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Le Figaro - 21 08 2018

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mardi 21 août 2018 LE FIGARO - N° 23 023 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
LES GRANDES ESCROQUERIES
VICTOR LUSTIG,
L’HOMME QUI A
VENDU LA TOUR
EIFFEL PAGE 25
L’ÉTÉ
DU
FIGARO
ASIA ARGENTO
L’ACCUSATRICE DE WEINSTEIN
DÉNONCÉE À SON TOUR POUR
AGRESSION SEXUELLE PAGE 9
Évasions, agressions... l’été
noir des prisons françaises
L’ŒUVRE UNIQUE
« LES HAUTS DE
HURLEVENT »,
D’EMILY
BRONTË
PAGE 19
ESPRIT ES-TU LÀ?
LES DÉMONS
DE WILLIAM
BLAKE
En moins de deux mois, les établissements pénitentiaires ont connu une accumulation
de défaillances. En arrière-plan : la criante insuffisance du nombre de places de détention.
PAGE 17
JEUX D’ÉTÉ PAGE 16
Dans un climat de tension
exacerbé par la canicule, les
prisons françaises ont souffert
cet été. Évasions en série,
agressions de surveillants, sui-
CENTRE DROIT
L’alliance avec
Macron pour
les européennes
patine chez les
Constructifs PAGE 4
cides… Les événements dramatiques de ces deux derniers
mois n’ont cessé de rappeler
les défaillances d’un système
pénitentiaire à bout de souffle.
Surpopulation, lieux de détention pas adaptés à la dangerosité des prisonniers, vétusté
des locaux, manque de personnel ne font qu’aggraver la
situation. Les surveillants pénitentiaires ont le sentiment
d’être devenus les « souffredouleur des détenus ». Sept
mois après leur mouvement de
è LA SÛRETÉ DES ÉTABLISSEMENTS PÉNITENTIAIRES EN QUESTION è UNE RÉFORME CONTESTÉE PRÉSENTÉE À L’AUTOMNE
è LA CANICULE FAIT MONTER LA TENSION è « NOUS SOMMES DEVENUS LES SOUFFRE-DOULEUR DES DÉTENUS » PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
Les déchirantes retrouvailles des familles
séparées par la guerre de Corée
Le premier ministre
Imran Khan
face au défi d’un
« nouveau » pays
Les projets
économiques
de l’Italie
inquiètent
les marchés
PAGE 5
RELIGION
Le Pape appelle
l’Église à la
pénitence face
aux « atrocités »
de la pédophilie
Depuis l’arrivée au pouvoir de
la coalition entre la Ligue et le
Mouvement 5 étoiles, les taux
d’intérêt italiens se sont envolés, traduisant la préoccupation des investisseurs. Ces
derniers s’inquiètent de la
volonté des nouveaux dirigeants de s’affranchir des règles budgétaires européennes
et de la remise en cause des
réformes sociales de Matteo
Renzi. Ce contexte fragilise
l’Italie sur les marchés lorsque des tensions apparaissent, comme récemment avec
la Turquie.
PAGE 8
PAGE 26
CHAMPS
LIBRES
La chronique
de Renaud Girard
La tribune
de Stéphane
Courtois
HANDOUT/REUTERS
INTERNET
À peine réunies depuis lundi, les familles, submergées d’émotion, ne seront en contact que onze heures, jusqu’à
mercredi, sous la surveillance de gardes nord-coréens. Avant de se dire au revoir, sans doute pour toujours. PAGE 6
ÉDITORIAL par Vincent Trémolet de Villers vtremolet@lefigaro.fr
n
n
PAGE 18
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de lundi :
Seriez-vous prêt à vous
engager pour un parti
politique ?
OUI
19 %
NON
81 %
TOTAL DE VOTANTS : 35 337
M 00108 - 821 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@s@c@l@a";
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sur lefigaro.fr
L’État doit-il dépenser
davantage pour
la construction
de nouvelles prisons ?
KEYSTONE-FRANCE/100% KEYSTONE LOIC VENANCE/AFP
D
Intra-muros
errière ces murs se dévoile la réalité criante d’une société de plus
en plus sauvage. Un rappeur, non
content d’avoir bloqué un aéroport pour un caprice adolescent,
peut se filmer dans sa cellule ; un braqueur
multirécidiviste s’échapper en hélicoptère ;
un jeune délinquant rejoindre, sous l’influence des djihadistes, le drapeau noir du Califat.
La loi du plus fort prime le droit, la violence et
la drogue sont chez elles, les smartphones interdits à l’école pullulent, les détenus posent
en victimes tandis que le maton est présumé
coupable.
Ce désastre est commode : il permet de peindre la prison en académie du crime, en incubateur du terrorisme. De la prophétie béate de
Victor Hugo - « Qui ouvre une école ferme une
prison » - au Surveiller et punir de Michel Foucault, nous habillons notre impuissance de
progressisme avantageux. De beaux esprits
imaginent alors un monde sans prison ou des
prisons sans murs pendant que des condamnés évitent de purger leur peine, faute de place. Régulièrement, l’un d’entre eux profite de
cette funeste liberté pour poursuivre ses méfaits et le rêve tourne au cauchemar.
Est-ce une fatalité ? Allons, il suffit d’écouter
les candidats en campagne pour se convaincre du contraire ! Leur volonté est d’airain et
ils feront construire - croix de bois, croix de
fer - les nouvelles prisons indispensables pour
améliorer la vie carcérale. Las ! Après l’élection, la volonté se relâche. Nicolas Sarkozy a
augmenté de plus de 6 000 les places de détention durant son mandat, il en promettait
30 000 de plus
en cas de réélection. François
Hollande,
converti à l’irénisme de Christiane Taubira a
attendu la fin de son quinquennat pour s’en
dégager. Emmanuel Macron avait promis de
faire construire 15 000 places supplémentaires. Malgré l’insécurité qui continue de progresser, il a divisé par deux cette ambition.
Pourquoi ces renoncements ? Il faut près de
cinq ans, un mandat, pour construire ces
nouveaux murs. Cela coûte cher financièrement sans rapporter politiquement. Alors, on
laisse les prisons à leur misère, en oubliant le
coût tragique des conséquences. ■
Nous
habillons notre
impuissance
de progressisme
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
PAGES 22 ET 23
Une merveille.
AAAAA PREMIÈRE
Une fresque magnifique.
Bouleversant.
Du grand cinéma.
TÉLÉRAMA
Splendide de beauté et d’émotion.
LES INROCKS
AAAA L’OBS
LE MONDE
Le film de l’été.
Poirier
Sauvage
Le
POSITIF
un film de
NURI BILGE CEYLAN
ACTUELLEMENT
A
PAKISTAN
L’Europe veut
forcer les géants
du Web à mieux
modérer
les contenus
terroristes
grève d’une ampleur inédite,
la garde des Sceaux, Nicole
Belloubet, tentera d’apporter
des réponses à ces défis avec
une réforme à l’automne.
mardi 21 août 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Prisons : un été
révélateur d’une
crise profonde
Évasions, agressions, suicides : en moins
de deux mois, les établissements pénitentiaires
ont connu une accumulation de défaillances.
A
HUGO WINTREBERT £HugoWintre
LA SCÈNE n’a duré que dix minutes. Un hélicoptère se pose dans la
cour d’honneur d’une prison.
Deux individus cagoulés en sortent, armés de kalachnikovs. Ils
découpent plusieurs portes à
l’aide de disqueuses et atteignent
le parloir. Un détenu les attend.
Face au commando, des gardiens
penauds regardent impuissants
l’un des prisonniers les plus surveillés de France s’échapper par
les airs. L’évasion hollywoodienne de Rédoine Faïd, célèbre braqueur multirécidiviste, de la maison d’arrêt de Réau (Seine-etMarne) le 1er juillet, n’était en fait
que le premier épisode du mauvais feuilleton de l’été.
Un mois après, deux frères
s’évaporent de la maison d’arrêt
de Colmar (Haut-Rhin). Retrouvés deux jours plus tard, ils
étaient parvenus à se faire la belle
par le toit de leur prison, connue
pour son délabrement. Le même
jour, une infirmière est retenue
en otage pendant trois heures par
un homme incarcéré au centre
pénitentiaire de Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône).
Le 5 août, un détenu armé
d’une lame de rasoir se jette sur
un surveillant qui vient d’ouvrir
la porte de sa cellule, à la maison
d’arrêt de Nîmes. Une veine du
cou est touchée mais le gardien
s’en tire avec « seulement » onze
points de suture. Cinq jours plus
tard, un détenu de la prison de
Liancourt (Oise), muni d’un bout
tranchant découpé dans une canette, se jette au cou d’un surveillant qui parvient à esquiver le
geste de justesse.
Évasions, agressions de surveillants à répétition : en moins
de deux mois, les prisons ont
connu une suite de défaillances,
qui mettent une nouvelle fois en
lumière les problèmes structurels
du système pénitentiaire français. Sans compter les suicides.
Le 18 août, la prison de FleuryMérogis connaît son onzième
suicide de détenus de l’année. Un
record. « Ces événements ne sont
pas surprenants, regrette François Bès, coordinateur du pôle
enquête à l’Observatoire international des prisons (OIP). Le climat s’aggrave d’année en année. » Et rien ne laisse présager
que la série noire de cet été s’interrompe de sitôt.
L’état des prisons est d’abord
pointé du doigt. Des lieux de détention ne sont pas adaptés à la
dangerosité de détenus particulièrement signalés (DPS), comme à
Réau, où la cour d’honneur n’est
pas couverte d’un filin antiaérien.
La vétusté de certaines prisons
rend également incompatible le
respect des exigences de sécurité
comme à Colmar. Et dans de nombreux centres pénitentiaires, le
délabrement entraîne des conditions d’incarcération régulièrement dénoncées par la Cour européenne des droits de l’homme.
Autre source de mécontentement : le déficit de surveillants.
Ces agents sont souvent débordés, voire pas formés pour s’occuper de détenus suicidaires, radicalisés ou au profil « psy »,
particulièrement agressifs. La
France conserve l’un des pires
taux d’encadrement d’Europe.
Mais le nœud du problème
demeure la surpopulation. Au
1er juillet, 70 710 personnes étaient
détenues dans les prisons françaises, un record historique depuis la
Libération. C’est 48 % de plus
qu’en 2001. Une augmentation qui
s’explique d’abord par un recours
croissant à la comparution immédiate (près de 50 000 en 2016
contre 30 000 en 2000), qui envoie 8,4 fois plus en prison qu’une
procédure pénale classique, selon
une étude de deux chercheurs en
droit, qui ont observé pendant
cinq mois l’activité du tribunal de
grande instance de Marseille.
Autre explication : le renvoi accru
en détention provisoire. Aujourd’hui, 30 % des détenus sont en
attente d’être jugés ou ont fait appel, alors qu’ils n’étaient que 25 %
en 2015.
“
Les gardiens
sont désabusés,
complètement
démotivés
”
STÉPHANE TOUIL, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
ADJOINT DE FO PÉNITENTIAIRE
Résultat, le taux d’occupation
des prisons atteint près de
120 %. À la maison d’arrêt de Nîmes s’entassent 400 détenus
alors que le bâtiment est prévu
pour en accueillir moitié moins.
En juillet, l’Administration pénitentiaire annonçait que 1 667
personnes dormaient sur un matelas au sol. Il n’est pas rare
que trois détenus s’entassent
22 heures par jour dans une cellule de 9 m2. Une promiscuité qui
entraîne forcément de la tension,
surtout en période estivale (lire
ci-contre).
Pour endiguer ce problème
structurel de la surpopulation, la
garde des Sceaux, Nicole Belloubet, doit présenter cet automne
son projet de loi de programmation et de réforme pour la justice.
Un texte dont la logique s’articule
autour de la création de 7 000
places de prisons d’ici à 2022, de
la suppression des peines les plus
courtes et qui vise à encourager
les magistrats à prononcer des
peines alternatives à la prison
(travaux d’intérêt général, bracelet électronique…).
Mais ces mesures demandent
du temps pour être mises en ap-
plication et il y a urgence. Le moral des surveillants reste très dégradé. « Les gardiens sont
désabusés, complètement démotivés », rapporte Stéphane Touil,
secrétaire général adjoint de FO
pénitentiaire.
Un ras-le-bol général, qui intervient seulement six mois après
le mouvement social des gardiens
de prison, d’une ampleur inédite.
En janvier dernier, une agression
de trois surveillants à la prison de
haute sécurité de Vendin-le-Vieil
(Pas-de-Calais), par un détenu
radicalisé, avait déclenché une
mobilisation importante. Plusieurs mesures à destination des
agents pénitentiaires avaient été
annoncées par le ministère de la
Justice, parmi lesquelles une légère augmentation des indemnités du personnel pénitentiaire, le
recrutement de mille cent personnes supplémentaires et l’acquisition de matériel (ouverture
pour passer les menottes, gilets
pare-balles, alarmes individuelles…). Des annonces qui peinent à
se concrétiser. « La prime de fidélisation sera effective dès la fin
de l’année, assure le porte-parole
du ministère de la Justice, Youssef Badr. Le matériel a été commandé et la livraison aura lieu cet
automne. »
« Il faut du temps », veut croire
Stéphane Barrault, secrétaire général adjoint de l’Ufap-Unsa,
syndicat majoritaire chez les gardiens de prison et seul signataire
de l’accord avec la Chancellerie.
« Le compromis de janvier a au
moins permis qu’on parle vraiment
du problème des surveillants.
Avant janvier, on parlait de droit
des détenus à avoir un téléphone
portable. Avec la mobilisation, le
gouvernement a pris conscience
des revendications des surveillants. »
Pour les autres syndicats, les
mesures annoncées en janvier ne
sont pas à la hauteur des défis
auxquels fait face le système pénitentiaire. « Le mouvement du
début de l’année a permis de mettre un couvercle sur une marmite
qui reste en ébullition », regrette
Stéphane Touil de FO. Le syndicaliste conclut : « Si rien n’est fait,
nous reprendrons à la rentrée le
mouvement social de janvier. » ■
La sûreté des établissements pénitentiaires en question
Si Rédoine
« Faïd
avait
été incarcéré
dans
la prison
de haute
sécurité
de Condésur-Sarthe,
il n’aurait
pas réussi
son coup
»
STÉPHANE BARRAULT,
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
ADJOINT UNSA-UNFA
L’ÉVASION rocambolesque du
faux repenti mais vrai braqueur,
Rédoine Faïd, de la prison de Réau
le 1er juillet, puis celle de deux frères, un mois plus tard, par le toit
de la maison d’arrêt de Colmar,
laisse planer le doute sur le degré
d’étanchéité des prisons.
Depuis le début de l’année,
12 détenus se sont évadés d’un
centre de détention. Ils étaient 17
en 2017. Un chiffre relativement
stable sur ces dernières années, à
mettre en perspective avec les
70 710 personnes actuellement
incarcérées. Au niveau européen,
la France se situe dans la moyenne basse du nombre d’évadés,
même si elle en compte quatre
fois plus qu’en Allemagne.
Pour faire face à ce problème, le
budget de la sécurité pénitentiaire
a beaucoup augmenté depuis 2015
Pose de filins antiaériens, rehaussements des murs… Ces aménagements n’ont pourtant pas été généralisés et sont parfois déjà
obsolètes. Dans la maison d’arrêt
de Réau où se trouvait Rédoine
Faïd, la cour d’honneur n’est pas
munie de filin. À Colmar, l’alarme
du toit ne s’est pas déclenchée.
Autre exemple, le 23 juillet, à
Fleury-Mérogis, une femme s’est
extraite de sa cellule par la fenêtre, qui n’est pas équipée… de barreaux.
Une mauvaise répartition
des détenus
Les prisons doivent aussi lutter
contre la prolifération des portables - 40 000 ont été saisis l’an
dernier - et faire face au survol de
drones qui se multiplient. Mais sur
les 800 brouilleurs d’ondes installés, seul un quart est opérationnel.
Pour les syndicats pénitentiaires, l’une des failles de sécurité
réside dans la mauvaise répartition des détenus. « Le problème,
c’est que des voleurs de poules sont
écroués avec des vrais gangsters », explique Stéphane Bar-
rault, secrétaire général adjoint
Unsa-Unfa. Les prisonniers sont
en effet orientés vers les différentes prisons en fonction de leur
statut judiciaire (en attente d’un
jugement ou condamné), de la
proximité de leur famille et du
juge en charge de leur dossier. En
qualité de prévenu, Rédoine Faïd
était dans une maison d’arrêt, qui
regroupe des détenus non jugés
ou condamnés à moins de deux
ans de prison. Des établissements
moins sécurisés que des centrales,
où sont incarcérés des condamnés
à de longues peines, à ce titre plus
susceptibles de tenter de s’évader.
« Si Rédoine Faïd avait été incarcéré dans la prison de haute sécurité
de Condé-sur-Sarthe, il n’aurait
pas réussi son coup », assure Stéphane Barrault, qui demande que
les prisonniers soient répartis en
fonction de leur dangerosité. Une
revendication entendue par la ministre de la Justice. Nicole Belloubet s’est déclarée favorable, le
31 juillet, à ce que les détenus particulièrement signalés (DPS),
même en attente d’un jugement,
puissent être affectés dans les prisons les plus sécurisées.
Tirant les leçons de l’évasion de
Rédoine Faïd, la garde des Sceaux
a également annoncé un renforcement du renseignement en prison et une réorganisation de
l’Administration
pénitentiaire,
pour que le « fossé » entre l’administration centrale et les équipes sur le terrain se résorbe.
Mais la ministre de la Justice n’a
pas évoqué le dossier des évasions
« invisibles », celles qui concernent les condamnés qui effectuent
leur peine en extérieur ou qui bénéficient d’une autorisation de
sortie temporaire.
Le nombre de personnes
condamnées pour évasion s’élève
à 880, en 2016. Un chiffre en augmentation. En 2014, ils étaient
728. ■
H. W.
LE FIGARO
mardi 21 août 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
Une réforme contestée présentée à l’automne
ALICE BROGAT £@AliceBrogat
ÊTRE CONDAMNÉ ne signifie pas
« perdre tous ses droits, sa dignité
ou vivre à trois dans 9 mètres carrés », avait dénoncé Emmanuel
Macron en présentant sa vision du
système carcéral à Agen, en mars
dernier. Pour lutter contre la
surpopulation, le chef de l’État
entend augmenter les places de
prison, tout en encourageant le
recours aux peines alternatives.
Concernant l’agrandissement du
parc carcéral français, Emmanuel
Macron a toutefois revu à la baisse
sa promesse de campagne de
construire 15 000 places de prison
sur la durée de son quinquennat.
Seules 7 000 places seront créées
d’ici à 2022, dont 2 200 auront vocation à accueillir des personnes
condamnées à de courtes peines
ainsi que des détenus en fin de
peine, « dont le potentiel de réinsertion est avéré ». Du côté des
Républicains, cette ambition revue à la baisse est amplement décriée. « C’est largement insuffisant. Cette absence de places de
prison va continuer à peser lourdement sur toute la chaîne pénale,
conduisant à une très mauvaise
exécution des peines de prison ferme », dénonce Éric Ciotti, député
Les Républicains.
Affirmant ne pas souhaiter
s’enfermer dans « une logique exclusivement immobilière », le chef
de l’État a également annoncé
vouloir « redonner du sens à la peine ». Le deuxième volet du plan
prison consiste ainsi en une réforme pénale portée par la garde des
Sceaux, Nicole Belloubet. « L’ambition est de sortir du systématisme
de l’incarcération dès lors que la
prison n’est pas la peine la plus
adaptée », affirme la Chancellerie.
Constatant l’inefficacité de courtes peines dans la lutte contre la
récidive, les peines inférieures à
un mois de prison seront ainsi
supprimées, tandis que celles inférieures à un an de prison devront
être aménagées dans la plupart des
cas. En d’autres termes, les peines
alternatives comme le bracelet
électronique ou les travaux d’in-
térêt généraux seront favorisées.
En revanche, au-delà de douze
mois, les peines de prison devront
obligatoirement et immédiatement être exécutées derrière les
barreaux, alors que la loi pénitentiaire de 2009 permettait d’aménager les condamnations inférieures à deux ans d’emprisonnement.
« Je suis partisan de développer
aussi les peines alternatives, mais
sans les moyens et le personnel nécessaires, cela ne servira à rien »,
estime Philippe Bas, président de
la commission des lois du Sénat et
sénateur de la Manche (LR).
« Sans une hausse des moyens et
un renforcement important des
services de probation et d’enquête
sociale, les magistrats n’auront
pas les services suffisants pour décider des aménagements et continueront à incarcérer », prévient
aussi Adeline Hazan, Contrôleur
général des lieux de privation de
“
L’ambition
est de sortir
du systématisme
de l’incarcération
dès lors que la prison
n’est pas la peine
la plus adaptée
LA CHANCELLERIE
La garde des Sceaux, Nicole Belloubet, le 30 juillet, lors de la présentation
du rapport sur l’évasion de Rédoine Faïd. SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
”
liberté. « S’il s’agit simplement de
faire de la place dans les prisons,
cette réforme est de la poudre aux
yeux ! », ajoute Philippe Gosselin,
député LR de la Manche et membre du Groupe d’études « Prisons
et conditions carcérales » de l’Assemblée nationale.
Le calendrier de la réforme est
également sous le feu des critiques : le projet de loi de programmation et de réforme pour la justice devrait être présenté au Sénat le
9 octobre, près d’un an et demi
après l’élection d’Emmanuel Macron. « Cette loi ne sera pas adoptée avant le printemps 2019. Or il
faut trois à quatre ans minimum
pour construire une prison ! On se
demande s’il y a une vraie volonté
de l’exécutif », doute Philippe
Gosselin. ■
T. SAMSON/AFP,
S. SORIANO/LE FIGARO,
F. BOUCHON/LE FIGARO
“
Les détenus
ne voulaient plus
rentrer dans leurs
cellules surchauffées
UN GARDIEN DE LA MAISON D’ARRÊT
DE VILLEPINTE
”
Dans ces conditions, la promiscuité et l’enfermement sont plus
difficilement supportables, et la
chaleur exacerbe les tensions. Durant la canicule, les renforts pénitentiaires en cas d’échauffourée
sont intervenus quatre à cinq fois
par jour à la maison d’arrêt de
Villepinte, contre une à deux fois
en temps normal. « Il y a eu beaucoup plus d’altercations, les détenus
ne voulaient plus rentrer dans leurs
cellules surchauffées. Avec la chute
des températures, tout est redevenu
plus calme », témoigne un gardien.
À Colmar, la situation s’est aggravée avec une invasion de punaises de lit, qui a provoqué l’évacuation du troisième étage de la
prison durant trois semaines. Une
trentaine de détenus a ainsi dû être
relogée dans les étages inférieurs,
accentuant la surpopulation des
cellules et le climat de tension.
« Les températures élevées jouent
sur le mental des détenus, la moindre étincelle peut partir en bagarre », constate un surveillant.
Dans la prison des Baumettes, à
Marseille, ce sont les orages qui ont
provoqué des dysfonctionnements
majeurs sur les installations électriques de l’établissement pourtant neuf, où toutes les ouvertures
sont contrôlées par ordinateurs.
« Dès qu’il pleut, les inondations
font sauter tous les secteurs, on doit
ouvrir les portes manuellement pendant des jours et on doit faire des
détours au sein de la prison. Avec la
chaleur, ça excite encore plus les
détenus qui passent des heures à at-
70 710
détenus
en France
118 %
carcérale
tendre », dénonce David Cucchietti, secrétaire local de la CGT.
Pour limiter l’impact des fortes
températures, l’Administration
pénitentiaire a mis en place un
plan canicule. Des bouteilles d’eau
ont été distribuées aux détenus,
qui ont aussi pu acquérir des ventilateurs dans les cantines.
Mais pour faire réellement baisser la température, certaines
mesures de sécurité ont dû être
négligées. « Généralement, les détenus jouent le jeu, alors on ouvre la
porte de leur cellule quinze minutes
pour faire entrer un peu de fraîcheur », raconte un surveillant.
Aux Baumettes, des portes sont
laissées ouvertes pour faire passer
les tuyaux rejetant l’air de la climatisation à l’extérieur. Un détenu du centre de détention de La
Talaudière, dans la Loire, avait
quant à lui trouvé une solution encore plus pratique pour se rafraîchir : il a été condamné en mai à
trois mois de prison ferme pour
avoir possédé une piscine gonflable dans sa cellule. ■
A. B.
4 000
agressions
physiques
de surveillants par an
Source : ministère
de la Justice
« Nous sommes devenus les souffre-douleur des détenus »
SEPT MOIS après une grève inédite
déclenchée par une énième agression, les surveillants pénitentiaires
décrivent un quotidien toujours
aussi violent et anxiogène. « Certains agents ont la boule au ventre.
Quand on part de chez nous le matin, on ne sait pas comment on va
revenir », témoigne Cédric (le prénom a été modifié), surveillant à la
maison d’arrêt de Fleury-Mérogis.
Malgré ses huit ans d’expérience,
le surveillant se dit complètement
démuni face à certains prisonniers : « Je n’ai jamais reçu de formation pour savoir quand un détenu
se radicalise ! Et on est agressé
presque quotidiennement par des
détenus au profil “psy”, alors qu’il
faudrait des établissements spécialisés pour s’en occuper. »
Aux 4 000 agressions physiques
par an dont sont victimes les gardiens de prison s’ajoute une violence verbale rendue ordinaire : crachats, menaces, invectives… « Nous
sommes devenus les souffre-douleur
des détenus. Le ton monte, il y a des
insultes en permanence, des refus
d’obéissance », rapporte Romuald
Sebillotte, syndicaliste SNP-FO à la
prison de Colmar. « Nous avons de
moins en moins d’emprise sur les détenus », constate le surveillant de
Fleury-Mérogis. « On s’habitue à ce
quotidien violent, on se dit que c’est
normal », ajoute un gardien de la
maison d’arrêt de Nanterre.
Sous-effectif chronique
« À la moindre contrariété, on est
leur premier interlocuteur. Alors il
faut être calme et pédagogue, mais
on manque de temps », regrette
Romuald Sebillotte, qui a appris à
être à l’écoute des détenus. Un
temps d’échange impossible dans
des grandes structures comme
Fleury-Mérogis, où la surpopulation atteint 143 %, avec 4 238 détenus au 1er juillet. « C’est l’usine. Il y
a près de 100 détenus pour un surveillant. Entre les départs en promenade, les retours et départs au par-
loir, à l’infirmerie, c’est un chassécroisé
permanent »,
explique
Cédric. Ces nombreux déplacements favorisent aussi les agressions entre prisonniers. « Les détenus ont trop d’activités. On ouvre les
cellules dix fois par demi-journée. Et
si on a le malheur d’arriver en retard,
il y a une altercation », raconte David Laurent, syndicaliste FO à la
prison de Villepinte.
Le sous-effectif chronique des
surveillants accroît leurs difficultés
de travail. À Villepinte, seuls 98 surveillants étaient présents en juin sur
les 130 prévus pour un fonctionnement normal. Dès lors, certaines
procédures sont bâclées. « Lorsqu’on manque de personnel, on réduit
les fouilles à la sortie du parloir », raconte David Laurent. En raison du
manque d’effectif, les surveillants
réalisent 30 à 40 heures supplémentaires par mois. Mais ce rythme de
travail provoque de nombreux
burn-out et arrêts maladie, symptomatiques d’un absentéisme record
dans la profession. « Parfois le matin,
il manque jusqu’à huit agents dans un
seul bâtiment », témoigne Cédric. ■
Une formation trop courte
À Fleury-Mérogis, 65 % des surveillants sont des stagiaires, sortis
depuis moins d’un an de l’École nationale d’Administration pénitentiaire (Enap). Les équipes souffrent
de ce manque d’expérience, mais
aussi d’une formation de six mois à
l’école jugée trop courte et pas assez adaptée au terrain. « On les formate à ouvrir et fermer les cellules, à
faire le shérif, alors qu’il faut de la
pédagogie », estime Romuald
Sebillotte. « Il faudrait un recrutement spécialisé pour l’Île-de-France, où la surpopulation extrême crée
des problèmes spécifiques », renchérit un surveillant en poste en région parisienne.
Après la grève de cet hiver, le
nombre de places au concours de
l’Enap a été relevé à 2 400 en 2018.
Mais les surveillants ne croient plus
en l’attrait de leur métier. « Les gens
passent le concours sans motivation.
Sur 20 nouveaux surveillants affectés
à Nanterre, la moitié démissionne
avant même de franchir les portes de
l’établissement », regrette un gardien. Les surveillants réclament une
revalorisation en urgence de leur
profession. « Gagner 1 200 € pour
aller au contact de détenus de plus en
plus agressifs, cela n’attire pas »,
conçoit David Cucchietti, secrétaire
de la CGT à la prison Marseille-Les
Baumettes.
La hausse du salaire de base et le
passage en catégorie B faisaient partie des revendications portées lors
de la grève de cet hiver, restées lettres mortes. « L’Administration pénitentiaire nous a sanctionnés à l’issue de la grève, cela montre bien
qu’ils n’ont rien compris », fulmine le
surveillant. Un « manque de considération » ressenti par de nombreux
gardiens. « La hiérarchie ne prend
plus en compte nos remarques, on est
démotivé », conclut Cédric. ■ A. B.
A
De haut en bas :
les maisons d’arrêt
de Réau en Seineet-Marne, FleuryMérogis dans l’Essonne
et Nanterre dans
les Hauts-de-Seine.
dans les derniers étages », rapporte François Bès, de l’Observatoire
international des prisons. Le mercure a aussi frôlé les 40 °C dans les
boxes de 2 m2 des parloirs, où des
enfants se sont évanouis.
Incarcéré à Fresnes depuis
sa bagarre avec son rival
Booba à l’aéroport d’Orly,
le 1er août, le rappeur Kaaris
est apparu, sur les réseaux
sociaux, faisant les cent pas
dans la cour de la prison
ou posant dans sa cellule
avec un autre détenu.
Un smartphone a été
retrouvé dans la cellule
du rappeur. Une nouvelle
preuve de la prolifération
des portables derrière les
barreaux. En 2017, près
de 40 000 ont été saisis.
Soit quatre fois plus
qu’en 2010. Les syndicats
réclament un « brouillage
effectif » des téléphones
et une plus grande latitude
dans l’organisation
des fouilles des détenus.
de densité
La canicule fait monter la tension
«IL FAIT 50 degrés, on ne peut plus
respirer ! » Dans une vidéo qu’ils
ont tournée fin juillet, des détenus
de la maison d’arrêt de Villepinte
se plaignent de la chaleur étouffante ressentie dans leur cellule. Recouverte par une plaque de Plexiglas, leur fenêtre ne laissait passer
aucun souffle d’air, en pleine période de canicule. Derrière les
murs des prisons, détenus et gardiens ont particulièrement souffert
des températures élevées cet été.
Comme à Villepinte, de nombreuses fenêtres de prison sont
scellées pour des raisons de sécurité. « C’est suffocant, toutes les
ouvertures d’air sont bouchées »,
témoigne un gardien en poste dans
la région de Strasbourg. Les surveillants sont aussi éprouvés par la
chaleur, vêtus de lourds polos dans
des couloirs parfois dépourvus
d’aération. « De nombreuses prisons construites dans la première
moitié du XXe siècle ont des coursives reliées par un puits central, surplombé par une verrière. Les températures atteignent souvent 45 °C
DES
PORTABLES
TOUJOURS
PLUS
NOMBREUX
mardi 21 août 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
L’alliance avec Macron pour les
européennes patine chez les Constructifs
La stratégie d’un mouvement central basé sur un rapprochement avec le parti d’Emmanuel Macron suscite
des réserves croissantes au sein de la droite constructive et chez certains amis d’Alain Juppé.
le centre » avaient « un besoin urgent ».
Présent à ses côtés, Jean-Pierre Raffarin
avait placé Emmanuel Macron « sous
surveillance ». Et si ce temps de surveillance semble se prolonger, l’exsoutien de Juppé n’écarte pas l’hypothèse d’une candidature autonome de
centre droit aux élections de 2019. Il
évoque cette hypothèse dans Le Monde
le 13 août, sans écarter deux autres pistes consistant à s’allier soit avec Macron, soit avec la droite.
EMMANUEL GALIERO egaliero@lefigaro.fr
CENTRE DROIT Il ne faut jamais mettre
tous ses œufs dans le même panier. En
politique comme en affaires, la prudence
est de mise, surtout lorsqu’un associé
potentiel s’interroge sur les intentions
réelles de son partenaire. C’est exactement ce qui se passe dans les sphères
macron-compatibles, des Constructifs
aux juppéistes.
À neuf mois des européennes, certains amis d’Alain Juppé ne peuvent pas
encore affirmer avec certitude qu’ils
défendront la stratégie d’un « mouvement central » autour d’Emmanuel Macron. Cette hypothèse avait pourtant
été évoquée par le maire de Bordeaux
dès novembre 2017, devant la presse
diplomatique.
Cette idée avait été très bien accueillie
par les fondateurs d’Agir, le mouvement
issu du groupe parlementaire Les
Constructifs, devenu groupe UAI (UDI,
Agir et Indépendants). Avant l’été, cette
« droite constructive » (selon une formule imaginée par Jean-Pierre Raffarin)
semblait toujours déterminée à favoriser
une alliance avec les macronistes pour
les européennes. Selon ce schéma, Fabienne Keller, sénatrice du Bas-Rhin
proche d’Alain Juppé, avait d’ailleurs
envisagé la constitution d’une liste de
centre droit mais aujourd’hui, elle se
montre plus réservée sur le sujet (lire interview ci-dessous).
Après une première année de quinquennat contrastée, les centristes observent désormais avec prudence certaines orientations politiques du chef de
l’État. La fracture persistante sur les
questions territoriales ne les rassure
pas. Ce qui se passe, par exemple, entre
l’Élysée et certains élus de centre droit,
1
Emmanuel Macron et Alain Juppé, lors de la cérémonie de remise des prix de la Fondation Chirac, au Musée du quai Branly, à Paris,
en novembre dernier. FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
tel le président des régions de France
Hervé Morin (Les Centristes), n’est pas
perçu comme une marque de
confiance. Le rejet du plan banlieues de
l’ex-président de l’UDI Jean-Louis
Borloo est également considéré comme
un mauvais signal.
De leur côté, certains juppéistes s’interrogent ouvertement sur les intentions
réelles d’Emmanuel Macron en vue des
européennes. « Il faut que Macron et son
équipe le veuillent. Or, nous n’avons pas
été spécialement approchés jusqu’à présent », note le président de CharenteMaritime et président des départements
de France, Dominique Bussereau, lui
aussi en guerre contre la politique « recentralisatrice » du gouvernement.
Les Constructifs n’ont plus le sentiment d’être très désirés. Parallèlement,
Emmanuel Macron, fragilisé par une
croissance au ralenti et des perspectives
économiques moins favorables, n’incite
plus aussi facilement au ralliement sous
sa bannière. Les difficultés ne s’arrêtent
pas là puisque le chef de l’État devra
aborder la rentrée avec une popularité
en berne et deux affaires aux conséquences
imprévisibles
(Alexandre
Benalla et Alexis Kohler) impactant son
image de leader européen.
En août 2017, lors des premières
« Vendanges de Bordeaux », Alain Juppé, entouré de fidèles, s’était prononcé
pour un « soutien actif à l’émergence
d’un nouveau leadership dont la droite et
Selon Raffarin, le premier semestre 2019
sera le moment « très important » pour
Macron de la « rénovation du projet
européen ». Le chef de l’État devra « déployer ses talents », a prévenu l’ancien
premier ministre, avant de formuler une
question éclairante sur les interrogations juppéistes : « Quel rôle jouera la
droite humaniste et européenne, nécessaire pour toute victoire ? »
Pour y répondre, Raffarin rejoindra
Juppé, le 8 septembre à Bordeaux. La
deuxième édition des « Vendanges »
rassemblera d’autres fidèles : Valérie
Pécresse, Dominique Bussereau, Fabienne Keller, Maël de Calan, Franck
Riester et Virginie Calmels. Les deux
conseillers d’Édouard Philippe, Gilles
Boyer et Charles Hufnagel, ne manqueront pas cette occasion de réfléchir aux
européennes. Tous pourront profiter
des analyses d’un diplomate sur la situation de l’Europe. Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop, leur
dressera un état des lieux politique de la
France, dont les enjeux seront décryptés par Laurent Bigorgne, directeur de
l’institut Montaigne, think-tank libéral
spécialisé dans l’étude des politiques
publiques. ■
Fabienne Keller : « Il ne serait pas anormal
de voir deux listes proeuropéennes »
Une menace prise
au sérieux par la majorité
FABIENNE Keller est sénatrice du BasRhin et membre fondatrice du mouvement Agir.
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
LE FIGARO. - Comment analysez-vous
l’hypothèse évoquée par
Jean-Pierre Raffarin de la présence
d’une « entité spécifique » de centre
droit aux élections européennes ?
Fabienne KELLER. - Tous ceux qui ont
soutenu Alain Juppé ont la volonté de se
retrouver en septembre aux « Vendanges de Bordeaux ». Un an après la première édition, cela montre que ce qui
nous rassemble est plus fort que les
choix tactiques de certains. Nous sommes convaincus que la plupart des
grands défis (immigration, défense,
emploi…) trouveront leur solution à
l’échelle européenne, notamment face
à une mondialisation très puissante et à
l’éclatement des alliances.
A
Jean-Pierre Raffarin
à Bordeaux en septembre
L’idée d’un axe central autour
de Macron n’a-t-elle pas
un peu de plomb dans l’aile ?
Sur le fond, au lendemain du discours
européen d’Emmanuel Macron à la Sorbonne (en septembre 2017, NDLR), Alain
Juppé avait dit qu’il partageait très largement ses propositions. Mais la situation politique, c’est autre chose. En
avril, le maire de Bordeaux avait proposé aux fondateurs d’Agir de travailler
sur un projet européen, de construire
leur propre corpus intellectuel. Nous
nous y sommes attelés immédiatement.
Les trois hypothèses évoquées par
Jean-Pierre Raffarin existent depuis le
départ : une candidature autonome
européenne de droite humaniste et de
centre droit, une alliance vers notre
droite ou une alliance vers notre gauche. Mais quelle que soit la piste, cela ne
pourrait se faire qu’à partir du projet
que nous aurons élaboré.
Les difficultés du chef de l’État
(affaires, territoires, économie)
n’affaiblissent-elles pas l’idée
d’une alliance avec les macronistes ?
Tous ces points sont sérieux. Nous souli-
Il est assez factuel de constater qu’il n’y
a pas eu, pour l’instant, les signes d’une
volonté de travailler avec nous. Sûrement parce quJ’il pouvait s’appuyer sur
une large majorité à l’Assemblée. C’est
un peu dommage mais cela ne nous a
pas empêchés d’être en soutien sur le
Code du travail ou d’affirmer nos réserves dans d’autres cas.
Le courant « proeuropéen »
ne risque-t-il pas d’être fragilisé
si deux listes émergent ?
Quand deux listes sont sur une thèse
principale identique, elles sont obligées de se différencier. Sur quoi ? Je
n’en sais rien. Mais il ne serait pas
anormal de voir deux listes proeuropéennes défendre l’idée européenne.
L’Europe n’est pas le fruit d’une expression monolithique.
« L’Europe n’est pas le fruit d’une
expression monolithique », affirme
Fabienne Keller, cadre du mouvement
politique Agir. J. WITT/SIPA
gnons cette difficulté avec les territoires,
installée et accentuée depuis un an. Le
fait que les acteurs locaux ne se sentent
pas respectés ni reconnus est extrêmement préjudiciable à l’image d’Emmanuel Macron. Sur la question de l’emploi, il y a eu des réformes que nous
avons soutenues mais les résultats tardent sur le terrain. Quant à l’affaire
Benalla, c’est évidemment une secousse
mais pas une affaire d’État. J’ai surtout
été frappée par la difficulté du pouvoir à
construire une stratégie de réponse claire. C’est cela qui a créé polémique et inquiétude sur la coordination au plus haut
niveau de l’État. Aussi les indicateurs ne
sont-ils pas bons concernant l’exécution
des comptes publics et les collectivités
locales subissent une pression maximale. Tout cela pourra sûrement influer
notre choix mais sans oublier nos propositions pour l’Europe de demain.
Les Constructifs ont-ils le sentiment
qu’Emmanuel Macron n’exprime pas
assez une volonté d’alliance avec eux ?
L’enjeu n’est-il pas de conquérir
la première place face
au Rassemblement national ?
Cela mérite réflexion mais il est encore
trop tôt. Il est important de travailler
sur le fond, d’exprimer clairement une
volonté de fixer des règles à l’échelle
européenne sur la politique migratoire
et de les mettre en œuvre en les dotant
de budgets correspondants. Nous devons offrir la vision d’une Europe puissante sur des thèmes majeurs.
Que reste-t-il à faire pour que
les Constructifs se rapprochent
de la droite de Wauquiez ?
Il faudrait pouvoir se retrouver sur
l’essentiel. C’est-à-dire la volonté
d’une Europe plus forte, ancrée sur des
stratégies européennes clairement
affirmées. Mais aujourd’hui, cette
troisième hypothèse me semble
difficile.
Pourtant, Valérie Pécresse a salué
une inflexion de la ligne LR
sur l’Europe à Menton…
Justement, nous en parlerons à Bordeaux. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR E. G.
PAS DE PANIQUE. La perspective de voir
émerger une liste proeuropéenne
concurrente, menée par la droite modérée, n’inquiète pas la macronie. Du
moins, pas officiellement. « Je ne vois pas
d’espace entre la liste de rassemblement de
la majorité et celle des Républicains de
Laurent Wauquiez, commente le président du groupe LaREM au Sénat, François
Patriat. Cette initiative serait par ailleurs
plus dangereuse pour la droite que pour
nous, car elle diviserait la famille LR. »
Beaucoup de proches du chef de l’État
minimisent les propos de Jean-Pierre
Raffarin (lire ci-dessus). Certains y
voient un « moyen de pression » sur la
constitution de la liste macroniste, pour
qu’y figurent davantage de proches
d’Alain Juppé. D’autres pointent la « volonté d’exister » de l’ancien premier ministre de Jacques Chirac. Ou soulignent
l’incongruité politique que cela produirait. « Imaginez la situation acrobatique
d’Édouard Philippe, premier ministre venu
de la droite juppéiste, si ses anciens camarades décidaient de bâtir une liste contre
sa majorité », grince un ministre. Enfin,
sur le plan matériel, « il faudrait que ces
candidats trouvent au moins 4 millions
d’euros pour faire campagne », rappelle
un proche du chef de l’État. Dissuasif
quand on n’est pas à la tête d’un parti.
Il n’empêche, derrière les dénégations,
la menace se précise. « Il y a là un sujet sérieux », reconnaît un parlementaire de la
majorité. Car ce scénario de la division
serait préjudiciable pour LaREM, en raison de la nature du scrutin. Les européennes sont une élection à un tour où l’ordre
d’arrivée est primordial. Tout ce qui peut
éparpiller le stock de voix des proeuropéens sera lourd de conséquences. A fortiori, dans un contexte où les vents dominants sont eurosceptiques. « Il faut éviter
la dispersion des progressistes, en France
comme en Europe, estime le député LaREM de Paris, Pierre Person. Si l’on ne
veut pas se retrouver avec une majorité
eurosceptique au Parlement européen. »
« L’enjeu de ce scrutin est celui du dépassement politique, renchérit le délégué général de La République en marche, Christophe Castaner. L’Europe peut
mourir. Le risque est trop grand, dans le
contexte actuel, de vouloir se compter, au
niveau français comme européen. Il sera
essentiel de rassembler les progressistes
dans ce qui sera une confrontation avec
les nationalistes. »
Des listes concurrentes sur le même
créneau europhile marqueraient, par
ailleurs, un coup d’arrêt à la recomposition politique portée par la macronie. La
fin du rouleau compresseur, qui fit tant
de mal aux formations traditionnelles,
avec son arc politique allant des écologistes et sociaux-démocrates aux Républicains modérés.
“
L’enjeu de ce scrutin
est celui du dépassement
politique. L’Europe peut
mourir
”
CHRISTOPHE CASTANER, DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL
DE LA RÉPUBLIQUE EN MARCHE
Quoi qu’il en soit, ce débat révèle un
changement d’attitude de la droite
compatible avec Emmanuel Macron.
Ceux qui étaient tentés par un rapprochement s’interrogent désormais, hésitent sur la marche à suivre. L’affaire
Benalla et les premières difficultés économiques du quinquennat n’y sont pas
étrangères. Les sondages en berne du
président non plus. Résultat, ce qui paraissait écarté ne l’est plus : la possibilité
d’une liste autonome, voire d’un mariage de raison avec Laurent Wauquiez.
Pour ne rien arranger, l’UDI hésite
aussi sur sa stratégie. Quant au MoDem,
il ne souhaite pas voir sa place au sein de
la liste de la majorité réduite à la portion
congrue, au profit des potentiels partenaires. Dans ce contexte, la première
épreuve de LaREM va être de trouver
l’oiseau rare : la tête de liste suffisamment attractive pour convaincre toutes
les sensibilités. ■
LE FIGARO
mardi 21 août 2018
INTERNATIONAL
5
Imran Khan face au défi
d’un « nouveau » Pakistan
Pour bâtir un État-providence, le nouveau premier ministre promet
d’endiguer l’évasion fiscale, pratiquée y compris par ses ministres.
Imran Khan, samedi à Islamabad.
NEW DELHI
ASIE DU SUD Est-ce le début d’une
nouvelle ère au Pakistan ? C’est le message qu’a voulu faire passer le nouveau
premier ministre, Imran Khan, le weekend dernier. Le chef du Parti de la justice
(PTI) arrivé en tête des législatives de
juillet a prêté serment samedi, avant de
prononcer un discours à la nation dimanche. Il a énoncé sa feuille de route et
les ministres ont pris leurs fonctions
lundi. À eux de bâtir l’État-providence
islamique promis par leur chef.
Dans son allocution, Imran Khan a
énoncé trois priorités : lutte contre la
fraude fiscale, contre la corruption et
baisse du train de vie de l’État. Il n’a
guère le choix. « Le Pakistan traîne une
dette de 28 000 milliards de roupies »
(200 milliards d’euros, soit 80 % du
PIB), a-t-il martelé. La banque centrale
a moins de deux mois de réserves de
change. Pour éviter la crise, trois options sont sur la table : une aide du FMI,
un financement des banques de développement multilatéral ou l’assistance
de l’allié chinois.
ainsi que les déclarations des candidats
soumises à la commission électorale. Sur
seize ministres, trois n’ont pas payé
d’impôt sur le revenu depuis trois ans. Et
au moins neuf, pourtant hommes d’affaires et propriétaires terriens, se sont
acquittés de sommes qui n’ont pas dépassé 13 % de leurs revenus en 2017,
deux payant même moins de 5 %.
Parfois, le montant consenti au fisc
étonne. Entre 2014 et 2016, la ministre
pour la Coordination entre les provinces, Fehmida Mirza, n’a jamais réglé
plus de 600 euros par an. Khalid Siddiqui, ministre des Télécommunications,
n’a pas payé d’impôt en 2015 et s’est acquitté de moins de 250 euros par an en
2014 et 2016. Enfin, le ministre de la
Santé a déclaré dans son formulaire de
candidature détenir 412 000 euros en liquide sur son compte bancaire, alors
qu’il n’a pas déboursé d’impôt sur le revenu depuis au moins trois ans.
Le changement sera d’autant plus difficile que, pour gagner les législatives et
former une coalition, Imran Khan s’est
appuyé sur des politiciens de longue
date, au lieu de renouveler le personnel
existant. Parmi ses seize ministres et
cinq conseillers, douze ont servi sous la
dictature du général Musharraf dans les
années 2000. Cinq ont servi dans des
gouvernements du Parti du peuple pakistanais (PPP) avant de rejoindre le PTI
sur le tard. « Imran Khan a énoncé des
réformes ambitieuses. Dommage qu’il ait
choisi des personnalités symbole d’immobilisme », a constaté le quotidien Dawn
dans son éditorial lundi. ■
The Breitling Jet Squad
L’escadron Breitling Jet
Jacques Bothelin
Christophe Deketelaere
Paco Wallaert
“
Nous voulons rehausser
le niveau dans les écoles
publiques et mettre
en classe les 22,5 millions
d’enfants qui ne sont pas
scolarisés
Quel que soit le scénario, Imran Khan
est conscient que le bailleur de fonds
exigera des réformes. En outre, le chef
du gouvernement ne veut pas se
contenter d’assainir les finances publiques. Dimanche, il a promis de « rehausser le niveau dans les écoles publiques et
de mettre en classe les 22,5 millions d’enfants qui ne sont pas scolarisés. […] Nous
allons instaurer une assurance santé pour
les plus pauvres afin qu’ils aient accès aux
soins ». À cela s’ajoute la promesse de
« construire 5 millions de logements à bas
prix ». Imran Khan s’inscrit dans la
continuité de son slogan de toujours :
l’avènement d’un « nouveau » Pakistan.
Le doute plane sur sa capacité à
concrétiser une telle ambition. La première difficulté concerne la réforme
fiscale. « Seulement 800 000 personnes
payent des impôts dans ce pays de
200 millions d’habitants », a-t-il déploré dimanche. Il sera d’autant plus compliqué de changer cela que la classe politique est championne en matière de
fraude. D’après le Centre pakistanais
pour le journalisme d’investigation,
60 % des candidats aux législatives ne
payent pas d’impôts.
Cette impunité se reflète jusque dans
le gouvernement, comme le révèle le répertoire fiscal des parlementaires publié
par le Bureau fédéral des impôts (FBR),
une relation
basée sur
un bénéfice
mutuel. Les
Américains
pensent
qu’ils n’ont
qu’à nous
donner de
l’argent pour
qu’on mène
leur guerre
»
IMRAN KHAN, PREMIER
MINISTRE DU PAKISTAN
Au moins 14 morts dans des
opérations de sécurité à Rio
Au moins 14 personnes ont été
tuées lundi lors d’opérations
de la police et de l’armée contre
des trafiquants de drogue dans
des favelas et en banlieue de Rio de
Janeiro, selon l’armée et la presse.
Le commandement militaire
chargé de la sécurité a fait état de
huit morts lors d’une intervention
de ses forces dans des favelas,
tandis que l’agence de presse
officielle Agencia Brasil rapportait
le décès de six membres de gangs
présumés, après une coursepoursuite à Niteroi, ville située
en face de Rio. « Il pourrait
y avoir davantage de morts »,
a prévenu le commandement.
Quelque 4 200 soldats, soutenus
par des blindés et des avions,
ont pénétré dans les favelas.
L’armée a été chargée de la
sécurité à Rio il y a six mois à cause
de la multiplication des violences
et de l’inefficacité de la police
à lutter contre les gangs.
Espagne : agression
« terroriste » dans
un commissariat catalan
Un homme a été abattu lundi
en attaquant au couteau une
policière dans un commissariat
de Catalogne, région frappée
il y a un an par des attentats
djihadistes qui avaient fait
16 morts. « C’est un attentat,
une agression contre un policier,
l’homme criait “Allah” […].
Ce sont au moins des indices
pour que l’enquête soit menée
comme pour un acte terroriste»,
a déclaré le commissaire Rafel
Comes, de la police régionale
catalane.
A IR
TERRE
ME
#SQUADONAMISSION
R
BOUTIQUE BREITLING
10 RUE DE LA PAIX
PARIS
L’ARRIVÉE au pouvoir d’Imran
Khan ouvre une ère d’incertitude
entre Islamabad et Washington.
Depuis le début de l’année, les signaux négatifs s’accumulent. Il y
a d’abord eu le tweet de Donald
Trump le 1er janvier dans lequel le
président américain s’en est pris
au Pakistan avec une violence
rare. « Les États-Unis ont bêtement donné plus de 33 milliards de
dollars au Pakistan depuis quinze
ans. En retour, nous n’avons récolté que mensonges et tromperies. »
Le Congrès aussi paraît agacé
par le soutien d’Islamabad aux
talibans afghans. Début août,
l’aide militaire accordée au Pakistan a été abaissée à 150 millions de dollars pour 2019. On est
loin du niveau des années 2000 et
2010 où la somme pouvait atteindre près d’un milliard par an.
Enfin, le 30 juillet, le secrétaire
d’État américain Mike Pompeo a
L’EI revendique
des attaques en Tchétchénie
Une série d’attaques a visé lundi
la police en Tchétchénie,
dans le Caucase russe, faisant
plusieurs blessés au sein des forces
de l’ordre tandis que leurs
auteurs ont été « neutralisés »,
selon le dirigeant tchétchène
Ramzan Kadyrov. Elles ont été
revendiquées par l’État islamique,
auquel la rébellion islamiste
dans le Caucase russe a prêté
allégeance fin juin 2015.
Mort du pacifiste israélien
Uri Avnery
Turbulences annoncées entre Islamabad et Washington
« Nous
voulons
ZOOM
EN BREF
”
NAVITIMER 8
IMRAN KHAN
HANDOUT/AFP
rejeté tout soutien du FMI pour
aider le Pakistan à enrayer la
baisse de ses réserves de change :
« Il n’y a aucune logique à ce que
des dollars du FMI, qui proviennent en partie du Trésor américain, servent à tirer d’affaire ceux
qui sont endettés à l’égard de la
Chine. »
Côté pakistanais, le ton n’est
pas à l’apaisement. Le 26 juillet,
dans son discours de victoire,
Imran Khan a insisté pour une
refonte du partenariat. « Avec
les États-Unis, nous voulons une
relation basée sur un bénéfice
mutuel. Les Américains pensent
qu’ils n’ont qu’à nous donner de
l’argent pour qu’on mène leur
guerre. »
Cette rhétorique rappelle celle
du début des années 2010, lorsqu’il bataillait contre les bombardements de drones de la CIA dans
les zones tribales et critiquait l’at-
titude des États-Unis à l’égard du
Pakistan : « Ce n’est pas un partenariat, c’est une relation de maître
à esclave ! Notre armée est devenue une force mercenaire des
Américains dans la guerre contre
le terrorisme », nous avait-il
confié en septembre 2012.
Aujourd’hui encore, certains
conseillers d’Imran Khan sont
partisans d’une ligne musclée.
« Ma politique, ce sera le Pakistan
d’abord », a déclaré lundi le ministre des Affaires étrangères,
Shah Mahmood Qureshi.
Le test afghan
Dans l’armée aussi, la lassitude à
l’égard des Américains grandit,
en particulier à cause du raid secret des Navy Seals contre Ben
Laden, à Abbottabad en 2011.
Depuis, la coopération militaire
avec Pékin s’est renforcée. Entre 2012 et 2017, la Chine a été le
premier fournisseur d’armement du Pakistan. La mise en
œuvre du corridor économique
sino-pakistanais, d’une valeur
de 62 milliards de dollars, rend
Islamabad moins dépendant de
Washington. L’alliance avec la
Chine apparaît d’autant plus
évidente que le Pakistan voit
d’un mauvais œil le rapprochement entre les États-Unis et le
rival indien.
Le prochain test pour la relation bilatérale aura lieu en Afghanistan où le président Ashraf
Ghani a annoncé un cessez-lefeu de trois mois qui a commencé
lundi. Les insurgés n’ont pas encore indiqué s’il comptait suspendre leurs attaques contre les
forces afghanes en retour. Le Pakistan, qui héberge de nombreux
chefs et combattants talibans,
aura une influence sur la conduite
des opérations. ■
E. D.
Le journaliste israélien
Uri Avnery, figure centrale
du mouvement pour la paix avec
les Palestiniens, est décédé dans la
nuit de dimanche à lundi, à 94 ans.
Grande voix de l’opposition
à l’occupation israélienne
des Territoires, il avait causé une
tempête en recueillant en juillet
1982 ce qui est présenté comme
la première interview de Yasser
Arafat dans un journal israélien.
Auschwitz :
la responsabilité allemande
« ne finira jamais »
Le camp nazi d’AuschwitzBirkenau est « l’endroit le pire
au monde », a estimé lundi
sur place le chef de la diplomatie
allemande Heiko Maas. « C’est
un lieu de mémoire qui, avant tout,
rappelle à nous, les Allemands,
ce que nous avons fait à des millions
d’autres. Nous avons besoin de cet
endroit car notre responsabilité
ne finira jamais », a ajouté
le ministre, qui a souvent dit
qu’Auschwitz était la raison
de son engagement en politique.
A
EMMANUEL DERVILLE £@e_derville
mardi 21 août 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Émouvantes retrouvailles entre Coréens
À peine réunies lundi, les familles ne seront en contact que quelques heures, avant de se séparer à jamais.
CYRILLE PLUYETTE £@CyrillePluyette
CORRESPONDANT À PÉKIN
ASIE À 92 ans, Lee Keum-seom pensait
ne jamais revoir son fils, que la guerre de
Corée (1950-1953) lui a arraché alors qu’il
n’avait que 4 ans. Mais lundi, cette petite
dame chétive faisait partie des quelque
90 familles sud-coréennes tirées au sort
pour participer, au nord de la frontière, à
de déchirantes retrouvailles avec des
proches dont elles étaient sans nouvelles
depuis le conflit.
Arborant pour l’occasion un élégant
chapeau orné d’un ruban noir, elle a
d’abord crié le nom de son enfant de
71 ans – « Sang-chol ! » – avant de le
prendre longuement dans ses bras, et de
coller sa joue trempée de larmes contre
celle de son rejeton, en costume-cravate.
« Combien d’enfants as-tu ? » lui a-t-elle
demandé en lui tenant tendrement la
main. Lee Keum-seom avait perdu la trace de son mari et de son fils il y a soixante-sept ans, alors qu’elle tentait d’échapper au chaos des combats. Elle s’était
ensuite embarquée avec sa fille dans un
ferry pour le Sud. « Pendant un an, j’allais
montagne nord-coréenne du mont
Kumgang.
De très nombreux Coréens ont vécu
loin de membres de leur famille après la
guerre, qui a abouti à la division de la péninsule, de part et d’autre de l’une des
frontières les plus militarisées au monde,
le long du 38e parallèle. Mis à part ce type
d’événements exceptionnels, les communications entre les civils des deux pays
sont toujours interdites, car les deux frères ennemis, qui n’ont jamais signé de
traité de paix, sont toujours techniquement en guerre.
Placés sous haute surveillance, les entretiens ont souvent lieu en présence
d’un agent nord-coréen, afin d’éviter
que la conversation ne glisse sur le terrain
politique. Séoul plaide depuis longtemps
en faveur d’un rythme plus régulier, mais
le régime de Pyongyang, soucieux de
préserver son emprise sur les habitants
du pays reclus, craint que des contacts
trop fréquents ne leur ouvrent les yeux
sur le dynamisme économique de leur
voisin du Sud. Signe de la dimension politique de l’événement, tous les NordCoréens portaient un badge à l’effigie du
fondateur de la dynastie communiste,
Kim Il-sung, ou de son fils et successeur.
Vingt raouts de ce genre ont été organisés depuis 2000, selon un calendrier
largement dépendant des relations bilatérales. Ceux qui se déroulent actuellement sont les premiers depuis trois ans.
Après des années de brouille liées à l’accélération du programme nucléaire
nord-coréen, elles témoignent du spectaculaire réchauffement entre les deux
voisins, amorcé lors des Jeux olympiques
d’hiver, accueillis en mars par le Sud. La
session a d’ailleurs été décidée en avril
lors d’une première rencontre entre le
dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, et
son homologue sud-coréen, Moon Jaein. Dans la foulée, en juin, le maître de
Pyongyang s’était engagé à dénucléariser
la péninsule, lors d’un sommet historique
avec le président américain Donald
Trump. Mais depuis, peu d’avancées ont
été constatées. Preuve que le dialogue se
poursuit malgré la pesanteur du dossier
nucléaire, les deux leaders coréens, qui se
sont entretenus deux fois sur la « zone
démilitarisée » (DMZ) séparant les deux
pays, doivent se voir le mois prochain, à
Pyongyang.
Pour les participants aux réunions de
famille de lundi, dont certains se déplaçaient en fauteuil roulant entre les tables
ou étaient soutenus par des plus jeunes,
cette journée représentait une chance
inespérée de revoir des êtres chers avant
la fin de leur vie. Initialement, près de
133 000 Sud-Coréens s’étaient portés
candidats pour ces moments d’effusion
entre familles éclatées, il y a dix-huit ans.
Mais plus de la moitié d’entre eux sont
aujourd’hui décédés, et beaucoup ont
plus de 80 ans. Au fil des années, les retrouvailles sont devenues rares entre parents et enfants ; et la plupart d’entre elles
mettent en présence des cousins, nièces
ou neveux ou des parents plus éloignés.
Cette année, le doyen des Sud-Coréens a
101 ans. Baik Sung-kyu a apporté des habits, des paires de chaussures, des brosses
à dents, du dentifrice et des cuillères en
inox à sa belle-fille et à sa petite-fille. Il
affichait un sourire, mais c’est son fils,
venu l’accompagner, qui a mené la
conversation.
Longtemps attendus, ces moments
chargés d’émotion se révèlent toutefois
extrêmement éprouvants psychologiquement. À peine réunies lundi, les familles ne seront ainsi en contact que onze
heures, jusqu’à mercredi, avant de se dire
au revoir, sans doute pour toujours. Des
participants aux éditions précédentes
avaient aussi confié des difficultés à renouer les liens après des décennies d’absence, surtout à un âge aussi avancé. Sans
compter le formatage idéologique au
Nord, qui peut parfois compliquer la
spontanéité des discussions… ■
Placés sous haute
surveillance, les entretiens
ont souvent lieu en
présence d’un agent nordcoréen, afin d’éviter que
la conversation ne glisse
sur le terrain politique
tous les jours à la rivière et je pleurais », se
souvient celle qui n’était pas certaine de
reconnaître son enfant. Lui aussi très
ému, ce dernier lui a montré une photo
de son propre père, resté au Nord, et
aujourd’hui disparu.
Un peu plus loin, deux femmes septuagénaires, vêtues d’une tenue traditionnelle, ont éclaté en sanglots à la vue de
leur mère, âgée de 99 ans. Toutes les trois
se sont étreintes, et ont dû laisser passer
plusieurs minutes avant de pouvoir prononcer la moindre parole. « Quand j’ai dû
fuir pendant la guerre… », a commencé la
maman, Han Shin-ja, brisée par l’émotion, et incapable de terminer sa phrase.
Comme les autres participants, elle a été
acheminée par autocar jusqu’à un complexe touristique situé dans la station de
Les Sud-Coréens Jo Hye-do,
86 ans (à droite), et Jo Do-jae,
75 ans (au centre), rencontrent
leur sœur nord-coréenne
Jo Doon-so, 89 ans, lundi
dans la station du mont Kumgang
en Corée du Nord. AFP
Autour de Donald Trump, le bal des trahisons
En marge de la confrontation avec le procureur Mueller, trois anciens ou actuels collaborateurs du président américain
se retrouvent aux prises avec le système judiciaire fédéral, risquant à tout moment de lui porter un coup fatal.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
A
CORRESPONDANT À WASHINGTON
ÉTATS-UNIS La loyauté a toujours été
la vertu la plus recherchée dans l’univers de Donald Trump. On comprend
pourquoi à l’aune des dégâts causés par
les malheurs judiciaires de ses proches
et les retournements de veste qu’ils entraînent.
L’enquête du procureur spécial Robert Mueller fait fonction de révélateur.
Elle montre que dans certains milieux
d’affaires enclins aux petits arrangements avec la loi, la fidélité résiste mal
aux pressions de la justice. En marge de
la confrontation de Donald Trump avec
l’équipe de Mueller, trois collaborateurs
anciens ou actuels du président ont
maille à partir avec le système judiciaire fédéral : son ex-directeur de campagne Paul Manafort, son avocat personnel Michael Cohen et son conseiller
juridique à la Maison-Blanche Don
McGahn. L’un de ces supposés aides et
protecteurs peut-il lui porter un coup
fatal ?
Les douze jurés – six hommes et six
femmes – du procès de Paul Manafort
ont entamé lundi matin leur troisième
jour de délibérations, après trois semaines d’audiences suivies comme un
feuilleton télévisé. Ils doivent se prononcer sur 18 accusations de fraude
bancaire et fiscale, pour lesquelles le
procureur de Washington a demandé
au moins dix ans d’emprisonnement.
Ce procès, le premier né de l’enquête
Mueller, n’est pas directement connecté au président : il concerne la façon
dont Manafort a soustrait au fisc
16 millions de dollars gagnés auprès de
l’ancien président ukrainien prorusse,
Viktor Ianoukovitch, en les cachant sur
des comptes offshore, et celle dont il a
obtenu 20 millions de dollars de prêts
en faisant notamment miroiter à un
banquier, Stephen Calk, une place dans
le cabinet de Trump.
“
Je n’ai rien à cacher
et j’ai demandé
la transparence afin que
la chasse aux sorcières
truquée et dégoûtante soit
menée à sa conclusion
DONALD TRUMP, SUR TWITTER
mettre une éventuelle grâce présidentielle. Trump refuse d’évoquer
publiquement cette hypothèse, mais il
dénonce le procès comme « une triste
affaire » visant « un homme bien ».
Dans un demi-lâchage, il ne cesse de
rappeler que « cette affaire n’a absolument rien à voir avec (lui) » et que
« Paul Manafort n’a travaillé que très
brièvement » pour lui. La vraie trahison vient cependant de Rick Gates,
l’ex-adjoint du directeur de campagne, qui tente d’échapper à la prison
pour ses propres méfaits en coopérant
avec l’accusation comme témoin à
charge. Toute la défense de Manafort
repose sur le manque de crédibilité de
ce « menteur, voleur, adultère » qui a
décidé de tout balancer.
C’est aussi « la stratégie de la vérité »
qu’ont choisie, pour le meilleur ou pour
le pire, deux autres proches du président. Michael Cohen, 52 ans, avocat de
la Trump Organization pendant plus de
dix ans, se vantait d’être « prêt à prendre une balle » pour son patron. Également soupçonné de fraude bancaire et
fiscale sur plus de 20 millions de dollars, le voilà qui professe soudain sa
« loyauté envers [sa] famille et le pays
avant tout ». Cela augure de révélations
embarrassantes, voire incriminantes,
pour le président : non content d’être
au fait de ses secrets d’affaires, Cohen a
”
Au-delà de Paul Manafort lui-même
– qui, à 69 ans, a dû échanger son style
de vie somptuaire contre une prison fédérale pour subornation de témoins
dans une autre affaire –, les deux forces
qui s’affrontent ici jouent gros. Pour
Robert Mueller, une condamnation
vaudrait démonstration de la solidité de
son enquête et de sa capacité à atteindre
sa principale cible : la nature exacte des
relations entre la campagne de Trump
et le Kremlin. À l’inverse, un acquittement encouragerait les critiques qui
dénoncent « une chasse aux sorcières ».
Le président, de son côté, ne rehausserait pas son prestige s’il s’avérait qu’il
avait choisi un escroc comme directeur
de campagne.
L’accusé a observé la règle du silence, ne disant rien qui puisse compro-
Paul Manafort (ici le 28 février, à Washington), l’ex-directeur de campagne de Donald
Trump, doit répondre de 18 accusations de fraude bancaire et fiscale. Y. GRIPAS/REUTERS
aussi orchestré le paiement de plusieurs
de ses accusatrices juste avant la présidentielle de 2016, possiblement en violation des règles de financement électoral. Selon le New York Times, l’acte
d’accusation serait prêt avant la fin du
mois, avec l’option de plaider coupable
et de coopérer pour éviter un procès.
Ce besoin de tout dire a également
saisi Don McGahn, le conseiller juridique de la Maison-Blanche, entendu
trois fois par l’équipe de Mueller depuis
novembre 2017, soit plus de trente heures de confessions. Le président et ses
avocats n’ont aucune idée de ce qu’il a
dit à propos des limogeages de Michael
Flynn, le premier conseiller à la sécurité nationale, et de James Comey, l’ancien directeur du FBI, ainsi que des tentatives de virer Jeff Sessions, l’Attorney
General, et Mueller lui-même. Trump a
dénoncé une « info bidon », tout en la
confirmant : « Je l’ai autorisé à témoigner, je n’y étais pas obligé. Je n’ai rien à
cacher et j’ai demandé la transparence
afin que la chasse aux sorcières truquée
et dégoûtante soit menée à sa conclusion », a-t-il tweeté dimanche.
Le plus frappant dans cet épisode
tient au malentendu entre Trump et
McGahn. Lorsque le président a renoncé à son « privilège de l’exécutif » pour
l’autoriser à témoigner, ce dernier a cru
qu’il allait lui faire porter le chapeau,
comme Richard Nixon s’y était essayé
durant le Watergate avec son propre
conseiller juridique John Dean… Il a
donc coopéré pleinement avec le procureur pour se protéger. On n’est jamais trahi que par les siens – surtout
s’ils vous croient prêt à les trahir. ■
LE FIGARO
mardi 21 août 2018
INTERNATIONAL
7
Pas d’apaisement
dans le bras de
fer entre Trump
et Erdogan
Des coups de feu ont été tirés, lundi, contre
l’ambassade des États-Unis en Turquie,
sans faire de victime, dans un contexte de
vives tensions entre Washington et Ankara.
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
TURQUIE C’est un incident de plus
dans la crise qui oppose Ankara à
Washington. Ce lundi, l’ambassade
américaine en Turquie a essuyé des
coups de feu vers 5 heures du matin.
Selon l’agence de presse privée Ihlas,
quatre ou cinq projectiles ont été tirés
depuis une voiture blanche en direction de la guérite de sécurité placée
devant l’enceinte de la Chancellerie.
L’attaque, qui a détruit des vitres, n’a
pas fait de blessés, mais elle est révélatrice de la volatilité qui prévaut entre
les deux pays.
« La police a aussitôt pris le dossier en
main. Une enquête est en cours. Je doute
qu’il s’agisse d’une attaque préméditée.
En revanche, je crains que l’actuelle impasse politique renforcée par le ton menaçant emprunté par les deux pays
n’encourage des éléments isolés à se
faire les dangereux justiciers d’une
cause diplomatique », confie un observateur qui préfère taire son nom. Une
personne a été arrêtée en lien avec cet
incident, selon l’agence de presse
Anatolie.
« Nous pouvons confirmer qu’un incident de sécurité a eu lieu tôt ce matin »,
a affirmé David Gainer, porte-parole
de l’ambassade américaine, interrogé
par l’AFP, confirmant également l’absence de victime. L’ambassade est fermée cette semaine à l’occasion de
l’Aïd-el-Kébir, la fête musulmane du
sacrifice. Ces derniers jours, plusieurs
initiatives relayées sur les réseaux sociaux en ont déjà donné le ton, comme
ces vidéos d’hommes brûlant des dollars ou détruisant des iPhone.
Le bras de fer turco-américain trouve son origine dans la détention du
pasteur américain Andrew Brunson.
Vendredi 17 août, la justice turque a
maintenu son assignation à résidence,
malgré la pression de Washington et
les demandes répétées de son avocat.
La crise remonte au mois d’octobre
2016.
À l’époque, le président turc Recep
Tayyip Erdogan vient d’échapper de
près à un coup d’État. Déterminées à
démanteler le réseau du prédicateur
Fethullah Gülen, exilé en Pennsylvanie, qu’elles pointent aussitôt du doigt,
les autorités turques s’engagent dans
une chasse aux sorcières contre ses
partisans. Des dizaines de milliers de
L’Allemagne s’inquiète
de la crise en Turquie
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
MESALE TOLU va pouvoir quitter la Turquie et rentrer en Allemagne. L’interdiction de sortie du territoire imposée à la
journaliste germano-turque vient d’être
levée par le régime d’Ankara. Accusée de
propagande terroriste, elle se trouvait en
liberté provisoire après avoir passé huit
mois en détention préventive. En assouplissant ses sanctions, les Turcs adressent
un signe de détente à l’Allemagne, après
une année marquée par la surenchère et
les provocations. Pour Recep Tayyip
Erdogan, qui sera reçu le 28 septembre à
Berlin par Angela Merkel, la donne a
changé : son pays s’enfonce dans la crise.
“
Dans notre propre
intérêt, nous devons
tout faire pour garder
la Turquie (ancrée)
à l’ouest
”
SIGMAR GABRIEL, ANCIEN MINISTRE ALLEMAND
DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Le geste en faveur de Mesale Tolu intervient en plein bras de fer entre le président turc et Donald Trump. Les sanctions prises par le chef d’État américain,
qui réclame la libération d’un pasteur
emprisonné en Turquie, ont fait plonger
la livre. Cette crise monétaire a agi comme un révélateur de toutes les autres faiblesses économiques du pays : taux d’inflation élevé, monnaie dévalorisée depuis
des mois… En Europe, la dégradation de
la situation dans la péninsule est suivie
avec inquiétude. Elle pourrait avoir des
répercussions globales. Les banques espagnoles ou françaises sont très exposées
en Turquie (à hauteur respectivement de
82 et 34 milliards de dollars contre
12 milliards pour l’Allemagne).
En Allemagne, un débat s’est engagé.
« Dans notre propre intérêt, nous devons
tout faire pour garder la Turquie (ancrée) à
l’ouest », a déclaré lundi l’ancien ministre allemand des Affaires étrangères,
Sigmar Gabriel. « Je crains que tôt ou tard
des forces nationalistes en Turquie, comme
en Iran ou en Corée du Nord, ne cherchent
à obtenir l’arme nucléaire pour se rendre
inattaquables », a-t-il ajouté.
Quelques jours auparavant, la chancelière Angela Merkel s’était montrée
moins dramatique, mais tout aussi préoccupée. « Nous avons intérêt à ce que la
Turquie soit économiquement prospère »,
a-t-elle déclaré mi-août, juste avant de
s’entretenir au téléphone avec Recep
Tayyip Erdogan. Ankara a besoin d’argent pour éviter la déstabilisation. En tant
que deuxième investisseur étranger en
Turquie et principal partenaire commercial d’Ankara, l’Allemagne est en première ligne.
Lors d’un entretien avec son homologue turc, jeudi, le ministre des Finances,
Olaf Scholz (SPD), a suggéré à Ankara de
recourir à un programme d’aide du FMI.
Berat Albayrak a décliné, préférant
chercher des solutions avec d’autres interlocuteurs. Le Qatar s’est déjà manifesté. Pour Sigmar Gabriel, ces nouveaux
investissements sont le signe d’une « dérive incertaine » de la Turquie vers
d’autres alliances. La Russie est aussi en
embuscade.
Mais en Allemagne, l’autoritarisme
croissant d’Erdogan, qui accusait Berlin
de « pratiques nazies » il y a encore un
an, a laissé des traces et divise toujours.
D’un côté, la présidente du SPD Andrea
Nahles, embrayant sur le propos de
Sigmar Gabriel, a plaidé pour que Berlin
offre à la Turquie une aide économique.
De l’autre, la CDU, parti d’Angela
Merkel, a posé des conditions. « Si
Erdogan ne change pas son attitude, (une
aide) n’aura aucun sens économique, ce
sera de l’argent gâché », a déclaré Jürgen
Hardt, responsable à la CDU de la politique étrangère. Lundi, Angela Merkel a
temporisé. La question d’une aide à la
Turquie « ne se pose actuellement pas », a
expliqué son porte-parole. Elle n’a aucune intention de faire de cadeaux à
Recep Tayyip Erdogan. ■
personnes sont suspendues et limogées.
D’autres sont arrêtées, à l’instar du
pasteur américain. Accusé d’espionnage et de lien avec des organisations
terroristes, l’homme – qui vit à Izmir
depuis vingt et un ans - est placé en
détention. Vingt-deux mois plus tard,
l’affaire a pris un tournant sans précé-
“
Nous ne nous livrerons
pas à ceux qui se
présentent comme notre
partenaire stratégique,
alors qu’ils s’efforcent de
faire de nous une cible
”
RECEP TAYYIP ERDOGAN,
LORS D’UN CONGRÈS DE L’AKP À ANKARA
dent au cœur de l’été : les autorités
turques qui l’ont récemment transféré
de sa prison à son logis, où il est assigné à résidence, refusent de se plier à
la pression de Washington qui exige sa
libération.
Excédé, Donald Trump hausse alors
le ton, en imposant des sanctions
contre deux ministres turcs et en dou-
blant les taxes sur l’acier et l’aluminium turcs. La Turquie riposte à son
tour en annonçant l’augmentation des
tarifs douaniers sur plusieurs produits
américains.
L’impact sur l’économie turque est
catastrophique. En quelques jours, la
devise locale – qui a déjà perdu 40 %
de sa valeur en un an - plonge à son
plus bas historique. L’onde de choc se
ressent jusque sur les marchés étrangers. Dénonçant un complot étranger,
le pouvoir turc bombe le torse. « Nous
ne nous livrerons pas à ceux qui se présentent comme notre partenaire stratégique, alors qu’ils s’efforcent de faire
nous une cible », a réitéré ce samedi
18 août le président turc Recep Tayyip
Erdogan lors d’un congrès de son parti, l’AKP, à Ankara. En ajoutant :
« Certains croient pouvoir nous menacer avec l’économie, les sanctions, les
taux de change, les taux d’intérêt et
l’inflation. Nous avons mis au jour vos
manigances et nous vous défions. »
Les deux pays, dont les relations
n’ont jamais été aussi tendues en quarante ans, ont d’autres contentieux.
Outre le pasteur Brunson, plusieurs
ressortissants américains sont actuellement sous les verrous. De son côté,
Ankara n’a pas digéré la condamnation en mai dernier de l’ex-directeur
général adjoint de la banque publique
turque Halkbank par un tribunal américain à 32 mois de prison pour fraude
bancaire. Ankara et Washington sont
également en désaccord sur le soutien
des États-Unis à la milice kurde syrienne YPG (Unités de protection du
peuple kurde), que les autorités turques qualifient de terroristes.
Mais la Turquie et l’Amérique, deux
membres clefs de l’Otan, ont aussi des
intérêts communs, notamment dans la
lutte contre le groupe État islamique
qui pourraient les forcer, estiment
certains, à revenir à des discussions
plus sereines.
La base américaine d’Incirlik en est
le meilleur exemple : située dans le sud
de la Turquie, elle est utilisée par les
forces américaines pour frapper les
djihadistes en Syrie. « En tant que
membre de l’Otan le plus stratégique au
niveau de son emplacement, la Turquie
est garante de la sécurité internationale
à une période ou l’Alliance fait face à
des défis sans précédent », insiste l’ambassadeur turc aux États-Unis, Serdar
Kilic, dans les pages du Wall Street
Journal. ■
U 8
EA BRE 201
V
U EM
NOT – SEPT
Û
AO
La guerre de Troie a-t-elle eu lieu ?
Alors que l’un des plus anciens fragments connus de
l’Odyssée vient d’être découvert sur une tablette à
Olympie, Le Figaro Histoire explore cet été l’œuvre
passionnante et généreuse d’Homère. Le poète aveugle
a-t-il existé ? La guerre de Troie a-t-elle eu lieu ? Faisant
la part du mythe et de l’histoire, les meilleurs spécialistes
se penchent sur l’histoire du monde mycénien, des
siècles obscurs et de la cité grecque émergente, et
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Le Figaro Histoire,
tout reste à découvrir
A
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
Des impacts de balles visibles
sur une vitre de l’ambassade
des États-Unis à Ankara,
lundi. TUMAY BERKIN/REUTERS
mardi 21 août 2018 LE FIGARO
SOCIÉTÉ
8
Le Pape appelle l’Église à la pénitence
face aux « atrocités » de la pédophilie
Réagissant aux révélations successives dans plusieurs pays, François lance un « jamais plus ».
JEAN-MARIE GUÉNOIS £@jmguenois
RELIGION Sur les affaires de pédophilie
dans le clergé catholique, le pape François prend désormais toute l’Église à témoin. Il veut « éradiquer » ces « atrocités », en publiant une « lettre du pape
François au peuple de Dieu » le 20 août, en
sept langues, dont le polonais, où il demande à tous les catholiques « le jeûne et
la pénitence » pour opérer « la transformation ecclésiale et sociale dont nous
avons tant besoin » tout en s’attaquant à
l’omerta qui a longtemps présidé dans
l’épiscopat à la gestion de cette minorité
de prêtres.
“
Il est urgent que les
coupables rendent compte
de ces crimes mais il y a
aussi ceux qui les ont
couverts : ce qui signifie,
dans de nombreux cas,
des évêques…
”
GREG BURKE, DIRECTEUR DE LA SALLE
DE PRESSE DU VATICAN
Si Benoît XVI avait publié, en 2010,
une lettre similaire adressée aux catholiques irlandais qui étaient confrontés aux
mêmes scandales, le texte de son successeur va beaucoup plus loin dans la mise
en cause du « cléricalisme » de la structure ecclésiale, son silence et même sa
« complicité ». En présentant cette lettre
à Rome, Greg Burke, directeur de la salle
de presse du Vatican, a d’ailleurs observé
lundi : « Il est urgent que les coupables
rendent compte de ces crimes mais il y a
aussi ceux qui les ont couverts : ce qui signifie, dans de nombreux cas, des évêques… »
Le pape François bénit des jeunes, dans le cadre d’un pèlerinage, le 11 août à l’ancien Circus Maximus à Rome.
De ce point de vue, l’année est particulièrement chargée pour François et
c’est précisément le contexte de cette
publication. Le Pape est attendu le
week-end des 25 et 26 août en Irlande,
pays dont le catholicisme est ravagé depuis trente ans par ce type d’affaires et
qui a vu sa pratique religieuse chuter
dans le même temps de près de moitié ! Il
y a eu aussi au printemps la crise de
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FILIPPO MONTEFORTE/AFP
cardinaux, fait rarissime, parce qu’il est
accusé d’attouchements sexuels, est un
choc considérable. Traumatisme relayé
la semaine dernière par la publication
d’un rapport officiel en Pennsylvanie
dénonçant l’existence de 301 prêtres pédophiles et de 1 000 victimes sur une période de soixante-dix ans dont peu de témoins, sinon des victimes, subsistent
aujourd’hui.
Les États-Unis sont particulièrement
touchés par ce phénomène puisque le
rapport du John Jay College of Criminal
Justice avait estimé, dès 2004, que
4 400 prêtres avaient été accusés d’abus
sur mineurs dans ce pays entre 1950 et
2002. Soit 4 % des 110 000 prêtres alors
en fonction sur cette période, avec tout
de même 11 000 victimes…
C’est contre cette culture cléricale faite « de tromperie, de calomnie, d’égoïsme », ces « plaies ecclésiales » que le Pape
lance un « jamais plus ». Il s’adresse, bien
sûr, aux prêtres mais surtout aux évêques qui ont couvert ces comportements, baignés qu’ils étaient dans le
« cléricalisme ». « Dire non aux abus, c’est
dire non, de façon catégorique, à toute
forme de cléricalisme », affirme François
dans sa lettre. Un cléricalisme qu’il définit comme une « manière déviante de
concevoir l’autorité dans l’Église ». Une
« corruption spirituelle » qui a contribué
« à perpétuer beaucoup de maux que nous
dénonçons aujourd’hui ». Notamment
dans « nombre de communautés » qui ont
connu « des abus sexuels, des abus de
pouvoir et de conscience » parce qu’elles
ont « tenté de supplanter, de faire taire,
d’ignorer, de réduire le peuple de Dieu à de
petites élites ».
Devant ce terrible résultat, c’est donc
la « honte » qui prévaut car « notre style
de vie a démenti et dément ce que notre
voix proclame » et que « nous avons tardé
dans l’application de ces mesures et sanctions si nécessaires », écrit-il encore. Et
puisque « demander pardon et réparation
du dommage causé ne sera jamais suffisant » et que les « blessures ne connaissent jamais de prescriptions », François,
sans annoncer de mesures concrètes,
lance une sorte d’appel général à la
conversion, notamment par « l’exercice
pénitentiel de la prière et du jeûne » proposé à tous les catholiques. ■
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À quelques jours de la rentrée universitaire, ils sont
plus de 115 000 à n’avoir toujours pas d’affectation
dans le supérieur.
WALLY BORDAS £@wallybordas
UNIVERSITÉ Les candidats en attente
sont toujours aussi nombreux sur Parcoursup. D’après les données publiées
par le ministère de l’Enseignement supérieur, le 19 août, ils sont au moins 115 821.
Parmi eux, 15 698 n’ont pas encore reçu
de proposition d’admission pour la rentrée, et 100 123 ont obtenu un « oui » mais
préfèrent attendre qu’une place se libère
dans une autre formation choisie. Si l’on
ajoute les candidats considérés comme
« inactifs » par le ministère, le chiffre
peut même monter jusqu’à plus de
160 000, soit un peu plus de 20 % des inscrits sur la plateforme.
Une attente difficile, à quelques jours
de la rentrée universitaire. « Je suis très
stressée », témoigne Elsa, 19 ans, refusée à
deux endroits objets de ses vœux et en attente sur les deux autres. « Cela fait un
mois que je suis première sur la liste d’attente dans un vœu que j’adorerais avoir.
Cela ne bouge pas et le taux d’acceptation
pour cette formation est de 100 %, ce qui
me fait extrêmement peur, même si je
continue d’espérer », détaille celle qui
compte désormais sur une rétractation.
Comme elle, ils sont nombreux à ne pas
avoir vu leur situation évoluer au cours
des vacances. « J’ai effectué trois vœux
pour intégrer des BTS, les trois sont en attente. Depuis le début de l’été, mes positions
sur les listes d’attente n’ont pas bougé. À ce
rythme-là, je vais me retrouver sans école
en septembre », s’inquiète Amaury,
19 ans, qui a obtenu son baccalauréat professionnel avec la mention bien.
Des conditions qui ne permettent pas
aux étudiants d’aborder la rentrée de
manière sereine. « Cette attente me bloque
dans tout ce que je veux entreprendre en
attendant, comme trouver un logement,
puisqu’il me faut une attestation de scolarité pour signer un bail », regrette Leïla,
18 ans, acceptée dans l’un des établissements qu’elle a choisis mais en attente
pour la formation qu’elle souhaite intégrer en priorité.
Et l’embouteillage risque fort de durer
jusqu’au 5 septembre, date de clôture de
la procédure normale. Ce jour-là, les candidats devront avoir fait un choix définitif. Et ceux qui n’auront eu aucune proposition devront tout miser sur la procédure
complémentaire, qui se termine le 21 septembre. Et même si, depuis des mois, la
ministre de l’Enseignement supérieur,
Frédérique Vidal, ne cesse de répéter
qu’« aucun candidat à l’université ne recevra un non », certains jeunes commencent
à sérieusement s’inquiéter. À l’approche
de la date fatidique, Lilie redoute de devoir faire un choix par défaut. « Beaucoup
d’élèves comme moi vont devoir choisir des
filières qui ne les intéressent pas. Je ne sais
pas encore quelle date limite me fixer pour
valider un oui définitif, je ne peux pas me
permettre de faire mon inscription administrative trop tard, car je risque d’avoir
moins de choix », argumente-t-elle.
Tous n’auront pas la possibilité de se
rabattre sur leur deuxième choix. Elsa,
qui comptait se réorienter cette année, va
devoir poursuivre un cursus qu’elle n’apprécie pas afin de ne « pas passer une année sans rien faire ». Nathan, toujours en
attente pour la totalité de ses vœux, sait
qu’il a peu de chances d’être accepté dans
les jours qui viennent. « L’an dernier,
j’avais vécu la même situation sur APB.
Mais le résultat est le même sur Parcoursup, donc je suis un peu énervé. », lâche-til. Pour beaucoup de ces candidats, la situation risque de se décanter dans les
derniers jours de la procédure. ■
LE FIGARO
mardi 21 août 2018
SOCIÉTÉ
9
Asia Argento
accusée à son
tour d’agression
sexuelle
À l’origine de l’affaire Harvey Weinstein,
l’actrice aurait abusé d’un acteur mineur,
avant de lui verser une somme d’argent.
À Aubervilliers, le fléau
du mal-logement
L’incendie qui a fait sept blessés graves dimanche
met une nouvelle fois en lumière l’emprise
des marchands de sommeil dans cette ville du 93.
CAROLINE COUPAT £@carolinecoupat
FAIT DIVERS Choqués mais pas surpris.
C’est le sentiment qui dominait lundi
matin parmi les voisins rassemblés devant le petit immeuble, situé près de la
mairie d’Aubervilliers, dans lequel s’est
déclaré dimanche soir un incendie qui a
fait 22 blessés, dont 7 blessés graves.
Parmi ces derniers figurent 5 enfants.
Le propriétaire de l’immeuble était
dans l’illégalité, car il disposait seulement d’un bail commercial pour l’épicerie du rez-de-chaussée et aurait hébergé deux familles à l’étage, selon des
riverains.
Dans cette ville de Seine-Saint-Denis, nombreux sont les cas de logements insalubres, loués par des marchands de sommeil. « Ça pourrait très
bien arriver chez moi », relève Fatima,
Les sapeurs-pompiers sur les lieux
du drame, qui a fait au total 22 blessés.
THOMAS SAMSON/AFP
qui a été témoin de l’incendie. « Dans
mon immeuble, l’électricité, ça va encore, explique-t-elle. Par contre, le gaz
est complètement défectueux. » Ailleurs,
c’est l’électricité qui pose problème,
comme en témoignent les fils, nombreux et anarchiques, visibles à l’extérieur des habitations.
Sahma, qui vit à quelques rues d’ici, a
visité il y a cinq ans le local qui vient de
brûler, lorsqu’elle cherchait un logement. « Franchement, c’était complètement inhabitable », témoigne-t-elle. La
jeune femme a finalement trouvé un
modeste T2, à quelques rues de là, pour
700 € par mois. « Le propriétaire possède 80 logements dans le secteur, explique cette petite femme énergique,
agent de sécurité. L’installation électrique était dangereuse, j’ai dû la refaire
moi-même, à mes frais. En revanche, il y
a des moisissures sur les murs. Ma fille de
6 ans a des problèmes respiratoires à
cause de ça, mais je n’arrive pas à obtenir un logement social. »
Des situations qui n’étonnent pas
Geoffroy Didier, vice-président de la
région Île-de-France en charge du logement. « Aubervilliers fait effectivement partie des villes où l’emprise des
marchands de sommeil est forte, explique-t-il. Ils profitent des gens les plus
fragiles et leur louent des logements indignes, à des tarifs parfois exorbitants. »
Dans un rapport, l’élu préconise notamment d’augmenter les sanctions financières à l’encontre des marchands
de sommeil et d’étendre leur fichage,
car « beaucoup se constituent en sociétés
immobilières écrans et, si besoin, se déclarent en faillite pour échapper à la justice ». Dans toute l’Île-de-France,
180 000 logements indignes seraient
loués par des marchands de sommeil. ■
Les faits se seraient produits en 2013. Jimmy Bennett (ci-dessus en mars 2016) avait alors 17 ans et Asia Argento (ici en mai dernier
à Cannes) était âgée de 37 ans. ALBERTO E. RODRIGUEZ/AFP ; LOIC VENANCE/AFP
mes et les hommes, Marlène Schiappa.
Lors de la soirée de clôture du Festival de
Cannes en mai dernier, elle avait lancé,
très émue, au public : « Les choses ont
changé. On ne va plus vous permettre de
vous en tirer sans être inquiété. » Un nouveau rôle qui fait presque oublier ceux
qu’elle a incarnés au cinéma, dans xXx,
Marie-Antoinette ou Last Days.
« On ne se méfie jamais assez
des marchands de vertu »
« Nous avons en commun la douleur
d’avoir été agressées par Harvey Weinstein. J’ai le cœur brisé », a réagi l’actrice
américaine Rose McGowan face aux accusations de Jimmy Bennett.
En France, cette affaire relance le débat sur #MeToo et #BalanceTonPorc, déjà
remis en question par cent femmes, dont
Catherine Deneuve, dans une tribune
publiée dans Le Monde, en janvier dernier. Franz-Olivier Giesbert qui jugeait
« hypocrites » ces mouvements et avait
été à cet égard recadré par Asia Argento,
s’est empressé d’évoquer « l’arroseuse
arrosée ». Ajoutant sur Twitter « qu’on
ne se méfie jamais assez des marchands de
vertu ». La journaliste Françoise Laborde
se désole d’avance des répercussions sur
la cause des femmes que cette affaire
pourrait avoir.
Pour l’heure, ni Asia Argento ni ses représentants n’ont commenté les accusations de Jimmy Bennett. Un silence qui ne
colle pas avec le tempérament de l’Italienne, qui a toujours privilégié la contreattaque à l’indifférence. En avril dernier,
lors d’un sommet mondial des femmes à
New York, elle avait dénoncé le harcèlement et les menaces dont elle se dit victime depuis ses révélations sur l’affaire
Weinstein. Ce qui l’a, assurait-elle, poussée à quitter l’Italie. Elle mettait alors en
garde les Américains contre « ces hommes de pouvoir se servant des femmes pour
assouvir leurs pulsions sexuelles et regonfler leur ego fragile avant de couvrir leur
crime par l’usage de la corruption, de la
menace et de l’intimidation ». ■
EN BREF
Seine-et-Marne : un chef
de la police municipale
agressé dans son jardin
À Villevaudé (Seine-et-Marne),
le chef de la police municipale
a été roué de coups dimanche
dans son jardin par au moins
deux hommes avant qu’il ne
perde connaissance, a indiqué
une source policière.
Paris : rassemblement
en soutien au policier
qui a tué un automobiliste
Lundi, plusieurs dizaines
de policiers se sont rassemblés
à Paris à l’appel du syndicat
Alliance pour « apporter leur
soutien » à leur collègue de 23 ans
mis en examen pour avoir tué
par balle un automobiliste
au terme d’une course-poursuite.
VOUS RÉVÈLE LES DESSOUS DE LA CULTURE
LA FONTAINE, L’AMI RETROUVÉ
Il sut manier avec un naturel confondant la langue de
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1
Elle est l’une de celles par qui le scandale
Harvey Weinstein est arrivé. L’actrice
italienne Asia Argento n’avait pas hésité à
témoigner, racontant son viol perpétré
par le nabab de Hollywood. Terrible revers dans cette affaire qui a éclaboussé la
planète entière, l’artiste fait aujourd’hui
l’objet d’accusations accablantes. Elle est
suspectée d’avoir agressé sexuellement
Jimmy Bennett, un musicien et comédien
américain âgé aujourd’hui de 22 ans, a
révélé dimanche le New York Times.
Toujours selon le quotidien qui cite des
documents envoyés au journal par une
source non identifiée, les faits seraient
survenus en 2013 dans une chambre
d’hôtel en Californie. À l’époque des faits,
il avait 17 ans et deux mois alors qu’Asia
Argento était, elle, âgée de 37 ans. Un détournement de mineur donc puisque
l’âge légal du consentement à une relation sexuelle en Californie est de 18 ans.
Pour passer cette agression sous silence, la fille du cinéaste italien Dario
Argento aurait versé à la présumée victime 380 000 dollars. Le jeune comédien
réclamait 3,5 millions de dollars de dommages et intérêts pour s’être vu « infliger
de manière intentionnelle une détresse
émotionnelle et des pertes de salaire suite à
une agression sexuelle » traumatisante,
indiquent ses avocats. Sa rencontre avec
Asia Argento remonte à 2004, sur le tournage du Livre de Jérémie, film réalisé par
l’actrice. Âgé de 7 ans, il jouait l’un des
personnages principaux, le fils d’une
prostituée pour routiers sur des aires
d’autoroute dans le sud des États-Unis.
L’action en justice de Jimmy Bennett a
été lancée un mois après celle d’Asia Argento envers Harvey Weinstein. En octobre dernier, l’actrice révélée au cinéma
dans La Reine Margot de Patrice Chéreau
avait raconté que le producteur hollywoodien l’avait contrainte à une relation sexuelle orale dans sa chambre
d’hôtel durant le Festival de Cannes. Des
faits qui datent, selon ses dires, de 1997,
alors qu’elle avait 21 ans. Dans les colonnes du magazine The New Yorker, l’actrice a ainsi décrit un « long cauchemar » et
un « horrible traumatisme ».
Depuis ce témoignage, elle était devenue une figure de proue du mouvement
#MeToo, né dans la foulée de ce que l’on
désigne désormais comme l’« affaire
Weinstein », inondant le réseau social
Twitter de messages engagés pour la cause des femmes. Porte-drapeau de cette
parole libérée, elle avait même participé
à un débat en plateau dans « Envoyé spécial » sur France 2, avec la secrétaire
d’État chargée de l’Égalité entre les fem-
A
SARAH LECOEUVRE £@SarahLecoeuvre
mardi 21 août 2018 LE FIGARO
10
SCIENCES
La personnalité se bonifie tout au long
de la vie pour la plupart des gens
Près de 2 000 adolescents américains évalués en 1960 ont été retestés cinquante ans plus tard. La majorité d’entre
eux voient leur personnalité se modifier dans le bon sens : ils sont plus agréables, plus stables, plus organisés.
DAMIEN MASCRET £@dmascret
SAVVAPANF PHOTO/STOCK.ADOBE.COM
PSYCHOLOGIE Pour Léonard de Vinci,
« La sagesse est fille de l’expérience ».
Cinq cents ans plus tard, Rodica Damian, professeur assistant au département de psychologie de l’université de
Houston, au Texas, ne démentira pas ce
génie qui vécut jusqu’à l’âge vénérable
de 67 ans à une époque où l’espérance
de vie n’était que de 25 ans.
Le Pr Damian ne s’est pas contenté de
déterminer si la maturité venait effectivement avec l’âge ou si elle était fixée
précocement. Avec ses collègues des
universités de Houston, de l’Illinois et
de Tübingen (Allemagne), il a dirigé un
projet très ambitieux qui visait à évaluer plus largement l’évolution de la
personnalité entre 16 et 66 ans.
« Devant un adolescent, peut-on prédire de façon fiable sa personnalité à la
soixantaine ? », se sont demandé les
chercheurs. Est-ce plus facile devant
une adolescente ? Quels sont les traits
de personnalité qui sont les plus susceptibles de changer ? Et lorsque c’est le
“
On compte tout
de même 2% des gens
qui sont moins matures
à 66 ans qu’à 16 ans. Qui
sait ce qui leur est arrivé
« Devant un adolescent, peut-on prédire de façon fiable sa personnalité à la soixantaine ? », se sont demandé les chercheurs.
”
PR DAMIAN, UNIVERSITÉ DE HOUSTON (TEXAS)
cas, est-ce forcément dans le sens
d’une meilleure adaptation à la vie en
société ? Toutes ces questions relatives à
la stabilité de personnalité durant la vie
entière font l’objet de recherches depuis longtemps, mais c’est la première
fois que l’on dispose d’un tel recul : cinquante années !
En 1960, dans le cadre du « projet talent », 440 000 lycéens répartis à travers 1 300 écoles à travers les ÉtatsUnis ont passé un test de personnalité,
le PTPI (Project Talent Personality Inventory). Le Pr Damian et ses collègues
ont sélectionné un sous-échantillon de
4 879 personnes de ce panel initial et en
ont retrouvé 1 795 qui ont bien voulu
refaire le test qu’ils avaient passé cinquante ans plus tôt.
Évidemment les théories de la personnalité ont progressé depuis les années 1960. En 1990, Costa et McCrae ont
notamment proposé un modèle dimensionnel de la personnalité en cinq facteurs, les « Big Five », largement repris
depuis : stabilité émotionnelle (versus
son opposé, le névrosisme), extraversion, ouverture à l’expérience (recherche de la nouveauté), agréabilité (caractère chaleureux) et caractère
consciencieux (organisation, persévérance).
« Une personne qui en connaît très
bien une autre peut assez facilement dans une situation donnée - anticiper ses
réactions : ce qu’elle va penser (cognition), ce qu’elle va ressentir (affect, émotion), ce qu’elle aura tendance à faire
(action) », explique le Pr Jean-Pierre
Rolland, (Université Paris-Ouest Nanterre-La Défense), dans L’Évaluation de
la personnalité. Le modèle en cinq facteurs (Éditions Margada, 2004). C’est
cet ensemble relativement stable et cohérent qui forme la personnalité. Mais
comment concilier un test conçu en
1960 et les théories modernes de la personnalité ?
Il y a cinq ans, la psychologue de
l’université de l’Illinois Julie Pozzebon
et ses collègues ont montré qu’il était
possible de rassembler les vingt traits
de personnalité analysés en 1960 dans
les « Big Five », les cinq facteurs plus
récents. Un préliminaire indispensable
au travail publié la semaine dernière
dans l’édition en ligne du Journal of
Personality and Social Psychology.
« Tout le monde ne change pas dans la
même proportion, explique au Figaro le
Pr Damian. Certains changent beaucoup,
d’autre peu, certains pas du tout et une
petite proportion en sens inverse. » Une
telle étude ne peut évidemment pas
prendre en compte les prises de
conscience ou événements de vie assez
conséquents pour modifier la personnalité en profondeur. Néanmoins, de
grandes tendances émergent.
La punaise diabolique
ravage vergers et potagers
A
INVASION Si vous ne la connaissez pas
encore, nul doute que vous ferez
connaissance avec elle dans les années
qui viennent: la punaise diabolique
(Halyomorpha halys) étend son territoire sans relâche et sans faiblir. Elle
saute les mers et les frontières, aidée en
cela par les transports de végétaux,
souvent mal contrôlés. Pensez qu’elle
est passée de son Extrême-Orient natal
(Chine, Japon, Corée, Taïwan) aux
États-Unis en 1996, du côté de la Pennsylvanie. Aujourd’hui, elle est présente
dans au moins 32 États américains, d’un
océan à l’autre, a débarqué au Canada,
en Amérique du Sud, et en Europe depuis 2004. Les premières ont été découvertes au Liechtenstein, puis en Suisse,
à Zurich en 2007. Elles sont bien sûr arrivées en France, par l’Alsace en 2012,
puis, via sans doute l’Italie, dans les Alpes-Maritimes, la Haute-Garonne, les
Landes et l’Ile-de-France en 2014… Il y
a eu des signalements en Allemagne, en
Italie mais aussi en Grèce, Hongrie, Italie, Roumanie, Autriche et Serbie…
L’animal adulte mesure de 1,5 à
1,7 cm de longueur. Son bouclier dorsal
est marron, marbré, avec des anneaux
blancs sur les pattes et les antennes. La
taller. La punaise marbrée marron ne
pique pas l’homme. Alors, direz-vous,
elle n’est pas gênante !
Eh bien si, et pour deux raisons. Dont
l’une est dans son autre nom, la punaise
marbrée puante. Eh oui, elle sent très
mauvais. Et adore pulluler, en automne,
dans les pièces d’une maison, cuisine,
placards à vaisselle, salle de bains… Ce
]
boises), potagers (tomates, aubergines,
poivrons), cultures, plantes ornementales comme les hibiscus peuvent être
dévastés. La piqûre de la punaise provoque une flétrissure des fruits et légumes avec nécroses superficielles, déformations
prononcées, pourritures profondes. Là où
la punaise passe, tout
trépasse. Aux ÉtatsUnis, les conséquences
économiques sont marquées. Et du fait de sa phylophagie, elle
est inscrite sur la liste d’alerte de l’Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes.
Halyomorpha halys peut être parfois
confondue avec la punaise Rhaphigaster nebulosa, qui a la même taille et la
même habitude d’entrer dans les habitations en automne. La punaise nébuleuse (ou punaise grise), espèce commune en Europe, porte une longue
apophyse sur son premier segment
abdominal, contrairement à sa cousine chinoise.
Plusieurs forums Internet ou groupes
de discussion (www. insecte.org/forum/ par exemple) permettent aux
particuliers de soumettre des photographies à la communauté entomologique et ainsi de suivre plus précisément
l’invasion. Il est aussi possible de signaler sa présence en utilisant l’application
Agiir de l’Inra sur son smartphone (sur
Android et iPhone). ■
1/6
Venue
d’Extrême-Orient,
elle a débarqué
en Europe au début
des années 2000
et s’attaque
à de nombreuses
cultures.
femelle produit 250 œufs en une dizaine
de pontes une fois ou deux par an. La
punaise hiverne dans des zones protégées du froid, soit dans les habitations,
soit dans des crevasses sèches ou sous
les écorces épaisses de bois mort. Elle se
reproduit au printemps et pond en juin
par paquets d’une trentaine d’œufs. Les
cinq stades larvaires se développent durant l’été pour donner une nouvelle génération d’adultes en août-septembre.
Et comme la punaise a voyagé sans ses
prédateurs naturels, elle dispose d’une
grande marge de manœuvre pour s’ins-
[
Les fléaux
biologiques
L’ÉTÉ DU FIGARO
JEAN-LUC NOTHIAS jlnothias@lefigaro.fr
« Prenez par exemple la maturité (caractère consciencieux), 58,7 % des gens
ont une augmentation significative, suffisante pour être perceptible, explique le
Pr Damian, mais on compte tout de
même 2 % des gens qui sont moins matures à 66 ans qu’à 16 ans. Qui sait ce qui
leur est arrivé. »
« D’autres traits, comme le leadership
(corrélé, entre autres, à l’extraversion,
NDLR), sont plus stables puisque 78,6 %
des gens restent au même niveau. » À
noter que si la stabilité émotionnelle
reste la même pour la moitié des personnes testées, elle s’améliore tout de
même pour plus d’un tiers.
L’étude ne permet pas de voir à quel
âge se produisent d’éventuels changements, mais un travail précédent de
l’université de Tulsa (Oklahoma) estimait que la personnalité se stabilisait
pour la majorité des gens aux environ
de 50 ans… et continuait d’évoluer pour
une minorité.
Certains traits de caractère semblent
plus stables que d’autres. « Les individus
changent moins en “culture”, le côté “intellectuel” de la recherche de la nouveauté. Peut-être parce que cela est plus étroitement lié à l’intelligence, qui tend à être
plus stable », ajoute le Pr Damian. Une
large majorité (70 % environ) des personnes ouvertes à la nouveauté le reste.
Le genre joue-t-il un rôle ? « Oui, répond le Pr Damian. Par exemple, à
16 ans, les femmes avaient un score légèrement plus élevé que les hommes,
s’agissant du caractère consciencieux,
de la culture, de la sociabilité et l’agréabilité. À l’âge de 66 ans, les hommes
l’emportent en confiance en soi, et les
femmes sont toujours au-dessus en
culture, sociabilité, agréabilité et pour le
caractère consciencieux. »
En conclusion, si vous revoyez un camarade de classe cinquante ans après
l’avoir perdu de vue, il est fort probable
que vous le trouviez sensiblement
changé. En mieux ! Plus agréable, plus
stable émotionnellement et plus
consciencieux. Mais il est tout aussi
probable que vous le trouviez globalement fidèle, à 70 %, à votre souvenir. Le
même, mais en mieux. ■
qui explique que certaines victimes de ces envahissements puissent parler
« d’invasion biblique ». Les
glandes
qui
produisent
l’odeur nauséabonde sont situées sous le thorax de l’animal, entre ses pattes. Dans
l’univers des punaises, c’est une
arme chimique destinée à repousser d’éventuels attaquants.
L’autre raison est que c’est un
gros ravageur qui peut s’attaquer
à plus d’une centaine d’espèces
végétales, dont les fruits et légumes. Et elle ponctionne à la fois les
feuilles, les fruits et les graines. Vergers (pommes, cerises, pêches, fram-
RETROUVEZ DEMAIN :
La fourmi électrique,
une minuscule guerrière
LE FIGARO
SPORT
Pascal MartinotLagarde : « J’ai
une ambition
sans faille »
Bio EXPRESS
1991
Naissance à Saint-Maurdes-Fossés
(26 ans)
2012
Médaillé de bronze sur 60 m haies
lors des Mondiaux en salle
2014
Record de France du 110 m haies
à Monaco en 12’’95
2016
4e de la finale des Jeux olympiques
de Rio
10 août 2018
Champion d’Europe du 110 m haies
à Berlin
ATHLÉTISME La décontraction faite
homme. Entouré de sa femme – « sans
laquelle je ne serais rien », rappelle-t-il,
sans cesse – et avec la médaille d’or du
110 m haies obtenue il y a dix jours aux
Championnats d’Europe d’athlétisme de
Berlin dans sa besace, Pascal MartinotLagarde répond aux questions, spontané
et direct. L’athlète n’élude aucun sujet,
assumant de ne pas faire l’unanimité.
Une personnalité attachante qui ne
manque pas d’ambitions.
LE FIGARO. - Juste après avoir franchi
la ligne d’arrivée de la finale du 110 m
haies, vous avez fondu en larmes.
À quoi pensiez-vous à ce moment-là ?
Pascal MARTINOT-LAGARDE. - Quand
je passe la ligne, je sais que je suis au
moins médaille d’argent et ce sont des
larmes de joie. En 2015, je faisais 4e des
Mondiaux, en 2016 même chose aux
Jeux olympiques de Rio et en 2017, je
m’étais fait une fracture. Donc il y avait
toute cette frustration en moi. Là, j’étais
juste heureux d’avoir réalisé une course
propre, complète, de m’être battu jusqu’au bout. J’ai ressenti une première
vague de larmes et puis après, il y a eu
cette attente pour savoir qui avait gagné. Cela a été plutôt court mais quand
on le vit, c’est très long (sourire). Quand
j’ai compris que j’avais gagné, il y a eu
une nouvelle vague de larmes intense.
Qu’est-ce que ce titre peut changer
dans votre carrière ?
Dans un premier temps, cela valide
mon bouleversement de vie. L’année
dernière, quand j’ai eu ma fracture, je
me suis imposé une énorme remise en
question. J’avais des idées noires. Je
songeais par exemple à changer d’entraîneur. Je m’entraînais à l’Insep mais
je ne disposais pas des meilleures conditions […]. J’estimais que je ne m’entraînais pas à la hauteur de mes ambitions.
Et quand j’ai porté mon plâtre, je me
suis interrogé sur tout cela et j’ai décidé
de partir de Paris pour m’entraîner à
Reims. J’ai quitté mon cocon familial,
j’ai laissé ma femme et mes enfants derrière moi pour m’installer dans un appartement avec un canapé, une télévision et mon lit. Rien d’autre. Je me suis
créé un cocon performance pour me
concentrer sur ce que je dois produire à
l’entraînement. Cela a été un sacrifice
très difficile à faire de ne voir ma famille
qu’une fois par semaine. C’est aussi
cela, je pense, qui m’a donné cette
énorme émotion une fois la ligne franchie. J’en ai bavé pour faire ce que j’ai
fait et cette médaille d’or a confirmé que
j’avais trouvé le bon environnement !
de bois, à des sportifs très « Pierre de
Coubertin » pour qui l’important est de
participer. Alors que moi, intérieurement, j’ai vraiment des envies de victoire et quand je l’ai affirmé, cela ne
passait pas aux yeux du grand public.
Tant que je gagnais, personne ne disait
rien mais dès que j’ai perdu, on m’a dit
que j’avais la grosse tête.
Pensez-vous avoir beaucoup progressé
par rapport à ce que vous réalisiez
il y a quatre ans ?
Mon niveau de performance n’a pas
changé sur le plan des chronos. Si on
prend mes meilleurs temps de chaque
année : en 2014, j’étais à 12’’95, en 2015
à 13’’06 et en 2016, à 13’’12. Cette année,
c’est 13’’17. Donc, je ne suis pas dans les
meilleurs chronos de ma vie. Mais, en
2018, j’ai gagné en régularité. Je n’ai pas
eu d’accident de parcours, je ne tapais
pas beaucoup le haies, toutes mes courses étaient relativement propres. Je suis
devenu un athlète « valeur sûre », ce
qui n’était pas le cas auparavant.
plement, en hiver, je ne me blesse quasiment jamais alors qu’en été, j’ai toujours
des pépins physiques. Cela m’a toujours
pénalisé. Je restais sur ma faim. J’étais
frustré de cela. J’étais revanchard.
Certains estiment que le costume
d’outsider vous va mieux
que celui de favori ?
(Il corrige.) … de chasseur. Prenez Jimmy Vicaut. À chaque fois qu’il se présente sur un Championnat d’Europe,
tout le monde s’attend à ce qu’il gagne
et cela ne l’aide pas. Ce n’est pas évident à porter sur les épaules. L’athlétisme ne marche pas comme cela. Il n’y a
pas de victoire facile. Oui, Usain Bolt
donnait cette impression de facilité
mais il ne faut pas se tromper : il a travaillé comme un fou pour pouvoir réaliser des performances. Pour revenir à
Vous avez un palmarès impressionnant
en indoor sur 60 m haies,
mais vous êtes-vous dit que
vous n’y arriveriez pas en extérieur ?
Non, je me suis toujours dit que ce n’était
qu’une question de temps. Je savais que
cela allait passer. C’était tellement illogique pour moi d’avoir un palmarès gonflé
en hiver et quasiment rien en été. Sim-
votre question, cela m’a fait du bien
d’être plus dans l’ombre. Tout l’opposé
de 2014, où l’on m’avait donné la victoire avant même la course.
N’avez-vous pas peur de repasser
du rôle de chasseur à celui de chassé ?
J’assume totalement le fait d’être attendu. La pression ne m’a jamais fait réellement rater une course. Je suis prêt à
gérer cela et répondre présent.
On vous a parfois reproché
une trop grande assurance…
Je remplacerai le mot assurance par
ambition. J’ai une ambition sans faille.
Quand je me présente sur une ligne de
départ, je veux gagner. Je suis un battant, j’en veux et je travaille pour cela.
Après, le problème, c’est que les gens
ont beaucoup été habitués à la langue
Le sprint « chorégraphie » de Timothée Adolphe et son guide
SEREIN. C’est ainsi que l’on pourrait
qualifier l’état d’esprit de Timothée
Adolphe (28 ans) à l’aube des Championnats d’Europe d’athlétisme handisport, qui se déroulent jusqu’au 26 août à
Berlin (Allemagne). Le sprinter de
l’équipe de France, aligné dans la catégorie T11 réservée aux non-voyants, affiche une tranquillité presque paradoxale, compte tenu de son extrême
motivation.
Atteint de cécité totale depuis l’âge de
19 ans, Timothée est entraîné depuis huit
ans par Arthémon Hatungimana, avec
qui il a noué une relation forte et fructueuse depuis une rencontre au stade
Charléty avec cet ancien coureur de
800 m burundais, médaille d’argent aux
Mondiaux 1995. Alors âgé de 20 ans, Timothée, atteint d’un glaucome congénital à la naissance, s’était vu exposer des
refus catégoriques jusqu’alors. « Je n’ai
pas de temps à perdre avec un aveugle »,
lui avait-on lancé à Angers, où il effectuait ses études. Arthémon l’a réconcilié
AUDE ALCOVER/ICON SPORT
ALEXANDRE RAVASI aravasi@lefigaro.fr
Timothée Adolphe (à droite) avec
Jeffrey Lami, son guide pour le 100 m.
avec l’athlétisme, alors que le jeune
homme avait abandonné tout espoir.
Après quatre titres continentaux glanés depuis, Timothée souhaite cette année se concentrer sur deux épreuves : le
100 m, disputé mercredi avec un premier guide, Jeffrey Lami, et le 200 m, où
il s’alignera vendredi avec Yannick
Fonsat. « Il faut que le guide évolue à un
niveau de performance supérieur au
mien », rappelle Timothée.
Le guidage s’effectue « comme une
chorégraphie », par communication corporelle : c’est par le bras, qui sert de lien,
que le guide oriente son athlète. La voix
sert uniquement à commenter la course
ou à recadrer la position de l’athlète. Les
automatismes se développent ainsi au
fur et à mesure des entraînements. L’aspect sportif ne doit toutefois pas être dissocié du côté humain, comme le rappelle
Yannick Fonsat : « J’avais posé cette
condition avant de m’engager auprès de
Timothée en juin 2017 : pour que nous
ayons une confiance mutuelle sur la piste,
il faut que nous soyons amis dans la vie. »
Lors des championnats de France,
disputés à Belfort fin juin, Timothée a
établi un nouveau record d’Europe du
200 m, établi à vent négatif en 22’’46,
soit seulement cinq centièmes de moins
que le record du monde (22’’41). Améliorer cette marque serait donc une am-
bition légitime, mais le Français ne la
considère pas comme une priorité. « Se
focaliser sur le record du monde serait le
meilleur moyen de ne pas le faire », songe-t-il, même s’il admet le conserver
« dans un coin de (sa) tête ».
Pour pouvoir subvenir à ses besoins
financiers, Timothée Adolphe peut
compter sur de nombreux sponsors,
parmi lesquels l’Association des chiens
guides d’aveugle de l’Ouest, ou encore la
société RTE (Réseau Transport Électricité). Il bénéficie également d’un mécénat
de la part de Banque populaire. Ces soutiens sont indispensables, les coûts étant
multipliés par la présence des guides.
Comme beaucoup d’athlètes, ce diplômé en « massage et bien-être » a d’ores
et déjà songé à sa reconversion. Il a recours à un contrat d’insertion professionnelle (CIP) avec l’entreprise Keneo,
qui accompagne des projets sur-mesure. Il a ainsi monté sa propre structure
de consulting, et bénéficie d’un détachement à 80 % pour pouvoir concilier
travail et entraînement. « Je vise les JO
de Tokyo en 2020, mais surtout ceux de
Paris 2024. » Il aura alors 34 ans. ■
N’est-ce pas paradoxal de préférer
le rôle du chasseur tout en affirmant
votre ambition de victoires ?
Si on me pose la question de ce que je
vise, je veux répondre honnêtement.
Universellement, tout le monde s’est
habitué à ce qu’un sportif affirme juste
vouloir donner le meilleur, et c’est tout.
Il ne faut pas sortir des clous et moi, j’en
suis sans doute sorti trop souvent.
Quand on me demandait si je voulais
gagner telle ou telle course, je répondais « oui » et si je perdais, on me disait
que j’avais une grande gueule. Mais
j’avais envie de leur demander à ces
gens : « Et vous, si on vous demande si
vous voulez gagner ou réussir dans ce
que vous faites et que vous répondez
oui, auriez-vous le melon ? »
Avez-vous une revanche
à prendre sur les Jeux olympiques ?
(Il réfléchit) Bonne question… Je suis
frustré effectivement d’avoir fait 4e à
Rio. Ce n’était pas une mauvaise performance mais je pense que j’étais capable
de mieux. Une partie de moi reste insatisfaite, surtout que le niveau – chronométriquement parlant – n’était pas très
élevé avec un troisième en 13’’25. La
médaille était atteignable. Et puis la quatrième place, elle veut vraiment dire « si
près du but ». On a limite l’impression
de se dire qu’il est plus facile de digérer
une dernière place qu’une quatrième.
Donc oui, sans doute revanchard pour
2020, avec l’ambition de tout faire pour
monter sur le podium. ■
EN BREF
Cyclisme : Bardet et Barguil
au Tour d’Allemagne
Un mois après l’arrivée du Tour
de France, le Français Romain
Bardet (AG2R la Mondiale)
a choisi le Tour d’Allemagne
qui débute jeudi pour faire
son grand retour sur les routes.
Son compatriote Warren Barguil
(Fortuneo-Samsic) sera
également au départ.
Tennis : Djokovic entre
dans l’histoire à Cincinnati
En remportant le tournoi
de Cincinnati face à Federer (6-4,
6-4), Novak Djokovic est devenu
le premier joueur à remporter les
neuf Masters 1000 du circuit ATP.
Tsonga forfait à l’US Open
Blessé au genou gauche,
Jo-Wilfried Tsonga (33 ans,
65e mondial) a déclaré forfait
pour l’US Open via une vidéo sur
son compte Twitter. « Je ne suis
pas en mesure de pouvoir jouer en
compétition », a expliqué Tsonga,
face caméra.
A
CÉDRIC CALLIER ccallier@lefigaro.fr
11
MICHAEL DALDER/REUTERS
Le champion d’Europe du 110 m haies
se confie au « Figaro » sur sa personnalité
et les critiques qu’elle lui vaut.
PROPOS RECUEILLIS PAR
mardi 21 août 2018
Pascal Martinot-Lagarde,
lors des championnats
d’Europe d’athlétisme,
le 10 août, à Berlin.
mardi 21 août 2018 LE FIGARO
12
CULTURE
À Angoulême,
le cinéma
crève l’écran
FESTIVAL La 11e édition du film francophone,
présidée par Karin Viard, ouvrira avec
« Lola et ses frères », de Jean-Paul Rouve.
D
NATHALIE SIMON
nsimon@lefigaro.fr
ominique Besnehard
et Marie-France Brière comparent leur
« bébé », soit le Festival du film francophone d’Angoulême (FFA), à Cannes. Ils invitent des stars, piochent
dans la programmation de la Croisette
et ont complété la leur un mois avant
son ouverture, le 21 août. C’est Lola et
ses frères, le nouveau film de JeanPaul Rouve, avec Ludivine Sagnier et
José Garcia, d’ailleurs tourné dans la
cité charentaise, qui donnera le coup
d’envoi de cette 11e édition.
L’ex-agent des stars a proposé à Eye
Haïdara de faire partie du jury présidé
par Karin Viard. La comédienne de
35 ans se réjouit de revenir dans la ville
où elle avait défendu Le Sens de la fête
d’Éric Toledano et Olivier Nakache en
2017. Le public l’avait découverte dans
la peau d’une femme de tempérament
qui tenait tête à Jean-Pierre Bacri et
tombait amoureuse de Gilles Lellouche. Un rôle qui lui a valu le Prix Lumières du meilleur espoir féminin.
Puis, dans cette même catégorie, le
César. C’est la première fois que Eye
Haïdara est juré. Aux côtés de Thomas
Lilti, réalisateur de Hippocrate, Laurent Hassid, directeur des acquisitions
cinéma français et étranger à Canal +,
ou Raphaël Personnaz, acteur, elle devra sélectionner le « meilleur » longmétrage sur les dix en compétition
pour le trophée des Valois.
« Il faut être touché »
Entre autres, L’Amour flou de Romane
Bohringer et Philippe Rebbot inspiré de
leur expérience, Charlotte a du fun, de
Sophie Lorain, Photo de famille de Cécilia Rouaud, Tout ce qu’il me reste de la
révolution, de Judith Davis, ou Sofia, de
Meryem Benm’Barek, présenté dans la
section Un certain regard, à Cannes. À
José Garcia, Ludivine Sagnier et Jean-Paul Rouve portent Lola et ses frères.
l’instar de Shéhérazade de Jean-Bernard
Marlin (vu à la Semaine de la critique).
« J’assiste au Festival d’Angoulême
depuis trois ans, précise Eye Haïdara.
Être juré dépend de la sensibilité de la
personne. Je veux être honnête, je ne
suis pas là pour juger, mais pour apporter un témoignage sincère sur ce que je
ressentirai à chaque projection. »
Qu’est-ce qu’un bon film pour l’actrice qui n’est pas allée au cinéma depuis
le 15 août 2017 parce que ce jour-là,
elle est devenue maman ? « Il faut être
touché, pouvoir se projeter dans l’histoire, être emporté », réfléchit-elle.
UGC DISTRIBUTION
Cela a été le cas pour la Planète des
singes-Suprématie, de Matt Reeves,
sorti l’été dernier donc. « Un vrai beau
moment, s’enthousiasme Eye Haïdara,
agréablement surprise. Je ne m’attendais pas à voir un singe incarnant
autant d’émotion, ni une histoire pleine
d’humanité. Angoulême est pour moi est
un retour au cinéma, c’est un festival
populaire. »
Le Sens de la fête, qui a dépassé les
3 millions d’entrées en France, lui a
apporté une « certaine visibilité ». La
jeune femme est sur tous les fronts.
Prochainement, elle sera dans La Lut-
te des classes, le film de Michel Leclerc, la meilleure amie du couple
dans Papa ou maman sur Amazon et
inspecteur dans la seconde saison de
la série Patriot. Puis au théâtre, aux
Ateliers Berthier de l’Odéon en 2019,
dans une création, La Trilogie de la
vengeance, de Dan Simmons. Formée
à l’école Acting International de Robert Cordier à Paris, Eye Haïdara se
réjouit de revenir à ses « premières
amours ». ■
Festival du film francophone
d’Angoulême (16), du 21 au 26 août.
www.filmfrancophone.fr
À Sablé-sur-Sarthe, une idée baroque qui dure
FESTIVAL Dans les Pays de la Loire, la manifestation musicale fête ses 40 ans. Elle attire plus de 6 000 passionnés en cinq jours.
THIERRY HILLÉRITEAU £@thilleriteau
bout de souffle, le renouveau
baroque ? Pas si l’on en juge le
succès du Festival de Sablésur-Sarthe. Depuis quarante
ans, la commune de
12 000 habitants voit défiler fin août, en
moins d’une semaine, l’équivalent de la
moitié de sa population, venue (re)découvrir la crème des ensembles de musique ancienne. Des « vétérans », tel le
Poème harmonique de Vincent Dumestre, qui présente le rare Tremblement de
terre de l’Italien Antonio Draghi, aux jeunes comme le Consort de Justin Taylor, en
A
passant par des valeurs montantes, telles
Les Surprises de Louis-Noël Bestion.
Quarante ans de succès ininterrompu,
donc, pour une manifestation portée
pour l’essentiel par la ville, avec le soutien de l’État, du département et de la région. Sans oublier les mécènes comme la
Fondation Orange, qui finance l’académie vocale fondée il y a trois ans avec
Philippe Jaroussky.
Un succès qui, pour sa directrice, Alice
Orange, tient avant tout à « la vitalité
d’un paysage baroque qui a su se renouveler d’année en année ». Au point d’avoir
aujourd’hui « une démographie aussi
dense que diversifiée sur laquelle s’appuyer. Pour peu que l’on reste ouvert aux
jeunes générations, et à toutes les formes
d’expression ».
Car le temps est loin où une poignée de
chercheurs et d’artistes incarnait à elle
seule le renouveau de la musique baroque
en France. Depuis la fin des années 1970, la
vague n’a cessé d’enfler, se heurtant parfois aux ouragans qu’elle avait créés.
Comme cette « querelle des anciens et des
modernes, qui aujourd’hui prête à sourire,
mais qui a pu être en son temps extrêmement violente », rappelle celle qui n’a jamais voulu prendre parti pour le tout-instruments d’époque ou le tout-instruments
modernes, arguant que « l’éloquence baroque peut s’exprimer de différentes manières. Et a tout à gagner à se nourrir d’autres
expressions ». Une ouverture d’esprit qui
l’a conduite à accueillir des ensembles
atypiques, tels l’Arpeggiata de Christina
Pluhar, qui ouvre le festival, synthèse entre les musiques anciennes et les musiques
traditionnelles de la Méditerranée.
« Dialogue par-delà les siècles »
À faire dialoguer, dans le cadre du cycle
dédié aux consorts (l’un des fils rouges de
cette édition), Jean-Sébastien Bach et la
musique « contemporaine » du Polonais
Kazimierz Serocki, interprétés par l’ensemble Brouillamini. « Un dialogue pardelà les siècles qui existe depuis la naissance du baroque », plaide-t-elle. Ou encore
à accueillir de grands spectacles lyriques,
Les vanités de la baronne de Rothschild
ARTS La fascinante collection de bibelots macabres, léguée au Musée des arts décoratifs
de Paris en 1926, est exposée à Toulouse.
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
ENVOYÉ SPÉCIAL À TOULOUSE
oici une exposition sur la
mort qui respire la joie de
vivre. Une vraie danse macabre. Une sarabande grinçante à souhait. Sous l’intitulé « Même pas peur » (car devant la
Camarde on fait toujours l’enfant bravache) et avec en exergue cette phrase
de Hegel « La mort, le maître absolu »,
la Fondation Bemberg, sise dans les murs
Renaissance du magnifique hôtel d’Assézat à Toulouse, met en scène les vanités de la baronne Henri de Rothschild
(1874-1926), prêts du légataire le Musée
des arts décoratifs de Paris.
Quelle singulière collection ! On y admire, en ivoire, corne, bois ou marbre
pour la plupart, des crânes miniatures
bien sûr. Une soixantaine sur les 180. Ce
sont des memento-mori intimes que le
sage portait sur soi. Les voir ou les toucher modérait l’orgueil, relativisait la
grandeur… Certains, bifaces, ont les
traits du Christ. D’autres, grain de rosaire, forment chapelet. Il y en a qui
sont prisonniers par des serres d’aigle.
Des serpents sortent des orbites. Insectes et batraciens se sont posés sur les
fronts. Des angelots chevauchent ces
os, des faunes en tiennent. Certaines de
ces sculptures virtuoses représentent
A
V
un squelette entier, avec même son linceul et son tombeau !
Mais ces précieux bibelots, originaires aussi bien d’Occident que d’Extrême-Orient (présence d’okimonos et de
netsukes japonais), et relevant de tous
les siècles, peuvent aussi être épingle de
cravate, tabatière, pommeau de canne
ou d’ombrelle ou bijou. Ainsi ces broches ornées de pierres précieuses, drôles de têtes fumant cigare et arborant
bésicles. Comme d’autres crânes, ils
semblent se moquer de nous avec leur
rictus sardonique à demi édenté.
Déformations et caricatures abondent comme si nous avions pris un billet
pour le train fantôme de la Foire du Trô-
ne. Parfois ces pièces possèdent de petits mécanismes. Elles roulent alors des
yeux, ouvrent les mâchoires. Deux sont
des montres à gousset. Sur son socle pivotant, devant un miroir, un diablotin
agite ses ailes et découvre son envers
grotesque. Vous avez dit humour noir ?
Créations contemporaines
On va ainsi, de la cave à voûtes de briques aux étages nobles de l’hôtel d’Assézat, de surprise en surprise. Car
même la belle collection permanente
d’objets et de peintures (majoritairement classiques) se trouve émaillée de
créations contemporaines et de natures
mortes anciennes, italiennes ou nordi-
ques, toutes sur le thème de la mort. Les
premières sont signées Gerhard Richter, Niki de Saint Phalle, Annette Messager, Jean-Michel Alberola, Miquel
Barcelo. Brassaï et Mapplethorpe représentent les photographes. Braque, par
une toile minuscule, prêt du Centre
Pompidou, les modernes. Ainsi rien ne
fait mentir la phrase de L’Ecclésiaste :
« Vanité des vanités, tout est vanité. »
La bizarrerie de cet ensemble, redoublée par les vitrines du scénographe
Hubert le Gall qui évoquent ici une maquette du Golgotha, là l’autre monde
derrière des hublots faisant loupe, est
telle que le baron de Rothschild n’en a
jamais parlé. Y compris dans les Mémoires qu’il a écrits sur feue son épouse.
Mathilde, on la découvre à l’entrée, par
un portrait mondain, satin et éventail,
de Jean Béraud. Lui non plus n’y fait pas
allusion. Aucun objet morbide en clin
d’œil. La baronne devait pourtant souvent méditer sur ses trésors. Elle avait
été infirmière durant la Première Guerre mondiale. ■
« Même pas peur », Fondation Bemberg,
Toulouse (31), jusqu’au 30 septembre.
Catalogue Somogy, 176 p., 35 €.
Tél. : 05 61 12 06 89.
www.fondation-bemberg.fr
Okimono, ivoire, Japon, XIXe siècle
(à gauche). Squelette dans un linceul
assis sur un tombeau, ivoire, France,
1547. FELIPE RIBON
devenus la signature du festival. Ce sera
cette année le traditionnel Rinaldo de
Haendel, dans la production de La Coopérative. Un « consort » de salles et de
manifestations articulé autour des théâtres de Quimper, Besançon, Dunkerque
et Compiègne, qui unissent leurs forces
pour monter des opéras susceptibles de
tourner partout en France. Consort
auquel s’est associée la scène de Sablésur-Sarthe, l’Entracte. « L’occasion
d’avoir un spectacle parfaitement adapté à
la jauge de notre salle », poursuit Alice
Orange. Et la preuve que le festival a bel
et bien sa place dans la cour des grands. ■
Festival de Sablé-sur-Sarthe (72),
du 21 au 25 août. www.sablesursarthe.fr
EN BREF
Irrévérence à Aurillac
À partir du mercredi 22 août
et jusqu’au samedi 25 août,
le Festival d’Aurillac présente son
édition « X » au lieu d’annoncer
sa 33e édition. « C’est un appel
à l’irrévérence, au lâcher-prise »,
a déclaré son directeur. Au total,
615 compagnies de théâtre
se produiront dans les rues
pour offrir 750 spectacles.
Pour la programmation officielle,
18 troupes présenteront
huit créations.
Les obsèques d’Aretha
Franklin auront lieu
à Detroit le 31 août
Décédée le 16 août, Aretha
Franklin sera inhumée le 31 août
dans sa ville natale. Pendant
les deux jours qui précéderont
la cérémonie, célébrée dans un
temple protestant, le public
pourra lui rendre hommage.
Place aux femmes
à la Fondation
Jérôme Seydoux-Pathé
La Fondation Jérôme SeydouxPathé consacre, du 29 août
au 13 octobre, une rétrospective
autour des femmes. « Les
pionnières du cinéma muet »
reviendra sur la carrière
de celles qui ont œuvré pour
le développement de l’industrie
cinématographique. Un cycle
de films et une exposition
permettront de découvrir
de grands noms du cinéma muet,
qu’elles soient productrices,
réalisatrices ou monteuses.
LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
13
La mode
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Un art de viv un entre la cuisine et
le style ?
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cette semain que nous font partage
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rs autour d’
vacances.
un petit pla
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2/6
Pour la fondatrice
de Sandro,
la vie de famille
et la vie
du bureau
s’articulent
autour
de la cuisine
et des recettes
épicées,
souvenirs
d’une enfance
au Maroc.
Le couscous
au poisson
Pour le bouillon :
1 tête de poisson
4 carottes
3 tomates fraîches pelées
3 poivrons verts corne de bœuf
1 poivron rouge
2 petits poivrons piquants
2 courgettes (les plus blanches
possible)
1 navet
1 tranche de potiron
1/2 branche de céleri
125 g de pois chiches secs
trempés la veille
2 oignons, 2 gousses d’ail
1 c. à café de coriandre en poudre,
de piment rouge doux, de harissa
4 c. à soupe d’huile d’olive
500 g de semoule moyenne
Pour le poisson :
2 kg de bar
1 petit poivron piquant
1/2 c. à café de safran
ÉMILIE FAURE efaure@lefigaro.fr
Pour les keftas :
200 g de merlan
40 g de pain dur
1 oignon
3 gousses d’ail
1 œuf
Coriandre
Persil plat
Farine
Évelyne Chetrite,
le 17 juillet, à Paris.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Évelyne Chetrite
Bons baisers de Rabat
Aujourd’hui, la cheffe d’entreprise cuisine pour se détendre, après
les longues journées de travail.
Quand elle est seule, elle se
contente d’un dîner « healthy » et
se prépare des carottes râpées
« comme personne », une salade de
concombre et courgettes « de folie ». Ses fournisseurs ? « J’achète
mes tomates au marché de Passy,
les légumes au maraîcher du marché avenue du Président-Wilson.
Pour le sucré, j’adore les amandes
au sésame (des bombes caloriques !)
et je raffole de la Mouna, une brioche à la fleur d’oranger de la boulangerie Du Pain et des Idées, dans
le Xe. Je ne mange plus rien d’industriel mais je suis capable de traverser Paris pour découvrir une nouvelle pâtisserie artisanale. » C’est
Casting idéal
pour un dîner
Qui rêveriez-vous d’inviter
à votre table cet été ?
« Je suis toujours plus famille
qu’amis, donc ma famille
au complet, réunie autour
de Bernard-Henri Lévy.
Je ne suis pas toujours
d’accord avec lui, mais le
dîner promet d’être animé. »
par le biais de la cuisine qu’elle a
compris ce qu’était l’amour. « Si je
ne devais retenir qu’un souvenir de
mon enfance passée à Rabat, au
Maroc, ce serait celui des goûters
de ma grand-mère. Je rentrais de
l’école et en approchant de la maison je sentais les tartines griller sur
le kanoun, le fourneau en terre cuite
rempli de charbon. Elle y ajoutait le
beurre, la confiture et me servait un
thé à la menthe. Elle s’appliquait
autant pour cet encas, tous les
jours, que pour un repas de fête. »
Le goût des couleurs
De ses jeunes années, elle garde le
goût des couleurs et des épices
orientales. Elle retourne souvent
au Maroc mais son cœur vibre
pour Tel-Aviv. Elle vient d’y terminer les travaux de son appartement. À chaque séjour, elle fait le
tour des jeunes chefs et des bonnes
adresses de la ville. « Je suis fan de
la nourriture israélienne, qui se
nourrit des influences multiples importées par les Libyens, les Irakiens, les Palestiniens, les Marocains,
les
Tunisiens,
les
Ashkénazes… Chacun apporte ce
qu’il y a de meilleur de la gastronomie de son pays. Et les aliments sont
d’une qualité incroyable. » À l’inverse, à Paris, Évelyne Chetrite
apprécie moyennement les restaurants. Elle reconnaît être trop
critique. Miznon, le bar à pitas et
choux-fleurs grillés de la rue des
Écouffes, à Paris, tenu par le chef
israélien Eyal Shani a ses faveurs,
elle en parle souvent.
Ses projets pour les vacances ?
Une chose est sûre, la créatrice de
Sandro retrouvera sa sœur… la
fondatrice de la marque Maje,
Judith Milgrom. Avec quatre adolescents dans leurs bagages, « enfin, plus vraiment des ados, disons
qu’ils sont contents de partir avec
leurs mamans pour être sûrs
d’avoir du confort, de bien manger
et de pouvoir sortir le soir ! ». Elles
ne vont pas s’ennuyer. « Judith
s’en est occupée, nous louons une
maison en Espagne. » Les deux entrepreneuses sont souvent taxées
de sœurs rivales dans la presse. Elles en rient à présent. Et quand on
demande à Évelyne Chetrite,
l’aînée, si sa cadette cuisine bien,
voilà la réponse : « Très bien !
Mieux que moi ? Disons que nous ne
faisons pas les mêmes choses, elle
ne sait pas cuire le pain, par exemple. En revanche, elle réussit à merveille une salade d’aubergines
confites. Elle a une jolie main. Même
dans la cuisine, nous sommes
concurrentes mais amies ! » ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Les spaghettis à la poutargue
de Lætitia Ivanez
● Préparation du couscous
Porter à ébullition la tête
de poisson dans 1,5 l d’eau,
puis à feu doux 30 mn.
Récupérer le bouillon.
Dans le bas du couscoussier,
faire revenir dans l’huile l’oignon
émincé, ajouter ail écrasé,
tomates, coriandre, piment,
harissa, sel et poivre. Laisser
mijoter 3 mn.
Mouiller aux 3/4 avec le bouillon.
Ajouter le céleri en tronçons
et les carottes coupées en deux.
Dès l’ébullition, mettre la semoule
à cuire.
Au bout de 3/4 d’heure, ajouter
le poisson dans la sauteuse
avec 3 louches de bouillon,
le safran et le poivron piquant.
Laisser mijoter à couvert 15 mn.
Ajouter dans le bas du
couscoussier la tranche de potiron
et les courgettes coupées
en deux, les poivrons entiers.
Prolonger la cuisson 20 mn
à feu moyen.
● Préparation des keftas
Passer au hachoir les filets
de poisson cuits, le persil, l’ail
et l’oignon. Mettre le mélange
dans une passoire et appuyer
avec le poing pour enlever l’eau.
Mettre le pain rassis dans l’eau
froide et une fois ramolli,
ôter la croûte et la couper
très finement. L’ajouter
à la préparation.
Ajouter l’œuf, la coriandre,
sel et poivre.
Se mouiller les mains et former
des boulettes rondes et plates
de 2 cm d’épaisseur.
Fariner légèrement les boulettes
et les frire à la poêle.
A
Régulièrement, elle prépare dans
sa cuisine de quoi nourrir les dizaines de personnes de son équipe
du boulevard Haussmann, au siège
social de Sandro. « Je mets mon tablier et je les sers, ils adorent ça !
s’amuse Évelyne Chetrite. Ce sont
des déjeuners pour souhaiter la
bienvenue à de nouveaux salariés,
pour apaiser les tensions qui peuvent s’installer ou pour le plaisir
simple d’être ensemble. J’ai envie de
véhiculer nos valeurs, la générosité
et la bienveillance. Nous sommes
une famille de travail. Or, les familles se retrouvent toujours autour
d’un bon repas, non ? »
Cet après-midi de juillet, c’est
dans son appartement baigné de
lumière du XVIe arrondissement
que la fondatrice de la marque parisienne nous reçoit. Côté réception, des stores de toile blanche
filtrent les rayons du soleil. Côté
cuisine, les fenêtres s’ouvrent sur
les toits en zinc. « C’est une pièce
sentimentale, très importante à mes
yeux, nous y dînions avec les enfants quand ils étaient encore à la
maison, confie-t-elle. Aujourd’hui, il ne reste que notre petit dernier, les trois autres sont partis.
Nous y avons nos habitudes. »
À ses nombreuses casquettes de
styliste, entrepreneuse, patronne,
épouse, fille aimante, mère,
grand-mère, ajoutons celle de
cuisinière : son couscous au poisson, qui mijote à feu doux sur le
piano, est une pure merveille. Elle
le dispose dans des tajines - « Je
collectionne ces plats, anciens, récents, je ne peux m’empêcher
d’acheter de la vaisselle. » Elle hésitait à préparer une pastilla
d’agneau aux pruneaux et abricots
et puis, finalement, le couscous l’a
emporté. « Ça a l’air compliqué
mais pas du tout. Un peu laborieux… Il faut juste prendre le pli. Le
plus difficile à réussir ? La semoule,
elle doit être aérienne et légère, surtout pas mouillée. »
Les premières années de son
mariage, la jeune femme - et mère
à 21 ans d’Ilan (aujourd’hui, à la
tête de Sandro Homme) - n’a pas
eu d’emblée l’envie de passer aux
fourneaux. Manque de temps et de
plus, comme elle le dit affectueusement, « ma mère cuisine extraordinairement bien. Étant superstitieuse, je ne m’y mettais pas par
peur de lui faire perdre la main ».
Elle commence par les recettes de
sa belle-mère, d’origine algérienne, qui s’applique à lui transmettre
la confection de ses bons petits
plats. Et puis, il y a shabbat. Pour
faire plaisir à la quinzaine de
convives, famille et amis, qu’elle
reçoit un vendredi sur deux, elle
se lance dans la fabrication du pain
du shabbat, « le meilleur de Paris,
je n’ai pas honte de le dire ! ».
mardi 21 août 2018
mardi 21 août 2018
LE CARNET DU JOUR
14
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deuils
Gabriel et Roselyne
de Barthès de Montfort,
Elisabeth et Philippe Richard,
François
de Barthès de Montfort,
Aline de Barthès de Montfort,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
font part du rappel à Dieu du
baron Nadal
de BARTHÈS de MONTFORT
le 12 août 2018,
à l'âge de 96 ans,
à Gonneville (Manche).
La messe a été célébrée
en l'église Saint-Martin
à Gonneville,
le jeudi 16 août 2018.
Laurence et Nicolas Vivant,
Isabelle Colonna de Giovellina,
Thomas et Justine de Saulieu,
Charles Dufresne
et Sophie de Saulieu,
Jean Davezac
et Coralie Froidure,
Chloé Davezac,
Max Davezac
et Lauriane Guédet-Guépratte,
Emma et Théodore de Saulieu,
Louise et Alma Dufresne,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
comtesse Jean
COLONNA de GIOVELLINA
née Sophie Moreau-Néret,
le 16 août 2018,
à La Menastière
(Eure-et-Loir).
La cérémonie religieuse
aura lieu ce mardi 21 août,
à 15 heures, en l'église
de la Chapelle-Guillaume
(Eure-et-Loir).
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Raymond BENOIT
survenu à Paris,
le samedi 18 août 2018,
à l'âge de 72 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 24 août,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Nazareth,
349, rue Lecourbe, Paris (15e).
L'inhumation aura lieu
le même jour, à 13 h 30,
au cimetière ancien
de Juvisy-sur-Orge.
Un registre tiendra lieu
de condoléances.
La famille remercie
en particulier le personnel
de la Maison médicale
Jeanne Garnier,
pour son dévouement
et sa gentillesse.
Mme Bernard Bignier,
née Marie-Christine
Le Menestrel,
son épouse,
M. et Mme Maxence Bignier,
M. et Mme Nicolas Bignier,
M. et Mme Grégoire Bignier,
M. et Mme Thomas Bignier,
ses enfants,
ses petits-enfants
et toute sa famille
ont la tristesse
de faire part du décès subit de
Bernard BIGNIER
le 17 août 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mardi 28 août,
à 10 h 30, en l'église Saint-Léon,
à Paris (15e),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Père-Lachaise,
dans l'intimité familiale.
86, rue de la Fédération,
75015 Paris.
M. Jean Pierre Gatineau,
son mari,
Christiane GATINEAU
née Vandenbulcke,
survenu à l'âge de 85 ans.
Un recueillement aura lieu
le mercredi 22 août 2018,
à 11 h 30, au crématorium,
14, avenue Pasteur, à Monaco,
où l'on se réunira.
Guilhem Grandin de l'Eprevier,
sa conjointe, Marie-Christine,
leurs enfants,
Gabrièle, Mathis
et Kevin-Erwan,
Stéphane Grandin
de l'Eprevier,
sa conjointe, Sonjii,
et leurs enfants, Rémi et Elodie,
Carole de Vallois,
ses enfants,
Julien, Jonathan,
Manon
et son conjoint, Léopold,
ainsi que toute sa famille
et ses proches
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu du
colonel Hubert
GRANDIN de l'EPREVIER
chevalier
de la Légion d'honneur,
le dimanche 19 août 2018,
au matin.
La messe sera célébrée
le vendredi 24 août, à 11 heures,
en l'église Saint-Barthélemy
de Gan (Pyrénées-Atlantiques).
Une cérémonie d'adieu
se tiendra au crématorium
de Pau, à 14 h 30, le même jour.
M. Jean-Bertrand Guillot
et Mme Charlotte Thouvard,
Mme Bathilde Guillot,
ses enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Micheline GUILLOT
née Forestier,
Ses obsèques,
conformément à ses vœux,
ont été célébrées
dans l'intimité familiale.
Cet avis tient lieu de faire-part.
14, allée du Marquis-de-Morès,
92380 Garches.
Denis et Béatrice Maubon,
Thierry et Christine Beurdeley,
François Hervé,
ses enfants et gendres,
ses dix petits-enfants,
ses trois arrière-petits-enfants
survenu le 17 août 2018,
à l'âge de 93 ans.
Baptiste, Antonin, Nelson,
Olivia, Melvil et Justin,
ses petits-enfants,
Lucette BOURGEOIS
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 22 août 2018,
à 10 h 30, en l'église
de l'Immaculée Conception,
à Boulogne-Billancourt, suivie
de l'inhumation au cimetière
de Cateau-Cambrésis (Nord).
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Bernard Bourgeois,
Michel Bourgeois (†),
Antoine et Chisato Bourgeois,
ses enfants et sa belle-fille,
Mattieu et Clémence,
ses petits-enfants,
survenu le 13 août 2018,
dans sa 93e année.
Françoise HAUTCŒUR
ancienne surveillante générale
du bloc opératoire
de l'hôpital Foch, à Suresnes.
ont la douleur
de vous faire part du décès
de leur père, beau-père,
grand-père
et arrière-grand-père,
Mme Françoise Guillot,
sa belle-sœur,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Félicia Candreanu
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu
le 16 août 2018,
à l'âge de 95 ans, de
Maeva Gatineau,
sa fille,
Jean Marc Cohen,
son fils,
et ses enfants, Gregory, Julia,
Dan Cohen
et ses enfants, Arthur, Jack,
Ruth Cohen,
sa belle-fille,
M. Pierre Bourgeois,
son époux,
toute sa famille
ses neveux et nièces,
ses petits-neveux
et petites-nièces,
ses arrière-petits-neveux
et arrière-petites-nièces,
Une messe sera célébrée
ultérieurement à Paris.
Une messe sera célébrée
ultérieurement à Paris.
Christiane Benoit,
son épouse,
les familles Tarnaud,
Huss, Fuhrer,
son ami redonnais
Bernard Hemery
et sa compagne, Carmelle,
Jean et Françoise Hautcœur,
Anne Mendras,
Denise Caquelin,
Hélène Pollissard,
Catherine Mendras,
André Ambrosini,
ses frère, sœurs, belle-sœur
et beau-frère,
née Molis,
survenu le 18 août 2018,
à Paris (17e), à l'âge de 90 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 23 août,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Ferdinand-des-Ternes,
27, rue d'Armaillé, Paris (17e),
suivie de l'inhumation,
à 15 heures, au cimetière
de Faremoutiers
(Seine-et-Marne),
rue de la Source,
où elle reposera
aux côtés de son époux,
M. Jacques Guillot
décédé le 22 juin 2016.
M. Bernard HERVÉ
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 22 août,
à 14 h 30, en l'église
Sainte-Marie-des-Batignolles,
77, rue du DocteurFélix-Lobligeois, Paris (17e),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Montmartre.
Ni fleurs ni couronnes.
Des dons peuvent être adressés
à la Croix Rouge française.
Béatrice Maubon,
14, chemin des Berges,
26100 Romans-sur-Isère.
Christine Beurdeley,
152, rue Championnet,
75018 Paris.
Paris. Rio de Janeiro.
Mme Norma Abbade,
sa belle-sœur,
Gloria et Eric,
Guido et Manuela,
ses neveux et nièces,
Stefano, Sofia, Fabrizio,
ses petits-neveux,
et tous ses amis
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Jean-Claude HUREAU
antiquaire,
survenu le 15 août 2018,
dans sa 85e année.
La cérémonie aura lieu
le jeudi 23 août 2018,
à 16 heures, au crématorium
12, rue de l'Europe,
à Pierres (Eure-et-Loir).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Anne-Christine
et Jean-Marc Planchon
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès
de leur marraine,
Renée LÉPÉE
à l'âge de 92 ans.
Une cérémonie religieuse aura
lieu le vendredi 24 août 2018,
à 10 h 30, en la chapelle de l'Est
du cimetière du Père-Lachaise,
8, boulevard d e Ménilmontant,
Paris (20e).
Son épouse,
Josette Magne,
ses enfants,
Corinne, Christelle,
François-Xavier,
sa belle-fille,
Valérie,
sa sœur et son frère,
ses neveux et nièces,
son cousin,
Jean-Loup Niox,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Bernard MAGNE
croix de la Valeur militaire,
survenu le 15 août 2018, muni
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 24 août,
à 14 h 30, en l'église d'Anet
(Eure-et-Loir).
Entraygues-sur-Truyère
(Aveyron).
Grasse.
Francine Morin
Jean Paul et Anne Kovalevsky,
Madeleine Kovalevsky
et François Marcaggi,
Pierre Kovalevsky,
ses enfants,
ainsi que ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
a la tristesse de faire part
du décès de son mari,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Jean KOVALEVSKY
membre de
l'Académie des sciences,
chevalier
de la Légion d'honneur,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
ancien directeur
de l'observatoire
de la Côte d'Azur,
ancien président
du Bureau international
des poids et mesures,
survenu le 17 août 2018,
à Grasse, à l'âge
de quatre-vingt-neuf ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu dans l'intimité
le mercredi 22 août 2018,
à 15 heures, en la chapelle
Saint-Roch d'Antibes.
Le président,
le vice-président,
les secrétaires perpétuels
et les membres de
l'Académie des sciences
ont la tristesse
de faire part de la disparition
de leur confrère,
Jean KOVALEVSKY
astronome émérite
à l'observatoire
de la Côte d'Azur,
chevalier
de la Légion d'honneur,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
commandeur
des Palmes académiques,
grand'croix de l'ordre du
Mérite scientifique du Brésil,
décédé le 17 août 2018, à l'âge
de quatre-vingt-neuf ans.
Georges MORIN
président honoraire de
Defrénois, La revue du notariat,
survenu le 10 août 2018,
dans sa quatre-vingt-onzième
année, à son domicile.
La cérémonie religieuse
a été célébrée en l'église
Notre-Dame-des-Eaux-Vives,
à Entraygues-sur-Truyère,
dans l'intimité familiale,
le jeudi 16 août 2018.
Un rassemblement
en son souvenir aura lieu
à Paris, au mois de septembre.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Micheline Potin,
née Numa-Sauvage,
son épouse,
Catherine et Patrick (†)
Desnos,
Brigitte et Denis Bouilliant,
Eric et Claudine Potin,
Olivier et Annick Potin,
Sophie Potin,
ses enfants et beaux-enfants,
ses 17 petits enfants,
ses 34 arrière-petits-enfants,
Michel Numa-Sauvage,
son beau-frère,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Sabine et Jean-Marc
Daillance,
Clotilde et Louis
de Fouchécour,
Béatrice et Eric Clauss,
ses filles et gendres,
Les éditions du Figaro
En vente actuellement
Alexandre,
Florence, François, Laure,
Pauline, Hermine, Dauphine,
ses petits-enfants,
et toute sa famille
font part du rappel à Dieu de
M. Nicolas
du PRÉ de SAINT MAUR
X 53,
ingénieur général
de l'armement (2S),
officier de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
le 16 août 2018.
Il a rejoint
Jeannine du Pré de Saint Maur,
née Louis-Armand,
son épouse,
et Richard
du Pré de Saint Maur,
son fils.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 24 août, à 10 h 30,
en l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine.
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La famille Romanyszyn
a la grande tristesse
de vous annoncer le décès,
dans sa 87e année, de
Wladislas ROMANYSZYN
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 23 août 2018,
à 14 h 30,
en l'église Sainte-Thérèse,
à Boulogne-Billancourt.
Paris. Laroque-Timbaut
(Lot-et-Garonne).
Marie-France et André
Kraüth,
Alain et Jeanne Vaissié,
Gilles et Marie-Odile Vaissié,
Pierre-Philippe et Claire
Vaissié,
Arnaud et Claire Vaissié,
et leurs enfants
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ont la tristesse d'annoncer
le décès de
Isabelle VAISSIÉ
survenu le 18 août 2018,
à Bordeaux.
La cérémonie religieuse aura
lieu le mercredi 22 août,
à 10 heures, en l'église
Notre-Dame de
Laroque-Timbaut, suivie
de l'inhumation dans le caveau
familial de la commune.
Francis, Barbara Glover,
ses enfants,
Aurélie et Gary, Eloïse,
Coraline, Dylan,
ses petits-enfants,
Lya, son arrière-petite-fille,
les familles parentes et amies
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Noëlle
VAURY LATOUR-TOUYA
survenu le 16 août 2018,
à l'âge de 83 ans.
Un dernier hommage
lui sera rendu au crématorium
de Bonneville (Haute-Savoie),
le jeudi 23 août, à 16 h 30.
Que ceux qui l'ont connue
et aimée l'accompagnent
par la pensée et la prière.
Cet avis tient lieu de faire-part.
souvenirs
René POTIN
le 17 août 2018,
dans sa 91e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée ce mardi 21 août,
à 15 heures, en l'église
Notre-Dame-de-la-Nativité
de Us, suivie de l'inhumation
au cimetière de Us.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Micheline Potin,
domaine de Dampont,
95450 Us.
Il y a treize ans,
le 20 août 2005,
Marie-Françoise ROEHRIG
nous quittait.
Que celles et ceux
qui appréciaient ses qualités
de cœur aient une pensée
pour elle et pour son père,
Gérard de Beaumont
disparu dix ans plus tôt.
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Tél. 01 56 52 27 27 - carnetdujour@media.figaro.fr
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mardi 21 août 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
15
« The Square » empêche de penser en rond
Palme d’or à Cannes en 2017, le film du Suédois Ruben Östlund est une satire percutante de la société contemporaine.
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
hristian (l’excellent Claes
Bang), directeur du musée
d’art moderne et contemporain de Stockholm, prépare
une exposition d’art conceptuel. Clou de l’événement : The Square,
un carré dessiné sur le sol, à l’intérieur
duquel les visiteurs pratiquent l’égalité,
la bienveillance et le respect de l’autre.
Christian, soucieux de valeurs humanistes, y voit l’occasion d’inciter les visiteurs à l’altruisme. Interviews intellos, réunions de communicants snobs,
visite spéciale pour les donateurs,
mondanités et coucheries… Jusqu’à la
performance finale, où un artiste sauvage finit par semer la terreur, la peinture de ce petit milieu friqué, satisfait
de sa bien-pensance, est d’une ironie
féroce.
Au milieu de ses préparatifs, Christian est victime d’un incident bizarre.
C
+@
SUR LE WEB
pas inaperçu. Une vague d’indignation
sur les réseaux sociaux provoquera la
démission de Christian.
Quand le metteur en scène suédois
Ruben Östlund a remporté la palme
d’or à Cannes en 2017 pour The Square,
il n’a pas fait l’unanimité. Certains critiques l’ont vu comme une charge réactionnaire contre l’art contemporain,
choquante pour les mentalités progressistes. En réalité, le film va bien plus
loin que la satire mordante du monde
gâté (dans tous les sens du mot) de l’AC.
Avec sa manière puissante, insistante,
gênante, il scrute notre société tout entière : le fossé apparaît de plus en plus
profond, non seulement entre riches et
pauvres, mais entre l’ordre abstrait de
soi-disant élites irresponsables et le
chaos social et mental que vivent les
gens dans la réalité. La chute de Christian est sa chance : une punition libératrice qui lui fait retrouver le chemin de
l’humanité véritable. The Square marque le retour d’un grand cinéma de la
conscience morale. ■
Alors qu’il se rend au musée, une femme agressée appelle à l’aide, il intervient avec un autre passant pour la secourir, et s’aperçoit après coup qu’on
lui a dérobé son portefeuille et son téléphone. Dès lors, il n’a de cesse de retrouver son voleur. Le téléphone a été
localisé dans un immeuble de quartier
populaire. Christian va rôder dans cet
autre monde, très éloigné de sa bulle
dorée, et se heurte à un gamin furieux,
enfant d’émigré scandalisé qu’on puisse
le soupçonner.
Conscience morale
Ses jeunes communicants vont lui jouer
un plus mauvais tour encore. Dans leur
cynisme consciencieux, ils sont fiers
d’avoir trouvé le clip le plus médiatique, le plus choquant, le plus « clivant », une enfant qui explose, avec ce
slogan paradoxal : « Jusqu’où faudra-t-il aller
dans l’inhumanité pour réveiller l’humanité ? » Ef○○○○
fectivement, ça ne passe
21.00
Avec une ironie féroce, le film scrute la prétention
et la bien-pensance du milieu de l’art conceptuel. BAC FILMS
» Sophie Davant, Jean-Jacques Bourdin et Caroline Roux reprennent dès cette semaine » « Beauty Match » : les influenceuses mode mouillent leur chemise sur TFX www.lefigaro.fr.
ÉPHÉMÉRIDE St-Christophe
Soleil : Lever 06h52 - Coucher 20h54 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient.
Feuilleton 20.00 Le 20h 20.50 Nos
chers voisins. Série.
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 D’art d’art
20.50 Parents mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Laëtitia Milot.
21.00
20.55
20.55
Série. Comédie
Divertissement
Film TV. Drame
19.55 Suburgatory. Série. Au nom
de Ryan - Le clash dance.
MATIN
18
21.00 D a n s l e s y e u x d ’ A m i r
Documentaire. Musical. Fra. 2018.
1h50. Inédit. Amir, 34 ans, est devenu une star en un temps record.
Il est la révélation musicale de ces
dernières années.
10
17
18
18
17
18
18
19
17
17
18
22.50 Chroniques criminelles. Mag.
Présentation : Magali Lunel.
19
18
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20
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19
20
Camping Paradis
Fra. Saison 7. Avec Laurent Ournac,
Aurélie Konaté, Patrick Guérineau.
Les vacances du camping (1 et 2/2).
Cette semaine c’est au tour de Tom
et son équipe de prendre des vacances : direction la Corse !
Le meilleur
des «Années bonheur»
Présentation : Patrick Sébastien.
2h30. Patrick Sébastien est entouré de nombreux artistes pour
égrener ces fameuses «Années
bonheur».
Rien ne vaut
la douceur du foyer
22.35 C dans l’air 23.45 La belle
histoire des bains de mer. Doc.
22.30 O ù e s - t u m a i n t e n a n t ?
Série. Le yin et le yang - L’enfant
illégitime - Flic ou voyou.
Divertissement 0.50 Les clefs de
l’orchestre de Jean-François Zygel
Film TV. Policier 0.15 Soir/3 0.45
Boulevard du Palais. Série.
20
19
16
20.50 S a l e t e m p s p o u r l a p l a n è t e !
Série doc. Nature. 1h45. Pays
basque, péril en la demeure. Inédit.
Au Pays basque, la falaise s’effrite
et menace le patrimoine touristique
- Antilles, la vie après Irma. Inédit.
23.25 L e s e n f a n t s d e l a t é l é
19
18
21
Fra. 2017. Réal. : Laurent Jaoui. 1h30.
Avec Annelise Hesme. Une jeune
femme accusée d’avoir tué sa mère
alors qu’elle n’avait que 10 ans voit
son passé resurgir.
23.05 N e w Y o r k , u n i t é s p é c i a l e
17
19.00 Silence, ça pousse ! 20.00 Les
virtuoses de la nature 20.45 Vu
25
22
18
18
25
22
26
10
24
APRÈS-MIDI
25
10
25
19.00 L’Allemagne sauvage. Série
doc. La Rhön 19.45 Arte journal
20.05 28 minutes. Magazine.
19.45 Le 19.45. Présentation : Ophélie Meunier 20.25 En famille. Série.
Avec Lucie Bourdeu, Axel Huet.
21.00
20.50
21.00
Film. Comédie dramatique
Documentaire. Civilisation
Divertissement
27
24
29
27
26
28
27
20.55 S l u m d o g M illi o n a i r e
Film. Comédie dramatique. GB. 2007.
Réal. : D. Boyle. 2h00. Avec Dev
Pate. Un jeune indien qui triomphe
à «Qui veut gagner des millions ?»
est soupçonné de tricherie.
26
19
29
28
29
29
28
31
20
29
32
23.10 Moi César, 10 ans 1/2, 1m39.
Film. Comédie 1.05 Le super bêtisier
31
31
35
31
35
27
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30
10
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19.00 Pawnshop : une affaire de
famille. Série documentaire.
The Square
Suède-All-Dan-Fra. 2017. Réal. :
Ruben Östlund. 2h31. Inédit. Avec
Claes Bang, Elisabeth Moss, Dominic
West. Christian est un altruiste. Mais
quand il se fait voler son téléphone,
sa réaction ne l’honore guère.
Émirats, les mirages
de la puissance
Fra. 2014. (1 et 2/2). 1h55. La
conquête du Golfe. Ce documentaire
retrace l’histoire de deux microÉtats, le Qatar et les Émirats arabes
unis - La conquête du monde.
23.25 T c h i t c h a M a g a z i n e 0.15
22.45 L e s i è g e d e L a M e c q u e Doc.
Gauguin - Voyage de Tahiti. Film
1.50 Nos années folles. Film.
23.40 Dans la tête d’un flic. Doc. 0.35
La malédiction de l’or vert. Doc.
Audition secrète
Prés. : David Ginola, Eric Antoine.
2h45. La dernière audition. Inédit.
Après des semaines d’étapes de
sélection, place maintenant à la dernière audition. Avec qui la maison de
disque signera-t-elle un contrat ?
30
T (en °c)
20.50 H o r s d e c o n t r ô l e
Série documentaire. Société. Fra.
2017. 0h55. L’ouragan Irma. Inédit.
En septembre 2017, l’une des pires
catastrophes météorologiques de
ce XXIe siècle s’abat sur les Caraïbes.
21.45 Cités englouties : les inondations en France. Doc.
23.45 A u d i t i o n s e c r è t e : l u m i è r e
s u r l e s g a g n a n t s Documentaire
23.55 Empire. Série. 3 épisodes.
19.50 Les rois de la réno. Beaucoup
de bruit pour rien - Payer sa dette.
<-10 à 0
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55 La petite histoire de France
19.00 Couple ou pas couple ? Jeu.
Présentation : Jean-Luc Lemoine.
21.00 9 0 ’ e n q u ê t e s
21.00 A s t é r i x e t C l é o p â t r e
21.00 V i p è r e a u p o i n g
Mag. 1h25. Paquebots géants,
séjours de rêve : enquête sur les
secrets de nos croisières. Les croisiéristes se livrent une guerre sans
merci, une bataille de l’innovation.
Film. Animation. Fra-B. 1968. Réal. :
René Goscinny, Albert Uderzo. 1h13.
Astérix, Obélix et Panoramix vont
en Égype pour aider Numérobis à
édifier un palais pour Cléopâtre.
Film. Drame. Fra. 2004. Réal. : Philippe de Broca. 1h40. Avec Catherine Frot. Devant la sévérité et la
méchanceté de sa mère, un garçon
élevé par sa grand-mère se révolte.
22.25 90’ enquêtes. Mag. Vacances
d’été à petit prix : entre bons plans…
22.25 Astérix le Gaulois. Film.
Animation.
22.45 100 jours avec les gendarmes
de l’autoroute des vacances
Film. Comédie dramatique. Fra.
2014. Réal. : A. Delaire, Q. Reynaud.
1h25. Inédit. Avec I. Carré. Les Guilby-Lacourt prennent la route pour
se rendre à des funérailles.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
23/32
16/20
13/17
19/28
11/17
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24/33
19/26
25/30
VENDREDI
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17/31
20/34
22.45 Rénovation impossible.
Téléréalité.
17/25
21/33
18/24
13/21
24/33
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JEUDI
17/26
15/25
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
MERCREDI
21.00 P a r i s - W ill o u b y
18.55 Alerte Cobra. Série. Une journée épouvantable - Chute libre.
25/30
24/31
16/27
16/20
18/24
24/32
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
14/20
12/19
16/23
24/32
23/30
lachainemeteo.com
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
A
20.00 Rendez-vous avec Kevin
Razy (C) 20.30 Groland le Zapoï (C)
20.55 Catherine et Liliane (C)
27
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23
22
19.25 Les incroyables aventures de
Nabilla et Thomas en Australie
mardi 21 août 2018 LE FIGARO
16
JEUX D'ÉTÉ
SU DO KU
TAKUZU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
Remplir la grille avec les chifres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
FAcile
grille 571
0
1
1
0
1
0
0
0
0
0
1
0
1
0
FAcile
4
9
7 2
6 2 8 4
1 8
4 6
7 5 9 1
3 2
4
8 6 2 5
7
9
1
1
0
1
2631
8
1
0
grille
1
1
0
3
RÉGION
D’AMBOISE
JOLIES
GLISSADES
CYCLE
COURT
7
3
6 7
9
6 5
4
3
ACTION
BARBARE
POLÉMIQUES
CHEMINS
DE HALAGE
CHANGE
EN
MOINS BIEN
ASSOCIATIONS
PARTIES
DE NEZ
CELA
PERMET
D’EN
RAJOUTER
POINTILLEUSE
EMBOÎTE
AVAIT
EN MAIN
ASSAINIT
L’AIR
ACCABLÉ
MATIÈRE
COLLANTE
CHEF D’ORCHESTRE
INDIEN DE
L’UTAH
EAU DE PISE
LOUANGES
GROS
TEMPS
TOURNAIT
UN FILM
FAIT
MARCHER
LE
COMMERCE
SOLUTIONS DES JEUX
DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
I
I N
S
C A
N
K I
T
B E
R
P
F
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V
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C O U
D O N T
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P O R E
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S P
R E S O
S T
CHARGER À
LA COUR
ESTRADE
DE BOXE
1 1 0 0 1 0 1 1 0 0
ABSURDES
PIEU
0 1 0 1 1 0 0 1 0 1
T
E
N
O
R
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D E
Mots
léchés
0 0 1 1 0 1 0 0 1 1
1 0 1 0 0 1 1 0 1 0
C’EST LE
VERDICT
0 1 0 1 0 1 0 1 0 1
0 1 1 0 1 0 0 1 1 0
BOUGONNE
ATOME
RAPPORT DÉNATURÉ
EN TRIGONOMÉTRIE ORNÉE DE
TROUS
1 0 0 1 1 0 1 0 1 0
BONJOUR
À CÉSAR
CUBE QUI
PARTIRA
EN FUMÉE
QUATREQUATRE
DRAME
LYRIQUE
ARGENT
SYMBOLISÉ
SIGLE
DE FAC
QUELQU’UN
ILS
BERCENT
NOS NUITS
BONNE
GÂCHETTE
CRI DE
MÉPRIS
CHIFFRES
ROMAINS
APRÈS LE
PARAPHE
DANS LE
PLUS
SIMPLE
APPAREIL
FILET !
ELLE A PRIS
FIN
À MAASTRICHT
PORTIONS
DU
LITTORAL
MOTS CROISÉS
PROBLÈME N° 4810
HORIZONTALEMENT
1. R e m e t t r e à n e u f l a c o q u e . - 2. A i d e à l a
d i g e s t i o n . - 3. T e n d tî à f o n d . - 4. M o u v e m e n t d e s é c u l a r i s a t i o n d e l ’ i d e n t ti é j u i v e .
- 5. P l a c e d u c a n t o n . I l p a s s e s a j o u r n é e
à p i q u e r d e s r o b e s . - 6. C h a n g e d ’ a ff e c t a t i o n . P a s s a g e b r u t a l d ’u n p la n à u n a u tr e .
- 7. P o u r r i s g â t é s . N e s ’ e s t p a s r a s é . - 8.
P o r t e s p l a i n t e . - 9. P r i m a t e s d o t é s d ’ u n e
l o n g u e q u e u e p r é h e n s i l e . - 10. S a l o n a r d e
à L o u v e c i e n n e s . T r o u v a l ’ a s p ri a t i o n . - 11.
H é r o s o u p a r a s ti e . P e i n t r e d ’ é c r ti u r e s .
- 12. R e n t r a ti l e f o u r r a g e .
VERTICALEMENT
1. F a ti p a r t i e d e s p r o c h e s . - 2. E l l e e s t
e n t r e d e u x o s . - 3. C h a n g e m e n t s d e c a p .
- 4. B i l l e t n o n d a t é . P r o c h e d e C a r n a c .
À l a fi n d e l ’ e n v o i . - 5. M a r i a g e d e fi l s ,
e n u n s e n s . S y n d ic a t m a r x is t e q u i e s t e n
l u i - m ê m e u n c o n t r e s e n s . - 6. V i e i l l e
m u s e tt e à d e u x p o c h e s . G a r d e d u s a b r e
j a p o n a i s . - 7. P r ê t à a d r e s s e r s a d é c l a r a t i o n a u tr é s o r . N é e d e l ’é c la t e m e n t
d ’ u n b l o c . - 8. A e u b e a u c o u p d ’ é c h o s .
Par Louis Morand
1
2
3
4
5
6
7
8
1
BRIDGE
PROBLÈME N° 2897 :
Impôt sécheresse
4
7
A
6
9
5
6
7
8
9
10
11
12
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
2
3
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1
4
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9
8
2
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1
3
2629
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4
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2
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6
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1
2
5
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1
3
9
8
1
5
4
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7
2
4
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6
8
1
9
5
6
5
1
2
9
7
3
4
8
2630
8
6
2
9
1
3
5
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4
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1
3
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8
2
4
5
6
2
8
6
5
4
1
7
3
9
Mots coupés
cerTes - luTrin luTTer - monTer rincée - rincer sAucée - sAucer sAumon - sAurin sAuTer - Tercer TesTer.
ÉTÉ 2018
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2896 :
Un risque qui rapporte
6 4 3
V
4 3
4 3 2
N
O
E
S
A
R
A
A
R D V
D
R V 5 2
R
Contrat : S u d j o u e
6 Sans-Atout.
Contrat : S u d j o u e 4 Piques, a p r è s l ’ o u v e r t u r e d e 1 e n
E s t ( T o u s v u l n ). .
Entame : 1 0 d e p o u r l e V a l e t , l a D a m e e t v o t r e A s .
V o u s ê t e s e n t o u r n o i p a r p a ri e s . M a x i m i s e z v o s c h a n c e s
d e f a ri e o n z e , v o ri e d o u z e l e v é e s .
Grammaire, orthographe, dictées,
expressions, synonymes…
DES CENTAINES DE QUIZ
POUR TOUT L’ÉTÉ
L e s s o n t 6 - 2 , p e u t - ê t r e 7 - 1 . O u e s t e s t d o n c g r a n d i s s i m e
f a v o r i p o u r d é t e n ri a u m o i n s t r o i s . A u s s i , sans tirer
le moindre tour d’atout, p r e n e z l e r i s q u e r a i s o n n a b l e
d e j o u e r A s d e , p o u r l e R o i ( E s t n e c o u p e p a s … ) e t .
I c i , E s t d é f a u s s e , c o n f o r m é m e n t a u x p r o b a b i l it é s .
V o u s c o u p e z p e t ti , c o n t i n u e z d ’ u n petit pour le Roi
( n e j o u e z p a s l a D a m e d e d ’ a b o r d , E s t p o u r r a ti e n
a v o ri t r o i s ) – e n l ’ o c c u r r e n c e , O u e s t d é f a u s s e , c o u p é ,
Dame de et pour l’As p u i s l e c i n q u i è m e a ff r a n c h i
p o u r t a b l e r o n z e l e v é e s b i e n m é r ti é e s .
N e p a s s u i v r e c e t i m i n g p r é c i s v o u s l i m ti a ti à d i x p l i s e t
f a ri e o n z e l e v é e s v o u s d o n n a ti u n e e x c e l l e n t e n o t e …
Entame : 2 d e ( e n p a ri - i m p a ri ) .
A R 2
V 9 5
R 7 5 4 3
1 0 7
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4809
HORIZONTALEMENT 1.J u n g f r a u . - 2. O b e r l a n d .
- 3. R u s é e s . - 4. G e l â t . O r . - 5. E S E . R a n z . - 6.
S q . D i s c o . - 7. E u t e r p e . - 8. M é a t . E s t . - 9. N e f s .
- 10. R a n c i . B u . - 11. U r é t é r a l . - 12. N a s a l i s e .
VERTICALEMENT 1. J o r g e S e m p r ú n . - 2.
U b u e s q u e . A r a . - 3. N e s l e . T a n n e s . - 4. G r é a .
D é t e c t a . - 5. F l é t r ri . F i e l . - 6. R a s . A s p e s . R i . - 7.
A n . O n c e s . B a s . - 8. U d e r z o . T a u l e .
570
PRÉSENTE
2
3
4
8
6
2
1
9
7
5
3
1
3
5
4
7
6
9
8
2
LA CHOSE
GRAINE
DE PIN
ILS SOTS
RÉPUTÉS
GROS
grille
grille
ALTIERS
CHEVALIER
AMBIGU (D’)
Takuzu
1 0 1 0 0 1 1 0 0 1
grille
QUI N’EST
PLUS À
APPRENDRE
BRISER
SUPPORT
DE LA
PENSÉE
EXPRIME
L’IRONIE
0 1 1 0 1 0 1 0 1 0
Sudoku
IL EST
IMPÉRATIF
AU ROUGE
TRÈS
PERTURBÉ
ALLURE
DE CRACK
VAUT DO
1 0 0 1 0 1 0 1 0 1
TRAVAILLÉE
PAR LE
TOURNEUR
BANDE
À PART
DORADE
DU MIDI
IL LONGE LE
LAC DU
BOURGET
USTENSILE
DE JARDIN
TEL UN
SOUFFLE
D’ÉTÉ
ANCÊTRES
CONTRIBUTION
COLLECTIVE
A
eXPerT
8 2
1 4
3
7
8
5 8
7
9
1
2
7 8
9
6
2
3 9
3 8
4
Par Diane Monfort
SUPPLÉMENTS
PAYS AUX
ÉTOILES
IMPASSIBLE
2632
4
5
9
MOTS FLÉCHÉS N° 2054
FAITE À
LA HÂTE
PAS BIEN
LIQUIDE
grille
1 0 4
V 1 0 8 6
R 9 8 5 4 3 2
V
R
D
S
A
D 1 0 9 8 6 5 4
A 3
A 2
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O
E
7 3
D 8 7 6 2
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V
7,90
En vente
actuellement
disponible chez tous les marchands de journaux
et sur www.igarostore.fr
LE FIGARO
mardi 21 août 2018
[
]
William Blake
L’ÉTÉ DU FIGARO
17
Le mal du siècle
engendre le rej
Les artistes tro
et de la vie rée
uv
lle.
plaisent à appri ent refuge dans leurs chim
ères
voiser. Dans la
le spectacle ou
musique, la ph qu’ils se
la
otographie,
de la voix et ins peinture, les revenants do
nnent
pirent les œuvre
s.
Anges et démons
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
Dans le deuxième volet de la tétralogie Hannibal Lecter réalisé par Brett
Ratner en 2002, un tueur psychopathe arbore un tatouage terrifiant.
Son dos est une copie de l’aquarelle
Le Grand Dragon rouge et la Femme
vêtue de soleil, exécutée par William
Blake entre 1805 et 1810, quand
l’Europe est à feu et à sang. Une telle
œuvre suffirait à classer ce poète et
peintre anglais de la première génération romantique parmi les génies
les plus originaux. La plus troublante
de sa production a pourtant été réalisée une dizaine d’années plus tard.
Un soir, après un dîner au cours
duquel on aimerait savoir ce qui a
été servi, John Varley, astrologue à
ses heures, demande à son ami de
lui dessiner quelques portraits
médiumniques. Blake s’exécute. Il
représente Homère, Milton, Achille,
Socrate, divers rois d’Angleterre,
l’âme de Napoléon et jusqu’au très
bizarre fantôme d’une puce… La
plus extraordinaire de ces apparitions couchées dans un carnet de
24,5 × 20,3 cm (aujourd’hui majoritairement entre les mains d’un
marqué un arbre peuplé d’anges.
Puis d’autres, fanant dans les
champs. À force de travail, il a réussi
à devenir étudiant à la Royal Academy of Arts. Un jour, en copiant des
gisants gothiques dans l’abbaye de
Westminster, les hallucinations le
reprennent. Cette fois, il voit le
Christ et ses apôtres.
Établi comme graveur, il se marie
avec Catherine Boucher, jeune illettrée qu’il a éduquée et qui lui restera dévouée. À Mayfair, dans le
modeste deux-pièces, elle broie les
pigments, prépare les cuivres, relie
les livres enluminés qu’il invente,
gère le logis, les maigres ventes…
Quand les visions semblent fuir, le
couple prie à genoux pour les retrouver. Elles sont un peu leur gagne-pain.
Lorsque
Catherine
mourra, elle continuera de parler à
son pauvre mari, désormais trop
souvent taxé de « mad man » par le
voisinage.
Depuis son ultime
appartement, au 17 South
Molden Street,
Blake observe les
enfants dans la
1757
cour. Il y voit des
Naissance à Londres
êtres mus par leur
Vers 1769
imagination. Des
Premières visions,
possédés comme
premiers poèmes
lui. Cela donne
et apprentissage
ses Chants de l’inde la gravure
nocence, chef1789
d’œuvre où l’on
Ouvre son atelier et
trouve l’écho des
présente ses travaux comptines et des
à la Royal Academy
chansons de rue.
1789
L’art de l’eauParticipe
forte dans lequel
à une réunion autour
il excelle jusqu’à
du mystique suédois
mélanger l’or ou
Swedenborg
l’argent à l’encre
1809
s’accorde parfaiExposition
tement à ses fanpersonnelle.
tasmes. Comme
Six visiteurs mais
eux, il est corrosif
intérêt de la critique
et révèle l’envers
1827
des choses. Les
Malgré le soutien
innovations qu’il
de quelques mécènes apporte à cette
et disciples, mort dans technique
lui
une grande détresse
auraient été, toujours selon ses dires, soufflées par le fantôme d’un
frère aîné, mort de tuberculose en
1787. Et puisque l’aquarelle qu’il
maîtrise avec un égal bonheur est
lumière de l’air et de l’eau, l’artiste
est sûr d’être alchimiste en plus
d’être prophète.
Évidemment, cela a choqué ou
fait rire. Du haut de la Royal Academy of Arts, sir Joshua Reynolds a
fini par refuser tout soutien à cet
excentrique qui n’écoute ni la raison ni le marché. Blake l’a traité de
« fieffé idiot » et maudit « la bande
de coquins à sa botte ».
De mai à septembre 1809, il organise seul sa première exposition
dans la boutique d’un de ses frères.
Un flop. Seulement six visiteurs !
« Cet homme se laisse emporter je ne
sais où, vers l’Hadès ou quelque asile
d’aliénés ; mais je pense qu’il est l’une
des personnes les plus extraordinaires de son temps », a commenté un
veur. Il y a appris à dessiner en migravures de Raphaël, Michel-Ange
gazetier. Par bonheur, parmi les raroir. Plus tard, prophète autoproclaou Dürer, lectures de Milton et de
res curieux s’est trouvé John Varmé, il a affirmé avoir eu sa première
Shakespeare. Au départ, faute de
ley. Avec quelques autres esthètes
vision autour de ses 10 ans, lors
moyens pour des cours de peinture,
avant-gardistes, il permettra à
d’une marche sur la rive sud de la
son père, petit commerçant de
Blake d’échapper à la misère au soir
Tamise, vers le Surrey. Il aurait reSoho, l’a placé chez un maître grade sa vie, et de travailler jusqu’à ses
derniers jours aux illustrations des
chants de L’Enfer de La Divine Comédie de Dante.
C’est encore lui qui, le premier,
alors que l’adjectif schizoïde n’exis« Il y a le connu et l’inconnu et, entre les deux, il y a les portes. Je veux être la porte »,
te
pas, comprendra que cet autre
ambitionnait Blake. Il y est parvenu, mais après sa mort. Il faut en effet attendre 1863
mystérieux qui motive tant son ami
et la publication d’une première monographie pour que le grand public anglais s’intéresse
n’est que lui-même. De fait, le porà son travail. Depuis, sa popularité n’a fait que croître. Son poème Tyger est appris dans les
trait médiumnique ressemble forécoles de l’île. Son hymne Jérusalem y est aussi célèbre que le God Save the Queen. En 2010,
tement aux effigies subsistantes de
la Tate Britain a acquis huit gravures pour près de 500 000 euros. Dans les années 1960, il a été
Blake. « Nul n’aime autrui autant
chanté par Jim Morrison, le leader des Doors. Et plus récemment par Patti Smith ou le groupe
que soi / Ni comme soi ne le vénère »,
U2. Jusqu’à sa mort en 1992 on pouvait voir dans l’atelier du peintre Francis Bacon une copie
avait d’ailleurs écrit ce dernier.
Tout était dit. ■
du masque phrénologique de l’artiste-poète. Déjà, au début du XXe siècle, Gide qualifiait
Vers 1820, l’artiste britannique a dessiné le visage
de l’esprit qui, dans son sommeil, lui offre des visions.
Mais qui est ce dieu inspirateur ?
Bio
EXPRESS
menté Gide, traducteur de ses poèmes en 1923.
En ce début de XIXe siècle, la Révolution française, ses conséquences sanglantes, l’affaiblissement de
l’Église et l’essor de l’industrie
conduisent à une critique virulente
des Lumières. Rien qu’en Angleterre, contre un Locke qui fonde tout
sur l’expérience, un Bacon ou un
Newton triomphants, nombreux
sont ceux qui soutiennent qu’il
existe des idées innées et d’autres
sens que les cinq habituels. La tendance est aux chimères de John
Hamilton Mortimer, aux visions
d’épouvantes d’un Johan Tobias
Sergel ou d’un Johann Heinrich
Füssli, connu pour son Cauchemar.
Tous ces artistes défient la nouvelle foi matérialiste, empiriste et
rationaliste. Blake, en outre, renvoie
dos à dos les despotismes, républicains comme royalistes. D’où son
monde si personnel bien que nourri
du bagage culturel de son temps :
2/6
UN GRAND POUVOIR DE FASCINATION
Blake de « Lucifer radieux ». En janvier 1937, quelques semaines avant Guernica, le comité
de l’exposition qui, à la Bibliothèque Richelieu, allait révéler en France ses Chants de l’Enfer
réunissait Picasso, Matisse, Léger, Braque, Rouault… Après-guerre, dans le sillage
des surréalistes, la Beat generation continuerait de vénérer le créateur schizophrène. E. B.-R.
RETROUVEZ DEMAIN :
Théophile Gautier,
la magie blanche du ballet
A
WILLIAM BLAKE
Le Grand Dragon rouge et la Femme
vêtue de soleil (ci-dessus) et Homme
(ci-contre), deux œuvres révélatrices
de l’état divinatoire archaïque recherché par
William Blake. WWW.BRIDGEMANIMAGES.COM
grand collectionneur britannique)
ne porte pas vraiment de nom. La
feuille, visible au Fitzwilliam Museum de Cambridge, s’intitule
L’Homme qui a appris à Blake à peindre dans ses rêves. Influencé par le
mystique suédois Emanuel Swedenborg, célèbre théosophe de la fin du
XVIIIe qu’il a rencontré, Blake livre
ici, en effet, les traits de celui qui,
durant son sommeil, lui offre tant de
motifs et de moyens d’accomplir
son art.
Mais qui est donc ce guide, dieu
intime détenant le secret le plus important, celui à l’origine de sa créativité ? Ce n’est pas vraiment une allégorie de l’inspiration. Aucun halo,
pas de fleur de pavot, l’emblème
traditionnel. Aucune déesse des
songes, ni Morphée ni Phantasos. Et
encore moins de fleuve Léthé coulant à l’arrière-plan. Enfin, on
peinerait à reconnaître dans ces
contours tracés à la mine de plomb
ceux de Brizo, l’énigmatique déesse
de l’interprétation des rêves chez les
Grecs. Mythographe moderne,
Blake n’a pas précisé la symbolique.
Il n’a nommé son portrait ni Intuition ni Force intérieure, juste Homme. Un quidam échevelé, aux yeux
immenses, au front bosselé, au sourire hypnotiseur de Joconde. À l’instar des sages antiques, il est persuadé que le rêve vient de l’extérieur. Il
semble que son dieu l’ait sommé de
le regarder en face pour le représenter. Il a donc agi en possédé, sans
doute au cours d’une de ces transes
qu’il recherchait, sorte d’état divinatoire archaïque, ce « sommeil de la
raison qui engendre des monstres »
dont parle Goya au même moment
en Espagne. « Blake se savait être du
parti du démon », a d’ailleurs com-
Esprit, es-tu
là ?
mardi 21 août 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
CHRONIQUE
Renaud Girard
rgirard@lefigaro.fr
Pour la République tchèque,
l’ennemi principal n’est plus le Russe
ans l’inconscient collectif
des Tchèques durant
toute la seconde moitié
du XXe siècle, l’ennemi
principal de leur nation
siégeait à Moscou.
Deux années étaient traumatisantes
pour eux : 1948 et 1968.
En février 1948, Staline avait ordonné
au Parti communiste le sabotage
du gouvernement d’union nationale
d’après guerre et sa prise de pouvoir
par la force, quitte à défénestrer
Jan Masaryk, le ministre
des Affaires étrangères pro-occidental.
Le 21 août 1968 à l’aube, sur ordre
de Leonid Brejnev (un communiste
ukrainien qui était alors le maître
du Kremlin), les chars du pacte
de Varsovie envahirent
la Tchécoslovaquie, pour tuer le vent
de liberté du Printemps de Prague.
À cette occasion, Brejnev avait élaboré
sa théorie de la « souveraineté limitée »
des pays de l’Est, formellement alliés
de l’Union soviétique au sein du pacte
de Varsovie.
En 1948, une partie non négligeable
de l’intelligentsia tchèque était acquise
à l’idéologie du communisme
moscoutaire. En revanche, en 1968,
la quasi-totalité des intellectuels
tchèques se trouvèrent du côté
du Printemps de Prague.
La « normalisation » qui suivit
l’invasion soviétique ne fut pas aussi
D
impitoyable que la conversion forcée
au communisme de 1948, mais elle fut
quand même sévère : tous les
intellectuels qui n’avaient pas choisi
de s’exiler furent chassés de leurs
emplois de professeurs, de chercheurs,
d’éditeurs, de cinéastes
ou de journalistes ; ils furent contraints
d’exercer des travaux manuels
subalternes.
C’est ce qui arriva par exemple
à Milos Zeman, l’actuel président
de la République tchèque,
réélu à son poste au mois de janvier
dernier. Jeune économiste,
Zeman avait adhéré
au Parti communiste réformateur
de Dubcek pendant le printemps
de Prague. En 1970, il en fut exclu,
en raison de son opposition à l’invasion
de son pays par les pays « frères »
du pacte de Varsovie, et il perdit
son emploi. En 1989, il participe
à la Révolution de velours.
À la tête du Parti social-démocrate,
il gagne les élections législatives
de 1998 et devient premier ministre
de son pays, fonction qu’il exercera
jusqu’en 2001. Après avoir un moment
quitté la politique, Zeman y revint
en 2013, pour gagner la première
élection présidentielle organisée
au suffrage universel.
Dans sa carrière politique, Zeman
milita avec efficacité pour l’adhésion
de la République tchèque à l’Otan
et à l’Union européenne. Après
l’annexion de la Crimée par la Russie
en 2014, et au moment où on pensait
encore que les chars russes pouvaient
à tout moment déferler en Ukraine,
Zeman préconisa publiquement
un déploiement préventif de l’Otan
à l’ouest de ce pays. Zeman n’est donc
clairement pas un pion du Kremlin.
Mais ce qui est intéressant chez lui
est qu’il se refuse à être antirusse
de manière systématique. Le 9 mai
2015, alors qu’il est devenu clair que
l’armée russe n’envahira pas l’Ukraine,
il se rend à Moscou pour assister
au défilé célébrant le 70e anniversaire
de la victoire sur le nazisme. À ceux
qui le critiquent, il répond : « N’est-ce
pas grâce aux Russes que nous,
Tchèques, ne sommes pas obligés de dire
“Heil Hitler” ? » Il interdit de palais
présidentiel l’ambassadeur américain
à Prague qui a critiqué publiquement
son voyage à Moscou. « Que diraient
les Américains si l’ambassadeur tchèque
à Washington se permettait de dire
à leur président où aller ou ne pas aller
en voyage ? » explique-t-il.
En novembre 2017, il se rend
en visite d’État en Russie, accompagné
par 140 hommes d’affaires tchèques.
Devant Poutine, il déclare
publiquement que « le futur de l’Union
européenne réside dans de bonnes
relations avec la Russie ! ».
De nombreux Tchèques reprochent
alors au russophone Zeman de faire une
politique étrangère divergente de celle
de son premier ministre, demeuré dans
une ligne otanienne classique. En dépit
de ses sentiments prorusses clairement
affichés, Zeman est réélu au suffrage
universel en janvier 2018.
Comment expliquer un tel tournant
stratégique au sein de la population
tchèque, pourtant restée très attachée
à l’Union européenne ? La Russie n’est
plus ressentie par les Tchèques comme
leur ennemi principal. « L’ennemi,
c’est cette anticivilisation qui s’étend
de l’Afrique du Nord à l’Indonésie.
Deux milliards de gens y vivent
et elle est financée en partie
par les ventes de pétrole, et en partie
par le trafic de drogue », proclama,
dès 2011, Milos Zeman.
Comme leurs voisins du groupe
de Visegrad, les Tchèques sont effarés
par les problèmes que se sont créés
les Européens occidentaux avec leur
immigration musulmane. Jamais
ils n’auraient pu imaginer
qu’un massacre comme celui
du Bataclan puisse arriver à Paris.
Ils refusent donc les migrants que la
France et l’Allemagne leur demandent
d’accueillir chez eux. Comme réfugiés
du Moyen-Orient, ils n’acceptent
que les chrétiens. Entre 1968 et 2018,
le ressenti de la menace venue
de l’étranger a totalement changé
au sein de la population tchèque.
21 août 1968 : les chars soviétiques à Prague
e 20 août 1968, peu après
minuit, une énorme armée
de 450 000 soldats soviétiques, polonais,
hongrois et est-allemands -,
6 300 chars, 800 avions
et d’innombrables canons, commence
à envahir la Tchécoslovaquie,
petit pays de 15 millions d’habitants.
Le 21 au matin, les habitants de Prague,
éberlués, découvrent leur capitale
encombrée de blindés chargés
de conscrits russes venus « libérer »
les Tchèques du « fascisme ».
Des bidasses qui, à leur tour,
sont stupéfaits d’être cernés par
une immense foule de Pragois, jeunes
et vieux, furieux et désespérés, qui leur
expliquent - en russe, langue devenue
obligatoire avec le régime communiste
- qu’aucun « fasciste » n’est à l’horizon
et qu’ils devraient retourner à Moscou.
Quelques échauffourées et des tirs
sporadiques provoquent près
d’une centaine de morts, dont quelques
malheureux écrasés par des chars.
Alexandre Dubcek, le premier
secrétaire du Parti communiste
de Tchécoslovaquie (PCT), a appelé
à ne pas résister. Chacun a alors en tête
la révolution hongroise de 1956 écrasée
par l’Armée rouge : 35 000 morts,
des milliers d’emprisonnés
et 200 000 exilés fuyant ce pays
de 8 millions d’habitants.
En outre, tous les Pragois de plus
de 40 ans se souviennent de ce 15 mars
1939 quand, déchirant les accords
de Munich signés en septembre 1938,
Hitler avait lancé ses troupes nazies sur
la Tchécoslovaquie. Or des troupes
est-allemandes participent
à ce 21 août 1968…
La guerre froide
est alors dans
une phase de haute
intensité en raison
L’historien, grand spécialiste du communisme*,
du conflit israéloarabe et de la
raconte l’écrasement du Printemps de Prague,
guerre du Vietnam.
voilà cinquante ans jour pour jour. Il rend aussi
Leonid Brejnev,
hommage à plusieurs intellectuels dissidents,
premier secrétaire
aujourd’hui disparus, et qui furent ses amis.
du Parti
L
A
STÉPHANE COURTOIS
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
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SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
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Gaëtan de Capèle (Économie),
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Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
l’écrasement du Printemps de Prague
et assurer la solidité
de la « communauté socialiste ».
Ce qui n’empêchera pas, vingt ans plus
tard, la chute du mur de Berlin.
Et en novembre 1989 la « révolution
de velours » tchécoslovaque
débouchera sur l’élection
à la présidence du pays de Vaclav
Havel, ex-porte-parole de la Charte 77
qui regroupait les dissidents tchèques.
L’écrasement du Printemps
de Prague ne provoqua aucune réaction
majeure en Occident. Le PCF émit une
timide protestation bien vite remisée
au placard sous la pression de ses
staliniens, Jeannette Thorez en tête.
Le secrétaire d’État américain,
Dean Rusk, déclara : « Les événements
d’Europe de l’Est n’ont jamais mis en
cause la guerre
Pour tous les dissidents des régimes
et la paix entre
nous et l’Union
communistes, l’invasion de la
soviétique […]. »
Tchécoslovaquie par l’URSS et ses alliés
Mais pour tous
les dissidents
retentit comme un sinistre signal
des régimes
communistes, l’invasion du 21 août
Le 5 janvier 1968, avec l’accord de
retentit comme un sinistre signal.
Brejnev, Dubcek a remplacé le stalinien
À Prague, événement stupéfiant,
Novotny à la tête du PCT. En avril,
les réformateurs du PCT réunirent,
il annonce le « socialisme à visage
le 22 août dans une usine, un congrès
humain » qui implique liberté
clandestin de 1 100 délégués
de la presse et multipartisme.
qui condamnèrent l’invasion
Tous les Tchèques sont alors portés
et confirmèrent le programme
par un immense espoir de liberté.
de Dubcek. À Moscou même, le 25 août,
Pourtant dès avril, Brejnev a ordonné
devant le mausolée de Lénine,
de préparer l’invasion et, lors d’une
sept dissidents soviétiques osèrent
réunion avec Dubcek à Bratislava
manifester et furent aussitôt arrêtés.
le 3 août, il se montre menaçant :
Le 8 septembre, le Polonais Ryszard
« Chaque parti communiste est libre
Siwiec s’immola par le feu devant
d’appliquer les principes du marxisme100 000 personnes dans un stade
léninisme et du socialisme dans son pays
de Varsovie. Et le 25 janvier 1969
mais il n’est pas libre de s’écarter
le jeune étudiant Jan Palach s’immola
de ces principes s’il entend rester
sur les marches du Musée national,
communiste. »
place Wenceslas à Prague.
Le Parti avant le pays, tel est
Depuis le 21 août, déjà près
le principe du parti-État totalitaire
de 100 000 citoyens avaient fui le pays
imposé par Lénine depuis
tandis que la population sombrait dans
le 7 novembre 1917. Le dirigeant
une dépression collective.
soviétique annonce ainsi la théorie
La « normalisation » menée
de « la souveraineté limitée » des États
par les prosoviétiques s’abattit sur
satellites de l’URSS, dite « doctrine
les acteurs du Printemps, emprisonnés
Brejnev », qui va légitimer a posteriori
communiste d’Union soviétique,
a estimé qu’il était urgent de resserrer
les rangs du système communiste
mondial. Il a bien perçu le danger venu
de Prague. Si la Hongrie avait connu en
1956 une révolution anticommuniste,
le mouvement de contestation
tchécoslovaque, lui, émane de
l’intérieur du PCT. Depuis la mi-1967,
la vieille équipe stalinienne au pouvoir
est bousculée par de jeunes dirigeants
conscients de l’impasse du régime.
La contestation est générale.
Économique avec les projets de réforme
d’Ota Sik qui visent à rétablir une
économie de marché. Culturelle avec
les romanciers Milan Kundera
et Pavel Kohout ou le jeune dramaturge
Vaclav Havel, qui combattent
la censure. Mais surtout politique.
«
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
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Éditeurs
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75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
puis démis de leurs fonctions
universitaires ou culturelles,
avant de partir en exil et d’être déchus
de leur nationalité.
Ce fut le cas de deux de mes amis
de la revue universitaire Communisme créée en 1982 avec Annie Kriegel -,
qui furent les organisateurs du congrès
clandestin du 22 août 1968. D’abord
Lubomir Sochor, philosophe,
théoricien de l’impossibilité d’une
société civile dans un parti-État
communiste, exilé à Paris où il se donna
la mort en 1986. Puis Karel Bartosek,
historien, exilé à Paris où il fut le
directeur de La Nouvelle Alternative,
revue consacrée à la vie dans
les « démocraties populaires »,
et décédé en 2004.
L’invasion du 21 août 1968 a révélé
un immense paradoxe : au moment
où les chars soviétiques écrasaient
à Prague des velléités de démocratie,
à Paris, Rome ou Berlin-Ouest
des milliers d’étudiants politiquement
incultes, cornaqués par des leaders
léninistes - trotskistes, maoïstes,
guévaristes -, chantaient
L’Internationale en brandissant
le poing et appelaient à une révolution
communiste dont ils étaient incapables
de percevoir le caractère totalitaire.
Cette formidable fracture entre une part
de la jeunesse de pays démocratiques
et prospères et la jeunesse de régimes
où les communistes avaient détruit
économie et libertés demeure l’une
des raisons de l’actuelle scission au sein
de l’Union européenne entre des élites
issues de Mai 68 et donneuses de leçons
et des peuples d’Europe centrale encore
traumatisés par un demi-siècle
de domination totalitaire, tant nazie
que communiste.
* Directeur de recherche honoraire
au CNRS, Stéphane Courtois enseigne
à l’ICES et dirige la revue universitaire
« Communisme ». Il a récemment publié
« Lénine, l’invention du totalitarisme »
(Perrin, 2017), salué par la critique,
et a dirigé l’ouvrage collectif
« Communisme : 1917, la révolution
bolchevique » (Vendémiaire, 2017).
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
Commission paritaire n° 0421 C 83022
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Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
6 pages
LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
19
[
2/6
mardi 21 août 2018
L’œuvre uniq
ue
]
Coup du sort
ou
n’ont signé qu coup de génie ? Certains art
’un
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télévisuelle, film e seule pièce, roman, disqu es
e, sér
ou opéra. Comm
tarie. Comme
e si l’inspiration ie
s’ils avaient tou
s’était
le succès se tro
t dit en une foi
uv
s.
sur quelques ex e aujourd’hui au rendez vo Pourtant,
us. Retour
emples d’un cu
rieux phénom
ène.
Ci-contre, les trois
sœurs Brontë peintes
vers 1834 par leur
frère Branwell : Anne,
Emily, Charlotte
(de gauche à droite).
Ci-dessous, la lande
magnétique
et inhospitalière
du Yorkshire
arpentée
par Emily. LEBRECHT/
LEEMAGE, SYGMA VIA
GETTY IMAGES
« Les Hauts de Hurlevent » :
la comète des lettres anglaises
En 1847, Emily Brontë publie, sous pseudonyme masculin, un roman. Elle
meurt un an plus tard sans se douter que son nom allait devenir célèbre.
« Ellis est un esprit vigoureux et original, d’une étrange et sombre puissance, qui, lorsqu’il s’essaie à la
poésie, s’exhale en un langage concis, subtil et raffiné tout à la fois mais qui, lorsqu’il manie la prose, se
déchaîne en tableaux qui choquent
plutôt qu’ils ne charment » : ce mystérieux Ellis que décrit la romancière Charlotte Brontë dans une
lettre à son éditeur W. S. Williams,
en septembre 1847, n’est autre que
sa sœur Emily, l’auteur des Hauts
de Hurlevent.
En cette fin d’année prolifique
pour elles, Charlotte se fait la messagère de ses deux cadettes, Emily
et Anne. Le trio est sur le point de
publier trois romans qui vont marquer à jamais les lettres anglaises :
Jane Eyre pour Charlotte, Les Hauts
de Hurlevent pour Emily et Agnès
Grey pour Anne. À une époque où
la littérature est une affaire d’hommes, elles ont chacune choisi un
pseudonyme masculin, soit Currer, Ellis et Acton Bell. Il va de soi
que des trois, Ellis est le plus sauvage du lot mais non le moins doué,
selon la scribe qui écrit encore à
leur éditeur : « Ellis se perfectionnera, car il connaît ses défauts. » Las,
Emily-Ellis n’aura jamais le temps
de « se perfectionner » car elle
mourra emportée par la maladie
un an plus tard, à l’âge de 30 ans.
Qu’aurait-elle écrit si elle avait
pu vivre ? On n’ose l’imaginer
puisqu’elle a laissé un chefd’œuvre de la littérature anglaise,
« le plus beau roman d’amour de
tous les temps », selon les mots de
l’écrivain Georges Bataille, un
classique qui continue d’agir comme un révélateur chez les lecteurs
du monde entier découvrant les
amours tumultueuses de Catherine
et Heathcliff.
À Haworth, dans le Yorkshire,
où les sœurs Brontë grandirent,
écrivirent et moururent, le presbytère familial voit défiler autant
de pèlerins en adoration que la ligne du ciel argenté courir les
nuées. C’est dans cette maison attenante au cimetière et donnant
sur un paysage de landes à perte de
vue qu’Emily écrivit Les Hauts de
Hurlevent. Quand elle n’écrivait
pas, la jeune femme marchait. Les
deux activités n’allaient pas l’une
sans l’autre. « Je sais la voie qu’il me
faut emprunter, je m’y suis engagée
sans crainte », a écrit l’arpenteuse
hardie de la lande du Yorkshire.
Rarement un roman n’a autant incarné le génie d’un lieu.
Ses sœurs l’appelaient « le major », Charlotte, la plus sociable, oscillait entre jalousie (« Emily a 16 ans,
elle est maigre et sans force, avec un
visage de la taille d’un penny », ditelle dans un récit de jeunesse) et admiration pour cette « âme puissante
et solitaire », cette créature « plus
forte qu’un homme, plus simple qu’un
enfant ». « Quand elle est malade, il
me semble que le soleil déserte notre
monde », écrit encore Charlotte
alors que sa sœur dépérit.
“
Je sais la voie qu’il
me faut emprunter,
je m’y suis engagée
sans crainte
EMILY BRONTË
”
L’histoire dit que c’est stimulée
par la qualité de plume de sa sœur
que Charlotte se décida enfin à envoyer leurs poèmes à des éditeurs à
Londres. « Veuillez noter que ces
vers sont de la main de trois personnes distinctes - quoique du même
sang », précise-t-elle à ses destinataires, l’une n’allant pas sans
l’autre. Dans la capitale, Aylott
& Jones accepte de publier les trois
poètes sous réserve qu’ils règlent
les frais d’impression. Le recueil
des frères Bell paraît en 1846. De
critiques, on garde peu de traces.
Par une voix, seuls les vers d’Ellis
sont jugés dignes « d’une puissance
d’évocation qui pourrait un jour atteindre des hauteurs encore jamais
conquises ici ».
Quelques mois plus tard, Charlotte annonce que les « trois hommes » travaillent à une œuvre de
fiction. Elle préfère encore préciser, au cas où l’on n’aurait pas
compris, que « ce sont trois récits
distincts ». Chez les Brontë, l’union
a toujours fait la force mais chacune a son style, son accent.
Charlotte en leader, agent et
promoteur de l’œuvre sororale,
Emily toujours en retrait. La jeune
femme avait fait promettre à sa
grande sœur qu’elle ne serait jamais exposée au regard des autres.
Sa mort prématurée l’a ravie de fait
à ce regard. À l’époque pourtant, le
ton et la modernité des romans défrayèrent la chronique. Lorsque
l’identité des auteurs fut révélée, le
monde des lettres se demanda
comment trois sœurs de province
élevées dans des pensionnats pour
filles de pasteur avaient pu, à ce
point, percer les tourments de
l’âme humaine. Si Jane Eyre, le plus
accessible, connut un succès immédiat, Les Hauts de Hurlevent,
plus âpre et déroutant, choqua.
Une poignée de critiques reconnut
son originalité et sa puissance mais
dans l’ensemble les lecteurs se
montrèrent déconcertés. Quelques
rares proches aussi : « Cette chose
bizarre que sont Les Hauts de Hurlevent », nota Mary, l’amie de
Charlotte qui lut avec soin les trois
livres.
La genèse de ce roman s’ancre
dans l’enfance. D’aussi loin qu’on
s’en souvienne, les trois sœurs
Brontë et leur frère, Branwell, ont
toujours lu et écrit. Pour leur père,
Patrick Brontë, veuf éploré qui se
vit enlever sa femme et leurs deux
premières filles, Maria et Elizabeth,
à un âge tendre, l’éducation des
enfants était chose importante.
Loin d’être une distraction, le livre
était un moyen d’accéder à la
connaissance de soi. À partir de là,
les enfants pouvaient tout lire, le
gothique qui flamboyait à l’époque
mais aussi lord Byron et les croustillants récits du journal local. Dans
cette famille où l’on s’aimait, l’on
discutait aussi beaucoup ; chacun
lisait à la lueur de la bougie la prose
de l’autre et les histoires fleurissaient le morne quotidien comme
la bruyère embellissait la lande au
printemps. Pour Emily, cette effervescence créatrice trouvait un
écho dans le spectacle des paysages
du Yorkshire, qu’importe qu’il
pleuve ou qu’il vente, la nature
était une matrice féconde : « Je
veux sortir dans le mauvais temps »,
répétait la jeune fille au caractère
tenace. Catherine et Heathcliff, les
Une vie brève
héros de son roman, sont nés de
cette lande magnétique et inhospitalière.
Emily n’aura rien su de son succès. Sur son lit de mort, sa sœur lui
aurait lu les commentaires d’un
critique qui évoque le portrait imaginaire de ce mystérieux auteur
nommé Ellis Bell, « homme au talent hors norme mais au naturel
obstiné, brutal et morose ». On
peut penser que la frêle jeune femme trouva encore la force d’en
rire avec ses sœurs, avant de
succomber.
En 1850, Charlotte entreprit de
faire rééditer les romans d’Anne,
qui venait, elle aussi, de mourir de
la tuberculose, et celui d’Emily.
Sous leur nom cette fois. Une manière de ressusciter ses chères
sœurs pour l’éternité. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Barbara Loden
dans le miroir de « Wanda »
Gravure
représentant Emily
Brontë (1818-1848).
RUE DES ARCHIVES/RDA
■ Née en 1818, Emily Brontë
est la cinquième enfant
d’une famille de six. Sa petite
enfance est marquée
par la mort de sa mère
alors qu’elle a 3 ans
et de ses sœurs aînées Maria
et Elizabeth, décimées
par la tuberculose après un
séjour dans un pensionnat
insalubre. Choqué
par ces décès, leur père,
le révérend Patrick Brontë,
décide de garder les plus
jeunes auprès de lui
dans le presbytère
de Haworth. Lectures, jeux
et travaux domestiques
nourrissent le quotidien
de Charlotte, Branwell, Emily
et Anne. La famille est
modeste mais se serre
les coudes. Le pasteur ne
néglige pas l’éducation
de ses filles, qui travailleront
comme gouvernantes
pour subvenir aux besoins
de la famille. Charlotte
puisera dans son expérience
pour écrire Jane Eyre ainsi
qu’Anne pour Agnès Grey.
Emily, plus farouche, ne quitte
jamais longtemps le
presbytère et semble
s’étioler loin de la terre
qui l’a vue grandir. En 1846,
les poèmes des trois sœurs
sont publiés, l’année suivante
vient le tour de leurs romans.
Emily meurt en décembre 1848,
trois mois après son frère,
Branwell, « arrachée à la fleur
de l’âge, encore riche de
toutes les promesses de son
génie », pleure Charlotte dans
une lettre à leur éditeur.
A
FRANÇOISE DARGENT
fdargent@lefigaro.fr
mardi 21 août 2018 LE FIGARO - N° 23 023 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
TOTAL S’EST
RETIRÉ D’IRAN
lefigaro.fr/economie
PEPSICO
L’ÉTÉ DU FIGARO
VICTOR LUSTIG,
L’HOMME QUI A VENDU
LA TOUR EIFFEL PAGE 25
L’Italie préoccupe
Bruxelles et les marchés
Giuseppe Conte, président du Conseil, pendant
son discours de politique générale au Sénat, le 5 juin.
À gauche, Luigi Di Maio, ministre du Développement
économique. À droite, Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur.
Depuis la catastrophe de Gênes, le ton eurosceptique est monté en Italie,
tandis que le flou budgétaire inquiète. PAGES 22 ET 23
Les dividendes à la hausse dans le monde
Les entreprises se portent bien.
Très bien, même, d’après l’étude
du gestionnaire d’actifs Janus
Henderson. Elle constate que les
dividendes versés au deuxième
trimestre aux actionnaires ont
augmenté, à l’échelle mondiale,
de 12,9 %.
En tête du classement, l’Europe,
hors Royaume-Uni, contribue
largement à ce record, avec
176,5 milliards de dollars de dividendes sur les 497,4 milliards distribués au deuxième trimestre.
le PLUS du
FIGARO ÉCO
BUDGET
Les services de l’État
en région
vont maigrir
PAGE 23
LA SÉANCE
DU LUNDI 20 AOÛT 2018
CAC 40
5379,65
+0,65%
DOW JONES (18h)
25765,61 +0,38%
ONCE D’OR
1178,40 (1184,35)
PÉTROLE (lond)
72,117
(71,870)
EUROSTOXX 50
3396,01 +0,68%
FOOTSIE
7591,26 +0,43%
NASDAQ (18h)
7356,20 -0,29%
NIKKEI
22199,00 -0,32%
Avec 18,7 % de croissance (7,5 %
en fait une fois corrigée des dividendes extraordinaires et des effets de change), l’Europe réalise sa
meilleure distribution depuis le
deuxième trimestre de 2015. En
France, seules Engie et EDF ont
diminué leurs dividendes. Sur la
période, la France a reversé
50,9 milliards de dollars, soit une
hausse de 23,5 % par rapport au
deuxième trimestre de 2017.
Ce sont les entreprises des secteurs miniers principalement,
mais aussi celles des technologies
et l’énergie qui ont été les plus généreuses avec leurs actionnaires,
contrairement aux secteurs de
bien de consommation et des services aux collectivités qui
connaissent des difficultés.
Parmi les 12 pays les plus rémunérateurs, les États-Unis, le Japon et
la France se placent en tête. Le
pays qui connaît la croissance de
dividende la plus importante est
Singapour (+ 46,9%).
Outre-Atlantique, la croissance
des dividendes est plus importante au Canada (10,6 %) qu’aux
États-Unis (4,5 %), où une société
sur cinq a revu sa politique de distribution à la baisse. À lui seul, le
conglomérat General Electric, qui
est en pleine tourmente, fait chuter le taux de croissance d’un
dixième. « L’intensification de la
guerre commerciale avec les ÉtatsUnis pourrait avoir une incidence
négative sur la rentabilité des sociétés », souligne Janus Henderson.
A. F.
Fusion Linde-Praxair :
Dix ans après, la petite fête des anciens Bruxelles
de Lehman fait polémique à Londres
impose ses conditions
L'HISTOIRE
S
ubprimes, emprunts toxiques,
faillite retentissante…
À l’évocation du nom
de Lehman Brothers, les visages,
généralement, s’assombrissent.
En 2008, des dizaines de milliards de dollars
ont été injectés dans le système bancaire
pour éviter son implosion définitive. Pour
les anciens de Lehman,
tout cela n’est plus qu’un
mauvais souvenir à peine
entretenu par le film
Margin Call de
Jeffrey C. Chandor (2011).
Pour se retrouver dix ans
après, ils avaient décidé
de prendre discrètement
un verre le 15 septembre
dans un club londonien,
The Conduit. C’était
compter sans le site
Internet Financial News,
qui a eu vent
de l’événement grâce
à un courriel destiné aux
« Lehman brothers and
sisters » (sic), sur le
thème : « Quoi de mieux
pour fêter le dixième anniversaire que de
rassembler tout le monde encore une fois. »
La publication de cette info a créé une belle
polémique à Londres. John McDonnell,
responsable des questions financières
pour le Parti travailliste, a jugé cette fête
« écœurante » : « C’est particulièrement
honteux au regard de tous ces gens qui ont
perdu leur emploi et leur
maison afin de sauver
ces banquiers. » Un
représentant de petits
actionnaires de la banque
Northern Rock, qui avait dû
être nationalisée, s’est dit
« surpris par cette réunion
de mauvais goût ».
Seul le ministre des
Finances de l’époque,
Alistair Darling, a estimé
qu’il y avait des problèmes
plus graves que cette petite
fête. Une opinion partagée
à New York et Hongkong,
où seront organisées
d’autres retrouvailles
d’ex-Lehman. ■
CHARLES GAUTIER
Oui, mais… La Commission
européenne a autorisé lundi le
projet de mégafusion du fabricant de gaz industriel allemand Linde et de son concurrent américain Praxair. Le
nouveau groupe doit donner
naissance au numéro un mondial du secteur devant le français Air liquide. Mais son autorisation est subordonnée à « la
cession d’un vaste ensemble
d’activités », précise l’exécutif
européen, affirmant avoir déjà
reçu l’assurance de la vente
par Praxair d’un grand nombre de ses actifs en Europe.
Annoncée en décembre 2017,
la fusion est évaluée à 68 milliards d’euros. « Nous faisons
en sorte que la fusion entre
Praxair et Linde n’engendre pas
une concentration accrue en
Europe et que les clients continuent à bénéficier de la concurrence sur ces marchés », souligne la commissaire à la
Concurrence, Margrethe Vestager. Selon le droit allemand,
l’opération doit être bouclée
d’ici au 24 octobre. Mais, début août, Linde a semé le doute, en indiquant que de nouvelles exigences des autorités
américaines de la concurrence
pourraient tout remettre en
cause.
Les deux groupes peuvent renoncer à se rapprocher, si les
autorités de régulation exigent
des cessions d’actifs équivalentes à plus de 3,7 milliards
de dollars de chiffre d’affaires,
un seuil qui a désormais une
probabilité élevée d’être dépassé. Linde a déjà cédé une
grande partie de ses actifs
américains ; Praxair a vendu
des activités européennes,
pour un montant de 5 milliards d’euros, à son concurrent japonais Taiyo Nippon
Sanso. Le gendarme américain
doit se prononcer d’ici à
l’automne.
En septembre 2016, Linde
avait déjà renoncé à une première tentative de fusion avec
Praxair, faute d’un accord sur
la gouvernance.
M. V.
A
A. PIERDOMENICO/BLOOMBERG, BETTMANN ARCHIVE/GETTY IMAGES, T. PORTER - STOCK.ADOBE.COM
LE GÉANT DU SODA
RACHÈTE LE TRUBLION
SODASTREAM PAGE 24
Le groupe pétrolier français Total
s’est officiellement désengagé
d’Iran, selon le ministre iranien du
Pétrole, Bijan Namdar. « Total a officiellement mis fin à l’accord pour le
développement de la phase 11 de
South Pars », a expliqué le ministre
cité par l’agence Icana. Une déclaration confirmée par le groupe.
L’accord portant sur le développement du champ gazier South Pars 11
avait été signé en juillet 2017. Total
en détenait 50,1 %, aux côtés du
chinois CNPC (30 %) et de l’iranien
Petropars (19,9 %). L’investissement initial du pétrolier français devait se monter à 1 milliard de dollars.
Dès que le président Donald Trump
a remis en cause la participation des
États-Unis à l’accord sur le nucléaire
conclu en 2015, l’avenir du projet est
devenu beaucoup plus incertain. Encore plus quand le président américain a annoncé la mise en place de
nouvelles sanctions. Total a rapidement expliqué qu’il ne pourrait pas
rester en Iran, à moins de recevoir
une dérogation de la part des autorités américaines. Ce qu’il n’a pas
obtenu.
La question est maintenant de savoir ce que va devenir la participation du groupe français dans South
Pars. Début août, une agence de
presse iranienne avait indiqué que le
groupe chinois CNPC la reprendrait.
L’entreprise française est, elle,
beaucoup plus prudente. « Pour notre part, nous n’avons pas été informés d’une position officielle de
CNPC », explique Total, tout en reconnaissant que « CNPC a le droit
de reprendre notre participation s’il
le décide ».
Total n’est pas la seule société
française concernée par ce retour
des sanctions américaines. Air liquide s’est aussi retiré. Les constructeurs français PSA et Renault sont
également concernés, puisqu’ils ont
tout deux créé une ou plusieurs
coentreprises sur place. PSA a
d’ores et déjà annoncé qu’il avait
commencé la suspension de ses
activités iraniennes. Renault a
adopté une position un peu plus
ambiguë : Carlos Ghosn, son PDG,
ayant expliqué qu’il ne compte pas
abandonner l’Iran, même s’il ne souhaite pas s’exposer à des sanctions
américaines.
E. E.
mardi 21 août 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
L’Italie inquiète Bruxelles et les marchés
Le ton eurosceptique accentué depuis la catastrophe de Gênes et l’incertitude budgétaire annoncent une
les (M5S). « Si l’Europe nous empêche de dépenser des fonds pour
mettre en sécurité nos écoles et nos
autoroutes, alors il faudra se demander s’il y a lieu de continuer à
respecter ces obligations », tonnait,
le surlendemain de la tragédie,
Matteo Salvini, le leader de la Ligue
et vice-président du Conseil. Et
d’ajouter : « Il faut négocier avec
Bruxelles parce que l’austérité et les
obligations européennes, on finit
par en mourir. »
À Bruxelles justement, les
inquiétudes sur l’Italie sont
palpables. « La rhétorique de
M. Salvini est déplaisante. De
surcroît, elle est fausse »,
confie-t-on à la Commission. De son côté, lors d’une
conférence de presse, Pierre
Moscovici, le commissaire
chargé des Affaires économiques, a rappelé que l’Italie avait reçu 2,5 milliards
d’euros de fonds européens sur la période 20142020 pour ses infrastructures ; obtenu le feu vert
de la Commission en
avril 2018 pour un plan
d’investissement
de
8,5 milliards pour les
autoroutes italiennes et
enfin que le plan Juncker a
permis de déclencher un
investissement de 12 milliards d’euros pour des projets de transport en Italie.
RICHARD HEUZÉ (À ROME),
rheuze@lefigaro.fr
FABRICE NODÉ-LANGLOIS
£ @Fnodelanglois
ET ANNE ROVAN (À BRUXELLES)
ZONE EURO Lorsque deux analystes de la Société générale ont écrit,
la semaine dernière, que les bons du
Trésor grecs pourraient devenir un placement plus
sûr que les emprunts
italiens, leur note n’est
pas passée inaperçue.
Et a attisé la défiance
des investisseurs envers la péninsule,
entretenue depuis le
début de l’été, à
l’approche d’une
rentrée qui s’annonce tendue.
Symptôme
le
plus manifeste de
cette anxiété : le
15 août, l’État italien empruntait à
dix ans au taux de
3,15 %, un coût
inégalé depuis 2014.
Quant au fameux
« spread », l’écart
entre le taux italien et
le taux allemand, il
affichait son plus haut
niveau depuis 2013, en
pleine crise des pays européens du « Club Med ».
La catastrophe du pont
Morandi de Gênes est venue alourdir un peu plus le
climat. Elle ne fait qu’exacerber la posture eurosceptique de la Ligue et de
son partenaire de coalition, le Mouvement 5 étoi-
Fonds européens ou pas, toujours est-il que le secrétaire d’État
Giancarlo Giorgetti, membre de la
Ligue, a averti lundi que les investissements nécessaires après la
catastrophe de Gênes pourraient
faire passer le déficit budgétaire
au-dessus de la ligne rouge de 3 %
fixée par Bruxelles. « Le seuil de
3 % n’est pas une Bible », avait déjà
averti plus tôt son patron, Matteo
Salvini. Aussi, lorsque le ministre
de l’Économie et des Finances, le
technocrate sans étiquette Giovanni Tria, assure que « le gouvernement fera son possible pour respecter les engagements budgétaires
européens », sa parole pèse peu.
Retour en arrière
Le patronat italien, comme Bruxelles et les marchés, redoute les
dérapages budgétaires : « Recourir
au déficit veut dire accumuler
d’autres dettes au détriment des générations futures », s’alarme le président de la Confindustria, Giovanni
Boccia. D’autant que les entrepreneurs sont échaudés par l’une des
premières mesures du gouvernement votée au Parlement en juillet :
un retour en arrière du Jobs Act, la
réforme de Matteo Renzi qui avait
assoupli le Code du travail.
En attendant la publication, le
27 septembre, des grandes lignes
du budget, le flou prévaut. Si le
gouvernement instaure, comme il
s’y est engagé, son revenu citoyen
et sa « flat tax » (un impôt sur le
revenu à 15 % ou 20 %), ces seules
mesures creuseraient le déficit à
6 % du PIB, calcule le cabinet Capital Economics. « Le président du
Conseil, Giuseppe Conte, a expliqué
que ces mesures ne seraient pas applicables à court terme, nuance Sofia Tozy, économiste chez Coface,
car la “flat tax” nécessite une refonte de la fiscalité et le revenu citoyen
une réforme des agences de l’emploi. » La discussion budgétaire va
néanmoins provoquer des affrontements entre les partenaires de la
coalition, ainsi qu’entre Rome et
l’Économie, Giovanni Tria, et la Banque
d’Italie. Autre exemple du féroce
partage du pouvoir en cours : Mario
Nava, 52 ans, l’un des fonctionnaires
européens les plus compétents en
matière financière, ancien
collaborateur à la Commission de
Romano Prodi et de Mario Monti, avait
été désigné en décembre dernier
président de la Consob, l’autorité de la
Bourse italienne. Un profil trop
européen, jugé « incompatible » avec
le poste par la Ligue et le M5S. À la tête
de la RAI, l’audiovisuel public, Matteo
Salvini a imposé un journaliste de
55 ans, Marcello Foa, connu pour ses
positions souverainistes.
R. H.
Bruxelles. Or, le « jeu d’équilibrisme permanent du gouvernement
n’augure rien de bon pour la
confiance, donc pour l’activité »,
poursuit l’économiste de Coface
qui annonce « une zone de turbulences pour la rentrée ».
« Comment le gouvernement italien jouera-t-il sa partition européenne ? », s’interroge-t-on à
la Commission.
« Rentrera-t-il
dans le cadre commun ou ira-t-il à
la confrontation ? » C’est bien
la question qui tient en haleine
les dirigeants européens et les
marchés. ■
L’Etat italien emprunte à plus de 3 %
Le parti populiste M5S arrive
en tête des élections. Mais une coalition
de centre-droit est pressentie.
LUIGI DI MAIO, LE 13 AOÛT
Source : Bloomberg
29 mai : 3,13 %
15 août : 3,18 %
Les investisseurs redoutent que le gouvernement
italien soutienne la sortie de l’euro
Plus que la catastrophe du pont de Gênes, le 14 août,
la chute de la monnaie turque fait craindre
une contagion vers l’Italie, jugée fragile.
3,2
3,07
3
2,8
16 mai : 2,1 %
L’annonce d’une coalition populiste
Ligue et M5S inquiète les marchés.
2,6
5 mars : 1,99 %
2,4
11er juin : 2,6 %
2,2
Le gouvernement est formé.
Dirigé par le technocrate
Giuseppe Conte, il rassure.
2
1,8
février
Infographie
mars
avril
mai
La coalition se déchire sur les grands travaux
A
Fabrizio Palermo illustre parfaitement
la bataille qui se joue en Italie pour
verrouiller les directions de
l’administration et des entreprises
publiques. Luigi Di Maio et Matteo
Salvini ont nommé ce quadra le
27 juillet dernier à la tête de la Cassa
Depositi e Prestiti (CDP – équivalent
de notre Caisse des dépôts). Les
deux poids lourds du gouvernement
ont préféré ce candidat interne à un
banquier italien, à leur goût trop
indépendant, Dario Scannapieco,
vice-président de la Banque
européenne pour les
investissements (BEI), pourtant
fortement appuyé par le ministre de
TAUX À 10 ANS DES OBLIGATIONS DU TRÉSOR ITALIEN, SUR LES 6 DERNIERS MOIS, en %
« Je ne vois aucun
risque concret que
ce gouvernement
soit attaqué
(sur les marchés) ;
c’est davantage
un espoir
de l’opposition »
Avant l’effondrement du viaduc
Morandi de Gênes le 14 août, le
gouvernement avait déjà annoncé
fin juillet une révision complète
des grands chantiers d’infrastructures. La catastrophe renforce la
conviction de la coalition populiste qu’il faut faire le ménage dans
des contrats soupçonnés de trop
souvent complaire à des intérêts
particuliers. Le drame lui fournit
aussi un prétexte pour évoquer la
renationalisation de l’économie. Il
ne lui suffit pas de vouloir retirer à
la société Autostrade ses 3 020 km
d’autoroutes pour les confier à
l’Anas, société publique gérant
26 000 km de routes nationales et
dont les performances économiques sont loin d’être optimales. Le
gouvernement cherche aussi à
« marier » la compagnie aérienne
Alitalia, en difficulté depuis des
années, à un poids lourd de l’État
comme la société des Chemins de
fer (FS). Pas sûr que cette idée de
renationalisation, synonyme de
dépenses publiques, soit du goût
de Bruxelles.
D’autant que la Commission
s’interroge sur la volonté de Rome
d’investir dans les grandes infrastructures qu’elle finance en partie.
Selon l’Association nationale des
constructeurs Ance, 270 grands
ouvrages représentant un investissement de 21 milliards d’euros
sont actuellement gelés, faute
d’autorisations administratives.
Le gouvernement Conte n’a pas
fixé de durée à sa revue de détail
des grands travaux, engagée,
donc, avant la catastrophe de
Gênes. Or ces chantiers sont
La Ligue et le M5S placent
leurs hommes aux postes clés
autant de sujets de discorde entre
la Ligue et son partenaire de coalition, le M5S.
Le plus emblématique est le
tunnel ferroviaire Lyon-Turin,
qui fait l’objet d’un traité entre la
France et l’Italie, ratifié en 2016.
D’une longueur de 57 kilomètres
sous les Alpes, le tunnel qui devrait être livré en 2029 devrait
coûter 8,6 milliards d’euros dont
l’Europe financera 40 % tandis
que France (25 %) et Italie (35 %)
se partageront le reste.
Le Lyon-Turin fâche
Fin juillet, le ministre (Cinq étoiles, M5S) des Infrastructures et des
Transports, Danilo Toninelli, annonçait que toutes les options
étaient envisagées, y compris l’interruption des travaux du côté italien. Un renoncement ferait encourir à l’Italie jusqu’à 2 milliards
d’euros de pénalités et jetterait un
discrédit durable de la France et
de l’Europe sur tout futur investissement d’envergure dans la
Botte.
En fait, les Cinq étoiles sont prisonniers de leur base militante
viscéralement hostile de longue
date au projet. Ils se trouvent aussi
en porte-à-faux avec la Ligue
dont le leader, le vice-président
du Conseil, Matteo Salvini, affirme
sans ambages que « le tunnel se
fera ».
Autre projet combattu par le
M5S, le TAP, gazoduc en partie
sous-marin acheminant le méthane d’Azerbaïdjan vers les Pouilles
(le talon de la Botte). En recevant
le président du Conseil Giuseppe
Conte à la Maison-Blanche le
30 juillet, Donald Trump lui avait
recommandé d’achever le projet,
afin de réduire la dépendance
énergétique de l’Italie à l’égard de
la Russie. Pour Matteo Salvini, le
gazoduc « permettra aux Italiens
d’économiser 10 % sur leur facture
de gaz ». La ministre (Cinq étoiles)
pour le Sud, Barbara Lezzi, le
considère « dépassé et inutile ».
Même opposition à l’égard de
nombreux grands travaux sur le
point de démarrer ou en cours de
réalisation avec des fonds européens : l’autoroute Brescia-Padoue (coût estimé : 7,7 milliards
d’euros), la ligne TGV Brescia-Vérone (2,8 milliards), le Terzo
Valico, une ligne ferroviaire de
53 km qui reliera Gênes au réseau
européen
Bâle-Rotterdam
(8,2 milliards d’euros).
« L’Italie est réputée comme un
pays incapable de décider. Si elle
avait réalisé la bretelle de contournement de Gênes » dont on parle
depuis 1984 (et à laquelle les
Cinq étoiles se sont opposés),
« l’effondrement du viaduc n’aurait
sans doute pas eu lieu », déplore le
constitutionnaliste Sabino Cassese. « Cherche-t-on maintenant à
établir un nouveau record ? Celui
du pays qui revient constamment
sur ses décisions », interroge-t-il.
Et Cassese, de dénoncer cette
« furie » des populistes à « vouloir
effacer toute l’histoire de l’Italie, à
renier les engagements des gouvernements précédents, qui contredit
la volonté du pays d’attirer des
investissements étrangers ». ■
R. H. (À ROME)
juin
juillet
août
1,6
Une proie idéale pour une atta
L’Italie est
« réputée
comme
un pays
incapable
de décider.
Si elle avait
réalisé
la bretelle
de contournement
de Gênes,
l’effondrement
du viaduc
n’aurait
sans doute
pas eu lieu
»
SABINO CASSESE,
CONSTITUTIONNALISTE
DÉCRYPTAGE
Jean-Pierre Robin
jprobin@lefigaro.fr
L’équipe « jaune-vert » qui dirige
l’Italie depuis le 1er juin vit sous le
régime de la peur des marchés financiers. « Je prévois une attaque en
août », a ainsi déclaré le 12 août
(dans le journal Libero) Giancarlo
Giorgetti, sous-secrétaire des services de la présidence du Conseil et
éminence grise de la Ligue (le parti
d’extrême droite de la coalition).
« Les marchés sont peuplés de fonds
spéculatifs affamés qui choisissent
leur proie et fondent sur elle… Les
volumes d’affaires sont faibles en
été, cela permet de préparer le terrain à des initiatives contre les pays,
regardez la Turquie », pointe-t-il.
« Je ne vois aucun risque concret
que ce gouvernement soit attaqué ;
c’est davantage un espoir de l’opposition », lui a répliqué le lendemain
dans le Corriere della Sera Luigi Di
Maio, vice-président du Conseil,
qui, à 32 ans, représente l’autre
camp de la coalition, le Mouvement
5 étoiles (M5S).
La psychose d’une attaque des
marchés obnubile les Italiens depuis des années. Quand la crise
grecque a gagné les autres pays du
sud de la zone euro, obligeant Silvio
Berlusconi à quitter le pouvoir en
novembre 2011 sous la pression du
couple
franco-allemand,
les
« spreads » étaient devenus le principal sujet de discussion dans les
cafés romains, avant le football. Le
spread, l’écart entre le taux d’intérêt à dix ans de la dette italienne et
le Bund - les emprunts allemands –
avoisinait alors 6 %.
Le niveau des taux d’intérêt est vital pour un pays dont la dette publique représente 132 % du PIB (record
dans la zone euro après la Grèce). En
2012, l’Italie avait dû consacrer
83,5 milliards d’euros de sa richesse
nationale (5,2 % de son PIB annuel),
au service de la dette. Somme gigantesque ramenée à 65,6 milliards en
2017 (3,8 % du PIB).
La politique de taux directeurs
quasi nuls de la BCE tout comme ses
achats de titres initiés en 2015
par Mario Draghi ont été une
bénédiction.
Or depuis l’arrivée au pouvoir de
la coalition des deux populismes,
les spreads, qui étaient tombés dans
la zone des 1,5 %, ont quasiment
doublé. L’Italie doit désormais
payer près de 3,1 % sur les emprunts à dix ans, quand l’Allemagne s’endette à 0,30 % et la
France à 0,65 %.
Le pire n’est certes pas toujours
sûr, et l’Italie a deux atouts techniques en sa faveur. Comme le
souligne
Giancarlo
Giorgetti,
l’épargne privée des ménages est
considérable, totalisant 4 400 milliards d’euros, selon les chiffres de
la fédération bancaire Fabi. Grâce à
quoi, plus des trois quarts de la
dette publique sont financés par des
capitaux italiens. Par ailleurs, la
durée moyenne de cette dette est
très longue : chaque année, son renouvellement ne porte que sur 10 %
de son encours total, selon Natixis.
Une remontée des taux d’intérêt ne
LE FIGARO
ÉCONOMIE
ÉCONOMIE
Cette restructuration permettrait d’atteindre un milliard d’économies.
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
BUDGET Où seront réalisées les
économies ? Le gouvernement a
donné, au milieu de l’été, une
partie de la réponse à la question
que lui pose la Cour des comptes
depuis des mois. Les administrations déconcentrées, présentes
dans les territoires, seront fortement mises à contribution pour
remplir les objectifs du programme d’économies et de réformes
« CAP 2022 » et satisfaire l’objectif de réductions des effectifs de
fonctionnaires d’État (50 000 durant le quinquennat).
Le premier ministre, Édouard
Philippe, a ainsi envoyé aux préfets, le 24 juillet, une circulaire
précisant les ambitions du gouvernement sur le sujet. La présence de l’État sur le terrain « mérite
aujourd’hui d’être analysée pour
que chaque mission publique soit
assurée dans les meilleures conditions et sans redondance inutile et
coûteuse », écrit le chef du gouvernement. Il faut donc rationaliser et faire des économies.
Certaines missions de l’État au
niveau local « peuvent être allégées », précise Édouard Philippe.
En premier lieu, le « développement économique » (subventions
au développement des PME, instruction de certaines subventions
agricoles…). Et pour cause, les régions et les intercommunalités se
partagent déjà la compétence, et
donc l’essentiel des moyens financiers en la matière. Les administrations d’État font donc dou-
Les
objectifs
budgétaires
sont
compatibles
avec
le lancement
des réformes,
la « flat tax »
et le revenu de
citoyenneté
»
GIOVANNI TRIA, MINISTRE
DE L’ÉCONOMIE, LE 3 AOÛT
Une dette qui dérape...
131,8 %
NICOLA MARFISI/AP, ALESSIA PIERDOMENICO/BLOOMBERG
130
120
110
MATTEO SALVINI, LE 16 AOÛT
23
23
Les services de l’État dans les régions
et départements vont maigrir
rentrée agitée.
« Si l’Europe nous
empêche de dépenser
des fonds pour mettre
en sécurité nos écoles
et nos autoroutes,
alors il faudra
se demander s’il y a
lieu de continuer
à respecter
ces obligations
(budgétaires) »
mardi 21 août 2018
100
90
80
2008
2017
DETTE PUBLIQUE, en % du PIB
... et un déficit jusqu’à
présent en recul
5
blon. Un plan de réorganisation a
d’ailleurs déjà été lancé en janvier 2017 afin « d’externaliser les
activités résiduelles » et supprimer
celles qui sont « devenues inertes,
sans plus-values ».
L’État veut toutefois se garder
un domaine réservé, inflammable
politiquement, comme l’a rappelé
l’été dernier l’affaire GM&S dans
la Creuse : « le suivi des dossiers de
restructuration les plus sensibles ».
Doublons avec
les collectivités locales
Autre sujet dont le gouvernement
veut désengager l’État, le tourisme - secteur confié aux collectivités depuis quinze ans ! Quant à
la politique du sport (développement du « sport pour tous » en direction des femmes, des handicapés ou des scolaires), elle ne
sera maintenue que dans les territoires défavorisés. Aussi dans le
viseur de l’exécutif, les subventions étatiques versées localement
aux activités culturelles, la politique de la famille et de l’enfance
(qui serait délégué en totalité aux
caisses d’allocations familiales), le
pilotage des emplois aidés - qui
pourrait être confié à Pôle emploi,
précise la circulaire de Matignon.
Autant de sujets sur lesquels le
premier ministre « attend retours
et propositions » des préfets d’ici à
octobre, qui ne doivent pas
oublier de consulter les syndicats,
précise le premier ministre. Aux
représentants de l’État sur les territoires de mettre ensuite en musique ces axes de travail.
La Cour des comptes, elle, n’a
pas attendu la circulaire pour
donner des idées au gouvernement. Dans un rapport publié en
décembre, elle invite l’État à
« renoncer à disperser ses moyens
dans des missions où sa plus-value
est marginale, notamment vis-àvis des collectivités décentralisées ». Les experts de CAP 22
missionnés par l’exécutif pour lui
proposer des pistes d’économies
ne disent pas autre chose et
conseillent de « supprimer les
doublons » entre État et collectivités. « Malgré la réduction des
moyens et des effectifs dans les
services déconcentrés de l’État,
celui-ci
n’abandonne
jamais
véritablement une compétence »,
note le rapport dévoilé en juillet
par Le Figaro, qui décrit en creux
une administration jalouse de
compétences pourtant abandonnées aux collectivités locales.
Montant des économies réalisables si on s’y attaque : un milliard
d’euros, chiffre même la mission
CAP 2022.
Le gouvernement ne veut pas
que cette politique soit dénoncée
par l’opposition comme un abandon des territoires périphériques
déjà en difficulté. La dernière partie de la circulaire, et aussi la plus
courte, porte ainsi sur les moyens
de « réinventer le service public de
proximité ». Pour concilier fermetures d’administrations et proximité des services publics, l’exécutif entend implanter « de
nouveaux points de contact mutualisés et polyvalents », sur le modèle
des maisons de service public. À
cette heure, ce projet reste toutefois plus flou que les projets de
restructuration. ■
UNE PRIME
POUR
LES PRÉFETS
« Un mécanisme
d’intéressement aux
économies réalisées
sera instauré »,
précise le premier
ministre dans sa
circulaire du 24 juillet
aux préfets.
Ces derniers, ainsi
que les responsables
d’administration
déconcentrées,
touchent déjà un
« complément
indemnitaire »,
« qui tient compte
de l’engagement
professionnel et de la
manière de servir »,
précise un décret
de 2014. La liste des
agents éligibles à la
nouvelle prime aux
économies « est en
cours d’instruction »
au ministère
de l’Action
et des Comptes
publics, précise-t-on
à Matignon.
G. G.
2,3 %
4
3
Source : Eurostat
2
1
0
2008
2017
DÉFICIT PUBLIC, en % du PIB
Vingt ans de reculs
Par ailleurs, les véritables difficultés de l’Italie ne tiennent pas à ses
finances publiques, qui se sont
améliorées ces dernières années et
qui, mis à part l’endettement, sont
en meilleure posture que les comptes français. Il s’agit bien plus d’un
problème de compétitivité et de
croissance que résume parfaitement une étude de la BCE : depuis
l’entrée dans l’euro en 1999, le PIB
moyen de chaque Italien a reculé de
24,7 %, comparé à celui d’un Européen (de l’UE à 28). Vieillissement
de la population, insuffisance des
investissements productifs des entreprises depuis vingt ans, essoufflement des exportations : tels sont
les vrais défis de l’économie italienne. Or il n’est pas sûr que la
coalition des extrêmes « jaunevert » ait trouvé la panacée. ■
AUTOSTRADE
NATIONALISÉ ?
L’action du groupe
Atlantia, maison mère
d’Autostrade per l’Italia,
le gestionnaire du viaduc
de Gênes, qui s’est
effondré le 14 août,
faisant 43 morts, a perdu
près de 5% lundi
à la Bourse de Milan.
Depuis la catastrophe,
le titre a perdu 25 %, soit
5 milliards d’euros partis
en fumée. Le ministre
des Transports,
Danilo Toninelli, a évoqué
la nationalisation
du groupe autoroutier,
une opération
« avantageuse »
pour l’État italien,
selon lui, qui récupérerait
les recettes de péages.
À en croire une étude
réalisée par Fillea Cgil,
le syndicat de la
construction,
citée par La Repubblica,
cette nationalisation
coûterait entre 15,8 et
18,2 milliards d’euros à
l’État et ne serait amortie
qu’en quarante ans.
Dans une circulaire datée du 24 juillet, le premier ministre, Édouard Philippe, invite les préfets à formuler des propositions d’ici à la mi-octobre
pour « clarifier les missions exercées au niveau territorial » et « faire évoluer l’organisation et le fonctionnement des services de l’État ».
Vers des fermetures de centres des impôts
L’une des administrations les plus
présentes sur le terrain devrait
drastiquement réduire sa voilure
dans les prochaines années. Mais
avec une méthode particulière. La
Direction générale des finances
publiques (DGFiP), qui emploie
107 000 agents pour collecter les
impôts et s’occuper de la trésorerie de l’État, doit en effet montrer
l’exemple en matière de rationalisation de la présence de l’administration sur le territoire, explique-t-on au ministère des
Comptes publics.
La conséquence la plus visible
sera la fermeture des petites trésoreries. « Il y en a encore beaucoup », observe-t-on dans l’entourage de Gérald Darmanin.
Dans un rapport publié en juin, la
Cour des comptes dénombre
1 600 trésoreries où travaillent
moins de dix agents, dont 600 où
n’opèrent que moins de cinq
agents. Or, avec si peu de fonctionnaires, une trésorerie « ne
peut délivrer des services avec une
amplitude et une qualité suffisan-
tes », estime la Cour. Certaines
sont même dotées d’un seul et
unique agent !
En réalité, ces dernières années,
le rythme des fermetures de sites
(- 5,9 % entre 2011 et 2016) n’a pas
suivi celui des suppressions de
postes (- 8 %) autorisés par la dématérialisation des impôts et leur
traitement en ligne. Les responsables politiques étaient peu allants à fermer ces services publics
sur le territoire… Les temps
auraient-ils changé ? « Nous allons
tenir un langage de vérité, a prévenu Gérald Darmanin en déplacement dans l’Eure, début juin.
Quand on a dématérialisé un aussi
grand nombre de procédures administratives, on ne peut pas maintenir ouvertes autant de trésoreries. »
Vers un bus des impôts ?
Le gouvernement veut toutefois
concilier ce qui paraît de prime
abord irréconciliable : fermer des
trésoreries trop petites tout en
maintenant une présence forte
dans les territoires désertés par
l’État. Ce qui suppose de déconcentrer les services présents en
Ile-de-France vers les régions.
Puis, dans un même mouvement,
de délocaliser des services régionaux ou départementaux installés
dans des centres urbains vers les
zones périphériques afin de favoriser « les territoires les plus touchés
par la désertification des services
publics », explique-t-on à Bercy.
Ce que Gérald Darmanin appelle la
« déconcentration rurale ».
Le ministre, ancien maire de
Tourcoing, prend l’exemple de
Lille. Pas moins de 1 700 fonctionnaires de la DGFiP travaillent dans
la métropole du Nord, dont la
moitié habite à plus de 45 minutes
de transport. Ces derniers pourraient accepter de travailler plus
près de leur logement, à Béthune
ou ailleurs.
Pour maintenir la présence des
services des impôts dans les zones
rurales, Bercy pourrait aussi
mettre en place des permanences
temporaires et mobiles, sur le
modèle des bibliobus. ■
G. G.
Quand on a
« dématérialisé
un aussi
grand nombre
de procédures
administratives,
on ne peut pas
maintenir
ouvertes
autant de
trésoreries
»
GÉRALD DARMANIN,
MINISTRE DES COMPTES
PUBLICS
A
serait donc pas forcément une catastrophe.
Mais ces caractéristiques sont de
peu de poids face aux incertitudes
entourant la politique économique
de Rome à quelques semaines de la
présentation du budget 2019, fin
septembre. Giovanni Tria, le ministre de l’Économie et des Finances, considéré comme un
« technicien », sans étiquette de
parti, n’entend pas moins réaliser
dès 2019 les deux grandes réformes
portées par la Ligue et le M5S : la
« flat tax » (un impôt forfaitaire de
15 % ou de 20 %, selon les revenus)
et un « revenu de citoyenneté » de
780 euros pour favoriser l’insertion
des plus pauvres. Deux projets qui
seraient très coûteux pour l’État.
FEDERICO PESTELLINI / PANORAMIC
que financière
mardi 21 août 2018 LE FIGARO
24
ENTREPRISES
Pepsi va pétiller dans l’eau avec Sodastream
En avalant l’entreprise d’eaux gazeuses faites maison, le géant américain poursuit sa diversification.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
BOISSONS « Sorry, Coke and Pepsi ». Qu’il semble loin le temps où la
voix langoureuse de Scarlett Johansson, égérie du spécialiste israélien de la gazéification des boissons Sodastream, narguait les poids
lourds des sodas Coca-Cola et PepsiCo. Quatre ans après cette publicité controversée, PepsiCo (Pepsi,
Tropicana, Lay’s, Doritos…) s’offre
le trublion des boissons gazeuses
pour 3,2 milliards de dollars
(2,8 milliards d’euros).
Au-delà du pied de nez à une société au marketing souvent agressif
(lire ci-dessous), c’est une dernière
prise de guerre de taille pour la PDG
sortante de PepsiCo, Indra Nooyi,
maîtresse d’œuvre depuis douze
ans de la stratégie de diversification
du géant américain aux 63,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires.
Sodastream est une « société extraordinaire qui offre aux consommateurs la possibilité de fabriquer
des boissons savoureuses tout en réduisant la quantité de déchets générés. Ce positionnement est en ligne
avec notre stratégie de fabriquer des
produits plus nutritifs, tout en limitant notre empreinte environnementale », a ainsi détaillé la dirigeante
dans un communiqué. Cette acquisition est « hautement complémentaire de nos activités et renforce notre portefeuille d’eau », ajoute son
successeur, Ramon Laguart, qui
prendra les rênes de Pepsi le 3 octobre. Approuvée par les conseils
des deux sociétés, l’opération doit
être conclue d’ici à janvier 2019.
Issue d’un procédé inventé en
1903, Sodastream a donné un coup
de pied dans le rayon des boissons
gazéifiées en proposant aux clients
de faire chez eux leurs propres sodas et eaux pétillantes. Le principe ? Gazéifier l’eau du robinet grâce
à sa machine – vendue au prix de
base de 60 dollars – puis y ajouter
des arômes (citron, orange…).
Avec une promesse : moins de sucres, moins cher et surtout moins
de polluants (pas de bouteilles en
plastique). En quelques années, la
société, qui a misé sur le goût des
consommateurs pour les boissons
plus saines et naturelles, a atteint
près de 500 millions d’euros de
chiffre d’affaires (480 millions en
2017). Elle réalise 60 % de son activité en Europe de l’Ouest et 23 %
dans les Amériques.
En ouvrant les cordons de la
bourse, PepsiCo fait coup double : il
contrecarre un ennuyeux rival et se
développe sur le juteux marché de
l’eau en bouteilles, dont les volumes ont crû en moyenne de 6,2 %
par an entre 2012 et 2016 selon
Euromonitor. Après avoir mis au
second plan ses gammes de sodas
faits maison et stoppé de s’opposer
frontalement aux deux géants des
boissons, Sodastream s’est en effet
recentrée il y a deux ans sur le
marché de l’eau. Avec succès, alors
que les consommateurs se détournent de plus en plus des sodas et jus
de fruits. Après un gros trou d’air
en 2015 et 2016, les ventes de la société israélienne sont nettement
reparties à la hausse l’an dernier
(+ 14 %).
Pour PepsiCo, deuxième acteur
des boissons gazeuses avec 19 %
des volumes mondiaux, selon
Euromonitor, le choix de l’israélien
n’est pas vraiment une surprise. En
2014, les deux sociétés avaient testé
plusieurs semaines les boissons de
PepsiCo sur les machines Sodastream. Ce test avait été à l’origine
de rumeurs d’un rapprochement…
désormais acté.
revenus récurrents par an. Et il affiche des ambitions très fortes,
avec l’objectif de doubler de taille
en France, son troisième marché.
Si les efforts récents de Pepsi
dans l’eau contrebalancent en partie le déclin de ses boissons historiques, il ne reste que quatrième acteur, avec 3,2 % du segment. Soit
Un employé
de Sodastream
sur une chaine de
fabrication de l’usine,
située dans la colonie
de Mishor Adumim,
en Cisjordarnie.
AMMAR AWAD/REUTERS
deux fois moins que le leader Danone (7,6 %), Nestlé (6,9 %) et son
célèbre Perrier, ou Coca-Cola
(5,5 %). Le géant d’Atlanta a aussi
mis les bouchées doubles sur la diversification de son portefeuille,
notamment dans les eaux : Dasani,
Smartwater… Après le succès
d’Aquafina, lancée il y a un quart
de siècle, et avec Sodastream, Pepsi
répond donc coup pour coup : il a
lancé fin 2016 l’eau premium Lifewtr, qui a dépassé 200 millions de
dollars de ventes (175 millions
d’euros) dès sa première année.
Début août, il a complété l’offensive, en misant sur l’eau pétillante
aromatisée Bubly. ■
Clients captifs
Comme l’a fait avant lui Coca-Cola
en entrant en 2014 au capital de
Green Mountain Coffee et de son
système de dosettes pour boissons
froides, PepsiCo met aussi la main
sur des clients plus captifs, un peu à
la manière de Nespresso. Après
l’achat d’une de ses machines, Sodastream estime à 40 dollars les
dépenses annuelles des 13 millions
de foyers équipés de ses machines.
Soit plus de 500 millions d’euros de
EN BREF
Une entreprise habituée aux polémiques
CYRILLE LOUIS £@Cyrille_louis
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
« Plusieurs
organisations
de défense
des droits
de l’homme
critiquent
l’implantation
de
Sodastream
dans
les Territoires
occupés
»
« Nous allons continuer à être un
peu fous » : Daniel Birnbaum,
PDG de Sodastream, n’a pu réprimer un clin d’œil à l’annonce de
son rachat par PepsiCo. L’entreprise israélienne de machines à
préparer des boissons gazeuses
à domicile doit une partie de sa
notoriété à son sens de la transgression.
Au début des années 2010, ses
dirigeants défièrent ouvertement
Coca-Cola dans le but d’assurer la
notoriété de leur produit et s’attirèrent, en retour, les foudres du
géant américain. Plus récemment, la société s’est retrouvée au
cœur d’une virulente campagne
d’appel au boycott en raison
de ses activités en Cisjordanie
occupée.
L’orage, que les dirigeants de
Sodastream n’avaient apparemment pas vu venir, a éclaté en
janvier 2014. L’actrice américaine
Scarlett Johansson, qui vient
d’accepter de représenter le fabricant israélien dans ses campagnes promotionnelles, renonce
dans la foulée au rôle d’ambassadeur qu’elle exerçait depuis huit
ans auprès d’Oxfam. L’ONG britannique, très active auprès des
communautés palestiniennes de
Cisjordanie, juge les deux missions peu compatibles dès lors
qu’une des usines de Sodastream
se trouve dans la colonie de Mishor Adumim. Ce n’est, à dire vrai,
pas un secret, mais les dénonciations du mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions
(BDS) n’avaient jusqu’alors reçu
qu’un écho limité. La notoriété de
Scarlett Johansson va leur donner
une tout autre ampleur.
Bouteilles en plastique
Tandis que plusieurs organisations de défense des droits de
l’homme, dont Human Rights
Watch, critiquent l’implantation
de Sodastream dans les Territoires occupés, les appels à boycotter la marque se multiplient en
Europe. Daniel Birnbaum se défend en soulignant que son entreprise emploie quelque 500
ouvriers palestiniens dont le salaire horaire est nettement plus
élevé que ceux pratiqués par la
majorité des employeurs palestiniens.
La presse est invitée à visiter
l’usine de Mishor Adumim et à interroger son personnel, qui rejette
VINCI GROSSIT
AUX ÉTATS-UNIS
en bloc le procès intenté à
Sodastream. Ces attaques, assure
d’ailleurs la direction, n’ont
qu’un impact mineur sur son
chiffre d’affaires. Mais, en 2015,
elle annonce la fermeture du site
et sa relocalisation dans la ville israélienne de Lehavim. Plusieurs
centaines d’employés palestiniens
sont licenciés après que les autorités ont refusé de leur accorder
un permis de travail.
Les dirigeants de Sodastream,
dans un tout autre registre,
avaient suscité quelques années
plus tôt une vive controverse en
s’attaquant de front aux fabricants de boissons gazeuses. Affirmant agir au nom de la protection
de l’environnement, ils avaient
accusé leurs concurrents de polluer la planète en commercialisant leurs sodas dans des bouteilles en plastique. La machine
commercialisée par l’entreprise
israélienne, par contraste, fut
présentée comme éco-compatible. Coca-Cola, dénonçant une
campagne de « dénigrement »,
contre-attaqua devant les tribunaux et obtint l’interdiction de
certains spots publicitaires.
Un revers qui, de toute évidence, n’a guère freiné Sodastream
dans son ascension. ■
£ Pour 486 millions d’euros,
Eurovia, filiale de Vinci, rachète
Lane Construction,
constructeur d’infrastructures
de transports aux États-Unis.
Eurovia y double ainsi de taille
et devient l’un des leaders
des travaux routiers de la côte
Est, avec un chiffre d’affaires
d’environ 1,2 milliard de dollars.
BAISSE DU PRIX
DU GAZOLE
£ La semaine dernière,
le gazole s’affichait en
moyenne à 1,4517 euro le litre,
soit 0,40 centime de plus
que la semaine précédente,
selon le ministère de la
Transition écologique
et solidaire. Le litre d’essence
sans plomb 95 (SP95) a reculé
de 0,21 centime à 1,5449 euro
et celui de SP98
de 0,14 centime, à 1,6110 euro.
» Dieselgate : les juges français
dénoncent le manque de
coopération du côté
allemand
» Dubaï va protéger ses gratteciel « historiques »
www.lefigaro.fr/economie
+@
LA SÉANCE DU LUNDI 20 AOÛT
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 43,26
♣
AIR LIQUIDE ..................................
106,65
AIRBUS ..............................................107,88
ARCELORMITTAL SA ..................................
25,635
ATOS .............................................. 99,84
AXA ..............................................
21,515
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
51,18
BOUYGUES ..............................................
36,66
CAPGEMINI ..............................................
112,8
CARREFOUR ..............................................
15,145
CREDIT AGRICOLE ..................................
11,82
DANONE ..............................................68,04
ENGIE .............................................. 13,13
ESSILOR INTL. ..................................123,65
HERMES INTL ..................................549,2
KERING ..............................................463
L'OREAL ..............................................
205,3
LEGRAND ..............................................62,82
LVMH .............................................. 299,25
♣
MICHELIN ..............................................
108,3
%VAR.
+HAUTJOUR
+0,28 43,54
+0,76 107,25
+0,15 108,46
+2,52 25,87
+1,09 99,92
-0,05
21,66
+0,37
51,61
+0,47 36,79
+1,58 112,8
+1,27
15,25
+0,2
11,904
+0,52 68,39
+0,42
13,145
+0,65 124,35
+0,84 551,2
+2,18 466,4
+0,93 206
+0,45 63,02
+0,79 300,6
+0,28 108,95
JOUR
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,15
106,4
107,54
25,475
98,34
21,475
50,97
36,51
110,9
15
11,758
67,69
13,055
122,2
544,4
454,3
202,6
62,44
295,25
107,95
0,22
0,143
0,081
0,143
0,242
0,139
0,181
0,123
0,275
0,31
0,149
0,12
0,123
0,146
0,027
0,154
0,082
0,146
0,073
0,212
+0,6
+1,52
+29,98
-5,46
-17,73
-13,02
-17,78
-15,35
+14,07
-16,05
-14,35
-2,73
-8,41
+7,57
+23,07
+26,75
+11
-2,13
+21,94
-9,41
%VAR.
ORANGE ..............................................14,19 +0,32
PERNOD RICARD ..................................
139,45 +0,36
PEUGEOT ..............................................
24,55 +0,57
♣ 55,66 -0,71
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
72,8
+0,83
SAFRAN ..............................................
107,7
+0,84
SAINT GOBAIN ..................................
35,575 +0,21
SANOFI ..............................................73,43 +0,18
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
68,58 +1,06
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
35,25 +0,04
SODEXO ..............................................92,4
-0,45
SOLVAY ..............................................
113,75 +0,66
STMICROELECTRONICS .............................
16,95
0
TECHNIPFMC ..................................24,66 +1,94
TOTAL .............................................. 52,9
+0,95
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
186,6
+0,08
VALEO ..............................................40,18 +2,32
VEOLIA ENVIRON. ..................................
18,05 -0,17
♣
VINCI .............................................. 82
+0,1
VIVENDI ..............................................21,87 +2,2
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,245
140,05
24,76
56,26
73,54
108
35,795
73,85
68,92
35,61
93,28
114,75
17,105
24,85
53,21
188
40,36
18,175
82,66
21,9
14,135
138,55
24,42
55,66
72,2
106,5
35,455
73,22
67,8
35,12
91,82
113,5
16,95
24,45
52,63
186,25
39,27
18,02
81,92
21,46
%CAP.ECH
0,099
0,092
0,202
0,219
0,279
0,091
0,173
0,124
0,235
0,275
0,198
0,159
0,167
0
0,126
0,143
1,168
0,196
0,146
0,216
31/12
-1,97
+5,68
+44,8
-1,75
-13,24
+25,36
-22,63
+2,2
-3,22
-18,12
-17,54
-1,86
-6,89
-4,6
+14,89
-35,47
-15,16
-3,7
-2,45
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5631
1,4927
0,8948
8,9645
126,25
1,1366
1,142
3,1566
11,103
6,9863
20,4928
7,8351
79,74
135,6473
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33890
33410
-2,47
NAPOLEON ..................................................... 196,9
196,9
-4,83
PIECE 10 DOL USA .....................................................
557
556
-5,27
PIECE 10 FLORINS .....................................................
204
203
-4,14
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1120
1100
-4,11
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
196
196
-3,92
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
295
295
-3,28
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1277
1246
-2,52
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
112
112
+2
PIECE SUISSE 20F .....................................................
195,1
195,1
-3,75
PIECE LATINE 20F .....................................................
198
196,5
-2,41
SOUVERAIN ..................................................... 254,8
254,8
-2,26
KRUGERRAND .....................................................
1098
1097
-1,85
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
280,10 16/08/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
48,54 16/08/18
BELLATRIX C ................................................
333,07 16/08/18
SIRIUS ................................................55,49 16/08/18
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A
TESLA DE NOUVEAU CHAHUTÉ EN BOURSE
C’est devenu le feuilleton de l’été à Wall
Street. Tesla ne cesse d’être bousculé en
Bourse depuis que l’emblématique patron du groupe, Elon Musk, a évoqué début août dans un tweet un possible retrait de la cote. Lundi, en début de
séance il reculait de 2,6 %, à 297,55 dollars. Depuis cette annonce, l’action du
constructeur californien de voitures
électriques a cédé plus de 20 %. Le
tweet d’Elon Musk, qui affirmait avoir
l’intention de retirer l’action de la cote
dès qu’elle aurait atteint les 420 dollars,
avait dans un premier temps fait bondir
le titre sur le Nasdaq. Immédiatement
après sa diffusion, JPMorgan avait alors
jugé que l’opération avait 50 % de chances de réussir et relevé son objectif de
cours, de 195 dollars à 308 dollars. Mais,
depuis, la banque a révisé son jugement.
Dans une note diffusée lundi, les analystes de JPMorgan ont annoncé qu’ils
ramenaient leur objectif de cours à
195 dollars, une estimation basée selon
eux « sur la performance intrinsèque de
l’entreprise ». « Quand Elon Musk a
tweeté le 7 août que la seule incertitude
pesant sur l’opération est le vote des
actionnaires, écrivent les analystes de
JPMorgan, nous avions présumé qu’une
tierce partie avait déjà déposé une offre
formelle, que les financements pour
cette offre avaient été sécurisés et que
le conseil d’administration avait au
moins été partiellement informé de cette proposition. Dans la mesure où il nous
est apparu qu’aucun de ces trois présupposés n’était fondé, il nous semble
approprié de revenir. »
Les choses se sont passablement
compliquées pour Tesla ces derniers
temps. La SEC, le gendarme de la Bourse américaine, a ouvert une enquête sur
la communication déroutante d’Elon
Musk.
H. R.
LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
mardi 21 août 2018
Les grandes
escroqueries
25
]
Les arnaqueur
s vendent du
rêve.
seulement. Les
victimes se lais Argent facile ? Pas
pour l’art, leu
sent berner par
r goût pour le
leur passion
vin ou leur soi
Mais la créati
f de notoriété.
vité
empêchent pas et l’organisation des escroc
s ne les
de tomber. Eu
x aussi ont leu
rs failles…
LE FRAUDEUR
L’ARNAQUEUR Victor Lustig (au centre,
lors de son interrogatoire en 1935,
par la police de New York)) s’est forgé
une solide expérience de l’arnaque
outre-Atlantique : paris truqués,
fausse monnaie… Au printemps 1925,
le trentenaire débarque à Paris, en quête
d’un bourgeois cupide facile à plumer.
Il n’a pas encore d’idée, mais une arme
pour faire baisser leur garde aux pigeons :
son élégance et son langage châtié.
L’APPÂT
La Mairie de Paris
éprouve des difficultés à
financer l’entretien de la
dame de fer, inaugurée
trente-six ans plus tôt.
À tel point qu’elle songe
à la démolir. Un article
sur le sujet donne l’idée
à Lustig : revendre
les 7 000 tonnes de fer
de la tour Eiffel.
KEYSTONE-FRANCE/100% KEYSTONE
Victor
Lustig
1/5
L’arnaqueur
professionnel qui a
vendu la tour Eiffel
Printemps 1925, Paris. En plein milieu des Années folles, la capitale
française fleurit et les touristes insouciants se promènent. Aux terrasses des Champs-Élysées, dans la
foule, deux passants apparemment
sans histoire passeraient presque
inaperçus. Et pourtant… Ils viennent de traverser l’Atlantique à la
recherche d’une fortune à plumer.
Au sein de ce duo en quête de mauvais coups figure Victor Lustig,
bourgeois d’origine tchèque et
grand séducteur, qui vit depuis
plusieurs années d’escroqueries en
tous genres entre les États-Unis et
l’Europe.
Faux paris truqués, boîtes pour
fabriquer de la fausse monnaie,
pièces de théâtre fictives à Broadway, parties de cartes truquées…
L’homme est passé maître dans
l’art d’exploiter les penchants humains pour la fortune et la notoriété faciles. Sa cible favorite : les
bourgeois cupides. Accompagné de
Dan le Dandy, alias Robert Arthur
Tourbillon, un complice rencontré
lors de ses précédents coups montés, Lustig n’a pourtant cette fois
qu’une vague idée de sa prochaine
arnaque.
L’actualité se chargera de l’imaginer pour lui. Apprenant par la
presse que la Mairie de Paris a de
telles difficultés financières à entretenir la tour Eiffel qu’elle songe à
la démolir, une idée lui vient. Il va
vendre lui-même la dame de fer !
Encore controversé trente-six ans
après son inauguration, le monument est l’appât idéal. Le pari est
fou mais il se révélera diablement
efficace.
Le scénario monté, Victor Lustig
choisit soigneusement sa proie : un
homme fortuné, mais trop peu introduit dans la haute société pour
ne pas garder une soif ardente de
reconnaissance. Ce sera André
Poisson. Le nom est prédestiné, et
la proie, facile à hameçonner. Avec
son acolyte qui campera son secré-
taire, M. Dante, Victor Lustig prépare des invitations à en-tête de la
Société d’exploitation de la tour
Eiffel qu’il envoie, outre à André
Poisson, aux quatre principaux ferrailleurs de la capitale.
Le lieu pour mettre en œuvre
l’escroquerie est tout choisi : ce
sera le Crillon, où les deux bandits
ont élu domicile. L’endroit est volontairement discret pour discuter
en toute tranquillité d’un contrat
qui pourrait susciter l’émoi d’une
partie des Parisiens. Car le faux deal
proposé est énorme : racheter les
15 000 poutres composant les
312 mètres de l’emblème de la capitale parisienne, que la Mairie va
purement et simplement détruire.
Soit 7 000 tonnes de ferraille à revendre. Malgré l’énormité du
mensonge, la victime ne se méfie
pas. En effet, si la presse en parle…
Fausse convocation
signée de la Mairie de Paris
En ce vendredi de mai 1925, tout est
d’ailleurs minutieusement pensé
par Lustig pour crédibiliser une
histoire pour le moins farfelue. Le
lieu : un palace à l’abri des regards.
Mais aussi l’élégance et le langage
châtié de l’escroc, qui a grandi dans
la bourgeoisie autrichienne. Ainsi
que le secrétaire bien sous tous
rapports, ou encore le nombre restreint d’industriels conviés, tous
ayant pignon sur rue. La fausse
convocation envoyée par la Ville de
Paris reste enfin suffisamment vague pour titiller la curiosité des invités. En assurant être envoyé par
le président Doumergue en personne, Lustig achèvera de ferrer
son Poisson.
Après avoir présenté son appel
d’offres factice, l’escroc se paye
même le luxe d’un coup de bluff en
invitant ses convives d’un jour à
grimper sur l’objet de la transaction. Avec l’assurance d’un haut
fonctionnaire, il obtient un passedroit pour monter gratuitement sur
la tour. Alléché par la notoriété que
lui apporterait ce contrat en or,
André Poisson remettra comme
CHRONOLOGIE
4 JANVIER 1890
Naissance de Victor
Lustig à Hostinné
(Autriche-Hongrie)
ANNÉES 1910
Se spécialise
dans l’escroquerie
de croisiéristes
fortunés entre l’Europe
et les États-Unis
PRINTEMPS 1925
Arrivée à Paris
MAI 1925
Vend la Tour Eiffel à
André Poisson, avec un
complice. Ils tentent de
rééditer l’exploit, sans
succès. Exil en Floride
LE PIGEON
Al Capone, le roi
de la pègre de Chicago,
compte parmi
les victimes de Victor
Lustig, qui lui soutira
5 000 dollars en 1926.
RUE DES ARCHIVES/RDA
Après de multiples
arnaques, il se fait
arrêter pour
la 48e et dernière fois
à Pittsburgh (USA)
convenu cinq jours plus tard une
offre. Tout comme les quatre autres
invités.
L’histoire, narrée par un agent
des services secrets des États-Unis
ayant filé Victor Lustig pendant sa
carrière d’arnaqueur (1), n’a pas
retenu la somme mise sur la table.
Mais la légende veut que l’escroc se
soit à plusieurs reprises vanté
d’avoir obtenu de sa victime
100 000 francs de l’époque.
1935
Exiger un pot-de-vin
pour convaincre le pigeon
1926
Se frotte à Chicago
à Al Capone, à qui
il soutire 5 000 dollars
OCTOBRE 1934
Procès à New York
pour avoir, fabriqué
et écoulé 1,35 million
de faux dollars. Écope
de vingt ans de prison,
à la prison d’Alcatraz
11 MARS 1947
Décès d’une
pneumonie à l’hôpital
pénitencier de
Springfield (Missouri).
Prévenu de la préférence donnée à
son offre, André Poisson se presse
de réunir les fonds. Il doit les remettre cinq jours plus tard à l’occasion d’une nouvelle rencontre,
en tête à tête cette fois, mais toujours au Crillon. Il ira même jusqu’à hypothéquer sa maison. Mais
les nuits portent conseil, et il commence à douter de l’identité de ses
interlocuteurs, si soucieux de discrétion. Il renâcle à donner son
chèque.
C’est sans compter sans les talents d’acteur de Victor Lustig, qui
paraphe l’affaire avec toute l’audace dont il est capable. Il demande
un pot-de-vin à sa victime pour finaliser le contrat, pratique habituelle dans l’administration à
l’époque. Cette exigence achèvera
de convaincre sa cible de la véracité de l’opération. Elle plie et remet
son chèque. Une demi-heure plus
tard, les deux comparses filent à la
banque toucher leur dû… puis aux
frontières allemande et autrichienne avec de faux passeports.
En tout est pour tout, la fausse affaire aura été conclue en moins de
dix jours.
Une fois en Autriche, les deux
escrocs mènent grand train. Mais
ils sont rapidement rattrapés par
l’appât du gain. Honteux d’avoir
été ainsi berné, André Poisson ne se
plaindra, en effet, jamais de l’immense escroquerie dont il a été victime. Pour Lustig, si l’affaire ne fait
aucune vague, pourquoi donc ne
pas recommencer ?
André Poisson, ferrailleur
en quête de notoriété,
répond à l’appel d’offres
soi-disant monté
par la Mairie de Paris.
Il verse même à Lustig
un pot-de-vin,
pratique courante
dans l’administration
de l’époque, pour
s’assurer de remporter ce
contrat à 100 000 francs.
Un mois plus tard, il retourne
donc à Paris avec son complice pour
retenter le grand bluff. Mais la victime s’avérera moins docile. Le pot
aux roses rapidement découvert,
elle contraindra l’escroc en série à
s’exiler en Floride, sans toucher les
fruits de son arnaque. Victor Lustig
se sépare au même moment de son
complice, connu pour son manque
de loyauté. Arrêté dix ans plus tard
pour la quarante-huitième fois,
l’homme qui vendit la tour Eiffel ne
sera jamais vraiment inquiété pour
cette arnaque. Il écopera de quinze
ans de prison pour fabrication massive de fausse monnaie. ■
(1) « L’Homme qui vendit la tour Eiffel »,
Floyd Miller et James F. Johnson (1963),
Calmann-Lévy, 250 pages.
RETROUVEZ DEMAIN:
Marthe Hanau, la financière
des Années folles
A
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
PICTURE ALLIANCE/RUE DES ARCHIVE
En plein milieu des Années folles, l’escroc tchèque
s’est fait un nom en vendant la dame de fer
à un ferrailleur… un peu trop crédule.
mardi 21 août 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et PUBLICITÉ
L’Europe veut forcer les géants du Web
à mieux modérer les contenus terroristes
Un projet de régulation exige que les contenus problématiques signalés soient supprimés en vingt-quatre heures.
ligne plus modestes, ou moins
connues du grand public. « La différence de taille et de moyens [des entreprises du Web] signifie des capacités différentes pour lutter contre les
contenus terroristes. En outre, leurs
politiques en la matière ne sont pas
toujours transparentes, estime Julian
King, toujours au Financial Times.
Cela permet à ces contenus de continuer à proliférer sur Internet, à réapparaître lorsqu’ils sont supprimés et à
se propager de plateforme en plateforme. »
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
INTERNET Peut mieux faire. C’est
le bilan, sévère, dressé par Bruxelles face aux efforts des grandes plateformes du Web pour endiguer la
propagande terroriste en ligne. La
Commission européenne réfléchit
actuellement à une nouvelle régulation forçant Facebook, Twitter ou
YouTube à supprimer les contenus
faisant l’apologie du terrorisme en
moins d’une heure, d’après les informations du Financial Times.
« Nous ne pouvons pas relâcher
notre attention ou devenir complaisants face à un phénomène aussi
destructeur », a expliqué Julian
King, commissaire européen à la
Sécurité, dans une interview accordée au Financial Times, ajoutant
qu’il n’y avait « pas eu assez de progrès » et que l’Europe devait
« prendre des mesures plus fortes
pour protéger ses citoyens ». Le
projet de régulation devrait être
dévoilé d’ici au mois de septembre.
Il devra ensuite recevoir l’approbation du Parlement européen,
ainsi que d’une majorité des États
membres, avant d’être éventuellement appliqué.
Lois spécifiques
Le siège de
la Commission
européenne,
à Bruxelles.
YVES HERMAN/REUTERS
Vers une harmonisation
Cette initiative marque un changement de stratégie pour l’Europe,
jusqu’ici plutôt en faveur de l’autorégulation des plateformes. En
2016, la Commission européenne
avait fait signer aux principaux
géants du Web un « code de conduite relatif aux discours haineux illégaux en ligne ». Facebook, Twitter,
YouTube (Google) et Microsoft
s’étaient alors engagés à muscler
leur modération et à rendre plus
transparent leur contrôle des
contenus problématiques. Déjà, à
l’époque, ces entreprises avaient
promis d’examiner « la majorité
des signalements valides [de contenus illégaux] en moins de vingtquatre heures ». Deux ans plus tard,
en mars 2018, la Commission européenne constatait que ce délai était
respecté dans 80 % des cas.
Les géants du Web ont aussi
communiqué davantage sur leurs
efforts de modération. Facebook a
annoncé avoir supprimé 1,9 million de documents de propagande
terroriste au premier trimestre
2018. Un nombre très modeste par
rapport à d’autres infractions. Par
exemple, sur la même période, Facebook a supprimé 837 millions de
contenus relatifs à du spam. Idem
pour YouTube, chez qui 2 % des vidéos supprimées pour infractions à
ses règles font la promotion du terrorisme. Ces entreprises s’appuient notamment sur des techno-
logies d’intelligence artificielle
pour repérer plus rapidement, et
automatiquement, les vidéos ou les
images de propagande terroriste.
Elles rechignent néanmoins à donner plus de détails sur leurs modérateurs humains. Facebook a annoncé en 2017 le recrutement de
3 000 personnes supplémentaires à
cet effet, portant le nombre total de
ses modérateurs à 7 500. YouTube a
lui promis que 10 000 personnes
travailleraient à contrôler ses vidéos d’ici à la fin de l’année 2018.
Mais le sujet de la modération
concerne aussi des plateformes en
Apple supprime 25 000 applications de paris en ligne en Chine
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
Les
« applications
de paris sont
illégales et
ne sont pas
autorisées
sur l’Apple
Store
en Chine
»
COMMUNIQUÉ D’APPLE
Apple a finalement cédé à la pression exercée par Pékin. Le groupe
américain vient de passer un grand
coup de balai dans la version
chinoise de son magasin d’applications (App Store). Ce grand nettoyage a visé les applications dédiées aux paris, un service illégal
en Chine, en dépit d’une grande
appétence des consommateurs locaux pour les jeux d’argent de tous
types.
« Les applications de paris sont illégales et ne sont pas autorisées sur
l’Apple Store en Chine », a sobrement fait savoir Apple, après avoir
confirmé le retrait de son App Store chinois « des applications et des
développeurs qui ont essayé de distribuer illégalement des applications
de paris en ligne ». Apple n’a pas
précisé le nombre d’applications
visées, mais en aurait déjà supprimé 25 000, sur un total de 1,8 million d’applications disponibles
dans le pays, selon la chaîne d’informations chinoise CCTV. Le
groupe de Tim Cook précise qu’il
va continuer sur cette voie. Un bon
moyen de faire taire les reproches
qui lui ont été adressés par médias
interposés. Dimanche, CCTV avait
violemment fustigé Apple, estimant qu’il avait laissé « proliférer
les applications de fausses loteries et
de jeux de paris ». La télévision
d’État avait déjà critiqué en juillet
des applications « frauduleuses »
distribuées par l’App Store.
D’autres services pourraient
être touchés. Ainsi, Apple a récemment fait l’objet de critiques
portant sur sa messagerie iMessage
de la part du gouvernement
chinois. Pékin reproche au groupe
de Tim Cook de ne pas assez filtrer
les messages échangés sur son service iMessage. Pour le moment,
seuls les contenus relatifs à des applications de paris en ligne seraient
visés et aucune mesure dans le domaine n’a été annoncée.
Pressions de Pékin
Apple réalise près de 20 % de son
chiffre d’affaires en Chine, soit
9,5 milliards de dollars sur le seul
dernier trimestre. La Chine est le
deuxième plus important marché
pour la société, avec les ÉtatsUnis. Sans parler du fait que ses
iPhone, iPad et la majorité de ses
Mac y sont fabriqués. De quoi inciter à la diplomatie.
Or, la mise en conformité des
contenus en ligne avec les attentes
du gouvernement chinois est un
sujet de plus en plus crucial pour
les acteurs économiques, à com-
Le Québec adopte les courts livres de poche
Le format rencontre un succès inattendu. De petites maisons exploitent le filon.
LUDOVIC HIRTZMANN
lhirtzmann@hotmail.com
A
MONTRÉAL
ÉDITION Longtemps, le Québec,
pays des grands espaces, a aussi été
celui des livres aux grands formats.
« Les petits formats, nous avons essayé, cela ne marche pas », avaient
coutume de dire les éditeurs, même
si les poches de la Bibliothèque québécoise existent depuis les années
1960. Il y a une dizaine d’années,
des éditeurs jeunes et dynamiques
se sont entêtés. Ils ont réussi à imposer de petits formats, bousculant
les dinosaures de l’édition.
Parmi ces nouveau-nés, les éditions Héliotrope, qui, depuis 2006,
publient fictions et polars, ou Alto,
mais surtout, comme le confie la directrice générale adjointe de l’Association nationale des éditeurs du
Québec, Karine Vachon, Le Quartanier « une jeune maison d’édition
qui publie des auteurs de la relève »
depuis 2002. Son fondateur, Éric de
la Rochellière, a souvent édité des
titres de moins de 100 pages.
Les maisons comme Le Quartanier ne marquent pas qu’un chan-
Sur d’autres sujets, comme les
« fake news », l’Europe se contente
généralement d’appeler à la bonne
volonté des géants du Web, plutôt
que de les contraindre par une législation qui serait complexe à définir. Néanmoins, la modération
intéresse les États membres. Plusieurs se sont déjà dotés de lois
spécifiques ou souhaitent en adopter de nouvelles. L’Allemagne a récemment voté une loi forçant les
plateformes en ligne à supprimer
les contenus haineux en moins de
vingt-quatre heures. Sur la propagande terroriste, l’Europe semble
donc choisir la voie de l’harmonisation. ■
gement de format. Karine Vachon
en veut pour preuve le roman Le
Plongeur, un « phénomène littéraire
du… primo-romancier Stéphane Larue, barman à Montréal ». Le jeune
homme, qui a reçu plusieurs prix
littéraires québécois en 2017, raconte l’univers d’un restaurant.
Pourquoi cet engouement pour les
petits formats ? Robert Dion, professeur de littérature à l’université
du Québec à Montréal, rappelle que
« les étudiants n’achètent pratiquement que des formats poche ». Sa
collègue de l’université de Sherbrooke, Josée Vincent, explique que
l’essor de ces éditions est « lié aux
procédés d’impression […]. Tout est
désormais informatisé. Les tirages
initiaux sont faibles, mais on peut
imprimer plus de fois ». Cet éditeur
confie ainsi que « 1 000 exemplaires
au Québec sont une bonne vente et
3 000 copies un best-seller. Les livres
de poésie ne dépassent pas une centaine de ventes ».
Alors, que lisent les Québécois ?
Les acteurs du livre relèvent communément quelques tendances ces
dernières années : une hausse des
romans mettant en vedette de belles histoires dans l’Abitibi des pion-
« les livres qui se vendent le plus sont
les livres de recettes ou de développement personnel, les essais et les livres
pratiques ». Et les livres français ?
« Oui à la culture française, non au
colonialisme culturel », titrait en
1972 un ouvrage collectif des éditions Lémeac. Tout est dit.
Protectionnisme
et subventions
La maison d’édition
québécoise Héliotrope
publie, depuis 2006,
fictions et polars
en petits formats.
PHOTORIZON
niers ou la fabuleuse Gaspésie. Et
dans la même verve, les éditeurs
notent un regain d’intérêt pour la
littérature amérindienne depuis
une décennie. Tous saluent en ce
sens le travail de Rodney Saint-Éloi,
l’éditeur de Mémoire d’encrier. Et
« la première maison d’édition dirigée par des autochtones au Québec,
Les Éditions Hannenorak, de Daniel
et Jean Sioui, d’origine wendate
(Huron, NDLR) », ajoute Josée Vincent. Les Québécois sont aussi
friands de sagas historiques. Professeur de littérature à l’université
Laval, Alain Beaulieu souligne que
L’esprit n’a guère changé. Les éditeurs québécois rêvent de l’immense marché hexagonal. Ils aiment un
peu moins leurs cousins car jusqu’au début des années 1960, la
France dominait de façon écrasante
le marché local. Par des mesures
protectionnistes, l’édition québécoise a pris son envol. « En raison de
l’étroitesse du marché du livre québécois, les subventions sont nécessaires pour faire vivre l’édition nationale », justifie Karine Vachon. Alain
Beaulieu précise : « La littérature
survit grâce à l’appui des gouvernements. » Rencontré dans un salon
du livre québécois, un éditeur suisse
s’étonnait : « C’est assez surprenant, mais les éditeurs québécois
cherchent des auteurs à tout prix
pour toucher des subventions. » ■
mencer par les entreprises américaines. Elles sont en première ligne, Pékin n’entendant pas leur
faire de cadeau, alors que Donald
Trump n’a de cesse d’augmenter
les tarifs douaniers sur les produits
chinois. Les enjeux sont à la fois
politiques, commerciaux et idéologiques. Après avoir tenté de défendre leur modèle, les sociétés
américaines montrent désormais
patte blanche. Google travaillerait
ainsi à un moteur de recherche,
Dragonfly, compatible avec les
exigences de la censure chinoise.
Il semble que le gouvernement
chinois soit bien décidé à passer à
la vitesse supérieure. Après avoir
traqué les contenus « subversifs »
sur le Web, il s’en prend maintenant à toutes les niches susceptibles d’en abriter : jeux vidéo, applications, messageries (Telegram
est déjà interdit en Chine). ■
EN BREF
PIERRE HASKI
REMPLACE BERNARD
GUETTA SUR INTER
£ Le journaliste Pierre Haski
assurera à partir du 27 août
la chronique internationale
de la matinale de France Inter,
en remplacement de Bernard
Guetta qui tenait ce rôle depuis
1991. « Tous les jours c’est à lui
que reviendra désormais la
mission d’analyser la marche du
monde », a tweeté la directrice
de France Inter, Laurence Bloch.
NETFLIX TESTE LES
BANDES-ANNONCES
£ Netflix teste actuellement sur
un petit nombre d’utilisateurs
l’insertion entre deux épisodes
de bandes-annonces pour
promouvoir les programmes de
sa plateforme. S’il est concluant,
le test sera étendu à l’ensemble
des utilisateurs.
UNE « FERME » RUSSE
DE CRYPTOMONNAIE
£ Une société russe a inauguré,
dans un ancien laboratoire
soviétique du nord de la Russie,
une unité de production
de cryptomonnaies
d’une capacité selon elle
sans précédent dans le pays.
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