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Le Figaro - 30 08 2018

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jeudi 30 août 2018 LE FIGARO - N° 23 031 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
L’ÉTÉ
MOZART,
FOUDROYÉ EN
QUINZE JOURS
DU
FIGARO
CE QUI A
CHANGÉ POUR
LES BANQUES
APRÈS 2008
PAGE 27
JEUX D’ÉTÉ PAGE 18
ÉTATS-UNIS
Le trumpisme à
l’épreuve des urnes
en Arizona
PAGE 7
ÉDUCATION
Blanquer aborde
la rentrée l’esprit
serein PAGE 9
SÉCURITÉ
Une police
scientifique
dernier cri PAGE 10
ESTROSI-CIOTTI,
LES FRÈRES ENNEMIS
DE LA CÔTE D’AZUR PAGE 19
PAGE 21
La France débordée par
les demandes d’asile
Au cours des sept premiers mois de l’année, le nombre de demandeurs d’asile a augmenté de
17 % en France. Une procédure, a priori destinée aux seuls réfugiés, de plus en plus détournée.
Parmi les dix pays figurant en
tête du classement des demandeurs d’asile par origine,
on trouve certes l’Afghanistan, la Syrie ou le Soudan.
Mais aussi des régions du
monde plus inattendues. Les
Balkans, avec l’Albanie, ou le
Caucase, avec la Géorgie,
fournissent parmi les plus
fortes cohortes de demandeurs d’asile en France. Cette
tendance, qui s’explique par
la libéralisation des visas, soulève la question de l’usage du
droit d’asile. Gérard Collomb
tente de maîtriser ces flux de
demandeurs abusifs, mais
l’opposition souligne le détournement d’un système
è LA MÉTHODE COLLOMB POUR TENTER DE RÉDUIRE L’AFFLUX D’ALBANAIS è LES GÉORGIENS : CES IMPROBABLES SOLLICITEURS
è DUBLIN IV, LA RÉFORME IMPOSSIBLE è « ÉTRANGERS MALADES », LE PLAN B DES DÉBOUTÉS PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
Rentrée littéraire : quand les monstres
sacrés deviennent des héros de romans
L’après-Hulot,
nouveau
casse-tête du
gouvernement
PÉDIATRIE
Laissez
les enfants jouer,
alertent
les médecins
PAGE 12
PARFUM
Joy, la fragrance
de l’époque selon
Dior PAGE 13
SECTEUR PUBLIC
L’État donne
les clefs de La Poste
à la Caisse
des dépôts PAGE 24
La chronique
de Luc Ferry
L’entretien avec
Douglas Murray
n
n
PAGE 20
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mercredi :
Le départ de Nicolas Hulot
affaiblit-il Emmanuel
Macron ?
OUI
67 %
NON
33 %
TOTAL DE VOTANTS : 72 340
M 00108 - 830 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@i@n@a@a";
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sur lefigaro.fr
Après la démission
de Nicolas Hulot, Macron
doit-il procéder à un vaste
remaniement ?
RUE DES ARCHIVES/CCI SHOOTPIX/ABACA - LEEMAGE.FARARUE DES ARCHIVES/RDA STUDIO LIPNITZKI - JEAN JACQUES
LAPEYRONNIE/GAMMA RUE DES ARCHIVES ©MARCEL DOLE
De gauche à droite : Elsa Morante, Ava Gardner, André Breton, Maria Schneider, Alain Delon : autant de figures
de la littérature et du cinéma devenues des personnages de romans, en cette rentrée littéraire 2018. PAGES 14 ET 15
Alors que l’Élysée s’emploie à
minimiser la démission surprise de Nicolas Hulot, en la réduisant à une « décision personnelle »,
l’exécutif
est
contraint de bouleverser son
agenda en attendant un remaniement, dont on ne connaît
toujours pas les contours, et
qui ne devrait a priori intervenir qu’en début de semaine
prochaine. Prévu de longue
date pour ce vendredi, un séminaire de rentrée gouvernemental a ainsi été reporté sine
die. Ce rendez-vous était censé
redonner cohésion et force à
l’équipe ministérielle d’Emmanuel Macron.
PAGES 5, 6 ET 20
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
Charité mal ordonnée
M
al poser un problème, c’est
s’interdire de le résoudre.
Ainsi en est-il de ces centaines de milliers d’hommes, de
femmes et d’enfants qui
franchissent les frontières pour atteindre
l’Union européenne.
Comme le précisent une nouvelle fois les
chiffres de l’Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides, la plupart
ne sont pas des exilés, fuyant des guerres ou
des persécutions politiques, mais des immigrés clandestins - pas toujours d’Afrique en quête d’un avenir économique meilleur.
La réalité n’est donc pas du tout celle que le
matraquage médiatique nous impose.
Depuis le 1er janvier, Albanais, Ivoiriens,
Guinéens, Géorgiens et Arméniens ont été
parmi les plus nombreux à frapper à notre
porte. Ils ont réclamé un droit d’asile dont
ils ont contribué à faire exploser le nombre
de demandes de 17 % par rapport à un début d’année 2017 qui avait déjà battu un record. Ressortissants de pays en paix ou réputés « sûrs », ils n’y sont, en principe, pas
éligibles. Mais notre complaisance leur permet de tenter leur chance pour disparaître
dans le long labyrinthe des procédures
d’examen des dossiers. Déboutés dans leur
grande majorité, ils s’évaporent ensuite
dans la nature, faute de pouvoir être immédiatement raccompagnés dans leur pays.
Complètement défaillante, en dépit des réformes engagées par l’actuel gouvernement, notre politique de lutte contre l’immigration clandestine mérite d’être revue
et corrigée de A à
Z. En limitant
l’accès aux demandes d’asile
aux seuls réfugiés
politiques et en
supprimant les
aides sociales mises
spontanément à disposition. En conditionnant enfin notre aide
économique à l’acceptation, par les pays
d’origine, de leurs ressortissants expulsés.
Décidé à lutter contre la vague des partis
antimigrants, Emmanuel Macron prêchera
dans le désert aussi longtemps qu’il ne remédiera pas à la charité mal ordonnée qui
règne en France et en Europe. ■
La lutte
contre
l’immigration
clandestine
doit être
revue de A à Z
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
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ISSN 0182.5852
Photomontage © Creative Room MK
CHAMPS
LIBRES
trop généreux. Elle conteste
l’efficacité des procédures
mises en place dans le cadre
de la loi asile et immigration,
votée cet été.
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13 – 19 septembre 2018
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A
LA CRISE 10 ANS
APRÈS
ENQUÊTE
DE QUOI SONT-ILS
VRAIMENT MORTS ?
jeudi 30 août 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
«
La demande d’asile est une machine
folle, totalement incontrôlable,
qui permet de rendre légal un système
d’immigration illégale et même
de traite des êtres humains
»
ÉRIC CIOTTI, DÉPUTÉ DES ALPES-MARITIMES, AU « FIGARO »
«
Un texte équilibré qui permet à notre pays
de rester fidèle à sa tradition d’accueil
de tous les persécutés tout en assurant,
pour les étrangers en situation illégale, un
éloignement conforme à notre État de droit
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
2
GÉRARD COLLOMB, LE 1ER AOÛT, SUR LA LOI ASILE ET IMMIGRATION
»
En France, la demande d’asile s’emballe
Le nombre de dossiers présentés a augmenté de plus de 17 % depuis janvier. L’opposition dénonce
le dévoiement d’un système initialement destiné à accueillir les personnes persécutées dans leur pays.
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
DURE RENTRÉE sur le front de l’immigration. La pression au guichet de l’asile
en France a augmenté de près de plus
17 % sur les sept premiers mois de l’année, comparés à la même période de
2017. Pas moins de 67 306 dossiers ont
ainsi été présentés à l’Office français
pour la protection des réfugiés et des
apatrides (Ofpra) depuis le 1er janvier.
Si l’on ne retient que les premières
demandes (hors réexamens et réouvertures de dossiers), en incluant les
mineurs, la hausse atteint 16 %
(61 162 dossiers présentés depuis janvier, contre 52 721 l’année précédente).
Or la demande d’asile globale avait déjà
connu son plus haut niveau historique
l’an dernier, avec 100 000 dossiers déposés et même 120 000 en comptant les
« dublinés », c’est-à-dire ceux des migrants qui, ayant été refusés dans un
pays de l’Union ou ayant été préalablement enregistrés dans ce pays, retentent leur chance au guichet français de
l’asile. L’année 2018 devrait donc battre
tous les records.
Chez Les Républicains, Éric Ciotti,
député des Alpes-Maritimes et secrétaire général adjoint de son mouvement, dénonce une dérive. « La demande s’éloigne de plus en plus des zones
de guerre au profit d’une immigration
purement économique », déplore-t-il.
Selon lui, « au-delà des rodomontades
du pouvoir, on voit bien que la politique
mise en œuvre depuis un an et demi est
inefficace. Jamais l’immigration légale et
illégale n’a été aussi forte ». Et l’élu
d’ajouter : « Plus de la moitié des demandeurs sont des déboutés qui restent
en France, parce que la naïveté de nos
Premières demandes de protection internationale
sur une période de 7 mois**
Adultes
Mineurs***
Répartition des demandeurs d’asile par pays d'origine
sur 7 mois** en 2018, mineurs inclus***
Afghanistan
+16 %*
6 133
61 162
52 721
Albanie
11 011
3 861
11 089
Géorgie
3 276
50 151
41 632
Côte d'Ivoire
2 870
Guinée
7 mois 2017
7 mois 2018
2 826
Soudan
2 615
Provenance des 1res demandes d'asile dans les DOM-TOM, en %
République
démocratique
du Congo
Autres
12,2 %
30 %
Rwanda
14,4 %
Rép. dém. du Congo
Guinée-Bissau 1,6 %
2 394
Autres
Syrie 3,1 %
République
dominicaine
11,4 %
Bangladesh
5,8 %
2 147
MAYOTTE
GUYANE
7 mois 2018
7 mois 2018
Syrie
2 069
Algérie
18,1 %
Burundi
Comores
Source : OFPRA
1 860
78,1 %
25,3 %
Haïti
Autres pays
* Hors réexamens et réouvertures de dossiers ** Du 1er février au 9 août *** Mineurs accompagnants inclus
La méthode Collomb pour tenter
de réduire l’afflux d’Albanais
A
JEAN CHICHIZOLA
NUL ne s’étonnera de trouver l’Afghanistan au premier rang des demandes
d’asile. La présence de l’Albanie en seconde position est plus surprenante.
Considérée comme une nation « sûre »
par l’Ofpra, elle ne connaît pas, ou plus,
de tensions majeures ou de situation de
guerre civile ou extérieure. Économiquement, elle se situe au 96e rang mondial en termes de PIB par habitant, un
résultat bien meilleur que l’Afghanistan
(175e) et les trois autres pays du « top 5 »
des demandeurs (Guinée, 174e, Côte
d’Ivoire, 151e, Soudan, 173e). Les associations de défense des demandeurs
d’asile dénoncent notamment une résurgence des vendettas traditionnelles.
Ce qui ne suffit peut-être pas à expliquer
cette seconde place, certes en fort recul
(- 43,9 % avec 2 767 demandes de janvier à juillet 2018 contre 4 931 demandes
pour la même période de 2017).
La réponse tient en réalité en trois
mots : libéralisation des visas. L’Albanie,
après d’autres pays aux frontières de
l’Union européenne, en a bénéficié.
Avec pour conséquence, des plus classiques, une augmentation des demandes
d’asile. En 2017, les Albanais représentaient la première demande en France,
faciliter les expulsions par des délais de
rétention plus long des étrangers en situation illégale. Toute la difficulté, en
effet, est d’obtenir des pays d’origine,
dans un temps raisonnable, les laissezpasser consulaires sans lesquels aucune
expulsion n’est possible.
Seulement voilà : les décrets d’application de cette loi arriveront bien après
le coup de tabac migratoire de ces derniers mois et l’opposition ne croit pas à
l’efficacité de « ces nouvelles procédures
qui ne changeront rien », selon le sénateur LR du Rhône, François-Noël
Buffet.
Des premières demandes en hausse
Baisse dans les départements
d’outre-mer
Au palmarès des nationalités, depuis
janvier, hors mineurs, les demandeurs
afghans sont les plus nombreux
(5 682 dossiers en première demande,
+ 71 %, pour beaucoup des migrants venus d’Allemagne). Les Albanais suivent
(2 767 dossiers, en baisse de 43 %, grâce
à des accords bilatéraux mis en place
par Gérard Collomb). Arrivent ensuite
les Guinéens (2 628 dossiers, + 27 %),
puis les Ivoiriens (2 551 dossiers, + 51 %),
juste avant les Soudanais (2 484, en
baisse de 12 %) ou encore les ressortissants de Géorgie (2 319 dossiers).
La demande géorgienne a augmenté
à elle seule de 306 % ! À noter, tout de
même, la baisse significative des dossiers déposés dans les départements
d’outre-mer (- 42 %, soit 2 036 premières demandes pour Mayotte, La Réunion, les Antilles et la Guyane).
procédures rend quasiment inopérante
toute forme d’éloignement. »
Comme beaucoup dans son camp, il
estime que le système qui faisait l’honneur du « pays des droits de l’homme »
a été « dévoyé ». « Le gouvernement se
donne les moyens d’agir ! », rétorque un
proche du ministre de l’Intérieur. Gérard Collomb espère beaucoup de sa
« loi pour une immigration maîtrisée, un
droit d’asile effectif et une intégration
réussie », votée le 1er août dernier. Elle
doit, en principe, permettre d’accélérer
le traitement de la demande d’asile
pour fluidifier la machine, mais aussi
en forte hausse annuelle (+ 65%).
L’Hexagone semblait particulièrement
attractif puisque la France concentrait
40 % des demandes d’asile « albanaises » de l’Union. Des chiffres témoignant de l’existence de véritables filières
de passeurs. Et un problème se compliquant encore du fait des activités criminelles des mafias albanaises, spécialisées
dans le proxénétisme et le trafic de drogue et bien connues des services de poli-
L’Hexagone semblait
particulièrement attractif
puisque la France
concentrait 40 % des
demandes d’asile
« albanaises » de l’Union
ce européens. Début 2018, un demandeur d’asile était ainsi interpellé dans la
région lyonnaise alors qu’il avait installé
dans son logement social… un laboratoire de fabrication d’héroïne.
Face à ces problèmes, le ministre de
l’Intérieur, Gérard Collomb, a rapidement
pris contact avec le gouvernement albanais pour renforcer la coopération, dissuader les départs et lutter contre les réseaux criminels. L’Albanie étant candidate
à l’entrée dans l’Union européenne avec
un possible démarrage du processus, très
long, dès 2019, Tirana s’est montrée réceptive. Le 20 juillet 2017, un plan d’action
a été présenté par la Place Beauvau. Côté
albanais, les contrôles des départs ont été
renforcés, avec une hausse du nombre de
refus de sortie du territoire. Les réadmissions en Albanie de ressortissants albanais
faisant l’objet d’une obligation de quitter
le territoire français ont également augmenté de 30 % en 2017 par rapport à 2016
et le mouvement s’est poursuivi en 2018.
Côté français, le nombre des éloignements
a connu une nouvelle hausse pour les sept
premiers mois de 2018 (+ 23,25%).
Par ailleurs, en juillet 2018, l’Albanie
était au premier rang (17,9 % du total) des
demandes d’asile placées en procédure
accélérée. Selon cette procédure, l’Ofpra
doit se prononcer en quinze jours et la
Cour nationale du droit d’asile en cinq semaines contre des mois pour la procédure
classique. Autant de mesures qui expliquent le recul de 43,9 % pour les sept
premiers mois de 2018. Sans oublier le
renforcement de la coopération policière
avec l’arrivée de quatre officiers de
liaison albanais déployés dans les services
territoriaux de la Police aux frontières à
Metz et à Lyon, à la DCPJ et à la DGGN
pour mieux lutter contre les passeurs et
les mafias albanaises. ■
31 111
Infographie
Le président de la commission des
lois de la Haute Assemblée, Philippe
Bas, voit, pour sa part, dans la loi
Collomb, « une véritable occasion manquée en matière de lutte contre l’immigration irrégulière ». Un texte qui, selon
lui, « ne comprend aucune stratégie pour
une maîtrise efficace des flux migratoires », ni surtout « aucune des mesures de
rigueur proposées par le Sénat »…
« Effet de déstockage
dans les préfectures »
François-Noël Buffet explicite : « Cette
mesure des 90 jours (de rétention,
NDLR), par exemple, c’est du pur affichage. Une fois sur deux, l’éloignement
n’échoue pas pour une question de
temps, mais tout simplement parce que le
pays du ressortissant éloigné ne répond
pas à la demande de laissez-passer
consulaire. » La Chine ne reprend aucun
de ses ressortissants, le Mali quasiment
aucun et les États du Maghreb font régulièrement la sourde oreille. Sans parler du Sénégal ou de l’Afghanistan, pour
les 20 % de demandeurs afghans qui
n’obtiennent pas la protection de la
France.
L’Ofpra est dans une autre logique. Il
ne s’occupe pas des éloignements, qui
sont de la responsabilité des préfets. La
hausse des demandes d’asile ? « Elle
s’explique beaucoup par les mouvements
secondaires des personnes dont les dossiers ont été rejetés ailleurs en Europe »,
explique un officier de l’immigration. À
l’entendre, il y aurait aussi un « effet de
déstockage dans les préfectures », celles-ci ayant été sommées par Beauvau
de combler leurs retards dans le traitement initial des demandes.
Gérard Collomb refuse de céder au
pessimisme et s’en tient à la doctrine
Macron : « La ligne claire et humaine de
la France », a-t-il tweeté, ce lundi. Elle
repose, rappelle-t-il, sur « un accueil
inconditionnel pour les persécutés éligibles à l’asile et une coopération efficace
pour réduire les flux liés aux migrations
économiques ». Éternel diptyque qui tenaille depuis Pasqua les premiers flics
de France, entre fermeté et humanité. ■
Les Géorgiens : ces
improbables solliciteurs
LE « MODÈLE » albanais fonctionnera-til pour le Caucase ? Si l’Albanie est en seconde position pour les demandes d’asile
(voir ci-contre), la Géorgie, pays « sûr »
depuis 2013, arrive quant à elle au sixième
rang avec 2 319 demandes. Mais avec un
taux de progression impressionnant,
+306,8 %, bien supérieur à la « flambée »
albanaise de 2016-2017. Et avec les mêmes éléments intrigants : une économie
certes peu florissante (112e rang mondial
pour le PIB par habitant) mais en bien
moins mauvais état que la République démocratique du Congo (au 8e rang des demandeurs) ou le Bangladesh (au 7e rang).
Et une situation intérieure, certes marquée par l’occupation d’une partie du
territoire par l’armée russe, mais sans
conflits ouverts ni tensions majeures.
Comme pour l’Albanie, la réponse à
cette hausse se trouve dans l’exemption
de visas de court séjour décidée en
mars 2017. Une façon de saluer l’engagement pro-occidental du pays et de le soutenir face à l’influence russe. Conséquence immédiate : une très forte hausse de la
demande d’asile. Sur les six premiers
mois de 2018, la Géorgie se plaçait même
au 5e rang avec une progression de
+ 322% par rapport aux six premiers mois
de 2017. Juillet semble donc avoir été
marqué par un léger retournement de
tendance.
Et pour cause. Le 4 juillet, à Paris, Gérard Collomb a rencontré à sa demande
son homologue géorgien, Giorgi
Gakharia. Au menu des discussions :
l’immigration irrégulière et la lutte
contre les réseaux criminels géorgiens
en France. Car les mafias géorgiennes
sont tout aussi connues des polices de
l’Union européenne que les mafias albanaises.
Accord bilatéral en préparation
Un « plan » franco-géorgien a été mis en
place et la Place Beauvau espère bien que
ses effets se feront sentir rapidement. Les
Géorgiens ont notamment mis l’accent
sur le renforcement des modalités de
contrôle de sortie du territoire géorgien,
et la réduction des possibilités de changement de nom. Sur les sept premiers mois
de 2018, la Géorgie est au second rang
pour les demandes d’asile placées par la
France en procédure accélérée, avec
14,9 % du total ; l’Arménie, autre pays du
Caucase, étant troisième (6 %). Pour la
lutte contre les réseaux criminels, un accord bilatéral est en préparation, avec la
mise en place d’un groupe commun
comprenant, côté français, des membres
de l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante et de l’Office central
de lutte contre le crime organisé. ■
J. C.
jeudi 30 août 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
Dublin IV, la réforme impossible
« ÉTRANGERS
MALADES »,
LE PLAN B
DES DÉBOUTÉS
La procédure européenne de répartition des migrants se heurte aux intérêts
contradictoires de pays qui ne peuvent s’entendre.
« LA PROCÉDURE de Dublin est morte ! » Le sénateur LR du Rhône, François-Noël Buffet, est catégorique. Durant l’été, les instances européennes
ont tenté de sauver ce système de répartition des migrants entre les pays de
l’Union. Son principe est simple : tout
étranger demandeur d’asile doit déposer sa demande dans le premier pays signataire où il est entré et a été enregistré. À charge pour ce pays de traiter son
dossier et de l’expulser si sa demande
est rejetée. C’est la règle des accords de
Dublin III, qui remontent à 2013.
Dans le contexte d’explosion des flux
migratoires vers l’Europe depuis 2015,
le dispositif a montré ses limites. La
pression est devenue trop forte aux
frontières extérieures de l’Union, notamment en Grèce et en Italie. Deux
pays qui n’ont de cesse de dénoncer le
manque de solidarité des États membres dans l’accueil des déracinés. Le
nombre de primo-demandeurs en Europe est passé de 563 000 en 2014 à
près de 1,3 million en 2015, puis
1,2 million en 2016 et encore près de
650 000 en 2017.
La réforme de Dublin IV défendue
par Bruxelles ne modifie en rien le
principe de la responsabilité du pays de
première entrée. Mais elle instaure un
« mécanisme correcteur » de quotas
entre les 28 pays de l’Union. Comme
cela fut déjà tenté en 2015, avec un
succès tout relatif. La répartition se ferait selon des critères plus ou moins
objectifs, comme la taille de la population ou le PIB du pays d’accueil. Et les
récalcitrants se verraient infliger des
pénalités financières, via la suspension
du versement des fonds structurels et
d’investissement européens dont ils
bénéficient.
Le 16 novembre 2017, le Parlement
européen a voté en faveur d’une
meilleure répartition des demandeurs,
ANTONIO PARRINELLO/REUTERS
JEAN MARC LECLERC £@leclercjm
Des migrants débarquent du navire de la garde côtière italienne Diciotti, dimanche, au port de Catane, en Sicile.
qui pourraient rejoindre en priorité des
pays avec lesquels ils ont tissé des liens,
là où ils ont de la famille, par exemple.
Restait à trouver un accord avec tous
les pays membres de l’Union. Mission
impossible.
L’Autriche, qui préside depuis juillet
le Conseil de l’UE, prend acte de
l’échec du projet. L’Italie juge Dublin
IV insuffisant. Elle réclame des quotas
permanents, une hausse des financements pour aider les pays d’Afrique qui
combattent l’immigration et surtout
des centres d’accueil pour migrants de
l’autre côté de la Méditerranée, en Libye notamment, pour ne plus être
mise devant le fait accompli des tra-
versées massives de migrants économiques, par centaines de milliers, qui
ne repartent plus.
Des « centres fermés »
sous contrôle européen
Ce n’est pas la vision de la France d’Emmanuel Macron ni de l’Espagne de Pedro
Sánchez, qui verraient plutôt des « centres fermés » sous contrôle européen,
principalement en Italie et en Grèce.
Quant aux pays du groupe de Visegrad
(Hongrie, Pologne, République tchèque,
Slovaquie), ils refusent purement et simplement l’idée de quotas obligatoires.
Au final, l’Allemagne d’Angela Merkel, qui a suscité un immense appel
d’air en ouvrant en 2015 les vannes de
l’immigration, ne contrôle plus grandchose. Elle propose la conclusion d’accords hors du cadre de l’Union pour
sortir de l’impasse. Sur le papier, l’Espagne socialiste vient de promettre à
Berlin de reprendre les migrants arrivant en Allemagne mais enregistrés
préalablement sur son sol. La chancelière rêve de rééditer l’exploit avec
Rome et Athènes. Mais ces capitales
sont plus coriaces. La France, pour sa
part, ne parvient pas à expulser plus de
10 % des migrants économiques censés
repartir par où ils sont entrés en Europe. La crise est plus inextricable que
jamais. ■
À Nantes, les migrants
toujours square Daviais
THIBAULT DUMAS£@dumasthib
PAR DIZAINES, elles sont réapparues.
Des grappes de tentes vertes, bleues,
grises, s’agglutinent autour des barrières que la préfecture avait posées square
Daviais, le 23 juillet dernier. Ce jour-là,
une compagnie de CRS avait évacué
dans le calme les migrants qui squattaient cette place du centre de Nantes.
Mais les migrants, principalement Soudanais ou Érythréens mais aussi Maliens
ou Nigérians, se sont juste déplacés de
quelques mètres.
« Ils sont entre 450 et 500 à ce jour.
Beaucoup d’entre eux souhaitent rester à
Nantes, ceux qui étaient partis en Vendée
sont revenus et il y a eu de nouveaux arrivants », explique au Figaro la préfète de
Loire-Atlantique, Nicole Klein. Lors des
expulsions, 255 demandeurs d’asile, 85
primo-demandeurs, 85 « dublinés » et
dix réfugiés ont été recensés. La représentante de l’État reconnaît : « une situation dégradée. C’est insalubre et les
tentes sont un peu plus cachées désormais ».
A
Des cas de gale
Sur place règne la débrouille. Ce matinlà, un bénévole dispense un cours en
« franglais » à une vingtaine de migrants arabophones assis autour d’une
table de pique-nique – sur le campement quelques-uns s’expriment en anglais, un ou deux en français. « Les ONG
ne sont pas toujours là, n’y a eu que deux
permanences médicales en août », se désole Huguette (son prénom a été changé), une quinquagénaire qui vient régulièrement donner un coup de main.
Ibrahim, un Soudanais, souhaite
« appeler le 115 » car il a « mal à la poitrine ». « C’est sûrement de la tuberculose
qui n’a pas encore été diagnostiquée, il y a
aussi des cas de gale, je vais m’arranger
pour qu’il puisse avoir une place au gymnase pour se reposer », glisse Huguette
en composant un numéro de téléphone.
La maire (PS) de Nantes, Johanna Rolland, a en effet décidé il y a dix jours
l’ouverture de 90 places d’hébergement
supplémentaires dans un gymnase, réservé en priorité aux plus fragiles.
« Nantes, comme toutes les métropoles, est confrontée à la problématique humanitaire lourde de la gestion de l’accueil
des personnes migrantes. La Ville de
Nantes, aux côtés des acteurs associatifs, se mobilise bien au-delà de ses propres compétences », assure la maire qui
chiffre à 1 million d’euros le coût de la
prise en charge des migrants par la ville
en 2017. « Il appartient à l’État de mettre
en place une coordination pour permettre
un accueil digne des populations »,
poursuit-elle.
D’où une missive adressée directement – sans réponse à ce jour – au premier ministre, Édouard Philippe, pour
que « l’État crée de nouvelles places en
(centres d’accueil) et structure un plan
d’action partagé pour la sortie des squats
et campements ». Par contre, nul établissement d’une liste de bâtiments vides à réquisitionner, comme demandé
Un étranger dont « l’état
nécessite une prise en charge
médicale dont le défaut
pourrait entraîner des
conséquences d’une
exceptionnelle gravité »
et sans « accès au traitement
approprié dans son pays »
reçoit une « carte de séjour
temporaire vie privée
et familiale ». En mars 2013,
le rapport de la mission sur
« l’admission au séjour des
étrangers malades »
de l’Inspection générale
de l’administration
et de l’Inspection générale des
affaires sociales notait déjà que
« la pression des demandeurs
d’asile déboutés définitivement
est extrêmement forte sur
la procédure dite “étrangers
malades” ». En 2012, 39,6 % des
« étrangers malades » avaient
eu par le passé le statut
de demandeur d’asile (le chiffre
ne prenant pas en compte les
déboutés). Le rapport soulignait
que « les candidats à l’asile
présentent fréquemment
des profils pathologiques,
notamment dans le domaine
psychiatrique, en raison de leur
histoire personnelle et des
conditions de vie dans leur
pays ». Le gouvernement veut
désormais éviter tout
détournement de procédures.
La loi immigration prévoit
l’examen simultané
de l’ensemble de la situation
administrative de la personne
(état de santé compris)
en même temps
que la demande d’asile.
650 000
primodemandeurs
d’asile
en Europe
en 2017
Ils étaient
563 000 en 2014
Des tentes installées square Daviais, en pein centre-ville de Nantes
(Loire-Atlantique). F. DUBRAY/PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP
par le Collectif de soutien aux migrants.
Point sur lequel la préfète Nicole Klein
affiche également sa fermeté : « La politique du gouvernement n’est pas de ré-
quisitionner, car ça remet en cause le
droit de propriété. Nous nous inscrivons
dans une logique de demandes d’asile »,
rappelle-t-elle. ■
En Espagne, Ceuta et Melilla sous tension
PIERRE CHAPERON £@pierrechaperon
LA SCÈNE se déroule le 26 juillet dernier
à Ceuta. Ce bout de terre de 18 km2 en
Afrique du Nord, vallonné, offrant une
vue imprenable sur la Méditerranée. Là,
entre le Maroc et l’enclave espagnole,
s’étend une frontière physique longue
de 8 kilomètres, composée de clôtures
de 6 mètres de haut, coiffées de barbelés. Ce jour-ci, plus de 600 migrants
pour la plupart d’origine subsaharienne
forcent le passage. Leur méthode : lancers d’excréments, de chaux vive et de
sang, entre autres. L’opération fera
vingt-deux blessés au sein de la Guardia
Civil. Depuis, une dizaine de migrants
ont été arrêtés, suspectés d’être à la tête
de ce mouvement, d’autres ont été reconduits à la frontière.
La scène se reproduira le 22 août :
une centaine de personnes essaient de
passer cette frontière entre l’Afrique et
l’Europe. Bilan : sept blessés parmi les
gardes-frontières et cinq migrants
hospitalisés pour blessures.
Selon l’Organisation internationale
pour les migrations (OIM), plus de
4 300 migrants sont entrés dans Ceuta
et Melilla depuis le début de l’année.
Ce chiffre dépasse le total de l’an passé, où ils étaient 3 102 à avoir franchi la
frontière selon des chiffres fournis par
le ministère de l’Intérieur espagnol. La
situation semble aussi compliquée
qu’il y a quatre ans. En 2014, pour la
seule Melilla, quelque 4 700 personnes
avaient réussi à franchir la frontière et
près de 20 000 tentatives avaient été
enregistrées. « L’Italie refuse d’accueillir des bateaux de migrants, il y a
davantage de patrouilles au large de la
Libye et donc un risque accru d’être reconduit : tout cela incite les migrants à
choisir de passer par Ceuta et Melilla,
une voie déjà connue », analyse Florence Kim, une des porte-parole de
l’OIM.
Quelque chose de plus dissuasif
Face à cette situation, le gouvernement
espagnol tente en vain d’apporter des
réponses efficaces. Dès la fin juillet, il
décide de renforcer les effectifs de la
Guardia Civil de Ceuta. Pas vraiment
dissuasif. Après le 22 août, la secrétaire
d’État à la Sécurité, Ana Botella Gomez, rappelait que le gouvernement
« cherchait des solutions alternatives
aux barbelés », sans pour autant les
enlever, l’objectif étant de trouver
quelque chose de plus dissuasif. Le
gouvernement souhaite également
calmer la colère des gardes-frontières.
Une colère traduite par l’Association
unifiée des gardes civiles (AUGC) qui
fait état d’un sentiment « d’abandon
institutionnel » et demande d’obtenir
d’avantage de moyens.
Ce mercredi, le ministre de l’Intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska, a délivré un message de fermeté
face à une situation « extraordinaire
mais prévisible ». Qualifiant ces entrées
de « violentes », il a assuré que la collaboration était étroite avec les pays limitrophes (Maroc et Algérie notamment) afin de mettre fin aux réseaux de
passeurs.
Le gouvernement doit agir vite, tant
le mécontentement et les tentatives de
récupération des partis d’opposition
montent. ■
LE FIGARO
jeudi 30 août 2018
POLITIQUE
5
L’après-Hulot bouleverse
l’agenda de l’exécutif
La démission fracassante de l’ex-ministre de l’Écologie
oblige Macron et Philippe à reporter le séminaire gouvernemental.
Emmanuel Macron (ici le 27 juin, à Paris), qui déteste agir sous la contrainte des événements, doit composer avec la démission
de Nicolas Hulot et gagner du temps. REUTERS
MATHILDE SIRAUD ET MARCELO WESFREID
£@Mathilde_Sd @mwesfreid
GOUVERNEMENT Il y a des signes qui ne
trompent pas. Alors que l’Élysée s’emploie depuis le coup d’éclat de Nicolas
Hulot à minimiser l’événement, en le réduisant à la « décision personnelle » d’un
homme peu habitué au pouvoir, voilà que
l’exécutif se trouve dans l’obligation de
chambouler son calendrier. Prévu de
longue date, le séminaire de rentrée gouvernementale a été reporté sine die. Ce
rendez-vous était censé faire office de
séance de team building de l’équipe - secrétaires d’État compris - autour d’Emmanuel Macron, à l’Élysée, pour reprendre d’un bon pied. « Le président ne va pas
réunir un collectif qu’il veut compléter ou
remanier », décrypte un conseiller ministériel. « On n’allait pas faire un séminaire
gouvernemental avec une équipe incomplète… Ça va décaler tous nos agendas respectifs », grince un ministre.
Le chef de l’État sera de retour de Finlande jeudi, en fin de journée. Lui qui déteste agir sous la contrainte des événements doit composer avec cet aléa et
gagner du temps. Il pourra alors multiplier ses consultations, dans les jours qui
suivent. « Il n’y aura rien avant lundi »,
croit savoir un de ses proches.
En attendant, les spéculations vont bon
train autour de l’ampleur du remaniement mais aussi de la personnalité qui
pourrait remplacer Nicolas Hulot. « On ne
trouvera pas de profil de ce rang-là, de
cette envergure, de cette qualité », regrette l’ex-Vert Yann Werhling, secrétaire
général du MoDem, qui plaide dans le
même temps pour que « l’élan » et
« l’ambition » portés par Nicolas Hulot
soient confortés. « On n’a pas d’autre
choix que de faire un ministère fort autour
de l’écologie », analyse un ministre.
Au sein de la majorité, ils sont nombreux à redouter les dommages durables
du départ de l’ex-vedette d’« Ushuaïa ».
« Les militants ont peur que notre engagement écologiste en pâtisse. Or, si on perd
sur ce terrain, on perd une grande partie de
notre base et on est grillés pour les prochaines élections », craint un membre du
gouvernement macroniste, qui se réfère
aux échanges qu’il a eus, depuis mardi,
avec des sympathisants de La République
en marche.
Dès lors, toutes les hypothèses - y
compris les plus farfelues - circulent
dans les cercles du pouvoir. Un membre
de l’exécutif imagine ainsi plusieurs scénarios. « On pourrait créer un grand ministère de la Terre et des Territoires »,
imagine-t-il. « Ou alors démanteler le
ministère en différents morceaux plus
puissants », poursuit ce proche du président de la République, citant la création d’« un ministère de l’énergie, un
autre de la biodiversité, et enfin des
transports, avec à chaque fois une incarnation par des personnalités fortes si possible écologistes ».
nistre de l’Écologie en seize ans. Ses
chances sont nulles…
Mardi, Édouard Philippe avait déclaré
qu’il ferait des « propositions » au chef de
l’État, comme le prévoit la Constitution.
Plus populaire qu’Emmanuel Macron,
moins usé par les polémiques, en profitera-t-il pour placer davantage de proches
dans la nouvelle équipe ? « Il va vouloir
profiter du rapport de force », anticipe un
sénateur PS. L’équation d’Emmanuel Macron n’en finit plus de se compliquer. ■
+
» Lire aussi PAGE 20
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Le délicat maniement
d’un remaniement
U
n remaniement,
finalement, on en parle
plus avant qu’après.
Celui-là ne fait pas
exception à la règle. Moment
fébrile et caricatural où journalistes
et politiques échangent leurs
supputations ou leurs espoirs,
feignant de croire que la répétition
d’une rumeur en fait une
information ; où ministres inquiets,
aspirants impatients et observateurs
aux aguets prennent une hypothèse
de conseiller pour une sentence
présidentielle ; où, au fond, le jeu
du name dropping tient lieu
de réflexion politique. Une certitude :
Nicolas Hulot parti, Emmanuel
Macron doit nommer un nouveau
ministre de la Transition écologique
et solidaire. Et une quasi-certitude,
l’intéressé ne sera pas désigné
avant la semaine prochaine.
Ce choix de l’exécutif de se donner
du temps peut se comprendre
de deux façons. On peut y voir l’aveu
qu’après un profil aussi particulier
que celui de Nicolas Hulot, aucune
solution ne s’impose de manière
évidente. On peut y voir à l’inverse
une volonté de banaliser l’éclat
du démissionnaire. L’effet de surprise
a provoqué une crise et mis le chef de
l’État dans l’embarras. En se donnant
du temps, celui-ci redevient maître
des horloges. Et montre à Hulot que la
vie ministérielle ne dépend pas de lui.
Pour certains, prendre le temps,
c’est aussi se donner les moyens
de recomposer plus largement
son équipe : régler le sort
de quelques maillons faibles,
procéder à des rééquilibrages
politiques. Mais toucher à un nombre
substantiel de portefeuilles serait
admettre un dysfonctionnement
significatif de son équipe actuelle.
Non seulement il n’y croit pas,
mais en plus il refuse que ses choix
soient indexés sur les humeurs et les
commentaires du « microcosme ».
Il veut d’autant moins sanctionner
que le nom des « victimes » lui est
suggéré avec insistance.
Surtout, le chef de l’État doit savoir
que l’opinion ne considère jamais
qu’un remaniement soit une réponse
adaptée à ses attentes, colères ou
frustrations. Même dans l’hypothèse
de l’arrivée de « poids lourds ».
Ainsi, le retour d’Alain Juppé
au Quai d’Orsay en 2010 avait
été unanimement salué et celui
de Ségolène Royal à l’Écologie
en 2014 abondamment commenté,
sans que ceux-ci inversent en quoi
que ce soit les spirales déclinantes
dans lesquelles étaient pris Nicolas
Sarkozy et François Hollande.
Le seul remaniement qui porte est
un changement de premier ministre,
ce qui n’est évidemment pas dans
les intentions actuelles de Macron.
Les seuls tournants qui soient
compris par les Français concernent
le chef de l’État lui-même.
Un remaniement n’a d’autre impact
que les seuls commentaires
du lendemain. Ce n’est pas même
un fusil à un coup, mais souvent un
simple pétard mouillé. Au moment où
il a effectivement besoin de retrouver
de l’oxygène, ce n’est pas dans
un remaniement même large
qu’Emmanuel Macron va en trouver.
Un remplacement poste pour poste
de Nicolas Hulot serait donc le plus
conforme aux intérêts autant qu’au
tempérament du chef de l’État. ■
» Retrouvez
Guillaume Tabard
tous les matins à 8 h 10
sur Radio Classique
« On a un sérieux problème
de ressources humaines »
C’est là que le bât blesse. La difficulté du
remplacement de Nicolas Hulot est révélatrice de la faiblesse du banc de touche
autour du chef de l’État. « On a un sérieux
problème de ressources humaines, s’alarme un député macroniste. On manque de
personnalités qui ont à la fois des compétences techniques, une voix politique et une
notoriété. »
Du coup, au petit jeu des pronostics,
aucun profil ne s’impose. L’écologiste
Pascal Canfin, ex-ministre du Développement et actuel directeur général de
WWF France, est souvent cité pour ses
compétences, mais il reste un inconnu
pour les Français. Le nom de Laurence
Tubiana revient régulièrement pour son
expérience de négociatrice internationale des accords de Paris. Elle occupe la
chaire de développement durable à
Sciences Po.
D’autres noms sont cités comme la
sarkozyste Chantal Jouanno ou l’avocate
Corinne Lepage, sauf que le maire de Pau,
François Bayrou, y verrait une provocation (elle dénonça des emplois fictifs au
MoDem dans l’un de ses livres). Certaines
personnalités rêvent manifestement du
poste. À commencer par Ségolène Royal,
bien qu’elle s’en défende. L’actuelle ambassadrice des pôles s’est démultipliée
ces dernières heures dans les médias.
Yann Werhling s’active également. Plus
loufoque : un certain Gil Emmanuel,
« grand visionnaire du XXIe siècle, philanthrope, premier environnementaliste
global, inventeur du stabilationnisme »,
comme il se définit lui-même, a écrit à
Édouard Philippe pour faire acte de candidature et devenir le quatorzième mi-
C’est une nomination qui risque
de faire jaser. Selon Le Monde, l’écrivain
Philippe Besson doit être nommé
consul général de France à Los Angeles
dans les prochains jours. Très proche
d’Emmanuel Macron, à qui il a consacré
un livre truffé de confidences pendant
la campagne, l’écrivain hériterait
d’un poste très convoité - il avait
notamment été occupé par l’ancien
porte-parole de l’Élysée sous Nicolas
Sarkozy, le diplomate de carrière
David Martinon. Besson bénéficie d’un
changement des règles de nomination
concernant une vingtaine de fonctions,
intervenu au début du mois d’août.
L’exécutif peut désormais pourvoir
ces emplois particuliers en Conseil
des ministres, sans passer par la
désignation habituelle du Quai d’Orsay.
Une procédure qui ouvre la voie
à des profils de non diplomates.
M. W.
A
L’écrivain Philippe Besson, futur consul
général de France à Los Angeles
jeudi 30 août 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
L’écologie politique privée d’incarnation
Après Borloo, NKM et Duflot, la famille écolo perd, avec la démission de Hulot, une nouvelle voix forte.
TRISTAN QUINAULT- MAUPOIL
(AVEC ELISA CENTIS) £@TristanQM
VERTS Figure populaire d’un gouvernement qu’il vient de quitter, Nicolas Hulot
peut aussi se prévaloir d’être l’une des
rares incarnations de l’écologie politique.
Mais mardi, il l’a assuré : « Les ambitions
politiques, c’est terminé. » « Les Français
ont toujours perçu les écologistes soit comme des doux rêveurs, soit comme des cyniques. À l’inverse, Nicolas Hulot était un
oiseau rare : un militant reconnu et respecté », regrette déjà le député Olivier
Falorni (sans étiquette). « Rien ne sera
aussi flashy que Nicolas Hulot », admet
une figure du milieu écologiste. Son refus, a priori, de poursuivre une forme
d’engagement politique laisse un terrain
en jachère. D’autant plus que Nicolas Hulot n’est pas le seul à avoir pris du champ.
Lui aussi très populaire, Jean-Louis
Borloo incarnait avec brio l’écologie de
gouvernement. Mais il a déserté les bureaux de vote, se contentant de quelques
apparitions médiatiques, à l’instar de la
remise d’un rapport sur les banlieues au
printemps dernier. Toujours à droite,
Nathalie Kosciusko-Morizet ambitionnait d’incarner les enjeux écologiques.
Mais elle a quitté la vie politique après sa
défaite aux dernières législatives et
travaille maintenant dans le privé, à New
York.
À gauche, Ségolène Royal - qui a été
deux fois ministre de l’Environnement
Le député Matthieu
Orphelin courtisé
Nicolas Hulot,
en janvier, lors d’une
visite de la centrale
solaire d’Allones,
dans la Sarthe.
JEAN-FRANCOIS
MONIER/AFP FORUM
(elle partage avec Jean-Louis Borloo le
record de longévité à ce poste) - veut
toujours incarner ce combat mais « ne
veut plus de confrontations électorales ».
Cécile Duflot n’a plus de mandat et travaille dans une ONG. Reste Anne Hidalgo, qui multiplie les annonces écologistes
volontaristes à Paris mais qui se tient à
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distance d’un agenda national. Ce qui
amène Serge Orru, son conseiller - également proche de Nicolas Hulot -, à s’interroger ainsi : « Qui fait un vrai travail
écolo ? Les collectivités ! Il existe un clivage girondin-jacobin très fort sur l’écologie. » Et pour cause. « Un homme, seul au
gouvernement, ne peut pas tout changer
quand bien même il est le plus populaire »,
souligne Serge Orru. « Plus que l’existence d’une personnalité forte, le plus important est surtout de pouvoir faire exister
un bloc politique incontournable », analyse l’eurodéputé Yannick Jadot (EELV). Ce
qu’il est plus aisé de réaliser dans les territoires qu’au niveau national.
Les coalitions qui intègrent des écologistes fleurissent dans les collectivités locales et ces derniers pèsent. Alors qu’au
niveau national, ils ne sont le plus sou-
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conséquences politiques de la
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Bien sûr, la démission spectaculaire de
Hulot fait dire à Europe Écologie-Les
Verts (EELV) qu’ils sont les seuls capables
d’engager des transformations importantes, à l’heure où le discours écologiste
est dilué dans tous les partis. « Ce départ
clarifie les choses », argue Yannick Jadot
alors qu’au premier tour de l’élection
présidentielle 20 % des sympathisants
EELV avaient voté pour Emmanuel
Macron (sondage Ifop Fiducial pour
PROPOS RECUEILLIS PAR
Avec faculté d ebaisse du quart puis du tiers à défaut d’enchères
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Cnews-Paris Match et Sud Radio).
« L’écologie est un thème qui séduit, en
perdant sur ce terrain-là, ça renforce un
Yannick Jadot, et sa liste aux européennes
peut nous prendre 3-4 points », s’inquiète
d’ailleurs un député de La République en
marche.
Pour EELV, un effet Hulot n’est pas garanti en mai 2019. Jean-Luc Mélenchon
revendique maintenant un discours écologiste offensif. Benoît Hamon, qui en a
fait un marqueur fort lors de la présidentielle, continue à labourer ce terrain. Et
une myriade de petits partis se cannibalise. « Jadot espère 15 % des voix. C’est ambitieux », relève Daniel Boy, chercheur
au Cevipof, spécialiste de l’écologie politique qui note que « EELV manque d’une
personnalité charismatique », qui sied à
un scrutin national à un tour. ■
Sainte-Marie : « Un isolement nouveau
de l’exécutif, périlleux en cas d’épreuve »
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vent qu’une force d’appoint ou un objet
marketing. Nicolas Hulot n’avait pas de
troupes à l’Assemblée qui pouvaient
l’aider à gagner un arbitrage. Et quand
bien même un groupe aurait existé, il
aurait pu être contourné comme lors du
quinquennat Hollande.
Proche de Nicolas Hulot, le député
(LaREM) du Maine-et-Loire Matthieu
Orphelin est approché par d’autres
parlementaires de la majorité dans le
but de constituer un nouveau groupe
au Palais Bourbon. Lequel aurait
vocation à représenter la sensibilité
écologiste de la majorité. Plusieurs
fois évoquée, la naissance de ce
groupe n’a pas encore abouti mais
François-Michel Lambert (Bouchesdu-Rhône) jure que c’est imminent.
Pour aller au-delà du seuil minimal
requis (15 élus), il indique « qu’il va
contacter Matthieu Orphelin » pour
l’inviter à les rejoindre. « Il est le
bienvenu », abonde Olivier Falorni.
« J’espère que le départ de Nicolas
Hulot va changer la donne »,
complète Lambert, qui prône
« un rapport de force » au sein
de la majorité.
T. Q.-M.
Les Français
« passent
de
l’expectative
à l’impatience.
Ils attendent
maintenant
des
résultats
»
JÉRÔME SAINTE-MARIE
LE FIGARO.- A quel degré
la démission de Nicolas Hulot
affaiblit-elle
Emmanuel Macron ?
Jérôme SAINTE-MARIE – L’exécutif connaît depuis plusieurs
mois un affaiblissement de ses
soutiens dans l’opinion. Ce fut
constaté avant l’affaire Benalla,
et confirmé ensuite. Selon la livraison du baromètre Ifop, Emmanuel Macron enregistre son
score le plus bas en termes de satisfaction depuis le début de son
mandat – 34 % des Français -,
avec une chute très brutale –
14 points – à droite. Cette dynamique négative ne peut qu’être
entretenue par la démission de la
personnalité politique la plus populaire actuellement. La forme
choisie par Nicolas Hulot pour
annoncer son départ revêt un
caractère cinglant à l’égard de
Macron. Son incarnation de
l’autorité présidentielle était déjà
mise à mal par divers incidents.
Cette fois, il lui est infligé une
forme d’affront. Les différentes
oppositions s’en trouvent galvanisées, cependant que la force
d’attraction de LaREM sur leurs
élus, ravageuse au début du
quinquennat, est affaiblie. La
préoccupation écologique n’est
pas un critère prioritaire de
choix électoral, mais cette démission a une portée bien plus
grande que les dossiers qui l’ont
motivée car elle atteint le charisme présidentiel. Compte tenu de
l’extrême personnalisation du
pouvoir actuel, qui va bien audelà de ce qu’impose le fonctionnement de la Ve République, le
coût politique se voit multiplié.
Le président peut-il gouverner
sans s’appuyer,
au gouvernement, sur des poids
lourds de la politique
ou de la société civile ?
Par temps calme, le gouvernement n’aura pas de difficultés
particulières. Il dispose d’une
majorité absolue à l’Assemblée,
les forces syndicales sont divisées, le mouvement social a été
battu. Par ailleurs, le macronisme a réunifié des forces sociales
dominantes autrefois partagées
entre gauche et droite. L’exercice du pouvoir a certes provoqué
des fissures dans ce « bloc élitaire », et l’affaire Benalla l’a illustré. Mais il n’est pas nécessaire
pour Macron d’élargir sa base
politique ou de mieux répartir les
rôles dans sa majorité. Deux arguments pourraient cependant
l’y amener. On sent une fragilité
et un isolement nouveaux, périlleux en cas d’épreuve, comme
une crise ouverte de l’Union
européenne. Je pense aussi à la
préparation des municipales de
2020. Cette étape, décisive pour
l’implantation de LaREM, imposera sans doute à Macron des accommodements avec ce qu’il
appelle l’ancien monde.
Macron devient-il un président
comme les autres, confronté
au désenchantement ?
Puisque Macron n’obtient plus
qu’un score de satisfaction de
34 %, il se trouve en effet en
dessous de ce que connaissait
Nicolas Sarkozy au même moment de son mandat. L’actuel
chef de l’État avait cependant vu
sa courbe de satisfaction augmenter de 40 % à 52 % entre
septembre et décembre 2017. Il
n’y a donc rien d’inéluctable,
mais la perspective d’un enlisement dans l’impopularité me
paraît le plus probable. Les
Français passent de l’expectative à l’impatience. Ils attendent
maintenant des résultats. Les in-
dicateurs du chômage et du
pouvoir d’achat redeviennent
déterminants. Les Français acceptent une certaine part d’inégalité dans les efforts demandés
mais sous condition d’une amélioration globale, ce qu’ils ne
perçoivent pas aujourd’hui.
Certains, à droite, soutenaient
l’exécutif tant qu’ils redoutaient
un blocage social. Celui-ci étant
désormais surmonté, leur solidarité avec le gouvernement
s’amenuise. Enfin, sa politique
économique et fiscale l’isole
progressivement de pans entiers
de la société française. L’annonce faite au sujet des pensions de
retraite, avec une désindexation
de leur revalorisation par rapport à l’inflation, sera peu appréciée par les intéressés.
Vous avez qualifié le président
de « libéral clintonien ».
Est-ce toujours votre sentiment ?
Je persiste à le croire. Je ne vois
pas qu’il soit devenu un « président de droite » ou un « président de gauche ». Emmanuel
Macron incarne une offre idéologique libérale et européiste assumée, qui voit dans une adaptation de la société française aux
exigences du capitalisme mondialisé le principe de sa sauvegarde. Face à ce qu’il nomme
« les nationalismes » et « la lèpre » populiste, il entend constituer une digue. Le problème
qu’il rencontrera est la progression en France comme sur tout le
continent d’un refus de ce libéralisme-là. La ligne politique radicale de LaREM me paraît
condamnée à rester minoritaire.
Du moins si les autres forces politiques, et en premier lieu LR,
réussissent à concilier crédibilité
gouvernementale et écoute des
demandes populaires. ■
* Directeur de PollingVox, société
d’études et de conseil. A publié
« Le Nouvel Ordre démocratique »
(Éditions du Moment, 2015).
LE FIGARO
jeudi 30 août 2018
INTERNATIONAL
7
Arizona : le trumpisme
à l’épreuve des urnes
ZOOM
Khamenei ne compte plus
sur l’Europe pour sauver
l’accord nucléaire
Le guide suprême de la révolution
iranienne, l’ayatollah
Ali Khamenei, a déclaré mercredi
que Téhéran devrait « abandonner
ses espoirs » de voir les pays
européens sauver l’accord de 2015
sur le nucléaire iranien, après
le retrait américain de ce traité
international en mai. Il n’a pas
exclu que Téhéran y renonce.
Cet accord « est un moyen, pas
un but, et si nous constatons qu’il
ne sert pas nos intérêts nationaux,
nous pouvons l’abandonner ».
Répétition générale
sur les terres
de McCain pour
les « midterms »
de novembre.
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
EN BREF
ENVOYÉ SPÉCIAL À PHOENIX
“
Grandes victoires
électorales
la nuit dernière !
”
DONALD TRUMP, SALUANT LA VICTOIRE
DE MARTHA MCSALLY LORS DES PRIMAIRES
La veille au soir, c’est pourtant le
parti de Trump qui l’a emporté sur celui
de McCain. Lors de primaires destinées
à sélectionner les candidats aux scrutins
du 6 novembre prochain, le président a
fait carton plein. En Arizona, comme en
Floride, ceux qui avaient sa préférence
l’ont emporté sans coup férir, notamment Doug Ducey, le gouverneur sortant qu’il avait officiellement adoubé
dans un tweet, et Martha McSally, première femme pilote de combat, qui espère succéder au sénateur Jeff Flake. Il
l’avait associée à la signature du budget
de la Défense, une loi baptisée du nom
de McCain que ni le président, ni sa
protégée en campagne n’avaient prononcé pour l’occasion. « Grandes victoires électorales la nuit dernière ! » a
tweeté le président mercredi, saluant
McSally comme « une femme extraordinaire » qui avait « refusé le soutien de
Jeff Flake – une première ! ».
Ce sont les critiques de ce dernier
envers l’occupant de la Maison-Blanche qui l’ont forcé à se retirer. « Aucun
candidat anti-Trump n’avait la moindre
chance dans ces primaires, confirme
George Khalaf, patron d’un institut de
sondage à Phoenix. Dans plus de
50 questionnaires depuis la présidentielle, il n’a jamais été en dessous de 75 %
d’approbation chez les républicains
d’Arizona. » Du coup, McSally et ses
rivaux ont fait assaut de trumpisme
durant la campagne. L’ostéopathe Kelli
Ward a professé son mépris de McCain,
trimballant une effigie en carton du
président permettant à ses supporteurs
de se photographier à ses côtés. L’ancien shérif Joe Arpaio, 86 ans,
condamné pour ses méthodes avec les
immigrants et pour avoir ignoré les injonctions de la justice, a brandi comme
un brevet de trumpisme la grâce présidentielle dont il a bénéficié il y a un an.
Pour leur résister, McSally a dû renier sa réputation de modérée acquise
comme représentante de Tucson au
Congrès depuis 2015. Ward l’a accusée
d’être « une RINO » (republican in
name only), une renégate, Arpaio l’a
traitée de « McCain en jupon ». De fait,
la célébration de sa victoire mardi soir
dans un bistro branché de Tempe, en
banlieue de Phoenix, a réuni plutôt
Macron se pose en principal
rival d’Orban et Salvini
Des soldats
transportent
le cercueil
de John McCain
au Capitole
de Phœnix,
en Arizona,
mercredi.
J. SULLIVAN/AFP
l’establishment local que l’armée rebelle de Trump. Celle-ci se trouvait à
une quarantaine de kilomètres de là,
dans un « diner » de Fountain Hills où
les supporteurs d’Arpaio noyaient leur
déception dans la bière. « Vous êtes là
pour dénigrer le président ? », lançait
Scott, ancien combattant de 57 ans, en
guise de bienvenue. « On ne vote pas
seulement avec son cœur, se consolait
Lucy, vieille admiratrice de « Shérif
Joe ». Il nous faut un candidat capable
de remporter l’élection générale. »
Car le camp adverse a lui aussi passé
une bonne soirée mardi en Arizona.
Pendant que les républicains dépensaient leur argent – 7 millions de dollars
– et leur énergie en surenchère trumpienne, Kyrsten Sinema, députée de
Tempe, voguait vers l’investiture démocrate pour la sénatoriale pratiquement sans opposition (elle a obtenu
plus de 80 % des voix). David Garcia,
vétéran de l’armée et spécialiste de
l’éducation bien connu dans la communauté hispanique, paraît aussi bien
armé pour disputer en novembre le
fauteuil de gouverneur à Doug Ducey,
affaibli par une grève dure des enseignants. « Avec ces candidats et l’énergie
qu’insuffle l’opposition à Trump, l’Arizona est à notre portée en novembre »,
veut croire Miguel Medrano, directeur
du Parti démocrate à Phoenix. Trump
n’avait remporté l’État en 2016 qu’avec
4 points d’avance sur Hillary Clinton.
tiviste se bat pour une cause, elle se bat
pour les électeurs qu’elle représente. »
Paires de chaussures,
contre missions de combat
En fait, les deux adversaires ont le
même allié : Donald Trump. Le président doit se rendre prochainement en
Arizona pour soutenir la républicaine,
qui a commencé à tourner ses flèches
vers sa rivale. « C’est une protestataire,
je suis une patriote, a lancé mardi soir
l’ex-pilote de chasse, après avoir fait
observer une minute de silence en mémoire de John McCain. Elle a 100 paires
de chaussures, moi j’ai 100 missions de
combat. » Son dernier spot télévisé
montre Sinema en tutu rose manifestant contre la guerre en Irak il y a quin-
ze ans. Mais la démocrate peut compter
sur « un supplément de mobilisation
contre Trump, souligne George Khalaf.
Les républicains partent en général avec
un avantage de 11 points en Arizona,
nous l’évaluons cette année entre 7 et
9 % seulement. Et le vote latino pourrait
représenter 14 % des voix en novembre,
contre 10 % jusqu’ici ». Avec une majorité d’un seul siège au Sénat, le président ne peut pas se permettre une défaite dans l’Ouest. Lors d’une réunion
avec des leaders évangéliques, il les a
mis en garde : « Vous êtes à une élection
de tout perdre » en cas de victoire démocrate aux législatives de mi-mandat.
C’est peut-être aussi la raison pour laquelle il a fini par rendre hommage au
héros local, John McCain. ■
Emmanuel Macron a répliqué
mercredi aux dirigeants hongrois
et italien Viktor Orban et Matteo
Salvini qu’ils « ont raison
de le voir comme leur « opposant
principal » en Europe sur le dossier
des migrants. « Je ne céderai rien
aux nationalistes et à ceux qui
prônent ce discours de haine. S’ils
ont voulu voir en ma personne leur
opposant principal, ils ont raison »,
a-t-il dit en visite au Danemark.
Départ annoncé de l’avocat
de la Maison-Blanche
Donald Trump a annoncé
mercredi le départ à l’automne
de l’avocat de la Maison-Blanche
Don McGahn. La relation entre
les deux hommes s’est dégradée
depuis que l’enquête du procureur
spécial Robert Mueller se fait
de plus en plus menaçante pour
le cercle rapproché du président.
L’EI frappe à nouveau l’Irak
L’État islamique a frappé en Irak
mercredi, une semaine après
l’appel de son leader à poursuivre
le djihad, en tuant 11 personnes,
lors d’un attentat suicide à Qaïm,
à 340 km de Bagdad.
Dès le 29 août 2018
SPÉCIAL IMMOBILIER
Hégémonie en péril
Voilà plus de dix ans que les analystes
prédisent le basculement de l’Arizona
dans le camp démocrate, à cause de
l’évolution de sa démographie. Mais en
dépit d’une communauté hispanique
en constante augmentation (30 % de la
population), la « vague bleue » tarde à
se concrétiser. Les républicains
contrôlent toujours tous les échelons
du pouvoir dans l’État – du gouverneur
aux deux chambres du Parlement local,
aux deux fauteuils de sénateurs et à
cinq des neuf représentants au
Congrès. À terme, cependant, cette hégémonie est en péril. La population
blanche, qui passera sous la majorité
absolue en 2030, représente 86 % de
l’électorat conservateur. « Les républicains ignorent le vote hispanique, observe Joseph Garcia, directeur du Latino
Policy Center à l’université d’État ASU.
Ils continueront à le faire jusqu’à ce que
les Latinos leur donnent tort. »
Sur ce champ de bataille, Kyrsten Sinema incarne l’une des meilleures
chances des démocrates de reconquérir
le Sénat. Issue d’une famille pauvre, qui
vécut trois ans dans une station-service abandonnée et sans eau courante,
première élue fédérale ouvertement
bisexuelle, elle a fait ses classes dans le
militantisme de gauche avant de se recentrer spectaculairement, au point de
figurer parmi les cinq élus démocrates
les plus souvent alignés sur Trump au
Congrès. Elle rejette notamment la
proposition radicale d’abolir l’administration des douanes et de l’immigration (ICE). « C’est une femme politique
extrêmement douée, décrypte Miguel
Medrano. Elle n’a pas peur de parler à
tous les camps, ni de dire aux démocrates des choses qui leur déplaisent. Un ac-
Avec les chifres des
35 éditions Paris/Banlieue/Province
Notaires de France
En vente chez votre marchand de journaux
A
ÉTATS-UNIS Des milliers d’Arizoniens
ont piétiné pendant des heures dès
mercredi matin, sous une chaleur de
plomb, pour rendre un dernier hommage à John McCain, sénateur de l’État
pendant trente-cinq ans, dont la dépouille était exposée au Capitole de
Phoenix.
Dans cette foule, les citoyens sans
affiliation partisane, ou même démocrates, paraissaient aussi nombreux
que les républicains. « Je n’étais pas
d’accord avec bon nombre de ses idées,
mais j’admirais ses principes et ses valeurs », explique Cathy McPherson,
une enseignante aux « penchants libéraux ». « Il a servi cet État et ce pays
durant toute sa vie, nous lui devons bien
cet hommage », renchérit Scott Lewis,
un entrepreneur qui n’appréciait pourtant pas trop « son opposition systématique au président Trump ». « C’était
comme ça avant en Arizona, commente
Joe Marquez, un retraité de l’armée qui
a remis son uniforme pour l’occasion :
chacun avait son avis mais on était capables de se retrouver sur des valeurs de
respect et d’authenticité. Le sénateur
McCain représentait ce qu’il y a de
meilleur dans l’Amérique », dit ce « fidèle républicain, version vieille école ».
jeudi 30 août 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Renzo Piano esquisse un nouveau pont pour Gênes
L’architecte génois a offert mardi de concevoir un nouvel ouvrage pour remplacer le viaduc Morandi qui s’est effondré le 14 août.
RICHARD HEUZÉ rheuze@lefigaro.fr
ROME
« Ma contribution sera totalement
bénévole », a affirmé Renzo Piano
(ici mercredi, à Gênes). SIMONE ARVEDA/AP
ITALIE Un pont léger, en métal, moins
élevé que l’écrasant viaduc Morandi,
dont l’arche centrale s’est effondrée le
14 août à Gênes. Un pont soutenu par
des piliers profilés en proue de navire
et surmonté par 43 mâts élancés autant que le nombre des victimes de
la catastrophe - qui diffuseront sans
interruption de nuit un cône de lumière en forme de voile : voilà l’idée de
Renzo Piano pour sa ville natale. L’architecte italien à la renommée internationale, à qui l’on doit notamment
le centre Pompidou, le nouveau palais
de justice à Paris, la tour futuriste du
Shard à Londres, en a présenté mardi
une maquette au gouverneur de la Ligurie chargé de la reconstruction,
Giovanni Toti, et au maire de Gênes,
Marco Bucci.
Rigueur et sobriété seront les maîtres
mots de cet hommage à la tradition maritime du premier port d’Italie. « Ce sera
une œuvre collective. Je ne veux me substituer ni aux ingénieurs, ni aux architectes
qui seront appelés à réaliser cet ouvrage.
Ma contribution sera totalement bénévole », affirme Renzo Piano, âgé de 81 ans
et sénateur à vie dans son pays. « Faire
un pont est une œuvre qui touche à toutes
les cordes, de la technologie à la poésie.
Les ponts sont des chantiers qui unissent,
des moments de participation et d’échanges d’idées. Un pont ne peut ni ne doit
tomber », a ajouté l’architecte. Le jour de
la tragédie, il avait lancé un vibrant appel à réparer au plus tôt la « blessure profonde », « l’outrage » infligé à sa ville.
« En commençant rapidement les travaux,
mais sans hâte », dit-il aujourd’hui.
Le premier pas sera la démolition des
structures du viaduc Morandi encore
debout, les deux pylônes mutilés qui
déforment la ligne d’horizon et le quartier populaire en contrebas dont les
maisons ne sont plus accessibles.
« Autostrade devra
payer la reconstruction »
Restera ensuite à reconstruire un pont.
Les projets divergent. Autostrade, le
concessionnaire de l’autoroute A10 Gênes-Vintimille, présentera ce vendredi
son plan. Il se fait fort de réaliser en huit
mois un nouveau viaduc, métallique cette fois, à ses frais. Et a déjà annoncé qu’il
débloquerait 500 millions d’euros entre
reconstruction et indemnisation des familles des victimes, des quelque
600 personnes ayant perdu leur logement et de la trentaine d’entreprises en
chômage technique. Le gouvernement
Poutine corrige
sa très contestée
réforme
des retraites
Un Moscovite regarde
sur son smartphone l’allocution
spéciale de Vladimir Poutine
sur les retraites, mercredi
dans la capitale russe.
ALEXANDER ZEMLIANICHENKO/AP
responsabilité à son seul gouvernement. Les Russes y ont vu une
manœuvre cousue de fil blanc. « Le
président se distancie volontairement de
son projet, tout en se préparant à en
supprimer les éléments les plus radicaux
et à se réserver le monopole d’une future
annonce. Ainsi espère-t-il sauvegarder
sa réputation de bon tsar », expliquait
alors le président de la Confédération
du travail, Boris Kravtchenko.
Ce scénario a été respecté à la lettre.
Tout en visant une hausse du taux
d’activité des femmes, le chef du
Kremlin a aussi promis aux mères de
cinq enfants qu’elles conserveront
leurs acquis actuels en partant à 50 ans
à la retraite. Celles qui ont respectivement 3 et 4 enfants verront la barre rabaissée à 57 et 56 ans.
Vladimir Poutine a également menacé
de poursuites pénales les chefs d’entreprise qui refuseraient d’embaucher un
quinquagénaire ou s’aventureraient à les
licencier. « Cette dernière proposition
soit relève du bavardage, soit sera effectivement mise en œuvre. Tout est possible
dans ce pays », relève Andreï Movtchan,
expert économique à l’institut Carnegie.
En revanche, aucun assouplissement
n’est annoncé pour les hommes, qui,
selon la Confédération du travail, meurent pour 40 % d’entre eux avant l’âge
actuel de la retraite. Depuis sa cellule où
il purge une nouvelle peine d’un mois
d’emprisonnement, l’opposant Alexeï
Navalny a maintenu son appel à manifester contre cette réforme, tout comme le Parti communiste. ■
P. A. (À MOSCOU)
L’annonce de ce texte à la mi-juin avait fait
sortir des milliers de Russes dans les rues.
RUSSIE Mercredi à midi tapant à Moscou, les sept grandes chaînes de la télévision publique russe ont interrompu leurs
programmes pour diffuser une allocution spéciale de Vladimir Poutine. Pour
la troisième fois de sa carrière, le chef du
Kremlin a utilisé ce format solennel, cette fois pour justifier devant une population en colère l’augmentation graduelle,
dès 2019, de l’âge du départ à la retraite,
tout en accordant quelques passe-droits
symboliques aux femmes et aux mères
de familles nombreuses. Les premières
pourront faire valoir leurs droits à
60 ans, contre 63 ans dans le projet initial, ce qui représente une hausse de cinq
ans de leur durée d’activité - similaire à
celle des hommes, qui, eux, partiront à
65 ans en 2028 (60 aujourd’hui).
« Si nous ne faisons pas preuve aujourd’hui d’esprit de décision, nous mettrons
en péril la stabilité de la société et la sécurité du pays », a dramatisé le prési-
populiste ne l’entend pas de cette oreille.
Il a déjà révoqué la concession de 42 ans
dont bénéficiait Autostrade. Le président
du Conseil, Giuseppe Conte, affirme que
la société autoroutière devra débourser
entre 2 et 2,5 milliards d’euros, quatre ou
cinq fois plus qu’annoncé. Pour le leader
du Mouvement 5 étoiles (M5S) et viceprésident du Conseil, Luigi Di Maio,
« Autostrade devra payer la reconstruction, sans y participer ni prendre part à sa
gestion future ». Le gouvernement envisage de faire appel au groupe public de
chantiers navals de Trieste, Fincantieri,
avec le soutien de son principal actionnaire, la Cassa Depositi e Prestiti (CDP équivalent de la Caisse des dépôts), bras
financier du ministère de l’Économie.
Pour les Génois, une solution d’urgence s’impose. Avec la reprise de l’activité lundi, le trafic est devenu monstrueusement chaotique. ■
dent, au cours d’un exercice inédit de
pédagogie politique. Lui qui n’avait pas
esquissé une seule ligne d’un programme électoral, lors de sa campagne présidentielle de mars, se retrouve six mois
plus tard à devoir justifier une réforme
qui marquera un tournant pour son
dernier mandat à la tête du pays.
Appels à manifester
Invoquant les problèmes démographiques du pays, Poutine a évalué à près
de 21 milliards d’euros les économies
budgétaires annuelles promises par sa
réforme, qui ambitionne par ailleurs
une hausse du montant moyen des
pensions d’ici à 2024 (d’environ 180 à
250 euros mensuels). Cette mesure
avait été annoncée en catimini le
14 juin, date d’ouverture du Mondial
de football, provoquant la colère de la
population et la chute de la popularité
du président, contraint d’en imputer la
Sergueï Kirienko, l’homme qui monte dans l’ombre du président russe
PIERRE AVRIL pavril@lefigaro.fr
A
CORRESPONDANT À MOSCOU
PEU DE HAUTS fonctionnaires russes sont aussi caméléons et discrets
que Sergueï Kirienko. Mais derrière
ses costumes gris, ses fines lunettes et
son visage d’élève appliqué, le chef
adjoint de l’administration présidentielle, 56 ans, est l’homme qui monte
dans la galaxie de l’élite russe, à tel
point que les « kremlinologues » lui
prédisent un poste au firmament,
après que Vladimir Poutine sera, en
2024, dans l’incapacité constitutionnelle de briguer un cinquième mandat présidentiel. C’est lui, notamment, qui a supervisé mercredi les
menus détails de l’intervention télévisée de son chef, destinée à vendre
la réforme des retraites.
Dans le plus grand secret, le chef
de l’État l’a récemment décoré du
titre de héros de la Russie, l’une des
plus hautes distinctions du pays,
sans que l’on sache précisément à
quoi est lié cet honneur. Président
de l’Agence fédérale atomique Rosatom de 2005 à 2016, il a contribué
au développement des armes nucléaires de dernière génération,
dont Poutine a vanté la puissance
dans son dernier discours à la nation. Responsable de la politique in-
térieure au sein du cabinet présidentiel, il a apporté à son chef, sur
un plateau, le score triomphal de
76 % aux élections du 18 mars.
Selon un oukase présidentiel, tout
héros de la Russie se doit de posséder son buste en bronze dans sa ville
natale, Soukhoumi en l’occurrence
pour Kirienko, sur les bords de la
mer Noire. On ignore si le bénéficiaire contemplera un jour sa statue… Les spéculations sur son
brillant avenir ont redoublé après
l’annonce, le 18 juin, au moment de
l’ouverture du Mondial, de la promotion d’un de ses affidés, Alexandre Kharitchev, à la tête du département administratif supervisant le
Conseil d’État. Selon des rumeurs
insistantes, cet organe impersonnel
qui rassemble aujourd’hui les gouverneurs de la région, pourrait être
façonné à la main de Vladimir Poutine dans la perspective d’un changement constitutionnel. Sergueï Kirienko deviendrait l’architecte de
cette réforme. Un fidèle exécutant.
« Je suis un manager professionnel que l’on a embauché pour réaliser
une tâche précise », avait-il déclaré
en 1998, après avoir été congédié
de son poste de premier ministre
par Boris Eltsine, une fonction qu’il
occupa seulement de mars à
août 1998. Mais, vingt ans plus tard,
Sergueï Kirienko
(ici en 2016, à Moscou)
pourrait succéder
à Vladimir Poutine en
2024, lorsque ce dernier
sera dans l’incapacité
constitutionnelle
de briguer un cinquième
mandat. AFP
la formule s’applique toujours à
merveille, gage de sa longévité.
Sergueï Kirienko aurait pourtant
très bien pu connaître le sort de l’exoligarque Mikhaïl Khodorkovski,
soit la disgrâce et la prison. Comme
l’ancien magnat du pétrole, du
même âge, il sort du Komsomol (les
Jeunesses communistes) en 1991,
dont il fut premier secrétaire à NijniNovgorod, avec un goût prononcé
pour les affaires. À la même époque,
toujours comme Khodorkovski, il
tâte de la banque et du pétrole, mais,
contrairement à ce dernier, fera
toujours preuve de déférence à
l’égard de l’État postsoviétique qui
l’a nourri. Un libéral à la sauce étatique. « Pour lui, la politique n’est
qu’une variété du business et vice versa. C’est un homme très souple qui
n’ira jamais contre le vent », témoigne Vadim Prokhorov, qui fut l’avocat de l’Union des forces de droite,
un ancien parti proche de Kirienko.
C’est ainsi qu’à l’été 1998, on le
retrouve coartisan de la célèbre thérapie de choc, avant d’être acculé à
la démission après la crise financière
qui faillit emporter le pays. Ironie de
l’histoire, c’est Boris Nemtsov, également originaire de Nijni-Novgorod et plus proche conseiller d’Eltsine, qui l’avait fait venir à Moscou,
avant que ce dernier, dix ans plus
tard, bascule dans l’opposition à
Poutine et meure assassiné en 2015.
En tant qu’éphémère chef du gouvernement, Kirienko convoque, en
juillet 1998, un certain Vladimir
Poutine pour l’informer de sa nomination à la tête du FSB, les services
secrets.
« Verticale du pouvoir »
Un an plus tard, dirigeant opportuniste d’un mouvement baptisé Nouvelle Force, il soutient le groupe politique qui amènera l’homme de
Saint-Pétersbourg au pouvoir, avec
pour slogan : « Poutine président.
Kirienko à la Douma. Il faut des jeunes. » Le renvoi d’ascenseur s’effectue dès la nomination au Kremlin
de Vladimir Poutine, en 2000, et
l’instauration d’une « verticale du
pouvoir ». Ce dernier institue de
son propre chef sept « superrégions », destinées à contrôler l’activité des gouverneurs, à la tête desquelles il place ses affidés. Kirienko
part dans la Volga : il est alors le seul
homme à ce poste à ne pas être issu
des services de sécurité.
À la tête de Rosatom, il promeut
tout aussi efficacement la politique
russe du nucléaire, important au
sein de la compagnie d’État des
méthodes managériales qualifiées
par certains de « sectaires ».
« Dans les techniques qu’il défend, il
s’agit notamment de placer l’obéissance des gens au cœur du processus
de décision », témoigne le politologue Nikolaï Petrov. Adepte d’aïkido,
un sport martial très coté chez les
hauts fonctionnaires russes, l’intéressé préfère parler « d’harmonie »,
et évoque sa passion du management. « J’ai toujours regretté de ne
pas savoir dessiner, composer de la
musique et d’être dépourvu de talents
artistiques. La gestion de crise, c’est
mon œuvre créatrice à moi », plaidait Kirienko en 2011 dans une de
ses rares interviews.
Après Rosatom, Poutine le fait revenir au Kremlin en octobre 2016.
« Il est très commode pour le président, dans la mesure où il n’est pas lié
aux autres courtisans du Palais. Poutine n’aime pas les gens qui comprennent sa stratégie », explique Gleb
Pavlovski, consultant politique de
Kirienko entre 1998 et 2000. Nommé chef adjoint de l’administration,
il se montre pragmatique, et fixe
comme objectif un taux de participation de 70 % à l’élection présidentielle. Les méthodes utilisées relèvent volontiers de la coercition.
En mars, l’abstention n’a pas dépassé les 33 %. Kirienko s’en félicite.
Son président aura encore besoin de
ses services dans six ans. ■
LE FIGARO
jeudi 30 août 2018
SOCIÉTÉ
9
Blanquer
aborde
la rentrée
l’esprit serein
L’année 2018 sera celle
de la « poursuite et de la consolidation »
pour le ministre de l’Éducation.
MARIE-ESTELLE PECH £@MariEstellPech
ÉDUCATION C’est à un long exercice
d’autosatisfecit que s’est livré Jean-Michel
Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, lors de la rituelle conférence de presse de rentrée qui s’est tenue mercredi
après-midi, rue de Grenelle. Les médias
internationaux se penchent avec intérêt,
affirme-t-il, sur les réformes éducatives
du gouvernement. Surtout sur celle
concernant l’interdiction du téléphone
portable à l’école et au collège. Cette mesure française a « fait la une des journaux en
Allemagne, aux États-Unis, en Espagne cet
été car tout le monde s’intéresse à cette
question, grand sujet de préoccupation »,
assure-t-il. Les téléphones ne pourront
plus être utilisés qu’à des fins pédagogiques
avec les professeurs et leur confiscation par
le corps enseignant sera autorisée. Dans les
faits, la majorité des collèges interdisaient
déjà l’utilisation du portable dans leur règlement intérieur. Mais la mesure, promise
par Emmanuel Macron et votée en juillet
par le Parlement, est très populaire…
Dédoublement de classes de CP
Autre élément de satisfaction, le dédoublement de 4 700 classes de CP et CE1 en
zone d’éducation prioritaire, contre
2 200 l’an dernier. « Voilà la mesure de
justice sociale la plus importante que je
connaisse ! », a lancé le ministre. Au total
190 000 élèves vont être concernés cette
année, 300 000 l’an prochain, affirme-til. Blanquer se félicite de la systématisa-
Évaluations : le faible niveau
des élèves de sixième
CAROLINE BEYER £@BeyerCaroline
Jean-Michel Blanquer parviendra-t-il à
imposer, en France, la culture de l’évaluation ? Le sujet déclenche toujours
« une petite pointe d’angoisse », a observé le ministre de l’Éducation lors de la
conférence de presse de rentrée. Il entend, de son côté, aborder la question
« de manière décontractée ».
Lors de sa première année Rue de Grenelle, en 2017-2018, le ministre avait
déjà avancé ses pions, en lançant des
évaluations en sixième. Une classe charnière qui, on le sait, recense environ
20 % d’élèves ne maîtrisant pas les savoirs fondamentaux. Les résultats de ces
tests réalisés en mathématiques et en
français auprès de 810 000 élèves de
sixième ont été publiés mercredi. Et
permettent de dresser un bilan. Globalement, 15 % des élèves ont une faible
maîtrise du français. Une proportion qui
grimpe à 27 % en mathématiques. Mais
ces moyennes masquent d’importantes
disparités. Dans l’éducation prioritaire
renforcée (Rep+) - soit 7 % des élèves de
sixième, les lacunes en français concernent plus du tiers des élèves. En mathématiques, près de 45 % des effectifs sont
en difficulté. Dans ce tableau inquiétant,
le privé sous contrat tire son épingle du
jeu, avec 6 points de plus en français par
rapport à la moyenne nationale, et 8 en
mathématiques.
Le profil social d’une académie
tion de l’évaluation, dès cette rentrée,
pour les élèves de CP, CE1 et 6e. Des évaluations concoctées « par les meilleurs
cerveaux », notamment par les membres
d’un conseil scientifique présidé par le
neuroscientifique Stanislas Dehaene, qui
permettront aux professeurs d’identifier
les difficultés des élèves dès la rentrée et
auxquelles, là encore, les « médias étrangers s’intéressent beaucoup ». Elles participent ainsi « au rayonnement du système
scolaire français ». C’est « un de mes devoirs d’enlever le venin d’une angoisse qui
n’a pas lieu d’être à leur sujet », poursuit
Blanquer, qui devance ainsi les critiques.
Car ces tests, déjà mis en place par
d’autres ministres, suscitent systématiquement la méfiance d’une partie des
professeurs et des parents d’élèves dénonçant une école trop « normative ».
Véritable petite révolution de fond, il
promet par ailleurs la création d’une instance d’évaluation des établissements
scolaires au premier semestre 2019. Au
programme, contrats d’objectifs pour les
écoles avec des gratifications collectives
pour les équipes. Le ministre a énoncé son
programme de l’année 2018, celle de la
« poursuite et de la consolidation » des
mesures annoncées depuis son arrivée il y
a un an : le plan mercredi, l’extension de
« devoirs faits », la réforme du lycée et
celle du bac programmée pour 2021…
« Un pays qui va bien est un pays où la
confiance est manifeste entre tous, entre les
élèves et les professeurs, entre les parents
et les professeurs. Un pays qui va bien est
un pays qui aime ses professeurs », dit-il
encore, réaffirmant sa volonté de modifier la formation des enseignants et de
donner 1 000 euros de prime à ceux qui
exercent en REP+. Cette année verra aussi
la plupart des écoles revenir à la semaine
de quatre jours, effaçant ainsi l’une des
mesures éducatives phares de François
Hollande : 85 % des communes adopteront ce rythme. Peu après son arrivée au
ministère, il avait donné aux maires cette
« liberté nouvelle », dont ils se sont emparés massivement. Notamment parce que
l’abandon de cette demi-journée leur
coûte moins cher. ■
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
ZOOM
Opération de police
chez Actes Sud
La police a visité mercredi les
locaux parisiens d’Actes Sud, dans
le cadre de l’enquête préliminaire
sur des travaux d’agrandissement
réalisés lorsque la ministre
de la Culture, Françoise Nyssen,
dirigeait cette maison d’édition.
L’opération, qui a duré plus de
quatre heures, visait à déterminer
si ces travaux respectaient le Code
de l’urbanisme. D’après des
révélations du Canard enchaîné,
cet agrandissement de 150 m2
avait été réalisé « sans autorisation
de travaux ni déclaration au fisc »,
un délit passible de 300 000 euros
maximum. En déplacement avec
Emmanuel Macron au Danemark,
Françoise Nyssen a affirmé
qu’elle se tenait à la disposition
du parquet.
A
La note réalisée par la Depp, le service
statistique de l’Éducation nationale,
pointe aussi des écarts « importants »
entre les académies. Une grande partie
d’entre eux s’explique par le profil social
d’une académie. Ainsi, celles de Rennes
et de Paris affichent les meilleurs résultats en français, quand les lacunes sont
critiques dans celles d’Amiens (18,2 %)
ou de Lille (17,4 %), et très inquiétantes
dans les DOM (près de 55 % en Guyane et
76 % à Mayotte !). Mais le fait d’accueillir
des élèves issus de milieux défavorisés
n’explique pas tout. « Si la tonalité sociale des académies est susceptible d’expliquer une partie de ces écarts, certaines se
distinguent par de meilleurs résultats que
ceux attendus compte tenu des profils sociaux de leurs élèves », insiste la note de
la Depp, qui, « à niveau social comparable », observe des différences de performances. Ainsi, dans l’académie de Rennes, les élèves des collèges les moins
favorisés sont plus performants que ceux
de l’académie de Lyon. Pourtant, dans le
même temps, les scores des collégiens
les plus favorisés sont équivalents dans
les deux académies. Preuve, s’il en était
besoin, que certaines politiques éducatives sont plus efficaces que d’autres. Audelà des impulsions académiques, on
sait aussi qu’il existe un effet « établissement », lié à l’action du directeur et de
son équipe de professeurs. C’est sur ce
point, d’ailleurs, que les enseignants
sont chatouilleux. Les évaluations des
élèves, si elles étaient publiées par établissement, ne reviendraient-elles pas,
au fond, à une évaluation des personnels ? Elles pourraient aussi renforcer les
phénomènes d’évitement de certains
établissements. « Mais quand dans un
collège il n’y a pas de progrès constaté entre la sixième et la troisième, il faut regarder la réalité en face », a résumé le ministre. « Oui, nous nous dirigeons vers une
culture de l’évaluation », a-t-il promis.
Cette année, la Rue de Grenelle organisera également des évaluations en début de classe de CE1, afin de vérifier, en
priorité, que les élèves savent correctement lire, pour s’assurer d’un « bon départ dans la vie scolaire », explique JeanMichel Blanquer. Le ministre réfléchira
ensuite à l’évaluation des établissements
ainsi qu’à la création d’une instance
d’évaluation du système scolaire. Une
promesse d’Emmanuel Macron. ■
Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, lors de sa conférence de presse, mercredi, à Paris.
On sait que la sixième recense environ 20 % d’élèves ne maîtrisant pas les savoirs
fondamentaux. MICHEL LE MOINE/DIVERGENCE
jeudi 30 août 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
Une police
scientifique
dernier cri
Venus du monde entier,
800 experts se réunissent à Lyon
pour échanger leurs savoir-faire.
Une première.
Des spécialistes de la police scientifique examinent la scène de crime, sur l’avenue des Champs-Élysées, à Paris, le 21 avril 2017, après qu’un policier a été tué à l’arme automatique par un assaillant.
KAMIL ZIHNIOGLU/AP
l’œil nu pendant des heures de bandesfaire et les dernières avancées de leurs
l’assassinat du préfet Érignac, les enchier national automatisé des empreinCHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
vidéo demeure le moyen le plus fiable
connaissances. Explorant ce qu’ils nomquêteurs démunis ne disposaient que de
tes génétiques (Fnaeg). « Les évolutions
de trouver un indice.
ment « l’Odyssée criminalistique »,
quelques milliers de profils génétiques
des méthodes de travail et l’amélioration
À l’affût de nouvelles pistes, certains
d’agresseurs sexuels pour élucider leurs
des matériels ont permis une augmentaSÉCURITÉ Comment repérer à distance chercheurs et praticiens ont notamment
experts continuent de développer
passé au crible l’inexorable montée en
affaires, la machine est montée en puistion des dossiers traités, passant de
un terroriste dans une foule ? Dresser un
l’odorologie, qui
puissance de la posance à un rythme qui frise désormais
125 000 profils par an
portrait-robot
à
permet de recueillir
lice technique et
20 % par an. Selon un dernier bilan poren 2006 à 240 000
partir d’une goutte
une fragrance susscientifique (PTS).
té à la connaissance du Figaro, les cinq
aujourd’hui, explide sang ou d’une
pecte en tampon« Au départ, on
grands laboratoires que pilote l’Institut
que-t-on au Service
trace de salive ?
nant un fauteuil
n’exploitait que des
national de police scientifique (INPS), à
central de la PTS. La
Peut-on miniaturipuis en la renfertraces
biologiques
Paris,
Lyon,
Lille,
Toulouse
et
Marseille,
production
est
assuser un laboratoire
Le 1er septembre 2016
mant dans un bocal
dites “riches”, à saont traité 360 000 dossiers d’analyse,
rée par une équipe de
pour le projeter sur
à Marseille, les restes d’une
afin de la comparer
voir de sang, de
dont 200 000 menant à l’identification
18 agents dont 4 exune scène d’infracfemme présentant une blessure
En cambriolant deux
de manière quasi
sperme ou de salive,
de personnes mises en cause. Et 66 %
perts. Le délai moyen
tion et faire les anapar
balle
à
la
tête
étaient
irréfutable grâce à
dans le cadre de
entreprises autour de Grenoble
des 100 000 dossiers de traces biologide traitement est
lyses le temps que
découverts emmurés
la truffe d’un chien.
grandes enquêtes
ques prélevées sur des lieux d’infraction
d’environ 10 jours et
tous les protagonispour y voler des ordinateurs,
dans un appartement
D’autres font évocriminelles de viols
sont en lien avec cette fameuse « délinle coût d’une analyse
tes sont gardés sur
trois voleurs avaient pensé
luer le portrait-roou de meurtres, téquance du quotidien » à laquelle entend
est de 15 € TTC. »
place ? L’examen
en travaux. Saisis pour des
avoir pris toutes les
bot « génétique »
moigne le commiss’attaquer Gérard Collomb. « DésorAu dernier stade
d’un scellé transmis
analyses (ADN, balistique et
précautions. C’était sans
qui permet, à partir
saire
Fabrice
Cotmais,
une
intervention
de
PTS
est
réalisée
de
leurs
recherches,
par
Internet
à
résidus de tir…), les laboratoires
compter les analyses physicod’une simple trace
tel, chef d’étatchaque minute en France, révèle Philippe
les 800 congressistes
10 000 kilomètres
de Marseille et de Lyon ont établi
chimiques du « labo » de police
biologique, de rémajor du Service
Schaad, directeur adjoint de l’INPS.
réunis à Lyon réfléde distances ne
que la victime a été tuée d’une
scientifique de Lyon. Des traces
véler les caractères
central de la PTS.
Nos 3 700 agents spécialisés ont vocation
chissent à résoudre
pose-t-il pas des
balle de 22 long rifle, tirée
morphologiques
Nous
travaillons
à intervenir sur toutes les affaires pour
de délicates équaproblèmes de soude peinture rouge retrouvées
à distance. Mais l’ADN de cette
d’un suspect.
aujourd’hui de simtenter de trouver des empreintes ou de
tions. Ils se coltinent
veraineté ? Ces insur les fenêtres fracturées
Si une goutte de
ples traces de
faire parler de la vidéo, des données nuau casse-tête des téterrogations, que
mystérieuse inconnue
ont permis de faire un lien
sang offre la possicontact et prélevons
mériques ou téléphoniques. Pour gagner
léphones cryptés, au
l’on dirait droit sorne « matche » avec aucune
avec un pied-de-biche de la
bilité d’identifier la
de l’ADN lors d’indu temps et faire face à la cadence, nous
stockage de téraocties d’un roman de
personne signalée dans le fichier
même teinte, découvert chez
couleur des yeux,
fractions
moins
misons sur la dématérialisation et l’autotets de données et à
Philip K. Dick,
des empreintes génétiques.
un des suspects. Par ailleurs,
des cheveux et de
graves, comme les
matisation. »
leur flux d’achemipourraient servir de
Restait donc à explorer le fichier
les enquêteurs ont établi une
la peau d’un indicambriolages, ce
nement vers les latrame à un scénario
très garni des personnes
Traitement unique en Europe
« correspondance physique »
vidu ainsi que son
qui était impensable
boratoires. Les plus
d’anticipation. Dedisparues. Pour réduire le champ
origine géographiil y a une vingtaine
pointus planchent
puis lundi et jusqu’à
Ainsi, une unité automatisée de génotyentre des fragments de phare
des recherches, son portraitque, sa prédisposid’années. »
aussi sur les logiciels
ce vendredi, elles
page d’une capacité de traitement unide voiture saisis après
tion à la calvitie ou
À délinquance
de reconnaissance
sont au cœur d’un
que en Europe tourne à plein régime
robot génétique (couleur des
un accrochage sur les lieux du
la présence de tade masse, PTS de
faciale, encore très
congrès exceptionpour analyser les prélèvements effecyeux, des cheveux…) a été établi
délit et l’optique d’un véhicule
ches de rousseur,
masse
:
alors
qu’en
perfectibles
au
point
nel
réunissant
tués
sur
les
suspects
ou
les
condamnés
à partir d’un échantillon
saisi lors d’une perquisition.
des tests sont ac1998,
à
l’époque
de
que
la
consultation
à
800 spécialistes de
afin
d’intégrer
leurs
profils
dans
le
Fibiologique. Il a permis
Piégés
par
la
chimie,
tuellement menés
la police scientifique
un rapprochement avec une
les malfaiteurs ont été jugés
pour tenter de dévenus du monde
mère
de
famille
dont
le
fils
avait
en comparution immédiate.
terminer l’âge, la
entier à Lyon, bereu un comportement suspect
taille ou encore la
ceau historique de
au moment de sa disparition.
corpulence. Dans
l’enquête en blouse
cinq ou dix ans, le portrait sera très
blanche, sous l’égiCe dernier a reconnu avoir tué sa
ressemblant. Depuis que cette technide de la prestigieuse
mère afin de toucher sa retraite.
que a été autorisée en 2015 par un arrêt
European Academy
Incendies,
de la Cour de cassation pour retrouver
of Forensic Science
Stupéfiants
Toxicologie
à l’époque un violeur en série à Lyon,
(Eafs). Spécialistes en balistique ou en
explosions
les analystes de l’INPS y ont eu recours
biologie génétique, techniciens cheÀ chaque sinistre, les agents
Entre les recherches
En laboratoire, les limiers
Technologies
dans le cadre de 45 affaires criminelles
vronnés des scènes de crimes ou de la
cherchent les traces
de psychotropes dans
analysent les substances
toujours en cours d’instruction. D’un
médecine légale, cadors de l’investiganumériques
d’accélérant
de
combustion,
saisies
mais
aussi
les
le
corps,
les
dosages
trait de plume, Sherlock Holmes et sa
tion numérique ou encore de l’expertise
Téléphones immergés, boîtiers
les gaz et liquides
emballages, les balances,
d’alcoolémie ou de
loupe semblent renvoyés aux rayons
des armes et explosifs, ces scientifiques
d’ordinateurs incendiés, clefs
inflammables avec une
les valises… jusqu’aux
toxiques gazeux, quelque
sépia de l’histoire. ■
de haute volée échangent leurs savoir-
UN SQUELETTE
QUI « PARLE »
PEINTURE
ROUGE ET
PHARE BRISÉ
Les dix techniques au
service de la police scientifique
Balistique
USB rouillées… Les experts font
« parler » tous les supports,
même les plus endommagés.
En 2017, ils ont exploité 2 000
ordinateurs, téléphones
et autres vidéos.
23 560 dossiers ont été
traités en 2017. Dont 90 %
en sécurité routière.
Physique,chimie
Documents, écritures
ADN
A
Traces papillaires
Les empreintes sont recherchées à l’œil nu, puis
sont révélées par des procédés physico-chimiques.
Effectuées sur des supports aussi divers que
des métaux, du carton ou du plastique, elles
ont confondu 14 871 personnes en 2017.
même question : cause
accidentelle ou criminelle ?
Provenance de billets de banque maculés,
analyses de fibres, de peinture, d’encre
ou encore de résidus de tir, cette technique
est au cœur des enquêtes.
Lorsqu’un crime est commis avec une arme
à feu, les balisticiens recherchent le modèle
utilisé, les douilles, les impacts et matérialisent
les trajectoires à l’aide de baguette ou de laser.
5 000 armes sont à leur disposition pour les
expertises.
Sang, salive, sperme, poils, os et tissus humains…
Établies à partir de traces biologiques, les analyses
génétiques entrent dans une ère « industrielle ».
Une chaîne de génotypage automatisé permet même
de traiter 240 000 profils par an.
billets de banque. Un
marché de 4 à 5 milliards
d’euros en France.
1
Les experts décortiquent tous les documents,
même sécurisés. Mentions raturées
ou caviardées, traces de foulage, signatures
tronquées... Il existe 400 critères pour
faire parler une lettre.
Odorologie
Cette technique importée de Hongrie consiste
à comparer des traces odorantes prélevées
sur les scènes d’infraction et les odeurs
corporelles par des chiens spécialement
formés. Pas moins de 535 « préleveurs » en
Odorologie sont déployés à travers le pays.
Source : Police technique et scientifique
Infographie
LE FIGARO
jeudi 30 août 2018
SPORT
11
Deschamps
sonne la rentrée
des champions
du monde
Le sélectionneur dévoile ce jeudi
sa première liste post-Mondial pour la Ligue
des nations, une nouvelle compétition.
GUILLAUME LOISY £@Guiloisy
FOOTBALL À peine redescendus de leur
nuage, les Bleus vont retrouver lundi
Clairefontaine, lieu de départ, au printemps dernier, de leur formidable odyssée terminée sur le toit du monde le
15 juillet à Moscou. Après avoir repris le
chemin des terrains avec leurs clubs respectifs, les champions du monde attendent avec impatience ces retrouvailles.
« Parce qu’on a vécu quelque chose de très
fort, et qu’on s’est quittés un peu vite, parfois », confiait récemment le capitaine
Hugo Lloris dans L’Équipe. Au programme des « étoilés », quelques soirées à se
raconter ses vacances et à « refaire » les
matchs de l’épopée russe. Mais, surtout,
deux belles affiches à préparer contre
l’Allemagne (6 septembre) et les PaysBas (9 septembre).
u Mbappé déjà au top, Pogba pioche
Pour constituer sa première liste postMondial, dévoilée ce jeudi (14 heures) au
siège de la FFF, à Paris, Didier Deschamps
va très largement, et fort logiquement,
puiser dans son vivier de champions du
monde. Hormis Adil Rami, désormais retraité international, et Steve Mandanda,
blessé, tous les mondialistes sont disponibles. Dans les faits, certains sont quand
même plus en forme que d’autres. C’est le
cas de Kylian Mbappé, déjà au top avec le
PSG (3 buts en 3 journées), et d’Oumane
Dembélé, très en vue avec le Barça. Après
des débuts timides en Supercoupe d’Europe remportée avec l’Atlético Madrid,
Antoine Griezmann a débloqué son
compteur samedi dernier contre le Rayo
Vallecano. C’est plus difficile pour Paul
Pogba, à l’image de son équipe de Manchester United, balayée (0-3) par le Tottenham d’un Lloris qui a semble-t-il bien
Didier Deschamps
retrouvera les Bleus,
lundi, à Clairefontaine
pour préparer la rencontre
contre l’Allemagne.
ANATOLY MEDVED/SIPA
digéré sa récente nuit au poste (conduite
en état d’ivresse). Sur le banc du Real Madrid lors des deux premières journées de
Liga, le vice-capitaine tricolore Raphaël
Varane n’est pas encore dans la forme de
sa vie. Mais il ne laissera à personne le
soin d’inaugurer à sa place le fameux
maillot aux deux étoiles contre la Mannschaft.
u Quelques places à prendre
Le manque de compétition de certains
champions du monde (Djibril Sidibé, Corentin Tolisso, Nabil Fekir) pourrait tout
de même profiter à des joueurs ayant raté
de peu la fête russe. Parmi eux, l’ancien
réserviste Mathieu Debuchy et le malheureux blessé du printemps Dimitri
Payet, voire le frondeur mais talentueux
Adrien Rabiot. Didier Deschamps a-t-il
déjà passé l’éponge après le refus du Parisien de faire partie des réservistes ? Peu
probable. Pour remplacer le néo-retraité
Rami, « DD » pourrait miser sur Kurt
Zouma (2 sélections). Lui aussi suppléant
en mai dernier, le joueur d’Everton a
l’avantage d’être droitier, comme Rami,
dans un secteur, la défense centrale, où
les prétendants gauchers pullulent (Laporte, Lenglet, Sakho). Le Bordelais
Benoît Costil a le profil et le vécu (une sélection) pour retrouver le poste de troisième gardien derrière Lloris et Areola en
l’absence de Mandanda.
u Une rentrée pas comme les autres
En 1998, Deschamps et ses partenaires
avaient étrenné leur titre mondial par un
match amical en Autriche (2-2). Vingt
ans plus tard, ses joueurs seront sur le gril
d’entrée avec deux affiches de gala contre
l’Allemagne (jeudi 6 septembre à Munich) et les Pays-Bas (dimanche 9 septembre au Stade de France), leurs deux
adversaires de la Ligue des nations. Créée
par l’UEFA pour donner du sel aux habituelles périodes de matchs amicaux, cette
nouvelle compétition regroupant 55 nations réparties en quatre Ligues précède
désormais les traditionnelles éliminatoires de l’Euro 2020, dont le coup d’envoi
aura lieu en mars prochain (tirage au sort
le 2 décembre). Cette Ligue des nations
permettra à quatre pays qui ont échoué
en éliminatoires de se qualifier pour le
Championnat d’Europe. Une séance de
rattrapage à laquelle les champions du
monde voudront échapper. Cela ferait
désordre alors qu’ils visent le doublé. ■
PROGRAMME DES BLEUS
ALLEMAGNE
FRANCE
FRANCE
PAYS-BAS
6 sept. FRANCE
9 sept. PAYS-BAS
16 oct. ALLEMAGNE
16 nov. FRANCE
La chaleur extrême fait bouillir les joueurs de l’US Open
Les organisateurs du Grand Chelem new-yorkais ont dû mettre en place un protocole particulier avec des pauses entre les sets.
avaient ponctué la deuxième journée
du tournoi.
L’Argentin Leonardo Mayer (43e)
avait été le premier à rendre les armes
en abandonnant au 4e set. À bout de
souffle : «Je n’ai pas supporté, j’ai essayé, mais je ne pouvais pas. Je ne pouvais plus jouer, c’était impossible. Je n’allais pas mourir sur le court. Je crois qu’il
ne faut plus jouer en cinq sets, parce que
tant qu’un joueur ne sera pas mort, ils
n’arrêteront pas […] La seule solution,
c’est d’écourter un peu (les matchs) parce
que nous ne maîtrisons pas la chaleur. »
Paire : un match
de gala contre Federer
Une fournaise humide
Mené deux sets à un par le Sud-Coréen
Chung Hyeon, le Lituanien Ricardas
Berankis avait dit stop. Tout comme le
qualifié italien Stefano Travaglia, victime de crampes dans le quatrième acte :
«J’espère qu’au prochain tournoi il fera
moins chaud. » Le Russe Mikhail
Youzhny et le Serbe Filip Krajinovic
avaient eux aussi dû renoncer à cause
de crampes persistantes. Et si la Française Alizé Cornet avait réussi à ne pas
abandonner lors de son match contre
la Suédoise Johanna Larsson, elle
s’était littéralement écroulée physiquement après avoir remporté la première manche, terminant certains jeux
Les spectateurs du tournoi sous des ombrelles, mercredi, pour se protéger
de la chaleur et du soleil new-yorkais. FRANK FRANKLIN II/AP
en pleurs sur sa chaise et au bord de
l’évanouissement.
Réputée pour ces fins d’été bouillantes, New York ne ménage par les
joueurs et les joueuses cette année obligés de combattre dès les premiers
matchs de la journée (11 heures) sous
une fournaise humide et terrible pour
les organismes. Ils tentent bien, lors
changements de côté, de s’abriter sous
des parasols et de se rafraîchir avec des
poches de glaçons glissées dans des serviettes autour de leur cou. Mais cela ne
suffit pas pour leur permettre de reprendre leurs esprits et de reposer des
corps fourbus par la chaleur extrême.
Mais comme souvent aux États-Unis, le
show doit continuer. Quoi qu’il arrive. ■
EN BREF
Un seul heureux à Saint-Brieuc
Football : le PSG, Lyon
et Monaco vont savoir
La première étape de la Solitaire Urgo Le Figaro devait connaître son dénouement la nuit dernière.
SERGE MESSAGER smessager@lefigaro.fr
À BORD DU BATEAU DE LA DIRECTION DE COURSE
VOILE Le baroud final était lancé hier soir
en direction de la baie de Saint-Brieuc, où
les premiers bateaux étaient attendus sur
la ligne d’arrivée devant Saint-QuayPortrieux après minuit. Une bagarre de
chiffonniers annoncée puisque pratiquement toute la flotte se tenait en une poignée de milles en fin d’après-midi, déboulant sous spi.
Certainement perclus de fatigue, les
29 marins encore en course sur ce premier tronçon de la 49e édition de la Solitaire Urgo Le Figaro s’étaient en fait pratiquement tous retrouvés au large du
Finistère dans la même nasse à la bouée
Grande-Basse de Portsall vers midi.
Après avoir ingurgité une grande partie
de leur pérégrination, la direction de
course leur annonçait à ce moment-là
une réduction de parcours. Une nouvelle
appréciée par certains pour qui il ne restait donc plus que 90 milles à parcourir
pour rallier Saint-Quay-Portrieux, mais
c’est surtout ce nouveau coup de canon
qui a sans doute agacé les différents leaders s’étant succédé depuis le départ du
Havre dimanche dernier.
L’homme progresse tant qu’il accepte les épreuves. Deux hommes peuvent
légitimement inscrire cet adage dans
leur boîte à idées. Eux qui ont mené
brillamment à un moment donné.
Après une traversée de la Manche dantesque ayant éreinté hommes et machine, Anthony Marchand (Groupe RoyerSecours Populaire), deuxième à la bouée
Pullar en Angleterre derrière Gildas
Mahé (Breizh Cola) ayant depuis aban-
donné, a vu ses coreligionnaires le rattraper. Même sentiment de frustration
pour Corentin Douguet (NF Habitat),
plein de malice le long des côtes britanniques, s’offrant malgré le vent évanescent le privilège d’enrouler au large
de la Cornouailles le phare de Wolf
Rock en chef de fanfare. Tous deux ont
eu des espoirs de victoire d’étape en
Bretagne annihilés. Malgré tout, leurs
chances restaient intactes mercredi
soir pour un podium briochin, mais
sans écarts en temps signifiants.
« La roulette russe »
Pour les chanceux, un moment en dehors
du jeu, l’honneur sera sauf. Charlie Dalin
(Skipper Macif 2015) avouait qu’il était
même passé près de la correctionnelle :
« J’ai l’impression de revenir d’un peu loin
après une erreur que j’ai commise il y a
Benoît Paire, 56e mondial, s’est offert
un match de gala face à Roger
Federer après avoir dominé
l’Autrichien Dennis Novak (140e)
au 1er tour, 7-6 (8/6), 3-6, 7-5, 7-6
(7/5), mardi à New York.
L’Avignonnais de 29 ans, qui s’est
montré appliqué, retrouve, ce jeudi,
l’ancien no 1 mondial suisse, détenteur
de 20 titres du Grand Chelem,
qui a expédié le Japonais
Yoshihito Nishioka, 6-2, 6-2, 6-4.
« C’est le meilleur joueur de tous
les temps, donc ça sera forcément
difficile », a prévenu Paire, qui n’a
jamais battu Federer, mais s’était
procuré deux balles de match lors de
leur dernier affrontement, en juin, sur
le gazon de Halle, avant de s’incliner
en trois sets 6-3 3-6 7-6 (9/7).
« J’ai toujours bien aimé joué
contre Benoît, il amène quelque
chose d’autre à notre sport avec
son esprit et sa façon de jouer […]
Je me méfie toujours de lui », a avoué
son altesse Federer
deux jours. À ce moment-là, j’avais une dizaine de milles de retard. Je pensais même
que la Solitaire était bâchée pour moi. Heureusement, les leaders ont été bloqués à
Wolf Rock. »
L’antienne était la même pour Thierry
Chabagny (Gedimat) : « Après le passage
de l’île de Wight, j’ai commis un impair et
me suis retrouvé assez loin, en quinzième position. Mais il y a eu un concours de
circonstances avec la molle et j’ai pu m’en
sortir. Cette étape a été celle des extrêmes,
bien complexe, et on sera heureux d’arriver. C’est maintenant un peu la roulette
russe mais ceux qui ont mené successivement sont encore en tête dans le peloton. »
Une chose est certaine, sauf surprise à
l’arrivée de cette première étape, la grande majorité des favoris va rester dans le
jeu pour toucher la timbale finale, miseptembre en Vendée. ■
Le PSG, l’OL et l’ASM, les trois
clubs français engagés en Ligue
des champions, connaîtront
leurs adversaires des groupes
éliminatoires, ce jeudi, un peu
après 18h00, à l’issue du tirage
au sort effectué en Principauté.
Le PSG est placé dans le
chapeau 1, celui des têtes de série,
Lyon et Monaco dans le chapeau
3. Le début de la compétition
est prévu le 18 septembre.
Cyclisme: Rudy Molard
leader de la Vuelta
Sixième de la 5e étape du
Tour d’Espagne, remportée par
l’Australien Simon Clarke (EFEducation First), Rudy Molard
(Groupama-FDJ) s’est emparé du
maillot rouge de leader. Une belle
récompense pour le Français
de 28 ans, vainqueur cette année
d’une étape sur Paris-Nice.
A
TENNIS A chaleur exceptionnelle, dispositif exceptionnel. L’US Open a
maintenu, mercredi, son protocole lié
à la chaleur extrême pour les simples
messieurs et dames, qui accorde dix
minutes de pause aux joueurs et joueuses entre certains sets, ont annoncé les
organisateurs dans un communiqué.
« La météo américaine annonce plus de
35 °C à New York mercredi, et un taux
d’humidité supérieur à 60 % à la mijournée. Le protocole lié à la chaleur extrême est en vigueur pour les simples
messieurs et dames jusqu’à nouvel ordre », écrivent les organisateurs.
Dans le détail, « dix minutes de pause
entre les troisième et quatrième sets seront accordées en simples messieurs, si
un des joueurs le demande », écriventils. Pour les simples dames, ce break
interviendra entre les deuxième et
troisième manches.
Mardi, l’US Open avait pour la première fois dans son histoire mis en place ce protocole pour les simples messieurs. Les simples dames en
bénéficiaient alors déjà. Les organisateurs avaient indiqué qu’il serait reconduit « au jour le jour ».
Dans le tableau messieurs, cinq
abandons liés à la chaleur humide
étouffante régnant sur New York
jeudi 30 août 2018 LE FIGARO
SCIENCES
12
Avant l’âge scolaire, mettre la pression
sur les petits en voulant accélérer
leur formation est en fait contre-productif.
PAULINE FRÉOUR £@p_freour
ÉDUCATION Frapper une casserole
avec une cuillère – « bong » -, courir
après un autre enfant – « chat » -, se cacher derrière ses mains et bondir
– « coucou » – pour la dixième fois…
Jouer est un immense plaisir, mais on
aurait tort d’oublier que c’est, aussi, le
socle du développement de l’enfant.
« Jouer n’est pas frivole. C’est comme
cela que le cerveau se construit », vient
d’ailleurs de rappeler l’académie américaine de pédiatrie, alarmée par le recul du temps dédié au jeu dans l’agenda
des tout-petits, au profit d’activités
jugées plus formatrices.
Dans une étude publiée en août dans
la revue Pediatrics, les pédiatres
s’émeuvent d’une tendance sociétale
qui met l’accent sur l’apprentissage
académique très tôt, trop tôt. « Aux
États-Unis, 30 % des enfants en maternelle se sont vus supprimer leur récréation au profit des cours. Entre 1981 et
1997, les enfants âgés de 3 à 11 ans ont
perdu 12 heures de temps de jeu par semaine », énumère l’article scientifique
au ton de plaidoyer.
Le désir légitime d’assurer à sa progéniture le meilleur avenir possible et
de l’amener à atteindre son plein po-
tentiel est partagé par de nombreux parents qui, malgré cette volonté de bien
faire, en viennent parfois à faire des
choix contre-productifs, mettent en
garde les experts. Ainsi, rappellent-ils,
les pays ayant de longues récréations
enregistrent tout de même de bons résultats scolaires. Et la recherche scientifique montre que les meilleures applications sur tablette ou smartphone
favorisent moins l’apprentissage qu’un
jeu de la vie réelle.
Un espace de liberté
Les bénéfices du jeu sont du reste
connus et bien documentés. En jouant,
l’enfant apprend à interagir avec autrui,
à intervenir à tour de rôle, à régler des
différends par la parole et à se concentrer. Il explore les objets et le monde qui
l’entourent, apprend à s’adapter à des
situations nouvelles et rejoue des scènes
vécues pour mieux se les approprier. Il
acquiert également des bases de langage
et de mathématiques.
« Quand un enfant joue, c’est sérieux », confirme Sophie Marinopoulos, auteur de Dites-moi à quoi il joue, je
vous dirai comment il va (Marabout). À
l’instar d’un scientifique, « il conduit
ses propres expériences qui deviennent
ludiques dès lors qu’il a plaisir à les répéter. Il fait des essais-erreurs en perma-
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nence et acquiert ainsi la connaissance.
Chaque enfant avance à son rythme,
mais tous vont dans la même direction.
C’est pourquoi il ne faut pas juger le déroulé du jeu avec les notions de bon et
mauvais », souligne la psychologue,
fondatrice du centre d’accueil « Les pâtes au beurre », dédié aux familles, à
Nantes. Certaines situations sont
d’ailleurs trompeuses : « Vers 18 mois,
2 ans, l’enfant joue à se tromper – en essayant par exemple de mettre le bloc
rond dans le trou dédié à l’étoile. Il sait
que ça ne correspond pas et cette
connaissance le fait jubiler. »
Le jeu doit donc rester un espace de
liberté, sans autre enjeu pour l’enfant
que l’envie de le poursuivre. « Tant
qu’un enfant a envie de continuer son jeu,
il faut le laisser faire car cela signifie que
ça lui apporte quelque chose », estime le
Pr Raphaële Miljkovitch (université Paris 8), cofondatrice du Centre de conseil
en éducation et scolarité. Sophie Marinopoulos recommande même d’autoriser l’enfant à garder quelques-uns de
ses jouets « de bébé » préférés car ils lui
rappelleront à quel point il a grandi.
Et l’adulte, dans tout ça ? « Il est là
pour être avec, être à côté, mais pas pour
faire à la place de l’enfant et juger »,
conseille
Sophie
Marinopoulos.
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pour explorer le monde et lui transmet
des informations sur ce qui est approprié,
notamment dans les jeux physiques où il
apprend où s’arrêter », ajoute Raphaële
Miljkovitch.
Pour autant, inutile de culpabiliser si
faire rouler des petites voitures ou cuisiner des concombres en plastique ne suscite en vous qu’un enthousiasme modéré. « Il ne faut pas basculer dans l’excès
du ludique à tout prix, nuance Raphaële
Miljkovitch. Les parents se sentent beaucoup plus d’obligations que par le passé,
or ils ont aussi une vie. À force d’assister
l’enfant, on peut nuire à sa capacité d’initiative et de créativité. Se mettre à son niveau est une bonne chose mais c’est aussi
bien qu’il côtoie des adultes qui ne font pas
d’effort, parce que le monde ne va pas
toujours s’adapter à lui. » ■
Des parasites vieux
comme le monde
De minuscules guêpes parasites datant de
plusieurs dizaines de millions d’années ont été
découvertes dans des fossiles du sud de la France.
VINCENT BORDENAVE£@bordenavev
PALÉONTOLOGIE Vivre aux dépens des
autres n’est sans doute pas un mode de
vie très glorieux. Mais il est très efficace.
Et vieux comme le monde. Une équipe
pluridisciplinaire menée par Thomas van
de Kamp de l’Institut de technologie de
Karlsruhe (Allemagne) le démontre encore aujourd’hui. Les chercheurs ont
étudié plus de 1500 « cocons » de mouches fossilisées découvertes dans le
Quercy (Lot), vieilles de 23 à 66 millions
d’années. Parmi elles, une cinquantaine
étaient infestées par quatre espèces de
guêpes inconnues. Il s’agit de parasites
qui pondent leurs œufs dans ces pupes
(stade intermédiaire entre l’état de larve
et l’état final de l’insecte). Leur progéniture s’y développe alors en rongeant leur
hôte de l’intérieur.
C’est grâce à l’utilisation d’un synchrotron (un accélérateur de particules
de plusieurs centaines de mètres de diamètre qui génèrent des rayons X très intenses) que les chercheurs ont débusqué
ces minuscules guêpes et ont reconstitué
avec une précision incroyable leur anatomie. Ces résultats sont publiés dans la
revue Nature Communications.
« Ce sont des insectes qui mesurent
moins d’un millimètre, raconte Vincent
Heuveline, coauteur de l’article et mathématicien à l’université de Heidelberg
(Allemagne). Ces quatre espèces ont toutes disparu, mais on leur a trouvé des descendants. On se doutait que ce mode de vie
parasitaire existait depuis très longtemps.
On sait désormais que ce principe évolutif
a permis aux espèces de se reproduire et
d’évoluer pendant des dizaines de millions
d’années. » L’aspect fascinant de cette
découverte est sans doute la reconstitution extrêmement précise des parasites,
au millième de millimètre, dans leur
phase de développement. « Les mathématiques ont joué un rôle très important,
explique Vincent Heuveline. Après l’étude au synchrotron, nous avions comme un
puzzle à notre disposition dont il manquait
des pièces. Nous avons eu recours à des algorithmes pour en deviner la forme. »
Les mathématiques ont aussi permis
de mieux comprendre leur mode de reproduction, qui repose sur un paradoxe :
les parasites doivent contaminer un
maximum d’individus sans mettre en
péril la survie de leurs hôtes en tant
qu’espèce. Leur survie dépend donc
d’une forme d’autodiscipline. « Pour se
reproduire, la plupart des parasites ne
peuvent infester qu’une espèce d’insecte
bien définie, détaille Jean-Yves Rasplus,
chercheur au centre de biologie pour la
gestion des populations de l’Inra à Montferrier-sur-Lez (Hérault). Ils doivent
donc être vigilants. S’ils en envahissent
trop, ils n’auront plus d’hôtes et seront
condamnés. » En résulte un équilibre
précaire que les chercheurs ont pu décrire par des algorithmes.
Ils dévorent leur hôte
Modèle paradoxal mais efficace : près de
la moitié des espèces vivant sur la planète
sont des parasites (même si tous ne trucident pas leurs hôtes). « Il y a environ
19 000 espèces d’insectes parasites décrites, raconte Jean-Yves Rasplus. Mais on
estime leur nombre total à plus de 400 000 !
À titre personnel, j’ai dans mon laboratoire
plus de 1 500 boîtes contenant des spécimens que je n’ai pas eu le temps d’étudier. » Ces insectes parasites, qui peuvent
dépasser le centimètre, ont plusieurs
modes de fonctionnement. Certains ne
tuent pas directement leur hôte. Ils grandissent à leur côté et le dévorent petit à
petit en prenant bien soin de ne pas commencer par les parties vitales. D’autres
espèces tuent au contraire leur hôte
avant d’y déposer leurs œufs, et peuvent
être munies d’un dard permettant d’injecter un poison. Le parasite aura alors un
temps limité pour profiter de son repas.
S’ils contaminent le plus souvent des
larves ou des cocons, certains ont opté
pour un système plus radical. Ils infestent
directement un adulte vivant et grandissent dans leur corps. Là encore, ils prennent soin de le dévorer dans le bon ordre
avant de sortir du corps à la manière de
l’alien qui poursuit Sigourney Weaver
dans le film du même nom. Mais contrairement au monstre de Ridley Scott, qui
semble en vouloir aux humains, les parasites qui contaminent les insectes peuvent être utiles à l’homme. Certains
d’entre eux sont utilisés pour décimer
naturellement des insectes néfastes pour
les cultures. ■
Les guêpes ont été trouvées dans des « cocons » de mouches fossilisées, vieilles
de 23 à 66 millions d’années. G. OLESCHINSKI (PHOTO) & T. VAN DE KAMP (RENDERING)
LE FIGARO
jeudi 30 août 2018
STYLE
13
Joy, le parfum de l’époque selon Dior
BEAUTÉ La marque n’avait pas lancé de féminin depuis J’Adore il y a vingt ans, c’est dire si les enjeux sont
importants. Sa dernière brassée de fleurs sortie ces jours-ci reprend le nom d’un autre parfum culte lancé en
plein krach boursier de 1929. Autres temps, autres crises, mais toujours la joie érigée en valeur générationnelle.
I
ÉMILIE VEYRETOUT
eveyretout@lefigaro.fr
l est des sillages qui encapsulent
leur temps, des madeleines de Proust
qu’il suffit de sentir pour replonger
dans une décennie. Souvenez-vous de
l’accord narcotique d’Opium d’Yves
Saint Laurent de la fin des seventies ou
du bouquet romantique d’Anaïs Anaïs
de Cacharel cher à la génération
La Boum. Certaines époques sont marquées par des courants contraires comme les années 1990, tiraillées entre les
effluves grunge de CK One de Calvin
Klein pour filles et garçons aux cheveux
longs (1994) et les notes barbe à papa
d’Angel de Thierry Mugler (1992).
« Humer l’air du temps, en capturer l’essence pour la restituer dans ses moindres
notes, jusqu’à pouvoir faire rejaillir un
moment précis de notre vie dans toute sa
force… Telle est l’œuvre des parfums mythiques », écrit Marie Bénédicte Gauthier
dans son ouvrage Parfums mythiques
(Éditions de La Martinière).
Que garderons-nous, olfactivement, du présent ? C’est la question
que se posent les grandes marques à
chaque nouveau lancement. Dior
n’y a pas fait exception pour son
dernier jus sorti en boutique le
20 août. Son nom ? Joy, oui,
comme le sillage mythique de
Patou lancé en 1929. Après de
longues négociations (et des sollicitations d’autres groupes), la
marque de fragrances a accepté
de vendre ses lettres d’or au
géant de l’avenue Montaigne.
Quatre-vingt-dix ans après la
sortie du « parfum le plus cher au
monde » imaginé en plein krach
boursier par le couturier parisien comme un pied de nez à
l’industrie, l’heure est encore à la
crise… et à la joie. « Globalement, le
marché ne se porte pas bien dans les régions traditionnelles telles que la France
et les États-Unis. On a longtemps pensé
qu’il était simple de créer une nouvelle
fragrance. Avec quatre cents nouveautés
par an, rien n’est moins vrai, souligne
Claude Martinez, PDG de Christian Dior
Parfums. Pour Joy, nous avons voulu
prendre du recul, capter et délivrer un
message subtil, adapté au monde, lourd il
faut l’avouer, dans lequel nous vivons. Si
au départ nous explorions le thème du
bonheur, très vite, nous avons bifurqué
vers celui de la joie : le premier peut sembler impossible à atteindre quand le second est accessible. La joie est universelle, et très générationnelle. N’importe qui
Jennifer Lawrence est l’héroïne du film publicitaire du nouveau parfum de Dior, Joy, diffusé ce dimanche à 20 h 30 sur TF1.
est capable de la ressentir, heureux ou malheureux, riche ou pauvre. »
Moins
de retouches,
plus d’optimisme
Si Dior multiplie les déclinaisons de ses grands
parfums à chaque saison, la marque n’avait
pas créé de nouvelle
franchise (nouveau nom,
nouveau flacon, nouvelle
communication) parmi ses féminins depuis J’Adore, il y a vingt ans. Il faut dire
qu’un tel projet se compte en millions
d’euros. « Le parfum est une matière vivante, qui évolue tant sur le plan des formules (ingrédients, législation) que des
concepts (images, égéries). Joy représente un enjeu énorme mais le moment est
venu pour nous, confirme Claude Martinez. À l’aube des années 1950, M. Dior
réclamait “un parfum qui sente l’amour”,
Miss Dior est né. Ensuite il y a eu J’Adore
en pleine période bling (1999) avec son
flacon doré et ses égéries flamboyantes.
Nous n’oublions pas ces deux franchises
mais après l’amour et la beauté, nous
voulions célébrer une autre dimension de
la féminité. Jennifer Lawrence reflète cet-
te énergie, cet appétit de vivre caractéristiques de son temps. »
Que l’actrice américaine ait été l’héroïne du film Joy en 2015 est un pur hasard. Elle est en réalité l’une des prises
de guerre de Dior depuis 2012, « prêtant » au gré du calendrier ses traits
aux campagnes accessoires et maquillage. Cette fois, elle aurait elle-même choisi le réalisateur du film publicitaire, Francis Lawrence, qui l’a dirigée
sur les tournages de Hunger Games et
Red Sparrow. L’objet final, diffusé à
partir de dimanche prochain, est parfaitement calibré : miss Lawrence dans
toute sa fraîcheur glamour, sautant
dans une piscine de Los Angeles en
robe couture, rivière de diamants et
lipstick rouge sur l’air de She’s a Rainbow des Stones. Si l’on ne peut s’empêcher de dresser un parallèle avec la
première publicité de J’Adore en 1999
- le top Carmen Kass plongeant dans
un bain d’or et musique de Barry White -, les références ont bien changé. En
2018, la scène est logiquement une immersion dans l’univers des digital natives - bien que l’actrice se dise allergique aux réseaux sociaux -, et promet
une nouvelle série de hashtags #joy,
parmi les 20 millions qui existent déjà
sur Instagram. Plus belle ma vie ? L’ob-
jectif ne serait pas tant de servir un
physique irréprochable que d’affirmer
une image de soi positive, ce qui semble, selon une étude (de Pounders,
Kowalczyk et Stowers, 2017), le nouveau mantra des selfies chez les 1930 ans. Moins de retouches, plus de
gaieté ! « La joie, c’est le nouveau luxe,
relève Élisabeth de Feydeau, historienne de la parfumerie. Quand, dans
les années 1930, Jean Patou aspirait à
réenchanter la vie de ses clientes ruinées avec un bouquet fastueux, le Joy de
Dior nuance cet état d’une dimension
plus spirituelle, plus en phase avec les
jeunes gens d’aujourd’hui souhaitant
être en connexion directe avec ce qui se
passe sur la planète, même de plus triste. Ils essaient d’être contents avec ce
qu’ils ont, et surtout qui ils sont. Or le
sillage apporte, chaque jour, un supplément d’âme - c’est même sa vocation
première. Le désir des nouvelles générations se joue sur le terrain de l’immatériel. »
Une senteur universelle
Comment traduire en notes ces trois
lettres reconnaissables de Paris à
l’Oural, en passant par le Mississippi ?
« Joy était mon brief de départ, et m’a
causé pas mal de stress en raison de la
ÉRIC J GUILLEMAIN/CHRISTIAN DIOR PARFUMS
formule de Patou : c’est un monument de
la parfumerie ! Tous les étudiants en la
matière planchent dessus au moins une
fois dans leur vie. Là, je devais tout
oublier, raconte le nez de Dior, François
Demachy. J’ai travaillé le thème de la lumière avec des notes claires, fraîches,
pas seulement en tête mais aussi en
fond. » Des fleurs (jasmin, rose, ylangylang), de la bergamote, de la mandarine (appréciée dans la plupart des
cultures), de la pêche (la touche gourmande), de la vanille et du santal réconfortant façon lait chaud. Des muscs
aussi, choisis par Jennifer Lawrence
herself. Consultée lors des essais, elle a
manifesté un faible pour cette odeur.
« Elle a seulement 28 ans et ne possède
pas réellement de culture du parfum mais
c’était intéressant de voir comment elle
réagissait, reprend M. Demachy. Nous
avons décidé de suivre la direction qu’elle
préférait, une composition musquée - et
cela tombait bien, nous n’en avions pas
chez Dior. Cependant, cette note se
confond avec les autres : je désirais une
formule très composée, comme pixélisée,
qui ouvre plusieurs portes et parle à toutes les femmes, de toutes les origines. »
La joie demeurera-t-elle ? Rendezvous dans vingt ans. ■
En parfumerie, 137 euros les 90 ml.
Le drugstore 2.0 débarque à Paris
BOUTIQUE Juste avant l’été, L’Oréal et Casino ont inauguré un concept inédit de magasin de proximité pour la génération Airbnb.
D
gigantesque site Internet, tout y est
rangé par familles (homme, voyage,
fiesta, etc.), stocké dans des distributeurs automatiques, agrémenté d’étiquettes colorées, de conseils pratiques,
de jeux de mots. Les vieilles dames du
quartier, appâtées par un tel merchan-
dising, y perdent leur latin. On trouve
évidemment des marques du géant
français de la beauté (L’Oréal Paris, Sanoflore, NYX…) mais aussi des labels
indépendants comme les capillaires
Ogx, le maquillage The Balm, les soins
pour homme Big Moustache. Les ar-
ticles, vendus en libre service, coûtent
pour la plupart moins de 5 euros, et les
caisses sont automatiques.
C’est plus pointu qu’une grande surface, plus ludique qu’une pharmacie et
plus accessible qu’une parfumerie. Mais
la nouveauté principale du Drugstore
Des services beauté
jusqu’à minuit
Au 122, rue du Bac (Paris VIIe) et au
66, rue de la Chaussée-d’Antin
(Paris IXe), les vitrines décomplexées
annoncent la couleur : vous trouverez
ici des « cas pote… » et des « temps
pont… » : il faut bien rajeunir le ton du
magasin de proximité. L’organisation
de l’espace fait d’ailleurs penser à un
parisien réside dans son offre de services. Des soins de beauté flash le matin, un maquillage express à midi, une
manucure le soir, une coupe de la barbe
sans rendez-vous, le tout 7 jours sur 7
de 10 heures à minuit (et le dimanche
de 11 heures à 20 heures). L’été a également permis de roder des services
high-tech et inattendus puisque l’on
trouve, ici, des bornes de recharge pour
téléphone portable, le Wi-Fi gratuit,
des toilettes publiques (pour se changer
ou se remaquiller), une cireuse à chaussures, des jeux de cartes et une conciergerie, avec possibilité de déposer son
pressing ou son trousseau de clés pour
un échange Airbnb. Le Drugstore parisien annonce-t-il le convenience store
du futur ? Casino et L’Oréal insistent sur
l’évolution des comportements et du
quotidien des jeunes citadins, qui
transforme l’usage de l’espace et du
temps. Si une troisième adresse est déjà
prévue dans la capitale, le concept
pourrait vite, s’il fonctionne, se dupliquer en province et à l’étranger. ■ É. V.
122, rue du Bac (Paris VIIe)
et 66, rue de la Chaussée-d’Antin (Paris IXe)
+ @SUR LE WEB
Le Drugstore parisien propose des cosmétiques, du bricolage, de la papeterie, une conciergerie 7 jours sur 7.
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www.lefigaro.fr/madame
A
es squishies pour les petits
(vous savez, ces figurines
molles venues du Japon que
les enfants s’arrachent dans
les cours de récréation), des
snacks et des cahiers, des centaines de
produits de maquillage pour les jeunes
femmes, des articles pour la maison
(bougie, bricolage, etc.), une sélection
de soins pour la barbe… Quel type de
boutique pour réunir autant de références (en l’occurrence 300 marques et
4 500 produits) ? En Europe, il y eut le
bazar, qui a progressivement disparu, et
chez les Anglo-Saxons, il y a, encore, le
drugstore (Boots, Duane Reade). C’est
un mélange de ces deux modèles que
l’enseigne Casino et le groupe de cosmétiques L’Oréal ont créé, en juin dernier, avec leur nouveau concept dédié à
la beauté et au bien-être, baptisé Le
Drugstore parisien.
jeudi 30 août 2018 LE FIGARO
14
CULTURE
Ces stars qui devien
AVA
GARDNER
Le tourbillon de la vie
THIERRY CLERMONT
tclermont@lefigaro.fr
Il s’est fait remarquer en 2016
avec Sauve qui peut (la révolution), un roman foisonnant et
culotté, centré sur le tribun Danton et Jean-Luc Godard, et où
l’auteur parcourait allègrement
les siècles, s’affranchissant des
genres et des conventions narratives, narguant la chronologie linéaire. C’est cette même fantaisie érudite, cette même liberté
que l’on retrouve dans le second
roman de Thierry Froger, Les
Nuits d’Ava.
Ava, c’est bien sûr
Ava Gardner. Nous
sommes en 1958 à
Rome où l’actrice,
alors âgée de 35 ans,
tourne une espagnolade de carte postale
produite par la MGM,
inspirée de la vie de
Goya aux côtés de la
duchesse
d’Alba :
La Maja desnuda,
d’après le nom d’une
de ses toiles les plus
célèbres. Ava s’ennuie sur le
plateau, a la nostalgie de Madrid
où elle s’est installée, qu’elle
trompe en faisant la bamboche
dans les bars de la via Veneto,
dès la nuit tombée. Boire et
s’enivrer, danser, charmer. Un
soir, elle sort avec le chef opérateur dudit film, Giuseppe Rotunno. Ils boivent et reboivent
encore. Alors que l’aube affiche
ses premières couleurs, il lui
propose une séance de photos
dans son studio. Séance spéciale, avec des poses largement
inspirées du tableau de Goya,
mais aussi de la Vénus d’Urbino
du Titien et du sulfureux L’Origine du monde de Courbet. Certains de ces clichés disparaissent
puis réapparaissent, au cours
des décennies. Le mystère est
né, découvert par le narrateur,
professeur d’histoire et de géographie à l’université de Nantes.
Il va alors mener l’enquête.
Déjà malmené, le fil narratif
se dédouble au gré des époques
et des digressions. Échos, correspondances, rebonds, coïncidences géographiques ou historiques, télescopages d’événements… À n’en pas douter,
Thierry Froger a lu Patrick Deville et W.G. Sebald, et a retenu
la leçon. Entre deux événements ou scènes, il parsème sa
prose de souvenirs personnels
liés au narrateur : un
hâbleur de père, commis voyageur, les vacances estivales, le
Tour de France, époque
Anquetil et Bahamontes, son premier appareil photo… On voit se
dérouler une succession
de couches temporelles
tourbillonnant autour
de « la comtesse aux
pieds nus », celle qui a
réussi à « subordonner le
réel à ses désirs, en toutes circonstances ».
Apparaissent également Fellini, Visconti et son Guépard, Hemingway qui l’avait accueillie
dans sa propriété des faubourgs
de La Havane, la Finca Vigía ; la
légende affirme que l’actrice
s’était baignée entièrement nue
dans la piscine de l’hacienda ;
Danton, qui revient ici ou là,
Franck Sinatra, Marilyn Monroe,
Fidel Castro, ou encore Philip
Roth et Pierre Michon. Tout cela
donne un roman étourdissant,
qui se double d’un superbe hommage à Rome, et« ses parfums
mélangés de pins et de bitume tiède, d’huile d’olive, d’essence et de
fleurs de magnolia ». ■
Les Nuits d’Ava, de Thierry Froger,
Actes Sud, 304 p., 20 €.
LIVRES Des écrivains s’emparent de célébrités des lettres
L
Rentrée
ittéraire
Elsa
Morante.
Ava
Gardner.
ALAIN
DELON
Alain
Delon.
Je suis un roman noir
A
SÉBASTIEN LAPAQUE
slapaque@lefigaro.fr
Expert en mythologies françaises, Jean-Marc Parisis a mis ses
pas dans ceux d’Alain Delon, de
la France d’après-guerre à celle
de Jacques Chirac, pour comprendre comment tout ce qui
avait été beau a pu devenir aussi
laid. Ce qui était beau : l’acteur
au visage impassible dans Plein
soleil (1960), Rocco et ses frères
(1960), Mélodie en sous-sol
(1963), Le Samouraï (1967) et La
Piscine (1968). Ce qui est devenu
laid : les sentiments, les scénarios, les raisonnements, les affiches, la politique, les dialogues.
Biopic d’un genre un peu particulier, itinéraire d’un enfant triste retracé par un vrai romancier,
Un problème avec la beauté ausculte un monde brutalement passé de l’âge héroïque et poétique
de l’humanité à l’âge de l’homme : le règne du n’importe qui.
Dans un tel âge, l’acteur qui
avait incarné au cinéma Tom Ripley, Rocco, Jef Costello, Monsieur Klein, Ramón Mercader et
le Baron de Charlus ne pouvait
que mourir d’ennui. L’histoire
d’Alain Delon, c’est celle d’un
homme qui n’avait plus sa place
au milieu de tant de médiocrité.
Depuis le premier choc pétrolier
et la mort de Jean-Pierre Melville, il s’était éloigné du troupeau. « Nous étions de droite rien
que pour emmerder le monde qui
d’ailleurs s’en foutait », s’amusait A.D.G., première gâchette
du polar français dont Alain Delon aurait dû porter à l’écran Je
suis un roman noir : le titre lui
ressemblait.
« Delon s’est éteint dans le trou
noir des années 1980. Il n’était
pas le seul, beaucoup y étaient
tombés, au propre comme au figuré. Les années 1980, on y
oubliait peu à peu tout ce qui
s’était vécu, pensé, écrit, filmé
dix ans plus tôt. » En 1995, JeanMarc Parisis avait déjà instruit le
procès de cette décennie du vide
à travers une biographie du dessinateur Reiser, héros de seventies bien déconnantes, bien grivoises et bien françaises fauché
au seuil des années Mitterrand.
Des critiques à la dent dure
avaient trouvé le livre bon mais
estimé que l’écrivain n’avait pas
choisi le héros opportun. Trop
allumé, Reiser.
Avec Alain Delon, l’amant
chéri de Romy Schneider et de
Mireille Darc, le barde tient son
paladin. On ne l’accusera pas
d’avoir choisi son sujet : l’ombre
de l’acteur glissait déjà dans Le
Lycée des artistes, publié en
1992. Vingt-six ans ont passé
depuis ce deuxième roman.
Qu’il peigne l’enfance, l’amour
ou l’amitié, qu’il évoque les
grandeurs ou les misères du
« cher et vieux pays » (Charles de
Gaulle, 29 janvier 1961), le romancier continue à chercher à
savoir, livre après livre, comment s’y prend le gros animal
social pour broyer les êtres hypersensibles.
D’où vient donc son « problème
avec la beauté » ? L’évocation de
la vie et de l’œuvre d’Alain Delon
– 86 films en soixante ans de carrière, dont Parisis ne retient que
les meilleurs – est une singulière
occasion de poser cette question
en mettant en scène la traque des
princes par les médiocres. Micros
clandestins, filatures, paparazzis,
photomontages, maîtres chanteurs, écoutes téléphoniques,
perquisitions illégales, gardes à
vue, calomnies : rien n’a été
épargné à Alain Delon. ■
Un problème avec la beauté.
Delon dans les yeux, de Jean-Marc Parisis,
Fayard, 270 p., 19 €.
MARIA
SCHNEIDER
Pavane pour
une parente défunte
BRUNO CORTY bcorty@lefigaro.fr
« Elle s’appelait Maria Schneider.
Ce nom vous dit peut-être quelque chose. » Privilège de l’âge et
d’un intérêt pour les actrices
fragiles, blessées, les Dominique
Laffin, Christine Boisson, on n’a
pas oublié Maria Schneider, sa
crinière sauvage, son sourire ravageur, son regard de nuit. Mais
le temps est cruel avec les comédiens. Interrogez un jeune de
vingt ans. Il sait à peine qui est
Romy Schneider, alors Maria
Schneider…
Après des enquêtes sur ses
grands-mères, la journaliste Vanessa Schneider a décidé d’écrire sur sa cousine, morte en 2011 à
cinquante-huit ans. Ce livre, elles devaient l’écrire à quatre
mains. Et puis Maria, dont la vie
partait à vau-l’eau, a pris peur et
fait marche arrière. Aujourd’hui,
Vanessa Schneider rend un bel
hommage à cette gamine que sa
mère n’aimait guère et qui découvrit l’identité de son père,
Daniel Gélin, sur le tard. Dans le
sillage de ce séducteur adepte de
fêtes, de plaisirs, d’excès, la belle
jeune fille fut propulsée sous
l’œil avide des caméras. En 1969,
elle tourna avec Alain Delon,
dans Madly et Brigitte Bardot,
dans Les Femmes. Elle avait
trouvé ses deux parrains de cinéma. Quarante-deux ans plus
tard, lors de ses obsèques en
l’église Saint-Roch, celui qui incarna la beauté au masculin lira
un texte écrit par celle qui fut la
plus belle femme du monde. Car
BB fut toujours présente, même
de loin, dans la vie de Schneider.
Elle invita Maria à se réfugier
chez elle lorsque tout allait mal,
l’aida financièrement.
Le nom de Maria Schneider est
pour toujours lié à celui d’un
LE FIGARO
jeudi 30 août 2018
CULTURE
15
nent héros de romans ANDRÉ
BRETON
Fin de partie
ou de l’écran et les hissent au rang de figures mythiques.
André
Breton.
Maria Schneider.
film, Le Dernier Tango à Paris, de
Bernardo Bertolucci, dans lequel
elle partage l’affiche avec un
Marlon Brando un peu démonétisé. On connaît l’histoire. Une
rencontre torride entre un Américain et une jeune Française
dans un appartement du XVIe arrondissement. On se
souvient du scandale
planétaire lié à la fameuse scène de sodomie avec du beurre qui ne figurait pas
dans le scénario. On
a oublié les hurlements de l’actrice.
« Tu sors du tournage broyée, écrit Vanessa Schneider […].
En quelques semaines, tu es devenue célèbre dans le monde entier, pour
un rôle qui, tu le penses, sera le
linceul de ta carrière. » Plus rien
ne sera en effet comme avant.
Maria tournera bien, trois ans
plus tard, avec Antonioni et Jack
Nicholson dans Profession : reporter, où elle est encore lumineuse, mais ce grand film est une
exception. On ne lui propose
plus que des rôles dénudés. La
presse la harcèle. Alors elle se lâche : « Tu te permets tout, tu
commences à saborder la carrière
qui s’ouvre à toi, méthodiquement, avec une application farouche. » Avec l’argent du « film
maudit », elle court le monde, se
procure de plus en plus de drogue, couche à droite et à gauche.
Le comportement de Maria déstabilise les parents de Vanessa,
famille pourtant non conformiste. Ils l’ont accueillie quand elle
avait quinze ans et que sa mère
ne voulait plus d’elle. Mais l’héroïne la rend fantomatique, colérique, incontrôlable. L’auteur
qui, enfant, a longtemps eu pour trésor
un
dossier
rouge
contenant des coupures de presse, des photos de sa cousine, signe
avec ce livre une lettre
d’amour
des
plus
émouvantes. Elle veut
sortir de l’oubli celle
qu’elle admirait tant.
Au rayon surprise, on
apprend que Schneider
et Brando ont continué
à se parler après le scandale du
Tango, tous deux victimes, à des
degrés divers, du cinéaste italien. Tard, trop tard, Bertolucci a
fini par s’excuser de les avoir
trahis. Maria ne lui a jamais pardonné. À la fin du livre, l’auteur
réussit à interroger Bardot. Lorsqu’elle la remercie pour l’aide
qu’elle a apportée à sa cousine,
BB lui rétorque : « Et vous,
qu’avez-vous fait pour elle ? »
Vanessa, un peu honteuse, répond : « J’ai essayé d’être là. » Ce
tombeau pour Maria est sans
doute sa façon à elle de demander pardon à sa cousine. ■
Tu t’appelais Maria Schneider,
de Vanessa Schneider,
Grasset, 250 p., 19 €.
J’aimerai André Breton, de Serge Filippini,
Phébus, 192 p., 17 €.
ELSA
MORANTE
La fille aux yeux violets
ISABELLE SPAAK
Selon Simonetta Greggio, le
monde se divise en deux. Ceux
qui « idolâtrent Elsa Morante et
ceux qui ne la connaissent pas ».
Bien évidemment, la romancière
fait partie de la première catégorie. Pourtant, même saisie de
passion depuis longtemps pour
l’auteure de L’Île d’Arturo (prix
Strega) et de La Storia, elle
n’imaginait pas lui consacrer
durant des mois « le plus clair de
(ses) jours, le plus sombre de (ses)
nuits ». Mais n’est-ce pas le propre de l’amour fou de nous happer sans plus nous lâcher ? Nous
habiter, nous hanter, nous porter mais aussi nous jeter à terre,
nous piétiner ?
Être malmenée. Ce sont ces
joies, ces moments de bonheur
célestes compensés par des périodes d’absolus tourments dont
rend compte la benjamine qui se
glisse dans les pas de son aînée
quitte à en devenir le souffle.
Aussi blonde, sensuelle et rieuse
d’apparence qu’Elsa Morante est
brune et aiguisée comme l’un de
ces chats sauvages qu’elle affectionne, les deux femmes se
confondent dans ce texte porté
par la grâce. « Elle est moi »,
consent Simonetta Greggio à la
fin de son ode à la liberté d’être
absolu de son héroïne avant de se
contredire : « Mais je ne suis pas
elle/Elle n’est pas moi. » Écrivaine aux yeux violets, beauté gracile à l’âme et aux amours tumultueuses, à l’écriture glorifiée
peut-être davantage que celle
d’Alberto Moravia épousé en
avril 1941, un bouquet de muguet
en guise d’alliance, Elsa Morante
est l’écrivaine italienne la plus
célèbre du XXe siècle.
Le couple qu’elle forme avec
l’auteur du Mépris, l’un des duos
les plus en vue des mondanités
romaines d’après guerre. Presque une incongruité pour la petite fille des quartiers pauvres de
Rome, née « tête de mule, tête de
méduse » en 1912 d’Irma Poggibonsi, enseignante juive, honnie
et adulée et d’on ne sait quel
père : Augusto Morante qui l’a
reconnue ou Francesco Lo Monaco, employé des postes et
l’amant d’Irma ?
En mars 2018, René de Ceccatty
publiait une biographie Elsa Morante. Une vie pour la littérature
(Taillandier) après celle qu’il avait
dédiée à Moravia en 2010 (Flammarion). Le roman de Simonetta
Greggio procède d’un enchantement différent. Son hommage à
Elsa est un joyau de fantaisie
troublé par des scènes de noirceur
sans pareille. L’ensemble mené
au rythme d’une succession de
courts chapitres dénués de chronologie, quelques rappels biographiques venant secourir le lecteur
qui risquerait de perdre pied.
Omniprésente, la nature enchantée, la pluie, les ruelles de
Capri, la villa Malaparte, le froid
de la guerre quand Moravia et
Morante se cachent dans la
montagne pour échapper aux
rafles anti-juives. Certes, l’on
croise aussi des fantômes dans ce
roman. La peintre Leonor Fini,
« La » Magnani, l’ami Pier Paolo
Pasolini. On y retrouve aussi Luchino Visconti, follement aimé
sans retour comme Bill Morrow,
son « faiseur de rêves », autre
amant homosexuel pour lequel
Elsa est également prête à se
damner. « La vie est folle sinon
elle ne sert à rien. » Moravia la
trompe, ils se séparent en 1962,
resteront mariés toujours jusqu’à la mort d’« Elsa Elisa Antonio, la Mora » en 1985, à bout
d’inspiration et de forces. ■
Elsa mon amour, de Simonetta Greggio,
Flammarion, 240p., 19 €.
A
Le jeu de mots est facile, mais
voilà un roman surréaliste. Serge
Filippini signe J’aimerai André
Breton. Ce n’est pas la première
fois que l’écrivain s’attaque à un
personnage ayant existé et le passe à la moulinette de son imaginaire. Il avait offert un joli Rimbaldo – suite à la découverte de la
photo inédite de Rimbaud à Aden
avec un petit groupe – et s’est fait
connaître
avec
L’Homme incendié,
autour de la figure de
Giordano Bruno, frère dominicain et philosophe, brûlé vif
parce que ses écrits
étaient jugés blasphématoires. Giordano Bruno est mort en
1600. Cette fois, Filippini puise dans
l’histoire contemporaine avec le père du
surréalisme.
Dès la première phrase plane
une atmosphère mystérieuse :
« Chance est arrivée dans notre
village le samedi 24 septembre,
amenée à cette destination par le
hasard puisqu’elle l’avait choisi en
plantant la pointe d’un compas
dans une carte. » Ce mystère est
d’abord entretenu par un narrateur dont on ne sait rien et qui a
l’air de très bien connaître Breton
et le surréalisme. Filippini trousse
une jolie histoire qui déboussole le
lecteur, celui-ci ne sachant plus
s’il se trouve dans un roman où
tout est inventé ou s’il lit le compte rendu précis des derniers jours
d’André Breton… Ce sentiment
est délicieux.
Enfin, impossible de ne pas
songer aux deux grands livres de
Breton : Nadja et L’Amour fou.
L’héroïne s’appelle donc Chance.
De chance, la malheureuse n’en a
que le prénom, elle ressemble
beaucoup à Nadja. Ici, Filippini
s’inspire de la vie de Chance Salvage.
Le village qu’évoque le narrateur n’est autre que Saint-CirqLapopie, là où André Breton avait
acquis une ancienne auberge et en
avait fait un lieu de retraite et
d’expériences (aujourd’hui, la
maison est devenue musée). L’action se situe à quelques jours de la
mort d’André Breton survenue le
28 septembre 1960, à Paris.
À Saint-Cirq-Lapopie, Chance rencontre le surréaliste
malade – il a soixante-dix ans et est atteint d’un cancer.
Malgré son état et la
présence de son
épouse Élisa, l’écrivain débute une relation avec la jeune
femme, celle-ci tombe
passionnément
amoureuse de lui. Elle
croit que c’est réciproque et pense – comme Nadja –
que Breton est l’homme qui la
sauverait. Le poète meurt quelques jours après avoir été transporté en urgence à Paris, d’abord
chez lui, rue Fontaine, puis à l’hôpital Lariboisière. Le portrait de
Breton qu’esquisse le narrateur
(ou l’auteur ?) n’est pas franchement flatteur : on oscille entre le
génie et le charlatan.
En revanche, l’errance de
Chance donne un charme fou au
roman, il y a comme un air de
manifeste autour de l’amour absolu, celui qui constitue l’essentiel
de la vie et de la foi. On comprend, ou on aimerait comprendre, que le sacré, le mystique et la
solitude peuvent aussi constituer
des chemins vers la liberté. ■
RUE DES ARCHIVES/BCA ; LIMOT/MENTION OBLIGATOIRE©LIMOT ; SMP/LEEMAGE ; RENE SAINT PAUL/RUE DES ARCHIVES ; ACTES SUD, FAYARD, GRASSET, PHÉBUS, FLAMMARION
MOHAMMED AISSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
jeudi 30 août 2018
LE CARNET DU JOUR
16
Les annonces sont reçues
deuils
Francine CAULLIEZ
avec justification d’identité
Martha Palomino de Allain,
son épouse,
du lundi au vendredi
de 9 h à 13 h
et de 14 h à 18 h
les dimanches et jours fériés
de 9 h à 13 h
(excepté les 1 janvier, 1 mai,
er
er
15 août, 25 décembre)
Elles doivent
nous parvenir avant
16 h 30 pour toutes
nos éditions du lendemain,
avant 13 h les dimanches
et jours fériés.
par téléphone
André et Lottie Allain,
Louise et Miguel Salema Reis,
Monique Allain,
Isabelle et Ricardo Leonardos,
Marc Allain,
ses enfants,
Elisabeth et Alexandre,
Diego et Tomaz,
Louis et Isabelle,
Constanza et Lorenzo,
ses petits-enfants,
ont la grande tristesse
de faire part du décès de
Philippe Maurice ALLAIN
16.09.1925 - 28.08.2018.
L'enterrement aura lieu
ce jeudi 30 août 2018,
à 15 heures, au cimetière
de Congonhas, São Paulo
(Brésil).
La cérémonie religieuse
du septième jour sera célébrée
le lundi 3 septembre,
à 11 heures, en l'église
Paróquia São José,
rua Dinamarca 32,
Jardim Europa, São Paulo.
01 56 52 27 27
par télécopie
01 56 52 20 90
par courriel
carnetdujour@media.figaro.fr
sur notre site :
Accueille Seigneur
en Ton Amour,
Rua Madre Rita
Amada de Jesus 72,
apartamento 92B,
04721-050 São Paulo (Brésil).
palomino.martha92@gmail.com
née Lengaigne,
épouse de
Jean Caulliez (†)
décédée le 27 août 2018,
à l'âge de 93 ans.
De la part de :
Benoît et Chantal
Pellot-Liagre,
Vincent Liagre (†),
Benoît et Véronique
Deleplanque-Caulliez,
Jean-Philippe et Sylvie
Caulliez-Chretien,
Olivier et Martine
Delescluse-Caulliez,
Régis et Véronique
Caulliez-Talpaert,
Laurent et Annick
Verhaeghe-Caulliez,
Bénédicte Caulliez,
ses enfants,
ses 17 petits-enfants
et leurs conjoints,
ses 20 arrière-petits-enfants,
les familles
Lengaigne-Guilbert
et Caulliez-Hannart.
Ils vous invitent à participer
ou vous unir d'intention
à la célébration religieuse
qui aura lieu
le samedi 1er septembre,
à 9 h 30, en l'église
Saint-Nicolas de Wasquehal
(Nord).
« Les Marronniers »,
45, avenue de la Marne,
59700 Marcq-en-Barœul.
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Tarif de la ligne € TTC :
Du lundi au jeudi
25 € jusqu'à 25 lignes
23 € à partir de 26 lignes
Vendredi ou samedi
28 € jusqu'à 25 lignes
26 € à partir de 26 lignes
Réduction à nos abonnés :
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Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
Cruzy (Hérault).
M. et Mme Yves Lemaître,
M. et Mme Pierre
de Nucé de Lamothe,
M. et Mme Barthélémy
d'Andoque de Sériège,
M. et Mme Arnaud
d'Andoque de Sériège,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu,
le dimanche 26 août 2018,
dans sa 96e année, de
M. Gilles
d'ANDOQUE de SÉRIÈGE
communications
chevalier
de la Légion d'honneur,
croix de guerre 1939-1945
avec citations,
chevalier du Mérite agricole.
La cérémonie religieuse
sera célébrée ce jeudi 30 août,
à 14 h 30, en l'église
Sainte-Eulalie de Cruzy.
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du rappel à Dieu de
Le Consistoire central
Mme Guy BABOIN
née Thérèse Saint Olive,
Consistoire de Paris
le 26 août 2018,
à l'âge de 96 ans.
rappellent que la
cérémonie des déportés
sera célébrée le dimanche
2 septembre 2018, à 10 heures,
dans la grande synagogue,
44, rue de la Victoire, Paris (9e),
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 31 août, à 10 h 30,
en l'église Saint-Léon,
1, place du Cardinal-Amette,
Paris (15e).
en présence
des plus hautes autorités
civiles, religieuses, militaires
et des anciens déportés.
L'inhumation aura lieu
le samedi 1er septembre,
à 11 h 45, au cimetière
de Loyasse, Lyon (5e).
M. et Mme Thierry Fontanilles,
M. et Mme Pierre
Experton du Bois de Romand,
M. et Mme Thierry
Experton du Bois de Romand,
ses enfants,
Renaud et Audrey Fontanilles,
Constance et Frédéric Onave,
Pierre-Antoine et Laure
Experton du Bois de Romand,
Caroline et Antoine-Marie
Monnot,
Diane et Sébastien de La Celle,
ses petits-enfants,
Pauline et Pierre,
Anouk,
Alice,
Philippine et Augustin,
Albane,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu,
le mardi 28 août 2018,
dans sa 98e année, de
Jeanne EXPERTON
du BOIS de ROMAND
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 31 août, à 14 heures,
en l'église Saint-Valère
de Rives (Isère).
pour accompagner les événements de votre vie.
Vienne. Pont-l'Évêque.
Saint-Genis-Laval.
Michel Faveris,
Annie et Patrick Allix,
Catherine et Jean-François
Ordonneau,
Jacques et Anick Faveris,
Jean-Claude et Odile Faveris,
leurs enfants et petits-enfants
Armelle, son épouse,
Adrien et Augustin,
ses enfants,
Geneviève et Claude,
ses parents,
Jean-Paul et Sylvain,
ses frères,
et toute la famille
ont la tristesse
de vous annoncer le décès
de leur sœur et tante,
Elisabeth FAVERIS
« Babeth »,
survenu le 26 août 2018.
La messe sera célébrée en
l'église de La Trinité-sur-Mer
(Morbihan), ce jeudi 30 août,
à 9 heures, suivie
de l'inhumation au cimetière
de La Trinité-sur-Mer.
Ni fleurs ni couronnes.
Dons à l'association
des Jours Heureux,
20, rue Ribéra, 75016 Paris.
Une messe sera célébrée
ultérieurement
en région parisienne.
Hugues et Laurence
de Finance,
Alix de Finance,
Christel et Jean-Pierre Greffe,
Thibaut et Patricia de Finance,
ses enfants,
Grégoire, Virginie, Gaëtan,
Laurent, Régis,
Sébastien et Audrey,
Stanislas et Anastasia,
Stéphanie,
ses petits-enfants,
Timotheo, Paloma, Arthur, Zoé,
ses arrière-petits-enfants,
font part du rappel à Dieu de la
baronne
Alain de FINANCE d'ATTIGNY
Tonnerre. Maisons-Laffitte.
Montélimar.
Patrick et Joëlle Falleur,
Brigitte et Richard Dartout,
Sylvie et Fabrice Bucciali,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
et toute la famille
ont la tristesse de faire part
du décès, le 20 août 2018,
à l'âge de 100 ans, de
Mme Solange FALLEUR
née Voisin.
La cérémonie religieuse
a été célébrée le 23 août,
en l'église de Maisons-Laffitte.
L'inhumation a eu lieu dans
le caveau familial, à Tonnerre.
le 28 août 2018,
dans sa 93e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mardi 4 septembre,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede Passy,
10, rue de l'Annonciation,
Paris (16e).
Georgette Marchetti,
sa mère,
Marie-Laure et Louis Augis,
sa sœur et son beau-frère,
Olivia et Camille Augis,
ses nièces,
et toute sa famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
Ses cendres reposeront
dans la chapelle familiale
de Carbuccia (Corse)
auprès de celles de son père,
Auguste Marchetti.
21, rue Sainte-Geneviève,
92400 Courbevoie.
Edouard Marquis,
son fils,
Monique Brulé Marquis,
son ex-épouse,
ses amis
ont la douleur
de faire part du décès de
Jean Pierre MARQUIS
propriétaire du
château de Culan,
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame, ancienne
chapelle castrale, à Culan,
le samedi 1er septembre,
à 11 heures,
suivie de l'inhumation
dans les jardins du château.
Cet avis tient lieu de faire-part.
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la grande tristesse
de faire part
du retour à Dieu de
Louis FAUCHIER-MAGNAN
agent de change honoraire,
croix de guerre 1939-1945,
chevalier
de la Légion d'honneur,
Prénoms
Obsèques
Mariage
Demandez-les par courriel :
carnetdujour@media.figaro.fr
par courrier :
Le Carnet du Jour • Le Figaro
14 boulevard Haussmann • 75009 Paris
le 28 août 2018,
à l'âge de 100 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 1er septembre,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de Grâcede-Passy,
10, rue de l'Annonciation,
Paris (16e).
docteur Gilles RAYNAUD
à l'âge de 59 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu ce jeudi 30 août 2018,
à 14 h 30, en la cathédrale
Saint-Maurice de Vienne.
Condoléances sur registre.
La famille remercie
toutes les personnes
qui prendront part à sa peine.
Jeannine Roques,
son épouse,
Catherine et Philippe Godard,
François et Stéphanie Roques,
Nicolas et Anne Roques,
Hélène et Stéphane Boujnah,
ses enfants et leurs conjoints,
Anaïs et Brendan,
Dorian et Séverine, Elsa,
Julien et Laura,
Benoit et Naïdé, Paul, Mathieu,
Ivan, Iouri, Sacha, Elisa
et Augustin,
Rose et Lisa,
Manoa, Aïdan,
ses petits-enfants
et leurs conjoints,
ses arrière-petits-enfants,
l'ensemble de sa famille,
tous ses amis
ont la profonde tristesse
de vous annoncer le décès du
docteur Jean ROQUES
ancien chirurgien à Agen,
survenu le 29 août 2018,
à Agen, dans sa 91e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 31 août, à 15 heures,
en l'église du Sacré-Cœur,
à Agen.
L'inhumation suivra
la cérémonie au caveau
familial du cimetière
de Larressingle (Gers).
Le Seigneur a accueilli
dans Sa Lumière
et dans la Paix,
Antoine MARCHETTI
survenu le 23 août 2018.
survenu le 24 août 2018,
à l'âge de 82 ans.
M. et Mme
Renaud Vallette-Viallard,
M. et Mme
Didier Fauchier-Magnan,
M. et Mme
Arnaud Fauchier-Magnan,
ses enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
née Francine Radat,
La cérémonie religieuse
sera célébrée en la chapelle
de l'Est du cimetière
du Père-Lachaise, à Paris (20e),
ce jeudi 30 août, à 14 h 30.
Mme Louis Fauchier-Magnan,
son épouse,
Ses guides thématiques
La Trinité-sur-Mer. Carnac.
Paris.
Hyères (Var).
Le docteur Paul Alamel,
son frère,
le docteur et Mme
Jacques-Aimé Pommerie,
son beau-frère et sa belle-sœur,
et leurs enfants,
la famille Krebs
Mlle Jeanine TISSERAND
décédée le 26 août 2018,
à l'âge de 92 ans.
De la part de :
M. (†) et Mme (†)
André Tisserand,
leurs enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
M. (†) et Mme
Jacques Tisserand,
leurs enfants et petits-enfants,
le docteur et Mme (†)
Pierre Merat,
leurs enfants et petits-enfants,
M. (†) et Mme Robert Gillier,
leurs enfants et petits-enfants
et ses filleuls dont son frère
tant aimé Claude (†), Marc,
Benoît, Virginie et François (†).
La cérémonie sera célébrée
le vendredi 31 août, à 15 heures,
en l'église Saint-Nicolas
de Troyes (Aube), sa paroisse.
L'inhumation se fera
au cimetière de Troyes,
dans le caveau familial,
où elle ira rejoindre
ses très chers parents,
Louis et Alice,
sa sœur Denise
et son frère Claude.
Tous les cinq sont réunis
maintenant
dans l'Amour de Dieu
auquel elle croyait tant.
Pas de plaques, des offrandes
pour des messes et quêtes
pour la paroisse Saint-Bernard
de Troyes.
La famille remercie toutes
les personnes ayant manifesté
leur sincère sympathie, sans
oublier leurs fidèles et chères
amies et leurs si dévouées
Martine Jacquel,
Marie-Françoise Hotte
et Marie Elise Lasserre.
Cet avis tient lieu de faire-part.
souvenirs
ont la tristesse
de faire part du décès de
Mme Bernard POMMERIE
née Mireille Alamel,
Le 30 août 2014,
Philippe GURDJIAN
survenu le 22 août 2018,
dans sa 86e année, à Hyères.
quittait les siens.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Nous ne l'oublions pas.
jeudi 30 août 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
17
Catherine Deneuve,
la femme qui voulait
vivre sa vie
23.15
○○○¡
FRANÇOIS AUBEL £@francoisaubel
lle n’aime pas qu’on lui tire le
portrait. Un exercice sinistre
selon elle. Avec classe, mais
fermement, Catherine Deneuve
oppose donc une fin de non-recevoir au journaliste Vincent Nguyen qui,
pour « Complément d’enquête » (le dernier présenté par Thomas Sotto), s’est
lancé le défi de percer le mystère de « ce
monument du cinéma ». Avec un angle
résumé par son titre d’élection : « La demoiselle insoumise ». Ne pas y voir de
sympathies mélenchonistes. Si elle s’est
E
+ @ SUR LE WEB
engagée politiquement, c’est à sa manière, discrète. En signant une pétition pour
défendre Ségolène Royal, lors de la présidentielle de 2007, pour faire cesser les insultes sexistes à l’égard de la candidate
socialiste. Elle a pu intervenir aussi pour
secourir François Hollande ou, plus exactement, la fonction présidentielle qui
méritait à ses yeux plus de respect.
Le journaliste prend appui bien entendu sur la tribune parue dans Le Monde en
janvier dernier dont elle a été le portedrapeau. Celle des cent femmes qui appelaient à défendre « une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ».
Est-ce une erreur de sa part ? Un piège
JORGE GUERRERO/AFP
Libre, intemporelle, dispendieuse, fidèle en
amitié… « Complément d’enquête » tente de percer
le mystère de ce monument du cinéma français.
Catherine Deneuve
lors du Festival
International du Film
de Almeria,
le 13 novembre 2016.
dans lequel elle est tombée ? Même Peggy
Sastre, pourfendeuse du féminisme à
l’origine de ce texte polémique, n’en revient toujours pas d’avoir obtenu la signature de l’actrice. Caricaturée, brocardée, Deneuve ne semble pas cultiver les
remords. Pas le genre de la maison.
Même quand, à l’automne 1987, elle devient la tête de gondole de la Compagnie
financière de Suez et appelle dans une
Un manque de prudence, explique Jack
Lang, avec un art consommé de la litote.
Parmi les nombreux intervenants, Antoine de Baecque, biographe (avec Serge
Toubiana) de François Truffaut, décrypte
le paradoxe Deneuve. « Oui, c’est quelqu’un qui est dans la dépense mais de très
généreux aussi, reconnaît-il. Elle est prête
à s’engager avec des jeunes cinéastes sans
être bien payée. Si elle a décidé de faire un
film, elle le fera et le portera. Et ça c’est une
volonté qui anime toute sa vie. » Pour le
réalisateur belge Jaco Van Dormael, qui
lui a demandé d’incarner une femme
amoureuse d’un gorille, elle n’a pas froid
aux yeux. Le seul homme qu’elle a épousé, le photographe anglais David Bailey,
se souvient même qu’elle appréciait les
blagues salaces. Étienne Daho, son ami,
offre une conclusion à ce portrait finement dessiné. « Ce qui me séduit beaucoup
chez elle, c’est qu’elle fait toujours les choix
de la liberté, avoue-t-il. Elle dit ce qu’elle
pense et elle se fout de ce que l’on pensera
d’elle. » ■
publicité à faire confiance à « ces stratèges de l’argent » qui s’apprêtent à entrer
en Bourse. C’était juste avant le krach du
19 octobre et la chute vertigineuse de
l’action de Suez.
Vincent Nguyen, qui ne cache pas la
part d’ombre de Deneuve, exhume son
amitié coupable avec le golden boy algérien Rafik Khalifa, dont elle était devenue, avec Gérard Depardieu, VRP de luxe.
» Gros succès d’audience pour le lancement de la série Good Doctor sur TF1 » France Inter : l’humoriste Constance termine sa chronique seins nus www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE St-Fiacre
Soleil : Lever 07h05 - Coucher 20h37 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.45 Nos chers voisins. Série.
19.20 N’oubliez pas les paroles ! Jeu.
Prés. : Nagui 20.00 20 heures 20.40
Un si grand soleil. Feuilleton.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Film. Fantastique
Magazine. Historique
Film TV. Drame
19.55 Suburgatory. Série. Tessa
l’experte - Le grand départ.
MATIN
12
21.00 Largo Winch 2
Film. Action. Fra-All-B. 2010. Réal. :
Jérôme Salle. 1h59. Avec Tomer
Sisley. Accusé de crimes, Largo
Winch retourne dans la jungle birmane sur les traces de son passé.
10
13
14
14
11
13
13
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23.05 Chroniques criminelles. Mag.
Présentation : Magali Lunel.
15
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15
12
12
12
13
11
20
Harry Potter
et les reliques…
11
Secrets d’Histoire
Disparus
… de la mort, partie 2
EU-GB. 2011. Réal. : David Yates.
2h10. Avec Daniel Radcliffe. Une
guerre impitoyable oppose les
forces du Bien et du Mal.
Prés. : S. Bern. 2h15. Marie Stuart,
reine de France et d’Écosse. Inédit. Stéphane Bern nous emmène
en Écosse, devant ce qu’il reste du
palais de Linlithgow où Marie Stuart
voit le jour le 8 décembre 1542.
Fra. 2014. Réal. : Thierry Binisti. (1/2).
1h30. Avec Claire Borotra, Vincent
Perez, Cyril Lecomte, Barbara
Cabrita. Une mère confie son enfant
à une baby-sitter. À son retour,
celle-ci a disparu avec l’enfant.
20.50 Des trains pas comme
les autres
23.20 Les experts Série. Le para-
23.15 Complément d’enquête
22.30 Disparus Film TV. Drame
doxe des jumeaux - Jumeaux féroces - Le début de la fin.
Magazine. Prés. : Thomas Sotto
1.30 Ça commence aujourd’hui
(2/2) 0.15 Soir/3 0.50 Mireille Darc,
la femme libre. Documentaire.
21.40 Des trains pas comme les
autres 22.35 C dans l’air. Magazine.
16
14
19.00 Silence, ça pousse ! Magazine
20.00 Mistigri des toits. Doc.
15
16
12
19
Doc. Fra. 2007. Réal. : William Japhet.
0h50. Portugal. Philippe Gougler
emmène le téléspectateur au Portugal. Son voyage débute à Porto.
21
18
16
15
19
19
23
20
22
APRÈS-MIDI
21
10
21
18.55 Les kéas de Nouvelle-Zélande,
des héros très discrets 19.45 Arte
journal 20.05 28 minutes. Mag.
19.45 Le 19.45. Présentation : Xavier de Moulins 20.25 Scènes de
ménages. Série. Avec Marion Game.
21.00
20.50
21.00
Série. Drame
Série. Drame
Jeu
21
21
22
21
23
18
23
20.55 De vrais mensonges
Film. Comédie. Fra. 2009. Réal. :
P. Salvadori. 1h40. Avec A. Tautou.
Une lettre d’amour anonyme provoque une série de quiproquos entre
une mère, sa fille et un soupirant.
23
18
23
23
19
23
23
24
30
22
27
22.55 Ensemble, c’est tout. Film
0.50 Julie Lescaut. Série.
24
25
29
27
32
22
27
30
26
30
30
20.00 Americars. Téléréalité. Les
dangers de la météo.
This Is Us
EU. Saison 2. Avec Milo Ventimiglia,
Mandy Moore, Sterling K. Brown. En
voiture. 2 épisodes. Inédits. Désormais seule après la mort de Jack,
Rebecca voit affluer des souvenirs
liés à la voiture familiale.
Elven, la rivière
des secrets
Norvège. Saison 1. Avec Espen Reboli Bjerke, I. Sundrehagen Raustøl.
2 épisodes. Inédits. Le chef de la
police, Jensen, ne résiste pas à la
pression exercée par ses collègues.
22.20 Better Things Série 23.30
23.00 Moi et mon monde Film.
Live in Canal + 0.00 Annabelle 2 : la
création du mal. Film. Horreur..
Drame 0.50 Chien chauve rock. Film.
Musical 2.25 Arte journal
Pékin Express :
la course infernale
Prés. : Stéphane Rotenberg. 2h15. La
demi-finale. Inédit. Après trente et
un jours de course, l’heure de la demi-finale a sonné ! Les trois équipes
arrivent au Japon.
20.50 Machines de génie
Série documentaire. 2017. 1h40.
Antonov 124 : le mastodonte des
airs. Inédit - L’Antonov 124 est le
plus gros avion cargo du monde.Supercopter. Inédit.
22.30 Titans des mers. Série documentaire. Ferry XXL.
23.15 Pékin express : itinéraire
bis Jeu. Inédit 0.05 Pékin express :
itinéraire bis. Jeu.
19.20 Rénovation impossible. Être
rond comme... - Mi-figue mi-raisin
18.55 Alerte Cobra. Série. Maître
Charles - Secret de famille.
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55 La petite histoire de France
19.00 Couple ou pas couple ? Jeu.
Présentation : Jean-Luc Lemoine.
21.00 Le maître d’école
21.00 NCIS : Los Angeles
21.00 Le cercle rouge
Film. Comédie. Fra. 1981. Réal. :
Claude Berri. 1h35. Avec Coluche.
Par amour des enfants, un modeste
employé se reconvertit en instituteur dans une école de province.
Série. Policière. EU. 2009. Saison 1.
Avec Chris O’Donnell, Daniela Ruah.
2 épisodes. Le NCIS de Los Angeles
est en alerte : un homme a infiltré
leur système informatique.
Film. Policier. Fra-Ital. 1970. Réal. :
Jean-Pierre Melville. 2h14. Avec
Alain Delon. Un truand, un détenu en
cavale et un ancien policier mettent
au point le hold-up du siècle.
22.45 Un pont trop loin. Film. Guerre.
Avec Sean Connery, Ryan O’Neal.
22.30 NCIS : Los Angeles. Série.
Avec Linda Hunt. 5 épisodes.
23.30 L’armée française dans l’enfer
de la jungle. Documentaire.
25
T (en °c)
<-10 à 0
VENDREDI
21.00 Le gendarme
et les extraterrestres
Film. Comédie. Fra. 1978. Réal. : Jean
Girault. 1h30. Avec Louis de Funès.
Une soucoupe volante atterrit à
Saint-Tropez.
22.40 Le gendarme en balade. Film
0.40 Les rois de la piscine
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
26/32
22/28
15/20
17/18
11/20
20/29
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
SAMEDI
18/28
13/23
13/25
12/23
14/25
13/26
14/29
25/33
19/19
19/31
18/27
18/22
24/32
DIMANCHE
12/23
14/20
14/23
15/26
14/20
19/31
12/20
7/17
22/32
22/33
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
13/21
11/17
10 à 20 20 à 30 30 à >40
12/25
13/28
15/32
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20/28
lachainemeteo.com
par téléphone :
2,99 €/appel
LIVE 24/24 SUR
et sur
A
20.30 Groland le Zapoï (C). Divertissement 20.55 Catherine et Liliane
(C). Divertissement.
21
20
21
20
19.00 Les vacances des Anges 3 : viva
España ! 19.55 The Big Bang Theory
jeudi 30 août 2018 LE FIGARO
18
JEUX D'ÉTÉ
TAKUZU
SU DO KU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
Remplir la grille avec les chifres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
FAcile
grille 579
0
0
0
0
0
grille
0
0
0
1
0
0
1
0
0
1
0
0
0
0
0
0
1
FAcile
6 8
9 2 6
7
7 2
5 1 3
4
6
1 5
3
7
0
0
2647
1
3
2
ODEUR DE
PISCINE
DONNÉES
STEAK CRU
AXE SUR
UNE ROSE
EXPRIME SA
DOULEUR
GÊNERA
PETIT IF
6
COULEUR
DE TRUITE
6
5
4 9 2
3
7
4
3
RISQUÉE
AMORPHE
PARTIE DE
TOITURE
IL VIT
EN COMMUNAUTÉ
GLACE
BRISTOL
COINCÉ
AIDE
POSITIVE
L’IRIDIUM
INDICATION
D’ACCOMPAGNEMENT
NOM D’UN
TSAR
ELLE A PRIS
LE FISTON
RADEAU
SOUILLÉ
ÉLÈVE
PROBLÈME N° 4818
HORIZONTALEMENT
1. P i è c e d e r e m p l a c e m e n t . - 2. R é p a r e s l a
r o b e d e c h a m b r e . - 3. P a r t i a p r è s c o u p s .
A p p l i q u é p o u r l e d e s i g n e r . - 4. D o n n e d u
m o u à l a fi c e l l e .I l a l i m e n t e l e s c h u t e s d u
N i a g a r a . - 5. R o u g i s s e n t d è s l e s p r e m i e r s
f r o i d s . - 6. P o s s e s s fi . F a ti p a r u n b l e u d e
t r a v a i l . - 7. D é f e r l a n t e s p o r t i v e . R o n g é e
p a r l a p e s t e c h e z C a m u s . - 8. L o c h e . - 9.
R i s q u o n s l e p a q u e t . P o ri e c o u p é e e n
d e u x . - 10.I l e s t e n j a m b é p a r l e p l u s h a u t
a q u e d u c d u m o n d e r o m a in . B o u c l ie r s
p r o t e c t e u r s . - 11. S e t e r m i n e n t p a r d e s
c r o c h e t s . - 12. S é c h o ri à l i n g e .
Par Louis Morand
2
3
4
5
6
7
8
BRIDGE
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
PROBLÈME N° 2904 :
Vous savez déjà tout
2
D
A
A
V
3
O
1
R
R
V
D
6
8
9
VERTICALEMENT
1. S u r v e i l l e l e m a g o t . - 2. D o n n e u n n o u v e a u d y n a m i s m e . - 3. M e t t r e d e l a S i e n n e . 10
M e t l e f e u a u x p o u d r e s . - 4. E s t p a s s é a u
11
s a l o n . C h e f d ’ e s c a d r o n . V o ti p a s s e r l e s
v i g o g n e s . - 5. S u r f a c e r é d u ti e . A c c o m p a 12
g n a i e n t p a r t o u t l e s r o is e t a v a i e n t u n e
b i e n b e l l e t a i l l e . A n n o n c e M a r i e . - 6.
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4817
F e r m e l a p o r t e . É t e n d u e a u s o l . D u n u c l é a ri e
HORIZONTALEMENT 1. S o u ffl o t . - 2. A s s u d a n s l ’ o c é a n . - 7. S e s fl e u r s b l a n c h e s
e m b a u m e n t l e s j a r d i n s à l a fi n d u p r i n - r e u r . - 3.I s é r o i s e . - 4. N u é e s . T i . - 5. T a . T T C .
t e m p s . I l fi t v i v r e A c h i l l e a v e c t a l e n t . - 8. - 6. P i p i . O p e . - 7. O r i e n t e . - 8. L é . R i e n s . - 9.
F é e . U e . - 10. Ô t a . M a r x . - 11. U r i c é m i e . - 12.
L a n g u e fr o i d e . P r is e n c h a r g e .
X i m é n ie s .
VERTICALEMENT 1. S a i n t - P o l - R o u x . - 2.
O s s u a ri e . T r i . - 3. U s é e . P i . F a i m . - 4. F u r e t i è r e .
C e . - 5. F r o s t . N i é m e n . - 6. L e i . C ô t e . A m i . - 7.
O u s t . P é n u r i e . - 8. T r e i z e . S e x e s .
E
S
5
7
7 6 5 3
5
R D
7 4
N
4
- 9
- A
- A
- V
- V
7 6
10 9
10 9 2
7
6
D
A
A
R
A
8
D
D
D
D
7
7
7
8
6
6
6
7
4
7
9
9
D
R
A
U
A
C
S
E
P
T
A
O
U
T
I
E
N
S
Mots
léchés
2
8 7 6
10 8
10 9 5
grille
Contrat : S u d j o u e 3 Sans-Atout, a p r è s
u n e o u v e rt u r e d e 2 e n E s t .
Entame : D a m e d e ( l e 2 e n E s t , e n p a ri i m p a ri ) .
6 5
8 7
8 7
8 7
8 7
6
6
3
6
A 9 3 2
8 7
8
A V 7
1 0 6 2
grille
4
6
8
2
3
1
9
5
7
3
2
5
7
8
1
6
9
4
2645
7
5
2
6
8
9
1
4
3
2
3
4
5
7
6
8
9
1
9
8
7
1
2
4
6
3
5
6
1
5
8
9
3
7
2
4
5
2
1
4
6
7
3
8
9
3
4
6
9
1
8
5
7
2
8
7
9
3
5
2
4
1
6
2
5
8
9
4
7
1
3
6
8
9
3
4
1
2
5
6
7
5
4
2
6
7
3
9
8
1
7
1
6
8
9
5
2
4
3
2646
4
7
1
5
6
9
3
2
8
1
6
7
3
2
8
4
5
9
9
3
4
1
5
6
8
7
2
MOTS COUPÉS
O u e st
1
N ord
1
Par Arthur Gary
C E R
P I N
P O N
P O U
R I N
S A U
T A U
3
?
Q u e l l e e s t v o t r e e n c h è r e e n Sud a v e c
c h a c u n e d e s c in q m a in s c i- c o n t r e ?
M a i n 1 : Passe. N o r d a 1 7 + H m a x i m u m . A u c u n e m a n c h e n ’ e s t p o s s i b l e a v e c v o t r e
m a i n p l a t e d e 6 H . E n s o u t e n a n t , v o u s c o u r e z l e d o u b l e r i s q u e d e vous retrouver trop
haut s i N o r d e s t m a x i m u m e t d e p r o v o q u e r u n e m a u v a i s e e n t a m e .
M a i n 2 : 2. C e s 1 0 b e a u x p o i n t s - l à , a s s o r t i s d u d o u b l e t o n , s o n t t r o p b e a u x p o u r
u n s i m p l e s o u t i e n . F a ti e s un cue-bid p o u r v é r i fi e r l a f o r c e d e N o r d .
M a i n 3 : 3. A v e c u n s o u t i e n d e quatre atouts et une dizaine de points, c ’ e s t c e t t e f o i s
l e cue-bid à saut q u ’ i l f a u t e m p l o y e r p o u r d é c r ri e a u m i e u x v o t r e m a i n .
M a i n 4 : 2SA. N e v o u s e m b a l l e z p a s . V o t r e p a r t e n a ri e e s t s e u l e m e n t i n t e r v e n u
( a v e c p e u t - ê t r e 1 0 p e t ti s p o i n t s … ) . A v e c u n e m a i n d e l a z o n e 1 3 - 1 4 H e t l ’ a r r ê t à ,
d ti e s 2 S A p o u r proposer la manche.
M a i n 5 : 1SA. C e t t e e n c h è r e c o u v r e l a z o n e i n f é r i e u r e ( 9 - 1 2 H ) m a i s n e p r o m e t p a s
l ’ a r r ê t à . C ’ e s t d o n c u n e e n c h è r e positive mais « poubelle ».
cAncer - cAnTer cArcAn - cArTer cerTes - Pincer Pin-Pon - Poncer PonTer - Tercer TesTer - volcAn volTer.
C E E
2
E st
passe
Mots coupés
Assemblez les huit groupes de trois lettres deux
par deux pour former au moins dix mots de six
lettres. Un même groupe de lettres peut être
utilisé plusieurs fois pour des mots diférents.
1
S u d
578
Sudoku
RÉPONSES AU TEST D’ENCHÈRES N° 2903
Votre main en Sud
Le début de la séquence :
1
2
2
4
5
H
E
R
O
I
S
M
E
Takuzu
6
8
9
2
3
4
7
1
5
CARRÉMENT MIS
À L’ÉCART
1
R
U
A N T
R I E
F L
P O L
D R E
F M
I S
T T E
E T
S
O
E O N
R U
S T U
1 0 1 1 0 1 0 0 1 0
grille
UN
CENTIÈME
DU MÈTRE
BRIDER UNE
VOLAILLE
MOTS CROISÉS
S
E
V
R
E
A
N N
T
E E
S
C A
R
I R
M O
E T
U E
S
E C
S
0 1 0 0 1 0 1 0 1 1
1
9
3
7
4
5
2
6
8
DES
ENZYMES
ARTICLE
ESPAGNOL
PRÉCISE
UNE POSSESSION
ELLE
FORME
UN TOUT
A
BRUSQUE
CONTRACTION
COMPLÉMENT DE
SALAIRE
SURFACE
COMPAGNIE
IMPÔT SUR
LES
PRODUITS
F
O
R
T
E
S
1 0 1 0 0 1 1 0 1 0
COUVERTURE DE
MALADE...
LAISSEZPASSER
EN
DÉSORDRE
(EN)
DISTINGUÉ
T
E
N
T
E
R E
U S
E
R E
C
O U
I M
L E
1 0 0 1 0 1 0 1 0 1
ÇA DOPE
LE SPORTIF
COMPTER
EN MOINS
DÉSERT DE
PIERRES
CHAUDES
ENJOUÉS
CADEAU DE
PERVENCHE
LE CÉRIUM
D
D
E
M
O
N
1 0 0 1 1 0 0 1 0 1
BÉNINS
CONSTANTE
DU CERCLE
A
L
U
V
T
T A
C
C E
R
A B
R E
I S
E
T E
T R
E
S A
0 1 0 1 1 0 1 1 0 0
CITÉ DES
DIOIS
LIGUE DE
PARKER
GRAND AXE
E
N
C
E
N
S
0 1 1 0 0 1 0 0 1 1
CUIVRE
ABRÉGÉ
ON Y A ÉTÉ
PERSAN,
AUTREFOIS
DIGNE
D’UN TSAR
E
E F
E
A N
N D
G I
O
R C
A L
A
M P
I
I E
A R
0 1 1 0 1 0 0 1 1 0
CORROMPRE
LUSTRER
P
P R
A
F L
I
E N
0 0 1 1 0 1 1 0 0 1
TRIOMPHER
UN LIEN
APRÈS LA
LICENCE
SOLUTIONS DES JEUX
DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
1 1 0 0 1 0 1 1 0 0
IL SOUTIENT
LE CHEF
PRÉCÈDE
LE LEVER
6 3
M A
M
Z I
A
E N
T
L E
FIGURE SUR
DES SKIS
BOÎTE À
MUSIQUE
4
5
VIGILANCE
SANS FIL
REPOS
ENFANTIN
EN PORTÉE
1
8
POISSONS
DIVAGUERA
2
1
HOMME SUR
LE CHAMP
CONTRE
9
4
1
7 9 4
3 2
8
9 4 6
1
2 5
FRAPPER
PAR
SURPRISE
TRISTE ET
CONFUSE
6
5
6
9
APPELÉ
DE LOIN
SABLE
MOUVANT
eXPerT
5
Par Diane Monfort
CONTRÔLER
2648
2 9
7
4 1
MOTS FLÉCHÉS N° 2062
POU
POPULAIRE
VIANDE
DE PORC
grille
4
5
6
7
8
9
10
LE FIGARO
jeudi 30 août 2018
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
19
Soyez convaincus que je prendrai
toute ma part pour servir Nice au
centuple de ce qu’elle m’a donné
ÉRIC CIOTTI, DÉPUTÉ DES ALPES-MARITIMES
»
Je suis un
homme libre
et profondément
gaulliste. Je ne vois
pas pourquoi je
quitterai LR. C’est lui
qui est dans l’attaque
permanente, pas moi
Éric Ciotti et Christian
Estrosi, en janvier
2014, à Nice.
C. DODERGNY/PHOTOPQR/
NICE MATIN
CHRISTIAN ESTROSI, MAIRE DE NICE
»
Ciotti-Estrosi, duel au soleil de Nice
ls se sont tant aimés… Christian Estrosi et
Éric Ciotti ont tout partagé : les victoires
politiques qui font date et les défaites qui
laissent un goût amer, les joies du quotidien
comme les chagrins du destin. Quand
Christian Estrosi perd son père, c’est chez
Éric Ciotti qu’il se réfugie. Quand Éric Ciotti
se marie, c’est à Christian Estrosi qu’il demande
d’officier. La collaboration des débuts s’est muée en
amitié complice. À eux deux, rien ne résiste. Sauf
peut-être leurs propres ambitions. Le duo a viré au
duel, chacun organisant sa rentrée politique de son
côté.
Éric Ciotti est le premier à dégainer. Il lancera ce
jeudi sa campagne pour la présidence de la fédération LR des Alpes-Maritimes, un rendez-vous qu’il
voit comme une première « étape de clarification »
avant d’autres combats. En ligne de mire, Christian
Estrosi, patron de la droite locale depuis 2002, qu’il
accuse de trop grande proximité idéologique avec
Emmanuel Macron et de « trahison politique ».
« Moi, je ne renie pas qui je suis. Je ne m’excuse pas de
mes idées. […] Je n’ai jamais varié », vitupérait Éric
Ciotti, le 8 juillet, au cours d’un déjeuner champêtre aux allures de meeting électoral. Pas la peine de
parler d’Éric Ciotti à Christian Estrosi. Le maire de
Nice, qui a programmé sa rentrée politique le
7 septembre, n’a pas voulu lui répondre, « concentré », dit-il, « sur (sa) ville et les Niçois ». « Je suis un
homme libre et profondément gaulliste. Je ne vois pas
pourquoi je quitterai LR. C’est lui qui est dans l’attaque permanente, pas moi », rétorque l’élu. Le dialogue est rompu, les deux hommes ne se supportent
plus. Entre eux, c’est devenu physique, obsessionnel, irrationnel.
Quand les deux élus se croisent, ils s’ignorent. Au
mieux, échangent-ils une poignée de main quand,
autrefois, ils s’embrassaient. Avec beaucoup de
créativité, ils savent aussi faire disparaître d’une
photo celui qu’il méprise. Recadrage du cliché, utilisation des filtres Instagram, recours au décor, tout
est bon pour couper la tête de son adversaire. Comme à l’inauguration du tramway début juin ou lors
des cérémonies du 8 mai 1945. Entre eux, tout est
une question d’angle…
I
1988, la naissance d’un binôme
Ce 8 juillet, à Levens, dans l’arrière-pays niçois,
Éric Ciotti exulte. Quel politique serait capable
d’une telle performance en plein Mondial et congés
d’été, fanfaronne-t-il en voyant dans ce rendezvous une première étape avant la prise de fédération puis de la mairie. Des faux militants, juge
Christian Estrosi. Les soutiens du maire de Nice recomptent minutieusement les chaises à partir des
photos postées sur le compte Twitter d’Éric Ciotti,
entourant en rose celles qui sont restées vides. De
part et d’autre, on brandit les chiffres comme des
trophées. Plus de 4 000 personnes selon les ciottistes ! Seulement 2 300 selon les estrosistes ! Compliqué de les mettre d’accord… même quand ils le
Entre les deux élus,
l’amitié du début s’est
muée en opposition
frontale. Le député des
Alpes-Maritimes lance
ce jeudi sa campagne
pour la présidence
de la fédération LR
des Alpes-Maritimes…
Un poste occupé
par le maire de Nice
depuis 2002.
S’il n’en reste qu’un,
qui sera celui-là ?
Récit d’un divorce.
sont. Après le déclenchement de l’affaire Benalla,
les élus LR des Alpes-Maritimes exigent « d’une
seule voix » qu’Emmanuel Macron s’explique. Une
voix moins le maire de Nice. Si Éric Ciotti assure lui
avoir proposé de signer le communiqué, l’édile a
préféré se fendre d’un tweet… pour dire la même
chose.
Le climat devient si lourd dans les Alpes-Maritimes que le numéro 2 de LR Jean Leonetti, et maire
d’Antibes, a décidé de s’en mêler. Début juillet, il
précise se mettre « à leur disposition pour faciliter
(les) échanges ». Chargé par le parti d’organiser
l’élection pour la présidence de la fédération, Jean
Leonetti souhaite « ardemment » la reprise du dialogue entre Éric Ciotti et Christian Estrosi. Peine
perdue. Le 8 août, c’est dans un courrier au ton sec
et avec vouvoiement de rigueur qu’Éric Ciotti tance
le maire de Nice de s’expliquer sur une réunion qui
s’est tenue, six jours plus tôt, entre grands élus à
l’Élysée. « Je vous demande solennellement de
confirmer ou d’infirmer cette information qui si elle
s’avérait exacte marquerait de votre part un pas supplémentaire en direction du pouvoir En marche ! », lui
écrit Éric Ciotti après un article du Canard enchaîné.
Si le maire de Nice n’entend pas lui répondre, son
entourage fait valoir « le devoir républicain ». « Je
préfère le laisser tel Don Quichotte se battre contre les
moulins à vent », glisse Christian Estrosi à un ami.
Il y a trente ans, tout avait pourtant bien commencé entre eux. En 1988, c’est un coup de foudre
professionnel et la naissance d’un binôme. Christian Estrosi, élu député, embauche Éric Ciotti comme assistant parlementaire. « Estrosi était un combattant flamboyant ; Ciotti tenace et constant »,
résume un de leurs amis. « C’était la tête et les jambes ! », s’amuse Éric Ciotti. La complicité devient
fusionnelle : au département, au gouvernement, à
la mairie, ils avancent à deux. Et quand en 2008,
Éric Ciotti est battu aux cantonales, Christian Estrosi, frappé par le cumul des mandats, négocie en
coulisses pour lui trouver un point de chute et lui
céder la présidence du conseil général. Si Éric Ciotti
le remercie « du fond du cœur », les ferments de la
division sont déjà en germe. Le nouveau président
du département entend parler de plus en plus en
son nom. « Cette année sera pour nous […] l’année de
toutes les espérances mais aussi de tous les dangers
car cheminer sur les sommets est toujours beaucoup
plus risqué que rester dans la plaine », s’inquiète
d’ailleurs Éric Ciotti dans une carte de vœux envoyée à Christian Estrosi. Le message est clair : pas
question de rester éternellement le second. « Il m’a
permis, à des étapes clés de ma vie politique, d’obtenir des succès et je lui en ai été reconnaissant », reconnaît Éric Ciotti. « Mais il est tout aussi vrai qu’il
n’aurait jamais fait la même carrière politique si je
n’avais pas été à ses côtés. Nous avons avancé ensemble », fait-il valoir.
Le député commence à se faire un nom. À l’Assemblée nationale, comme au parti. C’est le début
de sa propre ascension politique. Christian Estrosi
s’agace surtout de voir son ex-bras droit nommé
secrétaire départemental de la fédération LR des
Alpes-Maritimes. Le ton monte entre les deux amis
et leurs entourages. Quant aux élus locaux, ils sont
sommés de choisir leur camp. Et publiquement ! Si
les tensions vont crescendo aux régionales de 2015
et à la primaire de 2016, où chacun accuse l’autre de
zigzag électoral et d’opportunisme, la scission est
définitivement actée à la présidentielle. À la rupture politique et personnelle entre les deux hommes,
s’ajoute un divorce idéologique profond. Alors
qu’Éric Ciotti fait partie du dernier carré de fidèles
autour de François Fillon, Christian Estrosi réclame
la démission du candidat et reçoit Emmanuel Macron à Nice. Le maire presse d’ailleurs la droite
d’« accepter la main » tendue par le nouveau chef
de l’État. Pas du goût d’Éric Ciotti qui lui reproche
de « jouer contre son camp pour l’espoir d’un poste ».
Aucun n’a l’intention de céder et soupçonne
l’autre de faire le jeu des extrêmes. Au second tour
de la présidentielle, Christian Estrosi vote Emmanuel Macron quand Éric Ciotti appelle à ne pas voter
pour Marine Le Pen et s’abstient. Aux législatives de
2017, les deux élus se regardent en chiens de faïence. Éric Ciotti suspecte Christian Estrosi de négocier
en coulisses avec la majorité présidentielle pour le
faire battre. Quant au maire de Nice, il reproche au
député « d’alimenter les petites phrases et les petites
querelles » et de manquer de gratitude. « Tout ça
m’a fait souffrir, c’est une réalité », confie à l’époque
Christian Estrosi. « Il y a eu une fracture personnelle,
je ne la nie pas et cela m’a profondément affecté, mais
elle se double aujourd’hui d’une fracture idéologique
très forte », rebondit alors le député. « D’une microfissure, c’est devenu le canyon », conclut-il.
Le combat ne fait que commencer
À eux deux, ils seraient imbattables ; divisés, ils
s’affaiblissent. À coups de communiqués et d’interviews, les deux élus s’accusent désormais de mauvaise gestion locale et d’augmentation d’impôts.
« Ils sont obsédés l’un par l’autre », se désole l’un de
leurs amis. Au sein des Républicains, si plusieurs
ténors ont tenté de faire la médiation, les élus préfèrent aujourd’hui se tenir à l’écart. Comme Laurent Wauquiez qui tente l’équilibre. Lorsqu’il s’entretient avec Christian Estrosi avant le conseil
national de LR à Menton en juin dernier (ce qui fâche le député), il invite Éric Ciotti à dîner en tête à
tête dans la foulée à l’Assemblée. « Il faut faire attention », met en garde une connaissance commune, « dans les combats aussi violents, parfois c’est un
troisième homme qui remporte la mise ! ». Ou une
femme. Un sondage Ifop pour Nice Matin soulignait, début juillet, la percée de Dominique EstrosiSassone, ex-épouse de l’actuel maire, comme troisième personnalité politique du département.
Le combat ne fait que commencer. Deux nouvelles dates de tension sont déjà programmées : outre
l’élection du président de la fédération LR mi-octobre, les municipales de 2020 risquent d’être fratricides. Chaque jour qui passe, Éric Ciotti est un peu
plus candidat à la mairie de Nice face à Christian Estrosi. Si officiellement le député ne se décidera
qu’au printemps 2019, son discours du 8 juillet, aux
accents très sarkozystes, n’a guère laissé de place
au doute. « Soyez convaincus que je prendrai toute
ma part pour servir Nice au centuple de ce qu’elle m’a
donné. Avec vous, depuis Levens, je veux ouvrir un
nouveau chemin », martelait-il. Reste que Christian
Estrosi n’a aucune intention de lui céder la place.
« Ma vie est à Nice, elle ne sera jamais ailleurs. On
peut me proposer toutes les places, je n’en prendrai
aucune », confie au Figaro Christian Estrosi. Pas
question de renoncer, ils aiment tant se détester. ■
A
Marion Mourgue
£@MarionMourgue
jeudi 30 août 2018 LE FIGARO
20
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
CHRONIQUE
Luc Ferry
luc.ferry@yahoo.fr
www.lucferry.fr
Hulot, écologiste radical
a démission de Nicolas
Hulot vient de montrer
de manière éclatante
les limites du fameux
« en même temps » si cher
au président Macron.
Contrairement à ce que je lis ici
ou là dans la presse, la décision du
ministre de l’Écologie n’est pas liée
à sa psychologie fragile, pas davantage
au manque de sens politique qu’on
attribue rituellement aux personnalités
de la société civile, mais tout
simplement à une opposition de fond,
radicale et insurmontable, entre
le fondamentalisme vert que Nicolas
Hulot avait fini par assumer et
la politique libérale mise en place
par Emmanuel Macron pour séduire
L
+
@
» Lire aussi PAGES 5 ET 6
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
la partie centriste et pro-européenne
de la droite.
Il faut rappeler que dans les années
2002-2004, Nicolas Hulot fut sur les
questions d’écologie l’un des
principaux conseillers de Jacques
Chirac. C’est lui, notamment, qui
réussit à convaincre l’ancien président
d’inscrire dans la Constitution le
calamiteux principe de précaution,
selon lequel on peut interdire la
diffusion d’un produit même en
l’absence de toute preuve scientifique
de sa nocivité, idée confuse et obscure
qui servit aussitôt à arrêter la recherche
sur les OGM. Disons-le clairement,
avec un tel principe, plus aucun
laboratoire médical ne prendrait
aujourd’hui l’initiative de mettre
ENTRE GUILLEMETS
30 août 1954 : l’Assemblée nationale rejette la Communauté européenne de défense (CED)
Un député de l’époque,
Roland de Moustier, à la tribune
KEYSTONE FRANCE
Il faut vous prononcer
sur le problème du
réarmement allemand et
il faut obliger le Parlement
à se prononcer»
+
» Lire aussi PAGES 2 ET 4
ROBERTO RICCIUTI/GETTY IMAGES
ALEXANDRE DEVECCHIO
A
Le journaliste et essayiste
britannique, auteur
du best-seller « L’Étrange
Suicide de l’Europe.
Immigration, identité,
islam »*, jette un regard
sombre sur la crise
migratoire et l’attitude
de la plupart des
gouvernements européens.
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
préfère appeler aujourd’hui
« traditionnelles », celles de tribus qui
ignorent tout de l’Occident moderne et
de sa quête infinie de l’innovation, tant
dans le domaine de la production que
dans celui de la consommation.
C’est peu de dire que je ne partage
pas les idées de Nicolas Hulot, ni son
hostilité au monde moderne, ni son
penchant pour la révolution
conservatrice à la mode zadiste, ni son
attachement au principe de précaution
qui vient brider la recherche
scientifique et l’essor des sociétés vers
le progrès. Non que je sois un
adversaire de l’écologie, bien au
contraire. Simplement, je pense depuis
toujours que seule une écologie positive
et non punitive pourra avoir une
influence réelle sur le cours des choses,
en quoi il faut à mon sens intégrer la
problématique environnementaliste au
cœur du système économique.
À cet égard, je partage les vues de
« l’écologie circulaire », une écologie
qui s’oriente vers le recyclage à partir
du constat que, dans la nature, il n’y
a pas de poubelles, autrement dit,
que tout ce qui en vient doit pouvoir
y retourner, de sorte que la notion de
« déchet » n’y a aucun sens. Par-delà
mes désaccords de fond avec Nicolas
Hulot, dont le départ est à mes yeux
une bonne chose pour le pays, je
comprends malgré tout son geste : son
rôle de caution verte devenait par trop
visible pour ne pas être ridicule. Ce que
je comprends moins, en revanche, c’est
qu’un président ait pu tout ignorer des
idées de son ministre au point de croire
qu’un fondamentaliste vert pourrait
cohabiter avec son libéralisme.
Où l’on mesure tout à la fois les limites
du « en même temps » et celles de
la pure « com ».
Douglas Murray : « Sur les migrants,
que cela plaise ou non, l’Italie sera un test »
PROPOS RECUEILLIS PAR
ENTRETIEN
l’aspirine sur le marché ! Derrière cette
désolante idéologie du risque zéro, il y
avait évidemment un parti pris
fondamentaliste antilibéral, une option
néoconservatrice qui ne pouvait pas ne
pas entrer un jour en conflit avec la
politique du gouvernement actuel.
On n’a pas suffisamment remarqué
que le ministère dont Nicolas Hulot
était jusqu’à présent le titulaire n’était
pas celui de « l’Environnement », mais
de la « Transition écologique ». Autant
dire qu’il s’agissait bel et bien
d’enclencher la mise en place d’un
nouveau type de société adossé à un
modèle de développement économique
tout autre que celui qui anime une
politique tout entière orientée (fût-ce,
hélas, sans aucun succès pour
l’instant…) vers le retour de la
croissance. Comme me l’avait dit un
jour au cours d’une émission de
télévision la présidente de Greenpeace,
« Lorsqu’on est sur l’autoroute avec sa
voiture et qu’on veut aller de Paris à
Marseille et qu’on voit à chaque panneau
indicateur marqué “Lille”, il ne sert à
rien de ralentir, il faut faire demi-tour »,
magnifique métaphore de la façon dont
le fondamentalisme vert comprend la
politique à conduire : non pas corriger
les effets pervers du développement
économique libéral-productiviste
orienté vers la croissance, mais
carrément changer de modèle de
société en faisant machine arrière pour
renouer avec un idéal de frugalité ancré
dans le local et hostile à la logique du
développement capitaliste.
De là la sympathie affichée par
Nicolas Hulot pour l’obscurantisme des
zadistes, de là aussi la passion qu’il
exprimait dans ses émissions de
télévision pour ces sociétés que LéviStrauss disait « sauvages » et qu’on
LE FIGARO. - Le sujet de l’immigration
est en train de créer une fracture
profonde en Europe. Tout homme
ou femme venant de l’étranger semble
être automatiquement inclus dans
la catégorie « migrants » ou « réfugiés ».
Mais les situations ne sont-elles pas très
différentes d’une personne à l’autre ?
Douglas MURRAY. - La plupart des médias européens, et de nombreux politiciens, sinon la plupart, utilisent jusqu’aux
mots de « migrants » et de « réfugiés » de
manière interchangeable. Par exemple, ils
parlent de la crise des « réfugiés » de 2015,
or ces événements étaient en fait une crise
« migratoire ». Certes, il y avait des réfugiés dans le nombre. Mais les propres chiffres de l’Union européenne, issus de
l’agence Frontex, montrent que l’essentiel
des personnes arrivées en 2015 (au moins
60 %) n’avaient pas plus de droits que quiconque dans le reste du monde d’être en
Europe. Pour leur propre convenance, la
plupart des politiciens ne prennent pas la
peine de différencier ces deux choses. Ou
bien ils le font en parole, mais pas dans
leurs actions. Et la plupart des médias parce qu’ils font campagne ou parce qu’ils
sont paresseux - sont très heureux d’induire leurs lecteurs et leurs téléspectateurs
en erreur. Mais oui, ce sont effectivement
des situations très différentes.
L’indistinction entre migrants
économiques et réfugiés a-t-elle encore
compliqué le débat sur ce sujet ?
Certainement. Chose curieuse, les militants
les plus enclins à confondre ces deux aspects sont les partisans des « frontières
ouvertes », en particulier ONG et journalistes qui aiment se présenter comme de
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
grands humanitaires (même si ces humanitaires attendent des autres qu’ils règlent
leurs factures). Ceux-ci ont cherché à présenter tous ceux qui viennent en Europe
comme des demandeurs d’asile désespérés. Pourtant, quelqu’un qui fuit la guerre
civile syrienne n’est pas dans la même situation qu’une personne d’Afrique subsaharienne qui cherche à améliorer son niveau de vie. La privation économique est
une chose terrible, c’est certain. Mais ce
n’est pas la même chose que de fuir un nettoyage ethnique. Les assimiler est un désastre à long terme. Car tous les sondages
montrent que les Européens sont très bien
disposés envers les véritables demandeurs
d’asile. Les mélanger avec les migrants
économiques en vue d’hypothétiques
avantages politiques à court terme produira rapidement une baisse très nette de
l’empathie des Européens pour tous, y
compris pour les plus démunis.
N’est-ce pas en distinguant clairement
ces deux situations que nous pourrions
protéger correctement le droit d’asile ?
Oui, mais il y a une vérité plus sombre.
C’est que l’Europe ne peut pas même accueillir tous ceux qui sont, dans le monde,
de véritables demandeurs d’asile. Nous
pourrions nous porter volontaires pour accueillir tous les Syriens qui vivent dans des
camps de réfugiés au Liban, en Jordanie et
en Turquie. Nous ne le faisons pas parce
que nous préférons qu’ils ne viennent pas.
Mais quel politicien oserait faire remarquer
que nous préférerions, à juste titre, que les
Syriens restent près de leur pays et ne gagnent pas l’Europe ? Il y a une telle hypocrisie dans tout cela. Regardez l’accord que
nous avons conclu avec la Turquie. Nous
payons un pot-de-vin massif au calife Erdogan. Et en retour, il tient un fusil sur la
tête de l’Europe.
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
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Sciences),
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(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
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Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
J’ai déjà demandé à l’un des partisans
d’Angela Merkel pourquoi l’Allemagne
n’avait pas fait venir plus de migrants directement depuis les camps de Grèce et
d’ailleurs. S’ils croient tellement en leur
politique, pourquoi ne le font-ils pas ? Sa
réponse a été que le flux de personnes a
ralenti et qu’il n’est pas nécessaire de le
faire. En réalité, il a ralenti à cause d’un
énorme chèque allemand. Pourquoi nous
mentons-nous à ce sujet ? Notre politique
de ces dernières années n’a été ni planifiée ni équitable : elle a été aléatoire et
chaotique et a profité à plusieurs reprises
à ceux qui enfreignent la loi et non à ceux
qui ont fait la queue. Nous avons puni
ceux qui ont suivi les règles et récompensé tous ceux qui ne l’ont pas fait.
lévisions des cinq continents. Les gens diront que les Italiens se comportent comme
des nazis. La pression internationale augmentera. Tout le monde sera encouragé à
revenir au désastreux statu quo actuel.
Pour que M. Salvini réussisse à gérer cela
avec humanité, ce ne sont pas seulement
les médias européens, mais aussi les citoyens européens qui doivent se comporter de manière responsable et honnête.
Les 28, soumis au droit européen, ont-ils
les moyens de faire appliquer leurs lois ?
Les lois sont en place dans la plupart des
pays, mais il n’y a pas de volonté politique
pour les appliquer. En particulier pour empêcher les migrants clandestins de déposer
un recours en justice à la dernière étape de
la procédure avant
Notre politique de ces dernières années de disparaître. C’est
ce qui se passe en
n’a été ni planifiée ni équitable : elle
Suède. Par ailleurs,
a été aléatoire et chaotique et a profité à même pour les vrais
plusieurs reprises à ceux qui enfreignent demandeurs d’asile, j’estime utile de
la loi et non à ceux qui ont fait la queue
discuter de la question de savoir si
l’asile doit être permanent. La Suède
Une fois arrivés en Europe, les migrants
compte encore de nombreuses personnes
qui n’ont pas été déclarés éligibles
arrivées dans les années 1990 en tant que
au statut de demandeurs d’asile
véritables demandeurs d’asile fuyant la
doivent-ils être renvoyés ?
guerre civile dans l’ex-Yougoslavie. Leur
Bien sûr. Si quelqu’un est venu et qu’il n’a
pays natal est en paix depuis plus de deux
pas le droit d’être ici, il devrait être rendécennies et la question de savoir ce qu’ils
voyé. Certes, les questions juridiques et le
font encore en Suède me paraît pertinente.
nombre de dossiers sont désormais redouDe façon générale, nous tous, en Europe,
tables. La tâche est incroyablement difficiattendrons que la situation empire, tout en
le. Que cela nous plaise ou non, l’Italie sera
prétendant que tout va bien et en essayant
un test. Matteo Salvini s’est engagé à rende faire taire toute personne qui dit le
voyer un demi-million de personnes qui se
contraire. Un jour, ce ne sera plus dissimutrouvent en Italie illégalement. Bonne
lable. Et nous allons paniquer. ■
chance à lui. Mais je pense que cela se révélera impossible. La presse du monde en* Le livre, paru en Grande-Bretagne en
tier surveillera tous les détails. Chaque
2017, est disponible en français aux Éditions
scène malheureuse sera diffusée par les tédu Toucan (544 p., 23 €).
«
FIGAROMEDIAS
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Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 22 pages
Cahier 2 Économie
6 pages
LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
Mozart,
foudroyé en
quinze jours
4/6
21
[
De quoi son
vraiment mto-ils
rts ?
]
Ils ont pesé lou
rd sur l’histoir
causes de leur
e du monde. Ma
mo
énigmes médic rt restent mystérieuses. Fa is les
ales, voici les
ce à ces
« autopsies his
pratiquées pa
r des médecin
toriques »
s et historiens.
Le compositeur aux cinquante
symphonies a disparu subitement
peu avant son 36e anniversaire
dans d’étranges circonstances.
échanges épistolaires et les écrits
laissés par Mozart et ses proches.
Armés de ces témoignages parfois
altérés par le poids des années, ils
La mort de Wolfgang Amadeus
sont parvenus à retracer la chroMozart, survenue brutalement
nologie des faits avec une grande
dans la nuit du 5 décembre 1791 à
précision. Et, ainsi, à réaliser une
son domicile de Vienne (Autriche),
autopsie posthume.
réunit tous les ingrédients d’une
Rien, dans l’état de santé du
bonne intrigue. Officiellement, le
musicien, n’aurait pu permettre
compositeur aurait succombé
de prédire cette fin précipitée.
d’une « fièvre ardente associée à
Cette fameuse année 1791, Mozart
une éruption miliaire », détaille son
est au meilleur de sa forme, bien
certificat de décès. Un terme géque débordé de travail. Il a reçu
nérique qui signifie que le corps du
plusieurs commandes qu’il n’a pu
musicien était en lutte. Oui, mais
refuser, tant il a besoin d’argent
contre quoi ? Une bactérie ? Un vipour subvenir aux besoins de sa
rus ? Un poison ? Nulle autre indifemme, la chanteuse soprano
cation n’est mentionnée sur le
Constance Weber, et de ses deux
certificat signé de la main du méfils, alors âgés de 7 ans et 5 mois.
decin qui l’a accompagné jusqu’à
Alors qu’il s’attelle à la composison dernier souffle.
tion de l’opéra Die Zauberflöte (La
Un diagnostic trop peu précis
Flûte enchantée), le comte Franz
pour satisfaire l’indiscrétion popude Walsegg lui commande une
laire. Comment imaginer en effet
messe de requiem au
que ce musicien de gémois de juillet. Au
nie, âgé de seulement
de cette période,
35 ans, compositeur
Écrivains et cours
ses lettres sont joyeude plus de six cents
réalisateurs ses et témoignent de sa
œuvres et sur le point
bonne
santé.
Le
d’achever l’année la
ne sont pas
3 juillet 1791, il écrit :
plus prolifique de sa
les seuls
« En ce qui concerne ma
vie, soit mort de cause
à s’être
santé, je me sens bien. »
naturelle ?
Le lendemain, il raPeu de temps après
penchés
conte dans un autre
l’enterrement, les rusur le « cas
échange qu’il se lève à
meurs vont bon train.
Mozart ».
5 heures du matin pour
La plus sensationnelle
se mettre rapidement
est celle d’un assassiNombreux
au travail, et affirme
nat par empoisonnesont les
avoir bon appétit.
ment, soutenue par
médecins à
À la fin du mois
un journal berlinois.
Certains
affirment
avoir essayé d’août, le compositeur
tombe malade lors
que le complot aurait
de faire la
d’un séjour à Prague,
été ourdi par Antonio
lumière sur
puis il se remet au traSalieri, maître de chapelle de l’empereur
sa disparition vail à un rythme effréné. L’homme est habid’Autriche, présenté
subite
tué à ce que la santé lui
comme le rival histofasse faux bond : à
rique de Mozart. Une
plusieurs reprises, la maladie
idée reprise par Alexandre
manque de l’emporter. À l’âge de
Pouchkine dans une pièce de
10 ans, il souffre d’une fièvre tythéâtre publiée en 1832 (Mozart et
phoïde et deux ans plus tard il
Salieri) et, bien plus tard, dans le
contracte la rougeole. Des aléas
film Amadeus, réalisé en 1984 par
courants au XVIIIe siècle : en
Milos Forman. Pour d’autres, ce
ne serait pas Salieri le coupable
1756, année de naissance du commais des membres de la loge
positeur, l’espérance de vie des
franc-maçonnique dont Mozart
Européens n’excède pas 40 ans.
faisait partie. Dans un cas comme
Les maladies infectieuses se rédans l’autre, cette hypothèse du
pandent comme une traînée de
poison ne tient pas : les maux dont
poudre et il n’existe ni vaccins ni
souffrait le compositeur ne sont
antibiotiques pour y faire face.
pas caractéristiques d’un empoiC’est d’ailleurs par crainte d’épisonnement.
démies que la population viennoiÉcrivains et réalisateurs ne sont
se a l’interdiction formelle d’acpas les seuls à s’être penchés sur le
compagner les convois funèbres
« cas Mozart ». Nombreux sont les
jusqu’aux cimetières, assez exmédecins à avoir essayé de faire la
centrés du centre-ville. La famille
lumière sur sa disparition subite.
de Mozart n’échappa pas à la rèUn médecin belge, le Dr Lucien
gle, et dut laisser le compositeur
effectuer seul son dernier voyage.
Karhausen, a ainsi recensé plus de
Revenons en septembre 1791. Le
quatre cents causes possibles de
compositeur ne le sait pas encore,
décès, sans compter la vingtaine
mais ses jours sont comptés : il lui
de maladies mentales qui lui ont
reste précisément dix semaines à
été attribuées, comme le syndrovivre. Au cours de cette période, il
me d’Asperger, le trouble du défidéploie une énergie exceptionnelcit de l’attention ou encore le synle. Il termine l’écriture de La Flûte
drome de Gilles de La Tourette.
enchantée, achève un concerto
Mais comment établir, plus de
pour clarinette ainsi qu’une candeux cents ans après les faits, les
tate pour sa loge maçonnique et
causes d’un décès quand aucune
commence à travailler sur son faautopsie n’a été réalisée ? Sans
meux Requiem.
compter que le corps du composiMais à la fin du mois de novemteur, inhumé dans une tombe
bre, sa santé se dégrade subitecommunautaire d’un cimetière
ment. Mozart est fiévreux et soufdes faubourgs de Vienne - et non
fre de violents maux de tête.
dans une fosse commune comme
Contraint de rester au lit, il voit
cela a été dit -, n’a jamais été reson corps enfler progressivement,
trouvé. Privés de leurs scalpels et
au point d’être complètement pade leurs outils d’analyses biologiralysé. Outre cet œdème généraliques, les médecins n’ont pas eu
sé, son fils Carl Thomas rapportera
d’autre choix que de s’appuyer sur
plus tard que son père dégageait
la seule matière disponible : les
jeudi 30 août 2018
Wolfgang Amadeus
Mozart, huile sur toile,
après 1770. BRIDGEMAN
IMAGES/RDA
CÉCILE THIBERT £@CecileThibss
UNE ÉPIDÉMIE
SÉVISSAIT
À VIENNE
Le symptôme le plus marquant
de l’agonie de Mozart est sans
nul doute l’impressionnant
œdème qui a déformé son corps
dans les derniers jours de sa vie.
Étonnamment, le musicien
n’était pas le seul dans ce cas.
Selon une étude publiée en 2009
dans les Annals of Internal
Medicine, une épidémie
sévissait à Vienne au moment
de sa mort. Les auteurs de
l’étude ont épluché les registres
de décès survenus dans la
capitale autrichienne entre
novembre 1791 et janvier 1792,
et les ont comparés avec ceux
des autres années. Ils ont alors
constaté une recrudescence
de décès par œdème parmi les
contemporains du compositeur,
en particulier chez les jeunes
hommes. Selon les chercheurs,
ce nouvel élément confirme le
diagnostic de glomérulonéphrite
aiguë post-streptococcique,
une maladie contagieuse
potentiellement mortelle
qui se manifeste notamment
par ces fameux œdèmes.
«
»
LES DATES
27 janvier 1756
Naissance
à Salzbourg,
en Autriche
1762 - 1766
Tournée en Europe
1767
À 11 ans, il compose
son premier opéra
5 décembre 1791
Décès à Vienne
(Autriche)
« une odeur pestilentielle, signe
d’une décomposition interne ».
Bien qu’à peine reconnaissable
tant son visage est gonflé, Mozart
reste lucide. Mais au quatorzième
jour de la maladie, son état se détériore encore et il se met à délirer. Le médecin de famille, le
Dr Nickolaus Closset, est appelé en
urgence mais n’arrive que tardivement. Impuissant face à la maladie, il se contente d’appliquer
des compresses froides sur le front
brûlant du compositeur. Faut-il
rappeler qu’en 1791 les médecins
ne disposaient d’aucun accessoire
pour l’examen clinique ? Le stéthoscope n’arrivera qu’en 1819 et
le thermomètre ne sera pas utilisé
avant 1868. Quelques minutes plus
tard, Mozart perd connaissance…
pour ne jamais se réveiller.
Longtemps le diagnostic admis
par la communauté médicale fut
celui d’une fièvre rhumatismale
aiguë. Cette maladie, notamment
caractérisée par une inflammation
des articulations, est la conséquence d’une angine bactérienne
à streptocoques non soignée. Une
hypothèse balayée par le Dr Philip
Mackowiak, professeur émérite
de médecine à l’université du
Maryland (États-Unis). En 2007,
le médecin a livré une analyse mi-
nutieuse de ce qu’il appelle « la
plus grande tragédie de l’histoire de
la musique ». Selon lui, les symptômes que présentait le musicien
ne sont pas compatibles avec ce
diagnostic, notamment à cause de
l’absence de détresse respiratoire
(quelques heures avant sa mort,
Mozart entonnait encore les premières mesures de son Requiem).
Selon le Dr Mackowiak, le fin mot
de l’histoire se cache dans les impressionnants œdèmes qui ont
défiguré le musicien. « De toutes
les maladies donnant des œdèmes,
celles attaquant les reins sont les
plus susceptibles de conduire à un
œdème généralisé de l’ampleur de
celui qu’a connu le compositeur »,
observe-t-il dans son livre Post
Mortem : Solving History’s Great
Medical Mysteries. Selon lui,
Mozart aurait été terrassé par une
glomérulonéphrite aiguë poststreptococcique, une maladie
causée par la bactérie streptocoque. L’infection provoque la destruction des glomérules, ces petits
filtres qui permettent aux reins de
produire l’urine. Avec, à terme,
un risque important de développer une insuffisance rénale. En
temps normal, la maladie touche
surtout les enfants, mais il existe
un type de streptocoque, Strepto-
coccus equi, qui s’attaque spécifiquement aux adultes. Ceux-ci
s’infectent généralement en buvant du lait ou en consommant
des produits laitiers contaminés.
« Si Mozart est effectivement
décédé à cause de cette bactérie,
comme le laissent penser ses
symptômes, sa fin pourrait avoir
été causée soit par une urémie fatale (intoxication du sang liée à
l’accumulation de déchets), soit
par une hémorragie cérébrale due
à une hypertension, indique le
Dr Mackowiak. Cela pourrait expliquer l’odeur nauséabonde qu’a
sentie son fils, Carl Thomas. Quand
les reins ne fonctionnent plus, les
déchets métaboliques s’accumulent dans le sang, puis dans la
transpiration, la salive et les autres
sécrétions, jusqu’à ce que le corps
empeste l’urine. »
Nul ne sait si Mozart aurait souhaité mourir sur scène. Mais il est
certain qu’à choisir, il n’aurait
probablement pas voulu que sa
grande faucheuse prenne la forme
d’une bactérie cachée dans un
fromage avarié. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Le pharaon
en mille morceaux
A
1762
À 6 ans, il compose
ses premières
œuvres, apprend
le clavecin, le violon
et l’orgue
jeudi 30 août 2018 LE FIGARO - N° 23 031 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
BUDGET
COMMENT BERCY VEUT
RÉFORMER L’IMPÔT
SUR LES SOCIÉTÉS PAGE 25
SÉRIE DE L’ÉTÉ
Baudouin Prot,
directeur général
de BNP Paribas
en 2008.
CRISE DE 2008 : LA
GRANDE FRAYEUR
D’UN BANQUIER PAGE 27
L’État crée un nouveau
mastodonte du secteur public
À l’issue d’une vaste opération financière, l’État va céder à la Caisse des dépôts
le contrôle de La Poste, qui va se rapprocher de CNP Assurances.
Le projet d’une grande redistribution des cartes autour de La Poste, à
l’étude depuis plusieurs mois, va se
concrétiser. Mercredi, le PDG du
groupe, Philippe Wahl, en a présenté les grandes lignes aux représentants syndicaux de La Poste :
l’entreprise publique, dont l’État est
l’actionnaire majoritaire, va passer
sous le contrôle de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), en
même temps qu’elle deviendra
l’actionnaire de référence de CNP
Assurances.
Cette opération vise à consolider
La Poste, qui doit affronter depuis
plusieurs années la chute de son
activité historique, la distribution
du courrier. Pour y faire face, elle
a développé deux autres métiers :
d’une part, le colis et la logistique ; d’autre part, les services financiers de La Banque postale.
C’est ce pôle qu’elle va renforcer
avec CNP Assurances. La loi actuelle disposant que l’État doit
être actionnaire majoritaire au
capital de La Poste, une mesure
législative sera intégrée dans la loi
Pacte de Bruno Le Maire pour
rendre possible ce changement de
contrôle.
èL’ÉTAT DONNE LES CLEFS DE LA POSTE À LA CAISSE DES DÉPÔTS è DE NOUVEAUX SERVICES POUR MAINTENIR L’ACTIVITÉ DES POSTIERS PAGE 24
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA, FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO, GROUPE CARLSBERG
Kronenbourg
investit
100 millions
en Alsace
La filiale du brasseur
danois Carlsberg veut
profiter de la reprise
du marché de la bière
en France. L’annonce
a été faite mercredi
par la maison mère
lors d’une rencontre
avec le président
Macron, en visite
d’État à Copenhague.
PETITE HAUSSE
DU SALAIRE DES
FONCTIONNAIRES
D’ÉTAT EN 2016
C’est désormais officiel : les
2,2 millions d’agents de la fonction
publique d’État (FPE) ont, tous
statuts confondus, enregistré une
toute petite augmentation en 2016
de leur salaire net moyen. Selon
une note de l’Insee publiée mercredi
soir, un salarié de la FPE (agents civils des ministères et des établissements publics, fonctionnaires ou
non) percevait en effet, à la fin de
l’année 2016, en moyenne,
2 505 euros en équivalents temps
plein. Il s’agit d’une hausse de 0,4 %
en euros courants (les salaires tels
qu’ils étaient en valeur nominale
cette année-là), exactement comme en 2015, mais seulement de
0,2 % en euros constants (c’est-àdire corrigés de l’évolution de l’inflation).
Toutes ces variations permettent
d’appréhender l’évolution - en l’occurrence positive - du pouvoir
d’achat des fonctionnaires sur une
année donnée. Les disparités salariales au sein de la fonction publique d’État sont quant à elles restées « quasiment stables », note
l’Insee dans son étude annuelle. Le
salaire net des femmes est ainsi
toujours inférieur de 14 %, en
moyenne nominalement, à celui
des hommes. Un écart qui se réduit
toutefois « à 3 % à âge, grade, catégorie et statut égaux », précise
l’institut statistique, soit légèrement moins qu’en 2015.
Un dernier indicateur, moins connu
mais plus pertinent, démontre également l’évolution positive du
pouvoir d’achat des fonctionnaires
d’État. Pour les salariés présents
pendant deux années consécutives
(en 2015 et 2016 donc) chez le
même employeur et avec la même
quotité de travail, le salaire net
moyen a bondi de… 1,7 % en euros
constants. L’évolution de cet indice,
appelé
Rémunération
nette
moyenne des personnes en place
(RMPP), « reflète la progression de
leur ancienneté et de leur carrière ». Elle est beaucoup plus rapide
pour les agents de catégorie A, qui
représentent les deux tiers des salariés de la fonction publique d’État.
M. L.
PAGE 26
RADIO FRANCE
Comment le groupe
va utiliser le digital
pour faire des
économies PAGE 28
LA SÉANCE
DU MERCREDI 29 AOÛT 2018
CAC 40
5501,33
+0,30%
DOW JONES (18h)
26151,52 +0,34%
ONCE D’OR
1204,20 (1212,25)
PÉTROLE (lond)
76,600 (76,220)
EUROSTOXX 50
3456,50 +0,26%
FOOTSIE
7563,21 -0,71%
NASDAQ (18h)
7644,98 +0,99%
NIKKEI
22848,22 +0,15%
Carambar avale Lutti
Aston Martin, la voiture de James Bond, pour contrer Haribo
L'HISTOIRE
en route pour la Bourse
e célèbre agent secret
britannique n’y trouvera sans
doute rien à redire. Aston Martin
a l’intention de s’introduire
à la Bourse de Londres. James
Bond est depuis bien longtemps un
amateur des bolides de la marque.
En 1965, il conduisait une DB5 dans
Goldfinger. En 2015, c’était au volant
d’une DB10 spécialement conçue pour lui
(notre photo) que 007 affrontait Ernst
Stavro Blofeld, dans Spectre. Aston Martin
a une longue histoire. Elle a été fondée à
Londres en 1913. Et toutes ses voitures
- de grand luxe - sont encore construites
en Angleterre.
Ces dernières
années,
la société
a connu de
nombreuses
difficultés,
accumulant
les pertes.
Aujourd’hui,
cela va mieux.
En 2017, elle a
dégagé un
L
bénéfice, pour la première fois depuis 2010,
et écoulé plus de 5 000 voitures, un record
depuis 2008. Dans une industrie automobile
où les investissements sont toujours plus
importants, avoir comme actionnaire principal
un fonds d’investissement - en l’occurrence,
l’italien Investindustrial - n’est pas forcément
idéal. D’où l’idée d’aller en Bourse pour lever
de l’argent. La presse britannique évoque
un apport d’argent frais de 1 milliard de livres
sterling (1,1 milliard d’euros) pour une
capitalisation totale de l’ordre de 4 à
5 milliards de livres (4,4 à 5,5 milliards
d’euros). Des chiffres impressionnants pour
un constructeur qui reste un petit artisan,
avec 6 200 à
6 400 ventes
attendues
sur l’année.
La réussite
de Ferrari
(8 400 unités
pour une
capitalisation
de 28 milliards
d’euros) a dû
donner des
E. E.
idées. ■
Après avoir tenté en vain de racheter à Mondelez en 2016 les
célèbres Carambar, La Pie Qui
Chante et autres Krema, Lutti
tombe dans l’escarcelle de son
ancienne cible. Plus précisément de CPK, la filiale d’Eurazeo qui chapeaute depuis dixhuit mois l’ancien pôle
confiserie de Mondelez, rebaptisé Carambar & Co. Mercredi,
les deux groupes ont annoncé
être entrés en négociations exclusives en vue d’un rapprochement. Propriété du confiseur allemand Katjes depuis
2011, Lutti réalise 115 millions
d’euros de chiffre d’affaires,
contre environ 200 millions
pour Carambar & Co.
Concrètement, Katjes céderait
sa filiale (Lutti, Magnificat…)
en échange d’une prise de participation minoritaire au capital de CPK, jusqu’ici détenue à
100 % par Eurazeo. Les discussions devraient se clore
d’ici à la fin de l’année.
Il s’agit du rapprochement du
deuxième et troisième acteurs
français de la confiserie, avec
respectivement 17 % du mar-
ché (Carambar) et 12 % (Lutti).
Les deux groupes, distancés
malgré leurs efforts par le
mastodonte allemand Haribo
(40 % du marché tricolore),
veulent unir leurs forces pour
peser plus lourd.
Après des années d’errements, Lutti a opéré un repositionnement drastique en
2013 en abandonnant les marques de distributeurs sur les
bonbons gélifiés. Après avoir
assaini son bilan, il a renoué
avec les profits en 2015 mais
perd encore du terrain. Du
côté de Carambar & Co, dont
les marques (Carambar, Vichy, Poulain, Michoko…) ont
souffert de sous-investissements sous l’ère Mondelez,
l’heure est à la reconquête.
Eurazeo a annoncé en 2016 un
plan d’investissement de
35 millions d’euros sur les 5 sites français de sa filiale (Blois,
Marcq-en-Barœul, Saint-Genest, Strasbourg et Vichy). Des
efforts qui commencent à
porter leurs fruits, sur des
marques iconiques pour les
OLIVIA DETROYAT
Français.
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
jeudi 30 août 2018 LE FIGARO
24
L'ÉVÉNEMENT
L’État donne les clefs de La Poste
à la Caisse des dépôts
Le gouvernement veut créer un nouveau pôle autour de La Poste, la CDC et la CNP.
BERTILLE BAYART £@BertilleBayart
Organigramme de l’actionnariat actuel de CNP Assurances
ENTREPRISES PUBLIQUES Le gouvernement s’apprête à donner le
75 %
coup d’envoi à une vaste redistribution des cartes au sein du secteur public. Les représentants syndicaux de
La Poste en ont eu la confirmation
mercredi par leur PDG, Philippe
Wahl : l’entreprise va passer sous le
contrôle de la Caisse des dépôts et
consignations (CDC), en même
temps qu’elle va devenir l’actionnaire de référence de CNP Assurances.
Ce jeu de bonneteau suppose de
changer la loi, qui impose, pour
l’heure, que La Poste soit contrôlée
25 %
en direct par l’État. La future loi
Pacte portée par Bruno Le Maire
sera le véhicule idoine : une partie
du texte traite du périmètre de
l’État actionnaire avec les privatisations programmées d’ADP et de la
FDJ et une autre de la gouvernance
de la Caisse des dépôts. Le calendrier s’est accéléré, l’exécutif ayant
décidé la semaine dernière, en
marge du Conseil des ministres de
rentrée, de mettre ce projet de loi
en tête de liste des textes que le Parlement examinera dans les prochains mois.
Le premier objectif de cette opération est de consolider La Poste,
fragilisée par l’effondrement de son
métier historique, le courrier. Elle a
donc un besoin impérieux de renforcer ses autres activités, dans le colis et la lo- Nommé en
gistique d’une part, dans
décembre dernier, le
les services financiers de
La Banque postale directeur général de
d’autre part. « Nous la Caisse des dépôts,
n’avons pas encore Éric Lombard,
transformé le modèle
a accepté de céder
stratégique de La Poste,
déclarait fin mai à l’As- la CNP, à condition
semblée nationale Phi- de prendre le
lippe Wahl, tant que le contrôle de La Poste.
courrier traditionnel représentera plus de 20 % de notre
chiffre d’affaires, ce sera une épée de
Damoclès stratégique. » Le PDG
avait ajouté : « Nous ne pourrons pas
continuer ce développement sans un
apport de fonds propres », La Poste a
« besoin d’une augmentation de capital ».
Les
parlementaires
n’avaient, curieusement, pas relevé
le propos ni demandé au patron de
combien il avait besoin…
Mais Philippe Wahl tient maintenant sa promesse d’une augmentation de capital sous la forme d’un
apport par la Caisse des dépôts de
ses 40,8 % dans le capital de la CNP,
une participation qui, au cours de
Bourse actuel, vaut près de 6 milliards d’euros. En échange, la Caisse
ÉTAT
Redistribution des cartes
1,1 %
50 %
SOPASSURE
mener le « deal » à bien, sans avoir
d’autre choix que de trouver un
terrain d’entente.
21,8 %
BOURSE
36,3 %
50 %
BPCE
40,8 %
CAISSE
DES DÉPÔTS
Infographie
recevra des actions de La Poste et
devrait ainsi porter sa participation
au capital de l’entreprise publique
de 25 % aujourd’hui à un niveau qui
en fera l’actionnaire majoritaire.
L’État demeurera actionnaire minoritaire. Des travaux de valorisation de La Poste affineront le schéma dans les prochains mois.
Pas d’OPA
Il faudra lever une autre difficulté :
éviter d’avoir à lancer une offre
publique d’achat sur la CNP,
cotée en Bourse, ce qui
renchérirait une opération conçue pour éviter
tout euro de sortie de
cash. Auprès de l’Autorité
des marchés financiers, et
afin d’obtenir son feu vert,
les promoteurs de la tran-
saction plaideront qu’elle ne donne
pas lieu à un changement de contrôle, puisqu’il s’agit d’un reclassement
de titres au sein de la sphère publique, ni à un changement de modèle,
puisque CNP Assurances pourra
continuer à travailler avec d’autres
réseaux que La Poste.
Outre l’AMF, il faudra aussi
convaincre le groupe BPCE, actionnaire de la CNP au travers d’une
structure partagée avec La Poste. Le
pacte d’actionnaires
qui lie tout ce
beau
monde
vient à échéance à l’automne
prochain. Cela
tombe bien.
Sinon, il aurait
fallu négocier
avec BPCE pour
Cette redistribution des cartes au
sein du secteur public vient mettre
un terme à de très longues années de
bras de fer souvent stérile entre les
différents acteurs à la manœuvre.
Mais la roue a tourné ces derniers
mois. D’abord avec l’élection d’Emmanuel Macron, que Philippe Wahl
a su convaincre. Ensuite avec la nomination, par le président de la République, d’Éric Lombard à la tête
de la Caisse des dépôts. Un virage
pour l’institution publique qui a historiquement freiné des quatre fers
devant tout projet concernant la
CNP. Éric Lombard, conseillé par
Lazard et Perella Weinberg, a fait
bouger les lignes en acceptant de
céder le contrôle de l’assureur à
condition de prendre celui de La
Poste, conseillée par Barclays. Un
mouvement qui a d’ailleurs provoqué le départ du directeur général
de la CNP, Frédéric Lavenir, en
juillet. Cette ambition a aussi rencontré quelque réticence du côté de
l’Agence des participations de l’État
- épaulée par la Société générale - à
Bercy. De ces tractations est sorti un
accord en forme de jugement
de Salomon. La CDC aura
le contrôle du conseil
d’administration de La
Poste, mais le PDG de
l’entreprise publique restera nommé par l’exécutif, en Conseil des ministres. La politique y trouve
son compte également : ensemble, la CDC et La Poste
promettent de créer
un grand pôle financier public,
dont le cœur de
mission sera de
servir et de financer les collectivités locales. ■
PDG de La Poste
depuis 2013, Philippe
Wahl espère
une opération
qui consolidera un
groupe fragilisé par
la chute de l’activité
courrier.
LA POSTE
EN CHIFFRES
EXERCICE 2017
24,1
milliards d’euros
de chiffre d’affaires
(dont 24,4 % à l’étranger)
253 200
salariés
23
milliards de lettres,
imprimés publicitaires
et colis distribués
dans le monde
CNP ASSURANCES
EN CHIFFRES
EXERCICE 2017
32,1
milliards d’euros
de chiffre d’affaires
5 100
salariés
38
millions d’assurés
en prévoyance
dans le monde
et 14 millions
en épargne-retraite
À Bercy depuis mai
2017, Bruno Le Maire
a encouragé une
transaction qui créera
un pôle financier
public au service
des collectivités
et du logement.
De nouveaux services pour maintenir l’activité des postiers
Les facteurs ont heureusement
ajouté de nouvelles missions à leur
vocation originelle, la distribution
de lettres. En effet, à la vitesse à
laquelle le volume de courrier décline (- 7 % en moyenne par an),
un grand nombre d’entre eux seraient aujourd’hui désœuvrés
sans nouvelle corde à leur arc.
Les enveloppes se sont transformées en messages, SMS ou
courriels, envoyés sur les smartphones et les ordinateurs. Les
boîtes aux lettres sont de plus en
plus souvent désertées. Aujourd’hui, La Poste ne réalise que
27 % de son chiffre d’affaires avec
le courrier papier alors qu’il représentait 60 % il y a dix ans. En
revanche, la branche courriercolis représente 47 % du chiffre
d’affaires du groupe.
Sur les 150 000 salariés de la
branche courrier, 72 000 sont des
facteurs. Plus de la moitié d’entre
eux sont désormais « multimétiers ». Ils rendent de nouveaux
services pour remplir leur mission
de proximité sur l’ensemble du
territoire. Ces services payants
sont extrêmement variés : faire
passer le Code de la route, recueillir les fournitures de bureau
recyclables après avoir distribué
le courrier aux entreprises, veiller
sur les personnes âgées isolées, li-
Les agents de La Poste
ont de nouvelles
missions, comme
celle de faire passer
le Code de la route.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
vrer les médicaments à domicile,
effectuer pour les collectivités une
surveillance de la voirie, leur signaler les encombrants, les tags,
les nids-de-poule sur les routes,
assister les personnes dans leurs
démarches sur Internet…
Les colis et la banque
assurent les profits
Lorsque la direction de La Poste
avait énuméré ses propositions de
diversification aux représentants
des salariés, un élu de SUD a demandé si les facteurs n’allaient
pas en plus promener les chiens !
À vrai dire, la direction de La Poste est prête à faire preuve de créativité pour occuper ses agents.
Mais les nouveaux services n’ont
rien d’une mine d’or. Ils ont réalisé un chiffre d’affaires de 120 millions d’euros en 2017.
C’est surtout la distribution de
petits colis qui prend la relève des
lettres. Alors que le nombre de
lettres distribuées chute, le volume de colis et de petits objets augmente grâce au développement de
l’e-commerce. Cette hausse a at-
teint 8 % en 2017. D’après les prévisions de La Poste, 400 millions
de Colissimo devraient être livrés
en 2020 alors que leur volume atteignait 278 millions en 2015.
La Poste doit donc préparer la
mutation de son activité d’un
côté et gérer sa pyramide des
âges de l’autre. À partir de 2020,
le gros des effectifs partira à la
retraite. La Poste aura alors préparé son plan de route en misant
sur plusieurs métiers : la banque,
les services, les colis et le numérique. Ailleurs en Europe, les anciennes postes nationales (allemande, italienne, hollandaise)
n’ont pas réussi à conserver tous
ces métiers.
La Poste a beaucoup investi à
l’international avec de nombreuses acquisitions. Elle devrait
continuer à se renforcer dans le
colis et la banque, ses relais de
croissance rentables. GeoPost (livraison express sous les marques
DPD et Chronopost), très bien implanté en Europe, devrait poursuivre cette stratégie d’internationalisation, vers l’Asie. ■
TOTAL DES ENVOIS
DE COURRIER EN FRANCE,
en milliards de plis
20,4
milliards
20
15
10
11
7
5
2001
*Projection
Source : Arcep
2022*
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA ET SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
A
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
LE FIGARO
jeudi 30 août 2018
ENTREPRISES
25
Impôt des sociétés : changements en vue
L’exécutif a décidé de modifier
le « régime de groupe », un dispositif
utilisé par 110 000 entreprises.
GUILLAUME GUICHARD
£@guillaume_gui
FISCALITÉ Le mauvais élève du
fond de la classe veut passer au
premier rang… La France, qui a
perdu nombre de contentieux devant la Cour de justice européenne
et le Conseil constitutionnel en
matière de fiscalité des entreprises, veut que cela change. Et pour
cause : sa dernière condamnation,
la censure à l’automne 2017 de la
taxe à 3 % sur les dividendes instaurée par François Hollande en
2012, a coûté 10 milliards d’euros à
l’État.
Après avoir payé l’addition, le
gouvernement Philippe a décidé
de présenter, dans le cadre du
projet de budget 2019, une réforme de certaines règles de l’impôt
sur les sociétés. Quitte à alourdir,
c’est le risque, la facture pour les
entreprises. « La baisse des taux
d’impôt sur les sociétés (IS) votée en
fin d’année dernière, de 33,33 % à
25 % en 2022, nous donne l’occasion de normaliser les règles d’assujettissement des entreprises à
l’IS », justifiait-on à Bercy, fin
janvier, en lançant ce chantier.
Trois dispositifs, critiqués par
nos partenaires internationaux ou
fragiles juridiquement, sont au
menu : le régime d’intégration fiscale des groupes ; la déduction des
intérêts d’emprunt du résultat imposable ; la fiscalité des brevets.
Sur les deux premiers sujets, les
grands arbitrages ont été rendus, a
indiqué au Figaro une source au
sein de l’exécutif.
Le régime d’intégration fiscale
était probablement le dossier le
plus concernant pour les chefs
d’entreprise. Ce dispositif, l’un des
plus attractifs du Code général des
impôts, fait en effet économiser
plus de 15,6 milliards d’euros
d’impôts par an à 110 000 entreprises. Il permet aux sociétés mères de déduire de leur résultat imposable les pertes et autres frais
financiers générés par leurs filiales. Ces « neutralisations », comme les appellent les fiscalistes,
permettent de réduire la note due
au fisc.
Problème, ce dispositif a été fragilisé par les récentes décisions de
la Cour de justice européenne et du
Conseil constitutionnel. Pour renforcer l’intégration fiscale à la
française, l’exécutif a donc décidé,
selon nos informations, de supprimer une des neutralisations. En
l’occurrence, les abandons de
créances financières ou les subventions, fréquemment accordées
par les maisons mère quand leurs
filiales sont en difficulté, ne seront
plus déductibles du résultat imposable du groupe. « Cette réforme
risque d’être dommageable pour les
PME, qui y perdront en sécurité juridique, observe Patrick Morgenstern, spécialiste de l’intégration
fiscale chez Fidal. Toutefois, le
gouvernement a été moins loin que
ce qu’on pouvait imaginer et n’a pas
mis à bas un des meilleurs régimes
fiscaux français. »
Le ministère de
l’Économie, à Paris.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Application large
du droit européen
Deuxième axe de la réforme, le
gouvernement a décidé de revoir
les règles qui permettent aux entreprises de déduire leurs charges
d’intérêts de leur résultat imposable, en appliquant le plus largement possible la directive européenne sur le sujet. Le dispositif
français permettait jusqu’à présent aux entreprises de déduire de
leur résultat imposable jusqu’à
75 % de leurs charges d’intérêt. De
quoi, au passage, inciter les sociétés françaises à se financer via
l’endettement.
Pour se mettre en conformité
avec le droit européen, donc, le
gouvernement Philippe transposerait dans le droit français toutes
les options de la directive antiévasion fiscale, dite « Atad ». Fini
la règle des 75 %, dite du « rabot ». Les intérêts d’emprunts ne
seraient plus déductibles qu’à
hauteur de 30 % du résultat avant
impôts, intérêts, provisions et
amortissement (Ebitda). L’impact
budgétaire pour l’État de ce changement reste incertain. Selon certaines sources proches du dossier,
il pourrait toutefois coûter un peu
plus cher que le « rabot ». Comprendre que cela pourrait avantager quelque peu les entreprises.
Quant à la réforme du régime
des brevets, troisième axe de réforme, le gouvernement poursuit
la concertation avec le patronat
avant de trancher. Ce dispositif,
plébiscité par les entreprises, dont
les fleurons du CAC 40, ne taxe les
revenus issus de brevets qu’à
15 %. Très critiqué par nos partenaires, il constitue un avantage
concurrentiel stratégique. ■
EN BREF
CONFUSION SUR
LE PRÉLÈVEMENT
À LA SOURCE
£ Le prélèvement à la source
sera lancé en janvier 2019
comme prévu, a martelé
mercredi sur Europe 1 le ministre
de l’Action et des Comptes
publics, Gérald Darmanin,
démentant des rumeurs de
report de cette réforme.
« Nous ferons le point courant
septembre », précise-t-on dans
l’entourage du premier ministre.
Selon le site des Échos, l’Élysée se
réserve toutefois « la possibilité
de décaler la réforme ».
La croissance confirmée à un petit
0,2 % au deuxième trimestre
La croissance économique a bel
et bien plafonné à 0,2 % au
deuxième trimestre, selon une
2e estimation publiée mercredi
par l’Insee. Ce chiffre, qui
confirme la première évaluation
publiée fin juillet, rend
définitivement hors d’atteinte
les 2 % de croissance prévus
par le gouvernement en 2018.
Il confirme le trou d’air traversé
depuis plusieurs mois par
l’économie française, qui peine
à retrouver de l’élan après une
année 2017 très dynamique.
En cause, selon l’Insee : la
consommation des ménages, qui
a reculé de 0,1 % entre avril et juin
après avoir augmenté de 0,2 %
lors du premier trimestre,
plombée notamment par la grève
de la SNCF. Cette situation
complique l’équation budgétaire
de Bercy, qui devrait compter
avec des recettes fiscales moins
élevées qu’attendu en 2018 et en
2019, et donc avec un déficit plus
important qu’escompté.
PLUS D’EMBAUCHES
EN JUILLET
£ En juillet 2018, le nombre
de déclarations d’embauche
de plus d’un mois (hors intérim)
augmente de 0,7 % après une
diminution de 0,3 % en juin,
selon les chiffres publiés
par l’Acoss.
Vinci décolle aux États-Unis
Le groupe y reprend plusieurs aéroports.
LE PREMIER CRÉATEUR
ET OPÉRATEUR GLOBAL
DE CENTRES DE SHOPPING
DE DESTINATION
6,61€
« Un marché énorme »
Pour disposer des fonds nécessaires
au rachat des aéroports, Vinci a
vendu sa division parking en 2014.
Et, ces dernières années, il s’est
considérablement renforcé dans ce
domaine : en 2013, il a racheté dix
aéroports au Portugal ; en 2016, il a
racheté trois aéroports au Japon et
celui de Lyon ; au début de l’année, il
a repris celui de Belgrade, en Serbie… En acquérant le portefeuille de
plateformes d’Omers, Vinci franchit
une nouvelle étape. Il prend pied
aux États-Unis, où il va désormais
gérer sous différentes modalités huit
aéroports (Atlantic City, Raleigh,
Burbank…). « Comme les États-Unis
constituent un marché aéroportuaire
énorme, cela va encore renforcer notre crédibilité pour gagner des appels
d’offres partout dans le monde », estime Nicolas Notebaert.
Un atout essentiel car le groupe
veut continuer sa marche en avant
dans ce secteur : il suit de près les
projets du Japon, qui envisage de
privatiser les aéroports de l’île de
Hokkaïdo. Surtout, il sera candidat
pour acquérir Orly et Roissy dans le
cadre de la privatisation d’ADP, attendue en 2019. Une énorme opération qui le ferait encore changer de
dimension si l’État le choisissait
comme repreneur. ■
63,7 Md€
VALEUR
DU PORTEFEUILLE(1)
NOTATION
CRÉDIT
RÉSULTAT NET RÉCURRENT
PAR ACTION
A
+ 7,3%
PAR RAPPORT À S1-2017
12,5 Md€
102
PORTEFEUILLE DE PROJETS
EN DÉVELOPPEMENT
CENTRES DE SHOPPING DONT
56 FLAGSHIPS
RÉSULTATS SEMESTRIELS 2018
Nous sommes iers de présenter aujourd’hui les premiers résultats
du nouveau Groupe. Le 7 juin 2018 est né Unibail-Rodamco-Westield,
le premier créateur et opérateur global de centres de shopping
de destination. Le travail d’intégration est désormais en cours pour faire
du nouveau Groupe un succès. En parallèle de l’immense projet qu’a été
l’acquisition de Westield, réalisée en un temps record, nous délivrons
de très bons résultats pour ce premier semestre 2018. Notre priorité
reste l’amélioration continue de notre portefeuille par une gestion
rigoureuse et notre politique de rotation des actifs, et par la livraison
progressive de nos projets. L’expertise des équipes d’Unibail-RodamcoWestield au service d’actifs qui comptent parmi les meilleurs au monde
est la clé de la génération de valeur future pour nos actionnaires.
Christophe Cuvillier, Président du Directoire
Membre des indices CAC 40, AEX 25, Euro STOXX 50
Membre de NYSE Euronext Vigeo France 20,
Eurozone 120, Europe 120 et World 120
Membre d’Ethibel Pioneer & Excellence
Contact : investors@urw.com - Tél : + 33 1 53 43 73 13 - urw.com
Membre de STOXX ESG leader
Membre de FTSE4Good
A
»
NICOLAS NOTEBAERT,
DIRECTEUR GÉNÉRAL
DE VINCI CONCESSIONS
SERVICES Vinci continue à tracer
son sillon dans l’activité aéroportuaire. Mercredi, le groupe de BTP
et de concessions a finalisé l’acquisition pour un montant non communiqué d’un portefeuille de onze
aéroports auprès du fonds d’investissement canadien Omers. Il met
notamment la main sur la plateforme de Belfast, en Irlande du Nord
(5 millions de passagers par an), reprend la concession du deuxième
aéroport d’Orlando, en Floride, et
la gestion d’une partie de l’aéroport
d’Atlanta, le plus gros du monde.
En tout, 21 millions de passagers
supplémentaires qui permettent à
l’opérateur français de totaliser
180 millions de voyageurs prenant
l’avion dans ces plateformes.
« Jusqu’ici, nous étions dans le
top 5 des opérateurs d’aéroports
dans le monde, affirme Nicolas Notebaert, directeur général de Vinci
Concessions. Cette opération nous
permet d’entrer dans le top 3. »
Aujourd’hui, Vinci n’est devancé
que par l’espagnol Aena et le français ADP, qui exploite notamment
Roissy et Orly.
Si Vinci n’en finit pas de grossir
dans la gestion d’aéroports, c’est
qu’il estime ce segment très porteur. « Les taux de croissance dans le
secteur aéroportuaire sont supérieurs à l’augmentation du PIB avec
des coefficients multiplicateurs de un
à deux », aime à répéter son PDG,
Xavier Huillard, qui a fait de cette
activité un axe stratégique de développement. D’autant plus que, si ce
métier nécessite de gros investissements, les profits y sont très
confortables. En 2017, la marge
opérationnelle a atteint 39,9 %.
(1) VALEUR BRUTE DE MARCHÉ PROPORTIONNELLE
nous permet
d’entrer
dans le
top 3 des
opérateurs
d’aéroports
dans le
monde
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
l
Cette
« opération
jeudi 30 août 2018 LE FIGARO
26 ENTREPRISES
Kronenbourg investit 100 millions en Alsace
La filiale française du brasseur danois Carlsberg veut profiter de la reprise du marché de la bière.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
BIÈRES Au moment où de nombreux industriels de l’alimentaire
ont récemment menacé de moins,
voire de ne plus investir en France
(Haribo, Barilla…), le géant de la
bière Carlsberg croit dur comme
fer au goût retrouvé des Français
pour la bière. Mercredi, à l’occasion d’une rencontre avec le président Macron en visite d’État à
Copenhague, le propriétaire de
Kronenbourg, 1664, Grimbergen
ou Tourtel a ainsi annoncé un investissement de 100 millions
d’euros en France, sur son unique
site industriel tricolore, à Obernai
(Bas-Rhin).
L’enveloppe, découpée en quatre
volets encore à quantifier précisément, sera utilisée sur la période
2019-2021, a précisé Kronenbourg
SAS, filiale du géant danois dans
l’Hexagone. Elle s’ajoute aux
23 millions d’euros annoncés par le
groupe en mars dernier. Cet effort
permettra à la fois de moderniser
l’une des plus grosses brasseries
d’Europe - près de 7 millions
d’hectolitres brassés par an –, qui
fêtera l’année prochaine ses 50 ans.
Mais aussi, alors que le site arrive à
saturation, d’augmenter les volumes. Seuls deux tiers des 70 hectares du site alsacien sont aujourd’hui utilisés.
Or, sur un segment français de la
grande consommation globalement morose, et malgré la guerre
des prix qui sévit en grandes surfaces, le marché de la bière se porte
bien en France. Porté par l’engouement autour des brassins artisanaux, aromatisés ou sans alcool, le
marché a rebondi en grandes
surfaces depuis quatre ans, de 2,7 %
en volumes et 8,4 % en valeur.
Bières plus typées
et mieux valorisées
Carlsberg entend bien profiter de
cette dynamique, confirmée sur le
long terme. « Au-delà de la modernisation et des hausses de capacités,
les investissements seront aussi
technologiques pour s’adapter aux
évolutions de goût des consommateurs français, explique Joao
Abecasis, PDG de Kronenbourg
SAS. Il y a sept ans, 90 % des volumes d’Obernai étaient pour des
bières lagers (à fermentation basse).
Aujourd’hui, 30 % sont pour nos
bières spéciales que sont la Grimbergen (bière d’abbaye), la Tourtel
(bière sans alcool) ou la Skoll (aromatisée). » Des bières plus typées,
mais surtout mieux valorisées, axe
prioritaire du groupe pour surfer
sur les nouvelles tendances de
consommation et tenter de contrer
le boom des brasseries artisanales
indépendantes.
Plus gros site du groupe en Europe, Obernai nécessitait « des
modernisations plus conséquentes
pour rester une brasserie de référence », précise Joao Abecasis.
Au-delà de la croissance du marché français, la filiale française
Construite en 1969,
et seul site de Carlsberg
en France, l’usine
Kronenbourg d’Obernai,
dans le Bas-Rhin, brasse
près de 7 millions
d’hectolitres par an
(1664, Kronenbourg,
Grimbergen, 1664,
Tourtel…). MAXPPP/
PHOTOPQR/L’ALSACE
France, aux côtés du néerlandais
Heineken.
Mais comme l’ensemble des
géants du secteur, elle subit les assauts des brasseries artisanales,
qui se multiplient partout dans le
monde. Ce qui l’a menée à une
stratégie d’innovation forte, pour
limiter la dépendance à sa marque
phare, rachetée il y a dix ans. Désormais, les innovations se
concentrent sur les bières dites
veut aussi rester offensive à
l’étranger, notamment avec sa
marque 1664, qui fonctionne bien
à l’international. Avec 938 millions d’euros de chiffre d’affaires,
réalisés à 90 % par ses trois marques Kronenbourg, Grimbergen et
1664, Kronenbourg est en croissance en volumes depuis quatre
ans. Avec 28,5 % de part de marché sur le premier semestre, elle
reste le coleader du secteur en
« spéciales », qui pèsent pour l’essentiel de la croissance du groupe
en France.
Après un premier semestre
moins dynamique qu’en 2017,
Kronenbourg escompte bien
poursuivre sa dynamique cette
année. L’été se clôt sur de bonnes
performances, selon la direction,
portées par la Coupe de monde de
football en juin et juillet et des
températures favorables. ■
Pernod Ricard prêt à une nouvelle année de forte croissance
Les efforts de réorganisation entrepris par le groupe depuis trois ans ont enfin porté leurs fruits.
SPIRITUEUX Après avoir dépassé
ses objectifs, Pernod Ricard estime avoir suffisamment de carburant pour une nouvelle année de
forte croissance. Lors de son exercice annuel clos fin juin, le numéro deux mondial des spiritueux
a enregistré une hausse de son
chiffre d’affaires de 6 %, à près de
9 milliards d’euros. Un rythme
deux fois plus rapide que celui atteint lors de l’exercice précédent
(+3,6%) et supérieur à l’objectif de
moyen terme que le groupe s’était
fixé mi-2015, soit une croissance
de 4 à 5 %. Confiant dans l’efficacité de son cocktail de retour en
forme, le groupe, qui avait traversé plusieurs années de croissance
molle, a élargi il y a six mois cette
fourchette, avec un nouvel objectif fixé entre 4 et 6 %.
Pernod Ricard profite enfin de
la nouvelle recette élaborée par
son PDG Alexandre Ricard il y a
trois ans, avec notamment une
réorganisation des équipes commerciales et marketing dans ses
principales filiales. La croissance
des ventes est ainsi de nouveau
très forte en Chine, 17 %, contre
2 % sur l’exercice précédent (nos
éditions du 13 juin) et en Inde,
+14 %, contre 1 %.
Elle a aussi accéléré aux ÉtatsUnis (6 %, contre 5 %), un autre
marché clé. Plus important encore, « alors que nous étions sousperformant par rapport au marché
américain, nous sommes désormais
en ligne », se réjouit Alexandre
Ricard, qui espère bien y regagner
des parts de marché. Le groupe a
encore du potentiel aux ÉtatsUnis, premier marché des spiritueux au monde, où il est sousexposé. « Nous avons la taille
meson ont été multipliées par dix
aux États-Unis, où ce whisky irlandais est devenu la première
marque du groupe en chiffre d’affaires.
Recul des ventes
en France et en Espagne
JAMESON
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
Les ventes de Jameson
ont été multipliées par
dix aux États-Unis,
où ce whisky irlandais
est devenu la première
marque de Pernod Ricard
en chiffre d’affaires.
critique depuis l’acquisition d’Absolut il y a dix ans », assure le PDG.
La vodka suédoise a ainsi permis
au groupe de s’ouvrir les portes de
nombreux points de vente et d’y
pousser le reste de son portefeuille. Depuis, les ventes de Ja-
Seuls points noirs l’an passé : le
recul des ventes en Espagne
(-5 %) et en France (-4 %), dans
un contexte de déflation imposé
par les centrales d’achats des distributeurs et d’un marché difficile
pour le pastis et le whisky.
Le résultat opérationnel courant du groupe a, lui, progressé de
6,3 % sur l’exercice, à plus de
2,3 milliards d’euros, indépendamment de l’impact défavorable
des effets de change. C’est, là aussi, bien au-delà de l’objectif que le
groupe s’était fixé il y a un an (une
hausse comprise entre 3 et 5 %),
mais à peine plus que la croissance
des ventes. La marge opérationnelle du groupe n’a ainsi que faiblement progressé en croissance
organique (26,2 % des ventes),
mais il s’agit d’une stratégie délibérée, prouvant la confiance des
dirigeants dans le potentiel du
groupe. Afin de « préparer la
croissance future », le groupe a en
effet augmenté ses investissements publi-promotionnels de
7 % l’an passé, soit une croissance
plus rapide que celle des ventes.
Un effort compensé par des mesures d’efficacité opérationnelle,
une gestion stricte des frais de
structure et des investissements
ciblés dans les marchés émergents
et les relais de croissance.
Pour l’exercice en cours, le
groupe vise une croissance de son
résultat opérationnel courant
comprise entre 5 et 7 %, « dans un
environnement géopolitique et monétaire toujours incertain ». ■
LA SÉANCE DU MERCREDI 29 AOÛT
LE CAC
JOUR
%VAR.
ACCOR .............................................. 43,67
♣
AIR LIQUIDE ..................................
109,75
AIRBUS .............................................. 110,06
ARCELORMITTAL SA ..................................
26,555
ATOS .............................................. 103,55
AXA .............................................. 22,1
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
52
BOUYGUES ..............................................
37,36
CAPGEMINI ..............................................
112,65
CARREFOUR ..............................................
15,605
CREDIT AGRICOLE ..................................
11,98
DANONE ..............................................69,05
ENGIE .............................................. 13,03
ESSILOR INTL. ..................................125,4
HERMES INTL ..................................568,6
KERING ..............................................481,7
L'OREAL ..............................................
209,1
LEGRAND ..............................................64,86
LVMH .............................................. 309,5
♣
MICHELIN ..............................................
103,6
+0,02
+0,6
+1,01
+0,11
+0,63
+0,16
+0,02
+1,16
+0,9
-1,11
-0,2
+0,23
+0,42
+0,88
+0,11
+0,73
+0,19
+0,31
+0,41
-0,72
+HAUTJOUR
44,08
109,9
110,88
26,645
103,6
22,155
52,11
37,43
113,3
15,915
12,042
69,11
13,055
125,55
572
483,7
209,8
65,1
309,8
104,9
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,33
109,1
109,2
26,3
102,5
21,94
51,53
37,04
111,9
15,505
11,868
68,74
12,915
123,95
566,4
477,1
208,6
64,62
307,2
102,75
0,267
0,126
0,148
0,082
0,205
0,172
0,203
0,204
0,205
0,347
0,191
0,13
0,12
0,197
0,029
0,153
0,05
0,212
0,071
0,377
+1,56
+4,47
+32,6
-2,07
-14,67
-10,65
-16,47
-13,74
+13,91
-13,5
-13,19
-1,29
-9,1
+9,09
+27,42
+31,87
+13,06
+1,04
+26,12
-13,34
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................14,28 -0,07
PERNOD RICARD ..................................
138,45
0
PEUGEOT ..............................................
24,24 +0,5
♣ 55,34 -0,5
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
74,64 +0,16
SAFRAN ..............................................113,2
+1,07
SAINT GOBAIN ..................................
36,245 -0,85
SANOFI ..............................................74,94 +0,81
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
71
-0,25
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
36
+0,08
SODEXO ..............................................92,78 -1,49
SOLVAY ..............................................117,3
+0,64
STMICROELECTRONICS .............................
17,825 +0,91
TECHNIPFMC ..................................26,16 -0,38
TOTAL .............................................. 54,85 +0,09
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
190,4
+1,03
VALEO .............................................. 39,61 -0,95
VEOLIA ENVIRON. ..................................
18,34 -0,11
♣
VINCI .............................................. 83,6
+0,6
VIVENDI ..............................................22,5
-0,22
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,35
138,9
24,3
56,04
74,84
113,65
36,64
75,03
71,5
36,155
94,7
117,5
17,845
26,4
54,93
190,5
40,16
18,4
83,66
22,68
14,22
135
24,03
55,32
73,55
112,3
35,965
74,46
70,72
35,72
92,78
116,6
17,605
26,01
54,31
187,7
39,32
18,095
83,12
22,4
%CAP.ECH
0,1
0,208
0,22
0,141
0,24
0,169
0,333
0,107
0,163
0,332
0,204
0,192
0,159
0
0,133
0,193
1,193
0,304
0,117
0,352
31/12
-1,35
+4,93
+42,97
-2,31
-11,05
+31,77
-21,17
+4,3
+0,2
-16,38
-17,2
+1,21
-2,09
+1,2
+19,12
-36,39
-13,8
-1,82
+0,36
LES DEVISES
A
puis le début de l’année. Les investisseurs
attendent avec une certaine appréhension la publication des résultats semestriels du groupe prévue pour le 4 septembre. L’opérateur dirigé par Xavier Niel
semble perdre des parts de marchés sur
plusieurs segments d’activité. D’un côté,
le recul des revenus issus du téléphone
fixe ne permet plus de financer la crois-
1 EURO=
1,5989
1,5093
0,905
9,1524
129,73
1,1385
1,166
3,216
11,103
7,5236
21,015
7,9626
82,3405
137,8028
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33410
33410
-3,86
NAPOLEON ..................................................... 192,8
196,2
-6,81
PIECE 10 DOL USA .....................................................
598
598
+1,7
PIECE 10 FLORINS .....................................................
205
205
-3,67
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1149
1149
-1,63
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
195
195
-4,41
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
259
264
-15,08
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1248
1251
-4,73
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
109
112
-0,73
PIECE SUISSE 20F .....................................................
194,1
196,8
-4,24
PIECE LATINE 20F .....................................................
196,9
196,9
-2,96
SOUVERAIN ..................................................... 251,3
251,6
-3,61
KRUGERRAND .....................................................
1065
1065
-4,8
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
286,16 27/08/18
L’ACTION ILIAD EN FORTE CHUTE DEPUIS LE DÉBUT DE L’ANNÉE
Rien ne va plus en Bourse pour l’opérateur téléphonique français. L’époque
où les investisseurs s’enthousiasmaient
pour les performances d’Iliad qui taillait de
croupières à ses concurrents, avec ses
offres Free à bas coûts, est révolue. Mercredi, la valeur a enfoncé le seuil symbolique des 120 euros, ce qui correspond à
une chute de près de 40 % du cours de-
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
49,20 27/08/18
BELLATRIX C ................................................
335,65 27/08/18
SIRIUS ................................................56,10 27/08/18
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rlaskine@lefigaro.fr
sance du groupe dans le mobile, avec des
offres défiant toute concurrence. De
l’autre, son déploiement dans la fibre optique se poursuit, mais Orange avance plus
vite et conforte sa position de leader. Fin
juillet, Orange avait en effet annoncé une
augmentation de ses résultats financiers
au deuxième trimestre, dopé par un cinquième trimestre consécutif de hausse
de ses revenus en France grâce à ses
succès dans la fibre.
Le pari de la diversification internationale d’Iliad, avec une entrée en force sur le
marché italien, n’est également pas gagné. L’objectif du groupe consistant à
parvenir à un million de clients dans la péninsule est déjà atteint. Il n’est cependant
pas sûr que cette conquête de parts de
marché obtenue grâce à des offres très
agressives de 5,99 euros par mois se
révèle aussi rentable que prévu. Cela à un
moment où les opérations doivent
consentir, en France, d’importants investissements pour accélérer le déploiement
de leurs réseaux et la mise en place des
nouvelles normes en vigueur dans la
téléphonie mobile. ■
LE FIGARO
COURS DE BOURSE
DE BNP PARIBAS, en euros
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
2 AVRIL 2009
1er janvier
2007
le G20 de Londres lance
le chantier de la supervision
financière et de la lutte contre
les paradis fiscaux
La crise 10 an
s après...
27
]
15 septembre 200
8. Lehman Bro
thers, quatrième
d’investisseme
nt de
banque
retentissante don Wall Street, part au tapis. Sa
faillite
ne le coup d’env
connue depuis
1929. Dix ans apr oi à la pire crise financière
ès, la finance, l’éc
mondiale, le pay
sage politique
onomie
international,
les traces de cet
gardent
te crise qui a
marqué ceux qui aussi profondément
l’ont vécue, de
l’intérieur.
Ils racontent, pou
r « Le Figaro ».
28 AVRIL 2009
BNP Paribas conclut,
enfin, l’acquisition de Fortis
84,10 €
3/5
28 SEPTEMBRE
2008
Belgique, Pays-Bas
et Luxembourg
nationalisent Fortis,
au bord de la faillite
jeudi 30 août 2018
57,11 €
26 JUIN 2018
13 OCTOBRE 2008
plan de recapitalisation des banques françaises
Ce sont des heures qui ne
s’oublient pas. Baudouin Prot,
l’ancien directeur général de BNP
Paribas, n’a pas oublié ce fameux
et funeste week-end des 13 et
14 septembre 2008. Il l’a passé au
bureau, au siège du groupe, rue
d’Antin à Paris. « Nous avions des
calls toutes les heures et demie avec
Everett Schenk, le patron de nos
activités américaines, qui faisait
partie des banquiers réunis pendant
tout le week-end à la Fed de New
York » pour plancher sur le cas
Lehman Brothers. « Le dimanche
matin, il semblait que Barclays
reprendrait Lehman. Et puis, vers
13 heures, on a su qu’il n’y aurait
finalement pas de solution, que
Lehman ferait défaut avant
l’ouverture des marchés le lundi. »
La quatrième banque de Wall
Street va partir au tapis, et personne ne sait encore comment les
marchés vont affronter cette situation inédite. « Les équipes des
salles de marché ont passé la nuit à
recenser le risque Lehman dans nos
opérations », raconte Prot. Chez
BNP Paribas comme dans toutes
les banques de la planète, chacun
fait en sorte de pouvoir dénouer au
mieux les transactions en cours
avec Lehman.
Les jours suivants sont d’une intensité exceptionnelle. « C’était une
crise de dislocation. Il n’y avait plus
de prix ni de liquidité pour rien. Tout
partait dans le décor, décrit Baudouin Prot. À part 1929, rien n’est
comparable à cette crise. » Dans les
états-majors bancaires, en cet
automne 2008, on n’a guère qu’une
obsession : la liquidité. « On la suivait en permanence, heure par
heure. » C’est un changement de
paradigme pour les banques, soudainement confrontées à l’assèchement de leur matière première.
Baudouin Prot le reconnaît: dans
cette crise, « les États ont été indispensables. Le discours de Nicolas
Sarkozy à Toulon le 25 septembre
2008 a été déterminant dans un
contexte de stress immense. Sans le
soutien des États, sans la garantie
sur les dépôts, franchement, je ne
sais pas comment tout cela se serait
terminé. »
Pour BNP Paribas, la crise de
2008 a deux visages. Le premier,
c’est celui de cet effondrement
collectif, seulement empêché par
l’argent public. Comme aux ÉtatsUnis le 13 octobre et, dans la foulée
du plan européen annoncé le 12, le
gouvernement français recapitalise toutes les banques tricolores.
Pas une tête ne doit dépasser, ni
pour s’affirmer plus solide, ni pour
apparaître plus fragile et s’exposer
ainsi aux attaques spéculatives.
« Il fallait que tout le monde en soit.
Michel Lucas (le président du Crédit mutuel, NDLR) éructait ! Il n’en
voulait pas », se remémore Bau-
Lynch a été acheté par Bank of America, Goldman Sachs et Morgan
Stanley sont devenus des banques,
supervisées par la Fed… »
L’ancien patron de BNP Paribas
constate, un peu amer, le fossé qui
s’est élargi de part et d’autre de
l’Atlantique. « L’écart qui s’est
creusé en termes de capitalisation
boursière des banques par rapport
aux États-Unis est un vrai problème
pour l’Europe. » « Ils ont causé la
crise et ils s’en sont sortis comme des
chefs ! », ajoute-t-il. Comme en
écho, Nicolas Sarkozy en convient
d’ailleurs : les États-Unis ont frappé plus vite et plus fort que l’Europe. « Mais nous devions faire avec
Papandreou en Grèce et avec Berlusconi en Italie ! », rappelle l’ancien
chef de l’État. Seule certitude : les
banques américaines ont été plus
vite consolidées et recapitalisées.
Les stress tests menés en 2009 par
la Fed ont été, comme le dit
Bernanke, un « tournant décisif ».
Un banquier doit
« bouffer »
du risque
et de la créance
douteuse.
Les morts d’ABN Amro
La crise de 2007-2008, la mécanique des subprimes et de la titrisation ont été scrupuleusement
décortiquées pour expliquer la
bérézina. Mais, à écouter Baudouin Prot, on a le sentiment que
les racines du mal sont plus simples, plus humaines finalement : la
vanité et l’incompétence. Fortis
n’a pas été nationalisée puis vendue en urgence par hasard. « Son
cas est une illustration parfaite de
l’hubris des envolées d’avant la
crise », affirme Baudouin Prot, qui
rappelle que Fortis a participé, mi2007, à la plus folle opération de
fusion-acquisition bancaire de
tous les temps : le rachat de la
néerlandaise ABN Amro, en association avec la britannique RBS et
l’espagnole Santander, pour
72 milliards d’euros. « C’est une
opération qui en dit tellement long,
soupire Baudouin Prot. On parle
d’une banque systémique, coupée
en trois ! Comment les régulateurs
ont-ils pu accepter cela ? »
Seule Santander, dirigée à
l’époque par le fameux Emilio
Botin, s’en est sortie mieux que
bien. Prot sourit : « Je me suis toujours promis de ne jamais faire
affaire avec Emilio Botin. Il était
Les tests européens
«Tout partait
dans le décor »
trop fort ! » Botin avait récupéré
chez ABN une filiale italienne, Antonveneta, qu’il veut revendre
tout de suite. BNP Paribas, ayant
« constaté combien c’était médiocre », en propose « 6 milliards
d’euros cash, grand maximum ».
« En deux coups de fil, Giuseppe
Mussari, un avocat qui présidait la
fondation actionnaire de Monte dei
Paschi, a mis 10 milliards sur la table. […] Ce deal a tué BMPS, une
banque qui était si fière d’être la
plus vieille d’Europe ! Le deal ABN,
par ricochet, a tué trois banques. »
La crise de 2008 a été possible
parce que, par acquisitions ou par
spéculation en compte propre, les
banques ont pris des risques
qu’elles ne comprenaient pas.
Leurs dirigeants ont laissé des
équipes sans corde de rappel réaliser des opérations dont eux-mêmes ne saisissaient pas le sens mais
constataient qu’elles gonflaient joliment les bénéfices. « Chez AIG, ce
sont finalement quelques personnes
sur le toit de l’immeuble, au niveau
du holding et chez AIG Financial
Products, qui, par leur spéculation
effrénée, ont mis en l’air un groupe
de 200 000 salariés ! », tempête
Baudouin Prot, qui rappelle les bases du métier, la meilleure des régulations. « Un
banquier doit “bouffer” du
risque et de la créance douteuse. Un bilan de banque,
c’est une grange dans laquelle se trouve le foin que
vous avez rentré depuis cinq
ans. Si vous en rentrez du
mauvais, il gâte tout. Et
quand vous vous en rendez
compte, il est déjà trop tard.
Ce que je veux dire, c’est
qu’un bilan est le résultat de
vos décisions des cinq dernières années. Quand la crise arrive, la façon dont vous la traversez
dépend beaucoup plus de cela que de
votre réaction immédiate. Si le foin
est mauvais, c’est foutu. Si cela se
sait, cela va encore plus vite parce
que c’est la liquidité qui disparaît. »
La crise de 2008 a métamorphosé le paysage bancaire. D’abord
aux États-Unis. Prot résume :
« Wall Street avait cinq grandes
banques d’investissement. Et, en un
temps record, tout a été calorifugé.
Bear Stearns avait été repris en mars
par JP Morgan. Puis, en quelques
jours, Lehman est tombé, Merrill
1,3
milliard €
gagné par l’État français
sur le plan de soutien
aux banques tricolores.
Il les a recapitalisées à
hauteur de 20,5 milliards
au total en 2009
et a par ailleurs garanti
77 milliards d’euros
de leurs emprunts.
En donnant une image jugée fiable
de l’état des banques, cette épreuve
de vérité a déclenché un mouvement de réinvestissement privé
dans le secteur. L’Europe a mal
copié l’exercice et réalisé des tests
qui ont donné un blanc-seing aux
banques irlandaises en 2010 - il
faudra un plan d’aide un an plus
tard - et à Dexia en 2011, peu avant
sa disparition…
L’autre différence majeure, c’est
le tempo des banques centrales.
« La crise financière a consacré le
primat des politiques monétaires »,
assure l’ancien patron de BNP
Paribas. La Fed a déclenché dès
2009 des mesures non conventionnelles d’achats d’actifs que la BCE
n’adoptera qu’après 2012. « JeanClaude Trichet est l’architecte de la
zone euro. Mais il est resté très classique, très orthodoxe. Aux ÉtatsUnis, en revanche, Ben Bernanke,
ayant étudié les conséquences catastrophiques, nazisme inclus, des politiques bornées des années 1930, était
intellectuellement
formé
pour
prendre des mesures d’exception »,
explique Prot.
Pour les banques, tout a changé
avec la crise, et leur rentabilité
s’en est énormément ressentie,
tout particulièrement en Europe. « BNP Paribas avait
29 milliards d’euros de fonds
propres (tier 1) en 2008. Elle
en a 76 milliards aujourd’hui
pour une taille de bilan sensiblement identique. La différence est énorme ! C’est la
même chose pour la liquidité : on est passé de quelques dizaines de milliards
d’euros de réserves immédiatement disponibles à
320 milliards. Nous avions
des digues de 4 mètres, on
les a relevées à 15 mètres ! On
a reformaté, retravaillé profondément le bilan. Les actifs sont plus
courts, les passifs sont plus stables.
À force d’empiler les fonds propres,
la liquidité, les provisions, la capacité de résistance est évidemment
maintenant très grande. Les effectifs de la conformité ont au moins
quadruplé. On a changé d’univers », résume Baudouin Prot. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Carlos Ghosn : « Une crise
qui vous prend au cœur,
aux tripes, aux nerfs »
A
BERTILLE BAYART £@BertilleBayart
douin Prot. La rumeur dira que
BNP Paribas était la plus demandeuse. « Je reconnais que les difficultés étaient à ce moment-là peutêtre un peu plus aiguës pour BNP
Paribas que pour d’autres. Mais au
bout du compte, chacun en a pris
une pincée et, je pense, y a trouvé
un confort appréciable », dit son
ancien patron.
Mais la crise a aussi offert à BNP
Paribas une opportunité historique.
« Je me souviendrai toujours du coup
de fil que m’a passé le régulateur
bancaire belge, le vendredi 26 septembre, à 13 heures : “Fortis a des
problèmes. Est-ce que ça vous intéresse ? Serez-vous capables de
formuler une offre pendant le weekend ? ”, m’a-t-il dit en substance.
On a envoyé 100 personnes travailler toute la nuit
à Bruxelles, en les
faisant fonctionner
en tandem pour
qu’il n’y ait aucune
interruption. Et on
a proposé un prix
le
samedi
à
15 heures. C’était
assez extraordinaire. Mais, le dimanche, le ministre des Finances,
Didier Reynders,
m’a appelé pour
m’expliquer que,
dans l’urgence, la
Belgique, les PaysBas
et
le
Luxembourg
préféraient nationaliser Fortis. Ce
n’était que partie remise. »
Après quelques péripéties rocambolesques, y compris la démission du gouvernement Leterme,
BNP Paribas rachètera Fortis début
2009. La banque française a ainsi
profité de la crise pour réaliser un
mouvement stratégique qui l’en a
fait sortir non seulement plus
grande, mais aussi plus solide. Car,
dans un contexte de chasse à la liquidité, aux ressources stables, « la
meilleure chose à faire, c’était l’acquisition de Fortis qui nous apportait
une bonne louche – 100 milliards
d’euros - de dépôts, très stables »,
explique Baudouin Prot.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Baudouin Prot
dirigeait BNP
Paribas en 2008.
Une crise qui
a tout changé
pour les banques.
jeudi 30 août 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Radio France : le digital, levier des économies
Le groupe doit trouver 20 millions d’économies sur la masse salariale et les frais de diffusion hertzienne.
ENGUERAND RENAULT £@erenault
RADIO Première rentrée média
pour le nouveau duo à la tête de
Radio France, Sibyle Veil, la PDG
du groupe, et Guy Lagache, son
nouveau directeur délégué aux
antennes. Entourée de tous les directeurs de chaînes (Laurence
Bloch pour France Inter, Vincent
Giret pour France Info, Sandrine
Treiner pour France Culture,
Marc Voinchet pour France Musique, Bérénice Ravache pour FIP et
Bruno Laforestrie pour le Mouv,
Jean-Emmanuel Casalta futur
patron de France Bleu viendra
plus tard), Sibyle Veil a donné le
cap de cette nouvelle saison :
étendre l’empreinte numérique
du groupe pour toucher le public
plus largement que sur les antennes de radio.
Depuis trois ans, Radio France
a pris une longueur d’avance
dans le digital avec 58 millions de
podcasts téléchargés chaque mois
et 2 millions d’auditeurs sur les
supports multimédias, soit 14 %
de son audience quotidienne
(14,5 millions d’auditeurs par
jour pour toutes les chaînes du
groupe).
Jeune public en hausse
En quelques années, France Inter
a viralisé ses humoristes sur les
réseaux sociaux, France Culture a
fait rimer savoir et podcast et la
plateforme France Info est
devenue numéro un ou deux, selon les mois, des sites d’information en ligne. France Culture, sous
la houlette de Marc Voinchet, a
opéré sa mue numérique en
créant 7 webradios, deux sites
Internet dont l’un en anglais ainsi
qu’une salle de concert virtuelle
pour
diffuser
sa
base
de 1 600 concerts.
Cette stratégie a déjà donné des
résultats en termes d’audience.
Sibyle Veil, PDG
de Radio France,
et Guy Lagache, son
nouveau directeur
délégué aux antennes
(à droite), ainsi que les
principaux responsables
des antennes du
groupe, mercredi à la
Maison de la Radio.
ZAKARIA ABDELKAFI/AFP
Les médias sociaux et les podcasts, loin de morceler les
audiences des chaînes, les ont fait
connaître auprès d’un nouveau
public qui, du coup, est venu
écouter la radio. Le groupe a gagné 822 000 auditeurs en deux
ans dont une grande majorité de
jeunes. Cela a permis à France Inter de stabiliser ses audiences et à
France Culture, France Musique
et le Mouv’ de repartir à la hausse.
Mais l’ambition de Sibyle Veil
pour les prochaines années est de
s’appuyer sur cette transition numérique pour réaliser des économies. Mi-juillet, le ministère de la
Culture a demandé à Radio France d’économiser 20 millions
d’euros, d’ici à 2022. Or sur les
704 millions d’euros de charges
d’exploitation de Radio France,
les deux tiers proviennent de la
masse salariale (402 millions
Droit voisin : la presse repart en guerre contre les Gafa
Le Parlement européen réexaminera le 12 septembre la réforme du droit d’auteur.
Il faut
« cesser
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
de gober
le mensonge
colporté
par Google
et Facebook
selon lequel
la directive
sur les droits
voisins
menace
la gratuité
d’Internet
»
SAMMY KETZ, AFP
PRESSE Les eurodéputés vont être
sollicités jusqu’à la saturation dans
les deux prochaines semaines.
L’âpre bataille autour de la réforme
du droit d’auteur, rejetée une première fois début juillet lors de son
examen par le Parlement européen,
a repris de plus belle. Avec en ligne
de mire un nouveau vote en assemblée plénière prévu le 12 septembre.
Les médias européens sont sur le
pied de guerre. Mardi, une tribune
signée par Sammy Ketz, chef du
bureau de l’Agence France-Presse
(AFP) à Bagdad, à laquelle se sont
associés 91 reporters et journalistes
de 27 pays de l’Union européenne, a
été publiée par plusieurs quoti-
diens, dont Le Figaro. Ils y défendent le projet de directive, qui doit
notamment inciter les plateformes
vidéo, comme YouTube, à mieux
rétribuer les créateurs de contenus
(article 13 du projet de directive) et
prévoit d’instituer un « droit voisin » pour les éditeurs de presse
(article 11).
Contenus captés
gratuitement
Ce nouveau droit bénéficierait aux
journaux, magazines et agences de
presse qui seraient rémunérés, via
des accords de licence, en cas de republication en ligne de leurs contenus. « Il faut cesser de gober le mensonge colporté par Google et
Facebook selon lequel la directive sur
les droits voisins menace la gratuité
d’Internet », souligne la lettre des
journalistes. Ces derniers dénoncent le lobbying mensonger des
géants du numérique, les fameux
Gafa (Google, Apple, Facebook,
Amazon), qui engrangent des milliards de dollars de bénéfices tout en
captant gratuitement les contenus
éditoriaux des médias, et les exhortent donc à payer « leur écot ».
« Ainsi les médias continueront à vivre et eux participeront au pluralisme et à la liberté de la presse auxquels ils se déclarent attachés »,
poursuivent les signataires de la lettre, qui relèvent que « Facebook et
Google n’emploient aucun journaliste
et ne produisent aucun contenu éditorial ».
Face aux médias, une alliance
inattendue s’est constituée entre
d’un côté Google et Facebook, qui
craignent une remise en cause de
leur business model et, de l’autre,
les activistes d’un «Web libre».
Ceux-là parlent de « coups bas ».
L’EDiMA, groupe de pression du
secteur technologique, vitupère
contre les méthodes de l’industrie
musicale, qui a fait venir des artistes
pour défendre le texte devant les
eurodéputés. De son côté, la coalition Copyright for Creativity (C4C),
financée en partie par les Gafa, a relancé lundi ses campagnes de
mailings auprès des eurodéputés.
En juillet, la victoire des opposants n’a pas été écrasante. Sur les
627 eurodéputés présents au moment du vote en juillet, 318 se sont
prononcés contre, 278 pour et 31 se
sont abstenus. ■
d’euros) et des frais de diffusion
(66 millions d’euros).
On ne peut faire des économies
qu’en s’attaquant à ces deux postes de dépenses. La trajectoire est
claire mais la mise en place demandera un pilotage très fin sur
les quatre années à venir.
Radio France est une maison
socialement très sensible. Mais en
numérisant les processus de production et des opérations de frais
généraux, certains postes pourront être supprimés sans toucher
aux contenus des antennes.
Et surtout en augmentant
l’audience numérique des stations, il va être possible d’entamer un mouvement de bascule
entre une diffusion hertzienne
très coûteuse et une diffusion
numérique beaucoup moins onéreuse.
Ainsi, historiquement, France
Musique et France Culture bénéficient du plus grand réseau
d’émetteurs en France. Mais ces
deux stations ont une audience
assez faible (respectivement
1,6 % et 2,4 % d’audience cumulée) et fortement urbanisée. La
question de la suppression d’antennes hertziennes va donc se poser dans les années à venir. Toutefois, rien n’est simple car Radio
France a une mission de service
public qui nécessite de conserver
une bonne couverture du territoire afin d’offrir de l’information,
du divertissement et de la culture
à tous nos concitoyens. ■
EN BREF
NETFLIX SIGNE
AVEC HARLAN COBEN
£ La plateforme américaine
de streaming a signé un contrat
d’exclusivité avec Harlan
Coben, le prolifique auteur
de thrillers (75 millions
d’exemplaires vendus).
Le contrat couvre le
développement et l’adaptation
de quatorze titres du romancier
en séries et films, dont Harlan
Coben sera le producteur
exécutif. Le prochain titre du
maître du polar, Run Away, qui
sortira en mars, en fera partie.
SOPHIE CHARNAVEL
À LA TÊTE DE PLON
£ Sophie Charnavel, jusqu’ici
directrice éditoriale de Fayard
(Hachette Livre), a été nommée
directrice déléguée de Plon et
des Presses de la Renaissance
(Place des éditeurs/Editis).
Facebook lance sa plateforme de vidéos « Watch » en France
Après des premiers tests aux États-Unis, la plateforme est désormais disponible dans le monde entier.
A
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
TECHNOLOGIES Après un an de
test aux États-Unis, Facebook
étend Watch au monde entier. Cette plateforme, dédiée aux contenus
vidéo de médias, de créateurs et
d’internautes, sera déployée partout à partir de jeudi, y compris en
France. Ce lancement s’accompagne de celui de nouveaux outils publicitaires. La première année de
Watch a rencontré un succès mitigé, entre tensions avec les médias
partenaires et audiences irrégulières. Facebook avance donc à petits
pas à l’international.
« Nous avons lancé Watch pour
donner à nos utilisateurs un endroit
où trouver les émissions et les créateurs de contenus qu’ils apprécient,
et pouvoir en discuter avec leurs
amis, d’autres fans, et les créateurs
eux-mêmes », explique Fidji Simo,
en charge de la vidéo chez Facebook. Plus concrètement, on peut
trouver sur Watch des contenus exclusifs produits par des médias par-
tenaires (USA Today, CNN, Tastemade), des créateurs et des
célébrités (Jada Pinkett Smith, la
femme de Will Smith et Huda Kattan, une blogueuse beauté). Facebook y diffuse aussi des contenus
liés aux droits sportifs qu’il a acquis,
comme ceux des matchs de la Major
League américaine de baseball.
Malgré son lancement officiel jeudi,
Facebook n’a pas encore prévu de
diffuser des contenus spécifiques à
la France sur Watch. Le réseau social se contentera pour le moment
de proposer des vidéos déjà disponibles aux États-Unis, certaines
avec des sous-titres.
Politique de subventions
Le réseau social revendique actuellement une audience de 50 millions
de personnes visionnant des vidéos
sur la plateforme, pendant au moins
une minute. Le temps passé sur ce
service aurait été multiplié par quatorze depuis le début de 2018. Du
côté des participants à l’initiative,
néanmoins, les arguments pour investir dans Watch restent encore
faibles. Les médias sont échaudés
par plusieurs affrontements avec
Facebook sur divers sujets, notamment le changement récent de ses
algorithmes, qui a diminué l’importance des contenus provenant
de sites de presse.
Fidèle à ses habitudes, Facebook
a donc commencé par attirer les
éditeurs en finançant une partie des
Le réseau social
revendique
actuellement une
audience de 50 millions
de personnes visionnant
des vidéos sur la
plateforme, pendant
au moins une minute.
FACEBOOK
programmes diffusés sur Watch.
Une stratégie déjà employée lors du
lancement de son outil Facebook
Live. Là aussi, le réseau social avait
accordé des subventions aux médias qui diffusaient des vidéos en
direct sur ses pages. Mais ce financement s’était finalement tari. Les
partenaires de Watch ont donc vite
réclamé une alternative, afin de
moins dépendre de Facebook pour
monétiser leurs contenus sur cette
nouvelle plateforme.
Facebook a progressivement
autorisé les éditeurs à placer des
coupures publicitaires sur les programmes diffusés sur Watch. Le réseau social récupère tout de même
55 % des revenus issus de cet outil.
Après des premiers mois de tests
décevants, le résultat semble être
concluant. Un éditeur américain,
interviewé en juillet par le média
Digiday, espérait réaliser plus de
10 millions de chiffre d’affaires
grâce à ces coupures publicitaires
pour l’année 2018. Tout dépend de
la popularité de son programme.
USA Today a connu un joli succès
avec des émissions dédiées à la
« gentillesse » et aux contenus
positifs (« Humankind », « Animalkind », etc). Leur audience
cumulée dépassait les 140 millions
de vues entre les mois de mai et
juin. Facebook Watch génère désormais davantage de revenus pour
la chaîne américaine que YouTube.
Les partenaires de Facebook
Watch cherchent encore la bonne
recette. La plateforme est peu mise
en avant sur le réseau social, disponible via un simple onglet sur la page
d’accueil. Difficile, aussi, de trouver
le bon ton et la bonne longueur,
après des années à produire des vidéos courtes adaptées au fil d’actualité de Facebook. La concurrence
pour l’attention des internautes est
rude, notamment en vidéo. Face à
Netflix ou YouTube, Facebook met
en avant l’aspect social de Watch. Le
design de la plateforme a été revu
depuis ses débuts, afin de permettre
aux utilisateurs de commenter les
programmes, de les regarder avec
leurs amis ou de voter sur la suite de
leurs émissions préférées. ■
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