close

Вход

Забыли?

вход по аккаунту

?

Le Journal du Dimanche - 17 09 2018

код для вставкиСкачать
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
dimanche 16 septembre 2018 N° 3740 2 € (le JDD +Version Femina)
Page 22
les policiers
ont peur
Le livre choc
de frédéric ploquin
Pages 36-37
> Municipales : le sondage
qui menace Hidalgo
> Comment le métro
va être dépollué
Vincent Isore / IP3
Eric DESSONS / JDD
Alzheimer :
L’appel de
Thierry
Lhermitte
www.lejdd.fr
En fin de journal, pages Grand Paris
Ce qu’il y a vraiment
dans le dossier Fillon
•• Révélations
Les indices et
les documents
qui l’accusent
M 00851 - 3740 - F: 2,00 E
3’:HIKKSF=VUWUUU:?d@r@o@a@a";
•• penelopegate
Les témoins
qui fragilisent
la défense
de son épouse
•• enquête
Les conseils
qu’il a vendus
très cher
Pages 2 à 6
François et
Penelope Fillon
le 9 avril 2017.
élodie GRéGOIRE/REA
France métropolitaine : 2 €
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
*
2
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
L’événement
révélations Après vingt mois d'enquête,
les soupçons d'emplois fictifs se renforcent
contre l'ancien Premier ministre et son
épouse. De nouveaux éléments troublants
ont surgi. Voici les pièces du dossier
Ce qui
accuse
Fillon
L
a menace d’un procès
se rapproche pour François Fillon.
Après vingt mois d’enquête, la justice a accumulé contre l’ancien
Premier ministre de nombreux
indices, documents et témoignages
qui pourraient entraîner sa comparution devant un tribunal correctionnel dans l’affaire des emplois
contestés de son épouse. Dernière
étape avant
la possible
Hervé gattegno clôture du
dossier (c’est
en tout cas ce qu’annoncent des
sources dignes de foi), le juge d’instruction Serge Tournaire l’a longuement interrogé le 7 septembre,
afin de récapituler les soupçons de
« détournement de fonds publics »
retenus à son encontre.
Les jours précédents, le magistrat avait fait défiler dans son
cabinet, au pôle financier du tribunal de Paris, les trois autres
personnes mises en examen :
l’homme d’affaires Marc Ladreit de
Lacharrière ; le député européen
Marc Joulaud, ancien suppléant
de F
­ rançois Fillon à l’Assemblée
nationale, et Penelope Fillon, suspectée d’avoir bénéficié d’emplois
fictifs auprès de chacun d’eux
entre 1981 et 2016 – pour des rémunérations dont le cumul a parfois
dépassé 10.000 euros par mois.
Menées tambour battant à partir du mois de janvier 2017 après
un article accusateur du Canard
enchaîné, les investigations se sont
poursuivies dans l’ombre depuis la
défaite de Fillon à l’élection présidentielle, sa campagne ayant
été bouleversée par cette affaire
François Fillon le 6 février 2017, quelques instants avant une conférence de presse consacrée à l'affaire qui
(il s’est retiré depuis de la vie politique). Les recherches des magistrats de la police se sont focalisées
sur son entourage, dans la Sarthe
comme dans la capitale, et sur sa
société, 2F Conseil, fondée en 2012
et dissoute en 2017 pour abriter
des activités de conférencier de
lobbyiste auprès de grandes entreprises. Elles ont aussi porté sur
les fameux costumes offerts par
l’avocat Robert Bourgi, cadeaux
empoisonnés dont la révélation
(par le JDD, en mars 2017) avait
contribué à ruiner la réputation
du candidat. Si Fillon n’est pas mis
en examen pour ces faits, l’enquête
fait surgir de nouveaux détails
troublants (lire pages 4 et 5).
Des rapports
introuvables
« Depuis le début de l’enquête, il y
a un vrai sujet, qui est la difficulté
de la justice à comprendre le fonctionnement des équipes politiques
autour des parlementaires », a
plaidé Fillon une énième fois, la
semaine dernière devant le juge
d’instruction. Tout au long de
l’enquête, l’ex-chef du gouvernement (2007-2012) aura affirmé
sans convaincre que les contrats
d’assistante parlementaire dévolus à son épouse correspondaient
à des travaux réels. Si les avocats
du couple ont versé au dossier
quelques documents, les perquisitions à leur domicile parisien, dans
leur manoir de Solesme, à la mairie
de Sablé-sur-Sarthe (dont Fillon a
été l’élu) et à l’Assemblée nationale
n’ont permis de découvrir aucune
pièce probante – hormis quelques
traductions de discours liés à ses
activités privées.
« Le mode de fonctionnement de
mon épouse dans l’équipe était pour
l’essentiel oral », a justifié Fillon
devant le juge. Lors d’un interrogatoire précédent, le 29 mai 2017,
il avait pourtant évoqué des « rapports écrits » par sa compagne sur
des sujets comme « la situation économique de la Sarthe », « le rôle des
élus locaux » ou « l’aménagement
du bocage sabolien ». Il précisait
que ces documents « n’ont pas été
conservés », en soulignant que ses
archives de parlementaire étaient
détruites chaque année – une trentaine de cartons ont cependant été
retrouvés, mais rien ne correspond
à de telles prestations.
Le nom
manquant
Dans l’ordinateur de Penelope
Fillon, les policiers ont en revanche déniché une note intitulée « Pour Penny » et vraisemblablement rédigée par la secrétaire
de son mari. Daté de janvier 2017,
soit juste après les révélations du
Canard enchaîné, le document
énumère, à la première personne,
les emplois occupés au fil des ans
au côté de l’élu. « Juin 1997. Je
commence à travailler en étant
rémunérée par François, jusque-là
c’était de façon informelle », peuton notamment lire – l’enquête a
démontré la fausseté de cette indication. Mme Fillon a assuré qu’elle
n’avait « pas le souvenir » d’avoir
écrit cette note.
Avec opiniâtreté, l’ex-Premier
ministre a proclamé l’importance
du travail de sa femme. « Son rôle
a été d’être ma principale collaboratrice pendant trente-sept ans,
a-t-il déclaré au juge, de me faire
remonter les opinions, les critiques,
les jugements des habitants de ma
circonscription, de me fournir des
éléments pour mes discours locaux,
de me faire des analyses de presse, de
me représenter quand je ne pouvais
pas être présent dans des manifestations, et de recevoir les nombreuses
personnes qui souhaitaient me
rencontrer à mon domicile. » Rares
sont les proches, collaborateurs
et témoins locaux qui confirment
cette présentation. Et un organigramme intitulé « Organisation
sphère ­François Fillon », saisi dans
son bureau au Palais-Bourbon, ne
mentionne pas même le nom de
Penelope (le document serait postérieur à son emploi, a justifié Fillon).
Questionnée le 6 septembre,
celle-ci a insisté sur son désir de
« ne pas forcément être sur la photo
ni de [se] mettre en lumière ». Son
mari a reconnu que « très peu » de
leurs relations étaient informées
de son emploi. « Par discrétion,
a-t-il dit, elle n’a jamais voulu mettre
en avant son statut. » Le cahier
qu’elle prétend avoir tenu pour
recenser les visites et les sollicitations reçues pour son compte n’a
pas non plus été retrouvé. « Je vous
le répète, je n’ai pas d’archives », a
répondu Fillon, visiblement agacé.
La note qu’on
n’a pas vue
Les vérifications entreprises au
sujet de l’emploi de « conseillère
littéraire » (pour 3.900 euros
net mensuels de mai 2012 à novembre 2013) de Mme Fillon à la
Revue des deux mondes, propriété
du milliardaire Marc Ladreit de
Lacharrière, laissent elles aussi une
impression fâcheuse. Si son avocat
a produit une douzaine de « fiches
de lectures » (dont peu ont été publiées), le juge a établi qu’elle y fut
recrutée sous son nom de jeune
fille, Penelope Clarke, qu’elle ne s’y
est jamais rendue et elle-même a
reconnu n’en avoir pas rencontré
poursuivis en couple
L’ancien candidat à l’élection
présidentielle a été mis en examen
le 14 mars 2017 pour « détournement de fonds publics » et « recel
d’abus de biens sociaux » à propos des emplois contestés de son
épouse, Penelope, à l’Assemblée et
à la Revue des deux mondes. Celleci est également poursuivie, pour
« complicité et recel d’abus de biens
sociaux ». Deux de leurs enfants, qui
ont été rémunérés comme collaborateurs sur les fonds du Sénat, ont
été placés sous le statut de témoin
assisté. Tous sont présumés innocents. ­Sollicité par le JDD, l’avocat
de François Fillon, Antonin Lévy,
n’a pas souhaité s’exprimer « sur
un dossier toujours en cours d’instruction ». g
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
3*
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
L’affaire Fillon
Les témoignages qui fragilisent
la défense de son épouse
fantôme Rares sont ceux qui
disent avoir su que Penelope
Fillon travaillait pour son mari
ébranle sa campagne présidentielle. Lionel Préau / Riva Press
les dirigeants, bien que chargée
d’une « mission de réflexion » sur
l’avenir de cette publication. En
outre, la déclaration à l’Assemblée
nationale de cet emploi supplémentaire ne mentionnait qu’une
activité de « quatorze heures hebdomadaires » alors que son contrat
portait sur un temps plein. Le juge
y voit une « manœuvre frauduleuse » destinée à permettre le
cumul des deux rémunérations.
Les époux Fillon ont été placés
pour cela sous le statut de témoin
assisté.
Au domicile du couple, la police
a trouvé – dans un numéro de la
revue daté de 2017 dont son époux
était en couverture – deux notes
consacrées à « la relance de la
RDDM » et à des « éléments de
langage » (selon l’expression du
juge) pour justifier son emploi.
« Ce n’est pas moi qui ai écrit ces
notes », a assuré Penelope Fillon.
« Cet exemplaire [de la revue] était
bien dans notre bibliothèque, mais
je ne l’ai pas ouvert et je n’ai pas
vu qu’il y avait des notes à l’intérieur. » Son mari, comme Marc
­Ladreit de Lacharrière, a nié
avoir eu connaissance de ces
documents.
Convoqué le 4 septembre,
ce dernier a été questionné en
détail sur d’autres services rendus à François Fillon. L’homme
d’affaires lui a prêté 50.000 euros
(que Fillon n’a pas mentionnés
dans sa déclaration de patrimoine, il est aussi poursuivi
pour cela), l’a invité cinq fois
dans son chalet à Courchevel
(dont deux fois hors sa présence,
a-t-il indiqué), a présidé au moins
une réunion pour préparer le
financement de sa campagne de
2017, a participé aux réflexions
sur son projet présidentiel.
Des voyages
non déclarés
« Son rôle était celui d’un apporteur d’idées, a relativisé l’ex-candidat devant le juge. Il donne
des conseils sur la structuration
de l’équipe de campagne et sur
les modalités de la recherche du
financement, parce qu’il a une
grande expérience et des compétences dans ce domaine. » Il a
toutefois précisé que cet ami précieux n’avait « pas fait de dons ».
« Il a dû considérer que son apport intellectuel était suffisant »,
a-t-il dit. Le milliardaire a aussi
eu recours à la société de conseil
de Fillon pour diverses prestations. Une « étude patrimoniale »
lui a été commandée (et payée),
que Fillon a dit avoir réalisée luimême sur son ordinateur, mais
aucune trace n’en a été trouvée.
« Je change souvent d’ordinateur », a-t-il expliqué.
Après examen des échanges
d'e-mails et de SMS de Fillon
et de certains de ses collaborateurs, l’enquête révèle que l’exPremier ministre, redevenu député, a accompagné Marc Ladreit
de Lacharrière au Kazakhstan
pour le présenter auprès des
autorités de ce pays, s’est entremis pour organiser une rencontre
avec un prince saoudien et lui a
présenté un industriel libanais
Qui a vu Penelope Fillon ? Depuis
l’ouverture de l’enquête, les policiers de la Brigade nationale de lutte
contre la corruption ont posé des
dizaines de fois cette question – à
d’anciens collaborateurs de François
Fillon, dans la Sarthe comme à Paris ;
à des élus locaux qui l’ont côtoyé ;
à des fonctionnaires qui ont été en
fonction sur sa terre d’élection ; à des
journalistes de la presse régionale
qui ont suivi ses activités d’élu et
son ascension vers le pouvoir. Au fil
des pages du dossier judiciaire, leurs
réponses se recoupent largement :
Mme Fillon ne se montrait guère,
manifestait peu de goût pour les
activités politiques (bien qu’elle se
soit fait élire au conseil municipal de
Solesme en 2014) et la quasi-totalité
ignorait qu’elle occupait un emploi
d’assistante parlementaire, d’abord
auprès de son mari puis, chaque fois
qu’il a siégé au gouvernement, auprès de son ancien suppléant, Marc
Joulaud.
« J’ignorais totalement » qu’elle
était la collaboratrice de son mari,
a témoigné une conseillère départementale qui a dit entretenir « des
relations d’ordre amical » avec le
couple Fillon. « Pour moi, elle était
mère de famille et femme au foyer,
a-t-elle ajouté. Elle était également
controversé, Fouad Makhzoumi.
À ce propos, le milliardaire a
expliqué au juge que, dans ce
cadre, l’élu agissait « en tant que
conseiller pour permettre à une
personne qui veut investir dans un
pays d’avoir des contacts qui vont
permettre des investissements ». Il
a néanmoins certifié avoir « toujours veillé à un devoir de vigilance
concernant [ses] relations avec des
personnes politiques ».
Le juge semble pour sa part
suspecter une forme de mélange
des genres dans les voyages à
l’étranger effectués par le député
Fillon entre 2012 et 2017. Celuici s’est notamment rendu aux
États-Unis, au Qatar, en Russie
et à Abu Dhabi sans que la frontière entre sa fonction d’élu et ses
affaires privées semble clairement
délimitée. Selon les archives du
Parlement, certains déplacements
n’ont pas été déclarés au déontologue de l’Assemblée. Face au juge,
Fillon a argué que « le règlement
de l’Assemblée n’est pas clair » et
s’est exclamé : « C’est ça, le sujet !
Il y a des déplacements personnels,
[…] des déplacements strictement
politiques et d’autres pour lesquels j’ai également des activités
de conférencier. » Faute d’investigations approfondies sur ce plan
(les dirigeants des grandes entreprises qui étaient ses clients n’ont,
pour la plupart, pas été interrogés), les poursuites judiciaires
ne devraient pas s’étendre à ces
affaires-là. Mais leur inventaire
achève de jeter sur les activités de
l’ex-favori de la présidentielle une
lumière en clair-obscur. g
épouse d’élu, ce qui implique d’être
présente à certaines manifestations,
c’est une femme très discrète. Je n’ai
jamais eu d’information [indiquant]
qu’elle était assistante parlementaire. » Une autre, conseillère
régionale et ancienne directrice
du cabinet de François Fillon à Sablé-sur-Sarthe, a dit l’avoir croisée
une seule fois, en 2003 lors d’une
visite d’élus à Paris. « À quel titre
intervenait-elle ? », ont demandé les
policiers. « Je l’ignore, on me l’a toujours présentée comme Mme Fillon,
je n’ai pas le souvenir d’un autre
titre », a-t-elle répondu, précisant
qu’elle n’a jamais connu non plus
l’emploi de Penelope Fillon auprès
du député Marc Joulaud. Seuls les
collaborateurs du premier cercle
(sa secrétaire particulière, le rédacteur de ses discours) affirment que
son statut était connu.
Un inspecteur venimeux
« Quand l’affaire des emplois fictifs
est sortie dans Le Canard enchaîné,
a raconté un photographe de la
presse locale, on s’est tous appelés entre collègues […] Nous avons
checké les photographies qu’on
avait. » Il a dit avoir retrouvé
102 clichés montrant le couple,
mais affirmé que Mme Fillon
« était là en tant qu’épouse » et
non en tant que collaboratrice –
« D’ailleurs, on n’a pas le portable
de Penelope », a-t-il signalé. Le
même a indiqué avoir rendu visite
à l’Assemblée à Marc Joulaud peu
après son élection : « Il m’a montré
son bureau et sa chambre, il ne m’a
pas parlé de Penelope Fillon. »
Journaliste à la retraite devenu
collaborateur de Fillon et resté un
de ses proches, un autre témoin
a certifié qu’il ne savait « pas du
tout » que celle-ci travaillait pour
son mari et n’avoir « jamais entendu
parler de cet emploi ». « François m’a
dit qu’elle lui était d’une aide précieuse mais sans précision », ­a-t-il
ajouté. Un autre reporter local est
allé jusqu’à décrire l’intéressée en
« châtelaine cultivant ses roses ».
« Je trouve assez curieux cet
empressement à interroger des
journalistes qui, dans l’affaire qui
nous occupe, m’ont condamné à la
minute où les [premières] informations ont été publiées ; cela n’en
fait pas des témoins d’une grande
objectivité », s’est irrité l’ancien
Premier ministre.
Les enquêteurs ont également
recueilli le témoignage venimeux
d’un ancien inspecteur des Renseignements généraux, jadis condisciple de Fillon au lycée puis à la
faculté de droit du Mans. Lui a
affirmé n’avoir « jamais eu connaissance d’une quelconque activité
professionnelle de Mme Fillon » et
certifié qu’il n’y était fait aucune
mention sur la « notice bio » de
l’élu établie par les RG. « Sur ces
notices, lorsqu’une épouse occupait
un emploi rémunéré, c’était indiqué,
sauf incurie du service », a précisé
l’ex-policier.
Ce témoignage n’a toutefois pas
été corroboré par les deux anciens
préfets de la Sarthe interrogés.
L’un d’eux, Stéphane Bouillon,
qui fut par la suite conseiller de
Fillon à Matignon, a déclaré lui
aussi avoir tout ignoré de l’emploi
de Penelope Fillon au côté de son
époux, mais concédé sans trop
se mouiller avoir entendu dire
qu’elle travaillait pour le député
Joulaud : « On me l’a dit mais je ne
peux vous dire quand ou qui me l’a
dit. » Avec cette appréciation : « En
fait, M. Joulaud était transparent.
Elle travaillait donc pour son mari
à travers lui. » g H.G.
exclusif : à lire dès 13h,
la dernière audition
de fillon chez le juge
sur leJDD.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
4
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
L’événement
Une société
de conseil
aux clients
très généreux
Business À sa sortie
de Matignon, Fillon a mis
à profit ses relations.
Au risque de flirter
avec le conflit d’intérêts
Nom de code : « Kanouga ». C’est
ainsi que François Fillon avait baptisé, pour lui et ses plus proches, le
projet auquel il travaillait secrètement en 2012, alors que se profilait
la défaite de Nicolas Sarkozy. « Le
kanouga est une friandise basque,
a-t-il expliqué au juge Tournaire
le 20 juillet 2017. Avant de quitter
Matignon, j’envisageais d’arrêter la
politique et d’entrer dans un cabinet
d’avocats. » En définitive, il empruntera une autre voie : le 6 juin 2012,
soit dix jours avant la fin de ses fonctions gouvernementales, il créait
discrètement la société 2F Conseil
afin de se lancer dans une triple carrière de consultant, de conférencier
et d’apporteur d’affaires.
Une perquisition
au siège parisien
d’Axa a permis
la découverte
d’e-mails
révélateurs
Après le scandale lié aux ­emplois
de son épouse, policiers et juges se
sont concentrés sur les ­activités de
cette société, derrière lesquelles
ils soupçonnaient un entrelacs
d’intérêts discutable. Dissoute
fin 2013, 2FC affichait cette année-là un chiffre d’affaires de
446.000 euros. Parmi ses clients
ont figuré de grandes entreprises,
comme la compagnie d’assurances
Axa, la banque Oddo, le groupe
Fimalac (dirigé par son ami Marc
Ladreit de Lacharrière), ou encore
le cabinet d’audit Ricol Lasteyrie,
qui abrita dans un premier temps
le siège de 2F Conseil. L’ancien
Premier ministre a été interrogé
sur ses relations d’affaires et les
prestations réalisées au sein de
la société – dont il était l’unique
collaborateur –, sans toutefois être
mis en examen.
« Je n’ai jamais été dans une
situation de conflit d’intérêts, at‑il certifié devant le magistrat. Si
je l’avais été, j’aurais renoncé au
client qui m’aurait mis dans cette
situation. » Une perquisition au
siège parisien d’Axa a cependant
occasionné la découverte d’e-mails
révélateurs ­d’interrogations sur ce
point. Par l’intermédiaire d’un avocat de ses amis (et ancien collaborateur), ­Antoine Gosset-Grainville,
­François Fillon, alors en campagne
pour les élections législatives à
Paris, négociait en même temps
avec le géant des assurances un
« contrat de prestation de services ».
Moyennant une rémunération forfaitaire de 10.000 euros par mois,
il se proposait de dispenser à ce
client prestigieux des « conseils
stratégiques sur les réformes structurelles aux niveaux européen et
international » ainsi que sur « les
questions macro­économiques et
institutionnelles ».
Les échanges saisis par la p
­ olice
révèlent que les cadres d’Axa
­s’interrogeaient explicitement sur
« la compatibilité d’un tel contrat
avec les fonctions passées ou à venir
de F. Fillon ». L’un d’eux invoquait
« le risque pour FF, s’il crée in
­extremis une activité de consulting
quelques jours avant son élection »,
et suggérait que l’intéressé « envisage de s’inscrire au barreau pour
contourner l’interdiction pour les
députés de faire du consulting ». Un
e-mail suivant évoquait « la modification des règles de déontologie »
François Fillon et Robert Bourgi à Rouez, dans la Sarthe, en août 2015. Alain GUILHOT/DIVERGENCE
applicables aux parlementaires.
En dépit de ces alertes, le contrat
entre 2FC et Axa fut signé le 6 juin
2012, pour une durée de six mois
– ce qui garantissait à Fillon un
revenu de 60.000 euros. Les documents internes prouvent que, sans
attendre ses premières prestations,
deux avenants étaient déjà prévus
pour prolonger sa mission jusqu’en
août 2014, moyennant une réunion
mensuelle de deux heures avec les
dirigeants d’Axa et des « échanges
téléphoniques ou rédactions de
notes dans la limite de 10 heures
de travail par mois ».
Scrutant les services rendus à
d’autres clients, les enquêteurs
se sont intéressés aux démarches
­e ntreprises par Fillon pour
­introduire en Russie un industriel
libanais spécialisé dans le pétrole,
Fouad Makhzoumi. Connu pour
avoir entraîné la chute du ministre
de la Défense anglais Jonathan
­Aitken en 1995, ce personnage
controversé (lui-même condamné
pour parjure) a pu, grâce aux
bons offices de Fillon, se rendre
au forum de Saint-­Pétersbourg
en 2015, y « rencontrer les responsables ­économiques russes »
et « saluer le président Poutine »,
a expliqué au juge l’ex-Premier
ministre. ­Montant de la facture :
46.000 euros. Une semblable recommandation a permis au même
Makhzoumi d
­ ’approcher plusieurs
grands ­patrons français, dont celui
de Total, ­Patrick Pouyanné, qui
dirigea il y a plus de vingt ans le
cabinet d’un ministre des Télécommunications nommé… François
Fillon. g H.G.
Sous les costumes,
Habillé L’enquête confirme
que des vêtements sur mesure
ont été offerts à Fillon. Il y en a
même plus qu’on ne le croyait
Longtemps, les costumes sur
­m esure de chez Arnys ont été
pour François Fillon le symbole
d’une distinction – le mensuel
GQ le c­ lassait en 2017 parmi les
20 Français les mieux habillés.
Dans l’opinion, ils évoquent à
présent l’inélégance de certains
procédés. Après la révélation par
le JDD (12 mars 2017) des cadeaux
offerts à l’ex-Premier ministre dans
cette boutique de luxe par l’avocat
Robert Bourgi, l’enquête a reconstitué la facture et recueilli la version
du compromettant bienfaiteur.
Contrairement à ce qui a été dit
jusqu’ici, les faveurs accordées à
Fillon par celui qui se disait son
ami ne semblent pas s’être limitées
à trois costumes commandés et
réglés par l’avocat à la fin de 2016
– le montant, 13.000 euros, correspondant en fait à deux costumes
seulement, le troisième ayant été
offert au client sur instruction de
la direction de Berluti (la marque
de luxe ayant racheté Arnys
en 2012). Selon un rapport de la
­Brigade nationale de lutte contre
la corruption daté du 15 mars 2017,
une précédente livraison, datée du
18 novembre 2015, avait déjà été
payée par Bourgi : un costume
facturé 5.180 euros (après sous-
traction d’une remise de 30 %).
Celui-ci, contrairement aux trois
autres publiquement évoqués, n’a
pas été rendu à l’avocat.
L’examen des archives de l’ancienne maison Arnys a en outre mis
au jour l’achat par François Fillon
d’un smoking en janvier 2014 au
prix de 2.170 euros, réduction de
30 % comprise, qui fut acquittée
en espèces. Ont également été
exhumées les factures de nombreuses chemises sur m
­ esure, dont
l’une pourrait avoir été réglée par
« J’avais, je ne
sais pas pourquoi,
une affection
particulière pour
François Fillon »
Robert Bourgi
Robert Bourgi – selon un inventaire imprécis versé au dossier
d’instruction – pour un montant
de 2.480 euros en juillet 2012,
soit peu après son départ à l’hôtel
Matignon. L’avocat avait d’abord
certifié n’avoir jamais acheté de
chemises pour lui-même ; il est
revenu en arrière.
Les documents saisis ment i o n n e n t d ’a u t re p a r t q u e
trois commandes de chemises
(1.100 euros en 2008, 1.755 euros
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
5
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
L’affaire Fillon
Un milliardaire très pressé
amitié Pour avoir salarié
Penelope Fillon, Marc Ladreit
de Lacharrière a été l’objet
de recherches judiciaires
approfondies mais vaines
« Petites causes, grands effets. »
Homme d’affaires éclairé et
­mécène reconnu, Marc Ladreit
de Lacharrière a pu méditer cette
maxime pascalienne à la lumière
de l’enquête sur le couple Fillon.
Rapportée aux dimensions de
Fimalac, groupe dont les investissements vont de la finance à
l’immobilier, aux médias et au
spectacle et dont les implantations s’étendent sur 80 pays,
l’embauche de la femme d’un exPremier ­ministre à la Revue des
deux mondes pour 5.000 euros
brut mensuels était une goutte
d’eau. Elle a pourtant conduit son
dirigeant devant la police et les
juges, où il a été pressé de questions sur des sujets parfois très
éloignés de l’objet de l’enquête.
Mis en examen pour abus de
biens sociaux, le milliardaire a
dû répondre à plusieurs reprises
sur les conditions dans lesquelles
une chapelle médiévale située sur
son domaine ardéchois a été classée monument historique. Bien
que l’intéressé ait affirmé que sa
relation avec François Fillon, alors
Premier ministre, était étrangère à
cette décision, les enquêteurs ont
scruté les archives du ministère
de la Culture pour en reconstituer
la génèse. Devant le juge, Ladreit
de Lacharrière a précisé que
les travaux de réhabilitation du
des chemises
en 2011, 1.755 euros en 2012) ont
été « offertes » à Fillon par l’établissement – une pratique plus
qu’exceptionnelle, a témoigné un
responsable de la boutique. Quatre
autres livraisons qui lui étaient
destinées (trois en 2008, une en
2011) sont répertoriées dans les
comptes comme « non payées ».
De Bourgi, Fillon a déclaré
au juge : « C’est quelqu’un que je
connais depuis quarante ans et qui
m’a offert trois costumes dans un
cadre strictement amical, du moins
je le croyais. » Devant la police,
l’avocat a, pour sa part, indiqué
de façon ambiguë : « J’avais, je ne
sais pas pourquoi, une affection
particulière pour François Fillon. »
Son récit est en tout cas fort
­différent sur procès-verbal du
scénario d’une vengeance sciemment organisée pour compromettre
Fillon, qu’il a avancé maintes fois
dans les médias depuis l’année dernière. Il raconte avoir été appelé un
matin de décembre 2014 par François Fillon, qu’il aurait retrouvé au
Fouquet’s. « Il me dit ne pas être bien
car sa mère se mourait [...] Noël approchant, je me suis dit que j’allais
essayer de le consoler et j’ai pensé
lui offrir un beau cadeau. Sachant
qu’il aimait les beaux vêtements et
qu’il était déjà client d’Arnys, j’ai
décidé de lui commander un blazer
et un pantalon gris. Il m’a appelé le
31 décembre 2014 pour me souhaiter
la bonne année et me remercier. »
Plus tard, l’avocat assure qu’au
cours d’un petit-déjeuner au Ritz
Fillon s’était dit certain de gagner
la primaire de la droite. « Sur le
ton de la rigolade, poursuit Bourgi,
je lui ai dit que s’il gagnait, ce qui
me paraissait impossible, je le
­récompenserais. Il m’a répondu
que j’aurais alors des dépenses
à faire. » Après le triomphe de
Fillon, en novembre 2016, l’avocat
aurait souhaité honorer son pari.
« Je lui dis que j’aimerais bien le
rencontrer afin de fêter ensemble sa
victoire. Il me dit qu’il a la tête sous
l’eau et me répond qu’il m’appellera
plus tard. »
C’est dans ces conditions, selon
Bourgi, qu’il aurait à nouveau sollicité la maison Arnys pour lui offrir
« deux costumes », sans l’en prévenir. « C’est en fonction du prix que
j’ai commandé deux costumes, a-t-il
expliqué. Si [le vendeur] m’avait
dit qu’un seul coûtait 10.000 euros,
je n’en aurais commandé qu’un
seul. J’avais en tête un montant
de cet ordre-là. » Il dit n’avoir
pas revu François Fillon depuis
leur rencontre au Ritz, et assure
qu’après l’article du JDD, c’est le
candidat qui, pour préserver sa
campagne, lui a demandé de ne
rien dire. Se donnant le beau rôle,
il lui aurait alors « fait reproche
d’attaquer la magistrature et les
services de ­police ». Depuis lors,
les deux hommes ne se font plus
de cadeaux. g H.G.
­ âtiment étaient antérieurs à son
b
classement, de sorte qu’« aucune
déduction fiscale n’a eu lieu ».
D’autres interrogations ont
porté sur sa promotion, en 2010, au
grade de grand-croix de la Légion
d’honneur – la police a même saisi
le dossier de la Grande Chancellerie à ce propos. Si cette décoration
lui fut remise par Fillon, « il n’y a
qu’une personne qui peut décider
de cette élévation, c’est le président de la République », a signalé
le récipiendaire (en l’occurrence,
c’était Nicolas Sarkozy). « C’est un
sujet que je n’ai jamais évoqué avec
François Fillon », a-t-il assuré – ce
que l’ex-candidat a confirmé. Sur
la base du dossier préparatoire, le
patron de Fimalac, connu comme
l’un des grands bienfaiteurs des
arts en France et membre de l’Institut, a précisé que sa promotion
était due à son « engagement au
service de la cité » et à sa « contribution au rayonnement culturel ».
Fonction bénévole
Soupçonneux, le juge lui a aussi
demandé pourquoi il avait été
porté, en 2007, à la tête de l’Agence
France-Muséums, née d’un accord
entre l’État et les Émirats arabes
unis pour créer le futur Louvre
d’Abu Dhabi – fonction bénévole,
a-t-il précisé. « Avez-vous eu des
discussions avec M. Fillon à ce
sujet ? », a hasardé le juge. « Je
n’en ai aucun souvenir », a répondu
Marc Ladreit de Lacharrière.
En définitive, seul le recrutement de Mme Fillon à la Revue des
deux mondes lui est reproché par
la justice. « C’est François Fillon,
a-t-il dit, qui avant de partir de
Matignon m’a fait savoir que sa
femme aimerait trouver une activité. » Il assume le recrutement et
n’émet à ce propos qu’un regret :
ne pas avoir su que Penelope Fillon
« demandait à travailler davantage ». « Je me reproche de ne pas
avoir apporté plus d’attention à
son travail, a-t-il conclu. Si j’avais
agi ainsi, peut-être sa rémunération aurait-elle pu être revue à la
baisse. » g H.G.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
L’événement
À Solesmes, les villageois veulent
tourner la page du scandale
REPORTAGE
Les Sarthois font bloc
autour du couple
et espèrent retrouver
leur tranquillité
malmenée
Envoyée spéciale
Solesmes (Sarthe)
« On a passé six mois sous les feux
de la rampe. À présent, Solesmes a
retrouvé sa quiétude. » Le maire
du village, Pascal Lelièvre, avoue
apprécier de pouvoir « respirer
un peu ». Déjà un an et demi que
l’affaire Fillon a braqué tous les
projecteurs sur la petite commune de la Sarthe, fief de l’ancien
­Premier ministre, où son épouse
est toujours conseillère municipale
– « très assidue », s’empresse de préciser le maire. Après ces ­semaines
d’attention inattendue – et, pour
beaucoup, indésirable – début 2017,
Solesmes et ses 1.250 habitants sont
doucement retournés vivre dans
l’ombre de l’abbaye qui seule faisait leur renommée avant la mise
en examen de l’ancien candidat à la
présidentielle. C’est ici que, comme
chaque semaine ou presque, François et Penelope Fillon sont venus
trouver refuge le week-end dernier,
après avoir été de nouveau entendus
par les juges.
Une tourelle ronde, des écuries,
14 chambres, plus de 1.000 mètres
carrés habitables sur 13 hectares de
qui est très respectée ici, a été calomniée de façon abominable. »
Attablé à la terrasse d’un café de
Sablé, Laurent B., ouvrier de 59 ans,
ne se montre pas aussi i­ ndulgent.
« On attend des comptes. On leur
faisait confiance. » Les S
­ aboliens
sont doublement touchés : également mis en examen dans l’affaire,
le maire, Marc Joulaud, risque
lui aussi d’être renvoyé devant le
­tribunal correctionnel. Peu après
le début de l’enquête, Laurent B. a
croisé François Fillon en contrebas,
près du port, et l’a salué d’un léger
hochement de tête. « Il y a toujours du respect. » Entre exigence
« Elle est très
simple, très
gentille. C’est
Mme Fillon, mais
c’est Mme Toutle-Monde »
Julie Gaugain, boulangère
L’abbaye de Solesmes et le pont enjambant la Sarthe. Eddy LEMAISTRE/MAXPPP
terrain en surplomb de la ­rivière,
perdus dans l’épaisse et verdoyante
végétation de la campagne sarthoise. Le château de Beaucé, que
le maître des lieux persiste à appeler
pudiquement « maison », représente
un havre de sérénité pour le couple
et leurs enfants depuis vingt-cinq
ans. Après la présidentielle, ils y ont
repris leurs habitudes – discrètes.
« Madame vient tôt le matin, raconte
Julie Gaugain, qui tient la boulangerie de Solesmes. Ma mère la voit parfois au Leclerc aussi à ces heures-là.
Elle est très simple, très gentille. C’est
Mme Fillon, mais c’est Mme Toutle-Monde. » Cet été, c’est au manoir
qu’ils ont marié dans l’intimité leur
avant-dernier fils, Édouard.
Au village comme dans la ville
de Sablé-sur-Sarthe, à 3 kilomètres
de là, nombre d’habitants et de
commerçants font bloc autour de
leur champion et, plus encore, de
« Penelope », qui s’attire toutes les
compassions. Son caractère semble
tellement étranger à la sulfureuse
affaire. « Son épouse fait l’unanimité
ici », affirme, catégorique, le père
Soltner de l’abbaye Saint-Pierre de
Solesmes. « Tout le monde vous le
dira, ajoute avec ardeur un autre
moine bénédictin : la famille Fillon,
de ­vérité et accusations d’acharnement, on trouve au cœur de la
Sarthe l’ambivalence d’une admiration déçue pour celui qui a tant
fait pour la ville et la ­région. Sablé
a beau disposer d’une gare TGV, le
village adjacent de S
­ olesmes désespère d’accueillir un médecin. Pour
les habitants de ce département en
perte de vitesse, la tornade de l’affaire Fillon a aussi marqué la fin du
rêve « d’avoir un président », comme
le confie une commerçante. Un
deuil pas toujours achevé. « À voir
s’il se représente en 2022… » g
Zoé Lastennet
Une reconversion
tournée vers l’Asie
Rebond L’ancien Premier
ministre est devenu associé au
sein du fonds d’investissement
­Tikehau Capital
La nouvelle vie de François Fillon
se déroule au 9e étage du 32 rue
de Monceau, à Paris. Le fonds
d’investissement Tikehau Capital, qu’il a rejoint en 2017 avec le
statut d’associé senior, occupe deux
étages de cet immeuble moderne
et sans aucun charme du 8e arrondissement. Rien d’ostentatoire dans
ces bureaux : la discrétion est l’une
des signatures du duo qui a créé
Tikehau en 2004. Mathieu Chabran
et Antoine Flamarion, 46 et 48 ans,
ne recherchent pas la lumière des
médias. Ils creusent leur sillon avec
un succès qui dérange parfois dans
le monde parisien de la finance.
Formés dans des banques d’affaires de renom (Goldman Sachs
et Merrill Lynch), ils ont prouvé
plusieurs fois qu’ils n’avaient peur
de rien. « Nous sommes fiers de notre
indépendance et savourons la liberté
qu’elle nous offre, ont-ils écrit en
guise de manifeste sur le site du
fonds. Nous croyons en un mode de
pensée critique et original, et évitons
les comportements moutonniers ».
Rien ne les arrête, pas même les
personnalités les plus influentes
de la place lorsqu’elles se sont
alliées en 2017 pour les empêcher
de monter au capital du prestigieux
fonds Eurazeo. Ils ont laissé passer
l’orage et ont continué d’acheter des
actions d’Eurazeo sur le marché.
Il fait jouer son carnet
d’adresses et sa notoriété
Tikehau Capital, qui s’est notamment spécialisé dans les financements des entreprises moyennes,
affiche des records. Son résultat
net a été multiplié par trois en 2017
pour atteindre 314,4 millions. Il
gère un portefeuille d’actifs de près
de 14 milliards d’euros, en forte
progression chaque année.
François Fillon a très vite trouvé
sa place dans la structure. Il y
occupe un bureau, participe aux
réunions et multiplie les voyages,
notamment en Asie, pour faire jouer
son carnet d’adresses et sa notoriété d’ancien Premier ministre de
la France. « C’est une des personnes
qui étend par sa stature le rayonnement international de Tikehau,
note un connaisseur de l’entreprise.
Il est ambassadeur de la marque. »
Le visage de l’ex-homme politique
apparaît sur le trombinoscope des
31 membres de l’équipe de direction
du fonds. Un parmi d’autres : cela
semble suffire à son bonheur. g
Rémy Dessarts
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
8
le journal duDimanche
dimanche
16 septembre 2018
Les indiscrets JDD – Europe 1
LREM flirte
avec Trudeau
En vue
le VRAI
du faux
Le mouvement de
Macron participera les
20 et 21 septembre
à une conférence des
partis progressistes
nord-américains et
européens à Montréal. La déléguée
internationale de La République en
marche, Astrid Panosyan, rejoindra, pour
l’un des ateliers, l’ancien ministre italien
des affaires européennes, Sandro Gozi,
afin de réfléchir à une renaissance du
centre-gauche tel que l’ont incarné Bill
Clinton, Tony Blair ou Gerhard Schröder
et que souhaiteraient aujourd’hui incarner
Justin Trudeau et le président français.
« La France
devient année
après année
de plus en plus
inégalitaire »
FABIEN ROUSSEL, DÉPUTÉ PCF,
À L’ASSEMBLÉE NATIONALE
faux
Les Insoumis
dans les quartiers
La France insoumise (LFI) organise
le 18 novembre à Épinay-sur-Seine
(Seine-Saint-Denis) les « rencontres
nationales des quartiers populaires »,
qui doivent déboucher sur une série de
propositions. « Des réunions locales
seront proposées en septembre-octobre,
explique Éric Coquerel, député LFI. Je dis
bien “proposées”, car on veut que ce soit
inclusif. » Il espère 600 à 800 personnes.
Villani et les robots
Lors de la passation de
pouvoir entre Nicolas
Hulot et François de
Rugy, le médaillé Fields
Cédric Villani était là
discrètement. Le député
LREM apprécie Hulot
et a une vraie sensibilité écologiste.
« J’ai une admiration profonde pour le
mathématicien Alexandre Grothendieck
qui, après sa médaille Fields en 1966,
est parti dans l’écologie radicale, même
si ce n’est pas le genre de carrière que je
suivrais », explique Villani. Il y fait d’ailleurs
référence dans sa récente BD, Ballade
pour un bébé robot. « J’ai eu l’occasion
d’en discuter avec José Bové. »
Pavard préface
« Au fil des matches, je sentais que rien
ne pouvait nous arriver. Ce groupe est
merveilleux et, croyez-moi, il est encore
plus beau de l’intérieur. » Ces mots sont
de Benjamin Pavard, qui préface le livre de
Rodolphe Gaudin Coupe du monde 2018,
les plus grands moments (Larousse,
sortie le 10 octobre, 170 p., 14,95 €).
Le défenseur des Bleus y dédie son but
face à l’Argentine (élu plus beau but de la
compétition) à ses parents : « Cette demivolée du pied droit, ce n’est pas un miracle
mais le symbole de ma trajectoire.
Pas toujours linéaire, faite de hauts et de
bas, mais je me suis toujours accroché. »
Philippe et Wauquiez vont s’affronter
Invité de L’Émission politique de France 2 le 27 septembre, le Premier ministre sera
confronté à Laurent Wauquiez dans la séquence traditionnelle du « duel ». Pour sa
première apparition, en septembre 2017, il avait été confronté à Jean-Luc Mélenchon
devant 3,2 millions de téléspectateurs. Le président de LR, lui, avait été opposé (en
janvier) à Benjamin Griveaux. De l’avis général, l’un et l’autre avaient gagné leurs
matches respectifs. Et cette fois ? g JÉRôME MARS POUR LE JDD ; Christian Liewig/ABACA
Une nouvelle plume
à l’Élysée
Jonathan Guémas, le conseiller stratégie,
prospective et discours de Gérard Collomb,
avec lequel il travaille depuis plusieurs
années, quitte l’Intérieur pour l’Élysée.
Il devrait prochainement rejoindre le cabinet
de Macron, où il œuvrera à l’écriture des
discours présidentiels. Il officiera dans l’équipe
de Sylvain Fort, plume du chef de l’État depuis
le début du quinquennat, qui prend la tête
de tout le pôle communication de l’Élysée.
Un thé avec Macron
Entre deux réunions,
Emmanuel Macron a pris
le thé jeudi après-midi
avec l’écrivain anglais
Salman Rushdie (photo)
et le philosophe BernardHenri Lévy. Rushdie était de passage à
Paris pour la promotion de son dernier livre,
La Maison Golden, publié chez Actes Sud,
la maison d’édition de la ministre de la Culture,
Françoise Nyssen. De quoi ont-ils parlé ?
« De littérature », assure un initié.
Vers une autre liste écolo aux européennes ?
Ce week-end, plusieurs petits partis écologistes se sont réunis à Marseille comme Cap21
de Corinne Lepage, le MEI d’Antoine Waechter et l’UDE de Jean-Luc Bennahmias. « Nous
travaillons à une liste de rassemblement des écologistes et des humanistes aux européennes,
confie Christophe Rossignol, le secrétaire général adjoint de l’UDE. Nous sommes prêts à
travailler avec EELV et Yannick Jadot mais contrairement à leur discours, ils ne sont pas dans
cette logique de rassemblement. » Reste à trouver une tête de liste et à dépasser les 5 %.
À l’écoute de Benalla
Benalla vecteur
d’audience ? Devenue la
matinale d’information
commune aux deux chaînes
parlementaires, l’émission
Territoire d’infos, présentée
par Cyril Viguier, est prolongée à partir de
cette semaine d’une demi-heure pour suivre
l’actualité sénatoriale, au moment où la
Haute Assemblée s’apprête à auditionner
(mercredi) l’ex-garde du corps de Macron.
ENA : un autre concours
À partir de 2019, l’ENA ouvrira, à titre
expérimental pendant cinq ans, un quatrième
concours d’entrée réservé aux docteurs des
universités. Il comprendra trois spécialités :
sciences de la matière et de l’ingénieur,
sciences de la vie, sciences humaines et
sociales. « L’ENA diversifie le profil intellectuel
de ses élèves et accueille en particulier des
personnes ayant déjà fait reconnaître leur
excellence dans les disciplines scientifiques »,
explique son directeur, Patrick Gérard.
• Les nombreuses alertes
ayant accompagné la présentation
du « plan pauvreté » ont éclairé avec
­raison la situation dramatique de
8,8 millions de Français vivant sous
le seuil de p
­ auvreté. Cependant, les
­inégalités sont loin d’exploser : elles
se résorbent au contraire légèrement,
selon une note fouillée publiée par
l’Insee. Le niveau de vie des Français
les plus modestes a progressé de 1,4 %
en 2016 (notamment grâce à la mise
en place de la prime d’activité), quand
celui des plus aisés a stagné. En 2016, le
revenu moyen des 10 % les plus riches
était 3,4 fois supérieur à celui des 10 %
les plus pauvres, et le coefficient de
Gini (l’une des mesures classiques des
inégalités) montre une légère baisse
des inégalités, qui retrouvent leur
niveau de 1998.
Notre taux de pauvreté (14 %) reste
l’un des plus bas au monde, et le taux
de pauvreté persistante s’inscrit
très en deçà de la plupart des pays
­d ’Europe : 2,4 % de la population
pauvre l’a été au moins deux années
au cours des trois années précédentes.
En clair : on sort de la ­pauvreté, en
France, plus vite qu’ailleurs. Notamment lorsque les difficultés sont
liées à l’entrée dans la vie active, ou
à la structure familiale : un tiers des
familles monoparentales sont pauvres,
mais leur célibat durant six ans en
moyenne, ces situations restent transitoires. Cela signifie-t-il que tout va
bien ? Non, car ces ­indicateurs reflètent
avant tout l’efficacité de notre ­système
de ­r edistribution. Une p
­ auvreté
­structurelle s’est installée, chez les
­personnes âgées ou peu ­qualifiées,
dans les familles nombreuses…
Que d’autres inégalités accentuent :
celles de logement, et de patrimoine.
Ce fossé-là ne cesse de s’élargir
depuis vingt ans. Quand le patrimoine
des 10 % les plus riches s’est accru de
113 % par rapport à leurs homologues de 1998, celui des 10 % les plus
pauvres… a fondu de 31 %, leur ôtant
toute capacité d’investir, ou de soutenir leurs enfants. g géraldine woessner
À suivre cette semaine
Lundi >
Emmanuel Macron
reçoit Sebastian Kurz,
chancelier fédéral
de la République
d’Autriche, à l’Élysée.
g Vladimir Poutine et
Recep Tayyip Erdogan
s’entretiennent à
Sotchi (Russie) sur
la question syrienne.
g Procès à Aix-enProvence de dix
personnes jugées
pour les assassinats
d’Hélène Pastor, riche
femme d’affaires
monégasque, et son
chauffeur. g Ouverture
du procès à Paris
de l’affaire Virus,
un vaste réseau de
blanchiment d’argent
sur fond de trafic de
cannabis. g Cérémonie
des Emmy Awards,
à Los Angeles.
Mardi >
Macron présente
son plan « hôpital ».
g Examen de la
requête de libération
conditionnelle de
Pablo Picasso.
Jean-Claude Romand,
le faux médecin qui
avait assassiné sa
femme et ses enfants
en 1996. g LiverpoolPSG, premier match de
la phase de groupes de
la Ligue des champions
de football. g Grande
rétrospective Picasso
(photo) au musée
d’Orsay. g Début de
l’édition chinoise
du Forum économique
mondial, à Tianjin.
Mercredi >
Sommet informel
des chefs d’État et
de gouvernement de
l’Union européenne sur
la question migratoire,
à Salzbourg (Autriche).
g Audition d’Alexandre
Benalla et de Vincent
Vendredi >
Crase devant la
commission d’enquête
sénatoriale. g Journées
parlementaires du
MoDem à Paris.
Jeudi >
La cour d’appel
de Paris rend sa
décision sur la
demande d’annulation
du renvoi de Nicolas
Sarkozy (photo) devant
les tribunaux dans
l’affaire Bygmalion.
g Journées
parlementaires
Darryl Dyck/AP/SIPA ; ROMUALD MEIGNEUX/SIPA ; Abdesslam MIRDASS/SIPA ; ABACA ; Aurelien Morissard/IP3 PRESS/MAXPPP ; GULER/SIPA ; GONZALO FUENTES/REUTERS
Nicolas Sarkozy.
LR à Divonne-lesBains (Ain) et des
communistes au
Tréport (SeineMaritime).
g Championnats
du monde de judo,
à Bakou (Azerbaïdjan).
Dernier jour de la
procédure Parcoursup
pour la rentrée 2018.
e
g 8 édition de la Fête
de la gastronomie
française. g Festival
international du
film de San Sebastián
(Espagne). g Journée
mondiale de la maladie
d’Alzheimer.
g Journée internationale
de la paix.
Samedi >
185e édition de
l’Oktoberfest,
la fête de la bière de
Munich (Allemagne).
g Championnat
du monde de basket
féminin à Tenerife
(Espagne).
g Championnats
du monde de cyclisme
sur route à Innsbruck
(Autriche).
Dimanche >
Congrès annuel
du Parti travailliste
britannique,
à Liverpool.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
10
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Actualité
Politique
Islam :
pourquoi
Macron
prend son
temps
Prudence Après
avoir déjà repoussé
ses annonces sur
l’organisation de l’islam
de France, il cherche le
« nombre d’or »
Volonté Le ministre
de l’Intérieur ne se
montre pas aussi allant
que le Président
I
l l’avait annoncé en février
dans les colonnes du JDD : « C’est
­durant ce premier semestre 2018 que
je souhaite poser les jalons de toute
l’organisation de l’islam de France. »
Il ne devrait finalement pas le faire
avant fin décembre, voire le mois de
janvier 2019, comme il l’a confirmé
à ses ministres lors d’un séminaire
gouvernemental, début septembre.
Emmanuel Macron flancherait-il
devant l’obstacle ? « Il veut verrouiller son système, assure un habitué de
l’Élysée. Il veut que ce soit transparent et suffisamment représentatif
pour être perçu comme légitime par la
communauté musulmane. Sinon, tout
cela n’aura servi à rien. » Un préfet,
excellent connaisseur du dossier,
confirme : « Il est clair depuis le
début que Macron a envie de faire
un gros coup et de réussir là où ses
prédécesseurs ont échoué. Il ne veut
vraiment pas se rater. Alors, il cherche
le nombre d’or, et il le cherche comme
aucun président avant lui. Mais de là
à le trouver… »
Le Président prend son temps,
donc. Ceci afin d’assurer « la transparence et la légitimité de l’organisation » qu’il proposera aux musulmans de France, a-t-il insisté
mercredi 5 septembre devant plusieurs obédiences franc-maçonnes.
Mais aussi parce que son ministre
de l’Intérieur et des Cultes, ancien
maire de Lyon, a sa propre vision de
la question. « Collomb a son modèle
lyonnais et ce qu’on tente de mettre en
place, ça ne lui convient pas », glisse
un ami du chef de l’État. Un informateur en lien avec l’exécutif sur
ce dossier confirme : « Collomb n’a
jamais dit non. Il y a, cependant, son
administration p
­ réfectorale – conservatrice par nature –, ses convictions très laïques et ses ­relations
avec Kamel Kabtane, le recteur de
la grande mosquée de Lyon, qui est
son interlocuteur localement [et qui
a vivement dénoncé le rapport de
l’Institut Montaigne]. Il ne s’oppose
pas, mais fait preuve de prudence… »
« Non-sens juridique »
Place Beauvau, on dément tout
manque d’enthousiasme de la part
du ministre qui, en juin, avait lancé
dans chaque département des
assises territoriales sur ­l’islam de
France, lesquelles se sont ­achevées
hier : « Vous ne trouverez pas l’ombre
d’une feuille de papier à cigarette
entre le Président et le ministre. Gérard Collomb porte tout sauf l’immobilisme sur le sujet. Son expérience
d’élu local lui a montré, plus qu’à
quiconque, la nécessité de véritables
­changements.  »
Mais lesquels, précisément ? Et
quelles propositions du rapport de
Hakim El Karoui l’exécutif pourrait-il reprendre ? « C’est un rapport
indépendant qui ­préconise ce qu’il
souhaite préconiser, t­ emporise-t-on
au ministère de ­l’Intérieur. Certaines
propositions sont juridiquement plus
ou moins faisables. » Ainsi la taxation
sur la nourriture halal pour financer la construction des mosquées :
« Une taxe qui serait imposée par
l’État serait un non-sens juridique.
L’État n’instituera pas une taxe halal
dans un projet de loi de finances. En
revanche, instituer une o
­ bligation
de transparence dans le marché du
pèlerinage ou de l’aumône rituelle,
cela pourrait passer par la loi. »
Les arbitrages, on le voit, sont loin
d’être ­finalisés. Les vives ­polémiques
créées par la publication du rapport,
dimanche ­dernier, venant aussi bien
­d’acteurs ­politiques que de personnalités religieuses, ont ­rappelé au
­Président le caractère hautement
inflammable du d
­ ossier. Comme
le rappelle l’Élysée : « Si ce n’était
pas risqué, on aurait fait les choses
tambour battant… » g D.R.A.
Hakim El Karoui
« Ne soyons pas dupes de
la coalition des immobiles »
Culte Après son
interview
rapport critiqué sur
l’islamisme, l’essayiste
défend ses pistes pour
l’organisation de l’Islam
Auteur d’un r­ apport intitulé La
Fabrique de l­’islamisme, rendu
public ­dimanche dernier par l’Institut Montaigne, et interlocuteur
­d’Emmanuel Macron sur l’organisation de l’islam de France, l’essayiste
Hakim El Karoui, ­ex-conseiller de
Jean-Pierre Raffarin à Matignon,
se défend contre les nombreuses
critiques que se sont attirées ses
propositions.
Votre rapport a été attaqué par
les institutionnels de l’islam, les
islamistes, la droite et l’extrême
droite… Vous vous y attendiez ?
Oui, bien sûr. Mais il ne faut pas
être dupe de la coalition des
­i mmobilismes. Le plus important, c’est l’opinion publique. Si
on lui demande « faut-il combattre
l’islamisme ? », la réponse sera
évidemment oui. Le but de notre
Hakim El Karoui
essayiste et consultant français
travail, c’est d’expliquer concrètement qu’on peut le faire. Avec les
­musulmans, pas contre eux.
Des acteurs de l’islam français
critiquent votre vision, qu’ils jugent
« indigéniste »… L’État doit-il
lui-même organiser l’islam ?
Accuser nos propositions d’indigénisme ou de néocolonialisme est
absurde. C’est le système actuel
qui organise la mise sous tutelle
des musulmans, avec trois États
Laurent Hazgui/Divergence
*
étrangers, la Turquie, le Maroc et
l’Algérie, qui donnent de l’argent
et importent leurs conflits bilatéraux. La Turquie, elle, utilise
« ses » ­m osquées pour faire la
promotion du régime d’Erdogan.
Pendant ce temps-là, le salafisme
progresse. Quant à l’État, il est
souvent appelé à la rescousse par
ceux-là mêmes qui le critiquent
pour régler leurs différends !
L’émancipation des musulmans
vis‑à-vis des pays d’origine et la
prise en charge par la nouvelle
génération de ­l’organisation du
culte permettront à l’État d’être à
sa place. L’islam sera traité comme
les autres cultes.
Comprenez-vous que votre
proposition de « Tracfin islamique »
pour faire la transparence
sur les financements ait choqué ?
Nous n’avons jamais proposé de
« Tracfin islamique » géré par
Bercy. Ce que je dis, c’est qu’il
faut faire le ménage dans la
­circulation de l’argent. Qui doit
le faire ? Les musulmans et la
future ­Association musulmane
pour l­ ’islam de France [AMIF], qui
fera des audits des a­ ssociations qui
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
11 *
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
Actualité Politique
L’ambassadeur
marocain Chakib
Benmoussa,
Emmanuel Macron
et Gérard Collomb
lors d’un dîner
organisé par le Conseil
français du culte
musulman le
20 juin 2017.
Jacques Witt/SIPA
Vos propositions sur
l’enseignement de l’arabe ont
également fait polémique.
Le comprenez-vous ?
L’extrême droite et la droite qui
jouent la peur identitaire sont les
alliés objectifs de ceux qui veulent
que rien ne change. Aujourd’hui,
50.000 élèves apprennent l’arabe
à l’école primaire, mais moins
de 9.000 au collège et au lycée.
Où poursuivent-ils leurs études
d’arabe ? À la mosquée. Entre
l’école et la mosquée, je préfère
l’école, au contraire de Luc Ferry et
de la droite identitaire. Jules Ferry
doit se retourner dans sa tombe !
gèrent les ­mosquées, des agences
de voyages spécialisées dans les
pèlerinages ou des distributeurs
de nourriture halal.
Ne fallait-il pas consulter d’abord
les musulmans eux-mêmes, comme
le militant Marwan Muhammad, qui
a lancé une vaste consultation ?
Sa consultation vise surtout à dire
du mal du CFCM et manque de
crédibilité statistique. Pour autant,
c’est bien que des acteurs comme lui
s’intéressent au sujet, surtout s’ils
« Si vous laissez
votre religion
aux autres,
l’image de l’islam
sera abîmée »
arrêtent de diviser la France entre
« eux l’État » et « nous les musulmans ». Les musulmans ne peuvent
s’enfermer dans un camp retranché en expliquant qu’ils sont des
victimes assaillies de toutes parts…
Oui, je pense aux musulmans d’en
bas, qui font le pèlerinage dont le
prix a augmenté de 30 % alors que
la qualité du service baissait, ou qui
consomment de la nourriture halal
dont tout le monde doute de la qualité. Les musulmans ne méritent pas
cela. Il faut un régulateur indépendant qui mettra de l’ordre tout en
collectant de l’argent. Cet argent
permettra de financer la contre-offensive religieuse face à l’islamisme.
Peut-on nier l’influence de pays
comme l’Arabie saoudite ?
L’Arabie saoudite a créé l’université de Médine et la Ligue
­islamique mondiale pour exporter
le salafisme. Mais le salafisme n’est
pas arrivé en France par l’Arabie,
plutôt via l’Algérie au début des
­années 1990. Aujourd’hui, dans
notre pays, les salafistes sont de
jeunes Français qui parlent à de
jeunes Français. D’ailleurs, la
situation y est très contrastée :
1 million de musulmans sous
influence, c’est aussi 3,5 millions
qui ne le sont pas… Il y a beaucoup de contrastes, et une profonde d
­ ivergence entre ceux qui
croient trouver dans la religion une
réponse à leurs questions avec une
logique souvent victimaire et ceux
qui sont en train de réussir à bas
bruit et qui restent silencieux. Je
dis donc à ceux-là : si vous ne vous
engagez pas dans le débat, si vous
laissez votre religion aux autres,
l’image de l’islam sera abîmée. Et
cette mauvaise image, c’est vous et
vos enfants qui la payez. La société
attend votre engagement.
Le président Macron temporise.
Est-il conscient du problème ?
J’ai formulé des propositions
auprès de deux présidents sur ce
sujet. François Hollande, c’était
clair : ça ne l’intéressait pas. Parce
qu’il déniait à toute religion un rôle
dans la société. Avec ­Emmanuel
Macron, c’est différent. Il a compris que le sujet politique n’était
pas la représentation, mais la
montée de l’islamisme. Le fait
qu’il prenne son temps fait monter la pression, c’est vrai. Mais il
sait parfaitement ce qui se passe.
Il n’est pas naïf. g
Propos recueillis par
David Perrotin et
David Revault d’Allonnes
Politique
À Paris, Griveaux défie Hidalgo
sondage En vue d’un scrutin
municipal qui s’annonce
serré, le porte-parole du
gouvernement distance ses
concurrents macronistes
À dix-huit mois des élections,
les municipales s’annoncent
­particulièrement serrées à Paris.
C’est le principal enseignement de
notre sondage Ifop, qui a testé les
intentions de vote au premier tour
du scrutin, avec trois hypothèses de
candidature du côté de La République en marche : le porte-parole
du gouvernement, Benjamin Gri-
veaux, le secrétaire d’État chargé du
Numérique, M
­ ounir Mahjoubi, et
le député de Paris Hugues Renson.
C’est le premier qui s’en sort le
mieux. Avec 23 % des suffrages,
Benjamin Griveaux ferait jeu égal
avec la maire sortante, Anne Hidalgo, à la tête d’une liste socialiste,
communiste et radicale. Florence
Berthout, candidate de la droite,
pointe 2 points derrière (21 %),
devant le candidat écologiste
Julien Bayou (9 %), la candidate
­Insoumise, Danielle Simonnet
(7 %), celui du FN, Wallerand de
Saint-Just (6 %). Gaspard Gant-
zer, ancien conseiller de François
­Hollande, y recueille un maigre
4 % des voix.
Selon l’Ifop, les deux autres candidats macronistes se classeraient
moins bien dans un premier tour.
Mounir Mahjoubi (20 %) y serait
devancé par Anne Hidalgo (24 %),
mais également par Florence
­Berthout (23 %). Quant à Hugues
Renson, il n’atteint que 17 %, lui
aussi précédé par Hidalgo (25 %)
et Berthout (22 %). g D.r.a.
Pages Grand Paris Lire les
détails du sondage en fin de journal
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
12
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Actualité Politique
Brossat, le nouveau look coco
Utopie La tête de liste
été tué, comme ses parents et son
frère. Qui suis-je, moi, pour dire à
des gens qui fuient la guerre ou la
misère qu’ils doivent rentrer dans
leur pays ? »
Vexés par sa « grossièreté », les
Insoumis ont décidé de boycotter
la Fête de l’Huma. Mais Brossat
récidive volontiers : « Je suis affligé
de voir certains, à gauche, flancher
sur cette question. Si la gauche ne
dit rien, les fascistes européens au-
du PCF aux élections
européennes rêve d’un
retour en force du parti.
Et se frotte volontiers
aux Insoumis
Le pari est osé, mais Ian Brossat
y croit dur comme fer : le Parti
communiste peut faire son grand
retour à l’occasion des élections
européennes. Le chef de file du
PCF pour cette campagne, qui
engage la bataille ce week-end à
la Fête de l’Huma, est le nouveau
visage du communisme. Jeune
(38 ans), Parisien, très actif sur les
réseaux sociaux, de joutes politiques sur Twitter aux poses en
maillot de bain et clins d’œil sur
Instagram : l’adjoint au logement
d’Anne Hidalgo veut réinventer un
parti qui ne fait plus rêver depuis
longtemps.
La mission s’avère délicate, si ce
n’est impossible. Sa future liste est
créditée de 2 % des voix pour le
scrutin de mai 2019. Et La France
insoumise (LFI) de Jean-Luc
Mélenchon, devenue la première
force politique de gauche, capte le
même électorat. « On est de moins
en moins seuls à avoir conscience
des ravages du capitalisme, veut
croire Ian Brossat. D’après un sondage Odoxa de 2017, un tiers des
jeunes de 18 à 24 ans considèrent
que le communisme est une idée
d’avenir. »
Reste à savoir ce qu’est devenue
cette idée. « C’est le combat pour
que chacun ait accès à des conditions de vie dignes, résume-t-il. Et
ça passe par l’esprit de partage. »
S’il invoque ces grands principes,
Ian Brossat est surtout un pragmatique. Membre de la majorité socialiste de la mairie de Paris, il dépeint
les communistes d’aujourd’hui
comme « des gens qui veulent faire :
ce sont eux qui emmènent à la mer
tous les étés des milliers de familles
privées de vacances ». Et pour définir son parti en 2018, rien ne vaut
un rappel historique : « La Sécurité
sociale, la retraite par répartition,
« Si la gauche
ne dit rien,
les fascistes
européens auront
le terrain libre »
Ian Brossat jeudi à Paris. Nicolas MARQUES pour le JDD
le statut des fonctionnaires… ces
réalisations concrètes, c’est grâce
au PC. On vivait mieux en France
quand les communistes représentaient 15 % de l’électorat. »
Rien de bien neuf, finalement,
alors que l’ancien professeur de
français ambitionne de « créer l’espace politique » d’un PCF « absent
des dernières grandes échéances
électorales ». Ce jeune combatif
ne digère pas l’absence de candidat
communiste à la présidentielle de
2017, cet électorat ayant été représenté par Jean-Luc Mélenchon.
Aujourd’hui, le PCF doit concurrencer LFI pour exister. Alors, Ian
Brossat n’hésite pas à chercher
querelle aux Insoumis, notamment sur l’immigration. L’élu du
18e arrondissement a apostrophé
le député du Nord Adrien Quatennens, lequel proposait d’« agir
sur [l]es causes » des « mouvements
de population », en faisant appel
à son histoire familiale, qu’il invoque à nouveau devant le JDD :
« Mon grand-père a fui la Pologne
pour la Russie en 1939. Il était juif.
S’il n’avait pas pu partir, il aurait
ront le terrain libre. » Quitte, aussi,
à oublier les propos d’un Georges
Marchais, secrétaire général du
PCF qui, dans les années 1980, se
positionnait contre l’immigration.
« On peut évidemment déterrer telle
ou telle citation, élude le jeune
élu. Mais au cours de l’Histoire,
sur la question de l’antiracisme,
les communistes ont toujours été
au rendez-vous. » Sur l’Europe,
également, Brossat fait feu : « Le
PCF est la seule force de gauche à
s’être opposée de manière constante
à l’Union européenne telle qu’elle
est aujourd’hui, c’est-à-dire une
machine à imposer de la régression sociale. Mélenchon défendait
le traité de Maastricht en 1992 dont
sont héritières toutes les politiques
d’austérité que nous connaissons
aujourd’hui. » Le ton est donné,
l’offensive lancée, mais le combat loin d’être gagné. Lui reste
convaincu que « les arguments
communistes peuvent convaincre ».
Et puis, malicieux, il sourit : « Ma
grand-mère disait : “c’est à la fin
du bal qu’on paie les musiciens”. »
Le tour de piste pourrait coûter
cher au PCF : s’il n’atteint pas 3 %
des voix, ses frais de campagne ne
seront pas remboursés. g
C’est un énorme pavé dans le petit
marigot socialiste. Alors que les
listes du PS aux élections européennes avaient jusqu’ici toujours
été tirées par l’un des leurs, Luc
Carvounas, ex-candidat à la direction du parti, propose de renverser
la table. Sa formation éprouvant les
pires difficultés à dénicher une tête
de liste en son sein et ne s’inscrivant pas dans une stratégie d’union
de la gauche, le député du Val-deMarne se prononce pour « une liste
commune aux européennes, allant
du PS aux écologistes, en passant
par le parti de Benoît Hamon et le
Parti communiste », comme il le
confie au JDD (lire son interview
sur le JDD. fr). La tête de liste
pourrait même être… l’écologiste
Yannick Jadot. L’idée est pour le
moins osée, mais Carvounas l’assume : « Je lance un appel solennel à
Olivier Faure, mais aussi à Y
­ annick
Jadot, à Benoît Hamon, à Ian Brossat : si nous sommes d
­ ’accord sur
l’essentiel, unissons-nous pour
mener ce combat historique, ce
combat de la dernière chance. » Si
la gauche « pro-européenne et écologiste tombe dans la maladie de la
division, alors nous pouvons tous
disparaître », alerte-t-il. Qui pour
tirer cette liste ? « Cette gauche
arc-en-ciel est composée de talents,
Jadot en est un. »
« Je n’exclus rien »
Sera-t-il entendu au PS et au-delà ?
Ces derniers temps, au parti, c’est
un autre nom qui revient avec
insistance pour conduire la liste
socialiste en 2019 : celui d’Emmanuel Maurel, lui aussi candidat
malheureux au dernier congrès.
Une idée notamment évoquée avec
la maire de Lille, Martine Aubry :
« Martine m’en a parlé à la fin de
l’été », reconnaît Maurel sans vouloir en dire plus. « C’est une idée des
aubrystes, confirme un dirigeant
du parti qui n’y croit guère. Olivier
Faure sait qu’il n’y a pas de majorité
au PS pour cette option. »
Quand bien même on lui proposerait cet honneur, Maurel, qui
représente l’aile gauche du parti,
traditionnellement minoritaire,
hésite : « À ce stade, je n’exclus rien,
je me bats. » Il ajoute : « Ma seule
position est d’infléchir sérieusement
la ligne du PS, qui ne s’en sortira
pas sans une rupture avec la ligne
zizanie Seule la CGT appelle
à cesser le travail mardi, jour
de reprise des négociations
dans la branche
Grève à la SNCF, saison 2. Ce mardi,
les négociateurs de la branche ferroviaire se retrouvent pour plancher
sur ce que sera la future grille de
classification et des rémunérations
des cheminots, quand le marché sera
ouvert à la concurrence. Le même
jour, la CGT, elle, fera grève pour s’y
opposer. Des airs de déjà-vu alors
que les actions de cet été ont fait
flop, que les cheminots fatiguent
de ces appels à répétition et que les
autres syndicats n’en veulent pas.
C’est donc à nouveau seul que le premier syndicat de la SNCF p
­ artira au
combat. Sans SUD Rail, qui l’avait
déjà lâché cet été.
social-démocrate. » A-t-il parlé de
ce scénario avec le premier secrétaire du PS, Olivier Faure ? « Nous
nous sommes longuement vus la
semaine dernière, nous avons parlé
de tout », dit-il. ­L’option Maurel
éviterait qu’il ne quitte le PS avec
ses troupes pour venir gonfler les
voiles de Mélenchon. « Si nous
quittons le PS, nous formerions un
nouveau parti qui t­ravaillerait en
bonne intelligence avec le parti de
Mélenchon », explique la sénatrice
Marie-Noëlle Lienemann, proche
de Maurel. Son idée n’est pas de se
fondre dans La France insoumise
mais de s’allier avec le Mouvement
républicain et citoyen (MRC), dont
la figure tutélaire reste Jean-Pierre
Chevènement. Le bureau national
du PS, mardi, s’annonce explosif. g
« Un mouvement isolé »
Le 30 août, lors de la dernière rencontre interfédérale, le ton est monté
entre les deux opposants au Pacte
ferroviaire, SUD Rail n’ayant pas
apprécié que la CGT décide encore
dans son coin d’une date de mobilisation. « Ils auraient pu attendre
de nous consulter, pointe Bruno
Poncet, secrétaire fédéral de SUD
Rail. Les militants ne veulent plus
de ces journées saute-moutons. Nous
ne devons pas nous isoler des autres
travailleurs en lutte. » Chacun joue
sa carte. « SUD ne veut pas se retrouver embarqué dans un mouvement
isolé avec la CGT », analyse un bon
connaisseur du dossier. La centrale
cégétiste reproche à son concurrent
de ne pas avoir suffisamment mobilisé en Île-de-France. Lequel lui
renvoie l’échec de la grève à trous.
Pour le troisième syndicat de
cheminots, la partie se joue désormais au niveau de la branche. « SUD
cherche à ouvrir le jeu et mise sur des
interfédérales de secteur avec FO.
Mais la CGT refuse car elle redoute
que FO, non représentatif au sein de
la SNCF, ne le devienne à terme »,
poursuit cet expert. Querelle de
pouvoir, mais surtout d’audience
alors que chacun est en campagne
pour les élections professionnelles
de novembre et que la direction de
la SNCF remet à plat ses instances
représentatives du personnel (IRP).
Conformément aux ordonnances
travail, les IRP sont fusionnées dans
le nouveau comité social et économique (CSE). Sur l’ensemble du pays,
la SNCF disposait d’une t­ rentaine de
comités d’établissement, de 300 instances de délégation du personnel
et de 600 CHSCT. Dans un accord
validé par la Direction du travail,
elle propose de créer 33 CSE. Les
poids lourds syndicaux vont donc
perdre des heures de délégation,
des mandats mais aussi la gestion
des œuvres sociales des anciens
comités d’entreprise. Inadmissible
pour la CGT et SUD Rail qui, ensemble cette fois-ci, ont entamé un
recours juridique. La décision du
tribunal d’instance de Saint-Denis
est attendue le 11 octobre. S’il leur
donne raison, les élections devront
être reportées. De quoi faire oublier
l’échec des mobilisations, qui aurait
pu être pénalisant dans les urnes. g
arthur Nazaret
emmanuelle souffi
sARAH PAILLOU
Européennes : au PS, Carvounas vote écolo
dilemme D’autres, comme
Martine Aubry, poussent
Emmanuel Maurel, leader
de l’aile gauche, à prendre
la tête de liste en 2019
À la SNCF,
le retour
de la grève
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
13
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
Actualité Politique
Brigitte Bourguignon, députée LREM du Pas-de-Calais
« Nous devons nous sentir libres »
interview
mûrir tous les talents dont regorge
notre groupe.
Députée du Pas-de-Calais, présidente de la commission des
affaires sociales et cheffe de file
de l’aile gauche de la majorité,
Brigitte Bourguignon est candidate
à la présidence du groupe LREM
à l’Assemblée nationale. Le vote
aura lieu mardi.
En quoi incarneriez-vous
cette diversité dont vous parlez ?
Les femmes ont autant d’autorité et
pas moins de talent que les hommes :
elles président depuis longtemps
des commissions, mais aucune n’a
encore dirigé un groupe majoritaire
à l’Assemblée. Je suis par ailleurs
une mère, pour qui tout n’a pas été
facile. Cela m’a donné une force terrible. Venant du monde associatif,
j’ai toujours été très impliquée dans
l’économie sociale et solidaire.
Vous êtes dix candidats
à la présidence du groupe
majoritaire. Qu’y apporteriez-vous
de plus ?
Je suis prête. J’ai beaucoup réfléchi à ce groupe, à notre rôle, à
ce que nous avons déjà accompli
et à ce que nous pouvons faire
maintenant pour la réussite du
quinquennat. Je sais l’importance
de ce poste. Nous avons été élus
autour d’un homme et d’un projet, nous sommes là pour aller au
bout de nos engagements. Nous
sommes un groupe loyal et en
même temps, nous devons nous
sentir libres d’enrichir la loi. Notre
groupe, encore jeune, doit faire
vivre l’initiative parlementaire.
Sa diversité fait sa force. Mon
expérience du monde associatif
et politique est un atout pour faire
Vous venez aussi du PS.
N’est-ce pas un handicap ?
Je revendique tout mon passé, tout
mon parcours. L’important n’est pas
de savoir d’où l’on vient, plutôt de
savoir où l’on va. Qu’il y ait diverses
sensibilités dans le groupe, c’est ce
qui en fait sa richesse ! C’est une
force car ensemble, nous n’avons
qu’un objectif : que ce quinquennat
soit une réussite.
Avec le plan pauvreté annoncé jeudi
dernier, puis le plan santé, dévoilé
mardi, Macron semble vouloir
muscler sa jambe gauche. Que
dites-vous ? Enfin du social ?
cherche de mauvaises querelles.
Elle confond charité et solidarité.
La charité, c’est des années de
contrats aidés non qualifiants. La
solidarité, c’est un revenu universel
d’activité, accompagné d’exigences
qui permettent de construire un
parcours vers la dignité.
Brigitte Bourguignon à l’Assemblée nationale. Gilles Bassignac / Divergence POUR LE JDD
Le président de la République a
toujours voulu libérer et protéger.
En tant que présidente de la commission des affaires sociales, j’ai pu
avoir une forme d’impatience sur
le volet social de notre politique.
Aujourd’hui, c’est chose faite. Nous
entrons dans une nouvelle phase
du quinquennat. La solidarité doit
être un des piliers d’une République émancipatrice. Certains ont
pu l’oublier. Pas le Président. Au
sein de La République en marche,
le mot « solidarité » n’a jamais été
un gros mot.
Êtes-vous satisfaite
du plan pauvreté ?
Oui. C’est le discours le plus engagé
que j’ai entendu depuis celui de
Michel Rocard au moment de la
mise en place du revenu minimum
d’insertion, il y a trente ans. Cette
stratégie est à la fois ambitieuse
et adaptée à la réalité de la pauvreté en France. L’opposition nous
Le RSA n’augmentera pas.
Le regrettez-vous ?
Le Président veut s’attaquer aux
racines de la pauvreté en mettant l’accent sur la prévention,
c’est-à-dire en agissant sur l’enfance et la jeunesse. Je viens d’une
famille ouvrière. Je sais qu’une
forme de déterminisme social
existe, je sais que lorsqu’on naît
dans un milieu pauvre, souvent on
s’empêche de rêver. Il faut briser
cela. Les pauvres n’ont pas à s’excuser d’être pauvres. C’est à nous
de faire mieux. Nous voulons sortir
de la logique compassionnelle et
développer une politique d’investissement social. Émancipation et
redressement économique sont au
cœur de notre projet. Le rôle de
notre majorité dans les prochains
mois sera de le faire réussir. g
propos Recueillis
par Arthur Nazaret
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
14
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Actualité Politique
Dans le village qui a hué Marine Le Pen
Nicolas, 22 ans (à gauche), et Lenny, 15 ans, deux jeunes rencontrés vendredi au village de Châteaudouble, dans le Var. Arié Botbol / Hanslucas pour le JDD
Reportage Après la
venue de la présidente
du Rassemblement
national, les habitants
cherchent à retrouver
leur quiétude
Envoyée spéciale
Châteaudouble (Var)
Tout le monde ne parle encore que
de « ça ». Dans le village varois de
Châteaudouble, 480 habitants,
quelques chaises en plastique et
le rebord de deux lavoirs en pierre
font office de point de rencontre
dans la ruelle qui concentre l’ensemble des commerces. Entre
l’épicerie et la boulangerie – voilà
pour l’ensemble des boutiques –
Bernadinho, 65 ans, apostrophe
son voisin : « Ce que vous auriez dû
faire, c’est ne pas sortir de chez vous,
fermer portes et volets. Elle serait
repartie plus vite ! » « Elle », c’est
Marine Le Pen, la présidente du
Rassemblement national (RN).
Venue mercredi dans ce bourg
perché au-dessus des gorges
de la rivière de la Nartuby, elle
comptait dénoncer la « submersion migratoire », selon ses termes,
alors que la commune s’apprête
à accueillir des demandeurs
d’asile. C’était compter sans la
mobilisation d’une cinquantaine de
Châteaudoublains, armés de
pancartes et huant la délégation
jusqu’à l’obliger à repartir.
Quand les responsables frontistes assurent que les manifestants
hostiles étaient des militants d’extrême gauche venus de Marseille,
ça fait rigoler à Châteaudouble.
« Va falloir qu’ils revoient leurs
notions de géographie », se marre
un employé municipal. Vendredi
matin, devant les journalistes,
le maire sans étiquette du village, Georges Rouvier, s’applique
encore à démonter cette idée.
Cet ancien apiculteur de 66 ans
soupire : « Pour nous, c’est beaucoup, tous les médias nationaux…
On n’a jamais vécu ça, quoi. »
Jennifer Martinez, la jeune artiste
qui a fourni mercredi la peinture
pour les pancartes, voudrait « juste
que ce village, soudé comme une
grande famille, retrouve sa quiétude ». Un passant rigole : « Si les
anciens voyaient ça… »
« Après les
résultats de
la présidentielle,
elle pensait
arriver en terrain
conquis »
Un habitant
Châteaudouble, c’est un nid
d’aigle de quelques centaines
de maisons de pierre aux volets
colorés. L’été, on y voit les touristes en route vers les gorges du
Verdon gravir les larges escaliers,
qui facilitaient au Moyen Âge le
« Vous avez publié dans votre édition du 5 août 2018, un propos de
­Valérie Pécresse relatif au harcèlement sexuel. incluant la phrase
suivante : “Il ne s’agit pas de
­harcèlement, mais de la séparation
de deux couples qui s’est mal passée.” “C’est ainsi que Marine Le Pen
me justifiait, il y a quelques mois,
les comportements agressifs de
deux conseillers ­régionaux FN. Une
réponse ­inacceptable qui en dit long
sur son auteur…”
Mme Pécresse profère des contrevérités. Elle m’avait adressé la copie
demande d’explication qu’elle avait
envoyée au président du groupe,
­Wallerand de Saint-Just.
Je n’ai pas répondu. C’est
­Wallerand de Saint-Just qui lui a répondu et il m’avait indiqué à l’époque
que Valérie Pécresse lui avait précisé
sarah paillou
LES INVITÉS POLITIQUES DU DIMANCHE
Droit de réponse de Marine Le Pen
À la suite de la publication de
notre dossier sur le sexisme en
politique, le 5 août 2018, Marine
Le Pen nous a envoyé le droit de
réponse ci-après :
passage des mulets, pour s’offrir, au
pied de la tour sarrasine, une vue
plongeante sur la campagne verdoyante. Le nom du village vient du
XIIIe siècle, quand deux châteaux,
dont ne subsistent aujourd’hui
que des ruines, renforçaient la
protection naturelle offerte par
les falaises. Cette position inaccessible lui aurait un temps valu
d’être surnommé « castel diaboli »,
le « château du diable » …
Alors, difficile de comprendre
que Marine Le Pen ait entrepris
de grimper jusque-là. Dans les
ruelles ensoleillées, où l’on s’interpelle d’un « oh ! » chantant, le
même dégoût d’une « récupération
politique » s’exprime. De Lenny,
jogging, claquettes et chaussettes,
15 ans, qui ne va pas trop souvent
au lycée de Draguignan – à vingt
minutes en voiture ou par le bus
qu’il faut réserver un jour à l’avance
– à la mère de famille, voisine du
centre d’accueil et d’orientation
(CAO) qui hébergera la première
dizaine de migrants qui doivent arriver (personne ne sait quand) ; en
passant par Cyprien, 28 ans, natif de
Châteaudouble comme ses parents et ses grands-parents. En se
dirigeant vers son café de fin de
matinée au Cercle, le bar associatif,
le jeune homme sourit. Que son
« village de caractère », label varois,
ait chassé Marine Le Pen, « c’est
une fierté, ça met du baume au
cœur », dit-il. L’étudiant avance une
explication : « Elle a dû regarder
les résultats de la présidentielle et
pensait arriver en terrain conquis. »
Une des erreurs de Marine
Le Pen fut peut-être de se rendre
dans le centre du village plutôt que
dans le hameau de Rebouillon, plus
bas dans les gorges. Cette localité
d’une centaine d’habitations fait
partie de la commune, mais en est
isolée depuis l’effondrement de la
route qui reliait les deux zones, au
moment des inondations de 2010.
Si Châteaudouble a voté à 30,25 %
pour Le Pen au premier tour de
l’élection présidentielle de 2017 et
à 45 % au second, c’est à Rebouillon
que le soutien a été le plus fort :
45 % puis 71 % de votes frontistes.
Depuis qu’il faut rouler 23 kilomètres pour atteindre ce hameau,
l’âme du village s’est ressoudée
autour des 150 à 200 habitants du
centre, plus isolés encore depuis
l’inondation de 2010 qui a avalé
les bourgs alentour et tué trois personnes. Le maire raconte toujours
cette nuit-là, passée sur une chaise
à la gendarmerie, à attendre des
nouvelles. Et fait mine de s’interroger : « Tous les élus qui étaient là
mercredi, ils sont venus en 2010 ? »
Les habitants, eux, portent leur
proximité solidaire en étendard.
Beaucoup se retrouvent chaque
fin de semaine pour les soirées alcoolisées du Cercle, surtout en été
quand les concerts sont de mise ; et
puis pour la soupe au pistou servie
à plusieurs centaines de personnes,
fin août. Mais en ce mois de septembre, l’air encore chaud du Var
charrie une tension inquiète. Une
voisine du CAO est l’une des rares à
regretter à haute voix l’incident de
mercredi : « J’ai l’impression qu’on
est un peu passés pour des c… À la
manifestation, certains ont juste
suivi leurs collègues pour ne pas être
embêtés. Maintenant, même les gens
de gauche se font traiter de fachos
s’ils disent être un peu inquiets de
l’arrivée des migrants. » Alors un
habitant, qui se dit de « la bande
des gauchos », avertit : « On n’est
pas tous d’accord politiquement,
mais on avait toujours mis ça de
côté. Faut qu’on continue à vivre
ensemble comme avant. » g
qu’elle “comprenait maintenant exactement les deux situations”. Il n’y a
donc aucune ­raison pour que Valérie
Pécresse écrive que ma réponse était
inacceptable et qu’elle en “dit long”
sur moi. »
Précision du JDD
Le JDD a cherché à recueillir le point
de vue de Mme Le Pen pour son
­dossier sur le harcèlement sexuel
en politique. Elle n’avait pas souhaité
nous répondre. H.G.
> Marc Fesneau
(MoDem) : L’Interview
du 6/9 du week-end, sur
France Inter, à 8 h 20.
> Bruno Retailleau
(LR) : Le Grand RendezVous, sur Europe 1/Les
Échos/CNews, à 10 h.
> Francis Kalifat
(président
du Crif) : 30 Minutes
pour convaincre,
sur Judaïques FM,
à 10 h 30.
> Christian Estrosi
(LR) : BFM Politique,
sur BFMTV/Le Parisien,
à 12 h.
> Christophe Castaner
(LREM) : Le Grand Jury,
sur RTL/Le Figaro/LCI,
à 12 h.
> Pierre Laurent (PC) :
Questions politiques, sur
France Inter/Franceinfo/
Le Monde, à 12 h.
> Valérie Rabault (PS) :
Dimanche en politique,
sur France 3, à 12 h 10.
> Geoffroy Didier (LR) :
Forum, sur RadioJ,
à 14 h 20.
> Jean-Louis Debré
(LR) : C Politique,
la suite, sur France 5,
à 19 h 55.
> François Bayrou
(MoDem) : 20 h 00,
sur TF1, à 20 h.
> Nicolas Bay (RN) :
Soir 3, sur France 3,
à 23 h 55
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
* 16
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Actualité International
Les migrants au cœur de la Sommet Les chefs
d’État de l’UE se
retrouvent mercredi
à Salzbourg pour
tenter de rapprocher
leurs positions
tunisie Signe de la
dégradation du pays,
un migrant sur cinq
débarqué en Europe
du Sud depuis janvier
est tunisien
Envoyé spécial
M’saken, Kerkennah (Tunisie)
A
ttablé à la terrasse
du café, Anis, plombier chômeur
de 26 ans, regarde avec envie passer les grosses cylindrées immatriculées en France des émigrés
qui étirent leurs vacances estivales à M’saken, à 125 kilomètres
au sud de Tunis. Anis n’a jamais
travaillé régulièrement : « Il n’y a
aucun avenir ici. Le tourisme est
reparti cet été, les hôtels de Sousse
[importante ville balnéaire près
de M’saken] étaient complets, mais
je n’ai pas trouvé de travail pour
autant. Et même si j’en trouve, je
serai payé 500 dinars [155 euros]
« Le tourisme
est reparti cet été,
mais je n’ai pas
trouvé de travail »
Anis, chômeur
par mois. Avec ça, je peux vivre mais
pas m’amuser. » Tenter l’aventure
dans la capitale ? « Impossible, je
n’ai pas les contacts. Si tu veux t’en
sortir, tu dois connaître des gens.
Franchement, ça serait plus facile
pour moi en France. J’ai des amis à
Nice, ils pourraient m’aider. » Pour
y parvenir, il lui faudrait trouver
4.500 dinars (environ 1.400 euros)
pour payer la traversée.
Depuis janvier, 4.041 ressortissants tunisiens ont franchi la mer
pour se retrouver en Italie, soit un
migrant sur cinq d
­ ébarqué au pays
de Matteo Salvini. L’an dernier,
à la même époque, ils n’étaient
que 1.300 et la ­Tunisie ne figurait
même pas dans les dix premiers
pays d’origine des migrants. L’atonie de l’économie est la première
raison citée pour expliquer ce flux.
Le taux de chômage atteint 15,4 % ;
l’inflation est de 7,5 %, rendant la
vie très chère, et le déficit budgétaire représente 6,1 % du PIB.
Mais la crise n’est pas la seule
raison des départs. Les années
précédentes aussi, les chiffres
étaient mauvais. Sept ans après
la « révolution de jasmin » qui a
renversé le président Ben Ali, l’optimisme a laissé place à l’attente
et maintenant à l’exaspération.
« Le désespoir de ne pas voir leurs
Des proches de migrants tunisiens morts noyés attendent devant la morgue de Sfax, le 4 juin. ZOUBEIR SOUISSI/REUTERS
conditions de vie, économiques et
sociales, s’améliorer, alors que leurs
amis semblent mener la belle vie en
Europe, explique que les Tunisiens
partent de plus en plus nombreux »,
analyse Valentin B
­ onnefoy, spécialiste de la migration au Forum tunisien pour les droits économiques
et sociaux (FTDES). Il pointe un
phénomène récent : le nombre de
mineurs qi prennent le bateau. Ils
étaient 157 sur le seul premier tri-
mestre 2018, contre 500 sur toute
l’année 2017.
Baader Badreddine était un précurseur. À 15 ans, il est mort dans
le naufrage du 8 octobre 2017 qui a
fait une cinquantaine de victimes.
« Un mineur n’aurait pas pu être
expulsé. Il aurait pu intégrer une
formation pour apprendre un métier
utile et rester en Italie », expliquait
alors son père. Jusqu’au 2 juin et
la mort de 47 migrants partis de
La France veut coaliser les bonnes volontés
Réfugiés L’Élysée veut éviter que
l’Italie et la Hongrie ne transforment
chaque sommet européen en bras de fer
sur la question migratoire
Le chancelier autrichien S
­ ebastian Kurz, qui
sera accueilli demain à Paris par Emmanuel
­Macron, n’est pas dans la plus confortable
des situations. Politiquement, il préside un
gouvernement de droite et d’extrême droite
qui a fait de la question des migrants et des
frontières un thème central. Mais en tant que
président de l’Union européenne, jusqu’à la
fin de l’année, il ne peut se permettre que
le sommet de ­Salzbourg, mercredi et jeudi,
tourne au fiasco.
Or la tentation sera forte pour la Hongrie
de V
­ iktor Orbán – déjà condamné par le
Parlement européen cette semaine pour sa
politique des droits de l’homme – et l’Italie
de Matteo Salvini de transformer la grand-
messe des chefs d’État en nouveau champ de
bataille médiatique antimigrants.
Pour aider le dirigeant autrichien à rester un
« point d’équilibre » entre ses amis du groupe
de Visegrád (Pologne, Hongrie, République
tchèque et Slovaquie) et les pays du Sud,
Emmanuel M
­ acron va proposer une nouvelle
fois d’aboutir à un compromis. L’idée, avalisée
désormais par la Commission européenne,
est de trouver une solution pérenne de prise
en charge des migrants embarqués sur les
­bateaux des ONG et des gardes-­frontières
en Méditerranée.
Plus de moyens pour expulser
D’abord en obligeant le pays le plus proche
à procéder au débarquement des migrants.
Ensuite en facilitant la répartition des candidats à l’asile entre Européens. Le chef de
l’État se dit capable de réunir autour de lui
une dizaine de pays (Allemagne, Espagne,
Malte, ­Portugal, Pays-Bas, Irlande, ­Belgique,
Grèce et Luxembourg) et veut élargir cette
coalition. Mais cela signifie en contrepartie
que les migrants qui ne seront pas retenus
pour le droit d’asile soient renvoyés vers leur
pays d’origine. C’est là que les choses coincent,
même si l’agence Frontex, dans le nouveau
mandat qui lui a été confié, va disposer de
plus de moyens pour aider l’Italie, l’Espagne
ou la Grèce dans ces opérations.
« Les termes politiques de cette équation
sont clairs et j’espère qu’on puisse s’entendre
au moins là-dessus, sinon les polémiques de
style Aquarius vont se répéter indéfiniment »,
confie une source proche du dossier. Sousentendu : jusqu’aux élections européennes
de mai prochain, qu’Emmanuel Macron veut
transformer en duel entre progressistes et
nationalistes. g
François Clemenceau
l’archipel de Kerkennah, au large
de Sfax, les autorités minimisaient
le phénomène des harraga (ceux
qui « brûlent les frontières » illégalement). Aujourd’hui, le discours
a changé. Le ministère de l’Intérieur se félicite à chaque coup de
filet. À Kerkennah, situé en face de
Lampedusa et jusqu’à récemment
principal lieu de départ, ce sont une
dizaine de passeurs présumés qui
ont été arrêtés. Les gardes-côtes ont
stoppé 6.369 harraga entre janvier
et août 2018, contre 1.473 en 2017.
Une progression spectaculaire qui
n’impressionne pas Ahmed Souissi,
ancien responsable de l’Union des
diplômés chômeurs de Kerkennah :
« Il y a eu des arrestations et on voit
moins de bateaux partir, c’est vrai,
mais ça ne va pas s’arrêter. De jeunes
chômeurs en colère qui partent, c’est
toujours ça de moins à surveiller
pour le pouvoir. »
Pour se rendre à Kerkennah, il
faut prendre le bac depuis Sfax. Sur
le bateau, il n’est pas rare de croiser
des jeunes en bande. « C’est facile
de repérer les harraga, ils ont tous
de longs manteaux alors qu’il fait
plus de 30 °C. C’est en prévision de la
traversée, qui se fait de nuit. Tout le
monde le sait, même la police au port
de Sfax, mais ils ferment les yeux si
on paie », assure Ahmed Souissi.
Prévoir des vêtements chauds,
soudoyer l’homme en uniforme,
Farouk connaît la chanson. Il a tenté
la traversée deux fois. En 2011, le
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
17 *
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
Actualité International
rentrée européenne
Le Maroc sous pression de Bruxelles
Coopération Face à l’afflux de
migrants vers l’Espagne, le chef
de la diplomatie marocaine
refuse de voir son pays servir
de gendarme de l’Europe
Trois fois plus que l’an passé. Selon
des chiffres publiés cette semaine,
l’Espagne est redevenue le premier
pays d’arrivée des migrants illégaux
en Europe. Selon l’OIM (Office
­international pour les migrations),
ils sont 32.272 à avoir débarqué
sur les côtes hispaniques depuis
le 1er janvier.
Sous pression de l’opposition de
droite, qui l’accuse de laxisme, le
gouvernement du socialiste Pedro
Sánchez s’est tourné inévitablement vers le voisin marocain, d’où
partent la plupart des embarcations
arrivant en Espagne. Tout l’été,
­Madrid a multiplié les rencontres
avec Rabat, expliquant vouloir renforcer la coopération entre les deux
pays dans la lutte contre l’immigration illégale, plaidant aussi pour que
l’Union européenne fasse un geste
en direction du Maroc.
Le 1er août, Jean-Claude ­Juncker,
le président de la Commission
européenne, s’est engagé à accélérer le versement des 55 millions
d’euros promis par l’UE au Maroc
et à la Tunisie pour les aider à
gérer leurs frontières. « Mais pour
l’instant, nous n’avons pas reçu un
sou », constate, amer, le ministre
marocain des Affaires étrangères,
Nasser Bourita.
Bruxelles poursuit surtout un
autre objectif, formulé fin juin : la
mise en place de « plateformes de
débarquement », notamment au
Maroc, où les migrants secourus
en mer resteraient le temps que
leur dossier soit étudié par l’UE.
Inacceptable pour Rabat.
« Il n’y aura jamais de centre
d’accueil ou de plateforme de
désembarquement sur notre sol,
martèle Nasser Bourita. L’UE veut
faire porter toute la responsabilité
de l’immigration illégale aux pays
de transit. Or, c’est elle qui a créé
un appel d’air en accueillant des
centaines de milliers de réfugiés
en 2015 et 2016. » Et d’expliquer
que la pression migratoire qui pèse
actuellement sur son pays est aussi
le résultat d’une volonté européenne, plus particulièrement italienne, de fermer le canal de Sicile
aux réfugiés. Ceux-ci, ne pouvant
plus passer par la Libye, se seraient
tournés vers le Maroc. « Cela reste
à voir, tempère Saïd Tbel, de l’Association marocaine des droits de
l’homme. Ce qui remonte de nos
sections locales, c’est qu’il n’y a pas
davantage de candidats au départ
qu’auparavant. »
Côté européen, subsiste aussi
l’idée que le Maroc n’en ferait pas
suffisamment pour empêcher les
départs de bateaux depuis ses
plages. « L’État marocain, aussi
autoritaire soit-il, peine à contrôler une partie de l’administration
locale et des douanes qui ferment les
yeux, moyennant backchich, sur le
trafic des passeurs », explique Pierre
«L’UE veut faire
porter toute
la responsabilité
de l’immigration
illégale aux pays
de transit »
Nasser Bourita, ministre
marocain des Affaires étrangères
Vermeren, spécialiste du Maghreb
à l’université Panthéon-Sorbonne.
« Le Maroc n’a pas vocation à
être le gendarme de l’Europe »,
rétorque Nasser Bourita, en mettant en avant le travail des forces
de sécurité, qui ont fait avorter le
départ de 65.000 migrants l’année
dernière, et la régularisation par
l’État marocain de 50.000 sanspapiers, essentiellement subsaha-
riens, entre 2015 et 2017. Selon le
ministre des Affaires étrangères,
ces mesures n’ont ­cependant pas
été prises pour plaire à l’UE. « Nous
n’avons pas attendu les pressions européennes pour définir notre propre
politique migratoire », assure-t-il.
Depuis la mi-août, pourtant,
Rabat a donné un sérieux tour de
vis, comme s’il voulait donner des
gages à Bruxelles. Officiellement
destinée à lutter contre les réseaux
criminels, une vaste opération a
été lancée dans le nord, de Tanger à Nador. Elle vise à arrêter les
migrants pour les transférer vers
le sud du pays, loin des côtes. Il
seraient 2.500 – le double, selon
Amnesty Interna­tional – à avoir
été ainsi déplacés.
Pour Saïd Tbel, ces opérations
« de communication » sont le signe
que Rabat répond « aux exigences de
l’UE », moyennant « une compensation financière ». Il mentionne également une réunion récente entre le
gouvernement, l’OIM et plusieurs
ambassadeurs d’Afrique subsaharienne au cours de laquelle a été
négociée la réadmission dans leur
pays d’origine de plusieurs centaines
de migrants. « On prépare de grandes
campagnes de retour », affirme le
militant des droits de l’homme. g
Antoine Malo
La grande incertitude algérienne
bateau casse et doit faire demi-tour.
L’année suivante, il est pris dans une
bagarre générale. Deux ans de prison ferme. Aussitôt sorti, il retente
l’aventure. Mais c’est pour mieux
goûter aux geôles italiennes. Après
plusieurs semaines d’incarcération,
il est expulsé. Depuis, c’est l’enfer :
« Avec mon casier, impossible de trouver du travail. Dès que je sors de la
« Il y a eu
des arrestations
et on voit moins
de bateaux partir,
mais ça ne va
pas s’arrêter »
Ahmed Souissi, chômeur
médina, les flics me contrôlent, m’insultent. » Il trouve finalement une
certaine stabilité dans des projets
culturels liés à la médina. Son histoire fait partie de la pièce de théâtre
multirécompensée Le Radeau, de la
compagnie du théâtre El Hamra.
Mais il ne cesse de penser à l’exode.
Cette fois, il est sûr de réussir. Il a
épousé, cet été, une Franco-Tunisienne : « Je fais les démarches pour
mes papiers. Dans huit mois, je serai
en France. » Légalement. g
Mathieu Galtier
Visas L’immigration légale
en provenance d’Algérie n’a
cessé d’augmenter ces dernières
années. Et si elle devenait
illégale en cas de crise ?
Les chiffres officiels des autorités
consulaires françaises parlent d’euxmêmes. Depuis la fin de la décennie noire des années 1990, marquée
par le terrorisme, le nombre de
visas accordés à des ressortissants
algériens a quadruplé. En 2017,
411.979 visas ont été octroyés, le
double par rapport à 2012. Tous les
régimes de visas sont à la hausse, le
plus spectaculaire restant la forte
augmentation des visas étudiants
(+ 36 % entre 2015 et 2016).
Signe que ce phénomène inquiète
l’exécutif algérien, le chef du FLN a
qualifié ces étudiants candidats aux
universités françaises de « harkis ».
Il n’y a pas d’explication rationnelle
à cette « tendance haussière », selon
les mots d’un officiel. À en croire
le gouvernement algérien, le terrorisme n’est plus que « résiduel » et
la situation de l’économie n’est pas
pire aujourd’hui qu’il y a dix ans.
« Visas de précaution »
Mais, en l’absence d’une perspective politique claire, avec un
président Bouteflika malade qui
pourrait briguer bientôt un cinquième mandat, « cette société
survit par des régulateurs tels que
le sport, la violence, la religion et
les visas », commente un expert
des relations franco-algériennes.
En ­mettant l’accent sur ce qu’il
appelle « les visas de précaution »,
une pratique consistant à demander
légalement un visa pour la France,
ne pas s’en servir et le renouveler
régulièrement « au cas où ».
Cette formule, vague, bien
connue des autorités compétentes,
en dit long sur la crainte des
­ emandeurs de rester dans leur
d
pays en cas de crise. Sans parler
de tous ceux qui pourraient alors
rejoindre la France illégalement.
Déjà, entre 2015 et 2017, le
nombre d’Algériens arrêtés en train
de quitter leur pays clandestinement a triplé. « S’il y a une crise,
beaucoup fuiront l’Algérie comme
PARTOUT EN FRANCE
les Syriens ont fui leur pays. Ce ne
sera peut-être pas un million mais
plusieurs », prédit un officiel. « Les
autres Européens nous diront alors
que l’Algérie, c’est la France », poursuit-il, laissant deviner le spectre
d’un nouveau bras de fer en Europe
sur la répartition des demandeurs
d’asile. g F.C.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
18
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Actualité International
Copacabana sous la vague populiste
BRÉSIL Dans un
­ érive autoritaire ni des sérieuses
d
lacunes en économie et poli­
tique étrangère de son candidat.
« ­Bolsonaro est bien entouré ; son
seul problème, c’est le risque de
fraude de ses adversaires dans les
urnes », explique le septua­génaire,
reprenant la théorie conspira­
tionniste du candidat, largement
répandue sur les réseaux sociaux.
immeuble du quartier
huppé de Rio, du rezde-chaussée au rooftop,
le leader de l’extrême
droite séduit largement
Correspondance
Rio de Janeiro (Brésil)
Neuf heures du matin à Copa­
cabana, les 4x4 de safari de l’hôtel
Excelsior, à deux pas de la plage,
démarrent en trombe, chargés de
touristes qui s’en vont observer les
habitants des favelas. Rosvaldo,
homme de ménage de l’immeuble
résidentiel situé juste en face, se
demande ce qu’il y a d’intéressant
à aller photographier la misère et
la violence des bidonvilles. Lui qui
vient de la favela fait tout pour fuir
cette violence. C’est d’ailleurs la
raison pour laquelle il votera pour
le candidat d’extrême droite, Jair
Bolsonaro, à la présidentielle du
7 octobre. Après avoir été pendant
deux décennies un fervent partisan
de l’ex-président de gauche Luiz
Inácio Lula da Silva, aujourd’hui
en prison pour corruption.
Un pays qui se voit en pleine
guerre civile
L’attaque au couteau qui a failli
coûter la vie à Jair Bolsonaro n’a
fait que conforter Rosvaldo dans
ses convictions. « C’était un héros ;
maintenant, c’est notre martyr ! »,
s’exclame-t-il. Et de montrer sur
son téléphone des images qui
expliquent pourquoi il est passé,
comme beaucoup de Brésiliens,
de la gauche à l’extrême droite.
« Regarde ça, tu sais qui a fait ça ?
C’est mon voisin, un gars bien. Et tu
sais pourquoi ? Pour se défendre ! »,
dit-il en exhibant fièrement la
photo d’un jeune gisant dans un
bain de sang, le visage défiguré
par un impact de balle. Son voisin,
qui a tiré le coup de feu fatal, est
aujourd’hui en prison. Rosvaldo a
Rassemblement en soutien à Jair Bolsonaro sur la plage de Copacabana le 9 septembre. Silvia Izquierdo/AP/SIPA
lui-même été victime de plusieurs
agressions à main armée. « On
est en pleine guerre civile dans ce
pays, le PT [Parti des travailleurs,
de Lula] n’a rien fait et Bolsonaro
est le seul à proposer des solutions
radicales ! » martèle-t-il.
Le favori du scrutin, nostal­
gique de la dictature, promet en
effet de libérer le port d’armes
au Brésil, un pays qui enregistre
60.000 ­homicides par ans, et où la
violence a coûté la vie à un demimillion de personnes entre 2006
et 2016, selon l’institut IPEA. Des
chiffres effarants qui ne sont pas
une nouveauté au Brésil, mais qui,
combinés à l’incurie actuelle de
la classe politique, gangrenée par
la corruption, et au naufrage des
services de santé et d’éducation,
peuvent expliquer l’attrait pour
un candidat se disant antisystème.
Le capitaine de réserve a même vu
sa popularité grimper depuis son
agression. Mais l’issue du scénario
électoral n’est pas simple à déchif­
frer. Lula est encore plus populaire
que lui. Or, comme il a dû renon­
cer à sa candidature, il a désigné
Fernando Haddad comme son
« héritier ». Depuis, même si les
intentions de vote pour ce dernier
ont doublé, il part de très bas et n’a
60.000
C’est le nombre d’homicides
enregistrés chaque année
dans tout le pays
pas le charisme de Lula. Ni celui de
Jair Bolsonaro, dont l’état de santé
soulève beaucoup de questions.
Le trublion au discours souvent
haineux suscite en outre un fort
rejet (43 %), qui va grandissant,
surtout auprès des femmes.
« Bolsonaro est un homme
­dangereux, on va tous s’entre-tuer
s’il est élu », s’alarme Marina Cur­
sate, qui réside dans cet immeuble
cossu où Rosvaldo est employé.
La jeune femme est pessimiste.
« Dans l’immeuble, pratiquement
tout le monde votera Bolsonaro.
Rien que dans ma famille, on est
quatre et les trois autres roulent
pour lui, y compris mon neveu, qui
n’a jamais voté de sa vie », préciset-elle. Un voisin qui passe par
là approuve : « ­Bolsonaro, sans
­hésiter.  » Jorge Cabral de Melo,
un retraité de l’Éducation natio­
nale, ne s’inquiète ni du risque de
Un désenchantement général
sur fond de grogne fiscale
Alexandre Magno, un ancien
policier chargé de la sécurité de
l’immeuble, ne dit pas autre chose.
Ce qu’il a vu dans les hôpitaux
de Rio l’a tellement écœuré qu’il
veut un candidat « coup de poing »
capable de « faire le ménage » au
Brésil. « Au lieu de se préoccuper
des droits de l’homme et des homosexuels, on devrait ­penser aux
gens qui meurent dans les hôpitaux
faute de soins », lâche cet homme
de confession évangélique, qui a
perdu un proche par manque de
place aux urgences.
Hellem Mota habite au qua­
trième étage. Elle ne s’étonne
pas de la popularité de Jair
­B olsonaro, mais cette fille de
militaire, qui a lutté contre la
dictature (1964-1985) et a vécu
trente ans en France, craint que
le désenchantement profond des
Brésiliens ne mène au désastre.
« Les gens veulent sortir du clivage
droite-gauche habituel et croient
que B
­ olsonaro est l’homme de
la situation, sans réfléchir aux
­c onséquences, analyse-t-elle.
Mais je comprends mes voisins des
classes moyenne et aisée quand ils
disent que l’argent de leurs impôts
ne va nulle part. C’est vrai ! »
Le taux d’imposition au Bré­
sil serait parmi les plus élevés
au monde. Au rez-de chaussée,
­Rosvaldo résume l’état d’esprit
de ses compatriotes dans un
éclat de rire : « Nous, les B
­ résiliens,
on vote avec notre cœur, pas avec
notre raison ! » g
Adèle Smith
Mystère et fantasmes en plein espace
L’affaire semble se tasser. Une
vidéo du souriant cosmonaute
Sergueï Prokopyev en train de
colmater la brèche avec du ruban
thermorésistant est même dif­
fusée. Mais mercredi, le journal
russe Kommersant relance la polé­
mique. Citant l’un des enquêteurs,
il ­explique que le trou aurait pu
être fait par les astronautes amé­
ricains présents à bord de l’ISS.
Énigme Un trou dans le vaisseau
Soyouz, arrimé à la Station
spatiale internationale,
suscite une polémique digne
de la guerre froide
C’est un trou minuscule, 2 milli­
mètres tout au plus, mais ­depuis
quinze jours il agite le petit
monde de l’aérospatiale et ravit
les complotistes du monde entier.
L’histoire commence le 30 août
quand l’agence spatiale Roscosmos
­publie un communiqué inquié­
tant : « Nous avons eu cette nuit
une situation d’urgence sur l’ISS
[la Station spatiale internationale] :
une fuite d’oxygène et une chute de
la pression. »
Les premières recherches
concluent à une microfissure
détectée sur le vaisseau Soyouz,
arrimé à la station où cohabitent
six spationautes, trois Américains,
deux Russes et un Allemand. Elle
aurait été causée par une météorite.
Sauf qu’au trou situé à l’extérieur
La Station spatiale internationale. NASA
correspond un autre, à l’intérieur
du vaisseau, vraisemblablement
créé par une perceuse. Le 4 sep­
tembre, le patron de ­Roscosmos,
Dmitri Rogozine, lâche une petite
bombe : « Nous n’excluons pas
une interférence délibérée dans
­l’espace.  » Un sabotage ! L’accusa­
tion n’est pas mince. Une commis­
sion d’enquête est mise sur pied.
Sabotage volontaire
ou manque de moyens ?
Leur objectif ? Créer une situation
d’alerte leur permettant de rame­
ner plus vite sur Terre l’un des leurs
qui serait malade. Le vice-Premier
ministre russe chargé de l’Espace
et de la Défense dément immé­
diatement et plaide la thèse d’un
équipage uni : « C’est absolument
inacceptable de jeter le doute sur nos
cosmonautes comme sur les astronautes américains. » Alain Cirou,
directeur de la rédaction du maga­
zine Ciel et Espace, ne croit pas en
cette thèse : « Personne à l’intérieur
de la station n’a intérêt à un tel sabotage. Une telle accusation est surréaliste. » À moins que celui qui la
propage ne veuille prolonger dans
l’espace la mini-guerre froide que
se livrent actuellement ­Washington
et Moscou. « Mais le domaine spatial échappe depuis longtemps à cette
rivalité, poursuit le spécialiste. L’ISS
est un terrain de paix. »
Si les conclusions de l’enquête
sont encore attendues, il semble
probable que le fameux trou ait été
percé sur Terre dans l’usine de fa­
brication du vaisseau. « Depuis des
années, des problèmes qualité sont
constatés sur les Soyouz, affirme
Alain Cirou. Le domaine spatial
russe souffre d’un manque de moyens
et a vu pas mal d’ingénieurs partir
travailler à l’étranger. » ­L’hypothèse
d’un sabotage aurait donc avant tout
servi d’écran de fumée pour mas­
quer ces difficultés. g
Antoine Malo
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
19
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
Actualité International
Autour du monde
Le président philippin dans l’œil du typhon
Rodrigo Duterte Le
chef de l’État philippin,
connu pour ses positions
climatosceptiques,
a vu une partie de son
pays dévastée hier par
la tempête Mangkhut
leader de la semaine
GALI TIBBON/EPA/MAXPPP
Qu’a pu penser ­Rodrigo
Duterte lorsqu’il a vu hier des
pans de colline s’effondrer
au passage du typhon Mangkhut, plus de 100.000 personnes forcées de quitter
leur maison, et au moins
huit trouver la mort ? Lui
qui déclarait la veille, bravache : « Nous a
­ urons peutêtre besoin d’aide, si bien sûr
certains pays font preuve de
bonne volonté… »
Le pays est frappé chaque
année par une vingtaine de
typhons, qui condamnent des
milliers de personnes à la pauvreté et à la mort. En dévastant hier le nord de Luçon,
plus grande île de l’archipel,
­Mangkhut n’a pas dérogé à
la règle. « Son coût sur le secteur agricole pourrait s’élever
à 116 millions de dollars »,
craignait hier l’ONG Care.
Une situation récurrente
qui n’a toujours pas amené
le très autoritaire président,
occupé à mener sa guerre
meurtrière contre la drogue,
à adopter des politiques de
construction et d’aménagement adaptées. Qualifiant les
accords de Paris sur le climat
de « stupides », « fous » et
« absurdes », Duterte a fini
par les ratifier en mars 2017.
Mais cette attitude désinvolte
sur la question du réchauf-
Mauritanie : des
antiesclavagistes
élus au Parlement
Italie Le pape François a rendu
hommage hier à Palerme (Sicile) à Giuseppe Puglisi, prêtre
assassiné il y a vingt-cinq ans par la mafia alors qu’il cherchait
à sauver des jeunes d’un quartier défavorisé. « On ne peut pas
croire en Dieu et être mafieux », a lancé le souverain pontife avant
d’appeler les parrains à « changer ». « Arrêtez de penser à vousmêmes et à votre argent, convertissez-vous ! » Ce nouveau cri de
colère contre la pègre fait écho à celui poussé par Jean-Paul II en
mai 1993, également en Sicile, lorsqu’il avait demandé aux membres
de Cosa Nostra de « se convertir ». Ceux-ci avaient répondu deux
mois plus tard par des attentats contre deux églises romaines. g
(photo : Alessandro FUCARINI/AFP)
source : banque d’angleterre
des femmes qui se suicident dans le monde
vivent en Inde, selon une étude parue mardi
dans la revue scientifique The Lancet.
Ce fléau s’explique par la pauvreté et
l’archaïsme des modes de vie :
20 % des Indiennes, par exemple,
sont mariées avant d’avoir
15 ans.
israéliens ont ciblé hier soir l’aéroport
international de Damas, déclenchant une
réponse de la défense aérienne syrienne,
selon l’agence de presse officielle Sana.
L’armée israélienne a déclaré qu’elle ne
« commentait pas ce genre d’information ».
Début septembre, un responsable israélien
a pourtant affirmé que l’État hébreu avait
mené quelque 200 frappes en Syrie ces
18 derniers mois, visant principalement des
convois, des cargaisons ou des positions
du Hezbollah et des milices iraniennes,
engagées aux côtés de Bachar Al-Assad. g
Venezuela La viceprésidente, Delcy Rodríguez, a déclaré
hier que Caracas se plaindrait devant les
Nations unies des propos tenus la veille
par le secrétaire général de l’Organisation
des États américains, l’Uruguayen
Luis Almagro. Celui-ci a déclaré ne pas
exclure « une intervention militaire » pour
« renverser » le gouvernement du président
Maduro, responsable selon lui de « crimes
contre l’humanité ». g
Brexit : les chiffres noirs d’un « no deal »
Inde
37 %
Camille Neveux
Syrie Des missiles
Signe positif
Plusieurs militants de l’éradication
de l’esclavage ont fait une
entrée remarquée au parlement
mauritanien après les élections
législatives qui se sont tenues les 1er
et 15 septembre. C’est le cas de
Biram Ould Dah Ould Abeid, président
d’un mouvement abolitionniste et
membre de la communauté haratine,
des descendants d’esclaves noirs.
Mais aussi celui du président réélu
de l’Assemblée sortante. Malgré
ces avancées, la question continue
de diviser. Le pays a bien adopté
en août 2015 une loi faisant de
l’esclavage, officiellement aboli en
1981, un « crime contre l’humanité »
passible de vingt ans de prison.
Mais la situation n’a guère évolué
dans les faits. Parmi le 1,4 million
d’électeurs, des milliers sont des
descendants d’esclaves, dont certains
sont « toujours assujettis à leurs
anciens maîtres », selon des ONG. g
fement de l’atmosphère met
en danger les défenseurs de
l’environnement, dans un
pays pourtant touché par
le dérèglement climatique.
Selon un rapport de l’ONG
britannique Global Witness,
les Philippines se classent
parmi les pays les meurtriers
pour les militants écologistes,
avec 48 assassinats en 2017. g
10 % de taux de
chômage contre
4 % aujourd’hui
PASSEPORT
3 mois de durée
de séjour maximum
sur le continent
européen
30 % de chute des
prix dans l’immobilier
en 3 ans
Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, a présenté jeudi ce
qu’il adviendrait en cas d’un Brexit sans accord entre le Royaume-Uni et l’UE
le 29 mars 2019. Ses conclusions ont eu l’effet d’une douche froide.
Les transports aérien et ferroviaire avec le continent seraient bloqués. Les prix
de l’immobilier chuteraient de 25 à 35 % en trois ans. Le chômage passerait
de 4 % à plus de 10 %. Les permis de conduire britanniques ne seraient
plus valables sur le sol européen. Les frais d’itinérance mobile, aujourd’hui
50 euros de frais
gratuits, bondiraient à 50 euros par mois au minimum… Le gouvernement
d’itinérance par mois conservateur de Theresa May a publié jeudi une deuxième série de fiches sur
pour téléphoner
les risques associés au Brexit dur après une première en août consacrée aux
depuis l’UE
médicaments, aux frais bancaires et aux produits agricoles.
SOURCE : BANQUE D’ANGLETERRE
Après la Pologne et la Hongrie, à qui le tour ?
analyse
Le respect de l’État de droit en
­Europe ? On en discutera à nouveau
dès mardi à Bruxelles. Une délégation du gouvernement polonais
va devoir s’expliquer devant les
ministres des Affaires étrangères
et européennes sur sa réforme de la
Cour suprême visant à faire partir
ses juges plus tôt à la retraite. Les
opposants à cette réforme estiment
qu’elle favorise la nomination de
juges plus proches politiquement
du gouvernement conservateur.
À Bruxelles, la Commission considère que le comportement des autorités polonaises est attentatoire à
l’indépendance de la justice. C’est ce
qui a permis de déclencher l’article 7
du traité de l’UE, qui prévoit de sanctionner un pays membre en cas de
violation des valeurs fondamentales
de l’Union. Si les explications polonaises sont jugées insatisfaisantes,
un vote sera organisé ultérieurement
pour ­décider de priver la Pologne de
son droit de vote.
Sauf que c’est impossible. On l’a
vu cette semaine au lendemain du
vote par le Parlement européen en
faveur du déclenchement de l’article 7 contre la Hongrie, ­Varsovie
et Budapest sont liés par un pacte.
Aucun des deux dirigeants ne votera
contre l’autre autour de la table du
Conseil alors que l’unanimité est
impérative sur un tel sujet. Viktor
Orbán et ­Mateusz Morawiecki ne
comprennent pas que leurs réformes
de la justice, du droit des associations et des ONG ainsi que leurs
décisions de mieux contrôler les
médias soient jugés non conformes à
l’État de droit. Ils seront solidaires.
Tout comme le sont déjà confusément aussi la République tchèque,
la Slovaquie, la R
­ oumanie ou la
­Bulgarie, où la justice et les médias
sont malmenés depuis plusieurs
mois. Et où la corruption a atteint
de tels niveaux qu’elle suscite des
manifestations populaires. Comment envisager de les sanctionner si
les choses s’aggravent ? « Le traité de
l’Union européenne n’avait rien prévu
contre l’apparition de démocraties
illibérales », commente un ministre
européen fatigué d’entendre les
responsables hongrois ou polonais
se justifier. Raison pour laquelle la
Commission continue de plancher
sur un projet de conditionnalité de
l’aide financière européenne aux
pays bénéficiaires en fonction de
leur respect des droits de l’homme.
En espérant aboutir avant l’adoption
du prochain budget 2021-2027. g
François Clemenceau
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
20
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Actualité Société
COLÈRE Catherine
Kirnidis redoute que le
plan santé, dévoilé mardi,
enferme sa profession
dans un second rôle
IMPASSE Une telle
inertie serait, jure cette
responsable syndicale,
préjudiciable à de
nombreux patients
Le « J’accuse »
d’une
infirmière
E
Catherine Kirnidis, infirmière et présidente du Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil), à Paris vendredi. éric DESSONS/JDD
t si la réforme
du système de santé, dont les
contours seront dévoilés mardi
matin à l’Élysée par Emmanuel
Macron, se faisait sans elles,
qui vont au lit des personnes
âgées, soignent à domicile plaies
et escarres, accompagnent les
anciens vers la mort ? Infirmière
libérale dans un quartier résidentiel d’Avignon (Vaucluse),
Catherine Kirnidis, 57 ans, est à
la tête du Sniil (Syndicat national des infirmières et infirmiers
libéraux), un des trois syndicats
représentatifs de sa profession.
Gouaille de comédienne amatrice et regard acéré sur les travers
de l’organisation ville-hôpital à la
française, elle mitraille, colère rentrée sous le sourire chaleureux :
« Le gouvernement semble sourd
à nos alertes. Nous ne sommes pas
des spécialistes du gant de toilette,
des petites mains, mais bien des professionnelles de la santé, quasiment
les seules à aller encore chez les
patients. Eux savent les initiatives
que nous prenons pour pallier les
dysfonctionnements qui pourrissent
leur quotidien. Pourquoi les pouvoirs publics ne s’en rendent-ils pas
compte ? »
Demain, lors de l’ouverture de
son congrès annuel, le syndicat
lancera une campagne offensive
de « désobéissance » en invitant
notamment les infirmières à
facturer tous les actes de vaccination contre la grippe – ils sont
souvent faits gratuitement. Les
deux autres organisations sont
sur la même ligne : l’une a menacé
fin août le gouvernement d’une
grève des soins non programmés ;
la deuxième a appelé vendredi à
facturer au moyen d’une seule
feuille papier chaque acte réalisé
afin « d’emboliser » la Sécu. Alors
que les premières rencontres avec
Agnès Buzyn, m
­ inistre de la Santé
et ancien médecin hospitalier, lui
avaient donné de l’espoir de voir
sa profession enfin consacrée dans
un premier rôle – deux spécialistes
empathiques et à l’écoute pouvaient se comprendre –, C
­ atherine
Kirnidis redoute désormais les
annonces gouvernementales. Des
fuites dans la presse ont suggéré
la création d’un métier – assistant
médical – et cela l’a beaucoup agacée : « On songerait à faire prendre
en charge par la collectivité les secrétaires des médecins, pour 2 milliards d’euros, quand on nous refuse
toute avancée ? »
Des actes invisibles comme
la vaccination anti-grippe
Les braises se sont allumées au
début de cet été. Faisant le constat
que les négociations pour réviser
la convention qui les lient à la
112.000
Nombre d’infirmières
libérales qui exercent en
France (la profession est
féminisée à 80 %)
Sécu s’enlisent, les trois syndicats
d’infirmières et infirmiers libéraux
tentent la politique de la chaise
vide. Peine perdue : Nicolas Revel,
le très puissant directeur de l’Assurance maladie, fait la sourde oreille
et part en vacances. Elles avaient
rêvé d’un big bang : le paiement des
actes invisibles souvent effectués
gratuitement (réponse aux coups
de fil d’urgence, suivi des médicaments pour les personnes âgées dépendantes, etc.) et voilà qu’on leur
propose une aumône : 200 millions
d’euros sur quatre ans.
« Nous sommes partout où les
autres ne vont plus : dans les déserts médicaux, chez les gens où les
médecins de famille, devenus médecins traitants, n’ont plus le temps
d’aller », insiste Catherine Kirnidis.
Aux avant-postes à la campagne
ou dans les cités, là où les blouses
blanches manquent ; auprès des
familles pauvres et des malades
psychiatriques livrés à leur solitude à domicile ; à la frontière de
la mort quand une mamie appelle
dans la nuit et qu’il faut lui tenir
la main jusqu’à ce qu’elle s’éteigne
Épuisement
au travail
51 % d’entre elles
travaillent régulièrement ou
fréquemment sept jours ou
plus consécutifs, selon une
étude réalisée par l’ordre
national des infirmiers
à l’aube ; mais aussi à la pointe du
virage de la chirurgie ambulatoire
impulsé par les autorités de santé.
« Une personne sort de l’hôpital
avec une sonde et, une fois rentrée
chez elle, nous appelle pour l’enlever,
détaille la présidente du Sniil. Eh
bien, cet acte n’est pas remboursé !
Le développement de l’ambulatoire,
c’est très bien, mais il faudrait prévoir trois ou quatre visites de surveillance. Pourquoi nous priver de
la possibilité de prendre en charge
correctement les malades ? »
Mobilisation rendue
compliquée
C’est à eux que Catherine K
­ irnidis
assure penser avant tout. « On ne
fait pas que réclamer des sous ou
défendre des intérêts corporatistes.
Nous sommes les témoins de la
difficulté actuelle à faire face à la
montée des maladies chroniques,
au vieillissement de la population,
et nous aimerions contribuer à
améliorer le système ». Ancienne
infirmière libérale à Saint-­Tropez
devenue députée LREM du Var,
Sereine Mauborgne regrette en
100
Proportion d’infirmières
libérales pour 100.000
habitants
écho que ses consœurs soient
souvent considérées comme des
centres de coûts plutôt que de profits : « Chacune d’entre nous peut
raconter une expérience au cours
de laquelle elle a évité de la dépense
de soins. »
Rédactrice en chef du site Infirmiers.com et excellente connaisseuse d’une profession qu’elle a
elle-même exercé en début de carrière, Bernadette Fabregas semble
douter que les libérales en particulier, et les infirmières en général,
soient prêtes à descendre en masse
dans la rue, comme au temps du
mouvement historique de l’automne 1988. « C’est une profession
qui peine à se mobiliser. Ce dont
elle manque le plus cruellement ?
Un leadership, comme au Québec,
par exemple, avec une figure charismatique capable d’ébranler le
gouvernement et le grand public,
et la capacité de créer un rapport
de force. »
À la tête de son organisation
depuis un an et demi, Catherine
Kirnidis ne promet pas le grand
soir : « Nous avons toutes le nez
dans le guidon avec nos journées à
rallonge et du mal à laisser tomber
nos patients pour aller protester. »
Mais puisque les patients changent
– certains annulent désormais à
l’improviste une visite pour aller
faire des courses –, pourquoi ne
l’autoriseraient-elles pas ? « Ni
bonnes ni nonnes », clamaient les
conjurées de 1988. Comme leur
sens de l’abnégation, le slogan n’a
pas vieilli. g
Anne-Laure Barret
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
22
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Actualité Société
Engagement
Thierry Lhermitte,
à Paris, jeudi.
Passionné de sciences,
le comédien se
mobilise pour aider
les chercheurs à trouver
des financements
éric DESSONS/JDD
Parmi eux, celui de Nathalie
Cartier-Lacave, au CEA de Saclay.
Elle s’intéresse au cholestérol
qui est produit, régulé et éliminé
dans le cerveau. En s’accumulant
dans les synapses [zone de contact
entre deux cellules nerveuses], il
brouille la communication entre
les neurones. Elle a mis au point
une thérapie génique efficace chez
l’animal.
interview
L’acteur, qui a incarné au printemps
un grand-père atteint d’Alzheimer
dans la comédie La Finale, de Robin
Sykes, s’investit depuis treize ans
auprès de la Fondation pour la
recherche médicale (FRM). Il lance
un appel au don* à l’occasion de la
journée mondiale contre ce fléau,
qui aura lieu ce vendredi.
Le diagnostic repose aujourd’hui
sur un faisceau de symptômes.
Quels progrès espérer ?
Quand les symptômes apparaissent, la maladie est déjà
installée depuis des années. À
l’heure actuelle, la seule méthode
de diagnostic fiable est très invasive. Plusieurs projets existent : à
l’Institut de biologie Paris-Seine,
Laure Rondi-Reig travaille sur le
diagnostic cognitif, notamment
avec un jeu vidéo qui révèle une
désorientation spatiale spécifique.
Que saviez-vous de cette maladie
avant votre rôle dans La Finale ?
La même chose que tout le
monde, un peu plus peut-être car
j’avais visité deux laboratoires de
recherche. Alzheimer fait presque
partie du langage courant, mais on
n’en sait toujours pas grand-chose.
Les scientifiques en sont encore à
la description de la pathologie. On
n’a pas de diagnostic précoce, pas
de traitement. Pour jouer ce personnage, j’ai rencontré un patient
qui en était aux premiers symptômes. À ce stade, le malade ne
reconnaît plus vraiment les gens.
Il est plongé dans le doute mais
tient encore à sa dignité, quitte à
répondre à côté avec une grande
assurance !
Rire d’Alzheimer, c’est possible ?
Oui, des verrous sautent et
cela peut générer des répliques
incroyables. Cette femme dont le
mari meurt, qui lui prépare le dîner
chaque soir et râle : « Pas moyen
qu’il soit à l’heure, celui-là ! » Ou
cette autre qui, à 80 ans, réclame
d’aller à l’école le matin. On finit
par lui acheter un cartable, qu’elle
fait tous les soirs… Quand le mal
avance, au quotidien, ce n’est plus
drôle du tout.
Pourquoi y a-t-il urgence à soutenir
la recherche ?
En 2020, 1,3 million de Français
seront touchés. Une personne de
plus de 65 ans sur quatre. Notre
système de santé sera en danger.
Si les gens veulent se soigner avec
du curcuma, qu’ils y aillent ! Mais
on ne guérira pas ainsi. L’urgence
est d’avancer dans la connaissance.
appel aux mathématiques, à la physique, à la biologie, à l’imagerie…
Son conseil scientifique reçoit
1.500 dossiers par an et en sélectionne un tiers. En onze ans, 370
projets sur les maladies neurodégénératives, dont 34 sur Alzheimer,
ont été financés.
À quel horizon peut-on attendre
un traitement ?
Les chercheurs seraient étonnés
que l’on trouve « l’antibiotique
de la maladie d’Alzheimer ». Ils
imaginent plutôt un ensemble
de thérapies pour l’attaquer sous
différents angles et stopper sa progression.
Thierry Lhermitte
« Alzheimer, le don privé
est indispensable »
La science ne progresse pas à avec
du buzz sur Internet, mais avec des
preuves qu’il faut reproduire.
Près de 1.400 essais thérapeutiques
ont été menés sans aboutir à aucun
traitement…
Alzheimer représentant un marché
colossal, les recherches souffrent
d’un biais terrible : dès qu’une voie
paraît prometteuse, les laboratoires
s’y engouffrent à coups de milliards,
au lieu d’explorer différentes pistes.
Quel rôle peut jouer le don privé ?
L’État finance de grands pro-
grammes, les industries investissent de l’argent. Mais le don
privé est indispensable : c’est un
tiers du budget des chercheurs.
Il est rapidement acheminé dans
les laboratoires et correspond
aux besoins. La FRM permet une
recherche tous azimuts, en faisant
DES CENTAINES D’INITIATIVES
PRÈS DE CHEZ VOUS À RETROUVER SUR
D’où vient ce goût pour
la vulgarisation ?
J’essaie de transmettre cette
passion. Quand j’étais gamin, les
scientifiques étaient des héros
grand public : Cabrol, Barnard…
Après les premières transplantations, tout le monde les connaissait. Aujourd’hui, c’est plutôt la
télé-réalité !
La mémoire est un outil crucial pour
un comédien. Redoutez-vous cette
maladie ?
Cela ne me panique pas spécialement. L’oubli a parfois du bon, pour
les mauvais souvenirs. g
Propos recueillis par
Juliette Demey
* www.frm.org ou, pour un don de 10 euros,
envoyer « SOUVENIR » par SMS au 92 300
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
23
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
Actualité Société
La femme qui s’écharpe avec Burberry
SEXISME La cour
d’appel de Paris vient de
condamner la marque de
luxe pour discrimination
envers son ex-numéro 2
Lahcène ABIB / SIGNATURES
Remerciée pour avoir trop parlé.
Dans un arrêt rendu le 16 mai 2018
et devenu définitif fin août, la cour
d’appel de Paris a condamné la filiale
française de Burberry à verser au
total plus de 166.000 euros à une de
ses ex-cadres dirigeantes, licenciée
abusivement et victime de discrimination. En octobre 2013, la salariée, qui est alors numéro 2 et pilote
une équipe de 120 personnes, est
chargée d’embaucher un nouveau
responsable pour la boutique située
rue du Faubourg Saint-Honoré à
Paris. Mais, pendant la procédure
de recrutement, elle découvre que
la direction de l’entreprise de luxe
propose une rémunération annuelle
fixe de 95.000 euros brut au candidat pour ce poste. Soit 2.840 euros
de plus que ce qu’elle-même perçoit. La jeune femme se désengage
alors du processus et réclame une
augmentation de salaire pour corriger cette inégalité, mettant en avant
ses sept années d’expérience dans la
société, la jeunesse du candidat, et sa
propre position – elle est censée être
sa supérieure ­hiérarchique.
Sécurité routière :
l’Intérieur achète des
bases de données privées
MESURE L’État va s’appuyer
sur des informations fournies
par des sociétés pour analyser
le trafic
Tout savoir sur le trafic routier :
l’enjeu est crucial depuis la mise
en place de la limitation de la
vitesse à 80 km/h sur les routes
secondaires et la bataille qui fait
rage entre pro et anti. Jusqu’à présent, le ministère de l’Intérieur
s’appuyait sur des observatoires
maison pour analyser les habitudes des conducteurs et sonder
l’impact de certaines décisions sur
l’évolution du nombre de morts.
Problème : il n’y en aurait que 40,
quand il en faudrait au moins 91
« Ce serait
financer avec
notre argent
des entreprises
dangereuses »
Chantal Perrichon, présidente de
la Ligue contre la violence routière
pour couvrir chaque département.
Le ministère de l’Intérieur a donc
décidé d’acheter des données à des
sociétés privées afin d’être « plus
performant en matière de sécurité
routière ». Et de tenter de prouver,
chiffres à l’appui, le bien-fondé de
sa mesure. L’objectif serait de vérifier si la récente diminution de la
mortalité sur la route (– 15,5 % en
août) résulte du big bang de juillet sur quelque 400.000 km de
voies ou si elle s’explique par une
baisse du nombre de kilomètres
parcourus (qui pourrait être liée
à la hausse du prix du carburant).
Le nom des entreprises privées
sollicitées par la Place Beauvau
pourrait faire polémique. D’après
une source, des sociétés comme
Waze ou Coyote, qui proposent
notamment des avertisseurs de
radars ou de contrôles de police,
auraient été sollicitées. Or, ces
applications sont controversées.
« Si l’État a véritablement acheté
les données de ce genre d’entreprises, c’est un scandale, s’agace
Chantal Perrichon, présidente
de la Ligue contre la violence
routière. Ce serait financer avec
notre argent des sociétés nuisant
à la sécurité routière. » Des opérateurs téléphoniques seraient
également dans la boucle.
Au ministère, on ne souhaite ni
confirmer ni infirmer cette information : « On achète effectivement
des données à des opérateurs privés pour des études statistiques »,
précise Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la sécurité routière, sans vouloir en dire
plus sur le nom des entreprises
concernées ni sur le montant de
ces achats. g D.P.
Ignorant sa demande, la direction décide de la licencier en septembre 2014 au motif qu’elle serait
coupable « d’insuffisance professionnelle ». Trois mois plus tôt,
pourtant, elle recevait un bonus
de 13.000 euros en guise de remerciement pour « sa contribution
tout le long de l’année qui vient de
s’achever ».
L’entreprise a contesté
Devant la justice, l’entreprise a
contesté toute discrimination, estimant que le métier du nouveau salarié et celui de sa supérieure étaient
impossibles à comparer. Burberry a
aussi assuré « qu’il a été très difficile
de trouver des candidats » et qu’il
fallait donc une rémunération attirante. Saisi en première instance, le
conseil de prud’hommes de Paris
avait pointé un licenciement abusif sans retenir la discrimination
salariale. Tout comme le Défenseur
des droits : l’institution dirigée par
Jacques Toubon avait mis notamment en avant le fait que le contrat
de travail prévoyait une rémunération variable qui pouvait permettre
à la salariée de gagner davantage
que son nouveau collaborateur.
Un argument rejeté par la cour
d’appel de Paris qui a estimé que
la discrimination était bien établie.
Selon elle, Burberry France « a
échoué à démontrer » que la proposition de salaire faite au candidat et le
refus de l’entreprise d’augmenter sa
future supérieure étaient justifiées
par des éléments objectifs « étrangers à toute discrimination ». Elle a
aussi considéré que « l’insuffisance
professionnelle » reprochée à la jeune
femme n’était pas non plus avérée.
L’entreprise devra notamment verser à son ex-salariée 65.000 euros
pour licenciement « sans cause réelle
et sérieuse » et 2.000 euros pour le
préjudice lié à une « discrimination
salariale en raison de son sexe ».
Sollicitée par le JDD, la direction
de la société, qui ne s’est pas pourvue en cassation, n’a pas souhaité
s’exprimer. g
David Perrotin
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
24
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Actualité Société
Les ventes d’occasion
dans le radar du fisc
COMMERCE Présenté
demain à l’Assemblée, le
projet de loi anti-fraude
oblige les plateformes
Internet à déclarer
certaines transactions
Les Français seront-ils bientôt
taxés sur leurs ventes de biens
d’occasion effectuées sur les
sites comme Leboncoin ou eBay ?
C’est ce que redoutent certains
professionnels de l’économie numérique à la lecture du projet de loi
anti-fraude examiné dès demain
au Parlement. Un des articles du
texte prévoit en effet que les plateformes intermédiaires de paiement
(Airbnb ou Rakuten-Priceminister
par exemple) devront désormais
déclarer systématiquement au fisc
les personnes dont les ventes ont
dépassé 1.000 euros sur l’année. Et
28
MILLIONS
de Français utilisent
Leboncoin
tenir à disposition les informations
sur celles qui ont franchi le seuil
de 500 euros.
L’objectif affiché du gouvernement est de repérer les vendeurs
professionnels qui utilisent le
système pour échapper aux
taxes, que ce soit dans le logement, la location de voitures ou le
commerce de biens de consommation.
« Il faut qu’il y ait autant de
transparence dans le monde numérique que dans le monde physique,
explique-t-on au cabinet du
ministre de l’Action et des
Comptes publics, mais nous
ne voulons pas imposer les
b i e n s d ’o c c a s i o n .   » G é ra l d
Darmanin, qui vient de la Région
Hauts-de-France, une terre de
vide-greniers, de braderies et de
brocantes, a enfoncé le clou. « Si
vous vendez une poussette d’occasion, vous ne serez pas taxé », a-t-il
promis en juillet sur France Inter.
Traquer les professionnels
Antoine Jouteau, directeur général
du groupe Leboncoin, s’inquiète.
Son site est utilisé par 28 millions
de Français et seulement par
quelques milliers de professionnels qu’il assure traquer et faire
payer. Il est parti en guerre contre
ce projet de loi dont il conteste
d’abord la philosophie. « Il y a
un malentendu surprenant de la
part de l’administration fiscale,
qui qualifie de revenus des moinsvalues, des dépréciations fiscales »,
regrette-t-il. Jusqu’à présent, la
plateforme n’était pas concernée
par la réforme puisque les transactions s’effectuaient directement
entre le vendeur et l’acheteur. Mais
elle vient d’annoncer la mise en
place une option de paiement
dématérialisé pour quatre catégories de produits : le linge de
maison, les vêtements, les chaussures, et les jeux et jouets. Et elle
prévoit de l’étendre à l’ensemble
de son offre.
Une « usine à gaz »
« Le sens de l’Histoire, c’est de
dématérialiser les paiements et
l’argent liquide, explique Antoine
Jouteau, qui ne fait pas confiance
aux autorités. Il n’est écrit nulle
part dans le texte de loi que les
ventes de biens d’occasion ne seront
pas taxées. Comment Bercy va-t-il
contrôler tout ça ? C’est une usine
à gaz fiscale qui va être mise en
place. » De fait, il ne sera pas simple
de faire le tri entre les ventes de
biens effectuées sur Leboncoin à
la suite d’un divorce, par exemple,
et la location de services ou de
logements qui est source de réels
revenus additionnels.
Conscients de ces difficultés, le
gouvernement et les députés de La
République en marche songent à
remonter le seuil de déclaration
systématique à 3.000 euros avant
ou pendant les débats au PalaisBourbon. g
RÉMY DESSARTS
Un cours de latin au collège. Jean-Claude JAFFRE / saif images
Le latin,
un casus belli
LYCÉE Des enseignants
de langues anciennes craignent
que la réforme du bac porte
un coup fatal à leur discipline,
déjà victime de réductions
sauvages d’horaires
« Un coup de poignard ! » Les professeurs de latin et de grec mettent
en garde contre la réforme du lycée.
« Les changements annoncés signent
la fin des langues anciennes. Les promesses de revalorisation du président de la République ne seront pas
tenues », prévient Robert Delord,
qui enseigne les lettres classiques
et préside l’association Arrête ton
char. Il fut, en 2016, un des fers
de lance du mouvement contre la
réforme du collège qui affaiblissait
ces disciplines.
Au lycée, la situation semble déjà
fragile. En théorie, les latinistes ont
droit à trois heures de matières optionnelles par semaine, de la seconde
à la terminale. « Mais sur le terrain,
assure ce spécialiste, ces horaires ne
sont pas du tout respectés. Les chefs
d’établissement proposent plutôt
trois à quatre heures sur l’ensemble
du cycle, ou mettent des élèves de
seconde, de première et de terminale
dans la même classe ! »
Fini « la carotte » à points
À ses yeux, la réforme du bac pourrait dès lors porter un coup fatal.
Car si les options de latin et de grec
existent encore, elles ne feront plus
partie des épreuves finales. Exit le
coefficient trois, cette « carotte »
qui rapporte beaucoup de points
et récompense les efforts consentis
pendant six ans. À partir de 2021,
les options seront évaluées – avec
dix autres matières – dans la partie
« contrôle continu », qui compte
pour… 10 % du bac. Pas très motivant… Et risqué, quand on sait que
le nombre de latinistes chute déjà
fortement entre le collège (14,9 %
des élèves de troisième) et le lycée
(4,9 % en seconde).
La réforme du lycée, elle aussi,
semble périlleuse. Certes, il existe
bien une discipline « littérature,
langues et cultures de l’Antiquité »
(LCA) parmi les 12 enseignements
de spécialités qui seront proposés
en première et en terminale. Mais
on ne la trouvera pas partout. « Le
risque, analyse Robert Delord, c’est
que ces cours ne soient proposés que
dans quelques établissements de
centre-ville, accessibles à très peu
d’élèves. »
Le ministère de l’Éducation
nationale promet bien un « maillage
resserré pour que chaque élève puisse
continuer le latin ou le grec dans son
lycée de secteur ou dans un périmètre
rapproché ». Mais une note adressée
aux recteurs a ravivé les craintes.
« Elle classe la nouvelle spécialité
parmi les enseignements rares,
s’insurge François Martin, le président de la Cnarela, la coordination
nationale réunissant les professeurs
de langues anciennes. À peine créée
cette discipline, on la tue en la mettant
de côté ! »
« On est sur un siège éjectable »
De l’avis général, le discours a évolué. Jean-Michel Blanquer a multiplié les gestes à l’égard des « humanités » : assouplissement de la réforme
du collège (permettant deux heures
de latin en plus), rapport sur la valorisation des langues et cultures
de l’Antiquité, racines grecques et
latines mises en avant dans l’apprentissage du vocabulaire en primaire,
création d’une certification « langues anciennes » pour permettre
aux professeurs de lettres modernes
ou d’histoire-géographie d’enseigner
ces options, création des états généraux de l’Antiquité à Lyon… Et l’an
dernier, les effectifs ont remonté :
438.000 collégiens en 2017, soit
5,82 % de plus qu’en 2016.
Mais l’épée de Damoclès n’a pas
disparu. « L’enseignement des langues anciennes n’est pas pérenne. On
est sur un siège éjectable. Au collège,
le ministre a donné la possibilité de
rétablir sept heures de latin par
semaine sur l’ensemble du cycle.
Mais elles ne sont pas financées »,
déplore le président d’Arrête ton
char. « De nombreux établissements
n’appliquent pas le taux horaire
maximal », confirme son collègue
de la Cnarela. À la rentrée 2018,
seulement un tiers des collèges
proposent ainsi plus de cinq heures
par semaine.
Face à la réforme du lycée, latinistes et hellénistes se mobilisent :
demande d’audience au ministre,
à l’Élysée, sondage auprès des collègues de collège et de lycée… Ils
réclament entre autres le respect des
horaires officiels, le maintien d’une
bonification pour les options au bac
et la garantie que la spécialité « littérature et LCA » sera accessible dans
un grand nombre d’établissements…
« Sinon, estime un connaisseur, les
enseignants vont avoir le sentiment
de revivre pour le lycée ce qu’ils
ont vécu pour le collège avec Najat
Vallaud-Belkacem ». Un casus belli. g
Marie Quenet
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
••
25
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
Actualité Société
Le dernier tiers
du prélèvement
à la source, le tiers
provisionnel n’a plus
que quelques heures
devant lui. Pour le JDD,
Marc Lambron
en écrit l’oraison
Voici un nouveau mort tombé
au champ d’honneur des pratiques obsolètes : le paiement
par tiers de l’impôt sur le revenu
va ­disparaître en janvier 2019. Il
rejoindra ainsi, dans la rouille du
Temps perdu, le nouveau franc, les
vespasiennes, la Séquence du spectateur, la bouteille de lait devant
la porte, le Minitel, le standard
VHS, Yvette Horner. Certes, seuls
46 % des foyers fiscaux français
s’acquittent de l’IRPP*. Il serait
d’ailleurs plus civique de taxer
tout le monde, f­ ût-ce de quelques
euros ­symboliques par an, afin
d’augmenter encore les raisons
légitimes que nous avons de râler
contre l’État spoliateur. Le Gaulois
pousse sa charrue mais n’aime pas
que l’on confisque son blé.
D’autant que, ces derniers
temps, un sombre nuage fiscal
nous pourrissait l’humeur : les
acrobaties comptables du sournois
Cahuzac, la « phobie administrative » du ministricule ­Thévenoud,
les Paradise Papers et autres niches
d’évasion tropicale, tout cela ne
contribue guère à nous réjouir
quand un ordinateur de Bercy
pratique une impitoyable endoscopie sur le contenu de nos poches
trouées. Le gabelou est devenu
électronique, mais c’est toujours
chez nous l’allergie immémoriale
au percepteur chafouin, au polyvalent sadique, aux impôts sur les
portes et fenêtres, à cette débauche
de taxes iniques qui ne furent pas
pour rien dans la chute de l’Ancien
Régime : puisque Louis XVI confisquait les louis des misérables, on
lui rendit la monnaie de sa pièce en
raccourcissant le Louis d’une tête.
Bref, l’affaire du prélèvement à
la source, métaphore champêtre
pour désigner une opération peu
« Désormais,
la ponction
sera régulée,
la douloureuse
chloroformée »
urbaine, se tient dans cette question : préfère-t-on jouir momentanément d’une fiche de paie gonflée
en trompe-l’œil (c’était avant), ou
s’épargner la douleur de voir nos
gains aspirés trois fois l’an par une
sanglante succion du vampire étatique (ce sera demain) ? Le prélèvement par tiers, c’était la saignée trisannuelle, l’assèchement
brutal de nos relevés bancaires,
quelque chose comme le saut de
la mort depuis les falaises d’Aca-
de l’Académie française
pulco. Cela évoquait assez le titre
d’un célèbre blues, Meet Me at the
Bottom, rendez-vous au fond du
gouffre. Dépouillé, failli, on devenait Job sur un fumier d’emprunts
et de crédits. En bas de la pente, il
fallait remonter. Cela donnait de la
besogne, en contraignant chacun à
pousser de plus belle le rocher de
Sisyphe de son labeur quotidien.
Certains contribuables avaient
déjà opté pour la mensualisation.
C’était comme une sorte d’horoscope fiscal, où l’on choisissait de
neutraliser les mauvais présages en
les traitant au mois le mois, plutôt
que d’essuyer d’un coup la tempête des prédictions assassines.
Le président Hollande engagea
la réforme, et fit travailler les
services de Bercy sur des projections complexes. Il s’agissait aussi,
sur le mode socialiste, d’égaliser
les peines en les répartissant
sur chaque mois du calendrier,
­plutôt que de les concentrer en
trois ponctions brutales évoquant
« Dépouillé, failli,
on devenait Job
sur un fumier
d’emprunts
et de crédits »
le bon plaisir cruel des anciens
rois. Chaque mois aurait son
­prélèvement, il n’y aurait pas de
jaloux. Quant aux contribuables,
ils paieraient la même chose, ce
qui reste le plus important dans
un pays dont les finances sont
­calamiteuses. L’État s’endette,
mais vous enjolivez sa dette, à la
façon d’une faveur accrochée sur
la tête d’un mouton. Nous sommes
de braves moutons.
Là-dessus, le ministre Darmanin
polit sa copie et annonça une nouvelle époque de taxations euphoriques. On sait qu’il y eut toutefois,
au début du mois de septembre,
une sorte de valse-­h ésitation
malencontreusement rendue
­publique. Le bon président Macron
semblait tergiverser, mais, après
tout, comme le chante Mick Jagger
dans Sympathy for the Devil : « I
was ‘round when Jesus Christ had
his moments of doubt and pain. » En
français, « j’étais là quand JésusChrist traversait ses moments de
doute et de souffrance ». Les Ponce
Pilate de Bercy ne s’en lavèrent pas
les mains, mais affinèrent encore
leur copie pour la rendre parfaite.
Notre président aime la perfection.
La réforme fut lancée.
Nous voici donc à l’aube d’une
nouvelle ère. Désormais, le choc
sera asséné sur coussinets, la ponction régulée, la douloureuse chloroformée. Le prélèvement à la source
s’accorde avec une promesse dont
rêve l’époque, celle d’une existence
lisse, d’une anesthésie des tracas :
médecines douces, sophrologies
relaxantes, derme épuré, croisières
clés en main, guidage par GPS, centrisme macronien. Une sorte d’univers « feel good » à base de calmants
balsamiques et d’amortisseurs clé-
Yannick COUPANNEC/Leemage
Envoi Avec la réforme
Par Marc Lambron
Dernier titre paru : « Quarante ans », Grasset
ments. Approuvé par une majorité
de nos concitoyens, le prélèvement
à la source consonne ainsi avec un
désir de vie maternisée, comme le
lait du même nom : une prise en
charge indolore, diluée, arrondissant optiquement les angles de la
nécessité, transformant le cruel
percepteur en sage-femme tutélaire pratiquant une bienveillante
ponction mensuelle comme on
surveille un taux de cholestérol.
L’État était un méchant père, on
aimerait tellement qu’il devienne
une bonne mère. Adieu les à-coups,
les sauts à l’élastique, les spasmes
du portefeuille. Bonjour la cuisine
moléculaire, le tourisme assisté,
l’accouchement sans douleur. Le
montant de l’impôt ne variera
pas, mais on invente une fiscalité
­airbag. De toute façon, personne
n’y coupera : avec le prélèvement à
la source, le doux somnifère fiscal
restera sournoisement administré
par cette Big Mother gourmande
que l’on nomme l’État. g
* IRPP, ou impôt sur le revenu
des personnes physiques, remplacé depuis
la loi de finances pour 1971 par l’impôt
sur le revenu (IR), mais le terme reste
en vigueur dans le langage courant.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
26
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Actualité Société
Emmanuel Macron
avec Josette
Audin, chez elle
à Bagnolet jeudi. DR
guerre d’algérie
Après la repentance
de l’État, la veuve de
Maurice Audin raconte
plus d’un demi-siècle
d’un combat qu’elle
n’a jamais abandonné
Au nom de tous les Audin
« La vérité, nous
la connaissions,
il manquait la
parole politique »
Benjamin Stora
Quand le président de la
­ épublique est venu lui demanR
der pardon pour le crime d’État
commis sur la personne de son
mari, militant communiste et anticolonialiste, en Algérie, en 1957,
cette femme discrète l’a remercié
t-elle. Mais ils n’ont pas rempli leur
sobrement. Pas de colère ni de randevoir. » Un destin brisé, un amour
cœur, tout juste un soulagement de
amputé net qui sera aussi sa force
voir ainsi son « homme » réhabipour ne rien lâcher. « Comment
lité, l’État admettre
aurais-je pu agir
autrement ? Ma
enfin qu’il ne s’était
vie, elle était déjà
pas évadé en jeep du
« centre de triage »
faite », souffle celle
d’El Biar à Alger
qui reste à jamais la
femme de Maurice.
sans laisser de trace,
mais qu’il était mort
Pierre, le benjamin
sous la torture. De
de la fratrie, n’a
alors qu’un mois.
tous les mots qu’il a
prononcés, les plus
Louis, 18 mois. Et
importants pour la
Michèle, 3 ans et
famille Audin sont
demi. Une femme
ceux pointant « le
sans sa moitié,
système arrestades enfants sans
tion-détention qui
père… Sur les étaautorisait les forces
gères de l’appartement familial,
de l’ordre à arrêter,
Maurice audin
détenir et interroger mathématicien, militant communiste telles de joyeuses
tout suspect ». Un
et anticolonialiste
reliques, les phorégime pour venir à
tos en noir et blanc
bout des plus récaltémoignent de ce
citrants, instauré par
que Maurice Audin
la loi sur les pouvoirs spéciaux qui
a été : « Un idéaliste, un homme
déléguait à l’armée des prérogaengagé, l’homme d’une famille qui
tives policières.
n’abandonne jamais », confie le
« La vérité, nous la connaissions,
député LREM Cédric Villani, qui
il manquait la parole politique »,
fait partie du clan des mathématisouligne l’historien Benjamin
ciens ayant œuvré à la réparation
de « cette injustice ».
Stora, qui a soutenu les Audin dans
Josette Audin a déposé plainte
leur long combat. À l’époque de la
disparition, la bataille d’Alger fait
le 4 juillet 1957 pour homicide.
Au fur et à mesure que les enrage, la ville ploie sous les bombes.
fants grandissent, faire avancer
Au soir du 11 juin, Maurice, 25 ans,
assistant de mathématiques à la
le dossier Audin est devenu une
faculté et membre du Parti comactivité familiale permanente.
muniste algérien, interdit car pro« On était un poids quand même
indépendantiste, est arrêté par des
pour toi, maman, quand on était
militaires envoyés par le général
petits ? », demande Pierre. « Un
Massu. Seule avec ses trois jeunes
moteur, plutôt », rectifie sa mère.
enfants, Josette sait déjà qu’elle
Très tôt, cette native de Bab El
Oued leur confie ce qu’il s’est
ne le reverra plus. « J’ai toujours
passé. Enfin, le peu qu’elle sait
essayé de faire en sorte que les responsables se manifestent et disent
et les bribes qu’elle imagine. « Il
ce qu’ils avaient à dire, chuchoten’y a jamais eu de secret institué
AFP
Elle ne se départit jamais de ce
léger sourire poli qui rend tout
­petits ses interlocuteurs. Hier,
dans son appartement de ­Bagnolet,
en Seine-Saint-Denis, Josette
Audin, 87 ans, a la douceur de
ceux qui ont connu le pire mais
ne cèdent jamais. Jeudi, Emmanuel Macron prenait place dans
son salon. Enfoncé dans le canapé
noir, il paraissait impressionné
par cette grand-mère au chignon
blanc, bien droite dans sa chaise.
« Tu as vu, il était plus bas que toi »,
plaisante son fils, Pierre, toujours
à son côté. Elle hausse les épaules.
Le protocole, ça n’est pas trop sa
tasse de thé. Et les hommes politiques, celle qui a refusé la Légion
d’honneur ne leur fait plus trop
confiance. Depuis soixante et un
ans, l’épouse de Maurice Audin
attend que l’un d’entre eux fasse
comme Jacques Chirac, qui avait
reconnu la responsabilité de l’État
dans la rafle du Vél’ d’Hiv. Les
hasards n’en étant pas toujours,
elle vit depuis son retour d’Alger
en 1966 à deux pas d’une place qui
porte le nom de ce funeste épisode.
même si c’est quelque chose de douloureux pour elle de parler de lui »,
reconnaît Pierre. Le fils ne dit pas
« papa » mais « Maurice Audin ».
Comme l’histoire qu’on pourrait
trouver dans un livre scolaire, la
petite rejoignant la grande. « Je ne
l’ai jamais vu en couleurs, parler,
bouger, relève-t-il. Je ne suis pas
simplement un orphelin, mais le fils
d’un héros de la lutte pour l’indépendance. J’ai toutes les raisons
d’être fier et révolté. »
Comme son père, Pierre adhère
au PC et devient un as des mathématiques. La fratrie s’investit dans
la cause Audin, écrit aux différents
présidents de la République, aux
autorités algériennes pour essayer
de savoir où se trouve son corps,
mobilise les élus communistes,
fouille les archives avec ses avocats. Les lois d’amnistie successives
font tomber les procédures les unes
après les autres. « Elles empêchent
la condamnation d’un homme mais
pas que la lumière soit faite sur l’histoire de la France », nuance Claire
Hocquet, l’avocate des Audin. En
1994, l’incendie du Parlement de
Bretagne fait disparaître une partie
du dossier. Début 2000, nouvelle
plainte pour crime de guerre et
crime contre l’humanité. Énième
déception car les exactions commises avant 1990 ne peuvent être
qualifiées de crimes contre l’humanité. « C’est parfaitement scandaleux ! », s’agace Pierre Audin. En
mai 2011, ultime procédure pour
séquestration et dernier échec.
Face aux murs de silence,
­François Hollande décide en 2013
de déclassifier les documents liés
à l’affaire. « C’était un peu tard »,
tacle poliment Josette. Le ménage
avait été fait… « Vous croyez qu’une
grosse brute qui torture quelqu’un
va remplir un formulaire administratif ensuite ? ironise Pierre. Il aurait pu yavoir des comptes rendus
de réunion, des listes de personnes
à exécuter, mais ceux qui avaient
le pouvoir ont fait en sorte de les
faire disparaître. »
« Je ne suis pas
un orphelin, mais
le fils d’un héros
de la lutte pour
l’indépendance »
son fils Pierre
Ce jeudi 13 septembre leur laisse
une impression de demi-victoire.
« On n’a jamais été des premiers
de cordée mais plutôt habitués à
être dans le camp des perdants »,
plaisante presque Pierre. Le clan
Audin attend beaucoup de l’ouverture des archives d’État annoncée
par Emmanuel Macron ainsi que
de l’appel lancé aux témoins de
l’époque à restituer leurs documents privés pour permettre « ce
travail de mémoire ». « Les faits
sont prescrits, amnistiés, plaide
Pierre. Pour Maurice Audin et les
milliers de disparus durant la guerre
d’Algérie, ces témoignages doivent
être livrés pour pouvoir tourner une
page et ne pas en déchirer d’autres. »
La famille souhaite aussi relancer
les recherches du corps de M
­ aurice
en utilisant les techniques ADN.
Pour mettre un point final à ce
drame. Car, avoue le fils, « le deuil,
il y a longtemps qu’il a été fait ». g
Emmanuelle Souffi
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
27
Actualité Société
Lelandais,
la longue
traque d’Ariane
BILAN L’enquête de la cellule
de gendarmes sur l’ex-militaire
pourrait servir de modèle
pour de futures affaires
On devine qu’il pourrait en
parler pendant des heures. Depuis
qu’il a décidé la création de la cellule Ariane, en janvier, le général
Jean-Philippe Lecouffe s’en est fait
le porte-parole assidu. Lorsqu’il faut
expliquer pourquoi le parcours de
Nordahl Lelandais, mis en examen pour les meurtres de la petite
Maëlys et du caporal Arthur Noyer,
a provoqué la mise en place de cette
équipe d’enquêteurs dédiés, c’est lui
qui parle. Quand il s’agit d’évoquer
les méthodes de travail utilisées, c’est
encore lui. Et à l’heure du premier
bilan, toujours lui : « On est en train
de travailler sur les enseignements
de ces neuf mois d’investigations,
dit-il. Nous en tirerons des conclusions pour améliorer les pratiques
dans des domaines tels que la récolte
des empreintes génétiques ou les relevés téléphoniques. L’objectif, c’est de
pouvoir utiliser ce matériel si l’on est
amené à reprendre un dossier dix ans
après les faits. »
Une centaine
de cas sont
encore examinés
La faconde du général fait oublier la discrétion des enquêteurs.
À Pontoise, les sept gendarmes
de la cellule œuvrent sous l’égide
d’un superviseur. Ils ont été réunis
pour reconstituer la moindre parcelle de vie de Lelandais, 35 ans, et
forger une vision globale de l’itinéraire de l’ex-militaire, interpellé
le 30 août 2017, après la mort de
Maëlys. À ce jour, il n’a été entendu
que pour les deux meurtres dont il
est suspecté. Mais son profil a incité à l’examen de 900 cas dans une
vingtaine de départements autour de
la région Rhône-Alpes. Ont été pris
en compte les disparitions inquiétantes, les cadavres non identifiés
et les homicides non résolus. Après
neuf mois de recherches, il reste une
centaine de dossiers à étudier.
La patience est devenue la
meilleure arme. Car il faut tout
vérifier. Passer des heures sur des
détails, après avoir écarté les pistes
les plus douteuses. Les gendarmes
concentrent leurs efforts sur les
rapprochements les plus probants,
à travers les allées et venues de
Lelandais, ses habitudes. Son goût
pour la musique électronique avait
ainsi retenu l’attention en raison de
deux mystérieuses disparitions au
festival de Tamié en 2011 et 2012
(le JDD du 9 septembre), d’autant
plus qu’une vidéo de 2012 laissait
apparaître l’image d’un homme
ressemblant. Après deux analyses
approfondies et la découverte d’un
tatouage à proximité du cou, la
cellule a démontré que ce dernier
ne pouvait être Lelandais.
Parfois, la cellule recourt aux
moyens les plus classiques. Pour tenter de recueillir de nouveaux indices
sur les disparitions distinctes d’Éric
Foray en septembre 2016 et de Nelly
Balmain en 2011 dans la Drôme, elle
a lancé un appel à témoins. Quelquefois, la publicité autour d’une
affaire ou d’un personnage ranime
les souvenirs enfouis. Les résultats
n’ont pas été à la hauteur de l’attente.
Selon le général Lecouffe, Ariane
agit « comme un radar ». Seuls les
gendarmes à Pontoise disposent
d’une vue d’ensemble. Lorsqu’ils
découvrent des faits inédits, ils
s’adressent aux procureurs ou juges
chargés de l’instruction pour orienter voire relancer les investigations.
Suggèrent une comparaison, glissent
un conseil.
Les relations sont parfois plus
difficiles avec les familles ou les
associations représentant les disparus, pour lesquelles l’attente
est toujours trop longue. Celles-ci
communiquent directement avec la
cellule, en lui apportant à l’occasion
des informations complémentaires.
Elles font alors l’objet de vérifications. « Nous travaillons dans l’intérêt
des victimes, promet Jean-Philippe
Lecouffe. Nous souhaitons apporter
des réponses argumentées et sérieuses
à leurs questions. » « Lorsqu’un élément nous est apporté par eux, on le
prend bien volontiers », ajoute-t-il.
D’après lui, la cellule Ariane n’aura
de toute façon qu’un avenir limité.
Lorsque le dernier dossier aura
été examiné, elle sera aussitôt fermée. À moins que… Il existe encore
deux structures du même genre :
la gendarmerie recherche toujours
Marion Wagon, disparue en 1996 à
Agen (Lot-et-Garonne) à l’âge de
10 ans, et la police Estelle Mouzin,
qui avait 9 ans lorsqu’on a perdu sa
trace en 2003 en Seine-et-Marne.
Les parents de celle-ci avaient d’ailleurs demandé en décembre 2017
que l’on vérifie si Nordahl Lelandais
pouvait être mis en cause. Ariane
avait alors établi qu’au moment de
la disparition il était militaire en
Guyane. g
Pascal Ceaux
Les deux pistes de la Chancellerie
Le ministère de la Justice étudie
les 33 préconisations de l’association
Assistance et recherche de personnes disparues, qui milite pour un
« dispositif coordonné ». Selon son
porte-parole, Youssef Badr, la chancellerie pourrait en retenir deux : la
création d’un site Internet d’accès
public aux avis de recherche et la
mise en place d’un « avis de recherche
odontologique automatisé ». Chaque
chirurgien-dentiste recevrait instantanément les schémas dentaires des
personnes à identifier, pour qu’il les
compare à ses dossiers. Un système
testé actuellement par l’ordre. J.D.
L’ex-militaire
Nordahl
Lelandais. DR
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
28
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Actualité Économie & Business
Uber s’installe dans le Sud
Expansion Le
Uber fait travailler 28.000 chauffeurs dans tout l’Hexagone, qui
transportent 3 millions de passagers.
D’où l’importance de les bichonner.
« En 2017, nous avons traversé une
crise culturelle en France, reconnaît
Steve Salom. Les relations avec les
chauffeurs étaient un peu cassées.
Tout ce que l’on fait depuis est centré
autour d’eux. Il faut qu’Uber soit leur
application de choix. À court terme,
nous les aidons notamment à passer
les examens avec des outils de formation comme Campus VTC ou un partenariat avec Babel pour les langues. »
Mais Uber agit surtout dans les
domaines cruciaux de la protection
sociale et du financement. Grâce à
un accord passé avec Axa, les chauffeurs bénéficient désormais gratuitement d’une assurance accident et
de plusieurs couvertures contre les
aléas de la vie. Steve Salom fait une
autre annonce au JDD. « Pour les
chauffeurs, l’acquisition d’un véhicule est le poste de dépense le plus
important, explique-t-il. Un accord
passé avec BNP Paribas va leur permettre de trouver un financement
pour acheter une voiture d’occasion
de moins de 6 ans. On ne leur demandera plus de prouver qu’ils sont en
CDI, par exemple. »
directeur général d’Uber
France annonce au JDD
l’ouverture du service
à Avignon, Aix-enProvence et Toulon
Protection
Formation, garanties,
financements,
il multiplie les gestes
en faveur des chauffeurs
O
ubliées, les turbulences de 2016 et de 2017 : Uber
repasse à l’offensive en France. Steve
Salom, le jeune Suisse de 39 ans qui
pilote l’entreprise depuis deux ans, a
réservé au JDD plusieurs annonces
qui en apportent la preuve. Ce père
de deux enfants formé à l’École polytechnique de Lausanne et à l’Insead
a rejoint Uber en 2014 pour installer
le service à Genève et à Lausanne,
sa ville natale.
Silhouette mince, cheveux courts
et look d’étudiant façon Mark
Zuckerberg, Steve Salom affiche
un calme de manager expérimenté.
Son discours est déterminé mais
contrôlé : il évite soigneusement de
souffler sur les braises héritées des
conflits qui ont marqué les débuts de
l’application sur le territoire français.
Les nouvelles réglementations
freinent la croissance
Première information qui va faire
du bruit dans le sud de la France :
Uber s’installe lundi à Aix-enProvence, Avignon et Toulon.
Les trois villes vont s’ajouter aux
douze métropoles déjà sillonnées
par les chauffeurs de la plateforme.
Des tests probants y ont été effectués en juillet et en août. « Six
cents chauffeurs ont réalisé leur
activité avec nous cet été dans ces
trois villes, et nous y avons enregistré 40.000 deman­des de courses,
explique Steve Salom.
Pour que le service marche, il faut
Steve Salom,
patron d’Uber
France, dans
les locaux
de la société
à Paris, mardi.
Gilles Bassignac/
Divergence POUR
LE JDD
qu’il y ait assez d’activité pour les
chauffeurs et assez de voitures disponibles pour les clients. À Rennes, où
nous sommes présents depuis avril,
notre progression est de 250 %. Et
d’ici à la fin de l’année nous ouvrirons
une autre métropole française. »
Cette expansion géographique
tombe à pic au moment où des
freins réglementaires ralentissent
désormais la croissance de l’entreprise. Sous la pression des taxis, la
loi Grandguillaume a instauré fin
2017 des examens obligatoires pour
les chauffeurs. « Devenir conducteur
de VTC, c’est un parcours du combattant, en France, regrette Steve Salom .
Il faut compter six à douze mois.
C’est plus long que partout ailleurs
en Europe. En Suisse, par exemple,
cela dépasse rarement deux mois. »
Bientôt des trottinettes, des
vélos et des scooters électriques
Plus vertueux sur le plan social,
Uber entend l’être aussi sur le front
de l’environnement. « Le 3 octobre,
nous allons mettre en place le service UberGreen [des véhicules à
motorisation hybride ou électrique]
dans trois nouvelles agglomérations :
Bordeaux, Lille et Nice, révèle encore Steve Salom. Nous voulons progresser dans toutes les villes où nous
sommes, ajoute-t-il. Nous devons
avoir une approche constructive
basée sur des partenariats. Nous
voulons démontrer que ce que l’on
fait est bon pour les villes, les habitants et les chauffeurs. »
L’entreprise veut maintenant se
diversifier en lançant rapidement
des nouveaux services conclut le
patron d’Uber France : location de
trottinettes, de vélos et de scooters
électriques, et même de voitures .
Elle prépare aussi activement l’avenir en développant des taxis volants
électriques et autonomes. Dans tous
les cas, plus besoin de chauffeurs ! g
Rémy Dessarts
En Haute-Savoie, l’autoroute qui favorise le covoiturage
Mobilité ATMB, la société
qui gère le réseau entre la Suisse
et le Mont-Blanc, va baisser
ses tarifs pour les automobilistes
qui voyagent à plusieurs
Cinq euros de réduction de péage
mensuel pour les abonnés qui
covoiturent. Alors que le prix
du carburant à la pompe flambe,
c’est le levier utilisé par ATMB –
l’exploitant de l’autoroute blanche
conduisant sous le Mont-Blanc –
pour encourager cette pratique
dans les trajets domicile-travail.
But : décongestionner l’accès à Genève et réduire les émissions, sujet
sensible dans la vallée de l’Arve.
À partir de ce lundi, ATMB lance
« Je covoit’ », une expérimentation prévue jusqu’à fin mars 2019.
Concrètement, les abonnés doivent
passer par les plateformes Mov’ici
et Klaxit. Au-delà de la réduction
sur le trajet, le gain en pouvoir
d’achat s’étend aussi en carburant
économisé.
« Il peut y avoir une différence de
9 à 20 % sur la facture de péage de nos
abonnés. Mais nous ignorons vraiment combien franchiront le pas et
quel sera l’impact sur nos recettes »,
mesure Thierry Repentin, président d’ATMB, qui reconnaît qu’il a
« dû convaincre [ses] actionnaires ».
Et il veut aller plus loin pour
booster le covoiturage, avec « une
première en Europe » : la mise en
place d’une voie réservée à la frontière franco-suisse à Annemasse.
Ouverte le matin (6 h 30-8 h30) et
le soir (16 heures-19 heures), elle
facilitera la vie des frontaliers. Pas
de technologie complexe, le filtrage des voitures emportant plus
d’une personne sera effectué par
des hommes.
Grincement de dents
chez les majors des autoroutes
Pour en arriver là, il a fallu deux
décrets, adapter la réglementation et les procédures douanières.
L’actionnariat de la société qui
rassemble le canton et la ville
de Genève (5,41 %), la Haute-Savoie et l’Ain (18,6 %) aux côtés de
l’État français (67,3 %) a facilité
les démarches. « Ces incitations
aux covoiturage vont dans le sens
de la loi d’orientation des mobilités,
qui doit être votée début 2019 », se
félicite-t-on au cabinet d’Élisabeth
Borne, la ministre des Transports.
En revanche, le zèle de ce petit
réseau, le seul avec la SFTRF qui ait
échappé à la privatisation en 2005,
fait grincer des dents chez les majors des autoroutes. Réunis comme
ATMB au sein de l’Association des
sociétés françaises d’autoroutes
(ASFA), ils craignent un effet de
contagion sous la pression des
associations d’automobilistes.
Tous ont passé des accords avec
des plate­formes de covoiturage
longe distance (Vinci Autoroutes
avec Blablacar, APRR et Sanef avec
IdVroom). Mais généralement, les
ristournes ne portent que sur l’abonnement aux badges (2 euros pour
Vinci Autoroutes, par exemple).
« Toucher au péage est plus compliqué », estime l’Asfa. Auparavant, il
faut être capable d’identifier les
covoitureurs, ce qui suppose de
régler des problèmes juridiques et
technologiques, plaide le lobby. g
Marc Fressoz
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
29
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
Actualité Économie & Business
Hippopotamus
est en pleine
restauration
RElance L’enseigne
retrouve la croissance,
sous la houlette de son
nouveau propriétaire,
le groupe Bertrand
Fini l’hippopotame comme
emblème. Trop ringard, trop
enfantin. Pour ses 50 ans, l’enseigne de restauration rachetée par
le groupe Bertrand en avril 2017
s’offre un lifting en profondeur.
Un nouveau logo plus sobre,
mais surtout une nouvelle offre
et un nouveau concept. Image
poussiéreuse, clients de moins
en moins nombreux et, selon son
nouveau propriétaire, vingt-cinq
trimestres consécutifs de baisse
du chiffre d’affaires : l’opération
de relance était très attendue
par le réseau et les fidèles de la
marque, tant l’enseigne était en
déshérence ces dernières années.
Pourtant, lorsqu’il se porte acquéreur d
­ ’Hippopotamus (116,4 millions d’euros de chiffre d’affaires
en 2017), le groupe Bertrand,
connu pour la brasserie Lipp et
la master franchise de Burger King
en France, croit à son potentiel.
Un an plus tard, les chiffres lui
donnent raison. À périmètre comparable, les ventes ont progressé
de 3 % au premier semestre 2018.
Une performance rendue possible
grâce à la mise en place d’un plan
de retournement drastique.
Décorations en bois brûlé
et chaises en cuir vintage
L’opération débute à l’été 2017.
Une fois les clés en main, le
groupe Bertrand nomme une
nouvelle équipe dirigeante, spécialiste des lancements et des
rajeunissements de marques.
Philippe Hery, qui a orchestré le
retour de Burger King en France,
prend la direction ­générale, tandis
qu’Élodie Douville, venue du
voyagiste Thomas Cook, pour
3%
C’est la hausse des
ventes au premier
semestre 2018
relancer Jet Tours, va s’occuper
du marketing. L’urgence est de
stopper l’hémorragie. Les restaurants mal placés et déficitaires
sont cédés. De 150 en 2017 (dont
85 succursales), l’enseigne passe
à 140 établissements en quelques
mois (dont 77 en direct).
Vient ensuite le temps de la
relance, avec la création d’un nouveau concept. « L’étude sociologique
que nous avons menée a confirmé
la bonne image de la marque, avec
80 % de notoriété, et les choix que
nous voulions prendre », souligne
Philippe Hery. De là naît une task
force interne pour orchestrer la
relance d’Hippopotamus. « Nous
sommes revenus aux bases pour ce
nouveau concept : un steak house de
qualité à la française », explique
Élodie Douville. Les changements
les plus visibles ont lieu en salle :
des décorations en bois brûlé, des
chaises en cuir vintage, du métal
et des sièges recouverts de peau
de vache sont introduits aux côtés
de luminaires en écorces de bois.
Également au programme, un
baby-foot pour reconquérir les
jeunes, qui ont déserté l’enseigne.
Pour concrétiser le concept,
l’équipe fait appel à François
Lamazerolles, un architecte que
le groupe Bertrand connaît bien.
Un premier restaurant est rénové
début 2017, avenue de Wagram à
Paris, après cinq semaines de
travaux et plus de 100.000 euros
d’investissement, selon des indiscrétions.
La viande braisée
s’invite au menu
En cuisine aussi, on fait bouger
les lignes. Fini les nems et certains plats inadéquats. La carte
retourne aux fondamentaux. Elle
introduit des planches à partager
et une cuisson à la braise inédite.
« Le consommateur veut de l’authenticité, des viandes de qualité
et un mode de cuisson différenciant
qu’il ne retrouve pas ailleurs », justifie Philippe Hery. Un effort est
réalisé sur les présentations des
plats, avec les viandes braisées
servies sur des planches et les
légumes dans de petits caquelons. Des cartes saisonnières
sont proposées avec de nouveaux
plats pour fidéliser les clients. Le
concept plaît et se déploie progressivement au printemps 2018,
à raison d’un à deux restaurants
par mois. Rien n’était pourtant
gagné pour l’enseigne, avec le
goût actuel des consommateurs
pour le flexitarisme (moins de
viande et plus de protéines végétales). « Hippopotamus a sa carte
à jouer, en proposant moins de
viande mais mieux, et en misant
sur les races de qualité, la cuisson
artisanale et la modernité », estime
Nicolas Nouchi, spécialiste de la
restauration hors domicile, chez
CHD Expert.
Au total, une dizaine de restaurants ont été rénovés à ce jour.
Une quinzaine devraient l’être
d’ici à la fin de l’année. La transformation du réseau devrait être
achevée en 2021. Entre-temps, il
faudra convaincre les franchisés
de suivre et de consentir à des travaux coûteux. « Ils n’accepteront
de s’engager dans l’aventure que si
le nouveau concept leur promet une
hausse sensible de leurs résultats »,
affirme Nicolas Nouchi. Ce sera
l’autre défi de Philippe Hery et
de son équipe pour véritablement
réussir leur pari. g
ADRIEN CAHUZAC
Le restaurant de
Montparnasse,
à Paris, a rouvert
en avril 2018.
Yann Deret
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
30
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Actualité Économie & Business
• À l’affiche
• Le chiffre
Benjamin Smith : un agenda chargé
lejdd.fr
RetrouveZ
toute l’Actu
sur notre site
Dire que le nouveau numéro un d’Air France-KLM
est très attendu par les partenaires sociaux est un
euphémisme. Benjamin Smith prend ses fonctions
lundi au siège de Roissy avec une liste de rendez-vous
longue comme un jour de grève. Une tournée de plusieurs sites est déjà prévue à l’agenda du Canadien.
Les représentants des salariés attendent de leur
côté une rencontre dès cette semaine pour « solder
les problèmes », assure Philippe Évain, patron du
SNPL, le syndicat des pilotes. En clair, le sujet des
hausses de salaires va rapidement être au menu du
président, qui doit aussi décider du nom du futur
directeur général d’Air France. g S.A.
83,49
• Coulisses
C’est en dollars le cours
du titre Nike enregistré
vendredi soir à New
York. Un niveau jamais atteint depuis son introduction
en Bourse en 1980. La marque avait déclenché un
tollé début septembre en choisissant, pour incarner
sa dernière campagne de pub, l’ancien quarterback
des 49ers de San Francisco, Colin Kaepernick. Le
joueur avait pris l’habitude de mettre un genou à
terre pendant l’hymne national pour dénoncer les
violences racistes. Un acte perçu comme un affront
au pays par les conservateurs et le président Donald
Trump, mais qui n’a pas empêché les investisseurs
de continuer à parier sur la marque. g R.L.
L’appétit de Newrest récompensé
Coup double pour le champion français du plateau-repas. Newrest, fondé en 2005 et présidé par
Olivier Sadran, vient de planter sa fourchette dans
les aéroports de Gatwick à Londres et de Montréal,
renforçant ainsi sa présence dans les deux pays.
Le groupe toulousain assurera le catering pour la
compagnie Bristish Airways pour dix ans à partir
de 2020 et pour Air Canada dès la fin de l’année.
Rentré dans le ferroviaire en 2013 et diversifié
dans les bases vie, le spécialiste français de la restauration hors foyer, qui sert déjà 1,1 million de
repas par jour dans 49 pays, revient à ses premières
amours, l’aérien. g R.L.
Hyatt traque
les hôtels mythiques
L’Astérix
des objets
connectés
INNOVATION La jeune pousse
française Snips fait parler
les objets du quotidien
Tourisme Le groupe
américain accélère
le développement
européen de sa dernière
et prestigieuse enseigne,
The Unbound Collection
Biarritz, le 13 juillet 2018 : 350 invités
triés sur le volet se pressent autour
de la nouvelle piscine et des jardins
réaménagés du mythique Hôtel du
Palais. Perdus dans la foule, deux
invités de marque, membres de la
direction du groupe Hyatt, le futur
opérateur privé de l’unique palace
de la côte atlantique. Rien n’est officialisé car des divisions politiques
locales retardent l’annonce, mais
un vote à l’unanimité de la société
d’économie mixte régionale, qui gère
l’hôtel, a choisi le groupe américain
pour l’exploiter, au détriment de
ses grands concurrents, notamment Four Seasons, avec lequel les
négociations avaient pourtant duré
plus d’un an.
Après cette première tranche
de travaux extérieurs estimée à
7,5 millions d’euros, c’est l’intérieur
du palace qui se refait une beauté.
La réouverture est programmée
pour l’été 2019, avec en point
d’orgue la tenue du G7 mondial
juste après l’inauguration.
L’identité de chaque lieu
est respectée
L’Hôtel du Palais est donc potentiellement le huitième établissement de la marque The Unbound
Collection. Un lieu mythique, un
bâtiment historique, des millions
d’euros de rénovation pour atteindre les standards de qualité les
plus élevés. c’est la recette de cette
collection de propriétés indépendantes lancée par le géant américain en 2016. Et il met les bouchées
doubles car il est en retard sur un
marché pris d’assaut par les grandes
chaînes hôtelières, toutes en quête
de lieux d’exception : Accor a lancé
ses Sofitel Legend en 2007, quand
Marriott multiplie de son côté les
collections. Les établissements de
The Luxury Collection s’immergent
dans la culture locale, et proposent
des séjours typiques comme dans
les vignes de la Napa Valley, ou ceux
de l’Autograph Collection dans des
bâtiments historiques, comme le
dernier inauguré en juillet à Tolède,
L’intérieur Art déco de l’hôtel Confidante à Miami (États-Unis). The Confidante Miami Beach
en Espagne, dans l’ancien palais de
l’impératrice Eugénie de Montijo.
Les géants hôteliers adaptent
leur offre à des clients désormais en recherche d’expériences
uniques et personnalisées. Il s’agit
de privilégier le séjour à la marque,
qui s’efface donc derrière l’histoire
et l’emplacement des édifices.
Peter Fulton, président de Hyatt
pour la zone Europe, Moyen-Orient
et Afrique, préfère parler d’une
« philosophie » plutôt que d’une stratégie : le groupe rachète et rénove
dans le monde entier des établissements de prestige tout en préservant
leur histoire et leur réputation.
L’hôtel Martinez de Cannes, qui
a rouvert au printemps sous l’enseigne The Unbound Collection,
reste donc l’hôtel Martinez. Pas
question d’en faire l’un des maillons
de la chaîne Hyatt, du moins, pas
ostensiblement. L’identité de
chaque lieu est respectée, mise
en valeur, et les clients n’ont pour
seuls indices sur l’opérateur hôtelier que la qualité de service et le
programme de fidélité, standardisés
dans les 750 propriétés du groupe
Hyatt, présent dans 55 pays.
La collection, quatorzième
marque et dernière-née de l’hôtelier, regroupe donc comme son nom
l’indique des établissements prestigieux qui se suffisaient à eux-mêmes
sur le plan historique avant d’être
repris. Autre exemple, et troisième
établissement français, l’Hôtel du
Louvre, le premier Grand Hôtel de
Paris (époque Napoléon III), dont la
réouverture est prévue fin 2018. Le
préféré de Peter Fulton, qui répond
avec humour et discrétion lorsqu’il
s’agit de parler d’argent, et des montants injectés dans la rénovation de
ces hôtels pépites : « Nous nous perdons dans les millions ! »
Gagner en visibilité dans
le secteur de l’ultraluxe
Ces rénovations, le gros œuvre
reste à la charge du propriétaire,
sont en effet coûteuses, car minutieuses : l’objectif est de monter en
gamme sans pour autant dénaturer
l’héritage et l’essence de l’établissement d’origine. C’est le cas à l’hôtel
The Confidante, joyau Art déco de
Miami, aux États-Unis, érigé dans
des années 1940, à l’époque le plus
haut de la ville avec ses 16 étages.
Racheté en 2016 par Hyatt, il a
inauguré The Unbound Collection. Moquettes imprimées, bois
précieux et lampes champignons,
l’hôtel détonne par son style, et les
3,5 millions de dollars de travaux
Rand Hindi n’est ni blond ni breton, mais la société qu’il a ­cofondée
lui donne des airs d’irréductible
Gaulois. Snips, c’est son nom,
cherche à concurrencer les géants
du Web sur leur propre terrain :
l’utilisation d’intelligence artificielle
dans le foyer. À la façon des enceintes
connectées Amazon Echo ou Google
Home (dont plus de 400.000 exemplaires ont été écoulés en France en
un an), la technologie développée par
la start-up française permet d’interagir par la voix avec les objets du quotidien. Quelques mots suffisent pour
allumer la télé, éteindre la lumière ou
lancer une machine à laver.
Mais la comparaison avec les
majors américaines du Web s’arrête
là. Snips promet à ses clients une
sécurisation totale des données
récoltées par son intelligence artificielle. « Nous avons fait le choix de
la vie privée, commente Rand Hindi.
Aucune donnée récoltée n’est partagée dans le cloud. » L’innovation
est unique au monde : l’intelligence
artificielle développée par la startup est embarquée dans l’objet. Elle
permet d’y traiter l’information
localement et reste fonctionnelle
même sans connexion Internet.
investis par Hyatt l’ont laissé intact.
Les 300 employés – dont la plupart
ont été gardés lors de la reprise de
l’hôtel – ont été formés par Hyatt.
The Confidante, avec ses quatre
étoiles et un taux d’occupation
avoisinant les 90 %, et attire une
clientèle de jeunes actifs, surtout
pendant les grands événements
artistiques de Miami, comme la
très prisée foire d’art contemporain Art Basel.
Au Royaume-Uni, c’est l’emblématique bâtiment de la police
londonienne, Great Scotland Yard,
qui se transforme en ce moment
en hôtel de luxe, tout en gardant
son caractère historique, incarné
notamment par sa façade d’origine.
Autre ouverture prévue en 2019,
le Parisi Udvar Hotel, en Hongrie,
édifice Art déco et néogothique
considéré comme un trésor d’architecture de Budapest.
Hyatt mise aujourd’hui sur un
développement rapide et majoritairement européen, pour gagner
en expertise et en visibilité dans
le secteur de l’ultraluxe : le portefeuille de la collection atteindra la
quinzaine d’établissements dans le
monde fin 2019. g
Une envergure internationale
La start-up française assure que
des premiers produits grand public
seront équipés de sa technologie
avant la fin de l’année. Elle connaît
une croissance impressionnante.
Fondée en 2015, elle a déjà effectué deux collectes de fonds, pour
un montant total de 22 millions
d’euros, et emploie plus de 70 personnes. « Nous étions six il y a trois
ans », se rappelle Rand Hindi, docteur en bio-informatique, diplômé
de l’université de Londres.
Ses bureaux parisiens, newyorkais et bientôt asiatiques lui
donnent une envergure internationale. Tout comme les sept langues
comprises par le logiciel : le français, l’anglais, l’allemand, le japonais,
l’espagnol, le portugais et l’italien.
« Pour être présents sur le plus de
marchés possible, c’est une nécessité
de développer le nombre de langues
analysées par notre intelligence artificielle », soutient l’entrepreneur.
En parallèle, Snips travaille sur
le développement de sa propre
enceinte connectée, la Snips Air.
Le lancement est prévu pour la fin
de l’année prochaine. g
ChloÉ Rossignol
François Camps
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
31
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
Actualité Économie & Business
Le train à hydrogène entre en gare
FERROVIAIRE Près
d’Hambourg, le
français Alstom lance
aujourd’hui en grande
pompe le remplaçant du
train alimenté au diesel
En Allemagne comme ailleurs,
l’inauguration d’un nouveau
train régional mobilise rarement
plusieurs membres du gouvernement, un panel d’industriels et des
élus français. Angela Merkel, son
ministre des Transports et un aréopage de personnalités sont pourtant invités près de Hambourg,
pour monter à bord de la ligne
qui relie les jolies bourgades de
Cuxhaven et Buxtehude.
Le train qui va s’élancer sur ces
100 kilomètres de voies ferrées est
une première mondiale. Le Coradia
iLint fonctionne à l’hydrogène.
Cocorico ! Il est français. Il a été
conçu par le centre de recherche
et développement d’Alstom basé à
Tarbes. Sa fabrication reste made
in Germany.
La fée pile à combustible
Le remplacement du diesel par
l’hydrogène pour assurer la propulsion d’un train est une prouesse
technique inédite. Elle préfigure le
transport ferroviaire de demain : de
l’électrique pour les trains à grande
vitesse et de l’hydrogène, bien plus
propre que le diesel, sur les petites
lignes non électrifiées. Le PDG
d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge,
de l’industriel en France. Lui aussi
a fait le déplacement cet après-midi
en Allemagne avec de potentiels
clients pour une version française
du Coradia iLint.
Essai du Coradia iLint sur une ligne qui relie la proximité de Hambourg à l’embouchure de l’Elbe. René Frampe
qui a rejoint ce matin Hambourg
pour la cérémonie d’inauguration,
en est convaincu. « C’est une vraie
rupture. Il y a eu la vapeur, l’électrique
et maintenant l’hydrogène. Cette
technologie offre un niveau de performance identique, un meilleur confort
et correspond aux objectifs en matière
de réduction d’émissions, commente
l’industriel. Et sur la durée totale de
vie d’un train, son coût d’exploitation
sera équivalente. » En Allemagne,
Rififi dans le rail
allemand
Bataille Un concurrent
affronte Deutsche Bahn
sur les longs trajets
et devant les tribunaux
Le rail allemand connaît depuis
peu quelques turbulences. En
mars, un concurrent a commencé
à écorner le monopole de la puissante Deutsche Bahn sur les trajets longue distance, officiellement
libéralisés depuis… 1994.
FlixTrain, filiale ferroviaire de
l’autocariste FlixBus, propose
depuis le printemps des offres
sur deux des lignes les plus fréquentées du pays : Berlin-Stutt­
gart et Hambourg-Cologne. Le
31 juillet, la maison-mère FlixMobility a saisi la justice pour
ce qu’elle considère comme de la
concurrence déloyale de la part
de l’opérateur historique. L’action
engagée par FlixTrain porte sur la
présentation de son offre commerciale sur le site Bahn.de, le portail d’information et de vente de
la Deutsche Bahn censé proposé
tous les trajets de train en Allemagne. Concrètement, FlixTrain
estime que son offre n’apparaît
pas de manière claire, identique et
complète. S’il souhaite filtrer ses
demandes en recherchant le trajet
le plus court, le plus direct, ou le
moins cher, le consommateur a
du mal à s’y retrouver. Ce qui n’est
pas le cas pour des trains régionaux parfaitement répertoriés :
le marché régional est déjà ouvert
depuis des années à de nombreux
acteurs dont le français Transdev.
La neutralité de l’information
« C’est un signal très négatif quant
à la garantie d’une information
neutre et accessible à tous sur un
marché officiellement libéralisé depuis vingt-quatre ans », commente
un porte-parole de FlixTrain. En
Allemagne comme en France, la
gestion du réseau est assurée par
une filiale de l’opérateur historique. Selon FlixTrain, DB Netz
(l’équivalent de SNCF Réseau) ne
favorise pas l’ouverture.
Le spécialiste allemand du bus
long-courrier a décidé de s’engager
dans le ferroviaire en août 2017,
avec le rachat de la compagnie
Locomore, en cessation de paiement. La start-up berlinoise s’était
lancée en 2016 à l’assaut du monopole de la DB avec une seule
ligne Berlin-Stuttgart. FlixTrain
a également repris la liaison Hambourg-Cologne opérée par intermittence par un autre petit opérateur, HKX. L’autocariste passé au
train, qui a enregistré depuis mars
750.000 passagers, prévoit déjà de
nouvelles ouvertures. g S.A.
Henri Poupart-Lafarge est déjà un
peu chez lui. Alstom est engagé depuis plusieurs mois dans une fusion
avec son concurrent Siemens. Cet
été, l’autorité de concurrence européenne a annoncé qu’elle avait besoin
d’un complément d’enquête avant de
donner son feu vert à une opération
qui va entraîner de lourdes restructurations industrielles. Le mariage
ne devrait pas être scellé avant le
premier semestre 2019.
C’est un long chemin de plusieurs
années que le Coradia iLint a parcouru pour obtenir son homologation par l’autorité de sécurité
ferroviaire allemande. « Le train à
hydrogène est en fait un train électrique qui ne capte pas l’énergie sur
des caténaires, soit des câbles situés
au-dessus des voies, mais grâce à
une pile à combustible alimentée
par hydrogène », décrypte Olivier
Delecroix, directeur commercial
Une arrivée en France en 2022
Alstom a actuellement en commande près de 300 trains régionaux
toutes propulsions confondues, en
fabrication sur deux de ses sites
français, Valenciennes et Reichshoffen. L’entreprise fait le pari qu’en
France aussi, la prochaine génération de matériel roulant sera pour
une grande partie « décarbonée »,
alimentée donc par hydrogène.
Début juin, Nicolas Hulot, alors
ministre de la Transition écologique,
a annoncé un ambitieux plan hydrogène pour la France, comportant
un volet ferroviaire. Avec environ
50 % de lignes non électrifiées et
une flotte actuelle de 1.000 trains
diesel, le marché français offre des
perspectives à ce matériel plus
coûteux à l’achat, mais moins cher
à l’exploitation, notamment quand
les prix du pétrole grimpent…
L’Allemagne a mis quatre ans
avant de lancer sur les rails son
premier train à hydrogène avec
pour objectif une réduction de 40 %
des émissions de CO2 de sa flotte
ferroviaire d’ici à 2020. En France,
Alstom vise une arrivée de son train
décarboné avant 2022. L’expérience
allemande devrait l’y aider. La mise
en service du Coradia iLint sur un
réseau qui transporte 2 millions de
passagers par an doit apporter la
preuve de son efficacité. g
SYLVIE ANDREAU
avec l’ademe
VÉLO, BOULOT, DODO
POUR UNE MOBILITÉ SANS POLLUTION
80%
des plus
de 15 ans
savent
très bien
faire
du vélo
C’est un moyen de transport pourtant peu utilisé par les Français.
Part du vélo dans les
déplacements des personnes :
Pays-Bas : 27%
France : 3%
Amsterdam : 40% Strasbourg, 1re ville cyclable : 15%
Se déplacer à vélo, c’est :
Économique
Écologique
Rapide
Bon pour la santé
Parlez-en à votre employeur !
L’Indemnité Kilométrique Vélo, c’est 0,25 €/km parcouru du domicile au travail.
objectif 2024 : 9 % des déplacements à vélo
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
32
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Actualité Sport
Plus fort
que la
Coupe du
monde ?
FOOTBALL Pour Michel
Platini, le niveau de la C1,
qui débute cette semaine,
est supérieur à celui
de la compétition suprême
LIGUE DES CHAMPIONS
S
Paris, Lyon et Monaco
attaquent par du lourd :
Liverpool, Manchester City
et Atlético de Madrid
uspendu de toute
activité liée au football par la Fifa
jusqu’en octobre 2019, Michel Platini reparle avec passion de ce qu’il
connaît le mieux : le jeu. À deux
reprises ces dernières semaines,
dans L’Équipe puis sur RMC
Sport, le triple Ballon d’or a loué
la Ligue des champions et égratigné la Coupe du monde, estimant
qu’« en termes de qualité de jeu »,
la première était « une compétition
Légende. CRÉDIT
Le retourné de Gareth Bale lors de la finale de la Ligue des champions Real Madrid-Liverpool (3-1), le 26 mai à Kiev (Ukraine).
Shaun Botterill/Getty Images/AFP
au-dessus » de la seconde, qu’il n’a
« pas trouvée magnifique » cet été.
On peut évidemment suspecter
l’objectivité de l’ex-président de
l’UEFA envers le produit phare
de l’organisme qui le maintient à
l’écart de son univers, voire déceler
un compliment aigre-doux après
le sacre des Bleus, mais son argumentaire est simple : au Mondial,
on ne cherche pas à bien jouer mais
à gagner quatre matches en dix
jours. Ce que l’équipe de France,
disciplinée et explosive, a fait de
manière implacable.
« Platini a raison et la France est
un beau champion », synthétise le
technicien serbe Bora Milutinovic, qui a dirigé cinq sélections en
Coupe du monde et était un des
cinq experts du groupe d’étude
technique de la Fifa en Russie. La
concentration de talents, accrue
par l’afflux de moyens finan-
ciers, et les habitudes travaillées
au quotidien font que « les meilleures équipes d’Europe ont plus de
qualité ». À la Coupe du monde,
poursuit le globe-trotter septuagénaire, « il y a tout de même des
grosses différences de niveau entre
certains joueurs, certaines équipes.
L’autre élément, c’est que les acteurs arrivent fatigués. Quand on
enchaîne autant de matches tout
au long de la saison, il n’est pas
possible d’évoluer à son meilleur
niveau en juin. »
41 % de buts sur
coups de pied arrêtés
Les rendez-vous internationaux
étant limités, les sélectionneurs vont
à l’essentiel, insistent sur l’aspect
défensif. Et la stratégie offensive la
plus facile à mettre en place reste la
contre-attaque. « Le jeu de possession demande énormément de travail,
Quand les stars américaines se prennent au jeu
En Ligue des champions, les
étoiles peuvent aussi être en tribunes. Longtemps imperméables
au football européen, artistes et
sportifs US n’hésitent plus à
afficher leurs couleurs. Dans un
mélange de curiosité, de béguin
et de marketing. Le marché des
célébrités américaines attire l’attention des grands clubs pour tout
ce qu’il draine : glamour et sphères
d’influence. Et la plupart de ces
stars apprécient l’invitation à un
spectacle qui n’existe pas sous
cette forme aux États-Unis, de la
même manière que les footballeurs européens nourrissent une
vraie appétence pour les sports US
depuis les années 1990.
Club légendaire, Liverpool jouit
d’une grosse cote depuis plus longtemps que les autres. L’acteur
­Samuel L. Jackson est, par exemple,
tombé amoureux lors du tournage
du film Le 51e État (2001), dont une
partie de l’intrigue se déroulait
dans la cité anglaise. Le rappeur
Dr Dre se revendique fan des Reds
depuis l’époque Michael Owen
(1997-2004), qui était son joueur
Rihanna dans les tribunes
du Parc des Princes en 2015.
LeBron James lors d’un match de
Liverpool, dont il détient 2 %. ANDREW
Prioli-Smith / Starface
YATES / AFP
préféré. Sans se prétendre supporter, Brad Pitt est attiré par Anfield.
LeBron James a, lui, un lien moins
affectif : l’ailier des Lakers détient
2 % du capital de Liverpool, passé
sous pavillon américain il y a onze
ans. Si le retour sur investissement
semble appréciable, sa culture foot
reste perfectible : récemment, « The
King » a cité Manchester United
comme « club historique » en omettant de mentionner le sien.
Il y a deux semaines, LBJ
s’est aussi affiché aux côtés de
­Neymar et de Kylian Mbappé,
via leur ­équipementier commun.
­Soucieux de développer son image
à ­l’international, le PSG est en
pointe sur le volet VIP. Les équipes
du président Nasser ­Al-Khelaïfi se
démènent pour amener les stars
au Parc, p
­ rofitant des l­ umières de
la ville et de leur ­carnet d’adresses.
La liste est longue : le couple
Jay Z-Beyoncé, Rihanna, Lenny
Kravitz, Patrick Dempsey, Tom
Brady, K
­ endall J
­ enner ou Leonardo ­DiCaprio, pour ce qui reste
sa seule apparition dans un stade de
foot. Dernièrement, les basketteurs
­Stephen Curry et Jimmy Butler ont
pris place dans le carré du Parc. On y
verra d’ici peu Michael J
­ ordan, dont
la marque (Air Jordan) vient d’officialiser un partenariat avec le PSG.
Le club français ne peut
­néanmoins revendiquer de vrais
fans comme certaines écuries
britanniques. Sylvester Stallone
est, semble-t‑il, tombé amoureux
d’Everton il y a onze ans, Tom
Hanks est lié à Aston Villa. La Premier League a été le premier championnat européen diffusé aux ÉtatsUnis. Les Gunners d’Arsène Wenger
ont alors ensorcelé le r­ éalisateur
Spike Lee. Kevin Costner, Jamie
Foxx et M
­ ichael Moore penchent
aussi pour Arsenal. Tottenham,
le rival du nord de Londres, est
soutenu par l’ancien joueur NBA
Steve Nash ou encore Mark
Wahlberg. En juillet, ce ­dernier a
même fait une vidéo sur ­Twitter
pour ­a nnoncer la tournée
­américaine du club. Manchester
United attire plus que City, mais
moins que sa notoriété ­planétaire
­pourrait le laisser supposer. Justin
­Timberlake et Julia Roberts ont été
aperçus à Old Trafford.
Le Benfica de Madonna
Cet attrait pour le football est
évidemment la conséquence
de sa mondialisation. Et le
­c hampionnat espagnol la rêve
encore plus grande. La Liga
­e nvisage la délocalisation du
match B
­ arcelone-Gérone à Miami.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
33
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
Actualité Sport
un bilan correct. Les grandes lignes
sont connues. D’abord, l’importance
des coups de pieds arrêtés (41 % des
buts !) et des phases de transition.
Ensuite, posséder n’est pas gagner :
déjà entrevue il y a quatre ans, ce
phénomène s’est accru cet été (75 %
des matches du second tour).
de détails, de connexions, souligne
Claude Puel, l’entraîneur de Leicester. Quand on a une ossature de club,
comme l’Espagne en 2010 ou l’Allemagne en 2014, ça fonctionne. Mais
ce n’est pas la norme. » Dimanche
prochain à Londres, Didier Deschamps participera avec 150 de
ses collègues à une conférence de
la Fifa, qui dressera le bilan technico-tactique d’une campagne russe
à 2,6 buts de moyenne par match,
Les stars américaines n’ont pas
attendu cela pour créer des liens
avec les mastodontes du pays.
Jennifer Lopez ou Richard Gere
votent Real Madrid. Le Barça, lui,
a tissé des liens avec les joueurs
NBA, ­n otamment grâce à son
­é quipementier : Kobe Bryant,
Stephen Curry ou Magic Johnson,
tombé amoureux lors des JO de
1992. Justin Bieber s’est, lui, invité
à un entraînement blau grana.
De son côté, l’Atlético de Madrid
a juste vu une pléiade d’acteurs
enfiler son maillot dans le cadre
d’un partenariat avec Columbia
Pictures en 2003. Dont le roi de
la promo Will Smith, qui a aussi
paradé avec la tunique du PSG et
de la Roma. L’actrice Alyssa Milano
fait, elle, honneur à ses ­origines et
à son patronyme : elle ne jure que
par l’Inter. Au Portugal, le Benfica
a pris un accent pop il y a un an :
Madonna a posté une photo avec le
maillot du club. La raison ? Son fils
David, 12 ans, a intégré les équipes
de jeunes. g
Thomas Ginesta
« Ça excite tellement
les joueurs »
« Après le Mondial au Brésil, je plaçais
beaucoup d’espoirs sur la qualité de
jeu et là, j’ai été déçu, confesse Éric
Di Meco, consultant RMC Sport.
Ça a souffert la comparaison avec les
matches de dingues qu’on avait vus
quelques semaines avant. » En Ligue
des champions donc, où 401 buts ont
été inscrits en 125 matches la saison
dernière (3,21 buts de moyenne par
match). La compétition européenne
suit les mêmes tendances dans
l’évolution du jeu, mais pas avec la
même ampleur. « Dans les phases
finales, on voit des choses superbes
en termes de fluidité, apprécie Puel,
demi-finaliste de la C1 avec Lyon en
2010. On est dans le très haut niveau
avec des grands joueurs à chaque
poste, de l’intensité et des styles de
jeu très marqués. »
Illustration avec les adversaires
des clubs français : le jeu de transition du Liverpool de Klopp pour le
PSG, la possession du Manchester
City de Guardiola pour l’OL, l’agressivité de l’Atlético de Simeone pour
Monaco. « Il y a une grande diversité et tant de qualités individuelles,
appuie Éric Di Meco. Les joueurs,
ça les excite tellement, cette compétition. Aujourd’hui, ils choisissent
les clubs et les matches en fonction
de ça. » Double vainqueur de la C1
(1993 et 1994) et sacré en 1998 avec
les Bleus, Marcel Desailly estime lui
qu’« en termes de retentissement, de
considération pure, il n’y a aucune
comparaison possible, la Coupe du
monde reste la référence suprême ».
Unique pour son ambiance, sa capacité à embraser un pays et à attiser la
flamme de ceux qui ne s’intéressent
pas au football d’habitude. La Ligue
des champions, elle, segmente et
comble davantage les initiés. g
Solen Cherrier
Où voir le foot
à la télé
La Ligue des champions est désormais
en exclusivité sur RMC Sport, qui a aussi
les droits de la Ligue Europa. RMC
Sport, également diffuseur de la Premier League, est accessible à 9 euros
par mois pour les abonnés SFR. Et à
19 euros par mois pour les autres via
une application, son site, un décodeur (à
69 euros) ou par satellite. Aucun accord
n’a pour l’instant été trouvé avec les
autres opérateurs (Bouygues, Canal,
Free, Orange).
Malgré la perte des Coupes européennes, beIN Sport a gardé la main
sur sept matches de Ligue 1 par journée,
la Liga, la Bundesliga et le Calcio. De son
côté, Canal + diffuse trois rencontres
du championnat de France : le vendredi
à 21 heures, le samedi à 17 heures et
l’affiche du dimanche soir. Pour l’équipe
de France, TF1 et M6 se partagent
les matches. Si les deux groupes diffusent aussi la Ligue des nations, la
majorité des rencontres de cette nouvelle compétition le sont sur la chaîne
L’Équipe. T.G.
Liverpool et City
déroulent, les croisés
pour Tolisso
David Trueba et Pep Guardiola durant un match de basket à Barcelone en 2009.
Gustau Nacarino/REUTERS
L’écrivain qui
inspire Guardiola
RENCONTRE Les romans
de David Trueba stimulent
la fibre artistique
et nourrissent la réflexion
du coach de Manchester City,
qui accueille Lyon mercredi
Sa Ligue des champions démarre
dans trois jours mais, pour Pep
Guardiola, la meilleure partie de
la saison est déjà passée. « Quand
je lui ai rendu visite à Manchester en
juillet, il n’avait que deux titulaires
sous la main, les autres étaient à la
Coupe du monde ou en vacances,
mais c’est probablement la période
qu’il préfère, sourit l’écrivain et
­réalisateur David Trueba, son ami
de vingt ans. Pep adore s’adresser à
ceux qui ont encore quelque chose
à apprendre. C’est son côté prof. En
deux saisons à City, son plus grand
plaisir a été de montrer à Kevin De
Bruyne une nouvelle façon de jouer. »
Si Guardiola a remporté 25 trophées depuis ses débuts sur le banc
en 2007, parmi lesquels deux C1
(2009, 2011), aucun n’a eu la saveur
du tout premier, avec la réserve
du Barça. « Pep a été complètement heureux cette saison où il a
entraîné en troisième division »,
assure Trueba, de passage à Paris
au début du mois pour la sortie
de son c­ inquième roman, Bientôt
viendront les jours sans toi (Flammarion). Dans le troisième, Savoir
perdre (2008), l’un des personnages était un prodige du football
argentin que beaucoup ont pris
pour le double littéraire de Lionel
Messi. En fait, Ariel était inspiré
par un ami de Trueba. Guardiola
avait lu le manuscrit avant sa sortie.
Plus tard, il l’a offert à des joueurs
qu’il a dirigés, comme Messi ou
Sergio Busquets. « Pep voulait
que ses jeunes joueurs prennent
conscience de leurs privilèges à
travers le destin du personnage »,
souligne l’auteur.
Les deux hommes se sont rencontrés lors d’une lecture d’un
poète catalan en 1997. Trueba
était un jeune metteur en scène,
Guardiola une pièce essentielle
du milieu de terrain blaugrana. Le
joueur a fait découvrir le Camp Nou
à cet aficionado de l’Atlético Madrid.
En échange, l’intellectuel francophile a partagé ses goûts littéraires
et cinématographiques. « Il s’intéressait déjà plus que la moyenne au
monde culturel, se souvient le frère
de Fernando Trueba, oscar du meil-
leur film en langue étrangère pour
Belle Époque (1994). Dans le foot
aussi, il adore le côté romanesque. »
David Trueba a ainsi été le
témoin privilégié de la première
rencontre entre Pep et Marcelo
Bielsa, « onze heures de conversation géniale dans sa maison de
Rosario, moins sur la tactique que
sur les relations humaines ». Cet été,
Guardiola s’est réjoui de l’arrivée à
Leeds (deuxième division anglaise)
d’El Loco, qu’il souhaite à tout prix
revoir. À l’époque, un peu perdu
après sa retraite de joueur, il avait
accepté l’invitation de l’ami Trueba
à sillonner l’Argentine et le Brésil.
« Il avait récupéré les coordonnées de
cinq ou six personnes qu’il admirait.
Certaines ont refusé de le rencontrer,
d’autres ont accepté, comme Menotti [entraîneur des champions
du monde argentins en 1978]. Ce
voyage a été très important. »
« Pep me fait
penser à
Bob Dylan »
David Trueba
EUROPE Comme le PSG en L1,
Liverpool est reçu cinq sur cinq
en Premier League. À Wembley,
les Reds ont maîtrisé Tottenham
même s’ils se sont fait peur dans
les arrêts de jeu (1-2). Le finaliste
de la Ligue des champions trône
avec Chelsea. Salah est loin de son
pic de forme et Firmino incertain
mais, mardi à Anfield, c’est une machine de guerre qui attend Paris. Le
lendemain et jeudi, la chambre de
jugement de l’Instance de contrôle
financier des clubs (ICFC) s’attardera sur son cas, avant une décision « quelques jours plus tard ».
Accroché à Caen en ayant joué
35 minutes en supériorité numérique (2-2), Lyon avance fébrile
vers l’Etihad Stadium (mercredi).
Manchester City n’a fait qu’une
bouchée de Fulham : 3-0, 28 tirs,
731 passes et 64,6 % de possession. Comme Monaco, l’Atlético a
enchaîné un nul après une défaite.
L’équipe de Griezmann et Lemar,
titulaires, a égalisé dans les ultimes
secondes contre Eibar (1-1). Les
Colchoneros comptent sept points
de retard sur le Barça, vainqueur
de la Real Sociedad (2-1), et cinq
sur le Real, lui aussi tenu en échec
à Bilbao (1-1). Mauvaise nouvelle
en Allemagne, où Tolisso (Bayern)
s’est fait les ligaments croisés. g
• 5 journée
e
Caen - Lyon 2-2
Beauvue (52e sp), Oniangue (73e) / Fekir (45e),
Mendy (88e)
Montpellier - Strasbourg 1-1
Dijon - Angers 1-3
Toulouse - Monaco 1-1
Le Tallec (50e) / Mothiba (93e)
Saïd (13e) / Bahoken (20e), Tait (30e),
Santamaria (38e)
Leya Iseka (80e) / Tielemans (57e)
Amiens - Lille Kurzawa (79e), Ghoddos (92e) / Pépé (45e sp,
56e sp, 76e)
2-3
Classement
Toujours curieux d’autres univers, le disciple de Johan Cruyff
a assisté à plusieurs tournages
de Trueba, auteur de dix longs
métrages. « La méthode d’un réalisateur, d’un écrivain ou même d’un
entraîneur dans un autre sport n’est
pas forcément transposable au football, mais Pep échange toujours. Une
fois, il m’a demandé : “Si tu tournais un film avec Robert De Niro,
comment tu t’y prendrais ?” Cette
recherche permanente exprime aussi
le caractère angoissé qu’il a toujours
eu, y compris quand il jouait. »
À force d’en parler avec un autre
ami, le coach du Barça Ernesto
Valverde, le romancier a saisi une
différence entre Cruyff, « intuitif »,
et Pep, « plus scientifique, obsédé » :
« Il écrit beaucoup pour rationaliser ce
qu’il a dans la tête. Je le vois souvent
prendre un papier, un stylo, et prendre
des notes comme pour s’enlever un peu
de pression. Il me fait penser à Bob
Dylan, qui tapait pendant des heures
sur sa machine à écrire, sans s’arrêter
et seulement ensuite coupait ce qui ne
lui plaisait pas. » g
MICKAËL CARON
Pts J
G
N
P bp bc diff.
1 Paris SG
15
5
5
0
0
17
4
2 Lille
10
5
3
1
1
9
4
5
3 Toulouse
10
5
3
1
1
6
7
-1
4 Dijon
9
5
3
0
2
9
6
3
5 Montpellier
8
5
2
2
1
5
4
1
6 Marseille
7
4
2
1
1
10
7
3
7 Lyon
7
5
2
1
2
6
4
2
8 Rennes
7
5
2
1
2
7
7
0
-3
13
9 Nice
7
5
2
1
2
4
7
10 Nîmes
6
4
2
0
2
9
9
0
11 Angers
6
5
2
0
3
8
9
-1
12 Caen
6
5
1
3
1
6
7
-1
13 Reims
6
4
2
0
2
3
5
-2
14 Saint-Etienne
6
5
1
3
1
3
6
-3
15 Monaco
5
5
1
2
2
7
7
0
16 Strasbourg
5
5
1
2
2
6
7
-1
17 Amiens
4
5
1
1
3
7
8
-1
18 Nantes
4
4
1
1
2
5
8
-3
19 Bordeaux
3
4
1
0
3
3
7
-4
20 Guingamp
0
4
0
0
4
3
10
-7
Buteurs
4 Mbappé, Neymar (PSG), Pépé + 3 (Lille) ;
3 Konaté (Amiens), Thauvin (Marseille)...
Aujourd’hui
Nantes-Reims (15 h, beIN), Bordeaux-Nîmes
(17 h, beIN), Marseille - Guingamp (21 h, Canal+)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
34
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Actualité Sport
Une dernière danse pour Noah
TENNIS En maîtrise
particulière, pas besoin d’en rajouter. Je suis tellement heureux qu’on
puisse défendre notre titre. J’avais
peur des Espagnols. Mais on joue
vraiment bien, on perd deux sets en
trois rencontres. »
face à l’Espagne (3-0),
la France défendra son
titre. Pour la révérence
du capitaine et la fin
de la Coupe Davis sous
son format historique
Envoyé spécial
Lille (Nord)
Des supporters français hilares mais
en noir, comme une confusion des
sentiments. La joie de voir leur
équipe plier fissa une demi-finale
annoncée indécise. Et le trouble
de se dire que tout ça est bientôt
fini. Un deuil par anticipation,
celui de la Coupe Davis modèle
historique, affiché sur des teeshirts barrés d’un #ChangeItBack
déjà nostalgique. Posté tout près,
Bernard Giudicelli a dû se sentir
un peu seul. Et davantage encore
quand Yannick Noah l’a ignoré à
l’heure des accolades. Chairman
de la Coupe Davis, le président de
la Fédération française (FFT) a porté
la réforme radicale prévue pour
2019, arrosée des dollars du groupe
Kosmos. À ce titre, il est vu par la
plupart des membres de l’équipe de
France comme un fossoyeur de leur
épreuve chérie.
À l’évocation des occupants de la
tribune présidentielle, Lucas Pouille,
pas le moins remonté du lot, disait
ceci : « On n’est pas du même monde,
ils ne connaissent rien du sportif, n’ont
pas les mêmes émotions. Ce ne sera
plus jamais pareil. C’est triste mais
ce sont eux qui décident. » Reste qu’il
y aura bien un dernier rêve avant
liquidation. Une demolition party
qui devrait encore se tenir à Lille
si les Croates scellent l’affaire face
aux États-Unis (2-1). France-Croatie,
voilà qui serait une parfaite transposition de la finale des Bleus du foot,
auprès desquels Noah et les siens
Yannick Noah et l’équipe de France de Coupe Davis, hier à Lille. Dave Winter/Icon Sport
ont puisé l’inspiration. « On voyait
des mecs cool, qui s’amusaient mais
réussissaient à être bons. Ça nous a
mis la patate. On a envie de chanter
comme eux : Lucas a toute la playlist, même Nico [Mahut] s’assouplit
4
Le nombre de Coupes Davis
que Noah comptabiliserait
si la France gagnait la finale.
Cela en ferait le capitaine le
plus titré, avec Fraser et Pilic.
au niveau des hanches », chambrait
le capitaine.
Le compte en banque
du capitaine
La comparaison s’étend à un domaine plus fumeux encore : celui
de la « chatte à Nono », après celle
à Dédé. Noah, qui a vu les hommes
forts tomber depuis son retour
en 2016, s’en amuse volontiers. Il
se doute qu’avec Nadal en face,
son week-end aurait été moins
gouleyant. « Mais peut-être qu’on
aurait gagné 3-2. Car on a fait un
grand match, le meilleur sous mon
mandat. » Ses troupes, elles aussi,
n’ont pas toujours été épargnées.
Son mérite aura été de trouver les
bons substituts au bon moment pour
voguer vers une deuxième finale de
rang. De la campagne, seul un point
aura été inscrit par un membre de
la fameuse génération « Mousquetaires » (Gasquet au premier tour).
Rien ne dit que ce sera ainsi
jusqu’au bout. Les incertitudes sont
nombreuses d’ici à la finale, à commencer par le retour éventuel de JoWilfried Tsonga, dont Noah a salué
la venue à Lille. Benoît Paire, épatant
pour sa première vendredi, est aussi
venu se mêler à la danse. « Il y a pas
mal de gars qui voudront gagner leur
place. Ils connaissent mon compte
en banque. Les cadeaux, je prends »,
charriait Noah au cœur d’un show
dont il est coutumier après les gros
matches. Mais il s’en dégageait aussi
une émotion vraie : « Cette année est
Le meilleur au pire des postes
VOLLEY Jenia Grebennikov,
le libéro d’une équipe de France
bien partie dans le Mondial,
passe son temps à jouer
les boucliers antimissiles
Ce type-là saute sur tout ce qui
bouge. Il plonge, se contorsionne,
enjambe les balustrades, jusqu’à
finir dans le public s’il le faut. Tout
ça pour réussir à se glisser entre
le ballon et le sol, et ainsi garder
le point en vie. Jenia Grebennikov
(28 ans, 1,88 mètre) est libéro, un
poste créé en 1997. Ce type-là est
facile à reconnaître, il n’a pas le
même maillot. Mais vous ne le verrez pas célébrer un point, il n’a pas
le droit d’en marquer. Ni même de
contrer ou de servir.
Lui passe son temps à poser des
barbelés ou à remonter des balles
qui lui arrivent dans le buffet à
120 km/h. Même pas mal : « Ça
peut claquer et brûler pendant
deux ou trois minutes, mais rien de
grave, un ballon de volley n’a encore
tué personne. Mais si tu as peur de
livrer ton corps en défense, mieux
Jenia Grebennikov lors du Mondial
en Bulgarie. FFVolley / Julien Crosnier
vaut éviter ce poste. » En l’espèce,
il l’a adopté un peu par défaut, à
18 ans, à l’heure de son premier
contrat à Rennes. Un conseil de
son père Boris, devenu entraîneur
après avoir joué pour l’URSS. « Il
m’a dit : “Si tu veux intégrer un jour
l’équipe de France, ta seule chance,
c’est libéro. Essaie et tu verras.”
J’avais une bonne technique mais
je sentais que je sautais moins haut
ou que j’étais moins puissant. Alors
j’ai suivi ses recommandations. »
La frustration des débuts, à un
poste un peu ingrat où l’on voit
surtout les fautes, s’est vite dissipée. Mettre le passeur dans de
bonnes conditions via ses réceptions, transformer une cause perdue en point gagnant, tels sont
ses menus plaisirs. « Quand je vais
chercher une balle impossible et
qu’on marque derrière, c’est une
jouissance. Comme si j’avais moimême servi un ace. On vit pour
ça. » Voilà aussi comment on
devient une référence du poste,
« le meilleur du monde », selon le
sélectionneur Laurent Tillie, et
pas que.
Contrats et zygomatiques
« Grebe » est trop humble pour
revendiquer l’étiquette. « Mais je
la prends volontiers car ça m’offre
Dix mois après, les larmes
de Benneteau
Hier, aucun n’a été laissé en chemin par Nicolas Mahut et Julien
Benneteau, qui eux aussi s’y
connaissent en confusion des sentiments. Il y a dix mois, la finale face
aux Belges s’était dérobée sous leurs
pieds au dernier moment, au profit
d’un duo inédit (Herbert-Gasquet).
Il avait fallu faire bonne figure. Pas
simple : Benneteau n’avait pu masquer ses larmes au coup d’envoi. Hier
aussi, quelques-unes ont coulé. Mais
à la fin, et pas les mêmes. Officiellement rangé des raquettes depuis
l’US Open, rappelé suite au forfait
d’Herbert, le prochain capitaine de
Fed Cup a croqué dans la pomme.
Un premier set « comme dans un
rêve », une volée tweener (entre
les jambes) dans le deuxième, et un
troisième au couteau face à une paire
Granollers-Lopez enfin au niveau
dans cette partie de vétérans (6-0,
6-4, 7-6).
« Normalement », c’était le dernier
match du Bressan. « Il y a beaucoup
de monde devant moi en simple et
en double », rappelle-t-il, lucide.
Mais bien sûr, il va se maintenir en
forme au cas où. Noah, pas fou, va le
maintenir sous pression en vue de
la touche finale. Elle serait d’autant
plus belle que la France n’a jamais
triomphé deux fois d’affilée depuis
les Mousquetaires originaux (19271932). Conclusion de Noah, défenseur des journées du patrimoine :
« On connaît l’histoire de la Coupe
Davis, et c’est précieux. On a devant
nous une opportunité historique.
Et la dernière photo, au moins, on
sera dessus. » g
Damien Burnier
prolongations
Yates s’impose
de meilleurs contrats. Quand on
est libéro, c’est bien plus dur d’en
trouver de bons. Les meilleurs attaquants doivent gagner dix fois plus
que moi. » Mieux vaut donc s’appeler Earvin Ngapeth pour vivre la
grande vie du volley. « C’est pour ça
que c’est mon pote », badine-t‑il. En
signant cet été à Trente, après déjà
trois saisons dans le championnat
italien (Lube), la dernière marquée
par cinq finales perdues, il a gratté
quelques euros et des responsabilités. Ça lui va bien, lui qui est
devenu au fil du temps (première
sélection en 2011) un leader chez
les Bleus, avec ses zygomatiques en
activité permanente et sa faculté à
rameuter les troupes quand elles
piquent du nez.
Au Mondial, avec cette formule
« interminable » (deux matches
tous les trois jours, trois phases
de poules), il sait qu’il faudra jouer
serré « au sein d’un top 10 où tout
le monde se vaut ». Après la Chine
(3-0), le Brésil (2-3, « beau mais
cruel ») et l’Égypte (3-0), place aux
Pays-Bas (19 h 30). g D.B.
CYCLISME Sauf cataclysme, Simon
Yates va remporter le Tour d’Espagne.
Le Britannique a parfaitement géré la
dernière étape. Au col de la Gallina, il est
arrivé à 23 secondes du vainqueur du jour,
Enric Mas, qui subtilise la deuxième place
au général à Alejandro Valverde, victime
d’une défaillance.
Clermont en impose
RUGBY Quatrième journée de Top
14, quatrième victoire : face à Pau,
Clermont gagne grâce à un essai de
Béhérégaray à trois minutes du terme
(23-27). Les résultats : Lyon-Montpellier (55-13), Agen-Bordeaux (22-17),
Castres-Grenoble (29-13), ToulouseRacing (30-17).
Les Blacks implosent
RUGBY À domicile, les All Blacks ont été
battus par l’Afrique du Sud (34-36), une
première depuis neuf ans. La NouvelleZélande menait pourtant 12-0 après un
quart d’heure. C’était sans compter sur
l’orgueil des Springboks, et les quatre
coups de pied manqués par Barrett.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
35
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
Actualité Médias
Confidentiel La Cour
des comptes a remis son
prérapport aux PDG
de France TV, de Radio
France et de l’INA
MANAGEMENT
Ils regrettent l’absence
de pilotage de l’instance
sociale et fustigent
ses erreurs de gestion
La Cour des comptes vient de
rédiger un prérapport confidentiel, que le JDD s’est procuré, sur
le comité interentreprises commun
aux trois sociétés de l’audiovisuel
public que sont France Télévisions,
Radio France et l’Institut national
de l’audiovisuel. Les magistrats de
la Rue Cambon ont voulu regarder
de plus près le fonctionnement et la
gestion d’une structure (surnommée
« CI ORTF ») qui gère, depuis 1974,
les activités sociales et culturelles de
quelque 14.000 salariés.
Transmis fin mai aux PDG des
trois sociétés, ainsi qu’aux responsables du comité d’entreprise, cet
audit pointe d’abord du doigt l’organisation pour le moins baroque de
cette structure. Avec sept services,
un bureau, un comité exécutif, une
assemblée plénière, 50 permanents (auxquels viennent s’ajouter
110 « inter­mittents » en haute saison) et des cadres à tous les étages, le
CI ORTF a des allures de millefeuille.
Et, plus insolite, pas de patron !
Géré par un trésorier et une secrétaire, ce comité d’entreprise, au budget de 20 millions d’euros l’an passé,
n’a en effet aucun pilote à sa tête. La
Cour réclame donc une « simplification de la gouvernance » et « la nomination d’un directeur général » car,
écrit-elle, « ce système ne garantit pas
un mode de fonctionnement optimisé
au regard des enjeux ». La masse salariale, qui a augmenté à un rythme
élevé ces dernières années (+ 15 %),
interpelle également les magistrats,
critiques à l’égard des dépenses de
personnel, qui représentent 41 % du
budget total du comité d’entreprise.
Mêmes observations côté
salaires : la rémunération moyenne
des permanents (revalorisée
de 21 % depuis 2013) s’élève à
3.835 euros. C’est-à-dire un montant « supérieur de près de 30 % à
la moyenne française », ainsi qu’aux
barèmes de la fonction publique,
souligne le document.
Parmi les anomalies relevées et
épinglées, la signature de protocoles particulièrement favorables.
Ainsi, un cadre du CI ORTF a reçu,
à titre d’indemnité de départ, près
de trente-trois mois de son salaire
net. Tandis qu’un ancien trésorier,
qui déclarait être domicilié dans le
Var, a perçu, entre 2010 et 2014, plus
de 50.000 euros de remboursement
de frais de déplacement et d’hébergement à Paris, alors qu’il disposait d’un logement dans la capitale.
Inadmissible pour les magistrats,
qui recommandent instamment la
récupération par le CI de défraiements « payés à tort ».
La Cour des comptes a également
passé au crible le parc immobilier
du comité d’entreprise. Il possède
neuf centres de vacances en France,
dont un de 115 hectares situé dans
le département de la Dordogne :
le château de Lalinde. Le rapport
critique « un projet ambitieux d’aménagement », avec de nombreux
chantiers, dont le budget initial
était estimé à 3.500.000 euros sur
quatre ans (2008-2012). Or, au
31 décembre 2016, le montant de la
facture s’élevait à 5.840.736 euros,
soit près du double. « Une large
partie de ce qui avait été prévu et
budgété n’a pas été réalisé », note la
Cour, qui critique « le manque d’expérience du CE, de ses élus comme
de ses services », « des chantiers
réalisés sans mise en concurrence »,
ainsi que « l’absence de professionnels
qualifiés en matière de rénovation ».
L’exemple d’une piscine construite
par une entreprise espagnole, qui
a fait faillite après les travaux,
Un surcoût
de 993.000 euros
pour une piscine
« alors que des malfaçons étaient
constatées », est mis en exergue.
Le devis initial, d’un montant initial de 250.000 euros, a littéralement explosé, avec un surcoût de
993.000 euros.
Et la Cour de s’interroger sur la
nécessité d’exploiter en direct des
sites d’hébergement fréquentés
par seulement 17 % des salariés du
secteur public, et ce à des tarifs que
le rapport qualifie de « très haut de
gamme » (3.000 euros la semaine).
Ce qui fait dire aux magistrats que
l’argent dépensé pour maintenir en
l’état des centres peu occupés pourrait être consacré au financement
des séjours. Là encore, les magistrats
se montrent sévères, qui constatent
« des séjours haut de gamme » achetés à des agences et des destinations
« ni particulièrement originales ni
spécifiquement exotiques ».
La Cour s’est enfin penchée sur le
sort d’une médiathèque désertée par
ses utilisateurs, une structure dont
elle préconise la suppression pure
et simple. Avec cinq emprunts par
jour, en 2017, pour sept heures d’ouverture et 1.364 emprunts, au total,
entre janvier 2011 et septembre 2017,
ce service, au coût de fonctionnement annuel de 200.000 euros, a vu
sa fréquentation fondre de 76,36 %
en l’espace de six ans : une activité
fantôme à laquelle il est demandé
que l’on mette un terme. g
RENAUD REVEL
« Paris Match »,
des trésors
aux enchères
Cette photo de Johnny Hallyday
a été prise en 1967 sur le tournage
d’À tout casser par Georges Beutter
pour Paris Match. Le rocker gardera
un souvenir mitigé de ce tournage
qui ne s’était pas bien passé, même
s’il lui permit de concilier deux de ses
passions, le cinéma et la moto. Mais
cette image de 53 cm x 80 cm est
restée et pourra trôner dans le salon
d’un fan. Car le magazine (qui appartient au groupe Lagardère, comme le
JDD) organise sa troisième vente aux
enchères de photographies. Le thème :
la passion du photojournalisme.
Dimanche 30 septembre à 14 h 30,
138 clichés seront mis à prix à la
maison de ventes Cornette de
Saint Cyr, à Bruxelles. Simone Veil,
Hergé, Dalí, de Gaulle, Rochefort ou
Deneuve font partie du catalogue.
Montant de départ moyen des
enchères : 1.500 à 2.500 euros. g C.P.
Georges BEUTTER/PARISMATCH/SCOOP
Le CE de
l’audiovisuel
public épinglé
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
36
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Document
Quand
la police
a peur
O
n peut être armé,
porter l’uniforme et pourtant avoir
peur, confie Éric. Celui qui dit qu’il
n’a pas peur ment. Quand tu reçois un
four à micro-ondes sur la voiture, ça
fait un trou dans le toit. Une machine
à laver qui s’écrase près de toi, ça
fait un bruit sourd. Tu te baisses. Tu
gueules : “Enculé !” Le caillassage, tu
te dis : “Pourvu que ça s’arrête vite.” Au
début, j’ai pensé que c’était un jeu. Le
jour où je les ai vus lancer dans notre
direction une voiture en flammes, à
Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), j’ai
compris. » [...]
« La cité semble calme et déserte
lorsque la voiture de police se glisse
dans une petite rue à sens unique, sans
visibilité. La mauvaise surprise surgit
après le virage sous forme d’un canapé
placé en travers de la route, flanqué de
plusieurs barrières. À la seconde même,
le piège se referme : le véhicule a beau
être banalisé, les jeunes connaissent la
plaque d’immatriculation par cœur,
vu qu’elle n’a pas été changée depuis
six ans. Une pluie de pavés s’abat sur
la carrosserie dans un énorme fracas,
à peu près en même temps que cinq
cocktails Molotov qui déclenchent
un incendie. Instinct de survie ? Le
conducteur fonce dans le barrage et
fait voler en l’air le canapé. Une fois
dégagés de cette rue pourrie, les policiers mettent pied à terre pour constater les dégâts. Un trou au niveau du
toit, un autre dans la portière, la Ford
Focus est en piteux état. Rejoints par
trois collègues d’une autre voiture qui
patrouillait dans le coin, ils convergent
vers le lieu du guet-apens. Une minute
à peine s’est écoulée, mais il n’y a plus
personne, reste le canapé en flammes et
les stigmates de l’attaque éclair, plus un
départ de feu dans les broussailles. Un
peu plus loin, les policiers ramassent
des canettes entourées de torchons,
engins incendiaires prêts à l’emploi, et
un tas de pierres en essayant de préserver quelques empreintes. Dissimulée
dans un parc pour enfants, une plaque
de ballast leur était certainement destinée. » [...]
« Le jour du double assassinat de
Magnanville [le 13 juin 2016, un couple
de policiers est tué à l’arme blanche à
son domicile par un terroriste se réclamant de l’État islamique], Maggy a vu
un proche des victimes, “un bébé de
100 kilos”, lui tomber dans les bras.
Puis elle s’est retrouvée sur les lieux
de l’horreur, devant ce pavillon sous
scellés, des traces de sang sur le trottoir, les chaussures de jardinage du
collègue – des Crocs – devant la porte,
à essayer de tenir à distance respectable les paparazzis. Comment vivre
avec “ça” ? Main dans la main avec
les collègues qui avaient vainement
tenté de ranimer Jean-Baptiste, ils ont
accompli ce que les flics savent faire
dans les situations difficiles : serrer les
rangs, en l’occurrence en organisant
une chaîne humaine autour de l’Arc
de triomphe, à Paris. Une solidarité qui
n’a pas empêché la trouille de gagner
du terrain. Elle est là lorsque Maggy
se gare, en pleine nuit, à proximité de
son domicile. Elle est encore là quand
on s’endort avec l’arme sous le matelas, alors qu’elle devrait être remisée
dans un coffre. Elle est toujours là
lorsqu’on va faire ses courses en ville
avec la crainte d’être reconnu par un
malfrat et de prendre une trempe,
comme ce collègue agressé dans le
RER qui s’est retrouvé avec plusieurs
fractures. Combien ont été contraints
ÉTAT D’ALERTE Menaces physiques,
agressions, guets-apens, le métier
de policier est de plus en plus difficile
à exercer. Dans l’indifférence de leur
hiérarchie et de l’État
EXCLUSIF Extraits d’un livre choc
à paraître jeudi qui raconte, témoignages
à l’appui, comment « la peur a changé
de camp ». Beaucoup d’agents confessent
trembler en enfilant l’uniforme
de déménager après avoir vu leur boîte
aux lettres vandalisée et taguée ? Ou
pire, avoir pris deux balles de carabine
dans la porte d’entrée ? Un parking à
l’abri des regards au commissariat, ce
ne serait pas du luxe pour éviter que le
gardé à vue ne vous voie monter dans
votre voiture personnelle au moment
de recouvrer la liberté ; étant donné les
finances de la maison, ce n’est cependant pas pour demain. » [...]
ENTRE COLÈRE
ET RÉSIGNATION
la peur a changé
de camp
frédéric ploquin,
albin michel,
336 p., 19,50 €.
« La montée des dangers s’est traduite
par une nouvelle consigne de la hiérarchie : ne plus porter l’uniforme lors
du trajet domicile-travail. Par souci
de discrétion. Charazad conserve
cependant une paire de menottes dans
son sac à main, et trimballe aussi son
arme avec elle depuis les attentats. À
ses risques et périls, bien sûr. “Pour
sauver des vies”, dit-elle à son tour.
Beau programme qu’elle s’empresse
de ramener à de justes proportions :
“Si je suis contrainte de mettre un coup
de gaz lors d’un contrôle, je dois faire un
rapport pour me justifier, sinon c’est le
blâme. C’est la même chose pour l’arme,
on doit se poser dix mille questions avant
de la sortir. On doit se justifier pour tout.
La hiérarchie n’est pas derrière nous. On
ne se sent pas soutenus et ce n’est pas
sans conséquence sur notre activité. On
a de plus en plus tendance à ne sortir de
la voiture qu’en cas d’urgence, surtout
la nuit.” Toujours ce même refrain
dépitant, celui d’une police qui voudrait faire le job mais sent confusément qu’on l’a désarmée, ou plutôt
qu’on l’aurait désamorcée, comme on
le ferait d’une bombe, pour la rendre
inoffensive. » [...]
« L’appel radio réveille l’instinct du
chasseur : une urgence. On se précipite,
le citoyen qui appelle la police déteste
attendre. Prêt à tout mais cela ne sufconnu le luxe. Comme les membres
fit pas. “Il faut avoir de bons bras, de
de la brigade cynophile de la capitale,
bonnes jambes et ne pas avoir peur”,
dont la vétusté des locaux, réputés
précise Antoine, lui aussi gardien de
pour abriter nombre de rats, en plus
la paix. Facile à dire, plus difficile à
des chiens, a fait, paraît-il, sourire plus
mettre en pratique le jour où l’on se
d’un visiteur étranger.
retrouve dans un espace confiné face à
Les portes fatiguent très vite dans
un homme équipé d’un sabre qui vient
ces locaux, rares sont celles qui ferde blesser une gamine de 8 ans qu’il
ment encore, en particulier celle de
accusait seulement de faire du bruit
l’entrée, très sollicitée. Le portail extéderrière ses volets. C’est la mère de cet
rieur lui-même reste entrebâillé, surindividu sous l’emprise d’un cocktail
tout en cas de vent fort. Aucune sécumêlant alcool, came et médicaments
rité ! Un comble en ce lieu. Le patron
qui a ouvert la porte à la police. Une
a remonté l’information sans retour
petite dame d’un mètre cinquante qui
pour le moment. Autrefois, ça passait,
hurle : “Mon fils est fou. Il veut tuer tout
mais depuis que les commissariats sont
le monde !” La silhouette qui apparaît
ciblés c’est plus délicat, pour ne pas
dans l’ombre est imposante, l’homme
dire dangereux. » [...]
au sabre mesure pas loin de 2 mètres,
et pour ouvrir les hostilités tire une
UN SENTIMENT
cartouche en direction des policiers, au
D’ABANDON
fusil à pompe. Loupé, heureusement,
mais le voilà qui approche maintenant
« Le chef est la cause de tous les maux.
en brandissant un couteau ; les policiers
C’est celui qui vous ordonne de quitle stoppent dans son élan grâce à huit
ter au plus vite la cité dans laquelle
tirs de Flash-Ball. Toujours debout,
un guet-apens vient d’être tendu à la
le colosse les pourchasse néanmoins
police, puis vous accompagne sur les
jusqu’à leur voiture avec son arme prélieux “la fleur au fusil une fois que la
férée, le fameux sabre, avec lequel il
guerre est terminée”, flanqué de gars
frappe de toutes ses forces la carros“équipés comme des chars d’assaut”. Et
serie du véhicule banalisé. Une nouvous lance : “Tout va bien ici, je trouve
velle cartouche de Flash-Ball l’ébranle
que vous en faites des tonnes…” C’est
à peine, mais le sabre se coince ; un
celui qui se pointe alors que vous êtes
policier en profite pour lui casser le
à l’abri derrière votre bouclier lourd
bras, un autre pour lui vider une bombe
devant la porte d’un appartement où
lacrymogène sur le visage. Le fiston est
est retranché un forcené. Au lieu de
au sol, il rigole, mais il est cuit. Dans
s’intégrer à la colonne et de donner
une autre vie, alors flic en Amérique du
l’ordre d’assaut, il la dépasse et vous
Sud, le forcené avait pris sept impacts
décrédibilise en frappant à la porte :
de kalachnikov dans le dos ; ce face“Écoutez-nous, rendez-vous !” Et là, le
à-face avec des policiers français est
type se rend. Pas parce que le patron est
pour lui un jeu d’enfant. » [...]
un magicien, mais parce que l’attente
a usé le forcené. D’ailleurs, la fois sui« Autre ville, même musique :
le commissariat
vante, le même hiéest un bouge. Des
rarque vous envoie
au casse-pipe avec
mouches tournoient
un simple bouclier,
dans les douches,
précisant que le
parfois les mous« Une police
type retranché n’a
tiques pullulent.
qui sent qu’on
La robinetterie de
ni chien, ni couteau.
la salle de repos,
Sauf qu’à peine entré
l’a désarmée,
pourtant neuve, est
dans l’appartement,
ou plutôt
défaillante, pourravous vous faites
“rafaler” à la Sten,
t-on au moins se
désamorcée »
laver les mains ? La
[un pistolet mitrailcrasse s’accumule
leur], depuis la cuisur les meubles, les
sine. “Si le patron
était arrivé comme
femmes de ménage
ayant pour consigne de ne se concenune fleur, il était mort, tranche un flic
trer que sur les sols. Quand il pleut, le
présent sur les lieux ce jour-là. On en
stand de tir est inondé, l’eau remonte
parlerait au passé.” Le pire, ils le saupar le sol et les araignées prolifèrent.
ront après, c’est que le commissaire
On a décrété des économies sans se
avait été avisé de la présence de cette
soucier que le commissariat restait un
arme mais pensait que l’individu ne
lieu d’accueil, en plus d’être un lieu
s’en servirait pas. » [...]
de travail. Les policiers semblent s’y
« Au détour d’une soirée surgit souhabituer, n’ayant pour la plupart jamais
dain l’horreur absolue. Il est tard, des
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
37
Simon Guillemin/Hans Lucas
Document
jeunes sortaient d’un anniversaire fêté
comme il se doit, les 18 ans de l’un des
leurs, lorsqu’ils ont commencé à faire
les fous. L’un d’eux s’est accroché à la
rame de métro qui partait, a basculé et
fini sous les roues. Accourus sur place,
les policiers s’enquièrent bien sûr de
savoir si quelqu’un ne l’a pas poussé. Ce
n’est pas le cas. Ses amis ont déjà alerté
la famille, qu’il faut cantonner à l’extérieur, le temps qu’une machine arrive
pour soulever le wagon et dégager le
corps. Ou plutôt les morceaux du corps,
une vision que plusieurs des fonctionnaires présents auraient sans doute
préféré s’épargner, mais il leur faudra
vivre avec. Le tout au milieu des cris et
des pleurs, car l’un d’eux est allé dire
la vérité aux proches qui attendaient
dans la nuit à la sortie du métro. “On
se construit son armure, confirme un
policier présent ce soir-là, mais ce sont
des choses qu’on n’oublie jamais.” » [...]
« Les politiques ont aussi leurs
petites manies. Leurs marottes. Leurs
protégés. Leurs territoires. Ils aiment
satisfaire les uns et les autres, surtout
ceux qui comptent, au risque de créer
de ces servitudes dont les flics ne raffolent pas. Manuel Valls à Matignon,
l’entreprise chargée de rénover une
partie de la difficile cité de La Grande
Borne s’est autorisée à réclamer l’aide
de la police pour préserver ses engins
de chantier. Par ailleurs élu local dans
le département, l’Essonne, le Premier
ministre a fait redescendre la consigne.
Et trois policiers se sont retrouvés pendant plusieurs semaines à épauler les
agents de sécurité face aux caïds du
secteur, en désaccord profond avec
les rénovations en cours. Pas vraiment
sûrs d’être à leur place, ils auraient
préféré assister les collègues dans les
Voiture de police
en feu à Paris
le 18 mai 2016.
L’auteur
Âgé de 58 ans,
Frédéric Ploquin
est un journaliste
traitant de la
police et du grand
banditisme. Ancien
enquêteur pour les
hebdomadaires
« L’Événement
du jeudi » et
« Marianne », il est
également l’auteur
d’une dizaine de
livres consacrés
à ses sujets de
prédilection.
Il collabore
régulièrement
au « Journal du
Dimanche ».
cités ou sécuriser une grande gare
des environs, mais l’ordre venait de
si haut qu’ils n’ont pu remettre cette
mission en cause. “C’est comme ça et
c’est tout”, a tranché le chef. Un soir,
les trois policiers ont “frôlé la correctionnelle” lorsque près de quatre-vingts
personnes ont fait irruption pour les
déloger. Des collègues en patrouille
non loin sont arrivés en renfort, mais
à dix, ils se sont rapidement retrouvés
à court de munitions. “Ils essayaient
de nous encercler pour nous péter la
tronche, se souvient un policier présent.
Sans l’arrivée de nouveaux renforts, on
n’aurait plus eu qu’à partir. Cela a duré
près de deux heures. Tout ça pour sauver
deux pelleteuses.” » [...]
UNE VRAIE
SOUFFRANCE
« Les juges ne sont pas seulement soupçonnés d’être “dans leur monde”, ils
auraient, par leurs décisions, contribué à banaliser la violence contre les
policiers. “Caillasser un flic, c’est moins
puni qu’un excès de vitesse”, glisse un
connaisseur, comme si on était habitué
à la répétition de ces scènes d’émeutes.
Tout juste si on ne dit pas aux flics :
“Vous êtes là pour ça, normal si vous
vous faites malmener.” Les noms de certains procureurs hérissent particulièrement les troupes, qui les perçoivent
comme des “bouffeurs de flics”. “Lui,
il ne peut pas blairer la police et ne s’en
cache pas”, voilà une phrase que l’on
entend souvent, et pas seulement dans
les parages du tribunal de Bobigny,
longtemps montré comme le réceptacle
de tous les laxistes du monde. “Lui, il
est de parti pris, il enfonce les gars car
ils sont policiers, pointe un gardien en
poste dans le Nord. Il est plus tendre
« “Il y a une vraie souffrance chez
les policiers, diagnostique Éléonore
avec les voyous qu’avec nous. On n’est
pas des criminels ! Les magistrats se
H. [médecin, inspecteur des services
justifient parfois en disant qu’ils sont
centraux]. Elle est liée au sens que
surchargés, mais c’est pour certains une
l’on donne au travail, aux contraintes
ligne de conduite. On doit tellement se
physiques et psychologiques fortes du
battre dehors qu’on ne devrait pas avoir
métier, avec une population de plus en
à se battre avec eux.” » [...]
plus difficile à prendre en charge car elle
« “Les politiques et les journalistes
est disséminée au cœur du milieu urbain.
dissimulent, embraye amèrement une
Le fonctionnaire peut saisir le service
gardienne de la paix. Les chaînes d’info
médical ou une psychologue, mais il y
ont suivi minute par minute la traque
a un vrai problème de confiance dans
des collègues après l’attaque de Charlie
ces services. Les médecins connaissent
mal les contraintes de ce métier. Or on
Hebdo, mais ils ne veulent pas savoir
ce qui se passe ailleurs. Quant à dire
ne peut pas aborder un policier comme
qu’un policier a été blessé, ça ne fait pas
M. Tout-le-Monde, il faut savoir lui parvendre.” Les policiers soupçonnent en
ler. On ne peut prendre correctement
même temps la presse de prendre sysen charge un policier si on n’est pas
conscient du manque de reconnaistématiquement parti contre eux et de
crier à la “bavure” avant même d’avoir
sance, si l’on ne connaît pas le poids du
eu accès aux informacasque balistique,
les contraintes des
tions. “Les journamotards, celles des
listes nous coupent
CRS liées au tir. Le
en deux à la première
occasion, soutient
gilet lourd, c’est entre
« Caillasser
John. Pour eux, la
15 et 18 kilos ! En staun flic, c’est
police tabasse, met
tique, il faut pouvoir
des amendes à toutle supporter ! Quant
moins puni
va et emmerde les
au gilet du motard,
qu’un excès
il fait office d’airjeunes dans les cités.
bag : il suffit qu’un
On aimerait que ça
de vitesse »
se passe bien. On n’y
forcené le déclenche
peut rien si les jeunes
pour le transformer en Bonhomme
en question vendent
Michelin ! Preuve
leur merde dans les
quartiers, s’ils sont dans leur monde,
supplémentaire que les policiers sont
s’ils nous voient comme une bande rivale
gérés par des gens qui ne savent rien
qui vient les ennuyer et pas comme les
de leur métier. J’ai même entendu un
représentants de la loi. On n’y peut rien
jour un administratif se plaindre au
s’ils nous balancent des bouches d’égout,
cours d’une réunion d’un policier qui ne
des batteries de voiture, des machines à
voulait pas être muté loin de sa femme :
laver ou des haltères d’un kilo qui pour‘Il est entré dans la police, il va falloir
raient aussi bien tomber sur leur mère
qu’il apprenne à divorcer à plusieurs
si elle passait par là.” » [...]
reprises !’ ” » g
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
38
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Opinions & controverses
Il faut poursuivre le combat
pour le droit d’asile
Par Pascal Brice
Camille MILLERAND
Faire vivre le droit
président de la République.
d’asile en ces temps de
Les obstacles sont
européens, alors même
crispations sociales,
que le nombre des arriidentitaires, de divisions,
vées a considérablement
est un combat. Depuis
baissé. La mise en échec
2015, partout en Europe,
là où l’accueil des réfudes règles de Dublin – les
giés est digne et maîtrisé,
pays d’arrivée dans le sud
il se passe bien ; là où
de l’Europe sont supposés
prévalent l’indignité et
exercer la responsabilité
de la demande d’asile –
le désordre progressent
est un poison lent. On a
les instrumentalisations
laissé ces pays à l’abande tous ordres.
don. Les conséquences
E n F r a n c e, o u i ,
directeur général
sont là. Et dans notre
depuis plus de dix
de l’Office français de protection
pays, des demandeurs
ans, l’augmentation
des réfugiés et apatrides
de la ­demande d’asile
sont contraints d’attendre
– 100.000 en 2017 –
dans des campements ou
est régulière. Une part
des centres un hypothétique retour vers ces pays européens,
relève plus de la misère que des guerres
suscitant l’incompréhension des élus,
et des persécutions – effet de la fermeture des politiques m
­ igratoires depuis les
des travailleurs sociaux et des riverains.
années 1970 – mais 40 % des demandeurs
Il est d
­ ésormais urgent que, comme le
ont été protégés en 2017 ; plus de 45.000
propose le président de la ­République, des
– un record – qui ont fui la Syrie, le
règles européennes remettent de l’ordre
Soudan, l’Afghanistan, l’Érythrée.
par le droit. La solution ne saurait résiIls contribuent à la vie de notre pays
der, comme certains sur le continent le
– jusqu’au gouvernement et à l’équipe
prônent désormais sans fard, dans une
de France de football. Non, la France
Europe sans demandeurs d’asile qui
ne connaît pas de submersion. Nous
externaliserait leur prise en charge vers
sommes bien loin du million de demanla rive sud de la Méditerranée. Comment
deurs en Allemagne en 2015. D’où vient
vivre dans une Europe qui aurait choisi
alors, au-delà des instrumentalisations
de ne plus voir le visage des persécutés ?
où alternent xénophobie et surenchère,
Il convient de prendre en compte
des réfugiés dans les pays de transit
que nous ayons ces difficultés à faire face ?
Pourquoi ces campements dans certaines
avec le HCR [Haut-­Commissariat aux
de nos villes ?
réfugiés], de mettre en place une agence
C’est que nous devons collectivement
européenne de l’asile indépendante, de
nous donner les moyens d’avancer dans
créer dans les ports du Sud, à l’arrivée des
le sens fixé en juillet 2017 à Orléans par le
­bateaux, des centres contrôlés d’instruc-
tion de la ­demande d’asile – pour aider
prioritairement les pays européens dont
les ports « sûrs » sont les plus proches
des naufrages à assumer leurs responsabilités. Les missions de protection de
l’Ofpra [Office français de protection des
réfugiés et apatrides], comme d’autres
organismes européens, l’ont préfiguré
ces dernières semaines dans des ports
espagnols, italien et maltais pour permettre l’accueil en France de passagers,
notamment ceux de l’Aquarius. C’est là
que réside une solution digne, solidaire
et maîtrisée pour l’accueil des réfugiés.
Mais les obstacles sont aussi nationaux
– et d’ordre largement culturel. J’ai été
frappé, cet été, par l’apparition de campements au cœur même de Nantes, après
Paris, Metz, etc. Qui peut croire que ce
serait l’effet d’une générosité « excessive » dans cette région ? C’est d’abord
le fruit de notre difficulté ­collective à
apporter des réponses nouvelles et à faire
appliquer le droit dans toutes ses dimensions. Ces demandeurs d’asile devraient
être hébergés ; ils ne le sont pas. Ce n’est
pas conforme à la dignité humaine et
cela fabrique du rejet là où il n’existe pas.
Les demandeurs d’asile doivent avoir
sur l’ensemble du ­territoire un accès
rapide à la procédure, être hébergés
y compris en inventant des solutions
nouvelles en lien avec la société ; voir
leur demande rapidement instruite.
À l’issue de l’instruction, le droit doit
s’appliquer : intégration volontariste de
ceux qui obtiennent l’asile ou retour dans
le pays d’origine. Il conviendra aussi de
s’interroger sur la situation de personnes
en détresse humanitaire qui ne correspondent pas au droit d’asile, des déplacés
climatiques ou de l’immigration économique légale. Mais cela ne relève pas de
la responsabilité de l’Ofpra, qui ne doit
s’occuper de rien d’autre que du droit
d’asile. C’est par la fidélité à ce droit, la
recherche de solutions européennes, une
capacité à sortir des réflexes bureaucratiques et à inventer avec les acteurs de la
­société un accueil digne et ordonné que
nous pourrons collectivement gagner ce
­combat vital. g
Le sport doit
financer le sport
Par Denis Masséglia*
Le sport, c’est 17 millions de licenciés et 35 millions de pratiquants, soit plus d’un Français sur
deux. Le sport, c’est une explosion de revenus
générés grâce aux plus grandes compétitions, tant
sur le plan des droits que sur celui des paris sportifs
dont les mises ont atteint 6 milliards d’euros cette
année. Les salaires et donc les impôts sur le revenu
au bénéfice de l’État s’envolent dans le football
mais aussi dans le rugby. Les grands événements
sportifs organisés dans notre pays depuis 2010
génèrent des retombées économiques toujours plus
importantes. Sans compter les impacts du sport sur
tous les segments de la société, par l’insertion, la
santé, l’éducation, la mixité, l’inclusion… Le sport,
c’est 2 % du PIB.
Une part qui ne cesse d’augmenter. Et pourtant,
le sport, c’est à peine 0,4 % du budget de notre
nation (professeurs d’EPS compris). Et ses crédits
sont toujours un peu plus orientés à la baisse.
Comment comprendre que ce qui touche des
­millions de personnes, venues célébrer dans la rue
les étoiles accrochées par des champions formés
par des bénévoles passionnés dans des clubs de
quartier ou de villages, ne soit pas mieux considéré ?
Pourquoi le sport ne récolte-t-il pas les justes
bénéfices de ce qu’il rapporte à l’État et à la société ?
Pourquoi la part des paris sportifs n’augmente-telle pas en retour pour venir financer un s­ ystème
de formation unique ? Nous demandons aux
­parlementaires et au gouvernement de reverser
au mouvement sportif la part de cette croissance
qui lui revient.
Pour que la France devienne la nation sportive
que le président de la République appelle de ses
vœux, il devient urgent de trouver un financement
à la hauteur de ce que représente le sport français.
Le sport compte.
C’est le compte qui n’y est pas.
Pour que le sport finance le sport. g
* Président du Comité olympique et sportif français
Le populisme n’est pas un humanisme
Il est très
La semaine
d’Anne Sinclair sympathique,
ce jeune homme
décontracté,
chemise
froissée, visage
rond, mèche
ébouriffée,
yeux étonnés
et attentifs.
Né en 1982 en
Allemagne de
parents polonais, il a vécu en
Europe, désormais aux ÉtatsUnis, et parle un français
parfait. Yascha Mounk,
professeur de sciences
politiques à Harvard, invité
ce soir-là par la Fondation
Jean-Jaurès et l’Institut
Montaigne, est au centre des
réflexions, alors que la Suède
nous alarme, et que Trump,
Salvini, Orban, ne cessent
de nous hanter. Il publie Le
Peuple contre la démocratie,
aux éditions de l’Observatoire,
déjà best-seller mondial.
« Il y a des décennies où
l’Histoire avance lentement,
puis quelques brèves années où
tout change en une fois », dit-il
dans son livre. Nous y sommes.
La montée fulgurante du
populisme est LE sujet du
moment : il y a encore vingt-
cinq ans, ceux qui vivaient en
démocratie en étaient fiers.
En 2016, dans un sondage
Ipsos publié par Le Monde, un
tiers des Français estimaient
que « d’autres systèmes
politiques peuvent être aussi
bons que la démocratie ».
Pour Mounk, le modèle
des démocraties libérales,
mélange de souveraineté
populaire et de libertés
fondamentales, craque de
toutes parts et peut mourir
face à l’alternative populiste.
C’est en effet une erreur de
penser que les démocraties
sont libérales (au sens
politique du terme) par
nature. Il y a des démocraties
sans libertés, et des régimes
libéraux peu démocratiques.
La Hongrie, où le régime
d’Orban pratique l’arbitraire
contre la presse ou contre des
institutions indépendantes,
est l’exemple même d’une
démocratie antilibérale dont
les dirigeants ont été élus
démocratiquement, et disent
respecter la volonté populaire.
Quant au libéralisme
politique, garant des libertés
fondamentales, dans des pays
comme la France, l’Allemagne,
l’Espagne, il n’est pas toujours
pleinement démocratique :
Mounk prend – pour justifier
son raisonnement, mais pas
toujours à bon escient –
l’exemple de l’eurozone,
où les électeurs reprochent
aux technocrates de se passer
de leur avis.
Les populistes se nourrissent
de la stagnation du niveau
de vie et de la forte
progression des inégalités.
Du passage, aussi, de
démocraties ethniquement
homogènes à des démocraties
multiculturelles, où les
citoyens les plus fragiles
se sentent désemparés. Du
sentiment enfin, de la perte
de contrôle des États-nations.
D’où la popularité, aux ÉtatsUnis, mais aussi en Pologne, en
Hongrie, en Turquie, en Italie,
de personnalités qui se vantent
de bousculer le statu quo, et
d’envoyer balader les élites,
face à d’autres (comme les
sociaux-démocrates italiens
ou suédois) qui plaident
pour une politique modérée
de changement. Mieux vaut
savoir ce qu’est le populisme
de Trump ou de Salvini, car
l’excommunier au nom de la
morale est contre-productif, et
nous empêche de comprendre
sa force d’attraction. C’est la
force dérangeante du livre.
L’analyse de Yascha Mounk est
incisive, mais ses recettes pour
résister sont minces : changer,
bouger, s’engager, inventer une
politique nouvelle. N’a-t-on
pas déjà essayé ? Ne risquet-on pas de ne persuader
que ceux qui votent, ceux
qui sont précisément inclus
dans la société ? Quant aux
autres pistes – « domestiquer
le nationalisme », retourner
à la force des États-nations,
« réparer l’économie »,
investir dans l’éducation,
chercher à « inoculer la vertu
à la jeunesse, comme Platon,
Cicéron ou Rousseau ! » –,
elles sont un peu naïves. Des
citoyens en éveil, le retour de
la raison, refuser la critique
radicale, privilégier un centre
raisonnable, Yascha Mounk
serait‑il un macronien qui
s’ignore ?
L’effervescence du moment
sur les questions qui fâchent
se poursuit avec le livre de
Daniel Cohen Il faut dire
que les temps ont changé…,
chez Albin Michel. Dans un
ouvrage stimulant lui aussi, il
rappelle les illusions de Mai68 et celles du libéralisme qui
suivit, qui n’a pas « ruisselé »
et a « sacrifié [les classes
populaires] sur l’autel de
la cupidité ». Il ausculte
également la société digitale
dans laquelle nous sommes, la
nécessité de la critiquer mais
son caractère inéluctable sur
la croissance et sur nos vies.
S’il est plus optimiste
que Mounk sur l’homme
numérique maîtrisé, il le
rejoint dans son analyse de
la crise de confiance dans la
démocratie. Il décrit l’annus
horribilis de 2016, la victoire
du Brexit et de Trump, et va
même plus loin. S’il se défend
de voir dans la montée du
populisme un danger égal
à celui des années 1930,
il cite quand même
longuement Hannah Arendt
et son analyse des Origines du
totalitarisme. Qu’il ne peut
s’empêcher de comparer
avec la dissolution de
la société industrielle,
la dégradation de notre vie
publique, la crainte
de l’exclusion, et la haine de
l’ordre établi. Et l’on voudrait
que ce soit rassurant ? g
J.-F. Paga
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
39
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
Opinions & controverses
Alexandre Benalla
a le droit de mentir
« Chacun
l’aura compris,
la commission
des lois du Sénat
fait peu de droit
et beaucoup
de politique »
Par Raphaël Gauvain
reil d’État dans cette
rie, pas d’homme poliaffaire. »
tique engagé. Il s’agit, à
Nuance fort délil’évidence, de la dérive
cate du président LR
individuelle d’un collade la commission des
borateur du Président.
lois. C’est en réalité
Pour justifier de leur
une fiction juridique.
comportement, les sénaCar l’affaire forme un
teurs invoquent des prétout. Demain, sans le
cédents, et notamment
l’audition de Jérôme
moindre doute, les
Cahuzac en juin 2013.
juges interrogeront
Alexandre Benalla
C’est oublier le caractère
sur son rôle au sein
surréaliste et infamant de
Député LREM de Saône-et-Loire,
de la présidence afin
cet interrogatoire. Seul,
membre de la Commission des lois
d’apprécier son comles mains agrippées aux
de
l’Assemblée
nationale,
portement le 1er mai,
accoudoirs, le regard
ancien avocat pénaliste
et prononcer ainsi
fuyant, l’ancien ministre
une sanction. Il n’y a
se retranchait alors derpas de distinction possible.
rière le secret de l’instruction face aux
Surtout, il n’appartient pas au préassauts incessants de ses anciens amis.
sident de la commission des lois de
À l’époque, au mépris des droits de la
décider des faits pour lesquels un indidéfense, il s’agissait de mettre en scène
vidu est susceptible d’être poursuivi.
une humiliation publique.
Philippe Bas n’est pas le gardien de cette
C’est probablement ce qui attend
règle. En vertu de l’article 40-1 du code
Alexandre Benalla la semaine prode procédure pénale, seul le procureur
chaine. C’est d’ailleurs ce qui explique,
de la République dispose en France de
sans doute, sa réaction maladroite de
l’opportunité des poursuites.
la semaine passée. Chacun l’aura comL’entêtement du Sénat est d’autant
pris, la commission des lois du Sénat
plus blâmable que cette audition est
fait peu de droit et beaucoup de poliparfaitement inutile à la manifestatique. Le risque aujourd’hui est que les
tion de la vérité, Alexandre Benalla
sénateurs s’érigent en juges et déstabiayant annoncé qu’il conserverait le
lisent nos institutions. La séparation
silence et un grand nombre d’audides pouvoirs doit être préservée, quels
tions ayant déjà été réalisées. Chacun
que soient les intérêts politiciens en
le sait, l’affaire Benalla ne sera jamais
jeu. Respecter la Constitution est un
une affaire d’État. Il n’y a pas de police
impératif. L’équilibre est fragile. C’est
parallèle à l’Élysée. Pas de barbouzenotre bien commun à tous. g
G. Le Goff/panoramic
Le Sénat entendra, mercredi,
Alexandre Benalla. Au début de son
audition devant la commission d’enquête, ce dernier prêtera serment de
dire « la vérité, toute la vérité et rien
que la vérité ».
La difficulté est qu’Alexandre Benalla
est aussi mis en examen dans cette
affaire. Dès lors, au titre de l’article 63-1
du code de procédure pénale, il bénéficie du droit de se taire. C’est l’exercice
d’une liberté publique fondamentale. Il
s’agit de garantir le droit, constitutionnellement reconnu à tout citoyen, de ne
pas participer à sa propre incrimination.
Alexandre Benalla a droit au silence. Il
a même le droit de mentir.
Conscient de l’obstacle juridique, le
Sénat s’est engagé à ne pas entendre
l’ancien chargé de mission de l’Élysée
sur les violences du 1er mai pour lesquelles il est mis en examen. M. Bas, qui
préside cette commission, l’a promis :
« Nous ne lui poserons aucune question
en lien avec des faits qui font l’objet
d’une enquête judiciaire. Notre souhait
est d’établir une vérité factuelle sur la
manière dont a dysfonctionné l’appa-
Dépression élyséenne
rouge vif
Emmanuel,
il faut te lever,
maintenant. Ce
sont les Journées
du patrimoine,
nous devons faire
visiter l’Élysée
aux Français.
– Non, Brigitte,
anne Roumanoff
je reste couché !
Quelle rentrée
pourrie ! On n’est
que le 16 septembre et je suis déjà
épuisé par tout ce qui me tombe
dessus. Écoute ces quelques lignes
que j’ai griffonnées dans mon
journal intime :
« Nicolas m’a quitté sans même se
retourner,
puis Flessel, rattrapée par sa fiscalité,
a démissionné.
Mes sondages de popularité se sont
effondrés,
entre les Français et moi, le désamour
est consommé.
On me cloue au pilori après m’avoir
porté aux nues,
on m’a idolâtré, maintenant l’on me
conspue. »
Tiens, je pourrais écrire ces
quelques vers sur un tee-shirt et le
vendre dans la boutique de l’Élysée.
– Est-ce que c’était bien nécessaire,
cette vente de produits dérivés pour
financer les travaux de rénovation ?
– Ils font ça à la Maison-Blanche et à
Londres pour les Windsor, et tout le
monde trouve ça formidable.
– Le mug à ton effigie ou le teeshirt brodé « Première Dame » par
Le Slip français à 55 euros, je ne suis
pas sûre que ça élève la fonction
présidentielle…
– J’essaie juste de transformer
la France en start-up nation en
commercialisant des goodies. Je n’en
peux plus de ces Gaulois réfractaires
jamais contents qui râlent tout le
temps !
– Enfin, Emmanuel, on dirait que
tu es surpris de ce qui arrive ! Tu te
doutais bien que l’état de grâce ne
pouvait pas durer éternellement.
– J’ai tellement observé et analysé
l’échec de Hollande que je pensais
qu’en faisant tout le contraire
j’éviterais ce désamour.
« Ô brutalité des médias versatiles !
Ô inélégance de leurs pratiques viles !
On m’a reproché de favoriser les
riches
et de négliger le pouvoir d’achat des
retraités,
mais quand je lance un grand plan
antipauvreté
à peine consentent-ils à l’évoquer. »
– François Hollande passait son
temps à sympathiser avec les
journalistes. Du coup, même quand
ils le critiquaient, ils le faisaient non
sans une certaine tendresse. Toi, tu
es un premier de la classe qui tombe
brutalement de son piédestal. C’est
normal qu’ils s’en donnent à cœur
joie pour te piétiner.
– « Depuis la Coupe du monde, j’ai
perdu la vista,
cette affaire Benalla me colle comme
un sparadrap.
J’avais cru bien faire en appelant le
président du Sénat
mais Larcher, le traître, l’a partout
relaté
et voilà qu’on m’accuse de ne pas
respecter
la séparation des pouvoirs entre le
Sénat et l’Élysée. »
– Franchement, Emmanuel, ce
coup de fil n’était peut-être pas
indispensable. Tu aurais pu tout
aussi bien envoyer un émissaire
discuter en toute discrétion avec
Larcher pour calmer le jeu.
– « Mais qui aurais-je bien pu
envoyer ?
Kohler, soupçonné de conflit
d’intérêt ?
Ferrand et son bail immobilier
contesté ?
Castaner, qui ne brille pas par sa
subtilité… ?
Je suis bien mal entouré, je le sens,
je le sais.
Heureusement, Brigitte, tu es là pour
me réconforter. »
– Allez, arrête de t’apitoyer sur ton
sort, Emmanuel. Debout !
Lève-toi et marche ! g
Inaptes
à gouverner
E
st-ce la politique qui rend fou ? Les
tyrans sont-ils des psychopathes par
définition ? Et faut-il nécessairement
tuer pour entrer dans la compétition de ces
bouchers contemporains dont Jean-Luc
Hees décrypte le parcours ? Observateur
de l’actualité internationale et ancien correspondant à Washington, il n’a pas voulu
singulariser Donald Trump, diagnostiqué
sociopathe par d’éminents psychiatres qui
ont témoigné devant le Congrès. Bien au
contraire. Il a fait du président américain
un dirigeant qui partage avec tant d’autres
le déni de la réalité, le
rejet viscéral de la critique et le besoin d’être
craint et adulé.
Assad côtoie ainsi le
Nord- Coréen Kim
Jong-un, le Philippin
Duterte, le Vénézuélien
Maduro, le Tchétchène
Kadyrov, l’Érythréen
Afwerki et quelques
Ces psychopathes
autres profils hors
qui nous gouvernent
normes. Comme si
Jean-Luc Hees,
l’ivresse du pouvoir et
Plon, 336 p., 19.90 €.
la tentation de le garder
à vie n’étaient aucunement une exclusivité géographique ou une
circonstance atténuante née du sous-développement. Une dictature sous le soleil des
tropiques est aussi féroce que sous la neige des
steppes et le sang des victimes ne connaît pas
de hiérarchie. Jean-Luc Hees nous rappelle
alors d’où nous venons. Nos lointains ancêtres
Caligula et Néron étaient des monstres sanguinaires et nos propres grands-parents ont
vécu au rythme des délires totalitaires de
Hitler et de Staline. En refermant ce livre,
on savoure un instant la chance d’être dirigés
par des êtres raisonnables mais on comprend
que « la banalité du mal » n’est jamais loin et
oblige à la vigilance. g
François Clemenceau
Toutes les vies
comptent
C
e sont des femmes évaporées dans
la nuit de Los Angeles. Pendant des
années, la police n’a pas fait le lien entre
plusieurs disparitions de proies innocentes,
tuées à South Central, le quartier déshérité
de la ville. Pourtant, un jour de 2010, Lonnie
Franklin Jr a été arrêté et
toute une sordide bobine
s’est dévidée : les corps,
jetés dans des contreallées ou des bennes à
ordures, avaient été abattus à bout portant par
cet homme entre 1985
et 2007. Installée en
Californie depuis huit
ans, la journaliste Cécile
Delarue a enquêté sur
Black-out, Les disparues
l’un des pires serial kilde South Central
lers de ce coin des ÉtatsCécile Delarue,
Unis. Son récit haletant,
éditions Plein Jour,
mené d’une plume ner240 P., 19 €.
veuse et délicate, mêle
les voix des principaux
protagonistes du dossier. Mais le livre, écrit
à l’ère de Black Lives Matter, vaut surtout
pour toutes ces vies qui sortent de l’ombre :
les victimes étaient noires et, si elles avaient été
blanches, on aurait mis plus d’ardeur à chercher ce qui leur était arrivé. Debra, Henrietta,
Barbara, Janecia et les autres ont désormais
un tendre tombeau. g
Anne-Laure Barret
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
40
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Lire
Le premier amour
transgression À travers une
passion entre un homme et
une femme plus âgée, Julian
Barnes raconte comment
notre première histoire
détermine notre vie entière
Entre eux, ce geste. Souvent, il lui
enserre les poignets. Il ne saurait
dire quand il a commencé à aimer
en faire le tour avec le majeur et le
pouce ; il ne saurait dire la signification exacte d’une telle habitude
intime. Est-ce une transfusion invisible de force ? Le premier amour
détermine notre vie entière. On
pourra aimer plus, on pourra aimer
moins, mais nous avons tous une
seule histoire d’amour à fragmentation lente. L’écrivain britannique
Julian Barnes raconte une histoire
d’amour entre un homme et une
femme, sur une vie entière. Il se
place à un certain niveau moral.
Les deux marqueurs sociaux, l’âge
et l’argent, ne sont pas le sujet entre
eux. La différence d’âge entre Susan
et Paul est ­importante, trente ans,
mais elle n’est jamais au centre de
leur relation. Les autres s’y intéressent, eux ne s’y intéressent pas.
L’amour est ce qui porte forcément
ailleurs. Dans un style sans effet et
sans affect, le romancier retrouve un
ton classique et un art mélancolique
pour déployer une passion sèche.
L’auteur multiplie les angles
pour saisir le substrat d’une seule
et même histoire. Le roman est
construit en trois parties. Il s’ouvre
sur une question : « Préféreriezvous aimer davantage, et souffrir
davantage ; ou aimer moins, et
moins souffrir ? » Le lieu commun
veut que l’on préfère l’intensité à la
tranquillité. La première partie est
à la première personne du singulier. On est dans le « je » de l’amour.
Un homme pondéré, Paul, prend
la parole. Il se souvient, il essaye
de se souvenir. Dans une banlieue
résidentielle, une vingtaine de kilomètres au sud de Londres, un club
de tennis. Nous sommes en été.
Paul, 19 ans, tombe amoureux de
Susan, 48 ans. Il s’apprête à partir à l’université ; elle est mariée
avec deux filles. Ils ont peu d’expérience sexuelle l’un et l’autre. Ils
sont semblables dans leur désir
d’une autre vie. Il est un garçon
distant avec ses parents ; elle est
une épouse malheureuse dans
son mariage. La deuxième partie
est essentiellement à la deuxième
personne du pluriel. On plonge
dans le « vous » de la colère. Ils
partent habiter à Londres. Paul
découvre que Susan est dépressive
et alcoolique. Il doit composer avec
la « peur panique » de la femme
aimée. Susan supplie Paul : « Ne
perds pas foi en moi. » La troisième
L’écrivain britannique Julian Barnes chez lui, au nord de Londres, à la fin 2017. URSZULA SLOTYS
partie est à la troisième personne
du singulier. Paul a vieilli. On est
dans le « il » de la nostalgie.
Le singulier et l’universel,
l’intime et le collectif
Susan interroge Paul : « Pourquoi
tout le monde doit-il être pareil ? »
Julian Barnes tisse le singulier et
l’universel, l’intime et le collectif.
On retrouve, plusieurs fois, des
idées fixes et des phrases fortes.
Nous avons tous une seule histoire,
nous cherchons tous un lieu sûr,
nous avons tous vécu une histoire
d’amour, nous désirons tous, à un
moment, une autre vie. Seuls les
anicroches, les détails, les variations existent. Nous sommes dans
le présent, face à l’autre, mais avec
un passé. Paul hérite du passé de
Susan. Elle a une « pré-histoire »
vitriolée. Susan a subi des décennies
d’humiliations verbales, d’absence
de sexe, de violence conjugale. Paul
a lu quelque part qu’un trait courant, dans l’attitude des hommes
envers les femmes, réside dans
le « fantasme de sauvetage ».
L’attirance pour Marilyn Monroe
reste le parangon de cette théorie
psychologique. Paul va ainsi se
rendre compte qu’il n’obéit à aucun
« fantasme de sauvetage » concernant Susan. On est dans la réalité
brute. Il doit réellement la sauver
et échouera à le faire. Il lâchera ses
poignets qu’il tenait si fermement
entre le pouce et le majeur.
Le personnage de Joan, amie
de Susan puis de Paul, apparaît
comme leur ombre inversée. Son
franc-parler, son gin, ses cigarettes,
son bridge, son isolement, son cœur
cassé. Paul vient demander de l’aide
à Joan. Elle répond alors par la règle
d’or de l’amitié : « Primo, je ne veux
connaître aucun détail. Deuzio, que
puis-je faire pour toi ? » Paul s’est
trompé. Il a longtemps été fier de
son amour transgressif, en faisant
un garçon au-dessus du lot ; il a
longtemps cru en la force des sentiments, censée entraîner la force
du bonheur. La question est partout
Deux états
intérieurs
en lutte l’un
contre l’autre :
la vérité et
l’amour
dans leur histoire : « Préféreriezvous aimer davantage, et souffrir
davantage ; ou aimer moins, et moins
souffrir ? » Paul va passer d’une
vie en dehors des sentiers battus
à une vie à l’abri de toute douleur.
D’un excès à l’autre. Le paroxysme
émotionnel puis le pragmatisme
émotionnel. L’écrivain dissèque
les peaux mortes de l’amour avec
une cruauté des corps et une solitude des sentiments. Il s’intéresse,
comme son personnage, à deux
états intérieurs en lutte l’un contre
l’autre : la vérité et l’amour. Car à
un moment, le social refera surface
avec une brutalité inattendue (le
lourd passé de la femme aimée, les
crispantes inégalités d’argent) pour
nous dire que lorsqu’on est amoureux, on n’est pas seuls au monde.
Son assurance à lui, son innocence à elle. Susan désire trans-
mettre à Paul une seule leçon de vie :
les hommes et les choses ne sont pas
ce qu’ils ont l’air d’être. Les écrivains sont là pour faire du petit bois
des apparences vernissées. Julian
Barnes évite, un à un, les différents
clichés. Il s’agit, entre Susan et Paul,
d’une pure histoire d’amour. Susan
n’est pas un substitut maternel, mais
une femme aimée. Susan ne délivre
pas une éducation sexuelle, elle en
serait bien incapable. Ils sont à égalité. Susan et Paul sont restés une
douzaine d’années sous le même
toit, mais leur histoire a jeté ses rets
sur la totalité de leur existence. Les
mystères de l’amour ne sont pas ici
une vision surannée et éculée des
jours de la vie. Le romancier rappelle que le premier amour arrive
à la première personne et se vit au
présent incandescent. Tout ce qui
fait le reste (les gens et leurs jugements, les années et leurs cruautés)
surgit comme une traîne poussiéreuse. Joan désire transmettre à
Paul, à son tour, une seule leçon
de vie : il ne faut jamais se préoccuper de ce que l’on dit de nous.
Le mariage de Susan et ­Gordon
Macleod était une mascarade.
L’adultère est une conséquence et
non une cause.
Réflexions sur la passion
et l’écriture
L’auteur d’Une fille, qui danse
retrouve ses grands thèmes de
moraliste de la nature humaine.
La fixité amoureuse, la mémoire
défaillante, l’introspection, l’opacité
des amours, le conformisme des
gens. Réflexions sur la passion et
l’écriture. Car les écrivains, aussi,
sont toujours l’auteur d’un seul
grand roman acméique ; car les
écrivains, aussi, reviennent tou-
jours à leurs obsessions latentes ;
car les écrivains, aussi, écrivent
toujours un seul et même livre aux
variations infimes et infinies. Toute
littérature s’emploie à lutter contre
le passage du temps. Le personnage
de Paul tente de se souvenir, du
mieux qu’il peut, de la réalité de
sa vie d’avant-hier. Certaines choses
essentielles ont été oubliées ; certaines choses superficielles resurgissent. Il découvre à quel point des
sentiments antinomiques peuvent
­cohabiter au sein d’un même cœur.
L’exaspération et la compassion. Le
temps a passé. L’homme plus âgé se
­demande pourquoi lui, qui a été si
amoureux, ressemble à quelqu’un
qui n’a jamais été amoureux. Il
imagine le nombre de fois où ses
parents ont dû s’interroger sur
eux-mêmes et sur lui. Où se situe
le mauvais embranchement ? Mais
les deux femmes de sa vie, l’amie et
l’aimée, avaient sans doute raison
toutes les deux. Si les hommes ne
sont pas ce qu’ils ont l’air d’être, il
est inutile de se préoccuper de ce
que l’on dit les uns des autres. g
Marie-Laure Delorme
La Seule Histoire
Julian Barnes, trad. Jean-Pierre Aoustin,
Mercure de France, 272 p., 22,80 €.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
dimanche 16 septembre 2018
41
le journal du dimanche
Lire
Romantisme
au féminin pluriel
Rompre le silence
agitant les bras. Elle
Ça raconte Sarah…
Donc, le roman raconte
est elle-même le feu, le
Sarah, comment la nartournoiement de l’âme.
ratrice et elle se sont
Elle a l’apparence d’un
aimées, tellement
démon. Elle est belle à
aimées, que l’une au
Bernard Pivot
tomber par terre, désirable à crever. »
moins en mourra. Elles
de l’académie Goncourt
n’étaient ni l’une ni
Avec son quatuor,
Sarah voyage beaul’autre attirées par les
coup. Ses absences
femmes. À commencer
par celle qui dit je. Elle vit seule
sont des tortures pour les deux
avec une enfant dont le père a
femmes. Elle revient, impérieuse,
disparu. Elle a un nouveau comofferte ; elle repart en pleurant.
pagnon. Bulgare, épisodique. Il
Un jour, alors qu’elles échanne fera pas le poids. C’est la pregeaient sur Skype, la terre a tremmière année qu’elle enseigne au
blé au Japon. L’image tremblait
aussi, en sorte qu’elles ont vécu
lycée. Dans un dîner arrive en
retard une jeune femme, violoensemble, l’une de Tokyo, l’autre
niste de profession, qui parle et
de Paris, une secousse tellurique
rit trop fort, qui agace tout le
qui était comme une illustration
monde par son exubérance, son
de leur séisme amoureux.
mépris des usages. Elle impresSarah passe en un éclair de la
sionne aussi. C’est Sarah, 35 ans.
rage au chagrin, de la colère à
L a p re m i è re ré u s s i t e d e
la dévotion. Une passion incanPauline Delabroy-Allard (son
descente finit par brûler. Alors
identité est longue, ses phrases
on dit n’importe quoi, pourvu
courtes ou syncopées) est d’avoir
que l’autre en souffre. Sarah va
habilement – c’est son premier
jusqu’à reprocher à son amante
roman –, patiemment relaté
d’être une femme. Elle est tour à
comment ça s’est noué entre les
tour adorable et injuste, fragile
deux femmes. Les rendez-vous
et cruelle. Elle devient invivable.
impromptus, les déjeuners, les
« L’amour est voué à l’échec »,
écrit Pauline Delabroy-Allard.
concerts, Beethoven et ses quaSurtout quand il s’inscrit jour
tuors, le printemps à Paris. Les
et nuit dans la démesure. Elle
donne comme exemple de défaite
L’Amant. C’est bien d’avoir cité
Marguerite Duras. Son influence
sur l’écriture de Ça raconte Sarah
est flagrante. On en connaît qui
choisissent de moins brillantes
marraines pour entrer en littérature.
La jeune romancière cite aussi
Hiroshima, mon amour comme
lien entre l’amour et la mort.
On y va inexorablement. Sarah
a un cancer du sein. En même
temps, elle annonce à son amie
qu’elle ne l’aime plus, qu’entre
défauts de Sarah sont mainteelles, c’est fini. Le livre s’ouvre
nant des qualités. Elle parle,
sur leur dernière nuit d’amour.
elle questionne, elle raconte, elle
Sarah porte les cicatrices de son
est joyeuse, cultivée, toujours en
opération, elle est chauve. Pour
mouvement. « Elle est vivante. »
la narratrice, déjà l’image de la
C’est le compliment qui revient
mort. Alors, elle fuit Paris, elle
souvent sous la plume de la proabandonne son enfant, elle se
fesseure. « Elle est vivante », ça
réfugie à Trieste. Pour se guérir
se voit, ça s’entend, ça impresde sa passion. Elle jette son porsionne, ça subjugue, ça décontable. Plus aucun lien avec Sarah,
certe parfois, mais ça illumine,
sinon une blessure inguérissable
ça irradie. Sarah lui dit un soir :
tandis qu’elle met et remet sur
« Je crois que je suis amoureuse
une platine La Jeune Fille et la
de toi. »
mort, de Schubert.
Ensuite, c’est l’amour fou.
Romantisme pas mort. L’amour
Une passion de tous les jours,
fou, la mort fatale, les larmes
de toutes les nuits, de tous les
abondantes, « Je voudrais susinstants. Les élans du cœur, le feu
pendre la nuit », la mélancolie du
des corps, l’exaltation des esprits.
printemps, Schubert, l’écriture
Pas facile de raconter tout ça en
fiévreuse… g
évitant les grands mots et les
métaphores convenues. Pauline
Delabroy-Allard a une manière
très fascinante de filer une sorte
de prosopopée vibrante et sensuelle faite de notations précises,
de dialogues rapides, de détails
accumulés, de mots d’amour
répétés. Elles sont dans l’exaltation, l’enchantement, la furia.
Ça raconte Sarah, sa beauté, sa
nudité, ses audaces, ses impatiences, ses foucades, son violon.
Ça raconte Sarah
« Dans un dîner […] elle explique à
Pauline Delabroy-Allard,
Les Éditions de Minuit, 190 p., 15 €.
des amis ce que signifie con fuoco
sur une partition. Elle parle en
« Tu es mariée ? » Cette question
est peut-être celle que Carolin
Emcke a le plus souvent entendue
lorsque, reporter de guerre, elle
sillonnait les zones de conflit du
Proche-Orient, à la rencontre de
femmes et d’hommes et de femmes
qui auraient pu ne pas comprendre
sa réponse, son désir orienté vers
les personnes du même sexe. Si
l’évidence de ce désir s’impose
désormais avec bonheur et fierté,
l’auteure n’ignore pas le chemin
parcouru depuis les bancs de
l’école où garçons et filles étaient
séparés en fonction de leur sexe
« avant même que les corps en aient
pris conscience », où l’éducation
sexuelle n’avait d’autre objectif
que de prévenir les grossesses
non désirées au lieu d’aider de
jeunes adultes à s’épanouir dans
leur sexualité.
Une passion
de tous les
jours, de
toutes les
nuits, de tous
les instants.
Un séisme
amoureux
TABOUS L’ancienne reporter
de guerre Carolin Emcke,
auteure de « Contre la haine »,
plaide pour le droit d’aimer
et de désirer en toute liberté
Réinventer sa sexualité
À travers son propre exemple, mais
également celui, malheureux, de
Daniel, rejeté par ses camarades
de classe à cause de son homosexualité, et de témoins qui ont
croisé sa route, Carolin Emcke
décrypte la manière dont le désir
naît et grandit en chacun de nous,
comment il peut devenir source de
souffrances s’il est contrarié, ou
transcender une existence s’il lui
est possible de s’épanouir pleinement. Rejetant l’hypothèse selon
laquelle l’orientation sexuelle
d’un individu reste la même sa
vie durant, « afin de nous apparaître nous-mêmes cohérents dans
la formation de notre être », elle
démontre avec clarté que la sexualité peut se réinventer à différents
âges, différents moments de la vie,
et que la découverte de soi, si elle
s’affranchit des frontières sociales,
religieuses, familiales, n’a pas de
raison de craindre l’inconnu.
Pour autant, aimer dans l’Allemagne contemporaine n’a pas les
mêmes conséquences que dans les
pays où des individus « souffrent
encore du silence oppressant le
désir ». Rendant hommage à ceux
qui se sont battus et continuent de
se battre pour la reconnaissance
d’une parité entre hétéros et homosexuels, la journaliste n’oublie
pas que l’Allemagne dans laquelle
elle a grandi a connu ce même si-
lence et que nombre d’existences
lui doivent leur malheur. Parce
qu’elle prend désormais part à
cette lutte, la rédaction de cet
ouvrage lui a semblé aussi essentielle que la défense des droits fondamentaux, parmi lesquels celui
d’aimer et de désirer en toute liberté. Tout aussi essentielle nous a
semblé sa lecture, pour, à ses côtés,
contribuer à « exténuer jusqu’au
bout la culpabilité apprise, grâce
à une vie débordant de désir et de
jouissance ». g
Laëtitia Favro
Notre désir
Carolin Emcke,
trad. Alexandre Pateau,
Le Seuil, 240 p., 19 €.
Prix de la littérature arabe 2018 à Omar Robert Hamilton
Le prix de la littérature
arabe, créé par la Fondation
Jean-Luc Lagardère et
l’Institut du monde arabe, a
été décerné à La ville gagne
toujours (Gallimard), du
réalisateur anglo-égyptien
Omar Robert Hamilton, né
en 1984. Dans ce premier
roman puissant, l’auteur,
acteur des événements de
la place Tahrir, raconte
la révolution égyptienne
de 2011 et ses doulou-
reuses défaites. Portrait
d’une génération d’activistes égyptiens depuis
la chute de Moubarak
jusqu’à la dictature militaire, écriture visuelle,
fresque romanesque,
précision du reportage.
Le roman d’Omar Robert
Hamilton, reconnu comme
une œuvre importante
sur le printemps arabe, ne
referme pas définitivement
les portes de l’espoir. g
LA RENCONTRE DE
DEUX FRATERNITÉS
RENTRÉE LITTÉRAIRE - PLON
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
42
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Plaisirs
Cinéma
Joaquin Phoenix.
Shanna BESSON
Audiard
à la
conquête de
l’ouest
RÉUSSITE Dans
« Les Frères Sisters »,
son premier film
américain et en
anglais, le cinéaste
réinvente le western
CAMPAGNE Avec ses
acteurs hollywoodiens
et un plan marketing
huilé, son hommage au
Far West vise les Oscars
L
Envoyée spéciale
Toronto (Canada)
e week-end dernier,
Les Frères Sisters, le nouveau long
métrage de Jacques Audiard, a électrisé les festivals. D’abord en décrochant le Lion d’argent du meilleur
réalisateur à Venise, puis en provoquant une avalanche de critiques
dithyrambiques à Toronto de la
part de la presse internationale.
Le site américain ­RottenTomatoes,
baromètre quasi infaillible pour la
prédiction de l’avenir des films en
salles, lui a ainsi attribué un exceptionnel 87 % d’avis favorables. De
bon augure avant la sortie aux
États-Unis, le 21 septembre, fixée
bien en amont à une date idéale
pour donner le coup d’envoi de la
campagne pour les Oscars. D’où
le refus du producteur américain
(Annapurna) de présenter le film
à Cannes en mai, trop en avance.
Dans l’obsédante course aux statuettes à laquelle se livrent les studios, les festivals de Venise et de
Toronto ont l’avantage du timing.
Samedi dernier, Jacques A
­ udiard
est évidemment passé à la fête organisée par le magazine I­ nStyle, la
plus courue du festival canadien,
car elle rassemble les influents
membres de l’association des
journalistes étrangers basés à
Hollywood. Ceux qui votent pour
les Golden Globes, première étape
avant les Oscars. Dans la foulée, le
cinéaste entame une tournée de
promotion aux États-Unis, suivant
un plan marketing parfaitement
huilé. Mais il ne veut pas encore
trop y penser, essayant de trouver
le temps pour écrire en compagnie
de son coscénariste Thomas Bidegain. « Ça va juste me rendre fou si je
ne peux pas me concentrer sur mon
prochain projet, explique-t-il. Attention, je ne crache pas dans la soupe !
Je me suis déjà plié à la campagne
dans le passé [pour Un prophète,
nommé pour l’oscar du meilleur
film étranger en 2010]. Les retours
positifs rassurent forcément, mais je
Les Frères Sisters iiii
De Jacques Audiard, avec John C. Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal et Riz Ahmed.
1 h 57. Sortie mercredi.
En 1851, dans l’Oregon, les frères Elie et Charlie Sisters sont des mercenaires
sans états d’âme qui gagnent leur vie en tuant des hommes pour le compte
d’un potentat local. Ils sont chargés de traquer un chimiste qui fait route vers
la Californie… La scène d’ouverture donne le ton : une fusillade en pleine nuit
ressemblant à un feu d’artifice, une grange qui brûle, un cheval en feu au galop,
les silhouettes des héros qui se dessinent. Jacques Audiard s’aventure dans
l’Ouest sauvage et réinvente le western : crépusculaire, farouchement épris
de liberté, débordant d’humanité. Ce récit initiatique déguisé en road movie
impressionne par sa mise en scène qui s’approprie tous les codes du genre
pour mieux s’en affranchir. On est époustouflé par la densité du scénario,
parfois impitoyable et souvent drôle. Sans oublier la photographie sublime de
Benoît Debie et un quatuor de comédiens extraordinaires. Indispensable. S.B.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
43
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
Cinéma
ne me projette pas. » D’autres s’en
chargent pour lui tant Les Frères
Sisters réunissent toutes les qualités
nécessaires, pas seulement artistiques, pour plaire à l’Académie. À
commencer par leur sujet.
The Artist (2011), de Michel
Hazanavicius (cinq oscars), rendait hommage à l’âge d’or de
Hollywood. Les Frères Sisters se
souviennent de la ruée vers l’or,
de la conquête de l’Ouest. Un pur
western fédérateur qui évoque
des valeurs chères au pays de
l’oncle Sam : le retour aux racines,
la famille, la fraternité. Jacques
Audiard dit pourtant ne pas être
spécialement fasciné par le genre,
même s’il apprécie les classiques
d’Arthur Penn ou L’homme qui
tua Liberty Valance (1962), de
John Ford. « Le western appartient tellement aux Américains,
il est constitutif de leur cinéma et
de leur histoire. Il a une fonction
d’identification car ils y reconnaissent leurs désirs comme leurs
défauts, note-t-il. Des hommes sur
des chevaux avec des revolvers, cet
exotisme attisait ma curiosité. Mais
je voulais leur prêter autre chose,
faire une métaphore de la quête
de l’enrichissement, de la violence
d’un monde d’hommes. Et ajouter
une dimension de conte macabre
comme La Nuit du chasseur (1955),
de Charles Laughton. »
À l’origine du projet, il y a John C.
Reilly. Le comédien, abonné aux seconds rôles de prestige chez Martin
Scorsese (Gangs of New York), Paul
Thomas A
­ nderson (Boogie Nights),
Woody Allen (Ombres et Brouillard)
ou Roman Polanski (Carnage), a
acheté en 2011 les droits du livre
de Patrick DeWitt dont le long métrage Les Frères Sisters est l’adaptation. « Il est venu me le proposer
à Toronto l’année suivante. Je crois
que c’était le moyen de prendre sa
carrière en main, de tenir enfin le
devant de la scène qu’on ne lui aurait
sans doute pas offert à Hollywood.
Il a fait appel à moi parce que j’étais
« Le western
appartient
tellement aux
Américains. Ils
y reconnaissent
leurs désirs et
leurs défauts »
un réalisateur européen et qu’il
aimait mes films. Et moi j’avais le
désir depuis longtemps de travailler avec des acteurs américains qui
ont une façon d’exister autrement,
fermement, devant la caméra »,
raconte le Français aux multiples
récompenses, dont deux César du
meilleur réalisateur (De battre mon
cœur s’est arrêté, Un prophète) et
une Palme d’or (Dheepan).
Malgré une production à double
passeport, son film est bien
a­ méricain. Le tournage a eu lieu
en Espagne et en Roumanie avec
des techniciens hexagonaux, mais
exclusivement en anglais. Un choix
qui permet de cibler un public plus
large que celui des salles d’art et
d’essai où sont diffusés le plus souvent les productions étrangères
aux États-Unis, réfractaires aux
sous-titres. L’anglais, que ne parle
d’ailleurs pas Jacques Audiard,
permet également de briguer
les catégories reines aux Oscars
(meilleurs film et réalisateur). On
y revient…
Derrière le cinéaste, déjà nommé
pour le meilleur film étranger pour
Un prophète, c’est tout le casting
qui a ses habitudes à Hollywood.
John C. Reilly (pour Chicago),
Joaquin Phoenix ­( Gladiator,
Walk The Line, The Master) et
Jake ­G yllenhaal (Le Secret de
Brokeback Mountain) ont tous
eu au moins une nomination. Le
­compositeur Alexandre ­Desplat,
fidèle d’Audiard, a remporté deux
fois la récompense (The Grand
­Budapest Hotel, La Forme de l’eau).
Le rêve semble en marche pour le
metteur en scène. Il cingle, amusé :
« Je vais vous décevoir, je n’ai pas
de rêve américain. Si un gros studio
me faisait une proposition, je l’étudierais, mais je poserais de telles
conditions qu’il refuserait ! Je me
sens tellement libre en France. Je
ne vois pas pourquoi je sacrifierais
cet avantage. » g
Stéphanie Belpêche
Des westerns made in France
CHEVAUCHÉES Jacques Audiard
est loin d’être le premier
Français à se frotter au genre.
Mais le succès a rarement
été au rendez-vous
Cineraid
Dès 1910, À travers la plaine, de
Jean Durand, en noir et blanc,
muet, ouvre le bal. Le réalisateur,
prolifique, récidive avec notamment Aux mains des bandits,
L’Amour du ranch et Les Aventures
d’un cow-boy à Paris, des titres
évocateurs qui traduisent sa fascination pour le modèle américain.
En 1919, Julien Duvivier tente à son
tour l’aventure avec Haceldama
ou le Prix du sang, dont l’action
se situe en Corrèze ! Dans les années 1950, le cinéma français tente
même un mélange entre western et
humour franchouillard. L’occasion
de quelques récréations improbables pour des comiques tels que
Fernand Reynaud (Fernand cowboy, 1956), Bourvil (Sérénade au
Texas, 1958) et Fernandel (Dynamite Jack, 1961), (photo).
Dans le même temps, l’Italie s’approprie avec panache le
thème spécifiquement américain
des cow-boys du Grand Ouest en
développant un sous-genre devenu culte, le western spaghetti.
Avec comme chef de file Sergio
Leone et ses classiques sublimés
par la musique d’Ennio Morricone : Pour une poignée de dollars (1964), Le Bon, la Brute et le
Truand (1966) ou Il était une fois
dans l’Ouest (1968). Les succès italiens encouragent alors le cinéma
français à regoûter aux duels et
aux chevauchées dans la poussière.
Fernandel dans
« Dynamite Jack »,
réalisé par Jean
Bastia en 1960.
Dans La Bataille de San Sebastian
(1968), Henri V
­ erneuil dirige pour
la MGM Anthony Quinn et Charles
Bronson dans les décors des Sept
Mercenaires. Robert Hossein,
façon Clint ­Eastwood, embarque
Michèle Mercier dans une histoire
de vengeance pour Une corde, un
colt (1969).
Pochade et folklore
Mais on retombe rapidement dans
le western pochade et folklorique.
Jean Giraud, après la saga culte du
Gendarme de Saint-Tropez, dégaine
Le Juge (1971), inspiré d’un album
de Lucky Luke, avec Hossein et
Pierre Perret. Christian Fechner
a l’idée de tourner Les Charlots au
Far West, mais le projet est vite
abandonné. Christian-Jaque réunit
Brigitte Bardot et Claudia Cardinale dans la parodie sexy Les Pétroleuses (1971), où les deux stars font
le coup de poing dans une ville du
Texas nommée Bougival Junction !
Fan de westerns, Claude Lelouch
s’y met avec Un autre homme, une
autre chance (1977), une histoire de
pionniers plutôt réussie, tournée
aux États-Unis avec James Caan
et Francis Huster. Le choc des
cultures !
Ces dernières années, c’est plutôt la BD française de genre qui
a inspiré les cinéastes. ­Vincent
­Cassel endosse le rôle de B
­ lueberry
pour Jan Kounen (2004), Jean
­Dujardin devient le solitaire Lucky
Luke pour James Huth (2009),
tandis que le duo comique Éric et
Ramzy enfile le pyjama rayé des
Dalton dans le film de ­Philippe
Haïm (2004). Il a fallu donc
attendre Les Frères Sisters pour
qu’un réalisateur français redonne
ses lettres de noblesse au western
sans le caricaturer. g S.B.
Benoît Debie
(à g.) avec
Gaspar Noé.
T. Kan/RECTANGLE
PRODUCTIONS
Ils s’arrachent
sa lumière
COULISSES Benoît Debie,
chef opérateur convoité
à Hollywood, a éclairé
les films de Jacques
Audiard et de Gaspar
Noé à l’affiche mercredi
Il confie avoir reçu récemment des
appels d’Alfonso Cuarón, Oscar
2014 du meilleur réalisateur pour
­Gravity et Lion d’or la semaine dernière à Venise pour Roma. Mais
aussi du maître Terrence Malick,
Palme d’or 2011 à Cannes pour
The Tree of Life, « pour une publicité » précise-t-il. À 50 ans, Benoît
Debie est l’un des plus demandés
dans sa spécialité : directeur de
la photographie, le fameux chef
opérateur.
Dans l’ombre des plus prestigieux cinéastes depuis vingt ans,
sa lumière est devenue si incontournable qu’elle éclaire deux films
à l’affiche mercredi : C
­ limax, de
Gaspar Noé, avec lequel il travaille de longue date, et Les Frères
­Sisters, de Jacques Audiard, une
première collaboration. Deux
projets radicalement différents
qu’il a tournés à la suite au cours
d’une année 2017 non-stop, avec
également The Beach Bum, de
Harmony Korine, avec Matthew
­McConaughey. « J’ai fait le grand
écart entre le Audiard, qui m’a
accaparé six mois, et le Noé, dont
les prises de vues n’ont duré que
douze jours. Au départ, Gaspard
voulait tourner en décembre, mais
je n’étais pas libre. Il a patienté
jusqu’en février. »
Benoît Debie s’adapte à chaque
tempérament. Pour Audiard,
« l’histoire est la priorité, la technique ne l’intéresse pas. Gaspar
Noé privilégie au contraire le
visuel et veut une perfection formelle. Jacques découpe les scènes de
crainte que le spectateur s’ennuie,
alors que Gaspar mise sur les plans
séquences ». Dans les deux cas, le
chef op a reçu comme consigne
de ne pas trop éclairer. Il devait
tenter de retrouver la lumière de
l’Ouest américain en Espagne et en
­Roumanie pour Les Frères Sisters.
Pour Climax, l’action se tient à huis
clos le temps d’une nuit : « On a
investi un vieux bâtiment avec des
néons industriels qui ne fonctionnaient plus, se souvient-il. Gaspar,
qui déteste le bleu, me demande toujours d’utiliser le rouge, l’orange, le
pourpre. Des tons plus organiques
et violents. »
Il s’inspire des catalogues
d’art
Enfant, Benoît Debie ignorait
jusqu’à l’existence de son futur
métier : « J’adorais éclairer ma
chambre avec des ampoules de
couleurs à Noël. J’ai d’abord voulu
m’orienter vers la photographie
avant de découvrir les ­possibilités
du cinéma. » Il s’est d’abord
­illustré comme assistant caméra
chez ses compatriotes, les frères
Dardenne et Fabrice Du Welz. Puis
il a été débusqué par Gaspar Noé
(­Irréversible), le roi du giallo, Dario
­A rgento (Card Player), A
­ lbert
Dupontel (­E nfermés dehors),
­Harmony K
­ orine (Spring B
­ reakers),
Ryan Gosling (Lost River) et Wim
Wenders (­Everything Will Be fine).
« S’ils viennent me chercher, c’est
qu’ils aiment ma personnalité et
mon style. Mais je refuse de céder à
la facilité de me répéter. » Pour son
inspiration, il se plonge dans les
catalogues d’art, improvise aussi.
Mais toujours avec une fascination obsédante pour la lumière.
« Je l’observe plus souvent que je
ne la fabrique, je me sers de ce qui
existe déjà, précise-t-il. Et parfois,
je ne fais rien tant la lumière est
belle au naturel. » g S.B.
Climax iiif
De Gaspar Noé, avec Sofia Boutella. 1 h 35. Sortie mercredi.
Après une audition pour un spectacle, des danseurs se retrouvent dans une salle
des fêtes glauque. La soirée dégénère, à cause d’une sangria trop chargée…
Gaspar Noé revient en grande forme avec ce film tourné en douze jours avec
des acteurs non professionnels (hormis Sofia Boutella). Une urgence et une
spontanéité qu’on retrouve dans la mise en scène et les dialogues, improvisés
et crûment réalistes. Tournoyante, sa caméra défie la gravité pour immerger le
spectateur dans l’atmosphère poisseuse d’une nuit rythmée par la musique de
Cerrone. Le provocateur jubile à torpiller les tabous, les instincts basiques, la
vie en collectivité impossible. Une expérience sensorielle qui mettra les fans
en transe. Et écœurera probablement les autres. g S.B.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
44
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Plaisirs Cinéma
en salles mercredi
On aime Passionnément iiii Beaucoup iiif Bien iiff Un peu ifff Pas du tout ffff
Leave No Trace iiif
De Debra Granik, avec Thomasin McKenzie, Ben Foster. 1 h 45.
Gaspard Gantzer
redevient
conseiller
d’un politique
le temps
d’un film.
Tom, 15 ans, vit cachée dans la
forêt avec son père, ancien soldat. Quand les services sociaux
les obligent à renouer avec
la civilisation, l’adolescente
découvre qu’on peut exister
au contact des autres. Mais
son père l’oblige à reprendre
la fuite… Une belle et forte histoire de relation fusionnelle
coupée du monde mais en harmonie avec la nature. Un être
humain peut-il s’épanouir hors
de la société ? Comme Captain
Fantastic (2016) le faisait sur le
ton de la fable, cette chronique
écolo-­humaniste pose la question sur un mode plus réaliste,
en montrant que l’utopie reste
possible mais déchirante. g B.T.
Cécile Mella
GUEST Gaspard
Gantzer, ancien
conseiller de François
Hollande, campe
un spin doctor
dans « Le Poulain »
« Gaspard Gantzer ? Tout le monde
m’en parle, c’est dingue ! », s’amuse
Mathieu Sapin. Pour ses débuts de
réalisateur avec la comédie politique
Le Poulain, le dessinateur ne pensait
pas faire le buzz en donnant un tout
petit rôle à l’ex-chef de presse de
François Hollande : il joue Edwin, un
conseiller en communication d’un
candidat à l’élection présidentielle.
Quelques scènes et dialogues taillés
sur mesure, notamment une tirade
sur la TVA aussi crédible qu’improvisée, qui ont permis à Gaspard
Gantzer de revenir à l’Élysée en septembre 2017, quatre mois seulement
après l’avoir quitté.
« Les acteurs que j’avais auditionnés pour le rôle en faisaient trop,
explique Mathieu Sapin. Alors, j’ai
fini par le proposer à Gaspard, que
j’avais connu en 2014 en préparant
mon album Le Château [une immersion dans les coulisses du palais
présidentiel]. Pour le coup, j’avais
quelqu’un qui connaissait bien le
sujet. Il a fait ça très sérieusement
et a même bossé avec un coach. Je
trouve qu’il prend bien la lumière. »
L’intéressé, qui dirige désormais
un cabinet de conseil tout en pensant très fort à une candidature aux
prochaines municipales à Paris, dit
avoir vécu une « parenthèse passionnante ». « J’adore le cinéma et j’ai travaillé une année au CNC, précise le
haut fonctionnaire de 39 ans. J’ai
accepté par curiosité et surtout parce
que j’avais sympathisé avec Mathieu.
Je me suis bien amusé. Mais comédien, c’est un vrai métier et je n’ai pas
le talent pour ça. C’est un pas de côté,
de la même manière que j’ai envie de
voyager et d’écrire des romans. »
Il dit n’avoir proposé aucune
modification au scénario qu’il juge
« très crédible, même si certains traits
sont surlignés parce que c’est avant
tout une comédie ». Dans Le Poulain,
Le Poulain ifff
De Mathieu Sapin, avec Alexandra Lamy, Finnegan Oldfield. 1 h 37. Sortie mercredi.
Un jeune universitaire intègre par
hasard l’équipe de campagne d’une
candidate à l’élection présidentielle.
Cornaqué par une communicante cynique, il s’initie à la politique et à ses
coups bas. Sur le modèle balzacien de
l’ascension du garçon modeste promu
par une initiatrice perverse, le dessinateur Mathieu Sapin consacre son pre-
mier film à un univers qu’il connaît bien
pour l’avoir documenté dans ses BD.
Une comédie moqueuse sur les coulisses peu reluisantes de l’accession
au pouvoir, qui offre à une brochette
de seconds rôles énergiques ­(Philippe
Katerine, Gilles Cohen, Brigitte Rouän)
quelques scènes vraiment drôles à
défaut d’être toujours crédibles. S.J.
on croise ainsi des politiques sans
réelles convictions entourés de
communicants aussi cyniques que
versatiles. Caricatural ? « Des requins
aux dents longues, j’en ai connu un
paquet… », assure Gantzer, qui est
parfois lui-même ainsi présenté.
Pendant le tournage, Alexandra
Lamy, Finnegan Oldfield ou Gilles
Cohen (« des grands pros ») l’ont
interrogé sur son expérience et les
petites histoires dans les coulisses
du pouvoir, auprès de Bertrand
« C’est en
jouant la
comédie
qu’Emmanuel
Macron a
rencontré
son épouse... »
Delanoë puis de François Hollande.
« Il leur a un peu servi de coach »,
dit Mathieu Sapin. Le réalisateur
et son prestigieux intermittent du
spectacle en conviennent, il n’y a pas
de politique sans sa mise en scène.
L’Homo politicus serait-il donc un
comédien comme un autre ? Un
éclat de rire et Gaspard Gantzer se
rétablit d’une pirouette savoureuse :
« Il me semble que c’est en jouant la
comédie que le président actuel a
rencontré son épouse dans le cours
de théatre qu’elle dirigeait… », note
l’ancien camarade de promotion
d’Emmanuel Macron à l’ENA. g
Stéphane Joby
Condor Distribution
De l’Élysée au ciné
Fortuna iiif
De Germinal Roaux, avec Kidist Siyum Beza, Bruno Ganz. 1 h 40.
Éthiopienne de 14 ans, Fortuna a trouvé refuge dans un monastère
suisse. À la recherche de sa mère qui l’accompagnait, elle refuse
de s’installer dans une famille d’accueil. D’autant qu’elle croit
avoir rencontré l’amour avec Kabir, un autre migrant. Avec son
noir et blanc qui renforce les contrastes, son cadre très serré qui
veut sonder les âmes torturées de ses personnages, ce film âpre
mais profond, parfois mystique, réussit à interroger les grandes
valeurs morales sans plonger dans la bigoterie ni le pathos. Un
regard différent et bienvenu sur les déracinés. g B.T.
Avant l’aurore iiif
De Nathan Nicholovitch, avec David d’Ingeo, Panna Nat, Ucoc Lai. 1 h 45.
Prostituée vieillissante, Mirinda
connaît la ville de Phnom Penh
comme sa poche et ressemble
à Iggy Pop ­d éguisé en Gena
Rowlands… David D’Ingeo
compose tête haute un personnage marquant qui ose tout, de
la fellation sordide à la flatulence apaisée ! Dans ce film aux
confins du chef-d’œuvre under-
ground, d’autres personnages
du C
­ ambodge actuel fascinent
aussi : travailleurs pauvres
ou enfants à la rue prêts à se
vendre pour 5 dollars, expatriés français pétris de bonne
conscience ou fantômes surgis
du passé génocidaire. Une traversée mémorable, survoltée
mais vivante. g AL.C.
Volubilis iiff
De Faouzi Bensaïdi, avec Mouhcine Malzi, Nadia Kounda, Abdelhadi Talbi. 1 h 46.
À Meknès, un couple de jeunes mariés rêve d’un logement. Elle
est bonne chez une nantie hargneuse. Lui travaille comme vigile
dans un centre commercial. Faouzi Bensaïdi pointe les inégalités
abyssales du Maroc, l’inconscience de ceux qui règnent, la colère
de ceux qui subissent… Si elle force parfois un peu le trait, sa
mise en scène trouve un bel élan mélodramatique passant de
l’humour au malaise jusqu’à la tragédie sordide avec des acteurs
habités. g AL.C.
Vaurien ffff
De et avec Mehdi Senoussi, Carlo Brandt. 1 h 25.
Rédouane, bac +5 au chômage, prend en otage le personnel de
l’agence Pôle emploi qui menace de le radier. Il exige d’exposer ses
revendications en direct à la radio… Les intentions sont louables,
mais le résultat très décevant : le film enfonce des portes ouvertes
et aligne les clichés sur le sujet. On tourne vite en rond dans ce
huis clos où il ne se passe pas grand-chose et où les comédiens
n’ont pas plus à défendre. g B.T.
La Nonne ffff
De Corin Hardy, avec Demian Bichir, Taissa Farmiga. 1 h 35.
En 1952, une religieuse se
suicide dans une abbaye en
Roumanie. Le Vatican dépêche
un prêtre, spécialiste des manifestations surnaturelles pour
enquêter, avec l’aide d’une
novice qui a d’étranges visions…
Rattachée artificiellement à la
(réussie) franchise Conjuring
due au ­talent de James Wan,
cette ­pochade horrifique ne
vaut pas une messe : l’histoire
part dans tous les sens, les personnages ne sont pas crédibles,
les situations sont attendues
et rarement effrayantes. On
comprend que les nonnes aient
envie de se pendre. g B.T.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
45
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
Plaisirs Cinéma
Guillaume Canet
« J’ai inventé
des titres
de films x »
porno À l’occasion
de la sortie du film
« L’amour est une fête »,
le comédien raconte avec
humour ses souvenirs
de spectateur adolescent
Son agenda automne-hiver est bien
chargé. Guillaume Canet va entamer
le tournage de La Belle Époque, de
Nicolas Bedos (avec Doria Tillier,
Fanny Ardant et Daniel Auteuil),
enchaîner avec un drame paysan
d’Édouard Bergeon (Au nom de la
terre), tout en achevant le montage
de Nous finirons ensemble, la suite
très attendue des Petits Mouchoirs
(en salles le 27 mars). Sans oublier
les sorties de deux comédies avec
son pote Gilles Lellouche qui, chacune à sa façon, exaltent les corps :
ceux d’improbables nageurs synchronisés dans Grand Bain ; ceux
d’acteurs pornos libres et insouciants dans L’amour est une fête, où il
incarne un flic infiltré qui s’épanouit
dans le milieu du X. L’occasion d’un
entretien très thématique.
Avez-vous hésité à accepter
ce projet qui peut paraître scabreux
aujourd’hui ?
Pas une seconde. J’ai une entière
confiance en Cédric Anger, qui m’a
offert un de mes plus beaux rôles :
tueur en série dans La prochaine fois
je viserai le cœur. C’est sa force de
se saisir d’un sujet difficile pour en
faire quelque chose d’humain et tout
sauf glauque, avec des personnages
attachants à l’image de l’époque qu’il
décrit, le tout au début des années
1980. D’anciens hardeurs jouent
dans le film, comme Alban Ceray
et Marilyn Jess. Ils nous racontaient
que leurs tournages étaient festifs,
presque familiaux. Ils disaient faire
des histoires d’amour, pas du porno.
C’est cette ambiance que Cédric a
voulu reproduire. C’était avant l’avènement de la vidéo et des films plus
trash tournés à la chaîne.
Vous vous y connaissez en porno ?
Mon adolescence a beaucoup joué,
à commencer par les pages lingerie
des catalogues de La Redoute ou des
Trois Suisses… J’ai du voir mon premier porno vers 10-11 ans. J’ai trouvé
ça très crade, ça m’a dégoûté. Un peu
plus tard, j’en ai vu, comme tous
les garçons de mon âge. J’ai même
essayé de regarder le porno crypté
du samedi soir sur Canal+ avec une
passoire parce qu’un pote du collège
me l’avait conseillé ! J’enregistrais
des VHS en douce en changeant le
nom sur les étiquettes, par exemple
en écrivant Bagarres au King Creole.
À l’intérieur, ce n’était pas le film
avec Elvis Presley ! Avec les copains,
on s’échangeait des magazines à
playmates. Un jour, on a même
chouré toute une pile dans un centre
commercial, mais on s’est fait courser et on a tout jeté dans un champ !
Aviez-vous des films ou des actrices
préférées ?
Sans être un fan absolu, je crois
que j’aimais bien Traci Lords. J’ai
découvert les films plus anciens :
Emmanuelle, Gorge profonde. Je ne
me souviens pas de tous les titres,
ce n’était pas le plus intéressant… Il
y en avait de très rigolos : Blanche-
« J’ai essayé
de regarder le
porno crypté
du samedi
soir avec une
passoire »
Fesse et les Sept mains, Godefinger.
J’en ai inventé moi aussi : Érection
­municipale, Tourne ton cul que
j’marque un but. Mais ce n’est pas
allé plus loin, je n’ai jamais songé à
écrire ou réaliser un porno !
Et aujourd’hui ?
J’ai retrouvé récemment un vieux
sac de DVD qui doivent dater de ma
période célibataire ! Je les ai jetés…
Ce n’est pas désagréable de regarder
un porno de temps en temps, mais
c’est devenu très rare. Je préfère les
films érotiques que les trucs plus
trash, avec gangbang et compagnie.
Si je vois mon fils en regarder un
jour, ça me fera sans doute marrer. Plus sérieusement, ça dépend
à quel âge. Au-delà du porno, que
les enfants aient accès si facilement
aujourd’hui à des images violentes
et traumatisantes est inquiétant. Il
faut être vigilant. g
Propos recueillis par
Stéphane Joby
L’amour est une fête iiff
De Cédric Anger, avec Guillaume Canet, Gilles
Lellouche, Michel Fau, Camille Razat. 1 h 59.
En salles mercredi.
Pigalle, 1982. Deux flics chargés de
démanteler le business du X alors à son
apogée se prennent au jeu de l’infiltration et aux plaisirs de la découverte de
leur nouveau métier. À l’image de ses
héros, le film laisse tomber sans scrupule l’enquête policière pour picorer là
où il veut au son d’une savoureuse BO
rétro-pop. Avec une nostalgie festive et
colorée, Cédric Anger raconte la fin d’un
cinéma artisanal, où le sexe était filmé
par des réalisateurs de talent (Xavier
­Beauvois en cinéaste auteuriste rêvant
de tourner un Citizen « Ken ») avec de
vraies histoires. La sienne part un peu
dans tous les sens mais reste toujours
joyeusement débridée. S.J.
Guillaume Canet
joue un policier
infiltré dans le
milieu du X.
Mars Distribution
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
46
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Plaisirs Séries
Le garde du corps
qui bat des records
SUCCÈS En Grande-
Bretagne, le thriller
politique « Bodyguard »
fait actuellement
un carton d’audience
Avec plus de 10,4 millions de
téléspectateurs devant BBC One
le dimanche 26 août, son premier
épisode est le meilleur lancement
d’une série dramatique britannique
depuis douze ans, toutes chaînes
confondues. Les trois suivants se
sont maintenus au-dessus de la
barre des 10 millions (dont plus de
3 millions en replay). La presse britannique est unanime, qui vante « un
thriller véritablement terrorisant »
(Daily Express) à « l’excellent scénario » (The Independent). Le vénérable magazine télé Radio Times
a consacré l’intégralité de sa couverture à l’un des rebondissements
majeurs de l’épisode 4, dimanche
dernier. Alors que le cinquième
(et avant-dernier) est diffusé ce
soir outre-Manche, le phénomène
Bodyguard (sans aucun lien avec le
film avec Kevin Costner et Whitney
Houston) interpelle.
Mélange habile de drame politique et d’espionnage, la série créée
par Jed Mercurio suit un ex-soldat
devenu garde du corps. Revenu du
front avec un syndrome de stress
post-traumatique qu’il cache tant
bien que mal, il est affecté au service
d’une ministre de l’Intérieur conservatrice et ambitieuse, qui avait voté
pour l’implication du RoyaumeUni en Irak et en Afghanistan. Le
« bodyguard » va donc devoir protéger celle qui représente tout ce qu’il
hait, au moment même où le pays
est visé par de nouvelles attaques
terroristes…
La présence dans le rôle principal de l’acteur écossais Richard
Madden explique en partie l’attraction de Bodyguard. Révélé par
Game of Thrones (Robb Stark), on
l’a ensuite vu aux côtés de Dustin
Hoffman dans la série historique
Les Médicis, maîtres de Florence
(sur Numéro 23) et en prince
charmant dans le long métrage
Cendrillon (2015).
Revers de la médaille, sa popularité grandissante rend hypothétique
sa participation à une éventuelle
saison 2. D’autant que la machine à
rumeurs le cite régulièrement pour
le rôle de James Bond bientôt laissé
vacant par Daniel Craig. « Nous
devrons probablement nous caler
sur ses disponibilités, si jamais nous
avons la chance de pouvoir le faire
revenir », a concédé Jed Mercurio
au Daily Telegraph.
Richard Madden et Keeley Hawes, les vedettes de « Bodyguard ». Des Willie/BBC/World Prod
Pas encore de diffuseur
en France
Dans son genre, le scénariste est
la vraie star de Bodyguard. « Il est
très connu pour la série Line of
Duty, enquêtes internes [aperçue
sur France 4], explique le critique
télé Tom Spilsbury. Le public s’attend
à des scènes très sombres en raison
de son écriture. » Dans chaque
épisode de Bodyguard, Mercurio
ménage en effet une scène souvent
sanglante, qui vient interrompre
un rythme plus feutré le reste du
temps. Il parvient ainsi à reproduire
la terreur quotidienne et l’ambiance
réaliste des attaques terroristes qui
ont frappé Londres ces dernières
années. Le contexte politique est lui
aussi raccord, avec un personnage
de ministre qui exploite le thème
de la sécurité pour ses ambitions
personnelles.
À ce jour, aucun diffuseur français n’a officiellement fait l’acqui-
• à voir
ROMAIN NIGITA
• récompenses
peu à peu des clones
des habitants. Le tandem de choc de la gendarmerie locale (photo)
va mener l’enquête sur
cette invasion extraterrestre… On a plaisir
à retrouver le duo de
bras cassés dans cette
suite toujours aussi
burlesque et absurde. La
fin du monde est proche
dans une intrigue aux
frontières du réel, un
X-Files fantaisiste et
à l’accent ch’ti. Ce qui
n’empêche pas Bruno
Dumont de porter son
regard aiguisé sur le
monde, en évoquant
cette fois la stigmatisation des homosexuels et
des migrants. g S.B.
Coincoin et les Z’Inhumains
iiif
À partir de jeudi à 20.55,
sur Arte.
C’est dans la nuit de lundi à
mardi qu’aura lieu la 70e cérémonie des Emmy Awards. Il
faudra veiller tard pour savoir
quelle série est élue meilleure
de l’année : la chaîne Sérieclub
retransmettra le raout en direct, à partir de 1 h 55 du matin
(rediffusion mardi à 22 h 40
pour les couche-tôt). Le tout
sera précédé du documentaire
Emmys 2018 : qui l’emportera ?
avec les analyses et pronostics
des journalistes français.
Le premier round s’est joué
le week-end dernier lors de la
remise anticipée des Emmys
pour les catégories techniques. Léger avantage à la
Alex Bailey / Netflix
L’heure des Emmys
chaîne câblée HBO (dont les
séries sont visibles en France
sur OCS) avec 17 trophées
face aux 16 de la plateforme
Netflix, laquelle est souvent
récompensée pour des émissions hors fiction. Pour HBO,
Game of Thrones a comme
prévu fait une razzia avec sept
prix : maquillages spéciaux,
effets visuels, musique, cascades, costumes, décors et
mixage son ! Pour Netflix,
The Crown a remporté trois
Emmys, tandis que l’épisode
« USS Callister » de Black
Mirror a été sacré meilleur
téléfilm. Rick and Morty est
reparti avec le titre de meilleure série animée, tandis
que la saga Star Trek a été
saluée par une récompense
honorifique pour sa « contribution à la télévision et à la
société ». g R.N.
Les Emmy Awards 2018,
lundi, à 1 h 55, sur Sérieclub.
• La play list de...
Chilly Gonzales
Musicien*
The NPR Tiny Desk
Concert,
Tyler, the Creator (2017)
Au Gonzervatory, mon école
de musique à Paris, j’ai utilisé
ce mini-concert comme un
exemple où l’utilisation d’instruments acoustiques et le
sens du spectacle à l’ancienne
peuvent produire quelque chose
d’à la fois moderne et atemporel.
Loona/ABACA
Roger Arpajou
Le retour de « P’tit Quinquin »
Quatre ans après le succès de P’tit Quinquin,
sa minisérie policière
qui révélait son talent
comique insoupçonné,
Bruno Dumont revient
av e c u n e s a i s o n 2
encore plus délirante,
toujours composée
de quatre épisodes de
52 minutes. Quinquin
a grandi et est devenu
Coincoin mais il fait
toujours les 400 coups.
Il découvre dans un pré
une flaque de boue noire
qui semble tombée du
ciel. Alerte rouge au
village où apparaissent
sition de Bodyguard, mais cela ne
devrait pas tarder. À l’image de
Broadchurch (France 2) en 2013, les
séries britanniques prouvent une
fois de plus qu’elles sont capables
de toucher un large public grâce
à un programme accrocheur, loin
du sempiternel cliché de la fiction ­historique en costumes et
perruques poudrées. g
Let It Happen,
Tame Impala (2015)
Ce n’est pas souvent que
je craque sur de la musique
psychédélique, mais
ce morceau a quelque chose
de tellement épique. Et puis
il est pourvu d’un genre
de message que j’ai besoin
d’entendre, simple, direct,
lyrique.
Dimanche Soir,
Malakoff Kowalski (2018)
Ce n’est pas très connu en
France, pas encore… Mais
ce morceau de piano est beau,
il a de l’espace, une ambiance
mystique. Le tout servi par un
artiste germano-américain
d’origine iranienne qui s’est
servi, ici, d’un titre en français !
* « Solo Piano III » (Gentle Threat).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
47
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
Plaisirs Exposition Musique
ÉVÉNEMENT Au musée
d’Orsay, plus de 80 toiles
poignantes célèbrent
les jeunes années, dites
bleue et rose, du peintre
espagnol
« Encore Picasso ! » On entend déjà
cette exclamation un peu lasse,
alors qu’une vingtaine d’expositions
consacrées à différentes facettes de
son œuvre se tiennent cette année
dans toute la France. Mais dans ce
kaléidoscope, celle qui débutera
mardi au musée d’Orsay à Paris se
détache du lot car elle est exceptionnelle. « Picasso. Bleu et rose »,
rassemblant 80 peintures, des sculptures et des dessins, se concentre sur
un temps resserré : les années 19001906, celles des périodes bleue puis
rose. Des périodes boudées souvent
par les historiens d’art, focalisés sur
les éclatantes ruptures ultérieures,
mais aimées par le grand public,
sensible à ce style figuratif lisible
et mélancolique. Et prisées par les
milliardaires.
Dans l’ancienne gare des bords de
Seine, les chefs-d’œuvre se succèdent, prêtés par le Met et le MoMA
de New York, la Tate à Londres,
le musée Pouchkine de Moscou,
l’Ermitage de Saint-Pétersbourg…
Certains n’ont plus été vus en
France depuis des lustres, comme
La Vie (1903), trésor du musée
de Cleveland. Ce grand tableau
énigmatique aux bleus glaçants,
hommage peut-être à Gauguin,
avait été montré à Toulouse il y a
plus d’un demi-siècle… D’autres se
répondent comme jamais, tel ce trio
venu de Russie et des États-Unis, La
Buveuse d’absinthe (1901), Arlequin
et sa compagne (1901) et Arlequin
assis (1901), tous attablés, portant
une main à leur visage dur, les yeux
dans le vague.
« Il a très vite dépassé son père,
peintre comme lui »
En France, les périodes bleue et
rose n’ont jamais été exposées
ensemble, ou alors seulement
dans le cadre de rétrospectives
plus globales. Alors que leur
succession montre dans la continuité qu’en quelques années Pablo
Picasso plonge dans le bleu et le
Picasso, la couleur
des sentiments
« Pierreuses
au bar »
(1902),
et « La Vie »,
(1903).
Gilles
Bassignac/
Divergence
pour le JDD
malheur, puis remet peu à peu des
couleurs chaudes dans sa palette,
et bifurque enfin vers le cubisme.
« Nous savons tous qu’il était dès
son plus jeune âge un génie du dessin, qu’il a très vite dépassé son père,
peintre comme lui », raconte Claire
Bernardi, l’un des commissaires de
l’exposition avec Laurent Le Bon,
président du musée Picasso à Paris.
« Mais quand on voit ces toiles réalisées à 20 ans à peine, on a du mal
à se dire que ce jeune artiste, qui
tâtonne d’abord, se construit très
vite un univers artistique. »
En 1900, le jeune Pablo Ruiz Picasso (1881-1973) arrive à Paris par la
gare d’Orsay toute neuve, quelques
jours avant ses 19 ans. Sans le sou,
mais avec son ami et colocataire barcelonais Carlos Casagemas, il vient
présenter la toile académique Les
Derniers Moments dans le pavillon
espagnol de l’Exposition universelle. Il va alterner jusqu’en 1904
les séjours à Paris et en Espagne, à
Barcelone essentiellement. Il peint
• Écouter
Christine and the Queens
Chris iiff
Passons sa promotion très
marketée et revenons à la
musique. Quatre ans après
Chaleur humaine et son million et demi d’exemplaires vendus dans le monde, Christine
and the Queens change de
peau sous son nouveau nom
de scène volontairement plus
« phallique », Chris, sans varier
­radicalement de style. Passant
à la moulinette l’esprit synthé-
tique des années 1980, de Bad
de Michael Jackson à Love
on the Beat de Gainsbourg, la
femme-orchestre livre douze
titres excellemment produits,
de belles lignes mélodiques
sur une texture de pianos et
d’infrabasse au charme primaire, laissant assez d’espace
pour que son chant s’y ­déploie.
C’est organique, sensuel (La
Marcheuse, Machin-Chose).
Oui, mais pour raconter quoi ?
C’est là que le bât blesse. Chris
nous invite à la suivre dans ses
déambulations nocturnes. À la
découverte de plaisirs interlopes, on devrait sentir la peau,
le battement de l’autre. Mais on
reste un peu à l’extérieur de ce
récit trop autocentré pour que
s’y invite de l’universel. g L.P.
Because, 14.99 €.
d’abord la vie nocturne parisienne,
influencé par Van Gogh, Degas, Toulouse-Lautrec. Les toiles affichent
des couleurs vives, les touches
de peinture sont larges, souvent
épaisses. Sur les 64 tableaux proposés alors à la galerie Vollard, la
moitié se vend. Picasso racontera
ensuite : « Cela plaisait beaucoup.
C’est seulement plus tard, quand
je me suis mis à peindre des toiles
bleues, que ça n’a pas plu, du tout.
Et cela a duré des années… »
Dès l’automne 1901, le jeune
a­ rtiste s’est mis à réaliser des scènes
où les bleus dominent. Puis « cette
peinture mouillée, bleue comme le
fond humide de l’abîme et pitoyable »,
selon les mots de son ami A
­ pollinaire,
absorbe tout l’espace, et les œuvres
deviennent quasi monochromes. La
« période bleue n’était pas une question de lumière ou de couleur, mais
une nécessité intérieure de peindre
ainsi », dira Picasso à Pierre Daix,
son biographe. Il travaille la nuit à
la seule lueur d’une lampe à pétrole,
vivant dans des conditions matérielles difficiles. Plus que tout, le suicide par arme à feu de ­Casagemas,
à la suite d’un dépit amoureux, le
marque profondément. Il figure
son ami mort à trois reprises : des
tableaux poignants qu’il n’a montrés
qu’en 1965. Il reste quand même du
côté de la vie. Et le sexe en fait partie : il réalise des dizaines de dessins
érotiques, très crus, des caricatures
sur des bouts de papier, des cartes
postales, exposés à Orsay.
« Le délicieux et l’horrible,
l’abject et le délicat »
Peu à peu, le rose clair et le rouge
infusent sa palette. À partir de la fin
1904, les bleus pâlissent, deviennent
pastel. Acrobates, écuyers et saltimbanques longilignes peuplent
ses tableaux. Ils ne sont pas en
piste, mais en coulisses, ailleurs.
La mélancolie affleure sous « la fantaisie qui mêle justement le délicieux
et l’horrible, l’abject et le délicat »,
dit Apollinaire en 1905.
Pendant un long séjour heureux avec sa compagne Fernande
dans le village pyrénéen de Gósol,
­Picasso se met à peindre des toiles
aux couleurs plus terriennes, ocre.
Les formes se simplifient, les yeux
en amande deviennent des fentes
comme dans les masques d’arts premiers qu’il a admirés à Paris. Sur un
fond rose vif lumineux, un Nu aux
mains jointes (1906) s’avance,
hiératique. La révolution cubiste
des Demoiselles d’Avignon (chefd’œuvre inamovible du MoMA)
de 1907 s’annonce avec ces femmes
archaïsantes venues, aussi, du rose
et du bleu. g
Marie-Anne Kleiber
« Picasso. Bleu et rose », musée d’Orsay
(Paris). À partir du 18 septembre.
Réservation conseillée musee-orsay.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
48
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Plaisirs Tourisme
Promenade familiale en canoë sur le Cher, devant le château de Chenonceau. J.-F. Souchard/CRT Centre-Val de Loire
Le patrimoine autrement
visites Cinq
monuments historiques
à (re)découvrir de façon
originale ce week-end
en France, mais aussi
toute l’année
En canoë au chateau
de Chenonceau
Pagayer sous la salle de bal inaugurée en 1577 pour les fêtes données
par Catherine de Médicis et son
fils Henri III… Voilà une manière
bien décalée de contempler le château de Chenonceau (Indre-etLoire), joyau de la Renaissance et
monument historique privé le plus
visité de France. Sous ses arches
coule le Cher, l’un des affluents de
la Loire. À bord d’un canoë traditionnel, on embarque à deux ou
à quatre pour des balades d’une
heure et demie ou pour toute la
journée. Sur la rivière orientée estouest, deux horaires se révèlent
particulièrement magiques : à
l’aube, pour un lever de soleil dans
la brume, ou le soir à l’apéro, avec
un panier de pique-nique pour
le coucher de soleil. « On glisse
comme seul au monde sur une
eau incroyablement calme entre
les barrages à aiguilles situés en
amont et en aval. Le Cher ressemble
alors à un miroir, éclairé par des
lumières exceptionnelles », décrit
Jean-François Souchard, un féru
de kayak qui a lancé ces sorties il y
a onze ans. Un château de la Loire
à (re)découvrir jusqu’en octobre,
puis à nouveau à partir d’avril.
De 10 à 25 € par personne. canoe-company.fr
Sensation baroque
en Savoie
À la tombée de la nuit, entre les
hautes cimes des Alpes, une visite
des églises baroques de Saint-­
Martin-de-Belleville (Savoie)
sollicite les cinq sens. La vue, à
travers le cimetière à la lueur des
flambeaux, puis une mise en lumière des retables dorés. L’odorat
sera éveillé par de l’encens, l’ouïe
par une musique baroque. Pour
le goût, place à la dégustation de
produits régionaux : les ventes de
meules de Beaufort ont contribué
à la construction de ces églises aux
XVIIe et XVIIIe siècles tandis que
des vignes ont été plantées par les
prêtres pour le vin de messe. « Pour
le toucher, je mets entre les mains
des visiteurs un morceau de bois
d’arole, l’essence locale protégée
que l’on retrouve pour les colonnes
torses ou les angelots », explique
David Dereani, concepteur de
ce programme proposé pour les
Journées du patrimoine mais aussi
durant la saison de sports d’hiver
puis tout l’été.
À partir de 5 €. fondation-facim.fr
Restauration d’une forteresse
en Alsace
Perchées à 800 mètres sur un éperon rocheux, les ruines du château
de Salm (Bas-Rhin) dominent la
verdoyante vallée de la Bruche,
une Alsace buissonnière hors
des sentiers battus. La forteresse
médiévale représentait un point
de surveillance stratégique pour
les comtes de Salm, qui y érigèrent
17.000 sites ouverts
À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, qui se terminent
aujourd’hui, plus de 17.000 sites sont ouverts au public dans toute
la France, gratuitement pour la plupart. Thème de cette 35e édition :
l’Europe et le partage. Récemment restauré, le château de FerneyVoltaire (Ain) en est un exemple : « l’aubergiste de l’Europe » du siècle
des Lumières y reçut l’élite intellectuelle continentale et y rédigea,
entre autres, son Dictionnaire philosophique. En Saône-et-Loire,
l’abbaye de Cluny expose pour la première fois les quelque 2.200
deniers médiévaux en argent exhumés en 2017 par des archéologues.
Dans l’Eure, le décorateur Jacques Garcia montre, de façon inédite, son
palais indien érigé dans le parc du château du Champ-de-Bataille. M.G.
journéesdupatrimoine.fr.
leur fief au tournant des XIIe et
XIIIe siècles. Ce but d’une jolie
promenade forestière est désormais enfoui sous une végétation
romantique. En contrebas de la
tour toujours debout, un couple
de passionnés d’archéologie fouille
tous les week-ends. Cécile et Raoul
sont veilleurs de châteaux forts
et font partie d’un réseau de bénévoles qui participent à la sauvegarde du patrimoine castral
­alsacien. « Nous lui rendons petit
à petit son visage d’autrefois »,
confient-ils face aux vestiges. Leur
association, Les Veilleurs de Salm,
accueille les volontaires souhaitant
participer au chantier, à partir de
16 ans, chaque dernier samedi du
mois. Prochain rendez-vous ce
29 septembre.
De mai à septembre, 16 € la journée.
valleedelabruche.fr, experience.alsace
Escape Game
dans le Périgord
Les Escape Games, des jeux consistant à s’échapper d’une pièce en
résolvant des énigmes, font florès
depuis leur implantation en France
il y a cinq ans. Une bonne dose de
suspense permet de pimenter une
visite traditionnelle. Parmi les
derniers monuments historiques
à se prêter au jeu, le c­ hâteau de
Bourdeilles ­( Dordogne), l’une
des quatre ­baronnies du Périgord.
Géraud de Maulmont, le seigneur
des lieux de l’époque, y donne
­rendez-vous aux visiteurs en l’an
1284 pour ­terminer la construc-
tion de sa forteresse… Coiffés d’un
casque de réalité virtuelle, les candidats ont une heure pour relever
trois défis historiques, embarqués
notamment en pleine guerre de
Cent Ans.
20 €, sur réservation. escape-1307.fr
Danse en Provence sur les pas
de Monte-Cristo
Après avoir mis en scène la
Conciergerie de Paris en février, le
chorégraphe Arthur Perole investit
le château d’If, l’îlot marseillais
immortalisé par Alexandre Dumas.
Ce week-end et samedi 22 septembre, la prison du comte de
Monte-Cristo lui sert de cadre
à une performance qui s’appuie
sur la tarentelle, danse traditionnelle italienne, accompagnée d’une
musique transformée en son électronique par un DJ. Le château,
édifié en 1531, abrite par ailleurs,
jusqu’au 4 novembre, une exposition consacrée aux graffitis et messages d’amour laissés par les visiteurs, complétés par trois créations
contemporaines de street art. Cette
quatrième saison de Monuments
en mouvement se clôturera le 6 octobre dans les Hautes-Alpes, dans
la place forte de Mont-Dauphin
dont s’empareront les circassiens
Mathurin Bolze et Jean-Baptiste
André. De quoi revisiter l’histoire
de cette forteresse de Vauban de
façon poétique et acrobatique. g
15 €. merlan.org
Mathilde Giard
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
49
Plaisirs Cuisine
La folie
K-food
À base de riz,
de bœuf mariné,
d’œuf et de légumes
finement coupés,
le bibimbap est le
plat national coréen.
EXOTIQUE Les restaurants coréens
se multiplient en France. À la découverte
d’une cuisine saine et raffinée
Sveta Zarzamora/Getty
À Séoul, dans une cuisine ultramoderne du KCCC (Korean C
­ uisine
Culture Center), Lee Yoo Seon
­d ispense un cours devant les
­c améras de télévision venues
d’Amérique du Sud. La chef détaille
la portée symbolique du bibimbap,
le plat national coréen : du riz sur
lequel sont disposés, finement coupés, navet, carotte, œuf, champignons et bœuf mariné. « Ces cinq
ingrédients sont une représentation
du cosmos, le centre et les quatre
points cardinaux. Ils doivent être
disposés harmonieusement et préparés séparément pour les mettre en
valeur. Ce n’est qu’avant de manger,
qu’on mélange. Nous croyons que la
force du peuple coréen vient de ses
particularismes. »
C’est peu dire que la gastronomie
est une affaire sérieuse au Pays du
matin calme. Omniprésente dans
la rue et sur les écrans, la cuisine
est un sujet de fierté nationale,
et désormais un savoir-faire qui
s’exporte. Elle est l’un des derniers
avatars de l’offensive culturelle et
commerciale de la Corée du Sud,
entamée à la fin des années 1990. Ce
petit pays, coincé entre la Chine et
le Japon, a commencé par se faire
remarquer par son cinéma, puis par
ses groupes de musique (la K-pop),
ses bandes dessinées en ligne (les
Webtoons) et ses séries sur le Net
(les K-Dramas), où il n’y a pas un
épisode sans une scène de repas.
D’abord plutôt régional, le phénomène touche désormais toute la
planète. Le spécialiste de la livraison Deliveroo a constaté une hausse
de 65 % des commandes de K-Food
dans le monde en 2018, tandis que
Picard décline sa gamme asiatique
avec trois plats surgelés coréens.
Le kimchi, un plat de chou
classé au patrimoine
Après la mode de la cuisine
chinoise dans les années 1980,
la thaïlandaise dans les années
1990, la japonaise dans les années
2000, la coréenne fait son trou en
France. Les Parisiens l’ont remarqué : il n’est plus si exotique de
déguster un bulgogi (barbecue
de bœuf mariné) ou des kimbaps
­(rouleaux de riz et de légumes dans
une feuille d’algue, empruntée aux
makis japonais) tant le nombre de
restaurants a explosé. En quinze
ans, on est passé d’une dizaine
d’adresses à près de 150.
En région, le phénomène est
moindre. Une métropole comme
Bordeaux n’en compte que trois.
Mais cela traduit aussi un rapport
au restaurant différent en France
et en Corée. Là-bas, gargotes et
brasseries sont partout, souvent
de qualité, et bon marché (on peut
bien manger pour l’équivalent de
5 euros). Les personnes actives
les fréquentent deux fois par jour.
Sur ce modèle, Ace, cantine
moderne ouverte toute la journée
dans le quartier de l’Opéra à Paris,
ne désemplit pas. Près de la place
de la République, Ossek, l’un des
pionniers ouvert en 2004, a su fidéliser une clientèle de ­proximité.
Signe des temps, sa patronne
s’approvisionne désormais non
plus à Rungis mais directement
dans des supermarchés coréens
(K-Mart, Acemart). Sa cuisine, raffinée sous des dehors rustiques et
épicés, est peu grasse et respecte
les saisons à l’instar de la gastronomie coréenne.
Parmi les ingrédients de base
de celle-ci : les pâtes de soja et
de piment fermentées. Son plat
emblématique : le kimchi, classé
au patrimoine mondial ­immatériel
de l’Unesco, est un chou fermenté,
assaisonné à l’ail, au gingembre
et à une sauce pimentée. Il a la
réputation d’être un élixir de
jouvence et a même été l’objet
d’une conférence en juin lors du
festival Taste Korea, organisé
par le Centre culturel coréen à
Paris. Lequel, pour répondre à
­l’engouement des Français pour
sa culture et sa langue, déménagera
en décembre dans des locaux huit
fois plus grands. Et équipés pour
des cours de cuisine. g
Joséphine Fily
La gastronomie française en fête
Lancée en 2011, la Fête de la g­ astronomie devient Goût de France et célèbre
les terroirs et les savoir-faire un peu partout. Avec une ­marraine, Fanny Rey
(ex-Top Chef, aujourd’hui étoilée à l’Auberge de Saint-Rémy-de-Provence),
des banquets, des dégustations et des ateliers autour du « goût dans tous
les sens » pendant trois jours (21 au 23 septembre). À noter par exemple, le
Festival Food Temple au Carreau du Temple, à Paris dans le 3e arrondissement,
des déjeuners ­gastronomiques pour des malades de troubles neuro-­évolutifs
à ­Marseille ou une manifestation autour de l’agneau pastoral à Sarlat. Les
différents rendez-vous avaient attiré trois millions de visiteurs en 2017. g
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
50
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Plaisirs Jeux & Météo
• Mots croisés
1
• Mots fléchés
Jean-Paul Vuillaume jpvuillaume@sfr.fr
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
passéiste
ou
futuriste
2
vendre son
âme au diable
pour accéder
au paradis
3
Y
Albert Varennes albert.varennes@hotmail.fr
club
échangiste
dont le grain
est traité
par celui
d’ellébore
d
d
Y
invité à
quelques
débordements
capitale pour
capitaux
selles de
derrière
celles de
devant
d
d
Y
Y
éléments
de langage
d
U
l’air ou en
l’air
d’un air
évaporé
6
7
b
bien roulées, les
nanas !
cours de
russe
livrée au
château
d
d
9
société
d’investissements
pierre de
taille
10
11
les enfants il a sûrement
des saintes fait Verdun
d
tionne un dépassement non autorisé. On
peut avoir une pensée pour lui. Toujours
frais. - 3. Aide-mémoire. Plus ils tâtent et
plus ils touchent. Distraire ou dissiper.
- 4. N’évoque pas de désir ainsi. Carte
d’Angleterre. Peut prendre un joint.
- 5. A souvent croqué chez Maxim’s.
Homme d’affaires sur le déclin. Plume
de Corbeau. - 6. Complètement décomposée. A l’air chagriné. - 7. Bonnes de
garde. Se meut au roulement de tambour.
- 8. Signes de croix. Met sur un pied
d’égalité. Est suffisant en paroles. - 9. On
ne s’en abstient pas dans le doute. Transmis par le cafard. Incitation à se mettre
en grève. - 10. Montre à répétition. Basé
sur l’expérience. - 11. Charnière de rallonge. C’est du pope-art. Plus gracieux
à la scène qu’à la ville. - 12. Caractère
malin. Forme le rang. - 13. Personnel
non qualifié. Représente beaucoup de
calories. Polie en surface. Sourd aux
prières à l’entendre. - 14. Administration religieuse. S’affranchit d’une lettre.
- 15. Compter sans savoir. Poursuivre en
prenant la tête.
pour la
captivité
ou la
délivrance
b
dos au mur
lieu de
concours,
toute voie
y concourt
fatigue le
marin, mais
repose le
passager
b
d
galette
a de la
à galati
saillie des
vaches
pistolet
en position
couchée
sujet de
saint-louis
un gangster
ou un cambrioleur
rouille sur le
vieux port
conducteur
de grand prix
on verra
bien si
elle est
capable !
b
d
b
en un lieu
donnant
lieu
b
b
d
b
d
écoutait
cachée
derrière
le rideau
b
partenaires
de bridge b
mur à
monter
d
pour avoir
meilleure
mine
b
qu’on donne
très
volontiers
à autrui
si on l’a
b
fixai
un max
on a dû tout
ravaler
jalousies
entre voisins
montagnes
en cercle
prise de
risque
d
U
1. On y cuisine à la française. - 2. Sanc-
b
U
1. Joue un double jeu. - 2. Est dans l’audelà. Substance ammoniaquée. Vagues
de chaleur. - 3. Vapeur d’eau. Se partage
en étant mis en pièce. Cours d’initiation
à la lecture. - 4. Joints au H dans la cité.
Contrôleur d’un travail à la chaîne. Bosse
sur le terrain. - 5. Fauta avec le premier
venu. Arrive avec un bouquet. On aime
ou on n’aime pas. - 6. Se dit pour être bien
sûr. Domaine du bonhomme en mousse.
Petit bout de femme. - 7. Invité à venir
à table. S’occuper des affaires en cours.
- 8. Accident dans un tournant. Portemine. - 9. Sa flexibilité est appréciable.
Peut être pris pour une peau de vache.
Il occupa des personnes occupées.
- 10. En état d’alerte permanent. Présentées à un oral de lettres. - 11. Trop plein
quand il a bu. Point de suspension dans
les airs. Mousses aux champignons. - 12.
Appuie sur la détente. Fous en liberté.
S’est montré cassant. - 13. Temps passé
pour avoir. Est jugé au pied du mur. La
même chose en bref. - 14. Se repasse pour
entrer dans le bagage. Elle nous oblige à
lever le coude. - 15. Remontée dans les
transports. Descendre des cimes.
VERTICALEMENT
esprit des
blondes
si on ne l’est
pas, ca l’est
d
le temps
des
prochains
jours
a des
chiens, des
lions et des
éléphants
familièrement dit
vendrai ses
parts ou
son âme
dit bonjour
à la dame
d
d
d
d
b
b
donnant
lieu
cours de
serbocroate
direction
d
d
b
b
la moyenne
en sport
• Sudoku
moyen
• Météo
Cherbourg
14
21
10
Brest 20
Rennes
8
24
Nantes
10
25
Dimanche 16 septembre
Indice de confiance 5/5
Abbeville
10
23
Caen 8
24
Tours
8
28
b
Lille
10
23
Paris
12
26
- 10°/0°
Nancy
7
26
Dijon
9
27
Strasbourg
9
26
Besançon
10
27
ClermontLyon
Ferrand
11
6
31 Grenoble
30
Bordeaux
12
Aurillac
11
30
12
30
27
Nice 19
Toulouse
27
Biarritz
14
18
14
30
28
26
19
Perpignan Marseille
28 Bastia
18
27
o
d
t y
s
a s
e
j e
a
l
s
a
c
i
e
n
e
u
e
s
c
e
t
v
a l i s
n n e
s
n e
a n t s
d e
p
s s a i
t r o
c o r n
u r i n
l
v e
o l i
t a s i
t
t o
e d e r
s a
e s
p
n e s
r
a
v
a
l
s
e r
u
v a
u
o t
r e
l l
e
a l
n u
s n
e
t
i
e
r
e
Lèpre.
15. Empeser. Piètres.
• Sudoku
a
e f i s
r o l i
a l i n
s i e g
m e r a
u
p
s u m o
l e u
u t u
e r s
a i l
o m e
r a n s
r
m i t a
e n o v
r s i e
1. Appauvrissement.
2. Bal. Rée. Etriper.
3. Slave. Fana. Tria.
4. Ténu. Mutisme. GI.
5. Est. Dételée. Cet.
6. Ebiselé. Terre.
7. Tartes. Isoète.
8. Il. Stade. Coûter.
9. Olt. Egérie. Dot.
10. Niaises. Carénés.
11. Nets. Rapine. Nia.
12. Ethéré. Ingénu.
13. Sushi. Museau. Dl.
14. Tl. Mémère.
Solution
k o
f
f
l e
r
t
o
l i
r
p e
VERTICALEMENT
b
cul de
bouteille
Solution la semaine prochaine
• mots fléchés
d
b
U
HORIZONTALEMENT
d
d
chanson à
boire et
à ciboire
Y
15
1. Abstentionniste.
2. Pales. Allié. ULM.
3. Planter. Tâtés.
4. Vu. BTS. Isthme.
5. Ure. Diètes. Hies.
6. Vé. Messagère. Mé.
7. Réfute. Désarmer.
8. Atelier. Peur.
9. Séniles. Ici. Sep.
10. Stase. Océanie.
11. Er. Météo. Rénale.
12. Mite. Etude. Guet.
13. EPR. Crétonne. Pr.
14. Neiger. Eteindre.
15. Traiteur. Saules.
d
d
b
U
en sport,
ici après
quarante,
là après dix
14
HORIZONTALEMENT
d
maison
datant du
xive siècle
b
Y
13
Solution
du numéro 3779
pour couple
plus légitime
que son
homonyme
b
belge à
succès sur
le tour
bientôt
parvenus
anel en elles
12
• mots croisés
surveille
de près
ou mata
carrément
U
8
paysages
du sud
b
4
5
Y
est en
phase
d’approche
Solution
Directeur de la rédaction Hervé Gattegno.
Directeur adjoint de la rédaction Pascal
Ceaux. Rédacteur en chef central,
secrétaire général de la rédaction
Cyril Petit. Directrice artistique Anne
Mattler. Rédacteurs en chef François
Clemenceau (International), Rémy Dessarts
(économie), Stéphane Joby (Plaisirs),
Pierre-Laurent Mazars (Enquête, opinions,
portrait). Secrétaire général adjoint Robert
Melcher (Paris). Rédacteurs en chef
adjoints Emmanuelle Aubry (édition), Bruna
Basini (économie), David Revault d’Allonnes
(Politique), . Chefs de service Anne-Laure
Barret (Société), Solen Cherrier (Sport),
Aurélie Chateau (Photo).
Premier SR Benoît Leprince.
LEJDD.FR
Rédactrice en chef déléguée Marianne
Enault. Chef d’édition Vivien Vergnaud.
LE JOURNAL DU DIMANCHE est édité
par : Hachette Filipacchi Associés SNC
au capital de 78.300 €, siège social
149, rue Anatole France 92534
Levallois-Perret cedex.
RCS Nanterre B 324 286 319.
Associés : Hachette Filipacchi Presse,
Lagardère Active S.A.S.
Renseignements lecteurs :
01 41 34 63 40.
Gérante-Directrice de la publication
Claire Léost.
Président d’honneur Daniel Filipacchi.
Directrice générale adjointe
Anne-Violette Revel de Lambert.
Communication Nawal Hocine,
Anabel Echevarria.
Ventes Katia Parent 01 41 34 64 78.
Contact diffuseurs 01 41 34 62 04.
Imprimé en France par Paris Offset Print
93120 La Courneuve, CIMP Toulouse,
MOP Vitrolles, CILA Nantes, CIRA Lyon et
Nancy Print.
N° de Commission paritaire 0420 C 86
368. Numéro ISSN 0242-3065.
Dépôt légal : juin 2018.
© HFA 2018 Hachette Filipacchi Associés
est une filiale de Lagardère Active SAS.
Président du directoire
Denis Olivennes
Publicité : Lagardère Publicité, 10, rue
Thierry le Luron, 92300 Levallois-Perret.
Tél. : 01 41 34 90 00.
Fax : 01 41 34 90 01.
Présidente Valérie Salomon.
Directrice de la publicité Frédérique
Vacquier. Tél. : 01 41 34 92 46.
Tarif France Le JDD + Version Femina
(Ile-de-France) : 1 an, 99 € ;
JDD (hors Ile-de-France) : 1 an 79 €.
1°/5°
Ensoleillé
Éclaircies
6°/10°
11°/15°
16°/20°
21°/25°
26°/30°
Nuageux
Couvert
Orages
Pluie
31°/35°
Neige
36°/40°
Le JDD, meilleur titre de
presse quotidienne 2017
Tirage du 9 septembre 2018 :
195.190 exemplaires.
Papier provenant majoritairement
de France 100 % de fibres recyclées,
papier certifié PEFC.
Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/T
RELATIONS ABONNéS
Travail exécuté
par les ouvriers
syndiqués
Internet journaldimancheabo.com
E-mail abonnementsjdd@cba.fr
Téléphone (+33) 01 75 33 70 41
Courrier Le JDD - Abonnements CS 50002 – 59 718 Lille Cedex 09
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
51
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
L’homme du dimanche
Raphaël Rodriguez, jeudi
au centre de recherche
de l’Institut Curie.
D
u chimiste, on a
gardé l’image du héros de Breaking
Bad, série américaine mythique,
dans laquelle Walter White, prof
de collège quinquagénaire, glisse
dans le trafic de drogue en fabriquant de la méthamphétamine. Il
s’associe à un jeune dealer, Jessie,
petit blond aux cheveux ras et au
regard clair. Raphaël Rodriguez,
patron du laboratoire de chimiebiologie de l’Institut Curie (CNRS), à
Paris, a au moins le talent de Walter
White. « Je peux fabriquer toutes les
drogues de synthèse que vous voulez », assure-t-il en riant. Mais c’est
avec le personnage de Jessie que la
ressemblance physique est saisissante. Seules différences, un look
de rocker pour le chimiste français,
fan du guitariste John Mayer, et un
regard bien plus intense.
Au cœur de l’été, Raphaël
­Rodriguez, 39 ans, a été propulsé au
sommet de la recherche mondiale en
recevant le Tetrahedron. Ce prix, qui
tire son nom du tétrahèdre, symbole
de la géométrie moléculaire, récompense chaque année le chimiste le
plus en vue de la planète. Équivalent de la médaille Fields pour les
mathématiques, il ouvre souvent la
voie au prix Nobel. Avant Raphaël
Rodriguez, aucun Français ne s’était
vu décerner la distinction dans la
catégorie des moins de 40 ans.
Le printemps prochain, à
Bangkok, lors de la cérémonie de remise du Tetrahedron, le jeune scientifique présentera ses travaux. Spécialisé dans la synthèse organique
et la biologie cellulaire, il a franchi
une étape décisive en développant
une famille de molécules qui cible
les cellules souches cancéreuses à
l’origine des récidives, laissant espérer des approches thérapeutiques
inédites. Pour les spécialistes, les
progrès réalisés par le Français sont
fulgurants. « Je ne pensais pas que
l’on pourrait aller aussi loin dans
la compréhension de ces phénomènes et aussi tôt, admet Raphaël
Rodriguez, et j’ai encore vingt-cinq
ans de recherche devant moi. »
Les poings serrés dans sa blouse
de laboratoire, il sourit de la consternation que le tour de ses locaux provoque chez le visiteur. Son bureau
est ridiculement petit, plus étroit
qu’un couloir, coincé contre une
issue de secours. Les toilettes
sont dans le bâtiment
mitoyen, celui du
centre de cancérologie. La cafétéria
se limite à une
machine à café
et à un robinet
dont l’eau n’est
pas potable, prévient un écriteau.
C’était le seul endroit disponible rue
d’Ulm pour les huit
chercheurs de chimiebiologie et leur matériel, dont
deux spectromètres de masse et de
résonance magnétique nucléaire.
Raphaël Rodriguez tenait à voir
son équipe logée au plus près des
praticiens hospitaliers de l’Institut
Curie. Le rapprochement entre
recherche académique et univers
médical, pour lequel il milite, prime
sur son confort.
À Oxford, où il a passé sa thèse,
ou à Cambridge, qui l’a accueilli
ÉRIC DESSONS/JDD
nel, petit-fils d’immigrés andalous.
Sa mère, professeure de français
pendant trente-cinq ans, l’éveille
à l’écriture, à la littérature et à la
philosophie. Le petit qui fait des
équations comme d’autres jouent
à la PlayStation est toujours en quête
de réponse. « Depuis Cambridge, il
m’appelait à 1 heure du matin pour
discuter d’une phrase du Gai Savoir,
de Nietzsche, dont il n’était pas sûr
d’avoir saisi tout le sens », se rappelle-t-elle.
« Il m’appelait
pour discuter
d’une phrase
de Nietzsche,
dont il n’était pas
sûr d’avoir saisi
tout le sens »
Françoise, sa mère
Le virtuose
de la chimie
Formé en Angleterre, ce jeune directeur de recherche
Raphaël à l’Institut Curie a reçu cet été la plus haute distinction
Rodriguez mondiale de sa discipline. La voix royale vers le Nobel
en post-doctorat,
comme dans les plus
prestigieux instituts de
recherche du monde, on déroule le tapis rouge aux équipes
comme la sienne. En France, même
la reconnaissance de ses pairs se
fait attendre.
En revenant au pays en 2012,
Raphaël Rodriguez savait à quoi
il s’exposait. « Je ne dirais pas que
l’argent manque. Il est surtout
­extrêmement mal utilisé », souffle
le chercheur qui travaille plus de
quatre-vingts heures par semaine,
et s’accorde rarement plus d’une
semaine de congés par an. Cette
année, il a rejoint en Corse le clan
Rodriguez au complet, réuni par
sa mère, ­Françoise. Il a ramené
de ses longs bains de mer (il a fait
l’Ironman en 2009) une brûlure de
méduse au bras droit. Pour la directrice du centre de recherche de l’Institut Curie, Geneviève A
­ lmouzni,
Raphaël Rodriguez est « un trésor
qu’il ne fallait pas perdre » : « Il m’a
immédiatement frappée par son énergie positive remarquable, sa curiosité,
son envie de faire les choses différem-
ment. Son approche de la chimie-biologie est tout à fait originale. J’ai senti
qu’il y a avait une flamme qu’il fallait
absolument capter car son enthousiasme est contagieux. »
Le goût de l’organique lui est venu
minot, lors de longues balades dans
la garrigue avec son grand-père. Il
se souvient de ces petits cailloux
qu’il ramassait et de son envie d’en
comprendre la composition. Son
enfance, aux portes d’Avignon, se
nourrit de La Gloire de mon père et
du Château de ma mère. Il admire
les talents d’informaticien du pater-
À 17 ans, son inscription en première année de médecine, en même
temps que son frère, va provoquer
chez lui une déflagration. Le niveau
de l’enseignement en chimie l’afflige.
Son aîné, David, deviendra anesthésiste. Raphaël, lui, entreprend de
remonter la chaîne moléculaire,
de plonger dans ­l’infiniment petit.
L’Avignonnais planche sur la synthèse de la vitamine D à Marseille
et se spécialise dans la chimie
supramoléculaire. Elle le conduit à
Oxford. Avec cinq publications en
huit mois, le Frenchie démontre sa
précocité et son potentiel. Les sept
années suivantes, à Cambridge, il
les passe au côté de son mentor, sir
Shankar Balasubramanian, chimiste
de renommée mondiale. Il adopte
l’école de pensée British de la discipline, au point d’être adoubé par
la Royal Society of Chemistry de
Londres. L’an dernier, il a intégré
avec enthousiasme un autre cercle
de réflexion, celui des jeunes leaders
franco-britanniques.
La fréquentation d’économistes,
d’entrepreneurs et de députés ouvre
de nouveaux horizons à cet adepte
de l’interdisciplinarité et le ramène
à la politique qui le passionne.
Chaque matin, après avoir déposé
à la crèche sa petite Lucia del Mar,
18 mois, et ses deux doudous aux
effigies d’Einstein et de Nietzsche, le
jeune papa emprunte avec émotion
la rue de Bièvre. L’intelligence de
Mitterrand, les valeurs de Badinter, la vision de Rocard l’ont toujours accompagné. Aujourd’hui, le
clivage droite-gauche l’interpelle
et le personnage de Macron, qu’il
a rencontré deux fois, le fascine.
« Raphaël a mesuré les limites de
l’idéal égalitaire dans le monde de
la recherche en France », décrypte
Robin Rivaton, essayiste, rencontré dans le cadre du programme
franco-britannique. Ensemble, ils
ont imaginé une start-up qui pourrait donner un avenir industriel ou
commercial aux brevets déposés par
Raphaël Rodriguez. L’entrepreneuriat est une frontière qui lui reste à
explorer. g
Sylvie Andreau
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
I
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
Grand Paris
Le freinage, l’usure des
rails et une forte affluence
contribuent à la pollution
souterraine.
PATRICE THEBAULT/ONLYFRANCE
subvention régionale permettront
d’adapter le prototype aux stations
de métro ou de RER. Enfin, le dernier lauréat, la start-up Tallano, a
mis au point le système breveté
Tamic de « captation des particules à la source par aspiration ».
Ces turbines électriques fixées à
proximité des freins seront testées sur des rames sans passagers,
sur banc d’essais (subvention de
225.000 euros).
L’air dans le métro
parisien va être dépollué
PARTICULES FINES
La Région va tester cinq
technologies innovantes
avec la RATP, la SNCF
et Airparif
EXCLUSIF Le nom des
lauréats et les méthodes
utilisées afin de réduire
les risques pour la santé
C
’est un paradoxe qui
fait tousser : rien de mieux que les
transports en commun pour lutter
contre la pollution atmosphérique
dans les villes ; or l’air dans le métro
parisien et dans les stations de RER
présente une densité en particules
beaucoup plus importante qu’en
surface. Pour répondre à ce constat,
la Région Île-de-France a voté en
juin un plan baptisé Changeons d’air,
comportant un volet « Enceintes
ferroviaires souterraines », lequel
est doté d’un budget de 1 million
d’euros. Par anticipation, un appel
à projets régional avait été lancé fin
mars en partenariat avec la RATP,
la SNCF, Airparif et Île-de-France
Mobilités. Dix-sept candidats ont
répondu. Cinq viennent d’être retenus par un jury d’experts. Ils seront
officiellement désignés le 19 septembre par un vote en commission
permanente. Le JDD dévoile leurs
noms et projets en exclusivité.
« Nous menons une lutte tous
azimuts contre la pollution de l’air
et en particulier dans les transports
souterrains fortement exposés. Des
millions de personnes sont concernées quotidiennement », explique
Valérie Pécresse, la présidente (LR)
de la Région, responsable à ce titre
des transports en commun. Dans
les stations de la RATP et les gares
enterrées de la SNCF, la qualité de
l’air est jugée « mitigée » par Airparif, l’organisme indépendant chargé
de la surveiller. Certains polluants,
comme le dioxyde d’azote ou le
benzène, se retrouvent en quantité très inférieure à celle mesurée à l’extérieur. D’autres, comme
l’ozone, sont absents. En revanche,
les concentrations en particules PM
10 (inférieures à 10 micromètres (µm)
et PM 2,5 (inférieures à 2,5 µm)
dépassent largement les niveaux
observés dans les rues de la capitale.
En cause : les systèmes de freinage,
l’usure des rails, le frottement des
caténaires et la remise en suspension des poussières déposées au sol
au passage de chaque rame ou par
les allées et venues des passagers
aux heures d’affluence.
gionale de 167.700 euros. Le groupe
Suez propose une réponse identique
avec son projet Ip’Air (subvention
de 131.000 euros) visant également à capturer les particules en
suspension dans l’air (lire encadré).
Le troisième lauréat, l’entreprise
Starklab, testera sa méthode Terrao
de « traitement de l’air par filtration
humide » : ses appareils utilisent de
l’eau glycolée pour emprisonner les
poussières fines et gaz nocifs (subvention de 200.000 euros).
Ces trois expérimentations débuteront à la fin de l’année pour une
durée de trois à six mois. Airparif
est chargé de les évaluer, en lien
avec les laboratoires de la RATP
et de la SNCF. Les conclusions
Des expérimentations
avant la fin de l’année
seront rendues à l’automne 2019.
Parmi les cinq lauréats de l’appel à
« Si les résultats sont probants, nous
projets, trois pourront expérimenenvisagerons de généraliser ces soluter leur technologie
tions à l’ensemble du
en situation réelle,
réseau », indique Vasur les quais des stalérie Pécresse. ParalQuid de
l’ionisation
tions Châtelet (ligne
lèlement, le jury d’expositive ?
4) et Franklin-Rooperts a désigné deux
Avec la technologie
sevelt (ligne 1) de la
autres lauréats pour
de ionisation positive,
RATP, et sur ceux de
de la recherche et du
les particules fines
la station Avenuedéveloppement. La
sont aspirées dans un
Foch (RER C) de la
société Sicat travaille
caisson purificateur
SNCF. Le groupe Air
sur une technique
– fixé au plafond ou
de « piégeage pasLiquide testera in situ
sur le quai –, chargées
sif des particules »,
son projet Purific’Air,
positivement par
sans apport d’énerune technologie de
des ions générés par
« purificateurs élecgie, grâce à de longs
une électrode, puis
trostatiques par ionipanneaux disposés
collectées sur une
plaque. B.G.
le long des quais.
sation positive » grâce
à une subvention réLes 240.000 euros de
De nouveaux systèmes
de freinage moins polluants
La RATP revendique « vingt ans
de recherche et de nombreuses solutions déjà testées, dans trois stations
scrutées en permanence : FranklinRoosevelt, Châtelet et Auber
[RER A] », souligne Sophie Mazoué,
responsable du service développement durable. Elle admet le taux
très élevé de particules fines dans
les stations : « C’est le cas dans tous
les réseaux du monde, nuance-t-elle.
À Londres, la concentration est encore plus importante car les “tubes”
sont étroits et les ventilations peu
performantes. » À la Régie, un plan
2016-2020 de 45 millions d’euros
prévoit de créer quatre ventilateurs,
d’en renouveler une dizaine et d’en
renforcer une vingtaine. Ces ventilateurs installés dans les tunnels, sont
au départ dédiés au désenfumage.
« Nous avons décidé de les utiliser
24 h/24 pour favoriser le renouvellement de l’air. »
Autre levier d’action de la RATP,
selon Sophie Mazoué : « Tous nos
nouveaux matériels roulants sont
équipés de freinages électromagnétiques qui complètent le freinage
mécanique, réduisent les frottements,
et donc les émissions de particules. »
Les lignes 1, 2, 5, 9 et 14 sont concernées. De nouvelles rames doivent
bientôt arriver sur les lignes 4 et
11. Des tests à Franklin-­Roosevelt
auraient réduit le taux de particules
dans l’air de 65 %. « Mais chaque
station est un cas particulier »,
avance, prudente, la responsable
de la Régie.
Airparif a enregistré, en 2008,
dans la station Faidherbe (11e), des
teneurs en PM 10 de 60 µg/m³,
contre 25 µg/m³ à l’extérieur. À
Auber (9e), les mesures s’élevaient
à 330 µg/m³ sur le quai, contre
20 µg/m³ dans la rue. « Il convient
toutefois de distinguer ces particules
ferreuses de celles issues du diesel –
le “black carbone” – qui, elles, sont
classées “cancérogène certain” par
l’OMS », observe Amélie Fritz,
porte-parole d’Airparif. Au cabinet de Valérie Pécresse, on précise
qu’il « ne s’agit surtout pas de dresser un tableau apocalyptique ». Pas
de scandale sanitaire à l’horizon.
« Veillons à ne pas avoir une vision
trop alarmiste. Cette pollution souterraine se limite aux quais, où on ne
reste pas trop longtemps », nuance
également la présidente de Région.
Qui ajoute : « Une espèce d’inquiétude commence à monter chez les
agents et certains voyageurs. Nos
expérimentations devraient être de
nature à les rassurer. » g
Bertrand Gréco
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
II
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Grand Paris
Municipales : un match à trois
se profile à Paris en 2020
Opinion Notre
sondage Ifop-JDD
place Anne Hidalgo
(PS) et Benjamin
Griveaux (LREM)
à égalité, suivis de
près par Florence
Berthout (LR)
Voici une enquête d’opinion qui
réjouira la plupart des protagonistes. Notre sondage Ifop-JDD
montre que les élections municipales de 2020 à Paris (qui se
déroulent par arrondissements)
restent ouvertes et incertaines.
Chacun y trouvera son compte.
Anne Hidalgo (entre 23 % et
25 %), les macronistes (entre
17 % et 23 %) et la droite parisienne (entre 21 % et 23 %) sont
au coude-à-coude, au premier
tour. « On observe une tripartition du champ politique dans
la capitale. C’est révélateur de
la recomposition toujours en
cours après le big bang de la
présidentielle et des législatives.
On est passé d’un match à deux
à un match à trois », remarque
Frédéric Dabi, le directeur
général adjoint de l’Ifop.
Trois hypothèses de candidature ont été testées à
Paris pour La République en
marche (LREM) : Benjamin
Griveaux (23 %) sort vainqueur
de la compétition interne qui
l’oppose à Mounir Mahjoubi
(20 %) et à Hugues Renson
(17 %). Le porte-parole du
gouvernement, qui devrait
officialiser sa candidature au
printemps, fait jeu égal avec la
maire sortante. Mais ses deux
concurrents En marche sont,
eux, distancés : de 4 points pour
le secrétaire d’État chargé du
Numérique et de 8 points pour
le député du 15e arrondissement, face à l’élue socialiste.
Benjamin Griveaux a donc
pris l’avantage. Mais Mounir
Mahjoubi, qui n’est entré en
lice que cet été, n’a sans doute
pas dit son dernier mot avec ce
score honorable.
Des réserves de voix à
gauche pour le second tour
Le résultat de Benjamin
Griveaux se révèle néanmoins
décevant : le macroniste de la
première heure perd 9 points
en six mois par rapport à notre
enquête du mois de mars
(32 %). Peut-être est-il fragilisé par le contexte national,
la popularité du président de
la République étant au plus
bas. Le porte-parole du gouvernement peine à rassembler
les nombreux électeurs parisiens d’Emmanuel Macron à
la présidentielle de 2017 : ils
ne seraient que 49 % à choisir
ses listes si l’élection devait se
dérouler aujourd’hui.
Anne Hidalgo arrive cette
fois à égalité avec son principal rival, qui la devançait de 3
points en mars. Et elle distance
Si dimanche prochain devait se dérouler le premier tour
des élections municipales, ici à Paris, pour laquelle des listes
suivantes voteriez-vous ?
Hypothèse 1 : tête de liste LREM, Benjamin Griveaux
Anne Hidalgo
(Majorité municipale)*
23%
Benjamin Griveaux
(LREM)
23%
17%
Florence Berthout
(Les Républicains et l’UDI)
21%
Julien Bayou
(EELV)
9%
Danielle Simonnet
(La France insoumise)
7%
Wallerand de Saint-Just
(Rassemblement national)
6%
Gaspard Gantzer
(Liste Parisiennes, Parisiens)
4%
Une autre liste
4%
Marcel Campion
Extrême gauche
2%
1%
Hypothèse 2 : tête de liste LREM, Hugues Renson
Anne Hidalgo
(Majorité municipale)*
25%
Florence Berthout
(Les Républicains et l’UDI)
22%
Hugues Renson
(LREM)
17%
Julien Bayou
(EELV)
11%
Danielle Simonnet
(La France insoumise)
7%
Wallerand de Saint-Just
(Rassemblement national)
6%
Gaspard Gantzer
(Liste Parisiennes, Parisiens)
5%
4%
Une autre liste
Extrême gauche
Marcel Campion
2%
1%
Hypothèse 3 : tête de liste LREM, Mounir Mahjoubi
Anne Hidalgo
(Majorité municipale)*
24%
Florence Berthout
(Les Républicains et l’UDI)
Mounir Mahjoubi
(LREM)
23%
20%
Julien Bayou
(EELV)
8%
Danielle Simonnet
(La France insoumise)
7%
Wallerand de Saint-Just
(Rassemblement national)
Gaspard Gantzer
(Liste Parisiennes, Parisiens)
5%
Une autre liste
4%
Extrême gauche
Marcel Campion
6%
2%
1%
* Soutenue par le PS, le PC, les radicaux de gauche, centre et indépendants
Sondage Ifop pour le JDD, réalisé du 12 au 14 septembre 2018 auprès d’un échantillon
de 944 électeurs, extrait d’un échantillon de 1.067 personnes, représentatif de la
population de la commune de Paris âgée de 18 ans et plus. Les interviews ont eu lieu par
questionnaire auto administré.
assez nettement les deux autres
prétendants LREM. « Une sorte
de clair-obscur », analyse Frédéric Dabi, car la maire reste « loin
de son score de 2014 [34,4 %],
mais elle tient le choc », après
la série de revers subis au premier semestre : Vélib’, Autolib’, piétonnisation des voies
sur berge, propreté, rats…
Elle semble même remonter
la pente.
Contrairement à notre dernier sondage, l’Ifop a proposé
des listes Europe Écologie-les
Verts (EELV) autonomes au
premier tour. Conduites par
Julien Bayou, celles-ci réunissent entre 8 % et 11 % des
intentions de vote selon les
cas. « Cela donne 32 % pour la
majorité municipale [contre
29 % en mars] dans l’hypothèse
Griveaux. La gauche parisienne
a intérêt à partir séparée pour
avoir des réserves de voix au
second tour », note le sondeur.
Un « effet Nicolas Hulot » n’est
pas à exclure, au profit des écologistes et d’Anne Hidalgo.
Gaspard Gantzer,
la petite surprise
À droite, les listes LR-UDI
menées par Florence Berthout – présidente du groupe
LR au Conseil de Paris –,
sont parfaitement stables par
rapport à mars. La maire du
5e arron­dissement n’égale pas
le score de Nathalie KosciuskoMorizet en 2014 (35,6 %).
« Mais la droite n’est absolument pas hors course à Paris »,
constate le directeur adjoint de
l’Ifop. Reste les « forces contestataires, qui sont à la peine ».
Danielle Simonnet, à la tête
de listes La France insoumise
(LFI), se félicitait en mars de
recueillir 11 % des voix ; elle est
retombée à 7 %, loin des 19,5 %
de Jean-Luc Mélenchon à la
présidentielle. Elle ne semble,
à ce stade, « pas en mesure de
peser » sur l’élection municipale. Le FN de Wallerand de
Saint-Just, lui, ne perce toujours pas dans la capitale, plafonnant à 6 %.
Deux nouveaux venus, enfin,
ont été testés pour la première
fois par notre enquête d’opinion. Le « roi des forains »
Marcel Campion, en colère
depuis la non-reconduction
de son marché de Noël sur
les Champs-Élysées et de sa
grande roue sur la place de la
Concorde, n’obtient pas plus de
2 %. L’autre candidat débutant
se nomme Gaspard Gantzer,
ancien conseil en communication de Bertrand Delanoë à
l’Hôtel de Ville, puis de François Hollande à l’Élysée. Ses
listes Parisiennes, Parisiens
séduisent entre 4 % et 5 % des
sondés. « C’est la petite surprise du sondage. S’il n’est pas
à même de jouer les premiers
rôles, il prouve qu’il n’est pas
une bulle médiatique », estime
Frédéric Dabi. g
Bertrand Gréco
Comment
faire sans
voiture
aujourd’hui
PIÉTONNISATION
Les particuliers n’ont pas
le droit de circuler en auto
dans Paris de 11 h à 18 h.
Des exceptions sont prévues
La quatrième édition de la
Journée sans voiture à Paris,
ce dimanche, coïncide pour la
première fois avec les populaires Journées du patrimoine.
Ce dimanche, ministères, ambassades et monuments parisiens
devraient attirer dans la capitale des dizaines de milliers de
curieux. Ces amateurs de vieilles
pierres, d’architecture et d’histoire devront prendre les transports en commun, leurs vélos,
leurs trottinettes, ou marcher…
Car cette année, comme l’an
passé, tout Paris est concerné
de 11 h à 18 h par l’interdiction
de rouler faite aux automobiles
(les électriques également), aux
camions et aux motos et scooters. Le boulevard périphérique
ne fait cependant pas partie de la
zone sans voiture et les véhicules
motorisés peuvent l’emprunter
aujourd’hui sans restriction.
Se munir d’un justificatif
Taxis, bus et VTC auront le droit
de circuler à 30 km/h dans tout
Paris sauf dans les quatre arrondissements centraux. Dans cette
zone au cœur de Paris, taxi et bus
seulement pourront rouler, et à
20 km/h maximum.
Certaines exceptions sont
acceptées : pourront rouler les
personnes handicapées ayant
une carte de stationnement handicapé, les personnels médicaux, les
personnes rentrant de week-end
en voiture (avec un justificatif de
domicile). Les conducteurs qui ne
respecteront pas l’interdiction de
rouler risquent une amende de
135 euros.
De nombreux événements festifs
sont organisés : initiations aux
arts du cirque place du Châtelet à
14 h 30, village du roller marathon
dans les jardins du Trocadéro*…
L’an passé, le dimanche 1er octo­
bre, le nombre de véhicules motorisés à Paris avait diminué de
moitié par rapport au dimanche
précédent (de 11 h à 12 h). Et on
avait constaté moins de pollution
atmosphérique et sonore, selon des
mesures réalisées par Airparif et
Bruitparif. La maire de Paris, Anne
Hidalgo, a annoncé ce vendredi
qu’à partir du 7 octobre, le centre
de Paris (1er,2e, 3e et 4e) sera piéton
un dimanche par mois. g M.-A. K.
* Voir notre carte Que Faire, page IV.
135 €
C’est le montant de l’amende
pour les contrevenants
à l’interdiction de rouler lors
de la Journée sans voiture
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
III
le journal du dimanche
dimanche 16 septembre 2018
Grand Paris
L’écrivain John Irving, star d’America
bonnes tables
Les adresses du dimanche
Bagnard Saintonge (3e), cantine pépite
Et pan, un bagnat ! Yoni Saada a remis ça. Après son Bagnard
rue Saint-Augustin (2e), il a ouvert une seconde cantine méditerranéenne dans le Marais. Musique en fond, briques, bar en bois,
tables bistrot et bar à manger face à des cuisines riquiqui. Et pourtant,
c’est de là que sortent, bombés de fierté et garnis jusqu’au bord, des
pans bagnat de compèt’. Piochés au gré de nos envies du jour : un
Bonnie Parker 100 % veggie (houmous green, courgettes, avocat,
tomates, grenade) (9 €) ou le François le Goulettois avec thon blanc,
harissa, oignons cebettes, olives de Kalamata, tomates (10 €). Pain de
chez Émile et Jules au cœur tendre et aérien imbibé d’huile d’olive
Kalios, savoureux. On aime aussi tout le reste : le houmous aux herbes
(6 €), les frites de panisse (6 €), les minimerguez (9 €), les couteaux
rôtis (9 €)… Et aussi la shakshouka divine (12 €). Bon à savoir : vite
complet, alors venez tôt.
7/10
Bagnard Saintonge, 58, rue de Saintonge (3e). Fermé le lundi. Non-stop samedi
et dimanche. Tarifs : à la carte, entre 20 et 30 € environ.
Sur Mer (10e), jolie croisière
Comptoir de la mer, près du canal Saint-Martin. Julien de Fontenay pour le JDD
Cette une-pièce cuisine n’est pas plus large qu’une barge,
avec ses quelques tables rapprochées à l’intérieur et une table
d’hôtes sur le trottoir. Derrière son comptoir cuisine, Olive Davoux
fait chavirer les cœurs avec des produits de mer fichtrement bien
cuisinés. Et vogue le bonheur : langoustines d’Écosse vapeur fondantes, à tremper dans une superbe mayonnaise (12,50 €) ; couteaux
M d’Écosse en tartare de burrata, poutargue, chou-fleur et aneth,
qu’on aurait aimé plus copieux (12,50 €) ; seiche d’Oléron grillée,
pleurotes, pommes de terre confites, sauce barbecue (12,50 €),
diabolique, ou encore carpaccio de maigre de la Côtinière (13,50 €).
Frais comme sur un port de Bretagne. En dessert, crème au chocolat
aux graines de chia et pêches (6 €). Bon à savoir : tout est à partager.
7/10
Sur Mer, 53, rue de Lancry (10e). Fermé le midi : lundi et mercredi. Fermé le mardi. Nonstop le samedi et le dimanche de 12 h à 22 h 30. Tarifs : menu soir 32 € (hors dessert) ;
à la carte, entre 35 et 45 € (hb).
La découverte de la semaine
Robert (11e), à découvrir
Bien manger à la Folie-Méricourt. Julien de Fontenay pour le JDD
Un bistrot looké mode, vieux zinc, cuisines ouvertes et
tables en bois blond ou marbre. Derrière ses cuisines, le
chef a l’œil partout, aux assiettes et à la salle. Déboulent sur la table
des petits plats bistrot, super-bien pensés, mijotés, pleins d’idées.
Gnocchi artichauts et crème de chèvre frais, d’enfer (23 €) ; suave
cabillaud, coco de Paimpol, courgettes et crabe (26 €) ou encore veau
de la ferme de Clavisy, superbe, avec bagna cauda (sorte d’anchoïade
piémontaise), 28 €. Avant ça, séduisante bonite (15 €) et homard en
tenue estivale, tomates dattero, pêches et amandes fraîches (17 €). En
dessert, efficace mousse au chocolat et glace (9 €) et une tuerie : panna
cotta au sarrasin, glace au matcha et mirabelles (8 €). Bon à savoir :
pour arroser tout ça, près d’une cinquantaine de vins bio au top. g
7,5/10
Robert, 32, rue de la Fontaine au Roi (11e). Fermé dimanche, lundi et mardi. Tarifs : menu
midi 25 €; soir 55 €. À la carte, entre 50 et 55 € environ (hb).
Aurélie Chaigneau
AGENDA Le festival du livre
d’outre-Atlantique
débute jeudi à Vincennes
Depuis 2002, tous les deux ans,
Vincennes (94) fête les écrivains
d’Amérique du Nord. Et les amateurs français de cette littérature
venue d’outre-Atlantique, du
Canada aux Caraïbes, sont nombreux : plus de 35.000 sont venus
au festival America en 2016, sur
quatre jours. Pour la nouvelle
édition de l’événement du 20
au 23 septembre, des invités de
marque feront le déplacement
et participeront à des débats sur
différents thèmes comme « l’adolescence, l’âge des possibles », ou
« le monde des arbres ». En tête
d’affiche : John Irving, l’auteur
du Monde selon Garp, publié il y a
quarante ans exactement. L’écrivain, connu pour son amour de la
lutte (gréco-romaine), participera
à plusieurs rencontres, dont l’une
le vendredi 21 septembre à l’Hôtel
de Ville sur son roman le plus célèbre, ou le samedi 22 septembre
sur sa vision de l’Amérique avec le
journaliste François Busnel.
Dany Laferrière
et Gabriel Tallent
À ce romancier truculent, qui a professé dans Le Monde selon Garp que
« les écrivains sont de simples observateurs, de fidèles et implacables
imitateurs de la nature humaine »,
devraient répondre tout au long
du festival d’autres grands auteurs
présents à Vincennes comme les
Prix Pulitzer Richard Russo, Jeffrey Eugenides, l’écrivain haïtien
Dany Laferrière, la romancière
new-yorkaise à la plume féroce
Vivian Gornick ou encore Gabriel
Tallent, Jean Hegland, Laura
Kasischke, entre autres. La Canadienne Margaret Atwood, dont le
roman La Servante écarlate a été
transposé en série télé glaçante,
donnera une master class en duplex
depuis le Canada le 22 septembre. g
Marie-Anne Kleiber
Du 20 au 23 septembre à Vincennes (94).
Passe 1 jour ; 12 €, 2 jours 20 €. Rens. :
festival-america.com
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
IV
le journal dudimanche
dimanche
16 septembre 2018
Grand Paris
Sortir en Île-de-France
Mystère
77 au château
Jeu de pistes
Pour découvrir autrement
le château de Brie-ComteRobert, ses douves et ses
tours, venez mener l’enquête
et « découvrir un objet
précieux pouvant changer
l’histoire de France ».
Jeu en autonomie.
Centre d’interprétation
du patrimoine, Brie-ComteRobert. 10 h-18 h. Gratuit.
amisduvieuxchateau.org
Fête
78 des plantes
Madagascar
à l’honneur
Le collectif Fleurs
en Seine organise sa fête
des plantes et du jardin
qui réunit chaque année
15.000 visiteurs et plus
de 90 exposants. Cette
année, le théme « Exquises
succulentes » met en scène
Madagascar, pays invité.
Bords de Seine, Les Mureaux.
10 h-18 h. Gratuit.
fleurs-en-seine.fr
Festival
91 médiéval
Bal à Neuilly-
Patrimoine
et animations
Après le succès de 2017, la
fête médiévale de Montlhéry
revient pour célébrer
l’histoire et le patrimoine de
la ville avec de nombreuses
animations du Moyen Âge :
théâtre de rue, initiation
au combat et spectacles
de guerre, musique et jeux…
Parc de la Souche et la Tour,
Montlhéry. 10 h-18 h. Gratuit.
montlhery.fr
92 sur-Seine
Comme
au XIXe siècle
Plongez dans l’ambiance
des années 1880, et venez
participer à la reconstitution
d’un bal d’époque sur
le parvis de l’hôtel de ville.
Démonstration de valses,
polkas, mazurkas, scottish
puis initiation aux danses
de jadis.
Parvis de l’hôtel de ville, Neuillysur-Seine. 15 h 30-17 h 30.
Gratuit. neuillysurseine.fr
La Fête de
93 L’Humanité
94
Débats et concerts
Le festival organisé par
le journal L’Humanité
revient pour une
nouvelle édition. Débats,
expositions et spectacles
sont au rendez-vous.
Tout comme les concerts.
Aujourd’hui : Julien Clerc,
Grand Corps malade ou Oré.
Parc départemental GeorgesValbon, La Courneuve. 9 h-20 h.
Tarif : 45 €. fete.humanite.fr
Arts de rue
Théâtre vivant
Avant l’automne,
le Théâtre RomainRolland prend l’air et
propose un spectacle
vivant en extérieur.
Des trapézistes, une clown,
un quatuor de comédiens,
des équilibristes dresseurs
de poules et une fanfare
animeront la journée.
Parc Pablo-Neruda
et centre-ville, Villejuif.
14 h-19 h. Gratuit. trr.fr
sapeurs-
95 pompiers
Visites et
démonstrations
En ce week-end des
Journées du patrimoine,
le musée des sapeurspompiers du Val-d’Oise
ouvre gratuitement ses
portes : visites commentées,
démonstration de
secourisme et maniement
de la lance incendie.
Musée des Sapeurs-Pompiers
du Val-d’Oise, Osny. 10 h-18 h.
Gratuit. valdoise.fr
Aujourd’hui dans la capitale
2e
6e
6e
7e
Pour mettre en évidence la part des
femmes dans la création artistique,
architecturale et culturelle HF Îlede-France et Osez le féminisme !
proposent une balade urbaine
ponctuée de chants sur le thème
des écrivaines du passé.
Le musée du Luxembourg
expose Alphonse Mucha,
artiste tchèque maître
de l’Art nouveau. L’occasion
de découvrir son œuvre
foisonnante entre affiches,
peintures, dessins, décors
et des objets d’art.
Les éditeurs sont célébrés lors
des Multiple Art Days à la Monnaie
de Paris, où 4.000 œuvres
produites par des artistes
des plus reconnus aux plus jeunes
sont présentées. Cette année,
la Norvège est à l’honneur.
Alors que la Française Audrey
Azoulay vient de prendre
la tête de l’Unesco, le siège
de l’organisation internationale
pour l’éducation, la science
et la culture ouvre ses portes
à l’occasion des Journées
européennes du patrimoine.
Journées
du matrimoine
Un Tchèque
au Luxembourg
Un personnage en quête d’autrice, 19, rue
de Beaujolais. M° Bourse. 16 h.
Tarif : gratuit (possibilité de faire un don).
Réserv. : matrimoine.fr
10e
Bibliothèque
solidaire
Aménagée comme une
bibliothèque à ciel ouvert,
la place de la République devient
un lieu de partage. Pour 10 livres
donnés, 1 euro sera reversé
à l’association Lire et Faire lire.
De nombreuses animations
autour du livre seront
aussi proposées.
Place de la République. M° République.
10 h-19 h. Gratuit. recyclivre.com
Éditeurs
dans l’art
contemporain
Musée du Luxembourg.
M° Saint-Sulpice. 10 h 30-19 h.
Tarif : 13 €. grandpalais.fr
Monnaie de Paris. M° Pont-Neuf.
11 h-19 h. Tarif : 5 €. monnaiedeparis.fr
18e
11e
17e
19e
NBA et culture
populaire
L’exposition « NBA Crossover »
mêle musique, basket, art
et fashion le temps d’un week-end
à travers des expériences de réalité
virtuelle ou encore des expositions
photo. Richard Hamilton, joueur
emblématique des années 2000,
sera également présent.
e
9Coup
16e
7e
71, rue de la Fontaine-au-Roi.
M° Goncourt. 12 h-18 h. Gratuit.
crossoverparis.nba.com
de cœur
2e
Quatrième édition
3e
de
1erla Journée
sans voitures
dans la capitale 4e
(11 h-18 h).
6e
15e
5e
14e
Visites libres. Unesco. M° Ségur.
10 h-18 h. Gratuit. unesco.org
12e
Musiques
émergentes
10e
8e
Visiter
l’Unesco
11e 20e
12e
Le Bastille Sounds investit
le Supersonic pour un festival
international de musiques
émergentes. Aujourd’hui
se produiront, entre autres,
le groupe irlandais
punk-rock Fangclub
ou les Londoniens
garage-punk de Bad Nerves.
Supersonic. M° Bastille. 18 h-23 h.
Gratuit. supersonic-club.fr
13e
13e
Vide-dressing
Fashion addicts, blogueurs et créateurs nous donnent rendez-vous
à la Cité de la mode pour un vide-dressing sur plus de 1.500 m2.
Également des stands d’activités et un espace restauration.
Cité de la mode et du design. M° Gare-d’Austerlitz.
11 h-19 h. 3€. violettesauvage.fr
16e
18e
19e
À l’occasion de la Journée
sans voitures à Paris, venez
assister au Macif Paris Rollers
Marathon. C’est sur des roulettes
que les concurrents parcourront
les 42,195 km et admireront
les plus beaux monuments
de la capitale.
Bien s’habiller tout en restant
éco-responsable, c’est
la thématique du festival Happy
Wear, qui s’installe au Hasard
Ludique. Une sélection
de créateurs en vogue,
des pièces uniques mais aussi
des expos sont au programme.
Pour ses 30 ans, le festival
de photojournalisme Visa pour
l’image quitte Perpignan pour
rejoindre la capitale. L’opportunité
de revenir sur les faits marquants de
l’année passée grâce à une exposition
de photos grand format dans le parc
de la Villette et une rencontre à 16 h
à la Grande Halle.
Marathon
à rollers
Village départ : place du Trocadéro.
M° Trocadéro. Départ à 12 h.
macif.parisrollersmarathon.com
Mode écoresponsable
Le Hasard Ludique. M° Porte-de-SaintOuen. 12 h-20 h. Gratuit.
lehasardludique.paris
Photojournalisme
Grande Halle de la Villette. M° CorentinCariou. Gratuit. lavillette.com
DR ; Marie Cholley
Документ
Категория
Журналы и газеты
Просмотров
1
Размер файла
26 126 Кб
Теги
Le Journal du Dimanche, journal
1/--страниц
Пожаловаться на содержимое документа