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Le Figaro - 26 09 2018

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mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 054 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
RYDER CUP
DONALD TRUMP
TOUT SAVOIR SUR LE GRAND
RENDEZ-VOUS DU GOLF MONDIAL
EN FRANCE NOTRE SUPPLÉMENT
Migrants
Le défi barcelonais
de Manuel Valls
MÉMOIRE
Harkis : vers
une cérémonie
d’exception PAGE 5
COMMENT LE PRÉSIDENT AMÉRICAIN
VEUT MOBILISER LE MONDE CONTRE
L’IRAN PAGES 8 ET 9
La politique
de Macron
à l’épreuve
de l’« Aquarius »
ROYAUME-UNI
Brexit :
les travaillistes
piégés par leurs
contradictions PAGE 10
RELIGION
Le Pape pointe
« l’incohérence »
de l’Église PAGE 12
SANTÉ
Maladie de Lyme :
un diagnostic
bien trop fragile
Fâcher sa droite ou mécontenter sa gauche… Pour
esquiver le dilemme, le chef de l’État refuse l’accostage du
navire à Marseille mais propose d’accueillir 18 migrants.
PAGE 13
SOCIAL
Après 17 ans
de déficit, la Sécu
va repasser dans le
vert en 2019 PAGE 22
Une journée tendue de négociations. Mardi en fin
d’après-midi, quatre pays
ont finalement décidé d’accueillir les 58 migrants secourus en mer par l’Aquarius.
CINÉMA
« Un peuple
et son roi » : une
petite Révolution
Dix-huit viendront en France. À Paris comme à Bruxelles, c’est le soulagement.
Emmanuel Macron a évité à
la fois d’alimenter la colère
populaire et les procès en
trahison des valeurs françaises. Mais il cherche une solution pérenne. Un mécanisme
européen qui permettrait de
répartir les migrants peine à
voir le jour.
è LE SORT DES MIGRANTS RÉVEILLE LES CLIVAGES è POUR SOS-MÉDITERRANÉE, REGAGNER MARSEILLE
ET RETROUVER UN PAVILLON è À BRUXELLES, UN MÉCANISME DE RÉPARTITION DES RESCAPÉS PEINE
À VOIR LE JOUR è FOURQUET : « L’AQUARIUS EST UN SYMBOLE POLITIQUE » PAGES 2 À 4 ET L’ÉDITORIAL
n
n
n
L’ancien premier ministre a annoncé mardi soir
sa candidature à la mairie de la capitale catalane.
Une tentative inédite et un challenge pour Manuel Valls,
soutenu par le petit parti anti-indépendance Ciudadanos.
Dans son fief d’Évry, la succession du député
s’organise déjà. PAGES 6 ET 7
PAGES 16 À 19
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mardi :
Êtes-vous favorable
à l’armement des vigiles
privés ?
OUI
35 %
NON
65 %
M 00108 - 926 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@j@m@g@a";
TOTAL DE VOTANTS : 29 000
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sur lefigaro.fr
La France aurait-elle dû
accueillir l’Aquarius ?
TIMOTHY A. CLARY/AFP - SEBASTIEN
SORIANO/LE FIGARO
En préconisant l’ouverture de
la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires, l’avis du Comité d’éthique publié mardi, qui inspirera
le projet de loi du gouverne-
ment en novembre, ravive les
tensions. Dès mardi soir, les
« anti » et les « pro » ont manifesté aux abords du siège du
Comité consultatif national
d’éthique, à Paris. PAGE 11
ÉDITORIAL par Vincent Trémolet de Villers vtremolet@lefigaro.fr
n
n
PMA pour toutes :
partisans et opposants
fourbissent leurs armes
I
Fermer la porte
l faut qu’une porte soit ouverte ou fermée : quand un bateau, avec à son bord
des migrants, demande à accoster, il
n’y a plus de « en même temps » qui
vaille. Emmanuel Macron l’a bien compris. On pourra lui reprocher d’avoir utilisé
toutes les ressources de la casuistique et de la
géographie (le port le plus proche n’est pas le
nôtre !), souligner qu’il a finalement accepté
d’accueillir 18 des migrants de l’Aquarius,
n’empêche : il n’a pas voulu que ce bateau
rejoigne Marseille et il a bien fait. Les injonctions morales dans lesquelles se mêlent les
beaux principes et le cynisme, les analogies
historiques douteuses (Aquarius, Exodus) et
les intérêts économiques bien pensés n’y
changeront rien : il fallait choisir entre l’utopie de l’accueil universel et la réalité de la
frontière sans laquelle il n’y a plus de nation.
Depuis trop longtemps, en effet, la porte est
ouverte non pas parce que nous sommes généreux mais parce que nous ne savons même
plus comment la fermer. « Les opinions publiques ont l’impression que l’on ne contrôle
rien ! » s’exclamait Hubert Védrine en 2015
au début de la crise des réfugiés. Trois ans
plus tard, les peuples s’insurgent contre cette impuissance et la politique doit leur ré-
pondre. Il faut donc fermer la porte.
Le principe d’humanité ? Qui veut faire l’ange
fait la bête. À force d’invoquer la morale
contre l’intérêt national, c’est le droit d’asile
qui risque de disparaître. C’est l’objectif de
certaines ONG qui profitent de la générosité
de notre législation sur l’asile (personne ne
peut être refoulé si sa demande n’a pas été
étudiée) pour estomper toute distinction entre
réfugié, immigré et clandestin. Résultat, un
« migrant »
devient un « demandeur d’asile » qui,
même débouté, ne
sera presque jamais
reconduit à la
frontière.
On dira, enfin, que
l’accueil d’un bateau transportant 58 personnes, ce n’est pas
grand-chose. Mais la politique est aussi affaire de symboles : ce qui se joue, en arrièreplan, c’est le rapport de force entre les États
et les passeurs. Contrariés par l’Italie, ces
derniers cherchent désormais d’autres voies.
Dans ce bras de fer, la moindre faiblesse
aurait, pour Emmanuel Macron, un coût politique désastreux.
Le principe
d’humanité ?
Qui veut faire
l’ange fait
la bête
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
A
Quand
la musique
murmure
à l’oreille
des chevaux
Comment
expliquer la
longévité de la
Ve République ?
La tribune
du professeur
Emmanuel
Sapin
La chronique
de Bertille
Bayart
L’analyse
de Guillaume
Perrault
JOSEP LAGO/AFP
CHAMPS LIBRES
PAGES 30 ET 31
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
De nouveau,
une solution
européenne a été
trouvée, humaine
et efficace. Elle
respecte deux
principes essentiels
de responsabilité
et de solidarité :
le débarquement
dans un port sûr
proche et une prise
en charge solidaire
des personnes
à bord
»
ÉDOUARD PHILIPPE,
PREMIER MINISTRE
MARDI, DANS UN COMMUNIQUÉ
Macron tente d’échapper au
l’« Aquarius » par une répon
Le chef de l’État refuse au navire de migrants d’accoster à Marseille mais est prêt
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
LE DILEMME. À nouveau. Trois mois
après avoir refusé à l’Aquarius d’accoster
à Marseille pour y déposer 629 migrants
secourus en Méditerranée, voilà Emmanuel Macron confronté une nouvelle fois
à une demande du navire humanitaire
qui, depuis lundi, repointait son étrave
vers la Cité phocéenne, avec cette fois 58
migrants à son bord. « Nous faisons la demande solennelle et officielle aux autorités
françaises » de donner, « de manière humanitaire, l’autorisation de débarquer »
les rescapés, a réclamé le directeur des
opérations de SOS-Méditerranée, Frédéric Penard. Les mêmes causes produisant
les mêmes effets, le chef de l’État se retrouve dans la même situation intenable
qu’en juin dernier. Refuser la demande
de l’Aquarius et ouvrir le front au procès
en trahison des valeurs de la France d’un
côté ; accepter le débarquement des migrants et alimenter alors les discours populistes qui dénoncent une « submersion
migratoire » de l’autre. Le choix est cornélien mais Emmanuel Macron a déjà
tranché. Ce sera non. Comme il y a trois
mois. « Comment expliquer qu’un jour on
refuse et que le suivant on accepte ?, s’interroge un proche du chef de l’État. Pour
ma part, je ne saurais pas expliquer cela. »
Au nom du symbole, l’Aquarius et ses
rescapés ne sont donc toujours pas les
bienvenus à Marseille. « Si on accueille
l’Aquarius, on donne raison à Salvini qui se
fout du droit humanitaire, explique un ministre. C’est l’incarnation la plus pure de
l’extrême droite européenne. »
Face à lui, Emmanuel Macron plaide
pour une solution européenne. Elle a commencé à être mise en œuvre dès mardi.
Malte a annoncé accueillir l’Aquarius et ses
migrants qui seront ensuite répartis entre
la France, le Portugal, l’Espagne mais également l’Allemagne. « La solidarité euro-
L’Aquarius, le bateau de
SOS-Méditerranée (ici, en juin
dans le détroit de Sicile) a mené
de nombreuses opérations
de sauvetage en mer.
PAU BARRENA/AFP
Matthieu Orphelin : « Il faut trouver
la solution collectivement »
MÉLANIE VOLLAND £@MelanieVolland
LE DÉPUTÉ de Maine-et-Loire Matthieu
Orphelin, proche de Nicolas Hulot, a
pour habitude de porter des revendications de gauche au sein de La République
en marche. C’est en toute logique que
l’élu de la majorité, invité mardi du
« Talk Le Figaro », a plaidé pour une solution humaniste en faveur des 58 migrants de l’Aquarius. « C’est un sauvetage humanitaire, on ne va pas laisser le
bateau dériver avec la cinquantaine de
personnes à bord qui ont failli mourir et
qui ont fui l’enfer », a-t-il assuré. « Ce
sont des personnes qui ne restent que très
peu de temps sur le territoire où ils ont débarqué », tient à rappeler l’élu. Matthieu
Orphelin souligne également le « petit
nombre » accueilli lors de chaque naufrage. Or « depuis le début de l’année, plus
de 1 500 migrants sont morts noyés dans
la Méditerranée », rappelle le député.
sous l’égide de Matteo Salvini, devenu
ministre de l’Intérieur, refuse catégoriquement d’accueillir tout nouveau navire. Une posture que le député désapprouve, sans céder au fatalisme. « À
chaque fois, il y a une autre réponse possible », affirme Matthieu Orphelin, en
citant notamment l’Espagne et le Portugal, qui accueilleront une partie des
migrants de l’Aquarius.
Pour l’élu de Maine-et-Loire, il faut
A
1
« Une autre réponse possible »
Les associations SOS-Méditerranée et
Médecins sans frontières ont demandé à
la France, dès lundi soir, de pouvoir débarquer à Marseille, provoquant la division de la classe politique hexagonale.
Matthieu Orphelin a, lui, réaffirmé la
nécessité de « trouver la solution collectivement » au sein de l’Union européenne. Notamment à l’heure où l’Italie,
MATTHIEU ORPHELIN, mardi, dans
le studio du Figaro. MARMARA/LE FIGARO
« acter entre les différents pays volontaristes une répartition des demandeurs
d’asile ». C’est sur ce point que le bât
blesse. Persuadé que cette tragédie est
amenée à se répéter, il faut selon lui
« des mécanismes de réponse à ces phénomènes ». En la matière, le député accorde « toute [sa] confiance au gouvernement français, pour trouver une
solution coordonnée ». Quant à son groupe parlementaire, il l’estime capable de
faire bloc sur le sujet. « L’humanité fait
partie de nos valeurs fondatrices et personne d’entre nous n’imagine dire, comme
le font les Italiens, “on n’accueille pas”. »
L’élu récuse d’ailleurs les critiques
qui sont formulées à l’encontre de la
majorité, présumée incapable de demander des comptes au gouvernement.
Matthieu Orphelin l’affirme, les députés
ont réussi à se faire entendre à plusieurs
reprises. « On ne nous a pas écoutés sur
tout mais sur un certain nombre de choses, oui », assure le député. « Je peux
vous dire loi après loi ce qu’on a gagné »,
renchérit-il. Lui peut notamment se
targuer d’avoir réussi à amender la loi
Pacte. « On est plutôt à nous dire que
(nous déposons) trop d’amendements que
pas assez. » Selon lui, le groupe LaREM
n’a rien d’une chambre d’enregistrement, comme a pu le dire l’opposition.
« On nous disait “vous n’êtes que des godillots”, maintenant on nous dit “vous
n’êtes que des frondeurs”. » ■
Le sort des migrants réveille les
LORIS BOICHOT £@lboichot
ET EMMANUEL GALIERO £@EGaliero
LES DEUX crises européennes provoquées par le sort de l’Aquarius, en juin
et août dernier, avaient divisé la gauche
et la droite sur la question des migrants.
À huit mois des élections européennes,
cette troisième crise ne fait pas exception. Faut-il ouvrir un port français au
navire et accueillir les 58 migrants secourus en mer et présents à bord ?
Oui, répond la gauche à l’unanimité.
« Il y va de notre honneur », selon le
communiste Ian Brossat, future tête de
liste PCF aux européennes. Sinon,
« quelle crédibilité aura Macron lorsqu’il
fera la leçon à Salvini ? », demande-til. Le député des Bouches-du-Rhône
Jean-Luc Mélenchon abonde en ce
sens. « L’Aquarius doit pouvoir accoster
à Marseille. C’est notre devoir et notre
honneur », a estimé le chef de file de La
France insoumise (LFI).
Un avis partagé par le député européen écologiste Yannick Jadot, qui demande même à Emmanuel Macron
« d’accorder à ce navire humanitaire le
pavillon français », à l’image du chef de
file de Génération.s, Benoît Hamon.
« La France, patrie des droits de l’homme, si ces mots ont toujours un sens, doit
accorder son pavillon à l’Aquarius », affirme l’ancien candidat socialiste à la
présidentielle. Mais en refusant d’accueillir le bateau à Marseille, l’exécutif
a provoqué l’ire du premier secrétaire
du Parti socialiste (PS) : « Avec La République en marche, la France perd son
pavillon humaniste », a déploré Olivier
Faure.
À droite, le ton est à la fermeté. En
condamnant à la fois le rôle « ambigu »
des ONG et « l’hypocrisie totale » de
l’exécutif, Bruno Retailleau, président
du groupe Les Républicains (LR) au Sénat, a rebondi sur le problème connexe
de l’Espagne. Il a appelé le gouvernement à « verrouiller la frontière espagnole » car, selon lui, le flot de migrants
traversant les Pyrénées ne cesse d’enfler dans des proportions alarmantes.
« Appel d’air »
Son collègue Geoffroy Didier estime
que la France pâtit « lourdement du
manque de leadership de Macron en Europe ». Le secrétaire général délégué de
LR reproche au chef de l’État d’être
« incapable de convoquer un sommet
européen d’urgence et d’y imposer une
stratégie commune ». Pour lui, l’affréteur de l’Aquarius, l’association SOSMéditerranée, est également en cause.
« En alimentant l’appel d’air sans se
soucier de ses conséquences, ces prétendues ONG porteront une lourde responsabilité devant l’histoire », blâme le député européen.
Renaud Muselier, président LR de la
région Provence-Alpes-Côte d’Azur,
réclame, lui, la convocation « en urgence » d’une réunion des ministres de
l’Intérieur européens sur « la crise des
migrants », et Éric Ciotti, député LR des
LE FIGARO
dilemme de
se européenne
à accueillir 18 réfugiés en France.
ANNE ROVAN £@AnneRovan
CORRESPONDANTE À BRUXELLES
UN ÉTERNEL recommencement. Et, à
chaque fois, la perspective d’âpres négociations au sein de l’Union. Depuis
que l’Aquarius avait demandé lundi,
alors qu’il naviguait au large de la Libye, à accoster dans le port de Marseille, la tension était montée d’un
cran à Bruxelles, où les crises de l’été
autour de ce même Aquarius et du Diciotti sont encore dans toutes les têtes.
« Dès qu’un bateau de migrants arrive,
En ordre dispersé
Une façon de mettre en cause le vice-président du Conseil italien, Matteo Salvini,
qui a décidé de fermer tous ses ports aux
navires humanitaires. « L’Italie ne peut pas
se défausser de ses responsabilités, s’agace
un ministre. Depuis le début de l’été, seulement un millier de personnes sont arrivées.
Ce n’est pas un problème numérique mais
Salvini veut en faire une crise politique. » Au
fil des demandes d’accostage de l’Aquarius, le paysage politique européen se précise. Il correspond peu ou prou à ce que
prévoit ou espère Emmanuel Macron pour
le scrutin européen de l’année prochaine.
D’un côté, un bloc populiste emmené par
Matteo Salvini et le premier ministre hongrois Viktor Orban. De l’autre, le bloc progressiste emmené par lui-même.
Pour espérer emporter la mise l’an prochain, il doit pouvoir présenter des résultats sur ce dossier des migrations. Or pour
l’heure, ses propositions n’avancent pas.
Les pays de départ des migrants font la
sourde oreille à l’idée d’accueillir des centres d’accueil sur leur sol. Les pays de débarquement potentiel s’affichent en ordre
dispersé. Malte serait sur le point d’accepter d’ouvrir un centre fermé mais « l’Italie
les refuse car c’est le beurre politique de Salvini. Il n’a aucun intérêt à ce que cela s’arrête », accuse un ministre. Quant aux pays
d’accueil qui n’ont pas de frontière maritime, certains rechignent à accueillir des
migrants dans le cadre d’une répartition
européenne. Voilà pour le débat à long terme. À court terme, la classe politique s’enflamme, à commencer par la France. La
gauche a beau jeu de dénoncer « un pouvoir moralement décadent », des réponses
cela donne l’impression aux opinions
publiques que nous sommes encore en
pleine crise migratoire. Ce qui n’est pas
le cas », souligne un diplomate européen en pointant, au-delà des enjeux
humanitaires, les risques politiques inhérents à ces arrivées très médiatisées.
Il fallait donc aller vite. Aller plus vite
que les fois précédentes pour couper
l’herbe sous le pied aux dirigeants de
l’UE qui, selon les mots d’un diplomate
européen, « prospèrent à chaque fois
qu’une crise se produit autour des migrants ». Les discussions se sont intensifiées ces dernières heures entre un pe-
tit nombre d’États membres. Il s’agissait
d’abord de savoir où l’Aquarius pouvait
accoster. Non pas à Marseille mais
« dans le port sûr le plus proche », comme le prévoient à la fois le droit maritime et les nombreux textes juridiques
concernant le sauvetage en mer, avait
fait valoir dès lundi Paris en demandant
mardi à Malte d’accueillir le bateau
alors que les Italiens s’y refusaient. Malte a finalement accepté non sans avoir,
selon une source européenne, conditionné son feu vert à une répartition
préalable des migrants entre différents
États membres. Au final, quatre pays
accueilleront les 58 migrants de l’Aquarius : 15 iront en Espagne, 15 en Allemagne, 10 au Portugal et 18 en France.
Quant à l’Aquarius, qui n’a plus de pavillon, « il se rendra ensuite à Marseille »,
a indiqué mardi Matignon.
Soulagement
À Paris comme à Bruxelles, c’est le
soulagement qui dominait mardi soir.
De fait, le blocage a été évité. Ce que le
petit nombre de migrants à bord de
l’Aquarius a rendu possible. Qu’en
aurait-il été s’il avait été question de
plusieurs centaines de migrants, comme l’été dernier ? Les discussions
auraient sans doute été interminables.
Alors que la réforme du droit d’asile
s’enlise, certains États membres - la
France, le Benelux, les pays nordiques, etc. - appellent de leurs vœux la
mise en place d’un mécanisme dit
« provisoire » qui permettrait de répartir les migrants sur la base du volontariat entre plusieurs pays sans
avoir à se lancer dans de longues négociations à l’approche de chaque nouveau bateau. Quant aux pays qui ne
souhaiteraient pas accueillir de migrants - Hongrie, Italie, etc. -, il leur
serait demandé de se montrer solidaires d’une autre manière : en participant au financement de l’accueil des
migrants, en consacrant davantage de
moyens au développement des pays
d’origine, etc. À Salzbourg, Emmanuel
Macron semblait convaincu qu’une
majorité de pays de l’UE pouvaient se
retrouver autour d’un tel mécanisme
d’ici la fin de l’année. Un objectif pour
le moins ambitieux au regard des lignes de fracture que connaît l’Union
sur la question des migrations. ■
Salvini s’en prend
encore à Macron
S’il en est un qui se réjouit des
hésitations de la France pour autoriser
l’Aquarius à entrer dans le port
de Marseille, c’est bien Matteo Salvini.
Le ministre italien de l’Intérieur s’en est
pris une nouvelle fois à Emmanuel
Macron en le traitant d’« d’hypocrite ».
L’accusation est même devenue pour
lui une ritournelle. Il y a quelques jours,
il déclarait encore : « La France est le
pays qui a la dette la plus lourde à notre
égard. Elle s’était engagée à accueillir
9 816 migrants et n’en a autorisé que
640. Si vraiment Macron veut prouver
qu’il a un cœur d’or, qu’il donne tout
de suite l’ordre de faire entrer sur son
territoire les milliers d’autres qu’il aurait
dû prendre depuis belle lurette. »
« Que le héraut de la lutte contre
le nationalisme et la xénophobie ferme
les portes de son pays aux immigrés,
c’est un comble », poursuit-il. Salvini
n’avait pas commenté mardi l’accord
entre Berlin, Paris, Madrid et Lisbonne
pour accueillir les 58 migrants
de l’Aquarius.
R.H. (À ROME)
clivages
Alpes-Maritimes, s’est opposé à l’accueil du navire en France.
Cette position est largement partagée
par les souverainistes. Nicolas DupontAignan, président de Debout la France
(DLF), accuse l’association humanitaire
en charge du navire de « manipuler
l’opinion », voire d’être « complice des
passeurs » et « des mafias ». Pour Marine Le Pen, leur responsabilité va au-delà. La présidente du Rassemblement national (RN) pointe du doigt les
« passeurs de l’Aquarius », en jugeant
« inadmissible » leur volonté de « mettre
les Français devant le fait accompli ». ■
3
À Bruxelles, un mécanisme de répartition
des migrants peine à voir le jour
Tel. 01.55.35.20.20
gouvernementales « éloignées de notre humanité » ou un manquement à « notre
honneur ». À droite, on demande à Emmanuel Macron de « reconduire » les migrants. Comme il y a trois mois. Comme la
prochaine fois que l’Aquarius reviendra. ■
L'ÉVÉNEMENT
Photographie Retouchée
péenne devra s’exercer », avait prévenu un
peu plus tôt dans la journée le ministre de
l’Intérieur, Gérard Collomb, ouvrant ainsi
la voie à l’accueil de migrants après répartition entre différents pays de l’Union.
C’est toute la complexité de la gestion
de ce type de crise. Le président de la République ne veut pas offrir de symbole
politique à l’extrême droite en laissant les
migrants débarquer sur son sol mais,
dans le même temps, il accepte d’accueillir des migrants lorsqu’ils débarquent dans un autre pays. Au total, selon
des sources gouvernementales, la France
a accueilli environ 250 migrants au gré
des demandes successives des bateaux
humanitaires. En clair, la France est
d’accord pour accueillir une partie des
réfugiés sur son sol mais pas de laisser les
navires débarquer si d’autres pays peuvent les accueillir auparavant.
mercredi 26 septembre 2018
#CIAOBYTODS
DERNIER BATEAU humanitaire en Méditerranée centrale, ce navire est devenu
un symbole de la crise qui divise l’Europe.
SOS-Méditerranée, l’ONG qui affrète
- avec son partenaire médical Médecins
sans frontières (MSF) - l’Aquarius, appelle l’UE au secours : alors que le navire,
déjà privé d’immatriculation par Gibraltar, risque de perdre le pavillon panaméen qu’il avait obtenu le 20 août, Francis Vallat, président de l’ONG, « lance un
appel pour que l’Aquarius puisse battre
pavillon européen ». « Le drame actuel est
un problème européen », renchérit Tho-
mas Bischoff, président de SOS-Méditerranée Suisse.
C’est en réaction à l’arrêt de Mare Nostrum, l’opération de la marine italienne
ayant permis de secourir 150 000 personnes entre 2012 et 2014, qu’est créée, en
2015, en Allemagne, SOS-Méditerranée.
« Nous ne pouvons accepter que des milliers de personnes meurent en mer sous nos
yeux, aux portes de l’Europe, lancent les
cofondateurs, le capitaine de marine
marchande Klaus Vogel et la responsable
humanitaire Sophie Beau, le 9 mai 2015
(Journée de l’Europe). Notre action de
sauvetage en mer répond à un impératif
moral et légal. » Sauver des vies, protéger
les rescapés et témoigner de la situation
en mer : voilà ses « trois missions principales ». SOS-Méditerranée est aujourd’hui un réseau européen constitué de
quatre associations, en France, en Allemagne, en Italie et en Suisse, qui mènent
conjointement des opérations de sauvetage le long de « la route maritime la plus
mortelle du monde », où « plus de 1 250 »
migrants se sont noyés depuis le début de
l’année. Elles développent également,
dans leurs pays respectifs, des actions de
mobilisation citoyennes.
Financée à 93 % par des dons privés,
l’association française compte quelque
300 bénévoles répartis sur onze antennes.
« On a l’impression de faire le travail des
États », affirme Jean-Yves Abécassis,
membre du conseil d’administration et
responsable de la sensibilisation scolaire.
Depuis trois ans, une quarantaine de bénévoles font des interventions devant des
collégiens ou lycéens, et même des écoliers depuis le printemps dernier.
« On leur transmet le principe moral du
devoir d’assistance à personne en danger,
explique-t-il. Si vous voyez un enfant se
noyer dans une piscine, vous foncez le sauver ! Les questions comme “Où sont ses parents ?”, “Est-ce que les barrières de sécurité étaient aux normes ?”, vous les
remettez à plus tard. » Que répondent-ils
aux critiques accusant leur ONG de faire le
jeu des passeurs ? « L’hypothèse de l’appel
d’air, on ne la balaie pas, on voit si elle est
justifiée ou pas, réplique Jean-Yves Abécassis. Or le pronostic que l’arrêt des secours, après Mare Nostrum, allait engendrer l’arrêt des départs ne s’est pas vérifié.
Il faut entendre ce qu’est l’énergie du désespoir, la même qui anime les gens qui se jettent du haut d’un immeuble en flammes ! »
Privé d’immatriculation, l’Aquarius,
qui a entamé sa mission en février 2016 et
revendique le sauvetage de plus de 29 000
personnes, risque de devenir un navire
fantôme dès qu’il aura touché terre. Regagner Marseille, port d’attache du navire et siège de SOS-Méditerranée, est donc
crucial, insiste l’association, pour « mener ce combat, qui va être difficile, pour repavillonner l’Aquarius ». ■
A
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
2
Pour SOS-Méditerranée, regagner Marseille et retrouver un pavillon
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
Jérôme Fourquet : « L’“Aquarius”
est un symbole politique »
Rappelant aux uns
l’« Exodus », aux
autres les cargos du
« Camp des saints »,
l’« Aquarius » est au
cœur d’une bataille
de communication.
PROPOS RECUEILLIS PAR
PAUL SUGY £@pl_sgy
Jérôme Fourquet est directeur du
département Opinion de l’Ifop. Il a publié
récemment Le Nouveau Clivage (éditions
du Cerf).
LE FIGARO. - L’Aquarius revient pour
la troisième fois au cœur de l’actualité
politique et médiatique.
Comment un simple bateau peut-il mobiliser à ce point les débats ?
Jérôme FOURQUET. - L’Aquarius n’est
pas un simple bateau mais un symbole,
tant de la crise migratoire actuelle que des
défis qu’elle pose aux gouvernements
européens en matière d’accueil des migrants, de gestion des frontières et de coopération entre les États. Cette symbolique
n’est pas neutre : les naufrages se sont, hélas, succédé en Méditerranée, or l’Aquarius est un navire de sauvetage. Il rappelle
d’autres bateaux célèbres, comme l’Exodus, qui transporta en 1947 des Juifs rescapés de la Shoah, ou encore l’Île de lumière,
navire affrété en 1979 pour secourir les
boat people en mer de Chine. Les ONG
sont conscientes de cette symbolique et
jouent avec, à dessein, afin de mobiliser les
opinions publiques. Par ailleurs, dans
l’imaginaire collectif, ce type de bateaux
rappelle Le Camp des saints, roman dans
lequel Jean Raspail fait s’échouer des
cargos remplis de migrants sur les plages
de la Côte d’Azur. Ce qui est primordial
pour le gouvernement, c’est donc qu’il n’y
ait pas d’images d’un bateau entier de mi-
Un enfant sauvé par l’équipage de l’Aquarius, le 24 mai 2016, au large des côtes libyennes.
GABRIEL BOUYS/AFP
graphie vient à son secours : comme le
droit maritime prévoit que le
port d’accueil soit le plus proche du
lieu de sauvetage, les ports français ne
seront probablement jamais directement concernés, même si des ONG
cherchent délibérément à accoster
chez nous pour faire pression sur
le gouvernement.
Face à son
électorat, faEmmanuel Macron doit afficher
vorable à l’accueil, Emmason humanisme, tout en mettant
nuel Macron
en valeur sa collaboration
doit à la fois
avec les autres États européens
afficher son
humanisme,
tout en mettant en valeur sa collaboraQuel équilibre peut trouver Emmanuel
tion avec les autres États européens,
Macron, alors que l’Aquarius fait
car c’est un aspect important du logiapparaître un net clivage au sein
ciel macronien ; mais face au reste de
de l’opinion publique ?
l’opinion, il doit aussi faire preuve de
La ligne de crête qui s’offre à lui est
fermeté à l’égard des ONG. Cet exercidifficile à tenir : il s’agit d’afficher sa
ce d’équilibriste est d’autant plus comfidélité aux valeurs humanistes, tout en
pliqué que Collomb, sur lequel il
rassurant l’opinion qui ne souhaite
s’appuyait beaucoup, a annoncé sa dépas une ouverture incontrôlée des
mission.
frontières. Heureusement, la géo-
Faut-il enfin s’attendre
à ce que l’immigration soit au cœur
des élections européennes qui auront lieu
dans huit mois ?
Oui. On voit d’ores et déjà que ce sujet a
été fondamental lors des derniers scrutins
en Europe : la Suède, l’Italie l’ont prouvé,
et la campagne en Bavière est imprégnée
par cette thématique. Emmanuel Macron
veut clairement instaurer un match, sur ce
terrain, face à Orban et Salvini. Toutefois,
un bémol : en mai prochain, la saison des
« passeurs » n’aura pas réellement repris,
et nous serons trois mois seulement après
le Brexit, qui peut éventuellement s’insérer aussi dans la campagne. Cela étant dit,
comme du reste l’abstention risque d’être
forte, le scrutin sera remporté par le parti
qui mobilisera le moins mal son électorat.
L’immigration peut donc être un levier
pour Le Pen ou Dupont-Aignan, voire Les
Républicains - mais ceux-ci risquent de
peiner à fédérer une liste parfaitement
univoque sur la question migratoire. Emmanuel Macron, lui, devra réussir à tenir
le cap, entre des critiques virulentes venant de chaque côté de l’opposition.■
grants débarquant dans un port français.
Lors des deux précédents épisodes de
l’Aquarius, la France a conclu des accords
avec d’autres pays européens pour accueillir une partie des migrants secourus.
Ils ont débarqué en Espagne ou à Malte,
puis sont arrivés en avion ou en bus, loin
des caméras, l’image étant bien moins
forte sur le plan symbolique.
«
»
Les premiers rescapés sont à Lille ou dans l’Ain
MARIE TRANCHANT ET CERISE ROCHET
LILLE ET SAINT-ÉTIENNE
A
78 PERSONNES sauvées mi-juin par
l’Aquarius ont déjà été accueillies en
France. 42 d’entre elles se trouvent à
Lille. « Ça se passe bien », assure la
maire, Martine Aubry. Elles sont logées
dans un ancien Ehpad qui avait hébergé
auparavant des réfugiés syriens, afghans,
puis des femmes SDF, et enfin des migrants de Calais. Quand le lieu a été vidé,
la maire de Lille a indiqué au ministère de
l’Intérieur que les places pouvaient être
attribuées à ces rescapés.
Les 42 hommes, âgés de 18 à 30 ans,
tous originaires du Darfour mais d’ethnies différentes, ont pour certains vécu
dans des camps de réfugiés au Tchad,
d’autres ont été esclaves. Après le tri effectué par l’Office français de protection
des réfugiés et apatrides (Ofpra), ils ont
donc atterri à Lille, avec comme premier
objectif l’obtention de papiers. Accompagnés par l’association La Sauvegarde,
ils sont maintenant dans une phase d’apprentissage du français. « Ils sortent, ils
s’occupent, assure Martine Aubry. L’autre
jour, l’un est venu vers moi et m’a dit : “Tu
vois, on a fait des progrès en français.” »
Une fois le niveau de langue acquis, ils
intégreront un parcours d’insertion qui
est actuellement préparé en lien avec la
chambre des métiers et le conseil régional. « Ils en veulent, raconte encore la
maire de Lille, ils ne sont pas dans une logique d’assistance et sont très reconnais-
sants. Certains sont traumatisés mais ils
ont aussi une gaieté et une énergie incroyables. »
Plusieurs restaurateurs auraient déjà
indiqué être intéressés par cette maind’œuvre potentielle, mais la mairie et La
Sauvegarde veulent faire les choses dans
l’ordre. « L’un d’entre eux m’a dit : “Pour
la première fois de ma vie, je suis heureux” », confie encore Martine Aubry,
qui indique qu’il reste une vingtaine de
places vacantes à Lille.
Obtenir le statut de réfugié
Dix-neuf autres personnes débarquées de
l’Aquarius ont été accueillies en région
Auvergne-Rhône-Alpes. Elles ont été réparties dans six communes de l’Ain, de
l’Isère, de la Drôme et de la Haute-Sa-
voie. Depuis, toutes ont déposé une demande d’asile sur le territoire, afin d’obtenir le statut de réfugié. Statut qu’elles
devraient normalement acquérir, compte tenu de la reconnaissance, ou « présélection », effectuée en amont par l’Ofpra,
en fonction, notamment, de leurs pays de
provenance (Érythrée et Soudan). « Généralement, l’instruction prend entre trois
et quatre mois, donc ces personnes arrivent
à présent en fin de procédure, souligne
Sami Boubakeur, responsable de la direction territoriale de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration).
La prochaine étape sera de les insérer dans
les dispositifs d’intégration existants, afin
qu’elles puissent apprendre le français,
puis se construire un avenir professionnel. » ■
LA CORSE
TOUJOURS
PRÊTE À
ACCUEILLIR
LE BATEAU
Après s’être montrée favorable
à l’accueil de l’Aquarius en juin
et août dernier, la Corse est
toujours prête à ouvrir ses ports
pour le navire de migrants.
« Notre position n’a pas changé,
elle est la même qu’il y a
quelques semaines », souligne
Jean-Guy Talamoni, président
de l’Assemblée de Corse, invité
à s’exprimer sur le sujet pour
Le Figaro. Le 29 juin dernier,
une motion déposée par
Jean-Charles Orsucci, leader
du groupe LaREM à l’Assemblée
de Corse, se montrait
« favorable à l’accueil des
migrants ». La délibération
adoptée par une majorité d’élus
demandait « la création d’une
commission ad hoc, composée
de membres de l’Assemblée
de Corse, de présidents
d’intercommunalités,
de maires et des services
de l’État, chargée de trouver
des solutions pour un accueil
efficace des migrants ». En 2015,
l’Assemblée de Corse avait déjà
voté à l’unanimité une telle
motion. Preuve que cette
problématique rassemble
au-delà de la famille
nationaliste. « Les institutions
corses sont allées dans le même
sens et ont confirmé mes
propos puisque j’avais été
le premier à intervenir
sur la question », appuie
le leader indépendantiste
Jean-Guy Talamoni. Reste que
la collectivité de Corse n’a pas la
compétence pour prendre une
telle décision sur le territoire
régional : « Sur ce sujet,
la préfecture a simplement
répondu que seul l’État avait
le pouvoir d’agir et de décider
de cette question. Sur le plan
juridique, c’est vrai, mais, sur
le plan politique, nous sommes
les représentants des Corses.
Nous avons été élus au suffrage
universel, alors que la préfète
est désignée par Paris »,
soutient Jean-Guy Talamoni.
Opposé à cette démarche, JeanMartin Mondoloni, leader de la
droite régionaliste à l’assemblée
régionale, dénonce, lui, « le
risque d’instrumentalisation
de la misère et de la détresse
avec le soutien de la majorité
nationaliste. Dépourvus de
centres d’accueil, de structures
d’hébergement et de soins,
nous ne pouvons rien
promettre d’autre aux migrants
que de s’échouer sur une autre
rive… ».
ANTOINE GIANNINI
LE FIGARO
POLITIQUE
mercredi 26 septembre 2018
5
Harkis : vers une cérémonie d’exception
Travail de mémoire, geste financier : des mesures ont été annoncées, notamment pour aider les familles.
JEAN CHICHIZOLA
MÉMOIRE « Le président de la République
m’a chargée de vous dire qu’il souhaite accomplir au nom de la France un geste fort
de reconnaissance. En son nom, c’est un
honneur de vous annoncer qu’il présidera
une cérémonie d’hommage exceptionnel
dans les prochains mois. » Mardi, aux Invalides, la secrétaire d’État aux Armées,
Geneviève Darrieussecq, a révélé aux
harkis et à leurs familles, rassemblés pour
une journée nationale d’hommage, la
forme que prendrait la reconnaissance
officielle et solennelle de la responsabilité
de l’État dans le drame de ces « supplétifs » s’étant battus pour la France pendant la guerre d’Algérie. Point de loi ou
de résolution parlementaire, donc, mais
un moment symbolique sous l’autorité du
chef de l’État et des Armées. L’événement pourrait se dérouler en décembre
ou en janvier, et l’Élysée songe au Panthéon, à ses grands hommes et à sa patrie
reconnaissante.
Pour le reste, Geneviève Darrieussecq a
détaillé les mesures retenues pour aider
ces harkis et leurs proches en difficulté.
Un plan issu d’une concertation de six
mois sous l’égide d’un groupe de travail
comptant des représentants des harkis et
de leurs enfants. La ministre en a profité
pour rendre un vibrant hommage « aux
harkis et aux membres des formations supplétives ou assimilés qui servirent la France », saluant « leur fidélité, leur abnégation, leur sacrifice, leur engagement et leur
courage ». Par sa voix, la France a rendu
« un hommage solennel à ceux qui, abandonnés par la France, subirent de violentes
représailles ou connurent le pire. […] Oui, il
y a cinquante-six ans, en Algérie, la France
a de fait abandonné une partie de ses propres soldats, une partie de ses propres citoyens, et a manqué à son devoir d’accueillir ou de protéger tous ceux qui
s’étaient battus pour elle ». Sans oublier
« tous ceux qui durent quitter leur terre natale et furent rapatriés. Ils espéraient la
Des vétérans, mardi, pendant la cérémonie officielle dans la cour d’honneur de l’hôtel national des Invalides, à Paris.
fraternité de la République, ils ont été
confrontés à l’oubli ou à l’hostilité. Avec
leurs familles, ils ont connu le déracinement, la précarité et une relégation inacceptable dans des camps de transit, des hameaux de forestage ou des cités urbaines ».
mentation de 400 euros des allocations,
hausse dépassant la somme totale des
augmentations survenues depuis 2015. Et
également la mise en place d’« un dispositif de solidarité créé dès 2019, et pour une
PHILIPPE LOPEZ/AFP
durée de quatre ans, pour les fils et filles de
harkis » en difficulté après examen individualisé de leur situation. Ces deux mesures seront présentées dans le projet de
loi de finances pour 2019.
Au-delà de ce volet financier, l’essentiel des mesures annoncées se concentre
sur les enjeux de reconnaissance et de
mémoire. Reconnaissance de la nation
par une nouvelle série de décorations (nos
éditions du 21 septembre). Entretien et
transmission de la mémoire à l’école et au
dehors. Concernant le milieu scolaire, un
effort sera fait pour mettre à disposition
des professeurs de lycée et de collège plus
de sources documentaires et une grande
exposition nationale sur l’engagement
des harkis pourra également « tourner »
en France. Plus largement, les recueils de
témoignages seront intensifiés et l’accent
sera mis sur l’entretien des lieux de mémoire (camps de transit…), les travaux
scientifiques et les projets culturels.
Dans un domaine plus spécifique, la
Délégation interministérielle à la lutte
contre le racisme, l’antisémitisme et la
haine anti-LGBT ainsi que l’Office national des anciens combattants seront mis à
contribution pour lancer des « actions de
prévention et de lutte contre les injures et
les discriminations à l’encontre des anciens
harkis ». Enfin, Geneviève Darrieussecq
n’a pas fait l’impasse sur le sujet le plus
sensible : celui du retour des harkis sur
leur terre natale. « Le gouvernement, a-telle souligné, poursuivra le travail diplomatique entamé avec les autorités algériennes pour leur permettre de retourner
plus facilement en Algérie. » Au vu des
réactions d’Alger sur le sujet, le projet
semble ambitieux. ■
Transmission de la mémoire
Comme l’a souligné mardi l’oratrice, cinquante-six ans plus tard, « des blessures
et des attentes » demeurent. Pour dire le
moins, serait-on tenté de préciser quand
on sait que des associations de harkis ont
dénoncé un plan « ridicule ». Geneviève
Darrieussecq a en tout cas précisé les mesures financières : « 40 millions d’euros
supplémentaires consacrés aux anciens
harkis et à leurs enfants au cours des quatre prochaines années. » Soit une aug-
Geneviève Darrieussecq :
« Compléter la réparation,
améliorer la reconnaissance »
”
GENEVIÈVE DARRIEUSSECQ, SECRÉTAIRE D’ÉTAT
AUPRÈS DE LA MINISTRE DES ARMÉES
Vous insistez sur l’importance
des femmes dans la communauté harki…
C’est exact. Deux choses me paraissent
essentielles. D’abord, huit femmes ont
été décorées. Deux ont servi dans les services de santé pendant la guerre et six
sont des filles de harkis aux parcours professionnel et associatif remarquables. En
outre, il est essentiel de faire témoigner
les femmes de harkis qui le peuvent, ainsi
que leurs filles. Car il faut des témoignages féminins, décrire les choses à leur
manière. Ce qui viendra s’ajouter aux témoignages déjà existants des harkis. Je
crois énormément à la transmission de la
mémoire aux jeunes générations en particulier.
Que dites-vous aux harkis qui critiquent,
parfois avec virulence, vos mesures
en disant : trop peu, trop tard ?
Beaucoup de choses ont été faites jusqu’à
aujourd’hui. Nous souhaitons compléter
Quelles sont les prochaines étapes
dans ce travail de mémoire ?
Nous travaillons avec les autorités algériennes sur la question des disparus :
1 500 civils et 500 militaires français qui
n’ont jamais été retrouvés. Maurice
Audin était l’un d’entre eux, mais il y a
eu aussi des militaires ou des civils français enlevés par le FLN. Il y a à chaque
fois des familles qui attendent des réponses. L’idée est de parvenir à un acte
de vérité afin d’avancer vers une réconciliation des mémoires, qui resteront
différentes mais qui pourront se parler,
se côtoyer.
Les autorités algériennes sont-elles prêtes
à coopérer sur cette question ?
J’ai rencontré le secrétaire général de
l’organisation des moudjahidine, qui était
prêt à faire en sorte que nous puissions
accélérer les choses en la matière. Je voudrais que les choses avancent, c’est important. Il faut qu’on se mette d’accord
sur une méthode. J’aimerais pouvoir me
rendre en Algérie début 2019 et aborder
notamment cette question.
Alger est farouchement hostile
à un retour des harkis en Algérie…
Nous avons besoin de temps. Il faut être
patient et persuasif et, avec nous, le ministre des Affaires étrangères continue à
travailler sur le sujet. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR J. C.
CIEL ME VOILÀ !
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aux passagers abonnés HOP! Air France sur les vols domestiques depuis le 1er avril 2017.
1
“
On fait un
mauvais procès à la
France en disant que
rien n’a été fait
la réparation, améliorer la reconnaissance et le chef de l’État le fera également. On fait un mauvais procès à la
France en disant que rien n’a été fait. En
réalité, je ressens surtout que pour la majorité des harkis et de leurs enfants, l’important c’est la reconnaissance. Rencontrer ces anciens combattants est toujours
un moment émouvant pour moi. En dépit
de leurs souffrances, ils restent avant tout
attachés à la France, ils la respectent.
Après Nicolas Sarkozy et François Hollande, Emmanuel Macron veut parachever ce moment de reconnaissance de la
France.
A
LE FIGARO. - En quoi les nouvelles
mesures financières prises en faveur des
harkis diffèrent-elles des plans adoptés
au cours des dernières décennies ?
Geneviève DARRIEUSSECQ. - Nous créons
un fonds spécifique de solidarité pour les
enfants de harkis, cela n’a jamais existé
auparavant. Nous soutiendrons ceux qui
sont dans une précarité liée à leurs conditions de vie dans leur enfance. Mais cela ne
suffit pas : je veux qu’ils soient accompagnés de façon personnelle pour retrouver
de l’autonomie par la formation professionnelle et l’accès à l’emploi. Je veillerai à
ce que cela soit mis en œuvre dans tous les
territoires par le biais de l’Office national
des anciens combattants et victimes de
guerre.
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Conquérir Barcelone, le défi osé de
Candidat aux
municipales de
2019, l’ex-premier
ministre quitte
la vie politique
française. Une
aventure inédite.
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL £@TristanQM
ENVOYÉ SPÉCIAL À BARCELONE
LE REVOILÀ sur ses terres natales. Manuel Valls a officialisé, mardi, sa volonté
de conquête de la Mairie de Barcelone à
l’occasion des municipales de mai prochain. « Après un temps sérieux de réflexion, j’ai pris une décision : je veux être le
prochain maire de Barcelone », a-t-il lâché
en catalan. Il abandonne par la même occasion son mandat de député de l’Essonne
(lire page 7). « Je quitte toutes mes responsabilités en France », a-t-il annoncé.
Le pari est à quitte ou double pour le
Français de 56 ans. Marginalisé dans
l’Hexagone depuis sa défaite à la primaire
de la gauche puis par la victoire d’Emmanuel Macron, Manuel Valls veut rebondir
en Catalogne, mais le terrain politique y
est glissant. À Barcelone, un front d’indépendantistes attend au tournant celui
qui, depuis plusieurs mois, a multiplié les
déclarations en faveur de l’unité de l’Espagne. Néanmoins, il espère que son arrivée surprise suscitera le sursaut de l’élite
pro-européenne de la ville et ainsi tirer
son épingle du jeu dans cette élection
proportionnelle à un tour. Démarché par
Ciudadanos (centre droit), il promet de
s’extraire de cette seule étiquette pour
construire un large arc gauche-droite
anti-indépendance, dans lequel la société
civile serait très largement représentée…
Comme un air de macronisme par-delà
les Pyrénées.
Surtout, il pense pouvoir compter sur
le mécontentement d’une partie de la population qui se désole du recroquevillement de la ville. Près de 2 000 sièges sociaux ont quitté la Catalogne depuis que
les indépendantistes ont haussé le ton.
Dans chacune de ses interventions, Manuel Valls se présente en champion proeuropéen qui refera de Barcelone une ville qui compte sur le continent. Ce n’est
pas un hasard si Manuel Valls a sollicité
Xavier Roig pour le conseiller. L’homme
est présenté dans la presse locale comme
le « gourou » d’une figure de la ville : Pasqual Maragall. Édile pendant près de
quinze ans (1982-1997), c’est « le maire
olympique », celui qui a fait connaître
Barcelone à l’international et qui a transformé la ville avec de grands travaux.
« Un maire visionnaire et attachant », dit
Valls. Xavier Roig était son chef de cabinet. Il connaît tous les rouages de la ville
et a participé aux victoires de Pasqual
Maragall en 1983, 1987, 1991 et 1995. Pas
un hasard, non plus, si Manuel Valls s’est
déclaré depuis le Centre culturel contemporain de Barcelone (CCCB), impulsé par
l’ancien maire.
Le signal est d’autant plus fort que le
frère de l’ex-édile, Ernest Maragall, est
lui aussi candidat. « Manuel Valls est le
candidat des riches », a-t-il déjà clamé à
la télévision TVE. Âgé de 75 ans, Ernest
Maragall est actuellement le conseiller
chargé des Affaires extérieures de la Catalogne - sorte de ministre régional. Ancré à gauche, il est en faveur de l’indépendance.
Manuel Valls fera aussi face à la maire
sortante, Ada Colau. Ex-militante pour le
droit au logement, elle gouverne avec le
soutien de Podemos (gauche radicale).
Sans être clairement en faveur de l’indépendance de la Catalogne, elle défend la
tenue d’un référendum. Son bilan est
contesté. « Un triste mélange de populisme
et de nullité managériale, avec un accommodement heureux dans les miels du pouvoir », raille l’éditorialiste et ex-élue de
“
Si Manuel Valls ne m’a
jamais paru être un gars
sympa, il incarne
professionnalisme
et rigueur
”
L’ÉDITORIALISTE JOAQUIN LUNA
DANS LE QUOTIDIEN « LA VANGUARDIA »
gauche Pilar Rahola, dans les colonnes de
La Vanguardia. Dans le même journal,
Joaquín Luna estime que si « Manuel Valls
ne [lui] a jamais paru être un gars sympa, il
incarne professionnalisme et rigueur », ce
qui « contraste avec le nombre d’amateurs
qui ne dirigent rien et ne nous emmènent
nulle part ». « C’est ainsi : la Barcelone rutilante, ouverte, riche d’initiatives et
d’imagination, forte de son dynamisme
économique, qui est devenue une marque
internationale, se transforme en une pauvre
ville de province qui nécessite d’être sauvée
par un ancien ministre français désavoué
par les siens », se désole Pilar Rahola.
C’est sur ce sentiment que veut surfer
Manuel Valls. Reste à savoir si son manque de connaissance des dossiers locaux
peut être un barrage. « Il ne répond pas à
l’exigence de connaître la réalité de Barcelone », a confié à Tele 5 Xavier García Albiol, le président du PPC (la déclinaison
locale du grand parti de droite PP), qui
partage pourtant certaines convictions
avec Manuel Valls. ■
+
» Lire aussi PAGE 19
S’exprimant
tour à tour
en catalan,
en castillan
et en français,
Manuel Valls
a présenté
son programme,
mardi à Barcelone
ALBERT GEA/REUTERS
Voiture, policiers : quelle sécurité pour l’ex-premier ministre ?
Au ministère de l’Intérieur, c’est
un sujet qui provoque gêne
et embarras. En basculant dans la vie
politique espagnole, Manuel Valls
a-t-il vocation à continuer
à bénéficier d’une protection policière
permanente, d’un chauffeur et d’une
voiture payée par l’État français ?
Depuis Lionel Jospin, un décret permet
aux anciens premiers ministres qui en
font la demande d’obtenir des moyens
humains et matériels pour assurer
leur sécurité. Il n’y a pas de limite
temporelle à cette mise à disposition.
Une commission du ministère
de l’Intérieur évalue parallèlement
le niveau de la menace concernant
les personnalités protégées. « Quand
A
À ÉVRY, le fief historique de Manuel
Valls, l’aventure barcelonaise de
l’ancien maire et actuel député de la
circonscription est loin de passionner les foules. « Peut-être que les
gens ont fait une croix dessus »,
analyse Samuel, qui tient un foodtruck sur le parvis de l’hôtel de ville. Par principe, ce commerçant
évite d’aborder des sujets politiques
avec ses clients. Il demeure persuadé que tous sont au courant des ambitions espagnoles de l’ex-premier
ministre. « Bien sûr que tout le monde sait, mais personne n’en parle »,
confirme un employé de la boutique The Noodles Shop. À titre personnel, cette candidature lui « importe peu ».
Sa responsable souhaite en revanche qu’il clarifie sa situation en
quittant ses mandats locaux.
« Comment peut-il être élu en France
et en Espagne ? Déjà qu’il ne trouve
pas le temps d’aller à l’Assemblée
nationale… », grince-t-elle. À quelques pas de là, au comptoir de la
brasserie Les Terrasses, Bernard,
chauffeur de taxi bientôt à la retraite, partage son jugement. Celui qui
est encore député de l’Essonne doit
démissionner « par honnêteté intellectuelle vis-à-vis de ses électeurs. Il
ne peut pas jouer sur les deux tableaux ». Pour Mohammed, le gérant d’une crêperie, l’ancien pre-
M. W.
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
« Il pourrait être candidat sur la Lune »
MÉLANIE VOLLAND £@MelanieVolland
quelqu’un est à l’étranger, le dispositif
peut être amplifié ou ajusté, dit-on
Place Beauvau. Si Manuel Valls
se déclare candidat, il peut y avoir
une réévaluation des choses, mais
on ne communique jamais sur les cas
individuels. C’est un principe
de sécurité de base. »
mier ministre n’est rien d’autre
qu’un « opportuniste ». Il suit une
« stratégie personnelle » et ne se
donne même plus la peine de se déplacer dans sa circonscription. « Il
est élu ici, mais on ne le voit pas.
Qu’est-ce que sa candidature va
changer ? Il est déjà absent », tacle le
commerçant.
139 voix d’écart
De l’autre côté de la ville, autre
comptoir, mais même ambiance.
« Les gens savent qu’il est assoiffé de
pouvoir. S’il pouvait, il serait candidat sur la Lune », plaisante Stéphane, le gérant de la brasserie Le Palais. Le tenancier s’étonne du
manque de réactions que suscite
cette candidature à l’étranger. « Ici,
on parle plus facilement de football
que de Manuel Valls. » C’est seulement en matinée, lorsqu’il diffuse
les chaînes d’informations en continu que les langues se délient. « Cela
arrive que quelques clients lâchent
des commentaires quand son nom est
mentionné à la télé. Parfois, ils le
traitent de “con” », raconte-t-il en
haussant les épaules. Mardi soir,
l’adversaire de Manuel Valls pendant les législatives, l’Insoumise Farida Amrani, tenait une réunion
dans son établissement. Avec seulement 139 voix d’écart avec son rival
en juin 2017, aucun doute sur le fait
qu’elle veuille retenter sa chance de
siéger au Palais Bourbon. ■
Les élus de la majorité
ne l’ont pas retenu
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
Manuel Valls
en campagne
dans les rues d’Évry,
lors du deuxième tour
des législatives,
en juin 2017.
FRANÇOIS BOUCHON/
LE FIGARO
APPARENTÉ au groupe La République en marche (LaREM), Manuel
Valls a toujours été considéré comme un député à part au sein de la
majorité. Par son parcours,
d’abord, puisque, au milieu d’un
collectif de députés dont la plupart
sont novices en politique, l’élu de
l’Essonne faisait figure d’autorité.
Par son positionnement politique et
sa relation avec le président de la
République, aussi, puisque, après
avoir été son rival sous le quinquennat de François Hollande, le
chef de l’État n’a jamais pu accorder sa confiance au tempétueux exsocialiste.
Après un retour très discret au
Palais Bourbon, Valls a plusieurs
fois exprimé des convictions qui ont
troublé les macronistes, notamment sur la laïcité et la lutte contre
le terrorisme. « Comment pouvait-il
prendre position contre le président
de la République et contre la majorité
sans se faire taper sur les doigts ? »,
s’interroge a posteriori un député
LaREM, qui, semble-t-il, ne regrettera pas sa présence. « Il a d’abord
fait le bon élève, puis il a tenté de peser dans les débats sur le texte asile et
immigration, raconte un ministre
LaREM. Il a testé son curseur de po-
sitionnement et compris que Macron
ne le ferait jamais revenir. » L’intéressé, pourtant, n’aurait pas dit non
à un retour à Beauvau. Désormais, il
rompt avec la vie politique française, avec la bienveillance des responsables actuels. « Ce qu’il fait est
hyper courageux, salue un proche
du premier ministre, Édouard Philippe. S’il perd, il part de zéro. » Sur
France Inter, le ministre de l’Action
et des Comptes publics, Gérald
Darmanin, a parlé mardi de « panache ». « Il va me manquer, concède le député LaREM Jean-Michel
Fauvergue, ancien patron du Raid.
Même si certains collègues l’appréciaient moins, quand il intervenait,
les députés étaient attentifs. Valls a
toujours été loyal au président de la
République, il pousse au respect, sa
démarche à Barcelone est ambitieuse, à la mesure des ambitions pour
l’Europe. »
Les responsables macronistes
préparent désormais l’après et
s’activent pour ne pas perdre la circonscription laissée vacante par
Manuel Valls (lire ci-contre). « Il a
tenu informé le président depuis le
début, de telle sorte que tout se passe
bien », assure un ministre macroniste. « Ça va être hard, d’autant
que l’impact politique de la partielle
peut être important », redoute un
cadre. ■
LE FIGARO
mercredi 26 septembre 2018
POLITIQUE
Manuel Valls
7
Une carrière d’ascensions fulgurantes,
de rêves brisés et de nouveaux départs
Le début du quinquennat d’Emmanuel Macron fut un chemin de croix.
Élu à Évry avec seulement 139 voix
d’avance, à l’issue d’une campagne
LONGTEMPS, Manuel Valls s’est levé
d’une grande violence, Manuel Valls
en martelant qu’il avait fait le choix de
s’est efforcé de trouver sa place dans la
la France, sa patrie de cœur. Natif de
majorité, qui le regardait au début
Barcelone, il est naturalisé en 1982. Le
comme un paria. Le député francilien
voilà désormais qui remonte le cours
cherche alors un chemin de crête, un
de sa propre histoire en sens inverse. Il
pied dedans, un pied dehors. Un jour, il
glorifie le retour au pays et honore la
regrette l’abandon du chantier de Nomémoire de son père, le peintre catalan
tre-Dame-des-Landes, un autre, il suit
Xavier Valls. À l’orée des municipales,
de près le référendum en
Manuel Valls a posé mardi
devant la demeure famiCe challenge Nouvelle-Calédonie. Allant plus loin que ses posiliale, en compagnie de sa
lui ressemble tions au PS, il prône l’insœur Giovana. « Il a longtemps passé son identité
bien plus que terdiction du salafisme, la
administrative
catalane sous silence, la
ses courbettes rétention
des fichés S les plus danprésentant comme anecpour obtenir
gereux. Ce qui ne l’empêdotique, surjouant le fait
qu’il avait renoncé à sa naune investiture che pas de se montrer
également élogieux avec
tionalité espagnole », glisde LaREM
le nouveau pouvoir.
se un proche.
en 2017
« Deux actes d’Emmanuel
Porté par son nouveau
Macron me rendent fier
combat, l’ancien premier
et sa lèche
d’être français, républicain
ministre n’est pas, à 56
de crevard
et de gauche : le plan
ans, à un virage près.
contre la pauvreté avec la
« C’est exceptionnel, perenvers
création d’un revenu unisonne n’a jamais tenté un
le pouvoir qui
versel d’activité et la repari pareil, en faisant
s’en est suivi
connaissance de la responcampagne dans une autre
sabilité de l’État dans la
langue, s’extasie son anL’UN DES EX-CONSEILLERS
DE MANUEL VALLS
mort de Maurice Audin,
cienne secrétaire d’État
torturé et tué en 1957 »,
Juliette Méadel. Quel
tweetait l’ancien premier ministre voiexemple pour l’Europe ! » Ce pari inélà dix jours.
dit, il le tente au nom de l’unité de l’EsEn quarante ans de batailles, Manuel
pagne mais aussi d’une inaltérable amValls a eu des permanences comme la
bition personnelle. Elle est le moteur de
laïcité, et des évolutions - propalestiquatre décennies d’ascensions fulgunien au tout début, il s’est ensuite rerantes et de dévissages spectaculaires,
vendiqué comme un soutien d’Israël de rêves brisés et de nouveaux départs.
mais il n’a jamais dérogé à une règle
En retrait de l’Assemblée et de l’Essacro-sainte : rester en mouvement.
sonne, malmené dans l’opinion publiSusciter le débat. Provoquer le destin,
que, Manuel Valls avait besoin de se
lui qui se définit comme « agnostiréinventer ailleurs. Il se lance à Barceque ». « Je ne sais pas s’il y a quelque
lone sans l’aide d’aucun membre de sa
chose, ou si le ciel est vide, mais on doit
garde rapprochée. « Ce challenge lui
agir comme si nous, les hommes, étions
ressemble bien plus que ses courbettes
seuls », confie-t-il à Claude Askolopour obtenir une investiture de LaREM en
vitch, dans Pour en finir avec le vieux
2017 et sa lèche de crevard envers le pousocialisme (2008).
voir qui s’en est suivi », lâche crûment
Sa carrière commence par une lettre,
l’un de ses ex-conseillers, ravi de voir
en 1980. Le jeune Valls écrit au Parti
son champion remonter sur le ring.
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
«
»
socialiste pour savoir s’il peut adhérer,
lui qui n’est pas encore français. Un
certain Bertrand Delanoë lui répond
alors positivement. À 18 ans, il entre au
Mouvement des jeunes socialistes, se
met à militer pour Michel Rocard, puis
devient premier fédéral du PS dans le
Val-d’Oise. Il est alors un homme
d’appareil, qui fait régner la discipline
collective. Il va bientôt changer de partition et devenir la mouche du coche.
Catalogué à l’aile droite du parti, il se
bat pour le changement de nom du
parti, sa rénovation, et mise sur Ségolène Royal pour bousculer les conservatismes.
En 2011, il se présente à la primaire,
où il enregistre moins de 6 % des voix,
malgré une présence médiatique
considérable. Malgré l’échec, il se rallie à François Hollande, dont il deviendra l’inséparable directeur de la communication, allant jusqu’à remettre en
place la cravate du candidat avant les
meetings.
Après la victoire, il obtient le Graal :
le ministère de l’Intérieur, où il s’illustre. Une consécration pour cet admirateur de Clemenceau. En 2014, après
l’échec du PS aux municipales, il est
propulsé à Matignon, où il subit la malédiction de tous les premiers ministres. Absorbé par la gestion des affaires
courantes, usé par la fatigue et les
frondeurs, il n’a guère le temps de préparer une éventuelle candidature à la
présidentielle. Pire, il met en orbite
sans le vouloir Emmanuel Macron, en
convainquant François Hollande de
faire entrer ce jeune conseiller élyséen
à Bercy en août 2014. On connaît la
suite : le trentenaire lui chipe le flambeau de la modernité, du dépassement
des vieux partis, de la jeunesse. Pendant ce temps-là, Manuel Valls se lance dans une campagne pour la primaire catastrophique et improvisée, qui
voit le succès de Benoît Hamon.
« On peut aussi réussir son existence
sans être président de la République »,
lui avait un jour lancé cruellement
François Hollande. L’ex-premier ministre va s’atteler à lui donner raison. ■
À Évry, la législative
partielle à venir est déjà
dans tous les esprits
SANS son député Manuel Valls, qui a annoncé mardi soir sa démission, Évry ne
sera plus exactement la même. C’est
d’autant plus vrai que, jeudi soir, cette
ville de l’Essonne dont il fut maire de
2001 à 2012 votera en conseil municipal
une fusion avec sa voisine Courcouronnes, qui sera effective au 1er janvier 2019.
Il s’agit d’une intégration totale, situation rare en France, voire inédite pour
des villes de cette taille-là puisque Évry
compte près de 54 000 habitants et Courcouronnes, 14 000. De quoi renforcer
leur poids dans la communauté d’agglomération du Grand Paris Sud
(336 000 habitants) à laquelle les deux
villes appartiennent.
“
Nous sommes sur l’idée
de présenter une
candidature socialiste
DAVID ROS, PREMIER FÉDÉRAL DU PS
”
Cette fusion est surtout un sacré pari
politique puisque la majorité de la nouvelle commune ira des communistes aux
Républicains de Laurent Wauquiez. Mais
le maire ex-socialiste d’Évry, Francis
Chouat, et le maire ex-LR de Courcouronnes, Stéphane Beaudet, se sont organisés pour que tout roule sans accrocs.
Dauphin de l’ancien premier ministre,
Francis Chouat devait rester maire
d’Évry-Courcouronnes jusqu’aux prochaines municipales de mars 2020. Puis
Stéphane Beaudet, qui a abandonné son
attache LR, prévoyait de se présenter
sous une large étiquette de coalition.
Comme un échange de bons procédés.
C’était sans compter sur la démission
de Manuel Valls, qui bouscule la situation. Dans cette première circonscription de l’Essonne, certains se sont demandé si l’ex-premier ministre n’allait
pas prendre une responsabilité dans un
des exécutifs locaux. Une astuce lui permettant légalement d’éviter la partielle
et de laisser son siège à l’Assemblée à sa
suppléante, Marie-Hélène Bacon. Car
face à eux, il y a la candidate de La France
insoumise, Farida Amrani. En juin 2017,
la circonscription lui a échappé de
139 voix et le recours engagé aurait pu lui
être favorable. Mais tout le monde sait La
France insoumise prête à dénoncer une
telle manipulation. La partielle apparaît
donc inéluctable et des élus confient que
Francis Chouat pourrait se présenter,
laissant la ville à Stéphane Beaudet.
Si ce scénario se confirme, la partie ne
sera pas simple pour l’héritier de Valls.
Déjà, à droite, le député LR de l’Essonne,
Robin Reda, prévient que son parti « ne
pourra pas s’abstenir d’une candidature ».
La droite sait le risque d’une victoire des
Insoumis et glisse par la voix du président LR du département, François Durovray, qu’au vu « des enjeux de ce territoire
fragile, il ne serait pas absurde que la gauche de gouvernement ne présente qu’une
seule candidature ». Mais la droite sait
aussi que pour espérer se retrouver au
deuxième tour, il faut plusieurs candidatures de gauche… Le PS pourrait les satisfaire. Le premier fédéral David Ros, qui
rencontrera le premier secrétaire socialiste, Olivier Faure, lundi prochain, souligne « l’histoire socialiste » de la circonscription, après l’hécatombe à gauche de
2017. « Nous sommes, dit-il, sur l’idée de
présenter une candidature socialiste. » Car
pour certains, l’absence d’un candidat
PS ne peut que renforcer les Insoumis.
Secrétaire départemental du PCF de
l’Essonne, Amadou Deme s’agace déjà
de ces jeux d’appareils. « Valls se barre à
Barcelone sans rien dire à personne ici, et
laisse un terrain ruiné ! Comment voulezvous que les gens ne désespèrent pas de la
politique ? » Il rappelle les 89 % d’abstention au premier tour de la cantonale
de juillet dernier, organisée à la suite du
décès de Serge Dassault. Une élection située justement sur cette première circonscription… ■
GRATUIT
29-30 SEPT.
A
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Trump demande
aux Nations unies
d’isoler l’Iran
Devant l’ONU mardi, le président américain a désigné « la dictature
corrompue » de Téhéran comme « le principal sponsor du terrorisme
dans le monde ».
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
DIPLOMATIE L’expression a paru
globalement plus modérée que l’an
dernier, mais le fond reste musclé.
Dans son discours à la tribune de
l’ONU, mardi, Donald Trump a
fixé des limites étroites au multilatéralisme et promis d’être le
« comptable en chef » des deniers
américains, qu’il ne veut plus gaspiller dans la défense de l’ordre international. « Nous rejetons l’idéologie
mondialiste
et
nous
embrassons la doctrine patriotique », a-t-il dit, encourageant
chaque dirigeant présent à « rendre
sa grandeur à son pays ».
Le président américain n’a cependant pas renoncé à tout interventionnisme, réservant ses flèches les plus acérées à l’Iran. Il a
taillé en pièces le régime des mollahs, dont la « dictature corrompue
sème le chaos, la mort et la destruction. Les dirigeants iraniens ne respectent pas leurs voisins, les frontières et la souveraineté des autres
nations, a-t-il martelé. Ils pillent les
ressources de leur pays pour s’enrichir et semer le désordre à travers le
Proche-Orient et bien au-delà ».
Contre ceux qu’il désigne comme
« les principaux sponsors du terrorisme dans le monde », il a demandé
« à toutes les nations de soutenir le
peuple iranien et d’isoler le régime »,
en s’alignant sur les sanctions imposées par Washington depuis son
retrait de l’accord nucléaire passé
en 2015.
ter le coup de grâce à l’accord nucléaire de 2015. Depuis sa dénonciation unilatérale par Trump en
mai, les autres signataires – Européens, Chine, Russie – tentent de le
sauver en contournant les sanctions imposées par les États-Unis.
Un premier volet punitif a visé le
secteur bancaire, début août, et
des mesures additionnelles frapperont à partir du 4 novembre les
exportations iraniennes de pétrole,
que Washington veut réduire à
néant. En étendant les sanctions
aux entreprises étrangères commerçant avec Téhéran, l’Administration américaine n’entend pas
laisser le choix de leur politique
étrangère aux autres pays « souverains », un concept pourtant vanté
à dix reprises dans son discours.
La rhétorique du chef de la Maison-Blanche semble accueillie
avec plus de relativisme que l’an
dernier par l’assemblée des nations. Au début de son intervention, des rires et quelques applaudissements ont ponctué sa
description hyperbolique de ses
triomphes depuis un an. Il a paru
sincèrement étonné : « Je ne m’attendais pas à ça, a-t-il dit, mais
c’est OK. »
L’an dernier, Trump avait menacé la Corée du Nord de « des-
Rires et relativisme
Après les imprécations, Trump entend passer aux actes ce mercredi
en présidant pour la première fois
le Conseil de sécurité. « Je suis sûre
que ce sera la réunion onusienne la
plus regardée de l’histoire », a prédit Nikki Haley, l’ambassadrice
américaine aux Nations unies. Le
thème officiel porte sur « la prolifération des armes de destruction
massive », mais c’est bien l’Iran qui
est dans le viseur de Trump. L’intitulé a été élargi lorsque l’Administration s’est souvenue que les règles de l’ONU imposent de donner
la parole à un pays figurant au centre d’un débat. Pas question pour
Donald Trump d’être contredit en
direct par Hassan Rohani. Il n’en a
pas moins tweeté vendredi dernier : « Je vais présider la séance du
Conseil de sécurité sur l’Iran ! »
L’objectif de Washington est de
rallier l’ONU à sa politique de
« pressions maximales » et de por-
Les
« dirigeants
iraniens ne
respectent
pas leurs
voisins,
les frontières
et la
souveraineté
des autres
nations
»
truction totale » et ridiculisé « le
petit homme-fusée » avec lequel il
poursuit aujourd’hui « un dialogue
constructif ». En juillet, au président Rohani qui lui recommandait
« de ne pas jouer avec la queue du
lion », il avait éructé sur Twitter en
majuscules : « Ne menacez jamais
plus les États-Unis ou vous paierez
des conséquences comme peu en ont
connu dans l’histoire ! » Plus
posément, il a tweeté mardi matin : « En dépit des demandes, je
n’ai pas l’intention de rencontrer le
président iranien. Peut-être un jour
futur. Je suis sûr que c’est un homme absolument charmant ! » Roha-
DONALD TRUMP,
MARDI
ni a démenti avoir sollicité un rendez-vous.
Washington affirme qu’un
changement de régime à Téhéran
n’est pas l’objectif officiel de sa politique. Mais on n’en est pas loin.
En mai, le secrétaire d’État, Mike
Pompeo, avait dressé une liste de
douze exigences devant mener à
« un changement massif de comportement » des mollahs. Avec sa
candeur habituelle, Rudy Giuliani,
l’avocat du président, a déclaré le
week-end dernier : « Je ne sais pas
quand on va les renverser, mais ça
va arriver. » Avant d’être dans
l’Administration, Mike Pompeo,
Sous pression de ses ennemis, Téhéran freiné dans son expansion
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
« QUE vous le vouliez ou non, l’Iran
fait peur », avait lancé Emmanuel
Macron l’an dernier lors de sa première rencontre avec le président
iranien, Hassan Rohani, en marge
de l’Assemblée générale de l’ONU
à New York. Le chef de l’État
pointait le rôle « déstabilisateur »
de Téhéran en Irak, en Syrie, au
Yémen et au Liban, où la République islamique opère via des relais
locaux qui lui sont proches.
Depuis, tout en se retirant de
l’accord nucléaire de 2015, l’Administration américaine, appuyée
par ses alliés des monarchies sunnites du Golfe et Israël, a décidé de
rogner les ailes de l’Iran chiite,
hors de ses frontières. Mais pour
l’instant, alors qu’à l’intérieur du
pays, les pressions asphyxient
l’économie, le résultat de ce containment est plus que mitigé.
L’attentat meurtrier de samedi à
Ahvaz (Sud-Ouest) risque de renforcer les durs en Iran, mais aussi
chez les ennemis saoudiens, émiriens et israéliens. Une chose est
sûre : cet attentat, qui a tué une
douzaine de gardiens de la révolution et de nombreux civils, entraîne une montée des tensions dans
le Golfe. Les pasdarans ont promis
une vengeance « mortelle et sans
pitié ».
A
Tentative de
fragmentation
Leurs ennemis en Iran ont vu leurs
ressources augmenter. Nezal, l’un
des groupes séparatistes du Front
national de résistance du Ahvaz, a
lancé, en début d’année, une
chaîne satellitaire, qui a intensifié
sa propagande. Pour le spécialiste
Ali Vaez, leur activisme croissant
« laisse penser qu’ils ont acquis de
nouvelles ressources qui leur
auraient été fournies, selon les accusations iraniennes, avec l’encouragement des États-Unis ». L’ayatollah Ali Khamenei, le détenteur
du pouvoir suprême, a accusé
l’Arabie et les Émirats arabes unis
d’avoir financé les assassins
Le rôle de l'Iran dans son espace régional
AR.
TURQUIE
250 km
AZERBAÏDJAN
3
1
Mer
LIBAN 2
Méditerranée
IRAK
SYRIE
ISRAËL
4
Téhéran
1
AFGHANISTAN
IRAN
2
PAKISTAN
KOWEÏT
ÉGYPTE
BAHREÏN
SOUDAN
POPULATION...
... chiite
... apparentée au chiisme
4
4
ARABIE SAOUDITE
CHINE
TADJIKISTAN
TURKMÉNISTAN
3
QATAR
Mer
(alévis, alaouites...)
PAYS HOSTILE À L’IRAN
Golfe
Persique
ÉMIRATS
ARABES UNIS
POLITIQUE D’INFLUENCE DE L’IRAN
OMAN
Rouge
1
Participation à des conflits internes (Syrie, Irak et Yémen)
2 Soutien à des organisations terroristes (Hezbollah, Hamas)
3 Rapprochement géopolitique pour affaiblir ses ennemis
(Turquie, Qatar)
ÉRYTHRÉE
Les régions de peuplement mixte où les chiites
ne sont pas majoritaires apparaissent en hachuré
Sources : M. Izady, Gulf/2000 Project Columbia University, 2014 et Reuters
d’Ahvaz. « Ces groupes ont probablement reçu un appui logistique de
l’extérieur », constate un militaire
français.
En Arabie saoudite, où l’on se
félicite d’avoir pris le dessus face à
l’Iran grâce au soutien de Trump,
le prince héritier Mohammed Ben
Salman ne se cache pas pour affirmer : « Nous n’allons pas attendre
que la bataille (d’influence entre
Téhéran et Riyad au MoyenOrient, NDLR) soit en Arabie ; nous
allons travailler pour qu’elle atteigne l’Iran. » En vue d’un changement de régime ? « Non », répondent Washington et Abu Dhabi,
alors que Riyad se tait. Le trio parie plutôt sur « une syriacisation »,
une fragmentation de l’Iran sur le
modèle syrien, initiée par les
sanctions qui entraînent des manifestations à travers le pays et
avivée par les minorités ethniques, souvent hostiles au régime,
dont les membres (Kurdes à
l’Ouest, Arabes au Sud-Ouest et
1
YÉMEN
4 Soutien aux minorités chiites
(monarchies du Golfe, Afghanistan, Pakistan)
Golfe d’Aden
Baloutches au Sud-Est) sont installés aux frontières du pays. Ce
qui facilite la pénétration d’influences hostiles au pouvoir.
Si « l’Arabie et les Émirats poussent l’Administration Trump à faire
reculer l’entrisme iranien au
Moyen-Orient, c’est parce qu’ils ne
peuvent affronter seuls les missiles
iraniens ou ses milices », observe le
chercheur Joost Hilterman de
l’International Crisis Group. « Ils
doivent aller vite, ajoute-t-il, car
ils ne sont pas sûrs de disposer
longtemps encore d’un président
américain aussi dur contre l’Iran. »
Dans l’immédiat, l’attaque
d’Ahvaz, revendiquée par l’État
islamique, renforce les ultras du
pouvoir iranien, gardiens de la révolution en particulier, plus que
jamais avides d’arracher du guide
suprême plus d’argent et de libertés pour leurs actions au MoyenOrient. Au grand dam du président Rohani, qui a échoué à
réduire leur influence.
Infographie
JOOST
HILTERMAN
INTERNATIONAL CRISIS GROUP
Arabie et Émirats
doivent aller vite,
car ils ne sont pas
sûrs de disposer
longtemps encore
d’un président
américain aussi dur
contre l’Iran
CRISIS GROUP
»
En Syrie, où Israël a frappé à
plus de 200 reprises des cibles iraniennes et libanaises sans essuyer
de riposte, « la patience de Téhéran a des limites », prévient Joost
Hilterman, qui redoute un incident dans le Golfe. Surtout après le
4 novembre, lorsque les ÉtatsUnis auront intensifié la pression
pour empêcher les clients de l’Iran
d’acheter son pétrole. « Un mouvement dangereux », a averti à
New York Hassan Rohani, alors
que Téhéran menace de fermer le
détroit d’Ormuz.
Chez son allié Bachar el-Assad,
l’Iran est dans le camp des vainqueurs mais sa position est fragile.
Sous pression russe, l’Iran a dû
s’éloigner de la frontière avec Israël. En échange, Téhéran avait
demandé aux Américains de se retirer de leur base d’al-Tanf, à la
frontière jordanienne. Mais en
vain. Via Damas, Téhéran tient à
garder un lien stratégique avec
son allié libanais du Hezbollah. Et
comme la Russie, l’Iran veut un
départ américain du Nord-Est syrien, où les GI soutiennent les
Kurdes, alliés dans la guerre
contre Daech.
La situation est au moins aussi
délicate en Irak, où Téhéran a installé ses pions depuis la chute en
2003 de son ennemi Saddam Hussein. Les chiites irakiens ne sont
pas pro-iraniens. Mais la solidité
des liens tissés avec certains de
leurs leaders permet à Téhéran de
peser sur la donne politique, comme l’a montré la récente désignation d’un nouveau président du
Parlement, proche de la République islamique.
Missiles chiites en Irak
Les États-Unis tiennent désormais Téhéran responsable des attaques contre leur ambassade à
Bagdad et leur consulat à Bassora,
via des milices chiites pro-iraniennes. Entre Tigre et Euphrate,
une montée des tensions iranoaméricaines est à craindre. Début
septembre, Reuters révélait que
Téhéran avait livré des missiles de
courte portée à des milices chiites
pour qu’elles ripostent contre les
monarchies du Golfe en cas d’attaques visant l’Iran.
De leur côté, les Émirats arabes
unis soupçonnent que des miliciens chiites irakiens pro-iraniens aient été transférés au Yémen, où l’Iran aide déjà les
rebelles houthistes qui tirent des
missiles sur le territoire saoudien.
« L’investissement iranien en
hommes et en armes est réduit mais
le bénéfice est maximum. L’Arabie
est embourbée », constate un diplomate français.
Le Yémen n’est toutefois pas
stratégique pour l’Iran. Signe que
le pays est prêt à transiger, des
négociations ont déjà eu lieu entre
Iraniens et Européens. Malgré ses
atouts, l’expansion iranienne
atteint désormais ses limites. Signe
d’un certain inconfort, Hassan Rohani n’a pas exclu lundi des pourparlers avec le « Grand Satan »
américain, si Donald Trump revenait dans l’accord nucléaire. ■
LE FIGARO
mercredi 26 septembre 2018
INTERNATIONAL
9
À l’ONU, Macron dénonce
« la loi du plus fort »
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
NEW YORK
forces américaines au MoyenOrient : « Nous avons prévenu la
République islamique qu’utiliser une
force supplétive pour attaquer les
intérêts américains ne nous retiendra pas de répondre à la source
primaire. C’est l’Iran qui sera tenu
pour responsable de tels incidents. »
Avec une implication sur la présence américaine en Syrie. « Nous
ne partirons pas tant que des
troupes iraniennes sont hors des
frontières de l’Iran, et cela inclut
leurs milices et supplétifs », a déclaré Bolton à New York. Trump a
réaffirmé que les États-Unis « répondraient si des armes chimiques
étaient de nouveau déployées par le
régime d’Assad ».
Par contraste, les responsables
militaires américains ont tenu à
préciser qu’ils n’avaient aucun
projet d’intervention armée contre
le régime de Nicolas Maduro au
Venezuela, après que Trump l’a
également dénoncé mardi comme
« brutal et corrompu », annonçant
de nouvelles sanctions contre
l’épouse du président, le vice-président et le ministre de la Défense.
Après son discours, il a laissé entendre que Maduro pourrait être
« renversé très rapidement » par
l’armée vénézuélienne. ■
Donald Trump,
à la tribune
des Nations unies,
mardi à New York.
NICHOLAS KAMM/AFP
La tension franco-iranienne pèse
sur le maintien de l’accord nucléaire
COMMENT sauver l’accord nucléaire iranien ? Ou plutôt ce qu’il
peut encore en être préservé, en
attendant une deuxième série de
sanctions américaines, à partir du
4 novembre, contre le pétrole,
principale ressource de l’Iran ?
Lundi, les Européens ont annoncé la création d’un système de
troc pour échapper à ces nouvelles
sanctions, qui vont aggraver la crise de l’économie iranienne, trois
mois après une première vague,
qui avaient notamment porté sur
les transactions financières en dollars et le secteur de l’automobile. Il
s’agit d’une bourse européenne
d’échanges à partir de la vente du
pétrole iranien. Si, par exemple,
l’Iran vend du pétrole à l’Espagne
et l’Allemagne des machinesoutils à Téhéran, la somme correspondant à la livraison du pétrole
servirait directement à payer le
fournisseur allemand. Un mécanisme qui immunise acheteurs et
vendeurs en évitant des transactions en dollars qui pourraient les
exposer à des sanctions américaines. « Encore faudrait-il que les sociétés françaises acceptent d’aller
prendre des risques en Iran ? »,
constate, pessimiste, un avocat,
qui s’intéresse au marché iranien.
Hasard du calendrier, lundi également, la banque publique d’investissement, Bpifrance, a suspendu, de son côté, ses travaux visant
à créer un dispositif d’accompagnement des exportations françaises en Iran, alors que les grandes
sociétés, comme Total et Peugeot,
ont déjà plié bagage. « Les conditions ne sont pas réunies, les sanctions sont punitives pour les entreprises », a fait valoir Nicolas
Dufourcq, le directeur général de
Bpifrance.
Ce recul risque d’irriter Téhéran. « Nous comptons sur les Européens pour mettre en échec la politique américaine », affirmait un haut
responsable iranien de passage à
Paris il y a dix jours. La France milite pour la survie de l’accord nu-
cléaire, mais répète à l’Iran qu’il
doit « arrêter (son) chantage » à la
sortie de l’accord, si jamais les
Européens n’en font pas assez pour
le préserver. Ce sont les mots rugueux utilisés par Jean-Yves Le
Drian, ministre des Affaires étrangères, devant son homologue iranien, Javad Zarif, le 6 juillet à
Vienne.
“
Nos services ont reçu
une grande quantité
d’informations de leurs
homologues israéliens
sur l’opération que
le Mossad a réussie
en janvier en emportant
de Téhéran des tas
de documents
du dossier nucléaire
UN DIPLOMATE FRANÇAIS
”
Au-delà de l’accord nucléaire,
que Paris – comme Washington –
souhaite muscler sur le long terme,
la France veut que l’Iran accepte
d’ouvrir des négociations sur ses
missiles balistiques et son influence régionale, en premier lieu en
Syrie et au Yémen. Mais l’annonce
d’une extension des pourparlers
par Emmanuel Macron lors de la
précédente Assemblée générale de
l’ONU avait déjà agacé Téhéran.
Une irritation qui se traduisit par
l’accueil glacial réservé à JeanYves Le Drian en mars lors de sa
visite à Téhéran.
Depuis, Emmanuel Macron et
Hassan Rohani se sont parlé à plusieurs reprises au téléphone. Mais
fin juin, l’attentat manqué contre
les opposants, les Moudjahidins du
peuple, réunis en banlieue parisienne, a douché les espoirs d’une
véritable relance des relations bilatérales. « Nous sommes convaincus
que des cercles du pouvoir iranien
sont derrière », confie au Figaro un
haut responsable du Quai d’Orsay.
Il s’agirait de radicaux hostiles à la
politique d’ouverture du président
modéré Hassan Rohani. Pour Paris,
même si Rohani et Javad Zarif sont
« les premières victimes » de cet attentat manqué, « il s’agit d’un
inacceptable retour trente ans en arrière », lorsque l’Iran faisait payer à
la France son soutien militaire à
l’Irak de Saddam Hussein, qui avait
déclaré la guerre à l’Iran. Cette fois,
c’est l’abri donné par la France aux
Moudjahidins du peuple, secte islamo-marxiste, sans représentativité en Iran, qui nourrit la colère des
responsables iraniens, toutes tendances confondues.
Pour manifester son mécontentement, Paris a suspendu la nomination d’un ambassadeur en Iran,
et demandé à ses agents de ne pas
se rendre en République islamique.
Emmanuel Macron attendait de
son entretien mardi avec Hassan
Rohani que ce dernier lui donne
des éléments pour apaiser la grogne française sur ce point.
Depuis le début de cette affaire,
Téhéran accuse des services ennemis, le Mossad israélien en particulier, d’avoir monté cet attentat
avorté. L’Iran s’agace que la coopération entre services de renseignements français et israéliens
fonctionne bien. « Nos services ont
reçu une grande quantité d’informations de la part de leurs homologues israéliens sur l’opération que le
Mossad a réussie en janvier en emportant de Téhéran des tas de documents du dossier nucléaire », révèle
au Figaro un diplomate français.
Bref, un voyage d’Emmanuel Macron en Iran est reporté aux calendes grecques. « Dans l’hypothèse
où la France et l’Union européenne
tarderaient à mettre en place un
dispositif de protection de nos entreprises, on peut craindre la remontée en puissance sur le marché
iranien de pays moins liés aux
États-Unis, tels la Chine, la Russie,
l’Inde et la Turquie », peut-on,
toutefois, lire dans une récente
note du Trésor. ■
G. M.
Emmanuel Macron,
lors de son discours
à l’ONU, mardi.
DON EMMERT/AFP
“
J’ai l’universalisme
chevillé au corps, et je
ne m’habitue pas à ces
unilatéralismes, quand
le siècle qui s’ouvre
nous regarde
EMMANUEL MACRON
”
de
l’enseignant
communiste
Maurice Audin en 1957, aux mains
des parachutistes du général Massu. « Mais j’ai l’universalisme chevillé au corps, et je ne m’habitue pas
à ces unilatéralismes, quand le siècle
qui s’ouvre nous regarde. » Dilemme éternel d’une puissance
moyenne jamais vraiment remise
de sa perte d’influence globale au
tournant de la Seconde Guerre
mondiale, malgré ce siège de membre permanent au Conseil de sécurité, hélas, insuffisant pour peser
sur les tragédies menaçant le fragile
équilibre planétaire. ■
Les États-Unis rejettent dans la Cour pénale
internationale « l’idéologie du mondialisme »
Donald Trump a vivement
attaqué mardi la Cour pénale
internationale (CPI), accusée
de n’avoir « aucune légitimité
et aucune autorité ».
Devant l’Assemblée générale
des Nations unies,
le président américain a
affirmé que « les États-Unis
n’apporteront aucun soutien
ou reconnaissance à la CPI »,
une institution liée,
selon lui, à « l’idéologie
du mondialisme » et qui viole
les « principes de justice,
d’équité ». Cette sortie
virulente n’est pas une
surprise. La colère américaine
se nourrit de l’intention
de la Cour d’ouvrir une
enquête pour déterminer
si les forces américaines
ont commis des crimes
de guerre en Afghanistan.
La volonté de l’Organisation
de libération de la Palestine
(OLP), qui accuse Israël
de crimes de guerre,
de saisir l’instance irrite
aussi Washington.
Lundi, le conseiller
à la Sécurité nationale
du président Donald Trump,
John Bolton, avait prononcé
un discours très critique
contre la CPI à la Federalist
Society, un groupe
conservateur. Les États-Unis
utiliseront « tous les moyens
nécessaires » pour protéger
leurs citoyens et leurs alliés
contre « les poursuites
injustes ». Les États-Unis,
qui ne sont pas partie
prenante à la Cour, se sont
toujours montrés hostiles
à ce tribunal. À sa fondation
en 2002, George Bush a
tenté de miner sa crédibilité,
allant même jusqu’à
menacer de suspendre l’aide
américaine de certains pays
en cas d’adhésion à la CPI.
AFP, REUTERS
A
ainsi que John Bolton, le conseiller
à la sécurité nationale, plaidaient
ouvertement pour leur renversement. Vendredi, le département
d’État présentera à New York son
« plan pour soutenir les voix indépendantes en Iran qui veulent installer la démocratie dans leur pays ».
Une cinquantaine d’experts
américains de politique étrangère
ont dénoncé une politique « qui ne
laisse à Téhéran que le choix entre la
capitulation ou la guerre ». Interviewé samedi sur CNN, Mike Pompeo n’a pas exclu une confrontation directe si des milices proiraniennes s’en prennent aux
TEMPES MOITES, les mains tremblantes, Emmanuel Macron avale
d’un trait le verre d’eau qui l’attendait depuis quarante bonnes minutes sous le pupitre. Le président
français sort marqué d’une longue
harangue au premier jour de la 73e
Assemblée générale des Nations
unies, à New York. Pour sa deuxième apparition devant le cénacle
mondial depuis son élection en
mai 2017, il a tout tenté pour taire
les Cassandre, nombreux, qui
pointaient son essoufflement sur la
scène internationale, à l’aune des
triomphes du populisme et du repli
sur soi, aux quatre coins de la planète. Reprenant son souffle comme
un boxeur sans certitude quant à
l’issue de son combat en solitaire, le
chef de l’État observe, interdit, les
applaudissements nourris qui marquent la fin de son allocution, une
heure après celle, bien moins plébiscitée, de son homologue américain, Donald Trump.
À l’unilatéralisme revendiqué de
ce dernier, son alter ego vient
d’opposer un « universalisme chevillé au corps », le seul qui permette
d’affronter ce XXIe siècle et ses défis « à hauteur d’homme ». Il y a du
souffle dans ce discours, et beaucoup de frustrations évidentes,
pour un maître diplomate contrarié
par le verrouillage de l’action internationale face aux indicibles
drames syrien, birman ou yéménite, pour ne citer que ceux-là. Ceuxlà mêmes que le secrétaire général
de l’ONU, Antonio Guterres, invoquait en ouverture de session pour
décrire « un système international
parvenu au point de rupture », affecté par un « syndrome de déficit de
confiance ».
Si Trump et Macron se sont parlé
lundi soir en tête-à-tête, le discours français devant l’ONU pointe
« les responsables » de « la crise
profonde de l’ordre international libéral westphalien » et de l’impuissance onusienne face à elle : « nous
tous dans cette salle », selon Emmanuel Macron, les dirigeants
d’États-nation incapables de « dénoncer efficacement les violations
nombreuses de ces droits » fondamentaux que la Charte des Nations
unies se promettait de garantir, à
San Francisco en 1945.
Une deuxième salve d’applaudissements un peu moins nourris
accompagne le président français
qui se retourne une dernière fois en
saluant ceux qui ont apprécié un
fougueux plaidoyer pour l’action
multilatérale, seule à même selon
lui, d’enrayer les innombrables crises contemporaines.
Emmanuel Macron est en croisade, contre « la loi du plus fort ».
Celle de l’Administration Trump,
évidemment, qu’il ne citera pas
nommément, mais dont l’ombre
portée transpire dans l’énumération des faits reprochés par le dirigeant français : la crise migratoire
et la tendance inquiétante à la fermeture des frontières en lieu et place d’une gestion collective des flux
de population, la dénonciation d’un
accord nucléaire iranien qui avait
pourtant permis en 2015 d’enrayer
la marche de Téhéran vers la bombe, le protectionnisme à tous crins
en matière de tarifs douaniers.
Que peut donc faire la France, si
impuissante dans cette Syrie où elle
semble avoir perdu toute influence
après y avoir si longtemps entretenu un protectorat ? « Nous sommes
un pays qui a fait beaucoup d’erreurs, de mauvaises choses »,
s’époumone le président, faisant
allusion à ses récents propos
controversés sur l’usage de la
torture en Algérie et la disparition
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
10
INTERNATIONAL
Brexit :
les travaillistes
piégés par leurs
contradictions
L’appel à un second référendum menace
de faire fuir les électeurs du Labour
qui ont voté pour quitter l’Europe en 2016.
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
ENVOYÉ SPÉCIAL À LIVERPOOL
ROYAUME-UNI Dans le chaos du
Brexit, l’opposition travailliste sent une
opportunité de revenir au pouvoir plus
vite que prévu. Les dernières élections
ont beau avoir eu lieu il n’y a que quinze
mois, son chef, Jeremy Corbyn, croit
son heure bientôt venue. Réuni en
congrès à Liverpool, son parti a même
un plan de bataille clair : voter au Parlement contre tout accord arraché par
Theresa May aux Vingt-Sept à Bruxelles, faire tomber son gouvernement,
provoquer de nouvelles élections anticipées et s’installer à Downing Street.
Prêts pour le combat, ses dirigeants ont
exposé leur programme radical fait de
nationalisations de services publics (rail,
eau, énergie), de généralisation de l’actionnariat salarié et d’impôts pour les
plus riches. Une plateforme ancrée bien
à gauche qui a même suscité la curiosité
de Jean-Luc Mélenchon, venu scruter
de plus près le phénomène Corbyn, soutenu par un demi-million d’aficionados.
C’est oublier que le Brexit est aussi
pour les travaillistes un risque majeur,
susceptible de mettre en péril ce bel édifice. Le sujet agite les factions rivales du
parti, presque autant divisé sur la question que les conservateurs. L’opportunité d’un second référendum sur le Brexit
a dominé l’agenda. Dans les allées du
centre de congrès sur les docks de Liverpool, les tee-shirts rouges « Love Corbyn, hate Brexit » s’affichaient, sans se
soucier du paradoxe.
Climat de guerre civile interne
L’eurosceptique Jeremy Corbyn s’est fait
forcer la main par sa base réclamant un
vote du congrès en faveur d’un nouveau
référendum. La direction a tâché d’en
Le leader du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, lors du congrès du Labour, mardi à Liverpool.
minimiser la portée. Selon une motion
qui devait être adoptée mardi soir, un
référendum serait réclamé si de nouvelles législatives n’ont pas lieu. Mais le bras
droit de Corbyn a douché les espoirs des
militants proeuropéens, en assurant
qu’une telle consultation électorale porterait sur le « deal » final, sans proposer
l’option du maintien au sein de l’UE.
Pour être contredit le lendemain par le
responsable du Labour en charge du
Brexit, Keir Stramer. « Personne n’exclut
le maintien », a-t-il rassuré la salle qui
s’est levée dans une ovation.
« Il serait ridicule de l’écarter alors que
les plus forts revirements d’opinion
d’électeurs du Brexit ont lieu dans les circonscriptions du Labour qui ont voté pour
sortir en 2016 », approuve Ben Bradshaw, député d’Exeter. C’est précisément
le cas de sa collègue Caroline Flint. Elle
avait fait campagne pour rester dans
l’UE, tandis que ses électeurs du
Yorkshire votaient à 69 % pour sortir.
Pas question d’apparaître trahir leur décision. « C’est une question de confiance.
Le Labour a promis de respecter le vote de
2016. On attend autre chose de nous
Un visa sera obligatoire pour travailler outre-Manche
Theresa May devrait présenter
sa politique d’immigration post-Brexit
au congrès du Parti conservateur
la semaine prochaine. Les Européens
ne bénéficieront d’aucun régime
de faveur par rapport aux citoyens
du reste du monde. La ligne défendue
par le ministre de l’Intérieur Sajid Javid
et les brexiters l’a emporté sur celle,
plus accommodante, du chancelier
de l’Échiquier, porte-voix du business,
Philip Hammond, qui s’inquiète
pour l’accès à la main-d’œuvre.
Comme promis lors du référendum de
2016, le pays devrait ainsi « reprendre
le contrôle » de ses frontières en
mettant fin à la liberté de mouvement
européenne. À la place, il adoptera
une politique d’immigration privilégiant
les qualifications sur les nationalités
d’origine. Les Européens pourront
toujours y voyager librement mais,
s’ils souhaitent y rester plus de six
mois, ils devront auparavant obtenir
un travail et un visa, soumis
à des critères de revenus minimums.
À cette aune, les trois quarts des
3,8 millions d’Européens déjà présents
outre-Manche – autorisés à rester –
n’auraient pas été éligibles. Cette ligne
pourrait toutefois évoluer dans
le cadre des négociations d’un futur
traité commercial avec l’UE.
F. C.
Le budget des armées axé sur le quotidien
La défense bénéficiera en 2019 de 35,9 millions d’euros, en hausse de 1,7 milliard par rapport à 2018.
ALAIN BARLUET £@abarluet
DÉFENSE « Mettre l’humain au cœur
de nos armées » : dans le cadre prévu
par la loi de programmation militaire
(LPM), le premier budget de la période
2019-2025 illustre cette priorité énoncée à maintes reprises par Florence
Parly. Ce budget, augmenté de
1,7 milliard d’euros (contre + 1,8 milliard l’an dernier), consacrera par
exemple 57 millions d’euros pour le
« plan famille », une série de mesures
destinées à améliorer les conditions de
vie des militaires et de leurs proches.
Par ailleurs, 1,8 milliard d’euros
sera consacré à la rénovation des infrastructures (dont 550 millions pour
l’immobilier), un sujet très sensible
pour les militaires dont l’environne-
10 hélicoptères NH 90, une frégate
ment quotidien s’est passablement
multimission, un patrouilleur (PLG),
dégradé ces dernières années. « Il
un bâtiment multimission (B2M),
s’agit d’obtenir des résultats rapides et
6 drones Reaper, un avion A400M,
concrets pour nos soldats », souligne2 avions C130J, un avion MRTT. Mais
t-on à l’Hôtel de Brienne, où l’on rapoutre le renouvellement
pelle l’accent mis sur une
des capacités opérationLPM « à hauteur d’homnelles, un accent particumes ». Dans l’entourage de
lier a été mis sur la protecla ministre des Armées, on
tion
individuelle
du
a bien conscience que ces
combattant : 25 000 gilets
effets tangibles conditionpare-balles, treillis ignifunent l’amélioration de la
créés au total
gés, mais aussi systèmes
fidélisation des personnels,
dans la défense
radar anti-IED, de protecdonnée clé pour une armée
l’an prochain
tion contre les attaques de
« de flux » où entre et sort
roquettes et de drones…
une population jeune.
D’autres lignes budgétaires souliEn termes d’équipements (la pringnent l’effort pour le combattant qui
cipale masse, avec 19,5 milliards, en
devra bénéficier de « soutiens renforhausse de 1,3 milliard sur un budget
cés », une des priorités énoncées rétotal de 35,9 milliards), l’année 2019
cemment par Florence Parly et par le
verra la livraison de matériels lourds :
450
emplois
chef d’état-major des armées (Cema),
le général François Lecointre. Un souci recouvrant divers domaines, du
service de santé des armées à la protection des personnels du service des
essences contre la « menace des mines
et autres engins explosifs », en passant
par le commissariat des armées, lequel veillera à la poursuite du renouvellement des douches et des laveries
pour les soldats en opération et généralisera l’accès au Wi-Fi dans les enceintes militaires.
Sur les 450 emplois créés au total
dans la défense l’an prochain, les trois
quarts concerneront les domaines du
renseignement, du cyber et du numérique. Une illustration de la volonté
d’« autonomie stratégique » mise en
avant par la ministre des Armées et
par le Cema. ■
OLI SCARFF/AFP
maintenant que de rejouer la campagne
d’il y a deux ans ! », s’insurge-t-elle.
Pour Kate Hoey, au contraire élue travailliste europhobe d’une circonscription londonienne très anti-Brexit, ce serait « un suicide électoral pour le Labour
de soutenir un second référendum ».
« Nous croyions avoir gagné, peste la députée. Or les perdants antidémocrates les
plus anti-Brexit, qui sont aussi les plus
anti-Corbyn, s’organisent pour nous empêcher de débattre des sujets importants
en menant des combats d’arrière-garde. » Selon l’aile socialiste du Labour,
l’appartenance à l’Europe est de toute
façon incompatible avec l’application
d’un programme axé sur les nationalisations, l’intervention de l’État et la dépense publique.
Au Parti travailliste, comme chez les
conservateurs, le climat de guerre civile
interne provoqué par la question européenne est loin de s’apaiser. Certains estiment que la campagne pour un second
référendum est en fait une manœuvre
destinée à réunir des troupes derrière un
projet de création d’un nouveau parti
centriste proeuropéen. Un serpent de
mer. Or, comme le rappelle Caroline
Flint, « c’est le meilleur moyen de diviser
la gauche et de laisser les tories à Downing Street pour une décennie ». ■
EN BREF
Le Parlement suédois
démet le premier ministre
L’opposition de centre droit
et l’extrême droite suédoises
ont uni leurs voix mardi
pour démettre le premier
ministre social-démocrate
Stefan Löfven, affaibli après
les législatives du 9 septembre
qui n’ont pas permis de dégager
de majorité. 204 parlementaires
sur 349 ont voté contre la motion
de confiance.
États-Unis : le juge
Kavanaugh contre-attaque
Le candidat de Donald Trump
à la Cour suprême, Brett
Kavanaugh, dont le processus de
confirmation est retardé par des
accusations d’agression sexuelle
formulées par plusieurs femmes,
a contre-attaqué lundi, refusant
de se laisser « intimider » par ce
qu’il juge n’être qu’une
« campagne de calomnies ».
Avec le soutien du :
A
SAMEDI 06 OCT. | 10H-18H
RÉSERVATIONS ET INVITATIONS GRATUITES SUR ETUDIANT.LEFIGARO.FR
LE FIGARO
SOCIÉTÉ
mercredi 26 septembre 2018
11
Procréation : ces propositions
qui pourraient bouleverser la loi
Favorable à l’extension de la PMA, l’avis du CCNE préconise aussi de mettre fin à l’anonymat des donneurs.
AGNÈS LECLAIR £@AgnesLeclair
ÉTHIQUE Dangereuse transgression ou
nécessaire évolution ? Dans son avis très
attendu sur la révision de la loi de bioéthique, le Comité consultatif national
d’éthique (CCNE) s’est sans surprise prononcé en faveur de l’ouverture de la PMA
aux couples de lesbiennes et aux femmes
célibataires. «Le monde de la procréation
a changé», a déclaré mardi le président
du CCNE, Jean-François Delfraissy. Ce
feu vert constitue une étape importante
du débat car cet avis devrait inspirer le
projet de loi du gouvernement, annoncé
en novembre, et nourrir le travail des
parlementaires. Au-delà du thème phare
de la PMA, le CCNE livre également ses
réflexions sur de possibles évolutions sur
la recherche sur l’embryon ou encore le
diagnostic génétique. Il se prononce aussi
pour le maintien de l’interdiction de la
gestation pour autrui (GPA) et pour un
statu quo sur la loi « fin de vie ».
u Feu vert à la PMA pour toutes
Des partisans de la Manif pour tous protestent, mardi soir, devant le Comité consultatif national d’éthique, à Paris.
qu’au bout ». « C’est une mesure de justice », a-t-il défendu sur Europe 1. La Manif
pour tous a pour sa part dénoncé « un avis
plus politique qu’éthique ». « Les propositions du CCNE rejoignent toutes celles développées par le bureau de La République en
marche, pointe sa présidente, Ludovine
de La Rochère. Avec la PMA “sans père”,
on déconnecte la PMA d’un motif d’ordre
médical. Il s’agit d’un changement du rôle
de la médecine, d’une technicisation inutile
de la procréation et d’un saut anthropologique qui instrumentalise l’enfant. » L’Association des familles homoparentales
(ADFH) a de son côté appelé le gouvernement à légiférer sans délai « pour contrer
la libération de la parole homophobe ».
u
Volte-face sur l’autoconservation
des ovocytes
En 2017, le CCNE n’était pas favorable à
l’autorisation de cette technique de préservation de ses gamètes pour toutes les
femmes. Elle avait notamment exprimé
des réserves sur les risques médicaux et
les risques de pression sociale pour les
femmes qui voudraient préserver leur
fertilité pour avoir un enfant plus tard.
Dans ce nouvel avis, l’instance se montre
favorable à l’autoconservation pour celles qui le souhaitent, « sans l’encourager », et après avis médical. Cette autorisation devrait aussi être assortie de
limites d’âge minimal et maximal. « Un
an après un avis très argumenté, ce revirement remet en cause la légitimité du
CCNE », tacle Ludovine de La Rochère.
C’est « débat serré » et le CCNE a « tiré des
conclusions des États généraux de la
bioéthique », a commenté François Ansermet. « Aujourd’hui, une femme peut
prélever des ovocytes pour les donner mais
pas pour elle-même. Il y a là une contradiction que nous avons été obligés de relever », explique-t-il.
levée de l’anonymat
u La
des donneurs
Le CCNE propose une évolution bioéthique majeure : la possibilité de lever l’anonymat des futurs donneurs de sperme,
pour les enfants issus de ces dons. Dans
un contexte de diffusion de tests génétiques qui permettent à certains enfants issus d’un don de retrouver leur donneur,
défendre l’anonymat « à tout prix » est
« un leurre », souligne cet avis. Mais l’instance n’est pas très claire sur les modalités de cette réforme. Les futurs enfants
nés d’un don pourraient-ils avoir accès à
l’identité de leur donneur seulement en
fonction de la volonté de ce dernier, au
risque de créer des inégalités entre eux ?
« Cela doit encore faire l’objet d’un débat », a reconnu François Ansermet.
L’association PMAnonyme, qui milite
pour l’accès aux origines, a cependant
salué un « premier pas important ».
u Vers la procréation post-mortem
Le CCNE est favorable à l’ouverture de
la PMA en post-mortem, c’est-à-dire au
transfert in utero d’un embryon
cryoconservé après le décès de l’homme,
sous réserve d’un accompagnement médical et psychologique de la conjointe. La
naissance de l’enfant ne devrait cependant pas « être trop éloignée du décès du
père », préconise le CCNE. ■
+
» Lire aussi PAGE 18
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
« Pro » et « anti » s’affrontent déjà dans la rue
LES PARTISANS et les opposants à la PMA
pour toutes sont déjà prêts à en découdre.
Avant même la présentation d’un projet de
loi du gouvernement sur cette réforme, les
« pro » et les « anti » ont appelé leurs troupes à manifester mardi soir devant le siège
du Comité consultatif national d’éthique
(CCNE), à Paris, rue de Bellechasse, dans le
VIIe arrondissement.
La Manif pour tous indique vouloir remettre officiellement son épais rapport
sur les États généraux de la bioéthique aux
membres du CCNE « qui ne semblent pas
l’avoir lu ». « Cette consultation a montré
une forte opposition à la PMA sans père »,
explique Ludovine de La Rochère, présidente de la Manif pour tous.
Cette initiative des opposants à l’extension de la PMA n’a pas manqué d’échauffer
les partisans de cette réforme. Dans la nuit
de mardi, le collectif Insomnia a accroché
un drapeau arc-en-ciel sur la façade du
CCNE « pour défendre l’accès des femmes
seules ou en couple de même sexe à la PMA »
et « protester contre la Manif pour tous ».
« Nous ne laisserons ni la rue ni l’espace mé-
diatique à la Manif pour tous ! », a averti le
collectif, qui a appelé à un « contre-rassemblement » devant le CCNE. Il réclame
en outre « l’interdiction de futures marches
ou rassemblements de la Manif pour tous,
pour cause de discours incitant à la haine et
à la discrimination ». Act Up Paris a rapidement répondu présent à cet appel. « Unissons nos énergies pour lutter contre la haine ! » a appelé sur les réseaux sociaux
l’association militante de lutte contre le
sida, connue pour ses happenings.
Un trottoir tagué
Mardi soir, rue de Grenelle, à l’approche du
siège du CCNE, les policiers orientaient les
militants : « La PMA pour toutes, vous êtes
pour ou contre ? À gauche, c’est pour. À
droite, c’est contre. » Du côté des opposants, une centaine de manifestants agitaient de petits drapeaux roses et bleus,
vestiges des grandes manifestations de
2013 contre le mariage pour tous. « On est
là pour défendre la filiation naturelle, indiquent François et Laurence, venus de banlieue. On sait que les enfants qui n’ont pas de
père sont en grande souffrance, on ne veut
pas créer de souffrance inutile ». Pierre, étudiant de 18 ans, qui a suivi les défilés depuis
cinq ans, estime qu’« on peut comprendre
certaines revendications et le désir d’enfant,
mais c’est l’enfant qui doit primer : il doit
connaître l’amour de ses deux parents. »
Le trottoir de la rue de Bellechasse a été
tagué d’inscriptions « PMA pour toutes »
et « Love wins » par les défenseurs de la
réforme. Sur ses visuels, le collectif Insomnia a repeint la célèbre ribambelle de
la Manif pour tous aux couleurs de l’arcen-ciel. À quelques rues de là, boulevard
des Invalides, des dizaines de «pro» PMA
scandent : «Y’en a assez de cette société
qui ne respecte pas les trans, les gouines et
les pédés». «On n’est toujours pas satisfaites, explique Imen, de l’association
FierEs, car cet avis est catastrophique : il
reprend les éléments de langage de LMPT
sur la complémentarité du masculin et du
feminin; ça reflète une vision sexiste de la
famille et de la société. De toute façon, on
n’a pas besoin d un avis, on veut une loi». ■
S. K. ET A. L.
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Macron face au risque
d’une nouvelle turbulence
E
mmanuel Macron a cherché
à se donner le plus de temps
possible. Dans l’espoir,
pourtant vain, de parvenir à
un consensus. Après les États généraux
de la bioéthique, l’avis du comité
d’éthique clôt la phase de consultation.
Place maintenant à la décision. Le chef
de l’État ne peut plus reculer : un projet
de loi de révision des lois de bioéthique
sera débattu en 2019. Le oui du CCNE
à la PMA pour toutes, mais aussi
à la conservation d’ovocytes clôt-il
le débat et dicte-t-il la décision
du gouvernement ? Ce n’est pas si sûr.
Dans l’entourage de Macron,
on rappelle que sa volonté de « respect
de tous » et « d’apaisement » est
intacte. Et que « l’avis du CCNE n’est
pas le projet de loi du gouvernement ».
Il y a déjà un enjeu de méthode auquel
tient le président de la République :
distinguer la consultation
et la décision, la réflexion des experts
et l’action des politiques.
Une comparaison revient à l’Élysée : le
rapport Spinetta sur la SNCF n’était pas
la réforme rédigée par Élisabeth Borne.
Des éléments avaient été repris (la fin
du statut), d’autres non (la fermeture
des petites lignes). En ira-t-il de même
sur la bioéthique ?
Ce qui est sûr, c’est que le consensus
rêvé par Macron n’est pas au rendezvous. Le CCNE s’est massivement
prononcé pour l’extension de la PMA à deux exceptions près. Mais aux États
généraux qui se sont déroulés partout
en France durant cinq mois,
plus des trois quarts des avis qui se sont
exprimés étaient hostiles.
Or la participation à ces consultations
citoyennes a été bien plus forte que
prévu ; signe d’intérêt de l’opinion.
Face aux conclusions contraires,
l’exécutif ne pourra pas reprendre
intégralement les préconisations
du CCNE sans réveiller l’opposition
de ceux qui ont joué le jeu des États
généraux.
Emmanuel Macron n’en est pas
moins confronté à un dilemme.
Soucieux de ne pas rééditer
la dramaturgie de la loi Taubira,
il a donné des gages de sa volonté
d’écoute et de son refus de toute
précipitation. Il y a un an, il avait ainsi
désavoué le calendrier annoncé
par Marlène Schiappa. Puis avait fait
arrêter l’initiative du député Guillaume
Chiche qui prétendait déposer
sans tarder une proposition de loi
sur la PMA.
Mais la décision est pour lui encore
plus délicate à prendre, maintenant
que sa popularité s’est effondrée.
Il est en effet exposé d’un côté
à la pression de ses troupes
de La République en marche,
impatientes de trouver un « marqueur
sociétal » pour reprendre la main.
Le patron du parti, Christophe
Castaner, a placé la barre très haut
en plaidant aussi pour la congélation
des ovocytes. Deux risques existent
pour Macron : s’il est plus nuancé,
une fronde naîtra au sein de LaRem
qui criera au renoncement à une
promesse ; s’il est radical, il froissera
une autre partie du groupe, laquelle
revendiquera une liberté de vote
qui n’est toujours pas formellement
reconnue.
En toute hypothèse, un tel projet
ne passera pas comme une lettre à la
poste. Or, en période d’impopularité,
toute confrontation, toute polémique
peut se retourner contre l’exécutif ;
tout bras de fer peut passer pour de
l’entêtement. Alors qu’il doit renouer
impérativement avec l’opinion,
Emmanuel Macron peut-il prendre le
risque de provoquer une nouvelle
turbulence au sein de la société ? ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
Soucieux de
ne pas rééditer
la dramaturgie
de la loi
Taubira,
le président
a donné
des gages
de sa volonté
d’écoute
et de son refus
de toute
précipitation
»
A
L’impossibilité d’avoir un enfant est
« une souffrance » qui « doit être prise en
compte », même s’il ne s’agit pas de remédier à une infertilité médicale, estime le
comité d’éthique. Dans un avis de 2017, il
s’était déjà dit favorable à l’extension de la
PMA. Entre-temps, les États généraux de
la bioéthique, grande consultation citoyenne organisée début 2018, ont mis au
jour « des différences profondes » sur cette
question, souligne l’avis du CCNE. Mais ce
dernier insiste aussi sur les éléments du
débat « partagés par tous » comme « la
réalité du désir d’enfant », « la reconnaissance de la diversité actuelle des structures
familiales » ou encore « le refus de la marchandisation du corps humain ». Faut-il
que la Sécurité sociale rembourse la PMA
pour toutes ? Le CCNE ne tranche pas cette épineuse question. Il se contente de
mettre en garde contre une éventuelle
pénurie de sperme en raison de nouvelles
demandes. Une distinction est également
effectuée par l’instance consultative entre
la PMA pour les couples de lesbiennes et
pour les femmes célibataires. « Des dispositions d’accompagnement des demandes
de femmes seules » pourraient être prévues, avance cet avis. « Un accompagnement psychologique et social, précise le
psychiatre François Ansermet, membre
du CCNE. Le statut de femme seule ajoute à
l’absence de père l’absence de couple. »
Autre aspect frappant de ce travail, seuls
deux membres du CCNE ont exprimé leur
désaccord dans une position minoritaire
sur le thème de la procréation. En 2017, ils
étaient onze à se dire opposés à l’extension de la PMA. « On ne gomme pas les positions minoritaires divergentes. Je n’ai pas
changé d’avis. D’autres n’ont pas changé
d’avis […], s’est expliqué un des membres
de l’instance, Pierre-Henri Duée. Mais à
un moment donné, il faut essayer de faire
apparaître une certaine cohérence, un assentiment majoritaire. » Interrogé sur la
volonté de légiférer sur la PMA pour toutes, le porte-parole du gouvernement,
Benjamin Griveaux, a souhaité « aller jus-
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
12
SOCIÉTÉ
Le Pape pointe « l’incohérence » de l’Église
En Estonie, devant des jeunes, il a reconnu combien la confiance dans le clergé était altérée par les scandales.
JEAN-MARIE GUÉNOIS
jmguenois@lefigaro.fr
ENVOYÉ SPÉCIAL À TALLINN (ESTONIE)
RELIGION À Tallinn, capitale de l’Estonie, devant des jeunes, le pape François a cherché un langage de vérité :
« Beaucoup de jeunes ne nous demandent rien parce qu’ils ne nous considèrent pas comme un interlocuteur valable
pour leur existence, a-t-il constaté.
Certains demandent même expressément qu’on les laisse tranquilles, car ils
trouvent la présence de l’Église pénible,
voire irritante. Ils sont indignés par les
scandales sexuels et économiques, pour
lesquels ils ne voient pas une nette
condamnation. » Il a alors improvisé :
« Tout cela est vrai… Rien de cela n’est
beau ! Voilà une Église, une communauté qui se comporte de manière telle que
les jeunes se disent : “Je n’ai rien à y
trouver.” »
Cette confession de François, dans
un des pays les moins religieux du
monde et devant une assemblée de jeunes composée de chrétiens de tous horizons et d’autres majoritairement non
croyants, marquera la fin du périple
papal dans les pays Baltes. Cet aveu révèle surtout une prise de conscience,
aussi forte que récente, dans les hautes
sphères de l’Église catholique : les évêques commencent à réaliser l’ampleur
du ressentiment des fidèles provoqué
par l’automatisme de la hiérarchie à
couvrir des scandales pédophiles.
Conséquence pratique tirée par
François : il faut chasser « l’incohérence » des rangs de l’Église car « nous
avons vraiment besoin de nous convertir,
de découvrir que, pour être à vos côtés,
vous les jeunes, nous devons renverser
tant de situations qui sont, en définitive,
celles qui vous éloignent ».
Délicates révélations
Cette « indignation » face à une Église
« irritante » est au cœur de l’actualité.
Ce mardi, en Allemagne, l’Église catholique a publié des chiffres spectaculaires sur la pédophilie de prêtres. Le
malaise est identique, en plus violent
encore, aux États-Unis, pour les mêmes raisons. La démission de l’actuel
archevêque de Washington, le cardinal
Wuerl, devrait tomber d’ici peu. Elle
est liée à la couverture d’abus sexuels…
Et puis, il y a de délicates révélations
mettant en cause le… Pape lui-même,
dans sa gestion de prêtres pédophiles
quand il était archevêque de Buenos
Aires, en Argentine. Der Spiegel, le
puissant hebdomadaire allemand,
vient d’y consacrer sa couverture et un
dossier de seize pages.
« Renverser tant de situations », dit le
Pape… Dans l’avion qui doit le ramener, mardi soir, de Tallinn à Rome,
François ne devrait pas manquer d’être
questionné sur ces dossiers brûlants
lors d’une conférence de presse très attendue. Mercredi, le Vatican pourrait
même publier sa réponse aux accusa-
tions de Mgr Carlo Maria Vigano. Cet
ancien nonce aux États-Unis reproche
au Pape d’avoir fermé les yeux sur le
comportement homosexuel du cardinal
McCarrick avec des séminaristes.
Il y a d’autres sujets, toutefois. En
pleine homélie de la messe, place de la
Liberté, mardi après-midi, à Tallinn,
sans nommer ni la Russie ni l’Otan, qui
a déployé des forces en Estonie ce printemps, dans le cadre de l’exercice Siil
2018, le pape François a déploré ce
genre de démonstration de force :
« Certains pensent parfois que la force
d’un peuple se mesure aujourd’hui par
d’autres paramètres » dont « la menace
des armes, le déploiement de troupes, les
stratégies… ». Une « attitude qui cache,
en soi, un refus de l’éthique et, avec elle,
un refus de Dieu ».
Le Pape a donc encouragé les catholiques d’Estonie à être « un peuple
saint » pour pallier « la lassitude existentielle » mais « sans faire de prosélytisme » qui ne serait « pas chrétien ». Il
a aussi lancé ce dernier message aux
pays baltiques : « Vous n’avez pas
conquis votre liberté pour finir esclaves
du consumérisme, de l’individualisme ni
de la soif du pouvoir ou de la domination. » ■
De jeunes enfants accueillent le Pape, mardi, à son arrivée à l’aéroport de Tallinn, en Estonie.
L’épiscopat allemand dit sa « honte »
et présente ses excuses pour les abus sexuels
Nous
« n’avons
pas
écouté les
victimes.
Tout cela
ne doit pas
rester
sans conséquences
»
REINHARD MARX,
PRÉSIDENT
DE LA CONFÉRENCE
ÉPISCOPALE
ALLEMANDE
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
CORRESPONDANT À BERLIN
APRÈS le choc des chiffres, les
excuses. Au deuxième jour de la
Conférence épiscopale allemande, qui se tient cette semaine
à Fulda, au centre du pays, son
président, Reinhard Marx, a présenté ses « excuses » pour les abus
sexuels révélés au sein de l’Église
catholique allemande entre 1946
et 2014. Un collège d’experts
mandatés par l’Église a identifié
3 677 victimes, selon le résultat
d’une étude lancée en 2014.
« Pendant trop longtemps, les
abus ont été niés », a regretté mardi le cardinal en déplorant que
l’Église ait « détourné le regard »
ou « étouffé » les affaires. « Pour
cet échec et pour toute la douleur, je
m’excuse. J’ai honte de la confiance qui a été détruite, des crimes
commis par les responsables de
l’Église », a-t-il poursuivi en exprimant aussi des regrets « personnels ». « Nous n’avons pas
écouté les victimes. Tout cela ne
doit pas rester sans conséquences », a-t-il ajouté. « Les abus
sexuels sont un crime et doivent
être punis. » Le scandale ébranle
l’Église catholique allemande de-
puis deux semaines. Selon les résultats de l’enquête, qui ont été
publiés par la presse, 1 670 membres du clergé sont responsables
des agressions sexuelles recensées. La moitié des victimes avait
moins de 14 ans au moment des
faits. La plupart des responsables
ont échappé à toute sanction.
L’Église a protégé
« L’ampleur des abus m’a choqué », a déclaré Harald Dressing,
de l’Institut de psychologie de
Mannheim, l’un des coordinateurs de l’étude. Ces chiffres ne
sont que « le sommet de l’iceberg », a-t-il aussi prévenu. Pendant des décennies, l’Église a en
effet protégé ses membres. Des
documents ont été « détruits ».
Les auteurs de l’étude n’ont pas
non plus été en mesure d’accéder
aux sources directes. Si les 27 diocèses du pays ont finalement coopéré, ils n’ont pas ouvert leurs archives, obligeant les chercheurs à
passer par des tiers pour analyser
les dossiers. L’évêque de Trêves,
Stephan Ackermann, qui pousse
depuis 2014 à faire la lumière sur
les abus, a rencontré des résistances au sein de l’institution.
L’enquête présentée par l’Église d’Allemagne est âprement cri-
tiquée. Pour l’association de victimes Eckiger Tisch, le rapport
est « trop superficiel ». En outre,
il ne cite aucun nom. « C’est un
premier pas respectable, mais il a
ses limites », a expliqué Johannes-Wilhelm Rörig, chargé des
cas d’abus sexuels pour le gouvernement allemand. « Il faut
mettre en place un travail [d’enquête, NDLR] indépendant », at-il ajouté.
À Fulda, Reinhard Marx a toutefois présenté l’étude comme
« un tournant dans l’histoire » de
l’Église. Il a promis de renforcer
les moyens de prévention et de
mettre en place une commission
spéciale. « Les abus sexuels sont
un problème persistant » dans
l’Église, a souligné de son côté
Harald Dressing. Les observateurs allemands doutent de la capacité de l’institution à mener elle-même le travail d’enquête.
Pour Klaus Mertes, qui a mené
une enquête similaire en 2010 sur
les cas d’abus sexuels au collège
privé catholique Casinius de Berlin, l’Église ne peut pas être mandataire de sa propre étude, « sous
peine d’avoir un problème de crédibilité ». Elle devra ouvrir encore
davantage ses archives pour restaurer la confiance perdue. ■
Procès Pastor : le « parler vide » des accusés
Al Hair Hamadi, qui avait reconnu sa participation à l’assassinat de la milliardaire, nie les faits désormais.
STÉPHANE DURAND-SOUFFLAND
A
JUSTICE « En somme, résume le président Guichard, vous avez été recruté
pour faire un signe de tête à une personne
que vous ne connaissiez pas, devant un
hôpital, et vous avez appris plus tard ce
qui s’était passé. » Ce qui s’est passé
après le signe de tête d’Al Haïr Hamadi,
le 6 mai 2014, à Nice ? Un individu a tiré
deux cartouches de chasse sur Hélène
Pastor, une milliardaire monégasque,
et Mohamed Darwich, son chauffeur.
Si les assises demeurent le temple de
l’oralité, les mots qui s’y raboutent
n’ont pas forcément pour objet de former des phrases crédibles. Certaines situations judiciaires sont tellement périlleuses que la magie du verbe est
impuissante. On entend alors la musique d’une langue familière, mais dénuée de sens commun. M. Hamadi est
accusé d’avoir donné à son voisin de
box, Samine Saïd Ahmed, le signal du
double assassinat. Écoutons-le. Il a été
approché par « le Blanc » – Pascal
Les deux enfants d’Hélène Pastor,
le 17 septembre, à la cour d’assises
d’Aix-en-Provence.
MERCIER/PHOTOPQR/LA PROVENCE/MAXPPP
ENVOYÉ SPÉCIAL À AIX-EN-PROVENCE
Dauriac, qui comparaît également –
pour faire un coup si bien payé qu’il a
d’abord cru à « un charclage », selon
ses propos malheureusement plus plausibles qui ont suivi son interpellation
(l’accusé a tout avoué à la police et au
juge d’instruction avant de se rétracter). Mais en fait non : l’intéressé a
« beaucoup menti » en garde à vue ;
pour 40 000 €, il s’agissait de voler le
sac d’une vieille dame riche, avec des
bijoux dedans. Du reste, « un charclage,
c’est pas forcément tuer quelqu’un ».
« Un P38 non chargé »
Le fusil de chasse à canons sciés avec
lequel il a été vu ? « Je n’en ai jamais eu.
J’avais pris un P38 non chargé pour dissuader. » Faut-il préciser que nul n’a
aperçu ce pistolet ? Une fois qu’il eut
hoché la tête pour annoncer l’arrivée
de la voiture de Mme Pastor, il entendit
« un bruit » dont il n’apprendra que
plus tard qu’il correspond aux coups de
feu. Puis il est rentré de Nice à Marseille
en taxi. Avec M. Haït Ahmed.
Ce dernier pratique le même « parler
vide ». Le 6 mai 2014, il a « un rendez-
vous à Nice », mais il ne dit pas avec qui
pour « ne pas [se] faire abattre ». Il
croise M. Hamadi devant la gare SaintCharles. Il ne le connaît pas. La preuve :
« Je lui serre la main, je ne lui fais pas la
bise. » Les deux nouveaux camarades
prennent le train ensemble. À la gare de
Nice, « il m’a gentiment demandé de lui
porter ses affaires », reconnaît M. Saïd
Ahmed, en qui le ministère public voit
le tireur. Pourquoi le raconter ? Parce
que ces gestes ont été immortalisés par
des caméras de surveillance. Il ne peut
pas non plus nier avoir séjourné quelques heures dans le même hôtel que son
guetteur supposé, car son ADN y a été
relevé sur un flacon de gel douche, dans
la chambre de M. Hamadi par-dessus le
marché – « Je ne sais pas comment il
s’est retrouvé là ». Le reste, M. Saïd Ahmed le réfute, avec le secours inespéré
de vidéos à la netteté aléatoire : « Ce
n’est pas moi qui ai tiré. »
Une fable à deux voix, dont personne
n’est dupe. Vraiment personne : quand
le président rappelle à M. Hamadi qu’il a
« le droit de mentir », celui-ci réplique :
« D’ailleurs personne ne me croit. » ■
ABACA
ZOOM
Prêche controversé
de l’imam de Toulouse :
ouverture d’une
information judiciaire
Le parquet de Toulouse a ouvert
une information judiciaire pour
provocation à la haine
à l’encontre de l’imam
de la ville, Mohamed Tataiat,
à la suite d’un prêche
controversé de l’imam
en langue arabe, soupçonné
d’être antisémite. L’enquête
vise à la fois l’auteur du prêche,
ainsi que ceux qui ont diffusé
le propos sur Internet, a précisé
le procureur. Après l’émoi
provoqué par la diffusion
de cette vidéo
de décembre 2017, l’imam avait
invoqué une « traduction pas
fidèle » qui « n’est pas le vrai
sens du hadith » (texte religieux)
qu’il cite dans son prêche.
EN BREF
Parcoursup :
l’autocongratulation
du gouvernement
Lors de la présentation, mardi,
du bilan de Parcoursup,
la ministre de l’Enseignement
supérieur s’est livrée à un exercice
d’autocongratulation. Près
de 90 % des candidats ont obtenu
au moins une proposition
d’admission. Quelque
955 bacheliers sont encore
sans affectation. « Parcoursup
a pleinement fonctionné »,
a expliqué Frédérique Vidal,
évoquant une plus grande
« démocratisation ». Pour
répondre aux inquiétudes
de jeunes issus de quartiers
défavorisés, la ministre veut une
« anonymisation des dossiers ».
Celle-ci concernerait les noms,
prénoms et adresses, mais pas
le lycée d’origine.
Théo mis en examen
pour « escroquerie
en bande organisée »
Théo, jeune homme devenu
le symbole des violences policières
après avoir été gravement blessé
lors d’une interpellation en 2017,
a été mis en examen dans une
affaire d’escroquerie. Il serait
impliqué dans des détournements
d’aides publiques, affaire qui
a déjà valu une mise en examen
à son frère aîné.
Outrage sexiste : une
première condamnation
en France
Un homme a été condamné à une
amende de 300 euros pour outrage
sexiste, une première pour cette
infraction créée par une toute
nouvelle loi française contre
les violences sexistes et sexuelles.
LE FIGARO
SCIENCES
80 % des patients
ayant consulté
dans un hôpital
parisien souffraient
en réalité d’une
autre pathologie.
SOLINE ROY £@so_sroy
INFECTIOLOGIE La maladie de Lyme réserve décidément bien des surprises. Et
l’étude publiée la semaine dernière dans
Clinical Infectious Diseases par une équipe
française n’est pas encore celle qui apaisera la guerre féroce qui se joue autour de
cette pathologie infectieuse transmise par
les tiques.
L’équipe pilotée par le Pr Éric Caumes,
chef du service des maladies infectieuses
et tropicales à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP), a rouvert les dossiers de
301 patients ayant, entre 2014 et 2017,
consulté dans le service pour une borréliose de Lyme présumée. Et les résultats
sont édifiants… Moins de 10 % des patients se sont vu confirmer le diagnostic,
auxquels on peut ajouter quelque 3 %
chez qui le diagnostic a été jugé « possible » (ces derniers réunissaient au moins
trois des quatre critères exigés pour
confirmer le Lyme : avoir été exposé à une
tique ; présenter des signes cliniques caractéristiques de la borréliose ; présenter
des tests sérologiques positifs ; avoir vu
les symptômes disparaître après une cure
antibiotique correctement menée).
Faussement diagnostiqués
Mais chez 80 % des patients, un autre
diagnostic a fini par être posé : psychologique chez un tiers d’entre eux (dépression, syndrome de stress post-traumatique, burn-out…), rhumatologique chez
20 % (scoliose, arthrite…), neurologique
chez 15 % (sclérose en plaques, Parkinson, maladie de Charcot…), plus diverses
autres pathologies (dont des syndromes
d’apnée du sommeil). Chez 20 patients
(près de 7 %), aucun diagnostic n’a pu
être établi. Les patients faussement diagnostiqués Lyme avaient tendance à être
plus jeunes, à avoir une sérologie négative (ce qui ne signifie pas forcément
l’absence de maladie) et à évoquer un
mercredi 26 septembre 2018
13
Maladie
de Lyme :
un diagnostic
bien trop
fragile
La pathologie infectieuse de la maladie de Lyme est transmise par la tique.
plus grand nombre de symptômes
contrastant avec un petit nombre de signes cliniques observés par le médecin.
Conclusion des auteurs : « Le surdiagnostic et le surtraitement de la maladie de
Lyme empirent, et les autorités de santé
devraient étudier ce phénomène. » Car les
conséquences, estiment-ils, sont nombreuses : coûts, retard au bon diagnostic,
STEVE GSCHMEISSNER/SCIENCE PHOTO LIBRARY/COSMOS
fragilisation de patients soumis à des
cures antibiotiques prolongées (plus de la
moitié des 301 patients avaient déjà été
traités, pour une durée allant de 28 à…
730 jours !), etc. Éric Caumes n’est, au
fond, pas surpris de ces résultats. « Cela
correspond à ce que j’observe depuis dix
ans en consultations », raconte le médecin, citant ainsi le cas d’une patiente « qui
La transmission plus rapide que prévu
On estime habituellement que la tique
doit digérer le sang prélevé sur
sa proie, puis les bactéries présentes
dans son système digestif se multiplier,
avant que celles-ci ne puissent être
transmises à l’hôte lorsque la tique
régurgite. Soit 24 heures de sécurité
pour enlever correctement l’acarien
avant que le risque d’infection ne soit
réel. Fin juillet, une étude de l’Institut
Pasteur dans Frontiers in microbiology
montrait que la transmission
bactérienne pourrait être bien plus
rapide. La bactérie en cause dans
la maladie de Lyme a été détectée
« dans les glandes salivaires des tiques
adultes avant le repas sanguin »,
expliquent-ils sur leur site Internet.
L’infection se produirait donc dès les
premières 24 heures, voir 12 heures
si l’on est piqué par une nymphe.
Par ailleurs, en infectant des souris,
les chercheurs ont montré que
les diverses souches de la bactérie
pourraient se comporter différemment
chez l’hôte, ce qui expliquerait
la variété des symptômes cliniques
observés chez les patients.
S. R.
malades se voient attribuer un autre diaa reçu des antibiotiques pendant six mois,
gnostic et vont continuer à errer dans le
alors qu’elle avait un Parkinson absoluchamp trouble des soi-disant maladies
ment évident ! »
auto-immunes dont les traitements ne
L’infectiologue s’étonne en revanche
marchent pas. » Le journal dans lequel a
que ce surdiagnostic s’accompagne d’un
paru l’étude pilotée par le
sous-diagnostic loin d’être
Pr Caumes, note-t-il, apparnégligeable. « Parmi la trentaine de malades ayant une
tient à la Société américaine
authentique maladie de Lyme,
des maladies infectieuses
le diagnostic n’avait pas été
(IDSA), dont les « recommanévoqué par le généraliste pour
dations ne sont plus recon50 % d’entre eux ! Il y a donc
nues ». De retour des Étatsaussi un vrai problème dans ce sur 29 véritablement Unis, l’infectiologue garchois
sens-là. »
infectés n’avaient pas dit y avoir « rencontré des ex« Cette étude est un pur
perts qui travaillent pour le mivu leur médecin
scandale ! » tonne pour sa traitant suspecter une nistère américain de la Santé »
borréliose de Lyme
part le Pr Christian Perronne,
et espère voir « sortir en décembre des recommandations
chef du service d’infectioloqui vont totalement dans mon sens ».
gie de l’hôpital universitaire RaymondDécouvrant à l’issue de ses travaux que
Poincaré de Garches et porte-voix en
le même type d’étude avait obtenu les
France du camp des « hétérodoxes » sur
mêmes résultats il y a vingt ans aux Étatsla maladie de Lyme, qui plaident notamUnis, le Pr Caumes raconte avoir alors
ment en faveur de l’existence d’un Lyme
chronique et de l’intérêt des cures antisongé à un mot d’André Gide. Appliquée
biotiques longues dans certains cas. « Un
à Lyme, la sentence pourrait bien être la
médecin, de façon totalement subjective,
seule à mettre tout le monde d’accord :
décide si vous avez Lyme ou non. Les tests
« Toutes choses sont dites déjà ; mais comsérologiques étant mauvais et les co-infecme personne n’écoute, il faut toujours retions rarement diagnostiquées, 90 % des
commencer. » ■
12
patients
Pénurie annoncée
de médicaments
contre Parkinson
DELPHINE CHAYET £@DelChayet
PHARMACIE C’est un médicament
« d’intérêt thérapeutique majeur », selon
les termes de l’arrêté adopté en 2016
pour éviter les risques de pénurie, qui se
trouve justement aujourd’hui en rupture
d’approvisionnement. Le Sinemet, traitement phare dans la prise en charge des
malades de Parkinson, n’est plus disponible au dosage 250 mg depuis fin août, et
ses deux autres formes (100 mg et 200 mg
à libération prolongée) ne seront bientôt
plus livrées dans les pharmacies, a annoncé l’Agence nationale de sécurité du
médicament (ANSM) le 19 septembre.
Selon le laboratoire MSD, qui invoque
des « difficultés de production », un réapprovisionnement n’est pas attendu avant
mars 2019.
« Un stress énorme »
La perspective d’une rupture de stock
suscite l’indignation des associations de
malades. « Pour la deuxième année consécutive et cette fois pour une durée particulièrement longue, les malades et leurs proches se trouvent dans une situation
d’insécurité. Cela génère un stress énorme », déplore Florence Delamoye, directrice de l’association France Parkinson.
Selon l’ANSM, 45 000 patients sont
traités par Sinemet, sur les 200 000 personnes souffrant de la maladie de Parkinson en France. Le traitement, à base
de Lévodopa, compense le déficit de dopamine dans le cerveau qui caractérise la
maladie. Il en améliore fortement les
symptômes : lenteur et raideurs qui entraînent une difficulté gestuelle ou une
gêne à la marche, tremblements. « Tous
les patients seront amenés à prendre un
médicament à base de Lévodopa à un moment ou un autre de leur maladie, souligne
le Pr Philippe Damier, neurologue au
CHU de Nantes. Cinquante ans après son
arrivée dans l’offre de soins, c’est toujours
le traitement de base. »
Le scénario d’une pénurie inquiète
d’autant plus les médecins que le sevrage
de Lévodopa peut s’avérer dangereux.
« Un arrêt brutal peut se traduire par des
complications potentiellement gravissimes, allant jusqu’au décès », alerte le
Pr Damier. Dans une note publiée sur son
site Internet, l’ANSM recommande aux
malades de consulter leur médecin afin
de trouver un traitement de substitution.
Les neurologues peuvent en théorie reporter leur prescription sur les génériques du Sinemet, mais le laboratoire
Teva, qui produit l’un d’eux, a déjà prévenu qu’il ne sera pas en mesure de faire
face à la demande seul.
Solution alternative, le Modopar, un
médicament alliant la Lévodopa avec
une autre molécule, pourra être proposé.
« Ce changement ne pourra intervenir
qu’après un ajustement des doses, et seulement si le patient n’a pas d’antécédent
d’intolérance majeure », souligne le
Dr Philippe Vella, directeur des médicaments en neurologie à l’ANSM. Le laboratoire Roche, qui produit le Modopar,
s’est engagé auprès de l’Agence à le fabriquer en quantité suffisante pour couvrir les besoins des malades au moins
jusqu’en décembre.
L’association France Parkinson redoute toutefois que le changement de
molécule ne déstabilise des patients déjà
fragilisés par une maladie qu’on ne sait
pas guérir, mais dont les symptômes invalidants peuvent être soulagés par les
traitements. ■
A
Le Sinemet, traitement phare de la maladie,
devrait rester introuvable jusqu’en mars 2019.
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
14
SPORT
Gérard Lopez : « Le foot est comme
une usine complètement folle »
Après une saison pénible, l’homme d’affaires connaît actuellement la réussite à la tête de Lille.
PROPOS RECUEILLIS A LILLE PAR
GUILLAUME LOISY £@guiloisy
Comment se porte le Losc
sur le plan financier ?
Beaucoup de choses ont circulé l’an passé
mais nous avons donné des réponses fortes. Quand la DNCG nous a demandé de
poser 90 M€ sur la table, cela a été fait. Je
ne pense pas que beaucoup de clubs
soient capables de le faire en France. Malgré l’intérêt de plusieurs clubs, Nicolas
Pépé est toujours à Lille, où il brille
(4 buts, 3 passes décisives, NDLR). Cela
prouve qu’on a des ambitions sportives,
pas seulement financières. Elles existent
parce que le club se doit d’être à l’équilibre. C’est d’ailleurs l’objectif fixé cette
année. Il sera atteint par le biais des ventes réalisées cet été et celles à venir cet hiver. Le Losc se porte très bien.
Vous n’aimez pas qu’on résume
votre projet au fameux
« trading joueurs » (achats et ventes
de jeunes joueurs pour réaliser
une plus-value substantielle). Pourquoi ?
« Christophe Galtier a construit un groupe homogène où il y a de la concurrence mais aussi de la bonne humeur », déclare Gérard Lopez, président du Losc.
Parce que le terme devrait s’appliquer
aux deux tiers des clubs en France. Si on
parle de trading en Ligue 1, cela ne me
pose pas de problème qu’on en parle au
Losc. La situation est assez simple même
si tout le monde ne veut pas l’entendre.
Nous avons des revenus figés de billetterie qui sont bons et en augmentation, des
revenus de sponsors – on s’est d’ailleurs
laissé la liberté de voir avec qui nous allons travailler pour le sponsor maillot et des droits TV qui seront en forte hausse à partir de 2020 grâce au boulot réalisé
par la Ligue. En parallèle, nous avons un
“
La France est le vivier
de talents le plus
important au monde
GÉRARD LOPEZ
”
budget conséquent, le 5e de Ligue 1 (environ 90 M€), avec un stade et un domaine d’entraînement qui coûtent
énormément d’argent. Jusqu’au jour où
les revenus autres seront assez importants, que ce soit pour le Losc mais aussi
les autres clubs, la seule solution est
l’achat et la vente de joueurs. L’augmentation à venir des droits TV facilitera
peut-être la rétention des talents en L1.
En attendant, on parle du « trading
PROGRAMME
LE FIGARO. - Lille est la belle surprise
de ce début de saison de L1. Comment
expliquez-vous cette métamorphose ?
Gérard LOPEZ. - Pour ma part, il n’y a
pas de surprise. La saison dernière, nous
étions dans une spirale négative. Je n’arrêtais pas de dire qu’on avait du talent
mais nous n’arrivions pas à le démontrer. Dans le sport, cela se joue souvent
dans la tête et les joueurs se posaient des
questions. On s’est sortis in extremis
d’une situation très compliquée alors
que nous avions tout pour nous maintenir facilement. Cet été, des joueurs d’expérience nous ont rejoints. Christophe
Galtier a construit un groupe homogène
où il y a de la concurrence mais aussi de
la bonne humeur. Les joueurs s’amusent
et c’est fortement dû à Christophe.
J’aimerais qu’il y ait des certitudes au
club, à différents niveaux. Le poste
d’entraîneur en est une. C’est donc naturel de parler de prolongation de
contrat avec lui.
PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP
FOOTBALL Des abysses aux sommets.
Quatre mois après avoir vu le Losc arracher de justesse son maintien à l’issue
d’une saison, de ses propres mots, « hallucinante », Gérard Lopez est un président heureux. Le club nordiste, dont il est
propriétaire depuis janvier 2017, joue
aujourd’hui les premiers rôles en Ligue 1
(2e à 5 points du PSG avant la 7e journée).
L’homme d’affaires hispano-luxembourgeois s’est confié au Figaro avant le
déplacement de ses Dogues à Bordeaux ce
mercredi (19 heures).
7E JOURNÉE LIGUE 1
MONACO (16)
NANTES (18)
TOULOUSE (4)
AMIENS (19)
BORDEAUX (14)
CAEN (17)
DIJON (7)
MARSEILLE (5)
NÎMES (10)
PARIS SG (1)
hier ANGERS (12)
NICE (15)
ST.-ÉTIENNE (8)
mer. 19h RENNES (13)
beIN
LILLE (2)
MONTPELLIER (3)
LYON (6)
STRASBOURG (9)
GUINGAMP (20)
21h C+ REIMS (11)
joueurs » de façon critique mais la France est le vivier de talents le plus important au monde. Elle a dépassé le Brésil en
termes d’exportation de joueurs. Quelque part, c’est stupide de critiquer quelque chose qui fait la force de la Ligue 1. Et
le Losc utilise cette force-là.
Pour quels objectifs sportifs ?
On ne peut pas garantir qu’on sera champion, 5e ou 8e, mais c’est clair qu’on veut
jouer le haut du tableau. Cela passe par
être européen de façon récurrente et découvrir des joueurs excitants qui peuvent
rester un, deux ou trois ans. Nous n’avons
pas vocation à recruter des superstars. À
part le PSG, aucun club en France ne peut
se permettre d’avoir des Neymar ou des
Mbappé. On est un club de passage, com-
me le sont les dix-huit autres clubs en
France, le PSG mis à part.
Visez-vous l’Europe dès cette saison ?
Non car cela voudrait dire que c’est dans
le planning actuellement, or ce n’est pas
le cas. Nous voulons être dans le top 10.
Votre projet de faire du Losc un club
omnisports est-il toujours d’actualité ?
Oui. On a fait marche arrière l’an dernier
pour nous focaliser sur le foot, qui est
notre principal actif. Si tout se passe
bien, nous devrions nous lancer dans
l’omnisports d’ici deux saisons. L’idée
est d’avoir deux ou trois sections parmi
le basket, le cyclisme et la boxe. Nous
voulons soutenir des sports différents à
Lille et dans sa région et toucher différents milieux sociaux.
En quoi le football est-il si différent
de vos autres activités (investissements
et conseils financiers, Formule 1) ?
On peut voir le foot comme une usine
complètement folle qui produirait un
bon produit une semaine puis un mauvais la semaine suivante. Imaginez gérer
cela dans le monde des affaires ! Dans
mes autres activités, il est aussi beaucoup plus simple de prendre des décisions tranchées car il n’y a pas ou peu
d’émotions. Quand je rate un contrat, je
Denis Gargaud, le poids de l’or olympique
Le céiste, sacré aux JO en 2016, retrouve le bassin de Rio de Janeiro. Dans un état d’esprit très différent.
tal que j’avais toujours un peu délaissé au
profit de la progression physique et technique. Avant, si je faisais une contre-performance, cela passait plus ou moins inaperçu. J’étais dans l’ombre, ce qui est très
confortable car j’avais tout à gagner et
rien à perdre. Sauf qu’aujourd’hui, avec ce
titre à Rio, ce n’est plus le cas. Je suis devenu la tête d’affiche du canoë-kayak
français, un rôle qu’avait Tony [Estanguet] à l’époque. Je n’avais jamais été
dans cette position. » Un changement de
statut qui a nécessité l’arrivée à ses côtés
d’un préparateur mental, Thomas Sammut, en charge auparavant notamment
de Florent Manaudou.
A
CÉDRIC CALLIER ccallier@lefigaro.fr
CANOË-KAYAK 9 août 2016. Cinq ans
après son titre mondial à Bratislava, Denis Gargaud décroche le Graal. Le titre
olympique. Son rêve d’enfant. Mais sitôt
la ligne d’arrivée franchie, il n’a qu’une
idée en tête : « Revivre cela. C’est pour
cela que je m’entraînais et de ne le vivre
qu’une fois, cela me semblait à la fois fabuleux et trop peu. » Néanmoins, avant
de replonger dans une nouvelle olympiade en direction de Tokyo 2020, le
Français va prendre le temps de la réflexion. « Après Rio, je ne voulais pas faire
de bêtise. Je venais d’accomplir un de mes
rêves et je me demandais si c’était réellement une bonne idée de repartir sur une
autre olympiade. Cette réflexion m’a amené jusqu’aux derniers championnats du
monde en France, où je suis arrivé en étant
mal préparé et sans penser encore à Tokyo. » Résultat, à Pau en septembre 2017,
il se rate et finit 10e. Tout sauf une surprise pour lui. Mais paradoxalement, c’est à
cette occasion qu’il acquiert la conviction d’être prêt à se lancer vers 2020.
« À ce moment-là, je me suis alors demandé ce qui avait changé en moi, analyse-t-il. Clairement, c’était l’aspect men-
Une saison délicate
Denis Gargaud, lors de la Coupe du monde
de slalom, à Cracovie (Pologne),
le 30 juin. D. KLAMKA/ZUMA PRESS/MAXPPP
Un apport qu’il doit apprendre à digérer,
lui qui a connu une saison délicate :
« Cette année, je suis resté souvent bloqué
à la porte des finales. J’étais frustré, je ne
pouvais pas m’exprimer, mais c’est un
nouveau cap à franchir. Sous pression, on
est tenté de prendre moins de risques,
d’assurer davantage. Sauf que, lorsque
vous êtes trop conservateur, vous perdez
de la performance. » Une nécessité s’il
veut briller de nouveau à Rio, sur le
même bassin qu’il y a deux ans, lors des
championnats du monde qui débutent ce
mercredi pour lui. « Le retour à Rio ne
sera pas identique, estime-t-il. Je ne sais
pas s’il y aura beaucoup de public cette
fois, surtout qu’on va courir très tôt le lendemain. Ce ne sera pas très glamour, mais
je pense savoir gérer cela. »
Si le poids de son titre olympique
s’avère immense en termes de pression
sportive, sur le plan financier, en revanche, l’impact aura été bien moindre.
De son propre chef. « Le titre m’a amené
un confort supplémentaire mais je n’ai
pas acheté une Ferrari, explique-t-il en
souriant. Simplement, j’ai un bel appartement à Marseille, une belle voiture, je
me fais plaisir, j’élève mes enfants dans
de bonnes conditions, je crois… Simplement, je n’ai pas cherché à monétiser ce
titre olympique. J’ai très peu de sponsors
qui m’ont rejoint après mon titre car,
comme je gagnais très bien ma vie, j’ai
décidé que je ne ferais que ce qui m’intéresse et que je ne me braderais pas. Je ne
suis pas parti à la recherche de partenaires car je n’en avais pas le besoin, et puis
c’était aussi important pour moi de rester
fidèle à ceux qui me suivaient depuis mes
débuts. » Après Tokyo, pour Gargaud, il
sera alors temps de penser à Paris. En
2024, il aura 37 ans. Pas trop vieux selon
lui pour continuer à rêver d’or. ■
peux être vexé mais ce n’est pas très
émotionnel. En F1, se battre pour la victoire est très excitant mais un match de
foot, c’est 90 minutes de souffrance
(sourire). La course auto est une passion
quand je roule moi-même mais la F1 est
d’abord une plate-forme d’affaires alors
que je vis le foot de façon purement
émotionnelle. C’est d’ailleurs une leçon
que j’ai apprise par rapport à mes autres
activités. L’émotion ne se délègue pas.
C’est pour cela que je suis plus présent au
club désormais.
Que retenez-vous de votre expérience
ratée avec Marcelo Bielsa ?
Les gens essaient de nous opposer mais je
n’ai pas d’antagonisme avec coach Bielsa.
J’ai toujours pris sur moi la décision de
l’avoir fait venir à Lille et surtout de lui
avoir laissé toute la liberté qu’il a pu
avoir. Il est en train de faire du bon boulot
à Leeds. Chez nous, il avait choisi des
joueurs très jeunes et avait refusé de
prendre des joueurs d’expérience. Je ne
dirais pas qu’il a laissé une empreinte
particulière ici mais il n’y a pas d’héritage
négatif. Ce qui était moins positif a été
corrigé avec l’arrivée de joueurs d’expérience. On a tourné la page (sur l’action en
justice intentée par l’Argentin contre le
Losc). C’est décevant, à la limite même
injuste, mais chacun a son caractère. ■
EN BREF
Golf : Woods déjà incisif
« Les jeunes joueurs n’avaient
encore jamais vu le vrai Tiger ! »
a lancé l’Américain, hier, au Golf
National. Pour tout savoir de la
Ryder Cup 2018, découvrez notre
cahier spécial dans cette édition.
Cyclisme : duel DumoulinDennis sur le « chrono »
L’épreuve du contre-la-montre
des Mondiaux offrira,
ce mercredi à Innsbrück
(à partir de 14 h 10), un duel entre
le Néerlandais Tom Dumoulin,
tenant du titre, et l’Australien
Rohan Dennis sur 52,5 km.
Tennis : Caroline Garcia et
Gaël Monfils battus d’entrée
Caroline Garcia a perdu gros à
Wuhan : la championne sortante
s’est inclinée d’entrée face à la
Tchèque Katerina Siniakova (47e)
3-6, 7-6 (7/5), 7-6 (7/4). Gaël
Monfils a, lui, été battu au 1er tour
à Chengdu par le Sud-Africain
Lloyd Harris 3-6, 6-2, 6-1.
F1 : Giovinazzi remplacera
Ericsson chez Sauber
L’Italien Antonio Giovinazzi
(24 ans) remplacera le Suédois
Marcus Ericsson chez
Alfa Romeo Sauber
lors de la prochaine saison.
mercredi 26 septembre 2018
LE CARNET DU JOUR
Lyon. Lentilly. Levallois-Perret.
Les annonces sont reçues
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Réduction à nos abonnés :
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communications
Concert baroque
exceptionnel arias
Vivaldi et Händel
avec le contre-ténor sopraniste
Mathieu Salama,
accompagné par un ensemble
instrumental sur instruments,
aura lieu
le samedi 6 octobre 2018,
à 20 h 30, au théâtre
de la comédie italienne,
17, rue de la Gaîté, Paris (14e).
Direction et chant
contre-ténor sopraniste :
Mathieu Salama.
Réservation :
www.mathieusalama.com
Téléphone : 06 11 68 22 95.
Participation à prévoir.
Henri Bayzelon,
son époux,
Olivier et Adeline Chassain
et leurs enfants,
le docteur Christophe Chassain,
ses enfants et son petit-fils,
Mme Laetitia
Chassain Janowski
et ses enfants,
M. Marek Janowski
ainsi que tous ses proches
Marc et Martine Bayzelon,
Chantal Bayzelon,
Christine et Pierre Boiraud,
Dominique Bayzelon
et Bernard Galaud,
Brigitte et Vincent Boucharlat,
ses enfants,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
les familles Bayzelon, Lafoy,
ses neveux et nièces,
docteur Albert Paul
CHASSAIN
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Suzanne BAYZELON
née Lafoy.
La cérémonie sera célébrée
le vendredi 28 septembre 2018,
à 10 h 30, en l'église de Lentilly.
Sa famille et ses amis
ont la tristesse
de faire part du décès de
S.E. Pierre BOILLOT
ancien ambassadeur,
ministre plénipotentiaire,
chevalier
de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
survenu le 22 septembre 2018.
Les obsèques auront lieu
dans l'intimité familiale,
ce mercredi 26 septembre,
à Orange.
L'ingénieur général
de l'armement Hervé Bongrain,
son époux,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
vous font part du décès de
Mme Guy ADELINE
née Bernadette Lanquetot,
le 23 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 28 septembre,
à 15 heures,
en l'église Saint-Pierre
d'Équemauville (Calvados).
L'inhumation aura lieu
le samedi 29 septembre,
à 11 heures, au cimetière de
Cour-Cheverny (Loir-et-Cher).
Ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont l'immense douleur
de vous annoncer le décès
le 25 septembre 2018,
à l'âge de 85 ans, de
Mme Josette AZOULAY
Les obsèques auront lieu
à Jérusalem,
le jeudi 27 septembre 2018.
La messe sera célébrée
le vendredi 28 septembre,
à 14 h 30, en l'église
de Cognac-la-Forêt
(Haute-Vienne),
suivie de l'inhumation
dans le cimetière
de cette même commune.
ses petits-enfants,
Flore, Élodie, Louise, Timothée,
Victor, Pauline, Olivier,
Clotilde, Charles, Cosme,
Mathilde, Arnaud, Claire,
et leurs conjoints,
font part du décès de
Marie et Daniel Orantin,
Mathieu et Denise Courcier,
Laurent Courcier
et Sonia Swarowsky,
ses enfants,
Charlotte et Eric,
Antoine et Magali,
Jennifer et Emmanuel,
Julien et Lydie, Hélène,
Jonas et Aurianne,
Charles et Juliette,
Jean et Marie, Marguerite,
Gaëlle, Nicolas,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès,
le 21 septembre 2018,
dans sa 95e année, de
Pierre COURCIER
La cérémonie religieuse
aura lieu le lundi 1er octobre,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-d'Espérance,
Paris (11e),
suivie de l'inhumation à 16 h 30,
au cimetière d'Orbais-l'Abbaye
(Marne).
mcourcier@noos.fr
Madeleine BONGRAIN
née Toussaint,
le 24 septembre 2018,
à son domicile versaillais.
20, rue Lafayette,
78000 Versailles.
Eléonore de Guitaut
et Nicolas Doundov,
le comte et la comtesse
Alexis de Guitaut,
M. et Mme Arthur Bureau,
M. et Mme
Guillaume Dumant,
Edouard de L'Epine,
Olivier de L'Epine,
Adrien Blacque-Belair,
Timothée Blacque-Belair,
ses petits-enfants,
Mme Dominique Coudry,
son épouse,
Virginie, Arnaud, Thibault
et Valérie,
ses enfants,
Gaspard, Pavel, Juliette,
Charlie, Clémence,
ses petits-enfants,
et toute la famille
Vladimir, Charles, Victoire,
Wladimir, Arsène,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
ont la tristesse
de faire part
du rappel à Dieu de la
M. Jean-Marc COUDRY
survenu à l'âge de 69 ans.
baronne Henry de L'EPINE
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 28 septembre 2018,
à 15 heures, en l'église
de Saint-Amand-Montrond.
née Annick de Nicolaÿ,
à Paris, le 24 septembre 2018,
dans sa 88e année.
4, route de Coust,
18210 Charenton-du-Cher.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 28 septembre,
à 14 heures, en l'église
Saint-Philippe-du-Roule,
à Paris (8e).
Un souvenir inoubliable !
Publiez l’annonce de vos fiançail es dans
Muriel Mignot,
son épouse,
Amélie et Jean Clavel,
Tiphaine et Alexandre Rolin,
Élise Mignot et Yannick Derue,
Victor Mignot
et Aurore Martinez,
ses petits-enfants
et toute sa famille
© gettyimages.com
ont la douleur
de vous faire part
du décès brutal de
Tél. 01 56 52 27 27
carnetdujour@media.figaro.fr
M. et Mme Rémi
Castres Saint Martin,
M. et Mme Nicolas Simon,
ses enfants,
Son épouse,
Mireille Hentsch Oltramare,
Grégoire, Mathilde, Victor,
Jean-Guillaume, Alexandre,
Laetitia,
ses petits-enfants,
ses enfants,
Laurence et Jacques-Louis
de Chambrier,
Nadège et Christophe Hentsch,
Adèle et Daniel Hentsch,
Jérôme Hentsch,
ses petits-enfants,
Coralie, Cédric, Florence
Hentsch,
Aliénor de Chambrier
et Maris Mezulis,
David, Nadège de Chambrier,
Mme Véronique
Dryjard des Garniers,
ses enfants et petits-enfants,
Mme Theresa
Hentsch-Ammann,
ses enfants et petits-enfants,
M. et Mme Fernand Oltramare,
leurs enfants et petits-enfants,
M. et Mme Yves Oltramare,
leurs enfants et petits-enfants,
les familles Hentsch,
Schweisguth, Oltramare,
Barbey
Michel MIGNOT
le 18 septembre 2018,
dans sa 72e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Sainte-Jeanne-de-Chantal,
96, boulevard Murat,
Paris (16e),
le vendredi 28 septembre 2018,
à 10 h 30.
M. et Mme Yves Lefèvre,
son frère et sa belle-sœur,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jeanne SIMON
née Lefèvre,
survenu le 21 septembre 2018,
à l'âge de 96 ans.
Elle a rejoint son époux, le
général d'armée Jean Simon
ancien chancelier
de l'ordre de la Libération.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 28 septembre,
à 15 heures, en l'église
d'Urville-Nacqueville,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Querqueville
(Manche).
ont le profond chagrin
d'annoncer le décès de
M. Jean-Claude HENTSCH
Le culte de reconnaissance
aura lieu dans l'intimité
de la famille et des proches
de Jean-Claude,
au temple de Jussy,
le jeudi 27 septembre,
à 15 heures.
En lieu et place de fleurs,
vous pouvez penser
à L'Église protestante
de Genève, Iban CH93 0900
0000 1200 0241 0,
mention
« souvenir Jean-Claude ».
Cet avis tient lieu de faire-part.
16, chemin des Fenasses,
CH-1246 Corsier.
Vincent Planchais,
Xavier et Sophie Planchais,
Bruno et Sylvie Planchais,
ses enfants,
Marine, Aymeric, Grégoire,
Héloïse, Aurélien, Maëlle,
ses petits-enfants,
sa sœur,
ses belles-sœurs, beaux-frères,
ses nièces et neveux
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Michel PLANCHAIS
Le comte et la comtesse
Hugues de Guitaut,
le baron et la baronne
Aymard de L'Epine,
M. et Mme
Emmanuel Blacque-Belair,
ses enfants,
La cérémonie religieuse
aura lieu en l'église
Notre-Dame de Versailles,
le vendredi 28 septembre,
à 10 h 30.
...et recevez Le Figaro gracieusement
pendant 3 mois
J'ai recherché l'Éternel
et il m'a répondu ;
Il m'a affranchi
de toutes mes frayeurs.
survenu le 21 septembre 2018,
à l'âge de 96 ans.
Jeanne, Arthur, Lucian,
ses arrière-petits-enfants,
ses enfants,
Anne, Daniel, Rémi,
Christophe, Frédéric, Paul,
Guillaume (†),
et leurs conjoints,
ses proches et amis
Bruno et Dominique Adeline,
Xavier Adeline (†),
Benoît et Yoann
Adeline-Broutin,
Isabelle et Luc Bertier,
ses enfants,
ancien interne
des Hôpitaux de Paris,
professeur honoraire
à la faculté de médecine
de Limoges,
physiologiste,
résistant,
ancien officier parachutiste,
engagé militaire en 1943,
le 23 septembre 2018,
dans sa 91e année.
ses arrière-petits-enfants,
Georges, Maxime, Anouk
et Circé,
deuils
Limoges. Bordeaux.
Montpellier. Paris.
15
née Nicole Conrairie.
Elle a rejoint son époux
dans la Paix du Seigneur.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 29 septembre 2018,
à 14 h 30, en la chapelle
de Préfailles (Loire-Atlantique).
Caroline Six Wodka,
Edouard Six,
Arnauld Six,
Frédéric Six,
ses enfants,
Héloïse, Clémence, Manoa,
Edouard et Angela,
ses petits-enfants,
vous font part du rappel à Dieu
le 24 septembre 2018, de
Mme Edouard SIX
née Catherine Huchet.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 28 septembre,
à 10 heures,
en l'église Saint-Jacques,
à Neuilly-sur-Seine.
Valence. Los Angeles. Meylan.
Saint-Germain-en-Laye.
M. et Mme
Jean Tardy Vallernaud,
M. et Mme Michel Tardy,
M. et Mme Eric Tardy,
M. et Mme Nicolas Rochegude
en union avec Denis Tardy (†),
ses enfants,
ses 8 petits-enfants,
ses 15 arrière-petits-enfants
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme André TARDY
née Colette Vallernaud,
dans sa 97e année, munie
des sacrements de l'Église.
La messe sera célébrée
le vendredi 28 septembre 2018,
à 14 heures, en l'église
Saint-Victor de Meylan.
Des messes et des prières.
Thibault Sarton du Jonchay,
son époux,
Tristan, Chloé, Jeanne,
Benoît et Elie,
ses enfants,
Yann et Viviane Kergall,
ses parents,
Anne Osmont d'Amilly,
Gwénola Perez-Goicoecha,
Charles-Arthur Kergall,
Armelle Chalm,
son frère, ses sœurs,
leurs époux et leurs enfants,
Olivier et Eliane (†)
Sarton du Jonchay,
ses beaux-parents,
Florence de Boissieu,
Edwige Kuster,
leurs époux et leurs enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Béatrice
SARTON du JONCHAY
née Kergall,
3, chemin de la Ville,
38240 Meylan.
Estissac (Aube).
Anne et Olivier Brunisholz,
Jean-Baptiste et Corinne
Tarteret,
Emmanuelle et Marc Lemarié,
Nicolas et Carole Tarteret,
Bertrand Tarteret
et Aude Vincent,
leurs enfants et petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du décès de
Mme Marie-Thérèse
TARTERET
née Viltard,
survenu le 22 septembre 2018,
à l'âge de 84 ans, à Estissac.
le 23 septembre 2018,
dans sa 51e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Georges
de Chevrières (Oise),
le vendredi 28 septembre,
à 15 heures.
L'inhumation aura lieu
le samedi 29 septembre,
à 15 h 30, au cimetière
de Plouër-sur-Rance
(Côtes-d'Armor).
Marie-Anne et Thomas Kraft,
François, Pierre Schwartz,
ses enfants,
ses neuf petits-enfants,
ses sœurs, beau-frère, neveux
font part du rappel à Dieu,
à l'âge de 84 ans, de
Alain SCHWARTZ
La cérémonie religieuse aura
lieu en l'église de Bouffémont
(Val-d'Oise), le vendredi
28 septembre 2018, à 10 h 30.
25, allée des Érables,
95680 Montlignon.
Ses filles,
ses petits-enfants et sa famille
ont la grande tristesse
de faire part du décès de
Victor, Haïm UZZAN
« Pipo ».
L'enterrement aura lieu
ce mercredi 26 septembre 2018,
à 15 heures, au cimetière
d'Antony (Hauts-de-Seine),
86, rue de Châtenay.
souvenirs
Le 27 septembre 2002,
Brigitte RODARIE
nous quittait.
Son mari et sa fille
invitent ceux qui l'ont connue
et aimée à avoir une pensée
affectueuse ou à prier pour elle.
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE/HANS LUCAS
16
Dans ce ballet équestre imaginé par Bartabas, chevaux et danseurs (sept d’entre eux viennent du Kerala) font corps, sous la baguette de Mikko Franck.
CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE/HANS LUCAS
Quand la musique murmure
à l’oreille des chevaux
Thierry Hillériteau
£@thilleriteau
D
iriger des chevaux ? Le chef d’orchestre Mikko Franck le concède :
« C’est une première pour moi.
Mais je dois dire que, pour leurs débuts à l’orchestre, ils s’en sortent
très bien. Ils ont un sens du rythme
incroyable. » Depuis le 21 septembre, le directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Radio France est dans la fosse de La Seine
musicale, sur l’île Seguin, à Boulogne-Billancourt.
Le Finlandais y préside à l’exécution du Sacre du
printemps et de la Symphonie de psaumes d’Igor
Stravinsky, chorégraphiées par Bartabas : le spectacle phare de rentrée de cette institution culturelle
des Hauts-de-Seine. Sur scène ? Sept danseurs du
Kerala qui, pour la plupart, n’étaient jamais sortis de
leur pays. Ces spécialistes du kalarippayat - art
martial typique de l’Inde du Sud - y nouent un profond dialogue des corps avec dix-huit Lusitaniens
de l’Académie équestre de Versailles que dirige Bartabas. Des chevaux nobles, agiles, d’une envoûtante
élégance.
Les Lusitaniens ont laissé au fil des siècles une
empreinte durable dans de nombreux domaines, y
compris artistiques. Mais à les voir, tantôt dociles
tantôt menaçants, fondre leurs pas dans la rythmique complexe de Stravinsky, mettre leurs muscles
au service des explosions telluriques de sa musique,
se faire légers dans la ronde quasi élégiaque qui accompagne les accords éthérés de la Symphonie de
psaumes, on devine que ce qui se joue là dépasse de
loin le simple art du dressage. « Il y a une dimension
presque métaphysique dans cette rencontre entre l’un
des jalons emblématiques de la musique savante et la
nature instinctive de ces chevaux. La musique de
Stravinsky, qui parle de l’homme et la nature, questionne nos rapports de domination l’un à l’autre, entre
parfaitement en résonance avec ce qu’ils dégagent
sur scène », estime Mikko Franck.
Comme l’Orchestre
de Paris il y a vingt ans,
le Philharmonique
de Radio France
se mesure jusqu’à ce soir,
à La Seine musicale,
à la puissance et
à l’élégance des chevaux
de Bartabas dans
« Le Sacre du printemps »,
de Stravinsky.
Un dialogue musical
entre l’homme
et l’animal qui intéresse
de plus en plus
éthologues et vétérinaires.
A
« Une dimension chamanique »
Ce n’est pas Bartabas qui le contredira. C’est à lui
que l’on doit l’idée de ce Sacre chorégraphié, suivi
de la Symphonie de Psaumes. Un spectacle créé en
2000 sous le titre Triptyk, pour le théâtre Zingaro.
Avec, à l’époque, un certain Pierre Boulez à la baguette. « C’était la première fois que je travaillais sur
une musique qui n’était pas de tradition orale, explique Bartabas. Mais c’était une évidence car il y a dans
Le Sacre une dimension chamanique, Stravinsky
s’étant inspiré des origines de la musique russe. Comme c’est une pièce assez courte, j’ai cherché à la compléter par une œuvre qu’on n’oublierait pas. Je suis
tombé sur la Symphonie de psaumes, que Boulez venait d’enregistrer. La résonance entre rite païen et sacré correspondait à ce que je cherche dans mon rapport avec l’animal. Boulez a été tellement emballé qu’il
m’a suggéré de placer au milieu une de ses pièces,
Dialogue de l’ombre double. C’est ainsi qu’est né
Triptyk. »
Les chevaux et la musique. Une confrontation
puissante, mais qui ne va pas sans son lot de compli-
cations. « Les chevaux ont une mémoire auditive incroyable mais ne peuvent anticiper. Lorsque nous
avons donné Triptyk, en 2000, avec l’Orchestre de
Paris, nous avions tourné le spectacle pendant un an
avec une bande enregistrée. Du coup, ma seule préoccupation était que les chevaux ne soient pas effrayés
par la présence de cent vingt musiciens. D’autant que
ces derniers étaient dans des gradins, donc le souffle
des cuivres leur arrivait par-dessus. J’ai dû passer
toute la répétition à les faire marcher au pas pendant
que l’orchestre jouait », se souvient le maîtreécuyer. Pas question, non plus, de déroger au tempo
de l’enregistrement sur lequel les chevaux ont travaillé. « Des choristes m’ont raconté qu’en 2000
Pierre Boulez avait dû diriger dans le tempo exact des
enregistrements utilisés par Zingaro », rapporte Lionel Sow, chef du chœur de l’Orchestre de Paris, qui
a aussi préparé celui de Radio France pour la reprise
de la Symphonie de psaumes. Bartabas confirme : « Nous avions utilisé pour Le Sacre l’enregistrement de Boulez avec Cleveland, qui devait avoir
dix ans. Il est venu avant le spectacle en me demandant s’il devait diriger avec le même tempo. Je lui ai
dit : “Exactement le même.” À la fin de la première
exécution, il y avait six secondes de différence. Il avait
un métronome dans la tête. »
« Une fébrilité qui parcourt nos rangs »
Une précision rythmique et un souci de transparence qui l’ont aussi séduit chez Mikko Franck. Pour ce
Sacre version 2018, les écuyères de Versailles ont
commencé à travailler cet été avec l’enregistrement
d’un concert donné en 2017 par l’Orchestre
philharmonique et le Chœur de Radio France, dirigés par Mikko Franck. « En un an, ma vision des
œuvres n’a pas changé. Je n’ai eu aucun mal à retrouver naturellement le même tempo », atteste le chef
finlandais. Pour lui, ce mariage de passion a bien
plus de bienfaits que de contraintes pour les musiciens. Gilles Mercier, trompettiste de l’Orchestre
philharmonique, atteste : « Il y a une fébrilité, une
crainte même, qui parcourt nos rangs. D’autant qu’il
y a un passage où les chevaux sont en liberté et pourraient atterrir sur nos genoux, sourit-il. Mais ce côté
sauvage, l’énergie et la force qui se dégagent de l’animal, réveille chez nous un rapport instinctif à la musique. » Un sentiment que partage le violoncelliste
Jean-Guihen Queyras. Le soliste a participé en 2013
à une représentation de Bartabas à La Villette. Il y
jouait Bach pendant que l’écuyer se livrait avec son
cheval, Le Caravage, à une séance d’improvisation.
« On sent son rapport à la musique. Son rythme, sa
respiration déjà musicale. Surtout, il porte en lui cette
magnifique imprévisibilité qui, pour tout musicien, est
une leçon. Je dis à mes élèves qu’en concert il faut
avoir une écoute instinctive de l’œuvre, mais aussi de
l’environnement et de son corps. Comme un cheval. »
Le cheval a-t-il l’instinct musical ? « Posez-lui la
question », rétorque Bartabas dans l’un de ses souri-
On sent chez Bartabas son rapport à la musique.
Son rythme, sa respiration déjà musicale. Surtout,
il porte en lui cette magnifique imprévisibilité qui,
pour tout musicien, est une leçon
JEAN-GUILHEN QUEYRAS
BRILL/ULLSTEIN BILD VIA GETTY IMAGES
»
res provocateurs. Sans attester ce vieux maîtreécuyer qui lui répétait que « la musique est un bruit
qui coûte cher », il affirme ne plus travailler en musique en dehors de la préparation des spectacles. Préférant se concentrer sur « la musique des chevaux,
leur souffle, leur respiration ». Pour l’éthologue Claire Neveux, spécialiste du comportement animal,
« les interactions entre chevaux et musique sont bien
réelles. Et plus profondes qu’on l’imagine ». Elle a
fondé en 2011 Ethonova : une agence de consulting
scientifique, spécialisée dans le bien-être des chevaux. C’est dans ce cadre qu’elle s’est intéressée à
l’impact de la musique dans le milieu équin, à la demande d’une start-up française : Horsecom. Créée
en 2014, cette dernière a mis au point des casques à
diffusion intra-auriculaires pour chevaux et promeut « la musique comme un outil de pédagogie active, favorisant le bien-être du cheval tout en facilitant
l’apprentissage du cavalier », explique sa cofondatrice, Marine Kajdas. « Depuis trois ans, nous avons
mené quatre séries de tests. Ces derniers ont tous
montré, dans des situations aussi différentes que le
transport, le ferrage ou l’isolement, l’effet de la musique sur la gestion du stress par l’animal. Tant en observation comportementale (mouvements caractéristiques des oreilles, par exemple) qu’en vitesse de
récupération cardiaque », détaille Claire Neveux.
Des recherches qui n’en sont qu’aux balbutiements.
« Quand on a commencé, très peu d’études existaient. » L’une d’elles démontrait notamment que la
country et le classique avaient un effet plus bénéfique sur les chevaux que le jazz ou le rock.
Curiosité de la communauté scientifique
Les choses évoluent. Depuis sa création, Horsecom
a reçu le soutien de l’École vétérinaire de MaisonsAlfort, du CNRS, de l’Institut français du cheval et
de l’équitation ou de l’Ircam (Institut de recherche
et coordination acoustique musique, fondé par
Pierre Boulez !). Les études qui en découlent
éveillent la curiosité d’une large communauté
scientifique, pas seulement française. L’International Society for Equitation Science s’en est ainsi fait
l’écho en 2016. Une thèse est en cours qui doit aboutir d’ici trois ans. « Encadrée par Odile Petit, directrice de recherche au CNRS, et Olivier Adam, de
l’équipe lutherie-acoustique-musique de l’université
Paris-Sud, elle aura pour objet de tester l’impact de
telle tonalité, telle harmonie, telle famille d’instruments sur les chevaux », assure Claire Neveux.
Des travaux qui intéressent aussi les musiciens
amenés à travailler directement au contact des chevaux, à l’instar de la fanfare de cavalerie de la Garde
républicaine, dernière représentante en France de
la musique montée. « Nous avons justement eu hier
une conférence sur ce sujet », confie Régis Merle,
trompette-major adjoint. Pour lui, « la musique influe ouvertement sur la relation du cavalier à sa monture. Il suffit de voir leur changement de comportement dès que l’on commence à jouer avant l’entrée en
scène ». Même s’il tient à rappeler qu’il n’y a pas de
règles préétablies en termes de goûts musicaux et
instrumentaux : « Beaucoup supportent mal le grave
des timbales, pour lesquelles nous utilisons des percherons, plus calmes et imposants. De même, l’hélicon, pour des raisons de taille plus que de fréquence,
effraie certains chevaux. Mais il arrive que certains
soient totalement réticents à la trompette là où
d’autres s’y habituent immédiatement. » ■
mercredi 26 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
POLITIQUE
17
Comment expliquer la longévité
de la Ve République ?
£@GTabard
INSTITUTIONS Résistante et souple à la
fois. Ainsi apparaît la Constitution de la
Ve République qui fête, le 4 octobre, son
soixantième anniversaire. Quels sont les
secrets de la longévité d’institutions qui
ont « permis à la communauté nationale de
surmonter plus aisément les moments de
crise rencontrés au fils des soixante dernières années », comme l’écrit l’historien
Jean-François Sirinelli dans son nouvel
essai Vie et survie de la Ve République * ?
en France
III République (1870-1940)
e
70 ans
60 ans
II Empire (1852-1870)
18 ans
e
Monarchie de Juillet(1830-1848)
17,5 ans
Restauration (1815-1830)
15 ans
IVe République (1946-1958)
12 ans
Ire République (1792-1804)
11,5 ans
Ier Empire (1804-1815)
10,5 ans
IIe République (1848-1852)
5 ans
État français (1940-1944)
4 ans
Quand la Ve République est-elle devenue
un patrimoine admis par l’ensemble des
acteurs de la vie politique ? En 1981, sans
doute. Lorsque François Mitterrand, qui
en fut le plus farouche pourfendeur - dans
son pamphlet contre de Gaulle Le Coup
d’État permanent, publié en 1964 – en devint le gardien vigilant. Et intraitable
même lorsqu’il défendra l’intégralité - et
l’intégrité - des prérogatives présidentielles lors de la première cohabitation.
Avec l’alternance, la Constitution a cessé
d’être un objet de clivage politique. Pourtant, à l’origine, elle a été conçue comme
un outil de rupture. Par définition, la naissance de la Ve fut l’enterrement de la IVe.
Mais c’est au lendemain de la guerre, dans
son discours de Bayeux du 16 juin 1946,
que le général de Gaulle a dévoilé sa
conception des institutions reposant sur la
prééminence du président de la République, qui en serait la « clef de voûte ». Si,
dans les faits, la Constitution de 1958 est
venue sanctionner un régime d’Assemblée
et « le régime des partis » qui avait échoué
à régler la guerre d’Algérie, dans l’esprit,
elle se voulait d’abord une réponse à un
parlementarisme qui avait empêché la
France de résister à la défaite de 1940.
Par la personnalité hors norme du général de Gaulle, elles ont longtemps alimenté à gauche un procès en bonapartisme et
en autoritarisme. La pratique a eu raison
de cette crainte, ce qui explique qu’en
dépit de projets marginaux de VIe République - Jean-Luc Mélenchon est le dernier à la réclamer - la Constitution actuelle est aujourd’hui présentée comme
un trésor à conserver. La Ve est donc en
passe de devenir l’un des régimes les plus
durables depuis la Révolution de 1789.
Seule la IIIe République, née après la
guerre de 1870, et morte avec la défaite de
1940, a duré plus longtemps : soixantedix ans. Encore deux quinquennats, et la
2 La genèse
28 septembre
Approbation de la Constitution
par référendum : 79,25 % de oui.
de la Ve
1958
8 janvier
6
47,6
27,2
96
1975
19
1959
5 mars
1991
1990
1958
1987
Installation du Conseil
constitutionnel
Première dissolution
de l’Assemblée nationale
Référendum sur l’élection
du président au suffrage
universel du président
de la République
AVRIL 6 novembre
1962
24
révisions constitutionnelles
22
premiers ministres
20
sénatoriales
18
cantonales (départementales)
15
législatives
15
législatures
14
présidents de l’Assemblée
nationale
10
mandats présidentiels
10
présidents du Conseil
constitutionnel
10
présidentielles
10
municipales
10
référendums
8
présidents de la République
européennes
présidents du Sénat
6
régionales
4
dissolutions : 1962, 1981
1988, 1997
3
cohabitations : 1986-1988,
1993-1995, 1997-2002
1
démission du président
de la République
1
décès du président
de la République
2017
Pour la première fois la présidence de la commission
des finances de l’Assemblée nationale revient à
un député de l’opposition (Didier Migaud, PS)
3 Les tournants
de la Ve République
EN CHIFFRES
En millions
97
2003
La V République
d’électeurs 8
en plus
6
Nombre total
d’élections
2006
Investiture du général
de Gaulle à l’Élysée
6
Discours de Bayeux
du général de Gaulle
5 20 millions
196
Charles de Gaulle élu
président de la République
par un collège de 81 764
« grands électeurs »
194
16 juin
13
Loi constitutionnelle
autorisant le gouvernement
de Gaulle à rédiger
une nouvelle Constitution
1958
21 décembre
Présentation de l’avantprojet de Constitution, préparé
par le garde des Sceaux,
Michel Debré
3 juin
20
Élection de la première
Assemblée nationale
de la Ve
2016
30 novembre
29 juillet
Mais la Ve République s’est façonnée au
moins autant par la pratique que par
l’évolution de son contenu proprement
dit. Elle a d’abord résisté au départ de son
fondateur, après le référendum perdu du
27 avril 1969. Ce n’était pas écrit d’avance. L’exercice pompidolien puis l’exercice
giscardien de la fonction ont non seulement conforté les institutions mais aussi
renforcé leur dimension présidentielle.
Elle a ensuite résisté à l’alternance politique. Ce n’était pas acquis non plus après
vingt-trois ans de domination de la droite
gaulliste et libérale. L’alternance est devenue une habitude de la Ve (1981, 1986,
1988, 1993, 1997, 2002, 2012, 2017). Elle a
résisté encore à la cohabitation, à trois
reprises (1986, 1993 et 1997). Elles furent
chaotiques mais elles ont fonctionné. On
12 sans élection
Promulgation de
la Constitution
de la Ve République
Discours du général de Gaulle
place de la République
DES CRISES
DES COHABITATIONS
❙ ÀETL’ÉPREUVE
4 Sur 60 ans,
4 octobre
2018
4 septembre
La principale raison de la longévité de la
Ve République est sa souplesse et sa capacité d’adaptation. Si elle n’a jamais été
formellement remise en cause depuis sa
ratification, elle n’a cessé de se réformer
et d’évoluer. De 1960 à 2008, elle a été retouchée vingt-quatre fois. Si la réforme
d’Emmanuel Macron aboutit, ce sera la
vingt-cinquième révision constitutionnelle. Au total, 66 articles de la Loi fondamentale ont ainsi été réécrits ou modifiés.
Certaines révisions ont été formelles ou
techniques. Comme la toute première,
celle du 4 juin 1960, prenant acte de l’indépendance des anciennes colonies africaines, ou d’autres destinées à permettre
la ratification de certains accords internationaux (droit d’asile en 1993, Cour pénale internationale en 1999).
D’autres ont eu une portée plus décisive,
contribuant à modifier substantiellement
la lettre, l’esprit et la pratique des institutions. À commencer par les révisions
concernant la fonction présidentielle
elle-même. La première d’entre elles est la
plus spectaculaire : c’est la volonté de faire
élire le chef de l’État au suffrage universel
direct et non plus par un collège de
80 000 grands électeurs. Décidée par de
Gaulle au lendemain de l’attentat du PetitClamart, cette décision a été adoptée par
référendum le 6 novembre 1962 par
76,97 % des Français. C’est le tournant le
plus radical de la Ve. Même si aucun autre
article relatif aux pouvoirs du président,
du gouvernement et du Parlement n’a été
modifié, le suffrage populaire confère au
chef de l’État une légitimité, donc une
autorité, qui en fait véritablement la personnalité d’où tout procède et à qui tout
remonte. Souvent présentée comme un
régime hybride, mi-présidentiel et miparlementaire, l’élection au suffrage universel a renforcé cette prééminence de
l’occupant de l’Élysée. Simultanément elle
a politisé la fonction et conduit - hors moments exceptionnels comme la finale Chirac-Le Pen de 2002 - à une bipolarisation
de la vie politique. Parce qu’il est élu au
suffrage universel direct, le président de la
République n’est plus un acteur au-dessus
de la mêlée, même si tous les titulaires
successifs de la charge ont tenté de revendiquer une forme de transcendance par
rapport à la confrontation classique. Dès la
a constaté que le pouvoir pouvait se
transférer de l’Élysée à Matignon, sans
toucher au texte de la Constitution, et
sans même remettre fondamentalement
en cause ni les prérogatives présidentielles ni la capacité d’action de la majorité parlementaire.
La Ve a résisté à la démission et à la mort
d’un président de la République ; à des
expérimentations « hasardeuses » (la dissolution de 1997), à toute la gamme possible des relations entre le chef de l’État et
le premier ministre ; à un calendrier électoral permanent (97 scrutins nationaux,
12 années seulement sur 60 sans élection). Elle résiste aujourd’hui à une donne inédite : celle d’une majorité flanquée
de deux oppositions, l’une sur sa gauche,
l’autre sur sa droite. Comme le fait remarquer Laurent Fabius : « elle a résisté
aussi à la guerre d’Algérie, à Mai 68, à la
crise économique et aux attentats. » Sa
souplesse est son secret. ■
* « Vie et survie de la Ve République.
Essai de physiologie politique »,
Jean-François Sirinelli. Éd. Odile Jacob,
237 pages, 21,90 euros
Démission du président
de la République, Charles de Gaulle
Première démission d’un premier ministre
(Jacques Chirac) à son initiative
Première alternance politique
(élection de François Mitterrand)
Décès du président
de la République Georges
Pompidou, dans l’exercice
de son mandat
Saisine du Conseil
constitutionnel
par 60 députés
ou sénateurs
27 AVRIL 2 AVRIL 29 octobre
1969
1974
Première élection
des conseils régionaux
au suffrage universel
première
cohabitation
27 AOÛT
1976
10 MAI
1981
16 MARS 17 mars
1986
Introduction dans la Constitution
d’un nouveau titre « Des communautés
européennes et de l’Union européenne »
Adoption par référendum
de la réduction à 5 ans
du mandat présidentiel
25 JUIN 24 SEPTEMBRE
1992
2000
Création de la Question prioritaire de constitutionnalité
(contrôle a posteriori des lois déjà promulguées)
Première intervention du président
de la République (Nicolas Sarkozy)
devant le Parlement réuni en Congrès
28 JUIN JUILLET JUILLET
2007
2008
2009
Première majorité (LaREM)
flanquée de deux oppositions,
sur sa droite (LR, FN) et
sur sa gauche (LFI, PS)
JUIN
2017
A
Ve République (1958-
LENTE ÉVOLUTION
PRÉSIDENTIELLE
❙ UNE
RUPTURE
DEVENUE UN ACQUIS
❙ UNE
1 La durée des régimes
première présidentielle, le duel de second
tour a structuré un clivage gauche-droite.
Cette implication du chef de l’exécutif a
été renforcée avec la seconde modification majeure de la Constitution : le passage du septennat au quinquennat, lui aussi
ratifié par référendum, le 24 septembre 2000, sous la présidence de Jacques
Chirac, et là encore à une très large majorité des suffrages exprimés (73,21 %, mais
avec une abstention record de 69,81 %).
Parce que le mandat présidentiel et celui
des députés sont désormais identiques, et
parce que, depuis 2002, les législatives
ont lieu dans la foulée de la présidentielle,
la majorité parlementaire est plus que jamais le simple prolongement, amplifié du
fait du mode de scrutin, de la majorité
présidentielle.
Parmi les révisions constitutionnelles, celles relatives au Conseil constitutionnel ont
contribué aussi à modifier en profondeur
le visage de la Ve. Il y eut en 1974 - unique
révision conduite par Valéry Giscard d’Estaing - la possibilité donnée à 60 députés
ou sénateurs de saisir les sages de la Rue de
Montpensier à propos de lois votées. Ce
regard extérieur tempère la liberté totale
de l’exécutif en même temps qu’il crée des
droits pour l’opposition. Celle-ci - alternativement droite et gauche - en a fait un
usage fréquent et privilégié. La révision de
juillet 2008, voulue par Nicolas Sarkozy, a
institué la question prioritaire de constitutionnalité. Autre tournant majeur : désormais, les citoyens eux-mêmes, moyennant certains filtres préalables, peuvent
porter devant le Conseil constitutionnel
des lois déjà promulguées. Cela a décuplé
l’activité de ce collège aujourd’hui présidé
par Laurent Fabius et lui a surtout conféré
un rôle de contre-pouvoir, presque de
Cour suprême, que de Gaulle n’avait pas
voulu initialement.
Ve décrochera le record. Elle laisse déjà
loin derrière les deux Empires, celui de
Napoléon III (dix-huit ans) et celui de Napoléon Ier (moins de onze ans), la monarchie de Juillet de Louis-Philippe (près de
dix-huit ans entre la Révolution de 1830
et celle de 1848) et les autres Républiques
(douze ans pour la IVe).
Guillaume Tabard
196
3
La Constitution
de la Ve République
a été promulguée
le 4 octobre 1958,
il y a soixante ans.
Ce qui en fait
le régime le plus
durable depuis
la Révolution,
juste après
la IIIe République.
Sa souplesse
est son secret.
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
PMA, GPA : la morale approuve-t-elle
ce que la technique permet ?
+
L
a recherche médicale
a eu longtemps pour
finalité le traitement
des pathologies et l’art
médical, le soulagement
des souffrances.
L’amélioration de nos connaissances
a permis les progrès dont nous
bénéficions tous. Bien des chantiers
restent encore en jachère dans de
nombreux domaines et demandent un
investissement humain et financier
important. Concomitamment,
l’évolution sociétale conduit certains
à vouloir faire entrer dans le champ
d’application de ces progrès
scientifiques des applications
non thérapeutiques.
S’agissant de la procréation
médicalement assistée (PMA), la loi en
vigueur permet de pallier l’infertilité
d’un couple hétérosexuel vivant
et en âge de procréer ou autorise d’y
recourir pour éviter de transmettre à
l’enfant une maladie d’une particulière
gravité. Or l’avis
du Comité
consultatif national
R
d’éthique (CCNE)
recommandant
Le chef du service de chirurgie pédiatrique
d’ouvrir la PMA
de l’hôpital d’enfants de Dijon s’inquiète de l’avis
à une femme seule
du Comité consultatif national d’éthique (CCNE)
ou vivant
recommandant d’autoriser la PMA pour les couples avec une autre
de femmes et les femmes seules.
femme change
» Lire aussi PAGE 11
CLAIREFOND
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
P EMMANUEL SAPIN
consacrés à la recherche et à la
thérapeutique, il paraît évident
qu’attribuer des moyens pour une
application qui sort du domaine cible
de la thérapeutique, du soulagement
de la souffrance induite par une
pathologie, détourne l’application
et les investissements financiers
que l’on doit consacrer aux malades.
Cette réflexion
vaut également
Nous entrons dans une logique
pour la gestation
de l’homme augmenté artificiellement, pour autrui (GPA).
De surcroît,
au-delà de la nature humaine,
pour la GPA,
une réticence
et non plus de l’homme soigné
très forte tient
à la perspective
d’utiliser des femmes comme moyen
Les techniques de procréation
technique de « production d’une
touchent là l’homme, à l’être.
commande », des femmes-outils en
Une augmentation des capacités de
quelque sorte. Des femmes pauvres,
l’homme au-delà de ce que sa nature
ressortissantes de pays en
humaine permet augmente son corps
développement, seront conduites
lui-même. Toucher au corps en lui
à accepter de porter un enfant
attribuant des possibilités hors
pour autrui afin de subsister.
de sa nature est un pas vers l’hommePar ailleurs, la période anténatale
machine et le transforme en une sorte
n’est pas neutre. Le fœtus n’est pas
de cyborg.
imperméable aux influences du milieu
En outre, l’équité, qui est un des
dans lequel il se développe. La vie
quatre principes éthiques de Childress
fœtale n’est pas marquée uniquement
et Beauchamps en pratique médicale,
par la croissance et l’acquisition des
doit être comprise comme une juste
fonctions vitales nécessaires à la vie
répartition des moyens (financiers,
extra-utérine. Durant les derniers
et en temps consacré). Dans la
mois de la gestation, le cerveau du
surenchère nécessaire des moyens
fœtus est réceptif aux évènements
vécus par sa mère, véhiculés, pour la
plupart, par des médiateurs chimiques,
mais également les sons qui lui
parviennent. Il va ainsi naître avec
un acquis anténatal qui l’inscrit dans le
cadre de sa mère biologique : ce que la
femme enceinte ressent sera transmis
au fœtus de telle sorte qu’il va acquérir
des traits de comportement qui feront
partie de sa personnalité future.
Ainsi, un enfant acquis par GPA
la conception même de ce qu’est la
PMA : il s’agit cette fois-ci d’accorder à
une personne ce qu’il lui est impossible
d’obtenir de par la nature (et non en
raison d’une infécondité pathologique).
Nous entrons dans une logique
de l’homme augmenté artificiellement,
au-delà de la nature humaine, et non
plus de l’homme soigné.
«
»
JULIEN COURBET
ÇA PEUT VOUS ARRIVER 9H30-11H
arrivera déjà marqué par une vie
– riche, ou plus souvent pauvre, en
stimulations – passée chez une femme
enceinte sans désir de l’enfant,
neutre pour ainsi dire ; et l’on sait
les répercussions sur le développement
affectif, en particulier, d’un cadre
neutre dans l’enfance.
La demande d’ouverture des
possibilités de PMA et de GPA
concerne des cas particuliers, des
personnes qui expriment la souffrance
ressentie induite par leur état de vie
qui ne leur permet pas, naturellement,
d’être parents. Ces demandes, souvent
formulées comme un « droit à
l’enfant », sont relayées à l’échelon
médiatique auprès des politiques
par des groupes de pression
individualistes. Or la vie est un don
que l’on reçoit, et non un dû
que l’on peut exiger et contrôler.
Sous prétexte de favoriser
et de bénéficier des avancées
technologiques, ces mouvements
organisés font pression sur la
population et les législateurs par
le truchement d’émotions véhiculées
par les médias au gré de témoignages
individuels souvent poignants mis
en exergue. Répétons-le : rompre
avec la nature – et toutes les dérives
du monde moderne nous en fournissent
les preuves régulières si l’on veut bien
considérer leurs graves conséquences
écologiques – n’est pas sagesse.
Légiférer en ce sens pour répondre à
des préoccupations individuelles, c’est
oublier le souci du bien commun, qui
devrait être la tâche du politique. Les
perspectives vertigineuses des avancées
technologiques imposent une réflexion,
de prendre du recul, pour ne pas
être entraînés dans un solutionnisme
à court terme. Restons fidèles
à la perspective de l’homme soigné.
Refusons celle de l’homme augmenté.
BIBLIOTHÈQUE DES ESSAIS
■ CHRISTOPHER LASCH CONTRE
LE FÉMINISME PROGRESSISTE
Qu’aurait pensé l’auteur de La Révolte des élites de « MeToo » ? Pour
l’imaginer, il faut lire Les Femmes et
la Vie ordinaire, un recueil d’essais du
sociologue Christopher Lasch, paru
aux États-Unis en 1997 et republié en
format poche en cette rentrée chez
Flammarion agrémenté d’une introduction de sa fille, Elisabeth LaschQuinn. Le penseur américain anticonformiste, mort en 1994, nous offre
une déconstruction magistrale des
lieux communs du féminisme progressiste. À commencer par la lecture
linéaire de l’histoire, qui voudrait que
les femmes soient sorties de « l’âge
des ténèbres sexuel » dans les années
1960 grâce à la révolution sexuelle.
« C’est cette image indifférenciée du
passé que je veux remettre en question
- l’impression que la vie de la femme
était alors entièrement absorbée par les
demandes du ménage et de la maternité. » Et l’historien de formation de
rappeler quelques vérités oubliées : la
dialectique médiévale de l’amour, où
la femme usait de l’arme du ridicule
social, le fait que jusqu’à l’abolition,
en 1753, du mariage clandestin en
Angleterre deux amants pouvaient
s’unir sans consentement parental, le
rôle proéminent des femmes dans la
■ Les Femmes
et la Vie ordinaire
Christopher Lasch
« CHAMPS ESSAIS », FLAMMARION,
250 P., 10 EUROS.
© William BEAUCARDET/RTL
A
ON A TELLEMENT
DE CHOSES À SE DIRE
réforme sociale aux États-Unis à la fin
du XIXe siècle, ou encore l’avènement tardif de la maternité à temps
plein tant décriée par les féministes.
Ces dernières projettent sur l’ensemble du passé un modèle en réalité récent. La fameuse famille traditionnelle, au sein de laquelle le mari part
travailler tandis que la femme reste à
la maison avec les enfants, n’avait
rien de traditionnel. C’est une innovation de la moitié du XXe siècle,
lorsque la vie domestique s’est transformée en refuge pour une vie économique de plus en plus exigeante. La
révolte contre le patriarcat n’est donc
pas une réponse à la séculaire oppression des femmes mais à la « banlieueisation » de l’âme américaine.
Christopher Lasch n’appelle pas au
retour à l’ordre traditionnel, mais
critique l’obsession progressiste d’un
féminisme qui n’a plus pour unique
but que de mettre les femmes à égalité
avec les hommes dans le monde du
travail, sans remettre en question le
système économique dans sa globalité. « Sans prôner le retour au ménage
producteur, un féminisme digne de ce
nom devrait insister sur une plus grande intégration entre l’existence professionnelle des gens et leur vie domestique », écrit l’historien. « Il est absurde
de supposer que les générations précédentes de femmes, parce qu’elles
n’avaient pas accès aux perspectives
actuelles sur la “construction sociale
de la différence sexuelle” s’inclinaient
bêtement devant les hommes. » Pour
Lasch, en avoir fini avec le patriarcat
ne signifie pas que nous soyons plus
émancipées que nos grands-mères.
Car à l’autorité patriarcale s’est substituée la discipline sociale de l’état
thérapeutique qui surveille et contrôle le moindre de nos gestes, du lieu de
travail à la chambre à coucher. Le jeu
séculaire d’attirance et de répulsion
qui gouvernait le commerce des sexes
s’est transformé en « colonisation du
monde vécu », en rationalisation de
l’intime. Cette politisation de l’amour
a ses revers : nous, modernes,
n’aimons plus le mystère. « Nous réclamons ce que nous pouvons contrôler
même si le prix à payer pour ce contrôle est un rétrécissement drastique de
notre horizon imaginatif et affectif. »
EUGÉNIE BASTIÉ
mercredi 26 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
OPINIONS
CHRONIQUE
Bertille Bayart
£@BertilleBayart
Kerviel : les leçons au-delà du mythe
N
i fleurs ni couronnes. Mais
beaucoup d’indifférence.
Faut-il que l’opinion et les
médias soient ingrats pour
faire si peu de cas de la fin
d’une affaire qui a pourtant
fait tant de bruit pendant plus de dix ans !
Mais voilà, le dossier Kerviel est clos.
Il s’est éteint en silence jeudi dernier :
la Cour de cassation a rejeté la demande
de révision du procès de l’ex-trader de
la Société générale. Sa condamnation au
pénal pour abus de confiance, faux et usage
de faux, et manipulations informatiques
est définitive. Sa peine - trois ans de prison
ferme, partiellement aménagée - est
purgée. Jérôme Kerviel est officiellement
coupable d’avoir fait perdre 4,9 milliards
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
d’euros à son employeur, la Société
générale. Il n’y aura pas de nouvelle
instruction, plus de rebondissements, plus
de « révélations ». C’est terminé. Fi-ni !
Qui était Jérôme Kerviel ? En fait, un
homme ordinaire. Toutes proportions
gardées, il était à la Société générale ce
qu’était Alexandre Benalla à l’Élysée :
un employé, a priori insignifiant, qui s’est
fondu dans son environnement, s’en est
grisé, et a finalement franchi la ligne jaune
sans qu’on y prête attention. L’un et l’autre
sont des hommes ordinaires qui de ce fait
se révèlent décevants quand, projetés dans
des situations extraordinaires, ils servent
de matériau à la fabrication d’un héros
ou d’un antihéros, à la construction
d’un mythe ou d’un complot.
ENTRE GUILLEMETS
26 septembre 1791 : naissance de Géricault, grand peintre de l’école romantique.
Michelet
Oui, Géricault
est le seul qui ait
pris la France en
elle-même, en dehors
de toute imitation»
ANALYSE
Guillaume Perrault
gperrault@lefigaro.fr
» Lire aussi PAGES 6 ET 7
De Kerviel, on a voulu faire un martyr.
Jérôme Kerviel est allé à Rome, Jérôme
Kerviel a vu le Pape, Jérôme Kerviel a
marché du Vatican à la France, Jérôme
Kerviel s’est livré, à la frontière, aux
autorités françaises… Jérôme Kerviel a
perdu. La fabrication du récit d’un homme
victime d’un système et sacrifié par lui,
éternelle allégorie du pot de terre contre
le pot de fer, a échoué. L’affaire a fait
pschitt, mais cela a pris dix ans…
Faut-il oublier Jérôme Kerviel ?
Surtout pas ! Mais ce n’est plus à l’écriture
de la légende qu’il faut s’intéresser,
mais bien à la fabrique de la fraude.
L’extraordinaire destin de cet homme a
légitimement fait la une en ce qu’il raconte
combien les organisations humaines,
les entreprises en général, les banques en
particulier, sont vulnérables aux dérives.
Dérives qui, le plus souvent, se produisent
aux confins des empires. Kerviel, de ce
point de vue, est un cas singulier : son
bureau était dans le saint des saints de la
Société générale, dans les tours du siège,
à la Défense. Mais son activité était
marginale dans l’organisation. C’était du
trading bas de gamme, où l’on n’était censé
ni jouer gros, ni gagner gros. La robustesse
du contrôle était en conséquence : faible.
C’est ainsi que l’on crée la possibilité de
la fraude, par le laxisme que l’on tolère.
La permissivité est un redoutable
adversaire pour les banques, qui souvent
s’y laissent aller aux marges,
géographiques ou organisationnelles, de
leurs activités. L’un des premiers « traders
fous », Nick Leeson, qui a ruiné la Barings
en 1995, travaillait à Singapour. Lors
de la crise financière de 2008, de grandes
institutions financières américaines
comme AIG - 99 milliards de dollars de
pertes cette année-là, excusez du peu ! ont pris feu depuis leurs filiales
Valls à Barcelone : la citoyenneté
européenne, réalité ou fiction ?
U
n ancien chef
du gouvernement
français candidat
à la mairie
d’une métropole
d’un autre pays
de l’Union européenne : voilà une
situation inédite et jusqu’alors
inenvisageable pour des raisons
juridiques ou politiques.
Au plan juridique, la candidature
de Manuel Valls est possible
en application d’une stipulation
du traité de Maastricht (1992) instituant
l’Union européenne en lieu et place
de la CEE. Une clause de ce traité
a institué le droit de vote et d’éligibilité
aux municipales pour les ressortissants
d’un pays de l’Union qui vivent dans
un autre pays membre. Manuel Valls
a de la chance, car les Espagnols ont été
plus libéraux que les Français quant
à l’interprétation de ce droit nouveau :
un Français vivant en Espagne peut
être élu maire, mais la réciproque
est impossible (un Espagnol résidant
en France depuis cinq ans a la faculté
d’être élu conseiller municipal
mais pas adjoint au maire ou maire,
car ceux-ci participent à l’élection
des sénateurs, donc à l’exercice
de la souveraineté nationale).
Les concepteurs de Maastricht
nourrissaient de grands espoirs envers
le droit de vote et d’éligibilité aux
municipales pour les ressortissants
des « pays frères ». Leur objectif était
de dissocier citoyenneté et nationalité
en forgeant une « citoyenneté
européenne », notion qui figure
en toutes lettres dans le traité.
C’était la première étape d’un projet
politique grandiose, qui en appellerait
d’autres, en vertu de la méthode des
petits pas chère à la construction
européenne.
Or une génération plus tard, force
est de constater que la « citoyenneté
européenne » n’a pas plus de
consistance que le MOU (Mouvement
Ondulatoire Universel) du regretté
Pierre Dac. La grande majorité
des Européens vivant dans un autre
pays de l’Union ne votent pas aux
municipales, quelle que soit la raison
qu’on privilégie (manque
d’information, indifférence ou,
hypothèse qui a notre préférence,
conviction de ne pas être légitime pour
prendre parti et volonté de conserver
une allégeance nationale sans
mélange). En France, en 2008, seuls
20 % des ressortissants de l’Union
vivant dans notre pays s’étaient
inscrits sur les listes électorales
pour participer à l’élection des maires.
Si l’Européen de la rue refuse
son assentiment à la « citoyenneté
européenne », les élites politiques,
elles, ont parfaitement compris
les perspectives attrayantes que cette
notion leur offrait. Et c’est ainsi qu’une
stipulation du traité de Maastricht
censé rapprocher les peuples
européens sert, dans les faits, de joker
à un ancien premier ministre désireux
d’entreprendre une nouvelle carrière
politique ! L’idéal pour achever de faire
détester l’Union européenne telle
qu’elle fonctionne aujourd’hui.
En France, au premier chef,
le lien entre nationalité et citoyenneté
demeure indissociable depuis
la Révolution, si l’on excepte de rares
et brefs épisodes comme la Constitution
de juin 1793, du reste jamais appliquée.
Dès 1789, la passion antiaristocratique
conduisit à discréditer le cosmopolitisme
européen, associé dans l’esprit public
à la noblesse d’Ancien Régime.
« On n’emporte pas la patrie à la semelle
de ses souliers », aurait répondu Danton
à ses amis l’adjurant de s’enfuir
à l’étranger lorsque Robespierre arracha
son arrestation au Comité de salut public
(avril 1794). Le principe des nationalités
triompha en Europe au XIXe siècle
et domina presque sans partage jusqu’en
1945. La construction européenne
elle-même, depuis la création
de la Communauté européenne
du charbon et de l’acier en 1951, n’a pu
accomplir intégralement la prophétie
de Victor Hugo qui, au congrès
international de la Paix de 1849,
imaginait les États-Unis d’Europe
dirigées par « un grand Sénat
souverain », désigné par le suffrage
universel. Le sentiment que les
Européens sont tous cousins et attachés
à la paix commune coexiste avec
la persistance de leurs allégeances
nationales respectives.
Comment, dès lors, les Français
percevront-ils le départ de Manuel
Valls pour un pays voisin, ami, frère,
mais néanmoins étranger ? On éprouve
presque une gêne à employer ce mot
pour qualifier un autre pays de l’Union,
alors qu’on se borne à constater un état
de fait. La grande majorité des
commentateurs semblent juger tout
naturel le principe de la candidature
de Manuel Valls à l’heure de l’abolition
des frontières intérieures de l’Europe
et se contentent de déplorer
son absentéisme à l’Assemblée.
Il est à craindre que les Français,
eux, soient plus sévères et jugent peu
convenable, quand on a eu l’honneur
d’être chef du gouvernement,
de renoncer à servir la France.
londoniennes. Il n’y a là pas de hasard.
Ces institutions avaient à dessein logé, non
pas chez elles aux États-Unis, mais à la City
leurs activités spéculatives les plus olé olé.
C’est aussi dans la capitale britannique
que JPMorgan a beaucoup gagné puis
énormément perdu, en 2012, avec les paris
d’un trader surnommé « la baleine
de Londres » tant il jouait gros.
Loin des yeux, loin du cœur…
en l’occurrence, loin du contrôle le plus
tatillon. C’est par sa filiale suisse,
un bastion, que BNP Paribas s’est fait
embarquer dans des pratiques de violation
d’embargo qui lui ont coûté près de
9 milliards de dollars d’amendes.
Et c’est par l’Estonie que la Danske Bank
s’est transformée, comme on l’a appris
ces derniers jours, en gigantesque
lessiveuse à argent sale, notamment venu
de Russie. La filiale balte de la banque
danoise était une porte laissée entrouverte
par laquelle se sont engouffrés quelque
200 milliards d’euros de fonds douteux
entre 2007 et 2015.
Les scandales, fraudes ou accidents
industriels, ont un trait commun : ils
étaient détectables. Dans tous les cas, il y
avait un indicateur dont le comportement
anormal était le signe d’un problème.
Kerviel tirait trop sur les lignes de liquidité
de la Générale. Les flux de la filiale
estonienne de la Danske étaient trop
volumineux… Ces signaux d’alarme ont été
ignorés. Parce que d’autres ne se sont pas
déclenchés. Parce que, aussi, les résultats
étaient là. Le profit est un inhibant puissant
de la vigilance. Bernard Madoff faisait
gagner chaque année très exactement 10 %
de leur mise à ses investisseurs, ce qui était
une aberration. Ceux qui y ont cru
y voyaient le signe du génie. Oubliant
que si le génie est effectivement
de ce monde, il n’y est pas la norme.
VOX
… CULTURE
« Caravage : la beauté
du diable », l’éditorial
de Michel De Jaeghere,
directeur du Figaro
Hors- Série, qui consacre
son nouveau numéro
au maître du baroque
romain.
…
ÉDUCATION
« Parcoursup : la sélection
par le découragement »,
par Olivier Vial,
président de l’UNI.
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
FRANÇOIS-XAVIER
BELLAMY
le jeudi 18 octobre
2018, 20 heures
Salle Gaveau.
Réservations :
01 70 37 31 70 ou
www.lefigaro.fr/
rencontres
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
“Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
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Cahier 2 Économie
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Cahier 3 Le Figaro
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Cahier 4 Figaro Plus
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Édition Île-de-France
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mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 054 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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PAR LE GROUPE AMÉRICAIN
MICHAEL KORS PAGE 25
LES FONDATEURS D’INSTAGRAM
QUITTENT
LE GROUPE PAGE 27
économie
La Sécu va redevenir
excédentaire en 2019
Le nouveau projet de loi de financement de la Sécurité sociale prévoit un solde
positif de 700 millions d’euros, une première après 17 ans de déficit.
Le fameux « trou de la Sécu », qui
plombe les comptes publics depuis
dix-sept ans, est sur le point d’être
comblé. Le gouvernement a en effet présenté ce mardi un projet de
budget 2019 de la Sécurité sociale
en excédent pour la première fois
depuis 2002, au prix notamment
d’un sérieux coup de rabot sur les
pensions de retraite et les allocations familiales. L’exécutif se refuse toutefois de parler, comme sous
Lionel Jospin en son temps, de
« cagnotte » et rappelle que
120 milliards d’euros de dette sociale restent encore à payer d’ici à
2024. Le texte soutenu par Agnès
Buzyn et Gérald Darmanin, les mi-
nistres de la Santé et des Comptes
publics, prévoit également un renforcement des actions de prévention et une politique plus contraignante en matière de prescription
de médicaments génériques.
PHILIPPE LE ROUX - FTV, JEAN-MARC GOURDON/CSN, MIGUEL MEDINA/AFP
èGÉNÉRIQUES, PRÉVENTION, CSG, HEURES SUP… LE DÉTAIL DES MESURES DU PLFSS 2019 èDE FUTURS EXCÉDENTS… PAS PERDUS POUR TOUT LE MONDE PAGE 22
Les Français
raffolent
des fictions
quotidiennes
« Plus belle la vie »
sur France 3,
« Demain nous
appartient » sur TF1,
« Un si grand soleil »
sur France 2
et « Scènes de
ménages » sur M6.
Au lieu d’une féroce
bataille d’audience
attendue, toutes
ces séries ont trouvé
leur public. PAGE 28
Un si grand soleil (France 2).
le PLUS du
FIGARO ÉCO
ENTREPRISE
Délais de paiement :
la France bien placée
en Europe
PAGE 26
LA SÉANCE
DU MARDI 25 SEPTEMBRE 2018
CAC 40
5479,10
+0,05%
DOW JONES (18h)
26587,90 +0,10%
ONCE D’OR
1201,90 (1202,75)
PÉTROLE (lond)
81,810
(81,337)
EUROSTOXX 50
3419,12 +0,25%
FOOTSIE
7507,56 +0,66%
NASDAQ (18h)
7561,41 +0,17%
NIKKEI
23940,26 +0,29%
L'HISTOIRE
Des Rencontres notariales cette année
encore… à très grande vitesse
F
orts du succès obtenu l’an dernier,
les notaires de France prendront
à nouveau le train à l’occasion
de la 39e édition des Rencontres
notariales qui se dérouleront
les 26 et 27 septembre. Ce mercredi, des
wagons spéciaux ont été réservés sur quatre
convois qui effectueront un aller-retour
entre Paris et Marseille, Lyon, Strasbourg
ou Rennes. Petite nouveauté cette année,
des trains partiront aussi de ces trois
dernières villes vers la capitale, pour
regagner la province dans l’après-midi. Au
total, c’est donc
à bord de sept
trains que les
notaires offriront
des consultations
juridiques
anonymes. Mais
la manifestation
ne s’arrête pas là.
Dans une
quarantaine de
villes, des notaires
sortiront de leurs
études pour
rencontrer les
citoyens. Outre les chambres de notaires,
les accueils s’effectueront en mairie, comme
à Brie-Comte-Robert, ou encore aux archives
municipales de la ville de Lyon. À Saintes,
les notaires charentais ont opté pour un bus
stationné en centre-ville. Des consultations
téléphoniques seront parallèlement organisées
sur le 36.20. « Ces deux jours sont l’occasion
de promouvoir l’accès au droit pour tous
et partout. Ils nous permettent de briser l’image
du notaire enfermé dans sa tour d’ivoire,
en expliquant quelle est notre valeur ajoutée.
Nous aimerions évoluer d’un passage obligé
chez le notaire vers
un passage choisi »,
indique Laurent
Mompert,
le président
des Rencontres
notariales. Des
conférences-débats
sur les thèmes
de la famille
et de l’immobilier se
tiendront enfin jeudi
à la chambre des
notaires de Paris. ■
CORINNE CAILLAUD
Remplaçant l’ISF depuis cette année, l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) devrait rapporter 1,53 milliard d’euros en 2019, d’après le
projet de budget publié lundi, contre
1,2 milliard cette année. Soit
330 millions d’euros de plus en un an
ou 25 % des recettes de l’impôt.
Cette hausse, explique-t-on au ministère de l’Action et des Comptes
publics, est à 90 % liée aux contrôles
fiscaux et notamment aux redressements tardifs – dont ceux portant
sur les derniers dossiers soumis à la
cellule de régularisation des avoirs à
l’étranger non déclarés (STDR), qui a
fermé ses portes fin 2017 – sur les
dernières années d’ISF.
Certes, les contrôles fiscaux relatifs
à l’ISF ont pesé également en 2015
et 2014 jusqu’à un quart des recettes de l’impôt. Mais c’était grâce à la
mise en place, en 2013, du STDR. En
revanche, les redressements liés à
l’ISF n’ont pesé que 12 % à 13 % de
ses recettes au cours de ses deux
dernières années d’existence.
Par ailleurs, les recettes de l’IFI ont
déjà surpris en 2018, dépassant de
70 % les prévisions de Bercy, qui tablait initialement sur 850 millions
d’euros seulement de recettes.
L’écart peut s’expliquer de plusieurs
façons. « Le manque de clarté de
l’article du Code des impôts sur l’IFI
a pu conduire les contribuables prudents à déclarer davantage que ce
qu’ils auraient dû », analyse Gaëlle
Menu-Lejeune, avocate associée au
cabinet Fidal. En effet, les règles de
déduction des emprunts ayant servi
à acquérir la résidence principale
n’ont pas été des plus limpides, ni
non plus celles déterminant l’appréciation du niveau des participations
dans les sociétés qui détiennent de
l’immobilier.
Autre explication, avancée à Bercy,
du 1,2 milliard d’euros inattendu récolté cette année : l’administration
ne disposait pas de données précises sur le capital immobilier des petits déclarants à l’ISF, et n’a donc pas
pu estimer avec précision ce que
rapporte l’IFI.
G. G.
Le succès des
vacances à l’étranger
ne se dément pas
Après les excellents résultats
de l’année dernière, le Seto,
Syndicat des entreprises du
tour-operating, a présenté
mardi un très bon bilan de
l’été 2018. Les voyagistes
(TUI, Voyageurs du monde,
Kuoni, Costa Croisières…) ont
attiré un peu plus de 2 millions de clients, soit une
croissance de 10,3 % par rapport à 2017. Le volume d’affaires s’est établi à 1,97 milliard d’euros, (+ 7,7 %).
Les Français ont renoué, pour
leurs vacances estivales, avec
les destinations moyencourriers. Avec un total de
1,4 million
de
clients
(+ 11,3 %), celles-ci ont tiré
l’activité. La Grèce et ses îles,
les Canaries ont séduit les
touristes français. Les professionnels ont également noté
le succès des destinations de
l’Afrique du Nord et du
Moyen-Orient, avec la reprise confirmée de la Tunisie
(+ 83 %) et le maintien du Maroc (+ 12 %). La Turquie a pour
sa part connu une croissance
de 56 % et l’Égypte de 106 %…
Les destinations long-courriers, dominées par les ÉtatsUnis, ont séduit 243 971
clients (+ 7 %), mais le volume
d’affaires affiche un léger recul. La saison d’hiver se présente bien, notamment pour
les États-Unis et le Mexique.
Pour sa part, Air France a
dressé aussi un bon bilan des
huit premiers mois de l’année, malgré les grèves du
premier semestre. « C’était
déjà le cas en 2017, rappelle
Zoran Jelkic, directeur général du marché France d’Air
France-KLM. La tendance se
confirme en 2018. À fin août,
l’ensemble des ventes des compagnies aériennes en France
via les agences de voyages ont
enregistré une hausse de 2 %.
Air France-KLM a gagné des
parts de marché grâce au segment loisirs qui progresse le
plus. Les engagements pour
les mois à venir sont très bons
CH. G.
aussi. »
A
VERSACE
L’IMPÔT SUR
LA FORTUNE
IMMOBILIÈRE
RAPPORTERA
330 MILLIONS
DE PLUS EN 2019
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
22
Après 17 ans de déficit, la Sécu
va repasser dans le vert en 2019
LE « 100 %
SANTÉ »
EN VIGUEUR
Ce redressement a été obtenu après des années d’efforts et un
dernier coup de rabot sur les retraites pour limiter les dépenses.
MARIE-CÉCILE
RENAULT
£@Firenault
«
SOCIAL
Cette fois,
c’est la bonne ! Le
« trou abyssal
de la Sécu »,
dont Marisol
Touraine avait
annoncé la fin
dès 2016, sera
bel et bien résorbé
l’an
prochain.
Après dixsept ans dans
le rouge, les
comptes de la Sécurité sociale devraient dégager un
excédent de 700 millions d’euros en 2019,
régime général et
fonds de solidarité
vieillesse
Le rétablissement
(FSV) compris.
Trois
branches
des comptes nous
EUGÉNIE RAGOT/LE FIGARO
permet d’être
en capacité d’agir
et d’être ambitieux
»
AGNÈS BUZYN, MINISTRE
DES SOLIDARITÉS ET DE LA SANTÉ
sur quatre (vieillesse, famille et accidents du travail) devraient ressortir bénéficiaires, seule l’assurance maladie continuant à afficher
un déficit, ramené toutefois à
500 millions. Ce retour dans le vert
est dans la continuité de l’amélioration dès cette année, où le déficit
va se réduire à 1 milliard d’euros,
contre 5,1 milliards en 2017.
« C’est une très bonne nouvelle
pour nos concitoyens, et notamment pour les plus jeunes, car cela
veut dire qu’on cesse de creuser la
dette », s’est réjouie Agnès Buzyn,
la ministre des Solidarités et de la
Santé, lors de la présentation mardi du projet de budget de la Sécu à
Bercy. « Pour tenir nos engagements de dépenses publiques, nous
devons tenir nos dépenses sociales », a rappelé Gérald Darmanin,
son collègue de l’Action et des
Comptes publics, soulignant que la
Sécu représente 50 % des dépenses publiques, devant l’État (30 %)
et les collectivités locales (20 %).
Ce redressement ne s’est pas
obtenu en un claquement de
doigts, il est le fruit d’années d’efforts. Pour garder le cap en 2019
alors que la croissance ralentit, le
gouvernement a pris des mesures
radicales, comme de sous-indexer
les pensions et les prestations familiales, qui n’augmenteront que
de 0,3 % l’an prochain, alors que
l’inflation est attendue à 1,6 %
cette année, générant une économie de 1,8 milliard pour la Sécu.
Quatre grands chantiers
À cela s’ajoutent 3,8 milliards
d’euros d’économies dans l’Assurance maladie, un montant proche des années précédentes et réparti entre l’hôpital, la médecine
de ville et l’industrie pharmaceutique. « Un nouveau plan d’économies drastiques » qui « ne peut plus
être supporté par les soins de ville », a réagi la CSMF, principal
syndicat de médecins libéraux,
tandis que la fédération des entreprises du médicament, le Leem, a
dénoncé une « contribution disproportionnée à la maîtrise des dépenses de santé ». Certes, l’objectif
national des dépenses d’assurance
maladie, le fameux Ondam fixé
par le Parlement, va progresser de
2,5 % (au lieu des 2,3 % attendus),
soit une rallonge de 400 millions.
« Une goutte d’eau dans l’océan des
missions supplémentaires imposées », a critiqué Force ouvrière.
Toutefois, « le rétablissement
des comptes permet d’être ambitieux », s’est réjouie Agnès Buzyn,
qui veut mettre l’accent sur la
protection des plus démunis et
l’investissement dans le système
de santé. Le gouvernement va
ainsi pouvoir financer les quatre
grands chantiers lancés ces derniers mois : plan de lutte contre la
pauvreté, plan de transformation
du système de santé, le « reste à
charge zéro » sur l’optique, le
dentaire et l’audioprothèse, ou
encore le chantier sur la dépendance qui sera lancé le 1er octobre.
Sans oublier un coup de pouce
pour la garde d’enfants handicapés, ou l’allongement du congé
maternité pour les travailleuses
indépendantes… ■
Fin de dix-sept années dans le rouge
ÉVOLUTION DU SOLDE DU RÉGIME GÉNÉRAL ET DU FONDS DE SOLIDARITÉ VIEILLESSE, en milliards d’euros
0,8 1
0,8
0,7
-1
-2
-4,8
-6
-5,1
-10
-11,1
-14
-10
-12,6
-15,4
-17,5
-20,9
-22
-23,5
-26
-28
Prévisions
1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019
Source : PLFSS
Infographie
Génériques, prévention, CSG, heures sup…
le détail des mesures du PLFSS 2019
Concernant tant le champ social
que la santé, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale
(PLFSS) 2019 allie générosité et fermeté. Voici les principales mesures.
u Accent mis sur les génériques
Le médecin devra justifier médicalement le fait de ne pas substituer
un générique au médicament princeps. À partir de 2020, s’il ne le fait
pas, le patient sera remboursé en
pharmacie sur la base du prix du
générique s’il prend le princeps. Le
gouvernement attend 200 millions
d’euros d’économies du développement des génériques et biosimilaires. Il compte aussi dégager
500 millions grâce à des baisses de
prix de médicaments. Il n’y aura
pas de mesure de déremboursement.
A
du plan santé
u Déclinaison
et prévention
Un des objectifs du plan santé, présenté le 18 septembre, est de mettre
fin à l’hégémonie de la tarification à
l’activité. En 2019, un forfait sera mis
en place pour la prise en charge hospitalière du diabète et de l’insuffisance rénale chronique. Des financements seront accordés pour
financer les nouveaux postes d’assistants médicaux auprès des médecins
de ville acceptant de se regrouper et
encourager la création des « com-
munautés professionnelles territoriales de santé ». Des moyens seront
accordés pour la modernisation et la
restructuration des hôpitaux.
Par ailleurs, les vingt examens médicaux obligatoires, réalisés avant
les 6 ans de l’enfant, seront étalés
jusqu’aux 16 ans et remboursés à
100 %. Une fois tous les trois ans, les
jeunes de 3 à 24 ans pourront
consulter un dentiste, avec un remboursement intégral. Enfin, l’aide
au paiement d’une complémentaire
santé (ACS) et la couverture maladie universelle complémentaire
(CMU-C) seront fusionnées. L’idée
est d’offrir une bonne couverture
aux personnes aujourd’hui éligibles
à l’ACS mais qui ne la demandent
pas, avec un dispositif plus simple.
Cela concerne notamment les personnes âgées.
différenciée
u Revalorisation
des prestations sociales
Les pensions de retraite, les allocations familiales et les aides personnelles au logement (APL) seront revalorisées de 0,3 % en 2019, soit
moins que l’inflation. Économie :
3,3 milliards d’euros pour l’ensemble des finances publiques (État
compris) et 1,8 milliard pour le seul
régime général de la Sécu. En revanche, le minimum vieillesse, l’allocation adulte handicapé et la prime d’activité pour les travailleurs
modestes seront augmentés de plus
de 4 %. Les minima sociaux (RSA et
allocation de chômeurs en fin de
droits essentiellement) seront relevés de l’ordre de 1,5 %. Le gouvernement veut que les coups de pouce
soient ciblés sur les plus fragiles, ou
qu’ils favorisent le travail. Les APL
seront en outre versées selon les revenus de l’année, et non plus ceux
de l’année N-2. De quoi économiser
1 milliard d’euros.
u CSG des retraités
Le taux normal de CSG, relevé à
8,3 % en janvier, ne sera appliqué
qu’aux retraités franchissant deux
années de suite le seuil de revenu.
350 000 foyers de retraités devraient bénéficier de cette mesure
qui coûtera 350 millions d’euros
aux finances publiques.
des heures
u Désocialisation
supplémentaires
À partir du 1er septembre 2019, les
heures supplémentaires et complémentaires seront exonérées de cotisations sociales salariales. 9 millions
de personnes pourraient en bénéficier, avec un gain égal à 11,3 % de la
rémunération brute au titre de chaque heure sup.
u Mesures pour les entreprises
Le CICE sera transformé en allégements pérennes de cotisations
patronales au 1er janvier 2019, tandis que la baisse supplémentaire de
charges autour du smic s’appliquera au 1er octobre 2019. Le congé maternité des indépendantes sera par
ailleurs allongé. ■
0,7
DONT
Maladie
-0,5
Accident du travail
+
1,1
+
Vieillesse
0,7
Famille
1,2
+
+
-1,8
Économie générée
par la revalorisation
limitée à 0,3 % en 2019
des pensions de retraite
et des prestations
familiales
De futurs excédents… pas
perdus pour tout le monde
CHRISTOPHE ENA/AP
CÉCILE CROUZEL £@ccrouzel
RÉGIME GÉNÉRAL
+ FSV
1,8
milliard d’euros
-13,2
-13,6
En milliards d'euros
*Fond de solidarité vieillesse
-10,8
-18
Solde des quatre branches
de la sécurité social en 2019
FSV*
-7,8
-9,3 -9,4
Promesse phare du
candidat Macron, le reste
à charge zéro, rebaptisé
« 100 % santé », va assurer
un remboursement
intégral par la Sécu
et les complémentaires
de certaines lunettes,
prothèses dentaires
et auditives. Il sera mis
en œuvre
progressivement jusqu’en
2021, grâce notamment
à la fixation de tarifs
plafonds. « Aujourd’hui,
le reste à charge pour
une prothèse auditive est
de 850 euros par oreille.
En 2021, ce sera
totalement remboursé et
dès 2019 le prix diminuera
de 200 euros », a indiqué
Agnès Buzyn.
Le trou de
la Sécu est en
passe d’être
comblé pour
la première
fois depuis
2001. Mais il
n’y a pas de
cagnotte : il y
a une grosse
dette qu’il
faudra encore
rembourser
GÉRALD DARMANIN,
»
MINISTRE DE L’ACTION
ET DES COMPTES
PUBLICS
Se refusant à parler de « cagnotte »
sociale, l’exécutif fait du désendettement de la Sécu sa priorité des années à venir. Car si le déficit, le
« trou de la Sécu », sera bientôt du
passé, les comptes sociaux supportent toujours une lourde dette. La
caisse d’amortissement de la dette
sociale (Cades), qui a déjà amorti
155 milliards depuis sa création en
1996, doit encore refinancer
105 milliards d’euros d’ici à 2024,
date fixée par la loi pour son extinction. Et la barque va encore un peu
plus s’alourdir puisque le gouvernement a programmé de lui transférer, les trois prochaines années, la
moitié peu ou prou de la dette résiduelle encore portée par l’Acoss, la
banque des Urssaf, soit 15 milliards.
En contrepartie, la Cades recevra
une fraction de CSG en plus, soit
5,1 milliards à horizon 2022.
Au final, le but de la manœuvre
est « d’assainir la situation pour garantir la pérennité du système de
protection sociale », justifie Gérald
Darmanin, le ministre de l’Action et
des Comptes publics. Et d’éviter
qu’elle ne devienne une charge
lourde en cas de remontée des taux
d’intérêt. Au-delà de cet objectif
d’apurement comptable, les règles
de partage du financement entre
État et la Sécu vont être modifiées.
« Tous les allègements de cotisation
ne seront plus compensés », a prévenu l’exécutif, en rupture avec la règle d’or de 2004 voulant que toute
perte de recettes ou tout transfert
de charges au détriment de la Sécurité Sociale soit intégralement compensé. À compter de 2019, ce sera
« chacun chez soi », résume Bercy.
Ainsi, l’exonération de cotisations
sociales sur les heures supplémentaires, applicable à compter du
1er septembre 2019 et qui coûtera
2 milliards par an en année pleine,
devra être financée intégralement
par la Sécu… avec ses excédents.
Renflouer le déficit de l’État
L’État devrait par la suite faire main
basse sur une partie de la cagnotte
de la Sécu pour renflouer son propre trou. « L’État fait beaucoup
d’efforts : il compense le CICE, il
donne une partie de ses recettes de
TVA pour compenser les dépenses de
la Sécu, justifie Gérald Darmanin,
rappelant que 30 % des dépenses de
la Sécu sont financées par l’impôt et
non des cotisations. Sans ces transferts, l’État baisserait son déficit qui
va atteindre quasiment 100 milliards
d’euros. L’idée est de garder deux
budgets différents mais de ne pas faire d’idéologie technocratique. »
Le gouvernement a d’ailleurs
inscrit le principe du transfert partiel des excédents à venir de la Sécu
vers l’État dans la loi de programmation de finances publiques
(LPFP) 2018-2022 et a même commandé un rapport, qui vient d’être
remis au Parlement, « sur la rénovation des relations financières entre
l’État et la Sécurité sociale » pour
l’organiser… ■
M.-C. R.
LE FIGARO
ÉCONOMIE
mercredi 26 septembre 2018
23
Assurance-chômage : vers une nouvelle négociation paritaire
Syndicats et patronat devraient répondre positivement à la lettre de cadrage envoyée ce mardi par Matignon.
1,3
milliard
d’euros
Montant maximal
des économies exigées
par le gouvernement,
à réaliser par an par
les gestionnaires de
l’assurance-chômage
CÉCILE CROUZEL £@ccrouzel
SOCIAL Être bousculé pousse souvent à réagir. Se sentant moins
écoutés, voire mis sur la touche, par
Emmanuel Macron, les leaders
syndicaux ont décidé d’élaborer
ensemble leur propre programme
de travail ou « agenda social », selon la terminologie en vigueur, indépendant de celui du gouvernement. Mardi, Laurent Berger
(CFDT), Philippe Martinez (CGT),
Pascal Pavageau (FO), François
Hommeril (CFE-CGC) et Philippe
Louis (CFTC) ont transmis un courrier aux trois organisations patronales représentatives - Medef,
CPME (PME) et U2P (artisans et
professions libérales) - en leur proposant de discuter de plusieurs thèmes ayant trait au travail.
La concomitance de ce courrier
avec l’envoi, le même jour, par
Matignon de la lettre de cadrage de
la prochaine négociation sur l’assurance-chômage ne doit rien au
hasard. Mécontents de l’orientation budgétaire donnée à cette réforme, encore confirmée par le
courrier du premier ministre demandant 1 à 1,3 milliard d’économies par an sur trois ans, les syndicats réaffirment leurs prérogatives.
« Nous retrouvons notre autonomie :
nous montrons que nous pouvons
avoir notre propre calendrier de travail concret », souligne au Figaro
Pascal Pavageau. Certes, le Medef,
la CPME et l’U2P se concertaient
encore mardi soir, avant de se
prononcer ensemble sur ce courrier. Mais les syndicats ne doutaient pas de leur réponse positive.
Car les thèmes proposés ne sortent
pas de nulle part : les huit leaders
des organisations patronales et
syndicales se sont rencontrés le
11 juillet, puis mi-septembre, pour
en discuter.
Nouveaux dirigeants
Incontestablement, le climat entre
partenaires sociaux a changé : ils se
parlent à nouveau. C’est la conséquence de leur inquiétude sur la
place qui leur laissera l’exécutif,
mais aussi de l’arrivée aux commandes de nouveaux dirigeants,
Roux de Bézieux au Medef et Pavageau à FO en tête.
Reste que patronat et syndicats
ne devraient pas franchir de lignes
rouges avec le gouvernement. Ainsi, la lettre des cinq syndicats acte la
reprise d’une négociation déjà
amorcée sur le statut des cadres et
propose d’en ouvrir une sur la qualité de vie au travail. Or l’exécutif a
déjà envisagé une discussion sur ce
dernier sujet, dans le cadre de sa
réforme de la santé au travail. Les
autres thèmes - discrimination
dans l’accès au travail et nouvelles
formes d’emploi - feront l’objet de
« délibérations », c’est-à-dire de
discussions pouvant donner lieu, en
cas de diagnostic commun, à une
négociation en bonne et due forme.
Par ailleurs, patronat et syndicats
devraient bien négocier sur l’assurance-chômage, quels que soient
leurs griefs contre la lettre de cadrage. Dans une interview au Monde,
Geoffroy Roux de Bézieux précise
qu’il recommandera lundi à son
conseil exécutif d’« entrer en négociations ». La CFDT a pour sa part
annoncé qu’elle ne jouera pas la
politique de la chaise vide, ajoutant
qu’elle « entend bien développer ses
propres propositions ». FO, qui doit
se prononcer dans les deux jours, est
sur la même ligne. « Si cette négociation s’ouvre, on ira avec nos bases »,
explique Pascal Pavageau. Restera
ensuite à trouver un accord, ce qui
est loin d’être évident, de surcroît
repris par le gouvernement… ■
La Cour des comptes doute du plan Macron
pour freiner la hausse des dépenses locales
Les baisses de dotation de Hollande ont atteint leur but alors que la contractualisation actuelle est fragile.
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
FINANCES LOCALES Pas sûr que
les grandes associations d’élus
territoriaux, qui doivent lancer
mercredi soir à Marseille un appel
contre la politique territoriale
d’Emmanuel Macron, apprécieront
le dernier rapport de la Cour des
comptes. Après le traitement de
cheval imposé sous François Hollande, les collectivités locales sont
en meilleure santé financière, observe l’institution en charge du
contrôle des comptes publics, dans
son opus sur les finances locales
présenté mardi.
Les baisses de dotation de l’État
aux communes, départements et
régions des années 2014 à 2017,
haïes par les élus locaux, « ont permis de porter un coup d’arrêt temporaire à la progression de la dépense
locale », relèvent ainsi les magistrats de la Rue Cambon. Et ont donc
« atteint une partie de leurs objectifs ». Car si les collectivités ont diminué leurs investissements de
11 %, elles ont également freiné
l’évolution de leur masse salariale et
resserré leurs dépenses de biens et
services. Et comme les dépenses ont
été, au total, davantage contenues
que les dotations n’ont baissé, les
collectivités ont reconstitué leurs
réserves.
«Toutefois, il ne faut pas confondre cette amélioration d’une situation globale auparavant très dégradée avec un redressement complet et
définitif, prévient Didier Migaud, le
premier président de la Cour. Il est
au contraire partiel et fragile, ce que
Didier Migaud, premier
président de la Cour
des comptes, présente
le rapport sur la finance
des collectivités locales
hier, à Paris.
CHRISTOPHE MORIN/IP3
tendent à montrer les résultats de
2017. » De fait, François Hollande a
accordé aux maires, juste avant son
départ, de baisser leurs dotations
d’un milliard de moins que prévu.
Cela s’est tout de suite traduit par
un relâchement des efforts des
communes sur leurs dépenses de
fonctionnement…
Surtout, les états de santé varient, selon les collectivités, de la
forme olympique à la maladie chronique. Les grandes intercommunalités, grâce à des mutualisations
plus importantes des dépenses, ont
maîtrisé leurs charges. En revanche, certains départements subissent encore une double peine, à savoir des recettes peu dynamiques et
des dépenses sociales, notamment
de RSA, très élevées et non intégralement compensées par l’État.
La politique de baisse unilatérale
des dotations, pour violente qu’elle
fut, a donc porté ses fruits. La Cour
est en revanche beaucoup plus dubitative sur la stratégie appliquée
par Emmanuel Macron. Les plus
grandes collectivités ont en effet dû
négocier avec les préfets des
contrats de maîtrise de leurs dépenses de fonctionnement, en moyenne
de 1,2 % par an entre 2018 et 2020.
La Cour juge cet objectif « atteignable » en 2018. Et pour cause, les dépenses de fonctionnement ne devraient progresser que de 0,9 %...
Mais la suite sera moins facile. Si la
reprise de l’inflation se confirme,
« l’objectif ne pourra être respecté
qu’au prix d’une réduction des dépenses », prévient Didier Migaud.
Le gouvernement espère que ces
économies futures permettront aux
collectivités de dégager des excédents qu’elles pourront utiliser
pour réduire leur dette. Il n’est pas
sûr que cela se déroule ainsi, prévient la Cour. Et les magistrats
d’énumérer ce que pourraient faire
les maires, présidents d’assemblées
départementales et de régions, avec
les marges de manœuvre qu’ils dégageront après 2020.
Réduire l’endettement
Baisser les impôts ? Peu probable,
selon la Cour. À côté de la suppression de la taxe d’habitation, les
diminutions des autres impôts
locaux, comme la taxe foncière,
passeraient inaperçus. Réduire
l’endettement, comme le souhaite
l’exécutif ? Peu vraisemblable,
répondent les magistrats. Seules
quelques collectivités sont en effet
surendettées : 8 départements sur
100, moins d’une commune sur
10 et une métropole sur 22. Investir ? Difficile à dire car en 2020 se
tiendront les élections municipales.
Et l’investissement chute traditionnellement juste après le scrutin, le
temps que les nouvelles équipes
élues lancent leurs projets.
D’après la Cour, la majorité des
collectivités pourrait au contraire,
en voyant leurs ressources s’améliorer, relâcher l’étau sur leurs dépenses de fonctionnement. « L’État
devrait alors s’interroger sur le retour à un mode de régulation fondé
sur la réduction de ses concours
financiers », jurent les magistrats
financiers. En clair, un retour aux
bonnes vieilles baisses de dotation
de l’ère Hollande. ■
La loi Pacte fixe un rapport d’équité salariale en entreprise
119
Écart constaté en 2016
dans les entreprises
du CAC 40, selon
le député Matthieu
Orphelin, entre
la rémunération
moyenne des salariés
et celle des dirigeants
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
POLITIQUE ÉCONOMIQUE Une
petite concession sur sa gauche…
Alors que l’examen du projet de loi
Pacte a débuté ce mardi dans l’Hémicycle, Bruno Le Maire a confirmé
que le gouvernement soutiendrait
la proposition des élus de la majorité parlementaire sur le sujet sensible de la transparence des salaires
en entreprise. « Je suis favorable à
ce qu’il y ait un rapport d’équité qui
soit obligatoire pour les plus grandes
entreprises françaises dans lequel figureront la moyenne salariale mais
aussi la médiane, de façon à ce qu’il y
ait une transparence sur la distribution des salaires, a avancé le minis-
tre de l’Économie sur BFMTV. Je ne
tiens pas à ce que l’on se trouve dans
une situation comme celle des ÉtatsUnis, où il peut y avoir un écart de 1 à
360 dans les plus grandes entreprises entre les salariés et le dirigeant. » La mesure, inspirée de la
directive européenne Droits des
actionnaires de 2017 s’appliquera
au périmètre français de toutes les
sociétés cotées.
« L’ajout du salaire médian est un
bon compromis entre la version de
l’article adoptée en commission, qui
mentionnait seulement le salaire
moyen, et celle que nous portions initialement avec une quarantaine de
collègues, basée sur un calcul par
quartiles », a salué le député LaREM
Matthieu Orphelin. Le salaire mé-
dian, qui divise les salariés en deux
groupes égaux, est toujours inférieur au salaire moyen, dopé par les
rémunérations les plus élevées. En
France, le salaire moyen s’élève à
2 250 euros par mois et le médian à
1 800 euros.
Information du bilan social
Au sein de la macronie, la mesure
est consensuelle. Elle figurait
d’ailleurs en toutes lettres dans le
programme présidentiel d’Emmanuel Macron, qui s’engageait à faire
« publier par les grandes entreprises
un ratio d’équité mesurant l’écart de
rémunération entre le dirigeant et les
salariés ».
Dans la pratique, les entreprises
cotées communiquent déjà large-
ment sur leur politique de rémunération : sur les salaires des mandataires sociaux bien sûr, mais aussi,
au sein de leur bilan social, sur les
rémunérations moyennes des salariés, en fonction de leur sexe et de
leur catégorie professionnelle. Elles
doivent aussi donner des indications sur la différence entre les
hauts et les bas salaires.
Dans son rapport social de 2017,
la Société générale indique par
exemple que la moyenne des rémunérations des 10 % des salariés
les mieux payés est sept fois supérieure à la moyenne des rémunérations des 10 % des salariés les plus
« modestes ». EDF communique
de son côté sur le rapport entre la
rémunération moyenne des cadres
et celle des salariés d’exécution, qui
a atteint 2,77 en 2017.
L’introduction de ce nouveau ratio d’équité est donc essentiellement politique. Dans tous les pays,
sous la pression de la société civile,
les élus se sont emparés de ce sujet
des hautes rémunérations, en accroissant notamment le pouvoir de
contrôle des actionnaires sur les salaires des dirigeants. En France, la
loi Sapin II de décembre 2016 a ainsi
consacré le vote contraignant des
actionnaires. En 2012, le PS s’était
même engagé à « limiter les écarts
excessifs de rémunération », avant
de renoncer pour se concentrer sur
les entreprises publiques, dont les
salaires des dirigeants ont été limités à 450 000 euros annuels. ■
A
Un amendement, accepté par Bruno Le Maire, vise à rendre plus transparents les écarts de rémunération.
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
24 ÉCONOMIE
Le dynamisme de l’économie américaine conforte la Fed
Les experts s’attendent à ce que la banque centrale relève ses taux mercredi pour la troisième fois de l’année.
PIERRE-YVES DUGUA £@PDugua
CORRESPONDANT À WASHINGTON
Jay Powell a été
nommé en février
président de la Fed,
par Donald Trump .
AARON BERNSTEIN/REUTERS
ÉTATS-UNIS John Williams, président de la Réserve fédérale de
New York, et à ce titre membre
permanent du comité monétaire
de la banque centrale américaine,
qualifie la conjoncture aux ÉtatsUnis d’« aussi bonne que possible ». Ce point de vue reflète l’opinion de ses collègues, y compris
celle du patron de la Fed, Jay
Powell. Leurs efforts pour communiquer le mieux possible à
l’avance leurs intentions, par le
biais de discours prononcés ces
dernières semaines, conduisent
l’écrasante majorité des experts à
anticiper un nouveau relèvement
de taux directeur de 0,25 % ce
mercredi soir. Cette hausse porterait la fourchette du taux des « Fed
funds », auquel les banques se
prêtent entre elles à très court terme, entre 2 % et 2,25 %. Ce serait
la troisième depuis la nomination
de Jay Powell à la tête de la Fed, en
février.
Trois principaux facteurs poussent la Fed à poursuivre ses hausses : une croissance solide, un taux
d’inflation conforme à son objectif
et un rythme d’embauche soutenu
dans un contexte de quasi-plein
emploi.
Après un premier trimestre décevant, d’avril à juin, le PIB des
États-Unis a crû de 4,2 % en ryth-
me annuel. L’inflation, mesurée
par l’indice des prix des dépenses
personnelles, au cours des douze
derniers mois est de 2 %, tandis
que le taux de chômage est toujours à 3,9 %, son plus bas niveau
depuis dix-huit ans. Le modèle de
la Fed d’Atlanta, qui prend en
compte les signaux les plus récents donnés par la conjoncture,
affiche une croissance probable de
4,4 % en rythme annuel au troisième trimestre.
Incitations fiscales
L’effet stimulant des baisses d’impôts sur la consommation est à
l’œuvre. Plus de la moitié de la
croissance forte au cours du printemps est effectivement imputa-
ble à la consommation. Le phénomène devrait toutefois s’estomper
l’an prochain. L’apport de l’investissement à la croissance est moins
souvent cité. Et pourtant, un tiers
de la performance de l’économie
au deuxième trimestre s’explique
par les investissements des entreprises, ce qui est supérieur à la
norme. « Les incitations fiscales et
les efforts pour augmenter la productivité du travail devraient continuer de soutenir l’investissement,
mais l’avancée dans le cycle économique et l’incertitude relative à la
politique commerciale ont rendu les
entreprises plus prudentes », estime Bruce McCain, responsable de
la stratégie d’investissement
auprès de la banque Key Corp.
Les républicains maintiennent
que la déréglementation et la réduction des taxes sur les entreprises doperont durablement la
croissance, au-delà de l’hiver.
Mais pour l’instant, si une croissance en moyenne de l’ordre de
3 % est probable cette année, la
plupart des économistes tablent
sur un ralentissement en 2019 et
une expansion proche de 2,5 %.
Jay Powell et ses collègues, inquiets du risque d’emballement
des salaires dans la situation actuelle de pénurie de maind’œuvre qualifiée, semblent partis
pour majorer à nouveau les « Fed
funds » avant Noël, et probablement au moins deux fois de plus
l’an prochain. ■
Macron se pose
en chef de file
de la lutte contre
le réchauffement
Le One Planet Summit tient à New York sa
deuxième réunion pour mobiliser des fonds verts.
MARC CHERKI mcherki@lefigaro.fr
ET FRÉDÉRIC DE MONICAULT
fdemonicault@lefigaro.fr
CLIMAT La deuxième édition du
One Planet Summit, souhaitée par
Emmanuel Macron pour mobiliser
toutes les initiatives financières en
faveur de la lutte contre les changements climatiques, sera plus
confidentielle que la première réunion, organisée à La Seine musicale, à Boulogne-Billancourt, aux
Le chef de l’État chez Bill Gates
Parmi les nombreux
événements organisés
en marge de l’Assemblée
générale des Nations unies,
Emmanuel Macron
participera à la présentation
du rapport de la Fondation
Bill et Melinda Gates
ce mercredi à New York. Ce
document (nos éditions du
19 septembre) dresse le bilan
des progrès réalisés sur « les
17 objectifs du millénaire »,
des cibles fixées par l’ONU
pour l’échéance 2030
en matière de lutte contre
la pauvreté, les maladies
ou le changement climatique.
Bill Gates, le milliardaire
philanthrope, souligne qu’en
1990 36 % de la population
mondiale vivait avec moins
de 1,9 dollar par jour - la
définition de la pauvreté
extrême par la Banque
mondiale. Ils n’étaient plus
que 9 % en 2017. Mais 22 % en
Afrique subsaharienne. F. N.-L.
portes de Paris, en décembre 2017.
Environ 300 invités sont attendus
mercredi après-midi au prestigieux Plaza Hotel à New York, dont
20 à 30 chefs d’État et de gouvernement – contre une soixantaine
l’an dernier. L’édition inaugurale
avait été organisée dans l’urgence,
après l’annonce du retrait des
États-Unis de l’accord de Paris,
pour sauver le vote historique de la
COP21. Deux ans plus tôt, quelque
190 pays s’étaient engagés à limiter
à 2 °C la hausse de la température
moyenne de la planète par rapport
au début de l’ère industrielle.
Le deuxième One Planet Summit
pâtit d’un agenda new-yorkais
très chargé : dixième semaine du
climat (Climate Week), Assemblée
générale des Nations unies et une
autre réunion internationale sur
l’environnement où Emmanuel
Macron et le premier ministre indien seront récompensés pour
l’Alliance solaire internationale. Le
président français doit également
être désigné, mercredi matin, par
Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, comme
l’un des quinze ambassadeurs
chargés de préparer le sommet sur
le climat de septembre 2019. Il sera
chargé de doper l’effort financier,
L’an passé, pour la première édition du One Planet Summit (ci-dessus), à Paris, Emmanuel Macron avait réussi à convier
une soixantaine de chefs d’État ou de gouvernement contre une trentaine cette année à New York. B. TESSIER/REUTERS
avec pour objectif de rassembler
100 milliards de dollars par an, à
partir de 2020, pour aider les pays
pauvres à réduire leurs émissions
de gaz à effet de serre.
À New York, un rapport d’étape
sur les projets annoncés en 2017 est
prévu. Entre autres participants, le
vice-président de la Commission
européenne, Maros Sefcovic, doit
annoncer que d’ici à novembre,
l’Union européenne aura accordé,
en treize mois, pour 1,5 milliard
d’euros de garanties à des projets
de développement durable dans
des pays tiers.
« Ce n’est pas le dernier sommet,
j’en suis quasiment sûr. D’ailleurs,
de nouveaux engagements seront
annoncés, assure Matthieu Orphelin, député LaREM et proche de Nicolas Hulot. Parmi les initiatives
déjà recensées, il y a celle des six
fonds souverains d’Abu Dhabi,
d’Arabie saoudite, du Koweït, de
Norvège, de Nouvelle-Zélande et du
Qatar. » Gérant au total plus de
3 000 milliards de dollars d’actifs,
ces acteurs se sont engagés le
6 juillet dernier, dans une charte
signée à l’Élysée, à orienter leurs
investissements afin de lutter
contre le dérèglement climatique.
Rejets de CO2 en hausse
D’ores et déjà, une prochaine édition du One Planet Summit est envisagée au Kenya, dès le printemps
2019, afin de financer notamment
des projets en faveur des énergies
renouvelables en Afrique. « Après
avoir cherché à asseoir sa légitimité
sur la scène internationale à l’occasion du premier One Planet Summit, il
est maintenant essentiel qu’Emmanuel Macron gagne en crédibilité sur
ces enjeux, souligne Pierre Cannet,
responsable des programmes climat
et énergie au WWF France. Cela doit
passer par des actions concrètes en
France répondant à l’urgence climatique. Hélas, pour l’instant, la France
a augmenté ses émissions de dioxyde
de carbone de plus de 3 % en 2017. »
À New York, deux géants français de l’énergie sont associés au
sommet. Depuis longtemps, Engie (ex-GDF Suez) a fait du « 3D »
- décentralisation, digitalisation
et décarbonation - l’un des principaux leviers de son développement. Les énergies renouvelables
et les services énergétiques se
sont imposés comme deux des
trois piliers du groupe. Total, qui
a tenu mardi à New York sa journée investisseurs, a publié la troisième édition de son rapport « Intégrer le climat à notre
stratégie ». Un nouvel indicateur
est mis en exergue : la compagnie
tricolore entend réduire de 15 %
entre 2015 et 2030 l’intensité carbone des produits énergétiques
qu’il met à disposition de ses
clients. « Au-delà de 2030, Total
affiche l’ambition de poursuivre
ses efforts […] et d’atteindre une
baisse de l’ordre de 25 % à 35 %
d’ici à 2040 », précise le groupe
dans un communiqué. ■
La fiscalité moins redistributive en France qu’aux États-Unis
Les inégalités de revenus sont bien plus fortes outre-Atlantique mais la fiscalité les corrige relativement mieux.
34%
A
Réduction
des inégalités
entre les 10 % les plus
riches et les 50 %
les plus pauvres aux
États-Unis, avant et
après impôt ; contre
28 % en France
JEAN-PIERRE ROBIN jprobin@lefigaro. fr
INÉGALITÉS C’est un pavé dans la
mare du consensus des économistes
internationaux que lancent Thomas
Piketty et une équipe d’experts de
l’Institut des politiques publiques et
du Laboratoire sur les inégalités
mondiales. Jusqu’ici, la France était
saluée unanimement pour avoir su
limiter les inégalités de revenus au
cours des trente dernières années,
les États-Unis étant au contraire
l’exemple d’une dérive débridée. Et
ce résultat était attribué au système
de redistribution publique bien plus
développé chez nous.
Or la réalité s’avère plus complexe. Dans une étude beaucoup plus
sophistiquée statistiquement que
celles de l’OCDE et du FMI, car elle
incorpore l’ensemble des données
fiscales, des comptes nationaux et
d’enquêtes diverses (Trois décennies
d’inégalités et de redistribution en
France 1990-2018), les experts
français montrent certes que les
inégalités sont bien moins larges en
France qu’aux États-Unis, mais que
la fiscalité au sens large (cotisations
sociales comprises) exerce un effet
correcteur moins fort chez nous.
C’est avant tout l’échelle des revenus primaires (avant redistribution) qui est plus resserrée dans
l’Hexagone. Ainsi les 50 % des
Français les plus modestes cumulaient 24 % de l’ensemble des revenus avant impôts et transferts en
1990 et 22 % en 2015. Il y a donc
bien eu une dégradation en près de
trente ans. Mais elle est infiniment
moins prononcée qu’aux ÉtatsUnis, où la part dans le revenu total
de la moitié de la population la
moins riche est tombée de 17 % en
1990 à 12,5 % en 2015.
En revanche, après impôts et
transferts publics en argent (cotisations sociales, impôts proportionnels et progressifs sur le revenu,
taxes sur le capital et taxes indirectes), la part des 50 % les plus modestes remonte à 26,5 % en 1990 et à
27,6 % en 2015. Aux États-Unis, les
chiffres sont respectivement de 22 %
et de 18 %. La fiscalité a donc bien
permis de réduire les inégalités en 25
ans en France, davantage qu’outre-
Atlantique, ce qui correspond à
l’idée communément admise.
Pourtant, la comparaison des revenus individuels des 10 % les plus
riches à ceux des 50 % les plus pauvres, avant et après impôts, amène
à une autre conclusion : les inégalités après impôts sont réduites de
28 % chez nous, alors qu’elles le
sont de 34 % aux États-Unis. « Le
système social et fiscal est donc plus
redistributif aux États-Unis qu’en
France », en conclut l’étude.
Prestations en nature
Cette affirmation est totalement
contre-intuitive si on se rappelle
que les recettes publiques représentent 30,7 % du PIB aux États-Unis
et 53,5 % en France (selon le FMI).
La clé du mystère s’énonce de
deux façons. Tout d’abord, les
moindres inégalités de revenus primaires en France s’expliquent par
des prestations en nature (de santé
et d’éducation gratuite) qui accroissent le capital humain de toute
la population, à quoi s’ajoute le salaire minimum infiniment plus élevé dans l’Hexagone.
Quant à la fiscalité « moins redistributive » en France, elle tient
à la part des impôts directs (CSG) et
indirects (TVA) non progressifs qui
est plus grande chez nous
qu’outre-Atlantique. Thomas Piketty confirme ainsi son idée fixe
de rendre la CSG progressive dans
notre pays. Mais cela est une autre
histoire. ■
LE FIGARO
ENTREPRISES
mercredi 26 septembre 2018
25
Versace passe sous
pavillon américain
Un an après le rachat de Jimmy Choo, Michael Kors
s’offre la griffe italienne pour 2,1 milliards de dollars.
LES TROIS GRIFFES
DU GROUPE CAPRI
PRÉVISIONS POUR L’EXERCICE
EN COURS (SOURCE: SOCIÉTÉ)
4,5
milliards de dollars
de chiffre d’affaires
pour Michael Kors
585
millions de dollars
pour Jimmy Choo
850
millions de dollars
pour Versace
LUXE Michael Kors casse sa tirelire pour défier les géants mondiaux du luxe et de la mode. Un an
après avoir racheté le chausseur
Jimmy Choo pour 1,2 milliard de
dollars, la société cotée à Wall
Street va débourser 2,1 milliards
de dollars (1,83 milliard d’euros)
pour Versace. C’est l’équivalent
de vingt-deux fois les profits de la
griffe italienne à l’emblématique
méduse, l’une des rares maisons
de luxe italiennes encore indépendante, qui devrait réaliser cette année 850 millions d’euros de
chiffre d’affaires.
C’est aussi le double de la valeur
de Versace en 2014, lors de l’entrée du fonds Blackstone au capital, à hauteur de 20 %. La famille
du fondateur Gianni Versace (assassiné en 1997), qui possédait depuis 80 % de la griffe fondée en
1978, cède ses parts mais reste
dans le paysage. « Je suis très heureuse de ce rachat, confie Donatella Versace, sœur de Gianni. Cela
ne signifie pas que Versace perd
son indépendance en tant que grif-
fe, les marque restant intactes, indépendantes justement au sein du
groupe Michael Kors. » Vice-présidente et directrice artistique de
la griffe italienne, elle continuera
d’en piloter le style.
Donatella, son frère Santon et
sa nièce Allegra revendent leurs
parts de Versace mais ils vont
réinvestir 150 millions de dollars
pour devenir actionnaire minoritaire de leur nouveau propriétaire. Preuve du nouveau tropisme
italien et glamour du groupe, Michael Kors va se rebaptiser Capri.
Ce sera un groupe multimarques
réalisant un chiffre d’affaires de
6 milliards de dollars, dont
4,5 milliards avec la griffe Michael
Kors.
Le groupe Michael Kors
se rebaptise Capri
Née en 1981, cette griffe a misé sur
les accessoires, sacs en tête, et
surfé, comme son rival Coach, sur
la vague montante du luxe accessible. Elle s’est introduite avec
succès en Bourse en 2011, avant de
pâtir de promotions trop offensives. Pour redoper la rentabilité, le
groupe a fermé des magasins en
2017 et mis le holà sur les promo-
Donatella Versace, vendredi dernier, lors de la Fashion Week printemps-été 2019 de Milan.
tions. Mais le segment des accessoires de luxe accessible, incarné
par Michael Kors, et ses compatriotes Coach, Kate Spade et Tory
Burch, semble moins prometteur
que par le passé. Au début de la
décennie, certains voyaient dans
ces marques américaines une menace pour Louis Vuitton et Gucci à
la fois aux États-Unis, en Europe
et en Chine.
Maroquiniers, malletiers et
selliers européens ont fait mieux
que résister. Faute de pouvoir
jouer seul dans la cour des grands
avec sa marque, Michael Kors a
donc décidé de devenir un groupe et de monter en gamme à
coups d’acquisitions de griffes
d’origine européenne estampillées luxe. Coach avait tenté la
même opération en lorgnant
Jimmy Choo et Burberry, en
vain, avant de se rabattre sur
Kate Spade.
Avant cette opération, Versace,
restructuré en 2009 (350 postes
supprimés sur 1 300), sorti du rouge dès 2011, a renoué avec une
belle croissance. La griffe visait à
court terme 1 milliard d’euros de
chiffre d’affaires, après 686 millions en 2016.
Le nouveau propriétaire est plus
ambitieux encore. John Idol, président-directeur général du groupe américain, estime qu’« avec
toutes les ressources d’un groupe
unique en son genre, Versace va
croître au-delà de 2 milliards de
dollars de revenus… La force des
marques Michael Kors et Jimmy
Choo et l’acquisition de Versace
nous mettent en position de générer
plusieurs années de croissance des
revenus et des bénéfices ».
Capri pourrait, selon lui, atteindre à terme 8 milliards de dollars
de chiffre d’affaires, dont 5 milliards pour la griffe Michael Kors.
Novartis réduit ses effectifs pour doper ses profits
Le laboratoire suisse se recentre sur ses médicaments les plus innovants.
KEREN LENTSCHNER £@Klentschner
SANTÉ Novartis se met au régime
minceur. Le laboratoire helvétique a annoncé mardi son intention de supprimer 2 550 salariés
en Suisse et en Grande-Bretagne
au cours des quatre prochaines
années. La Suisse paye le plus
lourd tribut avec 2 150 postes
concernés dans quatre usines ainsi
que dans ses activités de services.
Une usine de médicaments fermera par ailleurs ses portes en
Angleterre.
Le laboratoire, qui emploie
124 000 personnes dans le monde,
a engagé une vaste réorganisation
de sa production afin d’améliorer
sa rentabilité. Annoncée il y a
deux ans, elle doit permettre de
réaliser un milliard de dollars annuels d’économies d’ici à 2020.
Parmi ses 66 plus grosses usines,
plusieurs sont en sous-capacité.
Car Novartis fait face à l’expiration des brevets de plusieurs de
ses médicaments comme Diovan
pour les maladies cardiaques.
« Nous poursuivons nos efforts en
vue de transformer Novartis dans le
monde entier en une organisation
plus efficace et plus agile capable
d’innover de façon pérenne », explique Vas Narasimhan, directeur
général de Novartis, arrivé aux
commandes en février. Si ces annonces étaient attendues, Novartis pourrait être contraint d’aller
plus loin encore pour atteindre ses
objectifs financiers et compenser
l’expiration à venir de plusieurs
brevets, selon les analystes d’UBS.
Des thérapies
individualisées
Le siège de Novartis,
à Bâle. Le laboratoire
helvétique va supprimer
2 550 postes en Suisse
et en Grande-Bretagne.
ARND WIEGMANN/REUTERS
cancers. Novartis a ainsi récemment annoncé la construction
d’un site de production de thérapies cellulaires et géniques en
Suisse susceptible de créer 450
nouveaux postes.
Au terme d’une revue stratégique de dix-huit mois, le laboratoire a annoncé cet été la scission
d’Alcon, son activité ophtalmologique (7 milliards de dollars de
chiffre d’affaires). L’entreprise
devrait être introduite en Bourse
au premier semestre 2019. Avant
La transformation du groupe est
en marche. Un virage a été enclenché en début d’année. Novartis - qui a réalisé l’an passé
49,1 milliards de dollars de chiffre
d’affaires - souhaite se concentrer
sur ses médicaments les plus innovants afin d’être mieux armé
face aux mutations du secteur de
la santé. Parmi ces médicaments,
figurent son traitement préventif
contre la migraine, l’Aimovig,
lancé aux États-Unis, ou encore
les thérapies géniques individualisées dites CAR-T contre certains
cela, le groupe avait cédé au britannique GlaxoSmithKline ses
parts dans leur coentreprise de
médicaments sans ordonnance.
Ce qui lui a permis, quelques mois
plus tard, de casser sa tirelire pour
racheter une biotech américaine,
Avexis, pour 8,7 milliards de dollars. Au début de l’été, Novartis a
également officialisé sa sortie des
antibiotiques en annonçant la fermeture de ses activités de recherche antibactérienne et antivirale
en Californie.
Début septembre, Novartis est
enfin parvenu à céder le maillon
faible de Sandoz (sa filiale de médicaments génériques) aux ÉtatsUnis, à savoir ses activités en dermatologie, ainsi qu’un portefeuille
de médicaments oraux. Soit 300
produits au total, qui représentaient 600 millions de dollars de
chiffre d’affaires au cours des six
premiers mois de l’année. Les
analystes d’Oddo avaient alors
considéré que c’était la dernière
étape de recentrage nécessaire
cette année au laboratoire suisse
et qu’il était désormais prêt pour
aborder 2019. ■
Weight Watchers change de nom et devient WW
L’entreprise ajoute à son activité historique les conseils de bien-être.
1,45
milliard
de dollars
de chiffre d’affaires
en 2017
GUILLAUME MOLLARET
£@Newsdusud
ALIMENTATION En janvier, l’enseigne pionnière des programmes
de régime Weight Watchers disparaîtra bientôt au profit d’une
autre marque, WW. Cet effacement de la notion de poids (weight, en anglais) répond à une évolution logique de l’enseigne
américaine, qui depuis plusieurs
années axe aussi sa communication sur le bien-être, en plus du
régime.
« Nous n’abandonnons pas nos
ambitions dans le secteur du régime
sain, où nous resterons leader, explique Mindy Grossman, PDG de
Weight Watchers. Mais nous voulons être plus que cela en aiguillant
nos abonnés vers des conseils pour
manger de façon plus équilibrée et
les guider dans les leurs choix. WW
est déjà connu de notre communauté puisque ce sont les initiales qui
figurent sur notre application mobile. Il n’y a pas de changement radical », précise Mindy Grossman.
La France,
troisième marché
Le groupe réalise l’essentiel de son
chiffre d’affaires - 1,45 milliard de
dollars en 2017 - avec ses programmes de régime auxquels sont
abonnées 4,6 millions de personnes à travers le monde. La France
constitue son troisième marché
derrière les États-Unis et le Canada, avec « une croissance à deux
chiffres depuis un an ». « Ce nombre
de souscripteurs n’a jamais été aussi important qu’aujourd’hui, tout
comme le temps de suivi moyen, qui
s’élève en moyenne à un peu plus de
neuf mois », détaille la dirigeante.
En janvier, avec le changement
de nom, l’application WW étendra elle aussi ses conseils minceur
au bien-être. « Ce virage numérique vers une application qui pourra
guider nos abonnés du lever au
coucher sera par ailleurs soutenu
par une refonte de nos programmes
de fidélité, explique-t-elle. Désormais, WW ne récompensera plus
les consommateurs pour l’argent
qu’ils dépensent mais par rapport à
leurs habitudes alimentaires ou
sportives (mesurée grâce à des
partenariats avec des applications
mobiles dédiées, NDLR). Ces
points seront convertibles en produits WW ou en dons à une œuvre
caritative. »
Cotée à New York, Weight Watchers est valorisée 4,8 milliards de
dollars. Elle ne valait que 700 millions en 2016. Elle était alors au
plus bas d’une crise difficile : le
nombre d’abonnés a fondu de
4 millions à 2,5 millions de 2013 à
2015. Le chiffre d’affaires de l’entreprise a repris du poids. Son
dernier chiffre d’affaires trimestriel s’élève à 348 millions
d’euros, contre 290 millions à la
même période en 2017. ■
ANTONIO CALANNI/AP
Capri a donc bien plus d’ambition
dans le luxe que dans le luxe accessible.
Versace reste dirigé par son
PDG, Jonathan Akeroyd. Le plan
de développement de Kors pour
Versace prévoit d’ajouter 100 magasins aux 200 existants, de faire
monter en puissance l’e-commerce et d’étendre les gammes
d’accessoires et chaussures de
35 % à 60 %. Michael Kors affine
une montée en gamme segmentée, tout en s’étendant davantage
en Europe et en Asie. Deux tiers de
ses ventes se concentraient sur
l’Amérique, contre 57 % pour le
nouveau groupe, dont 24 % se feront aussi en Europe et 19 % en
Asie, grâce à Versace.
Un atout qui a pu faire monter
les enchères. Kering et les groupes
américains Tapestry et PVH se seraient tous intéressés au dossier
Versace ces derniers mois. ■
EN BREF
LE CLIMAT DES
AFFAIRES S’AMÉLIORE
LÉGÈREMENT
£ Le climat des affaires
en France s’est légèrement
amélioré en septembre,
interrompant un effritement en
cours depuis le début de l’année
2018, selon l’Insee. L’indicateur,
calculé à partir des réponses
des chefs d’entreprise des
principaux secteurs d’activité
marchande, a gagné un point
pour s’établir à 106 points.
LA GRÈVE À LA SNCF
A DOPÉ LES
CARS MACRON
£ Le trafic des « cars Macron » a
progressé de 43 %, à 2,4 millions
de passagers, au deuxième
trimestre grâce au report dans
les cars des voyageurs en raison
de la grève à la SNCF. Le taux
de remplissage a atteint 61 %,
un record jusqu’à présent.
Ouibus, filiale de la SNCF,
a assuré 44 % des départs
quotidiens, suivie par Flixbus
(37 %) et Isilines (16 ).
BPCE EN PASSE DE
VENDRE SES FILIALES
AFRICAINES
£ La banque mutualiste BPCE
(Banques populaires et Caisses
d’épargne) a annoncé mardi
être entrée en négociations
exclusives avec le groupe
marocain Banque centrale
populaire (BCP) pour lui céder
plusieurs de ses filiales
en Afrique.
ARGENTINE : DÉMISSION
DU BANQUIER CENTRAL
£ Alors qu’une grève générale
était organisée mardi,
le gouverneur de la banque
centrale d’Argentine a
démissionné. Il invoque
des « raisons personnelles »
mais des différends avec le FMI
sont évoqués. Le peso a chuté
de plus de 3 % dans la journée.
+@
» Travaux d’isolation :
le prêt à taux zéro va
profiter à plus de propriétaires
» Le CAC 40 ne fait pas recette
auprès des étrangers
www.lefigaro.fr/economie
A
ANNE-SOPHIE CATHALA
£@Ascathala
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
26 ENTREPRISES
Délais de paiement : la France n’est pas le pire pays en Europe
Le cabinet Altares observe une dégradation générale sur le continent. Dans l’Hexagone, l’État ne joue pas le jeu.
10,7
jours
de retard
Plus bas historique
atteint dans
l’Hexagone en début
d’année et repassé
depuis au-dessus
de 11 jours
CORINNE CAILLAUD £@corinnecaillaud
ENTREPRISE
En amélioration
constante ces dernières années, les
retards de paiement des entreprises
en Europe sont à nouveau sur la
mauvaise pente selon les résultats
de l’étude de la société Altares, que
Le Figaro s’est procurée. Alors
qu’ils avoisinaient les 15 jours entre
2013 et 2015, ces retards de paiement avaient progressivement reculé, jusqu’à passer sous la barre
des 13 jours début 2018. Une embellie qui a pris fin au deuxième trimestre, des dérapages ayant provoqué un nouvel allongement.
Actuellement, moins de la moitié
des factures en Europe sont honorées en temps et en heure, une
situation qui pénalise particulièrement les PME. « En moyenne, 8,6 %
des clients européens attendent plus
de 30 jours après l’échéance pour
payer leurs fournisseurs. Ce taux, au
plus haut depuis plus d’un an, est
l’illustration d’une économie peu
sereine, en particulier au RoyaumeUni et en Italie», souligne Thierry
Millon, le directeur des études
Altares-D&B.
Si on a redressé la barre outreManche après 2009, le RoyaumeUni n’a pas retrouvé son niveau
d’avant crise : le taux d’entreprises
payant au-delà de 30 jours après
l’échéance, qui y était inférieur à
6%, est remonté à 8 % au deuxième
trimestre, illustrant les difficultés
des entreprises britanniques, tout
particulièrement dans le commerce
de détail. L’Italie montre aussi des
signes de faiblesse : les délais de
paiement pratiqués vont au-delà
des 60 jours, voire des 90. Actuellement, seules 14% des structures
transalpines payent leurs factures
avec moins de 30 jours de retard.
Au troisième rang
des bons élèves
Le Portugal détient la palme des
grands retards. En moyenne, depuis 2016, 19 % des clients privés ou
publics y décalent leurs règlements
de plus de 30 jours. Il faut dire que le
pays partait de loin : plus de 26 % en
2013.
La situation se dégrade aussi en
Espagne où les entreprises étaient
pourtant vertueuses depuis deux
ans. Alors que fin 2017 56%
payaient leurs factures dans les
temps, elles ne sont plus que 51 %
aujourd’hui.
Les conditions de paiement sont
nettement meilleures aux Pays-Bas
et en Allemagne, où les décalages
restent faibles. Les entreprises
néerlandaises se distinguent particulièrement, puisque 71,5 % d’entre
elles honorent leurs facturent dans
les délais, contre 67,6 % des sociétés
allemandes. Ces deux pays présentent par ailleurs la particularité
d’avoir un taux de longs retards
inférieur à 2 %.
La France n’est pas en reste et
demeure au troisième rang des bons
élèves. Depuis 2015, les retards de
paiement y ont été réduits de près
de trois jours. Mais l’Hexagone
marque aussi le pas au deuxième
trimestre 2018. La part des bons
payeurs, qui était de 44 % fin 2017,
est descendue à 43,4 % – mais les
structures présentant des retards
inférieurs à 30 jours ont progressé
de 49,5 % à 50,4 %. Si les indicateurs sont plutôt stables dans le privé, c’est dans le public que le bât
blesse, surtout du côté des Établissements publics à caractère industriel et commercial (Épic) et de
l’État.
Le taux de bons payeurs, qui était
déjà faible en début d’année, a encore reculé au printemps. Moins de
5 % ne présentent aucun retard.
Quant à l’administration de l’État,
14,7 % des services de plus de
20 collaborateurs payent à l’heure,
soit 5,7 % de moins qu’au premier
trimestre. ■
Le leader européen du béton préfabriqué prépare
une cotation à Paris en octobre ou novembre.
CONSOLIS
EN CHIFFRES
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
1,4
MATÉRIAUX Objectif Bourse. Le
leader européen du béton préfabriqué, Consolis, qui a déposé son document de base auprès de l’Autorité
des marchés financiers (AMF) lundi
soir, prépare activement sa cotation
à Paris. « Nous visons une introduction en Bourse en octobre ou en novembre, affirme le président du
groupe, Nicolas Yatzimirsky. Nous
comptons lever au minimum
350 millions d’euros. » Le fonds
d’investissement Bain Capital qui
avait racheté 95 % des actions de
l’entreprise en avril 2017 à un autre
fonds, LBO France, compte céder de
30 % à 50 % des parts. Mais il restera l’actionnaire de référence du
groupe.
Consolis est une belle inconnue
dont pourtant les Parisiens peuvent
voir les produits tous les jours. C’est
l’entreprise qui a fourni le béton uti-
EXERCICE 2017
milliard d’euros
de chiffre d’affaires
141
millions d’euros
d’Ebitda
12 000
salariés
dans 22 pays
lisé pour la résille du stade JeanBouin et les panneaux incurvés qui
font le charme de la Fondation Louis
Vuitton. En région, dans un autre
genre, on lui doit les traverses de
chemin de fer sur la nouvelle ligne
TGV Le Mans-Rennes. « Comme il
est fait en usine, le béton préfabriqué
permet d’obtenir des produits de
meilleure qualité et de construire plus
vite », estime Nicolas Yatzimirsky.
Plan de transformation
Grâce à ce positionnement, Consolis
qui emploie 12 000 personnes a dégagé l’année dernière un excédent
brut d’exploitation de 141 millions
d’euros pour un chiffre d’affaires de
1,4 milliard d’euros. Avec une présence très forte dans les pays scandinaves où l’entreprise réalise 47 %
de ses ventes. Son premier marché
est la Suède avec 18 % du chiffre
d’affaires. La France n’arrive qu’en
seconde position avec 15 % des ventes. Une spécificité héritée de l’his-
LES DÉCIDEURS
â ANDREA ORCEL
Banco Santander
Le patron de la banque d’investissement d’UBS
dirigera la banque espagnole, l’une des principales d’Europe. L’Italien succède à José Antonio
Alvarez qui devient président exécutif de la
division espagnole du groupe bancaire. Quant à
Andrea Orcel, ses attributions au sein du comité
exécutif d’UBS seront confiées conjointement à
Piero Novelli et Robert Karofsky.
â FRANCK GUIADER
Cabinet Gide
Le cabinet d’avocats confie au directeur de la
branche fintech, innovation et compétitivité
de la direction de régulation et des affaires
internationales de l’AMF le soin de piloter
Gide 255. Cette nouvelle équipe dédiée au
conseil en transformation numérique sera
également composée de deux ex-membres de
cette même direction de l’AMF, Matthieu
Lucchesi et Jennifer d’Hoir.
A
â FATIMA BELLAREDJ
Confédération générale
des Scop
Impliquée depuis plus de vingt ans dans le
mouvement coopératif, elle rejoint la Confédération générale des sociétés coopératives
comme déléguée générale.
Consolis a fourni
le béton utilisé
pour la résille
du stade de rugby
parisien Jean-Bouin.
toire de cette société née en 2005 de
la fusion du français Bonna Sabla et
du finlandais Consolis.
Côté français, Aimé Bonna avait
inventé à la fin du XIXe siècle le
tuyau en béton armé qu’on trouve
encore dans les sous-sols parisiens.
Il a connu un grand succès car il était
moins cher que celui en fonte. Au fil
des décennies, cette entreprise,
tombée dans le giron de la prestigieuse Compagnie générale des eaux
(CGE), s’était implantée en Afrique
du Nord et en Égypte.
Côté finlandais, Consolis est né
après la Seconde Guerre mondiale
quand il a fallu reconstruire très
rapidement des immeubles dans un
pays où les hivers très froids ren-
daient difficile la « prise » du béton.
Du coup, le béton préfabriqué en
usine s’est imposé.
Le nouveau groupe a gardé le
nom Consolis, plus internationalisable. En revanche, après une implantation à Bruxelles, le siège est
installé à Paris depuis 2014. Depuis
trois ans, l’entreprise a lancé un
plan de transformation passant notamment par une optimisation des
usines pour augmenter son Ebitda
de 100 millions d’euros d’ici à 2020.
« Vingt-sept millions de plus ont déjà
été dégagés entre début 2016 et fin
2017, souligne Nicolas Yatzimirsky.
Initialement, Bain envisageait une introduction en Bourse fin 2019-début
2020. Mais l’augmentation de nos ré-
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Le Frenchie Jack Bowles à la barre
du no 2 mondial de la cigarette BAT
Une première ! Un Français dirigera à compter du
1er avril le numéro deux
mondial du tabac. Le cigarettier britannique British
American Tobacco (BAT), challenger de Philips Morris, a annoncé mardi une transition en
douceur à sa tête avec le prochain remplacement du vétéran Nicandro Durante, 62 ans,
proche de la retraite, par Jack Bowles, l’actuel
patron opérationnel des affaires internationales. De père irlandais et de mère corse, né en
Seine-Maritime, Jack Bowles, 54 ans, a su
s’imposer par son charisme et ses performances au fil de ses quinze années de maison.
De Lucky Strike à Dunhill
Diplômé de l’Ipag, il connaît tout de l’industrie
du tabac, à laquelle il a voué la quasi-totalité
de sa carrière, autant que du géant BAT et de
ses marques, Lucky Strike, Kent, Rothmans
ou Dunhill. Il est lui-même amateur de tabac,
mais considère que « c’est un produit dont il
faut profiter mais ne pas abuser ». Pour lui, la
puissance des marques est un atout imparable
pour gagner des parts de marché. C’est par la
France qu’il était entré en 2004 dans le groupe, s’imposant rapidement par sa connaissance du marché hexagonal et du monde des
buralistes, ainsi que par son leadership. Mais
cet homme de contact a aussi le goût du grand
large. Trois ans plus tard, il se retrouve à la
présidence de la Malaisie puis de l’Europe, en
2009, année où il entre au comité de direction,
à Londres. Il enchaîne ensuite avec l’Amérique
et l’Asie-Pacifique. Une trajectoire exceptionnelle de globe-trotter dans une multinationale
de cette taille. L’an dernier, il gravissait une
marche décisive en devenant « chief operating officer » auprès de Nicandro Durante.
Mais les jeux n’étaient pas pour faits pour
autant, car d’autres candidats tant en interne
qu’en externe ont été auditionnés dans le
cadre de la succession du big boss.
Sous l’égide du Brésilien, depuis 2011, BAT a
poussé ses pions aux États-Unis, notamment
via l’acquisition de Reynolds American, bouclée à l’été 2017 pour près de 50 milliards de
dollars. Cette acquisition géante des 57,8 % du
capital de Reynolds qu’il ne possédait pas
encore a permis non seulement à BAT de mettre la main sur les marques Camel et Newport,
mais aussi de devenir un leader de l’e-cigarette (Vype). Bowles, qui deviendra « DG désigné » le 1er novembre et entrera au board le
1er janvier, a justement joué un rôle clé en
développant les produits à moindre risque. Un
homme d’avenir aujourd’hui alors que la
consommation de cigarettes ne cesse de baisser dans les pays développés.
C. B.
sultats est telle que l’actionnaire a décidé d’y aller maintenant. »
Cette année, Consolis table sur un
Ebitda de 145 millions d’euros
contre 115 millions en 2017. « Et
avec notre plan de transformation, la
croissance de l’Ebitda va mécaniquement continuer en 2019 et en 2020 »,
affirme Anne-France Laclide,
directrice financière du groupe.
L’augmentation sera forcément
plus spectaculaire si Consolis lève
de l’argent en Bourse. Cela lui
permettra notamment de consacrer
chaque année 50 à 60 millions
d’euros pour racheter des entreprises qui devraient lui rapporter
10 millions d’euros d’Ebitda supplémentaires. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â SÉBASTIEN ESSIOUX
Groupement
des Mousquetaires
Le grand argentier du groupement
prend du galon. Un an et demi après
son arrivée chez les Mousquetaires (Intermarché, Bricomarché…), l’ESCP devient directeur
général. Fin connaisseur de l’industrie agroalimentaire, où il a œuvré chez Bel, mais aussi des
groupements coopératifs, avec un passage chez
Axereal, il était bien placé pour diriger le
groupement aux 150 000 collaborateurs.
â IAN MCINTOSH
Louis Dreyfus
Grandes manœuvres au sein du groupe de négoce agricole, qui voit partir à
la fois son directeur général et son directeur financier. Les deux dirigeants sont
remplacés par deux hommes de l’interne. Ian
McIntosh, dans la maison depuis trente-deux
ans, remplace Gonsalo Ramirez Martiarena
comme DG. « Il va apporter son expérience, son
expertise et ses connaissances, qui le positionnent
idéalement pour aider la société à atteindre un
autre niveau », a précisé la présidente et grande
actionnaire Margarita Louis-Dreyfus. Le groupe familial basé aux Pays-Bas a également annoncé la promotion de Federico Cerisoli, jusque-là directeur financier adjoint, comme
grand argentier.
FRANCK DELETANG/© CONSOLIS
La croissance
de Consolis passe
par la Bourse
LE FIGARO
TECH
mercredi 26 septembre 2018
27
Les cofondateurs
d’Instagram
quittent Facebook
Kevin Systrom et Mike Krieger quittent le réseau
social qui a racheté Instagram en 2012.
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
Nous voulons
« construire
de nouvelles
choses qui
nous inspirent
et qui
correspondent
aux besoins
du monde
KEVIN SYSTROM
ET MIKE KRIEGER,
COFONDATEURS
D’INSTAGRAM
»
INTERNET Instagram est le joyau
de Facebook et les bijoutiers quittent la boutique. Kevin Systrom et
Mike Krieger, cofondateurs de la
célèbre application de photos et de
vidéos, ont confirmé lundi soir
leur départ du réseau social, propriétaire de leur service depuis
2012.
Le New York Times a été le premier à annoncer l’événement,
confirmé quelques heures plus
tard par les intéressés. « Mike et
moi sommes reconnaissants de nos
huit années chez Instagram et les
six années passées avec Facebook.
Nous sommes passés d’une équipe
de 13 personnes à plus de mille, avec
des bureaux partout dans le monde,
tout en construisant des produits
qui sont utilisés et appréciés par
une communauté de plus d’un milliard de personnes , a commenté
Kevin Systrom dans un communiqué officiel. Nous sommes prêts
pour notre prochain chapitre. » Les
deux entrepreneurs veulent désormais « explorer leur créativité et
leur curiosité » et « construire des
nouvelles choses qui nous inspirent
et qui correspondent aux besoins du
monde ». Peu après, Mark Zuckerberg s’est fendu d’un court
communiqué souhaitant à Kevin
Systrom et Mike Krieger « tout le
meilleur ».
Si, officiellement, tout va bien
entre les trois hommes, plusieurs
médias se sont interrogés sur le timing de cette annonce, qui semble précipitée. Business Insider
note par exemple que les deux cofondateurs d’Instagram n’ont pas
cité une seule fois le nom de Mark
Zuckerberg ou de Sheryl Sandberg, numéro 2 de Facebook, dans
leur lettre d’adieu. Le site Recode,
de son côté, évoque des « frustrations » à l’encontre du PDG de Facebook, portant notamment sur le
contrôle et l’évolution d’Instagram, ainsi que l’indépendance de
ses cofondateurs.
Un milliard d’utilisateurs
Ce double départ intervient à un
moment compliqué pour Facebook. Le réseau social traverse la
pire crise de son histoire. Il a subi
le scandale Cambridge Analytica,
qui a remis en cause son modèle
économique fondé sur l’exploitation des données personnelles de
ses utilisateurs, et a été accusé
d’avoir facilité la manipulation de
Les cofondateurs d’Instagram, Mike Krieger (à gauche) et Kevin Systrom, en 2012, au moment du rachat
de leur célèbre application de photos et de vidéos par Facebook. STEPHEN CHERNIN/REUTERS
l’opinion publique lors de l’élection américaine de 2016.
Depuis le début de l’année, huit
dirigeants de Facebook ont pris la
porte, pour des raisons diverses.
C’est notamment le cas de Brian
Acton et Jan Koum, cofondateurs
de WhatsApp, une application de
messagerie rachetée par Facebook
en 2014 pour la somme astronomique de 19 milliards de dollars.
Les relations entre les deux entrepreneurs et Mark Zuckerberg se
seraient envenimées ces derniers
mois. La démission des patrons
d’Instagram assombrit un peu
plus le tableau, alors que cette application est l’un des moteurs du
groupe californien.
Fondé en 2010, Instagram s’est
d’abord fait connaître sous le nom
de « Burbn » et consistait en un réseau social reposant sur la géolocalisation de ses utilisateurs. L’application s’est ensuite centrée
autour de la photo. Elle a tout de
suite connu un succès phénoménal, profitant des progrès des appareils photos des smartphones.
Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, rachètera le service deux
ans plus tard. Il proposa à Kevin
Systrom et Mike Krieger un milliard de dollars (le prix final sera
aux alentours de 715 millions de
dollars). À l’époque, il s’agit de
l’acquisition la plus important jamais réalisée par Facebook.
Huit ans plus tard, Instagram
est devenu le moteur de croissan-
ce de l’entreprise de Mark Zuckerberg. Le service revendique
plus d’un milliard d’utilisateurs
actifs par mois, à comparer avec
les 2,23 milliards de personnes qui
se connectent tous les mois à Facebook. Instagram a étoffé son offre - en proposant des outils de vidéos, des photos éphémères, un
service de messagerie et même
une plateforme dédiée aux contenus de médias et d’influenceurs et s’est progressivement monétisé. L’institut eMarketer estime
que les revenus publicitaires
d’Instagram
atteindront
5,48 milliards de dollars aux
États-Unis en 2018, soit un quart
des revenus attendus du groupe
Facebook sur le même territoire. ■
« Les cryptomonnaies ne sont qu’au début de leur potentiel »
Cofondateur du réseau Ethereum et PDG de ConsenSys, Joseph Lubin livre son analyse du secteur.
La chute du cours
de l’Ethereum
depuis son plus haut
en janvier 2018.
Il est à 210 dollars
BLOCKCHAIN La chute de 80 % du
cours de la cryptomonnaie Ethereum depuis le début de l’année
n’inquiète pas plus que ça le cofondateur de son protocole informatique, Joseph Lubin.
Figure reconnue de l’univers des
cryptomonnaies, il était l’un des
speakers vedettes de France Digitale Day, le rassemblement des licornes européennes, hier à Paris.
Quelques jours auparavant, l’Ethereum, deuxième cryptomonnaie
en capitalisation (23 milliards de
dollars) derrière le célèbre bitcoin
(115 milliards de dollars), s’est fait
brièvement dépasser par une autre
cryptomonnaie, le ripple. « Nous
avons déjà assisté ces dernières années à plusieurs cycles de forte
hausse et de correction sur les cryptomonnaies. La technologie blockchain (qui sous-tend l’existence de
ces monnaies) est très puissante,
beaucoup de gens le comprennent et
cherchent à en tirer profit, explique
Joseph Lubin. Comme pour la bulle
Internet des années 2000 et son
éclatement, nous voyons des cycles
d’exubérance financière suivis par
de nécessaires corrections. C’est
malheureux pour les gens qui perdent de l’argent dans le cycle, mais
cela arrive aussi dans le système financier traditionnel. »
Certes, ces marchés sont très
spéculatifs, mais comme l’ont souligné plusieurs rapports d’autorités
financières, le poids des crypto-
monnaies dans l’économie mondiale est encore faible et leur volatilité ne présente pas de menace
pour le système financier. En revanche, Joseph Lubin, qui est aussi
PDG du leader mondial des applications blockchain ConsenSys, retient les conséquences très positives de la forte hausse de la fin de
l’année 2017. « Certes, en termes de
prix, nous sommes revenus aujourd’hui à la situation d’il y a un an.
Mais dans ce laps de temps, nous
avons attiré beaucoup plus de personnes, des entrepreneurs, des développeurs, des experts en cybersécurité et en cryptographie, des
doctorants, dans notre écosystème.
Or ces personnes développent de
nouvelles applications et de nouvelles infrastructures, fondamentales
LA SÉANCE DU MARDI 25 SEPTEMBRE
LE CAC
JOUR
%VAR.
ACCOR .............................................. 43,58
♣
AIR LIQUIDE ..................................
109,9
AIRBUS ..............................................105,08
ARCELORMITTAL SA ..................................
27,715
ATOS .............................................. 107,25
AXA .............................................. 23,475
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
54,68
BOUYGUES ..............................................
36,53
CAPGEMINI ..............................................
111,1
CARREFOUR ..............................................
16,345
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,886
DANONE ..............................................66,25
DASSAULT SYSTEMES ..................................
128,85
ENGIE .............................................. 12,25
ESSILOR INTL. ..................................124,25
HERMES INTL ..................................559
KERING ..............................................460,4
L'OREAL ..............................................
203,8
LEGRAND ..............................................63,4
LVMH .............................................. 303,9
+HAUTJOUR
+0,09 43,66
-0,23 110,3
-0,85 106,52
+1,61
27,815
-0,37 108,75
+0,69 23,595
+0,18
55,08
-1
37,09
+0,86 111,75
-0,67
16,505
+0,69
12,956
+0,71
66,31
+0,9
128,85
-1,69
12,415
+1,06 124,25
-0,21 561,4
+0,85 460,4
+0,05 204,2
-0,6
64,02
-0,59 306,75
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,36
109,2
104,92
27,05
107
23,275
54,67
36,53
110,05
16,3
12,822
65,48
127,45
12,195
122,55
555,8
455,2
201,4
63,26
303,3
0,199
0,215
0,149
0,146
0,257
0,282
0,309
0,234
0,234
0,303
0,16
0,187
0,105
0,234
0,239
0,061
0,188
0,075
0,191
0,098
+1,35
+4,62
+26,6
+2,21
-11,62
-5,09
-12,16
-15,65
+12,35
-9,4
-6,62
-5,29
+45,45
-14,54
+8,09
+25,27
+26,04
+10,19
-1,23
+23,84
JOUR
%VAR.
♣
MICHELIN ..............................................
103,9
-1,66
ORANGE ..............................................13,685 -0,11
PERNOD RICARD ..................................
137
+0,66
PEUGEOT ..............................................
23,38 -4,06
♣ 51,22 -0,58
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
74,07 -1,98
SAFRAN ..............................................
120,5
+0,84
SAINT GOBAIN ..................................37,295 -1,36
SANOFI ..............................................74,61
+1,02
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
69,46 -0,32
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
38,07 +0,58
SODEXO ..............................................92,38 +0,15
SOLVAY ..............................................
116,85 -0,17
STMICROELECTRONICS .............................
16,44 +1,7
TECHNIPFMC ..................................27,83 +3,8
TOTAL .............................................. 55,59 +1,28
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
174,12 +0,08
VALEO .............................................. 38,56 -3,6
VEOLIA ENVIRON. ..................................
17,115 -1,55
VINCI♣.............................................. 82,16 +0,74
+HAUTJOUR +BAS JOUR
106,2
13,78
137,4
24,54
51,86
76,34
120,85
37,95
74,65
70,1
38,365
92,66
117,95
16,635
27,98
55,86
174,72
40,28
17,445
82,4
103,6
13,655
135,85
23,16
51,08
73,8
119,1
37,285
73,86
69,14
37,89
91,76
116
16,195
26,99
55,07
173,3
38,28
17,105
81,5
%CAP.ECH
0,38
0,181
0,134
0,466
0,231
0,485
0,133
0,364
0,156
0,19
0,409
0,189
0,241
0,417
0
0,335
0,216
1,993
0,302
0,147
ROTHSCHILD & CO ACCÉLÈRE AU PREMIER SEMESTRE
La banque d’affaires Rothschild & Co a publié, mardi soir, des résultats semestriels
de bonne facture. Les revenus ont progressé de 12 %, à plus de 1 milliard d’euros,
et le résultat net hors éléments exceptionnels a bondi de 56 %, à 164 millions
d’euros. Ces bonnes performances s’expliquent par une forte progression des activités de conseil financier, qui constituent
le métier historique du groupe. Les revenus issus des activités de fusions et acquisitions ont augmenté de 33 %, avec
une nette accélération au deuxième trimestre. Ce métier traditionnellement très
rentable est le plus gros contributeur aux
résultats d’exploitation de l’établissement.
Les activités de banque privée et de gestion d’actifs montent en puissance. Elles
31/12
-13,09
-5,46
+3,83
+37,89
-9,59
-11,73
+40,26
-18,89
+3,84
-1,98
-11,57
-17,55
+0,82
-9,7
+7,66
+20,73
-38,08
-19,55
-3,51
LES DEVISES
pour cet écosystème. Et ces gens ne
partent pas avec la correction financière. »
Nouvelle croissance
Contrairement à la technologie
associée au bitcoin, inventée uniquement dans le but de créer une
cryptomonnaie, le protocole informatique Ethereum a été créé
pour développer des applications
décentralisées. Les informations
envoyées et reçues par ces applications ne sont pas traitées par un
serveur central, mais par un réseau
d’ordinateurs ultrasécurisés, dans
lequel chacun effectue une petite
part du travail. La technologie permet à tous les utilisateurs d’être informés des transactions qui ont
lieu dans l’application, sans besoin
MONNAIE
1 EURO=
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
VIVENDI................................................................................
..............................................22,21 DOLLAR
-0,22CANADIEN
22,36
22,16
CANADA
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
SICAV ET FCP
1,6234
0,158
1,5262
0,8943
9,1974
132,78
1,1376
1,1777
3,2657
11,103
7,2323
21,1134
8,0958
85,6125
138,3056
AUD
-0,94
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
de passer par un tiers et sans possibilité de les falsifier. « Aujourd’hui,
95 % des actifs crypto dans le monde
sont construits sur Ethereum car
c’est là que sont les standards. Or,
vous avez besoin de ces standards
pour construire des projets et de
nouvelles technologies. Ce sont eux
qui porteront la nouvelle vague de
croissance. » Joseph Lubin participe activement aux débats réglementaires autour de ces nouvelles
technologies. «Beaucoup d’États,
dont la France, comprennent le potentiel de la blockchain. Cette technologie aura un impact sur la manière
dont
les
systèmes
économiques, sociaux et politiques
seront construits au cours des prochaines décennies. Nous en sommes
juste au début. » ■
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
32700
32800
-5,9
NAPOLEON ..................................................... 198,4
192,2
-4,11
PIECE 10 DOL USA .....................................................
551
551
-6,29
PIECE 10 FLORINS .....................................................
198
195
-6,95
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1100
1100
-5,82
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
193
193
-5,39
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
289
289
-5,25
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1245,5
1226
-4,92
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
102,5
101
-6,65
PIECE SUISSE 20F .....................................................
192,4
192,4
-5,08
PIECE LATINE 20F .....................................................
193
193
-4,88
SOUVERAIN ..................................................... 249
246
-4,49
KRUGERRAND .....................................................
1090
1090
-2,57
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
287,30 21/09/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
48,95 21/09/18
BELLATRIX C ................................................
335,54 21/09/18
SIRIUS ................................................56,22 21/09/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
dégagent une marge opérationnelle de
19 %, l’objectif étant de parvenir à 20 %
avant 2020. Le pôle « capital investissement et dette privée » constitue le troisième métier du groupe. Il a généré un
chiffre d’affaires de 105 millions d’euros,
en progression de 57 % sur le semestre.
Pour l’ensemble de l’exercice, la direction ne fournit pas d’objectifs chiffrés,
mais elle anticipe « un bon niveau d’activité sur le reste de l’année, comparable à
celui de 2017 ». L’accent sera notamment
mis sur le développement des activités
de fusions-acquisitions en particulier en
Amérique du Nord. À noter qu’en juin
2018, Rothschild & Co et Edmond de
Rothschild ont trouvé un accord sur l’utilisation de leur marque respective. Le
6 août 2018, les deux groupes ont également dénoué l’ensemble de leurs participations croisées. À 33,75 euros, l’action
Rothschild & Co affiche une hausse de
plus de 10 % depuis le début de l’année. Le
groupe, dont l’activité est très éloignée
des banques traditionnelles, a totalement
échappé à la morosité du secteur bancaire à la Bourse de Paris. ■
A
80%
INGRID VERGARA £@Vergara_i
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
La vie est belle pour les feuilletons
quotidiens de TF1, France 2, France 3 et M6
Depuis la rentrée, quatre fictions sont diffusées en access et juste avant le prime time. Le public en redemande.
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
TÉLÉVISION Il devait y avoir du
sang sur les écrans. Une guerre des
trônes impitoyable au royaume de la
fiction française pour sacrer le roi
des feuilletons quotidiens. Qui, de
Demain nous appartient, sur TF1, Un
si grand soleil, sur France 2, Plus belle
la vie, sur France 3, et, dans un genre
et un format un peu différents, Scènes de ménages, sur M6, allait pulvériser la concurrence ? Surprise :
personne. In fine, les téléspectateurs
ont mis 10 sur 10 à tout le monde,
transformant le Game of Thrones
tant attendu en sympathique
remake de « L’École des fans ».
Horaires différents, cibles pas nécessairement identiques… Pour
l’heure, tout le monde tire son épingle du jeu. Diffusé en access prime
time à 19 h 20, Demain nous appartient, sur la Une, fait mieux que la
saison précédente à la même période
et rassemble en moyenne 3,6 millions de personnes, soit 21 % du public et 24 % de ménagères. Lundi
soir, la fiction s’est d’ailleurs offert
un record absolu en attirant 3,5 millions de Français. L’intrigue y est
pour beaucoup. Mais la chaîne a aus-
si programmé opportunément
DNA : à cette heure, TF1 est seul à
proposer de la fiction. Une stratégie
gagnante. D’après Philippe Nouchi,
le directeur de l’expertise média
chez Publicis Media, « chaque épisode rapporte 100 000 euros net à TF1 ».
Selon nos informations, le chiffre
d’affaires publicitaire du programme est même en hausse de 15 % sur
un an. Sans compter que TF1, qui a
racheté Newen, producteur de DNA,
dispose des droits de distribution du
programme, ce qui lui assure une
monétisation complémentaire.
Il faut attendre 20 h 20 sur France 3 pour que Plus belle la vie prenne
le relais. Le changement d’horaire,
dix minutes plus tôt que l’an dernier,
a perturbé les fans. Résultat, les scores ont fléchi à 3,6 millions de personnes et 17 % de l’audience (16,5 %
de ménagères). « Les téléspectateurs
sont en train de reprendre leurs marques et PBLV se rapproche progressivement de ses niveaux d’avant », indique France Télévisions. Surtout, la
série reste largement au-dessus de la
moyenne d’audience de France 3, à
9,6 % en août.
Le constat vaut également pour
Scènes de ménages, sur M6. Cette
fiction courte a beau avoir soufflé
ses 10 bougies, elle n’accuse aucune
baisse de régime. Suivie par
3,9 millions de téléspectateurs chaque soir à 20 h 30, elle attire 18 % du
public et 25 % des ménagères, ce qui
lui permet d’obtenir la première
place sur cette cible capitale. Du
coup, le format a beau être mini, il
engrange des maxi-recettes publicitaires : 150 000 euros net, selon les
estimations de Philippe Nouchi. La
moyenne d’âge des téléspectateurs,
la moins élevée des feuilletons quotidiens, joue sans doute aussi.
48 ans, quand celle de DNA atteint
54 ans, celle de PBLV s’élève à 55 ans
et celle d’Un si grand soleil grimpe à…
62 ans.
Les producteurs heureux
Certes, la fiction de France 2, lancée
le 27 août dernier, éblouit surtout
un public âgé, puisque 64 % des téléspectateurs ont plus de 60 ans.
Mais, en la programmant à 20 h 40,
juste avant le prime time, en lieu et
place d’un long tunnel de spots de
parrainages et de programmes
courts sponsorisés, France 2 fait
mécaniquement monter la jauge de
téléspectateurs. « La case constituait un couloir de zapping que les téléspectateurs désertaient. La chaîne
peut désormais les retenir et les fidéliser », confirme Philippe Nouchi.
En moyenne, ils sont 4 millions, soit
18 % du public et 11 % des ménagères, à suivre le feuilleton. « À cette
heure, ils étaient un million de moins
l’an dernier », assure l’expert. Forcément, la manne publicitaire a
baissé. Néanmoins, le feuilleton
étant produit en interne, France
Télévisions peut se rattraper puisqu’elle dispose des droits de distribution.
TF1, France 2, France 3 et M6 ne
sont pas les seules à se frotter les
mains. « Ces succès, qui démontrent
l’appétit des Français pour la fiction
locale, sont une aubaine pour les producteurs, estime Guillaume de
Menthon, président de Telfrance, la
filiale de Newen, à qui l’on doit DNA
et PBLV. Eux aussi sont les grands
gagnants. » ■
De gauche à droite :
les séries Demain
nous appartient (TF1),
Plus belle la vie
(France 3),
Un si grand soleil
(France 2)
et Scènes de ménages
(M6). CECILE ROGUE/M6
EN BREF
PERNAUT REMPLACÉ
AU JT DE TF1
£ Jean-Pierre Pernaut est
remplacé temporairement
à la présentation du JT de
13 heures de TF1 en raison d’une
intervention chirurgicale liée
à un cancer, a annoncé le
présentateur mardi sur Twitter.
VOX MEDIA RALENTIT
£ Le groupe américain
Vox Media (Vox, The Verge,
Recode…) ne remplira pas ses
objectifs financiers en 2018, avec
une croissance de moins de 10 %,
contre 25 % attendus, a rapporté
le Wall Street Journal.
Les investissements
en adtech explosent
Ils devraient peser 100 milliards de dollars en 2018.
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
SANTÉ À DOMICILE
NANOMÉDECINE
INTELLIGENCE
ARTIFICIELLE
3ème édition du Big Bang Santé :
la transformation au cœur de la santé
HOMME
NUMÉRIQUE
JEUDI 18 OCTOBRE 2018
Maison de la Chimie - Paris - de 8h30 à 17h30
Parmi les intervenants de l’édition 2018 :
Les avancées
« dans
le data
et l’intelligence
artificielle
permettent
aujourd’hui
d’établir
des relations
marquesclients
personnalisées
à large
échelle
»
JULIE HARDY,
PARTNER ASSOCIÉ
DE YOU & MR JONES
Yves
Coppens
Joël
de Rosnay
Isabelle
Vitali
Jean-François
Mattéi
Paléontologue,
professeur émérite
au Collège de France
Conseiller
d’Universcience
Directrice Innovation
& Business Excellence,
Sanofi
Professeur émérite
de génétique médicale,
ancien ministre
INSCRIVEZ-VOUS
bigbang.lefigaro.fr
+33 1 43 12 85 55
@BigBangFigaro
Événement organisé par
MARKETING Les annonceurs investissent lourdement dans les
technologies qui facilitent leur
marketing. Selon la société d’audit
Moore Stephens et le cabinet d’études WARC, ces investissements devraient atteindre dans le monde le
niveau record de 100 milliards de
dollars (84 milliards d’euros) cette
année.
La révolution numérique est passée par là. Les nouveaux circuits de
communication et de distribution
conduisent naturellement les entreprises à se doter d’outils technologiques de plus en plus variés et
pointus pour être plus pertinentes,
plus efficaces et plus rapides. « Les
spécialistes du marketing dans des
secteurs perturbés comme la banque
ou l’assurance se rendent compte
qu’ils doivent absolument investir
pour assurer la pérennité de leur entreprise », explique Damian Ryan,
associé chez Moore Stephens, qui
cite à titre d’exemple le géant britannique de la banque mutualiste
Nationwide, qui vient d’annoncer
un nouvel investissement de
1,3 milliard de livres (1,4 milliard
d’euros) dans la technologie.
Internalisation
La vague est particulièrement vigoureuse en Amérique du Nord et au
Royaume-Uni, où plus de la moitié
de ces 100 milliards de dollars seront
investis en 2018. Près d’un quart du
budget marketing des entreprises
interrogées sur les marchés américain et britannique sera ainsi affecté
à cette mise à niveau technologique.
Et la tendance s’accentue, puisque
ces investissements sont en hausse
de 16 % par rapport à l’an dernier.
Fait intéressant, ces lourdes dépenses se font en majorité pour
s’équiper en interne. Fort logiquement, les entreprises sont prêtes à
sortir leur carnet de chèques pour
investir sur le long terme sans dépendre d’un prestataire extérieur.
Selon l’étude de Moore Stephens,
63 % des budgets de « technologie
marketing » sont ainsi des investissements « in-house ». C’était seulement 44 % il y a un an.
« Les marques veulent avoir un
contrôle sur l’expérience de leurs
clients et ont perdu confiance dans
leurs agences habituelles », note
l’étude. Typiquement, des annonceurs s’équipent de solutions pour
leur communication en ligne qui
leur assurent non seulement la
transparence sur leurs investissements et la performance de leurs
campagnes, mais aussi la qualité de
l’environnement (« Brand Safety »). Certains annonceurs vont
donc jusqu’à reprendre la main sur
des budgets hier alloués à l’achat
médias, ce qui pénalise le business
historique des acheteurs.
« Les avancées en matière de data
et d’intelligence artificielle permettent aujourd’hui d’établir des relations marques-clients personnalisées
à large échelle, et cette tendance est
devenue une réalité », observe aussi
Julie Hardy, partenaire associée du
groupe de «brandtech» You & Mr
Jones fondé en 2015 par l’ancien patron d’Havas David Jones. La montée en flèche des enjeux technologiques crée un marché éclaté entre,
d’un côté, les agences traditionnelles qui ont une très bonne culture de
la marque et, de l’autre, des boîtes
technologiques qui n’ont souvent
qu’une compréhension limitée des
problématiques de marques… D’où
les repositionnements actuels de
géants comme WPP ou Publicis, ou
bien l’essor des cabinets de conseil
sur le créneau de la transformation
des entreprises. ■
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 054 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
STYLE
COLLECTIONS
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PAGE 34
RENCONTRE AVEC TADASHI
YANAI, FONDATEUR DU
GÉANT JAPONAIS UNIQLO
LE SHOW GUCCI
ENFLAMME LE PALACE,
À PARIS
Françoise
(Adèle Haenel)
et Basile
(Gaspard Ulliel).
Pierre Schoeller
JÉRÔME PRÉBOIS
met le peuple
sur un trône
Pour raconter la grande histoire de la Révolution, le réalisateur s’est surtout attaché
à de simples individus. Les historiens jugent : un choix d’artiste selon Guillaume
Mazeau, un film qui manque de chair selon Patrice Gueniffey. PAGES 30 ET 31
Le marché de Noël aux Tuileries aura-t-il lieu ?
POLITIQUE CULTURELLE Après avoir dénoncé les propos homophobes de Marcel Campion, la ministre de la Culture a laissé
entendre que la manifestation organisée par le forain et le Louvre pourrait être annulée. Deux jours plus tard, la décision traîne.
C
omment sortir par le haut de
la nouvelle affaire Campion ?
Après les propos homophobes lancés par le roi des
forains en janvier – mais diffusés samedi sur Internet –, le gouvernement se trouve au cœur d’un imbroglio.« Ses propos sont ignominieux, a
déclaré la ministre de la Culture, lundi,
en marge de la présentation de son
budget pour 2019, et je vais demander
au Louvre d’étudier la possibilité d’annuler le marché de Noël organisé avec lui
aux Tuileries. » Un raisonnement appuyé dans la foulée par Benjamin
Griveaux, porte-parole du gouvernement : « Il me paraît de bon aloi que le
gouvernement s’interroge sur la pertinence de [lui] confier l’occupation d’un
espace public », a-t-il indiqué.
Mais après ces nécessaires condam-
nations, ainsi que plusieurs réunions
entre la Rue de Valois et le Louvre, le
dossier du marché de Noël est en train
de s’enliser. Hier soir, et après deux
jours de déclarations, personne n’était
en mesure de dire s’il allait, ou non,
être annulé. « On cherche des solutions », dit-on Rue de Valois.
En juin dernier, un contrat de réservation des espaces des jardins des
Tuileries a été signé entre Marcel Campion et le Louvre, qui gère les jardins. Il
prévoit l’implantation, tout le mois de
décembre, de 120 chalets, ainsi que de
plusieurs animations. Le marché de
Noël, autrefois situé en bas des
Champs-Élysées, devrait attirer des
centaines de milliers de touristes.
Formellement, le contrat a été signé
entre le Musée du Louvre et le Monde
festif, une association de forains dont
le secrétaire général n’est autre que
Marcel Campion. Rompre le contrat
coûterait non seulement cher, mais
équivaudrait à « sanctionner » l’asso-
UNIQLO ; IMAXTREE.COM ; PHILIPPE LAVIEILLE/PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP
ciation, et non pas Campion lui-même
– même si les deux sont imbriqués.
C’est ce même Monde festif qui doit
organiser une fête foraine, en décembre et en janvier, à la Villette – un autre
établissement dépendant du ministère
de la Culture.
« L’arbitrage de Macron »
Les petits chalets de Noël (ici sur
les Champs-Élysées en 2016) devaient,
selon nos informations, rapporter
quelque 800 000 euros de redevance
au Louvre.
Si le contrat du marché de Noël était
annulé, il faudrait par ailleurs trouver
un remplaçant. Car le Louvre compte
sur ce type de manifestations pour financer les coûts d’entretien des jardins, qui s’élèvent à plusieurs millions
d’euros par an. Selon nos informations,
les petits chalets de Noël devaient rapporter quelque 800 000 euros de redevance au Louvre, une somme rondelette. Or, Marcel Campion a la
mainmise sur le monde forain à Paris,
dont il est la figure tutélaire. Il est
d’ailleurs capable de lui faire bloquer
la place de Concorde. « Pas un forain
ne bougera un petit doigt sans son ac-
cord, assure un de ses proches. Mais ils
ne l’abandonneront pas, et s’ils doivent
laver leur linge sale, cela sera en
famille. »
Depuis deux jours, la Mairie de Paris,
qui mène une guerre à la macronie sur
fond de campagne pour les municipales de 2020, ne se prive pas de dénoncer le projet « fou » de l’État aux Tuileries. Elle qui a fait la part belle à Marcel
Campion pendant des années, avant de
se brouiller avec lui, laisse entendre,
dans Le Parisien, que Françoise Nyssen
a réclamé « l’arbitrage de Macron ».
Une chose, au moins, est sûre : les velléités politiques du forain et de son
mouvement Libérons Paris ont du
plomb dans l’aile. Campion, qui caressait l’idée de présenter des têtes de liste
dans tous les arrondissements de Paris
en 2020, s’est mis sur la touche. Plus
que l’annulation du marché de Noël,
c’est sans doute cela que visaient ceux
qui ont diffusé le discours hallucinant
de Marcel Campion sur Internet. ■
A
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
30
L'ÉVÉNEMENT
« Un peuple
et son roi » :
une petite
Révolution
CINÉMA Pédagogue scrupuleux,
Pierre Schoeller s’est lancé dans
un projet ambitieux. Mais il ne s’attache
qu’à des personnages sans envergure.
ierre Schoeller a de la suite
dans les idées. Son premier long-métrage
de cinéma, en 2008, s’intitulait Versailles.
L’essentiel de l’action se situait près du
château, dans les bois. Guillaume Depardieu jouait un vagabond reclus dans une
cabane, prenant sous son aile un enfant.
Un film sur les privilèges, du point de vue
des exclus. Après les pauvres, Schoeller
braquait sa caméra sur les figures du pouvoir dans L’Exercice de l’État. Olivier
Gourmet campait un ministre des Transports fictif et plus vrai que nature. Schoeller signait alors le portrait fascinant d’un
vrai animal politique, ni chevalier blanc ni
pur manœuvrier cynique. Le cinéaste
pointait une certaine impuissance française du politique et le désamour du peuple envers ses dirigeants. On y entendait
cette réplique : « Le peuple est méfiant, et le
peuple a toujours le droit à la méfiance puisqu’il n’a pas le pouvoir. »
À la sortie de L’Exercice de l’État, en octobre 2011, Schoeller annonçait un film sur
la Révolution française comme le troisième volet d’une trilogie. Sept ans plus tard,
voici donc Un peuple et son roi. Un projet
ambitieux et risqué financièrement.
Schoeller a dû réduire la voilure. Les
contraintes budgétaires ont entravé ce qui
devait être une grande fresque courant
de 1789 à 1795, couvrant la Terreur - une
suite est prévue en cas de succès.
Un élève studieux
Un peuple et son roi s’achève par l’exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1793. Pour
écrire le scénario, Schoeller s’est beaucoup documenté. Il a lu et relu les débats
de l’Assemblée. Il s’est entretenu avec les
historiens Arlette Farge, Sophie Wahnich,
Guillaume Mazeau et Timothy Tackett.
Cela n’empêchera pas, au contraire, les
spécialistes de la période de s’écharper
sur des événements qui échappent difficilement aux prismes idéologiques (lire cicontre). Chacun verra dans Un peuple et
son roi ce qu’il voudra y trouver, tableau
romantique de la Révolution ou catéchisme puéril. Shoeller a été un élève studieux
avant d’être un pédagogue scrupuleux.
Cartons, voix off et dialogues prennent la
peine de situer le lieu et le temps de chaque action. Un peuple et son roi est un film
très parisien. Le peuple est représenté par
une galerie de personnages qui gravitent
autour de l’atelier de l’Oncle (Olivier
Gourmet), verrier dans le faubourg SaintAntoine. Quand la prison de la Bastille
tombe, la lumière (métaphore) entre enfin dans la rue. Solange, la femme du verrier (Noémie Lvovsky), les lavandières
Françoise (Adèle Haenel) et Margot (Izïa
Higelin), bientôt rejointes par Basile (Gaspard Ulliel), voleur fidèle au roi avant de
tomber amoureux de Françoise et de la
Révolution, sont les principaux personnages sans chair de la petite histoire écrivant l’Histoire avec une grande hache
(ici, la guillotine).
En deux heures, Schoeller n’a pas le
temps de les faire exister pour autre chose
que la cause qu’il défend. Celle du peuple,
avec ses aspirations, son folklore et ses
chansons. On le suit jusqu’à l’Assemblée
où les séances sont publiques. Les débats
dans la salle du Manège sont les meilleures scènes. Robespierre (Louis Garrel) est
un jeune avocat et déjà un brillant orateur. Il n’est pas encore l’incorruptible de
la Terreur. Tout juste si le peuple ne l’appelle pas Robert Pirès en écorchant son
nom. Denis Lavant fait de Marat un ami
du peuple inquiétant. Lui et bien d’autres
s’opposent au modéré Barnave, partisan
de la fin de la Révolution : « Si la Révolution continue dans les troubles, dès lors elle
n’est plus que l’avantage de quelques hommes, dès lors elle est déshonorée et dès lors
nous le sommes nous-mêmes. » Le vote de
la mort de Louis XVI (Laurent Lafitte, cadavérique bien avant de monter sur
l’échafaud) est un moment très fort. Tout
comme son exécution. Un filtre rouge
couvre le peuple rassemblé par une journée froide de janvier place de la Révolution. Le sang du roi semble annoncer celui
de la guerre civile. ■
« Un peuple et son roi »
Historique de Pierre Schoeller
Avec Gaspard Ulliel, Adèle Haenel,
Olivier Gourmet, Louis Garrel, Laurent
Lafitte, Izïa Higelin, Noémie Lvovsky
Durée 2 h 01
■
L’avis du Figaro : ○○¡¡
Patrice Gueniffey : « Le film plaira
aux sans-culottes qui votent Mélenchon »
PAR PATRICE GUENIFFEY *
Un peuple et son roi est l’histoire du désamour entre les Français et leur souverain.
Une histoire pas fausse, qui commence
avec l’évocation d’une très ancienne relation de révérence illustrée ici par la cérémonie du Vendredi saint, au cours de laquelle le roi lavait les pieds des pauvres, et
qui finit avec la décapitation de Louis XVI
sous les yeux du peuple. C’est bien là le
problème. Le « peuple » n’existe pas, en
tout cas comme une personne douée de
sentiment et de volonté. Les Français de
1789 n’étaient pas moins divisés que ceux
d’aujourd’hui. Ces dissensions à propos
de la Révolution sont suggérées dans le
film, c’est vrai, mais dans l’ensemble le
peuple quasi unanime est du côté de la Révolution. Tout manque de chair, à commencer par les personnages de fiction. Les
autres ne sont pas beaucoup mieux lotis.
Ainsi Louis XVI. Dans un cauchemar, il
voit Louis XIV, Henri IV et Louis XI lui apparaître et lui demander ce qu’il a fait de la
royauté ! C’est grotesque. Pauvre Louis
XVI, pauvre Laurent Laffite, qui l’incarne
avec une mine de croque-mort ! Les comédiens, bien sûr, font ce qu’ils peuvent,
ils n’y sont pour rien. Plusieurs sauvent la
mise : un Robespierre et un Saint-Just
crédibles et bien campés, un Barnave incarnant bien les modérés. Les assemblées
ne sont pas plus à la fête que le roi. Elles
n’ont pas le beau rôle. Elles privent les
pauvres du droit de vote et n’accordent
aucun droit aux femmes, en dépit des
promesses de la Déclaration des droits de
l’homme.
JLPPA/BESTIMAGE
P
ÉTIENNE SORIN
esorin@lefigaro.fr
Dans l’air du temps
Dans ce film, les femmes occupent
l’avant-scène. Elles seules sont courageuses, déterminées. Elles seules y croient. À
l’exception du maître verrier qui parle
comme la statue du Commandeur dans
Don Juan, les hommes sont veules, indécis, pas très malins. Michelet va se retourner dans sa tombe, lui qui pensait que
dans leur immense majorité les femmes
avaient plutôt penché du côté de la contre-révolution que de la Révolution. Du
coup, ne pouvant renverser les rôles
qu’en trafiquant un peu l’Histoire, la religion et les prêtres s’en sortent bien.
C’est un film où le peuple révolutionnaire croit en Dieu et le fait savoir. Une
scène nous le dit même : Dieu est pour la
Révolution. Aucune allusion donc au divorce avec l’Église qui précipita la Révolution dans l’abîme, aucune allusion à la
dimension antichrétienne de la Révolution – qui fit pourtant sa grandeur tragique –, les massacres de septembre sont à
peine évoqués, pas plus que les têtes coupées le 14 Juillet.
Parce que les femmes apportent leur
générosité et leur humanité dans le
combat révolutionnaire, le récit des
Journées d’octobre 1789 est tout cham-
Guillaume Mazeau : « Ce sont
A
AU CINÉMA LE 3 OCTOBRE
LE FIGARO. – Un peuple et son roi
est-il un film militant ?
Guillaume MAZEAU. – Les films sur la
Révolution ont toujours un enjeu politique. La Marseillaise, de Jean Renoir, est un produit du Front populaire. L’Anglaise et le Duc, du royaliste
Éric Rohmer, est un film magnifique
mais très conservateur dans lequel le
peuple n’existe pas. Robert Enrico,
lui, fait une œuvre d’éducation civique mais sans grand intérêt cinématographique. Pierre Schoeller s’inscrit dans la tradition de Michelet et de
la gauche républicaine. Il donne la
part belle au peuple. Sa démarche est
proche de celle d’Éric Vuillard dans
LAURENT TROUDE/DIVERGENCE
Guillaume Mazeau, maître de conférences en histoire à l’université
Paris-I Panthéon-Sorbonne, a été le
conseiller historique de Ça ira (1) Fin
de Louis, la pièce de Joël Pommerat, et
d’Un peuple et son roi, le film de Pierre
Schoeller. Il a donné des cours sur la
Révolution aux comédiens et à l’équipe technique pour les « muscler » sur
le sujet.
son livre 14 Juillet. Il met des noms et
des visages sur des anonymes. Il raconte la Révolution au présent, mais
il n’évite pas l’étrangeté du passé.
Pour notre société du XXIe siècle, cet
enthousiasme révolutionnaire est
saisissant.
Le rôle des femmes
dans le film est-il surévalué ?
Pierre Schoeller n’est pas historien, il
fait des choix d’artiste. Il fait commen-
LE FIGARO
CULTURE
1789 SUR
UN PLATEAU
Pierre Schoeller a vu Ça ira (1)
fin de Louis, le spectacle de Joël
Pommerat sur la Révolution
française, au Théâtre NanterreAmandiers à sa création en 2015.
Il avait déjà écrit une première
version du scénario d’Un peuple
et son roi et a pu constater la
différence des deux approches.
Chez Pommerat, le peuple
n’a pas voix au chapitre, sinon
par le truchement des députés.
L’auteur et metteur en scène
a changé les noms
des protagonistes. Seul Louis
XVI apparaît sous sa véritable
identité. On reconnaît
Robespierre sous les traits
de la députée Lefranc. On devine
Marat, on identifie Bailly,
le premier maire de Paris,
et quelques autres. Ça ira (1) fin
de Louis et Un peuple et son roi
ont les mêmes sources : archives
et témoignages d’époque,
procès-verbaux des débats
de l’Assemblée... Pommerat
a aussi lu les ouvrages
d’historiens. Cette matière
livresque, il la transforme
en une parole vivante, incarnée
par une dizaine de comédiens
exceptionnels. Pendant
quatre heures, il rend actuelle
la Révolution. On entend et voit
se former une pensée politique
au fondement de la démocratie.
Les députés sont dans la salle au
milieu des spectateurs ou sur le
plateau. La pièce s’achève avant
la fuite à Varenne. Pommerat
est censé écrire la suite. En
attendant, on pourra (re)voir Ça
ira (1) fin de Louis au Théâtre de
la Porte Saint-Martin (Paris Xe),
du 13 avril au 28 juillet 2019. É. S.
Louis XVI (Laurent Laffite),
quitte Versailles sous la pression
populaire. JERÔME PREBOIS
boulé : les parisiennes, qui sont encore
royalistes, viennent à Versailles chercher le roi, le protecteur du peuple,
pour le ramener à Paris. Soit. Mais où est
passée l’attaque du château le 6 octobre,
les gardes du corps décapités, la reine
traquée dans les appartements et le hideux cortège du retour ? On pourrait
continuer comme ça longtemps. C’est
un film dans l’air du temps. Lorsqu’un
miséreux dit à sa bien-aimée lavandière : « Je ne veux pas que tu meures », elle
répond par un slogan emprunté à Mai
68 : « Et moi je ne veux pas perdre ma vie
à la gagner. » Il plaira aux sans-culottes
d’aujourd’hui qui votent Mélenchon, il
rasera tous les autres. Mais ce film démontre une chose. À quelques rares exceptions près (Ridicule ou L’Allée du roi),
les Français ne peuvent évoquer sereinement leur histoire. Tout le contraire
des Anglais (Les Heures sombres) ou des
Américains (Lincoln). ■
* Patrice Gueniffey est historien,
spécialiste de la Révolution et de l’Empire.
À paraître le 18 octobre, Les grandes décisions
de l’histoire de France, sous la direction de Patrice
Gueniffey et François-Guillaume Lorrain, Perrin.
LA RÉPLIQUE
mercredi 26 septembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
31
Jean Dujardin, le raté magnifique
CHRONIQUE Avec « I Feel Good », Kervern et Delépine jettent l’acteur
au milieu des laissés-pour-compte. Un film habile qui montre une France à part.
LE CINÉMA
Éric Neuhoff
eneuhoff@lefigaro.fr
I
l fallait y penser. Ce bon à rien a
une idée : la chirurgie esthétique
super-low-cost. Il ne manquait
plus que ça. Jean Dujardin fourmille de projets. Apparemment,
ils ont tous été plus foireux les uns que
les autres. Le voilà qui débarque chez
sa sœur en peignoir d’hôtel et sandales
en éponge. Il a marché dans cette tenue au bord de l’autoroute. Monique
n’avait pas eu de ses nouvelles depuis
longtemps. Elle vit dans une communauté Emmaüs du Sud-Ouest. Le frangin arrive là-dedans comme un bouledogue dans un jeu de quilles.
Il n’a jamais rien fait. Cela ne l’empêche pas d’expliquer la vie à tout le
monde. L’avenir est à lui. Yolande Moreau, la bonté faite femme, lui trouve
un job. Il s’en fiche, ne se lève pas le
matin, a d’autres ambitions. Il cherche
Dujardin oublie
son smoking d’oscarisé,
se glisse dans cet univers
de toile cirée et de plats
surgelés
un truc simple qui le rendrait riche,
quelque chose comme le Rubik’s Cube.
Dujardin excelle dans ce rôle de ringard m’as-tu-vu, de raté qui roule des
épaules. Il oublie son smoking d’oscarisé, se glisse dans cet univers de toile
cirée et de plats surgelés.
Gustave Kervern et Benoît Delépine
ont inventé un cinéma bien à eux.
Dans I Feel Good, les laissés-pourcompte y ont leur couvert mis. C’est
une France qu’on n’aperçoit pas souvent sur les écrans. Elle vit en autarcie,
se contente de peu. Les marges ont
Jean Dujardin, un bouledogue dans un jeu de quilles.
leur charme. Ce Jacques, qui ne lève
pas le petit doigt, se fait une haute idée
de lui-même. Il ne se rend pas compte.
Il faut le voir dans ses costumes mal
taillés. Il faut l’entendre proposer
monts et merveilles au premier quidam venu malgré sa carte bleue refusée par tous les commerçants. Les gens
l’écoutent avec un étonnement empreint de commisération, une perplexité attendrie. Qui est-il, celui-là ?
Une femme rêve de devenir actrice.
Elle n’a pas le physique. Peu importe, il
lui promet la lune. Il y a des types
comme ça.
Dujardin s’agite dans un décor de
maison préfabriquées, de toutes les
couleurs, ne répondant sûrement pas
aux normes de l’urbanisme. Ce paresseux caresse un avenir hollywoodien.
Ça n’est pas gagné. Au mieux, il partira
ouvrir une clinique en Bulgarie à bord
d’une limousine constituée de bric et
de broc.
Les réalisateurs ont un ton qui ne
s’imite pas. Ils scrutent le quotidien le
plus basique, ne méprisent aucun des
AD VITAM
personnages, ont laissé en route l’arrogance qui était un de leurs défauts
au début. Sans avoir l’air d’y toucher,
Kervern et Delépine expliquent en
fanfare le capitalisme pour les nuls.
L’argent corrompt. Il suffit d’être
l’abbé Pierre pour résister à ce fléau.
Une opération du visage peut changer
la donne. Sinon, les pauvres continueront de vouloir une tour à leur
nom comme Donald Trump sur la
Ve Avenue, à jouer du tambour sur des
machines à laver. Cette France d’à
côté change un peu des bobos qui se
bousculent dans le cinéma hexagonal.
Il y a du Marcel Aymé chez ces deux
anarchistes de la pellicule. Aucune
honte à ça. ■
« I Feel Good »
Comédie de Benoît Delépine
et Gustave Kervern
Avec Jean Dujardin, Yolande Moreau,
Joseph Dahan
Durée 1 h 43
■
L’avis du Figaro : ○○○¡
« UN PEUPLE
ET SON ROI »
de Pierre Schoeller
L’Oncle
(Olivier Gourmet),
après la prise
de la Bastille :
Vous avez
été
magnifiques.
Magnifiques
comme
des hommes
sans Dieu
»
des choix d’artistes »
A
Comment jugez-vous la figure
de Louis XVI dans le film ?
Elle est à rebours de toute une tradition. Les contre-révolutionnaires en
font une victime passive. Les révolutionnaires, un benêt. Pierre Schoeller
montre la complexité du roi, un être
tourmenté, qui essaye de s’adapter. Le
choix de l’acteur, déjà, Laurent Laffitte,
lui donne un visage plus jeune et une
présence politique plus forte. Le film
montre bien que la mort de Louis XVI
est un choix politique qui s’impose tardivement, après la tentative de fuite
aux frontières. Elle divise les révolutionnaires, précipite la guerre civile.
Mais sa figure reste sacrée même après
sa mort. Et notre régime républicain est
hérité de la monarchie. ■
É. S.
CRÉDIT PHOTO © PASCAL CHANTIER ET MOBY DICK FILMS.
Pierre Schoeller insiste
sur la fusillade des révolutionnaires
au Champ-de-Mars, le 17 juillet 1791.
Il évoque à peine les exécutions
sommaires par les révolutionnaires
dans les prisons de Paris
en septembre 1792. Deux poids,
deux mesures ?
C’est un choix politique, militant, très
minoritaire puisque l’historiographie
classique traite abondamment les massacres de septembre et très peu le
Champ-de-Mars. Cette fusillade est
pourtant le ferment de la guerre civile.
Pour la première fois, des révolutionnaires tirent sur des révolutionnaires.
CRÉATION
cer la Révolution à Paris en 1789 alors
qu’elle débute avant, au moins en 1787,
et en province. On peut aussi lui reprocher de ne pas montrer les nobles révolutionnaires. Concernant les femmes, il juxtapose la prise de la Bastille
par les hommes et la marche des femmes sur Versailles en octobre. Il est
fidèle à Michelet : « Les hommes ont pris
la Bastille, les femmes ont pris la royauté
elle-même. » Elles font plier le roi, qui
signe les décrets d’abolition des privilèges et la Déclaration des droits de
l’homme et du citoyen. Il quitte
Versailles pour Paris. Les journées
d’octobre sont au fondement de la monarchie constitutionnelle et pourtant
aucun historien ne leur a encore
consacré un grand livre.
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
32 CULTURE
Wanuri Kahiu relate une histoire d’amour
entre deux lycéennes. Censuré au Kenya,
le film a reçu un très bon accueil à Cannes.
L
NATHALIE SIMON
nsimon@lefigaro.fr
e rendez-vous avec Wanuri
Kahiu est fixé au Café Fluctuat Nec Mergitur ouvert après l’attentat contre Charlie
Hebdo, place de la République. La réalisatrice kényane de 38 ans qui vit à Nairobi
est de passage à Paris pour défendre son
deuxième long-métrage, Rafiki (« ami »
en swahili), censuré dans son pays natal.
Le 12 septembre, elle a décidé de poursuivre en justice le gouvernement kényan.
Motif ? Il refuse de diffuser son film parce
qu’il « légitime et fait la promotion de l’homosexualité ». Exceptionnellement, la
commission de censure a autorisé la diffusion du film pendant sept jours, jusqu’au 30 septembre. Ce qui lui permettra
de concourir pour le meilleur film étranger aux Oscars.
L’histoire de deux jeunes femmes qui
s’aiment choque le Comité central de
classification des films (KFCB). Dès que le
film a été choisi pour être présenté au
Festival de Cannes – une première pour
un film kényan –, le gouvernement a menacé d’y envoyer un représentant pour
interdire sa projection. Il n’a pas mis sa
menace à exécution et Rafiki a été longuement applaudi. « Le KFCB atteint à
notre liberté d’expression, pas seulement à
la mienne, mais à celle d’un groupe d’artistes, estime Wanuri Kahiu. Le droit des
artistes fait partie de notre Constitution,
mais l’État s’appuie sur une loi ancienne
pour justifier sa position. »
À l’origine inspirée par une nouvelle de
Jambula Tree de l’Ougandaise Monica
Arac de Nyeko, la réalisatrice souhaitait
raconter une « love story belle et pleine
d’espoir » entre deux lycéennes. Casquette sur le crâne, Kena (Samantha Mugatsia) et Ziki (Sheila Munyiva), aux
dreadlocks couleur arc-en-ciel, sont attirées l’une par l’autre. Un peu comme
Roméo et Juliette, les adolescentes ne devraient pas se voir, leurs pères appartenant à des partis politiques différents. Et
la loi kényane punit l’homosexualité.
« Tu crois que ça plairait à Dieu de voir des
hommes baiser ensemble ? », demande un
jeune homme à son copain. « Le film dérange parce que Kena et Ziki vivent leur
amour librement et n’éprouvent pas de remords », observe Wanuri Kahiu. Kena et
Ziki doivent se cacher, car elles risquent
d’être lynchées. Les deux jeunes filles,
filmées « avec respect », sont embellies
par leurs sentiments.
Adepte de la culture pop
Romantique, pudique et sans tabous, Wanuri Kahiu a opté pour une mise en scène
aux couleurs et aux musiques vives et pop.
« La culture pop africaine est devenue un
genre, confirme Wanuri Kahiu. Je voulais
une histoire pleine de couleurs pour les coiffures, les vêtements et les lumières, mais
plus on avance vers la fin, plus le sujet est
dur, plus les couleurs s’assombrissent, à
l’image des émotions qu’éprouvent les protagonistes. » Avec Rafiki, cette mère de
deux enfants espère ouvrir le débat. En
2015, elle cofonde, avec d’autres artistes,
stylistes, musiciens ou dessinateurs, l’association Afro Bubble Gum dont l’objectif
est de faire la promotion d’un art africain
frivole. Comme un pied-de-nez face à la
rigidité des coutumes kényanes. « Si on
■ « BERGMAN, UNE ANNÉE
DANS UNE VIE »
Mon film
« dérange
Documentaire
de Jane Magnusson, 1 h 56.
parce que
Kena et Ziki
vivent
leur amour
librement et
n’éprouvent
pas de
remords
WANURI KAHIU
CARLOTTA FILM
RENCONTRE Avec « Rafiki », la cinéaste
films
»
BRET HARTMAN
Une Kényane
sans tabous
Les autres
essaie de vous empêcher de travailler et de
contrôler votre travail, vous n’avez pas
d’autre choix que de vous battre. J’aimerais
juste être artiste, mais le climat actuel au
Kenya ne l’autorise pas », constate-t-elle.
Wanuri Kahiu a eu une révélation pour
le septième art à 16 ans, le jour où elle est
entrée pour la première fois dans un studio de télévision. Elle accompagnait sa
mère pédiatre et l’un de ses patients. « J’ai
compris qu’il y avait des gens qui fabriquaient des films pour le petit écran, j’ai su
ce que je voulais faire », se souvient la trentenaire. Mais ses parents – son père est un
homme d’affaires – voulaient qu’elle fasse
un métier « sérieux ». Elle choisit des études de commerce. Décroche une licence
en sciences de gestion de l’université de
Warwick, en Grande-Bretagne, puis un
master en direction de cinéma et télévision de l’université de Californie.
En 2008, elle réalise son premier long-
métrage de fiction, From a Whisper, sur
une jeune fille qui perd sa mère dans l’attentat de l’ambassade des États-Unis à
Nairobi en août 1998 (cinq prix aux Africa
Movie Academy Awards, dont ceux du
meilleur réalisateur et du meilleur film).
Un an plus tard, elle s’essaie à un courtmétrage de science-fiction (Pumzi) qui
sera montré au Festival de Sundance.
Pour l’heure, celle qui tourne aussi des
documentaires hésite entre une nouvelle
« love story » et un autre film d’anticipation. « Ce sont les sujets qui nous choisissent », affirme-t-elle. ■
« Rafiki »
Drame de Wanuri Kahiu
Avec Samantha Mugatsia,
Sheila Munyiva, Jimmi Gathu
Durée 1 h 22
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
Cela se tient. 1957 est une date
clé du cinéaste. L’année du
Septième Sceau et des Fraises
sauvages. Il y a aussi quatre
pièces au théâtre et un téléfilm.
Bergman est au bord de la crise
de nerfs. Pour la première fois,
il va voir un psychologue, se
nourrit de yaourts, a un ulcère.
Le film effectue des embardées
à d’autres époques. À noter,
l’interview de son frère, dont
Ingmar avait empêché la diffusion
ÉRIC NEUHOFF
de son vivant.
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
■ « LE VENT TOURNE »
Drame de Bettina Oberli, 1 h 27.
Dans sa ferme écologique,
Pauline (Mélanie Thierry) bataille
avec son homme (Pierre
Deladonchamps) pour soigner
ses vaches. L’arrivée d’un
séduisant ingénieur va lui faire
perdre la tête. Sans surprise.
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
N. S.
■ « THE LITTLE
STRANGER »
Drame de Lenny Abrahamson,
1 h 51.
En 1947, le Dr Faraday est appelé
au chevet d’un patient au manoir
de Hundred Halls où sa mère était
autrefois domestique. D’étranges
phénomènes se produisent.
Une histoire de fantômes tirée
du roman de Sarah Waters
qui peine à nous effrayer.
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
N. S.
« Donbass »
sans prise de guerre
DRAME En plongeant le spectateur dans le conflit
ukraino-russe, Sergei Loznitsa offre un film rude
qui manque surtout de pédagogie.
CHARLES JAIGU cjaigu@lefigaro.fr
éblouissante
Venise, les arts
et l’Europe au xviiie
Grand Palais
26 sept. 2018 – 21 janv. 2019
Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto, Vue du Palazzo ducale vers la Riva degli Schiavoni (détail), vers 1740, Milan, Pinacoteca del Castello
Sforzesco © 2018. Photo Scala, Florence
design c-album - adaptation Virginie Langlais
I
l y a tout juste trois semaines,
Alexandre Zakhartchenko, le président prorusse de la petite république sécessionniste du Donbass,
a été assassiné dans un restaurant.
C’est la dernière nouvelle venue de ce
pays virtuel de 2 millions d’habitants à
l’extrémité orientale de l’Ukraine. Le
film de Sergei Loznitsa est l’occasion
d’une immersion sans pétales de roses
dans la comédie macabre qui se joue à
bas bruit dans cette région de l’Ukraine, où des partisans prorusses ont pris
les armes contre l’Ukraine, avec l’appui
logistique de Moscou. Le bilan est déjà
lourd, avec plus de 10 000 morts et des
milliers de déplacés, même si on est loin
des 175 000 morts tchétchènes. Le film
dénonce les exactions commises par les
nationalistes prorusses et il a reçu le
prix de la mise en scène de la sélection
Un certain regard au dernier Festival de
Cannes, parce que Loznitsa sait tenir
une caméra, mais aussi faire œuvre de
pédagogie.
C’est pourtant ce qui manque dans
ces treize séquences qui s’emboîtent façon poupées russes, en mélangeant le
faux reportage télé, le film de guerre ou
la satire féroce. Le tout au ras du sol,
sans scènes d’exposition, et guère d’explications. La mise en scène est souvent brillante, faite de sobres plansséquences, qui montrent de loin des
personnages dérisoires qui meurent
dans des paysages neigeux – notamment dans un final polaire. Ou bien la
caméra à bout portant suit la joie hystérique des fanatiques prorusses lors
d’un mariage carnavalesque.
C’est un film rude, dont le spectateur
ignorant des tenants et aboutissants de
la crise du Donbass ressort abruti par le
bruit et la fureur des mafias et des idiots.
Quand on l’interroge, Loznitsa cite
l’engagement de Picasso pendant la
guerre civile espagnole et file le parallèle de la lutte entre les (gentils) républicains et les (méchants) franquistes. Mais
il faudrait en réalité équilibrer ce réquisitoire antirusse par celui de l’écrivain
ukrainien prorusse Zakhar Prilepine
qui, dans Ceux du Donbass (Les Éditions
des Syrtes), chante au contraire les
louanges… des partisans du rattachement à la Russie. Un projet qui d’ailleurs
ne semble pas passionner Moscou.
« Poutine a ramené
la Russie au Moyen Âge »
Seul prévaut finalement le sentiment
que l’hydre mafieuse étend partout son
emprise et que les humains ont été
abandonnés dans ces latitudes oubliées
au divertissement ennuyé du diable.
Mais Loznitsa en veut plus à Poutine
qu’au diable. Il rappelle qu’en Crimée,
autre région ukrainienne passée, elle,
pour de bon sous contrôle direct de la
Fédération russe, son alter ego Oleg
Sentsov a été condamné à vingt ans de
bagne, comme au bon vieux temps des
tsars ou du communisme. Sentsov est
aujourd’hui en grève de la faim. « Vladimir Poutine a ramené la Russie au Moyen
Âge », accuse Loznitsa. Dans les écoles
russes, on apprend encore ce poème de
Nekrassov dont le premier vers est le
suivant : « Pour qui fait-il bon vivre en
Russie ? » Pour pas grand monde dans le
Donbass, c’est une certitude. ■
« Donbass »
Drame de Sergei Loznitsa
Avec Boris Kamorzin, Valeriu Andriuta,
Tamara Yatsenko
Durée 2 h 01
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
LE FIGARO
STYLE
mercredi 26 septembre 2018
33
« Personne avant Uniqlo n’a proposé
d’article basique, universel et accessible »
INTERVIEW À l’occasion d’une exposition
déteste porter un costume (rires).
de la marque japonaise à Paris, son fondateur
Tadashi Yanai nous livre sans langue de bois
le secret de son succès planétaire.
omme tout ce que fait
Uniqlo, l’exposition du Jeu de paume à
Paris, qui commence aujourd’hui, est de
bon goût et ne prend pas le public pour des
moutons. Bien que le sujet parle de maille.
Précisons que « L’art et la science du lifewear : les nouveaux standards de la
maille » ne relèvent pas de la programmation du musée, mais celui-ci ayant des affinités électives avec la mode (on se rappelle l’incroyable expo Avedon), il loue,
entre deux accrochages officiels, à des acteurs du métier. Ce sera donc le géant japonais, qui occupera jusqu’au 29 septembre tout l’espace de ses installations
artistiques consacrées à la laine, de son remarquable métier à tricoter Shima Seiki
avec démonstration à la clé, d’un pop-up
store comptant les cachemires brodés en
éditions limitées réalisées avec trois marques françaises (Maison Labiche, Keur
Paris et Andrea Crews). À l’occasion de cet
événement, Tadashi Yanai, le fondateur
d’Uniqlo et l’un des hommes les plus riches du monde, est de passage à Paris et
nous raconte ce qui fait la force de sa marque, en quoi elle diffère de la fast fashion et
pourquoi elle séduit la planète entière.
LE FIGARO. - C’est la première fois
que vous montez une telle exposition.
Pourquoi à Paris et pendant la Fashion
Week ?
Tadashi YANAI. - Paris est la capitale de la
mode dans le monde. Pendant la Fashion
Week, tous les journalistes sont ici. Nous
souhaitons aussi montrer au public que
nous désirons communiquer avec l’Europe. À partir de maintenant, nous allons
nous déployer davantage.
»
TADASHI YANAI, FONDATEUR D’UNIQLO
tricoter Shima Seiki, comment avec un fil,
vous êtes en mesure de produire tous les
vêtements. La fast fashion ne fait que courir après la mode. Nous, nous ne courons
après rien. Uniqlo propose des pulls pouvant convenir à tous, cette année comme
dans dix ans. Dans le passé, on a cherché à
imposer un look aux gens. Notre point de
vue est différent : à chaque client de choisir parmi nos articles ce qui lui permet
d’exprimer sa personnalité et ce qu’il représente dans le monde.
Est-il vraiment possible d’allier haute
production et durabilité ?
C’est le concept même d’Uniqlo, nous
attaquer aux deux. Nos industries au Japon ont hérité de la technologie et de
l’artisanat, tous deux intégrés dans notre
processus de production. Nous avons, à
notre disposition, des ingénieurs du vêtement très expérimentés. Leur expérience est incroyable. Certains choix
font aussi que nos produits s’améliorent
d’année en année : la fonctionnalité, les
matières. Regardez nos collections en
magasins, je ne crois pas qu’il existe
ailleurs un meilleur rapport qualité-prix.
Je pense profondément que nous sommes incomparables à ce niveau-là.
Avez-vous changé certains de vos process
pour embrasser les valeurs
Bien sûr. Et vous,
défilerez-vous un jour ?
Le plus tôt possible. Peut-être l’an
prochain…
Comment expliquez-vous ces affinités ?
Le sens du beau et de l’esthétique. Nos
deux populations entretiennent un grand
respect pour leur propre culture et l’apprécient vraiment. Le chic, l’esprit zen,
la simplicité : nous avons ça aussi en
commun.
Parmi vos collections, U est dessiné par le
Français Christophe Lemaire depuis 2016.
Christophe Lemaire, c’est la mode avec
une longueur d’avance. Il est excellent
pour concevoir un produit épuré, simple,
et il introduit de la fraîcheur, du Zeitgeist à
nos collections.
Aujourd’hui en France, à Paris,
beaucoup d’hommes s’habillent quasi
exclusivement en Uniqlo. Comment
expliquez-vous qu’une marque japonaise
les convainc tant, eux qui sont
particulièrement compliqués
dans leur rapport au vêtement ?
Parce que nos produits représentent
quelque chose de traditionnel. Au départ,
c’était une marque pour homme. Et
même avant Uniqlo, je travaillais avec
des maisons comme Saint Laurent et
Givenchy ; les vêtements traditionnels
masculins étaient notre business. D’où
mon attachement au
français et la
Nous n’avons rien à voir avec la fast style
raison pour laquelle
fashion. La différence, c’est d’un côté, mes produits sont inun produit jetable, de l’autre (le nôtre), fluencés par votre
pays.
un produit durable...
Vous êtes de passage à Paris en pleine
Fashion Week. Allez-vous assister
à certains shows ?
Je voulais absolument voir le défilé
Lemaire mais je dois malheureusement
me rendre à Amsterdam. Quels sont les
shows qu’il faut aller voir ? Ceux qui vont
retenir l’attention ? Pouvez-vous me les
écrire sur un bout de papier ?
Êtes-vous surpris du succès d’Uniqlo
en France ?
Je ne suis pas surpris car il existe, entre la
culture de masse en France et celle du
Japon, des points communs frappants.
Dans la culture tout court aussi d’ailleurs,
et dans les valeurs. Je crois fermement
que les produits japonais vont être de plus
en plus populaires en France, comme
c’est le cas des produits français au Japon.
Vous produisez régulièrement
de nouvelles collections à petits prix.
Qu’est-ce qui vous différencie
des enseignes de fast fashion ?
Nous n’avons rien à voir avec la fast
fashion. La différence, c’est d’un côté, un
produit jetable, de l’autre (le nôtre), un
produit durable pour un certain nombre
d’années. Nous croyons en l’artisanat, au
vêtement en tant que tel. Par opposition à
« vous le portez et vous le jetez », dans
cette exposition, nous montrons comment nous travaillons avec les métiers à
«
Quand avez-vous commencé à vous
développer au-delà de vos frontières ?
En 2001. Assez longtemps après le commencement, en effet, car j’ai vécu des séries d’erreurs qui m’ont fait apprendre et
obligé à faire des choix. Tout cela prend
du temps. Nous sommes désormais très
présents en Europe : France, Allemagne,
Belgique, Suède, Espagne, Russie, Royaume-Uni. Vendredi, nous ouvrons un magasin à Amsterdam et, au printemps prochain, un autre au Danemark.
Pensez-vous que ces valeurs de qualité
soient importantes aux yeux des nouvelles
générations ?
Bien sûr, tous ces éléments sont fort appréciables. Mais pas uniquement pour les
jeunes, vous savez. Les gens s’habillent de
plus en plus « normalement » et préfèrent à l’excentricité de la mode quelque
chose qui leur ressemble. Nos principes et
notre philosophie sont mieux compris par
le public.
À Paris ?
Évidemment. ■
« Je crois fermement que les produits japonais vont être de plus en plus populaires
en France, comme c’est le cas des produits français au Japon », affirme Tadashi Yanai.
Exposition « L’art et la science
du lifewear : les nouveaux standards
de la maille », au Jeu de paume (Paris Ier),
jusqu’au 29 septembre. Entrée libre.
*
N’est-ce pas la
quadrature du cercle
de vouloir « changer la façon de s’habiller
et, en même temps, proposer un style
universel », comme vous le dites ?
Nos articles sont basiques mais n’en sont
pas moins différents. Personne, avant ou
depuis nous, n’a su proposer un produit
basique, universel et à un prix accessible.
Pensez-vous qu’être une marque
japonaise participe à votre attractivité ?
Sans aucun doute. Les produits du Japon
par leurs détails, leurs finitions sont très
réputés. Mais la confection japonaise est
influencée par différents endroits du
monde comme la France, les États-Unis,
l’Asie.
Regardez-vous les tenues des gens
dans la rue en France ou à Tokyo ?
Je ne prends pas vraiment le temps de les
observer mais je m’intéresse à leur façon
de s’habiller. L’habit choisi selon les âges
est passionnant. J’aime essayer de discerner la personnalité d’une personne à
sa tenue. Regardez, moi aujourd’hui, je
suis vêtu d’un costume mais, dès que le
froid arrive, je suis en pull, très casual.
Là, cette veste est beaucoup trop structurée… Je ne me sens pas très à l’aise !
(rires) Quand je porte une cravate, je me
rappelle les jours où Uniqlo était tout petit et que je devais aller emprunter de
l’argent à la banque. D’où le fait que je
Titulaires de cartes American Express, achetez vos billets
en avant-première pour le concert de Metallica.
Le dimanche 12 mai 2019 au Stade de France, Paris.
Les billets sont disponibles aujourd’hui à 10h jusqu’au jeudi 27 septembre à 19h,
réservez-vite ! (1)
Rendez-vous sur https://americanexpress.ticketmaster.fr/
Des conditions générales s’appliquent.
* American Express présente.
** Ne vivez pas sans elle.
(1) Les tickets sont limités à 8 par porteur de carte et doivent être achetés
avec votre carte American Express. Dans la limite des places disponibles.
American Express Carte-France - Société anonyme au capital de 77 873 000 €
R.C.S. Nanterre B 313 536 898 - Siège social : 4, rue Louis Blériot, 92561 Rueil-Malmaison Cedex.
**
A
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
contemporaines de développement
durable ?
Nous sommes prêts aujourd’hui à réduire
le nombre de pièces trop anecdotiques.
Nous devons être attentifs à ne jamais produire un vêtement qui n’est pas portable.
UNIQLO
C
PROPOS RECUEILLIS PAR
Quand vous avez ouvert votre premier
magasin à Hiroshima, en 1984,
imaginiez-vous qu’Uniqlo puisse
devenir un tel empire ?
Jamais ! Mais je voyais bien que cette boutique générait un trafic remarquable au
Japon. Le concept m’a été inspiré par la
façon dont on se sert en libre-service dans
une librairie ou un magasin de disques. Je
n’aimais pas être reçu par une brochette
de vendeurs dans une boutique et ne pas
accéder aux produits par moi-même.
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
34 STYLE
Le Paris popu, fantasme de la mode
COLLECTIONS Quand les designers s’entichent des lieux hauts en couleur de la capitale, les professionnels
s’encanaillent. La preuve éclatante avec Alessandro Michele, qui présentait son show Gucci au Palace.
Gucci
partir d’anciennes combinaisons. Ce
dernier concept rappelle celui imaginé
par Martin Margiela, dès 1991 : depuis
vingt-sept ans, peu de designers (on
pense aussi à Ronald van der Kemp) ont
compris la beauté et la valeur de ce
néo-vintage.
avec le Sacré-Cœur en fond de carte de
postale. Les mannequins traversent la
passerelle comme on ferait ses activités
du dimanche matin : marché, sport,
balades en famille… Rien n’est littéral,
bien sûr, mais ce sont les différentes influences de la Corrézienne, qui décline
ses justaucorps, ses robes foulard
« morphant » en matière technique, ses
combinaisons de motard, son sac boule
de gym, son motif lune désormais emblématique. Mais elle va plus loin dans
ses recherches et, surtout, construit
habilement sa collection en quatre volets : la Gold Line (qu’on vient donc de
décrire) ; la Green Line, basée sur l’upcycling de produits existants donnant
lieu à des pièces uniques ; la White Line,
à visée plus fonctionnelle dont, ici, des
lunettes de soleil cosignées avec Rudy
Project et des Converse couvrant les
mollets ; et, enfin, la Red Line, des pièces couture provenant du recyclage
comme la robe de plongée fabriquée à
Jacquemus
Marine Serre
Chez Jacquemus, lundi en fin de journée, le show vient à peine de s’achever
quand un journaliste demande un peu
abruptement à Simon Porte Jacquemus : « Est-ce encore au sujet de votre
maman ? » « Non, pas du tout », répond sur la défensive le créateur qui
cite sa mère (disparue prématurément
quand il avait 18 ans) comme l’inspiration de sa mode depuis ses débuts. Puis
il se reprend en riant : « Mais, car il y a
un “mais”, ma mère était une Méditerranéenne et je suis toujours le sillage de
cette femme du Sud. Cette fois, elle évolue
sur la Riviera, d’où cet esprit tapis rouge.
Jeune, j’étais fasciné par les stars dans
Paris Match comme Monica Bellucci. »
Le public est désormais familier de cette
femme Jacquemus libre dans son corps,
généreuse, bronzée toute l’année, époque golden eighties et Valérie Kaprisky
de L’Année des méduses (1984). On pense aussi à Caroline de Monaco - toujours
années 1980 - pour le bling tout en retenue bourgeoise de ce vestiaire. Car, si
ses robes anatomiques en laine d’été
(en association avec The Woolmark
Company) sont si transparentes qu’elles laissent peu de doute à l’imagination, il rassure par de parfaites petites
robes drapées bretelles spaghetti bleu
indigo, des tailleurs-pantalons amples
en lin blanc irréprochables et des
trenchs tilleul portés à même la peau.
C’est donc une grande fille toute simple
qui passe son une-pièce Eres (enfin la
version fantasmée de Jacquemus) ou
son minicycliste (terrible !). Puis elle
enfile ses talons bijoux (que le designer
développe avec de plus en plus de facilité), son cabas en paille géant et ses
grosses créoles. Un imprimé Jacquemus
évoque les typos des foulards d’aéroport des années 1970 et des vieux Vogue. Les starlettes s’amusent sur le podium surélevé, installé dans le jardin de
l’ambassade d’Italie, puis prennent la
pose sur les marches, quand certaines
apparaissent aux fenêtres de la façade
façon « Montre toi, égoïste », «Ma publicité préférée ! », s’exclame Simon.
Toujours ce même journaliste lui apprend que le spot mythique de Goude
pour Chanel a été inspiré par une photographie culte d’Ormond Gigli de
1960. Mais ça, le garçon né en 1990 ne
le savait pas. On ne lui en voudra pas,
tant qu’il garde cette candeur et cet
instinct qui font de lui, à l’étranger, le
créateur français le plus populaire depuis des années. ■
HORS PODIUM
Loro Piana
« Nous ne défilerons jamais et
nous ne souhaitons pas mettre
en avant un directeur artistique
star… parce que ce n’est pas notre
histoire », lance calmement Fabio
D’Angelantonio, son PDG. Loin
des tumultes des derniers shows
milanais et d’une industrie
de la mode en surchauffe,
la griffe présentait sa collection
printemps-été 2019 dans le jardin
ensoleillé d’un palazzo historique
de la cité lombarde. « Là, tout
n’est qu’ordre et beauté, Luxe,
calme et volupté. » Le dressing
PRESSE
En pleine Fashion Week, responsable
de nombreux embouteillages de Mercedes noires, certaines scènes de la rue
vous ramènent à la réalité. Hier matin,
on croise des policiers en patins à roulettes escortant une troupe d’enfants
roms rue Saint-Honoré, puis une poignée de cégétistes devant le Park Hyatt,
rue de la Paix, énumérant dans un mégaphone le prix des chambres… Ce
même contraste quand on parvient rue
Riquet, quartier défavorisé du nord de
Paris en passe d’être réhabilité, sur le
lieu du défilé de la jeune Marine Serre.
La révélation de la saison dernière
continue, depuis, son ascension spectaculaire. Dans son sillage, elle emporte
toute la profession sur une passerelle
surplombant les Jardins d’Éole. Et il
faut l’avouer, le spectacle est assez extraordinaire, depuis les bancs perchés
au-dessus de l’ancienne friche ferroviaire, sorte d’high line new-yorkaise
du pauvre mais tellement charmante
IMAXTREE.COM
A
undi soir, devant les kebabs du faubourg Montmartre, la foule
sur son 31 se hâte de passer les portes du
Palace. Quel est le spectacle du jour ? Le
show Gucci du directeur artistique le
plus bankable de la mode actuelle. « Ce
soir, j’ai clos ma trilogie française après
la campagne de l’automne inspirée par
Mai 1968, puis la croisière qui s’est tenue
à Arles et, donc, ce défilé, le tout premier
à Paris, explique Alessandro Michele.
Pour ce moment particulier, je voulais un
lieu populaire, un peu poussiéreux, un
peu abandonné mais tellement beau, et
non pas un endroit qui exprime la “grandeur” (en français dans le texte, NDLR)
française, comme le Louvre. » Est-ce un
tacle à l’égard de Louis Vuitton qui défile sous la Pyramide depuis quelques
saisons ? Même pas sûr, tant la personnalité de Michele semble l’extraire de la
guerre d’ego qui fait rage parmi les directeurs artistiques stars. Ceci étant,
comme nous le faisait remarquer une
journaliste non invitée au défilé :
« C’est un lieu populaire pour un public
trié sur le volet. »
Sur la liste des invités, Agnès Varda
(pour laquelle Michele a eu un coup de
foudre après l’avoir habillée à Cannes et
aux Oscars, l’an dernier), Faye
Dunaway, Marina Cicogna (la productrice de Belle de jour), Jane Birkin… Certes, on ne vous citera pas à dessein la
pléthore de jeunes célébrités/influenceurs également présents, mais n’est-il
pas troublant de voir à quel point l’inspirent ces femmes d’un âge certain, lui,
le designer adoré par les millennials ?
C’est en réalité la marque de fabrique
du Romain, puits de culture, qui n’aime
rien tant que partager des pans de l’histoire de l’art avec une génération nourrie à Instagram. Il dit lui-même que
c’est une petite victoire personnelle de
faire découvrir à l’assistance, à travers
la projection d’un film d’archives, le
travail d’avant-garde du metteur en
scène Leo de Berardinis et de sa muse
Perla Peragallo qui, dans les années
1970, revisitaient Shakespeare selon les
codes du théâtre napolitain.
Ce qui le fascine, ici, est le mélange
des genres, du noble et du vernaculaire, du classique et du folklore, à l’image de ses collections. « Je suis très
conditionné par le vestiaire bourgeois, je
prête une grande attention aux épaules,
au buste dans mes formes », dit-il tout
en étant extrêmement influencé par les
tenues de scène, une culture qui lui
vient de son passage à l’Accademia di
Costume e di Moda. Alessandro Michele,
qui est un inconditionnel de Piero Tosi,
le costumier mythique de Visconti, a
dit récemment dans la presse qu’au
moment de reprendre le style de Gucci,
il s’interrogeait sur son futur dans la
mode, selon lui phagocyté par le marketing et le mainstream, pensant
changer de voie pour le cinéma.
Aujourd’hui, il répète à l’envi son bonheur d’être totalement libre de créer
pour la griffe. Aucune limite à sa créativité dans ce show qui reprend ses
best-sellers des saisons passées et
ouvre de nouvelles perspectives, plus
sensuelles. Chaque mannequin (qui
souvent n’en est pas un) incarne un
personnage de l’imaginaire « michelesque », une Janis Joplin en tenue folk
et boa déplumé, des garçons manqués
en robes drapées de Lurex, un Elvis
(période Vegas) de 15 ans à cache-sexe
pavé de diams, une « Rosemary’s
Baby » d’aujourd’hui en jean imprimé
fraise, etc. Il réinterprète également le
plissé sans omettre, lors de la petite
conférence de presse post-défilé, de
rendre hommage à Issey Miyake et son
génial Pleats Please. Le principe de
réappropriation est inhérent à sa création et le choix de la chanson interprétée par Birkin au beau milieu du show,
Baby Alone in Babylone, n’est pas anodin : rappelons que Gainsbourg (chantre de la réappropriation) avait détourné le 3e mouvement de la Symphonie
n° 3 de Brahms pour ce tube entêtant.
« J’aime la grande musique. Moi, je fais
de la petite musique. De la musiquette.
Un art mineur. Donc, j’emprunte », disait-il. Sans se déprécier ou minimiser
l’importance de la mode dans la société,
le directeur artistique pourrait dire peu
ou prou la même chose.
DANIELE VENTURELLI /GETTY IMAGES FOR GUCCI
PrintempsÉté 2019
L
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
d’intemporels est remarquable,
de la robe pointe foulard en crêpe
de soie à rayures bicolores
au tailleur saharienne aux lignes
impeccables, en passant par
la maille, la spécialité Loro Piana :
chandail ajouré, ensemble jupe
longue près du corps en tricot
nid-d’abeilles et poncho
en cachemire aérien sont
à se damner.
VALÉRIE GUÉDON
+ @ SUR LE WEB
» Retrouvez tous les défilés en
images
www.lefigaro.fr/madame
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
36 STYLE
« 70 % des déchets de l’industrie
cosmétique proviennent du packaging »
DÉVELOPPEMENT DURABLE Toute l’année, « Le Figaro » donne la parole aux créateurs, startuppeurs, grands
patrons. Aujourd’hui, Arnaud Meysselle, le président de Ren, alerte sur la nécessité de mobiliser les marques
et les sociétés de recyclage sur le problème des emballages plastique des produits de beauté.
U
de notre Gel Douche Énergisant
commercialisé cet été, en plastique
100 % recyclé (20 % provenant des
océans, 80 % de bouteilles vides) et
dépourvu de pompe en métal.
PROPOS RECUEILLIS PAR
ÉMILIE VEYRETOUT
eveyretout@lefigaro.fr
ne fois que vous l’avez
jeté à la poubelle (de tri, donc jaune,
il va de soi, après l’avoir soigneusement nettoyé), vous êtes-vous déjà
demandé ce qu’allait devenir votre
flacon de shampoing ? La dernière
feuille de route du gouvernement sur
l’économie circulaire, en avril, vise
100 % de plastique recyclé en 2025.
Seulement, quand il s’agit de produits de beauté, le parcours est plus
complexe que pour une bouteille
d’eau. Certes, de plus en plus de
marques, en France, prennent des
initiatives, privilégiant le verre, parfois transformé (Clarins), et les flacons rechargeables (Dior, Cha
Ling…), les plastiques recyclables (le
fameux PET chez Fleurance Nature,
Yves Rocher, Botanicals de L’Oréal
Paris), recyclés (Pierre Fabre) ou végétaux (à base de résidus de canne à
sucre ou d’amidon de pomme de terre chez So’Bio Étic, Weleda…). Pourtant, nous sommes encore loin du
cercle vertueux des 3 R : réduire,
réutiliser, recycler. Le label Ren
Clean Skincare prendra la parole sur
le sujet au prochain Forum de Davos,
en janvier. Il s’est engagé à devenir,
d’ici à 2021, une entreprise zéro déchet et vient de commercialiser son
premier produit 100 % recyclé,
100 % recyclable. Le point avec le
CEO, Arnaud Meysselle.
“
Les mentalités
changent, et l’industrie
évoluera sans doute
sous la pression des
consommateurs
ARNAUD MEYSSELLE
La marque Ren, présidée par Arnaud Meysselle (à gauche), privilégie les flacons en plastique 100 % recyclé
et dépourvus d’éléments en métal. J.-C. MILHET/NATURIMAGES
consommateurs mais, et surtout,
des concepteurs de flacons
et des sociétés de recyclage ?
Arnaud MEYSSELLE. - L’industrie
cosmétique est l’un des principaux
coupables en matière de surutilisation des emballages : une étude récente chez Unilever a montré que
70 % de ses déchets provenaient du
packaging. Or les marques, notamment de luxe et sous le conseil des
grandes agences de design, continuent de fabriquer des pots toujours
plus sophistiqués, qui mélangent les
types de plastique, ensuite emballés
dans de la Cellophane… Toutes catégories de produits confondues, seulement 50 % des déchets triés sont
recyclés. En ce qui concerne les cosmétiques, on n’atteint sans doute pas
LE FIGARO. - Vous dites que le souci
ne vient pas seulement des
la moitié ! Recycler un pot mal conçu
nécessite une intervention manuelle
- isoler le bouchon, démonter le ressort métallique de la pompe - forcément coûteuse. Lorsqu’il est composé de différents plastiques, de
couleur foncée ou muni d’une étiquette à double couche, il devient
tout bonnement impropre au traitement ! Le sujet est tendu, la plupart
des acteurs racontent n’importe
quoi, et en premier lieu les entreprises de recyclage. N’empêche qu’un
nombre alarmant de cosmétiques
envahit les décharges, pollue nos
océans, nos rivières, nos lacs, nos
plages et cela dure depuis des années
voire des décennies. Il y a une nécessité impérieuse pour les groupes à se
mobiliser, à travailler en amont avec
les concepteurs de packagings et les
recycleurs, et de communiquer, en
aval, auprès des clients.
Quelles sont les alternatives ?
Les technologies vont avancer, notamment le recyclage chimique, sur
lequel on fonde de grands espoirs. Il
faut savoir que la fabrication et le
transport du verre nécessitent beaucoup d’énergie ; certains plastiques
vendus par les fabricants comme recyclables ne le sont souvent pas.
Chacun trouvera sa voie. Chez Ren,
nous ne voulons pas être dogmatiques. Nous traçons tous nos fournisseurs et privilégions les flacons entièrement recyclés, recyclables ou
compostables. D’ici à 2021, toutes
nos nouveautés le seront, à l’image
”
Selon vous, les gens sont-ils prêts
à payer le même prix, voire plus
cher, pour un flacon recyclé ?
Ce qui est vécu comme un obstacle
par les marques est que les packagings recyclés, plus onéreux à la
conception et à la fabrication, sont
moins beaux que les autres, moins
brillants, moins transparents, plus
grisâtres. Mais c’est une fausse excuse. Pour notre gel douche, qui
nous a coûté plus cher que l’ancienne version, nous avons choisi
de garder le même prix : nous
avons doublé nos ventes en août !
Les mentalités changent, et l’industrie évoluera sans doute sous la
pression des consommateurs - regardez ce qui vient de se passer
avec Starbucks et les pailles. Ces
problématiques sont chères aux
millennials : depuis que nous avons
annoncé notre engagement zéro
déchet, je reçois 300 CV par semaine, de jeunes gens prêts à quitter
des marques très prestigieuses
pour venir travailler à nos côtés. ■
AUTOMOBILE
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75 INFINITI Paris 17
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LE FIGARO
TÉLÉVISION
37
BIEN VU
CÉLINE FONTANA £@CelineFontana
T
Souci de réalisme
« J’ai d’abord été séduite par le scénario,
que je trouvais à hauteur des personnages, confie pour sa part Noémie Lvovsky
(actrice et réalisatrice de Camille redouble), prix d’interprétation au Festival de
la fiction de La Rochelle avec Léonie
Simaga (sociétaire de la Comédie-Française, vue dans Trepalium) et la jeune
Roxane Potereau. Il ne cherche pas l’efficacité à tout prix, il ne fabrique pas de rebondissement artificiel mais suit le chemin, émotionnel notamment, de chacune
de ces trois femmes. » Sous une apparente simplicité, le script entremêle habilement le destin de ses héroïnes et délivre, par bribes, le parcours qui les a
menées à l’incarcération. Il suit les enquêtes de la justice et de la police en pa-
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Roi, dame,
valet
« Morandini live »
CNews | 10 h 30 | Mardi
U
21.00
Léonie Simaga,
Roxane Potereau et
Noémie Lvovsky
(de gauche à droite).
Femmes en peine
« Les Impatientes »,
minisérie bouleversante
de justesse dans une
prison pour femmes,
a valu un prix
d’interprétation mérité
à ses trois comédiennes
au dernier Festival
de la fiction
de La Rochelle.
rallèle, et finit par dresser de bouleversants portraits de femmes. Sans oublier
des seconds rôles justes et remarquablement dessinés, extrêmement attachants
eux aussi : Thierry Godard, maton humain, si humain, François Morel, juge
tout sauf sectaire, Catherine Jacob, « la
patronne », régnant au milieu des détenues avec une onctuosité terrifiante…
Le souci de réalisme au cœur des préoccupations du réalisateur joue beaucoup dans la réussite de cette fiction.
« Sans avoir la prétention de faire du documentaire, j’ai effectué un véritable travail de journaliste pour connaître les règles, dit-il. Des détenues et des
surveillantes ont aussi participé au tournage. Ce ne sont pas que des silhouettes,
elles sont devenues des actrices à part entière, car si tout ce qui est derrière les co-
médiennes principales ne fonctionne pas,
la scène ne fonctionne pas. Enfin, nous
avons tourné dans une cellule reconstituée dans un lycée, avec deux caméras. Je
ne voulais pas d’une cellule en studio pour
qu’on puisse pousser les murs, j’avais envie qu’on se gêne ! »
« Je n’ai pas éprouvé le besoin d’aller
dans une prison pour la véracité de mon
personnage, car elle découvre les lieux,
explique encore Noémie Lvovsky. J’ai
plutôt essayé de ressentir ce qu’elle
éprouve physiquement quand la routine
s’installe. En prison, tout change pour le
corps : l’alimentation n’est plus la même,
on est confronté à un rythme différent, à
l’exiguïté de la cellule. Celle-ci faisait
vraiment sa taille, en effet, et cela nous a
beaucoup aidées pour faire connaissance
et jouer ensemble ! » ■
Blaise Cendrars, l’encre de la vie
Le documentaire de Jean-Michel Meurice va au plus près du grand écrivain.
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
O
n entend Blaise Cendrars et
sa voix inimitable. On le
voit – quel acteur il aurait
fait ! Ses phrases enchantées,
sublimées par Gérard Depardieu, Denis Lavant et Philippe Faure, sont
des moments de grâce. Rien que pour ces
raisons, ce documentaire signé Jean-Michel Meurice vaut le détour. Pourtant,
l’essentiel est ailleurs. Le film, sans être
exhaustif, est à l’image de l’auteur de
La Main coupée (né en Suisse en septembre 1887, mort à Paris en janvier 1961). Il
est poétique. C’est un être absolument li-
Blaise Cendrars en train d’écrire
à son bureau, en novembre 1957.
RUE DES ARCHIVES/AGIP
bre, ceci dès son plus jeune âge. Son père
souhaitait le voir dans les affaires. Il l’inscrit à une école de commerce. Le jeune
Frédéric-Louis Sauser (son nom de naissance) y répond par 396 heures d’absence
non justifiées en une année ! Il préférait
les sports, les librairies, les voyages et les
filles. Il part sur des coups de tête.
Aux États-Unis, où il découvre les petits boulots : pianiste de bar, garçon boucher dans les abattoirs juifs, tailleur pour
dames – cette dernière expérience ne
dure qu’un quart d’heure… Il découvre
surtout un désir irrépressible d’écrire. Résultat : Les Pâques à New
York. Pendant une an○○○¡
née, il travaille sur un
MOTS CROISÉS
HORIZONTALEMENT
1. Susceptibles de faire des bulles.
- 2. Va fréquenter les stades.
- 3. Refoulé par l’utopiste. Passé à
la réalisation. - 4. Ville malgache
qui a donné son nom à un chien
coton. - 5. Exégète du Coran.
Le petit rapporteur. - 6. S’apprête
à exploser. Bon vouloir. - 7.
En observation. Lève sur les
chantiers ou sur les trottoirs. - 8.
Postures fondamentales. - 9. Ont
une marque sur la peau. Bleu
des Pyrénées. - 10. Antichambre
de la Chambre. Remplit les trous
et vide les centres. - 11. Convient
donc pour un emploi. - 12. Offre
une certaine résistance à la
pression des doigts.
Par Vincent Labbé
VERTICALEMENT
1. Fauteur de troubles. - 2. Donne
du mou. - 3. Passer à la casserole.
S’exprimait à tout propos. - 4.
Rossellini l’a filmée depuis son
année zéro. En liesse. - 5. Passé
par la gorge. Voie des Chtis. Sacrifiait le bouc. - 6. Il a connu un grave
problème d’héritage avec ses filles.
Un type quelconque ou un génial
illustrateur. Agit en dantoniste.
- 7. Aride site brûlant. Se rend au
Danemark. Lieu saint de la chine
populaire. - 8. Laisse couler un
vaisseau. Spécialité de Lulli.
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4840
HORIZONTALEMENT 1. Paraclet. - 2. Oto-rhino. - 3. Studieux.
- 4. Têtus. Ci. - 5. INA. Talc. - 6. Lt. Météo. - 7. Lacer. AM. - 8. Ôte. Apia.
- 9. Nolise. - 10. Nies. NPI. - 11. Éreintée. - 12. Ressauts.
VERTICALEMENT 1. Postillonner. - 2. Attentatoire. - 3. Routa. Celées.
- 4. Ardu. Isis. - 5. Chisteras. Na. - 6. Lie. At. Pentu. - 7. Énucléai. Pet.
- 8. Toxicomanies.
1
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
2
3
4
5
6
7
8
bateau pour migrants. Il en profite pour
écouter ces destins – « c’est la plus belle
croisière de ma vie », dit l’auteur de
L’Homme foudroyé. Il y a aussi la belle et
longue histoire d’amour avec Fela.
À la guerre, il perd sa main droite, celle
qui écrivait. Le réalisateur montre à quel
point l’écrivain mettait l’amitié au-dessus de tout. Ses fréquentations : Apollinaire – « le gai compagnon, un gros mangeur et un gros buveur » –, Fernand
Léger, Modigliani, Doisneau… La mort de
Léger le foudroie. Le rieur pleure. « Je ne
trempe pas ma plume
dans l’encre mais dans la
vie », expliquait celui qui
a révolutionné la littérature française. ■
22.30
FABRICE LANG/FTV
rois détenues dans une cellule
de 9 m2. Trois femmes que
tout oppose : une mère de famille ordinaire, une jeune délinquante, une chercheuse
douée. Les Impatientes, minisérie diffusée d’un bloc dans le cadre d’une soirée
spéciale proposée ce soir sur France 2,
retrace avec une grande
authenticité le quotidien d’une maison d’arrêt. Après les trois épisodes de cette fiction,
○○○¡
un débat est animé par
Julian Bugier à 23 h 30, à propos des
quelque 3 000 détenues en France. Son
thème : « Prison de femmes : la double
peine ? » Enfin, le documentaire Détenues conclura la soirée.
Reste que Les Impatientes n’a pas été
pensé pour délivrer un message, démontrer ou dénoncer. Sa force ? C’est de
raconter avant tout l’histoire d’une
rencontre. « Un peu sur le principe du
road-movie, ou même du service militaire
d’autrefois, des personnes qui n’auraient
pas dû se croiser vont faire un bout de
chemin ensemble et en tirer une leçon. Ça
peut être une souffrance, évidemment,
mais il y a forcément une richesse, la
création d’un lien », analyse le réalisateur Jean-Marc Brondolo (Engrenages,
Un village français).
PROBLÈME N° 4841
mercredi 26 septembre 2018
n chroniqueur chez
Morandini « analyse » les
nouvelles « têtes à clash »
de la télévision. Entendez Éric
Zemmour, Yann Moix ou encore
le petit dernier Charles Consigny,
recruté par Laurent Ruquier.
Consigny, c’est le nouveau ravi
de la crèche. Il a balancé samedi
dernier sur le plateau d’« On n’est
pas couché » – il s’adressait à Kiddy
Smile, un DJ français paraît-il
à la mode : « Quand vous dites
“fils d’immigrés, noir et pédé”
et que c’est difficile d’être noir,
c’est difficile d’être pédé,
que vous vous êtes dans cette
revendication-là, moi je suis juste
un peu plus circonspect parce
que je pense qu’en réalité les choses
ont beaucoup changé ces derniers
temps […]. Dans les domaines de la
mode, de la musique, de la télé,
des médias, aujourd’hui, en réalité,
c’est presque plus facile de réussir
quand on est fils d’immigrés,
noir et pédé que lorsqu’on est fils
de Français de souche, blanc
et hétérosexuel. » Excusez
sa parole ampoulée. Charles
Consigny est un jeune trentenaire
qui parle comme un vieux con.
Il a ce côté « c’était mieux avant ».
Ça vole haut dans les médias.
Un chroniqueur chez Morandini
s’emmêle un peu les pinceaux,
n’a pas l’air très réveillé : « Les
polémistes sont payés pour faire le
buzz. Mais les gens vont se lasser de
l’outrance […]. Par exemple, suite
au dérapage d’Éric Naulleau face
aux forces de police, des centaines
de signalements ont été lancés. »
« Euh, reprend Morandini, si je
puis me permettre, ce ne serait pas
plutôt Yann Moix qui a dit ça sur les
forces de police ? » Le chroniqueur,
qui sort de son lit, rectifie :
« Pardonnez-moi, pardonnez-moi,
c’est effectivement Moix et non pas
Naulleau. » Le téléspectateur
n’y comprend goutte. Moix,
Zemmour, Consigny… Roi, dame,
valet. La polémique est une glu.
Il faut, comme dirait l’autre,
s’en tenir à prudente distance.
LE BUZZ TV
Invité : Julian Bugier
interviewé par Philippe Larroque
et Damien Canivez aujourd’hui
sur :
Mercredi 26 septembre
BRIDGE
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
TEST D’ENCHÈRES N° 2923
Votre main en Sud
1 - 765
2-93
3-AD4
4-AD976
5-D76
R64
84
R7
V 10 7
V65
5
ARV876
A R V 10 9 4
5
D94
D86542
765
76
9874
DV32
Le début de la séquence :
Sud Ouest Nord
Est
1SA
passe
?
Quelle est votre enchère en Sud avec
chacune des cinq mains ci-contre ?
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2922 : Comment sont les Cœurs ?
Contrat : Sud joue 3 Sans-Atout.
Entame : 5 de pour le Roi d’Est. (La défense ne prendra pas votre Dame de ).
Prenez de l’As, car votre contrat sera alors à l’abri des balles si Est n’a pas les deux As manquants
(votre 9 est précieux…), et présentez la Dame de , qui fait la levée. Insistez à . Est prend
et rejoue pour votre Valet. De deux choses l’une :
- Les sont visiblement 5-3 (Est a rejoué le 8 et Ouest fourni le 3, par exemple). Avant de
vous compromettre à , encaissez As-Roi de . La Dame tombe ? Dix levées ! Résiste-t-elle
à vos sommations ? Rejouez vers la Dame. Vous ne chuterez
R V 10 7 6
que si Est a l’As de et peut vous transpercer à .
D
D V 10
- Les sont visiblement 4-4 (Est a rejoué le 2 et Ouest fourni
V 10 3 2
le 7). Rejouez et concédez deux As et deux , rien de plus.
A982
Notez qu’il serait maintenant dangereux de tester les , 5 4
N
10 7 6 5 3
R82
vous pourriez ouvrir la cinquième levée du flanc.
O E A85
9432
S
Une donne tirée de la nouvelle formule de Bridgerama D 8
976
(un exemplaire peut être envoyé sur demande au : 01 42 96 25 50).
D3
AV94
R76
AR54
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
38 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Côme
Soleil : Lever 07h43 - Coucher 19h40 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient 20.00
Le 20h 20.35 Le 20h le mag 20.50
C’est Canteloup. Divertissement.
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton.
21.00
21.00
Série. Policière
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
Série. Drame
Magazine. Reportage
18.55 10 couples parfaits. Jeu 19.50
Suburgatory. Série.
MATIN
21.00 Joséphine, ange gardien
7
20
Série. Comédie. Fra. 2011. Saison 13.
Avec Mimie Mathy, Valérie Kaprisky.
Joséphine aide Yasmina, une jeune
Maghrébine rêvant d’intégrer une
grande entreprise de cosmétiques.
2
1
8
EU. Avec Jœ Mantegna, Matthew
Gray Gubler, Kirsten Vangsness,
A.J. Cook, P. Brewster. 2 épisodes.
L’équipe est appelée après que dix
cadavres calcinés ont été retrouvés
cachés dans la tombe d’un cimetière.
22.35 Esprits criminels Série.
Policière. EU. 2015. Saison 11. Derek
23.25 Blacklist. Série. 2 épisodes.
18.30 L’info du vrai (C). Mag. 19.50
L’info du vrai, le mag (C) 20.35 Le JT
pressé (C) 20.55 Avant match (C)
21.00
Les impatientes
Fra. Saison 1. Avec Noémie Lvovsky,
Roxane Potereau, Léonie Simaga.
3 épisodes. Inédits. La rencontre
en prison de trois femmes que tout
sépare : une mère de famille, une
délinquante et une chercheuse.
23.35 Femmes en prison, la
double peine ? Débat 0.35 Détenues. Doc. 1.45 Émissions religieuses
19.00 Paradis de rouille. Série doc.
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes
20.50 50 nuances de Grecs
20.55
Football
Film. Comédie dramatique
Des racines et des ailes
20.50 La grande librairie
23.05 Soir/3 23.40 Culture, dans
votre région Magazine. Inédit 0.30
La police de Vichy. Documentaire.
22.25 C dans l’air. Magazine 23.30
C à vous 0.25 C à vous, la suite. Mag.
18.35 La meilleure boulangerie de
France. Jeu 19.45 Le 19.45 20.25
Scènes de ménages. Série.
21.00
Divertissement
Magazine. Littéraire. Prés. : François
Busnel. 1h30. Inédit. Invités : Alain
Mabanckou, Eric Fottorino, Sophie
Daull, Elisabeth De Fontenay, Olivia
de Lamberterie, Dan Chaon.
2
11
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Entrée libre. Magazine.
Présentation : Carole Gaessler. 2h00.
Le Morbihan, entre terre et océan.
Inédit. L’émission part en Bretagne
à la découverte du Morbihan et
installe pour l’occasion son plateau
dans la ville de Carnac.
2
2
7
50
7
9
11
3
-0
2
4
5
7
-1
1
4
5
22.50 Joséphine, ange gardien. Série
0.50 Confessions intimes. Mag.
Esprits criminels
2
9
10
12
10
13
16
12
18
20
17
70
16
APRÈS-MIDI
20
20
20
23
21
24
26
Film TV. Action. EU. 2018. Réal. : M.
Gould. 1h30. Inédit. Avec Dominique
Swain. Un groupe de mercenaires
est trahi par le gouvernement américain et doit prendre sa revanche.
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22.45 Countdown. Film TV 0.30
Nightfall : agent double. Film TV.
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20.55 Droid War
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19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Jim Parsons. 2 épisodes.
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19.55 Classic car : mission restauration. Série doc. Mercedes 450 SL.
Paris-SG/Reims
Ligue 1. 7e journée. En direct du Parc
des Princes, à Paris. Le PSG n’a plus
le temps de souffler. Il va pourtant
lui falloir prendre une bouffée d’oxygène après deux déplacements en
huit jours (à Liverpool et à Rennes).
22.55 Jour de foot Magazine.
Sportif. Prés. : Karim Bennani 23.45
21 cm. Magazine 0.40 Guyane. Série.
Les combattants
Fra. 2014. Réal. : Thomas Cailley.
1h38. Avec Adèle Haenel, Kévin
Azaïs, Antoine Laurent, Brigitte
Roüan. Un jeune homme timide rencontre une fille de son âge, qui croit
que la fin du monde est proche.
22.30 Blaise Cendrars, comme
un roman Doc. Inédit 23.25 L’olivier.
Film. Comédie dramatique.
Le meilleur pâtissier
Prés. : Julia Vignali. 2h30. Voyage
dans le temps. Inédit. Les candidats
devront réinterpréter l’un des plus
anciens classiques de la pâtisserie
française avec un mille-feuille, avant
de concocter un gâteau à la broche.
23.30 Le meilleur pâtissier : à
vos fourneaux ! Divertissement
26
T (en °c)
20.50 Retour
à l’instinct primaire
Téléréalité. 2h15. Inédit. Un homme et
une femme qui ne se connaissent pas
vont vivre pendant trois semaines
une grande expérience.
23.05 Retour à l’instinct primaire.
Téléréalité. Croatie : Sara et Robin.
0.45 Incroyables gâteaux. Série doc.
<-10 à 0
20.10 Rénovation impossible. Téléréalité. Couper la poire en deux.
19.20 Quotidien, première partie
19.40 Quotidien. Talk-show
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec Alban Ivanov.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Burger Quiz
21.00 Enquêtes criminelles
21.00 Strike !
Jeu. Prés. : Alain Chabat. 1h40. Inédit.
Seize ans après son arrêt, «Burger
Quiz» a fait son grand retour, et le
mythique Alain Chabat est à nouveau aux manettes.
22.45 Burger Quiz. Jeu. Prés. : Alain
Chabat. 23.45 90’ enquêtes. Mag.
Magazine. Société. Prés. : Nathalie Renoux. 2h10. Affaire Daval : un
pacte familial ? En direct. Le point sur
les nouveaux rebondissements que
connaît l’affaire Alexia Daval.
23.10 Enquêtes criminelles. Magazine. Présentation : Nathalie Renoux.
SU DO KU
GRILLE 2675 MOYEN
SOLUTION DU N° 2674
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21.00 Storage Wars :
enchères surprises
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CHARMÉ
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DES PRÉS
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Magazine. Prés. : Philippe Labro.
SAMEDI
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22.30 Storage Wars : enchères surprises. Téléréalité.
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VENDREDI
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Téléréalité. 1h30. Gare aux moustiques.
Les acheteurs se rendent à Rancho
Cucamonga. - Boite à rythme et ultrasons. - Labyrinthe. - Duel au soleil.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
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MADRID
ROME
JEUDI
MOTS FLÉCHÉS N°2085
Chaque jour un peu plus difficile
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Jeu. Présentation : Lagaf’. 2h50. Il y a
quelques nouveautés cette saison,
dont une «question cash» avec laquelle les candidats peuvent gagner
de l’argent liquide.
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BARCELONE
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COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
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BOULEVERSÉ
CONVICTION
DISPOSÉ
EN
PALIERS
VENT
ELLE FAIT
LA GROSSE
VOIX
PRÉFIXE
PRIVATIF
PETIT
STÈRE
IL VISE
LES
NANTIS
BIEN À TOI
BIEN
FICELÉ
MÈRE À
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PAS POUR
TOUTES
LES
OREILLES
PANNEAU
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SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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LE FIGARO
mercredi 26 septembre 2018
39
Clarisse Agbegnenou,
la lionne des tatamis
Cédric Callier
ccallier@lefigaro.fr
B
ravo, petite sœur. » C’est par ces
mots simples que Teddy Riner a salué le troisième titre mondial décroché par Clarisse Agbegnenou à
Bakou, en Azerbaïdjan. Une performance exceptionnelle qui lui
permet d’égaler Brigitte Deydier,
Lucie Décosse et Gévrise Émane
dans l’histoire des judokates françaises les plus titrées
sur le plan mondial. À ceci près qu’Agbegnenou a réalisé ce triplé à seulement 25 ans, soit trois années de
moins que Deydier tandis que les deux autres avaient
déjà atteint la trentaine. Une précocité extraordinaire, qui la rapproche du phénomène… Riner. D’autant
plus que les deux s’entendent comme larrons en foire
dès qu’il s’agit d’animer la vie de l’équipe de France.
Clarisse, en particulier, n’a pas son pareil pour ramener le sourire sur le visage de ses coéquipières.
« Elle a un côté boudeuse mais qui ne dure pas, décrit
ainsi sa mère, Pauline. Elle est plutôt constamment
joyeuse. » Ce qui n’est pas antinomique avec un caractère affirmé. Celui d’une championne qui ne supporte pas l’échec. Et de remonter à la surface le souvenir de la Française à l’AccorHotels Arena de Bercy,
le 11 février 2017. Battue quelques minutes auparavant
par la Slovène Tina Trstenjak, le visage d’Agbegnenou
exprimait une colère froide. Et une détermination
sans faille. Pourtant, la Slovène venait de lui infliger
un quatrième revers consécutif après ceux, notamment, en finale du Championnat du monde 2015 et
surtout des Jeux olympiques de Rio 2016. Une véritable bête noire, à l’ascendant psychologique certain.
Contre toute attente, néanmoins, la native de Rennes,
mais qui a grandi à Asnières, déclarait alors : « J’ai
compris ce qui ne va pas. Je vais travailler davantage et
c’est fini, elle ne me battra plus. » Péché de suffisance ?
Depuis, Agbegnenou a croisé deux fois la route de
Trstenjak, en finale des Championnats d’Europe et
du monde 2017, pour deux succès. Tout un symbole
pour celle qui aime à se décrire « comme une lionne en
«
UN DERNIER MOT
edemontety@lefigaro.fr
cage avant la compétition » et qui donne tout ensuite
sur le tatami. Avec un style très agressif qui a fait sa
force au début de sa carrière, avant de se retourner
un peu contre elle. À l’image, une fois de plus, de
Teddy Riner, la judokate d’origine togolaise cherchait systématiquement l’ippon (l’équivalent du
K.-O. en boxe), si possible spectaculaire. Calculer,
très peu pour elle.
Surmonter l’adversité
D’une puissance peu commune dans sa catégorie des
moins de 63 kg, Agbegnenou prenait cependant le
risque de s’enfermer dans un judo unidimensionnel
plus aisément disséqué et contré par ses adversaires.
Ce que la Française a compris et assimilé à l’entraînement. Un travail de répétition pour lequel elle n’a
que peu de goût, elle qui aime se plaindre du nombre
d’heures passées sur le tatami. Ce qui ne l’empêche
pas, paradoxalement, d’être une travailleuse acharnée et assidue. Comme si elle avait trouvé avec le
judo le parfait compagnon et… défouloir. Une disci-
MLADEN ANTONOV/AFP
SUCCÈS À 25 ans, la judokate française a décroché,
dimanche dernier, le troisième titre mondial
d’une carrière déjà impressionnante.
pline qu’elle a débutée à l’âge de 9 ans, « pour canaliser mon énergie », rappelle-t-elle. « C’était un véritable garçon manqué à l’époque », se souvient sa
mère. Il faut dire qu’Agbegnenou a grandi aux côtés
de trois frères, l’un plus âgé, l’un plus jeune et le dernier est son jumeau. Mais la patronne, à la maison,
c’est elle. Après ses parents, évidemment. À qui elle
doit tout, comme elle l’expliquait il y a quelques années, dans un entretien accordé au site de l’Insep :
« J’ai prouvé à tous ceux qui ne croyaient pas en moi
qu’en travaillant, en ayant de la volonté, je pouvais
réussir. Si ça peut inspirer des jeunes filles qui étaient
dans mon cas… Parfois, je me dis quand même que j’ai
une bonne étoile et que c’est un miracle. Car mes parents auraient pu refuser que leur seule fille parte en
pôle à l’âge de 15 ans. Et voilà le résultat aujourd’hui. »
Une volonté que la future triple championne du
monde avait exprimée dès les premières heures de
son existence, comme l’avait expliqué sa mère au
micro de RTL en 2016 : « Elle avait un problème de rein
à la naissance, elle a dû être réanimée puis est restée
une semaine en surveillance. » Très jeune, donc, elle a
appris à surmonter l’adversité. Sur un tatami, son
parcours a tout de celui d’une surdouée. Avec ce mélange étonnant et détonant de détermination et de
décontraction qui la caractérise, elle qui déclarait au
Figaro avant d’aborder les Championnats du monde
de Bakou, cette année : « Mon état d’esprit ? Cool
Raoul. Je ne vais pas me mettre la pression pour cela. Je
commence à avoir l’habitude de gérer l’approche de
cette compétition. » Désormais patronne de sa catégorie, Agbegnenou entend bien le rester jusqu’en
2020, date des prochains Jeux olympiques, à Tokyo.
Le Japon, le berceau du judo. La seule médaille d’or
qui manque encore à son fantastique palmarès. Au
pays du Soleil-Levant, la Française rêve d’une finale
face à la Japonaise Miku Tashiro, celle qu’elle a battue en finale dimanche dernier. « C’est mon adversaire la plus dangereuse et ce serait tellement fort de la
battre chez elle ! », confiait-elle, des étoiles dans les
yeux. Avec toujours ce sourire, contagieux, aux
lèvres. La lionne n’a pas fini de rugir. ■
Bio
EXPRESS
1992
Naissance à Rennes
(Ille-et-Villaine).
2008
Championne d’Europe
cadettes.
2010
Championne de France
seniors.
2013
Championne d’Europe
(comme en 2014 et 2018).
2014
Championne du monde
(comme en 2017
et 2018).
2016
Vice-championne
olympique à Rio
de Janeiro.
Par Étienne de Montety
Valls [val-s’]
Manuel de découverte de Barcelone.
L
’ancien premier ministre Manuel Valls a annoncé sa candidature à la mairie
de Barcelone. Son nom, quoique catalan, évoque une danse viennoise (du mot
allemand Walzer). Et le rapprochement entre les deux lui va assez bien, tant
en voyant son parcours, on songe à Baudelaire : Valls ? Mélancolique et langoureux
vertige. Depuis quinze ans, il semble toujours en mouvement. On pourrait même dire
qu’il est à trois temps : parlementaire, ministre, et maintenant candidat à la mairie
de la capitale catalane.
Ces défis en série sont le lot de beaucoup d’hommes politiques. Sauf que lui n’arrête
pas : PS, ou En Marche !, France ou Espagne, on est là devant un Valls en perpétuelle
hésitation. Après avoir connu la valse des ministres, il joue celle des étiquettes.
Reste maintenant aux habitants de Barcelone de décider s’ils veulent de l’intrépide
comme maire, ou s’ils jugent que ce candidat arrivé de Paris est un Valls de trop.
Auquel cas, ils ne se priveront pas de lui faire danser ce qu’on appelle là-bas la valse
des toréadors : en français, cela se traduit par l’expression « envoyer valser ». ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Quelque 500 personnes étaient invitées, lundi soir, à la réception
donnée par l’ambassadeur d’Arabie saoudite, au Petit Palais, à
Paris, à l’occasion de la fête nationale du royaume. L’ex-ministre
des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, Michèle Alliot-Marie,
était présente : elle est au cœur de la relation diplomatique avec
les pays arabes pour le compte du Parlement européen. Alexandre
Benalla, l’ex-chargé de mission d’Emmanuel Macron à l’Élysée
pour la sécurité, était également là, écoutant attentivement
l’ambassadeur Al-Ankary, avant de se diriger vers le buffet.
Nicolas Canteloup
“La revue de presque”
dans le 7h-9h de Nikos Aliagas
L’emprise étouffante de l’administration préfectorale
Un élu d’Ile-de-France n’en finit plus de pester « contre la morgue
de l’administration préfectorale ». « On se plaint, dit-il, de l’arrogance
de l’exécutif mais dans les départements, l’emprise de la technostructure devient
terrible. » Un exemple ? Des préfets qui s’autorisent à convoquer en préfecture
des députés franciliens à des réunions le mardi après-midi, à l’heure
des questions au gouvernement et au moment surtout où l’activité législative
bat son plein. Du jamais vu auparavant !
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GOLF NATIONAL
LES PIÈGES DE L’ALBATROS,
UN PARCOURS UNIQUE PAGES 6 ET 7
THOMAS BJÖRN :
« SUR LE PAPIER, LES ÉTATS-UNIS
SONT FAVORIS » PAGE 8
CARL RECINE/REUTERS ; FRANCK FIFE/AFP
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Ryder Cup 2018 : du golf de folie !
MATCH EUROPE-ÉTATS-UNIS Jusqu’à dimanche, le surdoué Rory McIlroy et le phénomène Tiger Woods,
avec les meilleurs joueurs du monde, vont faire le spectacle sur le parcours Albatros du Golf National.
Woods : « Les jeunes
n’avaient encore jamais
vu le vrai Tiger »
D
epuis qu’il a posé le pied sur je sais que je suis difficile à battre. »
le tarmac de l’aéroport Avec cette victoire, Tiger Woods a
Roissy-Charles-de-Gaulfait le plein d’adrénaline. Les mille, lundi vers 14 heures, Tiger liers de fans qui lui ont emboîté le
Woods monopolise l’attention. La pas sur le trou 18 de l’East Lake Golf
légende du golf mondial, sélec- Club, dimanche, l’ont idolâtré
tionnée par le capitaine Jim Furyk comme ils le faisaient aux plus belparmi les douze joueurs de l’équipe les heures du champion, en scandes États-Unis, est évidemment la dant son nom mais aussi « U-S-A !
tête d’affiche de la Ryder Cup 2018, U-S-A ! U-S-A ! », histoire de lui
mais il est surtout celui grâce rappeler qu’il était bien le patron
auquel l’événement prend une de l’équipe américaine.
dimension mondiale. La planète « Je n’ai pas été très performant en
entière veut aujourd’hui tout Ryder Cup, a reconnu Woods marsavoir sur son fantastidi. Quand on regarde
que retour au premier
mes statistiques, elles
plan.
ne sont pas flatteuses.
Je n’ai
« Beaucoup de gens ont
Je n’ai pas remporté
pas
gagné
douté de mon retour,
beaucoup de matchs.
de
Ryder
Cup
mais je remercie sinPersonnellement, je
depuis
1999.
cèrement ceux qui
n’ai pas gagné de
J’espère
m’ont soutenu », a-t-il
Ryder Cup depuis
expliqué
d’entrée,
1999. J’espère que cela
que cela va
mardi, lors de sa
va changer. Les Étatschanger
conférence de presse
Unis n’ont plus gagné
TIGER WOODS
très attendue au Golf
en Europe depuis
National de Saint-Quentin-en- vingt-cinq ans. J’espère, là aussi,
Yvelines.
que cela va changer. »
En remportant dimanche à Atlanta Aujourd’hui, celui qui a encaissé
(Géorgie, États-Unis) le Tour près de 1,4 milliard de dollars de
Championship, Tiger a inscrit une gains en carrière est relancé sur le
80e ligne à son palmarès sur le PGA sentier de la gloire. Et n’espère
Tour. Surtout, il a renoué avec la qu’une chose aujourd’hui, remvictoire après cinq années porter la Ryder Cup avec les Étatsd’insuccès et de doutes.
Unis, sur le parcours de l’Albatros
« Tous les jeunes joueurs (du circuit du Golf National de Saint-Quenprofessionnel) n’avaient encore tin-en-Yvelines, dimanche soir.
jamais vu le vrai Tiger Woods. Ils Une compétition sans aucune
voulaient tous se mesurer à moi. dotation pour les vainqueurs. ■
LAURENT LOUËT
Quand je suis à mon meilleur niveau,
»
C. PLATIAU/REUTERS
STUART FRANKLIN/GETTY IMAGES/AFP
Sport
LE FIGARO
mercredi 26 septembre 2018
RYDER CUP FRANCE 2018 3
La France est prête pour
la plus belle Ryder Cup de l’histoire
ÉVÉNEMENT Le duel mythique entre Européens et Américains vit son âge d’or.
Et c’est Paris qui va être, pour la première fois, le témoin privilégié
de la plus spectaculaire des compétitions de golf de la planète.
O
ROMAIN
SCHNEIDER
ubliez les ambiances policées et feutrées des grands tournois du circuit professionnel de golf. Place à la folie de la
Ryder Cup. La guerre des mondes. LA
rencontre que l’Europe et les États-Unis
attendent fébrilement tous les deux ans.
Même ceux qui considèrent le golf comme « boring » (« ennuyeux ») tombent
vite sous le charme de cette épreuve pas
comme les autres. Le peu démonstratif
Brooks Koepka a esquissé un sourire et
salué le public de la main, après sa victoire à l’US Open ; on l’imagine déjà,
yeux hallucinés, se frappant le torse en
hurlant sa détermination à la foule, rien
qu’en remportant un trou pour les
États-Unis ce week-end.
À chaque Ryder Cup, une tension
incontrôlable gagne les participants et
le public, en transe. Il en sera de même
sur les fairways de l’Albatros, dans une
ambiance de Ligue des champions de
football. La tribune colossale (6 200
places) qui borde le trou numéro 1 risque de trembler dans un vacarme ahurissant dès vendredi matin, à la fraîche,
quand les premiers duellistes s’élance-
ront. Drapeaux frénétiques, joueurs
qui exhortent la foule, de l’émotion, du
suspense, de la joie collective dans un
sport individuel par excellence, des
Britanniques ou des Espagnols unis
sous un même drapeau… C’est un peu
tout ça, la Ryder Cup. Pour un moment
historique.
Un milliard
de téléspectateurs
Le 17 mai 2011, George O’Grady, alors
directeur du Tour européen, a prononcé le mot « France » dans les salons du
Wentwoth Golf Club. Sept ans plus tard,
le rêve devient réalité. Le golf français
ne connaîtra pas d’autre événement de
cette dimension – pas même lors des
Jeux de Paris en 2024 – avant très longtemps. Plus de 270 000 spectateurs vont
se rendre sur le site du Golf National
cette semaine. Pas loin d’un milliard de
téléspectateurs vont avoir les yeux braqués sur la France. Pour une édition qui
s’annonce légendaire. Les Américains,
qui n’ont plus triomphé en Europe
depuis 1993, s’avancent en favoris sur le
papier, même si le duel devrait être,
comme la plupart du temps ces dernières années, très équilibré.
Depuis la première édition en 1927, les
États-Unis mènent 26 victoires contre
13 pour l’Europe. Ce duel Europe-ÉtatsUnis constitue désormais l’un des cinq
plus grands événements sportifs mon-
diaux. Ce n’était pourtant pas gagné
quand l’épreuve a vu le jour. La compétition a pris forme grâce à l’apport du
riche marchand de graines anglais
Samuel Ryder, passionné de golf qui a eu
l’idée d’une compétition basée sur le
duel (en « match-play »). Mais le suspense n’a pas été au rendez-vous pendant de longues années. Après quelques
balbutiements (défaites en 1929 et 1933),
les Américains ont survolé l’épreuve.
Entre 1935 et 1983, ils n’ont ainsi perdu
qu’une seule Ryder Cup (en 1957) ! Il faut
dire que jusqu’en 1973, les États-Unis
ont ferraillé seulement avec la GrandeBretagne, laquelle - ironie du sort à
l’heure du Brexit - représentait seule
l’Europe. La compétition s’est rééquilibrée à la fin des années 1970 avec
l’ouverture de l’équipe britannique à
des golfeurs européens du Continent.
L’arrivée de l’Espagnol Severiano Ballesteros a été un élément clé de la
reconquête européenne. « L’Américain
Jack Nicklaus a beaucoup œuvré pour
l’ouverture de l’équipe britannique. Il
avait senti que la Ryder commençait à
perdre en intérêt avec la domination des
Américains », souligne Sébastien Brochu, journaliste, conférencier et historien du golf. Ce changement a bien porté ses fruits : les représentants du Vieux
Continent ont gagné 10 des 19 éditions
depuis 1979, dont la mythique victoire
de Medinah (Illinois) en 2012. Menés
10 à 6 à l’issue des doubles, les Euro-
péens se sont imposés sur le fil 14½ à
13 ½. « C’est à partir de 1983 que l’équipe
européenne a été en mesure de s’imposer.
Il y a eu un changement d’ère avec la victoire de 1985 sous la houlette de Ballesteros et de l’Allemand Bernhard Langer. »
Aucun « prize money » !
Depuis la fin des années 80, l’âpreté des
duels entre les deux camps a rendu
l’épreuve légendaire. Chaque édition est
un moment d’éternité. L’édition de 1991
en Caroline du Sud a été surnommée la
« Guerre sur le rivage » (« War of the
Shore »). Celle de 1999, la « Bataille de
Brookline », en raison notamment de
débordements du public. Celle de 2018
en France aura une bonne place dans les
livres d’histoire. Pour la gloire. Dans un
sport où l’argent est roi, le « prize
money » d’une Ryder Cup est de zéro.
« Il était de 25 livres sterling lors de la première édition, souligne néanmoins
Sébastien Brochu. Samuel Ryder proposait 25 livres sterling pour le gagnant et un
buffet de sandwiches poulet avec des coupes de champagne. Bien des années plus
tard, Tiger Woods a essayé un moment de
négocier pour que les joueurs ne viennent
pas gratuitement. Il n’a pas été entendu. »
Pour tout l’or du monde, chaque amateur de golf ne peut manquer les trois
jours de matchs qui vont enflammer le
Golf National du jeudi 28 au dimanche
30 septembre. ■
Vue du 18e (à gauche)
et du 15e trous
du parcours de l’Albatros.
Programme
l MERCREDI 26 SEPTEMBRE
Ouverture du Golf National
(2, avenue du Golf, 78280
Guyancourt) à 7 h. Entraînement
à partir de 8 h pour les équipes
d’Europe et des États-Unis.
Un match amical oppose
les équipes de Ryder Cup Junior.
Fin de l’entraînement à 17 h 30.
Fermeture des portes à 20 h.
Tarifs : 45 € (adultes),
10 € (enfants, - 16 ans).
l JEUDI 27 SEPTEMBRE
Ouverture du Golf National à 7 h.
Entraînement pour les deux
équipes à partir de 8 h. Début
de la cérémonie d’ouverture
de la 42e édition de la Ryder Cup
à 17 h. Un concert clôt la soirée.
Fermeture des portes à 21 h.
Tarifs : 80 € (adultes), 10 €
(enfants, - 16 ans).
l VENDREDI 28 SEPTEMBRE
Ouverture du Golf National
à 6 h 30. Début de la compétition à
partir de 8 h 10 avec les départs
du trou n° 1. La formule du matin
est un « fourballs » tandis que
l’après-midi (13 h 10), les joueurs
évoluent en « foursome ».
l SAMEDI 29 SEPTEMBRE
Ouverture du Golf National
à 6 h 30. Début de la compétition
à partir de 8 h 10 avec les départs
du trou n° 1. La formule du matin
est un « foursome » tandis que
l’après-midi (13 h 10), les joueurs
évoluent en « fourballs ».
l DIMANCHE 30 SEPTEMBRE
Ouverture du Golf National
à 7 h 30. Début à 12 h 05 des
« simples ». La remise du trophée
et la cérémonie de clôture sont
prévues à 18 h. Le Golf National
ferme ses portes à 21 h.
Si des intempéries retardent
les matchs, la Ryder Cup 2018
pourrait se terminer le lundi.
l À LA TÉLÉVISION
Vendredi 28 : 8 h-9 h 30 ;
11 h 40-13 h 50 ; résumé 19 h 0520 h 30 sur Canal + en clair.
Samedi 29 : 12 h 15-13 h 45 ;
résumé 19 h 05-20 h 30
sur Canal + en clair.
Dimanche 30 : 11 h 40-12 h 25
sur Canal + en clair.
L’intégralité de la compétition
est diffusée sur Canal+ Sport
les jeudi (17 h-18 h), vendredi
(8 h-19 h), samedi (8 h-19 h)
et dimanche (11 h 40-18 h 30).
DAVID CANNON/GETTY IMAGES/LE GOLF NATIONAL
l SUR INTERNET
Du vendredi 27 au dimanche 30,
les spécialistes Golf de
la rédaction des Sports du Figaro
se mobilisent (8 h-18 h) pour
couvrir l’événement en direct sur
Internet (http://golf.lefigaro.fr)
et sur les applications mobile
et tablette gratuites
« Figaro Golf » (iOS et Android).
DOSSIER COORDONNÉ
PAR LAURENT LOUËT
Pascal Grizot : « Notre pays va rayonner dans le monde »
L
a Ryder Cup 2018 est son idée. Le
vice-président de la Fédération
française de golf a porté le dossier pendant près de dix années.
LE FIGARO. - Pascal Grizot,
dans quel état d’esprit êtes-vous
quelques heures avant l’ouverture
de la Ryder Cup 2018 ?
Pascal GRISOT. – Je me sens serein.
Tout est sur des rails. Il n’y a qu’un seul
paramètre qui n’était pas contrôlable,
c’était le temps. Or, les prévisions
météo sont optimistes. Il n’y aura pas
de conséquences négatives sur ce plan.
La Ryder Cup permet de parler du golf
en France comme on n’en a jamais parlé auparavant. Et notre pays va rayonner partout dans le monde grâce à cet
événement très médiatique. Ce sont
deux motifs de satisfaction pour les
équipes qui ont beaucoup travaillé.
Un sondage réalisé par Odoxa,
paru dimanche dernier,
révélait que 48 % des Français
ont entendu parler de la Ryder Cup
alors que près de 20 % comptent
s’y intéresser ?
C’est formidable ! C’est la réponse au
dénigrement de certains pendant toutes ces années de travail et d’organisation. Le golf ne passe pas inaperçu.
Vous avez également la chance
de pouvoir compter sur Tiger Woods ?
C’est extraordinaire ! Grâce à la Ryder
Cup, les Français vont voir Tiger
Woods chez eux ! C’est génial et colossal pour la compétition. Tiger Woods
est revenu au plus haut niveau de
façon miraculeuse. Les États-Unis
sont aux anges. Je suis content pour lui
et pour l’épreuve. Le joueur et l’homme ont une dimension extra-golfique
qui donne un écho infini à cette édition. Cela dépasse tout ce que nous
avions imaginé. C’est aussi une bonne
nouvelle pour une potentielle victoire
des États-Unis, moins bonne pour
l’équipe européenne, même si je suis
curieux de voir comment Jim Furyk va
composer ses duos…
« C’est extraordinaire ! Grâce à la Ryder
Cup, les Français vont voir Tiger Woods
chez eux ! », se réjouit Pascal Grizot.
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Avez-vous une équipe favorite ?
L’équipe américaine est une véritable
armada. Cela dit, j’espère que les Européens vont gagner. Ce qui est sûr, c’est
que les meilleurs joueurs du monde
sont présents ! Il faut faire partie des
vingt-huit premiers du classement
mondial pour être là ! Toux ceux qui
doutaient du bien-fondé de l’organisation de la Ryder Cup dans notre pays
ont leur réponse : il aurait été impossible de les faire venir en France sans cette compétition !
Il n’y a pas de joueur français…
En 2016, Romain Langasque avait battu
Bryson DeChambeau, vainqueur de
l’US Open amateur, en match-play.
Aujourd’hui, DeChambeau joue la
Ryder. Que pouvons-nous y faire ?
Le protocole est-il calé ?
Le protocole est calé selon les disponibilités des uns et des autres. Le président
de la République et le premier ministre
ont annulé. Je le regrette pour notre pays
et surtout pour les serviteurs de l’État,
qui auraient pu voir dans leurs présences, une forme de reconnaissance. Valérie Pécresse prononcera le discours de la
cérémonie d’ouverture. Et Roxana
Maracineanu, ministre des Sports, sera
présente pendant la compétition et
remettra le trophée dimanche. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR
LAURENT LOUËT
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
4
Ryder Cup, mode d’emploi
AURÉLIEN MEUNIER/GETTY IMAGES/AFP
COMPÉTITION Douze Européens opposés
à douze Américains s’affrontent de vendredi à dimanche
en match-play. Explications.
L
ROMAIN SCHNEIDER
a Ryder Cup se
dispute en équipes de douze joueurs, sur trois jours,
tous les deux ans (une fois en Europe,
une fois aux États-Unis). Les matchs
(en double et en simple) sont joués
dans le format si particulier du matchplay : chaque trou gagné vaut un point
dans cette formule de jeu propice au
spectacle. Un match-play peut être
gagné avant le 18e trou, si un duo ou un
La tribune
colossale
(6 200 places)
qui va border
le trou numéro un
du parcours
de l’Albatros.
joueur possède une avance plus
importante qu’il ne reste de trous à
jouer (3 points et 2 trous, par exemple).
En cas d’égalité après 18 trous, les deux
équipes comptent alors un demi-point
chacune. 28 points au total sont à
prendre sur les trois jours. La première
équipe atteignant 14,5 points l’emporte. En cas d’égalité à 14 points partout,
l’équipe tenante du titre conserve le
trophée. Dans ce cas précis, les ÉtatsUnis conserveraient leur couronne
lors de la Ryder Cup 2018, pour la
deuxième fois consécutive. Du matchplay et trois formules au programme :
les foursomes, les fourballs et les simples. Les journées de vendredi et
samedi sont consacrées aux matchs en
doubles alors que le dimanche est
exclusivement réservé aux matchs en
simples. Lors des doubles des deux
premiers jours, les capitaines peuvent
faire jouer qui ils le souhaitent. Ainsi,
chaque membre d’une équipe peut
disputer au minimum un match pendant une Ryder Cup, contre cinq au
maximum. Jim Furyk et Thomas
Björn, les deux capitaines, présenteront leurs équipes et les premiers doubles choisis, jeudi, lors de la cérémonie
d’ouverture.
❚ Les Foursomes
Disputés le vendredi et le samedi, les
foursomes mettent en jeu 8 points. Quatre foursomes sont disputés par jour
entre deux joueurs européens et deux
joueurs américains. Les duos de chaque
équipe jouent une seule balle, alternativement. À chaque trou pair, un même
joueur prend le départ. L’ordre de
départ est donc inversé sur les trous
impairs.
❚ Les simples
16 points sont distribués par les doubles.
12 points sont en jeu lors de cette ultime
journée du dimanche. Autant dire son
importance. Les simples opposent en
face-à-face les douze joueurs de chaque
équipe, toujours en match-play. Celui
qui accumule le plus de trous gagnants
remporte son simple et offre un point à
sa formation. Spectacle garanti et
rebondissements (quasi) assurés. En
2012, à Medinah, aux États-Unis,
l’Europe était menée 10 points à 6 à
l’issue des doubles avant de renverser
l’équipe américaine 14 et demi à 13 et
demi ! Les Européens avaient glané
8 points et demi sur 12 lors des simples
pour coiffer sur le fil les Américains… ■
❚ Les fourballs (4 balles)
Également disputés le vendredi et le
samedi, les fourballs (quatre balles)
mettent en jeu 8 points. Quatre fourballs
sont ainsi disputés par jour. Ils opposent
encore des duos : deux joueurs européens face à deux joueurs américains.
Dans le cadre de cette formule, chaque
joueur conserve et joue sa propre balle.
Le meilleur score des quatre balles sur
chaque trou est pris en compte.
Europe : sept ex-lauréats ambitieux et cinq rookies talentueux
L’équipe européenne présente un mix
inédit de joueurs confirmés et de garçons qui découvriront la Ryder Cup en
France.
aJUSTIN ROSE (1)
(ANGLETERRE), 38 ANS, 1ER MONDIAL *
Devenu numéro 1 mondial malgré une
défaite en playoff au BMW Championship (9 septembre), l’Anglais a
rarement déçu en Ryder Cup. Héros en
2012 à Medinah face à Phil Mickelson,
il ne perd aucun de ses cinq matchs à
Gleneagles en 2014 ! Ryder Cup jouées :
2008, 2012, 2014 et 2016. Vainqueur en
2012 et 2014.
aRORY MCILROY (2)
(IRLANDE DU NORD),
29 ANS, 5E MONDIAL
Son bras de fer avec Patrick Reed à
Hazeltine (2016) est resté dans les
mémoires. Il semble revenir à son
meilleur niveau avec une 2e place au
British suivi quelques jours plus tard
d’un top 10 (6e) au WGC-Bridgestone
Invitational. Ryder Cup jouées : 2010,
2012, 2014 et 2016. Vainqueur en 2010,
2012 et 2014.
aFRANCESCO MOLINARI (3)
une 4e place au Masters suivie d’une
victoire à l’Open d’Espagne avant
deux tops 5, en France et en Irlande.
Une véritable force de la nature. Aucune Ryder Cup jouée.
aTOMMY FLEETWOOD (5)
MONDIAL
Il a pris son envol l’an passé quand il a
gagné à Abu Dhabi puis au HNA Open
de France. Numéro 1 de la Race 2017
avec 5 386 955 points. Il s’est distingué à
l’US Open (2e) mais aussi sur le PGA
Tour, dont il est un membre à part
entière avec un seul cut manqué en dixsept départs. Aucune Ryder Cup jouée.
(ANGLETERRE), 27 ANS, 12E
(ITALIE), 35 ANS, 6E MONDIAL
Le Turinois a aligné les succès en 2018 :
BMW PGA Championship, Quicken
Loans National (PGA Tour) et British
Open. Il pourrait bien être un pion
essentiel, lui qui reste toujours à la
recherche d’une première victoire
(4 défaites, 2 nuls) en Ryder Cup.
Ryder Cup jouées : 2010 et 2012. Vainqueur en 2010 et 2014.
aJON RAHM (4)
(ESPAGNE), 23 ANS, 7E
MONDIAL
L’ancien étudiant d’Arizona State a
connu un milieu de saison intense avec
aALEXANDER NOREN (6)
(SUÈDE), 36 ANS, 15E MONDIAL
Navigue entre l’European Tour et le
PGA Tour mais c’est en France qu’il a
récemment brillé, s’offrant l’Open de
France au Golf National. Sur le par-
cours qui va accueillir la 42e Ryder
Cup. Un gage de confiance pour le
staff européen. Aucune Ryder jouée.
quatre picks. Ryder Cup jouées : 2006,
2008, 2014 et 2016. Vainqueur en
2006 et 2014.
aPAUL CASEY (7)
aTYRRELL HATTON (9)
(ANGLETERRE), 41 ANS, 18E MONDIAL
C’est son grand retour après dix ans
d’absence. Son bilan en Ryder Cup est
plutôt positif avec 3 victoires et 4 nuls
pour 2 défaites. Très expérimenté, il a
gagné début mars au Valspar Championship (PGA Tour) devant Tiger
Woods ! Ryder Cup jouées : 2004, 2006
et 2008. Vainqueur en 2004 et 2006.
(ANGLETERRE), 27 ANS, 26E MONDIAL
À l’instar de Fleetwood, il a connu un
tournant en 2017 avec un doublé au
Dunhill Links Championship et un succès la semaine suivante à l’Italian Open,
son premier Rolex Series. A brillé à l’US
Open en juin (6e) et à l’USPGA (10e).
Aucune Ryder Cup jouée.
aSERGIO GARCIA (10)
aHENRIK STENSON (8)
(ESPAGNE), 38 ANS, 28E MONDIAL
Malgré une saison plutôt terne (cut
manqué au Masters), l’Espagnol a été
retenu par Thomas Björn. Un choix
très contesté mais quand on regarde
son palmarès en Ryder Cup, on peut
comprendre le Danois : 19 victoires et
7 nuls pour 11 défaites. Ryder Cup
jouées : 1999, 2002, 2004, 2006, 2008,
2012, 2014 et 2016. Vainqueur en 2002,
2004, 2006, 2012 et 2014.
(SUÈDE), 42 ANS, 24E MONDIAL
Comme Garcia, le Suédois n’est pas
dans la forme de sa vie mais son expérience en Ryder Cup (7 victoires et
2 nuls pour 7 défaites) est un atout
pour l’Europe. C’est d’ailleurs pour
cela que Björn l’a retenu parmi ses
Le capitaine Thomas
Björn (47 ans,
photo ci-contre)
s’est entouré
d’hommes
d’expérience
pour composer
son staff. Après avoir rapidement nommé
le Suédois Robert Karlsson (49 ans),
le Danois a étoffé son staff
avec des garçons qui ont compté
lors des dernières Ryder Cup en tant que
joueurs. Les Anglais Luke Donald (40 ans)
et Lee Westwood (45 ans), 30 victoires
à eux deux, l’Irlandais Padraig Harrington
(47 ans) que l’on annonce comme le futur
capitaine pour 2020, et le Nord-Irlandais
Graeme McDowell (39 ans), auteur
du point décisif en 2010 au Celtic Manor
(pays de Galles) et coéquipier modèle
du Français Victor Dubuisson en doubles
à Gleneagles (Écosse) en 2014.
aIAN POULTER (11)
1
2
3
(ANGLETERRE), 42 ANS, 34E MONDIAL
Dès qu’il est question de Ryder Cup, les
sens s’éveillent chez lui. Sublime joueur
de match-play, il demeure toujours
invaincu en simple dans cette compétition (4 victoires, 1 nul). Ryder Cup
jouées : 2004, 2008, 2010, 2012 et 2014.
Vainqueur en 2004, 2010, 2012 et 2014.
4
aTHORBJORN OLESEN (12)
5
9
6
10
7
11
(DANEMARK), 28 ANS, 44E MONDIAL
C’est chez lui, au Danemark, début
septembre, qu’il a validé son ticket
pour la Ryder Cup en prenant la huitième place qualificative directe. Vainqueur de l’Italian Open le 3 juin, il sera
l’un des cinq rookies de l’équipe européenne. Aucune Ryder jouée.
8
12
PHOTOS AP
GETTY IMAGES/
LE GOLF NATIONAL
CAPITAINE
ET VICE-CAPITAINES
LIONEL VELLA
* Le classement mondial
de chaque joueur est arrêté
au 16 septembre.
LE FIGARO
mercredi 26 septembre 2018
RYDER CUP FRANCE 2018 5
États-Unis : une « Dream Team » impressionnante
aBROOKS KOEPKA (1)
(6 victoires, 5 défaites). Ryder Cup
jouées : 2010, 2012 et 2016. Vainqueur
en 2016.
aJUSTIN THOMAS (3)
25 ANS, 4E MONDIAL
28 ANS, 2E MONDIAL *
Trois victoires et une défaite, son bilan
en Ryder Cup est excellent. Comme en
Majeurs. Deux US Open (2017 et 2018) et
un UPSGA (2018) font de ce Floridien
une valeur sûre. Ryder Cup jouée : 2016.
Vainqueur en 2016.
Il effectue une année 2017 fracassante
avec un succès à l’USPGA avant de finir
premier de la FedEx Cup. Il joue dans la
foulée sa première Presidents Cup
avant de devenir numéro 1 mondial
durant quatre semaines en 2018. Aucune Ryder Cup jouée.
aDUSTIN JOHNSON (2)
aBRYSON DECHAMBEAU (4)
34 ANS, 3E MONDIAL
Gendre de la légende du hockey Wayne Gretzky, il n’est plus numéro 1
mondial depuis le 9 septembre. Son
bilan en Ryder Cup reste passable
25 ANS, 8E MONDIAL
Joueur atypique affichant dans son sac
des clubs de même longueur, il vient de
réaliser un début de playoffs de FedEx
Cup fabuleux avec deux victoires. Il
pourrait être associé à Tiger Woods en
doubles. Aucune Ryder Cup jouée.
simple ! Ryder Cup jouées : 2014 et 2016.
Vainqueur en 2016.
aRICKIE FOWLER (5)
aBUBBA WATSON (7)
29 ANS, 9E MONDIAL
Le beau gosse du circuit américain a dû
attendre trois Ryder Cup pour fêter sa
première victoire. C’était en 2016 à
Hazeltine (en foursome avec Mickelson). Ryder Cup jouées : 2010, 2014 et
2016. Vainqueur en 2016.
39 ANS, 13E MONDIAL
En Ryder Cup, il n’a jamais gagné en
simple ni en foursomes. Mais le Floridien est un magicien du jeu, atypique.
Ryder Cup jouées : 2010, 2012 et 2014.
aPATRICK REED (8)
28 ANS, 14E MONDIAL
aJORDAN SPIETH (6)
25 ANS, 10E MONDIAL
Le Texan traverse une période difficile,
sorti ainsi du top 30 de la FedEx Cup
après le BMW Championship et donc
privé du Tour Championship. Il compose une paire redoutable avec Patrick
Reed, mais n’a toujours pas gagné en
Surnommé Captain America depuis sa
performance inouïe à Hazeltine en 2016
(3,5 points en 5 matchs), il avait déjà
réalisé une sortie remarquée en 2014 à
Gleneagles (3 victoires, 1 nul). Il est
entré dans une autre dimension depuis
son succès au Masters 2018. Ryder Cup
jouées : 2014 et 2016. Vainqueur en 2016.
GETTY IMAGES/
LE GOLF NATIONAL
CAPITAINE
ET VICE-CAPITAINES
Jim Furyk (48 ans,
photo ci-contre) est
un capitaine comblé.
Il peut s’appuyer
sur les conseils
d’adjoints
chevronnés
tel Davis Love III (54 ans), capitaine
victorieux à Hazeltine en 2016. Il avait
au préalable désigné Tiger Woods
comme adjoint mais il a finalement
décidé d’en faire un joueur à part entière.
Steve Stricker (51 ans), déjà là en 2016,
sera un atout majeur du staff américain.
Quant à Matt Kuchar, Zach Johnson
et David Duval, qui endossent pour
la première fois ce rôle, ils apporteront
tout leur savoir-faire de joueurs encore
en exercice (pour les deux premiers)
et d’analyste confirmé.
1
5
2
6
3
7
4
8
aTONY FINAU (9)
29 ANS, 16E MONDIAL
Vainqueur sur le PGA Tour en 2016, il
signe une année 2018 remarquable avec
notamment trois tops 10 en Majeurs.
A été appelé comme douzième et dernier homme de l’équipe américaine.
Aucune Ryder Cup jouée.
aWEBB SIMPSON (10)
33 ANS, 17E MONDIAL
Après une traversée du désert qui aura
duré presque cinq ans, l’ancien vainqueur de l’US Open (2012) décroche en
mai dernier le Players Championship,
« 5e Majeur» de la saison. Ryder Cup
jouées : 2012 et 2014.
aTIGER WOODS (11)
42 ANS, 21E MONDIAL
Le Tigre revient au Golf National pour la
première fois depuis les Championnats
du monde amateur par équipes, en…
1994. Il sera l’attraction de cette
42e Ryder Cup, une compétition où il
n’a pas très souvent brillé : 13 victoires,
17 défaites, 3 nuls. Ryder Cup jouées :
1997, 1999, 2002, 2004, 2006, 2010 et
2012. Vainqueur en 1999.
aPHIL MICKELSON (12)
48 ANS, 25E MONDIAL
Un monument en Ryder Cup, présent
sans discontinuer depuis 1995. Ses
résultats y sont mitigés (18 victoires,
20 défaites, 7 nuls) et son association
malheureuse avec Tiger Woods à la
Ryder Cup 2004 reste un grand échec
de l’histoire. Ryder Cup jouées : 1995,
1997, 1999, 2002, 2004, 2006, 2008,
2010, 2012, 2014 et 2016. Vainqueur en
1999, 2008 et 2016. ■
L. V.
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12
DONNER LE MEILLEUR
SUR TOUS LES PARCOURS.
BMW PARTENAIRE OFFICIEL DE LA RYDER CUP 2018.
Consommations en cycle mixte selon motorisations de la Nouvelle BMW X4 : 5,4 à 9,1 l/100 km. CO2 : 142 à 206 g/km selon la norme NEDC corrélée.
BMW France, S.A. au capital de 2 805 000 € - 722 000 965 RCS Versailles – 3 avenue Ampère, 78180 Montigny-le-Bretonneux.
* Le classement mondial
de chaque joueur
est arrêté au 16 septembre.
Le plaisir
de conduire
K. C. COX/AFP ; S. GREENWOOD/AFP ; M. HUNTER/AFP ; J. D. MERCER/USA TODAY SPORTS ; C. HAWKINS/AFP ; D. HALLOWELL/AFP ; J. AMIS/AP ; B. DILL/USA TODAY SPORTS
Les douze Américains forment une
« équipe de rêve » constituée de plusieurs ex-numéros 1 mondiaux autour
de Tiger Woods.
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
m
6 RYDER CUP FRANCE 2018
Pour tout connaître des pièges
de l’Albatros…
COMMENT LIRE ?
CATÉGORIES
Professionnels
Série 1
Série 2 et 3
Dames
Juniors
Messieurs
192 Distance minimale et maximale
210
COUP COMMENTÉ
GREEN
173 m
Distance à parcourir
depuis les boules
de départ des différentes
catégories
101 m
Départ junior
(tee rouge)
Écart de distance par rapport
aux professionnels 72 m
Départ professionnel
(tee noir)
Trou n°
CARNET DE PARCOURS Le Français Grégory Havret, membre du staff de l’équipe
européenne, livre les secrets techniques du tracé de la Ryder Cup.
Grégory Havret fait partie avec Raphaël
Jacquelin du staff de Thomas Bjorn. Il
connaît par cœur le parcours Albatros,
hôte de la Ryder Cup.
❚ Premiers coups
« Le départ surélevé du trou n° 2 est
visuellement impressionnant avec l’eau.
Même si le green est assez large, la distance est conséquente. On tape un fer 6
ou 5 du fond avec un vent modéré, et plutôt un fer 4, vent contre, voire un fer 3.
Fin septembre avec une température
matinale et fraîche, il faut rajouter un
club. Le green est en biais par rapport au
départ. Plus on va à gauche, plus il
s’éloigne… »
2 : l’apontage
192
210
171
187
141
154
PAR
130
142
3
Trou n°
« Le 15 sera probablement décisif cette
semaine. On devrait avoir du spectacle.
Selon le vent et le temps, on tape au
départ un fer 4 ou un bois 3. L’idée c’est
de se rapprocher le plus de l’eau. Le
deuxième coup n’est pas simple pour
autant si on se retrouve avec un 8 et un 7
sur ce green en île. Avec un wedge, pas de
problème. »
«Le 18 est un sacré morceau. Avec un
vent favorable, beaucoup de joueurs vont
le driver par la droite. Le birdie devient
possible avec un wedge en deuxième
coup. Viser au départ le fairway dans
l’axe avec un fer 2, c’est avoir ensuite un
fer 8 ou 7 sur le deuxième coup. Et avec la
pression, c’est un coup compliqué. L’eau
est en jeu et on peut être puni très vite. »
❚ Deuxièmes coups
« À l’aller, je ne vois pas de trou plus difficile que le 7. On part en contrebas avec un
fairway plus haut que les yeux. Le bois 3
est souvent sorti au départ avec un
deuxième coup qui reste assez long au fer
5 ou 6, la plupart du temps. »
7 : le dromadaire
440
481
120
131
« Le trou 13 est stratégique, technique et
pourtant pas long. Il y a deux options. Un
drive ou un fer. Souvent, les joueurs sont
agressifs sur ce départ, car avec un bon
drive, on a une vraie option de birdie derrière. Ça “tue” le trou et l’eau n’est plus
trop en jeu. Avec un fer au départ, le
deuxième coup devient plus compliqué.
Les arbres peuvent gêner. »
418
457
411
449
PAR
359
393
4
Trou n°
❚ Greens
« Au niveau de la distance, le trou 9
n’est pas un problème pour les
24 joueurs qui vont tous le toucher en
deux coups. Il faut placer le drive au bon
101 m
endroit avec un deuxième coup aveugle.
Mais le green est très étroit. Et quand on
loupe le green, le chip peut être terrible à
doser. »
«Modifié, le green du 16 est un peu moins
difficile qu’il y a quelques années. Il ressemble toutefois beaucoup au dessin de
base. Il y a plus de positions de drapeaux
disponibles. Celles du milieu droit et au
font à gauche sont complexes. Sans vent,
c’est fer 8 ou fer 7 au départ. » ■
ROMAIN SCHNEIDER
9 : vent debout
PAR
5
541
592
346
378
529
579
Professionnels
200 m
179
149
138
128
173 m
152
122
111
101
- 72 m
- 62
499
546
301 m
279
272
220
207
405
443
398
435
- 51
- 94
- 81
- 21
- 29
- 22
0
COMMENTAIRE
Avec son départ surélevé et offert au vent,
ce par 3 impose le survol d’une pièce d’eau (137 mètres
au minimum) pour toucher un très large green plat,
bordé de bunkers et assez peu profond. Quel que soit
l’emplacement du drapeau, la tombée de balle
est un challenge car le danger se situe aussi bien
devant que derrière la zone à « pitcher ».
296 m
284
254
160
153
- 143
- 136
- 42
Pentes
- 12
0
42
0
3
Depuis les boules de départ très reculées, l’impression
visuelle est surprenante en raison d’énormes buttes qui
longent le fairway en montée, créant un important dévers
jusque vers un champ hors limite, à droite. Le plateau
surélevé une fois atteint, il reste un deuxième coup en
contrebas vers un green ni long ni large, adossé à de
profonds bunkers. Le trou cauchemar des amateurs.
GREEN
28
43 m
25
20
13
12
11
6
Ce long par 5 en dogleg droit,
rallongé en 2004, s’appuie sur
un fairway relativement large.
Le green en haricot, très étroit,
s’inscrit dans le prolongement
du dessin et est interminable
(près de 50 mètres). Au centre,
un dôme surplombe une double
pente qui renvoie la balle vers
les avant-greens et des bunkers.
Bunker
Trou n°
13 : l’île aux chênes
379
414
351
384
339
371
311
340
PAR
299
327
4
Trou n°
15 : le juge
373
408
362
396
PAR
345
377
320
350
4
Trou n°
16 : l’appel
PAR
311 m
283
271
243
231
151
165
137
150
266 m
238
226
198
186
- 80 m
- 68
- 40
- 28
0
Le départ reculé de ce par 4 en dogleg droit réduit la
lisibilité du fairway. Le drive devient donc très anxiogène.
Très ouvert sur sa partie gauche à la tombée du premier
coup, ce fairway est bordé sur la droite par un obstacle
d’eau latéral. Selon la tombée de drive, le coup d’approche
à suivre devient un réel challenge compte tenu
de la difficulté à estimer les distances.
3
172
177
301
329
261 m
250
233
208
189
112
122
- 50 m
- 25
112
122
- 11
0
- 72 m
- 53
- 28
- 11
0
C’est l’entrée dans le « stadium » que forment les quatre
derniers trous du parcours. Bien qu’assez court, ce trou
prend une dimension différente selon la direction du vent.
Avec son green en île, le deuxième coup doit être très
précis. L’emplacement court du drapeau accentue
la difficulté, à l’inverse d’une position dans le fond située
sur un plateau en montée.
Pentes
Revu et corrigé en 2014, ce
par 3 survole une pièce d’eau
frontale. Le green en contre
pente renvoie inexorablement
la balle vers l’eau en bas.
Un plateau sur le haut du green
propose une position
de drapeau avec un difficile
putt en descente. Attention
au vilain bogey !
33
28
27
35 m
21
17
14
GREEN
16
12
Bunker
Bunker
LE FIGARO
mercredi 26 septembre 2018
RYDER CUP FRANCE 2018 7
Le parcours préféré des meilleurs joueurs d’Europe
Le parcours Albatros du Golf National, à Saint-Quentin-en-Yvelines, où se déroulera la Ryder Cup du 28 au 30 septembre 2018
BUS
Retrouver le détail du trou
sur la page précédente
8
9
CENTRE
DE PRESSE
11
Practice
Bunker
HOTEL
POLICE
P
Départ
professionnels
PREMIERS
SECOURS
RESTAURATION
BANQUE
€
Village
Est
1
TOILETTES
BOUTIQUE
OFFICIELLE
12
10
16
€
7
17
BUS
3
Village
Ouest
13
15
2
SCÈNE DE CONCERT ET
DE CÉRÉMONIE D’OUVERTURE
6
18
Fairway
N
Green
Pont de Saint-Cloud
A 13 -
14
PARIS
E5
4
Vers
Rambouillet
N 118
A1
2
Vers Rouen
RN 12
D9
1
N 168
8
N 11
D 36
Pont
de Sèvres
Vers Chartres
Golf National
(Saint-Quentin-en-Yvelines)
La carte de score
Trous
Par
1
2
3
4
5
6
7
8
9
4
3
5
4
4
4
4
3
5
Trou n°
Distances
383 mètres
192 mètres
510 mètres
445 mètres
370 mètres
348 mètres
440 mètres
190 mètres
541 mètres
10
11
12
13
14
15
16
17
18
TOTAL
4
3
4
4
5
4
3
4
4
343 mètres
163 mètres
396 mètres
379 mètres
544 mètres
373 mètres
162 mètres
439 mètres
431 mètres
71
6 649 m
18 : la foule
431
471
409
447
PAR
411
449
392
429
301 m
279
281
262
240
- 72 m
- 39
- 22
0
Joué en par 5 par les amateurs, ce trou devient
un par 4 pour les pros. La mise en jeu s’effectue au-dessus
d’une pièce d’eau qui borde ensuite le fairway à gauche.
Le green en île, surplombé par les tribunes de spectateurs,
est une cible compliquée lorsque le vent souffle
en fin de parcours.
4
370
405
243 m
221
223
204
182
210 m
188
190
171
149
5
mercredi 26 septembre 2018 LE FIGARO
8 RYDER CUP FRANCE 2018
Thomas Björn : « Il n’y a pas que Tiger Woods »
TEAM EUROPE Si les États-Unis sont favoris de la 42e Ryder Cup, le capitaine de l’équipe européenne,
son staff et ses joueurs comptent déjouer les pronostics.
endezvous
avait été pris à l’Evian Championship, dans le secret du
pavillon d’hospitalité de Rolex.
Le capitaine danois de l’équipe
européenne de Ryder Cup est
l’un des ambassadeurs de la
marque horlogère suisse. Le
temps de l’interview, en toute
décontraction, il a joué cartes sur
table.
l’espoir à tout le monde, et pas
seulement aux golfeurs. Certes,
il ne sera probablement plus
celui qu’il a été. On ne peut pas
être à quarante ans comme à
vingt. Mais je pense qu’il peut
encore rivaliser avec les
meilleurs du monde.
Thomas Björn :
« La Ryder Cup, c’est
le continent européen.
Quiconque se trouve
dans l’équipe se bat
d’abord pour l’Europe,
pas pour son propre
pays. »
l’aise. Bref, je me sens en
osmose avec l’équipe.
Est-ce le plus grand
moment de votre
carrière ?
C’est certainement une
expérience unique. Je suis un
privilégié. Très peu de gens peuvent vivre ça. Cela rend humble.
Être capable de diriger des
joueurs d’un tel niveau d’excellence, représenter le golf européen, c’est quelque chose que je
n’aurais jamais imaginé. C’est
aussi un travail très exigeant. Je
consacre tout mon temps pour
cette équipe et les joueurs qui la
composent. Car c’est d’abord
leur Ryder Cup, pas la mienne. Je
ne me considère pas comme le
personnage principal mais plutôt
comme quelqu’un qui soutient
l’équipe. C’est eux qui ont travaillé dur, qui ont bien joué et
qui ont fait ce qu’il fallait pour
être parmi les douze.
ÉRIC FEFERBERG/AFP
Les parties de doubles serontelles la clé de la victoire finale ?
Les doubles sont importants car il
est important de prendre un bon
élan. Mais rappelez-vous que
seize points sont en jeu les deux
premiers jours et douze autres le
dimanche lors des simples. C’est
donc difficile de dire que les parties de doubles sont cruciales. Sur
le papier, il y aura toujours des
associations qui auront fière allure et qui à l’arrivée n’auront pas
marché, et vice versa. Il y a de
nombreux exemples où les deux
meilleurs joueurs du monde ont
joué ensemble et cela a été un
fiasco. Il n’y a pas de vérité !
Cette 42e Ryder Cup
va se disputer sans le moindre
Français. Est-ce un échec
pour le golf en France ?
Vous avez une Fédération qui a
investi du temps et de l’argent
pour accueillir cette Ryder Cup.
Elle va sans doute créer la
meilleure Ryder Cup de l’histoire
d’un point de vue scénique. Les
ventes de billets ont été très bonnes, meilleures que prévu.
Après, il s’agit d’abord d’une
équipe européenne, pas d’une
Êtes-vous d’accord pour dire
équipe française ou anglaise. La
que l’équipe américaine
Ryder Cup, c’est le continent
est favorite cette semaine ?
européen. Quiconque se trouve
(Il réfléchit.) Je pense qu’ils ont dans l’équipe se bat d’abord pour
une super équipe. Peut-être la l’Europe, pas pour son propre
plus grande de
pays. La meilleure
tous les temps. Je
chose qui pourrait
l’admets
sans
arriver à la France
aucun problème.
serait que cette
Mais je crois dur
Ryder Cup soit un
comme fer en
succès. Il n’y a pas
mon équipe, en
de joueur français
Principal soutien
nos gars. Ce sont
dans
l’équipe ?
de l’équipe européenne
de grands athlèC’est vrai. Mais
de Ryder Cup
tes, qui savent
c’est un critère que
et partenaire de Thomas
Björn, l’horloger Rolex
depuis longtemps
je ne pouvais pas
entretient une relation
que cette semaine
contrôler. Ils n’ont
privilégiée
avec
le
golf
les attend. Ils sont
pas bien joué pour
depuis 1967.
à la hauteur de
faire partie des
l’événement et
douze meilleurs
du défi. Ce sera très serré mais je Européens. Je reste néanmoins
suis d’accord pour dire que sur persuadé qu’un jour, un Français
le papier, les États-Unis sont gagnera un très grand tournoi.
favoris.
Pourquoi Thomas Levet
Quel est votre sentiment
n’a-t-il pas été retenu comme
sur la présence de Tiger Woods
vice-capitaine ? Il a gagné
en tant que joueur ?
la Ryder Cup en 2004,
C’est super pour le golf. Nous il avait une certaine légitimité…
avions tous envie de le voir à ce Ma priorité est d’avoir des
niveau, au sommet de ce sport. Il adjoints qui soient proches des
en fait tellement pour le golf. joueurs, à leur disposition. Des
Tiger est ce qu’il est. Mais il n’y a adjoints qui s’entendent bien
pas que lui, les vingt-trois autres avec eux et qui les connaissent
gars présents sont également des parfaitement. Contrairement à
joueurs phénoménaux. Il a une ce que l’on croit, les vice-capihistoire qui va au-delà du simple taines travaillent en harmonie
jeu de golf. Son retour au plus avec les joueurs. Les cinq que j’ai
haut niveau est quelque chose choisis (Westwood, Donald,
d’incroyable. C’était inimagina- Harrington, McDowell et Karlsble il y a encore un an. Cela va son) ont beaucoup d’expérience.
ajouter un peu plus de piment Chacun apporte des qualités difencore à l’événement. En tant férentes à l’équipe. Ce ne sont pas
que passionné de golf, je suis ravi des choix personnels, ce sont des
qu’il soit de retour après tant de choix pour les douze joueurs. Et
soucis physiques. C’est un les adjoints sont là pour faire
exemple à suivre. Il donne de briller les joueurs. ■
51
ans
© RCE - Getty images - Streeter Lecka
R
PROPOS
RECUEILLIS
PAR LIONEL
VELLA
LE FIGARO. - À quelques
heures de la 42e Ryder Cup,
arrivez-vous à trouver
facilement le sommeil ?
Thomas BJÖRN. - Je me suis surpris à bien dormir (rires). J’ai
aujourd’hui une vision très claire
de ce que je veux faire et comment je veux y parvenir. Le temps fait que
vous vous interrogez souvent sur
votre
mission,
mais, à chaque fois
que je peux m’asseoir et en parler, je suis convaincu par les
décisions que j’aie prises, la façon
dont la semaine va s’articuler et
comment nous aborderons les
choses. Cela me met vraiment à
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