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Le Figaro - 24 09 2018

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lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 052 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
NICOLAS SARKOZY
ENQUÊTE SUR LA NOUVELLE VIE
DE L’ANCIEN PRÉSIDENT DE LA
RÉPUBLIQUE PAGE 18
LE FIGARO SANTÉ
DES PISTES ENCOURAGEANTES
POUR RENDRE LA VUE AUX
MALVOYANTS PAGES 13 À 16
Ariane, un succès
européen défié
par l’Amérique
LE FIGARO TECH
CAHIER SPÉCIAL AVEC LE JDN
La bataille fait rage
pour le leadership
de l’intelligence
artificielle
BAYROU
« La majorité
a besoin de voix
fortes en son sein »
Ariane 5 doit décoller mardi soir pour sa 100e mission.
Une consécration pour cette fusée qui a propulsé l’Europe
à la première place du marché des lanceurs de satellites,
mais qui doit désormais faire face à la concurrence de SpaceX.
PAGE 6
LIBAN
Michel Aoun :
« Israël cherche
à fragmenter
le Moyen-Orient »
è DES MUREAUX À KOUROU : TROIS ANS DE TRAVAIL POUR QUELQUES MINUTES DE VOL è LE LANCEUR LOURD
EUROPÉEN A EXPLOSÉ LORS DE SA MISSION INAUGURALE è ARIANE 5 : UNE IMMENSE RÉUSSITE COMMERCIALE
DÉSORMAIS MENACÉE è SPACEX, NOUVELLE STAR DES LANCEMENTS SPATIAUX è ARIANE 6, PLUS AGILE, PLUS
POLYVALENTE ET MOINS CHÈRE PAGES 2 À 4 ET L’ÉDITORIAL
PAGE 8
BOISSONS
Moins accro au cola,
Coca avale Tropico
PAGE 26
n
n
n
PAGES 18 À 21
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de samedi :
Êtes-vous favorable
à la dégressivité
des allocations chômage ?
OUI
68 %
NON
32 %
TOTAL DE VOTANTS : 53 118
M 00108 - 924 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@j@c@e@k";
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Le gouvernement réduitil suffisamment les
dépenses publiques ?
CARMEN ABD ALI/PHOTOPQR/LE
PARISIEN/MAXPPP - DAMIR SAGOLJ/
REUTERS
Redonner du pouvoir
d’achat aux Français,
enjeu du budget 2019
Les raisons de l’accord
historique entre le Vatican
et la Chine
Accusé d’être le « président des
riches » et au plus bas dans les
sondages, Emmanuel Macron
joue gros, alors que Bruno Le
Maire et Gérald Darmanin présentent ce lundi leur projet de
Un « mauvais accord » vautil mieux que « pas d’accord »
entre la Chine et le Vatican,
sur la question de la nomination des évêques ? Certains
ne décolèrent pas, parlant
budget. Si les ministres assurent que les impôts et cotisations sociales baisseront de
6 milliards d’euros en 2019 pour
les ménages, leur chiffrage
semble embelli. PAGES 24 ET 25
même de « trahison » de
Rome. Pourtant, plusieurs
facteurs ont poussé le Pape à
ce choix, notamment le souci
de l’avenir de l’Église catholique en Asie. PAGE 7
ÉDITORIAL par Jacques-Olivier Martin jomartin@lefigaro.fr
O
Allô l’Europe…
ui, l’Union européenne est cabossée par les vagues de migrants, fragilisée par l’émergence
des populismes, empoisonnée
par le Brexit… Mais non, tout ne
va pas mal pour autant. Le Vieux Continent a
aussi ses succès. L’espace en est un. Sauf imprévu, la centième fusée Ariane 5 décollera
mardi du pas de tir de Kourou en Guyane, avec
à son bord deux satellites. En vingt ans, l’Europe de l’espace s’est hissée au sommet mondial
des lancements de satellites commerciaux !
Le restera-t-elle ? Elle en a les compétences et
les moyens. Mais saura-t-elle se réorganiser
pour continuer à jouer les premiers rôles ?
C’est la grande inconnue. Le spatial est à l’aube
d’une révolution sans précédent qui, comme
Internet à ses débuts, va chambouler les règles
établies. Les start-up aux ambitions et utopies
sans limites vont peu à peu prendre le pas sur
les États. Croire que la puissance publique restera dominante est une erreur, mais penser
qu’elle sera absente du « New Space » pour
autant en est une autre.
Dans cette nouvelle conquête, c’est l’Amérique qu’il faut observer. La Nasa et le Pentagone
stimulent le vivier des jeunes sociétés, comme
SpaceX d’Elon Musk, à coups de subventions
et de commandes publiques massives. En face,
l’Europe a gardé un système spatial soviétique.
Les choix et les investissements sont décidés
par les autorités nationales, la Commission
européenne, l’Agence spatiale européenne…
Un vrai millefeuille. Autre handicap, le retour
industriel qui veut que chaque pays européen
qui finance un programme récupère une partie
de sa production. Sans
parler des budgets,
trois ou quatre fois inférieurs à ceux de la
Nasa.
Beaucoup
d’Européens ont compris que
cette situation n’est
plus tenable. Mais une prise de conscience,
même partagée, ne suffit pas. Il faut aujourd’hui faire « ce petit pas » qui permettra à l’Europe d’Ariane, de Copernicus, de Galileo… de
se doter d’une « Space Tech » capable de rivaliser avec l’Amérique et l’Asie. Tant sur le plan
économique, politique que scientifique, les
perspectives de cette révolution sont infinies.
L’Europe ne peut se permettre de passer à
côté. ■
Nous avons
gardé un
système
spatial
soviétique
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
A
L’identité
peule est-elle
en train de
s’affirmer
en Afrique ?
Les tribunes
de Philippe
d’Iribarne,
de Robert
Redeker,
de Danièle
Sallenave,
Ayse
Bascavusoglu
et Olivier
Delahaye
La chronique
de Nicolas
Baverez
B O N P O I N T. C O M
CHAMPS LIBRES
La Venise du XVIIIe
au Grand Palais PAGE 32
AFP
CULTURE
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lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
CHRONOLOGIE
100e
2
4 JUIN 1996
Premier lancement d’Ariane 5,
un vol inaugural qui traumatise
l’Europe spatiale : la fusée explose
au bout de 37 secondes.
30 OCTOBRE 1997
Le deuxième vol n’est pas parfait,
mais il rassure tout le monde.
La configuration technique
du lanceur est validée.
1er MARS 2002
Lancement d’Envisat, le plus gros
satellite d’observation de la Terre,
d’une masse de 8 200 kg.
11 DÉCEMBRE 2002
Le vol 517 de la nouvelle version,
dite ECA, est un échec.
La nouvelle tuyère du moteur
Vulcain 2 n’a pas tenu le coup.
2 MARS 2004
Une version « classique »,
Ariane 5G, lance la sonde Rosetta
vers la comète 67P. Après douze
années de voyage,
c’est un immense succès pour
l’Agence spatiale européenne.
9 MARS 2008
Envoi du vaisseau cargo ATV
« Jules Verne » vers l’ISS.
Une charge record de 20 tonnes.
14 MAI 2009
Lancement de deux grands
télescopes spatiaux européens,
Herschel et Planck. Ce dernier
a dressé la carte la plus précise
de la lumière fossile héritée
du big bang.
17 NOVEMBRE 2016
Premier lancement de quatre
satellites Galileo, destinés au futur
service de GPS européen.
25 JANVIER 2018
Grosse frayeur. Une erreur
de programmation envoie
le lanceur sur une mauvaise
inclinaison.
Les deux satellites,
SES-14 et AlYah 3, ont assez
de carburant pour rejoindre
la bonne destination.
tir d’Ariane 5 : succès
technique et économique
Le lanceur lourd
européen
a enchaîné
les succès depuis
plus de vingt ans.
re d’évacuation des gaz du moteur Vulcain
est mal conçue et s’effondre sur elle-même en plein vol. Les responsables sont
obligés de déclencher la procédure de sauvegarde. Comprendre son autodestruction. Cela aurait pu sonner la fin du programme Ariane. Fallait-il oui ou non
continuer ? « Il le faut, pour la grandeur de
la France », tranche à l’époque le président
de la République, Jacques Chirac. « À partir
du moment où il prend cette décision, tous les
gens qui doutaient en Europe ont suivi », témoigne Jean-Yves Le Gall, actuel président du Cnes (l’agence spatiale française)
et ancien président d’Arianespace.
Le retour en vol en 2003 se fait dans la
crainte. L’Europe vient d’arrêter
Ariane 4, après 116 tirs (dont seulement
trois échecs). Si cela ne marche pas, l’Europe risque de perdre son accès indépendant à l’espace. « C’est le lancement
qui porte la plus grande charge émotionnelle pour moi », se rappelle Jean-Yves Le
Gall, qui n’a manqué aucun des 99 lancements. Le tir se passe sans encombre. La
nouvelle version ECA revient quant à elle
en vol un peu plus tard, en février 2005.
« Il nous a fallu trois ans de travail acharné, nuits et week-ends, sans vacances,
pour y parvenir, mais nous avons réussi »,
se rappelle Hervé Gilibert, actuel directeur technique d’ArianeGroup.
TRISTAN VEY £@veytristan
CE N’EST PAS VRAIMENT un anniversaire, mais cela y ressemble tout de même
beaucoup. Mardi à 23 h 53 (heure de
Paris), la 100e fusée Ariane 5 doit décoller
depuis la base de Kourou, en Guyane. Elle
emportera à cette occasion deux satellites
de télécommunications en orbite géostationnaire, à 36 000 km de la Terre. C’est
d’une certaine manière un vol qui ressemble à de la routine pour Ariane 5, avec
une mission qui reflète bien sa carrière :
sur les 205 satellites qu’il a placés en orbite depuis 1996, 168 l’ont été sur des orbites géostationnaires, avec 152 dédiés
aux télécommunications et 141 lancés
pour le compte d’entreprises privées.
Rien ne prédestinait pourtant Ariane 5
à un tel avenir. À l’origine, le lanceur
avait même été imaginé pour emporter le
projet de navette spatiale européenne
Hermès, mais celui-ci fut abandonné dès
1992. Ariane 5 n’aura donc finalement jamais transporté le moindre spationaute
européen. Pour les satellites, le succès
technique et commercial est néanmoins
indéniable. Une série impressionnante de
82 succès consécutifs entre 2003 et 2017
en atteste. Elle aura même permis à Arianespace de rester leader du marché plus
d’une décennie jusqu’en 2017, avant de se
faire détrôner par SpaceX (lire page 4). Ce
n’était pas faute de concurrence. L’arrivée sur le marché de la fusée russe
Proton, plus économique mais moins
fiable, aura donné des sueurs froides à
Arianespace (la société chargée de la
commercialisation des lanceurs).
Cette domination est d’autant plus remarquable que l’échec en 2002 de la première version « améliorée » d’Ariane 5,
dite « ECA » et destinée au marché
commercial, est un échec cuisant. La tuyè-
ARIANE 5 ECA
Hauteur : 54,8 m
Masse totale au décollage :
780 tonnes
Dans sa configuration
pour son 100e vol
Satellite Horizon 3e,
Télécommunications,
Masse : 6,4 tonnes
Satellite Azerspace-2
Intelsat 38,
Télécommunications,
Masse : 3,5 tonnes
Confiance de la Nasa
Cette histoire mouvementée aura aussi
conduit à repousser la date de lancement
de la sonde Rosetta de deux années, de
2002 à 2004. Un report qui est une
chance : la comète 67P/TchourioumovGuérassimenko, qui remplace la cible
initiale devenue inaccessible, s’avère
passionnante lorsque le vaisseau arrive à
destination, douze ans plus tard. L’Europe devient la première puissance à
avoir réussi la prouesse de se placer en
orbite autour d’une comète.
Et l’histoire n’est pas encore finie. Dès le
mois prochain, Ariane 5 doit emporter la
sonde européenne BepiColombo, l’engin
le plus ambitieux jamais envoyé vers Mercure, la plus proche planète du Soleil. Et le
jour de gloire d’Ariane 5 est prévu pour
2021 : la Nasa a fait confiance au lanceur
européen pour emporter sa mission la plus
coûteuse de l’histoire, le télescope spatial
James Webb, le remplaçant du célèbre
Hubble. Un bijou de technologie de près
de 10 milliards de dollars ! ■
Case à équipement
 étage,
1er étage propulsé par
le moteur Vulcain 2,
9 min de fonctionnement
Moteur HM 7B
Booster à poudre,
moteur à propergol
solide,
de fonctionnement
Quand le lanceur lourd européen explosait
lors de sa mission inaugurale
A
Sans aucun astronaute à bord, l’explosion ne fait heureusement aucune victime humaine. C’est en revanche un terrible coup dur pour les scientifiques
européens, qui avaient confié à ce premier vol les quatre satellites de la mission
Cluster qui doit aller étudier l’interaction
entre le champ magnétique terrestre et le
Soleil. Ils devront patienter quatre longues années avant qu’une fusée Soyouz
ne relance quatre nouveaux satellites
construits en remplacement pour
l’Agence spatiale européenne.
Deux maquettes
Le 4 juin 1996, une pluie de débris
incandescents retombe sur le Centre
spatial de Kourou après l’explosion
d’Ariane 5, à 4 000 mètres d’altitude.
Les équipes d’Ariane vont travailler dur
pour comprendre ce qui s’est passé et
corriger le problème. Des équipes partent
à la recherche des débris du lanceur les
plus intéressants, dispersés sur une surface de 12 km2, dans des terrains difficilement accessibles, des mangroves et des
plaines rendues marécageuses par la saison des pluies. Après un peu plus d’une
année de modifications et de vérifications, Ariane 5 est prête pour son retour
en vol. Par prudence, il n’y a plus de vrai
satellite à bord, mais deux maquettes, qui
ne craignent rien. Cette fois, la première
partie du vol se déroule sans accroc mais
un problème de roulis imprévu entraîne
l’arrêt prématuré du moteur du deuxième étage. L’altitude visée n’est pas parfaitement atteinte, mais les maquettes
sont tout de même en orbite autour de la
Terre. « Ce n’était pas un succès total,
mais le principal, c’est que ce vol a permis
de qualifier tous les systèmes du lanceur »,
se souvient Stefano Bianchi.
Le troisième vol en 1998 fut en revanche un succès total. Le premier
d’une longue série pour le lanceur
européen. ■
Infographie
« LE 4 JUIN 1996 a été un choc total. Personne ne s’attendait à une catastrophe
pareille », témoigne Stefano Bianchi,
actuel responsable du programme Vega
à l’Agence spatiale européenne (ESA) et
ancien membre du programme de développement d’Ariane 5. « C’était horrible et effrayant, la vision de ces fragments brillants qui redescendaient vers le
sol ». Le vol inaugural d’Ariane 5 s’est
interrompu 37 secondes après le décollage, avec une explosion spectaculaire à 4 000 mètres d’altitude.
Le choc était d’autant plus grand que
le développement d’Ariane 5 était à
l’époque le programme le plus coûteux
et le plus ambitieux de l’Agence spatiale
européenne. Le lanceur lourd devait au
départ emporter des astronautes européens à bord d’une mini-navette appelée Hermès. Mais le projet, trop coûteux
et trop complexe, avec des contraintes
de sûreté nouvelles introduites après
l’explosion de la navette américaine
Challenger en 1986, fut abandonné en
1992. Restait alors l’objectif de gagner
en puissance par rapport à Ariane 4,
pour être capable de lancer même les
satellites les plus lourds.
Les concepteurs d’Ariane 5 avaient
repris le même système de guidage que
celui qui fonctionnait à merveille sur
Ariane 4. Mais ils n’avaient pas pris en
compte le fait qu’avec ses puissants
boosters à poudre, le nouveau lanceur
accélérait bien plus fort, cinq fois plus,
que l’ancien. Au bout de quelques dizaines de secondes, les valeurs mesurées
par les accéléromètres de bord dépassent la limite des paramètres prévus
dans le logiciel de bord. Le programme
« plante » et le pilote automatique interprète cette erreur comme un problème de trajectoire. Il braque brutalement les tuyères des moteurs jusqu’à la
butée, un effort brutal qui fait déraper
Ariane 5, décroche les boosters et déclenche instantanément son autodestruction. Le lanceur explose, et après
une immense boule de feu, une pluie de
débris incandescents retombe sur le
Centre spatial de Kourou.
PATRICK HERTZOG/AFP
CYRILLE VANLERBERGHE £@cyrillevan
Poussée au décollage :
13 000 kN
Source : Arianespace
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LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
Des Mureaux à Kourou : trois ans de travail pour quelques minutes de vol
1
Construction (en Europe)
De
façon
schématique,
Ariane 5 est composée d’un
étage principal formé de deux
grands réservoirs contenant l’oxygène liquide et l’hydrogène liquide
qui alimentent le moteur Vulcain
situé au pied de la fusée. Un
deuxième étage situé au-dessus et
équipé d’un moteur moins puissant
sera ensuite chargé de finaliser la
mise sur orbite des satellites. Ces
derniers sont protégés par une
coiffe aérodynamique tout en haut
du lanceur. Le corps central est ensuite flanqué de deux grands boosters, aussi appelés « étages d’accélération à poudre », qui fournissent
90 % de la poussée au décollage,
mais pendant un temps relativement court.
La vie de chaque lanceur commence trois ans avant le jour du
décollage avec la réalisation de ses
premiers composants, des pièces
du moteur Vulcain ou les enveloppes des boosters pour ne citer
qu’eux. Les différents éléments qui
composent l’étage principal de la
fusée ne sont acheminés chez
ArianeGroup aux Mureaux, dans
les Yvelines, qu’un an avant la
mise à feu. C’est ici qu’ils sont assemblés et testés, une procédure
qui s’étale sur huit mois. Le gigantesque cylindre de 30 mètres de
long et de plus de 5 mètres de diamètre n’est généralement prêt que
trois mois avant la date de tir prévue. Il est alors envoyé au port du
Havre, où il retrouve d’autres éléments, tels que l’étage supérieur
fabriqué à Brême ou la coiffe fabriquée en Suisse, afin d’être acheminé vers le Centre spatial européen de Kourou, en Guyane
française. Le port spatial est géré
par le Cnes (agence spatiale fran-
+ 8 min
+ 28 min
+ 42 min
2 0 0 k m
E x ti n c ti o n d u p r e m i e r é t a g e
S é p a r a ti o n d u p r e m i e r
s a t e llit e
S é p a r a ti o n d u
d e u x i è m e s a t e llit e
+ 3 min
11 0 k m
L a r g a g e d e l a c o i ff e
+ 2 min
7 0 k m
L arg a g e
d e s b o o st e rs
+ 25 min
+ 35 min
E x ti n c ti o n d u m o t e u r
d u d e u xiè m e é t a g e
S é p a r a ti o n
d e la s tr u c t u r e
S yld a 5
+ 9 min
S é p a r a ti o n d u p r e m i e r é t a g e ,
a ll u m a g e d u d e u x i è m e é t a g e
Les étapes du vol :
du décollage à la séparation des satellites
Infographie
Décollage
Source : Arianespace
çaise) pour le compte de l’Agence
spatiale européenne (ESA).
2
Assemblage (en Guyane)
Nous sommes maintenant à
deux mois du lancement.
Les enveloppes des boosters sont
arrivées quelques mois plus tôt et
ont été remplies sur place, à Kourou, avec 240 tonnes chacune
d’une sorte de « pâte » explosive
dont la consistance rappelle celle
d’une gomme dure après séchage
(on parle d’ailleurs dans le jargon
du spatial d’« ergol solide »).
La campagne de « constitution »
du lanceur démarre. Les ingénieurs assemblent l’étage principal, les boosters et l’étage supérieur dans un bâtiment dédié du
port spatial de l’Europe. Toutes ces
opérations se font à la verticale sur
un chariot qui permettra de déplacer la fusée. À ce moment, elle n’a
toujours pas de tête. Nous voilà
rendus à moins d’un mois du
grand départ.
La fusée change alors de bâtiment
pour recevoir le ou les satellites
qu’elle emportera. Ces derniers ont
été acheminés par avion-cargo en
Guyane et sont placés en haut du
lanceur, sous la coiffe protectrice.
Après quelques ultimes tests
qui prendront une quinzaine de
jours, la fusée est enfin prête. Le
temps d’une dernière « revue
d’aptitude au lancement » et elle
est amenée, toujours à la verticale,
sur son pas de tir situé à 2 km de là,
à quelques jours seulement du
lancement.
3
Décollage (en Guyane)
Les ingénieurs « mettent le
contact » un jour avant le
décollage pour vérifier que tous les
équipements électriques fonctionnent correctement. Comme il
fait très chaud en Guyane, et pour
éviter les fuites, les réservoirs
d’oxygène liquide (- 180 °C) et
d’hydrogène liquide (- 250 °C) ne
sont remplis que cinq heures
seulement avant le décollage. La
fusée est prête à partir entre trente
minutes et une heure avant
l’horaire fixé. Environ sept minutes avant la mise à feu, une séquence de tests automatiques entièrement automatisée se met en
place. Si tout se déroule correctement, le moteur Vulcain s’allume à l’heure dite. Pendant 7,05 se-
condes précisément, la fusée reste
au sol : les ordinateurs s’assurent
que le moteur fonctionne correctement. Si c’est le cas, les boosters
à poudre sont allumés. Il n’y a
alors plus de retour en arrière possible.
Les gaz produits par la combustion
de la poudre d’un côté et la vapeur
d’eau éjectée par le moteur Vulcain
de l’autre s’échappent à grande
vitesse par les tuyères. Chacun des
boosters fournit une poussée de
600 tonnes. Le moteur Vulcain,
130 tonnes. La fusée de 780 tonnes
s’élève verticalement. « Le but,
c’est de quitter l’atmosphère le plus
rapidement pour s’affranchir des
frottements de l’air », rappelle
Hervé Gilibert, directeur technique chez ArianeGroup. « La
fusée se penche ensuite progressivement pour gagner en vitesse horizontale, car c’est cette composante
qui permet en fait de s’arracher au
champ de gravité terrestre. »
Au bout d’une trentaine de secondes, la fusée file déjà à 1 000 km/
h. Après 2 minutes et 20 secondes,
les boosters ont fini de se consumer et se détachent. Ariane 5 est
alors déjà à 70 km d’altitude et sa
vitesse est de 7 000 km/h environ.
Après 3 minutes environ, la fusée
peut larguer sa coiffe : l’air
résiduel ne représente plus de
danger pour les satellites. Le
moteur Vulcain continue à fonctionner. Il ne s’éteint qu’au bout
de 9 minutes. Lorsque le premier
étage se détache pour retomber
dans l’océan (comme les boosters), Ariane 5 a déjà atteint la vitesse astronomique de 27 000 km/
h. Elle se trouve désormais à
170 km d’altitude et près de
2000 km à l’est de Kourou (preuve que sa trajectoire s’est bien
aplatie).
Le moteur du deuxième étage
prend alors le relais pendant une
quinzaine de minutes pour terminer le travail et placer le ou les
satellites sur les orbites voulues.
Moins d’une heure après le décollage, la mission du lanceur est généralement terminée. ■
T. V.
A
LE DÉCOLLAGE d’une fusée
Ariane 5 est le fruit d’un long processus qui démarre en Europe plusieurs années avant le décollage et
se termine lorsque le dernier étage
du lanceur s’éteint et se détache,
en général 45 minutes après la mise
à feu.
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4
L'ÉVÉNEMENT
Ariane 5 : une immense réussite
commerciale désormais menacée
VÉRONIQUE GUILLERMARD £@vguillermard
DANS LA FAMILLE Ariane, la version 5
occupe une place particulière. Elle a
connu pendant de longues années un immense succès commercial. «Comme le
montre ce 100e lancement, pour des opérateurs américain, japonais et azéri, Ariane 5
s’est imposée au fil des ans comme LE
champion à l’export du lancement double
de satellites de télécoms. Mais elle a aussi su
réaliser des missions emblématiques pour
l’Europe : des 5 ATV (NDLR : cargos spatiaux) pour ravitailler la Station spatiale internationale à la sonde Rosetta, en passant
par Galileo », souligne Stéphane Israël,
président exécutif d’Arianespace et chargé des lanceurs civils d’ArianeGroup, le
constructeur de la fusée européenne.
L’Europe, qui a inventé le lancement
double, a longtemps donné le ton sur le
marché. Ariane 5 est capable de lancer
deux satellites à la fois : un gros placé en
haut de la coiffe et un petit de 3 tonnes, en
dessous. Un moyen de diviser la facture
d’un lancement pour les clients. La fusée
européenne s’est imposée sur le marché
commercial - sa part de marché mondial
atteint 60 % - grâce à ses capacités mais
aussi à une fiabilité presque sans faille,
l’une des meilleures de sa catégorie. Si la
mission du 25 septembre se déroule sans
accroc, Arianespace aura réussi 95 lancements sur 100 programmés depuis 1996,
année de sa mise en service. Elle aura
connu un « semi-échec » avec le vol de
janvier 2018 perturbé par une erreur de
trajectoire sans pour autant que la mission
soit compromise. Ce 100e tir sera aussi la
300e mission pilotée par Arianespace.
Ce succès commercial est-il en trompe
l’œil ? Afin d’accompagner le redécollage
d’Ariane 5 en 2002, l’Europe a apporté,
via le plan Egas, 190 millions d’euros par
an à Arianespace, entre 2005 et 2009. Cette subvention publique a ensuite baissé, à
plus ou moins 100 millions. « Ariane 5 et
Arianespace ont pour mandat de garantir à
l’Europe un accès autonome et indépendant
à l’espace. La disponibilité de la filière Ariane requiert donc des financements publics.
Ces financements sont modestes comparés
aux dépenses engagées par les États-Unis
afin de s’assurer leur propre accès à l’espace», assure Stéphane Israël.
Carnet de commandes rempli
Le succès d’Ariane 5 s’est aussi inscrit sur
un marché où la concurrence était essentiellement russe, avec des lanceurs (Proton et Sea Launch) qui ont subi des échecs
à répétition. «Depuis 2010, le phénomène
majeur est l’arrivée de lanceurs américains
sur le marché, en particulier SpaceX, qui ont
derrière eux la force de frappe gigantesque
des lancements pour la Nasa et le Pentagone. C’est un évènement qui va structurer la
concurrence pour la décennie à venir et qui
exigera une forte mobilisation des Européens», avertit le président exécutif
d’Arianespace. Depuis la percée commerciale de SpaceX en 2012, les Européens
tiennent le choc. Depuis le début de l’année, Arianespace a signé 8 contrats commerciaux, contre un seul pour SpaceX, qui
a fait du gouvernement américain et de
l’US Air Force « sa priorité ». De facto,
SpaceX a signé 13 contrats institutionnels
aux États-Unis depuis janvier, contre un
seul en Europe pour Arianespace. Cette
dernière s’appuie sur un carnet de commandes très rempli, d’une valeur proche
de 5 milliards d’euros, soit l’équivalent de
plus de quatre ans d’activité, représentant
61 lancements. Et l’Europe a réagi en développant Ariane 6, successeur d’Ariane 5, qui doit entrer en service en 2020. ■
GERARD FOUET/AFP FORUM
Après avoir dominé le marché, l’Europe doit faire face à la concurrence américaine.
Je connais
les difficultés
et les contraintes
que vous avez
dû surmonter
»
JACQUES CHIRAC, EN 1997,
EN GUYANE, À PROPOS
DU RETOUR EN VOL RÉUSSI
D’ARIANE 5, DIX-SEPT MOIS
APRÈS L’ÉCHEC DE SON VOL
INAUGURAL
SpaceX, nouvelle star des lancements spatiaux
DIFFICILE À CROIRE. Longtemps, SpaceX, aujourd’hui l’étoile la plus brillante
de la galaxie spatiale, n’a pas été pris au
sérieux. Fondée en 2002 par Elon Musk,
la société a connu des débuts laborieux.
Entre 2006 et 2008, trois des quatre
premiers vols du Falcon 1, sa première
fusée, ont échoué. En septembre 2008,
le lanceur a réussi à placer en orbite
basse un satellite d’observation malaisien. Pas de quoi impressionner le duopole, formé par Ariane 5 et Proton, qui
dominait alors le marché des lancements, en particulier des gros satellites
de télécoms placés en orbite géostationnaire (GTO, à 36 000 km de la Terre).
Fin 2008, Elon Musk a injecté la quasi-totalité de sa fortune dans SpaceX.
L’homme, qui rêve de coloniser Mars,
était sur le point d’abandonner. Le Falcon 9, un lanceur plus gros, n’était pas
encore prêt. Ses actions de lobbying à
Washington n’avaient pas abouti, tout
comme sa tentative d’alliance avec Airbus. Il est sauvé par le gong, grâce à un
contrat avec la Nasa. L’agence spatiale
américaine a sélectionné Falcon 9 et la
capsule Dragon pour assurer des missions de ravitaillement vers la Station
spatiale internationale. Un contrat de
1,6 milliard de dollars pour 12 lancements. D’autres suivront.
Numéro un mondial
Elon Musk (ici le 18 septembre
à Hawthorne, Californie) a fondé
SpaceX en 2002. GENE BLEVINS/REUTERS
À partir de 2010, Falcon 9 réussit ses
premières missions. Le PDG atypique
multiplie les déclarations provocantes
qui agacent les acteurs historiques dont
il prédit la « mort ». Indifférent au scepticisme ambiant, il déroule son programme. Il introduit le low-cost dans
l’industrie spatiale, en s’appuyant sur
une technique de développement rapide et un système de production intégré,
avec une unique usine où entrent des
tôles d’un côté et en sort la fusée de
l’autre.
Conséquence : SpaceX casse les prix
sur le marché commercial, en proposant des tirs à moins de 60 millions de
dollars (pour un satellite) alors qu’Arianespace les facture à plus de 150 millions d’euros (pour deux satellites).
L’amélioration de la fiabilité du Falcon 9
Ariane 6, plus agile, plus polyvalente et moins
CYRILLE VANLERBERGHE £@cyrillevan
CRÉDIT PHOTO // MATIAS ANTONIASSI
LE CAHIER des charges pour la conception d’Ariane 6 ressemble à un cassetête insoluble. Il fallait d’abord réduire
très nettement les coûts de lancement
(moins 40 % par rapport à Ariane 5)
pour faire face à la concurrence de SpaceX et de sa fusée Falcon 9, mais sans
perdre la fiabilité si précieuse d’Ariane 5. Autre objectif, gagner en souplesse
d’utilisation, dans un marché où fleurissent les projets de mégaconstellations avec des centaines de petits satellites. Et le tout avec le souci de ne pas
jeter à la poubelle les savoir-faire et les
outils de production répartis dans les
pays membres de l’Agence spatiale
européenne, ce qui contraint grande-
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ment les choix technologiques du lanceur. Et cela avec un nouvel acteur industriel aux commandes, ArianeGroup,
coentreprise d’Airbus et de Safran.
Le résultat de ce compromis ressemble finalement à une petite Ariane 5, qui
gagne en souplesse grâce à la possibilité
d’encadrer le lanceur par deux ou quatre boosters à poudre. Avec deux boosters, la version Ariane 62 est surtout
destinée à envoyer des satellites institutionnels sur des orbites basses, proches
de la Terre. La version lourde, Ariane
64, égale les performances d’Ariane 5 et
peut lancer 10,5 tonnes, soit deux gros
satellites, sur des orbites de transfert
géostationnaires. Parfait pour le marché
traditionnel des télécommunications.
Impression 3D
Pour la propulsion, l’aspect le plus
critique de tout lanceur, l’Europe a
choisi pour le premier étage de
conserver le moteur Vulcain 2,
dont le fonctionnement a été sans
défaut depuis 2002, soit 85 lancements d’affilée. « Le moteur a
été amélioré, ou plus précisément simplifié, pour le rendre
moins cher à produire, et moins
cher à opérer tout en conservant
sa fiabilité. Car rien ne peut se
faire au détriment de la fiabilité », raconte Mathieu Chaize,
ingénieur ArianeGroup en
charge des nouveaux services
de lancement pour Ariane 6.
Exemple de simplification, une
des pièces cruciales du Vulcain
qui demandait un an d’assemblages précis et méticuleux ne
prend plus que deux mois grâce
à l’impression 3D.
Le deuxième étage, celui qui
termine la mission pour emmener les satellites vers leur or-
et les prix bas créent une onde de choc
qui fait voler en éclats le duopole Ariane-Proton qui avait dominé la première
décennie du XXIe siècle.
Après plusieurs tentatives, Elon Musk réussit, en décembre 2015,
à faire revenir sur
terre le premier étage du Falcon 9 afin
de le réutiliser pour
une nouvelle mission. Un nouveau
moyen de baisser
encore les coûts.
Plus personne ne
le sous-estime. En
2017, c’est la consécration. Quinze ans
seulement après
sa création, SpaceX devient le numéro un mondial
du spatial, avec dixhuit
lancements
réussis, contre onze
pour Arianespace.
En février 2018, Elon Musk a frappé
l’imagination collective en réussissant
le lancement du Falcon Heavy, une
puissante fusée de 1 421 tonnes dotée de
27 moteurs. Elle a lancé dans l’espace
un cabriolet Tesla rouge, la voiture
personnelle d’Elon Musk. À cette occasion, il a fait revenir sur terre les deux
boosters latéraux de la fusée de façon
synchronisée. Une prouesse qui marque les esprits. Si le business model
s’avère profitable, « Musk aura inventé
le lanceur absolu », estime un spécialiste du domaine.
Parallèlement, Elon Musk prépare le
coup d’après avec la « Big Falcon Rocket » (BFR), capable de rallier la Lune ou
Mars. Le milliardaire japonais Yusaku
Maezawa a acheté le premier billet pour
un vol autour de la Lune, au plus tôt en
2023. Le PDG de SpaceX a présenté, le
18 septembre, le nouveau design de cette fusée de 118 mètres de hauteur, dont
55 mètres pour la partie navette. Sa fabrication a commencé, à proximité du
port de Los Angeles. ■
V. GD
chère
Le moteur a
« été
amélioré,
bite finale, hérite de son
côté du moteur Vinci. Un
propulseur développé au
départ pour une évolution
ou plus
d’Ariane 5. Ce moteur est
précisément
non seulement bien plus
performant que celui qui
simplifié,
aujourd’hui Ariane
pour le rendre équipe
5, mais il présente l’avanmoins cher
tage majeur de pouvoir
être réallumable. Un atout
à produire,
qui permet d’atteindre des
et moins cher
orbites très spéciales, ou de
à opérer tout
placer plusieurs satellites à
en conservant des altitudes différentes
lors d’une même mission.
sa fiabilité
Dans le même ordre
MATHIEU CHAIZE,
d’idée, les nouveaux boosINGÉNIEUR
ters à poudre d’Ariane 6
CHEZ ARIANEGROUP
seront moins chers et plus
rapides à produire, et serviront également de premier étage pour
la petite fusée Vega C, construite sous
leadership italien.
Mais derrière la nouvelle silhouette
d’Ariane 6, ce sont surtout les changements invisibles qui sont probablement
les plus importants pour réduire les
prix. C’est le cas de la réorganisation industrielle menée par ArianeGroup pour
profiter au mieux de la hausse de cadence prévue, et réduire les coûts fixes.
Contrairement à ce qui se faisait sur
Ariane 5, tout l’assemblage, aux Mureaux comme à Kourou, se fera à l’horizontale, avec un lanceur qui ne sera érigé à la verticale que sur son pas de tir.
De ce côté, les travaux de génie civil
avancent à grands pas à Kourou, pour
être à temps pour un premier vol toujours programmé à l’été 2020. ■
»
Ariane 64, version lourde d’Ariane 6, égale
les performances d’Ariane 5 et peut lancer
10,5 tonnes, soit deux gros satellites. ESA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
POLITIQUE
lundi 24 septembre 2018
5
Dupont-Aignan
lance sa liste
pour les
européennes
Le leader de Debout la France a appelé
les leaders de LR et du RN à se joindre à lui.
CHARLES SAPIN £@csapin
DROITE « Ce n’est pas dans mon caractère
de me défiler. Surtout quand l’intérêt de
mon pays est en jeu… » Le leader de Debout la France n’y tenait plus. Voilà des
mois que sa décision était prise mais il
avait toutes les difficultés du monde à la
garder pour lui. C’est finalement lors de
son discours de clôture du VIe congrès de
son parti, Debout la France, ce dimanche
au Cirque d’Hiver de Paris, qu’il l’a lâchée
devant près d’un millier de ses fidèles :
« Je conduirai une liste d’union pour les
élections européennes de 2019 ! »
Persuadé que son moment a sonné, celui qui avait fait le choix de soutenir Marine Le Pen au second tour de la dernière
présidentielle a préféré cette fois-ci refuser sa main tendue. C’est donc sous ses
propres couleurs et à la tête de son propre
« rassemblement », nommé Les amoureux de la France, qu’il partira à la
conquête du Parlement européen. Devant
ses alliés du Parti chrétien-démocrate
emmené par Jean-Frédéric Poisson, du
Cnip dirigé par Bruno North, comme
quelques prises de guerre issues du RN, à
l’image de Bernard Monot, ou de LR,
comme Hervé Fabre d’Aubrespy, la désormais tête de liste n’a pas hésité à égratigner son ancienne alliée de l’ex-Front
national : « Le rassemblement, il y a ceux
qui en parlent et il y a ceux qui le font. »
Moquant ces « généraux » qui à « la veille
d’une bataille aussi décisive, restent en arrière de leurs troupes » et ne conduisent
pas leurs listes aux élections de mai prochain. Des attaques dont le président du
parti Les Républicains, Laurent Wauquiez, n’est pas non plus sorti indemne.
« Qui faut-il croire ? Le Laurent Wauquiez
qui écrit le livre Europe, il faut tout changer et qui va féliciter Viktor Orban ou le
Laurent Wauquiez président d’un parti
dont les eurodéputés votent les traités de libre-échange sauvage et les aides à la Tur-
Nicolas Dupont-Aignan lors du VIe congrès de Debout la France, dimanche, au Cirque d’Hiver de Paris.
quie ? » s’est interrogé Nicolas DupontAignan. Un bien curieux préambule à
« l’appel solennel » pour un rassemblement des forces, lancé pourtant quelques
minutes plus tard par le député de l’Essonne, tant à Marine Le Pen qu’à Laurent
Wauquiez, et qui devrait être suivi par
l’envoi aux deux leaders politiques ces
prochains jours des grandes lignes de son
programme européen.
« Notre liste est l’occasion magnifique de
rassembler tous les patriotes et républi-
cains d’où qu’ils viennent qui ont compris
qu’il fallait changer d’Europe », assure Nicolas Dupont-Aignan. Sans surprise, Marine Le Pen ne devrait y trouver que bien
peu de différence avec le discours prononcé par ses soins, dimanche dernier à
Fréjus, à l’occasion de sa rentrée politique. Comme la candidate malheureuse à
la présidentielle, l’ancien maire de Yerres
croit en mai prochain à la constitution
« pour la première fois, d’une majorité de
députés “euroréalistes” susceptible de
GWENDOLINE LE GOFF/PANORAMIC
changer le cours de l’histoire ». Comme
elle, toujours, il voit dans les prochaines
européennes « l’occasion unique de stopper cette machine infernale à broyer les nations, les peuples et les êtres qu’est l’Union
européenne. L’enjeu est de ressusciter les
nations et donc les démocraties ».
Mais derrière cette similarité de discours, ce n’est pas une course aux idées
dans laquelle vient de se lancer DupontAignan, mais une course pour le leadership demain, du camp souverainiste. ■
Dans l’ombre, un trio de conseillers peaufine la stratégie
LE STRATÈGE, la plume et le financier.
Un casting digne de Sergio Leone compose depuis quelques mois la garde rapprochée de Nicolas Dupont-Aignan. Un
trio de conseillers de l’ombre qui guide
les pas du patron de Debout la France
depuis son soutien à Marine Le Pen, au
second tour de la présidentielle : Patrick
Buisson, Paul-Marie Couteaux et Charles
Gave. « Avant, Nicolas était surtout réputé pour n’écouter que lui-même. Il
n’était pas vraiment pris au sérieux. Son
positionnement d’entre-deux-tours l’a
fait changer de dimension. Les uns et les
autres, qui le méprisaient jusque-là, se
sont mis à s’intéresser à ce qu’il pouvait
représenter, à se rapprocher de lui, à le
conseiller », témoigne un vieux compa-
gnon de route du député de l’Essonne.
L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy,
Patrick Buisson, qui vient de quitter la
chaîne Histoire, fait partie de ceux-là. En
contact avec Dupont-Aignan depuis la
victoire de François Fillon à la primaire
de la droite, il aura autant murmuré, durant l’entre-deux tours, en faveur de la
conclusion d’un « accord de gouvernement » avec Marine Le Pen, que lors des
législatives, contre l’idée de présenter
des candidatures communes. Lors de
leurs entretiens mensuels, l’auteur de La
Cause du peuple l’assure au candidat :
entre un parti LR inaudible et « le train
lepéniste en train de dérailler »,
« NDA » sera la surprise des européennes. Le poussant ainsi à se présenter sous
ses propres couleurs, bien qu’il aurait
préféré une déclaration de candidature
plus tardive, au mois de janvier.
Réconciliation
Cette déclaration de candidature, cela
fait plusieurs semaines que Paul-Marie
Couteaux y travaille. Ce chantre de
l’union des droites, qui a été l’une des
plumes de François Fillon puis de Marine
Le Pen lors de la présidentielle, peaufine
les discours de la désormais tête de liste
des Amoureux de la France. « J’ai voulu
insister sur les multiples sources chrétiennes, celtes, de la civilisation européenne.
Ce qui nous distingue d’autres listes »,
confirme l’ancien conseiller de Philippe
Séguin, longtemps brouillé avec Dupont-
Aignan. Les deux hommes se sont réconciliés en octobre dernier. Comme pour
sceller cette entente nouvelle, l’homme a
joué les entremetteurs avec l’un des
principaux groupes eurosceptiques au
Parlement européen, l’ECR. Le but ? Que
les futurs eurodéputés de son parti aient
une piste où atterrir en mai prochain.
Si l’économiste et financier Charles
Gave, qui est également président de
l’Institut des libertés, goûte peu la ligne
gaulliste sociale du candidat, il a été séduit par la façon dont il a brisé le « tabou
mitterrandien » en 2017. Au point d’accepter, avec sa fille, de figurer sur la liste
Debout la France pour les européennes
et mettre à son service ses importants
réseaux financiers. ■
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lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Pour François Bayrou,
« la majorité a besoin de
voix fortes en son sein »
Le patron du MoDem et Christophe Castaner ont exprimé
leur volonté de mieux travailler ensemble.
MATHILDE SIRAUD £@mathilde_Sd
ENVOYÉE SPÉCIALE À GUIDEL (MORBIHAN)
MAJORITÉ Le président du MoDem a
réitéré ses conseils au chef de l’État lors
de l’université de rentrée de son parti à
Guidel. « Soyons forts, et on sera entendus », a-t-il dit devant ses troupes et le
patron des Marcheurs.
L’image d’une majorité renforcée.
Dimanche, en clôture de l’université de
rentrée du MoDem, à Guidel (Morbihan), François Bayrou et Christophe
Castaner ont pris soin d’afficher leur
unité. S’avançant côte à côte devant les
caméras jusqu’au premier rang de l’espace « Atlantique », les deux chefs de
parti ont ensuite tour à tour exprimé
leur volonté de mieux travailler ensemble quelques jours après les critiques
exprimées par des parlementaires centristes, en mal de « preuves d’amour ».
Le délégué général de La République
en marche (LaREM) a une nouvelle fois
adressé des gestes d’ouverture, promettant une « amélioration » du travail
en commun. « Un travail étroit, confiant
et responsable entre nos deux mouvements est absolument nécessaire. S’il a
paru s’affaiblir, il nous appartient ensemble de le renforcer », a dit le macroniste. François Bayrou a ensuite insisté
sur la « proximité » qui lie les deux formations de majorité et fermé le ban
après les déclarations de ses troupes sur
le manque de considération. « On est
entendu si on est fort, soyons forts et on
sera entendus, il n’y a pas d’autres
concessions », a-t-il déclaré, précisant
qu’il n’y avait pas d’« entorse au pacte
majoritaire ». Pour lui, « la majorité a
besoin de voix fortes qui s’expriment en
son sein, pas de corset ». Les macronistes sont prévenus. Plus tôt, le président
du groupe MoDem à l’Assemblée nationale, Marc Fesneau, avait été accueilli
par des applaudissements à tout rompre
en appelant lui aussi à une « amélioration de la relation » entre les deux piliers
de la majorité. Après son score de candidat à la présidence de l’Assemblée
– 86 voix alors que son groupe ne comporte que 47 députés –, la « Fesneaumania » avait reboosté les troupes centristes, qui lui ont réservé une
standing-ovation. « Je n’ai pas la majorité honteuse, j’assume ce que nous faisons et ce sur quoi nous devons progresser », a fait savoir l’élu du Loir-et-Cher.
François Bayrou a adressé plusieurs
satisfecit au chef de l’État, notamment
sur le reste à charge zéro et les plans
pauvreté et santé. « Quelque chose se
passe dans la lutte contre la pauvreté », a
salué le maire de Pau, qui, depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron,
insistait pour muscler le « projet social ». Toutefois, dans ce contexte de
rentrée « difficile », le leader centriste a
plusieurs fois exhorté le président de la
République à réexpliquer le « plan d’ensemble ». « La politique, ce n’est pas
dossier après dossier. À l’intention des
Français, il faut que s’exprime la vision
qui organise les réformes », a soulevé
“
À l’intention des
Français, il faut que
s’exprime la vision qui
organise les réformes
”
FRANÇOIS BAYROU, PRÉSIDENT DU MODEM
Bayrou. Revenant sur l’affaire Benalla,
qu’il qualifie de « barouf », l’ancien
candidat à l’élection présidentielle a reconnu que les actes de l’ex-chargé de
mission élyséen avaient fait apparaître
des « problèmes dans le fonctionnement ». « Tous les pouvoirs et singulièrement tous les pouvoirs exécutifs, tous les
présidents de la République à un moment
ou à un autre se sentent assiégés, ciblés
par leurs opposants ou par la presse », at-il poursuivi. Avant l’audition
d’Alexandre Benalla, mercredi, par la
commission d’enquête parlementaire
du Sénat, l’exécutif avait multiplié les
attaques en direction de la Chambre
haute. « Cette impression d’être assiégé
est mauvaise conseillère, c’est le jeu des
institutions », a mis en garde Bayrou.
« L’Élysée est un lieu clos ! Trop ! Il faut
rompre le siège en s’adressant le plus régulièrement et le plus directement possible aux Français », a-t-il conseillé.
La veille, le ministre de l’Éducation
nationale, Jean-Michel Blanquer, souvent cité comme une « éminente personnalité » du gouvernement par François Bayrou, avait reçu un chaleureux
soutien des troupes centristes en défendant la « dimension sociale » de sa politique. « Nous sommes dix fois plus sociaux que ceux qui disent “égalité,
égalité, égalité” toute la journée », a félicité le ministre. La secrétaire d’État
MoDem Geneviève Darrieussecq avait,
elle, appelé à « tenir le cap », malgré les
difficultés, alors que les rangs centristes
affichaient une « attente bienveillante »
mais aussi des « doutes » vis-à-vis
d’Emmanuel Macron. ■
François Bayrou, vendredi, lors de l’université de rentrée du MoDem, à Guidel.
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
La force retrouvée
d’un centriste négligé
F
rançois Bayrou peut être
reconnaissant à Emmanuel
Macron de ne pas l’avoir
retenu au gouvernement en
juin dernier. Au moment où le chef de
l’État s’enfonce dans l’impopularité,
le président du MoDem est préservé
de la vague de rejet que l’exécutif
prend de plein fouet. Cela rend
aujourd’hui sa voix écoutée de
l’opinion. Et ça oblige une macronie
déboussolée à lui accorder
une attention renouvelée.
Ce fut une épreuve en même temps
qu’une humiliation pour l’éphémère
garde de Sceaux d’être renvoyé si vite
sur le banc de touche. Un statut
d’acteur à peine retrouvé, vingt ans
après sa première expérience
gouvernementale, il avait été
contraint de reprendre celui
Tenu en lisière
de l’action,
François
Bayrou n’a
eu de cesse
de mettre en
garde contre
la tentation de
l’arrogance
»
DELPHINE LANDAY/PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP
Les radicaux en quête d’alliances pour les européennes
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
ENVOYÉ SPÉCIAL À MONTPELLIER (HÉRAULT)
PARMI tous les partis politiques français, le
Mouvement radical, né il y a un an de la
fusion des Valoisiens et du PRG, peut aisément clamer qu’il est le plus proeuropéen
de l’Hexagone. Néanmoins, ces « fédéralistes » doutent de la pertinence de participer au grand arc proeuropéen que veut
construire Emmanuel Macron à l’occasion
des élections européennes de mai 2019.
C’est le sens de leurs échanges, samedi et
dimanche à Montpellier, à l’occasion de
leur université de rentrée.
LE 5/7
MATHILDE
MUNOS
A
Retrouvez le mardi à 6h44
Histoires Politiques avec Marcelo Wesfreid
du quotidien
À SUIVRE SUR TWITTER
#LE57INTER
« Seule ou accompagnée, il faut qu’il y ait
une liste radicale, ça me paraît indispensable », a déclaré Laurent Hénart, le coprésident du mouvement, lors de son discours
de clôture. Ajoutant à destination de la majorité : « On ne va pas se laisser faire. Car
vous voyez bien le procès : “Regardez le niveau de l’extrême droite, il faudrait peut-être
se mettre dans le même pot.” » « Pourquoi ne
pas avoir des partenaires, mais dans la clarté », a complété le maire de Nancy. Lequel
s’interroge sur la stratégie de La République
en marche : « Nous avons fait le choix d’être
dans un parti européen, l’Alde. Nous souhaitons que cette force, la troisième au Parlement UE, soit demain la première. On a l’idée
d’un projet pour la Commission européenne.
Ce n’est pas le cas de tous les partis, à commencer par le parti présidentiel. »
Dans Le Monde, Laurent Hénart a signé
une tribune dimanche où il dit vouloir
« faire travailler ensemble celles et ceux
pour qui l’idéal européen est au-dessus de
tout, des sociaux-démocrates comme Pierre Moscovici (PS) à la droite modérée incarnée à Bruxelles par Michel Barnier (LR) en
passant par les mouvements écologistes indépendants et les centristes proeuropéens ».
Quant à François Bayrou, le président
du MoDem (également membre de
l’Alde), « on va le voir, on va le rencontrer », a-t-il indiqué à la presse. Dans
l’entourage du président du MoDem,
certains le poussent à ne pas se fondre
dans la liste menée par la LaREM.
Présent ce week-end à Montpellier,
l’Union des démocrates et des écologistes
(UDE) pousse en faveur d’un tel scénario.
“
On a l’idée d’un projet
pour la Commission
européenne. Ce n’est pas
le cas de tous les partis,
à commencer par le parti
présidentiel
”
LAURENT HÉNART,
COPRÉSIDENT DU MOUVEMENT RADICAL
« L’enjeu des européennes ne peut être réduit à “Macron ou les extrêmes”. Il faut aller chercher les déçus du nouveau monde,
offrir une alternative crédible. Il y a un espace pour une autre liste sur ce champ
proeuropéen, centriste, humaniste et écologiste. Avec les radicaux, nous partageons l’essentiel de ces valeurs. Nous sommes déjà dans le même groupe au
Parlement européen (Alde). Nous avons,
bien sûr, à porter ensemble ce combat
européen », confie Anne-Sophie Condemine, la porte-parole de l’UDE et
conseillère régionale Auvergne-RhôneAlpes.
Ces deux jours de rentrée ont également été l’occasion de faire le point sur la
fusion lancée il y a un an, après quarantecinq ans de séparation. D’importants
blocages sont apparus dans certaines fédérations. « Nous l’avons toujours dit…
C’est un pari difficile, sans précédent dans
l’histoire politique française. […] L’œuvre
d’union n’est pas partout complètement
achevée, elle n’est pas toujours simple mais
elle est engagée », a promis Sylvia Pinel,
la coprésidente du Mouvement radical,
alors que les débats entre cadres, samedi
à huis clos, ont été particulièrement vifs.
« Des doutes se sont exprimés », a concédé
Laurent Hénart, qui promet de faire « le
choix de l’accélération », tandis que
Guillaume Lacroix, l’ex-numéro 2 du
PRG, a demandé « en urgence » l’organisation d’un « congrès » avant la fin de
l’année pour « stabiliser la gouvernance
nationale du mouvement, stabiliser l’organisation fédérale et acter des décisions politiques pour les européennes ». ■
de spectateur. Une position où il
excelle, mais dont il avait épuisé les
charmes. La macronie triomphante
s’était alors empressée d’oublier cet
allié sans lequel elle réussissait très
bien. Quinze mois plus tard, la
macronie souffrante est bien obligée
de retrouver cet allié sans lequel elle
aura du mal à rebondir.
Tenu en lisière de l’action,
François Bayrou n’a eu de cesse
de mettre en garde contre la tentation
de l’arrogance, le risque de
l’isolement, l’oubli du projet originel
de l’aventure de 2017, le déséquilibre
de la politique menée. Le chef de
l’État et les siens sont aujourd’hui
contraints d’admettre que les mots du
président du MoDem correspondent
aux maux dénoncés par l’opinion.
Ces mots, Bayrou les a utilisés à
nouveau ce dimanche à Guidel.
Mais avec une tonalité moins sévère
qu’il y a quelques semaines, ou même
encore quelques jours. Il lui avait
fallu hausser le ton pour se rappeler
au bon souvenir de La République
en marche. Il peut maintenant jouer
les grands frères bienveillants
et exigeants, exigeants parce que
bienveillants. Puisque les macronistes
ont fini par admettre l’urgence
à corriger leur image d’arrogance,
l’attitude envers le MoDem est la
route obligée pour démontrer leur
humilité. Il y a fort à parier que, au
Parlement comme au gouvernement,
le MoDem sera davantage respecté et
écouté. Et Bayrou pourra se vanter
d’avoir vu juste et, si Macron parvient
à redresser la situation, s’attribuer
le mérite de ce rebond.
L’élection à la présidence
de l’Assemblée nationale a servi
de révélateur. Les 86 voix obtenues
par Marc Fesneau - héros de ces
universités d’été - ont montré
à La République en marche qu’un
itinéraire bis existait pour ses troupes
en proie au doute ou en mal de liberté.
Et convaincu le MoDem qu’il pouvait
être un pôle d’attraction. Y compris
pour les autres centristes, ceux
qui s’étaient voulus « constructifs »
et qui peinent à justifier leur utilité.
Convaincu qu’Emmanuel Macron
n’aurait jamais été élu sans lui,
François Bayrou est maintenant
persuadé que le président ne pourra
pas rebondir non plus sans lui.
Le MoDem sera peut-être un peu
mieux considéré au Parlement mais,
surtout, le centriste entend voir
reconnu à ses troupes une place
essentielle sur la liste macroniste aux
européennes. La faiblesse actuelle de
Macron lui rend une force inespérée.
Bayrou compte bien en profiter. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
ZOOM
Nouvelle chute de popularité
pour Emmanuel Macron
Le président enregistre une
baisse de cinq points de sa cote
de popularité, passant de 34 %
de « satisfaits » en août à 29 %
en septembre, son score le plus bas
depuis le début du quinquennat,
selon un sondage Ifop publié
dans Le Journal du dimanche.
D’après cette enquête, 70 % des
Français se disent « mécontents »
de l’action du chef de l’État en
septembre, contre 66 % en août
(+ 4 points). Comparé à ses deux
prédécesseurs, il fait mieux
que François Hollande au même
moment de son mandat (23 %
de « satisfaits ») mais moins bien
que Nicolas Sarkozy (37 %).
Le premier ministre, Édouard
Philippe, perd, lui, six points avec
34 % de « satisfaits » en septembre
contre 40 % en août (5 % ne se
prononçant pas). 61 % des sondés
se disent « mécontents » de lui
en septembre, contre 58 % en août
(+ 3 points). Édouard Philippe
atteint comme le président son
plus bas niveau depuis le début
du quinquennat.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
INTERNATIONAL
lundi 24 septembre 2018
7
Accord entre le Vatican et Pékin :
les catholiques chinois partagés
Peu informés, des fidèles de l’Église étatique se montrent optimistes. Mais les croyants « clandestins » s’inquiètent.
CYRILLE PLUYETTE £@CyrillePluyette
RELIGION A la sortie de la messe dominicale, devant la claire façade néo-gothique de la cathédrale de Xishiku, au
centre de Pékin, la plupart des fidèles
ne sont pas au courant de l’accord signé la veille entre Pékin et le Vatican.
Il faut dire qu’à aucun moment, pendant l’office, le prêtre n’a évoqué le
compromis trouvé sur la délicate
question de la nomination des évêques : le pape François reconnaît des
évêques chinois qui avaient été promus par Pékin sans son aval. « On se
contente de vivre notre vie religieuse,
sans se préoccuper des affaires politiques », réagit Mme Gao, une élégante
enseignante en chignon, qui dit
« prier, pour l’Église et pour le gouvernement, afin que tout s’oriente dans la
bonne direction ».
Les 10 à 12 millions de catholiques
chinois sont répartis à peu près à parts
égales entre une Église « patriotique »,
affiliée au Parti communiste chinois
(PCC) et une autre, restée fidèle au
Pape. Dans cette cathédrale située à
l’ouest du lac Beihai , non loin du cœur
du pouvoir, les fidèles –comme dans
les autres bâtiments pékinois de cette
religion– font partie de la branche
« officielle » étatique. Une fois qu’on
leur explique la teneur du rapprochement, certains se montrent plutôt positifs. « Si on parvient à un bon accord,
je serai content : les négociations ont
duré trop longtemps », explique, en
quittant l’église bondée, un octogénaire qui espère depuis longtemps une visite du Pape en Chine. « C’est un très
bon commencement, qui permettra
“
Les croyants clandestins
sont dans l’ensemble
inquiets car ils pensent
que le Vatican a fait
trop de concessions
”
REN YANLI, CHERCHEUR À L’ACADÉMIE
DES SCIENCES SOCIALES DE PÉKIN
d’améliorer les relations » entre Pékin
et le Vatican, se félicite, de son côté, un
prêtre, le père Zhen, persuadé que « la
vie religieuse de tous les catholiques va
s’améliorer ». Dans l’assistance, quelques nuances s’élèvent tout de même.
« En tant que croyante, je souhaite bien
sûr que mon pays soit plus ouvert au catholicisme. Mais la Chine a sa propre façon de gérer les religions… », admet une
trentenaire, pull rose et queue-decheval, qui se satisfait néanmoins de
pouvoir venir prier à la messe.
Paradoxalement, cet accord « provisoire » intervient à un moment où le
PCC ne cesse de resserrer l’étau sur les
religions, notamment sur les catholiques et les musulmans. Dans certaines
régions, comme le Henan, des églises
sont détruites, la messe est interdite aux
enfants, et des prêtres ont dû fournir la
NICOLAS ASFOURI/AFP
CORRESPONDANT À PÉKIN
Cérémonie de baptème à Pékin. Les 10 à 12 millions de catholiques du pays sont répartis entre une Église « patriotique », affiliée au PC chinois, et une autre, restée fidèle au Pape.
liste de leurs fidèles aux autorités, selon
des témoins. En Chine, la Bible a par
ailleurs été retirée des ventes en ligne.
Au sein de l’Église souterraine, des
paroissiens ne cachent pas leur inquiétude. « Si c’est une décision du Pape,
nous allons devoir obéir, mais beaucoup
de catholiques clandestins ne soutiennent pas le rapprochement entre Pékin
et le Vatican. Ils craignent que leur liberté de croyance ne soit pas respectée », réagit une nonne de la région du
Hebei, qui aimerait croire en la « sincérité » du PCC, mais en doute. Selon
elle, la communauté « non officielle »
pourrait avoir du mal à accepter une
telle évolution après avoir fait tant de
sacrifices et subi tant de souffrances
pour éviter de faire allégeance au régime communiste. Les croyants clandestins « sont dans l’ensemble inquiets
car ils pensent que le Vatican a fait trop
de concessions. Ils ont peur qu’on les
force à participer à l’Église patriotique.
Mais si le Pape leur demande d’obéir à
des évêques étatiques, ils le feront et ne
seront pas forcément contre », complète Ren Yanli, chercheur à l’Académie
des sciences sociales, à Pékin.
Adversaire de longue date du projet,
le cardinal Joseph Zen, ancien évêque
de Hongkong, a accusé le Vatican « de
se renier », en amont de l’accord.
« Que va dire le gouvernement aux catholiques de Chine ? “Obéissez-nous,
nous sommes d’accord avec votre
Pape ?” », a-t-il commenté sur son
blog (lire ci-contre). Il faudra sans
doute encore du chemin, pour rassembler l’Église chinoise. ■
Les raisons de la décision historique du Pape
DÉCRYPTAGE
Jean-Marie Guénois
£@jmguenois
L’ACCORD historique signé le 22 septembre entre la Chine et le Vatican sur
la nomination des évêques est-il un
marché de dupes ? Certains le pensent, et pas des moindres. Le cardinal
Joseph Zen, ancien archevêque de
Hongkong, n’a pas eu de mots assez
durs pour le critiquer. « C’est une capitulation, a-t-il affirmé. Cela revient à
conduire le troupeau dans la bouche des
loups. C’est une incroyable trahison. »
Les « loups » sont pour lui les communistes au pouvoir en Chine depuis
sept décennies. Le cardinal les a toujours combattus. Les « brebis » sont
les catholiques de l’Église clandestine,
persécutés depuis sept décennies par
le régime en raison de leur fidélité à
Rome. La « capitulation », c’est la négociation menée par l’Église catholique avec le régime de Pékin. La « trahison » de Rome, c’est sacrifier ces
chrétiens persécutés qui se sont… sacrifiés, eux, pendant des générations.
Précisément par fidélité au Pape.
Mais pourquoi le pape François,
conscient de cette injustice, a-t-il favorisé ces discussions avec la Chine
depuis son élection ? La question a été
ouverte avant lui par Benoît XVI dès
2007. Il publiait alors une « Lettre aux
catholiques chinois », demandant à
l’Église des catacombes de sortir au
jour pour se réconcilier avec l’Église
patriotique, pourtant conçue et
contrôlée par le régime comme une
arme contre ces « papistes ». Sans
succès.
Avec l’élection du pape François, le
prélat qui était derrière cette idée,
gr
M Pietro Parolin, est devenu secrétaire d’État, c’est-à-dire numéro deux
du Pape. François a alors pu donner
une nouvelle impulsion pour trouver
un accord, non plus sur la base de la
bonne volonté des catholiques persécutés mais en discutant au plus haut
niveau. C’est effectif désormais.
Sortir des blocages
Mais pourquoi au prix moral dénoncé
par le cardinal Zen ? On estime au Vatican qu’un « mauvais accord » est
meilleur que « pas d’accord » pour au
moins deux raisons. La première était
développée dans la lettre de
Benoît XVI. Une Église catholique ne
peut pas vivre durablement dans la
clandestinité et encore moins se développer. Or ses évêques sont estimés
à une trentaine, dont une quinzaine
seulement, âgés, sont actifs. Quant
aux évêques « patriotiques », ils sont
une soixantaine.
La seconde raison est conforme au
pontificat du pape François : il faut
sortir des blocages, dépasser les rancunes, aller de l’avant, même de fa-
çon imparfaite. Ce jésuite voit aussi
l’avenir de l’Église catholique en Asie.
Et donc en Chine. C’est sur le millénaire en cours que François réfléchit.
Et non plus sur les conséquences du
communisme au XXe siècle.
Cela dit, et même si les détails de
l’accord ne sont pas encore connus, il
ouvre un autre précédent unique touchant l’autorité du Pape : François a
entériné, samedi, huit évêques de
l’Église patriotique, nommés par Pékin après l’an 2000 sans l’aval de
Rome. Il les tous a reconnus et a levé
leurs excommunications. Mais il a
aussi reconnu un diocèse qui avait été
également créé sans l’avis de Rome.
Des informations très bien sourcées
indiquent que l’accord prévoit en cohérence avec ces décisions que le
choix des futurs évêques chinois
viendrait de Chine - sans doute par
une discussion entre l’Église locale et
les représentants de l’État - et qu’il
serait ensuite entériné par le Pape, qui
gardera un droit de veto. C’est un
renversement total de perspective.
Car même dans les récents accords signés avec le Vietnam, Rome a gardé la
haute main sur le choix des évêques.
On observe toutefois au Vatican
que c’est la première fois que l’actuel
gouvernement de Pékin reconnaît
l’autorité religieuse du pape de Rome.
Il était jusque-là considéré comme un
chef d’État. Voilà aussi le pari de
François. ■
LA VISITE du pape François en Lituanie – il doit arriver lundi matin à Riga,
capitale de la Lettonie – s’est conclue
silencieusement dimanche. Au cœur
de Vilnius, François, le visage très grave, a longuement prié en silence devant un petit monument constitué de
simples pierres juxtaposées, dont chacune représente un camp de l’exURSS où furent déportés des Lituaniens. Mais aussi des prisons, comme
celle, toute proche, que le Pape venait
de visiter, logée au sous-sol du siège
de l’ancien KGB, où furent torturés et
tués sans procès, d’une balle dans la
tête, les Lituaniens qui s’opposaient au
régime soviétique.
La cave des exécutions sommaires,
appelée « la cuisine », est encore visible avec son sinistre tuyau au sol pour
évacuer le sang. Jusque dans les années 1970, 4 000 victimes y sont tombées. On voit aussi, dans ce qui est un
musée, des salles de tortures dont
l’une est parfaitement insonorisée…
Mais aussi, à l’étage, une salle d’écoute
téléphonique remontant aux années
1950. Dans ce lieu dramatique sont
passés de nombreux prêtres et évêques
car l’Église lituanienne a toujours été
en pointe dans ce combat.
François a alors mis en garde contre
« le délire de toute-puissance de ceux
qui prétendaient tout contrôler » et dont
« le cœur aveuglé par l’ambition effrénée » n’a semé que « douleur », « désolation » et « cruauté ». Le Pape a demandé à Dieu de nous tenir « éveillés »,
de lutter contre « la maladie spirituelle
de l’oubli » pour ne pas « s’accommoder
aux modes du moment, aux slogans
simplistes ».
« Trop de forteresses »
En se tournant d’ailleurs, depuis ce
pays du nord de l’Europe, vers tout le
continent dont il sait qu’il est travaillé
par les nationalismes, le Pape avait déploré samedi : « Nous avons construit
trop de forteresses dans notre passé » et
« il faut aujourd’hui nous regarder en
face, nous reconnaître comme frères et
Le Pape dépose, dimanche, une gerbe de fleurs devant la stèle commémorant
le ghetto de Vilnius et ses 60 000 morts entre 1941 et 1943. INTS KALNINS/REUTERS
marcher ensemble ». En pratiquant
« l’accueil des différences », « l’hospitalité envers l’étranger », la « globalisation de la solidarité ». Contre ceux
qui « instrumentalisent l’insécurité ou
les conflits » en « proclamant que la
seule manière possible de garantir la sécurité et la survie d’une culture »
consisterait à « éliminer, effacer ou expulser les autres ». Ajoutant, devant
des jeunes : « Ne permettez pas que le
monde vous fasse croire qu’il est mieux
de marcher seuls. »
Mais en ce 23 septembre, jour anniversaire des 75 ans de la destruction définitive du ghetto de Vilnius, François a
aussi évoqué « l’anéantissement de milliers de Juifs » et a appelé à la vigilance.
Pour tous, il a demandé à Dieu « le don
du discernement afin de découvrir, à
temps, tout nouveau germe de cette attitude pernicieuse, toute atmosphère qui
atrophie le cœur des générations qui n’en
ont pas fait l’expérience et qui pourraient
courir derrière ces chants des sirènes ».
Cette forte mise en garde contre l’antisémitisme, que le Pape n’a toutefois pas
nommé, s’est aussi accompagnée par le
dépôt d’une gerbe devant la stèle commémorant le ghetto et ses 60 000 morts,
entre 1941 et 1943. Soit la moitié des habitants de la Vilnius d’alors. On l’appelait la Jérusalem du Nord.
J.-M. G. (ENVOYÉ SPÉCIAL À VILNIUS)
A
À Vilnius, François appelle à la vigilance face au retour de l’antisémitisme
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Le nouveau miracle
libanais
Les multiples défis géopolitiques du Liban
Pays en guerre depuis 2011
... LE RETOUR EN SYRIE DES RÉFUGIÉS
Nombre de réfugiés syriens
par gouvernorat libanais
au 30 juin 2018
Le pays, qui accueille pourtant un million de déplacés syriens,
reste un îlot de stabilité, au cœur d’un Moyen-Orient embrasé.
MOYEN-ORIENT L’un des phénomènes
géopolitiques les plus étonnants du
Moyen-Orient contemporain est que le
Liban résiste à la vague du conflit interconfessionnel sunnites-chiites qui a submergé la région. Rien que samedi, 25 personnes ont été tuées dans un attentat à
Ahvaz (sud-ouest de l’Iran), commis par
des sunnites contre des soldats chiites.
Le Liban est une mosaïque de communautés, où vivent ensemble, depuis le
fond des âges, des chrétiens (maronites ou
orthodoxes) et des musulmans (chiites,
sunnites, druzes). Il y a dix ans, on ne
donnait pas cher de l’avenir politique du
seul pays réellement multiconfessionnel
et démocratique du Moyen-Orient. En
2006, il avait été ravagé par des représailles massives de Tsahal, déclenchées en
riposte à une embuscade du Hezbollah
(parti milice islamique chiite, dont le parrainage iranien remonte à 1982) qui, le
12 juillet 2006, avait tué huit soldats de
Tsahal sur le territoire internationalement
reconnu d’Israël. Comme le Hezbollah
avait réussi à survivre à un assaut féroce
de 33 jours (jusqu’à une trêve sous pression internationale), son secrétaire général avait proclamé une « victoire divine »,
qu’il allait utiliser pour avancer ses pions
sur l’échiquier libanais.
Le 7 mai 2008, les miliciens armés du
Hezbollah faisaient une démonstration de
force à Hamra, au cœur du Beyrouth sunnite, tout en étant bloqués dans le Chouf
par les combattants druzes. Le Liban était
à deux doigts de plonger dans une guerre
20 km
LA FIN DU CONFLIT EN SYRIE ET...
Bataille d’Idlib
LE HEZBOLLAH, UN VÉRITABLE ÉTAT DANS L’ÉTAT
Tartous
Région à majorité chiite
(base navale russe)
Fief du Hezbollah
Concentration des troupes
de la milice face à Israël et...
... son intervention en Syrie
chiites-sunnites. La dernière guerre civile
Cèdre s’est reconstruit et continue à se dé(1975-1990) avait surtout opposé les phavelopper, même si sa dette (82 milliards de
langes chrétiennes aux unités palestiniendollars) correspond à plus d’un an et demi
nes soutenues par le camp « islamo-prode PIB (54 milliards), et si le taux de chôgressiste » ; elle s’était soldée par le départ
mage avoisine 30 %. Beyrouth est redevedes combattants palestiniens et par un acnue une place financière importante, grâcord institutionnel diminuant
ce à la rigoureuse gestion de
les pouvoirs du président de la
la Banque centrale. Plus de
République (toujours un
deux millions de touristes y
chrétien maronite), en faveur
viennent par an. Les législatidu premier ministre (toujours
ves du 6 mai se sont déroulées
un musulman sunnite). Grâce
calmement et ont vu une
aux appels à la raison du leamontée en puissance du Hezder druze Joumblatt, la Le nombre de touristes bollah, un maintien du couconfrontation du 7 mai 2008
rant chrétien aouniste (qui
par an au Liban
n’avait pas dégénéré et un acprône sans le dire une stratécord politique avait été trouvé le 25 mai à
gie d’union des minorités face à l’océan
Doha, avec la médiation finale de l’émir
sunnite), et un léger déclin du mouvement
du Qatar. Au Qatar, le Hezbollah obtenait
sunnite de Saad Hariri.
un droit de veto de facto sur les décisions
Dans la guerre froide entre l’Arabie
de l’exécutif. Doha consacrait politiquesaoudite et l’Iran, le pays s’est efforcé de
ment la montée en puissance des chiites,
rester neutre, et songe désormais à jouer
devenus démographiquement la premièun rôle de médiateur. Le général Aoun a
re communauté libanaise.
été élu président grâce aux voix du Hezbollah (avec lequel il signa un pacte en
Une place financière importante 2006). Mais par souci d’équilibre, sa première visite officielle fut pour l’Arabie
Il n’y eut pas de printemps arabe au Liban
saoudite. Le Liban, paradis de l’initiative
début 2011. Le pays du Cèdre avait eu le
privée, n’est pas parfait car l’État y est
sien au début de 2005 (manifestations
chroniquement faible, avec des ministres
géantes qui avaient obtenu le départ des
otages de leurs communautés, et des serforces d’occupation syriennes) et il jouisvices publics déficients. Mais ce pays où,
sait d’une pleine liberté de la presse ainsi
tous les jeudis, 30 ministres, chrétiens,
que de législatives démocratiques et transchiites, sunnites et druzes, se mettent
parentes. Mais il fut évidemment affecté
autour d’une table pour prendre des décipar le début de la guerre civile en Syrie à
sions communes, reste un exemple pour
l’été 2011 et il accueille désormais un mill’ensemble du Moyen-Orient. ■
lion de déplacés syriens. Mais le pays du
R. G.
Homs
Akkar
L’ENNEMI DU SUD
État avec lequel
le Liban est toujours
formellement
en guerre
Litige frontalier
105 660
Tripoli
Liban-Nord
2
Hermel
145 959
Baalbek-Hermel
Laboué
Djebail (Byblos)
LIBAN
millions
Djouniyé
Beyrouth
Zahlé
Bekaa
Mer
Médi terranée
Ersal
Baalbek
235 859
19 565
119 645
Britel
Mont-Liban
Damas
Nabatié
el-Tahta
73 587
Nabatié
Tyr
SY R IE
231 607
Saïda
Mardjayoun
Liban-Sud
44 180
Fermes
de Chebaa
Bint Jbeil
GOLAN
(sous occupation
israélienne)
Frontière
maritime
ISRAËL
Haïfa
Sources : Unhcr, Debka et
M. Izady, Gulf/2000 Project - Columbia University
Infographie
Michel Aoun : « Israël cherche à fragmenter le Moyen-Orient »
RENAUD GIRARD £@renaudgirard
Michel Aoun est le président du Liban
depuis octobre 2016.
LE FIGARO. – Votre mandat
de président du Liban s’achève en 2022.
Quels sont vos principaux chantiers ?
Général AOUN. – Ma priorité est la sécurité de mes compatriotes. J’ai veillé à
rétablir l’autorité de l’État. J’ai réorganisé l’armée, nommé un nouveau commandement et ordonné une action
contre les organisations terroristes installées dans nos montagnes. Elle a porté
ses fruits. Nous avons débarrassé le pays
des terroristes de Daech et d’al-Nosra,
infiltrés de Syrie. Nous démantelons les
cellules dormantes. Nous arrêtons les
gangs. La sécurité est garantie ; en atteste la reprise du tourisme. En économie,
les décrets d’adjudication du pétrole et
du gaz, gelés depuis 2013 avec des intentions suspectes, sont signés. Les appels
d’offres lancés. Les contrats octroyés. La
lutte contre la corruption progresse. Je
ne tolérerai pas les abus. La justice tranchera. C’est un véritable changement
systémique. Concernant la loi électorale, elle datait de 1926, il fallait la changer. Nous avons adopté une loi électorale à la proportionnelle qui permet une
représentation plus juste du peuple libanais. Enfin, au sein de l’administration :
on a remis de l’ordre dans les corps
d’inspection, la diplomatie…
Les législatives ont eu lieu en mai ;
le gouvernement n’est toujours pas
formé. Le Hezbollah a-t-il un droit
de veto sur toutes les décisions
stratégiques ?
Non. Au Liban, le système est consensuel.
Donner son avis ne revient pas à user
d’un droit de veto. Le Conseil des ministres actuel gère les affaires courantes.
Le Liban du président Aoun
est-il l’otage du Hezbollah ?
Les pressions internationales sur le Hezbollah ne sont pas récentes. Elles vont
crescendo. Certains cherchent à lui régler son compte politique, faute d’avoir
réussi à lui régler son compte militaire,
parce qu’il a défait Israël, en 1993, puis
en 1996 et, surtout, en 2006. Le Hezbollah représente plus d’un tiers de la population libanaise. Malheureusement,
une certaine opinion publique étrangère
est déterminée à en faire un ennemi.
C’était une grave menace pour vous,
les chrétiens d’Orient ?
Certainement. Là où les terroristes se
sont implantés, en Syrie et en Irak, les
chrétiens d’Orient ont été quasiment liquidés. Ils sont à la fois les témoins et les
victimes d’une vague de barbarie qui
rappelle les temps anciens.
Et l’attentat contre les soldats français du
Drakkar en 1983, ce n’est pas
le Hezbollah qui l’a fait ?
Le Hezbollah a été créé en 1985.
Les miliciens du Hezbollah pourraient
intégrer l’armée libanaise ?
Cela pourrait être une issue. Actuellement, certains lui reprochent son implication dans la guerre contre Daech et
al-Nosra en Syrie. Mais les faits sont là :
les terroristes djihadistes attaquaient
notre territoire, le Hezbollah le défendait. Il ne joue aucun rôle militaire à
l’intérieur du Liban et n’intervient pas
aux frontières avec Israël. Il est désormais lié à la question du Moyen-Orient
et à la résolution du conflit en Syrie.
« Ma priorité est la sécurité de mes
compatriotes », affirme Michel Aoun.
Quel est l’état des relations
entre la Syrie et le Liban ?
Le Liban refuse de s’ingérer dans les affaires internes d’un pays tiers. Nous
adoptons une politique de distanciation
vis-à-vis des conflits dans la région,
notamment en Syrie. Notre ambassade à
Damas et celle de Syrie à Beyrouth sont
ouvertes.
Le régime el-Assad est-il légitime ?
A-t-il gagné la guerre ?
Le régime existe. On entend dire de plus
en plus qu’il a gagné la guerre et que le
président syrien resterait au pouvoir.
Si le Liban n’est pas
attaqué, pas un seul coup
de feu ne sera tiré depuis
notre territoire
”
MICHEL AOUN, PRÉSIDENT DU LIBAN
Au Liban, qui soutient les chrétiens ?
Tout le monde connaît mon parcours.
Seul l’intérêt du Liban détermine mon
action. Je m’oppose à tout alignement
qui desservirait cet objectif. Les chrétiens du Liban se soutiennent eux-mêmes. Nous avons surmonté nos divisions.
Certains différends persistent : sur la Syrie, sur des dossiers politiques. Mais ils
n’ont jamais dérapé. Je suis totalement
indépendant et attaché à l’indépendance
du Liban. Pour l’instant, Israël nous menace, viole notre souveraineté et poursuit la spoliation des droits des Palestiniens. On vient de recevoir un nouveau
« cadeau empoisonné » : la suspension
par le président Trump de la contribution américaine à l’UNRWA (Office de
secours et de travaux des Nations unies
pour les réfugiés de Palestine dans le
Proche-Orient), dont dépendent près de
A
L’alliance des minorités est-elle
une garantie stratégique pour la sécurité
des chrétiens d’Orient ? Sinon,
quelle est votre proposition ?
Au Moyen-Orient, Israël cherche à
fragmenter la région en pièces communautaires et confessionnelles, des simulacres d’États, pour assembler un puzzle
sectaire. L’alliance entre des entités,
chacune exclusivement réservée à une
minorité, est vouée à l’échec. Ce modèle
est, en tous points, contraire à la nature
démocratique du régime politique libanais, à notre diversité culturelle et à notre pluralisme religieux. J’ai proposé, à
l’ONU, en 2017, de faire du Liban un
centre de dialogue entre les civilisations, les religions et les cultures. Cette
année, je développe la proposition en y
incluant un volet académique.
“
Le sud du Liban peut-il être utilisé dans
l’affrontement entre l’Iran et Israël ?
Non.
Le Hezbollah vous obéira, parce que vous
êtes le chef des armées ?
Assurément. Si le Liban n’est pas attaqué, pas un seul coup de feu ne sera tiré
depuis notre territoire. Mais s’il l’est, il
aurait le droit de se défendre.
500 000 Palestiniens au Liban. Cela
conduira à implanter définitivement les
réfugiés palestiniens dans les pays où ils
se trouvent, notamment au Liban. Depuis 2011 et l’afflux massif de plus d’un
million de déplacés syriens sur notre territoire, le fardeau démographique, économique, social et sécuritaire devient
insupportable. Aujourd’hui, un résident
sur trois au Liban est, soit un déplacé,
soit un réfugié. Leur implantation transformera notre démographie de façon irréversible.
Est-ce normal qu’il reprenne Idlib ?
Idlib fait partie de la Syrie. Il y avait d’un
côté Bachar el-Assad, et, de l’autre, les
terroristes de Daech et d’al-Nosra. Au
Liban plus que partout ailleurs, nous
nous interrogions sur notre sort au cas
où les terroristes l’auraient emporté.
DENIS ALLARD/AFP
PROPOS RECUEILLIS PAR
Qu’attendez-vous de la France
et de l’Europe ?
De soutenir le Liban sur la question du
retour graduel et en sécurité des déplacés syriens dans des zones stables de
leur pays, d’augmenter leurs contributions au budget de l’UNRWA et de s’associer aux projets d’investissements
présentés à la conférence CEDRE. Nous
avons les origines, l’histoire, les valeurs
et l’avenir, en partage. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
INTERNATIONAL
9
Un an après sa réélection, Angela Merkel
reste empêtrée dans une crise politique
La grande coalition dirigée par la chancelière allemande ne cesse de se diviser, jusqu’à frôler la rupture.
La confiance est en jeu
Un accord avait finalement été trouvé
pour exfiltrer par le haut Hans-Georg
Maassen, nommé secrétaire d’État
auprès du ministre de l’Intérieur, Horst
Seehofer ! Mais le tollé suscité par cette
promotion avait été tellement fort au sein
du SPD et de l’opinion, que la présidente
du parti social-démocrate, Andrea
Nahles, avait exigé de nouvelles négociations. Selon des informations des médias
allemands dimanche soir, une piste devait être de nommer Maassen à un poste
au ministère de l’Intérieur, mais sans le
statut de secrétaire d’Etat ni le salaire.
La crise va bien au-delà du cas Maassen. La « confiance » entre les membres
de la coalition est en jeu, expliquait
Andrea Nahles dans une interview à Bild
parue dimanche. « C’est le préalable »
pour que le gouvernement tienne, continuait-elle. Dans son parti, les opposants à
la GroKo, qui avaient tenté au printemps
d’empêcher l’alliance de gouvernement
avec la CDU-CSU, sont revenus à la
charge. Pour eux, les « limites du tolérable » sont déjà atteintes. « Le gouvernement a été élu pour toute la législature », a
déclaré au contraire le vice-chancelier
SPD Olaf Scholz au Tagesspiegel. « Mais il
est clair que ces années ne seront pas faciles », a-t-il convenu. Les sondages catastrophiques pour le SPD servent d’arguments à chaque camp : ceux qui
veulent limiter les frais et ceux qui veulent éviter des élections anticipées. La
CDU-CSU n’est pas en meilleur état.
Le calme reviendra peut-être au lendemain des élections régionales en
Bavière, prévues le 14 octobre : la campagne a poussé Horst Seehofer, également
le président de la CSU, à tendre encore
davantage le rapport de force avec
Angela Merkel. Mais la claque électorale
annoncée pour les conservateurs bavarois, qui risquent de perdre leur majorité,
ne sera pas de nature à les calmer. Ils sont
persuadés de payer la politique au centre
de la chancelière. Les jours de Horst
jour, l’entourage de la chancelière tente
de couper court aux rumeurs qui la donnent partante pour tel ou tel poste international. « Elle a toujours dit qu’elle irait
au bout de son mandat », rappelle-t-on.
Mais ses soutiens s’amenuisent au fur et à
mesure que le temps passe. Dans un sondage paru dans Bild vendredi, 47 % des
personnes interrogées se déclarent favorables à de nouvelles élections. Ce scéna-
dans trois Länder d’ex-Allemagne de
l’Est (Brandebourg, Saxe et Thuringe) en
septembre et en octobre - seront déterminantes pour l’avenir Angela Merkel.
Ces votes coïncideront avec la clause de
bilan à mi-mandat signée avec le SPD
dans le contrat de coalition. À ce moment, les partenaires d’Angela Merkel
pourraient être tentés par un coup
d’éclat. ■
N. B.
L’autorité
d’Angela Merkel
remise
en cause,
ses soutiens
s’amenuisent
de jour en jour.
La fin de règne a commencé
DÉCRYPTAGE
Nicolas Barotte
CORRESPONDANT À BERLIN
nbarotte@lefigaro.fr
« deIl ydixa plus
ans,
Angela
Merkel
avait déclaré
ne pas
vouloir vivre
le mandat
de trop.
Mais elle
n’a pas su
échapper à la
malédiction
de l’usure
du pouvoir.
La lassitude
n’est pas
le seul motif
de son
affaiblissement
»
IL Y A un an exactement, Angela
Merkel était réélue pour un quatrième mandat. Avant elle, seuls
Konrad Adenauer, le fondateur
de l’Allemagne démocratique
d’après-guerre, et Helmut Kohl,
le chancelier de la réunification,
avaient réussi le même exploit.
Après douze ans de pouvoir,
l’Allemagne venait certes de traverser une crise migratoire sans
précédent, mais sa puissance
économique lui assurait une prédominance incontestable en Europe. La dernière victoire d’Angela Merkel aurait pu être une
consécration pour la chancelière
du renouveau allemand. Elle
s’est transformée en calvaire.
Plus rien ne semble fonctionner. Le gouvernement, qu’elle a
mis six mois à former, traverse
crise sur crise. Angela Merkel
n’est pas parvenue à surmonter
les doutes suscités par sa politique migratoire de 2015, même si
le flux des réfugiés s’est réduit
considérablement. Elle continue
à polariser les débats, ses partenaires la défient constamment et
en premier lieu, le camp bavarois
de la CSU, les alliés historiques de
la CDU traumatisés par la question de l’asile.
Le lien d’Angela Merkel avec
le peuple a aussi été rompu. La
chancelière est contrainte de
jouer aux fantômes. Alors que
L’AfD, deuxième force politique d’Allemagne ?
Ce n’est qu’un sondage,
mais il suffit à provoquer
un choc. Dans la dernière
enquête Infratest Dimap
pour l’ARD parue vendredi,
le parti de droite radicale AfD
s’installe comme deuxième
force politique d’Allemagne.
C’est la première fois
que l’institut enregistre
rio n’a toutefois pas les faveurs des étatsmajors politiques, incapables de prédire
l’issue d’un tel scrutin. Sans Merkel, la
fragmentation politique et l’instabilité
pourraient être pires. Personne n’a non
plus envie de donner au parti populiste
AfD une occasion de gagner des voix supplémentaires.
Les échéances électorales de 2019 - les
européennes en mai puis les scrutins
le croisement des courbes
dans ce baromètre qui fait
référence. Avec 18 %
(+ 2 points), l’Alternative für
Deutschland dépasse le SPD,
en recul d’un point, à 17 %.
Les sociaux-démocrates
sont même menacés
par les Verts, qui continuent
de progresser, à 15 %.
Avec 28 % d’intentions
de vote, la CDU-CSU perd
aussi du terrain. Elle paie
les conséquences de ces
querelles internes et de
l’usure du pouvoir d’Angela
Merkel. Avec un tel résultat
électoral, la grande coalition
CDU-CSU-SPD ne pourrait
pas être reconduite.
N. B.
l’extrême droite pousse ses feux
en ex-Allemagne de l’Est, elle se
place en retrait. Ainsi elle n’a
prévu de se rendre qu’en octobre
à Chemnitz, théâtre d’événements et d’affrontements qui ont
bouleversé l’Allemagne fin août.
Elle espère que la tension y aura
diminué pour que sa présence ne
rouvre pas les plaies. Sa parole a
perdu son effet.
Il y a plus de dix ans, Angela
Merkel avait déclaré ne pas vouloir vivre le mandat de trop. Mais
elle n’a pas su échapper à la malédiction de l’usure du pouvoir.
La lassitude n’est pas le seul motif
de son affaiblissement.
Fragilité intrinsèque
Angela Merkel paie d’abord les
conditions de sa réélection qui
ont rappelé sa fragilité intrinsèque. La chancelière devait son
autorité à sa capacité à générer
des compromis au centre, plutôt qu’à dominer l’échiquier
politique. Son couronnement
de 2013, avec 41,5 % des voix,
n’a été qu’une exception durant
les 13 dernières années. Avec
32,9 % en 2017, la CDU-CSU
d’Angela Merkel est revenue à
son étiage normal : en 2009,
elle avait obtenu 33,8 %, et en
2005, 35,2 %. Dans ces conditions, l’art de la chancelière
consistait à former des coalitions. Mais la social-démocratie, essorée par des mandats de
cogestion, s’est effondrée, tout
comme le parti libéral, écrasé
par la politique au centre de la
CDU-CSU. Angela Merkel s’est
retrouvée seule dans un paysage morcelé. Seule à pouvoir
remporter les élections, seule
pour gouverner. Dans les coulisses d’un Bundestag qui comporte six groupes - un record les conservateurs préparant la
prochaine succession de la
chancelière, ont dû se faire une
raison : l’époque des Volksparteien, les grands partis dominants comme aux temps d’Adenauer ou Kohl, est révolue.
Angela Merkel n’est plus en
mesure de tenir sa promesse de
stabilité, la valeur cardinale de
la politique allemande qu’elle
ODD ANDERSEN/AFP
Seehofer à la tête du parti semblent également comptés puisqu’il est, lui aussi,
tenu pour responsable de l’affaiblissement du parti. Le ministre de l’Intérieur
pourrait être obligé de quitter la présidence de la CSU et par la même occasion
le gouvernement. « Il n’a plus les troupes
derrière lui », se réjouit-on à la CDU.
L’autorité d’Angela Merkel est quoi
qu’il en soit remise en cause. Jour après
ZOOM
avait incarnée à l’extrême en
étant surnommée « Mutti », la
mère de la nation.
Comme beaucoup de démocraties européennes, l’Allemagne est aussi entrée dans une ère
de défiance. La résurgence de
l’extrême droite, qui a fait une
entrée fracassante au Bundestag
avec 12,9 % des suffrages, est
l’une des clés pour comprendre
cet affaiblissement. Même ses
partisans doivent se rendre à
l’évidence : la chancelière catalyse la contestation contre elle.
Le choc a été brutal pour le système allemand qui avait été pensé après la guerre pour circonscrire la menace de l’extrême
droite. La déstabilisation n’est
pas que théorique. Les voix perdues par la CSU ont compromis
ses chances d’obtenir la majorité
absolue aux élections de Bavière
le 14 octobre. Et en Allemagne de
l’Est, l’hypothèse que les populistes soient la première force en
Saxe lors du scrutin d’août 2019
n’est pas à écarter. Un tel bouleversement impose à la CDU-CSU
de repenser sa stratégie. Face à
cette nouvelle donne, Angela
Merkel, qui n’est pas une théoricienne, est sans réponse.
Depuis treize ans, la chancelière n’a pas changé. À sa première élection, cette fille de pasteur de l’Est incarnait la
réconciliation entre les deux Allemagnes. Sa méthode sans éclat
rassurait un pays qui n’aspirait
qu’au calme après une histoire
dramatique. Depuis, le monde a
changé et elle s’est trouvée à
contre-emploi en Europe et dans
le monde. La crise financière de
2008 a rappelé les obligations de
solidarité de l’Allemagne en Europe, alors que le pays veut épargner pour ses retraités. Sur la
scène internationale, l’effacement de la France, le départ du
Royaume-Uni de l’UE et l’élection de Donald Trump aux ÉtatsUnis ont propulsé Angela Merkel
« leader du monde libre ». Si elle
tente bien d’assumer ces responsabilités nouvelles, ce n’est pas la
mission que les Allemands
avaient voulu lui confier, il y a
treize ans. ■
Attentat d’Ahvaz : l’Iran
accuse des séparatistes
arabes
Téhéran a indiqué dimanche
privilégier la piste séparatiste
arabe, au lendemain de l’attentat
commis par quatre hommes lors
d’un défilé militaire à Ahvaz.
L’attaque a fait 29 morts. Le
gouvernement met en cause le
Front populaire et démocratique
des Arabes d’Ahvaz (FPDAA),
groupe séparatiste actif dans
cette province peuplée
majoritairement d’Arabes. Dans
un communiqué publié sur son
site, le mouvement a nié toute
implication. Le président Rohani
a promis une réponse « terrible »
et pointe la complicité des ÉtatsUnis et des États du Golfe. Le
groupe djihadiste État islamique
(EI) a revendiqué l’attentat, mais
les autorités iraniennes ne
semblent pas prendre cette
revendication au sérieux.
EN BREF
Un canton suisse
bannit la burqa
Les deux tiers des habitants
du canton suisse de Saint-Gall
ont voté dimanche en faveur
d’une « interdiction de la burqa »
dans l’espace public. Tous les
électeurs suisses devront se
prononcer sur cette question,
probablement l’an prochain.
Au moins 16 morts
dans l’est de la RD Congo
Au moins 16 personnes ont été
tuées samedi soir dans la ville
de Beni (est de la République
démocratique du Congo)
dans une attaque attribuée
aux rebelles des Allied defense
force (ADF), un groupe islamiste.
Un navire suisse attaqué
au large du Nigeria
Un navire suisse a été attaqué
samedi au large du Nigeria
et 12 membres de l’équipage
ont été enlevés. Les pirates
opérant dans le golfe de Guinée
sont bien armés et violents
et opèrent pour le pillage
ou pour obtenir des rançons.
A
ALLEMAGNE Crise après crise, le gouvernement d’Angela Merkel n’en finit
plus de se fissurer. Un an exactement
après sa réélection, avec 32,9 % des voix,
la chancelière n’est pas parvenue à stabiliser sa grande coalition composée de la
CDU, de la CSU et du SPD comme si personne, fondamentalement, ne voulait assurer sa pérennité. Après avoir failli se
rompre avant l’été sur la question de la
politique migratoire européenne, la GroKo s’écharpe sur le sort de l’ex-patron du
renseignement allemand Hans-Georg
Maassen. La semaine dernière, la coalition a été « proche de la rupture », a raconté la secrétaire générale de la CDU,
Annegret Kramp-Karrenbauer, dans un
courrier adressé aux membres du parti.
Dimanche soir, les leaders des trois formations étaient encore réunis à Berlin
pour tenter de trouver une solution acceptable pour tous. « Il s’agit de savoir si
les partenaires de coalition peuvent encore
se rassembler derrière une mission commune », a expliqué Annegret KrampKarrenbauer.
L’affaire Maassen tient autant du symbole que du prétexte. Après les échauffourées antimigrants de Chemnitz fin
août, le patron du BfV Hans-Georg
Maassen a été accusé de bienveillance
avec la droite radicale et de liens avec le
parti populiste AfD. Affaiblie par ces déclarations, Angela Merkel s’est trouvée
prise entre deux feux : d’un côté, le président de la CSU, Horst Seehofer, soutenant
Maassen, de l’autre, le SPD réclamant sa
démission. Le premier est entré depuis
des mois dans une logique de défi contre
Merkel, dont il veut obtenir un virage à
droite, alors que le deuxième n’avait accepté de gouverner qu’à contrecœur.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
10
INTERNATIONAL
Corbyn s’ouvre à un second référendum sur le Brexit
Le leader du Labour se montre prêt à céder à la pression de sa base, réunie en congrès à Liverpool, pour réclamer un nouveau vote.
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
Le leader du Parti travailliste, Jeremy
Corbyn, lors du congrès du Labour,
dimanche à Liverpool. PAUL ELLIS/AFP
ROYAUME-UNI C’est peut-être un
tournant sur la route chaotique du
Brexit. Jusqu’à présent fermement
opposé à cette idée, Jeremy Corbyn se
montre désormais ouvert à un nouveau référendum. Le leader travailliste semble prêt à céder à la pression de
la base du Labour, réuni en congrès
depuis dimanche jusqu’à mercredi à
Liverpool. Selon un sondage YouGov
publié ce week-end, 86 % des membres du parti de gauche britannique
sont favorables à une nouvelle consultation populaire et 93 % d’entre eux
voteraient dans ce cas pour rester
dans l’Union européenne. Plusieurs
dizaines de députés travaillistes soutiennent la campagne pour un « peo-
ple’s vote », défendue par les libéraux
démocrates centristes. Parmi eux,
Chuka Umunna, élu de Londres, a
« un vague sentiment que Jeremy Corbyn va sortir cette surprise de son chapeau lors de son discours et engager le
parti à soutenir un vote populaire d’une
façon ou d’une autre ».
Une centaine de fédérations locales
travaillistes réclament aussi que cette
question soit débattue à Liverpool. Ce
devrait être le cas mardi. « J’adhérerai
à ce qui ressortira du congrès », a lâché
à contrecœur Corbyn dans une interview au Sunday Mirror, tout en rappelant qu’il « n’appelle pas à un second
référendum » - pour l’instant. Son numéro deux, Tom Watson, est plus
clair : « Si le parti décide que le peuple
doit avoir le dernier mot sur un accord,
nous devons respecter le choix de nos
membres et nous le soutiendrons. »
Fondamentalement eurosceptique,
Jeremy Corbyn avait mollement fait
campagne lors du référendum de
juin 2016. Le Labour s’est rangé au résultat. Une façon d’éviter de s’aliéner le
tiers des électeurs du Labour qui ont
voté pour quitter l’Europe. Du coup,
Corbyn s’efforce d’éviter le sujet autant
que possible.
Élections anticipées
Mais à six mois de la sortie de l’UE, face
aux soubresauts des négociations sous la
houlette de Theresa May, le voici rattrapé par sa base. Plusieurs syndicats,
soutiens essentiels du Labour, dont la
confédération TUC (Trades Union
Congress), et des poids lourds du parti
comme le maire de Londres, Sadiq
Khan, appellent à un second référendum. Le fiasco de May au sommet européen de Salzbourg la semaine dernière
Le Français qui
a fait vaciller
le prix Nobel
jugé pour viols
femmes. Depuis la publication de l’enquête du Dagens Nyheter, la parole s’est
libérée, racontant un Jean-Claude Arnault qui mettait en avant ses
connexions dans le monde littéraire
pour obtenir des faveurs sexuelles. Les
faits se seraient déroulés dans sa garçonnière de Stockholm, durant des fêtes
qu’Arnault donnait lors du Salon du livre de Göteborg ou dans l’appartement
que possède l’Académie à Paris… Toujours avec le même aplomb. « Cela n’a
été précédé par aucun flirt, ou caresse sur
le bras… Il a mis directement la main entre mes jambes », se souvient par exemple l’écrivain Gabriella Hakansson, citée
dans la presse suédoise. L’impunité fait
tout oser. Selon plusieurs témoins,
Jean-Claude Arnault aurait même profité en 2006 d’une réception officielle
avec la princesse Victoria… pour lui
« mettre la main aux fesses ».
Jean-Claude Arnault s’était érigé en gourou
de l’élite culturelle suédoise, avant d’être
accusé de viols en pleine tempête #metoo.
FRÉDÉRIC FAUX
STOCKHOLM
SUÈDE Sanglé dans une veste grise,
écharpe autour du cou, fendant la foule
des journalistes pour accéder à la salle
d’audience, Jean-Claude Arnault,
72 ans, sait qu’il risque gros. Poursuivi
pour viol, l’ex-gourou de l’élite culturelle suédoise encourt jusqu’à six ans de
prison. Les juges devront décider si le
Français accusé par une jeune femme
- l’une des dix-huit à avoir dénoncé les
agissements du Français dans le quotidien Dagens Nyheter, le 21 novembre,
en pleine campagne #metoo - est ou
non coupable des faits. Mais ils ne lèveront sûrement pas le voile sur ce mystère : comment ce Marseillais, arrivé les
mains dans les poches, sans expérience
ni références à Stockholm à la fin des
années soixante, a-t-il réussi à devenir
ce tout-puissant initié des cercles Nobel, lançant les jeunes artistes suédois
ou au contraire brisant leur carrière ?
L’auteure Ebba Witt-Brattström, qui
a croisé de nombreuses fois la route
d’Arnault, est aussi hantée par cette
question. « Lorsque je l’ai connu en 1972,
j’étais étudiante à l’Institut suédois du
film. Il était assis au comptoir de la cafétéria, le dragueur type. Il faisait croire
qu’il étudiait aussi là… C’était déjà un
mythomane. » À l’époque, Stockholm
est à la mode. C’est le point de ralliement de jeunes routards pour lesquels la
Californie est trop lointaine, mais qui
apprécient les affriolantes blondes et les
jobs bien payés de la capitale nordique.
Michel, qui veut rester anonyme, est
aussi arrivé à cette époque. Et comme
tous les Français de Stockholm, il a bien
connu Jean-Claude : « Il racontait partout qu’il avait passé le concours de Normal sup, qu’il avait fait Mai 68 sur les
barricades. En fait, c’était un petit gars
de Marseille, un malin qui a vu qu’on pouvait bien vivre ici, sans trop travailler. Il a
suivi des cours de photo, puis a monté des
pièces avec l’argent de la mairie. »
Mais ce fils de Juifs fuyant l’URSS - à
moins que cette généalogie ne fasse aussi partie de la légende - commence à se
faire un nom quand il rencontre Katarina Frostenson. Celle qui va devenir la
plus grande poétesse de Suède se fait élire à l’Académie - institution décernant
le Nobel de littérature - en 1992. Arnault
vient alors d’ouvrir un centre culturel le Forum - où il reçoit la crème des arts
suédois autour d’expositions ou de performances. « On mettait de la peinture
bleue sur un tas de pommes de terre avec
un pianiste derrière qui jouait du Erik Satie, on lisait à voix haute toute l’œuvre de
Proust en buvant du vin… Personne ne
comprenait rien, mais on avait l’impression de faire partie d’un cercle d’initiés »,
se souvient Michel. Installé dans une
précipite ce sentiment que, si les politiques n’y arrivent pas, autant remettre la
question entre les mains du peuple. Une
telle promesse pourrait de plus rapporter 1,5 million d’électeurs supplémentaires au Labour, en cas d’élections.
Tactiquement, Jeremy Corbyn ne fait
pas mystère de sa préférence pour une
tentative de faire tomber Theresa May au
Parlement qui entraînerait de nouvelles
élections. Curieusement, Downing
Street réfléchirait aussi à la tenue d’élections anticipées pour « sauver le Brexit »
et la première ministre au passage, selon
le Sunday Times. Un coup de poker risqué, après la débâcle pour les tories du
scrutin anticipé de juin 2017. Travaillistes et conservateurs sont au coude-àcoude dans les sondages. Theresa May
exclut pour sa part catégoriquement un
second référendum et appelle la direction du Labour à ne pas le soutenir. ■
“
Il osait des choses
que le Suédois moyen
n’ose jamais, comme
se comporter en macho,
draguer en public !
”
EBBA WITT-BRATTSTRÖM, ÉCRIVAIN
Jean-Claude Arnault (ici à son arrivée, mercredi, à la cour d’appel de Stockholm),
encourt jusqu’à six ans de prison. TT NEWS AGENCY/REUTERS
ancienne usine de meubles, le Forum
devient un lieu qui compte, financé par
l’Académie et fréquenté par ses Immortels « qui avaient l’impression de s’encanailler, d’autant plus qu’ils étaient servis
par de très jolies filles ».
Si Jean-Claude Arnault plaît, et impressionne, c’est aussi pour une raison
qui compte beaucoup dans le Stockholm de ces années-là : « Il venait du
pays des arts et de la littérature, il était
français !, lâche Ebba. Il citait le marquis
de Sade, Georges Bataille. Il osait des
choses que le Suédois moyen n’ose jamais, comme se comporter en macho,
draguer en public ! » Tel qu’il apparaît
sur les photos de l’époque, avec son catogan, son faux air de Casanova, JeanClaude Arnault pouvait jouer les rebelles au sein de cette sage Académie, dont
il se considérait comme le dix-neuvième membre.
Il était de notoriété publique, aussi,
qu’il aimait user de son pouvoir sur les
L’Académie, semble-t-il, n’ignorait
rien de ces agissements. Jean-Claude
Arnault, couvert par une partie de ses
amis Immortels, financé par l’institution, soupçonné même d’avoir divulgué
avant l’heure le nom de certains lauréats du Nobel de littérature, a depuis
déclenché une crise sans précédent. Diminuée par une vague de démissions,
minée par le scandale, la prestigieuse
institution a décidé cette année de ne
pas attribuer son prix. Une première
depuis la Seconde Guerre mondiale !
Ce véritable coup de tonnerre, dans
un pays où la saison des Nobel est
l’événement people de l’année, explique l’énorme intérêt suscité ici par le
procès Arnault. Dans l’affaire qui est
jugée depuis la semaine dernière, les
faits remontent à 2011. Jean-Claude
Arnault, écrit le parquet de Stockholm, aurait contraint la plaignante,
plongée dans un état « de peur intense », à un rapport oral et vaginal dans
un appartement stockholmois le 5 octobre, puis l’a de nouveau violée dans
la nuit du 2 au 3 décembre, alors
qu’elle dormait. Les audiences se terminent ce lundi, à huis clos. ■
Un mémorial à Paris pour les soldats morts en Opex
Un montant de 1,2 million d’euros sera consacré à l’aménagement du site et à la réalisation d’une statue en 2019, parc André-Citröen.
A
ALAIN BARLUET £@abarluet
DÉFENSE Un mémorial pour les soldats morts en opérations extérieures
(Opex) sera construit, début 2019,
parc André-Citröen, dans le XVe arrondissement de Paris. Un montant
de 1,2 million d’euros a été acté dans
le projet de loi de finances 2019 pour
l’aménagement du site et la réalisation d’une statue qui seront à la charge du ministère des Armées. Cela devrait être l’épilogue d’un long
feuilleton semé d’aléas politiques et
administratifs.
Tout débute en 2011 avec un rapport
du général Bernard Thorette, ancien
chef d’état-major de l’armée de terre,
réalisé en concertation avec les autorités militaires et les associations d’anciens combattants. Il détaille la mise en
œuvre d’un mémorial destiné à honorer la mémoire des soldats français
tombés sur les théâtres extérieurs depuis la fin de la guerre d’Algérie. Mais
l’initiative s’enlise rapidement dans les
difficultés politiques et administratives.
En 2013, un premier projet d’installation dans le VIIe arrondissement, place
Vauban, est abandonné, en raison de
l’opposition des riverains. Les tensions
entre l’exécutif et la Mairie de Paris
s’exacerbent. En mars 2017, François
Hollande devait poser la première pierre du mémorial, mais la cérémonie est
annulée in extremis, Anne Hidalgo
ayant déclaré forfait.
630 morts en opérations
extérieures depuis 1963
Le dossier est repris à l’été 2017 par Geneviève Darrieussecq, la nouvelle secrétaire d’État auprès de la ministre des
Armées, qui rencontre la maire de Paris. Des complications techniques pour
la viabilisation du site ont aussi contribué à accumuler les retards.
Finalement, deux conventions domaniales et financières, avec le conseil municipal du XVe arrondissement et avec le
Conseil de Paris, sont signées en juillet
dernier. « La France n’oublie pas ceux
qui sont morts pour elle. […] C’est notre
devoir et c’est notre honneur », déclare
Emmanuel Macron à l’Hôtel de Brienne,
à la veille du 14 Juillet en souhaitant
l’aboutissement rapide du projet.
En février 2017, le sculpteur Stéphane Vigny est choisi pour réaliser la statue, à la suite d’un concours. Son
œuvre représente six soldats - une
femme et cinq hommes, de différentes
origines et de différentes armées -,
dont les visages expriment la douleur,
le recueillement et la détermination. Ils
portent un cercueil invisible, « matérialisant le vide de l’absence », selon
l’artiste. Le monument portera les
noms de 630 militaires français morts
en opérations extérieures depuis 1963,
dont 158 au Liban (dont 58 parachutistes tués dans l’attentat du poste Drakkar à Beyrouth en 1983), 158 au Tchad,
116 en ex-Yougoslavie, et 88 en Afghanistan. La liste sera classée par théâtres
d’opérations puis par dates du décès.
Actuellement, plus de 8 000 militaires
français sont déployés en Opex, parmi
lesquels 4 500 au Sahel. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
SOCIÉTÉ
11
Nigérians et Chinois étendent leur emprise
sur les réseaux de prostitution
Selon des experts du ministère de la Justice,
les proxénètes issus de ces pays suivent
souvent le même mode opératoire.
JEAN CHICHIZOLA
CRIMINALITÉ Depuis leur création par la
loi Perben II en 2004, les juridictions
interrégionales spécialisées (JIRS, au
nombre de 8 à Paris, Lyon, Marseille,
Lille, Rennes, Bordeaux, Nancy et Fortde-France) ne combattent pas seulement le crime organisé et la délinquance
financière. Ce faisant, elles fournissent
aussi la matière d’analyses et d’études
permettant de mieux appréhender, sous
l’angle judiciaire, les évolutions de ces
phénomènes. C’est le cas d’une étude pilotée par la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) du ministère
de la Justice et fondée sur le bilan des Jirs
dans la lutte contre les réseaux de prostitution au cours des années 2016 et 2017.
En matière de traite des êtres humains
à des fins sexuelles, les experts du ministère de la Justice notent qu’elle est majoritairement « gérée » par des malfaiteurs
de quatre pays « sources » : le Nigeria, la
Chine, la Roumanie et la Bulgarie.
Les réseaux organisés nigérians suivent toujours le même mode opératoire :
des « confréries », sociétés secrètes
estudiantines nées dans les années 1950
avant de devenir, pour une partie
d’entre elles, des groupes criminels organisés, supervisent l’opération. Les plus
importants de ces groupes sont d’une
part la confrérie « Eiye » (les « Blue Berets ») et la confrérie « Aye » (« Black
Hats ») qui sont de plus en plus présentes
en Europe. En France, la justice a notamment noté l’implantation significative
des « Eiye ». Le rôle de ces confréries est
notamment de veiller à l’arrivée en
Europe des futures prostituées légalement, ou illégalement (passeport d’emprunt, faux passeport). Ces criminels
s’appuient sur d’anciennes prostituées,
les « Mamas », chargées du recrutement, de la formation et de la surveillance des jeunes femmes ainsi que de
la collecte des fonds. Les chefs des
confréries n’hésitent pas à faire tuer tout
ou partie des membres des familles des
personnes qu’ils prostituent, en cas de
dénonciation à la police ou de non-paiement de leur « dette ».
Dans le cadre d’un accord verbal, garanti par le droit coutumier local, les jeu-
nes femmes contractent en effet une
dette qu’elles doivent rembourser pour
espérer ne plus être exploitées. En
France, elle s’élèverait à 35 000 euros
pour les mineures et 60 000 euros pour
les majeures, selon que le voyage est
terrestre ou aérien, légal ou clandestin.
Soit de cinq à cinquante fois les sommes
« investies » pour les acheminer vers
l’Hexagone. Le blanchiment de l’argent
issu de ces réseaux s’organise selon la
méthode de l’« hawala » (système traditionnel de paiement informel musulman) qui permet de transférer l’argent
au Nigeria sans procéder à des transferts
physiques de fonds.
Les réseaux organisent
fréquemment des
transferts de prostituées
d’un pays à l’autre,
compliquant la tâche
des justices
et polices nationales
Seconds réseaux en « pointe » : ceux
développés depuis une trentaine d’années par des criminels chinois. Dans les
années 1990, des migrantes économiques venues des provinces du NordEst chinois (connues sous le nom
générique de « Dongbei ») commencent à se prostituer dans la rue. Un
quart de siècle plus tard, les prostituées
sont « recrutées » en Chine puis envoyées en France sous couverture touristique, les filières leur fournissant
passeports et visas Schengen, souvent
via des agences de voyages. Le fait
qu’elles viennent de toutes les provinces rend la détection encore plus difficile. Comme les « Mamas » nigérianes,
d’anciennes prostituées les accueillent
en France.
Les Chinois sont également très présents dans le domaine de la cyberprostitution. Ces réseaux sont installés en région parisienne mais la prostitution est
organisée dans des appartements loués
partout en France. Les « filles » sont
coupées de leur communauté et du monde extérieur. Elles sont totalement prises
en charge par les réseaux qui recrutent
Des prostituées dans une rue de Toulon. Pour les réseaux roumains et bulgares, la France n’est que le cinquième « marché » européen
après l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et Royaume-Uni. LUC BOUTRIA/PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP
aussi des Chinoises, pouvant parfois
avoir un statut d’étudiant, pour servir de
webmasters ou de standardistes bilingues faisant la promotion des prostituées, leur trouvant des logements et
organisant les rendez-vous.
Les réseaux roumains et bulgares
étendent eux aussi leur emprise sur l’ensemble de l’Europe. Pour ces proxénètes,
la France n’est que le cinquième
« marché » européen après l’Allemagne,
l’Espagne, l’Italie et Royaume-Uni. Ils
organisent très fréquemment des transferts de prostituées d’un pays à l’autre,
compliquant encore la tâche des justices
et polices nationales. Les victimes vivent
souvent dans des camps de misère. Les
bénéfices sont réinvestis en Roumanie ou
en Bulgarie. Les chefs dirigent leurs
business depuis leurs pays et s’appuient
là encore sur des prostituées plus âgées.
Des criminels appartenant à la commu-
Près de 300 personnes à Paris en mémoire
de Vanesa Campos, prostituée tuée en août
« Justice pour Vanesa Campos ! »
ou « Arrêtez nos agresseurs, pas nos
clients ». Voici les quelques slogans
scandés ce samedi par près
de 300 manifestants réunis
place de la République, à Paris.
Un rassemblement organisé
à la mémoire de Vanesa Campos,
prostituée transgenre tuée par balle
dans la nuit du 16 au 17 août au bois
de Boulogne alors qu’elle tentait
d’empêcher plusieurs hommes
de dépouiller un client. Depuis, cinq
personnes ont été mises en examen
et écrouées pour « meurtre commis
en bande organisée » et « vols
en réunion avec dégradations ».
Les associations de soutien aux
prostituées dénoncent l’inertie des
pouvoirs publics et la « responsabilité
politique » liée à la loi d’avril 2016,
qui punit l’achat d’un acte sexuel.
Des chauffeurs privés 100 % féminin
nauté rom roumaine envoient de force
des jeunes filles. Séquestrées et violées à
l’intérieur des campements, elles doivent ensuite se prostituer sous la
contrainte et la menace de représailles.
Des réseaux de proxénètes roms de Serbie et de Bosnie ont adopté des méthodes
similaires, à l’encontre de jeunes filles de
leur communauté, échangées, vendues
ou mariées de force à un proxénète résidant en France. ■
ZOOM
Le forain Marcel Campion fait
scandale avec des propos
homophobes
Le forain Marcel Campion a suscité
un tollé dimanche après la
publication d’une vidéo dans lequel
il tient des propos homophobes
envers des responsables gays de la
mairie de Paris dont Bruno Julliard,
qui a annoncé qu’il allait porter
plainte. Dans cette vidéo datant
de janvier et publiée par Le Journal
du dimanche, le meilleur ennemi
de la maire de Paris, Anne Hidalgo,
assure que « toute la ville
maintenant est gouvernée par des
homos ». «J’ai rien contre eux, sauf
qu’ils sont un peu pervers », a ajouté
le forain. Plusieurs responsables
politiques ont condamné
ces propos.
Des sociétés de VTC recrutent uniquement des conductrices pour sécuriser une clientèle en jupon.
TRANSPORTS Elles n’aspirent qu’à offrir
de nouveaux services ciblés mais leurs démarches déclenchent attaques et interrogations. Depuis quelque temps, des femmes ont décidé de partir à l’assaut de
l’activité VTC (voitures de transport avec
chauffeur) en surfant sur un créneau 100 %
féminin. Via des applications de plus en
plus nombreuses sur le Net, elles proposent des équipes de conductrices, destinées - principalement - à une clientèle en
jupon.
Ces pionnières font mouche. Dans ce
secteur majoritairement masculin où l’on
frôle les 95 % de conducteurs, elles déplacent peu à peu les lignes en répondant à des
besoins à double détente. Côté service,
cette féminisation du personnel se veut
être une garantie de sécurité pour une
clientèle féminine. De l’autre côté, ces employées qui ne véhiculent ainsi que leurs
semblables ne craignent plus de devenir
chauffeurs VTC et encore moins de travailler la nuit, jusqu’alors chasse gardée
des hommes.
C’est pour mettre fin à l’exclusion des
femmes de ce secteur que Valérie Furcajg a
ainsi créé, avec deux associés, sa structure
Kolett. Depuis le 12 septembre dernier,
70 conductrices œuvrent sur Paris et
l’ouest de la capitale. « Elles ont des profils
différents et ont tous les âges », raconte la
responsable. Mais souvent, ces dernières
cumulent diverses activités. « Elles peuvent
avoir un mi-temps comme vendeuse et
Réactions machistes
Les conductrices qui ne véhiculent que leurs semblables ne craignent plus de devenir
chauffeurs VTC et encore moins de travailler la nuit. ZINKEVYCH/STOCK.ADOBE.COM
prendre ensuite le volant », explique Valérie
Furcajg. Beaucoup aussi jonglent avec leur
rôle de mère de famille.
Pour garantir à ses équipes une totale
sécurité, Kolett a fait un choix tranché et
assumé : celui de ne vouloir qu’une clientèle féminine. « Pour éviter toute ambiguïté », selon sa présidente. Toutefois, s’il est
accompagné d’une femme, un homme est
toléré. Mais seul, il est persona non grata.
Valérie Furcajg pousse aujourd’hui le
concept féminin jusqu’à faire de la voiture
un salon de beauté. Lingettes et miroirs
sont à disposition. Plus sérieusement, Kolett espère ratisser large. Elle s’adresse aux
femmes qui, après avoir joué aux oiseaux
de nuit, veulent être ramenées chez elles
en toute sécurité. Pressentant que l’on
confie plus volontiers un mineur ou une
adolescente en goguette à une femme, elle
se tourne aussi vers une clientèle familiale.
« Il nous arrive déjà de transporter des
6-10 ans non accompagnés », relate la responsable, qui fait aussi installer des sièges
bébé dans les voitures. Kolett devine aussi
qu’elle pourrait capter une autre clientèle :
des femmes de confession musulmane plus
à même de circuler au contact de conductrices.
Avec Femme au volant, créée depuis
déjà deux ans, sa jeune fondatrice de
30 ans, Smahane Bouchlaghem, s’est imposée, quant à elle, une ligne de conduite
plus souple. « Nous acceptons les clients »,
Mais pour toutes, la conquête de ce marché
très concurrentiel suscite des réactions vives et souvent machistes parmi notamment les conducteurs de VTC. « On m’a
demandé de m’en tenir aux salons de coiffure ! », raconte Smahane Bouchlaghem.
Laura Gaudi, elle, a eu droit au conseil de
« rester dans sa cuisine ». Mais les attaques
les plus dangereuses ne sont peut-être pas
encore arrivées. Certains professionnels,
déjà, s’interrogent sur la légalité de ces activités qui créent, selon eux, de nouvelles
lignes de fracture dans la société. Une
plainte notamment pour discrimination à
l’embauche n’est pas à ce jour exclue. Reste à savoir si elle aboutira.
En attendant, l’arrivée des femmes dans
ce secteur entraîne une question. Que
devient le mot « chauffeur » au féminin ?
Pour Femme au volant, il devient
« chauffeuresse » tandis que Kolett fait le
choix de « chauffeure ». Prudente, Ladies
Drivers parle tout simplement de
« conductrices ». ■
EN BREF
Les policiers vent debout
contre les propos de Moix
Dépôt de plainte et saisie
du CSA : les policiers étaient
vent debout dimanche après les
propos de l’écrivain polémiste
Yann Moix qui les a accusés
la veille de « se victimiser »
et de « chier dans leur froc »
face à l’insécurité. Le ministre
de l’Intérieur, Gérard Collomb,
a lui aussi dénoncé des propos
« intolérables ».
RATP : augmentation des
violences contre les agents
et les voyageurs en 2017
Les atteintes physiques à
l’encontre des agents de la RATP
ont augmenté de 24 % en 2017,
tandis que les violences aux
voyageurs ont connu une hausse
de 20 %, selon un rapport
interne. La RATP a toutefois
précisé que « l’année 2018
ne confirmait pas
cette tendance ».
Six militaires blessés
au bois de Vincennes
Six militaires ont été blessés
dimanche matin, dont deux
grièvement, lors d’une explosion
dans un campement de SDF
dans le bois de Vincennes,
à l’est de Paris.
A
dit-elle. Ce choix, pour l’heure, ne l’a pas
déçue. « On n’a jamais été importunées »,
dit-elle en se félicitant d’avoir été l’une des
premières à avoir ouvert la porte de cette
activité aux femmes. « Alors qu’elles
conduisent bien mieux que les hommes, elles
sont sous-représentées ! », dit-elle. Installée sur la Côte d’Azur mais arrivant bientôt
sur le marché parisien, la jeune Laura Guido, qui, à 24 ans, est à la tête de Ladies Drivers, a aussi décidé de maintenir les voitures accessibles aux hommes.
ANGÉLIQUE NÉGRONI anegroni@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
12
SPORT
Ryder Cup : pourquoi n’y a-t-il pas
de joueur français avec les Européens ?
Pour la première
fois dans
l’histoire
de la prestigieuse
épreuve,
le pays hôte
ne comptera pas
de représentant.
ROMAIN SCHNEIDER
rschneider@lefigaro.fr
GOLF C’est une première dont la
France se serait bien passée. Pour
la première fois en quarante-deux
Ryder Cups, le pays hôte ne
comptera aucun représentant
parmi les douze qualifiés à cette
épreuve mythique qui rassemblera de vendredi à dimanche à
Saint-Quentin-en-Yvelines (pour
la première fois en France) la crègrand champion de golf en France
me de la crème. Pas franchement
susceptible un jour de succéder à
une surprise, même si voir un Bleu
Arnaud Massy, dernier vainqueur
chez les géants ne relevait pas de
d’un tournoi du Grand Chelem…
la mission impossible pour la
en 1907 à l’Open britannique ? Le
deuxième Ryder Cup de l’histoire
golf de haut niveau en France est
disputée hors des îles britannipourtant plus que jamais une réaques. Dans un pays plutôt dépourlité avec, notamment, douze sucvu de culture golfique et longcès ces six dernières années sur le
temps sans véritable politique
Circuit européen. La
sportive de haut niFrance est également
veau, placer un reprél’une des nations les
sentant dans la commieux représentées en
pétition ultime, reste
nombre de joueurs
une performance très
dans les 300 premiers
rare. Depuis 1927, date
du classement monde la première édition,
dial. Mais, pour l’heuseuls Jean Van de Veldans le Top 25
re, il n’y a pas un seul
de (1999), Thomas Ledu classement
de nos représentants
vet (2004) et Victor
européen
parmi les 50 meilleurs
Dubuisson (2014) ont
(le
premier,
Alexander
joueurs du monde…
intégré l’équipe euroLevy, est 26e)
Si les Français gapéenne.
gnent régulièrement,
Le directeur techniils sont souvent aux abonnés abque national et directeur général
sents sur les tournois les plus imde la Fédération française de golf,
portants (Grands Chelems, chamChristophe Muniesa, constate : « Si
pionnats du monde, Rolex Series).
notre système n’était pas bon, on
À l’image d’Alexander Levy,
n’aurait pas douze Français enga28 ans et déjà cinq victoires sur le
gés sur le Tour européen. Il n’y a pas
Tour européen, mais souvent loin
si longtemps, on n’était pas capable
des meilleurs dans les grands rend’avoir des joueurs dans le
dez-vous. Le Varois a figuré queltop 100 mondial, proches du top 50.
ques semaines dans le top 50 (46e,
C’est le cas aujourd’hui. C’est mieux
mais pas suffisant. Les golfeurs
son meilleur classement au pringarçons et filles ont progressé detemps) mais est passé au travers
puis 2010. Ils sont bons, même très
dans le sprint final pour intégrer
bons. Mais ils ne sont pas excellents.
l’élite européenne. Le dernier, et
Seuls les membres du top 30 mondial
le seul, à avoir fait partie du gratin
sont en capacité de jouer la Ryder. »
mondial, reste Victor Dubuisson
Question lancinante et pour le
(17e fin 2014). Mais, cet immense
moment sans réponse : à quand un
talent, à la personnalité très com-
Un intendant de terrain
entretient la pelouse
du golf de SaintQuentin-en-Yvelines,
merdredi. C’est
la deuxième Ryder Cup
de l’histoire
disputée hors
des îles britanniques.
FRANCK FIFE/AFP
0
Français
exemple. Dubuisson aussi. On
constate en revanche que l’on doit
faire plus de quantité et plus de
qualité dans l’entraînement. Bernhard Langer (légende du golf allemand, NDLR) disait : “Il y a une
chose pour laquelle je suis plus talentueux que les autres, c’est le travail.” Sur l’athlétisation, on est en
retard. Depuis l’émergence de Tiger Woods, la préparation physique
est déterminante. Brooks Koepka
(vainqueur de trois Grands Chelems ces deux dernières années) et
Dustin Johnson (numéro 3 mondial) sont de fantastiques athlètes.
On a de très bons joueurs de golf
mais pas encore d’athlètes exceptionnels en France. »
plexe, est blessé depuis plusieurs
mois et était donc hors-jeu pour
glaner sa place à domicile. Et pour
sortir ce fameux champion capable de percer le plafond de verre,
la FFG muscle son jeu en fixant de
nouveaux objectifs en termes de
performance sportive pour ses
meilleurs représentants. « Dans la
période de transition amateur-pro,
il y a un certain nombre de sportifs
que l’on a peut-être trop maternés
en voulant les accompagner », prévient le DTN. Le travail, le maître
mot. Encore et encore. « Les
joueurs français sont assez bons
techniquement et savent répondre
mentalement quand il faut gagner.
Alexander Levy en est un bon
La réalité du poids économique du golf en France
Selon une étude du cabinet
Ernst & Young, le golf
en France pèse 1,5 milliard
de dollars (équipements,
salaires, tourisme…). La filière
génère des retombées fiscales
de 572 millions d’euros par an.
Quatrième sport individuel
dans l’Hexagone, la petite
balle blanche comptait
410 261 licenciés
et 800 000 pratiquants en 2017
avec une moyenne d’âge
de 52 ans, dont 10 % de moins
de 18 ans. En 2011, boostée par
la tenue de la Ryder Cup, la FFG
visait 700 000 licenciés
à l’horizon 2020. « Les gens
aujourd’hui jouent de manière
ponctuelle et sont moins enclins
à se licencier », explique
Christophe Muniesa, le DTN
qui rappelle que la discipline
individuelle la plus pratiquée au
monde (90 millions de joueurs)
poursuit sa démocratisation
en France : « La création
des petits équipements (98)
permet d’ouvrir au plus grand
nombre. Le prix moyen
du green fee est de 42 euros ».
Christophe Muniesa regrette
que les chaînes publiques
aient ignoré la Ryder Cup
(diffusée intégralement
sur Canal + avec cinq heures
en clair sur les trois jours) :
« France Télévisions, qui ne
parle quasiment jamais de golf,
continue de véhiculer des
clichés éculés sur notre sport,
encore considéré par certains
comme un truc de riches. »
Selon un sondage RTL réalisé
par Odoxa, le golf conserve
une image élitiste pour 72 %
des Français, quand 12 %
affirment s’y intéresser.
R. S.
EN BREF
Ligue 1 : le PSG s’arrache, Lille s’éclate
Top 14 : Paris voyage bien
5E JOURNÉE TOP 14
Les Parisiens, vainqueurs à Rennes, dominent le championnat, les Nordistes confirment.
u Lille, le tube de l’été
BAPTISTE DESPREZ £@Batdesprez
La statistique dit tout du début de saison des Nordistes. Vainqueur de Nantes
(2-1) samedi, le Losc n’avait jamais récolté autant de points en six journées (13)
depuis… 1994-1995. À l’agonie l’an passé
- entre les soucis financiers et l’ambiance
délétère avec Marcelo Bielsa -, les Lillois,
emmenés par un effectif plus cohérent
alliant jeunesse (Pépé, Bamba, Ikoné) et
expérience (Fonte, Rémy), sont tout simplement installés sur le podium. Pas mal
pour une équipe en reconstruction et
dont le projet mené par Gérard Lopez
commence (enfin) à prendre forme. La
prudence reste de mise côté Christophe
Galtier, trop expérimenté pour céder à
l’excitation ambiante. « Le classement,
c’est le jeu des médias, sourit-il, en fin
roublard. C’est une victoire qu’il faut apprécier, mais à nous de rester lucide et de
ne pas croire que ça va être facile. »
FOOTBALL Après six journées de championnat, certaines tendances prennent
de l’épaisseur à l’image de la domination
sans partage du Paris SG - malgré quelques scories -, du bon début de parcours
de Lille ou encore des difficultés attendues de Monaco.
A
rassurer, le PSG
u Sans
empile les succès
Secoués par Liverpool mardi (défaite
3-2), les hommes de Thomas Tuchel privés de Mbappé suspendu - l’ont été
aussi à Rennes mais avec une issue plus
heureuse et un succès (1-3 ; buts de
Di Maria, Meunier et Choupo-Moting
pour le PSG), le sixième en autant de
rencontres, qui leur permet de caracoler
en tête du championnat. Sur le plan
comptable, le bilan s’avère idyllique.
Dans le jeu et l’attitude, les doutes demeurent. En Ligue 1, Paris s’en sortira
toujours grâce à ses individualités, à
l’image de Meunier ou Di Maria, buteurs
dimanche, sans forcément dominer son
sujet. En C1, l’affaire semble tout autre.
Entré en jeu à la 78e minute, l’ancien
joueur de Stoke, Eric Maxim ChoupoMoting, a inscrit son premier but
sous les couleurs du PSG à la 83e minute,
dimanche, à Rennes. MICHEL EULER/AP
u
Monaco fait grise mine
Quand les uns sourient, les autres
plongent dans le doute. C’est le cas du
dauphin du Paris SG la saison passée, qui
tire la langue et ne semble pas voir le bout
d’un début de saison contrasté, pour ne
pas dire catastrophique. À nouveau tenus
en échec vendredi soir face à Nîmes (1-1),
les Monégasques, déjà battus mardi en
Ligue des champions par l’Atlético Madrid d’Antoine Griezmann (1-2), vivent
une entame de parcours cauchemardesque avec un maigre succès en six rencontres. La faute à une infirmerie remplie,
des recrues pas encore au point et un effectif plus que jamais en rodage, à l’image
du milieu de terrain orphelin de Fabinho
et Moutinho, partis cet été du Rocher.
« On n’a pas une équipe physique et très
expérimentée », lâche Jardim, comme un
aveu de faiblesse. Autant dire que la réception d’Angers mardi à Louis-II coûtera cher pour la suite de la saison. Déjà. ■
6E JOURNÉE LIGUE 1
MONACO (16)
LILLE (2)
ANGERS (12)
MONTPELLIER (3)
REIMS (10)
ST.-ÉTIENNE (7)
STRASBOURG (8)
RENNES (13)
GUINGAMP (20)
LYON (11)
Et pour ne pas passer à côté
d’une future pépite, le Golf National, hôte de la Ryder Cup, veut
plus que jamais s’inscrire comme
un centre d’entraînement de haut
niveau, s’inspirant de ce qui a été
fait dans le tennis ou le rugby
avec Marcoussis. « Dans les universités américaines, le programme sportif est central et le programme scolaire est construit
autour du sportif. Nous en France,
c’est le contraire, poursuit Muniesa. On veut dégager plus de temps
pour le projet sportif. Il faut élever
le niveau d’exigence, quitte à avoir
de la casse. L’entraînement sera
plus intense. La performance au
plus haut niveau est à ce prix-là. »
Une base d’entraînement hivernale à Sotogrande (Espagne)
va par ailleurs être créée, une
autre sera installée en Floride
pour préparer l’accès au circuit
américain et permettre de jouer
dans les meilleures conditions.
«Ce n’est pas le système fidjien qui
a sorti Vijay Singh (ancien numéro un mondial). C’est Singh tout
seul, tempère Muniesa. À 25 ou
26 ans, c’est la motivation intrinsèque qui doit prendre le relais.
C’est à Dubuisson, par exemple,
de savoir ce qu’il veut faire de sa
carrière. » Le Golf National de
Saint-Quentin-en-Yvelines sera
sous le feu des projecteurs lors
des JO de 2024, où la France aura,
cette fois, l’assurance d’être présente sur le terrain. ■
1-1
2-1
0-0
1-0
0-0
2-1
3-1
1-3
1-3
hier
NÎMES (9)
NANTES (18)
TOULOUSE (4)
NICE (15)
DIJON (6)
CAEN (17)
AMIENS (19)
PARIS SG (1)
BORDEAUX (14)
MARSEILLE (5)
BORDEAUX-B. (9) 23-19 CLERMONT (1)
LA ROCHELLE (6) 30-13 LYON (7)
TOULON (11) 33-3 AGEN (12)
GRENOBLE (13) 31-22 PERPIGNAN (14)
RACING 92 (4) 27-11 CASTRES (5)
PAU (10) 13-25 ST. FRANÇAIS (2)
MONTPELLIER (8) 66-15 TOULOUSE (3)
Remanié, Toulouse a été balayé,
dimanche, à Montpellier (66-15).
Le Stade Français s’exporte
bien et signe, à Pau (13-25),
sa deuxième victoire à l’extérieur.
Judo : Clarisse Agbegnenou
en or
Clarisse Agbegnenou a été sacrée
championne du monde (- 63 kg)
pour la troisième fois, après 2014
et 2017, en battant en finale la
Japonaise Miku Tashiro par ippon
dans le golden score, à Bakou.
Résultats du week-end
Boxe : Anthony Joshua (G-B)
a battu Alexander Povetkin (Rus)
par arrêt de l’arbitre au 7e round
et conserve ses ceintures IBF,
WBA et WBO des lourds. Tennis :
Gilles Simon a remporté le tournoi
de Metz en battant l’Allemand
Matthias Bachinger 7-6 (7/2), 6-1.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
SANTÉ
13
lefigaro.fr/santé
DOSSIER
RESTAURER LA RÉTINE,
C’EST POUR BIENTÔT ?
À QUOI SERT (VRAIMENT)
LE DÉVELOPPEMENT
PERSONNEL ? PAGE 16
PAGE 14
Le burn-out des médecins, un
risque potentiel pour le patient
Les praticiens souffrant d’épuisement professionnel font bien plus d’erreurs
que les autres, avec des conséquences qui peuvent être parfois graves.
Le taux de suicide des médecins est 2,3 fois plus élevé que dans la population générale.
ANNE PRIGENT
SANTÉ PUBLIQUE « L’année dernière, ma mère, très malade, ne pouvant
plus se déplacer, leur médecin traitant
effectuait régulièrement des visites à
domicile. Et un jour, alors que mon père,
qui a 88 ans, l’appelait pour lui demander de passer, il s’est mis à fulminer et
lui a raccroché au nez en refusant de venir », raconte Catherine. Ses parents,
très troublés, avaient par la suite appris auprès de la pharmacienne que
d’autres patients s’étaient plaints du
comportement du médecin. Un médecin qui « pète un câble », c’est pour le
moins perturbant voire inquiétant.
Et si pour les parents de Catherine
cela n’a pas eu de conséquences importantes, ce n’est hélas pas toujours le
cas. En effet, l’épuisement professionnel, outre le risque qu’il fait courir aux
médecins (leur taux de suicide est 2,3
fois plus élevé que dans la population
générale), peut aussi mettre le patient
en péril. Une analyse de plusieurs études publiée dans le Journal of the American Medical Association conclut
qu’un médecin en burn-out a deux fois
plus de chance de mettre en danger la
sécurité du patient. Ce peut être lié à
une erreur de diagnostic ou thérapeutique ou encore à des effets indésirables liés aux soins ou aux médicaments… Selon cette étude, le burn-out
des médecins entraîne deux fois plus
souvent des soins de mauvaise qualité,
par manque de professionnalisme. Le
médecin surmené va notamment se
montrer moins empathique, ne pas
suivre les recommandations de bonne
pratique ou ne pas donner d’information aux patients.
On imagine très bien les conséquences dramatiques de ces comportements à l’hôpital, dans un service de
chirurgie. On a plus de mal à concevoir
une véritable mise en danger en médecine générale. « Si le médecin traitant est distrait, perdu dans ses pensées,
il peut passer à côté d’un diagnostic
mais cela reste exceptionnel », affirme
le docteur Marc Garcia, fondateur
d’Inter-med, association qui prend en
charge la santé des soignants du Gard.
Une étude, menée en 2013 chez des
médecins généralistes (sans qu’on sache s’ils étaient en burn-out ou pas), a
montré que sur 475 événements indésirables liés aux soins, 7 seulement
étaient cliniquement graves.
Le médecin surmené
va se montrer moins
empathique, ne pas suivre
les recommandations
de bonne pratique ou ne
pas informer les patients
Pour autant, l’épuisement professionnel du médecin traitant peut affecter profondément la vie des patients. Le professeur Didier Truchot,
psychologue, spécialiste du burn-out,
avait mené il y a quelques années une
expérience le démontrant. Il présentait aux médecins le cas d’une patiente
âgée de 83 ans, sortant de l’hôpital
après une fracture du col du fémur et
CULTURA/IMAGE SOURCE/BSIP
vivant seule. Dépendante pour plusieurs mois, il fallait lui trouver une solution adaptée. Mais cette patiente,
persuadée d’être atteinte d’un cancer,
demandait à multiplier les examens et
ne suivait pas son traitement. Les médecins avaient le choix. Soit mettre en
place des solutions pour un maintien à
domicile, soit la diriger vers une maison de retraite médicalisée. « Face à
cette patiente plus difficile, les médecins
avec un degré élevé de burn-out, choisissaient le placement en maison de retraite », affirme le professeur Truchot.
Dans le contexte actuel où les conditions semblent favoriser le burn-out
des professionnels de santé (lire cidessous), comment améliorer la situation ? Les auteurs de l’étude suggèrent
d’améliorer l’évaluation de la qualité
des soins et la sécurité des patients.
« Nous devons augmenter notre culture
de sécurité. Aujourd’hui, par peur de la
sanction, personne ne veut voir les événements indésirables. Or c’est nécessaire pour améliorer la prise en charge des
patients et la qualité de vie au travail des
soignants », explique Laetitia May,
chef de service à la Haute Autorité de
santé (HAS). L’institution doit
d’ailleurs publier son premier bilan
annuel des événements indésirables
graves liés aux soins avec des préconisations dans les prochaines semaines.
Mais les chercheurs américains insistent également sur la nécessité de
prendre en compte le bien-être des
médecins. « Nous nous rendons enfin
compte que la sécurité du patient et la
prévention des accidents médicaux passent aussi par la prise en compte des
soignants. Je dirai qu’on s’intéresse enfin au chauffeur de la voiture », souligne le professeur Éric Galam, enseignant de médecine générale. Une prise
de conscience particulièrement nécessaire pour les jeunes médecins. En effet, 14 % des étudiants et jeunes médecins déclarent avoir déjà eu des idées
suicidaires, selon une enquête menée
par l’Ordre des médecins en 2016.
« Avec une pénurie de médecins, des
habitudes de travail qui évoluent, des
exigences des patients devenus usagers
de santé… Nous sommes dans une phase
de mutation de la profession qui peut
être douloureuse pour les individus »,
analyse le docteur Jean Thévenot, président du Programme aide solidarité
soignant (PASS), une fédération d’associations à destination des professionnels de santé en souffrance. ■
La santé
dans le monde
SANTÉ PUBLIQUE Les cancers, les
maladies cardio-vasculaires, les affections
respiratoires chroniques et le diabète ont
provoqué la mort de 12,5 millions de personnes âgées de 30 à 70 ans, dans le monde, en 2016. Tel est le bilan présenté dans la
revue The Lancet à l’occasion de la tenue
du 3e sommet des Nations unies sur les
quatre principales maladies non transmissibles (MNT) qui s’ouvrira le 27 septembre.
L’ONU a fixé un objectif : réduire d’un tiers
d’ici à 2030 le nombre de décès dans le
monde dus à ces quatre pathologies.
D’après The Lancet, plus de la moitié des
pays semblent devoir échouer à atteindre
cet objectif. Déjà, sur la période 2010-2016,
un pays sur dix a vu ses taux de mortalité
vis-à-vis des MNT stagner ou s’accroître.
Aux États-Unis, par exemple, le taux de
mortalité par ces quatre pathologies a stagné, une femme sur huit de 30 ans mourant avant 70 ans, contre une sur 20 dans
le pays le plus performant, la Corée du Sud.
« En dépit de claires recommandations,
les agences sanitaires internationales et
les gouvernements font trop peu d’efforts
pour réduire les décès par cancers, maladies cardiaques et pulmonaires ou diabètes », estime le Pr Majid Ezzati, de l’Imperial
College de Londres, l’un des auteurs de
l’étude. Celle-ci estime que seuls 35 pays
pour les femmes et 30 pays pour les hommes sont en passe de réussir l’objectif fixé
par l’ONU. En 2016, la probabilité de décéder d’une MNT pour les femmes était de
5 % en Corée du Sud, la plus basse, et de
33 % en Sierra Leone. Pour les hommes,
c’est l’Islande, avec 10 %, qui remporte la
palme, contre 39 % en Mongolie. La France
a une probabilité un petit peu inférieure à la
Grande-Bretagne (9 % chez les femmes et
13 % chez les hommes) tandis qu’aux
États-Unis, elle est respectivement de 12 %
et 18 %, en Chine de 14 % et 20 %, ou en Inde
de 20 % et 27 %.
Selon The Lancet, la majorité des 186 pays
examinés ne pourront même pas atteindre
l’objectif des Nations unies en 2040. En revanche, 35 pays pour les femmes et 30 pour
les hommes devraient atteindre l’objectif
et 50 autres pays pour les femmes et 35
pour les hommes pourraient également le
réaliser en intensifiant leurs efforts. Si
l’on prend de la naissance à 80 ans, seuls
17 pays pour les femmes et 5 pour les
hommes semblent en mesure d’atteindre
l’objectif 2030 des Nations unies.
JEAN-LUC NOTHIAS
18 octobre 2018
9 h - 17 h 30
Paris, Maison de la Chine
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La relation avec le malade au cœur du problème
LES MÉDECINS généralistes ne sont pas
épargnés par l’épuisement professionnel. Certaines études suggèrent que plus
de la moitié d’entre eux seraient en situation de burn-out. Même si ces chiffres sont à prendre avec précaution, il
est indéniable que les généralistes sont
une population à risque.
Mais contrairement à une idée très répandue, le temps de travail n’a que peu
d’influence sur le burn-out. Ce n’est pas
parce que votre médecin travaille plus
de 50 heures par semaine qu’il va être
épuisé. « En revanche, plus les consultations sont brèves, plus la dépersonnalisa-
tion du patient va être importante », affirme le professeur Didier Truchot, psychologue, spécialiste du burn-out.
Pour le spécialiste, qui travaille sur la
question depuis le début des années
2000, la relation avec les patients est
sans conteste l’un des principaux « stresseurs » des professionnels de santé.
« Les médecins ne sont pas préparés à
avoir des relations compliquées avec les
patients agressifs, non observants, trop
exigeants, qui arrivent en ayant fait leur
diagnostic… », explique le professeur
Truchot. Ainsi lorsqu’on leur demande
quelle est leur dernière situation stres-
sante vécue, 68 % évoquent un incident
avec un patient.
Travail empêché
Un autre facteur du burn-out est la sensation du travail empêché. C’est-à-dire
le sentiment de ne pas pouvoir faire son
travail correctement. Ces médecins regrettent de ne pas avoir suffisamment
de temps à consacrer à l’éducation thérapeutique du patient, à son soutien
psychologique. Ils ont le sentiment de
ne pas vraiment utiliser leurs compétences et leurs connaissances. « Plus le
médecin est isolé, plus cette sensation de
travail empêché est accentuée », constate le professeur Truchot.
Enfin, le sentiment de frustration lié à
l’impossibilité de se former par manque
de temps, à la difficulté de trouver des
remplaçants ou de pouvoir partir en vacances va également jouer.
Au final, le médecin généraliste ayant
un faible risque d’épuisement professionnel est plutôt un homme, exerçant
en cabinet de groupe, dont la consultation dure au moins 15 minutes et qui a
des activités (d’enseignement, de formation, de bénévolat…) en dehors du
cabinet. ■
A. P.
A
A. NOOR/BSIP
PSYCHO
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
14
DOSSIER SANTÉ
Restaurer la rétine,
c’est pour bientôt ?
La recherche explose dans les atteintes
rétiniennes responsables de malvoyance,
avec l’espoir d’échapper enfin à la cécité.
932 000
malvoyants
en France, dont la moitié
présente une atteinte de
la rétine ou du nerf optique
L'implant traduit les informations lumineuses en impulsions électriques
IL REMPLACE LES CELLULES PHOTORÉCEPTRICES DE LA RÉTINE, LES CÔNES ET LES BÂTONNETS*, LORSQU'ELLES SONT ENDOMMAGÉES
1
Une caméra capture
les images
de l'environnement
4
L'information visuelle
est transmise au cerveau
via le nerf optique
ter l’image sur la rétine, cette image peut
être retraitée de façon à ce que les signaux
2 mm
envoyés soient les plus pertinents possible.
Les progrès informatiques le permettent.
VISION Changer un cristallin, greffer
C’est essentiel car on ne pourra pas remune cornée, c’est possible, mais une rétiplacer 130 millions de photorécepteurs et
ne, non ! Comme l’explique le Pr José
Implant
des centaines de milliards de connexions,
Alain Sahel, ophtalmologiste, directeur
sans fil
placé sous
par des centaines ou milliers d’électrode l’Institut de la vision, pionnier dans le
la rétine
des », insiste le Pr Sahel. Pixium Vision
domaine de la restauration visuelle (Sorbonne Université, Inserm, CNRS à Paris)
espère obtenir l’autorisation de mise sur
et cofondateur de Pixium Vision et Genle marché des implants Prima pour les
Sight Biologics, « la rétine comprend au
personnes dont la malvoyance est d’orimoins une centaine de cellules différentes et
gine rétinienne, d’ici deux à quatre ans.
des milliards de réseaux qui traitent le siLa protection des photorécepteurs non
gnal visuel en temps réel. La rétine n’est
altérés est aussi une priorité. « Nous
images
cellules photovoltaïques
2 Les
3 Les
pas un tissu ordinaire mais du tissu céréavons, avec Thierry Léveillard (chercheur à
sont retraitées
convertissent les
par un ordinateur
informations reçues en
bral et le nerf optique, un centre de traitel’Institut de la vision), identifié un facteur
de poche, puis
signaux électriques
Cellules
ment de l’information. Or en France, sur
de survie responsable du maintien de la vienvoyées
endommagées
qui stimulent les neurones
207 000 personnes atteintes de cécité et
sion centrale, qui disparaît dans les rétini(Cônes et
vers l'implant
de la rétine
932 000 malvoyants moyens, la moitié
tes pigmentaires. L’idée est d’introduire un
bâtonnets*)
présente une atteinte de la rétine ou du nerf
gène codant pour la synthèse de ce facteur
optique ».
de survie afin de sauver les photorécepUne rétine malade ne transmet plus les
teurs encore vivants. C’est possible à n’imsignaux visuels reçus en temps réel. Si
porte quel stade de l’affection à condition
Source : Pixium-Vision
c’est sa partie centrale (macula) qui est
qu’il reste des photorécepteurs à sauver.
*les cellules photoréceptrices transforment les signaux électromagnétiques de la lumière en influx nerveux. Les cônes permettent de distinguer les couleurs et les bâtonnets de voir par faible luminosité
touchée, il n’est plus possible de bien voir
Un essai clinique est prévu fin 2019, à l’Insdevant soi d’où l’idée d’y remédier à
titut de la vision à Paris et aux Étatsl’aide d’une rétine artificielle. L’implant
Unis », poursuit le Pr Sahel.
rétinien Prima, développé et fabriqué à
Par ailleurs, de nombreux gènes resParis par la société Pixium Vision (Europonsables d’une affection de la rétine ou
du nerf optique
ont été identifiés.
Le cerveau (des cinq personnes
Cela ouvre la porte
implantées) perçoit à nouveau
à l’introduction de
LA RÉTINE et le nerf optique des poissons
mentaires. Cette technologie développée
une sensation lumineuse au centre, mais nouveaux gènes
se régénèrent, contrairement à ceux de
à l’Institut de la vision va donc être exl’homme. C’est une source d’inspiration !
ploitée en Grande-Bretagne (avec un
différente du signal qu’il recevait autrefois. médicaments par
thérapie génique.
« Nous testons avec Olivier Goureau à
premier patient anglais à en bénéficier
C’est la preuve que l’on peut induire une
C’est déjà en cours
l’Institut de la Vision et I-Stem (né d’une
d’ici à fin 2018) et aux États-Unis. »
réponse grâce à l’implant rétinien Prima
dans des maladies
collaboration avec l’AFM-Téléthon), la
Lorsque le nerf optique est coupé ou
héréditaires juspossibilité de remplacer des cellules de
dégénéré, des tentatives pour le faire
DR SADDEK MOHAND-SAID, CO-COORDONNATEUR DU CENTRE
D’INVESTIGATION CLINIQUE DE L’INSTITUT DE LA VISION
qu’ici incurables,
soutien par une couche de cellules-sourepousser existent. Plusieurs centres
avec l’approbation
ches. Et des tentatives de régénération des
(Paris, Pittsburgh, Harvard, Stanford,
next : PIX) fonctionne sans fil - il est
de la FDA (Food and Drug Administraphotorécepteurs existent. Se pose la quesColumbia, etc.) y travaillent conjointeauto-alimenté par la lumière - et se place
tion) aux États-Unis pour l’amaurose de
tion de leur maîtrise pour obtenir leur intément. Deux pistes sont étudiées : « Idenau niveau des photorécepteurs en une
Leber qui, sans traitement, aboutit à la
gration sans qu’elles prolifèrent, d’où l’utitifier les molécules de signalisation qui
PR JOSÉ ALAIN SAHEL
heure contre huit heures pour d’autres
cécité. « Nous sommes aussi à l’origine
lité de comprendre ce qui se passe à chaque
permettent aux poissons de faire repousDIRECTEUR DE L’INSTITUT DE LA VISION À PARIS
technologies avec fil. Fruit d’une collabod’un gène médicament dans la neuropathie
étape », explique le Pr José-Alain Sahel,
ser leur nerf optique (pour les utiliser chez
ration franco-américaine entre l’Institut
optique de Leber, responsable d’un dysl’homme) ou greffer des cellules-souches
directeur de l’Institut de la vision à Paris.
de la vision et l’université de Stanford,
fonctionnement du nerf optique. Lors de
pour les transformer en nerf optique. »
Autre piste : l’optogénétique. « Elle
Prima a déjà été implanté chez cinq perl’essai conduit par GenSight Biologics,
consiste à recourir à la thérapie génique
Stimuler le cerveau
sonnes en France par Yannick Le Mer
nous nous sommes aperçus que la vision de
pour faire exprimer des protéines sendans le service du Pr Sahel à la Fondation
l’autre œil était améliorée (peut-être par
sibles à la lumière (qui existent naturelleEnfin, la dernière approche est de stimuun mécanisme de plasticité centrale).
ment dans les algues et des bactéries)
Rothschild (cinq vont l’être aux Étatsler directement le cerveau puisqu’en fin
C’est bien pour nos patients, mais, paradans certaines cellules. Lorsqu’elles reUnis). « Les implants ont été activés et les
de compte, c’est lui qui voit ! « Nous tradoxalement, cela complique l’enregistreçoivent un signal lumineux, ces protéines
cinq fonctionnent », poursuit le Pr Sahel.
vaillons sur un projet d’optogénétique cément de ce gène-médicament car cet effet
photosensibles déclenchent un signal
rébrale, grâce à un financement initial
L’annonce vient d’être faite au congrès
Quand tout va bien,
positif n’était pas prévu. Un nouvel essai
électrique, détaille le Pr Sahel. Bien que
Eurétina (20-23 septembre à Vienne).
d’un département des sciences avancées
on ne pense pas à sa rétine.
de phase 3 est donc en cours. Dans le monl’on travaille sur ce projet de “rétine artide l’armée américaine. On devrait arriver
À ce stade de l’étude, c’est le Dr Saddek
La protéger toute sa vie
de, on compte une vingtaine d’essais clinificielle biologique” depuis dix ans, le preà ce qu’une personne “revoie” la lumière,
Mohand-Said, co-coordonnateur du
permet pourtant de réduire
ques de thérapie génique », s’enthousiasCentre d’investigation clinique de l’Instimier essai clinique ne va pas pouvoir se
des formes, etc., mais cela demande
les risques d’endommager sa
me le Pr José Alain Sahel. ■
faire en France, pour des raisons régleauparavant d’apprendre à “parler” le
tut de la vision, qui supervise la rééducapartie centrale (macula). Pour
tion des cinq implantés : « Leur investislangage du cerveau. Chez les aveugles de
le Dr Laurent Benzacken, chef
sement est crucial pour nous aider à mieux
naissance, il faudra peut-être passer par
une phase de corrélation entre leur toucher
comprendre ce qu’il se passe lorsque l’imdu service d’ophtalmologie
plant est stimulé. Leur cerveau perçoit à
(très développé) et leur vision, inexistante
à l’hôpital Robert-Ballanger
sous sa forme classique. L’exploitation de
nouveau une sensation lumineuse (flash,
(Aulnay-sous-Bois), «outre un
cette vision imparfaite que nous sommes
point coloré…) au centre, mais différente
suivi ophtalmologique régulier,
du signal qu’il recevait autrefois. C’est la
en capacité de faire retrouver à nos paencore plus important
tients va connaître des progrès exponenpreuve que l’on peut induire une réponse
à partir de 50 ans, il faut
grâce à l’implant rétinien Prima. Les résultiels », s’enthousiasme le Pr Sahel.
une alimentation riche
tats préliminaires de cette étude de faisabiUn intérêt partagé au plus haut nien fruits et légumes colorés
lité sont encourageants et la prochaine
veau : dans le cadre du programme
étape, qui va porter sur un plus grand
d’investissements d’avenir du gouver(pour l’apport en pigments
nombre de personnes ayant une perte de la
nement, un jury composé de scientilutéine et zéaxanthine, utiles à
vision centrale des deux yeux, permettra
fiques de renommée internationale
la macula) ainsi qu’en oméga 3,
d’évaluer le bénéfice visuel que pourrait
vient de recommander le financement
impliqués dans la transmission
permettre l’implant. »
du projet porté par le Pr Sahel pour reledu signal lumineux au cerveau.
Ce bijou de la technologie va encore
ver les défis actuels et futurs de l’ophUne activité physique
évoluer. L’implant comporte quatre cents
talmologie et des neurosciences de la
quotidienne est aussi
électrodes, mais ce nombre peut augvision. Porté par l’hôpital des Quinzebénéfique pour protéger
menter. « Il est aussi possible d’implanter
Vingts à Paris, avec Sorbonne Universiplusieurs implants afin d’améliorer la quaté et l’Inserm, ce projet sera financé
les vaisseaux nourriciers de la
lité du signal visuel transmis. Enfin, comme
pour un montant maximum de 50 milDe nombreux gènes responsables d’une affection de la rétine ou du nerf optique
rétine. Pour ceux qui bricolent,
on se sert de lunettes spéciales pour projelions d’euros. ■
N. S.-M.
ont été identifiés. AKEMASTER/SHUTTERSTOCK
le port de lunettes protectrices
NATHALIE SZAPIRO-MANOUKIAN
2 mm
Rendre la vue aux aveugles
dans quelques années
«
»
On devrait
arriver à ce
qu’une personne
« revoit » la lumière,
des formes, etc.
mais cela demande
auparavant
d’apprendre à
« parler » le langage
du cerveau
»
MEILLEURE
PROTECTION
A
« C’est une expérience incroyable ! »
JULIETTE AMAUDRUZ, 30 ans, est orthoptiste depuis sept ans, dont cinq au
Centre d’investigation clinique de l’Institut de la vision à Paris : « Ce n’est plus
le même métier ! Ici, j’ai la chance de suivre l’une des cinq personnes ayant reçu
l’implant rétinien Prima, depuis décembre
2017. Cette personne a perdu la vision
centrale d’un œil. Comme la vision périphérique de son œil est conservée, elle voit
ce qui se passe autour d’elle ainsi que les
objets en mouvement, mais pas les objets
et les détails fins situés devant elle. Afin de
vérifier si une information envoyée depuis
un ordinateur jusqu’à la puce (par exemple, une forme ronde) se traduit par un signal lumineux reconnaissable, nous avons
commencé par travailler avec la caméra
éteinte. L’autre œil et la périphérie de l’œil
implanté étaient masqués par des lunettes
avec des verres spéciaux. Lorsque la patiente a reconnu les formes envoyées à la
puce depuis l’ordinateur, nous sommes
passées aux tests, caméra allumée. Cela
demande des adaptations : puisque la caméra qui envoie des signaux à l’implant se
situe sur la branche de la lunette, cela induit un léger décalage des informations
reçues, que la patiente a dû intégrer en
bougeant la tête pour garder son œil implanté, aligné avec la caméra. Maintenant
qu’elle peut détecter la forme d’un objet
présenté à la caméra, la troisième étape
consiste à travailler sur des objets de plus
en plus fins. Ce qui est motivant, c’est de
voir que la patiente trouve la rééducation
assez facile. L’étude devant durer trois
ans, j’ai hâte de savoir jusqu’où va pouvoir aller le déchiffrage des détails. C’est
une expérience incroyable ! ».
Un avis partagé par l’équipe. « Nos
patients avaient été préparés au fait qu’ils
auraient des efforts à faire pour maîtriser
l’information et lui donner un sens. Ils sont
satisfaits et enthousiastes de participer,
confirme le Dr Saddek Mohand-Said,
co-coordonnateur du Centre d’investigation clinique. La recherche avance
grâce aux chercheurs, aux médecins,
mais aussi grâce aux patients. » Au final,
cette médecine est certes technologique,
« mais elle est aussi humaine car personnalisée. Alors quand le patient commence à revoir, c’est émouvant », conclut le Pr José Alain Sahel, directeur de
l’Institut de la vision à Paris. ■ N. S.-M.
doit être systématique,
tout comme le port de lunettes
de soleil. Fumer nuit
à la microcirculation
et à la transmission du signal
lumineux. Quant à la lumière
bleu-violet, réputée la plus
nocive pour la rétine, elle est
surtout émise par les LED
très blanches, à éviter. Se tenir
à une distance d’au moins
50 cm des écrans, diminuer
la luminosité de son portable
durant la nuit, etc. sont des
mesures de bon sens faciles
à mettre en œuvre ».
N. S.-M.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
QUESTIONS-RÉPONSES SANTÉ
E
PROFESSEUR
NORBERT
NIGHOGHOSSIAN
Chef de service aux urgences vasculaires
cérébrales, hôpital neurologique
Pierre-Wertheimer, hospices civils de Lyon.
université Claude-Bernard Lyon
n France, 150 000 personnes
par an sont victimes d’un AVC.
Au-delà des conséquences individuelles, le coût global est
estimé à près de 12 milliards
d’euros par an. La source principale des
AVC (85 %) est représentée par les accidents ischémiques cérébraux (AIC) en
relation avec une occlusion d’une artère
cérébrale par un caillot d’origine cardiaque ou artérielle. Cette obstruction entraîne rapidement des dommages cérébraux irréversibles. Selon la localisation
du caillot, sur une artère de gros ou de
moyen calibre, un traitement médicamenteux (thrombolyse intraveineuse)
et/ou un geste mécanique (thrombectomie) permet de libérer l’artère et de réduire le handicap neurologique.
Jusqu’en 2015, seul le traitement médicamenteux (thrombolyse par le r-TpA)
était disponible. Celui-ci doit être administré dans un délai de 4 h 30 suivant
l’apparition des symptômes. Toutefois,
l’introduction en 2015 d’une procédure
mécanique d’extraction du caillot, la
thrombectomie, a bouleversé la prise en
charge des accidents liés à l’occlusion
d’une artère de gros calibre, qui représentent 25 % des AIC.
En dépit de la création de près de
130 unités neuro-vasculaires en France,
l’importance des dépenses de santé liées
à l’AVC suggère une efficience limitée de
l’offre de soins en matière de réduction
du handicap neurologique. Ce constat
est d’autant plus préoccupant que l’accès aux traitements efficaces de l’accident ischémique demeure limité: au
mieux 12 % des patients en France sont
traités par thrombolyse et moins de 5 %
par la thrombectomie. Ce découplage
entre l’offre et la demande est appelé à
progresser en raison de l’extension du
délai d’intervention thérapeutique, qui
est passée de 6 à 24 heures en 2018. En
effet, l’identification plus tardive par
l’imagerie par résonance magnétique
(IRM) du tissu cérébral « à sauver »
autorisera une réduction plus importante du handicap neurologique.
Il en est de même pour la thrombolyse
intraveineuse dont on vient de montrer,
par une étude européenne en mai 2018,
le bénéfice chez les patients victimes
d’un accident constaté au réveil ou
d’horaire inconnu sélectionné par l’IRM.
Ces AVC du réveil ne bénéficiaient jusqu’à présent que d’un accès limité à la filière de soins optimale.
Ces éléments impliquent une révision
de l’organisation de la filière AVC afin
d’accroître de près de 30 % l’admission
des AVC dans les unités neuro-vasculaires, où seuls 50 % des victimes d’AVC
sont actuellement prises en charge.
L’inadéquation des soins est également
marquée dans le domaine de la prise en
charge des accidents ischémiques transitoires, ou AIT, précurseurs d’accidents
plus sévères. Pourtant, les données récentes suggèrent un meilleur pronostic
chez les patients pris en charge dans les
24 heures.
Cette approche nécessite une évaluation rapide des causes des AIT, principalement par les explorations artérielles et
dies coronariennes, l’exclusivité au secteur publique du traitement de l’AVC
n’est plus acceptable
3. Un plus grand nombre de médecins
spécialistes formés à la prise en charge.
Cette formation implique un partenariat
renforcé entre les médecins d’urgence et
les neurologues. C’est là le seul
Une révision de l’organisation moyen de maintenir des effectifs médicaux au sein des unide la filière AVC est nécessaire tés neuro-vasculaires.
4. Un accroissement majeur
afin d’accroître de près
spécialistes en radiologie
de 30 % l’admission des AVC dans des
neuro-interventionnel et une
les unités neuro-vasculaires
ouverture de cette discipline
en termes de formation aux
autres acteurs impliqués dans la prise en
1. Par un accroissement des capacités
charge des occlusions artérielles tels les
en lits d’unité neuro-vasculaire. Cette
cardiologues interventionnels qui traiaugmentation peut passer par une redistent les occlusions des artères coronaitribution des lits de rééducation en raires.
son de la réduction du handicap attendu
5. Ainsi la dissémination de ces spépar l’introduction des nouvelles stratécialistes permettra de limiter les transgies.
ferts des grands CHG vers les CHU qui
2. Il est essentiel de mutualiser la prise
disposent de l’exclusivité de la thromen charge des AVC avec le secteur privé.
bectomie.
À l’instar de la prise en charge des mala6. Une intervention plus précoce permettra ainsi de réduire le handicap et diminuera les coûts liés aux transferts en
CHU. C’est là un moyen de répondre à
l’inégalité territoriale de la prise en
charge particulièrement prononcée
dans l’AVC.
7. Une augmentation des capacités
d’imagerie IRM dédiées à l’urgence
neuro-vasculaire permettant ainsi de
mieux identifier les candidats susceptibles de bénéficier d’un geste neuro-interventionnel dans un délai plus important.
8. Une amélioration des capacités de
détection et de prise en charge en urgence des accidents ischémiques transitoires, la diffusion et le maintien des
stratégies de prévention.
9. Enfin, une réflexion doit être conduite pour renforcer, voire créer des synergies pertinentes entre les acteurs de
la pathologie cardio-vasculaire et
neuro-vasculaire. Ces affections relevant des mêmes facteurs de risque et de
mécanismes proches. Seule la mutualisation des moyens diagnostics et thérapeutiques entre la neurologie vasculaire
et la cardiologie accroîtra l’efficience des
soins et la réduction du handicap lié à
l’AVC. ■
cardiaques, seul moyen d’assurer une
prévention optimale. Ce constat invite à
une révision majeure du dispositif de
soins dédié à l’AVC. L’augmentation de
l’offre doit être accompagnée d’une efficience accrue. Les principaux axes
d’améliorations sont représentés :
«
»
VEZ
RETROUOS AVIS
N
TOUS RTS
D’ EXPE
SUR
RO.FR
LEFIGA
o.fr
e.lefigar
@ sant
Comment le désir
vient aux femmes ?
MIREILLE
BONIERBALE
Présidente de l’AIUS (Association
interdisciplinaire post-universitaire
de sexologie). Rédacteur en chef
de la revue « Sexologies »
L
a définition du désir « normal »
est problématique, son origine
reste une énigme qui se définit
par son absence.
Les questionnements de patientes relatives à une perte ou une absence de désir sexuel sont foison. Ainsi,
la perte de désir est le premier motif de
consultation pour les femmes, alors qu’il
n’est qu’en cinquième position pour les
hommes (enquête conduite en France
par Giami et de Colomby).
On connaît les facteurs qui entrent en
jeu dans les variations du désir sexuel :
l’âge, l’éducation, la culture, le sexe, les
sentiments, les modes de vie, les hormones, l’état de santé, les neurotransmetteurs, les interdits sociaux et religieux… Des questions restent : pourquoi
certain(e)s en ont et d’autres pas ? pourquoi des différences d’intensité selon les
sexes ?
Image du corps altéré
On parle aujourd’hui de « désir réactif »
et de « facteurs de réceptivité » pour la
femme (Rosemary Basson). Il y aurait
chez elle un désir « basal, spontané, indicateur de température sensuelle » et un
« désir réactif » venant en réponse à une
stimulation sexuelle : l’intérêt sensuel
féminin vient de stimulations adéquates à ses attentes et à sa réceptivité personnelle.
D’autres lectures décrivent le rôle des
neuromédiateurs dans le cryptage de la
AMELIE-BENOIST/BSIP,
DOCTEUR
L’intensité du désir des femmes serait
moins forte que celle des hommes, ainsi
est dressé le tableau de l’homme, « toujours prêt » à entrer en activité sexuelle,
et de la femme au désir plus complexe
qui doit d’abord se sentir désirable pour
désirer, désirer le désir de l’« Autre ».
La satisfaction sexuelle des femmes
est liée à l’affectivité, l’intimité et la
communication avec leur partenaire. La
femme a besoin de passer par les sentiments pour faire l’amour, quand l’homme a souvent besoin de faire l’amour
pour accéder aux sentiments.
L’imprégnation linéaire en testostérone de l’homme, qui n’est pas soumis
comme la femme de manière cyclique
aux hormones responsables du désir,
peut expliquer une relative constance
dans leur désir ; le taux de testostérone
ne décroissant que très progressivement
avec l’âge. Ils sécrètent vingt fois plus de
testostérone que la femme et, pour répondre aux attentes de leur partenaire,
les femmes devraient fonctionner en
surrégime émotionnel, être très amoureuses et très excitées. Ce qui ne va pas
de soi à certaines périodes de leur existence : grossesse, accouchement, allaitement, règles…
+
vie émotionnelle et psychosociale : les
neurones dopaminergiques sont particulièrement impliqués dans le désir
sexuel, ils réagiraient à des stimuli ayant
déjà une signification au cours de l’histoire de l’individu par l’intermédiaire de
connexions avec le système limbique, ce
qui met en avant l’importance de l’histoire personnelle. Chaque événement de
la vie d’une personne est intégré dans
des zones neuronales associatives qui
seront activées ou inhibées selon le
contexte et en fonction de l’importance
de ses empreintes relationnelles et affectives. Le désir va ainsi osciller entre ex-
citation et inhibition, balance que le
contexte va faire pencher positivement
ou négativement (Janssen et Bancroft).
Le désir sexuel reste une expérience
personnelle et unique. On peut lister les
facteurs qui façonnent, facilitent ou bloquent les mécanismes du désir sexuel féminin et qui ont inscrit les empreintes
qui font osciller cette balance intime :
- l’attitude et les interdits des parents
vis-à-vis de la sexualité, les croyances
religieuses générant de la culpabilité, les
mythes et les peurs irrationnelles autour
de la masturbation, de certaines positions et pratiques sexuelles ;
- une image du corps altérée ou non conforme aux
idéaux culturels.
Plusieurs périodes sont
particulièrement à risque
pour le maintien du désir
sexuel : le passage de
l’adolescence à celui de
femme, la grossesse et la naissance de
l’enfant, la ménopause ; phases de vie où
la femme est particulièrement vulnérable dans son désir sexuel.
Des expériences sexuelles traumatisantes, des abus sexuels peuvent entraîner une altération de l’image de soi s’accompagnant d’une diminution du désir
et des fantasmes sexuels allant parfois
jusqu’à l’aversion sexuelle.
La liste est longue. Il faut aussi tenir
compte de la personnalité, qui joue sur la
perception des événements de vie, des
maladies chroniques et des traitements
médicamenteux qui influent sur la santé
sexuelle sans oublier les dysfonctionnements du couple. Toutes les études ont
rapporté une corrélation entre le désir
sexuel féminin et le fonctionnement du
couple.
Les consultations de sexologie ont
pour socle une pédagogie de la différence
afin de faire entendre aux consultant(e)s
que les hommes et les femmes n’ont pas
les mêmes attentes en matière de sexualité, ce qui a pour objectif de permettre
une resynchronisation opérante du désir. Les médicaments de soutien sexoactif n’ont pas de rôle curatif à long terme pour une complexité comme celle du
désir. Les sexothérapies maniées par des
praticiens formés en sexologie nécessitent une motivation au changement du/
de la consultant(e) fondamentale pour la
réussite de thérapies souvent difficiles
dans ce domaine. ■
A
Prise en charge
des AVC : quels
enjeux pour l’avenir ?
15
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
16
SANTÉ PSYCHOLOGIE
À quoi sert
(vraiment) le
développement
personnel ?
«
Le développement
personnel, tout comme
la psychologie positive,
peut marcher pour ceux qui
ont déjà intériorisé la forte
fixation sur soi-même
et l’obsession du progrès
personnel caractéristiques
du discours sur le bonheur.
Cela montre le pouvoir
hautement idéologique
dont elles sont gorgées
EDGAR CABANAS, PSYCHOLOGUE
Particulièrement critiqués en cette rentrée,
le travail sur soi et la quête du bonheur
éloigneraient de l’engagement social.
PASCALE SENK
DÉPASSEMENT En 1992, la journaliste
américaine Gloria Steinem, irréprochable militante de la cause des opprimés,
faisait une volte-face sidérante : « Après
une douzaine d’années de lutte contre toutes les discriminations sociales qui font
obstacle à l’égalité des femmes, j’ai dû admettre qu’il existe aussi des barrières et
des freins intérieurs. Partout je voyais des
femmes remarquables, courageuses et
méritantes mais qui ne se rendaient pas
compte à quel point elles étaient remarquables, courageuses et méritantes. »
C’était le début de sa formidable enquête
sur l’estime de soi et le self-help movement naissant – invitation à « s’aider soimême » qui se transmettait, à l’époque,
via l’entraide en groupe (voir Une révolution intérieure, Interéditions, 1992).
Plus de vingt-cinq ans après, Marianne
Power, journaliste britannique « spécialisée en mascara » (sic), se lance, elle aussi,
dans une enquête subjective au pays du
développement personnel. À raison d’un
livre-méthode par mois, elle teste ces
clés censées aider chacun à « changer sa
vie » : s’affirmer, dépasser ses peurs, rester dans le présent… Là, le ton est plus
moqueur vis-à-vis de démarches tellement « autocentrées ».
C’est qu’en une trentaine d’années la
culture
self-help,
expérimentation
contre-culturelle en ses débuts, est devenue terriblement populaire. Ses codes et
valeurs s’infiltrent désormais dans l’école, l’entreprise, l’économie… Son industrie est florissante et, nec plus ultra, elle
est adoubée au travers de la psychologie
positive et de multiples études en psychologie expérimentale, par la communauté scientifique. Désormais, tout un chacun, quel que soit son âge, sa condition, sa
santé – pas besoin d’être dépressif ou sans
le sou pour s’y intéresser -, peut se voir
enseigner, via un livre ou une vidéo sur
YouTube, « la capacité à s’occuper de
soi ». Le pire et le meilleur y prolifèrent.
Certains, comme l’Allemande Rebecca
Niazi-Shahabi, s’en moquent. Elle a
d’ailleurs écrit Je suis une merde et je
compte bien le rester (Éd. Mazarine).
D’autres, dans une démarche plus militante, y voient une menace idéologique.
La sociologue Eva Illouz et le psychologue
Edgar Cabanas s’insurgent dans Happycratie (Éd. Premier Parallèle) contre la
diffusion massive de ces « clés » du bonheur qui, selon eux, ne marchent pas et
ne peuvent générer que davantage de
sentiment d’échec ou de dépression. « Le
développement personnel, tout comme la
psychologie positive, peut marcher pour
ceux qui ont déjà intériorisé la forte fixation sur soi-même et l’obsession du pro-
»
qu’elle incite de plus en plus d’individus à
se prendre en charge ?
Marianne Power, elle, avec humour et
finesse, relève ses manches. Depuis ce
matin de gueule de bois où elle a pris
conscience à quel point elle était « paumée », elle se confronte à ce qu’elle peut
améliorer dans son quotidien. Elle s’oblige à parler à des inconnus dans le métro,
apprend à gérer son budget chez les Débiteurs anonymes, réfléchit à ce qui l’entrave affectivement… Que des petits pas,
mais une avancée concrète. Faut-il la
blâmer ? Sans « spoiler » la fin de son livre, ce n’est pas un bonheur idéal qu’elle
atteint mais plutôt une sorte d’écologie
intérieure et, comme iI est répété par les
adeptes du développement personnel,
« ce n’est pas le bonheur qui compte, mais
son chemin ».
Dans les critiques affectant ces démarches, un point reste oublié : face à la paresse de penser, au savoir tout prêt, et
pour se dégager de ceux–ci, le développement personnel vient souvent étancher d’abord une grande soif d’apprendre. Apprendre sur soi pour mieux
comprendre les autres, apprendre à vivre
comme on apprendrait une langue étrangère. Et si les techniques prolifèrent et se
succèdent, c’est peut-être parce qu’un
tel chantier n’a pas de fin. ■
grès personnel caractéristiques du discours sur le bonheur, affirme Edgar Cabanas. Cela montre le pouvoir hautement
idéologique dont elles sont gorgées. »
« Pornographie émotionnelle »
L’idéologie condamnée ici, c’est « la rhétorique nord-américaine qui croit tant à
l’individualisme, à la capacité des individus
à dépasser eux-mêmes les obstacles qui les
accablent à force de volonté, d’autodétermination et de gestion émotionnelle ». La
culture des affects qui se répand partout
est d’ailleurs qualifiée de « pornographie
émotionnelle » par les essayistes.
Restent les faits. Désormais, un immense public cherche des ouvertures
autres que l’action collective et politique
pour « s’en sortir » et atténuer le sentiment de mal-être qu’aucun matérialisme
ne comble. Pour Edgar Cabanas, c’est
l’un des effets toxiques de l’idéologie du
travail sur soi : elle éloignerait de l’action
sociale. On peut renverser cette proposition : et si l’action sociale décevait tant
« Développer son écologie intérieure »
Christophe André, psychiatre, a
publié Mon programme anti-dépression (Éditions L’Iconoclaste).
CHRISTOPHE
ANDRÉ
Psychiatre
LE FIGARO. - Pensez-vous
qu’aujourd’hui, malgré l’état
de la planète, le travail sur soi
reste une nécessité ?
Christophe ANDRÉ. - Oui, plus
que jamais même. On le voit bien :
si je ne suis pas conscient de mes
émotions, si je ne travaille pas sur
mes désirs, mes rêves, d’autres
s’en occuperont à ma place. Il
suffit de voir comment le big data,
le monde publicitaire ou les idéologies politiques cherchent à nous
manipuler pour comprendre que
conquérir sa liberté, développer
son « écologie intérieure » reste
primordial. Même dans une perspective sociétale, d’ailleurs : si je
veux changer le monde mais ne
suis pas capable d’établir des relations justes et équilibrées avec
mes proches, comment le pourrais-je à un niveau plus large ? Or,
pour beaucoup, cette capacité relationnelle, ou d’affirmation de
soi dans le respect des autres, n’a
pas été reçue en héritage. Elle doit
s’apprendre et se conquérir au
quotidien.
Est-il important que
la psychologie positive ait validé
scientifiquement ce travail sur
soi, et jusqu’à quel point ?
Oui, en tant que psychothérapeute, j’ai besoin d’empirisme,
c’est une forme de respect envers
nos patients, même si des thérapies qui visiblement « marchent »
chez certains (je pense à la méthode Vittoz ou à la sophrologie)
“
Dans l’entreprise,
on peut appeler ça
de la « récupération »,
mais, à tout prendre,
un manager souriant
et à l’écoute est,
même s’il est un peu
« faux-cul »,
moteur d’un climat
plus convivial
”
n’ont pas encore été correctement
évaluées. Cependant, le cachet
« validé scientifiquement » a été
utilisé un peu trop facilement ces
dernières années. Nous étions tellement enthousiastes d’avoir des
preuves de l’efficacité de pratiques
comme la méditation que nous
n’avons sans doute pas été assez
attentifs à faire le tri dans les études de psychologie expérimentale.
Et parfois certaines ont donné lieu
à des tautologies du style : « les enfants qui sourient plus ont davantage confiance en eux. » Mais, à
vrai dire, les études sur le sourire
par exemple sont tout de même
très encourageantes. Elles démontrent qu’on peut trouver des
moyens « bio » c’est-à-dire ni
chimiques ni coûteux, pour se
sentir mieux.
Mais n’avez-vous pas
l’impression de divulguer alors
une image de bonheur normé,
et normatif ?
Non, sauf si l’on caricature nos
discours. Ainsi, en ce qui me
concerne, je n’ai jamais dit nulle
part « souriez et tout ira mieux ».
Je parle toujours des souffrances
inhérentes à l’existence et je dis
simplement que chacun a intérêt
à profiter des pauses, ces moments où ça ne va pas trop mal,
pour prendre des forces et se ressourcer avant la prochaine vague
désagréable à venir…
Pensez-vous que
la « psychologisation »
de la société menace
les avancées sociales ?
Je pense que psychologie et politique sont deux niveaux complémentaires, mais différents, d’ac-
tion dans le monde. Au quotidien,
prendre soin des autres est plus
rapidement efficace qu’aller faire
la révolution. Mais parfois insuffisant. Quand la psychologie est
vulgarisée, qu’elle touche le très,
très grand public, cela incite à la
traîner dans la boue. Françoise
Dolto, en son temps, et parce
qu’elle faisait des émissions de radio, était déjà condamnée par les
cénacles intellectuels. Cette démocratisation peut aussi engendrer des malentendus, de faux espoirs… Mais ces effets regrettables
générés par la publicité excessive
ne sont rien par rapport aux bénéfices sociaux que la psychologie
positive génère.
Par exemple ?
En tant que médecins, nous constatons chaque jour que des patients optimistes ont plus de
chances de guérir. Et dans l’entreprise, on peut appeler ça de la
« récupération », mais, à tout
prendre, un manager souriant et à
l’écoute est, même s’il est un peu
« faux-cul », moteur d’un climat
plus convivial. C’est, quoi que
certains en pensent, un immense
progrès par rapport à l’époque des
petits chefs irascibles et toutpuissants. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR P. S.
A
Des Français lèvent les tabous sur leur sexualité
Dans La Vie sexuelle en France,
Janine Mossuz-Lavau, politologue
et sociologue, refuse de livrer une
vision étriquée des pratiques sexuelles
des Français. Car il n’est pas possible
d’avoir de certitudes sur des
populations comme « les » hommes,
« les » femmes ou « les » homosexuels,
explique-t-elle.
Dix-sept ans après avoir conduit
une enquête comparable, la directrice
de recherche émérite au CNRS indique
qu’il n’y a presque plus de tabou pour
parler des comportements sexuels,
notamment de la fellation, du
cunnilingus ou de la sodomie. À partir
de 65 entretiens, réalisés dans tous
les milieux sociaux et toute la France,
en 2017, une résistance demeure.
Les couples qui n’ont plus de vie
sexuelle depuis plusieurs années
refusent de le confier, sauf quand l’un
des deux accepte à mi-voix de livrer
cet aveu, sous le sceau du secret, à
un ami proche. Janine Mossuz-Lavau
a fait tomber les réticences.
Pour illustrer la multitude d’approches
et démontrer que « nous ne sommes pas
tous des contemporains », elle rappelle
l’anecdote d’un magazine, vendu avec
un « sex-toy », indisponible à Paris
juste après sa mise en vente, mais
présent en province, où les acheteuses
avaient boudé leur journal à cause
du gadget et du qu’en-dira-t-on !
Les petites histoires singulières dressent
un tableau coloré des premiers émois
amoureux de l’enfance aux « premières
LE PLAISIR
DES LIVRES
PAR MARC CHERKI
mcherki@lefigaro.fr
fois » ou aux nouveaux comportements
de « collectionneuses » et de
« collectionneurs » de relations
sexuelles, adeptes des réseaux sociaux.
Ces derniers outils favoriseraient
une « polygamie réparatrice », après
une rupture douloureuse, ou pour
la recherche du partenaire idéal.
Y compris pour les personnes
homosexuelles âgées ou les couples
frappés par la maladie, les expériences
sont décrites avec subtilité.
Janine Mossuz-Lavau s’est inspirée
de Philosopher ou faire l’amour, publié
en 2014, de Ruwen Ogien, chercheur
en philosophie morale, mort en
mai 2017. En paraphrasant le titre
de l’ouvrage, l’auteure indique que
des comportements se rapprochent
de « baiser ou faire l’amour ». Dans
l’écriture, elle reprend la démarche
du philosophe en associant différentes
façons d’aimer, notamment, à travers
des chansons populaires. Tout y passe :
de la monogame qui se met à multiplier
les conquêtes d’étrangers aux
personnes qui optent pour l’abstinence
ou essayent des clubs échangistes pour
éprouver des sensations nouvelles
(soumission, relation homosexuelle…)
en passant par la femme ou l’homme
qui doit avoir plusieurs histoires
afin de vivre des expériences qu’elle
ou il ne peut pas avoir dans son couple.
À travers d’attachants témoignages,
l’auteure décrit la fin de stéréotypes.
Elle estime que la société irait vers
une « indifférenciation » entre les
personnes, que tous les comportements
pourront se retrouver
dans chaque
population,
au-delà du genre.
LA VIE SEXUELLE
EN FRANCE
Janine Mossuz-Lavau
Éd. de La Martinière,
20,90 €
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 24 septembre 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
avec justification d’identité
par téléphone
01 56 52 27 27
Daphné Delamotte-Pons
et Jean-Marie Pons,
ses enfants,
Mont-Saint-Aignan
(Seine-Maritime).
Surville (Calvados).
Albane, Adélie Pons,
ses petites-filles,
Claude et Agnès
de Pellegars-Malhortie,
Philippe et Agnès
de Pellegars-Malhortie,
Eliane et Philippe Pinguet,
Guy et Nathalie
de Pellegars-Malhortie,
Pierre et Marie-Laure
de Pellegars-Malhortie,
ses enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
par télécopie
01 56 52 20 90
Jeanne DELAMOTTE
par courriel
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en nos bureaux
14 boulevard Haussmann,
75009 Paris,
sur notre site :
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25 € jusqu'à 25 lignes
23 € à partir de 26 lignes
Vendredi ou samedi
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26 € à partir de 26 lignes
Réduction à nos abonnés :
nous consulter
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
communications
née Cannon,
survenu le 20 septembre 2018,
à l'âge de 93 ans.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le mardi 25 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy, Paris (16e).
Le docteur André GRENIER
médecin généraliste,
à Guipry (Ille-et-Vilaine),
nous a quittés le 18 août 2018.
Un office religieux sera célébré
à sa mémoire
le mercredi 26 septembre 2018,
à 17 heures,
en la cathédrale orthodoxe
Saint-Alexandre-Nevski,
12, rue Daru, Paris (8e).
De la part de
son épouse,
le docteur
Véra Grenier-Nicolsky,
et sa fille,
Anne-Laure
Grenier-Fontbonne.
Le Collège des Bernardins
organise un débat
le jeudi 27 septembre 2018,
à 18 heures,
Eric (†), François, Olivier,
Thibault et Amaury,
ses fils,
Consultations citoyennes
sur l'Europe
Marie-Albane, Florence,
Aouatif,
ses belles-filles,
Avec notamment
Philippe Bénéton,
Lena Morozova-Friha.
ses quatorze petits-enfants
et leurs conjoints
Entrée libre sur réservation.
20, rue de Poissy, Paris (5e),
téléphone : 01 53 10 74 44,
www.collegedesbernardins.fr
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
comtesse Hervé
de LA LAURENCIE
née Monique Dupeyrat,
deuils
le 21 septembre 2018, munie
des sacrements de l'Église.
Sète (Hérault).
Un chapelet sera organisé au
funerarium d'Angles (Vendée),
ce lundi 24 septembre, à 18 h 30.
Mme Michel Bez,
son épouse,
M. et Mme Maxence Bez,
M. Roch Bez,
Mlle Iris Bazantay
et toute la famille Bez
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Michel BEZ
artiste peintre,
docteur en droit,
officier de la Légion d'honneur,
médaille
de la Défense nationale,
officier des Arts et Lettres,
survenu le 21 septembre 2018,
à l'âge de 67 ans, à Sète.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Louis, à Sète,
le mardi 25 septembre 2018,
à 10 h 30.
Mme Xavier
Pérouse de Montclos,
née Christiane O'Cornesse,
son épouse,
Aude et Louis-Victor d'Herbès,
Béatrice et Hervé Mariaux,
Florence et Hugues de Thé,
Véronique et Olivier
de Saint André,
Violaine et Gabriel de Seze,
ses filles et gendres,
Ombline, Magdeleine, Alban,
Mathilde, Pauline, François,
Floriane, Astrid, Philippine,
Priscille, Charles, Camille,
François-Xavier, Sixtine,
Flavie, Alexandre, Blanche,
Marguerite, Elie, Anouck
et Jacques,
ses petits-enfants,
ainsi que
ses dix arrière-petits-enfants
Anne Brochard,
Jean-François et Elisabeth
Mazurie,
François Brochard
et Catherine Alis,
ses enfants,
Romane et Frédéric, Hugo,
ses petits-enfants,
Marissa Hidalgo,
Laurence Giordano
ont l'immense tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu,
le 21 septembre 2018, de
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Michelle BROCHARD
le 21 septembre 2018,
dans sa 95e année.
Xavier
PÉROUSE de MONTCLOS
La cérémonie religieuse aura
lieu le mercredi 26 septembre,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Ideuc, à Saint-Malo.
Elle rejoint son époux Lucien,
décédé le 4 août 1999.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-des-Anges,
à Angles,
le mardi 25 septembre,
à 14 h 30, suivie de l'inhumation
au cimetière de La Jonchère
(Vendée).
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 26 septembre,
à 9 h 30, en l'église
Saint-François-Xavier,
Paris (7e).
17
Thomas et Laure,
Quentin et Valentine,
Aude et Antoine, Geoffroy,
Auriane, Marie-Camille
et Jean-Raphaël,
Clémence et Julien,
Romain et Julia,
Martin, Alice, Eloi, Paul,
Mathieu, Pauline, Charlotte,
ses petits-enfants,
Solène, Brune, Agathe, Victor,
Augustin, Léon-Pierre,
ses arrière-petits-enfants,
ses belles-sœurs
ainsi que toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Emmanuelle
de PELLEGARS-MALHORTIE
née Idylle,
le 17 septembre 2018,
dans sa 94e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mardi 25 septembre,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Martin de Surville,
suivie de l'inhumation
au cimetière.
Un registre à condoléances
sera disponible à l'église.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Les enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
de feus le docteur
Jacques Biaggi
et Anna, née Bronzini,
son frère et sa belle-sœur,
les enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
de feus Joseph Biaggi
et Gabrielle, née Altieri,
son frère et sa belle-sœur,
les enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
de feus le docteur
Charles-Louis Bertrand
et Marie, née Biaggi,
son beau-frère et sa sœur,
Mme Charles Benelli,
née Jacqueline Biaggi,
sa sœur,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
le cabinet Biaggi-Benelli,
avocats à la cour
et le personnel,
les enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
de feus le docteur
Maurice Biaggi
et Régine, née Maestracci,
son frère et sa belle-sœur,
Mme Antoine Biaggi,
née Janine Fajol,
sa belle-sœur,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
M. et Mme Roger Pietri,
son beau-frère et sa belle-sœur,
leurs enfants et petits-enfants,
les familles Altieri, Battisti,
Catinchi, Raffalli, Dellapina,
Casanova et Testa,
ses cousins,
les familles amies et alliées,
Calizi, Dominici,
Harvier-Catoni, Scartabelli,
Thermilie Laurent,
sa dévouée dame
de compagnie,
Alice-Viviane Laurent,
son aide précieuse,
tous ceux qui l'ont soignée
et entourée
vous font part
de la naissance au Ciel de
Mme Dominique Tonnard,
née Baudouin,
son épouse,
M. et Mme Julien Tonnard,
Mlle Raphaëlle Tonnard,
ses enfants,
Elisa,
sa petite-fille,
M. Jean-Claude Tonnard,
M. et Mme Patrick Tonnard,
ses frères et belle-sœur,
Michaël, William et Laëtitia,
Delfina et Nicolas,
ses neveux et nièces,
Léa,
sa petite-nièce,
Mme Nicole Baudouin,
sa belle-mère,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Alain TONNARD
président co-fondateur
du Groupe Audika,
survenu à Paris,
le mercredi 19 septembre 2018,
à l'âge de 67 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 25 septembre,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
place d'Auteuil, à Paris (16e),
suivie de l'inhumation,
dans l'intimité, au cimetière
du Montparnasse, Paris (14e).
12, rue de Presbourg,
75116 Paris.
messes
Une messe à l'intention de
Rose PIETRI
née Biaggi,
veuve de
Mme Christiane Rémond,
son épouse,
ses enfants,
Anne-Caroline,
Marie-Laurence, Hélène,
Jérôme et sa femme Virginie,
ainsi que leurs enfants,
Victor et Jean,
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Yann-Pierre RÉMOND
survenu le 21 septembre 2018,
à l'âge de 86 ans, à la maison
Jeanne Garnier, à Paris, muni
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-François-Xavier,
à Paris (7e), le mardi
25 septembre, à 15 heures.
L'inhumation aura lieu
le mercredi 26 septembre,
au cimetière d'Andilly,
dans l'intimité familiale.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme François BACOT
née Bernadette
Raviot de Saint Anthost,
Jean Pietri
le 21 septembre 2018,
dans sa 93e année,
en sa maison de Terre Rosse,
à Cagnano, munie
des sacrements de l'Église
et entourée de l'affection
des siens.
Le père Stéphane Biaggi,
son neveu,
célébrera l'eucharistie
le mardi 25 septembre 2018,
à 11 h 30, en l'église
Saint-Fructueux de Cagnano,
suivie de l'inhumation
dans le tombeau familial.
Terre Rosse, 20228 Cagnano.
rappelée à Dieu le 21 août 2018,
sera célébrée en la basilique
Sainte-Clotilde, à Paris (7e),
le mercredi 26 septembre,
à 18 h 30.
souvenirs
Il y a un an,
Laurence LATTY
Marion, Julie et Lucie,
ses filles,
ainsi que ses frères,
sa sœur,
ses petits-enfants
et ses amis
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
née Letourneur,
nous quittait.
Que ceux qui l'ont connue
et aimée aient une pensée
pour elle.
Simon TAÏEB
M. et Mme Rémi
Castres Saint Martin,
M. et Mme Nicolas Simon,
ses enfants,
Grégoire, Mathilde, Victor,
Jean-Guillaume, Alexandre,
Laetitia,
ses petits-enfants,
M. et Mme Yves Lefèvre,
son frère et sa belle-sœur,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jeanne SIMON
née Lefèvre,
survenu le 21 septembre 2018,
à l'âge de 96 ans.
Elle a rejoint son époux, le
général d'armée Jean Simon
ancien chancelier
de l'ordre de la Libération.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 28 septembre,
à 15 heures, en l'église
d'Urville-Nacqueville,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Querqueville
(Manche).
survenu le 18 septembre 2018,
à Neuilly-sur-Seine.
Noé LEMOS
Selon sa volonté, les obsèques
ont eu lieu dans la stricte
intimité familiale.
nous quittait
le 24 septembre 2014,
à l'âge de 10 ans.
Martine Zacharis,
son épouse,
Janine Schaeffer,
sa belle-sœur,
Que ceux qui l'ont connu
et aimé aient une pensée
pour lui et lèvent les yeux
vers la Tour Montparnasse
sur laquelle son portrait
est affiché en ce mois
de septembre dédié
aux cancers pédiatriques.
Patrick et Elsa Zacharis
et leurs enfants,
Hélène Zacharis
et ses enfants, et Didier,
son neveu et ses nièces,
ses petits-neveux
et petites-nièces
ainsi que toute la famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
Pierre-Alexandre ZACHARIS
rappelé à Dieu
le 19 septembre 2018,
dans sa 90e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi
28 septembre 2018, à 14 h 30,
en l'église Saint-Jean-Baptiste
de Neuilly-sur-Seine.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Le 24 septembre 1986,
Glenn SOUHAM
était rappelé à Dieu.
Sa maman
Eliane
l'a rejoint le 4 mai 2017.
Elle repose auprès de son fils
et de sa belle-fille,
Vanina
(†) le 6 août 1987.
Que ceux qui les ont aimés
aient une pensée et une prière
pour eux.
Souvenirs, Messes...
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lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
La nouvelle vie
de Nicolas Sarkozy
La primaire, le parti,
les querelles de chapelles,
« tout ça, c’est fini »,
martèle l’ancien président.
En revanche, il veut bien
continuer à mettre
en avant son expertise
au service de l’Europe
ou du monde et se rendre
utile dans la lutte contre
le cancer des enfants.
qui il a affection et bienveillance. « On ne peut pas
refuser d’être ministre du Budget à son âge », le défend-il devant des députés LR jugeant sévèrement
sa « trahison » politique. Les deux hommes se sont
encore croisés, complices, mardi soir aux dix ans
de l’agence de communication de Pierre Giacometti. Quant aux jeunes députés LR, si Nicolas
Sarkozy les encourage à se structurer au sein des
Républicains pour se faire entendre, à ses yeux, il
ne peut y avoir d’existence en dehors du parti. Très
attentif donc. « Il sait d’où on vient, nos parcours,
nos noms », résume admiratif un député LR.
Sur le terrain, les badauds se pressent pour l’approcher. Jusqu’aux adolescentes de 15 ans qui sautillent d’excitation pour obtenir une photo avec lui.
« Je n’ai pas voté pour vous mais je vous soutiens ! »,
s’empresse de lui signifier une petite dame en
l’apercevant à l’exposition Nicolas de Staël.
« J’aime les gens, ils le sentent », énonce-t-il quand
on l’interroge sur cette popularité flamboyante.
Dans les sondages, les sympathisants de droite et
les Français le placent désormais comme la personnalité incarnant le mieux la droite. « Bien sûr
que ça fait plaisir. Je préfère qu’ils disent ça plutôt
que l’inverse », sourit-il heureux d’avoir retrouvé
une relation amicale avec les Français. « Mais ce
n’est pas comme ça que ça se passe », ajoute-t-il,
conscient qu’en cette période de flottement politique, il fait figure de repère à droite. « J’espère que
vous allez vous représenter », lui susurre une passante. Le sourire gourmand, Nicolas Sarkozy laisse
passer quelques instants, comme pour mieux mesurer l’effet de son silence, lui qui avant ne pouvait
s’empêcher de répondre à chaque sollicitation. Le
25 octobre, il devrait savoir si la cour de Paris
confirme ou non son renvoi devant le tribunal correctionnel, dans l’affaire dite Bygmalion.
Marion Mourgue
£@MarionMourgue
ourquoi nouvelle vie ? », interroge
Nicolas Sarkozy. « C’est ma vie. »
Fini le « speedy Sarko » qui filait à
toute allure. S’il boit toujours
autant de café et dévore avec gourmandise les chouquettes et chocolats à portée de main, l’ex-président veut désormais prendre son temps. « Ces
emplois du temps, je n’en veux plus », lâche-t-il alors
que ses conseillers l’interrogent sur sa présence à
une énième cérémonie.
Passionné par ses voyages, absorbé par les musées, enflammé par ses lectures – il vient de finir La
Saison des fleurs de flamme de l’écrivain nigérian
Abubakar Adam Ibrahim et commence John l’Enfer
de Didier Decoin -, l’ancien président l’assure : « La
politique, c’est terminé. » La primaire, le parti, les
querelles de chapelles, c’est fini. Les batailles d’élus,
le manque d’idées, tout ça l’ennuie. « La politique,
c’est la vie mais ce n’est pas ce que vous croyez », répond Nicolas Sarkozy. Lui entend la France, l’Europe, le monde. Inquiet de voir « l’Occident en danger » et le centre de gravité se déplacer de l’Ouest
vers l’Est, l’ancien président juge qu’à « force de le
délaisser, Poutine se tourne vers la Chine ».
L’implosion de l’Europe, aussi, le préoccupe. Il est
convaincu qu’il faut aller au-delà du clivage européistes-souverainistes pour « rassembler » et être
force à nouveau de propositions en promouvant de
nouvelles formes de coopération entre les États. Le
Brexit est à ses yeux une hérésie : « C’est scandaleux
qu’on ait laissé partir les Anglais. » Et si Laurent
Wauquiez lui avait proposé, en juin, lors de leur
dernier rendez-vous, d’être le candidat français
pour le poste de président de la Commission européenne, selon la règle du Spitzenkandidat, l’ancien
chef de l’État a décliné. « Tout ça c’est fini. »
Non, vraiment, « c’est sincère », jure l’ancien
président en levant les épaules alors que les journalistes le pressent de commenter sa popularité, l’actualité de la rentrée ou un éventuel retour. Il
n’aurait d’ailleurs « pas de nostalgie du tout de sa vie
passée à l’Élysée », insiste-t-il. S’il a « passionnément aimé ce qu’il a fait », il n’a « rien à demander,
rien à attendre », glisse-t-il, assurant qu’il est
« heureux » dans sa vie aujourd’hui, avec son épouse Carla Bruni-Sarkozy à ses côtés.
P
«
A
Animal politique
La semaine dernière, ils se sont rendus tous les deux
à Aix-en-Provence pour contempler les peintures
de Nicolas de Staël à l’Hôtel de Caumont. « L’art,
c’est de l’émotion et l’émotion, ça ne s’explique pas,
ça se vit », commente-t-il devant les huiles sur toile
alors qu’une responsable du musée veut lui expliquer la genèse de l’œuvre. S’il se rend ensuite à l’invitation du Consistoire israélite de Marseille, à la
veille de Yom Kippour, il rappelle qu’il est venu « en
ami ». Et profite de son passage dans la ville pour
revenir visiter le Mucem. « Nicolas Sarkozy est devenu maire très jeune, il n’a jamais arrêté ensuite. Désormais, il fait ce qu’il n’avait jamais eu le temps de
faire. Il profite », décrypte un proche.
Ça ne l’empêche pas de continuer à se tenir informé. Dans ses bureaux parisiens, l’ancien président de la République reçoit. Beaucoup, même.
Anciens ministres, ex-conseillers, maires et députés, conseillers régionaux et sénateurs, ténors de la
droite et président du Sénat, tous défilent rue de
Miromesnil. Mercredi, il recevra la jeune garde des
sénateurs LR. Bis repetita la semaine d’après, pour
rester « en petit comité ». Comme une façon
« d’entretenir ses soutiens et de s’assurer qu’au-delà d’une envie personnelle de peser, il serait soutenu.
Nouveau créneau
Si jamais… dans des circonstances exceptionnelles, il
y avait une demande », veut croire un sarkozyste de
la première heure. « Vous ne pouvez pas avoir
consacré autant d’énergie à la politique et ne pas
vous tenir au courant », démine un ami, balayant
toute stratégie de reconquête.
« J’ai tellement aimé la politique, ça m’a donné tant
de satisfaction. Ça a été une partie de ma vie », commente Nicolas Sarkozy après le déjeuner d’élus
auquel il participe, la semaine dernière, à Marseille,
entre Jean-Claude Gaudin et Renaud Muselier.
« Pourquoi voulez-vous que je rompe avec une partie
de ma vie et de mes amis ? Les sentiments, ça existe »,
appuie-t-il. À l’inverse de la période 2012-2014, qui
avait précédé son retour, et pendant laquelle il
s’employait à garder un silence stratégique et énigmatique, désormais l’ex-chef de l’État n’entend pas
se cacher. Encore moins se priver. « C’est de ne pas
voir mes amis qui serait suspect. Il n’y a aucune raison
que je me coupe d’eux Mais ce n’est pas pour cela que
je me projette politiquement », martèle-t-il.
En animal politique qu’il a été, Nicolas Sarkozy
garde néanmoins un solide appétit… « C’est dans
ses gênes. Quand il donne une conférence, on dirait
un meeting. C’est comme un drogué qui aurait besoin
d’un produit de substitution », sourit un ex-ministre. « Il ne quitte jamais la ligne de départ et si le
coup du pistolet retentit, il est prêt, il part », veut se
convaincre un autre. Lui dément. Énergiquement.
Vigoureusement. Comme lassé de voir chacune de
ses déclarations scrutée, analysée, décortiquée.
Ça ne l’empêche pas d’avoir son avis sur le quinquennat. Le nouveau monde, pour lui, « on
connaît », confie-t-il en privé. « Giscard, Mitterrand, c’était déjà le nouveau monde. » Ce qui le
frappe surtout c’est qu’Emmanuel Macron soit
« entouré de gens inexpérimentés ». À l’observer,
Nicolas Sarkozy balance d’ailleurs entre perplexité
et inquiétude : « Avec Macron, ça risque de très mal
finir », lâche-t-il devant des élus.
L’ex-chef de l’État reste, en revanche, très proche d’un ministre ex-LR… Gérald Darmanin, pour
Nicolas Sarkozy arrive à la tour
Montparnasse lors de l’évènement
caritatif au profit de la campagne
« Guérir le cancer de l’enfant
au XXIe siècle », qu’il parraine
pour l’Institut Gustave-Roussy,
le 15 septembre à Paris.
CARMEN ABD ALI/PHOTOPQR/
LE PARISIEN/MAXPPP
Difficile d’avoir été et d’occuper aujourd’hui un
nouveau créneau. « Mais il va falloir s’habituer à ce
qu’on ait des anciens présidents qui ont une vie après
l’Élysée », explique un de ses soutiens. Six ans après
son départ du Palais de l’Élysée, deux ans après son
échec à la primaire, celui que les Français ont adoré
avec passion et détesté sans modération veut être
« utile », en investissant d’autres champs que celui
purement politique. Il est désormais le parrain de la
campagne « Guérir le cancer de l’enfant au
XXIe siècle ». « Je veux vraiment donner un visage à
cette cause, pas pour deux mois, pour des années »,
explique-t-il. « Mon engagement, c’est qu’on trouve
des réponses à la maladie, qu’on trouve de l’argent
pour que la recherche progresse », répondant à
l’avance à ceux qui y verraient une façon de
travailler son image : « Tout ne peut pas être qu’arrière-pensées. Je veux aller à l’Institut GustaveRoussy, sans que ce soit vu comme un prétexte avec
une arrière-pensée politique. On apprend des choses
sur la vie, sur soi-même », énonce-t-il.
Nicolas Sarkozy n’a pas perdu tous ses réflexes
d’homme politique, brandissant comme un trophée, tels les records d’audience qu’il scrutait
tant, le nombre de dons enregistrés après son passage sur Europe 1, il y a quinze jours :
« 7 000 dons ! » Sur les 10 millions d’euros visés
dans le cadre de la campagne contre le cancer de
l’enfant, plus de 5 millions ont déjà été collectés
avec un an d’avance sur les objectifs fixés.
L’ex-président rappelle aussi son engagement
européen, comme lors de la crise financière de 2008
pendant laquelle il avait pris la présidence tournante de l’Union européenne. « Pas un Français n’a
perdu un centime », se satisfait-il. À l’époque, il n’a
pas « voulu baisser le budget du ministère de la
Culture alors que certains lui demandent des coupes
budgétaires en 2008. La culture, c’est un remède à la
crise », fait-il valoir au Mucem. Ce musée dont il
s’est employé à faire un symbole de l’union pour la
Méditerranée qui le « passionne ». « On peut
conquérir la Méditerranée par la culture. La culture,
c’est le métissage. Mais dans la diversité, il y a des
identités. Je ne suis pas pour une identité qui enferme », s’enthousiasme-t-il. Comme investi d’un
nouveau rôle de prescripteur et de conseiller pour
ceux qui lui succèdent, à l’Élysée comme à droite.
Il y a un an, l’entourage de François Hollande avait
d’ailleurs demandé conseil aux équipes Sarkozy sur
la manière de procéder : fallait-il se rendre au dîner
du Crif comme ex-président ? Qu’avait-il décidé lui
après 2012 ? Nicolas Sarkozy s’en amuserait presque.
Lors des cérémonies officielles, les conseillers d’Emmanuel Macron qu’il n’identifie pas toujours, à l’exception du secrétaire général Alexis Kohler, le pressent de livrer ses conseils : « On veut faire comme
vous », lui confient-ils. La politique, définitivement,
c’est sa vie. ■
Nicolas Sarkozy est devenu maire
très jeune, il n’a jamais arrêté ensuite.
Désormais, il fait ce qu’il n’avait jamais
eu le temps de faire. Il profite
UN PROCHE DE L’ANCIEN PRÉSIDENT
»
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LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
19
INTERNATIONAL
L’identité peule est-elle en train
de s’affirmer en Afrique ?
Ce vaste groupe,
présent au Sahel
et en Afrique
de l’Ouest
revendique
de plus en plus
sa différence,
au risque de créer
des tensions.
Tanguy Berthemet
£@tanguyber
AFRIQUE L’ethnie suscite aujourd’hui
de nombreuses questions. Le groupe
est, dans plusieurs pays intimement liés
à l’essor économique, tout en étant dans
le même temps au centre de certains des
problèmes les plus aigus, comme la
montée du djihadisme au Sahel ou la
lutte pour l’accès aux terres. Au final,
cette ethnie est de nouveau parfois critiquée, voire fustigée par ses voisins qui
l’accusent de communautarisme, laissant craindre la naissance en Afrique de
l’Ouest d’une « question peule ».
❙ QUI SONT LES PEULS ?
de peuplement peul
Foyers historiques de peuplement peul
ASSISTE-T-ON
À LA NAISSANCE
❙D’UN
« NATIONALISME »
PEUL ?
La question n’a jamais été tranchée.
Ce peuple, fort d’environ 35 millions de
personnes réparties dans une quinzaine de pays, du Sénégal au Niger et jusqu’en Centrafrique, est une extraordinaire source de fantasmes. Connus
sous bien des noms, Peuls, Fulanis,
Fulbes, ils ont en partage une langue,
certains éléments culturels et des mythes. Le plus vivace de ces contes, le
plus touffu, est sans aucun doute celui
de l’origine. Les auteurs et les ethnologues se disputent, posant le berceau de
la nation parfois en Égypte, en Algérie
ou au Maroc. Ce lointain passé expliquerait cette stature haute et sèche,
cette peau claire et ce nez aquilin que
l’on prête volontiers aux Peuls, une
image qui tient surtout du cliché ethnique. La seule certitude est qu’ils étaient
des pasteurs nomades, ce qui explique
leur vaste présence dans de nombreux
pays. Dans l’imaginaire, le bétail en général, et les vaches en particulier, demeure d’ailleurs l’un des piliers de la
culture avec une puissante foi en l’islam. Malgré la distance, des liens perdurent - la moitié des Peuls parleraient
encore le pulaar - portés par une solide
tradition orale. C’est à Amadou Hampâté Bâ, le plus célèbre écrivain peul,
grand défenseur de « pulanité »
que l’on doit d’ailleurs la formule : « Un vieillard qui meurt, c’est
une bibliothèque qui brûle. » Ces
particularismes transfrontaliers et
le pulaaku, - « être peul » - une manière de se conduire strict et très codifié, ont valu aux Peuls une certaine acrimonie, voire une franche
hostilité. « Les Peuls sont assez in-
1 Foyers historiques
thropologie de l’université de Bamako. Ce conflit a aussi réveillé la
conscience d’un passé glorieux. Les
djihadistes se revendiquent du Macina, un empire peul théocratique fondé
au XIXe siècle par le marabout Sékou
Amadou dans la région de Mopti. Les
images des autres royaumes peuls, à
commencer par l’Empire de Sokoto,
bâti dans le nord de l’actuel Nigeria à
partir de 1804 par l’iman Ousmane
Dan Fodio, ressurgissent, tout comme
celles de l’éphémère règne d’El Hadj
Oumar Tall, dans le Fouta-Toro, au
nord du Sénégal. Cette région, avec le
Fouta-Djalon, est considérée par bien
des Peuls comme un Éden, et le creuset de leur culture. « La nostalgie joue
peut-être un peu. La personne de Sékou
Amadou reste importante chez les Peuls
du Sahel comme Dan Fodio au Nigeria.
Ils sont régulièrement cités. Mais c’est
assez marginal. Pour les autres, la violence subie est un moteur bien plus réel
pour revendiquer », souligne l’universitaire. L’Alliance pour le salut du Sahel, une association créée en 2015, qui
regroupe les communautés du Mali,
du Niger et du Burkina-Faso est pour
Bréma Ely Dicko le « premier signe »
d’une forme d’unification des luttes.
« Si la violence continue, ce mouvement
pourrait s’accélérer, aiguisé par la misère qui touche de plus en plus de Peuls
dont les traditions se heurtent au monde
d’aujourd’hui ».
dividualistes et valorisent la réussite. Il y
a des riches Peuls. Cela a pu créer des jalousies, reconnaît Adam Thiam, journaliste et écrivain malien. Il peut aussi
exister une forme d’autosatisfaction, et
même de condescendance mais cela ne
concerne qu’une toute petite élite. »
Dans les faits, généraliser est presque
impossible tant les Peuls vivent d’un
coin à l’autre de l’Afrique un quotidien
très différent. Outre le statut social opposé entre un éleveur pauvre et un
puissant homme d’affaires, le poids
démographique du groupe est très différent entre la Guinée où il représente
près de 40 % de la population et la
Centrafrique où il est ultraminoritaire.
« Il ne s’agit pas de nationalisme mais il
y a eu une prise de conscience qu’il faut
sauvegarder notre culture et transmettre notre identité », insiste Me Hassan
Barry. Cet avocat malien est le président d’honneur de Tabital Pulaaku,
une association au départ culturelle,
qui a mué ces dernières années en un
groupement de défense des valeurs
des Peuls « en danger ». La revendication peut aujourd’hui sembler paradoxale. Les Peuls sont plus représentés
que jamais. Le Sénégal est ainsi présidé
par l’un des leurs, Macky Sall - du
sous-groupe peul Toucouleur - ou le
puissant Nigeria avec Muhammadu
Buhari. Dans l’histoire, des figures politiques peules ont marqué, comme
Thomas Sankara au Burkina Faso.
Reste qu’ils ont aussi subi des persécutions, comme dans la Guinée de Sékou
Touré ou au Cameroun en 1984.
Aujourd’hui, la situation dans le centre du Mali, autour de la ville de Mopti,
sert de catalyseur. Cette zone est le
théâtre d’affrontements entre des
groupes peuls, accusés de verser dans
le djihadisme, et des milices d’autres
ethnies et l’armée. Ces combats ont
causé des centaines de morts, des milliers de déplacés. L’armée est accusée
de commettre des exactions à l’encontre des éleveurs. Des rapports
d’Amnesty International et de Human
Rights Watch ont confirmé ces dires et
le gouvernement a lancé des enquêtes.
« Ces violences ont soulevé des questions existentielles. On commence à
rencontrer une unité des revendications
d’un pays à l’autre », analyse Bréma
Ely Dicko, chef du département d’an-
MODE DE VIE
❙DULETRADITIONNEL
GROUPE EST-IL
EN DANGER ?
Il n’y a aucun doute sur ce point. La tradition du pastoralisme nomade se perd.
Dans le Fouta-Toro et le Fouta-Djalon,
deux régions où les Peuls sont nombreux, les habitants sont majoritairement commerçants. Ailleurs, bien des
Fulanis sont encore éleveurs mais sédentaires. « C’est un mouvement
contraint qui conduit à une prolétarisation des Peuls », note Adam Thiam. Une
minorité, notamment les Mbororos, un
sous-groupe, continue à conduire
d’immenses troupeaux traversant les
frontières, du nord du Sahel jusqu’au
Nigeria et en Centrafrique. « Autrefois,
il y avait un échange entre agriculteurs et
pasteurs. Les vaches broutaient les
champs récoltés qu’elles fertilisaient et le
lait était la monnaie d’échange », rappelle Hassan Barry. Mais avec l’augmentation de la population, l’accès aux
pâturages est devenu délicat, tandis que
2 L’archipel peul en Afrique de l’Ouest
Y A-T-IL
UNE TENTATION
❙DJIHADISTE
DANS
LA COMMUNAUTÉ ?
C’est la question la plus polémique.
L’émergence, dans le centre du Mali,
d’Hamadoun Koufa, un leader djihadiste peul rallié à al-Qaida au Maghreb
islamique (Aqmi), a lié le groupe à l’islamisme radical. Le gros de sa troupe
est composé de jeunes Peuls. « Il a des
djihadistes peuls mais tous les Peuls ne
sont pas djihadistes. Il ne faut pas faire
d’amalgame », explique Boubacar Sangaré, spécialiste de cette question. Une
étude de l’Institut des études de sécurité de Bamako (ISS) a montré que le critère religieux n’entrait que de manière
marginale dans la décision de rejoindre
les rangs des islamistes dans le centre
du Mali. Selon les chercheurs, le sentiment de déclassement et l’opportunité
de gagner un statut social, et de l’argent, sont des facteurs plus importants.
Mais ce schéma est loin d’être exceptionnel et se retrouve notamment parmi les hommes de Boko Haram, l’insurrection radicale nigériane. L’islam
et sa pratique rigoureuse sont cependant une composante essentielle de
l’identité peule. « Tous les enfants ou
presque vont à l’école coranique avant
l’école traditionnelle, pour ceux qui ont
cette chance. Il y a chez les Peuls une
connaissance littérale du Coran très forte. Cela peut, pour les plus faibles, représenter un terrain favorable aux manipulations de prêcheurs extrémistes »,
relève Bréma Ely Dicko. ■
3 30 à 40 millions
de Peuls répartis
sur plus de 12 pays
ALGÉRIE
1
MAURITANIE
le réchauffement climatique a raréfié les
points d’eau et perturbé le calendrier
des migrations. Depuis deux décennies,
les conflits opposent les éleveurs peuls,
qui défendent les troupeaux, aux paysans qui luttent pour préserver leurs récoltes. Ces rixes sont d’autant plus sanglantes que les kalachnikovs tendent à
remplacer les bâtons et les fusils artisanaux. Dans un récent rapport, le thinktank International Crisis Group (ICG)
assure qu’au Nigeria 2 500 personnes
ont été tuées dans ces heurts en 2016.
Depuis le début de l’année, on compterait déjà 1 000 morts d’après l’Armed
Conflict Location and Event Data Project, une organisation américaine. Des
tensions que l’on retrouve au Mali, en
Centrafrique ou au Tchad. Ce bilan
contribue grandement à la montée d’un
sentiment anti-peul dans certaines régions et pousse, a contrario, des jeunes
Peuls à se radicaliser.
EN MILLIONS
DE PERSONNES
Nouakchott
EN % DE LA
POPULATION
estimations
Banjul
KINGI
MACINA
GUINÉEBISSAU GUINÉE
3
BARANI
Ouagadougou
Bamako
DAMERGO
ADER
KANEM
MANGA
TCHAD
N’Djamena
HADEJIA
BORNOU
BAGUIRMI
BORGOU
BAUCHI
GOMBE
DIAMARE
WASAOULOU
Conakry
4
SOKOTO
BURKINA FASO
FOUTADJALON
OCÉ AN
16
NIGER
DJELGODJI
LIPTAKO Niamey
TORODI
GAMBIE
FOULADOU
Bissau
BONI
BÉNIN
SIERRA
LEONE
LIBERIA
Yamoussokro
JOS
NIGERIA
GHANA
AT L AN T IQU E
Abuja
TOGO
ADAMAOUA
GRASSFIELDS
CENTRAFRIQUE
CÔTE D’IVOIRE
Yaoundé
Golfe de Gu in ée
ZONE DE PEUPLEMENT PEUL
L’ENVIRONNEMENT GÉOGRAPHIQUE
Pré-colonial
Zone sahélienne
Extension à l’époque coloniale
Limite nord de la zone forestière
Limite sud supposée et noyau isolé depuis les indépendances
LA MENACE ISLAMISTE
CAMEROUN
9
40
28
10
Mali
2,7
Niger
1,6
Mauritanie
1,2
Burkina Faso
0,58
Tchad
0,42
Côte d'Ivoire
0,4
Guinée-Bissau
0,32
28,5
Gambie
0,31
22,4
14,7
6,5
30
8,4
1,8
2
Absence de données pour les autes pays
GUINÉE ÉQUAT.
Principaux groupes terroristes
1. Groupe pour le soutien de l'islam et des musulmans (al-Qaida)
2. État islamique au Grand Sahara (Daech)
GABON
3. Ansarul Islam
4. Boko Haram
Guinée
4,9
Sénégal
3,6
Cameroun
2,9
CONGO
Infographie
200 km
Sources : Jeune Afrique, CIA World FactBook et Jean Boutrais,
« Pour une nouvelle cartographie des Peuls » in
Cahiers d'Études africaines , 1994
A
WAGADOU
SÉNÉGAL
BOUNDOU
2
MALI
FOUTA-TORO
Dakar
estimations
Nigeria
GORGOL
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lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
20
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Être simple dans la grandeur
es difficultés que rencontre
le président de la
République dans sa volonté
de réformer, sa chute de
popularité le font rejoindre
le destin de ses
prédécesseurs. Elles illustrent, dans
cette répétition, la difficulté de la
société française à accepter des
réformes et à cultiver des rapports
sereins entre gouvernants et
gouvernés. Toute une vision
des rapports sociaux est en cause.
Officiellement, l’Ancien Régime
appartient à l’histoire, la page est
tournée. Mais son héritage est bien
présent. La France reste une société
de « rangs », hantée par l’opposition
du noble et du vulgaire. Celle-ci ne
distingue pas seulement, à l’échelle
de la société tout entière, les « élites »
et les masses. Elle est déclinée à
l’infini, dans tous les replis de la
société, dressant d’innombrables
frontières symboliques entre des
catégories qui, vues de loin, ne
semblent pourtant se distinguer que
par des différences infinitésimales.
Les membres des « grands corps »
se perçoivent comme d’une autre
essence que les polytechniciens
ou énarques
tout-venant, les journalistes
d’un « grand quotidien », du soir
ou du matin, se sentiraient insultés
si on assimilait leur métier à celui
des plumitifs de la presse people,
l’aristocratie ouvrière de « vrais
professionnels » regarde de très haut
ceux dont le métier est incertain, etc.
Cette collection d’oppositions,
venant heurter une référence à
l’égalité qui leur dénie toute légitimité
et les voue aux gémonies, est source
d’infinies tensions : où sont les
frontières du grand et du commun,
qui va l’emporter quand celui qui
occupe un rang
supérieur selon un
critère est en
position inférieure
La baisse spectaculaire de popularité du président pour un autre
(responsables
illustre les particularités de la sensibilité nationale, d’hôpitaux et
explique le sociologue, ancien élève de l’École
« grands patrons »,
polytechnique et directeur de recherche au CNRS*. dirigeants
L
PHILIPPE D’IRIBARNE
est particulièrement délicate quand
entreprise au service du bien public
il s’agit de réformer. L’écart est grand
et non d’intérêts mercantiles,
avec l’Europe du Nord. C’est que,
distingue du tout-venant, de ceux qui
là-bas, il va de soi qu’on se met autour
n’ont qu’une tâche à remplir en étant
d’une table pour négocier et que, dans
soumis aux exigences d’un client.
cet exercice, on est en quelque sorte
Liquider ce statut, c’est réduire ceux
entre égaux cherchant un compromis
qui le détenaient à une condition
mutuellement satisfaisant entre des
inférieure. Pour qu’une réforme soit
intérêts. Il n’est pas question qu’une
acceptée de bon cœur, il faut leur
partie prétende
permettre de garder la tête haute.
dicter sa loi à une
Ce peut être en leur permettant
Quels vont être les rapports
autre partie.
d’accéder à une nouvelle forme
Mais, en France,
d’excellence professionnelle,
entre ceux que la République
un seigneur ne
en leur donnant plus de pouvoir.
proclame égaux mais que la société
négocie pas avec
C’est, d’une manière ou d’une autre,
des manants.
en leur offrant une autre manière
hiérarchise ?
Il leur donne des
de se grandir.
ordres.
S’il
faut
vraiment
négocier,
Les rapports qui se nouent, quand
« gens du haut » et leurs inférieurs sur
il en charge son intendant.
il faut mettre en œuvre une réforme,
les multiples scènes où ils se
Ces questions concernent
entre les hautes autorités de l’État
rencontrent. Les privilégiés vont-ils se
éminemment les rapports qu’un
et le peuple sont tout autant
montrer simples, accessibles, laisser
président de la République entretient
concernés. Il ne va pas de soi pour
au vestiaire la haute idée qu’ils se font
avec les Français. Il n’est pas facile
ces hautes autorités, dans le sentiment
d’eux-mêmes et que les membres de
pour lui d’être près du peuple tout
qu’elles ont de leur rang, de ne pas
leur caste comme leurs flatteurs leur
en respectant sa fonction. Il ne peut
chercher à imposer ce qu’elles ont
renvoient sans cesse ? Auront-ils
se contenter d’imiter l’attitude bon
décidé, mais de négocier, de passer
à cœur de créer chez leurs
enfant de ses homologues d’Europe
des compromis. Cela implique de
interlocuteurs le sentiment
du Nord. Jugé sans indulgence, il est
traiter d’égal à égal ceux qui ne sont
d’un climat d’égalité suffisant
facilement vu comme en faisant trop
pas vraiment ressentis comme des
pour permettre de se parler en
égaux. Il paraît
confiance et de chercher à progresser
plus digne d’une
ensemble ? Ou vont-ils au contraire
Cette rencontre entre égaux
haute fonction
toiser ces interlocuteurs, leur faire
de fixer le cap, de
sentir qu’ils sont d’une autre farine,
inégaux est particulièrement délicate
rester « droit dans
que, selon une expression populaire,
en France quand il s’agit de réformer
ses bottes » face
ils « n’ont pas élevé les cochons
aux contestations
ensemble » ? Et dès lors, vont-ils
ou trop peu. Se déclarer président
des « gens de peu ». Mais c’est alors
réveiller chez ces derniers un vif
« normal » ou jouer de l’accordéon
la vision républicaine d’un monde
ressentiment, qui demeure latent
comme Valéry Giscard d’Estaing jadis
d’égaux qui est atteinte. Dès lors,
chez nombre de « gens du bas »,
suscite plutôt l’ironie. Le pire, et cela
la rancœur latente des « petits »
conduisant ces derniers à dénoncer
menace actuellement Emmanuel
contre les « gros » se réveille
l’arrogance de ceux qui « se prennent
Macron, est d’être perçu
et les conduit à se révolter.
pour quelque chose », leur mépris,
simultanément comme trop distant,
Pour pouvoir avancer ensemble,
leur manque d’écoute, et à se braquer,
arrogant et comme manquant de
intégrer ce qu’ont à dire les uns
à refuser d’entrer dans leurs vues,
grandeur s’il adopte des manières
et les autres, et finalement réformer,
voire à torpiller leurs projets ?
d’être et utilise un vocabulaire qui
les grands doivent trouver une forme
La manière d’agir appropriée ne va
jurent avec la dignité de sa fonction.
de grandeur simple. Souhaitons
pas de soi pour les « gens du haut »,
Ces difficultés se retrouvent
à notre président d’y parvenir.
sauf s’ils possèdent une sorte
quand il s’agit de réformer,
de simplicité intérieure qui leur
* Philippe d’Iribarne a bâti une œuvre
et ce pour une double raison.
permet de trouver sans effort le ton
consacrée à la spécificité de chaque
Souvent les réformes envisagées
juste. Car ne pas être arrogant ne
culture nationale et au système de valeurs
sont ressenties comme dégradantes
signifie pas chercher à « faire peuple »
de ses citoyens. Plusieurs de ses ouvrages
par ceux qu’elles affectent.
et la considération d’un grand vaut
– « La Logique de l’honneur. Gestion
Les réactions qu’a suscitées la réforme
d’autant plus qu’il se montre digne
des entreprises et traditions nationales »
de la SNCF en offrent un bon exemple.
de sa position.
(Seuil, 1989) et « L’Étrangeté française »
Un statut de cheminot, au sein d’une
Cette rencontre entre égaux inégaux
(Seuil, 2006) - sont des classiques.
d’institution culturelle et artistes) et
quels vont être les rapports entre ceux
que la République proclame égaux
mais que la société hiérarchise ?
Une question centrale, qui est
au cœur des difficultés de la société
française, est la manière,
extrêmement contrastée selon les
personnes, dont se comportent les
«
»
«
»
Le genre, l’animal, l’euthanasie :
ravages d’une philosophie devenue folle
es réformes sociétales
– du « mariage pour tous »
à l’« écriture inclusive » mises en œuvre
dans de nombreux pays
occidentaux ces dernières
années n’ont de réformes que le nom.
Elles visent en réalité à bouleverser
la structuration commune de la vie
humaine et les fondements
symboliques (au sens de ce mot
pour la psychanalyse et d’autres
sciences humaines) de l’individu,
tout en charriant une nouvelle idée
de l’homme. Le terme de réforme
masque la portée de ces
bouleversements. C’est de révolution
anthropologique qu’il convient
de parler. Une telle révolution n’est
pas l’expression des caprices de Najat
Vallaud-Belkacem hier ou de Marlène
Schiappa aujourd’hui. Elle plonge
ses racines dans les œuvres
de théoriciens américains que
l’universitaire Jean-François
Braunstein soumet à une salutaire
enquête philosophique. Le lecteur
de son livre La Philosophie devenue folle
(Grasset) saisira la cohérence
et l’ampleur de l’ouvrage.
La ligne de combat est triple :
le genre, qu’il s’agit de substituer au
sexe ; l’animal, qu’on entend rendre
égal à l’homme ; et la mort, qui serait
transformée en événement technique.
Trois intellectuels (deux américains
et un australien) inspirent ces
batailles :
Judith Butler,
Donna Haraway
et Peter Singer.
Leurs livres sont
Le remarquable ouvrage de l’universitaire
pour le moins
Jean-François Braunstein, « La Philosophie
pittoresques.
devenue folle », permet de mesurer
Dans les trois cas,
les périls qui menacent l’humanisme,
l’affaire revient
s’alarme le philosophe*.
à expulser
DESSINS FABIEN CLAIREFOND
L
A
ROBERT REDEKER
destinée à discréditer son
découpages arbitraires de la réalité,
interlocuteur, à l’éliminer
seraient destinés à passer
de la conversation en faisant peser
aux oubliettes.
sur lui un double soupçon, celui
Père de l’antispécisme,
de la bêtise et celui de la réaction.
le philosophe australien utilitariste
En réalité, tout ce qui est humain
Singer se fait également le
n’existe qu’à l’intérieur de frontières
propagandiste de l’infanticide
qui délimitent ce que Pascal nommait
sur la base de la supériorité
la dignité - au sens propre : ce qui
de certaines vies sur d’autres. Pour lui,
sépare - de l’homme. La guerre
la vie d’un chien en bonne santé aurait
contre les essences et les frontières
plus de valeur que celle d’un enfant
conceptuelles est une subversion
handicapé ou qui rendrait difficile la
destinée à mettre à bas l’humanité
vie de ses
de l’homme.
parents ; d’où il
Puisqu’il n’y a ni insularité ni privilège
Pareille folie est contagieuse.
serait pour cet
Inspirateurs de nombreuses réformes
auteur criminel
de l’homme dans l’univers,
sociétales, de maints mouvements
de tuer ce chien
toutes les frontières sont appelées
d’illimitation des droits, de l’état
et innocent de
à être détruites
d’esprit d’une partie de notre société,
tuer cet enfant.
les intellectuels fustigés par Braunstein
L’antispécisme
développent leurs idées jusqu’à des
et la zoolâtrie conduisent à une
Puisqu’il n’y a ni insularité
conséquences peu connues en France,
préférence animale dans certaines
ni privilège de l’homme dans
bien qu’impliquées dans leurs
situations. La notion de « qualité
l’univers, toutes les frontières
énoncés.
de la vie », utilisée pour justifier
sont appelées à être détruites.
Le langage quotidien lui-même
l’infanticide mais aussi l’élimination
Ces courants prétendent en finir
est affecté par ces courants de pensée.
des personnes handicapées, voire
avec les différences imposées
On retrouve une partie du vocabulaire
improductives ou gênantes, déclasse le
par la biologie et par la culture.
issu de cette
Poussant la logique du genre jusqu’à
galaxie
son terme, la théorie queer suppose
Les intellectuels fustigés
intellectuelle chez
que l’on peut choisir son sexe
nos gouvernants,
et en changer à tout moment de sa vie.
par Jean-François Braunstein
quelques
La négation de la différence entre les
développent leurs idées jusqu’à des
universitaires
sexes s’articule à celle de la différence
conséquences peu connues en France
et de nombreux
entre hommes et bêtes. Racontant
journalistes,
son histoire torride d’amour physique
ainsi
que
dans
le
néoféminisme,
vieil
héritage
civilisationnel
venu
de
avec sa chienne, Donna Haraway
le véganisme et l’antispécisme. Or
l’Ancien Testament, honni par cette
se fait, avec un véritable esprit
adopter un vocabulaire, c’est, parfois
« philosophie devenue folle » : la vie
de sérieux, grande prêtresse
inconsciemment, soutenir un projet.
comme essence absolue et sacrée.
de la zoophilie. L’effacement
Le livre de Jean-François Braunstein
Ici se révèle le cœur de ce dispositif :
des frontières entraîne également
dévoile la vision du monde
mener la guerre contre les essences,
une justification de la pédophilie.
qui se cache derrière un lexique
ces entités conceptuelles stables
Aux yeux de Singer, « les attitudes
d’apparence sympathique.
(l’homme, la femme, l’animal, la
envers la pédophilie ou la zoophilie
Une lecture indispensable.
mort). Le mot « essentialisme » est
ne sont en rien différentes des
devenu dans les débats de société
attitudes anciennes à l’égard
* Robert Redeker a récemment publié
– à l’image d’un autre,
de l’homosexualité ». Bref, ces tabous,
« Peut-on encore aimer le football ? »
« populisme » – une accusation
liés aux monothéismes et aux
(Le Rocher, 2018).
l’humanisme - qui suppose
une différence ontologique entre
les sexes, entre l’homme et les
animaux, entre la vie et la mort de la culture. L’humanisme est
l’attitude d’esprit qui extrait
l’homme du reste de l’univers,
lui conférant par ce geste sa dignité,
c’est-à-dire, au sens propre, son rang.
Les courants de pensée et d’action
issus de nos trois auteurs jettent aux
orties cet humanisme et cette dignité.
«
»
«
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Nicolas Baverez
£@NicolasBaverez
Dix ans après 2008, l’amnésie collective
ix ans après le krach
de 1929 débutait la Seconde
Guerre mondiale. Dix ans
après la faillite de Lehman
Brothers, la situation paraît
fort différente. L’économie
mondiale a renoué avec une croissance
de 3,7 % ; le plein-emploi a été rétabli
avec un taux de chômage réduit à 5,5 %
de la population active ; le commerce
mondial progresse de 4,4 % en dépit de
la montée du protectionnisme ; les écarts
de croissance entre pays développés
et émergents comme les déséquilibres
dans les échanges et les paiements
mondiaux tendent à se réduire.
La politique économique a donc
réussi à conjurer le risque d’une grande
dépression mondiale. Les moyens
D
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
mobilisés n’ont pas de précédent par
leur ampleur, leur créativité et
leur coordination. Tous les leviers de
la politique budgétaire et monétaire ont
été actionnés pour sauver les banques
et soutenir la demande grâce à la baisse
des taux d’intérêt et à un plan de relance
keynésien planétaire mobilisant 40 %
du PIB des grands pays développés et
de la Chine. Les banques centrales
se sont engagées dans des programmes
d’assouplissement quantitatif du crédit
qui en ont fait les premiers détenteurs
de titres de dette publique. L’instauration
du G20 a permis de coordonner
les plans de relance, de mettre en place
une supervision mondiale de la stabilité
financière et de limiter le recours
au protectionnisme.
ENTRE GUILLEMETS
24 septembre 1452 : naissance de Savonarole, fondateur d’une théocratie éphémère à Florence.
L’historien Henri Martin
MARY EVANS/RUE DES ARCHIVES
Sa parole éclate
avec une telle puissance
que Florence se
convertit et quitte
brusquement ses atours
de courtisane»
Les leçons de 1929 ont été tirées.
En revanche, les leçons de 2008 ont
rapidement été oubliées. Les grandes
crises du capitalisme - grande déflation
des années 1880, dépression des années
1930, chocs pétroliers des années 1970,
krach du capitalisme mondialisé
dans les années 2000 - se distinguent
des récessions, des secousses financières
limitées ou des chocs régionaux en ce
qu’elles bouleversent le fonctionnement
de l’économie comme la hiérarchie
des entreprises et des nations. Tel est
bien le cas aujourd’hui : les destructions
massives de capacités de production
brident la croissance potentielle ;
les dettes publiques et privées explosent ;
les classes moyennes des pays développés
sont profondément déstabilisées ;
la mondialisation survit mais se
restructure autour de pôles régionaux ;
la domination conflictuelle des États-Unis
et de la Chine se renforce au détriment de
l’Europe et de la plupart des émergents ;
le libéralisme est discrédité, entraînant
une crise existentielle de la démocratie.
Sous l’apparente embellie, les risques
remontent en flèche. Au plan économique
avec le ralentissement provoqué
par la stagnation de la productivité,
la hausse des prix du pétrole et le début de
remontée des taux d’intérêt (plus de 3 % à
dix ans aux États-Unis). Au plan financier
avec le retour en force de l’économie
de bulle sous l’effet du surendettement
mondial (245 000 milliards de dollars, soit
plus de trois années de PIB de la planète),
de l’abondance des liquidités
et des incohérences de la régulation
financière (allégée aux États-Unis et
excessive en Europe, très répressive pour
les banques et laxiste pour la « finance
de l’ombre », qui gère plus de 90 000
milliards de dollars), de la spéculation
effrénée autour des entreprises
La lecture, enjeu de civilisation
es humanistes (si ce mot a
encore un sens) autant que les
psychologues, les spécialistes
des neurosciences comme des
problèmes d’intégration, tout
le monde sait l’importance
de la lecture dans nos vies. Nous ne parlons
pas de déchiffrage ni d’apprentissage, mais
de la lecture elle-même, cette activité
qui apaise et ouvre sur le monde, stimule
l’imagination et la mémoire, favorise
l’empathie, et permet de se retrouver
soi-même. Nous vivons dans un monde
de zapping, passant d’une image à une
autre, d’un titre à un autre, d’un tweet à
un autre, d’une émotion à une autre, d’un
embryon d’idée à un autre. La rapidité
de l’information en est venue à remplacer
la nécessaire lenteur de la réflexion.
C’est pour cela qu’il faut
impérativement redonner place et dignité
à la lecture, afin que sa temporalité nous
ramène à l’intériorité et à la pensée, au
juste regard posé sur le monde. Et impose
un moment de silence au cœur de notre
agitation quotidienne. Ce n’est pas refuser
ou rejeter les prodigieuses ressources
que nous offrent les technologies
de l’information et de la communication.
C’est empêcher que nous soyons dominés
par elles, et par la vision du monde
qu’elles impliquent ; c’est les remettre
à leur place d’adjuvants techniques
et redonner au langage et à la pensée
la fonction éminente qui est la leur :
comprendre, et se situer dans le monde.
Cette distance et ce recul que
permettent les mots, nul ne peut s’en
passer ; en être privé, c’est se voir refuser
la chance de trouver
sa place dans
la société. Le déficit
culturel s’ajoute
toujours pour
les aggraver
aux difficultés
Lire n’est plus une évidence aujourd’hui,
économiques. Mais
s’inquiètent les auteurs*. Redonnons à la lecture
les élites ne sont pas
la place éminente qui devrait être la sienne.
à l’abri. Médecins,
L
DANIÈLE SALLENAVE,
AYSE BASCAVUSOGLU
ET OLIVIER DELAHAYE
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
ministre de l’Éducation nationale, à la
rentrée de 2017, la promesse d’un soutien
financier, nécessaire au développement
de l’association. L’efficacité et la
pérennité du concept « Silence on lit ! »
dépendent en effet d’une pédagogie et
d’un accompagnement que l’association
propose aux établissements.
Aussi notre déception a-t-elle été
grande de constater, lors de la dernière
rentrée, que ce beau programme
de lecture généralisée avait totalement
disparu des propositions formulées par
le ministre. Les engagements répétés ne
se sont traduits que par un financement
cosmétique qui ne correspond en rien à
l’ambition d’accompagner l’action de
l’association pour permettre à la France
d’être ce « pays de lecteurs ». Les cadres
académiques ont vu
Les engagements répétés
la pertinence et la
nécessité de notre
ne se sont traduits que par
action, mais c’est
un financement cosmétique
avec une désinvolture
et une légèreté
confondantes que certains l’ont
depuis dix-sept ans tout le monde,
récupérée et ont tenté de la mettre
adultes comme enfants et adolescents,
en place sans en respecter l’esprit ni l
prend un quart d’heure par jour pour
a lettre. Un enjeu de société, un grand
lire en silence un livre de son choix.
projet, porteur de promesses immenses,
Les bienfaits en sont aussitôt visibles :
risque de se dissoudre dans des actes
un apaisement général, une familiarité
de pure communication.
croissante avec le livre, une aisance dans
Loin de nous décourager, cette
la compréhension et l’expression.
défection des instances éducatives
La lecture devient ou redevient un plaisir
et culturelles nous pousse à lancer une
et une source d’enrichissement, elle
campagne publique de sensibilisation
cesse d’intimider parce qu’elle n’est pas
et un appel : un appel au soutien
une obligation mais un choix librement
de toutes celles et de tous ceux qui,
consenti. En moins de deux ans, nous
au plan individuel et collectif - grandes
avons réuni autour de ce projet plus
entreprises, fondations, mécènes,
de 700 établissements scolaires.
individus -, partagent notre conviction
Depuis des années, les gouvernements
que la lecture est un enjeu de société,
successifs nous assurent que le système
un enjeu de civilisation.
éducatif va tout mettre en œuvre pour
permettre à chacun de conquérir la
* Respectivement membre de l’Académie
maîtrise de la langue, de l’expression,
française et présidente de l’association ;
de la lecture. Dès son entrée en fonction,
directrice du lycée Tevfik Fikret d’Ankara
Jean-Michel Blanquer a déclaré que la
et vice-présidente ; écrivain et cinéaste
France devait devenir ou redevenir « un
et vice-président. Site de l’association :
pays de lecteurs ». Et nous avons reçu du
www.silenceonlit.com
juges, politiques, entrepreneurs,
hommes et femmes confondus, sans
la réflexion et la distance que donnent
les mots, ne sont que les rouages d’une
machine à gouverner, à régenter le flux
humain. Protéger l’espace de la pensée
et de la distance critique, de la réflexion,
c’est avoir pour la société les mêmes
ambitions que l’écologie pour la planète :
freiner les processus de destruction
que la modernité met partout en œuvre.
C’est pour cela que nous avons, en
2016, créé une association, « Silence
on lit ! », qui s’est fixé pour mission
de donner ou de redonner à tous dès
le plus jeune âge le goût et l’habitude de
lire. L’idée est partie d’un établissement
scolaire turc (environ 1 800 élèves
en primaire et secondaire) d’Ankara où
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
Fax : 01 56 52 23 07
Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
75438 Paris Cedex 09
Tél. : 01 57 08 50 00
direction.redaction@lefigaro.fr
technologiques. Au plan du pilotage avec
la relance keynésienne engagée aux ÉtatsUnis sur une économie en plein emploi
qui augmente le déficit (4,5 % du PIB) et
stimule l’inflation (2,3 %) comme avec
les réductions d’impôts qui exacerbent
les inégalités et encouragent les rachats
d’action (plus de 1 000 milliards de dollars
en 2018), gonflant la bulle sur Wall Street.
Au plan commercial et monétaire avec la
guerre ouverte par les États-Unis contre la
Chine (taxation de 250 milliards de dollars
d’importations chinoises) qui vise aussi
leurs principaux alliés. Au plan politique
avec l’onde de choc populiste qui frappe
les démocraties. Au plan stratégique avec
l’affirmation des volontés de puissance,
la libération de la violence et la possibilité
de conflits armés majeurs.
La politique s’est désengagée une fois
la déflation écartée. Elle s’est défaussée
sur les banques centrales et sur
les autorités de régulation. Elle s’est
repliée sur les nations, ce qui lui interdit
de répondre aux défis globaux
du XXIe siècle. Ceci est particulièrement
vrai de l’Europe, paralysée, divisée
et impuissante face au Brexit,
à l’affrontement entre États-Unis
et Chine dont elle devient la variable
d’ajustement, au renouveau des
turbulences sur l’euro venues d’Italie,
à la crise des migrants, aux menaces sur
la sécurité issues des djihadistes et des
démocratures. C’est dans ce vide béant
que se sont engouffrés les populistes
pour proposer des solutions aussi simples
que dangereuses. Il faut restaurer une
capacité de décision politique, au plan
des nations comme en Europe et dans le
monde, pour réassurer des marchés qui
ne peuvent ni s’autoréguler ni se secourir
seuls. Les procédures sont partout, la
responsabilité nulle part : voilà pourquoi
un nouveau krach ne peut être exclu.
VOX
… CINÉMA
Incitations financières
pour atteindre des quotas
de femmes dans les films :
« Sortons de l’idéologie
paritaire ! », par Alexis
Carré, doctorant
en philosophie politique.
… VIOLENCE
« Contre l’ensauvagement
de la société, la réponse
doit aussi être pénale »,
par Me Guillaume
Jeanson, porte-parole
de l’Institut pour la justice.
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
FRANÇOIS-XAVIER
BELLAMY
le jeudi 18 octobre
2018, 20 heures
Salle Gaveau.
Réservations :
01 70 37 31 70 ou
www.lefigaro.fr/
rencontres
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
Commission paritaire n° 0421 C 83022
Pour vous abonner Lundi au vendredi de 7 h à 18h ;
sam. de 8 h à 13 h au 01 70 37 31 70. Fax : 01 55 56 70 11 .
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Origine du papier : France. Taux de fibres recyclées : 100%. Ce journal
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sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 22 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 12 pages
Cahier 4 Figaro Plus
8 pages
Promo Portage
Entrepreneurs
Marseille : diffusion
sur une partie
du territoire national
A
CHRONIQUE
21
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 052 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
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BUZZ MÉDIA
COMCAST REMPORTE LES ENCHÈRES
POUR ACHETER LA PÉPITE
EUROPÉENNE DE L’AUDIOVISUEL PAGE 25
BREDIN : « LES GAFA DOIVENT
ÊTRE DES PARTENAIRES DE LA
CRÉATION EUROPÉENNE » PAGE 30
Le pouvoir d’achat au cœur
du projet de loi de finances
Le gouvernement présente ce lundi son projet de budget 2019. En baisse dans les
sondages et accusé d’être le « président des riches », Emmanuel Macron joue gros.
« Les impôts et cotisations sociales
baisseront de 6 milliards d’euros en
2019 pour les ménages. » C’est le
mantra que devraient marteler
Bruno Le Maire et Gérald Darmanin,
ce lundi, en présentant leur projet
de budget 2019. Objectif : installer
l’idée qu’Emmanuel Macron est le
président du pouvoir d’achat et effacer des mémoires la hausse de la
CSG, qui a frappé de plein fouet les
retraités cette année, ainsi que celle
de la fiscalité des carburants, qui
continuera à peser l’an prochain.
Dans son chiffrage, l’exécutif embellit son cadeau aux ménages. Pas
sûr qu’il bénéficie des effets d’annonces liés à la présentation du
budget. « Quand on baisse les impôts,
les Français trouvent cela normal et
n’en remercient pas leurs dirigeants », regrette Dominique Villemot, avocat fiscaliste et membre du
comité politique d’En marche !.
èLES RÉFORMES DANS L’EXPECTATIVE èUNE LOI DE FINANCEMENT DE LA SÉCU… SANS GRANDE SURPRISE PAGES 24 ET 25
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO, CCI PARIS, CHRISTINA CZYBIK/SIPA, TROPICO
Avec Tropico,
Coca-Cola
accélère sa
diversification
Le leader mondial
des soft drinks rachète
la marque française
de boisson aux fruits.
Alors que les sodas
sont en perte de
vitesse, le groupe doit
étoffer son portefeuille
pour « répondre
aux attentes des
consommateurs
du matin au soir
partout dans
le monde ». PAGE 26
le PLUS du
FIGARO ÉCO
BLOC-NOTES
Les regrets
de Bill
PAR JACQUES-OLIVIER MARTIN
PAGE 27
LIBRES
ÉCHANGES
L’Élysée tétanisé par
le ras-le-bol fiscal
de la classe
« moyenne
supérieure »
PAR JEAN-PIERRE ROBIN
PAGE 27
LIVRES & IDÉES
Quand le bien-être
au travail est érigé
en stratégie
d’entreprise
PAR CORINNE CAILLAUD
PAGE 27
L'HISTOIRE
Le coup de pouce de la CCI Paris
pour aider les entreprises à recruter
lors que près de 50 000
candidats sont attendus pour
la 16e édition du salon Paris pour
l’emploi (les 4 et 5 octobre place
de la Concorde), la CCI Paris,
partenaire de la manifestation, innove.
Elle donne aux entreprises la possibilité
de diffuser gratuitement leurs offres d’emploi
sur son stand. Celles-ci peuvent
dès à présent se rendre sur le site
www.cci75.fr et déposer leurs annonces
en remplissant un formulaire en ligne. « Les
problématiques de recrutement constituent
un vrai sujet pour les TPE et PME. Cette
initiative, qui leur permet de communiquer
largement sur
leurs besoins
d’embauche,
leur donne
une visibilité
importante »,
souligne
Dominique
Restino,
président de la
CCI Paris. Dans
son enquête
Besoins en
A
main-d’œuvre 2018, Pôle emploi évalue
à 418 231 le nombre de projets de recrutement
des dirigeants en Île-de-France. Membre du
réseau Senior Compagnie, spécialisé dans
le service à la personne, Louis de Pompignan
est l’un d’entre eux. Il peine à trouver
des auxiliaires qualifiés. Il a d’ores et déjà saisi
l’opportunité de la CCI Paris. Il propose trois
postes et se rendra sur le salon. « Ce salon
n’est pas une foire à l’emploi. Nous favorisons
l’échange entre recruteurs et candidats et tout
est articulé pour que, lorsqu’il y a rencontre
entre les deux parties, celle-ci ne soit pas vaine,
et génère un contrat de travail signé », relève
de son côté Michel Lefèvre, directeur général
de l’association Carrefours pour l’emploi,
organisatrice
de l’événement.
Quelque 2 000
responsables
des ressources
humaines issus de
500 entreprises
et collectivités
seront mobilisés
pour l’occasion. ■
CORINNE
CAILLAUD
La marque de voitures sportives
Porsche ne commercialisera plus de
moteurs Diesel. Le patron de
Porsche, Oliver Blume, a fait cette annonce au quotidien Bild dimanche. Le
symbole est fort, mais les conséquences concrètes vont être très limitées pour Porsche. L’an dernier, la
marque n’a en effet vendu que 17 %
de véhicules équipés de tels moteurs
dans le monde. Surtout depuis le mois
de février 2018, elle ne proposait plus
de versions diesels. L’annonce de dimanche acte le fait que cette situation va devenir permanente.
Désormais, Porsche va se concentrer sur les moteurs essence et, surtout, les moteurs électrifiés, c’est-àdire hybrides rechargeables (Phev)
et 100 % électriques. Les ventes de
modèles Phev commencent déjà à
être significatives. Porsche indique
ainsi que 63 % des Panamera vendues en Europe sont équipées d’une
telle motorisation. Le groupe va investir 6 milliards d’euros dans l’électromobilité d’ici à 2022. C’est une
nécessité pour tenir les contraintes
environnementales imposées par
Bruxelles.
Porsche n’est pas le premier
constructeur à abandonner le diesel.
Toyota, Nissan et Volvo l’ont déjà
annoncé. La marque suédoise
compte même arrêter la production
de tous ses moteurs 100 % thermiques. En revanche, c’est une première pour une marque allemande. La situation est d’ailleurs paradoxale
outre-Rhin. Volkswagen est à l’origine du « dieselgate » qui a jeté l’opprobre sur cette technologie. Le
géant allemand y reste cependant
très attaché, notamment pour sa
marque Audi, même s’il investit également sur l’électrique. Or Porsche
appartient au groupe Volkswagen.
Oliver Blume fait d’ailleurs très attention aux mots employés dans son
entretien à Bild. S’il explique que
« pour un producteur de voitures de
sport comme Porsche, les moteurs
Diesel n’ont jamais joué un rôle central », il précise aussi que « les
moteurs Diesel modernes restent
attractifs et respectueux de l’environnement ».
E. E.
L’Opep résiste à
Trump et n’augmente
pas sa production
L’Opep et la Russie ont exclu
dimanche toute augmentation supplémentaire de la
production de pétrole dans
l’immédiat. Les membres de
l’organisation, qui se réunissaient à Alger, avaient pourtant été exhortés par Donald
Trump à agir pour faire baisser les cours du baril.
Les États-Unis ayant décidé
d’imposer des sanctions à
tout pays important du pétrole iranien à partir de novembre, les exportations d’or
noir de Téhéran devraient
fortement chuter dans les
mois à venir, au risque d’entraîner une hausse des cours.
Or, un renchérissement du
carburant à l’automne aux
États-Unis, au moment des
élections de mi-mandat, ne
serait pas de bon augure pour
le président américain.
Pour faire pression sur l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, ce dernier
n’avait pas hésité à évoquer
jeudi dernier, sur Twitter, un
lien entre le soutien apporté
par les États-Unis aux pays
du Moyen-Orient et le prix
du baril. Les pays du MoyenOrient « ne seraient pas en sécurité pour très longtemps »
sans la protection des ÉtatsUnis, avait-il rappelé.
Depuis fin 2016, l’Opep et la
Russie se sont engagées à limiter leurs extractions pour
soutenir les cours du baril. La
réunion organisée dimanche
entre leurs représentants
avait pour objectif de voir si
la situation du marché mondial justifiait d’ajuster cet accord.
« Si l’équilibre entre l’offre et la
demande reste satisfaisant,
nous continuons de les surveiller de près et nous répondrons de manière appropriée et
au moment approprié, autant
que cela sera nécessaire », a
indiqué Khalid al-Falih, le
ministre saoudien de l’Énergie, également président du
Comité ministériel de suivi
A. B.
de cet accord.
A
OSKY
FILIALE DE
VOLKSWAGEN,
PORSCHE
ABANDONNE LE
MOTEUR DIESEL
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
24
L'ÉVÉNEMENT
Un budget 2019 pour redonner du pouvoir
aux Français et contenir le déficit sous les
Le projet de loi de finances présenté ce lundi est dans la continuité de la première année du quinquennat Macron.
GUILLUAME GUICHARD
£@guillaume_gui
FINANCES PUBLIQUES Emmanuel
Macron joue gros en cette fin septembre. Au plus bas dans les sondages, il compte beaucoup sur la présentation du projet de budget 2019,
lundi, par le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, et celui de
l’Action et des Comptes publics,
Gérald Darmanin. L’enjeu ? Installer l’idée qu’Emmanuel Macron est
le président du pouvoir d’achat,
non pas celui « des riches », comme
le disait à l’automne 2017 Jean-Luc
Mélenchon en dénonçant la suppression de l’ISF. Pour l’emporter,
l’exécutif doit effacer des mémoires
la hausse de la CSG qui a frappé de
plein fouet les retraités cette année,
ainsi que celle de la fiscalité des carburants qui continuera à peser l’année prochaine sur les prix à la
pompe.
Pour cela, un chiffre devrait être
martelé ces prochains jours : les impôts et cotisations sociales baisseront de 6 milliards d’euros en 2019
pour les ménages. Afin de parvenir
à ce montant, l’exécutif additionne les nouvelles mesures comprises dans le budget 2019.
Soit la suppression d’un
nouveau tiers de la taxe
d’habitation pour 80 % des
ménages (3,8 milliards
d’euros), l’exonération de
cotisations salariales des
heures supplémentaires
(700 millions), le tout
minoré par une nouvelle
hausse des taxes sur les carburants
(2 milliards) et sur le tabac
(400 millions). L’opération débouche sur une baisse d’impôts de
2 milliards d’euros.
L’exécutif embellit cependant
son cadeau aux ménages en ajoutant l’effet sur une année
complète de la baisse
des cotisations sociales des salariés
(4
milliards
d’euros).
En
réalité, cette
mesure a été
appliquée en
2018, mais en
deux temps, ce
qui a minimisé
son impact sur le
budget des ménages concernés
cette année. Certes,
la mesure emportera
son effet maximal en
2019, mais Bercy
l’avait
déjà
comptabilisée lors de la présentation du budget 2018. Il s’agissait
d’afficher, à l’époque, une baisse
d’impôts des ménages de… 6 milliards d’euros.
Quels que soient les chiffres, Emmanuel Macron bénéficiera-t-il des
effets d’annonces liés à la présentation du budget ? Pas
sûr. « Quand on baisse
les impôts, les Français trouvent cela
normal et n’en remercient
pas
leurs
dirigeants », regrette
Dominique
Villemot, avocat
fiscaliste
et
membre du comité politique
d’En marche !,
prenant
en
exemple Lionel
Jospin. Le premier
ministre socialiste
avait
eu
LA DIFFICILE
ÉQUATION
2,8 %
Objectif de déficit
public pour 2019, dont
0,9 point lié à la bascule
du CICE en baisse de
cotisations patronales
0,6
%
de hausse
des dépenses
publiques anticipées
en 2019
4 500
ration des protections individuelles
avec le plan pauvreté, mais aussi logique d’investissement : ce budget
respectera la trajectoire que nous
nous sommes fixée… tout en diminuant le déficit », défend le député
LaREM Laurent Saint-Martin, viceprésident de la commission des finances. Effectivement, le
trou des finances publiques (État, Sécurité sociale et
collectivités
locales) se
comblera de
0,7 point de
produit intérieur brut
(PIB), passant
de
2,6 %
en
2018, à 1,9 %
de PIB en 2019.
Las, cette performance disparaîtra derrière le coût
exceptionnel de la
suppressions de postes
programmées dans
la fonction publique
d’État en 2019
Bruno Le Maire, ministre
de l’Économie (à gauche),
et Gérald Darmanin, ministre
de l’Action et des Comptes
publics.
F. BOUCHON/LEFIGARO, LUDOVIC
MARIN/AFP
LE BAROMÈTRE DES DÉCIDEURS
Réalisé par ViaVoice pour HEC Paris / L / BFM Business
L riorités budgétaires générales
L’adhésion aux mesures gouvernementales
Les économies budgétaires
Le PLF et le PLFSS* seront présentés le 24 septembre. Selon vous, quelles
devraient être les priorités d’Emmanuel Macron et du gouvernement
en ce qui concerne ces projets de loi ?
Êtes-vous favorable aux mesures suivantes, dans le cadre des budgets
de l’État et de la Sécurité sociale pour l’année 2019 ?
GRAND PUBLIC
Pour réduire la dépense publique, pensez-vous qu’il faudrait en priorité…
En % (deux réponses possibles)
La suppression d’un deuxième tiers de la taxe
d’habitation pour 80 % des Français
73 %
62 %
La suppression des cotisations salariales pour
les heures supplémentaires des salariés
59 %
59 %
La transformation du CICE, une aide aux entreprises mise en place
en 2013, en baisse pérenne des cotisations patronales
42 %
50 %
La poursuite de la hausse de la fiscalité
écologique (gazole, taxe carbone)
32 %
50 %
La suppression de 4 500 postes de fonctionnaires
dans la fonction publique d’État
41 %
47 %
La réduction de moitié du nombre de contrats aidés,
pour atteindre les 100 000 par an
29 %
40 %
La revalorisation des pensions de retraite à un niveau inférieur
à celui de l’inflation (0,3%) pour la 2e année consécutive
34 %
36 %
GRAND PUBLIC
DÉCIDEURS
59 %
La hausse du pouvoir
d’achat des ménages
54 %
38 %
La réduction des
dépenses publiques
37 %
La baisse du déficit public
et la maîtrise de la dette publique
27 %
La baisse des impôts
et des charges des entreprises
28 %
28 %
La relance du
commerce extérieur
34 %
15 %
21 %
*Projet de loi de finance
et projet de loi de financement
de la Sécurité sociale
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
C’était la grande absente de l’interview fin août du premier ministre
dans le JDD. Comme si les difficultés
de la rentrée avaient relégué la réforme de l’État, alias « Action publique 2022 » pour la macronie, au
dernier rang des priorités gouvernementales. Initialement, Édouard
Philippe devait communiquer sa
feuille de route en juin, en s’appuyant sur les recommandations du
rapport CAP 2022 rédigé par une
quarantaine d’experts et que Le Figaro avait dévoilées (nos éditions du
17 juillet). Puis l’horizon de la rentrée
avait été évoqué…
Après ces semaines de flou, Matignon semble vouloir reprendre la
main. Des lettres de mission vont
être envoyées aux ministères dans
les prochains jours. Une communication générale est prévue lors du
prochain comité interministériel sur
la transformation publique d’octo-
DÉCIDEURS
En % de réponses positives
bre. Et le premier ministre rencontrera les 1 500 premiers fonctionnaires du pays en décembre.
Manque de souffle politique
Durant l’été, plusieurs ministères
ont publié leurs objectifs de « transformation », selon le vocabulaire officiel. L’emploi, les sports, l’audiovisuel, la santé ou Bercy ont expliqué
comment ils entendaient rationaliser leurs missions. Au programme,
beaucoup de mesures techniques
comme l’unification des réseaux de
recouvrement de Bercy ou des expérimentations locales de fusion entre la mission locale, dédiée à l’insertion des jeunes, et les services de
Pôle emploi… Mille chantiers sont
sur les rails et la Direction interministérielle pour la transformation
publique (DITP) ne chôme pas.
Reste qu’à défaut d’être porté par
une des deux têtes de l’exécutif,
l’ensemble manque de souffle politique et de perspective. D’autant
qu’aucune des réformes annoncées
ne se distingue par son audace. Les
rédacteurs du rapport CAP 2022
avaient pourtant sorti quelques mesures fortes comme le développement des agences autonomes du
pouvoir politique. Frédéric Mion,
directeur de l’IEP de Paris et viceprésident du comité de rédaction,
s’est toutefois défendu la semaine
dernière, devant les sénateurs, de
tout enterrement de son rapport.
« Notre sentiment est que le gouvernement s’est saisi de manière très
concrète de la grande majorité de nos
propositions », a-t-il affirmé.
« Des réformes en faveur de l’efficience budgétaire seront conduites
dans le cadre d’Action publique 2022,
mais aussi des réformes pour renforcer l’efficacité du service public rendu
aux usagers », avait de son côté promis Emmanuel Macron début janvier. Ces réformes devront, a minima, permettre à l’exécutif de tenir
son objectif de baisser de trois points
le taux de dépenses publiques par
rapport au PIB sur le quinquennat… ■
En %
Réduire les dépenses de l'État (budgets des
ministères, des administrations, services publics)
Réduire le nombre
de fonctionnaires
Réduire les dépenses sociales
NSP
4%
Les réformes dans l’expectative
A
beau baisser les impôts en 2001, il
n’était pas arrivé au second tour de
la présidentielle l’année suivante.
Les entreprises ne seront pas
oubliées l’année prochaine. Les baisses de l’impôt sur les sociétés et celle
du forfait social, ainsi que diverses
mesures, permettront d’alléger de
3,5 milliards d’euros les charges fiscales qu’elles supportent. Ce
à quoi il faut ajouter l’effet
exceptionnel et temporaire du remplacement
du Crédit compétitivité emploi (CICE)
par une baisse pérenne des charges
sociales (20 milliards
d’euros). À noter,
certains secteurs seront pénalisés par la
suppression d’aides
spécifiques à hauteur
d’un
milliard
d’euros.
«Baisse de la pression fiscale, amélio-
9%
79 %
8%
8%
10 %
GRAND
PUBLIC
74 %
8%
DÉCIDEURS
Interviews effectuées en ligne, du 13 au 14 septembre 2018, auprès de deux échantillons
distincts : un échantillon de 400 décideurs, représentatif de la population des cadres résidant en
France métropolitaine. Un deuxième échantillon, grand public, de 1 010 personnes, représentatif
de la population française âgée de 18 ans et plus.
Infographie
Une loi de financement de la
de l’État a annoncé une hausse de
2,5 % (contre 2,3 % attendus) des
dépenses en 2019, soit une rallonge
de 400 millions, pour réoxygéner
« Le budget de la Sécu 2019, qui
l’hôpital, « investir », plaide-t-on
reste autonome de celui de l’État,
à Bercy, et créer quelque 4 000
comporte de nombreuses mesures
postes d’assistants médicaux d’ici
sociales », se félicite Olivier Véran,
à 2022, 400 de médecins salariés
député LaREM et rapporteur génédans les déserts médicaux et 1 000
ral du projet de loi de financement
communautés prode la Sécurité sociale
fessionnelles territo(PLFSS).
Beaucoup
riales de santé. Des
sont connues, comme
économies sont atle geste fiscal, annontendues sur le médicé jeudi par Édouard
cament, à hauteur
Philippe, exonérant
d’un milliard, mais
l’année
prochaine
Gain de pouvoir
aussi via la réorgani300 000 retraités mod’achat,
en
année
sation des soins à
destes de plus de la
pleine, lié aux baisses l’hôpital et la modifihausse de 1,7 point de
CSG. Une mesure qui de cotisations sociales cation des modes de
rémunération.
coûtera 350 millions
Le budget de la Sécu financera
d’euros à la Sécu.
aussi les premières mesures sur le
Le PLFSS doit aussi concrétiser
reste à charge zéro, l’allongement
les mesures dévoilées par Emmadu congé maternité des travailleunuel Macron dans les plans santé et
ses indépendantes ou le remplacepauvreté présentés ces deux derment de l’Aide à la complémentainières semaines. Côté santé, le chef
MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault
Action
publique
2022 fera
sentir
ses effets
positifs loi
de finances
après loi
de finances
GILLES LE GENDRE,
PRÉSIDENT
DU GROUPE LAREM
DE L’ASSEMBLÉE
V. BOISOT/LE FIGARO
4
milliards d’euros
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
ENTREPRISES L'ÉVÉNEMENT 2525
d’achat
3%
Principales
missions
de l'État
Variation 2019/2018 en %
Comcast s’adjuge Sky aux enchères
pour 33 milliards d’euros
inflation comprise
(PLF 2019, en milliard d’euros)
Les 3 missions
qui perdent le plus
Le groupe de télévision américain propriétaire de NBC Universal
l’a emporté au finish face à son rival Disney-21st Century Fox.
Travail et emploi
transformation du CICE en baisse de
charges, qui alourdira ponctuellement le déficit de près d’un point de
PIB. Par conséquent, le déficit affiché s’élèvera à 2,8 %, juste sous la
barre des 3 % exigée par les partenaires européens de la France.
Agriculture, alimentation,
affaires rurales
(2,89 mds €)
-10,3 %
Cohésion des territoires
(16,06 mds €)
-7,9 %
4 500 postes en moins
Pour résoudre l’équation budgétaire, le gouvernement s’est toutefois
permis un coup de rabot qui fera
encore une fois mal aux retraités.
Afin d’économiser plus de 3 milliards d’euros, les pensions - mais
aussi le RSA et les allocations familiales - ne seront revalorisées que de
0,3 %, soit bien moins que l’inflation (+ 1,3% hors tabac).
Dans le même temps, les économies structurelles resteront minimes, regrette le Haut Conseil aux finances publiques. L’État ne
supprimera que 4 500 postes de
fonctionnaires en 2019, après 1 600
en 2018. Cela reste loin des 50 000
agents en moins visés d’ici à la fin du
quinquennat. « Nous avons déjà annoncé les réformes de la Justice, de
Bercy, des hôpitaux… mais tout cela
prend du temps pour produire des
économies », avance Amélie de
Montchalin, responsable du groupe
LaREM à la commission des finances
de l’Assemblée. Signe de cette montée en cadence attendue, 10 000
postes seront supprimés en 2020,
promet déjà le gouvernement. Si
l’exécutif veut réaliser la promesse
présidentielle, il lui faudra réduire
les effectifs de l’État de 17 000 postes
par an durant les deux dernières années du quinquennat. ■
Les 3 missions qui
restent stables
Culture
- 0,6 % (2,74 mds €)
Enseignement scolaire
(52,23 mds €) + 0,1 %
Recherche et
enseignement supérieur
(27,9 mds €) + 0,5 %
Les 3 missions qui
progressent le plus
Sport, jeunesse
et vie associative
(1,02 md €)
+ 4,9 %
Solidarité, insertion
et égalité des chances
(20,78 mds €)
+ 5,5 %
Immigration,
asile et intégration
(1,56 md €)
+ 11,6 %
Le pouvoir d’achat,
PRIORITÉ ABSOLUE DES FRANÇAIS
La 5e vague du baromètre HEC des Décideurs confirme que la hausse
du pouvoir d’achat doit être, pour les Français, la priorité du budget 2019.
Toutes les mesures dommageables pour leur portefeuille, « même lorsque
celles-ci sont ciblées sur certains publics uniquement », précise
François Miquet-Marty, le président de Viavoice, sont en effet rejetées :
revalorisation des pensions de retraite à un niveau inférieur
à celui de l’inflation, poursuite de la hausse de la fiscalité écologique…
« À l’inverse, toutes les mesures bénéfiques au pouvoir d’achat sont plus
consensuelles », note Aurélien Preud’homme, le directeur des études :
suppression d’un deuxième tiers de la taxe d’habitation ou des cotisations
sur les heures sup, transformation du CICE en baisse de cotisations
patronales. Mieux, la baisse des impôts des ménages « pour augmenter
leur pouvoir d’achat » doit être utilisée prioritairement pour réduire
les prélèvements obligatoires et préférée à la réduction des impôts
des entreprises « pour doper leur compétitivité et relancer l’emploi »…
L’amélioration du pouvoir d’achat n’est pas la seule attente des Français,
aussi préoccupés par la maîtrise des comptes publics. Mais pas à n’importe
quel prix. Ils rejettent ainsi la suppression de 4 500 postes
de fonctionnaires d’État et la nouvelle saignée sur les contrats aidés.
Pour faire des économies, tous préfèrent que l’État coupe dans ses
dépenses de fonctionnement au lieu de tailler dans les dépenses sociales.
Marc LANDRÉ
Sécu… sans grande surprise
baisse pérenne de cotisations pare santé (ACS) par la CMU-C
tronales, pour 20 milliards, ou la
contributive. Cette mesure devrait
suppression du forfait social sur
toucher 2 millions de Français et
l’intéressement et la participation
coûter un demi-milliard. « Pour
dans les PME, pour 500 millions.
un couple âgé, cette réforme perMais « tous les allègements de cotimettra un gain de 600 euros par an
sation ne seront plus compensés », a
et de 700 euros pour une famille mod’ores et déjà prévenu l’exécutif,
noparentale avec trois enfants »,
dérogeant avec la règle d’or édicindique l’exécutif. Sans oublier la
tée en 2004 qui veut
revalorisation des mique les pertes de renima sociaux (AAH,
cettes ou transferts
minimum vieillesse et
de charges soient inprime d’activité).
tégralement comSur la famille, les velpensés. Alors que la
léités de supprimer le
Sécu doit revenir à
quotient familial ou les
Hausse de l’objectif
l’équilibre dans les
allocations pour les plus
de dépenses
prochaines années,
aisés ont été remisées.
d’assurance-maladie
« les excédents sont à
La priorité est d’aider
(Ondam)
relativiser tant qu’on
les familles modestes,
n’est pas désendetnotamment monopaté », met en garde
rentales, via la dispense
Olivier Véran. De fait, la Cades
d’avance de frais sur le mode de
portait encore 121 milliards d’euros
garde, ou la création de 30 000 plade dette sociale fin 2017 (elle doit
ces en crèches d’ici à 2022.
s’éteindre en 2024) et l’Acoss,
Enfin, le budget de la Sécu pré20 milliards. ■
voit aussi la bascule du CICE en
+ 2,5 %
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
TÉLÉVISION C’est la fin d’une bataille boursière de vingt et un mois
pour le contrôle de l’opérateur
britannique de télévision payante
Sky. Les deux groupes audiovisuels américains, 21st Century Fox
(lui-même en cours de rachat par
Disney) et Comcast se battaient à
coups de surenchères pour s’offrir
la pépite européenne créée par
Rupert Murdoch.
Faute d’offre définitive, le régulateur britannique des fusions et
acquisitions a organisé une procédure d’enchères rarissime ce
week-end, qui s’est conclue samedi soir par la victoire de Comcast. Les deux prétendants ont eu
vingt-quatre heures et trois tours
d’enchères pour se départager.
Une bonne partie des banquiers et
avocats de la City étaient sur le
pont pendant cette procédure exceptionnelle.
Après avoir chacun à leur tour
surenchéri, Comcast a eu le dernier mot en mettant sur la table
17,28 livres par action, contre
15,67 pour Fox. Cela valorise Sky à
29,7 milliards de livres, soit
33 milliards d’euros. C’est près de
trois fois plus que le prix offert il y
a huit ans par Rupert Murdoch
lorsqu’il avait tenté de racheter la
totalité de l’entreprise dont il détient 39 %, et 12 milliards de plus
que ce qu’il avait initialement mis
sur la table fin 2016. C’est le double de la valeur de Sky en Bourse à
ce moment-là. Entre-temps,
Comcast est entré dans la danse au
début de cette année, entraînant
cette envolée.
Le groupe 21st Century Fox de
Rupert Murdoch n’est pas totalement perdant : il pourra céder ses
39 % à Comcast à ce prix élevé, s’il
souhaite s’en défaire, ce qui n’est
pas encore décidé. Les administrateurs indépendants de Sky ont
pour leur part recommandé aux
actionnaires de céder leurs titres.
« Comme membre d’un Comcast
agrandi, nous pourrons continuer
de nous développer et renforcer notre position de leader des médias en
Europe », argumente le directeur
exécutif de Sky, Jeremy Darroch.
La clôture est prévue le 10 octobre. Parallèlement, Fox fait l’objet
d’une opération de rachat à
71 milliards de dollars (60 milliards d’euros) de la part du groupe Disney. Ironie du sort, Comcast
tient sa revanche sur le créateur
de Mickey, qu’il avait échoué à
racheter en 2014.
Premier League de foot,
films, séries
« C’est un grand jour pour Comcast », a salué samedi soir son
président, Brian Roberts. Cette
acquisition va permettre au propriétaire de NBC Universal de
contrebalancer une base déclinante d’abonnés à la télévision
par câble aux États-Unis en
s’étendant en Europe. Fondé en
1989 par Rupert Murdoch, Sky est
né de la fusion entre deux bouquets britanniques de télévision
par satellite. Très rentable, il possède 23 millions d’abonnés à ses
bouquets de télévision payante en
Grande-Bretagne, en Italie, en Allemagne et en Autriche. Ses abonnés britanniques payent en
moyenne 47 livres (52 euros) par
mois pour ses services.
Pour ce prix, ils s’offrent les
matches de la Premier League de
foot, un catalogue de plus d’un
millier de films et 350 séries en vidéo à la demande. Le groupe produit également des programmes
originaux, comme la série The
Young Pope avec Jude Law. Les
abonnés peuvent regarder et enregistrer ces contenus à la demande indifféremment sur tous leurs
écrans, TV et mobiles, grâce à un
boîtier nommé Sky Q.
C’est cette technologie innovante qui a séduit les dirigeants de
Comcast quand ils ont commencé à
s’intéresser à Sky il y a un an. Ce
rachat est pour eux une réponse à
l’agressivité d’Amazon et de Netflix
dans l’entertainment. Pour répondre à Netflix, Sky a lancé son propre service de streaming Now TV.
Cette bataille boursière reflète la
course aux contenus des géants des
médias, un marché de plus en plus
concurrentiel aiguillonné par la
pression des acteurs de l’Internet. ■
Très rentable en Europe,
Sky possède 23 millions
d’abonnés à ses
bouquets de télévision
payante en GrandeBretagne, en Italie
(ici le siège de Sky Italia
à Milan), en Allemagne
et en Autriche.
LUCA BRUNO/AP
Laurent Berger : « Il faut un État stratège
et pas un État budget »
Le patron de la CFDT était l’invité du « Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI ».
que
« Cela CFDT
va défendre,
c’est
de refonder
le système
et ne pas
pénaliser
les gens sans
emploi
»
LAURENT BERGER
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
SOCIAL La réforme de l’assurancechômage est l’un des chantiers de
rentrée du gouvernement. Il a
l’ambition d’y réaliser plusieurs
milliards d’euros d’économies sur
trois ans. Invité du « Grand Jury
RTL-Le Figaro-LCI », Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT,
compte bien peser dans ces négociations. « Nous ne pratiquons ni la
politique de la chaise vide, ni celle du
chèque en blanc », a-t-il expliqué.
Et il y a matière à négociations.
« Ce que la CFDT va défendre, c’est
de refonder le système et ne pas pénaliser les gens sans emploi », explique Laurent Berger. Qui fixe
toutefois « une ligne rouge »
concernant la dégressivité des allocations, un sujet que le gouvernement envisage de placer dans le cadre des négociations. « Aucune
étude économétrique n’a prouvé l’efficacité de la dégressivité », a expliqué le patron de la CFDT. Pour lui,
la seule justification à cette mesure
est liée à l’idée que les personnes
sans emploi profiteraient du système. « Il faut arrêter avec l’idée que
les chômeurs se la coulent douce »,
s’insurge le dirigeant syndical.
Pour lui, le chômage français de
masse s’explique par un problème
d’inadéquation entre les besoins
des entreprises et les compétences
des chômeurs, ce qui justifie un effort d’accompagnement impor-
Laurent Berger, invité du « Grand
Jury RTL-Le Figaro-LCI »
dimanche. RTL /F. BUKAJLO / SIPA PRESS
tant. Mais également un manque
d’investissement de la part de
l’État. « Il faut un État stratège et
pas un État budget », a critiqué
Laurent Berger, pointant, par
exemple, un manque cruel d’investissement dans la transition
écologique, qu’il perçoit comme un
formidable pourvoyeur d’emplois
dans le futur.
« Sur le chômage, ce n’est
pas la bonne méthode »
Il se garde de commenter l’objectif
du gouvernement, qui vise un taux
de chômage de 7 % à la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron.
Mais estime que, dans le domaine
de la lutte contre le chômage, « ce
n’est pas la bonne méthode ». Pour
autant, Laurent Berger refuse de
verser dans une critique générale
du gouvernement, qui, « après 15
mois aux manettes, n’est pas responsable de tous les maux actuels ».
Il décerne même quelques bons
points, notamment en ce qui
concerne les plans pauvreté et santé, récemment présentés. L’idée
d’un revenu universel d’activité lui
semble également une bonne idée.
Et l’obligation de s’inscrire dans un
parcours d’insertion ou de ne pas
pouvoir refuser deux offres d’emploi sans le perdre ne lui fait pas
peur, des contraintes ayant toujours existé. Pour le dirigeant syndical, « il n’y a rien de nouveau sous
le soleil », puisque le RMI et le RSA
étaient déjà liés à une logique d’insertion.
Cette volonté de ne pas verser
dans un débat politique explique le
refus de la CFDT de s’associer à la
journée de mobilisation voulue par
la CGT et FO, le 9 octobre prochain.
« De ce que j’ai compris, c’est une
manifestation contre le gouvernement, et nous ne sommes pas dans
cette logique, explique Laurent Berger. Ce qui m’intéresse, c’est de peser sur le réel. » Une position pas
forcément dépourvue d’arrièrepensée électorale. En décembre
prochain, les fonctionnaires vont
élire leurs représentants. La CFDT,
premier syndicat dans le privé, y
est ambitieuse. ■
A
(13,1 mds €)
-14,8 %
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
26 ENTREPRISES
Moins accro au cola, Coca avale Tropico
Poussé à moins dépendre de sa boisson-phare, le géant d’Atlanta rachète la marque de boisson aux fruits.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
BOISSONS « L’ambition de CocaCola est de répondre aux attentes
des consommateurs du matin au soir
partout dans le monde, assure
François Gay-Bellile, président de
Coca-Cola Company France. Or les
boissons gazeuses ne satisfont pas
cette exigence. » Pour étancher la
soif des Terriens, le géant d’Atlanta
multiplie les acquisitions. Quelques jours après avoir signé la plus
importante de son histoire en s’offrant Costa Coffee pour 4,3 milliards d’euros, le groupe a conclu
vendredi celle de Tropico. Avec
cette boisson aux fruits (29 millions
d’euros de chiffre d’affaires) pro-
priété de la famille Folliet depuis
2005, le groupe réalise son premier
achat d’une marque française.
« C’est dans la continuité de nos efforts de diversification lancés en
2017, avec au moins un lancement
par an sur une catégorie où nous ne
sommes pas ou peu présents, détaille François Gay-Bellile. Or nous
n’avions aucune boisson plate aux
fruits en France. »
Incubateur parisien
Au niveau mondial, The Coca-Cola
Company cherche à réduire sa dépendance à sa boisson phare (lire
ci-dessous) en étendant sa présence sur d’autres catégories de boissons. Or sa filiale française était à la
traîne : en 2017, Coca, Fanta et
BOISSONS PLATES
AUX FRUITS
Sprite représentaient 90 % de son
activité. Surtout, propriétaire
d’Oasis en Angleterre, de Fruitopia
aux États-Unis ou de Cappy en Europe de l’Est, Coca était absent des
boissons plates aux fruits en France, où cette catégorie est croissance. « Deux options s’offraient à nous
: construire ou lancer une de nos
marques présentes à l’étranger ou
racheter une boisson existante », résume François Gay-Bellile, qui a
lancé en deux ans deux offensives
dans le bio et le thé glacé avec Honest et Fuze Tea. Même s’il se frotte
au leader Lipton Ice Tea (PepsiCo),
Coca France estime avoir atteint
deux fois ses objectifs avec Fuze Tea
(6 % du marché).
Avec Tropico, le géant d’Atlanta
mise sur une marque jouissant de
78 % de taux de notoriété en France.
Face à Oasis (Orangina-Suntory),
qui truste plus de 50% du marché,
Tropico est un poids léger, avec
moins de 5 %. « L’objectif est de
franchir 10 % de part de marché dans
les trois ans », révèle François GayBellile. Passée du giron d’Unilever à
un fonds d’investissement en 2002,
la marque a été délaissée. Mais depuis son rachat en 2005 par Folliet,
elle a vu son chiffre d’affaires multiplié par vingt, grâce à son arrivée en
grandes surfaces. Plus légère que les
jus de fruits (elle est composée à
85 % d’eau), elle garde un potentiel
important, selon Coca-Cola.
« Il faut moderniser cette marque,
créée en 1982, qui a une forte notoriété
20 ANS DE DIVERSIFICATION
JUS DE FRUITS
En rachetant Tropico,
Coca-Cola mise
sur une marque
bénéficiant d’une
excellente notoriété
en France.
1998
BOISSONS
CHAUDES
2007
Le rachat de Tropicana
par PepsiCo, en 1998,
était un premier pas
vers des produits plus
sains (« Good for you »
et « Better for you » en
langage maison)
1998
Rachat de Tropicana
Tentative de rachat
d’Orangina
2001
1999
Acquisition de Quaker
Oats
Lancement de l’eau
Dasani
EAU GAZÉFIÉE
2005
Coca s’est offert fin
août pour 4,3 milliards
d’euros l’anglais Costa
Coffee afin de diversifier
encore son portefeuille.
ainsi qu’un côté sympathique et nostalgique pour beaucoup de Français. »
Coca-Cola travaille sur son centre de
développement bruxellois à élargir
l’éventail de quatre parfums, ainsi
qu’à des reformulations pour réduire
le taux de sucre sur la recette originale, exotique. Celle-ci pèse pour 70 %
des volumes, aux côtés des versions
orange, tropical et pommes-fruits
rouges. Outre la France et la Belgique,
le groupe n’exclut pas de tester Tropico dans d’autres pays. Les fruits de
ces travaux sont attendus pour 2019.
La filiale française développe dans
son incubateur parisien de nouvelles
boissons. Que ce soit sur le marché du
café à boire ou sur des boissons à base
de plantes (lait de soja…). Le prochain
lancement est attendu en 2020. ■
En 2018, PepsiCo fait
l’acquisition pour
2,8 milliards d’euros
de Sodastream,
un système permettant
de faire son eau gazeuse
maison.
Rachat de la division
produits apéritifs de
Sara Lee (Benenuts)
Rachat de Glacéau
2013
2005
Acquisition des
smoothies Innocent
Tentative de rachat de
Danone
2015
2006
Lancement du lait
Fairlife
Achat des jus de fruits
Naked
2018
2010
Rachat de Costa
Coffee
Acquisition de WimmBill-Dann
2018
2018
Acquisition de Tropico
Acquisition de
Sodastream
Café, eau, lait, jus de fruits… La guerre Coca-Pepsi se poursuit au-delà des sodas
ques prônant la modération des
boissons sucrées et de la soif des
consommateurs pour des boissons
plus naturelles, eau en tête. En
2016, le marché américain a connu
une révolution, la consommation
d’eau y dépassant celle des sodas.
La consommation mondiale de colas est passée de 88,2 à 85,6 millions
de litres de 2012 à 2017. Pour ne rien
arranger, il est impossible de trouver des relais de croissance aux sodas : les Chinois n’ont en effet jamais été fans des boissons
gazeuses.
Boissons au cannabis
Les rois du cola continuent certes
de multiplier les efforts pour freiner ce désamour, à force de petits
contenants, de versions light (Light, Zéro, Stevia pour Coca, Pepsimax pour Pepsi) ou de reformulations de recettes, tel ce Coca-Cola
transparent lancé au Japon. Las.
Rendus à l’évidence que cette contre-attaque ne suffirait pas, ils font
E
E DE R A
RO ET RO E
désormais flèche de tout bois pour
diversifier leurs portefeuilles vers
des marchés plus porteurs.
PepsiCo a été contraint de se lancer le premier. Et pour cause : sa
marque phare a depuis longtemps
perdu la bataille commerciale et
marketing avec le mythique CocaCola sur quasiment tous les marchés. Le challenger s’est même diversifié au-delà des boissons en
1965 avec le géant des chips FritoLay (Cheetos, Lay’s, Doritos, Fritos…). Le rachat de Tropicana, en
1998, était un premier pas vers des
produits plus sains (« Good for
you » et « Better for you » en langage maison) autant qu’un pied de
nez à son rival, propriétaire de Minute Maid depuis 1960.
Thé, eaux, boissons énergisantes, biscuits… Le nouveau terrain
de jeu potentiel est immense. Mais
plus que sur les boissons, PepsiCo
concentre son offensive sur le
snacking, l’apéritif et les céréales.
En 2001, il s’offre Quaker Oats et la
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Ennemis de toujours, Coca et Pepsi
sont enfin sur la même longueur
d’onde : le cola n’est plus l’alpha et
l’oméga de leur stratégie. « Ce qui a
fait notre succès pendant cent trente
ans ne nous emmènera pas pour les
cent trente années à venir », reconnaît James Quincey, le nouveau
patron de The Coca-Cola Company. Un jugement en rupture avec
l’ambition d’un de ses prédécesseurs, qui rêvait, dans les années
1990, que le Coca-Cola… remplace
l’eau. La déclaration du patron du
géant d’Atlanta fait écho au jugement radical lâché en 2015 par Indra Nooyi, PDG de PepsiCo : « Les
sodas sont une chose du passé. »
Trop sucrés, trop caloriques,
trop chimiques, les sodas boivent la
tasse, au moment où les consommateurs sont en quête de davantage de naturel. Entamé à la fin des
années 1990, le phénomène s’accélère depuis dix ans dans les pays
matures, au fil de l’instauration des
taxes sodas, des politiques publi-
Ce qui a fait
notre succès
pendant
130 ans
ne nous
emmènera
pas pour les
130 années
à venir
»
JAMES QUINCEY,
PATRON DE THE COCACOLA COMPANY
ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
Les sodas
sont une chose
du passé. (...)
Les
consommateurs
changent leurs
modes de
consommation
INDRA NOOYI,
PDG DE PEPSICO /AP/SIPA
»
division apéritive de Sara Lee (Bénénuts) en 2005. La même année,
le géant tente une approche amicale avec le français Danone, un des
pionniers du virage vers des catégories plus saines. Mais le français
lui oppose une fin de non-recevoir.
Éconduit, le groupe pousse ses
pions sur d’autres catégories de
boissons, sous l’impulsion d’Indra
Nooyi, arrivée à la tête du groupe
en 2006. Le maître d’œuvre du rachat de Tropicana récidive avec
Naked en 2006, le russe WimmBill-Dann en 2010 et les boissons
aux probiotiques KeVita en 2016.
Aujourd’hui, la moitié des ventes
mondiales du groupe sont réalisées
par des produits jugés « bons » ou
« meilleurs ». Dans nos frontières,
le groupe n’a lancé aucun soda
classique (non allégé en sucre) depuis quatre ans.
La prise de conscience a été plus
tardive chez Coca-Cola, qui a longtemps principalement misé sur ses
historiques Coca, Fanta ou Sprite.
Le géant reste d’ailleurs ultra-leader avec 56 % du marché mondial
des sodas, contre 22 % pour PepsiCo. Après quelques opérations
mineures dans les jus de fruits, le
virage de la diversification est acté
formellement en 2015 par le précédent PDG de Coca-Cola, Muhtar
Kent. À la fois sur les jus de fruits
(Innocent…), le thé (Fuze Tea, Honest Tea…), ou même le lait premium en 2015 (Fairlife). Le groupe
tente aussi les boissons pétillantes
moins sucrées, comme Finley.
S’ils ne rêvent plus que le CocaCola remplace l’eau, les dirigeants
du géant d’Atlanta ont pour ambition que leur portefeuille de boissons puisse satisfaire les besoins des
consommateurs à tous les moments de la journée. Du thé au café
en passant par les jus de fruits et le
lait, le groupe dispose aujourd’hui
de 500 marques « pour répondre localement à toutes les opportunités »,
assure François Gay-Bellile, patron
de Coca-Cola France. Un éventail
pas toujours assez large, d’où les
rachats récents. Mais contrairement à PepsiCo, Coca-Cola n’a pas
à ce stade l’intention de s’aventurer en dehors des boissons sans alcool, même si certains lui prêtent
l’intention d’y ajouter du cannabis.
Avec 35 % de ses ventes mondiales hors sodas en 2017, Coca a fait
une partie du chemin. Mais sa marque historique pèse encore 50 % de
son chiffre d’affaires. Pour enfoncer le clou, il croise le fer désormais
avec Pepsi sur l’eau en bouteilles,
un segment en croissance de plus
de 6 % par an dans le monde.
Échaudé par l’échec du lancement
de son eau Dasani en Europe dans
les années 2000 (les Européens ne
voulant pas payer pour de l’eau du
robinet filtrée), Coca s’aventure
prudemment sur ce créneau sur le
Vieux Continent. Son eau premium
Smartwater, issue du rachat de
Glacéau en 2007, a été lancée en
France chez Monoprix.
PepsiCo a de son côté ouvert largement les cordons de la bourse en
août pour s’offrir Sodastream (un
système d’eaux gazeuses faites
maison) pour 2,8 milliards d’euros.
Il a lancé fin 2016 l’eau premium
Lifewtr (175 millions d’euros dès sa
première année), mais reste un
cran derrière son rival de toujours,
(5,5 % de part de marché, contre
3,2 % pour PepsiCo).
Après cette frénésie de jeux
d’eau, Coca vient de trouver un
nouveau moyen de réchauffer la
guerre avec PepsiCo, en tentant le
pari des boissons chaudes. Il s’est
offert fin août pour 4,3 milliards
d’euros l’anglais Costa Coffee. Un
moyen de diversifier encore son
portefeuille. Mais aussi de s’essayer
à un nouveau métier de la restauration pour être moins dépendant
de ses clients distributeurs. Cette
stratégie offensive lui donne une
longueur d’avance sur PepsiCo,
encore absent de ce secteur. Mais
elle le place aussi plus directement
en face d’autres géants comme
Nestlé. La bataille des boissons est
loin d’être terminée. ■
O. D.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
CHRONIQUES
27
BLOC NOTES
JOMARTIN@LEFIGARO.FR
Les regrets de Bill
Que s’est dit Bill Ford lorsqu’il a
appris qu’Aston Martin valait
6 milliards de dollars ? Nul ne le
sait, mais gageons que le président du célèbre constructeur
automobile américain n’est pas
resté indifférent à l’annonce de
la mise en Bourse du joyau britannique. Il est très probable
même qu’il nourrisse quelques
regrets. Celui de ne pas avoir
vendu la marque préférée de James Bond suffisamment cher.
Ford s’en est séparé il y a onze
ans pour moins de 1 milliard. À
moins qu’il ne juge que le groupe
qui porte le nom de sa famille
s’est montré incapable de tirer
tout le potentiel de cette belle filiale.
Une chose est certaine, les aventures européennes de Ford resteront de bien mauvais souvenirs pour l’industriel américain.
Jaguar Land Rover repris par
l’indien Tata Motors pour
2,3 milliards de dollars il y a juste
dix ans et Volvo cédé au chinois
Geely pour moins de 2 milliards
font la bonne fortune de leurs
nouveaux propriétaires. Leur
valeur serait voisine d’une vingtaine de milliards de dollars pour
chacune d’entre elles. Toutes ces
jolies marques haut de gamme
valent ensemble à peu près
autant que le groupe Ford !
DE L’HYDROGÈNE ?
NON MERCI
Décidément, la France ne veut
pas de la pile à combustible, cette technologie qui permet de fabriquer de l’électricité à partir
de l’hydrogène. C’est assez
étrange car notre pays ne manque pas d’atouts dans le domaine. Il y a quelques jours, Alstom
a mis en circulation en Allemagne des trains alimentés par ces
piles ne rejetant que de l’eau,
pour remplacer les motrices diesels polluantes. Interrogée sur le
sujet, la SNCF répond par une
longue liste de réserves, liées
entre autres au coût de transformation des motrices, à l’origine
plus ou moins verte de l’hydrogène. Une bonne façon d’évacuer le sujet.
Les constructeurs automobiles
français ne sont pas plus allants.
Carlos Ghosn, l’un des pionniers
de la voiture électrique, a fait le
choix de batteries pour ses Renault ZOE et ses Nissan Leaf. PSA
reste discret sur le sujet. Seuls les
équipementiers automobiles et
les industriels se montrent un
peu plus « hydrogénophiles ».
Benoît Potier est de loin le plus
mobilisé. Depuis des années, le
PDG d’Air liquide prêche en fa-
Macron met le holà au matraquage que son parti était prêt à proposer.
veur de cette technologie qui à
ses yeux présente de sérieux
avantages comparée à la batterie. D’abord le temps de recharge - 5 minutes pour faire le plein
d’hydrogène - et l’autonomie :
plus de 600 kilomètres avec une
pile à combustible.
Accordons aussi à Nicolas Hulot
de s’être mobilisé sur le sujet
avec l’annonce en juin dernier
d’un plan quinquennal hydrogène doté de 100 millions
d’euros. Mais il n’est plus ministre, et l’État ne pourra pas faire
grand-chose sans un vrai engagement des industriels. Est-ce
envisageable ? Les acteurs français ne pourront pas rester à
l’écart d’un marché prospère.
Nous n’y sommes pas, mais que
voit-on ? L’Allemagne, qui fait
rouler des trains à hydrogène,
déploie un réseau de stations sur
ses routes. Toyota, leader de
l’hybride avec sa célèbre Prius,
commercialise une voiture à hydrogène. Sans parler de bateaux
ou de camions équipés de cette
technologie. L’hydrogène a tout
d’une technologie d’avenir.
LA POSTE VERSUS SNCF
Bien sûr, tout n’est pas parfait à
La Poste et tout n’est pas à jeter à
la SNCF. Mais lorsqu’il s’agit de
se réformer, c’est le grand écart
entre ces deux grandes institutions publiques : le vélo du facteur est bien plus rapide que le
TGV du cheminot.
Les postiers font passer le Code
de la route ; ils proposent des
services aux personnes âgées ;
on découvre désormais qu’ils
s’occuperont de recenser la population. Ça bouge à La Poste.
Pendant ce temps, « nos amis
cheminots » bataillent à coups
de grèves pour défendre leur
statut, leur temps de repos et le
maintien de tous leurs avantages. Ce que la loi votée au printemps leur a pris, ils comptent le
réintroduire dans la future
convention collective.
Un tel contraste est saisissant
mais s’explique en un mot : la
concurrence. La Poste est tombée dedans avec l’arrivée d’Internet qui a inexorablement réduit le nombre de plis expédiés
chaque année. La SNCF y échappe largement. Les cars Macron,
le covoiturage et les compagnies
aériennes low-costs lui taillent
des croupières, mais rien à voir
avec le choc subi par La Poste.
Forts de leur monopole et de leur
pouvoir de nuisance à l’égard
des clients, pardon des usagés,
les cheminots n’ont qu’une
priorité : défendre leurs acquis. ■
L
es quinquennats se suivent et se ressemblent,
leurs rythmes se reproduisent à l’identique, réglés comme du papier à
musique. Fin août 2013,
quinze mois après l’entrée de François Hollande à l’Élysée, Pierre
Moscovici, ministre des Finances,
déclarait tout à trac : « Je suis très
sensible au ras-le-bol fiscal » (que
ressentaient alors les Français).
Mi-septembre 2018, après seize
mois d’une présidence jupitérienne
au-dessus de la mêlée, Emmanuel
Macron explique à ses conseillers,
dans le style châtié qu’il affectionne : « Arrêtons d’emmerder les retraités » (sic). Avec ce codicille
technique à l’adresse des seniors
soucieux de leurs héritiers : « On ne
touchera pas aux droits de succession tant que je serai là. » Ah mais !
Les collaborateurs zélés du président se sont empressés de diffuser
illico la bonne parole dans son jus
aux saveurs si crues. Tout comme,
quelques mois plus tôt, ils avaient
mis en scène la saillie sur « le pognon de dingue » (sic) censée stigmatiser la gabegie des aides sociales. En France, les finances
publiques se soldent par des formules chocs.
Ainsi va le monde. L’Histoire se
répète toujours, « la première fois
comme tragédie, la seconde fois
comme farce ». Rarement la remarque de Karl Marx n’aura été aussi
pertinente. Le matraquage fiscal
des premières années de Hollande
avait provoqué une fuite des capitaux et une tragédie économique,
ruinant la croissance pendant trois
ans et alimentant l’envolée du chômage. De son poste de secrétaire
général adjoint de l’Élysée, Macron,
spectateur engagé, avait mis en
garde son patron que la France ne
soit un « Cuba sans le soleil ».
Devenu le 14 mai 2017 calife à la
place du calife, le plus jeune président de la Ve République n’a eu de
cesse d’ensoleiller la résidence fiscale des Français. Mais c’est bien
d’une farce dont il s’agit, pas tant au
sens théâtral du terme que culinaire. Car la politique fiscale menée
depuis le printemps 2017 est aigredouce comme un salmigondis.
Côté sucre, la suppression de
l’ISF, la « flat taxe » (taux forfaitaire
de 30 %) sur les revenus financiers,
l’éradication de la taxe d’habitation
pour 80 % des contribuables et
peut-être la totalité d’entre eux, la
fin des cotisations chômage pour les
salariés. Côté sel, la création de l’IFI,
l’impôt sur la fortune immobilière,
les taxes écologiques sur les carburants, l’augmentation de la CSG
pour les retraités et d’autres choses
à venir. Et comme toute farce nécessite un dindon, les retraités douchés par les mesures amères bien
LIVRES
LIBRES
ÉCHANGES
JEAN-PIERRE ROBIN
plus que par les sucrées peuvent
avoir le sentiment d’incarner cet
oiseau de basse-cour réputé pour sa
gourmandise.
Malgré leurs dissemblances apparentes, il existe un dénominateur
commun fondamental entre les fiscalités Hollande et Macron : l’une et
l’autre visent à revigorer le pouvoir
d’achat des Français, certains d’entre eux du moins, grâce à l’impôt
redistributeur. Des riches vers les
moins aisés pour le premier, des
inactifs vers les travailleurs pour le
second.
Déshabiller Pierre...
Au-delà des baratins justificatifs de
quatre sous qui sont prodigués, il
s’agit de déshabiller Pierre pour habiller Jacques. Le but n’est pas d’alléger la fiscalité de tous, car pour
cela il faudrait soit instaurer une
croissance économique de haut calibre qui n’est pas au rendez-vous,
soit décréter un reflux sensible des
dépenses publiques que financent
les impôts. Or on n’en prend pas le
chemin.
Alors que l’étiquette de « président des riches » colle à la peau du
chef de l’État, Christophe Castaner,
en tant que délégué général de La
République en marche (LaREM), a
cru opportun le vendredi 14 septembre de proposer « une réflexion
sans tabou » sur la fiscalité des successions. Cela afin de lutter contre
« la progression des inégalités de
naissance ». Il pensait avoir l’aval
d’Emmanuel Macron, qui, au printemps 2016, avant même d’être
candidat à l’élection présidentielle,
déclarait : « Si on a une préférence
pour le risque face à la rente, ce qui
La facture se cristallise tout
« particulièrement
sur la fiscalité locale,
les taxes foncières entre autres, qui ont
tendance à s’envoler, comme le
constatent actuellement non seulement
les particuliers mais aussi les PME
»
est mon cas, il faut préférer la taxation sur la succession aux impôts
type ISF. » Il aurait pu ajouter « et à
l’impôt sur le revenu ».
C’est un vrai débat, qui mérite
d’être posé. Mais faut-il encore que
les circonstances s’y prêtent et que
l’opinion publique y soit réceptive.
Or ce n’est pas le cas pour la classe
« moyenne supérieure », les 20 %
de gens aux revenus les plus élevés,
soit dix millions d’adultes. Depuis le
printemps 2017, ils sont les grands
oubliés des prétendus « cadeaux
fiscaux », si l’on excepte « les très
riches », comme les qualifie perfidement François Hollande, et qui se
comptent en quelques dizaines de
milliers. Ces derniers ont bénéficié
de la suppression de l’ISF sur les valeurs mobilières, et un cercle un peu
plus large a tiré profit de l’instauration de la « flat tax ». On ne saurait
non plus omettre la fin des cotisations chômage dont les cadres ont
également profité.
Mais au total la majeure partie de
la classe « moyenne supérieure »,
dont le seuil de départ se situe à
36 900 euros annuels pour un célibataire selon le Credoc, a été pénalisée par les réformes fiscales entreprises depuis mai 2017. La facture se
cristallise tout particulièrement sur
la fiscalité locale, les taxes foncières
entre autres, qui ont tendance à
s’envoler, comme le constatent actuellement non seulement les particuliers mais aussi les PME. Car on
ne trouve pas sous le sabot d’un
cheval les 22 milliards d’euros qui
étaient collectés à travers la taxe
d’habitation (TH) amenée à disparaître. Il faut bien que quelqu’un finance les services locaux. L’abolition de la TH ne peut être qu’une
réforme en trompe l’œil.
Voilà pourquoi le président de la
République a dû mettre le holà en
catastrophe au débat, tout à fait légitime en soi, souhaité par son propre parti. Il ne pouvait ignorer le
ras-le-bol fiscal d’une frange minoritaire mais importante qui a
l’impression d’être taillable et corvéable à merci.
BERTRAND GUAY/AFP
JACQUES-OLIVIER MARTIN
L’Élysée tétanisé par le ras-le-bol fiscal
de la classe « moyenne supérieure »
« On ne touchera pas aux droits de succession tant que je serai là », a déclaré le chef de l’État.
IDÉES
Corinne Caillaud £@corinnecaillaud
contre les périls liés aux pressions
économiques et sociales et plus
particulièrement ceux engendrées
par les mutations technologiques
qui déstabilisent les collaborateurs.
Prendre soin de son personnel permet aussi d’éviter les risques psychosociaux (stress, harcèlement)
qui provoquent absentéisme et
turnover.
Franches motivations
COLLECTION PERSONNELLE
ENTREPRISE À contre-courant de
l’ouvrage La comédie (in)humaine,
de Nicolas Bouzou et Julia de Funès,
qui estiment incongrue la notion de
bien-être au travail, Laurence Soulié, responsable transformation RH
chez Stanwell Consulting, et Jean
Benedetti, CEO de One Conciergerie, lui consacrent un « guide inspirationnel pour passer à l’action ».
L’ouvrage rappelle que la qualité de
vie au travail (QVT) n’est pas une
simple vue de l’esprit, mais qu’elle
est définie par un accord national
interprofessionnel de juin 2014.
Alors qu’il y a encore cinq ans le
sujet était marginal, c’est aujourd’hui un marché qui s’est structuré
avec plus d’une centaine d’offres.
Pour les auteurs, deux raisons
principales poussent les entreprises
à investir sur ce sujet. La première
est de nature « défensive ». C’est en
effet un moyen de se prémunir
LAURENCE SOULIÉ ET JEAN BENEDETTI
BIEN-ÊTRE AU TRAVAIL. GUIDE
INSPIRATIONNEL POUR PASSER À L’ACTION
Le second motif est d’ordre « offensif », puisque, en se préoccupant du bien-être de ses collaborateurs, l’entreprise apparaît plus
attractive, notamment auprès des
jeunes générations particulièrement soucieuses de trouver un
équilibre entre leur vie privée et
professionnelle. La QVT est même
envisagée par certaines structures
comme un outil de fidélisation. Elle
permet aussi d’améliorer la performance des salariés. « Quoi qu’il en
soit, notre conviction, c’est que l’entreprise a intérêt à être franche sur
ses motivations », relève Jean
Benedetti. Dans ce guide, les
auteurs présentent un inventaire
des bonnes pratiques. Si start-up et
grands groupes n’en sont pas tous
au même stade, les premières initiatives en matière de bien-être au
travail portent généralement sur
l’aménagement des locaux. Dans
un deuxième temps, ils s’intéressent aux attentes de leurs salariés et
proposent une palette de services
pouvant aller de l’achat de berceaux en crèche aux cours de sport
ou de méditation.
« Beaucoup d’entreprises ont fait
des expérimentations et le bénéfice
n’est pas démontré pour tous », souligne le CEO de One Conciergerie.
Ainsi la possibilité de recourir à un
service de pressing sur son lieu de
travail ne séduit pas. Enfin, les entreprises plus matures font de la
QVT un projet d’entreprise. Leur
démarche fait partie de leur stratégie et est ancrée dans les pratiques
managériales. Dans ce cas, les services proposés aux collaborateurs
sont structurés et mesurés. Ceux
qui permettent de faire du sport
entre collaborateurs, de ne pas
manger seul sont particulièrement
prisés. Ils sont le reflet d’une politique qui amène les gens à communiquer. À ce niveau, le parcours
utilisateur est souvent unifié avec
une application mobile qui agrège
l’ensemble des services. C’est ce
que propose une entreprise comme
Saint-Gobain Distribution Bâtiment France ou encore le Crédit
agricole Île-de-France. Pour
autant, il est difficile d’apprécier
l’efficacité de ces politiques de
bien-être au travail sur l’absentéisme ou le turnover. « Cependant
aucune entreprise n’a fait marche
arrière ou ne s’est dit qu’elle n’était
pas dans son rôle », remarque Jean
Benedetti. ■
A
Quand le bien-être au travail est érigé en stratégie d’entreprise
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
28
DÉCIDEURS
PROPOS RECUEILLIS PAR
Roland
Gomez
YANN LE GALES £@YannLeGales
INTERVIEW Roland Gomez, directeur général du groupe Proman, dévoile comment un groupe
familial challenge des géants.
LE FIGARO.- Proman est
le premier groupe familial
sur le marché français du travail
temporaire et du recrutement.
Une entreprise indépendante
a-t-elle un avenir face à des géants
internationaux comme Adecco,
Manpower et Randstad ?
Roland GOMEZ.- Notre force est
d’être une entreprise familiale
avec de fortes valeurs. Mes parents, mon frère et moi détenons
100 % du capital. Nous ne recevons d’instruction de personne.
Nous venons de nous implanter
aux États-Unis en acquérant 80 %
du capital de la société Paramount
Staffing dont le siège est à Chicago.
Nous continuerons notre croissance dans les années à venir. Nous
travaillons sur le long terme. Il
existe un esprit Proman.
Quelle est votre définition
d’une entreprise familiale ?
L’entreprise familiale doit être
rassurante et protectrice. Elle est
un endroit où il fait bon travailler.
Les salariés savent où va la société
car les patrons sont clairement
identifiés.
Quel est le secret
de votre indépendance ?
L’une des clefs de notre réussite est
de savoir travailler en famille.
Nous nous comprenons. Nous
avons mis en place des automatismes. Nos règles de fonctionnement sont les mêmes depuis la
création de la société en 1990 et ne
sont pas forcément écrites.
Quelles sont vos valeurs ?
Elles sont simples. Ce sont le travail, la transparence, l’honnêteté,
la bienveillance. J’y suis fidèle. Je
travaille beaucoup. Un collaborateur qui m’appelle ne risque pas de
me déranger parce que je joue au
golf. Nous sommes un grand groupe qui a conservé la culture d’une
PME familiale et régionale.
Faites-vous confiance aux salariés
qui vont ont rejoint au départ ?
Des hommes qui nous ont accompagné depuis le début ont grandi
avec nous. En Aquitaine, le collaborateur qui a ouvert la première
agence à Bordeaux il y a quinze ans
gère 35 agences dans le SudOuest. L’ancien chef d’agence
d’Aubagne, près de Marseille, souhaitait rejoindre la Bretagne pour
des raisons familiales. Il a ouvert
une agence à Rennes il y a quinze
AVEC
« Nos valeurs
sont simples »
Le directeur général de Proman
explique comment il dirige le premier
groupe familial français
de travail temporaire.
ans et créé d’autres agences. Il est
directeur pour toute la Bretagne.
Rémunérez-vous mieux
que les concurrents ?
Nous pratiquons des rémunérations médianes par rapport au
marché. Elles tiennent compte des
performances de nos collaborateurs. Nous savons être totalement
transparents pour nos collaborateurs.
Comment prenez-vous
vos décisions ?
Mes parents, mon frère et moi
échangeons beaucoup sur de
nombreux sujets. Le nombre
d’agences, la marge, la croissance,
la conquête de clients, les acquisitions. Une fois que la décision est
prise, chacun l’applique sans arrière-pensée. Nous faisons corps.
Personne ne sort de la réunion en
se disant qu’il est perdant. Dans de
nombreuses sociétés, des managers restent sur leur position.
L’entreprise en souffre. Les salariés manquent de visibilité.
« L’entreprise familiale
doit être rassurante et
protectrice. Elle est un
endroit où il fait bon
travailler », estime
Roland Gomez. PROMAN
ensemble. Nous en avons gagné.
Nous en avons perdu.
Des managers salariés osent-ils
discuter les propositions
des membres de la famille ?
Ce sont des personnes de caractère
qui disent quand elles ne sont pas
d’accord. Elles le font avec bien-
CONFIDENCE
Échangez-vous
avec les autres managers ?
Mon père, ma mère, mon frère et
moi sommes tous les quatre membres du comité de direction qui
compte dix personnes. Il se réunit
chaque semaine. Tous les membres se connaissent bien. Nous
avons mené de grandes batailles
QUELLES PERSONNALITÉS ADMIREZ-VOUS ?
J’admire et respecte mon père qui m’a montré
la voie et a su m’accompagner. C’est un grand
homme qui a fait preuve de bienveillance,
de pragmatisme économique et de bon sens.
Chaudronnier autodidacte, il a construit une
entreprise aux fortes valeurs humaines. Son
parcours personnel a été difficile. Né à Marseille,
il a été élevé par son grand-père, un agriculteur
qui ne parlait qu’espagnol, au pied
de la montagne de Lure dans les Alpesde-Haute-Provence. J’admire aussi André
Einaudi qui a bâti le groupe Ortec qui réalise un
milliard d’euros de chiffre d’affaires. Il a démarré
en reprenant une petite filiale du groupe Onet.
J’avais signé avec lui le premier accord-cadre
quand j’avais 18 ans et demi. C’était important
pour Proman d’avoir une telle référence
dans l’industrie.
veillance. Ce mode de fonctionnement me convient parfaitement. Je
les encourage à oser.
Est-ce une banque qui vous
a permis de réaliser l’acquisition
de la société américaine
Paramount Staffing ?
Non. J’ai recruté un bon professionnel franco-américain qui travaille aux États-Unis il y a quelques mois. Nous nous sommes bien
entendus. J’ai alors décidé de nous
lancer dans l’aventure américaine
Analysez-vous uniquement
les chiffres quand vous réalisez
une acquisition ?
Nous analysons les chiffres. Mais
nous avons aussi besoin que les
personnes avec lesquelles nous
traitons partagent nos valeurs.
C’est pourquoi nous avons réalisé
des acquisitions en Suisse, en Angleterre et aux États-Unis avec des
familles qui ont fondé leur entreprise. Dans notre langage, nous
nous demandons si elles sont Proman compatibles.
Que voulez-vous dire ?
C’est une boutade. Nous nous demandons si la personne avec qui
nous discutons a les pieds sur terre, si chacun comprend les mots
qu’elle emploie.
Mais une famille qui cède sa société
souhaite seulement bien vendre…
TOP
ARESTEANU, ALLAN, LABELLE
MANAGEMENT PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Diony
Lebot
Frédéric Oudéa
Séverin
Cabannes
Philippe
Heim
L’éducation joue-t-elle un rôle
dans votre formation de
dirigeant ?
J’ai été éduqué de manière simple.
Il faut respecter la parole donnée et
tenir ses engagements.
Saviez-vous que vous dirigeriez
un jour l’entreprise ?
Non. À 18 ans, j’étais un garçon
plein de bonne volonté qui aidait
ses parents. J’étais curieux. Je
voulais comprendre et apprendre.
J’observais. Je travaillais dur.
Quels sont vos défis ?
Faire de Proman la 1re entreprise
indépendante de travail temporaire en Europe, et dans le monde,
pourquoi pas !
Proman sera-t-il encore un
groupe familial dans vingt ans ?
C’est l’un de mes objectifs. Je souhaite que le groupe conserve dans
vingt ans les fondations qui font sa
force depuis sa création, que les
salariés conservent leur énergie et
leur enthousiasme. Ce terreau est
indispensable pour grandir. ■
www.decideurs.lefigaro.fr
William Kadouch Chassaing
Sylvie
Rémond
Caroline
Guillaumin
DÉCIDEURS DU Groupe Société générale
Voilà un casting qui n’est pas passé inaperçu.
Comme annoncé au début de l’été, le banquier d’affaires de 40 ans, Sébastien Proto,
ex-Senghor et inspecteur des finances passé
par la sarkozye et la banque Rothschild
- comme Emmanuel Macron -, vient de
1995
rejoindre l’état-major de la Société générale
Après le Budget,
il rallie la Société
comme directeur de la stratégie. Pour prêter
générale
main-forte au directeur général Frédéric
Oudéa, dont le groupe malmené ces derniers
2002
Devient directeur
mois est à la recherche d’un nouveau souffle,
financier délégué, puis
sur fond de résultats décevants , de difficultés
directeur financier
de sa banque de détail en pleine transforma2008
tion et de réglement de plusieurs litiges. De
Est promu directeur
quoi alimenter aussi les rumeurs récurrentes
général du groupe
d’un rapprochement, notamment avec Uni2009
credit… L’une des principales missions de
Devient PDG
Proto est de piloter le plan 2017-2020
2015
« Transform to grow » engagé par Frédéric
Après la dissociation
Oudéa. Mais d’aucuns verraient bien aussi
des fonctions,
dans le brillant impétrant, cochant toutes les
redevient DG
DATES
CLÉS
A
â LES
Philippe
Aymerich
Les familles avec qui nous discutons ont travaillé pendant des années pour construire l’entreprise.
Elles ont recruté des équipes qui
ont transpiré à leurs côtés. Elles
souhaitent donc que le repreneur
s’engage à ne pas casser la société,
qu’il conserve les équipes.
cases, un dauphin pour le grand banquier de
55 ans. D’autant que dans le cadre du règlement du contentieux du Libor, le n° 2 Didier
Valet a dû quitter la banque.
Pour l’heure, alors que le conseil d’administration présidé par Lorenzo Bini Smaghi a
décidé de proposer son renouvellement, l’an
prochain, pour quatre ans, Frédéric Oudéa,
qui fête sa décennie à la tête du groupe, fourbit ses armes. Avec un top management
renouvelé et renforcé après le départ récent,
également, du patron de la banque de détail
Bernardo Sanchez Incera. Mots d’ordre : agilité, innovation, proximité avec réseau et
clients, compréhension des enjeux globaux…
Moins de niveaux hiérarchiques donc, avec
une organisation en business-services units,
un codir de 70 membres et, exception au CAC
40, plus de comité exécutif mais une direction
générale de huit membres. Dont, fait marquant, depuis peu une femme, Diony Lebot
comme DG déléguée, chargée du contrôle.
Cette fidèle, passée par la banque de financement et d’investissement en France et à
l’international avant de rejoindre la fonction
risque en 2015, orchestre dès lors risques,
finance et conformité. Fidèle aussi, depuis
1987, Philippe Aymerich, HEC au parcours
international ayant dirigé la filiale Crédit du
Nord : comme DG délégué depuis mai, il
supervise la banque de détail France et les
ressources. Tandis que Séverin Cabannes,
X-Mines, pilote lui, comme DG délégué aussi,
la banque de grande clientèle et les solutions
investisseurs. L’ancien dirigeant de La Poste
évolue à la Générale depuis 2007. Arrivé la
même année, Philippe Heim, DG délégué
aussi depuis mai, dirige la banque de détail à
l’international ainsi que les services financiers
et assurance. ESCP, Sciences Po et ENA, l’exdircab de Copé au Budget a dirigé la stratégie
puis les finances du groupe. C’est le norma-
lien, William Kadouch-Chassaing, son exbras droit, qui est désormais le grand argentier. Cet ancien de JPMorgan s’est imprégné
de tous les arcanes du groupe depuis 2007.
Enfin, autres visages féminins dans le top
management depuis mai, Sylvie Rémond.
Cette ESC Rouen, fidèle depuis 1985, qui
codirigeait la relation clients et la banque
d’investissement, s’est vue confier la direction des risques. Quant à Caroline Guillaumin, ex-SFR et Alcatel Lucent, recrutée en
2010 par Frédéric Oudéa comme directrice
de la communication, elle s’est aussi vue
confier il y a un an la direction des ressources
humaines. Enfin, Gilles Briatta, secrétaire
général, et Jean-Marc Giraud, inspecteur
général, jouent aussi un rôle important dans
l’état-major, qui vient par ailleurs de s’enrichir d’une directrice de l’innovation avec
Claire Calmejane, ingénieur et HEC, tout juste arrivée de Lloyd’s Banking Group.
C. B.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 24 septembre 2018
29
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lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
30
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Frédérique Bredin : « Les Gafa doivent être
des partenaires de la création européenne »
La présidente du Centre national du cinéma et de l’image animée est l’invitée du « Buzz Média Le Figaro ».
ce est un pays de cinéphiles. Depuis plus de six ans, la fréquentation dépasse les 200 millions. Les
salles ont gagné le pari de l’attractivité alors que les propositions
d’écrans se sont multipliées. Elles
restent une vitrine formidable
pour les films.
PROPOS RECUEILLIS PAR
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
CINÉMA Frédérique Bredin est depuis 2013 la présidente du Centre
national du cinéma et de l’image
animée (CNC). Tour d’horizon des
nombreux chantiers dans un secteur en pleine transformation.
LE FIGARO.- La directive droit
d’auteur vient d’être approuvée par
le Parlement européen.
Êtes-vous optimiste pour la suite ?
Frédérique BREDIN.- Je suis plus
qu’optimiste. C’est une belle et
grande victoire ! Car en juillet, le
Parlement avait tout d’abord refusé
le texte. La France a été en première
ligne sur ce dossier. Le président de
la République, Françoise Nyssen,
tous les créateurs, musiciens, cinéastes, auteurs, se sont mobilisés
pour défendre une création libre et
indépendante en Europe. Ce texte
qui protège les œuvres sur les plateformes de partage de vidéos et
met les créateurs au cœur de l’économie numérique vient d’être approuvé, à une très large majorité.
En réalité, c’était un débat entre la
liberté de création et la captation de
valeur que pratiquent certaines
plateformes qui ne rémunèrent pas
les auteurs de façon juste et proportionnelle. C’est le principe même
du droit d’auteur depuis Beaumarchais. L’autre volet de la directive
porte sur le piratage et la responsabilisation des plateformes dans la
lutte contre ce fléau.
Selon vous, quels seront les points
les plus âprement discutés
avec les Gafa ?
Le piratage. Les professionnels du
cinéma et de l’audiovisuel sont très
vigilants et attentifs à la protection
de leurs œuvres sur Internet. Les
plateformes doivent être les alliés
des créateurs dont elles diffusent les
œuvres. Nous avons franchi un
premier pas, l’an dernier, avec la
signature d’un accord entre Google
et l’Alpa (l’association française de
lutte contre le piratage) afin de retirer les liens vers les sites pirates sur
le moteur de recherche et de permettre aux ayants droit de faire enlever leurs œuvres, postées sans
leur accord, des sites de partage de
vidéos.
Autre dossier : la « taxe Google »,
appliquée en France depuis
cette année. Quelles seront
les obligations qui pèseront
désormais sur les plateformes ?
C’est une autre victoire en Europe
où l’on voit un changement dans la
manière de traiter les plateformes.
La directive dite SMA (services de
médias audiovisuels) consacre un
principe simple : les contributions
financières seront payées dans le
pays où les œuvres sont diffusées
(CA réalisé en France). Les géants
du Net doivent devenir des partenaires de la création française et
européenne, comme tous les ac-
teurs historiques. La France a été
pionnière dans la fiscalité du numérique. Nous avons obtenu une taxation de 2 % sur leur chiffre d’affaires. La « taxe vidéo », qui existe
depuis 1993, a été étendue à Netflix
en 2013 et à YouTube en 2016 afin
de financer la création. C’est un début dans l’intégration de ces nouveaux acteurs à notre écosystème.
Et la directive SMA prévoit aussi un
quota de 30 % d’œuvres européennes. Françoise Nyssen s’est battue
pour obtenir ce niveau, supérieur
aux 20 % d’abord envisagés. C’est
une chance pour la France, premier
producteur de cinéma d’Europe.
C’est le rôle du CNC d’être moteur
et à l’avant-garde pour accompagner la transformation du secteur et
soutenir les créateurs.
train de le faire. La chronologie des
médias va permettre de répondre
davantage aux exigences du public
et notamment des plus jeunes.
L’idée, c’est qu’il puisse regarder
beaucoup plus rapidement et à tout
moment les films en vidéo après
leur sortie en salle.
FRÉDÉRIQUE
BREDIN
dans le studio
du Figaro.
SÉBASRIEN SORIANO
/LE FIGARO
@
Le Buzz
MEDIA
en vidéo sur
www.lefigaro.fr/medias
En termes de fréquentation
des salles et d’équipements, 2018
sera une bonne année en France ?
2018 sera une moins bonne année
que 2017, durant laquelle la fréquentation avait atteint 209 millions d’entrées. La Coupe du monde de football y est sans doute
pour quelque chose ! Mais la Fran-
En innovation, quels sont
les atouts de l’écosystème français
du cinéma ?
C’est une réalité qui n’est pas assez
connue. Le cinéma et l’audiovisuel
représentent une activité très forte
en France. C’est 340 000 emplois et
près de 1 % du PIB, soit plus que
l’industrie automobile ou pharmaceutique. Et dans cette économie, il
y a des filières d’excellence autour
de l’animation, des effets spéciaux
ou de la réalité virtuelle. Nous
avons la chance d’avoir des écoles
de formation reconnues dans le
monde entier, comme les Gobelins
à Paris, mais aussi un vivier de
start-up très innovantes, et, surtout, des talents.
Les Assises de l’égalité ont-elles
permis, comme souhaité, d’établir
une charte pour l’octroi des aides ?
Ces Assises ont permis de faire
émerger des mesures très concrètes. Notamment une mesure visant
à corriger le déséquilibre dans les
équipes de tournage. Elle prendra la
forme d’un bonus de 15 % des aides
pour les équipes dont la moitié des
postes clés (réalisation, direction de
la photo, du son, montage…) sont
occupés par des femmes. L’idée est
de lancer une dynamique, en créant
un effet de levier, qui s’entretiendra
d’elle-même par la suite ! ■
RÉALITÉS
La chronologie des médias devrait
enfin être réformée. Qu’est-ce que
cela va changer
pour les consommateurs ?
La filière doit évoluer et elle est en
AUGMENTÉES
PAR CHLOÉ WOITIER
Le podcast se conjugue au féminin
« Lea trèspodcast
vite
compris
qu’il pouvait
pallier les
manquements
des médias
généralistes.
C’est
le meilleur
endroit pour
laisser parler
celles et ceux
que l’on
entend peu,
sans qu’on les
interrompe au
bout de trois
minutes
»
LAUREN BASTIDE,
NOUVELLES ÉCOUTES
A
CHAQUE MOIS, RETROUVEZ
LE NOUVEAU MAGAZINE DU FIGARO
DÉDIÉ À L’ART DE VIVRE
PA R U T I O N D E M A I N AV E C L E F I G A R O
Un vent féminin souffle dans l’univers du podcast français. Ces derniers mois ont vu fleurir les émissions animées par des femmes,
donnant la parole à d’autres femmes, et se penchant sur des problématiques féminines. Lancé fin
2016, le podcast « La Poudre », animé par Lauren Bastide, a montré la
voie. Cet échange intime d’une
heure avec des personnalités venues d’horizons divers cumule à ce
jour plus de 2 millions d’écoutes.
Depuis, les concepts fourmillent.
« Génération XX » fait le portrait
d’entrepreneuses ; « La Bougeotte »
se penche sur les voyageuses ; « Miroir, miroir » interroge les normes
sociales autour du corps féminin ;
« Un podcast à soi » (Arte Radio)
explore les questions du sexisme en
entreprise ou des maltraitances gynécologiques ; « Club Internet »
(Numerama) donne la parole à des
actrices de l’industrie du numérique. Et la liste est encore longue.
Longtemps corsetée, la parole féminine trouve dans ce média numérique libéré des contraintes
d’antenne un espace qui lui laisse le
temps d’aborder des sujets jugés
ailleurs inintéressants, militants ou
clivants. Cet emballement créatif
démontre que ces programmes répondent à un besoin. Et, sans surprise, l’auditeur moyen de podcasts devient de plus en plus… une
femme.
Ce panorama contraste avec celui
de la radio traditionnelle. Un rapport du CSA, publié l’an passé, démontre que ce grand média de la
voix est dominé par les hommes.
On n’entend ainsi que 38 % de voix
féminines, animatrices comme invitées, sur les ondes. Les plus mauvais élèves sont RMC (21 %) et les
musicales Mouv, NRJ et Virgin Radio (28 %). Les professionnelles se
heurtent à un plafond de verre
lorsqu’il s’agit d’accéder au plus
grand carrefour d’audience, le
7-9 heures : hormis le tandem Nicolas Demorand-Léa Salamé sur
France Inter, toutes les matinales
sont présentées par des hommes.
Et il aura fallu attendre 2018 pour
que le journal le plus écouté de
France, le « 8 heures » de France
Inter, soit confié à une journaliste,
Florence Paracuellos. Ces inégalités
se retrouvent du côté de ceux à qui
on tend le micro. On n’entend que
37 % d’expertes sur les ondes, un
taux guère meilleur du côté des artistes interviewées.
Il est dès lors peu surprenant de retrouver des femmes derrière les
structures professionnelles de podcasts. Louie Média a été fondé par
Charlotte Pudlowski et Mélissa
Bounoua. Gabrielle Boeri-Charles
est directrice générale de Binge
Audio. Lauren Bastide codirige
Nouvelles Écoutes. « Le podcast a
très vite compris qu’il pouvait pallier
les manquements des médias généralistes , a déclaré cette dernière sur
RFI. C’est le meilleur endroit pour
laisser parler celles et ceux que l’on
entend peu, sans qu’on les interrompe au bout de trois minutes. »
Pourtant, nombreux sont les podcasts où les femmes sont absentes.
Les plus touchés sont les émissions
de critique culturelle où des bandes
d’amis donnent leur avis sur des
films ou des jeux vidéo. Un autre
territoire à explorer sont les podcasts où l’on ne parle pas de thématiques purement féminines. Cette
rentrée 2018 est plutôt prometteuse, avec des programmes animés
par des femmes sur les questions
d’identité (« Kiffe ta race »), l’éducation sexuelle (« Qui m’a filé la
chlamydia ? ») ou l’entreprenariat
(« Le Gratin »). ■
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lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 052 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
COLLECTIONS
ESPRIT DE FAMILLE ET
SEX-APPEAL, LA FASHION
WEEK DE MILAN SE TERMINE
EN BEAUTÉ PAGES 36 ET 37
Dolce &
Gabbana
ESSAI
LE RETOUR EN FANFARE DE
L’ASTON MARTIN VANTAGE,
ENTRE GRAND TOURISME
ET PERFORMANCES PAGE 38
Venise la bellissime
CIVICO GABINETTO DEI DISEGNI DEL CASTELLO SFORZESCO/MILAN, PINACOTECA DEL CASTELLO SFORZESCO
À Paris, le Grand Palais se pare des couleurs de Guardi
et de Canaletto à l’occasion d’une exposition fastueuse
sur les arts de la Lagune au XVIIIe siècle. Lumières sur la ville
et ses plaisirs. PAGE 32
Nick Cave et Johnny
Cash en bande dessinée
MORCEAU CHOISI Les deux musiciens sont
l’objet de superbes ouvrages entre biographie
et récit fantasmé.
Olivier Nuc
onuc@lefigaro.fr
ée en septembre 2002, la
collection « Écritures »
de Casterman a révélé au
public francophone le
travail extraordinaire du
Japonais Jiro Taniguchi, tout d’abord
avec le best-seller Quartier lointain
puis d’autres ouvrages inoubliables.
Un départ en fanfare pour une collection destinée aux adultes, qui met
l’accent sur le noir et blanc avec un
format de livres plus proche de celui
des romans que des albums de BD
traditionnelle. Par la suite, on a pu
apprécier les ouvrages originaux signés Catel et Bocquet consacrés à des
figures de fortes femmes, comme
Kiki de Montparnasse, Olympe de
Gouges ou Joséphine Baker.
Voici aujourd’hui que la collection
aborde le domaine musical, à travers
l’adaptation de deux ouvrages de
l’auteur allemand Reinhard Kleist,
grande figure du roman graphique.
Celui-ci s’est penché sur les carrières de deux figures majeures de la
musique populaire anglo-saxonne :
Johnny Cash et Nick Cave. Les personnalités de ces musiciens exceptionnels s’accordent merveilleusement au noir et blanc assez
charbonneux de l’auteur. Celui-ci
N
MIGUEL MEDINA/AFP, DOMINIC FRASER,
excelle dans l’onirisme pur comme
dans les scènes de concert. Artistes
torturés et empreints de culture religieuse, Cash et Cave se sont croisés
une fois en studio, le temps de graver
un duo sur une reprise de Hank
Williams, le classique de 1949 I’m So
Lonesome I Could Cry. Un moment
décrit par Cave lui-même comme un
des sommets de son parcours.
Le chaos intérieur de Cash
Plutôt que de prétendre à une exhaustivité biographique ennuyeuse,
les ouvrages s’attachent plutôt à des
moments clés de la vie des musiciens. Chez Nick Cave, le départ de
son Australie natale et ses ports d’attache successifs à Londres, Berlin et
Sao Paulo sont abordés. Des Boys
Next Door aux Bad Seeds en passant
par The Birthday Party, l’homme a
su se réinventer plusieurs fois, jusqu’à partager le micro avec la figure
de la pop adolescente Kylie Minogue.
Mais le volume consacré à Johnny
Cash est peut-être plus fort encore,
qui restitue le chaos intérieur d’un
homme constamment tiraillé par les
tentations. Dans les pages décrivant
son concert légendaire au pénitencier de Folsom, en 1968, l’atmosphère étouffante et le trac précédent la
performance historique sont restitués à merveille. La musique semble
même sortir des cases tant l’évocation de l’énergie qui traverse les musiciens et les chanteurs est juste. ■
A
LA MUSIQUE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
32
L'ÉVÉNEMENT
H. RIBES/LE FIGARO
MACHA MAKEÏEFF
SCÉNOGRAPHE
Que du
plaisir !»
LE FIGARO. - Collaboration
avec Jérôme Deschamps,
direction de la Criée
à Marseille : vous venez
du théâtre. De quoi vous
êtes-vous inspirée
pour cette scénographie ?
Macha MAKEÏEFF. - De Venise
elle-même et de ses spectacles.
La ville en soi est un théâtre.
Quand on marche dans ses rues,
il y a des places, des arcades
et des ouvertures par lesquelles
on revient toujours sur ses pas.
C’est un jeu, un pur plaisir rien
que d’y flâner.
Vous n’avez tout de même
pas osé les canaux…
Non. Il faut penser au flux
des visiteurs. Mais ils sont là,
partout dans les tableaux. On
voit encore l’eau et on entend
même le bruit du clapot dans
les films, créations immersives
projetées dans l’escalier,
entre les deux étages
du parcours.
La dernière salle est très
réussie avec cette évocation
des attractions de rue.
Francesco Guardi, La Piazza San Marco pendant la fête de l’Ascension, 1777.
CALOUSTE GULBENKIAN FOUNDATION, LISBON/CALOUSTE GULBENKIAN MUSEUM - FOUNDER’S
Bouquet final sur la Lagune
ARTS Par
XVIIIe
un parcours joyeux et chamarré, qui associe tous les arts du
siècle, le Grand Palais ravive les ultimes feux de la République de Venise.
L’
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
incendie d’une huilerie embrase un soir de 1789 les canaux du quartier San Marcuola. Date fatidique ? Dans
le tableau de Francesco Guardi, une foule
contemple cette eau en feu. Voilà l’ultime
spectacle, l’apocalypse grandiose et paradoxale, idéale pour cette Venise qui au
XVIIIe siècle ne tenait plus que comme
décor. L’année 1789 est celle de la mort
du doge Paolo Renier (lire ci-dessous)
dont le portrait, par Ludovico Gallina,
accueille le public avec celui du procurateur Daniele IV Dolfin par un Giambattista Tiepolo héritier de Véronèse. On ne
voit pas une de ses mains, qu’il a perdue
lors d’une bataille contre les Turcs. En
1690, la Sérénissime sait encore rugir.
Mais elle recule et dépense sans compter.
Moins dans les jeux comme on le croit que
dans la construction de sa grande digue.
Ouvriers et marins se remarquent çà et
là dans les cinq splendides Canaletto
d’ouverture. La fontaine autour de laquelle les tailleurs de pierre s’activent sur le
Campo San Vidal n’a pas bougé, contrairement au campanile de Santa Maria della
Carità, tombé en 1744. Francesco Guardi
(fils de Domenico) et Marieschi célèbrent
le Bucentaure, la galère d’apparat toute
dorée à l’or fin que vient de construire
l’arsenal. Ce luxe tapageur n’empêche pas
un quidam de se soulager au bord du
Grand Canal. Telle est Venise, aristocratique et populaire, toujours fantasque. Les
prêts, venus majoritairement des dix musées communaux, réunis par la commissaire Catherine Loisel, le disent brillamment. Guardi détaille avec humour le
Ridotto de San Moisé, à la fois salle de jeu
et lupanar. L’établissement est géré par la
République. Le carnaval y bat son plein.
Avec ses masques blancs et ses tricornes
noirs, la fête est propice à l’anonymat et,
donc, à tous les crimes et à toutes les extases. On interprète Vivaldi jusque dans les
orphelinats de jeunes filles. Le castrat
Farinelli est la star du jour : on en voit le
portrait peint mais aussi des caricatures
dessinées.
Chaque palais, évoqué par des meubles
rococo, des bois incroyablement sculptés,
un épatant reliquaire bénitier en verre
soufflé ou encore ce délirant projet de lit
porté par des hippocampes, se farde à
l’unisson. Ne manque qu’un lustre de Murano. Le prêt aurait coûté une fortune,
dit-on. On ne trouve pas Casanova. Mais à
coup sûr il se cache ici, déguisé ou grimé.
Une porte authentique, dorée et saturée
de chinoiseries, marque la transition entre ces intérieurs joyeusement profanes,
ces collections de marionnettes et d’instruments de musique et une vaste section
consacrée aux commandes d’église. Un
immense Christ parmi les pèlerins d’Em-
maüs, toile de Gianantonio Guardi (frère
aîné de Francesco), atterri on ne sait comment dans la collégiale des Andelys
(Eure), domine la salle. Giambattista Tiepolo crée jour et nuit à croire le nombre
d’études pour fresques ou façades visibles
aux cimaises. Il peint aussi un Holopherne
en victime consentante. Le tyran semble
offrir son cou à une Judith gonflée aux
stéroïdes. Son grand saint Jacques terrassant les Maures (Musée de Budapest) semble l’essence même de la fougue. Quant à
ses caricatures et son hommage à Polichinelle, ils font mouche.
Une Sérénissime fantasmée
On remarque également des artistes sans
doute moins passés à la postérité. Ainsi
Giambattista Piazzetta et ses énigmatiques pastorales ou les sculpteurs Giovanni Bonazza (profil d’Attila grimaçant dans
un grand médaillon de marbre), Antonio
Carradini (Allégorie de la Foi voilée) et
Ganmaria Morlaiter (Adoration des Mages
en hauts-reliefs). Passé l’escalier avec ses
robes de papier suspendues (œuvre
d’Isabelle de Borchgrave) et ses camera
obscura revisitées par le collectif Stereoptik, place à l’étage au mythe de Venise dans une belle scénographie d’arcades et de piazzette dignes de De Chirico.
Sont d’abord évoqués les travaux des
artistes hors de la Lagune. À Paris, Gianantonio Pellegrini imagine les décors de
la banque royale. En Angleterre, Pittoni
rend hommage à Newton tandis que Ricci représente en deux charmants tableaux une répétition d’un opéra de
Scarlatti et que Canaletto lui-même dessine le pont de Westminster en travaux.
Les puissances allemandes et autrichiennes trustent les commandes. Giovanni
Giuliani sculpte pour la cour des Habsbourg. Bellotto est à Dresde. Gianantonio
Pellegrini a pour client le prince Électeur
du Palatinat. Et le prince évêque de
Wurtzbourg recrute les Tiepolo père &
fils ; Giambattista finissant ses jours en
1770 à Madrid.
Sur place ne subsiste à peu près plus
qu’une Sérénissime fantasmée, autoparodique. Un vaste cabinet de curiosités où
dansent les fantômes de la commedia dell’arte. Où les animaux exotiques empaillés
ont remplacé les ménageries naïvement
peintes par Pietro Longhi. Plus tard, à leur
tour, les romantiques adoreront Venise et
sa lumière chatoyante, qu’on dirait si peu
naturelle. Mais précisément parce que la
cité est devenue une belle endormie. ■
« Éblouissante Venise ! Venise, les arts
et l’Europe au XVIIIe siècle », jusqu’au
21 janvier au Grand Palais, 3, avenue du
Général-Eisenhower, Paris VIIIe. Entrée
Clemenceau. Catalogue RMN, 256 p., 45 €.
Sort aussi Casanova, mes années
vénitiennes, anthologie réunie et présentée
par Michel Delon, Citadelles & Mazenod,
448 p., 199 €. Tél. : 01 44 13 17 17.
www.grandpalais.fr
Les tréteaux serviront
le soir pour des concerts
et des spectacles. Acteurs,
chanteurs, acrobates
et musiciens se produiront
d’ailleurs un peu partout
au fil de la visite. J’ai tenu
à ce qu’ils occupent le centre
des espaces et que ce soit
les œuvres qui soient
disposées autour, sans
que cela nuise à leur
contemplation bien sûr.
Vous avez également disposé
çà et là plusieurs animaux
empaillés. D’où viennent-ils ?
Des tableaux de Pietro Longhi
qui représentent
des ménageries foraines,
bien sûr ! Plus sérieusement,
ils nous ont été prêtés par
le Museum d’histoire naturelle.
J’ai tenu pour ce projet
à travailler avec de nombreuses
institutions, notamment
des écoles d’arts appliqués.
Pour ma part, j’ai sorti mon lion
de mon atelier. Il se trouve
dans la première salle et il est
en cage pour symboliser
cette Cité des doges qui,
au XVIIIe siècle, va voir la fin
de son système républicain.
PROPOS RECUEILLIS PAR É. B.-R.
Venise en soi est
un théâtre. Quand
on marche dans ses
rues, il y a des places,
des arcades et des
ouvertures par
lesquelles on revient
toujours sur ses pas
MACHA MAKEÏEFF
»
Bas les masques !
GABRIEL MILESI
13 février 1789. Catastrophe ! Le doge
est mort. Les traditions veulent que l’on
mette fin à toute réjouissance pour célébrer un deuil national. Mais on est en
plein carnaval. Des milliers de gens sont
venus du monde entier s’amuser sur
dans les calle, sur les campi, dans les palais et les alcôves de la Sérénissime. Annoncer la mort du doge serait mettre fin
à la pluie d’argent qui tombe sur Venise.
Il faut sauver les apparences. Le
doge attendra. La mort ne sera annoncée que le 2 mars, le mercredi des Cendres qui met fin au carnaval qui aura
duré six mois.
En cette fin du XVIIIe siècle, Venise
attire plus que tout autre cité dans le
monde. Elle est riche de palais, d’églises… et de courtisanes. Un guide
d’ailleurs a été publié qui en fait le recensement et leur attribue des notes.
Les théâtres, les Opéras sont légion.
Goldoni fait le pari qu’il produira une
LES MATINS.
Guillaume Erner et la rédaction
© Radio France/Ch. Abramowitz
A
du lundi au vendredi > 7H
Retrouvez Eugénie Bastié ou
Alexandre Devecchio demain à 8H57.
franceculture.fr
@Franceculture
en partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
pièce nouvelle chaque mois. On se
précipite. Vivaldi interrompt la messe
pour aller noter dans la sacristie une
mélodie…
C’est la ville des plaisirs, de l’amour
et du jeu. Les fêtes succèdent aux fêtes.
Dans les casinos privés ou officiels, on
mise des fortunes.
Une armée de papier,
des forteresses délabrées
La « Dominante », comme on la surnomme, n’hésite pas à étaler sa fortune, accumulée au fil des siècles, à la
dilapider. Riche, elle l’est ; jusqu’à la
débauche. Les gondoles se parent d’or
et de pierres précieuses. Le Sénat vote
une loi pour les obliger à se couvrir de
noir. En revanche, il échoue à interdire aux femmes de porter des bijoux
après une manifestation où elles se
sont regroupées devant le Palais ducal,
parées de rivières de diamants.
Les nobles sont cultivés. Les salons
littéraires se multiplient. Mais der-
rière les masques se cache celui de la
décadence. Les aristocrates ne remplissent plus leur rôle. Ils refusent
des postes prestigieux comme celui
d’ambassadeur car ils doivent payer
les frais de représentation de leurs
deniers. Devenir doge fait hésiter.
Tout candidat se heurte à sa famille
qui voit d’un mauvais œil une partie
de la fortune dilapidée dans des
charges inhérentes à la fonction.
Manin, le dernier doge, est élu car il
est le plus riche et quasiment le seul
candidat.
Des tentatives de réforme échouent
dans les prisons, parfois dans le sang.
L’aristocratie a tourné le dos à ce qui a
fait sa gloire : le commerce. À l’aventure des mers, à l’audace de leurs ancêtres, elle préfère la tranquillité de la
campagne. Les patriciens ont acheté
des domaines agricoles, des villas dont
les plafonds sont certes peints par Tiepolo, mais qui rapportent peu ; où ils
investissent peu.
En paix depuis un demi-siècle,
Venise a perdu une grande partie de
ses territoires face à l’avancée turque. Son armée est de papier, ses
forteresses délabrées, sa flotte n’est
plus que l’ombre de sa grandeur passée. Dans les possessions de l’empire, traitées comme des colonies, à
Venise même, les idées « jacobines »
se répandent. Les aristocrates des
provinces réclament leur indépendance. La Sérénissime met en vente
la possibilité de s’inscrire dans le
« livre d’or » qui recense les patriciens. Rares sont ceux qui acceptent
d’y figurer.
Il ne restera plus à Bonaparte qu’à
cueillir comme un fruit trop mûr la
ville offerte. En mai 1797, pour la première fois de son histoire millénaire,
des troupes étrangères (françaises)
foulent le sol de la Dominante… ■
« Venise trahie. La Vénitienne de Bonaparte
dans la tourmente révolutionnaire », de
Gabriel Milesi, Éditions Michel de Maule, 23 €.
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LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
CULTURE
33
Violence et érudition
des Motais de Narbonne
ZOOM
Succès pour la collection
du mentor de Damien Hirst
CHRONIQUE Un couple de passionnés d’art ancien dévoile ses trésors
et ses passions secrètes au Musée des beaux-arts d’Orléans.
Adrien Goetz
l faudrait le dessin affectueux et
la tendresse de Sempé pour immortaliser Héléna et Guy Motais
de Narbonne : un couple à l’élégance classique et discrète, incarnant une forme de bonne éducation
à l’ancienne, cerné d’immenses tableaux où rivalisent les scènes les plus
violentes.
Des toiles italiennes et françaises où
se bousculent David brandissant la
tête sanglante de Goliath, Antiochus
ordonnant le massacre de Macchabées, Judith tenant par les cheveux
Holopherne qu’elle vient de décapiter, Agamemnon immolant sa fille
Iphigénie…
Depuis des années, sans se soucier
des modes ni du goût dominant, prenant conseil auprès des conservateurs, au premier rang desquels Pierre
Rosenberg, qui signe dans le catalogue un texte vibrant intitulé « Pourquoi les musées ont-ils besoin (plus
que jamais) des collectionneurs (et
réciproquement) ? », « les Motais de
Narbonne » ont réuni quelques tableaux majeurs et de passionnantes
raretés.
Olivia Voisin, la directrice des musées d’Orléans - qui se sont enrichis
depuis le XIXe siècle grâce à des collectionneurs -, leur a proposé une expérience quasi psychanalytique : vivre durant quelques mois dans un
appartement aux murs vides et tout
prêter. Enthousiastes, ils ont accepté
I
et offrent même à Orléans une peinture génoise qui prendra place dans
les salles.
L’exposition permet des confrontations qui les enchantent : « leur »
autoportrait de Simon Vouet est accroché à côté de celui du Musée de
Lyon ; une huile sur cuivre de Domenico Maria Viani, offerte au Louvre
par le couple en 2009, retrouve son
pendant, qui vient d’être donné au
musée sous réserve d’usufruit et n’a
pas encore rejoint les salles… Il y a
même à l’exposition quelques tableaux qui leur ont échappé, parce
que, parfois, après le coup de marteau du commissaire-priseur en leur
faveur, un musée avait exercé le droit
de préemption.
“
Un des chefs-d’œuvre
de l’exposition demeure
anonyme, un saint
tenant une bible
ouverte, qui fut jadis
attribué à Vélasquez
”
Un des chefs-d’œuvre de l’exposition demeure anonyme, un saint tenant une bible ouverte, qui fut jadis
attribué à Vélasquez : s’agit-il d’un artiste romain, est-ce une œuvre de Ribera ou de son entourage, une des
meilleures peintures de ce caravagesque désigné sous le vocable de « pensionnaire de Saraceni » ?
Faute d’avoir pu l’identifier - en
admettant que Carlo Saraceni n’ait eu
qu’un seul élève -, Héléna et Guy
Motais de Narbonne aiment ces mys-
Gabriel-François Doyen, « Le Sacrifice d’Iphigénie », 1749-1750, huile sur toile,
collection Motais de Narbonne. MUSÉE DU LOUVRE/PIERRE BALLIF
tères, les sujets insolites, les références et les citations. Jamais ils n’ont
cherché les grands noms pour impressionner : leur collection, régulièrement enrichie depuis 1988, rassemble pourtant Charles Le Brun,
Nicolas Mignard, Noël Coypel, François Boucher et ce Sacrifice
d’Iphigénie de Doyen, digne d’un
grand musée.
Mais ils ont aussi Louis Cretey,
Hyacinthe Collin de Vermont ou une
éblouissante Vanité de Simon Renard
de Saint-André, dont Côme Rombout
fournit, dans le catalogue, une subtile
analyse.
Le jour du vernissage, moment décisif où leur passion secrète devenait
publique, le bonheur se lisait dans
leurs yeux. ■
Musée des beaux-arts, Orléans (45)
exposition « De Vouet à Boucher.
Au cœur de la collection Motais
de Narbonne. Peintures françaises
et italiennes des XVIIe et XVIIIe siècles »,
jusqu’au 13 janvier. Catalogue sous
la direction de Viviane Mesqui,
Snoeck, 30 €.
NEW ID
LES ARTS
La vente célébrant
une des collaborations
les plus fructueuses du monde
de l’art contemporain
– celle de Damien Hirst et
de son manager et mentor
Frank Dunphy – a totalisé
plus de 10 millions de livres,
soit plus que son estimation
haute de 7,3 millions de livres,
le 20 septembre chez Sotheby’s
à Londres. 92 % des lots
ont trouvé preneur grâce
à une foule d’enchérisseurs
issus de 43 pays. Le pedigree
de ce collectionneur
(et de sa femme Lorna) qui
a lancé le « bad boy » anglais
issu de la scène des YBA
(Young British Artists) a fait
des étincelles. C’est grâce à lui
que Damien Hirst était devenu
il y a dix ans l’un des artistes
les plus riches du monde.
En court-circuitant le chemin
atelier-galerie et en mettant
lui-même 223 de ses œuvres
aux enchères chez Sotheby’s,
en 2008, Hirst avait alors
empoché 139,5 millions d’euros.
Le 20 septembre dernier, sa
pièce mythique, une toile ronde
jaune parsemée de papillons et
intitulée Smashing Yellow Ball
at Peace Painting, fut disputée
par huit enchérisseurs jusqu’à
298 000 livres. C’est un
Asiatique qui a acheté
N-Chloroacetyl-L-Phenylalanine
(PFS) Crystalline, peint en 1997,
pour 358 000 livres, le triple
de son estimation. La vente
comprenait aussi d’autres
vedettes comme Lucio Fontana,
qui a remporté la plus haute
enchère, 1,1 million de livres,
avec Concetto Spaziale, Attese
(1961), disputée par six
enchérisseurs. Autre lot phare,
Dollar Sign, d’Andy Warhol
(1982), a atteint 730 000 livres
et Rainbow Flower – 7 O’Clock,
de Takashi Murakami,
s’est vendu 137 000 livres.
Alix redevient un géant
de la bande dessinée
oilà qui résonne comme un
coup de tonnerre dans un ciel
bleu : pour célébrer ses
70 printemps, Alix revient
dans une nouvelle aventure
inédite. Bien sûr, pour quelques aficionados, l’icône de la BD franco-belge n’avait
pas disparu. Huit ans après la mort de son
créateur, Jacques Martin (1921-2010), des
repreneurs tels Rafael Morales, Christophe Simon ou Marc Jailloux ont sagement
entretenu la flamme. Mais pour Benoît
Mouchart, le directeur éditorial des éditions Casterman, il fallait un électrochoc.
C’est ainsi qu’il a choisi David B., cofondateur de L’Association, chantre de la
BD alternative indépendante (auteur de
L’Ascension du Haut Mal,
album
autobiographique
contant une enfance singulière auprès d’un frère épileptique), et l’Italien Giorgio
Albertini, historien médiéval, fervent archéologue et
dessinateur compulsif. Ce
tandem basé en Italie a travaillé d’arrache-pied durant
deux ans pour permettre à
l’intrépide Alix un retour
plein de panache, au firmament des héros classiques de
la BD franco-belge. Cette
nouvelle histoire (prépubliée cet été dans Le Figaro
Magazine) se situe en - 46
avant J.-C., au moment où
César livre une bataille
contre le royaume du Pont,
au nord de l’Asie mineure,
qui se situe maintenant vers
la mer Noire. David B. imagine que César - qui souhaite
créer une grande bibliothèque à Rome - charge Alix et
CASTERMAN
V
Enak de rechercher des manuscrits. Arrivés à Samosate, ceux-ci découvrent un
complot ourdi par Pharnace, fils de Mithridate, mythique roi du Pont. César, qui
vient de pacifier Alexandrie (et de brûler
sa bibliothèque), est obligé de remonter
vers Samosate à marche forcée pour
combattre Pharnace. Il arrive donc et le
bat, renversant la situation en une seule
bataille. Il en tirera le fameux « Veni, vidi,
vici »: « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu. »
Au-delà de la vérité historique, parfaitement retranscrite par le scénario signé
David B., l’histoire de Veni vidi vici permet surtout au valeureux héros gallo-romain, devenu l’émissaire de César, de se
remettre en selle de belle manière. Au
menu des réjouissances, David B. et Giorgio Albertini font revenir le fourbe Arbacès, némésis d’Alix, tout en développant
le caractère d’Enak, le fidèle
compagnon d’Alix, ainsi rendu plus mordant et un brin
moqueur. Quant à Alix, il retrouve une certaine fureur
gauloise au cours de nombreuses batailles auxquelles il
participe. Mais ce que l’on
retient surtout de ce 37e album, ce sont quelques envolées fantastiques, joliment
troussées par les auteurs,
ainsi que l’apparition d’un
personnage
remarquable,
une géante aux sentiments
ambivalents (qui se fait appeler Personne, comme jadis
Ulysse face au Cyclope), et
qui marquera durablement
l’esprit des lecteurs. On souhaite assurément qu’elle
puisse un jour prochain revenir se mesurer à l’héroïque
Alix. ■
Alix, tome 37, Veni vidi vici,
de Giorgio Albertini et David B.
(Casterman), 11,95 €.
Corpus
Baselitz
10.6.—
29.10.18
Place Unterlinden, Colmar
musee-unterlinden.com
A
OLIVIER DELCROIX £@Delcroixx
Georg Baselitz, Ach rosa, ach rosa, 2015, huile sur toile, Collection Mr and Mrs Abu-Suud. © Georg Baselitz 2018 – Photo Jochen Littkemann, Berlin
ALBUM L’icône de la BD franco-belge se régénère
sous la plume de David B. et Giorgio Albertini.
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lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
34 CULTURE
Ces ballets contemporains si classiques
DANSE Plusieurs œuvres modernes, adulées
depuis leur création, entrent au répertoire
de compagnies nationales. Une façon
de les pérenniser tout en satisfaisant le public.
P
ARIANE BAVELIER
£@arianebavelier
as de classiques cette rentrée dans
les compagnies nationales de danse.
L’Opéra de Paris ouvre avec Decadance
d’Ohad Naharin et le ballet de Bordeaux
avec Blanche-Neige d’Angelin Preljocaj,
qui entrent à leur répertoire, tandis que le
Ballet de Lyon reprend au Théâtre des
Champs-Élysées Cendrillon de Maguy
Marin. Il n’y a guère que le ballet de Toulouse qui mise sur le tutu et les pointes
pour un hommage à Noureev composé
d’extraits de ses ballets. Pas de classiques
au sens strict et pourtant, Blanche-Neige,
créé en 2008, Cendrillon, créé en 1985, et
Decadance, créé en 2000, le sont à leur
manière. Ce sont des ballets contemporains, suffisamment adulés pour s’inscrire ou se maintenir au répertoire de compagnies nationales.
« Cendrillon était une commande pour
le Ballet de Lyon, se souvient Maguy Marin. Je l’ai pris comme un exercice pour
continuer à faire un travail contemporain
avec un livret et une musique classique.
C’était la première fois que je travaillais à
partir d’une chose déjà écrite. Comment
m’en sortir ? J’ai été saisie par la cruauté
que donnent de Cendrillon ses versions tibétaines ou chinoises, ou même les explications de Bettelheim. » Et la chorégraphe de
situer sa Cendrillon dans un monde de
poupées, pour y bâtir un monde hostile à
un enfant, masquant les visages, épaississant les corps avec des rembourrages
« pour inventer une gestuelle qui permettrait d’éviter le mime, dit-elle. Les répétitions furent un enfer. Les danseurs aux
corps élancés ne comprenaient pas que je
leur façonne un corps pataud, les masques
gênaient leur respiration et je ne savais pas
leur expliquer ma démarche. La première
fut un triomphe, qu’on ne soupçonnait absolument pas avant le lever du rideau. »
« Longtemps, la danse contemporaine,
pour faire ses révolutions, a évolué loin de la
narration, puis elle y est revenue avec son
bagage propre », analyse Angelin Preljocaj dont le Roméo et Juliette signé pour le
Ballet de Lyon en 1990 et qu’on verra encore à l’opéra de Versailles cet automne,
est désormais un classique. Il continue
ainsi son travail ; ses pièces de recherches
lui amènent le matériau pour une narration sans pantomime, manière maudite
par les chorégraphes contemporains.
Blanche-Neige est née ainsi, dans un moment où le chorégraphe avait besoin de
rassembler ses danseurs éparpillés dans
des recherches autour d’un projet fédérateur. « Je l’ai donnée à Bordeaux qui me réclamait une création. Or pour en signer
une, j’ai besoin de connaître les danseurs.
“
Un classique,
c’est une œuvre créée
à un temps donné
et qui au fil
des interprétations
acquiert un statut
devant l’humanité
ANGELIN PRELJOCAJ
”
Transmettre un ballet est le meilleur moyen,
et Éric Quilleré, nouveau directeur de Bordeaux, adore Blanche-Neige. »
Qu’est-ce qui fait qu’une pièce devient
un classique ? « Ça n’est pas forcément la
narration, mais l’usage », confie Yorgos
Loukos, directeur du ballet de l’opéra de
Lyon dont le répertoire ne rassemble que
des classiques du contemporain. L’usage
conjugue le goût du public qui veut voir et
Decadance d’Ohad Naharin à l’Opéra de Paris. Dans la reconnaissance du statut de classique d’une pièce contemporaine,
il importe d’inscrire l’œuvre au répertoire d’une institution dont la pérennité dépasse la vie d’un chorégraphe. MAXIM WARATT
revoir, le choix des directeurs qui jugent
certaines pièces importantes à l’épanouissement d’une compagnie et la passion des
interprètes. Giselle a été sortie d’outretombe par les ballerines qui adoraient
mourir de folie en scène et renaître en flottant dans un costume de tulle blanc. « Un
classique, c’est une œuvre créée à un temps
donné et qui au fil des interprétations acquiert un statut devant l’humanité », analyse Preljocaj, qui insiste sur l’apport des interprétations pour donner son épaisseur à
l’œuvre. Cette consécration peut être immédiate ou pas. May B, l’autre hit de Maguy Marin donné autant que Cendrillon, a
mis des années à s’affirmer comme tel.
« Même si Decadance a 20 ans, même si
je l’ai donné à maintes compagnies, je ne le
considère pas comme un classique parce que
je le recrée à chaque fois. Les séquences des
chaises et de la danse avec le public s’y retrouvent toujours, mais j’intercale entre elles des séquences de mes différents ballets »,
raconte Ohad Naharin. Qui se félicite que
cette pièce créée comme une célébration
de la danse soit donnée dans un lieu aussi
festif que le Palais Garnier. Peu lui importe
que la gestuelle toute en élévation, qui définit l’école française de ballet, soit à l’opposé de sa propre technique ancrée dans la
force et l’explosivité, que les cinquante
danseurs de l’opéra répètent depuis trois
mois. « Quoiqu’on fasse, la gravité est la
force la plus importante de la danse », affirme-t-il, détaillant son bonheur à partager
sa gestuelle et à apprendre sur son art en
travaillant avec de nouveaux interprètes.
Dans la reconnaissance du statut de
classique d’une pièce contemporaine, il
importe d’inscrire l’œuvre au répertoire
d’une institution dont la pérennité dépasse la vie d’un chorégraphe. Cela peut
se faire dès la création, comme Angelin
Preljocaj créant Le Parc, pour le Ballet de
l’opéra de Paris, pièce entrée depuis au
répertoire du Mariinsky, de la Scala et de
Berlin. Ou après : le Ballet de Lyon garde à
son répertoire les chefs-d’œuvre de
Trisha Brown ou de Cunningham, devenus infiniment fragiles depuis la mort de
ces chorégraphes. À l’opposé, Mats Ek,
dont les relectures de Giselle, La Belle ou
Le Lac des cygnes ont largement participé
au renouvellement des classiques du répertoire de grandes compagnies, a préféré qu’elles ne soient plus jouées, de peur
qu’elles soient déformées. Dans le paysage de la danse, son attitude relève de l’exception qui confirme la règle…
Ce succès des classiques contemporains ne saurait cependant chasser du répertoire les ballets impériaux en trois actes nés en Russie au tournant du
XXe siècle. « Un Lac des cygnes bien dansé, c’est merveilleux, dit Angelin Preljocaj.
Mais il ne faut pas oublier qu’un jour
Marius Petipa a été un chorégraphe
contemporain qui créait en studio avec et
sur ses danseurs. » ■
Un duel jubilatoire entre
Machiavel et Montesquieu
THÉÂTRE Marcel Bluwal signe l’adaptation
et la mise en scène d’un texte d’une actualité féroce.
ARMELLE HÉLIOT aheliot@lefigaro.fr
auteur du Prince face à celui de L’Esprit des lois. Cela
se passe aux enfers, mais
surtout dans le ciel du
théâtre. De tous les
« spectacles » que nous offre cette rentrée, l’adaptation, la mise en scène, l’interprétation du pamphlet de Maurice Joly
est le plus jubilatoire et le plus nécessaire.
Publié sous pseudonyme à Bruxelles, en
1864, le Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu valut la censure et la prison à Maurice Joly, avocat et polémiste féroce. Cet esprit lucide s’attaquait alors à
Napoléon III. Des années plus tard, les rédacteurs du Protocole des Sages de Sion
pillèrent ce texte d’une efficacité sidérante.
Joly s’était suicidé en 1878 et on aurait
pu l’oublier, n’était le théâtre. En effet, si
ce texte nous est demeuré familier, c’est
qu’il revient régulièrement en pleine
lumière. Il y a cinquante ans, Pierre Fresnay mit en scène le texte et l’interpréta
avec son compagnon du Neveu de Rameau
de Diderot, Julien Bertheau. Au PetitOdéon, en 1983, sous l’autorité de Jacques
Baillon, c’est Simon Eine, sociétaire de la
Comédie-Française, qui mit en scène le
Dialogue, dirigeant ses camarades Michel
Etcheverry et François Chaumette dans
une version de Pierre Franck. Enfin, plus
récemment, Pierre Tabard conçut sa version, mise en scène par Hervé Dubourjal
dirigeant Jean-Paul Bordes et Jean-Pierre
Andréani. Et Dubourjal lui-même joua
plus tard Montesquieu.
Marcel Bluwal, grand cinéaste, grand
metteur en scène, professeur qui a formé
des générations de comédiens, signe à
son tour une adaptation. Elle est
d’aujourd’hui, mais ne trahit en rien la
pensée de Joly. Avec sagacité et finesse,
Marcel Bluwal a effacé les allusions trop
précises à l’époque de la rédaction et
Conception : GARRIGUES
A
L’
donne une fraîcheur, une actualité sidérante au propos. Dans un espace volontairement abstrait, signé Catherine
Bluwal, des costumes simplement indicatifs, des lumières franches de Jacques
Rouveyrollis, il dirige à la perfection
deux virtuoses. Pierre Santini est Montesquieu, Hervé Briaux est Machiavel.
Le pouvoir, la politique, l’idéal démocratique d’un côté, le pouvoir despotique
et sa manière d’agir, de l’autre. Mais il ne
s’agit en rien d’une rudimentaire exposition de points de vue opposés. Il y a là
toute la sève de l’humain, magnifiée par
l’interprétation des deux comédiens.
Santini avec la sincérité, la profondeur de
Montesquieu, Briaux avec la tranchante
ironie de Machiavel. C’est superbe d’intelligence et de finesse. Jubilatoire ! ■
Théâtre de Poche (Paris VIe),
à 19 h du mardi au samedi, à 15 h dimanche.
Durée : 1 h 20. Tél. : 01 45 44 50 21.
Texte publié aux Quatre-Vents (10 €).
Pierre Santini et Hervé Briaux dans
Dialogue aux enfers entre Machiavel
et Montesquieu. RAYMOND DELALANDE/SIPA
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LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
CULTURE 35
B. HUET/TUTTI COURTESY TEMPLON, PARIS & BRUSSELS
Georges
Mathieu entame
sa renaissance
ENQUÊTE Mondialement célébré
entre les années 1950 et 1970, ce géant
de l’abstraction lyrique a ensuite connu
un long purgatoire jusqu’à sa mort.
Il prend sa revanche sur le marché de l’art.
st-ce le début d’une renaissance pour Georges Mathieu, star française des années 1950-1960 internationalement reconnue et pourtant souscotée ? Tout porte à le croire. Ce n’est pas
un hasard si le galeriste parisien Daniel
Templon organise la première exposition
personnelle de ce fondateur de l’abstraction lyrique. Celui-ci a eu un rôle déterminant sur la scène artistique française,
alors dominée par l’abstraction géométrique, aux lendemains de la Seconde
Guerre mondiale. La trentaine de toiles
de 1960 à 1970 qu’il a réunies en accord
avec la famille démontre la pertinence
d’une peinture qui a marqué l’imaginaire
français. À sa mort, l’essentiel de sa succession est allée à Marika, sa dernière
épouse, d’origine yougoslave, qui possède assez d’œuvres pour lui faire franchir
une nouvelle étape. Mais ne divulge pas
leur nombre pour contrôler, comme il se
doit, son marché.
Fin 1965, la découverte des Capétiens
partout !, accroché dans le grand escalier
du Musée national d’art moderne, fut
pour Daniel Templon un « véritable choc
visuel qui a fait naître (sa) passion pour la
peinture » explique-t-il. Devant l’im-
« Un rattrapage logique »
« À côté de Jackson Pollock, Franz Kline,
Pierre Soulages ou Zao Wou Ki, dont les
toiles s’échangent à des dizaines de millions de dollars, il tient largement la comparaison, observe-t-il. C’est un signe si
dans son livre Art et culture, en 1959, le
critique américain Clement Greenberg a dit
que c’était le plus grand peintre européen,
en voyant ses œuvres à la Kootz Gallery à
New York. » Templon est prêt à vendre
cette pièce phare de son exposition seulement à un musée car « elle est irremplaçable », dit-il, à pas moins de 2 millions
d’euros. « J’ai eu des demandes de la Chine
et des États-Unis pour ses autres toiles
dont sept sont déjà vendues, entre 100 000
et 250 000 euros, des prix très bas par rapport à Soulages, qui vaut maintenant cinq
fois plus cher que son compatriote, précise-t-il. Il y aura un rattrapage logique. Et
cette exposition devrait y contribuer. »
Après une ascension fulgurante entre
les années 1950 et 1970, Georges Mathieu,
qui a été entre les mains des plus grands
L’Écartèlement de François Ravaillac, assassin du roi de France Henri IV (détail), 1960, de Georges Mathieu.
marchands (de Stadler à Drouin en passant par Facchetti) et a connu la consécration grâce à sa rétrospective en 1963
au Musée d’art moderne de la Ville de Paris puis à la publication de son ouvrage
Au-delà du tachisme, a subi un long purgatoire jusqu’à son décès, en 2012.
Aujourd’hui, la tendance semble s’inverser. Pour l’heure, le peintre n’a
qu’une enchère millionnaire à son actif
- 1,1 million d’euros, en 2008 chez Sotheby’s, à Paris, pour L’Abduction d’Henri IV
par l’archevêque Anno de Cologne, huile
sur toile de 1958 de 200 cm × 400 cm mais il est plus présent sur le marché des
enchères, bien que plus de 50 % de ses
transactions restent en France. En privé,
Mathieu a franchi la barre des 2 millions
d’euros. « C’est un marqueur très positif
pour sa cote, je sens un frémissement de
plus en plus tangible », explique le marchand parisien Franck Prazan, qui le défend sur le second marché, avec des
œuvres historiques allant de 1940 à 1960.
Pour la première fois de son histoire,
l’artiste a fait son entrée en force à la foire
d’Art Basel, à Art Unlimited, cette gigantesque manifestation d’art moderne et
contemporain jusque-là réservée aux
installations, sculptures monumentales,
performances et vidéos d’artistes. On n’y
aurait jamais imaginé une peinture de
Georges Mathieu, certes d’un format
géant de 2,5 m × 6 m. « Il y a cinq ans, mon
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« On assiste à une relecture de cet artiste
devenu peintre à temps complet à partir de
1963 et qui a lui-même codifié et mis en
pratique l’abstraction lyrique. C’est non
seulement un grand peintre mais aussi un
peintre qui a marqué l’histoire de la peinture. Après lui, celle-ci ne sera plus jamais
la même », explique ce marchand qui exposera une Limbe de 1947, huile sur toile
de 96 cm × 96 cm, dans un accrochage
consacré à Michel Tapié, à la prochaine
Fiac, en octobre, au Grand Palais. « La
compréhension de son œuvre a été faussée
par l’abondance de ses toiles plus tardives.
Or, c’est le seul peintre de l’École de Paris à
avoir fait des grands formats (comme Manessier), que d’autres ne pouvaient réaliser
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L’intérêt de l’Asie
dans l’étroitesse de leurs ateliers. Et ce
sont eux qui révèlent la force de son œuvre.
Mais il y en a peu en circulation et les collectionneurs ne veulent s’en séparer. »
Pour Mathieu, qu’on l’aime ou pas,
c’est le bon timing. L’Amérique, où il a
longtemps exposé, semble prête à le redécouvrir, à condition qu’un marchand
le défende outre-Atlantique comme le
fait Emmanuel Perrotin avec Hans Hartung, dont il a repris récemment l’« Estate ». L’Asie commence à s’y intéresser.
Après Zao Wou Ki, qui a battu des records
chez Christie’s à Hongkong, pourquoi
pas Mathieu ? Il n’y a pas de raisons pour
que l’artiste n’atteigne, ou ne dépasse, de
Staël, Soulages ou Riopelle. « Le renouveau viendra de ce continent, confirme
Olivier Fau, du département d’art
contemporain chez Sotheby’s, à Paris.
Quand nous l’avons proposé pour la première fois aux enchères à Hongkong, il y a
environ sept ans, le succès a été immédiat. » Désormais, il n’y a pas une vente
sans un Mathieu. Il a même fait une percée à Shanghaï. Le 1er octobre, une toile
tardive datée de 1989, Souffle amer
(97 cm × 130 cm), est proposée entre
78 000 et 167 000 euros. Il ne lui manque
qu’une rétrospective dans un musée
comme le Centre Pompidou. ■
« Georges Mathieu. Les années 1960-1970 »,
Galerie Templon (Paris IIIe),
jusqu’au 20 octobre.
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commerciaux sont des annonces émanant d’agents immobiliers
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annonces, les prix présentés s’entendent nets pour l’acquéreur.
Toutes les annonces des rubriques « appartements » sont réputées
être des lots de copropriétés, sauf mention contraire. Ces biens
faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien
proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à
l’encontre de la copropriété à la date de la parution de l’annonce.
Les honoraires de l’agence immobilière et les commissions de
chaque bien sont consultables sur le site de l’annonceur.
dossier aurait été recalé, explique Franck
Prazan. Je savais que le pari était risqué
mais j’ai vu juste au regard de certains art
advisors qui regardaient jusque-là l’artiste avec condescendance. » En quelques
heures, l’Hommage au connétable de
Bourbon, peint en public à Vienne le
2 avril 1959, s’est envolé pour un peu
moins de 2 millions d’euros, dans une
collection d’entreprise à Varsovie, en
Pologne. À l’honneur aussi chez le Parisien Daniel Templon dans le hall 2, Mathieu a séduit les collectionneurs avec des
toiles des années 1950, entre 100 000 et
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murs de sa galerie de la rue Beaubourg,
L’Écartèlement de François Ravaillac, assassin du roi de France Henri IV, le 27 mai
1610, à Paris en place de Grève (1960), il a
l’intime conviction que Mathieu est « un
immense peintre que le marché n’a pas
encore apprécié à sa juste valeur ».
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lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
36
STYLE
Family business
L’
VALÉRIE GUÉDON
vguedon@lefigaro.fr
ENVOYÉE SPÉCIALE À MILAN
Italie a ceci de particulier que beaucoup de ses grands noms
de la mode – comme la plupart de ses
fleurons industriels - sont des affaires
familiales. Une singularité qui explique sa force et son rayonnement international, les jeunes générations apportant la modernité nécessaire à la
bonne santé de l’entreprise tout en
préservant le précieux savoir-faire
acquis par leurs aînés. Missoni est un
de ses plus radieux exemples. Bien
qu’en juin dernier, le fonds d’investissement transalpin FSI ait acquis
41,2 % de la griffe, « nous possédons
toujours la majorité, souligne Angela
Missoni, PDG et directrice artistique
du prêt-à-porter. Je représente la
deuxième génération à la tête de cette
compagnie et mon but est de la transmettre en bonne santé et pleine d’avenir
à la suivante ». Samedi soir, la famille
au grand complet célébrait les 65 ans
du petit atelier de maille fondé en 1953
par ses parents Ottavio et Rosita Missoni, devenu une marque mondialement connue. Un moment d’émotion
et pas seulement lors du final, quand
Angela est venue saluer entourée de sa
mère, de son frère Luca, sa fille Margherita, son fils Francesco et ses neveux, Giacomo, Ottavio et Marco.
Auparavant, au son d’un magnifique
récital de Michael Nyman (le compositeur, entre autres, de La Leçon de
piano), une farandole de mailles zigzag, intarsia, effets de patchwork, de
textures et de couleurs, superbe démonstration de l’expertise Missoni,
défile sur le parvis du MiCo-Milano
Congressi, face à l’impressionnante
structure signée Mario Bellini. Des silhouettes relax dans l’esprit cocooning
puis de longues robes de fées chaussées de délicates pantoufles de plumes… S’ensuit un festin digne d’un
gargantuesque repas de famille de ce
côté des Alpes. La fête fut aussi belle
que cette collection anniversaire.
Giorgio Armani n’est certes pas une affaire familiale mais, du haut de son empire du luxe dépassant le milliard
d’euros de chiffre d’affaires, M. Armani
reste bel et bien souverain en son pays.
Après une démonstration ce jeudi de sa
force de frappe, faisant défiler la ligne
Emporio Armani dans « son » aérogare
(la griffe trône en lettres lumineuses sur
l’un des hangars principaux de l’aéroport de Milan Linate), c’est en son palais, le siège de son entreprise, qu’il démontre une fois de plus sa puissance.
Une élégance tranquille, sûre d’ellemême, se dégage de cette succession
d’ensembles boléro et pantalon ample
en soie ou organza, de cocons de mousseline brodée de paillettes en rhodoïd
irisé, de robes du soir entièrement recouvertes de pampilles à reflets arcen-ciel, formidable déclinaison de pastels givrés, la palette signature du
maestro. « Une expression pure de la
quintessence du style Armani », prévenait à juste titre la note d’intention.
Roberto Cavalli, lui, a passé la main en
2015. Un an plus tard, le fond transalpin Clessidra, désormais propriétaire,
nomme Paul Surridge directeur artistique. Le Britannique, transfuge de la
mode masculine et adepte d’un minimalisme radical, s’attelle pourtant à
réveiller la griffe qui incarna le glam’
à l’italienne au début des années
2000. « Encore aujourd’hui, les pièces
les plus sexy et les plus provocantes
sont celles qui se vendent le mieux, expliquait-il quelques jours avant le
show. Mon travail est de moderniser
cette allure “bling” qui a fait le succès
de M. Cavalli et l’ADN de la maison, de
la rendre accessible à une nouvelle
clientèle. » Soit ces millennials qui ne
rechignent pas à porter des vêtements
ultracourts et près du corps pourvu
qu’ils soient confortables et adaptés à
toutes les morphologies. Sur le podium, se déhanchent des glamazones
au top de leur pouvoir de séduction,
les sœurs Hadid en tête. Tout en jambes, talons vertigineux et cheveux gominés, elles chaloupent en microrobes drapées de jersey stretch, tailleurs
cyclistes et vestes épaulées juste ce
qu’il faut pour rentrer dans la catégorie « power dressing », fourreaux tulipe entièrement rebrodés de sequins
argentés.
Consuelo Castiglioni a lancé Marni en
1994, avec l’aide de son mari Gianni,
au départ comme la branche prêt-àporter de l’entreprise familiale de
fourrure. Très vite, la mode célèbre
cette créatrice brillante qui n’a pourtant pas de formation spécifique et qui,
en 2016, jette l’éponge, trois ans après
que le holding OTB du milliardaire
Renzo Rosso (Diesel) ait pris le contrôle de son business. Depuis Francesco
Risso, designer passé par la Central
Saint Martins et l’école Miuccia Prada,
a repris le flambeau, poussant un cran
plus loin le curseur de l’exubérance et
du style naïf. Pour sa quatrième collection féminine, le trentenaire inclut le
spectateur dans le processus créatif du
studio. Ses robes en toile à patron laissée bord franc, en cuir brut, en soie
imprimée barbouillée de taches de
peinture, drapées selon la première in-
tention, ressemblent à de bouleversantes sculptures… et à de magnifiques
vêtements.
« Dolce & Gabbana is… Famiglia »,
peut-on lire dans le programme. Le
show s’ouvre sur un tableau vivant,
composé de la star Isabella Rosselini
vêtue d’un peignoir en soie imprimée, entourée de ses enfants, de
l’actrice Monica Bellucci drapée dans
une robe à pois sexy en diable, du top
Eva Herzigova en princesse de
mousseline noire façon Claudia
Cardinale dans Le Guépard, de Carla
Bruni en costume trois-pièces de
brocarts dépareillés. Puis leur emboîtent le pas des modèles d’un jour
plantureuses et des mannequins filiformes, de jeunes vedettes éphémères et des inconnues plus âgées dans
une profusion de fleurs, de dorures,
de strass, de tulles, de dentelle, de
bondieuseries, de macramé… et de
passages. Ce défilé propose un instantané grandeur nature de la « #DGFamily », comme imprimé sur un
pull, famille modèle et inclusive. Cela
tombe bien car l’approche qui vise à
intégrer toutes les femmes, toutes les
morphologies, toutes les cultures et
tous les âges est à la mode. Et, très rafraîchissante sur le podium. ■
PrintempsÉté 2019
COLLECTIONS La Fashion Week de Milan, qui s’achevait hier soir, tire son épingle du jeu
en célébrant les valeurs à l’italienne.
Roberto Cavalli
Hors podiums
SET A/BULGARI
Vous connaissiez le Serpenti, cette
pochette enveloppe du soir à fermoir
tête de serpent. Vous connaissiez ses
déclinaisons de couleurs, de matières,
d’imprimés, etc. Vous avez peut-être
entendu parler de ses éditions
d’exception, comme celle vendue lors
de l’exposition Bulgari actuellement
au Kremlin, à Moscou. Eh bien,
le printemps-été 2019 explore encore
de nouvelles créations dont les cuirs
noirs à chevrons arborent des
chaînettes trois ors sinueuses.
Quelques grandes fortunes pourront
espérer décrocher la pièce unique,
sept grammes d’or pulvérisé sur
l’agneau, trois carats de diamant
et des yeux en tourmaline sur la tête
de serpent. Pour un cercle plus grand
de femmes actives, il existe
désormais le Diamond Blast, un
format de jour en cuir napa velouté,
noir ou rose tendre, à anse amovible
et chaînes permettant de le porter
en bandoulière ou sous l’épaule.
A
Sergio Rossi
L’été prochain, Sergio Rossi
se recentre sur « les lignes
de ses chaussures et la synthèse
esthétique », lit-on dans la note
d’intention. La quintessence de
« l’élégance milanaise » se traduit
par une collection exclusivement
noire et blanche donnant la part belle
aux franges et aux strass. Moins de
souliers spectaculaires auxquels la
griffe avait succombé les saisons
précédentes mais des modèles
féminins, délicats, dont des sandales
minimalistes à fines brides et talons
vertigineux et des pantoufles ornées
de brillants scintillant de mille feux
dès qu’elles se mettent en
mouvement.
Emilio Pucci
Il se murmure qu’un changement à la
tête des collections pourrait advenir
d’ici la fin de l’année. En attendant,
la marque florentine ne sort pas
de sa zone de confort. Bien que les
imprimés ne soient pas exhumés
des archives, ils ne dérogent pas à son
esthétique pop et solaire. Le nombre
de couleurs a été réduit pour donner
un effet monochrome aux liquettes
en soie unisexes, aux caftans
asymétriques sexy, aux robes
brodées de perles multicolores,
aux pantalons palazzo en plissé soleil
aérien. Un vestiaire chamarré
qui invite au farniente et à la vie
hédoniste… On n’en attendait pas
moins de la marque qui a habillé la
jet-set des années 1960-1970 - mais
peut-être un peu plus.
Jimmy Choo
Sandra Choi voulait des souliers aux
lignes strictes mais tout en rondeur.
La quadrature du cercle ? Elle dévoile
des mules, escarpins, sandales à
bouts pointus, haut perchés ou plats.
Mention spéciale aux slingbacks en
cuir métallisé façon papier
d’aluminium, noués sur le coup de
pied. Les Diamond, baskets montées
sur une maxi-semelle transparente,
brodée de cristaux Swarovski,
trouveront preneuses parmi les plus
audacieuses des millennials.
B O N P O I N T. C O M
Bulgari
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LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
37
DANIELE OBERRAUCH, FILIPPO FIOR/IMAXTREE, MAXTREE
STYLE
Dolce & Gabbana
Giorgio Armani
Salvatore Ferragamo
Marni
Porter son âge
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
ENVOYÉE SPÉCIALE À MILAN
Chez Versace, alors que personne
n’est encore arrivé, une journaliste
française s’assied sur le mauvais banc.
Le nez dans son iPhone, elle ne remarque pas les invités qui prennent
place au fur et à mesure, à côté.
Quand elle lève la tête, elle réalise être
au milieu d’une brochette d’influenceurs. Seule parmi des millennials habillés tout de Versace clinquant et
chamarré, mais sans goût, sans âme,
seins refaits pour les filles, moue boudeuse pour les garçons, l’esprit de sérieux en mode Instagram. Dans l’immense vide de l’architecture de la
Piazza Sei Febbraio où se déroule le
défilé, l’immense vide de ces jeunes
gens est patent. Sur eux, la griffe et
ses logos magiques, ses imprimés baroques, son sex-appeal, sa drôlerie
aussi perdent toute magie. Heureusement sur le podium, l’impressionnant
casting redonne du glamour au printemps-été 2019. Moins sportswear
que les saisons précédentes, la silhouette prône une féminité assumée à
travers des robes bondage parfaites
pour les corps athlétiques des sœurs
Hadid mais aussi des modèles plus
sensuels, en satin glissant sur la peau
de mannequins plus âgés dont la toujours sublime Shalom Harlow. Quelques passages sous influence
punk
britannique donnent du
mordant au vestiaire. Et
comme à chaque collection, best-seller en
vue avec le tee-shirt satiné à logo porté par les
tops Kaia Gerber et Vittoria Ceretti, mais aussi
Donatella Versace.
Pas l’ombre d’une fille
sandwich chez Salvatore
Ferragamo, même si la
vénérable
institution
italienne ne cache pas
ses ambitions de recruter une nouvelle clientèle… sans jeunisme excessif. D’où un casting
varié en âge et en morphologies, qui donne de
la réalité au vêtement.
Pour leur deuxième saison en commun, Paul
Andrew, derrière le
prêt-à-porter femme et
les
chaussures,
et
Guillaume Meilland, en
charge du vestiaire masculin, se concentrent sur
le design, la fonctionnaVersace
lité, la beauté des matiè-
res plutôt que sur le marketing. La
difficulté étant de conserver cette
sophistication et cette force des couleurs (ici bleu Caraïbes, orange brûlé,
violet) chères à la maison tout en lui
injectant du cool. Pour ce faire, les
deux designers passent par le
workwear, le vêtement de travail, a
priori antagonique de la féminité bourgeoise de Ferragamo. Et pourtant les
salopettes façon Dickies, chez l’homme comme chez la femme, fonctionnent à merveille, participant à l’énergie des silhouettes plus classiques en
robes à pointes foulard. Le duo travaille aussi cette légèreté des cuirs (notamment du karung teint) et des
constructions tailoring, qui manquaient la première saison. L’homme
de Meilland est particulièrement attirant, réactualisant l’allure des années
1930 (taille haute, pantalon ample et
petit blouson aviateur), chaussé de super « desert boots » en cuir tressé développées par Andrew, chausseur de
formation et désigné pour raviver le
style d´un autre chausseur, le fondateur M. Ferragamo.
Dans cette Fashion Week de Milan
trustée par les grosses marques familiales et les non moins grosses maisons détenues par des fonds d’investissement, qu’il est difficile d’exister
pour les « petits » créateurs. Encore
récemment, Marco de Vincenzo
incarnait le renouveau de la mode
italienne en Italie (les
designers transalpins
ne manquant pas en
France et au RoyaumeUni). En 2014, LVMH
investissait même dans
son capital. Pourtant, il
peine à décoller. On le
regrette car de cette
dernière collection dégage une émotion qui
n’est plus si fréquente.
Inspiré par le souvenir
d’un été d’enfance en
Sicile avec une tante
exubérante venue des
États-Unis, le designer
mixe le kitsch d’imprimés enfantins, les dentelles et les grosses
croix des veuves siciliennes, les tee-shirts
en mesh de football
américain. En bandeson, la reprise du tube
des sixties Il Cielo in una
stanza par Mike Patton
nous fait penser qu’il
serait intéressant que
de Vincenzo s’expatrie
pour une autre Fashion
Week et exporte sa petite musique italienne
aux accents vintage. ■
FILIPPO FIOR/IMAXTREE
Missoni
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lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
38
AUTOMOBILE
Une étoile anglaise
ESSAI Deuxième ligne de modèles
du programme de renaissance d’Aston
Martin, la Vantage joue sur des ressorts
plus sportifs que grand tourisme.
C’
SYLVAIN REISSER
sreisser@lefigaro.fr
est écrit. Comme James
Bond, son meilleur ambassadeur,
Aston Martin ne meurt jamais. La
crise de 2008-2009 effacée et revigorée par l’afflux d’argent frais, la firme anglaise a lancé le plan le plus
ambitieux de son histoire plus que
centenaire. Il doit lui permettre de
produire 14 000 unités par an à l’horizon 2024, lorsque les sept véhicules, à raison d’un par an, auront été
lancés. Pour situer les enjeux,
Ferrari, son principal rival, devrait
friser les 11 000 unités en 2023 avec
son SUV. L’an dernier, pour la première fois depuis 2008, la marque
anglaise a dépassé les 5 000 unités
grâce à la DB11. Un palier qui devrait
être dépassé dès cette année avec le
lancement de la nouvelle Vantage,
l’entrée de gamme (à partir de
155 924 €) et la sportive de la famille.
Un modèle très attendu car la génération précédente avouait treize ans
sur ses papiers d’identité.
La nouvelle Vantage fait donc table
rase du passé. La plateforme en aluminium est celle de la DB11, raccourcie de
284 mm dont 110 mm au niveau de
l’empattement. Elle assure une rigidité
accrue de 30 % par rapport au modèle
précédent. Tout en conservant une
personnalité typiquement Aston, le
style réussit à se distinguer de celui de
la DB11 dont elle partage seulement
30 % de pièces. La Vantage n’a pas fini
de faire tourner les têtes avec sa silhouette agressive mêlant les codes de la
DB10 créée pour le James Bond « Spectre » et ceux du modèle de course
Vulcan. Sa sportivité transpire à travers
sa bouche béante, sa lèvre aérodynamique semblant aspirer l’asphalte et
l’impressionnant diffuseur arrière en
carbone. Lorsqu’ils sont recouverts du
jaune des voitures engagées en compétition, ces éléments ajoutent une touche d’originalité au modèle. Cette forme d’exubérance inconnue sur ce type
de véhicules imprègne notre véhicule
d’essai. La teinte « racing » signe ainsi
les surpiqûres de la sellerie en cuir, le
bloc de la console centrale et une pièce
des contre-portes.
À l’ambiance « grand tourisme » de
la DB11, les designers ont préféré une
présentation plus délurée marquée par
la présence sur le tunnel central des
boutons démarreur et de gestion de la
boîte, des touches de raccourci permettant d’accéder aux fonctions du
système d’information. Les matériaux
et la qualité de l’assemblage ne laissent
planer aucun doute sur le sérieux de la
réalisation mais la présence de l’antique tablette Mercedes gâche le tableau.
Un cœur étoilé
On retrouve l’étoile allemande sous le
capot avant. Actionnaire d’Aston
Martin, la firme de Stuttgart fournit,
pour la troisième fois après la DB11 et
sa variante Volante, le V8 4 litres biturbo de l’AMG-GT de 510 ch. Les Anglais l’ont toutefois accommodé à leur
sauce. Il est débarrassé de la lubrification par carter sec et associé à une boîte automatique ZF à huit rapports placée à l’arrière. Et les motoristes ont
travaillé pour lui faire perdre son accent allemand. L’opération réussie
s’apprécie en actionnant les modes
Sport + ou Track qui conditionnent
une réponse moteur très brutale. C’est
Sous le capot
Moteur
Cylindrée
Type
Puissance
Couple
3 982 cm
8 cylindres en V
510 ch à 6 000 tr/min
685 Nm de 2 000 à 5 000 tr/
min
Transmission
Type
Boîte
Propulsion
Auto. 8 rapports
Dimensions/poids
L/l/h
Coffre
Poids
4 465 × 1 942 × 1 273 mm
350 litres
1 530 kg
Performances
0-100 km/h
Vitesse
3,7 secondes
314 km/h
Consommation/émissions
Les matériaux et la qualité de l’assemblage de l’habitacle de la Vantage ne laissent
planer aucun doute sur le sérieux de sa réalisation. DOMINIC FRASER
que la bête anglaise a du tempérament
à revendre. Une pression franche sur
la pédale d’accélérateur le confirme.
La Vantage atteint les 100 km/h en
3,7 secondes et ne semble jamais vouloir interrompre sa cavalcade inavouable si on n’y met pas le holà. Les
disques ventilés de gros diamètre
(400 mm à l’avant) contribuent à l’efficacité du freinage.
Secondée, c’est une première chez
Aston, par différentiel électronique EDiff, et par une répartition idéale des
masses, conséquence d’un moteur installé en position centrale avant, la berlinette anglaise affiche un comportement très affûté, conciliant une belle
agilité et une motricité remarquable en
sortie de virage. La direction consistante et directe participe à mettre en
confiance. Mais dès que le ruban d’asphalte se dégrade, une situation hélas
devenue trop fréquente sur le réseau
routier français, la Vantage perd de sa
superbe en raison d’une suspension
adaptative trop ferme.
Sur ce terrain accidenté, la Porsche 911 conserve l’avantage. Idem au
niveau de la transmission où, à rythme élevé, la boîte auto ne dégaine
pas aussi rapidement qu’un modèle à
double embrayage. Lorsque le tarmac redevient un billard, la Vantage
vous gratifie de vitesses de passage
en courbes assez impressionnantes
qui font rêver d’une version vitaminée empruntant son V8 à la Mercedes AMG-GTR (585 ch). Côté polyvalence, l’anglaise fait la course en
tête. Le coffre accessible depuis la
Mixte UE
CO2
10,5 l/100 km
245 g/km
Prix
155 924 €
lunette arrière permet de loger deux
sacs de golf et les bagages d’un couple (350 litres). Et si besoin, on peut
glisser un vêtement et un petit sac
derrière les sièges baquets vous installant vraiment plus bas que dans
une DB11. ■
 NOTRE AVIS
Il y a du panache dans cette nouvelle
Vantage qui effectue un retour en fanfare parmi l’élite des berlinettes sportives. À partir d’une DB11, les ingénieurs
ont réussi à développer une voiture très
différente, plus sportive. La Vantage se
distingue de ses rivales par un surcroît
d’élégance et d’exclusivité tout en affichant un tarif mesuré. ■
Une citadine en tenue de baroudeur
CONTACT Pour conquérir des citadins en mal d’aventure, la Fiesta n’hésite pas à revêtir la panoplie du parfait petit SUV.
conséquence. À l’intérieur, la planche
de bord et son grand écran tactile perché en son centre sont conformes à ce
que l’on trouve dans une Fiesta Titanium, à la différence près que la dotation de série de la version Active est encore plus généreuse. Elle reçoit
notamment des sièges sport en série et
un petit volant cuir « traité pour résister
aux crèmes solaires ».
THIERRY ÉTIENNE tetienne@lefigaro.fr
a mode est aux SUV. Qu’à cela
ne tienne, Ford, qui en compte
déjà trois dans sa gamme avec
l’Ecosport, le Kuga et l’Edge,
complète maintenant son offre avec une gamme Active censée métamorphoser une berline en crossover.
Une garde au sol rehaussée, des protections de carrosserie, des barres de toit…
et le tour est joué ! C’est à la dernière
génération de Fiesta que revient le privilège d’inaugurer la recette miracle,
mais elle sera aussi appliquée, sans trop
tarder, à la KA+ ainsi qu’à la nouvelle
Focus. Ainsi, la Fiesta Active voit sa
garde au sol augmentée de 1 cm, tandis
que son conducteur se retrouve assis
presque 2 cm plus haut. Au total, avec
les barres de toit, la hauteur de la Fiesta
Active frise le 1,50 mètre, soit 2 cm de
plus que le modèle standard. Les boucliers spécifiques de la version Active
augmentent aussi sa longueur de 3 cm.
Les cotes d’habitabilité, en revanche,
n’évoluent pas. Seul le volume du cof-
A
L
Le prix à payer
Surélevée ou pas, la Fiesta Active de Ford se distingue par une excellente tenue
de route assortie d’un confort remarquable. FORD
fre, banquette en place, augmente de
9 litres à 311 litres. Bien campée sur ses
roues de 17 pouces, la Fiesta des champs
est parée pour l’évasion. Outre sa garde
au sol portée à 15 cm, ses éventuelles
excursions hors bitume seront facilitées
par des réglages de suspensions spécifiques et un mode de conduite faible adhérence qui ajuste antipatinage et
contrôle
de
stabilité
ESC
en
L’ensemble des retouches apportées à
la Fiesta pour la transformer en crossover sont lourdes de conséquence. Sur la
balance, à motorisation égale, la Fiesta
Active accuse un embonpoint de 77 kg.
Ainsi, la consommation et les émissions
de CO2 de notre exemplaire d’essai,
motorisé par l’excellent 3-cylindres 1.0
litre EcoBoost de 140 ch (22 100 €), ressortent à 5,2 l/100 km et 119 g/km
contre 4,5 l/100 km et 102 g/km pour
une Fiesta standard équipée du même
moteur. C’est le prix à payer, avec des
performances en léger retrait, pour
ressembler à un SUV. Sans compter une
augmentation de tarif de l’ordre de
2 000 € entre une Active Plus et une Titanium. Les amateurs du genre se
consoleront en considérant que cela
reste inférieur au prix d’un vrai SUV
comme l’Ecosport qui est encore
2 000 € plus cher.
La Fiesta Active préserve intactes les
qualités routières de la berline. Surélevée ou pas, cette citadine se distingue
par une excellente tenue de route
assortie d’un confort remarquable. Le
handicap d’une caisse rehaussée est ici
compensé par le montage d’amortisseurs à butées hydrauliques, comme
dans la Citroën C4 Cactus et une
insonorisation soignée. Si l’on met de
côté le low-cost Dacia Sandero
Stepway, hormis la Hyundai i20 prénommée, elle aussi, Active, les autres
citadines grimées en SUV se font rares.
Reste que la vocation d’une Fiesta Active n’est pas si éloignée de celle d’un vrai
SUV urbain tel que la Peugeot 2008. Et,
dans ce cas, le tarif de la Ford est attractif. À noter enfin que les inconditionnels
de la boîte automatique devront se rabattre sur la version 100 ch, disponible à
partir de 20 800 €. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
TÉLÉVISION
À tire-d’aile
Toute l’info du week-end
Europe 1 | 6 heures | Dimanche
I
l y a, vers 7 h 45, lors de la
matinale de Bernard Poirette,
une petite séquence très
intéressante. Elle s’intitule :
« Interview passion secrète ».
Dimanche, la pétillante Amélie
Nothomb, se sentant mouette
ou sterne, nous a révélé
son goût pour Hitchcock et plus
précisément pour ses Oiseaux. On
la comprend, Tippi Hedren était
notre grain de beauté. La blondeur
et la raideur fine de l’actrice
étaient toutes prêtes à se sacrifier
sur l’autel du maître, cet homme
à bretelles qui se sentait trop gros :
« J’ai une passion absolue pour
Hitchcock et pour l’ornithologie.
Il y a une chose que je déteste
dans l’espèce humaine, c’est
l’indifférence profonde qu’elle
nourrit vis-à-vis des oiseaux,
cette présence singulière. Mais
on vit en présence de ce règne ! Ils
seront toujours à côté de nous […],
une présence tellement singulière »,
ajoute la romancière. Façon de
ne pas dire que le metteur en scène
jésuite avait un petit peu peur
des femmes. Hitchcock,
« rigoureux moraliste mangeant
et buvant à outrance », dixit un
de ses biographes, Donald Spoto.
La veille, sur la même station,
Jean-Marie Gourio – ex-rédacteur
en chef de Charlie Hebdo
et de Hara-Kiri - était l’invité
de Laurent Mariotte (« La Table
des bons vivants », 11 heures).
Sa fréquentation des bistrots
l’a rendu célèbre (Brèves de
comptoir). Le zinc, « ce métal
conductible d’amitié », comme
disait Blondin. Il publie au Cherche
Midi J’ai soif ! soif ! soif ! mais soif !.
Ce n’est pas un livre d’alcoolique,
non, un livre de vie, cette vie qui
entre dans la maison, un petit peu
comme le temps qui s’installe
à votre table. On ne peut
s’empêcher de citer ces
quelques « brèves » : « Le pastis,
c’est les vacances, le Ricard,
c’est le boulot », ou encore :
« Lui, il a tout bu. Son foie,
c’est un musée. » Les moineaux
et les tourtereaux volettent.
Le vin était presque parfait.
Figaro top,
Figaro flop
Face à l’information en continu, les journaux
télévisés font de la résistance. Si les grands-messes
du « 20 heures » ont bien changé, elles remplissent
plus ou moins bien leur office.
Picasso à Montmartre à l’occasion de la
magnifique exposition à Orsay.
15/20
CAROLE GAESSLER
France 3, 19 heures, « Le 19-20 ».
Invité : Grégoire Margotton,
GILLES BOULEAU
TF1, Journal de 20 heures.
Le « 20 heures » de TF1 a bien changé depuis les années PPDA. Cette saison encore, le plateau et le générique ont été modernisés. Gilles Bouleau, tantôt debout,
tantôt assis, consacre désormais les deux
tiers de son journal aux grands titres. La
dernière partie se veut plus magazine.
Voilà pour la forme. Sur le fond, rien de
neuf. La priorité est toujours donnée aux
sujets grand public. Ainsi sont privilégiées les infos économiques (prix du carburant, création d’emplois dans une
grande entreprise, livret A) et sociétales
(déserts médicaux, sécurité routière,
portable à l’école). Sans oublier la météo
traitée généralement dès les premières
minutes. Très peu de politique politicienne. Après l’invitation d’Édouard Philippe
sur le prélèvement à la source (un beau
coup), la candidature de Gérard Collomb
à la mairie de Lyon ne sera, mardi
dernier, évoquée que quelques secondes.
Ce jour-là, la grand-messe de la une, qui
mise de plus en plus sur le décryptage,
s’est démarquée des chaînes info. Un
décalage qu’elle a décidé visiblement de
cultiver.
13/20
FIGARO FLOP
Privilégiant l’actualité nationale à l’actualité
internationale, « Le 19.45 » de M6,
présenté par Xavier de Moulins, donne
la priorité à certains sujets d’information
au risque de passer à côté d’événements
qui mériteraient parfois d’être évoqués.
Tourné vers l’international, ce JT est présenté en alternance, une semaine sur
deux, par Kady Adoum-Douass et Marie
Labory, deux bonnes professionnelles.
Diffusé depuis Strasbourg, concocté par
une rédaction franco-allemande, « Arte
Journal » propose en vingt minutes une
actualité développée avec des angles souvent originaux. Pour preuve, ce reportage
en Allemagne qui, pour illustrer la décision de Trump de taxer l’acier européen à
25 %, s’intéressait mardi dernier au sculpteur américain Richard Serra. Ses œuvres,
réalisées en tôles d’acier produites dans la
Sarre, ont vu leur prix bondir pour les collectionneurs américains. En France,
outre-Rhin ou à l’autre bout du monde, ce
sont les reportages qui font la force
d’« Arte Journal ». Seul regret : un nouvel
habillage en noir et blanc un peu triste.
Dès le générique, les noms de capitales du
monde, en lettres noires sur fond blanc,
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
1
PROBLÈME N° 4839
HORIZONTALEMENT
1. Crier sans cesse. - 2. Chevalier
de la montagne. Pas loupé. - 3.
Souffrent d’une lésion. - 4. A
l’embarras du choix. Elle vole, elle
vole. - 5. À l’un. Ration de rouge.
- 6. 4L. Film muet musical d’Ettore
Scola (Le). - 7. Bel et bien foutu.
Donne un accès direct aux cabinets. - 8. Produit à répétition. Est
en Angleterre ou en Bourgogne.
- 9. Contiennent de nombreux
espaces vides. - 10. Arrêt de flipper.
A un trésor caché chez Stevenson. - 11. Rattachée à un conduit de
vidange. - 12. Elles zinzinulent.
VERTICALEMENT
1. Supplément d’information. - 2.
Porte malheur. - 3. Cris des bergers.
Grains de beauté. - 4. Coule à
Betton. Fait feu en Italie. - 5.
Liquide en Transylvanie. Méson
lourd. Sa forêt s’étend aux confins
de la Picardie et de la Normandie,
en Seine-Maritime. Fait route au
centre de l’Orne. - 6. Prélève à la
racine. Ne manquent pas d’alacrité,
en un sens. - 7. Manifestation de
facultés. Calamité agricole. - 8.
Spécialité indienne. Affaissées
par l’âge.
1
2
3
5
6
8
HORIZONTALEMENT 1. Bêchages. - 2. Auricule. - 3. Traction. - 4.
Tom. Édit. - 5. Épée. Agi. - 6. Lee. Anne. - 7. La. Races. - 8. Endurée. - 9.
Micro. Si. - 10. Es. Ana. - 11. Néel. Ire. - 12. Truelles.
VERTICALEMENT 1. Battellement. - 2. Européaniser. - 3. Cramée.
DC. Eu. - 4. Hic. Rurale. - 5. Acte. Aaron. - 6. Guidance. Ail. - 7. Éloignées.
Ré. - 8. Senties. Ides.
3
4
5
6
Présenté par l’impeccable Carole Gaessler, « Le 19-20 » propose des reportages
qui témoignent du sérieux du traitement de l’information sur France 3.
accompagnés d’une indication de décalage horaire (ex : Amsterdam UTC + 2), dansent sans cohérence devant nos yeux…
7
8
Anne-Sophie Lapix peut avoir le sourire.
Régulièrement, son JT talonne celui de
TF1. Et contrairement à ce qu’on a pu
voir par le passé, les conducteurs des
deux concurrents sont sensiblement différents. La suppression de 1 800 postes
dans l’éducation nationale, l’annonce de
la candidature de Gérard Collomb à la
mairie de Lyon ont été des sujets
d’ouverture ces derniers jours. Jeudi, les
téléspectateurs ont eu droit à une page
spéciale sur le pouvoir d’achat après le
geste du gouvernement en faveur de certains retraités. Si, sur l’économie, les interventions de Jean-Paul Chapel sont
éclairantes, on doute de certains formats. Les reportages de « L’œil du
20 heures » ne sont pas assez différenciés
des autres. Pour illustrer les largesses des
élus offerts aux chasseurs, on a pu voir
des figurants déguisés en chasseurs traquer des paquets cadeaux. Quant aux reconstitutions en 3D de Nicolas Chateauneuf, qui nous proposait de visiter la
Bastille à l’occasion des Journées du pa-
BRIDGE
PROBLÈME N° 2921 :
Solide coup
de fourchette
AR6
A D 10 9 8
D76
53
9
10
11
12
O
E
S
82
76
A R 4
ARD762
Contrat : Sud joue 6 Trèfles.
Entame : Valet de pris de
l’As (le 5 en Est). Sur As-Roi
de , Ouest défausse le 3
de .
trimoine, bien qu’impressionnantes, elles s’avèrent un peu gadget.
11/20
12/20
N
4
7
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4838
2
FIGARO TOP
ANNE-SOPHIE LAPIX
France 2, « Le journal de 20 heures ».
KADY ADOUM-DOUASS
ET MARIE LABORY
Arte, « Arte Journal » 19 h 45.
LE BUZZ TV
interviewé par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez, aujourd’hui sur :
14/20
Elle se tient droite, non pas derrière mais
devant le plateau placé en équerre. Comme pour ôter toute barrière entre la très
professionnelle Carole Gaessler et les téléspectateurs. Un journal de proximité (le
terme apparaît d’ailleurs au générique),
c’est toute l’ambition de la trois qui, après
les grands titres, s’offre une ouverture sur
un sujet fort qui s’est déroulé près de chez
vous. Comme celui sur cet enfant de 5 ans
qui a sauvé sa mère en appelant les pompiers ou la mort aussi tragique que stupide d’un père de famille dans la région de
Tours, suite à un passage à tabac pour une
banale histoire de place de parking. « Le
19-20 » a profité de la naissance de France Info TV pour se moderniser. Sans esbroufe. Juste ce qu’il faut pour s’aligner
sur les concurrents. Les reportages témoignent du sérieux du traitement de
l’information. Gaessler, impeccable dans
ses lancements, s’appuie sur les décryptages d’Anne Bourse ou de David Boéri,
qui sont souvent clairs et pertinents. En
politique, la journaliste Danièle Sportiello
fait un peu baisser le niveau. Dommage
aussi que les sujets magazines et culturels
de fin de JT ne soient pas plus fouillés. Ou
plus originaux. Il y avait sans doute mieux
à faire que de partir sur les traces de
DELPHINE GHOSAROSSIAN/FTV
apalou@lefigaro.fr
XAVIER DE MOULIN
M6, « Le 19.45 ».
C’est le journal télévisé le plus court des
grandes chaînes historiques. D’une durée
d’environ 25 minutes, « Le 19.45 » de M6
se veut condensé. Privilégiant l’actualité
nationale à l’actualité internationale, le
journal, présenté par Xavier de Moulins
en semaine et Nathalie Renoux le weekend, donne la priorité à certains sujets
d’information au risque de passer à côté
d’événements qui mériteraient parfois
d’être évoqués. Politique, société, faits
divers, « Le 19.45 » passe d’abord en revue les faits marquants de la journée
avant de proposer des reportages plus légers comme l’augmentation du prix de la
pomme de terre. Vient ensuite « La question ». Une rubrique de véritables
conseils pratiques - mais est-ce vraiment
sa place ? -, puis « La minute Web ». Au
vu de la rapidité des réseaux sociaux, cette séquence s’avère souvent obsolète. On
regrette enfin les nombreuses similitudes
entre l’édition du midi et celle du soir.
FRANÇOIS AUBEL, BLAISE DE CHABALIER,
ROMAIN DELACROIX, ÉMILIE GEFFRAY
ET SARAH LECOEUVRE
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2920 :
Pas insurmontable
Contrat : Sud joue 4 Cœurs, après une ouverture de 2 en
Ouest (5 + 5+m, 5-10H). Personne vuln. Tournoi par paires.
Entame : 8 de pour l’As d’Est qui rejoue le 5 de pour
le 10 (le 2 en Ouest). Vous jouez pour le Roi et Ouest
défausse un ! Indice : Ouest est 5-0-6-2. Vous jouez à
cartes ouvertes…
La tâche de perdre seulement deux atouts n’est pas insurmontable, à condition d’éviter le raccourcissement. Montez
au mort au Valet de et jouez pour le 10 et votre Dame.
Remontez au mort en jouant pour le Valet, le moment clé du
coup, et jouez de nouveau . Est fournit le Valet et rejoue .
Faites la levée en main du Roi pour être en mesure de donner
un quatrième tour d’atout (le 9 pour l’As). Est retourne pour le
Roi d’Ouest pris de l’As (défausse d’un de votre main).
Vous encaissez la Dame de puis l’As de : Est doit couper
du 7 et vous surcoupez du 8. Le Roi de est votre dixième
pli. Si vous remontez au mort à l’As de , vous serez obligé
de tirer l’As de pour effacer votre perdant et Est, en
main au Valet de , pourra
AV3
vous crucifier en rejouant
432
par exemple As de et AD32
(vous devrez défausser un
V 10 9
10 2
maître pour ne pas chu- D 9 8 7 6
N
A V 10 7 5
ter de deux).
O E
RV8765
Remarque : Est a bien fait 8 2
de ne pas contrer votre
manche, il vous aurait grandement aidé dans le maniement des atouts…
S
R54
RD986
RD763
10 9 4
A54
A
Anthony Palou
LOU BRETON/M6
BIEN VU
39
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lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
40 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Thècle
Soleil : Lever 07h40 - Coucher 19h44 - Lune croissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu.
Prés. : Nagui 20.00 20 heures 20.40
Un si grand soleil. Feuilleton
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Série. Comédie
Série. Comédie
Film. Western
19.50 Suburgatory. Série. Besoin de
conseils - Lance toi Lisa !
MATIN
10
21.00 Gladiator
Film. Péplum. EU. 2000. Réal. : Ridley
Scott. 2h28. Avec Russell Crowe.
Devenu esclave puis gladiateur,
Maximus revient à Rome pour se
venger de l’empereur Commode.
30
7
8
7
6
10
8
9
7
9
8
23.45 Appels d’urgence. Magazine.
Présentation : Hélène Mannarino.
8
7
9
7
8
8
8
8
50
Camping Paradis
Fra. Saison 10. Avec Laurent Ournac,
Patrick Guérineau, Candiie. Mon père,
ce breton ! (1 et 2/2). Inédit. Les Bretons Yann et Servane sont heureux
de retrouver leur fille, Soizick, partie
étudier dans le Sud.
23.05 New York, unité spéciale
Série. Policière 1.35 Chicago Police
Department. Série. Badge usurpé.
Take Two,
enquêtes en duo
Les sept mercenaires
EU. Saison 1. Avec Eddie Cibrian, Rachel Bilson. 2 épisodes. Inédits. Sam
Swift, une actrice, et Eddie Valetik,
un détective privé, enquêtent en
tandem sur un meurtre.
22.35 Take Two, enquêtes en
duo Série. Comédie 23.20 Meurtres
au paradis. Série. 2 épisodes.
8
11
8
20.00 C à vous, la suite 20.20 Entrée
libre. Invité : Romain Duris.
11
12
10
14
EU-B. 1960. Réal. : John Sturges.
2h06. Avec Yul Brynner, Steve
McQueen, Eli Wallach. Excédés par
les exactions d’une bande de pilleurs,
des paysans mexicains engagent
sept mercenaires.
20.55 Un homme et une femme
23.15 Soir/3 23.55 Qui sommesnous ? Doc. 1.45 Midi en France 2.15
Des racines et des ailes. Magazine.
22.35 C dans l’air. Magazine 23.40
Avis de sorties 23.50 C à vous
21
17
Film. Drame. Fra. 1966. NB. Réal. :
Claude Lelouch. 1h39. Avec Anouk
Aimée. Une scripte de cinéma et un
coureur automobile, veufs tous les
deux, s’éprennent l’un de l’autre.
16
15
15
21
22
70
22
APRÈS-MIDI
16
20
16
16
19.50 L’info du vrai, le mag (C). Magazine 20.45 Le JT pressé (C) 20.55
Catherine et Liliane (C)
19.00 Paradis de rouille. Série doc.
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes
20.45 50 nuances de Grecs. Série.
19.45 Le 19.45. Présentation : Xavier de Moulins 20.25 Scènes de
ménages. Série. Avec Claire Chust.
21.00
20.50
21.00
Série. Drame
Film. Comédie dramatique
Téléréalité
16
15
16
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Johnny Galecki. 2 épisodes.
17
16
16
18
16
17
17
15
18
20.55 Crimes
17
18
Magazine. Société. 1h55. Spéciale
récidivistes. Inédit. Au sommaire ce
soir : «Le calvaire de la petite Julie»
- «Un mystérieux ADN» - «Mon
voisin le tueur».
17
18
17
18
40
16
20
22.50 Crimes. Magazine 0.45
Crimes au bord des lacs de Savoie
20
19
20
27
25
21
21
22
26
40
24
19.05 Custom Garage. Camion packard de 1948 - Coccinelle.
Guyane
Fra. Saison 2. Avec Olivier Rabourdin,
Mathieu Spinosi, Issaka Sawadogo.
2 épisodes. Inédits. Vincent est prêt
à tout pour écouler l’or qui se trouve
dans la mine mythique Sarah Bernhardt et noue des alliances.
22.55 Crime Time Série. Thriller
23.50 Hostages. Film. Drame 1.35
Gomorra. Série. À vif - Guerre froide.
Zorba le Grec
EU. 1964. NB. Réal. : Michaël Cacoyannis. 2h16. Avec Anthony
Quinn, Alan Bates, Irène Papas. Parti
en Crête pour exploiter une mine
d’or, un écrivain sympathise avec
un sexagénaire exubérant.
L’amour est dans le pré
Prés. : Karine Le Marchand. 1h05. Inédit. Après des speed-dating riches
en émotions, les prétendant(e)s
de quatre agriculteurs célibataires
déposent leurs valises à la ferme,
pour six jours de découvertes.
23.10 Wajma, une fiancée
22.05 L’amour est dans le pré
afghane Film. Drame 0.30 Le violoniste de Florence. Film TV. Comédie.
Téléréalité. Prés. : Karine Le Marchand
23.15 La robe de ma vie
26
T (en °c)
20.50 Mega aéroport
Science et technique. Réal. : R. Young
et G. Strong. 0h50. Connecter le
monde. Inédit. Cette série documentaire s’intéresse aux grands aéroports du monde. - Zéro défaut. Inédit.
<-10 à 0
20.10 Rénovation impossible. Téléréalité. Mener en bateau
MARDI
21.00 Kaamelott
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec David Salles.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
20.50 The Best Fifa Football
Awards
21.00 Rambo
21.00 Hunger Games
Cérémonie. Prés. : G. Margotton,
B. Lizarazu. 1h40. Inédit. Cette cérémonie récompense les meilleures
performances foot de l’année.
Film. Action. EU. 1982. Réal. : Ted
Kotcheff. 1h29. Avec S. Stallone.
Devenu marginal après sa démobilisation, un héros de la guerre du
Vietnam défie la police américaine.
Film. Action. EU. 2012. Réal. : Gary
Ross. 2h22. Avec Jennifer Lawrence. Dans ce qui fut les États-Unis,
24 garçons et filles combattent à
mort au cours des Hunger Games.
22.30 Le labyrinthe : la terre brûlée.
Film 0.55 90’ enquêtes. Magazine.
22.50 Taken 2. Film. Action. Avece
Lima Neeson, Maggie Grace.
23.45 Battle Royale. Film. Drame.
Avec Takeshi Kitano.
MOTS FLÉCHÉS N°2083
PARC
DE CRUSTACÉS
VASES
6/22
11/23
6/21
12/24
8/25
12/24
14/28
IMPÔT
DES PLUS
AISÉS
POTACHE
AMANDE
ENROBÉE
APPEL
C’EST LA
RUPTURE
VITESSE
SUR L’EAU
ROTE
DESSINS À
DEVINER
CAP
À TENIR
14/29
17/25
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
AU
E
UV
O
N
ARTISAN
AU HARAS
présente
Volume
18
DANSE
NIAIS
LOIN DES
GRANDS
AXES
INTERPELLÉ
CARRELÉE
BIEN
TENDU
UN BON
CONTRAT
BIEN
PARTI
ENCORE
BRUTE
UN
DISQUE
JOUE DU
CARILLON
STYLE
DE JEAN
TORRÉFIER
ILS FONT
LA HAIE
ÉQUERRES
COUP AU
TENNIS
GRATIN DE
LÉGUMES
PROVENÇAL
A
RIGUEUR
DE
COMPORTEMENT
C’EST-ÀDIRE EN
RACCOURCI
ÎLE
QUI DONNE
AUSSI
LE TON
LAMES
HORIZONTALES
BRAME
CONDUITE
ISSU DE
LA MÊME
MÈRE
BERCEAU
DE PAUL
VALÉRY
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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C E L E
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L E U R
E S S A R T E
10/24
13/27
17/25
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
FICELLES
DU MÉTIER
COUVERTURE
23/31
10/14
14/18
21/33
9/14
23/31
JEUDI
6/20
7/22
5/19
22.30 Kaamelott. Série. Avec
Audrey Fleurot, Alexadre Astier.
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
MERCREDI
4/17
5/18
10/15
14/20
8/15
4/13
23/31
22/30
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
4/16
Série. Comédie. Fra. Avec Alexandre
Astier, Lionnel Astier, Anne Girouard.
Le roi Arthur doit rechercher le Graal,
mais il n’est pas entouré par la fine
fleur de la chevalerie.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
FORCE 2
SCIENCE
OBSCURE
PETIT
MÉTAL
PARCOURRAI
DES YEUX
NETTOYAI
25/31
23/25
7/14
10/11
6/15
25/34
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
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aéroport du futur. Documentaire.
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LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
41
HANNAH ASSOULINE/EDITIONS DE L’OBSERVATOIRE
Alain Duhamel,
l’indéboulonnable
SUCCÈS À 78 ans, tel un Zitrone du commentaire politique,
il délivre toujours ses analyses dans les médias.
Il vient de publier un livre de souvenirs.
Charles Jaigu
cjaigu@lefigaro.fr
I
l y a des gens qui sont ainsi faits. Réglés
comme des pendules. C’est le cas d’Alain
Duhamel, blanchi sous le harnois du
journalisme politique depuis l’âge tendre
de 20 ans. Il questionne, commente, critique, éditorialise et arbitre avec la même
énergie pointilleuse, la même régularité
métronomique depuis 1960. Aujourd’hui,
à 78 ans, il est semblable à l’homme que l’on voyait
trente ans plus tôt, penché vers l’avant, avec son
timbre de ténor assuré. Le Zitrone ou le Bellemare
du commentaire politique ? L’homme d’un système en place, immuable quelles que soient les alternances ? Rappelons qu’il oublia dans l’un de ses livres de faire le portrait de Ségolène Royal… Alain
Duhamel est indéniablement un observateur « chenu » - il aime cet adjectif pour se décrire -, et un
modéré – ce qui est une garantie de durée plus sûre
que lorsqu’on est « un polémiste ou un extrémiste »,
reconnaît-il.
Le livre de souvenirs qu’il publie en cette rentrée
permet de mieux comprendre cet enfant sage de la
province, « plutôt Rotary en Normandie, plutôt Lion’s en Picardie », catholique d’héritage, mais protestant de foi – son épouse, France, est du culte réformé. « Je lisais avec fièvre », dit-il, notamment
quand il se retrouva cloué au lit pendant plusieurs
mois après un accident de voiture dont il réchappa
de justesse, à 17 ans. Duhamel raconte avec verve
ses opinions et ses amitiés. D’abord mendésiste, il
adopte néanmoins la Ve République sans hésiter. Il
n’aime pas l’autoritarisme gaullien, mais il admire
la vista du général, et il vote oui à tous les référendums. « Ma raison l’emportait sur mon sentiment »,
écrit-il. Le tropisme du chrétien-démocrate
proeuropéen en fait un centriste plutôt à droite,
mais pas allergique à la gauche. Encore étudiant à
Science Po, il rejoint Le Monde, sur un coup de fil au
culot. Et il occupe vite une niche nouvelle, celle du
commentateur de sondages, dont la méthode est
encore balbutiante. Les premiers sondages prédisent avec exactitude le ballottage de De Gaulle, au
premier tour de la présidentielle de 1965. Le jeune
expert en sondages intéresse soudain les beaux esprits du moment. Aron dont il publie un livre sur
1968. Puis Mitterrand, avec lequel il fait Ma part de
vérité, point de départ d’une longue relation. C’est
la révélation, en quelque sorte, de ce livre où il est
plus question de Mitterrand et Mendès France que
de Valéry Giscard d’Estaing, dont il était un soutien.
Au fond, Duhamel n’aura jamais vraiment besoin
de faire son Rastignac : il est déjà arrivé avant d’être
parti, en scribe méticuleux de cette Ve République
débutante comme lui et à laquelle il accorde une
bonne note, tout comme à lui-même, après 60 ans
de services. Il s’y est trouvé une place à part, indéboulonnable en quelque sorte. Il est des premiers
Bio
EXPRESS
1940
Naissance à Caen.
1970
Coprésentateur
d’« À armes égales ».
1974
Anime, avec Jacqueline
Baudrier, le 1er débat
d’entre-deux-tours
de la présidentielle.
1982
Crée l’émission « L’Heure
de vérité » avec
François-Henri de Virieu.
1999
Quitte Europe 1 pour RTL
où il est chroniqueur.
2018
« Journal d’un
observateur » (Éditions
de l’Observatoire).
débats télévisés d’« À armes égales ». Notamment
le numéro provocateur de Maurice Clavel qui quitta
le plateau d’un théâtral « Messieurs les censeurs,
bonsoir ! ». Accusé à l’époque d’être un laquais du
pouvoir. Peu importe, deux ans plus tard, il impose
le premier débat télévisé d’entre-deux-tours, cette
institution. En 1981, on chasse les giscardiens. Mais
son lien avec le nouveau président socialiste le protège : « Ce fut une traversée du désert durant laquelle
je ne connus pas la soif. » D’ailleurs dès 1982, il lance
une autre émission politique qui fera date, « L’Heure de vérité », avec François-Henri de Virieu. « La
seule émission dont j’ai inventé moi-même la formule. » À vrai dire, ce qui frappe chez cet homme de
plume grand travailleur – il lit six heures par jour la
presse et les livres -, c’est son talent d’intervieweur. Il raconte ainsi la coulisse des questions
posées sur la peine de mort à François Mitterrand
en 1981, ou « la présidentielle en se rasant le matin »,
à Nicolas Sarkozy en 2003.
Allergique au déclinisme
La relation avec Mitterrand est pittoresque. Les déjeuners avec son ami Jean-Pierre Elkabbach donnent envie d’en avoir été. Telle cette rage du président quand Duhamel écrivit au Point un éditorial
intitulé « De Gaulle-Mitterrand, la marque et la trace ». À Chirac, il dira que la dissolution anticipée de
l’Assemblée nationale est une mauvaise idée. Le
vote des Français lui donne raison. Pas grave : Duhamel devient un ami – un intime – de Lionel Jospin. C’est là que le jugement du commentateur se
laisse fléchir par l’indulgence. Le quinquennat Jospin est lourd de conséquences néfastes pour le pays,
de l’arrêt du Superphénix aux 35 heures, en passant
par la couverture médicale universelle, le tout sans
clarifier la ligne en faveur d’un socialisme libéral.
Ce n’est pas un heureux bilan. Le chiraco-jospinisme est-il le début de la dégringolade pour la France ? Ne lui dites pas ça. Duhamel est allergique au
déclinisme et à ceux qui le diffusent. « Pour moi, la
France est en crise, en métamorphose, pas en décadence », écrit-il. Plus le temps passe, plus il se fait
bretteur. Ainsi il trouve ridicule d’être écarté d’une
émission de radio après avoir annoncé qu’il voterait
Bayrou en 2007. « La pudibonderie française interdisant à un éditorialiste de faire connaître son vote,
même à son insu, est une tartufferie ! » ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Antispécisme [an-ti-spé-sis-m’] n. m.
Activité de bouche.
es militants antispécistes ont manifesté ce week-end.
Le mot vient du latin species, qui signifie espèce. Pour les antispécistes,
l’être humain est tout simplement un animal comme les autres.
Leur spécialité : vitupérer bruyamment les bouchers, et autres charcutiers,
quitte à se donner en spectacle devant les caméras. Et il faut bien le dire,
ils tiennent sur la condition humaine des propos un peu spéciaux.
On leur donnera raison sur un point : l’humain peut très bien être un loup pour l’homme.
Si certains ont des yeux de biche, d’autres se singularisent par un véritable caractère
de cochon.
Toutefois, reconnaissons-le : le raisonnement des antispécistes a quelque chose
de spécieux. C’est une évidence, l’homme est un peu moins bête que les autres
(même si cela ne l’autorise en rien à maltraiter la gent animale).
Aussi, qu’on nous permette, sans en faire une religion, de célébrer la grandeur
de toute la Création ; mais sous les deux espèces. ■
D
Deux heures d’info
avec Nikos Aliagas
Avec Audrey Crespo-Mara, Nicolas Canteloup, Jean-Michel Aphatie
et toute la rédaction.
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Le président du Medef au comité
d’organisation de la Coupe du monde
de rugby 2023
Lancé en mai dernier et présidé par Jacques Rivoal, ex-haut
dirigeant chez Renault puis Volkswagen, le Groupement
d’intérêt public #France2023 - en charge de l’organisation
de la Coupe du monde qui se tiendra en France - vient
d’accueillir dans ses rangs Geoffroy Roux de Bézieux. Élu
début juillet à la tête du Medef, ce patron originaire de Lyon est passionné
de rugby, discipline qu’il a pratiquée au poste d’ouvreur, en amateur. En 2010,
il avait ainsi intégré le conseil d’administration du club de Bourgoin-Jallieu.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
7h-9h
Du lundi au vendredi
Le prix des billets pour assister aux dix mégaprésentations de son livre par
Michelle Obama, en novembre, a de quoi choquer plus d’un fan. À Washington,
les tickets d’entrée au Capital One Arena s’étalent de 133 dollars à 3 270 dollars
pour un siège dans les premiers rangs, dernier tarif assorti d’une rencontre et
d’une photo avec la « star », d’un exemplaire signé de ses Mémoires, Becoming, et
d’un « cadeau VIP ». Peut-être la séance de signature la plus chère de l’histoire…
A
La très chère tournée de Michelle Obama
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РЕЛИЗ
ГРУППА "What's
lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 052 - Cahier N°
4 - Ne peutПОДГОТОВИЛА
être vendu séparément - www.lefigaro.fr
News" VK.COM/WSNWS
tech
DUO
CITYSCOOT EMBARQUE
ALLIANZ DANS L’ÉCONOMIE
DU PARTAGE PAGE 6
AVEC LE
FINANCEMENT
ICO : LEVER DES MILLIONS
D’EUROS VIA LES
CRYPTOMONNAIES PAGE 5
ÉTATS-UNIS - CHINE
Une « tech war » sans merci
Moins visible que le conflit sur les droits de douane, la bataille pour devenir le leader
mondial de l’intelligence artificielle et du numérique est tout aussi stratégique. PAGES 2 ET 3
ÉDITORIAL
L’IA, combien
de divisions ?
es guerres commerciales
sont bonnes et faciles
à gagner », aime
à répéter Donald Trump.
Avec cet aphorisme simpliste,
le président américain espère
remporter une bataille digne
du XIXe siècle. Mais pour
remporter celle qui va modeler
le monde du XXIe siècle,
il faudra bien plus que
des tweets rageurs.
La semaine dernière se tenait
à Shanghaï la World Artificial
Intelligence Conference
réunissant tous les cerveaux
mobilisés sur l’intelligence
artificielle. Cette discipline
n’est plus l’apanage des
chercheurs académiques
ni des entreprises pionnières.
C’est devenu le sujet de
préoccupation des
gouvernements.
« Le pape, combien de
divisions ? » s’interrogeait
goguenard un certain Joseph
Staline.
Aujourd’hui, la vraie
question serait « l’IA combien
de divisions ? ». Il devient
urgent de compter les moyens
mis en œuvre par les
prétendants à la victoire.
La Chine s’apprête à investir
une centaine de milliards de
dollars dans l’IA au cours des
prochaines années. Les ÉtatsUnis un peu moins - environ
70 milliards - mais le pays
dispose d’une véritable
longueur d’avance. Reste
l’Europe. Le Vieux Continent
n’a ni la vision, ni l’ambition,
ni les moyens de se lancer dans
la course. Au risque de se voir
imposer, dans le futur,
les règles de vie numérique
que les États-Unis ou la Chine
auront écrites.
ENGUÉRAND RENAULT
«
L
UN BUREAU POUR DEUX
Toshiba recommande Windows 10.
Le mail « urgent » est
une vision de l’esprit !
STEPHANE FELICITE ; DAVID PARKINS
journée, combien de fois sommesnous réellement le destinataire ? Je
vous laisse faire le compte… Cela n’est
pas un canal conçu pour dialoguer.
Votre boîte mail n’est qu’un outil de
traçabilité, une seconde mémoire où
stocker des infos, qui doivent rester
utiles.
Aussi, le mail « urgent » n’existe
pas. Une urgence se traite de vive
voix. Sur place ou au téléphone. La
seule urgence qui vaille est de faire
baisser le nombre d’envois de mails.
Une résolution qui fera baisser net la
jauge de stress. Celle du destinataire
comme celle de l’expéditeur !
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Portégé X20W : Conçu pour l’excellence
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Windows 10 Professionnel répond aux besoins spécifiques des entreprises.
*Toshiba, à la pointe de l’innovation
Plusieurs réflexes sont à la fois simples
et efficaces pour diminuer les nuisances de cette avalanche numérique. Le
premier, évidemment, est de prendre
conscience de l’inutilité profonde de
certains échanges, qui pourraient être
remplacés par une discussion triviale
autour d’un café.
Le deuxième pourrait être de faire
disparaître les destinataires en « copie » et de se contenter d’écrire à
l’unique et bonne personne.
Enfin le troisième réflexe consiste à
se poser cette question très simple : le
message que je m’apprête à envoyer
est-il indispensable ? Dans le cas où
vous vous posez cette question après
21 heures, il y a environ 99 % de chances que la réponse soit négative. Ces
trois réflexes devraient diminuer
drastiquement le nombre de « boucles » dans lesquelles vous vous trouvez. C’était un message de service à
envoyer à vos supérieurs hiérarchiques. Mais rassurez-vous : cela peut
attendre demain… ■ QUENTIN PÉRINEL
** La conception en toute élégance
L’inutilité de certains
échanges
A
URGENCE « Tu me mets dans la boucle ? » C’est la crainte ultime du cadre
ou du manager d’aujourd’hui : ne pas
être dans la boucle. Ou plutôt, ne pas
être dans les boucles, puisqu’elles sont
plusieurs à s’emmêler et à solliciter
notre attention sans cesse du matin au
soir. Dix minutes suffisent pour être
noyé dans l’océan d’informations généré par notre boîte de réception… Et
pourtant, il ne faudrait pas en rater
une seule, tant chaque boucle est – en
apparence – plus « urgente » que
l’autre.
Hiérarchiser chaque information
selon son importance est une tâche
impossible puisque chacun est
convaincu que son mail est le plus urgent ! Le management par mail est une
absurdité. Tout comme le véritable
« concours » auquel se livrent certains : mails à des heures indues, envois répétitifs, insistants… Le présentéiste qui se sent obligé d’écrire à
22 h 35 pour dormir tranquille, le
consultant « workaholic » qui expédie
son dernier mail en quittant le bureau
à 0 h 57 pour bien montrer qu’il est sur
le pont… « Shooter des mails » est une
drogue dure d’entreprise !
Le mail est un curseur de productivité, un critère de performance. Plus
nombreuses sont les boucles, plus le
manager est important. Moins long est
le délai de réponse, plus le collaborateur est performant… La boîte mail,
c’est l’horloge du quotidien. Elle a dilué le temps.
Pourtant, sur la masse de messages
reçus chaque jour, ceux d’entre eux
vraiment « utiles » se comptent souvent sur les doigts d’une main… Si l’on
enlève les « mails en copie », les
spams et les fameux « groupes » de
destinataires, que reste-t-il ? En une
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
2
DOSSIER
Chine et États-Unis: tous les coups
dans la « tech war » que se livrent
«Les ÉtatsUnis ont
les meilleurs
chercheurs en IA,
mais la Chine
dispose
de centaines
de personnes
compétentes et
de beaucoup plus
de données»
Face aux deux prétendants à l’hégémonie numérique, le Vieux Continent est en perte
de la maîtrise de l’intelligence artificielle.
1 Encore très concentrés sur leur marché, les Chinois entament à peine leur expansion
LES PLUS GROSSES ENTREPRISES DU WEB EN TERMES
DE VALORISATION, en milliards de dollars (au 14/09/2018)
4
800,
4
NIS
ÉT
A
-U
TS
milliardlasrs
de dol
414
125
Chine
108
Chine Europe États-Unis
963
Europe
30
illia
NE 1 368 de dolrldarss
CHI
90
4,3
1 080
UBER*
54
milliards de dollars
160,36
de dollars : le poids de
l’économie numérique
en Chine en 2017. Cela
représente 32 % du PIB
national. (Source :
Autorité chinoise du
numérique)
de la valeur
des
transactions
mondiales du marché
de l’e-commerce
passent par la Chine
(Source : McKinsey)
A
Pour la Chine
contemporaine,
l’intelligence
artificielle
est un moyen
de redonner
au régime la place
politique censée
lui revenir de droit
sur l’échiquier
international
IRIS
SPOTIFY
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BYTEDANCE
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32
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38
430
TENCENT et HKD
819
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MICROSOFT
467
870
433
»
*Non cotée en Bourse
ELISA BRAUN £@elisabraun
TECHNOLOGIE Donald Trump ne bluffait
pas. Après des mois de mises en garde, le
président américain a mis ses menaces à
exécution. Le 18 septembre, il lançait une
nouvelle salve de taxes douanières visant
pour 200 milliards de dollars de produits
importés de Chine. La riposte n’a pas tardé : dès le lendemain, Pékin a annoncé de
nouveaux tarifs douaniers à hauteur de
60 milliards de dollars sur des importations américaines. Entre les deux puissances, la guerre commerciale est déclarée.
Mais une autre offensive, plus lourde de
conséquences encore, se trame en sourdine depuis des mois : la « tech war », une
guerre technologique susceptible de bouleverser la géopolitique mondiale autant
que la nature profonde des sociétés de demain.
La Chine et les États-Unis sont les seules
puissances à même de rivaliser au plan
technologique. Les géants de la tech sont
leur premier atout. Sur les vingt premières
valorisations d’entreprises du Web, onze
sont américaines et neuf chinoises, selon
le rapport Mary Meeker Internet Trends
2018. L’Europe est absente de ce classement, même si elle détient le leader mondial du streaming musical, Spotify, valorisé à 32 milliards de dollars, ainsi que des
géants peu connus du grand public comme l’allemand SAP, valorisé 148 milliards
de dollars, ou les français Dassault Systèmes (40 milliards de dollars) et Atos
(13 milliards de dollars). Les entreprises
chinoises commencent à peine leur développement à l’international, laissant présager de leur influence future. Les entreprises américaines ont, elles, une
domination quasi planétaire.
Aux géants du Web s’ajoute l’autre bras
armé de la puissance technologique sinoaméricaine. Ce sont leurs licornes, ces
start-up non cotées et valorisées plus d’un
milliard de dollars, véritable réservoir de
croissance. CB Insight en compte près de
260 dans le monde, principalement aux
États-Unis (125) et en Chine (77). L’Europe, elle, n’en dénombre que 30, dont 15 au
Royaume-Uni et 2 en France, l’entreprise
de cloud OVH et la start-up de covoiturage BlaBlaCar (Deezer a depuis rejoint la
course).
De tels résultats ne doivent rien au hasard. La Chine et les États-Unis investissent considérablement pour soutenir leurs
MEITUAN
DIANPING
60*
ANT
FINANCIAL
150*
DIDI
56*
33
40 %
CHARLES THIBOUT
m
ROP
EU E
APPLE
milliards
246
77
BOOKINGS
HOLDING
de dollars ont été
investis par les
investisseurs chinois
dans les levées de
fonds des entreprises
tech américaines, entre
2015 et 2017 (source :
CB Insight)
en millions
États-Unis
LSE
24
milliards
NOMBRE
D’INTERNAUTES,
« Entreprises ou start-up valorisées à 1 milliard
d'euros ou plus, sans être cotées en Bourse »
733
»
KAI FU LEE, INVESTISSEUR
ET AUTEUR DE
AI SUPERPOWERS : CHINA,
SILICON VALLEY, AND THE NEW
WORLD ORDER
NOMBRE DE LICORNES
JD.COM
39
77
XIAOMI
48
Sources
ources : The Diplomat, ggouvernement chinois, Charles Thiboult, Xinhua, Leju, Maison-Blanche , Inside Defense, New York Times, DARPA, Commission européenne, Euractiv, Forbes
champions. Depuis juillet 2017 et le plan
« Made in China 2025 », Pékin a promis
d’allouer entre 25 et 60 milliards de dollars
par an en moyenne à l’intelligence artificielle (IA) (voir infographie). Du côté du
privé - pour autant que la notion fasse sens
en Chine -, les promesses d’investissement dans l’IA sont également très importantes : 110 milliards de dollars. Le budget
“
La gu erre commerciale
n ’est plu s seu lemen t dan s
les produ its ph ysiqu es, mais
dan s les tech n ologies
”
RANARA FOROOHAR, « FINANCIAL TIMES »
du gouvernement américain frôle les
10 milliards de dollars, auxquels s’ajouteraient 55 milliards de dollars d’investissements privés par an, selon McKinsey.
Si de tels moyens sont engagés, c’est
d’abord parce que l’intelligence artificielle
est vue par les deux États comme le nouvel
instrument de leur puissance militaire et
politique. Aux États-Unis, l’emballement
pour l’IA remonte à la Seconde Guerre
mondiale, quand le Britannique Alan Turing en énonce le principe. L’idée de reproduire avec de puissantes machines les
facultés de réflexivité humaine actualise
un fantasme démiurgique. Dans le courant
de pensée cybernétique, né à la même période aux États-Unis, l’IA est vue comme
un outil quasi mystique pour accroître la
suprématie américaine sur le monde. Audelà du seul plan militaire, cette technologie est associée à des visions de ce que doit
être la société idéale. Pour les Américains,
la technologie multiplie les possibilités
humaines, dans l’organisation de la vie
publique comme dans la détection des
maladies. Solution à tout, elle ouvre aussi
un champ de prospection économique
considérable. Elle joue à ce titre le rôle
d’un instrument d’influence, de soft
power.
Pékin pense de son côté que l’IA va
changer la nature même de la guerre, en
permettant à celui qui la maîtrise d’améliorer ses capacités de prise de décision et
d’action. La Chine rêve ainsi « de déléguer
à des machines autonomes (robots et programmes informatiques) les tâches que
l’homme aujourd’hui est le seul à pouvoir
accomplir, avec davantage d’efficacité et de
rapidité », explique le chercheur en géopolitique à l’Iris, Charles Thiboult. Pour la
Chine, l’IA assure la pérennité d’un modèle hypercentralisé, monocéphale. Au service de l’État, elle devient un outil de
contrôle des populations et de prédiction
des effets de sa politique. L’IA est aussi vue
comme susceptible de restituer à l’empire
du Milieu sa grandeur d’antan, pour passer du « made in China » au « created in
China ».
« H u it g u e r ri e r s g a r d i e n s »
Les enjeux associés à l’IA sont si forts que
tous les coups sont permis : prises de participations rampantes dans des entreprises stratégiques, envoi massif d’étudiants,
accès restreint à son propre marché et
même espionnage. Le gouvernement
chinois met tout en œuvre. Il finance indirectement de grands fonds et incubateurs
de la Silicon Valley, comme Westlake
Ventures et Tech Code, d’après un rapport
du Pentagone. Entre 2015 et 2017, les investisseurs chinois auraient placé 24 milliards de dollars dans la tech américaine,
selon CB Insight. Un moyen imparable
d’assurer un transfert de savoirs vers la
Chine. Cela passe aussi par l’éducation. Un
quart des diplômés en sciences et technologies aux États-Unis sont désormais originaires de Chine, toujours selon le Pentagone. Pire, Pékin serait responsable de
96 % des actes de cyberespionnage aux
États-Unis, affirmait un rapport de la
commission renseignement du Sénat
américain de 2013. Une enquête de Politico de mars dernier révélait la présence de
nombreux espions et informateurs chinois
La victoire d’AlphaGo en 2016 a déclenché
véritable onde de choc » dans l’empire du
Charles Thibout est chercheur à l’Institut
de relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste des enjeux géopolitiques des technologies émergentes,
dont l’intelligence artificielle (IA). La rivalité entre la Chine et les États-Unis
pourrait selon lui se solder par un affrontement entre la Chine et des « entreprises-États », les Gafam.
LE FIGARO.- À partir de quand l’IA
est-elle devenue cruciale pour la Chine ?
Charles THIBOUT.- Quand AlphaGo, le
programme informatique développé par
Google DeepMind, triomphe du champion coréen de go Lee Sedol en
mars 2016, cela crée une véritable onde
de choc en Chine. Le jeu de go y a une ré-
sonance culturelle très importante. Jusqu’alors, les officiels chinois s’intéressaient à l’IA, mais cette victoire
américaine accélère son développement,
par crainte d’accumuler un retard technologique. On parle même de « moment
Spoutnik ».
Pourquoi une technologie comme l’IA
concentre-t-elle les tensions politiques
avec les États-Unis ?
Pour la Chine contemporaine, l’IA est un
moyen de redonner au régime la place
politique censée lui revenir de droit sur
l’échiquier international. À ce fantasme
chinois répond ce que le politologue
Stanley Hoffmann appelle la « pensée experte » américaine, qui considère que
tout problème politique, au sens large du
terme, est résoluble par la technique. Les
deux puissances projettent des fantasmes
sur les possibilités de l’IA, et chacun surenchérit pour surpasser les avancées
prêtées à l’autre camp. Les États-Unis affrontent la Chine sur l’IA, comme autrefois ils s’opposaient à l’URSS sur le terrain
de la conquête spatiale. L’IA est politique.
Qui tire son épingle du jeu
dans cet affrontement ?
La Chine est une économie dirigiste et
c’est un avantage pour coordonner la
mise en œuvre d’une stratégie nationale.
Mais elle a aussi besoin des talents américains pour développer ses propres technologies. Les États-Unis sont, eux, dé-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
DOSSIER
sont permis
les deux géants
de vitesse. La bataille se jouera autour
2
Intelligence artificielle : des promesses
d’investissements considérables
PRINCIPAUX INVESTISSEMENTS PUBLICS ANNONCÉS PAR LES ÉTATS
Env. 11 milliards de dollars
Entre 20 et 60 milliards de dollars
ÉTATS-UNIS
CHINE
PLAN IA 2016
Pas d'investissements spécifiés mais la première feuille
de route d'un État dans le domaine de l'IA
MADE IN CHINA 2025
Objectif : faire passer la Chine de
la fabrication à la création de technologies
THIRD OFFSET STRATEGY (7,4 milliards)
Une partie de ce plan militaire est dédiée à l'IA
13e PLAN QUINQUENNAL
DARPA** (3 milliards)
L'agence dédiée aux technologies de rupture
Pour la première fois, la Chine fait
de l'IA une priorité
AI NEXT (2 milliards)
Financé par la DARPA
Plan IA (20 milliards annuels,
portés à 59 milliards d'ici à 2025)
La Chine prévoit de se hisser au premier
rang des puissances en IA dès 2025
et sera le premier centre d’innovation
mondial d’ici à 2030.
Joint AI Center
(1,7 milliard)
PLAN DES VILLES POUR L'IA
Pékin (2,1 milliards)
400 entreprises avec un objectif :
dégager 7,7 milliards de dollars
de revenus annuels.
Shanghaï
Hangzhou (1,59 milliard)
Autres (19 villes ont des plans IA)
(14,6 milliards)
Une partie de ce budget est prévue
pour le développement de l'IA.
entre les risques
uArbitrer
stratégiques et la performance
Le passage au cloud est d’abord motivé
par des raisons pratiques et économiques. Il est généralement moins coûteux pour une entreprise d’héberger ses
données via un service tiers plutôt que
de s’équiper elle-même de serveurs. Le
cloud offre une plus grande souplesse et
permet de bénéficier de services complémentaires, notamment dans l’analyse de données, l’intelligence artificielle et la cybersécurité. Il permet de
transformer des investissements struc-
turels coûteux en dépenses courantes.
« Il faut se poser la question de savoir si je
fais prendre plus de risques à mon entreprise en migrant vers le cloud ou en refusant d’y aller. La performance et l’agilité
poussent à prendre des risques », reconnaît Jacques Padioleau, responsable des
ventes chez Talend, qui conseille les
entreprises en matière de données. Entre la logique du tout ou rien, il existe
des nuances. EDF a par exemple opté
pour un cloud hybride : alliant cloud
public et cloud privé. La majeure partie
des données de l’énergéticien est stockée sur des serveurs maison, secteur
sensible oblige. « La protection des données et de la souveraineté est essentielle », tranche Martine Gouriet, directrice de services informatiques et
télécoms EDF. « En moyenne, seules 10 à
20 % des données d’une entreprise sont
vraiment stratégiques, tempère Jacques
Padioleau. Les données des ressources
humaines, financières et des clients ne
sont pas à stocker à la légère. » Sans
même parler de celles liées à des centrales nucléaires…
la transformation
uRéussir
de son entreprise
Passé la phase d’audit des risques, le
choix du prestataire dépend aussi de sa
capacité à accompagner l’entreprise sur
ses enjeux de transformation digitale.
Le déploiement de solutions cloud passe
à la fois par la mise en place de nouvel-
les solutions technologiques, mais aussi
par la formation des collaborateurs aux
enjeux de sécurité. Enfin, plusieurs
questions doivent être adressées au
prestataire : que se passe-t-il si le cloud
est inaccessible ou pire, si les données
ont été volées ? Le prestataire répond-il
aux exigences réglementaires des pays,
qui obligent parfois à stocker les données localement ? OBS se targue par
exemple d’être le seul opérateur étranger à disposer d’une licence en Russie, y
compris pour le chiffrage des données.
son choix sur la sécurité
uArrêter
Une fois le choix du passage au cloud
fait, la sécurité des données est déterminante dans le choix du prestataire.
Elle ne repose pas que sur sa capacité à
se prémunir des cyberattaques. Elle est
aussi liée aux législations dites intrusives. « Le Cloud Act ou le Patriot Act permettent aux autorités américaines d’accéder à toujours plus de données venant
de l’étranger », souligne Octave Klaba.
« Il reste difficile d’envisager en France
de stocker des données santé sur le cloud
de Microsoft Azure, pour des raisons politiques », insiste une source proche du
secteur. « C’est le paradoxe du cloud,
conclut Helmut Reisinger, DG d’OBS.
Cela a beau être virtuel, la localisation
physique est la clé. » Ce qui s’avère être
un atout majeur pour les acteurs nationaux. ■
E. BR.
EUROPE
Dell recommande Windows 10 Pro.
FONDS D'INVESTISSEMENT EUROPÉEN
(1,7 milliard de dollars)
La Commission compte sur un investissement
total de 20 milliards de la part des États et entreprises
PLAN DES ÉTATS
France (1,7 milliard de dollars)
Royaume-Uni (396 millions de dollars)
Allemagne (1,18 milliard de dollars)
**Defense Advanced Research Projects Agency
dans la Silicon Valley. Sur son territoire, la
Chine impose aux entreprises étrangères
de travailler avec un homologue chinois,
de stocker leurs données localement et de
céder des brevets technologiques… S’ils ne
le font pas, ils perdent leur accès à la
deuxième économie mondiale. Le pays a
également interdit aux bureaux gouvernementaux d’utiliser certains produits de
Microsoft, Apple et Intel !
“
« Les États-Unis n’ont
pas de politique globale
ni d’outils pour faire face »
RAPPORT DU PENTAGONE
Longtemps restée discrète, la riposte
américaine monte en puissance. Washington dispose de plusieurs atouts. Une partie
importante du trafic Internet chinois passe
par des infrastructures sous surveillance
américaine. Appelés les « huit guerriers
gardiens », Apple, Cisco, Google, IBM, Intel, Microsoft, Oracle et Qualcomm ont
« pénétré trop profondément dans l’infrastructure informatique de la Chine », dénonce un magazine lié au Parti communiste.
Les États-Unis sont allés encore plus loin
en interdisant la vente de composants
électroniques de l’équipementier télécoms
pendants des matières premières et des
investissements chinois. En outre, leur
politique économique est plus incitative.
Ils souhaitent que des entreprises à la
pointe de l’innovation soient en mesure
de doter l’armée de leurs capacités, par le
biais de marchés. Or des employés de
Google s’opposent aujourd’hui aux projets militaires américains, forçant Google
à revenir sur ses contrats avec l’armée.
Capables de s’opposer aux États, les firmes technologiques comme Google
jouent désormais un véritable rôle diplomatique. Les investissements privés dans
l’IA sont largement supérieurs à ceux des
nations, et ces entreprises-États vont
avoir une importance cruciale face à la
Chine. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR E. BR.
Les données représentent aujourd’hui
l’un des actifs les plus précieux des entreprises. Leur stockage est un véritable
enjeu stratégique : interne ou sur le
cloud ? À l’heure de la « tech war »,
comment s’y retrouver dans le choix de
son prestataire de cloud ?
Cela « paraît magique, car tout part
dans les nuages, s’amuse Octave Klaba,
fondateur et PDG d’OVH, la licorne
française du cloud. Mais la réalité est
que derrière cette technologie, il y a des
infrastructures physiques (data centres,
serveurs, réseaux…). Or avoir le contrôle
de ces infrastructures, c’est aussi maîtriser Internet ». Or si le marché du cloud
en France recèle de belles pépites,
Orange Business Services (OBS), OVH,
Ikoula… les leaders sont américains,
tels AWS d’Amazon, Microsoft Azure,
Google, ou chinois, Alibaba, Huawei…
FINANCEMENTS DIVERS (3,06 milliards de dollars)
... Autres
« une
Milieu
Le choix d’un cloud : trois points clefs
pour les entreprises
chinois ZTE et bloquent désormais certains
rachats d’entreprises nationales par des
groupes chinois (MoneyGram, Qualcomm). Les actions de Trump en matière
de taxes démontrent sa détermination de
se détourner d’un mouvement de plusieurs décennies vers des marchés ouverts
pour adopter une approche qui érige des
barrières autour d’une forteresse américaine. Quitte à s’isoler de ses alliés de longue date.
IL N’Y A RIEN DE
PETIT DANS
CE QUE JE
FAIS.
Le modèle européen au défi
Face à ce duel, l’Europe accumule un certain retard. Les promesses d’investissements en intelligence artificielle restent timides et la stratégie coordonnée du Vieux
Continent ne devrait voir le jour que début
2019. Le modèle et les valeurs européens
sont mis à mal par cette tech war. L’Europe observe impuissante la fuite de cerveaux aux États-Unis, suit de près le
transfert de savoirs industriels vers la
Chine. Sans que cela ne se traduise par la
construction d’une nouvelle forteresse.
« Certes, nous avons perdu la bataille technologique sur la recherche en ligne, la mobilité, les réseaux sociaux. Mais nous avons
encore des cartes à jouer sur l’industrie 4.0,
la cyberdéfense et les deep tech. Nous
croyons à l’attractivité de l’Europe plus
qu’au protectionnisme », rassure Chahab
Nastar, directeur de l’innovation d’EIT Digital. Ce bras armé de l’Union européenne
pour le leadership digital du continent est
doté d’un budget annuel de 100 millions
d’euros pour financer des start-up, accélérer les partenariats public-privé et former des étudiants. Chinois et Américains
peuvent y participer, car la priorité est
avant tout de valoriser le modèle d’« open
innovation ». Les investissements dans la
deep tech, ces start-up issues de la recherche et gourmandes en capital, constituent
selon l’Europe un élément de preuve.
Dans le duel qui oppose les valeurs
chinoises et américaines, l’Europe reste
un phare. Car derrière la tech war, les débats de société sont centraux. La politique
de l’Europe en matière d’anticoncurrence
et de protection de la vie privée inspire
l’Inde, le Canada et… le Sénat américain.
Son règlement général sur les données
personnelles (RGPD) a trouvé un écho jusque chez les républicains libertaires. La
lutte contre le monopole d’Amazon ou de
Google est discutée par l’antitrust (FTC).
L’Europe n’a peut-être pas de Gafa, mais
elle a encore des idées. ■
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Corporation ou de ses filiales aux États-Unis et/ou dans d’autres pays. Microsoft et Windows sont des marques de Microsoft Corporation aux États-Unis et/ou dans d’autres
pays. L’image à l’écran est une simulation et peut être modiiée. Applications Windows Store vendues séparément. La disponibilité et les fonctionnalités des applications
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3
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
4
TECH
TRANSFORMATION
NOUVEAU MÉTIER
Adecco se digitalise
à temps plein
Le chef de projet smart
city connecte la ville
Le poids lourd de l’intérim
multiplie les initiatives.
EMPLOI L’intérim est un marché
comme un autre, il n’échappe ni à la
révolution numérique, ni aux nouvelles attentes. Ce n’est pas Adecco,
lancé depuis quatre ans dans une
vaste stratégie de digitalisation, qui
dira le contraire, et encore moins son
PDG France, Christophe Catoir :
« Les intérimaires ont changé : quels
que soient leur niveau de qualification,
leur âge, leur localisation, ils sont
adeptes de l’immédiateté et accros à
leurs smartphones. Logiquement, nos
intérimaires ne comprenaient pas
pourquoi ils devaient parcourir parfois
une dizaine de kilomètres pour prendre
connaissance des offres et perdre du
temps dans la paperasse. » Adecco a
pris le temps de s’adapter : en 2014, le
groupe a entamé un « start-up
tour » qui l’a conduit à découvrir
180 jeunes pousses de l’e-RH en deux
ans. Objectif : comprendre les mutations du marché du travail et s’adapter avec de nouvelles offres appelées
« Aloha » et « Adecco et moi ».
Aloha est un chatbot, ou agent
conversationnel, un programme informatique qui dialogue avec l’internaute. Il permet aux intérimaires
de trouver une offre correspondant
à leurs attentes, de poser des questions relatives à leur contrat de travail ou leur statut. «Aloha est disponible sur le compte Facebook
d’Adecco et sur notre site officiel »,
explique Rémi Thorel, en charge de
l’activité bot pour Adecco. Lancé à
titre expérimental il y a un an et
demi, Aloha a dépassé les attentes.
« L’année dernière, 250 000 personnes ont échangé avec le bot et nous
avons reçu 16 000 candidatures
consécutives à une interaction avec
Aloha », se félicite Rémi Thorel.
Adecco s’est également attaqué à
l’aspect administratif en lançant il y a
un an « Adecco et moi », son agence
d’intérim 100 % en ligne. L’application permet notamment de signer les
contrats de travail à distance, de télécharger des certificats de travail,
800 000 indépendants
Autre forte tendance du marché du
travail : la montée en puissance des
indépendants. Spécialisés dans le
conseil, la tech ou encore le marketing, ils étaient 800 000 en France en
2017. Un chiffre en hausse de 126 %
en dix ans. Des plateformes Internet
telles que Malt, Crème de la Crème
ou encore Comet et talent.io se sont
attaquées à cette mine d’or. Impossible pour Adecco de passer à côté de
ce marché. Depuis février 2017,
Adecco possède sa propre plateforme, Yoss. À sa tête, Guillaume Herrnberger, ancien directeur de l’investissement digital monde chez
Adecco. « Le marché des plateformes
de freelances est un véritable farwest. Tous les acteurs veulent structurer ce segment en croissance de
300 % par an alors que pour l’instant,
seuls 13 % des freelances passent par
des plateformes. Adecco doit prendre
le lead », estime-t-il. Totalement
opérationnel depuis février 2018,
Yoss s’adresse en particulier aux
grands groupes et aux entreprises de
services numériques. Parmi ses 300
clients : Axa, Essilor et Michelin.
Avec sa stratégie digitale, Adecco
compte donc garder son cœur de cible, l’intérim traditionnel, tout en
attaquant un nouveau marché. ■
Ce poste a été créé par plusieurs métropoles françaises
pour piloter leur stratégie de ville intelligente.
tiers peu habituées à collaborer
entre elles. « Je suis rattaché à la
direction du numérique, mais je travaille aussi avec celles de l’énergie,
des bâtiments, des mobilités et de
l’éclairage. » C’est par exemple le
cas pour l’expérimentation en
cours depuis juillet de 500 capteurs sur des lampadaires, à la fois
compteurs d’électricité et bornes
de recharge électriques. L’objectif : optimiser la consommation
énergétique et mieux anticiper les
pannes.
JAMAL EL HASSANI £@Jamal_ELH
FICHE
CHEF DE PROJET
SMART CITY
■ Le poste
Superviser des projets
de modernisation des
services publics locaux
grâce au numérique
et aux données
■ Employeurs
Villes, métropoles,
régions
■ Formation
Informatique,
urbanisme, génie civil
■ Contrat
Fonctionnaire
ou contractuel
selon les collectivités
La transversalité est la
particularité des projets
smart city, qui touchent
de nombreux aspects
de la ville (numérique,
énergie, bâtiments...).
COMPÉTENCE Éradiquer les bouchons, réduire la pollution, diminuer la criminalité. À en croire ses
promoteurs, la smart city - ville
intelligente en français – est parée
de toutes les vertus. Mais derrière
le marketing, les métropoles françaises s’intéressent surtout à la
smart city pour optimiser leur organisation interne et générer des
économies. Dans un contexte de
baisse des dotations de l’État, c’est
peu dire que l’intérêt est grand.
Pour animer cette démarche de
transformation numérique, un
nouveau métier est apparu dans
les collectivités : celui de chef de
projet (ou chargé de mission)
smart city. Christophe Colinet est
l’un d’entre eux. Chargé de mission métropole intelligente à Bordeaux Métropole, il est « un facilitateur au sein de la collectivité pour
faire émerger des projets transverses », résume-t-il.
Cette transversalité est la particularité des projets smart city, qui
touchent de nombreux aspects de
la ville, alors que les collectivités
sont organisées en directions mé-
Talents de diplomate
LITTLESTOCKER /STOCK.ADOBE.COM
LUCAS JAKUBOWICZ £@lucas_jaku
des bulletins de salaire... La formule a
séduit 350 000 intérimaires en un an.
Avec ces innovations, le groupe
souhaite contrer les start-up qui proposent des emplois temporaires sans
passer par des agences physiques :
Badakan et Brigad pour l’hôtellerierestauration ou encore StaffMe pour
l’emploi étudiant. En répondant à la
dématérialisation par de la dématérialisation, Adecco risque-t-il de
mettre en péril ses 820 agences ? Pas
le moins du monde, répond Christophe Catoir : « Le personnel des agences est débarrassé d’une partie des tâches routinières et dispose de plus de
temps pour travailler sur la satisfaction des candidats et le sourcing. C’est
vital puisque 15 % de nos missions ne
trouvent pas de candidats. »
« Sur une journée, je consacre la
moitié de mon temps à des réunions
de travail autour de comités techniques de suivi, un quart à la mobilisation de mes collègues en interne et un
quart au management de mon équipe
de 25 personnes », décompte Christèle Tranchant, chef du projet OnDijon. Ce vaste chantier smart city
doit aboutir à la création d’un centre de contrôle unique regroupant
plusieurs missions de supervision
(éclairage, énergie, voirie, vidéosurveillance, bâtiments publics,
stationnement…). Un contrat à
105 millions d’euros sur douze ans
remporté en 2017 par le consortium
Bouygues Energie & ServicesCapgemini-Citelum-Suez. Le métier comporte donc une dimension
business, l’agent jouant un rôle clé
dans l’évaluation des propositions
déposées par les entreprises lors
d’appels d’offres.
Le chef de projet smart city doit
également nouer des relations avec
les grandes entreprises, start-up et
instituts de recherche de son territoire, afin de leur faire part des besoins de la ville. Et charge à lui de
penser les modèles économiques
des projets. Pour occuper ces postes, les collectivités françaises sont
plutôt friandes de profils techniques. Sur dix-sept chefs de projet
smart city identifiés, plus de la
moitié d’entre eux (53 %) sont ingénieurs de formation. Certains ont
complété leur cursus par des diplômes de management ou d’économie. La plupart (65 %) sont des
hommes. En raison des compétences requises et du lien avec le monde de l’entreprise, beaucoup n’ont
pas toujours été fonctionnaires :
76 % d’entre eux ont au moins une
expérience dans le privé. Le Bordelais Christophe Colinet a le profil
type. « Ingénieur télécoms de formation, je suis passé par HewlettPackard avant de devenir directeur
technique dans une société de services », raconte-t-il.
À Nice, la métropole a choisi
d’éclater le portefeuille smart city
sur plusieurs postes. Mais elle privilégie, elle aussi, les profils techniques, assure son directeur des
systèmes d’informations, Serge
Massiera. « Nous avons besoin de
personnes qui connaissent les
procédés de production informatiques. Nous choisissons donc des informaticiens, que nous faisons ensuite réfléchir aux usages puis au
business. »
Les qualités requises pour le job ?
Pédagogie, patience et persuasion.
Le chargé de mission smart city
doit faire comprendre aux directions métiers, sur lesquelles il n’a
aucune autorité, l’intérêt qu’elles
trouveront à intégrer le numérique
et les données à leurs projets. « La
technique, on sait faire. La difficulté
est de fédérer toutes les équipes »,
confirme Christèle Tranchant. Il est
indispensable de maîtriser l’anglais, ajoute Christophe Colinet :
« Cela sert à développer des liens
avec les entreprises et collectivités
étrangères. Il existe des centaines de
cas d’usage dont on peut bénéficier
en Europe. » Il faut, enfin, avoir une
certaine envie de service public :
les informaticiens ne retrouveront
pas dans les métropoles les niveaux
de rémunérations du privé. ■
USAGES avec le
L’alimentaire en ligne décolle : Amazon, Carrefour et Monoprix en profitent
A
Près d’un internaute sur deux a déjà
acheté un produit alimentaire en ligne au premier trimestre 2018, selon
une étude Médiamétrie pour la Fédération de l’e-commerce et de la vente
à distance (Fevad). Les 35-49 ans et
les CSP+ figurent parmi les plus actifs. Respectivement 59 % et 60 %
d’entre eux y ont déjà eu recours.
Leur panier moyen est de 80 euros
pour l’alimentaire contre 65,50 euros
toutes catégories confondues. Autre
enseignement de l’étude : le drive et
la livraison à domicile sont les modes
de retrait préférés. Face à cette
demande, les distributeurs multiplient partenariats et initiatives. En
mars 2018, Monoprix s’est associé à
Amazon Prime Now, le service de livraison de proximité à Paris du
géant américain. En janvier, Carrefour a annoncé viser 5 milliards
d’euros de chiffre d’affaires dans l’ecommerce alimentaire pour tout le
groupe et 20 % de part de marché en
France d’ici à 2022. Monoprix a également signé un partenariat avec
Ocado, le spécialiste britannique de
la livraison de produits frais en décembre dernier. ■ QUENTIN ÉBRARD
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
TECH
5
DEMAIN
Levée de fonds : comment lancer son ICO…
et bien la réussir
Plus de 14 milliards de dollars ont été levés dans le monde en 2018
via les initial coin offerings, qui font appel aux cryptomonnaies.
JUSTINE GAY £@GayJustine
CRYPTOMONNAIE Qu’il est tentant,
pour les entrepreneurs, de croquer
dans la pomme de l’initial coin offering
(ICO) au vu des montants collectés via
ce tout nouveau mode de financement : déjà plus de 14 milliards de dollars dans le monde cette année. Mais
gare à l’indigestion.
Lever des fonds en cryptomonnaies
n’est pas à la portée de tous. « Je ne
conseille à aucun porteur de projet qui
n’a jamais géré d’entreprise auparavant
de se financer via une ICO. C’est se rajouter beaucoup de complexité inutilement », témoigne Hervé Hababou,
passé par une ICO pour financer son
système de réservation touristique BTU
Protocol. Une complexité d’abord due
à la technicité du processus, au carrefour entre l’introduction en Bourse et
le crowdfunding (financement participatif), tout en y mêlant les subtilités de
l’émission de cryptomonnaies. Cependant, avec de la méthode, rien n’est insurmontable. Mode d’emploi.
1
RÉDIGER
UN WHITE PAPER
Le white paper, livre
blanc en français, est un
document à visée marketing, plus ou moins technique selon les ICO. Il
constitue la pierre angulaire d’une levée de fonds en monnaies virtuelles.
C’est sur la base des informations sur la
genèse du projet, sur les fonctionnalités du service, etc., que les investisseurs prennent la décision de souscrire
à l’opération. Les porteurs de projet
peuvent faire appel à un prestataire
comme le français Chaineum, qui accompagne ses clients tout au long de
leur ICO, de l’audit de l’opération à la
stratégie de communication, en passant par le développement d’une technologie ad hoc si besoin. Une offre globale facturée a minima 190 000 euros.
2
TRADUIRE
L’OPÉRATION
DE MANIÈRE
LÉGALE, FISCALE
ET COMPTABLE
Autre document à
produire pour lancer
une ICO, les terms and conditions, ou
conditions générales, qui définissent
les obligations entre l’émetteur de tokens (littéralement, les jetons qui sont
l’équivalent des actions dans le cadre
d’une introduction en Bourse classique) et l’investisseur. « Recourir à un
cabinet d’avocats permet de fournir
une information aux souscripteurs la
plus complète possible afin de les protéger au mieux, ce qui, incidemment,
profitera à l’émetteur de l’ICO », plaide Arnaud Grunthaler, du cabinet
d’avocats Fieldfisher.
Les ICO ne font pas encore l’objet
d’une régulation, rappelle-t-il, mais
les investisseurs peuvent se retourner contre les émetteurs. Par exemple, « souvent, les modalités de restitution des tokens ne sont pas abordées
dans les terms and conditions. À tort,
car si un consommateur saisit la justice, le juge de la consommation appliquera le droit actuel qui prévoit un
droit de rétractation », mentionne
Arnaud Grunthaler.
3
RÉALISER
UN SMART
CONTRACT
ET LE METTRE
EN LIGNE
Place maintenant à la
traduction de toute
cette documentation sous forme de
code, et donc à l’écriture du smart
contract, ou contrat intelligent. Il doit
être l’exacte représentation des règles
décrites dans le white paper. Il s’agit
d’un programme informatique qui
s’appuie sur la technologie blockchain pour sécuriser et rendre infalsifiables les termes de son exécution.
Le smart contract doit être audité
pour vérifier qu’il reprend bien les informations du livre blanc et qu’il ne
contient pas de bug.
4
BRANCHER
LE CONTRAT
INTELLIGENT
SUR UN TUNNEL
D’ACHAT
Vient ensuite le
temps de la mise en
vente des tokens, puisqu’une ICO
correspond à leur émission. Cette
vente s’effectue en trois phases, voire moins si l’objectif de départ est atteint plus rapidement que prévu.
Tout d’abord, la private sale qui est
une vente privée réservée aux investisseurs professionnels et aux fonds.
Ensuite la presale, ou prévente,
ouverte à un panel plus large d’investisseurs mais qui restent qualifiés.
Et enfin, la crowdsale, la vente publique destinée aux particuliers.
Attention, vendre ses tokens sur un
site Internet dédié ne suffit pas. Il
faut également être référencé sur une
plateforme d’échange connue comme BitFinex, Coinbaise ou Kraken.
Les fonds récoltés seront ensuite
convertis en monnaie-fiat (n’importe quelle monnaie d’État) via ces plateformes. Et c’est là que le bât blesse,
selon l’avocat Arnaud Grunthaler :
« Souvent, le transfert des fonds est
bloqué par la banque de l’émetteur
d’ICO parce que l’information communiquée par la plateforme ne satisfait pas aux obligations légales de
conformité, sur l’identité des souscripteurs comme sur l’origine des
fonds. »
La société Thesaur.io a lancé une offre
pour résoudre ces difficultés. « Nous
nous occupons des vérifications et mettons à disposition des moyens de paiement simplifiés et sécurisés », détaille
son fondateur Benjamin Souloumiac.
5
PROMOUVOIR
SON ICO
« Le facteur clé de
succès des investissements dans la cryptomonnaie, c’est : community, community,
community. C’est-à-dire l’accès à la
communauté, le savoir lié à cette communauté et la reconnaissance de celleci », assène Paul Bougnoux, fondateur d’Olympe.capital, une société de
gestion qui investit dans des sociétés
de la blockchain et les crypto-actifs.
«L’opération, c’est la création d’un écosystème, c’est-à-dire un ensemble de
parties prenantes autour d’un sujet d’innovation – futurs clients, développeurs… », abonde Philippe Rodriguez, de la banque d’affaires Avolta
Partners, qui a récemment développé
une offre d’accompagnement. « Si le
porteur de projet ne dispose pas encore
d’une communauté, il devra cibler des
investisseurs capables d’anticiper son
aptitude à en créer une, notamment en
assistant à des événements qui rassemblent les acteurs qui comptent », préconise Hervé Hababou, de BTU Protocol.
« Nous disposons de la liste de toutes les
conférences prévues dans le monde à
l’horizon de six mois. Et nous conseillons
celles à privilégier », fait valoir de son
côté Laurent Leloup, fondateur de
Chaineum et spécialiste de la blockchain. Paul Bougnoux insiste aussi sur
l’importance
des
advisors,
ces
conseillers qui gravitent autour du
projet et dont la présence lui confère
une légitimité. « Si une ICO est lancée
sur une blockchain spécifique mais
qu’aucun de ses représentants n’est advisor, les acheteurs auront du mal à adhérer. » De plus, « les advisors doivent
être répartis à travers le monde, une ICO
étant une opération internationale ».
Prudence toutefois, « 95 à 99 % des
advisors sont des margoulins », alerte
l’un de nos interlocuteurs. Toujours
se méfier du ver dans la pomme… ■
DÉFINITION
ICO, pour initial coin
offering, désigne un mode
de financement apparu
en 2014 mais qui n’a
véritablement décollé
qu’en 2016. Cela consiste,
pour une société
à la recherche de nouveaux
financements,
à lever des fonds
en cryptomonnaie.
Concrètement, l’entreprise
à la recherche de fonds
émet des jetons (tokens)
sur une plateforme
Internet dédiée. Ces jetons
permettront ensuite
à leurs détenteurs de recevoir
une partie des bénéfices
générés par l’entreprise,
à la manière d’un dividende,
ou d’utiliser son service.
UNIQUE
comme votre vision de demain.
IMAGINONS L’AVENIR
L’envolée des initial coin offerings (ICO)
M o n t a n t s l e v é s ( m illi o n s d e d o ll a r s )
460
N o m b r e d ’I C O
14 295
343
5 482
43
7
30
2014
9
2015
256
2016
2017
2018
A
7
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 24 septembre 2018 LE FIGARO
6
TECH
LE BAROMÈTRE
DUO
Allianz et Cityscoot :
le partage de l’expérience
L’assureur soutient la start-up de scooters et acquiert
une précieuse expérience dans le secteur de la mobilité partagée.
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
PARTENARIAT Louer pour quelques
heures un scooter, une trottinette électrique, une voiture… Le geste est devenu
banal pour les consommateurs. Mais il a
commencé par un casse-tête pour les
start-up et les assureurs. Cette nouvelle
forme de mobilité, basée sur le partage
de véhicules, passe par l’invention de
nouveaux modèles d’assurance. Pour y
parvenir, Cityscoot et Allianz ont avancé
main dans la main depuis 2016.
« Quand nous avons voulu lancer notre
service, nous sommes allés voir les assureurs. Nous recevions un accueil très sympathique et une gentille fin de non-recevoir, se souvient Bruno Vanryb. L’équipe
d’Allianz a été la première à croire à en
l’avenir du free floating. » Le free floating, c’est-à-dire la possibilité de louer
des véhicules laissés à la disposition des
usagers sur la voie publique, n’a pas forcément très bonne presse. Il y a déjà eu
trop d’exemples de vélos ou de trottinettes loués et déposés n’importe où, quand
ils ne sont pas vandalisés. « Le modèle du
scooter est différent de celui des vélos et
trottinettes. Nous avons les permis de
conduire de nos clients. Le scooter est un
véhicule immatriculé, qui pèse 100 kg,
donc plus difficile à déplacer par malveillance. Et en cas d’infraction, notamment pour stationnement gênant, la
contravention est adressée au conducteur », explique Bruno Vanryb.
Il n’en fallait pas tant pour convaincre
Allianz, qui se lance dans un véritable
partenariat avec Cityscoot. « Nous ne
sommes pas du tout dans une relation
classique client-assureur, insiste Bruno
Vanryb. Allianz a un vrai suivi, avec des
réunions régulières et un suivi de l’évolution de notre service. » Point clé : Allianz
accompagne la start-up dans sa croissance. « Ils sont la preuve qu’un grand
groupe peut prendre des décisions rapides
et être flexible », ajoute Bruno Vanryb. La
start-up a deux alliés de taille pour le
suivre dans son développement : Allianz,
mais aussi LeasePlan pour le volet financement de la flotte. « C’est formidable de
voir que deux grands groupes nous ont fait
confiance », s’exclame Bruno Vanryb. De
quoi envisager un peu plus sereinement
ce fameux « passage à l’échelle » qui fait
souvent défaut aux start-up tricolores.
« Cityscoot est un digne représentant de
Cityscoot a déployé 2 000 scooters électriques à Paris et devrait en avoir 3 800
d’ici à la fin de l’année. La start-up en a aussi 500 à Nice. STÉPHANE FELICITE/CITYSCOOT
triques à Paris et devrait en avoir 3 800
d’ici à la fin de l’année. Elle en a aussi
500 à Nice.
Allianz et Cityscoot ont même décidé
d’aller plus loin ensemble. D’abord en
développant et en cofinançant un programme de formation à destination des
utilisateurs de Cityscoot. Cette formation permet de mettre le pied à l’étrier à
de nouveaux conducteurs de deuxroues. « Il fallait accompagner ces nouveaux usages par une forte pédagogie »,
souligne Delphine Asseraf. La formation
à la conduite s’accompagne d’une sensibilisation aux bons usages. À commencer par le port du casque et des gants.
« Nous avons déterminé avec Allianz que
la nuit était plus accidentogène pour les
deux roues. Le service est fermé de minuit
à 7 heures du matin », précise Bruno
Vanryb.
Allianz accompagne aussi Cityscoot
dans son développement à l’international. « La France est en pointe dans l’économie collaborative. Les motivations des
consommateurs sont à la fois écologiques
et d’ordre économique », ajoute Delphine
Asseraf. Fort de sa connaissance du marché européen, Allianz épaule Cityscoot
dans le choix de ses déploiements européens. « Ils nous ont aidés à prendre nos
décisions, notamment en fonction des spécificités des marchés locaux », précise
Bruno Vanryb. Milan est la première
étape du développement européen de la
start-up. Toujours avec Allianz comme
assureur ! ■
ces plateformes qui réinventent la mobilité », résume Delphine Asseraf, en charge
de l’écosystème Ma Mobilité, chez Allianz. Or, l’assureur est convaincu de la
nécessité d’accompagner ce mouvement
de fond. En épaulant la start-up dès ses
débuts, l’assureur a pris un premier risque : celui de se lancer sur un marché où
il y avait peu ou pas de données. Loin des
règles de base du métier qui passent par
l’analyse et la maîtrise des risques. Mais
le jeu en vaut la chandelle. « Nous voulons pouvoir comprendre l’impact sociétal
des nouveaux usages liés au partage, no-
“
Le modèle du scooter
est différent de celui
des vélos et trottinettes.
Nous avons les permis de
conduire de nos clients
BRUNO VANRYB
”
tamment de véhicules, et anticiper l’évolution des besoins », explique Delphine
Asseraf. Le changement de modèle est
drastique pour l’assureur : au lieu de
proposer une police à une (ou deux) personnes pour un véhicule, il s’agit désormais d’assurer des usages et des utilisateurs différents pouvant emprunter un
des véhicules de la plateforme. « Aujourd’hui, nous effectuons une location toutes
les cinq secondes », illustre Bruno Vanryb, directeur associé de Cityscoot. La
start-up a déployé 2 000 scooters élec-
A
Dreem, 30 millions d’euros pour le sommeil
nancements. Nous lui apportons aussi
nos compétences, nos expertises dans
des domaines clés comme les tests cliniques ou les relations avec les régulateurs », expliquait au Figaro John Bell,
vice-président, en charge de l’innovation externe Johnson & Johnson.
Investisseurs actifs
DREEM
Dreem est un cas un peu à part dans
les levées de fonds récentes réalisées
par une start-up française. Quand le
classement est dominé par les fournisseurs de services et les biotechs,
Dreem s’adresse d’abord au grand public avec un bandeau connecté dédié à
l’analyse du sommeil. Ensuite, la
start-up a fait entrer un investisseur
pour le moins prestigieux à son capital, Johnson & Johnson. L’américain
est le principal investisseur, aux côtés
de Bpifrance et des partenaires historiques de la start-up, la Maif, Xavier
Niel et Laurent Alexandre, fondateur
de Doctissimo. Ce nouveau tour de table porte à 53 millions d’euros les
sommes levées par Dreem depuis sa
création en 2014, par Hugo Mercier et
Quentin Soulet de Brugière.
Sous ses allures de serre-tête un peu
étrange, le bandeau de Dreem dissimule des technologies dernier cri. Sa
première fonction est de mesurer la
qualité du sommeil de la personne qui
le porte grâce à ses différents capteurs
(oxymètre, accéléromètre, capteur
d’activité cérébrale…). La start-up se
targue de reproduire les méthodes
utilisées par les laboratoires de recherche pour analyser le sommeil. Sa
deuxième utilité est d’aider à l’endormissement du sujet, grâce à la diffusion de sons relaxants par transmission osseuse. Ce dernier point permet
d’éviter d’avoir à dormir avec des
écouteurs ou de déranger son entourage. En outre, une application dis-
Destiné au grand public, le bandeau
Dreem mesure la qualité du sommeil
mais il aide aussi à l’endormissement.
pense des conseils pour mieux dormir,
en fonction des données enregistrées.
Mais le dispositif est vendu
500 euros, un prix élevé, même pour
un équipement aussi pointu. L’entrée à
son capital de Johnson & Johnson devrait lui ouvrir les portes du marché
des entreprises et lui permettre de se
développer à l’international. Johnson
& Johnson est dans la position de l’investisseur actif. « Lorsque nous investissons dans une start-up, nous ne nous
contentons pas de lui apporter des fi-
Les mutuelles, et plus particulièrement
la Maif, pourraient aussi devenir d’importants prescripteurs de ce dispositif.
En effet, plutôt que de prendre en
charge des traitements médicaux liés
aux troubles du sommeil, elle pourrait
orienter leurs adhérents vers Dreem,
ou vers des établissements capables de
leur proposer le bandeau. Les entreprises elles-mêmes pourraient devenir
prescripteurs de Dreem, alors que le
manque de sommeil de salariés peut
être un handicap pour la productivité
au travail ! En moyenne, un adulte a
besoin de 7 à 9 heures de sommeil, or
pratiquement un tiers d’entre eux
dorment moins de 6 heures, ce qui
peut nuire à leur efficacité professionnelle.
La levée de fonds de Dreem illustre
cette tendance aux interactions de plus
en plus importantes entre des start-up
et des grands groupes. Elle est aussi un
signal positif pour le marché, démontrant que l’écosystème national est attractif, et pas seulement pour des
fonds d’investissement américains en
quête de start-up sous-valorisées. ■
E. B.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 24 septembre 2018
TECH
PORTRAIT
siasme Salwa Toko. « Salwa est quelqu’un de très opérationnel. Elle s’est débrouillée avec des bouts de ficelle… et a
fait des miracles, salue Gilles Babinet,
qui a présidé le premier CNNum et a rejoint le nouveau. Ce qui l’intéresse, c’est
l’inclusion au sens large. » Une analyse
que partage Gaël Duval, PDG fondateur
de jechange.org, lui aussi membre du
CNNum : « Elle a une approche très sociétale. Sa feuille de route pour le CNNum est claire sans être trop directive. »
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
« Force humaine »
FLAVIEN EDENNE
PERSONNALITÉ « Une femme bien. »
Ceux qui côtoient Salwa Toko la résument d’abord par ces quelques mots.
Loin des politiques, la nouvelle présidente du Conseil national du numérique
(CNNum) est d’abord connue pour ses
actions dans le secteur associatif, dédiées
à l’inclusion des filles dans le numérique.
Ses objectifs sont simples, elle veut
« changer le monde », et son enthousiasme est communicatif !
Née à Paris, en octobre 1975, dans le
Ve arrondissement, elle passe sa prime
enfance au Mali avant que sa famille revienne en France. Le retour est compliqué, ses copines et la chaleur lui manquent. Elle décide de cesser de travailler à
l’école, première « révolte infantile ». Résultat, avec zéro de moyenne, une orientation lui est proposée « couture ou coiffure ». Recadrée par ses parents, elle se
remet au travail. La moyenne passe à 19.
Ses rêves de médecine échouent toutefois
en première année. Ce sera finalement le
droit. Salwa Toko se spécialise en droit
international, doublée d’une formation à
Science po. « Je n’ai jamais travaillé dans
ces branches ! », s’amuse-t-elle.
Salwa Toko commence sa carrière
professionnelle au Bénin, « un hasard ». Elle y dirige une chaîne de télévision et touche du doigt les possibilités offertes par la fibre optique. « J’ai
toujours été geek », confie-t-elle. Elle
revient en France en 2009, « pour des
raisons personnelles», et entame une
nouvelle carrière dans le monde associatif. La fondation Face l’embauche
« pour gérer un partenariat avec Dell, et
créer des liens entre les entreprises et le
monde de l’éducation ». Les premières
pierres de son engagement sont posées. Dans le cadre du programme
« Agir contre l’exclusion en SeineSaint-Denis », l’hyper-Parisienne découvre la banlieue, « l’Afrique aux portes de Paris ». Elle s’agace quand on lui
fait remarquer que « pour quelqu’un
issu de la diversité, elle parle français
sans accent ». Un comble pour cette
fille de cadres qui a grandi à l’ombre du
Panthéon et de la Sorbonne, et qui ne
renie rien de ses origines maroco-syriennes par sa mère et nigério-béninoises par son père !
7
Salwa Toko : de WiFilles
à la présidence du CNNum
En lutte
contre « toutes
les exclusions »,
elle fait de l’inclusion
des filles dans
la tech son combat.
Mais c’est à Montreuil qu’a lieu le déclic. Invitée à une remise de prix pour
les « 24 heures de l’informatique », elle
prend conscience de l’absence des
femmes, jusqu’à demander à l’organisateur si « elles sont dans une autre pièce ». Elles n’étaient tout simplement
pas là. Or, « le numérique est partout.
C’est quelque chose de transversal, comme la philosophie. On ne peut pas oublier
50 % de la population », s’énerve celle
qui a fait de l’inclusion des filles dans la
tech un de ses combats. « Les nouvelles
technologies, c’est l’avenir. Exclure les
filles de ces formations, c’est les
condamner, à terme, à la précarité. »
Convaincue de l’urgence, Salwa Toko
cofonde l’association Wi-Filles, intégrée à Face. L’association forme une
douzaine de jeunes filles par an au codage et à l’informatique. Mais cela ne
va pas assez vite pour Salwa Toko. La
structure est trop lourde, elle volera
donc de ses propres ailes. C’est la naissance de Becomtech en 2017. « Nous
avons déjà eu quatre promotions d’une
vingtaine de jeunes filles à Paris, Lyon,
Créteil et Carrières-sous-Poissy »,
égrène-t-elle, ravie du succès. Issues
de différents établissements scolaires,
elles suivent des formations pendant
trois mois. Surtout Becomtech a pour
ambition de continuer à les suivre.
« C’est comme une famille ! », s’enthou-
Salwa Toko a, en outre, l’avantage d’être
une femme. Ce qui a compté dans sa nomination à la présidence du CNNum,
après le passage express de Marie Ekeland à ce poste. Même si Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au numérique,
qui l’a nommée à ce poste, n’en fait pas
un argument. « J’ai rencontré Salwa Toko
alors qu’elle était venue présenter le travail de son association. J’ai vu son impact,
sa force humaine et sa capacité à convaincre les politiques », salue-t-il, avant de
préciser « elle ne vient pas de mes réseaux ». Ce n’est que plusieurs mois
après cette rencontre que le secrétaire
d’État songe à elle pour la présidence du
CNNum. « Nous nous sommes alors rencontrés plusieurs fois. Il m’a fallu la
convaincre », se souvient Mounir Mahjoubi. Contactée en décembre, elle dit
oui… en mai. « Mon mandat dure deux
ans. Si je pouvais réduire la fracture numérique, je serais fière », énonce Salwa
Toko. Au printemps, elle planche avec le
ministre à la création du nouveau collège
du CNNum. Il est à son image : jeune,
ouvert et à parité parfaite entre les femmes et les hommes. « Salwa Toko vient
du monde associatif. Elle a une façon différente de voir les choses. Et c’est bien que
ce soit une femme », souligne Nathalie
Colin, directrice générale adjointe du
groupe La Poste, également membre du
CNNum.
Une des premières décisions de Salwa
Toko est la création d’un forum, lieu virtuel où 200 à 300 experts de leurs secteurs débattront des sujets de réflexion
du CNNum. « L’intérêt de ce forum est
d’obliger les gens à poser leurs réflexions
par écrit et d’argumenter », décrypte
Mounir Mahjoubi. L’objectif est de permettre un débat constructif, sans laisser
de place aux petites phrases stériles. ■
CHRONIQUES INTERNATIONALES
Miami, le nouveau hub technologique
en vogue aux États-Unis
Jack Ma, la plage et
l’innovation chinoise
La capitale de la Floride est en train de construire un écosystème
favorable à la création de start-up.
La retraite du patron et fondateur
d’Alibaba est un message à Pékin.
L’une des raisons de l’attractivité
de la ville est le niveau des salaires
largement en dessous de ceux de la
Silicon Valley ou de New York. Il
faut compter 90 000 dollars pour
un ingénieur développeur contre
130 000 dollars à San Francisco. De
plus, le coût de la vie est bien inférieur en Floride qu’en Californie, ce
qui attire les talents. Enfin, la fiscalité avantageuse de la Floride a fini
de convertir les plus sceptiques
avec l’absence d’imposition sur le
revenu au niveau de l’État ou du
comté comme cela peut être le cas
dans certaines parties de la Californie avec un taux additionnel allant
jusqu’à 13,3 % en plus du taux de
base fédéral.
Pour alimenter ces start-up en ingénieurs qualifiés, Miami a dû aussi
faire évoluer ses formations. Les universités ont ajouté des cursus dédiés
comme University of Miami ou le
Miami Dade College, mais aussi des
formations plus courtes ou des bootcamps comme Wyncode au cœur du
quartier de Wynwood. L’attractivité
de Miami a eu aussi son effet sur les
ingénieurs dans le monde. De très
* CEO & eCommerce Innovator chez CEM
Partners
SÉBASTIEN FALLETTI £@fallettiseb
SHANGHAÏ
L’indice
Kauffman 2017
vient de placer
Miami
comme la ville
américaine
à la plus forte
activité de
start-up
devant Austin
au Texas
CHINE En bon maître de tai-chi,
Jack Ma sait esquiver les coups, pour
mieux déporter l’adversaire. « Je
veux mourir à la plage, pas dans mon
bureau », a déclaré, espiègle, le fondateur d’Alibaba pour justifier sa retraite prochaine à la tête de l’empire
de l’e-commerce chinois. Son départ
annoncé pour l’an prochain marque
un changement d’ère pour la seconde économie mondiale. En trois décennies, Alibaba est devenu la « plus
grande caisse enregistreuse de l’histoire », avec 25 milliards de dollars de
vente en ligne en 24 heures, lors du
Singles Day, en novembre dernier, et
la Chine le premier marché en ligne
du monde. En passant les rênes au financier Daniel Zhang, l’entrepreneur semble tourner une page et jure
vouloir se consacrer à l’enseignement, sa véritable vocation. Malin.
Au pays de Confucius, l’argument est
inattaquable.
Pourtant, ce départ pourrait être
un signal d’alarme à destination d’un
régime toujours plus impérieux.
« C’est une décision très stratégique.
Jack reprend sa liberté au moment où
le Parti impose un contrôle de plus en
plus étroit sur les entreprises », décrypte Duncan Clark, auteur de la
biographie L’Incroyable Histoire de
Jack Ma, le milliardaire chinois. L’annonce surprise de sa retraite dans le
New York Times, et non dans un média officiel, sonne comme un pied de
nez aux caciques d’un régime assoiffé de contrôle, sous le règne du président Xi Jinping. Elle répond à un
constat implacable : la main régulatrice de Pékin sur les géants du tech
Jack Ma
« Je veux
mourir
à la plage,
pas dans
mon bureau »
se fait plus pressante que jamais depuis l’arrivée au pouvoir du nouvel
empereur en 2013. Ces dernières semaines, le cours de Tencent a chuté
brutalement, après les annonces des
régulations dans le secteur du jeu vidéo. L’an dernier, Ant Financial, le
bras financier d’Alibaba, a subi de
plein fouet les nouvelles réglementations de la fintech.
Le futur retraité n’a pas tardé à reprendre sa liberté de parole. « Je pense que le gouvernement doit se consacrer à gouverner, et les entreprises à
faire ce qu’elles ont à faire », a déclaré
Ma lors d’une conférence sur l’intelligence artificielle organisée par les
autorités, le 18 septembre à Shanghaï.
Une critique sans ambiguïté des velléités de régulation du secteur par Pékin qui veut faire des technologies un
instrument de contrôle de la société.
En filigrane, il pose la question qui
fâche : l’innovation peut-elle fleurir
sous le contrôle toujours plus étroit
des censeurs et d’un pouvoir autoritaire ? L’entrepreneur est trop malin
pour mettre les pieds dans le plat et
embarrasser frontalement un régime, dont la destinée d’Alibaba dépend. Mais il usera de sa liberté retrouvée pour envoyer des messages
subliminaux. La retraite à la plage n’a
pas encore sonné. ■
A
Coût de la vie inférieur
nombreux ingénieurs français sont
attirés par ce nouveau hub et passent
par le réseau While42 de la ville.
Pour asseoir la réputation tech
d’une ville, il faut des sociétés emblématiques. Citrix, un acteur majeur des services de cloud, fut
d’abord créé au Texas, mais il a été
rapidement transféré en Floride où il
a eu un développement remarquable
et s’est maintenant installé à
Fort Lauderdale. Il y a encore
Chewy.com, le site e-commerce
spécialisé dans la nourriture pour
animaux domestiques racheté
3,35 milliards de dollars par
PetSmart, la chaîne de magasins du
même secteur, ce qui en fait la plus
grosse transaction e-commerce au
monde. Certaines aventures ont été
plus controversées comme Magic
Leap, le concepteur de casques de
réalité augmentée qui a levé 1,4 milliard de dollars mais dont le produit
tarde à voir le jour. Finalement, c’est
surtout tous ces projets de start-up
pas encore connus du grand public
qui voient le jour dans les espaces de
coworking ou les incubateurs locaux
qui font de Miami un nouveau hub
tech des États-Unis d’Amérique. ■
➔
ÉTATS-UNIS Longtemps considérée
comme une ville aux seuls attraits
touristiques, Miami s’est transformée durant ces dernières années
pour attirer les start-up et les grands
acteurs des nouvelles technologies.
Le magazine US News & World
Report a établi que la Floride offre le
meilleur système éducatif des ÉtatsUnis pour les études supérieures. Le
très réputé Forbes, en partenariat
avec CarreerBliss, a noté la capitale
de la Floride comme étant la ville où
les personnes sont le plus heureuses
au travail et l’indice Kauffman 2017
vient de placer Miami comme la ville
américaine à la plus forte activité de
start-up, devant Austin au Texas. La
région l’a bien compris et beaucoup
d’initiatives locales fleurissent comme le Miami Downtown Development Authority, organisme aidé par
la ville qui opère un lobbying pour
inciter les start-up et les grands acteurs à venir s’implanter à Miami. Et
cela fonctionne, avec par exemple
Microsoft qui a ouvert un centre
d’innovation à Miami Downtown ou
Ford qui a choisi la ville pour son
premier essai grandeur nature de
véhicules autonomes. Enfin, Amazon devrait annoncer d’ici à la fin de
l’année si Miami sera l’emplacement
de son nouveau siège.
Encore inexistant il y a six ans, un
véritable écosystème de start-up a
vu le jour notamment facilité par
l’émergence des espaces de
« coworking » comme WeWork ou
Pipeline qui ouvre son sixième lieu
en Floride. Aujourd’hui, Miami est la
ville qui offre le plus d’espaces de bu-
reaux partagés aux États-Unis.
L’autre facteur primordial est le financement des projets. Dans ce domaine, Miami est passé de la quinzième à la huitième position entre 2016
et 2017 en termes d’investissement
de capitaux (Venture Capital Investment). On compte TheVentureCity,
qui a lancé un fonds d’investissement de 100 millions de dollars pour
les start-up dans les nouvelles technologies ou 500 Startups qui a investi
dans plus de deux mille start-up et
vient d’ouvrir un bureau à Miami.
➔
MIAMI
SEAN PAVONE/SHUTTERSTOCK
CÉDRIC GEFFROY* £@cedricgeffroy
La Poste – SA au capital de 3 800 000 000 € – 356 000 000 RCS Paris – Siège social : 9, rue du Colonel Pierre Avia 75015 Paris –
–
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Nous sommes
conceptrice développeuse,
chargé de clientèle,
conseiller financier,
data analyst, facteur,
social media manager,
web project manager,
facteur service expert,
chef d’équipe colis,
gestionnaire de clientèle
pro, examinatrice
du code, ou encore
conseiller bancaire,
nous simplifions la vie,
nous sommes postiers.
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