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Le Figaro - 23 08 2018

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jeudi 23 août 2018 LE FIGARO - N° 23 025 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
JÉRÔME JAFFRÉ
« MACRON DOIT RESTAURER
SA RELATION AVEC
LES FRANÇAIS » PAGE 4
Les déboires judiciaires
de ses proches
replongent Trump
dans la tourmente
L’ÉTÉ
DU
FIGARO
L’ŒUVRE UNIQUE
« MEFISTOFELE »,
D’ARRIGO BOITO
PAGE 20
LES GRANDES
ESCROQUERIES
VRAI MAÎTRE,
FAUX TABLEAUX
PAGE 25
JEUX D’ÉTÉ PAGE 17
De nouvelles
révélations sur
Françoise Nyssen
mettent l’exécutif
dans l’embarras PAGE 4
Une rentrée
dans l’ombre
de Hollande PAGE 5
d’Idlib retient son souffle.
Après sa récente reconquête du
Sud, le régime de Damas s’apprête à reprendre la main sur
cette parcelle de territoire devenue l’ultime refuge des
groupes rebelles, dont certains
djihadistes, chassés du reste du
pays. Ailleurs, les forces russes,
qui ont épaulé Assad dans la
reconquête du pays, paradent
devant la presse internationale, invitée à visiter la Syrie
« pacifiée ».
è VOYAGE AU CŒUR DE LA SYRIE « PACIFIÉE » PAR LES FORCES RUSSESè LE RETOUR DES EXILÉS,
ITALIE
UN SYMBOLE SAVAMMENT MIS EN SCÈNE PAR LE RÉGIME PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
RENTRÉE
LITTÉRAIRE
Cinq romans
de famille PAGES 12 ET 13
CHAMPS
LIBRES
Les chroniques
de Luc Ferry
et de Mathieu
Bock-Côté PAGE 19
Le président des États-Unis a essuyé, mardi, un double
coup dur judiciaire. Son ancien avocat, Michael Cohen, l’a
personnellement impliqué devant un juge et, simultanément,
son ex-chef de campagne, Paul Manafort, a été
déclaré coupable à son procès. À dix semaines des législatives
de mi-mandat, la bataille politique s’envenime. PAGE 6
ÉDITORIAL par Patrick Saint-Paul psaintpaul@lefigaro.fr
n
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mercredi :
Budget, assurancechômage, retraites...
Faites-vous confiance
à Emmanuel Macron pour
mener à bien les chantiers
de la rentrée ?
NON
63 %
TOTAL DE VOTANTS : 57 529
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sur lefigaro.fr
Le maintien de Bachar
el-Assad à la tête de la
Syrie est-il souhaitable ?
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
- MUSEO EGIZIO DI TORINO - CHRISTOPHE
BAUDOT/STOCK.ADOBE.COM
É
Désordre mondial
paulé par ses parrains russe et iranien, Bachar el-Assad prépare
l’ultime acte de sa reconquête de la
Syrie. Ce n’est plus qu’une question de jours ou de semaines : le régime reprendra Idlib, dernier bastion et refuge des rebelles chassés du reste du pays.
Prenant acte de la démission d’un Occident
qui a laissé Assad violer impunément ses lignes rouges, Vladimir Poutine a poussé en
Syrie le premier pion d’un nouveau désordre
mondial.
En 2012, alors que le régime syrien était au
bord de l’effondrement, l’Iran et ses gardes
révolutionnaires sont entrés en action pour
le maintenir en vie. À partir de 2015, les forces russes ont permis à Assad de reprendre
des territoires. Fermement installés en
Syrie, Moscou et Téhéran sont les principaux
vainqueurs de cette guerre aux côtés
d’Assad. Leurs ambitions au Levant ne s’arrêteront pas là.
Désormais Moscou voudrait imposer une
normalisation des relations avec Damas. En
Europe, certains sont tentés de tourner la
page de ce conflit, qui a fait 500 000 morts et
jeté sur les routes la moitié de la population
syrienne. La Russie fait miroiter le retour dans
un pays en ruines, mais dans un nouveau climat de stabilité garanti par Assad, des quelque six millions de réfugiés syriens. En déferlant sur le Vieux Continent en 2015 et 2016, ils
y ont déclenché une crise profonde qui a alimenté une vague populiste.
Dangereux calcul ! Comment imaginer Bachar el-Assad en garant de stabilité alors qu’il
a mené une guerre sanglante contre son peuple ? La politique d’Assad est une machine à
fabriquer des extrémistes sunnites, qu’il a
souvent manipulés avec
le calcul cynique qu’ils
confisqueraient la révolte aux rebelles plus
« modérés ». Il est illusoire de penser que la
Russie poussera dehors les Iraniens : l’alliance
entre les alaouites et Téhéran est vieille de
quatre décennies. Quant à l’espoir d’un retour des réfugiés… Assad n’est pas sur la longueur d’onde de ses alliés. Il semble prêt à
tout pour empêcher le retour à un équilibre
démographique dominé par des sunnites qui
ont failli renverser son pouvoir. ■
Moscou
et Téhéran
artisans de
la victoire
d’Assad
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ISSN 0182.5852
Le député LaREM Aurélien Taché a jeté un pavé dans la
mare, mercredi, en proposant
de rendre dégressives les indemnités chômage des hauts
cadres - touchant entre 5 000
et 6 000 euros d’allocations -
au bout de six mois, ou de les
plafonner à 3 000 euros. Rappelant que la solidarité du système d’assurance-chômage
repose sur les cadres, la CGC
dénonce « un scandale absolu ». PAGE 23
- 20 % jusqu’au 31 août
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1
Un djihadiste
présumé libéré
par erreur PAGE 8
A
JUSTICE
Les indemnités chômage
des cadres vont-elles être
réduites ?
ALEX BRANDON/AP
Salvini somme l’UE
de partager
le fardeau
des migrants PAGE 7
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@i@m@n@a";
Sept ans après,
Bachar el-Assad
à nouveau maître
de la Syrie
C’est la dernière enclave de
l’opposition syrienne qui
échappe encore au contrôle de
Damas. Située dans le nordouest de la Syrie, dans une région montagneuse frontalière
de la Turquie, la province
PS
M 00108 - 823 - F: 2,60 E
LES DERNIERS MYSTÈRES
DE L’EMBAUMEMENT
DES MOMIES PAGE 10
Épaulé par les forces russes, le régime syrien s’apprête
à donner l’assaut sur Idlib, ultime refuge de l’opposition.
Pour Damas, c’est le dernier acte de la reconquête d’un
pays ruiné par une guerre qui a fait 500 000 morts.
GOUVERNEMENT
OUI
37 %
ÉGYPTE
jeudi 23 août 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Dernier acte de la reconquête pour
Les habitants d’Idlib, ultime enclave de l’opposition, se préparent à un assaut imminent du régime
syrien et de ses alliés russes. En coulisses, les Turcs s’activent pour éviter un massacre à leur porte.
Tensions dans le Nord-Ouest syrien
TERRITOIRE CONTRÔLÉ LE 22 AOÛT 2018 PAR :
régime syrien et ses alliés
TURQUIE
rebelles syriens dont islamistes...
... et armée turque
Djarabulus
forces démocratiques syriennes*
*YPG kurde et ses alliés arabes
(soutenus par les Américains et les Français)
Azaz
Manbij
Afrine
BASES ET POSTES D’OBSERVATION :
Al-Bab
iraniens
Al-Safira
turcs
Jisr
al-Choughour
Concentration
de troupes
syriennes
Hmeimim
▲
▲▲
Lattaquié
Mer Méditerranée
Source : syria.liveuamap.com
Baniyas
Idlib
Saraqeb
Marat
en-Noman
Khan
Cheikhoun
SYRIE
▲
▲▲
Ces deux dernières années, la population de la province d’Idlib a quasiment
doublé avec l’arrivée de déplacés venant,
comme lui, d’anciennes zones assiégées
par le régime : Daraya, Homs et plus récemment la Ghouta orientale et Deraa.
Mais contrairement aux précédentes évacuations, les quelque 2,5 à 3,5 millions
d’habitants de l’enclave d’Idlib n’ont pas
d’issue de secours : à la frontière turque,
où s’entassent des villages de tentes, un
mur bloque leur horizon déjà bien bouché.
Une zone tampon
Alep
russes
▲▲▲
C’EST LA DERNIÈRE enclave de l’opposition syrienne qui échappe au contrôle
de Damas. Située dans le nord-ouest de
la Syrie, dans une région montagneuse
frontalière de la Turquie, la province
d’Idlib retient son souffle. « La question
n’est plus de savoir si une offensive sur
Idlib aura lieu, mais quand elle aura
lieu », confie via WhatsApp un habitant
de Saraqeb, une bourgade de cette province anti-Assad. Après sa récente reconquête du Sud, le régime de Damas
semble prêt à tout pour reprendre la
main sur cette parcelle de territoire devenue l’ultime refuge des groupes rebelles, dont certains djihadistes, chassés du
reste du pays.
Depuis plusieurs semaines, raids aériens et tirs d’artillerie s’y enchaînent à un
rythme accéléré, tandis que des renforts
militaires se pressent aux portes de la province. « Idlib est désormais notre but », a
prévenu jeudi dernier Bachar el-Assad
devant des médias russes. Quelques jours
plus tôt, les habitants de la province
avaient déjà reçu un ultimatum sous forme de tracts largués par hélicoptères.
« Votre coopération avec l’armée arabe syrienne vous libérera de la domination des
activistes et des terroristes et protégera votre vie et celle de vos familles », annonce le
document que les militants anti-Assad se
sont empressés de relayer sur les réseaux
sociaux. Signé du commandement militaire de l’armée syrienne, le papier précise : « Nous vous appelons à adhérer (aux
accords) de réconciliation locale comme
d’autres en Syrie l’ont fait. »
« Accepter ce chantage, c’est signer
notre arrêt de mort », s’emporte Abou
Shadi (un nom d’emprunt), un activiste
d’Alep-Est, installé à Idlib depuis l’évacuation forcée, fin 2016, des quartiers
rebelles de sa ville. Il parle en connaissance de cause. Son cousin est porté
« disparu » depuis qu’il a rejoint la zone
sous contrôle du régime, où il a été enrôlé dans l’armée. Les options d’Abou
Shadi sont néanmoins limitées : « Si nous
refusons la reddition, on se fera bombarder, car nous n’avons aucune échappatoire. »
▲▲
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
▲
▲
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
▲
Hama
20 km
Infographie
Pour prévenir un massacre, la Turquie
joue la carte des négociations. Engagée
dans le processus d’Astana aux côtés des
Russes et des Iraniens, elle dispose d’une
douzaine de postes d’observation à Idlib,
qu’elle considère comme une « ligne
rouge » à ne pas franchir. Ankara, qui
cherche aussi à défendre ses intérêts, espère maintenir un « protectorat » sur la
zone frontalière, lui permettant de faire
tampon contre les milices kurdes, mais
aussi d’éviter un nouvel afflux de Syriens
sur son territoire, où vivent déjà près de
4 millions de réfugiés.
Distribution d’aide humanitaire par
des militaires russes à des réfugiés,
la semaine dernière, à Rastan,
à proximité de Homs. SERGEI GRITS/AP
Le retour des exilés, un symbole savamment mis en scène par le régime
EMMANUEL GRYNSZPAN £@_zerez
A
ENVOYÉ SPÉCIAL À JDEIDET YABOUS ET NASSAB
DE RETOUR dans leur patrie, les réfugiés syriens doivent embrasser le culte
de Bachar el-Assad dès la frontière.
Lundi 13 août, un décor fermement
planté dans l’idéologie officielle s’offrait aux passagers du premier convoi
arrivant de Beyrouth au poste de Jdeidet Yabous. Des dizaines de portraits du
président, collés sur des panneaux,
dessinés sur les murs, gravés dans la
pierre, cernent le nouveau venu. Le
drapeau tricolore à deux étoiles du régime flotte où que porte le regard. Un
groupe d’adolescents de l’Union révolutionnaire de la jeunesse, une branche
du parti Baas au pouvoir, s’égosille sur
des slogans à la gloire du régime et de la
Syrie. Des tentes ont été dressées pour
les dignitaires locaux et les réfugiés attendus. Des fourgons médicaux sont
garés, à côté de blindés légers de la police militaire russe, et des bus chargés
de journalistes invités par le régime syrien et l’armée russe.
Tous attendent, écrasés par la chaleur, le retour des premiers compatriotes. Le docteur Mohammed Nader elNachawati se tient derrière son stand
depuis 7 heures du matin. « Je suis médecin généraliste à Damas. On m’a demandé de venir pour assurer l’accueil des
réfugiés », explique-t-il en français. À
sa gauche, une infirmière, souriante et
muette, porte le voile des sunnites.
« C’est la première fois que je travaille à
la frontière et je ne sais pas si je serai là
demain », confie le médecin approchant
l’âge de la retraite. Il assure pourtant
savoir que les Syriens exilés « reviennent de leur plein gré car ils ne rêvent que
de regagner leur patrie » et que lui-même n’a jamais eu le désir de partir.
L’air débonnaire, appuyé sur sa camionnette du Centre de planning familial syrien, le gynécologue Ghayat Abdel Rahmane tient le même discours.
S’exprimant en russe - il a étudié à
Moscou -, ce quadragénaire est intarissable sur les problèmes de malnutrition
qu’il observe chez les femmes enceintes
revenant du Liban. Au détour de la
conversation, il révèle que ses cinq frères et ses deux sœurs, tous ses cadets, se
sont exilés il y a trois ans aux Pays-Bas,
« où ils sont très bien installés. Ils ne
veulent pas revenir ici ». Mais lui n’a
« aucune envie de partir. » Nuançant
son discours optimiste sur l’enthousiasme des réfugiés à rentrer en Syrie, il
admet que « certains ont peur, mais il
n’y aura pas de châtiment. Bien sûr que
certains subissent des interrogatoires,
mais si la personne n’a rien fait, il ne lui
arrivera rien ».
Peur et malaise
Rares sont les Syriens présents à la cérémonie d’accueil à accepter de parler
franchement. Toute question frôlant même de loin - la politique crée un malaise. Et personne n’accepte de dévoiler
sa confession religieuse. Alaouite, chré-
tien, sunnite ? Les regards se détournent, un sourire gêné se dessine aux
coins des lèvres, on fait semblant de ne
pas comprendre…
Le convoi de réfugiés finit par s’approcher vers 15 heures. Cinq autobus
arrivent en file indienne, affichant chacun des portraits d’Assad sur le parebrise et les fenêtres. À moitié vides, ils
déversent au compte-gouttes leurs
passagers, en grande majorité des femmes et des enfants en bas âge, mais sans
bagage. Avant de poser pied à terre, les
réfugiés sont cernés par une meute de
journalistes braquant caméras et micros. Certains tiennent une pancarte à
l’effigie du président syrien. En deuxième ligne, des activistes du régime leur
distribuent bouteilles d’eau, sodas,
friandises et cartes SIM avec un mois
offert.
Rares sont les hommes, surtout jeunes, parmi la cinquantaine de réfugiés.
L’un d’eux, Ahmed Hamdan, 23 ans,
raconte, à travers un traducteur assermenté par les autorités, être parti vivre
à Beyrouth en 2014 parce qu’il ne trouvait pas de travail chez lui. « J’ai travaillé comme ouvrier dans le bâtiment »,
raconte le jeune homme pourtant frêle.
Il explique d’un ton las avoir été
« contacté par téléphone par les services
libanais de sécurité, qui l’ont invité à faire partie du convoi ». Selon lui, « tout le
monde veut revenir au pays ». Il dit encore vouloir « servir son pays », puis
s’échappe, l’air gêné. Encore moins disert, Ihab Waheb, 36 ans, qui porte son
fils de 2 ans, confie juste avoir contacté
les services syriens de sécurité, qui ont
ensuite appelé leurs homologues libanais, pour l’informer du convoi.
Faire passer un message
Le lendemain, la police militaire russe
et les autorités syriennes organisent une
réception similaire, cette fois au sud du
pays, dans la province de Daraa. Au
poste de Nassab, à la frontière jordanienne, le même décor lourdement focalisé sur l’image du président vainqueur émerge du désert brûlant. Seule
différence : un trou béant défigure le
sommet massif de l’arche enjambant la
route, trace des violents combats qui
secouaient encore la région tout récemment. Cinquante familles de réfugiés
sont attendues par le gouverneur, des
dizaines de militaires syriens et russes,
et par un groupe d’enfants en rang
d’oignon portant le drapeau du parti
Baas. Des efforts déployés pour rien : les
réfugiés promis n’arriveront pas. Visiblement contrarié, le gouverneur de la
province Mohammad al-Hanous indique « avoir tout préparé pour recevoir les
réfugiés, mais la raison de leur non-venue est à mettre sur le compte de l’autre
camp », désignant du bras sans la nommer la Jordanie. Quelque 1,4 million de
Syriens seraient réfugiés de l’autre côté
de la frontière, selon Amman.
Damas invite ses voisins, mais surtout ses alliés, à coopérer pour permettre le retour des 5,6 millions de Syriens
exilés depuis le début du conflit en 2011.
Le vice-ministre syrien des Affaires
étrangères, Faisal Mekdad, qui coordonne cette opération, a résumé la ligne
officielle, durant une conférence de
presse lundi 13 août à Damas. Niant
toute erreur du régime, il place l’entière
responsabilité du conflit sur « les terroristes », les problèmes économiques
« créés par les pays étrangers ayant instauré des sanctions contre la Syrie » et
« les médias étrangers qui ont menti sans
vergogne et soutenu les terroristes ».
D’où l’initiative d’inviter une vingtaine de journalistes étrangers « pour
faire passer le message aux Syriens exilés que la Syrie a beaucoup changé depuis
douze ans », assure le vice-ministre syrien des Affaires étrangères. « Nous garantissons le retour de tous les réfugiés »
sur la base d’une « réconciliation nationale ». Faisal Mekdad va jusqu’à clamer
que « l’armée syrienne ne prendra jamais les armes contre ses propres citoyens ».
Mais la peur dans les yeux des interlocuteurs syriens du Figaro suggère
que, derrière le suffocant culte de la
personnalité de Bachar el-Assad, les
méthodes brutales du régime n’ont pas
changé. Les promesses de paix et de réconciliation sonnent encore faux face
au déchaînement de violence qui a secoué le pays pendant huit ans et se
poursuit aujourd’hui dans la province
d’Idlib. Les efforts déployés pour appâter les exilés apparaissent comme
l’écume d’une vague revanchiste du
régime. ■
LE FIGARO
jeudi 23 août 2018
L'ÉVÉNEMENT
Assad
Voyage au cœur de la Syrie « pacifiée »
par les forces russes
villageois
« neLesméritent
pas qu’on
les aide.
Ils sont avec
nos ennemis
et tout peut
recommencer
UN POLICIER SYRIEN,
SUPPLÉTIF DES RUSSES,
AU COURS D’UNE
DISTRIBUTION
ALIMENTAIRE
DANS LA ZONE D’IDLIB
»
L’ARMÉE RUSSE plante son
drapeau tricolore aux quatre
coins de la Syrie. Elle semble y
être à l’aise et non pas « coincée », comme l’affirmait mercredi le conseiller pour la sécurité nationale américain, John
Bolton. La semaine dernière,
Moscou a embarqué une trentaine de reporters internationaux, dont un journaliste du
Figaro, pour un voyage de propagande à travers les deux tiers
du territoire contrôlé par Damas. Objectif : montrer un pays
stabilisé, réconcilié, désireux
de voir rentrer les Syriens réfugiés à l’étranger. L’armée russe
joue désormais la partition de
l’aide humanitaire et des bons
offices censés raccommoder
l’opposition modérée avec le
pouvoir de Bachar el-Assad.
L’armée russe fait visiter une
exploitation agricole au nordouest de la ville de Hama. C’est
une vallée bien irriguée permettant l’arboriculture, la
pousse des cucurbitacées et
d’arachide. Le propriétaire,
Ahmad al-Tawii, raconte que
des combats se sont déroulés à
la lisière de son exploitation et
qu’il a retrouvé des mines sur
son terrain. Ses travailleurs,
dont une partie ont été déplacés par la guerre, attendent
patiemment sous les arbres que
la chaleur torride du milieu
d’après-midi se retire.
Distribution alimentaire
Point de contrôle tenu
par des soldats russes à l’entrée
d’Abou Douhour, une cité
de l’est de la province d’Idlib.
GEORGE OURFALIAN/AFP
L’atmosphère paisible est
trompeuse. La poche d’Idlib,
contrôlée par les rebelles, démarre à 15 km au nord de la
ferme. Beaucoup de villages de
la région sont à dominante
sunnite et ont renforcé les
rangs de l’opposition. Un peu
plus au sud, une distribution de
nourriture est effectuée par
l’armée russe dans la ville de
Rastan. Des femmes vêtues
d’un hidjab noir se pressent
près du camion russe, tandis
que les hommes sont tenus à
l’écart par la police militaire
russe. L’atmosphère est tendue
et on sent les soldats aux
aguets. Un policier syrien, qui
observe la scène un peu à
l’écart, confie : « Ils [les villageois] ne méritent pas qu’on les
aide. Ils sont avec nos ennemis
et tout peut recommencer. »
C’est le genre de craquelure
que Moscou s’efforce de masquer. On nous donne à voir des
usines travaillant à pleine capacité, des officiels syriens sou-
riants et divers interlocuteurs
soigneusement briefés. Au nord
d’Alep, une usine textile semble
fonctionner comme si la guerre
civile n’avait pas eu lieu. D’interminables rangées de machines allemandes (achetées avant
le conflit) tournent à plein régime dans un vaste hangar. Le
propriétaire, Basim Davalibi,
raconte que la zone est tombée
sous la coupe de rebelles pendant deux ans. « Ils m’ont volé
tout le matériel informatique et
l’usine a dû cesser de fonctionner », explique-t-il, se disant
« ravi que l’ordre soit désormais
rétabli grâce à la Russie ». Cette
usine est un des rares bâtiments
du secteur à n’avoir pas été endommagé par les combats. Toute la région d’Alep est sinistrée.
Les bombardements aériens
ont créé une disparité saisissante entre des quartiers totalement détruits et d’autres largement épargnés. Dans le
bureau du gouverneur d’Alep,
une immense photographie
aérienne de la ville occupant
tout un mur montre le sort
inégal des quartiers. Près de
deux tiers sont hachurés au
feutre noir. Les quartiers habitables et détruits sont imbriqués les uns dans les autres,
contrairement à l’idée reçue
selon laquelle seul l’est d’Alep
aurait été détruit par les bombardements.
Le sort de l’illustre citadelle
d’Alep, au cœur de la cité, en
dit long sur les quatre années
de combats endurées par les
habitants. Ses murs, tenus jusqu’au bout par l’armée régulière, sont criblés d’impacts.
Mais au pied des puissantes
murailles, c’est un spectacle de
désolation : les bâtiments d’où
les rebelles assiégeaient la citadelle ont été presque tous écrasés sous les obus. Cette résilience en fait un symbole du
régime. « Nos soldats ont versé
leur sang pour protéger la citadelle et nous apporter la victoire
finale », raconte fièrement son
directeur, Ahmed Gharib,
montrant les impacts de grenades dans une salle d’apparat.
En fait de victoire finale, les
combats se poursuivent aux
portes de la ville, à tout juste
5 km à vol d’oiseau.
« Il y avait en permanence 90
hommes défendant la citadelle »,
raconte un officier syrien qui
veut rester anonyme. « Mais
nous avons perdu au moins 200
hommes a cours du siège »,
confie-t-il, suggérant sans le
confirmer l’existence d’un tunnel secret permettant au régime
d’approvisionner la citadelle et
l’évacuation des blessés. Sur la
porte d’entrée de la citadelle,
un immense portrait de Bachar
el-Assad accueille les visiteurs.
À l’intérieur du monument
classé au patrimoine mondial
par l’Unesco, des photographies du président rappellent à
chaque instant qui est le maître
de ces murs médiévaux.
Propagande du régime
La propagande du régime détonne tout particulièrement
dans ce lieu historique, mais sa
présence est en fait incontournable. Il n’est pas un bâtiment
officiel, pas un commerce, un
hôtel, un hôpital ou une école
qui n’arbore des photographies
de Bachar el-Assad. Son portrait apparaît à une fréquence
obsessionnelle, le long des rues
et des routes. Dans une moindre mesure, les portraits de
Hafez el-Assad accompagnent
celui de son fils, plus rarement
ceux de Vladimir Poutine (toujours accolés à ceux de Bachar
el-Assad) ainsi que, dans les
points de contrôle du Hezbollah, celui de son leader, Hassan
Nasrallah. Mais jamais un seul
signe d’une présence iranienne, ni le moindre hommage à
leur soutien. Interrogés à ce
sujet, tous les interlocuteurs,
russes comme syriens, refuseront de faire le moindre commentaire. Sujet tabou, comme
tant d’autres. Là se trouve la limite des voyages de propagande organisés par la Russie. Les
œillères placées sur les journalistes n’empêchent pas de voir
les problèmes, mais il est pratiquement impossible de vérifier
les affirmations, car les Syriens
ont peur de parler.
Seul un discours brutalement manichéen nous est délivré : la responsabilité des destructions va entièrement aux
« terroristes » et à leurs soutiens étrangers, tandis que les
forces loyales ou alliées à Bachar el-Assad n’ont fait que
« protéger la population ». Tout
ce qui s’écarte de cette narration n’est que « propagande
hostile à la Syrie » et « complice
du terrorisme ». Moscou et Damas sont main dans la main
pour diffuser un message aussi
simple qu’illogique : c’est Bachar ou le chaos. ■
E. G. (À HAMA)
« Réconciliation », intolérance et effacement de la mémoire
REUTERS
« RÉCONCILIATION ». C’est un
mot amer pour les opposants syriens. Qu’ils soient déplacés ou
réfugiés, ils font actuellement
l’objet d’une offensive de charme
du pouvoir, qui les invite à « revenir » chez eux. « Mais comment
envisager la Syrie de demain tant
que seule la “vérité officielle” a
droit de cité et que toute voix discordante est étouffée ? » s’emporte un dissident en exil.
Plus de sept ans après le début
de la révolution, seul un Syrien
sur deux vit encore chez lui. Partis sous la contrainte ou pour fuir
la violence, la plupart de ces déracinés n’aspirent qu’à rentrer
chez eux. Mais les conditions des-
dits « accords de réconciliation »
proposés par Damas ne sont guère encourageantes. D’après le site
d’information indépendant libanais Al-Modon, qui s’est procuré
une copie du formulaire à signer,
il est demandé à chaque personne
de retour de s’engager à ne pas
protester « en dehors des limites
de la loi », à ne pas publier de
contenu insultant les autorités et
à coopérer avec les agents de sécurité. Les signataires doivent
aussi dresser la liste de leur participation aux manifestations et
fournir leurs informations personnelles (numéro de passeport
et adresses courriel). D’après
plusieurs témoins, des arrestations et des confiscations de passeport sont déjà en cours.
En fait, le régime s’en cache à
peine : il ne conçoit le retour de
ses ressortissants que s’ils sont
« loyaux » à son égard. « Une Syrie avec 10 millions de personnes
fiables, obéissantes envers ses dirigeants est bien meilleure qu’une
Syrie composée de 30 millions de
vandales », a ainsi crûment prévenu Jamil al-Hassan, le responsable des services de renseignement de l’armée de l’air.
« Le gouvernement d’Assad a
commencé la reconstruction d’une
Syrie fondée sur deux principes
fondamentaux : une politique de
tolérance zéro envers la contesta-
tion et l’absence complète de remords concernant les atrocités du
passé », déplore l’avocate Mai elSadany, du Tahrir Institute for
Middle East Policy.
Cette « normalisation » forcée
va de pair avec une vague de publications d’avis de décès de milliers d’individus emprisonnés ou
portés disparus en Syrie, et dont
les familles étaient sans nouvelles
depuis des années. Comble de
l’offense : les dépouilles mortelles
des défunts, qui ont pour la plu-
“
Comment envisager
la Syrie de demain
tant que seule
la “vérité officielle”
a droit de cité et que
toute voix discordante
est étouffée ?
UN DISSIDENT EN EXIL
”
part péri sous la torture, ne sont
pas restituées. Dans la plupart
des cas, il est stipulé qu’ils ont
perdu la vie à cause d’un « arrêt
cardiaque » ou d’un « accident
vasculaire cérébral ».
Parallèlement à sa reconquête
du territoire, qui vise aujourd’hui
l’enclave d’Idlib, dans le nordouest du pays, le régime s’applique aussi à effacer toute trace de
la révolution pacifique du printemps 2011 : conseils locaux, écoles, bibliothèques souterraines et
hôpitaux de fortune…
Des années durant, ces différentes entités, souvent prises en
étau entre la menace du régime et
celle des djihadistes, ont joué un
rôle fondamental dans le processus démocratique des militants
pacifistes. Aux yeux du régime,
elles ne sont que des nids à « terroristes »
à éradiquer. La
construction d’un récit officiel de
la guerre syrienne s’accompagne
d’une campagne de désinformation sur les réseaux sociaux contre
les Casques blancs, ces volontaires
de la défense civile syrienne qui
sauvent des dizaines de vie à chaque bombardement russo-syrien.
Adepte de l’amnésie et du
mensonge, Damas poursuit également sa traque contre les témoins encombrants de ses crimes. Selon plusieurs sources, des
citoyens journalistes sont actuellement recherchés pour avoir filmé les gazages chimiques survenus dans la Ghouta orientale.
« La stratégie de négation de la
responsabilité du régime contribue
à son impunité. À l’heure où ce
dernier cherche à faire disparaître
les preuves, le souvenir est essentiel », prévient le politologue Jonathan Piron sur Twitter. ■
D. M. (À ISTANBUL)
Que les choses
soient claires :
si le régime syrien
emploie des armes
chimiques,
nous réagirons
très fortement,
et ils feraient bien
de réfléchir
un bon moment
avant
une quelconque
décision
»
JOHN BOLTON, CONSEILLER
À LA SÉCURITÉ NATIONALE
DU PRÉSIDENT TRUMP
RONEN ZVULUN/REUTERS
TRUMP
CHERCHE
LA SORTIE
Dans un tweet triomphant
le 18 août, Donald Trump
a annoncé aux contribuables
américains avoir mis fin
au « paiement ridicule »
de 230 millions de dollars
d’aide civile à la Syrie. Une
goutte d’eau mais un symbole
important pour Trump :
« L’Arabie saoudite et d’autres
pays riches du Moyen-Orient
vont payer à la place des
États-Unis. » La contribution
américaine devait servir
au déminage et au
rétablissement des services
de base – eau, électricité –
dans les zones dévastées
par les bombardements
occidentaux.
Après son sommet avec
Poutine le 16 juillet à Helsinki,
où le président russe a cité
la Syrie comme « une vitrine
de (leur) coopération », Trump
semble accélérer le retrait
américain, laissant le champ
libre au régime d’Assad
soutenu par Moscou
et Téhéran. John Bolton,
son conseiller à la sécurité
nationale, a répété mercredi
que les priorités étaient
d’achever la destruction
du califat et d’éliminer
la présence iranienne.
Il n’a pas cité les alliés kurdes,
qui mesurent la tiédeur
du soutien américain depuis
l’offensive turque
du printemps.
Ceux-ci ont entamé fin juillet
des pourparlers
avec Assad sur l’autonomie
de leurs territoires,
avec le consentement tacite
de Washington.
À défaut d’argent,
l’Administration a maintenant
trois responsables du dossier :
Brett McGurk, émissaire
auprès de la coalition,
l’ambassadeur James Jeffrey,
nommé représentant spécial
« pour l’engagement
en Syrie » et le colonel Joel
Rayburn, nouveau secrétaire
d’État adjoint et « envoyé
spécial pour la Syrie ». Ph. G
A
À cette fin, Recep Tayyip Erdogan a
convoqué le 7 septembre à Istanbul un
sommet sur la Syrie auxquels ont été
conviées la Russie, l’Allemagne et la France (mais dont la présence n’a pas été
confirmée). « Nous devons déterminer qui
sont les groupes terroristes et les éliminer »,
a déclaré le chef de la diplomatie turque,
Mevlüt Cavusoglu, lors d’un entretien
avec son homologue russe, en insistant sur
la nécessité de faire la distinction entre
djihadistes et factions rebelles soutenues
par Ankara. Mais Moscou, qui joue la carte
de la normalisation, entend imposer son
propre tempo. Selon plusieurs sources, la
Russie aurait discrètement lancé l’idée
d’arrêter l’avancée militaire sur Idlib, en
échange d’un engagement de la part des
pays occidentaux à aider à la reconstruction des villes et des infrastructures dévastées en Syrie. Une proposition inacceptable pour les organisations de défense
des droits de l’homme. « Par le passé, les
forces et services de renseignements syriens
ont détourné d’importantes sommes d’aide
humanitaire pour financer leur massacre »,
rappelle Kenneth Roth, le directeur de
Human Rights Watch. ■
Bachar el-Assad
entouré
de religieux
et de supporteurs,
mardi, dans
une mosquée
de Damas,
à l’occasion
de la fête
de l’Aïd-el-Kébir.
3
jeudi 23 août 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
De nouvelles révélations sur Françoise
Nyssen mettent l’exécutif dans l’embarras
La ministre de la Culture est à nouveau épinglée pour des travaux immobiliers non déclarés.
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
La loi Pacte
de Bruno Le Maire
prioritaire
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
GOUVERNEMENT Autour de la grande
table du Conseil des ministres, les mines
avaient beau être bronzées, les esprits paraissaient sombres. Pas seulement parce
que la situation économique et internationale s’est tendue, comme l’a souligné
le chef de l’État, mais parce que le quotidien de l’exécutif n’en finit pas d’être
percuté par des affaires individuelles.
Après le feuilleton Alexandre Benalla et
les soupçons de conflit d’intérêts affectant le secrétaire général de l’Élysée
Alexis Kohler, voilà que la ministre de la
Culture, Françoise Nyssen, se retrouve à
nouveau épinglée par Le Canard enchaîné
pour des travaux immobiliers qui
n’auraient pas été déclarés dans l’antenne
parisienne de son ancienne maison d’édition, Actes Sud. En cause : 150 mètres
carrés de mezzanines. La ministre avait
déjà été accusée d’avoir illégalement
agrandi le siège historique, à Arles.
Rappel de la règle générale
Un détail n’est pas passé inaperçu
pendant la rentrée gouvernementale.
Dans le huis clos de la réunion, Emmanuel
Macron n’a pas prononcé le moindre mot
de soutien concernant sa ministre,
rapporte un participant. Les jours de
celle-ci, rue de Valois, seraient-ils
comptés ? Cela fait longtemps que la femme de lettres suscite des critiques au sommet de l’État, notamment pour sa gestion
des dossiers, son management (de nombreux postes d’administration centrale
restent vacants dans la Culture) et la rareté de sa parole.
Prudemment, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, s’est
contenté de rappeler la règle générale qui
prévaut pour tous les ministres. En cas de
mise en examen, ils doivent quitter le
De gauche à droite, Annick Girardin, ministre des Outre-mer, Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées,
Françoise Nyssen, ministre de la Culture, et Laura Flessel, ministre des Sports, à la sortie du Conseil des ministres, mercredi, à l’Élysée.
gouvernement. On en est loin. « Il faut
voir si la justice s’en saisit, je ne crois pas
que ce soit le cas », a-t-il poursuivi…
Hasard cruel du calendrier, cette affaire éclate le jour où l’hebdomadaire Gala
publie un reportage sur la ministre. Celleci y apparaît en vacances, tout sourire,
cajolant sa dernière petite-fille, pendant
un séjour dans les Hautes-Alpes. Une
exposition sur le registre people qui
contraste avec le silence de la ministre sur
ces nouvelles accusations.
En juillet, le premier ministre, Édouard
Philippe, avait reçu ses ministres, chacun
leur tour, pour une séance d’évaluation et
un « point d’étape ». « Il s’agissait
notamment de vérifier que les administrations mettent bien en œuvre les lois votées », explique un conseiller de Matignon. Évaluation, sans sanction ?
« Personne n’a été cloué au pilori dans la
cour de l’Élysée ou de Matignon après cet
exercice, commente-t-on, dans l’entourage du chef de l’État. Aucun remaniement
n’est prévu à ce stade. »
En cette rentrée compliquée, Emmanuel Macron entend installer l’idée d’une
stabilité et d’une continuité, malgré les
turbulences de la vie publique. Le président veut poursuivre le « déploiement de
C’était un casse-tête de calendrier,
à l’enjeu très politique. Même si
l’arbitrage final n’est pas encore
totalement arrêté, le projet de loi
Pacte, qui porte sur le monde
de l’entreprise et prévoit également
un volet de privatisations, devrait
« vraisemblablement » être discuté
avant la révision constitutionnelle,
a fait savoir le porte-parole du
gouvernement, Benjamin Griveaux.
L’exécutif reporterait donc
à nouveau l’examen du projet
de loi constitutionnelle, qui avait dû
être interrompu, fin juillet, en raison
de l’affaire Benalla.
Un choix qui confirme la volonté
de l’exécutif de mettre les questions
économiques et sociales au cœur
de la rentrée. Autre avantage :
cela laisse un peu de temps
supplémentaire à Emmanuel Macron
pour essayer de trouver un accord
global avec le Sénat, dominé par la
droite, sur la révision des institutions.
M. W.
son projet […] sans dévier de stratégie », a
rapporté Benjamin Griveaux. Si la feuille
de route reste la même, la tonalité apparaît toutefois plus sociale. Emmanuel
Macron a enrichi d’un quatrième terme la
devise qui lui est chère pour définir sa politique. Devant ses ministres, il a évoqué
son triptyque habituel : « libérer, protéger, unir ». Avant d’ajouter, pour la première fois… « investir ». ■
Jérôme Jaffré : « La relation entre Macron et les Français s’est altérée »
PROPOS RECUEILLIS PAR
ALBERT ZENNOU £@AlbertZennou
JÉRÔME JAFFRÉ est politologue, directeur du Cecop.
LE FIGARO. – L’été n’a pas vraiment
souri à Emmanuel Macron, pris entre
différentes polémiques et notamment
l’affaire Benalla, du nom de cet ancien
membre du cabinet présidentiel
mis en cause dans des violences
à des manifestants le 1er mai 2018. Ces
différents événements ont-ils affecté
durablement la situation politique ?
On peut penser que cet été marque un
tournant dans le quinquennat d’Emmanuel Macron. Cette séquence aboutit, me semble-t-il, à un changement
de la situation politique sur quatre éléments : l’affaiblissement de La République en marche est désormais visible et
pèse sur les échéances électorales à ve-
“
Les oppositions,
toujours très faibles prises
isolément, se coagulent
contre le pouvoir
en place
”
A
nir. Il y a également l’altération de la
relation entre Emmanuel Macron et les
Français qui était déjà amorcée depuis
quelque temps. J’avais utilisé dans vos
colonnes, en juillet, avant même le
hourvari de l’été la formule : « Face au
président, le pays se cabre. » Autre
changement, les oppositions, toujours
très faibles prises isolément, se coagulent contre le pouvoir en place. C’est un
fait nouveau car, jusqu’à présent, elles
ne convergeaient pas. Dernier élément
qui nuance ce tableau : la capacité à mener des réformes reste, je crois, grande.
S’agissant d’En marche !, le parti
qui se revendique davantage
comme un mouvement n’a jamais été
très puissant.
Depuis les législatives de juin 2017, le
parti majoritaire ne s’est en effet jamais
véritablement bien porté, mais, ce qui
nouveau, c’est que depuis cet été tous
les acteurs politiques en ont pris
conscience. Cette faiblesse est devenue
visible. L’affaire Benalla a joué un effet
de révélateur en montrant l’isolement
d’Emmanuel Macron et l’absence de
soutiens forts dans la polémique de la
part de ses proches, qui se sont défaussés, absentés ou au mieux se sont exprimés tardivement. Au surplus, on a vu
régner de l’affolement parmi les députés d’En marche ! à l’Assemblée nationale, en particulier sur la commission
d’enquête.
Cet affaiblissement peut-il avoir
des conséquences politiques
pour la majorité ?
Les conséquences politiques vont être
importantes. La grande opération en
vue des municipales est devenue beaucoup plus compliquée car il s’agit, au
fond, de gagner des villes par absorption de maires qui accepteraient de se
présenter comme des candidats En
marche ! alors même qu’ils avaient déjà
été élus en 2014 sous une autre étiquette. Mais avec un mouvement politique beaucoup plus faible qu’avant,
l’intérêt à le rejoindre se réduit
d’autant. Les éventuels maires intéressés vont être bien plus prudents.
Les européennes risquent-elles
également d’être plus compliquées ?
Le scrutin européen risque lui aussi
d’être une élection plus difficile pour En
marche !. Dans ce scrutin à un seul tour,
l’objectif est d’arriver en tête avec un
score qui montre une audience forte. En
marche ! a deux références : 32 % aux
législatives qui ont suivi la présidentielle et 24 % pour Macron au premier tour
de la présidentielle. La première référence était déjà hors d’atteinte et on ne
peut plus écarter l’hypothèse d’un
score plus faible qu’à la présidentielle.
L’affaiblissement d’En marche ! encourage l’émiettement des forces en présence et un vote de dispersion favorable
aux petits courants. Cet été, la classe
politique a pris conscience de la faiblesse d’En marche !. Le 25 mai prochain au
soir [date du scrutin], ce pourrait être
les Français eux-mêmes, surtout avec
un score autour de 20 %.
La relation de Macron avec les Français
est altérée, dites-vous.
Ce qui est atteint dans cette relation, ce
sont deux points forts de l’image d’Emmanuel Macron : la figure du chef et
tout ce qu’il avait entrepris pour restaurer la fonction présidentielle dans sa
conception traditionnelle. L’affaire
Benalla a révélé de sa part un manque
de discernement (à qui fait-il
confiance ?) puis de compréhension de
l’événement. Le président s’est efforcé
de réagir dans son intervention à la
Maison de l’Amérique latine, en déclarant : « Le seul responsable, c’est moi. »
Le chef peut être trahi, mais il assume.
Restent à cette occasion d’étranges
propos, comme la précision inutile et
dérangeante sur ses relations personnelles avec Alexandre Benalla ou le défi
adressé aux députés de l’opposition :
« Qu’ils viennent me chercher », erreur
politique et constitutionnelle. C’est une
atteinte à l’incarnation présidentielle,
qui était jusque-là son meilleur terrain.
Les oppositions aussi bien de droite
que de gauche ont retrouvé
un dynamisme qui leur faisait défaut…
Prises séparément, les oppositions
paraissent toujours aussi faibles mais le
fait nouveau, c’est qu’elles se coagulent
pour lutter ensemble, contre le pouvoir. On a assisté à des scènes étonnantes à l’Assemblée où des députés de
La France insoumise et des Républicains apparaissaient comme des
larrons en foire. Des oppositions ainsi
coagulées vont devenir beaucoup plus
fortes dans les débats parlementaires
comme sur les plateaux télé. Quand LR
et LFI jouent de la sorte, le RN est
trop content de suivre tandis que le PS
est lui obligé de le faire. À terme,
cettecoagulation est un obstacle de
taille pour les macronistes car, dans les
élections à deux tours, elle annonce
que pourrait bien être mise en place au
second tour une sorte de front
commun avec l’objectif de battre le
candidat d’En marche !, en mêlant
contre lui les voix venues de tous les
autres horizons.
Les Républicains ont-ils repris du poil
de la bête ?
L’objectif d’En marche ! est de n’avoir
comme adversaires principaux que les
extrêmes. Mais c’est moins évident car
la bataille pour le leadership de l’opposition se trouve relancée, Les Républicains étant désormais dans la partie.
Jusqu’à présent, l’opposition se structurait autour de LFI et du Rassemblement national. Suite à leur bataille
de l’été au Parlement, Les Républicains,
toujours bien faibles, sont désormais
mieux identifiés sur l’échelle pro-Macron/anti-Macron. Ce qui n’est toujours pas le cas du PS, d’où sans doute la
présence renforcée de François Hollande, qui constate l’évanescence de sa
famille politique.
« Ce n’est que par le mouvement et l’action qu’Emmanuel Macron peut espérer
parvenir à se rétablir », explique Jérôme Jaffré. JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
La capacité à réformer est-elle intacte ?
Avec sa majorité absolue à l’Assemblée
et le fait que beaucoup de Français
considèrent qu’il faut faire des réformes, la capacité de réformer reste
réelle. C’est d’ailleurs une nécessité
pour le président, qui n’est plus porté
par une image personnelle suffisamment forte ni par un parti puissant. Ce
n’est donc que par le mouvement et
l’action qu’il peut espérer parvenir à se
rétablir. La difficulté désormais croissante, c’est de faire adhérer en profondeur les Français à ces réformes. ■
LE FIGARO
jeudi 23 août 2018
POLITIQUE
5
Le PS fait
sa rentrée
dans l’ombre
de Hollande
L’ancien président a renoncé à venir
à La Rochelle mais ses proches se chargent
d’attaquer le premier secrétaire du PS.
di soir dans un restaurant de la ville, la
veille du discours du premier secrétaire. Patrick Kanner jure qu’il « ne s’agit
pas d’une opération de déstabilisation »
et conseille au premier secrétaire
« d’arrêter de voir des complots partout ». Ambiance…
Le délicat dossier
des européennes
Les socialistes sont d’autant plus échaudés que le premier secrétaire a pris l’initiative de proposer cet été au Belge Paul
Magnette de mener la liste PS aux européennes de 2019, sans les concerter. Le
maire de Charleroi a décliné l’offre mais
le sujet reste sensible. « J’ai découvert
cela dans la presse. Ça aurait pourtant pu
être l’objet d’une discussion », lâchait
Stéphane Le Foll en début de semaine.
Julien Dray, qui brigue justement la
tête de liste, a finalement renoncé à venir à La Rochelle. « En me déclarant cet
été, j’ai pris une initiative claire. C’est
une offre politique honnête. Maintenant,
je souhaite être respectueux du fonctionnement interne de mon parti », dit-il au
Figaro. Le conseiller régional d’Île-deFrance a surtout noté à son agenda la
date du 4 septembre. Ce jour-là, le PS
réunira son bureau national de rentrée,
qui sera largement consacré aux européennes. La réunion, qui a été avancée,
s’annonce houleuse.
LEFEVRE SYLVAIN/ABACA
En plus d’être malmené par ses amis,
Olivier Faure va être confronté à la
concurrence médiatique de Jean-Luc
Mélenchon qui organise lui aussi sa
rentrée politique à Marseille, de jeudi à
dimanche. Le leader de La France insoumise a notamment convié plusieurs
socialistes, dont le porte-parole du parti, Boris Vallaud, qui participera vendredi à une table ronde intitulée « Qui
est le peuple aujourd’hui ? ». Ce qui a le
don d’agacer une partie d’une PS qui
juge cette participation malvenue.
François Hollande, lui, sera loin du
tumulte et prépare sa rentrée le 31 août
à Cherbourg, au côté de son ancien premier ministre, Bernard Cazeneuve. ■
Seuls 17 % des Français veulent un retour de l’ex-président
S- 
C   F
F. H  
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      N. S  2017*
Oui
Non
Oui
17 %
60 % 40 %
ym
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is a nts P S
83 %
his
de
an
t
*Sondage Ifop pour le JDD en juin 2013
Non
p at
C’EST UN SONDAGE qui devrait faire
redescendre la température autour d’un
hypothétique retour de François Hollande. Dans une enquête Ifop réalisée
pour Le Figaro, seuls 17 % des Français
expriment le souhait que l’ancien chef
de l’État soit candidat à la prochaine
élection présidentielle (4 % « Oui tout à
fait » ; 13 % « Oui plutôt » ; 18 % « Non
plutôt pas » ; 42 % « Non pas du tout »).
Même chez les sympathisants socialistes, ils ne sont que 44 % à rêver d’un retour (25 % d’entre eux expriment catégoriquement un refus de voir l’ancien
président briguer un nouveau mandat).
Un tiers de ses électeurs de 2012 (36 %)
plaident pour une nouvelle candidature.
Des scores médiocres à mettre en perspective avec ceux obtenus par Nicolas
8 7 % d e s sy m
OPPOSITION Pendant trois jours, une
ombre planera au-dessus de La
Rochelle… Alors que s’ouvre ce jeudi la
rentrée des élus socialistes (FNESR),
François Hollande sera dans toutes les
têtes. Et ce malgré son absence dans le
port charentais. Il s’est en effet désisté
pour ne pas être accusé de tourner le
rendez-vous à son profit.
Mais ses proches seront particulièrement bien représentés parmi les
400 élus attendus. François Rebsamen
- le président de la FNESR - en tête,
après cinq mois de convalescence pour
guérir son cancer. Tous attendent au
tournant le premier secrétaire du PS,
Olivier Faure, qui doit y tenir samedi
son discours de rentrée. Agacé par
l’omniprésence de l’ancien président, le
député de Seine-et-Marne s’est illustré
cet été en renvoyant dos à dos François
Hollande et Benoît Hamon, présentés
comme « deux champions du déni ».
« C’est inacceptable de mettre sur le
même plan un ancien président et un candidat qui fait 6 % », tonne Patrick Kanner, le président du groupe PS au Sénat.
« François Hollande est un militant qui
doit être respecté. En ne venant pas à La
Rochelle, il se met en retrait de manière
responsable pour la sérénité des débats
mais j’espère qu’il n’aura pas à toujours
se sacrifier », insiste l’ancien ministre.
Même mise en garde du sénateur Rachid
Temal dans Sud Ouest : « Toute parole
socialiste audible est utile à notre famille
politique. Donc François Hollande est utile aux socialistes. » L’ancien ministre
Frédéric Cuvillier abonde : « Le PS devrait plutôt revendiquer le passé récent et
arrêter l’autoflagellation. » Et François
Rebsamen d’enfoncer le clou : « Le
quinquennat de François Hollande n’a
pas été l’échec décrit par certains. Si on
rase les murs, alors il faut faire autre
chose. Le premier secrétaire du PS devrait plutôt concentrer ses critiques
contre le gouvernement », dit-il au Figaro. Un parlementaire met en garde le
patron de Solferino : « Attention, la
FNESR c’est un territoire hollandais. »
Autant dire que pour Olivier Faure le
terrain est miné.
Son principal rival, Stéphane Le Foll,
sera présent et réunira ses amis vendre-
ss
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
François Hollande (ici à Lille, le 18 juin) se rendra à Cherbourg le 31 août pour dédicacer son livre.
sU
%
Infographie
MP
Étude réalisée par l'Ifop pour Le Figaro.
L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 004 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité
de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie
d'agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 14 au 16 août 2018.
44
L’ÉTÉ DU FIGARO
Sarkozy en juin 2013, un an après son
départ de l’Élysée. À l’époque, 40 % des
Français voulaient qu’il soit à nouveau
candidat. Ils étaient même 87 % chez les
sympathisants UMP. Ce qui n’avait pas
empêché Sarkozy d’échouer trois ans
plus tard à remporter la primaire de la
droite.
« 4 % de Français “tout à fait” favorables au retour de Hollande, c’est
beaucoup pour vendre des livres, mais
c’est une base électorale très faible »,
observe Jérôme Fourquet, le directeur
du département Opinion de l’Ifop. Le
sondeur souligne la faiblesse de l’exprésident chez les sympathisants socialistes : « Il n’est pas assez fort pour
s’imposer même s’il garde un pouvoir de
nuisance. »
14/14
[
]
La politique
c’est du spo
rt
Régis Juanico, capitaine du onze parlementaire
Le député hamoniste de la Loire et supporteur de Saint-Étienne n’imagine pas une semaine sans sport.
FOOTBALL Depuis la déroute des
écologistes en juin 2017, Régis
Juanico est devenu le plus vert des
députés. En fan invétéré de l’AS
Saint-Étienne – il n’est d’ailleurs pas
rare de le croiser dans les tribunes du
Chaudron, le stade emblématique de
la ville -, ceint d’une écharpe
émeraude et blanche. « J’habite à
800 mètres à vol d’oiseau, souligne le
député de la Loire. Je peux entendre
les chants et la clameur des kops
[groupes de supporteurs, NDLR]
monter du stade sur les actions offensives et les buts depuis chez moi. »
Dans sa tête reste gravée la date
de son coup de foudre pour l’équipe, sa « révélation ». Le 19 avril
1983, en 32e journée de Ligue 1. Ce
soir-là, l’ASSE s’impose deux buts à
zéro face aux joueurs monégasques.
Juanico - emmené par le club de
foot de sa ville natale, l’US SaintRémy, en Saône-et-Loire – repart
alors amoureux de Geoffroy-Guichard. « C’était assez peu rempli,
mais l’ambiance et les supporteurs
étaient magiques », se remémoret-il, un brin nostalgique.
Trente-cinq ans après, ce transfuge du Parti socialiste (PS) récemment
passé chez Benoît Hamon ne s’est jamais départi de son goût pour le vert.
Au sein de l’équipe de France de
football de l’Assemblée nationale, où
il évolue au poste de gardien, le député stéphanois arbore fièrement
son maillot olive. Coaché par Guy
Roux - l’entraîneur historique de
l’AJ Auxerre -, ce collectif d’une
quarantaine de parlementaires a vu
le jour au mois de juin 2014, en pleine
Coupe du monde au Brésil. À la manoeuvre : Régis Juanico - encore capitaine aujourd’hui - et son ancien
collègue socialiste Eduardo Rihan
Cypel. À l’époque, les deux comparses écumaient les plateaux pour y
parler ballon rond. « Dès qu’ils
avaient besoin d’avoir un politique qui
connaissait un tout petit peu le sujet,
pour changer des people et des anciens
joueurs, on y allait pour commenter les
résultats des matchs », raconte-t-il.
Juanico le reconnaît sans difficulté : il n’est qu’un simple amateur. Rien à voir avec son idole Jean
Castaneda, ancien portier de l’ASSE
entre 1977 et 1989. Mais peu lui importe. Ce qu’il apprécie par-dessus
tout dans le football, c’est le côté
« collectif, équipe ». « La politique
une semaine sans sport, je ne peux
pas, c’est vital », affirme ce fils de
professeur d’EPS. Aussi, outre sa
pratique du ballon rond, lorsqu’il
n’est pas sur les bancs du Palais
Bourbon, Régis Juanico foule régulièrement les pistes d’athlétisme et
les terrains de handball. « À bon niveau », renchérit-il. Et de répéter à
l’envi, tout sourire : « J’ai encore un
record de Saône-et-Loire du lancer
de marteau qui date de 1987. »
Vélo d’appartement
Au sein de l’équipe
de France de football
de l’Assemblée
nationale,
Régis Juanico évolue
au poste de gardien.
B. RIOTORD/LE FIGARO
peut cliver, le sport rassemble »,
martèle-t-il. Sur le terrain, presque
tous les groupes parlementaires
sont d’ailleurs représentés, de La
France insoumise (LFI) aux députés
Les Républicains (LR). Sans oublier
La République en marche (LaREM),
principale « ossature » de l’équipe.
Seuls les élus communistes et du
Rassemblement national (RN) sont
pour l’heure aux abonnés absents.
« Cela nous sort un petit peu de l’ordre du jour traditionnel et cela nous
permet parfois de mieux se respecter
dans l’hémicycle », souligne-t-il.
Cependant, face au calendrier
chargé des réformes, les entraînements de l’équipe se sont raréfiés,
au grand regret du député. « Une
semaine sans politique, je sais faire ;
En parallèle, le député de 46 ans fait
son jogging plusieurs fois par semaine et enchaîne les trails. « Je le
paye au niveau de mes genoux »,
regrette-t-il. Blessé au ménisque
gauche depuis quelques mois, l’exsocialiste a dû, à contrecœur, résumer sa pratique sportive au vélo
d’appartement. « Je ne m’interdis pas
de faire du golf plus tard, un sport
moins traumatisant », s’amuse-t-il.
D’ici là, Juanico espère être à
nouveau sur pied pour disputer le
match de gala avec son équipe, le
12 septembre au Stade de France.
« Avec de meilleurs résultats. » L’an
dernier, les parlementaires avaient
pris le bouillon, s’inclinant 14 à 2
face au Variétés Club. ■
A
MATTHIEU DESMOULINS
£@MatthDes
jeudi 23 août 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
La présidence Trump cernée
par les affaires judiciaires
En à peine une heure, mardi après-midi, deux proches du président sont tombés devant la justice, dans deux
affaires distinctes qui menacent de l’atteindre directement, à dix semaines des élections de mi-mandat.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
ÉTATS-UNIS Donald Trump s’est réveillé mercredi matin face à une nouvelle réalité : celle d’un président formellement accusé d’activités délictueuses par
un complice déposant sous serment devant une cour fédérale.
Pour les mêmes faits, tout autre que le
locataire de la Maison-Blanche ferait
l’objet de poursuites. Le département de
la Justice s’interdit d’inculper un président en fonction, s’effaçant devant la
prérogative réservée au Congrès d’engager une procédure de destitution (impeachment). Même le procureur spécial
Robert Mueller se bornera, à l’issue de
son enquête sur les ramifications russes
dans la présidentielle de 2016, à soumettre un rapport aux élus du Capitole.
Tant que les républicains contrôlent les
deux Chambres, Trump reste intouchable. Mais à dix semaines des législatives
de mi-mandat, la bataille politique
s’envenime des malheurs judiciaires de
ses associés.
te accusation de « contributions électorales illégales », il a incriminé son ancien
patron, affirmant avoir agi « en coordination et selon la consigne d’un candidat à
une fonction fédérale […] dans l’intention
d’influencer l’élection ». La formule évoque le « coconspirateur non inculpé » qui
désignait Richard Nixon dans le rapport
du procureur sur le Watergate.
Donald Trump a contenu sa colère
mardi soir sur Twitter et lors d’un rassemblement électoral en Virginie-Occidentale, où il a défendu son bilan avec
fougue comme si de rien n’était. Mais la
démangeaison était trop forte. Dans une
série de tweets mercredi matin, il a « vivement recommandé à quiconque cherchant un bon avocat de ne pas retenir les
services de Michael Cohen ! ». Il a ensuite
redit « se sentir mal » pour Paul Manafort, qui « contrairement à Michael Cohen, a refusé de “craquer” – fabriquer des
histoires pour obtenir un “deal”. Quel
homme courageux ! ». Il a enfin assuré
que « les violations du financement des
campagnes ne sont pas un crime », accusant Obama d’en avoir fait autant.
Ses dénonciations répétées d’une
« chasse aux sorcières » restent sans
doute crédibles aux yeux de ses supporteurs inconditionnels, mais les déclarations de culpabilité de ses proches risquent d’entamer leur crédibilité au-delà
de ce cercle. Pour Cohen, le prix de la
vérité est assorti d’une peine de prison
consentie « de 46 à 63 mois », certes réduite par rapport aux douze ans ferme
auxquels il s’exposait, mais tout de
même « très sévère », selon le procureur
adjoint de Manhattan, Robert Khuzami.
Dans le cas de Manafort, le président ne
peut plus se contenter de décrédibiliser
le procureur spécial : il doit aussi jeter
l’opprobre sur le juge T. S. Ellis – dont
l’impartialité a été saluée par la défense
– et les jurés – dont les noms ont dû être
tenus secrets en raison de menaces dont
ils auraient fait l’objet.
En remportant, même partiellement,
son premier procès, l’équipe de Mueller
se met probablement à l’abri d’interventions politiques directes, y gagnant
l’assurance de mener à bien ses investigations. La veille, Donald Trump avait
déclaré à Reuters à propos de l’enquête
sur le soupçon de collusion avec la Russie : « Je pourrais prendre la main si je
voulais. » Avec désormais cinq de ses
partenaires condamnés ou ayant plaidé
coupable – outre Cohen et Manafort,
Michael Flynn, Rick Gates et George Papadopoulos –, la prudence lui recommande plutôt de garder ses distances.
Pour compléter le tableau, son premier soutien parlementaire, Chris Collins, vient d’être inculpé de délit d’initié
et de mensonges au FBI. Le deuxième
élu à l’avoir soutenu durant la campagne, Duncan Hunter, est accusé depuis
mardi de détournement de fonds de
campagne à des fins personnelles. Le
New York Times titre son éditorial mercredi : « Les escrocs du président », une
référence au film sur le Watergate, Les
Hommes du président.
Comme alors, la bataille est avant tout
politique. « Je pense que le terme d’impeachment va définir les législatives de
mi-mandat, estime Rob Stutzman, un
républicain critique de Trump. Il est inévitable que les démocrates soulèvent légi-
timement cette question. » La perspective
d’une condamnation reste improbable,
faute pour leur camp de réunir 67 voix
au Sénat. Mais si les démocrates remportent la majorité à la Chambre – un
défi supposant un gain net de 24 sièges
en novembre –, ils pourraient instruire
un procès embarrassant pour le président. Nancy Pelosi, qui rêve d’y retrouver le perchoir, dénonce déjà « la culture
rampante de corruption et de criminalité
au cœur du cercle intime de Trump »,
quasiment un slogan de campagne.
Pour Steve Bannon, théoricien du
« nationalisme populiste » qui a porté
Trump au pouvoir, les derniers événements vont au contraire galvaniser les
supporteurs du président : « Cela clarifie le fait qu’il faut aller voter en novembre, qu’il faut redoubler d’intensité car
Trump est en guerre », dit-il. Sam Nunberg, un autre ancien conseiller du candidat républicain, assure : « Pour n’importe quel autre président, ce serait
catastrophique. Mais je ne pense pas que
Mueller se soit rapproché d’une destitution de Donald Trump. » ■
“
Je pense que le terme
“d’impeachment”
va définir les législatives.
Il est inévitable
que les démocrates
soulèvent légitimement
cette question
”
ROB STUTZMAN, RÉPUBLICAIN CRITIQUE DE TRUMP
En à peine une heure, mardi aprèsmidi, deux proches du président sont
tombés devant la justice. Concluant trois
semaines de procès et quatre jours de
délibérations difficiles, un jury populaire
a déclaré Paul Manafort, 69 ans, son ancien directeur de campagne, coupable
de huit des dix-huit chefs d’accusation
qui le visaient : cinq pour fraude fiscale,
un pour dissimulation de compte offshore et deux pour fraude bancaire. Au
même moment, son ancien avocat Michael Cohen, 52 ans, a plaidé coupable
de huit malversations devant une cour
fédérale de Manhattan : cinq délits de
fraude fiscale, un de fraude bancaire et
deux de violation de la loi électorale.
Cohen a reconnu avoir dissimulé au
fisc plus de 4 millions de dollars, fraudé
le Trésor de 1,3 million d’impôts et dissimulé quelque 14 millions de dettes pour
obtenir un crédit. Il a également admis
avoir versé 150 000 et 130 000 dollars
respectivement à une playmate et à une
actrice de films pornographiques juste
avant l’élection, afin qu’elles taisent leur
relation adultérine avec Trump. Sur cet-
Michael Cohen, l’ancien avocat de Donald
Trump (ici en septembre 2016), a plaidé
coupable de huit malversations devant
une cour fédérale de Manhattan.
JONATHAN ERNST/REUTERS
Michael Cohen, le fidèle déchu qui pourrait faire tomber le président
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
A
1
NEW YORK
IL ÉTAIT le vilain petit canard du
clan Trump. Cet avocat fidèle et
dévoué que l’on charge de la sale
besogne, grassement dédommagé
de ses efforts mais laissé sur le
bord du chemin après l’investiture
présidentielle. Des années durant,
Michael Cohen a rongé son frein
dans l’ombre de Donald Trump,
profitant de ses connexions pour
monter des « affaires » plus ou
moins légales, sans jamais être
adoubé par le magnat de l’immobilier parvenu dans le Bureau ovale à la faveur de la plus spectaculaire des surprises électorales de
l’histoire des États-Unis.
Le voici au bout de la route, accablé par les charges judiciaires qui
pourraient lui valoir entre quatre
ou cinq ans de prison, selon la clémence des juges, et en position de
provoquer la chute de son mentor.
À 51 ans, Michael Cohen mesure, mieux que quiconque, l’ampleur du désastre. Celui qui, il y a
un an à peine, jouait les pitbulls du
président sur les plateaux de télé-
vision et jurait être prêt à « prendre
une balle » pour lui, se dit résolu à
« dire tout ce qu’il sait » sur le président, selon son avocat, Lanny
Davis, et refuse d’avance tout pardon présidentiel.
Comment expliquer une telle
disgrâce, sinon par la violence
d’une rupture affective pour un
« second couteau » ? Michael Cohen a « rencontré » Donald Trump
en lisant à l’adolescence son bestseller The Art of the Deal, paru en
1987. Le jeune homme, originaire
d’une famille juive polonaise aisée
de Long Island, rêve de faire fortune comme son « idole de lycée ».
Investissements judicieux
Rien ne le prédestinait à un destin
de « tueur » en affaires, mais le sage
Michael se frotte depuis peu à un
monde auparavant inconnu : celui
des immigrés russes de Brighton
Beach, dans le sud de Brooklyn, et
ukrainiens du Queens, où il fréquente la jolie Laura Shusterman.
Au contact des gamins « coriaces »
débarqués d’URSS, Cohen s’assimile, apprend quelques notions de
russe dans la rue, en même temps
qu’il épouse Laura en 1994. Les cer-
fait
« duIl sesouci
pour l’avenir
de notre
pays avec
quelqu’un qui
n’hésite pas
à s’aligner
sur Vladimir
Poutine
»
LANNY DAVIS, AVOCAT
DE MICHAEL COHEN
cles amicaux s’élargissent, pour inclure l’homme d’affaires Felix Sater. Celui-là même qui, en 2015,
poussera pour obtenir l’accord du
Kremlin pour le financement à
Moscou d’une Trump Tower, écrivant à Cohen qu’il se faisait fort
d’enrôler Vladimir Poutine pour
« permettre l’élection de Donald ».
Acoquiné avec un autre homme
d’affaires, l’Ukrainien Simon Garber, Michael Cohen se lance dans le
business des taxis new-yorkais,
gagnant à son apogée 90 000 dollars de dividendes par mois, de manière tout ce qu’il y a de plus légale.
Mais son entrée dans le petit monde
de Trump, il la doit à des investissements judicieux, d’abord modestes, dans l’empire new-yorkais du
patriarche.
Après avoir rencontré celui-ci
lors d’une soirée de gala à la fin des
années 1990, il commence timidement à travailler pour lui, tout en
poursuivant ses opérations immobilières. Il devient propriétaire
d’un appartement de la Trump
World Tower, cauchemar mordoré de 72 étages sur la Ire Avenue,
face aux Nations unies. Une querelle de copropriétaires, détermi-
nés à évincer Trump lui-même du
bâtiment en 2006, offre la chance
de sa vie à Cohen. Prenant fait et
cause pour le « boss » et prévalant
sur les contestataires, il s’attire la
gratitude de Trump et se voit propulsé jusque dans les hautes sphères de la Trump Organization.
Des méthodes de voyou
Il devient l’exécutant des basses
œuvres, traînant dans la boue ou
achetant le silence de locataires
mécontents, entrepreneurs floués
et conquêtes féminines du patron.
Il a fait sien le conseil prodigué par
l’ex-conseiller juridique du sénateur McCarthy, Roy Cohn, selon
lequel il faut « frapper cent fois plus
fort que son agresseur » et « ne
desserrer l’étreinte que lorsque celui-ci a relâché la sienne ».
Ces méthodes de voyou des affaires vont lui fermer les portes de la
Maison-Blanche : alors qu’il se
voyait déjà propulsé conseiller dans
l’aile Ouest, voire directeur de cabinet, il est rejeté du nid sur pression d’Ivanka Trump et son mari,
Jared Kushner, soucieux que le passé de l’avocat ne plombe le 45e président des États-Unis. Pétri de
rancœur, Cohen continuera à défendre par habitude celui qui l’a
abandonné en rase campagne. Le
8 avril dernier, il tweetait encore :
« Je protégerai toujours le POTUS. »
Le lendemain, le FBI perquisitionnait son bureau et son domicile,
sans un mot du président hormis
une vague réprobation sur Twitter.
Michael
Cohen
désormais
n’aboie plus. Il rase les murs et
s’efforce de préparer un avenir
sombre, malgré la perspective
d’une remise de peine maximum
suivant ses confessions à venir au
procureur Bob Mueller sur les accointances russes de Donald
Trump. En son nom, ce sont ses
avocats qui s’expriment, et sans
ambages : pour Lanny Davis, ancien conseiller juridique démocrate de Bill Clinton, Michael Cohen a
« bel et bien jugé Donald Trump indigne de son rang de président
après [le sommet du 16 juillet à]
Helsinki ». « Il se fait du souci pour
l’avenir de notre pays avec quelqu’un qui n’hésite pas à s’aligner
sur M. Poutine. » Persona non grata à la Maison-Blanche, il n’est
sans doute plus le bienvenu chez
les Russes de Brighton Beach. ■
LE FIGARO
jeudi 23 août 2018
INTERNATIONAL
Italie : Salvini
somme l’UE
de partager
le fardeau
des migrants
Le ministre de l’Intérieur a autorisé un
navire transportant 177 réfugiés d’accoster
mais interdit leur débarquement à Catane.
RICHARD HEUZÉ rheuze@lefigaro.fr
ROME
EUROPE L’arrivée de 177 migrants dans
le port sicilien de Catane a offert un nouveau prétexte au ministre de l’Intérieur
et chef de file de la Ligue : Matteo Salvini
s’en prend à l’Europe et à son « refus
d’aider » l’Italie face à « l’afflux » de réfugiés. Les exilés, essentiellement des
Somaliens et des Érythréens, ont été recueillis le 16 août au large de la Libye par
le Diciotti, une vedette des gardes-côtes
de la marine italienne. Matteo Salvini
aurait voulu les renvoyer en Libye, mais
le ministre (Mouvement 5 étoiles) des
Infrastructures et des Transports, Danilo
Toninelli, qui a autorité sur les gardescôte et sur les ports d’Italie, s’y est opposé et a autorisé l’entrée, lundi soir, du
Diciotti dans le port de Catane.
Matteo Salvini a interdit leur débarquement tant que l’Europe n’aura pas
fait « un geste concret pour les accueillir ». Depuis deux jours, les migrants
campent sur le pont, protégés du soleil
par un dais de fortune. L’écrivain antimafia Roberto Saviano dénonce « une
séquestration d’État » et accuse Matteo
Salvini de « violer la Constitution ».
De son côté, la Commission européenne a enjoint l’Italie d’accueillir sur son
territoire « les mineurs et les sujets vulnérables », au nom de « l’impératif humanitaire ». Quant au parquet d’Agrigente,
il se prépare à ouvrir une enquête contre
le ministre de l’Intérieur, pour détention
arbitraire de migrants.
“
Ou vous vous décidez
sérieusement à aider
l’Italie, ou nous serons
contraints de les ramener
en Libye
”
MATTEO SALVINI, DIMANCHE DERNIER
Le 13 juillet dernier, un incident analogue s’était produit. Le Diciotti avait été
autorisé à entrer dans le port de Trapani
(Sicile) après avoir pris à son bord 67 migrants recueillis en haute mer. Matteo
Salvini s’était déjà opposé à leur débarquement. Mais après deux jours de grande tension, le président de la République,
Sergio Mattarella, était intervenu auprès
7
Les migrants
recueillis par le
Diciotti patientent
sur le pont
du navire, mardi
dans le port sicilien
de Catane.
ANTONIO PARRINELLO/
REUTERS
du président du Conseil, Giuseppe
Conte, pour ordonner de consentir à leur
débarquement.
De Russie, où il assistait au Mondial de
football, Matteo Salvini avait alors invité l’Europe à reconnaître que « les ports
libyens sont sûrs » et à « permettre les
refoulements ». Bruxelles avait immédiatement répondu que « ce n’était absolument pas le cas » et « qu’aucun navire européen ne pouvait procéder à des
débarquements dans ce pays ».
Matteo Salvini est déterminé à se
montrer inflexible. Ou du moins à le paraître tant que cela servira son image de
leader intransigeant.
Dimanche dernier, le Diciotti venait à
peine de recueillir à son bord les migrants en haute mer que Matteo Salvini
invectivait déjà l’Europe : « Ou vous vous
décidez sérieusement à aider l’Italie, ou
nous serons contraints de les ramener en
Libye, pour mettre fin une fois pour toutes
au business des trafiquants. » Tout en
ayant en mémoire un précédent qui
avait valu à l’Italie d’être durement
condamnée par la Cour européenne des
droits de l’homme. C’était en mai 2009.
Silvio Berlusconi était au pouvoir et avait
Berlin veut changer sa
stratégie américaine
pour ministre de l’Intérieur Roberto Maroni, dirigeant du parti de Salvini qui
s’appelait à l’époque la Ligue du Nord.
Maroni avait donné l’ordre à deux vedettes italiennes de reconduire à Tripoli
deux cents réfugiés, dont quarante femmes et trois enfants, sauvés en mer. À
leur débarquement, les rescapés avaient
été pris en charge par la police libyenne
et internés dans des camps.
Matteo Salvini attaque aujourd’hui les
pays européens qui « n’ont pas honoré
leurs promesses » de se répartir 450 migrants débarqués le 16 juillet dernier à
Pozzallo, un autre port de Sicile. Seule la
France semble trouver grâce à ses yeux
après avoir accueilli 47 des 50 immigrés
qu’elle s’était engagée à prendre. « Nous
attendons toujours que l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande et Malte en
fassent autant », accuse le ministre de
l’Intérieur. Pour sa part, Bruxelles met
en garde l’Italie contre toute expulsion
de mineurs non accompagnés : « C’est
contraire à la Charte européenne des
droits de l’homme et à toutes les conventions internationales », fait-elle savoir.
Matteo Salvini voudrait les refouler dans
leur pays d’origine. ■
EN BREF
Cisjordanie : Israël autorise
1 000 logements de colons
Les autorités israéliennes
ont autorisé mercredi des plans
de construction pour plus
d’un millier de logements
de colons en Cisjordanie
occupée, selon l’organisation
anticolonisation La Paix
maintenant. D’après cette ONG
israélienne, la construction dans
les colonies a fait un bond depuis
l’arrivée au pouvoir, début 2017,
de Donald Trump, grand allié
de Benyamin Nétanyahou.
Une centaine de migrants
forcent la frontière à Ceuta
Quelque 115 migrants
ont pénétré mercredi
dans l’enclave espagnole
de Ceuta en escaladant la clôture
frontalière de 6 mètres de haut
et hérissée de barbelés avec
le Maroc, blessant légèrement
sept gardes-frontières.
Ce que mijote Salman Rushdie Débat d’idées Gaël Tchakalof
l’Elysée
« Harry Potter, Le phénomène infiltrée en macronie (9)
pour la suite Trump et moi » Nassim N. Taleb Le cas Françoise Nyssen
Le chef de la diplomatie a fait un pas de plus vers
la redéfinition des relations entre les deux pays.
ALLEMAGNE Le tournant diplomatique
historique engagé par l’Allemagne se résume d’un mot : émancipation. Angela Merkel a ouvert la voie l’an passé en déclarant
que les Européens ne pouvaient plus se fier
comme avant aux États-Unis. Le ministre
des Affaires étrangères, Heiko Maas, a fait
un pas supplémentaire en esquissant mercredi, dans une tribune publiée dans le
quotidien économique Handelsblatt, une
« nouvelle stratégie » envers Washington.
S’il ne s’agit pas d’une prise de position officielle du gouvernement, comme l’a précisé la chancelière, ce texte est « une
contribution importante », a-t-elle souligné. Angela Merkel avance prudemment
pour redéfinir les relations historiques entre l’Allemagne et les États-Unis.
D’amis indéfectibles, les deux pays
veulent devenir « partenaires ». Le choix
des mots est symbolique. Heiko Maas
précise : « un partenariat équilibré » qui
permettra un contrepoids « là où les
États-Unis franchissent les lignes rouges »
et là « où les États-Unis se retirent ». Pour
le chef de la diplomatie allemande, ce
changement de ligne stratégique ne
pourra être réalisé qu’au niveau européen. « L’Union européenne doit devenir
un pilier de l’ordre international », écrit-il.
Pour rééquilibrer la relation transatlantique et redonner « de l’autonomie » à
l’Europe, le ministre évoque plusieurs pistes : renforcer sa politique de défense,
taxer les géants numériques américains,
protéger les entreprises européennes des
sanctions extraterritoriales américaines,
créer un nouveau système « indépendant »
d’échanges financiers. Le système Swift,
aujourd’hui dominé par le dollar, constitue un élément clé de la suprématie américaine. Sur ce dernier point, la chancelière
s’est montrée plus réservée en rappelant la
nécessaire coopération entre les deux rives de l’Atlantique en matière d’antiterrorisme. L’accord Swift y est essentiel.
Le débat sur la responsabilité grandissante de l’Allemagne sur la scène internationale n’en est encore qu’à ses débuts
outre-Rhin. Pour l’ancien ministre des
Affaires étrangères Sigmar Gabriel, il
« n’existe malheureusement pas encore
assez dans le débat public ». Pour lui, l’Allemagne doit enfin « devenir adulte stratégiquement » et cesser de s’en remettre à
d’autres, a-t-il expliqué mardi lors d’une
discussion avec le journaliste Christoph
von Marschall, auteur de « Nous ne comprenons plus le monde », un essai critique
sur la politique étrangère de l’Allemagne.
www.lepoint.fr Hebdomadaire d’information du jeudi 23 août 2018 n° 2399
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LE PALMARÈS
Alliance pour le multilatéralisme
L’éloignement croissant entre les intérêts
de Washington et de Berlin ne date pas de
Donald Trump. L’élection du milliardaire
en novembre 2016 a seulement précipité
une tendance qui « survivra à son mandat », souligne Heiko Maas dans sa tribune. Si les États-Unis ont fait le choix après
la Seconde Guerre mondiale de prendre
en charge la sécurité de l’Europe, et de
l’Allemagne en particulier, la fin de la
guerre froide a mis fin à toute nécessité.
Barack Obama a engagé une politique de
retrait. « Mais, contrairement à Trump, il
voulait remplacer l’hégémonie américaine
par le respect de traités internationaux »,
explique Sigmar Gabriel.
Maas propose de bâtir « une alliance
pour le multilatéralisme ». Mais les mots ne
suffisent pas à donner une réalité. Pour
réussir son pari, Berlin devra accepter de
revoir sa propre politique étrangère : que
ce soit en matière d’engagement militaire,
encore insuffisant aux yeux de ses alliés,
ou en matière de choix stratégique, comme l’illustre sa volonté de faire aboutir le
projet de gazoduc Nord Stream 2, critiqué
par certains partenaires européens. ■
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A
CORRESPONDANT À BERLIN
LOUISE OLIGNY POUR « LE POINT »
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
jeudi 23 août 2018 LE FIGARO
SOCIÉTÉ
8
Un djihadiste présumé libéré par erreur
Le juge d’instruction chargé du dossier a oublié de renouveler la détention provisoire de l’intéressé.
La ministre de la Justice a mandaté une inspection interne sur cette affaire embarrassante.
JEAN CHICHIZOLA
JUSTICE L’erreur est humaine, en matière judiciaire comme en d’autres. Mais celle révélée mercredi par Le Canard enchaîné a d’ores et déjà déclenché une belle
polémique. Un terroriste présumé, en détention provisoire dans l’attente de son
procès prévu en novembre devant une
cour d’assises spécialement composée, a
été libéré le 3 avril dernier après une erreur d’un juge d’instruction du pôle antiterroriste. Le magistrat a oublié de renouveler la détention provisoire de
l’intéressé, entraînant automatiquement
sa libération sous contrôle judiciaire. Dans
la pratique, les juges français utilisent un
« fichier » de leurs différents clients avec
notamment un « calendrier » en matière
de détention provisoire, fiches qu’ils tiennent à jour avec leur greffier pour veiller
au respect des règles de procédure.
Le porte-parole du gouvernement,
Benjamin Griveaux, a déploré mercredi
un « dysfonctionnement grave ». Vraisemblablement emporté par son indignation,
il a également estimé que « la priorité
(était) de retrouver cet individu ». En réalité, le suspect est localisé, soumis à un
contrôle judiciaire qualifié de « très strict »
par la Chancellerie. Oualid B. serait notamment soumis à un « pointage » plusieurs fois par jour. On imagine par ailleurs
que, en dehors même des conditions de ce
contrôle, il est l’objet des attentions des
services de renseignements. Ce qui n’enlève rien au côté très embarrassant de l’affaire, peu fréquente en règle générale et
rarissime en matière antiterroriste.
Projet d’attentat
Oualid B. est en tout cas attendu le 12 novembre prochain pour son procès.
L’homme est poursuivi dans le cadre
d’un projet d’attentat à Lyon, déjoué le
16 septembre 2014. Ce jour-là, la police
interpellait deux frères soupçonnés de
préparer une attaque contre un objectif
non défini. Les perquisitions permettaient de retrouver un drapeau de Daech,
une arme automatique et des munitions.
Aucun projet précis n’a pu être déterminé. Au total, 15 personnes, dont Oualid B.,
interpellé en août 2016, sont accusées
dans ce dossier, dont huit seraient en
zone syro-irakienne. Outre son projet
d’attentat, la fratrie au cœur de l’affaire
envoyait en effet également des volontaires, hommes et femmes, rejoindre les
rangs des groupes djihadistes.
Après avoir recouvré la liberté, Oualid B. avait été interpellé en mai car il se
trouvait hors de la zone géographique
L’erreur du magistrat a entraîné automatiquement la libération de Oualid B., désormais sous contrôle judiciaire.
GERARD JULIEN/AFP
fixée par son contrôle judiciaire. Jugé en
comparution immédiate, il avait été finalement relaxé. Le parquet, qui avait demandé dix mois de détention, a fait appel
et les faits seront rejugés le 13 septembre à
Paris avec un possible retour en prison du
djihadiste présumé.
Sur le fond du dossier, la ministre de la
Justice, Nicole Belloubet, a mandaté une
inspection interne. Les conclusions de
cette enquête, menée par l’Inspection générale de la justice composée de magistrats et de hauts fonctionnaires, sont attendues fin septembre. Mercredi, la
Chancellerie indiquait qu’elle visait à
« comprendre comment un acte ayant potentiellement des conséquences graves, eu
égard au profil lourd de l’intéressé, a pu se
produire ».
Selon Le Canard enchaîné, le juge
d’instruction aurait été convoqué par sa
hiérarchie qui lui a demandé, en vain, de
quitter ses fonctions. Selon l’ordonnance
du 22 décembre 1958 portant loi organique relative au statut de la magistrature,
les magistrats du siège « sont inamovibles.
[…] En conséquence, le magistrat du siège
ne peut recevoir, sans son consentement,
une affectation nouvelle, même en avancement ». Exception faite d’une mesure prise « à titre de sanction disciplinaire, par le
Conseil supérieur de la magistrature ». ■
Ce Français soupçonné d’avoir préparé un attentat à Berlin
« estL’intéressé
déjà
accusé
d’un projet
d’attaque
dans les
Bouchesdu-Rhône
en pleine
campagne
pour l’élection
présidentielle
»
L’ISLAMISTE Clément Baur, interpellé à Marseille le 18 avril 2017
avec Mahiedine Merabet en possession d’un fusil-mitrailleur,
d’armes de poing, de 3,5 kg d’explosifs de type TATP et d’une grenade artisanale, a-t-il préparé un
autre attentat, cette fois en Allemagne en 2016 ?
L’intéressé est déjà accusé d’un
projet d’attaque dans les Bouches-du-Rhône en pleine campagne pour l’élection présidentielle.
L’objectif (meeting politique, bars
gays, lieux festifs…) demeure indéfini à ce jour. Clément Baur, qui
avant son interpellation se faisait
passer pour un Tchétchène, doit
être entendu sur les faits français
par un juge d’instruction antiterroriste parisien le 29 août. Des enquêteurs allemands seraient présents pour l’occasion.
On savait déjà que ce fils d’un
patron de PME et d’une commerçante, ex-catholique pratiquant
converti à l’islam au contact de la
communauté tchétchène de Nice,
avait effectué, entre 2015 et 2017,
une série de déplacements en
France, en Belgique et donc en Allemagne. Mais ce dossier, déjà
hors norme, a pris une nouvelle
tournure mercredi à Berlin.
Des policiers du Bundeskriminalamt (BKA, police judiciaire fédérale), de la PJ du Land de Berlin,
assistés du GSG9 (unité d’intervention créée après le massacre de
Munich en 1972), ont interpellé un
ressortissant d’origine tchétchène
et de nationalité russe. Âgé de
31 ans, Magomed-Ali C. était
connu des services spécialisés et
aurait fréquenté une mosquée salafiste berlinoise, aujourd’hui fermée, où serait également passé
Anis Amri, auteur de l’attentat au
camion-bélier du marché de Noël
de Berlin, le 19 décembre 2016
(12 morts et 56 blessés, dont une
Française). Une enquête prélimi-
naire a été ouverte en France sur
cet attentat. Selon la porte-parole
du parquet fédéral, Frauke Köhler,
un numéro de téléphone enregistré
dans le portable d’Anis Amri a été
identifié comme étant celui de Clément Baur, ce qui n’implique toutefois pas ce dernier dans l’attaque.
Selon la justice allemande, Magomed-Ali C. aurait été en contact
avec Clément Baur à Berlin à
l’automne 2016. Les deux islamistes auraient entreposé dans un
appartement berlinois des quantités « substantielles » de TATP.
Toujours selon la version officielle
allemande, ils auraient eu le projet
de fabriquer des engins explosifs
avec la volonté de « tuer ou blesser
un nombre important de personnes ». Un projet fort semblable à
celui de Marseille.
Le 26 octobre 2016, une « mesure de police préventive » aurait
visé Magomed-Ali C. et perturbé
ce projet terroriste. Craignant
vraisemblablement une perquisition de leur appartement et la découverte du supposé TATP, dont
le sort est pour l’heure inconnu
(rien n’a été retrouvé en perquisition mercredi), les deux hommes
décidaient de se séparer. Le
Tchétchène restait à Berlin et Clément Baur quittait la capitale allemande dans les derniers jours
d’octobre pour la France via Aixla-Chapelle. Il y retrouvait Merabet avant d’être interpellé à Marseille. Selon Berlin, les soupçons
sur un projet d’attentat en Allemagne seraient nés au cours de
l’enquête française.
Contactée par Le Figaro, l’avocate de Clément Baur, Me Charlotte Cesari, du barreau de Marseille,
a dit avoir « pris connaissance des
informations venant d’Allemagne.
Cela reste des supputations et mon
client comme la personne interpellée à Berlin sont toujours présumés
innocents ». ■
J. C.
Des réseaux sociaux pour se rapprocher des voisins
De nouvelles plateformes mettent en lien les habitants d’un même quartier. Une façon de retisser du lien social.
MARIE TRANCHANT
LILLE
tout est localisé par quartier, inutile de
vérifier cette donnée essentielle pour
ce type de service.
Faciliter la vie quotidienne, rendre
des services ou encore organiser des
“
Aujourd’hui, on
ne connaît plus vraiment
ses voisins, on a perdu
l’habitude d’aller sonner,
on a peur de déranger
”
ÉLISE MAGNIN, FONDATRICE DE LA PLATEFORME
MESVOISINS.FR
apéros entre voisins, voilà autant de
points positifs que retiennent les utilisateurs. D’autres plateformes du
même type existent, d’ailleurs. « On
n’a rien inventé, estime Karim Bassiri,
directeur des opérations en France de
Nextdoor, née aux États-Unis en 2011.
Le premier réseau social, c’est ce qui se
passe dans la vraie vie. Mais nous sommes trop dépendants des plateformes
virtuelles, nous passons trop de temps
devant les ordinateurs, les portables. »
L’objectif est donc de revenir à du
concret. « Sept fois sur dix, les échanges sur Nextdoor donnent lieu à des
rencontres dans la vraie vie », préciset-il. Inscrite sur mesvoisins.fr, Christel, 45 ans, espère « recréer une ambiance village » grâce à cette
application. Déjà membre d’un SEL
(système d’échange local) à Pessac,
elle retrouve sur la plateforme l’esprit
du système, en plus moderne. « J’ai
trouvé une jeune femme allemande pour
20
ÉT
É
PRÉSENTE
Grammaire, orthographe, dictées,
expressions, synonymes…
A
donner des cours à ma fille », témoigne-t-elle. En échange, elle l’aide en
français.
Le développement de mesvoisins.fr
a été rapide, se réjouit Élise Magnin.
« Il y a un effet de communauté, ajoutet-elle. La surprise a été de voir que le
côté social a pris : des apéros ont lieu,
des petites solidarités naissent. C’est
nouveau : Facebook permet de garder le
lien avec des amis aux quatre coins du
monde, LinkedIn permet de gérer ses
relations professionnelles, et mesvoisins.fr facilite la mise en relation des
gens. » Et Élise Magnin de se mettre à
rêver : « L’idée c’est de créer du lien social au niveau local pour résoudre des
problèmes nationaux comme l’isolement, l’exclusion ou encore la surconsommation. » ■
Parmi ces mots,
lesquels sont
mal orthographiés ?
18
ENTRAIDE Trouver une baby-sitter,
un jardinier, un cours de danse ou des
amateurs de running pour ne plus aller
courir seul. S’informer sur les animations dans le quartier, se faire prêter
une perceuse ou proposer de garder le
chat de ceux qui partent en vacances.
Le principe est vieux comme le monde, mais l’entraide entre voisins ne va
plus de soi partout. « Aujourd’hui, on
ne connaît plus vraiment ses voisins, on
a perdu l’habitude d’aller sonner, on a
peur de déranger, constate Élise Magnin, fondatrice de la plateforme mesvoisins.fr. On a donc créé une application pour faciliter le premier contact et
recréer des liens de voisinage. » En sep-
tembre 2017, son site et son application sont lancés en France, d’abord à
Paris puis dans de grandes villes de
province : Lyon, Marseille, Nantes,
Bordeaux, Lille. « On a dépassé les
100 000 utilisateurs, se félicite la jeune
femme de 25 ans. On s’est installé à
Lille en avril, et on a déjà plus de
3 000 voisins connectés. » Il suffit de
s’inscrire, de donner son adresse pour
être situé dans un quartier, puis d’entrer en contact avec les autres usagers
grâce à des centres d’intérêt, des offres
de services, des demandes.
Vanessa, 35 ans, a connu l’appli grâce à un mot glissé par un voisin dans sa
boîte aux lettres. « J’ai trouvé l’idée
sympa et utile, lance cette DRH. J’ai
rapidement trouvé une baby-sitter. »
L’avantage ? La proximité. Puisque
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LE FIGARO
jeudi 23 août 2018
SOCIÉTÉ
Scolarité :
ruée précoce
sur les cours
particuliers
ZOOM
80 familles de migrants
mises à l’abri à Paris
Près de 80 familles de migrants,
qui passaient leurs journées dans
un parc du nord de Paris dans
l’attente d’un hébergement,
ont été mises à l’abri mercredi.
« 77 personnes […] ont été prises
en charge, dont 44 adultes
et 33 enfants », a indiqué
la préfecture de région.
Ces migrants, principalement
afghans, éthiopiens et somaliens,
ont été acheminés vers une
structure d’accueil de jour
où leur situation a été évaluée, et
« 66 personnes, dont l’ensemble des
familles recensées, ont fait l’objet
d’une orientation » pour rejoindre
un hébergement. « L’idée était
de placer ces familles, qui étaient
hébergées à la nuitée, dans
un hébergement plus pérenne »,
a-t-on précisé à la Ville.
Les lycéens ont réservé leurs leçons dès
le mois d’août. Certaines entreprises surfent
sur l’inquiétude générée par Parcoursup.
ÉDUCATION Au standard de Superprof,
le téléphone ne cesse de sonner depuis le
15 août. La boîte mail de Gaëtan Grenier,
qui gère les relations avec les familles au
sein de cette entreprise, est d’ailleurs
presque saturée. La start-up de soutien
scolaire n’a jamais été autant sollicitée à
l’approche d’une rentrée. Considérée
comme « Leboncoin du soutien scolaire », Superprof propose de mettre en
réseau professeurs triés sur le volet et
élèves. Le succès de cette plateforme
collaborative n’est plus à prouver : le
concept s’est aujourd’hui exporté dans
une vingtaine de pays avec 3,1 millions
de « Superprofesseurs » depuis sa création en 2013. « Le trafic augmente d’année en année, avec une reprise de + 30 %
dès la mi-août. D’après mon expérience,
les élèves sont plus prévoyants et s’y
prennent certainement plus tôt qu’auparavant », explique Gaëtan Grenier.
Sur un site concurrent, le constat est
le même : la demande des étudiants et
de leur famille est de plus en plus précoce. « On observe depuis plusieurs années
un certain nombre d’élèves qui s’inscrivent plus tôt dans l’année, dès le mois
d’août, alors qu’avant, les révisions reprenaient plutôt début septembre », fait
savoir Capucine Gautier, directrice du
site Les Bons Profs qui propose des cours
sous forme vidéo.
Selon une étude Exerfi de 2017, la
France se hisse ainsi au premier rang du
marché de soutien scolaire privé dans
l’Union européenne. D’après ce rapport,
la demande progresserait de 1 à 2 % chaque année. Il y est d’ailleurs précisé que
le « marché devrait encore profiter d’ici
2020 de l’anxiété des élèves et de la défiance à l’égard du système éducatif ».
Une aubaine pour les agences
de cours de soutien privés
Guillaume, élève qui rentre en terminale
ES, fait partie de ces nombreux élèves
qui, inquiets à l’approche du bac, préparent leur rentrée de plus en plus tôt. « De
nombreux lycéens qui entrent en terminale
sont stressés par la plateforme Parcoursup. Nous avons pris conscience qu’il faut
désormais travailler plus pour obtenir
l’admission que nous souhaitons » dans
l’enseignement supérieur, concède le
jeune homme. Une aubaine pour les
agences de cours de soutien privés qui
profitent d’un effet « Parcoursup ».
« Certains de mes camarades ont reçu
dans le courant de l’été des SMS d’organismes ou d’écoles privés qui font la promotion de leurs services aux “refoulés de
Parcoursup” », rapporte Thomas Le
Le loup de retour
dans le Béarn
Des analyses ADN dans la vallée d’Ossau montrent
que des massacres sur des troupeaux ont été
commis par des prédateurs croisés avec des chiens.
ÉRIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
RURALITÉ Éradiqué depuis la fin des années 1930 dans l’Hexagone, le loup, réapparu dans les Alpes françaises depuis la fin
1992, étend petit à petit son territoire.
L’arrivée de ce prédateur est désormais
avérée dans les Pyrénées-Atlantiques,
plus précisément dans le Béarn. Un département où les éleveurs sont déjà furieux de
la présence de l’ours… « Deux échantillons
biologiques récoltés dans la vallée d’Ossau
et analysés par le laboratoire Antagène à
Lyon confirment cette présence », indique
un communiqué de la préfecture de Pau
publié mardi. Mais il ne s’agit pas d’un pur
loup mais d’un animal hybride, résultant
d’un croisement entre « un loup d’origine
italo-alpine et un chien », type berger allemand. Ces prélèvements ont été effectués
sur des cadavres à la suite de l’une des
multiples attaques sur des troupeaux de
moutons depuis le printemps dernier.
« C’est exceptionnel. Rien qu’en trois mois,
150 brebis ont été tuées dans la vallée d’Ossau, on n’avait jamais vu un massacre d’une
telle ampleur en si peu de temps en France »,
fustige Olivier Maurin, éleveur de moutons dans le Béarn et vice-président de la
FNDP (Fédération nationale de la défense
du pastoralisme).
Par ailleurs, l’organisation déplore la
lenteur de la préfecture dans cette affaire.
« Cela fait deux mois que nous avions alerté
les pouvoirs publics. Les loups n’hésitent
plus à attaquer en plaine les troupeaux, y
compris les gros animaux. Une vache blonde
d’Aquitaine de 700 kg ! Ce n’est plus possible », déplore Olivier Maurin.
L’Office national de la chasse et la faune
sauvage (ONCFS) a dénombré à la sortie
de cet hiver 430 loups en France, soit une
augmentation de 20 % par rapport à 2017.
EN BREF
Corse : un détenu manquant
à la « prison ouverte »
Cet engouement pour le soutien scolaire s’explique aussi par les critiques émises
envers le système scolaire actuel. VOLODYMYR SHCERBAK/STOCK.ADOBE.COM
Corre, porte-parole du Syndicat général
des lycéens (SGL). « Désormais, vous
n’avez plus le droit à l’erreur », leur étaitil adressé. À la suite de quoi, beaucoup
d’entre eux ont « succombé à ces propositions payantes », complète-t-il.
Cet engouement pour le soutien scolaire s’explique aussi par les critiques
émises envers le système scolaire actuel. « Le développement des cours particuliers est un signe de la crise de l’enseignement de masse en France, analyse
Nathalie Bulle, sociologue de l’éducation, directrice de recherche au CNRS.
Par conséquent, l’éducation intellectuelle
tend à être externalisée, prise en charge
en dehors de l’école par des cours privés,
complémentaires, sur Internet, très souvent gérée par les familles. »
Pour certains parents, se pose toutefois la problématique financière. Les
cours, qui peuvent avoisiner les
50 euros de l’heure chez Acadomia, représentent un « vrai luxe » pour Virginie, mère de deux filles au collège et au
lycée. Cette dernière a dû faire un choix
entre le séjour linguistique et le cours
particulier privé. Elle a finalement opté
pour le second afin que ses deux adolescentes ne « perdent pas la main pendant
les vacances et soient armées pour la rentrée ». Gaëtan Granier l’assure, ces familles sont prêtes à payer le prix fort, du
moment qu’elles peuvent avoir un
choix. « Certains nous demandent s’ils
peuvent changer de professeur en cas de
problème. Ils veulent avoir le meilleur, du
moment que leur enfant réussit. » ■
Un détenu était activement
recherché en Corse mercredi,
après avoir été porté absent de la
« prison ouverte » de Casabianda
(Haute-Corse), un établissement
sans murs d’enceinte. Tous
les moyens sont engagés pour le
retrouver, à savoir un hélicoptère,
des cavaliers de la gendarmerie
ou encore des fouilles pédestres.
À Nice, une intervention
des pompiers perturbée
Trois personnes ont été
interpellées après une
intervention des pompiers sur
un feu d’appartement à Nice,
perturbée par un groupe
de personnes. Dans la nuit de
mardi à mercredi, « des dizaines
d’individus ont insulté les pompiers,
se sont permis de toucher aux
tuyaux, ont dispersé du matériel »,
a raconté le commandant
des opérations de secours.
9
É
LE 01
EL 8-2
V
U 01
NO N 2
O
TI
DI
PARTEZ À LA DÉCOUVERTE
DE L’AUTHENTICITÉ, DU CHARME
ET DU PARTAGE
Il s’agit d’une espèce strictement protégée
par la convention de Berne (1979), transposée en droit français il y a moins de
trente ans. Comme il s’agit cette fois-ci
d’un loup issu d’un croisement avec un
chien domestique, la recommandation 173
de la convention de Berne s’applique. Elle
préconise « l’élimination, sous le contrôle
du gouvernement, de tels hybrides qui seraient présents dans les populations du
loup ». En clair pour préserver l’homogénéité de la race, le texte autorise le tir sans
quota contrairement au loup « pur ». Face
à l’expansion de ce dernier, 40 prélèvements ou mises à mort par an sont autorisés en France.
Les éleveurs excédés
Avec une moyenne annuelle de 9 attaques
de loups par jour et de plus de 30 victimes
animales quotidiennes, les éleveurs sont
excédés et voudraient que les pouvoirs publics autorisent plus de prélèvements.
« Entre le 30 juin et le 31 juillet 2018, ce sont
1 395 bêtes qui ont été massacrées par la politique du plan loup. Sur un an, le nombre de
victimes a augmenté de près de 4 % avec
5 006 animaux tués. Veut-on sauvegarder
notre métier ? », interroge un autre Olivier
Maurin, cette fois-ci coprésident de la
FNDP et éleveur de brebis en Lozère. Il a
subi lui aussi les attaques du prédateur.
La recommandation 173 permettrait un
rééquilibrage plus franc et plus massif en
éliminant les hybrides. Encore faut-il pouvoir distinguer un loup d’un chien-loup
quand on en aperçoit un… La préfecture
des Pyrénées-Atlantiques a autorisé pour
ces derniers les « tirs de défense simple par
les éleveurs et, en cas d’inefficacité de ces
opérations, des tirs de défense renforcés,
jusqu’à dix tireurs ». En pratique, il est très
difficile de prendre le loup en défaut, à
moins d’un attirail sophistiqué. ■
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9
jeudi 23 août 2018 LE FIGARO
10
SCIENCES
La science reconsidère l’âge des momies
L’embaumement des momies est apparu en Égypte 1 500 ans avant la date couramment retenue.
core très divisée. La momie de Turin date
d’une période appelée « Nagada ». Les
premières cités apparaissent le long de la
vallée du Nil et des royaumes rivaux
commencent à voir le jour. C’est l’unification de ces royaumes qui amènera la
première dynastie pharaonique à la fin du
IIIe millénaire avant J.-C. « À cette époque, l’Égypte est considérée comme très
insulaire, quasi “primitive”, ajoute Jana
Jones. Une société tribale avec des
contacts limités avec le monde extérieur. »
VINCENT BORDENAVE £@bordenavev
ARCHÉOLOGIE De l’huile végétale, de la
résine de conifère chauffée, des extraits
de plantes aromatiques et une mixture
de gomme mélangée à du sucre. Cette
recette ancestrale a servi pendant des
milliers d’années durant l’ancienne
Égypte. Pas dit qu’elle vous soit utile
pour épater vos amis lors d’un dîner,
mais elle est d’une efficacité redoutable
pour la conservation des corps. C’est une
équipe internationale de chercheurs,
menée par Jana Jones de l’université
Macquarie à Sydney (Australie) et Stephen Buckley de l’université de York
(Angleterre), qui vient de la mettre au
jour à partir d’une momie vieille de 5 500
ans, exposée au Musée de Turin. Ils publient leurs travaux dans la revue Journal
of Archaeological Science.
Jusqu’alors, les égyptologues pensaient
que les premières momifications remontaient à l’Ancien Empire égyptien, l’âge
d’or du royaume, soit autour de 2 500 ans
avant J.-C. « La “recette” de momification
est connue depuis longtemps, explique
Claude Rilly, chargé de recherche au
CNRS. Au moins depuis Hérodote en 450
avant J.-C. Mais l’intérêt de ces travaux
est de reporter de plus de 1 500 ans en arrière ce savoir-faire. » Car la momie de
Turin permet de faire le lien avec des tissus d’embaument datant de 4 000 ans
avant J.-C.
C’est donc une momie de l’Égypte préhistorique qui a permis ce bond dans le
temps. Datant de plus de 3 500 ans avant
J.-C., elle a été découverte près de Gebelein (sud de l’Égypte) à la fin du XIXe siècle. Elle est conservée depuis 1901 dans
un musée de Turin. Repoussant ainsi de
1 500 ans le début de l’art d’embaumement égyptien. Par chance, elle n’avait
jamais été datée et n’avait fait l’objet
d’aucune altération en vue de sa conservation. Les analyses ont permis de révéler
que le corps était celui d’un homme d’entre 20 et 30 ans. Contrairement aux premières conclusions, il n’avait pas subi une
dessiccation naturelle dans le sable chaud
et sec du désert, mais avait bel et bien été
embaumé. « Jusqu’à présent, nous n’avions jamais étudié de momie préhistorique,
qui a ainsi démontré grâce à la chimie les
origines de ce qui deviendra le mythique
embaumement que nous connaissons
tous », explique Stephen Buckley.
Résines de conifères
L’étude chimique d’une des 20 momies préhistoriques conservées au Musée de Turin a permis aux scientifiques de repousser
dans le temps la pratique de la momification. MUSEO EGIZIO DI TORINO/THE FRENCH TOURIST
L’étude chimique a ainsi révélé les ingrédients utilisés pour la momie conservée à Turin. Des ingrédients que l’on retrouve 2 500 ans plus tard quand l’art de
l’embaumement était à son paroxysme. Le
savoir-faire a donc été conservé sur une
période particulièrement longue. Pendant
au moins plusieurs centaines d’années, les
embaumeurs ont dû se transmettre ce secret oralement. Car les premiers hiéroglyphes en Égypte datent d’il y a 5 200 ans, au
moins 300 ans après la momie de Turin.
« C’est ce qui est particulièrement incroyable dans cette découverte, explique Jana Jones. La recette était utilisée dans les mêmes
proportions que lors de la momification traditionnelle de la période pharaonique. Le
mélange n’a été modifié qu’en fonction de la
disponibilité des différents produits. »
Une continuité d’autant plus surprenante que l’Égypte préhistorique est en-
Le sarcophage noir dévoile ses secrets
Découvert début juillet à Alexandrie,
cet immense sarcophage (2,60 m
de long, 1,85 m de haut et 1,65 m
de large) en granit noir, vieux
de 2 000 ans, alimentait les plus folles
rumeurs. Et pour cause, découvrir
un tel sarcophage inviolé est
particulièrement rare. Ouvert
une quinzaine de jours après
sa découverte, il avait dégagé
une odeur pestilentielle. Au fond :
trois squelettes et un intrigant
liquide rougeâtre. Le 19 août dernier,
le ministère des Antiquités d’Égypte
a publié les résultats des premières
analyses. Les squelettes
appartenaient à deux hommes âgés
L’ÉTÉ DU FIGARO
Le capricorne
asiatique,
l’Attila des bois
Au stade de larve, il creuse de profonds trous
dans le tronc d’un grand nombre de variétés d’arbres,
ce qui finit par les tuer. Il faut brûler le bois infecté.
A
1
JEAN-LUC NOTHIAS jlnothias@lefigaro.fr
INVASION Qu’est-ce que des pavés en
granite ou des blocs de fonte pour des
contrepoids d’ascenseurs ont à voir avec
le capricorne asiatique ? Ils se sont involontairement faits les complices de ces
dangereux contrebandiers, des monstres
miniatures dévoreurs et tueurs d’arbres,
venus, encore une fois pour une espèce
envahissante exotique, d’Asie. Au début
des années 2000, des palettes et des caisses en bois, venues de Chine, sont arrivées à Gien, dans le Loiret, et à SainteAnne-sur-Brivet, en Loire-Atlantique.
Le bois était infesté par Anoplophora glabripennis, alias le capricorne asiatique, un
redoutable coléoptère dont les larves se
nourrissent de toutes sortes d’espèces
d’arbres. L’infestation a été découverte
en 2003 à Gien, sur des érables et des
marronniers, et en 2004 à Sainte-Anne-
sur-Brivet. La seule manière de se débarrasser à coup sûr du ravageur est de brûler les arbres, feuillages, troncs et
racines, dans un rayon de 100 m autour
de l’arbre qui a été infecté. À Sainte-Anne-sur-Brivet, la municipalité a dû procéder à l’abattage de 77 arbres. De l’autre
côté du pays, à Divonne-les-Bains (Ain),
en 2016 et 2017, près de 800 arbres ont été
abattus, à la suite de la découverte d’arbres infectés : coût pour la commune,
autour de 350 000 euros !
Abattage systématique
des arbres infestés
Les adultes, que l’on appelle « imago », de
capricornes asiatiques ont un corps noir
brillant ponctué de taches blanches aux
formes variables (ils portent en Chine le
nom de « coléoptères de nuit étoilée »),
long de 2,5 à 3,5 cm. Ils possèdent de longues antennes annelées de blanc à reflets
bleutés. Elles sont 2,5 fois plus grandes
que le corps chez les mâles et
1,3 fois plus grandes chez les
femelles.
Les œufs sont blanchâtres, longs de 5 à 7 mm, de
forme cylindrique, effilés
à leurs extrémités. Ils
éclosent au bout d’une
quinzaine de jours
après être passés à
une couleur jaune-brun juste
avant l’éclosion. Les larves
apodes (sans pattes) sont blanchâtres, environ 5 cm de
long avec une tête brune. Elles commencent par creuser et se nourrir des tissus vasculaires sous l’écorce. Puis elles
s’enfoncent vers le cœur de l’arbre. Les
galeries ainsi creusées font environ 1 cm
de diamètre sur plusieurs centimètres de
long. Puis elles retournent sous l’écorce
pour passer l’hiver. Les adultes émergent
durant l’été en creusant dans l’écorce
d’entre 35 et 44 ans, et à une femme
d’une vingtaine d’années. Un des
crânes porte une marque qui, dans
un premier temps, a été prise
pour une blessure. Il s’agirait en fait
d’une trépanation, une opération
assez courante pendant l’Antiquité.
Le liquide rouge est dû à
de l’infiltration d’eau. La couleur
résultant de la décomposition
des corps. La prochaine phase est
la recherche ADN pour déterminer
si les individus ont des liens de
parenté. À noter qu’aucune
malédiction n’a pour l’instant frappé
les chercheurs égyptiens en charge
de la découverte !
V. B.
4/6
Au cœur de cette recette, on trouve certaines résines de conifères qui n’étaient
pas originaires d’Égypte. Une preuve
que les échanges étaient sans doute plus
importants que les scientifiques ne
l’imaginaient. « Ces travaux montrent
que les anciens Égyptiens de l’époque
avaient déjà accès à des routes commerciales menant à la Méditerranée orientale
et avaient une croyance très développée
dans l’au-delà », continue la chercheuse
australienne.
Jana Jones et Stephen Buckley n’en
sont pas à leur première tentative de décryptage de cette recette ancestrale. En
2014, ils avaient déjà publié un article
dans lequel ils identifiaient pour la première fois la présence d’agents complexes
d’embaumement dans des fragments de
lin vieux de près 6 000 ans. « J’étais allée
photographier les échantillons de textile
découverts dans les années 1920 au Bolton
Museum en Angleterre, raconte Jana Jones. J’ai constaté qu’ils étaient imprégnés
de résine. Stephen Buckley les a alors analysés. Ces textiles prouvaient que les Égyptiens pratiquaient la momification il y a bien
plus longtemps que nous ne le pensions.
L’étape suivante consistait donc à voir si
l’une des quelque 20 momies préhistoriques
recensées dans des musées confirmerait ces
résultats. Et ce fut le cas avec celle de Turin,
qui n’avait pas été touchée jusque-là ! »
Non seulement ces travaux repoussent
dans le temps la momification, mais ils
démontrent que cette pratique était aussi
utilisée dans une zone géographique très
large, à une époque où le concept d’identité panégyptienne était tout juste à ses
balbutiements. Les textiles du Bolton
Museum datent de 4 500 à 3 500 avant
J.-C. et proviennent de Badari, soit
250 km plus au nord que Gebelein. ■
[
]
Les fléaux
biologiques
un trou de sortie circulaire d’environ 1 cm
de diamètre juste au-dessus du site de
ponte. Les adultes volent jusqu’aux parties
supérieures de l’arbre où ils se nourrissent
(feuilles, écorce jeune), grandissent et copulent. Les femelles fécondées pondent
un à un leurs œufs (35 à 90 œufs par femelle) dans des fentes de l’écorce qu’elles
ont creusées avec leurs mandibules.
Ce glouton n’est pas difficile : A. glabripennis adore les bouleaux, les érables, les
marronniers, les peupliers et les saules.
Son cousin A. chinensis, arrivés dans les
bagages de bonsaïs, préfère les agrumes,
les bouleaux, les érables, le hêtre, le laurier-cerise et les platanes. D’autres arbres et arbustes peuvent, eux aussi,
être attaqués.
Une décision d’exécution du 9 juin
2015 rendue par la Commission
européenne ordonne
l’abattage systématique des arbres infestés ainsi
que des arbres susceptibles de l’être dans un rayon de 100 m2.
Car il n’existe pas de méthode de piégeage
efficace, pas plus que de traitement
phytosanitaire. Et les prédateurs ou
parasites naturels de l’insecte sont
restés dans sa région d’origine. En cas
de découverte, il faut prévenir la
mairie ou le service chargé de la protection des végétaux de la direction
régionale de l’agriculture et de
la forêt. ■
RETROUVEZ DEMAIN:
Victimes de la « chalarose »,
les frênes agonisent
LE FIGARO
jeudi 23 août 2018
SPORT
11
Thierry Henry au
secours de Bordeaux
Le champion du monde 1998 pourrait finaliser
ce jeudi un accord afin d’entraîner les Girondins.
TEDDY VADEEVALOO
tvadeevaloo@lefigaro.fr
Départ du Prologue
de la Solitaire,
mercredi au Havre.
ALEXIS COURCOUX
La Solitaire Urgo : dernière
pour le « Figaro Bénéteau 2 »
Après seize saisons, le fier coursier tirera sa révérence à l’issue de
l’épreuve 2018 dont le prologue s’est déroulé mercredi, au Havre.
VOILE Les trente-six skippers de la Solitaire Urgo Le Figaro 2018 sont installés
depuis le début de la semaine au port de
plaisance du Havre. Peaufinant avec
beaucoup de méticulosité leur préparation, que cela soit pour leur bateau mais
surtout pour l’étude météorologique et
tactique du premier tronçon concocté
par la direction de course.
La première étape de la 49e édition de
l’épreuve reine des solitaires s’élancera
dimanche à destination de la baie de
Saint-Brieuc. Si le prologue a été remporté
hier midi par Martin Le Pape (Skipper Macif 2017) pour une paisible mise en bouche
de 5 petits milles, l’heure est donc encore
aux dernières révisions avant l’ultime
épreuve se disputant en Figaro Bénéteau 2.
Après seize saisons de bons et loyaux services, le fier coursier tirera en effet sa révérence à l’issue de l’épreuve. Thierry
Chabagny (Gedimat) est le plus âgé du plateau avec ses 46 printemps et se présente
pour la 17e fois sur la ligne de départ. Pour
lui, c’est une page qui se tourne : « J’ai ce
bateau depuis 2003. Et je l’ai toujours bien
aimé. Mais il est temps de changer. Il est désormais dépassé. Il est lourd et pousse un
peu d’eau. Mais le principal, c’est que l’on
soit tous à armes égales et que l’on prenne
malgré tout du plaisir sur l’eau. »
Si Thierry Chabagny a passé une bonne
partie de sa carrière sur ce support, terminant 2e en 2006, remportant une étape
en 2015 et gagnant avec Erwan Tabarly la
Transat Ag2r La Mondiale en 2016, son
palmarès est étoffé aussi avec une victoire
sur le Trophée Jules Verne en 2012 avec
Loïck Peyron et un Tour de l’Europe en
2013 avec Michel Desjoyeaux. « C’est sûr
que le Figaro Bénéteau 3 n’a rien à voir
avec un monocoque 60 pieds tel que le Charal de Jérémie Beyou qui vient d’être mis à
l’eau ce mercredi. Mais j’en ai eu d’excellents échos. Il me reste maintenant à trouver un nouveau sponsor car l’aventure de
huit années avec Gedimat s’achève. Avec
le nouvel engin, je suis prêt à repartir pour
de belles saisons sur le circuit », termine
Thierry Chabagny.
Il sera bien évidemment un des hommes à surveiller sur cette édition de la Solitaire Urgo Le Figaro. Encore faudra-t-il
briller sur les 1 700 milles du parcours qui
mèneront les concurrents du Havre à
Saint-Gilles-Croix-de-Vie via SaintBrieuc et Ria de Muros-Noia en Espagne. ■
Connaissance pointue
Blanc et Henry ne sont pas les seuls
champions du monde 98 à avoir choisi
le métier d’entraîneur en club puisque
Zidane (Real Madrid), Deschamps (Monaco, Juventus, OM), Vieira (New York
City, Nice) et Charbonnier (Istres) ont
également pris en charge une équipe.
Avec plus ou moins de succès. Henry
cherchera à imiter Zidane et Deschamps
qui, pour leur première expérience, ont
guidé leur équipe vers le succès. Le premier nommé a tout de suite imposé sa
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FOOTBALL Thierry Henry (41 ans) a
donné son accord de principe pour devenir le prochain entraîneur des Girondins de Bordeaux. L’ancien attaquant
des Bleus et d’Arsenal doit rencontrer
ce jeudi Joseph DaGrosa, le président du
groupe américain GACP, propriétaire
du club depuis le rachat au groupe M6,
pour régler les derniers détails de son
retour en France. Si le dossier aboutit,
l’officialisation pourrait intervenir vendredi, dans la foulée du limogeage de
Gustavo Poyet, l’ex-entraîneur, mis à
pied depuis une semaine.
Après avoir été adjoint pendant deux
ans de Roberto Martinez en sélection de
Belgique, avec laquelle il a atteint la demi-finale de la dernière Coupe du monde, le Français s’attellerait à une tâche
plus ardue : redynamiser une équipe
bordelaise qui n’a plus figuré dans le
top 5 de Ligue 1 depuis la saison 20112012. Henry suivrait ainsi le même chemin qu’un certain Laurent Blanc. Son
ancien coéquipier avait en effet débuté
avec brio sa carrière d’entraîneur en Gironde, en 2007. Avec à la clé un titre de
champion de France (2009), une Coupe
de la Ligue (2009), sans oublier un quart
de finale de Ligue des champions (2010).
patte au Real Madrid, avec trois Ligues
des champions (2016, 2017, 2018) et un
titre de champion d’Espagne (2017) entre autres, quand l’actuel sélectionneur
de l’équipe de France a réussi à faire
grandir l’AS Monaco, avec une Coupe
de la Ligue (2003) et surtout une finale
de Ligue des champions (2004).
Au tour donc du meilleur buteur des
Bleus (51 réalisations) de transmettre
désormais sa connaissance pointue du
football. Grand passionné, Thierry
Henry s’offrirait un défi de taille avec
son ancien coéquipier Gilles Grimandi,
comme possible adjoint : « C’est une
chose de bien connaître le football mais
c’en est une autre de transmettre ses
connaissances aux joueurs et de gérer les
ego. J’ai beaucoup de choses à apprendre », disait-il voilà quelques années. ■
jeudi 23 août 2018 LE FIGARO
CULTURE
CHRISTOPHE
BOLTANSKI
Nom de code « Sophie »
Rideaux tirés, fenêtres calfeutrées,
persiennes fermées. Dans la cuisine, pièce étroite qui avait séduit
sa mère pour « son électroménager
intégré et ses spots lumineux », le
narrateur est saisi par une odeur
d’œuf pourri. Air irrespirable,
spectacle de désolation. Des dizaines de « vessies translucides », suspendues aux poignées des placards,
abandonnées sur la table, par terre.
Depuis quand ces petits sacs de supermarché utilisés en guise de poubelle n’ont-ils pas été
jetés ? Seul être vivant,
dans ce « sépulcre »,
Chips, le chien, qui sautille partout et s’est
oublié dans les coins à
force de ne jamais sortir.
Premier étage, 25 rue
Philibert-Lucot,
« en
plein Chinatown » près
de la place d’Italie. Un
appartement où la mère
de Christophe Boltanski
a emménagé à la fin des
années 1990. Minée par des voix,
des sifflements dans sa tête, un besoin de se cacher, de ne plus être
vue, de ne plus voir, elle a fini par y
vivre retranchée. Excepté pour de
rares séjours de désintoxication au
tabac en vue d’éradiquer un cancer
des poumons sans jamais renoncer
à ses chères « cibiches ». Cette incursion de son fils chez elle a lieu
lors d’une de ces hospitalisations. Il
ne reviendra rue Philibert-Lucot
que six mois après le décès de sa
mère. Cette fois, pour faire le vide.
Se débarrasser de tout. Sa sœur et
lui pris de cette manie propre aux
héritiers de faire le ménage.
Dans un tiroir, une chemise de
plastique bleue intrigue l’écrivain.
Collée sur la tranche, une étiquette
mentionne « Dossier polar ». Boltanski s’en empare, comme de
trois ou quatre recueils de papiers
fourrés en vrac dans son sac. Il
LIVRES Cinq auteurs importants de la rentrée littéraire
ou leur frère. Une histoire indémêlable de la leur.
L
mettra plusieurs mois avant d’oser
les consulter. Car de cette femme
qui l’a mis au monde, il ne connaît
rien ou presque.
Rentrée
ittéraire
Poser des questions
Qui d’ailleurs connaît la moindre
chose à la vie de ses parents ? De
leur vivant, comment se risquer à
en débusquer les failles, en percer
les secrets ? Les interroger ? Tabou
ultime. D’autant plus quand, comme Christophe Boltanski, on exerce le métier de journaliste. Poser
des questions, oui. Mais pas à ses
proches. Dans La Cache (prix Femina 2015), roman troublant d’un huis clos familial autour de la nécessité
qu’eut son grand-père
juif lors de l’occupation
allemande de disparaître
sous une trappe de son
appartement rue de Varenne, Christophe Boltanski racontait la paranoïa côté paternel.
Avec Le Guetteur, la
pathologie change de
camp. Côté maternel, les
zones d’ombre sont nées de la
guerre d’Algérie. Dans sa jeunesse,
sa mère aurait hébergé un cadre du
FLN, Madjoub Benzarfa, dit « le
Noir ». La matière romanesque est
enclenchée. La littérature en route.
Car il ne s’agit pas de raconter pour
faire œuvre littéraire. Il s’agit,
comme le fait l’écrivain, de se lancer aux trousses. D’une part sur les
traces de Françoise L., nom de code
« Sophie ». De l’autre, sur son désarroi de fils.
De cette alternance de chapitres,
récit fictionnel consacré à la jeunesse de sa mère, frange coupée
court, nuage de Gauloises, et de ces
pages bouleversantes sur sa propre
difficulté à faire face naît un texte
éblouissant. Mère tant aimée et si
souvent fuie, il lui a enfin trouvé
une place auprès de lui. ■
Le Guetteur, de Christophe Boltanski, Stock,
289 p., 19 €.
Christophe Boltanski.
OLIVIA DE
LAMBERTERIE
La mélancolie des adieux
A
ÉTIENNE DE MONTETY
£@edemontety
Le livre d’Olivia de Lamberterie
s’ouvre sur un titre saganien en
diable, Avec toutes mes sympathies.
On se méprendrait sur cette formule cordiale, n’était son étymologie : sympathie, souffrir avec. Il y
en a, de la souffrance, dans ce récit
autobiographique, souffrance d’un
frère dont la vie s’est achevée brutalement. Souffrance d’une famille
assommée par cette annonce, souffrance d’une sœur en qui cette
mort réveille un passé, une histoire
commune, celle d’Alexandre et
Olivia.
Soit une famille française de la
deuxième partie du XXe siècle, parisienne, née du bon côté de la vie.
Les premières fêlures apparaissent
avec Alexandre, être instable qui se
cabre face au mal qui le ronge. En
réalité, il est le maillon d’une
chaîne fragile : le suicide hante la
généalogie Lamberterie, mais dans
cette famille, comme dans tant
d’autres, « on souffre avec un devoir
de réserve ». Malade de dysthymie,
forme de dépression, sa vie se ré-
sume à un mélange de brio et de
désespoir : « Il allait mal, magnifiquement. » Au point d’enjamber le
parapet d’un pont de Montréal.
Ce qui est arrivé, Olivia de Lamberterie le raconte dans un sanglot :
le geste, l’annonce, le chagrin, le
voyage au Canada, elle fait défiler
des souvenirs, des anecdotes de
fratrie, souvent celles d’une génération. Elle y parvient par un récit
où se succèdent les larmes et les
bonheurs d’expression.
Cri de douleur
Ainsi cette façon de dire comment
adoucir la tragédie pour ses enfants : « J’enrobe le pont, aussi bien
que Christo. » Elle décrit posément
la sensation qui la vrille : au fond
d’elle bouillonne un chagrin, mais
autour d’elle le monde continue de
tourner, avec ses mots indifférents
et futiles, ses imbéciles qui ne
voient rien. Et un métier de journaliste littéraire, qui la passionne mais
que la tragédie rend dérisoire. Car,
si pour la lectrice qu’elle est son
frère fracassé pourrait prendre place aux côtés de Sylvia Plath et Hemingway, dans la cohorte de ceux
qui ont choisi la nuit, pour la sœur,
ce suicide n’est plus de la littérature
nimbée de romantisme, c’est son
histoire à elle, à lui, à eux. De ce
contraste douloureux est né un livre déchirant autant que révolté.
On ne cachera pas l’embarras
qui peut naître de la lecture de ce
cri de douleur. Certaines scènes de
la vie d’un Alexandre à la dérive,
ses dernières minutes, son geste
nouent le cœur, paralysent le jugement. On se sent voyeur d’un malheur qui n’est pas le nôtre, éclaboussé des larmes d’une autre.
Quand Olivia plonge littéralement
dans les cendres d’Alexandre qui
viennent d’être répandues en Méditerranée, scène incongrue et
émouvante, on détourne le regard.
Que dire à l’écrivain si la femme
nous bouleverse ?
Son talent est pourtant de nous
associer à cette cérémonie des
adieux. Son oraison funèbre, qui est
celle d’une jeunesse, d’une époque,
s’est finie pour la plupart d’entre
nous par une entrée plus ou moins
facile dans l’âge d’homme et pour
Alexandre de Lamberterie, trop tôt,
sur un trottoir froid de Montréal. ■
Avec toutes mes sympathies, d’Olivia
de Lamberterie, Stock, 254 p., 18,50 €.
JEAN LUC BERTINI/PASCO/STOCK
ISABELLE SPAAK
La famille, tout
PHILIPPE MATSAS/LEEMAGE
12
Olivia de Lamberterie.
Guy Boley.
GUY BOLEY
Un père couronné
d’épines
ASTRID DE LARMINAT
adelarminat@lefigaro.fr
Et voici le deuxième roman de
Guy Boley, auteur surgi de Franche-Comté en 2016 lorsqu’il publia à l’âge de 64 ans Fils du feu, un
récit de maturité mais aussi de
jeunesse, puisqu’il l’écrivait depuis longtemps tout en exerçant
mille métiers. Guy Boley, en effet,
fut au fil de sa vie ouvrier, maçon,
chauffeur de bus, cracheur de feu,
funambule sur des câbles tendus
entre deux clochers, auteur de
théâtre de rue. Au Moyen Âge, il
eût été troubadour ou aurait écrit
et joué Mystères et Farces sur les
places et les parvis.
Quand Dieu boxait en amateur
est de la même eau que son premier livre, puisé dans ses souvenirs, cousu d’imagination, et d’un
lyrisme rocailleux. Cette fois-ci, le
héros est le père du narrateur,
René, forgeron de métier et
champion de boxe amateur, dont
la haute stature s’effondre dans la
première scène du roman. Il
meurt dans le quartier populaire
de Besançon, où il a vécu, dans
l’hôpital même où il était né au
milieu des années 1920. Tombé de
toute sa hauteur, la face contre le
carrelage, après avoir tiré sur ses
dernières forces pour se mettre
debout. Pourquoi faut-il que les
pères meurent pour que leur fils
puisse les aimer et reconnaître
enfin ce que leur vie d’homme,
malgré ses misères, ses ridicules,
ses déchéances parfois, eut
d’admirable ?
Grâce à la hauteur de vue que
donne le regard rétrospectif et la
perception de l’éternité, Guy
Boley comprend que son père, qui
aurait pu être un héros d’Edmond
Rostand, n’était pas un raté, que
ses rêves qui lui semblaient pathétiques étaient magnifiques.
Quelque temps avant sa mort
déjà, le fils avait pris la main du
père assoupi : « Dans nos doigts
liés et alanguis reposaient quelque
LE FIGARO
jeudi 23 août 2018
CULTURE
un roman
13
ÉRIC
FOTTORINO
ont écrit sur leur mère, leur père
Les maux de ma mère
FRANCESCA MANTOVANI/GALLIMARD VIA LEEMAGE
BRUNO KLEIN/LES ESCALES
Éric Fottorino.
Jérôme Chantreau.
chose comme Dieu, ou
l’idée qu’on s’en fait,
c’est-à-dire
notre
amour […] ; mais de tout
cet amour, personne ne
disait rien. » Dieu,
autour duquel tourne ce
livre, comme un boxeur
débutant,
sautillant,
poings devant le visage,
aimanté et terrorisé par
son adversaire.
Brillant jongleur de mots
« Chez nous, à la maison, sur le
buffet de la cuisine dans un cadre
doré, une photographie aux bords
dentelés, jaunie avant l’âge, représente mon père cloué, bras écartés,
Jésus agonisant. » Enfant, le narrateur contemplait du matin au
soir à chaque repas cette photo représentant son père crucifié.
Comment cet homme, René, fils
d’une fille de ferme et d’un cheminot mort avant sa naissance,
amateur d’opérette et de boxe, qui
façonnait le fer avec le feu, en
était-il venu à incarner dix années
de suite le Christ pendant sa passion dans le spectacle donné à
l’église lors de la semaine sainte ?
À jouer le fils de Dieu avec tant de
conviction que son fils pensait
qu’il saignait, souffrait, mourait et
ressuscitait réellement lorsqu’il
était sur scène ?
Et pourquoi René ensuite laissat-il tomber son rôle, malgré la
tristesse que cela causa à l’abbé de
la paroisse, Pierrot, son
ami d’enfance, son unique ami, son frère ?
Guy Boley nous l’explique en retraçant la vie
de René, depuis son enfance austère sous la
coupe de sa mère. Des
années solitaires adoucies par la lecture du
dictionnaire et la caresse
des draps qui sèchent
lorsqu’il se réfugiait sous la corde
à linge, une enfance illuminée
surtout par Pierrot, le frère
d’élection. Les deux garçons
lisaient passionnément L’Iliade et
L’Odyssée. Pierrot ensuite tombera amoureux de la Bible et de Dieu.
Sans lâcher son vieil ami
mécréant.
Brillant jongleur de mots, Guy
Boley compose un récit arlequin,
tissant ensemble des saynètes
teintées de gaieté ou de mélancolie, des passages d’une grande
poésie, nourris de sa lecture de
Victor Hugo et de Baudelaire, et
d’autres où sa veine burlesque
prend le dessus. Le lecteur est
souvent spectateur : les personnages jouent leur rôle à merveille
tout en conservant leur mystère.
Guy Boley réussit à ressusciter son
père par la grâce de ce roman,
ébauche peut-être de son corps
glorieux. ■
Quand Dieu boxait en amateur,
de Guy Boley, Grasset, 180 p., 11,99 €.
En librairie le 29 août.
Il y a des romans que l’on dévore. Et
puis il y a ceux qui vous dévorent,
comme Dix-sept ans, d’Éric Fottorino. Ce récit où il évoque sa mère
vous prend aux tripes. C’est, disons-le tout de suite, un livre remarquable par la beauté de son
écriture et la puissance de sa narration. Il y a de la force et de la douceur dans ses mots. Quelle histoire
que celle de Lina, la mère de
l’auteur, devenue maman à dixsept ans ! Tenue par une main de fer
par sa propre mère, elle se retrouve
forcée d’abandonner son deuxième
enfant né deux ans après Éric…
Dans plusieurs de ses romans, qui sont le plus
souvent des quêtes d’une
identité bouleversée, le
romancier a écrit sur ses
deux pères, adoptif et
naturel. Mais il manquait
la figure maternelle.
Tout commence un
dimanche de décembre.
Éric a dépassé le demisiècle. Lina a invité à déjeuner ses trois fils – ses
deux jeunes frères et
lui –, leurs compagnes et
les enfants. Elle leur dit qu’à la fin du
déjeuner elle voudrait leur parler
seuls. Une « panique muette » s’installe. Ils n’ont pas l’habitude de parler, dans cette famille. « Ça sera rapide », rassure la mère. Drôle de
phrase pour annoncer le secret et la
blessure de toute une vie : à dixneuf ans, elle était tombée à nouveau enceinte d’un étudiant. La
mère de Lina avait pris les « affaires » en main. « Tu signes là »,
avait-elle commandé à sa fille. Ce
papier était une « promesse d’abandon ». L’enfant à naître était une
fille. Elle sera l’enfant d’une autre. À
partir de cette scène initiale, l’écrivain tente de rassembler un puzzle
dont il n’a pas toutes les pièces.
« J’essayais de recoller nos vies. » Il y
a du Modiano chez Fottorino. Lire
Dix-sept ans demande du temps :
des passages vous coupent la respiration, des pages vous remuent
comme des poèmes, notamment
celle sur le « chagrin muet ». Le romancier décrit une relation
d’amour qu’on ne dit pas et d’absence d’amour qu’on s’envoie à la
figure. « Un désamour tenace envers
cette femme que j’avais longtemps
appelée par son prénom, Lina. Dix
fois par jour, j’oubliais que j’étais son
fils. Et autant de fois, je m’efforçais de
m’en souvenir. »
Une infinie tendresse
Fottorino brosse un portrait magnifique par sa complexité. Il nous touche par sa quête. On l’accompagne à Nice, sa ville
natale, où il essaie de retrouver les traces de sa
naissance – Lina s’y était
rendue pour accoucher
loin de Bordeaux et éviter ainsi la honte à sa famille, ce sentiment qui
fait des dégâts. « La honte
n’est pas très bavarde.
Elle vous rentre les mots
dans la gorge jusqu’à vous
étouffer. » En fouillant
dans le passé, l’auteur
découvre une femme blessée mais
combative, plus forte qu’il n’imaginait. « Lina abandonnée par sa mère.
Lina forcée d’abandonner son enfant.
Être abandonné, avoir abandonné,
qui peut dire ce qui fait le plus mal ? »
Un peu plus loin : « J’ignorais de
quoi elle était faite, quels désastres
intimes et silencieux l’avaient édifiée. » Au départ, il l’appelle par son
prénom, puis des « petite maman »
se glissent çà et là avec une infinie
tendresse. « L’amour jusqu’alors si
lointain redonnait signe de vie. » Enfin, Fottorino écrit : « Nous ne sommes pas nés, petite maman, mais
nous ne demandons qu’à naître. » ■
Dix-sept ans, d’Éric Fottorino, Gallimard,
272 p., 20,50 €.
JÉRÔME
CHANTREAU
Femme des années 1980
THIERRY CLERMONT
tclermont@lefigaro.fr
Remarqué à la sortie de son premier roman, paru il y a deux ans
(l’envoûtant Avant que naisse la forêt), Jérôme Chantreau change ici
de registre et de tonalité, avec ce
Les Enfants de ma mère. Il nous
plonge dans la France des années
1980, à travers le portrait de Françoise, une mère au foyer, et celui
de ses enfants. Une France qui regarde Benny Hill le dimanche soir,
qui se régale de la série Happy
Days, qui transpire en regardant
« Gym Tonic » sur Antenne 2 et qui
découvre les joies du Pac-Man. Les
plus jeunes écoutent Madonna et
The Cure, les chansons pop de Kim
Wilde et de Bonnie Tyler, la voix
d’outre-tombe de Ian Curtis, les
Stranglers, Blondie… Ce sont les
années Mitterrand, marquées aussi
bien par l’ascension d’un Bernard
Tapie, l’avènement de la gauche
caviar et que par l’apparition sur
les écrans de Diva de Jean-Jacques
Beineix et de 37°2 le matin.
Ce 10 mai 1981, jour de l’élection
de François Mitterrand à la présidence, le mari de Françoise lui an-
nonce qu’il quitte sur-le-champ le
domicile conjugal, rue de Naples,
dans le VIIIe arrondissement parisien. Une nouvelle vie s’ouvre alors
à elle : « La liberté lui était un dû
dont elle avait été injustement privée, et elle comptait bien que le remboursement soit rétroactif. »
Des dîners orgiaques
À 40 ans, sans emploi, elle se remet
à la peinture, accueille dans le vaste appartement des amis de ses enfants, des marginaux, des inconnus
croisés dans la rue, prend des
amants, la plupart du temps éphémères. Le samedi, cette femme qui
grille blonde mentholée sur blonde
mentholée organise des dîners orgiaques. Elle y convie un guitariste
de rock, un journaliste vaguement
philosophe qui avait suivi quelques
cours de Deleuze à Nanterre, et des
soixante-huitards reconvertis dans
la pub. On y parle de politique, on
boit, on s’invective. Et puis un jour,
Françoise s’entiche d’un réfugié
iranien, un cinéphile et un voleur,
qui lui sert d’homme à tout faire.
Parmi les amis de ces enfants
turbulents, on trouve une punkette
en CAP d’esthétique qui lit Le Bonheur des tristes de Luc Dietrich,
Victor, un guitariste toxicomane,
Andrea, fils de concierge, Coralie
(« une Cosette en jeans »). « Les
gens de cette époque, note Jérôme
Chantreau, donnaient l’impression
de vivre dans un film de Jacques
Tati, en sourdine, dans une béatitude de débiles légers. » C’est Laurent,
plus que sa mère, qui occupe le
centre du roman. Un adolescent né
en 1970, tourmenté et mal dans sa
peau qui lit Pouchkine et rêve de
devenir chercheur d’or ou meneur
de jeu de Nottingham Forest.
Si Jérôme Chantreau a parfaitement brossé le portrait d’une époque et l’air de son temps, il n’a pas
su, ou alors maladroitement, incarner ses personnages ; l’empathie ne prend pas. Autre bémol :
avant d’arriver à mi-parcours,
l’écriture devient méandreuse,
multipliant les incises ou des scènes purement anecdotiques, avec
l’apparition d’individus qui gâtent
le fil narratif. « Elle cherchait sa
jeunesse perdue », écrit-il à propos
de Françoise. Eh bien, elle la cherche encore. Dommage. Les cent
premières pages étaient pourtant
prometteuses. ■
Les Enfants de ma mère, de Jérôme
Chantreau, Les Escales, 476 p., 19,90 €.
A
JEAN-FRANÇOIS PAGA/GRASSET
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
jeudi 23 août 2018 LE FIGARO
14
L’ÉTÉ DU FIGARO
4/6
[
La mode
passe à tab
le
Le point co
mm
Un art de viv un entre la cuisine et
le style ?
re
cette semain que nous font partage
r,
e, six créateu
au goût de
rs autour d’
vacances.
un petit pla
t
frais grossièrement coupés et rôtis
au miel par ses soins est d’ailleurs à
l’origine de cette série d’été « La
mode passe à table ». C’était il y
a presque dix ans, lors d’un
premier dîner qu’il avait osé
donner chez lui. Ses collections pour Lanvin suscitaient déjà un grand enthousiasme
tout
en
conservant une part de
mystère. Sur le podium, il
s’emparait d’intemporels
du dressing des hommes
qu’il retaillait çà et là, osait des
rapprochements inédits, chahutait des formes, ajoutait des
passementeries délicates et des rivets industriels… Un art du classique avec un twist, de la simplicité
raffinée qui infusait de la même façon que cette salade de quelques
quartiers de pêche coupés à la hâte,
deux quetsches, trois fraises, une
poignée de groseilles et des feuilles
de menthe saisis à la poêle, d’une
poésie rafraîchissante. Ainsi, en
cuisine comme en mode, Lucas Ossendrijver faisait des merveilles en
mitonnant à sa sauce des ingrédients ordinaires. Et si tous les stylistes étaient comme lui, que leur
façon de cuisiner, de se nourrir et
de recevoir en disait long sur leur
création ?
Lucas Ossendrijver
dans sa cuisine,
à Paris.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
La culture du partage
Lucas Ossendrijver
Le goût du naturel
A
En mode
comme en
cuisine,
le directeur
artistique
de l’univers
masculin
de Lanvin
réactualise,
avec poésie
et simplicité,
les essentiels.
FRÉDÉRIC MARTIN-BERNARD
fmartinbernard@lefigaro.fr
La tentation de dîner tous les soirs
au restaurant est grande dans ce
quartier à la limite des IXe et
Xe arrondissements où Lucas
Ossendrijver réside depuis son arrivée à Paris, à la fin des années
1990. Entre la gare du Nord et les
Grands Boulevards, les rues du
Faubourg-Montmartre et du Faubourg-Saint-Denis, de nouvelles
adresses promettant des cartes
d’auteur originales, saines et pas
chichiteuses ne cessent d’éclore.
Du savoureux Richer, à deux pas
de son immeuble, à l’incontournable Vivant, sur le trottoir d’en face,
en passant par les Takaramono,
Eels, Abri, Bonhomie et Racines, le
directeur artistique de l’univers
masculin de Lanvin a l’embarras du
choix. Sans oublier la Régalade
Conservatoire, où il aimerait avoir
une table à l’année rien que pour
son riz au lait. Ou alors un jour sur
deux avec le bistrot Allard, de
l’autre côté de la Seine, dont il évo-
que « le baba au rhum accompagné
d’un gros pot de crème Chantilly à
volonté » avec les yeux d’un enfant
fondu de sucré.
« Les desserts, je ne sais pas résister », avoue ce Néerlandais, tout de
même plus gourmet que gourmand
à voir sa silhouette filiforme. Les
plaisirs de la gastronomie moderne
lui sont venus au contact de la
culture française. Le passage derrière les fourneaux est, lui, plus récent, tandis que le choix de ne
concocter que des légumes et des
fruits date d’il y a deux ans. « Malheureusement, je ne prends pas assez le temps de cuisiner. Comme tout
le monde, je me laisse trop souvent
happer par mon travail. Alors, je
lance des invitations qui me poussent
à m’organiser, à réfléchir au menu à
l’avance, à ne pas faire les courses à
la dernière minute, à partir plus tôt
du bureau, à me concentrer sur la
préparation et, par la même occasion, à décompresser de la journée.
Avec, à la clé, des retrouvailles personnelles et amicales, ce que j’appelle des moments chouettes. »
Un dessert fait de quelques fruits
Des années et des dîners plus tard,
rendez-vous est donc pris. Ce soir
de juillet dernier, si l’inoubliable
dessert est au menu, c’est sa salade
de racines qui fera l’objet de notre
histoire. « Deux recettes en une que
j’accommode à ma façon », préciset-il, comme si nous n’avions pas
saisi le style maison. L’une provient du livre Raw Food de la chef
islandaise Solla Eiriksdottir, l’autre
est tirée de Plenty de son confrère
israélien Yotam Ottolenghi. Sur le
plan de travail sobre et design, à
l’image du vaste appartement, les
deux ouvrages sont émaillés de
Post-it indiquant que de nombreuses préparations ont d’ores et déjà
été testées. « Changer d’alimentation implique de se documenter, sinon on tourne vite en rond, poursuit-il. Il existe une multitude de
plats délicieux à base de légumes. Il
s’agit juste de remettre les végétaux
au centre de l’assiette, de ne plus les
considérer comme un accompagnement… »
Pour le Néerlandais, le déclic
s’est produit devant un documentaire sur la naturopathe Irène Grosjean. Au départ, il suit ses recommandations à la lettre, passe par
une période « tout cru », mangeant
tout de même de la viande quand il
est invité chez des amis. « Je m’alimente de fruits et de légumes, non
pas parce que c’est tendance, mais
parce que ce régime me fait du bien.
Je ressens une telle différence, un
bien-être, une énergie, dit-il. Si, il y
a encore peu, vous n’aviez guère le
choix entre des supermarchés et des
primeurs dont vous ignoriez l’origine, aujourd’hui, il est bien plus simple de se fournir dans les magasins
bio et sur les étals de producteurs de
confiance. »
Les fanes de quelques betteraves
achetées la veille finissent de mourir dans la douce lumière du soir
baignant la grande cuisine ouverte.
Casting idéal
pour un dîner
Qui rêveriez-vous d’inviter
autour de votre table, cet été ?
« Tous mes ami(e)s les plus proches
et quelques convives surprise »,
répond le secret Lucas Ossendrijver,
qui passe ses vacances sur une petite île
grecque (dont il tait le nom), « pas très
à la mode car il n’y a pas de grande place
du village pour être vu des autres ! ».
]
La salade
de racines
1/4 de chou rouge
3 carottes
2 betteraves
1 botte de radis
1 courgette
1 poire
1 grenade
1 poignée de groseilles
du marché
Quelques pistaches
Coriandre
Menthe pour la salade
Jus d’un citron
Jus d’une orange
1 c. à soupe d’huile d’olive
1 trait de lait de soja pour
l’assaisonnement.
Éplucher carottes, betteraves,
courgette et poire. Couper les
légumes à la mandoline et la
poire, plus fragile, au couteau.
Disposer le tout sur assiette.
Ajouter coriandre, grenade
et pistache en touches. Réduire
en sirop, à feu doux, le jus
des agrumes et le battre
à la fourchette avec l’huile
d’olive et le lait de soja.
Pour l’esthétique, le designer
aurait préféré une variété orange.
« Être végétarien implique de
s’adapter aux saisons, de faire appel
à son bon sens, poursuit celui qui a
grandi à la campagne du côté
d’Utrecht. Mes parents cultivaient
un grand terrain avec des arbres
fruitiers. Mes oncles et tantes possédaient également des jardins. Ils
s’échangeaient leurs meilleures récoltes - j’ai été élevé dans cette
culture du partage - et nous faisions
de grandes salades. » Tiens donc,
des salades !
Celle du jour commence à prendre forme… Le compagnon de Lucas Ossendrijver arrive et met sans
délai la main à la pâte. Chaque ingrédient est soigneusement lavé.
La betterave, les deux carottes et la
courgette sont épluchées, avant
d’être finement coupées à la mandoline, ainsi que les radis et le chou
rouge. « Est-ce assez fin ? », demande le commis du soir. « Cela me
semble très bien », juge le designer
qu’on croirait en train de valider un
costume dans le studio de Lanvin.
« Je suis sélectif, exigeant, j’aime la
cuisine et le travail bien faits. Même
si ce sont des assiettes simples, présentées sans fioritures. La gastronomie traditionnelle, avec ses petits
plats dans les grands et ses trois serveurs dans le dos des clients, me met
mal à l’aise. Je préfère le naturel. »
Sa salade de racines est un festival de couleurs dans l’assiette.
Quelques pistaches, des graines de
grenade, de la menthe et de la coriandre fraîches, une réduction de
jus de citron et d’orange montée en
émulsion avec de l’huile d’olive, un
trait de lait de soja et une pointe de
piments… Suivra une succulente
moussaka aux pois chiches (en guise de viande). Et la fameuse poêlée
de fruits frais dont on ne désespère
pas de percer un jour le secret. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
La salade d’orecchiette
de Marie Marot
jeudi 23 août 2018
LE CARNET DU JOUR
Le vicomte
Godefroy de Bentzmann,
son époux,
Les annonces sont reçues
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M. et Mme
Maxime de Bentzmann,
Auguste et Basile,
M. et Mme
Louis de Bentzmann,
Madeleine, Zita et Géraud,
M. et Mme Pierre Heidsieck,
Otto et Joseph,
M. Constantin de Bentzmann,
ses enfants et petits-enfants,
M. et Mme Patrick Adam
et leurs enfants,
M. et Mme Antoine
Jalenques de Labeau
et leurs enfants,
M. et Mme Guillaume
Jalenques de Labeau
et leurs enfants,
Constance
Jalenques de Labeau,
ses frères, sœurs,
beau-frère, belles-sœurs,
neveux et nièces,
le vicomte et la vicomtesse
Bertrand de Bentzmann,
ses beaux-parents,
le vicomte et la vicomtesse
Vincent de Bentzmann
et leurs enfants,
M. et Mme Cyril
Becheau La Fonta
et leurs enfants,
le vicomte et la vicomtesse
Stanislas de Bentzmann
et leurs enfants,
le prince et la princesse
Guy-Patrick de Broglie
et leurs enfants,
ses beaux-frères, belles-sœurs,
neveux et nièces,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu,
dans sa 58e année, de la
deuils
vicomtesse Godefroy
de BENTZMANN
Toulouse. Gimont (Gers).
Meinier (Suisse). Roumens.
née
Sophie Jalenques de Labeau,
Bernard
Alègre de La Soujeole,
munie des sacrements
de l'Église.
ses enfants,
Elisabeth Ducatez,
Jean-Luc et Diana
Alègre de La Soujeole,
Béatrice et Philippe Geli,
La cérémonie religieuse
aura lieu
le samedi 25 août 2018,
à 10 heures, en l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
Paris (16e).
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
L'inhumation aura lieu
le lundi 27 août,
à 10 h 30 au cimetière
de Montguyard (Dordogne).
parents et amis
vous font part du décès de
Claire
ALÈGRE de LA SOUJEOLE
la famille Delagrange
et tous ses neveux et nièces
ont la tristesse
de faire part du décès de
Bernard DELAGRANGE
survenu le 17 août 2018,
à l'âge de 90 ans.
La cérémonie sera célébrée
dans l'intimité familiale,
le vendredi 24 août 2018,
au crématorium
du Mont-Valérien, à Nanterre.
Paris. Perros-Guirec.
Alençon.
Claude Champinot,
son compagnon,
Jean-François Sanchez,
Catherine Sanchez,
Maxime et Manon,
son fils, sa belle-fille,
et ses petits-enfants,
Françoise Despaux,
sa sœur, et son compagnon,
Marc Gavory,
les familles Boisson
et Blanchon
ont la douleur
de vous faire part du décès,
le lundi 20 août 2018,
dans sa 78e année, de
Denise DESPAUX
après un long combat
contre le cancer.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le samedi 25 août,
à 10 heures, dans la chapelle
du cimetière de Barbast,
à Miélan (Gers).
Nous remercions le personnel
soignant de l'hôpital Beaujon,
à Clichy, pour son dévouement.
Le colonel Louis
Grenier Choriol de Ruère,
son époux,
Mme Richard
Rouault de Coligny,
son épouse,
Anne-Jacques et Carine
de Dinechin,
Amaury et Laurence Walch,
ses enfants et leurs conjoints,
M. et Mme Benoît de Bodman,
Mme Ghislaine
Rouault de Coligny,
Augustin, Clémence, Apolline,
Côme, Damien, Etienne, Jean,
Blandine,
ses petits-enfants,
sa famille et ses amis
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
Joëlle
GRENIER CHORIOL de RUÈRE
née Ferry,
survenu dans sa 68 année.
e
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 24 août 2018,
à 10 h 30, en l'église
de Paulhaguet (Haute-Loire),
suivie de l'inhumation,
au cimetière de Brioude.
Cet avis tient lieu de faire-part.
survenu le 18 août 2018,
à l'âge de 92 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 24 août, à 10 h 30,
en l'église du Christ-Roi
de Toulouse, suivie
de l'inhumation
au cimetière d'Auch.
Mme Gabriel Le Calvez,
sa maman,
Astrid et Anthony Renaudin,
ses enfants,
Victoire, sa petite-fille,
Catherine et Martin Milgrom,
Marie-Dominique et Xavier
Chareton,
ses sœurs et beaux-frères,
ses neveux et nièces,
Nathalie Loussot-Le Calvez
ainsi que toute sa famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jacques LE CALVEZ
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 24 août 2018,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Toutes-Joies,
à Nantes.
Pontoise (Val-d'Oise).
Mme Florence Biraben,
M. et Mme Philippe Fourniol
leurs enfants et petits-enfants,
Mme Patrick Biraben
et ses enfants,
M. et Mme Edmond Nadal,
M. et Mme Alain Nadal
leur fille et petite-fille,
Ulrike, son épouse,
ses amis fidèles,
ses collaborateurs
Ni plaques ni fleurs.
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu de
88, quai de Tounis,
31000 Toulouse.
Me Aurèle BIRABEN
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 24 août 2018,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame de Bordeaux.
Cheikh Ali Ben Laden,
son époux,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
née Mariès,
Ses enfants, petits-enfants,
arrière-petits-enfants
et leurs familles
vous font part du décès de
Suzanne BLED
née Suc,
ont la douleur
de faire part du décès de
survenu le 20 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi 27 août,
à 10 heures, en l'église
Saint-Jean-Baptiste de Sceaux
(Hauts-de-Seine).
Charifa BEN LADEN
née Al Kodsi,
survenu le 17 août 2018,
à l'âge de 69 ans.
Ni fleurs ni couronnes.
M. et Mme Philippe Bled,
3, allée de la Source,
69570 Dardilly.
Cet avis tient lieu de faire-part.
64, avenue Raymond-Poincaré,
75016 Paris.
M. Jean-Jacques Bled,
résidence des Imbergères,
19, rue des Imbergères,
92330 Sceaux.
Souvenirs, Messes...
Partagez le souvenir
d’un être cher
dans le carnet du jour
M. et Mme Christophe Bled,
7, chemin du Mourion,
30400 Villeneuve-lès-Avignon.
M. et Mme Tristan Cazenave,
Mme Alexandra Cazenave,
ses enfants,
Pierre, Mathilde, Clémentine,
Cyprien, Jean, Charles et Ange,
ses petits-enfants,
sa famille et ses amis
ont la douleur
de faire part du décès de
© Gettyimages
M. Michel CAZENAVE
poète, écrivain, philosophe,
survenu le 20 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Saurat (Ariège),
le lundi 27 août, à 16 heures.
cazenave.alexandra@
gmail.com
tristan.cazenave@dauphine.fr
Delphine et Eric,
Anouk et Bruno,
ses enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
Jacques MAMER
survenu le 19 août 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame de Pontoise,
le mardi 28 août, à 14 h 15.
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu,
le 19 août 2018, de
Anne FINAS
M. Mohamed Ben Laden,
son fils,
Mme Lina Ben Laden,
sa fille,
Mme Hind Ben Laden,
sa belle-fille,
MM. Ali et Omar Ben Laden,
ses petits-enfants,
Mme Elham Ben Laden,
sa belle-sœur,
dans sa 101e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 24 août, à 10 heures,
en l'église
Saint-Antoine-de-Padoue,
au Chesnay (Yvelines),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Montparnasse,
Paris (14e), à 12 h 15.
Marie, son épouse,
Dorian, Salomé et Alexis,
ses enfants,
Delphine et Edouard Gohin,
ses parents,
Jean, Aude, Antoinette
et Blanche,
ses frère et sœurs,
Claudine Guillerme
et Alain Marteau,
ses beaux-parents,
ses beaux-frères, belles-sœurs,
neveux et nièces
ainsi que toute sa famille
ont la douleur
de vous faire part
du décès accidentel de
Louis-Frédéric GOHIN
« Lala »,
Mme Alain Marquier,
son épouse,
M. et Mme Bruno Marquier,
M. et Mme André Gabriel,
M. et Mme Philippe Marquier,
ses enfants,
Guillaume, Stéphane,
Benjamin, Lucille, Pauline, Julie
et Manon,
ses petits-enfants,
font part du rappel à Dieu du
docteur Alain MARQUIER
le 21 août 2018,
à Salon-de-Provence.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 24 août, à 14 h 30,
en la collégiale Saint-Laurent
de Salon-de-Provence, suivie
de l'inhumation au cimetière
Saint-Pierre de Marseille.
Emmanuelle Porte,
Philippe Porte et Ute Emberger,
ses enfants,
Arthur et Iris,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès de
survenu le 19 août 2018,
à La Baule, à l'âge de 81 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée ce jeudi 23 août,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Géran du Palais,
suivie de l'inhumation
au cimetière.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre-de-Chaillot,
à Paris (16e),
le vendredi 24 août, à 14 h 30,
suivie de l'inhumation
au cimetière nouveau
de Bures-sur-Yvette (Essonne).
Cet avis tient lieu de faire-part.
La cérémonie religieuse
aura lieu en la cathédrale
de Saint-Malo,
ce jeudi 23 août, à 14 h 30,
suivie de l'inhumation,
au cimetière des Ormeaux,
dans l'intimité familiale.
Des prières et des messes
seront préférées aux fleurs.
Ses sœurs,
Dolores Guian,
Maddalen Cogordan,
ses enfants,
Aline Signoret,
Gérard Signoret,
Pierre Signoret,
et ses petits-enfants
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Maïté SIGNORET
née d'Orcasberro,
dans sa 87e année,
à Mexico.
Elle a rejoint son mari Joseph,
son fils Albert,
et ses parents.
Des messes seront célébrées
le samedi 25 août 2018
et le samedi 8 septembre 2018,
en l'église Sainte-Marguerite,
au Vésinet, à 18 h 30.
Janine Ruel,
sa belle-sœur, et ses enfants,
François Texier,
son beau-frère, et ses enfants,
Pascale, sa filleule,
Marie-Andrée et Virginie
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Thérèse TEXIER
née Piedoye-Peteuil,
Le service religieux
sera célébré
le vendredi 24 août, à 14 h 30,
en l'église Notre-Dame
de Boulogne-Billancourt.
M. et Mme Paul Villeminot,
M. et Mme
Jean-Marie Artigou,
Mme Monique Villeminot,
M. et Mme Jean Villeminot,
M. et Mme
François Villeminot,
ses frères, sœurs, beau-frère
et belles-sœurs,
ses 14 neveux et nièces,
ses 55 petits-neveux
et petites-nièces
vous font part du décès de
Marie VILLEMINOT
dans sa 80e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le mardi 28 août 2018,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Lambert-de-Vaugirard,
à Paris (15e).
souvenirs
Jacques PORTE
survenu le 17 août 2018,
à l'âge de 42 ans.
Une messe aura lieu
en l'église
de Bergères-sous-Montmirail,
le vendredi 31 août, à 11 heures.
le 19 août 2018,
à l'âge de 92 ans.
survenu le 19 août 2018,
dans sa 91e année.
Salon-de-Provence. Marseille.
Mme Pierre Dupont,
sa sœur,
parents et alliés
Belle-Île-en-Mer, Bangor.
Bergères-sous-Montmirail
(Marne).
La Montagne, Rezé
(Loire-Atlantique).
Richard
ROUAULT de COLIGNY
Que vos prières
l'accompagnent.
Bordeaux.
Milène et Paul Ruty,
Michel (†) et Maguy Finas,
Jacqueline Finas,
Marie-Chantal Finas (†),
Jean-Yves et Laure Finas,
Bruno et Soisic Finas,
Dominique Finas
et Jan Aronson, en union
avec Lisa Ann Finas (†),
Patrick et Corinne Finas,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
10, rue de la République,
43230 Paulhaguet.
Cet avis tient lieu de faire-part.
née de Sevin,
Té l. 01 56 52 27 27
Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Véronique Delagrange,
son épouse,
Mme Françoise Croyère
et ses enfants,
M. et Mme Guy Delagrange
et leurs enfants,
Mme Sophie Ladame
et ses enfants,
15
Cet avis tient lieu de faire-part.
15, rue Auguste-Vacquerie,
75116 Paris.
Le 23 août 2008,
Mme Catalina Phyllis
SAMSON
née Northrop Hardy,
nous quittait.
Malgré le temps qui passe Tita,
tu restes pour toujours
« le soleil de nos vies ».
Gilbert, Claude, Bernard.
jeudi 23 août 2018 LE FIGARO
TÉLÉVISION
16
« Elven », le passé
prisonnier de la glace
te paranoïa ambiante sur la foi de témoignages et d’anecdotes d’habitants
qui, dans les années 1970, voyaient défiler de nombreux mouvements de troupes. Il revendique aussi une écriture libre. Plutôt que de chercher des décors
naturels correspondant à l’intrigue, il a
développé la trame en fonction des repérages de son équipe. D’où une impression oppressante de huis clos qui
tient en haleine.
Certes bien filmé et bien joué - les habitués des productions scandinaves reconnaîtront Espen Reboli Bjerke, vu
dans Témoin sous silence et Heavy Water
War, ainsi que Thomas Hayes, la révélation de Skam -, Elven s’enlise parfois
dans ses images fascinantes. Un manque
de rythme imputable à des dialogues
trop utilitaires et à des personnages aux
motivations juste esquissées. Entré dans
nos imaginaires depuis une décennie, le
polar version « scandinoir » est devenu
une série policière comme les autres, en
proie au formatage. Du sang neuf ne serait pas de refus. ■
Une sombre page de la guerre froide est rouverte
dans ce thriller norvégien qui s’inscrit dans la pure
tradition du « scandinoir ».
CONSTANCE JAMET
£@constancejamet
n tournage par – 26 °C. Une
lutte perpétuelle pour
grappiller quelques minutes de luminosité dans la
nuit nordique. Pour filmer
les huit épisodes d’Elven,
la rivière des secrets, le
feuilleton
norvégien
qu’inaugure Arte ce soir,
acteurs et techniciens
○○¡¡
ont dû se mesurer à une
nature indomptée et hostile. Un magnétisme évident se dégage dès le premier plan de cette série qui sait river le
regard du spectateur.
U
+@
SUR LE WEB
Lors d’une promenade le long de la rivière qui borde la petite ville de Djupelv,
localité située à l’extrême nord de la
Norvège près des frontières finlandaise
et russe, la jeune Silja découvre dans les
courants une main tranchée. L’enquête
est confiée à l’inspecteur Thomas Lonnhoiden (Espen Reboli Bjerke), un enfant
du pays tout juste de retour. L’affaire
prend un tour inattendu quand Silja disparaît. Les opérations de
recherche sont ardues :
la fillette de 10 ans a pénétré dans une zone
militaire où se déroulaient des
manœuvres. Et l’armée, en cette période de recrudescence des tensions avec le
voisin russe, n’a guère envie de coopé-
Malgré des images fascinantes, Elven, avec Espen Reboli Bjerke et Ingeborg
Sundrehagen Raustol, manque de ryhme. TORBJORN SUNDOL HOLEN/ZDF
rer. Un mutisme partagé par les habitants austères de Djupelv qui considèrent
Thomas Lonnhoiden - qui a construit sa
carrière à Oslo -, comme un étranger.
20.55
Secret d’État
Plutôt que d’opter pour une plongée
dans la communauté de Djupelv, sous la
coupe d’une Église luthérienne rigoriste,
Elven surprend en enracinant son mystère dans un étouffant secret d’État im-
pliquant l’armée et les renseignements
depuis la guerre froide. Comme le sousentend la série, l’affrontement EstOuest qui a déchiré l’Europe pendant un
demi-siècle a pris dans cette région, si
proche de l’URSS, une dimension sauvage. La rivalité n’a même jamais cessé,
malgré l’effondrement du rideau de fer.
Scénariste et coréalisateur d’Elven, le
romancier Arne Berggren explique
avoir basé ce retour dans le passé et cet-
» Accusée d’agression sexuelle, Asia Argento risque de perdre sa place dans « X Factor Italie » » Geoffroy Lejeune rejoint la matinale de LCI www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Rose
Soleil : Lever 06h55 - Coucher 20h51 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient.
Feuilleton 20.00 Le 20h 20.45 Nos
chers voisins. Série.
19.15 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 D’art d’art
20.50 Parents mode d’emploi. Série.
19.00 19/20 20.00 Tout le sport.
Magazine 20.30 Plus belle la vie.
Feuilleton. Avec Dounia Coesens.
21.00
20.55
20.55
Film. Fantastique
Magazine. Historique
Série. Policière
19.00 La villa : la bataille des couples.
Téléréalité 19.55 Suburgatory
MATIN
16
21.00 Le placard
Film. Comédie. Fra. 2000. Réal. :
Francis Veber. 1h24. Avec Daniel
Auteuil. Pour ne pas être licencié,
un comptable laisse se répandre la
rumeur de son homosexualité.
30
15
15
18
16
16
18
20
19
18
15
22.25 Amour & turbulences. Film
0.15 Indian Palace : Suite royale. Film.
19
18
18
18
19
16
19
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30
Harry Potter
et les reliques…
18
Secrets d’Histoire
Origines
… de la mort - Partie 1
EU. 2009. Réal. : David Yates. 2h25.
Avec Daniel Radcliffe. Harry, Ron et
Hermione doivent détruire le secret
de l’immortalité de Voldemort.
Présentation : Stéphane Bern.
1h55. Néfertiti, mystérieuse reine
d’Égypte. Inédit. Cet épisode tente
de lever les mystères de la personnalité de Néfertiti, l’épouse du
pharaon Akhenaton.
Fra. Saison 2. Avec Vanessa David,
Julien Baumgartner, Christian Rauth,
Maud Forget, Nathalie Blanc. 2 épisodes. Au bord de la mer, un jeune
homme est retrouvé étranglé. Une
pièce est enfoncée dans sa bouche.
20.55 Des trains pas comme
les autres
23.35 American Pie 4 Film. Comé-
22.50 Secrets d’Histoire Maga-
22.50 Origines Série 23.45 Soir/3
die. Avec Jason Biggs, Alyson Hannigan, Chris Klein, Mena Suvari.
zine 0.35 Complément d’enquête
1.30 Dans quelle éta-gère... Mag.
0.20 «Starmania», l’opéra rock qui
défie le temps. Documentaire.
22.40 C dans l’air. Magazine 23.50
Vivre loin du monde. Série doc.
18
19
19.00 Silence, ça pousse ! 19.55 Le
doc des canards 20.50 Vu. Mag.
20
18
19
19
Série doc. Fra. 1h45. Taïwan. Inédit.
Ultra connectée, trépidante, Taipei,
la capitale, contraste avec le calme
de ses campagnes - La Mongolie.
24
21
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APRÈS-MIDI
24
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24
20.00 Rendez-vous avec Kevin
Razy (C) 20.30 Groland le Zapoï (C)
20.55 Catherine et Liliane (C)
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes.
Magazine 20.50 La minute vieille.
Série. La place de rêve.
18.35 La meilleure boulangerie de
France. Jeu 19.45 Le 19.45 20.25 En
famille. Série
21.00
20.55
21.00
Série. Drame
Série. Drame
Jeu
27
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19
23
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31
29
28
28
20.55 Ensemble, c’est tout
Film. Comédie dramatique. Fra.
2007. Réal. : Claude Berri. 1h38. Avec
Audrey Tautou. La rencontre de
quatre êtres qui vont s’apprivoiser,
se connaître et parfois aussi s’aimer.
30
26
23
21
19.25 Les incroyables aventures de
Nabilla et Thomas en Australie
31
24
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29
22.50 Incognito. Film. Comédie 0.40
Justice est faite. Film. Drame.
31
32
34
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33
25
31
29
30
20
35
20.10 Pawnshop : une affaire de
famille. Série doc. L’appât du gain
This Is Us
EU. Saison 2. Avec Milo Ventimiglia,
Mandy Moore, Sterling K. Brown,
Justin Hartley. 2 épisodes. Inédits.
Kevin aide Randall et Beth sur un
projet. De son côté, Kate tient à faire
un beau cadeau pour Toby.
22.25 Better Things Série. 3 épisodes 23.35 Live in Canal + 0.05
Braquage à l’ancienne. Film.
Elven, la rivière
des secrets
Norvège. Saison 1. Avec I. Sundrehagen Raustøl. 2 épisodes. Inédits.
La main d’un cadavre démembré
est retrouvée par une petite fille
à la limite d’une zone militaire.
Pékin Express :
la course infernale
Prés. : Stéphane Rotenberg. 2h15.
Inédit. Cette dernière étape aux
Philippines débute en plein milieu
des rizières de Bontoc. Objectif : la
demi-finale au Japon !
22.20 Elven, la rivière des secrets Série 23.05 La ruée vers l’art.
23.15 Pékin express : itinéraire
bis Jeu. Présentation : Stéphane
Film 0.35 L’apprenti bourreau. Film.
Rotenberg 1.05 The Strain. Série.
30
T (en °c)
20.55 Machines de génie
Série doc. 1h35. Airfish 8 : le bateau
volant. Inédit. L’Airfish 8 est un engin
capable d’atteindre la vitesse de
200 km/h en volant au-dessus des
océans - L’ultime Hovercraft. Inédit.
22.30 X machines de Titans. Cargaison ultime - Monstres d’acier.
19.50 Les rois de la réno. Téléréalité.
Combler le vide - Mauvaise pente.
<-10 à 0
VENDREDI
A
21.00 Le gendarme en balade
18.55 Alerte Cobra. Série. Trois
frères - Survivre.
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55 La petite histoire de France
19.00 Couple ou pas couple ? Jeu.
Présentation : Jean-Luc Lemoine.
21.00 Boule & Bill
21.00 NCIS : Los Angeles
Film. Comédie. B-Fra-Luxembourg. 2013. Réal. : Franck Magnier,
Alexandre Charlot. 1h30. Avec
Charles Crombez, Franck Dubosc,
Marina Foïs.
Série. Policière. EU. 2009. Saison 1.
Avec Chris O’Donnell. 2 épisodes.
L’agent Vaile a été identifié sur une
vidéo en ligne sur Internet. Il est
retenu en otage par des terroristes.
21.00 Quatre mariages
et un enterrement
22.25 La vie est un long fleuve tranquille. Film 0.10 90’ enquêtes
22.35 NCIS : Los Angeles. Série.
Avec Daniela Ruah. 4 épisodes.
Film. Comédie sentimentale. GB.
1993. Réal. : Mike Newell. 1h55.
Avec Hugh Grant, Andie MacDowell,
Kristin Scott Thomas.
23.00 Légion étrangère : de l’engagement au combat. Documentaire.
Film. Comédie. Fra. 1971. Réal. : Jean
Girault. 1h35. Avec Louis de Funès.
Invités à prendre une retraite forcée, les gendarmes de Saint-Tropez
vivent mal la situation.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
18/22
22/33
17/25
11/14
25/34
25/34
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
SAMEDI
14/18
11/18
14/21
22/30
10/19
10/17
11/19
11/19
13/20
24/31
22/30
22/33
21/31
20/30
26/32
DIMANCHE
11/18
17/21
13/17
17/24
22.50 Le gendarme se marie. Film
0.30 Les rois de la piscine
25/30
23/30
17/27
19/24
17/23
23/32
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
9/20
9/22
11/25
19/25
17/26
lachainemeteo.com
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
jeudi 23 août 2018
LE FIGARO
JEUX D'ÉTÉ
17
TAKUZU
SU DO KU
Remplir la grille avec les chifres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
0
0
0
0
1
0
1
0
1
0
0
1
0
0
0
0
0
0
0
2635
8
1
0
grille
0
3 6
3
6
7 1
5
1 4
0
FAcile
9 5
5 8 7
7
1
6 5
4 2 7
9
8
2
4
1
6 3
3 1
MOTS FLÉCHÉS N° 2056
SAC
C’EST UN
AUTRE JOUR
LANGAGE
DÉFORMÉ
PIERRES
LEVÉES
grille
FILLE DE
CASTILLE
ELLE PASSE
SOUS
LE NEZ
L’IRIDIUM
6
2
7
1
AIL, AIL,
AIL !
6 5
8
4 7
8
1
HOMME DE
NOUMÉA OU
DE THIO
INÉVITABLE
DIFFÉRENCE
SUBTILE
ÉCHELON
SOLUTIONS DES JEUX
DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
A
A G
E
E N
C
T E
D
DÉMORALISE
NOURRIE
SELON SON CHAUFFEUR
APPÉTIT DE SALLE
DENSE DU
VENTRE
ANCIEN
MARI
FINASSE
EXTÉNUANT
ÉTENDUE
D’EAU
DOUCE
PRIX
RÉCIPIENT
ÉLANCÉS
ANTILOPES
D’AFRIQUE
ELLE SE
PREND EN
PHOTO
DE L’EAU
ABRÉGÉ
0 1 1 0 1 0 0 1 1 0
CHAÎNES
C’EST DU
TIAN !
LE
SUD-OUEST
IL ENRICHIT
SON PROPRIÉTAIRE
PROBLÈME N° 4812
HORIZONTALEMENT
1. B a r i e s t s a c a p ti a l e . - 2. N ’ e s t p a s d u
g e n r e à f a ri e l a d é l i c a t e . - 3. A l o u r d ri l e s
a p p a r e i l s . - 4. P o u l e t c o r i a c e . E n t r a i n
d e d o r m ri ? - 5. C h e m i n d a n s u n e a l l é e .
C e l u i d u l a p i n n e v a u t v r a i m e n t r i e n . - 6.
U n e m o r u e b ie n a rr a n g é e . D o n n e le c o d e .
- 7. C o l l e c t i o n n e u r d e C é s a r s . - 8. T o u r n e
à d r o ti e d a n s l e s b o i s m a i s i c i à c o n t r e s e n s . F ti m e n t i o n . - 9. D e m ê m e . D e s
b a r k h a n e s à p e r t e d e v u e . - 10. G r o s
i n v e s t is s e u r d a n s l e f o o t b a l l . S o n n o m b r e
e s t h a r m o n i e u x . - 11.I l n e m a n q u e r a ti
p l u s q u ’ i l a ti l e s d e u x p i e d s d a n s l e m ê m e
s a b o t ! - 12. R e n d u e s m o i n s l a r g e s .
VERTICALEMENT
1. Q u i s u c c è d e a u x t e m p s a r c h a ï q u e s . - 2.
A u n e t r è s f o r t e p r é s o m p t i o n . - 3. A b a t t i s .
M e t t r e l e c o u v e r t . - 4. R e n d p r o f e s s i o n n e l le m e n t in c a p a b le . P a r a ly s ie r o y a le .
E n s e i g n a n t e t j o u r n a l is t e fr a n ç a is q u i
m i l ti a p o u r l ’ é c o l e g r a t u ti e , o b l i g a t o ri e
e t l a ï q u e . - 5. N ’ a p a s o b t e n u l a g r â c e .
F a ti u n t r o m p e - l ’ œ i l d e v a n t e l l e . D u r , a l l e r
e t r e t o u r . - 6. P r o v i n c e r o m a i n e c o u v r a n t
l ’a c t u e l P o rt u g a l . A p a s s é u n b o n m o m e n t . - 7.J a r d i n d ’ a c c l i m a t a t i o n . . . M e t l e
r o i e n é c h e c . - 8. C a l m e e t r e p o s é . P o u t r e
et a n n e a u x .
Par Louis Morand
1
C’EST-ÀDIRE EN
RACCOURCI
IL EST
DONNÉ
POUR UN
REPAS
SE FAIT
TRÈS MAL
SENTIR
MOTS CROISÉS
2
3
4
5
6
7
8
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4811
HORIZONTALEMENT 1. S p é c i m e n . - 2.
P h r y g a n e . - 3. H i s t o r i a . - 4. E l . Ir i e n . - 5. N a i s .
G M T . - 6.I n d e m n e . - 7. S T O . A y . - 8. C h l o é . M i .
- 9.Ir a k . C a s . - 10. D o t . U r n e . - 11. É p r e n a ti . - 12.
S e a - l in e s .
VERTICALEMENT 1. S p h é n i s c i d é s . - 2. P h i l a n t h r o p e . - 3. E r s .I d o l â t r a . - 4. C y t i s e . O K . E l .
- 5.I g o r . M a e . U n i . - 6. M a r i g n y . C r a n . - 7.
É n i è m e . M a n i e . - 8. N é a n t . B i s e t s .
Takuzu
1 0 0 1 1 0 0 1 0 1
grille
BRIDGE
PROBLÈME N° 2899 :
De battre votre
Cœur s’est arrêté
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
1 0
V
A
V
572
Contrat : S u d j o u e 4 Piques.
N
E
S
A
R
R
A
1
7
3
6
8
2
5
9
4
8
2
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2
2633
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1
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2
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2
4
1
5
9
8
7
6
3
2634
9
5
3
2
1
6
8
4
7
4
6
2
8
3
1
5
7
9
5
7
9
6
2
4
3
1
8
MOTS COUPÉS
Mots coupés
bAlleT - bAllon bAlloT - billeT billon - billoT grêlon - greloT grésil - Perlon PerloT - Persil silleT - sillon.
Par Arthur Gary
Assemblez les huit groupes de trois lettres deux
par deux pour former au moins dix mots de six
lettres. Un même groupe de lettres peut être
utilisé plusieurs fois pour des mots diférents.
9 8 7 2
9 3
4 3
6
O
5
8
2
4
1
9
3
6
7
grille
CHIFFRES
ROMAINS
LA FRANCE
EN FAIT
PARTIE
0 1 0 1 1 0 1 1 0 0
grille
OPUS
DÉCHETS À
ÉLIMINER !
VIEUX
BŒUF
Mots
léchés
0 1 1 0 0 1 1 0 1 0
PENSÉE
ARTIFICIELLE
ÉPUISÉ
BIEN
RANGÉE
C
O P
I
C L
E
I S
1 0 0 1 0 1 0 1 1 0
LABEL
AGRICOLE
CRI DE
SURPRISE
I
S E
I T
S A
B
U L
T E
I
L E
E N
M C
E R
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T E
I
N
E
R
M
E
S
Sudoku
DISSIMULÉ
DIEU ATMOSPHÉRIQUE
R
O
U
L
E
U
R
1 0 0 1 1 0 1 0 0 1
1 0 1 0 0 1 0 0 1 1
COMPLÈTEMENT
DINGO
ÉVALUÉ
E
V
R L I N
I O N
E N
A
G A R
N E
C
R
P U
J O U R
G R E
A M I
R
T P
S A R
M P I E
I N S
0 1 1 0 0 1 1 0 0 1
MESURA
LE TEMPS
GROUPE
FERMÉ
SYMBOLE
DU CÉRIUM
O
A
E R
B E
M E R A T
U E
S I
E
C O R
D O U A
C O U R I
E R
D
S E P I A
S E E
R
E
T S A
M I A M
R O T
I
E
S M S
0 1 0 1 0 1 1 0 1 0
MIS DANS
UNE
PASSOIRE
SUR RÉ
APPARAÎT
S
C
U
L
P
T
S E
A C R
R I
R E S
A R M
N
A
G A R
E U T
A
N
G
E
1 0 1 0 1 0 0 1 0 1
ÎLE DES
CARAÏBES
MÂLE
BÊLANT
LISSER
ESPRIT
PIQUANT
LE
BÉRYLLIUM
Z
M
À REMPLACER
COUPELLE
DE LABO
ELLES
SAUTENT
SUR MÉDOR
2 6
N
INSECTE
RAVAGEUR
TENAIS
SECRET
VIVE
ÉMOTION
ATTRISTERA
1 4
6
7 1
3
2
7
2 8
3
9
COMMISSION
GÉRANT
DE STOCK
PINCEMENT
DE CŒUR
3
8 5
FER DE
CHARRUE
ÉVENTAIRE
RELATIVES
AU FEU
eXPerT
7 4
Par Diane Monfort
ELLE EST
SOUVENT
ROYALE
CERNE
2636
Entame : R o i d e ( l e 2 e n E s t ) .
R D V
10
6 5
5 4 3
C H E
C L A
C L I
C L O
C R O
F L A
I R E
Q U E
1
SOLUTION DU PROBLÈME DE DÉFENSE N° 2898 :
Pour mieux y revenir
Contrat : S u d j o u e 3 Sans-Atout.
La séquence (Pers. vuln.) : S u d o u v r e d e 1 S A e t N o r d c o n c l u t à 3 S A .
Entame : 2 d e p o u r v o t r e A s ( l e 7 e n S u d ) . E t e n s u ti e ?
L ’ e n t a m e d u 2 n e p e u t p a s v o u s la is s e z e s p é r e r p l u s d e q u a t r e l e v é e s d a n s la c o u l e u r .
I l e n m a n q u e u n e e t v o u s a l le z la t r o u v e r à g r â c e à u n c o n t r e t e m p s .
Contre-attaquez du Roi de . S u d d o ti l a i s s e r p a s s e r
9 8 5
( à m o i n s q u ’ i l n ’ a ti d é j à s e s n e u f p l i s , b i e n e n t e n d u ) ,
A V
s o u s p e in e d e c o n c é d e r q u a t r e le v é e s d a n s la c o u le u r .
D 8 6 3
D 1 0 9 4
D e d e u x c h o s e s l ’ u n e . O u e s t , q u i a i n d i q u é s a p a r ti é ,
A 6 3
p o s s è d e s o ti t r o i s ( a l o r s v o u s d e v e z i n s i s t e r à ) , D 1 0 4 2
N
7 3
R D 1 0 9 6
s o ti d e u x ( i c i , v o u s e n ê t e s s û r q u a n d i l f o u r n ti l e 7 ) .
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C e fl a n c i m p ti o y a b l e f a ti c h u t e r l e d é c l a r a n t d ’ u n e l e v é e ,
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3
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5
6
7
8
9
10
A
FAcile
grille 573
jeudi 23 août 2018 LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
Tony Oursler
18
Esprit, es-tu là?
]
Le mal du siècle engendre
le rejet de la vie réelle.
Les artistes trouvent refu
ge dans leurs chimères
qu’ils se
plaisent à apprivoiser.
Dans la musique, la phot
ographie,
le spectacle ou la peinture
, les revenants donnent
de la voix et inspirent
les œuvres.
Donner forme
à l’impossible
VALÉRIE DUPONCHELLE
£@VDuponchelle
Tony Oursler ne ressemble à personne. Ni lui, avec sa bouille un
peu ronde, son air convenable,
presque timide, sa réserve innée
que bousculent ses cheveux peroxydés d’artiste bien dans le sillage de Greenwich Village, à New
York. Ni son œuvre, qui allie technologie pointue et petits trucages
de théâtre et que les Parisiens ont
découvert chez Jean-Gabriel Mitterrand. Elle invente des créatures
à six yeux et des marionnettes
multicolores qui baragouinent en
perroquet bavard. Elle fait parler
les pierres, filme les fantômes, les
médiums et les fées comme des invités coutumiers dans des courtsmétrages complètement hallucinés, entre contes gothiques et
underground à la new-yorkaise
(Imponderable, dévoilé comme un
ovni à la Fondation Luma à Arles
en 2015, puis exposé en héros
américain au MoMA en 2016).
Il y a toujours une troisième dimension dans son monde pimpant
comme un jouet d’hier, bizarre
comme un non-sens scientifique,
intrigant comme un rébus visuel
qui laisse planer un doute sur ce
que l’on a vu. À la Biennale de
Lyon 2015, ses portraits géants vi-
Petit-fils de magicien, cet inclassable artiste américain
convoque fantômes et fées dans ses vidéos et ses films.
Bio
EXPRESS
Vue de l’exposition Sound Digressions :
Spectrum, consacrée au travail de Tony
Oursler (à droite) en 2017. COURTESY TONY
OURSLER, GALERIE MITTERRAND, AURELIEN MOLE
déo semblaient faire surgir du
néant des guerriers virtuels, aliens
tombés d’un film de John Carpenter. Dans « Cosa Mentale », l’exposition qui explorait « les imaginaires de la télépathie dans l’art du
XXe siècle » au Centre PompidouMetz en 2016, Tony Oursler apportait sa touche unique, moins inoffensive qu’il n’y paraît. Elle suivait
les expériences sensorielles et les
voyages de l’œil recherchés par
Turner, Munch, Delaunay. Ou les
pistes de Kandinsky, peintre mais
théoricien de l’art passionné par la
synesthésie qui lui permettait de
transformer les sons en couleurs
(Tableau à la tache rouge, 1914, qui
mise sur le « rayonnement » de
l’œuvre).
A
« Petit chimiste »
Le surnaturel, on pourrait dire
que Tony Oursler est tombé dedans quand il était petit. Et que le
goût de donner forme à l’impossible a été sa quête personnelle de la
divine potion magique. « Mon
grand-père, Charles Fulton Oursler, était magicien, un écrivain
d’histoires policières pour les magazines True Detective et True
Romance, un catholique converti
au catharisme (la religion hérétique des Cathares, NDLR). Il était
ami du grand magicien Harry
Oudini (de son vrai nom Ehrich
Weisz, fils de rabbin né en 1874 à
Budapest, alors en Autriche-Hongrie, et mort en 1926 à Detroit, aux
États-Unis) et idolâtrait Arthur
Dans les archives de son grandpère, Tony Oursler trouve une
photographie du Dr Charles W.
Littlefield, « un chercheur un peu
fou en biologie et en homéopathie ».
Son livre-clé paru en 1937, Man,
Minerals and Master, entend démontrer que les « pensées sont des
choses et que leur pouvoir peut
s’exprimer à travers certains composants minéraux » et que ces
« pensées peuvent être mises en formules comme des charmes ou des
mantras selon un système mathématique appelé Personal Numerology ». Cette photo est rarissime,
mais Tony Oursler ne le sait pas
encore. « Cette image mystérieuse
était un cadeau à mon grand-père
de sir Arthur Conan Doyle, un cliché
qu’il avait annoté au dos, parmi
d’autres envois qui devaient prouver ses dires. Né en Écosse en 1859
et mort en juillet 1930, médecin de
formation et de pratique, Conan
Doyle était un fervent adepte du
mysticisme. Un de ceux qui
croyaient aux Cottingley Fairies,
l’histoire de ces
deux fillettes persuadées
d’avoir
photographié des
fées dans les bois
du Yorkshire en
1917. Il est donc
1957
Naissance à New York allé jusqu’à Seattle
pour rencontrer
1979
Étudie à la plus célèbre Charles W. Littlefield. »
école d’art de la côte
Enfant, Tony
Ouest avec John
Oursler
entend
Baldessari et Laurie
parler
de ses
Anderson comme
« photos de fées »
professeurs
par ses parents. À
1991
Présente sa première 4 ans, il en fait un
jeu avec sa sœur
marionnette vidéo,
âgée de 6 ans.
The Watching,
Tout est possible
à Documenta 9,
à Kassel, en Allemagne quand l’imagination est une terre
2011
vierge. L’adulte
Est exposé
qu’il est devenu a
à la 54e Biennale
étudié ce matériau
de Venise
familial avec le séJanvier 2013
rieux du cherCrée pour son ami
David Bowie le clip de cheur et de l’hisWhere Are We Now ? torien amateur.
« Le tournant du
2015
siècle avait vu naîDévoile ses sources
tre une fascination
avec Imponderable :
pour le spiritualisthe Archives of Tony
Oursler, à la Fondation me qu’ont accentuée la Première
Luma, à Arles
Guerre mondiale et
sa marée de morts », dit-il. Tous
ces grands personnages de sa parentèle sont tombés dans son héritage matériel et immatériel. Ils ont
infusé dans ses scénarios assez
abracadabrants où le plus « cutting
edge » de la scène new-yorkaise,
maquillé comme au Grand Guignol, joue à faire tourner les tables
et à convoquer les esprits comme
les gentlemen de la bonne société
anglaise en redingotes et en hauts
de forme.
Collaboration avec Bowie
Conan Doyle, avec lequel il a entretenu une correspondance », nous
confia Tony Oursler dans son studio passablement encombré de
New York.
Il hérita à sa naissance du prénom de son grand-père (« Je suis
Charles Fulton Oursler III »), puis
de ses archives prodigieuses juste
avant l’an 2000. « Je les avais explorées, enfant, lorsqu’elles étaient
rangées dans une armoire entreposée dans le basement de la maison
familiale. C’est là que je faisais mes
expériences de petit chimiste ! On
avait des souvenirs liés à la magie
partout chez nous, des affiches avec
mon grand-père, sa canne-épée,
des accessoires de magicien que
Houdini lui avait donnés », nous raconte cet artiste bien contemporain qui hante toutes les biennales.
4/6
Une fois plongé dans ces archives
éclectiques, il a attrapé le virus de
la collectionnite dans sa version
américaine, c’est-à-dire accumulatrice, érudite et viscéralement
originale. Il acheta ensuite un lot
de documents provenant de la collection d’un magicien à Londres,
« dont la représentation d’un ectoplasme censé briller dans le noir,
utilisé dans les années 1920 comme
un artifice de magicien ».
LES PHOTOS MIRACULEUSES
Dans la collection de Tony Oursler, les photos sont sur la piste des ectoplasmes et des ombres
surnaturelles. Ses archives d’artiste sont réunies dans Imponderable, qui désigne à la fin
du XVIIIe siècle « ce qui est à la frontière de la science et de la religion ». Le début du XXe
se passionne pour les Cottingley Fairies, ces jeunes filles du Yorkshire qui ont pris des photos
des fées dans les bois en 1917 (Conan Doyle en est convaincu). Un spectre chevelu apparaît
en 1920 sur la cathédrale de Canterbury (Becket’s Ghost, référence à l’archevêque Thomas
Becket qui y fut assassiné en 1170). La foi y est pour beaucoup. C’est l’apparition
« atmosphérique » de la vierge Marie au-dessus d’une forêt noire. Ou Photograph of an
apparition, reproduite dans Photographing the Spirit World de Cyril Permutt ainsi commentée :
« L’image extraordinaire d’un homme en prières est apparue soudainement trois mois après
que le tirage eut été fait, en janvier 1976. »
On comprend que David Bowie,
fasciné par le mime, la construction de l’image, l’idée de la métamorphose, le trucage qui dit vrai,
ait eu envie de faire appel à la magie de Tony Oursler. Tout d’abord
pour des sculptures vidéo qui servirent de décors scéniques à son
50th Birthday Tour en 1997. Et puis,
plus songeusement sans doute, en
2013 pour le clip surprise de son
grand retour après dix ans d’absence, Where are we now ? Cette
« lyric video » mélancolique signée
Tony Oursler enferme le visage de
la star dans une pierre grise et
chauve. Il est malade, mais son
ami et complice n’en dit mot. Tout
est là pourtant dans l’image symboliste. Comme un fantôme sur un
improbable tirage vintage de collectionneur. David Bowie meurt
du cancer le 10 janvier 2016. Et sa
stèle est ce clip que l’art de Tony
Oursler transforme en chant funèbre pour l’éternité. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
George Harrison en Inde
LE FIGARO
jeudi 23 août 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
CHRONIQUE
Luc Ferry
luc.ferry@yahoo.fr
www.lucferry.fr
19
« Tout fout le camp ? »
i l’on en croit les enquêtes
d’opinion, c’est chose certaine
aux yeux d’une majorité de
Français. Invariablement, en
effet, la France y figure dans
les tout derniers rangs. Selon
une étude publiée en 2014 par Le Point,
seuls 43 % des Français se déclaraient
heureux ou très heureux, contre une
moyenne de 70 % sur l’ensemble des
65 pays pris en compte. Au total, ils se
classaient au 55e rang, juste devant des
États en guerre ou en faillite. Seuls 17 %
de nos concitoyens pensaient
que l’avenir serait meilleur, les autres
étant convaincus qu’on va vers le pire.
Depuis, la peur des nouvelles
technologies n’a fait qu’empirer
les choses. Un sondage Ifop de 2017
montrait que 64 % des Français ont peur
de l’intelligence artificielle, 71 % pensent
que les destructions d’emplois seront
supérieures aux créations. D’après un
sondage CSA de 2018, 43 % des Français
estiment que les robots vont rendre
les humains obsolètes !
Il faut dire que nos pessimistes
professionnels, qui sous les dehors d’une
marginalité feinte dominent en réalité
le paysage intellectuel, surfent sur
la vague : effondrement du système
éducatif, horreur économique, mort
de la civilisation européenne, malbouffe,
fin des paysans, victoire de la com
sur l’info, érosion du lien social, éclipse
du bien commun, victoire de
S
l’individualisme, déconstruction
des traditions sous les coups de boutoir
du libéralisme, suicide français, défaite
de la pensée, bilan de faillite, insécurité
culturelle, mépris de la France
périphérique, perte de l’identité
nationale, voire disparition de la France
tout court sous l’effet d’une
mondialisation malheureuse,
déshumanisation technicienne,
tout est bon pour casser le moral !
Pascal affirmait qu’il y a toujours une
part de vérité dans les opinions même
les plus fausses. Et de fait, c’est
l’évidence, tout n’est pas parfait
dans le monde moderne. On aimerait
simplement que nos déclinologues
relativisent le propos, qu’ils comparent
avec un minimum de sérieux notre
époque aux précédentes, qu’ils
se souviennent de ce que furent
les années 1930, des deux cents millions
de morts du nazisme, du stalinisme,
du maoïsme et des régimes fascistes
d’Amérique du Sud, qu’ils pensent aux
temps de l’occupation et même à cet
après-guerre où l’on manquait de tout.
On aimerait qu’ils réalisent que
la génération du baby-boom est la
première à ne pas avoir connu la guerre.
On aimerait qu’ils admettent
que les famines ont presque disparu,
que l’extrême pauvreté est devenue
marginale et que le monde,
contrairement à ce qui se dit ici ou là,
est moins inégalitaire que jamais.
migratoires en témoignent assez
qui vont rarement de chez nous vers la
Syrie, l’Irak, le Yémen ou le sub-Sahel.
Si nos vieilles démocraties
républicaines sont aujourd’hui
menacées, c’est pour l’essentiel
du dehors, par le fanatisme religieux,
et pour ce qui relève de l’intérieur,
ce n’est pas d’un excès de libéralisme,
mais de son défaut qu’elles souffrent,
le pessimisme généralisé qui tourne
les yeux vers nos splendeurs passées
au lieu de nous
pousser à investir
Nous pourrions être au paradis ou
l’intelligence
peu s’en faut si nous avions la lucidité dans
et l’innovation ne
et le courage de relever les défis de la
faisant qu’aggraver
la situation.
troisième révolution industrielle au lieu
Nous pourrions
d’idéaliser la IIIe République, ses blouses
être au paradis
ou peu s’en faut
grises et ses plumes Sergent Major
si nous avions
la lucidité
et le courage de relever les défis
Pourtant, si l’on refuse,
de la troisième révolution industrielle,
contrairement à Rousseau, d’écarter
celle du numérique, de la robotique
tous les faits, il est incontestable
et de l’intelligence artificielle,
que l’Europe reste comme jamais
au lieu d’idéaliser la IIIe République,
le continent phare de l’humanité,
un espace unique de prospérité,
ses blouses grises et ses plumes Sergent
de protection sociale, de liberté politique
Major. Si l’Europe est menacée, ce n’est
et religieuse, de création artistique,
pas par manque de passé, mais par
littéraire, philosophique et scientifique,
manque d’avenir, parce que emportée
mais aussi de laïcité, d’autonomie,
par une vague de pessimisme et
de respect du droit des femmes comme
de nationalisme elle ne se perçoit plus
il n’y en eut nulle part auparavant
comme une puissance capable de peser
et nulle part ailleurs. Du reste, les flux
sur le cours du monde.
Mais il est vrai qu’on ne fait pas de bons
articles sur les trains qui arrivent
à l’heure. Annoncer l’apocalypse
est désormais un passage obligé,
un préalable indispensable à cet air
de profondeur morose qui sied à
l’intelligence. Émettre un bémol sur la
noirceur de l’époque, sur sa déréliction
et sa bassesse, c’est déjà passer
pour un imbécile heureux voire, pire,
pour un optimiste libéral, un collabo
de la modernité.
«
»
Quand une entreprise cède à la stratégie
publicitaire de l’islam politique
O
MATHIEU BOCK-CÔTÉ
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
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Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
de défense les plus élémentaires
du voile dans certaines catégories
en les culpabilisant. Ainsi, pour les
de populations immigrées est un
partisans de cette idéologie, ce n’est plus
phénomène politique qui ne témoigne
l’arrivée massive de migrants qui cause
pas simplement de la spiritualité de celles
problème dans nos sociétés mais le fait
qui l’affichent mais qui révèle une
qu’une grande partie de la population ne
dynamique relevant à la fois de la
s’en enthousiasme pas et cherche à faire
sécession culturelle et de la conquête
respecter ses frontières. Ce n’est pas
de l’espace public.
l’offensive de l’islam politique qui doit
Il y a un paradoxe
Une contre-société se constitue
inquiéter mais le manque de zèle des
propre à la question du
populations européennes à lui faire une
voile,
à
moins
qu’il
ne
symboliquement à travers
place de choix dans la vie collective à la
s’agisse simplement d’une
une identité victimaire
manière d’une identité parmi d’autres.
ruse militante. D’un côté,
L’histoire de la gamine voilée de Gap
il a explicitement pour
nous conduit donc à une question
vocation de rendre visible
fondamentale, qui touche la définition
la religion musulmane dans l’espace
L’islam politique est ainsi parvenu
que nos sociétés donnent d’elles-mêmes,
public, à la manière d’un
à s’accaparer la figure de l’Autre,
et il n’est pas inutile de souligner
communautarisme militant réclamant
qui suscite la dévotion des Occidentaux.
que c’est en France – et au Québec –
de pouvoir imposer unilatéralement ses
Plus les sociétés occidentales céderont
que la publicité a fait scandale.
codes culturels à la société qui l’accueille.
à l’islam politique, plus elles pourront
Même si elle est contestée politiquement,
De l’autre, les militants de l’islam
s’enorgueillir d’une authentique
l’idéologie diversitaire demeure
politique exigent que les sociétés
conversion à la morale de la diversité.
hégémonique dans le monde
occidentales ne remarquent pas le voile,
Naturellement, l’islam politique entend
anglo-saxon, surtout dans les milieux
comme si le simple fait de remarquer
toujours pousser plus loin les limites
qui ont les moyens d’assurer leur
sa présence relevait d’une logique
de l’acceptable, pour garder sous tension
hégémonie culturelle. Inversement,
discriminatoire et même raciste. L’islam
la société d’accueil. Le consentement
en France, où le principe de laïcité
politique veut avancer son agenda sans
à un symbole entraîne nécessairement
est inscrit dans le noyau intime
que les sociétés qui le subissent ne soient
l’acceptation d’un autre symbole, et cela,
de la culture
jusqu’à la normalisation éventuelle
nationale, c’est tout
du niqab et de la burqa, point
L’idéologie diversitaire demeure
le corps social
d’aboutissement inévitable d’une société
qui se braque
s’anesthésiant au nom d’une conception
hégémonique dans le monde
contre une forme
déformée de la tolérance. Le ralliement, au
anglo-saxon. En France, au contraire,
d’impérialisme
Danemark, d’Amnesty International à la
politico-religieux
cause du niqab en donne un bon exemple.
c’est tout le corps social qui se braque
qui transforme
Une contre-société se constitue
contre
une
forme
d’impérialisme
une fillette
symboliquement à travers une identité
politico-religieux qui transforme
en enfant-militant.
victimaire. Le moindre refus devant la
Pour résister
nouvelle revendication sera interprété
une fillette en enfant-militant
à l’islamisme, les
comme un raidissement de la société
sociétés européennes
d’accueil, dérivant vers la crispation
ne pourront pas se contenter
en droit de le faire remarquer.
identitaire, généralement à cause
de brandir la philosophie des droits
Il veut s’afficher tout en censurant ceux
du discours de leaders populistes
de l’homme, elles devront renouer
qui le remarquent.
ou d’éditorialistes qui exciteraient
avec leur identité nationale
C’est la même logique qui nous oblige
consciemment la peur de l’autre.
et civilisationnelle pour retrouver
à célébrer la diversification accélérée
Au terme de ce processus, la société
une capacité d’action politique.
des sociétés occidentales sans avoir
occidentale devra considérer le voile
le droit de noter que cette mutation
islamique, et désormais, même le voile
* Sociologue, chargé de cours à HEC
démographique transforme la définition
chez les fillettes, comme un symbole
Montréal et chroniqueur à Radio-Canada.
même du peuple. On retrouve ici
parmi d’autres propre au pluralisme
À notamment publié
l’idéologie multiculturaliste qui inverse
identitaire caractérisant la modernité
« Le Multiculturalisme comme religion
le devoir d’intégration partout où elle
avancée. Il ne sera plus possible de dire,
politique » (Éditions du Cerf, 2016).
s’implante et paralyse les mécanismes
ou même de penser, que la diffusion
parvient à manipuler les codes culturels
occidentaux et l’imaginaire des droits
de l’homme qui leur sert de toile de fond
aujourd’hui. La société occidentale
se montre favorable au voile dans
ses nombreuses formes en en faisant
le symbole de l’ouverture à l’altérité.
«
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
»
«
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
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sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
6 pages
A
n a récemment appris que
la marque de vêtements
Gap, pour sa nouvelle
publicité sur le thème du
retour à l’école, destinée
au marché américain
et britannique, a voilé une fillette d’à peu
près 10 ans. Gap prétend pratiquer
le marketing diversitaire, en s’emparant
du voile islamique, un symbole que
l’entreprise sait polémique, et qu’elle
embrasse sans gêne. Elle s’imagine ainsi
marquer son appartenance au camp
du bien : le monde de l’entreprise,
globalement, a pris depuis un bon
moment sa carte du parti
multiculturaliste, à la fois par
opportunisme et conviction. D’ailleurs,
il se montre généralement favorable
aux initiatives comme la discrimination
positive et n’hésite pas, lorsqu’il le faut,
à sonner la charge contre la figure
apparemment détestable de l’homme
blanc de plus de 50 ans.
Et pourtant, en voilant une fillette,
Gap est manifestement allé trop loin.
L’entreprise révélait la charge
idéologique de sa campagne publicitaire.
Car si la propagande islamiste est presque
parvenue à normaliser le voile dans
les pays occidentaux, même s’il suscite
encore à l’abri des caméras des critiques
toujours aussi vives, que le politiquement
correct parvient à censurer, voiler une
gamine est encore heureusement perçu
comme une provocation. La fillette
figurant sur la photo était transformée
en panneau publicitaire ambulant
pour l’islam politique, qui ne fait même
plus semblant de considérer que
le voile est un choix et qu’il est possible
pour une femme de l’embrasser ou d’y
renoncer. Il revendique sans gêne le
conditionnement idéologique des jeunes
filles dès leur plus
jeune âge en voulant
les étanchéiser
contre les valeurs
VENTS D’OUEST
de la civilisation
occidentale.
Notre chroniqueur, figure de la vie intellectuelle
Cet épisode nous
québécoise*, analyse le tollé suscité, en France,
rappelle à quel point
par la publicité de Gap montrant une enfant voilée.
l’islam politique
jeudi 23 août 2018 LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
20 SÉRIE ÉTÉ
[
4/6
L’audace
échevelée du
« Mefistofele »
d’Arrigo Boito
L’œuvre uniq
ue
]
Coup du sort
ou
n’ont signé qu coup de génie ? Certains art
’un
ist
télévisuelle, film e seule pièce, roman, disqu es
e, sér
ou opéra. Comm
tarie. Comme
e si l’inspiration ie
s’ils avaient tou
s’était
le succès se tro
t dit en une foi
uv
s.
sur quelques ex e aujourd’hui au rendez vo Pourtant,
us. Retour
emples d’un cu
rieux phénom
ène.
L’opéra Mefistofele,
composé par Arrigo
Boito, a été présenté
aux Chorégies
d’Orange en juillet
dernier, dans une
mise en scène de
Jean-Louis Grinda.
Ci-dessous, le chef
d’orchestre italien
Arturo Toscanini
(ici dans les années
1940) a donné
une représentation
mémorable
de l’œuvre, à la Scala
de Milan.
BERTRAND LANGLOIS/
AFP, RUE DES ARCHIVES/
©THE GRANGER
COLLECTION NYC
Unique opéra achevé du poète et compositeur italien dont on célèbre
le centenaire, l’œuvre a longtemps été injustement dédaignée.
A
THIERRY HILLÉRITEAU £@thilleriteau
« Fin : Arrigo Boito et Chronos. »
C’est par cette étincelle poétique que
se referme, en 1918, la partition de
Nerone : le second opéra du compositeur italien, auquel le musicien
travaille depuis vingt ans mais qu’il
porte en lui depuis les années 1860,
ne verra jamais le jour. Du moins pas
dans sa version définitive : celle, en
cinq actes, qu’avait initialement
prévue Boito. Lorsqu’il disparaît en
ce soir du 10 juin, il vient d’apporter
ses dernières corrections à l’acte IV.
L’œuvre n’a aucune orchestration.
Il faudra attendre le 1er mai 1924, à la
Scala de Milan, pour que le mage Arturo Toscanini, brandissant son immense baguette de chef d’orchestre,
donne enfin vie à ce chef-d’œuvre
en puissance, laissé inachevé par un
compositeur qui reste, hélas, encore
mésestimé cent ans après sa mort.
Le large succès de cette recréation partielle, auquel contribuèrent
sans doute les talents d’orchestrateurs de Toscanini et de son complice Vincenzo Tommasini, laisse
pourtant présager de la place qui
aurait pu être la sienne au panthéon
de l’opéra italien. S’il n’avait été
écrasé par l’échec cuisant de la
création de son premier opéra, Mefistofele. Survenu cinquante ans
tout juste avant sa mort. Et qui brida
jusqu’à celle-ci son échevelée
audace créatrice.
Huées. Sifflements… Le soir de la
création
de
Mefistofele,
le
5 mars 1868 à Milan, Arrigo Boito
dirige l’ouvrage. Dépassé par les
événements, comme ses chanteurs,
il vit un traumatisme sans précédent. Il n’a que 26 ans. Est déjà reconnu pour ses talents de poète et
de librettiste. Vient d’écrire pour
Giuseppe Verdi le texte d’une cantate profane en vue : l’Hymne des
nations, commande de l’Exposition
universelle de 1862, à Londres.
Après un voyage en Europe, où il
put approcher Berlioz, Rossini ou
Victor Hugo, il a fait un retour fracassant à Milan, en qualité de critique et d’intellectuel. Fils du peintre
et miniaturiste italien Silvestro Boito, il connaît bien les cercles artistiques de la Botte. Ses parents se sont
séparés quand il n’était qu’un enfant. Mais sa mère, la comtesse polonaise Jozefa Radolinska, veille sur
son éducation artistique. Son frère,
Camillo, se spécialisera dans les
beaux-arts. Pour Arrigo, ce sera le
conservatoire de Milan. Il y fait la
connaissance de Franco Faccio. Le
futur directeur du conservatoire et
chef de la Scala sera l’un de ses
meilleurs défenseurs.
En 1863, la puissante et virulente
Ode all’arte italiana que Boito déclame publiquement le propulse sous
les feux des projecteurs, en chef de
file des « Scapigliati ». Un groupe de
jeunes artistes milanais, que l’on
surnomme les « échevelés » et qui se
projettent dans les canons d’un art
bohème révolutionnaire. Projetant
de faire exploser le système opératique en place. Dans ce texte que Verdi, véritable dieu de l’opéra de
l’époque, prend à juste titre comme
une attaque personnelle, Boito fustige un art italien enfermé dans « la
prison des anciens et des stupides ».
Prophétisant la venue d’un Messie
de l’art lyrique, « peut-être déjà né
[…], qui élèvera cet art modeste et pur
sur l’autel qui fut souillé comme le
mur d’un lupanar ».
“
Une œuvre unique,
étonnante dans
sa forme mais sublime
dans son esthétique
et révolutionnaire
dans son approche
wagnérienne
”
NATHALIE STUTZMANN, CHEF D’ORCHESTRE
On imagine le retentissement que
de tels mots purent avoir dans la société musicale de l’époque. Qui plus
est de la part d’un jeune essayiste se
réclamant
de
l’avant-garde.
N’ayant encore jamais composé
d’opéra. Et ayant collaboré quelques
mois plus tôt avec celui dont il vient
de faire la cible de ses critiques. C’est
à la lumière de ce contexte qu’il nous
faut relire les événements du 5 mars
1868. Et la réception catastrophique
d’un ouvrage condamné d’avance
par un public milanais forcément
constitué de partisans de Verdi. Qui
ne pouvait qu’attendre la première
création lyrique du prince des
« échevelés » au tournant. Il n’aura
du reste pas à chercher loin ses arguments pour descendre en flèche la
partition. Avec sa durée fleuve de
cinq heures, son modernisme ostentatoire auquel les chanteurs
n’étaient visiblement pas préparés,
cette première version, aussi révolutionnaire soit-elle, porte en elle les
armes de sa propre destruction.
Après deux représentations (dont la
seconde dut être répartie en deux
soirées), la police italienne met fin au
spectacle, annonçant le retrait de
l’opéra. Le commentaire cinglant de
Verdi ne se fait pas attendre. Ce dernier parle avec froideur d’un jeune
arrogant « aspirant à l’originalité
mais ne parvenant qu’à l’étrangeté ».
Il faudra toute la force de persuasion
de Faccio, allié à l’éditeur Ricordi,
pour réconcilier les deux hommes
dans les années 1880. Faisant passer
Boito à la postérité comme le librettiste qui œuvra aux succès d’Otello et
Falstaff.
Retour en 1868. Ce tomber de rideau prématuré aurait découragé
plus d’un jeune artiste. Mais pas Arrigo Boito. Si le traumatisme de cette
première le hante jusqu’à la fin de sa
vie, il refuse de tirer un trait sur son
rêve de modernisme italien et d’art
total. Car c’est bien de cela qu’il
s’agit avec Mefistofele. Seule adaptation lyrique osant la synthèse des
deux parties du Faust de Goethe,
Boito l’a pensée non comme un drame mais comme une vaste fresque
métaphysique. Une ambition wagnérienne confirmée par son souhait d’en signer lui-même le livret,
et d’en diriger l’orchestre. Sept années durant, il retravaille d’arrachepied sur son ouvrage, pour en alléger la matière littéraire et en
fluidifier la narration. Se concentrant davantage sur les personnages
et leur psychologie. Et remaniant
l’alternance des airs pour leur donner plus de contrastes. Lors de la
création de sa nouvelle version, en
1875 à Bologne, Mefistofele remporte
enfin le succès escompté. Le public
du Teatro comunale, tout acquis à la
cause wagnérienne, porte en triomphe une œuvre jugée à juste titre révolutionnaire. Un état de grâce qui
se prolongera jusqu’en 1881, date à
laquelle Boito apporte ses corrections définitives à l’ouvrage.
Au tout début du XXe siècle, Mefistofele connaît un regain d’intérêt,
grâce notamment à Toscanini, qui
en donne une représentation mémorable à la Scala, avec le Mefistofele de Fiodor Chaliapine et le Faust
Arrigo Boito
■ Né sous le nom Enrico
Boito, le 24 février 1842
à Padoue, d’un père peintre
miniaturiste (Silvestro Boito)
et d’une mère comtesse
■ À 11 ans, à l’instigation
de sa mère, commence
ses études de musique
au conservatoire de Milan,
où il apprend le violon,
le piano et la composition
d’Enrico Caruso. Ce dernier en
chantera d’ailleurs deux airs sur son
tout premier enregistrement en
1902. Le premier récital lyrique de
l’histoire du disque. Depuis,
l’œuvre, 150 ans cette année, peine à
retrouver régulièrement les honneurs de la scène, en dépit de productions récentes venues rappeler,
comme le souligne la chef d’orchestre Nathalie Stutzmann (qui en dirigea cet été la production triomphale
aux Chorégies d’Orange), que « cette
œuvre unique, étonnante dans sa forme mais sublime dans son esthétique
et révolutionnaire dans son approche
wagnérienne, laisse présager de ce
que le génie de Boito aurait pu apporter à la musique italienne… s’il n’avait
été coupé dans son élan par cette première, sans doute trop en avance pour
la société milanaise de l’époque ». ■
RETROUVEZ DEMAIN :
« Le Prisonnier » conserve
toujours son mystère
Arrigo Giuseppe
Giovanni Boito
(1842-1918),
compositeur, poète
et librettiste. MARY
EVANS/RUE DES
ARCHIVES
■ À partir de 1866, il s’attelle
à composer Mefistofele :
son premier et unique opéra
achevé, rêve d’art total
avec lequel il entend dessiner
un nouvel opéra italien
■ La première, à Milan,
en 1868, est un échec.
Il retravaille la partition
pendant sept ans. La
recréation à Bologne en 1875
est un succès
■ En 1881, Ricordi et le chef
Faccio convainquent Verdi de
le prendre comme librettiste.
Verdi lui demande de
retravailler le livret de Simon
Boccanegra. Triomphe.
Suivront Otello puis Falstaff
■ Il s’éteint le 10 juin 1918,
travaillant toujours sur son
second opéra, Nerone, qu’il
ne verra jamais représenté
et qu’il laisse inachevé
et sans orchestration
jeudi 23 août 2018 LE FIGARO - N° 23 025 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
L’ÉTÉ DU FIGARO
LES ENTREPRISES
D’INTÉRIM MONTENT
EN GAMME PAGE 22
WOLFGANG BELTRACCHI,
HIPPIE ET FAUSSAIRE
DE GÉNIE PAGE 25
Les Gafa accélèrent
la chasse aux « fake news »
À l’approche des élections de mi-mandat, aucune erreur ne sera pardonnée
à Facebook, Google, ni à Twitter en cas d’ingérence étrangère sur leurs réseaux.
À deux mois des élections de mimandat aux États-Unis, Facebook
s’astreint à une opération mains
propres. Le réseau social multiplie
les suppressions de contenus dou-
teux et accuse pour la première fois
l’Iran et la Russie de tentatives de
manipulation. Il saborde même son
lucratif outil de ciblage publicitaire
pour le rendre moins performant. Le
temps presse pour convaincre le Sénat américain de sa bonne foi. Le
5 septembre, Facebook devra lui
rendre des comptes sur les moyens
mis en œuvre pour éviter la débâcle
des élections présidentielles de 2016.
La propagation de la désinformation
grâce aux géants du Web étant devenue une affaire d’État, Twitter et
Google lui emboîteront le pas.
èFACEBOOK SUPPRIME LES CIBLAGES PUBLICITAIRES DISCRIMINANTS PAGE 26
STOCK.ADOBE.COM, S. KONSTANTINOVA/ALOTOFPEOPLE - STOCK.ADOBE.COM, S. GLAUBITZ/PICTUREALLIANCE/DPA/AP IMAGES
Chômage :
les allocations
des cadres
réduites ?
Le député LaREM
Aurélien Taché
propose que
les indemnités
des cadres percevant
plus de 5 000 euros
au chômage soient
rognées. L’exécutif ne
commente pas. Mais
tous les sujets seront
sur la table lors de la
prochaine réforme
de l’assurancechômage. PAGE 23
le PLUS du
FIGARO ÉCO
ANALYSE
Pourquoi les
équipementiers sont
malmenés en Bourse
PAGE 24
LA SÉANCE
DU MERCREDI 22 AOÛT 2018
CAC 40
5420,61
+0,22%
DOW JONES (18h)
25817,73 -0,02%
ONCE D’OR
1196,65 (1190,95)
PÉTROLE (lond)
74,270 (72,427)
EUROSTOXX 50
3421,88 +0,30%
FOOTSIE
7574,24 +0,11%
NASDAQ (18h)
7429,72 +0,44%
NIKKEI
22362,55 +0,64%
Dix postes à pourvoir
au palais de Buckingham
L
F. N.-L. (AVEC REUTERS)
Tour Eiffel : Ducasse
débouté en justice
face à Marx et Anton
L'HISTOIRE
a famille royale recrute ! Dix
annonces de CDI ont été publiées
sur le site Internet officiel de
Buckingham Palace. C’est
l’occasion de faire partie
des 436 salariés qui travaillent à plein
temps pour les Windsor, en plus des
350 employés en CDD pour l’accueil des
visiteurs. Commis de cuisine, conservateur
de musée, assistant de manager de projet,
sous-chef, gouvernante… Différents profils
sont recherchés et les offres sont ouvertes
à tous, à condition de détenir un permis de
travail en Angleterre et de parler la langue
de Shakespeare. Certains postes n’exigent
pas d’expérience préalable, comme celui
de commis de
cuisine, rémunéré
22 300 euros
par an, contre
21 000 euros pour
les vendeurs à la
boutique du palais.
Le salaire le plus
bas est celui
de l’intendant,
à 19 375 euros
annuels, et le plus
Ce devait être la cotation du siècle.
Confronté ces dernières années à une
baisse de ses recettes pétrolières et à
des hausses de dépenses sociales qui
ont provoqué un déficit budgétaire,
l’Arabie saoudite avait annoncé, début
2016, l’introduction en Bourse de sa
compagnie pétrolière nationale Saudi
Aramco. Cette colossale opération financière a été gelée, affirme l’agence
Reuters, qui citait mercredi « quatre
sources haut placées dans le secteur
pétrolier ».
Selon ces sources, l’Arabie saoudite
s’est séparée des conseillers financiers travaillant sur l’opération, car
elle concentre désormais son attention sur un projet de prise de « participation stratégique » par Aramco au
capital du groupe pétrochimique
Saudi Basic Industries Corporation
(Sabic), numéro quatre mondial de
son secteur.
Il avait été question que 5 % du capital d’Aramco soient dans un premier
temps introduits sur le marché. Le Financial Times, citant plusieurs sources, avait évoqué en début d’année
une valorisation de 2000 milliards de
dollars. Soit le double de la capitalisation boursière actuelle d’Apple, qui
détient le record en la matière. De
quoi aiguiser l’appétit des places financières de New York, Londres et
Hongkong, qui rivalisent pour dérouler le tapis rouge au géant saoudien.
Les banques d’affaires se pressaient
aussi autour de la compagnie siégeant à Dhahran. JPMorgan, Morgan
Stanley ou encore HSBC se partageaient jusqu’à présent le marché du
conseil.
Au printemps dernier, le ministre
saoudien des Finances avait laissé
entendre que l’introduction du fleuron national pourrait être reportée à
2019 si les conditions du marché
n’étaient pas favorables. La valorisation du géant, calculée, entre autres,
sur la base des réserves de brut et
les perspectives du marché pétrolier,
serait l’objet de divergences. Seule
certitude, la décision n’a pu être prise
sans l’aval du tout-puissant prince
héritier Mohammed Ben Salman, le
pilote de la modernisation de l’économie du royaume.
élevé est celui du conservateur du musée,
qui est de 39 000 euros. Autre poste
à pourvoir : sous-chef en cuisine. Les
candidats devront « avoir plusieurs années
d’expérience et maîtriser la cuisine classique
française », pour ravir les papilles
de Sa Majesté. Le sous-chef sera amené
à suivre la reine dans ses différentes
résidences. Il bénéficiera d’un logement
de fonction au sein du palais de Kensington
afin d’être au service de la reine à toute
heure. Les candidats doivent d’abord
déposer en ligne CV et lettre de motivation.
Attention : les dates limites des candidatures
s’échelonnent entre le 24 août pour l’emploi
de commis et le 21 septembre pour le poste
de conservateur.
Comme le rappelle
chaque annonce,
« travailler pour les
instances royales,
c’est avoir un
objectif commun
et partagé et c’est
ce qui rend
chaque poste
remarquable ». ■
A. F.
La justice a tranché. Le tribunal administratif de Paris a
statué en faveur de la Société
d’exploitation de la tour Eiffel
(SETE), qui a attribué la
concession de la restauration
des dix prochaines années au
duo de chefs Frédéric Anton
et Thierry Marx (associés à
Sodexo). L’équipe perdante
menée par Alain Ducasse (associé à Elior) avait saisi la justice, espérant obtenir un
nouvel appel d’offres. Elle
avait déposé un référé précontractuel devant le tribunal administratif, mettant en
avant un possible conflit
d’intérêts et « un problème
d’impartialité » concernant
Nova Consulting. Ce cabinet
en charge de l’appel d’offres
avait conseillé Sodexo en termes de stratégie en juin 2016.
Selon la SETE, le tribunal « a
reconnu que la consultation
s’était déroulée dans le plus
strict respect des lois en vigueur ». La prise d’effet du
nouveau contrat interviendra
le 1er octobre. Depuis dix ans,
Alain Ducasse, chef triplement étoilé, était aux commandes des cuisines du Jules
Verne. Mais il était allié à Sodexo, avant de s’associer à…
Elior en 2015. À l’occasion
d’une augmentation de capital, l’ennemi historique de
Sodexo a racheté 10 % du capital d’Alain Ducasse Entreprise, y voyant une opportunité en or de revenir au Jules
Verne.
L’an dernier, 1,3 million de
repas ont été consommés à la
tour Eiffel. Cela représente un
chiffre d’affaires de 43 millions d’euros, dont 18 millions pour le seul Jules Verne.
Frédéric Anton (trois étoiles
au Guide Michelin) prendra
les commandes du restaurant
gastronomique ;
Thierry
Marx (deux étoiles) celles de
la brasserie et de la vente à
emporter. La SETE attend que
le chiffre d’affaires progresse
de 35 % dans les dix prochaiM. V.
nes années.
A
EMPLOI
SAUDI ARAMCO
SUSPEND SON
ENTRÉE GÉANTE
EN BOURSE
jeudi 23 août 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Les entreprises d’intérim
montent en gamme
8 260
agences
d’emploi
Conseil en ressources humaines, formation, recrutement… Le secteur se diversifie
pour rester compétitif dans un environnement en constante évolution.
MANON MALHÈRE
£@ManonMalhere
SOCIAL Ce n’est pas un hasard si
l’un des leaders mondiaux de l’intérim, le groupe Randstad, a récemment acquis l’entreprise Ausy,
qui compte 2 500 ingénieurs. Ou si
The Adecco Group possède la société Modis. Il s’agit de ces entreprises
de services numériques (ESM)
– anciennement connues sous le
vocable SSII - qui placent leurs
consultants informatiques chez des
clients pour effectuer des missions
temporaires, et qui sont regardées
de près par les groupes intérimaires. « La marge d’une ESM est très
supérieure à celle des entreprises de
l’intérim », confie une source du
secteur intérimaire.
Le temps où les sociétés de travail
temporaire avaient pour seule activité de placer des personnes dans
les entreprises en vue de remplacer
des salariés absents est déjà loin. Le
secteur s’est transformé en vue de
rester compétitif face à une concurrence toujours plus forte, aux mutations du marché du travail, à une
multiplication des sites d’emploi en
ligne ou encore au déficit accru en
compétences… Les trois mastodontes The Adecco Group, Randstad et
ManpowerGroup n’ont pas lésiné
sur le développement d’activités
diversifiées et davantage haut de
gamme, même si l’intérim constitue toujours leur premier fonds de
commerce.
Adoptée en 2005, la loi Borloo,
qui a ouvert le marché du recrutement aux sociétés de travail temporaire, a incontestablement favorisé cette diversification. Résultat,
ces entreprises représentaient en
2017 environ un quart du marché
français du recrutement. Contrairement à l’activité intérimaire, qui
nécessite de trouver des profils en
un temps toujours plus rapide pour
répondre à une demande souvent
ponctuelle des entreprises, celle du
recrutement s’inscrit dans un
temps plus long. « Le processus
passe par la présélection, les tests
d’évaluation ainsi que l’insertion de
candidats dans l’entreprise », précise Christophe Catoir, président
France de The Adecco Group.
« L’activité de recrutement est
plus rentable que l’intérim, qui est
plus volumique », ajoute le dirigeant. Son groupe possède par
exemple Spring, qui est spécialisée
dans le recrutement (et l’intérim)
des cadres, techniciens et employés
qualifiés, une catégorie de travailleurs recherchée par les employeurs.
Le domaine RH séduit également
le secteur. « Ce sont des activités
plus acycliques, contrairement à
l’intérim et au recrutement qui dépendent largement de la croissance
économique », explique-t-on chez
un grand groupe. À l’activité de
conseil s’ajoute celle liée à l’externalisation. « Certaines entreprises
externalisent l’entretien professionnel, le processus de recrutement, la
gestion de la paie ou encore la formation, explique Sophie Sanchez,
directrice générale du groupe d’intérim et emploi Synergie. Les directeurs des ressources humaines sont
soulagés d’être accompagnés pour
se concentrer sur le développement
stratégique. » Synergie possède
d’ailleurs depuis longtemps le cabinet Dialogues & Compétences, spécialisé en conseil RH. De même que
chez Randstad, l’externalisation
des RH est assurée par sa filiale
Randstad Sourceright.
Des viviers
de main-d’œuvre formée
La formation des personnes, et en
particulier des intérimaires, constitue également un axe stratégique
clés des sociétés d’intérim.
Du moins chez les
plus grands groupes. Une activité
jugée même vitale pour continuer
de satisfaire aux demandes de leurs
entreprises clientes qui rencontrent
de plus en plus de difficultés à recruter.
« Aujourd’hui, il y a une attente
bien plus forte des entreprises et des
besoins urgents. On se doit d’avoir
constitué des viviers de maind’œuvre »,
explique
Hélène
Garnier, directrice du secteur tertiaire pour le Grand Paris chez
Manpower. Banque, assurance, informatique, mode ou encore luxe…
La pression monte sur les
conseillers des sociétés d’intérim
qui multiplient les stratégies pour
améliorer l’adéquation entre l’offre
et la demande.
« Nous identifions les besoins spécifiques de nos clients. Soit nous
avons la compétence clés en main,
soit nous la fabriquons ensemble »,
insiste la directrice.
C’est le cas
The
Adecco
Group
■ Spring
Recrutement
et intérim de cadres
et professionnels
qualifiés
■ Modis
Conseil en ingénierie,
services numériques
et sciences de la vie
■ Pontoon
Externalisation
du recrutement
et de la gestion des RH
d’un projet de formation d’une
dizaine de personnes au métier de
couturier que le groupe lancera à la
rentrée pour le compte d’une grande enseigne de haute couture. Un
investissement financier conséquent qui nécessite une fine sélection des profils. « Il ne faut pas que
les candidats lâchent en plein milieu
du projet, nous devons les garder »,
explique Hélène Garnier. Car si
l’objectif est de répondre aux besoins des entreprises, le secteur redouble aussi d’efforts pour garder
des talents. Le CDI intérimaire a
naturellement facilité la tâche aux
entreprises d’intérim qui, en fidélisant l’intérimaire devenu salarié
chez eux, investissent plus facilement dans leurs compétences. ■
sont présentes
sur tout le
territoire en France,
selon Prism’emploi.
Elles dépendent
de 1 800 entreprises
travaillant
dans le secteur
de l’intérim
et de l’emploi
Les entreprises de l’intérim
représentaient en 2017
environ un quart du marché
français du recrutement.
Ci-dessous, les trois plus
importantes : The Adecco
Group, Randstad et
ManpowerGroup. RANDSTAD,
SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
■ Lee Hecht Harrison
Altedia
Accompagnement
et conseil RH
Autres…
23,7
milliards d’euros
23,3
milliards d’euros
Chiffre d’affaires mondial
en 2017 de Randstad
Chiffre d’affaires mondial
en 2017 d’Adecco Group
18,4
milliards d’euros
Chiffre d’affaires mondial
en 2017
de ManpowerGroup
Randstad
■ Ausy
Manpower
Group
Conseil et ingénierie
en hautes technologies
■ Experis
Recrutement des cadres
LE CDI INTÉRIMAIRE
EN CHIFFRES
■ Randstad Sourceright
■ Right Management
Externalisation des RH
Expertise RH en
management des carrières
professionnelles
37 700
■ Yacht
Conseil en innovation
technologique
■ Proservia
Conseil et ingénierie en
informatique et technologie
■ Expectra
Recrutement et intérim
de profils qualifiés
(cadres, ingénieurs,
techniciens…)
Expertise en transformation
des compétences
Autres…
Autres…
■ FuturSkill
SOURCE : PRISM’EMPLOI
Nombre de CDI intérimaires
signés entre mars 2014
et juin 2018
67 %
Pourcentage de ruptures
de CDI intérimaires suivies
d’une embauche en CDI
traditionnel au sein
de la même entreprise
Pérennisé dans la loi avenir professionnel, le CDI intérimaire a fait ses preuves
« estLe CDII
un levier
de fidélisation
des
intérimaires
A
PRISM’EMPLOI,
L’ORGANISATION
PROFESSIONNELLE
DE L’INTÉRIM
»
Quatre ans après son lancement en
2014 à titre expérimental, le CDI intérimaire - le fameux CDII - a trouvé sa place. Lancé dans le scepticisme, il n’a cessé de monter en
puissance. Fin juin, l’organisation
professionnelle du secteur, Prism’emploi, a recensé 37 700 contrats de
ce type. Comparé aux quelque
820 000 personnes employées dans
l’intérim, cela peut sembler peu.
Mais ce dispositif, qui vient d’être
pérennisé dans la loi avenir professionnel adoptée cet été au Parlement, n’a pas vocation à concerner
la majorité des intérimaires.
Concrètement, le CDII permet à
une entreprise d’intérim d’embaucher une personne en CDI et de la
détacher pour des missions tempo-
raires chez ses clients. Il offre ainsi
une sécurité de l’emploi au salarié
intérimaire puisqu’il s’agit d’un
contrat à durée indéterminée qui
permet d’alterner des missions en
entreprise (trois types d’emplois
différents au maximum) et des périodes d’intermission rémunérées
selon un salaire minimum garanti
par l’entreprise d’intérim elle-même. En outre, le salarié intérimaire
bénéficie de formations.
Les agences de travail temporaire
y trouvent aussi leur compte. « Le
CDII est un levier de fidélisation des
intérimaires », explique-t-on chez
Prism’emploi. Ce qui est recherché
en cette période de pénurie croissante de main-d’œuvre. Enfin, ce
contrat permet aux entreprises uti-
lisatrices de faire travailler un
même intérimaire sur une plus longue durée qu’habituellement, jusqu’à trente-six mois. Et, aujourd’hui, les résultats en matière
d’accès à l’emploi durable sont positifs : « 67 % des ruptures de CDII
sont suivies d’une embauche en CDI
au sein de l’entreprise utilisatrice »,
selon Prism’emploi.
Échapper à une surtaxe
Le pari n’était pas gagné d’avance
lorsque le patronat et une partie des
syndicats (CFDT, CFTC et CFECGC) de la branche professionnelle
de l’intérim se sont accordés sur la
création de ce contrat, en 2013. À
l’époque, cet accord avait permis au
secteur d’échapper à une surtaxe
sur les contrats courts. « À son entrée en vigueur, en 2014, le CDI intérimaire était encore scruté avec circonspection », se souvient François
Béharel, président du groupe
Randstad France, dans un récent
communiqué. Puis le dispositif a été
intégré dans la loi Rebsamen d’août
2015, mais pour une application
temporaire. Avant d’être sanctuarisé dans la récente loi avenir professionnel.
Le CDII ne fait toutefois pas
l’unanimité. « Il favorise la situation
de quelques intérimaires qui sont très
recherchés et précarise tous les
autres », indique Michel Beauguas,
secrétaire confédéral de FO. L’organisation syndicale, qui conteste
depuis le début la légalité des CDI
intérimaires conclus avant la loi
Rebsamen, vient d’obtenir gain de
cause. Dans un arrêt publié fin
juillet, la Cour de cassation a estimé
que les partenaires sociaux de la
branche professionnelle n’avaient
pas le pouvoir de créer ce nouveau
type de contrat de travail.
La majorité gouvernementale a
rapidement rectifié le tir dans le cadre de la loi avenir professionnel, en
protégeant les CDII visés. Il s’agit de
quelque 3 000 contrats signés entre
mars 2014 et août 2015, dont près de
1 000 sont toujours en vigueur
aujourd’hui. Mais pour FO, qui estime que ces CDII devraient être requalifiés en CDI traditionnels, la bataille juridique n’est pas encore
terminée. ■
M. M.
LE FIGARO
jeudi 23 août 2018
ÉCONOMIE
23
Les cadres
pourraient voir
leurs allocations
chômage diminuer
« unC’estscandale
absolu
quand on sait
que c’est
sur les cadres
que repose
la solidarité
du système
d’assurancechômage
»
FRANÇOIS HOMMERIL,
PRÉSIDENT DE LA
CFE-CGC, LE SYNDICAT
DES CADRES
ALEXANDRE BERTEAU £@aberteau_
ASSURANCE-CHÔMAGE La déclaration ne pouvait passer inaperçue en ce jour de rentrée gouvernementale. Dans un entretien au
Parisien ce mercredi, le député LaREM Aurélien Taché a ouvert la
porte à une « dégressivité à partir
de six mois » des allocations chômage pour les hauts cadres. Et de
citer ceux qui touchent entre 5 000
et 6 000 euros par mois de Pôle
emploi en indemnités. En clair, ces
personnes verraient leur indemnisation diminuer après six mois. Le
député du Val-d’Oise évoque également la possibilité d’une allocation forfaitaire, « à hauteur de
3 000 euros par mois », précise-t-il
au Figaro.
Enfin, il pointe le plafond des allocations chômage, fixé en France
à plus de 6 200 euros par mois. Soit
le plus élevé d’Europe. « Est-il juste
que ces personnes à hauts revenus
puissent toucher une telle somme
alors qu’elles sont très peu exposées
au chômage et qu’elles n’ont aucun
mal à en sortir quand c’est le cas ? Il
faut ouvrir le débat », confie Aurélien Taché au Figaro.
Sans surprise, ces propositions
n’ont pas manqué de déclencher
une levée de boucliers du syndicat
des cadres, la CFE-CGC. « C’est un
scandale absolu quand on sait que
c’est sur les cadres que repose la solidarité du système d’assurancechômage», fustige son président,
François Hommeril. Comme ils
perçoivent des salaires élevés et
sont au quasi-plein emploi, les cadres cotisent effectivement plus à
l’assurance-chômage qu’ils ne
coûtent en allocations. En revoyant à la baisse leur couverture,
l’exécutif ferait donc un pas de plus
vers le passage d’une logique assurantielle, où chaque actif cotise
pour être indemnisé une fois au
Aurélien Taché, député LaREM du Val-d’Oise, évoque également la possibilité d’une allocation forfaitaire,
« à hauteur de 3 000 euros par mois ». SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
chômage, à un principe anglosaxon d’allocation forfaitaire financée par l’impôt et ciblée sur les
plus démunis. Un changement de
philosophie amorcé avec la suppression totale des cotisations salariales à l’assurance-chômage le
1er octobre prochain, et la montée
en puissance du financement du
régime par la CSG.
Refonte du système
Reste que le taux de chômage des
cadres atteignant seulement 3,3 %
en 2017, une baisse de leurs indemnités aurait un impact limité sur les
finances de l’assurance-chômage,
dont la dette s’élève à plus de
35 milliards d’euros. En outre, à
peine 1 100 personnes ont touché
l’indemnisation maximale de
6 200 euros en 2017, selon l’Unedic,
le gestionnaire du régime. Mais
une telle mesure permettrait de
faire passer un message politique
fort, alors qu’Emmanuel Macron
peine toujours à se défaire de son
image de « président des riches ».
« C’est un plan de communication
parfaitement organisé pour tester la
réaction de l’opinion publique »,
tempête François Hommeril.
Si Aurélien Taché assure que ses
propositions n’engagent que lui, le
gouvernement pourrait bien s’attaquer aux allocations chômage
des cadres. Début août, le quotidien L’Opinion avait déjà révélé
que l’exécutif planchait sur différentes pistes, telles que la réduction du montant de l’indemnisation ou de sa durée. À ce stade,
Matignon et le ministère du Travail
ne souhaitent pas s’exprimer sur la
question.
Les partenaires sociaux, qui
rencontreront chacun Édouard
Philippe à compter de la semaine
prochaine, attendent de ces rencontres une clarification. Emmanuel Macron leur avait promis en
juillet que la feuille de route de la
En position de force, Trump reparle avec Pékin
Les pourparlers commerciaux reprennent, sous la menace de nouvelles taxes douanières.
50
PIERRE-YVES DUGUA £@PDugua
CORRESPONDANT À WASHINGTON
milliards
de dollars
de produits chinois
importés aux
États-Unis sont
frappés de surtaxes
COMMERCE À quelques heures de
la mise en œuvre de droits de
douane américains portant sur
16 milliards de dollars supplémentaires de produits chinois, les discussions directes entre représentants chinois et américains ont
repris mercredi à Washington.
Donald Trump a déjà fait savoir
qu’il n’en attendait rien de
concret. Paradoxalement, c’est
plutôt bon signe.
Ces deux jours de pourparlers
reprennent au niveau de sous-secrétaires d’État. Le numéro deux
du Trésor, chargé des questions
internationales, David Malpass,
reçoit le vice-ministre du Commerce chinois, Wang Shouwen.
Ce dernier « ne sera pas autorisé à
faire une offre audacieuse, mais si
les Chinois disent quelque chose
d’intéressant, alors peut-être se
décidera-t-on d’organiser une
nouvelle réunion et le niveau grimpera d’un cran », estime Derek
Scissors, spécialiste de la Chine
auprès de l’American Enterprise
Institute. L’idée de progresser calmement en vue de préparer le terrain d’une rencontre au sommet
en novembre entre Donald Trump
et Xi Jinping est clairement derrière la tête des deux délégations.
Le fait que le Trésor, plutôt que
le département du Commerce, ait
été mandaté par Donald Trump est
aussi relativement encourageant.
Cet équivalent américain du ministère des Finances est moins
protectionniste que le département du Commerce dirigé par
Wilbur Ross. Il est aussi en prise
plus directe avec les préoccupations des milieux financiers, toujours libre-échangistes.
Depuis le début de l’été, Donald
Trump a fait monter la pression
sur la Chine en enclenchant une
procédure censée déboucher sur
des droits de douane frappant virtuellement les 500 milliards de
dollars de produits chinois importés aux États-Unis. Pour le moment, un total de 50 milliards de
dollars d’importations est frappé
de surtaxes par les États-Unis. Et
Pékin a riposté rapidement, dans
la même proportion, sur des produits américains.
Élections en ligne de mire
Donald Trump affirme avoir le
temps. « Je suis comme eux. J’ai
un horizon long », précise-t-il à
propos des autorités chinoises. Ce
n’est pas tout à fait vrai. Rien ne
plairait plus à la Maison-Blanche
qu’une annonce de concessions
chinoises d’ici aux élections de
mi-mandat, début novembre.
C’est aussi le souhait de l’immense
majorité des milieux industriels et
financiers.
Trump pense avoir la main pour
plusieurs raisons. Il note d’abord
que les démocrates au Congrès
sont plutôt favorables à son approche musclée pour forcer la
Chine à abandonner ses pratiques
jugées déloyales en matière de
prédation de la propriété intellectuelle des firmes étrangères. Son
« China bashing » génère toujours
des applaudissements patriotiques
dans les meetings électoraux.
Il juge aussi que la Chine, à cause de son excédent commercial
bilatéral massif (350 milliards de
dollars en 2017), a bien plus à perdre que les États-Unis. Depuis le
début de l’année, l’indice de la
Bourse de Shanghaï a plongé de
19 %, alors que le Dow Jones a
grimpé de 4 % et se trouve proche
d’un nouveau record. Déjà, la
croissance en Chine ralentit. Aux
États-Unis, au contraire, elle surprend par sa vigueur, à un rythme
annuel de 4 %. ■
L’Équateur supprime ministères et subventions
Sept ministères sont supprimés et les subventions aux carburants revues à la baisse.
Faible reprise
PATRICK BÈLE pbele@lefigaro.fr
CROISSANCE DU PIB, en %
Prévisions
0,3 %
0,2 %
0%
- 1,5 %
2015
2016
2017
2018
Source : Coface
AMÉRIQUE LATINE Sept ministères supprimés, ou regroupés. Telle
est l’une des décisions les plus emblématiques qu’a annoncées le
président de l’Équateur, Lenin
Moreno. Objectif : contenir le déficit budgétaire dans ce petit pays
latino-américain.
Il n’y aura donc plus de ministère
de la Justice, ni de secrétariat à la
Communication. Le ministère du
Commerce extérieur sera rapproché de celui de l’Industrie. Les entreprises publiques, la Corporation
nationale des télécommunications
et Correo de Ecuador (la poste) vont
fusionner. L’économie annuelle de
cette dernière opération est estimée à 350 millions de dollars. Au
total, pas moins de vingt institutions publiques vont disparaître.
Autre mesure qui aura un impact direct sur le quotidien des
16 millions d’Équatoriens, la disparition de certaines subventions
aux carburants. Un sujet qui a déjà
provoqué par le passé des réactions violentes. Le gallon de super
passe de 2,32 à 2,98 dollars (moins
de 60 centimes d’euro le litre). Le
carburant destiné aux transports
publics sera épargné. Le secrétaire
général de la présidence, Eduardo
Jurato, a expliqué que « les subventions pour les carburants coûtaient
à l’Équateur plus de 3 milliards de
dollars par an ».
Plus de monnaie nationale
Le gouvernement espère ainsi
économiser 5 % des dépenses
consacrées aux subventions. Enfin, l’État va vendre 1 000 véhicules publics.
L’Équateur n’a plus de monnaie
nationale depuis l’an 2000 et le
dollar est devenu la devise du pays.
Cela a permis de sortir de la grave
crise monétaire qu’a vécue le pays
à la fin des années 1990. Mais depuis des années, le gouvernement
peine à contenir la hausse de la
dette et du déficit public. La loi va
être modifiée pour autoriser la
dette à dépasser le plafond de 40 %
du PIB.
Producteur de pétrole, le pays a
pâti de la baisse des cours du brut,
de 2014 à 2017, une grande partie
des recettes de l’État provenant
des exportations d’or noir. La
croissance a ainsi été négative en
2016 (- 1,5 %) et nulle en 2017. La
prévision pour 2018 est de 0,3 %,
très insuffisante pour retrouver
des marges de manœuvre pour le
gouvernement. La dette s’est
creusée pour passer de 26,1 % du
PIB en 2015 à une prévision de
43 % pour 2018. Le risque pays,
évalué par les assureurs-crédit tels
Coface, s’est détérioré ces derniers
mois.
Si on ajoute que l’Équateur ne
bénéficie pas totalement de l’augmentation des cours du baril, car
une partie de ses exportations, notamment vers la Chine, sont des
contrats anticipés, le gouvernement n’avait pas d’autre choix que
de procéder à ces ajustements.
L’économie équatorienne souffre d’une trop grande dépendance
au pétrole. Certes, la dollarisation
de son économie le met à l’abri de
catastrophes comme celle qu’est
en train de subir le Venezuela,
mais cette absence de monnaie nationale a privé de considérables
marges de manœuvre les autorités
du pays. Elle ne peut procéder à
des ajustements monétaires comme le fait son voisin la Colombie. ■
prochaine négociation sur l’assurance-chômage serait élaborée de
façon concertée. Et ils y tiennent.
« On aurait aimé que le premier
ministre réserve aux partenaires
sociaux la primeur de ses intentions », déplore d’ailleurs François
Hommeril.
Cette négociation entre organisations patronales et syndicales sur
l’indemnisation des chômeurs, qui
s’ouvrira à l’automne pour s’achever au printemps 2019, s’annonce
quoi qu’il en soit difficile. Les syndicats ne veulent pas d’une dégressivité des allocations. « Le risque, c’est que cette dégressivité des
allocations des cadres soit étendue à
tous les chômeurs », avertit Pascal
Pavageau, le secrétaire général de
Force ouvrière (FO). Le patronat
est vent debout contre tout bonusmalus sur les cotisations chômage,
voulu par les syndicats. En cas
d’échec des négociations, le gouvernement reprendrait la main. ■
EN BREF
SAUMON : MARINE
HARVEST MOINS
OPTIMISTE POUR 2018
£ Évoquant des maladies
touchant les poissons
au Canada et dans le sud
de la Norvège, le producteur
norvégien de saumon d’élevage
a baissé mercredi de 400 000 à
380 000 tonnes sa prévision de
production pour 2018. Malgré
tout, la vigueur de la demande
mondiale ayant soutenu les
prix depuis le début de l’année,
le groupe affiche un résultat net
pour le second trimestre
de 172,4 millions d’euros,
au-dessus des attentes.
FIAT CHRYSLER
CONTINUE LA SCISSION
DE MAGNETI MARELLI
£ Fiat Chrysler Automobile
(FCA) poursuit la scission
de l’équipementier Magneti
Marelli mais étudiera
d’éventuelles pistes
alternatives dans l’intérêt
du groupe, a déclaré
un porte-parole du
constructeur. Le Wall Street
Journal a rapporté
que le groupe de capital
investissement KKR discutait
avec FCA pour lui acheter
Magneti Marelli, dont
la valorisation avoisinerait
3,23 milliards d’euros.
SCHLUMBERGER CÈDE
SA FLOTTE SISMIQUE
£ Le groupe de services
pétroliers Schlumberger,
premier prestataire mondial,
cédera ses navires sismiques
pour 600 millions de dollars
en numéraire et une part de
15 % dans le groupe norvégien
Shearwater GeoServices,
qui s’est porté acquéreur de la
flotte. La transaction annoncée
mercredi porte notamment
sur dix navires de collecte de
données sismiques, dont sept
fournissant des données 3D.
+@
» Les anti-Linky
suspendus à une décision
de justice
» Monaco, victime collatérale
du Brexit
www.lefigaro.fr/economie
A
Le député LaREM Aurélien Taché suggère de rendre
dégressive l’indemnisation des hauts cadres.
jeudi 23 août 2018 LE FIGARO
24
ENTREPRISES
JEROME CHATIN/EXPANSION-REA
En Bourse,
les équipementiers
auto sont victimes
de leur succès
Continental revoit ses prévisions à la baisse
en raison de ses investissements.
CONTINENTAL
EN CHIFFRES
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
EXERCICE 2017
INDUSTRIE La chute est vertigineuse. Le groupe allemand Continental, deuxième équipementier
automobile mondial, s’est effondré de 13,65 % à la Bourse de
Francfort lors de la séance du
22 août. En cause : une révision à
la baisse du chiffre d’affaires et de
la marge attendus par la société
au titre de l’exercice 2018. Continental vise désormais un chiffre
d’affaires de 45 milliards d’euros,
contre 46 milliards auparavant,
avec une marge opérationnelle de
9 %, contre 10 % lors de la précédente prévision. Les investisseurs
ont sanctionné la société d’autant
plus fortement qu’il s’agit de la
deuxième révision en baisse de
l’année.
Pour expliquer le recul du chiffre d’affaires, la société pointe un
fléchissement des attentes en Europe et en Chine. Continental
44
milliards d’euros
de chiffre d’affaires
4,56
milliards d’euros
de résultat d’exploitation
235 000
salariés
L’équipementier français Valéo (ici l’usine de Sablé-sur-Sarthe) pâtit aussi de prises de commande massives.
n’est pas le seul dans ce cas.
Daimler et Fiat Chrysler Automobiles (FCA) ont également révisé
leurs prévisions. La raison ? Les
reports de commandes de clients
chinois, dans l’attente d’une
baisse des tarifs douaniers sur les
véhicules importés annoncée par
les autorités chinoises.
Pour la marge, l’explication est
tout autre. Et on pourrait dire que
le géant allemand est victime de
son succès. Continental explique
que « les coûts de développement
ont augmenté en raison de prises
de commandes élevées, qui ont atteint un niveau record de plus de
20 milliards d’euros au premier semestre ». En clair, l’équipementier automobile doit investir lorsqu’il prend des commandes,
notamment en installant de nouvelles machines dans ses usines
ou en construisant carrément de
nouveaux sites de production. Si
les commandes sont plus importantes que prévu, les investisse-
ments sont plus élevés. Ils pèsent
alors sur la marge à court terme.
Mais, à long terme, c’est forcément positif : la hausse des commandes aura un impact positif sur
l’activité future.
Dynamisme commercial
Continental n’est pas le seul équipementier pouvant être affecté
par le même type de souci. Les
investisseurs
en
ont
bien
conscience, comme le montre la
chute des titres des français Faurecia (- 4,16 %) et Valeo (- 4,85 %)
en Bourse mercredi. Valeo avait
déjà plongé à l’occasion de la publication de ses résultats 2017. Ces
résultats étaient bons, avec un
chiffre d’affaires en progression
de 12 % et un résultat opérationnel en hausse de 11 %. Mais le
groupe français n’était pas parvenu à améliorer ses marges en raison de ses prises de commandes
massives (27,6 milliards d’euros
sans compter sa coentreprise Va-
leo Siemens eAutomotive). Cette
filiale spécialisée dans les moteurs
électriques de grande puissance
montre bien le phénomène. Elle a
été officiellement créée le 1er décembre 2016. L’activité a forcément été réduite en 2017. En revanche, les prises de commandes
ont été colossales, à 6,1 milliards
d’euros sur l’année 2017. Il faut
désormais construire les usines
pour pouvoir les honorer.
Conséquence, selon Valeo : « la
ligne “quote-part dans les résultats des sociétés mises en équivalence” aura un impact de l’ordre de
- 0,2 point sur le compte de résultat de Valeo en 2018. » En revanche, le chiffre d’affaires de la
coentreprise sera supérieur à
2 milliards d’euros à l’horizon
2022, avec « une marge de même
ordre de grandeur que celle de Valeo ».
Les équipementiers les plus
vulnérables à cette situation sont
les plus dynamiques sur le plan
commercial, c’est-à-dire ceux
qui se sont le plus adaptés aux
changements du monde de
l’automobile en investissant massivement dans les secteurs nouvellement porteurs. Valeo est
dans ce cas, avec sa focalisation
sur la conduite autonome, la voiture connectée et l’électrification
du véhicule. Continental s’intéresse également à ces domaines,
même si le groupe est aussi présent sur le segment des pneus,
plus traditionnel.
Tous les équipementiers ne sont
toutefois pas touchés. Faurecia a
ainsi revu en légère hausse ses
prévisions de marge opérationnelle pour 2018 lors de la publication de ses résultats semestriels. Il
vise désormais une marge de
7,2 %, contre un niveau supérieur
à 7 % auparavant. Et le dynamisme est pourtant bien là, avec
sept ouvertures d’usines dans les
douze mois. L’équilibre est chose
difficile à trouver. ■
Les contrôles se renforcent sur les hôtes d’Airbnb
Depuis janvier, le montant des amendes contre les locations saisonnières illégales atteint 1,38 million d’euros.
65
000
logements
sont proposés à Paris
par Airbnb
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
TOURISME Le ton continue de
monter contre les locations touristiques illégales. À Paris, le volume des amendes infligées n’a
jamais été aussi élevé. Entre le
1er janvier et le 15 août, il atteint
1,38 million d’euros, dépassant
déjà la somme de 1,3 million
d’euros collectée en 2017. Selon
Ian Brossat, adjoint au logement
(PCF) à la mairie de Paris, 111 logements sont concernés, appartenant à des « multipropriétaires » louant indûment leurs
résidences secondaires.
«Ce sont des professionnels déguisés en amateurs », insiste
l’élu, précisant que les annonces
en cause étaient « aux deux
tiers » passées sur la plateforme
Airbnb. « Il n’y a pas plus d’illégalité, mais plus de sévérité de la
part des juges du tribunal de
grande instance, poursuit Ian
Brossat. Nos trente agents du Bureau de la protection des locaux
d’habitation (BPLH) font une opération coup de poing par mois, en
plus de visiter des logements
qu’on leur a signalés être dans
l’illégalité. »
Revendiquant 65 000 annonces et 55 000 loueurs, Airbnb a
fait de Paris sa première ville au
monde, devant Londres et New
York. Anne Hidalgo, qui en 2015
avait déroulé le tapis rouge à
Brian Cheksy, cofondateur du
site, cherche désormais à freiner
le phénomène, en plus de sanctionner davantage les abus. Selon
Ian Brossat, Paris a perdu en cinq
ans quelque 20 000 logements,
transformés en meublés touristiques et loués en permanence.
Depuis décembre, la Ville dispose
d’un arsenal juridique plus strict,
permettant de mieux contrôler
l’interdiction de louer sa résidence principale plus de 120
jours par an. Dans le cadre de la
loi Le Maire, les loueurs ont
l’obligation de s’identifier et demander un numéro d’enregistrement qui doit figurer dans leurs
annonces. Cela vaut pour Paris,
Bordeaux, Lyon, Aix-en-Provence… Mais elle peine à être
respectée.
«À Paris, seuls 21 000 loueurs
sont enregistrés, déplore Ian
Brossat. Encore 80 % des annonces sur Airbnb sont sans numéro
d’enregistrement, ce qui est
contraire à la loi. En avril, nous
avons assigné en référé la plate-
forme, ainsi que Wimdu, pour
rappeler au gouvernement qu’il
était urgent d’avancer sur le sujet.
Tout changera avec la loi Elan qui
prévoit enfin des sanctions contre
les annonces sans numéro d’enregistrement. »
« Économie souterraine »
« Sur 13 500 contrôles, il n’y a que
111 infractions. C’est un problème
marginal, qui reste circonscrit à
l’hypocentre de Paris, insiste Timothée de Roux, président de
l’Union nationale pour la promotion de la location de vacances
(NPLV) et directeur général
d’Abritel-HomeAway. Les plateformes se sont engagées à lutter
contre les spéculateurs dans le cadre de la loi Elan. Le durcissement
incessant de la réglementation risque d’inciter les propriétaires à
mettre en ligne leur logement sur
des sites de petites annonces non
transactionnels, favorisant une
économie souterraine sans aucun
contrôle. »
Toutes les grandes villes touristiques tirent la sonnette
d’alarme. À Barcelone, la location de logements entiers pour de
courtes périodes est interdite, à
moins d’être titulaire d’une licence de tourisme que la mairie
n’octroie plus depuis juillet 2015.
Cet été, New York a adopté une
nouvelle loi obligeant Airbnb à
communiquer aux autorités les
noms et adresses des loueurs. Le
non-respect de cette obligation
est sanctionné par une amende
de 1 500 dollars. Elle s’ajoute à
l’interdiction de louer un appartement entier dans l’État de New
York pour moins de 30 jours. ■
LA SÉANCE DU MERCREDI 22 AOÛT
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 43,59
♣
AIR LIQUIDE ..................................
107,65
AIRBUS ..............................................107,32
ARCELORMITTAL SA ..................................
25,96
ATOS .............................................. 101
AXA ..............................................
21,785
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
52,07
BOUYGUES ..............................................
37,58
CAPGEMINI ..............................................
110,95
CARREFOUR ..............................................
15,55
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,102
DANONE ..............................................68,3
ENGIE .............................................. 13,065
ESSILOR INTL. ..................................124,45
HERMES INTL ..................................552,2
KERING ..............................................458,7
L'OREAL ..............................................
206
LEGRAND ..............................................63,2
LVMH .............................................. 300,25
♣
MICHELIN ..............................................
104,65
%VAR.
+0,46
+0,51
-0,13
+0,08
-0,59
+0,28
+0,56
+0,8
-1,2
+1,7
+1,61
-0,22
-0,72
+0,89
+0,47
-0,67
+0,1
+0,35
+0,47
-3,95
+HAUTJOUR
43,77
108
108
26,08
102
21,895
52,17
37,71
112,3
15,58
12,168
69,07
13,185
124,7
553
460,9
207,6
63,5
300,95
109,4
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,28
106,85
107,04
25,68
100,45
21,69
51,74
37,2
110,35
15,25
11,936
68,3
12,965
122,7
549,2
456,3
205,7
62,8
297,8
100,25
0,258
0,179
0,13
0,136
0,327
0,162
0,241
0,151
0,227
0,519
0,297
0,223
0,185
0,18
0,037
0,128
0,061
0,135
0,057
0,933
+1,37
+2,48
+29,3
-4,26
-16,77
-11,93
-16,35
-13,23
+12,2
-13,8
-12,3
-2,36
-8,86
+8,26
+23,74
+25,57
+11,38
-1,54
+22,35
-12,46
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................14,36 +0,81
PERNOD RICARD ..................................
138,65 -0,36
PEUGEOT ..............................................
24,27 -2,14
♣ 55,64 -0,07
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
72,88 -0,78
SAFRAN ..............................................
107,95 -0,28
SAINT GOBAIN ..................................
36,72 +0,95
SANOFI ..............................................74,82 +0,61
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
69,36 +0,73
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
36,04 +0,94
SODEXO ..............................................92,64 +1,16
SOLVAY ..............................................
114,85 -0,13
STMICROELECTRONICS .............................
17,035 -0,82
TECHNIPFMC ..................................25,8
+1,98
TOTAL .............................................. 53,73 +0,98
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
185,6
+0,08
VALEO .............................................. 38,28 -4,85
VEOLIA ENVIRON. ..................................
18,145 -1,04
VINCI♣.............................................. 83,24 +0,29
VIVENDI ..............................................22,36 +1,96
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,44
139,35
24,95
56,02
74,36
108,45
36,82
75,06
69,44
36,25
93,46
115,45
17,325
25,89
53,99
186,9
40,37
18,335
83,42
22,49
14,24
138,15
24,16
55,62
71,99
107,75
36,365
74,06
68,7
35,745
91,56
114,65
16,88
25,26
52,93
185,05
36,54
18,055
82,78
21,9
%CAP.ECH
0,226
0,109
0,393
0,21
0,479
0,125
0,273
0,15
0,19
0,417
0,221
0,199
0,218
0
0,167
0,145
5,098
0,348
0,142
0,22
31/12
-0,79
+5,08
+43,14
-1,78
-13,15
+25,65
-20,14
+4,13
-2,12
-16,28
-17,32
-0,91
-6,43
-0,19
+16,69
-38,53
-14,71
-2,24
-0,27
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
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DOLLAR
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DINAR TUNISIEN
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EGYPTE ................................................................................
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YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5785
1,5126
0,8993
9,1184
128,08
1,1401
1,1616
3,1716
11,103
7,071
20,7185
7,947
81,19
137,0523
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CAD
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33510
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196,9
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598
557
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204
204
-4,14
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1160
1160
-0,68
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
196
196
-3,92
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
266
266
-12,79
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1270
1290
-3,05
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
110
106
+0,18
PIECE SUISSE 20F .....................................................
196,1
196,1
-3,26
PIECE LATINE 20F .....................................................
198
198
-2,41
SOUVERAIN ..................................................... 254,6
254,5
-2,34
KRUGERRAND .....................................................
1098
1098
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A
LA FUSION ENTRE LINDE ET PRAXAIR SE COMPLIQUE ENCORE
C’est un grain de sable qui pourrait, en
théorie, faire échouer la fusion géante
entre l’allemand Linde et l’américain
Praxair. L’opération qui doit donner
naissance à un géant des gaz industriels
qui devancerait Air liquide.
Linde a prévenu mercredi que les
cessions d’actifs exigées par les autorités de la concurrence en Europe et aux
États-Unis avaient atteint un niveau qui
permettrait à chacune des deux parties
de renoncer à l’opération sans pénalités.
Le groupe s’est toutefois empressé
d’ajouter que « des discussions
constructives » se poursuivaient avec
son partenaire américain.
Une clause était inscrite dans le projet de rapprochement à 83 milliards de
dollars (71,8 milliards d’euros) entre les
deux groupes, a indiqué Linde. Elle
prévoit que, si les cessions nécessaires dépassent l’équivalent de 3,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires,
chacune des parties pouvait renoncer
à l’opération sans pénalités. Or, selon
Linde, ce seuil de cession serait désormais dépassé.
La Commission européenne a approuvé lundi le principe de la fusion entre les deux groupes. Mais elle a imposé
d’importantes cessions. Au début du
mois, la Commission fédérale du commerce (FTC, Federal Trade Commission), qui examine le dossier aux ÉtatsUnis, avait également relevé ses
exigences. Pour l’heure, les analystes
restent confiants sur l’issue de cette fusion. Mais le temps presse. Selon la réglementation financière allemande, le
projet doit être bouclé avant le 24 octobre prochain. Plus elle approche et
plus cette date butoir met Linde et
Praxair dans une situation délicate dans
les négociations qu’ils mènent sur le prix
des actifs qu’ils doivent céder.
H. R.
LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
LE FRAUDEUR
Pendant quarante
ans, Wolfgang
Beltracchi s’est appliqué à peindre de fausses
toiles d’André Derain, Raoul Dufy, Heinrich
Campendonk, Fernand Léger, Kees Van Dongen,
Georges Braque ou Max Ernst, qu’il a écoulées
comme des originaux sur le marché de l’art,
bernant experts, galeristes et collectionneurs.
Wolfgang Beltracchi peignait de sa main
des toiles signées d’artistes du XXe siècle.
Sa femme Hélène et un complice,
le « comte Otto », se chargeaient de leur vente.
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
« Je sais, je me suis mal conduit. Mais
je dois avouer que c’était vraiment
amusant », confesse sans fard et un
brin provocateur Wolfgang Beltracchi, l’un des plus grands faussaires
de l’histoire de l’art, lors de son procès à Cologne, en 2011. Ce sexagénaire allemand, à l’allure hippie chic
sur le retour, était jugé avec sa femme Hélène et leur complice pour le
plus important trafic d’œuvres d’art
en Europe depuis la Seconde Guerre
mondiale. Pendant quarante ans,
cet étonnant personnage a peint de
fausses toiles d’André Derain, Raoul
Dufy, Heinrich Campendonk, Fernand Léger, Kees Van Dongen,
Georges Braque, Max Ernst… Des tableaux qu’il a ensuite écoulés comme des originaux, bernant experts,
galeristes et collectionneurs.
Wolfgang Fischer, né à Höxter en
Rhénanie-du-Nord-Westphalie en
1951, a toujours baigné dans l’art.
Son père, auquel il prête parfois
main-forte, gagne sa vie en restaurant des œuvres dans les églises.
Lorsque son fils a 14 ans, il le met au
défi de reproduire un Picasso, Mère
et enfant au fichu. Ce qu’il fait en
quelques heures à peine. Dès lors, il
ne cessera de peaufiner son talent,
intégrant même en 1969 une école
d’art à Aix-la-Chapelle.
Très vite, il quitte l’école pour se
lancer dans les copies qu’il vendra
sur des marchés aux puces ou à des
marchands. Il fait aussi le tour du
monde, rejoint des communautés
de hippies. Dans les années 1970,
avec des associés, il restaure de
vieux tableaux qu’il revend et développe son commerce de copies de
peintres inconnus. Sa vie change en
1992, lorsqu’il croise le regard
d’Hélène Beltracchi, une belle Allemande de sept ans sa cadette. Ils se
marient en 1993, et Wolfgang Fischer prend le nom de son épouse,
Beltracchi. À partir de là, le couple
qui, en 1999, a acheté une maison
de maître à Mèze, près de Béziers
(Hérault), va semble-t-il affiner sa
technique machiavélique pour duper le monde de l’art.
Une extrême minutie
« Tout était absurdement simple »,
expliqueront les époux lors de leur
procès. Tout était peut-être simple,
mais tout était préparé et exécuté
avec une extrême minutie par celui
qui est considéré comme l’un des
faussaires les plus habiles de l’histoire. À commencer par le choix des
artistes. Il évite de prendre de trop
grands risques en copiant un artiste
trop populaire ou dont l’œuvre est
très bien documentée. Il jette son
dévolu sur des peintres du début du
XXe. « Il s’est rendu compte qu’on
pouvait gagner beaucoup d’argent
avec des artistes un peu moins
25
]
Les arnaqueur
s vendent du
rêve.
seulement. Les
victimes se lais Argent facile ? Pas
pour l’art, leu
sent berner par
r goût pour le
leur passion
vin
Mais la créati
ou leur soif de
vité
notoriété.
empêchent pas et l’organisation des escroc
s ne les
de tomber. Eu
x aussi ont leu
rs failles…
LES VICTIMES
Les experts d’art, les galeristes, les maisons
de ventes aux enchères et les collectionneurs
font partie des victimes de Wolfgang
Beltracchi. Sans oublier certains musées, qui
ont exposé des toiles du faussaire (ici, une
contrefaçon d’un tableau de Lucas Cranach).
Wolfgang
Beltracchi
Un vrai maître
des faux tableaux
[
Les grandes
escroqueries
L’ARME DU CRIME
Le faussaire peignait de fausses
œuvres d’artistes du XXe siècle sur
de vieilles toiles qu’il ponçait. Son
épouse et un complice, prétendant
être des héritiers, les faisaient
expertiser avant de les vendre.
connus que les très
grands », expliquent Stefan Koldehoff et Tobias Timm, deux journalistes allemands, dans leur livre
L’Affaire Beltracchi (Éditions Jacqueline Chambon).
Précaution supplémentaire, Beltracchi « invente » le plus souvent
des œuvres qui ont existé. Elles figurent dans les archives ou le catalogue raisonné de l’artiste. Mais leur
trace est perdue, nul ne sait à quoi
elles ressemblent. Dans d’autres
cas, il imagine des suites de tableaux existants (Max Ernst, Derain…). Le faussaire s’applique à les
peindre « à la manière de ». Pour
passer entre les mailles du filet
d’une expertise, il utilise de vieux
tubes de peinture et immortalise ses
plagiats sur de vieilles toiles, dont il
ponce la surface.
Son épouse Hélène et son complice Otto Schulte-Kellinghaus
s’activent pour vendre ces œuvres.
Familiers du monde de l’art, ils ont
mis au point un scénario bien huilé
pour leurrer leurs proies. Hélène
Beltracchi et le discret Otto Schulte-Kellinghaus, baptisé sur le marché de l’art « comte Otto », se disent chacun détenteurs d’une
importante collection, héritée de
leurs grands-pères respectifs.
Les deux aïeux, qui dans la vraie
vie étaient modestes, auraient
acheté les œuvres dans les années
1920 à Alfred Flechteim, un grand
marchand d’art juif allemand
contraint à l’exil en 1933. Une étiquette le représentant est apposée
au dos des toiles. Pour donner corps
à cette fable, Hélène Beltracchi présentait des photographies de sa
grand-mère assise dans sa salle à
manger avec en arrière-plan des
tableaux accrochés aux murs. En
réalité, c’est elle qui prend la pause,
immortalisée par son mari avec un
appareil photo des années 1920.
Les deux faux héritiers exigent
que chaque tableau soit expertisé
avant la vente par un spécialiste de
l’artiste faisant autorité. La majorité
des experts se
laissent berner et authentifient le
faux avant, souvent, de l’intégrer
dans le catalogue raisonné. Grâce à
ce stratagème, les toiles trouvent
preneur dans les grandes galeries et
les salles de vente, parfois à prix
d’or. Un Derain de Beltracchi a été
revendu pour 6 millions d’euros
l’année qui a suivi son authentification ! Certains tableaux trouvent
même leur place dans des musées.
En août 2010, c’est finalement
l’étiquette collée au dos d’un faux
Campendonk qui trahit les escrocs.
Ralph Jentsch, conservateur de
musée et fin connaisseur de l’expressionnisme allemand, s’aperçoit
qu’elle n’a rien d’authentique. Plusieurs experts et la police allemande
se rendent alors compte que de
semblables étiquettes figurent au
dos des tableaux provenant des collections de Werner Jägers et Wilhem Knops, les grands-pères des
escrocs. Le puzzle est alors très vite
reconstitué et les faussaires arrêtés.
Leur court procès s’ouvre à Cologne en septembre 2011. Ils ne sont
jugés que pour quatorze toiles. Pour
d’autres tableaux, les faits sont
prescrits. Grâce à des négociations
discrètes entre ses avocats et les
magistrats allemands, le trio écope
de peines de prison plutôt clémentes : six ans pour Wolfgang Beltracchi, quatre ans pour Hélène et cinq
ans pour Otto Schulte-Kellinghaus.
Dans leur enquête très fouillée,
Stefan Koldehoff et Tobias Timm
estiment que plus de soixante-dix
œuvres douteuses sont encore en
circulation. On ignore combien
cette entreprise a rapporté aux Beltracchi. En tout cas, ils menaient
grand train, s’offrant voyages, voitures de luxe et belles propriétés à
Fribourg ou Mèze. Ils étaient aussi
titulaires de dizaines de comptes en
banque, notamment dans des paradis fiscaux. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Rudy Kurniawan, le faussaire
des grands crus
CHRONOLOGIE
1951
Naissance à Höxter,
en Allemagne, de Wolfgang
Fischer. Son père restaure
des œuvres dans les églises
et l’initie à l’art pictural.
À 14 ans, il le met au défi
de copier un Picasso
ANNÉES 1970
Après avoir intégré en 1969
une école d’art, il restaure
de vieux tableaux qu’il revend
et développe son commerce
de copies de peintres inconnus
1993
Le faussaire épouse Hélène
Beltracchi, dont il prend le nom.
Il peint de nombreuses fausses
œuvres d’artistes du début
du XXe siècle. Hélène
et un complice les proposent
sur le marché de l’art. Elles
sont censées provenir
de la collection de leurs
grands-pères respectifs
et sont authentifiées
par les experts
2010
Le trio tombe en raison
de la fausse étiquette
d’un marchand d’art, présente
au dos d’un tableau.
La police reconstitue le puzzle,
en se rendant compte
que la même étiquette figure
sur toutes les œuvres
provenant des collections des
grands-pères. Ils sont jugés
en septembre 2011 et écopent
de peines de prison.
Aujourd’hui, les Beltracchi
vivent en partie
à Montpellier
A
DPA/ABACA, PETER KNEFFEL/PICTURE-ALLIANCE/DPA/AP IMAGES, JENS MEYER/AP
3/5
jeudi 23 août 2018
jeudi 23 août 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et TECH
À l’approche des élections américaines,
les géants du Web opèrent un grand ménage
Facebook a déclaré avoir mis fin à des campagnes de manipulation politique, lancées par la Russie et l’Iran.
ELISA BRAUN £@ElisaBraun
INTERNET Facebook s’est lancé
dans une opération mains propres
de grande envergure. Accusée de
s’être rendue complice des opérations de manipulation du vote lors
des élections présidentielles américaines de 2016, l’entreprise a déclaré mardi qu’elle avait mis fin à plusieurs opérations d’influence sur
son réseau social. Près de 650 pages,
groupes et comptes destinés à manipuler l’opinion de millions d’utilisateurs ont été supprimés. D’habitude peu encline à pointer du doigt
les fauteurs de troubles, Facebook
accuse pour la première fois directement l’Iran et la Russie.
À deux mois d’une nouvelle
échéance électorale, les élections de
mi-mandat, le temps presse pour
Facebook, qui doit multiplier les
preuves de sa bonne volonté. L’entreprise a donc beaucoup communiqué sur l’ampleur inédite de ces
opérations, toutefois pilotées de
manière distinctes. L’Iran était par
exemple dissimulé derrière un
compte baptisé « Liberty Front
Press », qui se présentait comme un
média indépendant auprès de
155 000 personnes. D’après la société de cybersécurité FireEye, ces
campagnes visaient aussi bien des
utilisateurs aux États-Unis qu’en
Amérique latine, en Grande-Bretagne et au Moyen-Orient. Toutes les
informations ont été partagées avec
les agences gouvernementales
américaines et britanniques, qui
mènent plusieurs enquêtes autour
des tentatives d’ingérence étrangère via les réseaux sociaux.
Le Sénat très vigilant
Facebook a également mis en place
un plan de bataille en interne pour
contrer la propagation des fausses
nouvelles : un système de notation
des utilisateurs permet ainsi de repérer plus facilement les faux
contenus. L’entreprise travaille
avec des entreprises privées de cybersécurité et des chercheurs spécialistes de la désinformation. « Je
pense qu’il est prudent de dire que
nous menons plusieurs enquêtes actuellement et nous vous en informerons dès que nous en saurons plus »,
a ainsi déclaré Mark Zuckerberg au
New York Times. Il y a un mois déjà,
Facebook avait annoncé avoir détecté et supprimé 32 pages et faux
comptes sur Instagram et Facebook
suspectés de vouloir déstabiliser les
Près de 650 pages,
groupes et comptes
destinés à manipuler
l’opinion de millions
d’utilisateurs ont été
supprimés de Facebook.
RUVIC/REUTERS
élections américaines de mi-mandat. Certains de ces contenus visaient à organiser des rassemblements sur le territoire américain et
étaient liés aux mêmes acteurs russes accusés d’ingérence lors des
élections de 2016.
Il y a urgence. Facebook sait qu’il
est attendu au tournant. Le 5 septembre prochain, la numéro deux
de l’entreprise, Sheryl Sandberg,
sera auditionnée par la commission
du renseignement du Sénat pour
rendre compte de toutes les mesures mises en place pour éviter une
nouvelle campagne de manipula-
tion massive de l’opinion sur leurs
services. Google et Twitter, également impliqués, seront aussi
conviés. Les outils de ciblage publicitaire particulièrement puissants
de ces services Web avaient en effet
été détournés de leurs usages pour
cibler de manière précise les élec-
Facebook supprime les ciblages publicitaires discriminants
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
Nous
« voulons
aider
à éduquer
les annonceurs
sur leurs
obligations
au regard
de notre
politique
FACEBOOK
»
Le numérique offre des capacités
publicitaires qui peuvent devenir
embarrassantes. Facebook en fait la
cruelle expérience avec les outils de
ciblage qu’il met entre les mains de
ses clients. Car ces outils, qui permettent d’affiner le choix des profils d’utilisateurs que l’on veut toucher, peuvent devenir des filtres
discriminants en prenant en compte des critères raciaux ou religieux,
ou encore les opinions politiques.
Le réseau social a ainsi mis fin à
des opérations de manipulation de
grande envergure, qui ont été initiées par des organismes étrangers
lors des élections américaines en
2016.
Au plan publicitaire, il lui est aussi reproché de proposer des outils
discriminatoires aux annonceurs.
La semaine dernière, Facebook a
été accusé par le ministère américain du Logement d’enfreindre la
loi en donnant la possibilité aux
propriétaires et agents immobiliers
d’utiliser son système de ciblage en
écartant certains profils selon « leur
race, leur religion, leur nationalité ou
encore un handicap ». Par exemple,
lorsqu’un agent immobilier veut
pousser des annonces en excluant
de sa cible les Noirs, les hispaniques
ou les homosexuels.
La réaction de Facebook n’a pas
tardé. Même s’il assure qu’il scrute
à la loupe depuis longtemps les pratiques publicitaires de ses clients, et
qu’il avait conscience du problème,
le réseau social a décidé de supprimer plus de 5 000 options de ciblage
publicitaire. « Nous nous engageons
à protéger les personnes contre la
publicité discriminatoire sur nos plateformes », annonce pieusement
Facebook dans une note de blog.
Avant d’expliquer qu’il veut « aider
à éduquer les annonceurs sur leurs
obligations au regard de notre politique ». Dans sa note, Facebook précise aussi que cela fait déjà plus d’un
an qu’il demande aux annonceurs
de certains secteurs (immobilier,
travail ou crédit à la consommation) d’être en conformité avec ses
règles de non-discrimination.
« Dans les prochaines semaines, cette nouvelle certification sera déployée
progressivement pour tous les annonceurs aux États-Unis. » Le reste
du monde devrait suivre.
Extrême fébrilité
Le réseau social se conforme à un
engagement juridique qu’il a pris
fin juillet, selon lequel il ne peut
permettre aux annonceurs d’exclure de leur ciblage des personnes selon leur race, origine nationale, religion, orientation sexuelle ou toute
autre catégorie « protégée ». Les
juristes parlent de « discrimination
Xiaomi : boum de ses ventes de smartphones
Le groupe réalise de belles performances commerciales sans parvenir à rassurer la Bourse.
A
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
TÉLÉPHONIE Les résultats financiers et la performance boursière
de Xiaomi font le grand écart. Le
fabricant de smartphones, qui s’est
hissé dans le top cinq mondial, a
publié mercredi un chiffre d’affaires trimestriel en hausse de 70 %, à
5,7 milliards d’euros. En un trimestre, le groupe a aussi vu son résultat repasser dans le vert. Après
avoir affiché une perte de 760 millions d’euros au premier trimestre,
il a bouclé le deuxième sur un bénéfice de 1,8 milliard d’euros.
La performance a pourtant reçu
un accueil mitigé à la Bourse de
Hongkong. La publication de résultats supérieurs aux attentes a
tout juste permis à l’action de repasser au-dessus de son cours
d’introduction, à 17,68 dollars de
Kongkong (HK). Xiaomi a fait son
entrée sur les marchés financiers le
7 juillet à 17 dollars HK (1,86 euro).
L’opération était loin d’être anodine, valorisant l’entreprise environ
437 milliards de dollars HK
teurs aux opinions les plus susceptibles de basculer. « Même aujourd’hui, près de deux ans après les
élections de 2016, les acteurs étrangers poursuivent une campagne
d’influence agressive et envahissante
contre les États-Unis », avait déclaré début août le président du comité, Richard Burr, républicain de Caroline du Nord. Mark Warner,
sénateur démocrate de Virginie et
critique virulent des Gafa, s’inquiète du peu de mesures prises par le
gouvernement pour protéger les
États-Unis de ces attaques et ce,
alors que l’enquête russe se rapproche de plus en plus du président
Donald Trump.
L’annonce de Facebook survient
au lendemain de celles de Microsoft. Ce dernier accuse le Kremlin
d’avoir visé les sites Internet de
groupes de réflexion et organisations politiques de conservateurs
américains. Les modes d’action
sont différents, mais les auteurs appartiennent à la même nébuleuse.
Twitter a également opéré un grand
nettoyage de sa plateforme ces dernières semaines. Son analyse de
nombreux comptes indiquait une
« manipulation coordonnée ». La
Russie, de son côté, dénonce des
« déclarations faites sans la moindre
preuve ». ■
(48 milliards d’euros). Avec une
levée de fonds de 7,84 milliards de
dollars HK, c’est la plus grosse introduction à Hongkong depuis celle de Postal Savings Bank of China
en septembre 2016. Le célèbre milliardaire américain manitou des
marchés financiers, George Soros,
faisait même partie des investisseurs, relatait alors Bloomberg.
Cap sur 5 % de marge
L’euphorie n’a pas duré. Dès le
deuxième jour de cotation, le titre
a commencé à perdre du terrain,
plongeant dangereusement sous
son seuil d’introduction… avant
d’afficher un gain spectaculaire de
25 % en quelques semaines pour
replonger sous son cours d’introduction mi-août. Ce yo-yo boursier illustre la difficulté du marché
à saisir la stratégie de l’entreprise.
Lei Jun, fondateur de Xiaomi,
parfois surnommé le « Steve Jobs
chinois », veut faire de Xiaomi une
entreprise de services, notamment pour améliorer sa rentabilité. Il est présent dans quasiment
tous les types de services pouvant
Le premier flagship
store du groupe Xiaomi,
lors de son ouverture,
en novembre 2017
à Shenzhen,
dans le sud de la Chine.
YUAN SHUILING/IMAGINECHINA/
AFP FORUM
être proposés en ligne ; par exemple Mi-Pay, pour les paiements
sans contacts, Mi-Protect, une assurance spéciale smartphone, ou
encore Mi-Music ou Mi-Video.
Mais n’est pas Apple qui veut.
Quand les revenus des services
décollent chez l’américain, ils ne
représentent que 10 % du chiffre
d’affaires de Xiaomi. Celui-ci pâtit
donc de son étiquette de fabricant
de matériel.
Dans le domaine des équipements, Lei Jun a fait une promesse
à ses clients et ses actionnaires : sa
marge opérationnelle ne dépassera
pas 5 % pour ce qui est des smartphones et autres équipements
vendus par le groupe. Ce cap, qui
est loin d’être bas pour un industriel, est censé être la garantie que
le groupe offre le meilleur rapport
qualité- prix aux consommateurs.
L’argument porte. Le chiffre d’affaires de Xiaomi a été tiré par ses
ventes de smartphones, en hausse
de près de 60 % sur un an. L’augmentation est à la fois due à une
hausse de ses volumes et de son
prix moyen de commercialisation.
Mais ce positionnement est risqué dans un univers aussi concurrentiel que celui du smartphone,
avec des rivaux chinois très agressifs dans l’entrée de gamme. Xiaomi a beau promettre qu’il vise désormais une montée en gamme de
ses produits, l’opération n’est jamais facile à réaliser. La marque
mise aussi sur la conquête de nouveaux marchés pour attirer des
clients prêts à dépenser plus de
100 euros pour un téléphone. La
France fait d’ailleurs partie de ces
nouveaux pays. ■
illégale ». Ne pas lutter contre ce
type de délit pourrait déboucher sur
une poursuite fédérale, ce que Facebook veut éviter étant donné le
contexte des auditions au Congrès.
Cette nouvelle opération mains
propres montre la fébrilité de Facebook sur la question du respect de la
vie privée dans le ciblage publicitaire, au cœur de son modèle économique. Car il est toujours possible de
cibler en exploitant des données
comportementales, nécessairement
révélatrices d’appartenance à un
groupe sociologique… La question
est prise très au sérieux. Et par Facebook et par les autorités de régulation et la justice. Une étude publiée
en mars par l’université de Californie du Sud pointait du doigt les risques inhérents à « l’avènement d’un
puissant ciblage publicitaire en ligne » qui, par défaut de transparence, « menace le bien-être des individus et de la société au sens large ». ■
EN BREF
MUSSO NUMÉRO UN
SUR LA PLAGE
£ Le dernier roman de
Guillaume Musso, La Jeune Fille
et la Nuit, édité par CalmannLévy a été le livre le plus vendu
de l’été avec 55 000 ventes
depuis le 1er juillet. Au total,
l’ouvrage s’est écoulé à 555 000
exemplaires depuis avril.
LA FICTION FRANÇAISE
TOURNE EN ROND
£ Selon le comité de sélection
du Festival de La Rochelle,
qui déplore un « manque de
diversité », 83 % des fictions
audiovisuelles soumises cette
année parlent de « meurtres,
enlèvements d’enfants, familles
dysfonctionnelles ou maladies »,
et souvent de tout cela à la fois.
« ELLE » S’ARRÊTE
AU BRÉSIL
£ Les versions brésiliennes
de Elle et Cosmopolitan, éditées
depuis plus de trente ans,
vont s’interrompre, a annoncé
le groupe de presse Abril.
Selon les médias locaux,
l’éditeur a annoncé un plan
de restructuration visant
500 postes, dont 170 journalistes.
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