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Le Figaro - 22 08 2018

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mercredi 22 août 2018 LE FIGARO - N° 23 024 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
LES GRANDES ESCROQUERIES
L’ÉTÉ
MARTHE HANAU,
LA MADOFF DES
ANNÉES FOLLES
DU
FIGARO
PAGE 25
CAMPAGNES
LES SANGLIERS SÈMENT LA
ZIZANIE ENTRE AGRICULTEURS
ET CHASSEURS PAGE 9
Macron confronté aux
défis d’une rentrée difficile
LA MODE PASSE
À TABLE
LAETITIA
IVANEZ : ON
DIRAIT LE SUD
PAGE 14
ESPRIT ES-TU LÀ ?
LA MAGIE
BLANCHE
DE THÉOPHILE
GAUTIER
Après un été marqué par l’affaire Benalla, le Conseil des ministres de rentrée se tient
aujourd’hui. Le chef de l’État veut afficher son intention de maintenir le rythme des réformes.
PAGE 18
JEUX D’ÉTÉ PAGE 17
à bon rythme la « transformation » du pays. Assurancechômage, retraites, plan pauvreté,
déficits
publics,
institutions… les chantiers
sont nombreux et sensibles.
Des réformes qui devront
trouver leur place dans un calendrier parlementaire surchargé du fait des bouleverse-
ments provoqués au mois de
juillet par l’affaire Benalla.
Conseil des ministres ce matin,
réunion d’arbitrage budgétaire
cet après-midi, Emmanuel
ÉTHIOPIE
PAGE 6
è LE GOUVERNEMENT AU DÉFI DE L’EMBOUTEILLAGE PARLEMENTAIRE è LA DROITE ATTEND LE CHEF DE L’EXÉCUTIF AU TOURNANT è BUDGET : L’EXÉCUTIF
FACE À DES CHOIX DRASTIQUES è LE PLAN PAUVRETÉ ET LA RÉFORME DE L’HÔPITAL ENFIN DÉVOILÉS PAGES 2 À 4 ET L’ÉDITORIAL
Un pays en pleine
révolution politique
ASIE
En Chine, le premier
ministre malaisien
dénonce le
« néocolonialisme »
chinois PAGE 7
Vendanges 2018 :
la récolte s’annonce
abondante et de qualité
Les
Vénézuéliens
fuient
en masse
le régime
de Maduro
VANDALISME
Les radars font les
frais de la limitation
à 80 km/h PAGE 8
FOOTBALL
Au Paris SG,
c’est la guerre
des goals PAGE 11
Un entretien avec
le réalisateur
américain Spike
Lee PAGES 12 ET 13
CHAMPS
LIBRES
Les tribunes
de Jean-Louis
Thiériot
et de Jacques
Limouzy
n
PAGE 5
Réponses à la question
de mardi :
L’État doit-il dépenser
davantage pour
la construction
de nouvelles prisons ?
NON
18 %
TOTAL DE VOTANTS : 26 661
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Budget, assurancechômage, retraites...
Faites-vous confiance à
Emmanuel Macron pour
mener à bien les chantiers
de la rentrée ?
ALBERT HARLINGUE/ROGER - JEANCHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
A
l’image d’un « pays sous-développé » (Nicolas
Bouzou) ; la violence ordinaire, qui impose à
chacun ses stratégies d’évitement ; la crise
migratoire, qui désormais hante, en priorité,
l’inconscient collectif.
Maintenant que les mirages du « nouveau
monde » se sont dissipés apparaissent ces défis herculéens. Ils exigent un pouvoir décidé,
courageux, équitable. Les réformes économiques prometteuses de
la première année de
mandat doivent être
suivies d’une indispensable baisse de la
dépense publique et
d’une véritable simplification administrative, sinon la « transformation » espérée se changera en déception
technocratique. Mais l’enjeu prioritaire, celui
qui provoque les victoires en chaîne des
populistes en Europe (hier l’Italie, demain
peut-être la Suède), est culturel. C’est la
« peur de devenir étranger chez soi » (Mathieu
Bock-Côté). Si Emmanuel Macron par sa fermeté et son discernement apaise cette crainte
légitime, le reste viendra par surcroît. S’il la
réduit aux « passions tristes »… ■
Apaiser
les craintes
culturelles
légitimes
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LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
A
FIGARO OUI
FIGARO NON
dieu Brégançon et le soleil du
Midi. Sur Emmanuel Macron reviennent déjà les nuages noirs du
pouvoir, les orages de la politique. Les économistes soulignent
la baisse des prévisions de croissance et la
hausse de l’inflation, les commentateurs évaluent doctement les effets de l’affaire Benalla,
les oppositions rêvent à voix haute de la chute
de « Jupiter » : tous lui promettent une rentrée délicate. L’événement pourtant n’a rien
d’exceptionnel, il est même d’une banalité
confondante. Quel président après un an et
demi de mandat est rentré à Paris avec l’insouciance d’un poète ou d’un rentier ?
Qu’importe ! Virage social ou libéralisme assumé, parole plus rare ou plus courante, empathie ou verticalité… Les conseilleurs s’en
donnent à cœur joie pour le plus grand plaisir
du microcosme.
Les Français, eux, s’en détournent. Ce qui les
intéresse, c’est le macrocosme : une impression globale de déclassement, de délitement,
de dépossession. Les impôts, qui malgré les
bonnes résolutions n’ont en rien baissé ; le
chômage, qui résiste ; les transports, qui
de grèves en pannes donnent de la France
Hommage à Claude Monet, 1991. Photo : Jean-Louis Losi. Collection particulière © Adagp, Paris, 2018
Faux débats, vrais enjeux
@
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@i@c@m@k";
Avec la canicule, les vendanges ont commencé plus tôt que d’habitude dans certaines régions comme la Champagne
ou l’Alsace. Les professionnels prévoient une récolte en hausse de plus de 20 % et un bon millésime 2018. PAGES 22 ET 23
Trois millions de Vénézuéliens ont fui leur pays depuis
l’arrivée au pouvoir d’Hugo
Chavez en 1999. Cet exode a
des conséquences de plus en
plus importantes en Amérique
latine. Le Brésil, la Colombie,
l’Équateur, le Pérou ou le Chili
sont frappés de plein fouet par
les effets de ces migrations.
De son côté, le Costa Rica fait
face à une crise provoquée par
l’afflux de migrants nicaraguayens.
ÉDITORIAL par Vincent Trémolet de Villers vtremolet@lefigaro.fr
PAGE 19
OUI
82 %
RAYMOND ROIG/AFP
CINÉMA
M 00108 - 822 - F: 2,60 E
Macron veut reprendre la main
face à une opposition qui, bien
que dispersée, converge de
plus en plus dans la critique de
l’exécutif.
Malgré un climat économique
plus morose que prévu, le chef
de l’État, de retour du fort de
Brégançon, veut faire la preuve de sa volonté de poursuivre
mercredi 22 août 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
La rentrée compliquée de
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
2
Pour tourner la page de l’affaire Benalla, le président de la République entend maintenir
sur des mesures sociales (pauvreté, santé…), dans un contexte budgétaire de plus en plus
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
La cote
de confiance
d’Emmanuel Macron,
y compris à droite,
venait du fait qu’il
réformait et qu’il
incarnait la fonction
présidentielle.
Désormais dans
l’opinion un doute
s’est insinué quant
à sa conception
du pouvoir
et à sa capacité
réformatrice
»
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
VALÉRIE PÉCRESSE, PRÉSIDENTE
DE LA RÉGION ÎLE-DE-FRANCE
On disait aussi
que la
contestation autour
de la réforme de la
SNCF allait perdurer
dans le temps. Et au
final, qui en parle
encore aujourd’hui ?
Dans un an, on se
demandera comment
l’affaire Benalla a-telle pu créer une telle
effervescence…
»
A
1
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
FRANÇOIS PATRIAT, PRÉSIDENT
DU GROUPE LAREM AU SÉNAT
Notre obsession
doit être
de transformer
le pays et de rester
sur un chemin
de réduction
des dépenses.
Mais que le déficit
soit plutôt à 2,5 %
qu’à 2,3 %, cela me
semble secondaire
STANISLAS GUERINI,
DÉPUTÉ LAREM ET MEMBRE
DE LA COMMISSION
DES FINANCES
»
IL ÉTAIT TEMPS que l’été se termine.
Une période qu’Emmanuel Macron a
pris l’habitude de redouter. Quand il
était banquier, il se méfiait de ces semaines de torpeur, où les attaques spéculatives et les opérations inamicales
prennent de court des marchés assoupis. C’est encore un été, celui de 2017,
que le chef de l’État affronta sa première
épreuve comme président, avec la démission fracassante du chef d’état-major, le général Pierre de Villiers. Et que
dire du cru 2018 ? Entre l’affaire Benalla, la polémique sur la piscine de Brégançon et des alertes sur le front économique - inflation qui repart, croissance
moins forte que prévu… -, l’exécutif
connaît sa pire séquence depuis le début
du quinquennat.
Comment tourner la page ? Comment
montrer que le rouleau compresseur
des réformes ne s’est pas grippé ? C’est
tout l’enjeu du premier Conseil des ministres postvacances, ce mercredi. Dans
ce contexte, se tient une réunion d’arbitrage budgétaire, sur laquelle l’exécutif a amplement communiqué. L’objectif est clair : montrer que le
gouvernement est à la tâche, comme si
de rien n’était.
«Ne croyez pas une seconde que je
compte ralentir ou dévier », a lâché,
vendredi, le président lors de l’un de ses
derniers bains de foule, près du fort de
Brégançon. Une fermeté primordiale
alors que les oppositions sont requinquées. Jean-Luc Mélenchon et Laurent
Wauquiez vont profiter de leur rentrée
politique, cette semaine, pour porter le
fer dans la plaie. « Les Français veulent
qu’on continue à réformer, insiste un
conseiller de Matignon. Nous allons travailler dans notre couloir, sans prendre
en compte les piques de nos détracteurs. » Mais par quelle réforme commencer pour relancer la machine ?
L’exécutif hésite entre deux gros morceaux (lire ci-dessous) : soit le projet de
loi Pacte de Bruno Le Maire sur les entreprises, pour revenir à l’ADN du ma-
cronisme, celui de la levée des blocages
de l’économie française. Soit reprendre
l’examen de la réforme institutionnelle,
qui s’est enlisée au Palais Bourbon, sur
fond d’obstruction parlementaire au
moment de la polémique sur Alexandre
Benalla. Le gouvernement montrerait
qu’il ne cède pas devant la pression. Re-
porter à nouveau ce texte serait vu, en
revanche, comme un recul. Tel est le dilemme que l’Élysée veut trancher dans
les quinze jours.
Viendra dans la foulée une série d’annonces sociales. « Ce n’est pas un virage, juste une adaptation », reconnaît un
proche du chef de l’État. Une inflexion
censée battre en brèche les critiques sur
le président de « droite », dénoncé par
la gauche. Emmanuel Macron préfère
toujours les changements à bas bruit
plutôt que les actes de contrition et
l’autocritique.
Courant septembre, seront dévoilés la
réforme du système de santé et le fa-
Le gouvernement au défi de
L’ombre de l’affaire Benalla
l’embouteillage parlementaire plane toujours sur l’Élysée
MATTHIEU DESMOULINS £@MatthDes
LE RETOUR de vacances promet d’être
rude. Avant même l’affaire Benalla,
l’agenda parlementaire de rentrée
s’annonçait déjà plus que chargé - à
l’image de l’an I du quinquennat d’Emmanuel Macron. Si les commissions se
réuniront de nouveau à partir du
4 septembre, il a d’ores et déjà été arrêté que la session extraordinaire ne
reprendra que huit jours plus tard avec
une nouvelle lecture du texte « Agriculture et Alimentation ». Celui-ci vise
notamment à rééquilibrer les relations
commerciales
entre
agriculteurs,
transformateurs et distributeurs.
Les députés plancheront dans la foulée sur le projet de loi de lutte contre la
fraude fiscale, qui doit mettre en partie
fin au « verrou de Bercy ». Un dispositif régulièrement critiqué pour son
opacité qui accorde au fisc le monopole
des poursuites en cas de fraude.
Une commission mixte paritaire
(CMP) doit également se réunir à la
rentrée autour du projet de loi sur le
logement, dite « loi Élan », adopté fin
juillet au Sénat. Celle-ci aura pour
mission de trouver un compromis sur
les nombreux points de désaccord entre les deux Chambres, notamment en
matière de construction de logements
sociaux.
Arrivent ensuite deux autres textes,
en balance sur l’ordre du jour des parlementaires. La loi Pacte d’abord, destinée à améliorer la compétitivité des
entreprises françaises, maintes fois reportée. La réforme constitutionnelle
ensuite, dont le gouvernement avait
décidé de suspendre l’examen le
22 juillet, en pleine tempête politique
autour de l’affaire Benalla. Pour l’exécutif, le dilemme est de taille. « Tout
dépend de la couleur que l’on souhaite
donner à notre rentrée, analyse un élu
macroniste. Celle de l’économie ou celle
des institutions. » L’Élysée et Matignon
se laissent encore quelques jours pour
rendre leur arbitrage.
« Il est essentiel d’enclencher la session parlementaire avec un texte majeur
pour les salariés et les entreprises »,
martèle la députée La République en
marche (LaREM) Olivia Grégoire, persuadée que les deux projets de loi peuvent être votés avant le début de l’examen du budget. « Si le texte du Pacte
devait être décalé, ce que je ne souhaite
absolument pas, un certain nombre de
dispositions - entre 15 et 20 % - pourraient rejoindre le projet de loi de finances (PLF) et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour
être mises en place en janvier 2019 »,
souligne-t-elle.
70 jours pour examiner
et voter le budget
Débattus chaque année à l’automne,
ces deux textes majeurs occuperont
les députés pendant plusieurs semaines. Le Parlement dispose en effet de
70 jours pour examiner et voter le PLF,
c’est-à-dire le budget pour 2019, sans
quoi le gouvernement a la possibilité
de le mettre en œuvre par voie d’ordonnance. Un délai abaissé à 50 jours
dans le cadre du financement de la
Sécurité sociale.
Cette année, l’exercice s’annonce
d’autant plus périlleux qu’après la sortie de la procédure de déficit excessif
en juin dernier, les yeux européens seront rivés sur les économies engagées
par la France pour se maintenir sous la
fameuse « barre des 3 % ».
Initialement prévue pour le mois de
septembre, la loi d’organisation des
mobilités (LOM) devrait quant à elle
n’arriver au Palais Bourbon que début
2019. ■
PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
DEPUIS LE FORT de Brégançon cet
été, Emmanuel Macron aura joué
l’esquive. Discret pendant ses quinze
jours de congé du mois d’août, le
président a réussi, lors de ses rares
bains de foule, à éviter de revenir sur
l’affaire Benalla. Preuve, selon son
entourage, que les Français sont
passés à autre chose. « Ils en ont ras le
bol d’entendre parler de Benalla.
Même ceux qui ne sont pas macronistes le disent. L’affaire a été surexploitée, surmédiatisée », juge un soutien de premier cercle d’Emmanuel
Macron.
De retour à Paris, le chef de l’État
entend faire comme si l’affaire Benalla
etait derrière lui. Ses proches parient
sur la réorganisation des services de
l’Élysée, prévue d’ici à la fin de l’année, pour enterrer définitivement la
polémique. Promise au cœur de l’affaire, la réforme est censée éviter de
nouveaux « dysfonctionnements » et
autres ambiguïtés, notamment sur le
rôle des conseillers.
« Scandale d’État »
La stratégie de l’esquive sera cependant plus complexe à mener à Paris
qu’à Brégançon. L’opposition, toujours remontée face à ce « scandale
d’État », a prévu de revenir à la charge
à la rentrée. « La période estivale a
marqué une pause, mais l’affaire est
loin d’être terminée. Un grand nombre
de questions restent sans réponse quant
au rôle exact d’Alexandre Benalla à
l’Élysée. On ne peut pas repartir comme
si de rien n’était », souligne Fabien di
Filippo, député Les Républicains qui
promet une rentrée « extrêmement
compliquée » à Emmanuel Macron et à
sa majorité.
Au Sénat, la commission d’enquête
parlementaire doit par ailleurs reprendre en septembre pour faire la lumière sur les « nombreuses zones
d’ombre » de l’affaire. « Notre rapport
de conclusion va remettre l’affaire
Benalla dans l’actualité », certifie un
sénateur issu des rangs de la gauche.
Une menace pas vraiment prise au sérieux par l’exécutif. « S’il y avait tant
d’urgence, ils n’auraient pas suspendu
leur commission pour prendre des vacances », persifle-t-on dans l’entourage du chef de l’État.
À l’aube de la rentrée, l’opposition
de droite et celle de gauche
comptent aussi faire front pour tenter de reporter une nouvelle fois le
projet de réforme constitutionnelle.
En pleine affaire Benalla, l’examen
du texte avait déjà été repoussé à la
rentrée. « Pour la première fois du
quinquennat, nous avons vu que
Macron et son gouvernement étaient
blocables. Toute l’opposition va en
retenir la leçon », prévient Éric
Coquerel, député de La France
insoumise.
Convaincue, l’opposition assure
également que l’affaire Benalla laissera des traces sur le plus long terme.
« Macron a déjà perdu l’électorat de
gauche avec ses réformes sociales.
Avec cette affaire Benalla, il a perdu
celui de droite. Beaucoup d’électeurs,
convaincus au début, ont été très
déçus », rapporte le député LR Claude
Goasguen. « On disait aussi que
la contestation autour de la réforme
de la SNCF allait perdurer dans
le temps. Et au final, qui en parle
encore aujourd’hui ? Dans un an, on
se demandera comment cette affaire
a pu créer une telle effervescence… »,
prédit, serein, François Patriat, le
président du groupe LaREM au
Sénat. ■
LE FIGARO
mercredi 22 août 2018
L'ÉVÉNEMENT
Macron
Bernard Sananès : « Le vrai risque, pour
le président, c’est celui de la banalisation »
le rythme des réformes et mettre l’accent
serré.
meux « plan pauvreté ». Parallèlement,
le premier ministre lancera la renégociation de l’assurance-chômage, avec
les partenaires sociaux. Matignon sera
d’ailleurs à nouveau sollicité pour monter au front. Édouard Philippe prendra
la parole pour clarifier les choix budgétaires du gouvernement, au moment du
séminaire gouvernemental de rentrée,
le 31 août. C’est le retour du premier
ministre fusible. Voilà pour les messages
adressés à l’opinion publique.
Dans la coulisse, une autre partie se
joue. « Le chef de l’État va resserrer les
boulons », croit savoir un membre de
son premier cercle. À l’Élysée, une refonte de l’organisation interne est prévue pour la fin de l’année. Un délai justifié en interne par la nécessité de
repenser le fonctionnement d’une maison forte de 800 personnes. « L’affaire
Benalla a mis en lumière des fragilités
déjà connues au sein de l’Élysée, avec des
équipes qui ne s’aiment pas et ne se parlent pas », pointe, de son côté, un parlementaire en vue de la macronie.
Emmanuel Macron,
sur le perron de l’Élysée,
le 15 juin.
“
Ne croyez pas une
seconde que je compte
ralentir ou dévier
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
EMMANUEL MACRON
3
”
Enfin, le chef de l’État va se démultiplier sur la scène européenne. Cette fois,
il ne s’agit plus d’être sur la défensive. Le
président a en ligne de mire le scrutin
des européennes, en mai prochain. La
première élection depuis sa victoire. Un
sujet au cœur de son projet. Emmanuel
Macron se rendra au Danemark et en
Finlande, fin août, puis au Luxembourg.
« Il va beaucoup s’impliquer dans ce domaine », indique son entourage. Le président espère fédérer les « progressistes » européens contre les « populistes ».
Il doit prochainement rencontrer la
chancelière allemande Angela Merkel.
Côté symboles, le président réfléchit
à une prise de parole (interview ou discours) pour marquer le premier anniversaire de son allocution solennelle sur
l’Europe, prononcée le 21 septembre
dernier à la Sorbonne. Histoire de faire
le point sur l’avancement des chantiers
qu’il avait alors appelé de ses vœux.
Pour Emmanuel Macron, il est urgent
d’engranger des avancées afin de nourrir le bilan que son camp défendra dans
neuf mois. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
Bernard Sananès est président
de l’institut Elabe.
«
Pour le chef
de l’Etat,
l’enjeu
majeur
de cette
rentrée est
de montrer
qu’il peut
encore
réformer
rapidement
et en
profondeur
»
BERNARD SANANÈS
LE FIGARO. - Dans quel contexte
Emmanuel Macron entame-t-il
cette rentrée ?
Bernard SANANÈS. - Le président va devoir affronter plus de
vents contraires que lors de la
première année du quinquennat.
D’abord parce que persiste le
sentiment que l’économie française ne s’améliore pas de manière tangible aux yeux de l’opinion, quand bien même elle ne se
dégrade plus. Ensuite, sur la
question européenne - un marqueur de son discours -, on
constate que les avancées sont
très difficiles à obtenir. Enfin,
parce que Emmanuel Macron
doit faire face à une polarisation
plus forte de l’opinion. 33 % des
Français ne lui font pas du tout
confiance, c’est un record depuis son élection. Dans le
même temps, on observe
des pertes à droite et une
légère érosion dans son
électorat de premier tour.
On verra dans les prochaines semaines si son
socle tient ou s’il
prend véritablement ses
distances.
Après
l’euphorie
de 2017,
c’est
le moment
de vérité ?
Pour l’instant,
la
majorité
n’est pas en
mesure de
présenter
des résultats en étendard. Le vrai
risque, pour Emmanuel Macron,
c’est celui de la banalisation et le
refrain « il est comme les autres »
tant en ce qui concerne sa capacité à obtenir des résultats que
dans sa manière de gouverner,
écho à l’affaire Benalla.
Pour y parvenir, peut-il encore
compter sur une efficace
machine à réformer ?
Pour le chef de l’Etat, l’enjeu
majeur de cette rentrée est de
montrer qu’il peut encore réformer rapidement et en profondeur. S’il y parvient, ce sera
l’antidote pour contrer l’impopularité naissante et l’affaire
Benalla. Car il existe un socle réformateur, pour lequel le plus
important est la capacité d’Emmanuel Macron à mener à bien
les réformes qui n’ont pas été
faites dans le passé, malgré les
critiques sur sa posture personnelle et la dérive autoritariste.
Mais l’alignement des planètes
ne semble plus d’actualité,
comme l’atteste la croissance
plus faible que prévu…
C’est bien sûr la mauvaise nouvelle de l’été pour l’exécutif. Elle
peut faire douter sur l’efficacité
du cap retenu. L’emploi et le
pouvoir d’achat restent au cœur
des attentes. Sur ce dernier
point, le rendez-vous important
sera celui de la suppression de la
taxe d’habitation, cet automne.
Pendant la campagne électorale,
il s’agissait de sa seule vraie promesse économique. Elle a servi à
faire basculer une partie des
classes moyennes en sa faveur. Si
cet engagement apparaît comme
vraiment tenu, il pourra servir
de marqueur.
Le contexte économique
risque de bousculer l’objectif
d’un déficit public maîtrisé
à 2,3 % du PIB. Cette question
va-t-elle faire apparaître
un clivage au sein de la majorité ?
L’objectif politique pour Emmanuel Macron, c’est encore de diviser la droite, qui est justement
très sensible au respect des deniers publics et à l’équilibre des
comptes. On sait que c’est l’ancien électorat de François Fillon
qui est le plus attaché à la question de la réduction de la dette.
C’est sans doute de ce côté-là
que l’exécutif voudra donner des
signes.
La réforme des retraites
sera-t-elle le moment chaud
de l’année à venir ?
Évidemment, parce que les retraites, cela concerne chacun.
Est-ce que le principe d’équité
mis en avant lors de la campagne
va être perçu comme un principe juste ou comme une manière
de faire perdre tout le monde ?
Cela dépendra beaucoup de la
manière dont le gouvernement
va communiquer sur le sujet. Il
lui faudra trouver une personnalité capable d’incarner un discours social. Pour l’heure, il n’y
en a pas et Emmanuel Macron
garde l’image du président des
riches.
Quid de la réforme
constitutionnelle,
dont l’examen est à l’arrêt
à cause de l’affaire Benalla ?
A-t-elle encore un avenir ?
L’équation politique apparaît
complexe. En revanche, sur ce
sujet, l’exécutif peut prendre appui sur l’opinion. Le refus de réduire le nombre d’élus peut revenir en boomerang contre
l’opposition. Malgré l’affaire
Benalla, il s’agit encore d’une
mesure emblématique qui a le
soutien de près de neuf Français
sur dix. Même si, bien sûr, la voie
référendaire est risquée. ■
La droite attend le chef
de l’exécutif au tournant
« Impuissance » face
à l’immigration irrégulière
Le charme du jeune chef de l’État n’agit
plus sur la droite comme aux premiers
jours de sa présidence. Mardi soir, Valérie
Pécresse, qui depuis un an se targue de
colmater les brèches des Républicains,
observe Emmanuel Macron en estimant
qu’« un doute s’est insinué quant à sa
conception de l’exercice du pouvoir et sa
capacité réformatrice ». Elle aussi porte
un jugement très critique sur son action.
La dernière affaire Benalla, dont elle souligne la gravité, révèle deux choses :
« D’une part, une forme de défiance, au
plus haut sommet de l’État, vis-à-vis de la
police et de la gendarmerie, qui risque de
miner gravement les relations entre l’État
et ses forces de l’ordre » et « d’autre part,
une forme d’enfermement élyséen ».
À ces reproches, Pécresse en ajoute
d’autres : un traitement fautif des collectivités locales et des syndicats, une
« confiance excessive dans la technostructure », un chef de l’État « laxiste » en
matière de justice, une sous-estimation
du risque communautariste et de
« l’éclatement de la société française » et
même une « impuissance » face à l’immigration irrégulière.
Valérie Pécresse va jusqu’à appeler le
chef de l’État au « sursaut en matière
d’autorité, de pouvoir d’achat et de solidarité ». Cette rentrée, prévient l’ex-ministre du Budget, sera celle de la dernière
chance pour la majorité. « Il y a besoin
non seulement de paroles mais aussi
d’actes forts », sermonne-t-elle, les yeux
rivés sur 2022. ■
1
« IL EST LE CHEF DE L’ÉTAT mais il n’est
pas le président de la République. » Cette
flèche, dirigée contre Emmanuel Macron
et son positionnement trop clivant, est
signée Xavier Bertrand. Dans un entretien accordé à Corse-Matin mardi, le président des Hauts-de-France, désormais
porte-voix autoproclamé des « milieux
de cordée », prolonge sa critique en formulant une leçon de maintien politique.
« Quand on est élu au second tour face au
FN, il faut savoir oublier son score de premier tour et travailler pour tous… » Et
lorsqu’on l’interroge sur ses « différences
de fond » avec le gouvernement
d’Édouard Philippe, l’ex-Macron-compatible de droite s’emporte contre le
projet de « faire payer aux entreprises le
coût des arrêts de travail de courte
durée ». « C’est du grand n’importe
quoi ! » accuse l’ex-ministre du Travail. Il
dénonce une « totale hypocrisie et une façon de faire la poche des entrepreneurs ».
Par ailleurs, la réforme constitutionnelle voulue par Macron ne semble pas,
pour Bertrand, soutenable si elle affaiblit
le Parlement et la stabilité institutionnelle
du pays. « Le président de la République
n’a pas le droit de casser cet équilibre »,
prévient Xavier Bertrand, dont le ton
s’est sensiblement durci à l’égard du gouvernement depuis quelques mois.
Pour la deuxième rentrée politique de
son quinquennat, Emmanuel Macron
semble faire l’unanimité contre lui à
droite. Les Républicains sont les premiers
à l’attendre au tournant. « Les résultats
économiques ne sont pas là, et la pratique
du pouvoir a laissé percer des biais, des
déviations que l’affaire Benalla en particulier a remis en lumière », condamne
Gilles Platret, mardi sur RTL. Le porteparole des LR croit d’ailleurs que les difficultés du président sont en train de res-
souder la droite, pourtant très morcelée
depuis son échec à la présidentielle. « À
l’épreuve des faits, le pouvoir de séduction
de M. Macron est très érodé et, s’il a pu
tenter certains des nôtres, il y a un rééquilibrage qui est en train de s’opérer », estime
Platret.
A
EMMANUEL GALIERO egaliero@lefigaro.fr
mercredi 22 août 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
Budget : l’exécutif
face à des choix drastiques
Si le chef de l’État ne décide pas de réaliser des économies supplémentaires,
le déficit public risque de déraper l’année prochaine.
Le premier ministre, Édouard
Philippe, en compagnie du ministre
de l’Action et des comptes publics,
Gérald Darmanin, à la sortie
du Conseil des ministres, en juillet.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
GUILLAUME GUICHARD £@guillaume_gui
LE BUDGET 2019, qui sera présenté fin
septembre, pourrait être l’occasion pour
le chef de l’État de mettre en scène sa volonté de réformes… ou l’aveu de son renoncement. Les contraintes se sont accumulées au fil des derniers mois et
obligent l’exécutif à trancher dans le vif
s’il veut respecter ses engagements
européens en termes de réduction des
déficits publics. Voilà le constat que devrait faire Emmanuel Macron ce mercredi après-midi lors d’une réunion d’arbitrage budgétaire avec le premier
ministre et quelques membres du gouvernement, dont Bruno Le Maire (Économie), Gérald Darmanin (Comptes publics), Agnès Buzyn (Santé) ou Muriel
Pénicaud (Travail).
Les membres de l’exécutif réunis à
l’Élysée devraient d’abord constater que
la reprise a marqué le pas. La croissance
française a été la plus faible de la zone
euro durant la première moitié de l’année, ce qui devrait pousser le gouvernement à revoir à la baisse ses prévisions. À
partir de là, l’exécutif a le choix. Soit il ne
prépare pas d’économies supplémentaires et assume une hausse du déficit public l’année prochaine. Il y a un mois, il
visait encore un déficit de 2,3 % du PIB
en 2019, exactement le même niveau
qu’en 2018. En l’absence de mesures
complémentaires, ce chiffre déraperait
jusqu’à 2,6 % du PIB, d’après les calculs
du rapporteur général LaREM du budget
de l’Assemblée, Joël Giraud.
Autre solution : le gouvernement
pourrait compenser les effets du ralentissement de la croissance par des économies supplémentaires. Reste qu’il s’est
lié les mains par ses précédents engagements. Envers la Sécurité sociale,
d’abord. L’exécutif s’est engagé à ce que
les dépenses de santé progressent de
2,3 % en 2019. Il a promis aussi aux collectivités de ne pas leur couper les vivres,
en échange d’une maîtrise de leurs dépenses de fonctionnement.
Il est donc déjà prévu que l’État luimême endosse une grande partie des efforts l’année prochaine, et plus particulièrement les ministères du Logement et
du Travail. Leurs crédits seraient respectivement réduits de 7 % et 13 % - ce qui
représente plus de 3 milliards d’euros de
baisses. Et ce, d’après les documents
budgétaires présentés en juillet, donc
avant toutes éventuelles économies supplémentaires.
Opération déminage
Conscient du danger politique que représentent ne serait-ce que les coupes
claires déjà annoncées, Gérald Darmanin
a entrepris de déminer le sujet mi-juillet
devant les députés. Concernant le logement, les économies sur les APL (allocations logement) ne seront pas le fruit
d’une nouvelle baisse de 5 euros, mesure
qui avait créé la polémique l’année dernière. En revanche, la « contemporanéi-
Le plan pauvreté
et la réforme de l’hôpital
enfin dévoilés
CORINNE CAILLAUD £@corinnecaillaud
INITIALEMENT prévu pour le printemps, décalé à la fin juin, le plan pauvreté mis au point par la ministre des
Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn,
sera présenté mi-septembre. Outre ses
maints reports - qui ont suscité des polémiques, la ministre ayant évoqué
maladroitement un décalage à cause de
la Coupe du monde de foot -, la politique de lutte contre l’exclusion a fait
l’objet d’une communication baroque.
Courant mai, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, avait évoqué une
réduction des aides sociales à l’emploi,
les entreprises créant désormais suffisamment de postes. Dans la foulée, Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, avait estimé qu’il y avait
« trop » d’aides sociales en France. Et
l’émoi est allé crescendo, lorsque mijuin le président de la République a déclaré dans une vidéo diffusée par son
équipe de communication « qu’on met
un pognon de dingue dans les minima
sociaux ». De quoi donner de l’eau au
moulin de ceux qui l’accusent d’être le
« président des riches ».
A
Versement social unique
Devant les parlementaires réunis en
congrès le 9 juillet, Emmanuel Macron
a re-précisé la philosophie générale de
la politique de lutte contre la pauvreté
qui ne doit pas consister en « de nouvelles aides en solde de tout compte mais un
accompagnement réel vers l’activité […],
la santé, le logement, l’éducation ».
Dans les grandes lignes, ce plan contre
l’exclusion devrait contenir plusieurs
initiatives pour les jeunes. À commencer par ceux qui, dès 18 ans, sortent de
l’Aide sociale à l’enfance et se retrouvent en situation de grande précarité.
Par ailleurs, la formation obligatoire
devrait être étendue de 16 à 18 ans.
Dans certaines écoles où nombre d’enfants démarrent la journée le ventre
vide, un petit-déjeuner devrait être
proposé. Pour inciter les femmes les
plus modestes au retour à l’emploi, une
nouvelle aide financière à la garde
d’enfant devrait être créée.
Autre mesure en matière d’emploi, le
dispositif « Territoire zéro chômeur
longue durée », testé sur dix zones volontaires depuis 2017, serait étendu à
près d’une cinquantaine. Il consiste à
aider à la création de CDI au smic via un
fonds abondé par des dépenses publiques. Enfin, dès 2019, les allocations diverses seront versées au même moment sur les mêmes critères. Quant à la
prime d’activité, destinée aux travailleurs modestes, elle devrait être revalorisée. Reste à savoir si ces critères
d’attribution seront resserrés.
Agnès Buzyn dévoilera également à la
rentrée le plan hôpital, lui aussi décalé à
plusieurs reprises. Il prévoit une refonte
en profondeur du système de santé, articulé notamment autour d’une réforme
de la tarification et de l’organisation
territoriale. « Il n’y aura aucune fermeture d’hôpital de proximité », a assuré la
ministre mardi sur France Info. ■
sation » du versement de ces aides devrait générer environ un milliard d’euros
d’économies. Au lieu d’être payées avec
plusieurs mois de décalage, les APL seront versées en temps réel aux bénéficiaires. En cette période de reprise économique, même ralentie, les allocataires
sortiront ainsi plus rapidement du dispositif. « Il n’y aura donc pas de baisse des
APL l’année prochaine : ce seront moins de
personnes qui les toucheront », a insisté
Gérald Darmanin devant les députés.
Quant aux emplois aidés, qui devraient
globalement diminuer, une partie de
ceux dépendant de l’Éducation nationale
sera toutefois pérennisée, a-t-il ajouté.
Cette dernière décision devrait
d’ailleurs compliquer l’objectif de supprimer 120 000 postes dans la fonction
publique d’ici à 2022 - dont 50 000 dans
la sphère de l’État. Une chose est sûre,
affirme-t-on à Bercy : la baisse des effectifs de l’État sera supérieure à celle affichée en 2018. Ce ne devrait pas être
trop dur : seulement 380 postes devaient
être supprimés cette année dans ce périmètre.
« Au-delà du fétichisme des chiffres,
chaque euro financé par les impôts des
Français correspondra à un choix politique assumé », préfère résumer la députée Amélie de Montchalin, responsable
du groupe En marche ! à la commission
des finances. Les députés comptent au
passage proposer eux aussi des économies en octobre, après avoir passé au
peigne fin les différentes dépenses de
l’État au printemps. ■
Une nouvelle négociation
censée transformer
l’assurance-chômage
d’inciter davantage les chômeurs à reprendre un emploi. De fait, selon une étude publiée mardi par Pôle emploi, 8 % des
demandeurs d’emploi qui perçoivent une
« CENT FOIS sur le métier remettez votre
allocation-chômage ne cherchent pas acouvrage » : cette citation de Boileau semtivement un travail - et 12 % des chôble faite pour l’assurance-chômage. Lors
meurs en général, certains n’étant plus indu congrès de Versailles, le 9 juillet, Emdemnisés. Si le découragement est la cause
manuel Macron a annoncé le lancement à
majeure de ce décrochage, la situation doit
l’automne d’une nouvelle négociation
être améliorée.
entre le patronat et les syndicats autour
L’autre axe, cher aux syndicats, sera de
des règles d’indemnisation des chôlutter contre la précarité. Le
meurs. Édouard Philippe
sujet du bonus-malus sur les
recevra donc, à compter de
cotisations chômage, qui fait
la semaine prochaine, les
hurler le patronat, reviendra
organisations patronales et
sur la table. Mais aussi celui de
syndicales pour lancer la
la « permittence », ce cumul
rentrée sociale, et cette répermanent d’une activité réforme en particulier. Qui
duite et d’une allocation-chôsera la troisième en deux
mage. Les partenaires sociaux
ans ! À cette multiplication,
plusieurs raisons. Le chef de d’emploi percevant une devraient aussi plancher sur la
allocation chômage création d’une allocationl’État veut prendre au mot
ne cherchent pas
chômage de longue durée,
les partenaires sociaux qui
lui ont souvent reproché activement un travail remplaçant le dispositif actuel.
D’autres thèmes pourraient
son manque d’écoute.
également émerger, comme
Sur le fond surtout, le
l’indemnisation des cadres. La lettre de
système d’assurance-chômage a besoin
cadrage du gouvernement, qui devrait
d’une refonte profonde. La dernière réforêtre dévoilée en septembre après une
me, celle inscrite dans la loi Avenir profespremière concertation sur « le diagnostic
sionnel adoptée cet été au Parlement, a espartagé », devrait fixer les grands sujets à
sentiellement amélioré l’indemnisation
aborder lors de la négociation. Sachant
des démissionnaires et instauré celle des
qu’en théorie, tout peut être revu : durée,
indépendants, sous conditions strictes.
montants, plafonds de l’indemnisation
Pas de quoi changer la donne, alors que
du chômage. Les discussions entre patrocela est indispensable dans un pays qui cunat et syndicats devraient ensuite aller
mule un chômage de masse (9,1 % de la
jusqu’en février ou mars prochain. Mais
population active au deuxième trimestre)
le gouvernement se laisse le droit de reet des pénuries de main-d’œuvre. Un des
prendre la main en cas d’échec. ■
axes de la future réforme sera d’ailleurs
CÉCILE CROUZEL £@ccrouzel
8%
des
demandeurs
L’ÉPINEUSE
RÉFORME
DES RETRAITES
Avec la polémique en juin
autour des pensions
de réversion versées
aux veufs et aux veuves,
le gouvernement est averti :
le dossier des retraites est
toujours aussi sensible. Même
si la réforme ne devrait pas
repousser l’âge légal de départ
à la retraite, les syndicats
sont très vigilants et La France
insoumise compte en faire
un axe de bataille à la rentrée.
Peut-être est-ce pour cela
que depuis avril, date du
lancement de la concertation
avec les organisations
patronales et syndicales,
Jean-Paul Delevoye, le hautcommissaire aux retraites,
est resté dans le flou… On
ne connaît pour l’instant que
la philosophie de la réforme,
qui veut qu’« un euro cotisé
donne les mêmes droits pour
tous », selon la promesse
de campagne d’Emmanuel
Macron. Mais
le gouvernement n’a pas
dévoilé comme fonctionnerait
le futur régime universel
à points, censé unifier
les 42 régimes actuels. Même
sur les pensions de réversion,
il n’a pas été très clair.
Les échéances approchant,
il faudra bien qu’il finisse par
sortir du bois sur les mesures
concrètes. En effet, si le
calendrier n’est pas décalé
- ce qui est possible -, les
grandes orientations devront
être dévoilées en décembre
ou janvier prochains, un projet
de loi présenté début 2019 et
la loi adoptée avant l’été 2019.
Et dès septembre seront
abordés lors de la concertation
des thèmes aussi sensibles
que le financement du futur
régime, l’avenir des régimes
spéciaux (SNCF, RATP...)
ou l’âge de départ anticipé
de certains fonctionnaires
(policiers, militaires…).
C. C.
LE FIGARO
mercredi 22 août 2018
INTERNATIONAL
5
Le Brésil peine
à gérer l’afflux
de réfugiés
vénézuéliens
MICHEL LECLERCQ £@mgmleclercq
RIO DE JANEIRO
AMÉRIQUE LATINE Une étincelle a suffi
pour déclencher une explosion de violences contre les milliers de Vénézuéliens qui, fuyant le régime de Nicolas
Maduro, ont trouvé un refuge provisoire
dans l’extrême nord du Brésil, à la frontière du Venezuela. Pour calmer les tensions, le gouvernement brésilien a dépêché des soldats de la Force nationale,
dont les premiers éléments sont arrivés
lundi dans la ville de Pacaraima, dans le
nord de l’État de Roraima.
Ces incidents reflètent l’hostilité grandissante de la population locale face à
l’arrivée quotidienne de centaines de
Vénézuéliens dans cet État amazonien,
l’un des plus pauvres du Brésil. Aujourd’hui, tous les pays de la région comme
la Colombie, l’Équateur, le Pérou, menacent d’être déstabilisés par la crise humanitaire sans précédent de leur voisin.
Tout est parti d’une agression vendredi dernier d’un couple de commerçants
attribuée à des Vénézuéliens, un fait divers banal dans ce pays qui a enregistré
en 2017 le chiffre record de 63 000 homicides. Mais cela a suffi à déchaîner la colère de la population de cette petite ville
de 12 000 habitants qui est la porte d’entrée des Vénézuéliens au Brésil. Le lendemain, plus de mille personnes armées
de bâtons et de pierres ont saccagé les
campements, brûlé les biens des réfugiés
et mené une chasse à l’homme. « Ils nous
ont expulsés comme des chiens », a raconté au journal Folha de Sao Paulo Yineth Manzol, une jeune femme de 26
ans, mère de trois enfants, qui a tout perdu, vêtements, draps, papiers… Quelque
1 200 réfugiés ont fui de l’autre côté de la
frontière. Malgré les violences, environ
500 ont exprimé le souhait de revenir au
Brésil. « Tant que le gouvernement fédéral
n’imposera pas un strict contrôle de la
frontière, la situation ne pourra que s’aggraver, a commenté Filipe Oliveira, un
lecteur du journal local Folha de Boa Vista. D’ici peu une guerre civile va éclater
entre Brésiliens et Vénézuéliens. »
« Régionaliser le débat »
Un des hommes forts du gouvernement
brésilien, le général Sergio Etchegoyen,
chargé des questions de sécurité, a toutefois exclu lundi une fermeture de la
frontière, comme l’ont demandé les
autorités du Roraima. Cela est « impensable parce que c’est illégal », a-t-il dit à
l’issue d’une réunion de cabinet. Dimanche, le gouvernement avait annoncé
l’envoi immédiat de 120 hommes et
d’une trentaine de professionnels de
santé, ainsi que la création de camps de
réfugiés à l’écart des villes. Mardi matin,
les tensions étaient retombées et Pacaraima avait presque retrouvé son visage
habituel de ville transfrontalière, selon
les témoignages : les Brésiliens allaient
faire le plein d’essence – quasi gratuite –
au Venezuela et les Vénézuéliens venaient acheter les produits de base introuvables chez eux.
Selon l’estimation la plus répandue,
près de 130 000 Vénézuéliens ont passé
la frontière brésilienne, fuyant le chaos
économique et politique de leur pays.
L’État du Roraima, dont le PIB est le plus
bas du Brésil, supporte la plus grosse part
du fardeau de l’accueil des réfugiés. Les
Vénézuéliens représentent aujourd’hui
le dixième des 300 000 habitants de la
capitale Boa Vista, à 220 km de Pacaraima. La ville, très isolée du reste du Brésil,
manque cruellement de moyens pour les
Costa Rica : tensions autour
des migrants nicaraguayens
PATRICK BÈLE pbele@lefigaro.fr
LA CRISE POLITIQUE au Nicaragua
commence à avoir des conséquences sur
son voisin du sud, le Costa Rica. C’est
vers ce pays que les Nicaraguayens
fuient la répression sandiniste de Daniel
Ortega, les deux autres voisins, le Salvador et le Honduras, connaissant une situation sécuritaire dramatique. Si le
nombre exact de réfugiés n’est pas
connu, le gouvernement costaricain fait
état de 23 000 demandes d’asile.
Samedi 18 août, une manifestation a
été organisée dans le parc de La Merced
de San José pour protester contre la présence de ces réfugiés. Plusieurs centaines de manifestants ont tenté d’agresser
des Nicaraguayens. La police a retrouvé
sur eux des cocktails Molotov, une batte
de baseball et des armes blanches. Quarante-quatre personnes ont été arrêtées,
dont six Nicaraguayens.
Selon le ministre costaricain de l’Intérieur, Michael Soto, ce rassemblement a
été organisé via les réseaux sociaux par
des groupes comme des « clubs de supporteurs de football ». Parmi les manifestants, selon le ministre, certains avaient
« des antécédents judiciaires… D’autres
arboraient des insignes nazis sur leurs vêtements ou sur leur corps ».
Depuis une dizaine de jours, de fausses
informations circulaient sur les réseaux
sociaux au sujet de ces réfugiés. Une vidéo prétendant montrer des Nicaraguayens brûlant un drapeau costaricain
a ainsi été diffusée. Il s’agissait en réalité
d’images d’un concert punk de 2016. Le
déploiement de 1 000 militaires envoyés
par le gouvernement voisin a également
été annoncé. Une autre rumeur faisait
état de la libération par les autorités de
Managua de 400 violeurs et 350 assassins à condition qu’ils se rendent au Costa Rica. Autant d’informations mensongères qui ont largement attisé les
tensions.
Selon l’analyste politique costaricain
Claudio Alpizar, interrogé par le quotidien nicaraguayen La Prensa, ces attaques de migrants correspondent à une
stratégie du pouvoir de Daniel Ortega.
Le président nicaraguayen faire faire
pression sur son homologue costaricain,
Carlos Alvarado, pour que celui-ci cesse
de soutenir les actions engagées au niveau international, notamment par
l’Organisation des États américains
(OEA), contre le gouvernement sandiniste. L’analyste mentionne notamment
une vidéo qui serait diffusée par des proches de Daniel Ortega qualifiant les personnes fuyant le pouvoir de Managua de
« gens dangereux, criminels, appartenant
à l’opposition à Ortega ». Le gouvernement sandiniste n’a pas réagi aux agressions subies par ses concitoyens.
Porte d’entrée des Vénézuéliens au Brésil (au fond, le poste frontière), Pacaraima est en proie à de vives tensions.
héberger et les nourrir si bien que plusieurs milliers d’entre eux dorment dans
la rue. La ville « n’a ni l’argent, ni la
structure pour faire face seule à la situation », a dit la maire Teresa Surita. « Les
violences sont le fruit de la concentration
des réfugiés à la frontière, mais pas de leur
nombre total qui est très petit comparé à la
Colombie, au Pérou et à l’Équateur »,
souligne Oliver Stuenkel, professeur de
relations internationales à la Fondation
Getulio Vargas à Sao Paulo. Ces pays accueillent l’immense majorité des
2,3 millions de Vénézuéliens qui, selon
l’ONU, ont fui leur pays depuis 2014.
« La réaction de la population montre la
difficulté du gouvernement brésilien à
mieux répartir ces personnes » dans les
autres régions de ce pays de 207 millions
d’habitants, dit-il. Mais à six semaines
de l’élection présidentielle où le candidat
d’extrême droite Jaïr Bolsonaro est en
tête des intentions de vote en l’absence
de l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, « le danger est que cette question
s’impose dans le débat électoral, comme
on l’a vu en Europe. Le gouvernement doit
faire face au problème des réfugiés pour
éviter qu’il soit exploité par des politiciens
xénophobes », a souligné Oliver Stuenkel. Pour cela, le Brésil doit « régionaliser
le débat » avec les pays voisins et créer
un fonds d’aide. Car tous, estime-t-il,
ont une responsabilité commune pour
« n’avoir rien fait alors que le problème
était totalement prévisible ». ■
Près d’un million de Vénézuéliens
ont fui leur pays entre 2015 et 2017
Rép. dominicaine
25 872 (+ 378 %)
Mexique
32 582 (+ 104 %)
Costa Rica
8 892 (+ 38 %)
Panama
36 365 (+ 268 %)
PAYS LATINO-AMÉRICAINS ACCUEILLANT
LE PLUS DE VÉNÉZUÉLIENS EN 2017
En nombre de ressortissants
Trinité-et-Tobago
1 743 (+ 0,6 %)
Venezuela
VARIATION DU NOMBRE
DE RÉFUGIÉS ENTRE
2015 ET 2017, en %
Plus de 900 %
Plus de 300 à 900 %
Colombie
600 000
(+ 1 132 %)
Plus de 100 à 300 %
Moins de 100 %
Équateur
39 519 (+ 344 %)
Pérou
26 239 (+ 1 016 %)
Brésil
35 000 (+ 922 %)
Chili
119 051 (+ 1 388 %)
À ces 982 420
Vénézuéliens
répartis dans toute
l’Amérique latine s’ajoute :
- 290 224 aux États-Unis (+ 14 %)*
- 208 333 en Espagne (+ 26 %)
- 49 831 en Italie (+ 2 %)
- 24 603 au Portugal (+ 2 %)
- 18 608 au Canada (+ 4 %)
*chiffre 2016
Uruguay 6 033 (+ 225 %)
Venezuela : un exode
massif depuis
Hugo Chavez
Selon l’observatoire de la diaspora
de l’Université centrale du Venezuela,
trois millions de Vénézuéliens ont fui
leur pays depuis l’arrivée au pouvoir
de Hugo Chavez en 1999. Cet exode
a des conséquences de plus en
plus importantes sur les pays du souscontinent. Alors que depuis plusieurs
années ce sont surtout les classes
aisées vénézuéliennes qui émigraient,
depuis quelques mois, les populations
les plus démunies sont aussi
contraintes à l’exil. Le voisin colombien
est le plus touché. Selon le HautCommissariat des Nations unies pour
les réfugiés (HCR), la Colombie accueille
plus d’un million de Vénézuéliens.
Dans un entretien accordé au Figaro
début août, le désormais ancien
président colombien Juan Manuel
Santos qualifiait la situation de « plus
important problème auquel doit faire
face » son pays. Plus de 440 000 exilés
ont bénéficié en août d’une
régularisation valable deux ans.
Les États-Unis ont versé à Bogota
une aide humanitaire de 9 millions de
dollars. L’Équateur est touché lui aussi
par cette vague migratoire. Il a accueilli
550 000 réfugiés depuis le début
de l’année. 20 % d’entre eux sont
restés en Équateur, les autres ont
poursuivi leur route vers le Pérou
et le Chili. Quito a annoncé exiger
désormais un passeport aux
Vénézuéliens, avant de se rétracter.
Obtenir un passeport au Venezuela
relève du chemin de croix.
Le gouvernement équatorien
a informé qu’il allait régulariser tous
les ressortissants vénézuéliens déjà
présents sur son sol et qu’ils pourront
bénéficier de toutes les prestations
sociales.
P. B.
EN BREF
Argentine
51 127 (+ 344 %)
Corée du Nord : pas de signe
de dénucléarisation
Source : OIM
Infographie
Malgré les intentions affichées
au printemps par son dirigeant
Kim Jong-un, Pyongyang poursuit
ses activités nucléaires, selon un
rapport de l’Agence internationale
de l’énergie atomique (AIEA).
Attaque spectaculaire
de l’EI à Kaboul
Les forces de sécurité afghanes
ont mis fin mardi à une attaque
spectaculaire de plus de six heures
dans Kaboul revendiquée
par l’État islamique, alors que
l’Afghanistan attend encore une
réponse des talibans à l’offre de
cessez-le-feu du président Ghani.
Israël assouplit les critères
pour le port d’arme
Médiations au point mort
Interrogé sur l’implication de groupes
sandinistes dans la manifestation xénophobe de samedi, le ministre costaricain de l’Intérieur a répondu : « Je ne
l’écarte pas. »
Le président Alvarado a appelé ses
compatriotes « au bon sens et à la prudence, à l’intelligence et à la solidarité ».
Alvaro Leyva, secrétaire de l’Association
nicaraguayenne de défense des droits de
l’homme (ANPDH), salue « les efforts du
gouvernement de Carlos Alvarado pour
accueillir les réfugiés… Ils quittent le Ni-
M. PIMENTEL/AFP
Des réfugiés nicaraguayens ont été arrêtés par la police de l’immigration costaricaine
après des incidents, samedi au parc de La Merced, à San José. STRINGER/REUTERS
caragua parce que leurs droits fondamentaux, le droit de manifester, de s’exprimer, de vivre en sécurité, sont bafoués.
Au Nicaragua, protester est devenu un
délit sanctionné par un gouvernement
sourd aux clameurs de son peuple. » Les
protestations contre le gouvernement
sandiniste de Daniel Ortega ont fait plus
de 400 morts depuis le 18 avril, selon
l’ANPDH. Ces manifestations sont réprimées par des groupes paramilitaires qui
n’hésitent pas à tirer dans la foule. De
nombreux témoignages de tortures
contre les opposants ont aussi été rapportés. Les tentatives de médiation menées notamment par l’Église sont au
point mort, Daniel Ortega refusant toute
idée de quitter le pouvoir. ■
Israël a décidé mardi d’assouplir
des conditions d’éligibilité au port
d’arme, autorisant en théorie
jusqu’à 600 000 civils
supplémentaires à demander
un permis, selon le ministère
de la Sécurité publique.
Les États-Unis expulsent
un ex-gardien de camp nazi
Berlin a accepté d’accueillir un exgardien SS de 95 ans expulsé par
Washington. Il est toutefois peu
probable que Jakiw Palij, qui vivait
depuis 1949 à New York, doive
rendre des comptes à la justice.
A
Les violences se multiplient à l’égard des
milliers de Vénézuéliens qui ont franchi
la frontière pour fuir le chaos de leur pays.
mercredi 22 août 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
L’Éthiopie en pleine révolution politique
Arrivé au pouvoir en avril, le nouveau premier ministre Abiy Ahmed bouscule sans ménagement l’ordre établi.
Abiy Ahmed invite la diaspora éthiopienne installée aux États-Unis à investir dans son pays natal, lors d’une conférence à Washington, le 28 juillet dernier.
TANGUY BERTHEMET £@tanguyber
CORNE DE L’AFRIQUE L’Éthiopie vit une
révolution contemplée par un peuple sidéré. La révolution ne vient pas de lui, ni
des rues pourtant agitées. Elle vient du
sommet du pouvoir. Le premier ministre, arrivé depuis à peine plus de quatre
mois, poursuit un train de réformes radicales à un rythme haletant. Abiy Ahmed semble s’ingénier à secouer le pays
et ses 100 millions d’habitants de fond en
comble.
Son accession à la tête de l’Éthiopie
était déjà en elle-même une mutation
marquée. Abiy Ahmed a surgi en avril
après la démission surprise de Hailemariam Dessalegn, désigné maître du pays
depuis 1991, par la coalition du Front démocratique révolutionnaire des peuples
éthiopiens (EPRDF). L’homme est jeune,
42 ans, militaire de formation et, pour la
première fois, d’origine Oromo, l’ethnie
dominante : autant de traits de caractère
qui hérissent généralement le parti.
Mais le choix est plus raisonnable qu’il
n’y paraît. Abiy Ahmed semble apte à recoudre une immense nation qui menace
alors de se déchirer. Les manifestations
s’enchaînent, rongeant la stabilité sociale
et économique. La croissance reste certes
forte - plus de 8 % en 2017 - mais fléchit
un peu quand les tensions inquiètent les
investisseurs, à commencer par le premier d’entre eux : la Chine.
Abiy Ahmed n’attend pas pour se
montrer audacieux. Il s’attaque de l’intérieur à presque tous les tabous, nombreux, d’un régime sclérosé. Il libéralise
les médias jusqu’alors très contrôlés. En
quelques semaines, il fait élargir plusieurs centaines de prisonniers, dont
certains étaient devenus des symboles.
Trois organisations, dans l’une de défense des Oromos, sont radiées de la liste
des « mouvements terroristes ». Les
Oromos, un groupe qui s’est toujours
senti marginalisé et qui forme la tête des
contestations, commencent à y croire.
Le reste de l’Éthiopie suit. Une sorte
d’état de grâce décuplée déferle, avec
autocollants et tee-shirts à la gloire du
nouveau Négus. La vaste jeunesse, engluée dans un chômage et sans trop de
perspective, se montre particulièrement
enthousiaste.
Le rapprochement avec
le frère ennemi érythréen
L’ouverture à l’étranger de pans entiers
de l’économie jusqu’alors très contrôlés,
comme les télécommunications ou les
transports, est ensuite décrétée. Le mouvement le plus spectaculaire suit : le rapprochement avec le frère ennemi
érythréen. Les deux voisins vivaient dans
un état de guerre larvée depuis 1998 et un
conflit d’un autre âge. Deux ans de combats, de luttes dans des tranchées et
100 000 morts pour un sombre différend
CHRISTELLE GÉRAND
DISTRICT DE KOCHERE (ÉTHIOPIE)
« ILS NOUS CHASSENT comme des animaux sauvages », se désole Paolos Weldehoanes. Il y a un mois, ce père de huit
enfants s’est réveillé au son des armes à
feu et d’une clameur intimant les Gedeos, son ethnie, à déguerpir. Caché
derrière la luxuriante végétation de son
village, Gewe, il a pu voir au loin les assaillants brûler sa maison et son magasin, voler son bétail et détruire ses caféiers. Comme plus de 800 000
personnes, il s’est exilé en zone gedeo,
administrée par son ethnie. Deux cent
mille personnes supplémentaires ont fui
dans la région voisine de Guji ouest, selon l’Organisation internationale pour
les migrations. Dans le district de Kochere, où il a trouvé refuge au sein d’un
bureau de l’administration locale, la population est passée de 180 000 habitants
à 283 260 depuis le début des violences,
Asmara
Mer
Rouge
ERYTHRÉE
Tigré
SOUDAN
Afar
Amhara
BenishangulGumuz
DJIBOUTI
Golfe d’Aden
Dire Dawa
Somaliland
Addis-Abeba
É T H IO P IE
Gambela
Harar
Oromia
A
SOUDAN
DU SUD
*Région des nations,
nationalités et
peuples du Sud
RNNPS*
Dilla
Kochere
Gedeo
Somali
SOMALIE
Guji ouest
150 km
KENYA
MI.THEILER/REUTERS
préparé en coulisses depuis des mois par
de puissants parrains, particulièrement
l’Arabie saoudite et les Émirats arabes
unis qui misent sur la Corne pour étendre leur influence économique et épuisé
le rival qatarien.
L’accélération brutale de l’histoire
n’est cependant pas sans risque. En
bousculant l’ordre établi, Abiy Ahmed
s’est créé de solides inimitiés, notamment parmi les Tigréens. Cette minorité
(6 %) pèse lourd et le Front de libération
du peuple du Tigré (TPLF) contrôle
l’EPRDF, la coalition au pouvoir, et de
très larges parts de l’économie. Sa relative marginalisation suscite des craintes,
des observateurs redoutant une réaction
violente, même si les relations de forces
et les jeux de couloirs au sein du très opaque EPRDF restent mystérieux. Fin juin,
un attentat à la grenade contre la foule
immense venue entendre le premier ministre dans le centre d’Addis-Abeba a
sonné comme une alerte.
Mais pour le nouveau dirigeant, le signal plus grave demeure les tensions
ethniques et les luttes sanglantes entre
groupes. En soulevant le couvercle
d’une Éthiopie étouffée depuis des décennies et en paraissant moins répressif,
Abiy Ahmed a aussi donné du champ à
ces tensions. Aujourd’hui, les rixes interethniques ont fait des centaines de
morts et près d’un million de déplacés.
« À chaque fois que les gens pensent qu’il
y a un vide du pouvoir, ils tentent de capitaliser dessus pour défendre leurs intérêts,
souligne l’analyste politique éthiopien
Hallelujah Lulie. Je pense que la violence
vient de là. » ■
Un conflit ethnique pousse un million de Gedeos à l’exode
Le découpage ethnofédéral éthiopien
Badmé
frontalier autour du village de Badmé.
Abiy Ahmed tend la main à son voisin
Isaias Afwerki, un président ombrageux
et despotique qui en 2016 avait menacé
l’Éthiopie d’une « guerre totale ». Le
premier ministre cède rapidement sur
Badmé - qu’un arbitrage international a
attribué à l’Érythrée - avant de se rendre
à Asmara pour tomber dans les bras de
son homologue.
En trois semaines, des relations diplomatiques sont rétablies, les liaisons aériennes reprennent et les communications téléphoniques, coupées entre les
deux États depuis vingt ans, deviennent
possibles. Des familles déchirées peuvent désormais simplement se donner
des nouvelles, ce qui paraissait impossible il y a seulement quelques mois. Si ce
processus apparaît inattendu, il a été
Infographie
en mars. La majorité des déplacés est accueillie dans les huttes de villageois déjà
pauvres. D’autres ont investi églises,
écoles et entrepôts.
Les assaillants sont des Gujis, un sousgroupe de l’ethnie des Oromos. De longue date, des rixes parfois armées ont
sporadiquement éclaté entre les deux
ethnies, à cause d’un problème d’accès à
un terrain de pâturage ou à un puits. La
mise en place en 1991 du système ethnofédéral - qui définit les régions selon les
ethnies majoritaires - a ravivé les tensions et accru la conscience identitaire
de groupes auparavant fluides. Les Gujis
font dorénavant partie de la région Oromia, et les Gedeos de celle des Nations,
nationalités et peuples du Sud. Le référendum de 1995 répartissant les terrains
de part et d’autre de la frontière régionale s’est ensuite accompagné de menaces
et de corruption des deux côtés, conduisant certains Gujis et Gedeos à s’exiler.
Jamais, cependant, une crise n’avait
duré si longtemps, et causé plus de 200
morts. Une récente lettre de plainte des
Gedeos, qui pour beaucoup cultivent du
café dans la toute proche Oromia et se
disent discriminés, aurait été perçue
comme une tentative de réclamer des
terres et aurait mis le feu aux poudres.
Cette fois, « les Gujis sont bien organisés et bien armés », remarque Yonas Adimassu, chercheur en droit public et
auteur d’un livre sur l’après-référendum. Ils ont participé aux trois années de
protestations qui ont contraint Hailemariam Desalegn à la démission et porté
Abiy Ahmed au pouvoir en avril. Depuis
que cet Oromo est devenu premier ministre, les Gujis se sentiraient invulnérables. Abiy Ahmed ne s’est d’ailleurs pas
rendu dans cette région à 400 km au sud
de la capitale Addis Abeba, n’a pas commenté la situation, ni reconnu le déplacement massif de population.
« Nous connaissons tous les trois personnes qui instiguent les violences, déclare Ashenafi, l’un des administrateurs du
village de Chelelektu, en passant devant
les quinze maisons brûlées la veille. Nous
avons demandé au gouvernement de les
mettre en prison pour restaurer la paix,
mais ils n’ont pas bougé. »
L’une des routes principales de son village sert de frontière entre les deux régions. D’un côté, des foyers et des échoppes gujis. De l’autre, celles, en tout point
similaires, des Gedeos. Début août, deux
personnes ont été tuées. Lorsqu’ils l’ont
appris par téléphone, certains déplacés en
zone gedeo se sont emparés de pancartes
pour réclamer justice, en se dirigeant vers
la frontière. L’armée s’est interposée en
face du terrain vague qui sert de centre de
distribution au Comité international de la
Croix-Rouge (CICR) et de son antenne
éthiopienne. Les centaines de Gedeos venus récupérer couvertures, matelas et
bâche, se sont accroupies calmement,
malgré les coups de feu. Shirin Hanefieh,
responsable terrain pour le CICR, affirme
se retrouver « régulièrement au milieu des
violences ». « Comment les déplacés pourraient-ils envisager un retour alors qu’ils
n’arrêtent pas d’entendre parler de personnes tuées et qu’ils ont l’impression que
la justice n’est pas faite ? »
“
Avoir tant de déplacés
dans un pays pose un
problème sécuritaire
ALEXANDRA DE SOUSA, DIRECTRICE
DU BUREAU DE LA COORDINATION
DES AFFAIRES HUMANITAIRES
DES NATIONS UNIES EN ÉTHIOPIE
”
Lorsque le Centre des opérations d’urgence de Dilla, piloté par le gouvernement, a annoncé le 9 août que les rapatriements commenceraient six jours plus
tard, la stupeur a été générale. Les Gedeos ont massivement protesté, et les
nombreuses organisations humanitaires
présentes se sont alarmées. L’Éthiopie
n’est pas signataire de la convention de
Kampala qui protège contre le déplacement arbitraire. Alexandra de Sousa, directrice du Bureau de la coordination des
affaires humanitaires des Nations unies
en Éthiopie, défend « les principes humanitaires du retour » : il doit être librement
consenti et effectué dans la sécurité et la
dignité. « Nous voudrions ajouter la durabilité : les déplacés doivent être soutenus
pour se réinsérer dans l’économie. Aucune
de ces conditions ne peut être remplie dans
l’immédiat. »
L’appel que son organisation a lancé table sur six mois d’assistance. Sur les
102,4 millions d’euros jugés nécessaires,
seuls 35 % ont été recueillis. « Les donateurs sont fatigués des demandes pour
l’Éthiopie, constate-t-elle. Cette lassitude
est difficile à surmonter. » En attendant,
l’aide initialement destinée aux victimes
de la sécheresse et des inondations a été
transférée aux déplacés du sud-ouest du
pays. Les cas de pneumonie et de diarrhée
chronique se multiplient du fait du manque de sanitaires et de médicaments, de la
promiscuité, ainsi que du froid et des intempéries causés par la saison des pluies.
Dans le district de Kochere, tous les administrateurs locaux ont décidé de consacrer l’intégralité de leur salaire à l’aide
aux déplacés, d’après l’un d’entre eux,
Abraham Gole. Les fonctionnaires se seraient engagés à verser la moitié du leur.
Alexandra de Sousa s’inquiète : « Avoir
tant de déplacés dans un pays pose un
problème sécuritaire. Nous devons rappeler à la communauté internationale qu’il
est de notre devoir d’aider, pour que les
déplacés puissent vivre dignement avant
tout, mais aussi parce que cette situation
représente un risque pour le pays, pour la
région et pour le monde. »
Chaque semaine, les « anciens » des
deux ethnies se réunissent pour tâcher
de ramener la paix. Paolos Weldehoanes
y contribue. « En avril, nous nous étions
réconciliés au cours du week-end, mais le
conflit a recommencé le lundi suivant », se
désole-t-il. Pour la plupart des observateurs, le système traditionnel de résolution des conflits semble cette fois-ci dépassé, car les jeunes à l’origine des
violences ne respectent pas la parole
donnée par les anciens. Dès lors, comment faire revenir la paix ? Yonas Adimassu est catégorique : « Abolir le système ethnofédéral. » Si tant est que le fiel
ethnique qu’il a instillé dans la société
disparaisse pour autant. ■
LE FIGARO
mercredi 22 août 2018
INTERNATIONAL
7
Mahathir
dénonce le
« néocolonialisme »
chinois
En visite à Pékin, le premier ministre
malaisien a annulé trois projets
avec la Chine, un revers pour Xi Jinping.
CYRILLE PLUYETTE £@CyrillePluyette
CORRESPONDANT À PÉKIN
ASIE Le premier ministre chinois, Li
Keqiang, ne s’attendait certainement
pas à un commentaire si tranchant lors
d’une conférence de presse à domicile,
un exercice très calibré. Mais à 93 ans,
son homologue malaisien, Mahathir
Mohamad, qui effectuait sa première visite à Pékin depuis son élection surprise
en mai dernier, n’a plus peur de grandchose. Dans une claire allusion au régime communiste, le dirigeant le plus âgé
de la planète a refusé lundi « une nouvelle
version du colonialisme » où les pays
pauvres seraient pénalisés commercialement par rapport aux plus riches.
Droit dans bottes, il a confirmé le lendemain qu’il annulait trois projets
conclus avec la Chine, d’un montant total de quelque 22 milliards de dollars. Le
plus emblématique est la construction
d’une ligne de chemin de fer entre la
frontière thaïlandaise et Kuala Lumpur.
Les deux autres concernent des gazoducs sur l’île de Bornéo. « Cela nous ferait emprunter trop d’argent. Nous ne
pouvons pas nous le permettre car nous ne
pourrions pas rembourser », a justifié
mardi le chef du gouvernement malaisien, qui veut résorber une dette massive d’environ 250 milliards de dollars. Il
n’a toutefois pas écarté la possibilité de
relancer ces projets dans un contexte
plus opportun.
Des contrats qui ne profitent
qu’aux entreprises chinoises
Vainqueur de la coalition qui avait régné
sans interruption depuis l’indépendance
de l’ex-colonie britannique, « Docteur
M » n’a pas changé de cible. Il ne cesse de
dénoncer les gigantesques contrats
conclus avec la Chine par son prédécesseur et ancien protégé Najib Razak, in-
Le premier ministre malaisien, Mahathir Mohamad, et son homologue chinois, Li Keqiang, lundi à Pékin.
culpé depuis de corruption. Il les juge défavorables à son pays, en particulier
concernant le taux de prêt. Et considère
qu’ils ne profitent qu’aux entreprises et
aux ouvriers chinois. Le père du « miracle économique » malaisien, qui dirigea
déjà le pays d’une façon autoritaire de
1981 à 2003, espérait pourtant renégocier
certains de ces contrats lors de son déplacement. Mais le géant asiatique n’est
visiblement pas encore prêt à discuter.
Cette annulation est un revers pour la
Chine, qui a fait de la Malaisie l’une des
pièces centrales de ses « nouvelles routes de la soie ». L’initiative, fer de lance
de la politique étrangère du président Xi
Jinping, consiste à déployer de gigantesques infrastructures dans une
soixantaine de pays. Il est d’autant plus
aisé pour le nouvel homme fort de Kuala
Lumpur de critiquer la « stupidité » des
contrats paraphés par son prédécesseur
et son entourage qu’ils sont accusés
d’avoir détourné des milliards de dollars
d’un fonds souverain malaisien nommé
1MDB. Le nouveau gouvernement esti-
Le Salvador lâche Taïwan pour Pékin
C’est une nouvelle victoire arrachée par
Pékin, qui ne cesse de réduire l’espace
diplomatique de Taïwan, l’île rebelle. Le
Salvador, petit État d’Amérique centrale,
a annoncé mardi qu’il établissait
des relations officielles avec la Chine,
rompant du même coup celles avec
Taïpei. Ce territoire, où s’était replié
en 1949 le leader nationaliste Tchang
Kaï-chek, après la victoire des troupes
communistes, mène de facto une
politique indépendante. Mais le géant
asiatique le considère comme l’une
de ses provinces et interdit à ses
partenaires toute relation officielle
avec Taïwan. Les rapports entre les
deux voisins se sont dégradés depuis
l’élection, début 2016, de la présidente
Tsai Ing-wen, qui dirige le parti
progressiste, dont un courant
pousse à l’indépendance.
Sous son mandat, cinq États se sont
écartés de Taïpei. Après avoir été lâché
en mai par la République dominicaine et
le Burkina Faso, Taïwan n’a désormais
de relations formelles qu’avec dix-sept
pays, dont le Vatican, et des pays
d’Amérique centrale et du Pacifique.
La décision du Salvador est un coup dur
pour Tsai Ing-wen, qui revient d’un
déplacement au Paraguay et au Belize,
deux de ses derniers alliés. Elle a fait
un stop aux États-Unis, alors que les
relations continuent à se réchauffer
avec Washington, malgré
les protestations de Pékin.
Cette rupture « fait partie de toute
une série d’intimidations menées par
la Chine », a réagi Tsai Ing-wen. Taïpei
a aussi fustigé la stratégie de Pékin
consistant à promettre de généreux
financements à ses alliés.
C. P. (À PÉKIN)
HOW HWEE YOUNG/AP
me par ailleurs que l’un des protagonistes présumés de ce scandale, le financier
malaisien Low Taek Jho, serait hébergé
par la Chine, selon la presse américaine.
Mahathir n’a cependant pas évoqué
ce point à Pékin. Pas question d’aller
trop loin, alors que son séjour visait également à consolider les liens économiques – au-delà des accords controversés
– avec son premier partenaire commercial. Il a d’ailleurs rencontré samedi Jack
Ma, le fondateur du géant du commerce
en ligne Alibaba, dont les ambitions en
Malaisie devraient selon lui davantage
bénéficier à la population locale.
Sa fermeté devrait ravir son opinion
publique. Un peu plus de 100 jours après
son retour aux manettes, celui qui a promis de réformer un pays qu’il a lui-même
modelé reste populaire. Les Malaisiens
ont applaudi l’arrestation de Najib Razak
et apprécié la suppression d’une taxe
contestée sur la consommation. Mais cet
état de grâce pourrait s’évanouir alors
que le gouvernement prépare des mesures d’économies, selon certains experts.
En outre, « il faudra des années pour corriger la mauvaise gestion de l’administration
Najib, en particulier dans le domaine économique, où la corruption était la norme »,
prévient James Chin, professeur à l’université de Tasmania, en Australie. Pour
l’heure, la magie de ce revenant opère
encore. Sauf peut-être sur les Chinois… ■
Polémique autour d’un nouveau mur de Berlin
Une installation artistique veut faire revivre une « atmosphère stalinienne » aux visiteurs, au cœur de la capitale autrefois divisée.
CORRESPONDANT À BERLIN
ALLEMAGNE Le mur de Berlin bientôt reconstruit ? Vingt-neuf ans après sa destruction, le symbole de la division EstOuest de l’Europe va réapparaître dans les
rues de la capitale allemande. En tout cas,
temporairement et artistiquement parlant,
dans le cadre d’une installation imaginée
par le groupe d’artistes DAU. Secret depuis
plusieurs mois, le projet, qui vient d’être
confirmé, fait les gros titres de la presse allemande cette semaine. Une « insulte », a
dénoncé le quotidien berlinois Tagesspiegel en voyant dans l’événement un dévoiement touristique du devoir de mémoire. Ses partisans comparent en revanche
NO
E
UV
l’idée à l’emballage du Reichstag par
Christo en 1995.
Ce nouveau mur de Berlin devrait être
construit autour du Kronprinzenpalais, sur
Unter den Linden, l’une des principales artères de la capitale. Il devrait être dévoilé le
3 octobre, le jour de la fête nationale allemande, qui commémore la réunification
du pays, et être détruit le 9 novembre, jour
anniversaire de la chute du vrai Mur. Entre-temps, les visiteurs pourront visiter
« une ville dans la ville » qui leur « permettra
d’expérimenter une vie avec des règles différentes », selon la description du projet.
Pour entrer dans l’espace, il faudra présenter son passeport, donner son téléphone
portable et autres restrictions. Les artistes
veulent faire revivre aux spectateurs « une
ambiance stalinienne ».
AU
L’installation doit faire partie d’un triptyque impliquant aussi Paris et Londres,
chaque ville incarnant un concept : liberté,
égalité, fraternité. « Je m’attends à un événement mondial », s’est enthousiasmée la
L’installation doit faire
partie d’un triptyque
impliquant aussi Paris
et Londres
secrétaire d’État à la Culture, Monika
Grütters. Les responsables de la Berlin
Festspiele, organisatrice de l’événement,
n’ont toutefois pas confirmé avoir obtenu
toutes les autorisations nécessaires. Avant
de vouloir cerner le Kronprinzenpalais,
DAU avait envisagé de s’installer autour
de la Volksbühne, l’un des théâtres avantgardistes de la ville, sans succès.
DAU n’en est pas à son coup d’essai.
L’installation que le groupe veut présenter
trouve son origine dans un projet mené en
Ukraine entre 2009 et 2011 par le réalisateur russe Ilya Khrzhanovsky. Pendant
deux ans, près de 400 personnes ont accepté de fréquenter un faux institut de recherche d’inspiration soviétique où leur
vie quotidienne « normale » a été filmée.
Treize films résument l’expérience et seront présentés cet automne. La bande-annonce évoque les trahisons, les amours, la
surveillance réciproque des protagonistes.
Comme une vie réelle dans une société totalitaire, assurent les artistes de DAU.
La polémique qui n’a pas manqué de
naître autour du projet de reconstruire le
mur de Berlin illustre la difficulté de
l’Allemagne à se confronter à la mise en
scène de son passé. Toute figuration de la
dictature est soupçonnée d’en dégrader la
réalité et de minimiser les souffrances vécues par ses victimes. L’ouverture d’une
réplique du bunker d’Hitler en 2016 avait
aussi suscité de longues discussions sur la
pertinence du lieu. Le tourisme lié à la
guerre froide est aussi observé d’un mauvais œil par la mairie de Berlin, à l’image de
Checkpoint Charlie, le plus célèbre point
de passage entre l’Est et l’Ouest. Le carrefour est aujourd’hui un attrape-touristes
où l’on pose auprès de faux GI. La mairie de
Berlin voudrait reconquérir l’endroit en y
créant un nouveau lieu de mémoire. Pour
expliquer le passé sans le faire revivre. ■
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mercredi 22 août 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Les radars font les frais de la limitation à 80 km/h
Ces détecteurs de vitesse ont été la cible de nombreux actes de vandalisme à travers le pays ces derniers mois.
XAVIER DE FENOYL/PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/MAXP
CLOTILDE COSTIL £@ClotildeCostil
Une opération radars masqués à l’appel
d’associations, en mars, à Toulouse.
DÉLINQUANCE C’est un phénomène qui
a dû surprendre plus d’un automobiliste
sur la route des vacances : des radars colorés en bleu, vert, rose… Cela n’est pas
le fruit de démarches artistiques mais
bien des actes de vandalisme perpétrés
depuis plusieurs mois aux quatre coins
de la France. Quatre cents appareils
auraient en effet été détériorés depuis
janvier 2018 : c’est quatre fois plus que
l’an dernier à la même époque, selon
LCI. Et dans certains départements, le
phénomène s’est répandu en quelques
semaines comme une traînée de poudre. C’est le cas des Hautes-Pyrénées où
plusieurs communes voisines de Tarbes
ont déploré six dégradations en l’espace
de quinze jours. Même constat en Normandie, en Bretagne et en Haute-Loire
où 35 radars ont été visés, contre 20 à la
même époque l’an dernier. De son côté,
l’Observatoire national interministériel
de la sécurité routière (Onisr) veut
éteindre la polémique puisqu’elle n’a
pas souhaité communiquer de chiffres
« pour éviter tout phénomène de surenchère d’une année sur l’autre ». Toutefois, l’organisme national convient
d’une augmentation des dégradations
légères (tags, rayures…), qui font toutes
l’objet d’une enquête des forces l’ordre.
« Symbole du racket français »
Point commun à tous ces saccages : ils
ont, la plupart du temps, été effectués
sur des axes où la vitesse maximale
autorisée est réduite à 80 km/h. Faut-il
y voir une des conséquences de la
réduction de la vitesse sur ces axes, mesure gouvernementale du 1er juillet dernier, qui a déjà suscité tant de mécon-
tentements ? Le lieutenant-colonel de
gendarmerie de Haute-Loire, JeanPierre Rabasté, n’hésite pas à faire le
rapprochement : « Les radars ont été
tagués sur des zones à 80 km/h. » Des
propos corroborés par ceux du délégué
général de l’association 40 Millions
d’automobilistes, Pierre Chasseray :
« La vague de rejet du 80 km/h ne cesse
d’enfler. » Au standard de l’association,
la ligne téléphonique est saturée d’automobilistes mécontents depuis le
1er juillet, assure-t-il. « Je ne justifie pas
ces actes de malveillance, mais je comprends la lassitude des automobilistes qui
ne comprennent pas l’utilité d’une telle
mesure appliquée sans marge de tolérance. Le radar est devenu le symbole du racket français. » Pierre Chasseray a ainsi
rappelé son opposition face à la politique de sécurité routière française qui
fait le choix de la « répression ultime » :
« Le radar est une solution pour lutter
contre la mortalité routière, mais elle
n’est pas la seule. Il est nécessaire
d’adapter les règles aux pratiques. »
Les autorités prennent au sérieux cette contestation et veulent renforcer leur
vigilance auprès des radars ciblés. Aussi, plusieurs dispositifs ont été mis en
place pour dissuader les vandales : des
radars tourelles, difficiles d’accès car en
hauteur, et des caméras de surveillance
ont déjà été installés, comme en HauteLoire. « Avec ces équipements, nous souhaitons éviter des frais de nettoyage ou de
remplacement supplémentaires, qui finissent toujours par être répercutés sur le
porte-monnaie du contribuable », précise le lieutenant-colonel Chasseray. Et
de rappeler que, pour le seul département de Haute-Loire, 20 000 euros ont
été dépensés au cours de l’année pour
nettoyer les radars. ■
Terrorisme : redéploiement estival
pour l’opération « Sentinelle »
Sur les 7 000 militaires mobilisés pour
cette mission de sécurité, près d’un millier
patrouillent sur les lieux de vacances.
SÉCURITÉ « Les terroristes islamistes ont
frappé les plages tunisiennes en 2015 ou encore la fête du 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais, fait remarquer un spécialiste de la lutte antiterroriste. À partir
du moment où les lieux de vacances peuvent
devenir des cibles, il est logique et nécessaire que “Sentinelle” se redéploie dans ces
secteurs. » En 2018, sur les 7 000 hommes
et femmes mobilisés dans cette mission de
l’armée française, près d’un millier ont
ainsi pris leurs quartiers d’été aux côtés
des forces de sécurité intérieure (police et
gendarmerie) pour protéger les vacanciers français et étrangers.
Un phénomène qui, au demeurant,
existait déjà du temps de l’opération « Vigipirate » et a été maintenu pour « Sentinelle ». Les littoraux méditerranéen et
atlantique ont été notamment concernés,
et les vacanciers ont pu ainsi voir cet été
des Bérets verts de la Légion étrangère
patrouiller à Marseille ou encore des Bérets bleus des troupes de marine faire de
même à Vannes.
Pour sa part, le 13e régiment du génie
de Valdahon (Jura) a assuré pendant un
mois une mission de surveillance entre
Saint-Cyr-sur-Mer et Cavalaire. Il a reçu
la visite, le 1er août, à Hyères (Var), de la
ministre de la Défense, Florence Parly,
qui a souligné que « pendant la période estivale, il s’agit d’avoir plus de dispositif
Sentinelle dans les zones où les Français se
rendent pour leurs vacances, et donc nous
réarticulons ce dispositif en transférant un
certain nombre de forces là où il y a les plus
grandes concentrations humaines. […]
Nous faisons en sorte qu’en fonction des
événements, concerts et manifestations
programmées dans ces zones balnéaires, le
dispositif soit toujours présent là où il le
faut ».
Plus mobile et plus flexible
Ce redéploiement estival est dans la lignée du changement intervenu en septembre 2017 dans le mode d’action de
« Sentinelle ». Cette technique vise à être
plus imprévisible pour les terroristes,
plus mobile et aussi plus flexible, permettant ainsi aux unités mobilisées dans une
rotation complexe de s’entraîner correctement et d’être déployées sur les théâtres d’opérations extérieures. Florence
Parly a rappelé que les 7 000 militaires
mobilisés dans le cadre de « Sentinelle »
peuvent monter à 10 000 « sur décision du
président de la République en cas d’incident très grave ». Le ministère de la Défense soulignait début juillet que la mise
en place de ce dispositif estival avait été
rendue possible « grâce à une coordination interministérielle initiée depuis plusieurs mois et réalisée à tous les niveaux,
national, zonal et local. L’implication de
chacun dans une coopération renforcée a
rendu possible l’anticipation des besoins et
l’optimisation d’emploi des moyens militaires, notamment dans les zones d’affluence ».
Pour les militaires concernés, l’opération « Sentinelle à la plage » n’a, bien sûr,
rien d’une villégiature. D’abord parce
que, si le soleil est certes souvent au ren-
BRUNO BEBERT/BESTIMAGE
JEAN CHICHIZOLA
Une patrouille de l’opération « Sentinelle » surveille la plage du Ruhl sur la promenade des Anglais, en juillet à Nice.
dez-vous, la tenue est peu estivale : fusil,
casque lourd, gilet pare-balles, munitions, sans oublier les armes non létales
(matraque télescopique, gaz lacrymogène). L’an dernier, le poids total de cet attirail frisait les 25 kilos pour des paras des
troupes de marine patrouillant à Paris. Le
redéploiement pose également des défis
en matière d’hébergement et de logistique. Et ajoute des contraintes aux soldats
chargés de famille. Florence Parly a
d’ailleurs insisté sur le fait que serait
maintenu « un effort sur les conditions de
vie des soldats déployés au sein de cette
opération ». Ceux-ci bénéficieront par
exemple « de l’amélioration de la couverture Wi-Fi de leurs sites d’hébergement ».
Les militaires de « Sentinelle » ne sont
enfin pas les seuls à être mobilisés au
cœur de l’été. Si la mission n’a rien à voir
en termes de nombre de personnes mobilisées, l’armée de terre engage depuis
plus de trente ans des hommes dans la
lutte contre les feux de forêt en soutien
des pompiers. Entre le 25 juin et le 14 septembre, 23 départements du sud de la
France sont concernés par cette opération « Héphaïstos ». ■
Les maires demandent le maintien des CRS sur les plages
La sécurité
« des
citoyens
français,
en ville
ou à la plage,
c’est de la
responsabilité
de l’État,
pas des
communes
»
A
DANIEL FASQUELLE,
DÉPUTÉ LR
DU PAS-DE-CALAIS ET
CONSEILLER MUNICIPAL
DU TOUQUET
LES NAGEURS sauveteurs des
compagnies républicaines de sécurité (CRS) vont-ils disparaître
de nos plages ? Au cœur de l’été,
le sujet aurait presque des airs de
serpent de mer. Mi-juillet, une
réponse écrite du ministère de
l’Intérieur à deux parlementaires
avait relancé les inquiétudes
d’élus : « Il ne s’agit pas d’une
mission propre des CRS, précisait
la Place Beauvau, puisque la police
des baignades ne relève ni des missions régaliennes de l’État ni de ses
obligations légales. […] De nouvelles évolutions ne doivent pas être
exclues par principe pour permettre aux forces de l’ordre de se
concentrer sur leurs missions régaliennes, notamment en période
estivale. »
Il n’en fallait pas plus pour déclencher une levée de boucliers
d’élus de communes du littoral.
La disparition des CRS serait « une
perte considérable pour la sécurité
de nos concitoyens et des touristes
étrangers sur nos plages », déclare à l’Agence France Presse Daniel Fasquelle, député LR du Pasde-Calais et conseiller municipal
du Touquet, qui ajoute : « Ils surveillent la baignade, préviennent
les incivilités et luttent contre la
menace terroriste qui existe aussi
sur les plages. La sécurité des citoyens français, en ville ou à la plage, c’est de la responsabilité de
l’État, pas des communes. »
De facto, le nombre de CRS sur
le littoral n’a cessé de reculer au
cours des dernières années. Présents pour la première fois sur les
plages en juillet 1958, ils étaient
déployés cet été dans 62 communes (contre 126 en 2002 et 99 en
2011). Leur nombre total, 297, est à
comparer avec celui de 2002 (722).
Devant la polémique naissante,
le ministère de l’Intérieur souligne
que ce chiffre de 297 est stable depuis trois ans et que Gérard Col-
lomb a expressément voulu ne pas
diminuer le dispositif existant, en
2017 comme en 2018. Par ailleurs,
la Place Beauvau réaffirme que le
principe des renforts saisonniers
de policiers et de gendarmes dans
les secteurs les plus touristiques
demeure intangible.
Questions juridiques
et budgétaires
Sur la seule question des nageurssauveteurs CRS, le ministère souligne toutefois que, « s’agissant
de la surveillance des plages, le
Code général des collectivités territoriales prévoit que c’est le maire
qui exerce la police des baignades
et des activités nautiques ». La
participation des CRS « soulève
également des questions juridiques
et budgétaires que la Cour des
comptes a déjà relevées, s’agissant
de la mise à disposition des communes, par l’État, de personnels
dont elles n’assument qu’une part
réduite des charges ». Une allusion à un rapport de la Cour du 14
novembre 2012 qui avait déjà suscité l’ire des élus du littoral. « Activité étrangère » (à la mission des
CRS), « absence de base réglementaire », « mise à disposition
avantageuse pour les communes
mais juridiquement critiquable »…
l’observation des sages de la Rue
Cambon était sévère.
Pour l’heure, la Place Beauvau
tient à souligner qu’aucune décision n’a été prise. La réflexion en
la matière, si elle est engagée, le
sera « le moment venu et fera l’objet d’échanges entre le ministère de
l’Intérieur et l’ensemble des acteurs concernés ». Gérard Collomb sait d’ores et déjà qu’il
pourra compter sur l’écoute et la
vigilance d’édiles qui ne cessent
de dénoncer un désengagement
de l’État et des moyens financiers
qui s’amenuisent. Rendez-vous
en 2019. ■
J. C.
EN BREF
Le Pape rencontrera
des victimes de prêtres
pédophiles en Irlande
En visite en Irlande
les 25 et 26 août, à l’occasion
de la Rencontre mondiale
des familles, le pape François
rencontrera des victimes
d’abus sexuels commis
par des membres de l’Église.
Un prêtre réclame
la démission
du cardinal Barbarin
Un prêtre de Valence a lancé
mardi en ligne une pétition
réclamant la démission
du cardinal Philippe Barbarin,
poursuivi pour
non-dénonciation
d’agressions sexuelles.
Depuis sa prison,
le rappeur Booba dénonce
la peine qu’il encourt
Le rappeur Booba a dénoncé
mardi sur le réseau social
Twitter, via sa manager,
la peine qu’il encourt
pour sa bagarre
à l’aéroport d’Orly
l’ayant opposé à Kaaris.
Les deux rappeurs sauront jeudi
s’ils restent en prison jusqu’à
leur procès.
Un homme
meurt en scooter
en fuyant la police
Un jeune homme est mort
mardi matin dans un accident
de scooter en fuyant la police
à Orly (Val-de-Marne).
LE FIGARO
mercredi 22 août 2018
SOCIÉTÉ
9
Sangliers :
agriculteurs
et chasseurs
à couteaux tirés
Les paysans accusent les chasseurs
de favoriser la prolifération des cochons
sauvages alors que ces derniers causent
de gros dégâts dans les cultures.
Un appel d’offres doit redistribuer l’exploitation
du littoral en 2019. Des restaurants historiques
de la Pointe Rouge craignent de disparaître.
AMÉNAGEMENT Son petit port, ses restaurants emblématiques, ses rochers où
se brisent les eaux de la Méditerranée…
La plage de la Pointe Rouge de Marseille
caractérise à elle seule le charme de la
Cité phocéenne. Très prisée de ses habitants, cette partie du littoral n’a pourtant
pas été aménagée depuis des décennies…
Aujourd’hui gérée par l’État, la plage
de la Pointe Rouge va désormais passer
sous contrôle municipal. « La mairie
souhaite s’occuper de cette plage afin de
développer une stratégie globale de gestion de nos bords de mer », explique Didier Réault, adjoint de la ville de Marseille à la mer, au littoral et aux plages.
C’est grâce au « décret plage » de
2006 que la commune est désormais responsable de la gestion des plages de la
ville et, grâce à un appel d’offres, peut
attribuer des emplacements à ceux qui
souhaitent installer leur commerce sur
les bords de mer.
En 2017, le premier appel d’offres avait
contraint les restaurateurs installés à la
Pointe Rouge à la destruction de leur terrasse « en dur » avant l’attribution des
lots, pour libérer la plage. Ce qui avait
soulevé la colère de ces petits patrons.
« Nous avons dû lancer une pétition »,
soupire Cyrille Rébuffat, patron de L’Escale et responsable littoral à l’Umih 13
(Union des métiers et des industries de
l’hôtellerie). Malgré les 10 000 signatures
récoltées, les restaurateurs ont dû se
plier à la règle pour pouvoir déposer
leurs dossiers, espérant conserver leur
activité.
Mais entre non-respect des cahiers des
charges et problème de concurrence,
Mairie et État ont abandonné le projet
pour cette année 2018. « La prochaine
U
APPRENDRE À VIVRE MIEUX
ET PLUS LONGTEMPS
session d’appel d’offres se veut plus ouverte, pour attribuer les lots au début de l’année 2019 », assure Didier Réault, afin que
tout soit prêt pour la saison prochaine.
Triste bilan
Une année de battement qui a eu pour
conséquences de graves problèmes de
trésorerie. L’appel d’offres ayant été annulé et les terrasses détruites, l’année
2018 présente un triste bilan. « J’ai dû
fermer cet hiver car je n’avais plus d’endroit où faire manger les gens, j’ai dû licencier l’ensemble de mon personnel, soit
10 personnes au total, déplore Cyrille Rébuffat. La loi a été mal faite, mais on est
forcé de l’appliquer. »
Sur une année, il a perdu près de 40 %
de son chiffre d’affaires, représentant
plus de 250 000 € de pertes. Une situation intenable qui met en péril l’avenir
du restaurant. Même inquiétude pour
Bernard Marty, président de l’Umih 13 et
patron du Marinella. « On vit dans l’incertitude et, en plus, on n’est soutenu par
personne, s’agace-t-il. On attend, on ne
sait rien. S’ils ne veulent plus de nous,
qu’ils le disent. On trinque, et à la fin, on ne
sera plus là. On laissera la place aux chaînes qui peuvent payer. »
La Mairie assume cette solution provisoire et met en avant le bien commun.
« Ce qu’on souhaite, c’est créer de l’activité, renforcer le tourisme et satisfaire les
habitants, assume Didier Réault. Il y a
une réelle logique économique que l’on
admet et tout le monde pourra bénéficier
des retombées. » Mais Bernard Marty y
voit surtout une stratégie pour embourgeoiser les plages. « C’est ridicule, on essaye de rendre Marseille touristique mais
la Pointe Rouge est une plage populaire
pour ceux qui vivent ici. Ça va se ressentir, les gens ne viendront plus », s’inquiète-t-il. ■
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A
ANTOINE PELÉ £@antoine_pele
EA
Les paillotes font de la
résistance à Marseille
dégâts agricoles de gros gibiers, sans
compter les maladies dont ils sont porteurs, comme la peste porcine », ajoute
l’éleveur de la Haute-Saône. Certains
départements bretons l’ont déjà classé
au tableau des espèces indésirables.
Pour la FNC qui ne veut pas être la
seule à porter le chapeau, au moins
cinq raisons expliquent cette prolifération. Tout d’abord, le nombre de chasseurs est en baisse continue. « Il diminue de 2 % à 2,5 % par an, confirme
Willy Schraen. Par ailleurs, les zones
d’interdiction de chasse sont de plus en
plus en nombreuses, non seulement à
cause de l’urbanisation des terres agricoles mais aussi à cause de l’expansion
des zones de protection du littoral ou de
celles certifiées Natura 2000. » Les san-
L’actrice italienne Asia Argento
accusée par le New York Times
d’avoir agressé sexuellement
un acteur à l’époque mineur
a réagi ce mardi. « Je nie et je
rejette le contenu de l’article publié
par le New York Times […]. Je n’ai
jamais eu de relation sexuelle avec
Jimmy Bennett », affirme l’actrice
de 42 ans dans un communiqué
où elle parle de « persécution ».
« Je suis profondément choquée
et frappée en lisant des
informations absolument fausses »,
poursuit l’actrice. Le New York
Times a révélé que l’actrice,
l’une des principales accusatrices
du producteur déchu
Harvey Weinstein, avait versé
380 000 dollars à un jeune homme
affirmant qu’elle l’avait agressé
sexuellement alors qu’il avait
17 ans. L’actrice italienne assure
avoir versé cet argent dans le seul
but de l’aider économiquement.
V
Pour lui, il faudrait deux fois moins de
sangliers dans l’Hexagone pour revenir
à un équilibre qui satisfasse les chasseurs et les agriculteurs. Pour cela, il
faudrait permettre aux détenteurs du
permis de chasse de viser sans restrictions le sanglier, en le considérant
comme un animal nuisible. « Ils sont à
l’origine de 85 % à 90 % du montant des
sangliers
ont été tués l’an dernier,
contre 150 000 en 1990-1991
ZOOM
Asia Argento rejette
les accusations
d’agression sexuelle
U
Moins de chasseurs
750 000
gliers y trouvent de bons refuges contre
les balles. Troisième explication : de
plus en plus d’espaces ruraux ne sont
plus entretenus et le cochon sauvage
s’y émancipe en toute tranquillité.
« Dans le sud de la France, comme dans
le Var, où la garrigue a gagné du terrain, on a tué plus de 30 000 sangliers
l’an dernier, dix fois plus qu’en Ille-etVilaine, où les terres sont entretenues »,
constate Thierry Coste, consultant sur
la chasse. En outre, le réchauffement
climatique favorise la reproduction.
« Désormais les laies peuvent avoir trois
portées sur deux ans contre une par an
habituellement. »
La FNC accuse enfin les agriculteurs
d’avoir accru les grandes parcelles,
créant des espaces de liberté pour les
sangliers tout en réduisant l’habitat du
petit gibier par l’arrachage des haies.
« Avant d’aller plus loin dans les discussions, les chasseurs doivent abandonner
leurs plans de gestion qui a contribué à
protéger les sangliers. Ils ne tuent jamais
les reproducteurs », déplore Thierry
Chalmin. Un dialogue de sourds qui
pourrait trouver un dénouement à
l’Élysée. La FNC, qui a l’oreille du président, devrait le rencontrer prochainement. ■
O
RURALITÉ Les sangliers prolifèrent
partout en France. Il y en a dix-neuf
fois plus aujourd’hui qu’en 1973.
Compte tenu du nombre abattu annuellement – plus de 750 000 la saison
dernière (2017-2018) –, on en compterait entre 4 à 5 millions sur le territoire
français. Cela fait peut-être la joie des
chasseurs mais agace de plus en plus
d’agriculteurs. Actuellement en pleine
récolte du maïs, ils réalisent les dégâts
causés par les cochons sauvages : des
rangées d’épis couchés au sol et dont le
grain a été dévoré. « Quand les sangliers
envahissent nos champs de maïs c’est la
double peine, commente Christiane
Lambert, présidente de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles). Non seulement ces
cultures sont déjà anéanties par deux
mois de sécheresse mais en plus les sangliers aggravent la chute des rendements. »
Département par département, la
Fédération nationale de la chasse (FNC)
doit donc indemniser les agriculteurs.
Cette année, « la facture est lourde :
30 millions d’euros rien que pour payer
les dégâts des sangliers dans les cultures
auxquels il faut ajouter 20 à 25 millions
pour les actions de prévention, comme la
mise en place de clôtures électriques renforcées pour empêcher le passage du
gros gibier dans les cultures », explique
Willy Schraen, président de la FNC.
Une somme qui ne suffit pas à calmer
la colère des paysans. « De plus en plus
d’agriculteurs sont à bout. Ma voisine en
est un exemple. Elle produit du lait pour
fabriquer du gruyère sous IGP (indication géographique protégée, NDLR). Il y
a de plus en plus de terre dans le foin
qu’elle donne à ses vaches et cela contamine le lait. Elle ne sait plus comment
faire», se lamente Thierry Chalmin,
syndicaliste de la FNSEA, membre du
Conseil national de la chasse et de la
faune sauvage (CNCFS).
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
N
ERIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
Dans le sud de la France,
où la garrigue a gagné
du terrain, on a tué plus
de 30 000 sangliers l’an dernier.
mercredi 22 août 2018 LE FIGARO
10
SCIENCES
Aeolus relève
le défi
de mesurer
les vents
depuis l’espace
Installation du satellite européen Aeolus
(au premier plan) sur son lanceur Vega.
La fusée devrait décoller ce mercredi soir
à 23 h 20 (heure de Paris, 18 h 20
en Guyane) depuis le Centre spatial
de Kourou. ESA
que sur des particules assez grosses,
telles que les aérosols ou les microgouttelettes d’eau. Une atmosphère limpide
restait transparente. Aeolus pourra lui
mesurer la vitesse des vents même par
temps clair.
« C’est une vraie mission exploratoire,
souligne Anders Elfving, chef du projet
Aeolus à l’ESA. Nous avons dû lever de
nombreux verrous pour avoir un instrument qui fonctionne dans le vide spatial
pendant plusieurs années. Nous sommes
confiants aujourd’hui, mais cela aura été
difficile. Personne n’a jamais encore fait
ça. Ce n’est pas encore une mission opérationnelle. C’est plus une preuve de
concept. »
Dans son design actuel, Aeolus doit
permettre de déterminer la vitesse
moyenne du vent selon la direction estouest en 24 points d’altitudes différentes comprises entre 0 et 30 km, et ce
pour des zones assez vastes de près de
L’Agence spatiale européenne va lancer
de Kourou un satellite expérimental
dont les mesures pourraient grandement
améliorer les prévisions météorologiques.
TRISTAN VEY £@veytristan
ENVOYÉ SPÉCIAL À KOUROU (GUYANE)
ESPACE Si les vents qu’il part justement étudier veulent bien avoir l’amabilité de ne pas souffler trop fort, le satellite européen Aeolus devrait décoller
mercredi soir à 23 h 20 (heure de Paris,
18 h 20 en Guyane) depuis le Centre
spatial de Kourou. C’est le plus petit et
le plus italien des lanceurs d’Arianespace, Vega, qui doit emporter ce concentré de technologie.
Si Aeolus est en effet relativement léger, 1,4 tonne, il est en revanche à la
pointe sur le plan scientifique. Son coût
raisonnable (480 millions d’euros tout
de même) ne rend d’ailleurs pas vraiment justice au caractère exceptionnel
du seul instrument qui est embarqué :
un Lidar UV de très haute puissance,
joliment baptisé Aladin (Atmospheric
Laser Doppler Instrument). Celui-ci
doit permettre de mesurer directement
la vitesse des vents depuis l’espace, un
paramètre fondamental pour les modèles météorologiques et climatiques, et
l’un des derniers qui échappe encore
aux satellites.
Actuellement, les seuls relevés de
vent disponibles ailleurs qu’en surface
sont obtenus par des ballons-sondes
envoyés quotidiennement, deux fois
par jour, en 750 points du globe. Cela ne
couvre toutefois que certaines parties
du monde, mais pas les tropiques ni les
océans. Pour ces derniers, l’étude de la
granularité de surface (forme des vagues) donne une indication sur les
vents de très basse altitude, mais c’est à
peu près tout. Aeolus promet de multiplier par 10 ou par 100 les quantités de
données qui pourront alimenter les
modèles de prévisions météo. Une révolution qui pourrait améliorer d’un
facteur deux la fiabilité des prévisions
météo, notamment dans les zones tropicales.
Mais cela n’est pas gagné d’avance.
Jusqu’à présent, tout le monde s’est
cassé les dents sur cette technologie. La
Russie, la Chine et même les États-Unis
ont tous renoncé devant la montagne
de problèmes qui se dressait devant eux
et ne cessait de croître au fur et à mesure des développements. Plus opiniâtre,
l’Agence spatiale européenne (ESA) a
persévéré, ne craignant pas d’accumuler les retards. C’est ainsi avec onze ans
de délai qu’Aeolus doit enfin s’envoler.
Revenons un instant sur cette tech-
“
Nous avons dû lever
de nombreux verrous
pour avoir un instrument
qui fonctionne dans le vide
spatial pendant plusieurs
années
”
ANDERS ELFVING, CHEF DU PROJET AEOLUS
À L’ESA
nologie bien particulière. Un Lidar est,
pour simplifier, un radar fonctionnant
avec de la lumière plutôt que des ondes
radio. Un Lidar UV est un Lidar qui
fonctionne avec des rayons UV, ceux-là
mêmes qui vous font bronzer (et provoquent les coups de soleil). Le principe
consiste à envoyer des impulsions très
courtes et très intenses, plusieurs milliards de photons envoyés en quelques
milliardièmes de seconde, et d’étudier
les quelques centaines de photons seulement qui sont réfléchis par les molé-
cules de l’atmosphère. En fonction de la
vitesse de ces molécules, les photons
qui reviennent n’ont pas exactement la
même « couleur », un phénomène appelé effet Doppler. Celle-ci est d’autant
plus différente que la vitesse des molécules est élevée.
Quelques rares satellites, tels que le
franco-américain Calipso, lancé en
2006, utilisaient déjà un Lidar, mais
ceux-ci fonctionnaient avec des rayons
infrarouges. Or cette lumière de plus
grande longueur d’onde ne se reflète
100 km de côté. La vitesse des vents
sera déterminée avec une précision de 1
à 2 mètres par seconde en fonction de
l’altitude. Placé sur une orbite polaire
héliosynchrone (ses panneaux solaires
sont toujours illuminés pour fournir
l’énergie nécessaire au laser), Aeolus
repassera tous les sept jours au-dessus
d’une même zone pendant au moins
trois ans et demi.
« C’est déjà énorme, mais ce n’est toujours pas assez pour fournir un service
opérationnel aux météorologues, souligne Josef Aschbacher, directeur des
programmes d’observation de la Terre
à l’ESA. Il faudrait trois ou quatre satellites pour offrir une résolution temporelle
et spatiale suffisante. Cela pourrait être
le cas dans cinq ou six ans si Aeolus est
un succès. » ■
[
]
Fourmi électrique, une minuscule guerrière
L’ÉTÉ DU FIGARO
JEAN-LUC NOTHIAS
jlnothias@lefigaro.fr
A
INVASION En Nouvelle-Calédonie, en
Polynésie française, dans les îles Galapagos et dans toutes les îles du Pacifique en
général ainsi qu’aux Caraïbes, un animal
envahissant pose de véritables problèmes. Il est pourtant minuscule puisqu’il
mesure en moyenne 1,2 mm. Mais la
fourmi électrique, aussi appelée petite
fourmi de feu, est redoutable. Elle est très
combative et, là où elle s’établit, elle supplante toutes les autres fourmis et les
araignées. De plus, sa piqûre est très douloureuse, d’où son nom. Brève mais cuisante. Originaire d’Amérique du Sud,
Wasmannia auropunctata est une fourmi
qui se reproduit par clonage : les mâles
sont des clones de leur père et les reines
des clones de leur mère. Les reines produisent aussi des ouvrières, stériles.
Ces fourmis ne se font pas la guerre entre elles et forment des supercolonies. C’est-à-dire que les
ouvrières peuvent librement et indifféremment
aller dans toutes les colonies. Mais elles ne
sont pas pacifiques
pour autant. Des
chercheurs du laboratoire l’ESE (laboratoire d’Écologie,
systématique
et
Aussi appelé
petite fourmi
de feu, cet insecte
envahissant dont
la piqûre est brève
et cuisante
est un combattant
redoutable, vivant
en supercolonies.
évolution, université Paris-Sud-CNRSAgroParis Tech) avaient voulu savoir
quelle espèce parmi les plus invasives
était la plus guerrière.
Des duels avaient été organisés entre
des fourmis électriques et des fourmis venues du sud de la France, L. neglectus,
une espèce invasive venue d’Asie Mineure, et L. humile, la fourmi d’Argentine,
ainsi que contre P. megacephala, la fourmi à grosse tête, elle aussi venue de Nouvelle-Calédonie. L’électrique a remporté
tous ses duels, l’asiatique 2, celle d’Argentine 1 et les grosses têtes 0. Mais
quand on faisait combattre les 4 colonies
sur un même champ de bataille, les grosses têtes s’en sortaient le mieux.
Si l’expérience en laboratoire montre
que la fourmi électrique, qui est capable
de projeter son venin, est une guerrière
fougueuse, elle n’est pas invincible pour
autant. Ainsi, en
Nouvelle-Calédonie,
3/6
l’hégémonie des fourmis électriques est
mise à mal dans les zones sèches de l’île
par P. megacephala, mais pas dans les zones humides. La fourmi d’Argentine, originaire d’Amérique du Sud, a une supercolonie sur une grande partie du
pourtour méditerranéen des côtes italiennes aux côtes atlantiques espagnoles
en passant par le sud de la France.
Un grave danger
pour la biodiversité
Les ouvrières de la fourmi électrique se
déplacent lentement et peuvent former
des « convois » de plusieurs mètres de
long. Elles se nourrissent de végétaux, de
graines, d’invertébrés mais sont aussi redoutables dans les cultures en serre. Elles
élèvent aussi des pucerons pour leur
miellat et n’hésitent pas à piller les nids
d’autres espèces. Elles ne défendent pas
un territoire mais leur nourriture.
W. auropunctata provoque aussi des dégâts chez les animaux de compagnie et le
bétail en s’attaquant à leurs yeux, jusqu’à
entraîner une cécité. Cette fourmi a été
utilisée au Cameroun dans la lutte contre
un parasite du cacaoyer et a colonisé plusieurs pays d’Afrique de
l’Ouest.
Les fléaux
biologiques
Les invasions de fourmis étrangères à
un territoire proviennent essentiellement
des transports. Une étude menée par une
équipe franco-suisse et néozélandaise,
conduite par Cléo Bertelsmeier, de l’université de Lausanne, s’est intéressée aux
interceptions réalisées par les douaniers
sur une période de soixante-dix ans
(1914-1984) dans les ports et aéroports
américains et néo-zélandais. Aux ÉtatsUnis, 4 533 interceptions de 51 espèces
différentes de fourmis ont été réalisées, et
76 % provenaient de pays où elles avaient
été introduites. En Nouvelle-Zélande,
entre 1955 et 2013, 45 espèces étrangères
ont été interceptées, dont 88 % étaient
déjà invasives à leur point de départ. Plus
il y avait d’interceptions, plus les chances
de la fourmi de s’établir aux États-Unis
ou en Nouvelle-Zélande étaient grandes.
Outre sa piqûre très douloureuse, la
fourmi électrique constitue un grave
danger pour la biodiversité, surtout dans
le cadre du changement climatique. Car
des espèces indigènes peuvent être fragilisées par ces modifications et disparaître
sous le rouleau compresseur des petites
fourmis de feu, très rustiques et prolifiques. D’autres espèces d’invertébrés
peuvent aussi être impactées. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Le capricorne asiatique,
l’Attila des bois
LE FIGARO
mercredi 22 août 2018
SPORT
11
Au Paris SG, c’est la guerre des goals
Gianluigi Buffon, Alphonse Areola et Kevin Trapp sont en concurrence pour occuper le poste de gardien de but.
POINTS FORTS
Alphonse Areola est un enfant
du club. Formé au PSG, il a fait
ses premiers pas avec l’équipe
première en mai 2013. Revenu
de différents prêts (Lens, Bastia,
Villarreal) en 2016, le gardien
parisien a d’abord connu
quelques moments difficiles.
Avant de s’imposer comme
un portier fiable, notamment
en Ligue des champions. Impérial
sur sa ligne, maître dans les airs,
il en impose grâce à son grand
gabarit (1,95 m).
POINTS FAIBLES
Sans doute doublure de Gianluigi
Buffon, Areola va devoir
répondre présent mentalement.
Par le passé, il a souvent connu
des périodes de doute
lorsqu’il a été relégué dans
la hiérarchie. En 2016-2017,
il s’était fait chiper sa place par
Kevin Trapp et n’avait jamais
pu la reprendre, la faute
à plusieurs bourdes.
D’un point de vue
technique, le gardien
français doit
également améliorer
son jeu au pied.
Alphonse
Areola
(FRANCE)
● 1,95 M ● 88 KG ● 25 ANS
Formé au club
87 matchs de Ligue 1
(dont 51 avec le PSG),
deux titres de champion
de France (2013, 2018).
1 match en pro :
Avec le PSG contre
Brest (3-1) le 18 mai 2013.
Ligue des champions :
14 matchs.
Sélections :
0 sélection, champion
du monde 2018.
enfin porter le maillot bleu. Mais
une position de numéro 2 en club
risque de lui faire perdre du crédit
auprès de Didier Deschamps.
Quant à Kevin Trapp, il semble
assez loin dans la hiérarchie.
Titulaire lors de sa première
saison (2015-2016), également utilisé la saison suivante pour
pallier la méforme
d’Areola
(2016-2017),
l’Allemand
n’a
disputé
que
14
matchs toutes compétitions confondues la saison
passée. Ne convainquant pas
vraiment
son
entraîneur
d’alors, Unai Emery, de lui
faire davantage confiance,
Trapp a semblé baisser les
bras et se contenter de son
rôle de doublure. Seulement, cette saison, il est
promis à ne plus figurer
POINTS FORTS
Gianluigi
Buffon
Charisme, expérience, talent :
Gianluigi Buffon a tout du gardien idéal.
À 40 ans, le portier italien a tout gagné…
sauf la Ligue des champions.
Un peu comme le PSG.
L’international transalpin a
notamment déconcerté la France
en finale de la Coupe du monde
2006 et a plusieurs fois réussi
à hisser la Juventus Turin en finale
de Ligue des champions (2003, 2015,
2017). Doté d’un gros mental, il est
peut-être le chaînon manquant
au club parisien.
(ITALIE)
● 1,92 M ● 92 KG ● 40 ANS
Au club depuis 2018
2 matchs de Ligue 1, 640 matchs
de Série A (Parme, Juventus
Turin), 8 fois champion d’Italie.
1er match en pro :
Avec Parme contre le Milan AC
(0-0) le 19 novembre 1995.
Ligue des champions :
117 matchs (avec Parme et la
Juventus de Turin), trois finales
perdues (2013, 2015, 2017),
vainqueur de la Coupe UEFA
(1999).
Sélections :
176 sélections, champion
du monde 2006, finaliste
de l’Euro 2012.
sur les feuilles de match. Une situation qui risque d’être compliquée à vivre, lui qui est proche du
clan brésilien formé par Neymar,
Thiago Silva et Marquinhos. Il a en
tout cas laissé son numéro 1 à
Gianluigi Buffon, comme s’il s’inclinait face à la légende italienne.
Durant les rencontres, il risque
fort de le voir évoluer des tribunes.
Thomas Tuchel, nouveau coach
du club parisien, a botté en touche
lorsqu’on lui a demandé sa hiérarchie au poste de gardien : « Gigi
est un grand professionnel, c’est
une légende. Il est humble et poli
avec tout le staff et a une grande
influence pour toute l’équipe. Pour
les trois gardiens, cela va être une
décision difficile pour moi, parce
que tous ont de grandes qualités et
peuvent être titulaires. » Un vrai
casse-tête pour l’ancien entraîneur de Dortmund qui va devoir
ménager les ego. ■
Areola
Qui est Gianluca
Spinelli, leur
entraîneur ?
Arrivé cet été pour mener
l’entraînement spécifique des
gardiens de but du PSG, l’Italien
Gianluca Spinelli (51 ans) est un
technicien reconnu. Il a longtemps
travaillé à Gênes avant de rejoindre
le staff de l’équipe nationale
d’Italie (2014-2016) puis de suivre
l’ex-sélectionneur Antonio Conte
à Chelsea. Il a signé un contrat
de cinq ans à Paris.
POINTS FAIBLES
Buffon a 40 ans, il ne faut pas
l’oublier. Et ses performances
ont forcément décliné ces
derniers temps. La saison
dernière, il a encaissé 0,8 but
par match en moyenne et a
enregistré 18 rencontres sans
prendre de but, en 34 matchs,
soit ses pires totaux depuis
2010-2011. Ses réflexes ne sont
plus aussi vifs et il a même
commis quelques bourdes.
Une régression inévitable
à son âge.
Kevin
Trapp
(ALLEMAGNE)
● 1,89 M ● 83 KG ● 28 ANS
Au club depuis 2015
63 matchs en Ligue 1,
deux titres de champion
de France (2016, 2018).
1er match en pro :
Avec Kaiserslautern contre
Fribourg (2-1) le 12 mars 2011.
Ligue des champions :
12 matchs.
Sélections :
3 sélections, vainqueur de la
Coupe des confédérations 2017.
POINTS FORTS
Arrivé en 2015, Kevin Trapp a
montré l’étendue de ses qualités
au PSG. Impressionnant au niveau
de ses réflexes sur sa ligne,
il anticipe très bien les centres
adverses et semble costaud dans
les airs, sans oublier son bon jeu
au pied. Il est également fort
dans les duels en un contre un et
l’a démontré à plusieurs reprises.
L’Allemand s’est aussi distingué
en détournant plusieurs penalties.
POINTS FAIBLES
Malheureusement pour lui, Trapp a
montré ses limites mentales. Lors
de sa première saison, il a commis
des boulettes mémorables
et a fini par perdre sa place lors de
la saison 2017-2018. Le gros point
noir de sa carrière restera surtout
ce jour du 8 mars 2017. L’Allemand
est en effet l’homme qui a gardé
la cage parisienne lors de la
« remontada » du FC Barcelone
(6-1). Une rencontre où il avait
étalé ses grandes carences…
A
FOOTBALL Gianluigi Buffon, Alphonse Areola et Kevin Trapp :
trois hommes pour une seule place au poste de gardien de but du
PSG et une concurrence acharnée
entre des joueurs qui peuvent tous
prétendre à une place de titulaire.
Lors des deux premières journées
de Ligue 1, c’est Buffon qui a
joué… mais cela va-t-il durer ?
Fort d’un palmarès fourni
(Coupe du monde avec l’Italie en
2006, huit sacres de champion
d’Italie et trois finales de Ligue des
champions), le vétéran italien se
place comme l’homme fort de la
cage parisienne. Arrivé libre en
provenance de la Juventus Turin,
l’international transalpin n’est
pas en France pour cirer le banc
du club de la capitale et ne semble
pas rassasié de compétition alors
qu’il a fêté ses 40 ans en janvier
dernier. Il vient pour apporter son
expérience européenne alors que
Paris est toujours en quête d’une
victoire en Ligue des champions.
La concurrence semble donc jouer
en sa faveur et le premier perdant
se nomme Alphonse Areola.
Le nouveau champion du monde a accepté de rester dans le
club de son cœur et va pouvoir profiter du grand
vécu de son nouveau partenaire. Mais va-t-il se
contenter des miettes ? Titulaire la saison dernière en
championnat et en Coupe
d’Europe, le joueur formé au PSG
veut poursuivre sa progression
afin de continuer à figurer en sélection nationale. Champion du
monde 2018 sans avoir joué et
sans même compter la moindre
sélection (le deuxième dans ce
cas après l’Argentin Hector Zelada
en 1986), le portier français veut
Buffon
Trapp
TEDDY VADEEVALOO
tvadeevaloo@lefigaro.fr
mercredi 22 août 2018 LE FIGARO
12
CULTURE
Spike Lee : « Il reste encore beaucoup à faire
pour raconter des histoires avec des points
C
ENTRETIEN Avec
PROPOS RECUEILLIS PAR
ÉTIENNE SORIN
esorin@lefigaro.fr
asquette vissée sur la
tête, Spike Lee s’efforce d’être fidèle à
sa réputation. Celle d’un cinéaste peu
amène avec les journalistes, a fortiori
quand ils sont blancs. Mais, en ce lundi 20 août dans un hôtel du centre de
Londres, il peine à tenir son rôle.
Spike Lee a toutes les raisons d’être
heureux et aimable. BlacKkKlansman,
auréolé du grand prix au Festival de
Cannes, démarre fort aux États-Unis.
L’histoire vraie de Ron Stallworth,
policier noir ayant réussi à infiltrer le
Ku Klux Klan (avec l’aide d’un collègue
juif !) dans les années 1970, est l’exutoire parfait pour ceux que l’Amérique
de Trump ne fait pas rêver. Cela fait du
monde. Avec BlacKkKlansman, Spike
Lee, 61 ans, voit aussi le bout d’un désert qu’il a traversé sans pour autant
cesser de travailler (documentaires,
séries télé). Rencontre avec le réalisateur new-yorkais, longtemps seul à
porter la voix des Afro-Américains au
cinéma (Nola Darling n’en fait qu’à sa
tête, Do the Right Thing, Mo’ Better
Blues, Jungle Fever, Malcolm X).
« BlacKkKlansman »,
grand prix au
Festival de Cannes,
le réalisateur
américain sort
d’une période
creuse. L’occasion
d’évoquer la place
des Noirs au cinéma
et dans la société
américaine,
ses amis, ses envies
et très peu
ses ennuis.
Cela donne une tonalité comique
inattendue chez vous…
Je crois que les suprémacistes blancs
sont stupides. Cela dit, je tiens à la distinction entre la comédie et l’humour.
Il y a des choses très drôles dans le
film, mais je voulais que plus personne
ne rie à la fin.
Ron Stallworth aurait adoré
que son rôle soit joué
par Denzel Washington,
votre acteur fétiche. N’est-il pas
la seule vraie star afro-américaine
à Hollywood ?
Will Smith n’est pas n’importe qui non
plus. Ou encore Samuel Jackson. Ce
sont des stars mondiales.
À défaut de Denzel Washington,
trop âgé pour le rôle, vous avez pris
son fils, John David Washington.
Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir
cet ancien footballeur américain
désormais acteur ?
Je connais John David Washington
depuis qu’il est né. Je l’ai vu grandir et
devenir l’homme qu’il est aujourd’hui.
J’ai écouté mon cœur, et mon cœur
m’a dit qu’il pouvait jouer Ron Stallworth. Je ne lui ai pas fait passer
d’audition. Je lui ai simplement raconté l’histoire et il a dit oui.
Hollywood est-il encore trop réticent
à confier des premiers rôles
à des acteurs noirs dans
des productions à gros budget ?
Tout dépend du rôle. Mais laissez-moi
vous poser une question : qui sera le
prochain James Bond ? Est-ce que ce
sera Idris (Idris Elba, l’acteur noir britannique des séries The Wire et Luther,
NDLR) ? Nous verrons bien. J’aime
bien Daniel Craig, même si mon acteur
préféré dans le costume de Bond est
“
Black Panther
a changé les règles
du jeu. Les studios
ne peuvent plus dire
que les films avec
des protagonistes noirs
ne marchent pas
à l’international
”
Sean Connery, mais j’adorerais voir
Idris en agent 007 ! Je touche du bois (il
tape sur la table basse) ! D’ailleurs,
Idris est à Londres en ce moment pour
la promotion du film qu’il a réalisé
(Yardie, NDLR) et je vais le croiser à
une soirée demain soir. Je verrai donc
Idris, mon frère…
Aimeriez-vous réaliser
un James Bond ?
Je ne dis pas non. Je ne ferai pas des
pieds et des mains pour y parvenir, mais
pourquoi pas… Encore faut-il qu’on
pense à moi. Les producteurs connaissent le nom de mon agent (éclats de rire).
Harry Belafonte fait une apparition
dans BlacKkKlansman.
Vous vouliez la présence d’une icône
de la lutte pour les droits civiques ?
Nous avons filmé sa scène le dernier jour
du tournage. La veille, j’ai dit à l’équipe :
« Demain, je voudrais que les hommes
soient en costume-cravate et les femmes
en robe. Je veux que l’on rende hommage
au grand Harry Belafonte. » Dans cette
séquence, son personnage raconte en
tant que témoin l’histoire de son ami
Jesse Washington, adolescent noir pendu et brûlé par la foule en 1916. En parallèle, je montre les membres du Ku Klux
Klan projetant Naissance d’une nation de
D. W. Griffith. L’amour d’un côté, la haine de l’autre.
Est-il vrai que votre père, contrebassiste,
a joué avec Aretha Franklin ?
Je ne crois pas. Il a joué avec Joan Baez,
Bob Dylan… J’ai connu Aretha, Dieu la
bénisse ! Dans mon film Malcolm X, on
entend sa version de Someday We’ll All
LE FIGARO. – À Cannes,
vous avez déclaré que faire
un bon film est un miracle.
Considérez-vous BlacKkKlansman
comme un miracle ?
Spike LEE. – Faire un mauvais film est
aussi quelque chose de très difficile. Je
ne crois pas que le public se rende
compte à quel point c’est compliqué.
Un réalisateur ne se contente pas de se
pointer sur un plateau pour faire tourner la caméra. Il y met du sang et de la
sueur. Il faut des heures, des années,
pour obtenir le film que l’on a imaginé. Je suis cinéaste depuis quatre décennies et j’ai appris que rien n’est jamais acquis. Mais quand ça marche, il
faut savoir être reconnaissant.
“
Il y a des choses
très drôles dans le film,
mais je voulais que plus
personne ne rie à la fin
”
Vous teniez à ce que BlacKkKlansman
sorte aux États-Unis le 10 août,
l’avant-veille du jour anniversaire
du rassemblement d’extrême droite
à Charlottesville et de la mort de
Heather Heyer, militante antiraciste
blanche tuée par un suprémaciste
blanc. Les images de sa voiture
fonçant dans la foule servent
d’épilogue au film. Pourquoi ?
C’est le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. BlacKkKlansman est
un film d’époque. Il raconte une histoire située dans les années 1970. Mais,
avec mon coscénariste, Kevin Willmott, nous voulions écrire un film
contemporain, dont les dialogues sonnent actuels.
Certaines personnes à Charlottesville,
y compris Susan Bro, la mère
de Heather Heyer, pensent
que si la victime avait été noire,
ce meurtre aurait eu moins d’impact
dans les médias. Êtes-vous d’accord ?
Non, il y a plein d’exemples de personnes blanches qui sont mortes en
défendant la cause des Noirs. Peu importe la race de la victime. Quelqu’un
a été assassiné à cause d’une terrible
manifestation du terrorisme américain. Susan Bro a perdu sa fille.
A
Connaissiez-vous l’histoire
de Ron Stallworth avant de la mettre
en scène ?
Non, je ne savais rien de son histoire
avant que Jordan Peele (le réalisateur
de Get Out, comédie d’horreur sur
l’Amérique raciste et succès surprise au
box-office, NDLR) ne me propose d’en
faire un film. Je n’avais jamais entendu parler de lui et je n’avais pas lu son
livre. J’avais du mal à croire que tout
ce qu’il racontait était vrai.
À travers cette supercherie,
les membres de Ku Klux Klan
apparaissent comme des personnes
naïves et pas très futées.
Spike Lee sur le tournage
de BlacKkKlansman,
avec les acteurs Topher Grace
et Adam Driver.
DAVID LEE/2018 FOCUS FEATURES/
UNIVERSAL PICTURES INTERNATIONAL FRANCE
La marche prophétique de Martin Luther King
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
La plus haute figure du combat pour les
droits civiques reste Martin Luther King,
assassiné il y a cinquante ans, le 4 avril
1968. Il revit dans un magnifique film
d’archives de 1970, King. De Montgomery
à Memphis, pour la première fois sur
grand écran en version intégrale. En 1955,
à la suite de l’arrestation de Rosa Park qui
a refusé de céder sa place à un Blanc dans
un bus, le jeune pasteur organise le boycott des bus par la communauté noire. À
partir de là, sa vie est une marche inlassable, scandée par ses discours rythmiques.
« Nous voulons que la justice existe. Si nous
avons tort, c’est Dieu Tout-Puissant qui a
tort. » En 1965, en Alabama, les Noirs sont
violemment refoulés des bureaux de vote.
King organise plusieurs marches de plus
en plus suivies, qu’il exige déterminées,
disciplinées et non violentes. À la brutalité policière, il répond par un courage paisible : « Si c’est un crime, arrêtez-nous,
mais ne nous frappez pas. »
La dignité restaurée
L’année suivante, le président Johnson
impose de garantir le droit de vote au besoin par l’intervention d’agents fédéraux.
Au-delà de la conquête politique, Martin
Luther King célèbre la victoire intérieure
de la dignité restaurée. Mais le plus dur
est à venir avec la lutte contre la ségrégation économique et le droit au logement.
À Chicago, la violence est inouïe. « Je n’ai
jamais vu des foules aussi hostiles. » La
grande Mahalia Jackson lui chante un
formidable Joshua Fit the Battle of Jericho,
mais pour la première fois, il est las. En
1968, à Memphis, il pressent son assassinat : « Je suis allé au sommet de la monta-
Martin Luther King salue la foule lors de la Marche pour les droits civiques,
le 28 août 1963 devant le Lincoln Memorial, à Washington. RUE DES ARCHIVES/RDA
LE FIGARO
mercredi 22 août 2018
CULTURE
13
Un flamboyant kaléidoscope
de vue différents »
Justement, où en êtes-vous
du projet de film Marvel avec Sony,
Nightwatch ?
Les gens écrivent ce qu’ils veulent,
mais je préfère ne pas commenter.
Savez-vous que Miracle à Santa Anna,
votre film de 2008 sur une escouade
Enseignez-vous toujours le cinéma
à New York University,
où vous avez été étudiant ?
Bien sûr, et cela fait seize ans que ça
dure. Je dis à mes étudiants que c’est un
business difficile et qu’il faut travailler.
J’essaie de leur montrer des films qu’ils
n’ont jamais vus. Autre chose que Star
Wars. Vous voulez des exemples ? Un
homme dans la foule, d’Elia Kazan, La
Nuit du chasseur, de Charles Laughton,
les films de Billy Wilder… ■
Adroits civiques
ÉRIC NEUHOFF eneuhoff@lefigaro.fr
Ni une ni deux. Quand il voit dans le
journal local une petite annonce pour le
Ku Klux Klan, cet inspecteur de police
décroche son téléphone. Ron laisse un
message. Précision : il est noir. Ce détail
ne l’arrête pas en chemin. Si l’on veut
infiltrer l’organisation, tous les moyens
sont bons. Ron restera au bout du fil, à
débiter des horreurs ségrégationnistes.
Son collègue Flip, qui est juif, l’incarnera en chair et en os.
Telles étaient les choses à Colorado
Springs dans les années 1970. Dans
BlacKkKlansman - J’ai inflitré le Ku Klux
Klan, Spike Lee s’empare de cette histoire vraie avec une jubilation que ne
masque pas une colère rentrée. Elle lui
est taillée comme un gant. Le cinéaste
fait flèche de tout bois. Il montre un ex-
Le film dénonce
l’air du temps,
fouaille les entrailles
de l’Amérique profonde
trait d’Autant en emporte le vent, met
d’emblée un discours suprémaciste
dans la bouche d’Alec Baldwin (on ne le
reverra plus), montre en alternance
une projection de Naissance d’une nation devant une assemblée raciste et le
récit d’un lynchage par Harry Belafonte. L’ambiance du commissariat ne
manque pas de piquant. Les blagues limites fusent. Le politiquement correct
n’avait pas été inventé.
En pleine lutte pour les droits civiques, Ron accomplit son devoir avec
scrupule et dignité. Il assiste à une réu-
gne et j’ai vu la Terre promise. Il se peut
que je n’y parvienne pas avec vous. » On
entendra encore sa voix vibrante le jour
de ses funérailles. Il a enregistré son éloge
funèbre : celui d’un humble enfant de
Dieu qui a essayé de vivre l’Évangile, de
servir les pauvres, de visiter les prisonniers, de libérer les opprimés. Il lègue au
monde sa foi indéfectible, son amour de
la justice et la vérité. Héritage magistralement transmis par ce film au montage
puissant et entraînant comme un gospel.
L’envers de la médaille, on le voit dans
The Intruder (1962), excellent drame antiségrégationiste de Roger Corman, réédité en version restaurée. Cet intrus est
l’antagoniste exact du pasteur King, dans
la fiction : extérieur immaculé, âme sombre et tortueuse. Et plusieurs scènes
pourraient provenir du documentaire.
Adam Cramer, sémillant jeune homme, débarque à Caxton, petite ville d’un
nion d’étudiants proches des Black
Panthers. C’est embêtant de tomber
amoureux de cette activiste aussi sexy
qu’Angela Davis. Elle n’a qu’un défaut :
elle traite les flics de porcs. Notre homme tord le nez, mais ne dévoile pas sa
couverture. C’est John David Washington (le fils de Denzel, qui incarnait Malcolm X devant la caméra de Spike Lee :
on reste en famille), avec sa coiffure
afro, ses pattes d’éléphant, son idéalisme. Des croix brûlent dans la nuit.
Le Klan prépare un attentat. Le chef
s’est entiché de Flip, qui en rajoute dans
les discours extrémistes. Le dégingandé
Adam Driver se balade avec un micro
caché, passe un test au détecteur de
mensonges, a des sueurs froides. Spike
Lee reprend au second degré les tics de
réalisation prisés à l’époque, visages qui
sortent de l’ombre, personnages pistolet au poing avançant comme sur un tapis roulant.
BlacKkKlansman dénonce l’air du
temps, fouaille les entrailles de l’Amérique profonde, s’achève sur les bandes
d’actualités tournées à Charlottesville
l’été 2017. Spike Lee dément avoir signé
une comédie. Il a tort. Son film est drôle. Il n’est pas que ça. La politique n’exclut pas les rires. Cette œuvre salubre
sert aussi de bulletin de santé. Le metteur en scène, dont la carrière était devenue brinquebalante – euphémisme –,
effectue un sacré retour en forme. ■
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
histoire commence en
1919, quand le jeune
Fred Krieps, à la mort
de son père, découvre
qu’il est le fils caché de
l’Impératrice Vierge Katarina. Comme
il est fou de la belle danseuse Beatriz,
qui vient d’une famille de cirque, il
fuit l’atmosphère confinée des salons
aristocratiques et lui offre le chapiteau
qui deviendra pour cent ans « O
Grande Circo Mistico ». Les générations se succèdent dans ce lieu magique, kaléidoscope des passions et des
transformations du monde. Beatriz
meurt en donnant naissance à Charlotte, qu’on retrouve en 1935. Un illusionniste monté comme un étalon lui
laisse avant de s’éclipser deux enfants, Clara et Oto, qui nous amènent
aux années 1960.
Clara rêve de télévision plus que de
cirque, Oto s’éprend d’une chanteuse
héroïnomane. Le résultat est une petite Margarete qui a une vingtaine
d’années en 1986 et un seul désir, entrer au couvent. Mais son père veut
des petits-enfants pour perpétuer le
cirque et la marie à Ludwig, avec qui
elle forme un couple de trapézistes.
L’
Elle a fait promettre à Ludwig de ne
pas la toucher, mais donnera naissance à des jumelles, Maria et Helena,
à la suite d’un viol. Ces filles du
XXIe siècle au look cybernétique
voient la fin du Grande Circo Mistico.
Il leur revient d’exécuter un numéro
d’acrobatie en apesanteur, ultime pirouette au milieu des décombres,
prouesse futuriste au-dessus d’un
monde révolu.
Politique et poétique
O Grande Circo Mistico de Carlos Diegues, c’est Fellini augmenté du surréalisme latino-américain. Le cinéaste a puisé chez le poète Jorge de Lima
cette ode baroque au spectacle du
monde concentré dans le milieu
flamboyant du spectacle. Naissance,
apogée, décadence. Au fond, une histoire d’entropie. La dégradation est
inscrite dans la vitalité. Un siècle passe avec des danseuses scintillantes,
des débordements érotiques, des ruades de cheval, des fleurs magiques,
des hommes brutaux, des femmes
perdues, des voltiges périlleuses, des
tatouages délirants, des crimes sordides, des nuits bleues de désespoir, de
grands tournoiements de manège
rouge et or. Les visions s’enchaînent,
accompagnées par les chansons de
Chico Buarque et Edu Lobo. Tout cela
commenté par un M. Loyal que le
temps n’atteint pas, philosophiquement nommé Celavi.
Avec O Grande Circo Mistico, Carlos
Diegues a fait son retour international
à Cannes, cette année, à 78 ans. Maître
du cinéma novo brésilien, qu’il a forgé
dans les années 1960 avec Glauber Rocha, Carlos Diegues a d’abord été un
réalisateur engagé, tourné vers la réalité sociale, avant d’élargir sa palette
pour faire éclater à l’écran la culture
populaire brésilienne dans Xica da Silva (1976), Bye bye Brazil (1980) ou Quilombo (1984). O Grande Circo Mistico,
qu’il a mis dix ans à tourner, réunit selon lui les deux inspirations. Politique,
« il explore l’histoire et des thèmes actuels comme le féminisme », dit le cinéaste qui veut « prendre part au ménage culturel » ; poétique, il retrouve à
travers Jorge de Lima les sources du
« réalisme magique », inventé, dit-il,
avant Gabriel Garcia Màrquez par le
Cubain Alejo Carpentier et le Brésilien
Jorge Amado. ■
« O Grande circo mistico »
Drame de Carlos Diegues
Avec Jesuíta Barbosa,
Bruna Linzmeyer, Mariana Ximenes
Durée 1 h 30
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Magistrale !
EMMA
THOMPSON
STANLEY
TUCCI
Télérama
FIONN
WHITEHEAD
« BlacKkKlansman -J’ai infiltré
le Ku Klux Klan »
Biopic de Spike Lee
Avec John David Washington,
Adam Driver, Topher Grace
Durée 2 h 16
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
État du Sud où le lycée accueille pour la
première fois des élèves noirs. Cramer ne
tarde pas à se révéler comme un agitateur
raciste, et son costume blanc rime visuellement avec les sinistres capuches blanches du Ku Klux Kan.
Corman fait d’abord mijoter les préjugés des habitants, puis augmente savamment la température : éclats de haine, attaques soudaines, incendie de l’église où
périt le pasteur noir, Cramer parvient à
transformer la ville en brasier infernal.
Jusqu’à l’affrontement final, d’une grande puissance dramatique : quelques hommes droits et sans peur imposent la vérité
contre les passions haineuses. Ce superbe
brûlot est pour Corman « un miroir dans
lequel se reflètent les démons de l’identité
américaine ». Et au-delà, les démons des
pulsions de masse face aux exigences de
la conscience personnelle. Le film garde
toute son actualité. ■
My
Lady
Pour elle, seul compte
l’intérêt de l’enfant
1
Plusieurs cinéastes afro-américains
ont percé à Hollywood : Jordan Peele
(Get Out), Ava DuVernay (Selma),
Ryan Coogler (Black Panther),
Barry Jenkins (Moonlight)…
Comment percevez-vous
cette nouvelle génération ?
J’en suis très heureux. C’est merveilleux, mais je préfère ne pas
m’emballer parce qu’il reste encore
beaucoup à faire pour raconter des
histoires avec des points de vue différents. Même si Black Panther a changé les règles du jeu. Les studios ne
peuvent plus dire que les films avec
des protagonistes noirs ne marchent
pas à l’international. Black Panther
est peut-être un film de super-héros
mais sans stars hollywoodiennes ! Et
tous les films de super-héros n’ont
pas un tel succès.
de soldats noirs pendant la Seconde
Guerre mondiale, inédit en salle
en France, sort enfin le 29 août ?
Vraiment ? Savez-vous dans quelle
version ? J’espère que c’est la mienne.
Pourquoi ils ne m’ont pas contacté ?
Laissez-moi vous donner mon mail
pour que vous puissiez me donner des
informations (il écrit son adresse mail
sur une feuille). J’ai fait un procès à la
société de distribution de l’époque
(TFM Distribution, filiale du Groupe
TF1, NDLR) qui voulait remonter le
film. En France, il y a des lois qui interdisent ça et j’ai gagné. C’était une
situation compliquée (le film n’est pas
sorti hors des États-Unis. Le nouveau
distributeur Splendor film, qui a racheté
les droits, le sort dans la version de Spike Lee, NDLR).
Carlos Diegues avec une histoire baroque, entre Fellini et surréalisme
latino-américain.
Un film de
Richard Eyre
A
Be Free, une chanson rendue célèbre
par Donny Hathaway.
CINÉMA « O Grande Circo Mistico » marque le retour du Brésilien
mercredi 22 août 2018 LE FIGARO
14
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
La mode
passe à table
]
Le point com
mun entre la
cuisine et le sty
Un art de viv
le ?
re que nous fon
t partager,
cette semaine,
six créateurs
autour d’un pet
au goût de vac
it plat
ances.
3/6
Laetitia Ivanez, chez elle,
à Paris, le 11 juillet 2018.
Laetitia Ivanez
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
On dirait le Sud
A
ÉMILIE FAURE efaure@lefigaro.fr
« Je vous prépare des spaghettis à
la poutargue, parce que c’est un
plat honnête, qui rassemble et fait
du bien », lance d’emblée Laetitia
Ivanez. La porte de son appartement vient de se refermer derrière
nous. En fond de cour, non loin du
jardin Villemin (Paris Xe), le lieu
ouvert, en bois du sol au plafond,
a des airs de cabanon de bord de
mer. Les guitares de Paolo, son fils
adolescent, des plantes vertes et
des boîtes entomologiques de
Deyrolle traînent sans désordre.
Un canapé en cuir blond, usé, invite à la paresse et, devant les
fourneaux, deux chaises Saarinen
encadrent une table de bistrot.
C’est intime, de bon ton et loin du
cliché du magazine de déco.
Un pied dans la cuisine, l’autre
dans le salon, la styliste voudrait
tout faire en même temps : préparer le repas, répondre aux questions, se faire maquiller, prendre
la pose. Elle s’inquiète : « Un seul
plat, vous êtes sûre ? J’ai peur que
ça manque de couleurs… Je pensais
ajouter un bouquet de coriandre,
des pignons grillés, des petites
tomates, trancher quelques figues
et ciseler de la menthe. » Sans
attendre de réponse, elle pèle une
mangue et un avocat, presse une
orange et débouche la bouteille
d’huile d’olive. « Les gens qui
viennent à la maison adorent cette
salade de mangue, vous allez goûter. J’aime les rencontres et les
échanges. Pour moi, la cuisine est
une preuve d’amour. Il y a toujours
des invités de dernière minute, des
amis qui viennent à l’improviste et
accompagnés, je ne dis jamais non.
La seule chose dont je me soucie est
que les convives arrivent et repartent le sourire aux lèvres. Un repas
est une fête, il faut que le moment
soit joyeux. »
La Marseillaise trouve des
points communs avec la mode,
colorée et ludique qu’elle imagi-
ne depuis janvier 2016 pour les
Galeries Lafayette (sur la photo,
par exemple, elle porte une
chemise de la rentrée). « Les
coulisses d’une collection s’apparentent à la préparation d’un
plat, explique-t-elle. Dans les
deux domaines, rien de bon ne sort
si l’on n’y met pas de cœur et de
générosité. »
« Paella, tortilla, frita »
Laetitia Ivanez rebondit sur son
enfance, dans la Cité phocéenne.
Multicolore toujours. Sa mère, tunisienne, et son père, pied-noir
espagnol (qui, pour la petite his-
« Des spaghettis
à la poutargue ! » C’est
le plat généreux cuisiné
pour nous par la styliste
marseillaise
et parisienne d’adoption,
qui donne des couleurs
aux Galeries Lafayette.
Les spaghettis
e
à la poutargu
500 g de spaghetti Faella
1/2 poutargue (chez le poissonnier)
Huile d’olive bio Vallon de l’Allamande
Gros sel de Camargue et poivre concassé
Porter l’eau salée à ébullition.
Faire cuire les pâtes 8 à 10 minutes.
Verser de l’huile d’olive sur les pâtes
pour bien les imbiber.
Retirer la cire de la poutargue
et la couper en tranches fines.
Parsemer de pignons grillés
et/ou du zeste d’un citron.
toire, était un parent d’Yves Saint
Laurent), sont tombés amoureux à
Toulon. Alors représentants en
savon, ils se sont lancés dans la
confection de jupons au cœur de
Marseille, dans les années 1970.
« Dans notre cour, des Africaines, munies de grands bâtons en
bois, teignaient la gaze à pansement dans laquelle mes parents
taillaient les jupons, se souvient
Laetitia Ivanez. Ils étaient ensuite
étendus au soleil et séchaient au
souffle du vent. Une opération qui
ne pouvait se faire que l’été. C’était
d’un romantisme fou ! J’ai grandi
en pleine nature, entre les pigments
de rouge carmin, de blanc crétois,
de vert agricole. » Elle s’interrompt : « Vous voyez, je parle, je
parle et du coup, j’arrête de couper
l’avocat ! » Avant de reprendre sur
la gastronomie de son enfance :
« Des montagnes de paella et de
tortilla, la frita (des tomates et des
poivrons grillés au four), la
mloukhiya (une spécialité tunisienne à base d’épinards dont ma
mère a le secret), jamais de boîtes
de conserve, pas l’ombre d’un plat
tout fait, l’anchoïade et, bien sûr,
de l’ail ! On ne cuisine pas sans,
sauf dans les pâtes à la poutargue
car l’ail étoufferait la saveur de ce
caviar du Sud. » Oui, en digne
Parisienne
d’adoption,
elle
s’avoue nostalgique de la Bonne
Mère et du Vieux-Port. Elle rit à
l’évocation du Bunny’z, « la plus
petite boîte de nuit du monde dans
laquelle on s’entasse en fin de soirée », de la poissonnière, du
Frioul, des calanques, de l’arrivée
gare Saint-Charles. « Le temps n’a
pas la même valeur qu’ici. Entre
midi et deux, on pique une tête, on
pêche, on se retrouve pour une
oursinade. »
Elle pose un 33-tours d’Al
Green sur la platine du tournedisque et décrit des après-midi
caniculaires passées à sauter à la
corde dans les ruelles, et du quartier d’Aubagne, à quelques pas de
la Canebière, où ses parents tenaient leur boutique de prêt-àporter. « Un jour, ma mère a
confectionné une blouse dans cette
fameuse gaze, puis l’a trempée
dans l’eau et l’en a ressortie froissée. Elle a dit à mon père : “voilà,
c’est ça” et l’a exposée en vitrine. Il
a essayé de l’en dissuader mais
contre toute attente, cette blouse a
été un gros succès. Les gens se faisaient déposer en chauffeur devant
le magasin ! » Cet engouement a
donné naissance à une marque,
Louis Ivanez, connue pour ses jupons et ses robes à bretelles évanescentes, délavées et romantiques (portées par Dalida sur la
pochette d’un disque et par Sylvia
Kristel dans Emmanuelle).
Une signature solaire
Plus tard, les choses ont mal
tourné, les parents de la jeune
fille, alors étudiante au Cours
Florent, à Paris, font faillite. Elle
abandonne le théâtre, convaincue
que son père a du talent et encore
beaucoup de choses à raconter
dans la mode. Ensemble, en 1991,
ils lancent une marque de jupes,
Les Prairies de Paris, et sillonnent
la France pour les vendre au petit
bonheur la chance. M. Ivanez
clame des poèmes quand Laetitia
arrange les vêtements sur le sol,
en arc-en-ciel. Elle apprend sur le
tas. Quand son père disparaît pré-
Casting idéal
pour un dîner
Qui rêveriez-vous d’inviter
à votre table, cet été ?
« Impossible de choisir :
je ne veux pas faire de jaloux !
Et puis je suis la femme
de plusieurs dîners. »
maturément en 1995, l’apprentie
styliste persévère, pour lui faire
honneur. Elle s’entoure de modélistes, définit son style, ouvre sa
boutique à Paris, élargit le cercle
de ses fans. Depuis 2015, Les Prairies de Paris sont mises en sommeil. Son aventure se poursuit
boulevard Haussmann, puisqu’elle imprime désormais sa signature solaire sur le vestiaire
cool et populaire griffé Galeries
Lafayette vendu dans les cinquante magasins en France.
Est-ce parce que son histoire ne
ressemble à rien d’autre qu’elle ne
se sent pas « appartenir à l’entresoi de la mode » ? « Je ne veux
entrer dans aucune case, ni marseillaise ni parisienne, ni noctambule ni casanière, je ne suis d’aucune tribu. Mes recettes ne suivent
pas les tendances, mes vêtements
non plus. Je suis constante, fidèle. »
Cet été, elle prévoit quelques jours
au Maroc chez des amis pour y retrouver les saveurs, les odeurs, les
couleurs (encore une fois !). Assoiffée de soleil, elle lézarde aussi
en Corse. Pendant qu’elle raconte
son hier et son aujourd’hui, elle
écosse des fèves qu’elle croque à
pleines dents : « Vous aimez ça ?
Prenez-en ! Chez nous, en Provence, nous les grillons pour les cacher
dans la galette des Rois. Ça aussi,
c’est le Sud. » ■
RETROUVEZ DEMAIN :
La salade de racines
de Lucas Ossendrijver
mercredi 22 août 2018
LE CARNET DU JOUR
Bordeaux.
Les annonces sont reçues
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noces de diamant
22 août 1958 - 22 août 2018
Catherine et Hubert
LÉVY-LAMBERT
célèbrent ce jour
leurs 60 ans de mariage
entourés de leurs 3 enfants
et 7 petits-enfants.
Paris. New-York. Singapour.
Tel Aviv.
cathubert@wanadoo.fr
deuils
Toulouse. Gimont (Gers).
Meinier (Suisse). Roumens.
Bernard
Alègre de La Soujeole,
ses enfants,
Elisabeth Ducatez,
Jean-Luc et Diana
Alègre de La Soujeole,
Béatrice et Philippe Geli,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
parents et amis
vous font part du décès de
Claire
ALÈGRE de LA SOUJEOLE
née de Sevin,
survenu le 18 août 2018,
à l'âge de 92 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 24 août, à 10 h 30,
en l'église du Christ-Roi
de Toulouse, suivie
de l'inhumation au cimetière
d'Auch.
Ni plaques ni fleurs.
88, quai de Tounis,
31000 Toulouse.
Paris.
Jorge Chaminé,
son mari,
Arianna Chaminé-Gohaud,
sa fille,
et Clément Gohaud,
son beau-fils,
Inès, sa petite-fille,
Claude Perdriel,
son frère,
et Bénédicte Sourieau-Perdriel,
sa belle-sœur,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Marie-Françoise BUCQUET
pianiste et pédagogue,
professeur honoraire
du Conservatoire national
supérieur de musique
et de danse de Paris,
officier
de l'ordre des Arts et Lettres,
survenu le 15 août 2018.
Mme Florence Biraben,
M. et Mme Philippe Fourniol
leurs enfants et petits-enfants,
Mme Patrick Biraben
et ses enfants,
M. et Mme Edmond Nadal,
M. et Mme Alain Nadal
leur fille et petite-fille,
ses amis fidèles,
ses collaborateurs
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu de
Me Aurèle BIRABEN
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 24 août 2018,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame de Bordeaux.
Milène et Paul Ruty,
Michel (†) et Maguy Finas,
Jacqueline Finas,
Marie-Chantal Finas (†),
Jean-Yves et Laure Finas,
Bruno et Soisic Finas,
Dominique Finas
et Jan Aronson, en union
avec Lisa Ann Finas (†),
Patrick et Corinne Finas,
se enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu,
le 19 août 2018, de
Anne FINAS
née Mariès,
ses neveux et nièces,
ses petits-neveux
et petites-nièces,
ses arrière-petits-neveux
et arrière-petites-nièces,
Félicia Candreanu
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu
le 16 août 2018,
à l'âge de 95 ans, de
Françoise HAUTCŒUR
ancienne surveillante générale
du bloc opératoire
de l'hôpital Foch, à Suresnes.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce mercredi 22 août 2018,
à 10 h 30, en l'église
de l'Immaculée Conception,
à Boulogne-Billancourt, suivie
de l'inhumation au cimetière
de Cateau-Cambrésis (Nord).
Paris. Rio de Janeiro.
Mme Norma Abbade,
sa belle-sœur,
Gloria et Eric,
Guido et Manuela,
ses neveux et nièces,
Stefano, Sofia, Fabrizio,
ses petits-neveux,
dans sa 101e année.
et tous ses amis
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 24 août, à 10 heures,
en l'église
Saint-Antoine-de-Padoue,
au Chesnay (Yvelines),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Montparnasse,
Paris (14e), à 12 h 15.
ont la douleur
de vous faire part du décès de
« Enracinés dans la charité. »
Ephésiens 3,17.
Mgr François GARNIER
archevêque de Cambrai,
ancien évêque de Luçon,
ancien vicaire général
de Dijon,
a été accueilli
dans la Paix de Dieu,
le 15 août 2018,
à l'âge de 74 ans, dans la
49e année de son sacerdoce
et la 27e année
de son épiscopat.
La célébration des funérailles
aura lieu en la cathédrale
Notre-Dame-de-Grâce
de Cambrai,
le vendredi 24 août, à 11 heures,
suivie de la déposition dans
la crypte des archevêques.
Mgr Garnier repose
en la chapelle Saint-Michel
de la cathédrale, ouverte
chaque jour de 9 heures
à 19 heures.
Une veillée de prière aura lieu
en la cathédrale,
le jeudi 23 août, à 20 heures.
De la part de :
Mgr Vincent Dollmann,
archevêque de Cambrai,
les abbés Xavier Bris
et Emmanuel Canart,
vicaires généraux,
les prêtres, les diacres
et les communautés
chrétiennes du diocèse
de Cambrai,
sa famille, ses amis
et ses anciens diocésains
de Luçon et Dijon.
Appeville-Annebault (Eure).
Antoine, Christophe
et Laurence Hurard,
ses enfants,
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi 29 août,
à 11 heures, en l'église
Saint-Roch, à Paris (1er).
ont le chagrin
de vous faire part du décès de
Marie-Françoise aimait
survenu le 17 août 2018,
à l'âge de 90 ans.
les fleurs.
Jean et Françoise Hautcœur,
Anne Mendras,
Denise Caquelin,
Hélène Pollissard,
Catherine Mendras,
André Ambrosini,
ses frère, sœurs, belle-sœur
et beau-frère,
Françoise HURARD
M. Jean-Claude HUREAU
antiquaire,
survenu le 15 août 2018,
dans sa 85e année.
La cérémonie aura lieu
le jeudi 23 août 2018,
à 16 heures, au crématorium,
12, rue de l'Europe,
à Pierres (Eure-et-Loir).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme Gabriel Le Calvez,
sa maman,
Astrid et Anthony Renaudin,
ses enfants,
Victoire, sa petite-fille,
Catherine et Martin Milgrom,
Marie-Dominique et Xavier
Chareton,
ses sœurs et beaux-frères,
ses neveux et nièces,
Nathalie Loussot-Le Calvez
ainsi que toute sa famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jacques LE CALVEZ
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 24 août 2018,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Toutes-Joies,
à Nantes.
Mme Arlette Lécole,
son épouse,
ses enfants et petits-enfants
ont la grande peine
de faire part du décès de
M. Guy LÉCOLE
ingénieur
des Arts et Métiers
et de l'École supérieure
des techniques aérospatiales,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
chevalier
des Palmes académiques,
médaille de bronze
de l'Enseignement
technologique,
survenu le 20 août 2018,
dans sa 85e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi 27 août,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-la-Pinède,
à Antibes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
15
Mme Andrée Lothier,
son épouse,
et toute la famille
ont la douleur
de vous faire part du décès du
colonel Maurice LOTHIER
officier
de l'ordre national du Mérite
à titre militaire,
croix du combattant volontaire
1939-1945,
médaille commémorative
des opérations de sécurité
et de maintien de l'ordre
en AFN,
survenu le 19 août 2018,
à l'âge de 82 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Sainte-Marie-aux-Fleurs,
20, rue d'Alsace-Lorraine,
à Saint-Maur-des-Fossés
(Val-de-Marne),
le vendredi 24 août,
à 14 heures.
Ni fleurs ni couronnes,
mais des dons pour l'Arsla
(Association pour la recherche
sur la sclérose en plaques).
Me Christine Massu-Manière,
son épouse,
Frank Manière,
son fils,
et son épouse Stacey,
Luna Manière,
sa petite-fille,
sa famille
et ses amis
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Jacques MANIÈRE
Paris. Laroque-Timbaut
(Lot-et-Garonne).
Marie-France et André
Kraüth,
Alain et Jeanne Vaissié,
Gilles et Marie-Odile Vaissié,
Pierre-Philippe et Claire
Vaissié,
Arnaud et Claire Vaissié,
et leurs enfants
Cet avis tient lieu de faire-part.
89, boulevard Bineau,
92200 Neuilly-sur-Seine.
Isabelle VAISSIÉ
survenu le 18 août 2018,
à Bordeaux.
La cérémonie religieuse
aura lieu
ce mercredi 22 août,
à 10 heures, en l'église
Notre-Dame de
Laroque-Timbaut,
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial
de la commune.
Francis, Barbara Glover,
ses enfants,
Aurélie et Gary, Eloïse,
Coraline, Dylan,
ses petits-enfants,
Lya,
son arrière-petite-fille,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Jacques PORTE
survenu le 19 août 2018,
à La Baule, à l'âge de 81 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre-de-Chaillot,
à Paris (16e),
le vendredi 24 août, à 14 h 30,
suivie de l'inhumation
au cimetière nouveau
de Bures-sur-Yvette (Essonne).
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Noëlle
VAURY LATOUR-TOUYA
survenu le 16 août 2018,
à l'âge de 83 ans.
Un dernier hommage
lui sera rendu au crématorium
de Bonneville (Haute-Savoie),
le jeudi 23 août, à 16 h 30.
Que ceux qui l'ont connue
et aimée l'accompagnent
par la pensée et la prière.
M. et Mme Max Viot,
son fils et sa belle-fille,
Grégoire et Laetitia Viot,
Aldric et Valentine Viot,
Marine et Paul Meunier,
ses petits-enfants,
Olympia, César et Alfred,
ses arrière-petits-enfants,
Mme Germaine Viot,
sa belle-sœur,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Mme Jacques VIOT
née Marie-Louise Iffrig,
Cet avis tient lieu de faire-part.
15, rue Auguste-Vacquerie,
75116 Paris.
Mme Richard
Rouault de Coligny,
son épouse,
M. et Mme Benoît de Bodman,
Mme Ghislaine
Rouault de Coligny,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Richard
ROUAULT de COLIGNY
le 19 août 2018,
à l'âge de 92 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu en la cathédrale
de Saint-Malo,
le jeudi 23 août, à 14 h 30,
suivie de l'inhumation,
au cimetière des Ormeaux,
dans l'intimité familiale.
Des prières et des messes
seront préférées aux fleurs.
survenu le 18 août 2018,
à l'âge de 89 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
à Blonville-sur-Mer
(Calvados),
le vendredi 24 août, à 15 heures.
19, avenue Mac-Mahon,
75017 Paris.
ARMELLE HÉLIOT
aheliot@lefigaro.fr
ÉCRIVAIN, metteur en scène, animateur de compagnie, Richard Demarcy
s’est éteint le 19 août, vaincu par une tumeur au cerveau plusieurs fois opérée.
Il avait 76 ans. Il était le
père d’Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du
Théâtre de la Ville et du
Festival d’automne. Ses
obsèques auront lieu vendredi 24 août, à 15 h 30, au
Funérarium du Père-Lachaise.
Avec le temps, ses cheveux avaient blanchi. Mais
on le revoit pour jamais,
avec ce visage plein, son
sourire d’enfant, son regard clair, un bleu transparent de voyant, et sa tignasse d’un blond roux très
doux, comme un éternel
Puck. Un homme d’action,
Richard Demarcy, un
homme qui se battait pour
des idées, prenait parti, défendait les plus humbles,
mais un rêveur aussi, avec
quelque chose de fragile,
en prise avec les verts paradis, malgré l’âge et les
responsabilités. Un poète.
Il avait nommé sa compagnie, née en 1972, Le Groupe expérimental du naïf
théâtre, devenu Le Naïf
Théâtre. Mais rien avec lui
qui ne fût sous le signe de
l’intelligence, de la culture,
de l’engagement.
Prof et militant
La famille et les amis
vous font part du décès de
Mme Nicole ZABLOUDOVSKI
après 94 ans de pur bonheur.
Un recueillement
vous est proposé
le samedi 25 août 2018,
à 9 heures, au crématorium
du Mont-Valérien,
104, rue du Calvaire,
à Nanterre.
Ni fleurs ni plaques.
Des fiançailles, un mariage
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Demandez-le par courriel : mariage@media.figaro.fr
par courrier : Le Carnet du Jour • Le Figaro
14 boulevard Haussmann • 7 5009Paris
Richard Demarcy s’est éteint le 19 août, à l’âge de 76 ans.
les familles parentes et amies
Cet avis tient lieu de faire-part.
Emmanuelle Porte,
Philippe Porte et Ute Emberger,
ses enfants,
Arthur et Iris,
ses petits-enfants,
Richard Demarcy,
poète du théâtre
ont la tristesse d'annoncer
le décès de
survenu le 19 août 2018,
dans sa 69e année.
La célébration religieuse
aura lieu le jeudi 23 août,
à 16 heures, en l'église
Saint-Pierre-Saint-Paul,
11, place de l'Église,
à Orgeval (Yvelines),
suivie de l'inhumation
au cimetière d'Orgeval.
disparition
Né en janvier 1942 au BoscRoger-en-Roumois, dans
l’Eure, non loin d’Évreux,
Richard Demarcy est élevé
dans la religion catholique
et le souci d’humanités
classiques qu’il accomplit
chez les Jésuites. À 18 ans, il
est à Paris et fait des études
de sociologie et d’ethnologie à la Sorbonne et à l’École pratique des hautes études. Ses professeurs sont
Paul-Henry Chombart de
Lauwe et Georges Balandier. De très grands esprits
qui le marquent pour jamais.
Son diplôme en poche, il
commence à enseigner. Il
milite. Lui qui est né en
pleine guerre, est marqué
dans l’enfance et l’adolescence par les guerres d’Indochine et d’Algérie et par
les morts du métro Charonne. Des années plus
tard, il composera une
pièce très touchante, Les
Mimosas d’Algérie, consacrée avec loyauté et pudeur
au destin tragique d’un
pied-noir qui avait préféré
se ranger du côté de ses
amis algériens.
Il retenait de Mai 68 un
élan, une bonne humeur
active. Il publie déjà ses
premiers poèmes. Ayant
DR
appris par la presse qu’un
metteur en scène, Gabriel
Garran, fonde à Aubervilliers un théâtre de création, il se propose. Il devient secrétaire général du
Théâtre de la Commune,
publie sa thèse, Éléments
d’une sociologie du spectacle, ouvrage de référence
traduit dans le monde entier et qui fait toujours
autorité. Il rencontre une
jeune comédienne qui a été
depuis son plus jeune âge
une vedette dans son pays,
le Portugal, Teresa Mota. Ils
voyagent au loin, montant
des spectacles. Emmanuel,
leur fils, naît le 19 juin 1970.
Il a toujours honoré ses parents et dit combien cette
éducation l’a construit.
Comme Jean Rouch
Richard Demarcy avait un
amour profond de ses frères humains. Mais un
continent le passionnait,
l’Afrique. Il y eut, au cœur
de la vie de Richard Demarcy, une fascination et
une compréhension de
l’Afrique et des Africains
qui ont nourri son caractère et ses créations, comme Jean Rouch. Ils avaient
le sens de la responsabilité
de l’homme blanc face à
ces pays qu’ils connaissaient si bien. Comme le
réalisateur du film Cocorico
Monsieur Poulet, Richard
Demarcy partageait des
aventures artistiques et
fraternelles radieuses, une
fantaisie. Il en rapportait
des spectacles formidables,
joués par des comédiens
déliés. Il aimait les contes,
il élaborait des légendes.
On voudrait tout citer : Le
Secret présenté dans un
dortoir de Montreuil, avec
Teresa Mota. Un événement. Dans la salle Barthes
se trouvent Antoine Vitez,
Christian Bourgois qui publie le texte et sera son ami,
les Attoun qui reprennent
le spectacle à Théâtre
Ouvert, les Lang qui l’invitent à Nancy. Il est lancé,
mais Richard Demarcy est
le contraire d’un homme
de pouvoir. Il ne dirigera
jamais d’institution. Il veut
la liberté, les voyages, le
rêve. Le Portugal tient évidemment une grande place
dans sa vie par sa femme et
son beau-frère Joao Mota,
lui aussi homme de théâtre.
Au Festival d’automne
1976, au Festival d’Avignon
1978, La Nuit du 28 septembre, puis Barracas 1975
éclairent le public. Il y
aurait tant à dire, à citer.
De la Tempête au Grand
Parquet, et jusqu’à Avignon. Revoyons Songo la
rencontre
(2014).
Sa
deuxième femme, Marie,
était assistante. Revoyons
Drôles de vampires (2017).
Rêvons avec lui. ■
mercredi 22 août 2018 LE FIGARO
16
TÉLÉVISION
Le bois de Boulogne,
forêt de clichés dans
« Zone interdite »
Malgré sa réputation sulfureuse,
dix millions de Franciliens
fréquentent chaque année le bois
de Boulogne. FRANCK FIFE/AFP
journalistes suivent alors une équipe
de garde-pêche. Ils traquent les braconniers qui s’installent sur la rive des
neuf étangs artificiels de ce poumon
vert pour capturer illégalement des
écrevisses, des silures ou des carpes.
Des bandes très organisées qui opèrent
(de nuit) et vendent ensuite leur pêche
à des restaurants de la région. « Surtout asiatiques », précise le commentaire.
Sans transition, nous voilà téléportés au milieu d’une manifestation de
forains qui luttent pour garder leurs
installations à Neuilly. Leur fête peine
à se renouveler et à trouver un nouveau public. L’un des forains, Maxime
Fauchon, a dû s’endetter sur dix ans
pour acheter son manège. Car la
concurrence est rude. À deux kilomètres de là, le Jardin d’acclimatation
s’apprête à devenir – c’est du moins
l’ambition de son concessionnaire,
aidé par le groupe LVMH – le deuxième parc de loisirs français après
Disneyland. ■
Entre braconniers, prostitution et business de luxe,
le magazine de M6 multiplie les lieux communs
sur ce poumon vert de la capitale.
V I N C E N T M O R E L £@VdMorel
«
e bois de Boulogne est plus
connu pour ses activités nocturnes, mais il y a des choses
très sympas à y faire la journée. » Ce serait même un lieu
populaire, chic et branché si l’on en
croit Ophélie Meunier, la présentatrice
de « Zone interdite ». Pour sa dernière
série d’été, le magazine de société s’est
glissé sous les frondaisons de l’ancienne forêt du Rouvray. Dans le bois de
Boulogne, à la lisière du XVIe arrondissement, il veut (re)découvrir les ani-
L
+ @ SUR LE WEB
mations de ce poumon vert parisien.
Malgré sa mauvaise réputation (une
prostituée vient d’y être retrouvée morte, poignardée, NDLR), dix millions de
Franciliens fréquentent chaque année
cette étendue de 846 hectares.
« Terrain de misères »
Des courses à Longchamp en passant
par les attractions d’une fête foraine
ou la table d’un restaurant étoilé, le
reportage nous offre ses
premiers clichés. Et que
de mondanités ! Marcy
de Soultrait, un ami de
○¡¡¡
Pippa Middleton, est un
hôte de marque de ces bois. Il sévit à
l’hippodrome où il se pavane, serre
quelques pognes avant de miser au
hasard sur un cheval. Plus tard, dans
le salon d’une villa cossue, les caméras suivent une famille reconvertie
dans le business immobilier. « On essaie de vendre pour 50
millions d’euros d’appartements par an au
minimum », explique
Benjamin, l’aîné. Jean
21.00
Dujardin, Pascal Obispo ou Muriel Robin ont déjà eu recours à cette agence
spécialisée dans les biens luxueux avec
vue sur le bois de Boulogne.
Voilà pour le côté chic et branché.
Pour le « populaire », il faut attendre
que la nuit tombe. « À cette heure-ci, le
bois n’est plus le terrain de jeu des riches
mais celui de toutes les misères », prévient une voix off angoissée. Si le magazine de M6 voulait éviter un tant soit
peu les lieux communs, c’est raté. Les
» Olivier Minne prend la défense de Michel Drucker dans son conflit l’opposant à Laurent Delahousse » Audiences : lancement réussi pour L’amour est dans le pré sur M6. www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE St-Fabrice
Soleil : Lever 06h53 - Coucher 20h52 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient.
Feuilleton 20.00 Le 20h 20.50 Nos
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19.15 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.50 Parents
mode d’emploi. Série.
20.55
Série. Policière
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton.
20.55
Magazine. Reportage
18.05 La villa : la bataille des couples.
Téléréalité 19.55 Suburgatory
MATIN
17
21.00 Les 30 histoires
extraordinaires
Divertissement. 2h15. Au sommaire, notamment : «Les dents
de la mer» - «L’échappée belle»
- «Kwibi le gorille».
10
16
16
17
18
15
19
19
18
16
16
18
17
18
17
23.15 Les 30 histoires exceptionnelles. Divertissement.
18
17
19
17
20
Esprits criminels
Duel au soleil
Des racines et des ailes
EU. Avec Joe Mantegna, Matthew
Gray Gubler, Kirsten Vangsness, A.J.
Cook, Paget Brewster. 2 épisodes.
De jeunes femmes aux caractéristiques physiques similaires sont la
cible d’un tueur à Miami.
Fra. Saison 2. Avec Gérard Darmon,
Yann Gael, Didier Ferrari, François
Berlinghi. 2 épisodes. Le corps du
curé polonais d’un village de montagne est retrouvé tabassé à mort
dans son confessionnal.
Prés. : Carole Gaessler. 2h05.
Passion patrimoine : le goût de l’Aude et du Pays catalan. Ce numéro
traverse le sud-ouest de l’Aude,
jusqu’aux Pyrénées orientales, à la
frontière espagnole.
22.40 Esprits criminels Série.
22.55 Duel au soleil Série. 3 épi-
Un témoin très gênant 23.25 Flash.
Série. 4 épisodes.
sodes 1.35 Dans quelle éta-gère...
1.40 Ça commence aujourd’hui
23.05 Soir/3 23.40 Christian Dior,
la France Documentaire 1.15 Destins secrets d’étoiles. Documentaire.
17
21
18
19.00 Silence, ça pousse ! 20.00 Un
été austral dans la savane 20.50 Vu
20
20
18
20
20.55 Premiers pas dans
la savane
Série doc. 0h50. Le temps de l’éveil.
Inédit. Immersion dans les premiers
jours de la vie des prédateurs - Le
temps du sevrage. Inédit.
25
22
20
20
24
22
25
20
23
APRÈS-MIDI
22.35 Premiers pas dans la savane
23.30 C dans l’air 0.35 Déserts
25
10
24
20.00 Rendez-vous avec Kevin
Razy (C) 20.30 Groland le Zapoï (C)
20.55 Catherine et Liliane (C)
19.00 L’Allemagne sauvage 19.45
Arte journal 20.05 28 minutes.
Magazine 20.50 La minute vieille
19.45 Le 19.45 20.25 En famille. Série. Avec Yves Pignot, Marie Vincent,
Jeanne Savary, C. Bruneau.
21.00
20.55
21.00
Documentaire. Société
Film. Drame
Magazine. Société
28
31
21
24
31
30
30
30
30
20.55 Ultime menace
Film TV. Action. EU. 2006. Réal. :
S. Fellows. 1h27. Avec J.-C. Van
Damme. Un officier de l’ambassade
américaine en Moldavie tente de
rétablir l’ordre après un coup d’État.
30
27
23
22
19.25 Les incroyables aventures de
Nabilla et Thomas en Australie
31
29
31
31
31
32
30
31
34
30
33
22.45 Mission Storm Catcher.
Film TV. Action.
34
31
33
26
34
30
30
20
32
19.00 Pawnshop : une affaire de
famille. Série documentaire.
Imposture(s) :
la genèse
2 ( 1 / Réal. : O. Megaton.
2h10. Parti de rien depuis sa Normandie profonde, Christophe Rocancourt a sévi sur tous les continents pendant plus de 35 ans.
23.10 Imposture(s) : l’origine du
mal D o c . ( 2 / 2 0.55 Crime Time.
Série 2.50 Pièce rapportée
Dans ses yeux
Argentine-Esp. 2009. Réal. : Juan
José Campanella. 2h10. Avec Ricardo
Darin, Soledad Villamil, Pablo Rago,
Javier Godino. Un juriste écrit l’histoire d’une affaire criminelle qu’il a
traitée vingt-cinq ans plus tôt.
Zone interdite
Prés. : O. Meunier. 1h50. Populaire,
chic et branché : l’incroyable été du
bois de Boulogne. Inédit. Véritable
institution parisienne, le bois de
Boulogne, poumon vert de la capitale, vit une véritable renaissance.
23.00 El Clan Film. Thriller 0.40 120
22.50 Zone interdite Mag. Prés. :
ans d’inventions au cinéma. Doc.
1.40 J’ai tué ma femme
Ophélie Meunier. Quais de Seine : un
été de fête au cœur de Paris.
30
T (en °c)
20.50 L’extraordinaire histoire
du Concorde
Doc. 2016. 0h50. Même après
son retrait, en 2003, le Concorde
demeure le symbole de l’avancée
technologique franco-britannique.
21.40 Concorde : le génie français
23.45 Megafactories Supercars
<-10 à 0
19.50 Les rois de la réno. En demiteinte - Maison d’architecte.
JEUDI
21.00 Les aventures de Tintin
18.55 Alerte Cobra. Série. Chute
libre - Trois frères.
A
21.00 Zoo de Beauval :
dans les coulisses
du plus grand zoo de France
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55 La petite histoire de France
19.00 Couple ou pas couple ? Jeu.
Présentation : Jean-Luc Lemoine.
21.00 Jamel et ses amis
au Marrakech du rire
21.00 Les mystères
de Police secours
Doc. Animalier. Fra. 2015. 1h45.
Gaël Leiblang a filmé le quotidien
du plus grand zoo de France.
Spectacle. 2h35. À l’occasion de la
7e édition du Marrakech du rire,
Jamel Debbouze sera accompagné
d’invités prestigieux.
Doc. Société. Fra. 2017. 1h40. Cécile
de Ménibus a suivi durant trois mois
les équipes de Police secours de
l’agglomération parisienne.
22.45 Thoiry : dans les coulisses d’un
zoo pas comme les autres
23.35 Top 50. Spectacle. Les tubes
qui font danser ! Volume 1.
22.40 Au cœur de l’enquête. Magazine.
Série. Animation. Fra. 1991. Saison 1.
Coke en stock (1 et 2/2). La vie paisible du château de Moulinsart est
soudain bouleversée par l’arrivée du
turbulent prince Abdallah.
21.50 Les aventures de Tintin 0.25
Pyros : les rois du feu d’artifice
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
25/30
24/29
17/28
17/23
16/24
23/32
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
VENDREDI
23/33
11/17
10/18
14/20
9/17
12/19
16/23
24/31
17/29
22/33
22/32
18/28
25/31
SAMEDI
13/17
20/28
17/28
20/31
18/25
23/33
18/26
13/15
25/34
24/35
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
15/22
15/20
10 à 20 20 à 30 30 à >40
9/18
8/19
11/20
23/30
17/24
lachainemeteo.com
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
mercredi 22 août 2018
LE FIGARO
JEUX D'ÉTÉ
1
7
SU DO KU
TAKUZU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
FACILE
GRILLE 572
1
0
0
0
0
1
0
1
1
1
1
1
0
1
0
0
0
1
1
1
1
2633
5
8
1
0
GRILLE
0
1
FACILE
3 6 2
1
2
2
4
3 4 1
7
4
9 1 2
1 8 7
3
5 9 4
3 4 7
8
6
9 7 2
6
1
5
4
5 1 8
9
CRU
GRAND LAC
AMÉRICAIN
QUI A L’AIR
AHURI
PARQUER
BRILLANTE
CHAÎNE
DE RADIO
BÂTIMENT
TRÈS
VACHE
T
A
DE MANIÈRE
PROFITABLE
LE ZINC
UN ARTICLE
QUI VAUT
DE L’OR
Par Vincent Labbé
HORIZONTALEMENT
?
Un sacré numéro. - Sa larve est couramment appelée porte-bois. - Décora
de scènes bibliques. - Au sein des
@
mamelles. Rattaché à une zone bien en
vue. - Es de sortie. Met les pendules
à l’heure. - 6. N’a eu aucun mal. - Les
réfractaires lui préférèrent le maquis.
Dans la Marne ou dans la Mayenne. - 8.
Bergère qui s’éprend du chevrier Daphnis.
Fait la part des choses. - 9. La terre
du Tigre. Dossier spécial. - . Présent
au futur. Vase clos. - Ressentait une
passion naissante. - Tubes en bleu
profond.
VERTICALEMENT
Manchots en famille. - Une personne
sans aucun intérêt. - Monnaie
d’échange roborative. Fut le supporter
numéro un. - « Pluie d’or » dans les
jardins. Ça va dans ce sens mais plus
du tout dans l’autre. Rondelle de rondelle.
- Jamais sans Grichka. Vamp de la côte
West. Annonce simplement la couleur.
- 6. Ministre des finances de Philippe
le Bel, il sera pendu au gibet de Montfaucon
qu’il avait lui-même fait construire ! Assurance tous risques. - Loin dans la suite.
Emploie avec habileté. - 8. Ne comprend
strictement rien. Pigeons domestiqués
depuis la haute Antiquité.
G
H
I
J
6
K
BRIDGE
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
8
A
B
C
A63
N
O
E R D 10 9 6
5 4 2
S
53
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
La séquence (Pers. vuln.) :
Sud Ouest Nord
Est
1SA
passe 3SA
LMNOPQMR SO TUMVNWXY RZ [\]^ _ Q`abc defghihddh
8
Contrat : Sud joue 6 Sans-Atout.
Entame : 2 de (en pair-impair).
??
?@
!"#$%!& '# ()!*"+,- &. /012
HORIZONTALEMENT 34 Radouber. - 56 Érepsine. - 76 Stressât. - 86 Sionisme. - 96 Écu. Taon.
- 6. Mute. Cut. - :6 Blets. Ri. - 8. Lamentes.
- 9. Atèles. - ;<6 Nin. Suça. - ;;6 Toto. Ben. - ;56
Ensilait.
VERTICALEMENT => Ressemblante. - 56 Articulation. - 76 Déroutements. - 86 Open. Étel.
Oi. - 96 ussiT. SNES. - 6. Bissac. Tsuba. - :6
Énamouré. CEI. - 8. Retentissant.
Mots
léchés
GRILLE
571
GRILLE
1
7
5
8
6
4
3
2
9
4
9
7
8
2
3
1
5
6
2631
4
2
6
3
7
9
8
1
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7
3
2
4
5
8
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9
1
5
1
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9
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4
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1
2
5
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4
1
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1
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2
3
7
6
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6
7
4
9
5
8
3
1
2
2632
5
8
6
4
7
1
9
2
3
7
1
5
3
9
2
4
6
8
9
4
2
6
8
5
7
3
1
MOTS COUPÉS
Par Arthur Gary
B A L
B I L
G R E
L E T
L O N
L O T
P E R
S I L
1
D
9
R
E
V
E
S
Entame : 2 de pour votre As (le 7 en Sud). Et ensuite ?
6
?E
G
E
R
E
Assemblez les huit groupes de trois lettres deux
par deux pour former au moins dix mots de six
lettres. Un même groupe de lettres peut être
utilisé plusieurs fois pour des mots diférents.
TUMVNWXY SY SjkYRLY RZ [\]\ _ Tlmi `nhmo p ihqhrni
985
AV
D863
D 10 9 4
E
T
Sudoku
3
2
1
5
6
9
8
4
7
REVIENT
À
LA CHARGE
MOTS CROISÉS
Takuzu
0 0 1 0 0 1 1 0 1 1
GRILLE
DIRECTION
SUR LA
BOUSSOLE
MESSAGE
MOBILE
INDICE
DE MASSE
CORPORELLE
ATHÉE
0 1 0 1 1 0 0 1 1 0
8
9
3
1
2
5
4
7
6
BORD DE
CANAL
AMONCELLEMENTS
VOILE
LIEN DE
SANG
CHIENS
COURANTS
F
HUMIDIFIÉE
AVANT IMPRESSION
BINER
EN PROFONDEUR
DANS LA
PORTÉE
C
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L O N N
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P O N S
A V E
L E S E
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A S S E
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C E
T R A N
1 0 1 0 0 1 1 0 0 1
TRAVAUX
EN COURS
C’EST BON !
A
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A
A N
C
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G N
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0 1 0 1 1 0 0 1 0 1
POUR PROS
ET
AMATEURS
VOISIN
BORIS
OU IVAN
MÉGAOCTET
ARC OU
ÉPÉE
S
A
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M
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A
C L
S E
G
F
P I
S
1 0 1 0 1 1 0 1 0 0
LE COBALT
SOCIÉTÉ
ANONYME
A
T
R
O
C
I
T
E
0 1 0 1 0 1 1 0 0 1
AU-DESSUS
DE LA
JEU À JOKER
E
N
C
A
S
T
R
E
1 0 1 0 1 0 0 1 1 0
ENFANT
DU PIRÉE
ARGON
AU LABO
CHIC
Z
E
E U X
N S T
A R
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A
L I S
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G E N
E P
S T R
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B E
T
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R
A
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A N
J E
O
U T
R R
E O
E T
0 1 0 1 0 0 1 0 1 1
DATE
COMPÈRE
DE
PORTHOS
LIQUIDE
DE SEICHE
7
6
1 0 1 1 0 0 1 1 0 0
DU SOJA
SUSPECT
QUI ONT
L’ESPRIT
ÉTROIT
4
1 1 0 0 1 1 0 0 1 0
CANDEUR
RÉGIMENT
D’INFANTERIE
DOMPTÉE
B
P A
C
G L
E
R E
N
DOUBLE
EMPLOI
PRIS DE
VERTU
AIDER
CRÉER DES
IRISATIONS REMIS EN
ORDRE
1 5
6
SOLUTIONS DES JEUX
DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
L
DURILLON
ELLE
PERÇOIT
DES TAXES
ARRÊTE
COUPER
LE
SOUFFLE
OU LE PIN
6
2
4
2 7
DONNA UN
CALIBRE
IL DOIT
TENIR TÊTE
IL PARFUME
UNE
OMELETTE
RÈGLE
8
9
CRÉE
UNE ASSOCIATION
COURBURE
À LUI
2
5
ALLEMANDE
SUITE
DE MOTS
PRIS AU
PIÈGE
5
8
9 3
DÉESSE
D’ÉGYPTE
SANS
POINTES
FORÇAT DU
PELOTON
CORDE
AU COU
ALLONGEAI
EXPERT
6 3
Par Diane Monfort
BORDURE
FORESTIÈRE
AFFECTÉE
CISELER
LA PIERRE
IL VIT
AU CIEL
2634
4
MOTS FLÉCHÉS N° 2055
DISPOSE
DANS LA
PIÈCE
ÉNERVER
GRILLE
2
3
Une légère incorrection, funeste en l’occurrence, consisterait à appeler l’As de et
à jouer pour le Valet. La Dame sèche à gauche vous taxerait un maximum !
Comment vous prémunir contre ce mauvais cas ? Faites la levée en main avec le Roi
de puis tirez l’As de . Ici, la Dame tombe. Jackpot ! Et si rien ne vient ? Rejouez
habilement un petit des deux mains. Si Est a la Dame quatrième, vous la capturerez
par impasse ultérieurement sans perdre le contrôle
7643
des , car vous avez donné la levée qui revient à Ouest
AV
au meilleur moment (pour vous).
643
9432
10 9 5
97632
D
D 10 8 7
N
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S
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RD
ARV52
AR
82
10 8 5 4
10 9 8 7
V65
4
5
6
7
8
9
10
A
Remplir la grille avec les chifres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
mercredi 22 août 2018 LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
]
Théo
Théophile
Gautier
18
Esprit, es-tu là ?
Le mal du siècle engendre
le rejet de la vie réelle.
Les artistes trouvent refu
ge dans leurs chimères
qu’ils se
plaisent à apprivoiser.
Dans
le spectacle ou la peinture la musique, la photographie,
, les revenants donnent
de la voix et inspirent
les œuvres.
« Mademoiselle Taglioni est une
danseuse chrétienne… Elle voltige
comme un esprit au milieu des
transparentes vapeurs des blanches
mousselines dont elle aime à s’entourer, elle ressemble à une âme
heureuse qui fait ployer à peine du
bout de ses pieds roses la pointe des
fleurs célestes », écrit Théophile
Gautier. En 1830, Hernani déclenche une bataille. Deux ans plus
tard, la création de La Sylphide
sème la pâmoison chez ces révolutionnaires romantiques, et bien
au-delà de leur cénacle : « À vos
pieds, à vos ailes », écrit Victor
Hugo à son interprète, Marie Taglioni, tandis que les modistes
lancent un chapeau Sylphide, les
fleuristes une pivoine Sylphide,
les arbitres des élégances un journal, La Sylphide, les parfumeurs,
un élixir La Sylphide et que l’on se
vêt de mousseline blanche tissée à
Tarare et à Saint-Quentin, pour
avoir l’étoffe de cette créature de
rêve.
Du jour au lendemain, Marie
Taglioni, créatrice du rôle cousu
main par son père, Philippe Taglioni, devient l’égale d’une pop
star. « Une nouvelle technique : les
pointes. Un nouveau type de femme : la fureur de la minceur. Un
nouveau type de costume : le tutu.
Un nouveau type de ballet : le ballet
Créé en 1832, « La Sylphide » a permis à la ballerine évanescente
en tutu long et pointes de devenir la femme idéale des romantiques.
A
DEA / A. DAGLI ORTI/DE AGOSTINI/GETTY IMAGES, RUE DES ARCHIVES/SUDDEUTSCHE ZEITUNG
Chrono
EXPRESS
Gravure représentant Marie Taglioni dans
le ballet La Sylphide. À droite, Théophile
Gautier, l’un de ses grands admirateurs.
blanc, avec un nouveau type de découpage dramatique, premier acte
sur terre et le second au royaume
des créatures surnaturelles », analyse Martine Kahane, conservatrice en chef de la Bibliothèquemusée de l’Opéra dans son cours
sur « La jeune fille et la mort ».
Marie, pâle et tout de blanc vêtue,
« est le symbole du romantisme,
une femme idéalisée et inatteignable, qui meurt dans vos bras. Elle
est le rêve d’un homme, une femme
qui n’existe pas et qui disparaît
quand on croit la saisir », explique
Pierre Lacotte, le chorégraphe qui
a ressuscité le ballet en 1972 pour
son épouse, Ghislaine Thesmar.
Neuf ans après La Sylphide, en
1841, Giselle, petite paysanne au
cœur fragile, abusée par un prince
trop léger, renaît en wilis, l’une de
ces « fiancées mortes avant le jour
des noces, mais qui ont conservé si
vivement l’amour mal satisfait de la
danse qu’elles sortent la nuit de leur
tombeau et se livrent aux danses les
plus passionnées », écrit l’écrivain
allemand Heinrich Heine.
« Où sont nos amoureuses ? Elles
sont au tombeau », poétise Gérard
de Nerval. La révolution industrielle, terme inventé en 1837, a
semé son lot de désillusions. Les
poètes fuient dans leurs rêves ce
monde moderne et sans mystère,
soudain devenu forcené et qui génère une angoisse inextinguible.
« Les artistes et les écrivains, en se
donnant comme domaine nouveau
d’inspiration les désordres de la vie
affective, les illusions des sens, les
monde. Cependant, dans le ballet,
elle suscite des inventions formelles destinées à servir ces féeries rêveuses, cruelles et vaporeuses, si éloignées des machines que
Louis XIV faisait naître pour enchanter son royaume. Le ballet
devient par excellence le théâtre
du rêve, le réservoir d’irréel et de
créatures féeriques qui permettra
d’échapper au mal du siècle, mélange de dépression, de perte de
repères et d’ennui.
« Ces inventions ne viennent pas
du jour au lendemain. Filippo Taglioni les impose au monde, mais il
fait la synthèse de diverses nouveautés aperçues au cours de ses
voyages, notamment en Italie, chez
Louis Henry, dont la fille est une des
excellentes ballerines de l’Opéra de
Paris où sera créée La Sylphide,
inspirée du ballet des nonnes de
Robert le Diable », explique le
chorégraphe Thierry Malandain.
Début juin, il a créé une Rêverie
romantique qui reprend les codes
de ces ballets. Celui du noir pour
les hommes et
du blanc pour
les
femmes,
couleur
qui
exalte la pureté.
« On fait entrer
la magie dans le
1830
ballet. Pour la
Bataille d’Hernani
scénographie, on
qui consacre la prise
prend les trude position
cages à base de
des romantiques
miroirs et de fils
1832
pour susciter des
Création de
apparitions, des
La Sylphide avec
envols, créer des
Taglioni, « Marie
nuées », dit enpleine de grâces »
core
Thierry
pour Victor Hugo
Malandain. La
1839
Création de L’Ombre : machinerie du
théâtre s’affine
Marie Taglioni
pour faire voler
incarne Angélica,
les
Sylphides.
morte le jour
Elle est le pende ses noces
dant des poin1841
tes, instrument
Création de Giselle
de
l’élévation
ou les Wilis inspiré
par Heine et Gautier. spirituelle ; par
leur biais, la
Le ballet consacre
danse, art de la
Carlotta Grisi
chair, réussit à
atteindre le ciel.
« Les bras doivent atteindre le
moelleux, il faut enlever la brusquerie, adoucir le mouvement, raffiner chaque geste et le continuer
sans cesse pour donner l’impression qu’on flotte », détaille Pierre
Lacotte. Les éclairagistes qui travaillent au gaz rivalisent d’invention pour recréer le clair de lune et
ses ombres. « Il ne faut pas oublier
qu’à l’époque on faisait tourner les
tables. Les esprits sont partout. La
Reine des Wilis entrant sur scène
trace comme des signes cabalistiques dans l’air pour faire sortir
ses compagnes de leurs tombes. De
même, avec les ensembles du corps
de ballet, on dessine des diagonales, des rondes, des cercles, des
lignes qui participent à cette idée du
signe magique destiné à faire apparaître l’irréel », indique Thierry
Malandain.
La magie blanche de la danse
fait fureur. « À dater de La Sylphide, les filets de Vulcain, Flore et
Zéphyr ne furent plus possibles ;
veine des premiers contes fantassous le marbre. L’amour ne
l’opéra fut livré aux gnomes, aux
tiques français, se fera enterrer
triomphe pas de la mort mais s’y
ondins, aux salamandres, aux elenveloppé dans la robe de mariée
réfugie. On redécouvre Shakesfes, aux nixes, aux wilis, aux péris
de sa fille.
peare, que l’on traduit. Roméo et
et à tout ce peuple étrange et mysL’opium et l’absinthe ne compJuliette embrassés dans la fosse
térieux qui se prête si merveilleusetent pas pour rien dans cette redéont un destin enviable. L’étrange
ment aux fantaisies du maître de
couverte
fantasmatique
du
Charles Nodier, qui nourrit la
ballet. Les douze maisons de marbre et d’or des Olympies furent reléguées dans la poussière des magasins, et l’on ne recommanda plus
aux décorateurs que les forêts roDans l’une de ses causeries, le comédien et auteur David Wahl demande : « Faut-il penser
mantiques, que les vallées éclairées
que la danse est maudite ? » Son enquête le ramène au Moyen Âge. On y a peur de la danse car
par ce joli clair de lune allemand des
elle prend le corps comme une possession et ramène l’homme vers le chaos et le désordre. Mais
ballades de Henri Heine », écrit
Théophile Gautier. L’Ombre, Onà côté du branle satanique ou du sabbat des sorcières, on danse dans les églises à l’unisson
dine, La Fille du Danube… succèdes anges et des âmes du paradis. « Si Dieu vous a donné des pieds, c’est pour vous unir aux
dent à La Sylphide. ■
danses angéliques », écrit saint Jean Chrysostome. Mystiques et chanoines dansent dans
La magie blanche
du ballet
ARIANE BAVELIER£@arianebavelier
vertiges de l’imagination, ont renouvelé l’idée qu’on se faisait jusque-là de l’homme. Le fantastique
est la forme originale que prend le
merveilleux […] Il est enfanté par le
rêve, la superstition et la peur, le
remords, la surexcitation nerveuse
ou mentale, l’ivresse et par tous les
états morbides », note PierreGeorges Castex dans l’introduction de son Anthologie du conte
fantastique français. Le ballet, qui
invente à l’époque l’immatérialité, est l’espace poétique de prédilection de ce type de récit. Il
permet de donner des contours à
la figure féminine de l’éternelle
fiancée, à cette femme-ange, désexualisée, revanche idéale des
épouses et des poètes sur la figure
de la prostituée. Elle se montre,
comme une apparition, joue avec
les humains, les hante ou les harcèle, et retourne dans ses forêts ou
3/6
HISTOIRE SPIRITUELLE DE LA DANSE
certaines processions. Le XIXe oublie ce versant et prône plutôt son interdiction,
« chorophobie », atteignant jusqu’à la valse, qui rapproche les corps, libère les pulsions et
favorise la possession. Les esprits et les démons étant volatils, ils favorisent une métamorphose
vers l’apesanteur. Pour les spirites, la danse donne à voir cette transformation.
« Histoire spirituelle de la danse », de David Wahl, Éditions Riveneuve et Archimbaud, 10 €.
RETROUVEZ DEMAIN :
Tony Oursler, donner forme
à l’impossible
LE FIGARO
mercredi 22 août 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
19
Allemagne : ce parti de gauche opposé à
l’immigration qui pourrait tout bouleverser
assé largement inaperçu
en France, un événement
aux conséquences
potentiellement incalculables
vient de se produire
en Allemagne. Sahra
Wagenknecht, présidente du groupe
parlementaire Die Linke (« La Gauche »),
qui regroupe ex-communistes de RDA
et dissidents de l’aile gauche des sociauxdémocrates, a annoncé le lancement,
le 4 septembre d’Aufstehen – « Debout »
en français -, un mouvement politique
ayant vocation à réunir les membres
de tous les partis de gauche autour de
valeurs antilibérales sur le modèle de
Podemos ou de Syriza. À première vue,
rien que de très classique, mais Sahra
Wagenknecht présente une grande
nouveauté : elle se propose de rompre
radicalement avec la culture
immigrationniste des partis de gauche
européens.
La présidente du groupe parlementaire
Die Linke affirme sa volonté de « mettre
la pression » sur les partis de gauche
allemands « pour qu’ils engagent une
autre politique migratoire ». Sahra
Wagenknecht appelle à en finir avec
la « bonne conscience de gauche sur la
politique de l’accueil » promue par des
responsables « vivant loin des familles
modestes qui se battent pour défendre leur
part du gâteau ». « Une frontière ouverte
à tous, c’est naïf, ajoute-t-elle. Ce n’est
surtout pas une politique de gauche » car
les milliards dépensés par la chancelière
depuis 2015 pour accueillir les migrants
« auraient permis
d’aider beaucoup
plus de nécessiteux
en Allemagne ».
Les propos de
Une égérie de la gauche radicale allemande, Sahra
Sahra Wagenknecht
Wagenknecht, va créer un mouvement de gauche
s’inscrivent dans
anti-immigration. Une initiative de grande portée,
une vision
explique l’historien et avocat, spécialiste de la vie
économique :
« Plus de migrants
politique allemande*.
P
JEAN-LOUIS THIÉRIOT
économiques signifie plus de concurrence
pour décrocher des jobs dans les activités
à bas salaire », a-t-elle argumenté. C’est
pour l’égérie de Die Linke une voie sans
issue qui tire les salaires vers le bas
et répond aux aspirations du patronat
exprimées à maintes reprises par
le soutien du Bundesverband der
Deutschen Industrie (BDI, le Medef
allemand) à la politique migratoire
d’Angela Merkel. L’intéressée observe
également que, a contrario, en GrandeBretagne, la perspective du Brexit
provoque actuellement une
augmentation des salaires.
De ce constat, Sahra Wagenknecht tire
une ambition et une stratégie politique :
reconquérir l’électorat ouvrier attiré
par les promesses de l’AFD (Alternative
für Deutschland), le parti de la droite
dure, qui vient de faire son entrée au
Bundestag. « Nous ne voulons pas nous
contenter de constater que les mécontents
se jettent dans les bras de l’AFD parce
qu’ils ne sentent plus compris par
personne, plaide-t-elle. Beaucoup
d’électeurs de l’AFD sont des
protestataires, mais ce ne sont pas
des racistes, seulement des gens qui ont
le sentiment que la politique les laisse
en plan. »
Nul ne peut prédire l’avenir de ce
mouvement. Une tentative faite par Thilo
Sarrazin, auteur du best-seller
L’Allemagne disparaît, paru en 2009,
avait fait long feu sous les coups répétés
des caciques du SPD. Mais, membre de la
fondation Ebert – le think-tank du parti
social-démocrate - et du directoire de la
Bundesbank, ce n’était pas un homme
politique de premier plan. C’était un
intellectuel qui gravitait dans les cercles
du pouvoir.
L’initiative de Sahra Wagenknecht a
une autre dimension. Elle est soutenue
par Oskar Lafontaine, cofondateur de Die
Linke (et son ex-mari), ancien ministre
social-démocrate et tombeur de Gerhard
Le Pen, si seulement la moitié de ces 37 %
lui avait préféré un candidat de « gauche
nationale », c’est l’ordre d’arrivée qui
aurait été bouleversé. Dans les élections
où existe la possibilité de triangulaires, en
particulier les législatives, le RN en serait
quasi mécaniquement exclu.
On voit certes mal qui pourrait en
France endosser le rôle de Sahra
Wagenknecht. La France insoumise a fait
le choix de l’internationalisme. Ce serait
pourtant dans l’ADN d’une partie de la
gauche française. N’oublions pas qu’en
décembre 1980 le maire communiste de
Vitry-sur-Seine avait provoqué un tollé
en faisant détruire à coups de bulldozer
un foyer de travailleurs étrangers et que
Georges Marchais avait renchéri.
En réponse aux protestations du recteur
de la Grande Mosquée
de Paris après l’affaire
« Plus de migrants économiques
de Vitry, le secrétaire
général du PCF de
signifie plus de concurrence pour
l’époque avait écrit,
décrocher des jobs dans les activités
dans une lettre
à bas salaire », a argumenté Sahra
publiée dans
L’Humanité le
Wagenknecht
7 janvier 1981 : « Dans
la crise actuelle, elle [l’immigration]
Nouveau Clivage, de Jérôme Fourquet,
constitue pour les patrons et le
et La Quadrature des classes, de Thibault
gouvernement un moyen d’aggraver le
Muzergues, mettent brillamment
chômage, les bas salaires, les mauvaises
en évidence que les lignes de fracture
conditions de travail […]. C’est pourquoi
qui déchirent nos sociétés se mesurent
nous disons : il faut arrêter l’immigration
désormais à l’échelle européenne.
sous peine de jeter de nouveaux
L’électorat FN, l’électorat pro-Brexit
travailleurs au chômage. »
ou l’électorat d’Orban se recrutent
Le cas Wagenknecht mérite d’être
largement dans les classes ouvrières
surveillé de près. Qu’il échoue ou qu’il
bousculées par la mondialisation et
réussisse, il fera jurisprudence. Depuis
l’insécurité culturelle. Si l’expérience de
cet été, l’Allemagne est sans doute un
Sahra Wagenknecht devait faire tache
laboratoire de la reconfiguration des
d’huile, c’est toute la droite dure
gauches européennes.
européenne qui se verrait amputée d’une
partie de son fonds de commerce. En
* Jean-Louis Thiériot est notamment
France, les conséquences seraient
l’auteur de « Stauffenberg » (Perrin, 2009)
dévastatrices pour le Rassemblement
et, avec Bernard de Montferrand, de
national (ex-FN). Alors qu’au premier
« France-Allemagne, l’heure de véritour de la présidentielle de 2017, 37 % du
té »(Tallandier, 2011). Il est par ailleurs
vote ouvrier s’est porté sur Marine
député de Seine-et-Marne (LR).
Schröder en 2005. Des personnalités
diverses comme le fils de Willy Brandt la
soutiennent. Le Spiegel estime à environ
70 000 le nombre de militants qui ont
rejoint Sahra Wagenknecht sur son site.
Son initiative n’est pas isolée en
Europe. Elle participe de la redéfinition
des politiques migratoires de tous les pays
d’Europe centrale. Par des dirigeants de
droite comme en Pologne, en Hongrie et
en Autriche ; mais aussi par des dirigeants
de gauche. À Prague, le président Milos
Zeman, fondateur du parti socialdémocrate tchèque, vient ainsi de
déclarer brutalement : « L’ennemi,
c’est cette anticivilisation qui s’étend
de l’Afrique du Nord à l’Indonésie. »
Outre les travaux de Christophe
Guilluy, deux excellents livres, Le
«
»
Dans le sud du Tarn, sans l’autoroute,
nos villes deviendront des villages
L
JACQUES LIMOUZY
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
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Dassault, Jean-Pierre
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SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
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Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
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Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
en 2000 et en 2008. Les villages
réellement affectés se comptent sur le
bout des doigts. Et je crois devoir
éclairer le contresens commis sur
l’identité de notre territoire. Il n’a
jamais été une association de villages :
depuis Jean-Baptiste Colbert, qui avait
transformé un artisanat rural en
manufactures ; depuis que le diocèse de
Castres habillait le Canada alors
français ; depuis la géographie de
Joanes citant Castres comme l’une des
principales cités industrielles du midi.
Il en est ainsi, également, depuis
que Mazamet, rompu au commerce
international, a rejoint Castres dans
la même communauté de destin ;
depuis que les industries
pharmaceutiques et cosmétologiques
ont, en plus d’un demi-siècle, connu
une expansion mondiale ; depuis qu’un
centre universitaire de qualité avec un
IUT et une école d’ingénieurs
informatique s’y développent ; depuis
que des sociétés comme IMS Networks
et Thales y deviennent des fers de lance
de l’industrie numérique et de la
cybersécurité. Tous ces éléments
ont fait naître une agglomération
de plus de 100 000 habitants, pôle
urbain, industriel et de recherche
privée qui serait le seul en France à ne
pas être relié à sa métropole régionale
par une autoroute.
Nos entreprises, leaders dans leurs
domaines, ont besoin d’être reliées
à leurs clients et à leurs fournisseurs
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
et doivent donner envie de venir s’y
installer, pour vivre et travailler sur
ce territoire qui allie créativité et bienêtre, à l’exemple de l’industrie
numérique, qui vient de créer un
millier d’emplois. Avec les autres
bassins déjà connectés à Toulouse,
Castres-Mazamet constitue un facteur
d’équilibre pour la croissance de la
capitale régionale qui n’accédera au
rang de métropole européenne qu’en
s’appuyant sur les principales
agglomérations qui l’entourent à moins
de 100 kilomètres.
Si nous refusons les moyens propres
à notre développement, ce ne seront
pas les villages qui disparaîtront, mais
nos villes qui deviendront des villages.
Au nombre d’entre eux figure, en
Haute-Garonne, celui de BonreposRiquet qui évoque un équipement
structurant que nous n’oserions pas
refuser aujourd’hui, le canal du Midi,
et un exemple d’entrepreneur, PierrePaul Riquet, baron de Bonrepos,
qui mena toute sa vie une existence
singulière qui fut le contraire
de son nom.
La tribune à laquelle je réponds met
en cause les élus du département et des
dirigeants d’entreprise pour l’intérêt
qu’ils portent au projet d’autoroute,
mais sans aller jusqu’à évoquer
le principal d’entre eux, Pierre Fabre.
L’unanimité autour de l’autoroute
est réelle, car tout ce qui a pu se faire
depuis que, les uns et les autres, nous
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
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Fax : 01 56 52 23 07
Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
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direction.redaction@lefigaro.fr
avons compris que nous ne pouvions
éternellement rester enfermés dans nos
communes a été le fruit de la volonté
des hommes plutôt que de l’analyse
toujours ressassée de nos désaccords.
C’est dire qu’il ne s’agit pas d’une
question partisane. Depuis qu’il y a une
histoire du sport, le Castres Olympique
a été cinq fois champion de France de
rugby à XV sans que les deux tiers du
public du stade de France sachent où se
trouve notre agglomération et que les
trois quarts puissent y parvenir sans un
cheminement minutieusement
préparé.
Le texte d’Anne-Sophie Letac semble
nous vouer à n’être qu’un coin
miraculeux de la France profonde dont
la grâce toscane doit être protégée.
Nous y souscrivons, mais à condition
de ne pas devenir un conservatoire
ou une réserve. Nous ne sommes pas
des contemplatifs.
Au contraire, l’activité industrielle
et manufacturière qui nous a toujours
accompagnés et qui peut changer
d’objets chaque jour doit nous
permettre de faire avec plus de sûreté
ce que souhaitent ceux qui s’opposent
à cet équipement majeur : financer
notre douceur de vivre.
* Ancien ministre et ancien président
de la communauté d’agglomération
de Castres-Mazamet.
** Anne-Sophie Letac, ancienne élève
de l’École normale supérieure,
est agrégée d’histoire.
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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est imprimé sur un papier UPM porteur de l’Ecolabel européen
sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
6 pages
A
a tribune d’Anne-Sophie
Letac « Les villages du Tarn
menacés par une nouvelle
autoroute, résumé du mal
français », parue dans
Le Figaro du 16 août,
mêle des sentiments personnels
à des considérations politiques que je
pourrais partager si ce texte ne s’était
pas trompé d’adresse : l’autoroute A69
qui reliera le bassin de CastresMazamet à Toulouse est attendue
depuis plus de trente ans par un bassin
industriel qui est un des premiers
d’Occitanie. Elle sera ouverte à la
circulation après 2024. Pourquoi
voulons-nous, avec acharnement,
cette liaison essentielle ?
La généalogie industrielle
et commerciale de l’agglomération
Castres-Mazamet démontre que la
compétence internationale, conjuguée
avec les savoir-faire locaux, a permis
de développer notre économie, de la
diversifier et de la maintenir vivace
encore aujourd’hui, pour maintenir
nos emplois. Notre croissance et notre
compétitivité
dépendent donc
étroitement de
notre accessibilité.
Près de la moitié
L’ancien député maire de Castres* répond
de cet équipement
à la tribune d’Anne-Sophie Letac** intitulée
autoroutier est
« Les villages du Tarn menacés par une nouvelle
réalisé depuis les
autoroute, résumé du mal français », publiée
mises en deux fois
dans nos éditions du 16 août.
deux voies réalisées
mercredi 22 août 2018 LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
20 SÉRIE ÉTÉ
[
3/6
L’œuvre uniq
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]
Coup du sort
ou
n’ont signé qu coup de génie ? Certains art
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télévisuelle, film e seule pièce, roman, disqu es
e, sér
ou opéra. Comm
tarie. Comme
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s’ils avaient tou
s’était
le succès se tro
t dit en une foi
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s.
sur quelques ex e aujourd’hui au rendez vo Pourtant,
us. Retour
emples d’un cu
rieux phénom
ène.
Barbara Loden
interprète le rôletitre de Wanda,
portrait d’une femme
à la dérive
dans l’Amérique
des années 1960.
RUE DES ARCHIVES
Barbara Loden
dans le miroir de « Wanda »
La très anticonformiste épouse d’Elia Kazan réalise en 1970 ce portrait
d’une femme qui laisse les féministes perplexes. Il sera primé à Cannes.
A
ÉRIC NEUHOFF eneuhoff@lefigaro.fr
Il a suffi d’un prénom. Elle s’appelle Wanda. C’est une femme qui
s’en va. Elle quitte mari et enfants.
Sa silhouette blanche déambule
dans des paysages gris, dans un
décor de terrils. Elle a des bigoudis
sur la tête et arrive au tribunal clope au bec malgré l’interdiction de
fumer. À la barre, son époux la regarde à peine. « Monsieur le juge,
s’il veut le divorce, donnez-le lui. »
On n’est pas plus clair.
Wanda Goronski est à la dérive.
Elle emprunte de l’argent à un
ouvrier qui ne doit pas en avoir
beaucoup plus qu’elle (il s’excuse
de ne pas pouvoir lui donner davantage). Ses gamins ? Ils seront
aussi bien sans elle. Cette petite
blonde a du charme, de la détresse
à revendre. C’est la proie idéale.
Elle couche avec un inconnu qui
lui a payé une bière dans un bar.
Elle erre, elle se traîne, avec sa
drôle de coiffure. On sent que tout
son passé tient dans ce sac qu’elle
trimballe à son bras. Elle va au cinéma, s’endort pendant la séance,
se fait voler le contenu de son porte-monnaie. L’avenir, elle n’a pas
l’air de l’envisager avec certitude.
On ne sait pas au juste ce qu’elle
veut. On se demande ce qu’elle a
perdu. Les événements lui tombent dessus comme des gouttes de
pluie en plein été. Elle croise un
moustachu au tempérament un
peu éruptif. Au restaurant, elle
aime saucer ses plats. Une coucherie dans un motel : elle fait ça avec
l’air de penser à autre chose. Ça ne
la tracasse pas d’accompagner un
voyou qui a ligoté un barman derrière son comptoir. Cette mère indigne est une victime toute désignée. Aider ce gars-là à dévaliser
la Third National Bank, pourquoi
pas ? Elle accepte ce qui lui arrive
avec la même indifférence que
pour se passer du vernis à ongles.
Le malfrat a des exigences. Il ne
veut pas qu’elle porte de pantalons. Quand elle en achète, il les
jette par la fenêtre de la voiture.
Elle hausse les épaules. Rien ne
l’atteint. « Je ne vaux rien », ditelle. La conviction éclate dans sa
voix. À la fin, l’image s’arrête sur
son visage, comme sur celui de
Romy Schneider dans César et Rosalie.
Peu de gens ont vu Wanda
(1970). Parmi ceux qui l’ont vu,
nul ne l’a oublié. Barbara Loden
(1932-1980), qui est devant et derrière la caméra, vivait avec Elia
Kazan depuis dix ans. Le réalisateur de Sur les quais l’avait épousée
en 1968. À 23 ans, elle avait eu un
petit rôle dans Le Fleuve sauvage
(1960). Elle était la sœur de Warren Beatty dans La Fièvre dans le
sang (1961). Elle avait été danseuse
au Copacabana de New York, avait
fait du mannequinat sous le nom
de Candy Loden.
“
Le caractère
de Wanda est fondé
sur ma propre vie
et sur ma personnalité,
et aussi sur ma
propre manière
de comprendre la vie
des autres
BARBARA LODEN
”
À Broadway, Kazan l’avait engagée pour la pièce d’Arthur
Miller, After the Fall, où elle singeait Marilyn Monroe avec une
perruque peroxydée. On l’avait
également remarquée sur les
planches dans une adaptation
d’Occupe-toi d’Amélie et à la télévision dans La Ménagerie de verre.
Sa devise était simple : « Tout ce
que je fais, c’est moi. » La preuve
en vingt-quatre images/seconde
dans ce film unique qu’elle mettra
six ans à monter. Le tournage durera six semaines. Budget :
115 000 dollars. Barbara Loden en
avait trouvé le sujet dans une coupure de journal. « Le caractère de
Wanda est fondé sur ma propre vie
et sur ma personnalité, et aussi sur
ma propre manière de comprendre
la vie des autres. » Le film est présenté à Cannes, obtient un prix au
festival. Marguerite Duras, avec sa
lucidité coutumière, commente :
« Wanda, c’est un film sur quelqu’un. » Les féministes détestent.
Quel éloge de la passivité ! Pauline
Kael, la critique du New Yorker, se
bouche le nez : « Le film est d’un
réalisme si terne et limité qu’il ferait
passer Zola pour un auteur de comédie musicale. » Kazan, lui, loue
la façon qu’a Barbara, dans cette
cavale à la Nicholas Ray, de décrire
« le versant négligé de la vie américaine ». Wanda se range aux côtés
de raretés comme Une femme sous
influence de Cassavetes.
Dans ses Mémoires, Elia Kazan
définissait ainsi Barbara : « Elle me
rend fou, mais je la respecte parce
qu’elle ne cache rien. » Ils s’étaient
rencontrés sur le plateau d’Un
homme dans la foule. Elle lui tape
dans l’œil. « Barbara était fringante avec les hommes, intrépide dans
la rue, doutait de tous les principes
éthiques et connaissait tous les trucs
qu’une fille de la campagne ne doit
pas ignorer. » Kazan avait aussitôt
essayé de l’entraîner dans les toilettes Dames. « Au début, notre
liaison ne fut rien qu’une partie de
jambes en l’air. » Le cinéaste en
brosse un portrait touchant. Son
audace l’impressionne. « Elle ne
craignait que ce qu’elle pouvait,
dans un moment de désespoir, se
faire à elle-même. » Précision :
« J’étais le foie jaune, elle avait un
cœur de lion. » Barbara ne digérera
pas que Kazan embauche Faye
Dunaway à sa place pour L’Arrangement (humiliation suprême :
Dunaway avait été la doublure de
Loden dans After the Fall). Déjà,
quand le roman avait paru, elle
avait protesté : « Pourquoi donnestu tant de détails sur ta vie privée ? »
Le couple, qui a eu un fils Leo,
bat de l’aile. Barbara se lance dans
des projets qui n’aboutissent pas.
Dans The Swimmer, elle avait été
coupée au montage. Elle prépare
un film d’après un roman de Kate
Chopin, The Awakening, fait répé-
Une fois, une
seule, derrière
la caméra
ter Christopher Reeves pour Superman. Un cancer du sein ne
réussit pas à entamer son anticonformisme. Elle consulte un sage
indien, se met au régime macrobiotique, passe à l’acupuncture.
Peine perdue. La maladie l’emporte le 5 septembre 1980, le jour où
elle devait prendre l’avion pour se
rendre au Festival de Deauville où
un hommage était prévu. À l’hôpital, ses derniers mots auront été :
« Merde ! Merde ! Merde ! » On ne
saurait mieux dire. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
L’opéra « Mefistofele »
d’Arrigo Boito
Barbara Loden
et Elia Kazan,
en novembre 1969.
WILLIAM H. ALDEN/GETTY
IMAGES
Passer une fois, rien qu’une
fois, derrière la caméra,
ce vieux rêve a taraudé
nombre d’artistes. Barbara
Loden a eu de la concurrence.
Les acteurs se sont souvent
bousculés pour s’affubler
de la casquette de
réalisateur. Charles Laughton
réussit un sans-faute avec
La Nuit du chasseur (1955).
Marlon Brando fut peut-être
moins convaincant avec La
Vengeance aux deux visages
(1961). Mention très bien pour
Les Tueurs de la lune de miel
(1970) de Leonard Kastle.
Bizarrement, les écrivains ne
furent pas en reste. Malraux
se lança dans Espoir (1937).
Malaparte tenta un essai
(transformé) avec Le Christ
interdit (1950). Giono
engagea Fernandel au
générique de Crésus (1960).
William Boyd offrit un de ses
premiers rôles à Daniel Craig
dans La Tranchée (1999).
La décence interdit de citer ici
Le Jour et la Nuit de BernardHenri Lévy, œuvre unique
dans tous les sens du terme.
E. N.
mercredi 22 août 2018 LE FIGARO - N° 23 024 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
PONT DE GÊNES :
GIUSEPPE CONTE
RÉCLAME
2,5 MILLIARDS
lefigaro.fr/economie
NETFLIX
L’ÉTÉ DU FIGARO
MARTHE HANAU,
LA BANQUIÈRE QUI RUINAIT
LES ÉPARGNANTS PAGE 25
Bon millésime pour
les vendanges 2018
Après 2017, année catastrophique, la production va progresser
de 21 % et s’annonce de bonne qualité. PAGES 22 ET 23
Vendanges en Alsace.
Les Français privilégient toujours leur livret A
Les Français ne boudent pas le livret
A, bien que sa rémunération soit
négative une fois l’inflation déduite. En juillet, ils ont placé 880 millions d’euros sur ce placement réglementé rémunéré 0,75 %, et près
de 10 milliards d’euros depuis le début de l’année.
« Face aux futures dépenses incontournables de la rentrée, les Français
ont décidé de garnir leur livret A »,
note Philippe Crevel, du Cercle de
l’épargne. Cette collecte, légèrement meilleure qu’en 2016, porte
le PLUS du
FIGARO ÉCO
MÉDIAS
La renaissance
du « Los Angeles
Times »
PAGE 26
LA SÉANCE
DU MARDI 21 AOÛT 2018
CAC 40
5408,60 +0,54%
DOW JONES (18h)
25862,66 +0,40%
ONCE D’OR
1190,95 (1184,35)
PÉTROLE (lond)
72,427
(72,117)
EUROSTOXX 50
3413,18 +0,57%
FOOTSIE
7565,70 -0,34%
NASDAQ (18h)
7426,36 +0,75%
NIKKEI
22219,73 +0,09%
l’encours à 281,7 milliards d’euros.
Avec un tel rendement, de surcroît
figé par le gouvernement jusqu’en
2020, les épargnants perdent tout
simplement de l’argent à y placer
leurs économies. En juillet, les prix
ont en effet progressé de 2,3 % sur
un an. Alors pourquoi persistent-ils
à garnir leur livret ? Les placements
garantis, sans risque et liquides,
c’est-à-dire desquels il est possible
de retirer son argent à tout instant,
ne sont pas légion.
Les fonds euros de l’assurance-vie,
également garantis, ont rapporté
1,8 % en moyenne l’année dernière. Mais ce revenu est fiscalisé et
tous les contrats ne proposent pas
un tel rendement. Les plans d’épargne logement ouverts depuis le
1er août 2016 ne rapportent de leur
côté plus que 1 % brut, soit 0,70 %
une fois le prélèvement forfaitaire
unique déduit. C’est moins que le
livret A, et les retraits y sont beaucoup plus contraignants.
Pour obtenir une rémunération supérieure, les épargnants doivent
prendre des risques, ce que rechignent encore à faire une majorité
d’entre eux. Ceux qui s’aventurent
sur les marchés et investissent,
dans le cadre de leur assurance-vie,
sur des unités de compte, sont cependant de plus en plus nombreux.
Une évolution favorablement accueillie par le gouvernement, qui
veut réorienter l’épargne des Français vers les entreprises. C’est l’un
des objectifs de la loi Pacte qui devrait être examinée à la rentrée.
Giuseppe Conte, le chef du gouvernement italien, estime « bien modeste » la somme de 500 millions
d’euros proposée par Autostrade,
le concessionnaire autoroutier,
pour indemniser les victimes et reconstruire le viaduc Morandi qui
s’est effondré à Gênes le 14 août,
faisant 43 morts. « Vu les bénéfices exorbitants que ce groupe a
faits depuis des années, cette enveloppe pourrait être quadruplée
ou quintuplée », a lancé mardi le
président du Conseil, dans une interview au Corriere della Sera.
Selon le ministre (Mouvement
5 étoiles) des Infrastructures, Danilo Toninelli, le groupe autoroutier
Atlantia, maison mère d’Autostrade
del Italia, dont la famille Benetton
est le principal actionnaire, « a accumulé 10 milliards d’euros de bénéfices (provenant des péages) en
quinze ans ». Le chef du gouvernement populiste affirme avoir « déjà
reçu des offres » alternatives pour
la reconstruction d’un nouveau
pont. Autostrade se dit en mesure
de réaliser un viaduc métallique en
huit mois en lieu et place de l’ancien, affirmation accueillie avec
scepticisme au gouvernement.
Un vif débat s’amplifie par ailleurs
sur la révocation de la concession
de l’État que Danilo Toninelli a fait
parvenir au groupe Autostrade. Le
ministre entend ramener le réseau
de 3 200 km d’autoroutes dans le
giron de l’État, sous la coupe de la
société publique Anas. Autostrade
dispose de quinze jours pour présenter ses contre-arguments. À la
différence du Mouvement 5 étoiles
qui a une vision étatique de l’organisation de la société, la Ligue
de Matteo Salvini, son partenaire
au sein de la coalition gouvernementale, n’est pas favorable à
une nationalisation. « En parler me
paraît absolument prématuré »,
affirme le secrétaire d’État à la
Présidence du Conseil, Giorgio
Giorgetti, poids lourd de la Ligue,
qui estime qu’« une gestion privée
sous la surveillance attentive de
l’État et avec des règles certaines
peut fonctionner de meilleure
manière ».
R. H. (À ROME)
M. B.
Un Californien accuse
Google de traquer
La principauté de Monaco,
victime collatérale inattendue du Brexit ses utilisateurs
L'HISTOIRE
es négociations entre l’Union
européenne et le Royaume-Uni
sont en train de faire une victime
collatérale, loin de la Manche,
sur les rives de la Méditerranée :
Monaco. La Principauté négocie depuis 2015
un accord d’association visant à lui fournir
« un cadre institutionnel
précis pour ses relations
avec l’UE ». Le Rocher
estime que sa situation
particulière - 2 km2
de superficie pour
37 500 habitants - lui
donne le droit à une
exception à la liberté
de circulation des
personnes sanctifiée par
les traités européens, alors
que les marchandises,
elles, circulent librement.
Hors de question pour
Bruxelles qui, pour faire
pression sur Londres dans
les négociations du Brexit,
affiche actuellement
une fermeté absolue sur le
sujet. Et qui a même plus
L
récemment commencé à utiliser l’argument
dans les discussions en cours sur un « cadre
institutionnel » avec la Suisse. Monaco,
qui entend obtenir une concession de Bruxelles,
une fois le Brexit achevé, vise un accord
en 2019 ou 2020. Une estimation risquée,
puisque les pourparlers sur la future relation
avec Londres pourraient
durer jusqu’en 2020
et que le collège des
commissaires européens
sera renouvelé d’ici là.
Certes, il n’y a pas d’urgence.
Si ce n’est que la situation
actuelle - un faisceau
d’accords passés par Monaco
avec l’UE et avec la France est inconfortable pour
le Rocher. Un exemple,
selon un bon connaisseur
du dossier : les médicaments
qui y sont produits reçoivent
une autorisation de mise
sur le marché de la France autorisation qui ne serait pas
reconnue par certains pays
comme l’Allemagne. ■
JEAN COMTE (À BRUXELLES)
De tous les géants de la donnée, Google est décidément
le plus gourmand. Trop, du
goût d’un homme originaire
de San Diego, qui a enregistré
une plainte auprès du tribunal fédéral de San Francisco.
Il reproche à Google de
continuer à collecter les données de géolocalisation des
smartphones de millions
d’utilisateurs à leur insu, une
pratique jugée contraire aux
lois californiennes et constitutionnelles en matière de vie
privée. Il revient désormais à
un juge de déterminer si l’affaire peut être portée au rang
de recours collectif, comme
le souhaite le plaignant. Si tel
était le cas, des millions
d’utilisateurs pourraient demander réparation à l’entreprise.
Cette plainte n’est pas un cas
isolé. Dans le même temps,
un groupe d’activistes fait
pression à Washington pour
que le puissant régulateur
américain, la Federal Trade
Commission, agisse en faveur
des consommateurs selon
eux dupés par le géant, qui a
changé ses conditions d’utilisation en cours de route.
Tout cet emballement fait
notamment suite à la publication d’une enquête d’Associated Press accablante, à
laquelle Google n’a pas souhaité réagir autrement qu’en
rappelant que ses pratiques
étaient explicitement mentionnées dans ses contrats
d’utilisation.
Google est régulièrement
épinglé pour des manquements aux lois en matière de
vie privée. En Europe, le
géant a déjà fait l’objet d’une
trentaine de condamnations
par les gendarmes des données personnelles. Ils pourraient à leur tour devoir gérer
un recours collectif, cette
disposition étant rendue possible depuis mai dernier par
l’entrée en vigueur du règlement général sur les données
personnelles (RGPD).
E. B.
A
HERVÉ KIELWASSER/PHOTOPQR/L’ALSACE/MAXPPP, GUILLAUME BESNARD - STOCK.ADOBE.COM, ALBERT HARLINGUE / ROGERVIOLLET
LA PLATEFORME VIDÉO
CLAQUE LA PORTE DU MAGASIN
D’APPLICATIONS D’APPLE PAGE 26
mercredi 22 août 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Les vendanges 2018 s’annoncent excellen
Les dernières estimations tablent sur un volume en augmentation de 21 %, à 45 millions d’hectolitres.
ÉRIC DE LA CHESNAIS
£@plumedeschamps
VITICULTURE En agriculture, les
années passent et ne se ressemblent
pas. Malgré toutes les avancées
technologiques, la météo a toujours
le dernier mot. Avec un été sec et
chaud, et malgré la canicule, le cru
2018 des vendanges françaises
s’annonce en augmentation de
21 % par rapport à 2017 selon nos
informations, à 45 millions d’hectolitres, avec une qualité exceptionnelle par endroits. « Contrairement aux autres productions
agricoles qui ont souffert de la sécheresse, la vigne aime le soleil, rappelle
Jérôme Despey, viticulteur dans
l’Hérault et président de FranceAgriMer qui collecte les données des
productions agricoles. La récolte viticole se situera cette année à un niveau s’inscrivant dans la moyenne
quinquennale, c’est-à-dire proche
de 45 millions d’hectolitres. »
Avec 37,2 millions d’hectolitres,
2017 a été la plus petite récolte depuis 1945. L’an dernier, le vignoble avait souffert du gel et d’un
manque de précipitations contrairement à 2018 où le printemps et
l’hiver pluvieux ont permis aux
réserves d’eau de se reconstituer.
Cependant, tous les terroirs ne
sont pas logés à la même enseigne.
Palme de la précocité
pour le champagne
«Nous connaissons une très belle situation dans les vignobles du nordest de la France avec des vendanges
précoces en Champagne, Alsace et
Beaujolais, remarque Jérôme Despey. En revanche, dans le SudOuest, les récoltes se réaliseront en
temps habituel, avec même par endroits des vignes attaquées par le
mildiou, un champignon apparu sur
les feuilles lors des épisodes pluvieux
du printemps. »
La palme de la précocité revient
cette année au champagne qui a
commencé ses vendanges avec
quinze jours d’avance lundi suivi par
l’Alsace ce mercredi. Excepté 3 %
du vignoble champenois, touché par
la grêle en avril et mai, tous les signaux annoncent une année exceptionnelle dans ce vignoble. « C’est
magnifique, cela fait partie des plus
Retour à la normale après une année 2017 catastrophique
PRODUCTION DE VIN EN FRANCE, en millions d'hectolitres
50
45
(estimation)
45
40
35
30
2008
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
Sources : OIV, Agritel
belles vendanges de mes 35 ans de
carrière, se réjouit Christophe Pernet, viticulteur au sud d’Épernay sur
la Côte des Blancs. Après un été sec et
chaud, nous avons un raisin exempt
de toutes maladies avec un potentiel
de qualité exceptionnelle mais des
moindres quantités. » Cela ne devrait pas avoir de conséquences sur
les prix, l’interprofession ayant mis
en place un système de régulation
des stocks avec des vins de réserve.
« Cela nous permet de réguler l’offre
et la demande et donc les prix, note le
vigneron. Cette année, malgré une
baisse des vendanges, les prix devraient augmenter à un niveau proche de celui de l’inflation, c’est-à-dire entre 1,5 % à 2 %. »
Avec deux semaines d’avance,
les viticulteurs ont toutefois dû
s’activer pour recruter la maind’œuvre nécessaire. « Nous avons
davantage d’étudiants cette année
car la rentrée n’est jamais avant dé-
À Condrieu, les amateurs
de vin manient le sécateur
A
1
GUILLAUME MOLLARET
£@Newsudud
À Condrieu, c’est le client qui
vendange ! « Nos clients veulent
comprendre le terroir, nos métiers
et le prix de nos vins », résume
Christophe Pichon, président de
l’AOC condrieu. Ce terroir limité
à ce petit village rhodanien du
pays viennois dont les ceps à
flanc de colline donnent un vin
blanc réputé comme le joyau des
côtes-du-rhône. Sur ces terrasses, les vendanges se font à la
main, en raison de la topographie mais aussi parce que les
pieds de vigne les plus anciens ne
supporteraient pas le passage
d’un tracteur.
Forts de 200 hectares cultivés,
les vignerons de l’appellation
profitent de la réputation de leur
production pour recruter des
clients, qui prennent pour l’occasion une semaine de congé.
« Nous avons eu une coiffeuse l’an
dernier », dit Christophe Pichon.
Il y a aussi des retraités qui cherchent à s’occuper tout en améliorant leur pension. « Ici, nous
recrutons en moyenne deux vendangeurs à l’hectare, précise le
viticulteur, qui emploie une vingtaine de saisonniers. La plupart
des gens que j’embauche sont des
habitués. Il s’agit surtout de maind’œuvre locale car je ne les loge
pas sur place. On voit de moins en
moins de demandeurs d’emploi et
d’étudiants se manifester. »
Bien qu’ils n’aient aucune certitude, nombre de vignerons estiment que l’avancement progressif des dates de vendange (en
raison du réchauffement climatique) a un impact sur cette raréfaction de la main-d’œuvre.
« Les vendanges, c’est un travail
difficile, avance un vigneron. Si,
en plus, il faut s’y mettre en août
en mordant sur les vacances…
c’est un double répulsif. »
Ces difficultés ne sont pas le lot
de tous les terroirs, d’autant
qu’avec la mécanisation la recherche de saisonniers est un sujet moins crucial qu’il ne l’a été
par le passé. « Pour ce que j’amène à la cave coopérative, tout est
mécanisé. Le matériel est devenu
très performant et il ne faut pas
croire que les machines sont l’ennemi de la qualité, prévient Bruno
Manzone, président de l’AOC
costières-de-nîmes et de la
cave coopérative des Vignerons
Créateurs à Bellegarde (Gard). Ce
n’est que pour la cuvée de mon domaine particulier que je fais appel
à huit personnes. Ce sont des emplois sans qualification particulière. Le recrutement se fait localement, par bouche-à-oreille. »
Mais dans cette plaine de galets
roulés, dominée par le château de
Beaucaire, le chômage est prospère. Sauf catastrophe naturelle,
la récolte des pêches, des abricots
et du raisin attire étudiants, chômeurs de longue durée et quinquagénaires sans emploi. « Dans
nos exploitations, on a vraiment
tous les profils », ajoute Bruno
Manzone.
Les mêmes saisonniers
depuis vingt-cinq ans
Ailleurs, le vignoble a tout de la
tour de Babel. Classée « cru des
côtes-du-rhône » depuis cette
année, l’appellation cairanne,
dont le contour se limite aux
frontières du village vauclusien,
oblige ses vignerons aux vendanges à la main. D’ici une huitaine
de jours, à l’heure de récolter les
blancs, cette commune d’un millier d’habitants prendra des accents de village du monde avec
l’arrivée, pour trois semaines,
d’environ 500 saisonniers, pour
la plupart étrangers, venus du
Maghreb, d’Espagne, du Portugal
ou de Pologne. « Beaucoup d’entre eux sont logés au sein des exploitations. Le soir, ça fait vivre les
cafés. Les vendanges donnent au
village une ambiance que j’aime
bien », sourit Denis Alary, président de l’appellation cairanne.
Dans son exploitation, ce sont
des travailleurs espagnols qui officient. « Les mêmes depuis
vingt-cinq ans, raconte le vigneron. C’est un père de famille qui
est venu me trouver. C’est quelqu’un de fidèle. Il vient chaque année avec son épouse, ses enfants
ou un cousin. Il constitue lui-même son équipe, ce qui garantit une
cohésion. Quand les équipes ne
sont pas faites par les gens euxmêmes, on n’est jamais certain
que tout le monde restera bien
trois semaines. Pôle emploi appelle
en début de saison pour connaître
nos besoins. Mais je n’ai pas recours à leur service. »
Considéré comme un avantage
en nature, le logement des saisonniers employés par le vigneron vauclusien est déclaré comme
tel à la préfecture. Parce que son
exploitation, et celle de la plupart
de ses confrères, est connue, il ne
fait pas non plus appel à des sociétés de droit français mettant,
après convention, une maind’œuvre étrangère à disposition
de l’exploitation. « Il y a eu pas
mal d’abus de la part de ces sociétés qui n’étaient pas toujours très
“carrées” vis-à-vis de l’administration, dit un agriculteur gardois
échaudé. Bien que ces personnes
soient payées par la structure qui
les salarie, c’est le vigneron qui est
responsable au bout du compte. »
À Cairanne, Denis Alary se satisfait que l’appellation ait imposé
la vendange manuelle dans son
cahier des charges. « La mécanisation, dit-il, aurait nécessité un
réaménagement des vignes. Nous
avons plutôt opté pour la préservation de nos paysages. » Et de
l’emploi des saisonniers qui sont
au rendez-vous chaque année. ■
Malgré la sécheresse, les céréaliers connais
Les
« meilleures
récoltes
de 2017
et 2018 ne
permettront
pas de
reconstituer
les trésoreries
mises à mal
par le
désastre
de 2016
»
MICHEL PORTIER,
DIRECTEUR GÉNÉRAL
D’AGRITEL
Les éleveurs manquent de fourrages
Après les fortes chaleurs de juillet et août,
la situation est critique pour les éleveurs.
Les prairies grillées par le soleil ne donnent plus
l’herbe suffisante pour nourrir les vaches.
Certains ont déjà puisé dans leurs réserves
d’automne et d’hiver. « Le déficit hydrique dure
depuis mi-mai, on voit bien dans les jardins
et prairies que l’herbe ne pousse plus, détaille
Michel Portier, de la société d’études Agritel.
Et la récente hausse du prix des céréales
utilisées pour nourrir les animaux n’arrange
rien à la situation. »
« Ce qui est une bonne nouvelle pour les
céréaliers est à l’inverse très préoccupant pour
les éleveurs, confirme Ludovic Spiers, directeur
général de la coopérative agricole Agrial, qui
regroupe 13 000 adhérents dans le Grand Ouest
et réalise 30 % de son chiffre d’affaires dans les
céréales. Outre les fourrages, et même s’il y a
eu un peu de pluie ces derniers jours, les maïs
sur lesquels comptent beaucoup les éleveurs
ont aussi beaucoup souffert. » De quoi affecter
par ricochet la production laitière des animaux.
Même si le ministère de l’Agriculture
a promis début août des aides au transport
de foin pour soulager les régions les plus
en manque de fourrages, certains éleveurs
songent à vendre des têtes de bétail.
O. D.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
« Après trois années difficiles, la filière blé française retrouve une certaine sérénité. » De l’avis de Michel
Portier, directeur général d’Agritel, les moissons qui s’achèvent
marquent un léger mieux pour les
céréaliers. Certes, selon ce cabinet
de gestion du risque des prix agricoles qui présentera ce mercredi
son bilan de la moisson 2018, la récolte de blé tendre reste en baisse
(de 7 %) cette saison, à 34 millions
de tonnes, contre 36,5 sur la précédente campagne.
Cette baisse est due à la fois à une
légère réduction des surfaces mais,
surtout, à une chute des rendements : 6,7 tonnes par hectare,
contre 7,4 en 2017. Ils ont été affectés par la sécheresse en juin et
juillet, soit en fin de cycle de cette
céréale la plus cultivée en France.
« La pluviométrie excessive du printemps est aussi un facteur important », complète Michel Portier.
Chez Agrial, coopérative agricole
française présente essentiellement
dans le Grand Ouest, la baisse a atteint 10 à 15 % selon les cultures.
« Même si nous avions commencé
les récoltes quinze jours plus tôt, les
moissons n’étaient pas terminées
quand les grosses chaleurs ont commencé, fin juillet », explique
Ludovic Spiers, DG d’Agrial.
Malgré une récolte en demiteinte, la saison 2018 aura été
meilleure que celle de 2016, année
catastrophique avec ses pluies et
ses inondations. « Ce n’est pas la
récolte exceptionnelle qu’on attend
tous les ans, d’autant que le cru
2018 s’annonçait un peu meilleur,
confirme un porte-parole d’Axéréal, première coopérative céréalière française avec 3,2 milliards
d’euros de chiffre d’affaires. Mais
ce n’est pas morose, surtout chez les
plus techniciens de nos adhérents
qui s’en sont bien sortis. » Présente
dans le centre de la France, Axéréal collecte 5 millions de tonnes
auprès de ses 13 000 adhérents.
Opportunités à l’export
Malgré cette diminution des volumes, les producteurs de céréales
soufflent un peu. Après la tendance
baissière entamée en 2013, les prix
remontent enfin sous l’effet de
mauvaises récoltes partout en Europe (Allemagne, Roumanie, Pologne…), où la sécheresse a sévi. La
hausse des prix est aussi la conséquence des mauvaises performances de la Russie. Le premier exportateur européen de blé tendre a
connu la sécheresse au printemps
et la pluie en fin de cycle. Ce mauvais enchaînement météorologique a fait chuter de 85 à 67 millions
de tonnes sa récolte annuelle de
blé, selon Agritel. Mais il a surtout
nettement dégradé la qualité de
son blé, là où celle de la production
française se révèle excellente.
De quoi espérer que la France
gagne du terrain à l’exportation
(50 % de la production tricolore).
LE FIGARO
ÉCONOMIE
ÉCONOMIE
Production de vin
tes
PALMARÈS DE LA PRODUCTION
DE VIN EN 2016,
en millions d'hectolitres
Italie
50,9
France
45,4
Espagne
but septembre. Faute de trouver tout
le personnel sur place, beaucoup de
saisonniers viennent d’Europe de
l’Est », constate Christophe Pernet. Certains viticulteurs sont passés par des sites en ligne pour recruter directement les candidats.
En Alsace, les vendanges emploient 20 000 saisonniers de plus en
plus difficiles à trouver là aussi. Pôle
emploi de la région Grand Est et le
département du Haut-Rhin ont mis
en place une cellule pour faire appel
aux bénéficiaires du RSA (revenu de
solidarité active). Ils peuvent cumuler cette aide sociale avec un salaire
de vendangeur. Cela pourrait inspirer d’autres départements. « Dans
l’Yonne, explique Alexandre Bouchier, conseiller départemental, il y
a près de 9 000 bénéficiaires du RSA
mais aucun pour faire les vendanges.
Nous devons faire appel à une maind’œuvre polonaise, espagnole et de
gens du voyage. » ■
États-Unis
Le président bouscule les usages en critiquant l’institution indépendante.
CORRESPONDANT À WASHINGTON
Australie
13
Surfaces cultivées
PALMARÈS DE LA SURFACE
CULTIVÉE DE VIN EN 2016,
en millions d'hectares
Espagne
975
Chine
847
France
785
Italie
690
Turquie
480
En théorie, les
vendanges débutent
une centaine de jours
après la floraison.
À l’approche
de cette date, dans les
départements viticoles,
des prélèvements sont
effectués régulièrement,
commune par commune,
pour suivre l’évolution
de la maturité du raisin
(teneur en sucre, acidité).
À partir de ces données,
les comités
interprofessionnels
proposent au préfet
une date. Le ban
des vendanges est alors
fixé par un arrêté
préfectoral.
ÉTATS-UNIS Donald Trump relance son offensive médiatique
contre les relèvements de taux de la
Réserve fédérale. Après avoir déjà
reproché à la Fed le mois dernier de
majorer ses taux directeurs, le président américain a réitéré sa critique dans un entretien avec l’agence Reuters, ainsi qu’à huis clos
devant un groupe de donateurs du
Parti républicain. « Je ne suis pas
emballé avec ses hausses de taux.
Non, je ne suis pas emballé… Nous
sommes en train de négocier très
fortement et vigoureusement avec
d’autres nations. Nous allons gagner. Mais durant cette période, je
devrais recevoir de l’aide de la Fed.
Les autres pays, eux, profitent de
politiques accommodantes », déplore Donald Trump.
Naturellement, ces propos choquent l’establishment et dans une
moindre mesure les marchés financiers. Il est mal vu et contreproductif pour un président de
porter atteinte à l’indépendance de
la banque centrale. Cette dernière
est dirigée par un républicain centriste, respecté par les élus démocrates, Jay Powell, choisi par
Donald Trump lui-même et en place depuis seulement le début du
mois de février.
Sous la présidence de Donald
Trump, la Fed a relevé son taux directeur cinq fois. Les deux dernières majorations sont intervenues
cette année, après la prise de fonction de Jay Powell. Une troisième
hausse est largement anticipée le
26 septembre, et une quatrième est
probable le 19 décembre si la
conjoncture américaine reste aussi
favorable.
Les critiques de Donald Trump
au mieux laisseront la Fed de glace.
Loin de l’intimider, elles pourraient même avoir l’effet inverse de
celui rêvé par la Maison-Blanche.
Pour mieux démontrer qu’ils ne
prennent pas leurs ordres dans le
Bureau ovale, Jay Powell et ses col-
lègues hésiteront peut-être encore
moins à poursuivre la normalisation de la politique monétaire entamée sous la présidence de Janet
Yellen fin 2015.
Naturellement, le président des
États-Unis sait fort bien que la banque centrale américaine ne reçoit
pas d’instruction de la MaisonBlanche. Son message s’adresse
probablement surtout à ses électeurs, appelés, début novembre, à
renouveler le mandat de la totalité
des représentants de la Chambre
basse et d’un tiers des sénateurs.
Des taux encore très bas
Donald Trump qui redoute le retour d’une majorité démocrate à
la Chambre veut marquer son opposition à des hausses de taux qui
à ses yeux freinent l’expansion de
l’économie dont il revendique la
paternité. Si la croissance fléchit,
il pourra facilement accuser la
Fed, même si pour le moment
cette dernière reste loin d’appliquer une politique monétaire restrictive. Le principal taux directeur de la Fed varie entre 1,75 % et
2 %, ce qui demeure historiquement bas et reste en dessous de la
hausse des prix à la consommation, qui, en juillet, a atteint
2,9 %, son plus haut niveau depuis six ans.
Donald Trump tente en fait d’accréditer la notion d’un succès spectaculaire de sa politique, en dépit
d’obstacles injustes. Tantôt ces obstacles sont la presse qu’il juge malhonnête, tantôt il s’agit de partenaires commerciaux déloyaux. L’idée
que la Fed devrait apporter son
« aide » aux négociateurs américains aux prises avec la Chine,
l’Union européenne, le Canada et le
Mexique est plus nouvelle. Il est vrai
que la hausse des taux, en attirant
des capitaux vers les États-Unis, fait
monter le dollar, surtout face aux
devises des pays émergents, apportant de l’eau au moulin de Trump
dans sa bataille contre un dollar fort.
Dans le même esprit, le président
renouvelle ses accusations de « manipulation » de devises par la Chine aussitôt démenties par Pékin -, mais
aussi par l’Union européenne. Son
département du Trésor a pourtant
déjà conclu à plusieurs reprises que
Pékin ne manipulait plus le yuan.
Mais le fait est que la dévalorisation
naturelle du yuan, de plus de 5 %
cette année, est venue compenser
en partie les effets des droits de
douane américains sur les importations chinoises. ■
Donald Trump,
lors de son entretien
avec l’agence
Reuters, lundi,
à la Maison-Blanche.
LEAH MILLIS/REUTERS
L’industrie offre des salaires plus élevés,
mais peine à recruter
La production
de blé a reculé
en 2018...
Au deuxième trimestre 2018, plus de 31 000 emplois sont restés vacants.
PRODUCTION DE BLÉ
TENDRE EN FRANCE,
en millions de tonnes
36,7
ALICE KACHANER
40,9
34,17
33,9
27,6
2008
2011
2015
2018
… mais son prix
s’est envolé
depuis janvier
ÉVOLUTION DU PRIX
DU BLÉ MEUNIER À ROUEN,
en € par tonne de blé
275
250
225
211 €
200
175
150
125
janvier 2012
21 août 2018
Sources : OIV, Agritel
EMPLOI L’industrie recrute et le
fait savoir. Après quinze années de
destruction d’emplois – pas moins
de 1 million entre 2001 et 2016 –, le
secteur a créé quelques milliers de
postes entre le deuxième trimestre
2017 et le deuxième trimestre 2018.
Et il est déjà confronté à des pénuries de main-d’œuvre. L’UIMM
(Union des industries et des métiers
de la métallurgie) prévoit que la
métallurgie recrutera 110 000 personnes chaque année jusqu’en
2025, et l’ensemble de l’industrie
jusqu’à 250 000. Ces chiffres ne
tiennent pas compte des destructions de postes et ne recensent que
les embauches. Néanmoins, ils sont
révélateurs. Ils s’expliquent par
l’embellie économique - la production industrielle a augmenté de
1,4 % en juin sur un an - mais pas
seulement. « Nos besoins sont énormes. D’un côté, l’industrie fait face à
des vagues de départs à la retraite, et
de l’autre, les métiers traditionnels se
transforment et de nouveaux apparaissent », explique Hubert Mongon, délégué général de l’UIMM.
Or, malgré un chômage de masse,
ces postes trouvent difficilement
preneurs. En 2018, sur 200 000 projets de recrutements dans l’industrie, un peu plus de la moitié sont jugés difficiles d’après l’enquête
« Besoin en main-d’œuvre » de Pôle
emploi. Les chaudronniers, usi-
neurs ou soudeurs manquent à l’appel mais aussi de nouvelles fonctions
liées au développement de l’intelligence artificielle, comme les technologues, les data scientists ou les
roboticiens. Comme quoi la révolution numérique, si elle menace certains métiers, en crée aussi. Au
deuxième trimestre 2018, l’industrie
comptabilise 31 203 emplois vacants, contre 7 860 dix ans plus tôt,
lorsque le secteur subissait de plein
fouet les conséquences de la crise financière de 2008.
Déficit d’image
Les entreprises font face aujourd’hui à une inadéquation entre les
compétences disponibles sur le
marché du travail et leurs besoins,
mais aussi à un déficit d’image. Pénibilité du travail, fermetures
d’usines et activités polluantes sont
autant de représentations qui viennent à l’esprit des lycéens interrogés pour le baromètre 2018 des Arts
et Métiers sur les jeunes et l’industrie. Pourtant, les industriels estiment proposer des conditions de
travail plus attractives qu’ailleurs.
Selon le think-tank La Fabrique de
l’industrie, le salaire proposé à un
jeune ouvrier du secteur est de 10 %
supérieur à celui d’un ouvrier hors
industrie et de 20 % supérieur à celui d’un employé. « Dans la métallurgie, 90 % des contrats proposés
sont des CDI et nos centres de formation accueillent plus de 40 000 alternants chaque année », ajoute Hubert
Mongon. Néanmoins, d’après la
même enquête, 75 % des jeunes
ouvriers de l’industrie quittent le
secteur dans les cinq années qui
suivent leur entrée. « Il y a encore un
gros travail à faire sur la question de
la pénibilité, estime Alexandre
Dubois, de la branche agroalimentaire de la CFDT. Dans un souci de
productivité, on demande de plus en
plus de flexibilité aux ouvriers, avec
des plannings qui permettent difficilement de concilier vie de famille et
vie professionnelle. »
Pis, cette pénurie de main-d’œuvre
pourrait bien être un « facteur limiteur de croissance », selon Emmanuel Jessua, responsable des études
de l’institut COE-Rexecode. Faute
de bras, les industriels refuseraient
des commandes. Ce qui serait une
des causes de la croissance somme
toute modérée de l’industrie en
France. ■
Dans le secteur
de la métallurgie,
les postes
de soudeurs,
chaudronniers ou
usineurs trouvent
difficilement
preneurs.
P. JOSSELIN/CIT’IMAGES
A
ALEXANDRE MARCHI/PHOTOPQR/L’EST REPUBLICAIN/MAXPP
QUI FIXE
LA DATE DES
VENDANGES ?
« Pour l’instant, la Russie exporte
beaucoup, le gouvernement menaçant d’instaurer une taxe à l’exportation de produits alimentaires.
Mais nos opportunités à l’export devraient s’exprimer dans les prochains mois de la campagne 20182019 », espère Michel Portier.
En attendant, soutenu par la
rareté et la qualité des grains, le
prix du blé tendre « rendu
Rouen » (cours de référence en
France) est passé de 170 euros la
tonne début juin, à 210 euros
mardi. Un répit pour les agriculteurs, dont le prix de revient
moyen
tourne
autour
de
170 euros par tonne (aides européennes incluses). « Attention, ce
n’est pas “champagne!” pour
autant, prévient Michel Portier.
Sur 2018, les prix moyens ne sont
que juste au-dessus du prix de revient. Et les meilleures récoltes
de 2017 et 2018 ne permettront pas
de reconstituer les trésoreries mises à mal par le désastre de 2016,
quand la France avait connu sa
pire récolte depuis quarante ans. »
Pour les autres céréales, le
constat est similaire. Les prix de
l’orge fourragère sont aussi orientés à la hausse, avec un bond de
40 % depuis janvier. Quant au maïs
en grains, même si les récoltes ne
commenceront que dans un mois
et que la pluie a refait son apparition dans certaines régions, le
manque d’eau devrait faire chuter
de 14,5 à 11 ou 12 millions de tonnes
la production annuelle. ■
Donald Trump reproche à la Fed
ses hausses de taux et un dollar trop fort
PIERRE-YVES DUGUA £@PDugua
23,9
Infographie
sent un répit
23
23
39,3
Sources : OIV, Agritel
Des vendangeurs
saisonniers récoltent
le raisin blanc dans
une vigne de Champagne.
mercredi 22 août 2018
mercredi 22 août 2018 LE FIGARO
ENTREPRISES
24
Le chinois HNA
prépare sa sortie
de Pierre & Vacances
Depuis l’an dernier,
le groupe privé chinois
HNA (ici son siège
social à Pékin) aurait
déjà cédé 17 milliards
d’actifs. GIULIA MARCHI/
BLOOMBERG
Après une expansion à marche forcée, le groupe
a engagé son repli sous la pression de Pékin.
« HNA
recentre ses
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
TOURISME La cure d’amaigrissement imposée par le gouvernement chinois au géant HNA, est
aussi impressionnante que la boulimie d’acquisitions qui l’a précédée. « Le gouvernement chinois a
lancé cet été un ultimatum, obligeant le conglomérat à vendre ses
investissements hors de Chine dans
les plus brefs délais », confie un
bon connaisseur du groupe.
Fleuron chinois du secteur privé, HNA, présent dans le tourisme, la logistique et le transport
aérien, est considéré comme un
« rhinocéros gris » par la presse
chinoise à cause de son endettement inquiétant. Avec Fosun (actionnaire du Club Med), Wanda
(présent dans l’immobilier, le cinéma et les parcs d’attractions) et
l’assureur Anbang, ils sont quatre
à être dans ce cas. Quatre géants
très endettés et dont la frénésie
d’acquisitions a fait craindre pour
le système financier chinois.
Depuis l’an dernier, HNA se se-
intérêts sur
la Chine. Nous
discutons
avec
un certain
nombre de
partenaires,
dont la Caisse
des dépôts
chinoise
avec qui nous
collaborons
déjà
»
THIERRY HELLIN,
DIRECTEUR
GÉNÉRAL ADJOINT,
PIERRE & VACANCES
rait déjà délesté de 17 milliards de
dollars d’actifs. Mais il a dépensé
plus de… 50 milliards dans des rachats hors de Chine ces dernières
années. « HNA doit vendre très vite
tous ses actifs offshore. C’est plus
une question politique que financière », analyse un observateur.
Selon l’agence Bloomberg, HNA
a mandaté des conseillers pour
trouver des repreneurs à Swissport, racheté à l’été 2015. Valorisé
3 milliards de dollars, l’entreprise
de prestation de services aéroportuaires au sol intéresserait une société d’investissement américaine, Cerberus Capital.
La Chine comme
un eldorado
Le géant chinois négocie aussi la
vente d’un immeuble, placé sous
la surveillance du gouvernement
américain pour sa proximité de la
tour Trump, à Manhattan. Toujours selon Bloomberg, le bâtiment pourrait être repris par B & L
Management pour 452 millions de
dollars. Il avait été acheté
463 millions de dollars en 2016,
par HNA associé à des partenaires.
En France, Pierre & Vacances se
prépare au départ de son partenaire chinois d’ici à la fin de l’année. En 2015, HNA a pris une participation de 10 % dans le groupe
d’immobilier et de tourisme. Depuis, Pierre & Vacances a multiplié les projets dans l’empire du
Milieu, avec HNA et d’autres partenaires financiers. Son fondateur,
Gérard Brémond, considère la
Chine comme un eldorado. « HNA
recentre ses intérêts sur la Chine.
Une cession de sa participation
dans Pierre & Vacances s’inscrirait
dans cette logique. Nous discutons
avec un certain nombre de partenaires, dont la Caisse des dépôts
chinoise avec qui nous collaborons
déjà », confie Thierry Hellin, directeur général adjoint du groupe.
Chen Feng, cofondateur de
HNA, est désormais seul aux commandes après le décès accidentel
du patron, Wang Jian. Âgé de
65 ans, Wang Jian a fait une chute
mortelle début juillet, alors qu’il
était en villégiature dans le Vaucluse (nos éditions du 4 juillet). « Le
grand mouvement de désendettement a débuté l’an dernier. Les cessions et le recentrage sur l’aérien et
le tourisme étaient déjà engagées
avant la mort de Wang Jian. HNA
réduit ses ambitions dans l’hôtellerie », affirme Emmanuel Gros,
banquier d’affaires chez B &A.
En avril, HNA a cédé sa part de
25 % acquise il y a un an et demi
dans le groupe hôtelier Hilton,
pour 6,3 milliards de dollars. En
juin, il a vendu au thaïlandais
Minor International sa part de
26,5 % dans l’espagnol NH Hotel
Group, pour 622 millions d’euros.
Enfin, ce mois-ci, HNA a renoncé à
son investissement dans Radisson
(486 hôtels). Il en a cédé le contrôle
à un consortium mené par son
compatriote Jin Jiang. Déjà propriétaire de Louvre Hotels (Campanile, Kyriad), Jin Jiang vise, lui,
une place de leader mondial de
l’hôtellerie, d’ici cinq ans. ■
BHP soigne désormais ses actionnaires
Malgré un résultat net plombé par des éléments exceptionnels, le dividende progresse de 42 % sur un an.
EMMANUEL EGLOFF
£@eegloff
8,9
MINES Le premier groupe minier
mondial est bien décidé à faire
plaisir à ses actionnaires. Le dividende, qui leur sera versé au titre
de l’exercice clos le 30 juin, augmentera de 42 %, à 1,18 dollar par
action. Le groupe anglo-australien distribuera plus de 6 milliards
de dollars. « Nous avons annoncé
un dividende record qui reflète les
bonnes performances opérationnelles et les prix élevés » des matières premières, se félicite Andrew
Mackenzie, directeur général de
BHP.
Et ce n’est pas fini : le groupe a
promis de redistribuer, sous forme de dividendes ou de rachat
d’actions, le produit de la vente
de sa division « pétrole et gaz de
milliards
de dollars
Résultat net
sous-jacent de BHP
pour l’exercice clos
le 30 juin 2018,
en hausse de 33 %.
schiste », cédée en octobre 2017
pour 10,8 milliards de dollars au
pétrolier BP. Sur le plan comptable, cette vente représente pourtant une mauvaise opération
pour BHP. Cette division avait été
acquise en 2011 pour 20 milliards
de dollars. La cession s’est traduite par une provision exceptionnelle de près de 3 milliards de
dollars. Au total, le résultat net
de BHP sur l’exercice affiche un
recul de 37 %, à 3,7 milliards de
dollars.
La performance opérationnelle
des activités restantes a, pourtant,
été excellente. Le chiffre d’affaires
progresse de 20 %, à 45,8 milliards de dollars. Et, en ne tenant
pas compte de cette cession et des
autres éléments exceptionnels, le
résultat sous-jacent progresse de
33 %, à 8,9 milliards de dollars.
Pour expliquer cette bonne per-
formance, le groupe minier met
en avant la remontée du cours des
matières premières et la hausse de
sa production. Sur le premier
point, le prix moyen du cuivre a
progressé de 23 % et celui du
charbon de 16 %, compensant le
recul de 3 % du minerai de fer. La
hausse de la production se focalise, pour l’essentiel, sur le cuivre,
avec une envolée de 32 %, quand
le minerai de fer se contente de
3 % de hausse.
Cette envolée du cuivre s’explique par la seule performance
de la mine d’Escondida. Située au
Chili, c’est la plus grande du
monde. L’exercice précédent
avait été marqué par une grève,
jamais vue, de 44 jours. Le retour
à la normale a permis une hausse
de la production de 57 % sur
l’exercice. Surtout, un accord
avec les syndicats a été trouvé le
18 août, alors que la perspective
d’un nouveau conflit se profilait.
Cet accord pourrait expliquer la
révision à la baisse des gains de
productivité prévus. Le groupe
table désormais sur un milliard
sur la période 2018-2019, contre
une prévision précédente de deux
milliards.
Perspectives prudentes
La maîtrise des coûts et la focalisation sur la génération de cashflow, ce qui permet d’améliorer la
redistribution aux actionnaires,
ne sont toutefois pas remises en
cause. Cette stratégie est récente.
Au début des années 2010, le
groupe minier donnait la priorité
aux nouveaux investissements,
persuadé que la hausse du prix des
matières premières, en premier
lieu le minerai de fer et le cuivre,
serait durable. Cela n’a pas été le
cas, poussant le groupe, comme
ses concurrents, à déprécier dans
des proportions colossales les investissements réalisés. Sur l’exercice 2015-2016, BHP a ainsi enregistré une perte nette de
6,2 milliards de dollars. Le groupe
a décidé de se recentrer sur son
cœur de métier, le minerai de fer,
le cuivre et le charbon. En six ans,
il a procédé à 18 milliards de dollars de cessions d’actifs.
Cette bonne publication n’a pas
empêché le titre de s’effriter de
1,6 % à la Bourse de Sydney. Un
recul qui peut s’expliquer par la
prudence du directeur général au
niveau des perspectives. Andrew
Mackenzie a reconnu qu’il était
« un peu plus inquiet » concernant
l’évolution de son activité à court
terme en raison du différend
commercial entre les États-Unis
et la Chine. ■
LA SÉANCE DU MARDI 21 AOÛT
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 43,39
♣
AIR LIQUIDE ..................................
107,1
AIRBUS ..............................................107,46
ARCELORMITTAL SA ..................................
25,94
ATOS .............................................. 101,6
AXA ..............................................
21,725
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
51,78
BOUYGUES ..............................................
37,28
CAPGEMINI ..............................................
112,3
CARREFOUR ..............................................
15,29
CREDIT AGRICOLE ..................................
11,91
DANONE ..............................................68,45
ENGIE .............................................. 13,16
ESSILOR INTL. ..................................123,35
HERMES INTL ..................................549,6
KERING ..............................................461,8
L'OREAL ..............................................
205,8
LEGRAND ..............................................62,98
LVMH .............................................. 298,85
♣
MICHELIN ..............................................
108,95
%VAR.
+HAUTJOUR
+0,3
43,72
+0,42 107,7
-0,39 108,24
+1,19
26,06
+1,76 102,2
+0,98
21,885
+1,17
52,07
+1,69 37,48
-0,44 113,8
+0,96
15,35
+0,76
11,966
+0,6
68,77
+0,23
13,23
-0,24 124,65
+0,07 554,8
-0,26 466
+0,24 207,3
+0,25 63,42
-0,13 301,05
+0,6
109,5
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,18
106,45
107,3
25,54
99,64
21,435
51,09
36,6
111,95
15,07
11,71
68,12
13,055
122,75
548,4
459
204,7
62,64
297,1
107,85
0,368
0,144
0,094
0,115
0,417
0,203
0,237
0,167
0,273
0,284
0,241
0,179
0,125
0,166
0,036
0,117
0,062
0,152
0,068
0,195
+0,91
+1,95
+29,47
-4,33
-16,28
-12,17
-16,82
-13,92
+13,56
-15,24
-13,7
-2,14
-8,2
+7,31
+23,16
+26,42
+11,27
-1,89
+21,78
-8,87
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................14,245 +0,39
PERNOD RICARD ..................................
139,15 -0,22
PEUGEOT ..............................................
24,8
+1,02
♣ 55,68 +0,04
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
73,45 +0,89
SAFRAN ..............................................
108,25 +0,51
SAINT GOBAIN ..................................
36,375 +2,25
SANOFI ..............................................74,37
+1,28
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
68,86 +0,41
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
35,705 +1,29
SODEXO ..............................................91,58 -0,89
SOLVAY ..............................................
115
+1,1
STMICROELECTRONICS .............................
17,175 +1,33
TECHNIPFMC ..................................25,3
+2,6
TOTAL .............................................. 53,21 +0,59
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
185,45 -0,62
VALEO ..............................................40,23 +0,12
VEOLIA ENVIRON. ..................................
18,335 +1,58
♣
VINCI .............................................. 83
+1,22
VIVENDI ..............................................21,93 +0,27
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,29
140,25
24,85
56,18
73,68
108,5
36,505
74,98
69,5
35,9
92,76
115,2
17,21
25,53
53,55
186,6
40,34
18,495
83,4
21,98
14,145
139,15
24,41
55,62
71,86
107,4
35,475
73,28
68,22
35,135
91,42
113,65
16,905
24,52
52,8
185,3
39,89
18,015
81,66
21,64
%CAP.ECH
0,109
0,095
0,216
0,226
0,374
0,103
0,387
0,195
0,233
0,421
0,173
0,173
0,18
0
0,129
0,141
0,886
0,281
0,132
0,148
31/12
-1,59
+5,46
+46,27
-1,71
-12,47
+26
-20,89
+3,51
-2,82
-17,06
-18,27
-0,78
-5,66
-2,13
+15,56
-35,39
-13,82
-2,52
-2,19
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5657
1,4978
0,8974
9,029
127,01
1,1372
1,1502
3,1662
11,103
7,0657
20,6004
7,8748
80,3015
136,5586
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33510
33890
-3,57
NAPOLEON ..................................................... 196,9
196,9
-4,83
PIECE 10 DOL USA .....................................................
557
557
-5,27
PIECE 10 FLORINS .....................................................
204
204
-4,14
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1160
1120
-0,68
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
196
196
-3,92
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
266
295
-12,79
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1290
1277
-1,53
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
106
112
-3,46
PIECE SUISSE 20F .....................................................
196,1
195,1
-3,26
PIECE LATINE 20F .....................................................
198
198
-2,41
SOUVERAIN ..................................................... 254,5
254,8
-2,38
KRUGERRAND .....................................................
1098
1098
-1,85
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
279,89 17/08/18
BETELGEUSE ................................................
48,54 16/08/18
BELLATRIX C ................................................
333,07 16/08/18
SIRIUS ................................................55,44 17/08/18
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A
LE FONDS SOUVERAIN NORVÉGIEN S’ALARME DE LA MONTÉE DES TENSIONS COMMERCIALES
Le fonds souverain norvégien qui est
actionnaire d’une myriade d’entreprises dans le monde, et notamment de
39 des 40 sociétés du CAC, s’alarme de
la montée des tensions commerciales.
Pour l’heure, sa santé est éclatante.
Au deuxième trimestre, il a en effet dégagé un rendement de 1,8 %, soit
167 milliards de couronnes (17,2 mil-
liards d’euros). Il a ainsi pratiquement
effacé la perte de 171 milliards de couronnes qu’il avait essuyée sur les trois
premiers mois de l’année. À la fin du
mois de juin, sa valeur culminait à
8 337 milliards de couronnes, soit
l’équivalent de 859 milliards d’euros.
Mais, selon la banque de Norvège qui
gère le fonds, les tensions commercia-
les qui se font de plus en plus vives
pourraient à terme menacer cet énorme bas de laine.
« Il est juste de dire qu’une augmentation des barrières commerciales […]
n’est pas bénéfique pour le fonds en
tant qu’investisseur international de
long terme, a lancé mardi Trond Grande, le numéro deux de Norges Bank In-
vestment Management. Il y a différents événements de nature politique
et géopolitique dans le monde qui peuvent affecter le marché, et l’on doit
être prêt à ce que la valeur du fonds
puisse beaucoup baisser. »
Au deuxième trimestre, ce sont les
investissements en actions (66,8 % du
portefeuille) qui ont dopé les résultats
avec un rendement de 2,7 %, a précisé
la banque centrale.
Le fonds souverain norvégien fait
fructifier les revenus pétroliers publics
de la Norvège, pour pérenniser le financement de son généreux Étatprovidence et préparer ainsi l’aprèspétrole. ■
H. R.
LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
Les grandes
escroqueries
mercredi 22 août 2018
25
]
Les arnaqueur
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2/5
LA FRAUDEUSE
L’ARME DU CRIME
Marthe Hanau
Marthe Hanau ouvre
les colonnes de La Gazette du
Franc, « journal d’information
et d’économie politique »
qu’elle a créé, aux experts et
hommes politiques en vue. De
quoi crédibiliser ses conseils
boursiers. Poincaré, président
du Conseil, ne lui pardonnera
pas de s’être servie de lui.
La Bourse
de Paris,
en 1930.
La financière
des Années folles
MARIE BARTNIK £@mariebartnik
Elle prétendait stabiliser le franc,
rendre du pouvoir d’achat aux petits épargnants et, même, favoriser
la paix dans le monde au lendemain
de la Première Guerre mondiale.
Elle finira, plus modestement, détenue à la prison de Fresnes, condamnée pour escroquerie, après un long
procès que chroniquèrent abondamment les journaux de l’époque.
Marthe Hanau, fille de petits boutiquiers du boulevard de Clichy, à
Paris, juive et homosexuelle, était
pourtant parvenue à se hisser parmi
les grands noms de la Bourse dans
l’entre-deux-guerres. Les surnoms
n’ont pas manqué pour caractériser
cette femme massive et pourtant séduisante, que Romy Schneider a incarnée au cinéma dans La Banquière,
de Francis Girod. « Madame 8 % »,
en raison du rendement qu’elle promettait, « Walkyrie des hors-cotes », ou encore « Messie du bas de
laine » : ces périphrases disent l’ampleur de l’ambition de la banquière,
et la confiance que des milliers
d’épargnants ont placée en elle *.
Marthe Hanau commence à les
séduire à partir de 1925 grâce aux
conseils boursiers qu’elle prodigue
dans le journal financier qu’elle a
judicieusement créé, La Gazette du
Franc. Elle ouvre ses colonnes aux
experts et hommes politiques en
vue, qui lui offrent leur crédibilité.
L’ambition affichée de l’hebdomadaire est patriotique : relancer le
franc, dont la valeur, en 1926, a été
divisée par dix depuis le début de la
Première Guerre. Cette inflation est
alors une préoccupation de tout un
chacun. Elle grignote le pouvoir
d’achat des Français, si bien que
déjà les journaux se font assidûment
l’écho de la « vie chère ». Les bas de
laine aussi se vident au gré de la dévalorisation du franc. C’est une
particularité des années 1920 : pour
ne pas alourdir la charge de la dette
de l’État, les taux d’intérêt offerts
par les banques pour rémunérer
l’argent placé chez elles restent très
bas, si bien que les taux réels sont
tout simplement négatifs.
La croissance économique est
pourtant vigoureuse et les entreprises comme les épargnants investissent la Bourse. « Les officines
qui proposent de spéculer sur les
marchés se multiplient. Mais parmi
elles se trouvent de nombreux charlatans », explique Tristan GastonBreton, économiste et auteur d’un
ouvrage récent sur les Rothschild.
La rue de Provence, où s’établira
Marthe Hanau, compte à elle seule
470 établissements.
Rendement de 8 % garanti
La Gazette du Franc devient vite
populaire et permet à sa « présidente » ainsi qu’à son complice, son
ex-mari Lazare Bloch, de recruter
une clientèle pour la petite entreprise bancaire qu’ils ont eux-mêmes créée et qui se trouve opportunément adossée à la Gazette : le
Groupement technique de gérance
financière. Marthe Hanau se targue
de proposer à ses clients un rendement de 8 %, garanti, moyennant
10 % de frais. Elle attaque ouvertement les banques : n’est-il pas malhonnête qu’elles rémunèrent les
dépôts 1,5 %, alors qu’elles prêtent,
à l’Allemagne par exemple, à 8 %
ou 12 % ? Puisque aucune d’entre
elles ne suit les conseils de la Gazette, elle s’en chargera.
Une seule condition est posée aux
épargnants pour bénéficier de ce
rendement miraculeux. Ils doivent
accepter de tout ignorer du détail
des opérations. Malgré cela, le nouvel établissement financier remporte un franc succès. Il se dote de succursales en province, emploie
bientôt 150 employés et parvient à
placer pour 170 millions de francs de
bons auprès des petits épargnants.
Quelle prouesse à une époque où les
femmes n’ont pas le droit de vote !
L’entreprise de Marthe Hanau se
complexifie jusqu’à devenir un véri-
AFP, RUE DES ARCHIVES/RDA
Convaincus par les conseils boursiers prodigués
par son journal, « La Gazette du Franc », des milliers
d’épargnants lui ont confié leurs économies.
CHRONOLOGIE
1886
L’APPÂT
Naissance de Marthe
Hanau à Paris, dans
un milieu modeste
1925
Création de La Gazette
du Franc, son journal.
La publication prodigue
des conseils boursiers
et contribue à faire
baisser ou monter
des titres au gré
de l’intérêt
de la banquière
1927
Les épargnants sont
appelés par Marthe
Hanau à souscrire des
parts de « syndicats »
d’une valeur allant de
10 000 à 50 000 francs,
payables en liquide
ou en titres, rémunérés
au minimum 8 %.
Ils doivent cependant
consentir à ignorer
comment la banquière
leur procure
un tel rendement
1928
Arrestation de Marthe
Hanau et de ses plus
proches collaborateurs.
Elle sera condamnée
à trois ans de prison
en appel. Elle se suicide
en 1935 à la prison
de Fresnes, en avalant
un tube de Véronal
La vigoureuse
croissance économique
et les taux d’intérêt
réels négatifs incitent
les épargnants
à investir en Bourse.
Nombre d’officines leur
proposent de spéculer.
Marthe Hanau crée le
Groupement technique
de gérance financière,
opportunément adossé
à La Gazette du Franc.
LE FILM
Romy Schneider joue
le personnage inspiré
de Marthe Hanau, dans
le film de Francis Girod,
sorti en 1980. Claude
Brasseur, Jean-Claude
Brialy et Jean-Louis
Trintignant campent ses
complices ou victimes.
table réseau. Elle crée de multiples sociétés et syndicats qui
s’achètent les titres les uns les
autres pour les faire monter. La
Gazette contribue aussi à « animer »
des valeurs, c’est-à-dire à les faire
monter ou baisser grâce à la publication d’informations ou de rumeurs,
selon l’intérêt du groupement.
« J’ai la nausée de l’argent,
de cet argent qui m’écrasa »
Le succès de Marthe Hanau, qui
mène grand train entre Paris et
Deauville, contribuera à sa perte. Les
grandes banques finissent par la juger menaçante. Quelques agences
d’établissements nationaux ont en
effet subi d’importants retraits en
faveur de Marthe Hanau et connaissent des difficultés. Les banques soulignent surtout que ses activités sont
dangereuses pour les épargnants et
pour le marché : les frais élevés
ponctionnés laissent planer le doute
d’une escroquerie et les garanties offertes paraissent illusoires, pointe
l’historien Jean-Marie Thiveaud.
Pacifiste, proche des radicaux,
Marthe Hanau compte également
des ennemis politiques. Poincaré, à
nouveau président du Conseil en
1926, ne lui pardonne pas de s’être
servie d’une interview de lui à la
Gazette, en pleine campagne électorale, pour capitaliser sur son image de gestionnaire rigoureux et
glaner de nouveaux capitaux. La réputation sulfureuse de Marthe Hanau, « la moralité sujette à caution
d’autres dirigeants du groupe », selon l’historien, et l’acharnement de
titres de presse concurrents achèvent d’attirer l’attention des autorités sur son établissement aux méthodes douteuses.
En 1928, le ministre des Finances
lui-même saisit le garde des
Sceaux. Il redoute « qu’une maison
qui se livre à de telles opérations
puisse se trouver quelque jour dans
l’impossibilité de rembourser ses
clients, au cas où ils viendraient à ne
plus avoir confiance dans les destinées de l’établissement ». Le 3 décembre, « la Mère Hanau » est arrê-
tée et conduite à la prison pour
femmes de Saint-Lazare. Elle y
clame sa bonne foi, mais l’examen des comptes du groupe révèle
un passif de 120 millions de francs
pour un actif de 37 millions…
Marthe Hanau reste cependant
populaire auprès des épargnants qui
lui ont confié leurs économies. Elle
promet de les rembourser et conteste l’examen des comptes. Pour obtenir une contre-expertise, elle entame une grève de la faim, sur le
modèle de Gandhi. Finalement
condamnée à deux ans de prison
pour escroquerie, puis trois en appel,
elle se suicide à la prison de Fresnes,
le manuel d’Epictète à ses côtés.
« J’ai la nausée de l’argent, de cet argent qui m’écrasa », écrit-elle dans
une lettre remise juste avant sa mort
à son avocat. Elle aura remboursé ses
créanciers à hauteur de 40 %. ■
* « La Banquière des Années folles : Marthe
Hanau », Dominique Desanti, Fayard, 1968.
RETROUVEZ DEMAIN:
Wolfgang Beltracchi, un vrai
maître des faux tableaux
A
ALBERT HARLINGUE/ROGER-VIOLLET, RUE DES ARCHIVES/TALLANDIER
Cette fille de boutiquiers parisiens
réussit à se hisser parmi
les grands noms de la Bourse.
Sa personnalité et ses premiers
succès lui valent des surnoms
flatteurs : « Madame 8 % »,
« Walkyrie des hors-cotes »
ou « Messie du bas de laine ».
mercredi 22 août 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et TECH
Netflix, « Fortnite » et Spotify désertent l’App Store et Google Play
Les grands services en ligne ne veulent plus payer les commissions prélevées par les deux géants californiens.
300
m illi o n s
d e d o ll a r s .
g é n érés
a b o n n e m e
l ’A p p S t o r e
R e v e n u s
p a r le s
n ts d a n s
e n 3 m o is
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
SERVICES Après l’éditeur du jeu
vidéo Fortnite, c’est au tour de Netflix de sonner la rébellion. Lassée de
reverser une partie du prix des
abonnements qu’elle perçoit, la
plate-forme de vidéos en ligne teste
une nouvelle forme de distribution
directe dans trente-trois pays, dont
la France. Jusqu’au 30 septembre, il
n’est plus possible de s’abonner à
Netflix via iTunes, a révélé le site
américain Techcrunch. La souscription se fait directement via le
site du spécialiste de la vidéo.
Le feu couvait depuis longtemps
entre les deux géants californiens.
Apple avait pourtant mis de l’eau
dans son vin en ramenant de 30 % à
15 % la commission perçue sur les
abonnements au bout d’un an. Cela
n’a pas suffi. À se montrer trop
gourmande et intransigeante, la firme pourrait perdre la poule aux
œufs d’or.
Spotify a tiré le premier, il y a
deux ans. Après quelque mois de
bras de fer, le suédois a bloqué les
nouveaux abonnements sur App
Store, n’acceptant que ceux souscrits directement sur son site. Cette
fronde qui grossit est un coup dur
pour Apple. La société risque de
perdre l’un des plus importants
contributeurs aux revenus d’iTunes. Celui-ci, tout comme les magasins d’applications App Store
(Apple) et, dans une moindre mesure, Google Play, sont de formidables machines à cash. L’App Store a
généré 130 milliards de dollars entre 2010 et 2017, dont environ 30 %
sont directement tombés dans l’escarcelle d’Apple. Tim Cook, le PDG
d’Apple, a fait du développement
des services l’un de ses principaux
objectifs stratégiques pour les années à venir. Au dernier trimestre,
les abonnements souscrits auprès
d’Apple et de tiers ont généré
300 millions de dollars de chiffre
d’affaires, soit une progression de
60 % en un an. Certes, son magasin
d’applications est un formidable
moyen de distribution pour une
nouvelle application. Elle permet à
n’importe quel développeur de
toucher directement une audience
de plus d’un milliard de personnes.
Cela justifie la commission d’Apple.
L’équation semblait satisfaire
tout le monde, jusqu’à ce que deux
changements majeurs surviennent.
La généralisation des abonnements
a été un premier cap. Pour un éditeur d’applications, verser une fois
une commission à un intermédiaire
est acceptable. Mais quand cela devient une rente mensuelle pour ce
dernier, la facture est plus difficile à
avaler. Le versement de la dîme
passe d’autant moins qu’Apple privilégie les offres par abonnements
aux achats uniques.
Taille critique
Ensuite, certains de ces services,
comme Netflix, Fortnite ou Spotify,
ont acquis une renommée telle
qu’ils peuvent recruter directement
de nouveaux abonnés.
Le cas de Fortnite est néanmoins
légèrement différent de celui de
Netflix. Le jeu a bien été lancé sur
App Store en début d’année, générant plus de 160 millions de dollars
Le « Los Angeles Times » veut
retrouver sa puissance d’antan
Son nouveau propriétaire, Patrick Soon-Shiong, entend se mesurer au « Washington Post ».
Les rapports de force entre
les grands quotidiens américains
NEW YORK TIMES (1 300 salariés)
1
WASHINGTON POST (800 salariés)
Racheté en 2013 par Jeff Bezos pour 250 millions de dollars
1
0,36
Racheté en juillet 2018 par Patrick Soon-Shiong pour 500 millions de dollars
0,1 0,43
Infographie
A
PRESSE Un quotidien moribond
peut-il retrouver son lustre d’antan ? Oui, veut croire le docteur
Patrick Soon-Shiong. Ce milliardaire sud-africain, qui a fait fortune dans les biotechnologies et la
pharmaceutique, est depuis la fin
juin le nouveau propriétaire du Los
Angeles Times, racheté pour
500 millions de dollars. Et celui qui
était jusqu’alors actionnaire minoritaire du quotidien n’a pas perdu
de temps.
Fin juillet, le journal a quitté ses
locaux dans le très branché Downtown Los Angeles au profit d’un immeuble flambant neuf aux abords
de l’aéroport de la mégalopole, à
30 kilomètres de là. La semaine
dernière, une vingtaine d’offres
d’emplois ont été publiées pour
renforcer la rédaction, notamment
en journalistes d’investigation. Et,
lundi, le Los Angeles Times a annoncé le recrutement comme directeur
adjoint de la rédaction de Sewell
Chan, venu tout droit du New York
Times. Il sera sous la responsabilité
de Norman Pearlstine. Ce vétéran
de l’industrie, passé aux plus hauts
postes décisionnels chez Bloomberg
ou au Time, a été choisi par Patrick
Soon-Shiong comme directeur du
journal.
Patrick Soon-Shiong reconnaît
avoir tenté d’attirer Dean Baquet et
Martin Baron, directeurs du New
York Times et du Washington Post,
car il souhaite que le Los Angeles
Times change de dimension. « Il
n’est pas question de se demander si
nous pouvons nous mesurer à eux.
Nous le devons », explique-t-il
dans le Guardian. L’enjeu est de
faire porter la voix de la Californie
sur les grandes questions d’actualité, comme l’immigration, l’environnement ou les nouvelles technologies, sur le plan national et
international. Et pour cela, le milliardaire entend investir dans le
journalisme de qualité, qu’il soit
écrit, audio, ou vidéo. « La course
aux clics est l’absolu inverse de ce
que je souhaite faire », insiste-t-il.
Le déménagement de la rédaction
participe de cette logique : le loyer
du siège allait passer à 1 million de
dollars par mois. « Je préfère mettre
cet argent dans les équipes », indique Patrick Soon-Shiong, qui
n’entend pas mettre fin à l’édition
papier. « Qui sait, le papier deviendra peut-être aussi désirable que le
sont les vinyles chez les jeunes branchés », plaisante-t-il.
L’exemple du Washington Post
conforte Patrick Soon-Shiong. Usé
à la fin des années 2000, le quotidien a été revigoré par son rachat
par Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, pour 250 millions dollars en
£ À sept mois de la sortie
programmée du Royaume-Uni
de l’Union européenne, les
deux parties vont désormais
négocier « en continu », a
annoncé mardi le négociateur
en chef de l’UE, Michel Barnier,
au côté de son homologue
britannique, Dominic Raab.
H O U S E O F F R A S E R
S A U V E L A F A C E
LOS ANGELES TIMES (400 salariés)
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
B R E XIT : L E S
N É G O CIA TIO N S V O N T
S I’ N T E N S I F I E R
£ Les ventes aux enchères à
Deauville de yearlings (jeunes
chevaux destinés aux courses)
se sont établies à 37,79 millions
d’euros (- 1 %), loin des records
de 2015 (42 millions). En fait,
73 % des chevaux présentés
ont été acquis à un prix moyen
de 159 701 euros (- 3 %).
Le yearling le plus cher a été
vendu dimanche 1,4 million.
Ce fils de Dubawi a été élevé
par la Motteraye Consignment
(Calvados).
ABONNÉS PRINT
2,8
EN BREF
D E A U VIL L E : V E N T E S
D E Y E A R LIN G S T A B L E S
EN MILLIONS D’ABONNÉS
ABONNÉS NUMÉRIQUES
de revenus en cinq mois. Son éditeur, Epic Games, a ensuite décidé
de se passer des services de Google
pour le lancement sous Android. Le
fondateur d’Epic Games n’avait pas
manqué d’épingler la politique tarifaire d’Apple et Google, estimant
que le taux de 30 % est « complètement disproportionné au vu du service rendu ». Pire, il a conclu un accord avec Samsung, selon lequel
son jeu vedette est accessible sur
certains smartphones de la marque, via son « Game Launcher». Le
coréen ne prélève aucune commission sur les ventes. Les deux entreprises créent au passage un précédent inquiétant pour Google, lui
démontrant que des alternatives à
son magasin d’applications existent, y compris dans son propre
univers. ■
Le milliardaire Patrick
Soon-Shiong a racheté
le Los Angeles Times
en juillet dernier.
Le quotidien a depuis
quitté ses locaux
historiques (en bas),
dans le quartier
d’affaires de la ville,
pour un immeuble neuf
près de l’aéroport
de la mégalopole.
MARCUS YAM/LOS ANGELES
TIMES VIA AP
2013. À la pointe de la technologie,
le journal a recruté à tour de bras et
enchaîne les scoops d’ampleur nationale. Il a dépassé le million
d’abonnés numériques, soit trois
fois plus qu’en 2015.
Le Los Angeles Times part de bien
plus loin. Il ne compte que 100 000
abonnés numériques - ce qui en
fait toutefois l’un des leaders de la
presse régionale américaine - pour
433 000 abonnés papier. Le journal
emploie 400 salariés, soit deux fois
moins que le Post. Il n’en a pas toujours été ainsi. À la fin des années
1990, le Los Angeles Times comptait
1 200 salariés. Et sa diffusion payée
dépassait le million d’exemplaires
quotidiens dans les années 1970.
Effacer l’ère Tronc
Ce que propose Patrick SoonShiong est en réalité un retour à la
normale après deux décennies très
compliquées pour le quotidien. Sa
famille fondatrice, les Chandler, a
revendu en 2000 le Los Angeles Times au groupe Tribune Publishing
(renommé en 2016 « Tronc » sous
la risée générale), propriétaire du
Chicago Tribune. Dire que ce changement d’actionnariat s’est mal
passé est un euphémisme.
Outre la disparition des deux
tiers des effectifs et la division par
deux de la diffusion du journal,
l’ère Tronc a été marquée par plusieurs maux, comme le sous-investissement et une stratégie erratique. Depuis 2014, cinq éditeurs se
sont succédé à la tête du Los Angeles Times. Le ballet des dirigeants
s’est accentué en 2017, avec pas
moins de trois directeurs de la rédaction nommés en l’espace de dix
mois. Les tensions entre rédaction
et direction n’ont cessé de grimper,
pour arriver au stade de la défiance. Excédés, les journalistes ont décidé en janvier de se syndiquer.
D’autres ont préféré faire leurs bagages pour rejoindre la concurrence. Dans le même temps, les revenus publicitaires issus du papier
ont fondu de 20 %.
Patrick Soon-Shiong, alors actionnaire minoritaire, affirme avoir
été en fort désaccord avec la stratégie de Tronc. Le point de non-retour a été atteint en février lorsque
le groupe médias lui avait fait part
de son désir de fermer le bureau de
Washington, chargé de suivre l’administration Trump, afin de faire
des économies. Tronc travaillait
également au licenciement de 20%
des salariés. « On ne respectait plus
ce journal et son histoire », explique
le nouveau propriétaire auprès de
la radio NPR. D’où sa décision
d’acquérir le Los Angeles Times.
« Je l’ai peut-être acheté trop cher,
mais qu’importe. » Reste maintenant à établir une stratégie économique, qui reste floue à ce stade. ■
£ Le principal magasin House
of Fraser, sur Oxford Street,
à Londres, restera ouvert. Le
groupe britannique a fait faillite
en août et a été racheté par
Sports Direct pour 90 millions
de livres. L’enseigne de sport
souhaite conserver
le maximum de magasins.
L A P R O D U C TIO N
R E P R E N D À L ’U SI N E
S A N O FI D E M O U R E N X
£ Après avoir été fermée
début juillet, l’usine Sanofi
à Mourenx, dans les PyrénéesAtlantiques, va redémarrer
sa production. Elle avait été
fermée à la suite de la
révélation d’émissions hors
norme de rejets toxiques
d’acide valproïque. Le décret
préfectoral interdit toujours
la reprise de la production
de valproate de sodium, faute
d’étude évaluant les risques
sanitaires liés au rejet.
S L A C K V A U T P L U S
D E 7 MIL LIA R D S
D E D O L L A R S
£ Slack, plateforme de travail
collaboratif, vaudrait désormais
7,1 milliards de dollars après
avoir bouclé une nouvelle levée
de fonds de 427 millions
de dollars, selon le Financial
Times. Au total, Slack a levé
environ 1,3 milliard de dollars
depuis sa création en 2013.
» Chômage : 12 % des
demandeurs d’emploi
ne cherchent pas de travail
» Apple : un nouveau MacBook
Air et un Mac Mini pour la rentrée
www.lefigaro.fr/economie
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