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Le Figaro - 25 09 2018

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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 053 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
CHINE
ART DE VIVRE
LES GRANDES TENDANCES DE LA MODE
ET DU DESIGN SONT DANS NOTRE
SUPPLÉMENT MENSUEL « F »
Le couturier star
Hedi Slimane
se livre au « Figaro »
en exclusivité
Les pépites
des crus
bourgeois
du Médoc
passées
en revue
NOTRE CAHIER
SPÉCIAL
TERRITOIRES
Les élus locaux
font front commun
contre l’exécutif
Impôts, déficit,
économies :
un budget
à petits pas
Maîtrise des dépenses, baisse de la fiscalité :
le gouvernement joue la continuité. Mais l’amélioration
des comptes doit plus à la croissance qu’aux réformes.
PAGES 2 ET 3
ÉTATS-UNIS
Avis de tempête
sur l’enquête du
procureur Mueller
Les deux ministres de Bercy,
Bruno Le Maire et Gérald
Darmanin, ont présenté lundi un projet de loi de finances pour 2019 dans la continuité du précédent. Grâce à
une conjoncture toujours
porteuse et au rétablissement des comptes de la Sécurité sociale, le déficit public devrait revenir à 1,9 %
PAGE 6
SÉCURITÉ
Des gilets pareballes pour le Samu
de Toulon PAGE 10
DISTRIBUTION
Quand les
services publics
se déplacent en
camping-car
La tribune
d’Hugues
Moutouh
et l’appel
d’un collectif de
parlementaires
en faveur des
entreprises
La chronique
de Renaud
Girard
L’analyse
d’Armelle
Bohineust
n
n
Trois jours avant la présentation, à Paris,
de sa première collection pour la maison de couture
Celine, dont il a été nommé en janvier dernier directeur
de la création artistique, le Français s’exprime à cœur
ouvert sur son style, ses passions et son ambitieuse
mission. Une rencontre rare. PAGES 28 ET 29
PAGES 14 À 17
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses
à la question de lundi :
Le gouvernement
réduit-il suffisamment
les dépenses publiques ?
OUI
9%
NON
91 %
M 00108 - 925 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@j@c@p@a";
TOTAL DE VOTANTS : 58 743
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Êtes-vous favorable
à l’armement
des vigiles privés ?
MU HAN/MAGINECHINACHANTALS/STOCK.ADOBE.COM
è DES RÉDUCTIONS
D’EFFECTIFS ENCORE
TRÈS LIMITÉES
è BRUXELLES PLUS
CONCILIANT AVEC PARIS
è DES BAISSES DE TAXES
ET D’IMPÔTS SURÉVALUÉES
PAGES 20, 21, 22 ET L’ÉDITORIAL
Des agents privés de sécurité,
déployés à travers le territoire, une arme au ceinturon.
Cette situation, hypothétique
il y a quelques années, va devenir réelle. Des arrêtés attendus ces prochains jours
vont leur permettre de porter
armes de poing et fusils. Si,
face à la menace terroriste,
cette facilité paraît désormais
inévitable, certains, dans les
rangs des forces de l’ordre, se
disent inquiets. PAGES 8 ET 9
ÉDITORIAL par Gaëtan de Capèle gdecapele@lefigaro.fr
n
n
è ÉCONOMIES :
CHOIX DRASTIQUES
ET COUPS DE RABOT
Les agents de sécurité
privés pourront
bientôt être armés
Y.R.
CHAMPS LIBRES
Casino-Carrefour,
la partie de poker
menteur PAGE 24
du PIB (hors effet CICE). La
hausse des dépenses publiques sera relativement
contenue, malgré un objectif
de réduction d’effectifs ramené à 4 164 postes dans la
fonction publique. Les baisses de taxes et d’impôts,
surtout favorables aux entreprises, demeurent limitées pour les particuliers.
S
Course d’escargots
i le secret d’une politique économique gagnante consiste à choisir un
bon cap et à le suivre au bon rythme, le gouvernement n’a accompli
qu’une partie du chemin. Le bon
cap ne fait guère de doute. Après la gestion
calamiteuse - et « insincère », selon la Cour
des comptes - des années Hollande, les deux
premiers budgets du quinquennat Macron
ont permis de rétablir une véritable rigueur
comptable en France, et donc de la crédibilité. De même le projet de loi de finances de
2019 a-t-il le mérite de poursuivre, au moins
dans ses intentions, la stratégie initiée l’an
dernier : donner la priorité aux entreprises
et au travail, sur fond de baisse des prélèvements obligatoires et d’économies dans la
sphère publique. Un peu de cohérence après
tant d’incohérence ne peut pas nuire…
S’agissant du rythme, en revanche, c’est
une autre affaire, et c’est bien aujourd’hui
tout le problème. Alors qu’une croissance
exceptionnelle et des recettes fiscales inespérées ont ouvert une fenêtre en or pour accélérer le tempo, la France, seule en Europe,
continue sa course d’escargots. De la grande
offensive contre les dépenses publiques,
personne n’a encore vu la couleur. À peu de
chose près, l’État comptera l’an prochain
toujours autant de fonctionnaires. Indispensable pour gagner en agilité, en productivité, en efficacité, la « transformation » cent
fois promise de notre énorme machinerie
administrative avance à pas de fourmi.
Comme le relève le Haut Conseil des finances publiques, le déficit « structurel »
- c’est-à-dire strictement lié au poids
démesuré de l’État
dans l’économie continuera à « limiter significativement
les
marges
de
manœuvre de la politique budgétaire ».
Cette formulation
peu lyrique résume tout : tant que les dépenses publiques n’auront pas été drastiquement réduites (à 54 % du PIB, il y a de
quoi faire…), tout espoir d’une baisse sérieuse de la fiscalité (à 44 % du PIB, il y a
aussi de quoi faire…) est illusoire. Les contribuables pourront encore le constater l’an
prochain. ■
Personne
n’a encore vu
l’offensive
contre les
dépenses
publiques
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
A
FIGARO ET VOUS
UN PONT GÉANT POUR
RENFORCER L’EMPRISE DE
PÉKIN SUR HONGKONG PAGE 7
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Les élus locaux font front commun
Régions, départements et maires se retrouvent, à partir de mercredi à Marseille, pour défendre les libertés
tion des collectivités dans la réussite des
politiques nationales.
En tant que figures de ces trois associations, Hervé Morin, président centriste
de la région Normandie, Dominique Bussereau, président (ex-LR) du conseil départemental de Charente-Maritime, et
François Baroin, maire LR de Troyes, ont
déjà mis en garde l’exécutif contre la
tentation de remettre en question les
pouvoirs des territoires. « Du jamais-vu
depuis la loi Defferre de 1982 », dénoncent-ils régulièrement. Ce premier rassemblement, où Gérard Larcher, prési-
dent du Sénat, est attendu, en annoncera
d’autres, notamment à l’occasion des
prochains congrès des maires de France
et des départements, en novembre.
Parmi les ministres invités à Marseille, Élisabeth Borne (Transports),
Frédérique Vidal (Enseignement supérieur et recherche) et Jean-Michel Blanquer (Éducation) sont attendus. Une incertitude existait encore, lundi,
concernant la présence de Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, en clôture
du congrès jeudi. Le premier ministre
Édouard Philippe ne sera, lui, pas pré-
sent. « Ils sont en panique », glisse un élu
des Régions de France, convaincu que
certains ministres sont priés en coulisses
de renouer le dialogue avec les trois associations d’élus qui ont boycotté la
dernière Conférence nationale des territoires, le 12 juillet dernier.
Depuis plusieurs mois, la confiance
s’est érodée régulièrement au point de
nourrir une véritable fronde des territoires. Certains élus, tels Xavier Bertrand, président de la région Hauts-deFrance, ou Caroline Cayeux, maire de
Beauvais et présidente de l’association
Hervé Morin : « Les territoires sont en colère »
PROPOS RECUEILLIS PAR
EMMANUEL GALIERO
egaliero@lefigaro. fr
Hervé Morin préside l’association
Régions de France, la région Normandie et le mouvement Les
Centristes.
A
Le FIGARO. - Vous mobilisez de
nombreux élus locaux à Marseille.
Quel est votre message
et à qui l’adressez-vous ?
Hervé MORIN. - Les territoires
sont en colère. Chaque congrès des
Régions de France rassemble environ 700 élus et ils étaient déjà
1 400 inscrits la semaine dernière.
Notre message est simple : adaptons l’action publique au monde
moderne. Le redressement de la
France passe par des politiques nationales portées par l’État mais
aussi par les territoires, pour toutes
les politiques de proximité. Ce
message, nous l’adressons à celui
qui concentre tous les pouvoirs :
Emmanuel Macron. Nous ne sommes pas en train de défendre nos
propres pouvoirs ou de réclamer
de l’argent, nous voulons simplement rappeler que ces politiques
de proximité, au nom de l’efficacité et de la démocratie, doivent être
gérées par des pouvoirs locaux responsables, réactifs et autonomes,
comme cela est le cas dans tous les
pays d’Europe. Nous dénonçons
aussi l’absence de ligne stratégique
de la France : il est absurde, après
avoir créé des régions de taille
européenne, en 2016, de leur retirer des compétences en 2018.
Quelle est votre légitimité
politique pour poser
cette exigence ?
Nous la tenons du suffrage universel et il y a eu au moins autant
de participation aux élections régionales qu’aux législatives. Les
présidents de région connaissent
les territoires et leurs spécificités.
Quand on veut s’adresser à nous,
on sait où nous trouver alors
qu’un fonctionnaire de Bercy est
inatteignable. Aussi, qui peut
penser que certaines politiques
comme celles de l’apprentissage,
du logement, du mixte énergétique ou de la transition écologique
peuvent être décidées dans des
bureaux à Paris ?
président du département de
l’Eure, NDLR) dans la perspective
des futures élections régionales.
Ils sont très proches. C’est de la
politique politicienne. Tous mes
indicateurs régionaux sont meilleurs que la moyenne nationale
alors que la Normandie avait toujours été dans les profondeurs des
classements. Nous avons créé un
écosystème favorable aux entreprises qui est salué par tous.
M. Darmanin ferait mieux de se
préoccuper de la dépense publique. On se souviendra de lui comme du ministre du Budget qui
aura été à l’origine des prélèveLe pouvoir est entre les mains
ments obligatoid’une technocratie qui a échoué
res les plus élevés
depuis trente ans. C’est
de l’OCDE et de
la baisse du poula revanche de la technostructure
voir d’achat des
qui n’a jamais supporté
Français… Quant
aux autres, je les
la décentralisation
connais trop pour
HERVÉ MORIN
penser qu’ils seraient déconnectés de la réalité.
Tous les présidents de région
sont-ils sur la même ligne ?
Oui. Tous signeront l’appel pour
Pourquoi les relations
la défense des libertés locales que
entre l’État et les territoires
Dominique Bussereau, François
sont-elles dans cet état ?
Il y a un faux-semblant d’écoute.
Baroin et moi-même dévoilons à
Dès que l’on a le malheur d’appaMarseille.
raître désagréables à l’égard du
gouvernement, immédiatement
Édouard Philippe semble
après l’on découvre des arbitraminimiser l’impact des
ges défavorables. On nous traite
associations d’élus, la ministre
comme des enfants dans une
Jacqueline Gourault ne sent pas
cour d’école. Aujourd’hui, le
cette défiance sur le terrain
pouvoir est entre les mains
et Gérald Darmanin, ministre
d’une technocratie qui a
des Comptes publics, critique
échoué depuis trente ans.
votre gestion en Normandie…
C’est la revanche de la
Que leur répondez-vous ?
technostructure qui n’a
Gérald Darmanin est télécomjamais supporté la démandé par Sébastien Lecornu (secentralisation.
Un
crétaire d’État auprès du ministre
exemple surréaliste en
de la Transition écologique et ex-
«
»
témoigne : la rumeur parle d’un
retour entre les mains du ministère de l’Agriculture de la gestion
du deuxième pilier de la politique
agricole commune (PAC), contrairement aux propos d’Emmanuel Macron, qui m’avait dit
exactement le contraire lors du
Salon de l’agriculture au printemps dernier. Si la France ne
prend pas ce tournant de la décentralisation de la PAC comme
l’Allemagne, toute politique régionale pour notre agriculture
sera condamnée.
Le gouvernement semble inciter
ses ministres à vous tendre
la main. Que lui répondez-vous ?
Nous ne sommes pas dans une
posture politicienne. Le cauchemar que vit l’Italie,
qui a basculé dans le
nationalisme,
nous
guette. Nous, nous
voulons la réussite de
la France. Et, si nous
sommes prêts à discuter, nous n’irons
plus autour de la table
pour rien. ■
Dominique
Bussereau
et François Baroin
le 7 juillet à Paris,
lors de
la conférence
de presse
annonçant
le boycott
de la Conférence
nationale
des territoires.
C. MORIN/IP3
Hervé Morin :
« Il est absurde,
après avoir créé
des régions de
taille européenne,
en 2016,
de leur retirer des
compétences
en 2018 ».
Villes de France, estiment que la défiance n’est pas la bonne méthode. Ils partagent certaines critiques mais préfèrent
se tenir à distance de la fronde.
« Double langage »
À Marseille, Renaud Muselier, président
LR de la région Paca, déplore l’évolution
des relations entre l’exécutif et les élus
locaux. Il en fait porter la responsabilité
au pouvoir. « Nous ne sommes pas des
adversaires, mais un pays ne peut pas
fonctionner sur le double langage, piloté
par quatre individus recentralisés sur un
Pour Muselier,
le gouvernement
a « fédéré » tout
le monde contre lui
Pour Renaud Muselier, président LR
de la région Sud et successeur
annoncé d’Hervé Morin à la
présidence des Régions de France,
ce rassemblement inédit d’élus
locaux à Marseille est l’occasion
d’adresser un message clair
au gouvernement. « C’est l’appel
de Marseille ! » prévient-il. Muselier
ne comprend pas pourquoi
l’exécutif s’est mis à dos les
territoires. « En vingt-cinq ans
de vie politique, je n’ai jamais vu ça :
ils ont réussi à tous nous fédérer
contre eux », juge l’élu en s’avouant
« très surpris » de l’évolution des
relations. Tout lui semblait possible
au début du quinquennat, « avec
un premier ministre non idéologue
et un président de la République
ouvert », mais il a eu le sentiment
ensuite que les alertes des élus
locaux contre la recentralisation
« n’ont pas été écoutées ».
Si Macron et Philippe étaient tentés
de financer leur politique « sur le
dos » des collectivités, Muselier les
met en garde : « D’ici à 2022, quand
nous aurons contribué
au désendettement
de la France à hauteur de
50 milliards d’euros,
l’État aura lui,
accru
l’endettement
du pays
de 330 milliards.
Ce sont nos
chiffres. »
E. G.
ISORE/IP3
MARSEILLE, capitale des territoires ! Les
élus locaux se rassemblent durant deux
jours, au cœur de la Cité phocéenne,
pour clamer leur attachement à la décentralisation. En ouverture du congrès
des régions, prévu à partir de mercredi
au palais du Pharo, les trois associations
d’élus (Régions de France, Assemblée
des départements de France et Association des maires de France), s’apprêtent à
lancer un appel pour les libertés locales.
Dans la foulée, ils dévoileront une nouvelle association, baptisée Territoires
unis, destinée à promouvoir l’implica-
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LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
contre l’exécutif
locales et dénoncer la recentralisation des pouvoirs.
Gérard Collomb, mais aussi Jacques Mézard, ministre de la Cohésion des territoires, et Jean-Yves Le Drian, ministre
des Affaires étrangères, sont vus comme
des soutiens venus de « l’ancien monde ». « Eux savent comment fonctionnent
les finances publiques des collectivités territoriales », explique-t-on. L’ex-sénateur PRG Mézard a déjà rappelé la sensibilité des collectivités locales face au
« passage en force ». Les régions, qui représentent 30 milliards de budget par an,
s’interrogent sur la « logique » guidant le
gouvernement, alors que l’évolution des
politiques européennes défend le modèle
d’un partage croissant du pouvoir avec
les collectivités territoriales. Pour elles,
ce gouvernement souffre d’une absence
de « culture du territoire ». Renaud Muselier n’hésite pas identifier un double
problème de « jeunesse et d’incompétence ». Le rassemblement des élus locaux à
Marseille vise aussi à dénoncer la
conception « très parisienne » d’un pouvoir armé d’un Parlement « très faible en
élus locaux ». « Ils ont pensé que nous
pourrions plier, mais l’arrogance n’est pas
un mode de gouvernance. Ils ne gagneront
pas », prévient un porte-parole de la colère territoriale. ■
E. G.
Tel. 01.55.35.20.20
palais en imposant son diktat à l’ensemble
de la France », prévient l’élu provençal
(lire encadré).
«Même les échanges avec les cabinets
ministériels sont compliqués. Certains
grands élus ne sont plus pris au téléphone », se plaint un membre des Régions de
France, accusant Édouard Philippe et
Emmanuel Macron de s’entourer de collaborateurs et de ministres méconnaissant les enjeux territoriaux. Certains élus
misent sur certaines personnalités au
sein du gouvernement pour faire entendre la voix des territoires. En coulisses,
Photographie Retouchée
Un nombre
croissant
de crispations
RÉGIONS, départements et maires de
France partagent le même ressentiment
à l’égard de l’exécutif, tant sur sa méthode que sur le fond des dossiers. Les trois
associations d’élus dénoncent un « double langage » entre l’Élysée et Matignon,
une « absence totale de concertation »,
des « difficultés de communication » avec
les ministères et les administrations centrales, un « mépris » de la technostructure et une « dérive recentralisatrice ».
Concernant les sujets qui fâchent, chaque association d’élus brandit ses propres motifs de reproches. Les régions dénoncent, par exemple, le retrait de leur
compétence sur l’apprentissage. Elles
expriment également de vives inquiétudes face à la gestion recentralisée des
fonds européens agricoles pour le développement rural (Feader), comme face à
la récupération de la compétence
« orientation » sans moyens suffisants.
Penser qu’on
peut décider
uniquement
de Paris, sous
l’influence
d’hommes et
de femmes qui ne
sont pas aux prises
avec la réalité,
est une erreur.
Attention aux
territoires, aux élus
et aux citoyens !
GÉRARD LARCHER
»
PRÉSIDENT DU SÉNAT, DANS « NICE-MATIN »
92
collectivités
sur 322 concernées
ont refusé de signer
le contrat de maîtrise
des dépenses qui définit
leur trajectoire
budgétaire
jusqu’en 2020.
De leur côté, les départements se demandent comment financer le social.
L’État s’engage à couvrir 14 % des dépenses liées à la prise en charge des mineurs non accompagnés.
L’accueil de ces jeunes migrants représente un coût croissant de manière
exponentielle (50 000 euros par individu
par an). Les conseils départementaux
sont également vent debout contre
Édouard Philippe depuis sa décision, fin
juin, d’annuler une enveloppe de
250 millions d’euros, initialement promise pour soutenir le financement du
RSA (revenu de solidarité active). « Vous
n’êtes pas sages politiquement » auraient
avancé les services du premier ministre
pour justifier cette décision, fulmine un
membre de l’ADF.
Quant aux maires de France, ils se
plaignent de décisions budgétaires qu’ils
jugent dénuées de « cohérence politique » et fixées uniquement selon une vision comptable.
Ils sont remontés contre la suppression non concertée de la taxe d’habitation, la suppression des emplois aidés, la
diminution des APL ou encore le passage
de 10 à 13 milliards d’euros de l’exigence
de diminution des dépenses des collectivités. Dans son dernier communiqué,
l’AMF a pointé les plans pauvreté et santé ainsi que les rapports sur le continuum de sécurité ou sur la gouvernance
du sport. Autant de textes participant,
selon les maires, à un « même mouvement de recentralisation ». ■
E. G.
GUILLAUME SOUVANT/AFP
Financer le social
J’entends
la critique sur
le retour de l’État
jacobin. Les débats
institutionnels sont
passionnants, mais
je ne pense pas
que ce soit
ce qu’attendent
nos concitoyens
les plus démunis
#CIAOBYTODS
ÉDOUARD PHILIPPE
»
DEVANT LA CONFÉRENCE DES VILLES
DE FRANCE URBAINE, LE 19 SEPTEMBRE
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
SATANÉES arrière-pensées politiques… Face à la fronde des élus locaux,
on a beau jeu de dénoncer, au sein de
l’exécutif, la volonté de revanche de
« l’ancien monde ». Celui-là même
qu’Emmanuel Macron avait voulu renvoyer aux oubliettes de l’Histoire après
son élection mais qui détient aujourd’hui l’essentiel des exécutifs locaux,
régions, départements et mairies. Sur
fond d’affaiblissement du président de
la République dans les enquêtes de popularité, la colère des élus locaux ne
serait ainsi qu’une offensive politique
destinée à pousser le chef de l’État à
infléchir ses projets. « Pas question
d’arrêter les réformes », prévient un
proche d’Emmanuel Macron.
Au sein de l’exécutif, on souligne la
coloration politique du front qui se
présente face à Emmanuel Macron.
Mercredi, à Marseille, le président
centriste des Régions des France, Hervé Morin, recevra le soutient du LR
François Baroin, président de l’Association des maires de France, de Dominique Bussereau, président de l’Association des départements de France
en congé de LR, et du président LR du
Sénat, Gérard Larcher. Dans leur offensive pour pousser le chef de l’État à
« retrouver le chemin du dialogue avec
les collectivités », ils ont également
reçu le soutien du premier secrétaire
du PS, Olivier Faure, pour qui « les associations d’élus ont raison de dire que
tout ce qui s’est entrepris à leur sujet
depuis un an s’est fait à l’insu de leur
plein gré ».
« Décentralisation assumée »
Traditionnellement invité à s’exprimer
devant les élus locaux, Édouard Philippe n’a pas prévu d’assister aux rencontres de Marseille. La semaine dernière, le premier ministre avait
pourtant essayé de rassurer les élus locaux en plaidant devant l’association
France urbaine, qui regroupe les grandes villes et les agglomérations, pour
« une décentralisation assumée », qui
repose « autant que possible sur la
confiance »
Au sein de la majorité, on ne se fait
guère d’illusion sur les chances d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe
d’enrayer la fronde des élus locaux, du
moins à court terme. Car à plus long
terme, on est persuadé que les chantiers lancés à la rentrée finiront par
porter leurs fruits dans les territoires
les plus fragiles, notamment les plans
santé et pauvreté ou encore la loi Élan.
Pour contrer l’offensive politique,
l’exécutif se réfugie dans les arguments techniques… La semaine dernière, Édouard Philippe avait par
exemple promis de mettre en place,
dans le cadre du PLF 2019, une « refonte de la dotation d’intercommunalité
qui introduit davantage de prévisibilité
dans le calcul de la dotation et qui renforce également son rôle péréquateur ».
Sauf qu’avant les résultats éventuels
de la politique du gouvernement, il y
aura des élections, notamment municipales en 2020. Pas de quoi inciter les
élus locaux à apaiser leurs relations
avec Emmanuel Macron, redoute-t-on
au sein de l’exécutif. Si les premiers pas
du chef de l’État avaient séduit après
son élection, notamment avec l’installation de la Conférence nationale des
territoires en juillet 2017, la déception
est ensuite allée croissant, comme indexée sur son impopularité. ■
A
Comment Macron et Philippe espèrent enrayer la fronde
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Le délicat équilibre
européen du patron de LR
L
ongtemps, pour un dirigeant
de la droite française, la
rencontre et la photo avec
Angela Merkel furent le Graal
absolu. Un sésame pour la cour des
grands. Un brevet de reconnaissance
de la part de la patronne incontestée
d’une droite à la fois puissante,
assumée et rassemblée ; donc enviée.
L’image, aujourd’hui, est à double
tranchant pour Laurent Wauquiez.
Parce que la chancelière allemande
a perdu de sa superbe. Et que son
image est passablement chahutée
au sein de l’électorat d’une droite
française plus que jamais divisée
sur la question européenne. Pour
certains, Merkel reste la référence,
voire la boussole dans cette période
de montée des courants étiquetés
« populistes ». Pour d’autres,
l’Italien Salvini ou le Hongrois Orban
expriment mieux leur refus
de l’immigration, thème qui sera
au cœur de la prochaine campagne
européenne. Un casse-tête
pour le président des Républicains.
Pour composer la liste de son parti
et fixer la ligne politique, Wauquiez
doit en effet concilier deux impératifs
qui semblent difficilement
compatibles : l’unité de son parti,
d’un côté, et, de l’autre, la poursuite
d’un discours destiné à récupérer
des électeurs partis plus à droite.
Le président de LR se sait attendu au
tournant par tous ceux qui, d’Alain
Juppé à Valérie Pécresse, exigent de
sa part une clarification, notamment
sur son attitude à l’égard de Viktor
Orban après le vote à géométrie
variable des députés LR, la semaine
dernière au Parlement de Strasbourg.
Et paradoxalement, la chute
d’Emmanuel Macron dans l’opinion
et les embarras de Marine Le Pen
rendent plus délicate l’entreprise de
Laurent Wauquiez. Dans les débuts
du quinquennat, la perspective
d’un élargissement de la majorité
macroniste à la sensibilité la plus
européenne de la droite était tracée,
sinon acquise. Ce devait être l’acte II
de la recomposition politique,
après le spectaculaire acte I, joué
à l’occasion des législatives. D’une
certaine manière, la droitisation
assumée de Wauquiez était déjà
une anticipation de cette séparation
programmée. Eux partis, le centre
de gravité de LR allait
mécaniquement se déplacer autour
du thème général de « l’identité ».
L’effondrement de Macron dans
les sondages change la donne.
Il a nettement refroidi les envies
de recomposition. Cela ouvre
à Wauquiez une possibilité nouvelle
en même temps que cela lui crée
une responsabilité : donner à cette
sensibilité des raisons de rester au
sein de la « famille » LR. Que le nom
de Jean Leonetti soit cité comme tête
de liste, que celui de Michel Barnier
ait été cité, montre que Wauquiez
est prêt à rassurer sur l’ADN
proeuropéen des Républicains.
Mais le président d’AuvergneRhône-Alpes ne peut pas non plus
faire fi de la liste annoncée dimanche
par Nicolas Dupont-Aignan.
Le député de l’Essonne crée d’abord
une concurrence préjudiciable
à Marine Le Pen. Mais en attirant
à lui des personnalités de ce qu’on
appelle la « droite hors les murs »,
Dupont-Aignan pourrait aussi
séduire des électeurs plus
« souverainistes » ou plus
« identitaires » venus de LR,
si l’affiche de campagne était trop
« proeuropéenne ». Pour Wauquiez,
l’équilibre à trouver relève
de l’équilibrisme. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
Wauquiez doit
concilier deux
impératifs peu
compatibles :
l’unité de son
parti et la
poursuite d’un
discours destiné
à récupérer des
électeurs partis
plus à droite
»
Wauquiez vante Merkel
pour critiquer Macron
Lors d’une rencontre avec la chancelière, le président de LR
a voulu se poser en point d’équilibre entre pro et antieuropéens.
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
EUROPE L’entretien a duré environ quarante-cinq minutes. Mais c’est suffisant
pour Laurent Wauquiez. Reçu lundi au
siège de la CDU à Berlin par la chancelière
Angela Merkel, le président des Républicains veut croire qu’un « signal » a été
envoyé. Il a en tout cas pu se hisser au
rang d’interlocuteur de la femme la plus
puissante d’Europe et apparaître comme
un homme capable de dialoguer avec
tous. « Nous avons besoin pour l’Europe de
personnalités qui rassemblent », expliquet-il dans le hall de la CDU à l’issue de son
entretien, qui s’est déroulé à huis clos.
« Nous n’avons pas besoin de gens qui
divisent et qui fracturent. Le principal danger aujourd’hui, c’est d’ériger une Europe
contre une autre, certains gouvernements
contre d’autres, certains pays contre
d’autres. Si on veut rebâtir l’Europe, on ne le
fera pas sur des divisions et des oppositions,
mais sur de la discussion et de l’écoute commune », poursuit-il. La tirade tresse des
louanges à Angela Merkel, « l’une des
grandes figures politiques de l’Europe, sans
doute une des dernières vraies références
qui permet de tenir un débat à l’échelle
européenne ». Mais elle vise surtout Emmanuel Macron, qui voudrait faire des
européennes un choix « entre progressistes et populistes ». « Cette façon d’opposer
une Europe contre une autre est la meilleure
manière d’amener l’Europe dans le mur »,
pense Laurent Wauquiez.
Le président de LR se targue au
contraire de pouvoir dialoguer avec Angela Merkel mais aussi avec Viktor Orban. Le premier ministre hongrois est
pourtant le premier contempteur de la
politique migratoire de la chancelière en
Europe. Mais Merkel, Orban et Wauquiez
sont aussi partenaires au sein du Parti populaire européen (PPE). Minée par ses
contradictions, l’alliance des droites
européennes, dominée par la CDU, est en
crise. Signe des tensions, la chancelière a
laissé le patron du groupe PPE au Parlement européen Manfred Weber faire voter une procédure de sanction contre la
Hongrie. Laurent Wauquiez n’a pas soutenu l’initiative. Les eurodéputés ont voté
en ordre dispersé.
« Elle ne se comporte pas
comme le Roi-Soleil »
S’il trace clairement des « lignes rouges »
à ne pas franchir, le président de LR veille
à distinguer le bon grain de l’ivraie chez
le premier ministre hongrois. « Le problème avec Viktor Orban n’est pas sa politique migratoire, mais un certain nombre
de ses décisions sur l’État de droit. Sur bien
des aspects, sa politique peut convenir à ce
qu’est aujourd’hui l’immense majorité des
gouvernements européens », assure Laurent Wauquiez, sur la ligne de crête. Au
sein de son parti, l’attitude à tenir par
rapport à la Hongrie est âprement discutée (lire ci-contre).
En ce qui concerne l’immigration, le
discours politique de Laurent Wauquiez
penche vers Budapest plutôt que vers Ber-
lin. À la fin de l’été, il dénonçait « l’immigration de masse » qui présente une menace « pour la civilisation européenne ». La
formule claque, à l’opposé du « nous y arriverons » d’Angela Merkel en 2015, au
plus fort de la crise migratoire. Mais Laurent Wauquiez évite toute critique. « Je
suis très admiratif du chemin fait par la
chancelière », assure-t-il au contraire.
« Par rapport à ce qui s’était passé en plein
cœur de la crise migratoire, elle a été capable de dire : “Des erreurs ont été faites, il
faut les corriger. On est allés trop loin, on a
pris trop de personnes il faut qu’on corrige.”
J’aimerais la même lucidité en France. Nous
sommes sans doute les derniers en Europe à
ne pas avoir ouvert les yeux », poursuit-il.
Le choc de la crise migratoire de 2015 a effectivement obligé la chancelière à durcir
sa politique d’accueil des demandeurs
d’asile. Elle a assuré que cette situation ne
devait pas se renouveler, mais elle a toujours défendu ses décisions.
Lundi, Laurent Wauquiez trouvait des
vertus au style Merkel, « calme et dynamique ». « Elle ne se comporte pas comme
le Roi-Soleil », dit-il en aparté. Il assure
avoir apprécié sa rencontre avec la chancelière, auprès de laquelle il a plaidé la
candidature de Michel Barnier comme
tête de liste du PPE aux européennes. Le
président de LR a aussi évoqué les questions économiques ou la politique climatique en Europe avec elle. À ses yeux, elle
n’est pas aussi affaiblie politiquement
qu’on le croit. Laurent Wauquiez sait
qu’il a besoin d’elle comme alliée pour
faire entendre son message européen. ■
Mélenchon tisse
des liens avec Corbyn
Jean-Luc Mélenchon a passé une
heure, lundi, à s’entretenir avec le
leader du Parti travailliste, Jeremy
Corbyn. La rencontre a eu lieu à
Liverpool lors du congrès du parti.
Préparée de longue date, « elle a
permis de mettre en place des
relations plus formelles entre le
Labour et La France insoumise »,
indique Djordje Kuzmanovic, proche
du leader de LFI. Cette formalisation
a été rendue possible par l’évolution
du rapport de force, favorable
à l’aile gauche, au Labour. Au sein
de cette aile gauche, l’organisation
Momentum est particulièrement
active. C’est à eux que Jean-Luc
Mélenchon voulait s’adresser lundi
soir, et dénoncer l’Europe des traités
de libre-échange. En décembre,
il prévoit de se rendre au Mexique
avec Jeremy Corbyn et
Bernie Sanders pour la cérémonie
d’investiture du nouveau président
Andrés Manuel Lopez Obrador.
Mélenchon souhaite monter avec
eux une sorte de club mondial.
S. DE R.
Angela Merkel et Laurent Wauquiez lors d’une précédente rencontre, en 2016 à Maastricht.
EUROPEAN PEOPLE’S PARTY
Nicolas Bay : « Nous sommes la seule alternative à Macron »
CHARLES SAPIN £@csapin
IL Y A comme un embouteillage des
« rassemblements » dans les rangs souverainistes. La perspective d’une large
union des « patriotes » issus de LR, DLF
et le RN pour les prochaines européennes
est souhaitée tant par Marine Le Pen que
par le chef de file de Debout la France,
Nicolas Dupont-Aignan. Mais, chacun
exigeant de l’autre un ralliement à son
étendard, c’est bien vers deux listes
concurrentes souverainistes que s’achemine la campagne des européennes.
« On ne peut pas faire l’union tout seul.
Nicolas Dupont-Aignan devrait le savoir,
tacle l’eurodéputé RN Nicolas Bay, sur le
plateau du “Talk Le Figaro”. Il représente
une force politique pas négligeable, mais
modeste en termes de poids électoral par
rapport au Rassemblement national. Nous
lui avons tendu la main et nous continuons
de le faire. »
Bien qu’ayant annoncé ce week-end sa
candidature en tant que tête de liste pour
les prochaines européennes, « Nicolas
Dupont-Aignan aurait toute sa place sur
notre liste de rassemblement, à l’image de
cadres du RN et des personnalités issues du
parti Les Républicains, veut croire Nicolas
Bay, également coprésident du groupe
ENL au Parlement européen. Nous tendons la main à tous ceux qui sont d’accord
sur l’essentiel : une Europe des nations et
des protections. »
« La pente du totalitarisme »
Les informés de franceinfo
A
Une émission de Jean-François Achilli
du lundi au vendredi de 20h à 21h
chaque mardi avec
Si le nom de l’économiste Hervé Juvin
circule pour prendre la tête de la liste Rassemblement national, l’eurodéputé sortant assure que « le choix ne sera arrêté
que dans quelques semaines. Même si le fait
qu’on réfléchisse à une tête de liste en dehors du RN pour habiller notre “rassemblement” est une idée intéressante ». Quel que
soit le profil choisi, Nicolas Bay en est persuadé, le parti de Marine Le Pen sera « une
force centrale, la seule vraie opposition à
Emmanuel Macron à vocation majoritaire. Nous sommes la seule alternative ».
L’eurodéputé voit d’ailleurs là la source
des « persécutions judiciaires » dont il
dit son parti victime : « Nous sommes face
à des magistrats politisés qui instrumentalisent l’institution judiciaire. D’une manière
générale, quand un juge traite du RN, il
n’applique plus le droit mais se met à faire
de la politique. Ce qui ne pose pas qu’un
simple problème pour notre parti, mais qui
pose un problème démocratique beaucoup
plus grave. Quand on attaque ses adversaires avec ce genre d’armes, on s’engage
dans la pente du totalitarisme. »
Le Rassemblement national et au moins
15 de ses cadres ont été mis en examen
dans l’affaire des assistants présumés fictifs d’eurodéputés entre 2009 et 2017.
Dans le cadre de cette affaire, 2 millions
d’euros de subventions publiques destinés au RN ont été saisis par la justice. Le
parti, qui a fait appel de cette décision, attend le délibéré de la chambre de l’instruction ce mercredi 26 septembre. ■
NICOLAS BAY, lundi, dans le studio
du Figaro. STÉPHANE CORREA/LE FIGARO
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
INTERNATIONAL
5
Migrants : l’Italie vote une nouvelle loi,
l’« Aquarius » fait route sur Marseille
Ce texte a été approuvé alors que le navire avec 58 personnes à bord a demandé la permission d’accoster en France.
compagnés et aux immigrés bénéficiant
du statut de réfugiés.
Le décret-loi prévoit d’interner pendant trente jours dans des « hotspots »
(centres d’accueil) les demandeurs
d’asile, libres jusqu’à présent de leurs
mouvements après identification, et de
porter de 90 à 180 jours la durée de
rétention, avant expulsion. Les associations privées et coopératives qui
accueillent ces migrants et dont la gestion laisse à désirer verront se tarir la
manne de l’État. Matteo Salvini est décidé à réduire substantiellement la prime
de 30 euros par jour et par migrant que
leur versent les pouvoirs publics.
RICHARD HEUZÉ rheuze@lefigaro.fr
ROME
Bras de fer en Méditerranée
décret suspend également l’examen des
demandes d’asile et prévoit l’expulsion
immédiate des migrants commettant
certains délits en Italie : vol, viol, cambriolage, violence, mutilation d’organes
génitaux ou encore outrage à agent de la
force publique. Initialement envisagée,
la simple résistance à ces agents a été re-
de 400 mairies. « C’est l’unique système
public d’accueil qui fonctionne. Ces centres sont bien gérés et donnent toutes les
garanties de sécurité. C’est un modèle en
Europe », s’indigne Mgr Nunzio Galantino, secrétaire général de la Conférence
épiscopale. Les Sprar seront à l’avenir
réservés à l’accueil des mineurs non ac-
tirée du texte. L’expulsion interviendra
dès la première condamnation, sans attendre l’appel éventuel.
Autre mesure suscitant une vive émotion : la suppression des « Sprar », ou
« centres de protection des demandeurs
d’asile et des réfugiés », des structures
publiques mises à la disposition de plus
Lampedusa, « terre d’accueil » pour la Ligue de Salvini
BÉNÉDICTE LUTAUD £@benedictelutaud
ACCOUDÉE à la rambarde de la terrasse, Angela Maraventano, 54 ans, a le
regard tourné vers le large. Son restaurant, le Saracena, surplombe le port et
ses eaux turquoise, écrasés par le soleil
de midi. Visage tanné, cheveux auburn,
carrure de boxeuse, la Sicilienne joue
les sentinelles du « Capitaine », surnom
donné à son idole : Matteo Salvini, chef
de la Ligue (extrême droite) et ministre
de l’Intérieur. « Tout ce qui entre dans
mon port, je le vois, avertit l’ex-sénatrice de la Ligue de sa voix rauque et
tonitruante. Le problème, c’est qu’à
présent, des Tunisiens arrivent dans des
petits bateaux impossibles à identifier.
Tu vois ce Zodiac qui accoste ? Si demain
matin, il y en a vingt comme ça, nous
n’avons aucune technologie capable de
les tracer. »
L’ancienne adjointe au maire de l’île
ne croit pas si bien dire. Le lendemain,
le 14 septembre, sept canots à moteur
avec 184 Tunisiens à bord font irruption dans le port. Depuis des accords
troubles entre l’Italie et des milices libyennes, l’an dernier, les passeurs supervisent de nouveaux trajets depuis
les côtes tunisiennes, à seulement
115 kilomètres du petit plateau de calcaire sicilien dressé en pleine mer.
Candidate au prix Nobel de la paix,
sans cesse présentée comme « île de
l’accueil et de la solidarité », aujourd’hui, Lampedusa dit « basta ». Aux législatives de mars, la Ligue y a enregistré un vote record : près de 15 % des
voix, soit trois fois plus que la moyenne
en Sicile. Cinq ans plus tôt, le parti
n’avait rapporté que 0,15 % à la Chambre des députés et… zéro vote au Sénat.
En janvier, deux mois avant les législatives, une cinquantaine de Tunisiens
ont occupé le parvis de l’église de Lampedusa et se sont cousus la bouche pour
protester contre leur rapatriement. De
quoi réactiver, pour beaucoup, le traumatisme de 2011 : du 9 au 13 février,
alors que le printemps arabe venait
d’éclater, plus de 5 000 Tunisiens
avaient débarqué sur l’île, soit presque
autant que le nombre d’habitants, environ 6 000. « Ils étaient plus que nous !
Tu t’en souviens, toi ? », demande le
KYODO/PORTES
LAMPEDUSA
Des migrants, majoritairement tunisiens, devant une église de Lampedusa, en février.
vieux Ricardo en alpaguant son ami
Angelo. La peau burinée par les embruns et le soleil, les deux retraités
trinquent, bouteille de bière à la main.
Ce soir, un marché traditionnel s’est
installé via Roma, principale artère
commerçante de l’unique village de
l’île. Pina, 71 ans, y tient une boutique
de souvenirs : « L’hiver dernier, des Tu-
“
Des Tunisiens ont forcé
la porte de mon magasin.
Je ne suis pas raciste,
j’en ai aidé tant et tant !
Mais qu’ils me causent
des dommages, non !
PINA, 71 ANS, PROPRIÉTAIRE
D’UNE BOUTIQUE DE SOUVENIRS
”
nisiens ont forcé la porte de mon magasin. Je ne suis pas raciste, j’en ai aidé
tant et tant ! Mais qu’ils me causent des
dommages, non ! »
Le premier acte de la révolte s’est
joué en juin 2017 quand la très médiatique Giusi Nicolini, du Parti démocrate
(PD), perd sa mairie aux élections communales. Pour celle que Matteo Renzi
avait voulue à ses côtés pour dîner avec
Barack Obama, et qui venait de recevoir le prix de la paix de l’Unesco, c’est
l’humiliation. « Cette maire, passionnée
par ces migrants, nous a abandonnés. Ce
n’est pas pour rien qu’elle est arrivée
troisième », raille Angelo.
Même son successeur, Salvatore – dit
« Toto » – Martello, vieille garde de la
gauche, a durci son discours, flirtant
avec les arguments de la Ligue : « Menaces, harcèlement sexuel, vols. […]
Dans le centre, 180 Tunisiens bivouaquent dans la rue, tonne le nouvel édile
dans la presse italienne. Les touristes
sont apeurés, les hôteliers, les commerçants et les restaurateurs n’en peuvent
plus. »
Aujourd’hui, assis sur la terrasse de
l’hôtel familial, à quelques minutes de
la plage de la Giutgia aux airs de Caraïbes, le vieux loup de mer crache, entre
deux bouffées de cigare : « Pendant les
années Nicolini, tous les gouvernements
du monde sont venus. Qu’ont-ils donné à
la mairie ? Quel a été le retour économique sur Lampedusa ? »
Si les insulaires sont lassés de jouer
les bons Samaritains, c’est aussi parce
qu’ils subissent de plein fouet les
conséquences de la crise économique,
avec un taux de chômage élevé (23 %)
et des infrastructures défaillantes. Des
difficultés accentuées par la situation
géographique de l’île : coûts exorbitants
du carburant, de l’eau et de l’électricité, absence de lycée et de vrai hôpital.
Filippo Mannino, conseiller municipal
et membre du Mouvement 5 étoiles –
qui a raflé 42 % sur l’île aux législatives
-, fait l’inventaire des doléances : « On
ne bosse que six mois dans l’année, car le
travail est très lié au tourisme. Cela fait
trois jours qu’on est à court d’essence : le
ferry qui transporte le carburant est en
panne. » Au fil des années, une « guerre
des pauvres » s’est installée, estime
l’avocat : « Les gens se demandent
pourquoi on trouve tout cet argent pour
accueillir les migrants, alors qu’ici, certains doivent renoncer à se soigner parce
qu’ils n’ont pas les moyens de prendre
l’avion jusqu’à Palerme pour bénéficier
d’un vrai hôpital. »
Les partisans d’une ligne plus tolérante ont du mal à se faire entendre. Le
médecin star de l’île, Pietro Bartolo,
soutien de la nouvelle formation de
gauche Liberi e Uguali, a-t-il senti le
vent tourner, en renonçant au dernier
moment à se présenter aux législatives ? Celui qui soigne depuis plus de
25 ans les migrants échoués sur son île
veut encore croire que Lampedusa est
une terre d’accueil : « Pour moi, le vote
de la Ligue est une forme de protestation. Mais ce n’est pas en rejetant les
migrants qu’on va aider le Mezzogiorno. Au contraire, ils apportent des
opportunités. »
Mais la plupart des habitants sont
sans doute à l’image d’Anna, propriétaire d’une agence de plongée :
partagés. « L’île a été un lieu d’accueil
pour les marins du monde entier. Lampedusa est née de ces personnes. Plus
tard, beaucoup ont émigré au nord de
l’Italie pour trouver du travail, où on les
traitait de “terroni” (cul-terreux). Nous
aussi, nous étions des migrants !, tempère-t-elle. Pour autant, même si je
n’approuve pas ses méthodes, Salvini a
raison : on ne peut pas tous les accueillir.
Lampedusa a déjà fait beaucoup. »
Si les bateaux continuent d’arriver,
les migrants sont toutefois sensiblement moins nombreux cette année.
À la mi-juillet, en 2017, l’Italie avait
accueilli 93 237 migrants, contre…
17 827 en 2018. ■
ZOOM
L’UE ouvre un nouveau front
contre la Pologne
La Commission européenne
a annoncé lundi avoir saisi la Cour
de justice de l’UE, la plus haute
instance de l’Union, d’un recours
contre la réforme du système
judiciaire entreprise par Varsovie.
Cette initiative vise la réforme
de la Cour suprême, qui menace
selon Bruxelles l’indépendance de
la justice polonaise. L’abaissement
de l’âge de départ des juges
de la Cour suprême polonaise
de 70 à 65 ans « est incompatible
avec le droit de l’Union », a estimé
lundi l’exécutif européen.
Le 14 août, Bruxelles avait donné
un mois à Varsovie pour mettre
sa législation en conformité
avec les règlements européens.
EN BREF
Maldives : l’opposition
remporte la présidentielle
Le candidat d’opposition Ibrahim
Mohamed Solih a remporté
à la surprise générale l’élection
présidentielle organisée dimanche
aux Maldives, a reconnu lundi
son adversaire et chef de l’État
sortant, Abdullah Yameen.
À peine libéré, Navalny
de nouveau interpellé
Alexeï Navalny, figure de
l’opposition russe, a une nouvelle
fois été arrêté lundi alors qu’il
sortait de prison. Il finissait
de purger une peine de 30 jours
de prison pour avoir planifié
une manifestation non autorisée
en janvier. L’opposant encourt
cette fois 20 jours de prison.
Yémen : trois corridors
humanitaires annoncés
Alors que la situation humanitaire
s’aggrave au Yémen avec des
risques accrus de famine d’une
grande ampleur, la coalition
militaire menée par l’Arabie
saoudite a dit lundi son intention
d’ouvrir, avec l’ONU,
trois corridors humanitaires
entre Hodeida et Sanaa.
1
Giuseppe Conte, président du Conseil, et Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur, présentent le nouveau décret-loi
« Sécurité et Immigration » au palais Chigi, à Rome, lundi. ALESSANDRO BIANCHI/REUTERS
Au chapitre de la sécurité, le décret prévoit d’équiper la police municipale de
pistolets électriques Taser. Et prescrit de
mettre fin aux occupations d’immeubles
sans devoir reloger leurs occupants.
« Nous allons renforcer la discipline de nos
interventions. S’agissant de migrants,
nous ne chasserons personne d’Italie du
jour au lendemain, mais nous rendrons les
expulsions plus efficaces », a commenté
le président du Conseil, Giuseppe Conte.
Au même moment, le bras de fer se
poursuit en Méditerranée autour de
l’« Aquarius 2 ». Après Gibraltar, Panama, répondant aux pressions du gouvernement italien, vient de rayer de son registre naval ce navire océanographique
qui a secouru 2 100 migrants au large de
la Libye. Médecins sans frontières (MSF)
et l’ONG SOS Méditerranée, qui affrètent
le navire depuis février 2016, ont lancé
un appel à la France pour laisser débarquer à Marseille les 58 migrants recueillis ce week-end à bord de L’Aquarius,
dernier navire humanitaire présent au
large de la Libye. ■
A
EUROPE En prenant ses fonctions de
ministre de l’Intérieur, le 2 juin dernier,
Matteo Salvini avait annoncé un tour de
vis sur l’immigration et la sécurité. « La
planque, c’est fini », avait-il lancé à
l’adresse des migrants. Trois mois plus
tard, le leader de la Ligue a fait approuver lundi en Conseil des ministres un
ensemble de mesures particulièrement
contraignantes. Pour en faciliter l’examen au Parlement, il a résumé en un
seul décret-loi les deux textes initialement envisagés. « C’est un pas en avant
pour rendre l’Italie plus sûre, pour combattre mafieux et passeurs avec plus de
force et réduire les coûts d’une immigration exagérée », a-t-il commenté sur
Facebook. Le décret entrera en vigueur
dès sa signature par le chef de l’État, si ce
dernier ne le renvoie pas au gouvernement pour examen supplémentaire. Au
Parlement, qui aura deux mois pour le
ratifier, les 5 étoiles qui en contestent les
dispositions les plus brutales sont déterminés à l’amender.
Les mesures les plus drastiques
concernent l’immigration. Les autorisations de séjour accordées pour motifs
humanitaires (un quart des demandes)
sont abolies et seront remplacées par des
permis spéciaux visant à récompenser
un comportement méritoire, permettre
un traitement médical ou accueillir des
immigrés fuyant des calamités naturelles. L’entrée en Italie devrait être interdite pour tout autre motif. Le pays devra
toutefois se conformer au droit international, qui prévoit une gamme plus
étendue de motifs d’accueil, parmi lesquels la fuite devant un conflit armé. Le
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
L’Attorney General adjoint Rod
Rosenstein a offert sa démission
lundi, trois jours après les révélations
du New York Times sur sa trahison.
Avis de tempête
sur l’enquête
du procureur
Mueller
LEAH MILLIS/REUTERS
publicains, lui recommandaient de ne pas
limoger « le traître », tout en dénonçant
« le complot maintenant démontré de l’État
profond », selon la formule de Sean Hannity sur Fox News. Leur raisonnement
repose sur l’idée qu’un « piège » supposément tendu par le New York Times le
pousserait à virer Rosenstein afin de pouvoir ensuite l’accuser d’obstruction à la
justice. Il s’agit des mêmes qui appelaient
le président à se débarrasser de Rosenstein et de Mueller depuis des mois…
La retenue inhabituelle de Trump
Si l’Attorney General adjoint était finalement maintenu dans ses fonctions, ce serait le signe que le complotisme l’a emporté sur l’exigence de loyauté. Dans le
cas contraire, et en attendant la nomination d’un remplaçant, ce serait le Solicitor General (procureur général) du ministère, Noel Francisco, qui superviserait
Mueller. Le président crie sans relâche à
la « chasse aux sorcières » et ne cache pas
son impatience d’en finir avec « les dixsept démocrates en colère », comme il désigne l’équipe du procureur spécial. Mais
les sondages montrent qu’une majorité
d’Américains veut que Mueller puisse aller au bout de ses recherches.
En offrant de quitter ses fonctions, Rosenstein avoue implicitement avoir bien
suggéré qu’on enregistre ses conversations
avec le président et évoqué sa destitution
en vertu du 25e amendement de la Constitution, qui permet au cabinet de constater
l’incapacité du président. Faisant preuve
d’une retenue inhabituelle, Donald Trump
n’a pas évoqué l’affaire, ni sur Twitter ni
lors de rassemblements électoraux. La
mise à l’écart de Rod Rosenstein pourrait a
contrario assurer le maintien de Jeff Sessions à son poste, alors que beaucoup le
voyaient sur un siège éjectable après les législatives de novembre. ■
Le no 2 du département de la Justice serait
prêt à démissionner, après avoir suggéré
qu’on enregistre secrètement le président.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
ÉTATS-UNIS Rod Rosenstein, le numéro
deux du ministère de la Justice (l’Attorney General adjoint), a offert sa démission lundi, trois jours après des révélations du New York Times selon lesquelles
il a proposé d’enregistrer secrètement le
président, et même de sonder les membres du cabinet en vue de le destituer.
Ce nouveau fait de trahison dans l’entourage de Donald Trump peut-il rester
impuni ? Tout en démentant à deux reprises l’article « inexact et factuellement incorrect » l’incriminant, Rosenstein aurait
verbalement évoqué sa démission dès la
semaine dernière avec le secrétaire général de la présidence, John Kelly. Il s’est
également entretenu lundi avec ce dernier
à la Maison-Blanche. Mais Donald Trump
se trouvant à New York pour l’Assemblée
générale de l’ONU, il a été annoncé qu’une
décision attendrait son retour et un têteà-tête prévu avec l’intéressé jeudi.
Le départ du bras droit de Jeff Sessions,
lui-même brutalement mis en cause par
Trump dans une interview la semaine dernière au journal The Hill (« Je n’ai pas d’Attorney General »), aurait des conséquences
directes sur l’enquête du procureur spécial
Robert Mueller. Le département de la Justice garde en effet la main sur sa durée, son
équipe et son budget. Or c’est Rosenstein
qui avait nommé Mueller en mai 2017 et le
supervisait depuis, Jeff Sessions s’étant récusé en raison de sa participation à la campagne de Trump. L’enquête fédérale porte
sur le soupçon de collusion entre l’entourage du candidat et le Kremlin.
L’ironie de cet épisode est que les plus
fervents soutiens de Donald Trump, sur
Fox News comme parmi les sénateurs ré-
Le candidat de Trump à la Cour suprême visé par de nouvelles accusations
LE PLAN était de donner la parole à
une accusatrice de la onzième heure,
jeudi prochain lors d’une audition publique au Sénat, puis d’entendre la défense du juge Brett Kavanaugh et de
procéder ensuite sans tarder au vote
confirmant sa nomination à la Cour
suprême. Sans enquête du FBI ni autre
témoin convoqué à la barre, ce serait la
parole de l’un contre celle de l’autre : a
priori pas de quoi changer le positionnement politique des républicains et
des démocrates sur le sujet.
Mais voilà que l’accusatrice n’est
plus seule, et le plan pourrait dérailler. Le New Yorker révèle dans un
long article l’histoire survenue à Deborah Ramirez en première année de
Yale, prestigieuse université du
Connecticut, en 1983-84. Lors d’une
beuverie nocturne, Brett Kavanaugh
aurait exhibé son sexe sous le nez de
la jeune fille, ivre comme lui, et
l’aurait amenée à le toucher contre
son gré. « Je me rappelle son pénis devant mon visage, raconte-t-elle. Je
savais que ce n’était pas ce que je voulais, même dans mon état. » Elle se
souvient également d’un copain du
futur juge criant dans le couloir :
« Brett Kavanaugh vient de balancer
son pénis à la figure de Debbie ! »
L’épisode s’ajoute à celui survenu
lors d’une autre soirée arrosée, un an
plus tôt, dans une banlieue de
Washington. Selon Christine Blasey
Ford, Brett Kavanaugh, assisté de son
ami Mark Judge qui fait profession de
noceur, pousse l’adolescente de 15 ans
dans une chambre, la renverse sur le
lit, se frotte sur elle et tente de la déshabiller en la bâillonnant avec sa main,
avant qu’elle ne parvienne à s’enfuir.
Là aussi, l’alcool est en jeu. Un
contemporain du jeune homme à Yale
le décrit comme « relativement timide » jusqu’à ce qu’il ait bu : il pouvait
alors devenir « agressif et même belliqueux », raconte au New Yorker ce témoin indirect, qui a « toujours su »
pour l’histoire avec Debbie Ramirez.
Dans les deux cas, les témoins présents cités par les accusatrices affirment ne pas se souvenir de la scène et
se portent garants de la moralité de
Kavanaugh. Des juristes experts de ce
type d’affaires soulignent toutefois que
les accusations mensongères font rarement mention de témoins.
En l’espèce, les deux quinquagénaires reconnaissent avoir des « trous »
dans leurs souvenirs mais insistent
pour que le FBI vérifie leurs dires.
Pour l’instant, la ligne de défense de
Brett Kavanaugh ne varie pas : il dément catégoriquement « de prétendus
événements d’il y a trente-cinq ans
(qui) n’ont pas eu lieu. C’est de la diffa-
mation pure et simple. Je suis impatient
de témoigner de la vérité jeudi et de défendre ma réputation. »
La sénatrice Dianne Feinstein, viceprésidente de la commission des affaires juridiques, souhaite un report de
l’audition prévue jeudi matin. Les démocrates continuent à demander une
enquête du FBI ainsi que l’audition de
témoins, tel Mark Judge, qui se défile.
Dimanche, Michael Avenatti, l’avocat
de l’actrice porno Stormy Daniels, a
affirmé dans un tweet « représenter
une femme qui détient des informations
“
C’est de la diffamation
pure et simple. Je suis
impatient de témoigner
BRETT KAVANAUGH
Avant son audition au sénat, jeudi,
Brett Kavanaugh, le candidat de Donald
Trump pour sièger à la Cour Suprême,
voit sa ligne de défense s’affaiblir alors
que de nouveaux soupçons d’agressions
sexuelles font surface. W. MCNAMEE/AFP
”
crédibles sur le juge Kavanaugh et Mark
Judge. Nous demanderons à présenter ce
témoignage à la commission et que Judge et d’autres soient assignés à comparaître ». Il ne précise pas si son témoin
ferait état de faits nouveaux ou étayerait l’accusation de Christine Blasey.
La Maison-Blanche dénonce une
« campagne démocrate pour faire tomber un homme bien ». Donald Trump,
lundi matin, a réaffirmé son soutien à
Brett Kavanaugh, estimant que « sortir
du bois après 35 ou 36 ans, c’est totalement politique ».
Cette ligne de défense pourrait cependant vaciller si les soupçons devaient se multiplier. Selon le Guardian,
une professeure de droit de Yale, Amy
Chua, aurait conseillé à ses étudiantes
postulant à un stage auprès du juge Kavanaugh de « ressembler à des mannequins ». « Je ne pense pas que ce soit
sexuel, mais il aime avoir de jolies assistantes », leur aurait-elle dit, selon plusieurs étudiants. L’enseignante dément, mais l’université a ouvert une
enquête.
Une lettre cosignée par 65 femmes
assure que Brett Kavanaugh s’est
« toujours comporté de manière irréprochable » avec elles. Six de ses camarades de Yale affirment au New
Yorker que les faits décrits par Debbie
Ramirez « ne lui ressemblent pas du
tout ». À la Maison-Blanche, Ivanka
Trump aurait conseillé au président de
choisir un candidat moins polémique.
Mais une course contre la montre est
engagée avant les législatives de mimandat. Si les démocrates l’emportaient en novembre, il deviendrait très
difficile à Donald Trump de tenir l’une
de ses principales promesses : installer
une majorité solidement conservatrice
à la Cour suprême pour les décennies à
venir. ■
PH. G. (À WASHINGTON)
Moscou va livrer des missiles S-300 à la Syrie
Cette décision menace de réduire la liberté d’action de l’aviation israélienne contre des cibles iraniennes ou libanaises.
THIERRY OBERLÉ £@ThierryOBERLE
A
CORRESPONDANT À JÉRUSALEM
PROCHE-ORIENT Rarement un « tir
ami » aura autant profité à son auteur.
Bachar el-Assad est finalement le grand
bénéficiaire de la destruction en vol, le
17 septembre, d’un avion de surveillance
russe avec quinze militaires à son bord
par la défense antiaérienne syrienne.
Après moult tergiversations, la Russie a
durci le ton et fait porter l’entière responsabilité de la bavure du régime de Damas
sur Israël. Vladimir Poutine a appelé dans
la foulée son homologue syrien pour lui
annoncer la livraison « sous quinzaine »
de systèmes de missiles S-300 afin de
renforcer son arsenal de riposte. Un projet envisagé de longue date mais jusque-là
repoussé sous la pression d’Israël.
En volant au secours de la Syrie,
Vladimir Poutine ouvre une crise avec
un pays avec lequel il entretenait des
relations plutôt cordiales. Benyamin
Nétanyahou lui a répondu lundi soir
que « mettre des systèmes d’armes
avancés entre des mains irresponsables
augmenterait les dangers dans la région
et qu’Israël continuera de protéger ses
intérêts ».
Armes de précision
Le président russe semble avoir joué
dans cette affaire au chat et à la souris
avec le premier ministre israélien,
Benyamin Netanyahou.
Voici une semaine, l’aviation israélienne avait mené dans la région de Lattaquié, dans le nord-ouest du pays, un
raid nocturne. Il visait, selon l’État hébreu, une installation de l’armée syrienne d’où des systèmes entrant dans
la fabrication d’armes de précision
étaient en passe d’être livrés au Hezbollah libanais pour le compte de l’Iran. La
défense aérienne syrienne avait répliqué et abattu au passage un Iliouchine20 russe volant au-dessus de la Méditerranée. Le ton était rapidement
monté, puis Moscou avait baissé d’un
cran ses anathèmes. Israël avait exprimé sa « tristesse » tout en refusant d’endosser la responsabilité du tir syrien. Un
entretien entre Vladimir Poutine et
Benyamin Netanyahou paraissait avoir
aplani les divergences.
Dimanche, une délégation de l’armée
israélienne s’est rendue à Moscou pour
éclaircir les circonstances du crash.
L’enjeu pour l’État hébreu était de
maintenir le niveau de coopération qui
permet à Israël de mener avec l’accord
tacite des Russes ses campagnes de
bombardements contre des cibles iraniennes et libanaises en Syrie. Mais deux
récits contradictoires se sont opposés.
Moscou reproche à Israël de ne l’avoir
prévenu qu’une minute avant les frap-
pes, de ne pas avoir indiqué la situation
géographique des lieux ciblés, et accuse
les pilotes israéliens de s’être cachés
derrière l’avion de renseignement russe
pour éviter les missiles syriens.
L’armée israélienne jure avoir respecté les mécanismes d’alerte de « déconfliction » mis en place entre Israël et
la Russie en 2015, afin d’éviter les accrochages. Elle fait état de missiles antiaériens tirés par les Syriens de manière imprécise et sans discernement et
assure que les appareils israéliens se
trouvaient dans l’espace aérien israélien au moment où l’avion russe a été
abattu. Au cours d’un entretien téléphonique, Vladimir Poutine a expliqué
à Benyamin Netanyahou qu’il rejetait
cette version.
Au cours des 18 derniers mois, Israël a
mené quelque 200 frappes sans incident
majeur avec l’assentiment tacite de
Moscou. L’épreuve de vérité devrait in-
tervenir lorsque les autorités israéliennes jugeront à nouveau nécessaire de
contrer sur le sol syrien leur ennemi
iranien. Elles craignent que Téhéran et
son allié libanais du Hezbollah profitent
de la période d’incertitude qui s’ouvre
pour intensifier le renforcement de
leurs armements. Mais elles auront
beaucoup plus de mal à prendre une décision. Les défenses aériennes syriennes
étaient et sont toujours en grande partie
désuètes avec du matériel datant de
l’ère soviétique. La livraison de systèmes de missiles S-300 constituerait une
amélioration majeure. Ils seraient une
menace pour la chasse israélienne en
raison de leur portée de près de 300 kilomètres et de leur capacité à frapper en
même temps plusieurs cibles. En cas de
doute, Israël pourra toutefois trouver
des parades en tirant des missiles depuis
des navires de guerre postés en mer Méditerranée. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
INTERNATIONAL
7
Hongkong
interdit
un parti
indépendantiste
Le Parti national de Hongkong
est le premier à être banni de ce territoire
depuis sa rétrocession à la Chine en 1997.
CYRILLE PLUYETTE £@CyrillePluyette
CORRESPONDANT À PÉKIN
CHINE Beaucoup y verront une preuve
supplémentaire du recul des libertés à
Hongkong. Pour la première fois depuis
son retour dans le giron de Pékin en
1997, l’ex-colonie britannique a interdit
lundi une formation politique : le Parti
national de Hongkong (HKNP), qui milite pour l’indépendance du territoire.
C’est la police locale qui avait d’abord
réclamé la dissolution de ce parti, en
juillet dernier. Cette demande avait été
fustigée par les organisations de défense
des droits de l’homme et par le ministère britannique des Affaires étrangères,
au nom de la liberté d’expression. Mais
ce lundi, les autorités hongkongaises
ont donc accepté la requête de la police,
en application d’une loi autorisant l’interdiction de certaines associations
pour des raisons de sécurité nationale
ou d’ordre public. John Lee, en charge
de la sécurité de la ville, a estimé que le
Parti national, créé il y a deux ans, était
prêt à utiliser « toutes les méthodes »
pour obtenir l’indépendance et « avait
un objectif clair visant à faire de Hongkong une République indépendante ».
De nombreux Hongkongais ont le
sentiment que Pékin ne cesse d’accroître son emprise sur le territoire semiautonome, alors que ce dernier est
pourtant censé jouir de libertés qui
n’existent pas en Chine continentale.
L’organisation Human Rights Watch a
estimé que cette interdiction préventive, alors que le parti n’a commis aucune
Andy Chan, le chef de file du Parti national de Hongkong (HKNP), lors d’une conférence devant les correspondants de presse
à Hongkong, en août 2018. MAXPPP/KYODO
violence, créait un « précédent dangereux », qui pourrait pénaliser d’autres
formations politiques à l’avenir.
Une dizaine de membres actifs
Le Parti national, qui ne compte qu’une
dizaine de membres actifs, n’est certes
pas une formation impressionnante par
sa taille. Mais il est parvenu à exister
grâce à des prises de position radicales.
« Nous sommes une nation qui est en
train de se faire rapidement annexer et
détruire par la Chine », avait affirmé le
mois dernier le chef de file du parti,
Andy Chan, lors d’une conférence au
Club des correspondants étrangers
(FCC) de Hongkong. Il avait aussi accusé
Pékin de se comporter en « maître colonial » pendant cette intervention que
Pékin avait tenté de faire annuler.
Le mouvement indépendantiste est
né dans la foulée de la « révolte des parapluies » de 2014, qui avait milité –
sans succès – pour davantage de démocratie à Hongkong. Les autorités ont
empêché par la suite ses militants de se
présenter aux élections législatives.
D’autres, qui avaient été élus, ont été
disqualifiés. Edward Leung, l’un des
principaux leaders indépendantistes, a,
en outre, été condamné en juin à six ans
de prison pour son rôle dans les violen-
ces qui ont secoué le territoire en 2016.
Les initiatives du gouvernement local
pour réprimer cette mouvance sont en
ligne avec les priorités de Pékin, qui a
gardé un très mauvais souvenir des
troubles de 2014, et ne compte pas sacrifier « un pouce » de son territoire.
Lors de sa visite à Hongkong, en
juillet 2017, le président chinois Xi
Jinping avait martelé que « tous les efforts pour mettre en péril la souveraineté
nationale, pour défier l’autorité du gouvernement central et la Loi fondamentale
de Hongkong » revenaient à « franchir
des lignes rouges ». Les esprits rebelles
sont prévenus. ■
APRÈS des mois de controverse,
les premiers passagers sont montés dimanche dernier à bord des
trains à grande vitesse de la nouvelle gare de West Kowloon, au
cœur de Hongkong. Pour beaucoup d’habitants locaux, ce projet,
qui met la ville chinoise de Shenzhen à un quart d’heure, et Canton
à moins de cinquante minutes,
symbolise l’emprise grandissante
de Pékin sur leur territoire.
Pour la première fois depuis son
retour dans le giron chinois en
1997, l’ex-colonie britannique a
dû céder une parcelle de sa souveraineté au régime communiste.
Concrètement, après avoir franchi
les contrôles d’immigration et de
douane dans cette gare aux lignes
futuristes, on pénètre dans une
zone spéciale soumise à la loi
chinoise, sous la vigilance d’agents
de sécurité aux ordres de Pékin.
Pourtant, d’après les termes de
l’accord de rétrocession entre
Londres et Pékin, Hongkong est
“
Si l’autonomie
de Hongkong est
destinée à se réduire
inéluctablement,
l’intégration ne sera
jamais complète
”
JEAN-PIERRE CABESTAN, SINOLOGUE
censé jouir de libertés inconnues
en Chine continentale. Et la législation chinoise ne s’y applique pas,
sauf dans certains domaines bien
précis, comme la défense. Certains
Hongkongais se demandent à présent ce qui adviendra s’ils portent
des T-shirts avec des slogans hostiles à Pékin dans la zone en question. Plus fondamentalement,
beaucoup estiment que leurs libertés sont menacées. « C’est clairement une brèche dans la promesse
de respecter le principe d’un pays,
deux systèmes » énoncé par l’ancien dirigeant Deng Xiaoping,
s’alarme la députée démocrate
Claudia Mo, qui voit dans cette
initiative « un cheval de Troie servant l’objectif final de Pékin » et
une énorme concession qui peut se
reproduire ailleurs. « Preuve d’une
asymétrie croissante, le gouvernement central chinois a imposé la situation qui l’arrangeait, sans le
moindre débat » et au mépris des
sentiments de la population, complète Jean-Pierre Cabestan, sinologue à l’Université baptiste de
Hongkong.
Début septembre, le contrôle de
cette zone spéciale avait été transféré en catimini aux autorités
chinoises. La cérémonie, qui avait
eu lieu à minuit, n’avait été annoncée par l’exécutif hongkongais
qu’une fois terminée, et aucun
journaliste n’avait été invité. Carrie Lam, la chef de l’exécutif
hongkongais, réputée proche de
Pékin, a nié avoir tenté de cacher
cet événement.
Outre cette nouvelle liaison à
grande vitesse, qui a coûté près de
11 milliards de dollars, un autre
mégaprojet fait craindre au territoire semi-autonome un rapprochement forcé avec le gouvernement chinois.
Il s’agit d’un gigantesque pont –
le plus grand du monde – reliant, à
travers l’estuaire de la rivière des
Perles, la ville chinoise de Zhuhai,
à Hongkong et Macao, ancienne
possession portugaise rendue à la
Chine fin 1999 et devenue la capitale mondiale des jeux de casinos.
L’ouvrage (55 kilomètres de long
en ajoutant les tunnels sous-marins), dont la construction a démarré il y a presque dix ans, doit
entrer en activité avant la fin de
l’année, après avoir enregistré des
retards et vu son budget déraper
(20 milliards de dollars, au final).
Il a aussi connu son lot de drames : plusieurs ouvriers sont morts
et des centaines ont été blessées
sur la portion hongkongaise, tandis que les statistiques n’étaient
pas communiquées pour la partie
chinoise. Une vingtaine de personnes ont par ailleurs été arrêtées
pour avoir falsifié des tests de qualité du béton, ce qui a jeté le doute
Les travaux sur
le pont gigantesque
de 55 kilomètres
de long, en ajoutant
les tunnels sous-marins
(ici en août 2018),
se poursuivent depuis
presque dix ans.
Il va relier, à travers
l’estuaire de la rivière
des Perles, la ville
chinoise de Zhuhai
à Hongkong et Macau.
LIANG XU/XINHUA
sur la qualité de la structure et entraîné de coûteuses vérifications.
La région de la grande baie
Quelque 126 000 passagers sont attendus chaque jour sur ce pont d’ici
à 2030. Comme la gare de West
Kowloon, cette initiative pharaonique s’inscrit dans un plan beaucoup plus large : la « région de la
Grande Baie », défendue par le président chinois Xi Jinping. Calqué
sur les modèles des baies de San
Francisco et de Tokyo, il consiste à
intégrer Hongkong et Macao parmi
neuf des villes du sud de la Chine,
dont Shenzhen et Canton. L’objectif est d’accélérer le développement économique d’une région de
Un pont-tunnel de 55 km pour relier
les deux régions administratives spéciales
Pékin
CHINE
CHINE
Estuaire
de la rivière
des Perles Shekou
CHINE
Pont
Shenzen
RAS DE HONGKONG
NOUVEAUX TERRITOIRES
Tangjia
Tunnel sous-marin
Kowloon
Pont surélevé permettant
le passage des navires
Île artificielle permettant
l’accès au tunnel
Pont-tunnel de Tuen Mun–
Chek Lap Kok Link reliant
le continent à l’aéroport
et l’île de Lantau (fin de
la construction prévue en 2020)
Zhuhai
LANTAU
RAS
DE MACAO
10 km
Victoria
HONGKONG
Mer de Chine Méridionale
Infographie
Source : Hong Kong – Zhuhai – Macao Bridge (HZMB)
68 millions d’habitants en facilitant les déplacements de personnes et de marchandises, ainsi que
la coopération au sein de secteurs
comme la finance, le tourisme ou
la haute technologie.
Au-delà des tracasseries administratives – les conducteurs devront apparemment disposer
d’autorisations
données
par
Hongkong, Macao et la Chine
continentale –, le gouvernement
chinois va devoir lever toute une
série d’obstacles s’il veut rapprocher des entités ayant chacune son
propre système politique, juridique, douanier ou monétaire. Le
régime communiste est par
ailleurs confronté à une équation
complexe : pour profiter du dynamisme de Hongkong, il lui faudrait
ouvrir davantage son économie,
mais ce n’est pas la tendance observée ces dernières années, rappellent certains experts.
Une série
d’enlèvements
Les entreprises étrangères ne cessent de dénoncer les difficultés
d’accès au marché chinois et
l’omniprésence des groupes étatiques, malgré les promesses de réformes répétées du gouvernement. Le projet pourrait aussi pâtir
de la guerre commerciale entre la
Chine et les États-Unis, qui pourrait durer et diminuer les investissements étrangers, notamment
américains, dans cette zone.
Outre les aspects économiques,
« l’idée est d’intégrer encore davantage politiquement Hongkong à
la mère patrie, et d’en faire une ville
chinoise bien avant 2047 », l’année
jusqu’à laquelle la spécificité du
territoire est théoriquement garantie, insiste Willy Lam, politologue à l’université chinoise de
Hongkong. Dans ce contexte, cette reprise en main se veut aussi
idéologique. En octobre 2017, lors
du congrès du Parti communiste
chinois (PCC), Xi Jinping a ainsi
martelé son intention de « renforcer l’esprit patriotique des compatriotes » du territoire semi-autonome.
Le bras de Pékin s’est étendu
beaucoup plus fermement sur la
mégalopole après la « révolte des
Parapluies » de 2014, qui avait réclamé – sans succès – plus de démocratie à Hongkong. L’épisode
de la « disparition » de cinq libraires hongkongais, en 2015, en est la
démonstration la plus spectaculaire. Ces personnes, qui travaillaient pour une maison d’édition publiant des livres de ragots
sur les dirigeants chinois, s’étaient
volatilisées, avant de réapparaître
plusieurs mois plus tard en détention, en Chine continentale. L’une
d’elles, Lee Bo, avait même été enlevée à Hongkong. La même mésaventure est arrivée à un milliardaire chinois, Xiao Jianhua, qui
n’a plus été vu en public depuis
son interception en janvier 2017
dans un hôtel de luxe. Son procès,
pour manipulation financière, devrait bientôt s’ouvrir à Shanghaï,
selon le South China Morning Post,
un quotidien hongkongais.
Aujourd’hui, il devient notamment de plus en plus difficile de
diffuser à Hongkong des livres critiques sur le régime communiste,
car plus de la moitié des librairies
appartiennent désormais à Sina
United Publishing, une entreprise
directement contrôlée par le bureau de liaison de Pékin à Hongkong, observent les spécialistes.
Pourtant, « même si l’autonomie de
Hongkong est destinée à se réduire
inéluctablement, l’intégration ne
sera jamais complète », veut croire
Jean-Pierre Cabestan. Et ce, parce
que l’élite chinoise, qui a investi
beaucoup d’argent localement, « a
besoin que le territoire garde sa
spécificité, en raison des avantages
économiques et financiers qu’ils retirent de son ouverture sur le monde
extérieur ». Plus pessimistes,
d’autres craignent que l’ex-colonie, où s’installent 150 Chinois
chaque jour depuis 1997, ne perde
définitivement son identité à
l’avenir. ■
C. P. (À PÉKIN)
A
Le plus grand pont du monde va renforcer l’emprise de Pékin
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Face à la menace, les agents privés vont
Des arrêtés attendus dans les prochains jours au « Journal officiel » vont leur permettre de porter armes de poing
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
SÉCURITÉ Des centaines, voire des
milliers d’agents privés de sécurité
déployés à travers le territoire, une
arme au ceinturon. Cette situation,
hypothétique il y a quelques années
tant l’image du vigile frisait la caricature, est sur le point de devenir
bien réelle. Alors que le rapport
parlementaire de l’ancien chef du
Raid Jean-Michel Fauvergue et de
sa collègue députée (LaREM) Alice
Thourot préconise aux 167 800 salariés du secteur de se professionnaliser, au nom d’un nécessaire
« continuum de sécurité » avec les
forces de l’ordre, huit arrêtés des
ministères de l’Intérieur, des
Transports et des Outre-Mer publiés dans les tout prochains jours
au Journal officiel pourraient provoquer une petite révolution dans le
paysage de la sécurité intérieure.
Jusqu’à présent, le port d’arme
était contingenté à un nombre très
limité de personnes dans le milieu
des « activités de sécurité ». Outre
les convoyeurs de fonds en contact
avec l’argent, il est octroyé aux seuls
agents servant sur des emprises nucléaires d’Areva et du CEA ainsi qu’à
une poignée de gardes – souvent
d’anciens militaires - chargés de
protéger des navires cibles d’actes
de piraterie maritime. « Nous pouvons ajouter des agents d’une société
de sécurité privée déployés sur le site
de Disneyland, qui a réussi à négocier
un accord particulier avec la préfecture de Seine-et-Marne », précise-ton au ministère de l’Intérieur. Si les
armes létales, lourdes de symbole et
de potentiels dérapages, ont été distribuées au compte-gouttes, la menace terroriste a changé la donne. Et
le gouvernement érige la coproduction de sécurité au rang de totem.
Désormais, un décret prévu dans
la loi du 28 février 2017 relative à la
Sécurité publique va acter la naissance d’agents de surveillance d’un
genre nouveau. Les premiers, dits
« classiques », ne pourront porter
que des armes de catégories « D »
comme des bâtons de défense, des
matraques télescopiques, des tonfas
ou des aérosols. Les seconds, en
charge de la « surveillance armée »,
auront le droit aux fusils et aux armes de poing. Le décret précise : il
s’agit de « revolvers chambrés pour
le calibre 38 spécial » ou de pistolets
semi-automatiques de calibre 9
mm, analogues au modèle Sig Sauer
Pro des policiers et gendarmes.
Mais la protection ne va pas pour
autant se jouer sur un air de western
puisque le législateur a mis en place
des garde-fous. Claude Tarlet, le
président de l’Union des entreprises de sécurité privée (USP), témoigne : « Nous accompagnons cette
évolution historique, car nos agents
sont appelés à avoir un rôle important, mais en restant très attentifs
sur les conditions d’achat et de détention de ces armes, sur la formation et l’entraînement des agents
ainsi que sur leurs conditions de recrutement ». Le texte, draconien,
prévoit un double verrou : celui du
préfet de département d’abord. Ce
dernier n’attribuera les autorisa-
tions d’acquisitions et de détention
d’armes aux sociétés de sécurité
concernées que si la menace sur le
lieu à surveiller, évaluée par l’Unité
de coordination de lutte antiterro-
Le port du pistolet électrique, un projet mort-né
Équiper les agents privés en
pistolet de type Taser. À peine
énoncée, cette proposition
choc formulée dans le rapport
sur le « continuum de
sécurité » risque fort
de connaître un enterrement
de première classe. « Après
un examen circonstancié
de chaque arme susceptible
d’être portée par les agents
privés, il ne nous apparaît pas
opportun d’ajouter le pistolet
à impulsion électrique (PIE) à la
panoplie », assure le ministère
de l’Intérieur. Réservé,
un expert suggère que « les
agents privés apprennent
dans un premier à s’acclimater
avec toute la gamme d’armes,
notamment létales, mise
à disposition ». « Il est
nécessaire qu’ils fassent
d’abord leurs preuves, qu’ils
se professionnalisent »,
insiste-t-on Place Beauvau,
qui note que l’usage du Taser
n’est pas neutre. « Nous nous
en servons en dernier recours,
face à un forcené, comme
ce fut le cas lors de l’attaque
terroriste de l’Opéra », note
un policier. Contestée,
cette arme « intermédiaire »
souffre d’une image négative
après des accidents.
« La profession est contre »,
résume Olivier Duran, porteparole du Syndicat national des
entreprises de sécurité. Plus
qu’un Taser, les agents privés
pourraient profiter de moyens
de géolocalisation et d’un
uniforme spécifique. Identique
pour toute la profession,
il serait distinct de ceux des
policiers et gendarmes pour
éviter toute confusion.
C. C.
riste (Uclat) ou le Renseignement
territorial (RT), est établie. Chaque
agent de surveillance devra, quant à
lui, passer sous les fourches caudines du Conseil national des activités
privées de sécurité (Cnaps), gendarme de la profession. Outre une
enquête serrée de moralité, il devra
suivre une formation très poussée.
Les armes seront quant à elles
conservées pour une durée de cinq
ans, avec un lot contingenté à cinquante cartouches par période de
douze mois.
Les agents, qui agiront en binôme, porteront un gilet pare-balles
et leur pistolet de manière apparente. En dehors de toute mission, les
armes à feu et munitions seront
conservées dans des coffres-forts.
Où pourront agir ces nouveaux anges gardiens ? Partout où un péril
peut s’exprimer. « Il n’y a pas de limitation en théorie car le décret ne
précise pas la nature du site ou bâtiment à protéger », confirme-t-on
Place Beauvau. Des agents de sécu-
Les policiers entre
inquiétude et fatalisme
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
ARMER les vigiles ? « Ouh la, mais
cela va faire beaucoup d’armes en
circulation, non ? », s’inquiète le
directeur de cabinet d’une importante mairie de la petite couronne
parisienne qui a pourtant armé sa
police municipale. À l’entendre,
« il aurait peut-être mieux valu tirer
toutes les conséquences de la généralisation annoncée de l’armement
des municipaux, avant de déployer
des armes à feu dans le maquis des
sociétés de sécurité. »
René-Georges Querry, ancien de
l’antigang, devenu directeur de la
sécurité du groupe Casino, partage,
à titre personnel, ces réticences. « Il
faut toujours être prudent avant de
donner une arme à feu, dit-il. Une
arme est comme un cheval sauvage :
il faut la dompter. Et j’ai vu dans ma
carrière des policiers en exercice
avoir peur de leur arme. » Jo Querry
cite toutefois le précédent de
Disneyland Paris qui emploie discrètement, depuis des années, des
privés armés. Même situation particulière chez les agents de sécurité
du port du Havre. Et aucun incident
déclaré à ce jour. Selon l’ex-commissaire Querry, « depuis Charlie
Hebdo, la pression politique est forte
pour armer les vigiles et c’est vrai que
la menace que fait peser l’islamisme
radical, principalement, est devenue
de plus en plus imprévisible, soudaine, violente, parce que ces terroristes-là sont prêts à mourir. » Mais
l’ex-grand flic persiste et signe :
« Je suis quand même très réservé. »
Question de générations ? À
Beauvau, en tout cas, l’idée, incon-
cevable il y a encore dix ans de cela,
a fait son chemin. « Malheureusement, c’était un peu inévitable », lâche résigné Yves Lefebvre, le secrétaire général du syndicat de
gardiens et gradés de la police nationale Unité-SGP-FO. Selon lui,
« on ne peut plus laisser certains
agents de sécurité privée jouer les cibles vivantes devant certains établissements qui peuvent subir une attaque terroriste ».
Le syndicaliste considère qu’« il
y a des missions à confier au privé
pour délester la police d’un certain
nombre de tâches indues, à condition
que les vigiles soient armés et formés. » Et de citer, pêle-mêle : « La
garde des détenus hospitalisés qui ne
sont pas considérés comme dangereux, la surveillance de bâtiments
officiels ou de domiciles de personnalités exposées. »
Il ajoute : « Le transfert des migrants d’un centre de rétention à un
autre pourrait aussi être confié à des
privés armés, car cette mission
consomme des milliers d’effectifs de
forces de l’ordre chaque jour en France. » La proposition ne va pas forcément de soi. Un préfet en exercice
met en garde : « Connaissant le
pointillisme des juges en charge du
contentieux des étrangers quand la
mission est accomplie par des policiers ou des gendarmes, il y a fort à
parier qu’une délégation de cette mission à des privés aboutirait à un nombre croissant d’annulations de procédures pour vice de forme. » Est-ce
souhaitable, alors que le gouvernement prétend vouloir accroître le
taux d’éloignement des illégaux ?
Pour Patrice Ribeiro, patron du
syndicat de police Synergie-offi-
Le regard des Français sur le secteur de la sécurité privée
Avez-vous confiance dans
les professionnels de la sécurité privée
pour assurer votre sécurité ?
QUESTION :
Et avez-vous confiance ou pas confiance dans les professionnels
de la sécurité privée pour réaliser les actions suivantes... ?
QUESTION :
Tout à fait confiance
TOTAL CONFIANCE
60 %
84 %
35 % pas
65 %
confiance
confiance
Effectuer des fouilles (sacs, bagages, véhicules) 15 %
51 %
66 %
(- 3 points
par rapport
à août 2017)
(+ 3 points
par rapport
à août 2017)
Réaliser des missions de renseignement 10 %
45 %
55 %
Effectuer des palpations 10 %
43 %
53 %
36 %
45 %
Porter une arme 9 %
Infographie
ciers, « l’armement des vigiles est
au menu des discussions au sein de la
police depuis des années ». Selon lui,
« cette réflexion a été engagée sous
l’égide d’Alain Bauer. Elle a d’abord
abouti à la création du Conseil natio-
“
On ne peut plus
laisser des agents
de sécurité privée jouer
les cibles vivantes
devant certains
établissements
qui peuvent subir une
attaque terroriste
”
YVES LEFEBVRE,
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL UNITÉ-SGP-FO
A
Plutôt confiance
Assurer la surveillance de bâtiments, magasins, bureaux 24 %
nal des activités privées de sécurité
(CNAPS) pour moraliser le secteur. » La professionnalisation de
ces métiers devait suivre. L’armement est donc la phase ultime du
processus, quand la confiance est
acquise.
Le secteur privé est-il enfin assaini ? À l’époque de la création du
CNAPS, en 2012, des policiers ont
pu s’indigner qu’un grand opérateur national du transport ferroviaire ait pu employer des agents de
sécurité ayant un casier judiciaire.
Certaines sociétés employant des
vigiles avaient même pour siège social une simple caravane sur un terrain vague. Mais ce temps serait révolu, promettent les représentants
professionnels du secteur.
Yves Lefebvre, pour sa part, n’est
pas encore totalement convaincu
que tous puissent prétendre à réclamer un armement. Il faudra notamment travailler activement sur le
type d’agents auxquels une arme
pourra être confiée. Un représentant du Syndicat des commissaires
de police le reconnaît, quant à lui :
« Si les convoyeurs ont pu être armés, il n’est pas inimaginable de recourir aux mêmes profils d’anciens
policiers ou anciens militaires, encore
frais physiquement, et bien formés,
pour effectuer certaines tâches qui
incombaient jusqu’alors essentiellement aux forces de l’ordre. »
En Italie, certains vigiles dans les
centres commerciaux portent un
pistolet Beretta à la ceinture. Les
Français sont-ils prêts à cette petite
révolution ? L’affaire Benalla (du
nom de ce collaborateur armé du
président de la République surpris à
jouer les policiers), témoigne que la
question de la légitimité du porteur
d’arme demeure un sujet sensible. ■
Pour les lacry
JEAN CHICHIZOLA
DÉSARMER les polices municipales au moment où il est question d’armer les agents de sécurité privés ? Au cœur de l’été, un
imbroglio administratif sur le
droit de porter des bombes lacrymogènes de plus de 100 millilitres
a semé le trouble chez des élus
locaux et des organisations représentatives de policiers municipaux avant que le ministère de
l’Intérieur rectifie le tir.
Tout commence le 29 juin 2018,
avec la prise d’un décret « relatif
au régime de la fabrication, du
commerce, de l’acquisition et de la
détention des armes ». Il prévoit
notamment que les fameuses
bombes, auparavant en catégorie
D (vente libre), deviennent des
armes de catégorie B, soumises à
autorisation et à l’obtention d’une
« attestation de suivi de la formation initiale aux règles de sécurité,
de stockage et de manipulation ».
Au 1er août, les policiers municipaux n’avaient donc plus officiellement le droit d’en être équipés.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
SOCIÉTÉ
pouvoir s’armer
Un coût supplémentaire
pour les entreprises
et fusils. Entre 2 000 et 3 000 pourraient en être dotés.
rité armés pourront donc aussi bien
intervenir dans des parcs de loisirs
semblables à Disneyland Paris qu’à
l’entrée de grands sites et monuments publics aussi célèbres que la
“
Nous pouvons
imaginer que des
centres commerciaux,
encore secoués par
l’attaque du Super U
de Trèbes, aient envie
de franchir le pas
UN HAUT FONCTIONNAIRE
”
tour Eiffel. « Nous pouvons aussi
imaginer que des grands magasins
ou des centres commerciaux, encore
secoués par l’attaque du Super U de
Trèbes, aient envie de franchir le
pas », confie un haut fonctionnaire
qui mentionne aussi le « milieu des
salles de spectacle » endeuillé après
la tuerie du Bataclan. Une autre
source, qui garde en mémoire le
carnage de Charlie Hebdo et l’attaque qui a visé l’ancien siège de Libération, n’exclut pas non plus la
« protection de grands médias ».
« Au total, plusieurs dizaines de
sites pourraient recourir aux services
de centaines d’hommes armés », estime-t-on Place Beauvau, où l’on
avance l’hypothèse de « 2 000 à
3 000 agents ». Au sein de la profession, on se veut prudent. « Cette
perspective d’armer les agents ne
suscite pas l’engouement au sein de
la profession, déclare ainsi Olivier
Duran, directeur de la communication du Syndicat national des entreprises de sécurité (Snes). Même si les
grands du secteur et quelques indépendants vont créer leur structure
pour réagir à l’offre, le marché apparaît comme non rentable car le
coût horaire d’un agent armé sera
environ le double de celui d’un agent
basique, rémunéré de 18 à 23 euros
de l’heure. Par ailleurs, le modèle
économique est fragile car les clients,
comme ceux de la grande distribution, cherchent à baisser leur budget
sécurité. Enfin, outre les exigences
liées à une formation poussée et l’absence d’une protection juridique renforcée, ce marché comporte des risques : imaginez un agent laissant
tomber par mégarde son arme dans
un hall d’accueil… » « Si la demande
de protection a augmenté depuis novembre 2015, le marché est certes
potentiellement incertain », concède
une source gouvernementale qui
rappelle aussi que ce droit à l’armement vaut désormais aussi pour les
« agents de protection de l’intégrité
physique », c’est-à-dire les gardes
du corps en costume sombre et
oreillettes. À eux seuls, ils représentent un vivier potentiel de 600
personnes en France. L’usage de
l’arme, quel qu’en soit le modèle,
ne pourra se faire qu’en état de légitime défense. C’est-à-dire à l’image des policiers dont ils se rapprochent du modèle, au risque de faire
grincer des dents. ■
9
ANGÉLIQUE NÉGRONI
anegroni@lefigaro.fr
Outre une enquête
serrée de moralité,
les agents de sécurité
(à gauche, dans une
société en liquidation
dans les Ardennes)
devront suivre
une formation très
poussée avant d’être
autorisés à porter
une arme. À droite :
Disneyland Paris,
grâce à un régime
dérogatoire, dispose
déjà d’une vingtaine
d’agents de sécurité
armés.
GEORGES MERILLON,
MICHEL EULER/AP
PAR LE BIAIS d’un régime dérogatoire accordé par l’État, Disneyland
Paris, en Seine-et-Marne, dispose
déjà d’une équipe d’une vingtaine
d’agents de sécurité armés. Recrutés par la société Byblos, à Lyon, et
reconnaissables par un badge, ces
derniers arpentent depuis plus d’un
an les allées du parc d’attractions.
Aguerris à l’usage des armes, tous
sont d’anciens policiers, gendarmes
ou militaires qui régulièrement
s’entraînent au tir et qui avant toute
prise de service sont soumis à des
tests de dépistage de drogue et d’alcool. « Le bilan de leurs activités est
positif » , relève un spécialiste.
Malgré ce retour d’expérience satisfaisant, l’armement des agents de
sécurité ne va pas s’envoler en France en raison de nombreux freins.
Tout d’abord, les grandes entreprises privées qui pourraient y recourir
ne sont pas prêtes à franchir le cap.
« Les dirigeants n’ont pas la culture
de l’arme », note le directeur sûreté
chez LafargeHolcim, Jean-François
Jolivet. En évoquant le sujet lors de
réunions, ce dernier s’est heurté à
des résistances. « Pourtant, certaines
de nos activités devraient bénéficier
d’une protection armée », plaide-til. C’est le cas lorsque des explosifs
sont utilisés dans des carrières. Les
détonateurs, objets de convoitise,
sont particulièrement surveillés.
Or, à ce jour, les groupes perçoivent bien plus de risques que d’avantages à recourir aux armes. Ces dernières imposent, de fait, des règles
particulièrement strictes concernant
le recrutement des agents, leur formation, leur entraînement ou encore
l’entretien et le stockage des armes.
« Un encadrement rigoureux est in-
dispensable », relève le général Jacques Morel, qui aujourd’hui dirige la
société Réactions, une structure en
conseil sur la sécurité. Pour lui,
d’ailleurs, le recrutement ne devrait
se faire que parmi d’anciens gendarmes, policiers ou militaires. L’expérience dont ils disposent offre une
garantie de savoir-faire et permettra
aussi de réduire les coûts de formation. « Ces derniers vont être très élevés s’il faut partir de zéro avec un débutant », fait-il valoir. Or l’heure
n’est pas à la dépense. « En 2017, les
budgets sécurité ont été vus à la baisse
par les groupes », relève Olivier Duran, du Syndicat national des entreprises de sécurité.
« Escalade de moyens »
Pour Jacques Morel, le besoin armé
devrait d’ailleurs être circonscrit à
quelques lieux, identifiés comme des
cibles possibles d’attaques terroristes. Parmi eux, dit-il, « le château de
Versailles ou la tour Eiffel ». Or, pour
cette dernière, aucun changement
ne semble envisagé. « Outre le mur
de protection en cours d’achèvement
qui ceinture le monument, celui-ci est
surveillé par de nombreux policiers et
les hommes de Sentinelle. C’est suffisant », relève un spécialiste.
Mais ces nouveaux pouvoirs accordés aux agents privés ne font pas
l’unanimité. « On entre dans une escalade de moyens. Pour attaquer, les
assaillants utiliseront un armement
plus lourd encore », prédit un responsable de sécurité au sein d’un
groupe textile. Pour lui, la priorité
serait de mieux former, par des
centres d’État, les milliers d’agents
déjà en poste. « Ils pourraient alors
intervenir en renfort auprès des forces de l’ordre pour sécuriser un quartier, en cas de besoin », explique-til. Au lieu de cela, dit-il, « ce sont des
pots de fleurs sans moyens ». ■
Les filières sécurité
attirent de plus
en plus d’élèves
QUESTION : Selon vous, dans quelles activités le secteur de la sécurité privée devrait se développer en priorité ?
Première réponse
Total des citations (les interviewés pouvaient donner 3 réponses)
57 %
La surveillance renforcée des événements 31 %
48 %
La surveillance vidéo et humaine des écoles primaires 20 %
La surveillance vidéo et humaine des aires d’autoroute 8 %
La surveillance des bus régionaux 8 %
La surveillance avec des agents armés 10 %
39 %
34 %
Selon vous, la possibilité que le secteur de
la sécurité privée joue un rôle plus important permettrait-elle
de lutter plus efficacement contre l’insécurité ?
QUESTION :
36 %
non
(+ 10 points
par rapport
à août 2017)
64 %
oui
(- 10 points
par rapport
à août 2017)
28 %
Étude réalisée par l’Ifop pour l’Union des entreprises de sécurité privée (USP). L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 019 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée
par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par régions et catégories d’agglomérations. Les interviews ont été réalisées par questionnaire autoadministré en ligne entre le 12 et le 13 septembre 2018.
mogènes, une formation encore fantôme
Le 6 août, le maire LR de SaintÉtienne, Gaël Perdriau, écrivait en
ces termes au ministre de l’Intérieur, et ancien maire de Lyon,
Gérard Collomb, pour s’étonner
d’une telle mesure : « La ville de
Saint-Étienne met tout en œuvre
pour que les policiers municipaux
puissent, en toute sécurité, intervenir de manière plus efficace sur le
terrain. Il est ubuesque de nous voir
freiner dans cet objectif par le ministère de l’Intérieur lui-même. »
Détail croustillant : la « formation » évoquée par le décret et nécessaire à l’obtention du port de
ces bombes… n’existait pas l’été
dernier !
Deux types de gaz
Dans ce contexte, les policiers municipaux montent rapidement au
créneau. Le syndicat de défense
des policiers municipaux (SDPM),
qui revendique 300 sections locales à travers le pays, rappelle que
cette décision aurait « pour effet de
placer des agents de police municipale en insécurité manifeste, notamment face à des groupes d’individus déterminés à procéder à un
lynchage ». Un policier municipal,
qui tient à conserver l’anonymat,
signale en effet que ses collègues
sont confrontés à la « même violence que les policiers de la police nationale » et que, en l’absence d’armements « lourds », les bombes
peuvent souvent leur permettre de
briser un encerclement.
Visiblement conscient du problème et du pataquès, le ministère
de l’Intérieur a finalement, le
25 août, adressé un télégramme
aux préfets sur le « port de générateurs d’aérosols incapacitants ou
lacrymogènes par les policiers municipaux ». Le texte reconnaissait
que « le Centre national de la fonction publique territoriale [CNFPT,
devant organiser les formations]
n’a à ce jour proposé aucune session
de formation. […] Le vivier de formateurs a néanmoins été constitué.
Le statut juridique de ce type d’armement étant désormais clarifié, les
formations pourront démarrer à
compter du 1er octobre prochain ».
« D’ici là, poursuit le télégramme, vous voudrez bien veiller à ce
que tous les policiers municipaux
auxquels une autorisation préfec-
torale a été délivrée avant le 1er août
2018 en conservent le bénéfice et ne
fassent pas l’objet d’un dessaisissement. » Les policiers seraient tenus de suivre rapidement, dans les
six mois, une formation.
Mais le télégramme de la Place
Beauvau précise toutefois : « dans
tous les cas, il convient de ne pas
conditionner l’équipement des policiers municipaux [en bombes lacrymogènes de plus de 100 ml] - solution souvent retenue par les
communes en substitution d’un armement plus lourd - au rythme des
sessions de formation envisagées à
compter d’octobre par le CNFPT et
dont le calendrier précis reste à ce
jour encore inconnu. » Une manière
discrète de… désamorcer la bombe.
Dans le décret concernant l’armement des agents privés de sécurité, il est indiqué qu’ils disposeront de deux types de gaz, un
générateur d’aérosol incapacitant
et une bombe lacrymogène qui, en
fonction de l’habilitation de
l’agent privé, aura une capacité
inférieure ou supérieure à 100 ml.
Et nécessitera une formation, à
l’instar des municipaux. ■
Nous
« sommes
confrontés
à la même
violence que
les policiers
de la police
nationale
UN POLICIER
MUNICIPAL
»
LA MENACE terroriste a réveillé la
fibre patriotique chez les jeunes.
« Depuis les attentats de 2015, le
nombre de candidats au bac professionnel “métiers de la sécurité” ne
cesse d’augmenter », constate Virginie Baillergeau, directrice déléguée
aux formations professionnelles au
lycée Catherine-Labouré, dans le
XIVe arrondissement parisien. La
formation, créée en 2007 pour répondre aux besoins de maind’œuvre et de qualification de la filière, compte 45 élèves en terminale
et affiche 100 % de réussite au baccalauréat. Contrairement à d’autres
bacs professionnels, la filière sécurité n’est pas un choix par défaut. « Ce
sont généralement des passionnés.
Beaucoup, en parallèle de leur cursus,
sont engagés dans la protection civile,
chez les jeunes sapeurs-pompiers de
Paris, par exemple », poursuit la responsable. De quoi rêvent ces jeunes ?
Œuvrer dans la sécurité civile, chez
les pompiers, dans la police ou dans
l’armée. Beaucoup s’imaginent au
GIGN (Groupe d’intervention de la
gendarmerie nationale). Un fantasme que les responsables de formation doivent tempérer, rareté des
élus oblige… Les métiers de la sécurité privée ne sont pas le premier choix
de ces jeunes qui s’imaginent davantage au service de l’État. Sur l’ensemble de la France, une centaine de
lycées proposent cette spécialité.
« La sécurité publique n’embauche
pas à l’infini, tempère Olivier Duran, au syndicat national des entreprises de sécurité (Snes). Et du côté
de la sécurité privée, nous constatons
souvent que les titulaires d’un CAP ou
d’un bac pro ne restent pas longtemps chez nous », ajoute-t-il. En
cause ? Les faibles rémunérations et
le manque de perspectives. « Le métier se technicise. Un jour ou l’autre,
on aura des caméras embarquées. À
terme, les agents de sécurité devront
se former à la gestion du matériel
électronique, type scanner. Mais
pour l’heure, nous avons davantage
d’hommes chargés de garder des entrepôts à des kilomètres de Paris que
de pilotes de drones », résume-t-il.
Le secteur a avant tout besoin de
prestations basiques et d’hommes
de terrain, rémunérés moins de
1 700 euros brut mensuel. « Dans un
contexte de guerre des prix, où les
commandes publiques et privées ainsi
que les entreprises de sécurité tirent
vers le discount, il est difficile d’élever
les qualifications », résume Olivier
Duran. Pourtant, le secteur aurait
besoin de cadres intermédiaires
“
Ce sont souvent des
passionnés. Beaucoup,
en parallèle de leur
cursus, sont engagés
dans la protection
civile, chez les jeunes
sapeurs-pompiers de
Paris par exemple
”
VIRGINIE BAILLERGEAU, FORMATRICE
pour manager les équipes. Dans cet
état d’esprit, les pouvoirs publics
ont décidé de l’ouverture d’un BTS
dédié, en 2020. « L’offre en matière
de formation diplômante de niveau
bac + 2 est quasi inexistante »,
constate le rapport parlementaire
sur le continuum de sécurité entre
forces nationales, polices municipales et sécurité privée. La filière
doit se professionnaliser. Depuis
2009, le conseil national des activités privées de sécurité (Cnaps), rattaché au ministère de l’Intérieur,
délivre aux agents de sécurité une
carte professionnelle, après enquête
de moralité. « Mais la lutte contre le
travail illégal doit se poursuivre,
martèle Danièle Meslier, présidente
de l’Association nationale des métiers de la sécurité (ANDMS). Il faut
plus d’inspections. Les grosses sociétés comme les collectivités locales ne
jouent pas le jeu. » ■
A
CAROLINE BEYER £@BeyerCaroline
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
Des gilets pare-balles
pour le Samu de Toulon
Cette décision locale ne fait pas l’unanimité mais illustre
la montée de l’insécurité dans la cité portuaire.
VINCENT-XAVIER MORVAN
£@vincentxaviermo
NICE
ET MORGANE RUBETTI £@MRubetti
SÉCURITÉ Révélée par Var-Matin,
l’arrivée de gilets pare-balles au Samu
de Toulon a un premier mérite : braquer les projecteurs sur l’agglomération toulonnaise, en proie depuis des
mois à des fusillades meurtrières. Dernière en date le 10 septembre, au cours
de laquelle deux jeunes hommes sont
morts, l’un de 19 ans, ex-footballeur
de l’équipe réserve de Saint-Étienne,
et l’autre d’à peine 14 ans, tués à la kalachnikov à La Seyne, cité populaire
accolée à Toulon. Les enquêteurs ont
retrouvé 24 étuis de deux calibres sur
les lieux de ce probable règlement de
comptes lié au trafic de drogue.
Au Samu de Toulon, on évoque justement « le contexte actuel » pour justifier la commande de ces gilets. « Il
s’agit d’une demande des personnels devant la récurrence des situations sensibles », précise le docteur Laurent Bécé,
chef de service du Samu du Var. Pour
autant, pas question « de les porter au
quotidien ». « Les gilets sont dans un
placard, les équipes les porteront uniquement lors de situations particulières », ajoute-t-il, évoquant les
patients agités, violents ou psychiatriques, les interventions en milieu car-
céral ou dans les cités. Trois équipes
travaillant en journée, le Samu a commandé trois jeux de trois gilets (un
pour le médecin, un pour l’ambulancier et un pour l’infirmier).
La décision, prise à l’unanimité du
conseil de surveillance de l’hôpital
Sainte-Musse,
dont
dépend
le
Samu 83, n’est cependant pas du goût
du Dr François Braun, président de
Samu France. Il évoque « un mélange
des genres ». « La sécurité est le travail
de la police et non du Samu », conteste-t-il, avant d’enfoncer le clou : « Notre rôle n’est pas de soigner les blessés
sous les balles, nous ne faisons pas de la
médecine de guerre, nous intervenons
après l’accord de la police. » Et dans ce
cas, « les équipes du Samu n’ont pas besoin de ces gilets ». Et d’estimer : « Ils
[les personnels du Samu du Var, NDLR]
ont probablement jugé que c’était utile
chez eux, mais je pense que ce serait une
erreur de le généraliser » ailleurs en
France.
Un scénario à la marseillaise
À Toulon, le Dr Bécé admet que « le
Samu intervient après les forces de l’ordre et avec leur accord », convenant
aussi que, dans ce cas, « la situation est
normalement stabilisée ». Mais il arriverait toutefois, selon lui, qu’elle « soit
encore instable ou qu’elle puisse dégénérer quand nous intervenons ». Et de
rappeler l’intervention de ses collègues, en 2015, lors d’une affaire qui
avait vu, à Toulon, un suspect tuer un
douanier, en blesser un autre et tirer
dans sa fuite sur un policier. « Le Smur
était intervenu alors qu’il y avait encore
une fusillade en cours à proximité »,
plaide-t-il.
Mélange des genres ou principe de
précaution ? Une certitude : la situation
de l’agglomération s’aggrave et semble
suivre un scénario à la marseillaise où
les bandes rivales règlent leurs différends de manière expéditive. Au début
de l’été, faisant le bilan du premier semestre, Jean-Luc Videlaine, préfet du
Var, décomptait « 27 usages d’armes à
feu, avec deux morts et quatorze blessés », dans l’agglomération toulonnaise. Depuis, trois nouveaux homicides
se sont ajoutés, tous à La Seyne dont le
premier magistrat, Marc Vuillemot, a
été reçu mardi dernier à Matignon. « Si
la demande de gilets pare-balles relève
des personnels du Samu qui veulent faire
leur travail et ont peur, on peut les comprendre. Il y a chez nous des balles qui
sifflent, mais ce n’est pas la réponse de
fond à apporter. Il faut créer les conditions pour que l’État se donne les moyens
d’assumer ses fonctions régaliennes »,
lance l’élu PS. Un sujet qu’il pourra
évoquer avec le ministre de l’Intérieur,
Gérard Collomb, attendu prochainement dans la rade. ■
Pour chacune des équipes composées d’un médecin, d’un ambulancier et d’un infirmier,
le Samu de Toulon a commandé un jeu de trois gilets. SAMU83
Le Pape invite à ne pas vivre sa foi « en touriste »
Lors d’une cérémonie œcuménique en Lettonie, François a aussi mis en garde contre la montée des nationalismes en Europe.
Et de filer la métaphore pour la vie
chrétienne : « C’est un danger qu’on court
toujours : de résidents devenir touristes,
faire de ce qui nous identifie un objet du
passé, un musée. » Cette attitude comporte certes une « haute valeur historique » mais « elle cesse de faire vibrer le
cœur de ceux qui l’écoutent ».
JEAN-MARIE GUÉNOIS jmguenois@lefigaro.fr
ENVOYÉ SPÉCIAL DANS LES PAYS BALTES
« Fraternité universelle »
VATICAN MEDIA/REUTERS
RELIGION Pour parler de la foi, le pape
François a le génie des formules. Il l’a encore prouvé lundi, au troisième jour de sa
visite dans les pays Baltes, à Riga, la capitale de la Lettonie, lors d’une cérémonie
œcuménique dans la cathédrale luthérienne. En cet édifice fondé en 1211, qui fut catholique jusqu’en 1524, siège un orgue extraordinaire par sa taille. C’est l’un des plus
grands d’Europe. Et ce lundi matin, il jouait
merveilleusement, accompagné d’une
somptueuse chorale de jeunes filles. Une
douceur angélique qui tranchait avec le sérieux de cette prière interchrétienne, l’un
des sommets de ce voyage, qui rassemblait
autour du même Christ catholiques, orthodoxes et protestants. La cérémonie s’est
achevée par le « Notre Père » commun et
un très émouvant échange de paix.
Méditant et priant pour que « nos différences ne deviennent pas des divisions »,
François a interpellé le grand monsieur
qui dominait l’assemblée au fond de
Le pape François dans la cathédrale Saint-Jacques, lundi à Riga, la capitale lettone.
l’église, avec ses bois colorés et ses tuyaux
rutilants. « Il a été l’instrument de Dieu et
des hommes pour élever le regard et le
cœur […], il est plus qu’un orgue monu-
mental, il fait partie de la vie de la ville, de
sa tradition, de son identité. En revanche,
pour le touriste, il est un objet artistique
qu’il faut connaître et photographier. »
François de prévenir alors : « Il peut nous
arriver exactement la même chose s’agissant de la foi. Nous pouvons cesser de nous
sentir chrétiens résidents pour devenir des
touristes. […] Toute notre tradition chrétienne risque de subir le même sort : finir
par être réduite à un objet du passé qui, enfermé dans les murs de nos églises, cesserait d’entonner une mélodie capable de remuer et d’inspirer la vie et le cœur. »
Le Pape a alors lancé cet appel : « Si la
musique de l’Évangile cesse de retentir
dans nos maisons, sur nos places, sur nos
lieux de travail, dans la politique et dans
l’économie, nous aurons éteint la mélodie
qui nous pousse à lutter pour la dignité de
tout homme et de toute femme de toute
L’activité des taxis clandestins explose à Paris
La Préfecture de police a relevé 207 délits sur les huit premiers mois de 2018, soit une hausse de 105 %
comparée à la même période de 2017. Aéroports de Paris tente de prévenir les touristes.
A
ÉRIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
TRANSPORTS Le marché du taxi est tel
dans les aéroports parisiens (en moyenne
7 000 à 8 000 prises en charge par jour à
l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle et
environ 6 000 à Orly), qu’il attire de plus
en plus de chauffeurs clandestins. Un
phénomène qui touche aussi les principales gares et les abords des monuments
de la capitale. La fréquentation touristique record à Paris a nettement aggravé ce
phénomène.
Selon nos informations, la Préfecture
de police (PP) a en effet relevé 207 délits
« d’exercice illégal de l’activité de taxi »
sur les huit premiers mois de 2018, soit
une hausse exponentielle de 105 % comparée à la même période de 2017. « La
majorité des délits d’exercice illégal, soit
64,7 % d’entre eux, ont été relevés sur les
plateformes aéroportuaires, dont 48,3 % à
Roissy », indique un porte-parole.
Un mode de transport très onéreux. Les
taxis clandestins pratiquent des tarifs nettement plus chers que les prix légaux,
profitant de la crédulité de leur client
pour faire monter la note. Et sans justificatif à la clef. « Nous avons reçu des témoignages écrits de personnes qui, par exemple, ont payé 100 euros pour aller porte de la
Chapelle, soit deux fois plus cher que le prix
normal, avec des menaces si elles refusaient
de sortir l’argent », relate Steve, chargé
de communication de Taxis de France.
Autre indicateur inquiétant, la PP a
aussi dressé 285 contraventions de 5e
classe (entre 1 500 € et 3 000 €), la plupart à Roissy, à l’encontre de chauffeurs
clandestins se livrant au racolage, soit
une hausse de 103,6 %. Pour les chauffeurs, ces condamnations ne sont pas assez dissuasives et encouragent les clan-
destins à recommencer. « Légalement,
les contrevenants encourent une peine d’un
an d’emprisonnement et de 15 000 euros
d’amende, mais ce n’est jamais appliqué,
dénonce Ibrahim, taxi parisien. Nous
nous sommes rendu compte qu’aidés par
de bons avocats, ils prenaient 12 mois avec
sursis et une amende de 300 euros. On devrait saisir leur véhicule pour qu’ils arrêtent cette activité sur-le-champ. »
Insultes et agressivité
La direction de l’ordre public et de la circulation de la Préfecture de police, par
l’intermédiaire des « Boers », ou police
des taxis (41 agents dans les aéroports parisiens), dit avoir accentué la lutte contre
les chauffeurs de taxis clandestins. « Au
total, les Boers ont constaté 1 475 délits
pour exercice illégal de l’activité de taxi,
dont 613 sur les zones aéroportuaires, représentant 41,5 % des délits sur les cinq
dernières années, précise-t-on à la PP.
546 d’entre eux ont été relevés sur le site de
Roissy, soit 37 % des délits. »
De son côté Aéroports de Paris (ADP) dit
faire son maximum pour éviter ce phénomène, qui peut rapidement tourner aux
insultes et à l’agressivité. « Nous avons investi dans des panneaux de signalisation en
plusieurs langues pour avertir les voyageurs
des risques qu’ils encourent de prendre un
taxi clandestin avec toutes les possibilités de
transport pour gagner Paris, indique Edward Arkwright, directeur général exécutif du groupe ADP. Nous diffusons aussi
des annonces en plusieurs langues pour inviter les voyageurs à ne pas prendre ces
taxis illégaux. » Il y a urgence. « L’image
de Paris, dans quelques années organisatrice des JO, est en cause », souligne la sénatrice Catherine Dumas, qui a interpellé
dans une question écrite le ministre de
l’Intérieur Gérard Collomb. ■
provenance. […] Si la musique de l’Évangile cesse de retentir, nous aurons perdu les
sonorités qui conduisent notre vie au ciel,
nous retranchant dans l’un des pires maux
de notre temps : la solitude et l’isolement. »
Bien sûr, a-t-il reconnu, « nous avons à
vivre des temps difficiles et compliqués » et
« les chrétiens ont toujours moins de marge
de manœuvre et d’influence dans nos sociétés ». Mais « cela ne peut pas conduire à
une attitude de fermeture, de défense, ni
même de résignation » a ponctué François, revigoré par la foi profonde des fidèles rencontrés. Dans son homélie, revenant sur le nationalisme montant en
Europe, abordé samedi à Vilnius, en Lituanie, François a demandé à tous les catholiques de vivre « la fraternité universelle ». « En des temps où semblent revenir
des mentalités qui nous invitent à nous méfier des autres, qui avec des statistiques
veulent nous démontrer que nous serions
mieux, nous aurions plus de prospérité, il y
aurait plus de sécurité, si nous étions seuls,
Marie et les disciples de ces terres nous invitent à accueillir, à parier de nouveau sur
le frère, sur la fraternité universelle. » ■
EN BREF
Les élèves de 3e formés
aux premiers secours
Tous les élèves de troisième
seront formés aux gestes de
premiers secours d’ici à 2022, a
annoncé lundi le porte-parole
du gouvernement, reprenant
une mesure lancée lors
du quinquennat précédent.
Paris : un adolescent
mort pour une trottinette
Un jeune homme de 17 ans
a été mortellement poignardé
dans la nuit de samedi à
dimanche à Paris, dans le Ve
arrondissement de Paris, à la
suite d’un « différend au sujet
d’une trottinette ». L’auteur
des coups de couteau, âgé
de 18 ans, a été interpellé.
Seine-et-Marne : tué
en sortant de la clinique
Un homme de 22 ans a été tué
d’une balle dans la tête en
sortant d’une clinique à Melun
(Seine-et-Marne) lundi.
Le tireur a lui pris la fuite.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
SCIENCES
11
Des patients paralysés des deux jambes
remarchent pour la première fois
Rééducation et stimulation électrique ont permis de réactiver des signaux après une lésion de la moelle épinière.
tine, fondateur d’une start-up qui met
au point un implant spécifiquement dédié à la récupération motrice après lésion médullaire.
SOLINE ROY £@so_sroy
« Une symphonie »
DR
RECHERCHE Cent deux mètres en
331 pas. C’est l’exploit réalisé par un
jeune homme de 29 ans, près de quatre
ans après un accident de motoneige qui
l’avait laissé complètement paralysé
des jambes. Des pas rendus possibles
par des chercheurs de la Mayo Clinic
(Minnesota, États-Unis) et de l’Université de Californie, qui rapportent leurs
résultats dans la revue Nature Medicine.
Une première également réalisée avec
deux patients (sur quatre traités) par
une autre équipe de l’Université de
Louisville (Kentucky), et annoncée le
même jour dans le New England Journal
of Medicine.
C’est la première fois que des patients
souffrant de paraplégie complète après
une lésion de la moelle épinière effectuent des pas de façon indépendante et
volontaire. «Participer à cette étude a
véritablement changé ma vie, témoigne
l’une des patientes de l’équipe de Louisville dans le Guardian. Cela m’a apporté
un espoir que je pensais impossible après
mon accident de voiture. »
Il aura fallu de longues semaines de
rééducation intensive couplée à un système de stimulation électrique de la
moelle épinière. Les patients se sont vu
implanter dans le dos un système de
16 électrodes destinées à stimuler la
moelle épinière selon un programme
préétabli. Les examens réalisés semblaient indiquer que, s’ils avaient perdu
toute mobilité et sensations dans la partie inférieure de leur corps, leur lésion
semblait incomplète : certaines connexions restaient fonctionnelles, bien
que pas assez solides pour générer du
À l’aide d’un système de 16 électrodes, le patient de la Mayo Clinic est parvenu à parcourir autour de 0,20 mètre par seconde.
mouvement. Les impulsions envoyées
par les électrodes implantées étaient
donc chargées de « réveiller » ces connexions endormies.
Encore loin du
« lève-toi et marche »
« Nous nous posions deux questions, indique Kendall Lee, neurochirurgien à la
Mayo Clinic. Le patient serait-il capable
de se tenir debout ? Et serait-il capable de
marcher volontairement ? La réponse est :
oui. » « Le véritable défi commence maintenant, a ajouté l’ingénieure biomédicale
Kristin Zhao dans un communiqué de la
Mayo Clinic. Il faudra comprendre comment cela fonctionne, pourquoi cela fonc-
tionne, et sur quels patients cela fonctionnera. » Les résultats obtenus par les
chercheurs américains restent toutefois
limités. Les pas du jeune homme traité à
la Mayo Clinic sont très lents – il parcourt autour de 0,20 mètre par seconde
(m/s), contre environ 1 m/s pour un
adulte en bonne santé – et hésitants. Et il
a besoin du soutien d’un déambulateur
et d’une aide humaine pour préserver
son équilibre, qui reste précaire.
On est donc encore loin du « lève-toi
et marche » dont on pourrait rêver. Mais
« les choses vont s’accélérer d’une manière exponentielle », prédit Grégoire Courtine, chercheur à l’École polytechnique
de Lausanne (EPFL) qui, après avoir fait
remarcher des rats, puis des singes,
mène lui aussi un essai clinique chez
l’homme et espère rendre un jour la paralysie réversible. Les deuxpublications
américaines « montrent le potentiel de
cette technique » développée depuis une
dizaine d’années. Précision des chercheurs de la Mayo Clinic : tout au long de
l’étude, plusieurs évaluations réalisées
sans mise en route du système de stimulation ont montré que sans ces impulsions électriques la paralysie restait
complète.
Les deux équipes américaines ont utilisé « un système très rudimentaire, développé pour le traitement de la douleur », note cependant Grégoire Cour-
Car la marche, aussi évidente qu’elle
nous paraisse, mobilise un ensemble de
muscles dont les mouvements doivent
s’enchaîner dans un ballet complexe.
« C’est comme une symphonie, résume
Grégoire Courtine. Les chercheurs de la
Mayo Clinic ont commencé à stimuler le
patient en continu, c’est comme s’ils
n’avaient qu’une seule note de musique
pour exécuter la symphonie. » Après
quelques mois, la stimulation a été testée
en alternance, et c’est ce qui a permis au
jeune homme de faire quelques pas.
« L’alternance a permis de créer artificiellement une deuxième note », ajoute le
chercheur lausannois. Un progrès, mais
pas encore suffisant pour permettre au
patient de récupérer ses pleines capacités motrices.
Une prochaine étape sera aussi d’utiliser ces technologies beaucoup plus tôt
après l’accident ayant entraîné la paralysie. On sait en effet que dans l’année
suivant une lésion de la moelle épinière,
le potentiel de récupération est bien
plus important, grâce notamment à « la
réactivation de gènes liés à la réparation,
à la repousse des nerfs, etc., explique
Grégoire Courtine. Mais après quelques
mois, ils s’éteignent ».
La stimulation électrique ne sera par
ailleurs, ajoute le chercheur, « qu’une
pièce du puzzle parmi d’autres. Il faudra
y adjoindre des traitements biologiques
notamment. Mais d’ici quelques années,
il existera bien un traitement contre la
paralysie ». ■
Éviter les maladies graves
et incurables avant la conception
Un risque sur quatre
« Le DPC s’applique aux maladies récessives, c’est-à-dire celles où ni l’un ni l’autre
des parents n’est malade mais tous les
deux sont porteurs d’un gène défaillant.
Dans ce cas, il y a un risque sur quatre que
l’enfant soit porteur des deux gènes et qu’il
ait la maladie », explique le Pr Pascal Pujol, président de la SFMPP et chef du service d’oncogénétique du CHU de Montpellier. Or nous sommes nombreux à
porter des gènes mutés de maladies rares.
Une étude menée aux États-Unis sur
une centaine de gènes de maladies graves
et incurables et portant sur près de
400 000 personnes non apparentées et
sans antécédent familial a ainsi montré
que dans 1 à 4 % des couples, chacun des
L’histoire commence à Chypre en 1973
C’est à Chypre au début des années
1970 qu’a été mis en place le premier
programme visant à réduire
le nombre de personnes atteintes
d’une maladie génétique, la bêtathalassémie (responsable d’anémie,
de malformations des os et de décès
précoce, en l’absence d’un
traitement). Avec succès puisqu’il
n’y a plus aucune naissance d’enfant
atteint depuis 2002, contre une
cinquantaine par an au début des
années 1970. Car on comptait alors
un couple sur 49 dans lequel les deux
parents potentiels étaient porteurs
d’un gène muté et un nouveau-né
homozygote (porteur des deux gènes
mutés) sur 158 bébés. On a d’abord
recommandé aux couples porteurs
de ne pas se marier entre eux, ce qui
n’a guère été suivi d’effets, ou de
ne pas avoir d’enfants. Mais c’est
surtout l’arrivée du diagnostic
prénatal qui a été décisif.
D. M.
membres est porteur d’une altération
dans le même gène. Ce qui signifie qu’ils
ont alors un risque sur quatre de concevoir un enfant malade.
Il ne s’agit évidemment pas de choisir
la couleur des yeux ou le sexe de l’enfant
grâce à des tests préconceptionnels. Si l’on
va vers le DPC en France, ces tests « concerneraient les seules maladies graves et
incurables », expliquent le Pr Dominique
Stoppa-Lyonnet (Institut Curie, université Paris-Descartes) et le Pr Laurence
Faivre (CHU Dijon), dans une contribution adressée en mai au CCNE, validée par
la Fédération française de génétique humaine et le Groupe génétique et cancer
Unicancer. Et il ne faudrait pas relâcher
les efforts de recherche sur les maladies
sous prétexte que l’on fait du DPC.
C’est aussi l’avis de la SFMPP. « On
connaît aujourd’hui des maladies fréquentes et graves pour lesquelles la prédiction
génétique est sûre, il faut commencer par
là si l’on applique le diagnostic préconceptionnel. Ainsi, dans l’amyotrophie spinale
infantile, une terrible pathologie neuromusculaire dégénérative, 90 % des enfants
décèdent avant l’âge de 2 ans. » Dans le
cas où deux parents seraient porteurs
sains du gène de la maladie, un diagnostic
pré-implantatoire pourrait donc éviter
de concevoir un enfant porteur des deux
gènes mutés.
Pour le Pr Stoppa-Lyonnet et le Pr Faivre, il s’agirait d’une « proposition non incitative. En aucune façon, un couple pourrait se voir juridiquement condamné de ne
pas avoir souhaité la réalisation de ce
type de tests ». D’autres mesures d’accompagnement des patients, de remboursement et d’encadrement du DPC
seraient nécessaires selon elles. C’est
aussi l’avis des juristes. Une étude réalisée à la demande du premier ministre
sur la révision de la loi de bioéthique
précisait que « le Conseil d’État n’a pas
identifié d’obstacle conventionnel ou
constitutionnel de principe à l’instauration d’un tel diagnostic, sous réserve des
modalités de son déploiement ». ■
Un robot japonais se promène sur un astéroïde
La sonde spatiale japonaise Hayabusa 2 a largué vendredi dernier
deux petits robots vers la surface de l’astéroïde Ryugu pour y prendre des photos
rapprochées de la surface. Ces engins très simples, de petits cylindres aplatis
de 7 cm de haut ne pesant que 1,1 kg, ont rebondi sur leur cible, des mouvements
qui ont rendu flous leurs premiers clichés. Malgré cette qualité photographique
toute relative, la mission japonaise réalise à cette occasion une première mondiale.
Car c’est bien la première fois que de petits engins mobiles autonomes,
des rovers dans le jargon spatial, se déplacent à la surface d’un astéroïde
et en renvoient des images, à 280 millions de kilomètres de la Terre.
En raison de la gravité très faible sur ce corps rocheux de 875 mètres de diamètre,
les Minerva peuvent faire des bonds en faisant bouger une petite masse interne.
Le robot franco-allemand Mascot sera largué à son tour par la sonde Hayabusa
le 3 octobre prochain. Il devra faire les premières analyses de la composition
chimique de la surface de Ryugu.
C. V.
1
GÉNÉTIQUE Si la loi l’autorisait, seriezvous d’accord pour réaliser des tests génétiques avant même la conception, afin
d’éviter que votre futur enfant soit atteint
d’une maladie grave ? Ce mardi, le Conseil consultatif national d’éthique (CCNE)
dans son avis n° 129 relatif à sa contribution sur la révision de la loi de bioéthique
pourrait proposer une ouverture prudente de la législation concernant les tests
préconceptionnels.
« Détecter les couples à risque dans la
population générale, cela devient possible
techniquement », remarquait le Pr JeanLouis Mandel (Institut de génétique et de
biologie moléculaire et cellulaire à Strasbourg), lors du congrès de la Société
française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP) en juin. Ce qui conduirait, si le couple est à risque, à la réalisation d’un diagnostic prénatal sur le
fœtus ou à un diagnostic pré-implantatoire (DPI). Le DPI permettrait de s’assurer lors de la fécondation in vitro que
l’embryon n’est pas porteur de la maladie
(homozygote). Tout cela est donc possible mais interdit !
Aujourd’hui, sauf cas particuliers, un
couple qui envisage d’avoir un enfant n’a
pas le droit de réaliser des diagnostics
préconceptionnels (DPC) pour éviter qu’il
soit malade à la naissance. « Cette possibilité est limitée aux seules familles, identifiées au cas par cas, dont on estime qu’elles
présentent un risque particulier, notamment parce qu’un enfant est déjà né atteint d’une maladie génétique », rappelait
le Pr Jean-Louis Mandel au congrès de la
SFMPP. « D’un point de vue éthique, je ne
comprends pas pourquoi on permet d’éviter la naissance du deuxième enfant et pas
du premier ! », s’interroge le généticien.
A
DAMIEN MASCRET £@dmascret
DR
Le Conseil national d’éthique doit se prononcer sur l’ouverture des tests
diagnostics préconceptionnels à tous les couples qui désirent procréer.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
12
SPORT
Woods
débarque
en leader
à la Ryder Cup
Arrivé à Paris lundi pour le duel
Europe-États-Unis, l’Américain, vainqueur
dimanche de son 80e tournoi sur le PGA
Tour, va canaliser toutes les attentions.
LIONEL VELLA lvella@lefigaro.fr
GOLF « T’as vu Tiger ? Je le cherche… Il
est introuvable ! » Ce lundi matin au
Golf National, les chances de trouver
trace de Tiger Woods étaient en effet
nulles. Et pour cause. L’avion transportant l’équipe américaine de Ryder Cup,
qui avait décollé dimanche soir d’Atlanta à 23 h 15, heure locale, n’a atterri
à Paris qu’à 12 h 45, heure française. Il a
fallu donc attendre un peu pour voir le
Tigre déambuler sur le parcours de
l’Albatros à Saint-Quentin-en-Yvelines. Les premières séances d’entraînement pour les Américains sont ainsi
prévues ce mardi à partir de 9 h 00 du
matin, depuis le tee no 1.
« Le voyage s’est très bien passé
même si on a pris un peu de retard sur
l’horaire prévu, a expliqué lors de sa
première conférence de presse de la
semaine le capitaine Jim Furyk. On a
été pris en charge dès notre arrivée pour
retrouver notre hôtel. Mais on est
prêts. » La conversation a très vite et
très logiquement bifurqué sur la victoire de Tiger Woods ce dimanche au Tour
Championship, la 80e de l’ancien numéro 1 mondial. Après 1 876 jours d’attente. Un timing rêvé pour cette
42e Ryder Cup de l’histoire.
« Honnêtement, on ne pouvait espérer
un meilleur résultat pour toute l’équipe
américaine, poursuit Jim Furyk. C’est
un booster incroyable ! Il (Tiger Woods)
a très bien joué tout au long de l’année, il
a frappé à la porte dans plusieurs tournois Majeurs (6e au British Open, 2e à
l’USPGA), il a eu quelques opportunités
de victoires aussi… L’impact de son succès à Atlanta il y a quelques heures est
sublime. Il n’y avait qu’à voir la foule
amassée derrière sa partie… C’était
quelque chose d’énorme. Et c’est vrai
que sa présence cette semaine au Golf
National décuple un peu plus encore la
force de cet événement. »
Tiger Woods, lundi,
sur le tarmac de l’aéroport
Paris-Charles-de-Gaulle,
à Roissy.
FRANCK FIFE/AFP
Convoqué lui aussi pour cette première rencontre avec les médias, Thomas Björn, le capitaine européen, ne
tarit pas d’éloges quand il est question
du plus grand golfeur de ces vingt dernières années.
« Au sommet de son art »
« J’ai passé vingt-cinq ans de ma vie à
jouer au plus haut niveau avec Tiger
Woods, et ce qu’il vient de réaliser est
sans aucun doute la plus belle histoire
qu’il pouvait écrire, reconnaît le Danois.
On veut tous voir Tiger Woods au sommet de son art. Et là, il a été brillant.
Quand il gagne, c’est bon pour lui, évidemment, mais c’est aussi bon pour notre sport. C’est bon pour nous tous… Et
ça rend le golf encore plus populaire… »
Jamais un tel retour au sommet
n’avait généré autant de messages de
sympathie. Le monde du golf sait ce
Le patron, c’est Tiger
DÉCRYPTAGE
Laurent Louët
£@LaurentLouet
EN REMPORTANT la finale du PGA
Tour à la veille de débarquer à SaintQuentin-en-Yvelines pour y disputer
la Ryder Cup 2018, Tiger Woods vient
d’écrire le scénario parfait pour nous
Français. Avec ce succès aussi fantastique qu’inespéré, la légende vivante
du golf mondial a aligné toutes les planètes pour que la 42e Ryder Cup en
France soit la plus belle de l’histoire.
Depuis près de dix ans, Pascal Grizot
et la Fédération française de golf
s’échinent pour que la fête soit réussie, du vendredi 28 au dimanche
30 septembre. Autour des meilleurs
joueurs du monde, la France a sorti
l’argenterie, misant sur ses meilleurs
atouts en matière d’art de vivre : l’accueil des délégations officielles au
Trianon Palace avec un dîner de gala
dans la galerie des Batailles du château
de Versailles, la Junior Ryder Cup à
Disneyland Paris, une fan zone animée
sur le parvis de l’hôtel de ville de Paris, les Champs-Élysées pavoisés aux
couleurs de l’événement…
Au milieu de ce décorum somptueux et alors que les prévisions météo
annoncent du soleil jusqu’à dimanche,
Tiger Woods vient d’ajouter, comme
par magie, des étoiles dans les yeux
des enfants. Un supplément d’émotion que lui seul pouvait saupoudrer
grâce à sa 80e victoire sur le PGA Tour
et un come-back sans réel précédent
dans l’histoire du sport. Quasi irréel.
Au point de déclencher une véritable folie du public américain sur le
trou 18 du parcours de l’East Lake
Golf Club, à Atlanta (Géorgie).
« USA ! USA ! USA ! » scandaient les
spectateurs, tournés vers la Ryder
Cup et leur « Dream Team » déjà
composée des stars Jordan Spieth,
Dustin Johnson, Patrick Reed, Rickie
Fowler, Brooks Koepka ou Justin
Thomas. Le Nord-Irlandais Rory
McIlroy, dans les pas du Tigre, était
invisible.
Une scène que l’équipe d’Europe va
tenter de faire oublier cette semaine
sur l’Albatros, au Golf National, pourtant prêt à s’enflammer devant le patron, enfin de retour. ■
qu’il doit à Tiger Woods. Et notamment
les joueurs qui, grâce à son influence,
sont devenus de confortables millionnaires. Il n’y avait qu’à consulter les
déclarations et les avis sur les différents
réseaux sociaux quelques minutes après
son triomphe pour s’en persuader.
« Il a tellement bien joué toute la saison que ce n’est pas surprenant, il a très
bien joué sur un parcours très difficile,
on s’attendait presque à ce qu’il gagne,
souffle Phil Mickelson, dont les rapports avec Woods n’ont pas toujours été
cordiaux. On n’a jamais douté qu’il
pourrait regagner à nouveau, pas à la
façon dont il swingue et dont il joue,
c’était simplement une question de
temps. »
« Que dire, s’exclame Billy Horschel,
deuxième du Tour Championship.
C’était incroyable de voir à nouveau Tiger en vainqueur, je n’avais jamais vécu
ça autour d’un 18e trou. C’était de la folie. Félicitations mon ami pour avoir surmonté tant de choses et pour être revenu
au sommet. Le golf vit vraiment, vraiment quelque chose de spécial en ce moment. »
Attendu mardi en conférence de
presse entre 15 h 00 et 16 h 15 en compagnie de ses coéquipiers Bryson DeChambeau, Patrick Reed et Phil Mickelson, Tiger Woods devrait selon
toute vraisemblance canaliser toute
l’attention des journalistes accrédités.
Et ce sera comme ça toute la semaine
au Golf National. La France du golf ne
va pas s’en plaindre. ■
Didier Deschamps élu
meilleur coach du monde
Le sélectionneur des Bleus a été récompensé aux dépens de Zinédine Zidane
pour le titre de meilleur entraîneur de la planète foot.
A
FOOTBALL Ils ont beau s’appeler Joachim Löw, Luis Enrique, Ryan Giggs ou
Marco van Basten, tous n’ont eu d’yeux
que pour lui, lundi soir à Londres, lors
du grand raout annuel organisé par la
Fifa. Sourire accroché à son visage, costume parfaitement porté sur sa silhouette affûtée, Didier Deschamps n’a
pas boudé son plaisir au moment de recevoir le trophée de meilleur entraîneur de l’année des mains d’Arsène
Wenger. Sous l’ovation et les applaudissements nourris d’un public composé du gratin du foot mondial et notamment de plus 350 sélectionneurs et
directeurs techniques heureux d’assister à un tel moment qui couronne une
année 2018 historique pour « DD » et sa
troupe. Opposé à Zinédine Zidane, lauréat en 2017, vainqueur de la Ligue des
champions avec le Real Madrid et au
côté duquel il était installé avant la remise du trophée, mais aussi à son homologue croate, Zlatko Dalic, le patron
des Bleus a remporté la mise aux yeux
des sélectionneurs, capitaines, journalistes et fans votants. Sans trop de surprise, finalement.
«Tout au long de ma carrière de
joueur, de par mon poste, ces titres n’ont
jamais été pour moi. Je ne vais pas faire le
faux modeste et je savoure pleinement
cette récompense que je dois à mon staff
et à mes joueurs », avoue-t-il en toute
modestie, lui, l’ancien milieu de terrain
aux 103 sélections et au palmarès gargantuesque.
Derrière ce discours empreint d’humilité - lui qui déteste se mettre en
avant - le futur cinquantenaire (il les
aura le 15 octobre prochain) savoure
pleinement l’instant. Sans en rajouter,
face à un parterre d’anciens et actuels
joueurs à faire pâlir le moindre président de club. « Il n’y a pas plus haut niveau qu’une Coupe du monde, et s’il y a
beaucoup de prétendants sur la ligne de
départ, vous n’avez qu’un élu à la fin,
précise-t-il, avant d’ajouter. Mais ce
n’est pas parce que nous avons gagné
que les autres entraîneurs sont mauvais.
Loin de là. J’ai ma méthode, il y en a
d’autres qui ont le mérite d’exister et de
vous faire gagner. » Et le patron des
Bleus de s’arrêter net : « Je n’ai jamais
été donneur de leçons, et ce n’est pas
maintenant que je vais le devenir. »
« Travail de longue haleine »
Présent dans la cité londonienne depuis
samedi soir avec ses adjoints Guy Stéphan et Franck Raviot, ainsi que Florence Hardouin la DG de la FFF, le double
champion du monde en tant que joueur
et sélectionneur (avec le Brésilien Zagallo et l’Allemand Beckenbauer) s’est rendu compte de l’impact planétaire provoqué par le sacre décroché en Russie cet
été. « Un accueil digne d’une rock star »,
souffle un témoin présent sur place. Entretien dimanche avec le New York Times, le Guardian ou encore l’agence FA,
l’une des plus importantes en Amérique
Antoine Griezmann absent
de l’équipe de l’année Fifa
Déjà retoqué de la liste des trois
meilleurs joueurs Fifa de l’année,
Antoine Griezmann a sans doute
découvert avec stupéfaction
son absence dans le onze de l’année
2018 de l’instance internationale
dévoilé ce lundi soir, à Londres.
L’attaquant des Bleus, champion
du monde cet été et vainqueur
de la Ligue Europa avec l’Atlético
Madrid - avec des buts inscrits
à chaque fois en finale - n’a pas
suffisamment séduit pour figurer
dans cette équipe où l’on retrouve
malgré tout trois Français, Raphaël
Varane, N’Golo Kanté et Kylian
Mbappé. D’autres éléments comme
Dani Alves, Sergio Ramos, Marcelo,
Eden Hazard, Cristiano Ronaldo
ou Mohamed Salah complètent
ce casting XXL. Un choix
qui relancera à coup sûr le débat
autour du prochain Ballon d’or,
décerné le 3 décembre prochain
et pour lequel Grizou ne cache pas
ses ambitions. Les semaines défilent
et les signaux n’augurent rien
de bon pour le natif de Mâcon.
B. D.
Didier Deschamps (ici, avec son adjoint Guy Stéphan, à l’arrière plan) a reçu le trophée
de meilleur entraîneur Fifa de l’année, lundi, à Londres. ICON SPORT/SPUTNIK
du Sud, plus de trois cents photos et
autres selfies pris à son hôtel par tout le
personnel de l’établissement ou de simples badauds séduits par sa présence.
Même un groupe d’adolescents a réussi à
déjouer les cordons de sécurité pour lui
faire signer des chaussures et maillots de
foot. Sans oublier les accolades et autres
félicitations des plus grands techniciens
de la planète foot comme Joachim Löw,
sous le charme de sa réussite.
À chaque fois, conscient de l’importance du moment et très détendu, Didier Deschamps a pris son temps pour
répondre à toutes les demandes, lui qui
ne cesse de répéter à ses joueurs d’octroyer des séquences pour le public et
les fans. « Toutes ces marques d’affection me rendent fier, mais ce n’est pas le
plus important, ajuste-t-il, peu surpris
par cette nouvelle attente. Ce qui restera
gravé à vie et dans toutes nos mémoires,
c’est ce 15 juillet avec ce titre mondial. Ce
n’est pas depuis le 1er janvier dernier que
je me préparais à cela avec mon staff,
mais depuis bien plus longtemps. C’est un
travail de longue haleine. » Meilleur entraîneur du monde ou non, Didier Deschamps reste le même. ■
EN BREF
Football : Monaco dos au mur
Seizième avec douze points
de retard sur le Paris SG, sept sur
Lille, quatre sur Lyon et Marseille,
Monaco doit réagir contre Angers,
ce mardi, en ouverture
de la 7e journée de L1, disputée
en semaine. L’ASM, qui vient
d’enchaîner six matches sans
victoire (trois nuls, trois défaites),
n’a plus le droit à l’erreur sous
peine de sombrer dans la crise.
PROGRAMME
BAPTISTE DESPREZ £@Batdesprez
7E JOURNÉE LIGUE 1
MONACO (16)
mardi ANGERS (12)
19 h beIN
NANTES (18)
NICE (15)
TOULOUSE (4)21 h C+ sp.ST-ÉTIENNE (8)
AMIENS (19)
BORDEAUX (13)
CAEN (17)
DIJON (7)
MARSEILLE (5)
NÎMES (10)
PARIS SG (1)
mercredi RENNES (14)
19 h beIN
LILLE (2)
MONTPELLIER (3)
LYON (6)
STRASBOURG (9)
GUINGAMP (20)
21 h C+ REIMS (11)
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mardi 25 septembre 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
avec justification d’identité
du lundi au vendredi
de 9 h à 13 h
et de 14 h à 18 h
les dimanches et jours fériés
de 9 h à 13 h
(excepté les 1er janvier, 1er mai,
15 août, 25 décembre)
anniversaires
Il y a trente ans
le 25 septembre 1988,
Arlette KOVACS
née de Robien,
nous quittait.
Merci à ceux qui l'ont aimée
d'avoir une pensée pour elle.
Jean-Pierre de Beaumarchais,
son fils,
Julien de Beaumarchais,
son petit-fils,
sa famille et ses amis
ont la tristesse
de vous faire part du décès,
dans sa 96e année, de
Mme Jacques
de BEAUMARCHAIS
par téléphone
née Marie-Alice
Le Couteulx de Caumont,
chevalier
de la Légion d'honneur,
01 56 52 27 27
par télécopie
épouse de
Jacques de Beaumarchais
01 56 52 20 90
(1913-1979),
ambassadeur de France.
par courriel
carnetdujour@media.figaro.fr
sur notre site :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Tarif de la ligne € TTC :
Du lundi au jeudi
25 € jusqu'à 25 lignes
23 € à partir de 26 lignes
Vendredi ou samedi
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caractères gras sont facturées
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les effets de composition
sont payants ;
chaque texte doit comporter
un minimum de 10 lignes.
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www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 28 septembre 2018,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Philippe-du-Roule,
Paris (8e).
L'inhumation se déroulera
dans la plus stricte intimité.
Archignat (Allier).
Ses enfants et beaux-enfants,
ses petits-enfants,
son arrière-petite-fille
ainsi que toute sa famille
et ses amis
ont l'immense peine de vous
faire part du rappel à Dieu,
le 21 septembre 2018, de la
comtesse
Jean-Paul BÉGOUËN
née Marie-Thérèse
des François de Ponchalon.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le jeudi 27 septembre,
à 11 heures, en l'église d'Huriel
(Allier).
Un pensée est demandée
pour son époux.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Jacques Berlin,
son frère,
Olivier, Anne, Marc, Éric
et Sylvain,
ses enfants,
les familles de Tonnac, Romeu
et Pierens,
ses dix petits-enfants,
ses huit arrière-petits-enfants
font part du rappel à Dieu,
le 22 septembre 2018, de
Souvenirs, Messes...
Partagez le souvenir
d’un être cher
dans le carnet du jour
Jean BERLIN
ingénieur
École centrale Paris 51.
Le culte sera célébré au centre
œcuménique, 2, avenue
Jean-Sébastien-Bach, à Jacou
(Hérault), le mercredi
26 septembre 2018, à 14 h 30.
famillejeanberlin@gmail.com
Ses enfants,
ses 19 petits-enfants,
ses 12 arrière-petits-enfants
et toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Anne-Marie CARONI
© Gettyimages
née Dumont,
Tél. 01 56 52 27 27
Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Sylviane Guiot,
son épouse,
l'Académie de marine
ont la tristesse
de vous faire part du décès
de leur confrère,
M. Michel BEZ
peintre officiel de la Marine,
survenu le 21 septembre 2018.
épouse de
Francis Caroni (†)
survenu à Tourcoing,
le 22 septembre 2018,
à l'âge de 88 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 28 septembre 2018,
à 11 heures,
en l'église Saint-Vincent,
place du Général-de-Gaulle,
à Marcq-en-Barœul.
Demain avec Le Figaro
Nathalie et Éric Bonnefille,
Sophie Guiot,
Bertrand Guiot
et Sophie Margolis,
ses enfants et leurs conjoints,
Maëliss, Axel, Nathan,
Zoé, Lily,
ses petits-enfants,
ainsi que toute la famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Jean-Claude GUIOT
Maryvonne Chevron,
son épouse,
deuils
Elles doivent
nous parvenir avant
16 h 30 pour toutes
nos éditions du lendemain,
avant 13 h les dimanches
et jours fériés.
Le président,
le bureau
et les membres de
13
Nicolas et Odile,
Pascale et Jean-Christian,
Emmanuel et Christine,
ses enfants,
Antoine, Martin, Jodie, Loïse,
Alexandre et Marie,
ses petits-enfants,
ainsi que toute sa famille
et ses amis
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jean-Jacques CHEVRON
survenu le 23 septembre 2018,
chez lui à Panthier,
à l'âge de 85 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 29 septembre,
à 14 h 30, en l'église
de Créancey (Côte-d'Or).
Cet avis tient lieu de faire-part.
M. Julien Fizet,
son fils,
a la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Daisy DELETTRE
survenu le 22 septembre 2018,
à l'âge de 75 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 28 septembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Thomas-d'Aquin,
3, place
Saint-Thomas-d'Aquin,
Paris (7e).
Ni fleurs ni couronnes.
Patrice et Colette Gilmaire,
ses parents,
Jean-Marc e tThierry,
ses frères,
et leurs épouses,
Véronique et Carmen,
Antonin, Ivan et Ludovic Fritel,
ses enfants,
ont la très grande tristesse
de vous faire part du décès de
Béatrice FRITEL GILMAIRE
survenu le 21 septembre 2018.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le jeudi 27 septembre,
à 14 h 30, en l'église
de la Sainte-Trinité,
à Paris (9e).
L'inhumation aura lieu
le samedi 29 septembre,
à 15 heures, au cimetière
de Tréflez (Finistère).
Ses enfants,
Patrice et Monique des Gayets,
Thierry et Brigitte des Gayets,
Renaud et Odile des Gayets,
Nathalie des Gayets,
Roseline des Gayets,
Ghislain et Claire des Gayets,
ses quatorze petits-enfants
et vingt-deux
arrière-petits-enfants
font part avec une grande
tristesse du rappel à Dieu,
le 21 septembre 2018,
dans sa 95e année, de
Mme Alain des GAYETS
née Marguerite
de Courrèges d'Ustou.
La messe d'obsèques aura lieu
le mercredi 26 septembre,
à 14 h 30, en l'église
de Saint-Germain-Lespinasse
(Loire).
Famille des Gayets,
Les Gayets, 42640
Saint-Germain-Lespinasse.
survenu à Vaucresson,
le 23 septembre 2018,
à l'âge de 80 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 27 septembre, à 10 h 30,
en l'église Saint-Clodoald
de Saint-Cloud,
suivie de la crémation
au crématorium de Clamart,
à 16 heures.
L'urne sera déposée
ultérieurement
dans le caveau familial,
au cimetière de Saint-Cloud
dans la plus stricte intimité.
Famille Guiot,
8, rue Alexandre-Coutureau,
92210 Saint-Cloud.
Mme Claude Labrousse,
née Lucette Bayle, son épouse,
Florence et Olivier Lherminé,
Solène et Guilhem,
Louis et Marie-Catherine
Labrousse,
Charles, Rodolphe et Elliott,
Pascale et Bernard
Murat de Montaï,
Quitterie, Ombeline, Clémence
et Lucile,
Marc e t Anne-Laure Labrousse,
Marine, Camille, Thomas,
Pierre-Louis et Paul-Antoine,
ses enfants et petits-enfants,
font part du rappel à Dieu de
Claude LABROUSSE
ancien interne
des Hôpitaux de Paris,
professeur honoraire
à la faculté de médecine
de Limoges,
membre
du Comité médical
international de Lourdes,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
chevalier
des Palmes académiques,
Mme Edouard Dugas-Vialis,
M. et Mme
Claude Pérouse de Montclos,
son frère et ses belles-sœurs,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu,
le 21 septembre 2018, de
Xavier
PÉROUSE de MONTCLOS
professeur émérite
à l'université Lyon 2.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 26 septembre,
à 9 h 30, en l'église
Saint-François-Xavier,
Paris (7e).
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Sainte-Claire,
à Limoges (Haute-Vienne),
le mercredi 26 septembre 2018,
à 14 heures.
L'inhumation aura lieu
dans la plus stricte intimité, au
cimetière de Tartas (Landes).
2, rue Maurice-Ravel,
87000 Limoges.
a l'immense douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu,
le 21 septembre 2018, de
Mme Jean-Michel RIBIÈRE
née Michelle Fromageau.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 27 septembre,
à 15 heures,
en l'église Saint-Saturnin,
132, grande rue
Charles-de-Gaulle,
à Nogent-sur-Marne
(Val-de-Marne),
où l'on se réunira,
suivie de l'inhumation dans le
caveau de famille, au cimetière
d'Ormesson-sur-Marne
(Val-de-Marne).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Rue du Midi 6C,
CH-1800 Vevey.
Mathieu et Laetitia Monier,
Solène Monier,
ses petits-enfants,
M. Jean Rimaud,
son époux,
Anne et Daniel Bertin,
Jean-Yves et Sophie Rimaud,
ses enfants,
François-Xavier,
Laure et Thomas,
Camille et Jeanne,
ses petits-enfants,
Solveig et Marin,
ses arrière-petits-enfants,
ses sœurs et belle-sœur
font part du rappel à Dieu de
née Jeanne Guidal,
le 19 septembre 2018,
à l'âge de 91 ans, à Paris, munie
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Charles-de-Monceau,
22 bis, rue Legendre,
à Paris (17e),
le mercredi 26 septembre,
à 10 heures,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Montrouge,
dans la plus stricte intimité.
Ni fleurs ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
154, boulevard Malesherbes,
75017 Paris.
Octave Monier,
son arrière-petit-fils,
Georges Crépain,
son beau-frère,
Pauline Saden,
son épouse,
Daniel, Régis et Antoine
Ribot,
ses neveux,
Jean-Charles, Richard,
ses enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Pierre MUSSAUD
née Madeleine Laroche,
survenu à l'âge de 86 ans,
le samedi 22 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 28 septembre 2018,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Jacques de Pouzauges
(Vendée).
M. et Mme Dominique Robin,
leurs enfants et petits-enfants,
les familles Robin,
Maury-Laribière, Duroselle
et Calero
ont la tristesse
de vous faire part
du retour à Dieu de
Mme Jean ROBIN
née Annie Maury-Laribière,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 27 septembre 2018,
à 15 heures, en l'église
de Saint-André-de-Cubzac.
Le baron et la baronne
Nicolas de la Rüe du Can,
M. et Mme
Henry Daniel de Sèze,
le baron et la baronne
Pascal de la Rüe du Can,
M. et Mme Serge
de Dianous de la Perrotine,
ses enfants,
messes
et anniversaires
Le 25 septembre 1918, le
lieutenant André BIZARD
dans son avion
de reconnaissance était abattu
par un avion de chasse
allemand à Epoye,
à 10 kilomètres de Reims.
Son corps a été ramené
à Béruges (Vienne), en 1921.
Une messe à sa mémoire
sera célébrée
ce mardi 25 septembre 2018,
à 11 heures, en la chapelle
de la Grand'Maison
des Sacrés-Cœurs, à Poitiers.
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu,
le 22 septembre 2018, du
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Séverin SADEN
survenu le 12 septembre 2018,
au Chambon-sur-Lignon
(Haute-Loire).
Son amour, son humour
et sa joie de vivre resteront
à jamais parmi nous.
Marie-Odile
de LA ROCHETTE
de ROCHEGONDE
souvenirs
Le 25 septembre 2015,
Christiane BLOCH
née Rabourdin,
nous quittait.
Que vous l'ayez connue ou non,
ayez une jolie pensée pour elle
ainsi que pour son époux, le
docteur Georges Bloch
baron René de la RÜE du CAN
décédé le 26 avril 2009,
et pour leur fils,
Dominique Bloch
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 27 septembre, à 10 h 30,
en l'église Saint-Aubin
de Bazouges-sur-le-Loir
(Sarthe).
décédé le 22 mai 1997.
Laissant dans une immense
tristesse tous ceux
qui l'ont connu et donc a imé,
disparaissait
le 25 septembre 2005, le
lieutenant-colonel
Michel VAUTRIN
La baronne Simonis,
son épouse,
cadet de la France libre,
officier
de la Légion d'honneur,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
croix de guerre 1939-1945,
croix de guerre des TOE,
Mme Bénédicte Simonis,
le baron et la baronne
Willy Simonis,
M. et Mme Frédéric Simonis,
le vicomte et la vicomtesse
Hélie de Jourdan Savonnières,
M. Renaud Simonis,
ses enfants et beaux-enfants,
croix de la Valeur militaire,
médaille de la Résistance,
croix du combattant
volontaire 1939-1945,
médaille des services
volontaires de la France libre,
médaille des évadés,
médaille coloniale,
médaille des blessés,
médaille d'honneur
du Mérite vietnamien,
officier du Mérite thaï,
M. et Mme
Stanislas Clicquot de Mentque,
M. et Mme Jean Simonis,
M. et Mme
Pierre-Louis Simonis,
Guillaume, Eric, Benoit,
Philippine, Théodore,
Vincianne Simonis,
Rodolphe, Albéric, Alvaro
de Jourdan Savonnières,
ses petits-enfants,
ancien officier
du Bureau central
renseignements et actions,
ancien officier
du 1er bataillon étranger
parachutistes,
ancien officier
du 18e régiment de chasseurs
parachutistes,
et du 3e bataillon parachutistes
coloniaux.
ont la grande douleur
de faire part du décès du
baron SIMONIS
officier de l'ordre de Léopold II,
président de l'Union royale
Belge d'Alsace,
né à Fays-Theux,
le 21 mai 1931,
enlevé à notre tendre affection
le 24 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 27 septembre,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Jacques d'Osthoffen
(Bas-Rhin).
« Qui ose gagne ».
Il fut administrateur
de la Maison de champagne
Mercier, fondée
par son arrière-grand-père,
Eugène Mercier.
Une pieuse pensée
est également demandée
pour sa mère,
Antoinette Salmon-Mercier
ses petits-enfants,
sa famille
Une messe de requiem
sera célébrée
le samedi 29 septembre 2018,
à 18 h 30,
en l'église paroissiale
de Saint-Germain-en-Laye,
à l'intention de
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
dans sa 97e année.
Un registre à signatures
tiendra lieu de condoléances.
Véronique Mussaud-Laroche,
Fabienne et Denis Monier,
ses enfants,
Mme José-Maria
Ferrer Monasterio,
ses enfants et petits-enfants,
dans sa 98e année.
M. François-Xavier Ribière,
son beau-frère,
Mme Jean RIMAUD
le 23 septembre 2018.
Bordeaux,
Saint-André-de-Cubzac
(Gironde).
Agnès et Laure de Villebonne,
ses enfants,
Adrian Valli de Villebonne,
son petit-fils,
font part du rappel à Dieu de
chevalier
de la Légion d'honneur,
médaille de la Résistance,
(†) le 23 juillet 1991,
pour son père, le
général Jean Vautrin
1re DFL,
mort pour la France
en 1943,
et pour son frère, le
sous-lieutenant
Bernard Vautrin
Jeanne de VILLEBONNE
réseau Gallia,
mort pour la France en 1944,
dans sa dix-huitième année.
née de Franchessin,
le 20 septembre 2018.
Cet avis tient lieu de faire-part.
449, avenue Louise, boite 12,
B-1050 Bruxelles.
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
14
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
Le camping-car des services publics
est devenu le relais, itinérant,
entre les usagers du nord de l’Aisne
et l’administration. MARMARA/LE FIGARO
Quand les services publics
se déplacent en camping-car
Stéphane Kovacs
£@KovacsSt
Envoyée spéciale en Thiérache (Aisne)
P
our faire une démarche ANTS (1) sur
FranceConnect (2), il nous faut votre
compte impôts ou votre compte
Ameli (3)… Vous connaissez le mot
de passe de votre adresse mail ? »
Sébastien, ouvrier à Oisy, écarquille les yeux et reste coi. Si ce
trentenaire est venu, ce lundi matin, devant la mairie
de son village, c’est pour « une histoire de carte grise ».
C’est d’ailleurs la deuxième fois qu’il se déplace,
« mais, en avril, j’avais pas les bons papiers, soupire-til. Là, j’ai pris les feuilles d’impôt, mais le mot de passe
Ameli, je l’ai plus… Ah, c’est le bordel ! J’y comprends
rien ». C’est pour les citoyens comme Sébastien, un
peu paumés devant « cette paperasse », un peu « déconnectés » aussi, et surtout « loin de toute administration », que cette expérimentation de « Service public
itinérant » a été mise en place : depuis février 2017, à
bord d’un camping-car frappé des logos de la CAF, de
l’Assurance-maladie, de la Carsat (assurance retraite)
ou encore de Pôle emploi, deux agents, Angélique
Humbert et Émilie Wilczinski, sillonnent les routes de
la Thiérache, territoire rural et enclavé du nord de
l’Aisne, à la rencontre des usagers. En un an, le nombre de visiteurs a doublé. L’initiative, qui fait déjà des
émules dans d’autres départements, devrait être reconduite en novembre.
Alors que le gouvernement a pour objectif « 100 %
de numérisation des démarches d’ici à 2022 », quid des
« 20 % de la population » qui « ne sait pas utiliser le numérique » ou qui ne bénéficie d’aucun réseau ? « Si le
fait de rendre de plus en plus de service public disponible
en ligne est un atout pour certains, car c’est un accès
beaucoup plus simple et rapide à ses droits, relève Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État en charge du numérique, cela devient une peine pour 13 à 14 millions de
Français. » La transition des services publics vers le
« tout-numérique », renchérit France Médiation, réseau d’acteurs de la médiation sociale, « constitue bien
un facteur supplémentaire d’exclusion, non seulement
pour les publics précaires, précisément ceux pour lesquels les prestations sociales sont les plus vitales, mais
aussi pour les franges de la population qui n’ont pas une
pratique courante d’Internet (personnes âgées, personnes maîtrisant mal le français, etc.) ».
«
A
Une administration « à visage humain »
Une permanence d’une demi-journée est prévue une
fois par mois dans chacune des trente-trois communes de la communauté Thiérache Sambre et Oise.
Parmi ceux qui grimpent à bord du camping-car, « six
sur dix ont accès à un équipement informatique, témoigne Angélique, chargée de mission. Ce sont majoritairement des actifs, avec un emploi, qui privilégient notre
service pour sa proximité : ça leur évite de prendre une
RTT pour aller à Saint-Quentin ou à Laon ». Mais si ces
villageois préfèrent les confortables banquettes beiges
du petit salon, à l’arrière du véhicule, aux files d’attente à la préfecture ou aux « tapez 1, tapez 2 » des plates-formes téléphoniques, c’est aussi parce qu’ils réclament une administration « à visage humain ».
« Vous allez à la CPAM (Caisse primaire d’assurancemaladie) ou à la CAF (Caisse d’allocations familiales),
vous êtes un numéro !, observe la jeune fonctionnaire.
Je ne sais pas si c’est nous ou l’espace restreint qui forme
Impôts, allocations
familiales, cartes grises…
À l’heure
du « tout-numérique »
pour les démarches
administratives,
les habitants des ruralités
se retrouvent souvent
dans l’impasse.
Face au succès
de l’expérimentation
dans l’Aisne, ce service
itinérant devrait être
reconduit en novembre
et s’étendre
à d’autres territoires.
comme un cocon propice à la confidence, mais ce qui est
super, c’est qu’on a instauré une relation de confiance
avec les usagers : ici, on vient sans rendez-vous voir
“les filles”, on boit un petit café… On est à la fois assistantes sociales et psychologues, et les gens nous apportent des bonbons pour nous remercier ! » Et si « les
filles » précisent qu’elles ont souhaité faire « une formation contre l’agressivité » des usagers, elles n’ont
jamais eu à la mettre en pratique : « Ils ont compris
qu’on était là pour les aider, pas pour les enfoncer ! »
Mais voilà Sébastien qui toque à nouveau à la porte
du camping-car, tout sourire : « J’ai mon identifiant et
mon mot de passe ! » Sa requête : mettre la carte grise
de son véhicule, qu’il partageait jusqu’à présent avec
son père, récemment décédé, à son nom et à celui de
son épouse. Émilie rentre les données dans son ordinateur. « Ah, mais ça marche pas, constate-t-elle. Ils
disent que le nom n’est pas le même, du coup vous allez
devoir changer la plaque d’immatriculation et payer la
carte grise… » La jeune femme utilise un numéro spécial pour joindre l’ANTS : « Donc je vais dans “catégorie”, je prends “faire une autre demande » ? “Sous-catégorie”, je fais quoi ? » Plus d’une demi-heure de
tâtonnements sur le site et d’appels au conseiller sera
nécessaire pour régler l’affaire. Et encore… « Vous allez de temps en temps sur votre boîte mail ? », demande
Emilie. « Ben… », bredouille Sébastien. « Eh bien faudra y aller !, prévient la fonctionnaire. Vous allez recevoir un mail de confirmation, puis d’autres en fonction
de l’avancée du dossier. La démarche peut très bien être
refusée, aussi… » Pour une carte grise, explique Émilie, « il y a deux solutions, soit vous vous débrouillez tout
seul sur Internet, soit vous allez voir un garage agréé,
mais c’est 30 euros la prestation ». « Ben heureusement
qu’elles sont là !, conclut Sébastien. C’est de pire en pire
pour faire les papiers. Je crois que je vais venir ici l’an
prochain pour les impôts ».
Des moments de révolte
L’après-midi, sur le parvis de la mairie d’Hannappes,
313 habitants, c’est aussi Nelly, retraitée, qui vient
pour une déclaration de loyer. Elle a reçu un formulaire de la CAF à compléter, mais « ne sait pas quoi
écrire ». Oui, elle a bien Internet, mais juste un « Ordissimo » (destiné aux débutants) : « Mon mari fait du
lapin de race, alors il va tout le temps sur des sites de lapins, précise-t-elle. Moi, je regarde Marmiton pour les
recettes. C’est tout. Alors les impôts, les démarches, on
n’est pas capables ! ». Et si « les filles » n’avaient pas été
là ? « J’aurais attendu ! », répond Nelly. Quoi donc?
« Ben que la CAF m’envoie un autre papier… »
Parfois, les deux agents s’arrachent les cheveux :
« Sur le site de l’ANTS, un coup ils demandent certains
papiers, la semaine suivante c’est plus les mêmes… » « Il
nous est arrivé de refaire cinq fois les démarches pour le
permis de conduire d’un usager, se souvient Angélique.
En fait, il ne nous avait pas dit que son permis était suspendu pour alcoolémie. » « On a une dame qui a un
tracteur depuis vingt ans, renchérit Émilie. Elle n’a jamais établi de carte grise, mais maintenant, comme elle
veut le vendre, il lui en faut une. Sauf que le prestataire a
On s’aperçoit que bien des femmes ont
laissé toute leur vie leur époux s’occuper
des papiers et se trouvent complètement
dépourvues à leur décès
»
ANGÉLIQUE ET ÉMILIE, AGENTES « ITINÉRANTES » DES SERVICES PUBLICS
mixé l’adresse du vendeur et de l’acheteur… On a appelé
cinq ou six fois avec notre numéro professionnel, mais la
dame n’a jamais pu la récupérer. Du coup, elle s’est
adressée au Défenseur des droits. » Et la semaine dernière, « une femme à la voix grave est venue pour refaire ses papiers d’identité, car elle venait de se marier, racontent les deux conseillères. Sa demande a été
recalée. On a compris plus tard, mais comment lui expliquer ce refus alors qu’elle-même ne nous a pas confié
qu’elle était transsexuelle ? »
Il y a aussi ces moments de révolte, « quand une
personne qui a travaillé depuis ses 14 ans apprend
qu’elle ne va toucher que le minimum vieillesse :
833,20 euros par mois », soupirent « les filles ». Des
moments douloureux, comme lorsqu’une veuve vient
en sanglotant raconter le décès de son mari, où l’« on
s’aperçoit que bien des femmes ont laissé toute leur vie
leur époux s’occuper des papiers, et se trouvent complètement dépourvues à son décès ». D’autres femmes, en
revanche, sont plus avisées : « On en a une qui est déjà
venue deux fois faire un dossier de pension de réversion !, s’amusent-elles. Elle nous a dit : “Mon ex-mari
doit être mort maintenant !” Elle va devoir retenter le
coup plus tard… » D’autres encore essaient de frauder.
« Maintenant, tout est relié, la CAF le saura et vous demandera de rembourser !, les avertit Angélique. Mais
certains rétorquent : « De toute façon, je ne suis pas
solvable. » D’autres enfin rechignent quand on essaie
de leur trouver du boulot : « C’est limite s’ils ne gagnent pas autant avec les aides, alors, à quoi bon… » À
Ribeauville, 80 habitants, le maire n’était « pas très
chaud » au départ : « Une expérience similaire de médecins itinérants n’avait pas fonctionné. » Aujourd’hui,
Maurice Coquart est l’un des plus ardents défenseurs
du camping-car : « On n’a plus d’école, plus de café,
plus d’épicerie, et un seul passage de car par semaine,
indique-t-il. Alors, les services publics itinérants, c’est
devenu essentiel. Le troisième vendredi de chaque mois,
il y a beaucoup de monde qui attend le camping-car!
Même des habitants qui ne font pas partie de notre communauté de communes. » À Hannapes, son collègue
Christian Brunet acquiesce : « Ça nous évite plein de
questions en mairie !, se félicite-t-il. On répond : “Venez lundi voir les filles, elles trouveront la réponse !” »
Pour effectuer une démarche administrative, mais
aussi pour imprimer un formulaire, se renseigner sur
les horaires des trains, sur les indications d’un médicament, comprendre le fonctionnement du compteur
Linky… 583 personnes ont grimpé à bord du véhicule
en 2017, afin de régler 797 dossiers. « Ces six derniers
mois, on en est déjà à 610 visiteurs !, comptabilise Angélique. On ne cherche pas à savoir si c’est dans le cadre
de notre fiche de poste. De toute façon, petit à petit, nos
compétences évoluent… » Quant aux retours des usagers comme des élus, « ils sont bons, se félicite François-Xavier Favaudon, directeur général des services
de la communauté de communes. Cela nous coûte
80 000 euros par an de fonctionnement, sans compter
l’achat du camping-car (60 000 euros, financé à 80 %
par l’État). Moins cher, je pense, qu’un fonctionnement
classique dans un bureau ! On avait établi un partenariat avec une série d’organismes, mais on se rend compte que l’on a tout un tas d’autres demandes… En recréant un lien privilégié entre l’usager et les services
publics, on répond finalement à un vrai besoin. Et on remet un peu de vie dans les villages. » ■
(1) Agence nationale des titres sécurisés
(pour établir cartes d’identité, passeports, permis…)
(2) Dispositif qui permet de se connecter
aux services publics en ligne
(3) Le site officiel de l’Assurance-maladie
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LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
ÉCONOMIE
15
L’espace aérien est-il
menacé de saturation ?
La hausse du trafic
aérien sera si forte
dans les vingt
prochaines années
que les grands
aéroports ne
pourront accueillir
tous les vols.
Une réflexion
sur l’extension
des infrastructures
s’impose.
Valérie Collet
£@V_Collet
TRANSPORT Tourisme de masse en
plein essor, montée en puissance dans
les pays émergents d’une classe
moyenne gourmande de voyages,
multiplication des compagnies lowcost sur tous les continents… Au cours
des prochaines décennies, le ciel se
chargera d’un très grand nombre de
passagers. Le phénomène s’amplifiera
à un point tel que le cadre libéral dans
lequel le transport aérien s’est épanoui
depuis la fin des années 1970 pourrait
être remis en cause. Est-il menacé de
saturation, encombré par un trop
grand nombre d’avions et de passagers ? Les autorités en charge du
contrôle aérien font-elles face à cette
formidable croissance ? Les constructeurs aéronautiques, eux, se félicitent
de l’appétit de voyage des citoyens de
la planète. Leur carnet de commandes
est tellement garni que les équipementiers peinent à suivre. De leur côté, les
compagnies aériennes se livrent une
âpre concurrence pour attirer les passagers, ce qui tire les tarifs à la baisse et
les encourage à voyager encore plus.
Jusqu’où cette frénésie ira-t-elle sans
compromettre la confiance et la sécurité des voyageurs ?
VERTIGINEUSE
DU TRAFIC MONDIAL
❙ HAUSSE
Dans les années 1960, une poignée de
privilégiés, 100 millions de personnes
dans le monde, montaient à bord des
Caravelle et des Boeing 707 pour avaler
en un temps record les centaines et les
milliers de kilomètres. Ils partaient
pour la plupart d’Europe ou des ÉtatsUnis. Depuis, le transport aérien s’est
banalisé. Malgré les crises de nature
très différente survenues au cours des
dernières décennies, rien n’a freiné sa
croissance dans le monde. Ni les guerres, ni les crises sanitaires, ni les krachs
financiers.
En 1987, le nombre de passagers par an
atteignait 1 milliard. En 2005, le cap des
2 milliards était franchi. Le rythme
s’accélère. Il n’a fallu que huit ans pour
passer à 3 milliards, en 2013. D’après les
prévisions de l’Association internationale du transport aérien (IATA), qui représente la majorité des compagnies de
la planète, plus de 7 milliards de personnes auront voyagé en 2035, soit le
1 Une croissance inexorable du trafic aérien
double en quasiment vingt ans. Comment expliquer un tel essor ? D’abord
par la démographie des pays émergents. D’après les statistiques recueillies par Airbus, 30 % de leur population avait déjà pris l’avion en 2017. En
2037, cette part devrait passer à près de
85 %. Les classes moyennes chinoises et
indiennes « nourrissent » le transport
aérien. Elles représentaient seulement
100 millions de personnes en 2007,
mais 400 millions en 2017. Ainsi, en
Chine, le nombre de voyageurs en
avion progresse de 10 % par an depuis
2011. En Inde, la croissance annuelle
atteint même 20 % sur les lignes intérieures. Ce dynamisme déplace vers
l’Orient le centre de gravité du transport aérien, longtemps situé en Europe.
Il devrait atteindre la péninsule arabique dans une vingtaine d’années.
FLOTTE D’AVIONS
DOUBLERA
❙ENLA
VINGT ANS
La flotte d’avions s’étoffe pour accompagner la demande mondiale de voyage. Selon les pronostics d’Airbus et de
Boeing, le nombre d’appareils commerciaux - de plus de 100 places - va
plus que doubler au cours des vingt
prochaines années. Il devrait ainsi passer de 21 450 en 2018 à 48 000 en 2037.
L’essentiel des livraisons prévues pendant les vingt prochaines années, tous
constructeurs confondus, ne portera
pas sur le renouvellement des anciens
appareils des compagnies, souvent trop
gourmands en carburant et émetteurs
de CO2.
Ces livraisons d’avions alimenteront les
nouvelles compagnies et répondront à
la croissance des plus robustes. La progression est telle que constructeurs et
compagnies anticipent un problème de
recrutement de… pilotes pour ces futurs appareils. Selon Airbus et Boeing,
l’industrie aura besoin de 637 000 nouveaux pilotes dans le monde d’ici à
2036 !
D’après les prévisions des constructeurs aéronautiques, cet essor profitera
surtout au segment des « petits » appareils. Les trois quarts des avions livrés
entre 2019 et 2037 devraient ainsi
compter moins de 230 sièges. Ce sont
les avions de la famille des A 319 et des
A 320 d’Airbus, mais aussi les A 220, le
nouveau nom des CSeries, et les
Boeing 737. La faveur de ces « petits
modèles » peut surprendre. Ces dernières années, la croissance du trafic aérien pouvait laisser supposer qu’elle
profiterait aux gros appareils parce
qu’ils transportent un plus grand nombre de voyageurs en occupant moins de
créneaux horaires dans les aéroports.
Ce scénario n’a pourtant pas été retenu.
L’expansion des compagnies à bas
coûts, qui effectuent des liaisons rapides en moyen-courriers et sans correspondances, explique en partie les prévisions des constructeurs pour ces
modèles. Mais cela sous-entend que
l’espace aérien se chargera davantage
avec un nombre plus important de
mouvements d’avions.
UNE CINQUANTAINE
D’AÉROPORTS SATURÉS
❙DANS
LE MONDE
Ce dynamisme posera un problème
majeur. Si l’espace aérien paraît peu
contraint, les infrastructures aéroportuaires au sol sont sous-dimensionnées. Les principaux aéroports européens (Londres Heathrow, Gatwick,
Amsterdam Schiphol, Paris-Orly, Zurich, Manchester, Milan) seront saturés
dès 2023 selon les prévisions des
constructeurs aéronautiques. Ce sera
aussi le cas aux États-Unis, à New York
(JFK, La Guardia, Newark) et Washington DC. En Chine, les perspectives sont
tout aussi alarmantes à Shanghaï,
Hangzhou, Shenzhen, Chonqing. Les
aéroports au Japon et en Corée du Sud
seront aussi en surchauffe.
En Europe, Eurocontrol, qui pilote le
trafic aérien du Vieux Continent, a tiré
la sonnette d’alarme cet été. Avec leur
capacité actuelle, les aéroports européens ne pourront pas absorber la
croissance du trafic aérien. En 2040,
environ 1,5 million de vols ne pourront
pas être programmés en Europe. Ce qui
signifie que 160 millions de passagers
ne pourront pas voyager faute de pistes, de terminaux et de moyens affectés
au contrôle aérien.
Ce manque d’infrastructures aura pour
conséquence une dégradation sans précédent du service, avec des retards et
des annulations de vols. Cela se traduira aussi par une perte de « connectivité » - de liaisons aériennes avec le
reste du monde - pour les pays concernés et donc par un impact économique.
Une hausse de 10 % de « connectivité »
dans un pays représente une croissance
de 0,5 % du PIB par habitant.
Dans ce contexte, la France est plutôt
bien placée grâce à ses aéroports de
province qui permettent de délester
Paris. Par ailleurs, Roissy-CDG dispose
de quatre pistes, ce qui lui laisse une
marge de croissance pour augmenter le
nombre de décollages et d’atterrissa-
2 Une flotte mondiale qui sera
Flotte en service
Nouvelles livraisons
UNE CROISSANCE
ANNUELLE MOYENNE
DE 4,4 %
1 800 PANIER DE MESURES
À PRENDRE SELON L'OACI*
Renouvellement
10 850
47 990
15 000
Crise financière
37 390
21 450
2
Autre conséquence de la croissance effrénée du transport aérien, son impact
sur le climat. En 2017, le transport aérien représentait 2 % des émissions de
CO2 causées par l’activité humaine.
Sans surprise, elles s’envoleront avec la
multiplication des voyages en avion. Si
rien n’est fait, elles tripleront d’ici à
2040, selon l’Organisation de l’aviation
civile internationale (OACI).
La Iata s’est pourtant engagée en 2009 à
une stabilisation des émissions en 2020.
Pour y parvenir, elle compte principalement sur l’utilisation de carburants
alternatifs. Autre levier : l’évolution des
technologies dans la construction d’appareils allégés et équipés de moteurs
plus sobres… Les constructeurs y
veillent. Un autre moyen de réduire les
émissions consiste à améliorer la gestion du trafic aérien grâce à des trajectoires plus fluides. Mais la congestion
aéroportuaire risque au contraire de
faire tourner les avions au-dessus de
leur point d’arrivée. L’échéance de
2020 sera certainement repoussée… ■
EN MILLIONS DE TONNES
EN NOMBRE D'APPAREILS
20 000
LES ÉMISSIONS DE CO
DE CONTRÔLE
❙ HORS
4 Le défi des émissions de CO2
multipliée par deux en 20 ans
EN MILLIARDS DE PASSAGERS-KILOMÈTRES PAYANTS
ges. Face à ces défis, les gouvernements
peinent à agir de manière efficace.
La Commission européenne a pris
conscience du défi. Elle a élaboré un
projet de ciel unique européen dès le
début des années 2000 pour fluidifier le
contrôle aérien et éviter la superposition de systèmes nationaux fragmentés.
Mais les réticences politiques l’ont enlisé. En revanche, le pan technologique
du projet qui améliore l’efficacité du
contrôle aérien avec des outils de nouvelle génération, baptisé Sesar, porte
ses fruits.
Un autre frein ralentit la montée en
puissance du trafic aérien : gestionnaires d’aéroports et compagnies bataillent les uns contre les autres. Les
premiers constatent que, dans leur pays
d’origine, les anciennes compagnies
publiques veulent barrer la route aux
nouveaux entrants et ne soutiennent
pas toujours la construction de nouvelles infrastructures. Le groupe IAG (British Airways, Iberia…) s’est opposé
pendant des années à la construction
d’une nouvelle piste à Londres
Heathrow, où se trouve pourtant le QG
de British Airways, arguant que cela
fera grimper le montant des redevances
à payer. Quant aux compagnies, elles
dénoncent des redevances aéroportuaires élevées et refusent de financer
de nouveaux équipements qui profiteraient à leurs concurrents.
Total
37 390
1 600
Contrôle aérien et infrastructure
aéroportuaire optimisés
1 400
Technologie des aéronefs
améliorée
1 200
Carburants alternatifs
durables
Avec le parc aérien et
l'efficacité opérationnelle
de 2010
Si aucune action
n'est menée
1 000
Croissance
26 540
800
Avec une croissance carbone
neutre à partir de 2020
600
11 septembre 2001
2010
10 600
10 000
Crise
asiatique
5 000
Choc
pétrolier
2018
Grippe
aviaire
2020
2030
2040
2037
Source : Airbus GMF
3 Une cinquantaine
d'aéroports saturés
Guerre
du Golfe
CAPACITÉ DES AÉROPORTS
ESTIMÉE EN 2023
Aéroport...
... TRÈS FRÉQUENTÉ
0
1977
(capacité utilisée à plus de 85 %)
PRÉVISIONS
1982
1987
1992
1997
2002 2007
2012
2017
2022
2027 2032
... SATURÉ
2037
(capacité utilisée à plus de 95 %)
Source : Boeing Internal Research
A
Sources : ICAO, Airbus GMF 2018
*Organisation de l’aviation civile internationale
Infographie
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Le mot « migrants » traduit un parti pris
idéologique que nous devons refuser
DESSIN FABIEN CLAIREFOND
D
epuis quelques années
déjà, l’actualité
européenne ne parle
plus que d’eux. Ils font
régulièrement la une
des journaux télévisés,
sont le sujet de nombreuses conférences
intergouvernementales et la source
de bien des brouilles diplomatiques.
On dit même qu’ils pourraient achever
de saper le projet européen, à force
de mettre à l’épreuve la solidarité
des États membres. Mais de qui
parle-t-on ? Des « migrants », bien sûr.
La France, comme les autres pays
européens, n’échappe pas à la fameuse
« crise migratoire ». Il suffit d’ouvrir
n’importe quel journal de ces derniers
jours pour s’en convaincre : « LoireAtlantique : la préfète juge parfaitement
insupportable l’existence d’un
campement de migrants dans le centre
de Nantes » ; « Nord : les autorités
évacuent à nouveau le campement
de migrants de Grande-Synthe,
où vivent environ 500 personnes ».
Pas une semaine sans que les mots
de « migrant » ou de « migration »
ne viennent alimenter les chroniques de
presse ou déclarations des personnalités
politiques. Tout ou presque sur ce sujet
semble avoir été dit… excepté peut-être
l’essentiel :
pourquoi parlet-on aujourd’hui
de « migrants » et
de « migrations » ?
Le terme de « migrants » s’est imposé dans le
Ce vocable est
discours public et désigne indistinctement des réalités
nouveau dans
très différentes. À la faveur de ce mot s’impose
la bouche des
subrepticement une vision de l’immigration à l’opposé journalistes et des
du vœu des Français, s’inquiète l’ancien préfet*.
politiques. Voilà
HUGUES MOUTOUH
pas accueillir chaque jour toujours plus
uniquement sous l’angle politique
de « migrants », qui semblent se voir
et non à travers un prisme déformant,
reconnu (par qui et au nom de quoi ?)
exclusivement humanitaire. Nul ne peut
un véritable droit de créance sur les
contester à un pays le droit de contrôler
États européens, une sorte d’incroyable
en toute souveraineté son immigration.
et de terrible pouvoir d’exiger.
Il n’y a là aucune question morale,
Refuser de parler de « migrants »
juste un peu de droit au service
est donc tout sauf une coquetterie
d’une politique nationale. L’immigré
langagière. C’est un véritable acte de
est l’étranger qu’un État accepte
résistance, le refus de reconnaissance
d’accueillir sur son sol pendant une
à notre encontre d’une dette positive
durée déterminée, à la condition qu’il
pesant sur nos épaules et surtout celles
se conforme aux règles d’entrée et de
des générations futures. Non, les
séjour qui lui sont signifiées. Lorsqu’il se
« migrants » qui sont convoyés par les
trouve en situation
nouvelles mafias, avec le concours
irrégulière,
Exit la figure de « l’immigré ».
irresponsable (mais pas toujours naïf)
il n’a vocation
de quelques ONG, ne peuvent exiger de
Dépassé le débat sur « l’immigration ». ni à entrer ni
la France, de l’Allemagne ou de l’Italie
à demeurer sur
C’est du « migrant » dont il est question
tout un ensemble de prestations qui
le territoire de cet
vont du droit à l’accueil et à l’assistance
État. Les cas des
au droit au logement, en passant par
demandeurs d’asile sincères appellent
de compte, la seule vraie nouveauté
le droit au travail ou à l’instruction.
un traitement particulier, mais le
est d’ordre sémantique. Dorénavant,
Qui ne comprend qu’accepter de
détournement du droit d’asile en filière
d’Emmanuel Macron à Marine Le Pen,
parler de « migration » revient non
d’immigration illégale doit cesser.
en passant par Jean-Luc Mélenchon,
seulement à faire le jeu de ceux qui
Or, dès lors que l’on parle de
un même mot est utilisé pour désigner
militent depuis toujours pour l’abolition
« migrants » et de « migration »,
la chose. Exit la figure de « l’immigré ».
des frontières et la fin des nations, mais
les termes du débat se trouvent faussés.
Dépassé, le débat sur « l’immigration ».
donne aussi le
C’est du « migrant » dont il est question.
sentiment que
Cette évolution du langage n’est ni
Dès lors que l’on parle de « migrants » l’Europe est une
anodine ni innocente. On sait qu’en
politique, plus que dans n’importe quel
et de « migration », s’installe, au profit terre à conquérir ?
Pour concevoir
autre domaine, les mots ont un sens.
de ces mêmes étrangers, une présomption et faire appliquer
Chaque époque conditionne ainsi, à
une politique
travers les mots que l’on emploie, ce
de devoir d’accueil de la France
en matière
qu’il est possible et acceptable de dire.
d’immigration, il faut d’abord mener
S’installe alors, au profit de ces mêmes
Ce n’est ni par antimodernisme
la bataille des mots.
étrangers, une présomption de devoir
ou simple esprit de réaction que, pour
d’accueil, avec un renversement inédit
notre part, nous pensons préférable
* Ancien conseiller spécial du ministre
de la charge de la preuve :
de reparler en 2018 d’« immigration ».
de l’Intérieur sous la présidence de Nicolas
les gouvernants se retrouvent sommés
C’est parce que, selon nous, seul
Sarkozy, Hugues Moutouh a dirigé,
de s’expliquer devant le tribunal de
l’emploi de ce terme permet de traiter
avec Jérôme Poirot, le « Dictionnaire
l’opinion. Ils doivent se justifier de ne
du sujet comme il devrait l’être :
du renseignement » (Perrin, 2018).
cinq ans encore, les mêmes auraient
décrit le phénomène auquel nous
sommes actuellement confrontés avec
des mots plus classiques. On aurait parlé
de réfugiés, de vagues d’immigrés
ou de clandestins, selon le point de vue
adopté. Entre hier et aujourd’hui,
les réalités que désignent ces mots
n’ont pas changé. Des personnes
quittent leurs pays, toujours pour des
raisons identiques : la guerre, la famine,
ou, le plus souvent, l’espérance d’une
vie meilleure plus au nord. En fin
«
»
«
»
Loi Pacte : il faut aller plus loin
pour libérer notre croissance !
A
lors que le gouvernement
d’Édouard Philippe avait
tablé sur une croissance
de 2 % en 2018, celle-ci
connaît en réalité un vrai
coup d’arrêt. En stagnant
à 0,2 % du PIB au deuxième trimestre,
elle devrait ainsi davantage avoisiner les
1,7 % cette année, avec des conséquences
en cascade sur notre niveau de chômage
ou la situation de nos finances publiques.
Avec un taux de chômage de 9,2 %,
la France reste ainsi en queue de peloton
de la zone euro, mais elle apparaît
surtout comme le membre de l’Union
européenne dont le chômage décroît
le plus lentement depuis le début de
la reprise. Quant à notre dette, cette
dernière continue inexorablement
de grimper pour s’élever aujourd’hui à
97,6 % du PIB, un niveau sans précédent
dans notre histoire.
Mais alors, après la magnifique victoire
de la France au Mondial de football,
que faire pour que notre pays devienne,
aussi, le champion du monde
de l’économie et de l’emploi ?
Le plan d’action pour la croissance et
la transformation des entreprises, dit loi
Pacte, offre une opportunité historique
pour déverrouiller
les principaux freins
à la croissance
de nos entreprises,
libérer leur capacité
d’emploi et
Les signataires, membres de « Génération
débrider, enfin, leur
entreprise-Entrepreneurs associés » (GEEA)*,
formidable potentiel
soutiennent les mesures du projet de loi visant à
d’innovation.
lever les obstacles au développement des entreprises
L’installation
mais demandent davantage d’audace.
d’un guichet unique
OLIVIER DASSAULT, JEAN-MICHEL
FOURGOUS ET 72 PARLEMENTAIRES
simplification des seuils sociaux,
ces véritables freins à l’embauche
qui conduisent notre pays à cette
situation unique au monde : deux fois plus
d’entreprises de 49 que de 50 salariés !
Certes, la mise en place d’un délai
de cinq ans pour répondre aux
obligations et l’harmonisation du mode
de calcul des effectifs faciliteront la vie
des entrepreneurs. Mais pourquoi ne pas
aller plus loin en repoussant toutes les
obligations du seuil de 50 salariés, même
celles du Code du travail, à au moins
100 salariés ? L’enjeu est de taille car si
notre pays détient
l’un des records
C’est notamment le cas de la
du monde
en termes de
simplification des seuils sociaux,
créations
ces véritables freins à l’embauche qui
d’entreprises, avec
591 000 créations
conduisent notre pays à cette situation
en 2017,
unique au monde : deux fois plus
ces dernières
d’entreprises de 49 que de 50 salariés !
ne grandissent que
trop lentement,
avec seulement 5 800 entreprises
de cette association d’intérêt général,
de taille intermédiaire, contre plus
en janvier de cette année.
de 12 500 en Allemagne !
C’est pourquoi, si nous soutenons
Concernant le financement de nos
les mesures qui visent à lever
entreprises, il faudrait également plus
les obstacles du développement
d’ambition tant le léger renforcement
de nos entreprises, de leur création
prévu du PEA-PME et des fonds Euroà leur transmission, en passant par leur
croissance, deux instruments financiers
financement, nous appelons également
mis en place sous le précédent
de nos vœux que certaines d’entre elles
quinquennat et qui n’ont jamais
soient beaucoup plus ambitieuses.
rencontré le succès escompté, semble
Comme le préconise le FMI, c’est en effet
insuffisant face à l’urgence de la situation.
maintenant qu’il faut « réparer la toiture
Dès lors, pourquoi ne pas déplafonner
tant que le soleil brille » en profitant de
le dispositif Madelin, le PEA-PME
cette conjoncture économique favorable
et le financement participatif ? Une telle
pour mener des réformes courageuses.
mesure permettrait de combler la fin
C’est notamment le cas de la
pour la création d’entreprise,
la rationalisation des procédures
de redressement judiciaire ou encore
la libération de l’intéressement et de la
participation, conformément à l’objectif
du général de Gaulle de mettre fin aux
affrontements stériles entre capital
et travail, vont notamment dans la bonne
direction. Certaines de ces propositions
étaient d’ailleurs présentes dans le livre
blanc de « Génération entreprise–
Entrepreneurs associés », remis au
ministre de l’Économie et des Finances,
par les 140 parlementaires membres
«
»
FRANÇOIS-XAVIER BELLAMY
A
JEUDI 18 OCTOBRE 2018 - 20H00
SALLE GAVEAU 45-47 rue La Boétie, 75008 Paris
de l’ISF-PME et de faire émerger
de solides « business angels » pour
transformer notre épargne stérile en une
épargne fertile, au service de l’emploi des
Français. Il s’agit en effet de s’attaquer
au sujet crucial du renforcement
de l’investissement direct des Français
vers nos TPE, nos start-up et nos PME
en augmentant considérablement
l’incitation fiscale en proportion
des risques pris, à l’image de l’exemple
britannique avec une incitation forte
à investir, jusqu’à 1 million de livres,
déductible à 30 % de l’impôt
sur le revenu.
Alors oui, ne manquons pas d’audace
pour réconcilier les Français avec
l’économie et leur donner envie
de s’impliquer dans la vie de nos
entreprises. C’est une exigence si nous
voulons libérer les talents, les énergies,
les volontés, pour devenir la « Silicon
Valley » de l’Europe à horizon de dix ans
et redonner à notre pays l’optimisme
qu’il n’aurait jamais dû perdre.
* Olivier Dassault, député de l’Oise
et président de Génération entrepriseEntrepreneurs associés (GEEA), est par
ailleurs administrateur de Dassault Médias,
société propriétaire du Figaro. Jean-Michel
Fourgous, président de l’agglomération
de Saint-Quentin-en-Yvelines, est délégué
général de GEEA. La liste complète des
72 parlementaires cosignataires - parmi
lesquels Valérie Bazin-Malgras, députée de
l’Aube et vice-présidente de l’Assemblée,
Michel Herbillon, député du Val-de-Marne
et vice-président de l’Assemblée, Annie
Genevard, députée du Doubs et viceprésidente de l’Assemblée - peut être
consultée sur FigaroVox.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Renaud Girard
rgirard@lefigaro.fr
Trump veut aller jusqu’au bout sur la Chine
L
e porte-parole du
gouvernement chinois vient
d’accuser les États-Unis
d’avoir commencé « la plus
grande guerre commerciale
de l’histoire économique ». Le
24 septembre 2018 sont entrés en vigueur
les nouveaux droits de douane imposés
par le président Trump aux produits
chinois. Quelque 200 milliards de dollars
d’exportations chinoises vers les ÉtatsUnis sont touchés (sur un total de plus de
500 milliards par an). La surtaxe décidée
par la Maison-Blanche est de 10 %, mais
elle grimpera à 25 % en 2019 si les deux
gouvernements ne parviennent toujours
pas à s’entendre. Les Chinois ont épuisé
leurs moyens, dans la mesure où leurs
importations d’Amérique ne dépassent
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
pas les 130 milliards par an.
L’offensive tarifaire du président
Trump contre la Chine a reçu un soutien
substantiel des parlementaires
américains (démocrates comme
républicains) et des alliés européens des
États-Unis. La chambre de commerce
européenne en Chine a expliqué que
la cause première de cette guerre
commerciale sino-américaine est
l’ouverture incomplète des marchés
chinois aux biens et services
en provenance de l’étranger.
Les autorités chinoises ne peuvent se
plaindre de ne pas avoir été prévenues.
Depuis qu’il a été élu, Trump leur a
demandé de modifier leurs pratiques
commerciales, notamment lors du
sommet de Mar-a-Lago (Floride) d’avril
ENTRE GUILLEMETS
25 septembre 1897 : naissance de l’écrivain américain William Faulkner EVERETT/©RUE DES ARCHIVES/BCA
Discours du Nobel (1950)
Les jeunes auteurs
d’aujourd’hui ont oublié les
problèmes du cœur humain
en conflit avec lui-même,
qui eux seuls peuvent
donner de beaux textes.»
2017. Au forum économique de Davos,
en janvier 2018, Trump a déclaré :
« Nous sommes en faveur du libreéchange, mais il doit être juste, et il doit être
réciproque ! » Or les Américains estiment
que la Chine, depuis trente ans, n’a jamais
fait preuve de réciprocité dans son
commerce avec les États-Unis, et qu’elle
s’est montrée de surcroît très injuste.
Washington ne reproche pas
seulement à Pékin l’énormité du
déséquilibre commercial entre les deux
nations. Les Américains accusent les
Chinois de violer les règles de l’OMC
(dont la Chine est membre depuis 2001)
en ayant systématiquement recours au
dumping et aux aides d’État camouflées.
Trump est le premier dirigeant occidental
à avoir dénoncé les stratégies chinoises
de pillage technologique et d’intimidation
des investisseurs occidentaux en Chine.
Tel industriel souhaitant s’installer en
Chine est prié de constituer un jointventure avec un industriel local. Au
début, les relations avec l’associé chinois
sont merveilleuses, les usines démarrent,
la distribution suit, les clients apprécient,
l’investisseur occidental gagne de
l’argent. Mais dans une deuxième phase,
l’associé chinois se saisit d’un prétexte
pour quitter soudainement le jointventure. Les Occidentaux le retrouveront
bientôt dans une autre usine, fabriquant
des produits similaires, grâce à toute
la technologie qu’il a auparavant volée.
S’ils osent se plaindre, le ministère
de l’Intérieur les menace de leur retirer
sur-le-champ leurs titres de séjour.
Trump a décrété que les Chinois ne
voleraient plus jamais la technologie
américaine. La Chine va-t-elle se
soumettre aux demandes américaines ?
Va-t-elle réagir de manière rationnelle
ou émotionnelle ? Rationnellement, les
Chinois seraient bien avisés de faire des
concessions car ils ont davantage besoin
de l’Amérique (en termes de formations
universitaires, de technologie à importer
et de marchés à l’export) que l’Amérique
a besoin d’eux. Les 2 000 milliards de
bons du Trésor américain que détient
la Chine ne peuvent constituer pour elle
un moyen de pression. Les vendre
massivement reviendrait à se tirer une
balle dans le pied, par dépréciation de
ses actifs. Et les Américains trouveraient
toujours preneurs ailleurs pour leurs
obligations libellées en dollars.
Mais une dernière mesure américaine,
d’une tout autre nature, pourrait très bien
déclencher une réponse émotionnelle,
c’est-à-dire nationaliste, de la part des
Chinois. Le 20 septembre 2018, en vertu
des lois américaines d’embargo votées
après l’annexion de la Russie et après
l’affaire Skripal, l’EDD, l’organisme
chinois chargé d’améliorer la technologie
des armements de l’APL (Armée
populaire de libération), et son chef,
Li Shangfu, ont été sanctionnés pour
avoir acheté à la firme d’État russe
Rosoboronexport une dizaine de
chasseurs bombardiers Sukhoi 35 ainsi
que des missiles sol-air S-400. Leurs
comptes sont gelés aux États-Unis et
interdiction est faite à toute personne
morale ou physique américaine d’être
désormais en affaires avec cette personne
et cette entité chinoises. L’Amérique a
encore étendu l’extraterritorialité de son
droit, car la transaction sino-russe n’était
pas libellée en dollars…
Les Chinois vont-ils se sentir victimes
de traités inégaux comme au XIXe siècle
et se rebeller ouvertement contre
l’Amérique ? C’est possible, car ils ont
exigé d’elle publiquement le retrait de ces
sanctions. Qui cédera le premier ? La
réponse n’est pas pour demain. Ce n’est
que le début d’un très long bras de fer.
ANALYSE
Armelle Bohineust
abohineust@lefigaro.fr
Le retour du baril de pétrole
à 100 dollars est-il inévitable ?
P
lus de 80 dollars… Avec un
prix multiplié par trois depuis
son repli spectaculaire
de 2016, le baril de Brent,
la principale référence
mondiale en matière de
pétrole, a atteint lundi son plus haut
niveau depuis près de quatre ans.
Et son ascension devrait se poursuivre.
Les traders du groupe de négoce
Trafigura le voient franchir les 90 dollars
à Noël et atteindre les 100 dollars
(85 euros) dès le 1er janvier.
C’est un cadeau empoisonné pour
Donald Trump. Le président américain,
qui a dans son viseur les élections de mimandat en novembre, est obnubilé par
le cours du pétrole. Il craint qu’un prix
élevé à la pompe - une variable encore
plus sensible aux États-Unis qu’en
France - ne le rende impopulaire.
Il est pourtant largement responsable
de la remontée des cours.
Décidé à affaiblir l’Iran, le président
américain a multiplié les sanctions
et prévu, à partir du 4 novembre, des
mesures drastiques contre l’industrie
pétrolière et les exportations
d’hydrocarbures du régime des mollahs.
Ses menaces sont prises très au sérieux.
Les sociétés qui veulent continuer à
opérer aux États-Unis, se sont retirées
d’Iran, à l’image du français Total.
La Chine, grand importateur de pétrole
iranien, a priori résistant aux
sommations américaines, lâchera
peut-être du lest dans le cadre
de ses négociations commerciales avec
Washington, souligne Francis Perrin,
directeur de recherche à l’Iris. Téhéran
pourrait retirer du marché jusqu’à deux
millions de barils par jour (bpj) de brut
d’ici à la fin de l’année, soit l’équivalent
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
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Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
En dépit des hausses des derniers mois,
il n’y a pas eu de flambée brutale des prix.
Les marchés ne sont pas pris au
dépourvu. C’est sans doute la raison
pour laquelle le consensus d’analystes
de Bloomberg cantonne le cours du baril
sous les 89 dollars d’ici à fin 2019.
« L’offre augmentera l’année
prochaine », complète Bob Minter,
stratégiste chez Aberdeen Standard
Investments. Même si les compagnies
pétrolières ont divisé par deux leurs
investissements dans l’exploration et la
production entre 2015 et 2017, de grandes
infrastructures se développent. Des pays
comme la Russie,
Les grands exportateurs entendent
l’Arabie saoudite
ou le Brésil
continuer à limiter la production
devraient fournir
pour soutenir les prix
des capacités
supplémentaires.
L’Opep pourrait aussi trouver son
(3 millions de bpj au début des années
compte à un encadrement des prix.
2000 contre 1,3 million actuellement)
Un cours du baril supérieur à 80 dollars
et que la demande mondiale progresse,
risque de jeter un froid sur la croissance
les grands exportateurs entendent
mondiale et d’affecter la demande.
continuer à limiter la production
Il permet par ailleurs à certains
pour soutenir les prix.
concurrents de rentabiliser leur
Même Riyad, le grand allié des Étatsproduction (pétrole de schiste…) et donc
Unis face à l’Iran, est rebelle. Trump a
d’inonder le marché. C’est ce qui s’est
diffusé jeudi dernier un tweet menaçant.
produit en 2014 : un excès d’offre a fait
« Nous protégeons les pays du Moyenchuter les cours. Plutôt que de risquer
Orient, ils ne seraient pas en sécurité sans
un recul de la demande et un effritement
nous. Et pourtant, ils tirent de plus en plus
de son pouvoir, le cartel peut donc aussi
les prix du pétrole vers le haut. Nous nous
choisir d’ouvrir les vannes et de contenir
en souviendrons. L’Opep doit baisser les
les tarifs.
prix maintenant ! », a-t-il vociféré. Cela
Cela réjouirait Trump. Et aussi
n’a pas empêché le ministre saoudien
Emmanuel Macron. En un an, le prix
de l’Énergie, Khaled al-Falih, d’indiquer
du gas-oil a déjà bondi de près de 22 %
dimanche que les pays producteurs
en France. Une nouvelle hausse serait
n’interviendraient pour éviter une
un mauvais signal pour la consommation
pénurie sur le marché que lorsqu’ils
alors que le gouvernement place le
jugeraient le moment opportun.
pouvoir d’achat au cœur du budget 2019.
Pour autant, le pire n’est pas certain.
de 2 % de la production mondiale.
Or, les autres grands producteurs
restent sourds aux appels de Trump qui
leur enjoint d’augmenter leur production
pour compenser la baisse des
exportations iraniennes. Réunis
le week-end dernier à Alger,
les membres de l’Opep, l’Organisation
des pays exportateurs de pétrole, et leurs
partenaires, parmi lesquels la Russie,
l’un des trois grands producteurs
mondiaux avec les États-Unis et l’Arabie
saoudite, ont refusé d’ouvrir les vannes.
Alors que le Venezuela voit lui aussi
sa production continuer de chuter
«
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
»
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
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Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
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direction.redaction@lefigaro.fr
VOX
…
FISCALITÉ
« Baisse d’impôts pour
les ménages : le compte
n’y est pas ! », par la
fiscaliste Virginie Pradel.
…
EUROPE
« La France risque d’être
la grande perdante
du Brexit », par
l’économiste David Cayla.
…
HOMMAGE
« Marceline Loridan-Ivens
nous a quittés un soir
de Kippour… »,
par Jonas Moses-Lustiger.
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
FRANÇOIS-XAVIER
BELLAMY
le jeudi 18 octobre
2018, 20 heures
Salle Gaveau.
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Édition nationale
1er cahier principal
18 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 12 pages
Cahier 4 Figaro Plus
16 pages
Diffusion partielle
Supplément 5 F
92 pages
Diffusion sur une partie
du territoire national
Memostick F
A
CHRONIQUE
17
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 053 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
BARRICKRANDGOLD
MONDELEZ
LE GÉANT DE L’AGROALIMENTAIRE
EST PRÊT À MENER
DES ACQUISITIONS PAGE 25
FUSION GÉANTE DANS
LES MINES D’OR PAGE 23
Déficit, dette, dépenses :
un budget 2019 à petits pas
Le projet de loi de finances combine une relative maîtrise des dépenses et une
baisse de la fiscalité. Mais l’amélioration des comptes doit beaucoup à la croissance.
Bruno Le Maire et Gérald Darmanin ont présenté un projet de loi
de finances pour 2019 dans la
même veine que celui de 2018. Le
texte respecte scrupuleusement
les engagements de campagne du
président Macron en matière de
baisse du déficit ou du taux de dépenses, et renvoie à la fin du quinquennat les mesures les plus délicates, notamment en matière
d’économies ou de coupes dans
les postes de fonctionnaires. Les
deux ministres promettent quelque 30 milliards d’euros de baisse
de prélèvements aux ménages et
aux entreprises, un chiffre critiqué par l’opposition, qui y voit un
tour de passe-passe du gouvernement pour afficher des gains factices de pouvoir d’achat. Basculement du CICE oblige, le déficit
budgétaire devrait frôler les
100 milliards fin 2019.
Casino et
Carrefour
se déchirent
sur un projet
de mariage
Les deux distributeurs
ont failli entamer des
pourparlers en vue
d’un rapprochement,
avant de rompre tout
contact vendredi.
Depuis, ils se livrent
à une guerre
des communiqués
boursiers. PAGE 24
Jean-Charles Naouri (Casino).
le PLUS du
FIGARO ÉCO
AUDIOVISUEL
Le PDG de l’INA pour
une gouvernance
unique de l’audiovisuel
public PAGE 26
LA SÉANCE
DU LUNDI 24 SEPTEMBRE 2018
CAC 40
5476,17
-0,33%
DOW JONES (18h)
26563,68 -0,67%
ONCE D’OR
1202,75 (1198,70)
PÉTROLE (lond)
81,337 (78,760)
EUROSTOXX 50
3409,63 -0,62%
FOOTSIE
7458,41 -0,42%
NASDAQ (18h)
7531,33
0,00%
NIKKEI
Marché clos
Alexandre
Bompard
(Carrefour).
Les professionnels du transport
routier vont-ils, à leur tour, coiffer un
bonnet ? Cinq ans après la fronde
contre l’écotaxe sur les poids lourds
de Ségolène Royal, la colère des
transporteurs monte à nouveau. Dimanche, François de Rugy, tout nouveau ministre de la Transition écologique, a confirmé ce qu’Élisabeth
Borne, ministre des Transports, a
plusieurs fois évoqué : le projet d’une
vignette imposée aux poids lourds
pour remplir les caisses de l’Agence
de financement des infrastructures
de transport de France (Afitf). Le
gouvernement, qui doit présenter
prochainement sa loi d’orientation
sur les mobilités, a fait ses comptes :
il manque 500 millions d’euros par an
entre 2019 et 2022 pour honorer les
projets d’investissements retenus
pour les cinq premières années. Le
gouvernement s’est en effet engagé
à investir 13,4 milliards d’euros d’ici à
2022 dans des projets routiers, ferroviaires et fluviaux. Pour les cinq
années suivantes, l’enveloppe grimperait à 14,3 milliards d’euros.
Mais les différentes organisations de
transporteurs maintiennent leur opposition à l’instauration d’une vignette : « Si elle vient s’ajouter à la
contribution au titre de la TICPE
(taxe sur les produits énergétiques),
il est évident que cette mesure fera
réagir très violemment les professionnels », dit Pascal Vandalle, de
l’Union des entreprises de transport
et de logistique de France (TLF).
Même refus de la Fédération nationale des transports routiers (FNTR),
« La concertation, pour nous, c’est
simple : c’est non, a lâché Florence
Berthelot, sa déléguée générale, sur
Franceinfo. Je suis exaspérée de voir
que la politique des transports dans
ce pays se résumerait à la simple
taxation. » François de Rugy a évoqué une vignette « visant à taxer
les poids lourds étrangers », un peu
à la manière de Ségolène Royal en
2014. À l’époque, la ministre avait dû
enterrer ce projet contraire à la réglementation européenne. Si taxe il
y a, Français et étrangers seront
donc logés à la même enseigne.
VALÉRIE COLLET
Le gouvernement
italien se déchire sur
La canicule fait fondre la valeur
du voyagiste britannique Thomas Cook son projet de budget
L'HISTOIRE
L
e réchauffement climatique va-t-il
redessiner la carte des vacances
dans le monde ? Cet été, les
températures exceptionnellement
élevées en Europe du Nord (ici
Brighton, en Grande-Bretagne, l’été dernier)
ont pesé sur les performances
du tour-opérateur britannique Thomas Cook,
qui a fait voyager moins de clients que prévu.
Traditionnellement, les Allemands, les
Britanniques et les Scandinaves plébiscitent
l’Espagne, la Turquie ou la Grèce pour leurs
congés. Préférant profiter du beau temps
chez eux, un certain nombre ont reporté
leurs projets
de voyage. Son
cours de Bourse
s’est effondré
de 28 % dans la
journée de lundi.
Pour sauver
la saison,
le voyagiste
a dû consentir
d’importantes
ristournes
en août
et septembre.
La facture est salée : Thomas Cook a réduit
sa prévision de bénéfice opérationnel
pour 2017-2018, à 280 millions
de livres ; il tablait jusqu’alors sur une
fourchette comprise entre 323 et 355 millions.
La faible demande continuera de peser
sur les résultats du prochain exercice.
Le mois dernier, l’allemand TUI avait prévenu
qu’il atteindrait tout juste ses prévisions,
lui aussi à cause des fortes chaleurs en Europe
du Nord. Si les épisodes de canicule devenaient
la règle, les tour-opérateurs devraient être
capables de proposer plus de fraîcheur
à leurs clients. Ne serait-ce qu’en France, la
montagne a connu
un regain d’intérêt
cet été. Paris a attiré
un nombre record de
visiteurs, mais seuls
les sites climatisés
ont eu leurs faveurs.
À la plage, certains
touristes ont préféré
le bon air des grottes
et gouffres en
Midi-Pyrénées. ■
MATHILDE
VISSEYRIAS
Giovanni Tria n’en démord pas :
le document de cadrage du
budget italien (le DEF) que le
Parlement doit adopter jeudi
comportera le chiffre de 1,6 %
du PIB comme cible du déficit
public pour 2019. C’est le plafond sur lequel le ministre italien de l’Économie s’est entendu
avec la Commission européenne
et auquel il ne veut pas déroger
afin de ne pas raviver les attaques des marchés. « Je ne veux
pas allumer la mèche », a-t-il déclaré lundi lors d’un Conseil des
ministres houleux.
Libre ensuite au président du
Conseil, Giuseppe Conte, de
faire entendre sa voix à Bruxelles pour demander plus de souplesse. Mais pas question pour
Tria de crever le plafond. Depuis deux semaines, Matteo
Salvini et Luigi Di Maio, les
deux poids lourds de la coalition, ne cessent de l’assaillir.
Tous deux veulent que la prochaine loi de finances dégage
des ressources suffisantes pour
mettre en œuvre leurs promes-
ses électorales : réforme des retraites, réforme fiscale, revenu
citoyen, économies pour
contenir la TVA. Le porte-parole du président du Conseil, le
journaliste Rocco Casalino, s’en
mêle en menaçant de passer
« toute l’année 2019 à nous débarrasser de ces connards au
[Trésor] », incapables de débloquer 10 milliards d’euros
pour financer le revenu citoyen
promis par les 5 Étoiles. « On
prépare une maxi-vendetta »
contre le ministère des Finances, a-t-il ajouté. Vive émotion
dans la sphère politique. Mais
Giuseppe Conte ne l’a pas désavoué, se contentant de déplorer
la fuite de ces propos peu élégants.
Quant à Luigi Di Maio, il se
montre plus que jamais déterminé à obtenir une rallonge :
« Macron porte bien le déficit de
la France à 2,8 %. Nous en ferons autant. Nous sommes un
pays souverain », a-t-il lancé
en quittant le Conseil.
R. H. (À ROME)
A
PHOTOMONTAGE LE FIGARO, J.-C. MARMARA/LE FIGARO, P. WOJAZER/REUTERS, MONDELEZ, H. NICHOLLS/REUTERS
èDES RÉDUCTIONS D’EFFECTIFS ENCORE TRÈS LIMITÉES èÉCONOMIES : CHOIX DRASTIQUES ET COUPS DE RABOT èBRUXELLES PLUS CONCILIANT AVEC PARIS
èDES BAISSES DE TAXES ET D’IMPÔTS SURÉVALUÉES PAGES 20, 21 ET 22
LA VIGNETTE
POIDS LOURDS
FAIT À
NOUVEAU
DES VAGUES
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
20
ENVIRONNEMENT
INTERNATIONNAL
Les principaux éléments de cadrage économique du budget 2019
20 17
20 18
T✌✠✏ ✚✜ ✛✕✟✆ ✌✄✛✜ ✚✠ ☛✒✓ ✌✠✏ ✖✁at ✗✘✄✆
⑨ ✧✝✧ ★
⑨ ✧✝✩ ★
2019
+ 2,6 %
T✌✠✏ ✚✜ ✛✕✟✆ ✌✄✛✜ ✚✠ ☛✒✓ ✚✌✄ ✑✌ ✔✟✄✜ ✜✠✕✟
⑨ ✧✝✪ ★
⑨ ✧✝✫ ★
+ 2,1 %
☛✕✆✏ ✢ ✑✌ ✛✟✄ ✟✂✂✌✁✆✟✄ ✚✌✄ ✑✌ ✔✟✄✜ ✜✠✕✟
⑨ ✫✝✪ ★
⑨ ✫✝✬ ★
+ 1,7 %
☛✕✆✏ ✚✠ ☞✌✕✆✑ ✚✜ ☞✕✜✄✁ ✣✜✄ ✚✟✑✑✌✕s)
55
72
73
T✌✠✏ ✚✜ ✛✞✌✄g✜ ✜✠✕✟✤✚✟✑✑✌✕
1,13
1,18
1,16
✧ ✧❶✧
✧ ✯✪✽
2 420
ÉCONOMIE FRANÇAISE
☛✒✓ ✁✟✁✌✑ ✣✙✌✑✜✠✕ ✜✄ ✂✆✑✑✆✌✕✚ ✚✥✜✠✕✟s)
V✌✕✆✌✁✆✟✄ ✜✄ ✙✟✑✠✂✜
⑨✧✝✧★
⑨ ✫✝✬★
1,7%
+ 1,7
%
☛✟✠✙✟✆✕ ✚✡✌✛✞✌✁ ✚✠ ✕✜v✜✄✠ ✚✆ ☎✟✄✆☞✑✜
⑨✫✝✯ ★
⑨ ✫✝✭ ★
+ 1,7
%
1,7%
✍✎☎✜✄ ✜ ✚✜ ✛✟✄ ✟✂✂✌✁✆✟✄ ✚✜ ✂✎✄✌g✜
Inv✜ ✁iss✜✂✜✄✁ ✚✜ ✜✄t✕✜☎✕✆ ✜ ✝ ✞✟✕ ✛✟✄ ✁✕✠✛✁✆✟✄
⑨✫★
⑨ ✫✝✫ ★
+ 1,7
%
1,7%
⑨ ✪✝✧ ★
⑨ ✮✝✭ ★
3,0%
+ 3,0
%
➢✏☎✟✕tat✆✟✄
+4,5%
⑨ ✯✝✬ ★
+ 3,6 %
✒✂☎✟✕tat✆✟✄
⑨ ✮✝✽ ★
⑨ ✧✝✪ ★
+ 3,1 %
☛✕✆✏ ✢ ✑✌ ✛✟✄ ✟✂✂✌✁✆✟✄ ✣✞✟✕ ✁✌☞✌✛✦
⑨ ✫✝✽ ★
⑨ ✫✝✭★
+ 1,3 %
✓✌✑✌✄✛✜ ✛✟✂✂✜✕✛✆✌✑✜ ✣✜✄ ✂✆✑✑✆✌✕✚ ✚✡✜✠✕✟s)
-63,4
-65
❿✰✱✲✳✴ ✵✶✷✸ ✹✺✻✼
-65
Infographie
Pour 2019, l’exécutif
présente un budget
de continuité
La baisse du déficit public (hors CICE) est davantage
liée à la conjoncture qu’aux réformes structurelles.
A
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO, PHILIPPE ROY/AURIMAGES/AFP FORUM, TKSZ - STOCK.ADOBE.COM, FRANCOIS NASCIMBENI/AFP FORUM, ALEXIS SCIARD /IP3 PRESS/MAXPPP, KUZMICHSTUDIO - STOCK.ADOBE.COM
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
POLITIQUE ÉCONOMIQUE Après
une rentrée houleuse, le gouvernement veut profiter de la présentation de son budget 2019 pour reprendre la main. Il a quelques
arguments à faire valoir avec, sur
le papier, une combinaison séduisante de relative maîtrise de la dépense publique et de réduction des
impôts pour les ménages comme
pour les entreprises (voir page 22).
Après 2,6 % attendus en 2018, le
déficit est prévu à 2,8 % l’année
prochaine, c’est-à-dire 1,9 % une
fois retraitée la transformation du
crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) en exonération de cotisations patronales, une opération
à… 20 milliards d’euros.
Le projet de loi de finances pour
2019 s’inscrit ainsi fidèlement dans
la lignée du premier budget du
quinquennat. Aidés par des prévisions de croissance encore solides à
1,7 % et le rétablissement des
comptes de la Sécurité sociale
(dont les détails sont présentés ce
mardi matin), les ministres de Bercy rendent une copie sérieuse en
s’offrant le luxe d’éviter les sujets
qui fâchent : baisse importante du
nombre de fonctionnaires, réformes structurelles impopulaires…
Gérald Darmanin, à l’Action et
aux Comptes publics, s’est ainsi
flatté d’afficher un budget « qui
présente, pour la première fois de-
puis respectivement dix et dix-huit
ans, une croissance trois années
consécutives au-dessus des 1,7 % et
un déficit trois années consécutives
sous la barre des 3 % du PIB ».
Quant à Bruno Le Maire, aux Finances, il met en avant les « trois
choix structurants » du texte : la
« rémunération du travail », le soutien à l’investissement des entreprises afin de rattraper le « retard »
français sur l’innovation et le soutien à l’environnement.
Crédibilité
À la suite des baisses d’impôt, le
projet de loi table sur un taux de
prélèvement obligatoire en repli à
44,2 % en 2019, après 45 % en 2018.
La part des dépenses publiques diminue également, à 54 % du PIB,
après 54,6 % en 2018. Le gouvernement a toutefois pris du retard
par rapport à son ambition initiale.
En septembre 2017, Bercy estimait
que le taux de prélèvement obligatoire atteindrait 43,3 % fin 2019 et
les dépenses publiques 53,3 %.
Chargé d’examiner la crédibilité
du projet de loi, le Haut Conseil des
finances publiques (HCFP) se dit
globalement serein sur la trajectoire fixée. « La prévision de déficit
public nominal pour 2018 et 2019, de
respectivement 2,6 et 2,8 points de
PIB, est plausible », affirme ce cénacle d’économistes indépendants. Il relève néanmoins une
ombre au tableau : la réduction du
déficit « serait pour plus de la moitié
de nature conjoncturelle en raison
d’une croissance prévue supérieure
à la croissance potentielle sur cette
période », estimée autour de 1,4 %.
Autrement dit, le gouvernement
ne profite pas suffisamment de la
bonne tenue de l’activité pour
réformer le pays et le préparer à
affronter une prochaine récession.
« C’est quand le soleil brille qu’il faut
en profiter pour réparer le toit »,
prévient pourtant depuis 2017
Christine Lagarde, à la tête du FMI.
Pour preuve, le niveau faramineux
de la dette : après un sommet à
98,7 % du PIB en 2018, elle ne refluerait que de 0,1 point en 2019.
Très au-dessus, donc, de la
moyenne de la zone euro, qui devrait afficher, selon les prévisions
de la Commission, un ratio de dette
de 84,1 % en 2019.
La comparaison avec nos voisins
est de manière générale peu flatteuse. La Commission table sur un
déficit moyen de la zone euro à
0,7 % en 2018, puis 0,6 % en 2019.
Même avec un déficit retraité - en
raison de la transformation du
CICE - à 1,9 %, le décrochage tricolore est flagrant. Plus grave, ce
décalage ne semble pas se résorber
d’un iota dans le temps. Avec un
déficit de 0,7 % cette année, la zone
euro renoue avec sa performance
de 2007, juste avant la crise. Or,
cette année-là, Paris se débattait
déjà avec un déficit bien supérieur
à celui de ses voisins : 2,6 %, exactement le même qu’en 2018. ■
t RÉALISTE
Réputé pour ses critiques sur
les projets de loi de finances dont il doit
vérifier chaque année la crédibilité des
prévisions, le Haut Conseil des finances
publiques (HCFP) juge « réaliste » le chiffre
de croissance avancé par le gouvernement
Philippe pour 2019 et « plausible » le niveau
de déficit affiché pour la fin de l’année
prochaine. Un bon point, bienvenu
pour Bercy qui tient beaucoup
à la « sincérité » de ses prévisions,
gage de sérieux budgétaire
vis-à-vis de Bruxelles…
390,8
291,4
milliards d’euros
milliards d’euros
Dépenses
nettes
Recettes
nettes
98,7
Déficit
Source : PLF 2019
Ce projet
de budget obéit
à une règle :
la constance.
L’objectif,
à long terme,
est de construire
une nouvelle
prospérité qui ne
doit pas reposer
sur plus
de dépense,
plus de dette
et donc plus
d’impôt
»
BRUNO LE MAIRE
L’État empruntera
228 milliards en 2019
Année dense en vue en 2019 pour
l’Agence France Trésor, chargée
de répondre à un besoin historique
de financement de l’État
de… 228 milliards d’euros, en
augmentation de 15 % en un an.
130 milliards serviront précisément
à refinancer d’anciens titres
de dettes arrivés à échéance
et 98 milliards à financer le déficit
de l’État. Afin d’éviter de
surprendre les marchés, Bercy
a décidé de maintenir son
programme d’émission de titres
de long et moyen terme
au même niveau qu’en 2018,
soit 195 milliards d’euros. Le solde
des 228 milliards d’euros sera
essentiellement financé par
une hausse de l’encours des titres
de dette à court terme.
À l’occasion de la présentation du
PLF 2019, le Trésor a actualisé ses
projections d’évolution des taux. Il
cible maintenant un taux à dix ans
de 1,40 % à fin 2018 et 2,15 %
fin 2019. La charge de la dette est
attendue à 42,1 milliards d’euros,
après 41,7 milliards en 2018.
A. G.
Bruno Le Maire,
ministre de l’Économie
et des Finances,
et Gérald Darmanin,
ministre de l’Action
et des Comptes publics,
lors de la présentation
du projet de loi de
finances pour 2019,
au ministère
de l’Économie et des
Finances, hier, à Paris.
PATRICK BAGEIN/MINISTÈRE DE
L’ECONOMIE ET DES FINANCES
Des réductions
CÉCILE CROUZEL £@ccrouzel
En matière d’effectifs, le gouvernement applique la politique des petits
pas. Le projet de budget 2019 table
en effet sur 4 164 suppressions de
postes au sein de l’État et des organismes parapublics, appelés « opérateurs ». Le chiffre grimpe à près
de 4 700 si on intègre les 500 emplois perdus par la Banque de France. Si cette coupe est supérieure à
celle de 2018 (1 660 suppressions),
elle reste minime rapporté aux effectifs, qui dépassent les 2,3 millions de personnes. Pas étonnant
donc que la masse salariale de l’État
progresse encore de 1,6 % en 2019.
La diminution des effectifs est trop
faible pour compenser les coups de
pouce catégoriels et le coût des
rémunérations à l’ancienneté…
L’exécutif maintient toutefois
que les 50 000 suppressions
d’emploi prévues sur le quinquennat au sein des ministères et des organismes parapublics (en plus des
70 000 au sein des collectivités lo-
TROIS MISSIONS DONT LES CRÉDITS VONT SÉRIEUSEMENT BAISSER
2,07
1,16
milliards €
de crédits budgétaires
de crédits budgétaires en
en moins, soit
moins, soit une baisse
un recul de 6,7 %
de 13,6 % en
en un an
un an
Le ministère du Travail disposera
Les aides personnalisées au logement (APL) ne
de 13,10 milliards d’euros en 2019, contre
seront revalorisées que de 0,3 %, alors que l’inflation
15,17 milliards en 2018. Cette baisse des moyens de 2,07 milliards
est attendue à 1,3 %. Elles seront « contemporanéisées » alors
est liée à l’extinction de la prime à l’embauche en faveur des PME
qu’elles sont aujourd’hui calculées sur les revenus de deux années
(moins un milliard) ainsi qu’à la diminution du nombre de contrats
auparavant. Le budget de la mission « Cohésion des territoires »
aidés (moins 850 millions d’euros). Le projet de budget 2019
passera à 16,06 milliards d’euros, contre 17, 22 milliards en 2018. Soit
prévoit également de supprimer 1 385 postes chez les opérateurs
une baisse de plus d’un milliard - après un recul de 1,2 milliard en
en équivalents temps plein, dont 800 chez Pôle emploi.
2018 - mais la suppression de 19 postes seulement de fonctionnaires.
TRAVAIL ET EMPLOI
300
milliard €
LOGEMENT
millions €
de crédits budgétaires
en moins, soit une
coupe de 9,3 %
en un an
La mission « Agriculture, alimentation, forêt
AGRICULTURE
et affaires rurales » est l’une de celles dont les
crédits vont le plus fondre en 2019, à périmètre constant :
- 9,3 % sur un an, avec un budget de 2,88 milliards d’euros. Par
souci d’harmonisation avec le droit commun, le texte prévoit
notamment la suppression des allégements de cotisations
spécifiques aux emplois saisonniers agricoles (TO-DE).
Soit un surcoût d’environ 190 euros par mois et par salarié.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
t GONFLÉ
Le solde budgétaire 2019 apparaît
en nette hausse comparé à la prévision
de 81,3 milliards d’euros pour la fin
de 2018. Mais hors effet de trésorerie
(20 milliards d’impact exceptionnel
de la transformation du CICE en baisse
de cotisations et 5,9 milliards de décalage
d’un mois des recettes du prélèvement à
la source), il serait de 72,8 milliards, soit en
baisse de près de 8 milliards en un an.
PART DES DÉPENSES PUBLIQUES
en % du PIB
55,1 54,6
54 53,3 52,5
TAUX DE PRÉLÈVEMENTS OBLIGATOIRES
en % du PIB
51,8
2018
2019
2020
2021
GÉRALD DARMANIN
2022
»
d’effectifs encore très limitées
Choix politiques
Les choix de 2019 sur les effectifs
traduisent néanmoins de premières
orientations politiques. À l’inverse
du quinquennat Hollande, les effectifs baisseront à l’Éducation nationale (- 1 813 postes). Les créations d’emplois dans le primaire,
liées notamment au dédoublement
45
44,2 44,6 44,6
2017
2018
2019
2020
2021
2022
des CP et CE1 en zones difficiles, ne
compenseront pas les suppressions
dans le secondaire. De même, la
période de la hausse des effectifs à
Pôle emploi est révolue : l’organisme, pour cause de baisse du chômage, sera privé de 800 postes en
2019.
Autre perdant, plus classique,
l’Écologie (- 1 078 postes). Et surtout le ministère des comptes publics (- 2 283 postes), qui sera le plus
gros contributeur aux 8 396 suppressions totales de 2019. Une habitude : avec la numérisation, les
effectifs du fisc ont fondu de
38 000 depuis 2002. Le mouvement
devrait s’accélérer à terme avec le
prélèvement à la source.
Parallèlement, 4 232 emplois seront créés en 2019, principalement
aux ministères de l’Intérieur
(2 278), de la Justice (1 300) et des
Armées (450). Sur ce point, l’actuelle majorité met ses pas dans
ceux de la précédente qui, notamment en fin de mandature après les
attentats terroristes, avait mis l’accent sur la sécurité. ■
Économies :
choix drastiques
et coups de rabot
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
Des traces des deux mondes,
l’ancien et le nouveau, se retrouvent dans le projet de budget
2019 présenté lundi. Il contient
des choix francs et assumés
d’économies, vantés par la macronie, mais aussi des coups de
rabot qui rappellent le quinquennat précédent. Il en résulte que,
globalement, les dépenses « pilotables » de l’État - celles sur lesquelles le gouvernement peut
réellement agir - seront tenues.
Elles ne progresseront que de
0,8 %, c’est-à-dire de 2,2 milliards d’euros pour culminer à
260,1 milliards d’euros.
« Il s’agit d’un taux d’effort
plus important que celui demandé
aux principales collectivités territoriales sur leurs dépenses de
fonctionnement (+ 1,2 %) ainsi
qu’à la Sécurité sociale sur les
dépenses
d’assurance-maladie
t ALIGNÉ
44,5
Source : PLF 2019
Le
gouvernement
réalise un effort
inédit de
redressement
de nos comptes
publics, qui
n’empêche pas
des choix
clairs : soutenir
le travail
et investir
pour l’avenir !
cales) seront réalisées. Les baisses
d’effectifs doivent monter en puissance, pour être « supérieures à
10 000 » en 2020, selon Édouard
Philippe. Le gouvernement fait le
pari que les réformes structurelles
– redéfinition des missions entre
l’État et les collectivités, externalisation, numérisation, mise en
œuvre du programme Action publique 2022… -, qui sont aujourd’hui loin d’être décidées, seront
alors en vigueur. L’assouplissement
de la gestion de la fonction publique
devrait aussi y aider. Le projet de loi
sur ce sujet, prévu pour début 2019,
doit accroître le recours aux
contractuels, la mobilité ou la part
au mérite dans la rémunération.
45,3
0
2017
21
Pour l’heure, le gouvernement
tient l’engagement de campagne
d’Emmanuel Macron de réduire le taux
de dépenses publiques de 3 points
de PIB sur l’ensemble du quinquennat
et celui des prélèvements obligatoires (PO)
de 1 point. Bercy fait même valoir
que l’objectif affiché par le chef de l’État
sur les PO, et repris en boucle par
Bruno Le Maire à chaque prise
de parole, sera atteint… dès
l’exercice budgétaire 2019.
(+ 2,5 %)», s’empresse de préciser Bercy. Et d’ajouter : « Tant en
2018 qu’en 2019, la progression en
volume de l’ensemble de la dépense
publique (État, collectivités et
Sécu) sera bien inférieure aux
moyennes constatées au cours des
trois mandatures précédentes. »
Pour parvenir à ce résultat,
deux choix drastiques ont été
faits. Comme en 2018, la mission
travail paiera le plus lourd tribut
(2 milliards d’euros) avec le
maintien des effectifs d’emplois
aidés à un niveau historiquement
très faible (environ 130 000). Le
logement, également comme
cette année, sera fortement mis à
contribution avec une diminution d’un peu plus d’un milliard
sur les APL.
Coups de rabot
En matière d’économies structurelles, l’exécutif promet que le
budget 2019 sera mieux que celui
de 2018… mais moins bien que
celui de 2020. Le thermomètre
pour mesurer les efforts en la
matière? Les suppressions de
postes de fonctionnaires. Avec
des effectifs en baisse de plus de
4 100 postes en 2019, l’État reste
loin de l’objectif de réduction de
50 000 postes sur le quinquennat
(lire ci-contre). Pour y parvenir,
il lui faudra accélérer le rythme
drastiquement
entre
2020
et 2022.
En attendant, les mesures
structurelles ne suffisant pas à
contenir les dépenses publiques,
le gouvernement a dû sortir le
rabot. Le quasi-gel des pensions
du privé mais aussi du public (elles ne progresseront que de 0,3 %
au lieu de suivre l’inflation)
rapportera un milliard d’euros à
l’État, car c’est lui qui paie les
retraites des fonctionnaires.
Dans la même veine, la « revalorisation limitée », selon l’expression de Bercy, des prestations sociales financées par l’État
lui permettra d’économiser également 400 millions. ■
Bruxelles plus conciliant avec Paris
4 164
postes
supprimés en 2019
dans la fonction
publique d’État
ANNE ROVAN £@AnneRovan
CORRESPONDANTE À BRUXELLES
La Commission européenne ne
serait-elle pas en train d’arrondir
les angles avec Paris ? Au regard du
changement de ton opéré ces dernières semaines, cela ne fait guère
de doute. Début septembre, les
cadres de la Commission jugeaient
insuffisants les efforts de la France
pour réduire son déficit structurel,
c’est-à-dire
hors
variation
conjoncturelle. Pire, alors que Paris
faisait état d’un petit geste équivalent à 0,1 point de PIB pour 2018, les
mêmes affirmaient qu’il était
impossible d’en retrouver la trace
comptable.
Ces derniers jours, le ton est devenu plus conciliant. Un peu comme si la France ne faisait plus partie
des mauvais élèves ou si la Commission, qui s’attend à devoir livrer
une difficile bataille sur le budget
italien, avait décidé de lâcher du
lest de ce côté-ci de la frontière…
Certes, Bruxelles admet volontiers
que, pour Paris, le compte n’y est
pas, mais en pointant les efforts
réalisés en termes de réformes…
qui vont dans le bon sens. Il est
d’ailleurs amusant de constater
que, lundi matin à Bercy, les mots
étaient quasiment les mêmes.
« Nous avons expliqué à la Commission que nous avions une trajectoire
d’ici à la fin du quinquennat, et nous
avons remis les chiffres dans le
contexte des réformes que nous faisons. Nous ne sommes pas inquiets », expliquait ainsi un proche
du ministre de l’Économie et des
Finances, Bruno Le Maire.
Effort structurel
Paris s’expose toutefois aux remontrances de Bruxelles. Non pas
sur sa prévision de déficit public
(de 2,8 % fin 2019), puisque Bruxelles pourrait considérer que ce niveau en hausse est avant tout lié à la
transformation du CICE en baisse
de cotisations patronales et dégonflera mécaniquement en 2020. Mais
sur les efforts structurels : les règles
du « bras préventif », ce « sas » qui
suit immédiatement la fin de la
procédure pour déficits excessifs,
imposent en effet aux États membres de réaliser un effort structurel
de 0,6 point de PIB par an, avec une
marge de tolérance de 0,5 point sur
deux ans. Ce qui fait donc tomber
l’effort minimal demandé à
0,7 point sur deux ans.
Vue de Bruxelles, la France est
donc loin du compte. À supposer
qu’un effort de 0,1 point de PIB ait
bien été réalisé en 2018, un geste
cette fois-ci de 0,6 point est
attendu en 2019. Or, comme annoncé de longue date par Paris, cet
effort n’est que de 0,3 point. Une
insuffisance que pointera sans nul
doute la Commission dans les
prochains mois. D’abord fin novembre, lorsqu’elle donnera son
opinion sur le budget tricolore,
puis en mai 2019 - probablement
avant les élections européennes lorsqu’elle fera de même sur l’exécution de la loi de finances 2018.
« Personne à Paris ne s’attend à un
satisfecit de la Commission », balaie-t-on à Bruxelles. ■
TROIS MISSIONS DONT LES CRÉDITS VONT SUBSTANTIELLEMENT AUGMENTER
230
de crédits budgétaires
de crédits budgétaires
en plus, soit une
en plus, soit une
hausse de 6,9 %
hausse de 2,2 %
en un an
en un an
L’action contre la pauvreté sera dotée
Voilà un chiffre qui aurait sûrement fait bondir
de 20,78 milliards d’euros en 2019 (contre
Nicolas Hulot : la mission Transition écologique
19,44 milliards en 2018) : 78 % des crédits serviront à financer
et solidaire sera amputée l’an prochain de 1 078 postes. Le budget de
l’allocation adultes handicapés (AAH) et la prime d’activité (PA),
l’Écologie, en revanche, progresse un peu, passant de 10,39 milliards
qui vont être revalorisées l’an prochain. La nouvelle stratégie
à 10,62 milliards. Ainsi, 7,3 milliards seront consacrés à des projets
de lutte contre la pauvreté recevra 150 millions. Le nombre
d’énergies renouvelables, 500 000 véhicules polluants bénéficieront
d’agents affectés à cette mission baissera de 460 équivalent
de la prime conversion, 700 000 logements d’une rénovation
temps plein sur un total de 17 722 (opérateurs compris).
thermique et le chèque énergie sera porté de 150 à 200 euros.
SOLIDARITÉ
630
millions €
ÉCOLOGIE
millions €
POLICE ET JUSTICE
de crédits budgétaires
en plus, soit une
hausse de 3,1 %
en un an
Les moyens du ministère de la Justice
seront en hausse de 4,5 % en 2019, passant de
6,98 milliards à 7,29 milliards d’euros. En ligne de mire,
la mise en œuvre d’une nouvelle politique des peines,
la réforme de l’organisation judiciaire et la transformation
numérique. Le budget de la Sécurité passera quant à lui
de 13,32 à 13,64 milliards d’euros, avec un effort particulier sur
la lutte antiterroriste et un renfort d’effectif de 2 500 personnes.
A
1,34
milliard €
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
22
DETTE PUBLIQUE, en % du PIB
98,5
98,7
98,6
DÉFICIT PUBLIC, en % du PIB
97,5
95,3
92,7
0
2017
2018
2019
2020
2021
2022
-0,7
-0,3
-1,4
0
2017
2018
2019
2020
2021
-2,6
-2,7
2022
Source : PLF 2019
-2,8
Principales mesures en prélèvements obligatoires
en 2019 (Hors mesures de périmètre)
En milliards d'euros
Dégrèvement de la taxe d'habitation pour 80 %
des ménages
- 3,8
Exonération de cotisations sur les heures supplémentaires
- 0,6
Mise en place du prélèvement forfaitaire unique (PFU)
- 0,3
Baisse de la CSG pour les retraités modestes
- 0,3
Bascule cotisations / CSG*
- 4,1
Prolongation et recentrage du CITE
0,8
Fiscalité du tabac (net des effets de comportement)
0,4
Infographie
Des baisses de
taxes et d’impôts
surévaluées
p PROGRESSIF
Fidèle à l’engagement de campagne
du candidat Macron, la trajectoire
de dette publique devrait refluer de près
de 6 points sur l’ensemble du quinquennat,
soit un de plus que la promesse du président
de la République. Quant au déficit, il devrait
fondre de moitié en 2020 - une fois délesté
des 20 milliards d’euros et 0,8 point liés
à la transformation du CICE
en exonération de cotisations
patronales - avant de
se rapprocher de l’équilibre
en 2022.
Le gouvernement chiffre à près de 30 milliards
d’euros le recul des prélèvements en 2019.
Un niveau légèrement surestimé par l’exécutif.
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
Le problème,
c’est que
le ressenti des
Français ne
correspond pas
aux chiffres du
gouvernement.
Ce budget
est illisible :
il comprend
des mesures
dans tous
les sens.
Le message
est brouillé,
résultat
d’une politique
brouillonne
»
ÉRIC WOERTH, PRÉSIDENT
LR DE LA COMMISSION
DES FINANCES
DE L’ASSEMBLÉE
NATIONALE
FISCALITÉ Cette année, le gouvernement affiche une baisse de
6 milliards d’euros des prélèvements sur les ménages (PLFSS présenté ce mardi compris). « C’est la
plus grande baisse d’impôts depuis
2008 », s’est même félicité Gérald
Darmanin. Quant aux entreprises,
l’exécutif présente une note en repli de 18,6 milliards. À l’examen,
ces chiffres relèvent davantage du
faux-semblant que de l’exactitude
statistique…
LES MÉNAGES
uMicmac sur les cotisations
L’exécutif met en avant un gain
de 4 milliards en faveur des salariés en 2019. En réalité, il s’agit de
l’effet, sur douze mois, de la baisse
de cotisations salariales appliquée
en deux temps en… 2018. Cette
mesure a été financée par la hausse généralisée de CSG de 1,7 point
appliquée entièrement, elle, dès
janvier de cette année. Le bilan de
cette bascule diffère selon qu’on
regarde seulement l’année 2018,
uniquement l’année 2019, ou les
deux « en même temps ». En 2018,
cela s’est traduit par une perte de
4,4 milliards pour les ménages,
que le gouvernement s’est alors
gardé de mettre en avant. En
2019, le gain s’élève donc à
4,1 milliards. La mesure est ainsi
- presque - neutre sur les deux
ans.
u
Baisse d’un tiers de la taxe
d’habitation
Après une baisse d’un tiers cette
année pour huit Français sur dix, la
taxe d’habitation diminuera de
nouveau d’un tiers en 2019. « Le
gain de pouvoir d’achat sera de plus
de 400 euros par ménage en 2019 et
de plus de 600 euros en 2020 »,
lorsque la taxe sera complètement
supprimée (pour 80 % des ménages). À en croire le président, la
taxe devrait être supprimée pour la
totalité des Français d’ici à la fin du
quinquennat. Seule demeurera
une taxe d’habitation sur les résidences secondaires.
u
300 000 retraités exonérés
de CSG
Édouard Philippe l’a annoncé
jeudi : les retraités qui franchiront
durant une année le seuil les
soumettant à la hausse de 1,7 point
de CSG en seront exonérés.
300 000 personnes seront concernées en 2019.
des cotisations salariales
uFin
sur les heures sup
L’exécutif l’a annoncé fin août : les
heures supplémentaires seront
exonérées de cotisations sociales à
partir de septembre 2019. Les salariés concernés devraient y gagner
600 millions d’euros l’année prochaine. En année pleine, le gain
s’élèvera à 2 milliards et à
200 euros en moyenne par an et
par salarié concerné.
de la taxe
uHausse
sur les contrats d’assurance…
La mesure concernera tous ceux
qui comptent contracter un
emprunt. La taxe sur les contrats
d’assurance (TSCA) sera alourdie.
Concrètement, la partie assurance
décès ne sera plus exonérée sur
les contrats d’assurance emprunteur. Pour une personne qui
emprunte 100 000 euros à quinze
ans, cette extension de la TSCA à
l’assurance décès représentera un
surcoût de 3 euros par mois. Cette
mesure générera 500 millions
d’euros de recettes à terme pour
l’État.
Hausse de la fiscalité énergétique (impact sur les ménages)
1,9
Total ménages
-6
Bascule CICE / cotisations
(dont impact des mesures de la LFI 2018)**
- 0,5
Baisse du taux d'IS de 33 % à 25 %
- 2,4
Renforcement temporaire du 5ème acompte d’IS
taxes
u…suretledescarburant
(et le tabac)
Le gouvernement « assume » : la
hausse des taxes sur les carburants
- comme celles sur le tabac pour
400 millions - continuera d’augmenter en 2019. D’abord, la taxe
carbone, qui détermine la taxation
de toutes les énergies fossiles,
continuera sa progression. De
plus, la fiscalité du diesel augmentera plus fortement encore afin
d’être alignée sur celle de l’essence
à l’horizon 2021. Le tout pèsera à
hauteur de 1,9 milliard en 2019 sur
le budget des ménages, après
2,4 milliards en 2018. Cet alourdissement frappera aussi les entreprises à hauteur de 2 milliards - dont
1 au titre de la suppression du taux
réduit sur les carburants bénéficiant à certains secteurs (BTP…).
LES ENTREPRISES
du CICE
uTransformation
en baisse pérenne de charges
Il ne s’agit pas d’une baisse des prélèvements, mais la mesure sera
massive. La transformation du crédit d’impôt compétitivité emploi
(CICE) en baisse de cotisations patronales injectera 20 milliards
d’euros de plus dans l’économie en
2019. Les entreprises toucheront
l’année prochaine leur CICE au titre
de leur exercice 2018, qu’elles ont
déjà inscrit dans leurs comptes cette
année. Elles bénéficieront en plus de
la baisse des charges à partir de janvier, qui remplaceront dorénavant
le CICE, et d’un allégement supplémentaire sur les bas salaires, décalé
de neuf mois, à partir de septembre.
u
Baisse de l’impôt
sur les sociétés
La trajectoire de baisse de l’impôt
sur les sociétés (IS), qui doit passer
de 33,33 % à 25 % d’ici à 2022, se
poursuivra en 2019. Cela repré-
1
Suppression du taux réduit de TICPE
pour certains usagers du gazole
1
Ressources affectées à France
Compétences contribuant au financement
du Plan d'investissement sur les compétences
Total entreprises
Total ménages + entreprises
- 24,8
* Hors prime compensatoire pour les fonctionnaires d'Etat
** Dont - 0,4 Md€ de compensation des régimes spéciaux financés par la Sécurité sociale
Infographie
Source : PLF 2019
20 TAXES
sente un allégement de 2,4 milliards d’euros pour les entreprises.
Le taux sera ramené à 31 % pour
l’ensemble des entreprises et à
28% pour celles dont le bénéfice
est inférieur à 500 000 euros.
Par ailleurs, l’exécutif veut inciter
les PME à se numériser en relançant une mesure de suramortissement (l’entreprise peut déduire
40 % de plus que le montant de son
investissement).
Bercy réforme aussi le régime d’intégration fiscale, utilisé par plus de
100 000 sociétés. Cela « permettra
de sécuriser le régime français de l’IS
au regard des exigences du droit
européen », avance le gouvernement. En revanche, les entreprises
prennent très mal le durcissement
du régime d’imposition des brevets. Les plus grandes déplorent
aussi le gonflement de leur cinquième acompte d’IS, mesure temporaire qui pourrait être pérennisée.
À FAIBLE
RENDEMENT
SUPPRIMÉES
En 2014, l’IGF avait dénombré
192 taxes sur les entreprises
à faible rendement,
c’est-à-dire rapportant moins
de 150 millions d’euros et
générant des coûts importants
(et même parfois supérieurs)
de recouvrement. Le projet
de budget 2019 en retoque 20
- dont 17 qui feront l’objet
d’une suppression sèche pour un coût avoisinant, au
total, les 131 millions d’euros.
Voici un florilège
des principales…
■ Taxe portant sur les farines,
semoules et gruaux de blé
tendre livrés ou mis en œuvre
en vue de la consommation
humaine
Coût : 64 millions d’euros
uMesure du projet de loi Pacte, le
Diminution du forfait social
forfait social de 20 % sur l’intéressement, pour les entreprises de
moins de 250 salariés, et sur la participation, pour les entreprises de
moins de 50 salariés, sera supprimé. Seul subsistera le prélèvement
de CSG et CRDS à hauteur de
9,60 % sur les sommes versées. ■
■ Taxe sur les appareils
de reproduction
Coût : 25 millions d’euros
■ Taxe affectée
à l’Établissement national
des produits de l’agriculture
et de la mer due
par les exploitants agricoles
producteurs de céréales
Coût : 17,5 millions d’euros
À SUIVRE SUR TWITTER
#LE57INTER
de crédits budgétaires
de crédits budgétaires
en plus, soit une
en plus, soit une
hausse de 5 %
hausse de 1,6 %
en un an
en un an
Promesse tenue pour les armées. Elles seront mieux
dotées en 2019, avec 1,7 milliard d’euros de crédits supplémentaires par
Le budget de l’Éducation va augmenter
rapport à 2018, et leurs rangs seront renforcés
de 850 millions d’euros en 2019 (+ 1,5 %),
avec la création de 450 emplois. En 2019, première année de mise en œuvre
restant ainsi le plus important de l’État.
de la nouvelle loi de programmation militaire 2019-2025, le budget
Son nombre d’emplois va toutefois diminuer
de la défense atteindra 35,9 milliards. Cet effort servira principalement
de 1 850 postes en équivalents temps plein. Quant
à augmenter et moderniser les équipements, améliorer les infrastructures et
aux crédits de la recherche et de l’enseignement
mettre en œuvre le plan famille.
supérieur, ils sont, eux aussi, en hausse de 2 %.
T. LO PRESTI/PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP
L. NOBOUT/IP3 PRESS/MAXPPP
A
Retrouvez le mercredi à 6h48
Histoires Économiques
avec Jacques-Olivier Martin
du quotidien
1,3
- 18,8
1,7
DÉFENSE
0,2
Hausse de la fiscalité énergétique (impact sur les entreprises)
milliard €
milliard €
MATHILDE
MUNOS
- 0,5
Surtaxe exceptionnelle à l'impôt sur les sociétés
1,27
LE 5/7
1,5
Taux de forfait social à 0 % pour
les entreprises de moins de 50 salariés
LES DEUX PLUS GROS BUDGETS MINISTÉRIELS BIEN ORIENTÉS
ÉDUCATION
ET RECHERCHE
- 20,4
CICE - impact des mesures antérieures à la LFI 2018
■ Contribution additionnelle
à l’imposition forfaitaire
sur les entreprises de réseaux
Coût : 8,4 millions d’euros
■ Taxe sur l’édition
des ouvrages de librairie
Coût : 4 millions d’euros
■ Prélèvement
sur les numéros surtaxés
pour les jeux et concours
radiodiffusés et télévisés
Coût : 3 millions d’euros
■ Taxe affectée à la Chambre
nationale de la batellerie
artisanale
Coût : 1,2 million d’euros
■ Contribution de sécurité
de la propriété maritime
Coût : 1,13 million d’euros
■ Taxe sur l’ajout de sucre
à la vendange
Coût : 1,57 million d’euros
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
ENTREPRISES
23
Les Argentins se mobilisent contre l’austérité de Macri
Le pays devrait être bloqué mardi par une grève générale qui touche tous les services publics.
34%
Taux d’inflation
en Argentine
LOUISE MICHEL £@LouiseMichelD
BUENOS AIRES
AMÉRIQUE LATINE Pas de transport public, ni de trafic aérien, les
écoles publiques et les banques fermées : l’Argentine risque la paralysie
ce mardi 25 septembre. Pour protester contre les mesures draconiennes
d’économie, les principaux syndicats du pays ont appelé à une grève
générale - la quatrième depuis l’arrivée au pouvoir de Mauricio Macri
fin 2015 – qui s’annonce très suivie.
Les Argentins subissent depuis
des semaines la dégringolade du
peso, symptomatique de la crise.
Prostré devant un bureau de change
à Buenos Aires, un passant regarde
le cours du dollar qui s’envole.
« C’est de la folie », lance-t-il. La
devise argentine a perdu la moitié
de sa valeur depuis le début de l’année par rapport au billet vert.
Face à la brutale dévaluation de la
monnaie nationale à la fin du mois
d’août, le gouvernement argentin a
fait appel au Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir un
déblocage anticipé du prêt de
50 milliards de dollars octroyé en
juin dernier à l’Argentine. La Banque centrale a relevé son taux directeur de 45 à 60 %, le plus élevé
au monde. Malgré cette mesure
drastique pour inciter les investisseurs et les Argentins à garder leurs
placements en pesos à la banque,
rien n’y fait. « On n’a pas confiance
en notre monnaie. Et ça ne date pas
d’hier… », explique Daniela, une
trentenaire qui comme beaucoup
échange tous les mois une partie de
son salaire contre des dollars, la
monnaie refuge en Argentine.
« Pourquoi est-ce que je voudrais
garder des pesos qui ne vaudront
peut-être plus rien demain ? »
Fuite des cerveaux
Sous la pression du FMI, l’Argentine
s’est engagée à réduire son déficit
budgétaire en coupant dans les dépenses publiques. Des dizaines de
milliers de professeurs et d’étudiants
ont manifesté jeudi 30 août à Buenos
Aires contre les coupes budgétaires
imposées aux universités. Depuis
plus d’un mois, des professeurs en
grève font classe dehors : « C’est une
manière de sensibiliser les gens sur la
gravité de la situation pour l’éduca-
tion en Argentine », explique Laila,
professeur de chimie qui vient de
donner deux heures de cours sur une
place de la capitale. « Certaines universités de la banlieue de Buenos Aires
risquent de disparaître faute de budget, elles ne peuvent même plus payer
les factures d’électricité », déplore la
jeune femme qui gagne 15 000 pesos
(300 euros) par mois.
Pour rééquilibrer ses comptes en
2019, le gouvernement a supprimé
une dizaine de ministères dont celui
de la Science qui devient un secrétariat d’État. « Une énième provocation, estime Laila. Si la situation ne
s’arrange pas, on risque d’assister à
une nouvelle fuite des cerveaux,
comme dans les années 1990. »
Dans ce contexte économique
tendu, les perspectives d’avenir
s’amoindrissent pour la jeunesse
argentine. Les diplômés ont du mal
à trouver un emploi. Le taux de
chômage des 14-29 ans atteint 17 %
et dépasse 20 % chez les femmes
dans cette tranche d’âge. Et pour
ceux qui travaillent, les salaires
augmentent moins vite que l’inflation qui devrait dépasser 40 % fin
2018. « Je fais partie d’une génération perdue, sans futur », soupire
Carlos, chercheur et professeur de
physique à l’université publique de
Buenos Aires. « Mes projets d’avoir
un jour un appartement ou de partir
en voyage se sont envolés. C’est
comme ça en Argentine, tous les dix
ans il y a une crise », confie le trentenaire résigné, qui songe à faire ses
valises pour partir travailler en
France. ■
Une fusion en or pour Barrick et Randgold
En déclin, le premier producteur mondial de métal jaune vaudra, avec cet achat, 18 milliards de dollars.
■ Barrick
Chiffre d’affaires 2017
8,4 milliards de dollars
Résultat net 2017
876 millions de dollars
Production d’or 2017
5,32 millions d’onces
■ Randgold
Chiffre d’affaires 2017
1,3 milliard de dollars
Résultat net 2017
335 millions de dollars
Production d’or 2017
1,315 million d’onces
ANNE BODESCOT
abodescot@lefigaro.fr
MINES Les groupes miniers ont,
dans le passé, payé parfois très cher
leur goût des acquisitions dispendieuses, réalisées à mauvais escient. Mais le rachat par le groupe
canadien Barrick, premier producteur d’or mondial, de son concurrent Randgold, annoncé lundi, est,
à l’inverse, accueilli par les spécialistes comme un coup de maître.
« C’est une opération magnifique ,
s’enthousiasme Alain Corbani, gérant du fonds Global Gold et Precious chez Finance SA. Si, à eux
deux, John Thornton, le président
exécutif de Barrick, et Mark Bristow,
le directeur général de Randgold, ne
parviennent pas à relancer Barrick,
peu de personnes y parviendront. »
En dix ans, le cours de Bourse du
géant canadien a été divisé par
trois, tandis que celui de son rival
britannique, installé dans l’île de
Jersey, doublait. Barrick a en effet
mis une décennie à sortir du piège
qui s’était refermé sur lui en 2008 :
le cours des matières premières (en
particulier du cuivre, dont il est
aussi producteur) s’était alors
effondré alors que le groupe venait
de multiplier les acquisitions
ruineuses.
Étranglé par une dette devenue
insupportable, il a dû s’infliger une
purge sévère. John Thornton, son
dirigeant, a enchaîné réductions
des investissements et cessions
d’actifs pour remettre les comptes
dans l’ordre. Mission accomplie.
« La dette a diminué de moitié, la
rentabilité est de retour, mais le
marché s’inquiète maintenant de
l’absence de perspectives de croissance », souligne Alain Corbani. La
production d’or de Barrick a chuté
de 8 millions d’onces en 2007 à
5,3 millions d’onces en 2017, selon
l’agence Bloomberg.
À l’inverse, Mark Bristow, à la
tête de Randgold, est un gestionnaire soucieux de payer ses emplettes au juste prix. Cette discipline lui
a sauvé la mise pendant la crise.
Mais, aujourd’hui, la croissance du
groupe patine, tant il est difficile de
s’offrir de nouvelles mines à un prix
convenable pour ce groupe qui intervient surtout en Afrique.
Le titre a même perdu en Bourse
près de 30 % cette année, pénalisé
par un problème fiscal au Mali, une
grève en Côte d’Ivoire dans une
mine d’or destinée à être fermée
dans cinq ans et la hausse des
royalties réclamées par la République démocratique du Congo aux
groupes miniers implantés comme
lui dans le pays.
Un nouveau souffle
Le rapprochement des deux groupes, le plus important dans les mines d’or depuis des années, serait
donc censé résoudre leurs difficultés respectives. D’ailleurs, leurs
deux patrons entendent se partager
la tâche. John Thornton conservera
son poste, tandis que Mark Bristow
deviendra PDG du nouvel ensemble, valorisé 18 milliards de dollars.
« Il pourra améliorer la rentabilité
des actifs de Barrick, comme il a su le
Une mine d’or exploitée par Rangold, près de Kibali, en République démocratique du Congo.
faire avec ceux de Randgold, et apporter une stratégie qui manquait un
peu aux financiers qui dirigent Barrick », remarque Alain Corbani.
De quoi espérer une cure de jouvence pour le premier producteur
mondial qui n’était plus très loin de
devoir laisser sa place à son
compétiteur, Newmont. Avec cette
acquisition, il conservera son
titre… et une longueur d’avance. Il
diversifie aussi ses activités car,
très bien implanté en Amérique, il
est en revanche peu présent
en Afrique. Les actionnaires de
Randgold ont, eux, l’opportunité
de valoriser leurs titres à un moment bien choisi, au regard du parcours boursier contrasté des deux
titres ces dernières années. Barrick
prévoit en effet de leur remettre,
pour chacun de leur titre, 6,128 des
nouvelles actions qu’il aura émises
pour l’occasion. Cela valorise
Randgold à quelque 6 milliards de
dollars. ■
Total étoffe son potentiel en mer du Nord
L’équivalent de 15 % des réserves de gaz du Royaume-Uni a été repéré.
170
millions
de barils équivalent
pétrole : potentiel
de ressources
du champ de gaz
de Glendronach
au large de l’Écosse
FRÉDÉRIC DE MONICAULT
fdemonicault@lefigaro.fr
ÉNERGIE Explorée depuis bientôt
un demi-siècle, la mer du Nord
n’est certes plus un eldorado
pétrolier : la production d’huile et
de gaz a été divisée par deux en
dix ans. Il n’empêche, il arrive
encore d’y faire des découvertes
significatives. Comme celle, au
large de l’Écosse, du réservoir de
gaz de Glendronach, qualifiée de
« majeure » par Total. Le groupe
français a officialisé lundi les résultats des tests conduits à l’ouest
des îles Shetland : le volume de
ressources récupérables est estimé
à environ mille milliards de pieds
cubes.
« Cela représente près de 15 %
des réserves de gaz du RoyaumeUni, soit un potentiel considérable », commente Olivier Appert,
conseiller au centre énergie de
l’Institut français des relations internationales (Ifri). La production
de ce champ, situé à environ
300 mètres de profondeur, sera
acheminée vers l’usine de gaz des
Shetland exploitée par Total : à
son rythme de croisière, celle-ci
traite 500 millions de pieds cubes
par jour, soit l’équivalent de 7 %
environ de la consommation du
Royaume-Uni.
« Dans un bassin mature comme
celui de la mer du Nord, les compagnies procèdent par “jardinage”,
c’est-à-dire qu’elles effectuent des
explorations ciblées autour d’installations déjà existantes, poursuit
Olivier Appert. De telle sorte que
les quantités supplémentaires d’hydrocarbures pourront plus facilement être extraites puis traitées. »
À l’ouest des îles Shetland, Total
exploite ainsi déjà quatre sites, à
Laggan, Tormore, Glenlivet et
Edradour. En l’occurrence, c’est
sous ce dernier champ que le puits
menant à Glendronach a été foré,
à une profondeur finale de
4 312 mètres. La nouvelle découverte abrite quelque 170 millions
de barils équivalent pétrole. Le
volume moyen des découvertes
en mer du Nord oscille entre 10 et
20 millions de barils, sans
compter qu’un grand nombre de
puits peuvent se révéler secs.
Créativité des géologues
Les progrès de l’imagerie sismique, avec des algorithmes plus
efficaces et des capacités supérieures, ont facilité l’exploration
de Glendronach. Mais d’autres
éléments expliquent ce succès.
Total souligne que ses équipes ont
réétudié l’ensemble de la zone, en
croisant toutes les connaissances
et toutes les données disponibles.
« Il y a encore la créativité de nos
géologues et de nos physiciens, via
le procédé de “recherche des analogues” qui permet en s’appuyant sur
les sites déjà explorés avec succès
de voir quelles nouvelles zones s’en
approchent. »
Au début de l’année, après la finalisation de l’acquisition du
danois Maersk Oil & Gas (pour
7,4 milliards de dollars), Total est
devenu le deuxième opérateur
pétrolier en mer du Nord, juste
derrière le norvégien Statoil. Il est
aussi le troisième en termes de
ressources. Sa production, pour le
seul périmètre du Royaume-Uni
(plus mûr que la Norvège), s’élève
à 171 000 barils par jour.
D’ici à 2020, la compagnie tricolore vise 500 000 barils par jour
pour l’ensemble de la mer du
Nord (Royaume-Uni, Norvège,
Danemark). D’ici là, d’autres découvertes auront peut-être été
mises au jour. Chaque année, 15 %
des investissements d’exploration
du français, sur une enveloppe
globale de 1,2 milliard de dollars,
sont consacrés à cette région. ■
SIMON DAWSON/BLOOMBERG
EN BREF
MICHAEL KORS PRÊT
À RACHETER VERSACE
£ Selon Il Corriere della Sera,
Donatella Versace,
vice-présidente et directrice
artistique de Versace, doit
officialiser ce mardi la prise
de contrôle de l’entreprise par
le groupe américain Michael
Kors pour plus de 2 milliards
de dollars (1,7 milliard
d’euros). À cette occasion,
le fonds Blackstone, entré
en 2014, sortirait du capital.
La famille du fondateur,
Gianni Versace, assassiné
en 1997, qui détient 80 %
du capital, continuerait à jouer
un rôle dans la société.
PAS DE RÉUNION JEUDI
ENTRE BEN SMITH
ET LES SYNDICATS
£ Contrairement à ce que la CGT
d’Air France a déclaré dans un
tract vendredi (nos éditions du
22 septembre), aucune réunion
n’est prévue jeudi entre les
représentants de l’intersyndicale
et le nouveau directeur général
d’Air France-KLM, Ben Smith.
Ce dernier a proposé lundi
de les recevoir le 1er octobre.
Par ailleurs, selon latribune.fr,
Ben Smith devrait être « nommé
directeur général d’Air France
de manière temporaire ».
+@
» Cette société française
fabrique des micromaisons à toit ouvrant
» La filière biométhane prend
son envol
www.lefigaro.fr/economie
A
Forces
EN PRÉSENCE
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
24 ENTREPRISES
Carrefour-Casino : la partie de poker menteur
Les distributeurs livrent une guerre de communication sur un projet de rapprochement évoqué entre leurs PDG.
OLIVIA DÉTROYAT £@OliviaDer
ET IVAN LETESSIER £ @IvanLetessier
DISTRIBUTION La guerre entre distributeurs ne se limite plus aux prix,
aux emplacements de supérettes et
aux partenariats avec les Gafa pour
accélérer dans l’e-commerce. Depuis ce week-end, Casino et Carrefour se livrent aussi un duel de
communiqués inédit à la Bourse. Le
distributeur stéphanois a dégainé le
premier lundi, peu après minuit,
dans la foulée d’un conseil d’administration convoqué dimanche en
fin d’après-midi.
« Casino a été sollicité depuis quelques jours par Carrefour en vue d’une
tentative de rapprochement, assure
un communiqué. Le groupe entend
mener toutes les actions nécessaires
pour défendre son intérêt social et
son intégrité. Le conseil d’administration a décidé à l’unanimité de ne
pas donner suite à cette approche. Il
observe que celle-ci est faite alors
que le marché du titre Casino a fait
l’objet de manipulations spéculatives
coordonnées à la baisse d’une ampleur inédite depuis plusieurs mois. »
Carrefour riposte de façon virulente. « Les difficultés auxquelles
sont confrontés le groupe Casino et
son actionnaire de contrôle ne peuvent justifier des communications intempestives, trompeuses, et dénuées
de tout fondement, tonne au milieu
de la nuit un communiqué du groupe. Carrefour dément avoir sollicité
Casino, s’étonne que l’on ait soumis
au conseil d’administration de Casino une proposition de rapprochement qui n’existe pas et examine les
voies de droit à sa disposition à
même de faire cesser ces insinuations inacceptables. »
Tous deux inspecteurs des Finances, Alexandre Bompard, le PDG de
Carrefour, et Jean-Charles Naouri,
son homologue chez Casino, ont
une lecture diamétralement opposée des mêmes faits. Les deux dirigeants ne sont d’accord que sur un
point : ils se sont rencontrés mercredi 12 septembre au 10, avenue
George-V, dans les bureaux d’AM
Conseil, la société d’Alain Minc,
inspecteur des finances, lui aussi.
Qui est à l’origine de la rencontre ?
Dans chaque camp, on assure que
l’initiative vient de l’autre. À moins
que ce ne soit celle de l’entremetteur ? Contacté par Le Figaro, Alain
Minc, proche des deux et conseiller
historique de Naouri, s’en tient à un
prudent « no comment ».
Le rendez-vous a été arrangé le
vendredi 31 août au soir. Dans
Alexandre Bompard
(à gauche),
PDG de Carrefour,
et Jean-Charles Naouri,
PDG du Groupe Casino.
É. PIERMONT/AFP FORUM,
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
CHRONOLOGIE
31 AOÛT 2018
Proposition
d’une rencontre entre
Jean-Charles Naouri
et Alexandre Bompard,
à l’initiative d’Alain Minc.
12 SEPTEMBRE
Rencontre
des deux dirigeants
dans un lieu tiers.
l’après-midi, le cours de Casino
plonge en Bourse, à 27 euros, après
la publication d’un tweet du patron
de Muddy Waters, le spéculateur
qui avait contraint Casino à d’importantes cessions d’actifs fin 2015.
Depuis le milieu de l’été, des
hedge funds spéculent à la baisse
sur le titre Casino, pariant que sa
maison mère, Rallye, sera dans
l’incapacité de rembourser pour
un milliard d’euros d’obligations
dans les prochains mois : Rallye
doit ainsi 370 millions le 2 octobre
et 300 millions le 15 octobre. « Il
faut que vous rencontriez Alexandre Bompard », assure Alain Minc
à Jean-Charles Naouri à la veille
du week-end.
Relations tendues
Chez Carrefour, on assure
qu’Alexandre Bompard n’a été approché par Alain Minc qu’à son retour de road-show de New York, le
week-end précédant la rencontre.
Une chose est sûre, si les deux titans
de la distribution sont venus chez
AM Conseil, ce n’est pas « pour
beurrer les tartines », comme on dit
chez Les Tontons flingueurs. Ils évo-
quent un possible rapprochement
entre leurs groupes. À ce stade,
seuls leurs avocats travaillent, afin
de délimiter le cadre d’éventuels
échanges entre banquiers d’affaires, dans les starting-blocks.
Dans la matinée du vendredi 21,
les avocats de Casino envoient par
mail à ceux de Carrefour un « Accord
de confidentialité projet États-Unis ».
Les distributeurs héritent des noms
de code « Colorado » (Casino) et
« Carolina » (Carrefour). L’accord
prévoit qu’aucune des sociétés n’engage d’opération sur le titre de
l’autre sans son accord pendant six
mois. Ce projet de « standstill » est
refusé par Carrefour. En fin d’aprèsmidi, les avocats du groupe dirigé par
Les marchés sceptiques sur l’intérêt du mariage
21 SEPTEMBRE
Projet d’accord de
confidentialité envoyé
par Casino et projet
d’accord de méthode
rédigé par Carrefour.
23 SEPTEMBRE
Réunion du conseil de
Casino. Communiqué
évoquant une « tentative
de rapprochement ».
Démenti formel
de Carrefour.
Alors que les deux géants de la distribution française se livrent une bataille de communication, les marchés boursiers restent impassibles.
Lundi, après le ferme démenti de
Carrefour, le cours du géant de la
distribution a clôturé en légère baisse de 0,81 %. Et celui de sa « vraie
fausse » cible, orienté à la hausse
depuis plusieurs jours, est resté stable (- 0,6 %). Une réaction si timide
que même l’AMF, le gendarme
boursier, n’a pas jugé bon d’intervenir. Info ou intox, un tel scénario
LES DÉCIDEURS
 THOMAS GEORGEON
Société de la tour Eiffel
À 43 ans, le centralien est nommé directeur
général adjoint de la foncière cotée. Transfuge
de Bouygues, où il œuvrait dans la branche
rénovation privée du bâtiment, son arrivée
s’inscrit dans la perspective de la fin du mandat
du directeur général, Philippe Lemoine, dont il
devrait prendre la place par la suite.
 BERTRAND PAILHES
Secrétariat d’État au Numérique
C’est une carrière sous le signe du numérique.
Après deux ans comme chef cabinet d’Axelle
Lemaire, ex-secrétaire d’État au Numérique,
cet ingénieur diplômé de Sciences Po se voit
confier la coordination pour la stratégie d’intelligence artificielle par Mounir Mahjoubi.
 PIERRE LECLERQ
Citroën
A
Dès la semaine suivante, des rumeurs d’un intérêt de Carrefour pour
Casino circulent chez les journalistes
à Londres et à Paris, mais sans jamais
se retrouver sur les marchés financiers. Face aux démentis de Carrefour, aucun article n’est publié.
Alexandre Bompard envoient à ceux
de Casino une proposition de « calendrier général » et « d’organisation
des travaux », avec quatre chantiers
étalés sur trois à quatre semaines.
Dans ce document, où Carrefour est
rebaptisé « Cassiopée », sont notamment évoqués les chantiers liés aux
synergies et à la concurrence.
La courte durée des négociations
proposée par Carrefour et son refus
du standstill poussent Jean-Charles
Naouri, qui craint une opération
hostile, à convoquer un conseil
d’administration. Le patron de Casino, qui a engagé un plan de cession d’actifs pour désendetter son
groupe, est sans doute rassuré par
l’avancée de ces projets et les performances de son groupe. De plus,
la semaine passée, Rallye a obtenu
de plusieurs banques françaises une
bouffée d’air frais, avec une ligne de
crédit de 500 millions d’euros.
Les relations entre Casino et Carrefour sont tendues depuis que le second a mené, au printemps 2011,
une opération visant à prendre le
contrôle de la filiale brésilienne du
premier. Pour l’occasion, Carrefour
s’était associé à Abilio Diniz, à l’époque partenaire de Casino. La tentative a échoué, mais elle a laissé des
traces, d’autant qu’Abilio Diniz, qui
a cédé depuis à Casino ses parts dans
la filiale, est devenu actionnaire de
Carrefour Brésil et de Carrefour. Au
conseil d’administration du groupe,
il côtoie Philippe Houzé, dont la famille, propriétaire des Galeries Lafayette, est devenue le principal actionnaire de Carrefour. Or Philippe
Houzé a longtemps siégé au conseil
de Casino, avant de se fâcher avec
son patron lorsque le groupe a pris le
contrôle de Monoprix. Cette guerre
des communiqués ne devrait pas
rapprocher les deux groupes… ■
Le quadragénaire originaire de Belgique poursuit sa route dans l’automobile. Après Ford, BMW, Rolls Royce, Mini
ou encore Kia, c’est désormais chez Citroën qu’il
va exercer ses talents de designer. Nommé
directeur du style pour la marque aux deux chevrons, il remplace Alexandre Malval qui s’en va.
aurait pourtant en temps normal de
quoi faire saliver les investisseurs.
Surtout dans un secteur en ébullition
marqué par les rapprochements entre distributeurs physiques pour répondre à la menace Amazon (Sainsbury’s-Asda, Auchan-AliBaba…).
Chevauchements
Au-delà des communiqués, le rapprochement des deux groupes soulève des questions, tant il semble peu
créateur de valeur. D’abord pour des
raisons de concurrence. Depuis la
cession en 2016 de ses filiales en
Thaïlande et au Vietnam, Casino
n’est présent que sur deux piliers
français et brésiliens (via sa filiale
GPA). Au Brésil, les deux groupes
sont coleaders. Certes sur un marché
alimentaire très atomisé, mais avec
des formats en commun, notamment sur la vente en gros (« cash and
carry ») avec leurs enseignes Atacadao et Assaï. Pis en France, où Carrefour et Casino réalisent 45 % et 55 %
de leur activité. Les chevauchements
sont légion, comme sur la proximité,
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
De la terre à la mer, François Houllier,
un fédérateur à la tête de l’Ifremer
À la base un homme des
forêts, chercheur passionné
avec toujours la volonté
d’améliorer, qui sut conforter l’Inra comme le premier
institut de recherche agronomique en Europe et
le deuxième dans le monde. Aujourd’hui, de la
terre à la mer, François Houllier, 59 ans, s’attelle à un nouveau défi en endossant le costume de
PDG de l’Institut français de recherche pour
l’exploitation de la mer. Un job dans lequel,
même s’il n’est pas à proprement parler un
« marin », cet homme à la vision internationale
ayant toujours servi l’intérêt national devrait se
sentir comme un poisson dans l’eau. Comme
toutes les directions d’instituts de recherche, la
présidence de l’Ifremer était très convoitée
depuis le départ au printemps de François Jacq
pour le Commissariat à l’énergie atomique. Une
demi-douzaine de candidats figuraient sur la
short liste pour la présidence de cet Epic dépendant à la fois des ministères de l’Enseignement
supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et
de la Transition écologique.
Le Conseil des ministres a donc entériné le
19 septembre la nomination de François Houllier. Un juste retour des choses pour le polytechnicien à qui, à la mi-mai 2016, alors qu’il
visait sa propre succession, avait été préféré
Philippe Mauguin, l’ex-dircab de Sébastien Le
Foll à l’Agriculture. « Un parachutage » stigmatisé alors par la communauté des chercheurs agronomiques et scientifiques. Lot de
consolation, François Houllier s’était vu
confier il y a dix-huit mois la présidence de la
Sorbonne (Sorbonne Paris Cité) et ne sera
donc resté que peu de temps à ce poste.
À l’Ifremer, il reprend la barre après l’intérim
assuré par Patrick Vincent depuis le 4 mai.
Homme de dialogue et promoteur du travail
collaboratif, ce père de quatre enfants, qui
débuta à l’Inventaire forestier national, enseigna à l’Engref et dirigea l’Institut français de
Pondichéry, a voué quinze années de sa vie à
l’Inra, dont quatre comme président. Chercheur au puissant leadership, il a dirigé parallèlement différentes instances scientifiques et
coécrit un rapport sur les sciences participatives en France. À l’Ifremer, il va piloter un
ensemble de 1 500 salariés, dont 500 ingénieurs, doté d’un budget de 200 millions
d’euros. Avec plusieurs grands dossiers : le
transfert du siège à Brest prévu pour janvier, la
consolidation de la structuration de la flotte
océanographique française (11 navires), rattachée depuis janvier à l’Ifremer et la finalisation
du plan stratégique 2019-2023. D’entrée de
jeu, le nouveau PDG a affirmé sa volonté de
consolider l’institut par une bonne coordination avec les autres acteurs.
C. B.
l’un des formats les plus dynamiques
mais archidominé par les deux acteurs, surtout en région parisienne.
Enfin, un rapprochement paraît délicat à mener à l’heure où Carrefour
sort d’un plan social dans ses magasins de proximité et de départs volontaires dans ses sièges tricolores.
Reste la question de l’e-commerce,
stratégique pour Alexandre Bompard. Dans une note, les analystes de
Kepler Cheuvreux affirmaient que
Casino ne serait pas opposé à une
vente de CDiscount. ■
O. D.
www.lefigaro.fr/decideurs
 GUILLAUME HENRY
Jean Patou-LVMH
Le groupe LVMH a confirmé lundi,
premier jour de la Fashion Week à
Paris, avoir pris le contrôle de la griffe
Jean Patou. Dans le même temps, la maison a
annoncé l’arrivée de Guillaume Henry, ancien
designer de Carven puis de Nina Ricci, au sein
de l’espagnol Puig, comme directeur artistique,
À lui de faire revivre l’héritage couture de cette
maison qui le passionne, et dont l’activité a cessé en 1987. Jean Patou a intégré le pôle LVMH
Fashion Group (Celine, Fendi, Givenchy, Pucci…) présidé par Sidney Toledano. La griffe est
surtout restée connue pour ses parfums, dont
Joy, l’un des plus chers du monde en son temps.
 TRISTAN DE SILGUY
Eghon Zehnder
Membre actif de la practice mondiale
Services financiers, cet ESCP de 38 ans
est élu partner du leader mondial de
cadres dirigeants. Arrivé en 2011, le fils de l’ancien commissaire européen Yves-Thibault de
Silguy codirige l’activité banque de financement et d’investissement au niveau mondial.
Ancien d’UBS et de Rothschild & Cie, arrivé en
2011, il conduit des missions de recrutement,
d’évaluation et de développement de cadres dirigeants pour la banque, l’assurance, les fonds
d’investissement…
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
ENTREPRISES 25
Mondelez pousse
ses marques locales
Pour renouer avec la croissance, le groupe
propriétaire d’Oreo et de Milka étudie de nouvelles
acquisitions, notamment de leaders nationaux.
MONDELEZ
EN CHIFFRES
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
EXERCICE 2017
22
milliards d’euros
de chiffre d’affaires :
42 % avec les biscuits
(BelVita, Oreo, Lu…),
31 % dans le chocolat
(Milka, Côte d’Or…),
14 % dans les chewinggums (Hollywood,
Trident…)
16,3 %
de marge opérationnelle
3%
d’objectif de croissance
organique annuelle
AGROALIMENTAIRE « Il est temps
d’écrire le prochain chapitre de notre histoire. » Pour Hubert Weber,
vice-président Europe de Mondelez, six ans après la séparation
d’avec Kraft Foods et après la priorité donnée à la rentabilité du
groupe, le géant de l’agroalimentaire doit repartir de l’avant. Soit
renouer avec une croissance plus
franche après deux années moroses : le chiffre d’affaires n’a progressé que de 1,3 % en 2016 et de
0,9 % en 2017. Sous l’impulsion de
son nouveau PDG, Dirk Van de
Put, qui a remplacé en novembre
Irene Rosenfeld, le groupe propriétaire d’Oreo, de Milka, Lu,
Granola, Côte d’Or et Philadelphia
ne veut plus dépendre que de ses
grandes marques mondiales.
« Nous étions très centrés sur la
croissance de nos catégories phares
et sur l’amélioration de nos marges,
explique Hubert Weber. Après
avoir avancé sur ces fronts et investi
le territoire du snacking, il est temps
de réécrire une histoire de croissance, d’investir davantage dans de
nouvelles géographies et de nouveaux marchés. »
Avec 21 % du marché du snacking dans le monde, le groupe
aux 25,9 milliards de dollars de
chiffre d’affaires (22 milliards
d’euros) est le leader sur cette catégorie. À la faveur du recentrage
entamé en 2012 sur les biscuits, le
chocolat et les chewing-gums et
une cure d’amaigrissement de
3,5 milliards de dollars achevée
cette année, la marge opérationnelle est passée de 10,1 % à 16,3 %
entre 2012 et 2017. Mais au prix
d’une croissance en berne. Ce qui
a entraîné l’an dernier le départ
d’Irene Rosenfeld sous la pression
des deux actionnaires activistes
Nelson Peltz (Trian) et Bill Ackman (Pershing Square). Dans sa
feuille de route présentée début
septembre à Boston, le nouveau
PDG a annoncé viser 3 % de
croissance organique annuelle.
Soit le triple du rythme actuel.
« Il faut trouver un meilleur équilibre entre nos marques mondiales
phares et des marques locales qui
doivent asseoir notre leadership sur
les marchés clés », traduit Hubert
Weber pour évoquer les moyens
d’atteindre cet objectif. C’est le cas
de Lu, racheté en 2007 à Danone et
numéro un du biscuit en France.
Ou de Fontaneda, les galettes emblématiques du petit déjeuner et
du goûter en Espagne. Ou encore
Oro, en Italie.
«Conscients des attentes des
consommateurs, nous misons aussi
sur des offres complémentaires avec
Une chaîne de production d’Oreo dans l’usine Mondelez de Trostyanets, en Ukraine. L’Europe centrale et orientale
présente un important potentiel de développement pour le géant de l’agroalimentaire. VINCENT MUNDY/BLOOMBERG
des marques au profil nutritionnel
amélioré, comme le sans gluten ou
l’allégé en sucre. De nombreuses
opportunités s’offrent à nous sur des
marchés sur lesquels nous sommes
encore absents, ajoute le dirigeant.
Ce que nous faisons avec Belin ou
Belvita le matin en France pourrait
être répliqué dans d’autres pays. »
Parmi les opportunités : le groupe
identifie l’Inde ou l’Australie pour
le biscuit ou encore le Mexique et
l’Asie du Sud-Est dans le chocolat.
Rumeurs de vente
Surtout, le groupe n’exclut pas de
reprendre une stratégie d’acquisitions plus poussée, qui tranche
avec le régime minceur des dernières années (scission d’avec
Kraft, vente de sa division confi-
serie en France à Eurazeo…). En
revanche, alors que les rumeurs
de vente de son célèbre fromage
Philadelphia ou de sa division
chewing-gum, en décroissance
organique de 5 % en 2017, reviennent régulièrement, le groupe est
clair : « Au sein de notre portefeuille, ces activités restent des
centres de profits importants »,
ajoute le dirigeant. Sur le marché
en berne des gommes, le groupe
veut dans un premier temps stabiliser la chute.
Sur les marchés à maturité,
comme l’Europe (38 % de l’activité), le potentiel le plus important
réside en Europe centrale et orientale (Russie, Pologne ou Roumanie), estime le groupe. Avec un
travail de fond sur l’amélioration
du profil nutritionnel des produits
ou l’accent mis sur des formats
portionnés favorisant la consommation responsable. Malgré les efforts, ceux-ci ne représentent que
moins de 13 % des ventes du groupe. Mais ils permettent au géant de
rester dans la course dans des pays
aux habitudes de consommation
en plein bouleversement. Comme
en France, sixième marché mondial de Mondelez. « Nous y augmentons nos parts de marché sur
toutes nos catégories. Mais la
consolidation de la distribution à
l’œuvre en fait un de nos marchés les
plus durs », conclut Hubert Weber.
Il espère que la loi alimentation en
cours de discussion permettra « a
minima de stopper la détérioration
des marges dans le pays ». ■
Un nouveau fonds de 130 millions d’euros pour les start-up
Newfund vient de boucler sa création auprès d’entrepreneurs de family offices.
20
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
START-UP Chez Newfund, l’investissement est avant tout une
affaire d’entrepreneurs. 95 % des
130 millions d’euros levés par son
nouveau véhicule d’investissement, Newfund 2, proviennent
d’entrepreneurs et de family offices. « Nous tenons notre rôle de
premier de cordée, résume François Véron, fondateur et directeur
de Newfund. Nous entrons très tôt
dans les entreprises en nous posant
une seule question : avons-nous
envie d’investir notre argent dans
ce projet ? »
Newfund s’est spécialisé dans
l’amorçage, avec des tickets
sociétés
d’investissement
sont des fonds
entrepreneurs
d’entrée variant entre 500 000 et
2 millions d’euros lors d’un premier
tour de table. Le fonds ne s’interdit
pas d’accompagner la croissance
des entreprises dans lesquelles il investit, pouvant injecter jusqu’à
7 millions au fil des tours de table.
« Notre rôle est d’aider les entreprises à passer du stade de la maquette
à celui de la mise sur le marché d’un
produit », explique François Véron.
Les fonds d’accélération représentent en moyenne 17 % des fonds levés par des start-up lors de ce premier tour de table, selon une étude
réalisée par PWC et Serena Capital.
Mais l’essentiel des financements
provient généralement du ou des
fondateurs, qui restent majoritaires
au capital. En dix ans d’existence,
Newfund a investi dans plus de
soixante-dix jeunes pousses et
compte actuellement soixantetrois participations.
Le fonds a revendu treize de ses
investissements, dont douze à des
groupes industriels. « Ces cessions
aboutissent à des valorisations
moindres que celles des introductions
en Bourse », reconnaît François Véron. En moyenne, le fonds a tout de
même triplé ses mises… même si
toutes les opérations de sortie ne se
sont pas soldées par des succès.
Les fonds français créés par des
entrepreneurs ont le vent en poupe.
France Invest en dénombre une
vingtaine. Ils totalisent 1,4 milliard
d’euros sous gestion, dont 900 millions proviennent directement d’en-
trepreneurs, et le solde d’institutionnels, essentiellement Bpifrance et
Crédit mutuel Arkéa. Les fonds d’entrepreneurs français sont même majoritaires dans l’amorçage, devançant les fonds classiques et corporate.
Valorisations en hausse
L’un des atouts de ces fonds est de
permettre aux entrepreneurs de
réinjecter une partie de leurs gains
dans l’écosystème, parfois avec des
mises de fonds relativement modestes. Newfund est désormais le
plus important de sa catégorie,
devant CapHorn, Isai et Breega.
« Le métier d’investisseur n’est pas
le même que celui d’entrepreneur »,
résume François Véron, pour qui il
est important de savoir épauler les
créateurs d’entreprise, leur apporter des conseils, sans pour autant
essayer de se mettre à leur place.
Pour Newfund, il était aussi important de rester positionné sur
l’amorçage, alors même que Bpifrance pousse à une montée en
puissance des fonds d’investissement. Les efforts se portent sur les
tours de table de plus de 5 ou 6 millions d’euros (Série A et Série B),
afin d’aider les start-up à grandir, à
devenir des « scale-up ». « Cela se
traduit par une augmentation des
montants investis », ajoute François
Véron, qui s’inquiète de la capacité
de la place parisienne à absorber les
sorties (cession ou introduction en
Bourse) de start-up dont les valorisations s’envolent. ■
LA SÉANCE DU LUNDI 24 SEPTEMBRE
JOUR
%VAR.
+0,18
-0,14
-0,77
-0,89
-0,55
-0,13
+0,09
-0,54
-0,09
-0,81
-1,45
-1,45
-1,27
-0,04
+0,04
+0,4
-1,16
-0,34
-0,05
-1,63
+HAUTJOUR
43,72
110,7
106,76
27,485
108
23,43
54,72
37,31
110,35
16,71
12,954
66,4
12,61
123,3
562,2
459,9
205,5
64,24
305,8
107,1
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,17
109,8
105,26
26,945
106,3
23,21
54,01
36,87
109,6
16,425
12,734
65,37
12,44
122,4
556,4
452,1
202,3
63,54
302,65
105,65
0,259
0,235
0,118
0,141
0,23
0,233
0,285
0,176
0,227
0,401
0,283
0,242
0,256
0,287
0,058
0,215
0,077
0,185
0,102
0,269
+1,26
+4,85
+27,69
+0,59
-11,29
-5,74
-12,32
-14,8
+11,39
-8,79
-7,26
-5,96
-13,08
+6,96
+25,54
+24,97
+10,14
-0,64
+24,57
-11,63
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................13,7
-0,47
PERNOD RICARD ..................................
136,1
-0,29
PEUGEOT ..............................................
24,37 -0,81
♣ 51,52 -0,08
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
75,57
-1
SAFRAN ..............................................119,5
-0,54
SAINT GOBAIN ..................................37,81
-1,92
SANOFI ..............................................73,86 -0,86
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
69,68 -1,08
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
37,85
0
SODEXO ..............................................92,24 +0,07
SOLVAY ..............................................117,05 +0,47
STMICROELECTRONICS .............................
16,165 -0,55
TECHNIPFMC ..................................26,81
+1,71
TOTAL .............................................. 55,53 +1,15
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
173,98 +0,68
VALEO ..............................................40
-2,32
VEOLIA ENVIRON. ..................................
17,385 -0,69
VINCI♣.............................................. 81,56 -1,73
VIVENDI ..............................................22,26 +0,91
+HAUTJOUR +BAS JOUR
13,765
136,95
24,49
51,96
76,38
120,4
38,66
74,57
70,4
38,195
93,04
117,75
16,35
27,25
55,74
174,02
40,77
17,555
82,8
22,48
13,68
135,9
24,17
51,32
75,45
119,2
37,645
73,62
69,42
37,455
92
115,6
15,97
26,45
54,99
172,58
39,18
17,37
81,54
22,11
GL EVENTS FINANCE SON EXPANSION EN CHINE
GL Events, la société de logistique des
grands événements sportifs et culturels,
a lancé lundi une augmentation de capital
de 107 millions d’euros. Son produit servira à financer son développement en Chine
et le reste de l’Asie. Il s’agit d’une grosse
opération à l’échelle de l’entreprise lyonnaise dont la capitalisation boursière est
un peu supérieure à 500 millions d’euros.
La réaction des marchés ne s’est pas fait
attendre. Le titre a commencé la semaine
en baisse de 5,15 % à 21,20 euros, ce qui
porte à 11 % le recul du cours de Bourse
depuis le 1er janvier.
GL Events a annoncé avoir signé deux
lettres d’intention avec deux groupes
chinois et avoir engagé des négociations
avec un troisième en vue de les racheter.
%CAP.ECH
0,156
0,125
0,306
0,161
0,281
0,185
0,433
0,162
0,263
0,414
0,128
0,269
0,262
0
0,278
0,346
1,9
0,236
0,197
0,255
31/12
-5,35
+3,15
+43,73
-9,06
-9,94
+39,1
-17,77
+2,8
-1,67
-12,08
-17,68
+0,99
-11,21
+3,71
+20,6
-35,76
-18,28
-4,22
-0,71
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,6187
1,5231
0,8946
9,1941
132,56
1,129
1,1773
3,2657
11,103
7,3093
21,1234
8,0729
85,5665
138,3256
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
32800
33380
-5,61
NAPOLEON ..................................................... 192,2
196,2
-7,1
PIECE 10 DOL USA .....................................................
551
570
-6,29
PIECE 10 FLORINS .....................................................
195
203
-8,36
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1100
1130
-5,82
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
193
195
-5,39
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
289
289
-5,25
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1226
1245,75
-6,41
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
101
99
-8,01
PIECE SUISSE 20F .....................................................
192,4
191
-5,08
PIECE LATINE 20F .....................................................
193
194
-4,88
SOUVERAIN ..................................................... 246
250
-5,64
KRUGERRAND .....................................................
1090
1095
-2,57
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
285,30 20/09/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
48,76 20/09/18
BELLATRIX C ................................................
334,67 20/09/18
SIRIUS ................................................56,01 20/09/18
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WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
Les cibles réalisent respectivement des
chiffres d’affaires de 40 millions d’euros,
10 millions et 20 millions, pour des rentabilités opérationnelles toutes supérieures
à 30 %. Ces acquisitions s’ajoutent à celle
de la société ZZX annoncée en mai. À l’issue de ces opérations, GL Events sera
implanté dans onze grandes villes en
Chine. L’entreprise a, au cours de ces
deux dernières années, nettement accéléré son développement en Asie. Le groupe a été sélectionné pour gérer deux sites, le centre des congrès de Guangzhou
en Chine et le parc des expositions d’Aichi
au Japon. Cet été, il a participé aux Asian
Games en Indonésie. D’autres projets
sont à l’étude, notamment la Coupe du
monde de rugby au Japon en 2019, les
Jeux olympiques de Tokyo en 2020 et les
Jeux olympiques d’hiver à Pékin en 2022.
L’augmentation de capital est assortie
d’un droit préférentiel de souscription
(DPS). Chaque actionnaire se verra attribuer un droit par titre détenu, 4 DPS donnant droit à l’achat d’une action nouvelle à
17,80 euros. La période de souscription
sera close le 8 octobre inclus. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 43,54
♣
AIR LIQUIDE ..................................
110,15
AIRBUS ..............................................105,98
ARCELORMITTAL SA ..................................
27,275
ATOS .............................................. 107,65
AXA .............................................. 23,315
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
54,58
BOUYGUES ..............................................
36,9
CAPGEMINI ..............................................
110,15
CARREFOUR ..............................................
16,455
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,798
DANONE ..............................................65,78
ENGIE .............................................. 12,46
ESSILOR INTL. ..................................122,95
HERMES INTL ..................................560,2
KERING ..............................................456,5
L'OREAL ..............................................
203,7
LEGRAND ..............................................63,78
LVMH .............................................. 305,7
♣
MICHELIN ..............................................
105,65
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et TECH
Audiovisuel public :
le PDG de l’INA plaide
pour une gouvernance
commune
trois ans totalement transformé les
modes d’éditorialisation de ses
contenus. » Sur le sujet stratégique
de la lutte contre les « fakes
news », l’INA peut également
« jouer un rôle clé grâce à OT Media,
l’outil de traçage des contenus sur le
Web et les réseaux sociaux que nous
avons développé. Il ne remplace pas
le travail de vérification journalistique, mais il permet de retracer l’origine d’un contenu et ainsi allumer les
clignotants au sein des rédactions ».
Changement de statut
Laurent Vallet défend sa vision de la réforme
du secteur public et le rôle que l’INA peut y jouer.
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
AUDIOVISUEL Laurent Vallet,
PDG de l’Institut national de
l’audiovisuel (INA) depuis 2015,
était jusqu’à présent resté discret.
Pourtant, à la tête de l’une des entités de l’audiovisuel public français (France Télévisions, Radio
Baisse de 35 millions du budget
Françoise Nyssen, la ministre
de la Culture
et de la Communication,
a détaillé la réduction des
budgets 2019 des différentes
entités de l’audiovisuel public.
Pour l’ensemble du secteur,
le budget s’élève à
3,859 milliards d’euros,
ce qui marque une baisse
de 35 millions d’euros.
C’est France Télévisions
qui supporte le plus gros de
l’effort avec une baisse de
24,8 millions d’euros, suivi de
Radio France dont le budget
est réduit de 4,1 millions.
Le crédit alloué a Arte est
amputé de 2 millions, celui de
France Médias Monde recule
de 1,6 million d’euros. Enfin,
ceux de l’INA et de TV5
Monde baissent chacun
de 1,2 million d’euros.
Ce budget 2019 marque
la première étape d’un
mouvement de réduction
qui s’étalera jusqu’en 2022.
À cette date, la dotation
à l’audiovisuel public
aura baissé de 190 millions
d’euros dont 160 millions
pour France Télévisions,
20 millions pour Radio France
et 10 millions
pour les autres entités.
La coupe budgétaire n’est
que la partie immergée
de la réforme de l’audiovisuel
public.
E. R.
France, France Médias Monde et
INA), il a tenu la plume pour faire la
synthèse des travaux sur la réforme du secteur menés par ses dirigeants à la demande de Françoise
Nyssen. Aujourd’hui, il prend la
parole pour défendre sa vision de la
réforme à venir et le rôle que l’INA
peut y jouer. Il reconnaît qu’en réclamant une refonte de l’audiovisuel public Emmanuel Macron a
mis un coup de pied dans la fourmilière. « Ce coup de gueule a été
entendu et a permis une prise de
conscience très forte des entreprises
du secteur, assure-t-il. Il y a une
déconnexion entre le service rendu et
le coût de ce service. Les publics jeunes ne sont plus touchés, ce qui pose
un problème de fond. Car si on n’y
fait pas attention, on remettra en
cause le consentement de ces publics
au paiement de la redevance, ce qui
posera le problème du financement », ajoute-t-il. Selon lui, un
service public audiovisuel ne pourra être préservé que s’il s’adresse à
tous les publics et que ces derniers
y voient une différence. « Universalité et différence, doivent être les
deux mots d’ordre de notre action. »
Pour Laurent Vallet, la réforme
doit être menée par « des acteurs
unis, dans une démarche de rapprochement et de coopération renforcée
comme cela a déjà initié à travers
Laurent Vallet,
PDG de l’Institut
national
de l’audiovisuel.
JEAN_CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
des projets comme Franceinfo ».
Dans cette veine, il appelle à la
constitution de nouvelles offres
communes sur les thèmes de la
proximité, de la jeunesse ou de la
culture. Mais ces offres devront
être totalement digitales ce qui
oblige à repenser leur conception
et leur mode de diffusion. Surtout,
il plaide pour une gouvernance
commune reposant sur un nouveau schéma, avec un président
non exécutif unique pour les
conseils d’administration de toutes
les entités. « Ce président aurait un
rôle important dans la répartition de
la ressource publique et dans la gestion transverse des moyens selon les
impératifs stratégiques. Enfin, il
proposerait au conseil d’administration la nomination des directeurs
généraux à la tête des différentes
entités », explique-t-il. Pour dissiper tout malentendu, Laurent Vallet précise qu’il n’a pas l’ambition
de devenir ce président non exécutif, désirant avant tout continuer à
piloter la transformation de l’INA.
D’ailleurs, il ne cache pas être candidat à sa succession en 2020.
S’il veut poursuivre sa mission
c’est qu’il est persuadé que l’INA a
un rôle moteur à jouer dans la différentiation de l’audiovisuel public. « L’INA peut apporter, grâce à
ses archives, les notions de temps
long et de décryptage, comme en témoigne le succès des modules de décryptage de l’information de Franceinfo. » L’INA doit aller au-delà
du simple rôle d’archiviste et d’indexation. « L’entreprise a depuis
Enfin, Laurent Vallet rappelle que
« l’INA est l’entreprise de l’audiovisuel public la plus en avance sur le
numérique. Elle est plongée dans cet
univers depuis le plan de numérisation des archives lancé en 1999 et la
création du site grand public ina.fr
en 2006. Aujourd’hui, nos plateformes totalisent 450 millions de vidéos
vues, y compris sur nos 36 chaînes
YouTube et notre plateforme de
SVOD INA Premium lancée en 2015.
Bien entendu, nous sommes prêts à
travailler avec Salto, la plateforme
SVOD de France Télévisions TF1 et
M6, comme nous le faisons déjà avec
Molotov », détaille-t-il. Enfin, le
virage numérique que doit prendre
l’audiovisuel public nécessite un
effort sans précédent de formation
des personnels. « L’INA a commencé à jeter les bases de la future
université du service audiovisuel public qui permettra d’accompagner
tous les collaborateurs du secteur »,
précise-t-il. « On le voit, l’INA peut
apporter beaucoup au futur ensemble, et à moindre coût, puisque la
ressource publique allouée à l’INA ne
dépasse pas 88 millions d’euros »,
s’exclame-t-il.
Pour mener à bien ces projets,
l’INA est prêt à transformer ses
propres statuts. Laurent Vallet
considère qu’à l’occasion de la révision de la loi audiovisuelle, « le
législateur pourrait transformer
l’INA d’établissement public industriel et commercial (Epic) en société
anonyme, comme le sont France Télévisions, Radio France et France
Médias Monde. Cette unité de statut
facilitera
les
coopérations »,
conclut-il. ■
L’État gèle la redevance TV après 10 ans de hausse
Depuis 2009, le prix à acquitter n’a cessé de grimper, passant de 118 à 139 euros l’an passé.
139
euros
Montant prévu
de la redevance TV
pour 2019
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
TÉLÉVISION Une bonne nouvelle
se profile à l’horizon pour le contribuable. En 2019, le montant de la
redevance TV, qui s’élève actuellement à 139 euros, ne sera pas revu à
la hausse. Dans son projet de loi de
finances, détaillé ce lundi, le gouvernement n’a pas souhaité l’augmenter. « C’est la première fois depuis dix ans », a tenu à souligner
Françoise Nyssen, la ministre de la
Culture.
Le prix de cette contribution, qui
sert à financer France Télévisions,
Radio France, Arte, France Médias
Monde, l’INA et TV5 Monde, n’a
pas cessé de grimper depuis dix
ans. En 2009, il fallait s’acquitter de
118 euros. Quatre ans plus tard, en
2013, ce montant flambait à
131 euros. Et en 2018, le contribuable était prié de débourser
139 euros, soit 21 euros supplémentaires comparé à 2009.
Une majoration d’autant plus
étonnante qu’elle résulte en principe de son indexation sur l’inflation.
Un point d’inflation correspondant
à 1 euro de hausse. Or, durant cette
période, l’indice des prix est resté
quasiment stable… Comment expliquer le tour de passe-passe ?
Très simplement. Les pouvoirs publics ont multiplié, via le jeu des
amendements au Parlement, les
« coups de pouce » sous la forme
de revalorisations exceptionnelles.
Excès de zèle
Un « excès de zèle » que n’a pas
manqué de pointer du doigt la Cour
des comptes. Dans un rapport intitulé « La contribution à l’audiovisuel public, régime, collecte et usages », datant de juillet 2017, mais
qui n’a pas été rendu public, les sages de la rue Cambon ont jugé que
le mécanisme des arrondis et des
coups de pouce a abouti à une
« surindexation » de la redevance
TV.
Ainsi, entre 2009 et 2016, alors
que l’inflation n’a pas excédé les
8 %, le prix de la redevance a aug-
menté dans le même temps de
18 % ! En excluant ce système d’arrondis et de revalorisations exceptionnelles, la Cour des comptes
considère que le vrai prix de la redevance aurait dû atteindre un
maximum de 124 euros en 2016, et
non de 137 euros. Les contribuables
apprécieront.
Paradoxalement, alors que l’inflation est attendue à 2,1 % cette
année et qu’il n’avait pas à prendre
de mesures particulières, le gouvernement a décidé de ne pas profiter de cette revalorisation naturelle de 2 euros qui aurait porté la
redevance à 141 euros l’an prochain. « Il est proposé de ne pas indexer la contribution à l’audiovisuel
public sur l’inflation en 2019, de manière à maintenir son montant à son
niveau de 2018 », indique le texte
de loi. « Le président a pris des engagements auprès des Français pour
leur redonner du pouvoir d’achat, ce
gel s’inscrit dans ce contexte », indique-t-on au ministère de la
Culture.
Le gouvernement mise néanmoins sur une hausse des recettes
de l’ordre de 50,5 millions d’euros,
en raison notamment de l’augmentation naturelle du nombre de
contribuables qui payeront la redevance. Au global, l’audiovisuel public bénéficiera d’un budget de
3,86 milliards d’euros, en baisse
d’à peine 1 %. ■
Avec le soutien du :
A
SAMEDI 06 OCT. | 10H-18H
RÉSERVATIONS ET INVITATIONS GRATUITES SUR ETUDIANT.LEFIGARO.FR
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 053 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
OPÉRA DE PARIS
COLLECTIONS
PAGES 32 ET 33
PAGE 30
LA NOMINATION DU
SUCCESSEUR DE STÉPHANE
LISSNER DEVIENT URGENTE
LA MAISON DIOR MÈNE LA DANSE
EN OUVERTURE DE LA FASHION
WEEK DE PARIS
Dior
Interview exclusive
Hedi
Slimane :
« Celine, c’est une
vision de Paris »
Jamais il ne s’était exprimé depuis l’annonce,
en janvier dernier, de sa nomination par le groupe
LVMH à la tête de la création de la maison Celine.
Son premier défilé, qui sera présenté vendredi soir
aux Invalides, est sans aucun doute l’un des plus
attendus de la saison printemps-été 2019. Il révèle
au « Figaro » son projet pour la griffe et parle
sans fard de ses inspirations et de sa nouvelle vie.
PAGES 28 ET 29
La Norvège souffle sur la capitale
EXPOSITION Amoureuse de la France et elle-même artiste, la reine Sonja
a inauguré l’exposition « Forces de la nature » au Musée de la céramique à Sèvres.
B
on pied bon œil, la reine Sonja
de Norvège, qui a fêté ses
81 ans en juillet, a franchi, dimanche après-midi, les marches du Musée de la céramique
à Sèvres, en compagnie de la ministre de
la Culture, Françoise Nyssen, et de
Romane Sarfati, directrice de la Manufacture des arts et du feu. Protégée par
un service d’ordre musclé – un peu trop
pour cet établissement hors des projecteurs, apprécié des seuls vrais connaisseurs ! –, cette grande dame d’une élégance et d’un naturel rare inaugurait
l’exposition « Forces de la nature » où
trois des artistes de son pays y sont montrés en majesté à travers les salles de ce
musée riche d’une collection de chefsd’œuvre d’hier et d’aujourd’hui.
« J’adore la France ! Je ne manque pas
d’y venir chaque année », explique la reine dans un français parfait, pour l’avoir
Y. R ; JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO ; DIOR
« étudié un an à Oslo puis, dans sa jeunesse, à l’université de Toulouse ». En 20112012, elle était au Centre Pompidou à la
rétrospective Edvard Munch, à qui elle
voue une passion sans borne. En 2017,
elle a inauguré le Centre de création
contemporaine Olivier Debré à Tours,
avec une première exposition sur les artistes norvégiens. En 2018, elle s’est ren-
“
J’adore la France !
Je ne manque pas
d’y venir chaque année
SONJA DE NORVÈGE
”
due à Sèvres, puis au lycée Corneille de
Rouen, en compagnie de Brigitte Macron, pour sceller des échanges entre les
deux pays.
Depuis qu’elle s’est fait tirer le portrait
en 1982 dans l’atelier de Warhol à New
York, la reine de Norvège est habitée par
l’art, à tel point qu’elle est devenue artiste photographe exposant à Londres et
ailleurs. Cette solide marcheuse ne se sé-
pare jamais de son appareil pour immortaliser les paysages grandioses qu’elle
explore lors de ses longues randonnées.
« Par ses espaces surdimensionnés, sa
nature sauvage, sa matière brute, la Norvège est très inspirante pour les artistes.
Tous ont beaucoup d’audace. Avec une
assurance innée, ils osent ce qui n’a jamais
été fait, employant de nouvelles techniques
pour donner naissance à des œuvres en
céramique ou en textile hors norme. Je me
reconnais dans cet imaginaire extraordinaire », explique la reine, avec un mélange de force et de sensibilité propre
aux pays du Nord. Mis en scène avec brio
par les commissaires Christine Germain
et Frédéric Bodet, les trois artistes choisis pour être aussi des chefs de file de
l’école norvégienne, Torbjorn Kvasbo,
Marit Tingleff et Kari Dyrdal, sont des
forces de la culture nordique, au sens
propre comme au figuré… ■
« Forces de la nature », au Musée de la
céramique à Sèvres (92), tous les jours
sauf le mardi, jusqu’au 1er avril 2019.
www.sevresciteceramique.fr
A
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
28
L'ÉVÉNEMENT
Hedi Slimane : « Tout ce que je fais
À trois jours de la très
attendue première collection
qu’il présentera pour la maison
Celine à Paris, le designer star
sort de son silence légendaire
pour accorder un grand
entretien au « Figaro ».
EXCLUSIF
S
PROPOS RECUEILLIS PAR
LAURENCE BENAÏM
lbenaim@lefigaro.fr
es interviews se
comptent sur les doigts de la main
depuis ses débuts, il y a vingt ans.
Jamais Hedi Slimane ne s’était exprimé après l’annonce, par
LVMH, le 21 janvier dernier, de sa
nomination en tant que directeur
de la création artistique et de
l’image de la maison Celine - incluant le prêt-à-porter, la mode
masculine, la haute couture et les
parfums. Une nomination surprise à la tête de cette maison créée
en 1945 par Céline Vipiana, qui
propulse une nouvelle fois le
Français sur le devant de la scène.
Sa première collection Celine, qui
sera présentée à Paris le 28 septembre, est l’une des plus attendues de la saison printemps-été
2019 car elle marque son grand
retour dans la mode, deux ans
après son départ de Saint Laurent.
Visionnaire, Hedi Slimane fait
corps avec ses passions - de la
photographie à la mode et à la
scène rock - pour tracer ses lignes
de force. Manière pour l’ancien
élève d’hypokhâgne qui rêvait
d’être journaliste, de « documenter » l’époque, comme il le dit,
avec des images et des silhouettes
à fleur de nerfs. C’est la première
un climat d’incertitude assez fort
auquel il est impossible d’échapper. La Californie est entrée en résistance, mais l’énergie a changé
irrémédiablement. Je vis toujours
à Los Angeles, mais c’est différent.
Je crois aussi avoir exploré la ville
de fond en comble. J’étais attaché
à une idée presque surannée, entre mid-century et « Hollywood
Regency », un âge d’or que l’on
percevait encore à mon arrivée :
l’ombre portée de Laurel Canyon,
l’esprit « piano blanc » des années
1970, les vestiges 80s de Less than
zero. Aujourd’hui, elle a changé,
elle a été prise d’assaut, et
l’authenticité tend à se perdre en
raison de l’attrait justifié que la
mégalopole exerce auprès du
monde entier et de la jeunesse.
Los Angeles est un chantier à ciel
ouvert, et les lieux mythiques disparaissent jour après jour. Les
Californiens ont une notion très
différente de la mémoire. Nous
sommes attachés à la préservation, et la plupart d’entre eux, à
l’évolution, la projection.
Comment prolongez-vous
votre chronique californienne ?
Je ne passe pas beaucoup de temps
dans Los Angeles. Je reste passionné par la mythologie de la
côte Ouest au quotidien, je pense
aux villes balnéaires du Golden
State, les plages de l’Orange
County, San Clemente, San
Onofre, San Diego et, plus au
nord, Santa Cruz.
Ma perception de la mode
Tout y est resté très
préservé. Depuis dix
a toujours été nourrie
ans,
et
encore
par un certain classicisme, et aujourd’hui, je documente
notaml’héritage de la couture, l’esprit
ment les commude Paris, où je suis né, où j’ai
nautés surf du Sud
grandi, de jour comme de nuit
californien.
«
»
fois que le plus secret des créateurs parle à cœur ouvert de sa famille, de ses affinités électives,
des réseaux sociaux, révélant une
personnalité hors norme qui fascine et intrigue. Rencontre.
A
LE FIGARO. - Vous revenez à la
mode après deux ans d’absence.
Comment vivez-vous ce retour ?
Hedi SLIMANE. - Je suis heureux
de retrouver une maison française, une tradition, des métiers, des
ateliers. Paris a gardé une spécificité en termes de « main », un
chic irréductible. Au-delà de la
virtuosité des ateliers, ce savoirfaire correspond à un état d’esprit, une manière de travailler,
l’intelligence immédiate d’un
modèle, une forme particulière de
ressenti qu’on ne peut trouver
qu’à Paris.
Voilà dix ans que vous vivez
aux États-Unis. Amorcez-vous
une nouvelle vie en Europe ?
J’y réfléchis. Je n’ai pas encore
pris ma décision. Je suis arrivé en
Californie en 2008, déjà très attiré
par Los Angeles, où je me rendais
régulièrement depuis la fin des
années 1990. Je commençais toutes mes collections Dior là-bas
dans ma chambre d’hôtel. La ville
était encore endormie, c’était
parfait pour remplir une page
blanche. Il n’y avait pas encore de
stimulation créative ou artistique,
ni l’émergence d’une scène musicale forte. Cela s’est précisé plus
tard, à partir de 2008. La victoire
de Barack Obama a joué un rôle
important, elle signifiait quelque
chose de prometteur. A contrario,
l’élection de Donald Trump a créé
Le fait que la maison Celine soit
installée dans un hôtel particulier
parisien du XVIIe siècle,
a-t-il été déterminant ?
J’ai eu la chance de trouver ce lieu
à mon arrivée. C’est un endroit
unique, le contrepoint de mon
studio californien, une boîte blanche minimale où je dessine mes
collections. L’hôtel Colbert de
Torcy est d’une grande rigueur.
L’ordonnance élégante des bâtiments de pierre nue et de la cour
carrée est en ligne avec le projet.
De quelle manière avez-vous
réorganisé les ateliers ?
Il était indispensable de renforcer
les ateliers, et d’ajouter un atelier
tailleur destiné à la création des
collections homme, et femme par
extension. Par ailleurs, nous
avons encouragé l’expertise en
termes de « flou » et, plus précisément, de « grand flou », notamment le petit et grand soir. Tout
s’est fait de manière très organique et fluide.
En quoi votre vision de Celine
tranche-t-elle avec celle
de Phoebe Philo [la précédente
directrice artistique de Celine,
NDLR] ?
Nos styles respectifs sont identifiables et très contrastés. La vision
est naturellement distincte. Du
reste, on n’entre pas dans une
maison de couture pour imiter celui qui vous a précédé, encore
moins pour s’approprier l’essence
de son travail, ses codes et éléments de langage, ni à l’inverse
aller contre ce qui a été fait. Ce serait un contresens. Le respect,
c’est préserver l’intégrité de cha-
Hedi Slimane dans
l’escalier d’honneur
de la maison de couture
Celine, hôtel Colbert
de Torcy, rue Vivienne,
à Paris, en septembre
2018. Y. R.
cun, reconnaître ce qui appartient
à chacun avec honnêteté et discernement, ouvrir un nouveau
chapitre. On arrive ainsi avec une
histoire, une culture, une sémantique personnelles dissociées de
celles, particulières, des maisons
dans lesquelles on crée. Il faut être
soi-même, sans posture aucune,
envers et contre tout. Un couturier, c’est quelqu’un qui s’exprime
authentiquement à travers ce qu’il
sent. À chacun sa manière de raconter son époque. Ma perception
de la mode a toujours été nourrie
par un certain classicisme, et l’héritage de la couture, l’esprit de
Paris, où je suis né, où j’ai grandi,
de jour comme de nuit. J’ai trouvé
mon style, à moins que cela ne soit
l’inverse, il y a plus de vingt ans. Il
passe par une ligne, un trait, une
allure et une silhouette que je
poursuis obsessionnellement depuis et qui définit ce que je suis. Il
m’appartient, et je suis en retour
son obligé. La cohérence, la tenue,
la rigueur au long cours, voilà ce
qui fait sens pour moi. Je tiens à
l’intégrité de cette ligne, elle se
perpétuera chez Celine. C’est une
histoire de vie. L’idée n’est pas de
déroger à mon style, à ce qui m’a
construit. Je défends aussi un esprit assez français de la mode,
presque formel, lié à ma jeunesse,
à mes apprentissages, à mes rencontres, Yves Saint Laurent et
Pierre Bergé à mes débuts, mes
années Dior…
Les villes ont toujours joué,
pour vous, un rôle majeur,
on pourrait presque parler
d’inspiratrice à propos de Berlin
(Dior Homme), de Londres
(pour la scène punk-rock),
de Los Angeles pour Saint Laurent
et « California Song », l’exposition
organisée au Moca en 2011.
En quoi Paris est-elle
une ville inspirante ?
J’aime y marcher pendant des
heures, traverser la Seine, parcourir toute la rive gauche. Paris
est peut-être la seule capitale au
monde où le mot flâner a encore
un sens. J’y suis très attaché.
J’aime infiniment Paris de nuit.
J’ai grandi entre le fumoir du Palace et le carrelage blanc des
Bains-Douches. Dommage que la
ville s’acharne à fermer des lieux
intéressants et à tourner le dos aux
nuits parisiennes. Il reste les lumières, la magie de ces réverbères, les néons des cafés, l’étincelante jeunesse parisienne et
l’énergie de la rue.
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LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
est tout ce que je suis »
Bio EXPRESS
Comment revendiquez-vous
un point de vue émotionnel
dans un monde dominé
par « la révolution digitale
et botoxée » que vous avez
vous-même dénoncée ?
En étant complètement sincère
dans tout ce que je fais. En photographiant tout ce que je vis. Je
voulais être reporter et l’intégralité de mon travail consiste à documenter mon époque, qu’il s’agisse
de photo ou de mode. Chez Celine,
je reviens sans nostalgie à la perception classique du métier qui est
la mienne depuis mes débuts, il y a
vingt ans. J’ai cette tradition en
moi. Tout ce que je fais est tout ce
que je suis.
Les réactions provoquées
par la suppression de l’accent
de la marque Celine
vous rappellent-elles
celles de la suppression
du «Yves» devant Saint Laurent ?
Pourquoi cette volonté presque
obsessionnelle de marquer
graphiquement votre territoire ?
Il ne s’agit en aucun cas de marquer mon territoire, bien au
contraire. Tous les fondamentaux
doivent être considérés avec
beaucoup d’attention sans perdre
de vue le long terme. Il s’agit de
remettre l’église au milieu du village. C’est de l’orthodoxie, tout
simplement. Installer des éléments de langage, ancré dans
l’histoire originelle de la maison,
ses fondations, en revenant à un
alignement architectural et graphique essentiel au projet. Il y a
toujours des réactions très affectives sur les logos, cela est aujourd’hui amplifié par l’effet viral et
participatif des réseaux sociaux.
C’est normal, anticipé, mais surtout un passage obligé. Les grandes maisons sont vivantes, elles
doivent à la fois évoluer et retrouver l’essence de ce qu’elles sont
vraiment. Du reste, sur le fond,
tout sauf l’indifférence. On ne fait
pas bouger les lignes en rasant les
murs. Quand il n’y a pas de débat,
il n’y a forcément aucun point de
vue, c’est le propre du suivisme.
Votre esthétique a souvent été
qualifiée d’androgyne ou,
plus précisément, d’ambisexuelle.
Pouvez-vous la redéfinir
dans un contexte marqué
par la multiplication
des collections mixtes et
le triomphe de la mode inclusive ?
Je campe sur mes principes.
Pourquoi renoncerais-je à ce qui
me définit ? Devenir quelqu’un
d’autre au prétexte que ce que j’ai
fait par le passé a été digéré, ou
imité ? Historiquement, dès
qu’on touche à la silhouette, les
réactions sont toujours très sensibles, je pense au New Look de
Christian Dior, comme à la collection « Libération » d’Yves
«
À gauche :
Deux amies,
Helena et Grace,
au Palace, à Paris,
lors de la fête
d’anniversaire
de Hedi Slimane,
en juillet dernier.
À droite :
Visuel publicitaire
inédit révélant
le sac Monogramme
de la nouvelle ligne
Celine « C », inspiré
d’un fermoir historique
de la griffe
dans les années 1970,
du matelassé
en « tablettes » format
carré du début
des années 1980 ;
sa chaîne diamantée
dite « Triomphe »,
reprend les maillons
de celles qui entourent
l’arc de Triomphe
à Paris. HEDI SLIMANE
La jeunesse, c’est la grâce,
la liberté de ton, l’insouciance
et les doigts dans la prise
Saint Laurent, en 1971. Une ligne,
c’est toujours tabou, et en même
temps c’est la base de tout. Et
puis cette ligne, l’ambiguïté
qu’elle évoque, raconte quelque
chose de moi à l’adolescence,
c’est ma façon de prolonger une
histoire, mon fil conducteur. J’ai
remis, il y a vingt ans, les épaules
à leur place, puis redéfini une ligne de taille. J’ai reconstruit ce
qui avait été déstructuré en intégrant, dans le porté, la notion de
mouvement, de « filant » pour
reprendre un terme photographique. Cela fait partie de mes
obsessions. J’ai toujours interprété l’idée du « masculin », en
l’incarnant autrement qu’à travers le corps, les muscles, les
lieux communs de la virilité. Je
me suis enfin toujours intéressé
aux « débuts », l’idée du premier
costume, le plaisir et désir de jeunesse d’une première veste, une
veste pour sortir, une sorte de
couture pour homme dénuée du
caractère statutaire, loin du carcan et conventions du costume de
banquier. Cela passait forcément
par une redéfinition des codes et
de la silhouette.
Le noir, à travers lequel chaque
grand couturier ou créateur
exprimait sa différence,
est aujourd’hui un refuge, il s’est
comme uniformisé, standardisé.
Parlez-nous de votre noir…
»
Le noir, c’est le trait acéré, la ligne
sans artifice. Il est indissociable de
mon style en mode ainsi qu’en
photographie. J’ai beaucoup travaillé sur les effets de noir, notamment les effets laqués, satinés,
lustrés, cuivrés, par opposition à
la matité. Dans la création de tissus ou cuirs exclusifs pour Celine,
le noir demande une attention
toute particulière. Cela passe par
des centaines d’échantillons de
recherche afin de trouver la veste
noire ou la petite robe noire parfaite. Il y a eu des collections dédiées au noir chez Saint Laurent,
notamment en 1999 où j’ai lancé le
cuir « laser cut » et, plus tard,
chez Dior Homme avec les collections berlinoises.
De quelle manière
votre enfance est-elle
restée déterminante ?
Il y a toujours eu du tissu autour
de moi… Posé sur des rouleaux de
flanelle, j’attendais ma mère pendant des heures. Enfant, j’aurais
préféré jouer au parc, plutôt
qu’être au marché Saint-Pierre.
Adolescent, tout était toujours
trop grand sur moi. À quelques
exceptions près, des blazers Ivy
League dénichés aux Puces au milieu des années 1980, des costumes de Savile Row chinés à Notting Hill à 18 ans, il était
impossible de trouver la bonne
veste. Je flottais dans tout, tout
était « boxy ». Ma mère savait
couper les vestes « au chic », sans
patron. Celles qu’elle me confectionnait étaient parfaites. Je viens
du reste d’une famille de tailleurs
de Pescara, dans les Abruzzes, en
Italie. Au fond, faire ce métier,
c’est peut-être poursuivre sans fin
cette tradition familiale.
En quelques photos postées
sur le compte Instagram de Celine,
vous avez déjà créé le buzz…
Ce sont des premières impressions, une galerie de portraits,
celui d’une génération. Le portrait photographique précède
toujours la mode que je crée. Je
ne suis pas sensible à la beauté,
mais à l’énergie, à la personnalité. Aujourd’hui, j’ai en face de
moi des filles et des garçons qui
viennent chaque jour essayer des
modèles : ce sont nos complices,
je les admire, leur présence est
capitale. Le casting est la clef de
tout. Les couturiers ne sont rien
sans leurs mannequins. Je les
vois comme des artistes, elles et
ils ont cette capacité à transformer, transcender, donner vie et
justesse à nos créations, de sorte
qu’une robe à laquelle je tiens ne
passera pas sur le défilé si elle
Aujourd’hui, la jeunesse
semble vampirisée
par la notion de « millennials »,
génération 2.0… Quelle est
votre définition de la jeunesse ?
J’ai toujours photographié, documenté et habillé la jeunesse.
Elle a été au cœur de tout ce que
j’ai fait à ce jour, en photographie et en mode. Elle règne sur
mes podiums, maison après maison. Cette terminologie récurrente des millennials, façon école
de commerce, statistiques à la
clef, est assommante. La jeunesse
qui la précède n’était pas moins
intéressante et engagée, et celle
qui la suivra sera tout autant décisive. C’est comme si on découvrait aujourd’hui le lien ténu et
fondamental entre jeunesse et
mode, ou le lien organique entre
jeunesse et musique. Cela tombe
sous le sens, avec ou sans Internet et réseaux sociaux. La jeunesse, c’est la grâce, la liberté de
ton, l’insouciance, et les doigts
dans la prise. La jeunesse, c’est, à
la fois, les lions sur les grands
boulevards, les caves de SaintGermain, les amphis occupés de
la Sorbonne. Je pense aux Tricheurs (1958) de Marcel Carné,
aux Chansons d’amour (2008) de
Christophe Honoré. Les jeunesses du monde entier sont différentes et pourtant elles se ressemblent. Quelle que soit
l’époque, c’est l’énergie pure,
l’exaltation de chaque instant,
l’émotion à fleur de peau, la vie à
toute allure.
Qu’en est-il de Lady Gaga
(29,5 millions d’abonnés
sur Instagram), qui a enflammé
la planète numérique
avec votre premier sac Celine ?
Je lui ai offert ce sac en privé parce
que c’est une amie de longue date.
Comme elle, vous souffrez
d’un mal particulier.
Pouvez-vous parler de ce qui
vous atteint chaque jour ?
Je souffre comme beaucoup
d’acouphènes sévères et chroniques. C’est arrivé il y a plus d’un
an, un matin, des bruits persistants et obsédants. J’ai vu de
nombreux spécialistes aux ÉtatsUnis, en Europe, mais il n’y a pas
de remède. Ces acouphènes résulteraient d’un trouble de stress
post-traumatique, sans choc sonore. J’ai tout d’abord perdu
pied, et suis passé par une période très noire, des phases d’anxiété difficilement supportables.
L’idée inconcevable de ne plus
connaître le silence m’était insupportable. C’était une spirale,
une souffrance au quotidien.
Dieu merci, mes amis, mes proches m’ont été d’un grand secours. J’ai réussi à me relever et à
gérer ce handicap au quotidien.
Il s’agit d’apprendre à vivre ainsi. J’ai aussi réalisé ce qui me
semblait le plus précieux, ce qui
donnait du sens à ma vie, notamment la joie et la nécessité vitale
de créer, d’associer la mode à la
photographie. Je ne vois plus
aujourd’hui la vie de la même
manière. Tout s’est remis en
perspective, notamment avec
l’idée de refaire des collections.
L’insouciance a repris un sens à
travers la création.
Quel est votre luxe suprême ?
Le temps. Le temps fait les choses. Dans une époque où l’appropriation est devenue la norme,
c’est de poursuivre mon chemin à
travers une silhouette ou un cliché reconnaissable au premier
coup d’œil qui est au cœur de ma
vie. Défendre d’une part une
identité et de l’autre une forme
de continuité.
5 juillet 1968
Naissance à Paris.
Études au lycée
Hélène-Boucher.
1980
Premiers castings
en tant que photographe.
1997
Directeur des collections
homme Yves Saint Laurent.
2000-2007
Directeur de la création
du prêt-à-porter masculin
Christian Dior, lancement
de Dior Homme.
2011
« California Song »,
exposition de son cycle
californien (toujours en cours)
au Moca Pacific Design
Center de West Hollywood,
Los Angeles.
2012- 2016
Directeur de la création
Saint Laurent.
21 janvier 2018
Le groupe LVMH
annonce sa nomination
en tant que directeur
de la création artistique
et de l’image de Celine,
pour diriger
« l’ensemble des collections
de la maison » étendue
« à la mode masculine,
à la couture et aux parfums ».
Votre définition du style ?
Le style, le style personnel en l’espèce, est une discipline faite de
renoncements. C’est reconnaître
ce que vous êtes et ce que vous
n’êtes pas. C’est quelque chose qui
est en vous, et qui est plus fort que
vous. Enfin, un style est toujours
confronté à une époque, un instant donné, il vibre avec elle.
Quels sont vos rapports avec
les réseaux sociaux aujourd’hui ?
J’aime beaucoup Instagram lorsqu’il s’agit d’engagement, de projets artistiques. C’est une plateforme qui favorise indubitablement la
découverte de talents, le partage
d’idées novatrices. Je ne suis pas
présent à titre privé sur les réseaux
sociaux. Je n’ai pas de compte personnel sur Instagram, par exemple. Mon site Internet photographique dispose d’une vitrine sur
Instagram, mais cette page est détachée de moi. Je comprends l’engouement, mais, à titre personnel,
la sphère privée me semble le dernier luxe qu’il faille préserver.
L’emballement sur le selfie est
aussi en soi un sujet d’anthropologie. Il est du reste intéressant de
voir ce que cet abandon dans l’hyperréalité donnera à long terme.
Instagram a créé un certain nombre de conventions dans la représentation ultracodifiée du bonheur, le côté vie rêvée, une
existence « picture perfect » où
tout le monde vole en jet privé et
se réveille impeccablement maquillé. Le monde se lassera-t-il de
cette « copie du monde », de la surenchère algorithmique de dépliants glossy, de cette quête de
cyber-célébrité où le quantitatif
impressionne les foules ? Les futurs réseaux sociaux évoluerontils sur le registre d’un nouveau
réalisme et du sentiment nu, non
retouché ? Je réalise parfois à quel
point il peut être difficile de grandir dans un monde envahi de « likes », lorsqu’on n’est pas la fille ou
le garçon le plus populaire du collège. Le concours de popularité
lissera-t-il les différences, la liberté de ton ? Les réseaux sociaux,
c’est une révolution fantastique et
toujours un peu le far west. C’est
sans doute ce qui fait leur charme.
Il y a néanmoins beaucoup à faire
afin de protéger l’équilibre et la
vérité de chacun, le respect de
tous. Mais cela viendra, il faut préserver l’enthousiasme des premiers jours.
Votre devise ?
Tenir. Quels que soient le but, les
postures, les avis, le bruit, les
agendas, la clef de tout, c’est préserver l’enchantement. ■
A
n’est pas incarnée, « enlevée »
avec naturel par un mannequin
avec lequel le modèle finit par se
confondre. Ce projet Celine est
du reste une aventure collective,
une communauté de personnalités fortes. C’est un travail
d’équipe. Celui du studio, des
ateliers, des mannequins.
Comment appréhendez-vous
la griffe en elle-même ?
J’ai toujours été sensible à cette
notion de grande qualité, de savoir-faire inhérent à la maison, ce
sens de la tenue. Dans ce contexte,
l’idée de jouer avec les codes de la
bourgeoisie est intéressante. De
plus, chez Celine, le poids du passé n’est pas aussi fort que chez
Dior ou Saint Laurent. On peut
davantage s’en affranchir. Celine,
c’est une vision de Paris. Un certain porté… Je n’ai pas envie de
l’enfermer dans quelque chose. Il
n’y a pas de carcan, pas de modèle
lié à un héritage trop marqué.
C’est une idée française plus qu’un
vestiaire. À partir de là, on peut
inventer un vocabulaire. Ce qui
est important, c’est toujours l’instant présent.
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
30
STYLE
Dior, au corps à corps
COLLECTION La maison de l’avenue Montaigne donne le coup d’envoi de la Fashion Week parisienne, à
écrocher le créneau
d’ouverture de la Fashion Week est devenu une obsession de toutes les grandes marques et dans toutes les villes. À
Paris, ce sera donc Dior qui n’a jamais
défilé aussitôt dans le calendrier. Mais
l’arrivée exceptionnelle du grand rival
Gucci, le lundi soir, a poussé la maison
de l’avenue Montaigne à présenter son
printemps-été 2019 le même jour, à
14 h 30. Pour ouvrir le bal, au propre
comme au figuré, la griffe, forcément, a
vu grand : un gigantesque théâtre, de
bois, planté sur l’hippodrome de
Longchamp, dans le bois de Boulogne.
« La structure que nous souhaitions était
si haute qu’il nous était impossible de la
dresser dans Paris », justifie Maria
Grazia Chiuri, directrice artistique des
collections féminines, rencontrée ce
week-end dans la capitale. Ce théâtre
éphémère, impressionnant du dehors
comme du dedans, a été pensé pour accueillir la troupe L-E-V venue tout
droit de Tel-Aviv. Menés par la chorégraphe Sharon Eyal, huit danseurs
contemporains ouvrent le show. Habillés pour l’occasion par Mme Chiuri de
justaucorps et de leggings imprimés
(qu’on espère trouver en boutique !), ils
vibrent en rythme, se désarticulent,
s’enlacent, s’élancent. C’est d’une
beauté à couper le souffle. « Il m’est difficile de parler de ma création, explique
en coulisses Sharon Eyal. Je travaille à
l’instinct et en cela je me sens proche de
Maria Grazia. Elle conçoit la mode avec
ses tripes. Elle m’a proposé ce projet, qui
m’a emballée puisque j’adore la mode, en
me donnant une totale liberté. » Quand
les danseurs aimantent les regards sous
la lumière des spots et une pluie de
confettis, les Miss Dior entrent en scène. Elles portent des tutus en tulle de
coton aux couleurs fanées, des robes ultralégères en soie imprimée des fleurs
iconiques de la maison (muguet, rose,
marguerite) puis teintes selon la technique du tie & dye, « un mélange de
couture traditionnelle et d’artisanat »,
dixit la directrice artistique. En dessous, un débardeur, tout simple. Côté
accessoires, le Saddle, ce sac selle iconique des années 2000 relancé avant
l’été, revient dans une version plate façon holster ; la toile Oblique (logo)
prend la forme d’un sac de sport, cool,
et le cabas Book Tote « morphe » en sac
à dos jeté sur l’épaule comme le ferait
une danseuse sortant du studio. Côté
souliers, des sandales couleur sparadrap, quasi invisibles pour donner l’illusion d’un pied nu et des baskets de
danse contemporaine. On pense aussi à
Fame et à Flashdance au vu des grosses
mailles passées sur des jupons aériens et
des treillis oversized.
D’autres petits rats traversent la piste, vêtus de chitons en jersey de soie
plissé. « C’est la première fois que je travaille cette étoffe, poursuit la directrice
artistique. Isadora Duncan était fascinée
par l’esthétique hellénique, elle est l’une
des références de cette collection et le
jersey se prête merveilleusement bien à
cette simplicité des coupes. » Sur le
moodboard de Maria Grazia Chiuri, les
images de Pina Bausch, de Loïe Fuller et
de Martha Graham s’entremêlent,
ponctuées de citations chocs. Ça parle
de corps, de mouvement et de liberté.
PETER PHILIPS
En direct
du backstage
ADRIEN DIRAND ; DIOR
D
ÉMILIE FAURE
efaure@lefigaro.fr
PrintempsÉté 2019
l’hippodrome de Longchamp. Un show mémorable autour de la danse, emporté par la troupe israélienne L-E-V.
« Je sais que la danse est un thème vu et
revu en mode, convient l’Italienne. J’espère que cette fois, vous serez surpris.
L’idée est de proposer plus qu’un défilé,
une performance. Chez Dior, j’ai la
chance de toucher un public immense, et
je veux en profiter pour lui offrir cette expérience. Je ne pourrais pas me contenter
de faire une robe pour une robe, j’ai besoin d’y ajouter du rêve. » ■
Nous avons demandé à Peter Philips,
le directeur de la création
et de l’image du maquillage Dior,
de photographier lui-même un
mannequin, en coulisses, et de nous
raconter l’inspiration derrière ce look.
« Le défilé entier est basé sur la
danse, ce qui apporte une extradose
de créativité, mais aussi une touche
de chaos. Pour être sincère, j’ai pris
en photo la première fille qui me
tombait sous la main, juste avant
la répétition. Dix d’entre elles portent
ce make-up très particulier, où le
geste compte plus que le résultat.
Il m’a été inspiré par la chorégraphe
du show, Sharon Eyal : elle-même
se maquille ainsi, en mouvement,
de façon instinctive et passionnée,
comme si son crayon était
le prolongement de sa main
et le dessin final, une empreinte
de ce geste sur son visage.
J’ai regardé en boucle la vidéo qu’elle
m’avait envoyée - en vingt-cinq ans
de métier, je n’avais jamais vu ça !
Comme elle, j’ai décidé de me laisser
guider par le khôl. Chaque motif
devient unique, l’œil gauche
est parfois différent du droit mais
ce n’est plus ce qui importe.
L’idée n’est pas de corriger
ou de mettre en beauté, mais
de s’exprimer. C’est jubilatoire ! »
PROPOS RECUEILLIS PAR ÉMILIE VEYRETOUT
+ @ SUR LE WEB
» Tous les défilés en images
www.lefigaro.fr/madame
À Londres, l’exposition « Drag » inspire la mode
RENCONTRE Visite avec Michael Halpern de l’accrochage sur la culture « queer », qui fait salle comble actuellement outre-Manche.
A
C’
est une exposition, gratuite, sise dans une petite
salle du Southbank Centre à Londres, et pourtant ultrapopulaire en ce
moment. Conçu par le Français Vincent
Honoré (ex-Palais de Tokyo), « Drag :
Self-portraits and Body Politics » réunit
une vingtaine d’autoportraits de dragqueens de 1945 à nos jours, également
des vidéos et des photographies de Pierre
Molinier, de Cindy Sherman et de Leigh
Bowery. Une esthétique, une extravagance qui faisait écho aux défilés de la
Fashion Week de Londres, la semaine
dernière. D’où l’envie de proposer au
jeune Michael Halpern, darling de la
mode outre-Manche et sacré roi des
looks disco, de nous accompagner lors
de la visite.
Discret, plutôt rare dans la presse, le
New-Yorkais s’est prêté au jeu. « Le sujet me parle, je suis content d’être là, explique-t-il. Je retrouve, dans ces images,
cette même idée d’évasion et d’excentricité propre à mon travail. Parmi mes clientes, je compte des femmes qui aiment
briller, prêtes à prendre un avion de Los
Angeles pour assister à notre défilé, et
aussi de nombreuses drag-queens qui
s’habillent en Halpern pour leurs performances. Ce ne sont pas des vêtements
pensés comme des costumes, mais chacun
est libre de les porter où et comme il le souhaite. Cette liberté me plaît beaucoup. Elle
s’applique aussi au casting : il ne me viendrait pas à l’idée de demander à un mannequin s’il est une fille, un garçon, un
transgenre. Je m’en moque complètement. »
Pierre Molinier et Leigh Bowery
Michael Halpern, 30 ans, a grandi à New
York, marqué par la personnalité de sa
mère, conseillère bancaire la journée et
habituée du Studio 54 et du bar du
St. Regis la nuit tombée, sortant ses tenues les plus folles pour danser. Ses sou-
venirs d’enfance nourrissent ses créations d’aujourd’hui. Diplômé de la
Parsons School en 2010, il décroche un
premier emploi chez J. Mendel, puis au
studio Oscar de la Renta où il apprend à
draper. Il décide de passer le master de la
Central Saint Martins, à Londres. Il n’en
est jamais reparti. Repéré par Donatella
Versace lors de son défilé de fin d’études,
il est engagé sur-le-champ pour être en
charge de la couture. Il adore l’Italienne,
jure avoir tout appris à ses côtés. En parallèle, il monte sa propre marque
Halpern, qui lui prend tout son temps
aujourd’hui. « Je suis un designer américain à la tête d’une marque britannique ! »
Au fil de l’accrochage, le créateur
s’approche des photomontages en noir
et blanc de Pierre Molinier et s’émerveille. Bien sûr, il connaît l’univers de
l’artiste français sur le bout des doigts. Il
repère aussi les travaux d’une de ses
amies artistes, Victoria Sin : dans une vidéo, la « drag » se maquille longuement,
un cadre présente un Kleenex imprimé
de son visage fardé comme un linceul.
Shhh (from Patina du Prey Drag Pose Series), 1990/2012, d’Hunter Reynolds. Ci-dessus : le créateur Michael Halpern.
MICHAEL WAKEFEKD, COURTESY OF THE ARTIST, P.P.O.W AND HALES GALLERY ; HALPERN
Magnifique. Les drag-queens sont à la
mode, RuPaul opère un come-back sur
Netflix, Bob The Drag Queen est sur
HBO. « Je ne vois pas du tout ça comme
une tendance, regrette Michael Halpern.
Pour la plupart, ce sont des artistes engagés. Ils ont une identité à défendre. Il faut
leur donner une voix, pas uniquement une
image. »
En face, un écran diffuse un clip de
Leigh Bowery. « Les extravagances de
Leigh inspirent tous les stylistes, assuret-il. Ses photos font partie de nos moodboards, même si certains ne l’assument
pas. » Lui l’assume pleinement : sur ses
shows, les mannequins, maquillés à
outrance par la très en vue Isamaya
French, portent des pattes d’eph entièrement pailletées, des minirobes semblables à des boules disco. En septembre 2016, alors qu’il vient de lancer sa
marque, Beyoncé lui commande une tenue sur mesure pour sa fête d’anniversaire. Instagram se rappelle encore la
combinaison multicolore. Mais son souvenir le plus grisant reste d’avoir habillé
- et accompagné - Marion Cotillard au
Festival de Cannes en mai 2017. « C’était
un rêve, j’ai été contacté par son styliste,
Bastien Duval. Et j’ai fait le voyage pour
m’assurer du résultat. » ■
É. F. (À LONDRES)
Exposition « Drag : Self-portraits and Body
Politics », au Southbank Centre, Hayward
Gallery, à Londres, jusqu’au 14 octobre.
www.southbankcentre.co.uk
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LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
AUTOMOBILE
31
Changement
de stature
ESSAI Chez Audi, le Q3 s’étoffe avec
la volonté de reprendre la main sur un
marché premium en passe de lui échapper.
orté au firmament lors de
son lancement, en 2011, le Q3, premier
du nom, n’était plus vraiment à la fête
ces derniers temps ; malmené par une
concurrence toujours plus inventive et
ce, jusque dans son propre camp, où un
Q2 empreint de modernité et à l’habitabilité guère éloignée malgré ses
4,19 m l’a rapidement éclipsé dans les
ventes. Difficile d’en vouloir au dernier
arrivant, ce nouveau SUV volontiers
urbanophile
anticipait
déjà
le
renouvellement du Q3 ou plutôt son
futur positionnement.
Pour à nouveau briller en société, le
best-seller devait commencer par reconsidérer ses dimensions. En portant
sa longueur de 4,39 m à près de 4,50 m,
le Q3 fait taire les critiques le jugeant
peu hospitalier. À une époque où, tout
en se multipliant, les propositions sur le
segment se lâchent sur le plan du
design, il était également bon de se débarrasser d’une image un peu trop
sage. Le nouveau Q3 rompt donc avec
cette discrétion depuis longtemps
transmise comme gage de filiation entre les générations chez Audi. Le récent
Q8 apparaît comme l’instigateur du
changement de style et personne ne
s’en plaindra. Exploitant au mieux ses
nouvelles proportions, voici le Q3 doté
d’une vraie personnalité. Derrière cette
imposante calandre octogonale et ce
regard acéré, son profil quasi sportif
marqué par des épaulements proéminents ne laisse planer aucun doute sur
sa volonté de reconquérir sa place de
leader sur le marché.
Suédine et virtual cockpit
Le vent de la réforme souffle également
à l’intérieur du véhicule et plus précisément sur la planche de bord. Le Q3
tourne la page de l’austérité ambiante
sans se départir de sa qualité de fabrication et, notamment, de la précision
de ses assemblages. Tout en égayant
l’ensemble, le recours à la suédine en
différents endroits parachève l’appartenance à l’univers du premium.
Concernant l’instrumentation, le
virtual cockpit fait toujours son effet et,
pour l’info-divertissement, la taille de
la diagonale de la dalle surplombant la
console centrale reste proportionnelle
à l’investissement du client. L’écran se
veut tactile, d’où l’absence de pavé de
commande à portée de main, mais a
l’intelligence de ne pas intégrer les réglages de climatisation.
Quant à l’espace de vie nouvellement
défini, il se veut confortable, mais c’est
à l’arrière que le progrès se montre le
Moteur
Cylindrée
Type
Puissance
Couple
2 143 cm3
4-cylindres turbo essence
150 ch
250 Nm
Transmission
Type
Boîte
Traction
Auto. 7 rapports
Dimensions/poids
L/l/h
Coffre
Poids
4 484 × 1 856 × 1 616 mm
530 litres
1 495 kg
Droitde
Performances
0-100 km/h
Vitesse
9,2 secondes
207 km/h
l’usager
Consommation /émissions
Mixte UE
CO2
Prix
n.c.
n.c.
32 500 €
plus sensible. Autre aménagement capital, l’adoption d’une banquette fractionnable et coulissante permet au Q3
de faire jeu égal avec son principal rival, le BMW X1, qui, rappelons-le, a
bâti sa modularité sur la reprise des
soubassements du monospace Active
Tourer. Question contenance, le représentant des anneaux propose désormais un coffre variant de 530 à 675 l,
voire 1 525 l, assises rabattues. Bien sûr,
le Q3 se pare de tous les raffinements
technologiques du moment, entre
autres dans le domaine des aides à la
conduite ; ce qui fera grimper l’addition
si l’on veut en bénéficier dans sa totalité.
Le recours à la fameuse plateforme
MQB sur laquelle reposent déjà de
nombreux modèles du groupe Volkswagen, dont le Tiguan et l’Ateca,
confère au comportement du Q3 une
rigueur doublée d’un agrément de
conduite difficilement critiquable. En
toutes circonstances, la maîtrise est
totale, surtout lorsque l’on a pris soin
de s’adjoindre les services d’un système quattro au sommet de son art. Ce
côté « premier de la classe », aussi lisse
qu’efficace, peut toutefois agacer si
nous le comparons au caractère plus
enjoué d’un X1.
Une préférence pour l’essence
Les sorties d’échappement sont factices
et ne peuvent laisser présumer du degré de motorisation. Il faut donc tendre
l’oreille pour constater que le Q3 ne
tourne pas le dos au diesel avec un 2.0
dénommé 35 TDI 150 qui sera suivi
dans le futur par un TDI 190 extrait du
même bloc. Mais, conformément à la
tendance, ce SUV ne cache pas sa préférence pour l’essence, avec pour
ouvrir le bal un 1.5 35 TFSI 150 qui, là
Refuser la priorité à
un piéton coûte cher
■ par Me Rémy Josseaume
À l’image de son
imposante calandre,
le Q3 a gagné
en volume.
La planche de bord
avec sa dalle d’infodivertissement tactile
signe l’appartenance
de ce modèle
à l’univers du premium.
La banquette arrière,
fractionnable
et coulissante, fait
bénéficier le SUV d’une
modularité accrue. AUDI
encore, se trouvera rapidement épaulé
par une mouture à 190 ch d’un 4-cylindres 2.0 baptisé 40 dans la gamme. Enfin, avec ses 230 ch, le 4-cylindres 2.0
du 45 TFSI délivre un supplément
d’âme au Q3 qui ne demande qu’à faire
étalage de son talent sur le bitume.
En cours d’homologation, tarifs et
émissions de CO2 restent à communiquer. On sait seulement que
32 500 euros seront requis pour acquérir une version d’entrée de gamme ; en
l’occurrence le 35 TFSI de 150 ch en
2 roues motrices associé à une boîte à
double embrayage S tronic à 7 rapports
qui ne chôme pas dans ses relances,
une offre complétée en fin d’année par
l’alternative d’une configuration en
boîte manuelle facturée 31 400 euros. ■
1
 NOTRE AVIS
Sous la pression de la concurrence, le
Q3 se réinvente. Physique attractif
doublé de vertus familiales qui lui
étaient jusqu’alors étrangères, c’est
indéniable, le best-seller d’Audi
monte en gamme et ne néglige aucun
détail.
Bardé d’électronique, il se veut plus
technologique et se montre exemplaire dans ses déplacements.
Un regret… À l’heure où de nombreux SUV clament leur engagement
sur la voie de la mobilité durable, le
Q3 demeure discret sur sa probable
future conversion à l’hybride rechargeable ; pourquoi pas à l’horizon
2020 ? ■
La traque aux nanoparticules a commencé
SANTÉ La Mairie de Paris réagit déjà à la pollution de poussières fines issues du trafic automobile.
Il lui reste maintenant à s’attaquer à celle, plus inquiétante, générée par la circulation ferroviaire.
PHILIPPE DOUCET
pdoucet@lefigaro.fr
A
nne Hidalgo n’était pas là.
Mais Christophe Najdovski,
son adjoint au transport, et
Jean-Louis Missika, chargé
à Paris de l’urbanisme, des
projets du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité, la
représentaient, vendredi dernier, dans
la cour d’honneur de la mairie de Paris.
Entourés d’un parterre de spécialistes
de la santé et de représentants de la
grande industrie, tous étaient rassemblés autour d’une ZOE électrique équipée de « freins propres » : une voiture
dotée d’un dispositif récoltant les particules de plaquettes de frein à disques
dégagées lors de chaque freinage.
Mis au point par le bureau d’études
Tallano, ce système d’une centaine de
grammes est fixé sur le bras de suspen-
sion. Il se compose d’un évent qui canalise les poussières fines. Elles sont ensuite aspirées à l’aide d’une petite turbine
électrique activée lors de chaque action
sur la pédale de frein. Ce dispositif coûte
une soixantaine d’euros et collecte près
de 90 % des particules. Il ne nécessite
aucun entretien et le changement du filtre s’effectue lors de chaque remplacement des plaquettes de frein. Il est également conçu pour fonctionner pendant
toute la vie du véhicule. La récupération
de ces poussières peut donner lieu à un
retraitement afin de valoriser certaines
matières premières contenues dans les
particules de freins, alimentant ainsi
l’« économie circulaire ».
15 000 litres d’air par jour
Cette initiative des élus parisiens est le
signal d’une prise de conscience. Le
moteur de nos voitures, que les ingénieurs s’appliquent à dépolluer, n’est
pas le seul responsable des particules
automobiles. Les poussières fines représentent en effet 20 % de la pollution
particulaire produite par le trafic routier (30 % avec celle issue du roulement
des pneumatiques). Plus inquiétant encore, ces particules sont de très faible
taille (de 0,001 à 15 microns) et chargées de métaux. Elles sont extrêmement nocives et pénètrent profondément dans l’organisme. « Plus c’est
petit, plus c’est toxique. Lorsque l’on
passe de particules de 10 microns à des
particules de 0,1 micron, leur nombre, à
masse égale, est multiplié par un facteur
10 puissance 6 », précise le Pr Bruno
Housset, chef du service de pneumologie au centre hospitalier intercommunal de Créteil et président de la Fondation du souffle. Le système pulmonaire
est une extraordinaire machine qui
brasse 15 000 litres d’air par jour. Sa
surface alvéolaire est très étendue
(100 m²), mais elle est fine et fragile.
Ces nanoparticules favorisent l’appa-
Le non-respect de la priorité
due à un piéton est désormais
puni d’une perte de six points
(au lieu de quatre). Et elle
peut être constatée par
vidéoverbalisation. En cas de
verbalisation estimée excessive,
l’automobiliste et le motocycliste
ne sont pas complètement sans
défense.
Il faut tout d’abord savoir quels
sont les usagers de la route
assimilés à des piétons. On pense
naturellement aux parents
poussant la voiture de leur enfant.
Mais les personnes qui conduisent
à la main un cycle ou un
cyclomoteur, les personnes
handicapées qui se déplacent dans
une chaise roulante mue par euxmêmes à l’allure du pas entrent
également dans la catégorie des
piétons. De même que les usagers
utilisant ces nouveaux moyens de
mobilité que sont les rollers, les
overboards, les monoroues
ou encore les trottinettes.
Le piéton demeure prioritaire
face à l’automobiliste pour
traverser la chaussée, même en
dehors d’un passage clouté, à la
condition qu’il n’en existe pas à
moins de cinquante mètres. En
cas d’infraction, la sanction est
désormais très lourde : une
amende de 135 à 750 euros, un
retrait de 6 points sur le permis de
conduire, voire une suspension de
ce dernier pour une durée de trois
ans.
Si vous estimez avoir fait
l’objet d’une verbalisation
abusive, vous pourrez la
contester en arguant que le
piéton n’était pas « régulièrement
engagé » (position immobile ou
d’attente sur le trottoir, et pas de
manifestation d’intention de
traverser) ou était mal situé.
En effet, la contravention est
contestable dès lors que le
piéton transgresse lui-même les
règles de circulation piétonne.
Cela vaut aussi pour les
traversées en dehors des
passages réservés, l’ignorance
des feux de couleur ou les
traversées en diagonale.
La preuve contraire au
procès-verbal pourra être
rapportée par témoins ou constat
d’huissier (mesurant, par exemple,
l’espace séparant le lieu de
verbalisation et le passage piéton
le plus proche).
Enfin, n’oubliez pas qu’en cas
de procès-verbal dressé par
vidéoverbalisation, le fait de nier
être l’auteur de l’infraction vous
permettra de ne pas perdre de
points sur le permis de conduire.
rition de cancers et de troubles cardiovasculaires. « Une fois qu’elles sont passées dans l’air, vos poumons sont leur
meilleur filtre. C’est pourquoi il faut les
capter à la source », insistent Christophe Rocca-Serra et Jean-Louis Juchault, associés fondateurs de Tallano.
« Ce dispositif de récupération de ces
poussières, couplé à une voiture 100 %
électrique “zéro émission”, ouvre la voie
vers le véhicule propre », se félicite
Jean-Louis Missika.
Reste maintenant aux édiles de la capitale à se préoccuper des particules de
freins dégagées par le trafic ferroviaire.
Cette pollution est bien plus grave et inquiétante que celle générée par le trafic
automobile en raison de son volume,
mais aussi parce qu’elle se produit dans
des espaces souvent ou totalement
confinés (métro). La SNCF, avec le
concours de la région Ile-de-France,
s’y attaque. La RATP va-t-elle lui emboîter le pas ? ■
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A
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Sous le capot
DENIS HAMON
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
32
CULTURE
Opéra de Paris :
le changement
c’est maintenant ?
POLITIQUE CULTURELLE Dirigée pendant
sept ans par Stéphane Lissner, l’institution
a un besoin urgent d’être réformée. Première
étape, lui trouver un remplaçant pour 2021.
D
ARIANE BAVELIER
£@arianebavelier
es nominations dans le
secteur culturel, celle du prochain directeur de l’Opéra de Paris est la plus
urgente. C’est seulement depuis que
l’on sait que Stéphane Lissner ne sera
pas renouvelé que l’on semble s’en occuper en haut lieu. « Il faut en finir avec
le mythe de l’homme providentiel sortant
tout armé du front des ministres de la
Culture successifs. Il faut passer un
concours pour être deuxième basse dans
les chœurs : pourquoi le directeur de la
maison serait-il nommé seulement sur sa
réputation et sa bonne foi ? Introduisons
cette logique de concurrence, de projets
et de jeu collectif dans la nomination des
directeurs d’opéra », écrivait Sylvain
Fort dans une tribune de Forum Opéra
en 2011, préconisant la composition
d’une commission pour étudier les diverses candidatures et demandant que
celles-ci soient établies avec transparence. Celui qui vient de prendre la direction du service de communication
d’Emmanuel Macron, et qui a souvent
défendu une conception conservatrice
de l’opéra dans ses chroniques sur le
site Forum Opéra, devrait être entendu.
Le mandat de Stéphane Lissner se
terminera à la fin de la saison 20202021, en même temps que celui du directeur musical Philippe Jordan, avec la
perspective d’un nouveau Ring de Wagner en apothéose. Lissner a épuisé les
dérogations possibles, avec un contrat
de sept ans au lieu des six prévus par les
statuts, ce qui lui permet d’aller jusqu’à
68 ans et demi, au lieu des 66 ans et
trois mois légaux. La première raison de
son non-renouvellement est donc
l’âge. Même une prolongation de trois
ans, à laquelle il n’aurait pas été hostile,
l’aurait mené au-delà de 70 ans, précédent qui conduirait d’autres directeurs
d’établissements publics à réclamer le
même traitement, ce que le ministère
veut éviter à tout prix. Pour l’instant, ce
dernier s’est contenté d’annoncer
« avoir fait appel à un cabinet de chasseurs de têtes pour faire émerger les candidatures les plus diverses possibles, et
notamment des profils internationaux ».
Une maison luxueuse
Le successeur de Stéphane Lissner n’est
pas facile à élire. S’il peine à régler la
question du ballet, le directeur a d’ores
et déjà, à mi-mandat, affirmé son
audace sur le plan artistique (lire cidessous) non sans polémiques. Sur le
plan administratif et financier, en cette
saison si particulière marquée à la fois
par une programmation spécialement
festive pour le 350e anniversaire de
l’Opéra de Paris, et par la très redoutée
réforme des régimes spéciaux de retraite, Stéphane Lissner a déclaré vouloir
s’attaquer à la réorganisation du travail.
Entreprise délicate, trop longtemps esquivée, qui pourrait marquer son mandat à la tête de la Grande Boutique et
que son successeur devra poursuivre.
« Dans le milieu, l’Opéra de Paris est
vécu comme un éden social », dit Bernard Coutant, directeur financier de La
Monnaie de Bruxelles pendant vingt ans
qui y a redressé les comptes, exploit qui
lui a valu d’être consulté par le ministère de la Culture en 2014-2015, pour savoir s’il fallait baisser la subvention de
l’Opéra de Paris. « Le mécanisme, c’est
le préavis de grève, de préférence sur une
première, pour faire pression sur l’opéra
et les tutelles. Les primes s’ensuivent, allongeant les feuilles de paie d’un nombre
La grande salle
de l’Opéra Bastille,
à Paris.
de lignes hallucinant. Elles se négocient
les unes après les autres. » C’est ainsi
qu’au printemps, les machinistes ont
reçu, pour mettre fin à une série de
préavis, une belle augmentation. Mais
où trouver l’argent pour couvrir l’augmentation du contrat social ?
Paris n’est pas comme Munich où
l’État régalien paie rubis sur l’ongle son
opéra (les habitants y sont si attachés
qu’ils descendraient dans la rue en cas
de menace), ni comme Londres qui a
fait de son Royal Opera House une ONG
culturelle associée à des défis d’éducation qui lui permettent d’augmenter le
prix des places (200 à 340 euros en première catégorie) et de ramasser 60 millions d’euros de mécénat. Dans une
époque à budgets tendus, où l’argent
public se raréfie, où l’État se désengage
d’une maison considérée comme chère
et luxueuse, il est difficile de résister :
« Quatre représentations annulées à
Bastille, c’est un million d’euros perdus », confie encore Bernard Coutant,
qui a également travaillé avec Lissner
lorsqu’il était au Châtelet. « Jusqu’à
présent, dire ne touchons à rien, la mai-
Le bilan contrasté de Stéphane Lissner
CHRISTIAN MERLIN
A
Le bilan de l’ère Lissner est contrasté,
avec beaucoup de positif. Certains, qui
n’ont pas digéré la copulation d’escargots de La Damnation de Faust ou les
cosmonautes de La Bohème, lui reprochent des productions peu consensuelles en matière lyrique, mais il a
toujours veillé à l’équilibre entre propositions audacieuses et spectacles
plus classiques.
C’est sa gouvernance du ballet qui
est la plus controversée, tandis que son
directeur du casting vocal, le Grec Ilias
Tzempetonidis, est loin de faire l’unanimité. Sans parler de l’affaire des
cloisons des loges du Palais Garnier,
qui, outre une assez anecdotique levée
de boucliers, a déclenché l’ire de Sylvain Fort et Hugues Gall. Mais force est
de reconnaître que, à une époque de
gel des subventions, il a développé le
mécénat comme aucun autre avant lui,
dans un pays dont ce n’est pas la
culture. Il est même devenu un véritable champion de la cause, rassemblant
près de 20 millions d’euros. Tout en
faisant venir les stars du chant et de
grands chefs. Surtout, il a (re)modernisé les mises en scène après le mandat
traditionaliste de Nicolas Joel, redorant le blason de l’Opéra de Paris qui
avait quelque peu disparu des radars
internationaux sur ce plan, aujourd’hui incontournable.
Ce sera l’un des enjeux de la succession : quelle conception de l’opéra défend-on ? Du nouveau directeur, on
attend certes un carnet d’adresses
plein, des nerfs solides pour négocier
avec tutelle et syndicats, mais aussi
une vision d’avenir : le choix de la per-
sonne déterminera si l’on opte pour un
retour à l’ancien monde ou pour l’idée
d’un art total à l’écoute de son temps.
Mais pour laisser son empreinte, il faut
du temps, ce qui n’est pas possible si la
nomination est un bâton de maréchal,
comme c’est souvent le cas.
Des options pour l’avenir
Pourquoi y a-t-il le feu ? Parce que, à
l’opéra, les saisons se décident quatre
à cinq ans à l’avance si l’on veut avoir
les meilleurs chanteurs, chefs et metteurs en scène. Autrement dit, pour
programmer 2021-2022, c’est déjà
très court. En écoutant les artistes
évoquer leurs projets, on comprend
que Stéphane Lissner a déjà pris des
options, mais sans rien signer, comme
c’est l’usage quand on n’est pas sûr
d’être en place.
Essentielle aussi, la nomination
d’un directeur musical. Pour succéder
à Philippe Jordan, qui a placé la barre
à un niveau exceptionnel et acquis
une cote d’amour considérable, il faut
impérativement une pointure. Or les
grandes baguettes ne sont pas libres
avant des années ! Le ministère avait,
semble-t-il, demandé à l’actuel directeur de l’aider à trouver l’oiseau
rare, mais quel maestro accepterait de
s’engager sans savoir avec quel directeur il va travailler ? Décidément, il
est grand temps. ■
Le contrat de Stéphane Lissner
(ici en février 2016 lors de la
nomination d’Aurélie Dupont
au poste de directrice de la danse
de l’Opéra de Paris) se terminera
à la fin de la saison 2020-2021.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
son n’est pas réformable, a permis aux
directeurs d’acheter une forme de paix
sociale et de dérouler leur programmation artistique. Comme à Air France ou à
la SNCF. Discours doublé par une opacité
grandissante des chiffres donnant des
salles pleines à 94 %, ce qui à l’œil nu
n’est clairement pas le cas, ce qui fait que
personne ne se sent vraiment concerné.
On dit tout va bien, nous frôlons juste les
icebergs et voilà trente ans que ça dure.
Ce n’est pas l’avenir. Il faudrait que Bercy et le ministère de la Culture se mettent
à une table pour définir un contrat d’objectifs et que le successeur de Lissner
connaisse son cahier des charges. »
Des économies peuvent être trouvées dans la gestion de la maison.
Contrairement à l’Opéra de Vienne
par exemple qui garde ses productions
et où Jonas Kaufmann a été acclamé
l’an dernier en Andrea Chénier dans
une mise en scène d’Otto Schenk de
1981, Paris n’a pas ou peu de répertoire. Les directeurs se succèdent et « déclassent » la plupart des productions
de leurs prédécesseurs, cherchant à
créer l’événement avec les nouvelles
d’autant plus que jusqu’ici les directeurs novateurs ont succédé aux traditionalistes et ne se reconnaissent pas
mutuellement dans leurs choix. On
comprend que des productions ratées
de l’ère Nicolas Joel aient disparu
corps et biens (Carmen d’Yves Beaunesne, Manon de Coline Serreau, etc.).
Mais on a aussi vu des productions
réussies de l’ère Mortier qui n’ont jamais été reprises par Nicolas Joel : Parsifal de Warlikowski, La Traviata de
Marthaler ou Macbeth de Tcherniakov.
« La solution, c’est jouer plus »
« Il serait absurde d’augmenter davantage le prix des places, la vraie solution,
c’est de jouer plus, dit Bernard Coutant.
Il est symptomatique qu’avec deux maisons Paris donne cette saison 383 spectacles, 199 opéras, 178 ballets et
6 concerts. Londres donne un peu plus de
300 représentations avec une seule salle.
Pour jouer plus, il faut éviter de bloquer
les salles le soir pour des réglages lumière ou des répétitions. Et l’inscrire dans
des plannings qu’on respecte », poursuit-il. « Quand on monte une produc-
Un profil pour basculer dans le X
Changement de méthodes. Jusqu’à présent, les candidats potentiels à la direction de l’Opéra de Paris envoyaient
leurs émissaires pour savoir s’ils pourraient être éligibles et qui serait le plus
influent pour appuyer leur candidature.
Cela se faisait au réseau d’influence et
au CV. Il était recommandé d’avoir
pour parrain Pierre Bergé ou Hugues
Gall, spécialistes de l’Opéra de Paris
pouvant garantir la qualité du candidat.
Cela remplaçait la présentation d’un
projet et permettait aux candidats malheureux d’éviter l’humiliation d’un
échec. Ce temps est révolu. Il s’agit désormais d’inventer un modèle d’Opéra
de Paris pour le XXIe siècle. Et comme
dit le directeur d’un opéra français, le
retard de l’Opéra de Paris est tel que
c’est comme passer d’un seul coup de
l’iPhone 1 à l’iPhone 10.
Alors que les rumeurs soupèsent si l’élu
sera un homme ou une femme, un
Français ou un étranger, et soutenu par
tel ou tel faiseur de rois, au sein de
l’exécutif en charge de la nomination, il
est désormais acté que le débat ne se
tranchera plus ainsi. Les candidats doivent présenter un vrai projet pour la
maison et une équipe composée d’un
directeur de la musique, du ballet et
d’un DRH pour le mener à bien. Ce qui
ouvre énormément le jeu. L’analyse
faite en haut lieu établit que l’état de la
maison est tel qu’il faut redéfinir un cadre artistique et social et l’appliquer
grâce à des gens proches des équipes.
La réforme ne pourra se faire qu’avec
l’appui et la confiance de celles-ci.
Autrement dit, le profil recherché n’est
plus celui d’un directeur star. La star de
l’Opéra de Paris, c’est l’Opéra de Paris.
Dorny, belge, 56 ans
uSerge
Points forts : sa capacité à concilier
audace artistique et bonne gestion ; a
fait de l’Opéra de Lyon l’un des plus inventifs et dynamiques d’Europe ; très
courtisé par le ministère.
Points faibles : indisponible puisqu’il a
déjà signé à Munich à partir de 2021 ;
réputé pour son management à la dure,
pas forcément propice à la paix sociale.
Meyer, français,
uDominique
63 ans
Points forts : a fait ses preuves dans une
grande maison, l’Opéra de Vienne, qu’il
laisse en parfait état de marche ;
connaît le système français comme sa
poche, côté artistique comme institutionnel.
Points faibles : il aura 66 ans en 2021, ce
qui le mènerait à 72 en fin de mandat ;
des goûts assez conventionnels en matière théâtrale.
Mantei, français, 53 ans
uOlivier
Points forts : a donné à l’Opéra-Co-
mique visibilité et légitimité dans le
paysage lyrique parisien en inventant
des formules innovantes ; une vraie vision de la place de l’art vivant dans le
monde moderne.
Points faibles : n’a jamais dirigé une
aussi grosse structure.
Ghristi, français,
uChristophe
50 ans
Points forts : connaît bien la maison
pour avoir été adjoint de Nicolas Joel à
l’Opéra de Paris ; grande expertise de
l’opéra.
Points faibles : commence seulement à
diriger un théâtre, le Capitole de Toulouse ; conception de l’opéra à l’ancienne.
Grinda, monégasque,
uJean-Louis
58 ans
Points forts : bilan convaincant à la tête
des Opéras de Liège et Monte-Carlo,
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
CULTURE 33
Festival Musica :
un esprit ouvert
ZOOM
Le budget de la Culture
conforté en 2019
Alors que le gouvernement
s’est engagé dans une politique
de réduction des déficits publics,
la ministre de la Culture a présenté,
hier, un budget 2019 « conforté ».
Outre le soutien à la création
artistique (782 millions),
145 millions d’euros seront
consacrés à l’éducation artistique
et culturelle : le Pass culture
devrait concerner 10 000 jeunes l’an
prochain. Les crédits du patrimoine
sont en légère hausse, à 345 millions
d’euros. Les grands projets, dont
l’Hôtel de la Marine et Grand Palais,
à Paris, le château de VillersCotterêts, dans l’Aisne, devraient
représenter près de 10 %
de l’enveloppe. Par ailleurs,
le gouvernement devrait revoir
son dispositif fiscal pour le mécénat,
afin de « favoriser l’engagement
de très petites entreprises ».
CHRONIQUE À Strasbourg, Jean-Dominique Marco fête
ses 29 ans en tant que directeur. Ses goûts éclectiques
et sa soif de découverte émaillent sa dernière édition.
LE CLASSIQUE
Christian Merlin
tion de premier plan, le projet est ficelé
dix mois avant, inscrit dans des plannings. À Londres ou Munich, on n’y déroge pas. À Paris, si : parce que le metteur en scène veut des répétitions
supplémentaires, que le décorateur rend
sa maquette en retard… Du coup, il faut
engager des surnuméraires ou donner les
projets à des ateliers de décor extérieurs.
Ce qui crée des surcoûts. D’autant plus
qu’à Paris les 35 heures s’appliquent
sans souplesse. À Londres, le personnel
peut travailler six jours et 48 heures par
semaine et récupère après. »
D’autres pistes sont possibles : repasser à l’État l’entretien du bâtiment de
Bastille qui se dégrade pour que l’Opéra
de Paris n’en soit plus que l’exploitant.
Au printemps dernier, deux câbles
maintenant l’ouverture d’une des portes coupe-feu de la scène se sont rompus, obligeant la maison à fermer pendant plus de deux semaines. Et quoi
d’autre ? « À tous les étages de cette
maison, il y a des gens qui sont prêts à
avoir des idées. À quand des états généraux de l’Opéra de Paris ? », demande
Bernard Coutant. ■
XXIe siècle
depuis peu aux Chorégies d’Orange ;
bonne connaissance des métiers de
l’opéra.
Points faibles : n’a dirigé que des maisons de taille moyenne ; représente
plutôt l’ancien monde en matière lyrique.
uPoints forts : dimension europénne
Eva Kleinitz, allemande, 46 ans
affirmée pour cette francophile ouverte
sur son temps ; a pratiqué tous les métiers de l’opéra dans des cultures différentes ; le fait d’être une femme.
Points faibles : une expérience encore
jeune à la tête d’un théâtre (l’Opéra du
Rhin à Strasbourg).
de Lint, suisse, 44 ans
uSophie
Points forts : bon carnet d’adresses
et vision internationale pour cette Suissesse qui parle toutes les langues ; le fait
d’être une femme.
Points faibles : ne peut encore se prévaloir d’aucun bilan puisqu’elle n’a pas
encore commencé à la tête de l’Opéra
d’Amsterdam.
Matabosch, espagnol, 57 ans
uJoan
Points forts : a fait du Liceu de Bar-
celone un théâtre de premier plan
avant de réussir à maintenir le prestige
du Teatro Real de Madrid malgré des
coupes budgétaires impitoyables.
Points faibles : sa faible connaissance de
la langue, des mentalités et du fonctionnement français.
uPeter de Caluwe, belge, 55 ans
Points forts : une créativité offensive
et innovante ; a préservé niveau artistique et équilibre budgétaire de la Monnaie de Bruxelles malgré fermeture
pour travaux et baisses de subventions.
Points faibles : peu familier du système
français. ■
C. M.
Rencontre inédite
Le soir, rencontre inédite entre musique, danse et cinéma, à travers l’objet
singulier qu’est Counter Phrases,
chorégraphié par Anne Teresa De
Keersmaeker et filmé par Thierry De
Mey : à l’inverse de l’ordre habituel,
ce sont les musiques qui ont été composées après la danse, se laissant inspirer par le mouvement. Musiques
savantes occidentales admirablement
jouées par l’Ensemble TM+ et l’Orchestre symphonique de Mulhouse
dirigés par Laurent Cuniot, et musiques orales maliennes jouées par
l’étonnant Ballaké Sissoko, virtuose
de son étrange kora, cette harpe à
vingt et une cordes jouée par les
griots mandingues.
Au traditionnel déjeuner de presse,
Jean-Dominique Marco partageait la
table avec son successeur, Stéphane
Roth, 37 ans, ne cachant pas sa joie de
voir lui succéder un Alsacien («Mulhousien du sud »…). Sa culture et ses
goûts ont été forgés dans les années
2000 et non dans les années 1960. Que
signifie musique contemporaine en
cette première moitié du XXIe siècle,
pour quelqu’un qui n’était pas né
quand Musica a été créé ? Rendez-vous
l’année prochaine pour le savoir. ■
Festival Musica, Strasbourg (67),
jusqu’au 6 octobre. www.festivalmusica.org
» Retrouvez Christian Merlin
tous les dimanches
de 9 heures à 11 heures.
Prochaine émission :
« La répétition »
EN BREF
L’actrice Noée Abita
sur tous les fronts
Révélation d’Ava, de Léa Mysius,
Noée Abita sera prochainement
dans Genèse de Philippe Lesage. En
janvier, elle tournera le premier
long-métrage de Charlène Favier.
Auparavant, l’actrice sera dans
Odol Gorri, un court-métrage de la
même réalisatrice qui sera diffusé
le 30 septembre dans « Histoires
courtes » sur France 2, puis
au Festival du film de SaintJean-de-Luz, du 1er au 6 octobre.
6e édition du concours
« 1, 2, 3, Patrimoine ! »
PHILIPPE STIRNWEISS
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
V
ingt-neuf ans. Cela fait
vingt-neuf ans que JeanDominique Marco était à
la tête du Festival Musica
de Strasbourg, dont l’édition 2018 sera sa dernière en tant que
directeur. Mais en réalité cela fait
beaucoup plus longtemps que son
nom est associé à la manifestation,
car il était délégué à la musique pour
la région Alsace auprès du ministère
de la Culture quand Musica a été fondé en 1982, à l’initiative de Maurice
Fleuret, alors directeur de la musique. C’est lui qui a contribué à y faire
nommer un certain Laurent Bayle,
qui allait jouer plus tard un rôle central dans la vie musicale française.
L’idée était alors de donner, dans un
temps et un lieu concentrés, une
audience au foisonnement créatif qui
accompagnait la musique contemporaine, les moyens publics permettant
d’éviter le bricolage un peu dilettante
qui caractérisait alors souvent ce type
de festival. Outre une chaleur humaine qui a déteint sur l’esprit toujours
convivial de Musica, Jean-Dominique
Marco aura fait fructifier une mentalité alsacienne spécifique, faite
d’amour de la culture et d’esprit de
découverte, et un sens du service public chevillé au corps.
Sa dernière édition reflète les goûts
éclectiques de cet amoureux de Boulez et Stockhausen, qui a commencé
par le rock : Frank Zappa y côtoie Ligeti. Lors du premier week-end, en
une seule journée, on aura ainsi pu
admirer le talent des jeunes de l’Académie supérieure de musique de
Strasbourg, savamment guidés par
Jean-Philippe Wurtz à travers un
programme allant de l’austérité minérale de Varèse à l’énergie ludique
de John Adams, quelques heures
avant de retrouver la qualité transcendante du jeu du Quatuor Diotima.
Fidèles à l’esprit du festival, ils mettaient en regard un classique du
XXe siècle, le fabuleux Quatuor no 2 de
Ligeti, et deux œuvres contemporaines, le captivant Unbreathed de Rebecca Saunders, tout en fulgurances
échappées au silence, et le très subtil
et allusif Farrago de Gérard Pesson,
de la dentelle.
Jean-Dominique Marco, directeur général du festival Musica à Strasbourg.
Pour sensibiliser les jeunes
au patrimoine, la Fondation du
patrimoine lance la 6e édition du
concours « 1, 2, 3, Patrimoine ! »,
destiné aux élèves de CM1 en zones
rurales ou relevant des réseaux
d’éducation prioritaire. Ils doivent
identifier un élément patrimonial
de leur commune à restaurer.
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mardi 25 septembre 2018
34
avis.de.recherche
So chic, le Triangle d’or de Paris !
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chaque semaine dans le Figaro.
Chaque semaine, quatre professionnels de l’immobilier s’expriment sur un marché et présentent une sélection de biens.
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LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
TÉLÉVISION
35
Vices et vertus des vitamines
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Dans son enquête, le docteur australien Derek Muller montre que la mode de consommer
des suppléments vitaminés n’est pas forcément saine et qu’une alimentation équilibrée reste la priorité.
Dernier ver
« La curiosité
est un vilain défaut »
JEAN-LUC NOTHIAS
jlnothias@lefigaro.fr
20.50
Une carotte par jour
Une série de tests menés aux États-Unis
sur des compléments très connus avait
ainsi montré que la vraie composition
de beaucoup de ces compléments ne
correspondait pas à ce que disait l’étiquette. Et parmi les substances trouvées, certaines étaient dangereuses.
Le cas de la vitamine D, la seule que
les astronautes de la Nasa emporteraient lors d’un voyage vers Mars, est
d’ailleurs au cœur d’une controverse.
On n’en connaît pas l’apport journalier
nécessaire. Une grande étude est en
cours, portant sur 21 000 personnes.
Elle a pour but de voir si cette substance
a un impact sur la santé, en particulier
sur les cancers et les maladies cardiovasculaires. Premiers résultats en…
2021. L’utilisation d’une supplémenta-
tion en vitamine D doit être sérieusement encadrée pour éviter des surdoses. De plus, certaines études ont
montré qu’il y avait un contrôle génétique de l’utilisation des vitamines.
Conclusion, attention aux affirmations
pseudo-scientifiques vantant les résultats sur la santé, le vieillissement, etc.
L’escroquerie, c’est de leur prêter trop
de vertus. Prendre des vitamines, trois
fois oui… Mais dans le cadre d’une alimentation équilibrée avec fruits et légumes. Sauf bien sûr en cas de carences
avérées. Notons par exemple qu’une carotte de taille moyenne fournit l’apport
journalier nécessaire en vitamine A. ■
Avec « Histoire d’une nation », Yann Coquart plonge aux racines de l’émigration.
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
Le footballeur Youri Djorkaeff,
au côté de son père, évoque son aïeul
cosaque, réfugié en France après
la révolution russe.
À
7 ans je suis venu en
France. Ça a été un
coup de chance considérable […]. À Paris,
j’ai senti des gens qui
m’accueillaient à bras
ouverts […] Au bout d’un an je parlais
français et j’ai imposé cette langue à la
maison », confie Georges Charpak, arrivé dans l’Hexagone avec ses parents
en 1931, en provenance de Dabrowica
(en Pologne à l’époque, désormais en
Ukraine). Bien sûr, les propos de celui
qui deviendra Prix Nobel de physique
en 1992, qui fut résistant et déporté à
«
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4840
HORIZONTALEMENT
1. Saint-Esprit. - 2. Il se fait une
réputation par le bouche à oreille.
- 3. Appliqué dans son travail.
- 4. Insensibles aux manœuvres
de persuasion. Ouvre l’épitaphe.
- 5. Établissement d’archives.
Poudre de lune. - 6. Grade à deux
galons. Un poste à plein temps à
la télé. - 7. Mettre un fil à la patte.
Se met à l’heure anglaise. - 8. Fait
œuvre de déduction. Capitale
exotique ou chaussée romaine.
- 9. Affrète un navire. - 10. Refuses
l’admission. Les « quatre Dragons »
ou les « bébés Tigres ». - 11.
Recrue. - 12. Cahots littéraires.
« Vitamines, fantasmes et vérités », un documentaire didactique et clair sur un marché en pleine croissance.
des doses toxiques », affirme ainsi un
intervenant.
Il y a essentiellement deux gros problèmes dans le monde de la vitamine.
Tout d’abord, les producteurs n’ont pas
obligation, par manque d’encadrement
législatif, à prouver l’efficacité ou l’innocuité de leurs produits qu’ils parent
pourtant de multiples vertus. Et certains pays ne pratiquent même pas de
contrôle sur ces produits.
Au cœur du creuset français
+ @ SUR LE WEB
» La rentrée télé marquée
par plusieurs polémiques
» Bodyguard : bientôt sur Netflix, la série
de la BBC bat des records d’audience
» « On n’est pas couché » : première
polémique pour Charles Consigny
«www.lefigaro.fr
GENEPOOL PRODUCTIONS 2018
F
aut-il se supplémenter en vitamines. Faut-il participer à la
« vitamania » qui touche nos
sociétés ? Qu’est-ce qu’une vitamine ? Autant de questions
auxquelles Vitamines, fantasmes et vérités , le documentaire réalisé par le docteur australien Derek Muller, s’efforce
de répondre. La conclusion de son enquête est, on le verra, claire et didactique.
Les vitamines sont au nombre de
treize : A, B1, B2, B3, B4, B5, B6, B8, B9,
C, D, E, K. Ce sont des molécules essentielles au bon fonctionnement des cellules et des organes. Le corps ne sait pas
les fabriquer et, si certaines peuvent
être stockées temporairement (A, D, E,
K), les autres sont éliminées dans les
urines. Elles sont chimiquement très
différentes et ont des actions elles aussi
très différentes. On sait que des carences peuvent avoir des
conséquences graves,
voire mortelles.
Et même si les mots
○○○¡
béribéri, pellagre, rachitisme ou scorbut ont
un peu disparu du vocabulaire, il existe
encore aujourd’hui des cas de ces maladies. Depuis leur découverte, les vitamines sont synthétisées chimiquement
dans des usines. Le marché représente
100 milliards de dollars dans le monde.
Car l’engouement pour les compléments alimentaires multivitaminés en
automédication, lancé par l’huile de
foie de morue (vitamines A et D) pour
lutter contre le rachitisme, a pris de
l’ampleur. Un Français sur trois prend
une supplémentation en vitamines.
Si la carence est mauvaise, la surdose
l’est tout autant. Beaucoup de maladies
en découlent. « Toutes les vitamines ont
VERTICALEMENT
1. Produire des émissions tout en
parlant. - 2. Provoque une grave
lésion. - 3. Achemina les magazines. Tenues au secret. - 4. Coton
délicat. Personnel. Une mère adorable avec des cornes de vache.
- 5. Paniers à pelotes. Expression
boudeuse. - 6. Les vilaines gens.
Attentat extrémiste… Pénible
pour les grimpeurs. - 7. Fis un
retrait à vue. Gaz de vil. - 8. Avec
elles, l’addiction est lourde.
1
2
3
HORIZONTALEMENT 1. Piailler. - 2. Omble. Vu. - 3. Spoliées. - 4. Trie.
Pie. - 5. Ses. Kil. - 6. CC. Bal. - 7. Râpé. ÉNA. - 8. Itère. Is. - 9. Poreuses.
- 10. Tilt. Île. - 11. Urétrale. - 12. Mésanges.
VERTICALEMENT 1. Post-scriptum. - 2. Imprécatoire. - 3. Abois.
Perles. - 4. Ille. Beretta. - 5. Lei. Ka. Eu. RN. - 6. Épile. siaG. - 7. Éveil.
Nielle. - 8. Ruse. Tassées.
3
4
5
6
7
8
BRIDGE
PROBLÈME N° 2922 :
Comment sont
les Cœurs ?
R V 10 7 6
D
D V 10
V 10 3 2
N
4
5
6
7
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4839
2
Dachau, ne doivent pas occulter les difficultés rencontrées, au fil de l’histoire,
par les émigrés débarquant sur le sol
français. Des difficultés, des souffrances, des drames, qui apparaissent bien
dans la série documentaire signée Yann
Coquart : Histoire d’une nation. Un film
qui raconte l’émigration en France de
1870 à nos jours, parfois de façon un peu
confuse, voire discutable (à aucun moment il n’est dit que la religion catholique était un facteur d’intégration des
populations polonaise et italienne).
Dans les deux premiers épisodes, diffusés
ce soir sur France 2, le
récit va jusqu’en 1954
○○¡¡
(mardi prochain, les
9
10
11
12
O
E
S
D3
AV94
R 7 6
AR54
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : 5 de pour le Roi d’Est.
(La défense ne prendra pas
votre Dame de ).
deux dernières parties seront proposées).
La force de cette série est avant tout de
donner la parole à des Français d’origine
étrangère, anonymes ou connus. Des témoignages souvent poignants, à l’image
de ceux de Michel Drucker (dont le père,
Abraham, est arrivé de Roumanie en
1925), de Michel Cymes (ses grands-parents ont émigré de Pologne en 1922) ou
encore de Youri Djorkaeff. L’ancien
footballeur évoque, aux côtés de son
père, son grand-père, cosaque dans
l’armée
du
tsar,
contraint de fuir le communisme en 1926. ■
Un débat est proposé
à 22 h 55.
21.00
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2921 :
Solide coup de fourchette
Contrat : Sud joue 6 Trèfles.
Entame : Valet de pris de l’As (le 5 en Est). Sur As-Roi
de , Ouest défausse le 3 de .
L’impasse à ne constitue pas votre seule roue de
secours au mauvais partage des atouts. Une élimination
avec placement de main est possible. Encaissez la Dame
de en écartant un du mort puis jouez As-Roi de et coupé. Maintenant seulement encaissez vos deux
honneurs à .
Si Est fournit ou refuse de couper, sortez à l’atout.
Il se peut qu’il n’ait plus que du en main et soit obligé
de se jeter dans la fourchette As-Dame au mort,
vous permettant de gagner où que soit le Roi. Dans
l’hypothèse où Est pourrait ressortir à (ou à ),
l’impasse au Roi de serait votre ultime recours.
Notez qu’il faut commencer par éliminer les avant
les . En effet, Est n’a rien à gagner à couper dans le vide
le troisième tour de AR6
(vous défausseriez votre
A D 10 9 8
perdant), alors que s’il
D76
53
coupe prématurément
D 10 9
l’un de vos , il pourra V 7 5 4 3
N
V
2
R543
sortir impunément à .
O E
V 10 9 8 2
4
53
S
V 10 9 8
82
76
AR4
ARD762
A
C
omme il est étrange
d’écouter à cette heure-là,
vers 2 heures du matin,
ce genre de conversation fort
instructive. L’insomnie a quelque
vertu. Thomas Hugues et Sidonie
Bonnec ont eu la bonne idée
d’inviter Christophe Gatineau,
un agronome qui vient de publier
Éloge du ver de terre (Flammarion).
Gatineau ne sera jamais invité
sur les grands plateaux
de télévision, c’est dommage quand
on pense que l’avenir de nos
générations reposerait sur cette
drôle de bestiole flasque
pluricellulaire sans queue ni tête quoique - qui vit sous nos pieds.
Le ver de terre ? Notre futur
dépendrait de son avenir.
Indispensable à la bonne santé
de nos sols, cet élastique peu
ragoûtant, sans aucune partie dure,
serait leur colonne vertébrale.
Christophe Gatineau nous a donné
une bonne leçon d’histoire
naturelle.
Il y a une cinquantaine d’années,
sur un hectare d’une prairie,
on pouvait trouver jusqu’à quatre
tonnes de vers de terre.
Aujourd’hui ? Tout juste 50 kg.
On doit labourer trop profond et
puis il y a ces saletés de pesticides.
Le lombric qui, contrairement
à ce que nous pensons, ne mange
pas de terre serait, a-t-on appris,
un fin gourmet en voie d’extinction,
aimant plutôt les oignons et le chou.
Serait un travailleur inlassable,
remuant sans relâche la réserve
nutritive des plantes. « Aucune
technologie moderne ne peut faire
son travail », précise notre
agronome et c’est ainsi qu’il faut le
« chouchouter car cet animal est
plutôt considéré comme une chose,
c’est-à-dire qu’il n’a aucun droit. »
Du ver de terre à l’âne, d’une
polémique l’autre. Celle de Yann
Moix vs les flics a chassé vite fait
bien fait, hop !, celle d’Éric
Zemmour vs Hapsatou Sy. Ardisson
ne nous déçoit jamais. Chaque
semaine, il alimente les chaînes
infos. Ça tonitrue sec. On attend
- c’est si rigolo - la prochaine
bourrasque médiatique avant
de devenir sourd.
POINT DU JOUR INTERNATIONAL
RTL | 1 heure | Dimanche
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
36 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Hermann
Soleil : Lever 07h42 - Coucher 19h42 - Pleine Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 C’est Canteloup
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton. Avec E. Colberti.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Série. Drame
Série documentaire. Historique
Série. Drame
18.55 10 couples parfaits. Jeu 19.50
Suburgatory. Série.
MATIN
8
21.00 Hancock
Film. Action. EU. 2008. Réal. : Peter
Berg. 1h40. Avec Will Smith, Charlize
Theron. Un super-héros impopulaire
fait appel à un expert en relations
publiques pour améliorer son image.
20
6
6
4
4
6
8
6
5
8
6
6
7
5
7
22.45 Sherlock Holmes 2 : jeu
d’ombres. Film. Aventures.
7
7
7
7
50
Good Doctor
Histoires d’une nation
La loi de Valérie
EU. Saison 1. Avec Freddie Highmore,
Nicholas Gonzalez, Antonia Thomas,
Chuku Modu. 2 épisodes. Inédits. Un
enfant natif de Guinée et souffrant
d’une maladie cardiaque est pris en
charge par l’hôpital.
Fra. 2018. Réal. : Y. Coquart. 1h55.
1870-1927. Le pays où l’on arrive.
Inédit. La France est devenue dans
les années 1920 le premier pays d’immigration au monde. - 1927-1954.
Des héros dans la tourmente. Inédit.
Fra. Avec Charlotte de Turckheim,
Bruno Wolkowitch, Kahina Carina,
Joseph Malerba. Tous coupables.
Inédit. Une avocate talentueuse
prend la défense d’un bon père de
famille accusé d’avoir tué un dealer.
20.50 L’hôpital à fleur de peau
22.45 Grey’s Anatomy : Station 19 Série. 2 épisodes 0.25 New
22.55 Débat. 23.45 Le rêve de
Paul Duan Doc. Société. France.
2018. Inédit 0.50 Tout compte fait.
22.35 La loi de Barbara Série.
22.00 Débat 22.45 C dans l’air 23.50
C à vous 0.45 C à vous, la suite. Mag.
York, unité spéciale. Série.
7
7
6
19.00 C à vous. Magazine 20.00 C à
vous, la suite 20.20 Entrée libre
9
7
8
11
Illégitime défense 0.20 Soir/3 1.00
Jacques Brel, fou de vivre. Doc.
Doc. Société. Fra. 2018. Réal. : C.
Denvers et P. Duyckaerts. 1h10.
Inédit. Du personnel de l’hôpital de
Gonesse s’interrogent sur l’avenir
du système de santé en France.
18
12
10
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APRÈS-MIDI
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16
19.50 L’info du vrai, le mag (C). Mag.
20.45 Le JT pressé (C). Divertissement 20.55 Catherine et Liliane (C)
18.55 Paradis de rouille. Série doc.
Vestiges maritimes et ferroviaires
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes
18.35 La meilleure boulangerie de
France. Jeu 19.45 Le 19.45 20.25
Scènes de ménages. Série.
21.00
20.50
21.00
Film. Comédie dramatique
Documentaire. Santé
Magazine. Vie pratique
15
16
17
18.05 Les vacances des Anges 3
19.55 The Big Bang Theory. Série
18
15
17
18
16
17
18
16
18
20.55 3 Days to Kill
Film. Thriller. Fra-EU. 2013. Réal. :
McG. 1h53. Avec Kevin Costner,
Amber Heard. Un agent secret
américain gravement malade reçoit
l’ordre de neutraliser un terroriste.
19
19
18
19
19
19
50
18
22
23.05 Le Négociateur. Film. Policier
0.45 Sniper : Special Ops. Film TV.
21
23
23
23
23
19
21
23
21
70
23
19.05 Classic car : mission restauration. Série documentaire.
Ôtez-moi d’un doute
Fra. 2016. Réal. : Carine Tardieu.
1h40. Inédit. Avec François Damiens,
Cécile de France, Guy Marchand,
André Wilms. Un Breton un brin
bourru découvre sur le tard que son
père n’est pas le sien.
22.45 Tchi tcha Mag. Cinéma. Invités, notamment : Gaspard Ulliel, Mister V. 23.35 Le prix du succès. Film.
Vitamines : fantasmes
et vérités
Aus. 2018. Réal. : Sonya Pemberton.
1h30. Inédit. Faut-il consommer des
vitamines ? Ce marché en pleine
croissance repose sur de graves
méconnaissances.
22.20 La fabrique à bébés Doc.
23.25 Lumières sur la ville 0.20 Sri
Lanka, les fantômes de la guerre
26
T (en °c)
20.50 Londres des mystères
Recherche
appartement…
… ou maison
Prés. : S. Plaza. 1h45. Caroline et
Emmanuel/Éric/Amandine. Inédit.
Stéphane Plaza aide un couple dans
leur recherche d’un appartement.
Doc. Société. 1h35. Inédit. La capitale
britannique est l’une des villes les
plus visitées, mais il existe un autre
Londres, plus secret, qui sort des
sentiers battus touristiques.
22.25 Les dessous secrets de Paris
23.20 Evian : au cœur de la machine
22.45 Recherche appartement
ou maison Magazine. Vie pratique.
Présentation : Stéphane Plaza.
19.20 Rénovation impossible.
Perdre la face - Un oiseau rare.
<-10 à 0
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec David Salles.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 90’ enquêtes
21.00 Pretty Woman
21.00 Podium
Mag. Société. Prés. : T. Silva. 1h25.
Alcool, stups, drames familiaux : pas
de répit pour les gendarmes de banlieue. Inédit. Une équipe a partagé le
quotidien des gendarmes.
Film. Comédie sentimentale. EU.
1990. Réal. : G. Marshall. 1h55. Avec
R. Gere. Après avoir passée une nuit
avec une prostituée, un homme
d’affaires tombe sous son charme.
Film. Comédie. Fra. 2003. Réal. :
Yann Moix. 1h30. Avec Benoît Pœlvoorde. Un sosie de Claude François
a pour ambition de gagner le grand
concours de la «Nuit des sosies».
22.25 90’ enquêtes. Magazine. Présentation : Tatiana Silva.
23.05 Etam Live Show. Gala. Au
musée des Beaux-Arts, à Paris.
22.50 Bowling. Film. Comédie. Avec
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7/15
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5/13
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ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
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8/17
8/16
7/13
21/30
18/22
JEUDI
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Film. Comédie. All. 2015. Réal. :
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Künstler. 1h50. Inédit. Avec Matthias Schweighöfer. Rolf Horst est
chassé de son appartement.
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BRUXELLES
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19.40 Quotidien. Talk-show.
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LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
37
Maria Zakharova,
Russe d’influence
Yves Thréard
ythreard@lefigaro.fr
Envoyé spécial à Moscou
C
ôté face, il y a bien sûr Sergueï Lavrov. Le visage de la diplomatie russe, connu du monde entier depuis
près de quinze ans. Une trogne d’acteur, une stature imposante, un charisme foudroyant. Un homme madré, né en Géorgie comme Staline,
mais d’origine arménienne. Beaucoup s’accordent à dire qu’il restera comme l’un des
plus grands ministres des Affaires étrangères de son
pays, période tsariste et parenthèse communiste comprises. Côté pile, il y a Maria Zakharova, 42 ans, sa porte-parole. Elle est l’autre visage de la politique extérieure de Poutine. Peu connue hors de ses frontières,
mais véritable star chez elle, où elle apparaît fréquemment sur les écrans de télévision. Derrière un charme
ravageur et un sourire enjôleur, un caractère bien
trempé, un verbe sans langue de bois, elle aussi. Pour
la BBC, elle figurait, en 2016, parmi les cent femmes les
plus influentes au monde. Les esprits les plus machistes disent qu’elle est « une Lavrov en jupon ».
Pourrait-elle lui succéder un jour ? Elle se garde bien
de répondre mais reconnaît qu’ils sont comme les
deux doigts d’une main, les deux versants d’une pièce.
Ils appréhendent la marche de la planète d’un même
regard, sans concessions. Ils en tirent les mêmes enseignements, tranchés. La seule différence, dit-elle,
« c’est qu’il est cigarette, moi, je fume le cigare ». Maria
Zakharova en a d’ailleurs un qui porte son nom à Moscou, comme Churchill, signe de sa popularité. Le
SERGEY GUNEEV/SPUTNIK
SUCCÈS Cette femme de 42 ans est la figure montante de la diplomatie
du Kremlin. Son verbe franc et tranchant n’épargne pas la politique
étrangère de l’Occident, prisonnière de ses bons sentiments.
rova. Je rêvais d’être sinologue plus tard. » Son pays en
temps consacré au travail la distingue également de
a décidé autrement, à sa sortie de l’Institut des relason patron. « Lavrov est un work addict. Moi, concètions internationales en 1998. Sitôt diplômée, elle est
de-t-elle, je veux réserver de la place à ma famille. »
bombardée au service de presse du ministère des AfTous les week-ends, quand elle le peut, elle
faires étrangères, où elle est notamment chargée de
s’échappe donc dans sa datcha, à une cinquantaine de
l’édition mensuelle de La Revue diplomatique. Intékilomètres de Moscou, non loin de l’aéroport. Là, au
ressant, mais pas suffisant, selon
milieu des champs et dans une maison qui
elle, y compris financièrement.
n’a rien d’un palais, elle se ressource. Son
Donc elle travaille à côté pour aringénieur de mari, Andreï, épousé en
rondir ses fins de mois comme in2005, lui mijote quelques plats. Sa fillette
terprète. De chinois, évidemment !
peut lui confier des secrets. Et puis, elle
Ironie de l’histoire, elle passera
retrouve ses parents adorés avec qui elle
quelques jours aux côtés de Mikhaïl
entretient une relation fusionnelle. Son
24 décembre 1975
Khodorkovski, qui est alors la prepère est un ancien diplomate, aujourd’hui
Naissance à Moscou.
mière fortune russe, à la tête du
professeur d’économie. Il a commencé sa
1981
groupe pétrolier Ioukos. « Un jour, il
carrière sous Leonid Brejnev.
Part avec ses parents
m’a proposé de m’embaucher à plein
pour l’ambassade d’URSS
« L’Occident
temps, moyennant un salaire énorme,
en Chine, où elle passe
ne nous a jamais compris »
confie-t-elle. Mais je n’ai pas aimé
son enfance.
l’ambiance, ni les gens… » Dit-elle la
C’est à Pékin, où elle l’a suivi en poste à
1998
vérité ? Toujours est-il que Khol’âge de 6 ans, qu’il lui a inoculé le virus
Diplômée de l’Institut
dorkovski, qui avait de grandes amde la diplomatie. Quand elle parle en sa
des relations
présence, elle guette sa réaction. Sous
internationales de Moscou. bitions politiques, se voit arrêter net
dans son ascension par Vladimir
l’œil paternel, l’intraitable porte-parole
2005 - 2008
Poutine. Accusé de tous les maux :
de Lavrov redevient une adolescente
Membre de la
fraude fiscale, vol, blanchiment
presque mal assurée. Elle le vénère, lui
représentation russe aux
qui parle cinq langues étrangères couNations unies, à New York. d’argent… L’oligarque déchu passera plusieurs années à l’ombre avant
ramment, dont le français à la perfec2015
d’être gracié par le maître du
tion, quand elle ne maîtrise « que » l’anDevient directrice
Kremlin en 2013. Pendant ce temps,
glais et le chinois. Sa mère a tellement
de l’information
son ancienne interprète, elle, s’enaimé l’empire du Milieu qu’elle est devedu ministère russe
vole pour New York. Elle passe trois
nue une spécialiste reconnue des arts podes Affaires étrangères.
ans à la représentation permanente
pulaires de ce pays. Elle a écrit de nom2016
russe aux Nations unies. Est-ce làbreux livres sur le sujet.
Nommée parmi
bas qu’elle commence à se forger
La Chine, c’est la grande affaire de la
les 100 femmes
quelques-unes de ses opinions - pas
famille. « C’est là-bas que je me suis
les plus influentes
vraiment flatteuses - sur l’Occiouverte au monde, raconte Maria Zakhaau monde par la BBC.
Bio
EXPRESS
dent ? Sans aucun doute. Le sentiment de supériorité
des Américains, « faisant à chaque instant sentir qu’ils
avaient gagné la guerre froide », a piqué au vif son orgueil et sa fibre patriotique. Elle affirme que Moscou,
avec Poutine, était prêt à construire un nouveau
monde, mais que les États-Unis n’en ont pas voulu.
Maria Zakharova est d’un bloc. Elle a les convictions
chevillées au corps. Tenter de les contrarier, c’est se
heurter à un mur. Il y a aussi chez elle du ressentiment.
« L’Occident ne nous a jamais compris, lance-t-elle.
Pendant que nous chassions les islamistes en Tchétchénie, vous êtes restés les bras croisés. Maintenant, vous
mesurez, avec l’expérience, combien nous avions raison.
Vous pouvez vous en mordre les doigts. » Pareil face au
bourbier syrien, où Poutine soutient Bachar el-Assad :
« Vos préjugés sont toujours les mêmes, alors que la rébellion au régime de Damas est infestée d’islamistes qui
ne vous veulent pas de bien. » La porte-parole de Lavrov s’enflamme contre l’autocensure qui règne en
Occident pour ne pas heurter le politiquement correct,
le vrai-faux esprit de tolérance. Elle reconnaît, certes,
que la corruption est monnaie courante dans son pays,
mais elle ne l’échangerait pas contre la « dictature du
libéralisme ». Inutile de pinailler, de remuer des affaires sensibles comme l’annexion de la Crimée ou le sort
réservé à des opposants politiques. « La Russie de Poutine, assène-t-elle, c’est la stabilité, l’innovation, le développement, la sécurité. Poutine a relancé la Russie. »
C’est simple, la diplomate Maria Zakharova n’a qu’un
rêve : « Que l’Ouest nous laisse tranquilles et comprenne
que les Russes ne sont pas les agresseurs… » Un message que Vladimir Poutine répétera peut-être à Emmanuel Macron à Paris le 11 novembre, s’il accepte de
participer aux commémorations de l’armistice de
1918. Le président de la République française, dit-elle,
« parle beaucoup, mais n’a pas fait ses preuves, c’est encore Merkel la chef de l’Europe ». ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Pavillon [pa-vi-llon ll mouillées] n. m
Étoffe dont un bateau peut manquer.
Au cœur de la Rome pontificale, son existence est
digne d’un roman de cape et d’épée. Il y a écumé
les tavernes, fréquenté les mauvais garçons, mais
aussi l’élite cultivée. À l’aube du XVIIe siècle, il fit
descendre la peinture du ciel idéal o
ù l’avaient
élevée Raphaël et Michel-Ange, pour révéler la
part d’ombre et les passions ardentes de cette vie.
À l’occasion de la sublime exposition du musée
Jacquemart-André « Caravage à Rome, amis et
ennemis », Le Figaro Hors-Série explore la légende
de ce génie, peintre et assassin, virtuose du clairobscur, et lui consacre un numéro exceptionnel,
magnifiquement illustré.
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e Panama a retiré son pavillon au navire de sauvetage l’Aquarius.
Le mot vient du latin papilio, papillon. Il a pris le sens de tente militaire
à cause des rideaux qui ferment celle-ci et évoquent des ailes. En français,
le pavillon désigne aussi l’oreille externe et une construction. Et encore une étoffe
au sommet d’un mât. C’est dire si, à l’instar de l’Aquarius, le pavillon a fait du chemin
dans la langue française.
Celui de l’Aquarius ne servait pas à la chasse, mais tout au contraire à repêcher
les infortunés migrants de la Méditerranée. On le sait, l’enfer qu’est la traversée
d’une mer est pavé de bonnes intentions et sillonné de pavillons dont certains
peuvent être complaisants - et pleins de sollicitude.
Celui de l’Aquarius est de ceux-là. Le voici contraint de baisser pavillon :
le Panama fait désormais la sourde oreille à ses motivations. Que va-t-il faire ?
Hisser un pavillon de détresse, ou du moins de quarantaine ?
L’Italie aurait-elle une responsabilité dans cette histoire de pavillon ? Cela se murmure.
Ce qui est sûr, c’est que le Panama n’a aucune envie de porter le chapeau. ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
L’extrême droite italienne
s’en prend à Emmanuel Macron
Virulente diatribe de Giorgia Meloni (photo),
chef de la formation d’extrême droite Frères d’Italie,
contre Emmanuel Macron et sa « politique néocolonialiste
du franc CFA ». Dimanche, en conclusion d’un forum
des jeunes de son parti, qui s’est tenu au cœur de Rome, l’alliée
de Silvio Berlusconi et de Matteo Salvini a prononcé un vibrant
plaidoyer pour la défense de « l’identité nationale » et la construction
d’une « Europe des patries ». Elle s’est emportée contre le « vote honteux »
du Parlement européen contre le « patriote » hongrois Viktor Orban : « Nous
défendons son droit à dire non à l’immigration qui détruit l’identité nationale. »
Les commissaires aux
comptes ne désarment pas
Philippe Douste-Blazy
au France Digital Day
Particulièrement visés par le projet de loi
Pacte qui limite leurs interventions dans
les petites entreprises, les commissaires
aux comptes ne renoncent pas. Tout en
poursuivant un dialogue « franc » avec
le ministre de l’Économie, Jean Bouquot,
le président de la Compagnie nationale,
fait diffuser cette semaine des spots
sur les grandes radios pour interpeller les
parlementaires. « Mesdames et Messieurs
les députés, les Français comptent
sur vous. Pour alléger les contraintes
des entreprises et en même temps
pour renforcer l’éthique de l’économie. »
Réponse dans quelques semaines.
Le secrétaire général adjoint
de l’ONU sera ce mardi
l’un des invités d’honneur
du France Digital Day,
qui est l’un des plus grands
événements high-tech
en Europe. Tous les acteurs
du secteur se réunissent
– entrepreneurs, investisseurs
et intellectuels – pour discuter
des dernières tendances du
numérique. L’ancien ministre
a cofondé la start-up Lifen pour
la création d’une plateforme
numérique consacrée à la santé.
G. MARICCHIOLO/NURPHOTO/AFP
LA VIE ARDENTE DE CARAVAGE
L
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 053 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément- www.lefigaro.fr
VIN
ENTRETIEN
STÉPHANE DERENONCOURT, ALAIN RAYNAUD,
HUBERT DE BOÜARD, MICHEL ROLLAND… LES STARS DE L’ŒNOLOGIE
VEILLENT AUSSI SUR LES CRUS BOURGEOIS. PAGES 10 ET 11
CI-CONTRE : CHÂTEAU CLÉMENT PICHON ; EN-HAUT : C. GOUSSARD ; RAYNAUD ; DEEPIX ; FONTENIL
LES CRUS
BOURGEOIS
SUR LE DEVANT
DE LA SCÈNE
Château Clément-Pichon.
Au fil des ans,
le label n’a cessé
de se réinventer.
Il apparaît
de nouveau
comme un marqueur
de référence pour
le monde vitivinicole.
Passage en revue
de quelques pépites
à l’occasion du nouveau
classement de l’Alliance
des crus bourgeois
du Médoc.
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
CHÂTEAU LA TOUR DE MONS
2
VIN
Château La Tour de Mons.
LE TEMPS DES BOURGEOIS
Le classement officiel 2018 vient de consacrer 270 châteaux sur le millésime 2016.
C’est l’avant-dernier opus avant le retour des mentions cru bourgeois « exceptionnel », « supérieur »
ou « bourgeois » avec le millésime 2018. Les propriétés choisissent dès maintenant leur camp.
A
u total, 270 châteaux dans
7 appellations médocaines
(médoc, haut-médoc, listrac-médoc, moulis, margaux, pauillac, saint-estèphe). La famille est on ne peut plus
diverse : vignobles de deux hectares ou
de plus de cent, propriétés familiales ou
appartenant à des investisseurs privés
ou institutionnels ou encore actifs de
grands groupes.
La mention « bourgeois » est très ancienne : dès le XVe siècle, elle concerne
alors les meilleurs vins produits sur les
meilleurs terroirs acquis par les riches
« bourgeois de Bordeaux ». En 1932, on
en dénombre 444. Un premier syndicat
est créé en 1962 mais le tout premier
classement officiel de 247 châteaux,
homologué par un arrêté ministériel,
n’intervient qu’en 2003. 243 ont été recalés et obtiennent l’invalidation en
2007. Une nouvelle démarche de sélection qualitative est élaborée et homologuée par les pouvoirs publics en 2009.
Problème : les catégories « cru bourgeois », « cru bourgeois supérieur »,
« cru bourgeois exceptionnel » tombent, tout le monde est logé à la même
enseigne. Résultat, quelques « supérieurs » et les neufs « exceptionnels »
claquent définitivement la porte (lire
notre encadré page 11). Pour ceux qui
sont restés et pour les candidats au label, la démarche consiste à valider annuellement la qualité d’un vin sur un
millésime pour un volume donné,
garantis au consommateur. Chaque
château et chaque étape de la labellisation est contrôlé par l’Alliance et par un
organisme certificateur, les candidats
notés à l’aveugle par six experts qui ne
se concertent pas entre eux et se réfèrent au « vin du millésime » défini par
un comité de dégustateurs. La moyenne
des notes obtenues doit être au moins
égale à celle du référent pour décrocher
le label « cru bourgeois ». Chaque bouteille est alors estampillée par un sticker sécurisé à code unique.
La procédure est rigoureuse mais pas
exempte de critiques : comment justifier que sous un même label, garantissant un niveau de qualité défini, certains crus bourgeois se vendent 8 euros
et d’autres 30 euros ? Et comment expliquer qu’un cru bourgeois puisse
l’être une année mais pas la suivante ?
Clarifier et stabiliser l’offre
Face à la menace de voir le haut du panier de ses adhérents quitter le navire et
au risque donc d’amoindrissement du
niveau de qualité globale des crus bourgeois, l’Alliance des crus bourgeois a
entrepris, sous la houlette d’Olivier
Cuvelier, son président, de clarifier et
de stabiliser son offre. Le nouveau protocole a été approuvé à 78 % par les
membres de l’Alliance et validé par les
pouvoirs publics. Il sera appliqué avec
la sélection 2020 sur le millésime 2018.
Les fondamentaux du cahier des charges et du processus de vérification restent les mêmes mais ce dernier est
assuré par un nouvel organisme certificateur indépendant, QB Vérification, et
surtout l’Alliance opère un retour à la
hiérarchisation en « cru bourgeois »,
« cru bourgeois supérieur » et « cru
bourgeois exceptionnel » avec des
contraintes et des contrôles spécifiques
à chaque catégorie. En outre, la validité
du classement est portée à cinq ans. Les
adhérents ont jusqu’à la fin du mois
pour retourner leur dossier et indiquer
s’ils souhaitent concourir pour une
mention. Ils devront indiquer laquelle
en février 2019.
« Le système actuel a eu le mérite de
sauver le principal, c’est-à-dire l’existence même du label cru bourgeois à
laquelle nous tenions absolument, commente Olivier Cuvelier. Il garantit aux
consommateurs une qualité moyenne minimum pour un volume donné. Or, pour
ceux qui faisaient l’effort de faire mieux,
ce n’était pas satisfaisant et le négoce
considérait qu’à l’export, cela tirait les
prix vers le bas. Donc nous avons recréé
une pyramide qualitative, plus dynamique, plus ambitieuse. Impossible d’estimer à l’heure actuelle combien candidateront pour une mention et laquelle. C’est
désormais QB Vérification, choisi sur
appel d’offres, qui assurera l’indépendance totale du classement vis-à-vis de
l’Alliance. Le premier niveau de qualifi-
cation reste la dégustation à l’aveugle,
pour chaque cru candidat, de cinq millésimes conditionnés (et non plus avant
mise en bouteille) choisis entre 2008 et
2016. Le premier classement de 2020
comporte des mesures transitoires qui
autorisent tous ceux qui étaient déjà reconnus crus bourgeois pendant cette période à entrer directement dans le classement sans examen. Sauf s’ils demandent
une mention complémentaire. À partir de
2025, tout le monde suivra le même parcours. L’accent est porté sur des critères
de conduite viti-vinicole, bien sûr, mais
aussi environnementaux, toutes les propriétés devant justifier de l’obtention au
minimum du niveau 2 de certification environnementale par le ministère de
l’Agriculture. Pour celles qui viseront
“l’exceptionnel”, seront pris en compte
des critères supplémentaires de présentation générale de l’exploitation, de qualité d’accueil, de valorisation nationale et
internationale du cru, c’est-à-dire de
niveaux de prix. Mais le plus important,
c’est qu’on classe de nouveau un château
dans sa régularité en qualité et non plus
sur un seul millésime. »
Un bond qualitatif
Du côté des producteurs, l’écho est
logiquement positif. Selon Thibaut
de la Haye (châteaux Patache d’Aux,
Liversan, d’Hanteillan…), « il y a eu globalement ces dernières années un bond
qualitatif. Il est normal aujourd’hui de
stratifier. Cela parle au consommateur.
Ce nouveau classement permettra de
combler le vide laissé par les grands crus
classés qu’on trouvait hier autour de 25 €
et qu’on ne trouve plus ». Pour Patrick
Jestin (Le Boscq, Reysson), « c’est positif. Tout ce qui apporte de la lisibilité pour
le consommateur est bon. L’éventail très
large des crus bourgeois recouvre des
réalités très différentes. Clairement, nous
aurions retiré de l’Alliance Le Boscq,
notre saint-estèphe, s’il n’y avait pas eu
de possibilités de mentions. Et cinq ans,
c’est bien, cela laisse à chacun l’opportunité de progresser ». Pour René-Philippe Duboscq, « le label sans hiérarchie
des vins de moins de 10 euros à plus de
25 euros n’était plus compréhensible.
Avec, on sort de la masse. Cela met la
pression sur la qualité, c’est une bonne
chose ».
Avec la réintroduction de la hiérarchie, l’Alliance invite cependant expressément dans sa charte d’utilisation
de la mention cru bourgeois à jouer
collectif. Le classement est un « capital
commun et un bien précieux qu’il faut
valoriser, un vecteur de développement,
une source de création d’opportunités,
de développement, d’innovation, de pérennité et de partage de valeur ajoutée ». À bon entendeur, salut ! Chez les
bourgeois, il ne devra y avoir ni seigneurs ni gueux. Un pour tous, tous
pour un. ■
BÉATRICE BRASSEUR
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
BERNARD CHOQUET
4
Château Le Crock.
VIN
LE NOUVEL ÉLAN
DE CHÂTEAU LE CROCK
Ce cru bourgeois de saint-estèphe, propriété
de la famille Cuvelier, dans l’ombre de Léoville Poyferré,
révèle de belles ambitions. BÉATRICE BRASSEUR
sés en 1855 de Saint-Estèphe. Occasion
Après quarante ans de bons et loyaux sermanquée. Mais Le Crock rejoindra la
vices à la tête des propriétés familiales
famille des crus bourgeois en 1932.
(Léoville Poyferré, 2e grand cru classé de
Le vignoble, de 45 ans de moyenne
Saint-Julien, Moulin Riche, ex-cru bourd’âge, est situé sur le plateau de Marbuzet.
geois exceptionnel de Saint-Julien, et Le
Trente-deux hectares, plantés majoritaiCrock, le cru bourgeois de Saint-Estèphe),
rement en cabernets sauvignon et franc
Didier Cuvelier a laissé les rênes à sa cousi(qui jouxtent Montrose), avec un tiers de
ne Sara Cuvelier-Lecompte. Une nouvelle
merlot (adjacents à Cos d’Estournel) et
vie pour cette quinqua ultradynamique - le
5 % de petit verdot, sur un terroir de gradébit de mitraillette semble être dans
ves garonnaises et d’argiles.
l’ADN familial – qui, jusque-là, avait fait
carrière à Paris et à Lyon dans la gestion et
Grande finesse aromatique
les ressources humaines de groupes hôteliers. Mais le vin est dans sa famille depuis
La propriété a choisi la culture raisonnée,
deux siècles. Depuis 1804 exactement,
pas de désherbant, pas d’insecticides. Pluavec la création d’une maison de négoces
sieurs parcelles sont en essai de biodynadans le nord de la France, puis l’acquisimie tout comme à Léoville Poyferré. Ce
tion, dans la première moitié du XXe siècle,
sont d’ailleurs les mêmes équipes qui officient, à commencer par l’œnologue maides propriétés bordelaises. Le père de Sara
son(s) Isabelle Davin. Les rendements sont
détient 50 % des parts. Didier a pris sa remaîtrisés (ébourgeonnage, vendanges
traite. L’autre cousin, Oliver, est en charge
vertes…), les récoltes manuelles. Michel
de la branche négoce et préside l’Alliance
Rolland conseille au moment des vendandes crus bourgeois depuis 2016. Anne, la
ges et des assemblages. Le cuvier gravitaisœur de Sara, gère depuis plusieurs années
re et parcellaire dispose de cuves Inox et
déjà la communication et l’œnotourisme
ciment thermorégulées. Les
de Léoville Poyferré. Lorsextractions douces sont priqu’il s’est agi de reprendre
vilégiées. L’élevage de
le flambeau de la gestion des
18 mois bénéficie de 30 % de
propriétés, c’est sur Sara
barriques de chêne français
que s’est porté le choix du
neuves. Les vins présentent
conseil familial. Elle s’est COMMUNE
une charpente exceptionpréparée à relever le défi en Saint-Estèphe
nelle et une grande finesse
décrochant un master de
aromatique avec un imporgestion de propriétés viti- APPELLATION
tant potentiel de garde. Très
coles à Bordeaux Sciences saint-estèphe
Agro et le diplôme universi- cru bourgeois depuis 1932 prisé par une clientèle fidèle,
Le Crock a aussi remporté la
taire d’aptitude à la dégusCoupe des crus bourgeois
tation à l’Institut des scien- PROPRIÉTAIRE ACTUEL
avec les millésimes 2010
ces de la vigne et du vin. Famille Cuvelier
et 2012. À 30 euros environ,
Parée pour l’aventure… et
ses vins se situent dans le
les mésaventures. Le 2 août, SURFACE
haut de gamme de l’Alliance.
le lendemain de sa prise de EN EXPLOITATION
La plupart de ceux qui préfonctions, un incendie a dé- 32 hectares
sentent ce profil se valorisent
truit un hangar, quatre
à l’export, or la France reste
tracteurs et les deux tiers du NOMBRE DE BOUTEILLES
le marché majoritaire du
stock. Les propriétés voisi- PRODUITES PAR AN
Crock (60 %). « Nous ne
nes (Haut-Marbuzet, Phé- EN CRU BOURGEOIS
sommes pas sur la place de
lan Ségur, Cos Labory…) 120 000
Bordeaux, explique Sara Cusont venues à la rescousse.
velier-Lecompte, car histoLilian Barton, des châteaux
riquement ce sont “nos” maisons de négoce
Léoville Barton et Langoa Barton, a noHCF et Cuvelier & Fauvarque qui l’ont en
tamment prêté un chai pour accueillir les
exclusivité. Il est par exemple vendu dans
90 000 bouteilles rescapées. Une solidarité
les cinq ou six boutiques Cuvelier & Faudans l’épreuve que salue Sara, qui regarde
varque, lesquelles vendent aussi par Interdésormais droit devant, confiante dans
net, et nous-mêmes vendons en direct à la
son millésime 2018, qui s’annonce précoce
propriété et en ligne via l’appli Twil (The
et généreux (mais pas aussi abondant que
Wine I Love). Nous candidaterons dans la
le 2017, qui avait battu des records).
catégorie cru bourgeois exceptionnel, car
Son objectif : maintenir Le Crock dans
Le Crock l’a été à un moment de son histoire
le haut du panier et le faire savoir plus laret si nous obtenons cette mention, nous
gement qu’aux fidèles. En 1855, Le Crock
ouvrirons alors le négoce à la place. »
avait raté le classement… faute d’avoir
concouru. Par un louable souci de neutraPatiemment, Le Crock construit son
lité, Georges Merman, le propriétaire
offre œnotouristique : visites, boutique,
d’alors, issu d’une famille de courtiers
chasses aux trésors ou escape games
hollandais, ne proposa pas son vin parce
« o’crock » sur le thème du vin. Le châqu’il était membre du comité de sélection.
teau ferait un ravissant château d’hôtes…
En 1849, la revue britannique Perfect Surplus tard peut-être. En attendant, attarvey avait pourtant désigné le « cru de
dez-vous à l’ombre des grands arbres du
Crock » parmi les futurs grands crus clasparc. Il fait si bon y flaner. ■
CHÂTEAU
LE CROCK
WWW.CALON-SEGUR.FR
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
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LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
RODOLPHE ESCHER/WWW.DIVERGENCE-IMAGES.COM
VIN
5
Château Blaignan.
CHÂTEAU BLAIGNAN,
LE DISCRET
signe le renouveau de Blaignan.
Ne cherchez pas la jolie chartreuse
L’achat de cette propriété à Cordier
dessinée sur l’étiquette, elle n’existe
Mestrezat permettait de disposer d’une
plus, rasée au début des années 1990.
gamme de vins cohérente en prix avec
Si vous voulez le point de vue idéal
notre autre cru bourgeois La Tour
sur les 140 hectares de la propriété,
de Mons en AOC margaux, et nos deux
dont le vignoble de 77 hectares en
crus classés Meyney (saint-estèphe) et
production d’un seul tenant, montez
Grand-Puy Ducasse (pauillac). Dans la
jusqu’au pigeonnier, le point de recorbeille, il y avait aussi Plagnac, que
père sur l’une des deux buttes de la
nous avons revendu. Notre objectif,
propriété.
c’est de faire de Blaignan une valeur
Blaignan, cru bourgeois depuis
sûre des crus bourgeois et une bouteille
1932, est dans le giron de CA Grands
accessible, à 9-10 euros, dans davanCrus depuis 2004. « Le vignoble était
tage d’occasions que nos grands crus
bien tenu, Blaignan a toujours été à la
classés. » Son marché : la France à
pointe dans le Nord-Médoc. Nous avons
40 % (on le trouve beaucoup en granaugmenté les densités, arraché des ceps
de distribution), l’Asie (32 %), les
pour pouvoir faire passer les machines
États-Unis (12 %), le Canada (8 %), le
et vendanger en parcellaire avec des
reste de l’Europe (8 %).
maturités homogènes. Depuis quatre
ans, nous avons planté un peu plus de
Macérations
12 hectares en haut de butte, où la roche
préfermentaires à froid
mère calcaire affleure, donc difficiles à
travailler et qui n’avaient
Blaignan bénéficie de
par conséquent jamais été
macérations préfermenplantés. Les premières vitaires à froid pour une
gnes entrées en producmeilleure extraction de la
tion ont donné de bien
couleur et du fruit. Il est
meilleurs raisins que les
élevé de 12 à 14 mois en
celles que nous avons supcuve avec ajout de staves
primées en bas de parcel- COMMUNE
« que je choisis auprès de
le. On est loin d’avoir en- Blaignan
tonneliers qui fournissent
core vu ce qu’elles vont
les barriques pour Meyney
apporter à la qualité de APPELLATION
et Grand-Puy Ducasse, je
Blaignan. Nous renouve- médoc cru bourgeois
préfère des staves chers à
lons aussi les merlots de depuis 1932
des barriques de moindre
l’ordre de 2 à 3 % de la
qualité, précise Anne Le
surface par an. »
Naour. Le petit parc de
PROPRIÉTAIRE ACTUEL
Blaignan est majoritai- CA Grands Crus
barriques est réservé à
rement planté en merlot
quelques lots de Blai(57 %) en raison de la na- SURFACE
gnan. » La propriété proture entièrement argilo- EN EXPLOITATION
duit également le Prieuré
calcaire des sols, les 43 % 77 hectares
de Blaignan sur 22 hecrestants en cabernet sautares dédiés, plutôt destivignon. « Une étude pé- NOMBRE DE BOUTEILLES
né à la restauration.
dologique et une carto- PRODUITES PAR AN
Confidentielle (moins de
graphie de vigueur nous EN CRU BOURGEOIS
15 000 bouteilles à 15 €),
ont permis d’être plus 450 000
la cuvée Quintessence de
précis sur la fertilisation,
Blaignan, élevée en barril’enherbement… Sur le
ques, n’existe que dans
plan environnemental, nous avons la
les grands millésimes (le dernier en
même exigence pour toutes nos pro2016) et uniquement si cela n’appaupriétés, certifiées HVE niveau 3 et SME
vrit pas le grand vin. Hubert de
ISO 14 001 (réduction des intrants,
Boüard conseille la propriété.
vigilance quant aux prélèvements des
La grêle ayant affecté la récolte 2014
eaux souterraines, à la consommation
et réduit les volumes du 2015, « nous
en eau et en énergie, au maintien de la
ne savons pas si nous candidaterons
biodiversité…). Le changement majeur
pour une mention dans le futur classepour Blaignan concerne les installament bien que nous ayons le potentiel.
tions techniques, elles étaient sous-diMais pour La Tour de Mons, nous conmensionnés et obsolètes, détaille Anne
courrons pour une mention au minimum
Le Naour. Nous avons construit un cusupérieure ».
vier moderne, parcellaire, nécessaire à
Après une récolte réduite de moitié
un vignoble de cette taille, avec des cuen 2017 par le gel, le millésime 2018 (à
ves de 100 à 250 hectolitres. C’est sufl’heure où nous mettons sous presse)
fisant pour nos quatre types de terroirs
va bien, une légère coulure a permis
répartis et cela nous permet des asdes vendanges en vert naturelles.
semblages plus précis. 2010 a été le
« Mais aucun dé n’est lancé, tout reste
premier millésime qui y a été vinifié, il
à venir. » ■
B. B.
C’est l’autre cru bourgeois de CA Grands Crus, en AOC médoc,
moins en vue que La Tour de Mons, mais à découvrir.
Une Histoire,
Une Oeuvre
CHÂTEAU
BLAIGNAN
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2015
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
VIN
C. GROUSSARD
6
Château Melescasse.
L’ŒNOTOURISME
EN MARCHE
De nombreuses propriétés proposent
des visites à thème. D’autres permettent
de découvrir les vins lors de pique-niques,
de déjeuner à leur table, de séjourner
en chambres d’hôte, de s’initier
à l’art de la dégustation… Notre sélection.
■ CHÂTEAU D’AGASSAC
(Ludon-Médoc)
Des tours, des tourelles, des fossés, des
douves, un pigeonnier, de grands arbres… Agassac, inscrit à l’inventaire des
Monuments historiques, a tout du château de carte postale, le charme en plus, à
20 minutes de Bordeaux. La propriété, qui
a reçu 5 Best Of d’or Wine Tourism, propose un jeu de piste « vin-teractif » et familial, des visites guidées sur les thèmes
de l’histoire, de l’architecture, du vignoble, de la vinification ou encore, avec un
iPad, sur le thème de l’environnement à
travers un « éco-conte ». Elles sont suivies de dégustations. Vente des crus de la
propriété à la boutique. Bonne table en
terrasse avec vue sur le parc.
Tél. : 05 57 88 15 47.
CHÂTEAU D’ARSAC
(Arsac)
Philippe Raoux a été un précurseur de
l’art dans le vignoble. Sa propriété est célèbre pour son chai bleu, son château au
toit de verre et sa façade barrée d’une
œuvre monumentale. C’est l’une des
31 sculptures contemporaines – signées
Arne Quinze, César, Raynaud, Folon,
Venet… – qui parsèment le parc et les vignes, et qui permettent au château d’évoluer avec son temps. La toute dernière est
une reproduction d’un dessin de JeanMichel Folon sur 10 mètres de long et 5 de
haut, installée au chai. Visites à 14 h 30 du
lundi au vendredi, départ possible de
Bordeaux avec l’office de tourisme.
Tél. : 05 56 58 83 90.
CHÂTEAU CASTERA
(Saint-Germain-d’Esteuil)
Dans le Nord-Médoc, « pays sauvage et
solitaire », selon La Boétie, l’ancienne
forteresse de Castera appartint à Édouard
Plantagenêt, puis à Thomas de Montaigne, le frère de l’auteur des Essais. Le
château a été superbement restauré, avec
ses murs de 1 mètre d’épaisseur, sa chapelle exquise, ses ifs et ses cèdres centenaires. Castera propose trois visites thématiques,
Découverte, Patrimoine ou Premium,
uniquement sur rendez-vous :
www.chateau-castera.com/
oenotourisme/
CHÂTEAU
LAMOTHE-BERGERON
(Cussac-Fort-Médoc)
XIXe,
Un splendide château
totalement
rénové en 2014, et une visite très originale des vignes et du chai, qui mêle à la fois
l’histoire, l’environnement naturel du
lieu dans l’« observatoire à terroir », suivie d’une animation grandeur nature qui
raconte la transformation de la baie de
raisin en vin. Enfin, Hubert de Boüard et
le directeur de la propriété vous invitent
en images à une session d’assemblage
inédite et ludique avant la dégustation.
Divers ateliers, boutique.
7 j/7. Tél. : 05 56 58 94 77.
CHÂTEAU
MALESCASSE
(Lamarque)
Le propriétaire est collectionneur d’art :
devant le château, une sculpture de Bernar Venet ; au chai, un lustre géant du
maître allemand de la lumière Ingo Maurer, dont il n’existe que deux exemplaires
au monde. Des visites dégustations, des
initiations à la dégustation sur réservation, des déjeuners sur l’herbe avec les
vins et le pique-nique du château, un atelier « Comme un maître de chai » pour
créer votre propre vin et repartir avec votre bouteille personnalisée, une boutique
ultrachic avec tous les vins des vignobles
Austruy (Médoc, Provence, Douro…), un
atelier culinaire avec Urban Chef en octobre et un marché de Noël en décembre. La
nouveauté : le « château d’hôtes », soit
l’intégralité de la chartreuse (quatre
grandes chambres) à louer à partir de
900 € la nuit, avec accès aux salles de réception et à la cuisine du château. Prestations à la carte pour les déjeuners, dîners
et dégustations.
Tél. : 05 56 58 90 09.
CHÂTEAU PALOUMEY
(Ludon-Médoc)
Aux portes de Bordeaux, une offre étoffée
disponible toute l’année. Sans réservation : visites dégustations. Uniquement
sur réservations : verticale sur les millésimes 2009, 2010 et 2011 de Paloumey ; visites « De la vigne au vin » avec parcours
dans le vignoble, dégustation à la cuve et à
la barrique du 2017 et de deux autres millésimes prêts à boire de Paloumey et de
son second vin ; visites « Barriques » pour
déguster deux barriques différentes du
2017 ; visites « Paloumey à la carte », de la
vigne au chai puis dégustation à la barrique du 2017 et en terrasse de trois millésimes au choix (1997-2015) ; et enfin des
ateliers sur RDV : assemblage ou vendanges (entre fin septembre et mi-octobre)
avec pique-nique vigneron au château.
Sans visiter, on peut aussi venir profiter
d’un pique-nique terroir. Le château accueille expose la peintre Margot Sokolowska jusqu’au 31 octobre.
Tél. : 05 57 88 00 66.
CHÂTEAU DU TAILLAN
(Le Taillan-Médoc)
Ce château XVIIIe est inscrit aux Monuments historiques, ainsi que ses chais des
XVIe et XVIIe, à l’architecture très atypique avec des arches, uniques en Gironde.
La visite « Les clefs de la cave » ajoute à la
visite du château celle de la cave privée
des propriétaires et une dégustation. Ateliers vendange ou assemblage.
Tél. : 05 56 57 47 00.
ET AUSSI
Office de tourisme de Bordeaux
● « Balade vigneronne » du château
Paloumey au château du Taillan, une demi-journée, marche gourmande, visite
des caves, dégustation…
● « Art et vin en Médoc », une demi-journée avec visites des châteaux Paloumey et
d’Arsac, de l’art de la vinification à l’art
dans les châteaux, sept vins dégustés.
Tél. : 05 56 00 66 00.
www.bordeaux-tourisme.com
B. B.
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LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
CHÂTEAU CAP LEON VEYRIN
VIN
7
Château Cap Léon Veyrin.
CAP LÉON VEYRIN,
HISTORIQUE ET DISRUPTIF
Cette pépite familiale, cru bourgeois depuis 1932, fait la gloire de l’appellation listrac-médoc.
simple, celui des petites propriétés faCette propriété d’une quinzaine d’hecmiliales qu’on a su faire fructifier, l’entares appartient à la famille Meyre devers du décor des crus classés. Le vipuis deux siècles et elle est aujourd’hui
gnoble (âge moyen 45 ans), situé sur les
dirigée par Julien. Dans leur escarcelle,
points hauts de l’appellation, bien exil y a aussi, en AOC haut-médoc, les
posé et naturellement drainé, sur un sol
Château Bibian, également cru bourde marnes graveleuses, est légèrement
geois et ancienne propriété du footbaldominé par le merlot, le reste étant
leur Jean Tigana, « où, sur un super terplanté en cabernet sauviroir, tout avait été fait en
gnon et petit verdot. « Les
dépit du bon sens et où il a
vieux merlots donnent la
fallu tout reprendre de A à
puissance et le fruité. On a
Z », Château Julien et
replanté les cabernets sauChâteau Fort de Vauban,
vignons sur les bons terroirs
soit quatre entités de 15 à
pour la structure », sché25 hectares sur deux apmatise Julien Meyre. Il a
pellations. Tous les vins COMMUNE
fait le choix de la viticultusont vinifiés, mis en bou- Listrac-Médoc
re raisonnée, les intrants
teille, habillés et stockés à
sont réduits au maximum
Cap Léon Veyrin. Ça ne APPELLATION
des possibilités. Le vignochôme pas, toute la fa- listrac-médoc
mille met la main à la cru bourgeois depuis 1932 ble est enherbé un rang sur
deux pour maîtriser la vipâte. Les parents de Julien et Nathalie ont même PROPRIÉTAIRES ACTUELS gueur, les vieilles vignes et
les jeunes parcelles venouvert des chambres Julien et Nathalie Meyre
dangées à la main.
d’hôte modestes il y a
déjà trente ans, et les SURFACE
Un regard neuf
Meyre ont aussi fait caba- EN EXPLOITATION
ret à Château Julien pen- 15 hectares
Alain Meyre, le père de
dant quelques années, les
Julien, fut le premier client
fines gueules se souve- NOMBRE DE BOUTEILLES
d’un consultant emblémanant des délicieux repas PRODUITES PAR AN
tique du Médoc, Jacques
d’avant-spectacle
de EN CRU BOURGEOIS
Boissenot. Mais lorsqu’il
Mme Meyre mère.
de 60 000 à 100 000
prend les rênes en 2009, le
jeune vigneron « disrupÀ Cap Léon Veyrin, on selon les millésimes
te » en choisissant un reest dans le Médoc vrai,
CHÂTEAU
CAP LÉON
VEYRIN
gard neuf, venu de la rive droite. « Je
voulais pouvoir évoluer sans m’entendre
dire : “Oui mais ça n’est jamais fait ici” ;
en fait, je voulais tout le contraire. » Il
choisit Julien Viaud, l’un des hommes
clés de Michel Rolland, qui suit depuis
lors l’ensemble des propriétés et des
assemblages. « Le terroir de Cap Léon
Veyrin donne des vins charnus, fruités, à
la trame tannique veloutée. Nous les éle-
vons douze mois en fûts de chêne, dont
60 % neufs. Notre objectif, c’est qu’ils
donnent du plaisir à boire à 3 ans comme
à 5 ans ou à 10 ans. » Leur marché est à
60 % à l’export (Asie, États-Unis, Europe). La propriété maîtrise en direct la
commercialisation en France et à
l’étranger, ainsi que celle de Château
Julien, tandis que Bibina est confié à la
place de Bordeaux.
CHATEAU
DE
Cru bourgeois depuis 1932, ex-supérieur, Cap Léon Veyrin est resté
dans l’Alliance « car c’est une marque
puissante qui rassure les consommateurs », estime Nathalie Meyre.
« Le retour de la hiérarchie dans
le classement est une bonne chose.
Les meilleurs partaient et cela tirait
tout le monde vers le bas », note
Julien. ■
B. B.
FERRAND
Nathalie et Julien Meyre.
CHÂTEAU CAP LEON VEYRIN
2014
www.chateaudeferrand.com
L’a bu s d ’ al co o l e st da n ge re ux pour la santé , à c o ns om me r a v ec mod éra t ion
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
VIN
CHÂTEAU CLÉMENT PICHON
8
Château Clément-Pichon.
DEUX VALENT MIEUX QU’UN
Dans l’ombre de La Dominique, le
grand cru classé de saint-émilion, fleuron des Vignobles Fayat, il y a deux
autres châteaux : Fayat, un pomerol, et
Clément-Pichon, le cru bourgeois. Les
trois ont été acquis par le même homme, Clément Fayat, le fondateur en
1957 du groupe Fayat, 1er groupe français indépendant de la construction et
de l’industrie, 4e groupe de BTP en
France. Un tour de force pour ce Corrézien parti de rien, qui revendique toujours « la terre accrochée à ses sabots »,
sur deux en fonction de la vigueur de la
dont le groupe (3,7 milliards d’euros de
plante, les vendanges en vert favorise la
chiffre d’affaires) est aujourd’hui dirigé
concentration des raisins. Le millésime
par ses fils Jean-Claude et Laurent.
2017 a été récolté presque entièrement à
L’activité viticole, une goutte dans
la main, près de 60 % du vignoble ayant
l’ensemble, est suivie par Jean-Claude
été impacté par le gel. Une exception,
Fayat. Clément-Pichon est sans contesles vendanges étant habituellement
te le plus beau château, architecturalemécaniques. Les vinifications bénéfiment parlant, du groupe. Ses origines
cient d’un cuvier parcellaire, les vins
remontent au XIVe siècle, Louis XIV
sont ensuite élevés pendant 12 mois
vint y chasser, mais sa physionomie acmoitié en barriques (dont 50 % neuves,
tuelle, d’inspiration renaissance, date
50 % d’un vin) et moitié en cuves. Mide la fin XIXe. Clément Fayat tombe
chel Rolland conseille la propriété desous le charme en 1976, rebaptise le
puis une quarantaine d’années.
château de son nom actuel en 1985.
C’est aujourd’hui un havre de paix tout
Un
vin de plaisir
près de Bordeaux, invisible depuis la
route, lové dans un splendide parc parLe style de Clément-Pichon, généreux,
semé de sculptures et ourlé de vignes.
gourmand, souple, sur le fruit, en fait
Deux restructurations plus tard (la
un vin de plaisir accessible rapidement,
dernière courant jusqu’en 2022), le vison prix (de 15 à 20 €), son nom (il évognoble compte 24 hectares sur un terque les autres Pichon, crus classés), son
roir de sables et de graves sèches - des
superbe château sur l’étiquette : « Il a
sols très drainants pour lesquels la protout pour plaire à la grande distribupriété sélectionne les porte-greffes les
tion », souligne Gwendeline Lucas, la
plus résistants à la sécheresse -, majorijeune (34 ans) directrice générale des
tairement planté en merlot (85 %), ce
Vignobles Clément Fayat, dont elle asqui le rend atypique en médoc, avec
surait précédemment la promotion en
seulement 9 % de cabernet sauvignon
France et à l’export (une des marques
et 6 % de cabernet franc. D’où l’acquide fabrique du groupe étant de confier
sition cette année de Château Aney, un
rapidement responsabilités et autonoautre cru bourgeois de 15 hectares en
mie à ses meilleurs éléments). La FranAOC haut-médoc, planté majoritairece représente 80 % de son marché,
ment en cabernet sauvignon, dont les
l’export commence à se développer
plus beaux vont conférer plus de tenvers l’Asie et les États-Unis.
sion au grand vin de CléCru bourgeois depuis
ment-Pichon, renforcer
1932, supérieur dans le
sa structure déjà mieux
classement de 2003, que
soutenue depuis le millésera-t-il en 2020, lors du
sime 2015 par l’entrée
prochain classement ? La
dans l’assemblage des
direction n’a pas encore
jeunes cabernets du dopris de décision sur la demaine. Il faudra donc sui- COMMUNE
mande d’une mention car,
vre une nette évolution Parempuyre
d’une part, les millésimes
stylistique lors des proprésentés ne pourront pas
chains millésimes.
prendre en compte l’apAPPELLATION
Château La Dominique haut-médoc
port d’Aney et, d’autre
restant la propriété pilote, cru bourgeois depuis 1932 part, l’attribution d’une
l’équipe technique de Clémention contraindrait rément-Pichon adapte ici ce PROPRIÉTAIRE ACTUEL
glementairement
Cléqui est testé avec succès Vignobles Fayat
ment-Pichon à ne pas
là-bas. La propriété est
pouvoir augmenter sa surgérée en viticulture rai- SURFACE
face de plus de 15 % jussonnée autant que possi- EN EXPLOITATION
qu’au prochain classement
ble, le cuivre et le soufre 24 hectares
de 2025. Or, face à la desont privilégiés en début
mande, l’objectif est de
de campagne, puis les NOMBRE DE BOUTEILLES
s’étendre. Pour l’heure, à
traitements convention- PRODUITES PAR AN
l’instar de Fayat et de La
nels au moment très sen- EN CRU BOURGEOIS
Dominique, Clément-Pisible de la fleur. Le vigno- 100 000
chon poursuit son effort
ble est enherbé un rang
qualitatif. ■
CHÂTEAU
CLÉMENTPICHON
Le chai de Château
Clément-Pichon.
CHÂTEAU CLÉMENT PICHON
Château Clément-Pichon, propriété
des vignobles Fayat en AOC haut-médoc,
a absorbé cette année un autre
cru bourgeois et poursuit sa progression
qualitative. BÉATRICE BRASSEUR
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Château de Malleret.
Ces deux-là forment un duo chic choc
réuni par la passion du vin et de Malleret.
Aymar du Vivier, l’un des propriétaires,
descendant de la famille Clossmann (négociants d’origine allemande établis à
Bordeaux dès le XVIIIe siècle), a mille
histoires à raconter avec le talent et la
fantaisie qu’il faut pour captiver l’auditoire. Comédien ? Un peu. Paul Bordes,
le gérant depuis 2014, incarne la rigueur
et redresse avec la régularité du métronome le fil de la conversation irrésistiblement sinusoïdale d’Aymar. L’un et
l’autre piaffent d’impatience de tester à
plein régime le nouveau chai de Malleret, conçu par l’architecte et designer
Sylvain Dubuisson. En 2017, le gel avait
touché 95 % du vignoble, et c’est une
vendange toute symbolique qu’avait reçue cet outil de pointe (elle devrait être
commercialisée sous la forme d’un millier de magnums). C’est dire si le millésime 2018, le premier en bio, était attendu,
avec beaucoup d’espoirs et énormément
d’ambitions. Las, la grêle du 15 juillet a
détruit 85 % de la récolte. Les 15 % restants devraient concentrer pour la première fois l’ensemble des efforts consentis par la propriété, à commencer par la
remise en état du vignoble. Quatorze
hectares ont été arrachés, 100 000 pieds
de vigne complantés, 4 hectares de cabernets francs jugés inintéressants sur ce
terroir de graves günziennes ont été surgreffés en cabernet sauvignon et en merlot. « Nous diminuons progressivement la
part de merlot pour tendre vers 60 % de
cabernet sauvignon, 36 % de merlot et 4 %
de petit-verdot », explique Paul Bordes
qui gère la propriété depuis 2014. « Dans
une bonne année, à raison de 20 hectolitres par hectare, ce qui est ridiculement
bas dans le Médoc, nous produisions
150 000 bouteilles. L’objectif est d’arriver
au double dans les cinq ans, soit un rendement de 45 hectolitres par hectare »,
ajoute Aymar du Vivier.
Depuis 2014, Stéphane Derenoncourt
conseille Malleret : « De la vigne au chai,
c’est son principe : tout ou rien. » Il a apporté ses préconisations pour la
construction du nouveau chai, en vue
d’extractions plus douces, de vinifications plus précises. « Avec l’ancien cuvier, on avait des soucis volumétriques,
techniques et esthétiques. Le chai de
Dubuisson les a résolus », estime Paul
Bordes. « Sylvain Dubuisson, c’est l’architecte de la tour Cartier à Tokyo, du
Louvre Médiation, du bureau de Jack
Lang au ministère de la Culture, souligne
Aymar. Il a même dessiné des calices et
meilleurs ouvriers de France ou des comdes ciboires pour Jean-Paul II ! » Petit-fils
pagnons du Devoir ou du Tour de France,
d’Émile, un pionnier du béton, et fils reprécise Paul Bordes. Sylvain Dubuisson
belle de Jean, une des grandes figures de
est venu chaque semaine, il a dessiné et
l’architecture dans la France de l’aprèssuivi tous les plans. » Illustration au caguerre, ce natif de Bordeaux a ajouté le
veau en pierres de taille qui abritera
design à son équerre d’architecte. Mall’œnothèque des meilleurs millésimes
leret est son troisième chai, après ceux
de Malleret. Avec un humour tout à fait
des châteaux Haut Selve et d’Eyran. Les
british, Aymar du Vivier énonce seninstallations ont doublé de surface, le
tencieusement qu’il souhaite que ses
cuvier parcellaire accueille 54 cuves bé« cendres y reposent dans un double
ton de 40 à 140 hectolitres aussi hautes
magnum »… on n’ose demander quelle
que larges – « du même fabricant italien
sera l’épitaphe. Chaque rangée constique celles de Cheval Blanc », indique Paul
tue une clé de voûte, le plafond évoque
Bordes. Elles sont remplies par gravité
une selle de cheval, pas un hasard si l’on
des raisins cueillis manuellement et
considère l’autre tradition - équine,
triés par densimétrie. Toute la « tuyaucelle-là - de Malleret. On y éleva jadis
terie » technique est invides chevaux de course,
sible - « on ne voulait pas
aujourd’hui ce sont des
de laiterie », ironise Aychevaux de dressage, et on
mar. Deux miroirs placés à
y met à la disposition de
chaque extrémité du cuces champions des haras
vier sous la charpente de COMMUNE
d’un luxe inouï.
chêne mettent en abyme Le Pian-Médoc
La propriété, qui produila perspective et l’alignesait jusqu’à présent quatre
ment des cuves d’une élé- APPELLATION
vins, vise à n’en présenter
gante couleur terre de haut-médoc
bientôt plus que trois : MalSienne. « Un objet est une cru bourgeois depuis 1932 leret, le cru bourgeois, le
idée mise en proportion. Et
Baron de Malleret, le second
qu’est-ce que la propor- PROPRIÉTAIRE ACTUEL
vin, et le Margaux de Malletion, sinon l’équilibre de Descendants Clossmann
ret (issu de parcelles sur la
toutes les forces mises en
commune d’Arsac). L’autre
présence ? » La citation SURFACE
cru bourgeois de la proprié– ancienne - de l’architec- EN EXPLOITATION
té, Château Barthez, sera
te est ici parfaitement dé- 57 hectares
absorbé aux deux tiers par
veloppée et fort à propos
Malleret dès le millésime
dans un univers où l’équi- NOMBRE DE BOUTEILLES
2018. Le panel de négociants
libre est la notion clé.
de la place de Bordeaux a été
PRODUITES PAR AN
revu. « Nous visons pour
EN CRU BOURGEOIS
Modularité
Malleret une distribution
100 000 de Malleret
et sobriété
clairement plus qualitative,
indique Aymar du Vivier,
Le chai, modulable, pouravec moins de grande distribution et
ra contenir 1 000 barriques. Les vins
l’ambition de figurer sur les tables étoisont élevés deux mois dans un tiers de
lées (dont déjà trois à Bordeaux, le Logis de
barriques neuves, un tiers de barriques
la Cadène, Le Prince Noir et le Saint-Jad’un vin, un tiers de barriques de deux
mes, NDLR). L’export reste majoritaire.
vins, choisies parmi cinq tonnelleries.
Quid du prochain classement des crus
Le chai, d’une grande sobriété stylistibourgeois ? Le duo, tout à l’heure proque, pourra accueillir des dîners ;
lixe, se cabre. Il vise haut et ne se satisl’éclairage est signé Hervé Descottes,
fera pas d’une mention « cru bourgeois
une des stars de la discipline (il a nosupérieur ».
tamment réalisé celui des boutiques
Du chai, on aperçoit le parc créé au
Louis Vuitton dans le monde et celui de
XIXe, avec ses liquidambars élégants,
la Grande Salle de la Philharmonie de
Paris). Tous les bâtiments (HVE1 et 2)
séquoias géants, ginkgos bilobas, cèdres
fonctionnent en énergie passive, alidu Liban, chênes-lièges non démasclés,
mentés par des puits canadiens qui asmagnolias… lui-même inclus dans un
surent une température constante de
immense domaine de vignes et de bois,
13°. « Les entreprises qui ont travaillé sur
un havre situé à vingt minutes de Borce chantier comptent parmi elles des
deaux. ■
B. B.
mardi 25 septembre 2018
VIN
9
CHÂTEAU
DE MALLERET REPART
AU GALOP
La magnifique propriété s’est donné les moyens de parvenir au sommet de l’appellation
haut-médoc. Cette renaissance ambitieuse porte ses fruits, malgré l’adversité climatique.
CHÂTEAU
DE MALLERET
MALLERET
LE FIGARO
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
C. GOUSSARD ; DEEPIX ; FONTENIL ; RAYNAUD
10
VIN
Stéphane Derenoncourt.
Hubert de Boüard.
DES STARS
CHEZ LES BOURGEOIS
Stéphane Derenoncourt, Hubert de Boüard, Michel Rolland, Alain Raynaud… Les grands crus classés
s’arrachent leurs conseils, les crus bourgeois aussi. Leur regard sur cette grande famille. PROPOS RECUEILLIS PAR BÉATRICE BRASSEUR
LE FIGARO. – Combien de crus bourgeois
conseillez-vous ?
Hubert DE BOÜARD : Une quinzaine sur
différentes appellations.
Michel ROLLAND : Je n’ai aucune idée,
mais assurément quelques-uns, dont
Phelan Ségur et Clément-Pichon.
Stéphane DERENONCOURT : Quatorze.
Alain RAYNAUD : À ce jour, deux, Château Tour Prignac et Rollan de By.
UNE VITRINE D’EXCEPTION POUR
LES PLUS BEAUX FLACONS DU TERROIR FRANÇAIS
Cette superbe sélection exclusivement dédiée aux vins
et spiritueux français, est désormais aussi disponible
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classés aux petites pépites encore méconnues, sans
oublier une collection exceptionnelle de grands formats,
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une société
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
En quoi un cru bourgeois est-il
intéressant par rapport aux crus classés
que vous conseillez ?
H. de B. : Il y a une certaine liberté d’expression pour un cru bourgeois par rapport à un cru classé, plus enfermé dans
un confort, un environnement et des
contraintes. Cette liberté favorise une
compétition forte et une émulation positive pour les bourgeois qui veulent se
positionner en haut de l’affiche et obtenir, par leurs qualités et leurs efforts,
une reconnaissance à travers un nouveau classement.
M. R. : Notre métier, c’est de faire du vin,
et tous ne sont pas classés, mais le challenge reste de donner à tous les terroirs
leur meilleure expression.
S. D. : Sa réussite est un challenge : le titre de « cru bourgeois » n’a en rien la
force du classement de 1855, les prix de
vente des vins sont infiniment plus bas,
ce qui engendre des moyens à la production beaucoup plus limités, même à qualité de terroirs égale. Outre l’incidence
sur le coût de production, il faut redoubler d’énergie pour valoriser son image
et sa place sur le marché.
A. R. : J’éprouve le même intérêt que
lorsque je conseille un cru classé, car
l’exigence de qualité pour chacun amène à avoir la même attitude tant pour la
vigne que pour les vinifications.
Votre définition personnelle d’un cru
bourgeois ?
H. de B. : Il y a tellement de cas particuliers, de diversités de sols, de surfaces,
de prix, de volontés et d’objectifs, tous
différents. En tous les cas, un cru bourgeois, c’est l’existence d’un terroir,
d’une démarche qualitative et d’un accompagnement de la vigne au chai extrêmement exigeant, d’une typicité affirmée, mais d’une certaine liberté pour
que l’intervention de l’homme puisse
exprimer et faire évoluer le style du vin.
M. R. : C’est la volonté des propriétaires
de flirter avec l’excellence, sur des sols
parfois plus difficiles à gérer que certains
grands terroirs qui parfois auraient tendance à s’endormir sur leurs lauriers.
Comme disait Yves Glories, professeur
d’œnologie et directeur de l’Institut
d’œnologie à Bordeaux, « certains ont
beaucoup de chance d’avoir des terroirs
chaise longue ».
S. D. : Je n’ai pas de définition personnelle d’un cru bourgeois. C’est un titre
qui repose sur un cahier des charges défini par la profession afin de tenter de
valoriser les châteaux qui en bénéficient.
Il y a eu par le passé des tentatives de rafraîchissement de ce label, en essayant
d’y inclure une hiérarchisation. Manifestement, le message n’a pas été entendu par le circuit de distribution, ni
même par les consommateurs, et on se
retrouve aujourd’hui avec une nouvelle
tentative de définition de ce titre.
Aujourd’hui, les titres comme les appellations, et surtout les moins en vue, ne
garantissent plus la réussite commerciale des crus. Parfois même, ces mêmes
crus peuvent en être victimes en proposant des vins considérés comme hors de
prix dans leur catégorie, même si leur
qualité demeure sans conteste un excellent rapport qualité-prix. Nous vivons
dans l’ère du marketing, du culte de la
marque, et le monde du vin n’échappe
pas à cette règle.
A. R. : Pour moi, un cru bourgeois est
bien souvent, en termes de qualité intrinsèque, très proche d’un cru classé.
Simplement, l’historique n’a pas permis d’acquérir une notoriété suffisante
à ce jour, ce qui, par voie de conséquence, amène à ce que les prix pratiqués pour le consommateur soient
beaucoup plus accessibles.
EN CHIFFRES
270
châteaux au total
123
en AOC médoc
89Le chai de Château
Pichon.
en Clément
AOC haut-médoc
18
en AOC saint-estèphe
15
en AOC listrac-médoc
12
en AOC moulis
9
en AOC margaux
4
en AOC pauillac
33
millions de bouteilles
5 000
hectares
32 %
de la production du Médoc
60 %
pour le marché français
40 %
à l’export
Un cru bourgeois peut,
en termes de qualité intrinsèque,
être très proche d’un cru classé.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
VIN
Michel Rolland.
Le consultant anoblit-il, ennoblit-il,
le cru bourgeois ? Intrinsèquement
et dans l’esprit du consommateur ?
H. de B. : Le consultant n’anoblit ni
n’ennoblit le vin, il n’en a ni le rôle, ni
l’envie, ni le pouvoir, ni la volonté. Il
aide à révéler le terroir, à affiner le style
du vin et à accompagner l’équipe technique. Pour le consommateur, le
consultant peut être une garantie, un
gage de sérieux et de confiance, de fiabilité. Le consultant soutient le cru bourgeois dans sa démarche de qualité et
dans la reconnaissance de son statut.
M. R. : Le consultant travaille avec une
équipe et le résultat obtenu dépendra de
leur capacité à travailler ensemble. Le
consommateur ne connaît pas le travail
de consultant, mais des noms, comme
les grosses notes qui sonnent mieux aux
oreilles de certains sans que cela signifie
grand-chose sur le fond.
Alain Raynaud.
S. D. : Le rôle essentiel d’un consultant,
selon moi, est de proposer à son client
un itinéraire technique lui permettant
de mettre en avant des vins singuliers,
identitaires, reflétant la nature des sols
et le lieu de production. Que le cru soit
bourgeois ou non, la démarche et la
philosophie restent les mêmes, fort
heureusement. Le titre de cru bourgeois
est une tentative de valorisation des appellations médocaines qui n’a rien à
voir avec le process d’élaboration des
vins, chacun restant libre d’interpréter
son terroir et son millésime comme bon
lui semble.
A. R. : Si le cru bourgeois utilise l’identité
du consultant pour communiquer, il est
vraisemblable qu’il puisse y avoir par
assimilation avec les autres crus de
l’« écurie » de celui-ci, une forme
d’« ennoblissement » dans l’esprit du
consommateur. ■
QUE SONT DEVENUS
LES ANCIENS
CRUS BOURGEOIS
EXCEPTIONNELS ?
Dans le classement de 2003,
annulé puis remplacé par celui
de 2010, ils étaient neuf.
● Deux en AOC moulisen-médoc : Poujeaux
et Chasse-Spleen.
● Quatre en AOC
saint-estèphe : Phélan-Ségur,
Haut-Marbuzet,
Les Ormes de Pez et Pez.
● Un en AOC médoc :
Potensac.
● Deux en AOC margaux :
Siran et Labégorce-Zédé (dont
l’étiquette n’existe plus,
le vignoble ayant été
réintégré dans celui
de Château Labégorce).
Tous ces châteaux,
d’une surface entre 25
et 80 hectares, ont quitté
la famille des crus bourgeois
et valorisé individuellement
leur propre marque. En 2006,
leurs millésimes 1999 étaient
vendus entre 14 et 33 €.
Aujourd’hui, toute comparaison
gardée, un millésime 2011
vaut entre 28 et 72 €.
11
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
VIN
RODOLPHE ESCHER/WWW.DIVERGENCE-IMAGES.COM
12
Château Laujac.
CHÂTEAU LAUJAC :
RETOUR AU BERCAIL
Vanessa Cruse et son époux René-Philippe Duboscq ont repris
cet éden du Nord-Médoc en 2012, l’ont réintégré à la famille
des crus bourgeois avec une feuille de route ambitieuse. BÉATRICE BRASSEUR
production. Il va relever le vignoble et,
Si vous voulez avoir une idée de ce qu’était
après 55 vendanges, transmet la direction
le Médoc historique, allez jusqu’à Laujac,
de Laujac à sa fille et à son gendre. Tous
au nord de la presqu’île. Un lacis de routes
deux retournent sur les bancs de l’univerde campagne, des champs, l’estuaire tout
sité pour se former à la viticulture, l’œnoproche, on lève le pied pour admirer le
logie, la gestion de propriétés viticoles, inpaysage. Tout doucement, on arrive dans
vestissent dans le vignoble, les chais et une
un hameau, une poignée de maisons monouvelle équipe technique.
destes serrées les unes contre les autres, et
voici la grande grille ouvragée du portail
Douze
mois d’élevage
de Laujac, puis l’allée flanquée de chaque
côté des bâtiments agricoles et enfin le
À proximité de l’estuaire de la Gironde, au
e
château XIX , en face, le chai, ouvert sur le
précieux effet tampon, le vignoble de Lauvignoble. C’est un domaine mixte, comme
jac, replanté à raison de 5 hectares par an,
autrefois partout dans le Médoc. Laujac
il est passé de 45 à 80, pour un âge moyen
élève 400 vaches limousines - c’est l’un
de 20 ans, dispose de deux terroirs : des ardes plus gros troupeaux de Gironde -, des
giles calcaires pour les merlots qui donchevaux de selle et produit un cru bournent au vin sa rondeur, des graves fines,
geois, classé depuis 1932. Le domaine
drainantes, pour le cabernet sauvignon
s’étend sur plus de 430 hectares : pour
majoritaire et le petit verdot qui assurent la
l’anecdote, révélatrice de son écosystème
structure et la complexité. Les sols sont lapréservé, on y dénombre plus de nids de
bourés et enherbés un rang sur deux pour
cigogne – claquements de bec et meuglemaîtriser la vigueur du vignoble qui ne rements composent la bande
çoit ni intrants chimiques ni
originale - que le parc orniinsecticides, mais des engrais
thologique du Teich. Le viverts et du fumier produits
gnoble en AOC médoc
sur l’exploitation, et des phécompte 80 hectares dont 35
romones pour la confusion
pour Château Laujac. Renésexuelle. Un tel environnePhilippe Dubosc, le directeur COMMUNE
ment, sans voisin à l’horizon,
de
l’exploitation,
pose Bégadan
mérite d’être préservé. Le
l’équation : « Le bétail, c’est
couple a investi dans de noumoins de 10 % du chiffre d’af- APPELLATION
velles cuves inox thermoréfaires mais les vaches paient le médoc
gulées pour le grand vin et
matériel viticole. Et leur fu- cru bourgeois depuis 1932 des vinifications parcellaires.
mier fertilise nos sols calcaiL’élevage en fûts de chêne
res. » Dans une autre vie, il PROPRIÉTAIRE ACTUEL français dure douze mois.
n’y a pas si longtemps, René- Vanessa Cruse
Stéphane Courrèges conseille
Philippe Dubosc était cadre
la propriété depuis le millésichez IBM, en poste à New SURFACE EN
me 2014 (2013, le premier
York. Le col blanc, issu d’une EXPLOITATION
millésime du couple, fut,
famille de forestiers du Mé- 35 hectares
comme chacun s’en soudoc, a chaussé les bottes sans
vient, dantesque). Un chai à
trop hésiter pour reprendre, NOMBRE DE BOUTEILLES barriques a été réaménagé
en 2012, le domaine, pro- PRODUITES PAR AN
sous le château. « Nous voupriété de sa femme Vanessa EN CRU BOURGEOIS
lons rester un médoc classiCruse, architecte, lorsqu’elle 200 000
que, puissant et complexe,
succède à son père. « Cette
avec des cabernets bien mûrs
propriété est assez unique et je
et des tanins fins. »
voulais me lancer dans un projet personnel,
Laujac était sorti de l’Alliance des crus
vivre à la campagne », dit-il. « C’est la débourgeois en 2008. « Nous l’avons réintécision du couple, ça ne pouvait pas marcher
gré car le label tient la route et rassure les
autrement », confie-t-elle. Vanessa reconsommateurs. Ce sera encore davantage
le cas avec le classement. Nous visons sucprésente la sixième génération à la tête de
cessivement la catégorie des crus bourLaujac, acquis en 1852 par son ancêtre
geois supérieurs puis celle des exceptionHerman Cruse, fondateur de Cruse & Fils
nels », indique René-Philippe Duboscq.
Frères. Laujac est ainsi le plus ancien des
Quant à la distribution, si, historiquevignobles de la famille Cruse (qui possédement, Laujac vendait tout à l’export,
ra aussi notamment Pontet-Canet et GisSuisse, Belgique, Canada, Japon, Étatscours), célèbre dans le vignoble bordelais
Unis, Chine, Allemagne, il est aussi dé(le cousin de Vanessa, Emmanuel, est le
sormais sur le marché français (15 %) et
copropriétaire d’Issan, à Margaux, et
sur la place de Bordeaux. « Nous dévelopgrand maître de la Commanderie du Bonpons la vente aux CHR (restauration), cela
temps, et sa sœur Annabelle, propriétaire
prend du temps car nous avons commencé
de Corbin, à Saint-Émilion). À la fin du
avec seulement deux millésimes (2013 et
XIXe, le vignoble s’étendait sur 140 hecta2014). » Laujac n’est pas présent en granres. Mais lorsque le père de Vanessa prend
des surfaces. Et la propriété conserve une
la direction du domaine en 1957, après le
part de vente directe (19 € le millésime
phylloxera, les guerres et les gelées de
2014) via son site Internet. ■
1956, il ne reste que 8 hectares de vigne en
CHÂTEAU
LAUJAC
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LE FIGARO
mardi 25 septembre 2018
CHÂTEAU D’ARCINS
VIN
13
Château d’Arcins.
LES GRANDS GROUPES
CRAQUENT POUR
LA BOURGEOISIE
Spécialistes du vin ou investisseurs,
ils ont de bonnes raisons d’avoir des crus
bourgeois dans leur portefeuille d’actifs.
Numéro 3 mondial des vins et numéro 1
mondial des vins français, le groupe
Castel est le membre le plus important
de l’Alliance des crus bourgeois en termes d’hectares : près de 500. Il est propriétaire de cinq crus bourgeois en
AOC haut-médoc et médoc (vendus
entre 10 et 15 euros) : Châteaux d’Arcins, Barreyres, Tour Prignac, Magnol
(appartenant à Barton et Guestier, filiale de Castel) et Beaumont (à 50 % avec
le groupe japonais Suntory). « Les crus
bourgeois ont une notoriété historique
dans le Médoc et nous y sommes attachés
car c’est un argument commercial qui
porte bien. Et il y a réellement une demande toute spécifique sur ces vins comme il y en a une sur les crus classés »,
souligne Patrick Bongard, directeur de
châteaux et domaines Castel.
Avec 250 hectares en crus bourgeois
(sur 400 hectares de vignes à Bordeaux), Antoine Moueix Propriétés, filiale du groupe Advini, représente 7 %
de la superficie totale des crus bourgeois. Ceci depuis l’acquisition fin 2016
de sept propriétés des domaines Lapalu
dont il avait la distribution exclusive
depuis 2014 : les Châteaux Patache
d’Aux, Liversan, les têtes d’affiche,
Plagnac, Leboscq, Lacombe Noaillac,
Lieujean et Fontpiqueyre. « On se
concentre sur les deux premiers qui ont
le plus de potentiel à court et long terme.
Leboscq est vinifié à Patache d’Aux,
Fonpiqueyre à Liversan, ils bénéficient
aussi des investissements que nous y
faisons, explique Thibaut de La Haye,
directeur d’Antoine Moueix Propriétés.
On a depuis cédé Plagnac aux Vignobles
Roux et les fermages de Lieujean à Bernard Magrez. Nous avons également en
contrat de gestion technique et de commercialisation exclusive le Château
d’Hanteillan,
qui
appartient
à
Mme Blasco. Antoine Moueix Propriétés
se revendique davantage “vigneron et
défendeur de crus qualitatifs de consommation” plutôt que “groupe viticole qui
réalise des investissements”. »
« Ce label de qualité est important
pour la valorisation commerciale et la
notoriété de nos vins. Pour les consommateurs, les crus bourgeois permettent
d’aborder les grands vins du Médoc sans
payer une fortune », argumente
M. de La Haye. Ceux d’Antoine Moueix
Propriétés se situent entre 10 et
20 euros. Pas de projets d’acquisition
en vue « mais si de jolis terroirs se présentent… Une chose est sûre, le foncier
des bourgeois va prendre de la valeur,
c’est une évidence ».
Jean Guyon, ex-décorateur renommé, s’est pris de passion pour le vin en
1989 en achetant 2 hectares en NordMédoc, à Bégadan, avec le Château
Rollan de By. Depuis il a considérablement augmenté son portefeuille en
agrandissant la propriété et en acquérant les Châteaux La Clare, Tour Seran
et Greysac (racheté à la famille Agnelli,
groupe Fiat). Les domaines Rollan
de By représentent aujourd’hui plus de
150 hectares en crus bourgeois pour un
volume annuel d’environ 825 000 bouteilles.
FRUIT DE LA PRÉCISION
« Un très bon rapport
qualité-prix »
« Notre philosophie, c’est d’apporter des
vins de très bon rapport qualité-prix,
dans toutes les catégories, de l’entrée au
haut de gamme », explique Patrick Jestin, président de Dourthe, une entité
du négociant bordelais CVBG, lui-même filiale du groupe champenois Thiénot. Dourthe a misé sur deux crus
bourgeois, Château Le Boscq (saint-estèphe), exploité et distribué depuis
1995, et Château Reysson (haut-médoc), exploité depuis 2001 et en pleine
propriété depuis 2014. « À moins de
12 euros, Reysson se situe dans le milieu
de gamme des crus bourgeois et Le
Boscq dans le haut de l’échelle, à 2530 euros, ce qui correspond au palier
d’entrée des crus classés. »
Enfin, CA Grands Crus (cinq propriétés dans le Bordelais, une en Bourgogne) possède dans son portefeuille
deux crus bourgeois, Blaignan en
haut-médoc et La Tour de Mons, en
AOC margaux, « deux acquisitions qui
ont permis d’étoffer notre offre médocaine, aux côtés de nos deux crus classés, Grand Puy Ducasse (pauillac) et
Meyney (saint-estèphe) », explique
Anne Le Naour, la directrice générale
adjointe. ■
B. B.
GRAND CRU CLASSÉ DE SAINT-ÉMILION
W W W. C H AT E A U - L A D O M I N I Q U E . C O M
L’ A B U S D ’ A L C O O L E S T D A N G E R E U X P O U R L A S A N T É . À C O N S O M M E R A V E C M O D É R A T I O N
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mardi 25 septembre 2018 LE FIGARO
Château Lilian Ladouys.
VIN
CHÂTEAU LILIAN LADOUYS
14
UN SAINT-ESTÈPHE
À SUIVRE
Depuis son acquisition par l’homme d’affaires Jacky Lorenzetti, Château Lilian Ladouys a doublé de surface
et s’est recentré sur ses meilleurs terroirs. BÉATRICE BRASSEUR
argilo-calcaires. On tend vers un encéLilian Ladouys fut la toute première acpagement 50 % de merlot, 46 % en caquisition de Jacky et Françoise Lorenbernet sauvignon, 2 % en cabernet franc
zetti, rive gauche, en 2008, un an avant
et 2 % en petit verdot. »
le grand cru classé Pédesclaux, à
Pauillac. Autant dire que ce cru bour« Puissants et gourmands »
geois a pour eux une saveur particulière,
et pour leur fille Manon qui les a rejoints
« Nos vins sont puissants et gourmands,
depuis un an à la direction des propriécommente Manon Lorenzetti. Ce sont
tés bordelaises. En dix ans, un énorme
d’abord des vins de plaisir, des saint-estravail a déjà été fait pour remettre le
tèphe qu’on n’a pas à attendre dix ans,
vin dans le peloton de tête de son appelqui peuvent être bus jeunes, tout en
lation et de l’Alliance. Le prochain chalconservant leurs qualités de garde. Le
lenge sera celui du passage en bio - la
2016 qui arrive sur le marché est un vin
moitié de Pedesclaux l’est
très complet, large, dense et
déjà - mais ici, seuls 4 hectagourmand. » Les deux tiers de
res sont cultivés de cette mala production sont exportés,
nière, le sujet est à l’étude et
notamment vers les Étatstient particulièrement à
Unis. 2009, le premier millésicœur à Manon Lorenzetti.
me des Lorenzetti (la propriété
« La priorité a été de remeta choisi Éric Boissenot comme
tre en cohérence la propriété, COMMUNE
consultant), a été classé par le
de la vigne au chai, indique Saint-Estèphe
magazine The Wine Spectator
Vincent Bache Gabrielsen,
parmi les quatre meilleurs
qui la dirige. Nous avions des APPELLATION
saint-estèphe aux côtés de
vins trop rustiques, trop ex- saint-estèphe
trois crus classés Cos d’Estraits, issus de raisins récoltés cru bourgeois
tournel, Calon Ségur et Montrop tôt. Nous avons maîtrisé depuis 1932
trose. Une véritable mise sur
la vigueur de la vigne et géré
orbite pour Lilian Ladouys,
les maturités par l’enherbe- PROPRIÉTAIRE
prolongée par le classement
ment, la taille, l’épamprage, ACTUEL
du 2011 dans le top 100 de la
l’effeuillage… Le vignoble, Jacky et Françoise
revue et par la coupe des crus
éclaté en 300 parcelles, a été Lorenzetti
bourgeois pour le millésime
remembré. Certaines ont été
2012. « En Asie, les ventes dévendues, d’autres acquises, SURFACE
collent, indique Manon Lorenune trentaine a fait l’objet EN EXPLOITATION
zetti. Quant au marché frand’échanges avec les voisins. Le 46 hectares
çais, nous sommes sur les
parcellaire a été recentré sur
circuits traditionnels, cavistes
les bons terroirs du cœur de NOMBRE DE
et restaurants. En 2018, on verl’appellation, en graves et col- BOUTEILLES
ra peu Lilian Ladouys en granluvions argilosableuses prin- PRODUITES PAR AN de distribution… Nous n’avons
cipalement. Le rythme d’arra- EN CRU BOURGEOIS pas trouvé d’accord sur les
chage et replantation se 250 000
prix. » « C’est un débouché très
poursuit au rythme de 1,5 hecimportant, mais nous préférons
tare par an. Et les cépages que
être présents sur des événenous avons greffés sur les bons portements comme les foires aux vins plutôt
qu’en fond de linéaire à l’année, précise
greffes donnent déjà mieux qualitativeVincent Bache Gabrielsen. Nous avons
ment que nos vieilles vignes. » Deux acquisitions en mars dernier, Château
effectué un travail de fond, recréé une dyClauzet (recédé depuis à Château Lanamique autour de Lilian Ladouys et
haye) et Château Tour de Pez « conforavons atteint un niveau de qualité, de
tent la qualité et le périmètre de Lilian
prix, de notoriété qui nous situe dans le
Ladouys », qui atteint ainsi les 100 hechaut du panier des crus bourgeois. Antares, dont 46 en production. « On manciennement, il était classé “supérieur”.
quait de cabernet sauvignon, poursuit
Nous allons candidater pour la mention
Vincent Bache Gabrielsen, maintenant
“cru bourgeois exceptionnel”. Apparteon arrache des merlots pour replanter des
nir à l’Alliance est un avantage… on est
cabernet sauvignon qui sont souvent la
toujours plus fort en groupe. Mais ce revariable d’ajustement et qui confèrent la
tour à la hiérarchie est une bonne chose,
tension recherchée à nos merlots puiscar il va créer davantage d’émulasants et frais – car cultivés sur des sols
tion. » ■
CHÂTEAU
LILIAN
LADOUYS
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mardi 25 septembre 2018
LE FIGARO
CHATEAU PATACHE D’AUX
VIN
15
Château Patache d’Aux.
PATACHE D’AUX, LE SAUT
DANS LE FUTUR
inox, a été conçu sur les indications de
Historiquement, Patache d’Aux est un
l’équipe technique et les conseils de Stéancien relais de diligences et une paphane Derenoncourt que nous avons
tache, un véhicule hippomobile lent
appelé à nos côtés dès l’acquisition de
et peu confortable. Mais sur l’étiquetPatache d’Aux. » En 2019, le nouveau
te de ce cru du Nord-Médoc, la patachai d’élevage sera lui aussi opérache semble aller bon train. Dans le
tionnel et pourra accueillir les
rôle du cocher, une jeune ingénieur
1 500 barriques de chêne français dans
agronome et œnologue, Lucie Lauillesquelles sont élevés les vins pendant
he, passée par l’Australie et Château
douze mois (dont un tiers de barriques
Palmer (Margaux). C’est elle qui mène
neuves). Le chantier a été confié à
depuis un an la cadence imposée par
Christian Delplace et Morgan Le Blot,
la compagnie Antoine Moueix Prodont le cabinet libournais a déjà signé
priétés qui a racheté Patache d’Aux
les chais de Château Capet-Guillier
fin 2016. « Patache d’Aux est situé sur
(appartenant également à Antoine
le célèbre plateau calcaire de Bégadan
à fine couche argileuse et produit des
Moueix Propriétés) et de Château Vilvins puissants et concentrés qui
lemaurine, à Saint-Émilion. « Rien
vieillissent remarquablement bien, exd’ostentatoire : une structure acier,
plique Thibaut de La Haye, directeur
avec une charpente métallique visible et
d’Antoine Moueix Propriétés, filiale
des matériaux traditionnels : pierre, endu groupe Advini. Mais nous
duits à la chaux, bardage
voulons qu’ils puissent être
bois, le tout aux couleurs de
bus aussi dans leur jeunesl’étiquette, noir mat et vert.
se. » D’où un investisseC’est élégant mais c’est
ment global de 4 millions
d’abord un outil de travail »,
d’euros sur la vigne et le
rappelle Thibaut de La Haye.
chai. Un programme d’arL’an dernier, Patache d’Aux
rachage et de replantation COMMUNE
a acquis la double certidu vignoble (âge moyen Bégadan
fication environnementale
42 ans) va se poursuivre sur
ISO 14001 et HVE3.
quinze ans. « Il est planté à APPELLATION
Vers une mention
8 500 pieds hectare, encépa- médoc
complémentaire ?
gé à 60 % en cabernet-sau- cru bourgeois
vignon, à 30 % en merlot, à
Le cru est vendu autour de
7 % en cabernet-franc et à PROPRIÉTAIRE
20 € chez les cavistes (60 %
3 % petit verdot, il n’est pas ACTUEL
de sa distribution et 40 % en
question de changer le par- Antoine Moueix
restauration). « À ce prix-là,
cellaire ni le style du vin mais Propriétés
et la qualité de nos terroirs
de disposer d’un meilleur
nous autorise mieux, on troumatériel végétal. Peut-être SURFACE EN
vait encore il y a dix ans des
replanterons-nous quelques EXPLOITATION
crus classés, il y a une place
parcelles supplémentaires en 70 hectares
laissée vacante… » L’export –
merlot », indique Thibaut de
Belgique,
États-Unis
et
La Haye.
Chine en tête - représente
NOMBRE DE
Le vignoble est cultivé de BOUTEILLES
les deux tiers de son marché.
manière traditionnelle (la- PRODUITES PAR AN
L’effort consenti pose la
bour partiel, fertilisation or- EN CRU BOURGEOIS question du positionnement
ganique par amendements 300 000 bouteilles
au sein des crus bourgeois.
biologiques). De nouveaux
« Il est certain que toutes nos
tracteurs plus légers respecdémarches à Patache d’Aux
tent mieux la fine couche d’argile. Les
vont dans ce sens. Mais faut-il y aller
vendanges sont mécaniques avec tri
tout de suite ou attend-on encore cinq
optique embarqué, retriées par égreans ? Nous n’avons pas encore décidé si
neur vibrant puis acheminées par granous candidatons pour une mention
vité jusqu’à la cuve. « Nous avons encomplémentaire. »
tièrement reconstruit le chai de
En 2020, la propriété aura achevé
vinification, opérationnel dès la venson dernier chantier, soit la mise en
dange 2017 mais que nous avons inauvaleur de ses bâtiments historiques au
guré officiellement il y a seulement
cœur du village de Bégadan. « Le Méquelques jours. Le précédent n’était pas
doc est très prisé des touristes qui, hélas,
adapté aux sélections parcellaires, cene dépassent pas assez souvent Saintlui-ci l’est avec 36 cuves en béton therEstèphe pour monter jusqu’à Lesparre
morégulées, de différentes tailles, ce qui
ou Bégadan. Nous étudions avec la maiva permettre des assemblages beaucoup
rie, Patache d’Aulx est juste en face, les
plus précis. Cet outil de travail, avec
possibilités : boutique, restaurant… »,
une double réception et une cuverie
conclut Thibaut de La Haye. ■
B. B.
CHÂTEAU
PATACHE
D’AUX
Ce cru bourgeois du Nord-Médoc aux grandes ambitions vient
de présenter son nouveau chai. Un élément clé mais pas le seul.
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NUMÉRO 4 / MARDI 25 SEPTEMBRE 2018 SUPPLÉMENT DU FIGARO N° 23 053 COMMISSION PARITAIRE N° 0421C83022 NE PEUT ÊTRE VENDU SÉPARÉMENT
L’ART DE VIVRE
SELON
LE FIGARO
P O URQUO I
LA MO DE DO I T S E
RÉ I NVE NT E R
Golf / La vie méconnue des grands champions.
Design / Les noces joyeuses de l’ancien et de l’ultramoderne.
Auto / Le plaisir a de l’avenir.
Voyage / La vogue des croisières ultraluxe.
Gastronomie / Les poulardes cinq étoiles de Culoiseau.
N° 4
OCTOBRE 2018
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Photographie retouchée
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éditorial
T
Traits d’union
Un mois après la déferlante de magazines « spécial mode » qui avaient sifflé la fin de partie des paréos et lancé
l’immersion dans toutes les tendances de la rentrée, notre F de septembre aborde à son tour cette actualité, avec
un regard volontairement distancié. Un objectif : donner à ceux qui ne s’intéressent à cet univers que de loin le
moyen de capter quelques phénomènes marquants, comme la capacité des marques à se renouveler. À s’inscrire
dans leur propre histoire, la redynamiser… Parce que, dans l’art de vivre avec son temps, il y a le plaisir de mieux
appréhender ces sujets et saisir, grâce aux experts en la matière, ce qui sous-tend toute forme de création.
Qui influence qui, alors ? Qui copie ? D’où vient l’inspiration ? La mode peut-elle puiser en elle-même indéfiniment, trouver encore dans son patrimoine la (meilleure) façon de se réinventer ? À ces questions posées par la
journaliste Hélène Guillaume, l’artiste Matthieu Bourel, qui illustre cette « cover story », offre une première
forme de réponse - ses compositions originales faisant résonner créations actuelles et photographies d’hier dans
chacune des grandes maisons de mode passées au crible ici.
Balenciaga ouvre la marche, avec la silhouette emblématique qui s’avance en couverture de ce numéro. Celle-là
même qui avait marqué les esprits au printemps dernier, lors de son passage sur un podium parisien sinuant au
pied d’un iceberg gigantesque et saturé de tags urbains. Elle reste l’une des plus marquantes de la saison car elle
porte puissamment la vision de son auteur, l’énigmatique Géorgien Demna Gvasalia. S’appropriant l’avantgardisme originel de la marque, ce libre-penseur, volontiers provocateur, agit comme un révélateur. Fait feu du
chaos et des attitudes du moment - même les plus dérangeantes - pour les intégrer à sa grammaire stylistique.
Dans ce cas précis, les couches de vêtements qu’il additionne pour composer l’allure de l’automne-hiver 2018
sont une référence directe au trop-plein, aux accumulations inutiles ou absurdes, à la consommation excessive
qui caractérise nos sociétés. Et tout en épinglant l’époque de la sorte, il recompose – selon ses propres termes – un
volume « balenciaguesque ». Pour ériger la superposition en esthétique. Et mieux « embarquer Cristobal » dans son
histoire d’aujourd’hui… Habile. Et passionnant.
Autre territoire de création, le design fait l’objet d’une production spectaculaire dans ces pages où Catherine
Saint-Jean a choisi d’en révéler la modernité triomphante. Passée maîtresse dans l’art de chahuter les styles, cette
discipline à la fois exigeante et ludique prouve qu’elle n’a pas son pareil pour taquiner l’histoire, elle aussi.
Et former, au gré des tics d’époque, de joyeux traits d’union.
Faisant écho à ce qui précède – les nouvelles carapaces oversize, l’opulence des intérieurs mis en scène –, l’entretien
mené par Charles Jaigu avec l’essayiste prônant le dépouillement est à lire en fin de magazine. À mettre en perspective. Comme si, d’un propos à l’autre – celui de notre billettiste Anne Fulda inclus –, n’apparaissait, en creux, qu’une
seule aspiration profonde. Une forme de vœu ou de résolution consistant à retrouver sans délai le plaisir de la légèreté.
STÉPHANE DE BOURGIES
PAR
ANNE-SOPHIE
VON CLAER
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
15
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L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. Droits réservés PONANT. Document et photos non contractuels.
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sommaire
design
48
(En couverture) Cinquante ans
séparent ces images en noir
et blanc d’une robe couture
du grand Cristobal Balenciaga
photographiée par David Bailey
pour Vogue (1967) et le défilé
automne-hiver 2018-2019
de l’iconoclaste directeur
artistique Demna Gvasalia
pour Balenciaga.
Collage Matthieu Bourel.
58
mode
76
(Ci-contre) Collage de Matthieu
Bourel à partir d’une photographie
d’Audrey Hepburn, habillée
par Hubert de Givenchy, réalisée
par Bert Stern en 1963 et d’un
look du défilé automne-hiver 2018
de la maison française.
évasion
gastronomie
80
21
FLAIR
17
68
reportage
Rencontres, tendances, reportages... toute l’actualité de l’art de vivre
ALESSANDRO SARTORI DANS SON ÉLÉMENT
Visite guidée dans l’Oasi Zegna avec le directeur artistique du géant italien
34
FÉTICHES
72
Les accessoires indispensables de l’automne-hiver 2018-2019
innovation
LE PLAISIR DE CONDUIRE A DE L’AVENIR
Embarquement à bord des voitures de demain, qui réservent de belles surprises
38
FRANC-PARLER
PHILIPPE GARCIA ; MATTHIEU BOUREL ; RICHARD MARK DOBSON ; LAURA STEVENS
Parti pris, idées et opinions selon F
76
évasion
ET VOGUENT LES ÉTOILES
42
De la péniche au yacht d’exception, les croisières ont le vent en poupe
coulisses
LA VIE RÊVÉE (ET DISCRÈTE) DES STARS DU GOLF
Dans ce sport, les champions millionnaires n’aiment pas le bling-bling
80
gastronomie
ÉLOGE DE LA LENTEUR À CULOISEAU
48
Visite d’une ferme du Perche qui élève des poulardes de luxe
portfolio
L’HEUREUX MARIAGE DES EXTRÊMES
Les créations les plus modernes du design cohabitent avec le mobilier d’époque
84
entretien
DOMINIQUE LOREAU
58
« Une ou deux belles choses suffisent pour se sentir bien »
cover story
POURQUOI LA MODE DOIT SE RÉINVENTER
La jeune génération de designers défend une création originale,
mais pas affranchie de son passé
87
FICHES
4 hôtels design dans le sud du Portugal / 4 platines pour profiter de ses vinyles...
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
PHOTOGRAPHIE RETOUCHÉE
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SAC AMAZONE. PRÊT-À-PORTER LONGCHAMP.
LONGCHAMP.COM
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forces vives
MATTHIEU BOUREL
Artiste
Né à Rennes, et installé à Berlin depuis xxx, il pratique le collage depuis l’enfance, fasciné par la rencontre de deux images qui n’ont rien à voir. Une obsession graphique dans la veine
dadaïste dont il finit par faire son métier. Sous l’influence (dans le désordre) de Tumblr, Max Ernst, Picabia et Basquiat, il définit son travail de « data-ism » en référence au flot permanent de données (data) auquel nous sommes exposés. Ses œuvres originales, empreintes d’une certaine nostalgie, lui ouvrent les portes, entre autres, de la presse américaine (Condé
Nast, New York Times) et allemande (Art Kunstmagazin). Pour F, Matthieu Bourel explore l’iconographie des marques de prêt-à-porter, confrontant les collections actuelles aux
images du passé signées de grands noms de la photographie. Une mise en abyme qui dit, en creux, beaucoup de l’histoire des designers et des maisons qui font la mode d’aujourd’hui.
MATTHIEU BOUREL ; GESTALTEN ; BENJAMIN DECOIN ; FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
19
PHILIPPE GARCIA
Photographe
HÉLÈNE GUILLAUME
Journaliste
LAURENT LOUËT
Journaliste
De sa formation aux Beaux-Arts de Paris, il a gardé
un goût pour le dadaïsme, les surréalistes et le graphisme pop. Quand il est derrière son objectif, il
aime créer des décalages entre les objets et leur environnement, dans l’esprit d’un Magritte ou d’un
De Chirico. Une recette qu’il a appliquée à la série
design de ce numéro, réalisée dans le cadre opulent
du château de Villette.
Observatrice avisée du monde de la mode, elle
détecte les grands mouvements, révélateurs de notre
société. Pour cette édition de F, elle s’interroge sur le
processus de création de la nouvelle génération de
designers. Tout en s’appuyant sur l’histoire, ceux-là
veulent se distinguer de leurs aînés qui puisaient
sans scrupule dans le passé. Et les millennials en
redemandent.
Depuis trente ans, il couvre quasiment tous les
sports et toutes les compétitions, du foot au tennis,
des Six Nations au Tour de France, en passant par
les Jeux olympiques. Mais sa connaissance des
habitudes et de la vie des champions des greens,
qu’il partage avec le lecteur dans ce numéro (à
l’occasion de la Ryder Cup), indique clairement
qu’il a un net penchant pour le golf.
Ainsi que :
Mohammed Aïssaoui, Régis Arnaud, Catherine Deydier, Valérie Duponchelle, Émilie Faure, Anne Fulda, Charles Jaigu, Keren Lentschner, Frédéric
Martin-Bernard, Bénédicte Menu, Étienne de Montety, Olivier Nuc, Marie-Angélique Ozanne, Samuel Potier, Sylvain Reisser, Fabienne Reybaud,
Catherine Saint-Jean, Didier Sanz, Jean-René Van der Plaetsen et Émilie Veyretout (TEXTES), Michel Figuet, Jacques Giaume et Laura Stevens (PHOTOS),
Francesca Alongi et Isabelle Stassart (SERVICE PHOTO), Valentine d’Abbans, Mathilde Camps, Sylvie Clemente et Marie-Gabrielle Graffin (STYLISME),
Cyril Delabarre (DIRECTEUR ARTISTIQUE ADJOINT), Amira Sehic (MISE EN PAGE), Élisabeth Marais (ASSISTANTE), les réviseurs et le service imagerie.
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION
DIRECTRICE DE L’ÉDITION
DIRECTEUR DES RÉDACTIONS
COORDINATRICE ÉDITORIALE
DIRECTRICE DE LA RÉDACTION
RÉDACTEUR EN CHEF PHOTO
DIRECTEUR ÉDITORIAL
ÉDITEUR
Marc Feuillée
Alexis Brézet
Anne-Sophie von Claer
Pierre Doncieux
Anne Huet-Wuillème
Élodie Baërd
Stéphane Correa
Robert Mergui
DIRECTEUR ARTISTIQUE
L’ART DE VIVRE
SELON
LE FIGARO
Philippe Gruson
MEDIA.figaro
PRÉSIDENTE
Aurore Domont
DIRECTRICE DÉLÉGUÉE
Chantal Follain-de Saint Salvy
www.lefigaro.fr/lifestyle
14, boulevard Haussmann 75438 Paris Cedex 09
Imprimé par Groupe Maury Imprimeur,
45 330 Malesherbes. CPPAP N° 0421 C 83022.
Dépôt légal à parution. ISSN 0812-5852
Origine du papier : Finlande. Taux de fibres
recyclées : 0 %. Eutrophisation : Ptot 0,010 kg/tonne
de papier.
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
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flair
21
Juliette Armanet
Un art de vivre en musique
FRÉDÉRIC STUCIN/PASCO
Elle a enchaîné les concerts ces derniers
mois. Auréolée d’un disque de platine
pour « Petite Amie », album sacré
Révélation aux dernières Victoires de la
musique, l’auteur/compositeur/interprète
– qui attend son premier enfant – va
maintenant se poser. Elle signe une collection capsule pour Claudie Pierlot, baptisée « Turn up the Volume » et répond à
notre interview ping-pong.
Votre principal trait de caractère ?
L’impatience du désir.
Ce que vous auriez pu faire si vous n’étiez
pas chanteuse ?
Marchande de fromages. J’aurais aimé
avoir ma petite boutique.
Qu’est-ce qui vous rend heureuse ?
Jouer de la musique sur scène.
Que faites-vous à vos heures perdues ?
Je rêvasse, j’adore les instants de contemplation. Et j’écoute la radio.
Le don que vous voudriez avoir ?
J’adorerais savoir jouer de la basse. C’est
un instrument génial qui me fait rêver.
Quel est votre but dans la vie ?
Apprendre à être doué pour la vie. Certains le sont beaucoup, d’autres moins.
Je suis un peu entre les deux.
Votre devise ?
Je déteste ça, comme les mantras que je
redoute beaucoup. On peut toujours dire
tout et son contraire. Je n’aime pas les
certitudes.
Comment titreriez-vous votre autobiographie ?
J’ai fait mon mémoire sur l’autobiographie, quand j’étais étudiante en lettres !
Je piquerais Une vie à Maupassant.
Quelle chanson pourrait servir de bandeson à votre vie ?
Superstition de Stevie Wonder m’accompagne à différentes occasions. Elle me fait
un bien fou depuis trente-quatre ans (elle
est née en 1984, NDLR).
Quel est le livre que vous avez le plus lu ?
Les Poèmes à Lou d’Apollinaire. On peut
lire ça à n’importe quel moment,
n’importe où. C’est inaltérablement
génial.
Quel est le film que vous pouvez regarder
en boucle ?
Le Père Noël est une ordure. C’est trop
bien.
Vos héros de fiction préférés ?
Indiana Jones et Gaston Lagaffe.
Vos héros dans la vie réelle ?
Barbara est une héroïne qui a fait de sa
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
vie une œuvre. Michael Jackson était aussi quelqu’un d’assez héroïque, versant
tragique.
Quel est votre plaisir le plus coupable ?
Les Pringles à l’oignon.
Quel est votre endroit préféré dans le
monde ?
La plage de la grève rose à Trégastel. Je
m’y sens particulièrement bien.
Quelles sont les trois choses que vous
sauveriez de votre maison en feu ?
Mon piano, un petit tableau qui a été fait
par mon ami Théo Mercier et je prendrais
sans doute une banane pour la route.
Qui inviteriez-vous pour un dernier dîner ?
Rabelais, pour la discussion, Françoise
Sagan pour la discussion et la drogue,
Gérard Depardieu pour que ce soit too
much. Peut-être aussi un beau gosse genre
Brad Pitt pour pouvoir le contempler et
Purcell pour la musique.
Quel serait le menu ?
Des andouillettes, des rillettes, de la charcuterie d’excellence. Puis un gigot-fayots,
une salade verte aux endives avec du
roquefort. Je n’aime pas les desserts donc
plutôt des digestifs exceptionnels, des
sorbets alcoolisés. Et beaucoup de vin.
Propos recueillis par Olivier Nuc
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flair / éclaireurs
P
Nicolas Naigeon
our cet ingénieur médical, issu d’une
famille de viticulteurs de Bourgogne,
c’est un retour aux sources. Il y a deux
ans, Nicolas Naigeon a lâché son job
dans un laboratoire pharmaceutique et
créé une start-up, Aveine. Son concept : un aérateur
de vin connecté. Sobre, l’objet se présente comme
un bec verseur qui permet de faire pénétrer de l’air à
l’intérieur du verre, sans toucher au contenu de la
bouteille. L’utilisateur détermine la quantité d’air
et la durée d’aération qu’il souhaite en fonction de
ses goûts ou du vin choisi. Une appli, qui permet de
scanner les étiquettes des bouteilles, l’aiguille sur
l’aération idéale. Pas besoin d’utiliser de carafe ou
de décanteur.
En novembre, ce serial entrepreneur de 29 ans, passionné de voyages et de photographie, expédiera
ses 2 500 premières commandes à des restaurateurs,
hôteliers, cavistes, domaines viticoles ainsi qu’à des
particuliers aux quatre coins du globe. Parmi eux, le
Pavillon Ledoyen ou le Château Gigognau… Le
produit (vendu 200 euros pour les particuliers), qui
a séduit la BPI et l’accélérateur de start-up de
LVMH, a vite été financé.
Nicolas Naigeon, qui s’est allié à un pro du design et
à un geek pour lancer Aveine, a apporté « sa » vision
du vin, héritée de son grand-père. « Je suis un passionné de terroir mais je ne suis pas capable de disserter sur les cépages, confie-t-il. On m’a appris à boire
du vin sans prétention pour le plaisir du partage. »
Keren Lentschner
Inventeur de la dégustation connectée
22
Laureline Galliot
Sculpteur de couleurs
AVEINE
E
lle aurait pu devenir peintre ou
danseuse, mais est devenue designer
industrielle.
Laureline
Galliot
s’exprime avec dextérité en 3D et cette
pratique intuitive du dessin sur iPad
l’aide à simplifier les formes. Mais il ne faut pas se
fier aux apparences : si la frêle jeune femme,
diplômée de l’Ensci avec les félicitations du jury, use
des derniers outils technologiques, elle déploie
également une créativité bien ancrée dans la réalité.
Ses objets – tirelire, vase, théières, pichet, coupe à
fruits – s’inspirent de ce qu’elle croise dans son
quotidien. Elle les conçoit et les peint sur sa tablette
numérique avant de les imprimer en 3D grâce à des
logiciels mêlant sculpture et peinture digitale. Des
objets que l’on retrouve au gré d’expositions, au
Centre Pompidou à Paris ou au MADD de
Bordeaux. Et qui seront également présentés lors
de la très prochaine Biennale Émergences à Pantin.
Si la jeune lauréate – 28 ans – du Design Parade 8 à
Hyères manie le pinceau digital avec brio, la
couleur reste au cœur de ses explorations. Pour
preuve, la gamme de motifs qu’elle a créée pour
une moquette velours Soft de Balsan, présentée ce
mois-ci dans leur showroom lors de Paris Design
Week. Sollicitée par le spécialiste français des
surfaces textiles pour exposer ses œuvres, elle a eu
l’idée en préparant l’installation de les prolonger,
de les fondre dans le décor.
Catherine Deydier
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
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flair / instantanés
Alexandre
Arnault
@ALEXANDREARNAULT
Plus de 55 000 followers suivent le compte
personnel du président de Rimowa
qui, au gré de ses nombreux déplacements,
poste des photos de bagages griffés,
de grands chefs, de ses frères ou de ses amis.
@RIMOWA
Depuis deux ans, «AA» s’attache
à reconnecter la vénérable et discrète firme
Rimowa à l’actualité, à l’air du temps
et aux nouveaux talents.
@HYPEBEASTFR
Média numérique, et site d’e-commerce,
basé à Hongkong, Hypebeast ne rate rien
de l’actualité de la culture street.
@BLOOMBERGBUSINESS
Ce compte n’a pas son pareil pour mettre
du glamour dans les courbes
et graphiques décortiquant les grands enjeux
économiques mondiaux.
@MICHELINGUIDE
Le fameux guide français poste quinze fois
par jour des photos inspirantes d’assiettes
des meilleurs chefs autour du monde.
Épicurien, smart et connecté,
le jeune patron de Rimowa est
un adepte des réseaux sociaux.
C
hose de plus en plus rare, Alexandre
Arnault a l’élégance de ne pas laisser
son smartphone à porter de regard
lorsqu’il donne une interview. Mais
il ne faut surtout pas en conclure que
le jeune président de Rimowa, dans l’escarcelle de
LVMH depuis l’automne 2016, n’est pas ultraconnecté, comme la plupart des millennials de sa
génération. Internet est même le principal champ
d’expression du bagagiste allemand, qui a fêté ses
120 ans en 2018, depuis que le troisième enfant de
Bernard Arnault en a repris pleinement les rênes.
« Je crois beaucoup aux réseaux sociaux et à la
communication organique. Lors de la collaboration
de Rimowa avec le label Supreme (en avril 2018,
NDLR), il a suffi de poster une petite vidéo pour
que l’information fasse le tour du monde et que cette édition limitée disparaisse en trente secondes, sur
notre site d’e-commerce, et une journée dans nos
boutiques », explique cet ingénieur (Telecom
ParisTech et École polytechnique) qui a fait ses
armes chez McKinsey & Co et KKR à New
York, avant de rejoindre le groupe familial.
Sur Instagram, Alexandre Arnault veille à ne
pas trop afficher sa vie privée. Une poignée de clichés de vacances, quelques images avec ses
parents, ses frères ou amis, une vidéo de lui au
piano et, surtout, des selfies avec des artistes, des
sportifs ou des grands chefs témoignent des
passions de ce jeune hédoniste.
Frédéric Martin-Bernard
KARL LAGERFELD
24
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
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flair / focus
Yanaka / Tokyo
La vieille ville attire les jeunes
1 / KANEKICHIEN
Dans Yanakaginza, l’artère centrale
de shopping de Yanaka, ce magasin de
thé et de céramiques accueille le visiteur
depuis 80 ans. Les vendeuses, puits de
science sur l’art de préparer correctement
une tasse de ce breuvage, feraient
presque office de maître de cérémonie
du thé si elles se prenaient au sérieux.
Heureusement, ce n’est pas le cas.
3 Chome-11-10 Yanaka, Taito,
Tokyo 110-0001.
NISHI-NIPPORI
NISHI-NIPPORI
2 / TAMARU
Masako Ogawa a fermé sa boutique
de vêtements d’occasion, concurrencée
par l’arrivée de la marque de vêtements
Uniqlo sur ses plates-bandes, pour ouvrir
Tamaru, un minuscule café du nom
de son caniche. On y déguste des bentos
magiques et d’excellentes pâtisseries
japonaises dont le chonmage,
une brochette de patates douces
en forme de chignon de lutteur de sumo.
3 Chome-11-15 Yanaka, Taito,
Tokyo 110-0001.
Musée Asakura
26
Musée Teramachi
100
100 m
m
Q
uoi de neuf au Japon ? Le vieux Tokyo ! Les quartiers
branchés et modernes de Shinjuku, Shibuya et Roppongi
sont en travaux, redessinant la ville à coups de gratte-ciel
anonymes. Au pied de ces tours sommeille Shitamachi,
la « ville d’en bas », vestige du Tokyo traditionnel. Ici bât
le même cœur depuis un siècle, et affluent les jeunes Japonais, en voie de gentrifier cette partie de la plus grande
ville du monde. Yanaka a été miraculeusement épargné
par les bombardements américains pendant la Seconde Guerre mondiale, mais
aussi par la spéculation immobilière qui a défiguré, sous le prétexte du miracle
économique, le reste de Tokyo. Parmi ces vieux quartiers, celui-là est le plus
attachant. « Il fait partie de ce que les agences appellent ya-ne-sen, un acronyme
formé à partir des quartiers Yanaka, Nezu et Sengakuji. C’est un ensemble cohérent qui représente le Japon “typique” », explique la journaliste et guide privée
Noémie Seguin. Auteur du blog Japonchéri, elle y a emménagé avec son mari, y
retrouvant le pays de rêve des films d’Ozu. Petites maisons alignées dans des
ruelles étroites, boutiques minuscules et hyperspécialisées, artisans géniaux,
cuistots hors pair qui descendent une cuisine « étoilable » et abordable (6 € le
festin)… Le tout ponctué par un réseau de temples japonais construits sous l’ère
Edo (1603-1868). Le train de la modernité japonaise est passé à côté de Yanaka,
et c’est une excellente raison pour s’y arrêter.
Régis Arnaud
3 / MENYA HIDAMARI
La blogueuse Noémie Seguin
recommande ce restaurant de ramen
(nouilles japonaises), « les meilleures
du monde » – donc de l’univers,
nous sommes à Tokyo. « Le porc est
délicieux, l’œuf à tomber et le bouillon
a une succulente touche de yûzû »,
explique-t-elle. Compter environ
1 000 yens (7-8 €).
3 Chome-43-9 Sendagi, Bunkyoku,
Tokyo 113-0022.
4 / TENNÔ-JI
De très nombreux temples vivotent
dans le quartier de Yanaka. La plupart
ont été construits sous l’ère Edo pour
servir, en sus de lieu de prière, de fort
pour repousser l’ennemi. Préservés des
bombardements (américains) pendant
la guerre, des promoteurs (japonais)
après guerre, ils sont une étape obligée.
Parmi eux, Tennô-ji, le plus ancien
(1274 !), comprend un magnifique jardin
sur lequel veille Bouddha.
7 Chome-14-8 Yanaka, Taito,
Tokyo 110-0001.
5 / TOKYO KITSCH
Le cœur de Tokyo vibre dans cette petite
boutique de souvenirs, où les artisans
font des miracles avec du papier,
du bois, et les matériaux les plus simples.
Le propriétaire, qui est aussi vendeur
d’antiquités, a lui-même sélectionné
ses objets, sous la garde de Mame,
sa chienne de la race japonaise « shiba ».
« Une de mes boutiques préférées
dans Tokyo », avoue l’indispensable
Noémie Seguin.
Tokyo 110-0001, Taito, 3-18-7.
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
NOÉMIE SEGUIN
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flair / immersion
L’île du Finistère bénéficie
d’un écosystème unique.
Les vents qui la balaient
profitent aux abeilles
qui développent un duvet
et une musculature
exceptionnels.
Outre son dernier
sérum Abeille
Royale, Guerlain
vient aussi
de mettre en place
le programme
« Bee School »
pour sensibiliser
les enfants.
Les abeilles d’Ouessant
et le miel de Guerlain
28
Les femmes du monde entier raffolent
des bienfaits du nectar doré récolté
dans les ruches de l’île bretonne reconnue
réserve naturelle par l’Unesco.
ARNAUD JORON/GUERLAIN
C
ertains terroirs ont plus de caractère que
d’autres. Allèchent l’imagination et
titillent le palais. À 20 kilomètres à
l’ouest du Finistère, terre occidentale de
France la plus reculée sur l’Atlantique,
Ouessant cultive, depuis des générations, ses légendes druides mais aussi
son écosystème, considéré comme l’un des plus purs au
monde. À l’abri des bactéries, de la pollution et des produits
phytosanitaires (absence de culture intensive sur l’île), ses
abeilles noires, qui peuplaient autrefois une bonne partie de
l’Europe de l’Ouest, sont désormais des étalons. Jacques
Kermagoret a créé il y a trente ans le Conservatoire de
l’abeille noire bretonne afin de sauvegarder l’espèce. Le miel
de ses ruches, récolté en quantité limitée et vendu uniquement sur l’île, attire les connaisseurs – le chef Roellinger en
est piqué. « Sur l’île, nos abeilles se sont adaptées au biotope.
Elles vivent cinq ans contre deux sur le continent, leur musculature est plus développée car, ici, elles doivent lutter constamment contre le vent et elles arborent une sorte de duvet, qui
protège leur corps du froid, explique Jacques Kermagoret,
qui nous a ouvert cet été les portes de son jardin en bord de
mer. Évidemment, le miel qu’elles fabriquent est différent, on
le reconnaît entre mille. Il est brun, puissant, il possède le goût
du terroir – la flore côtière est très diverse, composée notamment de ronces et de bruyère. Depuis la nuit des temps, on
connaît les vertus cosmétiques du miel. En campagne, Napoléon en apportait des tonneaux afin de soigner ses blessés. »
Pour le lancement de sa ligne de soins Abeille royale, en
2010, Guerlain cherche un miel français, propre, performant. Le PDG Laurent Boillot noue alors un partenariat
avec les ruches associatives de Jacques Kermagoret.
Depuis, chaque année à la fin de l’été, 25 % de la récolte
part, dans des seaux de 10 kilos, directement à l’usine de
Chartres, où quelques gouttes du précieux nectar sont glissées, en l’état, dans les formules. « Certains miels sont plus
efficaces que d’autres sur la peau, selon les plantes butinées,
la génétique de l’abeille… Nous avons effectué des tests et
celui d’Ouessant réunissait tous les acides aminés, les activateurs de collagène, le calcium, le magnésium et les oligoéléments dont nous avions besoin », souligne le docteur Frédéric Bonté, directeur scientifique de la marque.
Le dernier sérum de la gamme, Double R, ne fait pas
exception avec des AHA (acides lactique, citrique et glycolique) pour l’effet peeling, contrebalancés par du miel et de
la gelée royale d’Ouessant cicatrisants. Un bel exemple de
storytelling (rappelons que l’abeille est le symbole historique des flacons de cologne du parfumeur), mais pas seulement. En pleine polémique sur les insecticides néonicotinoïdes, Guerlain inaugure ce mois-ci son programme
« Bee School » dans les écoles françaises. Les collaborateurs de la marque, puis des volontaires, se rendront dans
des classes de primaires afin de sensibiliser les enfants aux
enjeux de la préservation des abeilles, et de la biodiversité
en général.
Émilie Veyretout
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
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flair / généalogie
Des montres très spéciales
Les modèles militaires en général, et ceux édités pour les unités d’élite en particulier,
ont toujours eu leur escadron de fans. Même Jacques Chirac, en son temps, y avait succombé
en arborant la même montre que les officiers en charge de sa sécurité.
30
I
ls sont parfois surnommés les « mousquetaires
du président ». L’expression sied bien à ce cliché en noir et blanc du président Jacques
Chirac, pris à l’Élysée en 2006, entouré de
deux hommes du GSPR (Groupe de sécurité
du président de la République). L’unité – fondée en 1983 par un ancien du GIGN – est
alors composée de gendarmes et de policiers triés sur le
volet, comme aujourd’hui, alors que sous François
Mitterrand elle n’est composée que de gendarmes et,
à l’inverse, uniquement de policiers sous Nicolas
Sarkozy. L’histoire ne précise pas s’il s’agit sur cette
photo-là de civils ou de militaires, mais leurs sourires en
revanche montrent clairement que les trois hommes
semblent heureux de la montre qu’ils arborent au poignet. Elle a été fabriquée par MAT (pour Mer Air Terre). « Nous commencions tout juste à l’époque notre activité de conception de modèles sur mesure, se souvient
Fabrice Pougez, fondateur de cette entreprise française
basée à Paris. Grâce à des connexions personnelles auprès
des forces de l’ordre, l’occasion s’était présentée de faire
d’abord une série de montres pour le Raid, puis l’année
d’après pour Jacques Chirac et le GSPR. » Douze ans
plus tard, les hommes du président Emmanuel Macron
s’apprêtent à découvrir eux aussi un modèle développé
spécialement pour eux, conçu et assemblé en France,
et doté d’un mouvement automatique ETA. Son
cadran noir à gros index blancs ultralisibles est décoré
à 10 heures de deux traits bleu et rouge, tandis qu’à
6 heures trône l’étoile du GSPR.
Un tel partenariat fait figure de petite consécration
pour une jeune marque, tant ce genre de collaborations
est habituellement l’apanage des grands. Quand le
GIGN a fêté ses 40 ans en 2015, il s’est tourné naturellement vers Rolex, général en chef de la fiabilité et de la
robustesse de l’horlogerie suisse. Une série très limitée de
la Submariner a alors été éditée pour les membres du
Groupe, avec un cadran inchangé – une constante chez
Rolex qui ne les modifie jamais. Mais au dos, l’emblème
du GIGN a été gravé. L’année suivante, la marque
bâloise Oris, spécialiste des mécanismes automatiques, a
elle aussi mené à bien un projet avec ces gendarmes d’élite
et fabriqué une Big Crown ProPilot Altimètre spéciale.
Omega de son côté entretient des relations fidèles avec les
policiers du Raid pour lesquels une montre Speedmaster
en édition limitée a été développée l’an dernier, suivie
d’une deuxième salve qui doit être livrée dans les semaines qui viennent. Tudor, marque cousine de Rolex, a de
son côté imaginé cette année une édition spéciale de sa
Heritage Black Bay pour le COS (Commandement des
opérations spéciales). Uniquement proposée aux membres de cette troupe, elle affiche un fond frappé du logo
de l’unité ainsi qu’une colorisation bleu-blanc-rouge
du texte à 6 heures (indiquant l’étanchéité à 200 m, le
chronomètre et la certification).
Les liens entre l’armée et l’horlogerie ont toujours été
forts, en Europe et aux États-Unis. Certains ont même
construit leur histoire sur des références militaires, à l’instar de Panerai en Italie ou Bell & Ross en France. Ce dernier a ainsi multiplié depuis dix ans les éditions limitées en
l’honneur des unités d’élite, du Raid au GIGN en passant par les pilotes de chasse de l’armée de l’air française.
Bell & Ross vient également de remettre aux hommes du
Groupe de sécurité du premier ministre une version spéciale de sa BR03 automatique en acier, son best-seller
customisé pour le GSPM.
Ces modèles ne sont pas toujours à vendre pour le
commun des fantassins, mais ils entretiennent le mythe.
« Les retombées commerciales ne sont pas directes, confirme Carlos Rosillo, cofondateur de Bell & Ross. Mais ces
collaborations nous honorent, véhiculent des valeurs ultrapositives et confirment notre légitimité. » Ainsi, le public
ne verra probablement jamais la Speedmaster développée par Omega pour le Raid – d’autant que les marques
respectent scrupuleusement la discrétion de ces corps
d’élite. Mais les séries limitées avec les unités spéciales
confirment la popularité des best-sellers qui servent à les
développer et préparent le terrain pour les autres modèles
militaires qui comptent des armées d’adeptes.
Élodie Baërd
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
Speedmaster
Moonwatch ayant
servi pour le modèle
spécial du Raid,
mouvement à
remontage manuel,
4 400 €, Omega.
BR03-92 faite pour le GSPM,
mouvement automatique,
2 800 € (pour
la version
non customisée)
Bell & Ross.
Heritage Black Bay
ayant servi
pour le modèle
spécial du COS,
mouvement
automatique,
3 460 €,
Tudor.
Édition limitée GSPR,
mouvement automatique,
1 650 €, MAT.
Big Crown
ProPilot
Altimètre GIGN,
édition limitée,
mouvement
automatique,
3 900 €, Oris.
MARC KLEIN/PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE ; MAT ; BELL & ROSS ; OMEGA ; TUDOR ; ORIS
Jacques Chirac
et ses bodyguards du GSPR,
arborant une montre MAT,
en 2006, à l’Élysée.
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flair / recadrage
La bonne fortune de l’Alhambra
Dès son lancement en 1968, le bijou à quatre feuilles de Van Cleef & Arpels a su attirer
toutes les générations. Un succès qui ne s’est jamais démenti depuis lors.
En 1971, le motif quadrilobé
se pare en son cœur de pierres
dures : turquoise, malachite,
lapis-lazuli, agate (photo),
œil-de-tigre, nacre, onyx...
et offre un bel éventail
de textures et de couleurs.
La chanteuse Françoise
Hardy porte le collier
en double tour et en sautoir
dans les années 1970.
Romy Schneider, Liz Taylor
ou encore la princesse
Grace de Monaco
étaient aussi
des « Alhambra’s addicts ».
32
En 2018, Van Cleef
& Arpels sort
de nouvelles
versions en or jaune
et cristal de roche
et en or blanc, nacre
grise et diamants.
S
’il est impossible de connaître l’origine exacte de la création du motif
Alhambra de Van Cleef & Arpels, on en connaît assurément l’année de
sortie : 1968. Il y a cinquante ans, le célèbre motif en forme de trèfle à
quatre feuilles stylisé apparaît en or jaune martelé et perlé sur un long
sautoir. « Ni abstrait ni figuratif, il fait référence au décor de la forteresse
Alhambra à Grenade, en Espagne, mais évoque aussi la plante porte-bonheur,
chère à Jacques Arpels qui était très superstitieux », observe Catherine
Cariou, directrice du patrimoine du joaillier. Sans logo apparent, offrant
plusieurs portés de jour et de nuit, se prêtant aux accumulations, ce bijou
versatile, et accessible, remporte un succès immédiat. « Le sautoir Alhambra
venait enrichir la collection La Boutique que les Arpels avaient lancée en 1954.
Ces broches, bracelets, bagues, souvent hautes en couleur, aux motifs floraux
et animaliers, offraient une vision de la joaillerie libre, décomplexée, en phase
avec les attentes des femmes de cette époque-là, constate Nicolas Bos,
président de Van Cleef & Arpels. Il a plu immédiatement à toutes les
générations. » Ce best-seller, fabriqué à des centaines de milliers
d’exemplaires par an, donne lieu ce mois-ci à une exposition, « La collection
Alhambra et les années 1970, aux sources d’une icône ». Dans la galerie du
Patrimoine sise dans sa boutique de la place Vendôme, le joaillier a réuni une
soixantaine de pièces emblématiques – et souvent méconnues – de cette
féconde décennie.
Fabienne Reybaud
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
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fétiches
De gauche à droite, et de haut en bas :
Bottine zippée en cuir, 1 295 €, Givenchy.
Montre D de Dior, lunette en or jaune sertie de diamants, cadran Malachite,
bracelet acier maille milanaise, mouvement Quartz, 13 000 €, Dior Horlogerie.
Sac Mon Trésor, en cuir vitrifié à motifs FF, Fendi, 1 490 €.
Boucle d’oreille avec foulard en soie upcyclé, 140 €, Marine Serre.
Patin à roulettes en veau et érable, dessin Savana Dance du collectif
Ardmore, et sneaker Poker dessinée par Pierre Hardy, Hermès, 3 400 €.
Blazer et jupe en laine, 1 755 € et 795 €, Altuzarra. Sac Pixel-it by Lanvin,
en cuir d’agneau nappa imprimé Krista Kim noir et vert, 1 595 €, Lanvin.
Sac Elektra en cuir Saffiano, 1 900 €, Prada.
Sélection Mathilde Camps / photos Jacques Giaume
Rouler
des
mécaniques
34
Notre sélection
mode
d’octobre
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
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BLOND DORÉ
BLOND FONCÉ
CHÂTAIN CLAIR
CHÂTAIN FONCÉ
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fétiches
De gauche à droite, et de haut en bas :
Derbie à bout fleuri en cuir noir, 498 €, Hogan.
Boucles d’oreilles, l’une en laiton, l’autre en macramé, 390 € et 250 €, Loewe.
Pull torsadé en cachemire, collection Labo, 790 €, Éric Bompard.
Ceinture Roseau, en cuir de veau, 290 €, Longchamp. Jupe en laine, 49,90 €,
Uniqlo x Ines de la Fressange.
Sac Sicily, en caoutchouc à double poignée et sangle amovible, 895 €,
Dolce & Gabbana.
Mule en cuir verni avec mors, 690 €, Gucci.
Sac Le Huit, en cuir perlé noir et veau velours, 795 €, Lancel.
Lunettes en acétate, 230 €, Moncler.
Sélection Mathilde Camps / photos Jacques Giaume
Première
de la
classe
36
Notre sélection
mode
d’octobre
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
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PLOUM canapés. Création Ronan & Erwan Bouroullec.
Créés et fabriqués en France. Catalogue : www.ligneroset.fr
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franc-parler
Anne Fulda
CE QUI N’A PAS DE PRIX
C’
est la rentrée, donc. La rentrée,
avec son cortège de tâches obligées, de routines qui reprennent,
de modes qui surgissent, s’imposent, s’immiscent. En douce, ou en force.
Les livres qu’il faut lire. Les habits qu’il faut
porter sous peine d’être ringard, les applications qu’il faut télécharger pour avoir
l’impression d’être dans le coup, les restaurants où il faut aller, les expositions qu’il ne
faut pas manquer…
Comment ne pas être pris dans le flot ? Le flot
de ces tendances qu’on nous inflige et qui
nous afflige souvent. Comment résister au
bruit dominant ? Résister sans se retirer du
38
S
eptembre-octobre : c’est le
moment crucial où le mâle
blanc occidental âgé de
50 ans s’interroge. Et les
questions qu’il se pose lui paraissent d’une profondeur vertigineuse. Doit-il changer de costumes
alors que l’automne vient de commencer ? Ceux acquis l’année dernière comportaient des vestes à
deux boutons. Faut-il revenir à un
modèle à trois boutons (à l’image
de cette belle veste en tweed
achetée il y a trois ans à la même
époque et rangée depuis au fond
d’un placard) ?
Et les pantalons, faut-il tous les
remiser aussi ? Au-delà de la question fondamentale, on peut presque dire existentielle, du choix
entre l’ourlet et le revers, et de la
hauteur idéale de celui-ci, il paraît
qu’un pantalon à pinces vous
catalogue désormais parmi les has
been. Or le mâle blanc occidental
âgé de 50 ans est fier, quoi qu’en
disent les journaux féminins qui
l’accablent à longueur de colon-
monde mais en étant à l’affût de ses pulsations ?
En tendant l’oreille, par exemple. En examinant avec bienveillance ce qui n’a pas de
prix, ce qui n’est pas monnayable, évaluable
en monnaie sonnante et trébuchante. Ce qui
n’a pas de prix, c’est le titre d’un essai paru
avant les vacances (Stock). L’auteur, Annie
Le Brun, y dénonçait les dérives de l’art
contemporain face au pouvoir de l’argent et
suggérait de rendre à la « beauté vive » toute
sa force subversive en redonnant sa place au
rêve. En s’ouvrant prioritairement à la sensibilité plutôt qu’à la sensation forte, à l’envie
pavlovienne et marchandisée.
Et si on l’écoutait ? Si on la prenait au mot et
nes, et il entend bien conserver
sa dignité.
Pour dire la vérité, s’il ne tenait
qu’à lui, le mâle blanc occidental
âgé de 50 ans si souvent décrit par
Michel Houellebecq n’éprouverait pas le besoin de s’interroger
outre mesure sur la largeur ou la
matière – soie ou laine ? tricotée
ou non ? – requises pour sa cravate. Mais, en cette époque de narcissisme universel, sans cesse
accru par la puissance des réseaux
sociaux, la pression est forte. Trop
forte. Dans ce domaine, il est infiniment plus simple d’être une
femme. Celles-ci maîtrisent d’instinct le vocabulaire de la mode et
elles semblent avoir été dotées de
l’orthographe innée pour décrire
ses innombrables métamorphoses. Une idée vint soudain au
mâle blanc occidental âgé de
50 ans, qui réglerait une fois pour
toutes ces problèmes insolubles
de garde-robe. Et s’il se mettait à
la jupe ? Après tout, les Écossais
portent bien des kilts, non ?
Jean-René Van der Plaetsen
EXTENSION
DU DOMAINE
DE LA JUPE
que l’on laissait sa place à l’imagination ? À la
pause, aussi. Au silence. Si on s’essayait à l’art
de la fugue ? En tentant d’être un temps numériquement asocial, en ne postant pas toutes les
deux minutes nos fugaces pensées sur Twitter,
nos images d’un été pour ego anémiés sur Instagram ? On pourrait alors suivre les pas d’un
Sylvain Tesson dont le livre Un été avec Homère
(Équateurs, France Inter) a été l’un des grands
succès de l’été. Preuve que les Français ont du
discernement et qu’ils ont compris qu’ils peuvent être « branchés » sur l’univers, sans tomber, comme le disait Hannah Arendt, dans la
« dégradante obligation d’être de son temps ».
Une forme de suprême élégance.
Charles Jaigu
« BONNE
CONTINUATION »,
OU PAS ?
I
l y a de nombreuses années,
quand exactement je ne sais
pas, quelque « commercial », joyeux drille, s’est
levé un matin avec l’idée d’insuffler un peu de bonne humeur dans
les restaurants et les hôtels. Il a
inventé « Bonne continuation ! »,
qui s’est décliné ensuite en
« Bonne dégustation ! ». On imagine qu’il s’inspirait des américains « Take care ! », « Enjoy ! »,
« Enjoy your stay ! », qui claquent
à l’oreille du client comme un
coup de lasso dans un numéro de
cirque. Formules efficaces, énergétiques et bienveillantes, auxquelles il faut ajouter « Have a
good day ! ». Cette dernière fait un
malheur avec le tout nouveau
« Bonne journée ! ».
Hélas, trop d’établissements
croient acquérir un standing avec
ces phrases répétées de table en
table, de lobby en lobby, de
chambre en chambre. Il en est
malheureusement résulté l’introduction du kitch dans le cérémonial de l’hospitalité. C’était ériger
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
l’amabilité hygiénique et sérielle
du centre commercial en règle de
savoir-vivre.
La question est de savoir si on
pourrait un jour envisager de s’en
passer. Le service, s’il est souriant, réactif, et naturellement
bienveillant, n’a pas besoin de
s’auto-promouvoir avec des
formules toutes faites. L’amabilité, la bonne humeur ne se payent
pas de mots, et pourquoi faudrait-il dire quelque chose pour
clore l’échange avec le client ?
Inutile américanisation des
esprits dans un domaine pourtant
si furieusement français. Bien sûr,
le sourire du garçon de café est
aussi rare qu’un rayon de soleil
dans l’hiver boréal. Mais « Bonne
continuation » ne trompe personne. Si on veut vraiment dire quelque chose, on peut improviser.
Ceux qui connaissent le secret de
la bonne humeur trouveront une
exclamation qui leur ressemble.
En attendant, pouvez-vous
essayer d’interrompre la « bonne
continuation » ?
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franc-parler
Valérie Duponchelle
LA TENTATION
DU VIDE
P
40
arfois un voyage, cette
parenthèse de légèreté,
devient un mouvement
de foule et un phénomène de masse aussi oppressant que la
pesanteur. Les curieux d’hier ont
cédé la place aux vacanciers dévoreurs de lieux et de sensations dont
les déplacements semblent programmés par une machine invisible
et universelle. Porto, douce ville du
Portugal atlantique qui gardait le
charme suranné d’un trésor oublié,
a succombé cet été, comme Lisbonne avant elle, à l’avalanche
touristique. Pour les fêtes du
15 août, le vieux Porto qui dévale
vers le Rio Douro était envahi de
citadins étrangers en short, tongs
et panama, se disputant les mêmes
cafés, les mêmes taxis noirs et
verts, les mêmes bateaux bondés, le
même téléphérique surchauffé.
« La part du voyage est la part initiatique nichée en secret dans le fait
de se mouvoir dans un monde inconnu, qui oblige à faire l’expérience
d’une sorte de déconditionnement »,
expliquait dans Le Figaro Rodolphe Christin, sociologue et essayiste, auteur du Manuel de l’antitou-
risme (Écosociété, 2018). Comme
dans un film de science-fiction où
le danger est soudain partout,
l’impact de la société de consommation où voyager veut dire exister
aux yeux des autres se traduit par
une surfréquentation ahurissante
des lieux qui perdent ipso facto
leur charme naturel.
À Porto, dont le centre historique
est inscrit au Patrimoine mondial
de l’Unesco depuis 1996, la cathédrale aux merveilleux azulejos était
prise d’assaut. Seul recours,
s’enfuir au Museu Serralves, où
l’art contemporain tient encore ce
public à distance. Il déambule, sans
vraiment s’arrêter, savourant juste
l’absence de flux. Prédestination ?
Anish Kapoor y expose jusqu’en
janvier ses Works, Thoughts, Experiments. Ses projets, souvent restés
des idées folles, y confrontent
l’individu à l’espace de la sculpture, comme une fourmi face à une
cathédrale. Un visiteur n’a pas eu
besoin de tant qui est, à proprement parler, tombé dans son plus
modeste et bien réel puits de nuit,
Descent Into Limbo (1992). La
tentation du vide, assurément.
P
our dresser un constat,
rien de mieux qu’un
peu de chiffres dans le
monde des lettres : un
lecteur studieux qui voudrait
s’intéresser à tout ce que l’édition française publie en cette
rentrée littéraire 2018 devrait lire
pas moins de 567 romans et
222 nouveautés en essais et
documents en deux mois, soit
plus de 13 livres par jour ! Cette
abondance de titres en une si
courte période est une exception
française.
Mais pourquoi tant de livres ?
Cette surproduction éditoriale
est essentiellement liée au fait
que les plus grands prix littéraires seront décernés cet automne :
Goncourt, Renaudot, Grand
Prix du roman de l’Académie
française, Interallié, Femina,
Médicis seront proclamés entre
fin octobre et mi-novembre. Ainsi toutes les maisons d’édition et
tous les auteurs n’ont que cela en
tête : la course aux prix.
Mais trop de livres peuvent tuer
le livre. Le public s’y perd face à
cette déferlante de nouveautés.
Les libraires sont asphyxiés et ne
peuvent pousser les murs. Les
maisons d’édition, responsables
de la surproduction, se plaignent, elles aussi, mais attendent
que ce soit le voisin qui publie
moins. Quant à de nombreux
auteurs, c’est un peu comme s’ils
jouaient à la loterie. Beaucoup
de candidats, peu d’élus. Les
médias ne parlent que d’une poignée d’entre eux – toujours les
mêmes.
Il faut dire, pour expliquer cette
floraison de titres, que l’édition
est une économie particulière :
plus on produit, plus on vend
– même si l’équation est plus
complexe que cela. On se souvient du mot de Jérôme Lindon,
le célèbre fondateur des Éditions
de Minuit : il disait que l’édition
est le seul métier où l’on répond à
la crise des ventes par une augmentation de la production…
Un signe positif en cette rentrée
2018 : beaucoup de premiers
romans sont publiés, 94 exactement. Peut-être, parmi ces nouveaux auteurs, se trouve le grand
écrivain de demain.
Mohammed Aïssaoui
POURQUOI TANT
DE LIVRES ?
Didier Sanz
VERS LA FIN DES CENTAINES
DE MOTS DE PASSE À MÉMORISER
F
acebook, la messagerie, l’ordinateur,
le téléphone, Netflix, les boutiques
électroniques, les banques et assurances en ligne… Ras-le-bol des centaines
de mots de passe à mémoriser ! Qui doivent, évidemment, être tous différents… Certes, le problème se pose de moins en moins sur les sites qu’on
consulte à partir d’un ordinateur. D’abord, tout
le monde commence à mettre en pratique les astuces pour composer des mots de passe, costauds et
faciles à retenir. Par exemple, réduire une phrase
à ses initiales (« J’habite 32, rue des Plantes »
devient « J’h32,rdP ») et lui ajouter une extension
différente en fonction du site (« J’h32,rdP+FB »
pour Facebook, « J’h32,rdP+BC » pour Le Bon
Coin). Sinon, les gestionnaires de mots de passe
peuvent aussi rendre service.
Seulement voilà : ces méthodes ne fonctionnent
pas toujours. Il suffit que le service vous impose
un code qu’il a lui-même créé, ou encore qu’il
vous oblige à respecter des règles aberrantes (pas
de signes de ponctuation ou pas de chiffres, huit
caractères maximum) pour tout invalider… Et
nous voilà revenus à la case départ : il faudra
mémoriser ces formules (ou les noter dans un
petit carnet, une pratique à éviter), les ajouter à
d’autres et les confondre…
Si tout le monde a bien conscience qu’il est nécessaire de sécuriser les accès à des appareils et à des
contenus personnels, il est évident par ailleurs
que le principe du mot de passe n’est plus adapté.
D’où l’apparition de nouvelles méthodes d’identification. Reconnaissance des empreintes digitales, par exemple, de plus en plus répandue sur les
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
smartphones et sur certains ordinateurs. Quand
elle est bien intégrée, elle permet même de valider
des opérations en ligne (petits achats, téléchargement de fichiers). La reconnaissance faciale commence aussi à se démocratiser. Un système prometteur (quand il fonctionne), qui pourrait
l’emporter. La prochaine étape ? Sans doute la
reconnaissance vocale. Les entreprises spécialisées font valoir que les procédés actuels peuvent
distinguer plus de cent caractéristiques pour identifier une voix. Le risque de piratage est minime,
affirment les chercheurs. Le magazine américain
Wired a tenté de biaiser le système en imitant les
voix qui avaient été enregistrées. Échec. « La biométrie vocale saura toujours déterminer qui est
le véritable titulaire du compte », résume Joël Drakes, ingénieur chez Nuance. À essayer, donc.
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Tiger Woods jouera
finalement la Ryder
Cup. Le recordman
des gains en tournoi
(plus d’un milliard
de dollars) a un train
de vie aussi élevé...
que discret.
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
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coulisses
LA VIE RÊVÉE
(& DISCRÈTE)
DES STARS
DU GOLF
Les meilleurs joueurs américains et européens
débarquent en France fin septembre
pour disputer la Ryder Cup, épreuve
historique d’un sport chic, empreint de passion
et – encore – de bonnes manières.
epuis dix ans qu’il s’est lancé le défi d’organiser la Ryder
Cup, le vice-président de la Fédération française de golf
et directeur de Ryder Cup France 2018, Pascal Grizot,
entretient un fol espoir : « J’espère que cet événement
mondial permettra à la France d’apprécier notre sport et
ses champions. Plus qu’une passion, le golf est un style de
vie. Les meilleurs joueurs du monde l’illustrent avec talent
quand ils participent à cette épreuve mythique… »
Disputée depuis 1927 et prévue au Golf national de Saint-Quentin-en-Yvelines du 28
au 30 septembre prochain, la Ryder Cup est un match biennal entre les équipes des
États-Unis et d’Europe, mettant aux prises vingt-quatre joueurs (2 × 12) dans plusieurs formules de jeu (foursome, quatre balles, simple). La suprématie du golf mondial y est en jeu, évidemment. Mais l’épreuve offre surtout l’occasion de goûter à un
état d’esprit voulu et instauré par son fondateur, Samuel Ryder. Ce fils d’un jardinier
et d’une couturière du Lancashire (Angleterre) se découvrit une passion pour le golf
autour de cinquante ans. Chrétien pratiquant, il entreprit alors de servir ce jeu avec
l’engagement qui le caractérisait, plein de dévouement et de charité, au point de créer
une épreuve internationale pour aider les jeunes talents à s’exprimer et se révéler.
Depuis, la Ryder Cup est devenue le troisième événement sportif (après la Coupe du
monde de football et les Jeux olympiques d’été) le plus regardé dans le monde
(700 millions de téléspectateurs). Elle le doit aux joueurs qui ont écrit sa légende et à
ceux qui l’entretiennent aujourd’hui. « Les champions de golf refusent le côté blingbling des stars du foot et les attitudes outrancières des basketteurs NBA, souligne Patrice Barquez, consultant média pour Canal+ et blogueur sur lefigaro.fr. Ils préfèrent de
loin la discrétion. Et ce, même s’ils gagnent, eux aussi, beaucoup d’argent. »
Jordan Spieth, Justin Thomas, Bubba Watson, Sergio Garcia, Tommy Fleetwood,
Jon Rahm… Les cracks qui débarqueront en France fin septembre cultivent une
sérénité de bons pères de famille. Ils passent quasi inaperçus, avec femmes et enfants,
dans les grands hôtels qui les accueillent tout au long de la saison. « Les joueurs des
deux équipes ont peu d’exigences particulières, confie Grégoire Salamin, directeur de
l’hôtel Palace de Versailles, dont les 198 chambres seront totalement réservées aux
acteurs et aux officiels de la Ryder Cup, fin septembre. Les capitaines des deux équipes ont simplement souhaité disposer de chambres identiques et de même taille pour tous
les joueurs ! Une façon de respecter l’équité sportive, je présume… » Pas de caprices de
divas. Juste quelques calages liés à des habitudes sur le plan culinaire, par exemple.
Les Américains ont ainsi fait savoir qu’ils voulaient dîner tôt, vers 18 heures. La plupart des douze Yankees sont suivis par des nutritionnistes et ne fréquenteront donc
pas le restaurant gastronomique. Mais la table étoilée, en dépit d’une sécurité renforcée dans l’établissement, restera ouverte au public pendant la Ryder Cup. Les clients
pourront peut-être y croiser des joueurs… européens, puisque les Anglais Justin
Rose et Tyrrell Hatton, eux, sont fans des recettes de leur compatriote Gordon Ramsay, aux commandes en cuisine.
➝
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
43
STAN BADZ/R&A/GETTY IMAGES
D
par Laurent Louët
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44
Arnold Palmer (en haut, en 1961) a été le premier athlète de l’histoire
du sport à posséder un jet privé. Aujourd’hui, l’avion personnel fait
partie de l’équipement classique des stars du golf, à l’instar de Sergio
Garcia (ici en 2011), qui s’entraîne au putt dans l’allée centrale.
FRANCE, TERRE DE GOLF
L’Hexagone compte près de 700 lieux de
pratique sur tout le territoire. La Ryder
Cup va mettre en lumière l’incroyable
variété de son offre, qui combine sport,
tourisme et gastronomie. Comment ne
pas succomber au charme du trou n°6
(par 3) de Saint-Cloud qui invite le
joueur à s’aligner sur… la tour Eiffel
pour envoyer sa balle au drapeau ? Ou
encore à la beauté du trou n°16 (par 5)
de Spérone, invitant à frapper sa balle
au-dessus de la Grande Bleue ? D’Étretat
(Normandie) à Terre Blanche (Côte
d’Azur), les parcours français sont
autant de lieux d’amusement et de bienêtre. Les bonnes tables de certains clubhouses (Chantilly, Fontainebleau, SaintNom-la-Bretèche, RCF-La Boulie…),
la magie authentique des parcours basques et landais (Chantaco, Biarritz Le
Phare, Arcangues, Seignosse…),
l’exceptionnelle couleur des bords de mer
(Dinard, Quiberon, Saint-Jean-deMonts, Cannes…), les points de vue
majestueux (Évian, Chamonix)… La
France offre du bonheur golfique à portée de clubs, à consommer sans modération.
L. L.
Toute l’année sur le circuit professionnel, les meilleurs golfeurs du monde jonglent avec les codes du luxe. Le grand barnum du golf mondial, qui déplace ses
acteurs de villes en parcours selon le calendrier des compétitions, est obnubilé par
l’idée de ravir ses nombreux sponsors premium et internationaux (marques automobiles, horlogers, fabricants textiles…). Les dotations des tournois majeurs (Masters,
US Open, British Open, USPGA) atteignent des sommets situés entre 10 et 12 millions de dollars. Aux États-Unis, les dotations sont affichées comme des labels de
qualité : plus le « money prize » est élevé, plus le tournoi est référent dans le calendrier. Les vainqueurs de chaque tournoi empochent de 1 à 2 millions de dollars.
Véritable tête d’affiche du golf international, l’Américain Tiger Woods est le seul
champion dont les gains en tournoi ont dépassé le milliard de dollars depuis le début
de sa carrière. Un phénomène hybride, fils d’un père afro-américain et d’une mère
thaïlandaise, qui a construit sa légende – et sa fortune – en remportant 14 tournois
majeurs et 72 tournois du PGA Tour. Une paye. À l’image de sa villa en Floride
située à Jupiter Island, Tiger Woods possède tout ce qu’un homme peut rêver de plus
beau. Son extraordinaire propriété, estimée à 60 millions de dollars, est située sur une
presqu’île avec ponton privé et yacht tourné vers l’océan. Elle abrite huit chambres et
neuf salles de bains, et un golf privé entre les cocotiers… Tiger Woods n’est pas qu’un
golfeur, il est aussi un entrepreneur actif et dessine des terrains de golf au sein de
Design TGR, sa société de conseil. Sa dernière création est… un restaurant, The
Woods Jupiter, qui répond à ses propres aspirations culinaires inspirées de ses voyages. Le menu propose des mets aussi variés que de l’agneau à la cerise et au chocolat,
des pâtes italiennes dans une sauce tomate au vin rouge, ou des queues de homard au
beurre blanc… Rattrapé par ses frasques amoureuses il y a quelques années, Tiger
Woods a entamé à peine son immense fortune en versant une indemnité de divorce à
son ex-épouse, le mannequin suédois Elin Nordegren, pour un montant de 100 millions de dollars, en plus d’un manoir estimé à 80 M$…
➝
DES SPORTIFS ÉPICURIENS
Joueur le plus détesté du circuit professionnel en raison de son caractère colérique,
l’Anglais Ian Poulter – devenu une référence de l’équipe européenne de Ryder Cup
avec cinq sélections ces dix dernières années – collectionne, lui, les voitures de luxe
aux couleurs pimpantes et possède une maison aux allures de château britannique de
mauvais goût. Si ses pantalons roses sont devenus aussi réputés que sa rage de vaincre, l’Anglais n’a pas le chic de l’Australien Adam Scott, ex-compagnon de la tenniswomen Ana Ivanovic, un temps ambassadeur de la marque Burberry. Avec son jet
privé – un Gulfstream G450 –, ce beau gosse a ouvert la voie à une nouvelle génération de golfeurs professionnels qui se sont affichés avec des beautés toutes plus glamour les unes que les autres. Pendant que Tiger Woods se consolait de son mariage
brisé dans les bras de la skieuse Lindsey Vonn, formant le couple de sportifs le plus
célèbre du monde pendant deux ans, le Nord-Irlandais Rory McIlroy a partagé la vie
de la Danoise Caroline Wozniacki, ex-numéro un mondiale de tennis, avant d’annuler leur mariage à la dernière minute. Les faire-part d’invitation avaient déjà été
envoyés aux invités ! Le Texan Dustin Johnson, meilleur joueur du monde en 2017,
file toujours, lui, le parfait amour avec son épouse, Paulina Gretzky, pin-up blonde
aux Ray-Ban dorées, fille de la légende canadienne du hockey sur glace Wayne
Gretzky. Une idylle qui s’affiche sur Instagram en direct.
Décédé en 2011, à l’âge de 54 ans, Severiano Ballesteros est encore considéré aujourd’hui comme le plus grand joueur européen de l’histoire du golf. Un champion génial
qui avait construit sa technique dès sa plus tendre enfance sur le sable de Pedreña
(Espagne) où il swinguait les galets en guise de balle… Ballesteros n’avait rien du fils
de bonne famille. Pourtant, c’est bien lui qui imprima sa grâce au Trophée Lancôme,
organisé à Saint-Nom-la-Bretèche jusqu’en 2003, tournoi qu’il remporta quatre fois
(1976, 1983, 1986, 1988) avec passion et charisme, devenant une icône qui allait
imprimer sa légende, sur les greens et en dehors des greens.
Génial manieur de balles, le Français Victor Dubuisson a remporté la Ryder Cup
avec l’Europe en 2014. Opéré au printemps de l’oreille interne, il a été contraint de
déclarer forfait pour le rendez-vous de Saint-Quentin-en-Yvelines. Une déception
d’autant plus douloureuse pour ses fans qu’il se murmure que Dubuisson (28 ans)
rate l’épreuve reine du golf mondial en partie à cause de sa passion pour… la pêche !
Cet épicurien, amoureux des voitures de sport italiennes et des plages de Corse, aime
profiter depuis longtemps de la vie méditerranéenne en taquinant le gros poisson. Et
puisqu’il n’a jamais été un stakhanoviste du practice et des salles de musculation, sa
condition physique ne lui permettait pas de revenir en forme à temps pour jouer fin
septembre. « Les Français auraient aimé pouvoir suivre un de leurs joueurs dans l’équipe européenne, conclut Pascal Grizot, mais la Ryder Cup en France n’a pas besoin de
cela pour être réussie… »
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
ESQUIRE ; MICHAEL S. BARR
« Les champions de golf
refusent le côté bling-bling
des stars du foot
et les attitudes outrancières
des basketteurs NBA »
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SYSTÈME D’ASSISES ALEXANDER
|
DESIGN RODOLFO DORDONI
DÉCOUVREZ-EN PLUS DANS MINOTTI.COM/ALEXANDER
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LE CHOC
DES ÉPOQUES
LES CRÉATIONS
LES PLUS
MODERNES
DU DESIGN
FONT BON
MÉNAGE AVEC
LE MOBILIER
ANCIEN
Photographe : Philippe Garcia
Stylisme : Valentine d’Abbans
Réalisation : Catherine Saint-Jean
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portfolio
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Fauteuil Fil Noir, en cuir et tissu, design Christophe Delcourt, Minotti chez Silvera. Vases bleu cobalt en céramique, Sophie Alda au Conran Shop.
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Table basse Pastille en laiton et bois, design Christophe Lemaire, Fendi Casa. Chaise Woody en frêne, design Francesco Meda, Molteni&C.
Plateaux et récipients en laiton avec décoration en relief, design Doriana et Massimiliano Fuksas, Ufficio Tecnico Alessi, Abi Alice et Jasper Morrison, Alessi.
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L’HEUREUX MARIAGE
DES EXTRÊMES
Mixer les époques, les styles, les formats, les couleurs…
Designers et décorateurs osent tout pour offrir un supplément de caractère aux intérieurs
qu’ils imaginent. Et c’est tant mieux.
par Catherine Saint-Jean
À
Milan, en avril, lors du
dernier Salone Del
Mobile, la maison
d’édition danoise Hay
a élu domicile sous
les ors baroques du
Palazzo Clerici pour
présenter ses nouveautés aux lignes très épurées réalisées par les frères
Bouroullec, Stefan Diez et d’autres. Chez
Kartell, les fauteuils en plastique, matière fétiche
de la marque italienne, s’habillent désormais de
tissus vintage aux motifs affirmés. De son côté,
Moroso a fait appel à l’Anglaise Bethan Laura
Wood pour faire voyager son design sous le
soleil du Mexique à travers des étoffes à la géométrie haute en couleurs. À New York, le studio
Appartus s’est choisi un décor de béton brut
comme écrin pour ses objets et meubles précieux
en albâtre et laiton… La planète déco s’amuse à
chambouler les idées reçues en faisant se télescoper les styles, les époques, les pays, pour le
meilleur. Ce choc des cultures passe souvent par
le mariage des extrêmes. Ce n’est donc pas un
hasard si Le Figaro a choisi de mettre en scène
des pièces de mobilier contemporain dans le
cadre à la fois prestigieux et classique du château
de Villette, dans le Val-d’Oise, tout juste redécoré par Jacques Garcia. Une bâtisse construite
sur les plans de François Mansart, dont tout
raconte un certain art de vivre au XVIIIe siècle
dans la multiplication des assises, des bibelots,
des porcelaines, les velours et les soieries…
« Le mélange des genres fait partie de la culture
française et, avec plus d’excentricité, de la culture
anglaise. Sans doute parce que nous possédons un
patrimoine important », affirme Laura Gonzalez.
L’architecte d’intérieur, qui vient de signer le
nouvel aménagement de la brasserie La Lorraine, à Paris, en a fait son terrain de jeu même si, à
la base, elle avoue un penchant vers le classique… « À condition de créer une tension entre le
classique et le contemporain à l’aide d’étoffes,
d’œuvres d’art, d’imprimés de papiers peints qui
vont emmener le classique vers la modernité.
L’inverse fonctionne aussi. Le tout-contemporain
se démode vite. Y introduire une armoire de
famille, par exemple, change la donne. Après, reste à trouver l’harmonie. C’est le plus difficile et le
plus intéressant. » À Paris, elle a cassé, par une
série d’arcades très linéaires, la « coque » classique d’un appartement haussmannien auquel
poignées et portes ont achevé de donner un coup
de fouet.
La couleur peut aussi jouer les trouble-fête pour
la bonne cause. Ainsi, Laura Gonzalez n’a pas
hésité à proposer à l’un de ses clients une pièce
corail du sol au plafond pour accueillir des meubles Empire. Un twist revitalisant. « Chez moi,
j’ai fait une chambre toute en fleurs roses.
Le monochrome est une bonne solution pour éviter
les erreurs. » Cela ne l’a pas empêchée d’utiliser
jusqu’à quinze coloris pour un même lieu.
« JEFF KOONS DANS LE CADRE
DE VERSAILLES, C’ÉTAIT SUBLIME »
Au château de Villette, le temps d’une séance
photo, le bleu intense d’un meuble de rangement
USM très rectiligne chahute l’ordonnancement
des boiseries et des fauteuils d’époque qui
habillent un salon. Dans une chambre, une suspension de Roche Bobois en volutes métalliques
joue de ses reflets sous le dais damassé d’un lit
princier. Dans une salle de bains, un guéridon
laqué jaune moutarde tutoie la majestueuse
baignoire en marbre ambré qui fut celle de la
Pavlova… Et ça marche !
«Une maison bien faite, c’est une maison qu’on ose
défaire pour ne pas y sentir le poids de la décoration », estime Terry de Gunzburg. Collectionneuse de mobilier d’exception et d’œuvres d’art, la
fondatrice de la marque de soins et de maquillage
By Terry connaît son sujet. Elle en a l’intime
conviction, il faut que les choses trouvent leur
place petit à petit en obéissant à une dimension
intuitive et plus encore au désir. « Il n’y a rien de
pire, dans un minimalisme total ou dans un amoncellement, que l’affecté, le voulu. Une part de fantaisie est nécessaire, même dans les intérieurs les
plus rigoureux, sinon c’est très ennuyeux. » Et de la
fantaisie, Terry en a à revendre. Elle en a imprégné ses maisons de Londres, Paris, Saint-Rémyde-Provence… en privilégiant les décalages extrêmes. « Chez moi, j’ai installé côte à côte un tableau
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
de l’école hollandaise de belle facture et un Jeff
Koons. Un dialogue s’installe, les objets se répondent l’un à l’autre. D’ailleurs, dans cette veine, j’ai
trouvé que l’exposition Jeff Koons au château de
Versailles, c’était sublime. »
À vrai dire, elle ose tout : placer du mobilier de
Jean-Michel Frank sur une natte en paille Ikea
« mais très belle parce qu’elle est incroyablement
simple. Je trouve qu’il faut dédramatiser les objets
d’extrême valeur. Je possède une belle collection de
céramiques – sculptures de Fernand Léger, assiettes de Vlaminck… –, je m’amuse à les déstabiliser
avec des faïences de trois fois rien dénichées sur un
marché en Provence. Cela donne de l’aspérité à
l’ensemble. »
Dans une salle de bains de son mas provençal
tapissée de carrelage blanc et noir, cette experte
ès couleurs a opté pour des accessoires jaune acide, des serviettes tournesol, et fait réaliser des
stores dans des tissus chinois des années 1950.
« Il faut avoir de l’imagination. Au départ, la
décoration conçue par Jacques Grange avait un
petit côté sécession viennoise. Je l’ai fait basculer
dans le pop art. »
Une règle de l’improbable réussi que chacun
pourra aisément appliquer à l’art de la table.
Pour sa part, Terry dresse parfois des décors où
une multitude de figurines en porcelaine font
leur théâtre en compagnie de personnages good
luck qui bougent. « Cela ne doit pas être obligatoirement joli si ça apporte quelque chose. Joli ne
veut pas dire harmonieux. » Pour la suivre dans
ses facéties, il suffit de se rendre dans la boutique
qu’elle a ouverte récemment dans la galerie
Véro-Dodat, à Paris, et de se laisser prendre
au jeu de ses juxtapositions audacieuses mais
toujours esthétiques.
On peut aussi, sans se ruiner, puiser dans les tendances les plus pointues de la saison pour titiller
le côté convenu d’une décoration : abuser – pas
trop quand même – de papiers ultrafleuris,
injecter une touche disco avec juste ce qu’il faut
de glitter, comme le proposait Gufram au salon
du meuble de Milan, en avril dernier, avec des
canapés composés de boudins or ou rose métallisé, glisser ici ou là un masque africain…
L’imagination est au pouvoir.
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Mobile L’Alchimiste no2 en métal, Atelier Volta au Conran Shop.
Pouf Filicudi en métal et cuir, Flexform chez Silvera.
Table en aluminium, cuir et MDF, design GamFratesi, Poltrona Frau.
Miroirs bombés Endora, en acrylique, Sentou. Tapis Danti, soie et laine,
design Florian Pretet, atelierfevrier.com.
Guéridon Élysée, plateau médium laqué, design Pierre Paulin, Ligne Roset.
Vase en céramique émaillée, design Floris Wubben, Jessica Art Gallery.
Brosse BlessBeauty, en bois et cheveux naturels, Boutique À Rebours.
Miroir Looking for Dorian, Maison Dada chez Silvera.
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Console Aglaé, en laque, design Joris Poggioli, Youth Éditions.
Mobile l’Érudit no1, en métal, Atelier Volta au Conran Shop. Lampe Noriko,
en cuivre revêtu de cuir, Armani Casa.
Fauteuil Elain, en tissu et cuir, design Vincent Van Duysen, Molteni&C.
Carafe Penguin et gobelets, en verre, design Jochen Holz, Boutique
À Rebours.
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Suspension Mariposa, en inox et verre satiné, collection Globe-Trotter,
design Marcel Wanders, Roche Bobois.
Table basse Tobi Ishi Outdoor, en ciment, design Edward Barber & Jay
Osgerby, B&B Italia. Ensemble de céramiques Crockery, en plâtre recouvert
de basalte et vernis à l’intérieur, design Max Lamb, Boutique À Rebours.
Lampe de table Clamp, en laiton, NOR11 Copenhagen chez Fleux.
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
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Secrétaire Haller E 4 portes, en métal et acier, existe en 14 couleurs, USM. Lampe Céleste, en résine acrylique, design Vincent Loiret,
édité par Playground Editions, pièce numérotée, Boutique À Rebours.
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(Ci-dessous) Canapé Floe Insel, en bois, mousse et tissu, design Patricia Urquiola, Cassina. Petites tables Ilda, en laiton
et marbre, design Jean-Marie Massaud, Poliform chez Silvera. Chaise Drop, revêtement tissu et piétement or 23 carats,
design Arne Jacobsen, Fritz Hansen chez Silvera. (En bas) Fauteuil Paipaï, en velours, design LucidiPevere, Cinna.
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Production : Sébastien Peretto et Jean-Christophe Clément / Assistant photo : Denis Boulze / Assistante stylisme : Cécilia Malka.
Remerciements au château de Villette, dans le Val-d’Oise.
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style
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INS
PIRATIONS
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Collages : Matthieu Bourel
Stylisme : Sylvie Clemente
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Une robe du soir dessinée par Christian Dior (à gauche)
et photographiée par Erwin Blumenfeld pour Vogue en 1949
fait face à un look coloré de Maria Grazia Chiuri pour Dior,
une création du défilé automne-hiver 2018-2019 qui avait pour décor
un papier peint réalisé à partir d’affiches militantes vintage.
GETTY IMAGES
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Les silhouettes du défilé automne-hiver 2018-2019
de Chanel se reflètent dans la photo culte
de Coco Chanel prise rue Cambon
par Robert Doisneau en 1953.
GAMMA/RAPHO
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POURQUOI
LA MODE DOIT SE
RÉINVENTER
Sous l’influence de la jeune génération,
la quête d’une création originale – mais pas affranchie du passé – est de nouveau d’actualité.
par Hélène Guillaume
M
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onsieur, il a copié. » L’accusation ne
vient pas d’un élève de collège zélé
mais de deux jeunes New-Yorkais
qui, de leur compte Instagram
(@diet_prada), terrorisent l’industrie de la mode. En cause ? Les mauvaises habitudes des marques se
contentant trop souvent d’imiter le
voisin, de plagier leurs prédécesseurs ou de dupliquer des archives
oubliées… sans même prendre conscience du problème moral qui peut en
découler. Outre ce compte, de plus en plus de représentants de la jeune génération épinglent sur les réseaux sociaux les « emprunts » des collections
actuelles en les comparant aux modèles originaux, tandis que dans la vraie
vie, les expositions retraçant le parcours de couturiers influents ou de stylistes
des décennies passées font un carton auprès des moins de 25 ans.
Si cet intérêt des millennials pour l’histoire de la mode est sans précédent, il
surprend d’autant plus que leurs aînés se montraient jusqu’ici relativement
indifférents à la question… quand ils ne s’étaient pas résignés à une
création tournant en boucle au prétexte que « tout a déjà été fait ».
Faut-il croire cette sentence de Goethe, auteur préféré de Karl Lagerfeld,
« Nous ne vivons que par le passé, et le passé nous perd » ? Pas si sûr. Tirer
l’inspiration d’hier est un procédé aussi vieux que le prêt-à-porter – on
pourrait même remonter aux origines de la couture et aux toges antiques
de Mme Grès ! – qui se limite à réinterpréter l’histoire ancienne
(le XVIIIe siècle en particulier). Faire référence à un passé récent date
probablement de 1971 et de la célèbre collection « Libération » d’Yves
Saint Laurent, réactualisant l’allure de la Parisienne des années 1940 non
sans provoc. Dès lors, les tabous tombent, les années 1980 puis les années
1990 revisitent par cycles les périodes vestimentaires de l’après-guerre,
l’Art déco laissant place aux imprimés seventies, l’orientalisme des années
1910 aux couettes des sixties… On appelle ça encore le rétro.
Dans les années 2000, le champ sémantique bascule et, avec lui, la création : c’est l’apparition du vintage. Petit à petit, le luxe s’engouffre dans la
brèche et les « petites mains » des ateliers d’antan deviennent des chineurs
en puissance, louant ou achetant des vêtements griffés dans les magasins de
«
seconde main. Dans son bureau plein de ces trésors, le designer en chef
sélectionne ici une emmanchure, là un zip et recrée d’après l’existant. Seulement, à force de découper des pièces chinées dont on ignore le plus souvent la griffe, à force de coller sur des moodboards des images dont on ne
connaît plus l’auteur (par manque de connaissance et de temps), on finit
par recopier tout simplement. Avant de condamner nos contemporains,
admettons que cette technique de cadavre exquis n’est pas nouvelle. Si on a
longtemps entretenu le mythe du couturier drapant le tissu sur le corps de
sa muse, la réalité est plus triviale : « Dans les années 1930 chez Jean Patou,
c’étaient Alphonsine et Marthe, les premières d’atelier, qui achetaient les
croquis après qu’on leur a donné vaguement le thème, puis qui réalisaient les
toiles, raconte Karl Lagerfeld. Patou – mais Gabrielle Chanel, c’était pareil !
– restait assis tandis qu’elles présentaient les toiles et il disait : “Prenez la
manche de ça, le col de celle-là”, etc. Et c’est tout ce qu’il faisait ! »
« CE QUI EST URGENT À MES YEUX,
C’EST CE QUE JE VEUX DIRE »
Au XXIe siècle, l’aboutissement de ce remix généralisé conduit à l’hégémonie de la fast fashion qui, dans l’indifférence générale, pille la créativité des
collections aussitôt le défilé achevé. Suite logique, la « copie » trône dans
les vitrines H&M et Zara des centres commerciaux saturant l’œil du public,
quand l’« original », commercialisé deux mois plus tard, n’est plus tellement désirable… Si, il y a quatre ans, l’essor des réseaux sociaux a d’abord
semblé exacerber le phénomène (en diffusant massivement les images aussitôt plagiées sur d’autres marchés), des (jeunes) voix ont rapidement commencé à dénoncer cet état de fait. En tête, Diet Prada suivi aujourd’hui par
700 000 abonnés et par tous les acteurs de l’industrie en profil caché ou de
façon officielle. Évidemment, le duo à l’humour potache (et à la solide éducation de mode), galvanisé par son succès, a tendance à jouer les justiciers.
Ainsi, le récent débat sur Jacquemus : Diet Prada sous-entendait dans un
post que le styliste français s’était inspiré d’une capeline fabriquée par un
artisan mexicain pour une jeune marque inconnue au bataillon. Une accusation tirée par les cheveux et contestée par l’intéressé mais aussi par les
followers non dénués de libre arbitre.
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(suite page 64)
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Superposition de la campagne Calvin Klein actuelle, avec le mannequin Mica Arganaraz
photographiée par Willy Vanderperre, et de la publicité culte en noir et blanc
avec Kate Moss, immortalisée par Steven Meisel en 1995 pour la griffe américaine.
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Le portrait de Sasha
Pivovarova en Giorgio
Armani, pris par
Mert & Marcus en 2009
(à droite), donne la
réplique à la collection
automne-hiver
2018-2019 du couturier
milanais.
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Projection d’un portrait de Twiggy portant le sac Papillon
de Louis Vuitton, par Bert Stern en 1967, sous un look automne 2018 créé
par Nicolas Ghesquière pour Louis Vuitton.
GETTY IMAGES
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Sans verser dans la chasse aux sorcières, certaines initiatives tendant à rendre à son tour copieusement copiées ! D’où vient ici son inspiration ? En partie
à César ce qui lui appartient ont été plébiscitées par le jeune public. Tel est le des archives de la griffe de Cristobal Balenciaga, le couturier des coutucas des deux expositions parisiennes autour de l’œuvre de Martin Margiela riers… Les mauvaises langues disent que le maître doit se retourner dans sa
(dont l’influence est indéniable sur la production actuelle) qui ont ouvert tombe, les fans, nombreux, admirent les robes cocon 2018, réinterprétaavant l’été au Musée des arts décoratifs et au Palais Galliera. Jamais, là, on tion du patrimoine. De même, l’excellente fréquentation de l’exposition
ne vise à dénoncer. Margiela lui-même a toujours dit que son « œuvre » « L’Œuvre au noir » au Musée Bourdelle l’an dernier est à mettre en partie
n’aurait pas existé sans celle de Rei Kawakubo de Comme des Garçons. au crédit du directeur artistique actuel.
De même, dans l’histoire de l’art, que serait Picasso sans le Greco ? David (Bien) avant M. Gvasalia, il y eut aussi Nicolas Ghesquière, qui a œuvré à
Hockney sans Picasso ?
la renaissance de Balenciaga. Les douze ans de son office restent gravés
Reste à définir les contours de ces emprunts. Désormais, la culture de dans la mémoire des initiés et ses pièces sont considérées en vintage comme
« l’appropriation » s’impose. L’un des premiers à avoir popularisé ce terme des valeurs sûres, aux côtés de celles d’Yves Saint Laurent et d’Alaïa.
est Alessandro Michele chez Gucci. De ses multiples influences (Renais- Depuis 2013 chez Louis Vuitton, il se félicite de l’intérêt de ce nouveau
sance, punk, anticipation, etc.), le Romain a fait un style à la fois puissam- public. « On sent cette attente d’une création originale qui est, pour nous
ment commercial et chargé en références qu’il ne cite pas toujours… mais directeurs artistiques, le minimum du job. J’ai visité les deux expositions Marne cache pas non plus. Pour exemple, en
giela que j’ai trouvées extraordinaires et dans
mai 2017, quelques heures après son défilé
un timing parfait, admire-t-il. Citer d’autres
croisière, un de ses looks était comparé sur
créateurs – pour moi, ceux qui m’ont inspiré il y a
tous les réseaux à une tenue créée dans les
vingt-trente ans –, on le fait tous, je ne vais pas
années 1980 par Dapper Dan. Ce tailleur de
mentir. Mais il faut aussi être discipliné et savoir
Harlem s’était rendu célèbre pour habiller
se dire “je ne peux pas aller là, ce territoire
rappeur et boxeurs de l’époque en détournant
appartient à quelqu’un d’autre”. Le propre de la
les logos des grandes griffes européennes.
création est la culture, une culture de mode et pas
Michele reproduisait donc cette pièce initialeseulement. Il faut avoir la curiosité de chercher
ment couverte du (faux) Monogram Louis
l’origine des choses, d’identifier un style. ReconVuitton en une version intégralement imprinaître l’univers de quelqu’un, c’est génial. C’est
mée du (vrai) logo double G de Gucci…
ce dont rêvent tous les designers : être reconnu
Comment s’est-il justifié auprès des détracpour son style plus que par son nom. »
teurs ? En s’offrant les services de Dapper
Si on ne reviendra pas sur le cas Karl
Dan pour sa campagne publicitaire de l’hiver
Lagerfeld (il faudrait un numéro entier pour
dernier, puis en payant à ce monsieur élégant
expliquer comment KL a réveillé une marque
Nicolas Ghesquière
de 80 ans (qui avait dû fermer boutique suite
historique, comment il est devenu Coco à
aux différents procès de contrefaçons en
la place de Coco), pour d’autres comme
1990) une nouvelle adresse à Harlem inauguAnthony Vaccarello chez Saint Laurent ou
rée en grande pompe en avril dernier. En juillet, c’était le lancement de la Maria Grazia Chiuri chez Dior, l’exercice est tout aussi complexe. La quapremière collection signée Gucci-Dapper Dan. Bref, une belle opération drature du cercle ? Rendre hommage au fondateur (voire à ceux qui lui ont
commerciale plutôt qu’une entreprise de contrition. « Pour moi, retra- succédé) tout en imprimant sa touche personnelle. Passer le relais (ils ne
vailler le passé encore et encore est un moyen de ne pas banaliser les vête- sont que des maillons dans la vie de ces griffes) et en même temps ancrer
ments, de ne pas être obsédé par les longueurs d’ourlets, dit Alessandro son travail dans le moment présent. Dans ce genre de cas, plutôt que « rééMichele. Ce qui m’intéresse, c’est de raconter une histoire et, si vous y voyez diter » un vêtement emblématique qui vieillit qu’on le veuille ou non, les
des fragments d’autres histoires, faites comme chez vous. Je n’ai pas à me directeurs artistiques préfèrent « broder » sur un détail (la ligne bar chez
justifier. Ce qui est urgent à mes yeux, c’est ce que je veux dire. »
Dior par exemple) ou un imprimé (les fleurs 2019 de Saint Laurent sont
D’autres ne détestent pas jouer avec les nerfs des redresseurs de torts d’Ins- tirées des robes maison des années 1980). Mieux encore : se référer à l’icotagram comme Demna Gvasalia, directeur artistique de Balenciaga et nographie. Saint Laurent, c’est Helmut Newton, c’est Sieff. Dior, c’est
leader du collectif Vetements. Rappelons que ce dernier label a connu un Blumenfeld. Chloé, c’est Bourdin et Turbeville. Balenciaga, Avedon et
succès fulgurant depuis 2015, avec une esthétique, une façon de penser la David Bailey. Vuitton, Bert Stern. Chanel, Doisneau… Des images intemstratégie de marque et une approche de la scénographie des défilés rappe- porelles qui parlent aux designers amenés à reprendre ces grandes maisons.
lant la grande période de Martin Margiela. Il faudra attendre quelques Telle est l’origine de cette série signée de Matthieu Bourel. En intervenant
années avant de juger la contribution de Vetements à l’histoire, au-delà du sur ces photographies cultes, l’artiste nous montre en quoi ces images ont
phénomène indéniable. Mais on sourit quand il ouvre son dernier défilé marqué l’inconscient collectif et influencent encore les créateurs.
(début juillet) avec un tee-shirt tatouage dont on attribue le mérite à Jean D’après Karl Lagerfeld, Goethe aurait également dit : « Faire un meilleur
Paul Gaultier… qui lui-même concède sans problème l’avoir vu ailleurs. avenir avec les éléments élargis du passé. » À défaut de demain, la mode, ce
L’enfant terrible de la mode ne peut que saluer cette ultime provocation.
phénix, sait fabriquer un présent. En témoignent la bonne santé du secteur
Restons sur le cas de M. Gvasalia dont les collections chez Balenciaga sont et ses chiffres insolents.
« Le propre de la création
est la culture, une culture
de mode et pas seulement.
Reconnaître l’univers
de quelqu’un, c’est génial.
C’est ce dont rêvent tous
les créateurs : être reconnu
pour son style plus que
par son nom »
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Les broderies fleurs des robes automne-hiver 2018-2019 d’Anthony Vaccarello pour Saint Laurent deviennent la toile de fond
du célèbre cliché pris par Jeanloup Sieff de Marina Schiano en robe Yves Saint Laurent, paru dans Vogue en 1970.
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En 1975, la photographe Deborah Turbeville capture l’essence de Chloé,
dont Karl Lagerfeld est alors le styliste.
Pour l’automne-hiver 2018, la directrice artistique Natacha Ramsay-Levi
explore cette même fluidité pour la maison parisienne.
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En 1996, Tom Ford envoie Gucci en orbite avec la complicité du photographe
Mario Testino. Sur le visage des mannequins sont incrustés les imprimés
de la collection automne-hiver 2018-2019 dessinée par Alessandro Michele,
le DA star de la griffe italienne aujourd’hui.
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reportage
ALESSANDRO
SARTORI
DANS SON ÉLÉMENT
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Le directeur artistique de Zegna
est originaire de Trivero en Italie,
comme la famille fondatrice du leader
du prêt-à-porter de luxe masculin.
Il a glané l’inspiration
de sa collection automne-hiver
dans les couleurs de l’Oasi Zegna,
une fabuleuse réserve de 100 km2
qui surplombe la manufacture historique.
Visite guidée.
par Frédéric Martin-Bernard / photos Michel Figuet
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Alessandro Sartori,
dans le cadre
luxuriant
de l’Oasi Zegna
en juillet dernier.
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D
’ici, je peux voir
ma maison. » Au
pied du sanctuaire San Bernardo à quelque
1 400
mètres
d’altitude, la
pancarte rédigée en dialecte (« Da qui` I vigúmma la nössa ca` »)
pourrait être signée d’Alessandro Sartori. Le
directeur artistique d’Ermenegildo Zegna a vu le
jour, en 1966, à la clinique de Trivero dont la
construction a été financée par Ermenegildo
Zegna lui-même, dans les années 1920 – tout
comme le centre social, la piscine ou le cinéma de
ce bourg du Piémont.
Profondément humaniste, le fondateur du tissage
se met aussi en tête de replanter la nature environnante à hauteur de ses richesses exploitées dans la
vallée. Les forêts ont été amplement abattues au
lendemain de la Première Guerre mondiale pour
alimenter les ateliers et les foyers des environs en
bois de chauffage. Il commence par faire planter
500 000 conifères et rhododendrons dans les
coteaux au-delà de sa manufacture ouverte en
1910. Et puis il y a cette eau si pure des torrents qui
explique la présence de nombreux autres ateliers
spécialisés dans le délainage, la filature et le tissage
de draperies. Elle dévale d’on ne sait où car seul un
chemin escarpé mène sur les hauteurs. Aussi subventionne-t-il une route de 26 kilomètres qui
enchaîne de fabuleux points de vue au fil de nombreux virages. En direction du Nord, se profilent
les monts et les vaux de la mystérieuse Val Sessera
toujours vierge d’accès routier en 2018, puis le
mont Rose et sa pointe Dufour qui culmine à 4 634
mètres. Côté Sud, c’est la plaine du Pô qui s’étend
de Milan à Turin et bien au-delà. Dans ce cadre
merveilleux, l’entrepreneur imagine également
plusieurs terrains de jeu pour ses employés et leurs
familles, ainsi que la station de ski de Bielmonte
qui accueille les premières remontées mécaniques
d’Italie à partir de 1957.
Aujourd’hui, cette Panoramica Zegna dessert
plus de 100 km2 de nature préservée qui constituent l’Oasi Zegna depuis 1993. « Un lieu d’une
extrême pureté et d’un calme absolu à une heure de
Milan, résume Alessandro Sartori qui vient s’y
ressourcer lorsque son emploi du temps le lui permet. Enfant, je venais marcher ou faire du vélo avec
mon père. C’est là qu’il m’a également appris à
skier. Forcément, je suis toujours un peu nostalgique quand je viens ici car je ne peux pas m’empêcher
de penser à lui (subitement décédé lorsqu’il avait
14 ans, NDLR), mais ce cadre est aussi tellement
enchanteur, toujours vert et différent d’une saison à
l’autre. En mai, les rhododendrons en fleurs bordent une section de la route sur 4 kilomètres. Dès la
fin septembre, c’est un festival de couleurs d’automne. Et en hiver, le relief de la montagne offre un
panorama tout autre. Souvent, la neige coiffe ces
Préalpes jusqu’à mi-hauteur. »
Alessandro Sartori connaît si bien le lieu qu’il n’a
pas besoin de carte pour imaginer les multiples
parcours de son week-end annuel en mountain
bike avec des copains. Mais c’est pourtant un
reportage in situ de Mattias Klum pour National
«
70
Geographic qui l’a mis sur la piste de la collection
Ermenegildo Zegna Couture actuellement en
boutique. « Ses images ont attiré mon œil sur des
facettes de cette nature que je ne voyais plus, tant
elles étaient ancrées dans ma mémoire », poursuit
le styliste qui s’est immergé dans cet écrin, quelques semaines après la parution de l’article, avec
plusieurs membres de son studio de création
basé à Milan, afin d’effectuer des recherches et
trouver l’inspiration. « Nous avons pris une multitude de photos, ramassé toutes sortes de fleurs et
de végétaux pour constituer un mood board que
j’ai ensuite partagé avec le designer textile de la
Lanificio Zegna. »
Une dizaine d’années auparavant, en tant que
styliste de la ligne Z Zegna à l’époque, il avait déjà
rêvé d’une collection dans des coloris à base
d’ingrédients glanés dans cette forêt. « Le résultat
n’avait pas été concluant. Au mieux, nous avions
obtenu des pastels grisés, se souvient-il. Depuis, la
recherche textile a beaucoup progressé. On parvient à fixer des pigments naturels sans chaleur et,
en particulier, sur la fibre cachemire. »
« Dès la fin septembre,
c’est un festival de couleurs
d’automne. Et en hiver,
le relief de la montagne offre
un panorama tout autre »,
raconte Alessandro Sartori,
qui fréquente cette vallée
depuis l’enfance
Dans quelques boutiques choisies, dont le
flagship store Ermenegildo Zegna de Paris, une
capsule – griffée Oasi Cashmere – de vestes, de
pulls et d’accessoires en maille teintée avec des
pétales de crocus, des feuilles ou des écorces, est
mise en avant. Quant à la collection principale,
distribuée dans les quelque cinq cents magasins
de la griffe familiale à travers le monde, elle s’inspire de la trentaine de nuances obtenues à partir
d’ingrédients naturels récoltés dans les sous-bois
piémontais, ainsi que des feuilles de thé et des
grains de café connus de longue date pour leur
pouvoir tinctorial. « Ces premiers développements
de teinture végétale ouvrent la porte à une nouvelle
génération de tissus, se réjouit Alessandro Sartori. Pour l’heure, ils sont relativement onéreux et
produits en petites quantités car ils impliquent des
contraintes techniques, industrielles et économiques… Les coûts fixes seront divisés si la demande
augmente. Ce dont je ne doute pas car il y a une
véritable attente en tissus écoresponsables.
Notamment de la part des jeunes consommateurs
qui sont curieux, quel que soit le domaine, de l’origine, des conditions de fabrication et de l’impact
sur la planète des articles qu’ils achètent. »
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
Directeur artistique de l’ensemble du groupe Ermenegildo Zegna depuis juillet 2016, l’affable DA
dénote de ses contemporains par sa vision globale
de cette industrie textile. Au cours de cette interview
au grand air, il parle de business comme de tendance, de techniques de filature comme de nouveaux médias. Normal, c’est un véritable enfant de
la balle. Il a effectué quasiment toute sa carrière au
sein de la firme de son village natal qui s’est hissée
au premier rang mondial de la mode masculine.
En 1968, Alessandro Sartori a deux ans lorsque les
deux fils du fondateur, Aldo et Angelo Zegna,
décident de lancer une collection de costumes afin
de diversifier l’activité de tissage qui commence à
pâtir du succès du prêt-à-porter dont le concept a
été importé des États-Unis au début des années
1960. De plus en plus de businessmen prennent
alors le pli d’acheter des complets tout faits plutôt
que de faire appel aux services des tailleurs traditionnels qui, pour la plupart, se fournissaient en
belles draperies chez Zegna. Il se souvient avoir
passé son enfance dans l’atelier de couturière pour
femme de sa mère sur le même palier que l’appartement familial. Son père est alors designer industriel spécialisé dans les métiers à tisser. Après sa
disparition, l’adolescent intègre la section textile
du lycée de Biella plutôt que de poursuivre des études classiques, puis l’Istituto Marangoni de Milan
qui forme aux métiers créatifs.
En 1989, son premier poste le ramène déjà aux
sources… dans les ateliers de Zegna. De 1991 à
1993, il s’expatrie à Hongkong comme styliste
sportswear pour se frotter à d’autres expériences
et voir du pays. La société qui l’embauche à son
retour ? Toujours Zegna où il intègre le studio
alors basé à Novara. Une fois par semaine au
minimum, il se rend à la manufacture de Trivero
pour élaborer de nouvelles étoffes en tandem avec
des techniciens. « À la différence de la mode féminine, explique-t-il, la mise au point du tissu fait pleinement partie du processus créatif dans l’habillement
masculin. » Et plus particulièrement chez Zegna
qui demeure la seule maison masculine du secteur
avec un outil de production complet, de la filature
de la fibre à la réalisation du produit fini.
En 2003, il se voit confier le projet d’une ligne plus
contemporaine griffée Z Zegna. Via celle-ci,
la griffe familiale se hisse sur les podiums newyorkais à partir de 2007. Les applaudissements
vont croissant, et Alessandro Sartori est débauché, en 2011, par le chausseur Berluti afin d’imaginer une ligne de prêt-à-porter. L’aventure parisienne dure presque cinq ans. Au printemps 2016,
l’Italien est rappelé par la famille Zegna qui lui
donne les pleins pouvoirs créatifs sur l’ensemble
des lignes éponymes. Le lendemain de son ultime
défilé pour le bottier à Paris, il est déjà au studio
de création à Milan. Sans délai, il cherche à
renouer des liens avec d’anciens collègues de Trivero. Tous ceux qu’il sollicite pour un rendezvous ne sont pas disponibles à l’exception du
samedi suivant. « Je n’ai pas saisi leur manège »,
rigole-t-il aujourd’hui. Lorsqu’il arrive à la
manufacture le samedi en question, ce sont plus
de deux cents employés qui l’attendent pour célébrer une sorte de retour de l’enfant prodige. « Un
moment plein d’émotions, forcément inoubliable. »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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Depuis longtemps, Alessandro Sartori souhaitait créer une collection inspirée de cette forêt, avec des tissus teintés grâce aux végétaux ramassés là.
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
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innovation
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LE PLAISIR DE CONDUIRE
A DE L’AVENIR
Ce n’est pas de la science-fiction : les progrès technologiques et l’évolution
de la société chamboulent les recettes du plaisir automobile. Embarquement immédiat
à bord des voitures de demain en cours de gestation dans les bureaux d’études.
par Sylvain Reisser
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
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DAIMLER AG/GLOBAL COMMUNICATIONS MERCEDES-BENZ CARS
Selon les projections
de Mercedes,
le numérique
occupera une place
centrale à l’avenir.
S
pontanément, le plaisir automobile renvoie à la conduite et aux
frissons qu’engendrent la vitesse
et la maîtrise d’un véhicule. Un
plaisir désormais défendu. Prière de se tenir à carreau. Reste
que cette notion dépasse le simple enchantement à braver les
interdits. Le plaisir automobile est protéiforme et
se nourrit de plusieurs inspirations.
Soyons optimistes. Ces petits bonheurs, ces
petits riens qui éclairent un instant, une journée, qui éveillent les sens et sur lesquels on ne
réussit pas toujours à mettre des mots ont existé
hier et existeront demain. Le premier d’entre
eux est la liberté. Une liberté de mouvement
que certains voudraient brider, sous prétexte de
corseter la société. L’automobile est la meilleure amie de la liberté. N’en déplaise aux redresseurs de torts qui ont théorisé la mort de la
bagnole ces dernières années, l’accusant de tous
les maux. L’automobile vaut mieux que cela.
On ne tire pas un trait sur une innovation qui a
fait entrer la société dans une ère moderne et
qui l’a largement façonnée. Certes au point
hélas de s’autoriser quelques abus sur lesquels
les Cassandre s’appuient pour mieux la vilipender. La renier, c’est se mentir. Elle fait partie de
notre vie. Encore pour longtemps. Et même si la
génération des millennials ne paraît plus, au
moins aujourd’hui, aussi accro que ses aînés à la
chose motorisée, le plaisir automobile ne s’est
pas évanoui dans la nature. Il suffit pour s’en
convaincre de voir la foule se presser dans les
principaux salons – le Mondial de l’automobile
qui ouvrira ses portes dans quelques jours a
accueilli plus de 1 million de visiteurs en 2017 –,
ou de voir les têtes se dévisser au passage d’un
nouveau modèle. Ce sont des braises sur
lesquelles il suffit juste de souffler pour renouer
avec ces petits riens qui remplissent de joie, qui
font qu’une auto aimante et fait vibrer.
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
Laissons aux nostalgiques les slogans « c’était
mieux avant » et autres « nous sommes nés trop
tard ». À chaque époque, ses plaisirs. Hier, les
automobilistes se fascinaient pour les planches
de bord en ronce de noyer et les sièges drapés de
cuir Connolly. Ils exultaient devant la vivacité
d’un châssis dépourvu de béquilles électroniques et du poids des renforts structurels faisant
passer les voitures actuelles pour des enclumes.
Il suffisait du vacarme d’une mécanique sportive pour qu’un frisson parcourt l’échine.
Et demain ? À n’en pas douter, le plaisir automobile va s’adapter à l’évolution de la société et
prendre de nouvelles formes. L’œil va devoir
apprivoiser de nouveaux galbes. La course à une
plus grande efficience énergétique va modeler de
nouvelles silhouettes. Le véhicule de demain sera
plus aérodynamique. Devenus aussi lisses que
certaines matières organiques, les volumes laisseront l’air glisser sur une peau confectionnée en
grande partie en matériaux composites et ➝
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Conçus comme des lieux de vie épurés et chaleureux,
les habitacles des véhicules de demain, chez tous les constructeurs,
seront entièrement repensés et mettront en scène de nouvelles matières
autour d’une interface homme-machine entièrement numérique.
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DAIMLER AG/GLOBAL COMMUNICATIONS MERCEDES-BENZ CARS ; TOM KIRKPATRICK ; PEUGEOT
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Les progrès du numérique vont métamorphoser les habitacles.
Certes, il n’est pas encore prévu que le volant disparaisse mais on peut imaginer
que la réglementation permettra au conducteur de s’exonérer de mettre
les mains sur le volant. La progression autonome dans le trafic
et sur l’autoroute est presque déjà au point.
75
➝ en fibres de carbone. Devenu désormais la norme architecturale mon-
diale, le SUV, en raison d’une aérodynamique d’armoire normande, ne
résistera pas à la chasse au gaspillage et à la réduction de l’empreinte carbone. Dans le huis clos des bureaux de style, les designers esquissent déjà
l’après-SUV. Au croisement des influences, ce véhicule aura l’air d’un SUV
redescendu d’un étage ou d’une berline ou d’un break surélevé. Le toit sera
aussi fuyant que celui d’un coupé. À la faveur de normes environnementales de plus en plus draconiennes, la berline pourrait même connaître un
retour en grâce. L’histoire, en somme, est un éternel recommencement.
SIFFLER SA VOITURE
COMME LUCKY LUKE AVEC JOLLY JUMPER
Les progrès de l’intelligence artificielle et la généralisation du numérique
vont métamorphoser les habitacles. Certes, il n’est pas encore prévu que le
volant disparaisse dans le tableau de bord comme le suggèrent certains
constructeurs mais on peut raisonnablement imaginer que la réglementation aura fait un pas de géant afin de permettre au conducteur de s’exonérer de mettre les mains sur le volant. Au point de se consacrer à d’autres
activités comme la lecture du journal, l’envoi de textos ou la projection
d’un film ? Il est trop tôt pour le dire mais nous constatons régulièrement
que la progression autonome dans le trafic et sur l’autoroute est presque
déjà au point. Tout comme le changement de file sans intervention du
conducteur par une simple impulsion sur le clignotant. Le feu vert est dans
le camp des pouvoirs publics et des assureurs. L’ambition des constructeurs de faciliter la vie des conducteurs se vérifiera aussi dans les opérations de stationnement. Aujourd’hui, on peut déjà regarder son véhicule
se garer dans un box, via une télécommande. Cette fonction réservée à
quelques modèles haut de gamme est amenée à s’étendre. Demain, on
pourra même abandonner sa voiture à l’entrée d’un parking pour qu’elle
aille se garer toute seule. À l’aide de son smartphone, il sera possible de lui
intimer l’ordre de revenir. L’appeler ou la siffler comme Lucky Luke avec
Jolly Jumper est un rêve qui deviendra peut-être une réalité demain. Pour
le moment, la reconnaissance vocale reste au stade du développement.
On sait déjà que les ambiances épurées vont devenir la norme. Ce monde de demain aura basculé véritablement dans le développement dura-
ble. Le cuir ne sera plus l’emblème du luxe. Alors que le lin déjà testé
s’avère trop fragile, d’autres matières vont se généraliser. Si la suédine
sera toujours employée dans certains cas, les textiles techniques réalisés
à partir de matériaux recyclés vont devenir le standard. La personnalisation va prendre de plus en plus d’importance. Signature lumineuse,
parfum d’ambiance : selon l’humeur du moment, on pourra changer
d’univers. L’impression 3D aura aussi son rôle à jouer dans l’individualisation des habitacles.
Et le moteur dans tout ça ? Roulera-t-il encore à l’essence ? Ou fera-t-il
confiance à l’électricité ? Accepter un bouquet de solutions serait une
position raisonnable et beaucoup plus réaliste. Aux antipodes des postures radicales des pouvoirs publics. N’en déplaise à ses défenseurs, le véhicule électrique n’est pas la panacée pour en finir définitivement avec les
émissions de CO2. Cette technologie ne fait que déplacer le problème.
Certains industriels ont raison de mettre en garde le grand public sur les
effets pervers du tout-électrique. Entendons-nous bien : nous ne sommes
pas contre son déploiement mais à petite dose et pour des usages bien
déterminés. La diffusion de masse du véhicule électrique que certains
veulent nous imposer bute sur les questions de la production de l’électricité et du stockage de l’énergie dans les batteries. Les énergies alternatives
ne permettraient pas de produire suffisamment d’électricité pour alimenter un parc conséquent. De même, faute de rupture technologique sur les
batteries, le véhicule électrique souffre d’une autonomie limitée. Pourtant, à conduire, ce type de modèle est enthousiasmant. Il appelle à une
forme de zénitude, en l’absence des vibrations et des bruits inhérents au
moteur thermique. Le propre du véhicule électrique est d’offrir la totalité
de la puissance et le couple dès le démarrage. Il en résulte des accélérations fulgurantes assez exaltantes. Dans le sifflement de la machinerie
électrique, on a la sensation de fendre l’air à la vitesse du son. Reste qu’il
n’est pas acquis que ce plaisir se généralise dans les années à venir. Trop
d’incertitudes pèsent encore sur le devenir de cette énergie. Une certitude : les pneumatiques assureront toujours la liaison de la voiture à la route. Ils seront colorés et seront intelligents. Ils embarqueront des capteurs
pour surveiller en temps réel la pression, la température et l’usure du
pneu. Le plaisir en toute sécurité.
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évasion
76
ET
VOGUENT LES
ÉTOILES
RICHARD MARK DOBSON
Le luxe s’offre sur les fleuves
et mers du monde son plus
fabuleux laboratoire.
De la péniche intimiste au yacht
d’exploration, tour d’horizon
du nec plus ultra de la croisière.
par Bénédicte Menu
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
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77
Un hôtel 5 étoiles
flottant sur le Mékong…
20 suites design de 30 m2,
de superbes équipements,
de larges baies vitrées
pour s’imprégner
du panorama et un choix
d’excursions pointu
font de ces navires
Aqua Expeditions
l’une des plus belles
expériences itinérantes
entre Vietnam
et Cambodge.
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
L’
78
appel du large retrouve sa raison
d’être dans l’exploration de nouveaux horizons lointains. Et tandis
qu’une ère prospère réinvente la croisière jusqu’aux pôles, le glamour
réinvestit les ponts. Aux nostalgiques
des nuées de mouchoirs blancs agités
sur les quais du Havre ou de Cherbourg, saluant le départ des Normandie, France et autres paquebots de
légende, les innovations à bord des
nouveaux navires offrent des perspectives réjouissantes... Avec une
croissance annuelle de 7 % quasi
constante depuis le début des années
1980, le marché mondial de la croisière est tel une galaxie en expansion
scintillant dans le grand univers du
voyage… En 2017, le cap des 26 millions de passagers a été franchi et les
chiffres pour 2018 sont prometteurs
tant les compagnies de croisières rivalisent d’audace et d’inventivité pour
proposer à une clientèle friande de
nouveautés, des navires toujours
plus… quelque chose. Ceux que la
croisière amuse opteront pour le
« toujours plus grand » avec, dernière
folie en date (mars 2018), le Symphony
of the Seas, titan du divertissement à 1
milliard de dollars de l’armateur américain Royal Carribean Cruise : 362
mètres de long, 2 775 cabines et suites
(de 13 à 141 m2), 21 restaurants et 30
kilomètres de coursives à arpenter
pour 9 000 âmes embarquées, dont
2 175 membres d’équipage.
Mais c’est à l’opposé de cette course
effrénée au gigantisme que commence le vrai luxe, dans le sillage de
palaces flottants, à l’image de celui
du Seven Seas Explorer, joyau de la
compagnie américaine Regent Seven
Seas Cruises. Considéré comme l’un
des plus luxueux bateau de croisières
maritimes, ce navire de 223 mètres de
long dispose d’un des ratios les plus
élevés en matière d’espace par personne. À bord, 375 suites toutes avec
balcon, de la Veranda Suite à la
Regent Suite de 360 m2. Si les
750 passagers bénéficient tous d’un
service attentionné (542 membres
d’équipage y veillent), d’un room service 24 heures/24 et d’une formule
tout inclus parmi les plus abouties du
marché (elle comprend toutes les
excursions), les hôtes de la Regent
Suite se voient offrir une nuit de préacheminement en hôtel 5 étoiles et
profitent à bord d’aménagements et
avantages exclusifs : un spa privatif –
une première sur un navire – avec
sauna et hammam, un accès Internet
illimité, les services d’un majordome,
une voiture privée avec chauffeur et
guide à chaque escale. Là où l’autre
géant des mers, européen cette fois, le
MSC Meraviglia (315 mètres), vante
son parc d’attractions et sa promenade surplombée d’un ciel virtuel
en LED de 480 m2, le Seven Seas
Explorer affiche 2 500 œuvres d’art,
250 lustres en cristal, une collection
de vases Lalique, un service de table
griffé Versace et, à l’entrée du restaurant asiatique Pacific Rim, un rare
moulin à prières tibétain acquis pour
500 000 dollars… Très attendu, le sister-ship du Seven Seas Explorer doit
être livré en 2020. Son nom, Splendor, donne le ton. Nul doute que le
luxe y atteindra les sommets. On y
trouvera notamment le plus grand
balcon disponible en mer : plus de
130 m2 d’espace extérieur pour
contempler l’horizon.
LES CROISIÈRES
D’EXPÉDITION
SE MULTIPLIENT
La surenchère est aussi de mise sur ce
segment haut de gamme, qui, fort de
ses 10 % de croissance annuelle, attise les convoitises. « Preuve que ce
créneau est la vraie tendance du
moment, Royal Carribean vient de
s’offrir Silversea » (le n° 2 mondial
américain possède désormais 66,7 %
de la compagnie monégasque,
NDLR), confirme Sophie Baillot,
directrice de So Between Communication, agence de référence dans
l’univers de la croisière avec un portefeuille de clients prestigieux dont
Cunard et son fameux transatlantique Queen Mary 2. À bord des
navires de la flotte Silversea, toutes
les catégories de suites sont logées à la
même enseigne avec un service ultrapersonnalisé porté par un rapport
exceptionnel d’un membre d’équipage pour un passager. Sur le grand
échiquier de la croisière maritime,
chacun avance ses pions, challengé
par l’entrée en scène du prestigieux
groupe hôtelier Ritz Carlton avec
trois superbes yachts de 149 suites au
design très contemporain attendus
pour 2020.
Dans son étude des tendances,
révélée chaque année en août à
Las Vegas, Virtuoso, le très select
réseau de créateurs de voyages haut
de gamme, souligne la convergence
d’une double appétence de sa clientèle aisée pour la navigation de luxe
et les voyages d’aventure. Elle explique l’extraordinaire montée en
gamme et multiplication des croisières dites d’expédition. Dans ce
registre, Ponant se distingue
brillamment. L’unique compagnie
de croisière maritime battant
pavillon français, acquise en 2015
par la famille Pinault via son holding Artémis, n’en finit pas de
repousser les frontières de l’exploration. Leader des croisières polaires,
elle vient de prendre livraison du
La Pérouse, premier des six yachts
de sa nouvelle flotte Ponant Explorers. Des bateaux plus petits (92 suites, contre 122 sur le Lyrial, fleuron
de la compagnie depuis 2015), profilés pour l’aventure et dotés d’aménagements révolutionnaires comme
le salon Blue Eye, conçu par l’architecte Jacques Rougerie. Aménagée
sous la ligne de flottaison du navire,
cette fenêtre ouverte sur le monde
sous-marin propose une expérience
multisensorielle inédite, ajoutant
à la possibilité de voir évoluer baleines, raies et autres dauphins derrière ses hublots oblongs, celle
d’écouter ce monde du silence bien
bavard grâce à des hydrophones
capables de détecter les sons jusqu’à
10 kilomètres.
De son côté, Crystal Cruises a choisi
un autre mode d’immersion : les
62 passagers du Crystal Esprit peuvent s’offrir une virée à bord d’un
sous-marin de poche conçu par la
société néerlandaise U-Boat Worx.
Cette dernière équipera également le
très attendu Crystal Endeavour, aîné
d’une lignée de trois yachts d’expédition destinés à voguer en Arctique et
en Antarctique. La livraison de ce
navire ultra-luxe de 100 cabines qui
embarquera également un hélicoptère est prévue pour 2020, soit un an
après les deux unités commandées
par l’armateur allemand HapagLloyd (groupe TUI). La concurrence
est rude autour des pôles, mais
Ponant entend garder une longueur
d’avance. Son brise-glace, le Commandant Charcot, premier du genre
dans la catégorie luxe et qui plus est
hybride électrique propulsé au gaz
naturel liquéfié, devrait appareiller
en 2021 (ouverture des réservations
le 4 avril 2019). Et un partenariat
avec la National Geographic Society
ajoute sa touche de sérieux et sa
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
caution « ecofriendly » (déjà acquise
par une certification Cleanship de ses
navires) à la découverte proposée
aux passagers. Centr trente croisières
accompagnées par de grands noms
de la photographie sont programmées sur quatre ans, dont dix-huit
d’ores et déjà réservables.
À travers ce confort ultime, cette
diversification d’expériences rares et
de destinations inédites, c’est de
l’émotion que l’on cherche à créer. Et
rien de tel qu’un dîner étoilé pour
compléter le processus. Ponant s’est
associé à Alain Ducasse, Crystal
Cruises au chef japonais Nobu. Pour
Ritz Carlton Yacht Collection, ce
sera Sven Elverfeld, qui officie en
Allemagne au Ritz-Carlton de
Wolfsburg…
Et les croisières fluviales ne sont pas
en reste. La quintessence de l’art de
vivre s’y exprime également avec les
grands opérateurs que sont Uniworld
ou Scenic. Ces derniers côtoient des
raretés au charme fou telle la microflotte d’Aqua Expeditions naviguant
sur l’Amazone et le Mékong ; le
luxueux Zambezi Queen qui sillonne
la rivière Chobe entre Namibie et
Botswana ; le Steam Ship Sudan, ce
vieil ami du Nil, ou encore l’African
Dream, fierté et dernier-né du groupe
CroisiEurope, posté sur le lac Kariba
en Afrique australe. Sans oublier les
péniches Afloat in France du groupe
Belmond. Propriétaire de l’élégant
Road to Mandalay qui sillonne le
fleuve Irrawady en Birmanie depuis
1996, ce spécialiste de l’hôtellerie de
luxe programme d’avril à octobre des
croisières sur les plus belles voies navigables, itinéraires ponctués d’excursions sur mesure et de visites privées à
la découverte du patrimoine français.
En Bourgogne, Afloat propose ainsi
une croisière thématique, la « Semaine Grands Crus », durant laquelle
33 précieux nectars, dont un rarissime
romanée-conti à 20 000 euros la bouteille, sont proposés à la dégustation
encadrée par un œnologue. Au printemps dernier, deux nouvelles péniches sont venues enrichir la collection
composée désormais de sept unités de
4 à 6 cabines. « Une petite capacité qui
nous permet d’offrir à nos hôtes un haut
niveau de personnalisation », précise
Yann Guezennec, le directeur des
ventes et du marketing des trains et
croisières Belmond. Il ajoute : « Un de
nos clients nous a laissé ce commentaire qui résume bien l’expérience que
nous souhaitons faire vivre à bord de
nos bateaux : “We were treated like
royalty but felt like family. ” »
RICHARD MARK DOBSON ; PONANT/CHRISTOPHE DUGIED ; PONANT/PHILIP PLISSON ; STEVE BEAUDET ; THE RITZ-CARLTON YACHT COLLECTION ; IAN SCHEMPER ; RICHARD JAMES TAYLOR
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
La croisière d’expédition
attise les convoitises.
Même les grands noms
de la navigation fluviale
s’y mettent, à l’instar
de l’américain Scenic
dont la flotte de yachts
de luxe Eclipse (2),
taillés pour l’aventure
avec hélico et sous-marin
embarqués,
est très attendue.
1
2
3
4
Décoration (3) signée
Jean-Philippe Nuel
pour les Ponant
Explorers (4).
Avec ces six nouveaux
navires dédiés
à l’exploration,
l’armateur français
doublera sa flotte
d’ici à 2021.
À cette date, il prendra
aussi livraison
du Commandant
Charcot (6), premier
brise-glace de croisière
de luxe jamais construit.
L’arrivée du Queen Mary 2 à New York (9).
L’esprit des transatlantiques d’autrefois est
le credo de la Cunard, qui devrait lancer en 2022
un 4e paquebot. Élégance et raffinement
également à bord du Regent Seven Seas Explorer
(5 et 11). Élue meilleure compagnie au monde
dans la catégorie Grands Navires par Virtuoso,
Crystal Cruises (1 et 8) développe aussi sa flotte
de navires d’expédition.
79
6
5
7
8
9
10
Lila (10) et Pivoine (12), nouvelles
péniches Afloat in France, marque du
groupe Belmond. Un autre spécialiste
de l’hôtellerie, Ritz-Carlton (7), crée
l’événement en se lançant à l’eau avec
trois yachts d’exploration 5 étoiles :
première croisière à l’horizon 2020.
11
12
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
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Afin de devenir une belle poularde,
rousse et dodue, le gallinacé
est bichonné pendant 21 semaines
contre une douzaine pour un poulet
label « classique ».
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F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
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gastronomie
ÉLOGE DE LA LENTEUR
À CULOISEAU
Issue d’un élevage familial installé dans le Perche,
cette poularde a séduit les chefs des plus grandes tables étoilées parisiennes.
Son secret ? Beaucoup de temps, et une alimentation naturelle
à base de céréales pour un résultat exceptionnel.
F
erme, fondante et juteuse,
enveloppée dans sa peau
croustillante, la poularde
fricote avec le homard.
Bientôt rejoints par les pickles de légumes, les truffes,
la purée d’hélianthes et le
vin de Tokay dans une
sublime assiette – visuelle et gustative – signée
David Bizet. Le chef étoilé, désormais à la tête
des cuisines du mythique Taillevent à Paris, sait
à qui il doit sa réalisation : son talent. Mais pas
seulement. Son second atout s’appelle Culoiseau et se cache dans une adresse unique, à
130 kilomètres à vol d’oiseau à l’ouest de la
capitale, au sein du parc naturel du Perche,
couvert de collines boisées de châtaigniers, pins
et autres chênes, où de superbes manoirs et longères tiennent à garder leur discrétion. Ce
domaine de 375 hectares à Moutiers-au-Perche
est tenu de main de maître, depuis près d’un siècle, par la famille Poisot. « Ce nom, Culoiseau, il
est vraiment tombé du ciel pour vendre des
volailles ! » s’amusent les propriétaires.
Des poussins, des poulettes, des poulardes ?
Vraiment ? Où ça ? Le visiteur d’un jour aperçoit surtout un étang aux bords entretenus, une
immense prairie, des bottes de paille parfaitement rangées… mais pas une seule volaille
« haut de gamme » à l’horizon. « C’est le mythe
de la poule dans la basse-cour ! On n’engraisse
pas une poularde en la faisant courir ! Elle a
besoin de quiétude et n’aime ni la pluie, ni le vent,
ni le froid. Elle n’est jamais dehors pour éviter les
maladies (grippe, rhinite…) transportées dans
les airs », tonnent en chœur Benoît et Christian
Poisot, deux piliers quinquagénaires de la
famille. Ces exploitants agricoles, frères et associés, sont les « pères » de la poularde de Culoiseau, les éleveurs exclusifs. Leur indépendance
fait leur force. « Nous avons le plaisir de réaliser
un produit nous-mêmes. Nous ne voulons pas
dépendre d’un label qui nous impose ses vues,
notamment pour l’alimentation. Les industriels
ne savent plus faire un aliment simple », tranche
sans langue de bois Christian, selon qui « la
par Samuel Potier / photos Laura Stevens
qualité vient avec le temps, la patience et la rigueur ». Éloge de la lenteur.
Bien avant de devenir une poularde de 3,2 kg au
plumage roux et aux pattes blanches, c’est un
poussin âgé d’un jour, « né en Normandie d’une
souche de reproducteurs sélectionnée », qui arrive
dans un véhicule ventilé, avant d’être transféré
dans l’un des sept bâtiments de 325 m2 chacun.
La paille recouvre le sol, un plastique noir sur
les fenêtres du poulailler spacieux régule la luminosité, la hauteur de plafond atteint les 3 mètres,
d’où descend l’abreuvoir en cloche réglé au millimètre pour les poussins. Quand la lumière
s’allume, un concert de piaillements démarre.
Cette agitation ponctuelle s’interrompt brusquement une fois l’obscurité revenue.
ENTRE BOTTES EN CAOUTCHOUC
ET ESCARPINS
Ce rythme de vie s’étend sur une vingtaine de
semaines, sans aucune improvisation. « La clé
de voûte est l’alimentation, élaborée par nos
soins, confient-ils. Les céréales qui nourrissent
nos poulardes sont issues en majorité de notre
exploitation familiale ou de l’agriculture du Perche : blé, maïs, protéagineux, minéraux, vitamines… À chaque âge – démarrage, croissance, finition – correspond une alimentation précise et
spécifique. La fermeté, c’est l’âge. Le fondant,
c’est la qualité d’engraissement. » Dès la quatorzième semaine, place à la sélection manuelle des
futures poulardes, sur des critères morphologiques, en fonction du meilleur potentiel de croissance. Elles atteignent la maturité sexuelle au
bout de 21 semaines. « La jeune poularde, la poulette, ou “culoiselle”, c’est 17 semaines, contre
seulement 12 semaines pour un poulet label… »,
précise la famille. Leur « production artisanale de
luxe » s’étend même jusqu’au choix de l’abattoir, « primordial, car les 24 heures que les poulardes y passent sont les seules au cours desquelles
elles ne sont plus sous notre surveillance directe ».
C’est là, à une heure de route de la ferme, que
Bénédicte Poisot se charge de la préparation des
commandes, du tri, de la pesée, de l’étiquetage et
du conditionnement. Bénédicte, 57 ans, se révèle
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
comme la véritable figure de proue des poulardes
de Culoiseau. Et ce n’est ni son mari, Benoît, ni
Christian qui la contrediraient : « Ce qui nous
manquait pour aller plus loin dans notre démarche,
c’était le temps. Le travail de la ferme était trop
accaparant pour que nous puissions assumer
davantage de responsabilités. C’est l’implication
de Bénédicte qui a permis de concrétiser le projet
poularde. »
En 2011, tout juste la cinquantaine, cette Parisienne mère de quatre enfants décide de reprendre une activité professionnelle. « Le traditionnel poulet rôti cidre chez mes beaux-parents était
si bon que les amis ont commencé à en demander
et à en redemander. L’occasion était trop belle »,
raconte-t-elle. Mais comment s’y prendre ? Elle
débute au poste d’ouvrier agricole : « Pour bien
vendre son produit, il faut le connaître à la perfection. Savoir manipuler les volailles, les soupeser, sentir quelles poulettes peuvent devenir de
bonnes poulardes. Se confronter aux difficultés
qu’il y a à travailler avec du vivant et tous les
imprévus qui en découlent. » Indispensable, mais
pas suffisant. Totalement inconnue des plus
grandes toques de Paris, elle contacte – au culot
– les chefs pour les convaincre. « Passer de la
cotte au tailleur, des bottes en caoutchouc aux
escarpins, du foulard sur la tête au brushing – et
réciproquement », sourit Bénédicte en racontant
sa nouvelle vie. Et ça marche !
Pierre Gagnaire, un des seigneurs de la haute
gastronomie française, lui ouvre en premier sa
cuisine triplement étoilée. La suite ressemble à
un rêve. Alain Ducasse, trois étoiles au Plaza
Athénée et deux au Meurice, lui fait également
confiance, tout comme Thierry Marx au Mandarin Oriental, et une quinzaine de grands
noms, de Paris à Courchevel. On retrouve
même ses poulardes chez Yves-Marie Le Bourdonnec, l’orfèvre des bouchers, parfois surnommé le « boucher star ».
Chez les chefs, le verdict final ressemble à des
félicitations du jury. « Avec vous, il n’y a jamais
de problèmes. On vérifie, mais nous sommes tranquilles. Nous avons 100 % de bons retours en
dégustation », lui confie-t-on au Meurice. ➝
81
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« La clé de voûte
est l’alimentation.
Les céréales
qui nourrissent
nos poulardes
sont issues de notre
exploitation
familiale ou
de l’agriculture
du Perche.
La fermeté, c’est
l’âge. Le fondant,
c’est la qualité
d’engraissement »,
expliquent
Bénédicte,
Christian et Benoît
Poisot, à la tête
de l’entreprise.
82
➝ David Bizet, lui, bien qu’originaire du
Perche, l’a dégusté en aveugle au milieu d’autres
poulardes. Aucun favoritisme. Mais l’évidence
s’impose vite. « Leur volaille est parfaitement
équilibrée entre la masse osseuse et l’épaisseur de
viande, grâce à l’alimentation régulière et intelligente, qui donne une incroyable jutosité à la
chair, dont la couleur et la texture sont incomparables », confie-t-il. « Quand vous recevez la poularde, vous retirez l’os de la fourchette, on voit sur
ce blanc des veines de gras, c’est sublime », se
réjouit de son côté Julien Dumas, brillant chef
étoilé du restaurant Lucas Carton. Les deux cuisiniers apprécient « l’humanité », « les valeurs » et
« l’écoute » de la famille Poisot, dont ils louent
également « le système paysan : une année ne faisant pas l’autre, ils se projettent à cinq ans ».
Forts de leurs 10 000 poulardes élevées chaque
année, ils envisagent effectivement d’augmenter
la production de 50 %. Mieux, ils vont se diversifier : « Nous allons développer notre élevage bovin.
Chaque année, nous gardons une vache, la plus
belle, pour l’engraisser. Tester. Déguster. Remettre en question nos méthodes. » Éloge de la lenteur, encore et toujours. La relève est assurée
avec Louis, 25 ans, et Thibaut, 22 ans, les fils de
Benoît et Christian. Patients mais déterminés, les
champions de la poularde pourraient bien voir
leur bœuf connaître également un destin étoilé…
www.poularde-de-culoiseau.fr
COMMENT DÉGUSTER UNE BONNE POULARDE
À LA MAISON... QUATRE RECETTES
Trois chefs renommés, William Frachot, double étoilé au
Chapeau Rouge, à Dijon, ainsi que David Bizet et Julien
Dumas, à Paris (respectivement chez Taillevent et Lucas
Carton), nous livrent leurs secrets de préparation. Le
premier conseille d’assaisonner sa poularde 3 à 4 jours
avant, dessus et dedans, pour une bonne pénétration dans
la chair, et de la recouvrir d’un film. Autre précision :
« La volaille doit absolument être vidée devant vous chez
le boucher », avertit David Bizet, pour « éviter toute perte
de conservation et de goût dans le frigo ». Ce petit-fils de
paysan, connaisseur de « la volaille de goût », suggère,
entre autres, de prendre une russe (terme professionnel
pour désigner la casserole en cuivre) dont les bords sont
plus hauts que la volaille, afin de conduire la chaleur uniformément. Résultat : ni surcuisson, ni endroits secs.
Cuire 30 à 45 minutes selon la taille. Le rôtissage se veut
classique avec du beurre frais et de la garniture aromatique, et un arrosage très régulier.
« Nos grands-mères mettaient à l’intérieur de l’animal de
la mie avec de l’ail, du beurre frais et du persil. La mie
garde l’humidité, évite toute sécheresse des blancs sur
la carcasse et peut être réutilisée comme un accompagnement donnant un goût de volaille dans le reste de l’assiette », confie David Bizet, qui cuisine la poularde avec
des cèpes et une mousseline d’aubergines, ou encore avec
des morilles et des asperges au vin d’Arbois.
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
Julien Dumas, lui, conseille de la pocher doucement dans
un bouillon à 75 degrés environ, pendant 50 minutes, puis
laisser reposer 20 minutes, allumer le four à 300 degrés,
le diminuer à 170 degrés, et compter 20 minutes de rôtissage pour la volaille. Autre option : la cuire doucement
dans une poêle antiadhésive, jusqu’à ce que ce soit blond
ou brun – mais pas noir – sur le côté. Le chef travaille la
poularde avec des blettes du jardin, de l’ail nouveau fumé,
des saucisses de volaille, ou de la truffe, selon les saisons.
Enfin, chez les Poisot, à Culoiseau, la recette est aussi
simple qu’exquise. Ils font cuire leur poularde à basse
température (150 degrés) pendant deux heures, sur un lit
de tomates, avec sel, poivre, ail et estragon. La graisse
mélangée aux tomates donne une sauce exceptionnelle,
réutilisable en bolognaise le lendemain ! Un pur délice.
La poularde et homard de David Bizet chez Taillevent.
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Une Histoire,
Une Oeuvre
Millésimes
2015
2016
Wine Advocate
96-98 98-100
James Suckling
100 99-100
Wine Spectator
98 97-100
Bettane & Desseauve
Yves Beck
98
97-98
98-99 98-100
The Wine Cellar Insider 98-100 98-100
Vinous
VIGNOBLESPERSE.COM
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
98 97-100
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entretien
84
« UNE OU DEUX
BELLES CHOSES SUFFISENT
POUR SE SENTIR BIEN »
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
OLIVIER CAILLEAU
Dominique Loreau
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Le vrai luxe réside dans la simplicité, tel est le credo de cette essayiste française installée
au Japon depuis la fin des années 1970. Dans « L’Éloge de la légèreté », elle recommande
le désencombrement afin de se libérer des préjugés, des contraintes et des tentations.
propos recueillis par Charles Jaigu
Nous sommes en pleine année culturelle franco-japonaise et vous vivez dans ce pays depuis quarante ans.
Comment évolue-t-il ?
Le vrai Japon d’autrefois est en train de disparaître.
J’habite Kyoto et jamais je n’ai vu une ville changer
aussi vite dans la mauvaise direction. La vie lente et
douce, faite de naïveté et de générosité, disparaît à
toute vitesse. Les Chinois rachètent beaucoup, et de
nombreux promoteurs détruisent les vieux quartiers.
Les petites échoppes, les petits restaurants, les salons
traditionnels pour fumer la pipe disparaissent. Je
constate depuis quelques années que le tourisme de
masse est en train de tuer ce pays si merveilleux…
C’est pourtant au Japon que vous avez pris conscience
qu’il nous fallait passer de l’infiniment trop à l’infiniment peu…
Cela peut paraître bizarre aux jeunes générations
actuelles, mais je n’ai jamais beaucoup aimé posséder. Dès que j’ai eu l’âge de voyager seule, j’ai tout
de suite compris que les gros sacs empêchaient
d’être mobile et libre. Je ne voulais pas me fixer
quelque part. Ensuite, quand je suis arrivée au
Japon, je n’avais aucun intérêt pour les choses matérielles. La peinture, le zen, le yoga, la vie des gens
m’intéressaient bien plus que d’entrer dans un grand
magasin. C’est plus tard, que j’ai pris conscience que
plus on possède, plus on se rend soi-même prisonnier des choses.
« Nos colocataires, ce sont nos choses », écrivez-vous.
Et vous nous encouragez à nous débarrasser des colocataires superflus. Mais on est aussi contents de se
retrouver en leur compagnie pour discuter quand nous
sommes seuls. Les objets nous parlent.
Je préfère discuter avec mes pensées intérieures
qu’avec les choses. Ou avec les nuages ; ou avec les
ombres sur un mur ou un sol. Oui, je sais, nous
avons besoin de beauté, mais une ou deux belles
choses suffisent pour se sentir bien chez soi. Une
journaliste à qui j’expliquais cela a résumé en une
phrase ma vie : « En fait, trois choses vous suffisent :
votre sac (une de mes passions), votre théière (je vais
jusqu’en Chine acheter mes thés) et un grand rouleau
de peinture représentant un immense paysage chinois
d’eau, de brumes et de rochers (ainsi qu’une maison
au loin, que j’imagine depuis des années habiter). »
Vous vous distinguez d’une Japonaise devenue célèbre
après vous, Marie Kondo, qui est devenue le gourou du
rangement. Vous préférez jeter…
Oui, je pense que le rangement n’est pas la bonne
solution, car il ne faut pas garder les objets « au cas
où », ou par nostalgie. Je préconise de jeter.
D’abord pour vivre plus léger, bien sûr, mais sur-
tout pour se guérir de la maladie d’acheter et de
consommer sans réfléchir.
Jeter les objets délaissés, n’est-ce pas augmenter les
déchets ?
J’ai aussi écrit que le traitement des déchets était un
faux problème, car si nous, consommateurs, cessions
d’acheter à outrance, il n’y aurait presque plus de
déchets. Acheter moins mais mieux, vivre dans la
légèreté matérielle aussi bien que mentale, voilà, à
mon sens, le vrai but du désencombrement. Ensuite,
c’est tout un autre monde qui peut s’ouvrir à soi.
Vous citez une enquête américaine qui aurait établi
qu’un ménage américain de la classe moyenne aux
États-Unis possède environ 300 000 objets. Cela paraît
énorme. Arrivez-vous à dénombrer les objets que vous
possédez ?
Bien sûr ! Je ne vais pas m’amuser à vous donner le
décompte, mais j’ai tout ce qu’il me faut et rien
d’autre. Un bon canapé, car j’adore les siestes, une
grande table vintage avec des fauteuils confortables
pour passer des heures à papoter, boire ou grignoter
avec mes amis, ou « travailler » sur mon ordi. Quant
à mes vêtements, ils rentreraient facilement dans une
valise. J’ai, en fait, deux uniformes : un pour l’hiver,
un autre pour l’été, et un cardigan pour les mi-saisons. Je cuisine pratiquement tout dans une grande
poêle, une casserole et une marmite en fonte.
Finalement arrivez-vous à chiffrer le bon nombre
d’objets dont nous avons vraiment besoin ?
Tout dépend du nombre de personnes vivant sous un
même toit. Mais chacun peut dire exactement, s’il est
honnête avec lui-même, ce qu’il utilise vraiment ou
ce qu’il ne possède que par sentimentalité, paresse ou
découragement.
Le smartphone synthétise plusieurs objets : carnets,
agendas, cartes routières, albums photos, disques,
réveils, et même livres parfois. Est-ce cela, l’avenir ?
Oui, mais je ne fais pas pour autant l’éloge du smartphone, bien au contraire ! Nous sommes obligés d’en
avoir un, mais c’est un instrument pour les prisonniers de la société. Y compris pour payer ses impôts
ou… faire une interview. C’est pratique, bien sûr,
mais à condition de ne pas en abuser. Je suis toujours
adepte du papier et de mon gros agenda, dans lequel
j’aime consigner tout ce qui est administratif, et le
reste (poèmes, recettes, listes diverses…). Je ne sors
d’ailleurs que rarement avec mon iPhone : il reste à la
maison. La technologie actuelle nous fait régresser
de façon pratiquement irréversible. Tout ce qui nous
robotise nous empêche de réfléchir et de sentir par
nous-mêmes me paraît de mauvais aloi. Je ne suis
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
pas une militante, y compris en écologie, mais tout le
monde peut constater que l’homme détruit la nature
et, ce faisant, lui-même.
On sent que vous hésitez entre une variante radicale et
une autre plus nuancée de la simplicité. La première
suppose un dépouillement quasi monacal. Par exemple
quand vous écrivez : « S’habiller sans chercher à se faire admirer, fréquenter des lieux aussi déserts que possible, et posséder un minimum. » La seconde est une
attitude esthétique réfléchie qui n’exclut pas les beaux
objets chers. De laquelle vous sentez-vous plus proche ?
C’est vrai, j’aime les lieux vides, je déteste les foules,
le bruit. Et, d’un autre côté, j’aime les objets de
qualité, ce qui explique leur coût et le respect des personnes qui les fabriquent. Ce sont deux contraires
qui se rejoignent, en réalité. J’aspire à une vie de calme, de profondeur, mais aussi de qualité et de beauté. Je suis aussi sensible à une petite fleur sauvage
qu’à un beau sac à main. À un thé récolté sur de
hauts plateaux et dont le parfum naturel est unique
et presque addictif, autant qu’à un appartement sans
bruit de voitures.
Voyez-vous dans le minimalisme un phénomène qui
peut séduire le plus grand nombre ?
Je ne suis pas voyante mais un peu utopiste peutêtre. Le minimalisme à la mode de nos jours me
navre. Mais je suis sûre qu’il y a de vrais adeptes,
cachés un peu partout dans le monde. Eux, ils savent
qu’il n’est pas besoin de s’exposer pour se sentir
vivant. Et puis, les vrais minimalistes, ce sont tous les
gens humbles, discrets, que vous rencontrez au quotidien, peut-être même dans l’ascenseur de votre
immeuble, mais que vous ne remarquez pas. La simplicité, c’est un état intime, non la photo Instagram
d’un intérieur dépouillé.
La tradition japonaise développe une certaine esthétique de la simplicité sur laquelle vous vous appuyez
pour développer votre vision minimaliste. Mais c’est
aussi un peuple de grands consommateurs, grands
pourvoyeurs de déchets. Où est le malentendu ?
Les jeunes Japonais ne diffèrent en rien des jeunes
Occidentaux : leurs selfies et leurs blogs leur suffisent
pour se sentir vivre et appartenir à une communauté.
Ils ont perdu le contact avec le Japon traditionnel
qui m’a inspirée. De fait, le Japonais moyen consomme à outrance. Mais il y a eu des sages prônant
la vie simple sur tous les continents. Saint François
d’Assise était tout aussi simple qu’un moine japonais
ou coréen, ou même que Bouddha.
« Éloge de la légèreté, Jeter l’inutile pour vivre plus
libre », de Dominique Loreau, Flammarion.
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Laissez vous porter
par l’émotion d’un sourire
Pascal Mannaerts
Quand vous partez avec Les Maisons du Voyage,
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la plus immersive qui soit. Grâce à une approche
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4
1
HÔTELS
DESIGN
DANS
L’ALENTEJO
L’AND Vineyards, à Montemor-o-Novo. Au sud du Portugal,
la province de l’Alentejo (la plus vaste du pays, dont la superficie
est supérieure à celle de la Belgique) a des petits airs de Toscane.
Une succession de champs, de collines couvertes de chênes-lièges,
de vignes et d’oliveraies. Au sein de cette immense plaine fertile,
dans un domaine de 70 hectares, s’est lové L’AND Vineyards Hotel.
Un ovni ultracontemporain posé dans la nature, avec vue panoramique
sur le lac et le vignoble, en surplomb de la cité médiévale d’Evora.
Réalisé par les architectes Marcio Kogan et Michael Biberstein, il joue
la partition du luxe épuré mais chaleureux. Les 25 suites (dont certaines
avec toit ouvrant pour observer le ciel étoilé), le spa Caudalie, la piscine
chauffée, le restaurant du chef Miguel Laffan - 1 étoile Michelin –,
le salon avec cheminée (notre photo), les dégustations de vins et autres
« expériences » font de cet hôtel une destination en soi.
À partir de 215 € la nuit. l-and.com/landvineyards
2
Sao Lourenço do Barrocal, à Monsaraz. Dans une ancienne ferme
du XIXe siècle, complètement réhabilitée dans les règles de l’art
et avec l’amour du patrimoine, un petit bijou d’hôtel. Les matériaux
naturels (terra cotta, bois, pierre, murs chaulés) dégagent une atmosphère
chic et champêtre. Balades à cheval, restaurant inspiré, piscine chauffée,
stages de yoga et, cerise sur le gâteau, un spa Susann Kaufmann.
À partir de 255 € la nuit. barrocal.pt
3
Herdade da Rocha, à Crato. Dans le Haut Alentejo, à 29 km
de Marvao, le Herdade da Rocha décline tous les codes
de la Farm House méridionale, version cool et moderne. On aime
l’architecture géométrique bardée de bois, la déco simple et joyeuse,
la cuisine régionale revisitée, les vélos à disposition pour sillonner
les environs et des dégustations de vins et d’huiles d’olive de la propriété.
À partir de la 89 € nuit. Herdadedarocha.pt/en
4
AND VINEYARDS
Casa Azimute, à Estremoz. Perchée sur une colline entre Evora
et Elvas (classées à l’Unesco), cette bâtisse cubique blanc immaculé
offre une immersion dans le paysage bucolique typique
de l’Alentejo. On cultive ici l’esprit « maison d’amis ». Quatre chambres
et deux suites zen où le béton brut se pare d’azulejos. Pas de restaurant,
mais de délicieux petits déjeuners, des paniers pique-nique
et une multitude d’activités à la carte.
À partir de 200 € pour 2 nuits. casa-azimute.pt/fr
Marie-Angélique Ozanne
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
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4 PLATINES MODERNES POUR SUBLIMER SES VINYLES
1
AUDIO TECHNICA AT-LP5 Cette
platine à entraînement direct associe
l’ancien et le moderne : bras légèrement
courbé en J comme sur les modèles des années
1960 de la marque et connecteur USB
pour numériser directement les disques
sur un ordinateur. Ajoutez un préampli avec
sortie audio, une cellule à double aimant
et une finition exemplaire et vous obtenez
un excellent rapport qualité-prix.
Non seulement il peut convertir les vinyles
en fichiers audio grâce à sa sortie USB,
mais il est capable de transmettre
le son sans fil à n’importe quelle enceinte
Bluetooth. Le produit se démarque
aussi par son châssis renforcé
par des fibres de carbone et son plateau
en acier sur palier en bronze.
799 euros.
4
SONY PS-HX500 Un beau produit
avec plateau en aluminium,
entraînement par courroie et moteur
à deux vitesses qui intègre en prime
un convertisseur pour numériser
les vinyles en très haute définition
DSD (Direct Stream Digital)
avec un échantillonnage à 5,6 MHz
ou 2,8 MHz, soit 64 ou 128 fois supérieur
au CD (44,1 Hz) et un codage sur 1 bit,
d’où une bande passante extralarge
et une dynamique inédite
sur toutes les fréquences.
399 euros.
2
REGA PLANAR 1 PLUS Tout a été
pensé pour faire de cette platine
à entraînement par courroie
l’une des meilleures au monde : moteur
silencieux de 24 volts, bras en aluminium
fabriqué à la main, socle rigide antivibration
et plateau en résine de 23 mm d’épaisseur.
Un préampli permet de la brancher
sur l’entrée auxiliaire d’une chaîne hi-fi.
439 euros.
3
ELIPSON OMEGA 100 CARBON RIAA
BT Voilà LE tourne-disque
made in France conçu pour l’ère numérique.
Elipson
88
à domicile ou dans
un point relais. À
partir de 14,90 euros
par mois. Proximité
oblige, chaque
producteur dispose
de sa fiche pour
permettre aux
consommateurs
d’en savoir plus.
BIOVOR Cette
appli permet
de sélectionner
son producteur bio dans un
rayon de 150 km et d’acheter
directement chez lui, au prix
qu’il a fixé librement. Adieu
les intermédiaires ! Un circuit
court qui compte une trentaine
de producteurs. La commande
peut être récupérée en point
relais ou directement chez soi.
FRICHTI Trois ans après
sa création, la start-up
se diversifie dans les produits
bruts. Au choix, près de
200 produits du marché
(fruits, légumes, viande,
poisson, fromage) et une
sélection d’articles d’épicerie.
La livraison dans Paris
et 28 villes de la proche banlieue
est garantie en 18 minutes.
3
1
MON-MARCHE.FR Créé
il y a dix ans, ce site
s’approvisionne en direct des
producteurs du marché de
Rungis. 62 fournisseurs, dont de
nombreux maraîchers et
artisans d’Île-de-France, le
livrent plusieurs fois par semaine.
Au total, ce sont 3 000 produits
frais et 1 200 références bio
qui sont proposés.
MONPOTAGER.COM
Ce site permet de louer
un lopin de terre virtuel
cultivé selon les principes
de l’agriculture raisonnée.
Reste à choisir la nature des
produits, leur quantité
(en fonction de la taille du foyer)
et la fréquence de livraison
(hebdomadaire, mensuelle…),
2
4
Keren Lentschner
Didier Sanz
4
SALONS PARISIENS POUR
UNE COULEUR DE RENTRÉE
1
VÉGÉTALE On ne présente
plus la marque américaine de
coloration naturelle Aveda dont,
à Paris, le temple est le salon
d’Emmanuel Montecino. Ici,
les reflets sont dosés (et facturés)
au pigment près, la chevelure
soignée aux plantes pour gagner
en vigueur et en brillance,
durant des mois.
7, rue du Louvre, Paris Ier,
tél.: 01 40 26 18 07.
2
MODE Delphine Courteille
a déménagé. On demande
Anna à la couleur, spécialiste des
nuances bonne mine travaillées
avec douceur, forcément
sublimées par le coup de ciseaux
de la star des studios et des
célébrités. Inès de la Fressange,
Sofia Coppola et Valérie
Lemercier sont des habituées.
5, rue de Babylone, Paris VIIe,
1er étage, tél. : 01 71 37 86 21.
4
STAR Impossible de passer,
dans un article sur
la coloration, à côté des effets
de lumière de Christophe Robin
– auteur du blond mythique
de Deneuve, mais faut-il
le rappeler ? La tonalité qui
illuminera le teint, la nuance qui
fera pétiller l’iris… Autant de
subtilités à découvrir désormais,
après sa suite au Meurice,
dans un hôtel particulier
du Sentier.
16, rue Bachaumont, Paris IIe,
tél.: 01 40 20 02 83.
Émilie Veyretout
8, rue du Mont-Thabor, Paris Ier,
tél.: 01 47 03 35 35.
3
RIVE GAUCHE C’est
étonnant et pourtant :
les bons salons de coiffure
manquaient à Saint-Germaindes-Prés. Installée au Bon
Marché, Marisol a redonné
des couleurs aux habitantes
du quartier avec ses formules
naturelles mais intenses :
cette saison particulièrement,
blond vénitien et roux cuivré.
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
Salon
Delphine
Courteille
ELIPSON ; FRANCK PRIGNET/LE FIGARO MAGAZINE ; DELPHINE COURTEILLE
4 SES
SITES POUR ACHETER
PRODUITS FRAIS
399 euros.
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6 CONCEPT
STORES OÙ DÉJEUNER,
DE NEW YORK À TROUVILLE
1
BONPOINT (PARIS) Bio, locavore,
végétarienne et sans gluten : la cuisine
d’Angèle Ferreux Maeght cumule les bons
points. Installée depuis le début de l’été au
cœur de la boutique de mode pour enfants
parisienne, sa Guinguette ravit les parents,
mais aussi les promeneurs
de Saint-Germain-des-Prés. À la carte,
menu enfant, smoothies, cookies…
En plus de ses recettes à base de superfood,
la Française expose une sélection pointue
de joaillerie, de meubles et des marques
de prêt-à-porter à l’esprit bohème.
102 Beach Rd Jumeirah 1, Dubaï.
www.comptoir102.com
5
6, rue de Tournon, Paris VIe, tél. : 01 43 26 14 06.
2
5 CARLOS PLACE (LONDRES) Le site
de vente en ligne Matchesfashion.com
pose ses valises en plein Mayfair. Un espace
de 700 m2 où sont programmés concerts,
masterclass, expositions et où sont vendues les
capsules exclusives des designers du moment.
Côté cuisine, un restaurant pop-up avec,
jusqu’à la fin du mois, le Holiday Café puis
l’arrivée des jus et energy balls du Maisie Café
parisien.
BONPOINT
5 Carlos Place, Mayfair, Londres.
www.matchesfashion.com
3
10 CORSO COMO (NEW YORK)
Comme à Milan, où Carla Sozzani a
ouvert son premier concept store en 1991
mêlant galerie, librairie, parfumerie, créateurs
Bonpoint
pointus et « la pasta », le petit dernier à New
York (2 600 m2 tout de même !) héberge
un restaurant italien. Une pause bienvenue
lors d’une balade le long de l’East River,
dans le Seaport District à Lower Manhattan.
1 Fulton Street, New York. www.10corsocomo.nyc
4
COMPTOIR 102 (DUBAÏ) En parallèle
de ses cantines parisiennes Wild & The
Moon (vegan, sans gluten et sans sucre),
Emma Sawko est à la tête d’un lieu de vie dans
le vieux quartier de Jumeirah, à Dubaï.
MAKE MY LEMONADE (PARIS) Lisa
Gachet fait partie de cette génération
de blogueuses entrepreneuses. Portée par
le succès de ses ateliers DIY, la trentenaire
a lancé sa marque et, ouvre, mi-octobre,
un espace sur le quai de Valmy où se retrouver
entre amies pour goûter les plats simples et
bons de la cantine bio Opoa, s’approvisionner
à la mercerie, apprendre à coudre…
61, quai de Valmy, Paris Xe. Makemylemonade.com
6
VILLA GYPSY (TROUVILLE) C’est une
affaire de famille, tenue par Céline Chauré
(la fille) et Nathalie (la mère)
dans une cour cachée de la ville normande.
Un endroit où s’entassent des souvenirs
de voyage, de l’artisanat, des t-shirts cool
et où l’on déguste les produits de la région
cuisinés par Victorine (la benjamine).
65, rue des Bains, Trouville. www.villagypsy.fr
Émilie Faure
Les meilleures histoires,
le meilleur de l’Histoire.
« Un ouvrage rigoureux, pétillant d’érudition,
qui se lit comme s’il s’agissait
de vingt nouvelles policières. »
Jean-Christophe Buisson
Meilleure vente
de livres d’Histoire *
* Source GfK France, segment Histoire de France, 2018.
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fin
90
QUELQUES MOTS
SUR MAYLIS DE KERANGAL
ALEXANDRE ISARD/MADAME FIGARO
par Étienne de Montety
C
ela se voit au premier coup d’œil, Maylis de Kerangal écrit
d’une main décidée. Elle jette des mots qui tombent sur
la feuille, justes, comme le pli impeccable d’un vêtement.
Presque un poème, un haïku.
Est-elle pressée, occupée, impatiente ? On le serait à moins.
Elle publie en ce mois de septembre un roman très remarqué,
Un monde à portée de main (Verticales), qui va la conduire à sillonner la France
à la rencontre de ses lecteurs. Entre eux, il y a désormais l’immense succès de
Réparer les vivants (2014). C’est pourquoi, à l’évidence, au moment d’évoquer
l’art de vivre, d’avoir du temps et de le prendre, elle veut d’abord retenir une
image de vacances. C’était le temps d’avant la rentrée littéraire, cette déferlante.
D’un côté, elle note qu’il y avait la fraîcheur du matin, la rivière et, de l’autre,
elle se rappelle le soleil qui montait et le café qui l’attendait. Un bivouac, une
pause dans la marche, dans le travail.
Le temps, dit-elle assurée, est à elle. Et par conséquent, le monde à portée de
sa main ; on sent qu’elle va se mettre à écrire, à donner forme à ses idées,
ses impressions. « Sept heures du matin, août… », ces mots sont des souvenirs
et une promesse.
F / L’ART DE VIVRE SELON LE FIGARO
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