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Le Figaro - 28 09 2018

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vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 056 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
THÉÂTRE
REPORTAGE
PAGE 32
PAGE 19
SUR SCÈNE, LES PERSONNAGES
HISTORIQUES FONT RECETTE
À GRENOBLE, DANS L’ENFER
DE LA VIOLENCE QUOTIDIENNE
Partenariat
Besoin d’une nouvelle énergie pour vos défis d’entreprises ?
Ryder Cup :
Paris capitale mondiale
du golf
COLLECTIVITÉS
Édouard Philippe
n’enraye pas le
malaise des élus
PAGE 5
ÉTATS-UNIS
Le juge Kavanaugh
confronté à son
accusatrice PAGE 9
STUPÉFIANTS
Cannabis :
les jeunes fument
plus dans le sud
de la France PAGE 10
Islam : comment
Erdogan tisse sa
toile en Europe
Ankara développe depuis dix ans une diplomatie
d’influence tous azimuts. En France, les réseaux turcs
s’insinuent dans les institutions liées à l’islam.
SONDAGE
Migrants :
74 % des Français
approuvent le refus
d’accueillir
l’« Aquarius » PAGE 10
Le régime islamo-conservateur
au pouvoir à Ankara mise sur
un « soft power » culturel, humanitaire et religieux pour
étendre son influence non seulement au Moyen-Orient mais
UNE NOUVELLE PAGE » AVEC L’ALLEMAGNE PAGES 2, 4 ET L’ÉDITORIAL
Alerte sur le réseau
routier français
PAGE 15
Les bonnes
feuilles du livre
de Mark Lilla
Le bloc-notes
d’Ivan Rioufol
L’analyse
de Marie-Cécile
Renault
n
Les meilleurs golfeurs européens et américains se défient
pendant trois jours, sur le parcours du Golf National,
à Saint-Quentin-en-Yvelines. Tiger Woods,
de retour au sommet, attire tous les regards lors de cette
Ryder Cup 2018 qui s’annonce particulièrement indécise.
PAGE 17
n
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de jeudi :
Édouard Philippe
ferait-il un bon candidat
pour la mairie de Paris ?
OUI
43 %
NON
57 %
TOTAL DE VOTANTS : 33 382
M 00108 - 928 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?a@j@m@i@k";
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sur lefigaro.fr
Faut-il infliger une
amende aux plateformes
numériques qui ont
diffusé le clip haineux
du rappeur Nick Conrad ?
COURTESY / CÉLINE NIESZAWER CHRISTOPHE AGOSTINIS/PHOTOPQR/
LE DAUPHINE - FRANCOIS GUILLOT/
AFP
bles de la majorité consiste à
opposer les « progressistes »
aux « nationalistes » représentés par le premier ministre
hongrois, Viktor Orban, et le
ministre de l’Intérieur italien,
Matteo Salvini. PAGES 6 ET 7
ÉDITORIAL par Arnaud de La Grange adelagrange@lefigaro.fr
n
PAGES 20 ET 21
Un an après le discours « fondateur » sur l’Europe d’Emmanuel Macron à la Sorbonne,
les macronistes se lancent, à
huit mois des élections, dans la
campagne pour les européennes. La stratégie des responsa-
I
Ambitions impériales
ls sont loin les temps glorieux de Soliman le Magnifique, quand sur l’Empire
ottoman le soleil se couchait lentement.
Ses terres couraient alors des Balkans
au Caucase, du Maghreb à la Corne de
l’Afrique. Cette époque conquérante, Recep
Tayyip Erdogan rêve pourtant de la faire revivre. Depuis son palais aux mille pièces, le
président turc ne peut se contenter de régner
en ses frontières. « Dans la nouvelle ère qui
s’annonce, la Turquie s’élèvera au-dessus du
niveau des civilisations contemporaines », a
promis le reis. Pas moins.
Sa « Nouvelle Turquie » sera une puissance
régionale - voire mondiale -, le nouveau pôle
du monde sunnite rayonnant jusqu’en Europe et sur les terres d’Afrique. Les musulmans
opprimés du monde entier ont désormais un
protecteur, Erdogan. Son idéologie joue à la
fois sur le nationalisme et l’identité religieuse. Et elle s’exporte. On connaît le pouvoir de
nuisance du président turc sur le théâtre syrien, on sait aussi le chantage qu’il exerce sur
l’Europe en jouant sur la vanne migratoire.
Mais on a moins conscience du travail politique, idéologique et religieux des réseaux
turcs en Europe et en Afrique.
Un des enjeux est de mobiliser les diasporas
turques d’Europe au profit de l’AKP, le parti
présidentiel. Cela passe par une myriade
d’associations qui maillent les pays européens. Et, de plus en plus, par les mosquées,
organisées, elles aussi, en réseau. Depuis
l’année dernière, c’est un Turc qui préside le
Conseil français du culte musulman (CFCM).
Et en Allemagne, la Ditib, l’Union turque islamique pour la religion, gère quelque
900 mosquées, soit
leur grande majorité. On connaissait
l’activisme politico-religieux
saoudien ou celui
du Qatar. Celui de
la Turquie est en
train de prendre le relais.
À la fin des années 1990, Erdogan avait été
embastillé pour avoir lu les mots d’un poète
nationaliste turc : « Les minarets seront nos
baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos
soldats. » Aujourd’hui, ces vers semblent devenus un programme. ■
Erdogan joue
sur le
nationalisme
et l’identité
religieuse
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CHAMPS
LIBRES
Aux européennes, LaREM
veut unir les « progressistes »
contre les « nationalistes »
FRANCOIS MORI/AP
Distribution
de jouets :
le big bang PAGE 24
sation du culte musulman. Les
partisans de Recep Tayyip Erdogan, résolus à présenter leur
pays comme un nouveau phare, travaillent aussi à renforcer
leur contrôle sur la diaspora.
è COMMENT LES RÉSEAUX TURCS S’INSINUENT DANS L’ISLAM DE FRANCE è ERDOGAN VEUT « OUVRIR
AMÉNAGEMENT
COMMERCE
aussi en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas. En France, les réseaux turcs mettent à
profit la chute de Tariq Ramadan et la mise à l’index du Qatar
pour s’insinuer dans l’organi-
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vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
Le « soft power » nationaliste
et religieux d’Erdogan
BERND VON JUTRCZENKA/AP
2
La Turquie, qui développe depuis dix ans une diplomatie d’influence,
n’hésite pas à employer au besoin la force pour en préserver les acquis.
On ne peut pas
être musulman
et laïque en
même temps […].
Le milliard et demi
de musulmans
attend que
le peuple turc
se soulève.
Nous allons nous
soulever. Avec la
permission d’Allah,
la rébellion va
commencer
»
RECEP TAYYIP ERDOGAN
PRÉSIDENT TURC
Des drapeaux turcs
accompagnent l’arrivée
du président Recep
Tayyip Erdogan,
jeudi à Berlin.
J. MACDOUGALL/AFP
DELPHINE MINOUI £@DelphineMinoui
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
C’EST LA FIERTÉ du pouvoir islamo-nationaliste turc. Un outil efficace au service de son influence politique et religieuse. Voilà maintenant dix ans que la
Turquie de l’AKP mise activement sur
un soft power à la fois moderne, panislamique et néo-ottoman pour étendre sa
toile hors de ses frontières. Au début du
mois de mai 2018, le ministre turc des
Affaires étrangères en fit encore l’autopromotion en affirmant que la Turquie
« est le pays qui fait le meilleur usage du
soft power dans le monde ». Devant un
parterre d’étudiants de l’université Aydin d’Istanbul, Mevlüt Çavusoglu cita en
exemple le succès de la compagnie aérienne Turkish Airlines – plus de 250
destinations internationales au compteur – et de l’incontournable Tika
(Agence turque de coopération et de
coordination), troisième pourvoyeuse
mondiale d’aide au développement,
derrière l’USAID américaine et son homologue chinoise. La preuve qu’aucun
secteur n’échappe aujourd’hui à cette
diplomatie d’influence à la turque…
« La culture en est l’un des principaux
piliers », rappelle Jana Jabbour, auteur
de l’ouvrage La Turquie. L’invention
d’une diplomatie émergente (éditions
de productions privées, sert indéniableCNRS, 2017). Pour cette spécialiste de la
ment les intérêts de l’État turc – lequel
Turquie, le soft power turc relève d’une
ne se gêne d’ailleurs pas pour intervenir
réorientation évidente du pays vers le
s’il juge nécessaire de restaurer son proMoyen-Orient, à l’heure où il s’éloigne
pre récit. « Le gouvernement s’est ainsi
de l’Europe. « Avec les instituts culturels
autorisé à censurer un épisode de la série
et linguistiques Yunus Emre (du nom d’un
culte Le Siècle magnifique, consacrée à
illustre poète soufi), ou encore les difféSoliman Ier, dans lequel l’image du sultan
rentes bourses d’études offertes aux étudiants des pays arabes, la Turquie a déveavait été jugée trop libertine », observe la
loppé depuis des années un
politologue.
véritable réseau de diplômés
Comprendre les origines
arabes. De retour au pays, ils
La Turquie du soft power turc, c’est se
mettent en place des associareplonger dans les écrits
utilise
tions d’amitié avec la Turquie
d’un homme, Ahmet Dales canaux
et deviennent à leur tour des
vutoglu. L’ex-ministre des
acteurs du soft power turc »,
Affaires étrangères (2009ouverts par
constate Jana Jabbour.
2014), devenu ensuite prele soft power mier ministre (2014-2016),
Mais ce sont les fameux
comme
est le théoricien d’une réofeuilletons télévisés turcs qui
rientation de la Turquie
s’avèrent être les vecteurs les
instrument
comme modèle d’influence
plus efficaces de l’influence
de pression
sur la région. Son credo : en
d’Ankara. Entre thrillers poplus que
finir avec le statut de « pays
litiques, séries romantiques
déchiré » et se détourner de
oscillant entre tradition et
d’influence
l’occidentalisme pour remodernité et grandes époDOROTHÉE SCHMID,
trouver une certaine aura
pées glorifiant le passé ottoRESPONSABLE
régionale basée sur une
man, il y en a pour tous les
DU PROGRAMME
« TURQUIE ET MOYENdouble identité turque et isgoûts. « Les séries historiORIENT » À L’IFRI
lamique. En témoignent les
ques, traduites en arabe et très
différentes initiatives menées en direcregardées, permettent de ressusciter les
tion des minorités turkmènes d’Irak, de
heures de gloire de l’Empire ottoman et,
Syrie ou encore du Liban.
par là même, celles du leadership turc et
« Le soft power, qui passe aussi par
sunnite sur la région », relève Jana Jabl’humanitaire, s’illustre par l’aide au débour. Ce phénomène audiovisuel, fruit
«
»
veloppement. Dans le village turkmène
d’Aydamoun, au Liban, l’agence de coopération Tika a développé les infrastructures garantissant un accès à l’eau et à
l’électricité. Elle a également mis en place
des tests ADN gratuits en coopération
avec le Croissant-Rouge pour prouver
aux populations locales leurs origines turques », note Jana Jabbour. Ces initiatives
vont de pair avec la rénovation de vestiges de l’Empire ottoman, y compris dans
les Balkans, autre terrain de prédilection
du soft power turc, où la Diyanet,
l’Autorité religieuse, s’implique activement dans la construction de nouvelles
mosquées. Elles font également écho au
désir croissant du président Recep
Tayyip Erdogan de s’ériger en protecteur de tous les musulmans persécutés Ouïgours, Rohingyas birmans – et en
défenseur de la cause palestinienne.
Mais les ambitions du chef de l’État
turc, réélu en juin dernier, ont aussi
leurs limites. En témoigne la faillite du
« modèle turc », tel qu’il fut activement
promu lors des révolutions du printemps arabe de 2011, à renfort de publications et de séminaires de formation.
Car Ankara doit composer avec les fiertés et les sensibilités locales, comme le
montre l’échec d’Ankara à convaincre le
parti islamiste tunisien Ennahda d’imposer le turc comme langue obligatoire
dans les établissements scolaires tunisiens. Autre revers cuisant pour l’AKP :
la scission consommée, depuis le putsch
raté de juillet 2016, avec ses ex-alliés
gülenistes, auxquels les pro-Erdogan
avaient délégué le soft power éducatif.
Depuis, les autorités turques démultiplient les appels à faire fermer collèges et
lycées de la confrérie, très prisés par les
élites, notamment dans les Balkans et en
Afrique. À l’occasion, elles n’hésitent
pas à faire pression sur les autorités locales comme lors de l’arrestation puis
l’extradition, en mai dernier, de six
Turcs « gülenistes » résidant au Kosovo.
Des méthodes qui se généralisent à
d’autres voix jugées dissidentes : au
mois de février, le conseil municipal de
Sarajevo a ainsi renoncé à nommer « citoyen d’honneur » le célèbre écrivain et
Prix Nobel de littérature Orhan Pamuk
sur demande express d’Ankara.
« On s’éloigne du concept de puissance
bienveillante, moderne et civile. Aujourd’hui, la Turquie utilise les canaux
ouverts par le soft power comme instrument de pression plus que d’influence »,
observe Dorothée Schmid, responsable
du programme « Turquie et MoyenOrient » à l’Ifri. Pour elle, le retour progressif au hard power signale aussi les
nouvelles orientations du pays. « Depuis l’engagement des forces armées turques en Syrie, on est revenu à une diplomatie de la force. Pour tenir son rang au
Moyen-Orient, Ankara doit devenir une
puissance militaire active », remarque la
chercheuse. ■
Le président turc veut « ouvrir une nouvelle page » avec l’Allemagne
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
A
2
CORRESPONDANT À BERLIN
MAUVAISE NOUVELLE : quelques heures
à peine après avoir atterri à Berlin, où il a
été accueilli avec les honneurs militaires,
Recep Tayyip Erdogan a pris connaissance de la décision de l’UEFA. L’Euro 2024
de football ne se déroulera pas en Turquie, mais en Allemagne. Tout un symbole, au moment où le président turc tente
d’ouvrir une « nouvelle page » dans les
relations avec Berlin, après des années de
tensions croissantes et alors que son pays
subit une grave crise économique.
La visite d’État, qui a commencé jeudi
et se terminera samedi, marque un tournant pour les deux capitales. Pour accueillir Recep Tayyip Erdogan, le gouvernement allemand a déroulé le tapis rouge,
quitte à subir des critiques de ceux qui
s’offusquent des égards accordés à l’autocrate d’Ankara. Quelque 3 500 policiers
ont été mobilisés pour assurer sa sécurité
au cœur de la capitale. Mais avec une
communauté turque d’environ 3,5 mil-
lions de personnes, l’Allemagne a elle
aussi tout à gagner à normaliser ses relations. Économiquement et géopolitiquement, Berlin veut aussi écarter le risque
d’une rupture avec Ankara, qui joue un
rôle clé dans l’équation migratoire aux
portes de l’Europe. « Nous avons intérêt à
une Turquie stable », expliquait Angela
Merkel au début du mois.
Recep Tayyip Erdogan sera donc reçu
deux fois par la chancelière, vendredi et
samedi matin. Vendredi soir, il dînera
avec le président fédéral, Frank-Walter
Steinmeier, pour un banquet d’État. Mais
Angela Merkel n’y participera pas. Si ce
n’est pas inhabituel qu’elle « sèche » ce
genre de réception mondaine, la signification du geste ne fait de doute pour personne : entre Erdogan et elle, les relations
sont durablement abîmées.
Des dizaines d’autres invités ont décidé
de boycotter le dîner. Et ceux qui se présenteront veulent parfois donner à leur
présence un air de défi. « Il devra supporter ma présence », a ainsi déclaré l’ancien
leader des Verts Cem Özdemir, l’une des
bêtes noires d’Ankara en Allemagne.
Les opposants d’Erdogan sont décidés
à lui tenir tête. Lors de la conférence de
presse prévue vendredi, Recep Tayyip
Erdogan devra accepter la présence de
journalistes qu’il a pourchassés dans son
pays, comme Can Dündar, l’ancien rédacteur en chef du journal d’opposition
Cumhuriyet. Dans les rues de Berlin, audelà d’un périmètre de sécurité infranchissable sans autorisation, des manifestations d’ampleur sont prévues.
Apaiser les relations germano-turques
demandera donc plus qu’une réconciliation mise en scène. Jeudi matin, Recep
Tayyip Erdogan a publié dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung un long plaidoyer pour que la Turquie et l’Allemagne
« se concentrent sur leurs intérêts communs ». Le chef de l’État espère notamment obtenir un soutien économique.
Tout miel, le président turc propose à
l’Allemagne de « laisser derrière les désaccords » du passé. Ceux-ci sont pourtant légion. « Nous sommes loin d’une
normalisation », a déclaré le secrétaire
d’État aux Affaires européennes Michael
Roth à la radio Deutschlandfunk. « Nous
n’oublierons pas ce qui s’est passé. » Cette
visite « n’est qu’un début », a commenté
le président Frank-Walter Steinmeier.
Depuis que Berlin a reconnu le génocide
arménien, les rapports entre les deux pays
n’ont cessé de se dégrader. Après la tentative de putsch avortée à Ankara, en juillet
2016, elles ont empiré : Recep Tayyip Erdogan s’est persuadé que Berlin a manqué
de solidarité envers lui. Pour restaurer son
“
Nous sommes loin
d’une normalisation
”
MICHAEL ROTH, LE SECRÉTAIRE D’ÉTAT
ALLEMAND AUX AFFAIRES EUROPÉENNES
autorité politique, il s’en est aussi pris à la
chancelière Angela Merkel, l’accusant
même d’user de « méthodes nazies ». Le
gouvernement allemand s’était notamment opposé aux tentatives d’Erdogan de
mener campagne en Allemagne auprès de
la population d’origine turque lors du référendum constitutionnel d’avril 2017. L’escalade des tensions avait abouti au retrait
des forces allemandes de la base d’Incirlik.
Même s’il a tenté de donner des gages,
en relâchant certains ressortissants emprisonnés, le régime turc n’a pas infléchi
sa pente autoritaire. Le ministère des Affaires étrangères a recensé encore cinq
Allemands retenus en Turquie. Le nombre de demandes d’asile de ressortissants
turcs a aussi explosé en Allemagne : 6 796
demandes depuis le mois de janvier,
contre 4 709 sur la même période en
2017, signe que la répression se poursuit.
Les médias allemands ont aussi révélé
que les soutiens d’Erdogan disposaient
d’une application pour smartphone pour
dénoncer les opposants au régime directement sur le sol allemand : l’EGM Mobil,
pour Emniyet Genel Müdürlügü, l’office
central de la police turque. Une plainte a
été déposée. L’infiltration des réseaux
turcs en Allemagne est un sujet de préoccupation pour les autorités. Elles s’interrogent sur la mise sous surveillance
d’institutions, comme la grande mosquée
de Cologne où le Ditib, le bras religieux du
régime, a installé son siège. Samedi,
avant de repartir pour Ankara, Erdogan
doit inaugurer le bâtiment. ■
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vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
Comment
les réseaux turcs
s’insinuent dans
l’islam de France
Le nouvel empire ottoman est présenté comme une
affirmation de l’islam face à un Occident décadent.
ISABELLE LASSERRE ilasserre@lefigaro.fr
DIPLOMATIE Longtemps, Tariq Ramadan et son parrain du Golfe, le Qatar,
ont régné en maîtres sur l’islam de
France. La chute de l’islamologue, en
détention provisoire pour des accusations de viol, et les difficultés géopolitiques de l’émirat ont changé le paysage.
« L’arrestation de Tariq Ramadan a provoqué une onde de choc chez les musulmans. La découverte de cette vie à rebours de ce qu’il professait a été ressentie
comme une trahison par de nombreux fidèles », explique le préfet Gilles Clavreul, cofondateur du Printemps républicain et délégué interministériel à la
lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Profitant du vide laissé par l’effacement du Qatar, surtout depuis le rapprochement américano-saoudien, la
Turquie s’est engouffrée dans la brèche.
L’islam politique turc est parti à la
conquête de la France. Depuis plusieurs années, les réseaux turcs interviennent de plus en plus directement
pour peser sur l’islam de France. Leur
dernière attaque en date a visé le nouveau rapport - « La fabrique de l’islamisme » - publié par l’Institut Montaigne, qui dénonce la progression de
l’idéologie islamiste chez les musulmans de France.
Dénonciation de
« l’islamophobie ambiante »
En mai dernier, ils ont forcé des kiosquiers à retirer des affiches du Point
pour protester contre la une du magazine consacrée au « dictateur » Erdogan.
En 2017, ils ont pris la tête du Conseil
français du culte musulman (CFCM),
jusque-là piloté par des Maghrébins, en
propulsant à sa tête un familier de l’entourage du président turc, Ahmet
Ogras. Ils soutiennent financièrement
et activement le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), proche des
Frères musulmans qui luttent pour la
renaissance islamique et contre « l’emprise laïque occidentale ».
Considéré comme une dépendance
officieuse de l’AKP d’Erdogan, le Parti
égalité et justice (PEJ) s’adresse à la
diaspora turque mais aussi à tous les
musulmans. Aux dernières législatives, il a présenté une soixantaine de
candidats, dont des femmes voilées.
Dans son manifeste, le petit parti, qui
assume sa proximité idéologique avec
le Cojep, bras armé politique d’Erdogan, appelle à la suppression des lois
contre le port du voile et dénonce
« l’islamophobie » ambiante. Il rejette
la politique d’assimilation et voudrait
faire du communautarisme sa priorité,
tout en regrettant les habitudes jugées
libertines de la société française.
Un meeting
de soutien
à Recep Tayyip
Erdogan,
organisé en mars
2017 à Metz,
en présence
du ministre turc
des Affaires
étrangères,
Mevlut
Cavusoglu.
Diplomatie néo-ottomane
JEAN-CHRISTOPHE
VERHAEGEN/AFP
Les réseaux turcs font, enfin, de l’entrisme dans les conseils municipaux, les
partis politiques et les universités.
« Comme les Frères musulmans, les islamistes turcs exploitent les failles et les
faiblesses de la société et de la démocratie
françaises. Ils s’infiltrent dans les facultés, ciblent les étudiants dans le besoin,
proposent aide aux devoirs et services à
la personne dans les quartiers difficiles et
organisent des séminaires sur les discriminations », explique une source proche du dossier. La France est-elle devenue la nouvelle plaque tournante des
réseaux d’Erdogan ?
Au début, il s’agissait surtout, pour le
président islamo-conservateur Erdogan, de lutter contre les réseaux de son
ennemi Fethullah Gülen, qu’il accuse
d’être à l’origine du coup d’État avorté
de 2016. Deux ans plus tard, les 250
mosquées contrôlées par la Turquie résonnent toujours de prêches hostiles et
d’appels à la violence contre les opposants d’Erdogan. Elles sont devenues
des caisses de résonance pour les
conflits qui déchirent la Turquie. La
surveillance et le contrôle rapprochés
de la diaspora, la mobilisation de l’élec-
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torat conservateur, via des meetings
électoraux, visent à s’assurer que les
Turcs de France votent « bien » aux
élections comme aux référendums.
Mais le pouvoir turc a aussi investi
massivement la scène religieuse française, visant plus largement que son
électorat. La moitié - 151- des imams
détachés, qui sont des fonctionnaires
étrangers, sont turcs. C’est plus que les
imams de l’Algérie et du Maroc réunis.
« Erdogan voudrait exercer une magistrature d’influence sur le monde musulman. Il déploie son influence en soutenant
les réseaux des Frères musulmans », explique Gilles Clavreul.
Enfin, Erdogan met aujourd’hui ses
réseaux européens au service de son
rêve de reconstituer une diplomatie
néo-ottomane et de reprendre le leadership du monde musulman, en déshérence. « Il veut redevenir le phare de
l’islam » commente un diplomate. Le
récit national évoque une Turquie
puissante qui aurait été colonisée par
les Occidentaux. Le retour à un nouvel
empire ottoman est présenté comme
une lutte permettant l’affirmation de
l’islam face à un Occident décadent et
en croisade.
Souvent considérée comme le ventre
mou de l’Europe, la France est une cible
privilégiée de l’AKP d’Erdogan, qui allie
un nationalisme à un islam politique de
moins en moins modéré. Non seulement parce qu’elle accueille la plus forte
communauté musulmane du continent,
mais parce que son attachement au
principe de laïcité fournit un prétexte
aux idéologues religieux qui prétendent
l’accuser d’islamophobie. Son passé colonial est aussi un levier qui permet de
mobiliser. Les réseaux d’Erdogan ne ciblent pas seulement les citoyens turcs
mais aussi les Franco-Maghrébins en
rupture d’intégration ou déstabilisés
par des questions identitaires. L’influence turque progresse d’autant plus
vite dans les milieux franco-maghrébins que la diplomatie ottomane d’Erdogan - son soutien au Hamas à Gaza,
aux opposants syriens et aux Rohingyas
de Birmanie ; sa dénonciation du « terroriste » Nétanyahou ou de la « passivité » de l’ONU - est fort appréciée.
Dans les quartiers populaires, le président turc est considéré comme un
homme fort, capable de tenir tête et de
résister à la France et à ses alliés et qui
en outre parle plus fort que l’Arabie
saoudite ou le Maroc.
Mais l’offensive, menée tous azimuts, touche aussi d’autres pays européens. L’Allemagne, bien sûr, qui
compte la plus grande communauté
turque du monde à l’étranger et dont
la chancelière a été traitée de « nazie »
par Erdogan. La Belgique, où les islamistes turcs resserrent leur emprise
sur la communauté musulmane. Les
Pays-Bas, où le gouvernement néerlandais a frôlé la crise diplomatique
avec Ankara après avoir refoulé
l’avion du ministre des Affaires étrangères turc et interdit un meeting électoral de l’AKP sur son sol en 2017.
Marwan Mohamed,
une figure charismatique
La guerre a aussi été importée dans les
organisations internationales. Proche
de Tariq Ramadan et de certains imams
salafistes, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), véritable force
de frappe en termes d’adhérents et de
moyens financiers, a par exemple tenté
de faire annuler, au département droits
de l’homme de l’ONU, le licenciement
de la salariée voilée de la crèche Baby
Loup, dans les Yvelines. À l’OSCE, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, des ONG islamistes
prosélytes, qui interviennent également en France dans des mosquées fermées et radicales, utilisent la rhétorique
de l’islamophobie pour avoir la peau des
organisations gülenistes et pour pousser
l’influence turque.
Ces réseaux turcs liés aux Frères musulmans ont une figure charismatique
en France, celle de Marwan Mohamed,
l’ancien chef du CCIF, qui épouse les
vues d’Ankara. Anadolu, l’agence du
gouvernement turc, lui fait régulièrement la courte échelle en soutenant son
initiative controversée de « grande
consultation des musulmans », sur Internet. À l’OSCE, où il fut chargé des
dossiers islamophobie au département
chargé de la lutte contre l’intolérance et
la discrimination, il a longtemps fustigé
la politique de la France à qui il demande
de faire un examen de conscience et
dont il combat la laïcité.
Alors que les musulmans se cherchent un nouveau porte-parole en
France, certains considèrent Marwan
Mohamed comme l’héritier spirituel de
151
des 300 imams
étrangers
officiant en France sont
des fonctionnaires turcs
l’islamologue Tariq Ramadan, avec qui
il partage la même ligne idéologique, y
compris antisémite. L’ancien chef du
CCIF exige l’abrogation de la loi sur le
voile à l’école et s’insurge contre l’existence d’un « islam de France ». Il a attaqué les caricatures de Charlie Hebdo,
défend le port du burkini, dénonce la
« gestion coloniale des musulmans » en
France et agite la rhétorique des droits
de l’homme et de la discrimination
dont seraient victimes les femmes musulmanes en France pour attaquer les
principes de la république. Ceux qui
l’ont fréquenté décrivent la même
« personnalité trouble » que celle de Ramadan, les excès sexuels en moins, ainsi qu’un CV rempli de zones d’ombre et
de mensonges. Ce diffuseur de l’influence turque en France a en revanche
une grande visibilité médiatique.
« Comme Tariq Ramadan, il a trouvé des
plumes compréhensives dans certains
médias » regrette un spécialiste.
Ce « front du refus » qui défie la République française utilise les réseaux
sociaux pour se diffuser et se consolider.
C’est le rapport de l’Institut Montaigne
qui le souligne : Tariq Ramadan possède
deux millions de followers sur Twitter.
Presque autant qu’Emmanuel Macron
(2,5 millions). L’influence turque est
aussi poussée sur Twitter par Faysam
Ben Mohammed. Proche du CCIF, elle
est soupçonnée par certains de travailler pour l’agence officielle turque
Anadolu. La mouvance turque pro-Erdogan a également ses médias alternatifs, comme le site francophone medyaturk.info qui publie des articles antioccidentaux ou la webtélé Média France
TV. Mais si la France est si perméable à
l’influence turque, c’est aussi parce
qu’elle a pris conscience du problème
plus tardivement que ses voisins. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
POLITIQUE
vendredi 28 septembre 2018
5
Philippe n’enraye pas le malaise des élus
Rendez-vous manqué pour le chef du gouvernement qui s’exprimait devant le congrès des Régions de France.
EMMANUEL GALIERO £@EGaliero
COLLECTIVITÉS Le premier ministre
s’est invité au congrès des Régions de
France, jeudi à Marseille, dans un climat de défiance. Les élus locaux restent
dans l’expectative.
Juste avant ce rendez-vous, le président des Régions de France, Hervé Morin,
avait insisté sur l’ambition d’un rassemblement inédit d’élus locaux à Marseille.
En se déclarant « unis », les territoires
assumaient ainsi pleinement un « geste
politique ». Le défilé d’élus sur l’estrade
du Pharo durant deux jours visait un objectif clair : démontrer l’exaspération
croissante des collectivités face aux réformes « non concertées » d’un gouvernement et d’un chef de l’État « centrali-
sateurs ». « Le président de la République
donne aujourd’hui le sentiment de réfléchir
seul, de travailler seul, de décider seul et de
gouverner seul, a mis en garde le président LR de la région Paca, Renaud Muselier. C’est un coup à se retrouver tout seul.
Car même quand on a raison, on a toujours
tort de gouverner seul. »
Attendu de pied ferme à Marseille, le
premier ministre a finalement été accueilli de manière polie, dans une ambiance plus républicaine que chaleureuse. Durant ses quarante minutes
d’intervention, Édouard Philippe a surtout donné l’impression de défendre la
politique de l’exécutif. Il l’a fait avec
« pédagogie », comme l’avait annoncé
la ministre Jacqueline Gourault dans la
presse locale, le matin même. Si le premier ministre a concédé de possibles
améliorations de forme dans la gestion
des dossiers territoriaux, en revanche,
aucune inflexion stratégique sur le fond
n’a été annoncée. Il a même réfuté les
critiques, point par point.
« Raideur » et « crispation »
Le premier ministre a ainsi nié toute
volonté recentralisatrice puis vanté, au
contraire, une recherche de concertation. Il a également relevé un « manque
de nuances » dans l’appel de Marseille
pour les libertés locales, en rappelant,
par ailleurs, les bonnes relations qu’il
entretient avec d’autres associations
d’élus, telle France urbaine. Même avec
le sourire, une telle prestation pouvait
difficilement séduire l’auditoire. Certains élus « abasourdis » ont dénoncé
sa « raideur » et sa « crispation ».
« J’ai entendu le discours d’un monde
qui n’est pas en prise avec la réalité », a
confié Carole Delga, en s’avouant « plus
déçue » qu’avant. Pour la présidente socialiste d’Occitanie, le premier ministre
« n’a pas répondu au besoin de dialogue
et de confiance » et l’État s’est placé dans
« une position d’autorité ». « Les bras
m’en tombent », a accusé le conseiller
régional PS François Kalfon. « C’est
gravissime », a estimé Gilles Simeoni,
président du conseil exécutif de Corse.
Dominique Bussereau, lui aussi, a
constaté un vide. « Les territoires n’ont
pas obtenu de réponse politique. Tant que
nous n’obtiendrons par les réponses que
nous attendons depuis le 20 juin, nous
resterons dans le même état d’esprit », a
averti le président de l’Assemblée des
départements de France. Autrement
dit, hors de question de rejoindre la
prochaine Conférence nationale des
territoires (CNT) si rien ne change.
À la fin, Renaud Muselier s’est dit
« le bec dans l’eau » et Hervé Morin,
président LR des régions de France,
n’a pas caché son scepticisme. La réunion préparatoire de la Conférence nationale des territoires du 15 octobre
s’annonce compliquée. Les présidents
de régions iront bien à Matignon quatre jours plus tard, à l’invitation
d’Édouard Philippe, mais après ce rendez-vous manqué de Marseille, les territoires restent sur leur faim. Et si le
président du Sénat, Gérard Larcher, a
voulu rester optimiste, il a tout de
même clairement mis en garde le pouvoir face au risque d’une « rupture irréversible » avec les territoires. ■
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
La haine d’un rappeur,
les leçons d’une indignation
avoir l’antiracisme sélectif.
Tout racisme est évidemment
condamnable. Mais il est dangereux
d’établir, même inconsciemment ou
involontairement, une équivalence
entre une discrimination, certes
à combattre, et un appel au meurtre.
Tout comme il est inacceptable
de mettre dans le même sac toutes
les polémiques où, avec autant
de paresse que de mauvaise foi,
d’aucuns flairent des relents de
racisme. Comme si la condamnation
de propos objectivement meurtriers
devait avoir pour corollaire
l’interdiction de tout propos
choquant les oreilles des gardiens
d’une pensée autorisée.
Le troisième risque enfin est celui
du déni. C’est en fait la question de
fond soulevée par ce débat. Existet-il ou non un racisme anti-Blancs
sur le territoire français ? À écouter
un certain répertoire - et Nick
Conrad n’en a hélas pas le monopole -,
comment en douter ? Mais à chaque
polémique analogue, on voit refleurir
le même syllogisme : la dénonciation
d’un racisme « anti-Blancs » vient de
ce qui est qualifié de « fachosphère »
(milieux pointés comme étant
extrémistes, identitaires et
réactionnaires) ; or la « fachosphère »
est l’ennemi absolu ; donc c’est que
le racisme anti-Blancs n’existe pas.
C’est la différence entre l’idéologie
et la sociologie. La première nie
une réalité qui bouscule ses certitudes.
La seconde débusque une réalité
souterraine qui peut menacer
la société ; même au prix de la remise
en cause d’idées préconçues. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
Jean-Claude Gaudin (à gauche) accueille Édouard Philippe au congrès des Régions de France, jeudi à Marseille.
FRÉDÉRIC DIDES/SIPA
Premier ministre contre chef de l’opposition,
des duels souvent musclés
MÉLANIE VOLLAND £@MelanieVolland
EXERCICE de haute voltige, les débats
télévisés font rarement bouger les lignes
au sein de l’opinion. Ils permettent en
revanche aux opposants de démontrer
leur faculté à encaisser les coups de l’adversaire, ainsi qu’à leur en asséner. À
plusieurs reprises, les premiers ministres se sont adonnés à ces joutes verbales, comme Édouard Philippe l’a fait
jeudi soir, sur France 2, face au président
des Républicains, Laurent Wauquiez.
Confrontés aux leaders de l’opposition,
ils ont dû à la fois défendre leur bilan et
s’assurer de conserver un rapport de
forces en faveur de leur majorité.
L’une des confrontations les plus anciennes sous la Ve République entre un
premier ministre et un chef de l’opposition remonte à 1966. Alors que Georges
Pompidou a été reconduit à Matignon, il
choisit de ne pas engager la responsabilité de son gouvernement devant l’Assemblée. À l’issue de son discours de
politique générale, celui qui est à la tête
de la Fédération de la gauche démocrate
et socialiste l’interpelle avec vigueur.
D’emblée, François Mitterrand qualifie
de « gouvernement de la dérobade » l’ensemble des ministres nommés par le
bras droit de De Gaulle. Sous autant de
huées que d’applaudissements, le premier ministre se fait sermonner par l’élu
de la Nièvre, pour qui l’exercice relève
de l’échauffement.
Institutionnalisation du débat
Il faut attendre l’élection présidentielle
de 1974 pour que les débats s’institutionnalisent, avec la confrontation entre François Mitterrand et Valéry
Giscard d’Estaing dans l’entre-deuxtours de la présidentielle, restée dans
toutes les mémoires. En 1977, François
Mitterrand, toujours lui, se retrouve
face au premier ministre Raymond
Barre. Le chef de l’opposition se livre à
un réquisitoire contre la politique du
gouvernement, sans manquer d’apostropher le premier ministre. Face à la
crise : « Qu’est-ce que vous faites ? »,
lance-t-il à un Raymond Barre impassible, et qui ressortira, malgré tout, gagnant du duel.
En 1985, c’est Jacques Chirac qui chahute le premier ministre en exercice,
Laurent Fabius. Interrompu à plusieurs
reprises, le leader du RPR lâche sans
ciller : « Cessez d’intervenir incessamment
un peu comme le roquet. » Interloqué,
Laurent Fabius s’offusque : « Je vous en
prie, vous parlez au premier ministre de la
France. » Le chef de l’opposition avait été
sacré vainqueur du match par un sondage effectué le soir même par téléphone.
Plus récemment, le premier ministre
Édouard Philippe s’est soumis à l’exercice, face au leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Tous deux
invités de l’« Émission politique » de
France 2 en septembre 2017, ils ne se
sont affrontés qu’une vingtaine de minutes. D’ordinaire plus incisif, Jean-Luc
Mélenchon n’avait pas réussi à déstabiliser le premier ministre, déjà échauffé
par une heure de débat. ■
« C’est l’occasion de revisiter la Ve République
par les coulisses, avec les éclairages d’un
de ses meilleurs analystes. »
Nicolas Barré, Les Échos week-end
« Scribe méticuleux de cette Ve République,
il s’y est trouvé une place à part. »
Charles Jaigu, Le Figaro
« Son livre, à n’en pas douter, le plus personnel. »
Yves Calvi, RTL
A
I
l n’est nul besoin d’épiloguer
sur le clip du rappeur Nick
Conrad, dont les mots sont
aussi abjects que les images
insoutenables. Tous les responsables
politiques l’ont heureusement
condamné sans retard et sans nuance.
Dans le foisonnement des réactions,
pourtant, plusieurs signaux
sont inquiétants.
Le premier est de minorer les faits
au prétexte qu’ils sont minoritaires.
Certains ont pointé la faible notoriété
du rappeur pour dénoncer la publicité
qui lui a été ainsi faite. De beaux
esprits se sont attachés à démonter
un processus d’indignation propre
aux réseaux sociaux. Au point
de rendre ces prescripteurs d’opinion
responsables d’une « polémique »
qui n’aurait pas eu lieu sans
cet emballement. Autrement dit,
ce ne seraient pas les appels au
meurtre de Nick Conrad qui seraient
coupables mais l’écho qui leur a été
donné. Insupportable et dangereux
renversement de la logique.
Car, dans ce cas-là, il ne faudrait pas
non plus s’indigner publiquement
d’actes pédophiles ou antisémites
sous prétexte qu’ils sont minoritaires
ou cachés. Le but à atteindre n’est pas
de cantonner la haine anti-Blancs
du rappeur à des cercles restreints,
mais de l’interdire. La dénonciation
n’est donc pas délétère mais salutaire.
Le deuxième signal inquiétant est
l’amalgame entre des faits n’ayant
rien à voir entre eux, ce qui conduit
à banaliser les véritables discours
de haine. Racisme anti-Blancs
chez Nick Conrad ? Peut-être, mais
n’oublions pas qu’un Noir se voit plus
facilement exiger ses papiers dans la
rue qu’un Blanc, ont rappelé des élus,
notamment de La France insoumise ;
une manière de dire qu’il ne fallait pas
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
LaREM cherche à installer un duel face aux
La majorité tente d’agréger les « progressistes » européens en son sein face aux « populistes » comme Salvini, Orban,
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
EUROPÉENNES Emmanuel Macron
tente-t-il de réussir le coup de poker
de la présidentielle ? Comme pour le
scrutin national de 2017, le chef de
l’État et ses soutiens veulent créer un
big-bang à l’échelle européenne en
suivant la même stratégie, celle du
mano a mano avec les nationalistes.
À huit mois des élections européennes, et alors que LaREM et le RN sont
au coude-à-coude dans les sondages, les responsables de la majorité
se démultiplient pour installer le clivage face au premier ministre hongrois, Viktor Orban, et au ministre
de l’Intérieur italien, Matteo Salvini.
Mardi, c’était la ministre chargée
des Affaires européennes, Nathalie
Loiseau, qui alertait contre le « risque de dislocation et du non-respect
de nos valeurs fondamentales », lors
d’une consultation citoyenne.
« Certains dirigeants veulent déglinguer le système », a-t-elle encore
averti. « Il faut aller vers une Europe
qui protège, plus solidaire, plus protectrice », a appuyé Agnès Buzyn,
ministre des Solidarités et de la Santé, qui se prêtait pour la première
fois à l’exercice. Un an après le discours « fondateur » de la Sorbonne
d’Emmanuel Macron, mercredi soir,
Christophe Castaner a ainsi mis dans
le même sac Orban, Salvini avec la
présidente du RN, Marine Le Pen, et
le président des Républicains (LR),
Laurent Wauquiez, les qualifiant de
« pyromanes » et « ennemis de l’Europe », lors d’une réunion publique
devant plusieurs centaines de militants. « C’est un état de fait, il y a une
rupture entre le camp progressiste et
le camp nationaliste, fait observer
Pieyre-Alexandre Anglade, député
LaREM des Français du Benelux. Salvini et Orban ne parlent plus de sortir
de l’Union européenne mais sapent de
l’intérieur les mécanismes, en fissurant l’édifice. C’est très dangereux. »
D’ailleurs, Macron lui-même, dans
un entretien à « Quotidien » mercredi, a comparé la situation actuelle
à celle des années 1930.
Négociations complexes
Avec ce discours, LaREM met aussi
la pression sur ses alliés potentiels,
afin qu’ils ne forment qu’une seule
liste. Au niveau européen, Castaner
tisse des liens avec l’ancien premier
ministre belge Guy Verhofstadt, actuel président du groupe ADLE (Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe) au Parlement. Il
discute aussi avec Ciudadanos, le
parti centriste espagnol, le Parti démocrate italien et deux des quatre
formations de la coalition au pouvoir
aux Pays-Bas. « Le but est d’élargir
ce socle avec des partis membres du
PPE et du PSE car les groupes actuels,
trop hétérogènes, ne nous satisfont
pas », explique Anglade. Des
contacts seraient pris aussi avec certains partis socialistes et même les
Grünen, le parti Vert allemand, selon la direction de LaREM. « L’effet
Macron est toujours très fort en Europe, ils veulent tous être avec nous »,
affirme l’entourage de Castaner.
Mais sur le plan national, à ce stade,
les négociations sont plus complexes. Certains dirigeants du centre
droit, à l’UDI comme du côté d’Agir,
pourraient être tentés de porter une
liste concurrente à celle de LaREM.
Il faut dire qu’avec le scrutin de
liste à la proportionnelle intégrale,
les places seront chères pour se faire
élire. Le mouvement présidentiel table - dans le meilleur des cas - sur
une vingtaine d’eurodéputés. Alors
qu’un appel à candidatures a été lancé mercredi jusqu’au 15 novembre,
les macronistes semblent avoir
abandonné l’idée d’installer un
poids lourd politique en tête de liste,
faute de candidat idéal. Les noms de
Michel Barnier et Daniel Cohn-Bendit circulent toujours, « en réalité,
c’est Emmanuel Macron qui sera la
tête de liste », assure une ministre.
Le nom devrait être dévoilé avant la
fin de l’année. « On va faire en sorte
en revanche d’avoir une liste sexy »,
concède un cadre. « Si personne n’y
va, ce sera peut-être à Castaner de
mener la bataille », croit savoir un
député.
En attendant, les dirigeants cherchent un QG de campagne. Une
« charte des valeurs » est en cours de
validation, comprenant le respect de
la parité et de la probité, le principe
de renouvellement, de représentativité et d’engagement, à savoir
l’obligation pour les élus de siéger au
Parlement européen. LaREM, qui
veut mettre fin au « recyclage » des
élus à Strasbourg, cherche aussi à
empêcher les candidats battus aux
législatives de se présenter aux
européennes. ■
Joseph Daul : « Emmanuel Macron
éloigne l’Europe des Français »
EMMANUEL GALIERO £@EGaliero
Joseph Daul préside le Parti populaire européen depuis 2013. Il est
membre du parti Les Républicains.
LE FIGARO. – Quelle est votre
analyse de la crise migratoire
actuelle et de son impact
sur l’Europe ?
Joseph DAUL. – La crise migratoire
démontre la nécessité d’une réponse européenne aux défis auxquels aucun pays ne peut faire face
seul. C’est lorsque nous agissons de
concert que nous pouvons les surmonter. L’Europe a déjà apporté
des résultats : le nombre de passages clandestins a diminué de 95 %
par rapport au pic d’octobre 2015.
Les Européens ne voient plus combien l’Europe les protège. Les bienfaits que l’Union européenne prodigue sont pourtant présents dans
chaque geste de notre quotidien.
Comment la ligne politique
du PPE peut-elle rester lisible
dans ce contexte de crise
migratoire, à l’approche
des européennes ?
Notre ligne est claire : nous restons
fidèles à nos valeurs, en particulier
celles qui sont issues de nos racines chrétiennes démocrates, solidarité et responsabilité qui, pour
nous, doivent toujours aller de
pair. Solidarité envers ceux qui
fuient guerres et persécutions et
envers les pays qui se retrouvent
en première ligne face aux flux
migratoires. Responsabilité envers
nos citoyens, dont nous devons
assurer la protection. Il est donc
important d’opérer une distinction nette entre véritables réfugiés
que nous devons aider et migrants
économiques illégaux, que nous ne
pouvons pas accueillir. Le PPE a
déjà pris des mesures importantes
pour protéger nos frontières : mise
en place d’un corps européen de
gardes-frontières et de gardescôtes, formation des gardes-côtes
libyens, meilleur échange de données entre les États membres. Les
réponses tranchées et simplistes de
certains sont des leurres. Nous devons prendre le problème de la migration à la racine en stabilisant
notre voisinage, en coopérant avec
les pays méditerranéens et en investissant plus en Afrique pour que
les gens aient un meilleur avenir
chez eux. Nous avons aussi besoin
d’un système d’asile commun.
Que pensez-vous de la probable
stratégie du président anticipant
un débat entre nationalistes
et progressistes ?
Cette approche manichéenne du
paysage politique européen est une
mise en scène dont le premier rôle
est tenu par le président. Forcer le
trait de la dichotomie, c’est jouer
sur la division et faire le jeu des nationalistes, dont les forces ne cessent de grandir en France et en Europe. Cette stratégie sert peut-être
le président mais pas l’Europe.
Alors que le président s’en fait le
champion, il éloigne l’Europe des
Français en revenant aux listes nationales pour les élections européennes. De plus, dans le camp des
soi-disant progressistes, on retrouve aussi les gouvernements socialistes de Malte et de la Slovaquie,
où l’on assassine des journalistes en
toute impunité, ou encore le premier ministre tchèque, un libéral
dont on annonce le rapprochement avec le président Macron et
qui fait face à des accusations de
fraude.
Que pensez-vous de la ligne
défendue par Laurent Wauquiez ?
Je suis président d’un parti traversé par différents courants et je
comprends la tâche ardue qui est
celle de Laurent Wauquiez de les
rassembler. Lors du congrès des
Républicains à Menton dédié à
l’Europe, nous avons vu émerger
cette synthèse. L’Europe et la
France ne sont pas antinomiques.
Nous devons défendre une France
forte dans une Europe forte. C’est
ainsi que nous pourrons mieux défendre les intérêts français à
Bruxelles et dans le monde.
Les européennes pourraient
être marquées par l’apparition
d’une troisième force
eurosceptique au Parlement
européen. Quel en serait l’impact ?
La montée des forces extrêmes est
un vrai sujet car cela pourrait entraver le travail législatif au Parlement européen. Je suis convaincu
que le PPE restera le groupe le plus
important et le plus soudé après les
élections européennes
de mai 2019 et donc
un acteur incontournable. ■
A
CHARLES SAPIN £@csapin
À L’APPROCHE des européennes,
c’est non sans une certaine fébrilité
qu’on glisse d’une interrogation à
l’autre au Rassemblement national.
Depuis le mois de juin, c’était,
avant tout, la question de la tête de
liste RN pour le scrutin de mai prochain qui nourrissait les messes
basses entre lieutenants de Marine
Le Pen.
Entre un profil d’ouverture issu
de la société civile, à l’image de
l’économiste Hervé Juvin, et celui
d’un politique plus madré, aussi
rompu aux médias, qu’identifié
dans l’opinion publique, la patronne du parti à la flamme semble
avoir tranché : « Comme je pense
réussir à faire une très grande liste
d’ouverture, je pense que, peut-être,
la tête de liste doit être issue du Rassemblement national », a lâché la
députée du Pas-de-Calais, ce jeudi,
au micro de Jean-Jacques Bourdin
sur RMC et BFMTV. Peu de temps
avant de louer les qualités du député des Pyrénées-Orientales, Louis
ISA HARSIN/SIPA
La
«montée
des forces
extrêmes
est un vrai
sujet car
cela pourrait
entraver
le travail
législatif
au Parlement
européen
»
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
Dimanche 30 Septembre 2018 I 12H-13H
Aliot, « un bon candidat, très apprécié du mouvement, arrivé en tête
des élections du comité central ». Si
le choix définitif devrait être annoncé dans « les semaines à venir », le suspense s’estompe désormais au profit d’une tout autre
interrogation : comment trouver
les fonds nécessaires à la campagne
à venir ?
« Pour le moment, je n’en vois
pas. Nous n’avons aucune solution », confie, désarmant de sincérité, le trésorier du parti, Wallerand
de Saint Just. Les derniers sondages
annoncent le parti de Marine Le
Pen en tête des intentions de vote,
au coude-à-coude avec La République en marche. Reste que s’il
veut faire campagne à égalité de
moyen avec les listes portées par le
chef de l’État, le PS ou LR, il lui faut
réunir quelque 9 millions d’euros.
Ce qui correspond au budget maximum remboursable par l’État.
C’est là que le bât blesse. Comme
lors de la dernière présidentielle,
aucun institut bancaire n’accepte
de prêter les sommes au parti à la
flamme : « Sans être parano, on a
Éric Coquerel (LFI) :
« On veut reconstruire
l’Europe, pas en sortir »
JOSEPH DAUL,
PRÉSIDENT DU
PARTI POPULAIRE
EUROPÉEN
VALÉRIE
PÉCRESSE
Présidente (LR) de la Région Île-de-France
BENJAMIN SPORTOUCH - RTL
GUILLAUME ROQUETTE - LE FIGARO / CHRISTOPHE JAKUBYSZYN - TF1-LCI
Pour faire campagne, le RN
EPP.EU
PROPOS RECUEILLIS PAR
Christophe Castaner,
délégué général de
LaREM (au centre),
et Nathalie Loiseau,
ministre chargée des
Affaires européennes
(à sa droite),
lors d’une réunion
publique consacrée
aux européennes,
mercredi.
LA BIPOLARISATION du débat sur
les européennes entre le chef de
l’État, Emmanuel Macron, et la
présidente du RN, Marine Le Pen,
« fait l’affaire des deux » soutient
Éric Coquerel, député Insoumis de
Seine-Saint-Denis et invité jeudi du
« Talk Le Figaro ». Cela ne l’étonne
donc pas que « les deux s’y engouffrent, comme si Emmanuel Macron
était progressiste, et comme si Marine Le Pen était la seule à se préoccuper de la souveraineté des peuples ».
Sur ce dernier point, Coquerel
considère que Le Pen fait dériver
son attachement à la souveraineté
« vers la haine des autres peuples,
la haine de l’étranger ». « Elle ne
donne aucune solution et en plus elle
est décliniste », insiste-t-il. Éric
Coquerel, avec son mouvement de
La France insoumise dirigé par
Jean-Luc Mélenchon, assure que la
France, « deuxième puissance économique en Europe et pays bientôt le
plus peuplé » peut « faire changer
les choses si demain elle tape du
poing sur la table en disant que les
traités tels qu’ils sont ne sont plus
supportables ».
« Une très belle liste »
Coquerel tient en outre à souligner
que son mouvement ne veut pas
« une sortie » de l’Europe mais
« une reconstruction avec d’autres
partenaires ». « Je ne crois pas à
un Frexit, dit-il, car il n’y aura pas
de continuité de l’Europe sans la
France et sans l’Allemagne. »
Selon notre sondage Odoxa
Dentsu Consulting pour Le Figaro
et France Info du 13 septembre
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 28 septembre 2018
POLITIQUE
nationalistes
Le Pen et même Wauquiez.
7
Le cyclone Kirk perturbe la visite
présidentielle en Martinique
Malgré le bouleversement de son programme, Emmanuel Macron a voulu
répondre aux inquiétudes des habitants, jeudi, à Fort-de-France.
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
ENVOYÉ SPÉCIAL À FORT-DE-FRANCE
l’impression qu’ils se sont passé le
mot. Il n’y a aucune raison valable à
leur refus, nous avons toutes les garanties financières imaginables
puisque nous sommes certains d’obtenir un remboursement de l’État.
C’est comme si on empruntait sur le
contribuable », s’indigne Wallerand de Saint Just.
“
Nous
sommes
victimes d’un
étranglement
méthodique
”
BRUNO GOLLNISCH, EURODÉPUTÉ RN
Une situation plus alarmante
que par le passé, puisque, en raison d’une évolution récente de la
législation, le parti ne peut plus
contourner ce qu’il décrit comme
une « discrimination bancaire ».
Ni les crédits de banques extraeuropéennes, ni ceux de microparti tel que Cotelec, ne sont plus
autorisés depuis la loi pour la
confiance dans la vie politique de
ÉRIC COQUEREL,
jeudi, dans le studio du Figaro.
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
dernier, LFI arrive en 4e position
avec 12,5 % des voix, non loin de
LR, 14 %, alors que le RN, à 21 %,
est littéralement collé à LaREM
(21,5 %).
Cette quatrième position, place
LFI en nette première position à
gauche, 7,5 points devant les éco-
2017. Le même texte renforce également de façon drastique les
conditions des prêts de particuliers aux partis politiques. Des dispositions devant à l’origine être
contrebalancées par la création
d’une « banque de la démocratie », mais abandonnée depuis.
Dans une situation financière désastreuse, le parti ne peut plus
compter sur la deuxième tranche
de subventions publiques de
2,5 millions d’euros qui devrait lui
être versée au mois de novembre.
Ni sur le million récupéré auprès
de la justice ce mercredi. Ces sommes étant d’ores et déjà destinées
à couvrir les dépenses de fonctionnement du mouvement, comme a assuré le remboursement de
prêts antérieurs.
« Que voulez vous faire d’un million de toute façon ? Cela couvre à
peine les bulletins de vote et les professions de foi, tonne l’eurodéputé
Bruno Gollnisch. Nous sommes
victimes d’un étranglement méthodique. Mais qu’importe, on se mettra sur les toits des voitures pour
haranguer la foule s’il le faut ! » ■
logistes qui eux-mêmes devancent
les socialistes… « Si je regarde la
liste qu’on a entre des syndicalistes,
des responsables politiques de tous
bords sans compter ceux qui peuvent arriver - puisqu’on parle de
l’arrivée de socialistes, de communistes ou de personnes des mouvements sociaux - je pense qu’on aura
une très belle liste. »
Concernant les socialistes susceptibles de les rejoindre, en l’occurrence une part de l’aile gauche
du PS avec l’eurodéputé Emmanuel
Maurel, les choses devraient
désormais se clarifier assez vite.
Mardi lors du prochain bureau national des socialistes, Maurel devrait présenter un texte différent
de celui de la direction sur les
grandes orientations européennes.
Principal point d’achoppement entre les deux : l’indépendance revendiquée par l’aile gauche du PS
du Parti socialiste européen. Les
militants socialistes vont ensuite
voter dans les jours suivants sur les
divers textes présentés - dont un
autre de Julien Dray - et l’aile gauche pourrait arguer d’une mise en
minorité pour acter son départ vers
la liste de Jean-Luc Mélenchon. ■
THOMAS SAMSON/AFP
Emmanuel Macron, avec les ministres Agnès Buzyn (Santé), François de Rugy
(Écologie) et Annick Girardin (Outre-mer), jeudi, à la préfecture de Fort-de-France.
chef de l’État de répondre aux questions de la presse martiniquaise et, ce
faisant, de livrer en creux une série
de remarques sur les difficultés à
exercer le pouvoir.
Critiqué sur la fiscalité
Déjà, le chef de l’État s’était livré à
un exercice de pédagogie, mercredi,
à New York, en répondant aux questions de « Quotidien », revenant notamment sur la séquence des « Gaulois réfractaires ». À Fort-de-France,
Emmanuel Macron est interpellé et
mis en cause sur tous les sujets :
réforme de la fiscalité locale,
construction du cyclotron en Guadeloupe, vétusté de l’hôpital local, esclavagisme… « Je n’ai jamais fait
d’électoralisme », jure-t-il alors qu’il
est critiqué pour la baisse de l’abattement fiscal pour les plus riches.
« Je m’intéresse au quotidien de nos
concitoyens », se défend-il quand il
est attaqué sur sa politique. « Aidez-
moi à faire de la pédagogie », implore-t-il après avoir été, une nouvelle
fois, critiqué sur la fiscalité.
Voilà Emmanuel Macron responsable et coupable de tous les maux. À
peine échappe-t-il aux accusations
d’être responsable de la pollution aux
algues brunes, les sargasses, qui pullulent en Martinique sur certaines
plages. « C’est une conséquence directe du réchauffement climatique », assure-t-il en plaidant pour une solution à long terme. Comme en écho
aux difficultés qu’il rencontre en métropole avec l’absence de résultats
économiques de sa politique, voilà le
chef de l’État confronté en Martinique à l’impatience et l’exaspération
du temps court. Et encore, il ne
s’agissait là que d’interpellations de
la presse locale. Les Martiniquais, il
devait les rencontrer plus longuement lors d’une déambulation dans
le centre de Fort-de-France. Le cyclone Kirk en a décidé autrement. ■
UNE ANNÉE PEUT
DÉCIDER D’UNE VIE
VINCENT
WILLIAM
LACOSTE
LEBGHIL
PREMIÈRE ANNÉE
UN FILM DE
THOMAS
LILTI
ACTUELLEMENT
A
dans une impasse financière
EXÉCUTIF Le maître des horloges
n’est pas le maître du temps. Emmanuel Macron a débarqué mercredi
soir en Martinique, précédant de
quelques heures l’arrivée du cyclone
tropical Kirk. Quelques heures auparavant, la préfecture de l’île avait relevé le niveau de vigilance de jaune à
orange, contraignant les équipes du
président de la République à remanier le programme chargé qui l’attendait sur place. Les rassemblements en plein
air sont interdits, les crèches et les
écoles sont fermées. Exit donc la
déambulation prévue dans les rues de
Fort-de-France et la promenade en
mer sur une vedette des douanes
pour rejoindre la ville de Saint-Louis.
« Le programme est adapté en fonction
des événements climatiques et avec le
souci de la sécurité des habitants »,
explique-t-on dans l’entourage du
chef de l’État.
Seule une séquence en plein air a
été maintenue : celle de jeudi matin
consacrée aux ravages de la pollution
au chlordécone. Pas question pour le
tout récent « champion de la Terre »
d’annuler la séquence. Le titre lui a
été décerné mercredi à New York
lors du One Planet Summit pour son
implication dans la lutte contre le réchauffement climatique. « C’est un
sujet important tant pour les Martiniquais que pour nous tous, explique
Emmanuel Macron en sortant de la
préfecture où il a discuté avec des
élus. Évidemment, le contexte météorologique vient bouleverser le déplacement mais c’est le quotidien ici. » Pour
l’heure, seules quelques rafales et
averses intermittentes signalent l’approche du cyclone. Le temps pour le
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Affaire Skripal : le suspect était un colonel russe
Rouslan Bochirov est accusé par la Grande-Bretagne d’avoir empoisonné l’ex-agent double en mars dernier près de Londres.
PIERRE AVRIL pavril@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À MOSCOU
La véritable identité de Rouslan Bochirov
a été dévoilée mercredi par les sites
d’investigation britanniques. AP
GRANDE-BRETAGNE À l’époque, seul le
collier de barbe faisait défaut. Mais derrière la photo d’identité du jeune Anatoli Tchepiga, prise en 2003 alors qu’il
avait 24 ans, il est facile de reconnaître
Rouslan Bochirov. Ce colonel du renseignement militaire russe (GRU) est
accusé d’avoir, sous un nom d’emprunt
et avec l’un de ses collègues, empoisonné en mars dernier l’ex-espion Sergueï
Skripal à Salisbury, au sud-ouest de
Londres. À la télévision publique russe,
l’homme a d’abord été présenté comme
un touriste ordinaire en virée avec son
compagnon Alexandre Petrov. Sa véritable identité a été dévoilée mercredi
par les sites d’investigation britanniques Bellingcat et The Insider.
Né le 5 avril 1979 dans le village de
Nikolaevka, près du fleuve Amour et de
la frontière chinoise, l’empoisonneur
désigné de Sergueï Skripal a été recruté
dans une école militaire de l’ExtrêmeOrient spécialisée dans la formation des
commandos de marine et des officiers
Spetsnaz. Interrogés par le quotidien
Kommersant, des habitants de son village natal ont confirmé sa véritable identité ainsi que la nature secrète de ses missions professionnelles. Ils se souviennent
d’un garçon « intelligent et gentil ».
Assigné à Khabarovsk, dans la
14e brigade de cette unité d’élite de
l’armée russe, il aurait participé à la
seconde guerre de Tchétchénie en trois
occasions différentes, ce qui lui a valu
de recevoir plus de vingt décorations
militaires. Sa présence a également été
remarquée près de la frontière ukrainienne, fin 2014, au moment où la
guerre du Donbass faisait rage. C’est au
mois de décembre de cette même année que l’officier Tchepiga, marié et
père de famille, a été décoré par le chef
du Kremlin, officiellement en lien avec
une « mission de maintien de la paix »,
de l’ordre de Héros de la Russie.
Faux passeport
Sur la base de multiples recoupements,
notamment des dossiers militaires et
des confirmations de son entourage,
Bellingcat conclut « avec certitude que la
personne identifiée par les autorités britanniques comme étant Rouslan Bochirov
est en fait le colonel Anatoli Vladimirovitch Tchepiga ». Un faux passeport
avec son nom d’emprunt lui aurait été
distribué en 2010. Ces informations
contredisent la thèse de Vladimir Poutine, selon laquelle lui et son camarade
Alexandre Petrov seraient des « civils »
ordinaires. Margarita Simonian, la directrice de la chaîne Russia Today qui
avait conduit une interview avec les
deux hommes - accueillie avec sarcasmes sur les réseaux sociaux -, a expliqué
qu’elle avait tenté ensuite de joindre ses
deux invités afin que ces derniers lui
transmettent des photos de leur voyage
touristique. « Mais leur numéro n’était
plus disponible », a-t-elle raconté.
Jeudi, sur Facebook, la porte-parole
du ministère des Affaires étrangères,
Maria Zakharova a dénoncé une nouvelle « campagne » et « l’absence de
preuves ». Le ministre britannique des
Affaires étrangères, Jeremy Hunt, a
pour sa part dit avoir eu un « échange
de vues franc » avec son homologue
russe. Il n’est « pas acceptable », a-t-il
ajouté, « que la Russie charge deux
agents du GRU d’utiliser des armes
chimiques sur le sol britannique ». ■
À l’ONU,
la Chine profite
du vide laissé
par les États-Unis
Pékin est désormais le deuxième
contributeur des opérations de maintien
de la paix et exporte sa vision du monde.
MAURIN PICARD £@MaurinPicard
NEW YORK
DIPLOMATIE Sous le plus grand chapiteau du monde, la 73e Assemblée générale des Nations unies à New York, Donald Trump a assuré le spectacle et
monopolisé l’attention. En coulisses,
pourtant, des artistes d’une autre trempe se démenaient sans compter : les diplomates chinois, multipliant les
contacts avec leurs homologues indiens, japonais, australiens, habituellement méfiants, mais aujourd’hui rebutés par les pulsions unilatérales du
milliardaire à la Maison-Blanche.
Depuis que l’Amérique a entamé son
grand retrait des institutions internationales, et que l’Administration Trump
a accéléré ce mouvement, Pékin avance
ses pions pour combler le vide stratégique. Et, c’est la nouveauté, en
manœuvrant à découvert. L’agence de
presse gouvernementale chinoise Xinhua a publié une carte interactive retraçant « le retrait américain de la communauté internationale depuis que
Trump est entré en fonction ». L’inven-
taire commence par la dénonciation du
traité de libre-échange transpacifique
(TPP) le 23 janvier 2017, et culmine avec
le départ du Conseil des droits de
l’homme, le 19 juin dernier. Entre ces
deux dates, se délecte le quotidien anglophone People’s Daily, Washington a
dénoncé l’accord de Paris sur le climat,
le pacte mondial pour les migrations,
l’accord nucléaire de Vienne avec
l’Iran, et quitté l’Unesco. À quoi s’ajoutent les imprécations du conseiller à la
sécurité nationale John Bolton envers la
Cour pénale internationale (CPI).
Des projets planétaires
La Chine, face à ce spectaculaire reflux,
se proclame ouvertement « le champion
du multilatéralisme », selon les termes
du porte-parole des Affaires étrangères, Geng Shuang, le 20 juin dernier, et
se démène pour acquérir une influence
inédite dans les coursives de l’ONU. « Il
suffit de suivre la trace de l’argent »,
suggère la journaliste indienne Seema
Sirohi, pour l’Observer Research Foundation : quand Washington, en 2017, a
réduit de 285 millions de dollars sa
contribution au budget annuel de l’or-
Discussion, mercredi à New York, entre le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, et les membres de sa délégation.
ganisation pour 2018-2019 et ne cesse
de vouloir tailler dans son financement
du maintien de la paix, Pékin s’est hissé
au troisième rang du budget régulier,
certes loin derrière les États-Unis. Mais
surtout, il est désormais le deuxième
contributeur des opérations de « maintien de la paix », passant de 3 à 10,25 %
depuis 2013, et a promis de verser
1 milliard de dollars ces cinq prochaines
années, tout en formant 8 000 soldats
pour ces missions. Tout cela, pour le
politologue Richard Gowan, participe
d’une « vision du monde » particulière,
à rebours des traditionnelles valeurs
occidentales très largement à l’origine
de l’organisation en 1945, et qui pourrait se résumer ainsi : la prééminence
de la souveraineté nationale, du « dialogue et de la coopération » sur le respect des droits de l’homme.
Au Conseil des droits de l’homme à
Genève, où ils sont revenus en 2013, à
l’Unesco à Paris, ces deux institutions
désertées par les diplomates américains,
« les Chinois dominent l’essentiel des
conversations », écrit Gowan. Le constat
est le même à New York. Durant l’été,
nombreux sont les diplomates du monde entier à avoir été invités à se rendre à
la mission chinoise, un épais bâtiment
en marbre rose sur la 35e Rue. Ils y ont
reçu une présentation des grands projets
planétaires de Pékin, les nouvelles routes de la soie, un chantier pharaonique
de liaisons maritimes et de voies ferroviaires entre la Chine et l’Europe, ainsi
que la stratégie « Made in China 2025 »
visant à s’imposer dans les hautes technologies. « Ce fut courtois, mais sans
chaleur particulière, confie un diplomate
européen convié à un de ces entretiens
inédits. Ils sont sûrs de leur force ».
Sûrs de leurs forces, mais pas à l’abri
de sorties de route imprévues. Mardi, le
ministre des Affaires étrangères Wang
EN BREF
Pékin ulcéré par les assauts répétés de Trump
A
CYRILLE PLUYETTE
£@CyrillePluyette
À FORCE d’être prises pour cible
par Donald Trump, les autorités
chinoises commencent à voir
rouge. « Nous conseillons aux
États-Unis d’arrêter ces incessantes critiques et diffamations sur la
Chine », s’est agacé jeudi Geng
Shuang, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, dénonçant des mots et des
actes qui « endommagent » la relation bilatérale. Dernier épisode
en date, le locataire de la MaisonBlanche a accusé mercredi Pékin
d’essayer « d’interférer » dans les
élections de mi-mandat américaines, qui s’annoncent délicates
pour son camp. Le géant asiatique
ne veut pas qu’il « gagne », parce
qu’il est le premier à le « défier sur
les échanges », a-t-il affirmé devant le Conseil de sécurité des
Nations unies. Visiblement peu
désireux de ménager la susceptibilité chinoise, Donald Trump,
qui a si souvent vanté sa relation
personnelle avec le président
chinois, a estimé qu’en conséquence Xi Jinping n’était « peutêtre plus » son « ami ».
Une équation complexe
Pour appuyer ses dires, le numéro un américain a par la suite exhibé sur Twitter des suppléments
financés par la Chine dans un
journal de l’Iowa, État clé pour le
scrutin, et représentatif du cœur
de son électorat. L’un d’entre eux
fait savoir aux producteurs de
soja de la région que leurs exportations – objet de représailles tarifaires de Pékin – sont pénalisées à cause de la « folie » de leur
président, qui a déclenché les
hostilités.
Ulcéré, le chef de la diplomatie
chinoise, Wang Yi, présent à la
réunion de l’ONU, a vivement
démenti les allégations américai-
nes. Cela commence sans doute à
faire beaucoup pour le régime
communiste bousculé sur tous les
fronts. Plus tôt dans la semaine,
Pékin a fustigé les « méthodes de
voyou » des États-Unis et affirmé
qu’il ne négocierait pas « le couteau sous la gorge ». Le conflit
commercial s’est envenimé lundi, avec l’entrée en vigueur de
tarifs douaniers américains supplémentaires sur des biens
chinois d’un montant annuel de
200 milliards de dollars. La Chine
s’est aussi insurgée contre la décision de Washington d’imposer
des sanctions financières à une
unité de son armée qui avait
acheté des armements russes début 2018.
Le président chinois, Xi Jinping,
plongé dans une guerre commerciale qu’il voulait éviter, se retrouve face à une équation complexe.
« L’empereur rouge », qui a promis de faire de la Chine une superpuissance respectée, se doit d’affi-
cher une certaine fermeté, sous
peine de mécontenter sa population. Mais il doit aussi prendre garde à ne pas fragiliser une économie
qui montre des signes de ralentissement. Le dosage est d’autant
plus difficile à trouver que les
Chinois en sont désormais persuadés : l’offensive lancée par Donald
Trump dépasse largement le domaine commercial.
À court terme, le président américain s’en prend à la deuxième
économie mondiale pour fédérer
en vue des élections, tout en essayant de résorber son déficit
commercial, jugent plusieurs observateurs chinois. « Mais son véritable objectif est d’empêcher la
montée en puissance de la Chine
dans les hautes technologies, afin
qu’elle ne menace pas l’hégémonie
américaine à l’échelle mondiale »,
juge Xin Qiang, spécialisé dans les
relations sino-américaines à l’Université de Fudan, à Shanghaï. Le
conflit semble parti pour durer. ■
AP
Yi a peu apprécié la tirade de Donald
Trump sur les « interférences » chinoises en vue des élections parlementaires
américaines de mi-mandat (midterms,
6 novembre). Regrettable incident, ou
signe avant-coureur des difficultés à
venir dans cette reconquête de l’ONU ?
Le débat fait rage entre experts de politique internationale surpris de cette
montée en puissance. « Xi Jinping est allé
trop loin », suggère Yun Sun, du Stimson
Center, un think-tank washingtonien,
regrettant « l’arrogance » de Pékin, qui
tranche avec la prudente stratégie édictée par Deng Xiaoping en 1990 : « gagner
du temps et dissimuler sa force (tao guang
yang hui) » jusqu’à s’imposer comme la
première puissance mondiale. « Cette
optique-là est révolue », assure l’ancien
premier ministre australien Kevin Rudd.
À l’ONU, comme dans la sphère AsiePacifique ou le cadre du bras de fer avec
les États-Unis. ■
Sept soldats maliens tués
L’objectif est
« d’empêcher
la montée en
puissance de
la Chine dans
les hautes
technologies,
afin qu’elle ne
menace pas
l’hégémonie
américaine
à l’échelle
mondiale
XIN QIANG,
UNIVERSITAIRE
»
Sept soldats maliens et un
chauffeur civil ont été tués
mercredi lorsque leurs véhicules
ont sauté sur des engins explosifs
improvisés dans le centre
du Mali. Jeudi, l’armée française
a largué 120 parachutistes
dans le nord-est du pays pour
une opération antidjihadiste.
Les Pays-Bas veulent ficher
les détenteurs d’armes
Le gouvernement néerlandais
veut enregistrer l’origine
ethnique et la religion
des propriétaires d’armes à feu,
selon un projet de loi qui suscite
une polémique aux Pays-Bas,
a rapporté jeudi le journal
de référence De Volkskrant.
Cette initiative fait suite
à une nouvelle directive
européenne visant à renforcer
les législations sur le port
d’arme, en réponse aux
différentes attaques islamistes
en Europe.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 28 septembre 2018
INTERNATIONAL
9
Le juge
Kavanaugh
confronté à
son accusatrice
Christine Blasey Ford a accusé sous
serment le candidat à la Cour suprême
de l’avoir agressée sexuellement en 1982.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
CORRESPONDANT À WASHINGTON
ÉTATS-UNIS Même aux critères de la politique américaine, friande de spectacle et
de drame, l’audition sénatoriale orchestrée jeudi a offert une scène extraordinaire : la confrontation indirecte, retransmise devant tout le pays, d’un juge fédéral
avec son accusatrice, dont l’enjeu n’est
rien de moins que l’orientation idéologique de la Cour suprême pour les décennies à venir. Brett Kavanaugh, 53 ans, le
candidat choisi par Donald Trump pour
siéger dans la plus haute juridiction américaine, est accusé par Christine Blasey
Ford, professeure de psychologie de
51 ans, de l’avoir agressée sexuellement il
y a trente-six ans, lorsqu’elle avait 15 ans
et lui 17. Plusieurs autres femmes ont,
dans la foulée, fait état d’incidents de
même nature, y compris un en 1998, mais
aucune n’a été invitée à témoigner. La
majorité républicaine du Sénat est pressée
de confirmer le juge Kavanaugh – un vote
en commission est prévu ce vendredi –
tout en offrant à une femme jugée crédible – qui a triomphé du détecteur de mensonges – la possibilité d’être entendue.
L’objectif est d’ancrer solidement la
Cour suprême à droite avant les législatives de novembre sans s’aliéner le vote féminin. Craignant des maladresses et de
projeter une image machiste, les onze
hommes républicains de la commission
des affaires judiciaires – les dix démocrates comptent quatre femmes dans leurs
rangs – ont fait appel à Rachel Mitchell,
procureure de Phoenix (Arizona), spécialisée dans les agressions sexuelles,
pour interroger Christine Blasey Ford à
leur place. « Ce n’était pas mon vœu d’être
ici aujourd’hui, je suis terrifiée, a déclaré
d’emblée Christine Blasey Ford. Je suis là
parce que je considère que c’est mon devoir
civique de vous dire ce qui m’est arrivé
lorsque nous étions au lycée. » Elle a alors
raconté en détail, d’une petite voix tremblante parfois coupée par l’émotion,
comment Brett Kavanaugh, assisté par
son camarade de beuverie Mark Judge,
l’avait poussée dans une chambre, s’était
jeté sur elle en essayant de la déshabiller
et avait étouffé ses cris avec sa main au
risque de l’étouffer, avant qu’elle parvienne à s’enfuir.
Christine Blasey Ford (au centre, assise) lors de son audition devant la commission judiciaire du Sénat, jeudi à Washington.
oublier ? « Le rire bruyant entre eux [les
deux garçons] à mes dépens. »
Très professionnelle, la procureure Rachel Mitchell tente de vérifier des points
de détail permettant d’apprécier la crédibilité du témoin. Contrainte de procéder
par segments hachés de 5 minutes, en
raison de l’alternance entre les deux partis, elle ne soulève pas d’incohérence durant les premières heures de son interrogatoire, appelé à durer tard dans la
journée. « Les républicains doivent se demander si c’était une bonne idée » de procéder de la sorte, commente une présentatrice sur Fox News lors d’une
interruption des débats. « Elle est extrêmement crédible, ajoute le commentateur
politique de la chaîne, Chris Wallace.
C’est un désastre pour les républicains. »
Brett Kavanaugh devait présenter sa défense dans la foulée. « Je n’étais pas parfait. Il m’arrivait de boire des bières, généralement le week-end, et parfois trop, a-til reconnu dans son propos introductif
publié à l’avance. Rétrospectivement, j’ai
dit et fait des choses qui me mettent mal à
l’aise aujourd’hui. » Plusieurs de ses anciens condisciples de Yale avaient été
« choqués » en le voyant se présenter
comme « un enfant de chœur » dans une
interview sur Fox News. Il nie moins catégoriquement être l’auteur de l’assaut
contre Christine Blasey Ford, ainsi que
des autres femmes s’étant manifestées à
sa suite. « Je n’ai jamais agressé sexuellement qui que ce soit. »
A. HARNIK/AP
Donald Trump avait décalé à la semaine
prochaine un rendez-vous prévu jeudi
matin avec Rod Rosenstein, l’attorney général adjoint soupçonné d’avoir comploté
contre lui, pour « ne pas interférer » avec
l’audition. Lors d’une conférence de presse
la veille, il avait réduit toute l’affaire à « une
grosse arnaque des démocrates ». Mais la
Maison-Blanche serait « en alerte rouge »
face au risque de perdre son candidat à la
Cour suprême. Avec seulement deux voix
de majorité au Sénat, elle voit avec préoccupation trois républicains – Susan Collins,
Lisa Murkowski et Jeff Flake – exprimer
des doutes sur Brett Kavanaugh. Les législatives ayant lieu dans six semaines, la fenêtre de tir serait trop étroite pour installer
un autre juge avant le scrutin. ■
« Il m’arrivait de boire des bières »
Cette attaque « a radicalement changé ma
vie », a-t-elle déclaré, évoquant « la
claustrophobie, la panique » et ses relations difficiles avec les garçons. Face aux
insinuations des supporteurs républicains de Kavanaugh, elle a dû préciser à
plusieurs reprises son degré de certitude
sur l’identité de son agresseur : « 100 % »,
a-t-elle répondu. « Comment êtes-vous
sûre que c’était lui ? », a demandé la démocrate Dianne Feinstein. « De la même
façon que je suis sûre d’être en train de
vous parler. » Le souvenir qu’elle ne peut
Un auteur de « fake
news » à la tête de la RAI
Le choix de Marcello Foa pour diriger l’audiovisuel
public est accueilli avec perplexité par le Quirinal.
ROME
ITALIE Souverainiste, prorusse, admirateur de Steve Bannon et de Benyamin Nétanyahou, europhobe, homophobe, antivaccin, auteur de « fake news » : Marcello
Luigi Foa, le journaliste italo-suisse de
55 ans élu jeudi président de la RAI,
l’audiovisuel public italien, ne laisse personne indifférent. « J’apporterai de l’air
frais. C’en est fini des sectarismes », a-t-il
dit à peine élu. « Il représente bien l’idéologie du gouvernement populiste jaunevert », explique Carlo Freccero, premier
directeur en France de la Cinq de Berlusconi et grand connaisseur du service public. « Une révolution culturelle commence
aujourd’hui à la RAI », se félicite le leader
Cinq Étoiles Luigi Di Maio.
Après des études en sciences politiques
à Milan, Marcello Foa émigre à Lugano,
comme chroniqueur de gazettes locales.
En 1989, Indro Montanelli, l’un des pères
du journalisme italien, l’appelle pour devenir chef du service étranger du Giornale.
En 2011, il est nommé directeur général du
groupe suisse Timedia qui édite le Corriere
del Ticino, et collabore à la BBC et Russia
Today. Avec un faible pour le canal satellite financé par le gouvernement russe
auquel il déclarait récemment toute son
estime pour Vladimir Poutine : « Le Russiagate ? Je n’y crois pas. »
Au Quirinal, son arrivée est accueillie
avec perplexité. En juin dernier, il avait
accusé le président Sergio Mattarella
d’avoir choisi « la voie de l’oppression » en
refusant de valider la nomination de
l’europhobe Paolo Savona comme ministre de l’Économie. Un an plus tôt, Marcello Foa avait été épinglé pour avoir repris
sur son blog un faux scoop accusant à tort
la BKA, la police criminelle allemande, de
« censure flagrante sur les attentats de
l’État islamique en Allemagne ».
Mercredi, lors de son audition devant le
Parlement, Marcello Foa a déclaré « avoir
reçu son mandat du gouvernement », provoquant une vive indignation de l’USIGRAI, le syndicat des journalistes audiovisuels. « En matière d’élection du président,
le gouvernement n’a pas voix au chapitre.
C’est une prérogative exclusive de la commission parlementaire de surveillance de la
RAI », dénonce son secrétaire national,
Vittorio di Trapani.
« Un expert du Web »
Marcello Foa a été imposé par Matteo Salvini, qui voulait un souverainiste à la tête
du service public, un ensemble de cinq
chaînes représentant 34 % de part
d’audience quotidienne. Le week-end
dernier, Silvio Berlusconi, qui s’était opposé dans un premier temps à son élection, a obtenu du leader de la Ligue, son
allié au centre droit, l’assurance que le
gouvernement ne présenterait aucune loi
sur le conflit d’intérêts pouvant mettre en
danger les trois télévisions de son groupe
Mediaset. Du même coup, ses représentants au sein de la commission parlementaire ont voté en faveur du journaliste, élu
jeudi par 27 voix contre trois.
Pour Carlo Freccero, Marcello Foa est
un « expert du Web et des techniques de
manipulation de l’information » et « des
lobbies qui fabriquent des nouvelles au service des gouvernements ». Il en a démonté
les mécanismes dans un livre ayant rencontré un vif succès, Gli stregoni della notizia (les sorciers des nouvelles) : « Il n’appartient pas aux lobbies traditionnels de la
RAI, est lié aux souverainistes et cultive une
passion pour l’information circulant sur les
réseaux sociaux, qui sont inexistants dans
le service public. » ■
A
RICHARD HEUZÉ rheuze@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
Tabac, alcool, cannabis : ce que consomment les adolescents âgés de 17 ans en 2017
Cannabis : les
jeunes fument
plus dans le sud
de la France
En Nouvelle-Aquitaine, par exemple,
44,7 % des adolescents déclarent avoir
déjà fumé un joint au cours de leur vie.
AGNÈS LECLAIR £@AgnesLeclair
ADDICTIONS Consommation de cannabis plus importante au sud, alcool plus
présent à l’ouest, tabagisme faible dans le
Nord-Est : tels sont les contrastes saisissants de la carte de France des addictions
des adolescents.
Le premier volet de l’enquête Escapad
(Enquête sur la santé et les consommations lors de l’appel de préparation à la
défense) de l’Observatoire français des
drogues et toxicomanies (OFDT) menée
en mars 2017 auprès de plus de
40 000 adolescents de 17 ans révélait un
net recul de la consommation de ces
substances psychoactives chez les jeunes,
et en particulier pour le cannabis.
Le deuxième volet de cette enquête,
dévoilé jeudi, offre une photographie plus
précise des habitudes des jeunes Français.
Cette plongée dans les régions révèle en
premier lieu une nette opposition NordSud chez les consommateurs de cannabis
sur le point d’entrer dans l’âge adulte. Le
Sud se distingue, en effet, à la fois par des
usages réguliers ou élevés plus fréquents
de ce produit et par une moindre baisse de
son expérimentation par rapport au reste
de la France. En Nouvelle-Aquitaine, par
exemple, 44,7 % des adolescents déclarent avoir déjà fumé un joint au cours de
leur vie. Un niveau d’expérimentation qui
ne se retrouve pas dans le nord du pays, à
l’exception de la Bretagne. « On peut
avancer l’hypothèse que la consommation
de cannabis est plus élevée car la route des
trafics de la résine de cannabis qui vient
d’Espagne irrigue plusieurs de ces régions,
avance Olivier Le Nézet, coauteur de cette
étude. Mais il faut aussi souligner que les
disparités de consommation de cannabis
sont relativement faibles sur l’ensemble du
territoire, tempère-t-il. Il y a une homogénéisation de l’usage de ce produit. C’est
également le cas pour le tabac. »
« Culture de la fête »
Le niveau socio-économique des familles
est aussi une piste qui permettrait d’expliquer ces contrastes régionaux. « Une présence plus importante de familles de CSP+
en Auvergne Rhône-Alpes peut aussi expliquer un usage de cannabis plus élevé chez
les jeunes de ce territoire que dans les Hauts
EXPÉRIMENTATION DU TABAC
en %
55 ,1
MOYENNE NATIONALE*
59 %
62 ,8
66 ,5
Bretagne
Écart par rapport
à la moyenne nationale
ALCOOLISATION PONCTUELLE
IMPORTANTE RÉPÉTÉE**, en %
62 ,6
51 ,1
58 ,2
65 ,3
≤ - 5 pts
- 5 pts à 0 pt
Non significatif
0 pt à + 5 pts
≥ + 5 pts
Nouvelle -Aquitaine
56 ,6
61 ,8
57 ,5
62
44 ,7
Bretagne
40 ,8
35 ,4
36 ,3
44 ,7
≤ - 5 pts
- 5 pts à 0 pt
Non significatif
0 pt à + 5 pts
≥ + 5 pts
Nouvelle -Aquitaine
Source : enquête Escapad 2017, OFDT
15 ,6
17 ,7
18 ,2
13 ,1
18 ,7
21
CORSE
35 ,6
2017
39 ,1
Alcoolisation ponctuelle
importante**
41 ,2
68 ,4 %
59 %
Expérimentation
du tabac
Expérimentation
du cannabis
15
* France métroplitaine ,** Au moins 3 fois dans le mois (binge drinking)
de France, moins favorisés économiquement », note le statisticien de l’OFDT.
La géographie de la consommation
d’alcool est tout autre. À 17 ans, les habitués du « binge drinking », ou alcoolisations ponctuelles importantes répétées
(API), sont plus nombreux sur l’arc Atlantique - en Bretagne, Pays de la Loire et
Nouvelle-Aquitaine - que dans le reste de
la France, exception faite de la Corse.
Dans ces régions, plus d’un adolescent sur
cinq déclare se livrer au moins trois fois
par mois à ce genre de beuverie. « C’est un
mode de consommation assez spécifique à
ces régions. Le cas de la Bretagne est em-
11 ,6
13 ,7
≤ - 3 pts
- 3 pts à 0 pt
Non significatif
0 pt à + 3 pts
≥ + 5 pts
Nouvelle -Aquitaine
2014
41 ,6
43 , 5
22
ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION MOYENNE NATIONALE,
en %
33 ,1
40 ,5
21 ,8
Bretagne
20 ,1
EXPÉRIMENTATION DU CANNABIS
en %
39 ,1 %
19 ,1
Pays de la Loire
63
61 , 6
MOYENNE NATIONALE*
14 ,3
MOYENNE NATIONALE*
16 ,4 %
blématique. C’est une région où il y a une
forte culture de la fête chez les jeunes. Les
sorties entre amis y sont plus fréquentes
qu’ailleurs », commente Olivier Le Nézet.
Mais la forte consommation d’alcool
chez les jeunes peut également être liée à
la taille de leur commune et à leur orientation scolaire. Ainsi, les jeunes habitants
des communes rurales signalent généralement des niveaux d’usage de boissons
alcoolisées plus importants que ceux des
plus grosses villes. Les apprentis sont
pour leur part 18,4 % à déclarer un usage
régulier d’alcool contre 7,5 % des élèves.
Enfin, l’expérimentation et l’usage quoti-
21 ,8 %
16 ,4 %
47 ,8 %
39 ,1 %
Infographie
dien de tabac sont moins fréquents dans
trois régions : l’Île de France, les Hauts de
France et le Grand Est. L’Île-de-France
se distingue d’ailleurs pour ses niveaux
inférieurs de consommation pour tous les
produits. « Ces différences régionales peuvent en partie s’expliquer par l’accessibilité
des produits et les traditions culturelles
mais ces cartes reflètent aussi la plus ou
moins grande présence des outils de prévention et d’aide, comme les consultations
jeunes consommateurs ou l’intervention
précoce, décrypte le psychologue JeanPierre Couteron, ex-président de la Fédération addiction. ■
Contre la fraude, des contrôleurs « infiltrés » dans les trains
Depuis un an, la SNCF déploie des brigades en civil sur son réseau francilien. Effet de surprise garanti, « moisson » d’amendes aussi.
VALERIE COLLET £@V_Collet
TRANSPORT Leur tactique est désormais rodée : répartis dans une rame de
la ligne-H, qui relie la gare du Nord à
Valmondois (Val-d’Oise), les six jeunes
hommes de la LAF (lutte anti-fraude) se
sont mêlés aux voyageurs. En sweat à
capuche, jean et sneakers, ces contrôleurs en civil leur ressemblent. À SaintDenis, Hicham*, le chef, envoie à ses
hommes un texto via la messagerie
WhatsApp. Ils dégainent leurs brassards
jaune fluo « Contrôle SNCF ». « Contrôle
SNCF en civil, mesdames et messieurs,
vérification de votre titre de transport »,
annoncent-ils calmement. L’effet de
surprise est total. Une dame admet
qu’elle n’a pas rechargé son passe Navigo ce mois-ci. Benoît, l’un des contrô-
leurs en civil, au physique de vigile, lui
propose de payer son PV sur-lechamp : 50 euros. Elle n’a pas d’argent
sur elle et pas non plus de papiers
d’identité. Le montant passera à
100 euros lorsque l’amende lui sera
adressée à son domicile. Si elle attend
plus de deux mois, ce sera 375 euros…
« Avec les coordonnées de son passe, nous
pourrons retrouver son adresse », affirme Benoît. Un peu plus loin, une élégante quadragénaire, brushing impeccable, ongles carmillon et stilettos aux
pieds, affirme sans rire avoir entendu à
la télévision que le train était gratuit…
« Il faudrait raconter toutes les perles entendues lors des contrôles ! », s’exclame
Hicham en aparté. « Dès le début, on apprend que tout le monde fraude. On ne
peut pas se fier à la tête du client », dit-il.
De retour à Paris, la brigade des contrô-
leurs en civil, créée il y a un an à la gare
du Nord et déployée petit à petit dans la
capitale, se répartit devant une série de
portiques. Cette fois, pas de brassard
mais des insignes et des cartes professionnelles présentés à chaque « prise ».
Les resquilleurs passent à plusieurs sous
leurs yeux. Aucun ne tente de s’échapper ni ne conteste la fraude. « Le fait que
nous soyons en civil crée une relation différente, moins agressive, avec les fraudeurs », estime Martin, contrôleur de
TER reconverti dans la LAF.
La petite équipe poursuit son coup de
filet sur les quais en ciblant les fumeurs :
68 euros. Tous se rassemblent pour le
débriefing dans le local de la gare du
Nord où les vestiaires sont alignés sur les
murs. Hicham fait le compte : la « moisson » de la matinée a rapporté 656 euros
avec 43 personnes verbalisées, dont 16
ont réglé immédiatement leur amende.
« C’est important de calculer ce montant
parce qu’il évalue aussi l’efficacité de notre travail », raconte Jean Laurent Garcia, dirigeant opérationnel des contrôleurs de la SNCF à Paris Nord.
« Nouvelle méthode »
Au total, 80 contrôleurs en civil participent à ces opérations anti-fraude, dont
25 à la gare du Nord. Tous sont volontaires. « Auparavant j’étais contrôleur en tenue. Je travaillais dans un TER. C’est un
travail solitaire. La mission est différente.
On veille à la sécurité des voyageurs dans
le train. La LAF, c’est autre chose », raconte Jean-Claude en évoquant la lutte
contre les incivilités, elles aussi verbalisées. Pieds sur les banquettes, portes
maintenues ouvertes après le signal de
fermeture, fumeurs dans les rames…
Accueil des migrants : les Français partagés
Ils approuvent le refus de recevoir l’« Aquarius » mais gardent une bonne opinion des ONG qui le gèrent.
A
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
IMMIGRATION Les trois quarts des Français approuvent le refus d’Emmanuel
Macron d’accueillir le bateau humanitaire Aquarius… mais une majorité a, « en
même temps », une bonne opinion des
ONG qui aident les migrants. Selon une
enquête Odoxa-Dentsu Consulting pour
Le Figaro et France Info, sur l’affaire de
l’Aquarius, les Français sont « totalement
paradoxaux voire schizophrènes sur cette
question de l’accueil des migrants »,
commente Gaël Sliman, président de
l’institut Odoxa.
Alors que SOS-Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), les ONG qui
gèrent l’Aquarius, lancent un appel au
monde pour que le navire humanitaire
obtienne un nouveau pavillon, les Français se montrent très ambivalents. « En
juin dernier, déjà sur le thème de l’Aquarius, notre sondage montrait qu’ils étaient
très fermes sur la question, rappelle Gaël
Sliman. Estimant que la France en ac-
Selon-vous, Emmanuel Macron
a-t-il eu raison ou tort de refuser d’accueillir
l’Aquarius à Marseille ?
QUESTION :
26 %
QUESTION : Une solution européenne consistant
à répartir les migrants entre quatre pays a été
trouvée. Estimez-vous que c’est une bonne
ou une mauvaise solution ?
42 %
Une mauvaise
solution
Il a eu
tort
58 %
74 %
Une bonne
solution
Il a eu
raison
Enquête réalisée par Odoxa avec Dentsu Consulting pour Le Figaro et France Info, les 26 et 27
septembre 2018 sur un échantillon de 998 Français représentatif de la population française âgée
de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas
appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, niveau de diplôme et profession de l’interviewé
après stratification par région et catégorie d’agglomération
cueillait “trop”, les migrants inspiraient à
nos concitoyens davantage de crainte que
de compassion (54 % vs 45 %). Trois mois
plus tard, rien n’a changé. » La position du
chef de l’État, qui a refusé d’accueillir
l’Aquarius et ses 58 migrants à Marseille,
est totalement en phase avec l’opinion
publique, jusque chez les sympathisants
de la France Insoumise (FI). La répartition
européenne trouvée pour ces 58 migrants
satisfait 58 % de la population, mais elle
est majoritairement rejetée à droite.
Une courte majorité (51 %) a une bonne
opinion des ONG qui aident les migrants.
Cependant, ils sont exactement la même
proportion à comprendre les pays comme
l’Italie, qui leur refusent désormais tout
accueil. D’ailleurs, parmi les supporteurs
de l’Italie, nombreux sont ceux (un quart)
qui disent avoir malgré tout une « bonne
opinion des migrants ». « Pas moins de
38 % de personnes se déclarent à la fois
d’accord avec Francis Valat, qui affrète
l’Aquarius, et avec le député LR Éric Ciotti,
qui estime qu’il faut reconduire en Syrie les
bateaux comme l’Aquarius », précise
Odoxa… Finalement, 52 % des Français se
disent en phase avec la critique du député
FI Jean-Luc Mélenchon dénonçant l’hypocrisie d’Emmanuel Macron qui « prend
des grands airs face aux xénophobes et ensuite refuse l’accueil à des malheureux »
sont aussi d’accord avec ce que le président a dit à l’ONU : «J’ai conscience parfois de donner le sentiment de ne pas céder à
des bons sentiments faciles mais si je suivais
cette voie, elle nourrirait les extrêmes xénophobes dans notre pays». ■
« Nous prenons beaucoup de plaisir à travailler ensemble. Nous sommes fiers
d’avoir été les pionniers d’une nouvelle
méthode de travail, rappelle Hicham.
Nous avons tout inventé : l’élaboration de
la formation, la couleur du brassard, l’insigne… » Leur objectif : abaisser le taux de
fraude de plus de 8 % en Île-de-France.
La SNCF l’évalue à 63 millions d’euros
par an dans la région. « Avec ce montant,
on pourrait acheter chaque année six
nouvelles rames », s’indigne Alain Krakovitch, le patron des trains d’Île-deFrance. En ajoutant la RATP et les autres
entreprises de transports publics en Ilede-France, la fraude atteint 366 millions
d’euros, d’après la Cour des comptes. Et
à l’échelle de l’Hexagone, le manque à
gagner atteint plus de 500 millions
d’euros. ■
* Tous les prénoms ont été changés.
ZOOM
Le responsable sécurité
de la ville de Rodez
mortellement poignardé
Le directeur général adjoint
de la mairie de Rodez, dans
le sud-ouest de la France, en
charge notamment de la police
municipale et des questions
de sécurité, est mort jeudi
après avoir été blessé de
plusieurs coups de couteau dans
le centre-ville. L’agression de
ce père de trois enfants a eu lieu
vers 10 h 30 dans une petite rue
longeant la mairie, une voie
qui a très vite été fermée
par des cordons de police.
Les secours ont tenté de ranimer
la victime avant de le transporter
« en état d’urgence absolue »
vers l’hôpital de Rodez où
il a succombé à ses blessures.
L’agresseur présumé, qui aurait
été interpellé peu après les faits à
proximité de la mairie, selon une
source proche du dossier, « était
connu des services de police.
Il avait notamment dégradé la
porte de l’Hôtel de ville le 11 avril
dernier », a indiqué Christian
Teyssèdre, le maire de Rodez.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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LE FIGARO
vendredi 28 septembre 2018
SOCIÉTÉ
15
Ornières, fissures… alerte sur l’état des routes
Selon les derniers chiffres de Routes de France, le réseau est si dégradé et dangereux que l’on devrait passer de 80 km/h à 60 km/h.
ANGÉLIQUE NÉGRONI anegroni@lefigaro.fr
AMÉNAGEMENT Après le 80 km/h sur
nos routes, faudra-t-il bientôt envisager
le 60 km/h ? C’est en tout cas ce que prédit Pierre Calvin, président de Routes de
France, si notre voirie reste dégradée
comme c’est le cas aujourd’hui. Nids-depoule, fissures et mauvaise adhérence de
la voiture à une chaussée mal entretenue
sont la cause de nombreux accidents.
« Sur une route usée, la distance de freinage
est réduite de moitié », indique le responsable. Un revêtement dégradé imposerait
alors, selon lui, qu’on roule à 60 km/h
pour retrouver les mêmes conditions de
sécurité qu’à 80 km/h. Lors d’une conférence de presse ce jeudi, ce syndicat qui
représente les entreprises œuvrant dans
la construction et l’entretien de notre réseau a tiré la sonnette d’alarme. Même si
la défense des intérêts financiers de cette
branche n’est pas exclue de la démarche,
des indicateurs sont là.
Depuis 2013, le chiffre d’affaires de ce
secteur a chuté de 30 %, le signe d’une
baisse significative des commandes pour
réparer la voirie. À la recherche d’économies en période de tensions budgétaires,
l’État, les départements et les communes
– ces trois propriétaires de routes – ont
tous vu à la baisse les dépenses. « Ces dernières constituent à chaque fois la variable
d’ajustement. On met de l’argent dans les
routes seulement quand il en reste », déplore Pierre de Thé, directeur de communication du syndicat.
« De simples chemins »
Or ces coups de rabot persistants mettent
aujourd’hui en péril notre maillage routier. « S’ils deviennent trop dangereux, des
axes pourraient fermer ou être déclassés
pour devenir de simples chemins », ajoute ce
dernier. Or, cette évolution, si elle se vérifiait, serait en totale contradiction avec les
objectifs des politiques engagées pour désenclaver les territoires reculés. Elle irait
aussi à contresens de l’augmentation du
trafic sur ces mêmes secteurs. « Les achats
qui se font de plus en plus par l’e-commerce
y entraînent une hausse de la circulation.
Pour 15 produits achetés sur différents sites
du Net, ce sont parfois 15 camionnettes lancées sur les routes pour une livraison dans
l’heure. Avant il y avait un seul déplacement, celui de l’acheteur rejoignant la grande surface », explique Pierre Calvin.
Face au danger, le syndicat demande
aujourd’hui une analyse de l’état de la
chaussée pour chaque accident corporel.
Cette suggestion, qui responsabiliserait les
gestionnaires des routes, pourrait entraîner des conséquences pénales pour ces
derniers. C’est aussi par méconnaissance
que les maires, dans les petites communes, font moins de travaux. « Certains ser-
vices de l’État ayant disparu, il y a parfois
moins de conseils techniques gratuitement
délivrés », reconnaît Routes de France.
Pour l’heure, le syndicat estime entre
4 et 5 milliards le coût annuel d’une remise à niveau de l’ensemble du réseau. « On
parle de vignette pour les poids lourds afin
de trouver de l’argent. Mais les moyens de
financement sont déjà trouvés avec l’augmentation annoncée de la taxe sur le carburant », fait-on valoir au syndicat qui met
en garde : si l’entretien du réseau n’est pas
fait régulièrement, les travaux d’urgence
qui seront nécessairement réalisés par la
suite seront plus coûteux. La facture sera
alors « dix fois plus élevée », selon Pierre
Calvin. ■
Procès Pastor : un gendre ambivalent
Le commanditaire
présumé du meurtre
de la milliardaire
s’est montré à la fois
aimant et obsédé
par ses affaires.
STÉPHANE DURAND-SOUFFLAND
Gildo, le fils d’Hélène Pastor (à gauche), et les avocats de la partie civile, le 17 septembre, à la cour d’assises d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).
sente un sésame sans pareil dans les milieux financiers.
On en vient aux accusations de Pascal
Dauriac, socle de l’accusation. Selon l’ancien coach sportif, qui a réitéré mercredi
sa version, M. Janowski lui a donné
140 000 € pour recruter et rémunérer une
équipe de tueurs, afin de « liquider la
vieille ». Et tuer au passage son chauffeur
pour faire croire à un crime crapuleux.
« J’ai découvert avec vous une partie de ma
vie que je n’ai pas vécue, proteste calmement Wojciech Janowski. Je n’ai jamais
commandité quoi que ce soit. » Selon lui,
M. Dauriac lui avait extorqué non pas
140 000, mais 400 000 € pour, soi-disant,
payer la protection de sa famille, cible
d’une menace aussi fantomatique que la
protection mise en place. L’accusé énumère les largesses consenties à son masseur, cadeaux de Noël compris.
Le président : « Vous soutenez que vous
avez été menacé par M. Dauriac ?
M. Janowski : Je confirme. Vous voulez
que je développe ?
– Non, je ne comprends pas que vous fassiez des cadeaux de Noël à quelqu’un qui
vous menace… »
L’accusé fluctue. Le voici à présent qui
explique que Mme Pastor mère disait
beaucoup de mal de sa fille et de lui-même dans le tout-Monte-Carlo. Il aurait
donc demandé à son coach, qui avait paraît-il « un gros portefeuille de clients »
dans cet univers, de rectifier leur image
auprès des relations de la milliardaire.
Impression défavorable
On lui demande de revenir sur ses aveux
en garde à vue, puis devant le juge d’instruction – il s’est rétracté ensuite. À l’en
croire, il a reconnu les faits pour que
« Sylvia, atteinte d’un cancer » puisse sortir de garde à vue – ce qui était le cas depuis longtemps. « J’ai menti de la meilleure
façon possible pour protéger ma femme, je
le referais aujourd’hui », lance-t-il crânement. Une fois que ce sacrifice a porté ses
fruits, il « commence à dire la vérité devant
le juge des libertés et de la détention ».
Tout cela n’est pas très convaincant.
Pascal Dauriac, la veille, semblait plus
sincère. « Je n’ai rien demandé à M. Dauriac, rien ! s’écrit Wojciech Janowski. Il
n’y a pas de preuve de ma culpabilité,
aucune preuve ! »
Alors que la prestation de l’accusé laisse
une impression défavorable, la partie civile croit judicieux de faire donner la grosse
Bertha. Huit avocats se succèdent, redon-
dants, retors, posant des questions inutiles
voire ineptes (« il y avait dans votre fouille
une médaille de saint Christophe, avez-vous
la foi ? »). Si bien qu’à force M. Janowski,
seul contre la meute noire, apparaît comme plus humain qu’on l’aurait cru. Le
conseil du père de Gildo Pallanca marque
de belle manière contre son camp : ses
questions donnent au box l’occasion de
dépeindre des coulisses peu reluisantes de
la famille Pastor. Celle-ci aurait autrefois
écarté d’Hélène le Polonais dont elle était
follement éprise – M. Ratkowski, père de
Sylvia. C’est d’ailleurs cet indésirable du
Rocher qui a offert à l’accusé la médaille
pieuse dont d’aucuns voudraient faire un
élément à charge. « L’histoire se répète,
voilà », avait glissé Wojciech Janowski
quand il avait raconté son entrée chez les
Pastor, en 1986.
Après les questions du ministère public
et six heures de siège, M. Janowski n’a pas
inversé le vent contraire de l’audience.
Mais le vain acharnement des avocats de
la partie civile, loin de faire avancer les
débats, lui permet d’apparaître, pour la
première fois, comme un homme debout,
capable d’exprimer des sentiments pour
la femme qu’il aime. Pour la première
fois, il a fourni du grain à sa défense. ■
Le casier judiciaire est accessible en ligne
Désormais, les citoyens peuvent obtenir le bulletin no 3, demandé par les employeurs, en quelques clics.
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
ADMINISTRATION Une simplification
nécessaire et bienvenue dans un monde
qui s’accélère. Le ministère de la Justice
a lancé mercredi après-midi un nouveau service en ligne permettant de demander et d’obtenir en quelques clics
son extrait de casier judiciaire B3, le
bulletin le plus demandé par les administrations et les employeurs : celui qui
fait référence aux condamnations
éventuelles les plus graves.
Jusque-là, seule la voie postale s’offrait au citoyen, avec un délai minimum
de quinze jours pour que soit délivré le
document. Même si, depuis plusieurs
années, la demande s’effectuait déjà en
ligne. Désormais, depuis l’adresse casier-judiciaire.justice.gouv.fr, les particuliers peuvent recevoir le fameux B3
presque en temps réel.
« Plus grande transparence »
« La réponse est disponible en moins d’une
heure pour les personnes nées en France et
en moins d’une semaine pour les personnes nées hors de France, après vérification d’une pièce d’identité par un agent du
casier national, promet-on à la Chancellerie. Jusqu’à présent, il existait deux for-
mulaires distincts en fonction du lieu de
naissance. Il n’en existe plus qu’un seul. »
Mais quels que soient les lieux de naissance, ce bulletin numéro 3 ne pourra
être obtenu des services de Nantes, antre administratif du casier judiciaire,
qu’à la seule condition qu’il soit mentionné « néant ». Dans le cas contraire, il
sera communiqué par voie postale.
« Bien souvent les gens ignorent l’état de
leur casier judiciaire et les règles qui président à la conservation des données comme au droit à l’oubli, souligne ce haut
magistrat. Cet accès direct, outre son aspect pratique, va dans le sens d’une plus
grande transparence entre la justice et les
justiciables. » Pour protéger les citoyens
contre la fraude documentaire endémique et les risques d’escroquerie numérique, le ministère de la Justice a simultanément mis en place un système de
vérification de l’authenticité grâce à un
site dédié dont l’adresse est casier-judiciaire.justice.gouv.fr/verif. Enfin, ce
nouveau site Internet est aussi accessible
en anglais, en allemand et en espagnol.
La contrepartie de cette accessibilité
numérique, qui s’inscrit dans cette généralisation de la dématérialisation des
procédures administratives, est en revanche la disparition certaine de l’accueil physique du casier judiciaire. ■
EN BREF
Marcel Campion cesse
ses activités foraines
et se retire du marché
de Noël à Paris
Après le tollé suscité par ses
propos homophobes contre
des élus de la Ville de Paris,
le « roi des forains » Marcel
Campion a annoncé jeudi cesser
ses activités et son retrait
du marché de Noël, qui doit
se tenir aux Tuileries. Il va aussi
vendre sa célèbre grande roue.
Un retrait « afin de ne pas nuire
ni à ma famille ni à ma profession
foraine », indique-t-il dans
un communiqué.
Abus sexuels : l’Église
catholique allemande
veut discuter du célibat
L’Église catholique allemande
a appelé de ses vœux jeudi
une discussion en son sein
sur le célibat, après la révélation
d’agressions sexuelles sur
des milliers enfants pendant
des décennies. « Il ne doit pas
y avoir de tabou sur ce dont on
parle », a déclaré le président
de la conférence épiscopale,
Reinhard Marx.
Un bus attaqué
à Angoulême par
une trentaine de jeunes
armés de sabres
Le trafic d’autobus était
totalement à l’arrêt jeudi
à Angoulême, une décision
de la société de transport locale,
après l’attaque d’un bus
mercredi en fin de journée par
une trentaine de jeunes, armés
de sabres et de battes de baseball. Ils ont « tapé sur le bus,
voulant s’en prendre à des jeunes
à l’intérieur », a expliqué la
société, mais personne n’a été
blessé. Cette ligne sur laquelle
s’est produit l’incident est très
scolaire, passant par plusieurs
établissements.
A
JUSTICE Quand Wojciech Janowski a
commencé à évoquer les navrantes
conséquences du conflit irako-koweïtien
sur ses affaires, son avocat, Me Éric
Dupond-Moretti, s’est levé pour tenter de
recadrer son propos. Car son client n’est
pas poursuivi pour abus de confiance ou
banqueroute frauduleuse, mais pour
avoir commandité l’assassinat de sa belle-mère, Hélène Pastor, multimilliardaire
monégasque, et de Mohamed Darwich,
son chauffeur.
Me Dupond-Moretti est un immense
avocat. Mais, comme le meilleur des
meuniers ne fait pas de bonne farine sans
bon grain, le plus brillant des plaideurs
est à la peine quand son client ne décharge que des sacs d’ivraie aux assises : il
multiplie les coups de gueule, les diversions théâtrales pour empêcher – retarder ? – le naufrage. Vingt minutes auparavant, le président Guichard a demandé
à M. Janowski de s’exprimer sur les faits.
Celui-ci prononce un bref préambule sur
sa « garde à vue falsifiée », l’escamotage
de questions et de réponses sur certains
procès-verbaux. « La seule chose qu’ils
n’ont pas faite, c’est de m’arracher les ongles », s’indigne-t-il. Et d’embrayer, totalement hors de propos, sur l’achat
d’une maison à Londres, dont l’acte, c’est
important, a été signé « devant notaire »…
Sylvia Pastor, sa compagne, qui a du mal
à croire à sa culpabilité, et Gildo, le frère
de celle-ci, qui n’en doute pas, le regardent d’un air interdit.
L’accusé, gourmandé par son avocat,
revient sur sa rencontre avec Sylvia, en
1986, évoque « un amour qu’[il] ne connaissai[t] pas ». Mais patatras, il repart
sur le business : « Sylvia m’a beaucoup
aidée, elle m’a ouvert des portes, les investisseurs l’adoraient. » Pardi, le nom de
Pastor, rime riche à lui tout seul, repré-
MERCIER/PHOTOPQR/LA PROVENCE/MAXPPP
ENVOYÉ SPÉCIAL À AIX-EN-PROVENCE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO
16
SCIENCES
Des dizaines
de milliers
de ruines mayas
découvertes
Des études par avion révèlent des liaisons
inconnues entre des cités mayas.
150 km
VINCENT BORDENAVE £@bordenavev
ARCHÉOLOGIE Elles sommeillaient depuis plusieurs centaines d’années sous
une végétation dense à l’abri des regards.
Une collaboration internationale de
chercheurs a réussi à révéler l’existence
de millier de ruines mayas dans le nord
du Guatemala grâce à l’utilisation du lidar
(un système de télédétection aéroportée).
Ils publient leurs premiers résultats dans
la revue Science. Les Mayas ont régné sur
cette région aux confins du Mexique et du
Guatemala pendant plus de 2 000 ans.
C’est une des plus anciennes et plus complexes civilisations d’Amérique, qui impressionne par sa longévité, son organisation sociopolitique et ses avancés
culturelles et scientifiques.
Le lidar, qui a permis ces découvertes,
n’est pas tout à fait un radar mais fonctionne de manière comparable. Il envoie
depuis un avion des dizaines de milliers
d’impulsions lumineuses par seconde,
qui, par réflexion, permettent de mesurer
avec une précision absolue les reliefs des
zones étudiées, et de les coupler à un système GPS. « C’est un outil devenu indispensable dans notre discipline et dans nos
terrains en forêt tropicale où la visibilité est
Zones survolées
par le lidar
Calakmul
MEXIQUE
Naachtun
Flores Tikal
GUATEMALA
HONDURAS
Guatemala
Infographie
SALV.
réduite et la photo aérienne inutilisable à
cause de la végétation, raconte Philippe
Nondédéo archéologue mayaniste du
CNRS au laboratoire Archéologie des
Amériques et coauteur de la publication.
Il nous permet d’acquérir en un laps de
temps très court des masses de données
considérables sur des zones particulièrement étendues. »
Le territoire maya s’étend sur plus de
324 000 km2. Dix zones tests ont été passées au peigne fin, soit un total de
Une cité maya, près de Tikal au Guatemala, radiographiée par le lidar, un système de télédétection aéroportée qui permet
de mesurer avec une précision absolue les reliefs des zones étudiées. FUNDACIÓN PACUNAM
2 144 km2. Un effort jusque-là inégalé en
zone maya. En tout, ce sont 61 000 structures cachées qui ont été découvertes.
« Pour la seule cité de Naachtun et ses environs, soit 135 km2 dans le nord du Guatemala, nous avons découvert plus de
12 000 structures ! détaille le chercheur. Le
lidar ne permet pas une datation précise.
Mais on sait que l’habitat à la période classique (150 à 950 après J.-C.) se caractérise
par des constructions en pierre organisées
autour de patios, typiquement les assemblages de structures qui nous ont été révélés. Reste maintenant à aller sur le terrain
pour affiner les datations et comprendre
l’évolution de ces ensembles résidentiels. »
Au-delà de ces structures, le lidar a révélé une interconnexion insoupçonnée,
des cités entre elles via la construction de
longues chaussées ainsi qu’une grande
diversité dans les aménagements agraires
et hydrauliques. « L’imagerie nous permet de mieux comprendre l’organisation
autour des villes, explique Philippe Nondédéo. Les périphéries des grandes cités
étaient bien plus densément peuplées que
nous le pensions, ce qui fait que le moindre
espace disponible a été exploité à des fins
agricoles. » Pour ne prendre que l’exemple de Naachtun, pas moins de 18 000 terrasses agricoles, 5 400 canaux de draina-
ge et d’irrigation ainsi que 70 grands
réservoirs d’eau potable ont été recensés.
« Ce sont vraiment des résultats assez
inattendus, continue le chercheur français. Ils nous ouvrent beaucoup de perspectives d’analyse dans le futur et nous interrogent sur la gestion du territoire par les
Mayas. Si les populations vivaient en aussi
grand nombre en dehors des villes, où se
trouvaient donc les champs à cultiver pour
nourrir tout ce monde ? Ces terrasses et ces
microparcelles offrent un premier élément
de réponse. »
Réseau d’alliances
La période classique est particulièrement
longue et il est impossible de donner un
chiffre précis pour la population à cette
époque. « On sait seulement qu’on est
dans des ordres de grandeur comparable,
voire supérieure à ce qui existait en Europe
à la même époque », explique Philippe
Nondédéo. L’époque est traversée par
deux périodes successives qui se caractérisent par le pouvoir hégémonique d’une
seule cité à la fois, d’abord Tikal de 378 à
550 après J.-C. puis Calakmul jusqu’en
730. Leur pouvoir était établi sur un réseau d’alliances, qui a permis un semblant de paix pendant plusieurs siècles.
La société était organisée autour de cités-
États, des capitales qui contrôlaient un
territoire plus ou moins vaste. Ces cités
passaient entre elles des alliances matrimoniales (par échange de princesses de
sang royal) et se combattaient de manière
fréquente. L’objectif de ces combats
n’était pas seulement de conquérir de
nouveaux territoires mais surtout de récupérer les tributs versés par les cités
soumises et accroître son pouvoir économique. « La guerre était quasi constante,
ces sociétés et le mode de gouvernance à
leur tête, la royauté sacrée, exigeaient de
fréquents rituels sacrificiels, raconte Philippe Nondédéo. Il fallait donc des captifs
pour satisfaire les divinités. »
La technologie du lidar pourrait enfin
nous éclairer sur une période encore très
méconnue dans cette région. « On ne sait
pas du tout ce qui s’est passé après l’effondrement de la civilisation maya classique
aux environs de 950 à 1 000 dans les basses
terres centrales, détaille Philippe Nondédéo. On sait qu’il y a eu un mouvement de
populations vers le nord, mais on ne sait
pas ce que sont devenues les populations
restées sur place et qui n’ont laissé que peu
de traces matérielles. Une étude plus poussée par lidar associée à des travaux de terrain permettra sans doute de résoudre ce
grand mystère. » ■
La mauvaise réputation des guêpes
Les guêpes sont les insectes les moins appréciés. Un désamour partagé par
les scientifiques qui leur consacrent beaucoup moins d’études qu’aux abeilles.
JEAN-LUC NOTHIAS jlnothias@lefigaro.fr
ENTOMOLOGIE Au Moyen Âge, elles
appartenaient toutes deux au groupe
des « mouches guespes », les abeilles
étant des « guespes de ruche ». Ce sont
toutes deux des hyménoptères vrombissants qui piquent. Alors, pourquoi
aimons-nous les abeilles et détestonsnous les guêpes ? Et ce de manière totalement injuste. C’est ce que confirme
une étude portant sur 748 personnes de
46 pays (70 % étaient des ressortissants
britanniques), interrogées sur leur perception des insectes. Les résultats de
cette étude, réalisée par une équipe
anglo-italienne, ont été publiés dans la
revue Ecological Entomology.
Sans surprise, les papillons sont ceux
qui déclenchent le plus d’émotions positives, suivis de près par les abeilles,
puis les mouches et enfin, bonnes dernières, les guêpes. Leur stigmatisation
est principalement provoquée par les
quelques espèces sociales, comme la
guêpe européenne (Vespula germanica),
qui font des nids en papier et peuvent se
montrer agressives à leurs abords, et les
frelons. Les 67 espèces de guêpes sociales et les frelons ne représentent pourtant que moins de 1 % des plus de
75 000 espèces de guêpes (sans compter
les guêpes parasites). Sans que l’on
puisse mesurer précisément le niveau
de douleur causé par une piqûre de l’un
de ces insectes, le dard de la guêpe infligerait plus de douleur que celui de
l’abeille. Encore un mauvais point pour
elle. La grande majorité des guêpes sont
solitaires, ce qui est aussi un élément
négatif.
“
Les guêpes, ce sont
des super-prédateurs
”
QUENTIN ROME, CHERCHEUR SPÉCIALISTE
DES INSECTES À L’UMS PATRINAT
Vente en préparation
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Cette image profondément négative
de la guêpe dans le grand public se reflète dans la communauté scientifique :
sur les 908 articles scientifiques parus
depuis 1980 sur les abeilles et les guêpes, seuls 2,4 % (22 publications) ont
été consacrés à ces dernières. Sur
2 543 présentations à des congrès et
conférences sur les abeilles ou les guêpes ces vingt dernières années, 81,3 %
étaient consacrées aux abeilles. Les
guêpes sont donc un sujet de recherche
peu attractif. Du fait de leur déplorable
image, leur écologie reste mal connue
car elles ne sont pas assez étudiées.
« Il est clair que nous avons une
connexion émotionnelle bien différente
entre les abeilles et les guêpes », estime
La valeur écologique des guêpes
est au moins aussi importante
que celle des abeilles.
JAVIER TORRENT/SPL/COSMOS
Seirian Sumner, du Centre for Biodiversity and Environment Research à l’University College de Londres, premier signataire des travaux. « Les interactions
entre nous et les guêpes sont souvent déplaisantes, quand elles gâchent un piquenique ou nidifient dans nos maisons. »
Le fait que quelques espèces d’abeilles
soient domestiquées et qu’elles produisent du miel est sans doute pour beaucoup dans l’image que nous nous en faisons. Mais la valeur écologique des
guêpes, les services qu’elles rendent,
est au moins aussi importante que celle
des abeilles. Les guêpes sont aussi
pollinisatrices que leurs cousines à miel
et, de plus, elles régulent les populations d’arthropodes, celles d’autres insectes potentiellement dangereux.
Les guêpes, qui sont carnivores, contrairement aux abeilles, sont de merveilleuses biocontrôleuses. Elles sont
souvent spécialisées sur un type d’arthropodes, papillons, mouches, araignées, charognes… « Les guêpes, ce sont
des super-prédateurs », estime Quentin
Rome, chercheur spécialiste entre
autres des insectes, à l’UMS PatriNat
(AFB, CNRS, MNHN). « Elles sont les
loups ou les ours du monde des insectes.
Mais 80 % des accidents suite à des piqûres sont dus à des abeilles. » Pour le
chercheur, « cette peur est assez européenne. Les guêpes n’inspirent pas cette
répulsion dans de nombreux autres pays.
Au Japon, on les élève même pour manger
leurs larves ». ■
EN BREF
Plus d’enfants vaccinés
(avant l’obligation)
Agnès Buzyn, la ministre
de la Santé, a de bonnes raisons
de se féliciter des résultats
publiés par Santé publique
France. « Le recours
à la vaccination augmente
et pas seulement du fait de son
caractère obligatoire », remarque
Mme Buzyn. Sur les cinq premiers
mois de 2018 (par rapport
à l’année précédente),
la couverture vaccinale
à l’âge de 14 mois a augmenté
de 5,6 % contre les infections
à méningocoques C, de 2,6 %
pour la première dose du vaccin
rougeole-oreillons-rubéole, et
de 6,2 % contre le papillomavirus
(HPV). Mais seules 11,6 % des
filles de 11-14 ans ont reçu deux
doses contre l’HPV. Enfin, 97,8 %
des enfants nés en mai 2018
ont reçu leur première dose
de vaccin hexavalent incluant
l’hépatite B (92,2 % en mai 2017).
Médaille d’or du CNRS pour
une philosophe du langage
La philosophe et philologue
Barbara Cassin a reçu la médaille
d’or du CNRS, a annoncé jeudi
l’organisme de recherches
qui salue « une contribution
exceptionnelle à la recherche
sur la philosophie du langage ».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SPORT
vendredi 28 septembre 2018
17
Ryder Cup : les Européens ont une vraie
chance face à la dream team américaine
Sur le papier l’armada américaine fait peur, mais le dernier mot pourrait encore revenir à l’Europe.
ROMAIN SCHNEIDER
rschneider@lefigaro.fr
GOLF L’Amérique va-t-elle briser la malédiction ? Cela fait un quart de siècle
(1993) qu’elle n’a plus gagné une Ryder
Cup en Europe. Une éternité. Tenante du
titre, l’équipe américaine peut légitimement prétendre mettre fin à cette incongruité.
Avec un Tiger Woods en pleine renaissance et l’impressionnante nouvelle génération de joueurs (Spieth, Thomas,
Koepka, Fowler, Johnson…), les visiteurs
ont toutes les armes pour renverser l’Europe sur ses terres. Mais la formation de
Thomas Björn a des arguments pour
conserver son invincibilité, vieille de
25 ans, sur son sol lors de ce duel ultime
débutant ce vendredi matin au Golf National.
joueurs européens
u Les
ont l’habitude de l’Albatros
Les Européens peuvent miser sur leur expertise de l’Albatros, parcours emblématique du Tour européen. Tous les sélectionnés ont ainsi joué au moins une fois en
compétition le parcours phare de SaintQuentin-en-Yvelines. Deux des joueurs
de la sélection se sont d’ailleurs imposés à
l’Open de France, sur le parcours hôte de
cette Ryder Cup 2018 : l’Anglais Tommy
Fleetwood a triomphé en 2017 et le Suédois Alexander Noren en juillet. L’Italien
Francesco Molinari, lui, a terminé trois
fois 2e (2010, 2012 et 2016) en 13 participations. Ian Poulter, 3e en 2009, a disputé
douze fois l’Open de France.
La majorité des joueurs américains découvrent en revanche l’Albatros. Seuls
Brooks Koepka, Justin Thomas et Bubba
Watson ont déjà joué chez les pros en
compétition sur le Golf National. Même si
la moitié de l’équipe US est venue en mission de reconnaissance en juillet dernier,
ils n’ont eu que trois jours pour s’habituer
à un tracé et à la vitesse de greens. Un
manque d’expérience qui pourrait les
handicaper.
u Un parcours préparé pour l’Europe
C’est le capitaine, en l’occurrence
Thomas Björn, qui en liaison avec le superintendant du terrain, établit une stratégie pour placer son équipe dans les
meilleures conditions. Avec ces fairways
étroits, ces roughs hauts et denses, les
frappeurs américains pourraient être
piégés sur les trous techniques et le tracé
étroit du Golf National. « C’est un parcours où l’on n’est pas obligé d’utiliser le
driver », prévient Grégory Havret, membre du staff européen. « À la Ryder Cup
2016, à domicile, les Américains avaient
choisi des fairways larges et peu de roughs
pour avantager la puissance de feu de leurs
joueurs. Ils pouvaient taper le plus fort possible », glisse l’Anglais Justin Rose.
Habitués à des greens rapides sur le Circuit américain, les hommes de Jim Furyk
pourraient également être surpris par la
relative lenteur des greens. Avec des
greens rapides, ce sont les Américains qui
gagnent. Avec des greens plutôt lents, ils
vont être gênés et risquent de commettre
des erreurs sous pression », assure
Thomas Levet, vainqueur de l’édition
2004. ■
force collective
u La
de l’Europe
Sur les douze joueurs qui composent
l’équipe américaine, six figurent dans le
top 10 et six sont classés entre la 11e et la
17e place mondiale. Au palmarès des
tournois du Grand Chelem cette année,
Brooks Koepka a remporté l’US Open et
l’US PGA, Patrick Reed le Masters. Fautil préciser que le numéro un mondial est
américain (Dustin Johnson). C’est une
habitude : les visiteurs alignent des
joueurs mieux classés que les Européens.
Mais, à la fin, c’est souvent l’Europe qui
gagne.
Les joueurs du Vieux Continent ont ainsi
remporté sept des dix dernières éditions.
Ian Poulter (12 points en 18 rencontres) et
Sergio Garcia (22 points et demi en
37 matchs), par exemple, ont des hauts et
des bas sur le circuit mais, quand ils endossent le costume de l’équipe européenne, ils ont cette faculté à se transcender.
Rory McIlroy (11 points en 19 matchs), qui
va disputer sa 5e Cup, insiste sur la force
collective de l’Europe .
« Je pense que nous avons toujours été les
uns derrière les autres et, quelles que soient
nos différences, nous les mettons de côté
pour cette semaine. Nous formons un collectif uni. Cela nous a bien servi lors des
dernières Ryder que nous avons remportées. »
Justin Thomas (à gauche), Tiger Woods et Jordan Spieth décontractés au cours d’un parcours d’entraînement, jeudi, au Golf National de Saint-Quentin-en-Yvelines.
Des matchs chocs
Tiger Woods, un atout ou un poids en double ?
TIGER WOODS est-il un bon partenaire
de double en Ryder Cup ? La réponse,
résultats à l’appui, est clairement non.
En 26 matchs (treize en foursomes, treize en fourballs), le Tigre ne s’est imposé
que neuf fois, pour seize défaites et un
match nul. Et s’il n’a été battu qu’une
seule fois en simple en sept Ryder Cup,
l’Américain rencontre beaucoup de difficultés pour s’imposer en double.
Pour ses grands débuts en 1997 à Valderrama (Espagne), il trouve le moyen
de perdre ses trois premières rencontres, pourtant associé à son grand ami
de l’époque, Mark O’Meara, avant
d’accrocher un demi-point le samedi
en foursomes (avec Justin Leonard). À
Brookline (Massachusetts) deux ans
plus tard, le résultat est tout aussi mau-
vais le vendredi avec Tom Lehman puis
David Duval. Le miracle intervient le
lendemain matin en compagnie de Steve Pate. En foursomes, les deux hommes battent (1 up) Padraig Harrington
et Miguel Angel Jimenez. Mais ils s’inclinent l’après-midi (2 & 1) en fourballs.
En sept Ryder Cup jouées entre 1997
et 2012, l’ancien numéro 1 mondial a
consommé douze collègues de jeu. Ceux
qui s’en sont le mieux sortis à ce jour
restent Davis Love III (deux victoires en
2002, une défaite en 2004), Jim Furyk
(deux victoires, deux défaites, toutes en
2006) et Steve Stricker (deux victoires
en 2010, quatre défaites en 2010 et
2012). Son échec le plus retentissant intervient en 2004, à Oakland Hills (Michigan). Hal Sutton, le capitaine américain, et certainement joueur de poker à
ses heures perdues, ne trouve pas
mieux que d’associer Woods à Phil Mic-
kelson. Les deux hommes se détestent
alors cordialement. Cette inimitié déteint forcément sur leur performance
avec deux défaites le vendredi (2 & 1 et
1 down).
Désinhiber ses coéquipiers
Pas facile en effet de trouver l’homme
idéal aux côtés du plus grand joueur de
l’histoire du golf. S’il écrase ses principaux adversaires en tournoi Majeurs, il
intimide également son binôme en
Ryder Cup. Des gars pourtant chevronnés s’y sont cassé les dents tels Paul
Azinger ou encore Mark Calcavecchia,
tous les deux en 2002 au Belfry (Angleterre). Même son grand ami Steve Stricker, qui avait bien démarré au Celtic Manor en 2010 avec deux succès de rang,
n’a jamais pu trouver la bonne carburation dans l’ombre du Tigre (trois défaites
en trois matchs à Medinah en 2012).
Une compétition mythique vénérée par les joueurs
LAURENT LOUËT £@LaurentLouet
LORSQU’IL créa sa « Cup » en 1927,
l’Anglais Samuel Ryder était âgé de
69 ans. Ce commerçant prospère, fils
d’un jardinier et d’une couturière du
Lancashire (Angleterre), s’était découvert une passion pour le golf quelques
années plus tôt, autour de la cinquantaine. Chrétien engagé, il avait alors
entrepris de servir ce jeu avec foi, plein
de dévouement et de charité, au point
de créer ce trophée pour, avant tout,
aider les jeunes talents britanniques et
américains à se révéler.
Moins d’un siècle plus tard, cet état
d’esprit perdure malgré les évolutions de
la Ryder Cup au fil des époques… « Quand
on est petit, a raconté Tyrrell Hatton en
conférence de presse au Golf National
cette semaine, on regarde la Ryder Cup à
la télévision et on a envie d’y être quand on
sera grand. Rejoindre l’équipe d’Europe
est un véritable honneur… » Pour sa première participation, le rookie anglais
(26 ans) prend aujourd’hui toute la mesure de cette compétition mythique. Une
épreuve qui casse les codes du golf tous
les deux ans, en se déroulant alternativement en Europe et aux États-Unis devant
un public déchaîné.
« La Ryder Cup, c’est toujours une semaine spéciale du point de vue de l’équipe », a renchéri son compatriote Ian
Poulter (42 ans, 6e participation comme
joueur, 12 victoires, 4 défaites, 2 nuls).
Pour l’un des hommes les plus détestés
du circuit toute l’année, être sélectionné au sein de l’équipe d’Europe et être
reconnu comme l’un de ses moteurs est
une formidable reconnaissance. Et témoigne du caractère si particulier de
cette épreuve décidément pas comme
les autres.
“
La Ryder Cup,
c’est toujours une semaine
spéciale du point de vue
de l’équipe
”
IAN POULTER, 6E PARTICIPATION COMME JOUEUR
« J’ai vécu deux belles semaines depuis
que Thomas Björn (le capitaine) a choisi
de me sélectionner, a expliqué Poulter.
J’ai un peu repensé à toutes les fois où j’ai
joué cette compétition et ça m’a mis
d’assez bonne humeur […]. Je crois que je
suis encore plus passionné que pour ma
première sélection, en 2004… »
Disputée en « match-play » (une formule où chaque camp doit scorer le plus
bas possible pour remporter un trou,
puis accumuler le plus de trous gagnés
pour emporter un match), la Ryder Cup
a le don d’enflammer le public. En double comme en simple, l’épreuve donne
lieu à des empoignades fantastiques. Et
met en scène les meilleurs joueurs du
monde dans des conditions inhabituelles. « Des supporteurs qui soutiennent
chaque équipe, c’est un peu comme en
football… », conclut Tyrrell Hatton. Le
« stadium », formé par les quatre derniers trous du Golf National (du n° 15 au
n° 18), devrait permettre d’écrire une
nouvelle page du grand livre de la
Ryder Cup. ■
La question est de savoir maintenant
s’il parviendra cette semaine au Golf
National à enfin désinhiber ses coéquipiers, tous vainqueurs (ou presque) il y
a deux ans à Hazeltine ?
« Quand on compare cette Ryder Cup
à d’autres auxquelles il a participé, je
crois que la différence est que Tiger s’est
imprégné de l’ambiance de notre équipe, a expliqué Jim Furyk en début de
semaine. Il a joué un rôle très important
en 2016 en tant que vice-capitaine, puis
à nouveau en 2017 lors de la Presidents
Cup, là encore comme adjoint. Je crois
que c’est maintenant pour lui un moment spécial de rejoindre ces jeunes
joueurs en tant que coéquipier. Mais ce
qui compte le plus aujourd’hui à ses
yeux, c’est de faire partie de cette équipe, de ce groupe. Je crois qu’il apprécie
particulièrement cette atmosphère en ce
moment. » ■
EN BREF
Voile : 124 bateaux au départ
de la Route du rhum
124 solitaires prendront le départ
de la Route du rhum le dimanche
4 novembre (14 h) au large de
Saint-Malo, direction la
Guadeloupe. Cette édition des
40 ans bat ainsi tous ses records de
participation. Les bateaux seront
répartis en 6 catégories, les deux
plus renommées étant les
multicoques Ultimes (6 bateaux) et
les monocoques Imoca (21).
La plus nombreuse, celle des
Class 40, réunira 53 bateaux.
Football : l’Allemagne
accueillera l’Euro 2024
L’Allemagne, hôte du Mondial
2006, a été préférée à la Turquie
pour organiser l’Euro 2024.
1
LIONEL VELLA £@lionel_vella
A
À l’issue de la cérémonie d’ouverture,
jeudi, les deux capitaines ont dévoilé
les équipes qui ferrailleront ce vendredi
matin dans les quatre rencontres en
fourballs (Canal + en clair de 8 h à 9 h 30
et de 11 h 40 à 13 h 50). Les Américains
Brooks Koepka et Tony Finau ouvriront
le bal face à Justin Rose et Jon Rahm
(8 h 10). Suivront Dustin Johnson-Rickie
Fowler, opposés à Rory McIlroy
et Thorbjorn Olesen (8 h 25). Jordan
Spieth et Justin Thomas défieront
les Anglais Paul Casey et Tyrrell Hatton
(8 h 40). Tiger Woods a été associé
à Patrick Reed (8 h 55) dans le dernier
des 4 balles pour affronter Francesco
Molinari et Tommy Fleetwood.
Les compositions des doubles
de l’après-midi en foursomes seront
annoncées après les parties du matin
et se joueront à partir de 13 h 10.
R. S.
F. MORI/AP
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 28 septembre 2018
LE CARNET DU JOUR
18
Les annonces sont reçues
avec justification d’identité
par téléphone
01 56 52 27 27
Florence et Bruno Waechter,
Véronique et Denis Bruno,
Béatrice Dineur Brugidou,
Vincent et Ernestine Brugidou,
Antoine et Aude Brugidou,
ses enfants,
Fabien et Marine,
Héloïse et Nicolas,
Angélique, Violaine,
Gabrielle, Léonard,
Maxime et Aurélie,
Adèle, Iris, Aurore,
Perle, Octave,
Anatole, Salomé, Ange,
Rachel, André, Georges,
Gabriel, Josépha, Valentin,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
Tarif de la ligne € TTC :
Du lundi au jeudi
25 € jusqu'à 25 lignes
23 € à partir de 26 lignes
Vendredi ou samedi
28 € jusqu'à 25 lignes
26 € à partir de 26 lignes
Réduction à nos abonnés : nous consulter
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
Jean-Paul, son frère,
Marie-Claire, sa sœur,
son beau-frère
et ses belles-sœurs
Catherine Pastré,
sa fille,
Sara Pastré et Olivier Coudray,
Jean Pastré et Hélène Salvator,
ses petits-enfants,
Anna, Lucie, Maud, Marc,
ses arrière-petits-enfants,
Mme Michel Frys,
née Colette Destombes,
son épouse,
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
Marina Frys,
professeur Jean DALAYEUN
Manuella Frys,
Pierre, Gabriel Le Berre,
L'inhumation a eu lieu
au cimetière de Saint-Lunaire
(Ille-et-Vilaine).
Nicolette et Martin
Chesnay-Frys,
Quentin, Thomas (†),
Ambroise, Gloria-Esther,
76, rue de Longchamp,
92200 Neuilly-sur-Seine.
et toute la famille
Jean BRUGIDOU
M. Henri RAQUIN
et Mme, née Christiane Faure,
X 43,
chevalier
de la Légion d'honneur,
croix de guerre 1939-1945,
croix du combattant volontaire
de la Résistance,
sont heureux de faire part
du mariage de leur fille
fondateur
du groupe X-Environnement,
avec
Mlle Christine RAQUIN
le 26 septembre 2018,
à l'âge de 96 ans.
M. Thierry
LEGRAND-BROWAËYS
Il a rejoint
fils de
M. Bernard Legrand-Browaëys
et Mme, née Annick Bourgeois,
communications
L'église de la Sainte-Trinité
à Paris (9e)
organise sa grande braderie
du jeudi 4 octobre
au samedi 6 octobre 2018
de 11 heures à 19 heures.
Mme Paul Defourneaux,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
vous font part du décès de
M. Paul DEFOURNEAUX
chevalier
de l'ordre national du Mérite.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le mardi 2 octobre 2018,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Sulpice, Paris (6e).
Camille RÉCHARD
son épouse,
décédée le 27 janvier 2015.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 29 septembre,
à 13 h 30,
en l'église Saint-Séverin,
1, rue des Prêtres-Saint-Séverin,
Paris (5e).
le samedi 29 septembre 2018,
en l'église Saint-Pierre
de L'Île-Saint-Denis.
L'inhumation aura lieu
le lundi 1er octobre, à 11 h 30,
au cimetière de Baladou (Lot).
Le conseil d'administration de
Monceau Assurances
et de la
Mutuelle Centrale
de Réassurance
Rue de la Trinité,
75009 Paris.
Marie-Françoise (†)
et Jean-Claude Vetsch,
Catherine et Bernard Piollet,
Jean-Paul et Dominique
Dégremont,
ses enfants,
Guillaume et Anne-Claude
Vetsch,
Stéphanie Mouly,
Aurélie et Simon Boudailliez,
Nicolas et Elise Piollet,
François et Charlotte Piollet,
Delphine et Matthieu
Boudailliez,
Antoine Piollet,
ses petits-enfants,
deuils
Françoise, son épouse,
Alexandre, son fils,
Gaëtane et Geoffroy
Garreau de Labarre,
sa fille et son gendre,
Hermine et Ombeline,
ses petites-filles,
et toute sa famille
Pauline et Clémence, Juliette,
Martin et Vincent, Paul,
Solène, Alban et Timothée,
Grégoire, Arthur et Amaury,
Albane et Thaïs, Maxime,
Corentin, Gaspard et Victor,
ses arrière-petits-enfants,
font part du retour à Dieu de
René CAFFIER
chevalier
de la Légion d'honneur,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
ancien
président-directeur général
de la Seccar.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi
1er octobre 2018, à 14 h 15,
en l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine.
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de
Mme Jacques DÉGREMONT
née Thérèse Gibier,
le 25 septembre 2018,
dans sa 100e année.
La messe de funérailles
sera célébrée
dans l'intimité familiale,
le lundi 1er octobre.
Une bénédiction aura lieu
le mardi 2 octobre, à 15 h 30,
en l'église Saint-Martin
d'Ajat (Dordogne), suivie
de l'inhumation au cimetière.
Cet avis tient lieu de faire-part.
La famille tient à remercier
les religieuses et le personnel
de la maison de retraite
des sœurs augustines,
qui l'ont si bien entourée.
Vincent Fraysse Commissaire Priseur Judiciaire
PARIS - HÔTEL DROUOT - 9 rue Drouot - 75009 Paris
Mercredi 3 octobre 2018 - Salle 13
À 14h15
Provenant d’une BiBliothèque d’un esthète euroPéen
et PrinciPalement de l’ancienne collection esmérian
LIvRES AncIEnS ET XIXèmE SIècLE - ILLUSTRéS mODERnES
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Agt n° 2002-035
Suivezle guide !
ont la grande douleur
de vous faire part du décès de
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
administrateur honoraire
de Monceau Assurances,
directeur général honoraire
de la Mutuelle Centrale
de Réassurance,
survenu le 26 septembre 2018,
dans sa 95e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 2 octobre, à 14 h 30,
en l'église Saint-Sulpice,
à Paris (6e).
Isabelle Filliozat,
son épouse,
Margot et Adrien,
ses enfants,
Gérard Fried,
son père,
Carole et Geoffroy de Chillaz
et leurs enfants,
Antoine, Vincent et Marie,
ses sœur, beau-frère,
neveux et nièce,
ont la très grande tristesse
de vous faire part du décès de
Jean-Bernard FRIED
survenu le 23 septembre 2018.
Un dernier hommage lui sera
rendu le samedi 29 septembre,
à 10 heures, en la salle
de la Coupole du crématorium
du cimetière du Père-Lachaise,
71, rue des Rondeaux,
Paris (20e).
Isabelle Filliozat,
454, Carraire-de-Verguetier,
13090 Aix-en-Provence.
Gérard Fried,
4, allée de Longchamp,
92100 Boulogne-Billancourt.
Paris (18e).
Thierry et Aude
Jaulin du Seutre de Vignemont,
Gilles et Clémence
Jaulin du Seutre de Vignemont,
Philippe et Marie
Jaulin du Seutre de Vignemont,
Ludovic et Elodie
Jaulin du Seutre de Vignemont,
et tous leurs enfants
ainsi que Yane Wursching
ont la tristesse
de faire part du décès du
comte Alain Marie Albert
JAULIN du SEUTRE
de VIGNEMONT
survenu le 24 septembre 2018,
à l'âge de 80 ans, à Paris.
Demandez-le par courriel : mariage@media.figaro.fr
www.carnetdujour.lefigaro.fr
ses enfants, beaux-enfants
et petits-enfants,
ont la grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Michel FRYS
ancien de la 2e DB,
501e régiment
de chars de combat,
chevalier
de la Légion d'honneur DPLV,
officier
de l'ordre national du Mérite,
le 23 septembre 2018,
à l'âge de 92 ans,
à Nîmes (Gard).
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Christophe,
à Tourcoing (Nord),
le samedi 29 septembre,
à 10 h 30,
le jour de la saint Michel.
Vous pouvez remplacer les
fleurs par un don au profit du
Centre de recherche sur les
tumeurs de l'enfant, à Villejuif,
crte.association@gmail.com
leurs élus et l'ensemble
du personnel
Paul DEFOURNEAUX
Jouets, livres, vêtements, linge,
brocante, restauration, bijoux.
Benoit et Marie-Laure
Frys-Six,
Lucien, Eugène,
Jeanne et Alexis, Madeleine,
survenu le 17 septembre 2018,
à l'âge de 88 ans.
font part du rappel à Dieu de
mariages
Michaël et Anne-Sophie
Frys-Spriet,
Eléonore, Joséphine, Bérénice,
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre-de-Montmartre,
2, rue du Mont-Cenis,
à Paris (18e),
ce vendredi 28 septembre,
à 15 heures.
Mme Bernard Pérot,
son épouse,
Stéphane et Corinne Pérot,
Emmanuel et Véronique Pérot,
Christophe et Frédérique Pérot,
ses fils et belles-filles,
Louise, Clémentine, Camille,
Charles, Paul et Diane,
ses petits-enfants,
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Les familles
Buxtorf, Le Chatelier, Romet
et les familles
Bardin, Baronnat, de Brébisson
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu de
Mme François ROMET
née Madeleine Baronnat,
le 22 septembre 2018,
à l'aube de ses 104 ans,
et remercient Khedidja, Tina,
Anita, Hema, Ting Ting
et Chantal de l'avoir si bien
entourée.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 1er octobre,
à 11 heures,
en la chapelle haute
de l'église Saint-Pierre,
1, boulevard Jean-Mermoz,
à Neuilly-sur-Seine.
Jacques et Mabé Le Chatelier,
96, rue de Longchamp,
92200 Neuilly-sur-Seine.
Mme Christian Tachot,
née Blandine Maurel,
son épouse,
Florent et Sabine Tachot,
Pascaline et Frank d'Aboville,
Marguerite et Erwan
de Trogoff,
Baudouin et Albane Tachot,
ses enfants,
Grégoire, Valentine, Iris,
Emma, Auriane, Elise,
Agathe, Arthur, Maximilien,
ses petits-enfants,
son frère et ses sœurs,
ses beaux-frères
et ses belles-sœurs
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Christian TACHOT
le 26 septembre 2018,
dans sa 79e année, à Chartres.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 1er octobre, à 14 h 30,
en la cathédrale de Chartres.
L'inhumation aura lieu
au cimetière Saint-Chéron.
Bernard PÉROT
notaire honoraire,
ancien président
de la Chambre des notaires
de la Nièvre,
ancien vice-président
du Conseil régional
des notaires près la
cour d'appel de Bourges,
le 26 septembre 2018,
dans sa 89e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 2 octobre, à 14 h 30,
en l'église de
Moulins-Engilbert (Nièvre).
remerciements
Ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
très touchés
des marques de sympathie
qui leur ont été témoignées
lors du décès de
M. Victor AUDREN
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
Mme Jean Rabany,
née Anne Rioult de Neuville,
son épouse,
le capitaine de frégate (e.r.)
et Mme Antoine Rabany,
le comte et la comtesse
Michel de Verneuil,
M. et Mme
Christophe Loubert,
le comte et la comtesse
de Compiègne,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part de décès de
messes
Une messe sera célébrée
le mercredi 3 octobre 2018,
à 18 h 30, en l'église
Saint-Thomas-d'Aquin,
Paris (7e), à l'intention de
Jean de MENTHON
décédé le 9 septembre 2018.
Jean-Baptiste RABANY
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
grand'croix de l'ordre
équestre du Saint-Sépulcre
de Jérusalem,
survenu le 26 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 29 septembre,
à 10 heures, en l'église
Saint-Maurice-de-Bécon,
à Courbevoie,
suivie de l'inhumation
au cimetière de Tortisambert
(Calvados), à 16 h 30.
Mme Nicole Sandrini,
ses enfants et petits-enfants
ont la tristesse
de faire part du décès de
offices religieux
Le Beth Loubavitch
vous souhaite une très joyeuse
Fête de Sim'hat Thora
(Joie de la Thora).
La Fondation
Chmouel et Bassie Azimov
vous informe que l'allumage
des bougies de la fête
avec bénédiction se fera
- le premier soir : le dimanche
30 septembre 2018, à 19 h 14,
- le second soir, le lundi
1er octobre, après 20 h 17,
à partir d'une flamme existante
(horaires pour l'Île-de-France).
Rendez-vous lundi soir
dans votre synagogue
pour les danses
avec les rouleaux de la Thora.
www.loubavitch.fr
M. Jean-Gilles SANDRINI
survenu le 25 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Saint-Cyprien-Plage
(Pyrénées-Orientales),
le samedi 29 septembre,
à 9 h 30.
L'inhumation aura lieu
au cimetière
de Saint-Siffret (Gard),
à 16 h 30.
L'allumage des bougies
de Chabbat avec bénédiction
deux bougies pour
les femmes mariées, une bougie
pour les jeunes filles, se fera
ce vendredi 28 septembre 2018,
avant 19 h 18,
(horaire pour l'Ile-de-France).
Le respect des lumières
de Chabbat conduira
aux lumières de la Rédemption.
Renseignements
Beth Loubavitch : 01 45 26 87 60.
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vendredi 28 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
19
FAYOLLE PASCAL/SIPA
REPORTAGE
Depuis les émeutes de 2010 (ci-dessus dans le quartier de la Villeneuve, à Grenoble) et les homicides qui se répètent, les forces de l’ordre estiment que leurs effectifs sont insuffisants et demandent des renforts.
Drogue, violences :
Grenoble, le « Chicago français »
A
Envoyée spéciale à Grenoble
u milieu de ce paysage hérissé de
montagnes, les dealers ne se cachent plus. À Grenoble, ville de
165 000 habitants dans l’Isère, les
vendeurs de drogue, tellement assurés de ne pas être trop inquiétés,
ont pignon sur rue. Comme des
simples primeurs, ils s’installent alors sur les trottoirs.
Par beau temps, comme ce mercredi midi, ils sortent
les chaises, la table. La canette de coca est posée sur le
mur et parfois, il y a même de la musique.
Cette scène n’est pas réservée à quelques quartiers.
Elle se répète jusque dans le centre-ville. Cette vente à
tous les coins de rue de cannabis s’explique par une
particularité de la capitale des Alpes. Au lieu d’être
éloignées, les cités sensibles jouxtent le « Grenoble
carte postale » où l’habitant, à l’âme bobo, se déplace
à vélo. « Une partie de la banlieue est en fait dans la ville », décrit Matthieu Chamussy, à la tête de Réussir
Grenoble, liste d’opposition au maire écologiste, Éric
Piolle. « Ici, tout est imbriqué, car on est coincé entre les
montagnes », poursuit-il.
Cerné par des sommets, l’urbanisme s’est bâti selon
des règles de forte concentration. Dans une promiscuité forcée, la tour colle au pavillon, la zone sensible
au quartier bourgeois. Le dealer, qui n’a donc que la
rue à traverser pour démarcher, ne s’en est pas privé,
prenant ses quartiers à deux pas du Palais de justice,
du commissariat ou devant les portes d’établissements scolaires. Avec ce commerce à ciel ouvert,
Grenoble, où se rend ce vendredi le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, est désormais dépassée par
la situation. Signe de cette impuissance : les trafiquants qui ont fait main basse sur la ville paradent
sans casque, à deux ou trois sur des motos, sur les
voies de tram. Les lois de la République sont foulées
aux pieds au vu et au su de tous.
Dans cette grande ville
des Alpes, les dealers
ont pignon sur rue,
engendrant agressions,
règlements de comptes
et trafics d’armes.
Policiers, magistrats
et élus tirent la sonnette
d’alarme. Le ministre
de l’Intérieur se rend
sur place ce vendredi.
20 km
AIN
Lyon
RHÔNE
SAVOIE
Vienne
ISÈRE
Grenoble
Un climat dégradé
L’urgence d’une solution fait aujourd’hui l’unanimité.
De la police à la justice en passant par les élus de Grenoble, son opposition, mais aussi les maires de villes
voisines, touchés aussi par cette violence, tous tirent la
sonnette d’alarme. L’an passé, le procureur de la République, Jean-Yves Coquillat, avait d’ailleurs mis le
feu aux poudres en rendant un verdict sans appel : « Je
n’ai jamais vu une ville de cette taille aussi pourrie et
gangrenée par le trafic de drogue », avait-il affirmé.
Aujourd’hui, il ne renie aucune de ses paroles. « Pas un
quartier n’est épargné par ces trafics qui sont à l’origine
de la violence qui sévit ici », dit-il. Même si les chiffres
concernant certains délits se sont améliorés cette année, le niveau de la délinquance générale reste aujourd’hui 53 % plus élevé que dans les autres agglomérations de taille similaire.
Agressions, règlements de comptes, trafics d’armes
se multiplient dans cette cité universitaire qui, dans ce
climat dégradé, voit exploser une violence gratuite.
Dans son cabinet, spécialisé dans l’aide aux victimes,
Me Hervé Gerbi voit ainsi défiler de plus en plus de
personnes attaquées dans la rue. « Perte de la
DRÔME
Infographie
HAUTESALPES
confiance en l’autre, conduite d’évitement sont les
conséquences graves de ces agressions », dit-il. Touchant toute l’agglomération, cette violence gratuite
est aussi meurtrière. Elle s’est abattue, le 29 juillet
dernier, sur Adrien Perez, 26 ans, au sortir d’une boîte
de nuit de Meylan, une commune tranquille aux portes de Grenoble. Tué à coups de couteau. Dans un
courrier adressé à Emmanuel Macron, le mois suivant, les parents du jeune homme font entendre un cri
de révolte : « La France a clairement renoncé à imposer
la République dans certains territoires, complaisamment ou lâchement abandonnés à la délinquance. Sachez, M. le président de la République, que ce renoncement a un prix : celui de notre fils. » Lettre déchirante
restée sans réponse…
Ceux qui, parmi les habitants, tentent de se frotter
aux dealers risquent gros. Il y a deux ans, un restaurant en plein centre-ville a été incendié, car son responsable demandait à une bande d’aller trafiquer
ailleurs que devant sa porte. « Mon fils, qui est la victime, a perdu 110 000 euros dans l’affaire », déplore
aujourd’hui Philippe Taylor, qui avait failli, quant à
lui, mourir. « Une roue de ma voiture s’était brusquement défaite sur l’autoroute. » Pour lui, les auteurs du
sabotage sont les dealers. Mais entre eux aussi, les trafiquants ne sont pas tendres. La « jambisation », qui a
cours pour sanctionner un concurrent indélicat,
connaît une variante. Abîmées par des balles, les jambes sont aussi « attaquées » à la chignole. « Il n’y a
plus de parrain qui tient les trafics et ce sont des jeunes
qui ont pris la relève, des “Scarface” sans retenue dans
la violence », analyse un policier.
La drogue qui ronge le bassin grenoblois ruine le
quotidien des habitants. Ce sont « des facteurs qui ne
font plus leur tournée dans certains quartiers », selon le
procureur. Ce sont aussi, au rez-de-chaussée d’immeubles, des locataires brusquement délogés par des
équipes qui, perçant le sol par les caves, font irruption
chez eux. Ces caïds qui se sentent acteurs de l’économie vont jusqu’à passer des annonces pour recruter
des guetteurs sur Leboncoin et laissent des messages
sur des points de vente : « Nous prions notre aimable
clientèle de nous excuser pour cette interruption momentanée… » À la manière de la mafia qui fait vivre des
quartiers, ils prennent aussi en charge des activités. En
été, pour les enfants, ils installent des piscines au cœur
des cités en se servant des pompes incendie des pompiers… Une autre spécialité de la ville. « Mes services
les retirent même s’ils se font à chaque fois caillasser »,
relate le maire.
Pour redresser la situation, des moyens sont réclamés de toutes parts. Les forces de l’ordre, notamment,
demandent des effectifs supplémentaires. Depuis les
émeutes de 2010 et les homicides qui se répètent,
comme la mort de Kevin et Sofiane en 2012, ils sont insuffisants. Pour le syndicat Alliance, il manque à ce
jour au minimum trente postes. « Pour éviter les mutations de collègues découragés, nous demandons une pri-
Je n’ai jamais vu une ville de cette taille
aussi pourrie et gangrenée
par le trafic de drogue
»
JEAN-YVES COQUILLAT, PROCUREUR DE LA RÉPUBLIQUE DE GRENOBLE
me de fidélisation, comme à Lyon », souligne Philippe
Lepagnol, du syndicat, en poursuivant : « Sans de nouveaux moyens, la police ne fera que réagir aux événements, mais ne pourra les empêcher. » Et Grenoble restera alors, selon lui, un « Chicago français ».
Quant aux élus de l’agglomération, ces derniers sollicitent aussi des renforts. Grenoble mais aussi les villes
voisines d’Échirolles et de Saint-Martin-d’Hères
avaient d’ailleurs candidaté pour expérimenter la
nouvelle police de sécurité du quotidien (PSQ) et bénéficier ainsi de moyens supplémentaires. Ne figurant
pas sur la liste des premiers trente sites choisis, ce fut
l’incompréhension. Au vu des critères pour être choisi
- fortes problématiques de délinquance notamment le CV de la cité alpine et de ses voisins était pourtant
exemplaire… Demandant depuis des semaines un entretien avec Gérard Collomb pour plaider leur cause,
les maires concernés sont enfin entendus. Ce dernier
se rend donc sur place ce vendredi pour parler sécurité. Il pourrait confirmer que Grenoble figurera dans les
30 prochains autres « quartiers de reconquête républicaine » qui seront déployés dans le cadre de la police
de sécurité du quotidien.
La politique pointée du doigt
Si l’État est accusé d’avoir délaissé ce territoire, la politique de Grenoble est aussi pointée du doigt. Éric
Piolle et ses idées vertes font voir rouge à ses adversaires qui lui reprochent de ne pas assumer, par idéologie, ses pouvoirs de police et d’adresser de bien mauvais messages. En 2016, sa ville avait ainsi financé une
exposition dans laquelle figurait une fresque « antiflic » avec une Marianne matraquée par des policiers.
Deux ans plus tôt, au lendemain de son élection aux
municipales, l’élu avait lancé qu’il allait vendre à la
ville de Nice ses 70 caméras de vidéoprotection. « Une
boutade », selon lui, tout en ne voulant pas de programme de déploiement et en refusant aussi d’armer
sa police municipale. À chacun son rôle, selon lui. La
ville qui est, dit-il, « pleinement investie dans la sécurité » n’a pas à suppléer aux carences de l’État. « En ne
prévoyant pas de nouveau programme, il va y avoir obsolescence de l’équipement actuel », répond le préfet,
Lionel Beffre, qui n’hésite pas à parler de position rétrograde. En août dernier, Gérard Collomb, quant à
lui, lors d’un déplacement dans le Vercors, avait eu des
paroles valant rappel à l’ordre. « Il faut que tout le
monde participe. La sécurité, c’est une coproduction.
[…] Lorsqu’on est maire, on a le pouvoir de police, il faut
agir extrêmement fortement. »
Ancien édile de Grenoble, Alain Carignon a aujourd’hui la dent dure contre l’élu écologiste. « Par sa politique, Éric Piolle a donné un feu vert aux délinquants,
même si la situation était déjà dégradée avant lui », ditil, en estimant urgente la lutte contre la ghettoïsation.
« Dans les quartiers sensibles, les immeubles ont perdu
50 % de leur valeur. Ne pouvant plus vendre, la population est assignée à résidence. » Convaincu, aussi, de la
nécessité d’aider ces cités, le maire communiste
d’Échirolles, Renzo Sulli, espère qu’à l’occasion de
programmes de réhabilitation prévus, les jeunes pourront travailler sur les chantiers. Pour l’heure, Matthieu
Chamussy demande le retrait aux entrées de la ville
des panneaux où l’on peut lire : « Bienvenue dans une
métropole apaisée. » « Ce message est perçu comme un
déni de réalité insupportable par les habitants qui ont
connu une agression. Et il y en a beaucoup. » ■
A
Angélique Négroni
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO
20
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Mark Lilla : « La gauche identitaire est prise
au piège de la politique des minorités »
BONNES
FEUILLES
Pour avoir commis
ce livre, l’auteur s’est vu
comparer par certains
de ses collègues…
au chef du Ku Klux Klan.
Pourtant Mark Lilla
n’a rien d’un extrémiste.
Il est professeur de
littérature à l’Université
Columbia de New York
et se revendique comme
de gauche. Mais, écrit-il,
« les États-Unis sont
en proie à une hystérie
morale sur les questions
de race et de genre, qui
rend impossibles toute
réflexion et tout débat
public ». Son ouvrage,
La Gauche identitaire,
l’Amérique en miettes,
vise à sortir de cette
impasse. Pour l’auteur,
la gauche américaine
s’est enfermée dans
le piège de la politique
des minorités au point
d’abandonner
toute notion de bien
commun et de diviser
profondément la société.
C’est dans les campus
universitaires que
l’évolution a été la plus
radicale. Pour ne pas
laisser le champ libre à
Donald Trump, Lilla invite
la gauche à se remettre
en question. Après avoir
suscité un profond débat
aux États-Unis,
son essai sort en France
le 3 octobre. Le Figaro
en publie, en exclusivité,
de larges extraits.
ON PEUT ÊTRE
IDENTITAIRE
ET DE GAUCHE
« Identitaire. Un mot dur. On pense
aussitôt aux jeunes voyous, crâne rasé
ou presque, en cuir noir et Doc Martens, brandissant des drapeaux fleurdelisés devant la statue de Jeanne
d’Arc. Ou jetant une tête de porc devant la porte d’une mosquée. Ou occupant un col alpin pour faire barrage aux
migrants. Certes, il y a des casseurs
d’extrême gauche, des Black Blocs, des
zadistes. Ils sont perturbateurs mais
marginaux, et leur violence ne menace
personne. Non, identitaire est synonyme d’extrême droite, voilà tout. Il y a
trente ans, c’était vrai. Mais depuis,
une véritable gauche identitaire s’est
développée, d’abord aux États-Unis
puis, petit à petit, ailleurs.
Sous l’influence du postmodernisme
dans nos universités, les jeunes Américains apprennent que chacun d’eux a
une identité unique, quoique toujours
fluctuante, façonnée par les affinités
raciales, sexuelles, et de genre. Et que
chacune d’entre elles mérite d’être reconnue et acceptée. Cet individualisme
identitaire, pour ainsi dire, s’est révélé
être un pendant parfait à l’individualisme économique de notre époque.
Le nouveau moi identitaire se trouve
très à l’aise avec le moi néolibéral parce
que ni l’un ni l’autre n’ont cure d’un
républicanisme ringard et désuet. Dans
un monde où le capital et le travail traversent les frontières fluidement, où les
hauts fonctionnaires rendent superflus
les débats politiques, où les réseaux
mettent en contact des personnes isolées à la recherche d’un « like », le mot
solidarité n’a guère de sens. Il a été
remplacé côté gauche identitaire par le
terme peu charmant d’intersectionnalité, ce qui signifie des alliances temporaires d’individus dont les identités
s’entrecroisent, pour atteindre des objectifs à court terme.
L’engagement politique comme un
Tinder pour gens pressés. Et une arme
impuissante face à l’assaut populiste de
droite qui a mené Donald Trump au
pouvoir, et qui menace les minorités
que la gauche prétend défendre.
QUAND
LA VÉRITÉ SORT
DE LA BOUCHE
DE TRUMP
Les primaires républicaines de 2016 se révéleront sans nul doute aussi significatives historiquement parlant que l’élection
qui s’ensuivit. Il ne faut jamais oublier que
Trump a battu les partis politiques dominants des États-Unis, en commençant
par celui auquel il appartenait – du moins
en théorie. Le spectacle fut extraordinaire. Le briseur d’idoles ne venait ni de la
gauche ni de la droite. Il arrivait d’en bas.
Libre de toute révérence envers Reagan,
de toute allégeance envers la cause du
parti, de toute analyse approfondie de la
courbe de Laffer, ou de toute adhésion au
principe de non-contradiction. La vérité
sortait de sa bouche beaucoup plus souvent que ses critiques n’ont bien voulu le
reconnaître, mais à la manière d’un enfant, par accident, mettant ainsi mal à
l’aise les adultes présents dans la pièce.
Debout devant des usines fermées et des
foules d’ouvriers au chômage, il a déclaré
lité entre tous ses membres. Mais le modèle Facebook est entièrement consacré
au moi, mon moi chéri, et non à nos histoires communes, ni au bien commun, ni
même aux idées. Les jeunes gens de gauche – par contraste avec ceux de droite –
sont moins enclins de nos jours à relier
leurs engagements à un ensemble d’idées
politiques. Ils sont beaucoup plus enclins
à dire qu’ils sont engagés politiquement
en tant que X, concernés par les autres X,
et les problèmes touchant la Xitude.
CAMPUS
EN DÉLIRE
Plus la gauche universitaire devient obsédée par l’identité personnelle, moins
elle est encline à prendre part à un débat
politique sensé. Durant la dernière décennie, une nouvelle et très révélatrice
locution provenant des universités a pénétré les médias : « En tant que X, je dirais que… » Cette phrase n’a rien d’anodin. Elle indique à celui qui écoute que
j’ai une position privilégiée pour m’exprimer sur ce sujet (en revanche, on
n’entend jamais « En tant qu’homosexuel d’origine asiatique, je me sens incompétent pour donner
mon avis sur la quesSeuls ceux ayant un statut
tion »). Elle érige un mur
contre les questions qui,
identitaire approuvé sont
par définition, provienautorisés, tels des chamans,
nent d’une perspective
à s’exprimer sur certains sujets
étrangère à X. Ce qui
transforme l’échange en
rapport de force : le vainqueur du contentieux sera celui ou celle
que la délocalisation industrielle et les acqui se prévaut de l’identité moralement
cords commerciaux détruisaient plus de
supérieure et exprimera la plus grande
richesses qu’ils n’en produisaient pour
révolte face à la question qu’on lui pose.
des gens comme eux. Il a évoqué sans héAinsi, les discussions en salle de classe
siter l’envie de leur offrir des formations
qui jadis auraient commencé par « Je
et une couverture sociale minimale. Il
pense A, et voici pourquoi », prennent
parlait comme si l’Amérique le leur devait
aujourd’hui la forme « En tant que X je
bien (cependant, percevant l’état d’esprit
suis choqué(e) que vous puissiez affirde son public, il s’est bien gardé de menmer B ». Ceci est parfaitement sensé si
tionner ce qu’ils se devaient les uns aux
vous croyez que l’identité détermine
autres). Les candidats adverses se sont
tout. Cela signifie qu’il n’existe aucun
contentés de fixer leurs chaussures…
espace impartial pour le dialogue. Les
hommes blancs ont une « épistémologie », les femmes noires une autre. Que
reste-t-il à dire ?
L’argument se voit donc remplacé par le
tabou. Parfois nos campus les plus privilégiés semblent empêtrés dans le monde
archaïque de la religion. Seuls ceux
Dans le modèle Facebook du moi, les liens
ayant un statut identitaire approuvé
qui m’importent et que je décide d’affirPour sortir de ce casse-tête, la seule sosont autorisés, tels des chamans, à s’exmer ne sont pas politiques au sens démolution est de recourir à quelque chose
primer sur certains sujets. On élève cercratique du terme. Ils sont tout au plus
que nous partageons tous dans une détains groupes – aujourd’hui les transdes affinités électives. Je peux même
mocratie, mais qui n’a rien à voir avec
genres – au rang d’icônes temporaires.
m’identifier à un groupe auquel objectinotre appartenance identitaire, sans
vement je ne semble pas appartenir. En
toutefois nier l’existence
2015, une jeune femme perturbée, alors
et l’importance de celleLa politique en démocratie
présidente d’une branche locale de la
ci. Et cette chose s’appelNAACP (Association nationale pour la
le citoyenneté. Certes, le
relève de la persuasion
promotion des gens de couleur) et qui
terme citoyen a une
et non de l’expression de soi
affirmait avoir été victime de pluconnotation désuète aux
sieurs crimes à caractère raciste, a
États-Unis, et évoque
Les boucs émissaires – aujourd’hui les
été trahie par ses parents qui ont réchez les personnes d’un certain âge des
orateurs politiques conservateurs – sont
vélé qu’elle était, en vérité, blanche.
images d’enseignants martelant un tadûment désignés et chassés des campus
Une vague de critiques outrées s’est
bleau noir avec une baguette en bois
dans des rites d’épuration. Les proposiabattue sur elle, et les médias de
pendant les cours d’instruction civique.
tions deviennent pures ou impures, non Mais il a un grand potentiel démocratidroite se sont servis de cette histoire
plus vraies ou fausses. Et non seulement que – et démocrate –, en particulier
comme exemple supplémentaire de
les propositions, mais de simples mots.
la dinguerie de la gauche. Mais si le
aujourd’hui. Car la citoyenneté est un
Les « identitaristes » de gauche, qui se
modèle Facebook de l’identité est
statut politique, rien de moins et rien de
considèrent comme des créatures radiexact, ses soutiens, et il y en a eu,
plus. Dire que nous sommes tous cicales, contestant ceci et transgressant
avaient raison de la défendre. Si tout
toyens ne revient pas à dire que nous
cela, sont devenus aussi corsetés que les sommes en tout point pareils. C’est un
processus d’identification s’articule
institutrices protestantes d’antan par
légitimement autour de l’idenfait de société avéré : de nombreux Amérapport à l’utilisation de la langue antification du soi, il n’y a
ricains se définissent aujourd’hui par
glaise, analysant chaque conversation
aucune raison pour
appartenance à un groupe, mais rien ne
en quête de locutions déplacées et tapant
que cette femme
les empêche de se définir simultanément
sur les doigts de ceux et celles qui les utine puisse pas
en tant que citoyens comme n’importe
lisent par inadvertance.
proclamer être
qui. Les deux idées peuvent être – et
ce
qu’elle
sont – vraies. À l’heure actuelle, il est
imagine être.
crucial de nous concentrer sur ce statut
Bref.
politique commun, et non sur nos difféLe modèle
rences manifestes. La citoyenneté est
Facebook de
une arme fondamentale dans la bataille
l’identité a
contre la doctrine néolibérale parce
également
qu’elle rappelle que nous faisons tous
inspiré un
partie d’une entreprise commune légitiLa gauche a des élections à remporter et
modèle Fame, que nous, le peuple, avons créée de
un électorat centriste issu de la classe
cebook de
notre plein gré. Et que nous ne sommes
ouvrière à reconquérir. Il faut commenl’engagepas des particules élémentaires. »
cer par là. Et rien ne rebutera plus sûreEXTRAITS CHOISIS PAR
ment politiment les électeurs que de se faire serALEXANDRE DEVECCHIO
que. Durant
monner de cette façon. Voici donc
l’ère Roosequelques rappels à l’intention de ceux et
velt, l’identité
celles pour qui la conscience identitaire
de groupe a été
est primordiale : les élections ne sont pas
reconnue non seudes réunions de prière, et personne n’a
lement comme façon
envie d’entendre votre témoignage per■ LA GAUCHE
légitime de mobiliser
sonnel. Ce ne sont ni des séances de théIDENTITAIRE
les gens pour agir politirapie, ni une façon d’être reconnu(e). Ce
quement en tant que cine sont ni des séminaires ni des moL’Amérique
toyens, mais aussi comme outil
en miettes
ments à vertu pédagogique. Il ne s’agit
STOCK, 160 P., 16 EUROS.
nécessaire afin de contraindre notre syspas de dénoncer les dégénérés et les
tème politique à tenir sa promesse d’égabouter hors de la ville. Si vous souhaitez
«
»
LE MODÈLE
FACEBOOK
DE L’IDENTITÉ
CE QUE NOUS
PARTAGEONS
«
A
APPRENDRE
À PARLER
POLIMENT
DESSIN CLAIREFOND
sauver l’âme de l’Amérique, pensez à
devenir pasteur. Si vous souhaitez obliger les gens à se confesser et à se convertir, enfilez une chasuble blanche et rejoignez les rives du Jourdain. Mais si
vous voulez reprendre le pays à la droite,
et apporter un changement durable pour
ceux auxquels vous tenez, il est temps de
descendre de votre chaire. Et une fois
que vous serez descendu(e), apprenez à
écouter et à imaginer. Il vous faudra visiter, ne serait-ce qu’intérieurement,
des endroits où il n’y a pas de wifi, où le
café est du jus de chaussette, où vous
n’aurez nullement envie de poster une
photo de votre dîner sur Instagram. Et
où vous mangerez avec des gens qui rendent sincèrement grâce pour ce qu’ils
ont dans leur assiette.
Ne les regardez pas de haut. En tant que
gens de gauche dignes de ce nom, vous
avez appris à ne pas vous comporter ainsi avec les paysans des contrées lointaines ; faites de même avec les pentecôtistes du Sud et les propriétaires d’armes à
feu des Rocheuses. Tout comme il ne
vous viendrait pas à l’esprit de taxer les
croyances d’une autre culture de simple
ignorance, n’attribuez pas automatiquement à la machine médiatique de droite
tout ce qu’on vous dit. Efforcez-vous
d’entendre ce qui se cache derrière les
fausses affirmations, et voyez si vous
pouvez vous en servir pour créer un lien.
La politique en démocratie relève de la
persuasion et non de l’expression de soi.
Acceptez que vous ne serez jamais d’accord avec les gens sur tout – rien de plus
normal dans une démocratie. Ceux et
celles qui s’engagent dans les mouvements sociaux axés sur l’identité ont
tendance à se retrouver uniquement
parmi des personnes partageant les mêmes opinions qu’eux, leur ressemblant
physiquement, ayant fait des études similaires. Gardez-vous d’imposer des
tests de pureté à ceux que vous souhaiteriez convaincre. Tout n’est pas une
question de principes – d’ordinaire,
pour en préserver un, il faut en sacrifier
d’autres, tout aussi importants. Les valeurs morales ne sont pas les pièces prédécoupées d’un puzzle qui s’imbriquent
sans effort.
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 28 septembre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
OPINIONS
LE BLOC-NOTES
Ivan Rioufol
irioufol@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/rioufol
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
La victimisation, passeport pour le pouvoir
L
a course à la victimisation
infantilise le débat à un degré
inédit. La pensée néomarxiste
a recyclé la lutte des classes
en lutte des minorités.
Depuis, cette idéologie
ne sait plus quoi inventer pour sublimer
la « souffrance » des présumés
discriminés, à qui le pouvoir est promis.
Chacun réclame, tel un viatique,
son statut de mal aimé. Une Française,
Hapsatou Sy, est devenue fugacement
célèbre après s’être érigée, avec le soutien
des médias, en martyr d’Éric Zemmour.
Parce que le journaliste lui avait reproché
son prénom, les censeurs réclament
à nouveau la tête du gêneur. D’autres
lyncheurs s’en prennent à Marcel
Campion, qui lorgne la mairie de Paris.
ENTRE GUILLEMETS
28 septembre 1841 :
Naissance de Georges
Clemenceau
Clemenceau
Gouverner,
c’est tendre
jusqu’à casser
tous les ressorts
du pouvoir
RUE DES ARCHIVES/TALLANDIER
»
ANALYSE
Marie-Cécile Renault
mcrenault@lefigaro.fr
Le « roi des forains » n’incarne pas
la distinction ; il a le langage des bistrots.
Mais sa mise en cause des « homos » qui
« gouvernent » la capitale, dans une vidéo
tournée en janvier, ne vaut pas le boucan
déclenché ces jours-ci au nom de la lutte
contre l’homophobie. En revanche,
parce qu’il est commode de critiquer
les policiers confrontés aux « migrants »,
l’écrivain Yann Moix les a insultés
grassement, avant de s’excuser mardi.
Cette dialectique dominants contre
dominés attise la guerre des races,
des sexes, des communautés. L’islam
radical joue cette partition à merveille
en se présentant comme la religion
des faibles. Ce n’est plus la dictature du
prolétariat qui est au bout des luttes, mais
celle des persécutés labellisés. Le plaintif
a toujours raison, pourvu qu’il ne soit pas
blanc, judéo-catho, hétéro. Le but est de
déconstruire la civilisation occidentale,
en y instillant la culpabilité, l’émotivité,
le renoncement à se défendre. Personne
n’ose s’indigner des méthodes des
« humanitaires » de l’Aquarius. Pourtant,
ils instrumentalisent la désespérance
des candidats à l’exil pour faire fléchir
l’Europe sentimentale. Ces maîtres
chanteurs font courir aux clandestins
des risques de noyade en Méditerranée,
en leur faisant miroiter l’espoir
d’être recueillis sur le bateau. Parmi
les 58 personnes récupérées cette
semaine au large de la Libye, il y avait
17 femmes et 18 mineurs, débarqués
à Malte. Reste que le refus de la France
d’accueillir le navire à Marseille semble
montrer les limites de cette perversion
des bons sentiments. Ils jouent un rôle
majeur dans le projet d’élargissement
de la PMA.
C’est au prétexte que les femmes
seules ou en couple éprouveraient
une « souffrance » à ne pouvoir avoir
d’enfants naturellement que le Comité
consultatif national d’éthique (CCNE)
s’est dit favorable, mardi, à l’extension
à leur profit de la procréation
médicalement assistée (PMA).
Cette technique du bébé-éprouvette,
qui date de 1982, était jusqu’à présent
réservée aux seuls couples hétérosexuels
stériles. Mais se plaindre d’une injustice
qu’impose la nature est dans l’air
du temps. La non-discrimination
est une revendication dont peuvent aussi
se prévaloir les couples d’hommes en mal
d’enfants. Le Comité d’éthique s’oppose
actuellement à la gestation pour autrui
(GPA) et au risque de marchandisation
du corps que fait courir le recours
à une mère porteuse. Mais l’égalitarisme
conduit à la GPA. En réalité, le CCNE se
contente de courir derrière la technique
et les exigences d’un militantisme
qui expose ses stigmates. Les diseurs
d’éthique ont renoncé à réfléchir
au miracle de la vie, à la chosification
de l’enfant, à la disparition du père
et autres balivernes réactionnaires.
Bien que le Comité d’ethnique
n’ose le reconnaître, c’est un absurde
et dangereux droit à l’enfant qu’il avalise,
au nom d’une égalité tirée par
les cheveux entre tous les couples
et leur même désir parental. Un risque
de tri eugéniste se profile également
dans la manipulation et la congélation
des embryons. À terme, c’est le monde
affreux de la fabrique de bébés, imaginé
par Aldous Huxlez dans Le Meilleur des
mondes, que permet le CCNE, au prétexte
que tout est médicalement réalisable
et qu’il faudrait être de son temps.
« Je ne sais pas ce que sont le bien
et le mal », a reconnu en mars le président
du Comité, Jean-François Delfraissy
(Valeurs actuelles). Ce relativisme
est une plaie mortelle. Il sert de refuge
à ceux qui trouvent plus simple de suivre
une modernité déracinée et consumériste,
imperméable à toute idée de sacré
et de transcendance. Quand tout se vaut,
un bébé devient un produit comme
un autre. L’homme devient son propre
créateur. L’homme-dieu se déshumanise.
Bienvenue dans le transhumanisme !
La France qui gronde
Ce monde devenu fou emballe les
progressistes étourdis. Normal : ils voient
une modernité dans tout ce qui bouge.
Mardi, Benjamin Griveaux a prévenu que
le gouvernement « ira jusqu’au bout » de
la promesse du candidat Macron d’élargir
Sans le dire, Macron « le libéral »
étatise la santé petit à petit
R
éunis sous les ors de la salle
des fêtes de l’Élysée
le 18 septembre,
les médecins ont applaudi
le plan santé présenté
par Emmanuel Macron.
Et pour cause. C’était la première fois
qu’un président de la République parlait
de santé, envisageait de sortir du modèle
tricolore très hospitalo-centré
et englobait tous les acteurs – privés
comme publics - dans une réforme
systémique dont chacun reconnaît
qu’elle est nécessaire. Loin
du dogmatisme de l’ère Touraine,
où les médecins s’étaient sentis mal aimés
et maltraités. Mais ce faisant, et sans
le dire explicitement, Macron le libéral est
en train d’étatiser la santé et d’enterrer
le modèle national de médecine libérale.
Et ce, pour au moins cinq raisons.
Primo, le chef de l’État bat en brèche
le principe fondateur de la médecine
libérale - le paiement à l’acte - en mettant
l’accent sur la rémunération au forfait
qui s’appliquera, « pour commencer », dès
2019 à l’hôpital pour l’insuffisance rénale
et le diabète. Mais les médecins de ville
suivront. Ce mode de financement a ses
vertus : il vise à limiter les actes inutiles
et évite de faire revenir le patient pour
faire du chiffre. Les libéraux n’y sont
d’ailleurs pas opposés et y ont déjà mis
un pied, via la « rémunération
sur objectifs de santé publique » (ROSP)
et autres « forfaits patientèle médecin
traitant » (FPMT). Tout est donc
question de mesure. Pour le Syndicat
des médecins libéraux, il ne faudrait pas
dépasser 20 %. À voir.
Secundo, Emmanuel Macron veut
mettre fin à l’exercice isolé et aujourd’hui majoritaire - du médecin
dans son cabinet afin qu’il « devienne
progressivement marginal, devienne
l’aberration et puisse disparaître à l’horizon
de janvier 2022 ». Certes, le président de la
République est en phase avec l’aspiration
professionnelles territoriales de santé »,
dont Emmanuel Macron veut porter
le nombre à 1 000 d’ici à 2022. Des
médecins ont déjà essayé d’en mettre sur
pied… mais il n’y en a, aujourd’hui, que
17 en raison d’un cahier des charges trop
rigide, organisé d’en haut et qui laisse
peu de latitude.
Quarto, 400 médecins salariés
des hôpitaux vont être « temporairement »
envoyés dans les déserts médicaux.
Mais il y a des temporaires qui durent…
Et si le président a, avec
Presque plus aucune clinique
sagesse, refusé toute
mesure coercitive qui
n’appartient à des professionnels
aurait porté atteinte à
de santé. Les cabinets regroupés
la liberté d’installation,
il a en même temps mis
risquent de connaître le même sort
fin au numerus clausus
avec le risque de créer, dans une dizaine
de la jeune génération à travailler
d’années, une offre de soins abondante,
de manière regroupée, et ce pour plus
rendant alors nécessaire l’instauration
d’efficacité et de convivialité et une
de règles strictes pour réguler
meilleure conciliation des temps de vie.
les ouvertures de cabinet.
Mais au prix d’une perte certaine de
liberté. Déjà presque plus aucune clinique
Quinto, le financement de la santé est
n’appartient à des professionnels de santé.
de moins en moins assuré par les charges
Quasiment toutes ont été absorbées par de
sociales, la part de l’impôt - via la CSG
grands groupes. Idem pour les laboratoires
notamment - ayant petit à petit grossi
d’analyses. Les cabinets regroupés
pour finir par remplacer complètement les
et autres maisons de santé risquent donc
cotisations salariales. Moins de cotisations,
fort de connaître à terme le même sort,
plus d’impôt : la santé s’éloigne avec
les médecins devenant simples salariés
Emmanuel Macron un peu plus du modèle
de ceux qui les auront rachetés.
« bismarckien » assurantiel fondé
sur le travail, pour se rapprocher
Tertio, le plan Macron pose
du modèle assistanciel « beveridgien »
l’obligation de – ou du moins la forte
à l’anglaise, piloté par l’État.
incitation à – former des « communautés
«
la PMA. « Nous ferons ce que nous avions
annoncé. » Cette fermeture d’esprit
contredit la recherche du « consensus »
promise par le chef de l’État. D’autant
qu’Agnès Buzyn, ministre de la Santé,
a dit « souhaiter que ce débat ne soit pas
hystérisé ». Il n’en prend pas le chemin.
La « consultation citoyenne », organisée
par le CCNE en préparation de la révision
de la loi bioéthique, n’a servi à rien. Il est
vrai que ses résultats, désapprouvant
massivement la PMA pour toutes, sont
venus contrarier les sondages, le pouvoir,
les médias. Il ne fait aucun doute que
les opposants au projet se sont davantage
mobilisés durant ces quatre mois.
Cependant, l’exercice démocratique n’a
fait que révéler un désintérêt à défendre
une médecine mobilisée non plus pour
soigner mais pour dépasser la nature.
Ceux qui voudraient passer en force
feraient bien d’écouter la France
qui gronde et refuse de marcher
sur la tête. La vague conservatrice
s’impose à Macron. Sa faiblesse politique
ne l’autorise pas aux coups de menton.
Ceux qui sont massivement descendus
dans les rues en 2013 contre le mariage
homosexuel et ses conséquences restent
une force en sommeil. La Manif pour tous
n’exclut pas de relancer les mobilisations.
Rien ne dit que la seule PMA pour toutes
suffirait à cristalliser l’insurrection
civique. Mais au-delà de l’énormité de la
manipulation du vivant et de l’homme
augmenté, c’est aussi la place exorbitante
prise par les minorités militantes qui
mérite d’être contestée. D’autant que le
politiquement correct, prêt à tout excuser
des « victimes », insulte l’humanisme
dont il se prévaut en fermant les yeux sur
le nouvel antisémitisme, la violence des
rues, le sexisme, le racisme anti-Blancs.
« Je tue des bébés blancs »
« Pendez les Blancs ! », chante le rappeur
Nick Conrad. « Je rentre dans des crèches,
je tue des bébés blancs […]. » Depuis
des décennies, les belles âmes n’ont rien
voulu entendre de la haine des rappeurs
les plus violents, forcément malheureux.
Elles découvrent, cette semaine,
qu’elles ont enfanté des monstres.
VOX
… HISTOIRE
Un peuple et son roi :
« Le film ne montre pas la
violence des sans-culottes
et donne une vision
unilatérale de la
Révolution », par Geoffroy
Caillet, rédacteur en chef
du Figaro Histoire,
dont le nouveau numéro
est en kiosque.
»
Les rencontres
du
FIGARO
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2018, 20 heures
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“Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
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Ce journal
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Édition nationale
1er cahier 22 pages
Cahier 2 Économie
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Cahier 3 Le Figaro
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Sur certaines éditions :
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Magazine 144 pages
Cahier TV 84 pages
Supplément 5
Madame 230 pages
Promo Portage Marc
Foujols : diffusion
sur une partie
du territoire national
A
@
21
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 056 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
ITALIE
LE BUDGET MET LA COALITION
AU POUVOIR SOUS
HAUTE TENSION PAGE 25
LINKY
LES PROMOTIONS COMMERCIALES
SE MULTIPLIENT AVEC
LE COMPTEUR INTELLIGENT PAGE 27
économie
ARMANDO DADI/PHOTOSHOT/MAXPPP, JF HAMARD, DENIS CHARLET/AFP
La Grande Récré, Toys’R’Us :
big bang en vue dans le jouet
Les deux premières enseignes françaises sont en redressement judiciaire. Les
candidats à la reprise prévoient une révolution de leur modèle économique. PAGE 24
L’essor du commerce mondial revu à la baisse
Il est difficile de faire des prévisions sur l’évolution du commerce
mondial dans l’environnement
très incertain entretenu par l’imprévisible
Donald
Trump.
Contrainte à l’exercice, l’Organisation mondiale du commerce
(OMC) s’y est essayée, en publiant
jeudi ses estimations pour 2018 et
2019.
Et sans surprise, malgré le
brouillard ambiant, elle a revu ses
chiffres à la baisse par rapport à
ceux publiés en avril dernier. Ain-
le PLUS du
FIGARO ÉCO
PRESSE
Les magazines
de Mondadori vendus
à Reworld Media
PAGE 30
LA SÉANCE
DU JEUDI 27 SEPTEMBRE 2018
CAC 40
5540,41 +0,50%
DOW JONES (18h)
26535,84 +0,57%
ONCE D’OR
1185,40 (1194,25)
PÉTROLE (lond)
81,720 (81,550)
EUROSTOXX 50
3449,15 +0,47%
FOOTSIE
7545,44 +0,45%
NASDAQ (18h)
7648,61 +1,13%
NIKKEI
23796,74 -0,99%
si, en 2018, le volume du commerce mondial ne devrait plus progresser de 4,4 %, mais de 3,9 %. Et
l’an prochain, la hausse ne sera
plus de 4 % comme estimé au
printemps, mais de 3,7 %. Le dynamisme des échanges reste important, puisqu’il dépasse celui du
PIB mondial, dont la croissance est
prévue de 3,1 % en 2018 et 2,9 %
en 2019. Pendant les années fastes
de la mondialisation, de 1980 à la
crise de 2008, les échanges internationaux progressaient plus rapi-
dement que la richesse mondiale.
Depuis la crise, les deux indicateurs avançaient peu ou prou au
même rythme, jusqu’à une accélération récente du commerce.
« Même si la croissance du commerce reste forte, ce recul (des prévisions) témoigne de l’exacerbation
des tensions que l’on observe entre
les grands partenaires commerciaux », commente le directeur général de l’OMC, Roberto Azevêdo.
Selon l’organisation basée à Genève, les effets économiques directs
des différentes barrières douanières mises en place tour à tour par
les États-Unis et la Chine, principalement, ont été jusqu’à présent
« modestes », « mais l’incertitude
qu’elles créent pourrait avoir déjà
pour effet de réduire les dépenses
d’investissement ». L’OMC pointe
aussi le durcissement des politiques monétaires dans les pays riches qui pèse sur les pays émergents et pourrait déstabiliser le
commerce et la production dans
F. N.-L.
les prochains mois.
L'HISTOIRE
Quelques jours après la présentation
du projet de budget de la Sécu pour
2019, plusieurs sujets promettent
déjà d’animer les débats parlementaires, qui s’ouvriront le 16 octobre.
La transformation du CICE en baisse
de charges devrait donner lieu à des
amendements, d’autant qu’elle a un
impact défavorable dans le secteur
de l’aide à domicile et dans les territoires d’outre-mer. « Il y aura une
prise en compte particulière de ces
situations », a indiqué jeudi Olivier
Véran, député LaREM et rapporteur
général du projet de loi de financement de la Sécurité sociale.
Dans la lignée du plan hôpital dévoilé
le 18 septembre par Emmanuel Macron, le député veut inscrire dans le
budget de nouvelles modalités de financement des urgences hospitalières afin de les désengorger. « Il faut
inciter financièrement les urgences à
réorienter les cas les moins graves
vers l’ambulatoire », explique-t-il,
alors qu’elles ont aujourd’hui tout intérêt à accepter le plus de patients
possible. Le député de l’Isère, qui est
également neurologue, veut aussi
s’attaquer au problème des patients
pris en charge dans des hôpitaux
n’ayant pas les autorisations requises. En juillet, l’Assurance-maladie
avait tiré la sonnette d’alarme sur le
fait qu’un nombre important d’établissements continuent à avoir une
activité de chirurgie, notamment
pour des cancers, en dépit d’un volume d’actes inférieur aux seuils
d’autorisation.
Le député s’est par ailleurs félicité du
succès de la « taxe soda », qui module la fiscalité pour les industriels en
fonction du taux de sucre des boissons, afin de mieux prévenir les risques d’obésité et de diabète. « Entrée en vigueur le 1er juillet (dans sa
nouvelle version, NDLR), la taxe a
marché au-delà de tout ce que j’avais
imaginé, s’est-il réjoui. Sprite a réduit
son taux de sucre de 70 %, Ice Tea
pêche et Schweppes de 40 %, Seven
Up de 30 %. Coca reste le mauvais
élève. Mais la France a désormais les
boissons les moins sucrées. » Alors
que le débat s’est déplacé sur le sel
cet été, Olivier Véran a toutefois exclu de proposer de nouvelles taxes
comportementales cette année.
MARIE-CÉCILE RENAULT
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La filière textile développe la première
« route numérique » dans les Vosges
D
eux années de travail auront
été nécessaires pour élaborer la
« route du textile », la première
route numérique de filière, lancée
ce jeudi dans les Vosges,
et ce pour faire découvrir toutes les facettes
du secteur. En se connectant via
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de confection,
qu’ils auront
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sites sont tous labellisés « Vosges terre
textile », garantissant ainsi que plus des trois
quarts des opérations de production sont
réalisés dans les Vosges. Les seconds pourront
y dénicher des activités culturelles ou ludiques
(musées, sentiers de randonnée) et
des boutiques. L’originalité du projet réside
dans le fait que des panneaux physiques
ont également été apposés à chaque POI,
avec des QR Code renvoyant vers sa page sur
le site. « Cette opération nous permet aussi
de nous adresser aux publics en recherche
d’emploi car nos entreprises embauchent »,
indique Cyrielle François, chez Vosges terre
textile. Dans les cinq
prochaines années,
la filière textile
vosgienne devrait
en effet renouveler
un tiers de
ses effectifs.
On comprend mieux
pourquoi l’image
de la filière
est devenue
un enjeu majeur
dans la région. ■
CORINNE CAILLAUD
BÉNÉFICIEZ
D’UNE EXPERTISE
RECONNUE
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A
Giovanni
Tria,
ministre
de
l’Économie.
SÉCU : PAS DE
NOUVELLE TAXE
COMPORTEMENTALE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO
24
L'ÉVÉNEMENT
LES 10
Distribution de jouets : le big bang
PRINCIPAUX
DISTRIBUTEURS
DE JOUETS
EN FRANCE
L’essor de l’e-commerce a fragilisé le secteur. Les repreneurs des deux principales
enseignes, en redressement judiciaire, devront en changer le modèle économique.
COMMERCE Dernière ligne droite
pour le sauvetage des principales
enseignes de jouets en France.
Toys’R’Us et La Grande Récré, en
redressement judiciaire, connaîtront la semaine prochaine le nom
de leur futur propriétaire. Le tribunal de commerce d’Évry a fixé à ce
vendredi minuit la limite de remise
des offres améliorées pour la reprise
de Toys’R’Us. Il désignera mercredi
le vainqueur parmi les trois candidats : d’une part, Pierre Mestre,
patron et principal actionnaire
d’Orchestra, une enseigne de puériculture et de vêtements pour enfants ; d’autre part, le fonds Cyrus,
un créancier de Toys’R’Us (il détient des garanties sur ses stocks)
associé à l’enseigne de jouets Picwic ; enfin, la Financière immobiLa Grande Récré
lière bordelaise (FIB), qui exploite
et Toys’R’Us
en franchise 22 grands magasins
connaîtront la semaine
Galeries Lafayette.
prochaine le nom de
leur futur propriétaire.
FIB, détenue par Michel Ohayon,
RGA/REA ; JULIEN
est par ailleurs en bonne position
BERKOVITCH/CIT’IMAGES
pour devenir le principal actionnaire de La Grande Récré. Elle soutient
en effet le plan de continuation
proposé par Jean-Michel GrunLA GRANDE RÉCRÉ
berg, PDG et principal actionNOMBRE DE
naire de l’enseigne. Après
NOMBRE DE
SALARIÉS
MAGASINS
avoir racheté pour 130 millions d’euros de créances
de La Grande Récré et
104 1 200
consenti à la société une avance de
trésorerie de 10 millions, FIB dispose d’une option pour en devenir,
d’ici la fin de l’année, le principal
actionnaire. La réalisation de cette
option est soumise à la validation du
plan de continuation par le tribunal
de commerce de Paris (il rendra sa
décision mardi), d’une part, et à
l’accord de l’Autorité de la concurrence, d’autre part.
Ventes concentrées à Noël
Quel que soit le choix des tribunaux
de commerce, le paysage de la distribution de jouets sera bouleversé.
Le secteur est frappé de plein fouet
par une double concurrence : celle,
ancienne, des chaînes d’hypermarchés (un tiers du marché), et celle,
plus récente, des géants de l’ecommerce (un cinquième des ventes). Le phénomène touche d’autres
secteurs, à commencer par l’électronique, mais les spécificités du
jouet le rendent plus difficile à supporter pour les enseignes spécialisées. Pour commencer, la moitié
des ventes annuelles de jouets sont
concentrées sur les deux derniers
mois de l’année, pour la saison de
Noël. Et c’est justement la période
que choisissent e-commerçants et
hypermarchés pour mener leur offensive : beaucoup font du jouet un
produit d’appel et acceptent de
vendre avec une très faible marge.
Les enseignes spécialisées ont
peu de moyens pour riposter. « Tout
le monde vend la même chose, car il
est indispensable de proposer les
“blockbusters” (les jouets vedettes,
NDLR) annoncés pour Noël, résume
un professionnel. Il est donc difficile
de se différencier par l’offre. Pour ne
rien arranger, il est impossible de négocier de meilleurs prix d’achat avec
les grands industriels du secteur,
même si vous disposez d’une part de
marché importante. »
Dans ce contexte, réduire les
coûts de structure des magasins est
crucial pour proposer des prix attractifs. Les enseignes de centreville, aux loyers plus élevés, sont les
plus touchées, ce qui handicape leur
stratégie omnicanal. « Les chaînes
de centre-ville ont du mal sur Internet, assure un expert. Soit elles alignent leur prix sur Amazon et les internautes ne comprennent pas
pourquoi les tarifs sont plus élevés en
magasin, soit elles gardent les mêmes prix qu’en boutiques et ne vendent rien en ligne. »
Tous les candidats à la reprise de
Toys’R’Us et de La Grande Récré ont
fait la même analyse. Tous sont décidés à révolutionner le modèle économique des enseignes. Pas question de rester simple distributeur de
jouets ! Michel Ohayon a ainsi pour
ambition de faire des magasins La
Grande Récré des lieux de vie ludique aux airs de parcs d’attractions
indoor, avec des espaces gérés par
CHIFFRE D’AFFAIRES
(en millions d'euros)
les marques de jouets. Il compte déployer ce modèle dans les ex-magasins Toys’R’Us rebaptisés La Grande
Récré si son offre l’emporte.
Objectif semblable chez Picwic,
qui a engagé la transformation des
20 magasins de l’enseigne de la galaxie Mulliez. « Nous voulons devenir
un spécialiste de l’éveil et de l’épanouissement des enfants, en transformant nos magasins en chambres
où ils peuvent jouer sous le regard de
leurs parents », assure Nathalie Peron-Lecorps, patronne de Picwic.
Troisième candidat à la reprise de
Toys’R’Us, Pierre Mestre veut une
enseigne unique, Orchestra&Toys,
offrant à la fois vêtements pour enfants, puériculture et jouets. Les
rayons dédiés aux jouets tripleraient de taille à l’approche de Noël.
Les modèles économiques des repreneurs répondent aux mêmes
objectifs. L’offre variée de produits
et services, expérience en magasin
à la clé, permet à la fois de rivaliser
avec Amazon et CDiscount et d’assurer une fréquentation plus régulière tout au long de l’année. Le
principal défi à relever sera de réussir à mettre en œuvre
une
stratégie
omnicanal. ■
TOYS’R’US
NOMBRE DE
MAGASINS
ENSEIGNES SPÉCIALISÉES
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
(PARTS DE MARCHÉ, EN %)
9,1%
(no 2)
8,1 %
(n° 3)
6,4 %
(n° 7)
NOMBRE DE
SALARIÉS
53 1 150
4,6 %
(n° 8)
CHIFFRE D’AFFAIRES
(en millions d’euros)
320
309
4,2 %
A
Le suspense a trop duré. Six mois
après les premiers signes de faiblesses de Toys’R’Us et de La
Grande Récré, les fabricants de
jouets espèrent vite tourner la
page. Ces deux enseignes pèsent en
effet 18 % du marché, et la saison
de Noël approche. Elle sera lancée
lors des vacances de la Toussaint,
avec la publication des catalogues
de Noël. « C’est très compliqué car
nous avons peu de visibilité sur la fin
d’année », déplore un industriel du
secteur.
Les fabricants se rassurent comme ils peuvent. « Quelles que soient
les vicissitudes de la distribution, les
consommateurs devront gâter leurs
enfants à Noël et il faudra trouver
des moyens d’acheter, sur Internet
ou en magasins », témoigne l’un
d’eux. Les fabricants ont été refroidis par un début d’année fébrile. L’absence de phénomène majeur sur le marché du jouet et la
Coupe du monde, qui a surtout
dopé les ventes d’albums Panini,
ont pesé. Le premier semestre
(30 % des ventes annuelles) se termine par un recul de 2 %.
Si le cabinet NPD souligne la
« résilience » du marché, la mauvaise santé de ces deux poids
lourds de la distribution a pesé sur
l’activité des fabricants. Plusieurs
gros acteurs ont vu leurs ventes
fondre de 2 à 3 % au premier semestre. Certains redoutent de finir
l’année stable ou en recul.
« Les cartes ont été redistribuées », confie un expert. Armés
de leurs prévisions de ventes, les
industriels ont poussé les commandes auprès de circuits qui
montent, e-commerce en tête.
Amazon et Cdiscount en profitent à
plein mais pas seulement.
À la recherche de
nouveaux distributeurs
On peut désormais trouver de
grandes marques comme Mattel
chez des discounters comme
Action ou Gifi au travers de gammes dédiées, plus basiques. Un
moyen de récupérer des volumes.
L’e-commerce gagne des parts de marché
Répartition du marché du jouet
par circuit de distribution
Commerces spécialisés
E-commerçants
100
80
60
Évolution du chiffre
d'affaires, en milliards d'euros
Hypers et supermarchés
8%
7%
8%
9%
9%
12 %
14 %
15 %
17 %
19 %
35 %
34 %
34 %
3,40
3,35
3,30
33 %
32 %
41 %
40 %
40
20
3,44
3,45
Autres
3,25
3,20
45 %
45 %
43 %
3,15
3,10
0
2013
2014
Sources : NPD Group, Passport, Management
2015
2016
2017
2013 2014 2015 2016 2017
Infographie
Cultura et la Fnac sont également
montés en puissance. Du côté des
enseignes de la grande distribution,
Carrefour – qui a créé pour Noël des
shop-in-shops dédiés aux jouets –
essaie de tirer son épingle du jeu.
Que se passera-t-il si les deux
enseignes renaissent de leurs
cendres ? « Même si elles reviennent dans la course, on ne s’attend
pas à une explosion du marché »,
reconnaît le directeur marketing
d’une grande marque. « La clef
pour les fournisseurs sera la logistique, confie un fabricant. Il faudra que nous puissions livrer en
trois jours, y compris début décembre. » Les marques qui fabriquent en Europe auront un avantage concurrentiel.
Beaucoup appellent de leurs
vœux un assainissement du marché, quitte à voir une enseigne disparaître. Tout en redoutant la perspective de pouvoir moins compter
sur les distributeurs spécialisés
pour lancer leurs nouveautés. « Les
spécialistes sont capables de parier
sur un produit et d’acheter des
quantités importantes tôt dans la
saison, détaille un fabricant. Nous
craignons qu’ils perdent ce rôle. »
En filigrane, la peur de se retrouver
entre les mains d’e-commerçants
qui préfèrent ne pas prendre de
risque et n’hésitent pas à repasser
commande au dernier moment, au
gré de leurs ventes. « Cela nous
oblige à repenser nos plans de vente
et à réorganiser notre marketing au
profit du digital, et notamment des
influenceurs, conclut un autre. Cela
a accéléré notre mue. » ■
10,3 %
(n° 1)
7,9 %
(n° 4)
7,2 %
(n° 6)
7,3 %
(n° 5)
2,7 %
(n° 10)
(Source : The NPD Group, Passport, Management)
Les filiales françaises des fabricants étrangers avaient reçu des
instructions de leurs maisons mères. « Nous sommes sur un paiement
à l’avance qui évite la prise de risques », explique le patron de l’un
des principaux fabricants. L’un
d’entre eux a vu ses commandes
fondre de 30 à 50 % au premier semestre et a réussi à finir étale parce
qu’il a conquis de nouvelles enseignes. « Pour Noël, Toys’R’US et La
Grande Récré se focalisent sur les
valeurs sûres car ils doivent acheter
en cash », explique-t-il. Beaucoup
ont ainsi décalé leurs livraisons à
novembre-décembre.
KEREN LENTSCHNER
£@Klentschner
E-COMMERÇANTS
Les industriels font flèche de tout bois pour réussir la saison de Noël
CHAÎNES D’HYPERMARCHÉS
(no 9)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ÉCONOMIE
vendredi 28 septembre 2018
25
Bras de fer musclé sur le budget italien
Le chiffre du déficit public pour 2019 était au cœur d’un Conseil des ministres qui devait se prolonger jeudi soir.
RICHARD HEUZÉ rheuze@lefigaro.fr
ROME
EUROPE Un bras de fer d’une
rare violence s’est joué à Rome
autour de la rédaction des grandes lignes du budget italien, que
le gouvernement devait approuver jeudi avant de le transmettre
à Bruxelles.
Le Conseil des ministres, initialement prévu à 18 heures, a été
reporté à 20 heures pour donner
le temps à d’ultimes tractations.
L’affrontement, enclenché depuis
la formation du gouvernement de
Giuseppe Conte, en juin, oppose le
ministre de l’Économie et des Finances, Giovanni Tria, aux deux
leaders de la coalition populiste,
Matteo Salvini (Ligue) et surtout
Luigi Di Maio (5 étoiles). Le cœur
de la discussion porte sur le niveau de déficit public que le gou-
La Bourse de Milan en léger recul,
le taux d’emprunt d’État stable
L’incertitude sur les grands
choix budgétaires de la
coalition au pouvoir à Rome
a pesé sur les marchés sans
provoquer d’affolement.
La Bourse de Milan a terminé
la séance, trois heures avant
le début programmé du
Conseil des ministres tant
attendu, en légère baisse :
0,62 %. Une perte limitée,
certes, mais qui contraste
avec les grandes places
boursières du continent qui
ont toutes fini dans le vert.
Sur le marché obligataire,
qui mesure le risque que les
investisseurs attribuent à la
dette de l’État italien, le taux
des bons du Trésor italien à
dix ans est resté stable jeudi,
à 2,88 %. Une démission
du ministre des Finances
Giovanni Tria ou un chiffre de
déficit budgétaire dépassant
largement 2 % du PIB ferait
flamber ce taux, prédisent
les experts.
F. N.-L.
vernement devra inscrire au budget de 2019. Dans les heures
précédant le Conseil des ministres
de jeudi soir, l’assaut s’est fait plus
pressant autour du ministre des
Finances : « Si Tria ne change pas
d’idées, qu’on le remplace et qu’on
trouve un autre ministre des Finances », a lancé Riccardo Molinari,
chef du groupe de la Ligue, à la
Chambre des députés.
Pendant des semaines, Giovanni Tria a insisté pour ne pas dépasser 1,6 % du PIB afin de préserver la stabilité des comptes
publics et celle des marchés. Non
partisan, l’économiste Tria avait
été choisi par le président de la
République, et préféré à un candidat eurosceptique, précisément
pour rassurer Bruxelles et les
marchés.
Macron comme exemple
Ces derniers jours, il s’était montré disposé à permettre un glissement à 1,9 %, sans vouloir toutefois aller au-delà pour ne pas
compromettre l’engagement de
l’Italie à diminuer marginalement
sa dette publique – 131 % du PIB
en 2017 selon le FMI. Mercredi,
lors d’une assemblée de patrons
du commerce, le ministre a rappelé qu’il avait juré le 1er juin dernier devant le chef de l’État, comme tous les autres ministres,
d’agir « dans l’intérêt exclusif de la
nation ». Il s’est défendu de vouloir complaire à la finance internationale, comme les populistes
l’en ont accusé.
De son côté, Luigi Di Maio, visiblement plus préoccupé par la
mise en œuvre de ses promesses
électorales que par l’équilibre des
comptes publics, a exigé que le
Giuseppe Conte (à gauche), président du Conseil italien, et Giovanni Tria, son ministre de l’Économie (ici en juin, à Rome).
Ce dernier, accusé par les populistes, s’est défendu de vouloir complaire à la finance internationale. ANTIMIANI/MAXPPP
ministre de l’Économie creuse le
déficit à 2,4 %. « Après tout, Emmanuel Macron a bien relevé le déficit de la France à 2,8% du PIB.
L’Italie est aussi un grand pays. Ce
que fait Macron, elle le peut elle
aussi », a lancé le leader du Mouvement 5 étoiles.
Un déficit limité à 1,9 % permettrait d’empêcher une hausse
impopulaire de la TVA, prévue
sous le précédent gouvernement.
Il laisserait cependant à peine
8 milliards d’euros pour mettre en
œuvre les coûteuses promesses
électorales des populistes. Un déficit à 2,4 % permettrait plus de
14 milliards d’euros de dépenses
supplémentaires pour mettre en
œuvre leurs réformes électorales.
À commencer par un assouplissement d’une réforme antérieure
des retraites (coût : huit milliards
d’euros) et la « flat tax » voulue
par la Ligue et qui serait appliquée
aux entreprises faisant moins de
100 000 euros de chiffre d’affaires
annuel (coût : 7 milliards d’euros).
Surtout, le Mouvement 5 étoiles
tient à sa mesure phare, le «revenu citoyen». Selon la formule retenue, il pourrait coûter au Trésor
public 15 à 30 milliards d’euros
par an, ou 4 milliards s’il est res-
treint dans un premier temps à
3,5 millions de petites retraites.
Luigi Di Maio a fait savoir que
les 5 étoiles ne voteraient pas un
texte avec un déficit public inférieur à 2,4 %, appelant son collègue à « un geste de courage politique ». Matteo Salvini, longtemps
silencieux, a fini par l’assurer de
son soutien : « cela vaut la peine
d’aller au-delà des 2 % de déficit»,
a-t-il déclaré. Et ce malgré les appels à la prudence lancés par son
bras droit, le secrétaire d’État et
numéro 2 de la Ligue, Giancarlo
Giorgio, qui déclarait craindre
une réaction des marchés. ■
Trump contraint le Japon à négocier un accord bilatéral
Le président américain lève ses menaces sur l’automobile nippone mais exige des concessions commerciales.
RÉGIS ARNAUD £@regisarnaud
TOKYO
COMMERCE Shinzo Abe a essuyé
une défaite mais il a évité la guerre. Au terme de leur rencontre à
New York en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, le
premier ministre du Japon a accédé à la demande insistante de
Donald Trump d’ouvrir des négociations en vue d’un accord de
libre-échange bilatéral.
Une perspective inquiétante
pour certains secteurs (en particulier agricoles) de l’économie nippone surprotégés par les partis de
la majorité, qui pourraient le faire
payer dans les urnes à Shinzo Abe.
Mais grâce à cette concession, le
Japon ne subira pas les 25 % de
droits de douane sur ses produits
automobiles que brandissait le
bouillant président américain depuis des mois. Ceux-ci auraient
porté un coup commercial, éco-
nomique et symbolique terrible à
l’Archipel. BNP Paribas a calculé
qu’un tel taux, appliqué aux importations en provenance du Japon et des véhicules japonais assemblés dans les pays tiers, se
serait traduit par un effondrement
des ventes d’automobiles nippones en Amérique de 49 à 31 milliards de dollars. Ils auraient produit des dommages collatéraux
inouïs sur les industries liées à
l’automobile, et sur la confiance
du pays. Le Japon a enregistré en
2017 un excédent commercial de
près de 63 milliards de dollars avec
les États-Unis.
Une négociation
« unilatérale »
Shinzo Abe a arraché à Donald
Trump que les concessions du Japon à l’occasion des futures négociations ne dépasseront pas celles
accordées lors de l’accord multilatéral TPP signé par l’ensemble des
nations d’Asie-Pacifique, mais
dénoncé par Donald Trump à son
arrivée au pouvoir. « Le Japon
sauve la face », assure l’analyste
Masaki Kuwahara, de la banque
Nomura. Mais d’une certaine manière, le mal est déjà fait. Ces négociations sont plutôt « unilatérales » tant Tokyo n’exige rien, de
son côté, des États-Unis. Devançant l’appel, Shinzo Abe maintient
une pression discrète sur les leviers dont il dispose sur l’écono-
mie japonaise pour qu’elle absorbe
davantage d’importations américaines. Ainsi le gouvernement at-il déjà indiqué qu’il augmentera
ses importations de gaz naturel
américain. Les programmes de
défense nippons, toujours excellents clients de l’industrie militaire américaine, sont également mis
à contribution. Enfin l’industrie
automobile nippone, officiellement préservée pour le moment, a
Un camouflet pour le Canadien Justin Trudeau
Dans le grand ballet
diplomatique de l’Assemblée
générale des Nations unies,
Donald Trump a refusé
mercredi une demande
de rendez-vous du premier
ministre canadien, Justin
Trudeau. Raison invoquée :
« Ses droits de douane sont
trop hauts, et il ne veut pas
bouger. » Washington et
Ottawa sont engagés dans
une négociation tendue pour
modifier l’Alena, le traité de
libre-échange nord-américain.
Les États-Unis ont conclu un
accord séparé avec l’autre
partenaire de l’Alena, le
Mexique. Si le Canada ne
s’aligne pas sur les concessions
mexicaines, Trump ne signera
pas d’accord et imposera
des surtaxes aux voitures
importées du Canada.
F. N.-L.
déjà embrayé sur les desiderata de
Washington : ainsi Toyota serait-il
déjà en train d’alléger sa production au Mexique pour investir directement aux États-Unis, assurant à ces derniers des créations
d’emplois en échange d’un maintien des droits de douane américains, actuellement raisonnables
(2,5 %).
Quelle que soit l’addition finale,
elle sera salée pour Tokyo, assure
Donald Trump. Interrogé récemment sur son amitié avec Shinzo
Abe par le Wall Street Journal, il
avait répondu benoîtement :
« Bien sûr, cela va s’arrêter dès que
je leur aurai annoncé combien ils
vont devoir payer. » L’Américain
peut toujours revenir sur sa parole, ou réitérer sa demande d’une
réévaluation du yen, aujourd’hui
maintenu à un niveau ultrabas.
« Trump ? Franchement on préfère
Poutine », confie, excédé, un haut
fonctionnaire du ministère des
Affaires étrangères japonais. ■
L’Argentine obtient une rallonge du FMI de 7 milliards
- 2,4 %
Recul
du PIB argentin
prévu en 2018
par le gouvernement
ANNE CHEYVIALLE £@AnneCheyvialle
AMÉRIQUE LATINE Le président
argentin, Mauricio Macri, qui déclarait récemment avoir vécu les
cinq mois les pires de sa vie à propos de la crise que traverse son
pays, a dû pousser un ouf de soulagement mercredi soir. L’Argentine
et le FMI sont parvenus à un accord
sur deux points clés : une rallonge
du prêt conclu en juin d’un montant initial de 50 milliards de dollars, porté à 57 milliards de dollars,
et une accélération des décaissements. Avec une enveloppe globale
sur 2018 et 2019 de 35 milliards,
Buenos Aires va couvrir ses besoins
de financement en devises. Face à
la crise de défiance et à la spirale de
dépréciation du peso, qui a perdu
53 % de sa valeur depuis le début de
l’année, le pays a de plus en plus de
mal à se financer sur les marchés.
« L’aide du FMI met l’Argentine à
l’abri des défaillances jusqu’à fin
2019 », souligne Adriana Meyer,
expert risque pays de Bpifrance.
L’objectif, a insisté Christine Lagarde, directrice générale du FMI,
est de « restaurer la confiance ».
Le gouvernement s’est engagé à
mettre en place un programme
drastique d’économies qui doit
permettre d’atteindre l’équilibre
budgétaire primaire - hors charge
de la dette - l’an prochain alors que
le déficit a atteint l’an dernier
3,9 %. Le plan prévoit une forte
baisse de l’investissement public et
de nouvelles réductions des subventions sur les prix de l’énergie et
des transports. De quoi attiser la
colère des Argentins alors que le
pays s’enfonce dans la récession
- le gouvernement anticipe une
contraction du PIB de 2,4 % cette
année - et que l’inflation devrait
atteindre 40 % d’ici la fin de l’année. Mouvements sociaux et mani-
festations se multiplient dans le
pays, qui a été paralysé mardi par
une grève générale.
« Rassurer les marchés »
Pour obtenir l’aval du FMI, l’Argentine a aussi dû revoir sa politique monétaire. Les négociations
avec l’institut de Washington se
sont débloquées après l’éviction du
gouverneur de la banque centrale
(BCRA), Luis Caputo, qui s’y opposait. Le FMI exige que le peso soit le
plus flexible possible, c’est-à-dire
que la BCRA n’intervienne plus
massivement sur le marché des
changes pour soutenir la devise.
Sauf si le peso sort d’une marge
comprise entre 34 et 44 pesos pour
un dollar. Le taux de change actuel
est de 40 pesos. « En deux mois, ils
ont dépensé les 15 milliards prêtés
par le FMI et cela n’a pas marché »,
note Juan-Carlos Diaz, de la Société
générale. La banque centrale devra
aussi contenir la masse monétaire.
« L’objectif est de rassurer les marchés, de donner plus de visibilité et de
crédibilité de la politique économique, ce que l’Argentine n’a jamais
réussi à faire », complète Juan-Carlos Diaz. Petit signal positif, la prime de risque de la dette souveraine
se détendait légèrement jeudi. ■
A
Avec ce nouvel accord, Buenos Aires assure le financement de sa dette sur 2018 et 2019.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO
26 ÉCONOMIE
Fraude fiscale : les écueils de la nouvelle loi
Les fiscalistes alertent contre l’assouplissement du « verrou de Bercy » et la publication du nom des fraudeurs.
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
FISCALITÉ Les lois contre la fraude
fiscale se sont multipliées cette dernière décennie, renforçant à chaque fois l’arsenal de sanctions
contre les contribuables indélicats.
Mercredi, les députés ont adopté à
l’immense majorité le projet de loi
porté par le ministre de l’Action et
des Comptes publics Gérald Darmanin, seuls les groupes communistes et France insoumise votant
contre. Le texte entérine des changements structurels dans les
moyens accordés à l’administration
et au juge contre les fraudeurs. Mais
ces évolutions ne sont pas sans
danger pour les contribuables mis
en cause.
La réforme la plus médiatique
portée par le texte desserre le « verrou de Bercy ». Ce dispositif assure
au ministère des Finances le monopole des poursuites pénales en ma-
Retards de paiement : publication
du nom des entreprises fautives
Lors de l’examen du projet
de loi Pacte, les députés ont
voté un amendement porté par
Olivia Grégoire, élue LaREM
de Paris, qui pousse plus loin
l’utilisation dans l’Hexagone
de la pratique du « name
and shame » en matière de
non-respect des délais légaux
de paiement, responsable
d’un quart des défaillances
d’entreprises en France.
Les sociétés sanctionnées
auront à l’avenir l’obligation
de publier, à leurs frais et dans
la presse locale, l’information
de leur condamnation.
« Nous devons montrer
que nous sommes intraitables
sur ces dérives. Il faut
frapper les mauvais payeurs
là où cela leur fait mal :
à leur réputation », a justifié
Olivia Grégoire. Les entreprises
qui ne respectent pas les délais
de paiement encourent
une amende qui peut aller
jusqu’à 2 millions d’euros. M. L.
tière de fraude fiscale. Rien ne
change sur ce point, seul le fisc
pourra continuer à saisir la justice
en matière fiscale. Mais le Parlement a décidé de fixer les critères
que doit suivre l’administration
pour traîner un contribuable devant le juge. La transmission sera
obligatoire si le redressement dépasse 100 000 euros, en plus de faire
l’objet de pénalités de 80 % du
montant éludé d’impôt. Ou seulement 40 %, en cas de récidive sur
une période de six ans.
Des critères trop larges
« Les critères déclenchant la transmission obligatoire au parquet englobent beaucoup trop de situations différentes, dont la gravité est très
inégale », regrette Daniel Gutmann,
professeur de droit fiscal à Paris-I et
responsable de la doctrine fiscale
chez CMS Francis Lefebvre Avocats.
Les grandes entreprises frémissent à
l’idée de se retrouver devant le juge
pénal à la suite d’une deuxième pénalité de 40 % infligée en cas de
manquement délibéré ou d’abus de
droit, notions invoquées fréquemment parce que très floues. De plus,
dans le cas d’un groupe détenant
une centaine de filiales, si deux
d’entre elles, sur une période de six
ans, sont condamnées, se retrouvera-t-il au pénal ?
« Les critères que nous avons fixés
sont cumulatifs et visent par conséquent les cas les plus graves », a défendu la rapporteure du texte Émilie
Cariou (LaREM) lors des débats à
l’Assemblée. Toutefois, à écouter les
experts, le nombre de dossiers
transmis au pénal devrait dépasser
largement l’objectif affiché par le législateur de 4 000 par an (contre
2 000 auparavant). Au passage, un
point a inquiété certains parlementaires : la transmission automatique
Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, lors de la lecture du projet de loi contre la fraude
fiscale, à l’Assemblée, le 17 septembre. CHRISTOPHE MORIN/IP3 PRESS/MAXPPP
de tous les dossiers au parquet
quand ils concernent des élus ou des
hauts fonctionnaires, sans aucun
critère. « Cette inégalité de traitement entre les contribuables d’une
part, et les fonctionnaires et les élus,
d’autre part, peut poser un problème
de constitutionnalité », a soulevé le
député LR Éric Diard lors des débats.
Autre modification majeure introduite par le projet de loi, l’administration fiscale pourra désormais
publier les noms des contribuables
mis en cause. Le fisc pourra appliquer ce principe de « name and shame » à partir d’un redressement de
50 000 euros ou d’une pénalité de
40 %. Cette punition très dissuasive
sera applicable aussi bien aux personnes morales (associations, en-
treprises…) qu’aux particuliers.
« C’est une arme de dissuasion redoutable entre les mains du fisc, qui
pourrait lui servir à faire plier le
contribuable lors de la négociation de
ses pénalités », anticipe Antoine Colonna d’Istria, associé de Norton
Rose Fulbright. Seul un recours effectué dans les 60 jours de la notification de la sanction pourra empêcher la publication de son nom sur le
site des impôts.
« L’administration s’approprie un
droit de fustiger le contribuable hors
et avant toute décision de justice,
alors que le “name and shame” ne devrait être qu’à la main du juge - ce
qu’il est d’ailleurs au pénal », prévient Nicolas Jacquot, avocat associé
au cabinet Arsene. Cette nouvelle
sanction heurte en effet le principe
de respect de la vie privée. Conscient
du problème, Gérald Darmanin a
promis que le décret chargé de décliner cet article de la loi « permettra
de garantir les libertés liées à la
protection de la vie privée ». Si ce
n’était pas le cas, les recours administratifs ou en question prioritaire
de constitutionnalité (QPC) pourraient être très nombreux dans les
années à venir.
Reste un élément positif pour les
entreprises dans le projet de loi, l’introduction du « plaider-coupable »
en matière de fraude fiscale. Elles
pourront payer une amende pour
éviter les poursuites grâce à l’extension de la « convention judiciaire
d’intérêt public » (CJIP). ■
Impôts de production : l’industrie réclame une baisse nette
Philippe Varin, le président de France Industrie, propose une réduction de 22 milliards d’euros en cinq ans.
70
milliards
d’euros
Écart entre les impôts
de production français
et allemands, selon
France Industrie
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
POLITIQUE ÉCONOMIQUE Coup
de blues post-budget chez les industriels. « Les dispositions les plus
importantes du projet de loi de finances, comme la transformation
du CICE (crédit d’impôt pour la
compétitivité des entreprises) en
baisse de charges ou la réduction du
taux d’impôt sur les sociétés, étaient
connues », note Philippe Varin, le
président de France Industrie,
structure qui représente depuis
janvier l’ensemble des entreprises
industrielles françaises. Manque
toutefois la mesure structurelle
que toute l’industrie attendait pour
améliorer sa compétitivité-coût :
une baisse des impôts de production. « A minima, nous aurions
voulu avoir une trajectoire pluriannuelle sur le sujet apportant de la
visibilité aux chefs d’entreprise »,
se désole l’ancien patron de PSA.
Bruno Le Maire, le ministre de
l’Économie, a bien en tête cette
demande. Sur le principe, il y
souscrit mais reste à la mettre en
musique. Et pour l’heure, le mot
d’ordre politique ne bouge pas : le
gouvernement s’attaquera aux
impôts de production… quand les
finances publiques le permettront.
Crainte sur les brevets
En attendant, France Industrie
peaufine sa copie, en partant du
constat que les impôts de production français sont de 70 milliards
d’euros supérieurs aux allemands.
« Nous proposons une trajectoire de
baisse de prélèvements obligatoires
de 22 milliards d’euros sur le quin-
quennat, sinon l’industrie française
continuera à perdre du terrain par
rapport à ces concurrents européens, comme cela a été encore le
cas en 2017 », avance Philippe
Varin.
Dans le détail, France Industrie
réclame un allègement de la
contribution économique territoriale (CET), une modulation de la
taxe foncière sur les propriétés
bâties (TFPB), avec notamment un
abattement de 50 % pour les locaux industriels et la suppression
du reliquat de la contribution so-
ciale de solidarité des sociétés
(C3S).
Le lobby s’inquiète encore de la
réforme de la fiscalité des brevets,
qui pourrait « pénaliser des secteurs industriels très innovants
(automobile, santé, électronique…) », selon Philippe Varin. En
positif, l’industriel salue le retour
du suramortissement qui devrait
aider les PME à franchir le cap de la
robotisation. « Sur les 30 000 PME
industrielles du pays, seules 20 %
sont numérisées », constate-t-il en
effet. ■
Fleury Michon et Herta bataillent sur le « mieux manger »
Les rois de la charcuterie accélèrent sur le « réduit en sel » et le « sans nitrites », pour relancer un rayon en berne.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
CHARCUTERIE La bataille fait rage
au rayon charcuterie. Quelques jours
après le départ de Fleury Michon,
co-leader du secteur avec Herta
(Nestlé), de sa fédération (FICT) sur
fond de désaccord sur les questions
de « mieux manger », les deux groupes ont pris jeudi de nouveaux engagements nutritionnels sur leurs pro-
duits. Fleury Michon (13 % du
marché de la charcuterie en valeur
grandes surfaces) a annoncé vouloir
faire passer 100 % de ses charcuteries en « sel réduit » (- 25 % de sel)
d’ici à 2020, contre 35 % aujourd’hui. Ces efforts concernent ses
classiques jambons blancs, mais
aussi les rôtis, jambons de dinde ou
de poulet et autres lardons, soit
181 références. Il arrêtera aussi
15 références de jambon tradition-
nelles pour « retrouver de la lisibilité
dans un rayon hypersegmenté ». Cela
représente une perte sèche de 10 %
des ventes de son pôle charcuterie
(75 % du chiffre d’affaires total),
que le groupe compte bien au minimum compenser grâce à ces nouvelles gammes moins salées, mais
mieux valorisées. Avec les références issues de filières, celles-ci ont
ainsi bondi de 12,5 % en valeur depuis le début de l’année, sur un
COTATIONS HEBDOMADAIRES
Nom du Fonds
Date de valorisation :
26/09/2018
AFER ACTIONS EURO
AFER-SFER
AFER PATRIMOINE
A. DIVERSIFIE DURABLE
AFER ACTIONS MONDE
A
Aviva Investors France
24-26, rue de la Pépinière 75008 Paris
Tél. : 01 76 62 90 00 / 01 76 62 91 01
Vocation
Valeur a la
Valeur
Valeur
création précédente liquidative
ACTIONS ZONE EURO
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIE
ACTIONSINTERNATIONALES
76,00
15,00
500,00
500,00
500,00
139,57
63,52
607,37
752,24
962,65
139,95
63,73
607,66
752,94
963,51
PROCHAINE PARUTION : 05/10/2018
(1) Dédoublé 2 fois. (2) divisée par 2. (3) divisée par 8. (4) divisée par 30. (5) divisée par 100. (6) divisée par 10. (7) divisée par 5. (8) divisée par 6.
*Ou dernier cours connu.
marché attendu en recul de 1 % en
2018 pour la quatrième année
consécutive. L’effort est de taille : le
groupe y consacrera 6 à 7 de ses
40 millions d’euros d’investissements prévus en 2019 en France. Il
prend surtout une résonance particulière au lendemain de la publication d’un rapport préconisant la réduction de la teneur en sel et en
additifs des aliments transformés.
« Vers une démarche
collective »
De son côté, Herta (Nestlé), qui a
aussi 25 % de ses gammes réduites en
sel, mise davantage sur le « sans nitrites ». Dix-huit mois après avoir
été pionnier avec son jambon
conventionnel le Bon Paris, il récidivera la semaine prochaine avec deux
références sans nitrites sur ses jambons bio. « C’est cette révolution du
“sans nitrites” qui fait bouger le marché, plus que le “réduit en sel” sur lequel les engagements sont plus anciens et stabilisés, juge Arnaud
de Belloy, PDG d’Herta. Le “sans nitrites” modifie les règles. Il faut, dans
une démarche collective, emporter
tout le monde sur ce segment qui nécessite des investissements lourds en
R & D. » Avec ses jambons de dinde
et ses lardons sans nitrites, la filiale
française de Nestlé réalise 36 millions d’euros sur ce segment.
Cette bataille intervient alors que
la filière est tiraillée sur les questions
du « mieux manger ». Du côté de la
fédération, on salue ces efforts, en
alertant sur les surenchères.
«N’oublions pas que beaucoup de
charcuteries sont des salaisons. Cela
suppose du sel, à la fois pour la
conservation et le goût. Si nous avons
déjà baissé de 20% la teneur en sel de
nos produits, ne les rendons pas médiocres, ou on risque de perdre
l’avantage qui a fait de nous le premier pays au monde en termes de
charcuterie. Et, dans un contexte
compliqué, il est préférable de rester
unis», avertit Bernard Vallat, président de la FICT. ■
La
« révolution
du “sans
nitrites” fait
bouger le
marché, plus
que le “réduit
en sel” sur
lequel les
engagements
sont plus
anciens et
stabilisés
»
ARNAUD DE BELLOY,
PDG D’HERTA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ENTREPRISES
vendredi 28 septembre 2018
27
Linky mobilise
les fournisseurs
d’électricité
EDF et trois autres acteurs poussent des offres
rendues possibles par le compteur intelligent.
LINKY EN CHIFFRES
EN 2018
13,5
millions de compteurs
ont déjà été installés sur
l’objectif de 35 millions
d’ici à 2021
5
milliards d’euros : coût
du chantier, financé par
Enedis. Il sera répercuté
sur la facture des
ménages à partir de 2021
FRÉDÉRIC DE MONICAULT
fdemonicault@lefigaro.fr
ÉNERGIE Les temps sont toujours
rudes pour Linky. Le compteur
électrique intelligent reste très
critiqué, honni même. La campagne de pose est jugée agressive par
ses opposants, des municipalités
prennent des arrêtés - retoqués
par la justice administrative pour autoriser leurs administrés à
refuser le nouvel appareil. Les raisons de cette opposition ? Une
double crainte : que les ondes
émises par l’appareil soient nocives et qu’il « espionne » les ménages. Surtout, jusqu’à présent,
les avantages de Linky pour le
consommateur étaient encore
flous. C’est ce qui pousse Enedis,
filiale d’EDF chargée de la pose du
compteur, à faire assaut de pédagogie pour montrer au consommateur que le nouveau compteur
lui permettra d’optimiser sa facture énergétique, qu’il n’est pas
qu’un outil de gestion et de maintenance à distance pour les fournisseurs d’électricité. Une pédagogie qui se fait en marchant au
rythme de la pose de quelque
30 000 unités par jour.
Ce vendredi, Enedis et l’Agence
de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) espèrent
franchir une étape significative.
Un risque pour les ménages précaires
L’UFC-Que Choisir s’attache
à traquer les surcoûts
du compteur Linky pour les
ménages et à réclamer
une information claire, en
particulier pour les personnes
en situation de précarité
énergétique. Les coupures
pouvant s’effectuer à distance,
l’UFC redoute que les foyers
concernés ne soient pas assez
informés et protégés
contre des « interruptions
d’électricité hâtives
et sans discernement ». F. M.
Enedis, filiale d’EDF chargée de la pose du compteur, fait assaut de pédagogie pour montrer au consommateur
que Linky lui permettra d’optimiser sa facture énergétique. PHILIPPE TURPIN / PHOTONONSTOP
Quatre fournisseurs d’électricité EDF, Direct Énergie, Enercoop et
Ohm Énergie - présentent des offres commerciales rendues possibles grâce à Linky.
Effort commercial
Vert Électrique Week-end, proposée par EDF, est la plus ancienne.
Depuis un an, les consommateurs
inscrits bénéficient jusqu’à 30 %
de réduction par rapport au prix du
KWh en semaine. « Ces prix avantageux leur permettent de faire des
économies en déplaçant une partie
de leur consommation en fin de semaine, souligne-t-on chez EDF.
Linky permet aussi de s’adapter à de
nouveaux usages de l’électricité
comme la mobilité électrique avec
notre offre Vert Électrique Auto. »
Actuellement, plus de 100 000
personnes ont souscrit à la gamme Vert Électrique. Parallèlement, le site Internet e.equilibre
d’EDF a déjà enregistré 28 millions de visites depuis son lance-
ment en 2015. Il s’agit d’indiquer
un profil du logement du client
et, grâce aux données recueillies
par Linky, de « mieux comprendre sa consommation et de faire
des économies ».
Lancée au printemps, l’offre
Heures super-creuses de Direct
Énergie soumet des réductions
jusqu’à 50 % (par rapport aux tarifs réglementés d’EDF) entre
2 heures et 6 heures. « Cela peut
intéresser beaucoup de monde, notamment les foyers possédant un
ballon d’eau chaude et ceux qui rechargent leur véhicule électrique,
expose Matthieu Tanguy, le directeur marketing et digital de Direct
Énergie. Avant Linky, nous disposions d’une distinction assez sommaire entre heures pleines et heures
creuses. Aujourd’hui, nous sommes
en mesure d’élaborer un véritable
calendrier tarifaire, moyennant des
offres plus segmentées. »
Chez Ohm Énergie, un nouvel
arrivant sur le marché, l’offre Soir
et week-end et une autre directement liée à la consommation des
résidences secondaires étayent
l’effort commercial. « Mais Linky
va bien au-delà des gains tarifaires, commente François Joubert,
directeur général d’Ohm Énergie.
Grâce aux algorithmes qui permettent de savoir qui consomme quoi et
quand, la dimension conseil prend
une place prépondérante. » Par
exemple, la société proposera à
ses clients de comparer leur
consommation à celle de profils
similaires ou les alerter en cas
d’écarts.
Le potentiel de Linky évoqué
par tous ces acteurs est en tout cas
loin d’être figé.
Enercoop répond ainsi que
moins de 15 % de ses clients sont
aujourd’hui équipés du compteur
intelligent et qu’il réfléchit encore
« sur les services ou fonctionnalités
supplémentaires que nous pourrons proposer, en lien avec cet
équipement ». ■
Le PMU se prépare à faire sa révolution pour enrayer sa chute
Le nouveau directeur général, Cyril Linette, veut diminuer le nombre de courses pour séduire plus de turfistes.
Cyril Linette, directeur
général du PMU.
EDDY BRIERE
JEUX Cinq mois auront suffi au nouveau directeur général du PMU, Cyril Linette, pour se faire une idée sur
l’entreprise. Le 11 octobre, il présentera son plan stratégique au conseil
d’administration de l’opérateur de
paris hippiques. Au fil des confidences qu’il a égrenées depuis sa prise
de fonction, son ambition se dessine.
Le constat d’abord : le PMU est à
bout de souffle et son activité n’en finit plus de reculer. « J’avais l’image
d’une belle endormie, qui est confirmée par ses performances, expliquet-il. Depuis cinq-six ans, les enjeux
ont reculé de 1,6 milliard d’euros, à
raison d’une baisse annuelle de 3 %.
Actuellement, même notre activité de
paris hippiques en ligne recule. »
Cette contraction affecte lourdement les profits : cette année, le
groupe s’attend à réaliser un résultat
net de 780 millions, bien loin des
876 millions d’euros dégagés lors de
l’exercice 2011. Beaucoup d’entre-
prises se satisferaient de telles performances. Mais la vocation du PMU
est de financer ses deux actionnaires
France Galop et Le Trot, qui organisent les courses en France. « Avec
notre niveau de résultat cette année,
l’institution des courses va perdre à
peu près cinquante millions d’euros »,
souligne-t-il.
Dans ces conditions, il n’est pas
question pour Cyril Linette de s’inscrire dans les pas de ses prédécesseurs. Le nouveau patron veut réinventer de A à Z le modèle
économique de l’opérateur de paris
hippiques. Alors que les derniers dirigeants du PMU avaient multiplié le
nombre de courses et les formules
de paris, lui propose le contraire :
« Pour redonner le plaisir de jouer
aux turfistes, il faut diminuer d’à peu
près 20 % le nombre de courses et toiletter la gamme de paris », affirmet-il. De même, le lancement de la
nouvelle formule du Quinté, le pari
le plus générateur de marges, prévue en novembre, a été décalée à
janvier. Le temps de concevoir un
produit plus « expert », où la part
laissée au hasard sera diminuée.
En attendant, à court terme, cette
réduction de l’offre risque de peser
sur les résultats. « Il y aura peut-être
une ou deux années difficiles », reconnaît Cyril Linette. Pour que les
profits ne s’effondrent pas cette année, un plan d’économies d’urgence
de 30 millions d’euros a été lancé en
juin. Mais d’autres économies plus
structurelles sont envisageables.
Regroupement en vue
Selon nos informations, le PMU,
France Galop et Le Trot sont tombés
d’accord la semaine dernière pour
fondre dans un seul ensemble plusieurs de leurs services (marketing,
commercial, finances, ressources
humaines…). « En fait, il s’agit d’un
PMU élargi avec France Galop et Le
Trot, qui lui apportent des compétences pour parler d’une seule voix aux
clients », explique un expert du secteur. Cette entité restera-t-elle un
GIE (groupement d’intérêt économique), qui est le statut actuel du PMU
ou deviendra-t-elle une société ? Ce
choix n’est pas arrêté. En tout cas,
France Galop et Le Trot ont rendezvous ces prochains jours avec Gérald
Darmanin, ministre des Comptes
publics, pour lui présenter cette
« maquette ». En montrant qu’elle
est prête à se réformer, la filière espère un geste de l’État. Par exemple
une baisse temporaire de la fiscalité
sur les paris hippiques.
A minima, ce regroupement débouchera sur des économies de frais
de personnel. Dans cette nouvelle
structure, il y aura forcément des
doublons et donc des suppressions
de postes, dont le nombre n’est pas
chiffré pour l’instant. Pour renforcer
la force de frappe de la filière hippique, Cyril Linette souhaiterait aussi
que l’institution des courses communique sur les hippodromes avec
une seule marque, qu’il s’agisse de
courses de galop ou de trot. Cette signature, qui pourrait être le PMU,
parlerait aussi bien du sport hippique
que des paris. Dernier tabou qui
tombe : le nouveau patron du GIE ne
croit pas que ses activités de paris
sportifs et de poker amènent beaucoup de clients sur le pari hippique
au PMU. La question de vendre ou
d’arrêter ces diversifications se pose
donc. « Faut-il opérer cette activité
sous une autre marque ? Tout seul ?
En partenariat ? Nous nous posons
pas mal de questions à ce sujet, mais
aucune décision n’est prise », souligne Cyrille Linette.
Ce projet de réforme ne sera pas
simple à mettre en œuvre. La réduction du nombre des courses concentre les critiques des concurrents du
PMU qui vendent des paris hippiques sur le Web. « Le PMU n’est plus
dans une situation de monopole, affirme Emmanuel de Rohan-Chabot,
président du site de paris Zeturf. Ce
n’est pas à lui de décider du programme des courses qui sera publié cet
automne pour l’année 2019. Si leur
nombre est fortement revu à la baisse,
j’attaquerai cette décision devant le
tribunal administratif et je saisirai
aussi l’Autorité de la concurrence à ce
sujet. » ■
Avec le soutien du :
T O U T S AV O I R S U R P A R C O U R S U P
SAMEDI 06 OCT. | 10H-18H
RÉSERVATIONS ET INVITATIONS GRATUITES SUR ETUDIANT.LEFIGARO.FR
A
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO
28 ENTREPRISES
Pour Ryanair,
la grève
est un complot
des concurrents
Près de 250 vols sont annulés
vendredi, touchant 50 000 passagers.
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
AÉRIEN Ryanair est une nouvelle
fois confrontée à une grève d’ampleur en Europe. Ce vendredi,
250 vols sont annulés à la suite
d’un débrayage des hôtesses et
stewards dans cinq pays (Belgique, Italie, Pays-Bas, Espagne et
Portugal). Les pilotes allemands
ont même décidé de leur prêter
main-forte
Paradoxalement, les dirigeants
de la compagnie à bas coût ont
choisi la veille de cette mobilisation sociale pour confirmer
l’ouverture en France de deux bases, à Marseille et à Bordeaux, et le
recrutement de 120 personnes.
« Notre
croissance
générera
1,1 million de clients par an à l’aéroport de Bordeaux et 2,4 millions
de clients à Marseille », se félicite
le directeur commercial de
Ryanair, David O’Brien.
Une nouvelle riposte
Si la compagnie irlandaise dessert
plusieurs aéroports français, dont
Beauvais, au nord de Paris, elle n’a
plus de base en France. Aucun
avion n’y passe la nuit et les hôtesses et stewards français ne
prennent pas leur service dans
l’Hexagone. Pourquoi ? Ryanair
avait décidé de fermer sa base de
Marseille en 2011 après une plainte
pour travail dissimulé. Mais depuis, la Cour de cassation a annulé
cette condamnation, ce qui donnera lieu à un nouveau procès.
Michael O’Leary, le PDG de
Ryanair, conforté à la tête de la
compagnie lors de l’assemblée générale avec 98,5 % des voix, est
conscient que l’entreprise traverse la pire crise de son histoire. Il y
a un an, le dirigeant a accepté de
revoir son modèle social en reconnaissant l’activité syndicale
alors qu’il avait pendant des années déclaré qu’il préférerait se
faire couper un bras plutôt que de
laisser entrer les syndicats. Au fil
des mois, des négociations laborieuses se sont déroulées. Des accords ont même été signés dans
plusieurs pays. Mais même lorsque le dirigeant tente de chasser le
naturel, celui-ci revient au galop !
Il y a quelques jours, Michael
O’Leary a déclaré que Ryanair
n’était « pas prêt à s’écraser comme easyJet à chaque grève ». Mercredi dernier, le dirigeant irlandais a mis au point une nouvelle
riposte avec un argumentaire sur
l’origine des problèmes sociaux :
c’est un complot de ses concur-
Des employés
de la compagnie Ryanair
manifestent pour
de meilleures
condititions de travail,
le 10 août, à Francfort.
SILAS STEIN/AFP
ria… Mais la Commission
européenne a déjà prévenu la
compagnie à bas coût : la commissaire européenne aux Affaires
sociales, Marianne Thyssen,
rappelle à Michael O’Leary les
fondamentaux du droit européen : « Ce n’est pas le pavillon de
l’avion qui détermine la loi applicable. C’est l’endroit d’où les travailleurs partent le matin et reviennent le soir, sans que
l’employeur ait à couvrir les
frais. » Michael O’Leary déclare
qu’il respectera cette règle courant 2019. Sera-t-il encore là
pour tenir cette promesse ? ■
Liquider la
« participation
de l’État ne
fait pas partie
de la feuille
de route
du nouveau
directeur
général
»
BRUNO LE MAIRE,
MINISTRE
DE L’ÉCONOMIE
À peine arrivé à la tête d’Air France-KLM, Benjamin Smith vient de
plonger dans la marmite médiatique bouillonnante. Tout a commencé par la publication d’un article sur le site Internet du
Financial Times jeudi. Le nouveau
directeur général d’Air FranceKLM s’exprime sur la présence de
l’État au capital du groupe. « Le
gouvernement français ne devrait
et ne renflouera pas Air FranceKLM ni même essayer de le protéger
contre la compétition », estime-t-il
dans cet article. Le Financial Times
va plus loin en avançant que Benjamin Smith a affirmé que « le
gouvernement du président Emmanuel Macron était prêt à vendre sa
part de 14 % ».
Bruno Le Maire, le ministre de
l’Économie, invité sur France Info
jeudi matin, a réagi en indiquant
que cette option « ne faisait pas
partie de la feuille de route du nouveau directeur général ». Dans la
journée, une « source proche du
dossier » a aussi affirmé que Benjamin Smith « n’avait jamais affir-
â MOUNIR MOUFARRIGE
ST Dupont
Le vice-président du conseil de surveillance de
la maison de luxe reprend le fauteuil de chairman occupé par la Britannique Sharon Flood,
qui s’en va. Mounir Moufarrige est un fin
connaisseur du secteur. Il a exercé plusieurs
fonctions de direction chez Richemont et il a
notamment présidé les maisons de couture
Chloé et Karl Lagerfeld. Fondateur de Luxury
France Group, il a également été président de
la société Emanuel Ungaro. Le conseil a par
ailleurs coopté comme nouveau membre
Pearson Poon, actuellement directeur exécutif
de Harvey Nichols et DG de la société mère
Dickson Concepts.
â SYBILLE DE GASTINES
Institut de France
Cette ESCP Europe se voit confier par
le nouveau chancelier Xavier Darcos
la direction de la communication de
l’Institut du quai Conti. Sybille de Gastines a
fait ses preuves au sein de l’équipe de Luc
Chatel, au marketing et à la communication de
Coca-Cola à Madrid, puis chez Hermès à Paris.
Passée ensuite par le cabinet Tilder, elle dirigeait depuis trois ans à l’ESCP Europe un institut dédié à l’innovation et à l’entrepreneuriat,
en rapprochant aussi le monde du business et
de l’art.
mé que l’État était prêt à vendre sa
participation. Il s’agit d’une incompréhension. Répondant à une
question du journaliste du Financial
Times, il a indiqué que ceci interviendrait en temps voulu reprenant
ainsi les déclarations de Bruno
Le Maire sur le sujet. »
Évolution
de la gouvernance
Le ministre a martelé que la priorité est d’abord de redresser le
groupe. « L’État serait un bien
mauvais gestionnaire s’il commençait à vendre sa participation dans
une entreprise qui n’est pas au
mieux de sa forme », a ajouté Bruno
Le Maire. Ce « couac » a dû mettre
un peu d’ambiance lors du conseil
d’administration d’Air France
jeudi. À l’ordre du jour, l’évolution de la gouvernance notamment à la tête d’Air France. Benjamin Smith, en plus de sa fonction
de directeur général du groupe,
occupera également celle de directeur général d’Air France jusqu’en décembre, succédant ainsi
de manière provisoire à Franck
Terner qui est sur le départ. De son
côté, le dirigeant de KLM, Pieter
Elbers, pourrait élargir son portefeuille en prenant sous sa coupe la
gestion des alliances du groupe.
Enfin,
Anne-Marie
Couderc
conserverait la présidence non
exécutive d’Air France KLM en
2019. Ces informations n’ont pas
été démenties par la direction du
groupe.
Lundi, Benjamin Smith s’attellera à une autre crise : le conflit qui
oppose l’intersyndicale d’Air
France et la direction sur les salaires. La compagnie tricolore a fait
face à une grève entre février et
juin dont le coût a été évalué à
335 millions d’euros. Depuis, les
neuf syndicats sont l’arme au
pied. « J’attends qu’il vienne avec
des propositions écrites et concrètes en termes d’évolution salariale », a dit Jérôme Beaurain, représentant du syndicat SUD-aérien.
L’intersyndicale continue à réclamer 5,1 % de hausse de salaire
pour tous. ■
V. C.
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Fabrice Brégier : d’Airbus à Palantir,
leader de la sécurité numérique
Sept mois après avoir
quitté Airbus, Fabrice Brégier (57 ans ; X-Mines)
crée la surprise en prenant
les commandes de la filiale
française de l’américain Palantir, leader du
big data et des solutions de sécurité, qui travaille pour les services secrets de nombreux
Etats dans le monde. L’ancien directeur
général délégué d’Airbus et président d’Airbus aviation commerciale prendra ses fonctions de président de Palantir France, située à
Paris, le 1er octobre. Il aura notamment pour
mission de développer l’activité de la filiale,
implantée en France en 2016 dans la foulée de
contrats signés avec la Direction générale de
la sécurité intérieure (DGSI), dans le cadre de
la lutte contre le terrorisme.
Sollicité pour s’asseoir dans le cockpit d’Air
France KLM, après la démission de son PDG
Jean-Marc Janaillac début mai 2018, mais
aussi pour piloter un grand groupe français
de services, Fabrice Brégier a tranché en
faveur de Palantir, une entreprise qui suscite
polémique et fantasme. Créée par des anciens
de PayPal, elle a été financée par le fonds de
capital-risque de la CIA, destiné à aider les
start-up du renseignement. Palantir, qui a
commencé son activité en travaillant pour
des gouvernements, a un patron atypique.
Son PDG et cofondateur, Alexander Karp
(50 ans ; diplômé de Stanford et de l’université de Francfort) est francophone et collectionne les bandes dessinées françaises. Il est
aussi administrateur du groupe de média
Axel Springer. Sous sa houlette, Palantir s’est
diversifiée dans l’industrie. En juin 2017, la
société a signé un accord stratégique exclusif
avec Airbus, en devenant son partenaire dans
le numérique.
Pour Fabrice Brégier, il s’agit d’un nouveau
défi. Ce passionné de football et de musique
classique apporte à son nouvel employeur
l’un des plus beaux carnets d’adresses de la
place, sa précieuse expérience industrielle
acquise chez Matra Defense, puis à la tête du
missilier MDBA, d’Airbus Helicopters et de
l’avionneur Airbus, qu’il a piloté pendant
onze ans, mais aussi ses qualités de commerçant, comme il l’a démontré en gagnant, en
2012, un contrat historique pour 56 A350 au
Japon, véritable chasse gardée de l’américain
Boeing.
Repéré par Jean-Luc Lagardère, le patron de
Matra, Fabrice Brégier a fait partie des pionniers qui ont bâti Airbus (l’ex-EADS) et participé à son envol jusqu’à en faire l’égal de
Boeing dans l’aviation commerciale. Aujourd’hui, il commence une nouvelle vie professionnelle, dans la « tech » et le digital. V. GD
EN BREF
SCOR : COVÉA
CALME LE JEU
£ « Dans un souci de sérénité et
d’apaisement », Thierry Derez,
PDG de l’assureur mutualiste
Covéa, se met temporairement
en retrait du conseil
d’administration du réassureur
Scor, dont il est le premier
actionnaire. Le 24 août,
il a adressé « une proposition
amicale » de rapprochement
qui a été rejetée.
THYSSENKRUPP
SE COUPE EN DEUX
Air France-KLM : un « couac » pour Ben Smith
LES DÉCIDEURS
A
rents. Michael O’Leary et son
équipe ont déclaré avoir déposé
une plainte devant la Commission
européenne et réclamé « une enquête sur le comportement anticoncurrentiel de certains personnels de cabines concurrents,
syndicats, lobbys qui entravent les
négociations entre la direction et
ses navigants ». Michael O’Leary
en est sûr : ses concurrents cherchent à abîmer la compagnie et la
confiance de ses clients… Les
noms des compagnies d’origine
de ces personnes mal intentionnées sont même cités : Norwegian, TAP, KLM, Lufthansa, Ibe-
Sous la pression d’actionnaires
activistes, la direction de
Thyssenkrupp prévoit
une scission (nos éditions
du 10 août). Une entité
Thyssenkrupp Industrials
regroupera les biens
d’équipement (ascenseurs,
ingénierie…). Thyssenkrupp
Materials conservera
la construction navale
et la sidérurgie.
AIR LIQUIDE RENFORCE
SA R & D
£ Air Liquide a inauguré jeudi
son nouveau Campus
Innovation de Paris-Saclay.
« La France reste un pays clé en
matière d’innovation pour Air
Liquide, souligne Benoît Potier
PDG du groupe, grâce à deux
choses, une politique brevets
et un système de crédit impôt
recherche compétitifs.»
+@
» 60 millions de
consommateurs dénonce
des frais bancaires illégaux
www.lefigaro.fr/economie
www.lefigaro.fr/decideurs
â ALAIN PICARD
SNCF
L’Essec poursuit son ascension au sein
de la compagnie ferroviaire. Après
s’être vu confier en janvier les ressources humaines en plus de la direction de la logistique, il prend la direction générale de l’Epic de tête
SNCF, où il est en charge du pilotage global du
groupe. À lui d’inventer la nouvelle organisation
qui sera mise en place à parti rde janvier 2020. Cet
ancien d’EDF et de Geodis s’était vu confier en
2011 par Guillaume Pepy la direction générale finances, achats et systèmes d’information.
â PATRICK SOULARD
UniCredit
Le patron du bureau parisien du groupe bancaire
renforce ses équipes avec six nominations. La
Sciences Po Laurence Fraissinet-Dubois monte
comme DGA ; l’ESCP Coline Vuillermet prend la
direction des opérations et du juridique, et l’ingénieure Aude Oberrieder, celle de la conformité.
De son côté, Alban Renaudeau d’Arc, ISG, arrive
de Commerzbank comme responsable de la gestion des espèces, et Florent Ciecka, ex-Barclays,
comme responsable de la relation client. Enfin,
Aurélie Rivet pilotera l’équipe support et l’exécution. « Ces nominations s’inscrivent dans le cadre
de la consolidation de la plateforme de banque de
financement et d’investissement d’UniCredit à
Paris », indique le groupe italien.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
TECH
29
L’Europe renforce
sa lutte contre
le terrorisme en ligne
Julian King, commissaire
européen à la Sécurité,
lundi, à Paris.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/ LE FIGARO
Un règlement contraignant pour les plateformes
devrait être examiné au Parlement avant mars.
« deL’approche
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
ET INGRID VERGARA £@vergara_i
collaboration
volontaire
avec les
plateformes
ne donne pas
de résultats
suffisants
JULIAN KING,
COMMISSAIRE
EUROPÉEN
A LA SÉCURITÉ
»
vendredi 28 septembre 2018
INTERNET Le projet est presque
passé inaperçu. Le 12 septembre, le
même jour que le vote de la réforme du droit d’auteur par le Parlement européen, la Commission
proposait une tout autre initiative :
un projet de règlement « pour empêcher la dissémination des contenus
terroristes en ligne ». Ce document,
d’une trentaine de pages, prévoit
de muscler fortement la régulation
européenne en la matière. Sa mesure la plus forte : forcer les plateformes en ligne à supprimer un
contenu de propagande terroriste
dans un délai d’une heure maximum après son signalement par les
autorités.
« La menace terroriste se caractérise désormais par le phénomène
de “loup solitaire”, explique Julian
King, commissaire européen à la
Sécurité, au Figaro. Ces individus se
radicalisent souvent en ligne, au
moins en partie. Dans presque toutes
les attaques, on observe un élément
en ligne. Internet est utilisé pour inciter à l’acte, glorifier des attaques
ou donner des instructions. »
Le règlement proposé par la
Commission européenne prévoit
trois nouvelles obligations. La première concerne le fameux délai
d’une heure : il devra être respecté
par les plateformes si elles reçoivent une « injonction de suppression ». Cette dernière devra être
prononcée par un service répressif
spécialisé, dont devront se doter
tous les États membres. Citoyens
de l’Union et autorités policières
comme Europol pourront lui faire
remonter des signalements. Enfin,
il sera demandé à toutes les plateformes en ligne de prendre des mesures proactives, « efficaces et proportionnées », pour empêcher les
contenus terroristes de réapparaître en ligne. Ces derniers sont définis officiellement comme « tout
matériel incitant ou encourageant à
commettre des infractions terroris-
tes, promouvant les activités d’un
groupe terroriste ou fournissant des
instructions techniques sur la manière de commettre une infraction
terroriste ».
Des sanctions financières
Les manquements à ces obligations
seront sanctionnés financièrement. Le montant doit encore être
négocié entre les États membres.
Néanmoins, en cas de non-coopération systématique d’une plate-
forme concernant les injonctions
de retrait émises par les autorités,
la Commission envisage des sanctions similaires à celles prévues par
le RGPD (le nouveau règlement
européen sur la protection des
données personnelles), soit 4 % du
chiffre d’affaires mondial d’une
entreprise. Toutes les plateformes
en ligne sont concernées, y compris les plus modestes.
Cette initiative marque un nouveau cap. Jusqu’ici, l’Europe était
plutôt en faveur de l’autorégulation
des plateformes, en leur demandant de s’engager sur l’amélioration de leur modération et la transparence de leur contrôle des
contenus problématiques. « Nous
n’abandonnons pas l’approche de la
collaboration volontaire avec les
plateformes. Elle a donné des résultats, mais ils ne sont pas suffisants ,
dit Julian King. Nous estimons que
sur 150 plateformes en ligne qui sont
utilisées pour diffuser des contenus à
caractère terroriste, une quinzaine
seulement coopère vraiment avec
nous. » La France et l’Allemagne
avaient notamment réclamé à la
Commission une législation plus
stricte. Elles demandaient par
ailleurs à ce que ce règlement
concerne aussi les contenus pédopornographiques et les discours
haineux, ce que n’a finalement pas
retenu la Commission. « Nous sommes clairs : il y a des problématiques
séparées concernant les entreprises
du Web, qu’il faut traiter séparément, tranche Julian King. Les
contenus pédopornographiques bénéficient d’un cadre spécifique, et
cela sera aussi bientôt le cas pour les
contenus à caractère terroriste. Pour
les contenus haineux, en revanche,
nous allons continuer à privilégier
une approche de coopération, car il
est plus difficile de s’accorder sur les
définitions des termes et des enjeux. » La Commission espère désormais un passage du nouveau règlement devant le Parlement
européen avant le mois de mars. ■
Stripe, la pépite du paiement, vaut 20 milliards de dollars
La start-up américaine, qui vient de lever 245 millions de dollars, a doublé sa valorisation en deux ans.
3%
ELSA BEMBARON £@elsabembaron
du
commerce
mondial est fait
en ligne. Le potentiel
de croissance
est énorme
PAIEMENT Stripe est l’archétype
du service que de plus en plus de
consommateurs utilisent sans le savoir. Créée en 2011 par deux frères,
John et Patrick Collison, la start-up
propose des solutions clefs en main,
permettant aux entreprises de mettre en place ou de développer un
système de paiement en ligne (lire
nos éditions du 27 septembre). Elle
vient de lever 245 millions de dollars. Le tour de table, conséquent,
n’est pas dans les plus importants du
rémunère en percevant une commission sur les transactions encaissées par ses clients. Elle s’élève au
maximum à 1,4 % de la transaction,
plus 25 cents.
marché. En revanche, Stripe explose les compteurs en termes de valorisation : 20 milliards de dollars. Il y
a seulement deux ans, elle était valorisée 9 milliards. Et pour en arriver
là, les frères Collison n’ont eu besoin
« que » de 745 millions de dollars.
À ses débuts, Stripe destinait
avant tout son service à d’autres
start-up. Désormais, les plus grands
groupes l’utilisent, y compris Google, Uber, Spotify ou Salesforce…
mais aussi AccorHotels ou Dassault
Systèmes. Une des particularités de
Stripe est d’avoir généré des revenus dès ses débuts. L’entreprise se
Viser d’autres territoires
Avec cette nouvelle levée de fonds,
Stripe a pour ambition de se développer sur d’autres territoires.
« Nous sommes déjà présents dans
25 pays, nous visons à présent l’Asie
du Sud-Est et l’Inde », résume un
porte-parole du groupe. Pour cela,
Stripe devrait pouvoir compter sur
ses deux nouveaux investisseurs, les
fonds Tiger Global et DST, qui ont
rejoint Sequoia à son capital. Toute
la complexité du développement
géographique tient aux particularités des systèmes bancaires locaux,
bien plus ardus à appréhender que
ceux des pays occidentaux.
Un des objectifs de Stripe est
d’accompagner le développement
de ses propres clients dans ces nouveaux pays. Slack (une messagerie
professionnelle), Kickstarter (levée
de fonds participative), ManoMano
(spécialiste du bricolage)… ont
poussé leur prestataire de paiement
à augmenter leur empreinte géo-
graphique. « Nous sommes capables
de gérer un paiement réalisé en euros
par un consommateur, de rémunérer
le prestataire, par exemple un chauffeur privé, dans la monnaie de son
pays et de régler la commission de la
plateforme en dollars. Le tout de façon complètement transparente pour
toutes les parties », explique-t-on
chez Stripe. C’est un des savoir-faire qui ont fait le succès de la jeune
entreprise… et permis aux Collison,
aujourd’hui âgés de 28 et 30 ans,
d’intégrer le club très fermé des
« plus jeunes milliardaires du
Web ». ■
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LA SÉANCE DU JEUDI 27 SEPTEMBRE
JOUR
%VAR.
+0,32
+0,98
+0,39
-1,02
-2,23
-0,46
-0,29
0
-1,52
+0,55
+0,02
+0,31
-0,27
+1,25
+1,98
+1
+1,11
+1,22
+0,38
+0,56
+HAUTJOUR
44,06
113,5
108,98
27,47
107,5
23,7
54,62
37,87
111,35
16,59
12,992
67,23
129
12,58
129
566
466,2
208,3
63,4
307,65
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,76
0,209 +2,23
111,65
0,285 +8,04
106,94
0,128 +31,2
26,895 0,149 -0,28
105,2
0,326 -13,27
23,385 0,269 -4,65
53,62
0,305 -12,5
36,97
0,219 -13,41
109,9
0,293 +11,13
16,325 0,278 -8,4
12,78
0,211 -6,17
66,52
0,196 -4,03
127,6
0,09 +44,99
12,315
0,279 -12,38
126,25
0,325 +12,22
558,6
0,052 +26,79
457,3
0,194 +27,02
204,3
0,066 +12,46
62,76
0,174 -1,29
303,65
0,085 +25,37
JOUR
%VAR.
♣
MICHELIN ..............................................
103,1
-0,15
ORANGE ..............................................13,875 +0,84
PERNOD RICARD ..................................
140,85 +1,73
PEUGEOT ..............................................
23,63 -0,59
♣ 51,84 +1,33
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
74,63 +0,35
SAFRAN ..............................................121,5
+0,45
SAINT GOBAIN ..................................37,105 -0,52
SANOFI ..............................................76,91
+1,88
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
70,16 +0,78
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
38,04 -0,31
SODEXO ..............................................91,46 +1,46
STMICROELECTRONICS .............................
15,895 -1,79
TECHNIPFMC ..................................27,12
-1,63
TOTAL .............................................. 56,02 +1,06
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
176,2
-0,45
VALEO .............................................. 37,94 -1,17
VEOLIA ENVIRON. ..................................
17,34 +0,76
VINCI♣.............................................. 82,4
+0,24
VIVENDI ..............................................22,5
-0,13
ESSILOR INTERNATIONAL AU PLUS HAUT
L’action Essilor International a terminé
la séance de jeudi en tête des hausses
du CAC 40 avec un gain de 1,98 % à
129 euros. La valeur, qui a progressé de
plus de 12 % depuis le début de l’année,
est à son plus haut niveau historique. Le
titre a profité cette semaine de rumeurs diffusées dans la presse italienne, selon lesquelles la fusion entre le
+HAUTJOUR +BAS JOUR
103,55
13,955
140,95
23,99
52,38
74,71
121,55
37,28
77,32
70,26
38,04
91,9
16,14
27,74
56,17
177,2
38,81
17,34
82,56
22,62
102,05
13,685
137,95
23,47
50,72
73,47
120,25
36,9
75,45
69
37,405
89,78
15,715
26,82
55,37
175,34
37,51
17,095
81,24
22,39
%CAP.ECH
0,263
0,225
0,287
0,291
0,334
0,247
0,15
0,27
0,225
0,157
0,49
0,142
0,366
0
0,276
0,184
1,804
0,347
0,156
0,201
31/12
-13,76
-4,15
+6,74
+39,37
-8,49
-11,06
+41,43
-19,3
+7,04
-0,99
-11,64
-18,38
-12,69
+4,91
+21,66
-39,07
-18,5
-3,23
+0,36
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
SICAV ET FCP
1 EURO=
1,62
1,5301
0,8897
9,1478
132,15
1,1371
1,1707
3,2657
11,103
7,0415
21,1134
8,055
84,983
138,3056
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
32610
32330
-6,16
NAPOLEON ..................................................... 195
197,7
-5,75
PIECE 10 DOL USA .....................................................
560
560
-4,76
PIECE 10 FLORINS .....................................................
203
198
-4,61
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1130
1115
-3,25
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
193
193
-5,39
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
289
289
-5,25
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1244,75
1235,5
-4,98
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
110
110
+0,18
PIECE SUISSE 20F .....................................................
191,4
192,4
-5,57
PIECE LATINE 20F .....................................................
193
193
-4,88
SOUVERAIN ..................................................... 247,8
241
-4,95
KRUGERRAND .....................................................
1095
1090
-2,12
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
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DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
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Tél. : 01 55 27 94 94
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SICAV
UNI HOCHE C ................................................
286,16 25/09/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
48,91 25/09/18
BELLATRIX C ................................................
335,20 25/09/18
SIRIUS ................................................56,11 25/09/18
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rlaskine@lefigaro.fr
numéro français des verres optiques et
le célèbre lunetier italien Luxottica
pourrait intervenir début octobre. Cette
opération annoncée début 2017 est très
attendue par le marché. Elle permettra
de mettre enfin en œuvre les synergies
de chiffre d’affaires et de coûts promises aux investisseurs pour un montant
compris entre 400 et 600 millions
d’euros. Les dirigeants des deux groupes espéraient initialement finaliser leur
rapprochement dans la première partie
de 2018, mais l’obtention de toutes les
autorisations nécessaires s’est révélée
plus longue que prévu. L’enjeu est de
taille : il s’agit de mener à bien un mariage d’un montant total de 48 milliards
d’euros, qui donnera naissance à un
géant mondial de l’optique à la fois médicale et de loisir.
Tous les obstacles qui risquaient de
retarder la fusion ont semble-t-il été
franchis. En juillet dernier, l’opération a
reçu le vert des autorités de Pékin. Le
marché chinois constitue aux yeux des
analystes un enjeu de tout premier ordre, sans lequel l’intérêt stratégique de
la fusion aurait été fortement réduit.
Début mars, Essilor et Luxottica
avaient reçu de la Commission européenne la confirmation que le rapprochement des deux groupes ne portera
pas préjudice à la concurrence. Le projet avait également reçu le feu vert des
autorités américaines quelques semaines auparavant. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 43,96
♣
AIR LIQUIDE ..................................
113,5
AIRBUS ..............................................108,9
ARCELORMITTAL SA ..................................
27,04
ATOS .............................................. 105,25
AXA .............................................. 23,585
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
54,47
BOUYGUES ..............................................
37,5
CAPGEMINI ..............................................
109,9
CARREFOUR ..............................................
16,525
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,948
DANONE ..............................................67,13
DASSAULT SYSTEMES ..................................
128,45
ENGIE .............................................. 12,56
ESSILOR INTL. ..................................129
HERMES INTL ..................................565,8
KERING ..............................................464
L'OREAL ..............................................
208
LEGRAND ..............................................63,36
LVMH .............................................. 307,65
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO
30
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Netflix double ses investissements en France
Le groupe va proposer une quinzaine de séries, films et documentaires. Il revendique 3,5 millions d’abonnés français.
Notre bassin
« d’abonnés
en France
grossit
suffisamment
vite pour
justifier
ces nouveaux
investissements
»
REED HASTINGS,
FONDATEUR DE NETFLIX
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
VIDÉO Quatre ans après son lancement en France, Netflix accélère la
cadence. « Nous allons doubler nos
investissements dans les contenus
originaux tricolores », indique Reed
Hastings, son fondateur. Ce qui représente « plusieurs dizaines de millions d’euros ».
Ces derniers mois, le leader de la
vidéo à la demande par abonnement avait déjà présenté sept programmes exclusifs, dont la série futuriste Osmosis, la fiction musicale
The Eddy, produite par Damien
Chazelle, oscar du meilleur réalisateur pour La La Land, ou encore
Huge in France, réalisé et interprété
par Gad Elmaleh, et l’adaptation
d’Arsène Lupin avec Omar Sy. Netflix va compléter ce tableau de
chasse par sept nouveaux shows. La
plateforme a annoncé l’acquisition
de trois films, d’un documentaire
ainsi que le financement de trois
nouveaux projets de séries : une fiction d’horreur psychologique, Marianne (Empreinte digitale et Federation Entertainment), Family
Business, une comédie sur un jeune
homme recrutant ses meilleurs
amis pour transformer la boucherie
familiale en coffee-shop (Les Films
du Kiosque et Five Dogs) et, pour fi-
nir, une adaptation du livre Vampires de Thierry Jonquet. « Notre bassin d’abonnés en France, autour de
3,5 millions, grossit suffisamment
vite pour justifier ces nouveaux investissements », explique Reed
Hastings. Le dirigeant assure que le
nombre de programmes exclusifs
pourrait « plus que doubler » à
l’avenir si le succès est au rendezvous auprès des 130 millions d’utilisateurs à travers le monde. À l’image de la série espagnole La Casa de
Papel, fiction internationale la plus
regardée sur Netflix.
Preuve que le géant de la vidéo
veut mettre les bouchées doubles en
France, un bureau va être ouvert à
Paris, où travailleront une vingtaine
de personnes. Lors de son arrivée en
2014, une structure de trois personnes avait vu le jour avant de fermer.
Quotas d’œuvres
Au-delà de la satisfaction de ses
abonnés, Netflix a tout intérêt à investir davantage dans les contenus
Netflix a tout intérêt à investir davantage dans les contenus locaux car Bruxelles va bientôt obliger
toutes les plateformes à exposer au moins 30 % d’œuvres européennes. STEPHANE DE SAKUTIN/AFP
Presse : Mondadori racheté par Reworld Media
Les titres papiers « Closer », « Grazia » et « Biba » tombent dans l’escarcelle d’un pure player.
Forces
EN PRÉSENCE
■ Reworld Media
Chiffre d’affaires
en 2017 :
185,6 millions d’euros
dont 63,8 millions pour la
branche presse
Résultat d’exploitation :
3,9 millions d’euros
Principaux titres :
Marie France, AutoMoto, Maisons et
Travaux.
■ Mondadori France
A
Chiffre d’affaires
en 2017 :
297 millions d’euros
Résultat d’exploitation :
26 millions d’euros
Principaux titres :
Grazia, Closer, Science et
Vie, Biba, Dr Good !.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
PRESSE Pascal Chevalier a remporté son pari. Son groupe Reworld
Media, éditeur de Marie France et
Maisons & Travaux, entre en négociations exclusives pour racheter
Mondadori France (Grazia, Closer,
Dr Good, Vital, Sciences et Vie…) à
sa maison mère italienne. « Cela va
être un mariage complémentaire : ils
sont très fort sur le print, nous le
sommes sur le digital. Ça sera plus
une fusion qu’un rachat », commente Pascal Chevalier. C’est une
opération
d’ampleur
pour
Reworld, qui changera de dimension si les négociations aboutissent : l’ensemble pèsera près de
500 millions d’euros.
Mais les salariés de Mondadori
sont inquiets tant la réputation de
leur repreneur est sulfureuse
auprès des journalistes. « Si nos
craintes se confirment, tous les journalistes prendront leur clause de
cession », prédit un élu syndical.
« Mondadori France est une belle société. Nous ne sommes pas là pour
tout casser », veut rassurer Pascal
Chevalier.
Créé en 2012, Reworld Media
s’est bâti sur une stratégie : se saisir
de marques de presse dont les éditeurs ne veulent plus pour les redresser grâce au digital et à l’évènementiel. C’est ainsi que le groupe
de Pascal Chevalier s’est emparé en
2013 du féminin Marie France
(groupe Marie Claire), puis de titres
distribués en supermarché par Axel
Springer France (Gourmand, Papilles, Vie pratique…), avant d’obtenir en 2014 plusieurs magazines
du groupe Lagardère (Be, Maisons
& Travaux, Pariscope, Auto-Moto…). Les résultats financiers du
groupe valident cette vision. Au
premier semestre 2018, la branche
presse de Reworld avait généré
31,2 millions d’euros (+ 2 % en un
an) pour un résultat d’exploitation
de 2,8 millions d’euros (+ 40 %). Du
côté des audiences Web, Reworld
se classe devant le groupe Condé
Nast avec 7,2 millions de visiteurs
uniques en juillet.
Le tableau est moins reluisant vu
de près. « Reworld n’a pas grandchose à voir avec un groupe de presse », indique un salarié. Les journalistes y sont une denrée rare. La
grande majorité est partie lors des
rachats en profitant des clauses de
cession. « Les autres ont été poussés
vers la sortie, même si certains résistent », explique un ancien de
Reworld. En 2015, les syndicats de
Lagardère avaient fait les comptes.
Sur les 150 salariés des magazines
cédés par l’éditeur, 78 sont partis
chez Reworld. Un an plus tard,
seuls neuf étaient encore en poste.
Magazines sous-traités
Ces journalistes ont été remplacés
par de jeunes « chargés de contenus », parfois sous statut d’autoentrepreneurs. « Ce sont des petites
mains qui doivent écrire des articles
Web à la chaîne », décrypte une exsalariée. « Ils ont des objectifs de
production de l’ordre de cinq articles
par jour minimum ». Ces chargés de
contenus sont aussi amenés à écrire
des articles payés par des marques
(brand content), ce qui est précisé
dans les annonces de recrutement.
« Le brand content, c’est le moteur
de Reworld. La plupart des sites sont
des supports à opérations spéciales », explique un ancien. « La régie
prend tous les contrats possibles en
cassant les prix. Les salariés sont
surchargés de travail. » « Le manque de sens épuise les gens qui ne se
sentent pas considérés. Le turnover
dans la boîte est terrible », renchérit
un autre.
Le digital est la priorité de
Reworld, qui n’hésite pas à arrêter
les titres trop faibles en kiosque.
Pariscope a cessé sa parution en
2016. Idem pour le féminin Be, qui a
stoppé le papier en 2015. Depuis le
début de l’année, son site Web est
alimenté au compte-gouttes.
« C’est un non-dit en interne, mais
Be est mort », indique un salarié.
À l’exception d’Auto-Moto, tous
les titres de Reworld sont réalisés
par des agences spécialisées dans
les magazines « clés en main »,
comme Relaxnews, la Fabreek,
BenchMedia ou Com’Presse. Le
tout est supervisé chez Reworld par
des rédacteurs en chef qui peuvent
gérer trois magazines en même
temps. Certains n’ont aucun passé
dans la presse papier. « Le print est
tué à petit feu », affirme un ancien.
« La direction ne sait pas ce qui fait
l’âme d’un magazine. Il n’y a pas de
folie, de créativité. Ce qui compte,
c’est l’argent », ajoute une autre.
« Les marques sont abîmées par les
opérations publicitaires et un contenu de moindre qualité. La stratégie
est court-termiste », soupire-t-on.
L’arrivée probable des magazines de Mondadori dans le groupe
inquiète. « Il va y avoir de la casse »,
prédit un salarié. « Ça va être massacre à la tronçonneuse », rit jaune
un ex-Reworld. ■
locaux. D’une part, Bruxelles va
bientôt obliger toutes les plateformes à exposer au moins 30 %
d’œuvres européennes. « Nous n’y
sommes pas encore, mais nous serons en avance sur la réglementation », promet Reed Hastings. Ensuite, en France comme ailleurs, les
sources d’approvisionnement sont
en train de se tarir, les diffuseurs
préférant conserver leurs contenus
plutôt que de les vendre à Netflix.
C’est le sens de l’alliance entre
France Télévisions, TF1 et M6.
« Une stratégie intelligente », reconnaît Reed Hastings. La concurrence est difficile et il nous faut produire directement plus de contenus
exclusifs ». Enfin, proposer des
shows locaux originaux permet de
« se distinguer des concurrents comme HBO, Disney YouTube ».
Si Netflix investit également dans
le cinéma (80 films produits cette
année à l’échelle mondiale), pas
question de se plier à notre chronologie des médias et d’attendre trois
ans pour diffuser un film, dès lors
qu’il est projeté en salle. La firme de
Los Gatos préfère les proposer directement sur sa plateforme, ce qui lui a
valu d’être mis à l’index par le Festival de Cannes. Les choses pourraient
cependant évoluer. « Nous discutons
pour essayer de trouver un compromis », assure Reed Hastings. ■
EN BREF
SFR CANDIDAT
AUX DROITS
DE LA PREMIER LEAGUE
£ Le PDG d’Altice France,
Alain Weill, a indiqué jeudi
que SFR sera candidat à l’achat
des prochains droits
de retransmission de la Premier
League anglaise. Le patron
a par ailleurs annoncé qu’il
détaillera lors de sa publication
du troisième trimestre
en novembre un « nombre
d’abonnés au fixe pas connu
depuis longtemps ». Fin 2015,
Altice avait décroché les droits
exclusifs de diffusion en France
du championnat anglais
entre 2016 et 2019 pour
plus de 100 millions d’euros.
PUB EN LIGNE : FAIBLE
VISIBILITÉ SUR MOBILE
£ Sur support mobile, qui
représente désormais plus de la
moitié du trafic, la visibilité des
publicités en ligne (bannières)
reste faible en France, d’après
le dernier baromètre d’Integral
Ad Science (IAS). Au premier
semestre, moins d’une
impression mobile sur deux
(49,2 %) est visible sur le Web
mobile et 46,6 % dans les
applications, soit un niveau
inférieur à la visibilité moyenne
sur ordinateur fixe (62,1 %).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO - N° 23 056 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
STYLE
COLLECTIONS
PAGE 35
PAGE 34
RENCONTRE AVEC GUILLAUME
HENRY, LE CRÉATEUR QUI VA
FAIRE RENAÎTRE JEAN PATOU
À PARIS, CHLOÉ
ESQUISSE UN ÉTÉ 2019
BOHÈME ET LUMINEUX
Xavier Lemaire
et Davy Sardou dans
Signé Dumas, au Théâtre
La Bruyère, à Paris.
Dumas, Machiavel, la Callas, Alan Turing, Louise Michel, Napoléon…
Les personnages célèbres se bousculent sur les planches en cette rentrée.
Un nouveau genre théâtral qui colle à l’air du temps. PAGE 32
A
RAYMOND DELALANDE/SIPA ; DAMIEN BLOTTIÈRE ; IMAXTREE.COM
Le coup de théâtre
des héros de l’Histoire
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO
32
L'ÉVÉNEMENT
TENDANCE
Les personnages
célèbres hantent
les scènes
parisiennes
en cette rentrée.
Paresse d’auteur
ou nouveau défi
artistique : que
révèle cette mode
du biopic ?
L’
«
JEAN TALABOT
jtalabot@lefigaro.fr
histoire est la patère
sur laquelle j’accroche mes histoires », disait Dumas père. Et son fils a immortalisé
Marguerite Gautier avec La Dame aux
camélias, qui fut d’abord un roman
avant d’être une pièce de théâtre. Des
tragiques grecs et romains à Büchner
(La Mort de Danton) en passant par Shakespeare et sa terrible histoire des rois,
la tendance qui consiste à porter sur
scène le destin de personnages historiques n’est pas neuve. Jean-Claude
Brisville s’était même fait une spécialité
des dialogues imaginaires entre grands
personnages.
Mais en cette rentrée, en particulier
dans les salles privées parisiennes, les
personnages historiques se bousculent.
Politiques comme Churchill, philosophes
comme Machiavel et Montesquieu, écrivains comme Victor Hugo, Alexandre
Dumas, Jules Renard ou Françoise Sagan,
scientifiques comme Galilée ou Alan Turing, comédiens comme Greta Garbo ou
Juliette Drouet… Il est rare qu’une telle
pluie d’étoiles plus ou moins scintillantes
tombe sur les plateaux.
Dans un XXIe siècle bien entamé, cette
admiration forcenée du théâtre pour les
grandes figures historiques est plus douteuse. Et pourrait être taxée d’opportuniste, si elle n’avait comme but que de
servir une nostalgie par l’aura de noms
ronflants. « Cela peut être vu comme une
paresse d’auteur », admet Xavier Lemaire, qui incarne magnifiquement Alexandre Dumas au Théâtre La Bruyère. Mais le
comédien préfère considérer le « théâtre
“
L’intérêt est d’aller
explorer le derrière
de la statue, là où
les chiens pissent
”
XAVIER LEMAIRE, QUI INCARNE
ALEXANDRE DUMAS AU THÉÂTRE LA BRUYÈRE
A
Théâtre :
la ruée vers
l’Histoire
historique » comme un sous-genre, au
même titre que la tragédie ou le vaudeville. « C’est beaucoup plus difficile que de
partir de rien », assure Jean-Marie Besset,
qui reprend sa pièce sur Jean Moulin en
octobre. « Vous êtes obligé de savoir tout
du personnage et de son époque. Il y a quasiment un livre ou une interview sous chaque réplique. C’est aussi un essai historique. » Quitte à ce que le théâtre s’adonne
à la mode du biopic, qui a contaminé le
septième art depuis plusieurs décennies.
Le théâtre a en tout cas cette faculté
d’entrer dans l’intimité d’un personnage grâce à la proximité du comédien. Un
côté voyeur dont le spectateur serait
féru. « Le public n’est pas dupe, il ne vient
pas pour qu’on lui assène un catalogue
Wikipédia, tonne Xavier Lemaire. L’intérêt est d’aller explorer le derrière de la
statue, là où les chiens pissent. » Qui n’a
jamais rêvé de pénétrer dans la chambre
à coucher de tel génie ou de tel despote ?
Pour Benoit Solès, qui incarne sur scène
le mathématicien Alan Turing et qui a
monté un biopic sur Tennessee
Williams, « le spectacle vivant peut apporter un plus d’émotion, d’incarnation et
d’humanité que le cinéma. C’est une façon
aussi d’approfondir l’histoire. » Il s’agit
alors de lier la petite à la grande. De déceler, dans l’intimité d’un personnage,
une lumière universelle. « Nicolas
Sarkozy, après la représentation de mon
spectacle, m’a dit : “André Malraux avait
fait de Jean Moulin un mythe. Vous en
avez fait un homme” », se félicite JeanMarie Besset. Force est de constater que
de la vie du leader de la Résistance, on
ne connaît que le sacrifice. Déjà, lors de
sa première pièce, le dramaturge imagi-
nait la rencontre entre Pétain et De
Gaulle à l’île d’Yeu.
Chercher l’irrévérence sans désacraliser le personnage, résume Xavier Lemaire. Là est toute la difficulté de l’exercice.
Lui qui habite un Dumas mégalomane et
politique, à la limite de l’antipathie tant il
vampirise son fidèle porte-plume. C’est
l’autre intérêt du théâtre historique : réhabiliter quelques héros de l’ombre. Signé
Dumas donne à voir Auguste Maquet, coécrivain des chefs-d’œuvre de l’auteur,
injustement oublié par l’histoire. La pièce
de Benoit Solès fait découvrir Alan Turing, inventeur de l’ordinateur et décrypteur des codes nazis Enigma. Comptons
aussi, en cette rentrée, Galilée, qui a dû
abjurer son œuvre face au Saint-Office ;
ou Louise Michel, que les jeunes générations connaissent plus comme station de
métro que comme figure révolutionnaire.
Mieux, ces grands personnages fédèrent, permettant de soulever avec force
des problématiques actuelles. Ce fut la
science des dramaturges d’antan qui se
servaient du biopic pour contourner la
censure. « Racine, avec Britannicus,
veut-il raconter le futur pouvoir despotique de Louis XIV ? », avance le comédien.
Dans La Machine de Turing, l’homosexualité et son rejet par la société de son
époque est un sujet aussi primordial que
les mathématiques. « Quand je rencontre
le public, les gens me parlent de leur enfant autiste, de leur enfant gay rejeté et de
jeunes gays viennent me serrer dans leurs
bras », sourit Benoit Solès. « Je n’écris
pas pour être pittoresque, mais pour traquer les clefs de la France dans laquelle
nous vivons », opine Jean-Marie Besset,
qui a récemment produit une pièce sur
l’assassinat du père Jacques Hamel. Toujours en observant la maxime d’un vieux
professeur : « Les pièces sont là où la vie a
besoin d’aide. » ■
À chaque époque
sa légende
La Machine de Turing »
Dumas »
u«Écrite
u«24Signé
et interprétée par le coméfévrier 1848. Louis-Philippe vient
dien Benoit Solès, cette évocation du
destin tragique du célèbre mathématicien Alan Turing bénéficie d’un excellent montage : décor, costumes,
lumières. Tristan Petitgirard met en
scène avec délicatesse l’aigu et sensible Benoit Solès et le très mobile
Amaury de Crayencour. Théâtre Michel (Paris VIIIe), à partir du 4 octobre. Tél. : 01 42 65 35 02.
au loin »
u«EnSkorpios
lisant une biographie,
Niels
Arestrup avait été séduit par l’idée
d’une rencontre rare. En juillet 1959,
sur le yacht d’Onassis, Greta Garbo
croise Winston Churchill. Brève
rencontre imaginée par Isabelle
Le Nouvel. Sous le regard d’un majordome, Baptiste Roussillon, le duel
virtuose de deux grands comédiens,
Arestrup et Ludmila Mikaël, dirigés
par Jean-Louis Benoît. Bouffes Parisiens (Paris IIe). Tél. : 01 42 96 92 42.
Dialogue aux enfers entre
u«Machiavel
et Montesquieu »
Délesté de ses allusions trop précises,
au temps de son écriture, le règne de
Napoléon III, et mis en scène par
Marcel Bluwal, le face-à-face
imaginé par le polémiste Maurice
Joly est d’une actualité saisissante,
servi qu’il est par deux grands interprètes, Pierre Santini et Hervé
Briaux. Au Poche Montparnasse
(Paris VIe). Tél. : 01 45 44 50 21.
d’abdiquer. La nouvelle attise les tensions entre l’ogresque Alexandre Dumas et son dévoué porte-plume,
Auguste Maquet. Xavier Lemaire est
impressionnant de force brute en habitant un Dumas sur le déclin. Davy Sardou, dans un rôle plus nuancé, celui du
soumis cherchant à faire valoir sa paternité sur Les Trois Mousquetaires,
impressionne encore plus. Théâtre La
Bruyère (Paris IXe). Tél. : 01 48 74 76 99.
u« Et si on ne se mentait plus ? »
Comme il est étrange de voir de jeunes hommes d’à peine 30 ans habiter
ces grandes figures du théâtre que furent Alphonse Allais, Jules Renard,
Tristan Bernard, Lucien Guitry et Alfred Capus. Leur belle amitié a pourtant commencé bien tôt, pour durer
jusqu’à leur mort. Dans les salons feutrés de la Belle Époque, les cinq compères se disputent, boivent de l’absinthe et enchaînent les bons mots.
Nostalgie au Lucernaire (Paris VIe).
Tél. : 01 45 44 57 34.
u« Cabaret Louise »
Pas de finesse, mais une énergie de
tous les diables dans ce cabaret loufoque à la gloire de Louise Michel, héroïne de la Commune. Entre piques à
Adolphe Thiers et à un certain Emmanuel M., et décrochages constants avec
leur histoire d’amour, un duo de comédiens toniques réhabilite une grande
figure féministe en faisant beaucoup
rire. Avec les apparitions d’Arthur
Rimbaud, Victor Hugo et… Johnny
Hallyday. Funambule Montmartre
(Paris XVIIIe). Tél. : 01 42 23 88 83.
u« Galilée »
Seul en scène, Jean Alibert n’hésite pas à utiliser les ficelles du standup pour vulgariser Galilée, rédacteur
d’horoscopes, inventeur de la lunette
astronomique et pourfendeur du
géocentrisme devant l’Éternel. Nous
étions prévenus avec Turing, même
la vie d’un grand mathématicien
peut prendre une ampleur romanesque. Jean Alibert y ajoute une certaine poésie. La Reine Blanche
(Paris XVIIIe). Tél. : 01 42 05 47 31.
: « La Conversation »
uÀUnevenir
pièce de Jean d’Ormesson, où
Benoit Solès et Amaury de Crayencour dans La Machine de Turing.
FABIENNE RAPPENEAU
Aurélien Wiik et Alain Pochet incarnent Napoléon et son consul Cambacérès. Au Théâtre du Gymnase, à partir du 9 octobre. ■
A. H. ET J. T.
Sous le regard d’un majordome,
Baptiste Roussillon,
Skorpios au loin offre un duel
virtuose entre deux grands
comédiens, Niels Arestrup
et Ludmila Mikaël.
CÉLINE NIESZAWER
LE CAS
MICHALIK
Première pièce ? Le Porteur
d’histoire ! Le jeune auteur
d’aujourd’hui 35 ans
a commencé par hasard,
en rendant service
à son copain Benjamin
Bellecour qui avait besoin
de trente minutes de théâtre
pour le festival Mises
en capsules. Un déclic.
En juillet 2011, une pièce
achevée est présentée
à Avignon. Une histoire
dans l’Histoire, des histoires
enchâssées. Le style
Michalik est là. Le Cercle
des illusionnistes, en 2014,
mêle vérité biographique
et imagination autour
des figures de Robert-Houdin
et Georges Méliès. Deux
ans plus tard, Edmond,
qu’il avait d’abord pensé pour
le cinéma - et qui est d’ailleurs
devenu un film qui sortira
le 9 janvier prochain - est créé
au Palais-Royal.
Protagonistes : Edmond
Rostand, Sarah Bernhardt,
le comédien Coquelin,
Georges Courteline, Georges
Feydeau, etc. La pièce n’a plus
quitté l’affiche et trois équipes
la jouent désormais,
les interprètes se relayant.
Sept sur le plateau pour
quarante personnages :
il faut aussi être un athlète !
Dans Edmond, l’histoire vraie
de la création de Cyrano
de Bergerac et l’imagination
d’Alexis Michalik se mêlent
avec un seul souci : le plaisir
du public.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
CULTURE
vendredi 28 septembre 2018
33
L’art dramatique
sur la bonne
longueur d’onde
LE THÉÂTRE
Armelle Héliot
aheliot@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/theatre
D
e l’école des Buttes-Chaumont aux « Maîtres du mystère », l’art dramatique a
nourri les débuts de la télévision et de la radio. Les comédiens répétaient plusieurs jours sur l’un
des grands plateaux de la rue des Alouettes, et le samedi soir, en direct, était diffusée la représentation. Les perches apparaissaient parfois dans le champ, mais
le téléspectateur en redemandait, trop
heureux de découvrir ces pièces, ces dramatiques, interprétées par des comédiens de grand renom. C’est sur ce prin-
cipe que fonctionnait « Au théâtre ce
soir », mais le studio, c’était, du moins à
la fin, le Théâtre Marigny.
À la radio, c’est aussi la diffusion ou la
recréation de pièces de théâtre qui a alimenté les premiers programmes. Écrites
pour les ondes, interprétées par des acteurs aux timbres sûrs et personnels, les
« dramatiques », elles aussi, ont fait les
beaux soirs de la radio, comme les feuilletons cocasses illuminaient les déjeuners…
Le Studio d’essai de Pierre Schaeffer, de
1943 à 1945, le Club d’essai et l’Atelier de
création radiophonique de Jean Tardieu,
de 1946 à 1963, ont été des foyers extraordinaires d’invention. Après le poète fantaisiste d’Un mot pour un autre, c’est Alain
Trutat, qui longtemps imposa un théâtre
et des créations de haute qualité à la radio.
Mais au fil du temps, alors que les goûts
du public avaient évolué sans perdre une
PRESSE
CHRONIQUE La télé et la radio ont toujours
travaillé main dans la main avec les comédiens.
Aujourd’hui, l’aventure explose avec le podcast.
Radio France a enregistré en studio et en public Bérénice de Racine, en octobre 2017, avec la troupe de la Comédie-Française.
curiosité profonde pour ce que l’on pourrait nommer « théâtre radiophonique »,
certains directeurs des chaînes prirent
avec désinvolture ces cellules imaginatives. La création aurait pu s’étioler. C’était
compter sans quelques fortes personnalités. À France Culture, Blandine Masson a
su tenir bon et la manière dont elle élargit
le cercle d’audience du théâtre est exemplaire. Qu’elle s’associe aux formules d’essai de certains festivals (la Mousson d’été
de Pont-à-Mousson, en Meurthe-et-Moselle, par exemple) ou qu’elle mette sur
pied des programmes (les soirées du Musée
Calvet lors du Festival d’Avignon), toutes
les formes de théâtre ont droit d’antenne.
Parfois, les enregistrements se déroulent en public dans l’un des studios de
Radio France. C’est le cas avec la Comédie-Française, partenaire « historique »
de la Maison ronde qui a notamment enregistré devant un auditoire tout un cycle
Racine.
Dramaturgies sonores
Depuis quelque temps, pourtant, les ondes bruissent de mille et une nouvelles
inventions. Créés à Arles en 1986, les prix
Phonurgia Nova rassemblent des créations sonores radiophoniques. Sur 150 à
200 œuvres nouvelles, trente sont retenues. On les découvrira demain et après-
demain à la BnF. Bien sûr, il n’y a pas là
que du théâtre et des comédiens. Mais ces
dramaturgies sonores sont élaborées sur
des formes issues de l’art de la comédie.
Les supports numériques offrent aujourd’hui des possibilités immenses et le podcast (contenu audio disponible sur Internet, et ne faisant pas partie des
programmes) est une nouvelle source de
création. ■
Prix Phonurgia Nova 2018
de la création radiophonique et sonore,
les 29 et 30 septembre à la Bibliothèque
nationale de France, site Mitterrand.
Entrée libre dans la mesure des places
disponibles : info@phonurgia.fr
« Didon et Énée » passent sur le divan
LYRIQUE Le Théâtre de l’Athénée, à Paris, accueille jusqu’à dimanche une poétique version du chef-d’œuvre de Purcell.
THIERRY HILLÉRITEAU £@thilleriteau
P
ourquoi Henry Purcell nous fascine-t-il encore trois cents ans
après sa mort ? C’est la question
posée en ce début de saison par
le Théâtre de l’Athénée à Paris,
qui lui consacre un festival jusqu’au 13 octobre. Pour donner le « la », l’établissement a choisi Didon et Énée, dans la production poétique et extrêmement élaborée
de l’Arcal. Un spectacle créé en février
CONCERTS
dernier à Massy, qui tourne depuis dans de
nombreuses salles. Comme le veut la mission que s’est fixée cette compagnie nationale de théâtre lyrique et musical, dirigée
par Catherine Kollen. En un fabuleux tour
de passe-passe, celle-ci résout ici une
équation que beaucoup jugent impossible :
accorder l’économie de moyens à la complexité d’une vision artistique.
Celle du metteur en scène Benoît Bénichou entre parfaitement en résonance
avec le questionnement de l’Athénée.
Dans le prologue librement reconstitué,
puisant à la fois chez Nahum Tate, dans la
Nuit des rois de Shakespeare et dans l’Énéide de Virgile, Belinda va trouver Énée en
Italie six ans après la mort de Didon pour
lui raconter toute l’histoire sous la forme
d’un spectacle. Un procédé de théâtre
dans le théâtre qui donne le ton.
Ambivalence et illusion
Tout, ici, n’est que jeu sur l’ambivalence et
l’illusion. La Rome antique et l’Angleterre
d’Elizabeth Ire se répondent dès les premiers accords, tandis que Didon et Énée
semblent s’éveiller derrière des vitrines de
musée, en robe pourpre élisabéthaine et
armure antique. Le chœur des courtisans
est aussi, par un jeu de doubles, celui des
esprits malfaisants. Dans un envoûtant déploiement de voiles, tulles, miroirs mais
aussi d’éclairages sourds, la scénographie
de Mathieu Lorry-Dupuy joue sur le visible
et l’invisible. La grotte des amants devient
celle de la sorcière. La caverne de Platon
ressurgit. Pourquoi notre inconscient nous
empêche-t-il d’entrevoir la vérité, se demande-t-on, poussé vers le divan ?
On ne peut que saluer la présence
théâtrale des chanteurs, autant acteurs
que vocalistes. La Didon si subtile de
Chantal Santon-Jeffery. La Belinda vengeresse de Daphné Touchais. Mais la
vraie révélation vient de la fosse. Le trop
méconnu Johannes Pramsohler, en digne
héritier de Reinhard Goebel, y dirige son
ensemble Diderot avec un raffinement
digne des plus grands. Un musicien à suivre de près. ■
Didon et Énée, au Théâtre de l’Athénée
(Paris IXe), jusqu’au 30 septembre.
CHÂTEAU DE VERSAILLES
ANNÉE BERLIOZ
1869-2019
La Révolution Romantique !
SYMPHONIE FANTASTIQUE
LA DAMNATION DE FAUST
MESSE SOLENNELLE
Lucile Richardot, mezzo-soprano
Orchestre Révolutionnaire et Romantique
Anna Caterina Antonacci, Mathias Vidal,
Nicolas Courjal
Adriana Gonzalez, Julien Behr, Andreas Wolf
Hector Berlioz (1803-1869)
Le Corsaire : Ouverture
La mort de Cléopâtre
Les Troyens : Chasse Royale et Orage
Les Troyens : Scène finale
“Ah, je vais mourir… Adieu fière cité”
Symphonie Fantastique op. 14
Chœur de l'Armée Française
Chœur Marguerite Louise
Les Siècles
Sir John Eliot Gardiner, direction
DIMANCHE 21 OCTOBRE 2018 – 17H
Opéra Royal, dans le décor original de 1837
François-Xavier Roth, direction
MARDI 6 NOVEMBRE 2018 – 20H
Opéra Royal, dans le décor original de 1837
@chateauversailles.spectacles
Le Concert Spirituel
Hervé Niquet, direction
Hector Berlioz (1803-1869)
Messe solennelle
Johann Paul Aegidius Martini (1741-1816)
Messe des morts à grand orchestre dédiée aux mânes
des compositeurs les plus célèbres
SAMEDI 29 JUIN 2019 – 20H
Chapelle Royale
@OperaRoyal
RÉSERVATIONS – 01 30 83 78 89
www.chateauversailles-spectacles.fr
A
© James Cheadle
© Francois Sechet
© François Berthier
Dans le cadre de l'exposition
Louis-Philippe et Versailles
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO
FILIPPO FIOR -DANIELE OBERRAUCH-ALESSANDRO LUCIONI / IMAXTREE.COM
STYLE
PrintempsÉté 2019
34
Paco Rabanne
Courrèges
Chloé
Atlein
Lemaire
À chacun son histoire
COLLECTIONS Au fil des défilés, les designers n’ont de cesse de retracer la vie trépidante de leur héroïne
préférée, la Parisienne, aussi réaliste que prompte à s’échapper vers de nouveaux horizons.
C’
«
ÉMILIE FAURE
efaure@lefigaro.fr
A
est un défilé
volontairement très narratif », explique
Natacha Ramsay-Levi, quelques minutes
avant le coup d’envoi de son printempsété 2019 chez Chloé. Pour son troisième
show aux commandes de la maison parisienne, la styliste raconte l’histoire de
jeunes femmes, hippies dans l’âme et
dans la silhouette, en transhumance entre Ibiza (pour le fantasme de la communauté proche de la nature) et les Cévennes (pour la main de l’artisan et les
céramiques). Plus enlevé que l’hiver dernier, son été, bohème et lumineux, parle
de corps chauffés au soleil, drapés dans
des soies martelées et imprimées à la
main, dans des robes immaculées cousues de galets, semblables aux tenues rituelles de magie noire. Le pas léger dans
leurs robustes spartiates, les Chloé girls
s’enveloppent de patchworks de foulards, se glissent dans des pantalons pattes d’eph’ en plissé rebondissant et ceinturent l’ensemble de grosses cordes de
pèlerin. Le nouveau sac, un format carré
frappé d’un grand C, ajoute une touche
urbaine. Natacha Ramsay-Levi évoque
l’envie de prolonger l’été au retour de vacances en portant des grigris, des souvenirs chargés en émotion rapportés de
voyage. C’est tout à fait ça. « J’ai gagné en
maturité depuis mon arrivée et je ressens
une joie profonde de travailler en équipe,
poursuit-elle. Je connaissais bien les archives, étant familière et admirative de
cette maison depuis toujours, et en démarrant, j’ai eu à cœur d’en respecter les codes. Il y avait cette question : “Est-ce bien
Chloé ?” Je ne me la pose plus aujourd’hui,
je crois rester fidèle à l’histoire et continuer
à l’écrire. Du moins, je m’y efforce. »
Au final du show Paco Rabanne, Julien
Dossena sort sous un tonnerre d’applaudissements - un fait suffisamment rare, à
l’heure d’Instagram, pour être souligné !
S’il réinterprète le fond de vestiaire de la
saison passée (très acclamée, elle aussi),
le Breton raconte cet été une nouvelle
histoire. L’héroïne reste la même : « Cette
Parisienne, qui s’habille en associant un
début de sari, un tee-shirt pop et sa veste
de bureau, ou un pantalon thaïlandais et un
perfecto, résume-t-il. Une silhouette entre
les grandes vacances et le retour à la ville. » Une idée de départ, de pont entre
l’ici et l’ailleurs évoqué quelques heures
plus tôt par Natacha Ramsay-Levi (dont il
est proche depuis leur passage chez
Balenciaga ère Ghesquière). Mais si les
deux stylistes parlent le même langage,
leurs références divergent. Elle se nourrit
des années 1970 (bourgeoises et hippies),
lui des années 1990 (Spice Girls et pop
culture). Rompu à l’exercice, le designer
excelle dans les clashs en tous genres : de
matières techniques et artisanales (dentelle dévorée de mesh), de pièces du jour
et du soir (un déshabillé de soie ouvert
dans le dos sur un jean en toile enduite
d’argent), de différents horizons (médaillons de Gitane et socques japonais).
Avant-hier, dans une interview accordée au Figaro, M. Yanai, fondateur
d’Uniqlo, disait de Christophe Lemaire
(qui en assure la direction artistique) :
« C’est la mode avec une longueur
d’avance. » Un compliment précieux
dans la bouche du Japonais qui rhabille la
planète. Et si juste ! Christophe Lemaire
et Sarah-Linh Tran ne suivent pas les
tendances, ils s’en moquent, et les adeptes de la griffe les en remercient. Leur
AU CINÉMA LE 3 OCTOBRE
ligne, Lemaire, est bien sûr plus sophistiquée que les basiques qu’ils conçoivent
pour Uniqlo. Ils habillent une femme (et
un homme) à l’allure terrible - cette saison, un mélange de clins d’œil au New
Age (larges carrures, blousons 80s) associés à des pantalons vikings (lacés sur les
mollets), des jeux de nœuds japonisants,
des vareuses bien françaises, du denim
neige flanqué d’une banane en cuir bien
mou. Cette touche, ample, aux volumes
souples, reste reconnaissable entre mille
et suscite, chaque saison, le même fantasme : être cette fille gracieuse et libre,
les mains dans les poches comme dans
un film de Rohmer. ■
Du podium à la rue
FRÉDÉRIC MARTIN-BERNARD
fmartinbernard@lefigaro.fr
Le paradis blanc d’André Courrèges
tourné vers le futur (resté figé dans les
utopies des années 1960), Yolanda
Zobel, la nouvelle directrice de
Courrèges, le dynamite dès sa première collection. La boutique mythique du 40, rue François-Ier a été désossée pour le défilé qui se prolonge
sur le trottoir. Et des grands classiques
du fondateur, qui avaient tout de
même fini par prendre la poussière
dans cet univers aseptisé, il ne reste
que l’essentiel pour arpenter le macadam d’aujourd’hui. Des volumes
courts, simples et fonctionnels, criblés de boutons-pressions, quelques
fleurs à trois ou quatre pétales découpés qui renvoient aux seventies, des
bottes, des nœuds et des franges comme dans les photos de Peter Knapp et,
bien sûr, ce cher vinyle qui devient
embarrassant à notre époque où l’on
rêve d’un monde sans plastique. Il en
resterait 6 000 mètres rien que dans
les stocks de la maison. La styliste allemande - passée par les studios de
Giorgio Armani, Chloé, Jil Sander et
Acne Studios avant de décrocher ce
premier poste en pleine lumière de sa
carrière - agit sans délai. Parallèlement à sa proposition pour le printemps prochain, une capsule intitulée
« La fin du plastique » est vendue dès
à présent dans un espace adjacent à
l’adresse historique. Une véritable série limitée dont chaque pièce indique
les métrages restant à écouler.
avant même le lancement de sa marque en 2015. « Je suis un chef d’entreprise avant d’être un designer. Si une
collection ne se vend pas, c’est fini »,
explique le jeune homme, qui a tout de
même profité de cette dotation pour
perfectionner son organisation, son
offre et ses prix (à partir de 250 euros)
afin d’être créatif et accessible. Sur le
podium, la collection gagne en efficacité sans perdre son charme, ses
« twists ». Les robes, les jupes, les tops
avec des drapés comme des accidents,
des fronces et des coulisses qui chahutent l’aplomb de ses mailles fluides ou
le rythme de motifs ethniques, demeurent les pièces phares de ce dressing également séduisant par ses couleurs et ses imprimés.
Après sa nomination comme directeur
artistique d’Ann Demeulemeester,
Sébastien Meunier avait cherché à faire
évoluer la griffe anversoise pendant
quelques saisons. Le marché lui a rappelé que cette maison était forte d’un
des territoires de style les plus précis de
la mode contemporaine. Depuis, entre
romantisme et noirceur, rigueur et sensualité, masculin et féminin, le Français
s’en tient à un cadre restreint qui lui va
également bien. Son été est délicat, fragile, façonné dans des gazes, des voiles,
des batistes comme des courants d’air.
Des larges ceintures et des harnais retiennent le tout, prennent doublement
la taille, souligne la poitrine et l’encadre
en se prolongeant en bretelles. Et ces
touches de cuir d’ajouter une tension à
cette collection calme avec quelques
couleurs poudrées, des rayures coutil
de mec et quelques blancs pour des
chemises en popeline. ■
La femme Atlein a mûri. Effet Andam,
l’Association nationale de développement des arts de la mode dont
Antonin Tron a remporté le grand prix
en juin dernier ? Pas forcément, car ce » Retrouvez tous les défilés en images
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LE FIGARO
vendredi 28 septembre 2018
STYLE 35
« J’attendais le
projet majuscule
et c’est Patou »
« J’ai envie d’habiller des gens
que je connais et qui m’inspirent »,
confie Guillaume Henry, directeur
de la création de Jean Patou.
En bas : le couturier Jean Patou
choisit ses mannequins aux États-Unis
pour son atelier français, en 1924.
DAMIEN BLOTTIÈRE, KEYSTONE-FRANCE
cette marque avec un scénario qui n’en
fera pas juste une marque de plus.
Quand allez-vous montrer
vos premières créations ?
Je n’en sais rien. Sans se précipiter, le
plus vite est le mieux. On parle de 2019.
INTERVIEW Le Français Guillaume Henry
a entre les mains la renaissance de Jean
Patou, la maison récemment acquise
par LVMH. Un pari fou, mais plein de joie.
O
PROPOS RECUEILLIS PAR
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
n
avait
quitté
Guillaume Henry un peu amer de sa dernière expérience (chez Nina Ricci) finie il
y a six mois. On le pensait profiter d’une
pause salutaire, ce presque quadragénaire travaillant non-stop depuis déjà vingt
ans. Le garçon, qui a gardé sa fraîcheur
juvénile, trépignait de reprendre le métier. Seulement pas à n’importe quel
prix, il attendait « le » projet et il l’a
trouvé. Un projet risqué puisqu’il s’agit
de relancer une marque de mode mise en
sommeil depuis 1987 : Jean Patou. Peu de
gens connaissent le destin de ce couturier avant-gardiste et flamboyant mort
en 1936, peu se rappellent qu’il a inventé
le sportswear (oui, avant Nike). En revanche, une génération de Français se
souvient de son Joy, « le parfum le plus
cher du monde », comme se vantait son
slogan en 1930. Ces derniers mois, LVMH
a pris une participation majoritaire dans
cette marque vivant sur ses fragrances,
dans le but d’acquérir les droits du nom
Joy qu’une de
ses
griffes
(Dior pour ne
pas la nommer) voulait
utiliser pour
un sent-bon.
Restait
la
mode… À la
surprise générale, il y a
quatre jours,
le
compte
Instagram
Jean
Patou
était
lancé
annonçant la nomination de Guillaume
Henry à la direction de la création. Pour
sa première interview dans ce nouveau
rôle, le designer a choisi le salon de thé
Carette, place du Trocadéro (Paris XVIe).
LE FIGARO. - Alors, pourquoi Carette ?
Guillaume HENRY. - D’abord parce que
ce lieu est infiniment parisien, élégant et
populaire dans le sens presque vintage
du terme. Regardez ce petit monsieur à
côté de nous, à mon avis, il a ses habitudes, et ces touristes, ces jeunes branchés.
Ce mélange est tout ce que j’aime. C’est
ce que représente Jean Patou à mes
yeux, une marque qui est dans la vie ! La
deuxième raison - vous allez croire que
c’est du storytelling - est que j’ai découvert ce salon de thé récemment. Une
semaine plus tard, j’y retourne pour un
rendez-vous avec Sidney Toledano
(président de LVMH Fashion Group,
NDLR). Nous parlons de ce qui nous
anime professionnellement : la mode,
l’industrie… Je lui explique que j’étais
entre deux projets, j’avais des idées,
mais qu’étant plutôt disponible, je profitais de la vie à Paris. Ça fait vingt ans
que j’habite cette ville mais j’avais l’im-
Abordez-vous la question
de développement durable ?
Aujourd’hui, elle est incontournable. Je
n’ai jamais eu l’âme d’un militant mais
j’ai des convictions. Je crois en la notion
de « juste » qui implique le prix, l’information, la distribution, le gaspillage.
pression de la découvrir pour la première fois, de jour et dans la semaine. Bref,
je lui raconte que je visitais le cimetière
de Passy, quand je me retrouve face à la
tombe de Jean Patou. Sidney, soudainement change de couleur, et me demande, surpris : « Mais pourquoi me parlezvous de Jean Patou ? »
Vous n’aviez pas entendu la rumeur
de l’acquisition par LVMH ?
Pas du tout ! J’étais à mille lieues. Je partageais juste cette anecdote. Je suis fasciné par la vie de Patou, depuis longtemps.
Cet homme de l’entre-deux-guerres,
son parcours, ses amitiés, son côté
Suzanne Lenglen et Café Society, son
sens de la fête, du marketing, son rapport avec l’étranger… Et puis Patou, c’est
Karl Lagerfeld (qui fut son directeur artistique de 1958 à 1963, NDLR) et surtout,
c’est Lacroix (de 1981 à 1987), ma première popstar ! Je chéris la notion de patrimoine, d’héritage. Pour moi, Patou et
ces autres maisons sont des pains au
chocolat et des baguettes qui voyagent à
travers le monde.
Comment vous êtes-vous forgé
cette culture de mode ?
Jeune, à travers
les livres d’histoire de mode.
Je n’avais pas
accès aux magazines, la télé
ne relayait pas
ces informations-là. Donc
j’allais à la bibliothèque… et
je dévorais le
Dictionnaire international de
la mode, fasciné par la styliste de Marie-Antoinette, Rose Bertin.
Plus tard, bien sûr, j’ai découvert les
grands designers des années 1980-1990
par la télévision et l’émission de Viviane
Blassel. Elle est une voix que je n’oublierai jamais.
Quel effet cela fait-il
d’entrer chez LVMH ?
J’ai tellement pensé Patou que j’ai mis du
temps à comprendre que derrière, c’était
LVMH ! J’ai l’impression d’avoir embarqué dans un solide et sublime bateau. Et
je n’ai même pas eu à enfiler mon smoking sur le pont, je reste en tee-shirt. Je
me sens moi-même, à ma place.
LVMH compte de nombreuses marques
sublimes, mais peu possèdent l’aura
si joyeuse de Jean Patou.
Faites le tour du monde, il n’y en a pas
beaucoup ailleurs non plus. C’est rare.
Comment ?
C’est la question. Nous sommes tous en
train de chercher un sens à ce que nous
faisons. Je n’ai plus 30 ans. J’ai créé des
milliers de vêtements. Que voudrais-je
raconter à présent ? Produire pour produire, il en est hors de question. Nous
devons nous demander à qui nous nous
adressons. Comment vendre ? À qui
vendre ? J’ai envie d’habiller des gens
que je connais et qui m’inspirent. Je veux
les rencontrer, les écouter. Sans pour
autant répondre à tous leurs besoins car
la mode c’est aussi anticiper, devancer,
proposer des choses auxquelles le public
ne s’attend pas. Mais j’aime qu’un manteau tienne chaud, qu’un pull remplisse
sa fonction de pull. J’ai toujours été
moins intéressé par la mode que par le
style. Patou habillait les femmes pour
qu’elles se sentent belles. J’aime la mode
qui met en valeur, qui est complice. Je
suis mal à l’aise quand elle camoufle,
contraint, conceptualise. Patou, c’est
pour moi, j’y crois, et je l’ai dit à Sidney.
Avez-vous déjà rencontré M. Arnault ?
Oui, et moi qui suis un affectif, j’ai été
porté par son envie. Je pense que, dans
cet univers de grandes maisons, ce côté
start-up lui plaît. À la fin de notre entrevue, il m’a dit : « Dès que vous aurez
quelque chose à montrer, je viendrai. »
Même si nous sommes petits, nous sommes considérés. J’ai hâte ! Je suis content
de retrouver cette adrénaline.
L’industrie a réveillé plusieurs maisons
endormies ces vingt dernières années,
mais avec peu de réussite.
La question m’a trotté dans la tête :
« Patou est un nom ancien, en a-t-on encore besoin ? » Objectivement, Patou est
un nom magique à faire revivre. Mais il
n’a d’intérêt que si nous faisons renaître
Vous ne vous êtes pourtant arrêté
que six mois.
Six mois, c’est une saison entière. C’était
interminable (rires). D’autant que la
mode n’a pas de mémoire. Le collectif
m’a manqué, j’étais triste de ne pas faire
ce que j’aime tant. J’attendais le projet
majuscule et c’est Patou. ■
Pour revenir au présent, vous avez
quitté votre dernier poste en mars.
Quand on a été directeur artistique
d’une grande maison, n’y a-t-il pas
l’inquiétude du « que faire après » ?
C’est drôle que vous posiez cette question. Je ne suis pas un naïf mais je n’ai jamais cherché à être DA d’une grande
maison. Je voulais être heureux.
Vous avez tout de même pris du plaisir
à être au-devant de la scène.
Évidemment ! Tous les créatifs ont de
l’ego. Avoir la charge d’une maison,
c’est comme être réalisateur d’un film.
Qu’il soit bon ou mauvais, c’est votre
responsabilité. J’aime mon travail et je
l’assume mais je ne me le suis jamais
souhaité. Ces derniers mois, j’étais en
période de transition. Aujourd’hui, je
veux trouver dans la mode une forme
d’épanouissement.
Le regard de Sidney Toledano,
PDG de LVMH Fashion Group
en train d’incuber un créateur. Tout est
à faire, il s’agit moins d’un re-lancement
que d’un lancement de marque… avec un
nom magique. Patou, ça sonne comme
Dior. Quand j’ai commencé chez Christian
Dior en 1994, c’est la musique, la sonorité
de ce nom qui m’a fait croire en la force
de cette maison… Dans un contexte
très influencé par le streetwear,
je trouve que c’est le bon moment
pour lancer une griffe signant un retour
à l’élégance, sans nécessairement être
dans la sophistication ou l’ultraluxe. »
PROPOS RECUEILLIS PAR H. G.
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A
« Avec Guillaume, nous nous étions déjà
rencontrés. Cette fois, chez Carette,
nous nous voyions pour tout autre
chose, et il se met à me parler de Patou !
J’avais le dossier sur mon bureau
et commencé à l’étudier mais j’avais
d’autres priorités comme Celine (avec
le premier défilé d’Hedi Slimane ce soir,
NDLR), Givenchy, Loewe… Ce jour-là,
le projet a pris forme de manière
instinctive. Pour l’instant, nous
en sommes au tout début, je n’annonce
pas de chiffres, pas d’objectifs. C’est une
start-up au sein de LVMH. Nous sommes
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vendredi 28 septembre 2018
36
AUTOMOBILE
75 INFINITI Paris 16
75 INFINITI Paris 17
78 INFINITI Conflans-Ste-Honorine
91 INFINITI Viry-Châtillon
91 INFINITI Les Ulis
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LE FIGARO
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37
« Poldark » : autant en emportent
les Cornouailles
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Anthony Palou
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Cauchemar
en cuisine
Porté par un héros ténébreux, le feuilleton historique phare de la BBC plonge dans les années de famine
et de misère de la province britannique, à la fin du XVIIIe siècle. Le romanesque anglais à son apogée !
BFMTV | 22 heures | Mercredi
I
portrait de l’Angleterre à l’aube de la révolution industrielle.
Le souffle de la saga, qui joue sciemment la carte de la sensualité, se nourrit
de l’alchimie de son duo. Révélé par la
trilogie du Hobbit de Peter Jackson, l’interprète de Poldark, Aidan Turner, est
devenu le fantasme d’une nation en apparaissant torse nu, dès le premier épisode, pour faucher ses champs.
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
D
arcy, Rochester, John Thornton… Le panthéon des héros
ténébreux de la littérature
anglaise serait incomplet
sans l’impétueux Ross Poldark. La BBC ne s’y est pas trompée en
lançant en 2015 une nouvelle adaptation
télévisuelle des turpitudes de ce gentleman, héritier d’une terre stérile et de mines épuisées. Un homme pris en étau entre deux femmes dans les Cornouailles
affamées de la fin du XVIIIe siècle. Cette
grande fresque issue des douze romans de
Winston Graham, déjà portée à l’écran
avec un immense succès dans les années
1970, se dévorera désormais tous les vendredis sur RMC Story (ex-Numéro 23).
On aurait tort de faire la fine bouche :
Poldark incarne le romanesque anglais à
son apogée ! Lorsque Ross Poldark revient
de la guerre d’indépendance américaine,
il découvre que son père est mort et ne lui
a laissé que des dettes. Sa promise Elizabeth, le croyant disparu au combat, s’est
fiancée à son cousin insipide. Blessé dans
son orgueil et mû par l’énergie du désespoir, il s’oppose aux banquiers et se bat
pour ramener la prospérité sur sa propriété. Poldark trouve une alliée imprévue en
Demelza. Il recueille la paysanne, battue
par son père et par ses frères, comme domestique, défiant le qu’en-dira-t-on. La
souillon est tout aussi colérique, obstinée
et révoltée que son protecteur. Les étincelles de la passion ne sont pas loin.
Décors naturels et somptueux, trahisons et triangles amoureux trépidants, Poldark
est un mélodrame en
costumes palpitant d’où
○○○¡
surgit un douloureux
Pas de respect de l’étiquette
20.55
L’impétueux Ross Poldark (Aidan Turner), héritier d’une terre stérile
et de mines épuisées, avec son amante Demelza (Eleanor Tomlinson).
Eleanor Tomlinson, qui campe Demelza,
rayonne de la même fougue. « Dans les
romans, Demelza finit au second plan. Notre scénariste Debbie Horsfield a eu l’intuition que notre adaptation ne ferait sens que
si elle était sur un pied d’égalité avec Poldark », glissait au Figaro la comédienne
au Festival de Monte-Carlo. Les amants
se rendent coup pour coup. « Demelza et
Poldark ne succombent pas au coup de foudre. Entre maître et servante, leur liaison
les accommode avant qu’ils ne se laissent
rattraper par leurs sentiments », décrypte
la Britannique, qui a dû apprendre l’accent si particulier de la région.
Habituée des fictions en costumes (The
White Queen, La mort s’invite à Pemberley)
et admiratrice de Kate Winslet, Eleanor
Tomlinson souligne que Demelza lui a
permis de sortir du moule : « Elle est
moins soumise à l’étiquette que les héroïnes
à corset habituelles. » Et de noter : « Dans
l’imaginaire, la Grande-Bretagne et le romanesque historique vont souvent de pair.
On est renvoyé à Jane Austen. Peut-être
parce que nos productions sont aussi élégantes que l’on imagine les Anglais. » Pour
les plus impatients qui deviendraient accros dès ce soir, sachez que Netflix héberge les quatre saisons de la série. La BBC
planche, elle, sur la cinquième, annoncée,
ô tristesse, comme la dernière. ■
Julien Clerc, cœur de chanteur
Un documentaire inédit retrace cinquante ans d’un parcours sans faute.
OLIVIER NUC £@oliviernuc
L
ongtemps, Julien Clerc s’est dérobé aux questions relatives à sa
vie privée. Alors qu’il célèbre
cinquante années d’une carrière
sans éclipse, le mélodiste et
chanteur a accepté de mettre sa pudeur de
côté le temps d’un documentaire signé
Pascal Forneri, retraçant l’ensemble de sa
vie. Chez lui comme chez les autres, les
traits de sa personnalité sont le fruit de
son éducation, cette « Double Enfance »
qu’a mis en parole pour lui son ami Maxime Le Forestier. Famille gaulliste bourgeoise côté paternel, ascendance antillaise et communiste de l’autre, Paul-Alain
LE BUZZ TV
Invitée : Laurie Cholewa,
interviewée par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez aujourd’hui sur :
Tout au long de sa carrière, Julien Clerc
n’a eu de cesse de renouveler
son répertoire. BOBY
MOTS CROISÉS
HORIZONTALEMENT
1. Gratin emprunté par Stendhal
à Shakespeare (deux mots).
- 2. Elle fait un effet monstre. - 3.
Sac dans le vestibule. - 4. Capitaine
vivace chez Labiche. Poing de
chute. - 5. Appât très piquant.
Esprit fort au Canada. - 6. Un
démagogue de première, piqué
par Les Guêpes d’Aristophane.
Préposition. - 7. Chef d’œuvre.
Peuplier noir. - 8. Une famille de
mal léchés. - 9. Disciple de Paul.
Pénètre dans les côtes. - 10.
Présente les armes, en un sens.
Graisse ancienne. - 11. Basse
fréquence. - 12. Déchaînés pendant la tempête.
ITV STUDIOS
l y avait de l’ambiance
sur le plateau de ce cher Bruce
Toussaint. De la tension. Un
débat entre Solveig Halloin, porteparole de Boucherie abolition,
et le bien nommé Romain Lebœuf,
meilleur ouvrier de France,
vice-président du Syndicat des
bouchers, charcutiers et traiteurs.
Autant dire que nous n’avons pas
assisté à un dîner décontracté,
convivial, nappe à carreaux
et serviette en tissu. Une question
en plat unique : « Qui veut fermer
les abattoirs ? » Madame Halloin
n’a pas l’air commode. Rugueuse,
pète-sec, son beau visage n’est
malheureusement pas une fête.
Crispée comme une langouste
plongée dans une eau bouillante.
Le genre d’antispéciste sans porte
ni fenêtre. Elle se définit non pas
comme « vegan » mais comme
« résistante animaliste », et débite
sa fonction à la mitraillette
comme on débite en tranches
un saucisson : « C’est un combat,
politique, de civilisation, celui
d’abolir le plus grand esclavage
de tous les temps, l’élevage.
La viande est issue d’un meurtre
[…] Vous, bouchers, on vous parle
génocide et vous nous parlez de vos
vitrines brisées ! » Elle nous a aussi
parlé de « tortures eugénistes »,
« gestations obligatoires »,
« assassinats sur les chaînes
industrielles », « déportations ».
Elle s’emballe. Romain Lebœuf,
très calme, est scié, ne peut pas lui
placer un tartare. Lui propose
de prendre, histoire de la calmer,
du Xanax. « Je pense qu’on mange
moins de viande mais de la bonne »,
dit-il, son métier ancestral au
cœur. Aurait dû lui répondre que
Hitler était végétarien. Nous avons
vu le résultat. C’est le boucher
qui découpe, qui égorge mais c’est
Madame Halloin qui a sorti les
couteaux. Aux rognons de porc,
elle semble préférer apparemment
ceux des bouchers. Au dîner, nous
avions pris du ris de veau. Sinon,
en Nouvelle-Zélande : une otarie a
giflé un kayakiste avec un poulpe.
Ce monde est si merveilleux.
Par Vincent Labbé
VERTICALEMENT
1. Spectaculaire travail de sape
(deux mots). - 2. Milite pour la
séparation de l’Église et de l’État.
- 3. Lieu couvert à l’entrée d’un
temple. Accumule les bûches. - 4.
Industrielle ou infantile. Entre
la Troade et l’Ionie. Les grosses
têtes. - 5. Créature poilue de
l’Himalaya. Intérieur chaud. Sucre.
- 6. Bon pour les quenottes. C’est
le ciel qui l’envoie. - 7. Le plus bas
par le bas. Il nous a gardé de la
peste. - 8. Congé hebdomadaire.
Ont un long passé.
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SOLUTION DU PROBLÈME N° 4842
HORIZONTALEMENT 1. Ambiguës. - 2. Loisible. - 3. Tumoraux.
- 4. Ecb. Octo. - 5. Rhéa. Sel. - 6. Câlin. So. - 7. Arômes. - 8. Tâtée. LU.
- 9. Ibis. Mie. - 10. Oie. Dam. - 11. Nervurée. - 12. Sherries.
VERTICALEMENT 1. Altercations. - 2. Moucharabieh. - 3. Bimbelotière.
- 4. Iso. Aimes. Vr. - 5. Giro. Née. Dur. - 6. Ubacs. Mari. - 7. Élûtes. Limée.
- 8. Sexologue. eS.
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Leclerc, alias Julien Clerc, s’est nourri à
ces deux pôles antagonistes. Musique
classique d’une part, chanson française de
l’autre, cet héritage bicéphale a inscrit en
lui son éclectisme musical. « Le rock’n’roll
m’a échappé », confie celui qui doit pourtant sa vocation à l’apparition des Beatles.
Obsessionnel dans ses passions
Collaborateurs de premier ordre (JeanClaude Petit, orchestrateur des débuts) et
membres de sa famille (sa fille Jeanne,
notamment) témoignent au sujet de cet
homme public pourtant
si secret. Le choix de ses
paroliers obéit à cette
double injonction : de
○○○¡
Roda-Gil et Maurice
Vallet initialement à Jean-Loup Dabadie,
Luc Plamondon ou Carla Bruni ultérieurement, Julien Clerc n’a eu de cesse de
renouveler son répertoire. Le film permet
de revoir « Juju » dans la peau du protagoniste chevelu de la comédie musicale
Hair mais aussi au gré de ses changements de style. À Bercy en 1984, l’homme
est devenu une star de la chanson aux
tubes radio populaires, aux textes « pas
intello mais efficaces » dixit Robert Charlebois. Travailleur acharné, homme obsessionnel dans ses passions, entier dans
ses amours, dévoué à ses
enfants, Julien Clerc apparaît ici comme un type
bien, amoureux, célébré
et serein. ■
21.00
Vendredi 28 septembre
BRIDGE
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
PROBLÈME N° 2925 : Deux petits obstacles
ARD
DV62
RV2
652
O
N
S
E
843
A43
A 7 6
ARDV
Contrat : Sud joue 6 Sans-Atout.
Entame : 10 de pour votre As (le 4 en Est).
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2924 : Reçu dix sur dix
Contrat : Sud joue 4 Cœurs.
Entame : Dame de pour l’As du mort (le 10 en Est).
Comment essayer de ne concéder qu’une levée de , puisque vous avez en outre deux perdants ?
Un honneur sec à gauche vous sera fatal, donc inutile de tirer l’As. Seul le 10 sec en Ouest
est une position gagnante avec les atouts 3-1.
A7632
Jouez donc pour le 3… et le Valet.
5
Notez que les risques de coupe à sont très faibles (partage
DV4
A963
6-2) et que ce jeu de sécurité s’impose donc absolument.
DV985
10
A 10 9
D 10 7 5
O
N
S
E
R 10
RD3
R7532
V84
3
AV987642
86
R2
A
« Grand angle »
PROBLÈME N° 4843
vendredi 28 septembre 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 28 septembre 2018 LE FIGARO
38 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Vanceslas
Soleil : Lever 07h46 - Coucher 19h35 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 C’est Canteloup
20.00 20 heures. Prés. : Laurent
Delahousse 20.40 Un si grand soleil.
Feuilleton. Avec Élisabeth Margoni.
21.00
21.00
Divertissement
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
Série. Policière
Documentaire. Biographie
19.50 Suburgatory. Série. Dalia
cherche sa voie - La bague au doigt.
MATIN
21.00 On a échangé
nos mamans
Divertissement. 1h45. Marie vs Peggy.
Inédit. Marie et Peggy, deux mamans
que tout oppose, vont échanger leurs
familles une semaine durant.
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Prés. : Denis Brogniart, Christophe
Beaugrand, Iris Mittenaere. 2h25.
Inédit. Les concurrents de ce jeu
viennent se défier sur un parcours
d’obstacles gigantesques.
23.25 Vendredi, tout est permis
avec Arthur Divertissement. Prés. :
Arthur. Spéciale Bal masqué.
19.05 Ryder Cup, le mag (C).
Magazine 20.35 Avant match (C).
Magazine.
Les petits meurtres
d’Agatha Christie
Nos années Julien Clerc
Fra. Saison 2. Avec Blandine Bellavoir.
Mélodie mortelle. Inédit. Le corps de
Mike, un guitariste à succès habitué
de la une de «Salut les copains», est
retrouvé sans vie.
22.45 Taratata 100 % Live Maga-
zine. Musical 0.50 Les petits meurtres
d’Agatha Christie. Série.
19.00 Drôles de grenouilles 19.45
Arte journal 20.05 28 minutes 20.55
50 nuances de Grecs. Série.
20.45
20.50 La maison France 5
23.00 Le divan de Marc-Olivier
Fogiel Magazine. Invitée : Macha
22.20 Silence, ça pousse ! Magazine
23.15 C dans l’air 0.20 C à vous
Méril 0.15 Soir/3 0.50 Libre court
19.45 Le 19.45. Présentation :
Nathalie Renoux 20.25 Scènes de
ménages. Série. Avec Claire Chust.
20.55
Football
21.00
Film. Drame
Série. Policière
12
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
Fra. 2018. Réal. : Pascal Forneri. 2h00.
Inédit. C’est un Julien Clerc inédit qui
se raconte dans ce documentaire, à
l’occasion de ses cinquante ans de
carrière. La star si pudique décide
enfin de se livrer, de raconter sa vie.
Magazine. Société. Prés. : Stéphane
Thebaut. 1h30. Dordogne - Sarlat.
Inédit. Au sommaire, notamment :
«Changer : Stéphane Millet doit délimiter une entrée» ; «Le cannage».
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Aec Jim Parsons. 2 épisodes.
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22.45 On a échangé nos mamans.
Divertissement.
Ninja Warrior Le parcours des héros
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APRÈS-MIDI
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Série. Policière. Fra. 2007. Saison 16.
Avec Véronique Genest. Une nouvelle vie. Julie enquête sur le meurtre
de Gérard Mayani, un policier retraité,
retrouvé assommé chez lui.
22.45 Julie Lescaut. Série. Écart de
conduite - Le droit de tuer.
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20.55 Julie Lescaut
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19.05 Les maîtres de l’auto. Série
doc. Un chantier colossal.
Saint-Étienne/Monaco Jan Masaryk,
Ligue 1. 8e journée. En direct du stade histoire d’une trahison
Geoffroy-Guichard. Monaco a clairement raté son début de saison. Mais
c’est sans doute la conséquence d’une
politique sportive assumée de revente
des stars confirmées.
République Tchèque-SlovaquieAll. 2016. Réal. : Julius Sevcík. 1h48.
Inédit. Avec Eva Herzigova, Karel
Roden. Un épisode clé de la vie du
diplomate tchèque Jan Masaryk.
22.40 Late Football Club Magazine
22.45 L’épopée pop de JeanCharles de Castelbajac Doc. 23.40
23.40 Kingsman : Le Cercle d’or. Film
1.55 Love Hunters. Film
La ligne Balmain. Doc. 0.35 Tracks
Bull
EU. Saison 2. Avec Michael Weatherly, Freddy Rodriguez, Annabelle
Attanasio. 2 épisodes. Inédits. Bull
participe au procès d’une adolescente accusée de vol à main armée
en compagnie de son petit ami.
22.50 Bull Série. Policière. EU. 2017
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T (en °c)
20.50 La face cachée
de la Résistance
Documentaire. Société. 1h05. Inédit.
Ce documentaire tente d’aller audelà des légendes et de montrer ce
qu’était vraiment la Résistance.
21.55 Champs de bataille. Série doc.
Le maquis du Vercors.
23.35 NCIS. Série. Jeu d’enfant - Caïn
et Abel - Le rêve d’Icare.
<-10 à 0
19.20 Rénovation impossible. Tomber
sur un os - C’est dans la boîte.
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec David Salles.
19.05 TPMP People : première partie.
Divertissement 20.10 TPMP People
21.00 Mentalist
21.00 Enquête d’action
21.00 TPMP refait la semaine !
Série. Policière. EU. 2011. Saison 4.
Avec Simon Baker, Robin Tunney.
2 épisodes. Un vendeur de voitures
est retrouvé mort, enterré dans un
parc. Il souffrait d’un cancer des os.
22.35 Mentalist. Série 0.20 Londres,
police judiciaire. Série.
Prés. : M.-A. Casalta. 2h00. Pompiers
de Paris : au cœur de la plus grande
caserne d’Europe. Inédit. Reportage
au sein de la caserne des sapeurspompiers de Masséna, à Paris.
23.00 Enquête d’action. Magazine.
Prés. : Marie-Ange Casalta.
SU DO KU
GRILLE 2677 DIFFICILE
SOLUTION DU N° 2676
A
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par téléphone :
COUVERT
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FLEURS
SPATULE
IL EST
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et sur
2,99 €/appel
FORCE 2
CHOQUANTE
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lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
NAVETTE
IL SERT
AU
BRICOLEUR
9/15
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22.40 Les Simpson. Série. Animation.
9 épisodes.
23.10 Balance ton post ! Divertissement. Présentation : Cyril Hanouna.
LUNDI
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MOTS FLÉCHÉS N°2087
Chaque jour un peu plus difficile
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Divertissement. Prés. : Jean-Luc
Lemoine. 2h10. En direct. Jean-Luc
Lemoine revient sur les grands événements de la semaine et décrypte
l’actualité média à sa manière.
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
SAMEDI
21.00 Les Simpson
Série. Animation. EU. 1998. Saison 10.
4 épisodes. Homer offre à Marge
un nouveau Canyonero après avoir
remarqué qu’il avait acheté le modèle
pour femme.
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ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
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0 à 10
BRUIT DE
RUPTURE
PIERRES
ROUGES
NATUREL
PERDUE
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EA
UV
O
N
présente
DIVISER
PAR DEUX
Volume
18
GAUFRÉE
HUMUS
AFFRONT
POTENTIELLE
HOMMES
ISOLÉS
OISEAU
EXOTIQUE
DÉSAVEU
CHAMPIGNON
PARFUMÉ
ID EST
PRÉNOM
DE
FEDERER
SENTENCE
CHEMIN
SUR
BERGE
DIEU
RADIEUX
MOT DU
RÊVEUR
MANCHE
PARFOIS
LONGUE
EN ÉTÉ
MÉLANGEA
MOTS
DE
COLMAR
À BREST
ARBITRÉE
STRIES
LIÉ AU
LION
LIGNE LUMINEUSE
PENDANT
PARTAGER
ASSISTE
LA
RÉDACTION
PARTIE
DU YEN
PREND
SES
DISTANCES
IL RAMPE
BUFFET
DE
SERVICE
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
SYMBOLE
CHIMIQUE
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L’ARGON D E C R E P E E
DEUX
VOYELLES
POUR UN
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29/08/2018 11:51
Édition Collector
6,90€
EN VENTE ACTUELLEMENT
chez tous les marchands
de journaux et
sur www.figarostore.fr
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LE FIGARO
vendredi 28 septembre 2018
39
Abnousse Shalmani,
la littérature pour patrie
JF PAGA
SUCCÈS L’écrivain, née à Téhéran, raconte les joies et les
douleurs de l’exil dans son dernier roman. Elle professe son
amour de la langue française et plaide pour la liberté des femmes.
Eugénie Bastié
£@EugenieBastie
N
e dites surtout pas d’elle qu’elle
est une « écrivaine iranienne ».
D’abord parce que Abnousse
Shalmani n’est pas pour la féminisation des noms, et qu’elle
se dit « écrivain ». Ensuite, parce que, si elle est née à Téhéran,
c’est en français qu’elle écrit.
« Je n’écris plus en persan, je ne suis pas un écrivain
iranien ! C’est par la langue française que j’ai redécouvert ma patrie d’origine », dit-elle d’un air malicieux. Regard noir intense et boucles blondes,
vive et menue, à 41 ans, Abnousse Shalmani arbore un air juvénile et gracieux. Dans son deuxième
livre, qui est aussi un premier roman, Les exilés
meurent aussi d’amour (Grasset), elle raconte
l’histoire d’une famille iranienne communiste gagnant Paris pour fuir le régime des mollahs après la
révolution. Les joies et les misères du déracinement sont racontées dans un style rappelant celui
du réalisme magique d’un Garcia Marquez ou d’un
Salman Rushdie. Des personnages baroques et
parfois monstrueux nous entraînent dans une saga
familiale sans pudeur ni mièvreries.
Une fiction autobiographique ? Shalmani avait
déjà raconté dans son essai Khomeiny, Sade et moi
(2016) son enfance iranienne dans les années 1980,
au milieu des barbus et des dames corbeaux qui
l’obligeaient à porter le voile.
ma italien d’après-guerre, où les femmes étaient
montrées bien plus libres qu’en France.
Féminine et universaliste, elle plaide pour un
féminisme individualiste et libertaire, à mille
lieues des jérémiades victimaires et communautaristes des zélatrices de MeToo. En janvier dernier, elle a fait partie des cent femmes à signer
dans Le Monde aux côtés de Catherine Deneuve le
fameux manifeste sur la « liberté d’importuner ».
Elle avait d’ailleurs personnellement voté contre
cette expression, mais reste solidaire de ses camarades, malgré les centaines d’insultes et de menaces de viol qu’elle a reçues. « Dans
mon précédent livre paru en 2016,
j’exhortais les femmes à parler, à aller au tribunal, avant que ce ne soit à
la mode avec l’affaire Weinstein. »« Ma crainte, c’est que la vic1977
timisation ne se transforme en inféNaissance à Téhéran
riorisation », explique-t-elle. Elle
1985
défend la liberté des femmes, et se
Exil à Paris
moque des gadgets tels que l’écritu2009
re inclusive. « En Iran, il n’y a pas de
Obtention de la
féminin ou de masculin, ça n’en fait
nationalité française
pas un pays spécialement ami des
2016
femmes ! J’ai besoin de savoir que
Publication de Khomeiny,
Colette existe, pas de mettre un “.e”
Sade et moi (Grasset)
à la fin des mots. »
Février 2018
Manifeste pour « La
« Métèque heureuse »
liberté d’importuner »
Elle s’inquiète aussi du climat de
dans Le Monde
censure qui pèse sur la création litAoût 2018
téraire, cette tendance à vouloir apPublication de son
précier les œuvres du passé à l’aune
premier roman Les exilés du manichéisme militant du présent
meurent aussi d’amour
et confondre la vie personnelle des
Ses parents, athées, appartiennent à la bourgeoisie iranienne. Son père, un grand lecteur,
avait une bouteille de whisky dans son bureau du
laboratoire de chimie. « Mais il se faisait tabasser à
l’université car il lisait Graham Greene, de la littérature “de droite” », raconte Shalmani. Elle a tiré de
cette expérience une allergie des certitudes, qu’elles soient religieuses ou politiques. En 1985, la famille quitte finalement l’Iran, où le climat est devenu irrespirable. Elle se souvient encore des
pages blanches, caviardées par la censure des
mollahs, dans La Montagne magique, de Thomas
Mann.
Un féminisme individualiste
et libertaire
« Toute la famille est partie aux
États-Unis, mais mon père a choisi la
France à cause de Victor Hugo », raconte Shalmani. Le jour 1 de l’exil, il
lui a tendu Les Misérables et un dictionnaire, et lui a dit : « On y va. »
« La première étape, pour un exilé,
c’est la langue. Je suis tombée amoureuse du français », dit Shalmani,
qui voue un culte à la littérature libertine du XVIIIe siècle. Adolescente, sur le mur de sa chambre, la généalogie des Rougon-Maquart
côtoie les posters de Madonna.
« Jusqu’à 14 ans, je croyais que Zola
était une femme ! », confesse l’écrivain. Titulaire d’une maîtrise d’histoire, elle a notamment travaillé sur
« Comment les femmes font
l’amour » et le néoréalisme du ciné-
Bio
EXPRESS
auteurs avec leurs œuvres. « Dickens était un type
effroyable, qui a abandonné femme et enfants et
produit pourtant une littérature humaniste. Virginia
Woolf était affreusement antisémite. Breaking
news : il existe des salauds ! »
Shalmani se désole aussi de la complaisance
pour l’islamisme d’une certaine frange du féminisme, qui défend le droit de se voiler. Quelle ne
fut pas sa déception lorsque à son arrivée à Paris, à
l’âge de 8 ans, elle recroisa dans le métro les voiles
qu’elle croyait avoir laissés à Téhéran. « Pour moi
la France, c’était le pays des femmes ! Je pensais
croiser des Simone de Beauvoir à chaque coin de
rue ! » « Le jour où il n’y aura plus un seul pays où le
voile est obligatoire, alors, oui, ça pourra être un
choix », argumente-t-elle.
Réfugiée politique, elle a obtenu la nationalité
française en février 2009, le mois du trentième
anniversaire de la révolution islamique. Shalmani
se définit volontiers comme une « métèque heureuse ». Elle se sent « française » et cuisine, paraît-il, la blanquette de veau à merveille. Elle n’est
jamais retournée à Téhéran. Avec un pamphlet associant dans son titre le Guide de la révolution au
marquis athée, elle n’y est pas la bienvenue. Elle
continue à s’intéresser à l’actualité de son pays
d’origine, et s’inquiète pour son avenir. Elle se désole du retour en arrière qui guette le régime après
les pressions américaines : « Trump fait une connerie monstrueuse. Les mollahs avaient commencé à
reculer avec les accords. Mais les Iraniens restent
avant tout nationalistes. » Et de lâcher d’un air désolé : « C’est reparti pour dix ans. » ■
« Les exilés meurent aussi d’amour », Grasset,
398 p., 22 euros.
UN DERNIER MOT
U 18
EA BRE 20
edemontety@lefigaro.fr
UV VEM
NOBRE – NO
Par Étienne de Montety
Pendre [pan-dr’] v. tr.
Accrocher et provoquer un sérieux accrochage.
U
n rappeur, du nom de Nick Conrad, vient d’enregistrer un clip intitulé
« Pendez les Blancs », qui provoque une grande indignation.
Le mot vient du latin pendere, suspendre. Et bien qu’il ne soit guère agréable
de parler de corde dans la maison d’un pendeur - ou si l’on préfère d’un dépendeur
d’andouilles -, il faut bien considérer ce mot.
« Je rentre dans des crèches, je tue des bébés blancs, attrapez-les vite et pendez
leurs parents » : avec des paroles d’une telle violence, comment le rappeur pouvait-il
imaginer qu’on serait conquis ? Pendu à ses lèvres ? On aurait risqué la nausée.
Le tollé a été immédiat. Il est probable que depuis hier les avocats du dénommé Conrad
sont, eux, déjà tous pendus : au téléphone. L’affaire est en cours ; on n’ose pas écrire
pendante, car l’accusé ne risque rien de cet ordre.
Il va plaider le deuxième degré, voire la liberté de l’artiste. Ira-t-il jusqu’à se prévaloir
de Villon et sa fameuse ballade ? « N’ayez les cœurs contre nous endurcis »…
Car que peut-on espérer pour clore cette histoire ? Qu’il se repente, qu’il se reprenne ?
Qu’il aille se faire pendre ailleurs. ■
TO
OC
Guerre juste ou guerre sainte ? Les croisades au-delà du mythe
De 1095 à 1291, elles ont été la réponse inlassable
des rois, des grands et des humbles à l’appel des
papes pour libérer Jérusalem et secourir les chrétiens
d’Orient. Le Figaro Histoire consacre un numéro
exceptionnel à l’épopée des croisades, qui façonna
à jamais la conscience occidentale. De la prise de
Jérusalem par Godefroy de Bouillon à la chute de SaintJean-d’Acre, ce dossier spécial revient sur deux siècles
qui ont marqué l’histoire. Les meilleurs spécialistes font
la part de la vérité et de la légende sur cette aventure
hors norme, décryptent les notions de guerre juste et
de guerre sainte, brossent le portrait des grands acteurs
d’une époque qui n’a rien perdu de son pouvoir de
fascination.
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Au cœur de l’actualité, Le Figaro Histoire passe à la loupe
les trois livres de Philippe de Villiers, Camille Pascal
et Eric Zemmour, qui offrent autant de méditations
inspirées sur l’histoire et signent la persistance d’un
roman national à la française. Côté reportage, il vous
ouvre les portes du monastère de Brou, avec ses
magnifiques gisants restaurés, et vous emmène visiter
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intacts qui témoignent de la villégiature raffinée
de l’aristocratie russe et de la famille impériale au
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Le Figaro Histoire,
tout reste à découvrir
Le prix Jacques-Audiberti de la ville d’Antibes sera décerné
ce week-end à Sylvain Tesson par un jury présidé par
Didier van Cauwelaert. Cette prestigieuse récompense
est remise chaque année à des auteurs français et étrangers
liés à la Méditerranée : au palmarès on compte Durrell
et d’Ormesson, Albert Cossery ou Arturo Perez-Reverte.
Ce vendredi, le lauréat rencontrera les collégiens et lycéens
de la ville et le prix lui sera remis solennellement samedi
par le maire d’Antibes Juan-les-Pins, Jean Leonetti.
Manuel Valls choisit
l’Espagne contre les Bleus
La foi chrétienne
du général de Gaulle
C’était la première interview
radiophonique du candidat
à la mairie de Barcelone depuis
l’annonce de sa participation aux
municipales. Jeudi matin, Manuel
Valls a été accueilli par une question
piège sur la radio catalane privée RAC
1, leader d’audience dans la région.
« Imaginez qu’en 2022, la France
affronte l’Espagne en finale
de la Coupe du monde,
qui aimeriez-vous voir gagner ? »,
lui demande le présentateur.
« L’Espagne ! » répond Valls sans
hésiter, rappelant qu’il avait déjà
soutenu le Barça face au PSG.
Delphine Bürkli, maire du
IXe arrondissement de Paris, a
reçu mercredi 26 septembre
Laurent de Gaulle (qui habite cet
arrondissement) pour une soirée
exceptionnelle autour de son
livre : Une vie sous le regard de
Dieu, la foi du général de Gaulle.
Un sujet d’actualité au regard des
problèmes rencontrés par les
hommes politiques pour allier
loyalement laïcité et conviction
personnelle. Mgr Andrea
Ferrante, premier conseiller à la
nonciature du Vatican à Paris,
était présent à cette réunion.
A
Sylvain Tesson reçoit
le prix Jacques-Audiberti
EMANUELE SCORCELLETTI/LE FIGARO MAGAZINE
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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