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Le Figaro - 31 07 2018

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mardi 31 juillet 2018 LE FIGARO - N° 23 006 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
LES RENCONTRES INATTENDUES
QUAND NATHALIE BAYE
ÉTAIT LECTRICE
CHEZ PAUL MORAND
L’ÉTÉ
DU
FIGARO
PAGE 20
PIERRES SACRÉES,
PIERRES MAUDITES
PAGE 15
POURQUOI LES PRIX
NE VONT PAS BAISSER
PAGE 22
Dans « Mission
Impossible », Tom Cruise
rend hommage à Paris
LE KOH-I-NOOR,
UN DIAMANT
SANGUINAIRE
PÉTROLE
VILLES FANTÔMES
EN INDE,
LAVASA,
CITÉ PRIVÉE
ET INHABITÉE
PAGE 18
JEUX D’ÉTÉ
PAGE 17
AÉRONAUTIQUE
Le mystère intact
du vol MH370
Motions
de censure :
les oppositions
à l’offensive
Point d’orgue de l’affaire Benalla, deux textes déposés
par la gauche et la droite sont examinés à l’Assemblée.
PAGE 5
FAMILLE
Le troublant
phénomène
des enfants stars
sur YouTube PAGE 8
C’est un fait politique quasi
inédit. Pour la première fois
depuis 1980, deux motions de
censure du gouvernement déposées simultanément par les
groupes d’opposition seront
examinées ce mardi à l’Assemblée nationale. Spectaculaire épilogue d’une affaire
ÉCOLOGIE
L’archipel Crozet
voit disparaître
ses manchots
royaux PAGE 9
Benalla qui ébranle l’exécutif
et la majorité depuis près de
deux semaines. Ces textes, qui
peuvent théoriquement déboucher sur la démission forcée du gouvernement, n’ont
quasiment aucune chance
d’être adoptés. Mais ils permettent aux oppositions, en
retrait depuis l’élection d’Emmanuel Macron, de redresser
la tête. Dans la tourmente, les
députés macronistes serrent
les rangs, rassurés par la
confiance affichée par le chef
de l’État, qui, pour l’instant,
ne dévisse pas dans les sondages d’opinion.
è UNE DOUBLE MOTION DE CENSURE RARISSIME è DANS LA TEMPÊTE, LES MACRONISTES SERRENT
LES RANGS è FOURQUET : « C’EST LA FIN DE L’ATTENTISME BIENVEILLANT QUI A PU RÉGNER DANS
L’OPPOSITION » è DEVANT LES SÉNATEURS, LE CLAN COLLOMB SE DÉFEND PAGES 2 À 4 ET L’ÉDITORIAL
TOUR DE FRANCE
Les leçons
de l’édition 2018
Évasions : Nicole Belloubet
face aux failles
de la sécurité des prisons
Fin de partie pour
Autolib’ à Paris PAGE 24
ÉDITION
Vivendi veut revenir
dans le livre en
faisant l’acquisition
d’Editis PAGE 26
CHAMPS
LIBRES
La chronique
de Renaud Girard
La tribune
de Ran Halévi PAGE 19
À l’affiche demain au cinéma, Mission Impossible :
Fallout, le sixième volet de la célèbre série d’espionnage,
a été tourné en grande partie pendant l’été 2017
dans la capitale encore endeuillée par les attentats.
Un tournage hors norme pour un film qui montre
un autre visage de la Ville Lumière. PAGES 12 ET 13
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de lundi :
Pensez-vous que la SNCF
est responsable
de la grande pagaille
à la gare Montparnasse ?
OUI
47 %
NON
53 %
TOTAL DE VOTANTS : 42 622
M 00108 - 731 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?k@h@n@b@a";
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Les motions de censure
affaiblissent-elles
le gouvernement ?
SEBASTIEN SORIANO/LE FIGAROJEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE
FIGARO-SHOOTPIX/ABACA-RUE DES
ARCHIVES/ AGIP
laire évasion de Redoine Faïd,
début juillet. Elle regrette « une
approche plus juridique qu’opérationnelle » qui entrave le travail des gardiens. Elle souhaite
une modification du Code de
procédure pénale. PAGE 7
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
n
n
Alors que deux détenus se sont
évadés lundi à Colmar et
qu’une infirmière a été prise en
otage à la prison de Salon-deProvence, la ministre de la
Justice a présenté un rapport
commandé après la spectacu-
D
L’autre censure
eux paradoxes pour deux motions de censure. Le premier
de ces paradoxes est formel :
même si elles n’ont aucune
chance d’aboutir, les motions
déposées, l’une par la gauche, l’autre par la
droite, sont en principe destinées à faire
tomber le gouvernement. Or ce n’est pas
lui qui est visé, mais bien Emmanuel Macron, qui a d’ailleurs admis lui-même qu’il
était le « seul responsable » de la ténébreuse
affaire Alexandre Benalla.
Le second tient davantage au fond. Chômage, déficits, compétitivité, insécurité…
Alors que l’action du chef de l’État sur ces
sujets cruciaux pour la France devrait cristalliser toutes les controverses, c’est sur
une histoire somme toute marginale pour
l’avenir de notre pays que se déchaînent
les oppositions et les passions.
Sans doute faut-il y voir un signe : le style
du président de la République, sa façon de
gouverner et de communiquer, bref, ce qui
ressemble souvent à de la morgue ou de la
désinvolture, passe de moins en moins. Il
voulait faire de sa verticalité jupitérienne
une force. Elle pourrait devenir son point
faible, son talon d’Achille. Son ambition
était de restaurer la geste présidentielle.
Mais à trop forcer le trait, voire à confondre autorité et césarisme, il pourrait en être
la première victime.
Certes, mathématiquement, Emmanuel
Macron n’a pas grand-chose à craindre
de ses oppositions parlementaires, de
droite et de gauche.
Nul n’imagine qu’elles puissent se retrouver un jour sur
autre chose que leur
rejet partagé de sa
personne.
C’est, bien sûr, de
l’opinion
publique
qu’il a le plus à redouter. D’une large partie des Français qui
pensait avoir à sa tête un jeune homme réformateur, mais aussi bien élevé, attentif et
équilibré. Comme les effets tangibles de sa
politique risquent de tarder, à leur impatience s’ajouterait de la défiance si le comportement et la gouvernance du président
de la République n’étaient pas à la hauteur
de ses promesses. ■
C’est
de l’opinion
publique
que Macron
a le plus
à redouter
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L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
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DAVID JAMES
PAGE 10
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mardi 31 juillet 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
B. RIOTORD/LE FIGARO
Les oppositions redressent la
Le
président
de la République
ne peut
se comporter
en bonimenteur
comme il le fait.
[…] Il doit
répondre
de ses actes
CHRISTIAN JACOB
»
PRÉSIDENT DU GROUPE LR
À L’ASSEMBLÉE DANS LE « JDD »
289
voix
F. BOUCHON/LE FIGARO
sont requises
pour l’adoption d’une
motion de censure,
soit la majorité
absolue
Cette
histoire
est avant tout
un révélateur
de l’exercice du
pouvoir et de ses
dérives viriles
JULIEN DRAY
»
CONSEILLER RÉGIONAL PS
D’ILE-DE-FRANCE DANS UN ENTRETIEN
ACCORDÉ À « LIBÉRATION »
A
1
UNE
SECONDE
ENQUÊTE
OUVERTE
Le parquet de Paris a
annoncé lundi l’ouverture
d’une nouvelle enquête
dans l’affaire Benalla,
pour d’autres violences
commises le 1er mai
dans la capitale, quelques
heures avant les heurts
de la Contrescarpe. Cette
enquête a été lancée après
les plaintes de deux jeunes
de 23 et 24 ans affirmant
avoir été victimes d’une
interpellation musclée,
dont des images ont été
diffusées par Libération.
Les faits se sont déroulés
au Jardin des Plantes,
où se trouvaient
l’ex-collaborateur de
l’Élysée Alexandre Benalla
et son acolyte Vincent
Crase, salarié de
La République en marche.
Deux motions de censure
déposées par la gauche et la
droite seront examinées mardi à
l’Assemblée. Une revanche après
un an d’hégémonie macroniste.
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
L’OPPOSITION tient enfin son
moment. Les deux motions de
censure qui seront examinées ce
mardi tranchent avec l’incapacité
de la droite comme de la gauche à
modifier le calendrier du maître
des horloges depuis son élection.
Pour la première fois, l’exécutif subit. Le président a été contraint de
suspendre sa réforme constitutionnelle, dont l’avenir apparaît
d’ailleurs contrarié. Quant au premier ministre, il devra ferrailler cet
après-midi face à un front de parlementaires hétéroclite mais uni.
Les opposants, eux, célèbrent
leur coup quand bien même les
deux motions de censure seront
forcément rejetées (lire ci-contre).
« Ça n’a pas été facile de résister à
l’air du temps mais l’anesthésiant se
dilue et les Français sont en train de
se réveiller », s’enthousiasme Éric
Ciotti (LR). Son comparse Guillaume Larrivé abonde : « C’est un inconnu qui a été élu et là il y a enfin
l’ombre d’un doute… »
Au-delà de cette séquence des
motions de censure – un point
d’orgue de l’affaire avant tout
symbolique -, l’opposition pense
tenir le scalp de la réforme constitutionnelle. La réduction du nombre de parlementaires, le non-cumul des mandats dans le temps, la
révision du droit d’amendement…
Autant de sujets sur lesquels l’opposition peinait à prendre l’opinion à témoin pour contrecarrer le
projet du gouvernement. Celui-ci
agitait d’ailleurs la menace d’un
référendum pour clore le bec au
« vieux monde ». Les tourments
d’un jeune chargé de mission qui
était inconnu du grand public ont
subitement inversé les rôles.
« Allez-y, faites un référendum ! »,
nargue maintenant Jean-Luc Mélenchon convaincu de l’affaiblissement du pouvoir. « On termine
cette session parlementaire en re-
mettant le monde à l’endroit : il y a
un Parlement et au bout du bout,
c’est lui qui commande », confie
l’ancien candidat à l’élection présidentielle.
La majorité serre les dents et organise, un peu tardivement, la
contre-attaque pour sortir de ce
maelström estival. « L’opposition a
réussi à créer un abcès politique
pour prendre la revanche de sa défaite dans les urnes et le fait qu’elle
n’arrive pas à rassembler dans la
rue », charge Jean-Baptiste Djebbari, député de LaREM de la Vienne. Un « feuilleton » qui a été
« abondamment alimenté pour le
bon plaisir médiatique », s’insurge
l’élu. Un élément de langage qui
rejoint la critique de la presse menée par le chef de l’État, qui a dénoncé « les fadaises » des journalistes tandis que le député LaREM
Gabriel Attal juge que ces derniers
ont « fait 15 tonnes de mousse avec
150 grammes de savon ».
Un changement d’attitude
La macronie, qui avait impressionné la presse pendant la présidentielle avant de réussir à la tenir à
distance, a été surprise d’être ainsi
malmenée. Un « changement d’attitude des médias » également relevé par Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, qui a multiplié les
interviews pendant l’affaire.
« Pour la première fois depuis le début du quinquennat, les contre-pouvoirs ont joué leur rôle ensemble »,
analyse-t-il.
« C’est la fin de l’état d’apesanteur pour le président et la revanche
de tous les corps intermédiaires »,
juge Jean-Christophe Cambadélis
(PS). Et des partis de gouvernement d’opposition stoppés net le
24 avril 2017, qui ont fait là leur retour : « On retiendra de cette affaire
que le prince ne peut pas choisir son
opposition. Il y a un retour à la physique politique », sourit Guillaume
Larrivé alors que les extrêmes tenaient jusqu’alors le haut du pavé.
Le patron des sénateurs LR Bruno
L’hémicycle
du Palais Bourbon
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
Retailleau y voit « la fin du nouveau
monde ». « Il restera un avant et un
après. Emmanuel Macron adore faire la morale aux autres et a intégré
un certain manichéisme à son exercice du pouvoir. Or, maintenant, il
ne pourra plus faire la leçon »,
abonde l’ancien bras droit de
François Fillon.
Les humiliés d’hier se gargarisent des difficultés de leur bourreau. « Politiquement, on ne se fait
pas de cadeaux dans l’opposition
mais on est obligé d’admettre que
collectivement, l’opposition a été à
un niveau supérieur », s’amuse Marine Le Pen, qui a retrouvé la pugnacité qui l’avait quittée après son
débat présidentiel raté.
« Alliance contre-nature »
Dans la loge d’une chaîne d’information, il faut la voir rire avec un
parlementaire de gauche et le
congratuler sur une formule qu’il
vient de lâcher à l’antenne. « Al-
Dans la tempête, les macronistes serrent les rangs
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
PASSÉ l’effet de sidération et le
choc créés par les révélations sur les
actes commis par Alexandre Benalla le 1er Mai, les députés de la majorité ont dû se faire violence pour
répondre aux tirs nourris de l’opposition. Depuis le 18 juillet, les députés La République en marche
(LaREM), pour beaucoup novices
en politique et biberonnés à la
« bienveillance » promue par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, se retrouvent
pour la première fois pris en étau
entre la droite et la gauche, qui réclament à l’unisson des comptes.
Une alliance de circonstance matérialisée cet après-midi dans l’hémicycle par le débat sur les deux motions de censure déposées contre le
gouvernement (lire ci-contre).
À cette occasion, « la majorité va
faire bloc, va montrer qu’elle est soudée et qu’elle veut passer à autre
chose pour appliquer le programme
présidentiel », croit savoir le député
LaREM Pacôme Rupin. Les macronistes n’hésitent pas dans ce
contexte à taper sur le Parti socialiste, qui cosigne la motion de censure avec La France insoumise, ou à
insister sur les « applaudissements
mutuels troublants » venus des deux
extrémités de l’hémicycle ces derniers jours… « Cette motion commune signe le dernier reniement du Parti
socialiste. En s’alliant ainsi aux Insoumis et aux communistes, le PS
franchit le pas ultime. Il rompt avec la
social-démocratie et la culture de
gouvernement. Je pense à ses militants (dont j’ai été), je pense à
M. Rocard », a ainsi tweeté la députée LaREM et questeure de l’Assemblée nationale, Laurianne Rossi.
l’affaire Benalla que des sujets socioéconomiques ou de la lutte contre le
réchauffement climatique. » « La déferlante était ultraviolente », souffle
un parlementaire, encore stupéfait.
La fin de la session extraordinaire,
« Instrumentalisation »
Ce week-end, consigne a été donnée aux députés d’être présents en
nombre sur les bancs du Palais
Bourbon mardi après-midi, et évidemment de ne pas prendre part
aux votes sur les textes déposés par
Les Républicains et les groupes de
gauche. À l’issue de cette séance, les
députés macronistes, qui dénoncent à l’unanimité une « instrumentalisation » de l’affaire par l’opposition, espèrent tourner vite la page.
« On est dans une forme d’absurdité
du débat politique, observe Matthieu
Orphelin, député LaREM de Maineet-Loire. On a parlé mille fois plus de
“
Richard Ferrand,
le président du groupe
La République en
marche à l’Assemblée
nationale, pendant
la séance des questions
au gouvernement,
la semaine dernière.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
En s’alliant ainsi
aux Insoumis et aux
communistes, le PS
franchit le pas ultime.
Il rompt avec
la social-démocratie
et la culture
de gouvernement
”
LAURIANNE ROSSI, DÉPUTÉE LAREM
mercredi soir, devrait aider à calmer les esprits. Mais déjà, la macronie tente de tirer les leçons de la séquence. « C’était l’épreuve de feu
pour nous, analyse Gilles Le Gendre,
vice-président du groupe LaREM.
On a su montrer qu’on pouvait faire
face à une offensive politique de
grande ampleur. » Un constat partagé par le député Florian Bachelier,
selon qui « le groupe sort plus uni et
déterminé que jamais ».
Malgré la cacophonie à l’Assemblée et le report de l’examen de la
réforme constitutionnelle, beaucoup de députés Marcheurs se disent ragaillardis par les événements.
Le retour dans leur circonscription,
ce week-end, les a confortés dans
leur analyse : les Français ont compris, selon eux, qu’il n’y avait pas
d’affaire d’État. Autre élément
brandi par les macronistes : les enquêtes d’opinion qui révèlent qu’à
ce stade, Emmanuel Macron évite la
dégringolade (lire ci-contre). « Si on
m’avait montré ces sondages la semaine dernière, je n’y aurais même
pas cru », prétend un parlementaire
LaREM.
Les Marcheurs avaient pourtant
eu comme première consigne de ne
pas s’exprimer sur l’affaire Benalla.
Face à la déferlante, et malgré le peu
d’éléments fournis par l’Élysée selon plusieurs cadres du groupe -,
les parlementaires se sont vite retrouvés en première ligne, avec
l’organisation d’une commission
d’enquête et un patron du groupe,
Richard Ferrand, propulsé « chef de
guerre », selon l’expression de
Gilles Le Gendre. Le chef de file des
députés macronistes, très proche
du président de la République, a
œuvré en coulisses pour que les travaux parlementaires puissent se
poursuivre. « Il a su défendre les
siens, monter au front, prendre des
décisions », vante un député qui n’a
pourtant pas toujours été tendre à
l’égard de son président de groupe.
L’intervention de Macron lors du
pot de fin de session, mardi dernier,
a fini de serrer les rangs au sein d’un
groupe particulièrement réceptif à
la parole du chef. « Par rapport au
manque de coordination entre l’exécutif et les parlementaires, et la discrétion des ministres, on a fait le
job », se félicite un cadre du groupe,
qui pointe des défaillances à l’Élysée
et au sein du gouvernement. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 31 juillet 2018
L'ÉVÉNEMENT
tête face à Macron
Une double motion
de censure rarissime
LORIS BOICHOT £@lboichot
ILS S’ADRESSERONT au premier
ministre droit dans les yeux. Le
député Christian Jacob, pour Les
Républicains (LR), puis le communiste André Chassaigne, au
nom des trois gauches (La France
insoumise, le Parti socialiste et le
Parti communiste), défendront
chacun leur motion de censure
contre le gouvernement, ce mardi, à partir de 15 heures, depuis la
tribune de l’Assemblée nationale.
L’initiative est fréquente - plus
de cent motions de censure ont été
déposées dans l’histoire de la
Ve République, la dernière remontant à 2016. Mais dans les
archives du Palais Bourbon, il faut
remonter jusqu’à 1980 pour trouver deux motions de censure
examinées en même temps. Et encore, à l’époque, face au gouvernement de Raymond Barre, les
deux textes provenaient de la gauche : l’un des socialistes, l’autre
des communistes. Aujourd’hui,
droite et gauche se mobilisent.
Une vaine entreprise
liance contre-nature », s’insurge la
majorité qui croit voir un arc des
populistes se dessiner. « Nous
n’avons pas à rougir », poursuit la
présidente du Rassemblement national (ex-FN). « Nous avons fait de
la politique » face aux députés macronistes dont l’affaire aura « révélé
l’absence totale de sens politique ».
Devant les nouveaux venus, les
vieux briscards ont manié le règlement de l’Assemblée pour installer
une commission d’enquête au pied
levé. « C’était forcément un ventilateur à m… pour la majorité », pouffe
un ex-parlementaire. Un outil qui
aura permis à toutes les oppositions
de faire front pour mettre en difficulté la majorité. « C’est un “Tout
sauf Macron” qui se forme », résume Jean-Christophe Cambadélis,
qui considère que « c’est Christopher Froome qui a un coup de mou
dans la montagne. La faiblesse présidentielle rouvre le jeu ».
Reste à savoir ce qu’il restera de
3
Deux textes, deux votes, et une
double menace pour Édouard Philippe : si l’un des textes est adopté
par 289 députés, soit une majorité
absolue, le premier ministre, responsable devant l’Assemblée nationale, devra, selon les termes de
l’article 50 de la Constitution « remettre au président de la République la démission du gouvernement ». Une vaine entreprise : ni
LR, avec 103 députés, ni la gauche,
avec 63 élus, même en votant tous
les uns pour les autres, ne peuvent
tenir tête à l’écrasante majorité
LaREM-MoDem. En cet avantdernier jour de session extraordinaire de l’Assemblée avant la pause estivale, l’objectif est avant tout
de contraindre le premier ministre à s’expliquer sur l’affaire
Benalla : Édouard Philippe devra
répondre aux interventions de
Christian Jacob et André Chassaigne, avant que chaque groupe justifie son vote à la tribune.
« Il est indispensable que le gouvernement […] réponde devant la
représentation nationale de la
réalité des faits, de l’étendue des
responsabilités et de la chaîne des
protections dont a bénéficié
M. Benalla », écrivent les 91 signataires de la motion des Républicains. Un argument déployé en
tout cela à la rentrée. « On a fait de
la politique. Après, les Français jugeront », dit Christian Jacob, le
président du groupe LR au Palais
Bourbon. C’est une affaire « à infusion lente », pense Olivier Faure.
Jean-Luc Mélenchon espère, lui,
que la séquence aura eu le mérite
de stimuler « les racines gauloises »
des Français et leur goût pour la
controverse et le refus de l’autorité. À des années-lumière de la
« start-up nation » macroniste. ■
écho par les 62 signataires du texte
de la gauche, qui a choisi de se regrouper pour franchir le seuil des
58 signatures nécessaires au dépôt
de la motion. « Ils ont menti pour se
protéger, nous avons cherché la vérité, ils ont refusé de s’expliquer, il
ne nous reste plus qu’un moyen : la
motion de censure que nous déposons », affirment-ils.
L’opération menée par l’opposition devrait permettre d’actualiser
les contours de l’opposition et de la
majorité. Le gouvernement devrait
constater que son assise parlementaire s’est réduite, un an après le
vote de confiance des députés, le
4 juillet 2017. Ce jour-là, les trois
quarts des Républicains décidaient
de « laisser le bénéfice du doute » au
gouvernement et s’abstenaient.
Autant d’élus aujourd’hui favorables à la motion de censure.
Des chassés-croisés contre-nature devraient aussi apparaître
pendant le vote, dans une forme
de recomposition politique des
oppositions. Les sept députés RN
(ex-FN) de Marine Le Pen joindront leurs voix aux deux motions.
En plus de défendre leur texte,
les députés de Jean-Luc Mélenchon voteront pour celui des Républicains. « Nous ne nous donnons
pas le ridicule du sectarisme », se
justifie l’ancien candidat à la présidentielle. Les députés LR déterminent ce mardi matin s’ils rendront la pareille aux élus
« insoumis ». Mais ils savent déjà
que les élus PS n’associeront pas
leurs voix à leur motion, afin de ne
pas donner l’impression de « faire
ensemble front commun contre le
gouvernement, pour le remplacer
ensemble », a expliqué mardi le
premier secrétaire du PS, Olivier
Faure, sur France Info.
Malgré ces voix manquantes, le
mélange de bulletins LFI, RN et LR
dans la même urne n’est pas anodin. Le 5 octobre 1962, une coalition bariolée avait permis de mettre le gouvernement de Georges
Pompidou en minorité. Remontés
contre la volonté du président de
Gaulle de recourir au référendum
pour introduire dans la Constitution l’élection du président au suffrage universel direct, les communistes, la droite non gaulliste et
les « indépendants », parmi lesquels Jean-Marie Le Pen, avaient
uni leurs voix. Et avaient soutenu
la seule motion de censure adoptée sous la Ve République. ■
« C’est la fin de l’attentisme bienveillant qui a pu régner dans l’opposition »
EUGÉNIE BASTIÉ £@EugenieBastie
JÉRÔME FOURQUET est directeur
du département Opinion de l’Ifop.
Il a publié récemment Le Nouveau
Clivage (Éditions du Cerf).
LE FIGARO. - Quels
enseignements tirez-vous
des premiers sondages qui suivent
l’affaire Benalla ?
La cote de popularité de Macron
est-elle entamée ?
Jérôme FOURQUET. - D’après le
dernier sondage Ifop pour le JDD,
on constate une baisse de 4 points
(37 %) avant et après l’affaire
Benalla, ce qui n’est pas négligeable. Mais au regard du battage
médiatico-politique que cette affaire a suscité, il n’y a pas de dévissage spectaculaire. L’effondrement à l’été 2017 après l’affaire
Pierre de Villiers (le limogeage du
chef d’État-major des armées,
NDLR) et les atermoiements sur la
taxe d’habitation, notamment, a
été bien plus douloureux : Emmanuel Macron était passé de 64 % à
54 % en juillet, puis tombé à 40 %
en août, perdant au total vingt
points en deux mois !
Les Français sont-ils
véritablement choqués ?
Oui, même s’ils n’adhèrent pas à
l’idée d’une police parallèle, telle
qu’elle a pu exister sous François
Mitterrand (les écoutes des gendarmes de l’Élysée) ou de Gaulle (le
Service d’action civique). Signe que
les Français relativisent l’ampleur
de cette affaire, d’après un sondage Ifop pour Atlantico, 48 % pensent que les médias en ont « trop
fait », 19 % « pas assez » et 33 %
« suffisamment ».
tion du « nouveau monde » politique. Elle donne l’impression d’un
« retour vers le futur » avec la
réapparition de vieilles pratiques
politiciennes et de la figure des
jeunes courtisans arrogants. Cette
affaire a montré par ailleurs que
l’exercice du pouvoir par un petit
cercle soudé par la campagne vicQuel est l’impact de cette affaire
torieuse atteint ses limites. Le
sur l’image présidentielle ?
commando disruptif qui escamote
Renforce-t-elle l’image
systématiquement les corps ind’un président autoritaire,
termédiaires (et ici en l’espèce, la
déconnecté du peuple,
hiérarchie policière), la concenentouré d’une cour ?
tration des pouvoirs à l’Élysée, le
Quand on regarde qualitativebouleversement des usages perment, l’affaire Benalla a eu un
mettent certes de l’efficacité
certain impact. D’après le sondage
mais
ont
pour revers
Cette affaire a montré par ailleurs
d’inciter à
commettre
que l’exercice du pouvoir par un
certaines
petit cercle soudé par la campagne
erreurs.
«
victorieuse atteint ses limites
effectué pour Atlantico sur les
traits d’image d’Emmanuel Macron, on constate que l’item « il
sait où il va » (renvoyant au cap
présidentiel) est passé de 67 % en
avril à 57 % aujourd’hui. La caractéristique « honnêteté », qui était
restée stable depuis la campagne
présidentielle, a reflué de 48 % à
39 %. En revanche, l’item « autorité » est moins entamé, passant
de 73 % à 69 %.
L’affaire Benalla a mis à mal deux
traits fondateurs du récit macronien : celui de la République
exemplaire et celui de l’incarna-
»
Où perd-il
du terrain ?
C’est dans l’électorat de droite
que Macron perd le plus de points
en juillet (- 8 points). Dès le début
du quinquennat, il y avait deux
oppositions irréductibles au macronisme, celle de La France insoumise et celle du Rassemblement national. Ce qu’on observe
aujourd’hui, c’est la fin de l’attentisme bienveillant qui avait pu
régner dans l’opposition de droite et de gauche. Cette bienveillance, qui avait permis à Macron
de se maintenir à un bon niveau
de popularité, est en train de se
dissiper.
Jérôme Fourquet :
« Au regard du battage
médiatico-politique que
cette affaire a suscité,
il n’y a pas de dévissage
spectaculaire. »
F. BOUCHON/LE FIGARO
Justement, comment se situe
la popularité d’Emmanuel Macron
par rapport à ses prédécesseurs,
un an après leur élection ?
Avec une moyenne sur juillet de
39 %, Emmanuel Macron se situe
nettement plus haut que François
Hollande, qui n’était qu’à 27 % en
juillet 2013 ! Il rejoint le niveau de
Nicolas Sarkozy, qui se situait à
38 %. L’affaire Benalla vient en
fait renforcer un processus de banalisation de Macron par rapport à
ses prédécesseurs, entamé il y a
quelques mois déjà.
Plus généralement,
les « affaires » coûtent-elles
cher dans l’opinion ?
L’affaire Bettencourt, qui elle aussi avait défrayé la chronique, ne
s’était pas traduite par une baisse
de la popularité de Nicolas
Sarkozy, qui était demeurée stable
(autour de 35 %) pendant l’été
2010. Nicolas Sarkozy avait à peine perdu davantage (- 2 points) à
l’automne 2009 lors de l’affaire de
l’Epad, cet établissement public
en charge du quartier d’affaires de
la Défense dont la présidence devait échoir à son fils Jean, âgé de
23 ans. Ce fait du prince avait
pourtant fait couler beaucoup
d’encre et suscité une tempête
médiatique durant plusieurs jours.
On mesure donc avec le recul
qu’en dehors des dossiers particulièrement graves (comme ce
fut le cas avec l’affaire Cahuzac
qui se solda par une chute de 12
points de la cote de François Hollande), ces « affaires » ne se traduisent pas forcément par une
sanction sondagière immédiate.
Ceci ne veut pas dire pour autant
qu’elles sont sans effet. Elles
contribuent à renforcer le mécontentement et l’hostilité des
opposants et altèrent sur la longue durée l’image des présidents
en cristallisant certains travers
pointés par l’opposition. ■
A
PROPOS RECUEILLIS PAR
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 31 juillet 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
Devant
les sénateurs,
le clan Collomb
se défend
BENALLA
AUDITIONNÉ
À LA RENTRÉE ?
Le chef et le directeur de cabinet de
Gérard Collomb étaient auditionnés lundi.
PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
LES SÉNATEURS veulent continuer à
« faire la lumière » sur l’affaire Benalla.
Alors que les auditions à l’Assemblée nationale ont été levées, suscitant la colère
d’une partie de l’opposition qui en réclamait davantage, la commission d’enquête du Sénat se poursuit. Cinq nouveaux
protagonistes ont été entendus lundi au
Palais du Luxembourg. En plus du chef
du Groupe de sécurité de la présidence de
la République (GSPR), Lionel Lavergne,
et des préfets des Hauts-de-France et des
Bouches-du-Rhône, Michel Lalande et
Olivier de Mazière, deux proches de Gérard Collomb se sont expliqués. Son directeur de cabinet au ministère de l’Intérieur, Stéphane Fratacci, et son chef de
cabinet, Jean-Marie Girier.
Devant les sénateurs, les deux hommes
ont défendu le ministre, le dédouanant de
toute responsabilité. Stéphane Fratacci a
confirmé que Gérard Collomb n’était pas
au courant de la présence d’Alexandre
Benalla lors de la manifestation du 1er Mai.
« Le ministre n’est jamais informé de l’accueil d’observateurs. Qu’il s’agisse de parlementaires, de magistrats, d’enseignants… Un préfet peut être informé, mais
il n’y a pas de centralisation des informations », a-t-il certifié. Le directeur de cabinet a aussi balayé les rumeurs qui insinuent que Gérard Collomb aurait été mis
au courant des violences d’Alexandre
Benalla dès le 1er mai. Comme le ministre
de l’Intérieur quelques jours plus tôt, il a
réaffirmé que c’était bien l’Élysée qui
avait informé Beauvau au lendemain des
faits. « Les événements de la place de la
Contrescarpe (où Alexandre Benalla a été
filmé en train de molester un manifestant,
NDLR) étaient loin d’être au centre des
préoccupations d’ordre public », a justifié
Stéphane Fratacci, rapportant que leur
attention était davantage focalisée sur les
« 1 200 black blocs violents, cherchant à en
découdre et à commettre des dégâts ».
« Quelqu’un qui savait gérer
son stress et garder son calme »
Sur la même ligne, le chef de cabinet de
Gérard Collomb, Jean-Marie Girier, a
confirmé que le ministre de l’Intérieur ne
connaissait Alexandre Benalla « que de
vue ». « À aucun moment, il ne s’est trouvé
dans une réunion de travail quelconque en
sa présence. Il ne connaissait ni son nom, ni
son prénom, ni ses fonctions », a-t-il souligné. Le chef de cabinet en a profité pour
formellement démentir toute accolade
entre Gérard Collomb et Alexandre
Benalla dans la salle de commandement
au soir du 1er mai. Des faits rapportés par
Le Canard enchaîné le 25 juillet. « Il l’a salué comme toutes les personnes présentes », a témoigné Jean-Marie Girier.
Le chef de cabinet de Gérard Collomb
était également interrogé au titre d’ancien directeur de campagne d’Emmanuel Macron. Campagne présidentielle
Stéphane Fratacci, directeur de cabinet au ministère de l’Intérieur, a été entendu lundi
par la commission d’enquête du Sénat, au Palais du Luxembourg. ALAIN JOCARD/AFP
à laquelle Alexandre Benalla a activement contribué. Il se présentait à l’époque comme « directeur de la sûreté et de
la sécurité » d’En marche ! (lire nos éditions du 24 juillet). « Je n’ai pas recruté
Alexandre Benalla », a tenu à préciser
Jean-Marie Girier, même s’il admet
avoir été « avisé de son embauche ». « Je
n’ai aucune remarque négative à formuler, ni sur son engagement, ni sur son
comportement, ni sur la qualité de ce son
travail », a ajouté l’ancien directeur de
campagne. Lors de la découverte de la
vidéo, le 2 mai, Jean-Marie Girier s’est
par ailleurs dit « surpris ». « Je l’ai re-
gardée plusieurs fois pour y croire, parce
que la personne que j’ai connue pendant
la campagne électorale n’était en aucun
cas violente. C’était au contraire quelqu’un qui savait gérer son stress et garder son calme. »
Ce mardi, seule une audition a lieu à la
commission d’enquête du Sénat. Pas
n’importe laquelle, puisqu’il s’agit de celle d’un membre du gouvernement :
Christophe Castaner. Également patron
de LaREM, il s’expliquera sur le rôle de
Vincent Crase, salarié du parti et également mis en cause dans les violences du
1er Mai. ■
Le président de la commission
d’enquête parlementaire
du Sénat, Philippe Bas, n’a pas
exclu d’entendre Alexandre
Benalla après les vacances
d’été. Lundi, le sénateur LR
a annoncé qu’il
« [s’]entretiendrait de nouveau
avec les corapporteurs »
pour étudier cette possibilité.
« Nous verrons à la rentrée ce
qu’il convient de faire », a-t-il
précisé. Cette déclaration fait
suite à l’interview accordée par
Alexandre Benalla ce weekend au Journal du dimanche,
où il a indiqué qu’il n’était pas
hostile à l’idée de témoigner
devant la Chambre haute. « Ils
veulent des explications, j’ai
de quoi leur en donner », a-t-il
affirmé. L’ex-collaborateur de
Macron ayant lui-même fait
part de son envie de s’exprimer,
Philippe Bas ne voit guère
de raison de s’y opposer, tant
que cette audition se déroule
« dans le respect des
principes ». Car auditionner
une personne mise en examen
n’est pas si simple. Il faut
d’abord respecter la séparation
des pouvoirs. « Nous ne
pouvons pas prendre à la légère
ce principe -conformément au
règlement du Sénat - et nous
ne devons pas enquêter sur
des faits qui font l’objet de
poursuites », a rappelé Philippe
Bas. Les droits de la défense
ne doivent pas non plus être
négligés. « Il ne faudrait pas
qu’une personne auditionnée
puisse être amenée à
témoigner contre elle-même,
ce qui serait exclu à la barre
d’un tribunal », a-t-il souligné.
Les syndicats de police vont
s’expliquer avec le ministre
A
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
« MAIS qu’est-ce qu’il va bien pouvoir
nous dire ? » Convoqués ce mardi matin
au ministère de l’Intérieur, les syndicats
de policiers se disent « impatients ». « M.
Collomb nous réunit, comme il s’y était
engagé la semaine dernière, indique Fabien Vanhemelryck, secrétaire général
adjoint du syndicat Alliance. Mais l’ordre du jour, ça reste un grand point d’interrogation. » Secrétaire national du
Syndicat indépendant des commissaires
de police (SICP), Mickaël Trehen renchérit : « Si c’est uniquement un exercice
de style pour dire qu’il y a du dialogue social… » Place Beauvau, on précise
qu’« un certain nombre de sujets seront
abordés », dont le rapport de l’Inspection générale de la police (IGPN), saisie
dans le cadre de l’affaire Benalla.
Dans ses conclusions publiées vendredi, la police des polices recommande
notamment de fixer des règles pour l’accueil des observateurs. Les futurs observateurs immergés dans les services de
police et gendarmerie devront porter un
« signe distinctif ». « On ne peut qu’être
d’accord, commente Mickaël Trehen.
Mais ça n’aurait rien évité de l’affaire
Benalla. Le fait que cet individu du privé se
présente partout comme responsable de la
sécurité du président, ce n’est pas du ressort du ministre de l’Intérieur… »
Mardi dernier, devant la commission
d’enquête du Sénat, Gérard Collomb
avait annoncé qu’il allait « recevoir les
syndicats la semaine prochaine, car ils
ont été totalement troublés par ces événements ». « Je leur demanderai s’ils ont
eu des problèmes avec M. Benalla et
pourquoi ils ne m’en ont pas parlé
avant », avait ajouté le ministre, affirmant qu’il pensait qu’Alexandre Benalla
était « un policier ».
Garde du corps, chargé de mission,
responsable de la sécurité ou conseiller
du chef de l’État ? « La confusion des
rôles, des missions d’Alexandre Benalla
nous posent de graves problèmes, notamment sur la lisibilité des instructions
qu’il pouvait donner à nos collègues,
s’émeut Olivier Boisteaux, président du
SICP. Et toute cette histoire nous interroge sur l’ambiguïté qu’il peut y avoir
aujourd’hui au sein de l’Élysée, avec des
personnes dont les missions chevauchent
celles du groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR). »
Fabien Vanhemelryck réclamera au
ministre « une enquête pragmatique,
pour savoir exactement ce qui s’est passé » le 1er mai. « Les trois policiers-fusibles (suspendus pour avoir transmis des
images de vidéosurveillance à Benalla,
NDLR) dans cette affaire qui n’est pas
policière mais politique, ça ne nous va
pas !, clame David Le Bars, secrétaire
général du Syndicat des commissaires
de la police nationale. Ils reconnaissent
leur faute et seront sanctionnés. Mais ça
“
On a eu du mal
à entendre que
notre ministre
ne savait rien
”
FABIEN VANHEMELRYCK, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
ADJOINT DU SYNDICAT ALLIANCE
n’explique pas l’affaire Benalla. » David
Le Bars a « quelques questions à poser au
ministre, après avoir lu que des représailles étaient annoncées contre certains
fonctionnaires ». « C’est aussi une façon
de faire passer le message au président
de la République, poursuit-il. S’il a des
velléités de représailles, on veut lui montrer qu’on n’est pas clients - en dehors
bien sûr des fautes individuelles. »
Autre point à « clarifier » : « les conséquences dommageables des auditions, ce
spectacle de “je ne sais pas”, où tout le
monde s’est renvoyé la balle », selon David Le Bars. « On a eu du mal à entendre
que notre ministre ne savait rien », déplore Fabien Vanhemelryck. « Ce n’est
pas courant de voir un ministre se prononcer comme il l’a fait, puis le préfet de
police le contredire juste après, insiste
David Le Bars. Les vrais dommages collatéraux, ils sont là. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 31 juillet 2018
INTERNATIONAL
5
Le mystère intact du vol MH370
Une deuxième équipe d’enquêteurs n’a pu
trouver la « cause réelle de la disparition »
du Boeing de la Malaysia Airlines.
CÔME DUBOIS
CATASTROPHE AÉRIENNE « L’équipe est
incapable de déterminer la cause réelle de
la disparition du MH370 », ce vol de la
Malaysia Airlines qui, en 2014, effectuait
la liaison entre Pékin et Kuala Lumpur,
a déclaré, lundi lors d’une conférence
de presse, le chef de l’équipe d’enquêteurs privés réunis par le gouvernement
malaisien. Après quatre années de recherches, Kok Soo Chon a estimé qu’à
cette énigme « la réponse ne sera connue
que si l’on retrouve l’épave ».
Le résultat de ces recherches, regroupé dans un rapport de 495 pages, a
été rendu public lundi, comme l’avait
promis le ministre malaisien des Transports. Les prospections menées par
l’équipe de Kok Soo Choon pour le
compte de la société privée Ocean Infinity ont couvert une large zone de
112 000 km2, située dans le sud de
l’océan Indien, pendant trois mois. Ces
dernières ont pris fin il y a deux mois,
sans aboutir à une quelconque découverte. Il s’agissait de la deuxième gran-
de opération de recherches, après celle
lancée sous la direction de l’Australie,
en coopération avec la Malaisie et la
Chine, qui a porté sur une zone de
120 000 km2 et qui reste à ce jour
l’opération de recherches maritimes la
plus importante de l’histoire. Cette
première enquête internationale sur le
vol MH370 avait pris fin en janvier 2017.
Elle avait permis de retrouver une
vingtaine de débris sur le littoral de
l’océan Indien au large de l’Afrique de
l’Est - loin de la zone de recherches - et
les autorités avaient affirmé qu’ils
provenaient probablement ou certainement de l’appareil de la Malaysia
Airlines.
Les familles des 239 passagers disparus avec le MH370 ont bien évidemment été déçues par ce manque de résultats, qui ne permet pas d’éclaircir un
tant soit peu le plus grand mystère de
l’aviation civile moderne. Lors d’une
réunion au ministère malaisien des
Transports, où le rapport Ocean Infinity leur a été présenté, plusieurs proches
des victimes ont fait part de leurs critiques. « C’est tellement décevant, je suis
4 ans après, l’épave du Boeing 777 reste toujours introuvable
MALAISIE
Zone de recherche élargie
2 h 15, dernière position enregistrée
par un radar militaire malaisien
Principale zone de recherche sous-marine
Découverte confirmée
de débris du MH370
Kuala Lumpur
Samedi 8 mars 2014,
le vol MH370 décolle
pour Pékin à 00 h 41
TANZANIE
Trajectoire possible
La Réunion
Rodrigues
(FRANCE)
(MAURICE)
MOZAMBIQUE
OCÉAN INDIEN
MADAGASCAR
AUSTRALIE
AFRIQUE
DU SUD
Source : Graphic News
frustrée, il n’y a rien de nouveau », a déclaré Intan Maizura Othman, dont le
mari était à bord du Boeing 777 qui s’est
fort probablement abîmé en mer.
Un enchaînement
de dysfonctionnements
Les théories les plus diverses ont été
avancées pour expliquer la disparition
de l’appareil, qui avait apparemment
largement dévié de sa trajectoire de vol
Perth
Arc de dernière position possible
selon le calcul du satellite n°7
prévue, allant du détournement à un
suicide du commandant de bord. Cette
dernière théorie avait pris de l’importance aux yeux des enquêteurs, après
que ceux-ci avaient découvert que la
signalisation de l’appareil avait été
coupée volontairement. Les enquêteurs
ont également découvert que le pilote
avait effectué avant de prendre les
commandes de l’appareil des simulations de vol jusque dans l’océan Indien.
Infographie
Ce qui n’a pas manqué de nourrir
quelques soupçons.
« Nous ne pensons pas que l’événement puisse être le fait des pilotes », a
néanmoins déclaré lundi Kok Soo
Chon, tout en disant ne pouvoir exclure
aucune possibilité. Son rapport privilégie un enchaînement de dysfonctionnements, et évoque notamment le nonrespect des procédures et des consignes
de vol. ■
Cambodge : Hun Sen revendique une victoire totale
Lors d’élections jugées non crédibles par l’UE et les États-Unis, le parti au pouvoir affirme avoir « remporté l’ensemble des sièges ».
PHNOM PENH
ASIE Le visage souriant, le doigt levé
marqué d’encre, il a fait la une de tous les
journaux : le premier ministre Hun Sen
est une nouvelle fois sacré, après trentetrois ans au pouvoir. Son Parti du peuple
cambodgien (CPP) a annoncé avoir remporté 77 % des votes lors des élections législatives de dimanche. Soit la totalité des
125 sièges de l’Assemblée nationale…
Mais, selon les estimations du Comité national des élections, le parti royaliste
Funcinpec et le LDP de Khem Veasna
pourraient remporter un siège chacun.
« Ce fort taux de participation illustre clairement l’enthousiasme et la volonté du
peuple cambodgien de renforcer une démocratie multipartite », s’est félicité Sok
Eysan, le porte-parole du CPP. Le parti au
pouvoir concourait sans compétiteur de
poids, le Parti du sauvetage national du
Cambodge (CNRP) qui le talonnait lors
des élections de 2013 ayant été dissous
l’année dernière, son chef Kem Sokha
emprisonné.
Le taux de participation, attendu par
Hun Sen comme gage de sa légitimité,
caracole à 82 %. Un taux supérieur aux
dernières législatives de 2013 (69 %) mais
inférieur aux élections municipales de
l’année dernière (90 %). Un plébiscite
nuancé par le nombre de votes blancs ; de
1,6 % en 2013, il atteint 8,5 %, soit plus
que l’ensemble des votes réunis des
19 autres partis. Dans la province de
Phnom Penh, 14,4 % des bulletins étaient
invalides, alors qu’ils représentaient
moins de 1 % en 2013.
Chasse aux « traîtres »
Une partie des électeurs a donc répondu à
l’appel au boycott lancé par les membres
du CNRP en exil. Sur les réseaux sociaux,
des photos prises de l’isoloir montraient
des bulletins entièrement barrés, ou invalidés par un dessin de soleil, le logo du
CNRP. Une forme de résistance passive
face aux pressions du gouvernement
ayant laissé courir la rumeur que les « traîtres » - facilement repérables par leur
doigt propre - pourraient être poursuivis.
Dans les bureaux de vote, dimanche,
des supporteurs du CPP clamaient leur
attachement à Hun Sen, perçu comme le
garant de la stabilité après des années de
guerre civile et l’instigateur du boom
économique. À l’instar de Keo Sokling,
45 ans, qui pointait : « Si ça marche, pourquoi changer ? » D’autres électeurs racontaient à demi-mot ne pas avoir le
choix, pressés de voter par leur famille,
leur employeur ou les autorités locales. Et
lorsqu’un supporteur du CNRP d’une
trentaine d’années a confié au Figaro sa
frustration face à une « démocratie qui
Le PC Chinois use
des « confessions »
télévisées
des questions fournies par la police
ou en donnant à ces vidéos - accompagnées d’interviews à charge
de policiers et de commentateurs l’habillage d’une information classique. Safeguard Defenders rappelle que ces « aveux » violent non
seulement des droits humains fondamentaux, mais aussi la loi
chinoise, supposée garantir la présomption d’innocence, le droit à
un procès équitable et celui de ne
pas s’accuser soi-même. Dictés et
mis en scène par la police avant le
procès, ils sont fréquemment extorqués en recourant à des « menaces », ainsi qu’à la « torture »
mentale et physique, souligne le
rapport. Certains ont été filmés sur
des lieux de détention, et d’autres
- c’est la tendance depuis 2015 dans un cadre plus neutre, afin
probablement de masquer leur caractère coercitif.
Un rapport récent d’une ONG montre
la façon dont les aveux forcés sont mis en
scène et dénonce le rôle des médias chinois.
CORRESPONDANT À PÉKIN
ASIE C’est un traumatisme dont
l’éminente avocate chinoise Wang
Yu ne s’est toujours pas remise.
Alors qu’elle avait été arrêtée
- comme son mari - en juillet
2015, cette spécialiste des droits de
l’homme apparaît en octobre de la
même année dans une première
vidéo diffusée par la télévision
d’État CCTV. L’air épuisée et s’exprimant d’une voix monocorde,
elle fustige ceux qui ont tenté de
faire sortir clandestinement son
fils de 16 ans de Chine (il a été intercepté alors que des militants
tentaient de l’aider à rejoindre la
Birmanie à moto). « Je condamne
fermement ce genre d’action. C’est
très dangereux et c’est illégal »,
déclare-t-elle, depuis une pièce
aseptisée. Dans une deuxième
vidéo, à l’été 2016, elle dit renoncer à son travail d’avocat, refuse
un prix international et accuse des
forces étrangères de l’avoir utilisée
pour discréditer le gouvernement
chinois.
Comme le suspectait son entourage, ces déclarations ne reflé-
taient en rien son opinion. La première fois, la police lui avait
promis que si elle récitait un texte
préparé, son fils serait relâché. Et
la deuxième fois, qu’elle pourrait
être libérée rapidement. Rappelant les séances d’autocritique de
l’ère de Mao Tsé-toung pendant la
Révolution culturelle, ce type de
« confessions » télévisées forcées
se multiplient depuis l’arrivée au
pouvoir de Xi Jinping, fin 2012.
Dans un rapport publié en avril,
l’ONG Safeguard Defenders en recense 45 entre juillet 2013 et février 2018, dont 60 % concernent
des personnes liées aux médias
(journalistes, blogueurs et éditeurs) ou à la défense des droits de
l’homme (avocats, membres
d’ONG ou militants).
L’étude, qui s’appuie sur une
douzaine de témoignages, dénonce le rôle joué par la télévision publique CCTV, accusée de complicité. L’ONG montre aussi du doigt
des médias hongkongais comme
Phoenix TV ou le quotidien South
China Morning Post. « Dans de
nombreux cas, les médias qui diffusent ces confessions ont participé
activement » au processus, souligne le rapport. Et ce, en utilisant
Des outils de propagande
MARK SCHIEFELBEIN/AP/SIPA
CYRILLE PLUYETTE
£@CyrillePluyette
marche à l’envers » et son choix de s’abstenir, il a été interrompu par les forces de
l’ordre qui l’ont contraint de partir.
« L’absence de véritable compétition
électorale et l’absence d’un processus politique inclusif signifient que les élections du
29 juillet ne sont pas représentatives de la
volonté démocratique des électeurs cambodgiens, et par conséquent son résultat
n’est pas crédible », a déclaré l’Union
européenne, dans un communiqué. Les
États-Unis ont condamné des élections
« ni libres ni équitables » et annoncé réfléchir à de nouvelles restrictions de visa
pour des membres du parti au pouvoir.
Les résultats définitifs du scrutin seront
rendus publics mi-août. ■
L’avocate chinoise Wang Yu, spécialiste des droits de l’homme,
en avril 2015, deux mois avant son arrestation.
Chacune des douze personnes interrogées par l’ONG récuse les
propos tenus devant la caméra, et
affirme ne pas avoir eu accès à un
avocat. Un témoin surnommé Li
raconte avoir « été interrogé plus
de soixante-dix fois », souvent au
milieu de la nuit. Ses interlocuteurs lui ont martelé que s’il ne
coopérait pas il serait condamné à
une peine de prison, perdrait son
travail ou serait abandonné par sa
famille. « Je n’avais que 39 ans, et
mes cheveux sont devenus blancs à
cause de cette énorme pression et de
toute cette torture », se souvient-il.
Le libraire hongkongais Lam
Wing-kee, qui vendait des livres
critiques envers les dirigeants
chinois, a été arrêté alors qu’il se
rendait en Chine en 2015. Il dit
avoir procédé à une douzaine
d’enregistrements - pas tous diffusés - avant que ses interroga-
teurs ne soient satisfaits. Dans l’un
d’entre eux, un tribunal fictif est
reconstitué, avec un agent dans le
rôle du juge et une policière dans
celui du témoin.
Ces confessions, explique le
rapport, sont conçues par le régime comme des outils de propagande, ciblant un public national
ou international. Certaines, coïncidant avec des périodes de répression, visent à empêcher les
« rumeurs » de se diffuser, comme
après le coup de filet démarré le
9 juillet 2015, qui a vu plus de
200 avocats et militants être interrogés ou arrêtés. D’autres à faire
taire les critiques sur les conditions de détention. Peter Dahlin,
un ancien membre suédois d’une
ONG basée en Chine, a ainsi dû affirmer qu’il avait été très bien traité par la police, alors que son état
de santé préoccupait la communauté internationale.
Gui Minhai, un Suédois d’origine chinoise, qui fait lui aussi partie
des cinq libraires hongkongais
« disparus » en 2015, s’est
« confessé » dans trois vidéos.
Alors qu’il avait été libéré l’an
dernier mais restait sous surveillance policière, ce codirigeant
d’une maison d’édition publiant
des ragots sur la vie privée des dirigeants chinois a été de nouveau
arrêté en janvier dernier. Dans
une vidéo où il paraît tendu, il affirme que les Suédois l’ont utilisé
comme un « pion ». Il participe
aussi à une interview, arrangée
par les autorités chinoises et réalisée par des médias hongkongais,
qui a été publiée sur le site du
South China Morning Post. Sa fille,
Angela, admet qu’elle a mis du
temps avant de pouvoir regarder
la première « confession » de son
père, tant cette mise en scène est
douloureuse pour elle. ■
A
ANNE MOLINA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 31 juillet 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Le Brésil en proie à la tentation autoritaire
Face à la corruption et à la violence, la campagne de l’ex-militaire Jair Bolsonaro séduit une partie de l’électorat.
voir avec un moustachu. » Par ailleurs, il
fait campagne contre la légalisation de
l’avortement, pour le droit de tous de
porter une arme et pour le rétablissement de la peine de mort.
Un agenda ultraconservateur et populiste qui suscite l’adhésion de près de
20 % des électeurs au premier tour du
scrutin présidentiel, le 7 octobre, mais
aussi le rejet définitif d’un Brésilien sur
trois. Il est isolé politiquement, une victoire au deuxième tour est donc beaucoup plus incertaine. « Même s’il parvient au deuxième tour – ce qui n’est pas
joué –, il lui sera très difficile de trouver
des soutiens pour affronter Geraldo
Alckmin (le candidat de centre droit) ou
le candidat du PT », le Parti des travailleurs de Lula, a estimé Eduardo
Grin, professeur de sciences politiques
à la Fondation Getulio Vargas de Sao
Paulo. En cas de victoire, le candidat a
déjà annoncé qu’il nommerait plusieurs
militaires dans son gouvernement.
MICHEL LECLERCQ
RIO DE JANEIRO
AMÉRIQUE LATINE L’ex-capitaine de
63 ans Jair Bolsonaro n’a jamais brillé
dans les casernes ou à la Chambre des
députés autrement que par ses provocations et ses coups de gueule. Ses cibles préférées ont toujours été les féministes, les homosexuels, les Noirs,
les Indiens, les progressistes, les criminels… Mais aujourd’hui, son francparler aux antipodes du politiquement
correct, sa défense de la loi et de l’ordre, son image d’homme intègre séduisent près d’un Brésilien sur cinq,
lassé par la corruption des politiques,
la violence dans les rues et l’interminable crise avec son chômage de masse. À deux mois et demi de l’élection
présidentielle, celui qui aime se comparer à Donald Trump est en tête de
tous les sondages en l’absence presque
certaine de l’ancien président Luiz
Inacio Lula da Silva, qui purge depuis
le 7 avril une peine de douze ans de
prison pour corruption.
Plus de trente ans après que les généraux ont rendu le pouvoir aux civils,
c’est la première fois qu’un ancien militaire a une chance, même mince, de
s’installer au palais du Planalto, le siège
de la présidence à Brasilia. Par les urnes, cette fois-ci, et non porté par les
chars comme lors du coup d’État de
1964. La popularité grandissante du député d’extrême droite, nostalgique de la
dictature militaire et apologiste de la
torture, signe le grand retour de l’armée sur la scène politique du Brésil à la
faveur de la profonde crise que traverse
le plus grand pays d’Amérique latine.
Dieu au-dessus de tous
« Une partie des secteurs les plus
conservateurs de la société brésilienne
pense que l’armée serait capable de “résoudre” les problèmes politiques du
pays », a souligné Marilde Loiola, professeur de sciences politiques à l’université de Brasilia. Selon une étude de
l’Institut DataFolha de 2017, plus de
80 % des Brésiliens ont « confiance »
dans l’armée et, à l’inverse, près des
deux tiers « n’ont pas confiance » dans
le Congrès. « Cette confiance dans les
“valeurs” des forces armées fait qu’une
partie de la population pense que l’armée, avec un gouvernement fort et non
corrompu, serait une sorte de “sauveur
de la Patrie” », a ajouté l’analyste.
« Même s’il n’est pas le candidat de nos
rêves », a dit le général de réserve
Augusto Heleno, Jair Bolsonaro est « le
seul capable de faire un grand nettoyage
Un coût politique énorme
Jair Bolsonaro (ici, le 19 avril, à Brasilia, lors de la Journée de l’armée) pourrait devenir le premier ancien militaire à accéder
à la plus haute magistrature au Brésil depuis l’abdication de la junte, en 1985. ERALDO PERES/AP/SIPA
dans le pays ». Plus d’une centaine
d’anciens militaires se présentent
également à différents scrutins dans le
pays.
L’ancien officier parachutiste a été
formellement désigné candidat à la
présidence, il y a quelques jours, lors
d’une convention à Rio de Janeiro de
son petit parti PSL (Parti social-libéral).
« Ce que veut le Brésil et ce que je veux,
c’est un homme aux mains propres, et
vous avez les mains propres. C’est un
chrétien, et vous êtes chrétien. Le Brésil
veut un homme qui n’a pas froid aux
yeux pour affronter les bandits », lui a
lancé le sénateur Magna Malta, un pasteur évangélique un temps pressenti
pour figurer sur le ticket présidentiel.
Un discours à l’image du slogan de
campagne patriotique et religieux du
candidat : « Brasil acima de tudo, Deus
acima de todos » (« le Brésil au-dessus
de tout, Dieu au-dessus de tous »).
Pour élargir son électorat, Jair Bolsonaro tente depuis peu d’adoucir son
image, après s’être fait connaître par
des propos incendiaires qui lui ont valu
plusieurs condamnations. Petit florilège : en 2014, il déclare que la députée
de gauche Maria do Rosario « ne mérite
pas d’être violée », parce qu’elle est
« très moche ». La même année, il dédie
son vote pour la destitution de la présidente Dilma Rousseff, torturée pendant
la dictature, au redouté chef des
tortionnaires de l’époque. Ou encore :
« Je serais incapable d’aimer un fils homosexuel… Je préférerais que mon fils
meure dans un accident plutôt que de le
Gilberto Gil et Chico Buarque au festival Lula libre
Plus de 5 000 personnes de tous âges,
souvent avec des masques en papier
à l’effigie de Luiz Inacio Lula da Silva,
se sont retrouvées samedi dernier,
dans l’après-midi jusque dans la
soirée, dans le centre-ville de Rio,
pour écouter les prestations d’une
quarantaine d’artistes venus réclamer
la libération de l’ex-président brésilien
et soutenir sa candidature à la
prochaine présidentielle. Les monstres
sacrés de la musique brésilienne
Gilberto Gil et Chico Buarque, qui ne
s’étaient pas produits ensemble
sur scène depuis 1973, du temps
de la dictature militaire, participaient
à ce festival, intitulé Lula libre.
Incarcéré depuis avril pour corruption
et blanchiment d’argent, accusé
notamment d’avoir reçu un
appartement en bord de mer de la part
d’une entreprise de bâtiment en
échange de faveurs pour l’attribution
de marchés publics, Lula purge
une peine de 12 ans et 1 mois de prison
à Curitiba, dans le sud du pays.
Également impliqué dans cinq autres
procédures judiciaires, il se dit victime
d’un complot destiné à l’empêcher de
se présenter à l’élection présidentielle,
prévue en octobre prochain. L’exprésident est en tête des intentions
de vote pour cette élection, même
si sa candidature a de grandes
chances d’être invalidée par la justice
électorale. Sa formation, le Parti
des travailleurs, doit l’investir samedi
pour ce combat qu’il ne pourra
sans doute pas mener.
(AFP)
Mobilisation à Paris en faveur du cinéaste
ukrainien Oleg Sentsov, en grève de la faim
Les soutiens du prisonnier, qui est enfermé dans un camp de travail forcé du Grand Nord russe,
redoutent sa mort prochaine et réclament sa libération.
ISABELLE LASSERRE £@ilasserre
RUSSIE Alors qu’Oleg Sentsov va entamer son 80e jour de grève de la faim, sa
photo devait être apposée lundi sur la
façade de la mairie du IVe arrondissement de Paris. L’association Les Nouveaux Dissidents, qui publie régulièrement des textes d’écrivains défendant
le cinéaste ukrainien de 42 ans, avait
aussi appelé à un rassemblement. « Il ne
faut pas que nous le laissions s’éteindre
au cœur de l’été », explique Michel Eltchaninoff, rédacteur en chef adjoint de
Philosophie Magazine et créateur des
Nouveaux Dissidents.
Originaire de Crimée, Oleg Sentsov
croupit dans un camp de travail forcé
du Grand Nord russe, au bord du cercle
arctique. Il a été arrêté par des agents
du FSB - l’ex-KGB - le 11 mai 2014, puis
condamné à vingt ans de réclusion pour
« terrorisme » et « trafic d’armes », à
l’issue d’un procès de type « stalinien »,
selon Amnesty International. Les autorités russes lui reprochent en fait
d’avoir manifesté contre l’annexion de
la Crimée, en mars 2014.
Pas de visite depuis le 19 juillet
Le cinéaste ukrainien, qui a aussi participé aux manifestations proeuropéennes de Maïdan, à Kiev en 2013, a entamé
Les informés de franceinfo
A
du lundi au vendredi de 20h à 21h
chaque mardi avec
une grève de la faim illimitée le 14 mai.
Il exige la libération de tous les « prisonniers politiques » ukrainiens détenus
en Russie. Très faible et très amaigri, il
n’a pas reçu de visite de son avocat depuis le 19 juillet. Devant la gravité de
son état, la Cour européenne des droits
de l’homme (CEDH) a demandé la semaine dernière à la Russie d’administrer « des soins appropriés » à Oleg
Sentsov. Depuis deux mois, des artistes
et des personnalités, notamment l’acteur américain Johnny Depp, l’écrivain
Stephen King, Delphine de Vigan, Emmanuel Carrère ou Mathieu Amalric en
France, ont appelé à sa libération. Le
Conseil de l’Europe et le G7 ont évoqué
le cas du cinéaste ukrainien avec le
Kremlin. Emmanuel Macron a abordé
le sujet à deux reprises avec Vladimir
Poutine, en mai à Saint-Pétersbourg, et
en juillet à Moscou, lui demandant la libération d’Oleg Sentsov. En vain.
L’idée d’un « échange de prisonniers »,
évoqué en juin au téléphone par les
présidents russe et ukrainien, ne s’est
jamais concrétisée.
Le dernier soutien en date est celui
de l’essayiste Pascal Bruckner, qui appelle les dirigeants européens à faire
fléchir Vladimir Poutine, dans un texte
publié par Les Nouveaux Dissidents.
L’affaire est selon lui diplomatique et
politique. « Poutine vendra très cher la
peau de Sentsov. » Pascal Bruckner appelle donc les dirigeants européens et
notamment Emmanuel Macron à tenter de le faire plier. « Il n’est pas dit que
les leaders du monde libre réussiront
moins bien que les Helmut Kohl ou François Mitterrand en leur temps. Il y va de
la vie d’un militant de la liberté, il y va
aussi de la crédibilité de l’Europe démocratique », écrit-il.
Malgré les pressions internationales
constantes, l’ancien oligarque russe
Mikhaïl Khodorkovski avait passé dix
ans dans une geôle russe en Sibérie
avant d’être relâché. Oleg Sentsov ne
pourra pas attendre longtemps. L’opinion publique internationale convaincra-t-elle Vladimir Poutine ? « Au
Kremlin de peser les avantages ou les inconvénients de laisser un prisonnier politique mourir de faim dans le Grand Nord
sibérien : l’été est la saison favorable à
l’amnésie, mais un seul homme peut faire
chuter un régime, Soljenitsyne en est un
magnifique exemple », écrit Pascal
Bruckner. ■
Un de ses plus proches soutiens, le
général Augusto Hamilton Mourao,
avait provoqué l’an dernier un tollé en
déclarant que « ses compagnons du haut
commandement » estimaient qu’une
« intervention militaire » pourrait être
nécessaire si les juges ne parvenaient
pas à éliminer la corruption. Cette incitation voilée au soulèvement ne sera
pas sanctionnée par le gouvernement
discrédité du président Michel Temer,
lui-même accusé de corruption. Et
quand des milliers de soldats se sont
déployés dans les rues de Rio de Janeiro
en début d’année, à la demande du
gouvernement, pour prendre en main
la sécurité en lieu et place des forces de
police, certains y ont vu une sorte de
répétition générale.
Le risque d’une intervention militaire
au Brésil est « absolument nul », a toutefois assuré le chef de l’armée, le général
Eduardo Villas Boas, au magazine Piauí.
« Du point de vue politique et institutionnel, l’armée n’est pas disposée à reprendre le pouvoir », renchérit Eduardo Grin
qui souligne que, à la différence du
contexte de guerre froide des années
1960, un coup d’État aurait aujourd’hui
« un coût politique et économique énorme
sur la scène internationale ». Mais « on a
vu dangereusement renaître l’idée classique, au sein d’une partie du commandement des forces armées, d’une tutelle
sur la démocratie », a relevé le politologue, d’autant que les Brésiliens sont,
de tous les pays d’Amérique latine,
ceux qui croient le moins en la démocratie (13 %), selon une étude Latinobarometro de 2016. ■
EN BREF
Londres perd « Atalante »
L’Union européenne a décidé
de reprendre au Royaume-Uni le
commandement d’« Atalante »,
l’opération européenne de lutte
contre la piraterie dans la Corne
de l’Afrique, et de le transférer
après le Brexit, fin mars 2019, sur
la base navale espagnole de Rota,
avec un centre détaché à Brest.
Le roi du Maroc aborde
la question sociale
Le roi Mohammed VI
a longuement évoqué dans un
discours télévisé dimanche soir
la « question sociale » au Maroc,
exhortant le gouvernement
à prendre des « mesures
d’urgence », notamment en
matière de santé et d’éducation.
Le discours a été prononcé dans
la ville d’al-Hoceima, épicentre
d’un mouvement de protestation
aux revendications sociales
et économiques qui a agité
le pays en 2016 et 2017.
Le président des Comores
veut renforcer ses pouvoirs
Les Comoriens ont voté lundi
dans un climat tendu lors d’un
référendum destiné à permettre
au président et ancien putschiste
Azali Assoumani de se
représenter pour un deuxième
mandat consécutif. Grâce à ce
vote, boycotté par l’opposition,
le chef de l’État entend renforcer
considérablement ses pouvoirs.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 31 juillet 2018
SOCIÉTÉ
7
Nicole Belloubet
veut plus
de sécurité
dans les prisons
JUSTICE La spectaculaire évasion de Redoine Faïd aura au moins eu l’effet d’un
révélateur. Lundi, alors que deux détenus venaient de s’évader de la prison de
Colmar (voir ci-dessous) et qu’une infirmière était brièvement prise en otage par
un détenu dans la prison de Salon-deProvence, la garde des Sceaux, Nicole
Belloubet, a dévoilé les conclusions du
rapport de l’Inspection générale de la
justice (IGJ). Il avait été commandé immédiatement après l’évasion en hélicoptère de Redoine Faïd, enfermé dans une
prison pourtant présentée comme l’une
des plus sécurisées du pays. Un événement dans lequel la ministre de la Justice
voit « une conjonction de failles de sécurités, parfaitement exploitées par un commando aux méthodes paramilitaires ».
Confrontée à de multiples failles, la
garde des Sceaux regrette surtout une
« approche plus juridique qu’opérationnelle » dans l’Administration pénitentiaire. La question du transfert de Redoine Faïd, demandé en vain par
l’Administration comme l’avait révélé Le
Figaro, souligne le « fossé » entre l’administration centrale et les équipes sur le
terrain, estime-t-elle. Jugée « insuffisamment réactive » et peu réceptive aux
remontées des expériences du terrain,
l’Administration pénitentiaire centrale
va être réorganisée pour « recréer du
lien » entre les échelons et renforcer l’efficacité de la sécurité, « trop éparpillée »,
a annoncé Nicole Belloubet, qui souhaite
aussi recréer un état-major de la sécurité, supprimé au grand dam des syndicats. La ministre reconnaît l’efficacité du
service de renseignement pénitentiaire
en termes de lutte contre le terrorisme et
la radicalisation, elle annonce également
la création de 15 postes supplémentaires
dédiés à la prévention des évasions de
grands criminels. Une mesure qui ne résoudra pas le manque d’effectifs pénitentiaires dans des prisons surpeuplées.
Le rapport reconnaît également qu’une
cour d’honneur dépourvue de filins antiaériens n’aurait pas dû donner directement accès au parloir, via une porte d’intervention par laquelle les complices de
Redoine Faïd l’avaient exfiltré en à peine
dix minutes. « Dans la prison de Réau, les
filins étaient prévus partout à l’origine,
mais ils n’ont pas été installés dans la cour
d’honneur pour des raisons budgétaires »,
regrette Stéphane Barraud, le secrétaire
général du syndicat UFAP-UNSA.
Manque de coordination
En plus de la pose de ces filins, Nicole
Belloubet a annoncé la mise en place
d’une équipe spécialisée pour sécuriser
le fonctionnement du parloir, l’IGP
ayant relevé l’absence d’encadrement
au moment de l’évasion de Redoine
Faïd, même si du personnel pénitentiai-
Nicole Belloubet, garde des Sceaux, répond aux journalistes après la présentation des conclusions du rapport de l’IGJ, lundi à Paris.
re était présent. Enfin, le rapport révèle
aussi un dispositif d’appel d’urgence des
forces de l’ordre défaillant au moment
de l’évasion.
Au-delà des failles dans la sécurité de
la prison de Réau, la ministre de la Justice a insisté sur le manque de coordination entre les différents niveaux de l’Administration pénitentiaire. La direction
interrégionale de Paris avait alerté des
risques imminents d’« incidents graves »
avec Redoine Faïd, demandant un
transfert en urgence vers une prison plus
sécurisée. Ses désirs d’évasion et son
passé de fugitif étaient en effet connus : il
s’était déjà enfui en 2013 du centre péni-
tentiaire de Lille-Séquedin, dans le nord
de la France. Mais l’Administration pénitentiaire centrale avait répondu qu’un
tel transfert ne pourrait pas être réalisé
avant le mois de septembre. « Le transfert était impossible en raison du statut de
prévenu de Redoine Faïd dans une troisième affaire », a expliqué la garde des
Sceaux, soulignant la nécessité de maintenir Redoine Faïd à proximité des tribunaux. « Les prévenus sont détenus en
maison d’arrêt et les condamnés en centre
de détention, sans prise en compte de leur
dangerosité », a regretté la ministre, qui
souhaite proposer une modification du
Code de procédure pénale pour « revoir
À Colmar, deux détenus percent leur plafond et s’évadent
CLOTILDE COSTIL £@ClotildeCostil
D’autres
« détenus
ont aussi
tenté
leur chance
en creusant
dans le mur
»
ROMUALD SEBILLOTTE,
SURVEILLANT
À LA PRISON
DE COLMAR
ET SYNDICAT SNFPO
LA GARDE DES SCEAUX, Nicole
Belloubet, a mal choisi son jour
pour présenter les conclusions de
la mission d’inspection sur l’évasion de Redoine Faïd. Hasard du
calendrier, deux détenus de la
maison d’arrêt de Colmar se sont à
leur tour échappés de leur cellule
dans la nuit de dimanche à lundi.
Selon une source syndicale de la
prison de Colmar, il s’agirait de
deux jeunes hommes de nationalité roumaine, a priori de même famille et condamnés pour des faits
de vols en réunion.
Cette évasion a été constatée par
le personnel pénitentiaire lundi
matin à 6 h 45. Ces deux hommes,
respectivement âgés de 27 et
37 ans, se sont enfuis, semble-t-il,
aux alentours de 3 heures du matin. D’après les premiers éléments
de l’enquête, les détenus auraient
réussi à se constituer un escabeau
artisanal à partir de manches à balai, puis sont parvenus à s’extraire
par le toit des WC de leur cellule,
au deuxième étage du bâtiment. Ils
se sont ensuite fait la malle à l’aide
de draps de lit. « Cette fuite était
mûrement réfléchie », précise Romuald Sebillotte, surveillant à la
prison de Colmar et syndicat SNFPO (Syndicat national force pénitentiaire ouvrière), qui craint que
ce ne soit pas la dernière expérience de fugue à Colmar. Le parquet a
été aussitôt saisi et un dispositif de
recherche a été mis en place.
Dispositif probablement compliqué par la localisation de la
maison d’arrêt de Colmar, en plein
centre-ville, ce qui facilite la dispersion des fuyards. « Ils avaient
trois heures d’avance sur nous. À
l’heure actuelle, il est possible qu’ils
aient franchi la frontière alleman-
de », s’inquiète le syndicaliste. À la
suite de cette découverte, des
fouilles ont été réalisées par le personnel pénitentiaire, qui a pu relever la présence dans d’autres cellules de trous dans les murs, de
téléphones portables et de stupéfiants. « Visiblement, d’autres détenus ont aussi tenté leur chance en
creusant dans le mur », explique
Romuald Sebillotte.
Vers une fermeture
« Après celles de 2006 et de 2013,
c’est donc la troisième évasion du
genre à Colmar », déplore Christian Gallois, délégué général SNFPO d’Alsace, qui réclame une
« reclassification des établissements pénitentiaires selon les profils des détenus ».
La maison d’arrêt de Colmar
n’est pas conçue pour accueillir des
personnes purgeant de trop lourdes peines. Elle devrait en principe
Incendie meurtrier : mise en
examen d’un enfant de 10 ans
Un enfant de 10 ans a été mis en
examen à Bobigny, soupçonné
d’avoir provoqué l’incendie d’une
tour HLM qui a causé la mort
d’une mère et de ses trois enfants
jeudi à Aubervilliers. «Il a joué
avec un briquet et a mis le feu à un
torchon, puis il n’a pas réussi à
éteindre», a relaté une source
judiciaire.
Pour avoir réagi à des commentaires grossiers,
la jeune femme avait reçu un violent coup de poing.
VIOLENCES Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour des faits de
harcèlement sexuel et de violence
avec arme ayant entraîné une incapacité totale de travail (ITT) inférieure à
huit jours, à l’encontre d’un homme
qui a agressé une étudiante, la semaine
dernière dans le XIXe arrondissement
parisien.
Mardi 24 juillet, vers 18 h 30, Marie
Laguerre, 22 ans, rentre chez elle. Près
du boulevard de la Villette, un inconnu
la gratifie de gestes, de claquements de
langue et de commentaires grossiers.
« Ta gueule », lui répond-elle. « Pas de
chance, c’était pas le premier de la journée et j’étais fatiguée », expliquera-telle ensuite sur son compte Facebook.
Cette altercation hélas banale va alors
dégénérer : dans un premier temps,
l’homme lance un cendrier en direction
de l’étudiante en architecture, comme
on le voit sur les images de vidéoprotection d’un café situé à proximité. Elle répond en l’insultant. Il semble ensuite se
décider à poursuivre son chemin mais
se ravise, fait demi-tour et gifle violemment la jeune femme sous les yeux des
nombreux témoins installés à la terrasse
du bar. Certains prennent à partie
l’agresseur, l’un d’eux allant jusqu’à le
“
Je ne peux pas me taire
et nous ne devons plus
nous taire
MARIE LAGUERRE
”
menacer avec une chaise, mais l’homme repart quelques instants plus tard.
Blessée à l’arcade sourcilière, Marie
Laguerre décide de réagir : elle se procure la vidéo de l’agression auprès du
gérant du café et la poste sur Facebook
le lendemain. « Je ne tolère pas ce genre
de comportement », explique-t-elle
être réservée aux délits de droit
commun. Pourtant, d’après les
syndicalistes, les deux jeunes hommes étaient condamnés pour des
peines supérieures à cinq ans, avec
comme dates de libérations 2020 et
2021. « Il n’y a pas que Redoine Faïd
en France, il serait temps que l’Administration pénitentiaire se réveille.
Le personnel n’a pas manifesté pour
rien en janvier dernier », rappelle
Christian Gallois.
Les syndicats dénoncent régulièrement les conditions de détention. « Cette prison a une capacité
d’accueil de 119 individus. Or 190 y
sont incarcérés, dans un établissement vétuste », affirme le syndicaliste. Un nouveau centre pénitentiaire devrait voir le jour en 2021 à
Lutterbach, en banlieue de Mulhouse, ce qui permettrait la fermeture de la maison d’arrêt de Colmar. Les travaux n’ont pas encore
commencé. ■
EN BREF
Étudiante harcelée
et frappée à Paris : une
enquête est ouverte
CAROLINE COUPAT £@carolinecoupat
la doctrine de gestion » des détenus particulièrement signalés (DPS) encore prévenus, comme Redoine Faïd, en identifiant les établissements susceptibles de
les accueillir. Une annonce à laquelle le
secrétaire général de l’UFAP-UNSA réagit en dénonçant le « manque de volonté
politique » : « Nous demandons que les détenus sensibles soient à nouveau transférés tous les trois ou quatre mois afin d’éviter qu’ils prennent leurs marques et
organisent une évasion, comme Redoine
Faïd. Mais l’Administration pénitentiaire
craint de s’exposer à des recours pour
traitement inhumain ou condition de détention dégradante. » ■
Une enquête
vise le président
de la métropole lilloise
Extrait de la vidéo où l’on aperçoit la jeune étudiante Marie Laguerre se faire gifler
violemment par son agresseur, mardi dernier, à Paris. CAPTURE YOUTUBE
dans sa publication. « Je ne peux pas
me taire et nous ne devons plus nous taire », poursuit la jeune femme, qui annonce également avoir déposé plainte.
La vidéo de l’agression, relativement
courte et en accès libre, devient rapidement virale : elle est partagée
53 000 fois et reçoit près de 1 500 commentaires, surtout de soutien. Samedi,
l’étudiante l’a partagée sur Twitter,
avec cette légende : « Parce que j’ai répondu à son harcèlement, un homme
m’a frappée en pleine rue, en pleine
journée, devant des dizaines de témoins.
Inadmissible. Stop au harcèlement de
rue. » Dans ce post, la jeune femme
s’adresse à Marlène Schiappa.
La secrétaire d’État chargée de
l’Égalité entre les femmes et les hom-
mes lui a répondu dès le lendemain,
l’assurant de son soutien. La question
du harcèlement est un thème qui lui
est cher : la loi de lutte contre les violences sexistes et sexuelles introduit le
délit d’« outrage sexiste », consistant
à insulter, suivre ou menacer une
femme dans la rue. Dès son entrée en
vigueur, prévue cet automne, de tels
comportements seront punis d’une
amende de 90 à 750 €. Les harceleurs
devront aussi effectuer des stages
obligatoires. Une campagne télévisée
d’un montant de 4 millions d’euros
est prévue à la rentrée pour sensibiliser les témoins.
Lundi, une enquête de police était en
cours afin de retrouver l’agresseur de
Marie Laguerre. ■
Une enquête préliminaire
a été ouverte pour détournement
de fonds publics et recel après
une plainte et un signalement
dénonçant les frais du président
de la métropole européenne de
Lille, Damien Castelain. Mi-juin,
Médiacités, site d’investigation
local, avait révélé des dépenses
qui n’avaient « pas grand-chose
à voir » avec ses fonctions
politiques : parfums, nuits en hôtel
de luxe parisien le week-end.
Parcoursup : 17 000 jeunes
sans affectation
Près de 17 000 jeunes sont toujours
en attente d’une place
dans l’enseignement supérieur
sur la plateforme Parcoursup,
a indiqué lundi la ministre
de l’Enseignement supérieur,
Frédérique Vidal.
A
ALICE BROGAT £@AliceBrogat
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
La ministre de la Justice a présenté lundi
un rapport commandé après
la spectaculaire évasion de Redoine Faïd.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 31 juillet 2018 LE FIGARO
8
SOCIÉTÉ
Le troublant
phénomène
des enfants stars
sur YouTube
fance (CNPE), une instance présidée par
la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Elle
a de surcroît écrit aux procureurs de Lyon
et de Bobigny pour signaler cette situation. Reste à savoir si la justice pourrait
lancer une enquête. De son côté, le créateur de Studio Bubble Tea réplique que ses
filles ne tournent que « deux heures environ par semaine », un temps comparable
à celui d’« une activité extrascolaire ».
« Ce sont mes filles qui sont demandeuses
et qui s’amusent (en famille). Et elles ont
aussi une vie de petites filles de leur âge à
côté », plaide-t-il. « Quant à l’avenir de
mes filles, notre maison leur appartient.
J’ai fait le choix de leur garantir un toit
pour l’avenir […] À défaut de législation
pour le moment, chaque idée a ses avanta-
Les vidéos ultraconsuméristes
qui les montrent en train de déballer
des montagnes de cadeaux font un carton.
Mais une association vient de saisir
la Défenseure des enfants pour dénoncer
une forme de « travail illicite ».
FAMILLE Ils s’appellent Athena, Kalys,
Néo ou Swan. En quelques années, des
enfants mis en scène par leurs parents sur
le site Web d’hébergement de vidéos
YouTube sont devenus les « stars » des
internautes en culotte courte. Les plus
jeunes de ces youtubeurs n’affichent pas
plus de 4 ans. Ouverture de cadeaux, dégustation de bonbons et de chips, présentation et tests de jouets, sorties au fastfood… Autant de sujets de prédilection
pour les chaînes « familiales » qui diffusent sur la Toile ces émerveillements enfantins face à tout ce que notre société de
consommation produit pour les plus jeunes. Devant la caméra de son papa, Kalys,
qui partage la vedette de la chaîne Studio
Bubble Tea avec sa petite sœur Athena,
déballe et essaye toute une panoplie de la
Reine des Neiges. Gadgets en pagaille,
sourires gracieux de la fillette, commentaires attendris du papa et citations de
marques à gogo… Mise en ligne en 2015,
cette séance d’unboxing - le mot anglais
pour décrire ce déballage de paquets face
caméra - cumule près de 22 millions de
vues sur YouTube. Créée en 2014, la chaîne YouTube Studio Bubble Tea affiche
aujourd’hui plus de 1 million d’abonnés.
Une autre chaîne YouTube, Swan The
Voice - Néo & Swan, qui met en scène
deux frères, s’est pour sa part envolée à
près de 3 millions d’abonnés.
Un succès qui se monétise puisque les
vidéos sont entrecoupées de spots publicitaires. Au-delà de 10 000 vidéos
vues, YouTube verse près d’un euro
pour 1 000 vues à leurs auteurs. À ce pécule s’ajoute souvent le sponsoring des
marques présentées à l’écran. Une manne dont le montant reste confidentiel.
Mickaël, le papa qui a lancé la chaîne Studio Bubble Tea, confirme ainsi toucher
entre 10 000 et 50 000 euros par mois.
« Un chiffre d’affaires soumis à des dépenses, charges et impôts en vigueur. Ce n’est
pas un salaire », précise-t-il. La maman
de Néo et Swan toucherait pour sa part
entre 50 000 et 100 000 euros mensuels,
selon une enquête d’« Envoyé spécial »
diffusée en mai dernier.
Mais la montée en puissance de ces
chroniques familiales aux airs de catalo-
STUDIO BUBBLE TEA, SWAN THE VOICE
AGNÈS LECLAIR £@AgnesLeclair
“
Kalys et sa panoplie de Reine des Neiges (en haut) a été vue 22 millions de fois en trois
ans. La mère de Néo et Swan (en bas) toucherait de 50 000 à 100 000 euros mensuels.
gue publicitaire alerte des acteurs de la
protection de l’enfance.
Selon nos informations, la Défenseure
des enfants, Geneviève Avenard, a été
saisie mercredi par l’Observatoire de la
Parentalité et de l’Éducation Numérique
(Open). Dans son courrier de saisine,
l’association dénonce l’« activité professionnelle illicite » de ces mineurs qui « met
en péril leur développement physique et
psychologique ». Ces derniers effectuent
« un travail exercé sans officialisation et
sans encadrement juridique aux fins de
protéger l’enfant mineur », souligne la lettre. En cause, le flou juridique qui règne
sur les activités des enfants sur Internet.
Dans le cadre de ces activités numériques, ils ne bénéficient pas des règles qui
CONFÉRENCE - DÉBAT
ÉRIC ZEMMOUR, LA FRANCE AU CŒUR
A
E. Zemmour © Jean-Christophe Marmara
Passionné d’Histoire de France, Éric Zemmour trouve dans chaque épisode de notre roman national
des leçons pour notre temps.
Lors de cette rencontre Salle Gaveau, l’essayiste qui publie un nouvel ouvrage au mois de septembre
chez Albin Michel, racontera aussi ses années d’enfance et d’adolescence où apparaît l’attachement
profond pour son pays. Une forme d’autobiographie intellectuelle, historique et littéraire.
ÉRIC
ZEMMOUR
JEUDI 20 SEPTEMBRE 2018
20H00 - SALLE GAVEAU
45-47 rue La Boétie, 75008 Paris
TARIF : 25 €
Placement Libre
Réservez vos places sur
www.leigaro.fr/rencontres
Informations au 01 70 37 31 70
limitent leur durée de travail sur des plateaux de tournage classiques par exemple
ou qui obligent à déposer leurs revenus à
la Caisse des dépôts et consignations jusqu’à leur majorité.
« Jusqu’à 35 vidéos par mois sont mises
en ligne sur ces chaînes. Plusieurs parents
ont même créé une société. Ils captent les
loisirs de leurs enfants et en tirent des bénéfices importants sans aucun encadrement souligne Thomas Rohmer, président de l’Open. Il y a aussi un enjeu de
droit à l’oubli. Qu’adviendra-t-il de ces
enfants quand ils auront grandi ? Ce sont
des images qu’ils ne maîtrisent pas et qu’ils
vont devoir assumer toute leur vie. » En
mai dernier, l’association a déjà saisi le
Conseil national de la protection de l’en-
Qu’adviendra-t-il de ces
enfants quand ils auront
grandi ? Ce sont des images
qu’ils ne maîtrisent pas
et qu’ils vont devoir
assumer toute leur vie
OLIVIER ANDRIEU-GÉRARD (UNAF)
”
ges pour mettre à l’abri nos enfants ». En
attendant, Studio Bubble Tea surfe sur
son succès avec la création d’une gamme
de jouets…
Au Conseil supérieur de l’audiovisuel
(CSA), on s’inquiète également de l’impact de ces chaînes familiales sur les jeunes internautes. « Ils sont forcément fascinés par cette abondance de cadeaux et
d’activités de loisirs. Ces vidéos peuvent
engendrer de la frustration et contribuent à
véhiculer chez un très jeune public l’idée
que le bonheur passe par de la consommation permanente, relève Olivier AndrieuGérard, expert au comité Jeune public du
CSA et coordonnateur à l’Union nationale
des associations familiales (Unaf). Sur
certaines de ces chaînes, ils sont exposés à
une forme de publicité cachée, avec la mise
en avant de marques, et n’ont pas toujours
les moyens de faire la part des choses. Il
faut repenser la régulation de ces médias
numériques. » Pour ce, l’instance mise
sur une directive sur la régulation audiovisuelle en discussion au niveau européen. La réflexion pourrait également
être lancée dans le cadre des états généraux des nouvelles régulations numériques, annoncés la semaine dernière par le
gouvernement. ■
Paris veut réinventer
ses cours d’école
La capitale souhaite « débitumer » les espaces de jeu
pour qu’il y fasse plus frais. Une opération coûteuse.
ALICE SANGOUARD £@alicesangouard
CLIMAT Des potagers colorés, des fontaines à eau, un arroseur ludique, un sol recouvert d’une matière poreuse remplaçant le bitume… Il ne s’agit pas de
l’espace de jeu d’un jardin public mais
bien d’une nouvelle génération de cours
d’école. Oubliés les matchs de basket
sur le bitume brûlant à la récré, place
aux matériaux perméables favorisant
l’« évapotranspiration » ! La Ville de Paris a décidé de « débitumer » les cours
des écoles Charles-Hermite (XVIIIe), Riblette (XXe) et Daumesnil (XIIe). Dans
cette dernière, des plantes grimpantes
couvriront bientôt les grillages.
Ce type d’aménagement, déjà réalisé à
Montréal pour créer des « îlots de fraîcheur » et en Angleterre, où les élèves
peuvent jouer dans l’herbe, devrait voir
le jour à la rentrée. Ce programme
« Cours d’école oasis » s’inscrit dans le
plan climat du gouvernement, mais aussi
dans la stratégie mise en œuvre par la
Mairie de Paris, d’anticipation et d’adaptation au changement climatique.
80 hectares
« Nous avons deux objectifs : donner un
cadre plus agréable aux enfants et répondre aux enjeux de la ville de demain, sujette au dérèglement climatique », explique
au Figaro Célia Blauel, adjointe en charge
de l’environnement à la ville de Paris. À
terme, ce projet vise à réaménager les 80
hectares que représentent les cours
d’école et de collège parisiennes. Il fait
écho aux prévisions réalisées par Météo
France le 8 juin , selon lesquelles le réchauffement climatique pourrait atteindre près de 4 °C d’ici la fin du siècle :
l’« évapotranspiration »
permettrait
alors de rafraîchir les enfants jouant dans
les cours.
Au sein des écoles Riblette, deux mères
de famille ont porté le projet de « débitumage » des deux cours de récréation devant la Mairie de Paris, qui l’a accepté,
rendant possible le financement de ces
aménagements.
Afin de définir ce programme en
concertation avec les élèves et la communauté scolaire, les services du Conseil
d’architecture, d’urbanisme et d’environnement (CAUE) de Paris ont été sollicités. « Nous avons organisé une série de
six ateliers avec des élèves dans chacune
des deux écoles, afin d’obtenir une première base de travail en les faisant réfléchir à ce dont ils avaient besoin », raconte
au Figaro Charlotte Van Doesburg, architecte urbaniste chargée de mission au
CAUE de Paris. Leurs travaux ont ensuite été restitués aux enseignants et aux
responsables de la ville, afin de poursuivre un projet au plus proche des attentes
des enfants. « C’est la première fois au
monde que le débitumage et la végétalisation d’une cour de récréation auront lieu
après la concertation des élèves !», s’exclame-t-elle.
Ces initiatives sont encore à l’état
d’expérimentation, d’autant que leur
coût est assez élevé. À l’école Daumesnil, le budget initial de 200 000 euros a
été dépassé, avoisinant maintenant les
250 000 euros. Pour autant, la Ville de
Paris a bon espoir de voir les coûts se réduire grâce à la généralisation de ces
aménagements. D’autant plus que Sébastien Maire, haut responsable de la
résilience de Paris, contacté par Le Figaro, explique que « l’objectif est aussi
de sauver des vies pendant les canicules, en créant partout sur le territoire
de nouveaux espaces de fraîcheur pour
les personnes vulnérables. Le week-end,
et après 18 heures en semaine, ces espaces rafraîchis de proximité seront
ouverts ». ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 31 juillet 2018
SCIENCES
9
Où sont passés les manchots royaux ?
En une trentaine d’années, la colonie de ces oiseaux dans l’archipel Crozet
a diminué de 90 %. Les scientifiques ne se l’expliquent pas.
JEAN-LUC NOTHIAS jlnothias@lefigaro.fr
ÉCOLOGIE Il va falloir aller sur place,
pour savoir ce qu’il se passe. Car c’est
du jamais-vu : la plus grande colonie
de manchots royaux au monde, près
de 500 000 couples reproducteurs
dans les années 1980, n’en compte
plus que moins de 60 000. Un déclin
massif de presque 90 % a frappé cette
colonie mythique de l’île aux Cochons
dans l’archipel Crozet, dans le sud de
l’océan Indien, aux portes de l’Antarctique. Tel est le constat fait par des
chercheurs du Centre d’études biologiques de Chizé (CNRS-université de
La Rochelle), en collaboration avec
l’université du Cap (Afrique du Sud).
Des travaux publiés dans la revue Antarctic Science.
C’est dans les années 1960 que des
géographes de l’Institut géographique
national, chargé d’établir un relevé
complet des îles de l’archipel Crozet,
découvrirent cette immense colonie,
située à Morne de Tamaris, à l’intérieur
des terres de l’île aux Cochons, située
dans l’est de l’archipel. Le manchot
1 000 km
La Réunion
AFRIQUE
DU SUD
MADAGASCAR
OCÉAN INDIEN
Le Cap
Îles Crozet
Îles Kerguelen
A N TA R C T I Q U E
Infographie
royal, Aptenodytes patagonicus, est
semblable en tout point au manchot
empereur, ventre blanc, dos gris argenté, tête noire, tache orangée : il est
simplement un peu plus petit, entre 85
et 95 cm, pour un poids de 8 à 16 kg.
L’île, située dans la réserve naturelle
des Terres australes françaises, n’est pas
habitée et est rarement visitée. Elle est
parfois survolée, mais la dernière visite
de l’île par une équipe scientifique remonte à 1982 et c’est cette année-là
qu’avaient été dénombrés 500 000 couples reproducteurs, soit 2 millions d’individus (un couple et deux jeunes). Elle a
été survolée et filmée pour la dernière
fois en décembre 2016 lors du passage
d’un brise-glace scientifique russe,
l’Akademik Treshnikov.
Plusieurs scénarios
Les chercheurs ont donc utilisé des
images satellites haute résolution pour
mesurer l’évolution de la taille de la colonie. « L’occupation du terrain par les
manchots royaux entraîne la disparition
de la végétation », explique Henri Weimerskirch, premier signataire des travaux, de l’équipe écologie des oiseaux et
mammifères marin du Centre de Chizé.
« Par contre, autour de la colonie, la végétation reste. Il est donc assez facile de
voir la superficie occupée par la colonie. »
Les chercheurs ont ainsi pu suivre, année après année, son évolution. « Le
changement est spectaculaire en 1997,
lors d’un épisode climatique majeur dans
l’océan austral lié au phénomène El Niño,
avec un réchauffement des eaux océaniques, note le chercheur. Les manchots
de tout l’archipel ont eu beaucoup de difficultés à se nourrir, ce qui a provoqué un
déclin général. Mais, alors que les autres
colonies ont depuis récupéré, celle de l’île
aux Cochons a continué à s’étioler. »
Les chercheurs ont établi plusieurs
scénarios pour expliquer la situation.
Vu la taille de la colonie, par un phénomène de « densité-dépendance » (plus
la population est importante, plus la
compétition entre individus est forte),
les effets du manque de nourriture ont
été démultipliés et peuvent provoquer
un déclin massif et rapide. D’autre
part, il pourrait s’agir d’une relocalisation de la colonie. Une deuxième colonie, plus proche de la mer, est apparue
au début des années 2000, mais reste
petite (17 000 couples) et ne suffit pas à
expliquer le déclin. Il pourrait aussi
s’agir d’attaques provenant des chats
errants ou des souris, tous deux nombreux sur l’île. Enfin, une maladie est
peut-être à l’œuvre : le choléra aviaire
Une colonie de manchots royaux
sur l’île aux Cochons dans l’archipel
Crozet, dans le sud de l’océan Indien,
aux portes de l’Antarctique.
FRANÇOIS LEPAGE
détruit actuellement des populations
d’oiseaux de mer, comme les albatros
sur l’île d’Amsterdam ou des manchots
sur l’île Marion.
« Toutes ces hypothèses sont insuffisantes pour expliquer une réduction
d’une telle ampleur, insiste toutefois
Henri Weimerskirch. Il faut vraiment
aller voir sur place pour tenter de comprendre ce qui reste un mystère inquiétant. » Une autre équipe de recherche,
de l’Institut pluridisciplinaire Hubert
Curien (CNRS/université de Strasbourg), avait en début d’année, dans
Nature Climate Change, prédit une disparition de 70 % des manchots royaux
d’ici à 2100 à cause de la descente vers le
sud du Front polaire antarctique, une
zone de résurgence qui sépare les eaux
antarctiques et subantarctiques et qui
concentre d’énormes quantités de poissons. Le garde-manger des manchots
s’éloigne de plus en plus de Crozet… ■
Le très délicat inventaire
des poissons de rivière
Les agents de l’AFB trient, mesurent, pèsent des espèces perturbées
par la disparition des insectes comme par la main de l’homme.
ENVOYÉ SPÉCIAL À CHASTREIX-SANCY
BIODIVERSITÉ La matinée est brumeuse et l’air encore un peu frais en ce
mois de juillet à 1 200 mètres d’altitude. Au fin fond du Puy-de-Dôme, dans
la réserve naturelle de Chastreix-Sancy, quatre hommes s’activent près
d’un ruisseau. Équipés d’un matériel
qui rappelle celui des chasseurs de fantômes du film Ghostbuster et digne des
braconniers les plus aguerris, ils envoient des décharges électriques dans
le cours d’eau pour en extraire des
poissons. Une pêche électrique bien
entendue interdite en France. À un détail près, nos braconniers d’Auvergne
sont équipés d’un insigne de police.
Point de scandale d’État ici ou de fonctionnaires outrepassant leurs fonctions
dans l’espoir de s’offrir un déjeuner
copieux dans la chaleur estivale. Mais
des agents de la police de l’environnement en mission de pêche scientifique.
Ils remettront à l’eau leur butin une
fois leur mission terminée. Momentanément étourdis, les poissons retrouvent sans peine le cours de la rivière.
Ces policiers dépendent de l’Agence
française pour la biodiversité (AFB).
Créée début 2017, elle rassemble quatre
anciens organismes chargés de la protection des espaces naturels. Ses missions sont aussi préventives que répressives. « Paradoxalement, c’est
compliqué de sensibiliser aux enjeux de
biodiversité dans des environnements
aussi verts que celui du Puy-de-Dôme,
explique Thierry Miramont, coordinateur police judiciaire et en charge de la
communication pour l’AFB. On a tendance à se dire que si c’est vert, c’est que
tout va bien. Alors qu’on constate depuis
des années une diminution drastique et
très inquiétante du nombre d’insectes. »
Comme pour joindre la parole aux actes, il soulève au hasard une pierre
dans le cours d’eau. Pas de larves ni
d’insectes cachés. « Avant, quand j’allais pêcher, je ne prenais jamais d’appâts à l’avance. Je me servais des larves
que je trouvais comme ça. Maintenant, je
mets plus de temps à chercher sous les
pierres pour en trouver qu’à attraper
une truite », regrette-t-il.
Des opérations communes
Si les insectes, et particulièrement les
moustiques, nous importunent quand
la chaleur arrive, ils n’en demeurent
pas moins la clef de voûte de la biosphère. Indispensables à la pollinisation,
ils nourrissent aussi bien les oiseaux
que les poissons. La diminution de leur
nombre a donc un impact direct sur
leurs prédateurs. Pour surveiller l’évolution des populations piscicoles, l’AFB
a mis en place des opérations communes avec les gestionnaires des réserves
naturelles. Ce jour-là, l’objectif est de
suivre le cours des rivières depuis la
source pour arriver à dresser un inventaire précis des populations. Tout au
long de l’été, les brigades de la biodiversité sonderont les petits ruisseaux et
à mesure que l’automne approchera elles descendront pour finir en novembre sur la Dordogne.
C’est la première fois que cette réserve est sondée, l’AFB est en mission de prospection. En une journée,
les policiers de l’environnement
comptent inspecter une dizaine de
points sur le ruisseau. « À cette altitude de 1 200 mètres, nous sommes
dans des conditions extrêmes, précise
Thierry Miramont. La température de
l’eau est en moyenne de 7 °C et elle ne
monte jamais au-dessus de 13 °C. Peu
d’espèces peuvent s’épanouir ici. »
Les quatre agents sont équipés de
jambières en caoutchouc isolant.
L’un d’eux promène dans l’eau un
cerceau au bout d’une perche, relié à
un générateur qu’il porte sur le dos.
Il est suivi par un fouet trempant
dans l’eau un à deux mètres derrière
lui, également relié au générateur.
Les trois autres policiers sont justes
munis d’épuisettes. La décharge
électrique est lâchée pendant une
quinzaine de secondes. Les poissons
sont attirés par la source du courant,
ils remontent à la surface K.-O. et
sont pris sans difficulté dans les
épuisettes.
Le moins que l’on puisse dire, c’est
que la pêche est bonne. Pas un poisson
n’y résiste. Grenouilles et têtards sont
eux aussi pris au piège. Ici, pas de
truites mais sur les 50 mètres du tronçon ce sont 180 vairons qui sont ainsi
amenés sur le bord du ruisseau pour
être pesés, mesurés, triés, analysés
avant de retourner, indemnes, dans
leur ruisseau. Les vairons sont des petits poissons qui ne dépassent pas les
10 cm. Et les agents de l’AFB et les
Des agents de l’Agence française pour la biodiversité (AFB) en pleine prospection
dans la réserve naturelle de Chastreix-Sancy (Puy-de-Dôme). AFB
conservateurs de la réserve ne savent
pas dire s’ils s’attendaient à en trouver là. « L’impact humain a tellement
modifié l’environnement qu’on ne s’attend plus vraiment à rien. On ne sait
plus du tout quelle espèce doit se situer
où, regrette Thierry Miramont. On
envoie des échantillons au Muséum national d’histoire naturelle pour analyser
leur ADN et savoir si ces vairons sont
bien à leur place ici. »
Une fois la police partie, la réserve
retrouve sa sérénité à peine troublée
par les troupeaux de vaches. Mais
même dans ce coin encore sauvage
l’impact de l’homme se fait sentir. Un
peu plus bas en suivant le ruisseau,
l’eau passe sous un pont. Rien de bien
méchant. Mais pour faciliter l’écoulement, de gros tuyaux de béton laissent passer l’eau. Impossible donc
pour le poisson de remonter à contrecourant par ce chemin. « Le jour où
pour une raison ou pour une autre les
poissons descendront un peu plus bas
que d’habitude, ils seront définitivement piégés, constate Thierry Miramont. Et ce sera tout un nouveau tronçon qui deviendra stérile à son tour. » ■
ZOOM
Inserm : Yves Lévy
ne brigue pas de 2e mandat
Le suspense est terminé : Yves
Lévy, médecin et scientifique,
a annoncé lundi qu’il retirait
sa candidature pour un
deuxième mandat à la tête
de l’Inserm. Une candidature
qui avait été vivement critiquée
car M. Lévy est le mari
de la ministre de la Santé, Agnès
Buzyn. À plusieurs reprises, cette
dernière avait rappelé que, pour
éviter tout conflit d’intérêts,
l’Inserm ne dépendait plus de
son ministère mais était passé,
par décret, sous la tutelle de
Matignon. Mais cela n’avait pas
arrêté les critiques. Yves Lévy
« reste en charge de l’intérim
à la tête de l’Inserm », expliquent
les services du premier ministre,
« le processus de recrutement
du PDG de l’Inserm sera relancé
dans les prochaines semaines ».
A
VINCENT BORDENAVE £@bordenavev
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 31 juillet 2018 LE FIGARO
10
SPORT
Le Gallois Geraint Thomas (ici,
dimanche lors de l’arrivée sur
les Champs-Élysées) a remporté
son premier Tour de France, avec
en prime deux victoires d’étape
(La Rosière et l’Alpe-d’Huez).
CYCLISME Le Gallois Geraint
Thomas (32 ans), membre de
l’omnipotente équipe Sky, a
remporté dimanche le 105e Tour
de France. Une édition accompagnée de manifestations anti-Sky.
Et une course qui a tardé à prendre son élan.
J. PACHOUD/AFP
6
1
GERAINT THOMAS EST-IL
UN VAINQUEUR CRÉDIBLE ? OUI. Le Gallois s’est
imposé dans un contexte
tendu. Par l’affaire Froome
(l’Anglais a été blanchi par
les instances cinq jours avant le départ de Noirmoutier), la suspicion
autour de Sky depuis de longs mois
(un rapport de la commission d’enquête du Parlement britannique
avait, au printemps, laissé entendre
qu’un puissant corticoïde avait été
utilisé en 2012, non dans le cadre
d’un traitement médical, mais « bien
pour améliorer le rapport poids-puissance ») et climat général autour du
cyclisme qui fait que toute domination est suspecte. Mais Geraint Thomas a mérité le maillot jaune et n’a
pas été sifflé sur les Champs-Élysées. Le Gallois figurait dans la
meilleure équipe et a profité de l’attention médiatique et sportive cristallisée sur Christopher Froome
pour faire sa course. Il a remporté
deux victoires d’étape (à La Rosière
et à l’Alpe-d’Huez) et a contrôlé tous
les points de passage brûlants. Et il a
pour lui de ne pas avoir été mouillé
dans des affaires. Serein, il affirme :
« Il y a toujours des gens qui nous critiquent, mais on travaille dur, on essaie d’être les meilleurs possible. Notre force, ce sont les jambes, mais
aussi la tête et notre façon d’évoluer
ensemble. » Persuadé que sa victoire
résistera à l’épreuve du temps… En
attendant, l’Union cycliste internationale a révélé, lundi, que les tests
effectués contre la fraude technologique par magnétométrie, rayons X
et imagerie thermique (avant, durant ou après la course) se sont révélés négatifs. « Nous continuerons à
travailler dans ce sens, afin de garantir la réputation du cyclisme », résume David Lappartient, le président
de l’UCI.
Les leçons du Tour
de France 2018
Un vainqueur inédit mais une équipe connue et abonnée, un parcours
de rêve mais peu de spectacle. Retour sur une épreuve chahutée.
A
3
LES
SPECTATEURS
ONT-ILS DÉPASSÉ LES
LIMITES ?
OUI.
Le
contexte de l’affaire
Froome rampant depuis
neuf mois dans les arcanes des instances a empoisonné le
lancement du Tour, considérablement perturbé son déroulement et
nui fortement à son rayonnement.
Le Tour avait connu des coureurs
sifflés ou agressés : en 1937, l’équipe
belge avait abandonné en bloc après
que les supporteurs avaient jeté du
poivre dans les yeux du Maillot jaune Sylvère Maes. En 1950, Gino Bartali avait imposé l’abandon de toute
PHILIPPE LOPEZ/AFP
2
5
STEPHANE MAHE/REUTERS
SKY PEUT-ELLE PROLONGER SA DOMINATION ? OUI. La formation
britannique a prouvé
qu’elle pouvait gagner,
durer et s’imposer (avec
la même méthode) avec des coureurs différents. Après six titres en
sept ans (Bradley Wiggins en 2013,
Christopher Froome en 2013, 2015,
2016 et 2017, puis Geraint Thomas
cette année), elle ne compte pas
s’arrêter là. Froome (3e à 2 min 24
de son équipier) reviendra. Pour
gagner. Comme le tenant du titre.
Et déjà cela se bouscule chez Sky.
Dave Brailsford, le manager, explique : «Mon travail, c’est de regarder
trois, quatre ans plus loin. L’an passé, j’ai regardé, cherché, pris le Russe
Pavel Sivakov et le Colombien Egan
Bernal. Le groupe de trentenaires ne
va pas toujours être là, peut-être encore deux ou trois saisons. Et cela offre une opportunité de mettre de jeunes coureurs dans le groupe. Egan
(15e de son premier Tour, à 21 ans
seulement il a laissé entrevoir ses
immenses possibilités), il avait la
chaise à côté de Chris, il regardait ce
qui se passait, posait de petites questions, pourquoi on a fait ci ou ça,
pourquoi on était sur la droite, pourquoi tu as roulé, pourquoi là tu n’as
pas roulé… Il est très jeune. Physiquement, je savais qu’il pouvait faire
le Tour mais c’est intense. Ce n’est
pas tout le temps souriant chez nous
mais être dans cet environnement
pour apprendre comment gagner le
Tour dans l’avenir, il ne fallait pas
louper l’opportunité. Je ne sais pas s’il
gagnera mais on va lui offrir l’apprentissage maximum. »
nera pas », glisse Gouvenou. Les pavés seront, eux, toujours les bienvenus. Et le départ style Formule 1,
offrant une autre image, pourrait
retrouver place dans une course qui
a souffert d’être étouffée et s’imagine moins aseptisée. « Il y en aura un
groupe de travail sur l’attractivité du
vélo. Et il ne faut rien s’interdire. Le
“salary cap” en est un. Les oreillettes
en sont un autre, les capteurs puissance un autre, la taille des équipes
encore un, comme le format de la
course », rappelle, préoccupé, David Lappartient, le président de
l’Union cycliste internationale.
Chris Froome (ci-dessus, au centre) a été sifflé sur les routes. Après avoir
fini deux années sur le podium, Romain Bardet s’est classé sixième.
l’équipe d’Italie après les menaces
de spectateurs lui reprochant
d’avoir fait chuter Jean Robic. Eddy
Merckx avait été frappé dans le
Puy-de-Dôme en 1975… mais le
Tour avait oublié. Il y avait sur la
route des anti-Sky et des intrus qui
n’avaient d’autre envie que de
contrarier le bon déroulement de
l’épreuve. Une habitude qui gagne
du terrain. Pour le plaisir de s’inviter, de saccage : « Il y a ceux qui sont
soûls, ceux qui se travestissent en
femme, ceux qui montrent leurs fesses, d’autres qui ont des couvre-chefs
comme des Indiens, il y a ceux qui
jouent aux toreros avec le drapeau de
leur pays et il y en a qui courent avec
les coureurs… Tous ces gens-là n’ont
pas le juste esprit pour être spectateurs. Le respect n’existe plus maintenant. C’est une forme d’arrogance.
C’est ce que je déteste : la connerie
plus l’arrogance. On peut en supporter un mais les deux ensemble, c’est
terrible », regrette Gianni Mura, la
grande plume de La Repubblica.
4
LE TOUR A-T-IL ÉTÉ
ENNUYEUX ? OUI. La
façon moderne de
courir est prisonnière
des codes et des enjeux
qui inhibent. Alors,
comme si le disque était rayé, la
meilleure façon de rejoindre un
point A d’un point B se répète jusqu’à l’usure et souvent jusqu’à l’ennui. Des schémas étriqués au mépris
du spectacle. C’est la raison pour laquelle les coureurs ont escamoté la
plupart des difficultés imaginées
avec audace par les organisateurs
dans le but de dynamiser, d’offrir de
salutaires bouffées d’air, de fouetter
la prise de risques et de faire (enfin)
sauter le verrou de contrôle des
équipes phares obnubilées par des
actions et des explications prévisibles, forcément limitées. Les organisateurs veulent pourtant creuser
le sillon de l’audace. Thierry Gouvenou, le directeur de course, indique : « Nous ne referons peut-être
pas 65 km (lors de la 17e étape
conduisant au col du Portet, NDLR)
mais ce sera peut-être 80 ou 100 en
montagne. Il faut casser le rythme.
En revanche, en plaine, c’est plus
compliqué de faire plus court, c’est
plus intense et limité en termes de sécurité. Pour réduire, il faudrait qu’il
n’y ait pas d’aménagements urbains
(la France compte environ
30 000 ronds-points ; il y en avait
106 lors de la 1re étape, le record de
l’édition 2018). » Mais il n’est pas
envisagé d’étapes XXL : « À part si
c’est nécessaire pour rejoindre deux
villes, les 270, 280 km, on n’y retour-
LES FRANÇAIS ONTILS RATÉ
LEUR
TOUR ?
NON. En
2017, Romain Bardet
(AG2R-La Mondiale) avait
tout au long du Tour entretenu le
rêve de succéder à Bernard Hinault,
le dernier vainqueur français du
Tour (en 1985). L’Auvergnat n’a,
cette fois, pas eu la même influence
sur la course. Rapidement handicapé par la perte de trois équipiers, il a
subi et connu quelques jours sans. Il
épingle des places d’honneur (3e à
l’Alpe-d’Huez et à Laruns) et une
6e place finale (à 6 min 57 de Geraint
Thomas), après deux podiums (2e en
2016, 3e en 2017). Loin de ses espoirs
initiaux. « On pensait que ça se passerait mieux. Cette année, je n’ai jamais été en mesure de gagner le Tour.
Sixième, je n’ai pas honte, j’ai fait le
maximum. Plus les années passent,
plus les standards sont élevés. Je me
bats avec les moyens que j’ai », a-t-il
conclu. Le Tour des Français a été
sauvé par le spectaculaire Julian
Alaphilippe (Quick-Step), vainqueur de deux étapes (au GrandBornand et à Carcassonne) et lauréat du maillot à pois de meilleur
grimpeur, toujours très apprécié du
public. Il a raconté : « J’ai du mal à
réaliser. C’est trop pour moi. Je n’ai
jamais été autant applaudi. Il faut le
vivre pour savoir ce que ça fait. Si j’ai
fait plaisir aux gens et que j’ai fait rêver certaines personnes, ce n’est que
du bonheur. » Arnaud Démare
(Groupama-FDJ) a signé la troisième victoire française de ce Tour lors
du sprint, à Pau, en devançant son
compatriote Christophe Laporte
(Cofidis), qui aura dû se contenter
de trois places dans le top 5. Warren
Barguil (Fortuneo-Samsic), chouchou de la dernière édition, n’avait
pas les jambes de ses ambitions. Le
Breton termine 17e au classement
général et n’a pas pu accrocher la
victoire d’étape qu’il désirait.
Vainqueur
au Grand-Bornand
et à Carcassonne,
Julian Alaphilippe
succède à Warren
Barguil au palmarès
du meilleur grimpeur
du Tour de France.
BENOIT TESSIER/REUTERS
LES HORAIRES TARDIFS SONT-ILS UNE
BONNE IDÉE ? NON. Les
audiences
télévisées
sont le baromètre de la
réussite ou de l’échec
d’une épreuve. Sur ce Tour, France
Télévisions a enregistré une légère
érosion des audiences qui, liée à une
baisse de la fréquentation dans certains endroits (notamment en raison
d’une sécurité renforcée), a laissé
s’imposer l’idée qu’il s’agissait d’un
petit cru. « On regarde avec attention à l’UCI les audiences, le nombre
de spectateurs. Il ne m’a pas échappé
qu’il y avait visiblement moins de
monde à l’Alpe-d’Huez que certaines
années. On veut qu’il y ait du monde
sur les routes du Tour de France. On
veut qu’il y ait des téléspectateurs
pour notre sport. L’ambiance pesante
qu’il y avait au début du Tour a joué.
C’est une réalité. À tort ou à raison »,
souligne David Lappartient. Et les
horaires toujours plus tardifs des arrivées, pour satisfaire la quête des
audiences télévisées, menacent
l’équilibre de la course. Cela affecte
la récupération des coureurs et perturbe la vie de cette « ville itinérante » de 4 500 personnes (organisation, groupes sportifs, médias,
partenaires, caravane publicitaire,
prestataires). La course, épreuve de
l’après-midi destinée à un public familial, et ses racines doivent être
protégées de ces enjeux qui les éloignent de leur histoire.
7
PETER SAGAN EST-IL LA
STAR DU PELOTON ? OUI.
Trois victoires d’étape
(à La Roche-sur-Yon,
Quimper et Valence), une
présence sur tous les terrains et un goût immodéré pour le
spectacle, le Slovaque Peter Sagan,
triple champion du monde, est un
coureur moderne loin des tactiques
étriquées. Il se démultiplie, s’amuse,
séduit. Les spectateurs en redemandent. Lors de la très redoutée étape
des pavés, les coureurs, avant de
s’élancer visages fermés, sont longtemps restés cachés, concentrés, un
peu inquiets. Sagan avait, lui, fait
du stand de son équipe BoraHansgrohe une zone décontractée inondée de musique.
Atypique. Il a terminé à Paris
avec un sixième maillot vert
(du classement par points), record de l’Allemand Erik Zabel
(entre 1996 et 2001) égalé. En allant
puiser dans ses réserves et son
courage après une chute dans
la descente du col de Val Louron-Azet. Avant de parader
sur le podium des ChampsÉlysées, il a serré les dents
(comme Philippe Gilbert, qui,
après sa chute effroyable dans
la descente du col du Portetd’Aspet, a terminé l’étape
avec une fracture de la rotule
gauche avant d’abandonner,
l’Américain Lawson Craddock, la lanterne rouge, qui a
chuté lors de la 1re étape du
Tour de France et qui a terminé
l’épreuve en souffrant d’un
trait de fracture sur l’omoplate
gauche, ou Mark Cavendish,
qui, très attardé lors de la
11e étape, a tenu à terminer pour marquer son
attachement au Tour,
avant d’être éliminé).
Sagan court, joue, aime
se débrouiller seul, à
l’instinct. À l’ancienne.
Un exemple à suivre… ■
JEAN-JULIEN EZVAN
EN BREF
Football : une victoire
pour le PSG avant
le Trophée des champions
Le Paris Saint-Germain,
renforcé par le retour
de plusieurs cadres, a terminé
lundi sur une bonne note
sa préparation, contre
l’Atlético de Madrid (3-2)
à Singapour, à cinq jours
du Trophée des champions,
contre Monaco, son premier
rendez-vous de la saison.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 31 juillet 2018
CULTURE
11
Wagner du rire à l’effroi
MUSIQUE Au Festival de Bayreuth,
l’Australien Barrie Kosky met en scène
« Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg ».
Le théâtre étouffé par
le politiquement correct
POLÉMIQUE Au Québec, deux spectacles du metteur en scène
Robert Lepage, taxés de discrimination, sont annulés. Une hérésie.
était l’événement qu’attendait le monde du théâtre : la création, par la troupe du Soleil, d’un spectacle consacré aux premiers habitants
du Canada, sous la houlette du Québécois Robert Lepage.
On suivait depuis quatre ans la naissance de Kanata. Mais, hélas, le spectacle ne pourra avoir lieu. Alors qu’ils répétaient, comme ils l’ont fait à plusieurs
reprises, au Québec, les artistes ont vu
se développer une polémique violente,
née dans les milieux autochtones et alimentée par les réseaux sociaux au nom
du concept d’« appropriation culturelle ». Motifs invoqués : il n’y a pas
d’artiste issu des communautés autochtones dans le spectacle. Le texte du
spectacle serait une relecture de l’histoire du Canada excluant les créateurs
issus des Premières Nations. Des reproches jugés blessants pour la troupe du
Soleil, qui compte des artistes issus de
vingt-six nations, pour Ariane Mnouchkine, pour Robert Lepage.
Cette polémique s’est enflée dans le
sillage du mouvement qui avait abouti,
il y a un mois, à l’annulation, après trois
représentations, d’un autre spectacle
de Robert Lepage, Slav, rendant hommage aux chants des esclaves afro-
La question de la création
en art
La polémique avait pris une telle ampleur qu’Ariane Mnouchkine s’est rendue au Québec le 19 juillet dernier et a
rencontré, avec Robert Lepage, trentecinq personnalités autochtones. Une
réunion à huis clos qui laissait espérer
une solution, comme l’avait laissé entendre notamment la juriste en droit
autochtone Alexandra Lorange ou
André Dudemaine, directeur du festival
Présence autochtone.
Mais la rencontre n’a pas abouti favorablement. Les critiques ont persisté,
les réseaux sociaux ont continué de se
déchaîner. Dans la foulée de la controverse, les producteurs nord-américains
décidaient alors de renoncer à financer
le spectacle qui devait être créé en décembre prochain à la Cartoucherie dans
le cadre du Festival d’automne pour,
ensuite, être présenté aux États-Unis
puis au Québec.
Moralement très affecté, Robert
Lepage se retire. Sa compagnie, Ex Machina, annonce ouvrir les portes du
Diamant, son théâtre, aux artistes
autochtones, comme l’a fait Ariane
Mnouchkine pour son propre théâtre.
Si elle prend acte de la décision de
Robert Lepage, elle souligne que le
Soleil prend quelques jours pour réagir,
« avec les armes non-violentes de l’art
théâtral » à cette « tentative d’intimidation ». Cette action pose en effet la
question de la création en art. Au théâtre, et au-delà, la légitimité tient au travail, au savoir, au talent. Pas aux origines. « L’appropriation culturelle » est
un concept toxique. ■
+
» Lire aussi PAGE 19
réussi, un polar qui est aussi un hymne aux pays
de mer et de vent.
ARNAUD DE LA GRANGE £@arnodelagrange
l y a des choses que l’on n’aurait jamais dû faire et que l’on paye toute
une vie. Des erreurs que ni les hommes ni les dieux ne semblent pouvoir pardonner. C’est ce que découvre Caroff, marin breton qui perdit un
matelot pour être sorti en mer un jour où
tout le monde l’en dissuadait. Mais il s’est
entêté, comme souvent les gars de son
pays… Et depuis, il paye. Le fatum, à la
sauce armoricaine.
C’est autour de ce moment que se joue
tout le drame de ce roman noir maritime.
Dès lors, les choix ne sont plus possibles.
Pour refaire surface, se frayer de nouveau
une route parmi les hommes, Caroff doit
prendre les chemins de traverse. Il plonge dans un dangereux trafic, frayant avec
des criminels puisqu’on lui refuse désormais la compagnie des gens honnêtes.
Évidemment, cela ne peut bien se terminer. On ne tient jamais longtemps le mal à
distance, même avec une gaffe.
Dans ces pages durcies par le sel, les
êtres sont bruts comme le granit, fragiles
comme une dune attaquée par l’océan.
Caroff se bat pour sa femme, sa fille, pour
la vie qu’on leur refuse. Quand elle fouille
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LIVRE Ronan Gouézec signe un premier roman
la nature humaine, la plume de Ronan
Gouézec se fait subtile, derrière un ton
bourru de mataf en maraude. En témoigne cette rédemption par la mer, quand
un petit voyou embarqué par Caroff redécouvre sa nature d’homme au large.
Et puis, ce polar breton est avant tout
une peinture puissante d’une ville, Brest.
De sa rade, son goulet, ses coups de chien
et sa lumière « étincelante et sombre
comme l’ardoise ». Il est une ode à la Bretagne, aux pays de mer et de vent.
Si l’on excepte des termes crus qui parfois ne s’imposent pas, ce premier roman
est une réussite. Un polar, oui, superbement maritime et humain. L’homme
face au grand bleu, mais, avec Ronan
Gouézec,
bleu,
c’est noir… ■
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Michael Volle, Emily Magee et Klaus
Florian Vogt (de gauche à droite) dans
Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg.
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bleu, c’est noir…
A
sera Beckmesser, le greffier pédant,
déjà perçu du vivant de Wagner comme
une caricature de juif. Le plus grand art
du virtuose Kosky est celui du renversement. Avec un sens du timing et du
jeu d’acteurs digne de Lubitsch, il aligne un gag à la minute jusqu’à ce que…
À la fin de l’acte I, le salon XIXe disparaît dans les coulisses et nous voici dans
la salle du Tribunal de Nuremberg en
1946 : saisissant. À la fin du II, la rixe
bon enfant ne fait plus rire lorsque Beckmesser est tabassé pour de bon sous
un portrait de Wagner, la tête recouverte d’un masque de juif au nez crochu, qui se gonfle jusqu’à ne plus laisser
voir qu’une étoile de David : glaçant.
Au finale, pendant le si problématique monologue à la gloire de l’art allemand, la scène se vide et Wagner reste
seul à la barre et dirige avec passion un
orchestre et un chœur apparus sur scène comme par enchantement : reste au
moins la beauté de la musique. On peut
reprocher à Kosky de se défiler, mais
pourra-t-on jamais trancher ce débat ?
En attendant, il a fait de ses doutes un
spectacle pétillant et captivant, drôle et
grave, toujours lisible, et ce n’est pas un
mince exploit.
La direction tout en finesse et en
transparence de Philippe Jordan met à
l’orchestre et au chœur (exceptionnels)
la même clarté que la mise en scène,
sans temps mort mais sans rien de
heurté, les cordes étendant leur legato
souverain au reste de l’orchestre. À
l’exception de l’Eva faible d’Emily Magee, la distribution, dont chaque mot
est intelligible, est de haut niveau. Le
Walther lumineux et juvénile de Klaus
Florian Vogt, n’est plus une surprise,
mais on retiendra surtout la phénoménale paire formée par Johannes Martin
Kränzle, Beckmesser tour à tour cocasse et pathétique, et Michael Volle, Sachs
d’une plénitude, d’une profondeur et
d’une subtilité sans équivalent. ■
Festival de Bayreuth jusqu’au 29 août.
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américains, présenté dans le cadre du
Festival international de jazz de Montréal. Interprété par la chanteuse Betty
Bonifassi, avec un chœur comptant
deux artistes noires. Cette production,
lors de sa première représentation, le
26 juin, a été contestée par un groupe de
manifestants réagissant à l’appel du
chanteur américain Moses Sumney. Les
directeurs du festival ont choisi d’interrompre les représentations. Robert Lepage avait alors exprimé son désaccord :
« Je revendiquerai toujours le droit, au
théâtre, de parler de tout et de tous. » Il
ne savait pas que quelques jours plus
tard, il lui faudrait se justifier de son
travail pourtant si scrupuleux, Kanata.
vec Barrie Kosky, c’est la
première fois depuis 1956
qu’une production des
Maîtres Chanteurs de Nuremberg échappe à un
membre de la famille Wagner. Et c’est
un éblouissement. Le metteur en scène
australien a réussi un tour de force :
respecter la légèreté de ton de la seule
comédie de Wagner, tout en mettant en
évidence ses aspects inquiétants et ses
ambivalences historiques.
Le spectacle commence dans le salon
de Wahnfried, la maison de Wagner.
On y voit le compositeur, sa femme
Cosima qui a la migraine, les enfants, le
beau-père Liszt au piano, les deux
terre-neuve. Et le chef d’orchestre
Hermann Levi, créateur de Parsifal, le
juif de service que l’on voit subir les
vexations du maître : cela fourmille de
détails, tous exacts et… très drôles ! Et si
l’on jouait au jeu des rôles ? Voilà que la
petite société décide de se répartir ceux
des Maîtres Chanteurs, dans les costumes de la création. Évidemment, Levi
BAYREUTHER FESTSPIELE/ENRICO NAWRATH
Robert Lepage
(au centre) lors
d’une répétition
de Kanata, en février,
à la Cartoucherie.
MICHE LE LAURENT
CHRISTIAN MERLIN
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 31 juillet 2018 LE FIGARO
12
CULTURE
Huit semaines de tournage
effréné sans le souci de coller
à la réalité font de la Ville Lumière
une héroïne très libérée.
CINÉMA
près un prégénérique
dans les bas-fonds de Berlin, Tom Cruise
s’envole à bord d’un mastodonte militaire pour cinquante minutes d’adrénaline dans Paris. Il y aura un avant et un
après Mission Impossible : Fallout. Jamais
une superproduction avec un tel rayonnement international n’aura autant filmé
la capitale sur grand écran. Passé une
couche de nuages orageux parcourus
d’éclairs, Paris apparaît de nuit dans toute sa splendeur. On distingue les douze
avenues de l’Arc de triomphe, le cours sinueux de la Seine. Largué de son avion à
25 000 pieds d’altitude, Tom Cruise, également coproducteur, atterrit sur le petit
clocher qui domine la verrière du Grand
Palais. Sous ses pieds, des faisceaux orange et rouge illuminent la nef, où un DJ fait
danser le Tout-Paris.
La star a privatisé le Grand Palais pour
douze jours de tournage et ça se voit. Une
scène de combat de krav maga d’anthologie a lieu dans les toilettes pour hommes. C’est là que le spectateur parisien
commence à sourire. Dans la vraie vie, ces
WC n’ont rien de ce design immaculé
vanté à l’écran. Niché au fond du Grand
Palais, le bar clandestin avec ses colonnes
noires et ses balustrades en fer forgé doré,
où Cruise a rendez-vous avec Alana, une
blonde incendiaire soi-disant présidente
d’une organisation caritative, est égale-
300
techniciens français
ont été embauchés sur le tournage
de « Mission Impossible : Fallout »
ment une pure invention du réalisateur
Christopher McQuarrie et de son chef décorateur Peter Wenham. Après cette mise
en bouche, Tom Cruise passe aux choses
sérieuses. Un dangereux anarchiste atterrit en hélicoptère de combat au-dessus de
Bercy avant d’être harnaché dans un
fourgon blindé et livré aux services secrets. L’acteur doit le faire évader. Évidemment, il n’est pas le seul à vouloir lui
mettre la main dessus. C’est le prétexte à
de multiples courses-poursuites.
Filmé sur l’esplanade du Trocadéro, un
duo de la CIA complote. De près, vue du
ciel et en arrière-plan, la tour Eiffel est
omniprésente. Place de la Concorde, un
H225M d’ordinaire utilisé par les Forces
spéciales survole la grande roue de
Marcel Campion (démontée depuis)
avant de se poser sur le « H » de l’héliport
de Bercy. Tout le quartier est à l’écran : le
boyau vert de la Cité de la mode, le viaduc
du métro de la ligne 6, la tour de la Bred…
Si les cascades sont assurées sans trucage, les parcours des courses-poursuites
prennent beaucoup de liberté avec la réalité. Du quai de la Gare, dans le XIIIe arrondissement, Tom Cruise arrive sans
transition quai de Conti, dans le VIe. De la
rue Dauphine, il est à une nanoseconde
de la Cité de la mode (il revient donc en
arrière mais, à l’écran, il file droit devant
lui). Puis, sans avoir traversé la Seine, il
coince son camion dans une ruelle du
Marais. De là, en moto, il file avenue de
l’Opéra qui, oh ! miracle, débouche directement sur l’Arc de triomphe.
« Un acte politique »
Les Américains vont croire qu’Anne
Hidalgo a enfin réglé les soucis d’embouteillages à Paris. Et ce n’est pas fini : en
zodiac sous le tunnel de la Bastille, Tom
Cruise et sa bande émergent à l’autre
bout de Paris, au métro Passy. Cette longue voie navigable ne relie que le canal de
l’Ourcq à la Seine, à l’est de la capitale et
non pas à l’ouest. Les « errements » géographiques s’enchaînent de plus belle : le
temps d’un virage à Passy et Tom Cruise
pile devant l’église Saint-Augustin. Non
seulement on ne la savait pas si près mais
on y découvre un métro aérien. C’est en
fait celui de la ligne 6 filmé près de la boulangerie du Moulin de la Vierge dans le
XVe arrondissement. De là, une nouvelle
fois sans avoir traversé la Seine, on débouche sur le Palais-Royal.
Les colonnes de Buren, la rue de Valois,
la Comédie-Française sont le décor des
scènes romantiques avec Ilsa Faust, espionne du MI6. La scène de séduction entre Alana, alias la Veuve Blanche (Vanessa
Kirby), et Ethan Hunt (Tom Cruise) se
déroule par contre rive gauche, avec en
arrière-plan Notre-Dame de Paris, les
bouquinistes et une péniche qui évidemment passe par là au bon moment. Le cliché du Paris romantique tant apprécié
des cinéastes américains a encore de
beaux jours devant lui.
Avec huit semaines de tournage à
compter d’avril 2017, l’embauche de
300 techniciens français et 25 millions
d’euros dépensés sur place, Mission Impossible 6 est un film exceptionnel pour
Paris. « Après les attentats, tourner ici
était un acte politique pour Tom Cruise »,
explique Raphaël Benoliel, son producteur français de confiance. Conscientes
des enjeux, la Mairie de Paris, l’Armée
française et la Préfecture de police ont
tout fait pour que le tournage en décors
naturels se passe bien. Exceptionnellement, survoler Paris tous les jours a été
autorisé. Grâce au crédit d’impôt international, le budget a été limité. Pour les
Américains, qui ont l’œil sur les comptes,
c’est essentiel. L’idée est de donner envie
à d’autres producteurs étrangers de venir
tourner à Paris. De leur montrer que c’est
possible. Tom Cruise est reparti ravi.
Dans l’industrie du cinéma, où le boucheà-oreille est stratégique, sa recommandation vaut de l’or. ■
« Mission Impossible »
déclare sa flamme à la
GRAND PALAIS
Atterrissage en parachute
de Tom Cruise, scène
de combat de krav maga
dans les toilettes hommes
ARC DE TRIOMPHE
Course-poursuite
à contresens de
Tom Cruise à moto
ESPLANADE
DU TROCADÉRO
VIIIe
Deux agents de
la CIA complotent
Ier
SQUARE ALBONI,
PONT DE PASSY
Tom Cruise et sa bande
émergent d’un
garage secret
XVIe
VIe
XVe
CHIABELLA JAMES,
A
LÉNA LUTAUD
£@LenaLutaud
En haut : Tom Cruise dans une rue
de Paris. Au milieu : une partie de l’équipe
du tournage au pied de l’Arc de triomphe.
Ci-contre : Henry Cavill et Angela
Bassett sur l’esplanade du Trocadéro.
MÉTRO AÉRIEN LIGNE 6
VERS LA MOTTEPIQUET-GRENELLE
QUAI DE CONTI
(COIN RUE
DAUPHINE)
Course-poursuite
Course-poursuite
Christopher McQuarrie : « Je voulais montrer
la beauté de la ville, malgré ce qui s’est passé »
PROPOS RECUEILLIS PAR
OLIVIER DELCROIX £@Delcroixx
A
C’est le premier réalisateur de la saga
Mission Impossible, autorisé à tourner
un deuxième film, Fallout. Christopher
McQuarrie le dit lui-même, il prend
cela pour « un grand honneur ». De passage à Paris, le réalisateur de Jack
Reacher et de Rogue Nation se révèle
être un grand connaisseur du cinéma
hollywoodien classique.
LE FIGARO. - Comment vous est venue
l’idée de situer l’action de ce Mission
Impossible en plein cœur de Paris ?
Christopher MCQUARRIE. - Paris est le
premier endroit qui nous est venu à
l’esprit, après les attentats tragiques
qui ont endeuillé la ville. J’aime beaucoup Paris. J’ai de très bons amis qui y
vivent. J’ai été bouleversé lorsque j’ai
appris la nouvelle. J’étais conscient de
l’impact négatif que cela pouvait avoir
sur la ville. J’ai donc appelé Tom
Cruise et je lui ai dit que je voulais que
le nouveau Mission Impossible soit
tourné là-bas. Il a immédiatement accepté. Même si beaucoup de gens se
sont montrés réticents, Tom et moi
voulions montrer la beauté de Paris,
malgré ce qui s’est passé. Les autorités
de la Mairie de Paris ont été très accueillantes.
En voyant Mission Impossible : Fallout,
on se demande presque si vous n’avez
pas rendu discrètement hommage
à Jean-Paul Belmondo. Avez-vous été
influencé par Peur sur la ville ?
Je suis content que vous me disiez cela,
car, en effet, il y a quelques clins d’œil à
Jean-Paul Belmondo et Peur sur la ville.
J’adore ce film. Mais celui qui a eu le
plus d’influence sur Mission Impossible
est le court-métrage de Claude Lelouch
C’était un rendez-vous. Lelouch a fait
exactement ce que je voulais faire : traverser Paris en voiture et à une vitesse
incroyable. Aujourd’hui, ce serait totalement illégal.
Quelle a été la séquence parisienne
la plus difficile à tourner ?
À Paris, le gros problème, c’est que nous
avions très peu de temps pour tourner
dans la plupart des endroits. Le pire a
été l’Arc de triomphe et la course-poursuite autour de la place de l’Étoile à
contresens. Il fallait réaliser la scène un
quart d’heure avant le lever du soleil. Ce
qui ne nous donnait que 90 minutes. À
Los Angeles, ils nous ont dit d’abandonner. Nous avons quand même essayé.
Après le tournage de la séquence, je n’ai
pas regardé les rushes. Quand j’ai fini
par y mettre le nez, évidemment, c’était
spectaculaire. C’est une très belle scène.
En réalité, il est vraiment difficile de rater une prise de vue quand on est face à
l’Arc de triomphe !
Avez-vous consciemment souhaité
que l’ombre de Hitchcock plane
au-dessus de ce sixième film ?
Absolument. L’influence de Hitchcock
apparaît dans les deux premiers Mission
Impossible. J’adore La Mort aux trous-
Christopher McQuarrie pendant le tournage, en 2017.
EVERETT COLLECTION/ABACA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 31 juillet 2018
CULTURE
13
Dernier tango à Paris pour Tom Cruise
« Votre mission, si toutefois vous l’acceptez… » Cette phrase récurrente qui enflamme chaque début d’épisode de
Mission Impossible depuis sa création, en
1966, par Bruce Geller, a une nouvelle fois
été employée par le Département d’État à
l’usage exclusif d’Ethan Hunt (l’inoxydable Tom Cruise) et de ses amis de l’IMF
(Impossible Mission Force).
Largement tourné à Paris, ce sixième
volet parvient à égaler le précédent, déjà
signé McQuarrie. Tourbillonnant d’action, bourré de rebondissements, drôle et
palpitant, Tom Cruise (56 ans) a tenu une
nouvelle fois à faire ses cascades lui-mê-
capitale
Tom Cruise dans une ruelle de la capitale,
le 12 mai 2017. DAVID JAMES
me. Et ça se voit. Depuis vingt-trois ans,
l’infatigable acteur incarne avec la même
énergie un agent secret indestructible et
incorruptible. Un véritable Dorian Gray
de l’espionnage, qui malgré tout ce qu’il
subit, d’épisode en épisode, ne semble
montrer aucun signe de fatigue.
La Brute est incarnée par Henry Cavill,
impressionnant agent de la CIA, carrure
d’athlète, qui en impose surtout grâce à
sa moustache bien fournie. Quant au
Truand, il s’agit bien sûr de Salomon Lane
(Sean Harris, qui incarnait déjà l’infâme
personnage dans Rogue Nation), à qui on
a fait la tête d’un anarchiste calculateur.
Mais ce qui rend ce tango parisien si irrésistible, ce sont les cascades orchestrées avec brio au cœur de la capitale. Entre le Grand Palais, la tour Eiffel,
l’esplanade du Trocadéro, l’Arc de
triomphe, l’Opéra Garnier, sans oublier
l’héliport de Bercy, la tornade Ethan
Hunt a encore frappé ! McQuarrie a une
fois de plus retenu les leçons de sir Alfred
Hitchcock, il réalise des prouesses visuelles, mais sait surtout rythmer son film, en
mettant en scène un Tom Cruise, injustement accusé de trahison, comme jadis
« Hitch » mettait en scène son « faux
coupable » dans presque tous ses films.
Tom Cruise, quant à lui, assure sans
faillir une poursuite à moto dans Paris, un
saut dangereux du toit d’un immeuble à
l’autre à Londres. On le voit piloter un
hélicoptère à travers les canyons tortueux des Alpes néo-zélandaises… quand
il ne se retrouve pas suspendu à un fil à
près de 600 mètres d’altitude. Mission
accomplie. ■
O. D.
Une héroïne hitchcockienne
Cette fois, ce qui fait la différence, c’est un
ancrage délibéré de l’intrigue à Paris,
malgré les événements tragiques qui ont
endeuillé la ville depuis 2015. Il y a comme
un parfum de Dernier Tango à Paris pour
Tom Cruise dans ce sixième film. L’agent
Hunt est à nouveau confronté à Ilsa Faust,
cette héroïne hitchcockienne dont
on ne sait toujours pas de quel côté
elle se trouve. La Suédoise Rebecca
Ferguson donne corps à cette mystérieuse espionne, digne d’Eva Marie
Saint dans La Mort aux trousses. Ferguson est parfaite, aussi forte qu’elle
peut se montrer vulnérable, piégée
par son propre personnage diabolique.
Fallout repose sur une triple recette
consistant à remettre au centre de
l’histoire trois thématiques qui ont fait
leurs preuves dans les films d’espionnage : la guerre froide, la menace nucléaire et un méchant qui rêve de détruire le monde. Une fois ces trois
postulats établis, Christopher McQuarrie se plaît à les redistribuer à sa guise. Il
encanaille également sa recette à la sauce hitchcockienne en injectant un peu
de western spaghetti, façon Le Bon, la
Brute et le Truand, de Sergio Leone.
Le Bon est bien entendu Tom Cruise.
« Mission impossible : Fallout»
Espionnage de Christopher McQuarrie
Avec Tom Cruise, Rebecca Ferguson
Durée 2h28
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
RUE FRANÇOIS-MIRON
DANS LE MARAIS
ÉGLISE
SAINT-AUGUSTIN,
RUE DU ROCHER
Course-poursuite en camion
Tom Cruise renverse
une espionne du MI6
BOULEVARD
RICHARD-LENOIR
JARDINS
DU PALAIS-ROYAL,
COMÉDIE-FRANÇAISE,
RUE DE VALOIS
Tom Cruise saute dans
le tunnel sous la Bastille
Scène romantique entre
Tom Cruise et Elsa,
espionne du MI6
Si vous aimez la musique
vous l’avez forcément !
Déjà plus de 2 millions de téléchargements
CITÉ DE
LA MODE
Course-poursuite
IIIe
NOUVEAU
BERCY
Atterrissage
d’un hélicoptère
des forces spéciales
sur le toit du ministère
des Finances
XIe
IVe
Ve
Synchronisez votre
Mur du Son personnalisé
sur tous vos appareils
connectés
XIIe
XIII
e
PROMENADE
RENÉ-CAPITAN
(SOUS LE QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS
AVEC NOTRE-DAME EN ARRIÈRE-PLAN)
L’APPLI LES INDÉS RADIOS
Comment avez-vous vécu la scène
où il a failli se rompre les os durant
une cascade ?
Je m’en souviendrai toujours. C’était à
Londres. Tom s’est réellement blessé.
Nous avons gardé la scène dans le film.
La première chose qu’il m’a demandée
après l’arrêt de la caméra, c’est : « Estce qu’elle est bonne ? » Je lui ai répondu :
« Oui. » Il m’a répondu : « Tant mieux
car je ne la referai pas. » Il s’est cassé la
cheville lors du premier jour de tournage des courses-poursuites à Londres. Il
a donc fait toutes les autres scènes avec
la cheville fracturée. Pourtant, à
l’écran, cela ne se voit absolument pas.
C’est la marque d’un grand acteur ! ■
Avec LE MUR DU SON visualisez et écoutez
en temps réel les titres en cours de diffusion
sur + de 130 radios et 250 webradios
La bonne idée radio !
A
Comment avez-vous travaillé
avec Tom Cruise ?
Tom Cruise n’est pas qu’une star de cinéma. Il a appris aux côtés des
meilleurs, de Scorsese à Coppola. Il a
retenu énormément du travail de chacun d’entre eux et intègre toute cette
expérience dans ce qu’il fait aujourd’hui. Et le studio lui fait confiance.
Tom Cruise vous protège. Il travaille
avec vous, de façon à ce que soyez vrai-
ment libre de faire le meilleur film possible.
★
ses, qui est le premier film d’action moderne. Souvent, concernant l’espionne
Ilsa Faust, incarnée par Rebecca Ferguson, les gens pensent à Casablanca.
Moi, je pense plutôt à Eva Marie Saint
dans La Mort aux trousses. On ne sait
pas si on peut faire confiance à cette
femme, mais elle possède une réelle
vulnérabilité. En fait, je voulais faire un
film plus émouvant, plus romantique…
Tom Cruise
en zodiac
dans la partie
souterraine
du canal
Saint-Martin.
ask media-bronx (bronx.fr)
CHIABELLA JAMES
Scène de séduction entre
Tom Cruise et la « Veuve blanche »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 31 juillet 2018
LE CARNET DU JOUR
14
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deuils
Denis Francois,
Claude Delaporte (†),
ses enfants,
Catherine Pégard,
présidente du
Sophie et Julien,
Antoine et Sarah,
Caroline et Edouard, Charles,
Pierre et Aurélie, Louis,
ses petits-enfants,
et l'ensemble
des collaborateurs
de l'Établissement public
Lilou, Arthur, Raphaël, Jules,
Eugénie, Sixtine, Alexandre,
Diane, Garance,
ses arrière-petits-enfants,
et toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Francine FRANCOIS
survenu à Paris,
le 30 juillet 2018,
à l'âge de 92 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 2 août,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
place de l'Église-d'Auteuil,
à Paris (16e),
suivie de l'inhumation
au cimetière des Batignolles,
Paris (17e), dans le caveau
de famille.
Mme Roger ALEXIS
La messe sera célébrée
en l'église Saint-Pierre
de Neuilly-sur-Seine,
le vendredi 3 août, à 11 heures.
L'inhumation aura lieu au
cimetière de Privas (Ardèche),
le samedi 4 août, à 11 heures.
roger.alexis163@orange.fr
Renée Cazes,
son épouse,
Sylvie Destriau,
sa fille,
Georges Destriau,
son gendre,
Héloïse, Raphaël, Guilhem,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Joseph Joë CAZES
survenu à Paris,
le 21 juillet 2018,
à l'âge de 90 ans.
Gabriel Fossorier,
son époux,
Louise, Alexandre et Charles,
ses enfants,
Alain et Laurence Kergall,
ses parents,
Yves, Pierre et Louis,
ses frères,
leurs épouses et leurs enfants,
Danielle Fossorier,
sa belle-mère,
Isabelle de la Ménardière,
Antoine Fossorier,
Camille Doucet (†),
leurs conjoints et leurs enfants
font part du rappel à Dieu de
Marie FOSSORIER
née Kergall,
le 27 juillet 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-François-de-Molitor,
44, rue Molitor, à Paris (16e),
le mercredi 1er août,
à 15 heures.
L'inhumation aura lieu
dans l'intimité le jeudi 2 août,
à 11 h 30, au cimetière
de Léhon (Côtes-d'Armor).
Des dons à
la Fondation des Bernardins.
Pierre André LABLAUDE
architecte en chef
des Monuments historiques
au château de Versailles
de 1990 à 2012,
et s'associent à la peine
de sa femme,
Colette Di Matteo Lablaude,
et de son fils Louis.
Il fut le grand artisan
de la restauration
des jardins de Versailles
après la tempête de 1990.
Angers. Vannes.
Catherine, Jérôme, Pascal,
Antoine, Diane, Marie-Laure,
Bénédicte,
ses enfants, et leurs conjoints,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la douleur
de vous annoncer le décès de
Christiane GANGNAT
née Alleau,
survenu dans sa 98e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 1er août 2018,
à 15 heures,
en la cathédrale d'Angers,
suivie de l'inhumation
au cimetière Est d'Angers.
Mme Pierre Maillard,
son épouse,
M. Jean-François Maillard,
son fils,
ont la douleur
de faire part du décès de
Pierre MAILLARD
(1916 - 2018),
ambassadeur de France,
conseiller diplomatique
du président Charles de Gaulle,
commandeur
de la Légion d'honneur,
grand officier dans l'ordre
national du Mérite,
chevalier dans l'ordre
des Palmes académiques.
82, rue Marcel-Dassault,
92100 Boulogne-Billancourt.
Fontaine-la-Soret (Eure).
Auray (Morbihan).
Hô-Chi-Minh-Ville.
On nous prie de faire part
du décès de
agent de représentation
international,
rock'n'roller,
Mme Denise Meurice,
son épouse,
Jean-Cyril et Valérie Meurice,
Cédric e t Annie Meurice,
ses fils et belles-filles,
William, Maxime,
ses petits-fils,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
M. Pierre-Etienne MEURICE
survenu le 29 juillet 2018,
à l'âge de 71 ans.
survenu le 27 juillet 2018,
à l'âge de 87 ans.
De la part de
sa maman,
ses filles et petits-enfants,
toute sa famille et ses amis,
ses collaborateurs du Vietnam
et les orphelins de l'Assorv
(Association de soutien aux
orphelins du Vietnam).
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 2 août 2018, à 10 h 30,
en l'église de Fontaine-la-Soret.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 1er août, à 14 h 30,
en l'église Charles-de-Blois,
à Auray, suivie de la crémation
au crématorium de Plescop.
Christian repose à la chambre
funéraire d'Auray,
38, rue Abbé-Philippe-le-Gall.
La famille remercie
très sincèrement
toutes les personnes
qui s'associeront à sa peine.
Cet avis tient lieu de faire-part.
M. Roger Alexis,
son époux,
MM. Bruno et Stéphane Alexis,
ses fils,
née Marie-Geneviève Jamet.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Christian LE ROUX
Cet avis tient lieu de faire-part.
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
château de Versailles
Un registre à signatures
sera ouvert pour recevoir
vos messages de sympathie.
Cet avis tient lieu de faire-part.
vicomtesse Hervé-Patrick
HUON de KERMADEC
née
Colette de la Croix-Vaubois,
munie des sacrements
de l'Église, à l'âge de 79 ans.
De la part de
Arnaud et Béatrice
Poncelin de Raucourt,
le père Eric
Huon de Kermadec,
le père Renaud
Huon de Kermadec,
Thibaut et Isaure
Huon de Kermadec,
ses enfants,
Astrid, Matthieu et Hélène,
Augustin, Timothée,
ses petits-enfants,
Sixtine et Maxence,
ses arrière-petits-enfants.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 2 août, à 10 h 30,
en l'église
Saint-Antoine-de-Padoue,
au Chesnay.
Une messe sera célébrée
le vendredi 3 août, à 14 h 30,
en l'église de Ploumoguer
(Finistère),
suivie de l'inhumation.
Paris (6e).
M. Henri Hutinel,
M. Alain Cauchi
et Mme, née Sophie Hutinel,
M. Iñaki Saint Esteben
et Mme, née Maud Hutinel,
M. Thomas Simonnet
et Mme, née Julie Hutinel,
ses enfants,
Madeleine, Joseph, Inès,
Mathilde, Paul, Martin,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Bernard HUTINEL
née Géraldine Rey,
le samedi 28 juillet 2018,
à Paris, à l'âge de 78 ans.
Elle rejoint son époux, le
docteur Bernard Hutinel
décédé le 6 août 2016.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mercredi 1er août,
à 10 heures, en l'église
Saint-Eustache, à Paris (1er),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Père-Lachaise.
34, rue
Croix-des-Petits-Champs,
75001 Paris.
Chatou (Yvelines).
Mme Nicole Lucas,
son épouse,
Dominique, Thierry,
Sabine et Philippe,
ses enfants,
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Jean-Robert LUCAS
directeur honoraire
de la Société générale,
survenu le 18 juillet 2018,
à l'âge de 92 ans, à Versailles.
Frayssinet-le-Gélat (Lot).
Mme Jean Colaneri,
M. et Mme René Caffier,
Mlle Anne Maturié,
ses sœurs et beau-frère,
ses neveux et petits-neveux
ont la tristesse
de vous faire part
du retour à Dieu de
Elisabeth MATURIÉ
le 29 juillet 2018,
dans sa 87e année.
La messe de funérailles
sera célébrée
le vendredi 3 août, à 15 h 30,
en l'église Sainte-Radegonde
de Frayssinet-le-Gélat,
suivie de l'inhumation
au cimetière du village.
Un dernier hommage peut
lui être rendu à la chambre
funéraire de Prayssac
de 9 heures à 19 heures.
Mlle Constance Pabion,
le vicomte et la vicomtesse
Alain de Chabot,
ses petits-enfants,
Louis et Paul,
ses arrière-petits-fils,
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
née
Marie-Antoinette Perrusson,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
les familles Mazeaud,
Blanchon, Béraud, Total
font part du rappel à Dieu de
M. Bernard MAZEAUD
le 27 juillet 2018,
dans sa 93e année, à Nancy.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en la cathédrale
de Nancy, le mercredi 1er août,
à 15 heures.
L'inhumation aura lieu
au cimetière du Sauze-du-Lac
(Hautes-Alpes),
le vendredi 3 août, à 15 heures.
disparition
Pierre-André Lablaude,
l’architecte et ses jardins
Éléonore et Guillaume,
Benjamin et Amandine,
Nicolas (†), Louis, Felix, Alma,
Gabriella, Timothée,
Rodrigue, Violette,
ses petits-enfants,
ses 4 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
vicomtesse Michel de POIX
née Yolande
Chevreau d'Antraigues,
le 27 juillet 2018,
dans sa 90e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église d'Eygalières
le mercredi 1er août 2018,
dans l'intimité familiale.
24, rue de Verneuil,
75007 Paris.
Arlette Warolin,
son épouse,
et toute sa famille
ont la tristesse de faire part
du décès de
membre honoraire
de l'Académie nationale
de pharmacie,
président d'honneur
de la Société
d'histoire de la pharmacie,
ancien directeur
de l'assistance technique
à la direction de la recherche
du groupe Synthélabo,
survenu le 24 juillet 2018, dans
sa quatre-vingt-dix-septième
année.
Les obsèques ont eu lieu
dans l'intimité familiale,
à Vendeuvre-du-Poitou (Vienne).
le 24 juillet 2018,
à l'âge de 95 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 2 août,
à 14 h 30, en l'église paroissiale
de Sancoins (Cher).
L'inhumation aura lieu
au cimetière de
Mornay-sur-Allier (Cher).
Renate de Wavrechin,
son épouse,
sa fille,
Céline de Wavrechin,
et Germain Monchaux,
Jean-Louis Perroux,
Marie-Paule et Jean-Pierre
Descotes,
Nicole et Etienne Fillot,
son frère, ses sœurs
et leurs conjoints,
toute la famille et ses amis
et ses frères et sœurs,
beaux-frères, belles-sœurs,
neveux et nièces,
Anne
de Kerguiziau de Kervasdoué,
son époux,
leurs enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
Françoise de Wavrechin
en religion
sœur Henri,
Jehan de Wavrechin,
son épouse,
leurs enfants et petits-enfants,
Josseline de Wavrechin,
Régine de Montfort,
son époux,
leurs enfants et petits-enfants,
Bertrand de Wavrechin,
ses enfants et petits-enfants,
Guillaume de Wavrechin,
son épouse et leurs enfants
ont l'immense tristesse
de vous faire part du décès de
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Essey-lès-Nancy, Blamont
(Meurthe-et-Moselle).
Grandris, Saint-Genis-Laval
(Rhône).
Lons-le-Saunier (Jura).
Annick Perroux,
née Brignatz, son épouse,
Anne-Lorène Perroux,
sa fille,
M. Maurice PERROUX
survenu le 29 juillet 2018,
dans sa 75e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le samedi 4 août,
à 10 heures,
en l'église Saint-Pie-X,
à Essey-lès-Nancy,
suivie de la crémation
au crématorium.
Le présent avis tient lieu
de faire-part.
Olivier et Florence (†)
Mazeaud,
Sylvain et Chantal Mazeaud,
Guillaume et Christine
Mazeaud,
Marie-Anne et Philippe
Delestre,
Isabelle et Jean Terras,
ses enfants, et Fréderic Michel,
M. et Mme
Eric C onstant du Fraysseix,
le vicomte (†) et la vicomtesse
Patrice de Poix,
le vicomte et la vicomtesse
Gilles de Poix,
le vicomte et la vicomtesse
Frédéric de Poix,
ses enfants,
Christian WAROLIN
M. et Mme Hubert Pabion,
Mlle Isabelle Pabion,
ses enfants,
Mme Robert PABION
Le Seigneur
a accueilli dans Sa Lumière,
le 29 juillet 2018, la
Le vicomte Michel de Poix,
son mari,
Philippe de WAVRECHIN
survenu le 28 juillet 2018.
Une cérémonie sera célébrée
le jeudi 2 août, à 14 h 30,
en la basilique Notre-Dame
d'Arcachon.
souvenirs
M. Jean Téchenet,
son fils,
Mme Béatrice
Chéhu-Souvignet,
Il y a quatre ans,
le 31 juillet 2014,
Antoine, Stéphanie, Sophie,
Ambre, Gabriel, Toscane,
ses petits-enfants,
Méline, Roxane,
ses arrière-petites-filles,
nous quittait.
M. Alain Bonafé
et Mme Isabelle Bonafé,
ses neveu et nièce,
Serge BOUILLON
Que ceux qui l'ont connu et
aimé aient une pensée pour lui.
Il est constamment présent
dans le cœur
de son épouse Danielle.
Leur amour se poursuit
par-delà le temps et l'espace.
ont la tristesse
de faire part du décès de
Mme Berthe TÉCHENET
née Eychenne,
le 28 juillet 2018, à Paris.
Il y a un an nous quittait
Mademoiselle
Jeanne MOREAU
La cérémonie religieuse aura
lieu le jeudi 2 août, à 15 heures,
en l'église Saint-Christophe,
à Mazères-sur-Salat
(Haute-Garonne),
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial.
Mais Jeanne continue
de vivre en nous et nous avons
une pensée pour elle.
Que ceux qui l'aiment
s'associent à cette pensée.
6, avenue Félix-Faure,
75015 Paris.
Ses amis
du Fonds Jeanne Moreau.
Pierre-André Lablaude lors de la restauration du parterre
de Latone, à Versailles, en 2013. EPV/ THOMAS GARNIER
ARMELLE HÉLIOT
aheliot@lefigaro.fr
Architecte en chef des Monuments historiques, responsable du parc de Versailles de 1990 à 2012,
Pierre-André
Lablaude
s’est éteint le 26 juillet, à
l’âge de 71 ans, dans cette
ville même où il était né, le
15 juillet 1947 et où il aura
connu le sommet d’une très
brillante carrière.
Ses obsèques ont lieu demain, mercredi 1er août, à
11 heures, en l’église NotreDame de Versailles.
Comme tous les êtres de
passion et d’érudition,
Pierre-André Lablaude a
œuvré pour le patrimoine
et les jardins, sans jamais
compter son temps. Au
moment de rendre hommage à cet homme de haute
culture, on est frappé par
l’étendue de ses domaines
d’intérêt et de compétences, et le nombre et la
qualité des ouvrages qu’il a
composés.
Versailles aura beaucoup
compté dans sa vie. Son
père était lui-même architecte des Monuments historiques et œuvrait dans la
ville royale. Mais le jeune
Pierre-André avait d’abord
pensé se tourner vers
l’égyptologie ou même devenir commissaire-priseur
avant de passer son diplôme d’architecte DPLG et de
se former au Centre d’études supérieures d’histoire
et de conservation des monuments anciens, l’École de
Chaillot aujourd’hui. En
1981, il est architecte en
chef des Monuments historiques. Il travaille autour de
Paris, loin des espaces prestigieux avant d’être nommé
au Mont-Saint-Michel où il
va conduire plusieurs opérations exaltantes. Il poursuit la restauration de l’abbaye et organise celle de la
flèche, avec sa monumentale statue de l’archange,
4,15 mètres de haut et
1,15 tonne. On n’a jamais
oublié ce jour de mai 1987,
où, cueilli par un hélicoptère, on vit, ébahi, Saint-Michel s’envoler au-dessus de
la baie. François Léotard
alors ministre de la Culture,
savait qu’il assistait à un
moment de pure poésie…
Pierre-André Lablaude a
consacré de très beaux
ouvrages au Mont-SaintMichel, Citadelle de l’ar-
change ou La Confusion du
profane et du sacré.
Il a été déterminant à
Royaumont comme à La
Roche-Guyon, Villarceaux,
Farcheville ainsi que le rappelle Françoise Nyssen.
Dans le cadre de l’Unesco, il
a conduit des campagnes à
Angkor et composé des livres savants et beaux. Il y a
quelque temps, il avait également conduit une mission
au Chili, pour des jardins.
L’esprit de Le Nôtre
Car cet homme sage qui
passait ses vacances dans le
Berry aura trouvé son accomplissement dans la nature, dans la nature savamment
réinventée
des
jardins.
En 1990, il est donc nommé responsable du parc de
Versailles et des bâtiments
qui s’y rattachent, l’Orangerie et le Petit Trianon
notamment.
Littéralement, il va remettre en musique les espaces, bosquets et jardins. Il
est marqué par les événements qu’il doit affronter : il
vient à peine de signer son
contrat que 1 500 arbres
sont arrachés par la tempête du 2 février 1990. Neuf
ans plus tard, c’est « la
tempête du siècle », le
26 décembre 1999.
Raison de plus pour se
mettre au travail ! PierreAndré Lablaude comme
Alain Baraton, jardinier en
chef de Versailles, qui lui a
rendu hommage samedi
dans son émission « La
Main verte » sur France Inter, le savent alors, ce désastre leur a paradoxalement fait gagner du temps.
En effet, les plantations
trop fragiles ou pas tout à
fait légitimes n’ont pas résisté et l’on a pu retrouver
l’esprit de Le Nôtre, leur
patron par-delà le temps. Il
fallait non seulement réinventer les harmonies végétales mais aussi s’intéresser
à l’hydraulique, aux décors,
bosquets, fontaines, allées
secrètes. Moulin du Hameau de la Reine, bosquet
de l’Encelade, théâtre de la
Reine, Petit Trianon et jardin anglais, Belvédère, bassins de Latone, des Enfants
dorés, l’esprit de PierreAndré Labaude est partout.
Catherine Pégard, présidente de l’établissement
public, organisera un hommage, au bosquet des Trois
Fontaines, en septembre. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
2/6
186
[
mardi 31 juillet 2018
Pierres sac
pierres maurées,
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les rois de Fr mmes historiques
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à la destiné
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rle unique
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Le Figaro br
os
au destin so se le portrait de six ca
illoux
uvent chao
tique.
carats
Avant d’être retaillé
et de ne plus peser
que 105 carats
De gauche
à droite : portrait
de Nadir Shah
Afshar de Perse
(1688-1747).
Le roi George V
et son épouse,
la reine Mary
d’Angleterre, lors
du couronnement,
en 1911.
Photographie
de James Tennant,
gemmologue
britannique.
2,5
millions
Nombre de touristes
venant, chaque année,
admirer le Koh-i-Noor
à la tour de Londres
BRIDGEMANIMAGES ;
ALAMY/PHOTO12 ;
SCIENCE PHOTO
LIBRARY/AKG-IMAGES
Le Koh-i-Noor, un diamant sanguinaire
Cette gemme
sème la discorde
partout où elle
passe. De l’Inde
à l’Iran jusqu’à
l’Angleterre, où elle
repose désormais
enfermée dans
la tour de Londres.
baptisé Koh-i-Noor remporte la
course de plat Cheshire Stakes.
Surtout, la reine Victoria le porte
fièrement. Par exemple lors de ce
bal donné par Napoléon III au château de Versailles, en août 1855, où
elle apparaît en robe de satin blanc
brodé de fils d’or, un incroyable
diadème posé sur les cheveux. En
fait, un treillis d’or et d’argent de
fleurs entrelacées serti de centaines de perles et de milliers de
brillants démultipliés par les miroirs de la Galerie des Glaces. Sur
le devant de la couronne, une
croix sur laquelle est enchâssée la
majestueuse gemme. La facture de
la maison Garrard témoigne alors
de la finesse de l’ouvrage : « Grandes croix et fleurs de lys placées de
façon à pouvoir être enlevées à volonté du bandeau par ressorts doubles et alvéoles, et disposant de tiges articulées mobiles et de
crochets pour former une broche le
cas échéant. »
PAULINE CASTELLANI
Symbole de l’impérialisme
britannique
surtout d’inlassables complots : tel
prince aveuglé à l’aide d’aiguilles
chauffées à blanc, tel autre agonisant dans de terribles souffrances
après avoir été empoisonné au
plomb et au mercure. « La malédiction semble même avoir frappé
des objets associés à la gemme,
comme le navire HMS Medea, dont
les passagers et l’équipage faillirent
être décimés par le choléra et les
tempêtes alors qu’il apportait le
Koh-i-Noor en Angleterre », poursuit William Dalrymple.
Au sommet
de la couronne
royale d’Angleterre,
le Koh-i-Noor
est enchâssé
dans une croix.
TIM GRAHAM/ALAMY/
NATIONAL GEOGRAPHIC
Déception
de la Perfide Albion
À peine arrivé à Londres, le « plus
gros diamant au monde », alors estimé à 500 000 livres sterling et
déjà précédé de son aura mythique, est dévoilé à l’Exposition universelle de 1851. Sous la vaste
structure de verre et de métal du
Crystal Palace, à Hyde Park, ce
symbole de la domination impériale de l’Angleterre victorienne doit
être le clou de la visite aux côtés
des 13 000 objets et curiosités venus du monde entier. Six millions
de personnes, soit un tiers de la population totale de la Grande-Bretagne d’alors, sont attendues entre
le 1er mai et le 11 octobre 1851.
Pourtant, dès les premières heures,
le Koh-i-Noor déconcerte. « Un
diamant est généralement incolore
et les plus beaux n’ont ni tache ni
défaut d’aucune sorte, ils ressemblent à une goutte de l’eau la plus
pure. Le Koh-i-Noor n’est pas taillé
de façon à mettre en valeur sa pureté
et son éclat et il en décevra plus
d’un, si ce n’est tous, parmi ceux qui
se pressent avec une telle fébrilité
pour le voir », rapporte, cinglant,
un journaliste de l’Illustrated London News. Il faut dire que la mise en
scène assez sombre - une cage en
fer doré et un éclairage tamisé étouffe le feu de la pierre. Les miroirs inclinés et les lampes à gaz
installés tout autour quelques jours
plus tard n’y changeront rien. La
Montagne de lumière semble
éteinte. Sans lustre aucun.
La maison Garrard, joaillier de
la Couronne, mandate alors deux
des meilleurs artisans de l’atelier
Coster à Amsterdam, sous la supervision du minéralogiste de la
reine, James Tennant, pour transformer sa taille rose irrégulière en
une taille brillant bien symétrique,
resplendissante. Plus plat, le Kohi-Noor tient désormais au creux
de la main. Passé de 186 à 105 carats, il semble aussi délesté de son
caractère maléfique. Par ailleurs,
des publicités encouragent les
étudiants à acheter des crayons
« Koh-i-Noor » pour leurs examens, tandis qu’en 1853 un cheval
GIAN CARLO PARODI
MINÉRALOGISTE, CHERCHEUR AU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Une pièce maîtresse du trésor moghol »
Pourquoi cette aura
maléfique poursuit-elle
le Koh-i-Noor ?
Jusqu’en 1739 et le sac de Delhi - où l’on sait que le Koh-iNoor quitte l’empire moghol
pour l’Iran -, nous n’avons
aucune certitude sur le parcours véritable de la pierre.
Tout n’est que supposition.
Comme cette fameuse légende qui raconte que l’empereur
Mohammad Shah, qui cachait
le diamant dans sa coiffe, se fit
berner par le seigneur de
guerre Nadir Shah lors d’une
cérémonie d’échange de turbans. Prétendu gage de fraternité indéfectible entre deux
souverains… Une façon de
construire le mythe.
Qu’est-ce qui le rendait
alors si exceptionnel ?
Son poids inhabituel. Les Indiens aimaient beaucoup les
pierres mais pas forcément
les diamants : ils étaient davantage attirés par les rubis
ou les émeraudes. Pourtant,
ses 186 carats en ont fait l’une
des pièces maîtresses du trésor moghol tout comme le
Darya-i-Noor, un « océan de
lumière » estimé, quant à lui, à
195 carats.
Pourquoi le Koh-i-Noor n’a
pu être exposé, en 2001,
lors de l’exposition
« Diamants » du Muséum
national d’histoire
naturelle ?
Comme tous les autres joyaux
de la Couronne britannique, il
ne peut pas quitter le royaume. C’est un symbole et un
attribut de la monarchie. Seuls
peuvent voyager les bijoux
personnels de la famille royale. Le Koh-i-Noor est aujourd’hui encore monté sur la couronne de la reine mère, celle
qui était posée sur son cercueil lors de ses funérailles, en
2002. C’est la dernière fois
qu’il a quitté la Tour de
Londres.
PROPOS RECUEILLIS PAR P. C.
À la mort de la reine Victoria, en
1901, ce n’est pas son fils,
Édouard VII, qui héritera de la
pierre mais sa belle-fille, la reine
Alexandra. « Une croyance étrange,
selon laquelle une femme pouvait
porter le bijou impunément mais
qu’il anéantirait les hommes qui s’y
risqueraient, s’était enracinée dans
l’esprit des gens », rapporte
William Dalrymple. Le Koh-iNoor scintillera donc uniquement
aux fronts des reines consorts. Suivront la princesse Mary, épouse de
George V, puis Elizabeth, épouse de
George VI, qui fera monter sa couronne sur un cercle de platine avec
2 800 tailles rose, coussin et brillant
à l’éclat démultiplié par l’incontournable Montagne de lumière.
Elle
la
portera
à
toutes
les ouvertures officielles du Parlement, ainsi que le jour du sacre de
sa fille, la reine Elizabeth II, en
1953.
Si la couronne de la Reine Mère
est aujourd’hui exposée dans la salle des joyaux de la tour de
Londres, le Koh-i-Noor demeure
le symbole de la colonisation britannique en Inde. Depuis 1947, il
embarrasse les diplomates des
deux pays. En 2015, le groupe Montagne de Lumière, composé de
stars de Bollywood et d’hommes
d’affaires de Bombay, a même réclamé son retour. « Le Koh-i-Noor
n’est pas seulement une pierre de
105 carats, c’est aussi une partie de
notre histoire et de notre culture, et il
doit sans conteste nous être restitué », déclare alors la starlette Bhumika Singh au Sunday Telegraph.
En vain. Le gouvernement britannique campe sur sa position : le
diamant restera à Londres. Du côté
de Delhi, on pense que la malédiction du Koh-i-Noor continue de
semer la zizanie. Son dernier sortilège serait le vote du Brexit par les
Britanniques… ■
A
29 mars 1849. Un jeune garçon tout
juste âgé de 10 ans, Dulîp Singh,
maharajah du Pendjab, signe le
traité de Lahore : il cède ses terres à
la Compagnie britannique des Indes orientales et « offre » par la
même occasion à la reine
d’Angleterre le plus précieux des
trésors de son royaume, le Kohi-Noor. Un énorme diamant qui
attise toutes les convoitises depuis
des siècles. « De nombreux propriétaires du Koh-i-Noor ont subi
d’atroces
tourments,
relève
William Dalrymple, dans son
ouvrage coécrit avec Anita Anand,
Le Koh-i-Noor. L’histoire funeste
du diamant le plus célèbre du monde, aux Éditions Noir sur Blanc. Ils
ont été aveuglés, empoisonnés, torturés à mort, menacés de noyade,
couronnés de plomb fondu, assassinés par des membres de leur famille
ou leurs gardes du corps, ils ont perdu leur royaume et sont morts dans
le dénuement. »
Ces scènes d’une violence
inouïe, dignes des épisodes les plus
gore de Game of Thrones, ont forgé
la légende de cette pierre maudite,
probablement découverte dans le
lit du fleuve Godavari, en Inde centrale. Une chronique perse du
XVIIe siècle la décrit comme pièce
maîtresse du fameux Trône du
Paon de l’empereur Shah Jahan,
celui-là même qui fit construire le
Taj Mahal en mémoire de son
épouse. «Un octogone, de la forme
d’un chapeau européen, avec un
bord circulaire, dont les côtés et la
canopée étaient recouverts d’or et
incrustés de bijoux. Au-dessus, il y
avait un paon fait d’émeraudes et de
rubis ; à sa tête était attaché un diamant de la taille d’un œuf de poule,
dénommé Koh-i-Noor - Montagne
de lumière –, dont Dieu Seul savait la
valeur ! » Sur cet invraisemblable
siège, le diamant aux arêtes irrégulières et au feu spectaculaire fait
alors partie des plus belles pierres
de l’empire moghol jusqu’à ce qu’il
passe aux mains des shahs de Perse, en 1739, puis à celles des rois
d’Afghanistan avant de revenir en
Inde à l’aube du XIXe siècle. Durant
ce long périple, le caillou se retrouve tour à tour dissimulé dans le
mur du cachot d’un fort afghan ou
exhibé sur le brassard d’un puissant empereur sikh. Il provoque
RETROUVEZ DEMAIN :
L’Agra, le diamant ou la vie
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mardi 31 juillet 2018 LE FIGARO
16
TÉLÉVISION
À la conquête des grands fleuves du monde
Dans « Au bout c’est la mer », François Pécheux part à la pêche au trésor le long de ces immenses cours d’eau. Ce soir, le Parana.
rance 5 nous fait voyager cet
été. Avec Les 100 lieux qu’il
faut voir, Des trains pas comme les autres et Les Routes de
l’impossible, la chaîne du service public dédiée au savoir et à la
connaissance propose une nouvelle
collection documentaire diffusée chaque mardi soir en prime time.
Avec Au bout c’est la mer, série produite par Step by Step Productions,
déjà à l’origine du programme dédié aux chemins de fer du monde,
François
Pécheux
prend le large sur les
○○○¡
fleuves mythiques de la
planète. À l’aide de différentes embarcations, le journaliste parcourt ces immenses cours d’eau et nous fait découvrir des paysages grandioses, une
faune et une flore incroyables et des
populations locales dont la vie est
F
+ @ SUR LE WEB
rythmée par les caprices du fleuve.
Après un premier numéro consacré au
Mékong, en Asie du Sud-Est, et qui a
rassemblé 553 000 téléspectateurs (3 %
de part d’audience), - un score très
encourageant -, l’ancien animateur de
Canal + et de W9 nous propose ce soir
de découvrir le Parana.
Un périple au rythme de l’eau
Cet immense fleuve de plus de
4 000 kilomètres, le plus puissant au
monde après l’Amazone et le Mississippi, part des plaines du Brésil, traverse le Paraguay, puis
l’Argentine.
À bord d’un kayak,
François Pécheux démarre son long voyage
à partir des magnifiques et impressionnantes chutes
d’Iguazu. Il rencontre les Indiens guaranis qui vont lui apprendre à pêcher
de petits poissons. L’animateur poursuit ensuite son long périple vers Rosario, la deuxième plus grande ville
d’Argentine, où l’on tente de préserver le pati, un poisson menacé d’extinction en raison de la surpêche. Une
aventure qui se termine sur un match
de foot et un cours de tango, à Buenos
Aires, estuaire du fleuve, où le Parana
se jette dans l’océan Atlantique.
Dans ce joli programme, le producteur des Yeux dans les Bleus en 1998
n’hésite pas à donner de sa personne en
participant, au gré de ses rencontres, à
différentes activités comme la pêche ou
une transhumance à haut risque.
L’idée de nous faire découvrir des
contrées lointaines en partant des
grands fleuves du monde est intéressante. Malheureusement, comme dans
Des trains pas comme les autres, le format du programme est quelque peu
frustrant. Il est bien dommage de résumer ces milliers de kilomètres de
périples en seulement 52 minutes
d’émission. Les découvertes et les
rencontres faites par François Pécheux finissent parfois par sembler
anecdotiques. ■
PASCAL RICHTER/ STEP BY STEP PRODUCTIONS
ROMAIN DELACROIX £@romaindlx
20.55
François Pécheux, qui navigue tout l’été sur les fleuves mythiques de la planète,
traverse le Brésil, le Paraguay et l’Argentine, le long du Parana, mardi sur France 5.
» Laurent Ruquier : « Je ne partage pas les idées de Charles Consigny» Cauet de retour sur NRJ à la rentrée www.lefigaro.fr
ÉPHÉMÉRIDE St-Ignace
Soleil : Lever 06h23 - Coucher 21h30 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.50 Nos chers
voisins. Série. Avec Martin Lamotte.
21.00
Série. Comédie
18.40 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 D’art d’art
20.50 Parents mode d’emploi. Série.
20.55
Divertissement
19.00 19/20 20.00 Tout le sport
20.30 Plus belle la vie. Feuilleton.
Avec Laurent Kerusoré.
20.55
Film TV. Policier
19.40 Suburgatory. Série 20.55
LolyWood. Divertissement.
MATIN
19
21.00 Le mac
Film. Comédie. Fra. 2009. Réal. :
P. Bourdiaux. 1h28. Avec José Garcia.
Un homme est contraint de se faire
passer pour son jumeau proxénète
afin de faire tomber son réseau.
20
18
18
20
18
17
20
21
20
17
17
20
18
19
17
22.25 Cloud Atlas. Film. Sciencefiction. Avec Tom Hanks.
19
18
20
18
10
19
22
19
Camping Paradis
Fra. Saison 7. Avec Laurent Ournac,
Géraldine Lapalus, Catherine Demaiffe. Notre belle famille (1 et 2/2).
Alors que l’été touche à sa fin, le
Camping Paradis s’est mis aux couleurs des «Mille et une nuits».
Le meilleur
Les sources assassines
des «Années bonheur» Fra. 2016. Réal. : Bruno Bontzolakis.
20.00 Quand les rhinos s’envolent.
Documentaire 20.50 Vu. Magazine.
20
22
18
22
20.55 Au bout c’est la mer
Prés. : P. Sébastien. 2h25. Invités,
notamment : Michèle Torr, Francky
Vincent. Patrick Sébastien reçoit
de nombreux artistes qui évoquent
leurs «Années bonheur».
1h30. Avec Marthe Keller, Julie de
Bona, Jacques Bonnaffé. Une femme
est soupçonnée d’avoir empoisonné
son ex-compagnon dans la petite
ville thermale de La Bourboule.
Nature. Fra. 2018. Réal. : P. Richter.
0h50. Le Parana. Inédit. François
Pécheux embarque sur le Parana, le
fleuve le plus long du continent sudaméricain après l’Amazone.
23.05 Camping Paradis Série. Les
23.20 Les enfants de la télé Diver-
22.30 Altitudes Film TV. Drame 0.10
vacances du camping (1 et 2/2) 0.55
New York, unité spéciale. Série.
tissement. Présentation : Laurent
Ruquier 0.55 Valser Ballet.
Soir/3 0.40 Boulevard du Palais.
Série. 2 épisodes.
21.45 Le marcheur du Nil. Série doc.
22.35 C dans l’air 23.45 La tribu
26
24
22
20
26
24
25
10
22
APRÈS-MIDI
24
10
24
24
19.25 Les incroyables aventures de
Nabilla et Thomas en Australie
20.20 Groland le Zapoï (C) 20.45 La
semaine de Catherine et Liliane (C).
Divertissement.
18.55 En passant par… Série doc.
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes
20.45 La minute vieille. Série.
18.40 Chasseurs d’appart’. Jeu. Présentation : Stéphane Plaza 19.45 Le
19.45 20.25 En famille. Série.
21.00
20.50
21.00
Film. Drame
Documentaire. Historique
Divertissement
31
26
22
27
31
19
24
33
29
27
31
26
20.55 Alexandre
Film. Historique. EU-All-Fra-GBPays-Bas. 2004. Réal. : Oliver Stone.
2h50. Avec Colin Farrell. De sa naissance, à sa mort, la vie du conquérant
Alexandre le Grand.
28
25
31
27
28
34
20
30
25
35
31
0.00 L’union sacrée. Film. Drame.
Avec Richard Berry, Patrick Bruel.
38
31
37
24
34
30
33
20
35
19.10 Les constructeurs de l’extrême
USA. Téléréalité.
Mary
EU. 2017. Réal. : Marc Webb. 1h41.
Avec Chris Evans. Frank Adler,
séduisant trentenaire, se bat pour
obtenir la garde de sa nièce Mary, qui
témoigne d’un don hors du commun
pour les mathématiques.
22.35 Tchi tcha C i n é m a .
C h o l e w a 23.20
La La Land. Film 1.25 Djam. Film.
Hitler-Staline,
Audition secrète
la diagonale de la haine Présentation : David Ginola,
Fra. 2008. Réal. : U. Kasten. 1h35.
L’un pensait en termes de races,
l’autre en termes de classes. Portraits croisés des deux plus terribles
dictateurs du XXe siècle.
22.25 Le savant, l’imposteur
et Staline : comment nourrir le
peuple Documentaire.
Éric
Antoine. 2h10. Qui deviendra une
star sans le savoir ? Inédit. Grâce à
la complicité de leurs proches, des
talents cachés vont se retrouver sur
scène sans le savoir.
21.00 90’ enquêtes
A
Magazine. Société. Présentation : Carole Rousseau. 1h25. Samu, pompiers :
urgences vitales dans les quartiers
Nord de Marseille. Inédit. Une plongée
dans le quotidien de l’hôpital Nord.
22.25 90’ enquêtes. Magazine.
Présentation : Carole Rousseau.
18.50 Un dîner presque parfait. Jeu
20.55 La petite histoire de France
Doc. Découverte. EU. 2017. Réal. :
J. Cameron et S. Jacobovici. 1h45.
Les réalisateurs James Cameron
et Simcha Jacobovici recherchent
la trace de la légendaire Atlantide.
22.35 À la recherche de l’Atlantide
23.35 Mystérieux phénomènes
23.10 Audition secrète - La deuxième audition Divertissement 0.10
Empire. Série.
21.00 Astérix
et le coup du menhir
19.05 Touche pas à mon poste !
Divertissement. Best of.
21.00 Tokarev
Film. Animation. Fra. 1989. Réal. : Philippe Grimond. 1h20. En tentant de
le défendre d’une agression, Obélix
assomme Panoramix par erreur.
Film TV. Action. EU. 2014. Réal. : Paco
Cabezas. 1h38. Avec Nicolas Cage.
Un ancien criminel reprend du service et se lance à la recherche des
kidnappeurs de sa fille.
22.25 Astérix et la surprise de César.
Film 23.50 Les 30 ans du Top 50
22.40 First Kill. Film TV. Action. Avec
Bruce Willis, Hayden Christensen.
T (en °c)
20.50 Atlantide, la cité perdue
18.55 Les rois de la réno. Téléréalité.
Vue sur mer - Sans queue ni tête.
19.05 Alerte Cobra. Série. De l’autre
côté - Comme au bon vieux temps.
31
21.00 Marvel :
les agents du S.H.I.E.L.D.
Série. Fantastique. EU. 2016. Saison 4. Avec C. Gregg. 2 épisodes.
Inédits. Daisy et Simmons cherchent
un moyen d’échapper à la Charpente.
22.35 Super Hero Family. Série.
Avec Tricia Helfer. 3 épisodes.
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
<-10 à 0
26/31
25/32
19/30
22/27
15/23
20/29
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
VENDREDI
18/30
17/28
21/31
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26/36
15/26
20/30
17/28
19/31
20/35
27/34
24/35
24/33
20/27
20/32
26/34
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
JEUDI
16/25
20/30
19/25
23/31
20/25
11/16
24/34
27/38
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
MERCREDI
15/21
10 à 20 20 à 30 30 à >40
21/32
20/33
22/36
27/36
27/36
lachainemeteo.com
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
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LE FIGARO
mardi 31 juillet 2018
JEUX D'ÉTÉ
17
TAKUZU
SU DO KU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne, chaque colonne, et chaque carré
de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
FAcile
grille 554
1
1
1
1
1
0
1
0
1
0
1
0
0
0
1
0
0
0
1
0
0
0
1
grille
2597
FAcile
9 2
1 4 3 2
3
4 7
6 9 8
1 5
5
1
0
3 1
CANARD
DANS LA
FOSSE
GOULOT
MASQUE
IL EST
CHANTANT
À
MARSEILLE
9
8
1
3 8
2 7 1 5
4
2 9
7 6
9 4 6 1
7 5
CESSER
D’ÊTRE EN
COLÈRE
COURRIERS
MODERNES
ANCIEN OUI
3 4
DANS
UN PRONOMINAL
RAVAUDE
RAYÉS DES
LISTES
BASE DE
TRICOT
PORCELAINIER
LE CHROME
AU LABORATOIRE
AISÉ
APÉRITIF DE
CHANOINE
QUI N’EST
PAS TRANQUILLE
ORGANISAIS
EXAMINER
À NOUVEAU
À MOI
CHAUDE
PALMIPÈDE
TERRITOIRE
ENFERMÉ
RIRE
DISCRET
VILLE
BELGE
FUT HARDI
FEU VERT
PIÈCES
DU JAPON
LE DIABLE
QUI N’A PAS
DE
DEMEURE
FIXE
INDICATION
SUR UNE
CAISSE
CALLOSITÉ
PETIT PLUS
RÉALISATEUR DE
MOTS CROISÉS
PROBLÈME N° 4792
HORIZONTALEMENT
1. Mise en pièce. - 2. Nourries à la ratatouille et à la pissaladière. - 3. Étapes
pour grimpeur. - 4. A exigé bien des
manœuvres. Passa l’enduit. - 5. Meurtrie
pour une grenade. Termine dernier. - 6.
Pareillement. - 7. Pas touchée par la
grâce. - 8. Donne de belles couleurs à la
canopée. Fait un test ou c’est tout
comme. - 9. Un chapeau chez Frédéric
Dard, un pauvre type chez Jean Anouilh.
Cale en mécanique. - 10. Encore plus
ingrate que le 7 horizontal. - 11. Très
ancien ministre des Finances. Terminaison
de l’imparfait, à double titre. - 12. Ils
reviennent au port remplis de sardines.
VERTICALEMENT
1. Hors de prix. - 2. Impose un régime
très sévère. - 3. Le vampire l’utilise pour
repérer ses proies. - 4. Appelé d’urgence
à la barre. N’ôte pas d’un doute. Mars
en Scandinavie. - 5. Fait chanvre à part.
Ne compte pas. - 6. Un fin lettré, manifestement. Joue sur tous les tableaux. Une
fabrique de croissants qui a rapidement
déposé le bilan. - 7. Elle met à l’abri ou
prend un risque. Être tenu. - 8. Préludes à
la culture sur brûlis.
Par Louis Morand
1
C’EST
PUÉRIL DE
DIRE CELA
PLATS
MIJOTÉS
MANHATTAN
2
3
4
5
6
7
8
1
2
3
4
5
6
7
8
9
BRIDGE
PROBLÈME N° 2882 :
Attaque
douloureuse
4
654
98762
D832
N
O
E
S
R876
R D V 10 9
A R
AR
10
11
12
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4791
HORIZONTALEMENT 1. Tarbouch. - 2. Amarinée. - 3. Mobilier. - 4. Bure. - 5. Oro. Émis.
- 6. Usus. Ems. - 7. Réaux. Pe. - 8. Mn. Pilum.
- 9. Acmé. Are. - 10. Jaurès. - 11. Ogre. Est.
- 12. Ressorts.
VERTICALEMENT 1. Tambour-major. - 2.
Amours-en-cage. - 3. Rabroua. Mûrs. - 4. Brie.
Supères. - 5. Oil. Xi. - 6. Unième. Laser. - 7. CEE.
Impur. St. - 8. Hérissements.
Contrat : Sud joue
4 Cœurs.
Entame : 8 de pour
l’As d’Est qui insiste du 2
de (le 3 en Ouest).
Takuzu
1 0 1 0 1 0 1 0 0 1
grille
3
6
9
1
8
4
5
2
7
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.fr
5
8
2
3
7
6
4
1
9
Mots
léchés
553
8
9
3
4
7
1
6
2
5
2595
4
7
1
9
2
5
3
8
6
grille
7
4
6
2
5
3
8
9
1
CHIFFRES
ROMAINS
ÉLÉMENT
D’UNE
PORTÉE
U
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MENU
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GONFLEMENTS DE
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ACCEPTÉ
CIRCUIT
EN ITALIE
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Par Diane Monfort
EN FORME
D’ŒUF
EXTRÉMISTE
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MOTS FLÉCHÉS N° 2037
IRONIE MÉPRISANTE
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Mots coupés
bouger - boulon boumer - éTAger éTAlon - éTAmer Forcer - Forger Former - gercer germer - lAncer lAnger - longer merlAn - merlon.
ÉTÉ 2018
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2881 :
Comme la peste
PRÉSENTE
Contrat : Sud joue 4 Cœurs.
Entame : Valet de pour votre As (le 2 en Est).
Grammaire, orthographe, dictées,
expressions, synonymes…
Votre principale crainte est de concéder trois et un
atout. Ce malheur ne pourra éventuellement advenir que
si Est prend la main à l’atout pour vous transpercer à .
Vous devez donc chercher à l’éviter comme la peste.
Vous pourriez songer à manier aveuglément les atouts
(As et Roi) avant de passer aux . Mais il y a mieux à faire :
présentez le 4 de .
- Si Ouest fournit la Dame, duquez-la (Baiser).
- Si Ouest fournit petit, mettez le Roi et rejouez le 2 :
* Quand Est fournit la plus petite carte restante (ce qui
sera le cas si Ouest a 109 secs ou 10x et qu’il a omis de
débloquer le 10 au premier tour – une défense tout sauf
évidente), fournissez petit. En maniant ainsi la couleur,
vous minimisez les risques qu’Est prenne prématurément la main.
* Quand Est ne fournit pas la plus petite carte restante,
mettez l’As et rejouez
654
RV2
quatre tours de . Vous
A D V 10
ne chuterez que si Est
643
a trois atouts, deux et
D V 10 2
Ouest l’As de au moins A 9 8
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troisième.
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Remplir la grille avec les chifres 0 et 1. Chaque ligne et chaque colonne
doit contenir autant de 0 que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1 placés l’un à côté
ou en dessous de l’autre.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 31 juillet 2018 LE FIGARO
18
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
Villes fantôm
es
Lavasa devait être la première « ville intelligente » d’Inde.
C’est devenu un village fantôme d’un millier d’âmes niché
dans une vallée, au bord d’un lac artificiel (photo ci-dessous).
querons pour construire d’autres
villes. Les services municipaux que
nous allons fournir sont la clé de ce
modèle. Nous avons créé une agenAprès des décennies passées à géce qui gérera les infrastructures,
rer son agence de voyages à Bomfournira l’électricité, l’eau, le gaz,
bay, un jour de février 2012, David
s’occupera des transports, du traiCooper décide que la coupe est
tement des déchets, des parkings,
pleine. « Vivre dans cette agglomédes espaces publics. »
ration polluée, avec ce bruit permaÀ première vue, le rêve semble
nent, ces embouteillages… C’était
devenu réalité. Sur la promenade
devenu impossible. Avec ma femme,
qui court le long d’un canal, des
il nous fallait une retraite paisible »,
touristes déambulent sous les arconfie cet homme affable, la
bres, une glace à la main. Pas une
soixantaine avancée. Il entend
voiture, pas un bruit, seul le chant
parler d’un projet porté par Hindes oiseaux berce les passants. Des
dustan Construction Company
maisons perchées sur les collines
(HCC), un groupe de BTP bien
offrent une vue imprenable sur la
connu en Inde. HCC ambitionne
région. Soudain, un étrange sentide bâtir une ville privée dans les
ment étreint le visiteur. Face
Ghats occidentaux, la chaîaux immeubles jaune et
ne de montagnes du
beige qui bordent la
Maharashtra claspromenade, un
sée au patrimoine
squelette de bémondial
de
ton se dresse :
l’Unesco. Cetl’hôtel Pullte aggloméraman n’a que
tion grande
La vas a
ses murs et
comme Paris
demeure inaressemblera
chevé.
à Portofino.
L’École hôteSur
les
lière de Lauprospectus, le
sanne est fermodèle semble
mée, des chiens
imparable. À trois
errants
gardent
heures de route de
l’entrée. Plus loin, le
Bombay et une heure
centre commercial est un
de Pune, Lavasa sera un hacube de béton sans porte, ni peinvre de paix pour les retraités, les
ture, ni vitrine. Lavasa devait être
Indiens en quête d’une résidence
la première « ville intelligente »
secondaire, les touristes et les étud’Inde. C’est devenu un village
diants. HCC promet un centre de
fantôme d’un millier d’âmes. Ce
conférence qui rivalisera avec Dan’est pas le seul. À 80 km, la ville
vos, deux parcs d’attractions… Niprivée d’Aamby Valley a connu le
chée dans une vallée, au bord d’un
même sort et a été mise aux enlac artificiel alimenté par une richères.
vière, Lavasa ne sera que calme,
Lavasa Corporation traîne une
air pur et eau cristalline au robinet.
dette de 580 millions d’euros et
Accor s’engage à construire des
100 millions d’intérêts qui l’empêhôtels et un Mercure sort de terre.
chent de payer ses fournisseurs.
L’École hôtelière de Lausanne
Elle fait partie des sociétés responinaugure un campus en 2013.
sables des 130 milliards d’euros de
L’université d’Oxford annonce le
prêts pourris qui plombent le syssien pour 2014.
tème bancaire. Désormais installé
L’engouement est révélateur de
à Lavasa, David Cooper ne regrette
la crise urbaine. La démographie
pas sa décision de prendre sa regalopante a toujours dépassé les
traite ici. « Il n’y a pas de pollution
schémas d’urbanisme en Inde, si
comme à Bombay, l’endroit est paibien que bidonvilles et lotissesible. Mais, comme Lavasa Corpoments illégaux fleurissent dans
ration n’a plus un sou, les ordures
tous les sens. La gouvernance des
s’entassent. Vaches, chiens et rats
villes, écartelée entre les États féerrent dans les rues. Il n’y a presque
dérés, les municipalités, les entreplus de vigiles. La vidéosurveillance
prises et les associations de résiest en panne et il n’y a pas de comdents, aggrave le chaos.
missariat de police. Il y a déjà eu des
Quand HCC lance Lavasa, elle
agressions et des cambriolages. »
voit dans cet échec une opportuniDavid Cooper n’est pas le seul à
té. Lavasa Corporation, filiale de
être déçu. Attablés dans un restauHCC, explique dans un rapport
rant, Jimmy Shaw, le capitaine
adressé aux investisseurs : « LavaWadia, Madhav Thapar et Rajiv
sa sera un modèle que nous répli-
A
EMMANUEL DERVILLE £@e_derville
Symptôme de la crise des prêts
pourris, le développement
de villes désertiques érigées
par des investisseurs avec
l’aide de politiciens véreux se
multiplie dans le sud de l’Inde.
KAREN DIAS/BLOOMBERG, VARUN-STOCK.ADOBE.COM
2/6
Lavasa, une
ville privée
se mue en
cité inhabitée
Problème : la région est habitée
par des populations tribales qui vivent de la cueillette et de l’élevage.
La loi protège ces tribus dont les
terres ne peuvent être cédées au
secteur privé. Qu’importe : la police est réquisitionnée pour chasser
les habitants.
Dans le village de Mugaon,
autrefois convoité par Lavasa Corporation, Leelabai, mère de famille
de 45 ans, réprime mal sa colère
quand elle repense à cette époque :
« L’entreprise a envoyé des voyous
nous menacer. Il y a d’abord eu les
jets de pierres. Notre hutte a été la
cible d’une bombe artisanale, puis
incendiée. Nos poules et notre vache
sont mortes. Ils ont tabassé mon
époux avec une telle brutalité qu’il a
fini par mourir, raconte-t-elle
d’une voix ferme, le regard déterminé. Ma famille vit ici depuis cinq
générations. De quel droit nous ordonnent-ils de partir ? » HCC a toujours affirmé qu’elle ignorait que
les terrains appartenaient à des
populations tribales.
“
En Inde, la terre
est mal identifiée :
savoir qui détient quoi
est compliqué
”
DES ANALYSTES FINANCIERS
580
millions
d’euros
de dette pour Lavasa
Corporation
200
millions
d’habitants
prévus à terme
Jalori ont acheté des maisons ou
ouvert des commerces ici. Le rêve
d’une cité idéale, ils y croient encore. « Quand le gouvernement est
incapable de gérer ses villes, la seule
alternative, c’est le secteur privé »,
se désole Jimmy Shaw, homme
d’affaires de Bombay. Ironie de
l’histoire, Lavasa Corporation
étant ruiné, les quatre hommes se
tournent vers les pouvoirs publics :
certains poursuivent la société en
justice, d’autres achètent leur
électricité auprès de l’État du Maharashtra…
Tout avait pourtant bien commencé. « Le gouvernement voulait
désengorger les stations de montagne et il a poussé les entreprises à
construire des agglomérations
dans les collines », se souvient
Jimmy Shaw. L’idée d’une ville
nouvelle dans les Ghats occidentaux a germé dans la tête de Sharad Pawar, chef de l’État du Maharashtra de 1993 à 1995. « J’ai
repéré le site lors d’une balade en
hélicoptère », raconte-t-il un jour
à la presse. Il contacte son ami, le
PDG de HCC, Ajit Gulabchand.
Les deux hommes s’activent pour
réunir argent et terrains au début
des années 2000.
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Elles peuvent
être le fruit de
le témoin d’u
projets immo
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ou d’un essor iers fous,
chassé par un
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coin
utre, Le Figaro
de ces villes fan
dévoile les my
figées pour tou tômes hantées par leurs spe stères
ctr
jours ou qui att
endent de rev es,
ivre.
À Bombay, des analystes financiers observent que l’alliance entre
Sharad Pawar et HCC a permis de
rafler les terrains. « En Inde, la terre est mal identifiée : savoir qui détient quoi est compliqué. Pour
contourner les complications administratives et la loi, l’intervention
d’un politicien influent est indispensable, confie l’un d’eux. Au Maharashtra, aucun gros achat foncier ne
peut se faire sans Sharad Pawar. »
C’est là un trait majeur du capitalisme indien : nombre de grandes entreprises ont bâti leur fortune sur l’exploitation de
ressources minières, foncières et
naturelles ou sur la base de licences bradées par une classe politique corrompue. En 2011, le CAG,
l’organisme d’audit des comptes
publics, note que HCC a acheté les
terrains 13 à 35 roupies le mètre
carré (30 à 80 centimes d’euro) en
2002 avant de les revendre 170 à
240 fois plus cher après les travaux sept ans plus tard.
Problème : ce capitalisme de
connivence place les projets industriels à la merci des querelles
politiciennes. En 2010, le parti du
Congrès, à la tête du gouvernement fédéral, ordonne l’arrêt du
chantier après une brouille entre
Sharad Pawar et des membres du
Congrès. Motif : violation des normes environnementales et foncières. Un an après, la justice donne
raison à HCC. Mais la suspension
des travaux, la polémique, un
marché immobilier saturé dissuadent les acheteurs. Les ventes de
maisons et d’appartements chutent. « En 2017, ils ont licencié presque tous leurs salariés. Certains
sont originaires des villages qui ont
été rasés pour faire place à la ville
nouvelle, explique un directeur
d’hôtel de Lavasa. Comme ils
avaient déjà perdu leurs terres, ils se
sont retrouvés sans rien. Pour s’en
sortir, ils louent les résidences secondaires aux touristes à l’insu des
propriétaires qui résident à Bombay
ou Pune. » La frustration est
d’autant plus grande chez les villageois que Lavasa avait lancé des
projets d’indemnisation désormais
annulés : école gratuite avec repas
scolaire, formation professionnelle et création d’emplois.
Inquiète de voir les infrastructures se dégrader, la communauté
des propriétaires tente de réagir.
« Lavasa Corporation peut faire
faillite, mais les citoyens se mobilisent pour que la cité ne s’effondre
pas », insiste le capitaine Wadia,
pilote à la retraite qui possède une
villa. Sur le campus du Christ Institute, une université gérée par une
congrégation carmélite qui propose des MBA en finance et en management à 250 étudiants, le directeur, Jossy George, estime que
l’agglomération peut renaître. « Le
cadre est propice aux études, parce
qu’il n’y a pas de distraction. Nous
avons déposé des demandes pour
démarrer un cursus de psychologie
et un master de communication. On
ouvrira un MBA de tourisme à la
rentrée. Nous allons investir
500 millions de roupies (6,5 millions
d’euros) pour accueillir 750 étudiants qui, d’ici un an, pourraient
louer les maisons vacantes. »
Alors que l’entreprise se désengage, la population s’organise.
L’un des hôtels s’est porté volontaire pour nettoyer les rues. Jimmy Shaw, qui possède un hôtel et
des restaurants, paye le logement
de ses salariés pour les retenir. À
Mugaon, Leelabai s’avoue plus
tranquille depuis que l’État du
Maharashtra a changé de gouvernement. « Les anciens policiers
sont partis. Ceux qui les ont remplacés sont avec nous. » ■
RETROUVEZ DEMAIN :
Belchite, vestige de la guerre
civile espagnole
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 31 juillet 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
CHRONIQUE
Renaud Girard
rgirard@lefigaro.fr
Les obstacles au rapprochement
russo-américain
a Maison-Blanche a indiqué,
le 27 juillet 2018, que
le président Trump recevrait
le président Poutine
à Washington au tout début
de l’année 2019, et qu’il se
rendrait lui-même plus tard à Moscou.
Ce sera alors le troisième sommet
L
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
19
ENTRE GUILLEMETS
31 juillet 1914 :
assassinat du tribun
socialiste Jean Jaurès.
Soudain,
un cri fuse,
au café du
Croissant :
»
RUE DES ARCHIVES/PVDE
Ils ont tué Jaurès !
russo-américain en l’espace
d’une année, si l’on compte la rencontre
d’Helsinki du 16 juillet 2018. Ces
rencontres multipliées préfigurent-elles
un rapprochement russo-américain ?
Depuis qu’il s’exprime sur la politique
étrangère de son pays, c’est-à-dire
depuis plus de trente ans, Donald Trump
a toujours milité pour un tel
rapprochement. Le président américain
estime que l’Amérique a un compétiteur
stratégique, qui est la Chine, qu’il faut
contenir. Aux yeux de Trump, la Russie,
qui n’est plus l’URSS avec ses satellites
du pacte de Varsovie, a perdu ce statut
de compétiteur stratégique. Il faut donc
simplement éviter de la jeter dans les
bras des Chinois, afin de ne pas donner à
Pékin la maîtrise de la masse eurasiatique
(à quoi vise en partie la politique chinoise
des « nouvelles routes de la soie »).
En politique étrangère, Trump
a rejeté le néoconservatisme (exporter
la démocratie et les droits de l’homme
à l’américaine urbi et orbi, si besoin
par la force) et a choisi le réalisme. Dans
le grand jeu triangulaire entre
les États-Unis, la Russie et la Chine,
il pense que l’Amérique doit avant tout
éviter l’alliance stratégique de Moscou
et Pékin contre elle. Voilà pourquoi
il veut établir une bonne relation avec
la Russie envers et contre tout.
Y parviendra-t-il ? Rien n’est moins
sûr, tant sont importants les obstacles
au rapprochement russo-américain.
Le premier obstacle est l’asymétrie de
comportement entre Trump et Poutine.
Celui-ci défend toujours bec et ongles
les intérêts de la Russie, alors que celui-là
semble totalement inhibé à exprimer
publiquement le moindre désaccord
avec Poutine. Dans la conférence
de presse conjointe donnée à l’issue
de la rencontre d’Helsinki, Trump a dit
qu’il ne pensait pas que la Russie s’était
ingérée dans la campagne électorale
américaine de 2016, donnant ainsi tort
aux services de renseignement
des États-Unis. Deux jours plus tard,
il dut se rétracter, devant le tollé
que provoquait sa déclaration
dans les milieux politico-médiatiques
de Washington, où la guerre froide
a laissé bien plus de séquelles
qu’en Europe occidentale.
Pour compenser le comportement jugé
erratique de Trump en diplomatie,
le Sénat américain ainsi que les hautes
sphères de l’exécutif en rajoutent
dans leur fermeté à l’égard de la Russie,
ce qui n’améliore pas la confiance
qu’ont les Russes dans les Américains.
Au demeurant, les avis sur la Russie
sont très divergents en Amérique, entre
la Maison-Blanche, le Pentagone,
le département d’État et le Congrès.
L’Otan et l’UE sont des institutions plutôt
populaires au sein des élites politiques
et administratives américaines,
alors que Trump méprise la dernière
et n’accepte la première qu’à la condition
d’un accroissement exponentiel des
contributions européennes. À Moscou,
la situation est très différente : Poutine
fait exactement la diplomatie qu’il veut.
Le maître du Kremlin demande la mort
de l’Otan, une organisation qui à ses yeux
ne se justifie plus, après la dissolution
du pacte de Varsovie.
Le 25 juillet 2018, le secrétaire d’État
Mike Pompeo a fait sur la Crimée,
annexée par la Russie en mars 2014,
une déclaration solennelle.
Elle ressemblait étrangement
à celle qu’avait faite, le 23 juillet 1940,
le secrétaire d’État Summer Welles
sur les États baltes, annexés par l’Union
soviétique en juin 1940, en vertu
d’une clause secrète du pacte
Molotov-Ribbentrop. Les États-Unis
ne reconnaîtront jamais l’annexion
et interdiront toujours à leurs diplomates
de se rendre en Crimée. Ce genre de
déclaration diplomatique est pratique,
car on peut la brandir ou l’oublier à loisir,
selon les circonstances et selon ses
interlocuteurs. La déclaration Welles
n’a pas empêché la construction d’une
solide alliance militaire américanosoviétique de décembre 1941 à mai 1945.
La déclaration Pompeo ne peut en soi
constituer un obstacle infranchissable
à un rapprochement russo-américain,
mais elle est là pour rester. La diplomatie
américaine ne pardonne pas à Poutine de
n’avoir pas respecté les engagements de
son prédécesseur Eltsine pour l’intégrité
territoriale de l’Ukraine, pris lors d’un
sommet à Budapest en décembre 1994,
après que Kiev eut accepté la destruction
de ses armes nucléaires.
La Crimée a beau paraître
historiquement russe depuis Catherine II,
et l’économie ukrainienne négligeable
dans l’espace européen, le conflit
russo-ukrainien (toujours prêt
à ressurgir au Donbass) constitue
une épine très empoisonnée. Assez
en tout cas pour empêcher Washington
et Moscou d’appréhender ensemble
des enjeux géopolitiques autrement
plus importants…
La nouvelle censure
de l’extrême gauche racialiste
L’
+
MATHIEU BOCK-CÔTÉ
« VENTS D’OUEST »
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
comme catégorie politique est typique de
l’extrême gauche racialiste qui entend
légitimer par là un authentique racisme
anti-Blancs. Il confirme l’américanisation
mentale de la société québécoise, poussée
à plaquer sur sa réalité une grille de
lecture qui lui est totalement étrangère.
Dans le deuxième cas, les militants
amérindiens réclamèrent non seulement
d’être consultés à propos du spectacle,
mais de participer à sa confection.
Certains se demandèrent si, dans cette
logique, il fallait accorder un droit de veto
aux groupes minoritaires lorsqu’une
œuvre prétend traiter de son histoire
ou de sa réalité. Chose certaine, l’espace
public est aujourd’hui patrouillé par
des milices identitaires toujours prêtes
à s’indigner dès lors qu’on questionne
l’image qu’elles prétendent projeter
de leur « communauté ».
Malgré les passions soulevées par
le débat, la classe politique, dans son
immense majorité, s’est montrée très
discrète, à l’exception du chef du Parti
québécois, Jean-François Lisée, qui a
dénoncé vigoureusement la situation. Du
côté des artistes, rares sont ceux qui ont
dénoncé la censure, et les dirigeants du
Festival international de jazz de Montréal
et du Théâtre du Nouveau Monde, qui
devaient accueillir SLAV, se sont même
excusés d’avoir heurté la communauté
noire montréalaise et de ne pas avoir
tenu compte suffisamment de ses
préoccupations. Ils s’accusèrent ainsi
d’insensibilité à la diversité et auraient
mérité leur mauvais sort. Plusieurs
éditorialistes ont repris ce créneau. Sans
endosser la censure, ils dénoncèrent la
représentation médiatique insuffisante
des minorités, qui serait à l’origine de
leur colère légitime. Croyant se placer
au-dessus du débat, ils ont repris le
discours d’autoflagellation qui s’alimente
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
à une terrible haine de soi. On peut voir
dans cette lâcheté une forme de
déclaration d’allégeance implicite
au nouveau régime multiculturaliste,
dont on ne contestera plus les dogmes
et dont on reprend le langage.
Cette querelle est absolument typique
de la décomposition de l’espace public
en contexte diversitaire, qui met
en scène la grande revanche contre la
civilisation occidentale, dont on dénonce
pêle-mêle la « blanchité », la « binarité »,
le caractère « hétéropatriarcal » et ainsi
de suite. L’heure serait venue de
la décolonisation de la vie publique,
ce qui supposerait d’abord la censure
de la perspective majoritaire,
nécessaire à la multiplication des paroles
minoritaires. Les doléances s’accumulent
publiquement avec la multiplication
des catégories les plus improbables
de dominés, comme on l’a vu avec
l’emballement récent, dans le monde
anglo-saxon, autour d’une pétition
pour que Netflix suspende la diffusion
d’Insatiable, une série annoncée pour le
mois d’août accusée de « grossophobie ».
Pour sauvegarder l’estime de soi des
différentes identités engendrées par la
société diversitaire, leurs représentants
autoproclamés seront en droit de
déterminer en quels termes on devra
parler d’elles. Celui qui prend la pose
victimaire s’assure un privilège moral
dans la vie publique.
L’œuvre d’art n’a plus d’autonomie
propre : elle n’a de valeur qu’à travers
la mission idéologique qu’on lui prête.
Fait-elle la promotion de la diversité,
de l’inclusion, des migrants, de la fluidité
des identités sexuelles et ainsi de suite ?
Si elle peut être mise au service de
la bonne cause, et pour peu qu’elle soit
autorisée par les comités diversitaires
consacrés, elle sera célébrée,
FIGAROMEDIAS
9, rue Pillet-Will, 75430 Paris Cedex 09
Tél. : 01 56 52 20 00
Fax : 01 56 52 23 07
Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
14, boulevard Haussmann
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direction.redaction@lefigaro.fr
et probablement même financée.
Le Conseil des arts du Canada (CAC),
d’ailleurs, a ainsi précisé que ceux
qui veulent réaliser une œuvre d’art
concernant les populations
amérindiennes devront manifester
publiquement leur respect à leur endroit,
sans quoi leur demande de financement
ne sera pas considérée. Comme l’a
expliqué il y a quelques mois le directeur
du CAC, « ce qu’on dit, c’est que, quand la
proposition vient d’artistes qui sont blancs,
il faut qu’on ait une preuve, une
démonstration que, dans leur démarche
artistique, les artistes qui proposent quelque
chose soient en lien, en discussion, soient en
consultation avec les autochtones ».
On comprend jusqu’où mènera la
généralisation de ce principe, qui consiste
à réintroduire le délit de blasphème
au nom du respect de la diversité.
On en tirera une leçon d’ordre général,
valable pour les deux côtés de
l’Atlantique : la question de la liberté
d’expression pose directement celle du
régime dans lequel nous vivons. Quelles
sont les conditions d’entrée dans l’espace
public ? Qui est autorisé à se prononcer
sur les questions d’intérêt général ou
particulier ? Faut-il élargir ou rétrécir
les paramètres de l’espace public ? La
tendance lourde, aujourd’hui, est à leur
rétrécissement. Tout pousse à une forme
nouvelle de censure, qui justifie même
l’ostracisation médiatique des malpensants et leur disqualification morale.
Tôt ou tard, il faudra, pour assurer la
revitalisation démocratique de nos
sociétés, entreprendre la restauration
des conditions nécessaires à la liberté
d’expression et à une délibération
publique délivrée du chantage
des groupuscules fanatisés qui réclament
le droit de faire taire ceux qui ne chantent
pas leurs vertus.
Impression L’Imprimerie, 79, rue de Roissy
93290 Tremblay-en-France
Midi Print, 30600 Gallargues-le-Montueux
Ecoprint Casablanca Maroc. ISSN 0182-5852
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est imprimé sur un papier UPM porteur de l’Ecolabel européen
sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
6 pages
A
été 2018, à Montréal,
aura été celui de la
censure, et sa principale
victime, Robert Lepage,
un dramaturge
québécois, dont deux
pièces ont été annulées coup sur coup. La
première, SLAV, se voulait un hommage
aux victimes de l’oppression et tournait
autour de chants d’esclaves, alors que
la seconde, Kanata, renversait le regard
historique traditionnellement posé
sur le Canada, en privilégiant celui des
Amérindiens par rapport aux Blancs.
Lepage reconduisait, avec un génie
dramaturgique indéniable, une lecture
culpabilisante de l’histoire occidentale.
Mais, sans le savoir, il était en retard sur
la radicalisation du multiculturalisme.
La controverse, chaque fois, s’est présentée
de la même façon : un groupuscule
prétendant représenter une communauté
« minoritaire » a surgi pour accuser la pièce
de se rendre coupable d’appropriation
culturelle, c’est-à-dire d’une forme de
pillage symbolique propre à la domination
néocoloniale que subiraient les populations
« racisées ». Dans un tel contexte, la peur
de paraître raciste gagne alors l’espace
public et un réflexe d’autocensure
s’empare des esprits. Telle est la loi du
politiquement correct.
» Le théâtre étouffé par
le politiquement correct PAGE 11
Ainsi, les militants anti-SLAV ont-ils
soutenu qu’il était
absolument
illégitime qu’une
Blanche puisse
reprendre des
chants composés par
et pour des Noirs.
Au Québec, plusieurs spectacles ont été annulés
Cet argumentaire
en raison de l’« appropriation culturelle » dont
prônant un principe
ils feraient preuve. Notre chroniqueur s’alarme
d’étanchéité
de cette nouvelle réduction de la liberté d’expression ethnique et
au nom de l’idéologie diversitaire.
réhabilitant la race
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 31 juillet 2018 LE FIGARO
L’ÉTÉ DU FIGARO
[
Les rencontre
inattendues s
Rien ne les pré
disposai
2/6
ISABELLE SPAAK
« Chère Nathalie, j’aimerais vous
faire visiter mon appartement,
tout près d’ici, avenue Kennedy », suggère Alain Delon à sa
partenaire Nathalie Baye lors du
tournage de Notre histoire, film
de Bertrand Blier dont ils partagent l’affiche en 1984. « D’accord, on y va », acquiesce la comédienne, 35 ans à l’époque.
« J’aime beaucoup Alain, nous
nous entendions très bien, nous
raconte Nathalie Baye. Ce jourlà, nous tournions près de la
Maison de la Radio. À l’heure de
la cantine, nous sommes allés
chez lui. » Delon lui montre une
à une chaque pièce, s’arrête devant une porte à double battant.
« Maintenant, je vous emmène
dans mon trésor. » Nathalie Baye
se rappelle comme si c’était hier
d’« une salle immense avec
beaucoup, beaucoup d’objets extraordinaires ». Au milieu, « une
table exceptionnelle. » Elle tombe en arrêt, tourne autour du
meuble, fouille sa mémoire. « Je
la connais, cette table, je la
connais ! », s’exclame l’actrice.
Soudain, un nom lui revient :
« Paul Morand ! » Oui, c’est
exact. Avant de trôner au cœur
des 780 mètres carrés du triplex
de Delon, l’immense « table de
“
Paul Morand
était charmant,
assez frétillant même.
On voyait qu’il aimait
beaucoup les jeunes
filles. Sa femme, qui
devait bien connaître
son mari, m’a accueillie
assez fraîchement
au début
A
NATHALIE BAYE
”
palais » au lourd plateau soutenu par trois pieds colonnes
réunis par une traverse trônait
dans le hall du domicile d’Hélène et de Paul Morand, avenue
Charles-Floquet
près
du
Champ-de-Mars. « Un salon
cathédrale, 8 mètres de haut,
20 de long, 8 de large », récite la
romancière Pauline Dreyfus qui
connaît les dimensions de ce
rez-de-chaussée par cœur pour
en avoir fait le cadre d’Immortel, enfin, consacré à l’auteur
d’Hécate et ses chiens.
Auréolé du prix des Deux Magots 2013, Immortel, enfin met
en scène le couple Morand en
1968. L’année où l’écrivain diplomate, « tiré de l’oubli » selon
ses propres mots par la jeune
garde des Hussards grâce à Roger Nimier qui l’a exhumé du silence où il était tombé après la
Libération, révoqué des Affaires
étrangères par le général de
Gaulle suite à son attitude durant l’Occupation et son poste
d’ambassadeur de Vichy à Berne, se présente pour la cinquième fois à l’Académie française.
Un épisode crucial dans la
carrière de l’écrivain pour lequel
la romancière s’est néanmoins
autorisée quelques fantaisies
avec la réalité. Notamment, la
présence de Nathalie Baye chez
les Morand cette année-là.
Jeune débutante, l’actrice a effectivement été engagée comme
lectrice durant deux ans par
l’académicien au rythme de deux
fois par semaine pour servir
d’yeux à Hélène, sa femme, devenue presque aveugle. Mais ces
séances eurent lieu quelques années plus tard, « en 1972 et 1973
exactement », certifie Pauline
]
t à se croiser,
à converser,
à s’e
univers étaien stimer, tant leurs
t différents. Et
pourtant...
En 1972, l’ancienne élève
d’Antoine Vitez fait ses débuts
au cinéma dans Faustine
et le Bel Été de Nina
Companeez. L’année suivante,
François Truffaut l’engagera
pour La Nuit américaine.
« Aujourd’hui
je n’ai pas envie
de lecture. Si nous
discutions ? »
[
1972
]
En 1984, la comédienne tourne
avec Alain Delon et le hasard la ramène
au début des années 1970, lorsque,
toute jeune actrice, elle fut engagée
comme lectrice par Paul Morand
pour servir d’yeux à sa femme.
Quand il recrute la jeune
Nathalie Baye, l’académicien,
le diplomate écrivain, l’auteur
de L’Homme pressé débute,
à 80 ans, son Journal inutile,
qui sera publié post mortem.
Dreyfus, invoquant sa liberté
d’écrivain pour ce raccourci du
temps. Nathalie Baye ne lui en a
pas voulu. « Au contraire, s’amuse Pauline Dreyfus. En 2011,
j’étais la première à l’interroger
sur cet épisode. Elle m’a très gentiment répondu, téléphoné à la
sortie du livre, dit l’avoir aimé et
envoyé à Alain (Delon). Aucun
biographe de Morand ne s’était intéressé à elle auparavant. Morand
lui-même, dans son Journal inutile, ne la mentionne pas. Preuve
que la jeune fille était considérée
comme “menu fretin”. »
Pour la romancière, l’extraordinaire de la rencontre entre
la comédienne et le grand écrivain repose - comme souvent
dans ce genre de jonction inattendue - sur la suite. Nathalie
Baye aurait pu rester une comédienne anonyme. Elle est devenue célèbre, auréolée de quatre
César dont deux de la meilleure
actrice pour La Balance (en
1983) et Le Petit Lieutenant (en
2006), et fut la compagne de
Johnny Halliday, la mère de
Laura, fille aînée du chanteur.
« C’est ça, l’extraordinaire, répète Pauline Dreyfus. Ce catapultage entre Proust et Johnny. »
Car Paul Morand et sa femme
sont des personnages d’un autre
siècle quand Nathalie Baye est
embauchée par le couple, qui la
rémunère « moins qu’une femme
de ménage ». « Ce n’est pas très
gentil de dire ça, rigole rétrospectivement Nathalie Baye,
mais c’est la vérité. »
Nous sommes en 1972. Nathalie
Baye est en deuxième année du
conservatoire d’art dramatique à
Paris. L’académicien s’adresse à
l’école pour qu’on lui recommande une étudiante. Ça tombe
sur elle. « Pourquoi moi ? Aucune
idée. Peut-être parce que le
directeur savait que j’étais très
fauchée. »
Intimidée et « un peu farouche », elle se présente donc un
jour avenue Charles-Floquet.
Paul Morand ouvre lui-même la
porte. « Il était charmant, assez
frétillant même. On voyait qu’il
aimait beaucoup les jeunes filles.
Sa femme, qui devait bien connaître son mari, m’a accueillie assez
fraîchement au début. Ma présence devait l’agacer. Ensuite, elle
s’est adoucie, elle est devenue très
gentille. J’étais très jeune, très
ignorante. » Impressionnée ? Pas
particulièrement. « Je venais du
monde de la danse, rentrais des
États-Unis, découvrais le théâtre,
passion naissante qui prenait toute
la place. Il y avait peu de gens qui
m’impressionnaient en dehors de
ceux qui étaient sur une scène. Et
puis je n’avais pas vraiment
conscience de qui était Paul Morand. J’avais dû lire Ouvert la
nuit. Mais j’étais à un âge, vous
savez… »
Chez les Morand, néanmoins,
il y a « une ambiance », se souvient la future débutante dans
La Nuit américaine de Truffaut.
« On arrivait dans ce hall immense. Hélène Morand était un
tout petit personnage, installé
dans une alcôve sur une sorte de
chaise longue, pas vraiment un
lit, plutôt un fauteuil. Elle avait
dû être très belle. »
Si belle, si particulière, Hélène Morand, qu’elle fit tourner la
tête de Marcel Proust, tombé
immédiatement sous son charme lorsqu’il la rencontre au Ritz
où elle s’était réfugiée durant la
Grande Guerre, son immense
appartement de l’avenue
Charles-Floquet trop
difficile à chauffer.
« Deux ou trois
fois par semaine, il dînait en bas
au restaurant. Puis, il montait
chez moi, il ne mangeait ni ne
buvait, il me racontait toutes les
histoires de la journée, il adorait
les potins. »
Née Hélène Chrissoveloni en
Roumanie, en 1879, devenue
princesse Soutzo par son mariage avec le prince Dimitri
Soutzo-Doudesco, dont elle est
séparée quand elle fait la
connaissance de Paul Morand,
neuf ans de moins qu’elle, à
Londres en 1915, Hélène épouse
l’écrivain diplomate le 3 janvier
1927. Toute leur vie commune, il
lui sera infidèle. Mais, à l’époque où Nathalie Baye lui fait la
lecture, Hélène Morand est une
personne diminuée.
Autrefois réputée pour « son
“
Paul était très
délicat avec sa femme.
Il faisait la sélection
des choses que je
devais lui lire, passages
de livres, articles
de presse, des choses
assez différentes
les unes des autres
NATHALIE BAYE
”
tempérament très fort, culturellement antisémite, très à droite, qui
fait souvent dire aux défenseurs de
Morand qu’elle fut son mauvais
génie pour le disculper de ses propres erreurs de jugement », explique Pauline Dreyfus, elle est
plongée dans ses souvenirs d’enfance. Paul Morand l’entoure de
tous ses soins. « Il était très délicat
avec elle, raconte Nathalie Baye. Il
faisait la sélection des choses que
je devais lui lire, passages de livres, articles de presse, des choses
assez différentes les unes des
autres. Parfois, il assistait aux
lectures et ils discutaient ensuite
des textes entre eux. Je ne percevais pas la teneur de leurs conversations, mais j’écoutais sans
m’ennuyer. »
Morand parlait assez fort
quand il s’adressait à sa femme,
« pourtant elle n’était pas sourde », précise la comédienne qui
aimait les moments où, restée
seule de temps à autre avec Hélène, celle-ci lui disait : « Oh non,
aujourd’hui, je n’ai pas envie de
lecture. Si nous bavardions ? Elle
avait envie de savoir qui j’étais, ce
que je faisais de ma vie. »
Morand, lui, est toujours
« très charmant, très bienveillant » avec l’actrice débutante. Un jour, il lui demande
son avis. « Il est question de
l’adaptation de L’Homme pressé
avec Alain Delon. Qu’en pensezvous ? » Nathalie Baye est décontenancée. « Bah, euh, oui,
oui… » Que pouvait-elle répondre ? N’y connaissant encore
pas grand-chose ni personne
dans le milieu du cinéma.
Et comment aurait-elle pu
deviner que, moins de dix ans
plus tard, invitée chez Delon,
elle découvrirait cette table de
4,50 mètres de long acquise par
l’acteur lors de la dispersion du
mobilier des Morand aux enchères en novembre 1977 ? Une
table qui rappellerait à Nathalie
Baye cette « anecdote » de sa
jeunesse. La comédienne insiste
vraiment sur le mot « anecdote ». La vie lui en apportera tant
d’autres ensuite. ■
RETROUVEZ DEMAIN :
George Steiner
et Lucien Rebatet
IMAGO STOCK&PEOPLE/IMAGO/RUE DES ARCHIVES ET LENA/©GALLIMARD VIA OPALE/LEEMAGE
20
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mardi 31 juillet 2018 LE FIGARO - N° 23 006 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> EXCLUSIF
lefigaro.fr/economie
AUTOLIB’
CLINIQUES
L’ARRÊT DU SERVICE PAR
LA VILLE DE PARIS ROUVRE LE
CONFLIT AVEC BOLLORÉ PAGE 24
RAMSAY GÉNÉRALE DE SANTÉ
PRÊT À RELEVER LE PRIX
DE SON OPA SUR CAPIO PAGE 25
Pourquoi les prix du pétrole
ne devraient pas baisser
Limitation de la production, tensions géopolitiques… Le baril de brent a quasiment
triplé depuis son point bas de juin 2016. Les effets sur la croissance restent limités.
D’un côté, une croissance soutenue qui alimente la demande
mondiale de pétrole, de l’autre
une limitation de la production
pour soutenir les prix et des ten-
sions géopolitiques accrues. Tels
sont les ingrédients de la hausse
des cours du pétrole depuis plusieurs mois. Le baril de brent, valeur de référence, a pris plus de
20 % depuis le début de l’année. Il
devrait rester dans une fourchette
de 75 à 80 dollars en raison des
tensions au Moyen-Orient, dans
la perspective surtout du rétablis-
sement des sanctions américaines
à l’encontre de l’Iran, septième
producteur mondial. Le consommateur est pour l’heure la principale victime du choc pétrolier.
èCE CHOC PÉTROLIER PÉNALISE QUASI EXCLUSIVEMENT LES CONSOMMATEURS PAGE 22
Le groupe de médias
a annoncé lors de la
présentation de ses
résultats semestriels
qu’il avait engagé
des négociations
exclusives pour
racheter Editis, le
numéro deux français
de l’édition, détenu
par l’espagnol Planeta.
Montant
de la transaction :
900 millions d’euros.
Une librairie parisienne.
le PLUS du
FIGARO ÉCO
JEUX VIDÉ0
Activision-Blizzard
impose son modèle
dans l’e-sport
PAGE 25
LA SÉANCE
DU LUNDI 30 JUILLET 2018
CAC 40
5491,22
-0,37%
DOW JONES (18h)
25390,68 -0,24%
ONCE D’OR
1223,80 (1223,95)
PÉTROLE (lond)
74,950 (74,700)
EUROSTOXX 50
3512,31 -0,42%
FOOTSIE
7700,85 -0,01%
NASDAQ (18h)
7214,36
-1,13%
NIKKEI
22544,84 -0,74%
La nouvelle devrait réjouir la ministre
de la Santé, Agnès Buzyn, et son homologue des Comptes publics, Gérald
Darmanin. Les ventes de cigarettes
de contrebande ont plongé de 15 % en
France l’an passé, selon une étude de
KPMG, que Le Figaro a pu consulter.
Une baisse historique inattendue : les
industriels du tabac avaient même
prédit une hausse liée à l’instauration
du paquet neutre, obligatoire chez les
buralistes depuis janvier 2017. Cette
chute s’accompagne d’un recul de 11 %
des achats transfrontaliers, effectués
légalement dans les zones hors taxes
et les pays limitrophes (Espagne, Belgique, Luxembourg), où le paquet est
bien moins cher. De leur côté, les ventes dans les civettes tricolores sont
restées quasi stables (- 1 %). Au total,
de 2016 à 2017, la part des achats hors
du réseau des buralistes est donc ainsi
tombée de 27 % à 24,6 % des cigarettes fumées en France.
« Malgré la baisse de la consommation de cigarettes (- 4 %), qui ne reflète pas le prétendu million de fumeurs
en moins évoqué par le ministère de
la Santé, la France reste championne
d’Europe des achats hors réseau »,
souligne Éric Sensi-Minautier, de British American Tobacco. Celui-ci relève qu’il n’y a eu l’an passé ni plus de
saisies douanières, ni plus de contrôles au port du Marseille, où transitent
les Marlboro acheminées d’Algérie.
Le recul des achats sur les réseaux
parallèles s’explique en fait surtout par
la stabilité du prix du paquet chez les
buralistes, qui n’a pas bougé de 2014 à
fin 2017. Pour les fumeurs dont le pouvoir d’achat s’améliore, ce prix est devenu relativement moins douloureux,
et une part des achats des fumeurs a
donc basculé du marché illégal vers le
marché légal.
Cette éclaircie pourrait être de courte
durée, avec le choc de prix décidé à
l’automne, consistant à porter de 7 à
10 euros le prix du paquet d’ici à 2020.
« Nous pouvons nous attendre à une
aggravation de la situation si les autorités ne mettent pas en place un plan
concret de lutte contre les trafics »,
assure Éric Sensi-Minautier. KPMG indique avoir observé un retournement
de tendance après la forte hausse de
mars dernier.
IVAN LETESSIER
PAGE 26
L'HISTOIRE
Un actionnaire porte plainte après
le plongeon de l’action Facebook
ux États-Unis, il n’est pas rare
que des actionnaires qui
s’estiment lésés poursuivent
une société en justice. Aussi
le vertigineux plongeon de
20 % du titre Facebook et les 120 milliards
de dollars de valorisation évaporés
en une seule séance, le 26 juillet dernier,
avaient-ils peu de chances de rester sans
conséquences. James Kacouris a dégainé
le premier. Cet actionnaire du réseau
social a porté plainte contre Mark
Zuckerberg, le PDG de Facebook, et son
directeur financier, David Wehner, devant
la cour de Manhattan. Il les accuse d’avoir
enfreint des lois
fédérales
sur les valeurs
mobilières, en
n’ayant pas été
transparents
- voire d’avoir
trompé leurs
investisseurs sur l’érosion du
nombre de leurs
utilisateurs
actifs en
A
Amérique du Nord et en Europe,
sur le ralentissement de la croissance
du groupe et sur la baisse de sa marge
opérationnelle. Il n’est pas précisé pour le
moment quels sont les dommages réclamés.
Surtout, James Kacouris et son avocat
veulent que la plainte soit requalifiée
en recours collectif (class action), ce qui
permettrait à d’autres actionnaires de se
joindre à eux. Depuis le scandale Cambridge
Analytica, Facebook a déjà des dizaines de
procédures contre lui, des deux côtés de
l’Atlantique. La semaine dernière, son avocat
star et chef de son département juridique,
Colin Stretch, annonçait son départ de
l’entreprise d’ici à la
fin de l’année, après
huit années de bons
et loyaux services.
« Il n’y a jamais un
“bon moment” pour
une transition
comme celle-ci »,
a-t-il écrit dans une
note de blog. Son
futur successeur a
déjà un programme
I. V.
chargé. ■
RTE rétablit
le courant à la gare
Montparnasse
RTE a rétabli le courant électrique lundi en fin de journée
gare Montparnasse, après
avoir mené des « phases de
tests qui se sont avérées
concluantes ».
Trois jours après l’incendie
d’un poste électrique, le gestionnaire du réseau haute
tension a indiqué par communiqué avoir mis en œuvre
« une liaison alternative » permettant de « rétablir l’alimentation électrique du réseau
ferroviaire de la gare Montparnasse et des foyers de la
zone ».
Vendredi, un incendie, toujours inexpliqué, avait gravement endommagé le poste
électrique d’Harcourt, à Issy-les-Moulineaux (Hautsde-Seine), qui alimente la
gare Montparnasse, bloquant
totalement la circulation des
trains au départ et à l’arrivée
de la gare.
Un peu plus tôt dans la journée, le PDG de SNCF Réseau
s’est montré réservé quant à
l’efficacité de cette réparation. « Ce lien permet de rétablir en pleine capacité la puissance nécessaire pour faire
fonctionner la gare Montparnasse, a-t-il précisé. Mais
néanmoins, nous avions trois
liens et nous n’en avons plus
qu’un, donc nous sommes dans
une situation fragile, et un incident pourrait réapparaître. »
Selon la SNCF, le retour à la
normale de la circulation des
trains sera progressif, en raison du retard accumulé au
centre de maintenance des
rames TGV à Châtillon
(Hauts-de-Seine), lui aussi
touché par la coupure d’électricité.
Le trafic ne devrait redevenir
« proche de la normale » qu’à
partir de vendredi, et « complètement normal » lundi
6 août à la gare Montparnasse, selon le transporteur, qui
a prévu d’indiquer « jour par
jour » à ses clients « les trains
qui circuleront le lendemain ».
D. D.
A
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO, DADO RUVIC/REUTERS
Vivendi
revient
en force
dans l’édition
CIGARETTES : LA
CONTREBANDE
EN BAISSE EN
FRANCE EN 2017
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 31 juillet 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Croissance et tensions tirent
le prix du pétrole vers le haut
La raffinerie Saudi
Aramco à Ras Tanura,
en Arabie saoudite,
troisième pays
producteur de pétrole.
L’Iran, menacé par les sanctions américaines, polarise les inquiétudes.
AHMED JADALLAH/REUTERS
ARMELLE BOHINEUST
£@armelella
ET ANNE CHEYVIALLE
£@AnneCheyvialle
ÉNERGIE À 75 dollars le baril de
brent lundi, l’or noir affiche un
net rebond par rapport aux
50 dollars affichés fin 2016. Une
remontée largement imputable à
l’accord conclu entre l’Opep et les
grands producteurs après la chute
des prix entre 2014 et 2016. « Cette
entente a été couronnée de succès.
En consentant des petites baisses de
production, ils ont provoqué une
spectaculaire
remontée
des
cours », pointe Francis Perrin, directeur de recherche à l’Iris (Institut des relations internationales
et stratégiques). Aujourd’hui, les
mêmes opérateurs entendent plutôt relancer leurs productions. Ils
ont décidé fin juin d’ouvrir à nouveau les vannes dès juillet.
D’autres facteurs ont participé à
la hausse des cours et continuent
de les porter vers le haut. À commencer par le retour de la croissance mondiale et, partant, de la
demande d’or noir, qui est restée
soutenue depuis 2010. « Le monde
est toujours assoiffé de pétrole, la
demande est tirée à la hausse par
les pays émergents et en développement », souligne Francis Perrin.
Les marchés ont beau s’inquiéter
de l’impact de la guerre commerciale lancée par les États-Unis car
elle pourrait ralentir la croissance
et faire fondre les besoins en pétrole, l’Agence internationale de
l’énergie (AIE) prévoit cette année
une hausse de la demande de
1,4 million de barils par jour. Le
récent armistice entre l’UE et les
États-Unis, issu de la rencontre la
semaine dernière du chef de
l’exécutif européen Jean-Claude
Juncker et de Donald Trump, a atténué les craintes et tiré à nouveau
les prix vers le haut.
Un prix qui a quasiment triplé en 3 ans
75
Cours du pétrole à Londres, en dollars par baril
80
Le Mexique veut
doper le secteur
pétrolier
DEMANDE MONDIALE DE PÉTROLE
En millions de barils par jour
Prévisions
100
70
60
53,4
50
40
30
30 juillet
27,88
2015
30 juillet
2016
Source : Bloomberg
Fourchette
de 75 à 80 dollars
« Au-delà de l’équilibre fragile entre l’offre et la demande, le prix est
soutenu par le dégonflement des
stocks, notamment aux ÉtatsUnis », souligne Jérôme Sabathier,
chef du département Économie à
l’Ifpen (Institut français du pétrole
énergies nouvelles). Sans compter
qu’aux États-Unis la demande
pourrait être revue à la hausse si
l’Administration Trump révise la
législation sur la consommation
au kilomètre.
Les risques géopolitiques sont
eux aussi loin d’être négligeables.
Le Venezuela en quasi-faillite a vu
sa production chuter de moitié
depuis 2000 tandis qu’en Libye,
un pays toujours instable, elle reste très irrégulière.
2018
2017
Infographie
Mais c’est le Moyen-Orient et
les tensions accrues dans cette région cruciale en termes d’approvisionnement qui polarisent les
inquiétudes.
« La moitié des réserves prouvées
dans le monde se concentre dans
une région exposée à des soubresauts et des risques de guerre », résume Francis Perrin. L’Arabie
saoudite, l’un des trois premiers
producteurs mondiaux avec les
États-Unis et la Russie, subit des
tensions sur ses deux flancs. Côté
mer Rouge, Riyad a stoppé les
transferts par navire après l’attaque de deux pétroliers par les milices Houthi du Yémen. Côté golfe
Persique, son ennemi séculaire
l’Iran menace de perturber le trafic dans le détroit d’Ormuz en réponse aux mesures américaines.
Le septième producteur mon-
dial est visé par le rétablissement
des sanctions, à partir du 1er novembre pour l’énergie, décidé par
Donald Trump, très agressif envers Téhéran. « Cela aura un double impact sur la production, à
court terme du fait de l’arrêt des
exportations, et à long terme par
manque d’investissement », précise Francis Perrin.
Dans cet environnement tendu,
les prix devraient se maintenir
dans une fourchette de 75 à
80 dollars dans les prochains mois.
C’est d’ailleurs un prix qui satisfait
à peu près tout le monde, souligne
Jérôme Sabathier. À commencer
par les groupes pétroliers. Portés
par la hausse du prix de l’or noir,
des diversifications pertinentes et
des baisses de coûts, Shell et Total
ont ainsi vu leurs profits s’envoler
au premier semestre. ■
Faute d’investissement, le Mexique
subit une baisse régulière de sa
production pétrolière depuis des
années. Pour inverser la tendance,
le président sortant, Enrique Peña
Nieto, a passé une réforme
visant à ouvrir le marché
aux investisseurs étrangers.
Cela a permis des découvertes
importantes, notamment
de l’italien Eni, dans le golfe
du Mexique. « La société d’État
Pemex n’avait pas l’expertise
technique pour explorer en eaux
profondes », explique Francis
Perrin, directeur de recherche
à l’Iris. Le candidat de gauche,
Andrés Manuel López Obrador, qui
vient de remporter la présidentielle
début juillet, veut mettre l’accent
sur le secteur pétrolier. Il propose
d’injecter 4 milliards de dollars
dans le capital de Pemex pour
doper l’exploration, l’objectif
affiché étant d’augmenter la
production de 600 000 barils par
jour (bj). Alors qu’elle a atteint
1,8 million de bj, en baisse de 7,3 %
par rapport au deuxième trimestre
de 2017. Le président veut aussi
construire deux nouvelles
raffineries pour réduire
la dépendance aux importations
de pétrole raffiné en provenance
des États-Unis.
A. C.
96,20 97,73
99,12
2016
2018
100,49
80
60
2017
2019
PRODUCTION DE PÉTROLE BRUT
En millions de barils par jour
ÉTATS-UNIS
14,99
RUSSIE
11,45
ARABIE SAOUDITE
10,46
CANADA
4,67
IRAK
4,55
CHINE
3,82
IRAN
3,79
Source : IEA
Ce choc pétrolier pénalise quasi exclusivement les consommateurs
«
La zone
euro
est aussi
confrontée
à la hausse
du prix du
pétrole qui
correspond
à un
prélèvement
de 0,7 point
de PIB sur
le revenu
réel
A
»
PATRICK ARTUS,
CHEF ÉCONOMISTE
DE NATIXIS
JEAN-PIERRE ROBIN
jprobin@lefigaro.fr
Les vacanciers automobilistes subissent une double peine : la canicule et la flambée des carburants
rendent les voyages pénibles et
beaucoup plus chers. Entre juillet
2017 et juillet 2018, les prix à la
pompe, toutes taxes comprises,
ont grimpé d’un peu plus de 25 % :
le litre de gazole, entre autres, est
passé de 1,18 euro à 1,48 euro en
moyenne.
Les écologistes considèrent bien
sûr l’envolée simultanée du thermomètre et des produits pétroliers comme une sorte de justice
immanente. Que le réchauffement
du climat coïncide avec un renchérissement des prix de l’énergie
fossile, grand responsable de l’effet de serre, voilà un juste retour
des choses. C’est même l’amorce
d’un mécanisme autorégulateur
conformément aux canons de
l’économie de marché : à partir du
moment où les prix grimpent, la
demande devrait se calmer d’ellemême !
Seul hic, l’activité économique
risque elle aussi de s’en ressentir
négativement. Car le terme de
« choc pétrolier » n’est nullement
usurpé quand le prix du baril a
augmenté de 40 % sur les douze
derniers mois sur les marchés
mondiaux. C’est le chiffre mis en
exergue par le FMI dans son analyse présentée le 21 juillet dernier à la
réunion des ministres des Finances
du G20 à Buenos Aires. La remontée des prix est encore plus nette si
on prend pour référence décembre
2015, lorsque le baril de brent était
tombé à moins de 30 dollars : il a
tutoyé les 80 dollars au début de
cet été 2018…
Or, loin de tirer la sonnette
d’alarme, les économistes internationaux et les marchés euxmêmes tendent à minimiser l’impact de ce retournement des
cours. Malgré la promesse de
Trump d’empêcher l’Iran, l’un
des principaux membres de
l’Opep, d’exporter le moindre
baril d’or noir à compter de début novembre prochain, personne ne croît aujourd’hui à une pénurie. « Les marchés à terme
indiquent que les prix vont probablement baisser au cours des quatre à cinq prochaines années (en
partie à cause d’une augmentation de la production de gaz de
schiste aux États-Unis, NDLR).
Fin juin, les cours à moyen terme
avoisinaient 59 dollars le baril
(20 % en deçà des niveaux actuels) », soulignait le 16 juillet
Maurice Obstfeld, le chef économiste du FMI, en présentant ses
prévisions de croissance mondia-
le maintenues à 3,9 % en 2018 et
2019, malgré les risques de guerre
commerciale.
Peu d’effets sur le front
de l’emploi
L’autre explication du faible impact que semble avoir la flambée
des prix pétroliers sur l’économie
internationale tient à la façon dont
elle se diffuse. Certes, les consommateurs la prennent de plein
fouet. Sans même parler des pays
les plus pauvres et donc les plus
vulnérables, notamment en Afrique, « la zone euro est aussi
confrontée à la hausse du prix du
pétrole qui correspond à un prélèvement de 0,7 point de PIB sur le
revenu réel », calcule Patrick Artus, le chef économiste de Natixis.
C’est une perte sèche pour les
ménages en tant que consommateurs et d’autant plus rude qu’elle
ne sera pratiquement pas compen-
sée par une remontée des salaires.
« Une caractéristique importante de
la zone euro est aujourd’hui la faiblesse de l’indexation des salaires
aux prix : une hausse de 1 point de
l’inflation conduit à un relèvement
de 0,2 point du salaire nominal »,
précise Patrick Artus.
La potion est donc amère pour
les salariés. En revanche, les coûts
salariaux des entreprises ne seront
pas affectés. Contrairement aux
chocs pétroliers des années 1970 et
1980, qui avaient désorganisé
complètement l’économie, notamment en France, l’impact devrait donc être circonscrit à la seule consommation. Ce qui n’est pas
rien, mais cela reste un moindre
mal, avec peu d’effets sur le front
de l’emploi. Aux automobilistes
d’avoir une conduite plus « économe » de carburants ? On se gardera
bien d’émettre le moindre avis sur
les limitations de vitesse. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 31 juillet 2018
ÉCONOMIE
23
Brexit : Londres
ouvre la voie à un
accord commercial
avec Pékin
vouloir mettre l’accent sur le commerce extra-européen, loin de
Bruxelles et de ses droits de douane. En visite au Royaume-Uni le
mois dernier, Donald Trump a
douché les espoirs de rapprochement avec les États-Unis en affirmant qu’un accord de libre-échange serait impossible si le RoyaumeUni maintenait une relation
économique étroite avec l’UE.
Accès au marché européen
Jeremy Hunt, le nouveau chef de la diplomatie
britannique, effectue une visite en Chine.
les États-Unis,
l’Australie ou
la NouvelleZélande,
avec qui le
Royaume-Uni
travaille
pour trouver
un accord
de libreéchange
»
ALEXANDRA RENISON,
EN CHARGE DU
COMMERCE À L’INSTITUT
DES DIRECTEURS
MARINA DARAS £@MarinaDaras
LONDRES
GRANDE-BRETAGNE Le nouveau
ministre des Affaires étrangères
britannique, Jeremy Hunt, a choisi
la Chine pour son premier voyage
international en dehors de l’Europe. Ce déplacement lui a permis
d’ouvrir le dialogue avec son homologue chinois, Wang Yi, en vue
d’un possible accord de libreéchange entre Londres et Pékin
une fois que le Royaume-Uni aura
quitté l’Union européenne.
Theresa May, qui avait déjà évoqué une accélération des discussions entre les deux pays lors d’une
visite en Chine en début d’année,
peut donc se réjouir devant cette
opportunité de partenariat com-
mercial avec une nation externe au
marché européen. Alors que le
Royaume-Uni n’a plus que quelques mois pour finaliser les négociations sur les modalités de son divorce avec l’Europe et que la
perspective d’un « no deal » hante
le gouvernement.
Mais si le Royaume-Uni intensifie ses relations commerciales avec
la Chine, il devra sans doute être
plus conciliant quant aux investissements chinois sur le sol britannique. Theresa May voyait déjà d’un
mauvais œil l’implication financière de la Chine dans le projet de
construction par EDF de deux
réacteurs nucléaires EPR à Hinkley
Point, un projet lancé par son prédécesseur, David Cameron, et dont
elle avait hérité en 2016. La première ministre s’était même dite
Jeremy Hunt (à gauche), ministre des Affaires étrangères britannique,
et son homologue chinois, Wang Yi, lundi à Pékin. POOL/REUTERS
prête à défendre les secteurs jugés
stratégiques pour son pays, comme
le nucléaire et les télécommunications, contre l’arrivée massive de
capitaux étrangers.
En même temps, le pays se doit
de rester ouvert aux investissements. Lors de son discours de
Lancaster House en janvier 2017, la
première ministre annonçait déjà
Oddo BHF reste à l’affût d’acquisitions en Allemagne
Après avoir doublé de taille en trois ans, la banque franco-allemande reste très ambitieuse.
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
100
millions d’euros
Résultat brut
d’exploitation 2017
BANQUE Il aura suffi de trois ans à
Oddo pour devenir une banque
franco-allemande et doubler de
taille. Trois ans au cours desquels
le groupe familial a acquis outreRhin la banque d’investissement
Seydler, le gestionnaire d’actifs
Meriten et surtout, en 2016, BHFBank. Ce dernier mariage a donné
naissance à la banque Oddo BHF.
« Le groupe est totalement intégré. Deux tiers des revenus proviennent de la gestion d’actifs et de
l’activité de banque privée, le solde
de la banque d’investissement »,
détaille Christophe Tadié, directeur financier d’Oddo BHF, qui
gère 100 milliards d’euros d’actifs.
Après un an de transformation,
elle a redressé ses comptes en 2017
avec près de 100 millions de résultat brut d’exploitation.
Ce retour à la normale est dû au
redressement de BHF, qui s’était
endormie après avoir changé plu-
sieurs fois de mains. Mais la banque de gestion privée n’a pas perdu de clients, chefs d’entreprises
moyennes et familiales (le Mittelstand) convoités. « BHF est
l’une des banques allemandes les
plus anciennes. La marque est très
forte, selon Philippe Oddo, associé
gérant d’Oddo BHF. Pour la redresser, nous avons réorganisé sa
structure, relancé l’activité commerciale, et nous sommes en train
de changer le système informatique. » Dans un an, elle aura les
mêmes outils et la même plateforme qu’Oddo BHF en France.
« Désormais, nous sommes une
banque française en France et une
banque allemande outre-Rhin,
mais nous dirigeons le groupe comme une seule entité », ajoute le dirigeant, qui passe trois jours par
semaine à Francfort. Cette double
identité offre un avantage clé au
groupe en Allemagne, où les
clients sont très attachés aux banques locales. Le patron, qui parle
la langue de Goethe, visite chaque
semaine les industriels, souvent à
la tête de champions mondiaux de
secteurs de niche. « Le fait d’être
moi-même un entrepreneur est un
avantage. Nous parlons le même
langage », assure-t-il. La stratégie
porte ses fruits. Oddo BHF a collecté 2,5 milliards d’euros dans la
banque privée en Allemagne en
2017 et gagné des parts de marché.
Cibler les family offices
Fort de son succès, le groupe veut
continuer à se développer. Philippe Oddo, qui l’a construit en multipliant les acquisitions, n’exclut
pas d’en réaliser d’autres. « Nous
restons ouverts à de nouvelles opérations en Allemagne. Nous saurons saisir l’opportunité si elle se
présente. » En attendant, la banque ambitionne de faire grandir
son activité de banque privée et de
gestion de fortune des deux côtés
du Rhin, en élargissant l’offre au
capital-investissement. « Le marché allemand de la banque privée
est très profond. Nous pouvons y
développer des produits innovants », souligne Philippe Oddo.
Le dirigeant a de grandes ambitions avec les family offices, plus
développés Outre-Rhin. Le groupe vient de lancer un fonds d’investissement de 100 millions de
dollars dédié à l’intelligence artificielle. Il veut développer son
activité de gestion d’actifs, en capitalisant sur son identité européenne, de nature à séduire des
fonds de pension. Et accélérer
l’essor de la banque d’investissement. « Nous voulons accompagner les entreprises exportatrices
du Mittelstand à l’international »,
précise Christophe Tardié.
Le groupe mise sur son expertise en matière de recherche actions, en particulier sur les valeurs
moyennes françaises et allemandes, pour développer ses activités
(introductions en Bourse, augmentation de capital…). Il vient
d’ailleurs d’absorber les activités
d’intermédiation et de recherche
actions de Natixis. ■
Le spécialiste des gaz industriels a vu son bénéfice net grimper de 12,1 % en six mois.
1,04
milliard d’euros
C’est le bénéfice net
d’Air liquide au premier
semestre 2018
INDUSTRIE Deux ans après le lancement de son plan stratégique
baptisé Neos, Air liquide en recueille déjà les fruits. Sur les six premiers mois de l’année, hors effets
de change, le spécialiste des gaz industriels a vu son chiffre d’affaires
grimper de 5,8 %. Soit davantage
qu’au second semestre 2017, où il
avait progressé de 4 %.
« Toutes les activités et toutes les
zones géographiques sont en croissance », s’est félicité son PDG,
Benoît Potier. Le résultat net bondit
de 12,1 %, à 1 milliard d’euros. Le
groupe a donc sans hésiter renouvelé sa promesse d’afficher un bénéfice en hausse sur l’ensemble de
l’année 2018. Mais sans fournir,
comme à son habitude, de chiffre
précis.
Le plan stratégique, qui s’achèvera en 2020, a mis notamment
l’accent sur le pilotage à distance
des usines, pour en optimiser la
production et développer la maintenance prédictive (anticiper les
pannes). Développée sur Lyon l’an
dernier, cette technologie est cette
année déployée en Asie et jusqu’en
Australie, avec à la clé de meilleures
performances opérationnelles et
une fiabilité accrue.
Comme prévu dans la feuille de
route de Neos, le groupe a également continué à se développer dans
les grands bassins industriels. C’est
le cas notamment à Anvers. Le
groupe tricolore a signé en avril
avec Covestro, leader mondial dans
la fabrication de matériaux polymères high-tech, un nouveau
contrat à long terme pour la fourniture d’hydrogène. L’investissement, pour cette nouvelle unité de
production dans la zone portuaire,
s’élèvera à 80 millions d’euros.
Pour centrer davantage sa stratégie sur les clients - un des objec-
tifs du programme Neos -, le groupe s’est inspiré des pratiques
digitales d’Airgas, la société américaine qu’il a rachetée en mai 2016.
Sur ce modèle, il a notamment développé en Europe un portail Internet pour les petites comme les
grandes entreprises.
Une dynamique mondiale
Le groupe a également poursuivi sa
stratégie d’acquisitions ciblées, notamment pour pousser ses pions en
Chine. En santé, il a étendu sa couverture géographique, notamment
en Arabie saoudite. Mais, même
sans tenir compte de ces acquisitions et du déploiement des nouvelles activités, la base d’affaires du
groupe se révèle dynamique. À la
faveur d’une conjoncture économique solide dans le monde, les opportunités d’investissement - ces
contrats pour lesquels le groupe
peut postuler et investir pour engranger des revenus pendant quin-
CESSION BELGE POUR
SOCIÉTÉ GÉNÉRALE
£ Société générale a signé
un accord avec la banque ABN
Amro en vue de la cession de
ses activités de banque privée
en Belgique. Elle prévoit
le rachat total par la banque
néerlandaise de Société
générale Private Banking
Belgique, filiale détenue à
100 % par la banque française.
MERSEN RELÈVE SES
PRÉVISIONS POUR 2018
£ Le groupe Mersen
(ex-Carbone Lorraine)
a publié un résultat net
semestriel en progression
de 53,4% à 29,3 millions
d’euros par rapport
au premier semestre 2017 pour
une marge opérationnelle
courante de 10,6%. Le groupe
industriel rehausse ses
perspectives annuelles, tablant
sur une croissance organique
entre 7% et 9% et une marge
opérationnelle courante entre
10,1% et 10,4% sur l’année.
CNP ASSURANCES
PORTÉ PAR
L’INTERNATIONAL
Tous les feux sont verts pour Air liquide
ANNE BODESCOT abodescot@lefigaro.fr
EN BREF
ze à vingt ans - sont à leur plus haut
niveau depuis trois ans « et la dynamique s’est accélérée au cours du semestre », relève le groupe. Les projets de clients pour lesquels Air
liquide est en train de formuler des
propositions
atteignent
ainsi
2,5 milliards d’euros. Soit 200 millions de plus qu’en mars dernier.
Enfin, l’intégration d’Airgas tient
ses promesses. Les mesures d’efficacité mises en place avec la filiale
américaine se traduisent par
174 millions d’euros de gains. L’objectif de plus de 300 millions de
synergies sera donc atteint avec un
an d’avance.
Mais en Bourse (- 2,51 % pour
l’action Air liquide), ces bons chiffres n’ont pas convaincu, les analystes espérant mieux du groupe. Ils
ont aussi relevé que l’appréciation
de l’euro face au dollar avait pesé
sur le chiffre d’affaires publié, en
repli de 1,3 % par rapport à la même
période l’an dernier. ■
£ CNP Assurances, premier
assureur de personnes
en France, publie, pour le
premier semestre, un bénéfice
net en hausse de 2,3 %,
à 672 millions d’euros, porté
notamment par ses activités
à l’international et une
progression de la collecte en
unités de compte. Le chiffre
d’affaires du groupe ressort
également en hausse de 3,6 %,
à 17 milliards d’euros.
PRÈS DE 1 MILLIARD
DE PROFITS
POUR HEINEKEN
£ Le brasseur néerlandais
affiche un bénéfice net en
hausse de 9,1 %, à 950 millions
d’euros, au premier semestre.
Son chiffre d’affaires
a augmenté de 4,2 %,
à 10,8 milliards d’euros.
Heineken a annoncé
une baisse de sa marge
opérationnelle en raison d’un
bénéfice inférieur aux attentes
au premier semestre, ce qui
l’a fait trébucher en Bourse.
A
Il y a d’autres
« pays
comme
Pour Alexandra Renison, en charge
du commerce à l’Institut des directeurs, la plateforme des petites et
moyennes entreprises implantées
au Royaume-Uni, les futurs accords commerciaux dépendront en
grande partie de ce que le pays sera
en mesure de négocier avec l’UE.
« Il y a d’autres pays comme les
États-Unis, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, avec qui le RoyaumeUni travaille pour trouver un accord
de libre-échange, et ces accords seront certainement signés avant celui
avec la Chine, explique l’experte.
Mais en ce moment, il est clair que
beaucoup d’entreprises se soucient
avant tout de leur accès au marché
européen et de la conclusion rapide
d’un accord avec l’UE. C’est leur
priorité. »
L’Australie et la NouvelleZélande ne sont pas des puissances
économiques assez importantes
pour vraiment remplacer les traités commerciaux européens dont
le Royaume-Uni profite aujourd’hui. De son côté, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a
déclaré vouloir un accord commercial avec le Royaume-Uni qui
remplacerait l’accord déjà en
vigueur avec l’UE. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 31 juillet 2018 LE FIGARO
24
ENTREPRISES
Autolib’ meurt, pas la guerre Bolloré-Hidalgo
L’industriel réclame 250 millions d’indemnisation après la décision de la maire de Paris de stopper le service.
DELPHINE DENUIT £@ddenuit
Apparues en 2011
dans les rues de Paris,
les 4 000 Bluecar vont
définitivement s’arrêter
de rouler ce soir,
à minuit.
loré sont « indécents ». « Penser
que les 103 collectivités que je représente vont prendre cette estimation pour argent comptant et la faire payer aux contribuables est
inadmissible… On parle d’argent
public », s’insurge l’élue. Celle-ci
espère que les discussions avec le
groupe Bolloré, « jamais rompues
même si elles restent très tendues »,
vont permettre d’avancer d’ici la
réunion de son comité syndical,
courant septembre. Mais rien
n’est moins sûr. Son syndicat, qui
se prépare à lancer des audits externes, estime la facture plus pro-
Bataille de chiffres
Lourdement déficitaire, le service
d’autopartage du groupe Bolloré a
été résilié le 21 juin par le Syndicat
mixte Autolib’ Vélib’ Métropole
(SAVM, qui réunit 103 communes
dont Paris). Depuis, les deux parties se rejettent la responsabilité
de cet accident industriel. Fiasco
financier, l’aventure Autolib’ vire
à la foire d’empoigne où chaque
partie y va de sa facture.
Marie Bolloré, directrice générale des applications mobilité du
groupe familial, chiffre à « environ
250 millions d’euros » le coût total
des indemnisations que lui doit le
syndicat mixte. À fin 2017, les
pertes d’Autolib’ s’élevaient à
210 millions d’euros, dont 60 millions sont contractuellement à la
charge du groupe Bolloré. « Il nous
restera donc à recouvrer 150 millions d’euros, auxquels vont s’additionner tous les contrats que l’on
arrête, les coûts de départ des collaborateurs, les valeurs nettes
comptables de biens, comme les
bornes de charge. Cela se chiffre à
environ 250 millions », estime sa
directrice générale. « Près de
500 personnes travaillent pour le
service Autolib’ dont 260 sont directement salariées par notre
groupe », souligne-t-on en interne pour justifier ces surcoûts.
Ce chiffrage fait bondir la Mairie
PSA et Renault à la relève
En attendant, les remplaçants
d’Autolib’ se préparent déjà à
prendre la relève en coulisses.
Premier à se lancer, Renault devrait proposer dès la rentrée son
propre service d’autopartage de
voitures électriques (Twizy, ZOE),
en partenariat avec le loueur ADA.
Autre concurrent prêt à s’attaquer
au marché parisien, le groupe PSA
peaufine son offre Free2Move, qui
prévoit d’opérer plusieurs centaines de véhicules électriques
(C-Zero et iOn) dès son lancement, prévu avant la fin 2018.
L’expérience d’Autolib’ devrait
à coup sûr servir les stratégies de
Renault et Peugeot. « Autolib’ est
une expérimentation qui marquera
les esprits et qui a fait évoluer nos
usages, dont Paris peut être fier
d’avoir été le précurseur, note Joël
Hazan, directeur associé au Boston Consulting Group. Elle démontre aussi qu’il est illusoire de penser
qu’un tel service de transport public
puisse être rentable sans subvention. » ■
Casse, recyclage ou revente : la seconde vie des Bluecar
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
«
Bon
nombre
des 4 000
Autolib’ sont
en fin de vie.
Plus de la
moitié ira
à la casse,
mais
à chaque fois
nous
récupérerons
la batterie
»
UN PORTE-PAROLE
DU GROUPE BOLLORÉ
Mais que vont devenir les 4 000 Autolib’ électriques de Bolloré après
l’arrêt définitif du service à Paris,
ce mardi soir à minuit ? Toutes les
voitures ne sont pas encore retirées
dans la capitale et en banlieue,
même si le processus a commencé
il y a quelques semaines, après
l’annonce de la décision de la mairie de Paris. « Pas mal de ces véhicules sont en fin de vie, souligne-ton chez Bolloré. Plus de la moitié ira
à la casse, mais à chaque fois nous
récupérerons la batterie. » Cet élément représente de 30 % à 50 % de
la valeur du véhicule. D’ores et
déjà, plus de 500 Bluecar ont été
convoyées ces dernières semaines
jusqu’à Romorantin (Loir-et-Cher)
par l’entreprise de transport Satas.
C’est sur l’immense parking de
l’ancien site de Matra, fermé depuis une quinzaine d’années,
qu’elles sont stockées. Avec la
perspective qu’elles soient « deconstruites » sur place ou à proxi-
LES DÉCIDEURS
â PHILIPPE DE FONTAINE VIVE
Compagnie financière
Richelieu
L’ancien vice-président de la Banque européenne d’investissement prend la direction
générale de l’établissement qui contrôle la
Banque Richelieu France et Monaco, ainsi que
Richelieu Gestion. Énarque passé par Sciences
Po, il est également senior advisor du cabinet
de conseil en stratégie Oliver Wyman et
administrateur de BMCE Bank (Maroc).
â LAURENCE BOONE
Kering
Devenue chef économiste de l’OCDE, l’expointure d’Axa démissionne du conseil
d’administration du groupe des Pinault, comme elle l’avait fait en 2014 quand elle avait
rejoint l’Élysée.
â LUC ZELTNER
Fusalp
A
che des 50 millions d’euros, soit
cinq fois inférieure au montant
annoncé par Marie Bolloré.
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
TRANSPORT Parisiens, il ne vous
reste plus que quelques heures
pour profiter des Autolib’. À
23 h 59 précises, le service d’autopartage automobile du groupe
Bolloré coupe le contact. Après
sept ans d’activité, ses 4 000 Bluecar, ces petites voitures électriques grises, commencent déjà à
disparaître des rues de la capitale
et de l’Île-de-France, laissant
pour seuls stigmates leurs
6 000 bornes de recharge électrique et leurs « totems », ces petits
espaces de réservation.
Quelques mois seulement après
le fiasco de la relance des Vélib’,
ce nouveau naufrage met à mal la
stratégie de mobilité individuelle
antipollution déployée ces dernières années par la maire de
Paris, Anne Hidalgo. À l’inverse
de Smovengo, l’opérateur des Vélib’, qui dispose finalement d’un
sursis jusqu’à la rentrée pour déployer ses bicyclettes, l’arrêt des
opérations des Autolib’ s’est fait,
lui, brutalement.
de Paris, principal actionnaire du
syndicat mixte. « Le groupe Bolloré a la calculette facile », note un
proche de la maire, Anne Hidalgo.
Pour Catherine Baratti-Elbaz,
présidente du syndicat mixte et
maire PS du XIIe arrondissement
de Paris, les propos de Marie Bol-
Un patron des opérations chevronné
pour la marque relancée par Sophie
Lacoste-Dournel et son frère Philippe. Luc Zeltner, ex-Cartier, Louis Vuitton,
Lacoste et Merci, développait depuis trois ans
la marque Vuarnet.
mité. « Toutes les voitures là-bas
iront à la casse », affirme-t-on
chez Bolloré. Le groupe n’indique
pas à qui sera confié ce chantier.
Mais, à Romorantin, on a une petite
idée du prestataire en lice pour gérer ce marché. « Re-Source, une
société locale, pourrait être chargée
de cette opération », affirme Nicolas
Perruchot, président du conseil
départemental du Loir-et-Cher.
« C’est une société spécialiste du démantèlement automobile qui a été
créée par des anciens de Matra »,
ajoute le maire de Romorantin,
Jeanny Lorgeoux.
Les Bluecar en meilleur état
connaîtront une autre destinée.
Bolloré pense en réinjecter certaines
dans les villes où le groupe exploite
un système d’autopartage (Lyon,
Bordeaux, Turin, Los Angeles…).
Partout sauf à Singapour, où le volant est situé à droite. Le groupe
compte aussi vendre des véhicules à
des particuliers ou à des entreprises
en quête d’une flotte de voitures
électriques. La fin d’Autolib’ ne veut
pas dire la disparition des Bluecar.
Le phénomène a été le même
pour les vieux Vélib’ depuis que
JCDecaux a perdu le marché parisien des vélos en libre-service. Retirés de la circulation fin 2017, les
19 000 Vélib’ ancienne version ont
déjà commencé leur nouvelle vie.
Parmi eux, le roi du mobilier urbain a jugé que 9 000 étaient réutilisables dans les quelque 50 autres
villes où le groupe assure un service
de vélopartage.
10 000 des 19 000 Vélib’
seront démantelés
« Nous avons mis ces bicyclettes
sous housse étanche dans nos entrepôts en région parisienne, explique
Anthonin Darbon, directeur de
l’exploitation de Cyclocity, filiale
de JCDecaux. Et quand nous souhaitons les déployer, nous les réparons. » Pour l’instant, un millier a
été remis à neuf et roule dans une
autre agglomération. Ainsi, à Gijon
(Espagne), on peut circuler sur
d’ex-Vélib’. Les 8 000 autres devraient reprendre du service d’ici à
trois ans.
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Jérémie Mosnier, un plan ambitieux
pour les Compagnons du devoir
C’est une consécration.
Bien méritée. Entré chez
les Compagnons du devoir
à 14 ans, comme apprenti
menuisier, Jérémie Mosnier prend désormais la présidence de
l’association qui œuvre pour la formation
« d’hommes et de femmes de métiers en compagnonnage ». Chaque année, près de
10 000 jeunes, dont 6 000 apprentis, sont
préparés à une trentaine de professions
manuelles (peintre, maçon, boulanger, cordonnier, carrossier, jardinier-paysagiste…)
du CAP à la licence professionnelle. Des
métiers « de plus en plus intellectualisés »
qui peinent pourtant à recruter.
Bien connu des Compagnons, où il a su se
tailler une solide réputation de persévérance
et d’engagement, sans langue de bois, Jérémie Mosnier s’est fait élire sur un programme ambitieux et tourné vers l’avenir : doubler le nombre d’apprentis formés pour
atteindre 10 000 à l’horizon 2022 et expérimenter de nouvelles formes de pédagogie à
travers les outils numériques. Un programme validé par son prédécesseur et « plus fervent soutien », Bertrand Nauleau, en place
depuis 2013, qui s’ajoutera à ses responsabilités professionnelles. Chef de deux entreprises de menuiserie albigeoises, soit
45 salariés, ce pur produit maison entend
bien consolider l’organisation à laquelle il a
toujours su offrir son temps. Ses précédentes
missions de bénévolats au sein du bureau,
pour son corps de métier ou sa région, en
témoignent. Car après sa compagne et ses
deux filles, les Compagnons du devoir tiennent une place importante dans son cœur.
Importante et historique.
C’est à l’âge de 5 ans qu’il songe pour la première fois à être compagnon, ce qu’il fera
neuf ans plus tard. D’abord apprenti à Bordeaux, il déménage ensuite à Marseille avant
de se livrer au traditionnel « Tour de France », période de voyage de cinq à sept ans
dans l’Hexagone et à l’étranger, durant
laquelle « l’aspirant » découvre le monde et
les métiers grâce aux différentes antennes.
« Ce sont les trois piliers fondamentaux de
l’association : apprendre son métier, voyager
et évoluer au sein de la communauté », préside encore Jérémie Mosnier, solide colosse de
39 ans, soucieux de faire des Compagnons
une organisation « contemporaine, plutôt
que moderne ». Un « changement dans la
continuité » pour cette association ouvrière,
où les femmes ont su se faire une place, puisqu’elles représentent 15 % des effectifs, dans
des métiers tels que la maroquinerie, la
tapisserie ou encore la pâtisserie.
A. B.
Quant aux 10 000 vieux Vélib’
irrécupérables, ils prennent la direction de Chaumont-en-Vexin, à
65 km de Paris. Là, ils sont démantelés dans un CAT (centre d’aide
par le travail) qui emploie des handicapés. « Nous démontons les vélos
en récupérant tout ce qui est réutilisable (les freins, les poignées, les
manivelles…) », raconte Philippe
Gréco, directeur adjoint de cet établissement. Du coup, ces pièces détachées sont réinjectées sur des bicyclettes dans les villes où
JCDecaux gère le système de vélos
en libre-service (Marseille, Toulouse, Bruxelles…).
Quant au cadre trop endommagé
pour resservir, il est vendu au prix
de l’acier. « En moyenne, il faut un
jour et demi pour démanteler un
vélo », souligne Philippe Gréco. Ce
CAT connaissait déjà parfaitement
les Vélib’ : depuis une dizaine d’années, il en assurait la réparation.
Les opérations de démantèlement
des 10 000 bicyclettes très endommagées devraient être achevées fin
2018, début 2019. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â ÉRIC CUENOT
Nike
Le proctérien poursuit tambour battant sa course entamée en 2010 dans
le groupe américain. Directeur général de la France depuis 2012 et responsable
du nord de l’Europe, il fait ses valises et part
diriger la zone Amérique latine et Asie-Pacifique. Éric Cuenot avait commencé à la tête du
marché russe.
â NURIA PEREZ-CULLELL
Pierre Fabre
Après avoir fait ses preuves chez Avène,
l’Espagnole, docteur en pharmacie formée à
la dermo-cosmétique en France, voit ses performances récompensées chez Pierre Fabre,
où elle a fait toute sa carrière. Après la nomination d’Éric Ducournau aux commandes du
groupe, elle lui succède comme DG de la
branche dermo-cosmétique (Ducray, Galénic, Klorane…).
â PASCAL CONTE-JODRA
Mugler
L’ancien grand argentier de Marc Jacobs est
recruté par le groupe Clarins comme directeur général de la maison Mugler.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 31 juillet 2018
ENTREPRISES 25
Blizzard impose son modèle dans l’e-sport
L’éditeur américain a structuré un écosystème de la ligue professionnelle consacrée à son jeu vidéo « Overwatch ».
VINCENT JOLLY £@VincentJolly_
E-SPORT « Ce à quoi nous assistons
aujourd’hui est sans doute similaire
à la naissance de la NBA ou de la
NFL. Et c’est très excitant », confie
Anita Elberse, professeure à la Harvard Business School et experte du
monde des médias et du sport. Ce
week-end se déroulait à New York
la première finale de l’Overwatch
League, la ligue professionnelle
lancée par l’éditeur américain Activision-Blizzard et entièrement
consacrée à leur dernier jeu vidéo :
Overwatch.
Ce jeu de tir futuriste à 6 contre 6,
sans effusion de sang et à l’esthétique « cartoonesque », revendique
aujourd’hui plus de 40 millions de
joueurs dans le monde. Douze des
meilleurs d’entre eux s’affrontaient
sur la scène du Barclays Center
pour 1 million de dollars.
Outre les 19 000 tickets vendus
(60 dollars pour les deux jours),
l’événement était retransmis pour
la première fois en prime time sur
la célèbre chaîne sportive ESPN. Un
accord a récemment été signé entre
Disney (propriétaire de la chaîne)
et Blizzard pour un montant non
divulgué. L’éditeur avait déjà obtenu un contrat similaire avec la pla-
L’OVERWATCH LEAGUE
EN QUELQUES CHIFFRES
20
millions de dollars.
Le ticket d’entrée
dans la ligue
professionnelle
pour une équipe
90
millions de dollars.
Le contrat entre
Activision-Blizzard
et la plateforme Twitch
pour la diffusion
en direct des matchs
1
million de dollars.
La dotation finale
pour l’équipe
qui emporte la finale
CARLTON BEENER/FOR BLIZZARD ENTERTAINMENT
ENVOYÉ SPÉCIAL À NEW YORK
Douze des meilleurs joueurs mondiaux s’affrontaient sur la scène du Barclays Center, ce week-end à New York,
pour la finale de l’Overwatch League, consacrée au jeu vidéo Overwatch.
teforme Twitch - également diffuseur - pour 90 millions de dollars
en 2017.
L’Europe en vue
Sur une scène déjà bien occupée
par des mastodontes comme League of Legends (Riot Games / Tencent), Counter Strike (Valve) et le
récent phénomène PUBG (Epic Games), le studio Blizzard Entertain-
ment a lancé un pavé dans la mare
en structurant et en contrôlant de
bout en bout l’intégralité de l’écosystème de sa ligue professionnelle.
« Nous pensons que le plus important, dans l’e-sport, c’est une structure fiable, explique Pete Vlastelica,
président et PDG d’Activision Blizzard Esport Leagues. Non seulement
pour nous, mais aussi pour les équipes, les joueurs et les spectateurs. »
Pour cette première saison, douze équipes ont acheté un ticket
d’entrée dans la ligue pour 20 millions de dollars. Comme pour le
basket et le football, ces équipes
sont hébergées dans les villes dont
elles portent le nom : Boston Uprising (possédé par Kraft Group, également propriétaire des New England Patriots), Los Angeles
Gladiator (propriété de Kroenke
Sports & Entertainment, qui possède l’Arsenal FC) ou encore Philadelphia Fusion et London Spitfire,
les deux finalistes.
« Nous avons décliné un modèle
déjà existant dans le sport traditionnel, poursuit Pete Vlastelica. Cela
nous apporte une stabilité qui manquait au milieu. » Jusque-là, le
manque de contrats fiables et de règles alimentait une certaine versatilité chez les joueurs stars qui pouvaient d’un jour à l’autre quitter
une équipe ou se mettre à jouer à un
autre jeu plus populaire ou mieux
couvert par les sponsors. « Quand
Blizzard m’a parlé de ce projet, il y a
trois ans, j’ai été tout de suite
convaincu, explique Jack Etienne,
PDG de la structure Cloud9 et propriétaire des London Spitfire. Blizzard s’occupe d’aller chercher des
sponsors globaux comme Toyota,
Spotify, Intel ou T-Mobile, et nous
pouvons gérer des partenaires régionaux pour notre équipe. »
À long terme, Blizzard espère
réunir 28 équipes dans sa ligue et
compte déjà vendre six nouveaux
tickets à 30, voire 60 millions de
dollars pour la saison 2 – notamment en Europe, où les événements
d’e-sport connaissent déjà un franc
succès. Dans les coulisses, on affirme que le ticket d’une équipe parisienne serait déjà vendu. ■
Reprise des grandes manœuvres dans l’hospitalisation privée
Le français Ramsay Générale de santé a lancé une OPA sur son rival suédois Capio. Il songe à remonter son prix.
nordiques, annoncée en début
d’année, est un meilleur moyen
pour accélérer. Une semaine
après l’offre, Capio annonçait, en
effet, réfléchir à une possible cession de ses activités en Allemagne
et en France, refroidi par les complexités du système de santé
hexagonal.
KEREN LENTSCHNER £@Klentschner
Avec Capio,
« Ramsay
Générale
de santé serait
le deuxième
groupe
d’hospitalisation
privé en Europe.
Nous
partageons
le même ADN
autour de
l’excellence
médicale et
opérationnelle
»
PASCAL ROCHÉ, DIRECTEUR
GÉNÉRAL DE RAMSAY
GÉNÉRALE DE SANTÉ
SANTÉ La bataille se poursuit entre Ramsay Générale de santé
(RGDS) et Capio. Selon nos informations, le groupe français, numéro un hexagonal de l’hospitalisation privée, qui a lancé une OPA
à 661 millions d’euros sur le suédois le 13 juillet, n’exclut pas de
surenchérir.
RGDS, dont l’offre (48,50 couronnes suédoises par action Capio) débutera le 6 septembre et
sera clôturée trois mois plus tard,
reste convaincu du bien-fondé de
son projet. « Avec Capio, le groupe
combiné, présent au total sur six
pays, deviendrait le deuxième
groupe d’hospitalisation privée en
Europe, détaille Pascal Roché, directeur général de RGDS, contrôlé
par l’australien Ramsay Health
Care (51 % du capital) et détenu à
38 % par Predica. Nous partageons
le même ADN autour de l’excellence médicale et opérationnelle. »
Le nouvel ensemble pèserait
3,8 milliards d’euros de chiffre
Consolidation du marché
européen en cours
La clinique Ambroise-Paré, à Lille, appartient au groupe Ramsay Générale
de santé, qui possède 120 établissements en France. RGDS
d’affaires. RGDS table sur 20 millions d’euros de synergies avant
impôts dont la majorité d’ici deux
à trois ans.
Capio a rejeté le jour même l’offre du français, qui représentait
une prime de 16 % par rapport au
cours de clôture la veille de l’OPA
(27 % par rapport au cours moyen
sur les trente jours précédant l’offre, précise le français). À l’unanimité, son conseil d’administration
a estimé que ce prix « ne reflétait
pas de façon adéquate la valeur
fondamentale » de Capio. Il estime, au contraire, que la stratégie
de repositionnement de l’entreprise suédoise sur les marchés
« Nous regardons aujourd’hui vers
l’avant et évaluons les différentes
options pour nous permettre de
continuer à croître », précise un
porte-parole. « Il s’agit d’un projet de repli alors que nous leur proposons un projet de développement », répond Pascal Roché. En
fait, tout n’est pas encore joué. La
réglementation prévoit que Capio
se prononce formellement sur
l’offre au plus tard deux semaines
avant l’expiration de la période
d’acceptation.
Avec 120 établissements en
France et un en Italie, RGDS - qui
a réalisé 2,2 milliards d’euros de
chiffre d’affaires (exercice clos au
30 juin 2017) - reste encore très
franco-français. Or la consolidation du marché européen est en
marche. L’allemand Helios Kliniken, devenu le numéro un sur le
Vieux Continent, a ainsi racheté il
y a deux ans le leader espagnol,
Quiron Sahid.
Avec Capio, numéro un en Suède et numéro deux au Danemark
et en Norvège, RGDS ferait aussi
son entrée en Allemagne. Il consoliderait sa position en France,
où Capio est numéro trois derrière
Elsan avec 22 établissements.
Autre atout de Capio, il détient
aussi 90 centres de santé, une activité complémentaire pour l’entreprise française. Enfin, RGDS,
qui possède notamment à Paris la
Clinique de la Muette, pourrait
aussi faire un saut dans la digitalisation de ses services à un moment où l’État et les professionnels de santé planchent sur
l’extension du parcours de soins
au domicile et une meilleure
coordination entre médecine de
ville et hôpital. Un domaine où
Capio a une longueur d’avance. ■
LA SÉANCE DU LUNDI 30 JUILLET
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 43,57
♣
AIR LIQUIDE ..................................
108,7
AIRBUS ..............................................107,08
ARCELORMITTAL SA ..................................
27,11
ATOS .............................................. 115,2
AXA ..............................................
21,38
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
55,1
BOUYGUES ..............................................
37,55
CAPGEMINI ..............................................
110,5
CARREFOUR ..............................................
15,3
CREDIT AGRICOLE ..................................
11,9
DANONE ..............................................67,19
ENGIE .............................................. 13,8
ESSILOR INTL. ..................................125,9
HERMES INTL ..................................540,6
KERING ..............................................463,5
L'OREAL ..............................................207,2
LEGRAND ..............................................64,08
LVMH .............................................. 298,65
♣
MICHELIN ..............................................
111
%VAR.
-0,55
-2,51
-1,94
+0,46
-1,58
+0,73
+0,55
-0,11
-2,21
-1,77
+1,02
-0,59
-2,47
-0,16
-0,07
-0,11
+0,58
+0,66
-0,83
+0,45
+HAUTJOUR
44,22
109,25
108,96
27,225
117
21,48
55,16
37,65
112,45
15,54
11,92
67,41
14,075
126,05
544,2
469,4
208,3
64,1
303,3
111,3
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,44
107,8
107,04
26,58
115,2
21,145
54,47
37,36
110,5
15,155
11,73
66,88
13,755
125,15
540,4
463,5
204,5
63,36
298,6
109,7
0,387
0,252
0,113
0,1
0,271
0,251
0,272
0,126
0,395
0,58
0,192
0,229
0,265
0,199
0,032
0,175
0,085
0,183
0,071
0,208
+1,33
+3,47
+29,01
-0,02
-5,07
-13,56
-11,49
-13,3
+11,74
-15,19
-13,77
-3,95
-3,73
+9,53
+21,14
+26,88
+12,03
-0,17
+21,7
-7,15
JOUR
%VAR.
ORANGE ..............................................14,6
-0,21
PERNOD RICARD ..................................
137
-0,47
PEUGEOT ..............................................
24,54 +2,16
♣ 54,18 +0,15
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
74,96 +0,51
SAFRAN ..............................................
107,15 -0,19
SAINT GOBAIN ..................................37,615 -0,32
SANOFI ..............................................73,95 -0,83
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
68,7
-0,84
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
37,42 +0,48
SODEXO ..............................................94,9
+0,51
SOLVAY ..............................................
113,35 +0,62
STMICROELECTRONICS .............................
18,67 -2,63
TECHNIPFMC ..................................28,5
+0,32
TOTAL .............................................. 55,15 +0,27
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
189,4
+0,88
VALEO .............................................. 43,06 -0,9
VEOLIA ENVIRON. ..................................
19,39 -1,05
♣
VINCI .............................................. 86,12
-1,42
VIVENDI ..............................................21,4
+1,66
+HAUTJOUR +BAS JOUR
14,645
138,05
24,59
54,38
75,12
107,35
37,745
74,6
69,06
37,455
95,26
114,25
19,1
28,7
55,66
189,4
43,75
19,66
87,38
21,4
14,495
136,9
23,84
53,9
74
106,8
37,43
73,68
67,94
36,97
93,56
111,95
18,605
27,73
54,84
186,65
43,06
19,3
86,12
20,85
%CAP.ECH
0,164
0,109
0,411
0,224
0,269
0,114
0,276
0,139
0,312
0,37
0,223
0,311
0,23
0
0,163
0,152
1,397
0,389
0,162
0,244
31/12
+0,86
+3,83
+44,74
-4,36
-10,67
+24,72
-18,19
+2,92
-3,05
-13,08
-15,31
-2,2
+2,55
+10,25
+19,77
-30,85
-8,86
+1,14
-4,55
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5795
1,5245
0,8907
9,1696
129,79
1,1598
1,1684
3,145
11,103
5,7078
20,9454
7,9712
80,1965
137,75
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33970
33970
-2,24
NAPOLEON ..................................................... 202,2
204
-2,27
PIECE 10 DOL USA .....................................................
570
575
-3,06
PIECE 10 FLORINS .....................................................
208
209
-2,26
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1135
1153
-2,83
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
198
198
-2,94
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
290
295
-4,92
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1260
1276,75
-3,82
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
112,9
112,9
+2,82
PIECE SUISSE 20F .....................................................
198,9
199,7
-1,87
PIECE LATINE 20F .....................................................
199
199
-1,92
SOUVERAIN ..................................................... 248,9
248,8
-4,53
KRUGERRAND .....................................................1119
1119
+0,02
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
287,90 26/07/18
BETELGEUSE ................................................
49,23 26/07/18
BELLATRIX C ................................................
335,70 26/07/18
SIRIUS ................................................56,21 26/07/18
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WWW.WANSQUARE.COM
résultats d’entreprises et réunions de
banques centrales. « La confiance des
investisseurs est peut-être altérée par
la perspective de trois décisions importantes sur les taux directeurs cette
semaine », a relevé Mike van Dulken,
analyste d’Accendo Markets, se référant à des réunions de la Réserve fédérale américaine (Fed) mardi et mer-
credi, de la Banque du Japon (BoJ)
mardi et de la Banque d’Angleterre
(BoE) jeudi.
À New York, plusieurs grands noms
du secteur technologique chutaient à
l’ouverture, à l’instar de Twitter
(- 7,15 %) et Facebook (- 3,89 %), ces
deux entreprises ayant déjà été lourdement sanctionnées lors de la publi-
cation de leurs résultats la semaine
dernière.
Du côté des valeurs parisiennes,
Vivendi affiche l’une des plus fortes
hausses du CAC 40 (+ 1,66 %). Le groupe a publié après la clôture des résultats de bonne facture, avec notamment un résultat opérationnel courant
qui s’envole de 54 % et un résultat net
ajusté en hausse de 22,8 %. Malgré ses
problèmes en Italie, qui l’amènent à
passer une dépréciation de 512 millions
d’euros dans Telecom Italia en raison
du risque d’exécution du plan industriel
2018-2020, le géant des médias se
veut très confiant pour le second semestre et anticipe une croissance plus
vigoureuse sur la fin de l’exercice. ■
A
VIVENDI, DONT LES PROJETS SE BOUSCULENT, A ANIMÉ LA SÉANCE À LA BOURSE DE PARIS
C’est une séance sans relief, clôturée à
5 491,22 points, en recul modéré de
0,37 %, qu’a connue la Bourse de Paris
ce lundi, avec une pause dans les publications trimestrielles après la vague de
la fin de semaine dernière.
La plupart des Bourses européennes
ont quant à elles terminé en baisse, en
ouverture d’une semaine chargée en
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 31 juillet 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Vivendi veut revenir dans le livre
en faisant l’acquisition d’Editis
Le groupe est en négociations exclusives avec l’espagnol Planeta pour acheter le numéro 2 français de l’édition.
ces pour le géant de l’édition. Editis
faisait en effet partie de l’empire
Vivendi Universal sous l’ère de
Jean-Marie Messier il y a vingt ans.
Ce pôle édition s’appelait alors
Havas (séparé des activités de régies publicitaires), avant d’être renommé Vivendi Universal Publishing en 2000.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
ÉDITION La présentation des résultats trimestriels de Vivendi, publiés
lundi après Bourse, recelait une
grosse surprise. Au détour de son
communiqué, le groupe de médias
contrôlé par Vincent Bolloré a dévoilé être entré en négociations exclusives avec le groupe espagnol
Planeta pour acquérir Editis, le numéro deux du marché du livre en
France après Hachette (Lagardère).
Prix de l’opération pour Vivendi : 900 millions d’euros. « Cette
acquisition constituerait une nouvelle étape majeure dans la construction
d’un groupe intégré centré sur les
médias et la communication », justifie Vivendi dans un communiqué.
Le groupe entend renforcer son
portefeuille dans les contenus. Or
Editis est un champion dans son
secteur. Fort d’une cinquantaine de
maisons d’édition (Nathan, Bordas,
Robert Laffont, Plon, XO, Le Cherche Midi, Pocket…), Editis est présent dans la littérature générale
(Marc Lévy, Michel Bussi…), le scolaire, le livre illustré, la jeunesse, le
manga et vient de se lancer dans le
livre audio. Editis détient également Interforum, l’un des principaux diffuseurs-distributeurs de livres du pays. Le groupe a réalisé en
2017 un chiffre d’affaires de
750 millions d’euros pour un revenu opérationnel de 60 millions
d’euros.
Editis a toutefois subi des coups
éditoriaux en perdant ces derniers
mois de son catalogue les auteurs
Guillaume Musso, parti chez Hachette (Calmann-Lévy), et Danielle
Steel, désormais chez Harper-
Désendettement
de Planeta
Le stand Editis au Salon du livre à Paris, en 2017. Editis compte une cinquantaine de maisons d’édition, parmi lesquelles Robert Laffont.
Collins France. Le groupe, qui
compte 2 400 collaborateurs, a
également été marqué par le décès
ce mois-ci de son patron historique, Alain Kouck, à 72 ans.
Retour aux sources
Fidèle à sa stratégie de synergies
entre ses différentes entités, Vivendi imagine que certains ouvrages d’Editis pourraient être adaptés
en films ou séries par Studio Canal,
voire en jeux vidéo pour mobile par
Gameloft, explique un porte-parole. « L’édition scolaire permettrait,
en outre, à Vivendi de mieux connaître les jeunes générations », poursuit le communiqué.
L’intégration d’Editis dans Vivendi signerait un retour aux sour-
GROUPE EDITIS
Universal Music Group n’ira pas en Bourse
« La question d’une
introduction en Bourse […]
c’est comme les soufflés au
fromage, il faut les sortir au
bon moment », avait confié
Vincent Bolloré, le premier
actionnaire de Vivendi, lors
d’une assemblée générale de
Bolloré. Visiblement, le soufflé
est retombé pour Universal
Music Group (UMG) et le menu
a changé. Vivendi a finalement
décidé de vendre jusqu’à la
moitié du capital de sa filiale
de musique et il va rechercher
un ou plusieurs partenaires
stratégiques pour y entrer.
Le groupe doit retenir
prochainement des banques
chargées de cette quête et
fixera un « prix de réserve »
minimum à l’entrée.
L’opération devrait être
lancée cet automne et
pourrait s’étaler sur 18 mois,
précise le communiqué de
Vivendi. « Une introduction en
Bourse a été écartée à cause
de sa complexité », explique
la société, qui cherchait le
meilleur moyen de mieux
valoriser Universal Music.
UMG contribue pour 60 % au
résultat opérationnel ajusté
de Vivendi, qui s’est élevé
à 542 millions d’euros sur
le premier semestre 2018.
Le produit de cette vente
pourrait lui permettre de
financer d’autres opérations.
Et l’association avec des
partenaires, lui ouvrir de
nouvelles portes de marché
dans un univers en pleine
reconfiguration.
I. V.
EN BREF
Le groupe Canal + se rétablit
grâce à l’international
ALEXANDRE DEBOUTÉ £@axel_deb
À
« l’international,
c’est simple :
Canal a fait
le meilleur
trimestre et
semestre de
son histoire,
avec 600 000
nouveaux
abonnés
entre janvier
et juin
»
MAXIME SAADA,
PRÉSIDENT DU DIRECTOIRE
DE CANAL +
Les activités internationales ont
été la planche de salut des performances du groupe Canal +, que
Vivendi a publiées lundi. Elles ont
permis à la principale filiale du
géant des médias de repartir un
peu en croissance et d’améliorer
légèrement ses résultats, jugés
« très satisfaisants » par Maxime
Saada, qui a pris la présidence du
directoire en avril dernier, dans le
fauteuil de Vincent Bolloré qui pilotait personnellement Canal + depuis sa prise de contrôle de Vivendi fin 2014. « Ils (les résultats,
NDLR) valident notre action depuis
trois ans. Notre parc d’abonnés
s’est stabilisé en France et s’est fortement accru à l’international. »
Ce sont bien les activités internationales, en effet, qui ont permis
au groupe de voir son chiffre d’affaires s’inscrire en légère hausse
au premier semestre, à 2,57 milliards d’euros (+ 0,8 %). Le parc
global d’abonnés a atteint 16 millions d’abonnés au 30 juin dernier,
en hausse sur un an de 1,4 million,
dont une très large majorité
conquise en Afrique, où Canal +
compte désormais 3,7 millions
d’abonnés. Le Mondial a dopé les
ventes dans la zone, où le groupe
A
£ Le Tour de France a perdu des
fidèles pour son édition 2018.
France 2 a réalisé une audience
moyenne de 3,3 millions de
spectateurs, contre 3,8 millions
en 2017. La part d’audience est,
elle, passée de 38,4 % à 35,2 %.
M6 : LA VENTE DES
GIRONDINS SALUÉE
3,2 milliards
dans les contenus
Dépréciation des parts dans Telecom Italia
L’intégration de Havas dans les
comptes de Vivendi a permis au
groupe, désormais présidé par
Yannick Bolloré, d’améliorer
au premier semestre son
chiffre d’affaires de 18 %,
à 6,46 milliards d’euros
(+ 4 % hors Havas). Combiné
aux bonnes performances de
AUDIENCES EN BAISSE
POUR LE TOUR
DE FRANCE
français monte en puissance depuis trois ans. « À l’international,
c’est simple : Canal a fait le meilleur
trimestre et semestre de son histoire, avec 600 000 nouveaux abonnés
entre janvier et juin », se félicite
Maxime Saada.
Présent en Afrique mais aussi en
Pologne (2,2 millions d’abonnés)
ou au Vietnam, où le cap du million d’abonnés vient d’être franchi, Canal + compte plus d’abonnés individuels à l’étranger qu’en
France. Le groupe ne donne toutefois pas le détail exact de la répartition de son parc… Mais cette
situation ainsi que l’adossement à
Vivendi l’encouragent à défendre
un statut particulier. « Au niveau
de Vivendi, nous réalisons 6,4 milliards de chiffre d’affaires, et nous
dépensons 3,2 milliards dans les
contenus, quand Netflix prévoit de
dépenser 8 milliards de dollars, soit
6,8 milliards d’euros, souligne
Maxime Saada. Nous avons les
moyens de jouer le rôle du champion
mondial de l’exception culturelle.
Nous sommes présents dans
30 pays. C’est loin d’être ridicule !
TF1 et M6, eux, sont centrés sur le
marché français. »
Pour ce qui est justement de la
Canal + et d’Universal Music, le
résultat opérationnel progresse
nettement. En revanche, le
bénéfice net a baissé de 6,3 %,
à 165 millions d’euros, en raison
d’une dépréciation de
512 millions d’euros des
24 % que détient Vivendi
dans Telecom Italia.
Le groupe justifie sa décision
par des craintes quant à
l’application du plan industriel de
l’opérateur italien, « eu égard au
moindre pouvoir de Vivendi
de participer aux décisions
relatives aux politiques
financières et opérationnelles
de Telecom Italia ».
Ce pôle édition avait été vendu
deux ans plus tard à Lagardère (Hachette) pour près de 2 milliards
d’euros afin de consolider ses positions dans les télécoms. En 2004, la
Commission européenne a posé ses
conditions pour empêcher la création d’un géant hégémonique de
l’édition. Hachette n’a pu conserver que 40 % de Vivendi Universal
Publishing, dont Larousse, Dunod,
Armand Collin et Dalloz. Le reliquat a été regroupé sous l’entité
Editis.
Editis a ensuite été acquis par le
français Wendel, avant d’être racheté en 2008 pour 1 milliard
d’euros par le groupe espagnol Planeta, leader de l’édition hispanophone. Planeta, endetté à hauteur
de 480 millions d’euros, trouverait
dans l’opération le moyen de desserrer un peu sa ceinture.
En juin 2016, Vincent Bolloré
avait déclaré devant le Sénat l’intérêt de Vivendi pour le livre. « Je
peux vous dire qu’Arnaud de Puyfontaine (président du directoire de
Vivendi, NDLR) ne pense qu’à une
chose, c’est rentrer dans l’édition. Et
je l’appuierai dans sa démarche,
parce que je pense que c’est un élément essentiel pour les contenus »,
affirmait-il alors. ■
Maxime Saada, président du directoire de Canal +.
France, la situation s’améliore encore un peu sans être totalement
rassurante. « Sur la chaîne Canal +
en France, il y a une grosse campagne de désinformation, observe
Maxime Saada. Nous gagnons des
abonnés, ce qui n’est pas arrivé depuis dix ans. Sur les douze derniers
mois, le nombre d’abonnés à la
chaîne a crû de 270 000, dont
150 000 sur ce premier semestre,
grâce aux efforts de Frank Cadoret
et de ses équipes. C’est considérable », insiste-t-il.
Depuis dix-huit mois, Canal a
démultiplié ses offres et élargi sa
gamme de prix pour regagner en
compétitivité sur un marché
bousculé par de nouveaux acteurs
dans le cinéma (Netflix) ou le sport
(beIN Sports). La création de nouvelles offres dans le sport (avec
beIN et Eurosport) et le cinéma
(avec OCS, Warner…) doit encore
être complétée par le lancement, à
la rentrée prochaine, d’une offre à
moins de 10 euros par mois sans
engagement destinée aux jeunes.
Avec le même objectif de gonfler
le parc d’abonnés individuels,
quitte à réduire à presque rien les
marges. Cette stratégie a permis à
Canal + en France, hors la plateforme CanalPlay appelée à disparaître, de ne perdre que 4 000
abonnés et donc de stabiliser son
portefeuille.
Dans la bataille des plateformes,
Canal + veut désormais se concen-
AUGUSTIN DÉTIENNE
trer sur MyCanal, « qui attire
1,3 million de visiteurs par jour en
France et qui est déployée sur toutes
nos géographies à l’international,
souligne Maxime Saada. C’est la
plateforme de télé la plus utilisée en
France, devant celle de TF1 ».
Perte des droits du foot
Sur le front des contenus, la perte
des droits de la Ligue 1 de football
à partir de 2020 ne perturbe pas
Maxime Saada. Le patron mise sur
le futur marché des sous-licences
de droits que permet le contrat
qu’a décroché l’espagnol Mediapro, qui s’est emparé de la L1 entre
2020 et 2024, auprès de la Ligue
professionnelle de football (LFP).
« Pour les droits français du football, nous verrons. Mais les abonnés
qui ne consomment que la L1, ça
n’existe pas, assure Maxime Saada.
Notre modèle généraliste est coûteux mais protecteur. »
Mediapro, qui a mis 800 millions d’euros par an pour les principaux lots, assume qu’il lui faut
entre 3 et 3,5 millions d’abonnés
pour rentabiliser son investissement, soit à peu près le même parc
de clients que beIN Sports a mis six
ans à construire en France. Mais
avec l’aide de Canal +. « Nous sommes le premier distributeur de beIN
en France, rappelle Maxime Saada.
Nous sommes un acteur essentiel
pour Mediapro. Ils auront besoin de
maximiser leur distribution. » ■
£ Le groupe de médias est entré
en négociations exclusives avec
un fonds d’investissement pour
vendre le club de foot des
Girondins de Bordeaux,
qu’il détenait depuis 1999.
Si le montant de l’opération
n’a pas été donné, son annonce
a dopé l’action de plus de 5 %
à la clôture hier.
SÉBASTIEN CAUET
REVIENT SUR NRJ
£ Congédié l’an dernier par
NRJ Group après un canular qui
avait coûté à son employeur une
amende de 1 million d’euros,
Sébastien Cauet revient
finalement sur l’antenne de la
station. Après une saison passée
chez Virgin Radio, l’animateur
présentera, à partir du 27 août,
une quotidienne de 17 h à 20 h.
« FAKE NEWS » :
LE « NYT » MET TRUMP
EN GARDE
£ Le directeur de la publication
du prestigieux New York Times,
Arthur Gregg Sulzberger, a mis
en garde le président américain
contre son discours
« dangereux et nuisible »
sur les « fake news » lors
d’une rencontre le 20 juillet.
Cette rencontre était supposée
rester confidentielle mais
Donald Trump l’a évoquée
dans un tweet.
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