places
disponibles assez faible au regard du flux
des personnes condamnées à de la prison ferme, la rotation rapide des détenus semble inévitable. Sauf à augmenter
le nombre de peines non exécutées, qui
dépasse déjà les 100 000 en France.
37,3
Islande
73,9
Norvège
Écosse (R.U)
142,4
80,7
Irlande du Nord (R.U)
78,1
Irlande
Belgique 102,7
102,6
Portugal
133,2
128
Malte
Éviter l’incarcération tant qu’une peine de prison n’est pas devenue définitive
reste un objectif louable. En France,
29,1 % des détenus sont pourtant en préventive contre 27 % en moyenne en Europe. L’Espagne, pour sa part, parvient à
réduire ces placements sans condamnation définitive à 17,1 %. L’Hexagone peut
“
UN MAGISTRAT
Autriche
101,5
63,4
Slovénie
”
donc beaucoup mieux faire, mais un magistrat nuance : « Pour les faits de violence grave, la détention préventive reste la
meilleure façon de protéger les victimes.
Or, qui peut contester que les violences
graves augmentent en France ? »
En tout état de cause, les alternatives
à la prison sont très répandues en Euro-
150,8
Serbie
116,7 Bulgarie
204,8
Albanie
173,7
Monténégro
89,2
Grèce
pe. Le rapport Space atteste même que
la France figure parmi les championnes
d’Europe des solutions qui évitent de finir derrière les barreaux. Mais curieusement, au sortir des années Hollande, les
personnes qui purgeaient une peine en
milieu ouvert (174 000 au 31 décembre
2016) étaient moins nombreuses que
sous Sarkozy (187 000).
Alors que l’ex-garde des Sceaux,
Christiane Taubira, clamait haut et fort
les vertus de sa « contrainte pénale »,
les Britanniques ont devancé les Français en termes de peines alternatives. Le
Royaume-Uni
compte
désormais
327 personnes sous probation pour
100 000 habitants, quand le taux tricolore plafonne à 260.
En revanche, la France reste l’un des
pays les plus durs contre les automobilistes poursuivis pénalement. Alors que
les détenus pour délits routiers ne représentent en moyenne que 3,4 % des
prisonniers en Europe, ils sont le double
dans l’Hexagone (6,8 %). À titre de
comparaison, l’Allemagne affiche
Visant dix fois plus les femmes que les hommes, ces insultes ont bondi de 40 % en six ans.
A
AGRESSIONS Alors que l’égalité entre les
femmes et les hommes est devenue un engagement de l’État depuis des années et
que le mouvement #BalanceTonPorc a
sanctionné des comportements machistes, harcelants ou encore violents, une
étude très fouillée montre que l’on n’a jamais autant recensé d’injures sexistes que
ces dernières années. Menée par l’Observatoire national de la délinquance et des
réponses pénales (ONDRP) lors d’une vaste enquête « cadre de vie et sécurité »,
réalisée depuis 2007 auprès d’un échantillon représentatif d’individus âgés de 14
ans et plus, elle révèle que 1,4 million de
personnes ont été victimes d’avanies à caractère sexuel en 2016. Soit une explosion
de 40 % de ce type d’insulte en six ans.
En la matière, les femmes sont en
moyenne dix fois plus exposées que les
hommes, avec un taux de victimation qui
n’a cessé de croître depuis 2013 pour s’établir à 4,7 %. Se penchant sur les circonstances dans lesquelles ces insultes ont été
proférées, l’étude démontre que l’écrasante majorité des faits recensés est « accomplie en face-à-face (94 %), le reste par
téléphone (4 %) et de manière résiduelle par
courrier postal ou numérique (2 %) ». « La
moitié des injures sexistes se déroulent dans
la rue (49 %) et 8 % dans les transports en
commun », détaille l’étude, qui précise
qu’« elles ont moins tendance à s’exercer
dans des circonstances professionnelles »
où le contrôle social est par essence plus
prégnant. Lancées le plus souvent par des
hommes (86 %), agissant en groupe
(34 %) et parfois sous l’emprise d’alcool
et/ou de drogue, ces insultes sexistes portent sur l’apparence physique (36 %)
quand les victimes sont des femmes.
Soucieuse d’aller au-delà de la simple
aridité statistique, cette étude « grand
angle » de l’ONDRP livre une analyse des
« mots d’injures » après avoir passé au
crible 4 298 réponses. Premier constat,
les goujats n’ont que peu d’imagination,
puisque, assure le document, « les injures
sexistes sont assez peu diversifiées ».
« C’est ainsi près des deux tiers des victi-
mes d’injures sexistes qui ont été traitées
de “salope”, de “pute” ou “connasse” »,
relève le rapport, qui précise que, « dans
les transports en commun, la terminologie
utilisée par les auteurs est sexualisée
(“baiser”, “chaudasse”, “pucelle”) (…)
pointant la question des origines », africaine, européenne, ou de la « race ». La
sémantique varie aussi selon l’âge des
victimes. Ainsi, « les 14-29 ans subissent
des injures contenant une dimension
sexualisée (“pute”, “salope”) ». Elles sont
aussi la cible de « termes dépréciatifs, que
ceux-ci consistent en une description physique (“petite”, “bonne”, “moche”, “boudin”), intellectuelle (“débile”) ou morale
(“indigne”) », notent les analystes qui
ajoutent : «Lorsque les victimes sont âgées
de 30 ans ou plus, les injures comprennent
la mention de leur âge. »
Quatre stéréotypes
L’étude démontre que l’écrasante majorité des faits recensés est « accomplie
en face-à-face (94 %), le reste par téléphone (4 %) et de manière résiduelle
par courrier postal ou numérique (2 %) ». IAKOV FILIMONOV/JACKF/STOCK.ADOBE.COM
Les polémiques du texte
contre les violences sexuelles
Dans un contexte de libération
de la parole des femmes, il a déjà fait
couler beaucoup d’encre. Le projet
de loi sur les violences sexistes et
sexuelles arrive ce mercredi en Conseil
des ministres. Selon les dernières
déclarations de Marlène Schiappa,
secrétaire d’État à l’Égalité entre les
femmes et les hommes, le texte devrait
« renforcer les condamnations »
en matière de cyberharcèlement
et sanctionner la participation
à un « phénomène de meute »,
soit les attaques groupées sur une
personne. Les autres dispositions
du texte, comme la lutte contre
le harcèlement de rue, ont fait l’objet
de multiples débats et rapports. In fine,
la création d’une infraction « d’outrage
sexiste », sanctionnée par une amende
de 4e classe, de 90 à 750 euros,
a été retenue. Lundi, le Haut Conseil
à l’égalité entre les femmes et les
hommes hommes a plaidé pour plus
de sévérité avec une amende allant
jusqu’à 1 500 euros. Des syndicats
de policiers jugent cette mesure difficile
à appliquer. Le choix de fixer à 15 ans
et non à 13 ans l’âge en dessous duquel
un mineur ne pourra être considéré
comme consentant à une relation
sexuelle avec un majeur a également
créé la controverse. Des magistrats
se sont inquiétés du risque de
« condamnations automatiques ».
Enfin, le projet de loi doit allonger
le délai de prescription des crimes
sexuels commis à l’encontre des
mineurs à 30 ans, à compter de la
majorité de la victime, au lieu de 20. A. L.
Géorgie
256,3
222,7
Injures sexistes : 1,4 million de victimes en 2016
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
Moldavie
140,5
Roumanie
161,7
Macédoine
89,3
Italie
Source : Conseil de l’Europe (étude Space)
Pour les faits
de violence grave,
la détention préventive
reste la meilleure façon
de protéger les victimes
Suisse
83
74,2
Croatie
Espagne
130,7
187,6
Slovaquie
184,8
Hongrie
Rép. tchèque
213
122,3
Luxembourg
France
Pologne
188,4
Allemagne
78,4
de 100 à 150
Moins de 100
Lettonie
212,6
Lituanie
244,1
51,4
Pays-Bas
146,4
Angleterre et
Pays de Galles (R.U)
Plus de 200
de 150 à 200
Estonie
202,9
Suède
58,5
59,7
Danemark
NOMBRE DE DÉTENUS
POUR 100 000 HABITANTS EN 2016
Finlande
56,70
« L’analyse textuelle montre clairement
quatre stéréotypes sexistes avec des
contextes spécifiques », décrypte l’étude.
Outre la figure de la « mère envahissante », ciblant des femmes qui « ont tendance à occuper des postes de cadres et professions intellectuelles supérieures », et qui
sont renvoyées par les misogynes au rôle
d’« empêcheuse de tourner en rond » ou de
« responsable castratrice », l’étude répertorie la classe de la « fille facile », dont
le physique est déprécié, « (“grosse”,
“petite moche”, “lourde”) », celle de la
« vieille sorcière », qui « correspond à des
injures pathologisantes, proférées dans des
espaces domestiques » et, enfin, celle qui
vise « l’homme déviant dans sa virilité ».
Souvent homophobes ou liées selon les
victimes à leur origine raciale, cette cohorte masculine concentre 8 % du total
des offenses sexistes. Au chapitre des suites judiciaires, 94 % des victimes ne se
sont pas rendues dans un commissariat
ou une gendarmerie pour déposer une
plainte ou une main courante. Motifs ?
« Gravité insuffisante » dans 48 % des
cas, démarche « pas utile » (33 %) ou,
dans une mesure bien moindre, « peur
des représailles » (4 %). Dans 70 % des
cas, auteurs et victimes ne se connaissent
« ni de vue, ni personnellement ». ■
Turquie
244,6
78,7
Chypre
3,7 %, le Royaume-Uni 0,5 %, l’Espagne 2,5 %. Chez nos voisins proches,
seul le Portugal a la main plus lourde
avec un taux de ces détenus de 11,3 %.
Dans les indicateurs européens du
système carcéral, on remarque par
ailleurs que la justice française met particulièrement l’accent sur la lutte contre
les viols, avec 4 348 prisonniers pour ce
type de faits, au 1er septembre 2016. À
comparer aux 3 206 détenus en Allemagne pour ce genre d’infractions, contre
1 966 en Espagne et 1 852 en Italie. Le
Royaume-Uni a, de son côté, incarcéré
6 596 violeurs.
Le coût moyen d’un prisonnier en
France est de 106 euros par personne et
par jour, contre 141 euros en Allemagne,
147 en Italie et… 30 euros en Grèce. Enfin, alors que les syndicats de la Pénitentiaire dénoncent toujours un manque de personnel, l’étude Space révèle
que le nombre de détenus par surveillant est de 2,5 en France contre 3,5
en Europe, 3,8 en Italie, 3,3 en Espagne
et même 4,2 en Allemagne. ■
ZOOM
Chute du nombre
de demandeurs d’asile
albanais en janvier
Le nombre de demandeurs
d’asile albanais en France
a baissé de près de 34 %
en janvier par rapport
à janvier 2017, s’est félicité
mardi le ministre de l’Intérieur,
Gérard Collomb.
Premier pays d’origine
des demandeurs d’asile dans
l’Hexagone avec 7 630 demandes
en 2017, l’Albanie, considérée
comme « d’origine sûre »,
est passée début 2018
en deuxième position, derrière
l’Afghanistan, en nombre
de premières demandes.
EN BREF
Bioéthique : Mgr Pontier
appelle au respect du
« principe de précaution »
Le président de la Conférence
des évêques de France (CEF),
Mgr Georges Pontier, a estimé que
le « principe de précaution » devait
régir la prochaine révision des lois
de bioéthique, mardi, à Lourdes,
en ouverture de l’assemblée des
évêques français. Il a mis en garde
contre une « société où l’eugénisme
deviendrait légitime ».
« Taxe carbone » : douze ans
de prison requis contre
une ex-enseignante
Douze ans d’emprisonnement
et 10 millions d’euros d’amende
ont été requis mardi à Paris
à l’encontre d’une ex-enseignante
marseillaise, Christiane Melgrani,
principale prévenue au procès
du volet record de la fraude
à la « taxe carbone ». Devant le
tribunal correctionnel, le Parquet
national financier a décrit cette
femme de 59 ans, en état de
récidive légale, comme l’une des
« trois principaux responsables »
de cette escroquerie colossale
par laquelle 385 millions d’euros
ont été soustraits au fisc français
entre 2008 et 2009.
LE FIGARO
mercredi 21 mars 2018
SCIENCES
11
Le rhinocéros blanc du Nord s’éteint
Sudan était
le dernier
représentant mâle
de son espèce
au Kenya. Il est mort
de vieillesse à l’âge
de 45 ans.
VINCENT BORDENAVE £@vincentbordy
EXTINCTION C’était le dernier représentant de son espèce. Les vétérinaires de la
réserve d’Ol Pejeta, (200 km au nord de
Nairobi), au Kenya, ont finalement décidé de l’euthanasier le 19 mars. Il faut dire
que Sudan n’était plus très en forme. Âgé
de 45 ans, ce rhinocéros blanc du Nord
souffrait de complications de santé liées à
son grand âge. Il ne reste plus que deux
femelles de son espèce, que Sudan, malgré plusieurs tentatives, n’a jamais réussi
à féconder. Quand elles mourront, on ne
comptera plus que deux espèces de rhinocéros en Afrique : les rhinocéros noirs
et les rhinocéros blancs du Sud.
« C’est une nouvelle espèce qui disparaît,
regrette Rodolphe Delord, directeur du
zoo de Beauval. Si Sudan est mort de
vieillesse, les rhinocéros sont surtout victimes du braconnage. Chaque année, près de
10 % de la population est abattue à cause du
trafic. » La corne de rhinocéros se vend
aux mêmes tarifs que la cocaïne, pour des
vertus aphrodisiaques imaginaires (elles
sont composées de la même kératine que
nos ongles ou nos cheveux…). Les rhinocéros d’Afrique, qui ont deux cornes, contre
une seule pour leur cousin d’Asie, sont
particulièrement visés par les braconniers.
Au vu de l’âge de Sudan, la disparition
des rhinocéros blancs du Nord était en
quelque sorte programmée après la mort,
il y a quatre ans, de Suni, avant-dernier
représentant mâle. Les scientifiques ont
un dernier espoir : ils ont prélevé son
matériel génétique (vraisemblablement
son sperme) et espèrent réussir à développer des techniques de fécondation in
vitro afin de concevoir des « bébés
éprouvette ». Jacques Rigoulet, expert au
Muséum national d’histoire naturelle de
Des guerriers Massaï posent, en juin 2017 au Kenya, avec Sudan, dernier rhinocéros mâle blanc du Nord, décédé mardi.
Paris sur la Convention de Washington
sur les espèces menacées n’est pas
convaincu. « Ce serait beaucoup d’efforts
pour pas grand-chose. La fécondation in
vitro peut faire naître un nouvel individu,
mais elle ne permettrait pas de ressusciter
l’espèce. Pour ça, il faut plusieurs individus
et une forte diversité génétique. »
KENYA
Décimée par le braconnage
OI Pejeta
Le seuil critique était déjà atteint depuis la
disparition, au début des années 2000, des
dernières populations sauvages. La trop
grande consanguinité des derniers représentants ne laissait que peu d’espoir. Dans
les années 1960, il restait encore
2 000 spécimens. Depuis, l’espèce n’a cessé de décroître, décimée par le braconnage. « Il y a une douzaine d’années il n’en
restait plus qu’une trentaine à l’état sauvage en République démocratique du Congo,
explique Jacques Rigoulet. Ils ont tous été
RÉPARTITION
GÉOGRAPHIQUE HISTORIQUE
DU RHINOCÉROS BLANC
Du Nord (Ceratotherium simum cottoni)
Du Sud (Ceratotherium simum simum)
Source : Discover
Infographie
TONY KARUMBA/AFP
massacrés. Les animaux recueillis dans la
réserve d’Ol Pejeta viennent en fait du zoo
de Dvur Kralové en République tchèque. »
Les rhinocéros d’Afrique sont-ils tous
condamnés ? Pas forcément. Une espèce
peut subir un goulot d’étranglement et repartir. « En Afrique du Sud, un lot de 50 rhinocéros blanc du Sud a donné plus de
20 000 spécimens, alors qu’il n’en restait
que 6 000 en 1991 ! », détaille Jacques Rigoulet. Près de 90 % des rhinocéros africains vivent aujourd’hui en Afrique du Sud
grâce à ce type d’élevages et une réglementation drastique des exportations de
cornes. Les rhinocéros noirs, qui étaient
100 000 en 1960, sont tombés à 2 500 dans
les années 1990. Leur nombre a doublé depuis. Mais tous ces efforts pourraient
s’avérer vains si des mesures suffisantes ne
sont pas prises contre le braconnage. Car,
après l’embellie des années 2000, les
courbes s’inversent de nouveau. ■
ZOOM
Tuberculose : progrès « très
insuffisants » dans les soins
La France a fait des progrès
« réels, mais encore très
insuffisants » dans les soins
contre la tuberculose, a indiqué
mardi le pneumologue Arnaud
Trebucq, dans une publication
de Santé publique France.
Cette affection des poumons,
« maladie infectieuse la plus
meurtrière au niveau mondial »,
a touché 4 741 personnes
en France en 2015. Plus d’un tiers
des cas dans le pays sont déclarés
en Île-de-France, où l’incidence
de la maladie est la plus élevée
en métropole (18,3 cas
pour 100 000 habitants).
La mortalité par cancers continue de baisser en Europe
Les chercheurs constatent des progrès pour l’un des plus meurtriers, le cancer colorectal, grâce au dépistage et à sa prise en charge.
CANCÉROLOGIE On observe une baisse
de la mortalité par cancers, pour les
principaux d’entre eux, dans la majorité
des pays d’Europe. De bonnes nouvelles
donc dans les projections pour 2018 publiées lundi 19 mars dans les Annals of
Oncology à partir des données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Globalement, la mortalité standardisée sur l’âge, pour tenir compte du
vieillissement de la population, baisse de
10 % chez les hommes et de 5 % chez les
femmes. Une baisse observée dans quasiment tous les cancers. Les seules hausses sont le cancer du pancréas, pour les
deux sexes, et le cancer du poumon pour
les femmes. Les chercheurs estiment,
sur la base de l’évolution des taux de
mortalité des différents cancers depuis
1988, que près de 5 millions de vies ont
été sauvées en Europe, 3,3 millions de
femmes et 1,6 million d’hommes.
Une satisfaction prudente, car comme le souligne le rédacteur en chef de la
revue scientifique, le Pr Fabrice André
(Gustave-Roussy, Villejuif), « en même
temps que cette étude suggère qu’améliorer le dépistage et la qualité des soins se
traduit par de meilleurs résultats, elle
nous rappelle aussi que 1,4 million de patients en Europe mourront d’un cancer en
2018 et qu’il faut amplifier les efforts de
recherche ».
Les chercheurs ont comparé les taux
de mortalité par cancer dans les 28 États
membres de l’Union européenne avec
un focus cette année sur l’un des plus
meurtriers, le cancer colorectal.
Entre 2012 et 2018, les prédictions du
groupe d’expert de la Société européenne d’oncologie médicale (ESMO) dirigé
par le Pr Carlo La Vecchia, de l’université de Milan, indiquent une hausse de
3,6 % du nombre de décès par cancer
colorectal en Europe. Mais une fois la
mortalité standardisée sur l’âge, la baisse se révèle de 6,7 % pour les hommes et
de 7,5 % pour les femmes. Deux chiffres
qui indiquent que le duo dépistage et
traitement progresse. Les morts évitées
n’ont pas été calculées cancer par can-
cer, mais celles qui sont dues au cancer
du côlon et du rectum y ont leur part.
« Grâce à des progrès dans le dépistage
mais aussi dans la prise en charge », explique le Pr Robert Benamouzig, chef du
service d’hépato-gastro-entérologie de
l’hôpital Avicenne (AP-HP). Deux volets qui seront abordés dans quelques
jours au congrès à Paris de la Société nationale française de gastro-entérologie.
“
Cette étude nous rappelle
aussi que 1,4 million de
patients en Europe mourront
d’un cancer en 2018
LE PR FABRICE ANDRÉ
(GUSTAVE-ROUSSY, VILLEJUIF)
”
« En France,les données des registres
font état d’une baisse de l’incidence
(nouveaux cas, NDLR) en gros depuis les
années 2000-2005 », explique au Figaro
le Dr Anne-Marie Bouvier, chercheur
Inserm (faculté de médecine de Dijon)
et responsable du registre bourguignon
des cancers digestifs. « Les tendances
pour la mortalité suivent la même tendance à la baisse au cours de cette période. Comme dans le reste de l’Europe, la
dynamique en France est similaire pour
les deux sexes, un peu supérieure chez les
hommes, du fait d’une surincidence. »
Le fait qu’il y ait un plus grand nombre de cancers colorectaux chez les
hommes (voir infographie) viendrait de
plusieurs facteurs. « D’abord les hormones féminines, qui, jusqu’à la ménopause,
ont un effet protecteur, explique le
Pr Benamouzig. Ensuite, une répartition
des facteurs de risque différente entre les
hommes et les femmes. » Notamment
l’alimentation. On sait en effet que la
viande, surtout transformée, a un effet
délétère, alors que les fruits et légumes,
le calcium des produits laitiers, la vitamine C sont protecteurs.
« Il faut surtout insister sur l’intérêt de
participer au dépistage organisé du cancer colorectal », explique le Dr Bouvier.
« Cette étude a aussi le mérite de rappeler
que les dépenses de santé, si souvent
pointées du doigt, sont bénéfiques à la population », conclut le Pr Benamouzig. ■
Un cancer de moins en moins meurtrier...
... mais toujours dans le haut du tableau
NOMBRE DE DÉCÈS DUS AU CANCER COLORECTAL, pour 100 000 habitants
NOMBRE DE MORTS PAR TYPES DE CANCER, en 2018 (projections)
25
20
France
CHEZ L’ HOMME
Poumon
France
20
Colorectal
10 200
15
UE
10
Pancréas
Vessie
Leucémie
10
1970 1980
HO
HOMMES
HO
OMMES
MMES
1990
2000
FEMMES
5
2010
2020
1970 1980
1990
2000
Estomac
2010
2020
Sein
12 100
Colorectal
9 300
Poumon
Prostate
8 300
5 500
4 200
3 500
2 900
*Tous cancers confondus
9 300
Pancréas
UE
15
CHEZ LA FEMME
22 500
TOTAL :
92 900*
5 600
Utérus
3 700
Ovaires
3 500
Leucémie
2 900
Estomac
1 600
Vessie
1 200
TOTAL :
71 200*
Sources : Inserm, INCA
Tabac : le cancer
du poumon s’est
étendu aux femmes
En Europe, le cancer du poumon
est depuis longtemps le plus
meurtrier des cancers chez
les hommes. Il est en passe
de l’être aussi chez les femmes,
dépassant le cancer du sein.
C’est ce qu’indiquent les projections
de mortalité pour 2018 établies
par des chercheurs de la Société
européenne d’oncologie médiale
(ESMO) dont les résultats sont
publiés dans les Annals of Oncology.
L’augmentation de la mortalité par
cancer du poumon féminin est
impressionnante depuis les années
1970, alors que le déclin du taux
de mortalité s’est amorcé dans
les années 1980 chez les hommes.
Depuis 2012, la hausse de mortalité
est ainsi de 6 % pour les femmes,
alors que la baisse est de 13 % pour
les hommes. Une différence qui
reflète les conséquences retardées
de la hausse du tabagisme
chez les femmes en Europe
il y a plusieurs décennies. En France,
le cancer du poumon reste, comme
en Europe, le plus meurtrier pour
les hommes mais chez les femmes
il est encore devancé par le cancer
du sein. Ainsi, les experts de l’Esmo
prédisent qu’en 2018 en France,
22 500 hommes et 9 300 femmes
décéderont d’un cancer du poumon.
Une particularité qui devrait
disparaître dans dix ou vingt ans,
étant donné la consommation
tabagique actuelle des jeunes
femmes en France.
D. M.
A
DAMIEN MASCRET £@dmascret
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
1
2
SPORT
Le Paul-Ricard est prêt pour
le retour du Grand Prix de France
Sainte-Baume
GILLES FESTOR gfestor@lefigaro.fr
ENVOYÉ SPÉCIAL AU CASTELLET (VAR)
FORMULE 1 La semaine dernière sur le
plateau rocailleux du Castellet. L’hiver
est encore tenace et un vent fort balaye le
circuit Paul-Ricard. Le temps sera beaucoup plus clément les 22, 23 et 24 juin
prochain pour le grand retour du Grand
Prix de France dans le calendrier de la
Formule 1 après dix ans d’absence (2008,
à Magny-Cours). Pour le Paul-Ricard, il
faut remonter encore plus loin, puisque la
dernière manche française disputée dans
le Var remonte à 1990. À l’époque, Alain
Prost avait fait retentir La Marseillaise
avec sa Ferrari pour la 100e victoire en F1
de la Scuderia.
Pour son retour à la table des grands, le
Castellet s’est offert une cure de rajeunissement. « Sur les plans, tout est prêt. Dans
la réalité, il y a encore du travail, mais nous
sommes dans les délais », se réjouit Stéphane Clair, directeur général du circuit.
Du restaurant qui surplombe la piste dans
la ligne droite des stands, le dirigeant admire son nouveau bébé. Même si le circuit répondait dans les grandes largeurs
aux normes de la Formule 1, d’importants
travaux ont été engagés pour 2 millions
d’euros environ. Un nouvel enrobé, pas
trop adhérent pour permettre aux monoplaces de glisser, a remplacé l’ancien,
vieillissant, qui datait de dix-sept ans. Le
paddock a été agrandi en vue des courses
support, une tour d’affichage a été installée dans la ligne droite des stands, des
grillages de sécurité FIA ont aussi été
dressés. « La nouvelle salle de presse sera
bientôt prête pour accueillir les 500 jour-
nalistes, et les tribunes éphémères vont
pousser au fur et à mesure avec 51 000 places assises supplémentaires », annonce
Stéphane Clair dans un large sourire.
Mais, surtout, le tracé de 5,8 km imaginé en 1970 par Paul Ricard avec le
concours de pilotes, a été retouché à plusieurs endroits. Les virages de la Verrerie,
du Camp et du Pont ont notamment été
légèrement modifiés dans le but d’améliorer le spectacle. « Nous n’avons pas
touché aux parties les plus mythiques,
mais nous avons apporté des modifications
à ces portions qui nous semblaient plutôt
lentes et qui pouvaient casser la vitesse des
F1. On les a accélérées en élargissant par
exemple l’entrée de virage pour favoriser
la reprise de vitesse et en offrant la possibilité de plus de dépassements », poursuit le
dirigeant.
Lewis Hamilton, qui a eu la primeur
d’un premier roulage seul en piste pour
tester les gommes Pirelli l’an passé, n’a
pas été convaincu par ce circuit entièrement plat. « Pour être franc avec vous, je
n’aime pas le tracé. Le circuit est situé
dans un très bel endroit, mais la piste n’est
pas aussi bonne qu’à Magny-Cours »,
avait tranché, grognon, le quadruple
champion du monde. « J’y ai encore roulé
il y a quelques années. C’est un circuit qui a
du caractère, une vraie identité. Et puis,
chaque pilote a ses affinités avec telle ou
telle piste », tempère Alain Prost. Stéphane Clair tente, lui, de dédramatiser.
Après tout, Romain Grosjean l’a bien jugé
« assez exceptionnel », et le Britannique
n’est pas parole d’évangile dans le paddock. « Je suis content de ce qu’a dit Lewis
Hamilton, car, comme lui, je m’ennuie sur
un circuit quand je suis seul en piste. Il a eu
10 000
tonnes d’enrobé
pour refaire le circuit
pendant deux mois
e dro
65 000
spectateurs attendus
pour la course, 65 % des places
ayant déjà été vendues
31
millions d’euros
de budget prévu pour la première des
cinq éditions à venir du GP de France
des conditions de travail plutôt ennuyeuses, seul dans sa voiture, seul dans sa
loge… Ce ne sera pas le cas au mois de
juin », assure le Niçois d’origine.
D’importants aménagements ont aussi
été entrepris pour l’accueil et l’amélioration de l’expérience des spectateurs. Sous
Bernie Ecclestone, la Formula One Management (FOM) avait eu tendance à les
délaisser, en privilégiant plutôt le confort
des téléspectateurs. Liberty Media, le
nouveau promoteur, souhaite impérativement corriger le tir pour transformer
les Grands Prix en show à l’américaine.
« Avec Bernie Ecclestone, on serrait la
main et c’était fait. Avec Liberty Media, la
relation est plus professionnelle, plus lourde, plus longue et plus technocratique aussi, mais la FOM a pris une nouvelle dimension pour offrir une résonance supérieure
au niveau international », confie au Figaro
A
TENNIS Depuis le sacre en Coupe Davis,
en novembre dernier, le tennis français
cherchait des raisons de se réjouir. L’étape, plus symbolique qu’étourdissante, est
venue avec l’entrée dans le top 10 mondial de Lucas Pouille. Depuis 1973, date de
création du classement ATP, les meilleurs
joueurs français ont été Yannick Noah (3e
mondial en 1986), Guy Forget (4e en
1991), Sébastien Grosjean (4e en 2002),
Henri Leconte (5e en 1986), Cédric Pioline
(5e en 2000), Jo-Wilfried Tsonga (5e en
2012), Gilles Simon (6e en 2009), Gaël
Monfils (6e en 2016), Richard Gasquet (7e
en 2007), Thierry Tulasne (10e en 1986) et
Arnaud Clément (10e en 2001). Avant la
percée symbolique de Lucas Pouille, 10e
d’un classement toujours dominé par Roger Federer, battu dimanche en finale à
Indian Wells (sa première défaite en 2018)
par Juan Martin Del Potro.
Une étiquette encombrante
Constance, performance, axiomes du
haut niveau que Pouille n’a souvent fait
qu’effleurer. En effet, le no 1 français ne
parvient pas à briller sur les tournois
d’importance. En 2018, il a été éliminé au
1er tour de l’Open d’Australie et lors de
son entrée en lice à Indian Wells, avant de
faire l’impasse sur le tournoi de Miami
(qui débute ce mercredi) pour préparer le
quart de finale de Coupe Davis contre
Mistr
al
Chicane Nord
344 km/h 104 km/h
145 km/h 317 km/h
Verriere
214 km/h
335 km/h
Marseille
42 km
Stands
Lac
142 km/h
Signes
296 km/h
Aéroport international
du Castellet
Bendor
343 km/h
Pont
83 km/h
250 m
Infographie
Sources : gpfrance.com et openstreermap
Toulon
27 km
Gilles Dufeigneux, directeur général de
l’épreuve française.
L’objectif est affiché : faire du Grand
Prix de France un événement « glamour
et populaire ». Parade des écuries dans les
rues de Marseille, animations à Nice et
Toulon, présence de la Patrouille de
France, fans zone, fête foraine, concert
après la course aux abords du tracé, les
initiatives n’ont jamais été aussi nombreuses pour un Grand Prix dans l’Hexagone. « Les gens vont repartir du Castellet
plus “picousés” de Formule 1 qu’en arrivant », se réjouit Cyril Abiteboul, directeur général de Renault F1, qui apportera
son écot aux manifestations. « Au-delà de
la course que l’on souhaite belle, j’espère
qu’on aura une vraie fête autour. C’est un
événement de dimension internationale,
mais aussi un enjeu local important pour la
région. Et, cette fois, je pense que la prise
de risque a été bien calculée », résume
Alain Prost.
Le budget de 31 millions d’euros annoncé pour la première des cinq éditions
reste serré. Le groupement d’intérêt public (GIP) à l’origine du projet, présidé par
Christian Estrosi, sait qu’il sera attendu
au moment des comptes. La région Sud
(le nouveau nom de Paca) espère générer
65 millions d’euros de retombées. « Nous
bénéficions de 14 M€ de subventions des
collectivités locales et comptons sur des recettes billetterie (hospitalités incluses)
d’environ 15 M€ », explique Gilles Dufei-
Beausset
171 km/h
gneux. Bonne nouvelle, le pari des guichets (avec des pass 3 jours de 149 euros à
499 euros) est sur le point d’être remporté : « On attend environ 65 000 spectateurs
pour le Grand Prix. Les ventes atteignent
déjà 65 %. On sera à guichets fermés. »
Si l’édition est un succès, les organisateurs pourront viser plus haut en
2019, le circuit étant homologué par la
FIA pour accueillir 100 000 spectateurs.
« Nous voulions faire une première édition
réussie, maîtrisée, avec les contraintes
qu’on connaît sur l’hébergement, les accès et l’aménagement », prévient avec
prudence l’énarque de 53 ans, qui aborde un thème épineux du projet. Car,
malgré la mise en place d’un boulevard
périphérique temporaire, l’accès aux
parkings (25 000 places et de nombreux
emplacement pour le camping) par trois
routes secondaires sera compliqué. « Il
ne faut pas penser qu’on aura une circulation fluide, mais on devra faire mieux
que ce qu’on a eu ici par le passé », poursuit Gilles Dufeigneux. Il faudra sans
doute se lever tôt et s’armer de patience
pour avoir le privilège de voir Lewis Hamilton et compagnie limer l’asphalte.
Un projet de raccordement à l’autoroute
voisin est dans les tuyaux, mais le feu
vert n’interviendra pas avant deux ou
trois ans minimum. ■
+
» Lire aussi l’interview
d’Alain Prost PAGE 18
EN BREF
Le n°1 français a, pour la première fois, franchi les
portes du top 10. Malgré un terne début de saison.
Un passage de cap anecdotique pour
Emmanuel Planque, qui voit plus loin.
L’entraîneur du Nordiste a, dans L’Équipe, résumé : « Si c’était au moment de
Bercy (du 20 octobre au 4 novembre cette
année), on le regarderait (le classement)
un peu plus, parce qu’on aimerait aller au
Masters, qui est le panneau indicateur du
niveau de constance. Ça veut dire, quand il
y a des Masters 1000 ou des Grands Chelems, que vous êtes toujours dans les
meilleurs. C’est ce qu’on recherche. »
L’Hôtel
ite d
u
Garlaban 133 km/h
Lucas Pouille,
un coin de ciel bleu
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
du Castellet (Var)
Lign
84 km/h
Après d’importants travaux cet hiver,
le circuit du Castellet finalise
sa modernisation en vue de l’arrivée
du barnum de la F1 en juin prochain.
MARTIN RICHARD/
PRESSE SPORTS
Le circuit Paul-Ricard
153 km/h
Camp
Une séance
d’essais privés
de l’écurie
Renault,
en juillet 2017
au Castellet.
Lucas Pouille lors du tournoi d’Indian
Wells, le 11 mars dernier en Californie.
CHRYSLÈNE CAILLAUD/PANORAMIC
l’Italie, à Gênes, du 6 au 8 avril. Depuis des
quarts de finale enchaînés à Wimbledon
et l’US Open (avec notamment une victoire retentissante en 8es de finale contre
Rafael Nadal au tie-break du 5e set) lors de
l’année de la révélation en 2016 (il avait
alors bondi de la 80e à la 15e place), Pouille
n’a pas confirmé en Grand Chelem (six
matchs remportés seulement lors des
cinq derniers tournois majeurs disputés).
Ni en Masters 1000 (11 matchs victorieux
en 14 tournois). De la même manière,
Pouille n’a remporté que 5 des 16 matchs
disputés contre des joueurs du top 10
(aucun lors des 52 dernières semaines).
Gasquet (37e), Tsonga (38e), Monfils
(42e) et Simon (72e) se préparent tranquillement à se conjuguer au passé, eux
qui, en octobre 2008, figuraient ensemble
dans le top 20, une première dans le tennis français. Une ascension symbolique
qui leur avait valu l’appellation lourde à
porter de « nouveaux Mousquetaires ».
Pouille incarne le présent et l’avenir du
tennis bleu. Un statut valorisant mais une
étiquette encombrante, car il sera plus
isolé (Adrian Mannarino, le no 2 français,
est 22e mondial).
Énorme travailleur, l’auteur du point
du sacre en finale de Coupe Davis mesure
le poids de l’attente qui pèse sur ses épaules et le chemin à parcourir pour devenir
un incontournable du top 10. Car avant
un printemps exposé, s’il avait pu choisir
entre un succès face à un joueur de renom
sur un tournoi majeur et cette entrée
dans le top 10, Pouille (lauréat en 2018 du
tournoi de Montpellier) aurait sûrement
opté pour la vérité du terrain et non celle
des chiffres. Lui dont l’objectif reste de
gagner un Grand Chelem. Qu’importe. Il
ne faut pas sous-estimer la valeur de
l’étape. Caroline Garcia (24 ans également ; 7e actuellement) est entrée dans le
top 10 en octobre dernier. Ils portent les
espoirs du tennis français. ■
Rugby : l’ex-sélectionneur
des Springboks à Paris
Le Stade Français a officiellement
annoncé la venue, pour la saison
prochaine, du Sud-Africain
Heyneke Meyer comme directeur
sportif et entraîneur principal.
Sous sa direction, les Springboks
ont terminé à la troisième place de
la Coupe du monde 2015.
Cyclisme : l’UCI dévoile
son arsenal antifraude
Comment mieux détecter
les moteurs dans les vélos ?
L’Union cycliste internationale
dévoile, ce mercredi à Genève, son
arsenal de lutte contre la fraude
technologique. Une priorité
du nouveau président, le Français
David Lappartient. L’UCI s’est
notamment rapprochée du
Commissariat à l’énergie atomique
et aux énergies alternatives.
Danse sur glace : Papadakis
et Cizeron rêvent d’or
En argent il y a un mois aux JO,
en argent déjà il y a un an aux
Mondiaux 2017, les patineurs
français Gabriella Papadakis
et Guillaume Cizeron veulent
renouer avec l’or lors des
championnats du monde à Milan.
mercredi 21 mars 2018
LE CARNET DU JOUR
deuils
Mme Anne-Marie Arbarète,
son épouse,
ses enfants et petits-enfants
ainsi que sa famille
ont la douleur
de vous faire part du décès du
docteur Maurice ARBARÈTE
médecin-colonel (e.r.),
chevalier
de la Légion d'honneur,
survenu le 17 mars 2018,
à l'âge de 91 ans.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le vendredi 23 mars,
à 11 heures, en l'église
Notre-Dame-du-Val-de-Grâce,
1, place Alphonse-Laveran,
Paris (5e).
L'inhumation aura lieu
le samedi 24 mars, à 11 h 15,
dans le caveau familial
du cimetière nouveau
de la Guillotière,
228, avenue Berthelot,
Lyon (8e).
Arcachon (Gironde).
Mme Jean-Louis
Armynot du Chatelet,
son épouse,
M. et Mme Jean
Armynot du Chatelet,
M. Charles
Armynot du Chatelet,
M. et Mme
Jean-Roger Rodriguez,
ses enfants,
Quentin, Aliénor, Thomas,
Alys, Noé,
ses petits-enfants,
Mme André Picard,
M. et Mme Michel
Armynot du Chatelet,
M. et Mme François
Armynot du Chatelet,
M. et Mme Bernard Pourchet,
M. Jean-Jacques Lefebvre,
ses frères, sœurs, beaux-frères
et belles-sœurs, et leur famille,
parents et alliés
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Jean-Louis
ARMYNOT du CHATELET
ingénieur général de première
classe de l'armement,
officier de la Légion d'honneur,
grand officier
de l'ordre national du Mérite,
médaille de l'Aéronautique.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 24 mars 2018,
à 15 heures, en la basilique
Notre-Dame d'Arcachon,
suivie de l'inhumation
au cimetière de cette même
commune.
Crémieu (Isère).
Mme Raymond Arnaud,
son épouse,
Sylvain et Béatrice,
Olivier et Isabelle,
ses enfants,
Ségolène et Ludovic,
Emilien et Bénédicte,
Amaury et Blandine,
Pauline et Aymeric,
Joséphine et Antoine-Marie,
Eymeric, Victor,
Louise et Andrieu,
ses petits-enfants,
Delphine, Raphaël, Philippine,
Charles, Louis, Matthieu,
Athénaïs, Aliénor,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Bernard, son époux,
ses enfants, petits-enfants
et leurs conjoints,
ses arrière-petits-enfants,
sa sœur,
ses neveux et nièces
vous font part
du rappel à Dieu de
Marie-Claire BOUCHEZ
née Renault.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 24 mars 2018,
à 10 heures, en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
90, rue de l'Assomption,
Paris (16e).
Elle sera suivie de l'inhumation
dans le caveau familial,
au cimetière parisien
de Bagneux,
45, avenue Marx-Dormoy.
ont la tristesse
de vous annoncer le décès de
Michel BALOCHE
le 16 mars 2018,
dans sa 66e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi 26 mars,
à 9 h 45, en l'église
Saint-Louis-en-l'Île, Paris (4e),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Coulommiers
(Seine-et-Marne), à 16 heures.
France DANET-DUBONNET
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Jacques, 167, boulevard
Bineau, à Neuilly-sur-Seine,
le vendredi 23 mars 2018,
à 11 heures.
137, avenue Achille-Peretti,
92200 Neuilly-sur-Seine.
Paris. Fontainebleau.
Mme de Brébisson,
née Martine
Gourlez de la Motte,
son épouse,
Béatrice Chamayou,
sa fille,
Hervé, son fils,
et son épouse Patricia,
Bruno, son fils,
et son épouse Isabelle,
le colonel et Mme
de Brébisson,
M. et Mme Benoit Yon,
M. et Mme
Elie de Rivals-Mazères,
le père Alexis de Brébisson,
le comte et la comtesse
Jean de Boigne,
ses enfants,
Guillaume, Céline, Solène
et Maxime,
ses petits-enfants,
ses seize petits-enfants
survenu dans sa 96e année.
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 23 mars 2018,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Augustin, Paris (8e),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Fontainebleau,
à 17 heures.
général (2S) de BRÉBISSON
le 16 mars 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en la chapelle Saint-Louis
de l'École militaire,
place Joffre, Paris (7e),
ce mercredi 21 mars,
à 10 heures,
suivie de l'inhumation
à 16 heures, au cimetière
de Moulicent (Orne).
Ni fleurs ni couronnes,
des dons peuvent être envoyés
au diocèse de Séez,
boîte postale 25, 61500 Sées.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Louise DIDION
née Girard-Col,
Cet avis tient lieu de faire-part.
Huguette Jarrosson,
son épouse,
Sylvie et Bruno Pichard,
sa fille et son gendre,
Yvonne du FAYET de LA TOUR
née van den Broek d'Obrenan,
le 18 mars 2018,
munie des sacrements
de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 23 mars,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
Paris (7e).
L'inhumation aura lieu
le samedi 24 mars,
à 11 heures, au cimetière
de Riom (Puy-de-Dôme).
Johanna Escribe,
son épouse.
Gaël et Céline,
Franck,
ses enfants,
Gaspard et Gaya,
ses petits-enfants,
survenu le 16 mars 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 23 mars,
à 15 heures,
en l'église Saint-Sulpice
de Bailly (Yvelines).
Cet avis tient lieu de faire-part.
sa fidèle Naïma
et sa famille
ont la tristesse de faire part
du décès de
Renée CHOUMATCHER
née Salmona,
« Ninette »,
survenu à Paris,
le 19 mars 2018,
dans sa 97e année.
Les obsèques auront lieu
le vendredi 23 mars,
à 14 heures,
au cimetière parisien de Pantin.
3, rue Eugène-Delacroix,
75016 Paris.
32, rue Saint-Guillaume,
75007 Paris.
Philippine
Fauchon de Villeplée,
sa fille,
M. et Mme
Hervé Fauchon de Villeplée,
M. et Mme
Gautier-Sauvagnac,
Mme Jehan
Fauchon de Villeplée,
M. Alain de Fouchier,
ses frère, sœur,
beaux-frères et belles-sœurs,
Mme Marie-Christine Oberty,
son amie,
ont la tristesse
d'annoncer le décès de
Pierre
FAUCHON de VILLEPLÉE
survenu le 19 mars 2018.
Paul Delcampe,
son époux,
Nathalie et Philippe,
Anne et Yves,
Stéphanie et Alexandre,
ses enfants,
Clémence et Simon,
Lucie et Kévin, Quentin,
Camille et Alexandre,
Margaux,
Thomas, Morgane, Théo,
Arthur,
ses petits-enfants,
ainsi que la famille
des Fils et Filles des Déportés
Juifs de France,
Serge et Beate
et l'Association Fonds
Mémoire d'Auschwitz
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Hedy, Hedwig DELCAMPE
survenu le 17 mars 2018.
La cérémonie inter-religieuse
aura lieu
le jeudi 22 mars, à 14 h 30,
à l'église Saint-Eloi, 1-7, place
Maurice-de-Fontenay,
Paris (12e).
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
André JARROSSON
ingénieur civil
des Mines de Paris,
ancien président
de GTM Entrepose,
à Cannes, le 17 mars 2018,
à l'âge de 87 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 23 mars 2018,
à 11 heures, en la chapelle
haute de l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine.
Les familles Motte, Guitton,
Aerts, Georges, Duboin
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Alfred GUITTON
née Marie Aerts,
veuve de
M. Maurice Motte
veuve de
M. Alfred Guitton
Des cérémonies religieuses
seront célébrées
le jeudi 22 mars 2018,
à 11 heures, en l'église
Saint-Georges de Nancy
(Meurthe-et-Moselle),
le vendredi 23 mars 2018,
à 15 h 30, en l'église
de Chantenay-Saint-Imbert
(Nièvre).
Elle sera inhumée au cimetière
de Chantenay-Saint-Imbert,
au côté de Maurice Motte,
décédé le 18 juin 1963.
Patrick Lamotte et Dinah Fay,
Pierre-Yves et Carole Lamotte,
Martin Lamotte,
Sophie Lamotte-Darrasse,
Adeline et Vincent Tillier,
ses enfants,
Camille et Blaise,
Mathieu, Romain et Chloé,
Manon,
Benjamin et Clément,
Prune, Noémi, Margot et Louis,
ses petits-enfants,
et leurs conjoints,
Lucie et Roman,
Samuel et Clara,
Ciara, Daniel et Amélie,
Alice, Thomas et Juliette,
Victor, Jacques et Iris,
Pablo,
Anatole,
Maëmie et Aurore,
Madeleine et Isaac,
George, Alistair et Numa,
Anna et Albert,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
d'annoncer le décès de
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Roger MEYER
fils de déportés
et ancien résistant,
survenu à Paris,
le 17 mars 2018,
dans sa 93e année.
L'inhumation aura lieu
le vendredi 23 mars, à 11 h 15,
au cimetière parisien
de Bagneux (Hauts-de-Seine),
45, avenue Marx-Dormoy.
Béatrice et Hugues (†)
de Maisonneuve,
Dominique et Véronique Patey,
Brigitte et Jacques Lelong,
Gérard et Cécile Patey,
Gilles Patey
et Marjolaine Pierre,
Olivier Patey et Sophie Dellion,
Claire Langlois,
Pascale Roussel,
ses sœurs, frères,
beau-frère et belles-sœurs,
leurs enfants et petits-enfants,
Mme Jean Charbonneaux,
sa tante,
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de
Isabelle PATEY
le 18 mars 2018,
dans sa 74e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 23 mars,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Jean-Baptistede-La-Salle, Paris (15e),
suivie de l'inhumation
au cimetière de
La Celle-Dunoise (Creuse).
Mme Pierre LAMOTTE
Jean-Paul ESCRIBE
Maurice et Marie-Martine
Tarica,
Joëlle Choumatcher Smadja,
Pierre Epstein,
ses enfants,
Jacques-Laurent Tarica,
Jennifer et David Abihssira,
ses petits-enfants,
Roman, Inès, Sacha,
Julian, Samuel,
ses arrière-petits-enfants,
Aurélie et Tristan Lavaud,
Audrey et Alexandre
de la Morinerie,
Auriane, Thibaud Pichard,
ses petits-enfants,
Christine Gottlieb,
son épouse,
Fabienne et Stéphane Meyer,
ses enfants,
Walter de Hoon,
son gendre,
Sandrine Serre,
sa belle-fille,
Ysée, Anatole et Tom,
ses petits-enfants,
née Micheline Prinvault,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Raymond ARNAUD
Marie-Geneviève Baloche,
son épouse,
Jade et Emmanuel,
ses enfants,
Mme Huguette Baloche,
sa mère,
Françoise, Claudine, Muriel
et Patricia,
ses sœurs, et leurs époux,
ont la tristesse de faire part
du décès, dans sa 94e année, de
Jean du Fayet de La Tour,
ses enfants
ont la douleur
de faire part du décès de
Cet avis tient lieu de faire-part.
survenu le 17 mars 2018,
à l'âge de 89 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Jean-Baptiste,
à Crémieu, ce mercredi
21 mars 2018, à 15 heures.
M. et Mme Anicet Dubonnet,
son frère et sa belle-sœur,
Mme Marion Midy,
Mme Philippe Midy,
Mme Elysabeth Danet,
M. et Mme
Rodolphe Benouville,
ses filles, belle-fille et gendre,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants,
ses nièces et neveux
et toute sa famille
13
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 23 mars,
à 10 heures, en l'église
Sainte-Jeanne-de-Chantal,
place de
la Porte-de-Saint-Cloud,
Paris (16e).
L'inhumation aura lieu
ultérieurement dans l'intimité
familiale, au cimetière
de Parigny (Manche).
Emmanuelle et Michel
Phélizon,
Etienne Hauser,
ses enfants,
Thomas et Aude,
Timothée et Pascaline,
ses petits-enfants,
Lola,
Jeanne
et sa mère Catherine,
Lou, Gaspard,
ses arrière-petits-enfants,
font part du rappel à Dieu de
Simone HAUSER
née Gautier,
le 17 mars 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 22 mars,
à 15 heures, en l'église
Saint-Jacques-du-Haut-Pas,
252, rue Saint-Jacques,
Paris (5e),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Montparnasse,
où elle reposera aux côtés
de son époux,
Jacques Hauser
hauserphelizonavocat
@gmail.com
Muriel-Claude GROSMANN
née Blackmann,
survenu le 2 mars 2018.
L'inhumation a eu lieu
le vendredi 16 mars,
au cimetière parisien
de Bagneux (Hauts-de-Seine).
Michaël Grosmann,
61, rue Quincampoix,
75004 Paris.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 23 mars,
à 10 h 30, en la chapelle
Notre-Dame-de-Compassion,
place du Général-Kœnig,
Paris (17e).
Aix-en-Provence.
Mirebeau-sur-Bèze
(Côte-d'Or).
Mme Michelle-Astrid Lenoir,
son épouse,
Laurence et Stéphane Mathé,
Anne-Sophie et Matthieu
Delavenne,
Brigitte et Michel Déprez,
Céline et Didier Girardot,
Marion et Frédéric Auber,
ses filles et leurs conjoints,
Camille, Adrien, Arnaud,
Marine, Quentin, Claire,
Lucas, Charles, Adèle, Juliette
et Anne,
ses petits-enfants,
ses sœurs et frères
vous font part
du rappel à Dieu de
Philippe LENOIR
le 18 mars 2018,
à l'âge de 79 ans.
Vittoria Laurent,
son épouse,
Ivana et Damien
Hollingshausen,
Emmanuelle et François
de Surirey,
Ariane et Laurent Léger,
ses enfants,
Valentin et Colombe,
Matthieu, Adrien et Théotime,
Apolline et Tristan,
ses petits-enfants,
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 22 mars,
à 15 heures, en la cathédrale
d'Aix-en-Provence.
L'inhumation se fera
au cimetière
de Mirebeau-sur-Bèze,
le vendredi 23 mars,
à 15 heures.
Ni fleurs ni couronnes,
des dons peuvent être envoyés
à l'association
Mucoviscidose-ABCF2.
ses beaux-frères
et belles-sœurs,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Yves LAURENT
capitaine au long cours,
survenu le 17 mars 2018.
M. Michaël Grosmann,
son fils,
et son épouse Laurence,
leurs enfants,
Sasha et Hadrien,
ont la tristesse
de faire part du décès de
le 17 mars 2018,
dans sa centième année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 23 mars,
à 10 heures, en l'église
Saint-Jacques-du-Haut-Pas,
Paris (5e).
L'inhumation aura lieu
le samedi 24 mars, à 11 h 30,
au cimetière
de Cornillon-en-Trièves.
Mme André Loyer,
née Nicole Roche,
son épouse,
Sylviane Loyer,
Martine et Patrick Lesur,
Véronique et Dominique
de La Portbarré,
Stéphanie et Bernard
Pavret de La Rochefordière,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. André LOYER
survenu le 19 mars 2018,
dans sa 92e année.
La famille remercie
chaleureusement Dorothée
pour son constant
et affectueux soutien,
ainsi que les médecins
et le personnel soignant
de l'hôpital Broca, à Paris.
La cérémonie religieuse
aura lieu le samedi 24 mars,
à 15 heures, en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
90, rue de l'Assomption,
Paris (16e).
24, rue Pierre-et-Marie-Curie,
75005 Paris.
L'inhumation aura lieu
ultérieurement, au cimetière
de Dinard (Ille-et-Vilaine).
Belleu (Aisne).
Mme Celia Riche,
son épouse,
et Carolina, sa fille,
Françoise
Mendel-Riche (†),
sa fille,
Anne-Sophie Mendel
et son compagnon,
Gilles-Eric Mendel
et son épouse,
ses petits-enfants,
Anouck, son arrière-petite-fille,
la famille Bizot,
ses amis
ont la tristesse
de faire part du décès de
Jean-Marie RICHE
fondateur et rédacteur en chef
d'Air & Cosmos,
chevalier
de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
médaille de la Résistance,
croix du combattant volontaire
1939-1945,
médaille de l'Aéronautique,
médaille
des services volontaires
dans la France libre,
médaille de vermeil
de la Société d'encouragement
au progrés,
Order of the British Empire,
médaille Santos Dumont Brésil,
Saint-Yrieix-la-Perche
(Haute-Vienne).
Christine Mazeaud,
Dominique et Pierre Rousseau,
Marie-Antoinette et Alain
Carpentier,
Geoffroy et Marie-Odile
Tenant de La Tour,
Odile et Pascal Monge,
Anne et Xavier Meignien,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants et
arrière-arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Philippe
TENANT de LA TOUR
née Jacqueline Roche,
survenu dans sa 101e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 23 mars 2018,
à 10 heures, en la collégiale
de Saint-Yrieix-la-Perche.
Michel Cadot,
préfet de la région
Ile-de-France,
président de l'Association
du Corps préfectoral
et des hauts fonctionnaires
du ministère de l'Intérieur
a le regret
de vous faire part du décès de
Lucien VOCHEL
ancien préfet de région,
ancien président d'honneur
de l'Association,
grand officier
de la Légion d'honneur,
grand-croix
de l'ordre national du Mérite,
croix de guerre 1939-1945,
médaille de la Résistance,
survenu le 14 mars 2018.
messes
et anniversaires
Pour le dixième anniversaire
du retour à Dieu du
médecin général inspecteur
Robert LE RÉVEILLÉ
ceux qui l'ont connu
et aimé sont invités
à se joindre par la pensée,
la prière à la messe paroissiale
qui sera célébrée
à son intention,
le dimanche 25 mars 2018,
à 11 heures, en l'église
Notre-Dame-du-Chêne,
à Viroflay (Yvelines).
De la part de :
son épouse,
Catherine, née Thiébert,
ses enfants,
Valérie et François Gigou,
Guillaume et Mireille
Le Réveillé,
Aude et Ronan Laffitte,
Thomas et Sophie Le Réveillé,
et ses 14 petits-enfants.
souvenirs
Il y a dix-sept ans,
le 21 mars 2001, le
docteur Jacques DESCLAUX
nous quittait.
Que ceux qui l'ont connu
et apprécié aient, en ce jour,
une affectueuse pensée
pour lui.
Simon Kabla-Desclaux.
survenu le 18 mars 2018,
à l'âge de 97 ans, à Belleu.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église de Belleu,
le vendredi 23 mars,
à 15 heures.
Un registre à signatures
recevra vos messages d'amitié.
André LAVAGNE
compositeur
et Prix de Rome.
Nous ne l'oublierons jamais.
Tant de bonheur partagé.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Le 21 mars 2015,
Micheline MAUS
Le comte et la comtesse
Philippe de Saint-Exupéry,
le comte et la comtesse
Dominique de Saint-Exupéry,
le comte et la comtesse
Jacques de Saint-Exupéry,
le comte et la comtesse
Alain de Saint-Exupéry,
le vicomte (†) et la vicomtesse
Dominique de Lapparent,
le marquis et la marquise
de Larboust de Thermes,
ses enfants,
ses 29 petits-enfants,
ses 68 arrière-petits-enfants
et ses 2 arrière-arrièrepetits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
comtesse Jean
de SAINT-EXUPÉRY
née Marguerite de Piépape,
le 18 mars 2018,
dans sa 104e année, munie
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 23 mars,
à 14 h 30, en l'église Saint-Sour
de Terrasson-Lavilledieu
(Dordogne).
née Franck,
nous quittait.
Ses enfants,
ses petits-enfants.
Il y a huit ans,
le 21 mars 2010,
Nicole VIELES
nous quittait.
Que ceux qui l'ont aimée
aient une pensée pour elle.
Téléphone
01 56 52 27 27
Courriel
carnetdujour@media.figaro.fr
Tarif de la ligne € TTC :
Du lundi au jeudi
24 € jusqu'à 25 lignes
22 € à partir de 26 lignes
Vendredi ou samedi
27 € jusqu'à 25 lignes
25 € à partir de 26 lignes
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
Vélib’ : comment Anne Hidalgo a
La maire de Paris met la sortie de route du système de vélos en libre-service entièrement sur le compte du
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
“
Dans les années
2017, les rues de Paris
étaient remplies
de Vélib’. Mais ça,
c’était avant
”
A
1
HUSSARD75 SUR TWITTER
Pourquoi a-t-on préféré Smovengo à l’exploitant en place pendant
dix ans, JCDecaux ? Pourquoi a-ton transformé un succès en échec
magistral ? Alors que, sur le papier,
le nouveau Vélib’ avait tous les arguments pour réussir : l’introduction de 30 % de vélos électriques,
des bicyclettes plus légères,
l’ouverture du service dans un plus
grand nombre de villes de banlieue
(une soixantaine contre une trentaine précédemment…).
Ces interrogations, la maire de
Paris, Anne Hidalgo, devra y répondre lors du conseil municipal
qui se tient jusqu’à jeudi. Mercredi
ou jeudi, elle va proposer de rembourser tous ceux qui avaient encore de l’argent sur leur compte
Vélib’ et ne se sont pas réabonnés.
Soit 128 000 personnes. Une note à
la charge de la Mairie dont le montant atteindra au maximum
640 000 euros.
Pas de quoi calmer pour autant
ses opposants, très remontés sur le
sujet. « Anne Hidalgo est complètement responsable de cet échec majuscule car c’est la Ville de Paris qui
tire les ficelles au sein du SAVM
(Syndicat Autolib’ Vélib’ Métropole), qui a attribué le marché à
Smovengo », estime Florence
Berthout, présidente du groupe LR
au Conseil de Paris. « Ce sont les
proches de la maire de Paris qui sont
aux commandes du SAVM, renchérit Rachida Dati, maire du VIIe arrondissement de Paris. La présidente est la maire socialiste du XIIe
arrondissement, Catherine BarattiElbaz. Quant à la directrice, Véronique Haché, elle était directrice de
cabinet de l’adjoint au maire en
charge des déplacements pendant le
dernier mandat de Delanoë. » De
son côté, Jérôme Dubus, porte-parole du groupe Constructifs (les
macronistes de droite) au Conseil
de Paris, va demander un audit de
l’inspection générale de la Ville de
Paris sur le contrat Vélib’ signé
avec Smovengo. Bref, la position
est inconfortable pour Anne Hidalgo, qui ne peut pas en rendre
responsable son prédécesseur,
Bertrand Delanoë : le Vélib’, lancé
en 2007, était une de ses grandes
réussites.
Aujourd’hui, la première magistrate de la capitale n’a pas besoin
de ce problème supplémentaire.
Elle doit faire face aux ambitions
grandissantes des macronistes qui
rêvent de lui arracher la mairie aux
élections municipales de 2020. Et
la liste des dossiers où elle est en
difficulté s’allonge régulièrement :
la saleté symbolisée par la multiplication des rats dans la ville ;
l’annulation par la justice de la piétonnisation des voies sur berge ;
l’annulation du contrat passé avec
JCDecaux pour les panneaux publicitaires ; la privatisation ratée
des PV de stationnement ; la polémique inutile sur l’inhumation à
Paris du romancier Michel Déon…
Alors, responsable de ce nouveau
La maire de Paris
Anne Hidalgo,
le 25 octobre 2017,
sur un Vélib’ nouvelle
formule proposé en deux
versions : vert pour
les vélos classiques
et bleu pour les cycles
électriques.
ERIC FEFERBERG/AFP FORUM
SORIANO/LE FIGARO
Rue Taitbout, dans le IXe arrondissement de Paris, un panneau annonce : « Vélib’ revient vite ! »
alors qu’un énorme trou déforme
la chaussée. Mais, après plusieurs
semaines d’attente, toujours rien :
pas de station installée ni de bicyclettes à emprunter. Ici comme
ailleurs, Smovengo, qui gère le
système de VLS (vélo en libre-service) de la région parisienne depuis
le 1er janvier, n’a pas tenu ses engagements. Résultat, Vélib’ a complètement déraillé.
La désillusion a commencé dès
le jour de l’An. Le groupement
franco-espagnol, qui prenait la
suite de JCDecaux pour exploiter
ces VLS, devait avoir 600 stations
opérationnelles. Seulement 68
étaient ouvertes. Et il n’a jamais
rattrapé son retard, bien au
contraire. Aujourd’hui, près de
420 stations seulement sont
ouvertes. Et Smovengo a abandonné l’objectif initial d’avoir, fin
mars, 1 400 stations et 24 000 vélos opérationnels. « La totalité du
service sera déployée cet été, notamment si tous les problèmes et erreurs (…) sont enfin résolus, au
moins en partie », a expliqué cet
opérateur dans un communiqué, il
y a dix jours.
Comme si cela ne suffisait pas,
quand il y a des bicyclettes, le système fonctionne mal. Les usagers
sont parfois surfacturés, le décrochage des vélos est aléatoire, les
bugs s’enchaînent… Du coup, Vélib’ ne fait plus recette. Sur les
290 000 abonnés l’année dernière,
près de 140 000 seulement se sont
réengagés. Pour prouver que le
plus gros de la crise est passé,
Smovengo revendique « presque
20 000 locations par jour, un chiffre
qui monte régulièrement ». Mais, il
y a un an, c’était plus de 104 000
locations selon JCDecaux…
Les aficionados du service sont
tellement exaspérés qu’ils se déchaînent sur les réseaux sociaux.
« Dans les années 2017, les rues de
Paris étaient remplies de Vélib’.
Mais ça, c’était avant », glisse
Hussard75 sur Twitter. « Vélib’
utilisé 10’. Le lendemain, je reçois ce
doux SMS : “Votre trajet est supérieur à une heure.” J’ai fini par en
rire », indique un habitué sur le
compte Vélibgate. « À cause de
faux contacts, quand la location démarre mais que le Vélib’ reste bloqué, j’ai 9 locations fantômes sur
45, soit 20 %. On peut douter de la
fiabilité des statistiques d’utilisation
du service », s’énerve Nicky Sonlar
sur Twitter. Leur colère est
d’autant plus vive que Vélib’ 1
fonctionnait bien et était très apprécié.
Du coup, tout le monde se demande comment ce qui était un
sujet de fierté pour la capitale est
devenu un objet de moquerie.
RACHIDA DATI
MAIRE DU 7E
ARRONDISSEMENT
Ce sont les proches
de la maire de Paris
qui sont aux
commandes
du SAVM (Syndicat
Autolib’ Vélib’
Métropole).
La présidente est
la maire socialiste du
12e arrondissement,
Catherine BarattiElbaz. Quant à la
directrice, Véronique
Haché, elle était
directrice de cabinet
de l’adjoint au maire
en charge des
déplacements
pendant le dernier
mandat de
Delanoë
»
fiasco, Anne Hidalgo ? Quand tout
le monde croyait au succès du
nouveau Vélib’, la maire de Paris
faisait comme si ce dossier était le
sien, pas celui du SAVM. Le 25 octobre 2017, lors de la présentation
des nouveaux vélos, c’est elle et
Patrick Ollier, président de la MGP
(Métropole du Grand Paris), qui se
sont fait photographier en train
d’essayer ces nouvelles bicyclettes, bleues et vertes. Elle encore
qui s’extasiait sur Vélib’ 2, «un vélo
beaucoup plus léger, très agréable ». Un système qui, grâce aux
bicyclettes électriques, « va permettre à 7,5 millions de personnes
de la Métropole du Grand Paris de
pouvoir aller vers les circulations
douces que l’on veut promouvoir ».
Mi-décembre, elle était encore
avec la presse pour visiter, à La
Roche-sur-Yon, des ateliers où
sont assemblés les nouveaux Vélib’. Elle déclarait : « En cadeau de
Noël, je vais offrir des abonnements
Vélib’ à ma famille. »
Virage à 180° aujourd’hui, alors
que la situation est explosive. La
première élue de la capitale minore
sa responsabilité sur ce dossier.
« Le choix de Smovengo a été fait
par le SAVM, pas par la Ville de Paris, explique-t-on dans l’entourage d’Anne Hidalgo. Elle est aussi
responsable que les 67 autres maires
qui ont Vélib’ 2, mais pas plus. »
Pourtant, la commission d’appel
d’offres qui a retenu Smovengo
comme prestataire compte deux
membres de la Ville de Paris sur six
votants. La Ville de Paris a, quant à
elle, la majorité des voix au conseil
syndical du SAVM qui a désigné
officiellement Smovengo comme
attributaire de ce marché du vélopartage. « Suivant les critères de
l’appel d’offres, l’offre de Smovengo
était la meilleure, argumente-t-on
chez Anne Hidalgo. D’ailleurs, la
commission d’appel d’offres s’est
prononcée à l’unanimité en faveur
de Smovengo. Même unanimité au
conseil syndical Autolib’ Vélib’ Métropole, à part l’abstention de quelques villes qui avaient Autolib’ mais
pas Vélib’ 2.» Des justifications qui
en font sourire plus d’un. « C’est la
Ville de Paris qui a rédigé le cahier
des charges de l’appel d’offres, affirme Éric Azière, président du
groupe UDI-MoDem au Conseil de
Paris. Anne Hidalgo doit assumer ce
plantage. » Ceux qui ont vécu l’appel d’offres de l’intérieur sont plus
précis. « Les techniciens de la Ville
de Paris étaient très présents pendant l’appel d’offres, relève un élu
qui siège au conseil syndical Autolib’ Vélib’ Métropole. Ils se sont
montrés très positifs sur les vélos de
Smovengo et sur leur solution tech-
“
C’est la Ville de Paris
qui a rédigé le cahier
des charges de l’appel
d’offres
”
ÉRIC AZIÈRE, PRÉSIDENT DU GROUPE
UDI-MODEM AU CONSEIL DE PARIS
nologique. À aucun moment, ils
n’ont soulevé un doute sur la qualité
technique de l’offre de Smovengo
alors qu’ils avaient des interrogations sur le système de JCDecaux, en
particulier sur sa capacité à limiter
le vol des bicyclettes. »
De même, les élus n’ont su
qu’après l’attribution du contrat
que les salariés de Vélib’ 1 ne seraient pas repris automatiquement
par le nouveau prestataire. « Enfin
les techniciens de la Ville de Paris
ont beaucoup plus insisté sur l’aspect financier (40 % de la note pour
classer les offres) que sur les critères
techniques », ajoute un élu qui siège au conseil syndical Autolib’ Vélib’ Métropole. Cela a fait le jeu de
Smovengo qui, selon nos informations, a remis une offre moins chère d’une centaine de millions
d’euros que JCDecaux, pourtant en
tête sur les critères qualitatifs.
« Par exemple, les équipes de la Ville de Paris nous ont répété à plusieurs reprises qu’avec l’offre la
moins chère, une station Vélib’ coûterait 8 000 € à chaque ville contre
près de 30 000 € avec l’offre plus
chère, continue le membre du
conseil syndical Autolib’ Vélib’
Métropole. Forcément, après cela,
on était obligé de préférer Smoven-
go. Bref, la Mairie de Paris a semé
beaucoup de petits cailloux pour arriver à une évidence, le choix de
Smovengo. Comme cela s’ajoutait
au fait que ce groupement avait la
meilleure note, il était difficile de
questionner cette option. Or cela
s’avère une erreur. »
Dans l’entourage d’Anne Hidalgo, on conteste avec la plus grande
fermeté cette version des faits :
« Ces accusations très graves voudraient dire que des fonctionnaires
n’ont pas respecté le code des marchés publics. C’est évidemment
faux. D’ailleurs, s’il y avait eu la
moindre erreur de procédure, JCDecaux l’aurait utilisée dans le recours
judiciaire qu’il a fait contre l’attribution du contrat à Smovengo. »
« Dans la commission technique qui
a présenté aux élus les avis sur les
offres, il y avait de façon équitable
des experts de la Ville de Paris et des
autres villes », estime de son côté
Véronique Haché, directrice générale du Syndicat Autolib’ Vélib’
Métropole.
En tout cas, les dix ans (20072017) où JCDecaux a géré Vélib’ ont
certainement laissé des traces du
côté de la Mairie de Paris. En 2016,
un rapport de l’inspection générale
de la Ville de Paris n’y allait pas par
quatre chemins : « L’équilibre du
contrat, fortement modifié par trois
avenants et deux transactions, est
aujourd’hui en défaveur de la Ville. » Les auteurs estimaient qu’en
2013 Vélib’ avait coûté 16 millions
d’euros à la Mairie. JCDecaux ne
voyait pas les choses ainsi. Début
2017, son directeur général de la
stratégie, Albert Asséraf, avait
donné sa version des faits au Figaro : « S’il y a bien 16 millions
d’euros environ de contribution de la
Ville chaque année, dont la moitié
est liée à sa décision d’installer 300
stations nouvelles en banlieue en
cours de contrat, il ne faut pas
oublier qu’elle récupère parallèlement 20 millions d’euros par an de
recettes dont 16 au titre des abonnements et locations payés par les
utilisateurs et 4 au titre de la redevance d’occupation de l’espace
public. » N’empêche : les techni-
LE FIGARO
mercredi 21 mars 2018
CHAMPS LIBRES
15
transformé un succès en échec
prestataire, Smovengo. En réalité, elle porte une lourde responsabilité dans ce dérapage non contrôlé.
1 200
stations proposaient
20 000 vélos
l’année dernière
quand Vélib’ était encore
géré par JCDecaux
416
garder un goût amer de cette collaboration compliquée. Une amertume qui les a peut-être aveuglés
sur l’offre de Smovengo.
Quelques éléments troublants
auraient dû leur mettre la puce à
l’oreille. Quand Smoove, le seul
spécialiste du vélo-partage au sein
du groupement Smovengo, a déployé des bicyclettes en libre-service à Montpellier, en avril 2012, le
lancement n’a pas été sans peine.
Dans un rapport sur les transports
dans cette ville, rendu fin 2013, la
cour régionale des comptes de
Languedoc-Roussillon dressait un
constat sans appel : « Le 6 avril,
moins de 30 % de l’équipement prévu (vélostations et vélos) étaient
installés. » À la fin de l’année, un
taux élevé de vols (40 vélos disparus) avait été enregistré alors que
les concepteurs du système
avaient vanté son efficacité contre
le vandalisme. De plus, si Smoove
exploite des vélos en libre-service
dans près de trente villes en France et à l’étranger, cette start-up
n’a jamais géré un très grand réseau : à Helsinki, elle s’occupe
d’une flotte de 1 500 vélos répartis
dans 150 stations, à Moscou, de
3 450 vélos dans 150 stations, à
Belfort, de 250 bicyclettes dans 25
stations… « Déployer un réseau de
vélos en libre-service à Paris, ce
n’est pas la même chose qu’à Montpellier ou à Helsinki, estime Rachida Dati. À Paris, nous faisons quand
même circuler 20 000 vélos sur plus
de 1 200 bornes. »
Le parti pris technologique de
Smovengo aurait dû également
susciter quelques doutes. « Ce
groupement était le seul à proposer
de brancher, à chaque point d’attache des vélos, un réseau électrique à
220 volts et non pas en basse tension, explique un expert. Mais c’est
une solution très lourde car pour se
raccorder au réseau haute tension
sur chaque bornette, il y a des normes à respecter, des autorisations à
obtenir, des délais incompressibles. » En clair, il faut creuser le
sous-sol parisien plus profondément alors qu’il est déjà très encombré de multiples tuyaux (eau,
fibre…). Puis obtenir la validation
d’un bureau de contrôle avant
chaque
installation…
Autant
d’étapes qui se sont révélées un
chemin de croix pour Smovengo.
« Nous ne pensions pas que l’électrification des stations serait aussi
longue et compliquée », reconnaît
Jorge Azevedo, directeur général
de ce groupement. Pour pallier la
lenteur de ces raccordements,
Smovengo a branché temporairement des stations sur batterie. Un
choix catastrophique car, avec les
vélos électriques à recharger, les
batteries sont vite tombées à plat.
« D’autant plus qu’elles devaient
aussi maintenir une température à
peu près constante pour le matériel
de la station, souligne un expert.
stations proposant
5 172 vélos sont installées
aujourd’hui. Smovengo
avait promis d’installer
600 stations
dès le 1er janvier
1 400
stations proposant
24 000 vélos dont 30%
de bicyclettes électrique
devaient être installées
par Smovengo d’ici
à la fin mars. Incapable
de tenir ses
engagements,
ce groupement indique
désormais qu’il aura fini
le déploiement de tout
le service à l’été
“
Nous ne pensions
pas que l’électrification
des stations serait
aussi compliquée
”
JORGE AZEVEDO,
DIRECTEUR GÉNÉRAL DE SMOVENGO
Or, en cette saison, il y a beaucoup
de variations de température. » Résultat, les clients peuvent bien
rendre les vélos dans ces stations,
mais le système informatique
n’enregistre pas la fin de leur
course et leur facture plusieurs
heures d’utilisation qu’ils n’ont
pas effectuées. Et le problème n’est
pas près d’être réglé : sur les pres-
Le chantier de la station
de la rue Taitbout
(Paris IXe) après
l’arrachage des bornes
Decaux (ci-dessus).
Jorge Azevedo
(ci-dessous), directeur
général de Smovengo,
dans un des entrepôts
(ici dans le Val-deMarne) qui abritent
les nouveaux Vélib’.
FRANÇOIS BOUCHON/LE
FIGARO ET VINCENT ISORE/IP3
que 420 stations ouvertes, 280
fonctionnent encore sur batterie…
Smovengo assume ces problèmes à répétition, mais à sa manière. Avec une communication très
particulière. Depuis le début du
déploiement très chaotique du
nouveau Vélib’, le groupement
joue la politique de l’autruche. Et
prend des engagements qu’il ne
tient pas. Fin janvier, il promettait
encore d’avoir installé au printemps les 1 400 stations prévues.
Finalement, ce ne sera pas avant
l’été. De quoi faire douter pas mal
d’interlocuteurs sur sa capacité à
exploiter efficacement un service à
grande échelle. « Je ne sais pas si
c’est une erreur de casting. Il est
trop tôt pour le dire », indiquait le
1er mars à L’Opinion Christophe
Najdovski, adjoint au maire de Paris en charge des transports. « La
perte de confiance ? Nous n’en sommes pas là », indique sobrement
Véronique Haché, directrice générale du Syndicat Autolib’ Vélib’
Métropole.
Plutôt que d’avouer son échec,
Smovengo en rend responsable
publiquement une kyrielle d’acteurs présents dans le dossier : le
prestataire précédent, JCDecaux ;
son sous-traitant, Enedis ; et
même son client, le Syndicat
Autolib’ Vélib’ Métropole (SAVM).
Dans un communiqué de presse
très virulent diffusé le 11 mars, le
groupement attaque bille en tête
son client, le SAVM, à qui il reproche d’avoir validé tardivement le
design des vélos, de ne pas lui
avoir communiqué 200 adresses
de stations à installer. « La gestion
administrative du projet par le
SAVM a souffert de graves insuffisances », lit-on dans ce communiqué. Il reproche aussi à JCDecaux de ne pas avoir démonté 350
stations et à Enedis plusieurs semaines de retard pour électrifier
une centaine de stations. « Ce coup
de gueule est derrière nous, affirme
Jorge Azevedo, patron de Smovengo. Aujourd’hui, nous ne souhaitons pas revenir dessus. »
Les acteurs pointés du doigt ont
mal vécu cette mise en cause qu’ils
ont découverte dans la presse. Du
coup, ils réagissent et cela nourrit
la polémique. « À chaque fois que
Smovengo doit expliquer ses défaillances, il reporte la faute sur notre groupe, estime Albert Asséraf,
directeur général de la stratégie de
JCDecaux. C’est un peu facile.
Aujourd’hui, Smovengo a une centaine de stations que nous avons démontées et sur lesquelles il n’a pas
commencé les travaux. » « Il est
mensonger de parler de retard, affirme de son côté Éric Salomon,
directeur régional Île-de-France
chez Enedis. Nous avons déjà raccordé 149 stations Vélib’. À ce jour,
nous en avons 28 à raccorder, ce qui
représente 2,5 jours de travail. »
« C’est la première fois que je vois
un prestataire s’exprimer dans la
presse contre le maître d’ouvrage,
déclare Véronique Haché, du
SAVM. Je le mets sur le compte du
stress. » Qui a tort, qui a raison ?
Bien malin qui pourrait le dire.
Mais ces attaques entretiennent un
climat de suspicion alors qu’il faudrait décréter l’union sacrée des
parties prenantes.
Depuis le début, en janvier, de
cet énorme gâchis, Anne Hidalgo,
elle, n’a pas changé de cap : si elle
nie sa responsabilité, elle est à la
manœuvre, beaucoup plus que le
SAVM (Syndicat Autolib’ Vélib’
Métropole). Si c’est bien le SAVM
qui a annoncé le 19 janvier la gratuité en janvier pour les abonnés,
c’est la maire de Paris qui, la première, a proposé d’aller plus loin :
« Si les retards persistent, je suis
favorable à ce que nous remboursions aussi février », a-t-elle déclaré au Monde, le 24 janvier.
C’est encore elle et pas le SAVM
qui a décidé, début mars, de venir
en aide à Smovengo pour tenter de
remettre sur le droit chemin le Vélib’ à la dérive. Christophe Najdovski a promis que la Mairie de
Paris allait « reprendre les choses
en mains » avec « un pilotage
beaucoup plus étroitement assuré
par la Ville, sur le territoire parisien, avec des équipes qui vont piloter l’installation des stations ». En
clair, les services de la Mairie vont
“
En tant que maire
de Paris et utilisatrice,
je ne suis pas satisfaite
de la transition sur
le nouveau Vélib’
”
ANNE HIDALGO, MAIRE DE PARIS
firme Jorge Azevedo. Pour l’instant, nous en discutons avec notre
client. »
Sentant la pression monter sur
ce dossier, Anne Hidalgo a trouvé
un autre bouc émissaire : le Code
des marchés publics, qui aurait
rendu difficile le passage de flambeau entre l’ancien prestataire,
JCDecaux, et le nouveau, Smovengo. « Si la loi nous avait autorisé à
maintenir d’anciennes stations en
état tant que de nouvelles n’étaient
pas mises en œuvre, les choses
auraient été facilitées pour les usagers », déclarait-elle le 8 mars sur
France Inter, en indiquant qu’elle
souhaitait un changement dans ce
domaine.
Pour l’instant, ces digues lui ont
permis de ne pas être submergée
par le ratage de Vélib’. Dans son
malheur, la maire de Paris a eu une
chance : ce fiasco est survenu l’hiver, quand seuls les aficionados de
la petite reine ont envie de faire du
vélo. Le vrai test interviendra aux
beaux jours. Lorsque les Parisiens
auront envie d’enfourcher une bicyclette. « Notre espoir et notre
conviction, c’est que le système sera
entièrement opérationnel d’ici au
début de l’été et que tout le monde
aura oublié ces débuts difficiles »,
glisse-t-on autour d’Anne Hidalgo. Mais si le Vélib’ ne remonte pas
en selle, elle risquera de caler également. Juste au moment où il lui
faudrait accélérer pour rester bien
placée dans la course à sa succession à l’Hôtel de ville, aux municipales de 2020. ■
+
» Lire aussi PAGE 5
A
LE RECUL DE VÉLIB’
donner un coup de pouce pour
mieux coordonner les différents
intervenants et sous-traitants.
« Ce n’est pas une première, explique-t-on dans l’entourage d’Anne
Hidalgo. La Mairie l’avait fait aussi
avec JCDecaux lors du déploiement
de Vélib’ 1, en 2007. » « Je ne vois
pas quel a été l’apport de la Ville de
Paris dans le déploiement du Vélib’ 1, rétorque Albert Asséraf, de
JCDecaux. Nous l’avons entièrement fait avec nos propres
moyens. »
Au-delà de cette divergence de
points de vue, une question se
pose : est-ce bien la mission de la
Ville d’aider avec de l’argent public un prestataire privé qui ne
remplit pas ses obligations
contractuelles ? « Est-ce que c’est
légal ?, s’interroge Rachida Dati.
Nous sommes dans une zone d’ombre et je pense qu’il peut y avoir un
risque. Si Decaux attaque la Ville
sur ce point, nous aurons la réponse. » « L’intervention de la Ville de
Paris est une situation inédite », se
contente de déclarer Albert Asséraf, de JCDecaux.
Bref, Anne Hidalgo accepte de
prendre des risques, sauf un : reconnaître qu’elle a une part capitale dans cet échec majuscule. Dès
les premiers ratages, elle s’est protégée en désignant un seul coupable, Smovengo. Le 10 janvier, elle
donnait le ton de son parti pris
dans un tweet : « En tant que maire
de Paris et utilisatrice, je ne suis pas
satisfaite de la transition sur le nouveau Vélib’. L’installation des nouvelles stations accuse du retard.
L’entreprise doit accélérer le déploiement sous peine de lourdes pénalités financières. »
De fait, le SAVM a déjà annoncé
3 millions d’euros de pénalités
pour Smovengo. Des rentrées
d’argent bienvenues pour compenser le manque à gagner lié à la
gratuité des abonnements décidé
pour janvier, février et mars. Encore faudrait-il que le groupement
accède à la demande du SAVM.
« Ce n’est pas parce qu’on reçoit
une facture qu’il faut la payer, af-
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
ENTRETIEN
NATALIA
SOLJENITSYNE
Alors qu’on s’apprête
à célébrer
le 100e anniversaire de
la naissance de l’auteur
de L’Archipel du goulag,
sa femme qui fut aussi
sa complice
intellectuelle se livre
dans un entretien
exclusif au Figaro. Elle
évoque le gigantesque
travail littéraire et
historique de son mari
dans l’identification des
causes de la tragédie
russe. Elle rappelle
qu’Alexandre
Soljenitsyne, s’il s’est
battu toute sa vie contre
le totalitarisme, était
partisan d’un pouvoir
fort en Russie. Ce qui
explique sans doute la
sympathie que lui porte
Vladimir Poutine.
Déplorant l’humiliation
qu’a subie la Russie
dans les années 1990,
elle considère que « la
Crimée est russe » mais
que le Kremlin n’aurait
jamais dû se mêler du
Donbass. Elle regrette
l’initiative du président
Emmanuel Macron qui a
boudé au Salon du livre
le pavillon russe (qui
était invité d’honneur)
et affirme que la Russie
a besoin d’aide plutôt
que de condescendance.
« Alexandre Soljenitsyne appelait la France
sa “patrie inattendue” »
PROPOS RECUEILLIS PAR
LAURE MANDEVILLE £@lauremandeville
LE FIGARO. – Vous avez partagé votre vie
avec Alexandre Soljenitsyne,
l’une des personnalités les plus
importantes du XXe siècle, l’homme qui a
détruit le communisme avec sa plume.
Que retenez-vous de cette vie
extraordinaire ?
Natalia SOLJENITSYNE. – Entre nous,
c’était le bonheur ! Vraiment ! Tout
autour, les choses étaient compliquées,
mais nous avons traversé ces difficultés
ensemble. On n’était pas d’accord sur
certains choix tactiques, et avec mon
tempérament contestataire, je lui tenais
tête. Mais nous avons toujours été d’accord sur l’essentiel, les choses stratégiques. Je pense que nous avons eu tous les
deux beaucoup de chance. On me demande souvent : était-ce dur de vivre avec un
tel homme, si tendu vers son but, si
concentré sur les grandes choses ? Est-ce
dur de dormir avec un génie ? Pour moi,
cela a été à la fois naturel et passionnant.
Les limitations qui nous étaient imposées
me paraissaient acceptables car il y avait
un but beaucoup plus grand à atteindre.
Vous avez participé jour après jour
à l’accouchement de son œuvre…
Nous avions de longues et constantes discussions sur ses textes. Pas au stade de la
création bien sûr, qui était un royaume qui
lui appartenait complètement et où il ne
laissait entrer personne. Mais j’intervenais
dans les stades plus avancés de la rédaction. Les milliers de pages qu’il écrivait et
que j’imprimais, étaient entourées d’un
espace blanc important dans lequel je
mettais des questions, propositions à l’encre noire, et lui répondait à l’encre bleue.
Je le convainquais souvent d’accepter des
modifications. S’il refusait, il mettait un
signe négatif dans la marge, et expliquait
toujours pourquoi.
A
DESSIN FABIEN CLAIREFOND
Ce qui frappe dans la fabrication de son
grand œuvre La Roue rouge, qui visait
à comprendre les causes de la tragédie
de la Révolution russe, c’est l’ampleur
surhumaine du travail, ce que vous avez
accompli ensemble. Ces milliers
de documents d’archives, de microfilms,
de livres, de témoignages que vous avez
obtenus à la Hoover Institution
et ailleurs…
Tout était très précis. Alexandre Soljenitsyne était mathématicien. Et moi aussi.
J’avais fini la faculté de mathématiques de l’université
Lomonossov. Quand je
l’ai connu je travaillais sur la théorie de la relativité auprès du
grand pro-
fesseur de mathématiques Kolmogoroff.
Mais après la naissance de mon fils Ermolaï, je me suis complètement consacrée à
mon travail à ses côtés. Mon mari a toujours dit et pensé que sans cette formation
mathématique, il se serait perdu en route.
Recréer cette époque complexe qui avait
bouleversé l’histoire de notre pays a requis la lecture de milliers de documents…
Nous avons eu la chance d’avoir accès à
tout ce qui avait été écrit en russe sur le
sujet, notamment dans l’émigration. Il
s’agissait d’une palette d’une extraordinaire diversité, car la révolution avait jeté
hors des frontières tout le spectre de la société, des révolutionnaires aux monarchistes, des ingénieurs aux militaires.
Quelle a été la principale leçon qu’a tirée
Alexandre Soljenitsyne de l’étude de 1917 ?
Il estimait que la cause principale de la révolution de février avait été l’affrontement fatal du pouvoir et de la société éduquée, un affrontement qui durait depuis
un demi-siècle. En théorie, un tel affrontement est normal et sain, mais pas dans
une forme aussi radicale, quand il n’y a
place pour aucun compromis.
Je sais que ma position est très controversée en Occident, mais les pays Baltes
n’ont rien à voir. Cela ne se produira pas.
La Crimée est à part, c’est une terre historiquement russe. Bien sûr, ce qui se passe
au Donbass donne des arguments à vos
inquiétudes sur l’idée d’un précédent. Je
pense que c’était une énorme erreur et
que la Russie va le regretter. Mais elle
n’ira pas plus loin, simplement parce
qu’elle n’en a pas la force.
Pourquoi cette absence de compromis ?
En partie, en raison du caractère russe, du
radicalisme du caractère national. Mais
aussi en raison de la nature obtuse du pouvoir, qui quand il est absolu, n’est pas capable d’un lien organique avec la société.
Certes, à la veille de la révolution, ce pouvoir n’était déjà plus absolu, mais la quanAu fond, il aurait été beaucoup plus
tité de haine accumulée était telle qu’il n’y
difficile d’écrire cette œuvre s’il n’avait
avait aucune capacité de compromis. Sopas été exilé ?
ljenitsyne disait toujours que dans de tels
Il n’aurait tout simplement pas pu et il secas, les deux parties ont
une part de responsamême si celle du
Les gens en France sont des lecteurs. bilité,
pouvoir est plus granLa France a été le premier pays
de. C’est une grande leçon pour le futur.
occidental à le lire, à le traduire et
Vous avez dit dans une interview
que Soljenitsyne serait mort s’il avait vu
le conflit d’Ukraine.
Ce déchirement le bouleversait ! Une
grande partie de la famille de Soljenitsyne
était ukrainienne. S’il avait vu l’embrasement de 2014 à Kiev, il serait mort de chagrin. En même temps, il a toujours dit que
l’Ukraine allait partir. Il savait que ce serait très douloureux mais probable. Mais
le fait que la Crimée et Sébastopol aient
quitté la Russie le mettait dans un état
d’indignation ! Dans cette affaire, l’Otan a
une lourde responsabilité, car elle n’a
cessé d’essayer d’y installer sa flotte.
«
à le publier. Bref, il est tombé amoureux
de la France
»
rait mort très vite, car il aurait été à nouveau envoyé en prison en Sibérie à Verkhoïansk, comme tout le Politburo le
voulait alors. Mais, comme le montrent les
sténogrammes du Politburo de l’époque,
publiés pendant la perestroïka, Iouri Andropov a été son sauveur ! Ce n’était pas
son but, bien sûr, il avait simplement peur
de porter atteinte à la détente avec
l’Ouest. Il pensait que l’URSS ne risquait
rien à exiler Soljenitsyne, pariant qu’il serait vite oublié.
La Russie va célébrer cette année
le 100e anniversaire de la naissance
de votre mari. Avez-vous le sentiment
que le pays est prêt à accueillir ses leçons ?
Les leçons qu’il a tirées sont nécessaires
mais elles ne sont pas accueillies dans leur
totalité. Notre société est fragmentée sur
presque toutes les questions et notamment sur Soljenitsyne. Il est enseigné à
l’école et au lycée, mais à l’université,
cela dépend des professeurs. En ce qui
concerne les livres, il est constamment
réédité, ce qui montre qu’il est lu. Mais
bien sûr, il y a des adversaires, notamment parmi les communistes qui le jugent
coupable de la fin du communisme et ressortent tous les mensonges propagés à
l’époque soviétique !
Ce n’est un secret pour personne que le
pouvoir russe actuel a une bonne relation
avec vous…
C’est Poutine lui-même, personnellement, qui a une relation de sympathie à
Soljenitsyne. Je dirais qu’il lui accorde une
« attention intérieure ». Je ne sais pas
exactement pourquoi. Mais je sais par
exemple que son petit livre Réflexions sur
la révolution de Février, publié par le journal Rossiiskaïa Gazeta il y a dix ans, a été
remis à Poutine. Il a ensuite été vu sur sa
table de travail, avec des annotations. Ce
qui les a rapprochés est sans doute le fait
que Soljenitsyne est, comme lui, un partisan d’un État fort.
En même temps, le pouvoir refuse de
regarder le passé en face et remet Staline à
l’honneur. Les opposants émigrent… Tout
recommence comme avant ?
Je dirais qu’on est face à une forme de
schizophrénie. D’un côté, on publie des
tas de bouquins sur Staline, on fête sa
naissance et sa mort, mais en même
temps, dire que le pouvoir encourage ça,
n’est pas juste. Poutine ne dit rien pour
soutenir de telles initiatives. Mais
il est vrai qu’il ne s’y oppose
pas. Le 30 octobre dernier,
un nouveau mur aux victimes de toutes les répressions politiques a été
érigé et Poutine est venu
à
cette
cérémonie
d’inauguration. Sa présence était un geste antistalinien et a été perçue
comme tel. Il a d’ailleurs
prononcé un discours
dont chaque mot était juste. La contradiction que
vous soulignez est le reflet
du schisme qui traverse
notre société. Poutine estime sans doute qu’en tant
que président de tous les
Russes, il doit accepter cette coexistence…
Est-ce par peur de ce
radicalisme que vous
restez ouverte à un
dialogue avec le
pouvoir poutinien ?
Oui, j’essaie d’occuper une ligne centriste.
Après avoir passé tant d’années à étudier
notre histoire, j’ai très peur d’une nouvelle confrontation fatale. Je n’ai nullement
envie que notre société éduquée s’obstine
dans une position d’intransigeance absolue jusqu’à l’absurde. Il faut critiquer le
pouvoir mais aussi dialoguer avec lui.
L’homme de L’Archipel du goulag auraitil accepté le dialogue ?
Il n’aurait jamais accepté le dialogue et le
compromis avec l’ancien pouvoir soviétique, qui était totalitaire et qu’il jugeait anti-humain. Mais avec ce pouvoir, qui a
certes d’énormes erreurs à son actif, sans
doute que si. Car le pays est différent ! Oui,
il y a la corruption, le mensonge. Mais pas
total ! C’est comme dans toutes les dictatures de droite. Il y a un chemin pour en
sortir. Sortir du totalitarisme est tout autre
chose. Seule la Russie en a fait l’expérience
et elle n’en est pas encore totalement sortie. Aujourd’hui, nous avons une forme
d’autocratie, c’était ce que pensait
d’ailleurs Soljenitsyne. Il est donc possible
de faire pousser la démocratie, mais cela
ne sera pas possible sans dialogue.
Dans Comment réaménager notre Russie,
Soljenitsyne avait mis en avant l’idée que
la Russie devrait abandonner l’empire. Le
pouvoir n’est-il pas en train de se laisser
embarquer dans de nouvelles aventures
extérieures fatales comme en Ukraine ?
Alexandre Soljenitsyne avait en effet ap-
Le président Macron a boycotté le stand
de la Russie en solidarité avec Londres,
après la mystérieuse attaque chimique
contre un ancien agent russe.
Comprenez-vous sa position ?
Non ! La Russie est l’hôte d’honneur de ce
salon et il n’est pas venu sur le stand
russe. Je le regrette. Votre président parle
du nécessaire dialogue entre les gens de la
culture russe et ceux de France mais, en
même temps, lui s’abstient ! Même pendant la Guerre froide, la France se permettait un avis indépendant sur les questions de culture qui n’ont rien à voir avec
la loyauté vis-à-vis des alliés militaires.
Dans la délégation russe se trouvent
beaucoup d’écrivains qui font partie de
facto de l’opposition et écrivent de manière critique vis-à-vis du pouvoir ! Ce
boycott est donc très décevant et même
un peu pathétique.
Qu’aimait Alexandre Soljenitsyne
de la France ?
La vie a joué un bon tour à Soljenitsyne. Il
ne se considérait pas du tout comme un
francophile et ne prenait pas la France
très au sérieux. Il était germanisant et lisait Schiller et Goethe dans le texte, il
avait aussi une haute idée du monde
anglo-saxon. Mais quand il est arrivé en
Suisse, puis en Allemagne, il s’est senti
très à l’étroit. En revanche, à son arrivée
en France, tout lui a plu, tout de suite. La
chaleur, l’atmosphère. De plus les gens en
France sont des lecteurs. La France a été
le premier pays occidental à le lire, à le
traduire et à le publier. Bref, il est tombé
amoureux de la France, et l’a même appelée sa « patrie inattendue ».
Quand il est mort en 2008, Alexandre
Soljenitsyne était-il
inquiet du cours
des choses en Russie ?
La Russie quand on la pressure,
Il s’inquiétait énormément. Il avait compris
rebondit comme un ressort.
que la Guerre froide alElle s’est sentie humiliée, encerclée.
lait revenir et que la
Et une grande partie du soutien
Russie avait commis
énormément
d’erà Poutine s’explique par ce sentiment
reurs, de même que
d’abaissement
l’Occident en l’encerclant de bases militaires… Souvenez-vous
des premières lignes de Comment réamépelé à en finir avec l’impérialisme russe,
nager la Russie : « L’horloge du communisavec l’empire. Mais je ne pense pas qu’un
me a sonné ses derniers coups. Mais comvrai danger existe de ce côté-là. Il faut
ment faire pour ne pas mourir écrasés sous
distinguer entre la Crimée et le Donbass.
ses décombres ? » C’est exactement ce qui
Je regrette beaucoup ce qui s’est passé
se passe ; et notamment dans la consciendans le Donbass, les Russes n’auraient jace des gens. L’amour pour Staline et le remais dû s’en mêler. Mais en ce qui
gret de la fin de l’URSS ont un aspect proconcerne la Crimée, malgré une approche
testataire. Les promesses des années 1990
contestable du point de vue du droit inn’ont pu être tenues. Les capitaines de la
ternational, cette région appartient à la
perestroïka comme Gaïdar et Tchoubais
Russie. Imaginez un divorce entre un
portent une énorme responsabilité car ils
homme et une femme dans des condiont méprisé une immense partie du peutions totalement imprévues, celles d’une
ple. L’introduction de l’économie de marguerre par exemple. Ils n’ont pas le temps
ché sans préparation a tourné au hold-up.
de réfléchir, de prendre d’avocats. Du
C’est tragique. La Russie traverse une pécoup, la femme ou l’homme prend quelriode que personne n’a jamais traversée.
que chose qui ne lui appartient absoluElle a besoin d’aide, mais pas d’une aide
ment pas. C’est exactement ce qui s’est
dictatoriale et condescendante, comme
passé avec l’indépendance de l’Ukraine.
l’ont déployée les États-Unis avec le FMI.
Trois personnes, Eltsine, Kravtchouk et
La grande erreur des États-Unis a été de
Chouchkevitch ont décidé sans témoin.
penser qu’ils avaient gagné la guerre froiPersonne n’a demandé aux habitants de
de et que la Russie ne serait plus un acteur.
Crimée ou d’Ukraine leur avis. De mon
Une approche catastrophique ! Car la
point de vue, le retour de la Crimée fait
Russie, quand on la pressure, rebondit
justice à l’Histoire.
comme un ressort. Elle s’est sentie humiliée, encerclée. Et une grande partie du
Si on accepte votre raisonnement,
soutien à Poutine s’explique par ce sentila Russie peut demain décider d’aller
ment d’abaissement. Il faut être ferme
récupérer un morceau des pays Baltes
avec la Russie mais lancer des ultimatums
qui étaient dans l’empire russe au nom
est totalement contre-productif. ■
de la justice historique…
«
»
LE FIGARO
mercredi 21 mars 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
17
ifficile de caractériser le
régime politique en Russie.
C’est une autocratie mêlée
de démocratie. Un système
pluraliste qui ne tolère pas
la dissidence, souvent
punie de mort. Une fédération nationale
régie par l’autorité d’un seul.
Vladimir Poutine a taillé cette forme de
gouvernement à sa seule mesure : on voit
mal à qui il peut le léguer un jour. Élu à
un quatrième mandat, il aura présidé aux
destinées de la Russie pendant au moins
vingt-quatre ans, davantage sans doute
s’il le désire, ce qu’aucun dirigeant
soviétique, excepté Staline, n’osait
espérer. C’est un président à vie mais
revêtu des atours du suffrage universel,
un tsar électif qui aura troqué l’investiture
divine pour le plébiscite populaire. D’où
le grand souci du Kremlin de s’assurer
une participation décente à ce simulacre
d’élections présidentielles – des bureaux
de vote déserts font mauvais genre
– et une issue de scrutin certes décisive
mais pas caricaturale. Voilà qui est fait.
Visiblement, M. Poutine tient
à ce vernis démocratique. Pas moins
de sept candidats ont été autorisés,
voire encouragés, à le concurrencer,
dont l’impayable Vladimir Jirinovski,
le « bouffon du tsar », paradant en
provocateur extrémiste pour mieux faire
valoir la pondération du président. Le
véritable opposant, en revanche, Alexeï
Navalny, a été interdit de candidature,
sa critique du régime ayant trouvé
trop d’échos sur les réseaux sociaux.
Après dix-huit ans de pouvoir quasi
absolu, M. Poutine n’a pas pris la peine
de présenter un programme, ni de faire
campagne, si ce n’est pour sacrifier
aux usages. Son affiche électorale peut
se résumer au slogan qui a fait la fortune
D
RAN HALÉVI
POUR « LE FIGARO »
Le directeur de recherche
au CNRS s’alarme du
tournant autoritaire
du président russe.
Selon lui, l’Occident devrait
aller plus loin
dans les sanctions.
d’une dépolitisation forcée du pays :
on jouit d’une pleine liberté pour autant
qu’on ne se mêle des affaires publiques
et en étouffant toute velléité critique.
Mais pour combien de temps ?
M. Poutine s’est surtout employé, avec
une grande habileté tactique, à rétablir
la stature de la Russie sur la scène
internationale. Difficile, là encore,
de faire la part d’une stratégie cohérente
et des impulsions effrénées. La Russie
a beau tenir aujourd’hui ses voisins
en laisse, imposer sa loi en Syrie, non
sans difficultés d’ailleurs, se faire craindre
un peu partout et profiter pleinement
de la pusillanimité des Occidentaux,
le bilan, pourtant, laisse songeur.
Le régime de M. Poutine a
progressivement glissé de la realpolitik
aux pratiques d’un État voyou : invasion
de la Géorgie,
annexion
Le gouvernement russe inonde
de la Crimée,
la planète de vérités alternatives,
déstabilisation
de « fake news » et d’interprétations
de l’Ukraine
en vertu d’un droit
conspirationnistes censées recouvrir
d’ingérence
ses forfaits
autoproclamé,
surveillance
policière, assassinats des opposants… Sans
s’informent dans leur écrasante majorité
parler du concours actif aux massacres en
sur les réseaux sociaux, qui mettent
Syrie de milliers de civils avec des armes
à leur portée un monde qu’ils ont du mal
chimiques fournies libéralement à Damas.
à détester sur commande. Leur soutien
À quoi s’ajoutent les ingérences massives
au gouvernement est tributaire moins
dans les campagnes électorales aux Étatsdes envolées nationalistes du Kremlin
Unis, en France et ailleurs, sans aucun
que de leur bien-être personnel, bref de
bénéfice tangible du reste.
la situation économique qui, aujourd’hui,
est bridée par l’absence de réformes,
À la différence de la dictature
une corruption endémique et l’incurie
communiste, qui s’entourait d’un rideau
administrative.
de fer, le gouvernement russe inonde
C’est dire que le pacte social tacite
au contraire la planète de vérités
instauré par M. Poutine repose sur des
alternatives, de « fake news » et
fondations précaires. Il concède une
d’interprétations conspirationnistes
certaine autonomie individuelle au prix
censées recouvrir ses forfaits. M. Poutine
de Donald Trump : « make Russia great
again ». Il y a œuvré avec une
détermination implacable, sans regarder
sur les moyens, et avec un certain succès.
Il a endigué le chaos de l’ère Eltsine, qui
avait mis à terre l’économie du pays. Le
niveau de vie s’est sensiblement élevé et
l’accès à l’université élargi aux étudiants
issus des régions périphériques. La
génération née au tournant du siècle
est mieux éduquée, vit plus longtemps,
souffre relativement peu du chômage et
bénéficie d’une multitude de débouchés
inconnus de ses parents. Elle considère
à plus de deux tiers que le pays va
dans la bonne direction. Mais sans pour
autant se rallier servilement au régime
ni avaliser le matraquage médiatique sur
le déclin et la turpitude des Occidentaux.
Ces jeunes, largement apolitiques,
«
»
et les athlètes de la postvérité à son service
ont pour méthode de nier effrontément
des faits avérés, quand ils ne désignent pas
leurs victimes comme auteurs de
leur propre infortune. Les soldats portant
uniforme russe en Ukraine ?
Des volontaires. Les armes chimiques
en Syrie ? De provenance inconnue
et d’une toxicité indémontrable.
L’empoisonnement au Novichock
d’un ancien espion russe et de sa fille à
Salisbury ? Un coup des services spéciaux
britanniques pour perturber
la campagne présidentielle en Russie.
Cette fois, peut-être, les choses sont
allées trop loin. Les Russes ne se sont pas
contentés de frapper un des leurs, mais
des sujets britanniques — un policier
gravement atteint, douze personnes
hospitalisées et des centaines d’autres en
surveillance médicale : c’est là un acte de
terrorisme d’État. Ils ont violé au grand
jour la souveraineté du Royaume-Uni, en
poussant la provocation jusqu’à moquer
les réactions indignées des Anglais,
comme pour éprouver leur fermeté,
et la solidarité de leurs alliés. L’Occident
dispose d’une panoplie de mesures
de rétorsion bien plus douloureuses
que les sanctions aujourd’hui en cours.
Pour l’heure, le président russe ne semble
pas s’en inquiéter, puisqu’on l’a laissé
faire depuis si longtemps…
Vladimir Poutine préside à un régime
bien plus puissant et beaucoup moins
démocratique qu’à l’époque de son
accession au pouvoir. Son rêve de rétablir
la grandeur de la Russie s’est soldé par
des succès militaires et un redressement
géopolitique, doublés d’un discrédit
moral et d’un isolement diplomatique
qui alimente sa défiance et risque à terme
de le rendre vulnérable. Le tsar électif
se mue en paria international.
ANALYSE
Guillaume Perrault
@GuilPerrault
La Russie dans l’imaginaire
des Français : l’autre absolu ?
«
e qu’il buvait et mangeait
en deux repas réglés est
inconcevable, sans
compter ce qu’il avalait
de bière, de limonade et
d’autres sortes de
boissons entre les repas, toute sa suite
encore davantage ; une bouteille ou deux
de bière, autant et quelquefois davantage
de vin, des vins de liqueur après, à la fin du
repas des eaux-de-vie préparées, chopine
et quelquefois pinte. » Lorsque Pierre le
Grand se rend en France en 1717, le tsar
fait l’impression d’un rude gaillard à
Saint-Simon.
À l’époque, déjà, le Russe est pittoresque
aux yeux des Français. Et rarement un
pays étranger aura, depuis trois siècles,
autant stimulé la curiosité nationale.
La Russie, c’est d’abord, pour
les Français, une histoire pleine de bruit
et de fureur. Ivan le Terrible faisant
dévorer par les chiens un boyard
disgracié. Moscou pillée par les Tatars
de Crimée (1571) puis occupée par les
Polonais avant d’accueillir le premier
des Romanov (1613). Le désastre de
la retraite de Russie pour les Français et
leurs alliés, accablés par l’hiver, harcelés
par les cosaques, et que Napoléon
doit avouer dans un bulletin de la Grande
Armée à la péroraison célèbre : « La santé
de Sa Majesté n’a jamais été meilleure »
(3 décembre 1812). Les cavaliers russes
faisant boire leurs chevaux dans la Seine
en 1814. Les malheurs des décembristes
déportés en Sibérie en 1825 par
Nicolas Ier. Le catéchisme du
révolutionnaire de Netchaïev (1868), qui
proclame : « Toute cette société abjecte
doit être divisée en plusieurs catégories :
première catégorie : elle est condamnée
à mort sans délai. Qu’on établisse une liste
C
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Serge Dassault
Administrateurs
Nicole Dassault, Olivier
Dassault, Thierry Dassault,
Jean-Pierre Bechter, Olivier
Costa de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
Directeur délégué des rédactions
75009 Paris
Paul-Henri du Limbert
Président
Serge Dassault
Directeurs adjoints de la rédaction
Gaëtan de Capèle (Économie),
Directeur général,
Laurence de Charette (directeur
directeur de la publication de la rédaction du Figaro.fr),
Marc Feuillée
Anne-Sophie von Claer
(Style, Art de vivre, So Figaro),
de ces personnes selon le degré auquel elles
peuvent être nuisibles au succès de
la cause révolutionnaire, afin que ceux
qui portent les premiers numéros périssent
avant les autres. » L’assassinat
d’Alexandre II, l’auteur de l’abolition
du servage, par le groupe terroriste « la
volonté du peuple », résolu à la politique
du pire (1881). Les amateurs de musique
classique, pour leur part, lorsqu’on
évoque les révolutions de 1917, songent
à Sergueï Rachmaninov, qui, dans
certains des morceaux pour piano
qu’il composa alors (Études-Tableaux
opus 39), exprima sentiments mélangés
puis révulsion. Y a-t-il une singularité
russe qui condamne, à Moscou, les
partisans d’un régime parlementaire et de
la primauté des libertés individuelles à
rester minoritaires ? En Russie même, au
XIXe siècle, la controverse opposait
occidentalistes et slavophiles. Penseurs et
hommes de lettres français, pour leur part,
étaient convaincus de l’exception russe.
Dans La Russie en 1839, récit de voyage
qui devient un succès de librairie,
Custine se fait le peintre très sévère d’un
pays décrit comme arriéré et voit dans
le tsarisme un despotisme oriental. Pour
Tocqueville, toutefois, l’autocratie des
nouveaux Césars correspond aussi à un
génie national, gage de puissance pour
leur empire. En 1835, ce grand esprit
oppose l’Américain et le Russe. « L’un a
pour principal moyen d’action la liberté ;
l’autre, la servitude. Leur point de départ
est différent, leurs voies sont diverses ;
néanmoins, chacun d’entre eux semble
appelé par un dessein secret de la
Providence à tenir un jour dans ses mains
les destinées de la moitié du monde. »
La littérature russe elle-même atteste
combien ce pays est convaincu de son
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision)
et Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard (Édition)
Éditeur
Sofia Bengana
Éditeur adjoint
Robert Mergui
destin exceptionnel. Une notation suffit
à Nicolas Gogol, dans Les Âmes mortes
(1842), pour peindre l’amour ardent et
inquiet des Russes pour leur chère patrie.
Dans un chef-lieu de province,
un mystérieux voyageur, Tchitchikov,
est l’objet de toutes les conversations des
notabilités locales. Qui est-il vraiment ?
Certains se demandent si ce Tchitchikov
ne serait pas Napoléon en fuite et
défendent cette thèse extravagante
en invoquant un argument délicieux :
« Depuis longtemps, les Anglais enviaient
la grandeur et l’immensité de la Russie »,
et les Anglais auraient donc pu laisser
Napoléon s’échapper de Sainte-Hélène
pour nuire aux Russes ! On reconnaît
à ce trait malicieux de Gogol, déjà,
la susceptibilité de cette nation
ombrageuse, convaincue d’être
encerclée par des adversaires jaloux
de sa gloire et de sa sainteté.
Voilà donc un pays qui défie
les jugements hâtifs. Les Russes ont
souffert, au XXe siècle, au-delà de toute
mesure. Les caractères y sont souvent
accusés. Détachement, scepticisme
et ironie ne sont pas tenus pour
des signes de distinction. Et personne
ne ricane, en Russie, en lisant le souvenir
d’enfance que Victor Kravchenko
relate dans J’ai choisi la liberté (1947) :
furieux de voir son grand-père fidèle
au tsar vitupérer son père
révolutionnaire et incarcéré, le jeune
garçon mord le patriarche jusqu’au sang
et s’attend à être fouetté. Tout au
contraire, le vieil homme, fier, prend
son petit-fils dans ses bras et lui dit :
« C’est bien mon sang qui coule dans
tes veines. Nous autres, Kravchencko,
nous sommes fidèles à ceux que
nous aimons. »
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
Fax : 01 56 52 23 07
Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
VOX
…INTERNATIONAL
« On demande
aux Russes d’avoir honte
de leur existence »,
grand entretien
avec l’écrivain russe
Zakhar Prilepine
…SCIENCES
« La postérité
de Stephen Hawking,
ou les mésaventures
de l’athéisme »,
la tribune du philosophe
Robert Redeker
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
HÉLÈNE CARRÈRE
D’ENCAUSSE
le mardi 3 avril
à 20 heures
Salle Gaveau
Réservations :
01 70 37 31 70 ou
www.lefigaro.fr/
rencontres.
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
Commission paritaire n° 0421 C 83022
Pour vous abonner Lundi au vendredi de 7 h à 18h ;
sam. de 8 h à 13 h au 01 70 37 31 70. Fax : 01 55 56 70 11 .
Gérez votre abonnement, espace Client : www.lefigaro.fr/client
Formules d’abonnement pour 1 an - France métropolitaine
Club : 409 €. Semaine : 259 €. Week-end : 209 €.
Imprimé sur papier issu de forêts gérées durablement.
Origine du papier : France. Taux de fibres recyclées : 100%. Ce journal
est imprimé sur un papier UPM porteur de l’Ecolabel européen
sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 18 pages
Cahier 2 Économie
10 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
Édition IDF
Cahier 4
Figaroscope
52 pages tabloïd
A
DESSIN CLAIREFOND
Poutine, de tsar électif à paria international
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
gfestor@lefigaro.fr
vant de s’envoler pour Melbourne
pour y couvrir le Grand Prix d’Australie, premier rendez-vous de la
saison (départ dimanche à 7 h 10), le
quadruple champion du monde et
actuel conseiller de Renault F1 évoque les mutations d’une discipline qui a considérablement changé depuis qu’il a raccroché en 1993.
A
LE FIGARO. - Auriez-vous aimé mener
une carrière en Formule 1 aujourd’hui ?
Alain PROST. - C’est difficile de répondre à cette
question. Quand j’ai commencé ma carrière, je me
demandais si j’aurais aimé piloter une des Tyrrell de
Jackie Stewart ou une des monoplaces de Juan-Manuel Fangio. Est-ce que Fangio, qui a commencé à
piloter en F1 très tardivement, aurait eu les qualités
pour conduire les monoplaces actuelles aussi ? En
réalité, je crois que rien n’est comparable. J’aurais
forcément dû m’adapter à ces monoplaces actuelles
qui ont énormément évolué, en sachant qu’elles ne
correspondent pas forcément à ce qui me plaît. À
l’époque, j’aimais contrôler, maîtriser et faire évoluer véritablement les choses. Le métier a changé.
Désormais, ce sont les pilotes qui sont surtout à
l’écoute de leurs ingénieurs.
Sur le plan esthétique, les monoplaces actuelles
vous séduisent-elles ?
C’est très personnel, mais je ne les trouve pas belles,
même s’il faut reconnaître qu’elles sont exceptionnelles sur le plan de l’ingénierie. Mais, de l’extérieur, je n’en suis pas très heureux, car j’aime les
voitures plus simples et épurées. Elles sont incroyablement abouties sur le plan de l’aérodynamique,
qui a pris, selon moi, trop de place. Au final, je ne
trouve pas cela adéquat à ce que l’on veut voir d’une
Formule 1.
Alain Prost :
« Les F1
actuelles
ne sont
pas belles »
RENCONTRE
Gilles Festor
À l’aube de la saison 2018,
le quadruple champion du
monde jette un regard aiguisé
sur l’évolution de la Formule 1.
Vous n’êtes pas non plus séduit par l’esthétique
du nouveau « halo » de protection, un pas de plus
vers une sécurité toujours plus renforcée…
Je ne vais pas dérouler tout l’historique des drames
en Formule 1, avec des monoplaces moins robustes
à l’époque, ce serait trop long. La sécurité n’a plus
rien à voir avec celle des années 1980. Un exemple :
nous avions une peur bleue du feu avec nos réservoirs en aluminium qui embarquaient une énorme
quantité de carburant… Ce n’est plus le cas. Avec
d’autres, comme Jackie Stewart, Didier Pironi ou
Niki Lauda, nous avons œuvré dans le sens d’une
« oùLe onjourparlera
de Formule 1
autonomes, on ne
pourra plus parler
de Formule 1.
On a beau dire
tout ce que l’on
veut avec la
technologie,
je reste convaincu
que l’humain
dépassera
toujours
la machine
L’HUILE
DE PALME
SE CACHE DANS
A
NOS CARBURANTS ?
ALAIN PROST
Aidez-nous en signant la pétition :
www.fermonslesvannes.org
Campagne réalisée avec le soutien financier
du Groupe LÉA NATURE, propriétaire
de la marque Jardin BiO.
CB Christophe Bacquet - Crédit photos - BigStock
SAVIEZ-VOUS QUE
sécurité renforcée, mais c’est l’accident d’Ayrton
Senna (en 1994) qui a déclenché un processus abouti
dans ce domaine. Aujourd’hui, nous sommes allés si
loin dans la sécurité que certains en viennent à critiquer cette évolution. On entend dire qu’il ne se
passe plus rien, que les jeunes pilotes n’ont jamais
connu d’accidents graves… Mais comment peut-on
désapprouver cela ? C’est toute la société qui a évolué dans ce sens depuis plusieurs décennies.
Le règlement 2018 a peu évolué. Doit-on s’attendre
au maintien de la hiérarchie dessinée l’an passé ?
Les récents changements de règlement n’ont pas
forcément abouti à des bouleversements de la hiérarchie, car les ouvertures étaient assez restreintes,
finalement. C’est évident que, lorsqu’on gèle en
quelque sorte les règles, ceux qui sont au top continuent de progresser, mais ceux qui sont derrière
ont la possibilité de progresser un peu plus aussi. De
là à aller dépasser les top teams actuels, cela me paraît compliqué. Il y a trois teams devant, mais
l’écart est assez faible entre eux. Ferrari a pu parfois
contrarier Mercedes l’an passé, et je pense que Red
Bull aura un meilleur moteur que l’année dernière.
Entre ces trois-là, on sent que cela peut basculer.
Renault devra surtout se montrer stable et fiable,
car nous ne sommes pas encore au top sur le plan de
la performance. Son challenge consistera à progresser plus vite que les autres, mais je ne crois pas
qu’il y aura de vraie surprise dans ce petit groupe de
poursuivants.
Quand vous faites le plein,
vous faites le vide.
Aujourd’hui, 75 % de l’huile de palme
que nous consommons est incorporée
dans les carburants que nous trouvons
à la pompe. La culture du palmier à huile
est l’une des principales causes de disparition
des forêts tropicales. Une catastrophe pour
la biodiversité, les communautés locales
et le climat. Alors que le Parlement européen
propose d’en finir avec ce désastre écologique,
le gouvernement français, sous la pression
des lobbies, tergiverse. Les prochains mois
sont décisifs.
« Je me réjouis de voir
que tous les voyants
sont enfin au vert pour
la F1 en France : il y a
un constructeur français
dans la discipline,
trois pilotes tricolores,
une synergie avec
les diffuseurs, et il y a eu
une vraie volonté
politique pour monter
ce projet. »
»
Vous êtes conseiller spécial chez Renault. Poussezvous pour y installer enfin un pilote français ?
Non, ce n’est pas comme cela que nous parlons de
ce sujet. Recruter un pilote est devenu un exercice
extrêmement compliqué. On ne le choisit plus à
partir de sa simple nationalité. Les jeunes qui débarquent sont pratiquement tous sous contrat, et il
y a énormément de paramètres à prendre en compte. Mais, bien entendu, nous gardons un œil sur les
pilotes français.
2018 marque le retour du Grand Prix de France.
Pour Renault F1, ce sera le rendez-vous
à ne pas rater ?
Bien sûr. Renault a beau être une entreprise qui
vend des voitures dans le monde entier, le cœur
reste français et je suis français. On aura tous particulièrement envie de bien faire en juin sur le circuit
Paul-Ricard. Plus globalement, je me réjouis de voir
que tous les voyants sont enfin au vert pour la F1 en
France : il y a un constructeur français dans la discipline, trois pilotes tricolores, une synergie avec les
diffuseurs, et il y a eu une vraie volonté politique
pour monter ce projet. Au-delà de la course, que
l’on souhaite belle, j’espère assister à une grande
fête et un vrai bel événement.
Dans une trentaine d’années, lorsque le règne
de la voiture autonome sera confirmé, installer
des pilotes dans des monoplaces aura-t-il encore
un sens pour les constructeurs qui mettront
en avant leur savoir-faire dans ce domaine ?
C’est loin ! (Rires) Le jour où on parlera de Formule 1
autonomes, on ne pourra plus parler de Formule 1.
On a beau dire tout ce que l’on veut avec la technologie, je reste convaincu que l’humain dépassera
toujours la machine. Le public aura toujours besoin
d’admirer le pilote au moins autant que la machine.
Mais, pour le futur de la compétition, on devra effectivement se poser les bonnes questions : est-ce que
la F1 souhaitera rester un sport avec une compétition
entre des hommes qui produiront aussi un spectacle,
ou voudra-t-on la transformer uniquement en laboratoire technologique ? Je crois beaucoup à la voiture autonome, mais la course avec des voitures
autonomes, ce n’est pas de la course. Je ne serai jamais derrière un tel projet. Non, ce sera sans moi…
+
» Lire aussi « Le Paul-Ricard est prêt pour
le retour du Grand Prix de France » PAGE 12
MICHAEL ALESI/BESTIMAGE
18
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO - N° 22 894 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
FISCALITÉ
PUBLICITÉ
PIERRE MOSCOVICI DÉVOILE
LE PROJET DE TAXATION DES
REVENUS DU NUMÉRIQUE PAGE 22
Facebook sous
le feu des critiques
LA PROFESSION SE RÉINVENTE
FACE AUX GAFA ET
AUX GÉANTS DU CONSEIL PAGE 28
Famille :
le projet de
la majorité crée
des remous
En accord avec l’Élysée, favorable à
une évolution de la politique familiale, un député de la majorité LaREM propose de supprimer le quotient familial et de le fusionner avec
les allocations familiales.
L’objectif de Guillaume Chiche est de
créer une nouvelle prestation centrée
sur les classes moyennes et modestes, et versée dès le premier enfant.
Sa proposition est tirée d’un rapport
parlementaire réalisé avec son homologue LR Gilles Lurton, qui, pous-
sé par son groupe, refuse désormais
de le signer. La droite a immédiatement contesté ce projet de réforme,
qui représente une ligne rouge.
À l’inverse, Gilles Lurton propose de
revenir sur la modulation des allocations familiales selon les revenus
mise en place sous François Hollande et de lancer une étude sur leur
possible fiscalisation. D’autres mesures, comme un congé parental
plus court et mieux rémunéré, sont
aussi sur la table.
èGUILLAUME CHICHE: « NOTRE POLITIQUE FAMILIALE NE REMPLIT
PAS SES OBJECTIFS » PAGE 20
Grogne des retraités :
Édouard Philippe lâche un peu de lest
Mark
Zuckerberg,
fondateur
de Facebook.
Le réseau social est en pleine tempête dans l’affaire
de détournement de données de 50 millions d’utilisateurs.
Les autorités américaines et européennes exigent
des explications. Malmenée en Bourse, la société a perdu
des dizaines de milliards de dollars de capitalisation
boursière depuis le début de la semaine. PAGE 22
le PLUS du
FIGARO ÉCO
RESTAURATION
La recette des chefs
pour transformer
le burger en vache
à lait PAGE 24
LA SÉANCE
DU MARDI 20 MARS 2018
CAC 40
5252,43
+0,57%
DOW JONES (18h)
24734,30 -0,11%
ONCE D’OR
1311,00 (1312,40)
PÉTROLE (lond)
67,290 (66,060)
EUROSTOXX 50
3412,08 +0,51%
FOOTSIE
7078,38 +0,22%
NASDAQ (18h)
7363,73 +0,30%
NIKKEI
21380,97 -0,47%
Inquiet de la montée du mécontentement chez les seniors, le chef du gouvernement a annoncé quelques premières mesures en leur faveur. Ainsi,
la hausse de la CSG pour les retraités
devrait être corrigée à la marge lors de
la prochaine loi de finances pour
2019 : 100 000 foyers, ceux proches
du seuil, verront l’augmentation de
1,7 point de ce prélèvement atténuée.
Par ailleurs, la majorité ne s’interdit
pas de réfléchir au rétablissement de
la « demi-part » des veufs et des veuves, un avantage fiscal supprimé sous
le quinquennat Sarkozy.
Enfin, Édouard Philippe a fermé la
porte à la modulation de la taxe foncière en fonction des revenus, une
idée évoquée par Gérald Darmanin qui
inquiétait les propriétaires. PAGE 21
C’est la fin d’un feuilleton qui s’était
ouvert en octobre 2015. Vivendi,
premier actionnaire de l’éditeur de
jeux vidéo Ubisoft avec 27,3 % du
capital, a annoncé mardi soir avoir
cédé l’intégralité de ses parts. Il s’engage à ne pas racheter d’actions de
la société durant cinq ans. L’opération s’est déroulée à l’amiable avec la
famille Guillemot, fondatrice d’Ubisoft, après une guerre ouverte de
plus de deux ans. Les Guillemot n’ont
jamais caché leur franche hostilité à
l’entrée du géant des médias dans
leur capital et bataillaient pour préserver leur indépendance. « L’évolution de notre actionnariat est une
excellente nouvelle. Elle a été rendue
possible par l’exécution remarquable
de notre stratégie et par le soutien
déterminant de nos talents, de nos
joueurs et de nos actionnaires », affirme son PDG, Yves Guillemot.
Si Vivendi renonce à Ubisoft, il réalise
une belle opération financière. Depuis
son entrée au capital, l’action a été
multipliée par trois, et la valorisation
de l’éditeur dépasse aujourd’hui les
7 milliards d’euros. En vendant ses
parts, Vivendi empoche 2 milliards
d’euros, et réalise une plus-value de
1,2 milliard d’euros. Malgré ce revers,
« nous confirmons nos ambitions
dans le jeu vidéo, qui est un des piliers de Vivendi », indique le groupe.
La vente des actions de Vivendi, au
prix de 66 euros, s’est répartie entre
la société Ubisoft et le holding Guillemot Brothers. Au final, la famille
Guillemot renforce son contrôle avec
18,5 % du capital. Mieux, elle fait entrer deux nouveaux alliés : le fonds
de pension canadien Ontario Teachers’, qui prend 3,4 % du capital, et
surtout le géant chinois du numérique Tencent, qui prend 5 %. « Tencent et Ubisoft signent à cette occasion un accord de partenariat
stratégique », ajoute l’éditeur français : les jeux vidéo d’Ubisoft sur PC
et mobile seront édités, publiés et
promus par Tencent sur l’immense
marché chinois. « Cela donnera un
coup d’accélérateur au développement d’Ubisoft en Chine, surtout sur
le marché de l’e-sport », indique la
société.
CHLOÉ WOITIER
L'HISTOIRE
Face à la pénurie de compétences, Total
s’engage contre le décrochage scolaire
e ministre de l’Éducation nationale,
Jean-Michel Blanquer, qui veut
revaloriser l’apprentissage en
France, a dû apprécier la nouvelle.
La Fondation Total a signé mardi
un partenariat avec la Fédération nationale
des écoles de production (Fnep), qu’elle va
soutenir à hauteur de 60 millions d’euros
sur dix ans pour l’aider à grandir.
Objectif : passer d’ici à 2028 de 25
à 100 établissements, répartis sur le territoire
national. Originaires de Rhône-Alpes,
les Écoles de production (photo) préparent
des jeunes en
difficulté scolaire,
via une formation
très concrète, à de
nombreux métiers
et notamment
dans l’industrie,
tels que
mécanicien,
électricien, câbleur
ou serruriermétallier. Le
premier « atelier
d’apprentissage »
a ouvert en 1882
L
dans le quartier populaire de la Guillotière,
à Lyon. « Chez nous, les jeunes travaillent
pour de vrais clients, à partir de vraies
commandes, facturées au prix du marché.
100 % d’entre eux trouvent du travail à la
sortie », souligne Dominique Hiesse, président
de la Fnep. Ces écoles contribuent à réduire
la pénurie de compétences sur certains
métiers en tension, dont Total lui-même
est victime. « Notre filiale Hutchinson
(transformation du caoutchouc, NDLR)
a du mal à recruter des mouleurs et des
ajusteurs », confie le PDG, Patrick Pouyanné.
Le géant de l’énergie
s’est par ailleurs
engagé à accueillir
1 500 apprentis par
an en France, soit
5 % de ses effectifs
tricolores. Il prépare
la création d’un
campus en région
parisienne d’ici
à 2020, inspiré de
l’école 42 de Xavier
Niel, mais à vocation
industrielle. ■
THOMAS LESTAVEL
A
RICO DAVID/SIPA, SOUDAN E. / ALPACA / ANDIA.FR, JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
La droite s’oppose à l’idée de fusionner
le quotient familial et les allocations familiales.
VIVENDI
RENONCE
À UBISOFT
AU PRIX FORT
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
20
L'ÉVÉNEMENT
QUELQUES
PISTES SUR
LA TABLE
L’idée de supprimer le quotient
familial ne passe pas à droite
Dans leur projet de
rapport, les députés Gilles
Lurton (LR) et Guillaume
Chiche (LaREM ) font
24 propositions pour
réformer en profondeur
la politique familiale.
En lien avec l’Élysée, un député LaREM propose une réforme choc de la politique familiale.
MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault
Je souhaite
« entamer
avec
le Parlement
et l’ensemble
des acteurs
un débat et
une réflexion
sur
la politique
familiale
en général
et sur les
allocations
familiales
au service
de cette
politique
»
AGNÈS BUZYN,
MINISTRE DES
SOLIDARITÉS ET DE LA
SANTÉ, OCTOBRE 2017
SOCIAL La famille ressuscite le
clivage droite-gauche ! Si la droite
cautionne sans le dire les réformes
économiques du gouvernement
qu’elle aurait aimé faire, elle retrouve sur la politique familiale des
raisons de s’opposer. Les députés
LR se sont élevés mardi contre un
possible « coup fatal » porté à la
politique familiale, avec la suppression du quotient familial,
avancée dans un projet de rapport
sur la politique familiale par le député LaREM Guillaume Chiche,
mais que le co-rapporteur LR,
Gilles Lurton, refuse d’endosser.
Prenant acte du refus du député
de droite de signer et donc de « sa
démission de fait », Brigitte Bourguignon, présidente LaREM de la
commission des affaires sociales, a
annulé la présentation du rapport
prévue mercredi matin, tout en indiquant que « le bureau de la commission serait saisi des suites à donner à cet épisode ».
Tout s’est cristallisé sur la suppression du quotient familial, qui
permet de réduire l’impôt sur le
revenu des familles imposables et
qui a déjà vu son plafond abaissé
par deux fois sous François Hollande, à 2 000 euros par enfant en
2013 puis 1 500 euros en 2014.
La mesure proposée ne vise pas
cette fois à faire des économies
pour l’État mais à procéder à une
redistribution des aides. Le montant du quotient familial (quelque
12 milliards pour 7 millions de
foyers) serait fusionné avec celui
des
allocations
familiales
(12,5 milliards pour 4,9 millions de
foyers) pour créer une nouvelle
aide, baptisée protection sociale
des familles (PSF). Celle-ci prendrait la forme d’une allocation
mensuelle versée dès le premier
enfant à toutes les familles. Mais
elle serait fonction des revenus et
pourrait être fiscalisée, ce qui n’est
pas le cas aujourd’hui.
Au final, les familles aisées seraient les grandes perdantes, tandis que les foyers modestes y gagneraient. « Il est hors de question
de laisser passer une telle attaque
contre la politique familiale déjà
mise à mal par le gouvernement
Hollande pendant cinq ans. C’est
une ligne rouge infranchissable », a
lancé le chef de file des députés de
droite, Christian Jacob. « Pour
moi, c’est inacceptable car nous
touchons à un fondement de la politique familiale qui veut qu’une famille avec enfant ne voie pas son niveau de vie diminuer du fait de ses
enfants par rapport à une famille
qui n’en a pas », a indiqué Gilles
Lurton. Il voulait, lui, revenir sur
la modulation des allocations familiales mise en œuvre sous Hollande, voire d’étudier leur fiscalisation. « Ce sont les classes
moyennes qui vont être le plus frappées », a-t-il ajouté.
Macron tranchera
Pour Guillaume Chiche, il est au
contraire urgent de réformer la
politique familiale, qui mobilise
59 milliards d’euros par an, soit
près de 3 % du PIB, afin de la rendre « plus lisible, plus juste et plus
efficace ». Il a présenté les grandes
lignes du rapport en réunion de
groupe à huis clos mardi, où il a été
applaudi. « Peu importe le blocage
du rapport. Les idées sont lancées.
Prestations
familiales
Guillaume Chiche a cinq mois pour
faire vivre sa proposition avant le
prochain budget de la Sécu et
convaincre le président de la République, qui seul tranchera », indique un expert de la commission
des affaires sociales.
Mais les dés sont loin d’être jetés.
D’une part, il faudra compter avec
une opposition de droite virulente
et revigorée sur un sujet qui lui
tient à cœur. « Politiquement, il
sera difficile pour le gouvernement
de commencer par taper fiscalement
sur les familles alors que vont s’engager les débats sur la bioéthique, la
fin de vie et la PMA », avance un
député. D’autre part, au sein
même de la majorité, d’autres voix
se font entendre. Comme celle du
député de l’Isère Olivier Véran, favorable à une suppression de l’universalité des allocations familiales,
plus simple à mettre en œuvre que
la suppression du quotient familial.
Au-delà de cette mesure phare,
le rapport compte de nombreuses
autres propositions touchant notamment au congé parental ou aux
places en crèche. Le débat est donc
loin d’être terminé ! ■
➜ Fusion des allocations
familiales et du quotient
familial
➜ Fin de la modulation
et fiscalisation
des allocations familiales
➜ Mise en place d’un
congé parental plus court
et mieux rémunéré
➜ Partage entre les deux
parents des prestations
familiales en cas
de séparation
➜ Fin de la surtaxation
de la ligne téléphonique
de la CAF
➜ Généralisation du
data mining (exploration
de données) pour lutter
contre le non-recours.
➜ Calcul des droits des
allocataires à partir de
leurs données en année
N ou N - 1 et non N - 2
enfant par femme
Indice de fécondité en 2016, en
recul par rapport à 2015 et 2014
37,18
milliards €
HUIT CHIFFRES CLÉS POUR BIEN MESURER L’IMPACT DE LA POLITIQUE FAMILIALE EN FRANCE
de prestations
en tout genre
versées
en 2016
par la
branche
famille
4,88
millions
de familles bénéficiaires des
allocations familiales en 2016
785
000
12
12,51
C. ARCHAMBAULT/AFP
milliards €
d’allocations
familiales versées
en 2016
923,09 €
ENFANTS NÉS EN FRANCE EN 2016, SOIT 14 000 DE MOINS QU’EN 2015
de prime
de naissance,
versée sous
condition de
ressource,
le 2e mois après la
fin de la grossesse
à 46 000 mères
en 2016
milliards €
Âge de la première maternité
en 2015, contre 24 ans en 1974
Chiche (LaREM) : « Notre politique familiale ne remplit pas ses objectifs »
Guillaume Chiche propose la fusion du quotient familial avec les
allocations familiales. Le député
LaREM explique au Figaro sa
position.
A
LE FIGARO. - Votre rapport,
que conteste votre co-rapporteur
LR Gilles Lurton, est-il enterré ?
Guillaume CHICHE. - Nous avons
travaillé ensemble sérieusement
depuis plus de trois mois. Gilles
Lurton n’est pas d’accord avec
certaines propositions et l’a exprimé dans notre projet. Son groupe
a souhaité qu’il fasse un coup et
démissionne afin que le rapport ne
soit pas présenté. Je ne peux admettre qu’il soit fait obstacle à ma
parole de parlementaire, aux centaines d’auditions menées et au
travail effectué. C’est un déni de
démocratie et un mépris des familles qui attendent une amélioration de leurs conditions !
Pourquoi voulez-vous fusionner
le quotient familial
et les allocations familiales ?
Je propose de créer une protection
sociale des familles. En fusionnant
allocations familiales et quotient
familial, nous disposons d’une enveloppe de 24 milliards d’euros
pour créer une nouvelle allocation
mensuelle, qui sera versée à toutes
les familles dès le premier enfant.
Elle sera soit modulée en fonction
des revenus, à la manière des trois
tranches en vigueur pour les allocations familiales, soit fiscalisée.
C’est un changement de paradigme car les allocations ne sont versées qu’à partir du deuxième enfant. Or, la pauvreté se retrouve
surtout dans les foyers avec un
enfant ou plus de trois. C’est aussi
une mesure en faveur de la natalité : l’âge de la première maternité
(28,5 ans en 2015) augmente car
les jeunes craignent de se précariser en devenant parents. Cette allocation doit donner les moyens
aux parents de commencer à avoir
des enfants lorsqu’ils le désirent.
Les familles aisées
seront les grandes perdantes…
Ce n’est pas une suppression sèche puisque je propose de le redéployer dans un autre outil. Mais,
c’est vrai, le but est que cette
transformation profite majoritairement aux classes moyennes et
modestes alors que les grands gagnants du quotient familial sont
les trois déciles les plus élevés de
la population. L’enjeu est de mettre en place une aide simple et efficace, assurant la lutte contre la
pauvreté des enfants, dont un sur
cinq vit sous le seuil de pauvreté,
ce qui est inacceptable.
La politique de la famille
ne doit-elle pas traiter tous
les enfants de la même manière ?
Ce n’est pas le cas aujourd’hui… Le
Guillaume Chiche,
député (LaREM)
des Deux-Sèvres,
corapporteur
de la mission
sur la politique
familiale.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
quotient familial n’est pas universel puisqu’il ne profite qu’aux ménages imposables. Les places en
crèche ne sont pas non plus universelles au vu des difficultés
d’accès en milieu rural ou dans les
quartiers. Avec la nouvelle allocation que je propose, toutes les familles seront aidées. Demain, pas
une famille qui bénéficie du quotient familial ou des allocations ne
se retrouvera sans rien.
Quel serait le montant
de cette nouvelle allocation ?
Le montant des allocations touchées actuellement pourrait doubler, puisque l’enveloppe globale
passe de 12 à 24 milliards. Certes,
le montant ne sera pas le même
pour tous. Mais beaucoup devraient y gagner. J’ai demandé des simulations
qui devraient permettre d’affiner le montant, en fonction de
l’impact sur la population.
Le gouvernement
peut-il vous suivre ?
Ce rapport n’est pas
une loi clés en main.
Mais le gouvernement
a montré jusqu’ici qu’il
préférait les réformes
structurelles aux demimesures. Or chacun
constate que, malgré
un budget de 59 milliards d’euros,
notre politique familiale actuelle
ne remplit pas ses objectifs : elle
ne parvient pas à lutter suffisamment contre la pauvreté des enfants, ne permet pas pleinement la
conciliation vie pro-vie perso et
soutient insuffisamment la natalité, en baisse depuis 2014.
Vous préconisez aussi un congé
parental plus court, mieux
rémunéré et fractionné.
Pourquoi ?
Je propose un congé parental de
4 mois maximum (pour la mère,
comme pour le père), rémunéré
50 % du salaire, et fractionnable.
En clair, les salariés pourront
poser leurs jours comme ils le
souhaitent jusqu’aux 3 ans de
l’enfant. Une mère pourra ainsi
décider de prendre tous ses
mercredis au titre du congé parental.
Vous voulez revoir l’attribution
des places en crèches. Comment ?
Je propose d’inciter financièrement les crèches à accueillir les
enfants en situation de handicap
ou issus de familles modestes. Or,
aujourd’hui, elles y perdent car
ces enfants ne leur assurent pas un
taux de remplissage maximum
comme les enfants de ménages biactifs avec des horaires réguliers. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR M.-C. R.
de coût annuel
pour l’État du
quotient familial
(avant le dernier
abaissement du
plafond en 2014)
Crèches
➜ Inventaire puis
simplification des normes
existantes
➜ Fixation d’objectifs
locaux de création de
places d’accueil à la place
d’un objectif national
➜ Réflexion autour
d’une aide unifiée pour
les familles, quel que soit
le mode de garde
➜ Droit pour les salariés
de demander
un aménagement souple
de son temps de travail
➜ Obligation pour
un établissement de
justifier un refus de place
Aide à la
parentalité
➜ Recensement
des actions conduites et
des moyens en matière
de soutien à la parentalité
➜ Développement
d’une appli
de géolocalisation
répertoriant
les dispositifs de soutien
LE FIGARO
mercredi 21 mars 2018
ÉCONOMIE
21
Grogne des retraités : Édouard Philippe
commence à lâcher du lest
L‘exécutif veut répondre aux inquiétudes de sa majorité sur le pouvoir d’achat des ménages.
POLITIQUE ÉCONOMIQUE Opération déminage pour le premier ministre. Hausse de la CSG ? « Le dispositif
va
être
corrigé. »
Rétablissement de la demi-part
fiscale des veuves ? Une mesure
« possible ». Calcul de la taxe foncière en fonction des revenus ?
« Pas sur la table. » Édouard Philippe était venu ce mardi matin
dans les studios de BFMTV/RMC
les bras chargés de bonnes nouvelles pour les ménages. En particulier envers les retraités, les parents
pauvres de la politique gouvernementale. Leur malaise est palpable. Selon le dernier baromètre
Ifop pour Le Journal du dimanche,
paru il y a deux jours, Emmanuel
Macron a perdu sept points de
confiance en un mois chez les plus
de 65 ans, qui ne lui accordent plus
que 41 % de bonnes opinions.
Dans le détail, la « correction »
annoncée de la CSG par le premier
ministre reste mineure. Elle devrait concerner environ 100 000
foyers fiscaux. L’augmentation de
la CSG de 1,7 point depuis le
1er janvier s’applique aux pensions
des retraités qui affichent un revenu fiscal de référence supérieur à
14 404 euros. Le calcul inclut non
seulement la pension mais aussi les
éventuels revenus complémentaires des retraités.
«7,5 millions de Français sont
concernés par le taux plein de CSG
qui est augmenté », a affirmé
Édouard Philippe, qui souhaite
épargner les retraités les plus proches du seuil. « Pour ces 100 000
Français-là, il faut corriger le dispositif, et nous le corrigerons dans
la prochaine loi de finances », c’està-dire pour 2019, a encore avancé
l’hôte de Matignon. Contrairement aux actifs, les retraités ne bénéficient pas de mécanisme compensatoire à la hausse de la CSG et
voient donc leur revenu diminuer.
À l’automne, en revanche, 80 %
d’entre eux bénéficieront d’une
diminution d’un tiers de la taxe
d’habitation. Tout rentrera donc
dans l’ordre, martèle le gouvernement. En vain, tant sa communication est brouillée par le décalage
de calendrier entre les mesures.
D’où le débat naissant sur un
éventuel rétablissement de la demi-part des veuves, un mécanisme supprimé dans la loi de finances 2009 qui réservait une demipart fiscale supplémentaire aux
personnes ayant perdu leur
conjoint. Le député de la Vienne
(LaREM) Sacha Houlié a assuré ce
week-end avoir obtenu un « rendez-vous pour le projet de loi de finances 2019 » au ministère des Finances pour évoquer le sujet. Plus
prudent, Édouard Philippe a déclaré que cette mesure n’était
« pas encore arbitrée, pas encore
décidée ». Elle coûterait environ
1 milliard d’euros.
« Bonne fortune »
Sur le sujet tout aussi sensible de la
réforme de la fiscalité locale, le
premier ministre s’est montré plus
définitif. Il a fermé la porte à une
option évoquée le 12 mars par le
ministre du Budget devant les sénateurs de la commission des finances. Gérald Darmanin leur
avait déclaré qu’à l’avenir, les revenus des propriétaires pourraient
être pris en compte dans le calcul
de la taxe foncière.
On pourrait « considérer que
l’impôt local fondé sur la propriété
soit fonction de la valeur locative du
quartier mais aussi du revenu » afin
d’éviter « les iniquités », avait
avancé le ministre. Une piste plus
que glissante alors que Matignon a
promis qu’il n’y aurait pas de nouvel impôt pendant le quinquennat.
Manifestation
de retraités, le 15 mars
à Strasbourg.
FREDERICK FLORIN/AFP
Ces gestes ne suffiront sans
doute pas à apaiser la colère des
retraités, relayée par l’opposition.
Ils devraient a minima soigner les
états d’âme de la majorité parlementaire.
Certains
députés
s’émeuvent que le gouvernement
souhaite consacrer l’intégralité du
surplus de recettes fiscales récoltées en 2017 - la fameuse « cagnotte fiscale » - au désendettement
du pays.
Excellente nouvelle d’un point
de vue budgétaire, l’accélération
de la croissance se révèle parado-
Baisse du pouvoir d’achat au premier trimestre
L’Insee prévoit un léger
tassement de la croissance
française au premier
semestre. Elle s’établirait à
0,4 % au premier comme au
deuxième trimestre, après le
pic de 0,6 % à la fin de l’année
2017. Le pouvoir d’achat des
ménages « marquerait le pas
au premier trimestre
sous l’effet en particulier
du relèvement de la fiscalité
indirecte sur les produits
énergétiques et sur le tabac,
avant de rebondir aux
trimestres suivants », indique
l’Insee. Ce ralentissement
pèse sur la consommation. A.G.
xalement un caillou politique pour
l’exécutif. Lors de l’élaboration du
budget 2018, le gouvernement
avait décalé à la fin de l’année la
majorité des mesures pro-ménages : suppression progressive de la
taxe d’habitation, deuxième baisse
des cotisations salariales… A
contrario, la diminution de l’ISF et
l’instauration d’une « flat taxe »
pour les revenus du capital étaient
instituées dès le 1er janvier.
Bercy justifiait cet arbitrage par
des contraintes budgétaires… que
la reprise a de facto amoindries.
D’où les polémiques à tiroirs sur le
budget des riches ou le pouvoir
d’achat des ménages. Joël Giraud,
député LaREM, s’est ainsi félicité
de la « correction » annoncée sur
la CSG. « La bonne fortune [la] rend
possible sans aboutir à des impasses
budgétaires », écrit le rapporteur
général du budget. Il avait réclamé
de verser une partie des rentrées
fiscales excédentaires à des dossiers urgents comme les maisons
de retraite. ■
La réforme de l’assurance-chômage ne passe pas
Gouvernance, contrôle des chômeurs… le plan Pénicaud déplaît aux partenaires sociaux.
CÉCILE CROUZEL £@ccrouzel
Les
« partenaires
sociaux
risquent
de se voir
cantonner
au rôle
de figurants
dont l’utilité
principale sera
d’endosser la
responsabilité
de décisions
en réalité
prises
par d’autres
CPME
»
SOCIAL Une fois n’est pas coutume, c’est la CPME qui a critiqué le
plus vertement le plan gouvernemental sur la gouvernance de l’assurance-chômage. Par communiqué de presse, la deuxième
organisation patronale a dénoncé
« une reprise en main étatique qui ne
dit pas son nom ». Est visé le fait que
le gouvernement enverra à l’avenir
une feuille de route explicite aux
partenaires sociaux avant qu’ils
n’entament les négociations sur
l’assurance-chômage. Ce document de cadrage fixera la trajectoire financière du régime et des objectifs pour l’évolution des règles.
En outre, toute convention issue
d’un accord « ne sera agréée par
l’exécutif que si elle respecte le document de cadrage », précise-t-on au
ministère du Travail.
Pour la CPME, les partenaires sociaux n’auront plus qu’un rôle de
« figurants », avec le risque d’endosser, via une négociation formellement en leur main, des décisions parfois impopulaires prises
par l’exécutif. « Lors de nos prochaines instances en avril, nous mettrons donc sur la table la question de
notre maintien ou non au sein de
l’Unedic, le gestionnaire de l’assurance-chômage », assène son président, François Asselin.
En réalité, il s’agit plus d’un coup
de semonce que d’une menace immédiate, ne serait-ce que parce que
ce type de décision doit être validé
par l’équivalent de l’assemblée générale de la CPME. Surtout, le patronat va tenter de se coordonner.
Or le Medef veut prendre son
temps. Alors que la campagne pour
la succession de Pierre Gattaz bat
son plein, il n’est pas en position de
prendre des décisions stratégiques
sur l’Unedic. D’autant que le paritarisme (la gestion de régimes avec
les syndicats) est un point de clivage entre les candidats.
quement par les cotisations sociales
mais aussi par la CSG, ressource à la
main du gouvernement et du Parlement. Le nouveau système sera
donc plus étatisé, même si les différents exécutifs suivaient déjà en
sous-main les négociations sur
l’assurance-chômage et exprimaient leurs choix. Nulle surprise :
Emmanuel Macron a toujours affir-
mé que la démocratie politique devait primer sur la démocratie sociale. « L’État garantit la dette de
l’Unedic, il est normal qu’il prenne
ses responsabilités », assume-t-on
au ministère du Travail. Quitte à
faire grincer des dents chez les partenaires sociaux, déjà fâchés par le
« retoquage » d’une partie de leur
accord sur la formation. ■
EN BREF
AIRBUS : LE
SUCCESSEUR D’ENDERS
CONNU FIN 2018
£ Dans un communiqué,
le conseil d’administration
d’Airbus confirme avoir lancé
le processus de sélection
du successeur de Tom Enders,
dont le deuxième mandat
échoit en avril 2019. Le nom du
successeur sera communiqué
fin 2018, précise le texte, puis
soumis au vote des actionnaires
lors de l’assemblée générale
d’avril 2019. D’ici là, Tom
Enders continue à exercer
pleinement ses fonctions
de président exécutif, ajoute
le communiqué.
PUMA AFFICHE
DE FORTES AMBITIONS
£ Moins de deux mois avant
la distribution de 70 % de son
capital aux actionnaires de
Kering par le groupe dirigé par
François-Henri Pinault, Puma
affiche de fortes ambitions.
L’équipementier sportif, qui
a réalisé l’an passé 4,1 milliards
d’euros de chiffre d’affaires,
vise d’ici à 2022 une croissance
annuelle de 10 %. À cette
échéance, la société allemande
vise une marge d’exploitation
de 10 %, contre 5,9 %
l’an passé.
» Gratuité des transports
à Paris : pourquoi l’idée
d’Hidalgo est périlleuse
» En pleine forme, Manitou recrute
à tour de bras
www.lefigaro.fr/economie
+@
Enjeu financier
Du côté des syndicats, Philippe
Martinez, le secrétaire général de la
CGT, a déclaré, sans surprise, « ne
penser que du mal » des nouvelles
mesures de contrôle des chômeurs.
Son syndicat ne signera pas l’accord sur l’assurance-chômage
trouvé en février. Chez les réformistes aussi, la grogne est réelle.
Michel Beaugas, le négociateur FO,
dénonce « une étatisation rampante
avec la nouvelle gouvernance ». Véronique Descacq, son homologue à
la CFDT, parle de « système piégeux » et précise que « tout dépendra de la façon dont le gouvernement
discutera, ou pas, avec nous en
amont de la lettre de cadrage lors des
prochaines négociations en 2020 ».
Mais le point qui change le plus la
donne est financier : l’assurancechômage n’est plus financée uni-
Le Bureau de Représentation touristique de la République Taiwan « Taiwan Tourism Bureau,
M.O.T.C » vous invite à présenter votre candidature pour représenter les activités touristiques de la
République Taiwan sur le marché français de 2018 à 2019.
L’appel d’offres est maintenant ouvert aux candidatures.
La date limite est le 9 avril 2018 à 17h.
L’ouverture des candidatures aura lieu le 10 avril 2018 à 10h00.
Nous vous invitons à consulter le site https://goo.gl/NkdQGL
pour télécharger le dossier complet d’appel d’offres
et obtenir de plus amples informations
A
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
22
ENTREPRISES
Facebook face à la colère des autorités
américaines et européennes
Le réseau social est en pleine tempête à cause de l’utilisation de ses données par Cambridge Analytica.
LUCIE RONFAUT £ @LucieRonfaut
Aucun
« système
n’a été
inflitré,
aucun mot
de passe,
aucune
données
sensibles
n’ont été
dérobés.
Néanmoins,
c’était une
arnarque
»
PAUL GREWAL,
VICE-PRÉSIDENT
DE FACEBOOK
INTERNET Ce n’était que le début
des ennuis. La FTC, l’agence gouvernementale américaine chargée
de faire respecter le droit des
consommateurs, a ouvert une enquête sur les relations entre Facebook et Cambridge Analytica, société britannique d’analyse de
données, d’après les informations
du site Bloomberg. Le réseau social
pourrait avoir enfreint un décret signé en 2011 avec la FTC. Il engage
Facebook à respecter le consentement des utilisateurs, en leur demandant la permission à chaque fois
qu’ils partagent leurs données avec
d’autres entités.
Le réseau social, qui risque une
très forte amende, affirme pourtant
avoir toujours respecté les choix de
ses utilisateurs. « Des personnes ont
fourni leurs informations en connaissance de cause. Aucun système n’a
été infiltré, aucun mot de passe,
aucune données sensibles n’ont été
dérobés, a commenté Paul Grewal,
vice-président de Facebook. Néanmoins, c’était une arnaque. » Les
procureurs du Massachusetts et du
Connecticut ont déjà lancé des enquêtes. D’autres États pourraient
suivre. Plusieurs membres du
Congrès américain ont également
appelé à ce que les autorités fédérales s’emparent du sujet.
La situation n’est pas plus confor-
table en Europe. En Angleterre, une
commission parlementaire britannique a convoqué Mark Zuckerberg,
estimant que les explications officielles de son entreprise étaient
« trompeuses ». L’agence anglaise
chargée de la protection des données, l’ICO, a réclamé un mandat
pour perquisitionner les bureaux de
Cambridge Analytica à Londres.
L’Union européenne s’en est enfin
mêlée, qualifiant ces révélations
d’« effroyables », d’après Vera Jourová, commissaire européenne
chargée de la Justice et de la protection des consommateurs. Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a annoncé que les
eurodéputés allaient « enquêter
pleinement » sur cette « violation
inacceptable des droits à la confidentialité des données ». Mark Zuckerberg a aussi été invité à s’expliquer
devant le Parlement européen.
Une société proche
de Trump
Dans cette affaire révélée le weekend dernier par le New York Times
et The Observer, Cambridge Analytica est accusé d’avoir accédé illégalement aux informations de plus
de 50 millions de comptes Facebook
en 2014. Pour ce faire, l’entreprise
aurait eu recours aux services d’un
sous-traitant, Global Science Research (GSR), et d’Aleksandr Kogan, professeur à la prestigieuse
université de Cambridge.
Le scandale Cambridge Analytica fragilise le réseau social
COURS DE L’ACTION FACEBOOK, en dollars à New York (Nasdaq)
1er février 2017 plus haut historique : 193,09 $
172,56 $
19 mars
180
163,89 $
160
à 19h00
140
20 décembre 2017
Source : Bloomberg
20 mars 2018
Ce dernier a développé une application de tests de personnalité,
censée être utilisée dans le cadre de
recherches universitaires. Les utilisateurs étaient rémunérés s’ils répondaient à des questions, ainsi
qu’en accordant un accès à leurs
données sur Facebook. Ces informations, ainsi que celles des amis
des personnes ayant participé à cette étude, ont ensuite été transmises
à Cambridge Analytica par Aleksandr Kogan. Elles auraient notamment été utilisées dans le cadre de la
campagne électorale de Donald
Trump, afin de comprendre et d’influencer l’opinion des électeurs
américains.
Cambridge Analytica a été financé
à hauteur de 15 millions de dollars
par Robert Mercer, un homme d’affaires américain et l’un des principaux donateurs du Parti républicain.
Steve Bannon, ancien directeur de
campagne de Donald Trump, était
lui-même investisseur et vice-président de Cambridge Analytica.
Facebook a tout de suite assuré
qu’il enquêtait sur la véracité de ces
informations. Il a engagé une firme
privée d’enquêteurs à cet effet. Le
réseau social a déjà expliqué que
Aleksandr Kogan avait pu récolter
légalement les données des utilisateurs, mais avait « violé les règles de
la plateforme » en les transmettant à
Cambridge Analytica. Facebook a
donc suspendu tout accès à ses données à Cambridge Analytica, au
groupe SCL, à GSR et à Aleksandr
Kogan.
Mark Zuckerberg, PDG du réseau
social, est pour le moment resté silencieux sur cette affaire. C’est aussi
le cas de son bras droit, Sheryl Sandberg. De son côté, Cambridge
profit est l’indicateur le plus pertinent. On considérera qu’une plateforme a une présence imposable
dans un État si elle remplit dans
l’année l’un des trois critères suivants : 7 millions d’euros de chiffre
d’affaires, 100 000 utilisateurs ou
3 000 contrats ou comptes créés.
La base taxable sera ensuite intégrée dans l’assiette fiscale que l’Europe propose pour les multinationales traditionnelles et désormais
numériques (Accis). Ces deux types
d’entreprises sont appelés à se fondre l’un dans l’autre. C’est à mes
yeux la réforme fiscale majeure du
XXIe siècle. Les bénéfices numériques seront imposés là où ils sont
réalisés !
À côté, nous proposons une taxe
temporaire sur des revenus qui
aujourd’hui échappent complètement à l’impôt. C’est du provisoire,
jusqu’à ce que se mette en place
l’imposition des profits du numérique.
plus robuste s’appuiera sur les
données privées revendues à des
fins publicitaires et sur les activités
de « place de marché », plateformes numériques qui facilitent la
vente de biens et services entre utilisateurs. Cet impôt sera déclaratif.
Le fisc se donnera les moyens de
vérifier et éventuellement de redresser. Ce ne sera pas une fiscalité
inquisitoriale d’un nouveau genre.
Analytica affirme qu’il ignorait
qu’Aleksandr Kogan avait eu accès
illégalement à ses données. La société dit avoir supprimé ces données en 2015, après que Facebook a
lui-même suspendu l’application
d’Aleksandr Kogan de son service.
Elle nie, donc, les avoir utilisées
dans le cadre de l’élection américaine. Le New York Times et le The
Observer affirment, eux, que ces informations ont bien été conservées
par Cambrige Analytica après 2015.
En outre, un reportage de la chaîne
anglaise Channel 4, diffusé lundi, a
montré qu’Alexander Nix, PDG de
Cambridge Analytica, se vantait de
pouvoir faire chanter des hommes
politiques en ayant recours à des
prostituées ou des pots-de-vin.
En Californie, où se situe le siège
de Facebook, les employés du réseau social ont été invités à une réunion exceptionnelle pour discuter
de cette actualité. Cette affaire
pourrait altérer l’image de Facebook aux yeux du grand public et
des autorités du monde entier, déjà
échaudés par les polémiques autour
de la désinformation ( « fake
news » ) et de l’influence de la Russie sur le service du réseau social.
Une perspective inquiétante pour
les investisseurs, qui craignent que
les activités de Facebook ne soient
davantage régulées. Lundi, le titre
avait déjà perdu 6,8 % en Bourse. Il
était encore en chute de plus de 5 %
à l’ouverture des marchés, mardi. ■
Moscovici propose une taxe
temporaire de 3 % sur
les revenus du numérique
PROPOS RECUEILLIS PAR
JEAN-JACQUES MÉVEL £@jjmevel
A
La Commission Juncker dévoile ce
mercredi deux projets de directive
sur la taxation de l’industrie numérique, projet attendu de pied ferme
par la France, qui en a fait une
priorité nationale. L’UE reste partagée entre l’ambition de faire reculer l’optimisation fiscale avec le
concours du monde et l’urgence
politico-budgétaire incarnée à Paris par Bruno Le Maire.
La Commission a choisi de répondre sur les deux fronts. Le plus
ambitieux est la refonte d’un droit
centenaire qui permet aux États
d’imposer seulement le profit de
firmes physiquement établies chez
eux. Fiscalement insaisissables,
Google, Facebook, Twitter et les
autres vont être rattrapés par la
notion de « présence numérique »
dans chaque pays de l’UE, même si
leur activité n’y laisse aucune trace. Le clic va remplacer la brique.
C’est un travail de longue haleine.
Le second axe, d’abord poussé
par Paris, puis Berlin, Rome et Madrid, est la taxation - peut être dès
2020 - du chiffre d’affaires sur les
créneaux numériques les plus juteux : le marketing des données individuelles, la vente d’espace publicitaire par les réseaux, les
interfaces entre acheteurs et vendeurs privés. Le taux sera de 3 %,
sur une base déclarative. Une bonne centaine de firmes américaines
mais aussi européennes et asiatiques sont visées.
LE FIGARO. - Comment l’Europe
peut-elle taxer ceux que l’on
appelle les géants de l’Internet,
ou les Gafa, principalement
américains ?
Pierre MOSCOVICI. - L’Europe est
une source majeure de profits pour
les entreprises du numérique. C’est
un marché de 500 millions de
consommateurs à pouvoir d’achat
élevé. Mais cela recouvre deux
problèmes : l’un légal, l’autre budgétaire.
Nos règles fiscales ont été conçues
il y a un siècle. Elles reposent sur la
présence physique d’une entreprise sur un territoire donné. Les entreprises du numérique ne sont pas
taxées quand elles n’ont pas ou peu
de présence physique en Europe. Il
faut combler ce vide juridique.
Il y a ensuite le problème budgétaire. Le vide juridique entraîne un
manque à gagner croissant pour les
États membres. La base fiscale
s’érode, la capacité à financer les
dépenses publiques diminue. Les
citoyens crient à l’injustice. Voilà
pourquoi il faut agir.
Combien les entreprises
numériques paient-elles d’impôts
aujourd’hui en Europe ?
La distorsion est manifeste, d’après
nos estimations. Les entreprises du
numérique paient en moyenne 9 %
d’impôt en Europe, là où les entreprises traditionnelles paient 23 %.
Il ne s’agit pas de taxer uniquement
les Gafa ou les entreprises américaines - une centaine d’entreprises
sont concernées, américaines certes, mais aussi européennes et asiatiques. L’enjeu, c’est de créer une
règle du jeu fiscal équitable pour
toutes les entreprises qui réalisent
des bénéfices sur le sol européen.
Pourquoi les États européens
ne parviennent-ils pas à taxer
l’économie numérique ?
Nos systèmes fiscaux sont dépassés. La première tâche est d’identifier la présence numérique. C’est
ce que l’OCDE tente de faire au niveau international mais il n’y a pas
encore de consensus. C’est pourquoi les Européens vont légiférer
pour eux-mêmes, dans le cadre du
marché unique, afin d’éviter une
mosaïque de mesures nationales.
La Commission propose
une double démarche.
Comment s’articule-t-elle ?
Nous proposons d’abord une nouvelle norme légale : la présence numérique. C’est le sésame qui permet d’imposer les profits générés
dans chaque pays. À mon sens, le
Pierre Moscovici :
« Les entreprises
du numérique ne sont
pas taxées quand elles
n’ont pas ou peu de
présence physique en
Europe. Il faut combler
ce vide juridique. »
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
Les
« entreprises
du numérique
paient
en moyenne
9 % d’impôt
en Europe,
là où les
entreprises
traditionnelles
paient 23 %.
PIERRE MOSCOVICI
+@
»
» Retrouvez
l’intégralité
de l’interview
de Pierre Moscovici sur
www.lefigaro.fr/
economie
Comment un État peut-il établir
une base d’imposition lorsqu’on
parle de clics, de réseaux sociaux,
d’interface entre vendeurs
et acheteurs privés, d’algorithmes
publicitaires ?
L’activité de ces plateformes sera
appréhendée à travers les chiffres
qu’elles devront fournir. La base la
S’agira-t-il d’un impôt européen
ou de règles communes mises
en œuvre par les vingt-huit
ou vingt-sept fiscs nationaux ?
La Commission propose des règles
harmonisées au niveau européen.
Elles permettront à chaque État de
générer des recettes fiscales sur les
activités numériques qui ont lieu
sur son territoire.
Vous proposez de commencer par
une taxe temporaire sur le chiffre
d’affaires. Les abonnements
payants, comme Netflix, Qobuz
ou iTunes seront-ils taxés ?
Et les grands distributeurs
par Internet aussi, tels Amazon,
Apple ou la Fnac ?
La taxe provisoire s’appliquerait
aux recettes provenant d’activités
où les utilisateurs jouent un rôle
dans la création de valeur – par
exemple, des moteurs de recher-
che – ainsi qu’aux recettes provenant de la mise en relation d’un
client et d’un fournisseur. En revanche, les plateformes qui donnent un accès à un contenu numérique n’entreront pas dans le
périmètre. La taxe intérimaire ne
s’appliquera qu’aux entreprises
dont le CA total mondial dépasse
750 millions et les recettes européennes, 50 millions d’euros.
Le bon exemple, c’est Amazon.
Quand le groupe vend des marchandises qui transitent par ses entrepôts, elle a une présence physique déjà taxable et paie la TVA.
Quand Amazon met en relation un
acheteur et un vendeur, elle a une
activité de place de marché et perçoit une commission. Aujourd’hui,
ce revenu n’est pas taxé faute
d’établissement physique dans
l’UE.
Quel sera le taux de cette taxe
provisoire ? Quel est le rendement
attendu ?
Nous proposons par prudence un
taux de 3 % parce qu’il s’agit d’une
taxe sur le chiffre d’affaires. Il faut à
la fois taxer effectivement les
géants très profitables et ne pas pénaliser les entreprises qui ont des
marges faibles. Au niveau de 3 %, la
taxe générerait 5 milliards de recettes par an. ■
LE FIGARO
mercredi 21 mars 2018
ENTREPRISES 23
La Fed s’apprête à relever ses taux directeurs mercredi soir
Trois ou quatre ? Les marchés s’interrogent sur le nombre de hausses que la banque centrale décidera en 2018.
0,25 %
C’est la hausse
attendue
du taux directeur
de la Réserve fédérale
PIERRE-YVES DUGUA £@PDugua
CORRESPONDANT À WASHINGTON
ÉTATS-UNIS Un relèvement de
0,25 % du taux directeur de la Réserve fédérale mercredi soir ne
fait guère de doute. Ce serait le
sixième depuis décembre 2015 et
le premier en 2018. Les déclarations de Jay Powell, le nouveau
patron de la Fed, laissaient déjà
clairement entendre fin février
qu’une telle majoration du taux
des « fed funds » était imminente
et justifiée.
Plus intéressantes et moins évidentes sont en revanche les perspectives de renouvellement de
cette hausse au cours des pro-
chains mois. La Fed va-t-elle relever à nouveau ce taux en septembre, puis en décembre,
comme beaucoup l’anticipent ?
Ou bien ira-t-elle plus vite, pour
agir avant l’été ?
La fourchette du taux des fed
funds détermine le prix auquel la
banque centrale laisse les banques
se prêter des liquidités à très court
terme. Elle devrait passer mercredi de 1,25-1,50 % à 1,50-1,75 %.
Le vote par le Congrès de baisses d’impôts en décembre dernier
promet d’abord de doper la
consommation dans les prochains
mois. On estime à 0,4 % son effet
positif sur le PIB en 2018. Le FMI,
du coup, table sur 2, 7 % de croissance cette année aux États-Unis.
À condition bien sûr qu’une escalade de sanctions commerciales
entre la Chine, les États-Unis,
voire l’Union européenne, ne
vienne bouleverser la donne.
avons vu que la politique fiscale devenait plus stimulante. »
Il est vrai que la décision début
février par le Congrès d’augmenter les dépenses publiques de
300 milliards de dollars sur deux
ans devrait stimuler la demande.
Le dernier semblant de discipline
budgétaire remontant aux années
où les républicains tentaient de
brider les dépenses publiques
voulues par Barack Obama a été
éliminé sous la volonté de Donald
Trump, au grand désespoir d’une
minorité de républicains conservateurs.
Dans leurs rapports communiqués au siège de la Fed à Washington, les districts régionaux de la
banque centrale évoquent tous
Jay Powell optimiste
Interrogé au Congrès début mars
sur les raisons qui pourraient le
pousser à relever quatre fois, et
non pas trois, ses taux directeurs
cette année, Jay Powell a répondu : « Nous avons continué de voir
un marché du travail solide. Nous
avons vu que certaines données, de
mon point de vue, renforcent la
confiance dans le rapprochement
de l’inflation de notre objectif. Nous
avons vu aussi une tendance favorable dans le reste du monde et nous
BNP Paribas
se renforce
aux États-Unis
Bank of the West,
San Francisco.
BANK OF THE WEST
Le groupe mise sur sa banque de détail
californienne Bank of the West et sur ses activités
de marché et de financement des entreprises.
BNP PARIBAS
EN CHIFFRES
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
SAN FRANCISCO
EN 2017
7,8
milliards d’euros
de résultat net
43,2
milliards d’euros
de produit net bancaire
(PNB, équivalent
du chiffre d’affaires)
2,4
milliards de dollars
de chiffre d’affaires
en 2016 pour Bank
of the West, la banque
de détail américaine
2,2
milliards de dollars
de chiffre d’affaires
en 2016 pour la banque
de financement
et d’investissement
de BNP Paribas
en Amérique du Nord
FINANCE
Sur
Montgomery
Street, au siège de Bank of the
West, au cœur du quartier des affaires de San Francisco, le nom et
le logo vert étoilé de BNP Paribas
sont désormais accrochés sur la
façade. La sixième banque de détail de Californie, fondée en 1874
au temps de la ruée vers l’or, a
changé d’identité visuelle il y a
tout juste un an. Soit près de quarante ans après son rachat par
BNP qui cherchait de cette manière à financer les entreprises
françaises présentes aux ÉtatsUnis. L’an dernier, elle a été rebaptisée Bank of the West BNP
Paribas, et l’ours, son emblème
historique (également celui de la
Californie), a disparu. Ce qui n’a
pas gêné ses 2 millions de clients,
affirme un représentant de la seule banque de détail américaine
détenue par un établissement
français.
Le changement de logo illustre
la nouvelle stratégie de BNP Paribas dans le pays où il a payé en
2014 une lourde amende. Elle vise
des signes de pénurie de maind’œuvre qualifiée. À 4,1 %, le taux
de chômage est au plus bas depuis
dix-sept ans. Ce contexte devrait
stimuler des hausses de salaires. Il
est vrai que, pour le moment, l’indice des dépenses personnelles de
consommation, mesure préférée
de l’inflation aux yeux de la Fed,
évolue toujours en dessous de 2 %,
objectif que la banque centrale
américaine ne parvient pas à atteindre depuis qu’elle se l’est fixé,
en 2012.
S’il n’y a donc pas d’urgence a
priori à accélérer les hausses des
taux, les raisons objectives de
s’attendre à une accélération de
l’inflation qui justifierait cette accélération s’accumulent. ■
à renforcer les synergies entre ses
différentes activités bancaires
(banque de détail, financement
des entreprises…) et à capitaliser
sur sa marque afin d’accélérer son
développement chez l’Oncle Sam.
Aujourd’hui, elle réalise entre 15
et 18 % de son produit net bancaire (chiffre d’affaires) en Amérique du Nord et latine.
Trio de tête
Pour s’adapter à la nouvelle réglementation américaine sur les
grandes banques étrangères, BNP
Paribas a constitué en juillet 2016
un holding (intermediate holding
company) qui chapeaute toutes
ses entités : Bank of the West et la
banque de détail hawaïenne First
Hawaiian Bank, rachetée en
1998. Les activités de banque
d’investissement et de financement des entreprises et de gestion d’actifs. Cela représente
2,6 millions de clients en banque
de détail et près de 800 grandes
entreprises et clients institutionnels (sur 2 500 entreprises).
« Dans le contexte d’une croissance économique soutenue, BNP
Paribas capitalise sur son modèle
de banque diversifiée et intégrée,
voir servir ses clients globalement. » La banque espère ainsi figurer dans le trio de tête des
banques européennes d’investissement et de financement travaillant avec des clients américains. Elle mise sur un chiffre
d’affaires de 2,7 milliards de
bien adapté au nouveau cadre réglementaire mis en œuvre pour les
banques étrangères aux ÉtatsUnis, explique Jean-Yves Fillion,
PDG de BNP Paribas USA. Se développer sur le sol américain est
une nécessité pour un groupe
comme BNP Paribas, qui doit pou-
dollars en 2020, contre 2,2 milliards en 2016.
BNP Paribas a des ambitions
comparables pour Bank of the
West, présente dans 20 États de
l’Ouest américain et qui se rapproche de plus en plus du modèle
de banque universelle. Bank of the
West, dirigée depuis près de deux
ans par Nandita Bakhshi, l’une des
rares femmes à la tête d’une banque outre-Atlantique, espère ainsi
réaliser 2,8 milliards de dollars de
revenus en 2020, contre 2,4 milliards en 2016. Pour atteindre ces
objectifs, la banque californienne,
très présente chez les vignerons
de la Napa Valley, a récemment
renforcé ses activités auprès des
entreprises, en s’appuyant sur les
savoir-faire de BNP Paribas (service de fusions et acquisitions
pour les PME, par exemple). Elle a
aussi lancé une activité de gestion
de fortune, qui gère aujourd’hui
13 milliards de dollars sous gestion
et vise les 21 milliards de dollars
en 2020. Bank of the West a aussi
de grandes ambitions dans le domaine du crédit (financements
spécialisés dans l’auto…) et a des
projets avec Cetelem dans le crédit en ligne.
Pour optimiser ses coûts, Bank
of the West (538 agences) a déjà
fermé environ 20 % de ses agences. Il s’apprête à transférer en
Arizona, où le coût de la vie est
moins élevé qu’à San Francisco,
un millier de postes sur 10 000 au
total. En parallèle, BNP Paribas a
créé deux plateformes de services
au Canada (informatique, finance,
taxes…) où il emploie plus de
600 personnes. ■
L’industrie agroalimentaire française relève la tête
ALIMENTAIRE Les industriels de
l’agroalimentaire en France confirment un regain de forme. Quatre
ans après le trou d’air de 2013 sur
l’emploi, le secteur a vu sa croissance s’accélérer, passant de 1,1 %
en 2016 à 3,9 % l’an dernier, à
180 milliards d’euros.
Mieux, le secteur a continué à
être créateur net d’emplois l’an
dernier : 4 491 plus précisément,
pour frôler les 430 000 emplois, selon l’Ania, qui regroupe les 17 500
entreprises du secteur, dont 98 %
de PME. De quoi confirmer la position du secteur comme leader de
l’industrie française. Alors que la
France entame sa cinquième année
de guerre des prix, cette bonne santé est portée par la hausse du prix
des matières premières (+ 12 %) et
l’export. Celui-ci représente 21 %
du chiffre d’affaires du secteur,
avec un excédent commercial de
7,6 milliards d’euros. Après une année 2016 pénalisée par les conditions météorologiques défavorables, les exportations françaises ont
bondi de 7 %.
VADAM/PHOTOPQR/L’EST REPUBLICAIN/MAXPPP
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
Signes de faiblesse
En tête des produits les plus appréciés
à l’étranger : les boissons, notamment les vins et spiritueux champions toutes catégories (12,2 milliards
d’euros d’excédent). Mais aussi produits laitiers et glaces (2,7 milliards)
ou aliments pour animaux (1,1 milliard). Au final, hors boissons, le déficit se creuse à 4,5 milliards d’euros,
contre 4,1 milliards en 2016.
« Nous avons une grosse marge de
manœuvre car nos entreprises sont
petites, et seules 20 % d’entre elles
exportent en 2017, contre 80 % en
Après les vins
et spiritueux, les
produits laitiers arrivent
en tête des denrées
les plus appréciées
à l’étranger.
Allemagne », appuie Jean-Philippe
Girard, président de l’Ania, qui veut
faire remonter la France sur le podium des plus gros exportateurs de
produits alimentaires. En tête en
2004, la France est tombée à la qua-
trième place, derrière les ÉtatsUnis, l’Allemagne et les Pays-Bas.
Pour inverser la tendance, le dirigeant appuie sur les politiques
d’accompagnement et de promotion des sociétés françaises dans les
zones prioritaires que sont les
États-Unis et l’Asie. « Ouvrir un
pays, cela peut représenter 120 000 à
150 000 euros d’investissements. Ce
n’est pas neutre pour une petite société, surtout quand le premier gros
contrat arrive en moyenne au bout de
trois ans », ajoute-t-il.
Ce pari de l’export est d’autant
plus important que les signaux de
reprise enregistrés en 2017 ne masquent pas des signes de faiblesse en
France. « La conjoncture se redresse, mais moins vite que le reste de
l’industrie, alors que normalement la
préoccupation première des individus, c’est quand même de se nourrir », détaille Jean-Philippe Girard.
Surtout, les entreprises alimentaires arriveraient dans une zone
dangereuse, avec des marges en
baisse de 6 points en dix ans. C’est la
conséquence directe selon l’Ania de
la guerre des prix menée depuis
2013 par les grandes enseignes.
Malgré un arrêt de la déflation
(- 0,1 %) en 2017, les marges ont
continué à chuter l’an dernier, sous
l’effet de hausses non répercutées
des prix des matières premières.
« Une entreprise sur deux a signé
en déflation en 2018. Et sur les 37 %
qui ont obtenu des hausses de tarifs,
aucune n’a pu le faire dans la même
proportion que la hausse des matières premières. Ça fait cinq ans que la
situation se dégrade. On ne peut pas
tenir sur ces niveaux de marge. Si ça
continue, il y a aura bientôt des plans
sociaux dans l’industrie et dans la
distribution », conclut le dirigeant,
en guise d’avertissement. ■
A
Malgré la guerre des prix en France, ses ventes globales ont augmenté de 3,9 %, portées par les exportations.
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
24 ENTREPRISES
Le burger, martingale des restaurateurs
Aussi rentable que la pizza et la crêpe, c’est un best-seller en France. Il s’en vend plus que de jambon-beurre.
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
RESTAURATION Au palace de la
place Vendôme, à Paris, le « Ritz
burger » au beaufort, frites et salade verte est vendu 42 euros. Au
bar du Crillon, les miniburgers du
chef se dégustent jusqu’à 18 heures pour 28 euros. Longtemps
symbole de la malbouffe, le burger
a trouvé ses lettres de noblesse et
s’est fait en dix ans une place aux
plus belles tables de France. En
2008 celui de Yannick Alléno,
alors chef au Meurice, avait été
considéré comme « meilleur du
monde » par le New York Times.
Révolution au pays de la baguette et du steak frites : les ventes de
burgers ont dépassé l’an passé celles de sandwichs jam-bon-beurre.
Il s’en est vendu 1,46 milliard, 9 %
de plus qu’en 2016, selon le cabinet
Gira Conseil. Si ce raz-de-marée
est aussi tiré par l’explosion des
fast-foods (lire ci-dessous), le burger est surtout devenu un must
grâce à la restauration traditionnelle. Il figure désormais à la carte
de 85 % des restaurants avec service à table, selon Gira Conseil. Au
fois gras, sans pain, au saumon,
sans gluten… ce plat se décline à
toutes les sauces. Sans être léger, il
se veut « premium », facile à
manger, bien installé à table, avec
des couverts pour ne plus s’en
mettre partout.
1,46
milliard de burgers
consommés en France
en 2017, contre
1,22 milliard
de sandwichs jambonbeurre (Gira Conseil)
Pas besoin d’investir
trucks. Ces camions, inspirés des
cantines de rue, sont apparus en
2014 à Paris. Le Camion qui Fume
est le premier à avoir connu le
succès. « Ils ont conjugué restauration rapide et de qualité, insiste
Hubert Jan. La restauration à table
s’est engouffrée dans la tendance. »
Le burger donne un coup de
jeune à la carte, il a le bon goût de
plaire aussi bien à midi que le soir
et, surtout, d’être un plat très ren-
table. « Sa marge est aussi élevée
que celle d’une pizza ou d’une crêpe, poursuit le professionnel. C’est
entre 10 et 15 % de plus que n’importe quel autre plat à la carte. Le
burger, c’est facile à préparer et
peu coûteux. De la viande hachée
coûtera toujours moins cher qu’une
entrecôte ou un faux-filet. Le burger a aussi rendu un grand service
aux marchands de viande, dont la
consommation reculait. »
Autre avantage pour le restaurateur. Ajouter un burger à sa carte n’exige pas d’investissement. Il
peut diversifier son offre et doper
ses marges avec un seul plat, sans
perdre son âme et sans avoir à rebaptiser son établissement. À l’inverse, s’il veut ajouter des crêpes
ou des pizzas, il lui faut une offre
très large sur sa carte et construire
un four à pizza. Le retour sur investissement n’est pas le même. ■
Les débuts du burger dans la restauration à table remontent à fin
2008, selon Maria Bertoch, spécialiste restauration chez NPD. En
manque de clients après la crise
bancaire et financière de septembre, les professionnels ont vu dans
ce plat copieux l’opportunité d’attirer des clients avec une offre
moins chère. Pour Hubert Jan,
président de la branche restauration à l’Umih, principal syndicat
de la profession, la montée en
gamme du burger, qui a lui permis
de s’imposer dans la restauration
assise, est aussi due aux food
La guerre des enseignes
de fast-food s’intensifie
C’est la dernière chaîne américaine
de burgers à avoir débarqué en
France. Numéro quatre mondial
avec 3 900 restaurants, Carl’s JR a
inauguré en janvier son premier
restaurant tricolore près de Toulon.
Son master franchisé, un ex de
McDo, envisage d’ouvrir plus d’une
centaine de Calr’s JR dans l’Hexagone en une douzaine d’années.
Five Guys, Steak’n Shake, Big
Fernand, 123 East Street, Blend,
PNY… En quelques années, les enseignes de burger se sont multipliées.
D’autres, tel Shake Shack, étudient
le marché. Le burger est devenu le
plat le plus consommé dans le pays.
Chez Just Eat France, il est arrivé en
tête des ventes de 2017. Chez Deliveroo, le Bartholomé (raclette, oignons
et ciboulette) de Big Fernand a été la
commande la plus livrée au monde.
« Les Français consomment 16 burgers par an. C’est comparable à l’Allemagne (15 burgers) et bien plus que
l’Italie et l’Espagne (10 burgers) », affirme Maria Bertoch, spécialiste de la
restauration chez NPD Group. McDonald’s (1 400 adresses) a longtemps été leader sans vrai rival.
Quick, premier challenger, était
quatre fois plus petit et a quitté le
marché. Le retour de Burger King,
avec son master franchisé Groupe
Bertrand, a signé la fin d’une époque. En misant sur la France, qu’il
avait quittée, l’inventeur du Whopper a provoqué un double effet : relancer la concurrence et redonner
confiance dans le potentiel du marché. Burger King France a franchi fin
2017 la barre des 200 adresses. Il en
vise 300 fin 2018. « Nous sommes satisfaits du rythme d’ouvertures, lance
Jérôme Tafani, directeur général.
Notre retour est un succès. »
Le Whopper a ses aficionados.
Son arrivée gare Saint-Lazare, fin
2013, a créé le buzz. Ses concurrents
américains sont arrivés dans la foulée. Mais, au pays de la gastronomie,
tous mettent en avant la qualité de
leurs produits et l’originalité de
leurs recettes. « Le marché français
est exigeant. Nous en tenons compte.
Nous allons passer à 100 % de frites
et farines françaises dans les douze
mois », affirme Jérôme Tafani.
Five Guys communique sur ses
pommes de terre fraîches coupées à
la main dans les restaurants. L’enseigne de burgers préférée de Barack Obama s’est offert les
Champs-Élysées pour sa première
adresse en France. « Il y a encore de
la place, mais ça devient difficile,
surtout dans les grandes villes, note
Michael Intins, conseil en immobilier commercial. Il y a trois ans, les
ouvertures se faisaient à tour de
bras, quand bien même les copropriétés sont toujours défavorables à
l’arrivée d’un restaurant de burgers.
Aujourd’hui, elles sont plus ciblées. »
Les bons emplacements attirent
toutes les enseignes. « Les plus
grosses, qui peuvent se permettre
d’avoir le taux d’effort (chiffre d’affaires par rapport au loyer) le plus
important, l’emportent », constate
cet expert. « La guerre entre enseignes se joue surtout pour l’emplacement numéro 1 bis, moins cher que le
numéro 1, mais très fréquenté », affirme Nicolas Nouchi, directeur des
LES DÉCIDEURS
â MARC LUINI
JAGUAR LAND ROVER
Départ de l’homme qui a fait les
succès de Jaguar Land Rover France
depuis une dizaine d’années. Marc
Luini laissera à la fin du mois son
fauteuil de managing director au Belge
Steven De Ploey (notre photo), 44 ans. Il aura
occupé des rôles majeurs au sein des deux
marques anglaises en France et en Belgique
depuis plus de trente ans. Des performances
saluées par Bob Grace, le patron des opérations en Europe : « Nous sommes très reconnaissants de la contribution exceptionnelle de
Marc sur plus de trois décennies et nous lui
souhaitons le meilleur pour le futur. » Après
avoir œuvré en Europe, son successeur était
depuis six mois le patron par intérim de
l’Allemagne.
A
â NATHALIE REMY
Maison Christofle
Des préconisations à l’action. Après
avoir œuvré plus de vingt ans,
notamment
chez
McKinsey
& Company, dans le conseil des maisons de
mode et de beauté dans l’univers du luxe,
Nathalie Remy devient « pédégère » de la
maison Christofle. Elle devra faire rayonner
la marque en France et à l’international, en
s’appuyant sur les savoir-faire de Christofle,
ses talents et ceux de ses artisans.
études chez CHD Expert. Selon lui,
il y a environ 6 000 restaurants rapides de burgers en France, dont
2 100 sont des chaînes. Celles-ci
ont ouvert plus de 110 adresses en
deux ans.
Risque de saturation
« On arrive à un point d’inflexion entre l’offre et la demande qui reste
malgré tout dynamique, affirme Steve Burggraf, cofondateur et président de Big Fernand (42 restaurants), racheté à 80 % par le fonds
BlueGem. Depuis quatre ans, tout le
monde a pensé que le burger gourmet
(de 12 à 18 euros avec frites et boisson) était le nouvel eldorado. Même
Five Guys est arrivé en France avec
des niveaux de prix qui n’existent
nulle part ailleurs. Certaines enseignes ne survivront pas. Il y a encore
beaucoup d’ouvertures, mais le chiffre d’affaires à périmètre constant a
tendance à baisser. »
Nicolas Nouchi va dans son sens :
« On perçoit un essoufflement, qui
peut s’expliquer par un trop-plein de
la part des consommateurs : ils voient
trop de burgers, trop de points de
vente, ils en ont trop mangé. La banalisation du burger, même gourmet,
crée de la lassitude. » Hubert Jan n’a
pas de doute : « L’offre de burgers
dépasse la demande. Je ne suis pas
sûr que le phénomène dure. Le
consommateur risque de saturer. »
Pour rivaliser, certains acteurs
ont fait évoluer leur concept, comme Mamie Burger, qui a élargi sa
carte, intégré viandes et poissons et
mis en place un service à table. Maria Bertoch reste optimiste : « La
France est encore loin des Anglais,
qui en mangent 24 par an et par personne. » Pourtant, Nicolas Nouchi
pense déjà à l’après-burger. Selon
lui, le taco, le poke (une spécialité
hawaïenne) et le bobun grignotent
des parts de marché. ■
M. V.
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
â
Sacha Vigna met l’e-commerçant
de meubles Vente-Unique en Bourse
Alors que son concurrent
britanique Made.com vient
de lever 45 millions
d’euros, le site d’e-commerce français Vente-Unique, de son côté, rejoint le prestigieux club des
entreprises cotées. Une stratégie qui devrait
permettre au spécialiste du meuble de récolter
environ 7 millions d’euros. « Notre idée est de
multiplier par deux notre chiffre d’affaires d’ici
à cinq ans, notamment en poursuivant notre
développement européen », explique Sacha
Vigna, fondateur et directeur général du site,
filiale à 95 % du groupe Cafom, qui cédera
22 millions d’euros d’actions en Bourse. Après
la conquête d’une dizaine de pays d’Europe, le
groupe réalise toujours 68 % de ses 77 millions
de chiffre d’affaires en France, avec une progression de 13 % en 2017. Mais le pure player
regarde à présent du côté de l’Europe de l’Est
pour prolonger sa croissance internationale.
La sphère d’Habitat
Car il y a encore de la marge sur le Vieux
Continent. Si les ventes de meubles sur la Toile
représentent plus de 30 % aux États-Unis,
elles ne sont que de 11,8 % en Europe. Spécialiste d’e-commerce passé par l’ESC Toulouse
et un MBA aux États-Unis, Sacha Vigna a
commencé sa carrière au sein d’agences de
conseil en digital en France, alors qu’Internet
faisait ses premiers pas. Pendant six ans, de
1999 à 2005, il s’attelle à une dizaine de projets
numériques, comme le lancement de la banque en ligne Zebank créée par le fonds
d’investissement Europ@Web. C’est donc
assez naturellement que se tourne vers lui
l’entrepreneur Hervé Giaoui, fondateur de
Cafom, propriétaire des franchises But en
outre-mer et repreneur en 2011 d’Habitat,
lorsqu’il veut se lancer sur Internet en France.
Comme son nom l’indique, le site Vente-unique.com se consacre d’abord à des ventes
flash limitées en temps et en quantité pour une
référence unique de canapés milieu de gamme. Dès le premier jour, avec 40 000 euros de
chiffre d’affaires, c’est un succès.
Vente-Unique rentre alors dans une phase
d’hypercroissance, sous la main experte de
Sacha Vigna qui façonne l’entreprise, du
recrutement à l’interface Web. Le nombre
de références augmente, ainsi que les espaces de stockage, si bien que le tout juste quadragénaire est aujourd’hui à la tête de
73 salariés partagés entre le siège et l’entrepôt de 23 000 m2, pour 8 000 références
vendues. Un succès dont ce père de deux
enfants ne se lasse pas : « Meubler l’intérieur
des gens, c’est extraordinaire. C’est un peu
comme partager leur quotidien. »
A. B.
Le M. Burger
du restaurant Le Dali,
au cœur de l’hôtel
Meurice, à Paris.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
www.lefigaro.fr/decideurs
â DICK SLUIMERS
Euronext
Ancien directeur général du plus gros fonds de
pension néerlandais ABP, mais aussi conseiller
extraordinaire au Conseil d’État néerlandais, il
devient président du conseil de surveillance de
la Bourse Euronext, dont il était déjà vice-président depuis 2016. Il remplacera Rijnhard van
Tets à l’issue de l’assemblée générale du 15 mai.
â DOMITILLE FAFIN
L’Oréal
À 33 ans, cette double diplomée de
Sciences Po et de l’Essec intègre le
groupe cosmétique français, après
avoir œuvré onze ans en tant que directrice de
la communication corporate chez Shell France.
Chez L’Oréal, elle chapeautera désormais la direction de la communication corporate et les affaires publiques pour l’Hexagone.
â YE JIANMING
CEFC
Le patron et fondateur du conglomérat chinois
CEFC China Energy et CEFC Europe, qui avait
voulu acquérir 14 % du russe Rosfnet dernièrement, quitte ses fonctions suite à l’enquête dont
il est l’objet en Chine « pour soupçon de violation
de la loi ».
LE FIGARO
mercredi 21 mars 2018
ENTREPRISES 25
SFR clarifie
ses tarifs et ouvre
ses offres sport
à ses concurrents
Alain Weill,
PDG du groupe SFR,
lors d’une conférence
de presse, mardi à Paris.
BENOIT TESSIER/REUTERSNO
L’opérateur télécoms simplifie sa grille tarifaire,
mais multiplie les options pour des contenus.
SFR
ELSA BEMBARON£@elsabembaron
EN CHIFFRES
22
millions d’abonnés
fixe et mobile
10,8
milliards d’euros
de chiffre d’affaires
95%
de la population couverte
en 4G
TÉLÉCOMS Retour aux fondamentaux chez SFR. Sous la houlette
d’Alain Weill, l’opérateur télécoms
revoit son modèle de distribution
de contenus. Fini l’ajout d’options
payantes qui hérissent le poil de
consommateurs n’ayant rien demandé : désormais, ils vont avoir le
choix des armes. Cela passe par
une simplification drastique de son
offre commerciale.
Cette évolution est essentielle
pour l’opérateur, dont le principal
défi est de retrouver la confiance
des consommateurs. Cela passe
par l’investissement dans son réseau très haut débit fixe et mobile
(la fibre et la 4G), par l’amélioration du service clients et par une
clarification de ses propositions
commerciales. Les consommateurs ont désormais le choix entre
trois forfaits Internet, de 23 à
37 euros les douze premiers mois
(puis de 39 à 54 euros). Les six nouveaux forfaits mobiles seront lancés le 27 mars, avec des abonne-
ments mensuels compris entre 4 et
60 euros, pour l’offre la plus haut
de gamme. Libre à chacun d’ajouter ensuite les options qui lui
conviennent, au risque de faire
grimper rapidement la facture. Le
sport sera facturé 5 euros par mois
aux clients SFR, et le cinéma et les
séries (comprenant SFR Play, Altice Studio, Sundance TV, Paramount Channel, TCM Cinema, Action), 4 euros.
Doubler les revenus
dans les médias
Les clients des autres opérateurs
pourront acquérir ces services
pour, respectivement, 15 et
10 euros par mois. SFR mise gros
sur ce point : il dispose des droits
de la Champion’s League et de la
Ligue Europa à partir du mois
d’août et pour trois ans. Le groupe
a donc trente-six mois pour démontrer au marché que son pari de
la convergence entre les télécoms
et les médias était le bon. Trois petites années pour rentabiliser un
investissement de 1,2 milliard
d’euros.
Deux leviers vont être activés :
celui de la conquête de nouveaux
abonnés aux offres télécoms de
SFR, qui bénéficieront de tarifs
préférentiels sur le foot. Le second
passe par la distribution de ces offres par d’autres opérateurs. Pour
ne pas heurter ses concurrents,
Alain Weill a mis de l’eau dans son
vin : SFR Sport s’appelle désormais
RMC Sport. Stéphane Richard, le
patron d’Orange, avait répété à
plusieurs reprises qu’il ne souhaitait pas distribuer, via ses Livebox,
des contenus portant la marque
d’un concurrent. SFR a donc choisi
de satisfaire à cette première
condition nécessaire mais pas encore suffisante. Une grande partie
de la négociation porte désormais
sur les conditions financières.
Alain Weill a été très clair, il ne
bradera pas RMC Sport. Mais il est
disposé à tout mettre en œuvre
pour que les fans de foot non abonnés à SFR puissent retrouver la
Champion’s League à partir du
mois d’août, en passant par des applications disponibles sur smartphones ou sur le site Internet.
À terme, l’ambition affichée par
Alain Weill est simple : il veut doubler le chiffre d’affaires réalisé par
le groupe dans les médias, pour le
porter de 500 millions actuellement à 1 milliard. Le pari est pour
le moins audacieux, revenant à annoncer la création d’un mini-Canal +, disposant d’une offre de télévision gratuite (BFMTV, RMC
Découverte), de contenus payants
(le sport, le cinéma et les séries), de
radios et de titres de presse écrite.
Le groupe cherche d’ailleurs à valoriser ces chaînes en facturant à
son tour ses « services à valeur
ajoutée » aux opérateurs télécoms,
suivant les pas de TF1 et de M6.
SFR a aussi annoncé des évolutions pour son offre Presse. Si rien
ne change pour les abonnés actuels, les prochains vont devoir
passer à la caisse pour en bénéficier. L’accès aux 80 titres du kiosque numérique de l’opérateur devrait coûter un peu moins de
10 euros aux abonnés SFR et un peu
plus de 10 euros aux non-abonnés.
« Nous avons inventé un nouveau
modèle de distribution de la presse,
qui répond aux problématiques actuelles », estime Alain Weill, qui
souhaite ajouter à la lecture des
journaux en ligne un accès privilégié à leurs offres numériques. ■
Asmodee veut surfer sur le succès de ses jeux de société
Le groupe français crée une entité pour adapter ses best-sellers en livres, BD, dessins animés ou films.
KEREN LENTSCHNER £@Klentschner
Horreur à Arkham
(Arkham Horror),
un jeu de société
coopératif, a donné lieu
à la publication
d’une douzaine
de livres. ASMONDEE
DIVERTISSEMENT Asmodee veut
s’épanouir sur un nouveau terrain
de jeu. La société française, leader
mondial des jeux de société, se
lance dans la bataille du divertissement. Elle a créé une entité à cet
effet, Asmodee Entertainment,
dont l’objectif consistera à prolonger l’existence de ses jeux de société à travers des romans graphiques, BD, séries télévisées et films.
Voire des escapes games ou des
animations dans des parcs d’attractions. Cela pourra se faire au
travers de partenariats stratégiques et de licences.
Asmodee, détenu par le fonds
Eurazeo, mise sur le potentiel de
ses best-sellers : Dobble, Catan, XWing, Les Aventuriers du Rail et
Jungle Speed. « La force d’Asmodee
est de raconter des histoires extraordinaires au travers des jeux que
nous développons, déclare Stéphane Carville, PDG d’Asmodee. Avec
le lancement d’Asmodee Entertainment et de ces nouvelles formes de
contenus, nous pourrons aussi raconter ces histoires, par des films ou
des romans graphiques, aux
joueurs déjà passionnés par nos
univers, mais également à de nouveaux publics. » Une nécessité à
l’heure où les frontières du jeu se
déplacent sous l’effet du digital.
Asmodee fait évoluer son business model en passant de fabricant
et distributeur de jeux de société à
groupe de contenu. Cette activité
assure des marges très confortables. L’entreprise a recruté deux
pointures du secteur, Darren Kyman et Andy Jones, respectivement basées à Los Angeles et Londres, pour constituer la future
équipe. Elle serait déjà en discussions avec Sony pour la réalisation
d’un film inspiré de Catan.
Offensive sur Internet
Asmodee a franchi une première
étape dans cette stratégie de diversification il y a trois ans en se
lançant dans le digital. Il compte
une trentaine de jeux vidéo à son
catalogue avec l’ambition de « devenir la référence des jeux de pla-
teau, quel que soit le type de plateforme ». Cette activité, animée par
45 personnes, représente moins de
10 % de son chiffre d’affaires mais
accélère. L’appli des Aventuriers
du Rail a été téléchargée plus de six
millions de fois. Lors de son lancement, les ventes du jeu physique
avaient crû de 30 %.
En matière de divertissement,
Asmodee a déjà fait ses premiers
pas. Catan a donné lieu à des romans et à des jeux sur mobile,
Horreur à Arkham à une douzaine
de livres. « Il s’agit d’univers complémentaires qui permettent de
prolonger l’expérience de jeu », indique Thomas Koegler, directeur
du développement. Si Disney reste
la référence du genre, tous les
poids lourds du jouet se sont mis à
l’entertainment. Hasbro, qui
planche sur un long-métrage à
partir de Monopoly, possède ses
propres studios. Pokemon séquence ses lancements en commençant par le jeu vidéo, puis le
dessin animé avant les cartes à
collectionner. Le succès du film La
Grande Aventure Lego a fait rêver
de nombreux fabricants de jouets.
Le divertissement devrait continuer à alimenter la forte croissance d’Asmodee, dont le chiffre
d’affaires a atteint l’an passé 442
millions d’euros (+ 17 %). Certains,
selon l’agence Bloomberg, voient
Eurazeo revendre sa pépite. En
cinq ans, la taille de l’entreprise a
quasiment quadruplé. ■
LA SÉANCE DU MARDI 20 MARS
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
+0,63 46,54
+0,45 101
+2,12
97,26
+1,49 26,265
+0,04 112,35
+0,58 22,57
-0,21
62,34
+0,17
41,55
+0,1
104,75
+0,27
17,08
+0,48 13,8
+0,66 66,79
+0,11
13,475
+0,41
111,05
+2,51 387,9
+0,3
181,85
+0,2
45,45
+0,53 65,02
+2,26 251,55
+1,16 126,65
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
45,97
100,15
94,31
25,685
110,85
22,25
61,48
41,18
103,85
16,895
13,635
66,11
13,35
109,75
377,1
178,8
44,92
64,2
246,2
124,35
0,25
0,198
0,198
0,175
0,253
0,303
0,237
0,134
0,237
0,326
0,19
0,154
0,171
0,212
0,14
0,097
0,019
0,134
0,12
0,224
+8,14
-4,14
+16,18
-3,56
-7,83
-9,2
-1,04
-4,34
+5,57
-5,76
-0,87
-4,67
-6,1
-3,83
-1,4
-1,78
-3,38
+1,14
+2,51
+5,69
JOUR
ORANGE ..............................................13,905
PERNOD RICARD ..................................
133,5
PEUGEOT ..............................................
18,815
♣ 56,72
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
95,24
SAFRAN ..............................................87,8
SAINT GOBAIN ..................................
45,81
SANOFI ..............................................65,8
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
72,72
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
45,46
SODEXO ..............................................99
SOLVAY ..............................................
115,05
STMICROELECTRONICS .............................
19,905
TECHNIPFMC ..................................24,34
TOTAL .............................................. 46,235
UNIBAIL-RODAMCO ..................................
192,2
VALEO .............................................. 55,28
VEOLIA ENVIRON. ..................................
18,915
♣
VINCI .............................................. 80,82
VIVENDI ..............................................21,4
%VAR.
-0,32
+1,17
+0,03
-4,03
+0,79
+1,27
-0,01
-0,56
+1,76
-0,26
0
+0,83
+2,08
+2,66
+0,09
+0,84
+1,28
-1,59
+0,22
-0,23
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,03
133,6
18,98
61
95,4
87,82
46,045
66,43
72,72
45,9
99,3
115,25
19,94
24,39
46,39
193,2
55,44
19,24
81,12
21,58
13,835
131,45
18,7
56,58
94,21
86,2
45,545
65,2
71,12
45,295
98,68
114,35
19,32
23,24
45,755
190,4
54,8
18,845
80,52
21,31
%CAP.ECH
0,19
0,115
0,209
0,877
0,207
0,147
0,219
0,15
0,236
0,26
0,25
0,221
0,204
0
0,231
0,416
1,41
0,426
0,148
0,159
31/12
-3,94
+1,17
+10,97
+0,12
+13,5
+2,2
-0,37
-8,42
+2,62
+5,6
-11,65
-0,73
+9,34
-5,84
+0,41
-8,48
-11,23
-11,09
-5,09
-4,55
LES DEVISES
Les analystes d’UBS reconnaissent
que le bilan est robuste et que la marque
Bic est reconnue. Ils s’interrogent toutefois sur le potentiel de croissance des
ventes de briquets, qui constitue le moteur de la rentabilité du groupe (69 % du
profit opérationnel). Les craintes sont
surtout fortes aux États-Unis, où le
nombre de fumeurs diminue et où une
1 EURO=
1,5934
1,604
0,8772
9,6295
130,72
1,1721
1,2276
2,997
11,103
4,8238
21,72
7,7744
80,037
140,56
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34010
34300
-2,13
NAPOLEON ..................................................... 202
205
-2,37
PIECE 10 DOL USA .....................................................
571
571
-2,89
PIECE 10 FLORINS .....................................................
204
208
-4,14
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1121
1121
-4,02
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
207
207
+1,47
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
290
290
-4,92
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1299,5
1290,25
-0,8
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
114
112
+3,83
PIECE SUISSE 20F .....................................................
203,9
203,9
+0,59
PIECE LATINE 20F .....................................................
196
200
-3,4
SOUVERAIN ..................................................... 259,8
260
-0,35
KRUGERRAND .....................................................1125
1125
+0,56
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
274,01 16/03/18
L’ACTION BIC CHUTE SUR DES RECOMMANDATIONS NÉGATIVES
Bic a décroché de 5,88 % ce mardi, à
77,60 euros, à la suite de la publication
d’une note rédigée par les analystes
d’UBS qui recommandent de « vendre »,
avec un objectif de 75 euros. De tous les
analystes financiers qui suivent la valeur,
c’est l’objectif de cours le plus faible envisagé sur le fabricant français d’articles
de papeterie, de briquets et de rasoirs.
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
BETELGEUSE ................................................
47,94 16/03/18
BELLATRIX C ................................................
334,63 16/03/18
SIRIUS ................................................55,87 16/03/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
nouvelle génération de produits gagne
du terrain, comme la cigarette électronique. Le scénario le plus négatif pour les
briquets verrait les ventes de ces produits baisser de 3 % outre-Atlantique, ce
qui se traduirait pour UBS par une révision en baisse de 13 % et 15 % respectivement de sa prévision de bénéfice par
action 2018 et 2019.
À ces risques s’ajoute une concurrence accrue, toujours aux États-Unis, dans
les rasoirs, où de nouveaux venus exercent une pression de plus en plus forte
sur les prix. Les difficultés rencontrées
dans cette activité avaient été, début février, à l’origine d’une révision à la baisse
des prévisions de la marge d’exploitation
attendue par les dirigeants de la société
entre 17 % et 18 % pour 2018, après 19,8 %
en 2017 et 20,2 % en 2016. Cette annonce, perçue par les investisseurs comme
un véritable avertissement sur les résultats, avait été très mal accueillie en
Bourse. Le cours de Bourse de la valeur
affiche désormais une baisse de 15 % depuis le 1er janvier. Et de 42 % sur les trois
dernières années. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 46,5
♣
AIR LIQUIDE ..................................
100,7
AIRBUS .............................................. 96,43
ARCELORMITTAL SA ..................................
26,15
ATOS .............................................. 111,85
AXA .............................................. 22,46
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
61,6
BOUYGUES ..............................................
41,43
CAPGEMINI ..............................................
104,4
CARREFOUR ..............................................
17
CREDIT AGRICOLE ..................................
13,68
DANONE ..............................................66,68
ENGIE .............................................. 13,46
ESSILOR INTL. ..................................110,55
KERING ..............................................387,5
L'OREAL ..............................................181,65
LAFARGEHOLCIM LTD ..................................
45,45
LEGRAND ..............................................64,92
LVMH .............................................. 251,55
♣
MICHELIN ..............................................
126,35
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
26
LE FIGARO ÉTUDIANT
BAC + 5 : LE MAQUIS DES LABELS
Attention à ne pas confondre le master, diplôme national bac + 5 délivré
par une université, une école d’ingénieurs ou une école de commerce,
avec le mastère spécialisé (MS) ou le master of science (MSc),
qui sont des labels octroyés par la Conférence des grandes écoles.
Quant au master of business administration (MBA), il n’a aucune
reconnaissance officielle en France. N’importe qui peut en créer un.
C’est le pourcentage
d’étudiants de master
qui obtiennent leur diplôme
en deux ans, sans redoubler.
Source : Mesri.
sécurité des technologies de l’information
✔
✔
LAURENT CERINO/EM LYON
PAUL DE COUSTIN £@PauldeCoustin
Sciences juridiques
Intelligence économique
Renseignement et science forensique
90 crédits ECTS
EMPLOI Devenir espion n’est pas une mission
impossible. La Direction générale de la sécurité
extérieure (DGSE), dont le budget est en progression constante depuis 2015, recrute :
600 nouveaux postes sont à pourvoir d’ici à la
fin 2019.
Stratégique, leur travail consistera à récolter
des renseignements à l’étranger afin d’assurer
la sécurité de la France. Pour intégrer le service
de renseignement, les étudiants doivent présenter un concours de la fonction publique. Le
concours de catégorie A, qui permet d’intégrer
la DGSE en tant qu’attaché, se prépare de façon
assez classique dans les instituts d’études politiques et à l’université. En plus des épreuves de
droit, de finances publiques et de questions
européennes et internationales, la DGSE a
ouvert des épreuves de spécialité en géopolitique, en informatique et en langues étrangères
« rares », comme le russe et l’arabe. Pour préparer leurs étudiants aux thématiques sécuritaires, les universités multiplient les masters
spécialisés en sécurité et défense. « Il y a une
forte demande depuis les attentats de 2015 », explique Olivier Zajec, maître de conférences à
l’université Jean-Moulin-Lyon-III. De plus en
plus de jeunes « sont attirés par les concours de
la gendarmerie, de la police, mais aussi pour entrer à Saint-Cyr ou intégrer la DGSE », confirme
Olivier Gohin, en charge du master 2 sécurité
et défense à Paris-II-Panthéon-Assas. Pour la
rentrée 2017, il n’y avait pas moins de « 246
candidats pour 41 étudiants retenus », compte
Olivier Gohin. À Lyon-III, Olivier Zajec reçoit
désormais plus de 400 dossiers pour 25 places
offertes. Même chose du côté de l’agence de
Tous les détails sur
m’accomplir
mation des ital
dans la transfor
l’heure du dig
organisations à
ICP - photo: F. Albert - 01/2018
www.unil.ch/dcs
ICP - photo : F. Albert
»
BERNARD BELLETANTE, DIRECTEUR DE L’EM LYON
Outre la voie des concours administratifs, privilégiée
de la sécurité extérieure (DGSE) cherche à recruter
Master en droit,criminalité et
✔
Les qualités pour être admis
en école de commerce sont
les mêmes que pour être recruté
en entreprise
Devenir espion après
en école d’ingénieurs
Maîtriser les déis juridiques
et sécuritaires de la société
de l’information
✔
«
52 %
Jo, consultant en communication et management, a choisi le
master Médiation et management d’entreprise.
Entrepreneur depuis ses études, Jo est aussi consultant dans un cabinet
de conseil en management et stratégie de transformation. Passionné
par l’impact des nouvelles technologies sur les organisations, il entend
œuvrer pour « libérer les énergies par le digital ».
#choisirICP
Des efforts sur les salaires
pour attirer les ingénieurs
Les études d’informatique constituent une voie
bien plus accessible pour devenir espion. La
majorité des postes à pourvoir sont rattachés à
la direction technique (DT), pour laquelle le
service de renseignement cherche des profils
de bac + 2 à bac + 5 : développeur, crypto-mathématiciens, techniciens en informatique et
en analyse de données. Pour recruter ses ingénieurs, la DGSE mène depuis quelques années
une vaste opération de communication auprès
des établissements préparant à des BTS et des
licences dans les domaines informatiques.
« Nous avons été l’une des premières écoles à leur
ouvrir une vitrine pour le recrutement », confirme Joël Courtois, directeur général de l’Epita,
une école d’ingénieurs informatique. Pour encourager ses étudiants dans cette voie, il essaie
aussi de leur faire comprendre qu’« il est important de travailler pour son pays ».
Car ces étudiants sont aussi très convoités
par les grandes entreprises. « Le secteur informatique est en situation de pénurie, et nos
250 diplômés reçoivent chaque année près de
6 000 offres d’emploi », explique Joël Courtois.
Pour attirer ces jeunes ingénieurs, les services
de renseignements français ont dû consentir
un effort budgétaire pour s’aligner sur les
grilles de salaires du privé. La DGSE propose
désormais à ses nouveaux entrants 35 100 euros
Un master de droit des affaires
entre Paris et Londres
MASTèRE SPéCIALISé
Business ManageMent
& transforMation
Digitale
®
Les étudiants de la Catho de Paris étudieront
un an à la St Mary’s University.
JEAN-MARC DE JAEGER
£@JeanMarc_DJ
Un an à Paris, un an à Londres. Dès la rentrée
2018, les étudiants du nouveau master de droit
international et européen des affaires, créé
par l’Institut catholique de Paris (ICP), étudieront de part et d’autre de la Manche. Ils
passeront leur première année sur le campus
rénové de l’ICP, dans le VIe arrondissement de
Paris. L’année suivante, ils seront accueillis à
la St Mary’s University de Twickenham, doté
d’un campus verdoyant à trente minutes du
cœur de Londres. Une ville dans la ville, avec
son cinéma, son théâtre et sa chapelle. À l’issue de leur formation, les étudiants seront diplômés à la fois d’un master 2 de droit et de
son équivalent britannique, le LLM (master of
laws). De quoi leur ouvrir les portes des cabinets d’avocats anglais et français.
EN SAvOIR PLuS
www.em-lyon.com/rejoindreBMTD
early makers : entrepreneurs visionnaires
contribuez à
la transformation
digitale des
entreprises !
LYON . SHANGHAI . SAINT-ETIENNE . CASABLANCA . PARIS
renseignement, où l’on reçoit « 10 CV par jour »
d’étudiants correspondant à ces profils. Malheureusement, ces derniers n’intègrent le service que par le biais du concours, extrêmement
sélectif : « Chaque année, nous avons environ
1 000 inscrits pour 22 places », explique le directeur adjoint de l’administration de la DGSE.
Les humanités, une tradition
dans le monde anglo-saxon
Spécialité de ce master : les cours sont assurés
presque intégralement en anglais. « Les étudiants français pourront apprendre l’anglais,
mais, surtout, apprendre en anglais, insiste
Luke Mason, philosophe, juriste et enseignant
à la St Mary’s University. C’est la meilleure manière d’appréhender la tradition du droit anglais,
différent du droit français, qui repose sur des
textes. » Le master accorde une grande place
aux autres disciplines que le droit. « Les humanités sont une tradition dans le monde anglosaxon, et plus encore dans les universités catholiques, rappelle Francis Campbell, recteur de la
St Mary’s University. L’éthique et la philosophie
ont toute leur place dans une formation en droit,
puisqu’elles interrogent sur la place de l’individu
dans le monde. »
La création de ce master franco-britannique
a de quoi surprendre à l’heure du Brexit. « Il est
encore trop tôt pour mesurer l’impact du Brexit,
nuance Francis Campbell. Cela ne rompra pas
les relations entre la Grande-Bretagne et l’Union
européenne. L’expertise d’avocats en droit international des affaires est plus que jamais nécessaire. » Le Brexit représente même une chance
pour « repenser le métier d’avocat », selon Luke
Mason. « Paradoxalement, cela va obliger les
deux pays à mieux se connaître. Aujourd’hui, on
peut encore devenir juriste sans connaître le système des autres pays. Or le juriste doit savoir
d’adapter à un monde toujours plus connecté et
complexe », commente l’enseignant. Comme
pour adapter la profession au XXIe siècle, un
cours sur l’intelligence artificielle figure au programme, conçu et soutenu par des cabinets
d’avocats et des juristes d’entreprise. « C’est la
preuve que les avocats veulent accompagner les
transformations de leur métier », assure Philippe
Bordeyne, recteur de l’ICP. ■
St Mary’s University est à 30 minutes
de Londres. ST MARY’S UNIVERSITY
LE FIGARO
mercredi 21 mars 2018
LE FIGARO ÉTUDIANT
Les secteurs préférés des diplômés des grandes écoles
ORELSAN, LE RAPPEUR DIPLÔMÉ
POURCENTAGE CONSIDÉRANT CE SECTEUR COMME L’UN DE LEURS PRÉFÉRÉS
Consulting en
stratégie/
management
57,5 %
Banque d’affaires/
d’investissement
Audit
33,2 %
22,2 %
Diplômés en ingénierie
Consulting en
stratégie/
management
Aéronautique/
compagnies
aériennes
Électricité
énergie
29,1 %
21,4 %
20,4 %
Orelsan a remporté brillamment
les Victoires de la musique 2018.
Mais ce qu’on sait moins, c’est que
celui qui était encore connu sous le nom
d’Aurélien Cotentin a fait le programme
grande école de l’EM Normandie,
dans sa ville de Caen. Un élève plutôt
Source : cabinet d’études Gallileo
Diplômés en commerce
27
moyen : dans son école de commerce,
le chanteur plafonnait à 11 de moyenne.
Danielle Roussel, chargée des relations
entreprises de l’école, se souvient :
« Je ne le trouvais pas forcément très
motivé. Je me souviens qu’il avait été
le dernier à trouver son stage.
Mais il était déjà passionné
par la musique. Souvent, nous étions
obligés d’intervenir car, avec
ses copains, ils faisaient un bruit pas
possible dans le “bureau de la musique”.
D’ailleurs, il avait déjà une tenue de
rappeur : la casquette et le pantalon. »
un master
ou à l’université
par les profils universitaires, la Direction générale
des informaticiens de bac + 2 à bac + 5.
bruts par an en moyenne, mais vante surtout
auprès des candidats les outils surpuissants sur
lesquels ils auront l’opportunité de travailler au
sein de l’agence. Mais, malgré ses efforts, celleci peine encore à se faire connaître auprès des
étudiants. « Je ne pense pas qu’ils imaginent la
DGSE comme une possibilité de carrière, car elle
n’est pas encore assez visible », note Joël Courtois. « Ces métiers, avec leurs environnements
spécifiques, attirent des profils particuliers »,
estime pour sa part Pierre Koch, président de
l’université de technologie de Troyes (UTT). « Il
est évident que l’on n’est pas une start-up où l’on
joue au baby-foot à la pause-déjeuner », plaisante le directeur adjoint de l’administration, où
chaque candidat fait l’objet d’une enquête de
sécurité, qui porte notamment sur son entourage, et passe une série d’entretiens psychotechniques. La « contrainte de la confidentialité » inhérente à ce type de carrière peut également
être un frein pour les jeunes, selon Pierre Koch,
même si le passage par les services de renseignement est une « expérience payante » au moment de rebasculer vers le privé. ■
Vous recherchez
un Master 1 ou 2 ?
 Droit (Campus Lille
et Paris)
Formation Initiale ou Alternance
 Finance, Banque,
Expertise & Audit
 International
 Lettres & Sciences
Humaines
 Management
 Science Politique
Notre sélection de masters pour travailler dans la sécurité et la défense
Epita
Ingénieur informatique,
majeure SRS (systèmes, réseaux et sécurité)
HEIP, Paris
Master études stratégiques,
sécurité et politiques de défense
Master 2 sécurité Internationale et défense
NS
Oui
9 613 €
19 %
Non
8 500 €
41 %
Oui
9 549 €
➜ 87 % : taux d’insertion professionnelle
Nouveau !
(6 mois après le master 2)
• Master 360°
• Master Communication d’Influence
• Master Droit & Gestion de Patrimoine
• Master Affaires Internationales
Année universitaire 2016-2017
Mastère spécialisé cybersécurité :
attaque et défense des systèmes informatiques
Mastère opérations et gestion
des crises en cyber défense
Master politiques publiques,
spécialité sécurité et défense
25 %
Non
8 000 €
85 %
Non
12 000 €
Télécom ParisTech
Master cybersécurité-cyberdéfense
63 %
Non
10 900 €
Université de Lille
Master 2 droit public, parcours "droit et politiques
de défense et de sécurité nationale"
16 %
Non
256 €
http://lesfacultes.univ-catholille.fr - lesfacultes@univ-catholille.fr
M2 sécurité et défense
17 %
Non
296 €
INSTITUT CATHOLIQUE DE LILLE (ICL), ASSOCIATION 1875 RECONNUE D’UTILITE PUBLIQUE
ET ETABLISSEMENT D’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR PRIVE D’INTERET GENERAL (EESPIG) EN 2015
60 BOULEVARD VAUBAN – CS40109 – 59016 LILLE CEDEX – FRANCE
Master relations internationales
28 %
Non
256 €
Mines Nancy
Saint-Cyr, Coëtquidan
Sciences Po Paris
Université de Paris II
- Panthéon-Assas
Université
Jean-Moulin Lyon 3
NS
Oui Entre O et 14 270 €
en double diplôme avec Liverpool Hope University
• Master Communication Numérique
• Master Neuropsychologie & Neurosciences
SAVE THE DATE !
Soirée « Spécial Masters »
Mardi 27 mars – 18h à 21h
Inscrivez-vous
Informations et candidatures :
Les masters orientés sciences politiques permettent de se préparer au concours, ceux plus orientés
informatique permettent d'être recrutés en contractuel.
Crédit photos Jérôme Coppin
Diplôme
Ileri, La Défense
 Sciences & Technologies
Sélectivité Alternance possible Coût annuel
Université/École
NS : non significatif
Management du sport :
les JO en ligne de mire
La création d’événements sportifs exige
des professionnels formés aux affaires.
Il n’y a pas que l’éducation physique ou le métier d’entraîneur sportif après une licence
Staps (sciences et techniques des activités
physiques et sportives). L’explosion de la pratique amateur, la montée en puissance de l’esport (compétitions de jeux vidéo), la préparation des JO de Paris en 2024 impliquent un
besoin croissant de professionnels en management, dans l’événementiel, le marketing ou
le commercial.
De telles formations accueillent aussi des diplômés d’économie, de droit, de sciences politiques, d’histoire-géographie… La sélection se
base sur la motivation, l’implication, une bonne connaissance du milieu sportif.
Mais attention, l’ancrage professionnel, le
réseau des anciens, les partenariats tissés avec
le monde sportif sont à vérifier.
Amos et Sports Management School forment au management du sport de bac à bac+5.
Ces deux écoles offrent des spécialisations en
marketing sportif et médias, événement,
commerce et entrepreneuriat.
Parmi les écoles de management, Kedge,
Audencia ou l’EM Lyon ont ouvert des mastères spécialisés (MS) ou des masters of science
(MSc). « Après vingt ans d’existence, nous
avons des diplômés placés à peu près dans toutes
les industries du sport », souligne Jean-Philippe
Danglade, directeur du MSc International
Sport & Event Management de Kedge BS.
Polyvalent, le MS Management des organisations de sport d’Audencia regroupe, lui, une
trentaine d’étudiants chaque année et investit
tous les domaines du sport business, communication, management, ressources humaines…
« Ils se forment dans un secteur de niche, il est
donc rassurant d’avoir des compétences larges », confie Anna Gerke, directrice du MS.
Spécialisée dans ce domaine, l’Inseec Paris
propose deux cursus, un MSc généraliste management du sport, en 2 ans, en alternance la
deuxième année, et deux MBA spécialisés, en
marketing, et en management des organisations sportives. Et l’Inseec Alpes- Savoie (anciennement Cesni) développe un bac+5 Manager marketing et commercial.
Une majorité de licenciés Staps
Les universités ne sont pas en reste. Dès les
années 1990, Strasbourg, Caen, Rouen ou
Paris ont proposé des formations à bac+5. Le
master Sciences du sport de Strasbourg, par
exemple, ne compte pas moins de 5 spécialités, du marketing et gestion du sport au secteur de la santé. Celui de Paris Sud en Management des événements et loisirs sportifs forme
des professionnels qui pourront travailler sur
les grands événements (Tour de France, JO…).
Les licenciés Staps sont souvent majoritaires
dans ces filières, mais on y trouve aussi des diplômés d’autres disciplines. « La sélection se
fait en M1, ils ont ainsi deux ans pour s’installer
dans leur perspective professionnelle », souligne Denis Bernardeau-Moreau, responsable
du Master Management des organisations
sportives de l’université Paris-Est-Marne-laVallée.
Les coûts de tels diplômes varient fortement
entre les universités – quelques centaines
d’euros – et les grandes écoles : 15 350 euros à
Audencia, 14 000 euros chez Kedge. Et sur ces
métiers de passion, il faut parfois accepter de
commencer en CDD (contrat à durée déterminé) à des salaires modestes. ■
A
CHRISTINE PIÉDALU
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Les rois de la publicité doivent trouver
leur place dans un univers mouvant
Pris en tenaille entre les Gafa et les géants du conseil, les groupes de publicité doivent bouger.
ALEXANDRE DEBOUTÉ
£@Axel_Deb
ENVOYÉ SPÉCIAL À LONDRES
Forces
EN PRÉSENCE
■ Google
Chiffre d’affaires 2017
72,5 milliards d’euros
■ Facebook
Chiffre d’affaires 2017
35,1 milliards d’euros
■ Accenture
Chiffre d’affaires 2017
28,5 milliards d’euros
■ WPP
Chiffre d’affaires 2017
17,5 milliards d’euros
■ Omnicom
Chiffre d’affaires 2017
12,5 milliards d’euros
■ Publicis
Chiffre d’affaires 2017
9,7 milliards d’euros
COMMUNICATION Le disque des
majors de la publicité est rayé.
Sur le marché de la communication où dominent six groupes
mondiaux - WPP, Omnicom,
Publicis, Interpublic, Dentsu et
Havas - les cartes ont été rebattues. La période des Trente Glorieuses de la publicité, des années 1980 aux années 2000, est
révolue. L’an dernier, WPP a
enregistré ses plus mauvais résultats depuis 2008. Ses revenus
ont reculé, tout comme ceux
d’Omnicom. Après deux exercices difficiles, Publicis est
convalescent. Quant à Havas, la
plus petite des majors, elle est,
d’une certaine manière, sortie
du jeu en devenant une filiale à
100 % de Vivendi.
Il est lointain le temps où la
croissance des pays émergents
nourrissait une course effrénée
à la taille et aux profits. À coups
d’acquisitions, WPP, Omnicom
ou Publicis ont connu de forts
taux de croissance. De façon
mécanique, en rationalisant les
fonctions supports et en accompagnant l’internationalisation de leurs clients (Renault ou
L’Oréal chez Publicis par exemple), ces groupes grossissaient
naturellement tout en devenant
“
L’activité de conseil
et d’achat médias
a été en partie
court-circuitée
par les géants
du numérique Google,
Facebook
”
très rentables. À partir de 1987,
sir Martin Sorrell avec WPP et
Maurice Lévy avec Publicis ont
ainsi bâti des empires, contrepoids des géants américains
Omnicom (BBDO, DDB, TBWA)
et Interpublic (McCann, Lowe)
détenteur des réseaux historiques des « Mad Men ».
Mais les choses se sont compliquées après 2001, surtout
après la crise financière de
2008-2009. Les organisations
« en silos » des holdings ne
fonctionnent plus, ils ne répondent plus aux besoins d’agilité
extrême des clients qui digitalisent à marche forcée leur communication. Sir Martin Sorrell
l’a reconnu récemment lui-même : WPP, qui coiffe un enchevêtrement de réseaux d’agences
présentes partout sur la planète
(Ogilvy, Y&R, Grey, GroupM…)
doit faire évoluer son organisation. Un virage pris par Publicis
(Leo Burnett, Saatchi & Saatchi,
Zenith) il y a deux ans avec son
plan de transformation « Power
of One » qui, sans supprimer de
réseaux, a horizontalisé son
fonctionnement. Le groupe
français s’est lancé dans un décloisonnement tous azimuts de
ses activités (médias, publicité,
digital, design, influence…)
pour les mettre indifféremment
au service de ses clients sur le
modèle du couteau suisse.
Dentsu est dans une meilleure
posture. Le géant japonais s’est
internationalisé
tardivement, en 2012, en prenant le contrôle d’Aegis (le vendeur, à
l’époque,
étant
Vincent Bolloré,
devenu par la
suite propriétaire d’Havas). Il
est aussi moins
exposé que ses
concurrents
directs
au
marché de la
création publicitaire. Or c’est
sur ce dernier
métier que les
majors ont tendance à patiner.
Les menaces sur
leurs activités historiques sont multiples.
L’activité de conseil et
d’achat médias d’abord a été
en partie court-circuitée par les
géants du numérique - Google,
YouTube, Facebook ou Instagram - qui offrent des capacités
de communication massives et
ciblées à des prix très attractifs.
Le paradoxe est que ces nouveaux rois de la pub sont à la fois
de gros partenaires des groupes
publicitaires et leurs pires
concurrents. WPP ou Publicis
font partie des premiers clients
de Facebook ou Google. Mais ces
derniers les contournent sans
vergogne et se paient le luxe
d’offrir gracieusement des séances de formation aux annonceurs. Tout un marché de petits
budgets qui passaient auparavant par les agences a ainsi été
désintermédié, croqué par les
plateformes qui monopolisent le
marché de la pub en ligne. Face
à eux, les médias historiques
peinent et les agences toussent.
Les champions de la tech sont
les premiers à tenir la promesse
de campagnes industrielles
hyperciblées et personnalisables. Sur ce versant technologique, d’autres acteurs majeurs
sont apparus, comme Criteo
dans le reciblage publicitaire,
qui capte aussi une part du gâteau dans les médias. Le numé-
rique a ainsi réduit le rôle des
majors dans le conseil médias et
le déploiement des campagnes.
Un autre front s’est ouvert
avec les géants du conseil, tels
Accenture ou Deloitte, ou bien
ceux des services informatiques,
comme IBM ou Capgemini, qui
sont devenus aussi des partenaires marketing de leurs clients et
gagnent donc des budgets face
aux agences.
“
Un marché
de 1 500 milliards
de dollars
”
WPP et Publicis sont ainsi
tentés d’élargir leur marché
pour retrouver de la croissance.
La belle niche de la publicité
traditionnelle dans laquelle
CRÉATION /
PRODUCTION
● HAVAS
● BETC
TECH/DATA
● CRITEO
● GOOGLE
● FACEBOOK
● DDB
● TBWA
● BBDO
PUBLICIS
CONSEIL
● ACCENTURE
● DELOITTE
● CAPGEMINI
EN BREF
A
Publicis se fixe des objectifs ambitieux
Arthur Sadoun a réussi un gros
coup mardi à Londres. Le président de Publicis, qui n’avait pas
sacrifié au rituel de la « journée
investisseurs » depuis 2013, a
diffusé auprès de la communauté
de 200 analystes conviés pour
l’occasion une courte vidéo dans
laquelle Marc Pritchard, le patron du marketing de Procter
& Gamble, dit tout le bien qu’il
pense de la transformation en
cours du groupe français. « Ce
qui est impressionnant, c’est la
rapidité à laquelle Publicis et son
management ont su appréhender
le changement, énonce-t-il. La
réalité, c’est que nous avons réduit le nombre d’agences avec
lesquelles nous travaillons depuis
trois ans. Nous sommes passés de
6 000 à 2 500 mais nous avons
conservé le même nombre
d’agences Publicis, ce qui veut
dire une part de marché plus importante chez nous. »
Le très influent dirigeant du
plus gros annonceur de la planète avait rué dans les brancards
début 2017, dénonçant le manque de transparence sur le marché de la publicité en ligne et
l’inefficacité de nombreuses
campagnes. P&G a coupé ses
budgets de 200 millions de dollars l’an passé sans effets négatifs
sur ses ventes… D’autres grands
clients de Publicis comme Nest-
Arthur Sadoun,
président de Publicis.
FRANÇOIS BOUCHON/
LE FIGARO
lé, L’Oréal ou Samsung sont tout
aussi enthousiastes. Mais que le
redouté Marc Pritchard apporte
son soutien à la démarche du
groupe et souligne ses performances est un élément déterminant pour s’assurer la confiance
des grands annonceurs.
Publicis a connu deux exercices
difficiles en 2016 et 2017 et entend
repartir de l’avant avec son nouveau plan « Sprint to the Future »,
qui lui fixe un cap ambitieux : une
croissance organique de 4 % en
l’industrie a prospéré ne pèse
« que » 600 milliards de dollars
et s’atomise. Il faut donc voir
plus grand. Le marché de la
data y ajoute 100 milliards,
ceux de la transformation du
business des entreprises et du
consulting en technologie, respectivement 400 et 1 000 milliards. Le gâteau n’est plus de
600 mais de 1 500 milliards de
dollars !
Le marché mondial de la
communication continue de
croître, mais son champ d’application et, donc, celui de la
publicité s’est ouvert à de nouveaux business. Publicis fait le
pari de concilier conseil, création et technologie. Il s’en est
donné les moyens en rachetant
Sapient pour 3 milliards d’euros
fin 2013. WPP a aussi investi
dans la technologie. Dans le
numérique, Omnicom est resté
sur un modèle de développement organique auprès de
clients majeurs comme
Apple. Le numéro deux
mondial continue de
défendre un modèle centré sur la
création, la production. L’apport technologique
n’est,
pour lui, que
fonctionnel,
mais ne révolutionne pas
fondamentalement
son
métier. Dans
ces enjeux de
transformation,
Publicis semble
dans une position
plus avancée. La
question de la succession de Maurice
Lévy a finalement été
réglée l’an dernier,
Arthur Sadoun a pris
officiellement les rênes opérationnelles
du
numéro
trois
mondial en juin. Chez
WPP et Omnicom, la
succession des bâtisseurs Martin Sorrell
(73 ans) et John Wren
(65 ans) reste un sujet
ouvert. ■
2020, soit 900 millions d’euros de
revenus supplémentaires en trois
ans, et une augmentation de la
marge de 30 à 50 points de base.
Le numéro trois mondial compte
par ailleurs investir sur la période 300 millions d’euros dans ses
talents (recrutements, formations), 100 millions dans sa plateforme interne de collaboration
et 300 à 500 autres millions par
an dans des acquisitions ciblées
dans le data ou la « transformation digitale ».
C’est le nouveau positionnement de Publicis. « De partenaire
en communication de nos clients,
nous devenons le partenaire de leur
transformation digitale », explique Arthur Sadoun. Le groupe
ambitionne d’être l’interlocuteur
des directeurs marketing, mais
aussi des directeurs informatiques. Il pense avoir un temps
d’avance sur ses principaux
“
De partenaire
en communication
de nos clients, nous
devenons le partenaire
de leur transformation
digitale
”
ARTHUR SADOUN
concurrents WPP ou Omnicom
grâce notamment à l’acquisition
en 2015 de Sapient, une société de
services technologiques et de
conseil dont l’intégration commence à porter ses fruits. « Nous
pensons avoir les meilleures capacités du marché pour réussir », assure le successeur de Maurice
Lévy. Publicis a remporté dernièrement plusieurs budgets conséquents comme Mercedes-Benz ou
Campbell’s, qu’il veut voir comme les premiers signes d’un retour en grâce durable. ■
A. D.
GOOGLE LANCE
SON BOUTON
« ABONNEMENT »
£ Le moteur de recherche
va permettre aux internautes
de s’abonner en un clic
aux versions premium des sites
d’actualité grâce à leur compte
Google. S’ils utilisent
le navigateur Chrome, ils
n’auront plus besoin d’entrer
leurs identifiants. Lorsqu’ils
feront des recherches sur
Google, les médias auxquels
ils sont abonnés seront mis en
avant dans un encart spécial.
Google s’est allié à plusieurs
éditeurs dans le monde
(New York Times, Financial
Times, Washington Post…)
dont Le Figaro et le groupe
Les Échos-Le Parisien
en France.
LE STUDIO WEINSTEIN
DÉPOSE LE BILAN
£ Attaqué en justice par
plusieurs victimes présumées
de Harvey Weinstein et criblé
de dettes, le studio de cinéma
Weinstein a déposé
formellement son bilan. La
société a annoncé par ailleurs
mettre fin aux accords de
confidentialité qui imposaient
le silence aux victimes
et aux témoins des abus sexuels
de Harvey Weinstein.
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO - N° 22 894 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
AUTOMOBILE
APRÈS LE DRAME DE TEMPE,
LA VOITURE AUTONOME
MONTRE SES LIMITES PAGE 34
VOYAGE
DES MUSÉES AUX ÉCURIES
DE PUR-SANG : CIRCUIT
INÉDIT AU QATAR PAGE 33
Acteurs
Une vague venue d’ailleurs
Anthony Bajon, Shaïn Boumedine, Ophélie Bau… Ces jeunes novices qui illuminent cette semaine
« La Prière » et « Mektoub, My Love : canto uno » n’ont pas de réseaux, pas de formation.
Et pourtant, ils séduisent. Enquête sur ces carrières nées du hasard. PAGES 30 ET 31
LE FEU SOUS LA GLACE
CONVERSATION CHEZ M. THIERS: JEAN PIAT
LIT ERIK ORSENNA.
D
étruit pendant la Commune ; reconstruit par
l’architecte Alfred Aldrophe ; occupé il y a
près de deux siècles par Adolphe
Thiers ; légué en 1905 par Félicie
Dosne, sa belle-sœur, à l’Institut
afin d’être « affecté à la création
d’une bibliothèque moderne ». Ce
dimanche, l’hôtel particulier de
la place Saint-Georges fait l’école buissonnière pour recevoir les
mots en goguette. Plus échevelés
que le public,
majoritairement composé
de
dames
convenables
qui ont bravé la
pluie et le froid
pour
venir
écouter la bonne parole.
Bertrand
Celle de Jean
de Saint Vincent
Piat,
acteur
majeur. Assis le
dos bien droit
sur une estrade, l’alerte comédien octogénaire tient entre les mains une compilation de textes d’Erik Orsenna
qu’il a rebaptisée La Révolte des
mots. Ils sont extraits de son récit La grammaire est une chanson
douce et de son ouvrage sur La
Fontaine.
Chemise rose, cravate et gilet de
notable XIXe, membre de l’Institut et conservateur des lieux,
François d’Orcival fait les présentations : « Cet après-midi, on
joue à guichets fermés », notet-il. « Sortir de Paris n’est pas
FIGURE
LIBRE
très sûr », laisse tomber Jean
Piat, minimisant son succès. On
salue la présence de Mylène Demongeot. « Toute grande langue
porte en elle des métiers de vivre. » Le comédien commence sa
lecture. « Les mots sont des magiciens… Des briques de fantaisie,
de rêves, d’espérances… »
La prose d’Erik Orsenna s’envole. L’académicien a cet art majeur de souligner la fantaisie, le
goût, la liberté de la langue française. Il est joyeux. Sous sa plume, les mots s’amusent, caracolent. Ce sont des danseurs Grand
Siècle. De sa voix fluctuante,
tour à tour élève, institutrice
passionnée ou cassante inspectrice de l’Éducation nationale,
Jean Piat met en musique ce ballet froufroutant. Dans l’assistance, on entendrait une mouche
voler. Dans son cadre, Napoléon
se tient coi : « Un mot, c’est une
fenêtre… »
Lorsque la lecture s’achève,
Orsenna grimpe sur l’estrade. À
l’époque où il publia sa « grammaire », on lui déconseilla vivement ce titre. Il allait ennuyer
tout le monde. Les autorités
compétentes ne l’avaient-elles
pas fait disparaître au profit de la
délicieuse expression « observation réfléchie de la langue » ? Le
récit est devenu un best-seller ;
une vitamine pour langue appauvrie : « Tout livre devrait être
une hache pour briser la glace »,
dit Orsenna, citant Kafka. Avis
aux congélateurs de l’Éducation
nationale.
MATPIT73-STOCK.ADOBE.COM ; NATALIE BEHRING/REUTERS
A
2018 - QUAT’SOUS FILMS/PATHÉ FILMS/FRANCE 2 CINÉMA / GOOD FILMS / BIANCA / NUVOLA FILM
Mektoub, My Love :
canto uno,
d’Abdellatif Kechiche.
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
30
L'ÉVÉNEMENT
Le beau bal des débutants
CINÉMA Dans leur dernier film, Cédric Kahn et Abdellatif Kechiche propulsent dans la lumière des visages
prometteurs. Rencontre avec des graines de stars.
C
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
ET ÉTIENNE SORIN
esorin@lefigaro.fr
hronique de jeunesse comme Mektoub, My Love : canto uno ou film
d’initiation dans la lignée du « roman
d’apprentissage » comme La Prière, il arrive que le cinéma mette au premier plan
des débutants, des anonymes dont le
nom claque en haut de l’affiche. Dans ces
deux films remarquables, le septième art
donne leur chance à des jeunes qui ne
sont pas des « fils et filles de », qui n’ont
ni les réseaux ni la formation académique. Ils ont autre chose, un naturel, une
présence, un charisme, un mystère. Hasard ou destin, leur aventure défie les codes, mais s’accorde à l’esprit des films
qu’ils interprètent.
Pour Anthony Bajon, le chemin qui
mène à La Prière de Cédric Kahn, et au
prix d’interprétation à Berlin, est peutêtre rapide – il n’a que 23 ans – mais il
l’a choisi et suivi avec détermination
depuis l’enfance. « Mes parents viennent du monde ouvrier, et je n’avais
aucun contact avec le milieu du cinéma,
raconte-t-il. Mais quand je regardais
les films Disney comme Le Roi lion,
j’avais envie d’exprimer toutes mes
émotions en jouant des personnages. Je
me disais : ma vie ne me suffit pas, j’en
voudrais 50 000, et en changer tous les
jours ! À 8, 9 ans, j’étais prêt à tout pour
réaliser mon rêve. Mes parents ne s’y opposaient pas mais ils ont voulu que je
passe mon bac. Je prenais des cours de
théâtre le samedi et très vite, j’ai envoyé
des lettres à des agents artistiques. » Il
fait confiance à sa bonne étoile : « Je savais qu’il fallait croire en moi parce que
personne ne le ferait à ma place. Mais à
condition de bosser beaucoup. »
Un rôle de jockey dans un court-métrage lui met le pied à l’étrier. En 2015,
Léa Fechner lui offre une scène dans Les
Ogres, avec Adèle Haenel. Son premier
long-métrage. « Une seule scène, mais
qui m’a donné de la visibilité. Adèle Haenel
a été formidable. Elle a une classe immense. » En 2017, il fait de brèves apparitions
dans Maryline de Guillaume Gallienne,
dans Rodin de Jacques Doillon, où il est le
fils de Vincent Lindon qui tient le rôletitre. « Il m’a donné beaucoup de conseils.
Et il m’a dit de ne pas me presser. »
C’est bien l’idée d’Anthony Bajon, qui
tient à choisir ses films « avec le cœur ».
Avant de lui donner le premier rôle dans
La Prière, Cédric Kahn lui a fait jouer
deux scènes : dire un psaume, et interpréter la crise de manque d’un toxicomane. Le spirituel et le physique, deux
pôles essentiels pour Anthony Bajon, attiré par la religion, et adepte du sport, qui
se voit aussi bien dans l’intériorité que
Ophélie Bau et Shaïn Boumedine dans Mektoub, My Love.
dans la comédie et des compositions très
physiques : il adore Dujardin. Son parcours volontaire et discipliné rappelle
celui d’un autre acteur de 24 ans, Arnaud
Jouan, actuellement dans Jeunesse aux
cœurs ardents de Cheyenne Carron,
autre film d’apprentissage entre errance
et quête d’idéal.
Autre décor, autre atmosphère. Du
côté des acteurs d’Abdellatif Kechiche,
la légèreté et la spontanéité des rencontres s’accordent aux impromptus des
vacances à la plage. Un pas dans le métier, ou juste une amourette ? La bande
de Mektoub, My Love n’a pas décroché
de prix à la Mostra de Venise, en septembre dernier. Mais les jeunes protagonistes du nouveau film d’Abdellatif Kechiche ne sont pas pour autant redescendus
de leur nuage. Ils ont achevé fin 2017 le
second volet de Mektoub, My Love, en
cours de montage. Ils n’ont rien oublié.
Sète, la plage, les bars, et ces sept mois de
tournage sous la direction d’un cinéaste
hors norme. Quand on les rencontre à
Paris, ils semblent prolonger l’aventure.
Ils retrouvent la complicité de cet été
particulier. Garçons et filles se maquillent et s’habillent pour passer à la télévision le soir même. Ils racontent plus
ou moins la même histoire, la leur et celle du film, qui ne s’appelle pas pour rien
Mektoub, My Love (« mektoub » signifie
« destin » en arabe).
QUAT’SOUS FILMS/PATHÉ FILMS/FRANCE 2 CINÉMA/GOOD FILMS/BIANCA/NUVOLA FILM
Avant de jouer Amin, l’apprenti scénariste qui revient chez lui à Sète pour l’été,
Shaïn Boumedine, 21 ans, n’avait jamais
rêvé de faire du cinéma. Il est né et vit à
Montpellier. Après une année de BTS
dans les travaux publics, il veut devenir
architecte. En 2015, il accompagne son
meilleur ami à un casting pour une série
télé, Candice Renoir. À tout hasard, il
remplit une fiche. Sans suite. Le fichier de
Candice Renoir tombe entre les mains de
Stéphanie Ladet, directrice de casting de
Kechiche. Elle lui propose de passer un
“
Tourner avec Kechiche
est la meilleure
des écoles
”
ALEXIA CHARDARD, ACTRICE
DANS « MEKTOUB, MY LOVE »
essai pour faire de la figuration. Il se trouve nul. Cinq jours plus tard, on le rappelle. Il y retourne et prend goût à ces auditions. Lui et ses partenaires improvisent à
partir de situations banales : scènes de
drague dans un bar, engueulades de couple, débrief de soirée entre amis… Les essais s’intensifient. « J’ai plaqué mon taf de
serveur de plage. Mes parents ont été un
peu stressés. Pour eux les études passent
avant tout. » Shaïn Boumedine finit par
rencontrer Abdellatif Kechiche. « On discute simplement. » Dix jours après, le réa-
lisateur lui annonce qu’il veut lui confier
le premier rôle. « Dans la foulée, il me
donne le scénario, que je trouve génial ! »
Ophélie Bau, sa partenaire, a vécu à
peu près le même conte de fées. Elle rêvait d’être actrice depuis ses 9 ans
(« l’envie d’avoir plein de vies »). Mais elle
est d’une timidité maladive. À 10 ans, elle
fait faux bond à la dernière minute au
spectacle de fin d’année de l’atelier de
théâtre auquel sa mère l’a inscrite. À
21 ans, elle est agent de service à l’hôpital
ou en maison de retraite à Besançon. En
2015, elle plaque tout pour entrer au
Cours Florent, qui ouvre une antenne à
Montpellier. Et arrête au bout d’un an.
Elle prépare le concours d’auxiliaire puéricultrice. Entre-temps, elle a participé
au casting de Candice Renoir sans qu’on la
rappelle. Comme Shaïn Boumedine, son
nom ressort au moment de choisir les acteurs de Mektoub, My Love. Le début
d’une belle histoire.
L’histoire se répète avec Lou Luttiau.
Elle est équipière au McDonald’s de
Frontignan, dans l’Hérault, quand son
père voit passer l’annonce pour Candice
Renoir dans le journal. Elle aussi est fichée. Elle doit choisir entre le film de Kechiche et une école de danse à Toulouse.
Elle choisit Kechiche. Alexia Chardard,
elle, déniche l’annonce sur un site de
casting sur Facebook. Elle a 20 ans, débarque d’Aix-en-Provence. Comme ses
Anthony Bajon (au premier plan) dans La Prière.
CAROLE BETHUEL/LES FILMS DU WORSO
« Mektoub, My Love » : l’amour cache-cache « La Prière » : il était une foi un
LE CINÉMA
Éric Neuhoff
A
eneuhoff@lefigaro.fr
Ils ne pensent qu’à ça. C’est de leur âge.
Abdellatif Kechiche est resté un éternel
adolescent. On le vérifiera sur l’écran où
se bousculent les corps de jeunes filles
en short ou en maillot de bain. C’est l’été
1994. Le héros revient pour les vacances
dans sa ville natale, Sète. Ce Parisien
d’adoption retrouve sa famille, ses lieux
de prédilection. Amin veut devenir scénariste. Louable intention. Il aurait pu
en faire profiter un peu le réalisateur,
car l’intrigue de Mektoub My Love : canto
uno , très librement inspirée d’un roman
de François Bégaudeau, se résume en
gros à : un timide n’ose pas coucher avec
l’élue de son cœur. Trois heures pour ça,
on conviendra que c’est beaucoup.
Kechiche a une façon à lui de défier
l’ennui. Quand il s’intéresse à des cas
sociaux (banlieue, divorcé au bord de la
faillite, lesbiennes lilloises), qu’il pense,
la tête entre les mains, cela n’en finit
pas. Dès qu’il n’a rien à dire, il le dit
bien. C’est sa force. Une fois débarrassé
de la scène olé olé obligatoire – on n’est
pas l’auteur de La Vie d’Adèle pour
rien –, le film prend son rythme de
croisière. La plage, un restaurant tunisien, une boîte de nuit, les décors ne
changent guère. Les personnages se
croisent, se surveillent. Les regards
sont éloquents. Les fiancés ont commis
l’erreur de s’engager à bord du
Charles-de-Gaulle. Les demoiselles en
profitent. Amin, qui trimbale son appareil photo, reste en retrait, observe les
frasques de la pulpeuse Ophélie.
Greffier des journées oisives
Sur les terrasses, des quadragénaires reluquent les jupes des minettes. Elles en
jouent. Cheveux au vent et bras nus, elles attisent les désirs. La sueur perle sur
les visages. Sur la piste de danse, titubent-elles sous l’effet de cocktails bien
tassés ou bougent-elles sur les tubes discos ? Kechiche se fait le greffier de ces
journées oisives, de ces nuits qui ne veulent pas finir, de cette concupiscence qui
n’ose pas dire son nom. Il chante ces
heures pleines de songes et de transpiration. Pour lui, le paradis terrestre a
une adresse : le département de l’Hérault au mois d’août. Il n’y avait pas de
téléphones portables. C’est d’un reposant. Les gens étaient obligés de se voir
et de se parler. Ils ne s’en privent pas.
À rebours de la plupart des dialoguistes français, Kechiche écrit des répliques qui sonnent infiniment juste. On
sort tous les soirs. L’après-midi, c’est
baignade. Les fous rires éclatent dans
les vagues ; les gouttelettes volent (pas
au ralenti, quand même). Une caméra
virtuose se balade parmi cette troupe
bavarde, insouciante. Sur le sable, les
garçons imitent Aldo Maccione dans
L’aventure, c’est l’aventure. Les verres
se succèdent. Les mensonges ne sont
pas graves. La naissance d’un agneau
est filmée en direct (dans La Graine et le
Mulet, c’était la cuisson du couscous).
Le réalisateur, qui est d’un tempérament enthousiaste et volcanique, a le
don de repérer des inconnues qui iront
loin. Avec lui, on parie sur Lou Luttiau,
un sourire à désarmer une escouade de
Daech. L’avenir est à elle. Kechiche est
un Rohmer à la limite du libidineux, un
David Hamilton en plus nerveux. Il a de
la santé, plante avec gourmandise son
objectif entre le bas du dos et le haut des
jambes. Les fesses sont pour lui ce
qu’était Monument Valley pour John
Ford. Il n’y a pas de honte à ça. Une suite est annoncée. Encore trois heures ? ■
« Mektoub My Love :
canto uno »
Drame d’Abdellatif Kechiche
Avec Shaïn Boumedine, Ophélie Bau,
Salim Kechiouche, Lou Luttiau
Durée 2 h 55
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Après une overdose, Thomas (Anthony Bajon), 22 ans, échoue dans une petite communauté chrétienne perdue
dans un coin splendide des Alpes, en
Isère. Il n’a plus rien, et on lui promet
qu’il n’aura rien : ni alcool, ni tabac, ni
médicaments, ni argent, ni téléphone.
On ne lui dore pas la pilule, il n’y a pas
de pilule. On lui promet que ce sera
dur, et qu’il va falloir tenir. Comment ? Avec la prière, le travail et
l’amour fraternel. L’antique programme bénédictin.
Thomas partage sa chambre avec
Pierre (Damien Chapelle), un ancien
tox un peu plus avancé que lui dans le
sevrage, qui le prend en charge : ici, on
l’appelle un « ange gardien ». C’est lui
qui va assister Thomas dans sa première crise de manque, scène violente
et bouleversante, enrobée d’un calme
mystérieux. Tout le monde est passé
par là dans ce groupe hétérogène d’exdrogués en voie de réparation, encadré
par quelques religieux discrets. On ne
s’affole pas, on fait ce qu’il y a à faire
pour passer ce sale moment, apaiser,
réconforter.
La mise en scène de Cédric Kahn
s’empare du sujet avec la même force
d’évidence. Entre l’âpre beauté de la
nature et la vie régulière avec ses
travaux manuels, ses prières et ses
chants, le cinéaste suit la trajectoire de
Thomas, pleine de soubresauts :
l’épreuve du manque, la révolte et la
tentation de fuir, la rencontre de Sybille (Louise Grinberg), fille de fermiers du village voisin liés à la communauté, qui l’engage à y revenir,
l’excursion en montagne où il se perd,
sa découverte de l’amour, de la foi…
Se réveiller du mensonge
Prix d’interprétation à Berlin, Anthony Bajon, avec sa rondeur, sa
candeur et son impulsivité rageuse,
est une boule d’enfance et de violence. Un formidable petit Jacob luttant avec l’Ange, et qui met du
temps à se laisser désarmer. On ne
saura rien de son histoire passée,
mais on l’accompagne à chaque instant du présent, en retenant parfois
son souffle, comme si on faisait partie du groupe qui l’entoure. Le jeune
Anthony Bajon occupe constamment
et magnifiquement l’écran, impressionnant, attendrissant.
Cédric Kahn cherchait, dit-il, « une
intensité et une limpidité » dans le jeu
de ses comédiens. Les deux mots
conviennent au film entier, qui inscrit
une narration mouvementée et tendue
dans la fixité majestueuse d’un paysage hors du monde et dans la simplicité
d’une vie communautaire sans pièges.
Cette clarté dans les relations est aussi
LE FIGARO
CULTURE
mercredi 21 mars 2018
L'ÉVÉNEMENT
31
Un soldat monstre
AUTRES
PARCOURS
INESPÉRÉS
CINÉMA Dans « The Captain, l’usurpateur », l’Allemand Robert Schwentke
montre le parcours d’un déserteur qui sombre dans la folie criminelle.
inconnus et des talents
Les Quatre Cents Coups
de François Truffaut frappe
les trois coups de son entrée en
scène, en 1959. L’insolent gamin
de 15 ans a répondu à une petite
annonce. Il est toujours là en 2016,
sous la perruque de Louis XIV
mourant, pour Albert Serra.
SANDRINE BONNAIRE
LES FILMS DU KIOSQUE
Elle a 15 ans et se destine à être
coiffeuse. Elle accompagne
sa cousine à un casting pour
faire de la figuration dans
À nos amours, de Maurice Pialat.
Elle décroche le rôle de Suzanne
et obtient le César du meillleur
espoir féminin en 1984.
Sa carrière est lancée.
ROD PARADOT
étonnante et presque asphyxiante
qu’un air trop pur. Thomas, un moment, ne la supporte pas. Il est en
manque de solitude, de quant-à-soi. Il
entre en fureur d’avoir à expliquer publiquement sa disparition de quelques
heures. Plus que de croire en Dieu, on
lui demande de vivre sans mentir.
Dans une scène savoureusement incongrue, la fondatrice de la communauté, sœur Myriam (Hanna Schygulla), lui applique deux gifles. Elle n’a
pas appris le politiquement correct,
mais elle connaît la vérité et la bonté.
Elle sait que Thomas triche quand il
prétend prier. Elle le réveille du mensonge. De même, plus tard, Thomas,
un peu exalté mais prudemment retenu par un religieux, apprendra à discerner sa vocation.
Peut-être plus qu’un film sur la foi,
La Prière est un film sur la vérité intime. Seule la vérité est salutaire, parce
que, selon le mot de l’Écriture, seule
elle rend libre. Libre de reconnaître à
qui donner sa foi. ■
M.-N. T.
« La Prière »
Drame de Cédric Kahn
Avec Anthony Bajon, Damien Chapelle,
Louise Grinberg, Alex Brendemühl
Durée 1 h 47
■
L’avis du Figaro : ○○○¡
R
“
Je voulais faire un film
sur le passé mais qui fasse
aussi écho au présent.
Beaucoup de films
allemands essaient
d’installer une distance
entre les deux
ROBERT SCHWENTKE
CHEYENNECARON.COM
ange
Il a 20 ans et prépare un CAP
menuiserie. Il se retrouve
à Cannes pour La Tête haute,
d’Emmanuelle Bercot, présenté
en ouverture du festival.
Il remporte le César du meilleur
espoir masculin en 2016.
Il joue en ce moment au théâtre
dans Le Fils, de Florian Zeller,
à la Comédie des Champs-Élysées.
obert Schwentke le reconnaît volontiers. Il a « mis du
temps » avant de tourner
The Captain, l’usurpateur. Il
ne se sentait pas « prêt ».
« Je ne comprenais pas assez l’époque et
voulais trouver le bon moyen pour la raconter », précise le réalisateur né à
Stuttgart il y a cinquante ans. Diplômé
du Columbia College Hollywood, ce
barbu jovial qui vit à Los Angeles s’est
inspiré de l’histoire réelle du soldat de
la Wehrmacht Willi Herold (19251946) pour réaliser un film âpre et
sombre (Mention spéciale du jury
presse et Prix 20 Minutes au Festival de
cinéma européen des Arcs).
L’histoire commence en 1945, au
moment où les armées du IIIe Reich se
délitent. Le déserteur Willi Herold,
19 ans (dans le rôle, l’acteur suisse Max
Hubacher, prodigieux), sur le point
d’être arrêté, sauve sa peau en endossant l’uniforme d’un officier allemand.
Il entraîne à sa suite un groupe de soldats « dispersés » et livrés à leur sort,
dans une « mission spéciale ». L’imposteur se dit mandaté par Adolf Hitler
lui-même.
« Je ne souhaitais pas réaliser un film
historique conventionnel sur le national-socialisme, tant sur le plan du
contenu que sur la forme, comme ce qui
se fait d’habitude en Allemagne », explique Robert Schwentke, qui voulait
un film comme on n’en a « jamais vu »
dans son pays natal. Pour lui, ce récit
était un moyen d’« appréhender la dynamique naturelle du système nazi, du
modeste soldat aux généraux, et d’explorer la relation tissée entre ces criminels ». Il fait volontiers référence à Lacombe Lucien, de Louis Malle, film
« fondateur ». « Pour la première fois,
j’ai vu un film qui ne traitait pas des architectes du système, de gens qui
n’étaient pas impliqués idéologiquement, mais d’opportunistes qui deviennent des assassins, dit-il. J’ai été fasciné par la trajectoire de ce jeune paysan
dont le père est juif qui devient collaborateur et qui en prendra conscience. »
Une prise de conscience que n’aura
pas Willi Herold. Lui ne se pose aucune
question sur son rôle de bourreau, devenant l’incarnation du mal.
« Herold est une personne ordinaire,
un tricheur, voleur, prétentieux et manipulateur tout en étant un pion, décrit
Robert Schwentke. Ceux qui sont à
l’intérieur du camp ont besoin d’un chef.
Dès que Willi Herold signe, la machine
se met en route. » Le réalisateur ne lui
trouve aucune circonstance atténuante. «Son premier but est de survivre et il
est prêt à tout pour y parvenir. Les événements le transforment. C’est l’histoire
de ce qui peut arriver quand personne ne
ARNAUD JOUAN
Monté de Monaco à Paris,
il s’inscrit au cours de JeanLaurent Cochet, joue dans
une comédie romantique
(où Roger Moore fait une dernière
apparition). À 24 ans, à la fois
classique et marginal, il est
au premier plan dans Jeunesse
aux cœurs ardents de Cheyenne
Carron. Entre fougue et rêverie,
un nouveau talent à suivre.
”
dit «non», tout le monde bénéficie du
système.» Pris au piège d’une situation
qu’il a contribué à créer, Herold reproduit la violence qu’il a subie, s’enferme dans une spirale de violence. Les
exécutions sommaires se multiplient.
«Il n’y a pas un vrai développement
psychologique des personnages ce qui
ne veut pas dire qu’ils ne sont pas motivés. Ce sont des prototypes du mal, des
pantins, de petits fonctionnaires», indique Robert Schwentke.
Avec The Captain, l’usurpateur,
Schwentke tire une sonnette d’alarme. « Réaliste sans être pessimiste »,
assure-t-il, il explique : « Je voulais
faire un film sur le passé mais qui fasse
aussi écho au présent. Beaucoup de
films allemands essaient d’installer une
distance entre les deux. Pour moi, il
était important de dire que ce qui s’est
passé hier peut arriver aujourd’hui.
Spécialement aux plus jeunes. » Pour
illustrer son point de vue, le réalisateur assume un parti pris esthétique
fort en filmant en noir et blanc. « J’ai
longtemps réfléchi », lâche Robert
Schwentke, qui rappelle une anecdote
décisive : « Le cinéaste britannique Mi-
Sur le point d’être arrêté, Willi Herold (incarné par l’acteur suisse Max Hubacher)
sauve sa peau en endossant l’uniforme d’un officier allemand. ALFAMA FILMS
chael Powell était marié à Thelma
Schoonmaker, la monteuse de Martin
Scorsese. Ils ont fait des bouts d’essai
en couleur pour Raging Bull. Quand le
metteur en scène a vu le résultat, il a
dit : “On ne peut pas le tourner en couleur : les gens comprendront que tu fais
un film violent mais pas un film sur la
violence.” C’était intelligent. »
À un moment donné, dans le générique de fin, Robert Schwentke
revient pourtant à la couleur. « C’est
comme un moment brechtien, avance-t-il en souriant. Je ne veux pas
que le public ne pense qu’au film, mais
plus largement au contexte. Il y a
deux façons d’affirmer que notre histoire est une histoire vraie : vous pouvez indiquer au début : “Basé sur une
histoire vraie.” Je ne le souhaitais pas.
Je désirais que le public fasse lui-même sa propre expérience et découvre
seulement à la fin l’authenticité des
faits. » Cette exception au dogme
qu’il s’était fixé, assumée comme un
signal envoyé au spectateur, en a
perturbé plus d’un. « Des amis cinéastes américains ont critiqué ce
choix, ils m’ont dit que ce changement
créait une rupture. Ce n’est pas la
convention habituelle du cinéma américain. » Schwentke éclate de rire :
« C’est sans doute pour la même raison que Brecht n’a pas eu de succès à
Hollywood ! »
Autre parti pris : le cinéaste s’est
interdit certaines scènes très dures.
« J’ai préféré suggérer plus que montrer, confirme-t-il. Il fallait néanmoins maintenir un certain niveau de
violence pour ne pas trahir les victimes. » Il évoque alors une autre de ses
références : « Dans Katyn, Andrzej
Wajda montrait le massacre en détail,
mais son père a été tué et sa mère est
devenue folle suite à cet événement.Il
avait le droit de le faire. » Schwentke
s’est, lui, arrogé le droit de traiter un
sujet fort à partir d’une histoire réelle, sans tabous. Cela n’étonne pas de
la part d’un réalisateur qui ne dédaigne pas varier les registres : thriller
(Tattoo, 2002), sujet personnel dans
lequel il raconte son cancer des testicules (Eierdiebe, 2003), adaptation de
bande dessinée (Red, 2010) et blockbuster pour adolescents (Divergente, 2
et 3). « Je ne veux pas me répéter, mes
cinéastes préférés comme Alain Resnais et Nagisa Ōshima ont toujours
changé de style », signale-t-il. Il prépare pour l’heure un « film américain
indépendant ». ■
« The Captain, l’usurpateur »
Drame de Robert Schwentke
Avec Max Hubacher, Milan Peschel
Durée 1 h 58
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
UNIQUE RÉCITAL D’IVO POGORELICH
27 MARS 2018 À 20H30
Un moment d’exception à ne pas manquer
et un programme à la mesure de son immense talent
PROGRAMME
MOZART : Fantaisie n° 4 en do mineur K 475
BEETHOVEN : Sonate n° 23 en fa mineur op. 57 « Appassionata »
CHOPIN : Ballade n° 3 en la bémol majeur op. 47
LISTZ : Études d’exécution transcendante (n° 10, 8 & 5) S 139
RAVEL : La Valse-Poème chorégraphique
SALLE GAVEAU, 45 RUE LA BOÉTIE 75008 PARIS
RÉSERVATIONS : 01 49 53 05 07 –
WWW.SALLEGAVEAU.COM
A
JEAN-PIERRE LÉAUD
RUE DES ARCHIVES/COLLECTION CSF
camarades, elle connaissait la réputation
exigeante du cinéaste – les actrices de La
Vie d’Adèle ont déclaré en avoir bavé sur
le plateau. Mais elle a aimé oublier les caméras. « Tourner avec Kechiche est la
meilleure des écoles. » Depuis la sélection
à Venise de Mektoub, My Love, tout s’est
accéléré : elle a engagé un agent, comme
Shaïn Boumedine.
Leurs parcours ressemblent à celui de
Hafsia Herzi, qui incarne la grande sœur
dans Mektoub, My Love. Comme Sara Forestier (L’Esquive) et Adèle Exarchopoulos (La Vie d’Adèle), elle a été révélée par
Kechiche dans La Graine et le Mulet, déjà
situé à Sète. La gamine des quartiers nord
de Marseille, qui rêvait d’être actrice, appréhendait ces retrouvailles mais elle a
replongé avec plaisir dans la méthode du
réalisateur, moins radicale et éprouvante
que par le passé. « Il a changé sa manière
de travailler. Il est plus sûr de lui, plus chef
d’orchestre. Il tourne moins de prises et elles sont moins longues. On pouvait en faire
une cinquantaine sur La Graine et le Mulet
et chacune pouvait durer une heure. Sur
Mektoub, on pouvait descendre à trois et
ne pas dépasser une demi-heure. Mais
j’adore quand ça dure… »
Tous ont eu envie de juger sur pièces.
Aucun ne regrette l’expérience. Tous
veulent faire du cinéma leur métier. Et
ont hâte que leurs parents découvrent le
film en salle. ■
RUE DES ARCHIVES/BCA
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
32 CULTURE
Thierry Lhermitte : « Jouer
une crapule, c’est jubilatoire ! »
Les autres
films
■ « VINCENT ET MOI »
Documentaire d’Édouard Cuel
et Gaël Breton, 1 h 20.
LE FIGARO. – Avez-vous hésité
avant d’accepter ce rôle de grand-père
souffrant d’Alzheimer ?
Thierry LHERMITTE. – Pas une seconde ! Honnêtement, quand c’est bien
écrit, on ne peut pas refuser. Le scénario était drôle, émouvant et cohérent.
J’ai juste sollicité le père d’un ami qui
est au même stade de la maladie que
mon personnage pour qu’il vérifie que
tout soit vrai et crédible. Nous avons bu
un coup, discuté, il m’a beaucoup inspiré. J’ai aussi rencontré la maman atteinte d’Alzheimer d’un autre ami. Je
voulais être le plus juste possible.
Inspiré du journaliste sportif Thierry
Roland, Roland est raciste et machiste…
Oui, il y a carrément des répliques de
Thierry Roland : « Les Coréens, ils se ressemblent tous, je ne sais pas comment on
peut les reconnaître ! » J’ai besoin de
comprendre le personnage pour le jouer,
d’être dans sa tête même s’il se déteste et
se trouve con. Nous, les acteurs, on aime
jouer les crapules, c’est jubilatoire !
Roland change au contact de son petitfils JB, interprété par Rayane Bensetti…
Oui, Roland ne sait pas qui est ce gamin
même si des bribes de souvenirs lui reviennent en regardant les photos. Il ne
sait pas trop où il va ni ce qu’il fait, mais
s’intéresse au basket. JB a l’air d’être un
bon gars, une relation se noue entre les
deux. Ils ne se connaissaient pas à cause
d’une brouille de famille. Au début, JB
voit Roland comme un boulet : il lui pique sa chambre, l’empêche de sauter sur
une occasion en or, une finale de basket
à Paris qui changera peut-être sa vie.
C’est leur opposition qui fait la comédie.
Vous aimez bien les duos,
comme celui que vous avez composé
avec Philippe Noiret dans Les Ripoux…
Oui, dans La Finale, je me suis retrouvé
dans la même situation que Philippe Noiret à l’époque. C’était la première fois
que je jouais avec un acteur connu et plus
âgé que moi. On m’a demandé si j’avais
donné des conseils à Rayane Bensetti.
Non, il n’en avait pas besoin. Pour moi,
ça n’avait pas été le cas avec Philippe.
Avec ces deux acteurs, on a tout de suite
été partenaires. Un œil de professeur et
un autre d’élève, ce n’est pas bien pour
jouer la comédie ensemble. Je pense souvent à Philippe. À Jacques aussi (Villeret,
avec lequel il a joué Le Dîner de cons,
NDLR). On n’était pas aussi proches,
mais c’était un régal de jouer avec lui.
Que faut-il pour qu’un duo fonctionne ?
Avant tout, qu’on comprenne la même
chose du scénario et qu’on joue la
même partition. C’est au metteur en
scène de choisir ses acteurs et de communiquer ce qu’il souhaite d’eux. Robin Sykes est plein de talent, d’enthousiasme et d’humanité. J’adore cette
façon de voir les choses, avec de la vérité, de l’humour et de l’émotion. Il a
une grande expérience du récit et du
plateau. Moi, je suis un interprète, au
service du chef d’orchestre, j’ai appris
ça il y a très longtemps. J’essaie de faire
la partition. Je travaille beaucoup
avant, pendant un mois, un mois et
demi, le travail se fait inconsciemment,
par maturation, sans intellectualisation. Je pense que notre cerveau est plus
intelligent que nous.
Avez-vous découvert des choses
chez vous en jouant le personnage
de Roland ?
(Souriant) Je me suis dit que quelquefois
c’est pratique de ne pas comprendre.
Peut-être que certaines personnes qui
ont cette maladie s’en servent un peu.
Comme celles qui sont sourdes. J’en serai peut-être atteint un jour.
Cela vous inquiète-t-il ?
Non, je vois tellement de maladies
horribles lors de mes visites dans les
hôpitaux que tant qu’à faire je préférerais celle-ci à d’autres. Pour la fin, je
souscris à ce qu’un médecin a écrit :
« Soulager la souffrance quel que soit le
risque. » C’est ce que je souhaite pour
moi. Par ailleurs, je suis membre de
l’Association pour le droit de mourir
dans la dignité. J’espère que mon choix
sera respecté.
Se mettre au service du texte,
n’est-ce pas ce que vous avez appris
au moment du Dîner de cons ?
Oui, Francis Veber était très exigeant.
Il voulait entendre ce qu’il avait écrit à
la virgule près, ce qui est normal. Depuis, je m’attache au sens du texte, à la
musique du metteur en scène. Je doute
toujours. Au bout d’un moment, il y a
une fourchette. On n’est jamais aussi
bon qu’on croit, et on n’est jamais
aussi mauvais qu’on croit ! (Il rit) Ça
rend modeste et ça rassure en même
temps. ■
 LA CRITIQUE
Restaurateur parisien souffrant de la maladie d’Alzheimer, Roland est catapulté
chez sa fille et son gendre à Lyon. JeanBaptiste, dit « JB », son petit-fils, n’en
mène pas large. Ce jour-là, l’adolescent
veut se rendre à Paris pour participer à
une finale de basket. Livré à son sort, il est
obligé de composer avec un grand-père
inconnu, misogyne et raciste.
Pour son premier long-métrage, La Finale, Robin Sykes s’est aventuré avec succès
– le film a remporté le Grand Prix du Festival international du film de comédie de
l’Alpe d’Huez – sur un sujet délicat. Il a
opté pour un duo contrasté qu’il met en
scène dans un road-movie réjouissant
même s’il est souvent prévisible. Unis
pour le meilleur et pour le rire, Roland et
JB font connaissance à leur façon. Regard
hagard, en pantoufles, perdu dans les
méandres d’une mémoire défaillante, le
premier est touchant et cocasse, parfois
involontairement. Le second découvre
avec étonnement son drôle d’aïeul. Sous
la direction de Robin Sykes, Thierry
Lhermitte et son jeune partenaire, Rayane Bensetti, crèvent l’écran.
N. S.
« La Finale »
Comédie de Robin Sykes
Avec Thierry Lhermitte,
Rayane Bensetti, Émilie Caen
Durée 1 h 25
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
Vincent, trisomique, a connu
une enfance choyée, mais,
à 20 ans, il doit entrer dans
la société et rien n’est facile.
Au-delà du documentaire
de société, le film est
une aventure humaine contée
avec intelligence et amour
par un réalisateur très
directement impliqué puisqu’il
est aussi le père du jeune héros.
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
■ « DEMONS IN
PARADISE » Documentaire
de Jude Ratnam, 1 h 34.
PROD
n beurrant une tranche
de pain, Thierry Lhermitte, 65 ans, raconte ce qui lui a plu dans La Finale,
premier long-métrage de Robin Sykes.
Pour ce rôle de grand-père souffrant
d’Alzheimer, l’acteur au regard bleu
pétillant a reçu le prix d’interprétation
au Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez, qu’il a donné à
Rayane Bensetti qui campe JB, son petit-fils. Parrain de la Fondation pour la
recherche médicale et chroniqueur
« santé » sur France Inter, l’ex-membre du Splendid veut continuer à être
surpris par les projets.
« J’ai sollicité le père d’un ami
qui est au même stade
de la maladie d’Alzheimer que
mon personnage pour qu’il vérifie
que tout soit vrai et crédible »,
confie Thierry Lhermitte.
La guerre civile au Sri Lanka
a duré vingt-six ans,
et les Tigres tamouls l’ont
aggravée par la violence
terroriste à l’intérieur de leur
communauté. Exilé à 5 ans,
Jude Ratnam revient dans son
pays et sur cette époque dans
un documentaire d’une grande
M.-N. T.
puissance humaine.
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
■ « 9 DOIGTS » Drame de
François-Jacques Ossang, 1 h 38.
CAPPRICI FILMS
NATHALIE SIMON
nsimon@lefigaro.fr
EMMANUELLE JACOBSON ROQUE/FILMSUGC IMAGES/FRANCE 3 CINÉMA/NEXUS FACTORY
E
PROPOS RECUEILLIS PAR
NEXT FILM DISTRIBUTION
ENTRETIEN En grand-père raciste atteint d’Alzheimer dans « La Finale », l’acteur parvient
à bouleverser et faire rire. Investi dans la recherche médicale, il s’est senti proche du sujet.
Des gangsters se retrouvent
sur un cargo après un braquage.
Après, on ne comprend pas
grand-chose. François-Jacques
Ossang embarque dans son trip
Paul Hamy, Pascal Greggory
et Gaspard Ulliel. Le spectateur,
lui, reste un peu à quai. La photo,
en noir et blanc, a du cachet. É. S.
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
■ « PACIFIC RIM
UPRISING »
Aventure de Steven S. DeKnight,
1 h 51.
PYRAMIDE DISTRIBUTION
Sao Paulo a aussi
son loup-garou
FANTASTIQUE « Les Bonnes Manières » résonne
comme un conte moderne brésilien sans tabou.
ÉTIENNE SORIN esorin@lefigaro.fr
n cas d’école. Il faudrait
pouvoir ne rien dévoiler de
ces Bonnes Manières. Préserver les ruptures de ton,
les surprises. Mais puisqu’il
s’agit de donner envie au lecteur d’aller
voir le second long-métrage d’un duo
de jeunes cinéastes brésiliens, Juliana
Rojas et Marco Dutra, déflorer un peu
l’intrigue est inévitable.
Clara, jeune femme noire de la banlieue de Sao Paulo, postule comme nounou. Ana, jeune femme blanche des
beaux quartiers, n’a pas encore accouché mais souhaite avoir une aide à domicile avant même la naissance de son
premier enfant. Clara s’installe dans
l’appartement chic d’Ana. Elle peint la
future chambre du bébé, fait les courses, le ménage. Ana fait du shopping, de
la gym devant la télé et met les pieds
A
U
sous la table. La pauvre petite fille riche
n’a pas de mari, l’enfant qu’elle porte
n’a pas de père. Elle se confie à Clara,
raconte avoir été chassée par sa famille.
Une relation trouble se noue entre les
deux femmes.
Absence de complexes
Le tandem Rojas-Dutra filme la ville comme un décor étrange, où la pleine lune baigne
les gratte-ciel d’une lumière onirique. RUI POCAS/JOUR2FÊTE
On se croit en terrain connu. Il est
question de classe sociale, de malaise
racial et d’ambiguïté sexuelle. Les Bonnes Manières rappelle le cinéma du Brésilien Kleber Mendonça Filho (Les
Bruits de Recife, Aquarius) dans sa façon
de flirter avec le fantastique pour dépeindre une société profondément inégalitaire. Le tandem Rojas-Dutra filme
la ville comme un décor étrange, où la
pleine lune baigne les gratte-ciel d’une
lumière onirique. Mais le duo ne se
contente pas de se tenir à la lisière du
cinéma de genre. Il franchit le pas avec
une absence de complexes déconcertante pour un public français habitué à
ranger les films dans des cases (chronique naturaliste, romance, horreur).
L’accouchement d’Ana ne se fait pas
sans douleur. La séquence est digne
d’Alien. Le nouveau-né est une créature
poilue aux oreilles pointues. Une ellipse
plus tard, Clara est désormais la mère
d’un petit garçon de 7 ans, Joel. Elle l’élève avec amour et lui interdit de manger
de la viande. Les soirs de pleine lune, elle
l’enchaîne dans une pièce aux murs en
béton. La puberté n’est pas une sinécure.
Couper le cordon est une déchirure.
Rojas et Dutra sont fans des premiers films d’animation de Disney
(Blanche-Neige, Dumbo). Les Bonnes
Manières a quelque chose du conte de
fées monstrueux, impur, bizarre,
iconoclaste. Dans la banlieue de Sao
Paulo, le mythe du loup-garou retrouve des couleurs. ■
« Les Bonnes Manières »
Fantastique de Juliana Rojas
et Marco Dutra.
Avec Isabél Zuaa, Marjorie Estiano,
Miguel Lobo.
Durée 2 h 15
■
L’avis du Figaro : ○○¡¡
Les méchants monstres
sont de retour, mais cette fois,
les créatures godzillesques
se font attendre. Pari plutôt
réussi pour le néophyte
Steven S. DeKnight qui récupère
le flambeau de del Toro
et signe une suite pas
franchement déplaisante.
ROBIN CANNONE
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
■ « APRÈS LA GUERRE »
Drame d’Annarita Zambrano,
1 h 32.
En 2002, après un attentat
à Bologne, l’Italie réclame
l’extradition de Marco,
terroriste d’extrême gauche
réfugié en Francedepuis
vingt ans. Le film navigue entre
la cavale de Marco avec sa fille,
en France, et sa famille en Italie,
divisée par ce passé violent.
Mais il peine à convaincre
M.-N. T.
et à émouvoir.
■ L’avis du Figaro : ○¡¡¡
LE FIGARO
mercredi 21 mars 2018
VOYAGE
33
Le Qatar,
de la perle
à la culture
ESCAPADE Le petit émirat, qui accueillera
le Mondial de football en 2022, fait appel
aux plus grands architectes pour célébrer
ses musées et ses écuries de pur-sang.
ENVOYÉE SPÉCIALE À DOHA
Doha, la capitale du
Qatar, pas de tour la plus haute, pas de
chorégraphie de jets d’eau de toutes les
couleurs sur fond d’air d’opéra, ni de
piste de ski sous cloche comme dans
l’émirat de Dubaï. Lui a décidé de promouvoir sa culture, son histoire et sa
nature, une manière de se distinguer de
son écrasant voisin, célèbre pour ses
excès les plus fous. Le Qatar est une petite langue de désert, bordée au nord
par le golfe Arabo-Persique et au sud
par l’Arabie saoudite. Un émirat devenu richissime grâce à des gisements de
pétrole et de gaz naturel découverts
dans les années 1950. Doha, la petite
ville de pêcheurs de perles et d’humbles
bédouins, est devenue l’une de ces mégapoles ultramodernes de la région qui
cherchent à attirer les visiteurs du
monde entier.
Si la monarchie n’a pas cherché à bâtir
les édifices les plus élevés, elle a fait appel aux architectes les plus talentueux
de la planète. La corniche est la vitrine
d’un concours de formes verticales de
verre et d’acier, sublimées par le soleil
omniprésent. Un cylindre de dentelle
métallique, la Qatar Tower, griffée Jean
Nouvel, côtoie la Tornado Tower, une
hyperbole cernée d’un large quadrillage au bas duquel s’affiche le portrait de
l’émir, visible un peu partout à Doha.
La tour al-Bidda, vrillée sur elle-même
et enveloppée d’un feuilletage de verre,
les Palm Towers dont les feuilles stylisées sont représentées par des pans
concaves… Et l’émirat a aussi réclamé
des prouesses architecturales pour ses
musées. Rien que pour cela, ce petit
pays mérite l’escapade.
de livres
uCathédrale
et Rose des Sables
Y ALLER
Paris-Doha à partir de 880 €
en classe éco sur Qatar Airways.
La compagnie a déployé sa
« Q Suite », une classe affaires
aménagée comme une première
classe avec des cabines
fermées, sur le vol du matin
en Boeing 777 : 4 000 € depuis
Paris. À noter les départs
de Nice, une fois par jour, en
Dreamliner à partir du 25 mars.
www.qatarairways.com
FORMALITÉS
Aucun visa n’est nécessaire.
Mais le passeport biométrique
est obligatoire. Le blocus imposé
par les États voisins (Arabie
saoudite, Émirats arabes unis,
Bahreïn, Égypte) n’affecte pas
les touristes.
+
Carnet de route
Les fans d’architecture et d’art doivent
réserver une demi-journée au Musée
d’art islamique (MIA). Un joyau !
D’abord parce que l’édifice lui-même
CIRCUITS
Avec Voyage de légende,
«Rendez-vous en terre
qatarie» : 4 nuits à partir de
1 499 € par personne en
chambre double à l’hôtel
St. Regis Doha, 5 étoiles,
avec vol en classe éco au départ
de Paris, safari dans le désert,
croisière en dhow et visite
de la ville.
MEILLEURE SAISON
Mieux vaut partir entre
novembre et avril.
RENSEIGNEMENTS
www.visitqatar.qa/fr
est époustouflant. Inauguré il y a dix
ans, le musée a été conçu par l’architecte sino-américain Ieoh Ming Pei,
l’auteur de la pyramide du Louvre, qui
ne connaissait rien à l’islam avant de se
voir confier ce projet grandiose. Le bâtiment géométrique blanc souligné de
gris domine la baie. Un ponton majestueux flanqué de deux piliers blancs
s’ouvre sur la mer. Les angles des terrasses sont adoucis par les arrondis des
fenêtres en arches. À l’intérieur, un
double escalier monumental de marbre
blanc surplombe un atrium dont le sol
est orné de figures géométriques typiques de l’art islamique. Face à une
grande baie vitrée, l’eau d’une fontaine
coule dans un bassin octogonal de marbre noir. Les visiteurs sont peu nombreux. Les centaines de merveilles disposées dans les salles sont à nous.
Les œuvres proviennent d’Espagne, de
Chine, d’Irak, d’Égypte, de Turquie…
Céramiques ornées de calligraphies, assiettes et vases ottomans ornés de
fleurs, tapis d’Iran et de Turquie aux
couleurs vives et motifs délicats, bijoux
précieux aux pierres multicolores…
Tout l’islam du VIIe au XIXe siècle est là,
magnifié par la mise en scène de JeanMichel Wilmotte : des salles sombres où
seules les œuvres isolées sont éclairées.
Le musée compte 4 000 pièces dont 900
seulement sont exposées. Les amoureux
du MIA flânent encore un peu sur la
terrasse ouverte sur la mer, déjeunent
ou dînent au restaurant dont la carte a
été confiée à Alain Ducasse.
Il y a aussi la toute nouvelle bibliothèque, confiée à Rem Koolhaas, véritable
cathédrale de livres qui déploie à
360 degrés des rayonnages installés en
escalier, ouverts à tous. Et puis, avec sa
Rose des Sables, formée de disques de
béton et de fibre de verre, à l’image des
pierres du désert dont les cristaux font
penser à des pétales, Jean Nouvel va
donner forme au Musée national du
Qatar, dont l’ouverture est prévue à la
fin de 2018.
Un ensemble de formes verticales de verre et d’acier, sublimées par le soleil omniprésent de Doha.
la queue pour déguster un « chaï
karak », ce délicieux thé sucré à la cardamome et au lait. Un artisan vante en
chantant les bracelets multicolores
qu’il fabrique sous vos yeux. Un peu
plus loin, dans des écuries blanches
d’architecture traditionnelle, des dizaines de pur-sang témoignent de l’estime
que l’émirat leur porte.
: temple du pur-sang
uAl-Shaqab
À quelques kilomètres à l’ouest du
centre de Doha, pour découvrir
d’autres écuries comme al-Shaqab : le
temple mondial du pur-sang arabe.
Construites il y a vingt-cinq ans, elles
n’ont cessé de s’agrandir. Aujourd’hui,
cet immense complexe ultramoderne
comprend un haras, un centre vétérinaire et un centre de formation ainsi
que des écuries magnifiques où
740 chevaux sont élevés dans des locaux climatisés. Au menu des pursang : piscine, Jacuzzi et trot en manège
pour garder la ligne ! Sept champions
du monde ayant remporté des concours
de beauté y logent lorsqu’ils ne sont pas
en tournée pour des compétitions, ou
des saillies hors de prix. L’une des fonctions des écuries al-Shaqab – le nom
ANDRZEJ KUBIK
d’une bataille désormais donné à tous
les champions de la maison : Gazal,
Wadee… - est de promouvoir les qualités des pur-sang et leur identité arabe.
Dans leurs stalles confortables, les juments et leurs poulains sont bichonnés.
Chaque année, 120 naissances ont lieu
dans cet élevage cinq étoiles. Les touristes y sont accueillis depuis peu, en
s’inscrivant sur le site.
+ @SUR LE WEB
» Retrouvez la version intégrale
de ce reportage sur
www.lefigaro.fr/voyages
Waqif : or, épices et faucons
uSouk
À Doha, l’aventure touristique a
commencé il y a une trentaine d’années
seulement. Au début des années 1980,
la ville n’était qu’un désert. Sur la pointe de la baie, Sheraton a décidé de
construire une pyramide de béton
géante au milieu de nulle part. Le Sheraton est toujours là, comme un phare,
un repère de l’urbanisation accélérée.
Dans le grand hall, un mini-musée est
dédié à l’histoire de cet hôtel mythique,
photos à l’appui. Un pianiste y joue des
mélodies douces. La déco désuète, moquette rouge et parois de bois marron
foncé, pourrait servir de cadre au tournage d’un nouvel opus d’OSS 117. Les
familles qatariennes, femmes voilées en
noir avec leurs maris en blanc, voisinent avec les visiteurs étrangers sans
nouer de contacts.
Seulement 10 % de la population du
Qatar est originaire du pays. Il faut
donc composer avec les Asiatiques, les
Indiens, les Européens, qui font tourner
l’économie. « Mon grand-père a été l’un
des premiers managers de l’hôtel », raconte Hameed, jeune dirigeant d’un
tour-opérateur à Doha. Il parie sur l’offensive du gouvernement pour attirer
5,6 millions de touristes annuels d’ici à
2023, le double par rapport à 2016.
Pour eux, le souk Waqif est incontournable. Mais ce n’est pas le rendez-vous
« pour touristes » que l’on craint : c’est
un vrai marché. Ouvert uniquement le
soir, on y vend des souvenirs kitsch, de
l’or, des épices, et aussi des faucons de
chasse dont raffolent les Qatariens fortunés. D’ailleurs, au détour de l’une de
ses rues piétonnes biscornues, un hôpital moderne et rutilant leur est entièrement dédié. Sur la grande place du
souk, les femmes vendent des plats
chauds à emporter, leurs marmites alignées sur les étals. Les promeneurs font
ON NE PLAISANTE PAS
AVEC LE GOÛT
La recette d’Affligem Cuvée Carmin à l’arôme naturel de framboise/cerise/fraise est approuvée avec soin par l’Abbaye d’Affligem.
L’ A B U S D ’ A L C O O L E S T D A N G E R E U X P O U R L A S A N T É . À C O N S O M M E R AV E C M O D É R AT I O N .
A
À
VALÉRIE COLLET
vcollet@lefigaro.fr
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
AUTOMOBILE
34
Une voiture dangereusement autonome
MOBILITÉ Un accident aux États-Unis vient de jeter une ombre sur le véhicule sans conducteur,
soulevant des questions techniques, juridiques, mais aussi morales.
U
PHILIPPE DOUCET
pdoucet@lefigaro.fr
ne piétonne poussant
un vélo qui traversait en dehors d’un
passage protégé a été tuée avant-hier
en Arizona par un taxi autonome Uber.
Défaut de surveillance du conducteur,
dont la présence est encore obligatoire, même si le véhicule est en mode
automatique ? Réaction des systèmes
de la voiture moins rapide que prévu ?
L’enquête devra le déterminer. Quoi
qu’il en soit, cette tragédie jette une
ombre sur une technologie présentée
comme prometteuse par tous les acteurs de la mobilité. Elle démontre
aussi que le véhicule autonome n’en
est encore qu’à ses balbutiements.
Sur une échelle de un (conduite assistée) à cinq (automatisation totale), il
se situe, au mieux, au niveau trois : la
conduite automatique sous condition.
Cela signifie que l’intervention du
conducteur n’est plus nécessaire, mais
qu’il doit toutefois rester attentif au
fonctionnement des systèmes. On parle alors de conduite aux instruments.
On peut comparer cette étape au pilotage automatique des avions.
Gérer un gigantesque
flux d’informations
Plusieurs obstacles d’ordre technologique sont encore à résoudre pour libérer le véhicule autonome de toute
intervention humaine (« mind off »,
ou « hors conscience »). « La maîtrise
de l’intelligence artificielle, à la fois
dans la voiture et dans les centres de
données, sera essentielle », prévient
Doug Davis, vice-président d’Intel (la
société qui a inventé le microprocesseur), en charge de la voiture autonome. Pour fixer les idées, les spécialistes
estiment qu’un tel type de véhicule
roulant pendant une heure et demie
D’après les images vidéo, la victime, qui poussait un vélo, aurait fait irruption devant le véhicule, le 19 mars à Tempe, en Arizona.
exigera de gérer un flux d’informations comparable à celui produit pendant une pleine journée par trois mille
personnes accrochées à leur smartphone.
« Si nous n’avions besoin que de supercalculateurs, notre travail serait déjà
terminé. Il va falloir inventer d’innombrables algorithmes pour faire rouler
avec efficacité et sécurité un véhicule
sans conducteur », précise Doug Davis.
Des réseaux de télécommunications
rapides et fiables (la 5G est un minimum) seront également indispensables pour faire communiquer les cerveaux électroniques chargés de créer
en temps réel l’environnement du
éhicule autonome.
Les écueils sont aussi d’ordre légal.
La convention de Vienne de 1968 sur la
circulation routière (article R. 412-6
du Code de la route) exige toujours la
présence d’un conducteur à bord.
Même si une brèche a été ouverte dans
ce texte en mars 2016 afin de permettre la conduite automatisée sur route,
il faudra donner de solides garanties
aux juristes pour qu’ils acceptent de
dispenser les voitures de leurs pilotes.
On imagine de plus un phénomène de
responsabilité « en cascade » en cas
d’accident, chacun se renvoyant la
balle. Ainsi, le constructeur du véhicule pourrait être enclin à se retourner
vers l’équipementier, qui, lui, accusera
le concepteur du système, ce dernier
assurant pour sa part que c’est l’opérateur de télécommunications qui est en
cause. Une dilution de la responsabilité
est à craindre.
BONNES AFFAIRES
ACHÈTE GDS VINS
Vins
(même très vieux et
imbuvables, collections)
et vieux Champagnes,
Cognacs, Chartreuses,
Rhum, Absinthe. Faire
offre. Je me déplace
sur toute la France.
Frédéric 06.09.85.48.98.
« L'abus d'alcool est
dangereux pour la santé.
Consommez avec
modération. »
ACHETE CHER
VINS ET
CHAMPAGNE
Antiquités
ANTIQUAIRE
EXPERT PARIS 8°
Tout millésimes
même abimés
SPIRITUEUX
ACHETE A DOMICILE
Mobilier - Peinture
Sculpture - Objets d'art
06.33.53.80.18
14, AV. MATIGNON
tobogan.antiques@
wanadoo.fr
PAIEMENT IMMEDIAT
06.28.71.37.00
contact@jacqueslacombe.vin
www.jacqueslacombe.vin
Automobile
Divers
Dépannage Remorquage
de tous types de
véhicules. Enlèvements
d'épaves gratuits pour la
destruction par société
agrée. Prise en charge de
toutes les démarches
administratives.
06.72.84.51.75
Décoration
CONFECTION
A VOS MESURES !
RENOVATION
PONCAGE
VITRIFICATION
Votre Parquet
REMIS à NEUF
ê
Ancien - Traditionnel
Massif - Vieilli
Finition
Brillante - Brute
Traitement
Huile Naturelle
ê
Étude et Devis Gratuits.
34, Rue de Bassano
75008 - Paris.
01.84.25.15.77
VOILAGES
RIDEAUX, STORES
présente
Volume
16
intérieurs et extérieurs
Choix de tringles et
de tissus d'éditeurs.
Conseils, devis et poses
assurées par
nos décorateurs.
- 15% LECTEURS
DU FIGARO.
34, Rue de Bassano,
75008 - Paris.
01.84.25.15.77
RENOVATION
CRISTALLISATION
CRÉEZ
VOTRE TAPIS
RÉALISATION DE
MODÈLES UNIQUES
ê
Large choix de styles
formes matières textures
LAINE, SOIE, LIN,
Fabrication française
et sans intermédiaire.
ê
Etude et Devis gratuits.
Manufacture Tapis Design
34, Rue de Bassano,
75008 - Paris.
01.47.20 78 84.
Édition Collector
6
A
€
,90
E N VE NTE A CTUE LLE ME NT
chez tous les marchands de journaux
�� ��� �����
��������������
Contact ser vice client au 01 70 37 31 70
MARBRE - TRAVERTIN
GRANIT - BETON
PIERRE NATURELLE
Hall d'Entrée - Sol
Mur - Plan de Travail
Salle de Bains - Vasque
ê
REFERENCE
DE PRESTIGE
ê
Étude et Devis Gratuits.
34, Rue de Bassano
75008 - Paris.
01.84.25.15.77
www.lightandmoon.com
www.lightandmoon.com
NETTOIE
RENOVE, RAVIVE
Tapis, Rideaux
Moquettes, Stores
Tentures Murales,
Canapés et Cuirs.
ê
CONFECTION
RESTAURATION
ê
de votre Ameublement.
Réfection Sièges
et Fauteuils.
Excellentes références.
Devis Livraison gratuits.
34, Rue de Bassano
75008 - Paris
01.47.20.78.64.
AVEC GAVO FINI
LES CORVÉES
D'AMEUBLEMENT !
Spécialiste depuis 1939
du Nettoyage
d'ameublement.
Décroche et raccroche
vos rideaux.
Ravive vos tapis,
canapés, moquettes,
tentures.
Devis gratuit.
-15 % LECTEURS
DU FIGARO
84, Rue Michel Ange,
75016-Paris.
01.47.43.11.43.
Pour passer votre annonce
contactez-nous
du lundi au vendredi
de 9h00 à 18h30 au
01 56 52 8000
ABC-15/AP
« La législation devra sans doute être
modifiée pour que le véhicule autonome
soit socialement accepté », estime
Kathy
Winters,
vice-présidente
d’Intel, responsable de « solutions
d’automatismes » du groupe américain. Mais se pose aussi la question de
l’apprentissage de l’intelligence artificielle, le « deep learning ».
Les systèmes informatiques bâtissent un savoir par une accumulation
d’informations. Mais ce processus,
même pour les spécialistes, reste obscur. Il peut être à l’origine de confusions (entre, par exemple, un obstacle
et une personne). La prise de décision
par de tels systèmes suscite une autre
inquiétude. Le véhicule autonome
choisira-t-il d’écraser le cycliste sur le
bord de la route pour éviter une colli-
sion frontale avec un autre véhicule,
ou l’inverse ? « Les solutions trouvées et
pérennisés par les machines constitueront de nouveaux usages, le code informatique devenant créateur de normes. Il
faudra alors voir comment les usages
mécaniques cohabitent avec les usages
humains », analyse l’avocat Sylvain
Naillat. Tant que les voitures sans
conducteur ne seront pas les seuls véhicules sur les routes, personne n’est
en mesure de répondre à cette dernière question. ■
+ @SUR LE WEB
» L’essai de la Volkswagen Golf Sportvan
» Ford Mustang Bullitt, le retour de l’icône
» Honda joue sur tous les tableaux
www.lefigaro.fr/automobile
LE FIGARO
mercredi 21 mars 2018
TÉLÉVISION
35
Johnny, le malheur en héritage
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Timothée Vienne n’a eu que deux mois pour enquêter sur la guerre des clans Hallyday.
Une affaire compliquée dont le réalisateur résume les enjeux, avec plusieurs images rares à la clé.
RMC/Numéro23 | 10 heures | Mardi
I
l en agace certains, il en fascine
d’autres. C’est bon signe.
L’homme est redoutablement
brillant. De qui s’agit-il ? Olivier
Truchot nous en donne une
définition : « On reçoit aujourd’hui
un buveur de whisky, un fan
de tauromachie, un anti-vegan,
un homme qui déteste les réseaux
sociaux… » Un type bien, quoi.
De qui s’agit-il donc ? De l’avocat
Éric Dupond-Moretti. Un maître
du barreau, on ne le présente plus.
Il a la belle voix du ténor fumeur.
Ce qu’on lui reproche, il le cultive.
Les Éditions Kero viennent de
sortir son Dictionnaire de ma vie,
nous n’allons pas nous en priver
en ces temps de détresse. Notre
ténor dit : « Vous savez, nous
sommes dans l’hypermoralisation
de notre époque, ce qui génère
l’appartenance obligatoire
à des clans de manière assez
manichéenne. La bien-pensance,
la mauvaise pensance, le mal, la
vérité, le mensonge… Notre époque
stigmatise les tensions davantage
que ce qui peut nous réunir (…).
Les choses les plus terribles, ce sont
les communautés religieuses,
les sexes - c’est-à-dire les femmes
contre les hommes -, les anti
et les pro. Nous sommes dans
une violence exacerbée rare.
On n’a jamais été aussi réglementé
que par les temps qui courent.
Siffler une fille dans la rue, on prend
une amende forfaitaire de 90 euros !
On marche sur la tête. Ce n’est pas
une infraction pénale. Si on me dit
qu’il faut payer les femmes comme
les hommes, oui, voilà un vrai
combat. Le reste, on s’y perd, il ne
faut pas tout mélanger. » DupondMoretti veut que les vegans ne
nous empêchent pas de manger
une côte de bœuf, que les buveurs
d’eau ne nous regardent pas
d’un sale œil lorsque nous sifflons
un scotch - une des seules choses
qui nous fait encore supporter
l’autre -, que les anti-corrida
ne considèrent pas comme des
salauds ceux qui s’en réjouissent,
bref que les nouveaux et atroces
tribunaux populaires, époque
singulière, nous lâchent un peu
la grappa.
LENA LUTAUD £@LenaLutaud
in janvier, alors que le ton monte publiquement entre Laeticia,
David et Laura Smet, C8 a l’idée
de commander un documentaire sur la guerre autour du testament de Johnny Hallyday. La chaîne se
tourne vers son animateur Julien Courbet et sa société de production, La Concepteria. Le réalisateur Timothée Vienne
a seulement deux mois devant lui. Avec
une affaire qui connaît des rebondissements quotidiens et où il faut prendre du
recul, c’est peu.
Certains points comme les activités
actuelles d’André Boudou, le père de
Laeticia Smet, et de son frère Grégory
auraient gagné à être davantage développés. D’autres scènes, comme le thé à
l’Élysée où Brigitte Macron aurait
convaincu David et Laura Smet de ne
pas boycotter la cérémonie à la Madeleine, ou encore la supposée interdiction
par la veuve du chanteur de laisser les
aînés voir leur père juste
avant sa mort, auraient
gagné en crédibilité si elles avaient été racontées
○○¡¡
par des témoins directs
et non pas rapportés par
des tiers.
Enfin, la partie sur le volet judiciaire ne
retient que les arguments en faveur de
Laeticia. Les avocats de Laura et David,
qui apprécient déjà peu leur confrère
Emmanuel Pierrat, vont de nouveau
trouver de quoi s’agacer. Pour être crédible, mieux vaut être le plus neutre possible. Mais Timothée Vienne a néanmoins
énormément enquêté et cela se voit.
Dans cette affaire compliquée où chaque mot compte, dénicher des intervenants intéressants a été un défi. « Je n’ai
trouvé personne pour assumer son amitié
avec l’épouse de Johnny Hallyday, ceux
qui pourraient s’exprimer ont de toute
F
21.05
L’image de Johnny Hallyday ressort quelque peu écornée du documentaire diffusé ce soir sur C8.
évidence eu la consigne de se taire », regrette par exemple le réalisateur. Heureusement, de bons connaisseurs du
dossier, comme Jean-Pierre Pasqualini,
sont là. Certains vieux amis de Johnny
jouent aussi le jeu. Le témoignage de
Pierre Billon, auteur-compositeur que
l’on a pu voir porter le cercueil à l’église
de la Madeleine, apporte beaucoup d’humanité. « Johnny n’était pas conscient
vers la fin qu’il partait », affirme-t-il en
évoquant le dernier album en cours et la
tournée annoncée pour 2019. Les interventions d’Adeline Blondieau aussi sont
pleines de dignité. Avec une émotion
qu’on imagine non feinte et d’un ton
posé, l’ex-épouse rétablit certaines vérités. Quand elle raconte que « Johnny ne
voulait jamais rester seul, qu’il fallait toujours être présente et qu’il exigeait beaucoup », on entrevoit ce qu’ont dû être les
premières années de mariage de Laeticia,
avant qu’elle ne trouve sa place.
L’emprise de « Dédou »
Le passage où Pierre Billon et Yves Rénier, des amis de quarante ans, racontent
n’avoir « jamais rencontré David et Laura » en dit long sur les relations de Johnny Hallyday avec ses aînés. L’anecdote
rapportée par le journaliste Renaud Revel, présenté comme un proche de Da-
vid, est tout aussi poignante : « Quand il
téléphonait à son père, ce dernier lui disait : ‘‘ici Johnny, pas ton père !’’ David en
souffrait beaucoup. » N’en déplaise aux
fans, l’image du rocker en ressort quelque peu écornée.
Le documentaire vaut aussi par certaines images méconnues. Le passage filmé
dans les coulisses du Stade de France où
André Boudou interdit au puissant producteur Jean-Claude Camus l’accès à la
loge de Johnny Hallyday est incroyable.
Et très révélateur de l’emprise prise par
« Dédou » auprès du rocker. La soirée
sur C8 sera prolongée par un débat animé
par Julien Courbet. ■
« Le Rêve français » et ses tristes réalités
Retour sur le destin des ultramarins exilés en métropole dans les années 1960.
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
est une page méconnue
de l’histoire des Antilles
et de la Réunion à laquelle
France 2 redonne vie
dans une ambitieuse fresque en deux parties, dont la première est
diffusée ce soir et la seconde le 28 mars. À
travers les amours contrariées de deux
familles guadeloupéennes, Le Rêve français retrace le destin de la jeunesse ultramarine des années 1960 poussée à rejoindre la métropole sous l’égide du
Bumidom (Bureau de migration d’outremer). Créée en 1963 par Michel Debré,
abolie en 1981, l’organisation promettait
C’
LE BUZZ TV
Invitée : Capucine Anav
Interviewée par Damien Canivez
et Sarah Lecœuvre aujourd’hui
sur :
Le Rêve français montre les vexations
quotidiennes de ses héros déracinés.
MIGAIL MONTLOUIS-FÉLICITÉ / ELOA/ FTV
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4679
HORIZONTALEMENT
1. Bataille sur la tapisserie de
Bayeux. - 2. Grotte préhistorique
en Cantabrie. - 3. À la montagne
dans ce sens, à la mine dans
l’autre. URSS en peluches… - 4.
Courant dans les Pyrénées, une
seule fois par an en Asie. Voie sur
berge. - 5. Commerce de mises
anciennes. Réduction du patron.
- 6. Petit caillou dans la feuille.
- 7. Réuni au radius. Don pour
les œuvres. - 8. Vais fournir un
revenu périodique. - 9. Une ligue
pour Tony Parker. Joue faux. - 10.
Crochet à viande. Initiales hôtelières. - 11. De Rome ou d’Aragon.
- 12. Elle reste dans l’anonymat.
COLLECTION CHRISTOPHEL/AFP
« Les Grandes Gueules »
VERTICALEMENT
1. Installation à fonte. - 2. Président de la République française
entre 1932 et 1940 (prénom et
nom). - 3. Fait du surplace. - 4.
Retour de balancier. Baratin pour
séduire. Point obscur. - 5. Élément
négatif. Liquide en Transylvanie.
Suivi à la lettre. - 6. Cité à l’embouchure du Paillon. A perdu le fil.
Pronom. - 7. Opposé à la force.
Obus à cent balles. - 8. Cité forézienne où l’on parle le gaga.
1
2
3
4
5
6
7
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4678
HORIZONTALEMENT 1. Mascaret. - 2. Empilage. - 3. Spirites. - 4. Oh.
Stars. - 5. Pirée. Io. - 6. Ôtes. Sen. - 7. Thé. Ats. - 8. Aérage. - 9. Ma. Rince.
- 10. Item. Tôt. - 11. Ergonome. - 12. Néorural.
VERTICALEMENT 1. Mésopotamien. - 2. Amphithéâtre. - 3. Spi. Réer.
Ego. - 4. Cirses. Armor. - 5. Alité. Agi. Nu. - 6. Rata. Stentor. - 7. Égéries.
Coma. - 8. Tesson. Bétel.
9
10
11
12
2
3
4
5
6
7
8
à ces jeunes du travail en France. Le but
de ce voyage qualifié par Aimé Césaire de
« génocide par substitution » ? Enrayer la
poussée démographique et affaiblir les
velléités indépendantistes.
Fille de bonne famille, Doris (Aïssa
Maïga) se laisse séduire par un ingénieur
de passage, dont elle tombe enceinte.
Humilié, son père l’envoie à Paris. Peu
importe que le premier amour de Doris,
Samuel, propose de l’épouser. Lié au
mouvement indépendantiste, ce jeune et
pauvre Guadeloupéen n’est pas jugé
convenable.
Samuel
(Yann Gael) va être emprisonné en métropole.
Libéré par son avocat, il
○○○¡
connaît ensuite une as-
BRIDGE
cension fulgurante, tandis que Doris est,
comme beaucoup d’ultramarins, cantonnée à des postes subalternes de fonctionnaires. Le Rêve français montre les
vexations quotidiennes de ses héros déracinés, en butte au racisme.
Porté par une distribution remarquable
et des rebondissements romanesques,
cette saga, jamais manichéenne, mêle
avec agilité grande et petite histoire.
Dommage que le format du projet de
Christian Faure et Sandro Agénor, originellement imaginé en 6 × 52 minutes, se
soit transformé en deux
téléfilms d’une heure et
demie. On serait bien resté avec ses protagonistes
un peu plus longtemps. ■
20.55
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
PROBLÈME DE DÉFENSE N° 2788 : Effet d’écho
RV96
R 10 7 5
R92
V2
4
N
D86
O
E
D 8 7 6
S
D 10 7 5 3
Contrat : Sud joue 6 Piques.
La séquence :
Sud Ouest Nord
Est
1 passe 3SA* passe *Fit 4e, 13-15HDL, pas de courte
6
Entame : 3 de pour le Roi d’Est pris de l’As. Sud joue As
de , 7 de pour le Roi, coupe un au troisième tour et
ressort à pour votre Dame (le 4 en Est). Comment jouez-vous
selon qu’Est a fourni le 5 puis le 2 à l’atout ou bien le 2 puis le 5 ?
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2787 : Le meilleur des trois chelems
Contrat : Sud joue 6 Trèfles.
Entame : 2 de .
La coupe d’un au mort vous procurerait une douzième levée mais, en lâchant la main,
vous donneriez l’occasion à Est de faire couper un à son partenaire.
La bonne ligne est de purger les atouts, donner trois autres tours de en défaussant deux puis à manier les en sécurité, de façon à y assurer trois
ARDV8
plis. Commencez par l’As de puis couvrez la carte d’Ouest
5
R943
(s’il défausse, mettez le Roi et rejouez vers le Valet).
ADV
On soutient que le fit 4-4 est supérieur au fit 5-3. C’est vrai
10 6 5 4 3
dans de nombreux cas mais il y a beaucoup d’exceptions 2
N
dans la zone du chelem. Ici, 6 Carreaux en fit 4-4 est voué à R V 10 8 O E A D 6 4 3 2
D 10 8 7
2
S
l’échec tandis que 6 Trèfles gagne en fit 5-3 et 6 Piques en 9 6 5 3
2
fit 5-2 n’est battu que par le partage 5-1 des atouts…
97
97
AV65
R 10 8 7 4
A
Bol d’air
mercredi 21 mars 2018 LE FIGARO
36 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Clémence
Soleil: Lever 06h52 - Coucher 19h04 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Vu. Magazine
20.50 Parents mode d’emploi
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Présentation : Thomas Thouroude
20.30 Plus belle la vie. Feuilleton.
19.20 La villa des cœurs brisés.
Téléréalité 20.15 Nos chers voisins
MATIN
21.00 Joséphine, ange gardien
21.00
20.55
20.55
Série. Comédie dramatique
Film TV. Drame
Documentaire. Société
Série. Comédie. Fra. 2013. Saison
14. Avec Mimie Mathy. En roue libre.
Joséphine est appelée par Paola, la
fille de Christophe Giovanni, depuis
peu dans un fauteuil roulant.
0
40
0
0
-2
-3
2
0
-1
-3
3
0
22.55 Joséphine, ange gardien. Série
0.50 Confessions intimes
-2
0
-2
0
-1
0
-1
-1
50
Grey’s Anatomy
Le rêve français
EU. Saison 13. Avec Kevin McKidd,
Justin Chambers, Ellen Pompeo.
2 épisodes. Inédits. Owen est bouleversé d’apprendre que sa sœur,
Megan, est toujours en vie et il s’en
veut de l’avoir abandonnée.
Fra. 2016. Réal. : Christian Faure.
1h30. Inédit. Avec Yann Gael, Aïssa
Maïga, Sohée Monthieux. (1/2).
Retour sur le départ de nombreux
ultramarins pour fuir la misère et
venir s’installer en métropole.
22.45 Night Shift Série. Comédie
22.35 Dans les yeux d’Olivier
dramatique. L’insoumis. Inédit - Braver l’interdit. Inédit 0.25 Night Shift
Magazine. Société. Prés. : Olivier
Delacroix 2.00 Le jour du Seigneur
Pédophilie, un silence
de cathédrale
-1
0
-1
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
0
0
0
1
20.50 Enquête de santé
6
3
Réal. : Richard Puech. 1h40. Inédit.
Enfants, ils ont été abusés par un
prêtre pédophile. Aujourd’hui, des
victimes témoignent pour révéler
l’ampleur du fléau.
Magazine. Santé. Prés. : Michel
Cymes, Marina Carrère d’Encausse,
Benoît Thevenet. 1h15. Thyroïde,
peut-on faire confiance aux traitements ? Inédit.
22.35 Prêtres pédophiles : et
maintenant que fait l’Église ?
22.05 Débat. Invitée, notamment :
Béate Bartès 22.35 C dans l’air
Débat. Inédit 23.40 Soir/3
2
0
4
2
5
60
6
APRÈS-MIDI
8
40
8
18.15 Flash pap’ (C). Magazine 18.40
L’info du vrai (C). Magazine 20.40
Canalbis (C). Divertissement.
19.00 Coucous & co, dans le nid d’un
autre. Doc. 19.45 Arte journal 20.05
28 minutes 20.45 Athleticus
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu. Présentation : Stéphane Plaza 19.45 Le
19.45 20.25 Scènes de ménages
20.55
20.55
21.00
Film. Comédie
Film. Drame
Jeu
7
7
8
8
18.55 Les Anges 10 - Let’s Celebrate ! 19.55 The Big Bang Theory
8
6
9
9
6
7
9
5
9
20.55 Piégés
8
10
Film TV. Thriller. EU. 2014. Réal. :
David Hackl. 1h31. Avec James Marsden. En Alaska, le shérif adjoint et
son frère partent en forêt, où rôde
un redoutable prédateur.
6
8
8
8
50
7
10
22.40 Braqueurs. Film TV. Action
0.25 Altitude. Film TV. Action.
8
9
11
12
13
9
11
12
10
60
11
19.00 Les maîtres de l’auto. Série
doc. Top chrono ! - Les soldats du feu.
20.50 Vintage Mecanic
Baby Phone
Talons aiguilles
Top Chef
Fra. 2017. Réal. : Olivier Casas. 1h25.
Avec Medi Sadoun, Anne Marivin,
Pascal Demolon. Musicien en mal
de reconnaissance, marié et nouvellement papa, Ben invite à dîner
ses parents et deux amis d’enfance.
Esp-Fra. 1991. Réal. : Pedro Almodóvar. 1h50. Avec Victoria Abril,
Marisa Paredes, Miguel Bosé. Une
présentatrice TV retrouve sa mère,
une célèbre chanteuse qu’elle n’a
pas vue depuis des années.
Prés. : Stéphane Rotenberg. 2h25.
Inédit. Chaque chef va choisir un
ancien candidat de sa brigade pour
lui donner une nouvelle chance. Trois
candidats feront donc leur retour le
temps d’une épreuve.
22.20 La Gaule d’Antoine Diver-
22.45 Histoires de cinéma Documentaire. Cinéma. Histoires de sexe
23.40 Lucia et le sexe. Film.
23.25 Top Chef, dans l’assiette
des grands chefs Jeu. Inédit 0.15
tissement. Prés. : Antoine de Caunes
23.45 Nox 1.30 Louise en hiver. Film.
13
T (en °c)
Série doc. Sport. Fra. 2017. Réal. : K.
Ben Mahmoud. 1h05. Citroën 2CV.
Inédit. François Allain s’intéresse à
l’un des véhicules les plus populaires :
la Citroën 2 CV. - New Axa. Inédit.
23.00 Vintage Mecanic. Série doc.
Matra 530 - BMW R75-5.
Cauchemar en cuisine. Magazine.
<-10 à 0
19.05 Once Upon a Time. Série. Hansel et Gretel. - Le vol de Colombe.
19.20 Quotidien, première partie
19.40 Quotidien. Talk-show
18.50 Les Marseillais Australia. Téléréalité.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 90’ enquêtes
Magazine. Société. Présentation :
Carole Rousseau. 2h25. Accidents,
courses-poursuites et fous du
volant : pas de répit pour les gendarmes de l’autoroute.
21.00 Enquêtes criminelles :
le magazine des faits divers
21.00 Héritage de Johnny :
la guerre des clans
Mag. Société. Prés. : Nathalie Renoux.
2h00. Inédit. Au sommaire, notamment : «Affaire Patricia Dagorn :
sexe, poison et argent».
Mag. Société. Prés. : Julien Courbet.
2h50. En direct. Ce documentaire
sera suivi d’une émission spéciale
présentée par Julien Courbet.
23.25 90’ enquêtes. Magazine. Présentation : Carole Rousseau.
23.00 Enquêtes criminelles : le magazine des faits divers. Magazine.
23.50 Langue de bois s’abstenir.
Magazine.
SU DO KU
GRILLE 2454 MOYEN
SOLUTION DU N° 2453
6
2
8
5
7
4
3
1
9
9
5
1
2
6
3
8
7
4
Film TV. Comédie. Fra. 2006. Réal. : L.
Katrian. 1h30. Avec M. Laroque. Isabelle, rédactrice en chef, rencontre
Max, gérant d’un club de vacances.
CANONNIER
2/13
3/13
par téléphone :
SOIRÉE
OFFICIELLE
5
9
2
6
3
1
7
4
8
3
4
6
7
8
2
5
9
1
1
8
7
4
5
9
2
3
6
2
6
9
8
4
7
1
5
3
4
1
5
3
2
6
9
8
7
JEUNE
DIPLÔMÉ
MET EN
ACTION
ASTATE
AU LABO
QUENOTTE
PRIS
DE HAUT
8
7
3
1
9
5
4
6
2
GREFFE
D’ORGANE
GERBE
D’EAU
COURT ET
SAUTE
CALES AU
GARAGE
ENFILA
SUR LUI
C’ÉTAIT
LE DO
BORD
DE MER
SUITE
DE GENS
NON DITES
GOUSSE
DE
HARICOT
LONGUEUR
CANALISATION
ELLE
INSPIRA
ARAGON
À RÉGLER
OPINION
CELUI-CI
BERGER
BIBLIQUE
MÉTAL
DEUX
VOYELLES
POUR UN
FLEUVE
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
CHAMPION
TOUTES
S
C
D
C
A
T
E
T
CATÉGOE U P H O R I E
B U V E T T E
RIES
HEURTOIRS
LADY
DÉFUNTE
GROSSIER
GROS
RISQUES
MENTION
À
L’EXAMEN
CLÉ D’UNE
GRANDE
CAPACITÉ
CHAMBRES
FROIDES
BIEN
ATTRAPÉE
ADJECTIF
POSSESSIF
FAIS UNE
SÉLECTION
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
GRANDS
AIGLES
RADIO
DE DUCHÉ
8/12
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
NOTORIÉTÉ
1/9
1/11
6/11
3/13
22.50 Mariage surprise. Film TV
0.40 Les rois de la réno. Téléréalité.
ANNONCÉE
3 6
8 7
5
2
8
4/10
1/11
INSENSÉE
1
SAMEDI
3/10
3/8
0/9
11/16
-2/6
0/5
6/16
-2/4
9/13
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
2/12
3/11
-1/7
3/9
1/10
1/7
0/0
-1/7
3/9
0/10
6/14
VENDREDI
4/8
FORCE 2
MOINS
EXCITÉ
VIEUX
PÉRUVIEN
DÉFENSE
EN L’AIR
4
8
A
5
1
9
7
3 2 9
4
9 5
6
7
1 7
2
5
1
9
2 7
6 1
4
6
5
3
QUI VIENT
APRÈS
EFFET DE
COULEUR
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
JEUDI
21.00 Petits secrets
et gros mensonges
MOTS FLÉCHÉS N°1925
Chaque jour un peu plus difficile
7
3
4
9
1
8
6
2
5
6/12
4/12
-3/4
-1/5
2/9
13/15
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
10 à 20 20 à 30 30 à >40
0 à 10
R
E N
A
S T
U
O R
E
B L
E A B O
T R E M
E R I E
E R
H T
C
T R A
P E E
A S E E
N
E
N
T
A
M
E
N E E
T T R
C R
P
A
N O T
E
I
U R O
S E N
A N I
E
T O
O T A L
L O S E
E R
M
S T E
P E
N
S I T
E R
L E
E S
A
A
R A
E M
U E
LE FIGARO
mercredi 21 mars 2018
37
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Jean-Marie Pouzenc,
Elvis dans la peau
SUCCÈS Le président et créateur d’Elvis My Happiness,
l’association officielle française des fans d’Elvis Presley, publie
dans son magazine du même nom un dossier consacré à Johnny Hallyday,
pointé du doigt pour avoir pillé l’œuvre et l’image du King.
Philippe Martinot
pmartinot@lefigaro.fr
ur chaque battant de la grille du jardin, une silhouette représente Elvis de
profil. Un hommage en fer forgé un
peu kitsch, librement inspiré du portail de Graceland, la dernière demeure du chanteur à Memphis, Tennessee. C’est ici, dans un coquet
lotissement à l’américaine d’un village des Yvelines, que vit Jean-Marie Pouzenc, le
président et créateur d’Elvis My Happiness, l’association officielle française des fans du King. À bientôt 75 ans, le dynamique retraité vit pleinement sa
passion pour la mythique rock star américaine.
Une histoire qui commence dès l’adolescence et qui
continue aujourd’hui.
Jean-Marie Pouzenc est né en 1943, rue de la
Pompe dans le XVIe arrondissement de Paris. Il habite avec ses parents dans une loge de concierge,
dernier d’une fratrie de neuf enfants. « J’étais un
peu livré à moi-même », se souvient-il avec son accent de titi parisien. À 12 ans, il découvre le
rock’n’roll avec le film américain Graine de violence
de Richard Brooks (Jungle Blackboard, 1955) dont le
titre Rock Around the Clock, popularisé par Bill Haley & His Comets, figure dans la bande originale.
L’histoire d’un enseignant confronté à la délinquance juvénile dans un quartier défavorisé du New
York des années 1950. Avec ses copains un brin turbulents, ils s’identifient à leurs homologues yankees
Bio
EXPRESS
et fake news, il préfère mettre en avant le formidable
impact du rocker sur l’histoire de la musique occidentale, son talent, ses qualités humaines, et notamment sa générosité légendaire.
Aujourd’hui, dans une petite rue derrière la gare
Montparnasse, c’est dans les locaux de Culture
Factory, un label et disquaire spécialisé dans la réédition de vinyles, que se retrouvent le week-end
les fidèles d’Elvis. Parmi les activités du club, l’incontournable pèlerinage annuel à Graceland ou la
participation à des croisières thématiques. En octobre prochain, la TCB-Cruise prendra la mer à Barcelone avec en vedette Priscilla Beaulieu, l’unique
épouse du King. Côté musique, la dernière formation musicale à avoir accompagné Elvis, le TCB
Band (Taking Care of Business), reprendra les plus
fameux morceaux de l’artiste.
L’autre grande affaire du fan-club, c’est la publication trimestrielle du magazine Elvis My Hapiness,
dont le dernier numéro, en mars, comporte un dossier consacré à Johnny Hallyday. Au risque de rallumer la guerre des bandes, l’histoire pourrait faire
hurler des fans à peine remis de la mort de leur idole. En effet, loin de l’hommage consensuel sur le
« French Elvis » disparu en décembre 2017, le magazine démontre que Jean-Philippe Smet, alias Johnny, s’est livré dès le début de sa longue carrière à
un « véritable pillage » de l’œuvre et de l’image de
celui qu’il présentait volontiers comme son modèle,
mais en oubliant trop souvent de rappeler que
beaucoup de ses titres étaient des adaptations des
chansons du King. Une accusation qui pourrait
d’ailleurs concerner nombre d’artistes de la génération yé-yé. C’est sans doute pour cela qu’en matière de chanson française, Georges Brassens reste
l’artiste préféré de Jean-Marie Pouzenc. ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Libye [li-bi]
Nom donné à une campagne victorieuse.
À l’occasion des 70 ans du
et en collaboration avec
icolas Sarkozy vient de passer une journée en garde à vue, soupçonné
d’avoir bénéficié d’un financement illégal de la part de la Libye en 2007.
Le nom vient de Libiya, un très ancien peuple nomade, qui a donné son nom
à un pays d’Afrique du Nord longtemps dirigé par le sulfureux Kadhafi.
Justement, les juges enquêtent depuis plusieurs années sur d’éventuelles libéralités
que le régime libyen (pourtant lui-même guère libéral) aurait pu avoir pour le président
français. Cette affaire déjà ancienne a fait couler de l’encre, suscité des libelles
et fait le bonheur des libraires.
On y trouve beaucoup de monde. Des Libyens forcément, mais pas seulement : revient
aussi le nom d’un intermédiaire libanais. Qui croire, de l’ancien chef de l’État français
ou de tous ces personnages qui fréquentaient trop la capitale libyenne, Tripoli,
pour être honnêtes ?
Reste que l’ancien président, qui signa jadis un ouvrage intitulé Libre, doit maintenant
s’expliquer du mieux possible, espérant que ses arguments convaincront.
Appelons-les, pour ainsi dire, son alibi sur la Libye. ■
N
découvrez
FIGURES D’ÉCRIVAINS
UNE EXPÉRIENCE LITTÉRAIRE INÉDITE !
En octobre 2017, 70 des plus illustres écrivains français, de Jean d’Ormesson à Leïla
Slimani, ont été réunis au Figaro par Étienne de Montety, directeur du Figaro li��raire.
Le résultat est unique…
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
À la manière de ce jeu li�éraire
hérité des surréalistes, un récit
enrichi page à page par l’imagination
de chaque auteur.
France-Arabie saoudite : Emmanuel
Macron envoie son sherpa à Riyad
CALLIGRAPHIE
Alors que le prince héritier saoudien, Mohammed Ben
Salman, entame une visite de quinze jours aux États-Unis,
Philippe Étienne (photo), conseiller diplomatique
du président de la République, et Emmanuel Bonne,
directeur de cabinet de Jean-Yves Le Drian, se sont rendus
ce week-end à Riyad pour caler la visite, maintes fois
reportée, de Mohammed Ben Salman à Paris. Elle pourrait
finalement intervenir mi-avril. Il y a quelques semaines
déjà, le chef d’état-major particulier d’Emmanuel Macron, l’amiral Bernard
Rogel, s’était déplacé à Riyad.
VIDÉO
Valérie Pécresse promeut
les lycées internationaux
de sa région à Londres
PHOTOGRAPHIE
Des portraits magnifiés par l’objectif
du photographe Stéphane Lavoué.
Des textes manuscrits uniques
rédigés par les plus grandes plumes
de la li�érature française.
Dans l’intimité de leur exercice
d’écriture, chaque auteur dévoile
son texte face à notre caméra.
Actuellement disponible en librairie et sur www.figarostore.fr
Les droits de cet ouvrage sont reversés à l’association
Lire pour en sortir qui défend la réinsertion par la lecture.
La présidente (LR) de la région
Île-de-France et son équipe étaient
à Londres, lundi, pour présenter
aux salariés de l’Autorité bancaire
européenne, délocalisée à Paris après
le Brexit, toute l’offre d’enseignement
international disponible dans
la région. Trois nouveaux lycées
de ce type sont prévus : à Courbevoie
à la rentrée prochaine, Saclay en 2021
et Vincennes en 2022. Mille places
supplémentaires en sections
internationales seront aussi
disponibles dès cette année.
AFP
CADAVRE EXQUIS
Sonia Krimi
à l’écoute des retraités
Après l’expression de son hostilité
au projet de loi asile et immigration,
la députée LaREM épouse une autre
cause : celle des retraités, contre la
hausse de la CSG. Elle a été surprise
par les 1 500 manifestants qui
se sont retrouvés sous les fenêtres
de sa permanence, à Cherbourg, la
semaine passée. Depuis, elle mesure
l’ampleur du mécontentement
et voudrait en parler au ministre
Darmanin, convaincue que s’il ne fait
rien, ça va coller au gouvernement
« comme la baisse de 5 euros des APL
au début du quinquennat ».
A
S
dont ils adoptent les tenues et la manière de se coifEn 1977, alors qu’il n’a jamais pu le voir en
fer. Pour écouter du rock’n’roll, ils se rendent en
concert, le chanteur meurt brutalement. Très vite,
bande dans les patinoires parisiennes ou autour des
un lucratif marché de la nostalgie se met en place.
pistes d’autos tamponneuses lors des fêtes foraines.
Des enregistrements pirates de concerts ou de
Ils fréquentent également le disquaire du 93, rue de
séances d’enregistrements apparaissent et se négoLongchamp, qui les laisse écouter ses précieuses gacient au prix fort. Certains responsables peu scrulettes vinyles, même s’ils n’en achèpuleux des clubs « Elvis » qui foisontent guère, faute de posséder d’élecnent en profitent parfois pour
trophone, alors rare et cher.
arrondir leurs fins de mois sur le dos
Néanmoins, tout ce qui est estampillé
des groupies éplorées. C’en est trop
« rock’n’roll » les fascine. C’est ainsi
pour Jean-Marie, qui entreprend en
que Jean-Marie Pouzenc découvre le
1992 de créer son propre club. L’as1943
premier 45-tours d’Elvis Presley,
sociation est baptisée Elvis My HapNaissance à Paris XVIe.
avec, en face A, la chanson Heartpiness (EMH), en référence au pre1956
break Hotel. C’est une révélation.
mier titre enregistré en 1953 par le
Achète son premier
chanteur pour Gladys, la mère adoPèlerinage annuel
45-tours d’Elvis :
rée. Le succès est au rendez-vous et
Heartbreak Hotel.
l’association ouvre même une boutiÀ 14 ans, le certif glissé dans la poche
1977
que en 1999, rue Notre-Dame-desde son blouson, direction le monde
Mort d’Elvis Presley.
Victoires à Paris. Le lieu devient radu travail. Il fait une foule de petits
1992
pidement un temple dédié au King,
métiers. Mais sa passion pour Elvis ne
Fondation du fan-club
où ses admirateurs peuvent s’approle quitte pas. Il entreprend d’apprenElvis My Hapiness (EMH).
visionner en disques, livres, photos
dre l’anglais pour comprendre les pa1999
et autres gadgets à l’effigie de leur
roles de ses chansons. À son image, il
Ouverture d’une
héros, à des prix corrects.
tente même de se lancer dans une
boutique
dédiée
à
Elvis.
carrière de rocker sous le pseudonyEMH revendique près de 6 000 ad2012
me de Franck Williams. En 1962,
hérents et se targue d’être le fan-club
Publication du livre
l’appel sous les drapeaux met un terle plus important d’Europe, après
50 ans avec Elvis, la
me à l’aventure. À son retour, il
Strictly Elvis, son homologue britanvéritable histoire du King
épouse Monique, la sœur de son guinique. Un club « sans commune
(Éditions Carpentier).
tariste. Peu après, il est embauché
mesure avec nous », admet Jean-Marie
2018
dans une grosse entreprise d’électriPouzenc. Le spécialiste d’Elvis, auteur
Parution dans
cité dont il gravira tous les échelons,
en 2012 du livre Cinquante ans avec Elle magazine EMH
pour finir dans le costume d’un cadre
vis, l’histoire vraie du King, continue
d’un dossier
supérieur, à la direction générale,
de défendre l’image et l’œuvre de la
sur Johnny Hallyday.
sans renier sa passion pour Elvis.
star disparue. En réponse aux rumeurs
Документ
Категория
Журналы и газеты
Просмотров
0
Размер файла
9 326 Кб
Теги
Le Figaro, newspaper
1/--страниц
Пожаловаться на содержимое документа