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Le Point - 20 09 2018 - 26 09 2018

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AFRIQUE CFA : 3500 CFA – ALLEMAGNE : 5,70 € – ANDORRE : 4,90 € – AUTRICHE : 5,90 € – BELGIQUE : 4,90 € - CANADA : 7,90 $ CAN – DOM : 4,90 € – ESPAGNE : 4,90 € – GRÈCE : 4,90 € – ISRAËL : 27 ILS
ITALIE : 4,90 € – LUXEMBOURG : 4,90 € – MAROC : 42 MAD – NOUVELLE-CALÉDONIE : 750 XPF – PAYS-BAS : 4,90 € – POLYNÉSIE FRANÇAISE : 750 XPF – PORTUGAL CONT. : 4,90 € – SUISSE : 6,90 CHF – TUNISIE : 6,50 TND
www.lepoint.fr Hebdomadaire d’information du jeudi 20 septembre 2018 n° 2403
Spécial golf : Ryder Cup
L 13780 - 2403 - F: 4,50 €
Anne Hidalgo Le livre
de la contre-attaque
Le penseur
le plus
important
du monde
Exclusif : son nouvel essai,
« 21 leçons pour le XXIe siècle »
Yuval Noah Harari
à Tel-Aviv.
Mode hommes avec Vincent Lacoste
TAL SHAHAR/RÉA POUR « LE POINT » - ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT »
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Jean Birnbaum
Les « faibles »
face à l’islamisme
Entretien avec l’auteur de « Sapiens »,
Yuval Noah Harari
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Photo Michel Gibert, non contractuelle.
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« Cette collection est un hommage à l’aventurier que nous avons tous un peu rêvé d’être.
Le voyage est une expérience qui nous transforme et je voulais que chaque pièce évoque
cette sensation d’avoir rapporté un trésor d’un pays lointain. »
French : français
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Montgolfière, canapés.
La Parisienne, Chess, tables basses.
Up, lampes.
French Art de Vivre
design Marcel Wanders
www.roche-bobois.com
HUGO BOSS FRANCE SAS Téléphone + 33 1 44 17 16 70
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BOSS.COM
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L’éditorial de Franz-Olivier Giesbert
Faut-il brûler Eric Zemmour ?
Que serait la France sans Eric Zemmour ?
Un passage clouté. Un grand restaurant à menu unique.
C’est notre sale gosse national, une tête à claques inventée pour proférer des horreurs, renverser les
meubles, scandaliser le (jeune) bourgeois.
Si son discours peut être haïssable, Eric
Zemmour ne l’est pas lui-même. Parce qu’il
ne s’aime pas. Observez comme il jouit d’être détesté.
En plus, il a souvent des airs d’enfant pris en faute,
comme s’il venait de dérober les reliques nationales
pour les dissimuler chez lui. Il s’en est autoproclamé
légataire universel. Même quand il sera mort, il aura
toujours peur qu’on les lui subtilise.
Il a peur de tout. Des migrants en général et des
musulmans en particulier, de l’Amérique, de l’Allemagne, de la mondialisation, du cosmopolitisme, du
capitalisme, du libéralisme. Sans parler du féminisme
et même des femmes qui, comme la Pompadour, auraient ruiné la France. Bouffre ! C’est un héraut de la
droite extrême de plus en plus compatible avec la
gauche extrême. Une créature étrange, pleine de contradictions, exagératrice, révoltée, fascinée par la force,
par le Mal au pouvoir.
« Les livres d’histoire qui ne contiennent
aucun mensonge sont très ennuyeux »,
observait l’écrivain Anatole France, qui lui-même
l’était beaucoup. « Destin français », d’Eric Zemmour
(Albin Michel), ne l’est pas du tout. C’est une succession de chapitres enlevés, talentueux, où, souvent,
comme dans un article de la Pravda hier ou du Monde
aujourd’hui, est écarté tout ce qui contrecarre la thèse
qu’il entend développer.
Nourri au lait mielleux d’André Castelot,
merveilleux historien d’opérette, Eric Zemmour sait raconter mais aussi manier l’art du contrepied, éclairer le passé à la lumière du présent.
Passionnante est sa réhabilitation d’Urbain II, le pape
français qui a lancé la première croisade en 1095 pour
donner un coup d’arrêt à l’islam qui déferlait sur une
grande partie de notre hémisphère et tentait régulièrement, depuis l’Andalousie islamisée, de conquérir
la France. Selon lui, ce souverain pontife a retardé
l’avancée des musulmans de près de quatre siècles.
Brillant est son portrait de Louis IX, autrement dit Saint Louis, en « roi juif », inspiré par
le modèle biblique. A l’époque, le royaume des Francs
« spirituellement » juif avait fait sien « le destin messia-
nique d’Israël » tout en essayant de le dépasser à travers
l’universalisme chrétien. Bien sûr, plus il singeait les
juifs de la Bible, plus il persécutait les juifs de son
temps, quand il ne les brûlait pas au son des cantiques
juifs : c’est humain, on déteste toujours ceux que l’on
veut remplacer.
« Destin français » est un chant d’amour à
notre cher et vieux pays. Parfois, Eric Zemmour
devient si délirant qu’il en est émouvant. A ses yeux,
la France a toujours raison. Sauf quand elle s’ouvre aux
vents du monde, comme sous François 1er, pour inventer la Renaissance. Nouveau Malet et Isaac, le manuel
d’histoire en noir et blanc des anciennes générations
de lycéens, son livre cède au mauvais penchant des
bien-pensants pour les listes de gentils et de méchants.
Parmi les premiers, je vous le donne en mille : Jules
Méline, obscur ministre de la IIIe République, apôtre
antidreyfusard du protectionnisme et du repli sur soi.
La France n’est-elle grande que seule ? Personne ne peut le croire. C’est pourtant la conviction
intime d’Eric Zemmour qui ne souffre pas la « religion
de l’humanité » du cosmopolite Voltaire, à laquelle il
préfère l’« amour de la patrie » du triste Rousseau, le
philosophe pleurnichard, toujours à montrer ses stigmates, qui abandonna ses cinq enfants en bas âge aux
Enfants-Trouvés sous prétexte que leur mère n’était
pas capable de s’en occuper. Le tartufe !
De Rousseau à Robespierre, il n’y a qu’un
pas. Dans la foulée, Eric Zemmour se livre à un éloge
incroyable de l’Incorruptible. Comme s’il n’avait jamais lu Laurent Dingli (1), il semble exonérer de tous
ses crimes le Jacobin paranoïde qui est pour beaucoup
dans le lourd bilan humain de la Révolution française
(1 million de morts). Mais l’auteur de « Destin français »
est ainsi fait qu’il préférera toujours une injustice à un
désordre, un nationaliste étriqué et « anti-étranger » à
un citoyen du monde. D’où aussi sa tentative, perdue
d’avance, de réhabiliter le maréchal Pétain.
L’Histoire est tragique, selon Eric Zemmour.
Certes, mais pas tout le temps. Elle est jalonnée aussi
de périodes de paix, de progrès. Contrairement à ce
qu’il semble croire, ce n’était pas toujours mieux avant.
Dans son « Suicide français », son livre précédent, il
nous annonçait la mort de la France et de la République, excusez du peu. A la fin de son nouvel opus, il
prophétise, cette fois, une « prochaine guerre civile ».
Inch’Allah ! §
1. « Robespierre », de Laurent Dingli (Flammarion).
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 9
© Frog974.
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iNTENSÉMENT
RENVERSANTE.
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SOMMAIRE2403
L’arnaque du XXIe siècle
1. « 21 leçons pour le XXIe siècle » (Albin Michel).
2. « La part d’ange en nous » (Les Arènes).
12 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
60
Yuval Noah Harari, le penseur
le plus important du monde
38
Anne Hidalgo contre-attaque
114
Vincent Lacoste,
en mode beau gosse
88
Ryder Cup, les stars
du golf à Paris
ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT » - ARNO LAM POUR « LE POINT » – TAL SHAHAR/REA – STEW MILNE/AP/SIPA
Le risque, à lire des choses intelligentes, c’est d’en sortir
avec plus de doutes encore. Le nouvel ouvrage de Yuval
Noah Harari (1) – l’anti-Zemmour absolu – appartient à
cette catégorie. A en juger par les ventes de ses livres et les
grands de ce monde qui le consultent, il est aujourd’hui
l’intellectuel le plus influent de la planète. Au côté,
certes, de Steven Pinker (2). Or c’est dans ses objections
aux thèses de ce dernier que Harari nous secoue le plus.
Pinker ne cesse de répéter – en le démontrant – que
l’humanité est de plus en plus prospère et pacifique, de
moins en moins violente et intolérante. Harari partage
ces observations, mais y ajoute son regard d’historien
échaudé : « Il ne faut jamais sous-estimer l’irrationalité
humaine », dit-il.
Harari, grand défenseur des démocraties libérales, prend
acte qu’elles sont mortelles. Le nationalisme, par
exemple, n’apporte aucune réponse aux problèmes
d’aujourd’hui. Mais cela ne signifie pas qu’il ne va pas
l’emporter…
De l’immigration à l’intelligence artificielle, du climat aux
religions, Harari dresse un portrait lumineux – et parfois
angoissant – de notre époque. L’une des surprises est qu’il
ne voit pas dans l’islamisme la menace principale, car sa
portée est moins universelle que le communisme jadis.
Le nouveau populisme, affirme-t-il, est sans vrai message.
Quant aux futures révoltes, elles pourraient être portées
par des peuples qui ne lutteront plus contre l’exploitation
mais s’indigneront de leur « insignifiance » à l’ère des
machines. Peut-on perdre sans ennemi ?
Sur la planète que nous décrit l’intellectuel israélien,
seule l’incertitude semble certaine. D’où, peut-être,
le grand désarroi des raisonnables. Même les tenants de
la démocratie libérale, sous la pression des populistes,
ne cessent aujourd’hui de parler de « protection ». Ce mot
– probablement le plus rabâché sur les estrades – est
pourtant un gros mensonge, puisqu’il faudrait au
contraire se préparer au changement permanent, où tout
se « volatilise », pour reprendre le vocabulaire de Marx. La
promesse de protection est-elle l’arnaque du XXIe siècle ?
Même Harari y cède un moment, assurant – peut-être
effrayé par ses propres prédictions – que « nous devrions
nous focaliser sur les besoins fondamentaux des gens et
protéger leur statut social et leur amour-propre ». L’auteur
n’apporte d’ailleurs aucune solution facile : il prône pour
chacun l’accroissement de ses connaissances, de sa
culture générale et même la méditation, car apprendre à
se connaître est selon lui un outil de résistance. Il est vrai
que l’essayiste n’a que des lecteurs, plus stimulés par
le doute que des électeurs… §
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60
Anne Hidalgo Le livre
de la contre-attaque
Livre - Adlène Meddi, le roman
noir de l’Algérie
106 Roman - Les malheurs de Sophie
108 Histoire - « Game of Thrones »
en Aquitaine
109 Roman - Liban, paradis perdu
110 Histoire - Honneur aux vaincus
112 Brèves
Jean Birnbaum
Les « faibles »
face à l’islamisme
104
www.lepoint.fr Hebdomadaire d’information du jeudi 20 septembre 2018 n° 2403
Le penseur
le plus
important
du monde
Exclusif : son nouvel essai,
« 21 leçons pour le XXIe siècle »
Yuval Noah Harari
à Tel Aviv.
Spécial Golf : Ryder cup
9
17
18
Mode hommes avec Vincent Lacoste
L’éditorial de Franz-Olivier Giesbert
La chronique de Patrick Besson
Editoriaux : Luc de Barochez,
Pierre-Antoine Delhommais,
Laetitia Strauch-Bonart,
Nicolas Baverez
24
LE POINT DE LA SEMAINE
Européennes : la piste Woerth
38
FRANCE
Anne Hidalgo contre-attaque
48
54
TAL SHAHAR/RÉA POUR « LE POINT » - ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT »
Entretien avec l’auteur de « Sapiens »,
Yuval Noah Harari
MONDE
Crimée : sur le pont de Poutine
Bernard Bajolet, confessions
d’un ancien maître espion
EN COUVERTURE
Le penseur le plus important
du monde
62 Yuval Noah Harari :
« La stupidité humaine est
une force très puissante »
72 Les extraits de « 21 leçons
pour le XXIe siècle »
76 Idriss Aberkane, Bruno Retailleau,
François Riahi : ce qu’ils pensent
de lui
TENDANCES
Spécial mode hommes
Vincent Lacoste, le beau gosse
140 Hôtel à Paris : follement Brach !
144 Auto : Audi Q8
146 Gastronomie : Guillaume Sanchez,
à Paris
148 Marché de l’art
150 Bridge & Mots croisés
114
152
Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy
LE POSTILLON
Penser contre soi-même,
par Sébastien Le Fol
155 Jean Birnbaum : ces « faibles » qui
nous aveuglent sur l’islamisme
158 Joan W. Scott : quand la laïcité
française dérange l’Amérique
160 Jean Druel : « Etudier l’arabe
est un exercice fascinant »
161 Le droit au scandale,
par Emilie Frèche
162 La langue arabe fera-t-elle école ?
par Kamel Daoud
155
60
78
ÉCONOMIE
Oui, il y a des jobs au bout de la rue!
84
SCIENCES
Ces intelligences atypiques
88
SPÉCIAL RYDER CUP
Les meilleurs golfeurs sont à Paris
CULTURE
96 Art - La passion Caravage
100 Rock - Suede, période bleue
102 Le film que Mélenchon va adorer
EXCLUSIF HIDALGO CONTRE-ATTAQUE
Le match
5e- 6e
Ce qui les unit
Ce qui les oppose
ILLUSTRATION : ORIANE DROGUET POUR « LEPOINT »
« Le Point »
et son édition
régionale
– NICOLAS TAVERNIER/RÉA
www.lepoint.fr Hebdomadaire d’information du jeudi 20 septembre 2018 n° 2403
LE LUTETIA EN PROFITER SANS Y DORMIR
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l’hebdomadaire Le Point-Sebdo – 1, boulevard Victor,
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Le point sur la rentrée
Patrick Besson
Donald Trump, en bon businessman, cherche à écraser la
concurrence : le monde entier.
*
Les gens qui me félicitent pour
ma nomination comme consul
à Los Angeles.
*
Pour Mbappé, créer le carton
bleu-blanc-rouge.
*
Premiers jours d’automne :
manque de Monaco et soif de
Nice.
*
Des tablées d’abbesses aux
terrasses des Abbesses.
*
Disparition inexplicable des
restaurants grecs.
*
Rue Lepic, en face de l’immeuble
blanc où habitait Théo Van
Gogh, notre restaurant italien
du samedi midi : La Rughetta (≈).
*
Encore une rentrée littéraire où
on manque de livres : 570, soit
environ 1 pour 120 000 Français.
*
Outrés par l’arrivée des migrants,
les Roms sont retournés vivre en
Roumanie.
*
Après 60 ans, cette impression
qu’il y a deux fois moins de jours
dans une année.
*
Depuis que je vis avec sa mère,
ai inculqué deux principes à Yannis (4 ans et demi) : c’est meilleur
quand c’est tombé par terre et si
ça gratte, il faut gratter.
Alain Mabanckou, Pagnol du
Congo-Brazza.
*
Ce serait bien si on trouvait un
nouveau Woody Allen.
*
L’ennemi du buveur d’eau : son
attention aux détails désagréables.
SIPA
*
La vie : court-métrage qui débute
comme une comédie romantique
et se termine en film d’épouvante.
Frédéric Taddeï et Michel Onfray
engagés par Russia Today, le premier à l’écran et le second sur le
Net : début de la révolution
médiatique ?
*
Ben Arfa fêté à Rennes, Ancelotti
roi de Naples mais Martial toujours emprisonné à Manchester.
*
La retenue à la source niquera la
prostate du macronisme.
*
Dieu, si bavard dans la Bible,
muet depuis.
*
Aller voir, au Théâtre de Paris,
Fanny Valette et Nathalie Roussel dans « Tu te souviendras de
moi » (mise en scène de Daniel
Benoin).
*
J’aimerais qu’Iris Mittenaere
redevienne dentiste.
*
Quand je pense que Michel
Houellebecq est inscrit dans un
club de sport.
*
Plus ça va, plus je hais Gustave
Flaubert §
Iris Mittenaere.
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 17
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ÉDITORIAUX
Le libéralisme,
antidote au populisme
par Luc de Barochez
C
aduc, le libéralisme ? Depuis le début de la grande récession,
il y a dix ans, on l’accuse de tous les maux contemporains.
On lui reproche d’avoir fermé les yeux sur les excès de la finance, précipitant la crise bancaire dont le contribuable a dû
régler la facture. On le juge responsable de l’accroissement des
inégalités. On le blâme d’avoir encouragé l’immigration dans
des sociétés vieillissantes. On lui impute d’avoir naïvement cru
à la mondialisation heureuse et ouvert la porte à la concurrence
à bas coût des pays émergents. Ces reproches doivent être pris
au sérieux, car ils nourrissent une idéologie antisystème qui a
déjà conduit les Britanniques à voter pour la sortie de l’Union
européenne, les Américains à élire un président en proie aux
pulsions protectionnistes, les Hongrois à plébisciter un autocrate et les Italiens à installer au pouvoir une coalition de populistes antieuropéens.
Le paradoxe est que le libéralisme est aussi le remède à la
fièvre antisystème qui consume les démocraties occidentales.
Qu’il soit de droite ou de gauche, il est un instrument de combat contre les dérives populistes et communautaires. Les replis
identitaires ne résistent pas à sa foi en l’autonomie de l’individu. L’intolérance politique et le sectarisme religieux sont
étrangers à son ouverture d’esprit. Les dérives autoritaires sont
prévenues par sa conviction que chacun a le droit de s’émanciper de tous les pouvoirs, quels qu’ils soient. Au début du
XIXe siècle, Benjamin Constant a exposé son principe révolutionnaire : la « liberté en tout, en religion, en philosophie, en littérature, en industrie, en politique ».
Le libéralisme contemporain, malheureusement, néglige souvent ces antécédents. Le remarquable « Manifeste pour un renouveau libéral », que vient de publier l’hebdomadaire britannique
The Economist à l’occasion de son 175e anniversaire, identifie son
problème central, celui d’« avoir perdu de vue ses propres valeurs »
en tolérant le pouvoir croissant des multinationales monopolistiques et des lobbys ainsi que les dérapages d’une économie
financière insuffisamment régulée. Les libéraux ont eu le tort
de ne pas porter attention à la frustration des populations qui
sont victimes des inconvénients de la mondialisation.
Il s’agit de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Les causes
libérales sont nobles : la responsabilité de l’individu, le respect
de l’Etat de droit, la garantie du droit de propriété, la défiance
la plus profonde à l’égard de toute concentration de pouvoir, la
préférence pour l’ordre spontané de la société plutôt que pour
sa réglementation par l’Etat, l’Eglise ou la Mosquée. Elles sont
de puissants moteurs de création de richesses. Depuis le
XIXe siècle, l’espérance de vie est passée de 30 à 70 ans en moyenne
dans le monde, la pauvreté extrême qui touchait 80 % de la
Le libéralisme doit revenir
aux deux principes qui ont
fait son succès : la liberté et
l’intérêt commun.
Le contrôle URSSAF sur l’herbe.
18 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
ILLUSTRATION : JEAN POUR « LE POINT »
« The Economist » vient de publier un remarquable
« Manifeste pour un renouveau libéral ». Analyse.
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population a été ramenée à 8 %… Le progrès, matériel sinon moral, est spectaculaire ; il est en grande partie dû aux recettes
libérales. Pour se renouveler, le libéralisme doit revenir aux
deux principes qui ont fait son succès, explique The Economist.
Le premier est la liberté, l’idée qu’« il n’est pas seulement juste et
sage, mais aussi profitable, de laisser les gens faire ce qu’ils veulent » ;
le second est l’intérêt commun, la notion qu’une « société humaine peut être une association pour le bien-être de tous ».
Nul pays n’a autant besoin d’une cure de libéralisme que la
France, affligeante championne du monde des prélèvements
obligatoires. Peu de sociétés développées sont aussi hiérarchisées et sclérosées que la nôtre. Tout individualisme y est connoté
négativement. Les élites y cultivent l’entre-soi, de la maternelle
à la retraite. L’ascenseur social est depuis bien longtemps bloqué au rez-de-chaussée. La dépense publique, qui atteint le record de 57 % du produit intérieur brut – ce qui ne rend pas les
services de l’Etat plus efficaces –, pèse d’un poids considérable
sur la compétitivité de l’économie. La frénésie taxatrice qu’on
croyait disparue depuis la fin du mandat de François Hollande
menace désormais de réapparaître, car la France continue, malgré tout, à vivre au-dessus de ses moyens. Un minimum de libéralisme aiderait à pallier ces dérives mortifères.
Le libéralisme a sombré dans l’autosatisfaction après avoir
cru vaincre les deux grandes idéologies destructrices du XXe siècle,
le fascisme en 1945 et le communisme en 1989. Il avait tout
faux. La Chine est en passe de redevenir la première puissance
économique mondiale, sous la conduite d’un Parti communiste
qui piétine les droits humains. Le fascisme, quant à lui, n’existe
plus sous ce nom, mais ses avatars autocratiques prolifèrent.
Le libéralisme doit redescendre encore une fois dans l’arène
pour reprendre le combat idéologique. Pour cela, il doit faire
son aggiornamento. Car, comme l’écrit The Economist, « le véritable esprit du libéralisme n’est pas de s’autopréserver, mais d’être
radical et perturbateur » §
Pour tout savoir sur les « collapsologues »
Pessimistes de l’extrême, ils prédisent un
effondrement du monde. Décryptage d’une
« fumisterie ».
par Pierre-Antoine Delhommais
E
ux-mêmes se désignent sous le néologisme assez bien trouvé,
il faut le reconnaître, quoiqu’un brin pompeux, de « collapsologues ». Moins pompeux, toutefois, que le descriptif qu’ils font
de leur discipline, définie comme un « exercice transdisciplinaire
d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle et de ce qui
pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que
sont la raison et l’intuition ». « Transdisciplinaire », le terme apparaît
même modeste, puisque la « collapsologie » prétend faire appel,
en vrac, à l’économie, l’écologie, l’anthropologie, la sociologie,
la psychologie, la biophysique, la biogéographie, l’agriculture,
la démographie, la politique, la géopolitique, l’archéologie, l’histoire, la santé, le droit, l’art et la futurologie. A cette longue liste
de mauvais esprits seraient tentés d’ajouter « fumisterie ».
Toujours est-il que le marché de l’effondrement est florissant et que les vendeurs d’apocalypse voient leur petit business
joliment prospérer. L’Obs a consacré cet été une page entière et
le quotidien gratuit 20 Minutes une série de quatre articles aux
collapsologues. A côté desquels même les déclinistes les plus
sombres et les climatologues les plus inquiets font figure de
grands optimistes. Pour ceux qu’on surnomme aussi les « effondristes », l’humanité court en effet tout droit et à toute allure à
sa perte, sans qu’il soit possible de l’arrêter. Contrairement toutefois à un Paco Rabanne qui avait prédit à la minute près la fin
du monde, les effondristes, prudemment, ne fixent pas de jour
Un certain consensus se
dégage, au sein des collapsologues, pour situer la fin
du monde vers 2030 !
précis pour le « collapse ». Un certain consensus se dégage néanmoins, au sein de leur communauté (on allait écrire « secte » !),
pour le situer aux alentours de 2030, en se fondant sur des bases
scientifiques qu’on qualifiera, pour le moins, de fragiles.
Pour ces pessimistes de l’extrême et ces cavaliers de l’apocalypse écologique, il est trop tard pour empêcher le chaos, qui se
traduira d’abord par des pannes géantes d’électricité et de télécommunications, par des pénuries en tout genre, puis par le déclenchement de guerres mondiales et de terribles famines qui
tueront des millions, voire des milliards de personnes. Si le
moins qu’on puisse dire est qu’ils ne voient pas l’avenir en rose,
ils ne croient pas non plus à la croissance verte et chantent à
tue-tête avec Johnny : « Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. »
Un assez bon résumé de la pensée – même si le mot est peutêtre excessif – collapsologue se trouve exposé dans un petit livre
publié au printemps dernier, « Pourquoi tout va s’effondrer ».
Voilà ce qu’écrit en introduction son auteur, Julien Wosnitza,
un converti de fraîche date, de son propre aveu, à l’effondrisme
après des études de finances – on comprend d’ailleurs assez vite
en lisant sa prose qu’il n’est pas agrégé de lettres. « J’ai 24 ans.
Vingt-quatre années qui ont changé mes idées du tout au tout. » On
est tout de même rassuré, pour ce jeune homme, que sa vision
du monde et sa philosophie de la vie aient évolué depuis le moment où il se trouvait dans son berceau. « Faire le deuil de mes
vieux jours m’a permis d’envisager ma vie dans une tout autre perspective, poursuit-il avec une remarquable maturité et une poignante gravité. J’ai compris qu’il était inutile d’essayer de “faire
carrière”, d’économiser pour “plus tard”, car il n’y aurait tout simplement pas de “plus tard”. » Le sens de la nuance et celui de la
mesure, on l’a compris, ne sont pas les qualités premières des
collapsologues, littéralement enivrés par leur catastrophisme.
De façon nettement plus inquiétante que cette eschatologie
à 2 euros pour adolescents mal dans leur peau, Julien Wosnitza
explique les raisons pour lesquelles, à ses yeux, « l’effondrement
global est inévitable ». Le gros problème, selon lui, c’est le peuple,
renommé avec une pointe de dédain distancié « la base », conditionnée par les médias et abrutie de consommation, …
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 19
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ÉDITORIAUX
contrairement, cela va de soi, aux collapsologues visionnaires… Une base assez aveugle pour élire, dans nos maudites
démocraties, des gouvernements inféodés à l’idéologie de la
croissance et à ce système capitaliste, « source de tous les maux ».
Avec un certain bon sens et une lucidité suffisamment rares
dans l’ouvrage pour être salués, il écrit : « Un gouvernement qui
déciderait d’imposer des mesures drastiques pour diviser le niveau
de vie par six se ferait conspuer par la population et virer lors des élections suivantes. » C’est un fait, la décroissance n’est guère populaire auprès des catégories qui, elles, le sont, et on risque d’attendre
encore longtemps avant de voir de grandes manifestations pour
réclamer une baisse des salaires et du pouvoir d’achat.
A défaut de pouvoir éviter l’effondrement, Julien Wosnitza
propose gracieusement, à la fin de son opuscule, quelques recommandations pour « limiter la hauteur de la chute. Car mieux
vaut tomber du premier étage que du dernier, non ? ». Parmi elles,
on relèvera « la limitation à une tonte par an des pelouses », « la modification du transport maritime pour le faire passer à la voile » ou
encore « l’interdiction pour les animaleries de commercialiser des
animaux ». Ce qui rendrait incontestablement le métier beaucoup plus difficile. Sans oublier cette perle d’une rare beauté :
« Le plus grand espoir que je nourris est que les humains cessent de
consommer des animaux. L’impact positif sur la planète serait gigantesque, sans parler de celui sur les animaux eux-mêmes. » A l’évidence, le poste de gourou reste à pourvoir chez les collapsologues §
…
Le « signalement vertueux » envahit les réseaux
sociaux et la politique. Faut-il s’en inquiéter ?
par Laetitia Strauch-Bonart
L
e New Yorker, journal américain connu pour ses positions progressistes, vient d’annuler la participation de Steve Bannon à
son festival d’octobre. Après avoir initialement invité l’ancien
conseiller de Donald Trump, le magazine américain, harcelé par
les critiques d’autres participants, de personnalités et de lecteurs,
a fait machine arrière. Comment interpréter cet épisode ? On
peut y lire un nouvel indice de l’inquiétant resserrement de la
liberté d’expression dans le monde anglophone. Mais on peut
aussi y voir la manifestation d’un phénomène devenu aujourd’hui
omniprésent et auquel ses détracteurs, outre-Manche et outre-Atlantique, donnent le nom de virtue signalling.
Le français n’offre pas encore de traduction du terme – on
pourrait penser à « vertuosité » ou, moins élégamment, « signalement vertueux » –, mais le virtue signalling n’est pas réservé à
nos voisins anglophones. Il est partout : il consiste à faire montre,
de façon ostentatoire, de sa bonne moralité. Dans la vie quotidienne, les occasions de « signalement vertueux » sont nombreuses : c’est le changement de photo de notre profil sur les
réseaux sociaux pour montrer que nous soutenons telle ou telle
cause, c’est le discours engagé que les acteurs prononcent aux
Oscars, c’est le slogan de Google « Don’t be evil ». Le virtue signal20 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
ling a aussi envahi la politique – c’est exactement ce qu’a fait Emmanuel Macron, en juin 2017, en écrivant sur Twitter
« #Maketheplanetgreatagain ».
Le virtue signalling a ses critiques : selon ces derniers, il est profondément irritant, car rarement accompagné d’actions concrètes.
N’est-il pas exagéré, cependant, de condamner la « vertuosité »
sans autre forme de procès ? Selon certains chercheurs en psychologie évolutionniste, le virtue signalling provient d’abord de
la nature profondément sociale de l’être humain. Nos ancêtres
dépendaient énormément de la coopération et de la fiabilité de
leurs partenaires : de fait, ceux qui signalaient aux autres leur nature morale s’octroyaient un avantage social et reproductif. Nous
avons perpétué ce comportement : en envoyant des signaux moraux, nous indiquons à nos partenaires potentiels que nous
sommes fiables. C’est pourquoi le virtue signalling n’est pas tout
à fait volontaire, et encore moins cynique.
Faut-il en conclure que la « vertuosité » contemporaine est
inoffensive ? Pas forcément : de nos jours, elle dépasse bien souvent sa fonction initiale, autant par sa nature que son ampleur.
Le virtue signalling n’est a priori l’apanage d’aucune idéologie ; cependant, il est actuellement bien plus présent chez les progressistes, qui mettent volontiers l’accent sur la nature morale de
leur engagement, que chez les libéraux ou les conservateurs, qui
sont moins experts en la matière. Dès lors, la surenchère guette.
Celle-ci est d’ailleurs grandement aidée par Internet, les médias
sociaux et le narcissisme numérique, qui offrent une occasion
inespérée d’exposer sa vertu au monde entier. Devenu arme idéologique de destruction massive, le virtue signalling tend alors à
exagérer la véritable nature morale de ses auteurs. Dans sa forme
actuelle, continue et grossissante, il est potentiellement porteur
d’une contradiction gênante : la vertu, n’est-ce pas justement ce
qui par définition ne se vante pas ? Nous aurions tout intérêt, dès
lors, à tenter de freiner nos ardeurs, au risque que ce signal ne devienne… du pur et simple bruit ! §
*
Responsable éditoriale de la veille d’idées internationale Phébé.
Devenu arme idéologique,
le « virtue signalling » tend
alors à exagérer la véritable
nature morale de ses auteurs.
ILLUSTRATION TARTRAIS POUR « LE POINT »
(Im)postures
de la vertu
Tu n’avais pas de vœu plus important ?
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ÉDITORIAUX
Brésil, la démocratie
en danger
L’élection présidentielle d’octobre pourrait voir
s’affronter les candidats de l’extrême.
par Nicolas Baverez
e Musée national de Rio, qui fut la résidence de la famille impériale et constituait la mémoire du Brésil, a été ravagé le 2 septembre par un incendie qui a détruit les plus riches collections
d’histoire naturelle et d’ethnographie d’Amérique latine. Ses
ruines calcinées symbolisent l’état de la démocratie brésilienne,
dévorée par les flammes du populisme. L’élection présidentielle
des 7 et 28 octobre se présente ainsi sous un jour tragique, placée sous le signe de la radicalisation et de la violence.
L’engrenage des scandales liés à une corruption endémique
– objet des enquêtes judiciaires dites Lava Jato – et la marginalisation des candidats modérés débouchent sur un face-à-face
sans précédent. A l’extrême gauche, Fernando Haddad, ancien
maire de São Paulo, a la lourde tâche de suppléer Lula, condamné
à douze ans de prison pour corruption et blanchiment d’argent
et déclaré inéligible le 1er septembre ; il défend une ligne idéologique dure proche de celle de Dilma Rousseff. A l’extrême droite,
Jair Bolsonaro, ancien capitaine parachutiste nostalgique de la
dictature militaire, caracole en tête des sondages avec 24 % des
intentions de vote mais lutte contre la mort après avoir été poignardé le 6 septembre.
Le chaos politique du Brésil ne doit rien au hasard tant le
pays réunit tous les facteurs qui nourrissent le populisme : la
pire crise économique de l’Histoire, avec une chute du PIB de
7,2 % entre fin 2014 et début 2017 : la croissance plafonne ainsi
à 1,4 % en moyenne depuis 2010, provoquant un chômage de
masse qui touche 12,3 % de la population active, soit 13,6 millions de personnes ; la désintégration de la classe moyenne, qui
entraîne la rechute dans la pauvreté de plus de 20 millions de
Brésiliens ; l’explosion de la violence, qui mine la société avec
plus de 60 000 meurtres par an ; la révolte du peuple contre les
dirigeants en raison de leur corruption, dont les scandales Petrobras et Odebrecht ont dévoilé l’ampleur ; la paralysie des institutions, enfin, avec la destitution de Dilma Rousseff le 31 août
2016, puis l’incapacité de Michel Temer (lui aussi accusé de corruption et d’obstruction à la justice) de réaliser les réformes indispensables, à commencer par celle du système des retraites.
L’élection présidentielle est ainsi sortie de tout contrôle. Elle
n’obéit plus qu’à une logique de dénonciation de la classe dirigeante et de course à la démagogie qui interdit tout débat sur
les défis stratégiques que doit relever le Brésil. Quel que soit le
vainqueur, il paraît très peu probable qu’il puisse réussir à sortir le pays de la crise, voire qu’il parvienne à préserver le caractère démocratique des institutions.
Le Brésil connaît certes une fragile reprise avec une croissance
de 1 % en 2017 et de 1,4 % en 2018, portée par le redressement
des prix du pétrole et des matières premières. Mais il cumule
des problèmes structurels qui tendent à devenir insolubles. Tout
d’abord, il montre tous les symptômes annonciateurs d’une crise
22 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
financière avec un déficit budgétaire de 7,4 % du PIB, une dette
publique de 77 % du PIB ainsi qu’une dette extérieure de 558 milliards de dollars, qui ont provoqué la chute du real et peuvent à
tout moment dégénérer en crise de la balances des paiements
avec une fuite massive des capitaux. Ensuite, il a greffé un Etat providence de type européen sur une économie émergente faiblement productive, avec des transferts sociaux qui sont à la fois
très coûteux – absorbant 55 % des dépenses publiques au détriment des fonctions régaliennes et des investissements – et inefficaces en termes de redistribution, puisque les 10 % les plus
pauvres en perçoivent 31 % mais que les 10 % les plus riches en
captent 23 %. Tout cela converge vers une faible gouvernabilité
qui délégitime la démocratie et pousse une partie de plus en plus
importante de la population à opter pour la sécurité contre la liberté et à céder à la tentation illusoire de l’homme fort.
Aucun des candidats en lice ne paraît en mesure de réaliser
les réformes nécessaires pour reprendre le contrôle des finances
publiques, assurer la survie du système de retraite, réorienter
les dépenses publiques vers l’investissement et les dépenses sociales vers les plus pauvres. Le risque est donc élevé qu’il revienne aux marchés financiers de forcer les changements que
les dirigeants et les citoyens n’auront pas eu le courage de débattre et d’entreprendre. Avec pour conséquence l’emballement
des passions extrémistes.
Le Brésil est à un moment de vérité, balançant entre la démocratie et des formes autoritaires qui pourraient aller jusqu’au
retour à une forme de dictature, comme entre 1964 et 1985.
Son basculement dans le populisme provoquerait une onde
de choc dans toute l’Amérique latine, dont il représente 60 %
de l’économie §
Quel que soit le vainqueur
de la présidentielle, il paraît très
peu probable qu’il puisse réussir
à sortir le pays de la crise.
ILLUSTRATION : ZAK POUR « LE POINT »
L
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Le point de la semaine
PAR MICHEL REVOL, FABIEN ROLAND-LÉVY ET LES SERVICES DU « POINT »
EN FORME
Arthur Sadoun
47 ans - Le président
du directoire de Publicis
voit son mandat à la tête
du troisième groupe mondial
de communication renouvelé
pour quatre ans.
Nicolas Brien
29 ans - Le directeur général
de France digitale réunit à
l’Elysée 3 000 fondateurs de
start-up, dont Chris Barton
(Shazam) et Frédéric Mazzella
(BlaBlaCar).
EN PANNE
Léon Bertrand
67 ans - L’ex-ministre de
Jacques Chirac a été incarcéré
après la confirmation par
la Cour de cassation de
sa peine de 3 ans de prison
ferme pour corruption.
Jean-Claude Mas
78 ans - Le fondateur de PIP,
qui avait fabriqué des implants
mammaires défectueux, devra
purger 4 ans de prison ferme
après le rejet de son pourvoi
en cassation.
Jean-Marc Conrad
54 ans - L’ex-président du
club de Nîmes est condamné,
comme son ex-actionnaire, à
18 mois de prison ferme pour
avoir tenté d’arranger des
matchs en Ligue 2 de football.
24 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
Européennes : la piste Woerth
Président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, Eric Woerth est en pole position pour mener la liste des
Républicains aux européennes. Damien Abad, le général Pierre
de Villiers, Jean Leonetti ou Luc Ferry, un temps évoqués, sont
hors course. Compatible avec les eurosceptiques comme avec
les fédéralistes, il a reçu le soutien des poids lourds du parti,
qui voient en lui le meilleur moyen de couper l’herbe sous le
pied d’une éventuelle liste de centre droit. En outre, la candidature du député de l’Oise limiterait les tensions au sein d’une
formation idéologiquement divisée, notamment sur l’Europe…
Le pari de LR est que le profil sérieux de l’ancien ministre du
Budget de Nicolas Sarkozy séduira les électeurs « raisonnables »
lassés par Emmanuel Macron. L’intéressé ne dément pas, mais
observe pour l’instant une prudente réserve §
Orban : les cafouillages des eurodéputés LR
Seuls trois élus LR sur vingt ont, le 12 septembre, suivi la ligne Wauquiez
pro-Orban au Parlement européen. La consigne de vote du président des
Républicains, alors en Nouvelle-Calédonie, n’est jamais parvenue à Strasbourg. Franck Proust, le chef de la délégation LR, a « oublié » de la transmettre. Brice Hortefeux tente alors de la faire appliquer, mais Françoise
Grossetête, vice-présidente du groupe PPE, refuse de soutenir le leader hongrois. Hortefeux croise ensuite Andreas Schwab (CDU), qui lui expose ses
arguments contre Orban. Hortefeux s’abstiendra finalement… E. B.
SIPA – JACQUES WITT/SIPA – AFP (X2) – FRANCOIS MORI/AP/SIPA – DENIS/REA – REY JÉRÔME/PHOTOPQR/LA PROVENCE
Véronique de Viguerie
40 ans - Elle est la première
femme en vingt ans à remporter le prix le plus prestigieux du festival Visa pour
l’image après avoir couvert
la guerre au Yémen.
Eric Woerth
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LE CHIFFRE
DE PIERRE-ANTOINE
DELHOMMAIS
RUE DES ARCHIVES/RDA – VOLKSWAGEN – MINI – FIAT – CHEVROLET – PORSCHE – GETTY IMAGES – GAMMA-RAPHO VIA GETTY IMAGES – DR (X3) – FRANCE2
87,8
La région de Madrid est celle
en Europe où l’espérance de vie
est la plus élevée : 87,8 ans pour
les femmes et 82,2 ans pour les
hommes, contre une moyenne
européenne de 83,6 ans pour
les femmes et 78,2 ans pour les
hommes. Parmi les dix régions
de l’UE où les femmes vivent le
plus longtemps, six se situent en
Espagne, trois en France (87,1 ans
en Corse) et une en Italie. Sur les
dix régions où les hommes vivent
le plus vieux, sept sont en Italie,
une en Espagne et deux
au Royaume-Uni.
Rugy recycle
François de Rugy a gardé
la directrice de cabinet de
Nicolas Hulot au ministère
de la Transition écologique,
Michèle Pappalardo. Grande
spécialiste des dossiers
énergétiques, figure très
respectée du monde
écologique, celle-ci est
un rouage indispensable
de la très sensible et
prochaine programmation
plurielle de l’énergie, en
cours de rédaction, qui sera
dévoilée cet automne. Mais
son bail avec François
de Rugy devrait être de
courte durée : une fois ce
grand chantier énergétique
achevé, Michèle Pappalardo
quitterait ses fonctions avant
la fin de l’année.
« Merci pour
ce moment. »
Brigitte Macron,
reprenant la formule
de Valérie Trierweiler
dans la minisérie
« Vestiaires », de France 2,
consacrée au handicap,
où elle jouait son propre
rôle (15 septembre).
Ferrand plaît à Jacob
Wauquiez sans paroles
Laurent Wauquiez sait
surprendre ses troupes. En
envoyant la semaine passée
à toutes les fédérations LR
une photo de lui, bras
croisés, sans aucun message
l’accompagnant, le président
des Républicains en a étonné
plus d’un. Chez les militants,
quelques-uns fustigent ce
choix qui « reflète bien l’état du
parti », selon l’un d’eux. « On
n’a rien à dire mais au moins on
a un chef », résume, moqueur,
un autre. Eux ont des choses
à dire, visiblement.
Christian Jacob est ravi de
l’arrivée de Richard Ferrand
à la présidence de l’Assemblée nationale. Le président
du groupe des députés LR
avait des rapports exécrables
avec François de Rugy. « Il n’a
pas réussi à s’imposer au perchoir, car il ne pesait rien dans
sa famille politique », explique
l’ancien chiraquien. Jacob
s’entend en revanche très
bien avec Ferrand, qu’il
connaît bien et avec qui il lui
est arrivé de passer des deals
quand celui-ci était le patron
des députés LREM. A-t-il voté
pour Ferrand ?
Mahjoubi-Griveaux,
le pacte oublié
Candidat potentiel à la mairie
de Paris, Mounir Mahjoubi assure avoir passé un pacte avec
Benjamin Griveaux, le favori
de la macronie pour 2020.
Le secrétaire d’Etat chargé du
Numérique confie : « Nous
nous sommes vus pendant
deux heures et nous avons décidé
de ne pas nous agresser. Sinon,
on tue la candidature LREM à
Paris. » Mais le porte-parole
du gouvernement n’a, lui,
« aucun souvenir de pacte avec
qui que ce soit ». Ça promet…
Gaudin moque Hidalgo
Pourquoi Emmanuel Macron
a-t-il choisi Marseille pour
rencontrer Angela Merkel
il y a deux semaines ? JeanClaude Gaudin, maire de la
cité phocéenne, a une explication très politique : « Peut-être
les amis du chef de l’Etat candidats à la mairie de Paris lui ontils dit qu’il s’affichait trop dans
les réceptions officielles au côté
d’Anne Hidalgo. » Ce n’est pas
Bruno Julliard, tout juste
démissionnaire de l’Hôtel de
Ville, qui dira le contraire !
CES DOYENNES TOUJOURS PRODUITES
Volkswagen ne commercialisera plus la Coccinelle à partir de cet automne
Fiat 500
(depuis 1936)
VW Coccinelle
(depuis 1938*)
Chevrolet Impala
(depuis 1958)
Mini
(depuis 1959)
Porsche 911
(depuis 1964)
RRÊTÉE
CTION A
*PRODU ’AUTOMNE
ÀL
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 25
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LE POINT DE LA SEMAINE
C’EST LA BÊTE NOIRE DE LA MACRONIE
Philippe Bas est-il le plus
redoutable ennemi du chef
de l’Etat ? Embarrassée par
l’affaire Benalla, la macronie crie au complot :
Bas, président de la
commission d’enquête
du Sénat, serait un
putschiste déguisé en
sénateur. A bas Bas ?
Sebastian Kurz
A 32 ans, huit de moins
qu’Emmanuel Macron,
le plus jeune chef
de gouvernement de
l’Union européenne est
aussi, ce semestre, son
président. En hommage
à son aîné, il a choisi
comme slogan : « L’Europe qui protège ». Mais
c’est lui qui impose son
tempo à ses partenaires.
Son objectif : fermer
les frontières extérieures
de Schengen, enterrer
les quotas d’accueil
de réfugiés imaginés par
Angela Merkel, créer
des centres fermés pour
demandeurs d’asile. Pour
en parler, Sebastian Kurz
accueillait cette semaine
à Salzbourg un sommet
informel des chefs d’Etat
et de gouvernement de
l’UE. Bien qu’il gouverne
avec l’extrême droite
à Vienne, le chancelier
d’Autriche se veut
homme du juste milieu
en Europe. Une position
qui contredit la vision
d’Emmanuel Macron,
selon qui les élections
européennes de mai 2019
opposeront progressistes
et populistes. Lui n’est
ni l’un ni l’autre. Juste
un conservateur bon
teint, qui a une marotte :
stopper l’immigration
illégale §
« Une commission d’enquête qui penserait
qu’elle peut jouer de ses fonctions pour
faire tomber un président de la République
serait une menace pour la République. »
Christophe
st
Castaner Délégué général
de La République en marche
« Il y a une volonté de l’opposition
de déstabiliser politiquement
le président de la République. »
« Philippe Bas est en train de
faire une campagne politique
personnelle. »
Barbara Pompili
Députée LREM de la Somme
D
Benjamin Griveaux
Porte-parole
du gouvernement
« Le Sénat n’a qu’un seul
but : atteindre l’Elysée,
viser directement
le chef de l’Etat. »
François Patriat
Sénateur LREM
Ricine : la note qui fait peur
Eric Morvan, directeur
général de la Police nationale,
a adressé le 6 septembre
à l’ensemble des services,
et particulièrement aux
« policiers de terrain », une
note d’alerte sur la ricine,
« arme biologique, létale
à faible dose, utilisée par des terroristes ». « Le recours
aux armes biologiques (…) est
possible, précise le patron des
policiers français. La ricine se
présente sous forme de poudre
blanche, inodore et soluble dans
l’eau. » La note est accompagnée de consignes sur
la conduite à tenir en cas
d’exposition à la ricine. A. Z.
LUC DE BAROCHEZ
26 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
« Le risque est
que les sénateurs
déstabilisent
nos institutions. »
Raphaël Gauvain
Député LREM
de Saône-et-Loire
« Arrêtons
de donner
le pouvoir
à ceux qui ne
croient pas
à la science. »
Harrison Ford, acteur
américain, visant Donald
Trump dans un discours
sur la nécessité
de changer
la courbe du
réchauffement
climatique (AP,
15 septembre).
« Personne n’est dupe
de l’instrumentali­
sation politique »
de l’affaire Benalla. »
ubet
Nicole Belloubet
Garde
x
des Sceaux
Bercy et les pyromanes
Bercy admet, mezza voce,
qu’il sera difficile de tenir
la promesse de suppression
de 50 000 postes de fonctionnaires d’ici la fin du quinquennat, mis à part quelques
milliers, comme dans l’Education nationale (1 800). Et ce
« alors même qu’il y aura plus
de 170 000 départs à la retraite
en 2021 et 2022 ». D’ailleurs,
Bruno Le Maire et Gérald
Darmanin (au centre), comme
tous ceux qui militent
pour la baisse du nombre de
postes, ne disent jamais où
il faut les supprimer. Commentaire, un brin ironique,
d’Olivier Dussopt, secrétaire
d’Etat auprès du ministre
de l’Action et des Comptes
publics : « Vous ne voulez pas,
en plus, qu’on mette le feu ! »
VILLARD/SIPA (GRAPHISME CHRISTOPHE THOGNARD - AXELLE/BAUER/FILMMAGIC/GETTY – SIPA (x5) – AURÉLIEN MORISSARD/IP3 – LUCILE GOURDON/SIPA - ILLUSTRATION GOUBELLE POUR LE POINT
À L’AFFICHE
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LE POINT DE LA SEMAINETECH&NET
Un message
du président
LE MATCH DE LA SEMAINE
De plus en plus grands !
déclic, occasionnant un meilleur rendu.
Puissance. Galaxy est doté
de 8 Go de Ram,
contre 4 Go de
Galaxy Note 9
iPhone
Ram pour cet
XSMax
iPhone. Le processeur A12 Bionic donne un avantage à Apple.
Prix. A 1 239 euros, le Galaxy Note 9 (512 Go)
doit affronter les modèles à 1 429 euros
(256 Go) ou 1 659 euros (512 Go) de l’iPhone
XS Max.
Verdict. Avec son stylet, le Galaxy Note9 séduira la clientèle professionnelle ; l’iPhone,
les fans de jeux vidéo et de photo. La sortie
du Huawei Mate 20 Pro va rebattre les cartes.
Paroles d’entrepreneurs
Fany Péchiodat
(My Little Paris),
Frédéric Mazzella
(BlaBlaCar), Céline
Lazorthes (Leetchi)… Les créateurs français se livrent dans
« Into the French Tech » (First
Editions), à travers des confessions rassemblées par Emmanuelle Flahault-Franc (Iris
Capital) et Anne-Sophie
Frenove (Airbnb) (photo). Souvenirs, souvenirs : « Ma femme
achetait beaucoup de vêtements
de mode avec passion, notamment du Céline, et je ne comprenais pas pourquoi au quotidien
je ne la voyais porter que son sac
Gap en toile. (…) J’ai eu l’idée
de créer Vestiaire Collective (…)
pour remettre en circulation cette
marchandise non utilisée », raconte Sébastien Fabre, cofondateur de Vestiaire Collective.
Yan Hascoët, cofondateur de
Chauffeur Privé, évoque ses
débuts : « On voulait se lancer
vite et développer une application concurrente d’Uber avec
la même robustesse. On a donc
regardé sur LinkedIn et dans
nos contacts qui travaillait sur
l’application d’Uber aux EtatsUnis, puis on a cherché sur leurs
profils de quel langage informatique ils étaient experts. On a
compris que l’application a été
écrite en langage “Node JS”.
On s’est renseignés et on a appris que les experts de ce langage se rassemblaient à une
conférence à Berlin, la JVConf.
On y est allés au culot et on y a
recruté un développeur, Aurélien (…). [Il] a codé en un temps
record notre application. » Axel
Dauchez, créateur de Make,
expose sa recette : « Mon truc,
ça a toujours été de me dire que
le matin j’enfile un costume
pour jouer un grand jeu de rôle.
Ça permet de garder la tête
froide : quand on se prend une
baffe, on remet un jeton et on y
retourne. » Rafraîchissant §
PAGE DIRIGÉE PAR GUILLAUME GRALLET
28 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
Elle se conduit toute seule
Une moto qui accélère,
tourne et freine toute seule :
a priori, c’est un non-sens,
puisque le plaisir de la moto
Votre écran, cet espion
Les ultrasons émis par nos
écrans plats permettent de
reconstituer l’image affichée,
selon des chercheurs des
universités du Michigan,
de Pennsylvanie et de TelAviv. Un espion peut activer
le micro intégré à l’ordinateur pour capter les fuites
acoustiques émises par les
écrans LCD, pendant une
session Skype par exemple,
ou utiliser un capteur très
sensible à plusieurs dizaines
de mètres. GUERRIC PONCET
Nouveau bolide !
Transformer votre Segway
en kart, c’est le pari de
Xiaomi, la nouvelle maison
mère du transporteur américain, qui commercialisera
en octobre des kits pour
monter soi-même son engin.
Problème : où vont rouler
ces bolides ?
réside justement dans son
pilotage. BMW, qui vient
de mettre au point un deuxroues autonome, sans pilote
(photo), souhaite avant tout
comprendre et modéliser
le comportement d’une
moto pour équiper ses
modèles de système d’aide
au freinage ou à la correction
de trajectoire.
L’appli
My Urban
Experience
Cette appli
vous propose de visiter Paris en « réalité augmentée »,
en faisant apparaître
un guide-conférencier
virtuel dans votre
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On en parle à Futurapolis.
Rendez-vous à Toulouse
les 16 et 17 novembre.
Informations sur futurapolis.com.
EDITIONS F1RST – SEGWAY – DR – MARKUS JAHN/BMW/DR – SAMSUNG – APPLE
L’enjeu. Apple, avec l’iPhone XS Max, et Samsung, avec le Galaxy Note 9, ont tous deux mis
au point des smartphones à très grand écran.
Comparaison de leurs spécificités techniques.
Design. Ils sont « borderless », c’est-à-dire que
l’écran recouvre la totalité du téléphone.
Apple se distingue par une encoche (appelée
« notch ») qui laisse passer l’appareil photo.
Ecran. Définition de 2 960 x 1 440 pixels pour
le Galaxy Note 9, de 2 688 x 1 242 pixels
pour l’iPhone. Avantage : Samsung. L’écran
de l’iPhone (6,5 pouces) est un peu plus grand
que celui du Samsung (6,4 pouces).
Photo. Côté optique, les deux géants sont dotés
de capteurs de 12 mégapixels. Leur ouverture
est de f/1.8 et f/2.4 pour l’iPhone, et de f/1.52.4 et f/2.4 pour le Galaxy Note 9. La nouvelle
technologie d’Apple, baptisée Smart HDR,
capture plusieurs expositions au cours d’un
L’Agence fédérale de gestion
des urgences
(Fema) teste un système qui
permettra à Donald Trump
(photo) d’envoyer un message
téléphonique à chaque habitant des Etats-Unis en cas
d’urgence nationale. Espérons qu’il en fasse une autre
utilisation que celle de son
compte Twitter… HÉLOÏSE PONS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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Développé avec la marque lifestyle italienne. Boîtier
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manufacture chronographe UNICO. Bracelet réalisé avec une
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Série limitée à 100 exemplaires.
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE POINT DE LA SEMAINESCIENCES
Bière ancestrale
L’INVENTION
ARCHÉOLOGIE Dans une grotte
du nord d’Israël, des archéo­
logues ont découvert le plus
ancien site de production
d’alcool au monde, vieux
de treize mille ans. Cette
fabrique rudimentaire
consiste en trois petits creu­
sets de 40 à 60 centimètres
de profondeur, façonnés
à même la roche et ayant
servi à l’élaboration d’une
boisson fermentée (Journal
of Archaeological Science).
La passoire inversée
Moustaches de précision
ni les bactéries ; bloquer les odeurs qui re­
montent des toilettes sèches pour les rendre
plus agréables. L’éventail des possibilités est
d’autant plus grand que les chercheurs savent
moduler la taille de leur « tamis » (Science Advances) §
BIOLOGIE La loutre de mer
(photo) doit consommer
chaque jour 25 % de son
poids pour maintenir sa tem­
ASTRONOMIE
pérature. Comment parvient­
L’exoplanète
SANTÉ Le virus persiste dans le sperme
Proxima b
plusieurs mois après l’infection altérant les elle à trouver sa nourriture en
(vue d’artiste),
spermatozoïdes. Comment ? Des chercheurs eaux troubles ? Grâce à des
la plus proche
français ont montré qu’il infecte plusieurs
pattes et à des moustaches ul­
de la Terre, fait
catégories de cellules testiculaires, dont les trasensibles, au point de diffé­
couler beaucoup
germinales, à l’origine des spermatozoïdes. rencier des rainures dont la
d’encre. D’abord
Quant à sa persistance, ils l’expliquent par
largeur varie de seulement
classée habitable
la faiblesse immunitaire des testicules, qui quelques millimètres
en raison des
ne produisent pas les protéines essentielles en un seul toucher (Journal
températures envisagées à sa surface, cette
à la réponse antivirale et peu de molécules
of Experimental Biology).
planète rocheuse avait ensuite été estimée
chargées de signaler la présence de patho­
moins hospitalière du fait de sa proximité
gènes au système Arme antidépendance
avec son étoile, une naine rouge aux émis­
immunitaire. De OPTOGÉNÉTIQUE Une équipe
quoi en faire un
sions délétères. A présent, des simulations
franco­américaine est parve­
réservoir pour le
informatiques suggèrent que la planète
nue à contrôler l’activité
virus (Journal of
pourrait abriter une ou plusieurs grandes
de récepteurs à nicotine dans
étendues d’eau à sa surface. De quoi en faire
Clinical Investiga- le cerveau de souris. Ces
une championne en termes d’habitabilité.
Vulnérables. Cellules infectées tion). PAGE RÉALISÉE PAR récepteurs ont été équipés de
De là à être habitée… (Astrobiology Web)
nano­interrupteurs sensibles
près des tubes séminifères.
CHLOÉ DURAND-PARENTI
à la lumière. Violette,
la nicotine est empêchée de
CHIFFRES
se fixer. Verte, le produit agit.
Un espoir de reprendre
le contrôle face aux effets
%
%
ans
addictifs du tabac (eLife).
des essais cliniques réalisés en
des 356 espèces de tortues
C’est l’âge du plus ancien dessin
Planète « hautement » habitable
Comment Zika se planque
dans les testicules
61 73 000 50 connues sont menacées de
disparition, quand elles ne sont
pas déjà éteintes. Inquiétant
lorsqu’on sait que ces animaux
évoluaient déjà à la surface du
globe du temps des dinosaures
(Bioscience).
réalisé par l’homme : trois lignes
rouges hachurées de six lignes
distinctes. Découvert dans une
grotte en Afrique du Sud, il est
de trente mille ans plus vieux
que ceux répertoriés auparavant
(Nature).
Europe ne font pas l’objet d’une
publication de résultats. C’est
pourtant une exigence de la légis­
lation de l’UE, qui commande
qu’une publicité intervienne
dans l’année suivant la fin de ce
type d’étude médicale (The BMJ).
30 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
Le rendez-vous de l’innovation et
des nouvelles technologies, à Toulouse,
les 16 et 17 novembre, futurapolis.com.
TAK-SING WONG LAB – PLAINPICTURE/DESIGN PICS/MARG WOOD – AMERICAN SOCIETY FOR CLINICAL INVESTIGATION – ESO/M. KORNMESSER
MATÉRIAUX Imaginez un filtre qui
retiendrait les petits objets pour ne
laisser passer que les gros. Voilà ce
que des chercheurs de l’université de
Pennsylvanie ont réussi à mettre au
point. Leur invention prend la forme
d’une membrane composée d’eau et
de tensioactifs, et se comporte
comme la surface d’un liquide qui,
après avoir laissé passer un objet, re­
prend aussitôt sa forme initiale. Le se­
cret, c’est qu’elle ne peut être
traversée que par des objets possé­
dant un minimum d’énergie ciné­
tique et, du même coup, une certaine masse.
L’invention pourrait trouver nombre d’appli­
cations dans des domaines très divers : prati­
quer une intervention chirurgicale en milieu
non stérile puisque le filtre laissera passer les
instruments chirurgicaux, mais ni les saletés
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NOUVEAU
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Consommation mixte (en l/100 km) : de 4,3 à 5,3. Émissions de CO2 (en g/km) : de 112 à 121.
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LE POINT DE LA SEMAINE
LE CARNET
Bruno Roger, mécène
de jeunes chercheurs.
Yusaku Maezawa,
la tête dans la Lune.
VICTOIRES
Le Français Kevin Mayer, 26 ans,
a battu à Talence le record du monde
du décathlon avec 9 126 points.
Le député de Paris Gilles Le Gendre,
60 ans, a été élu mardi président du
groupe La République en marche, en
remplacement de Richard Ferrand,
président de l’Assemblée nationale.
FONDATION
Sous l’égide de son président, Bruno
Roger, la Fondation Martine-Aublet
a décerné, au musée du Quai BranlyJacques Chirac, son prix annuel
à l’historien Sanjay Subrahmanyan
pour « L’Inde sous les yeux de l’Europe »
(Alma). Comme chaque année,
12 bourses de 15 000 euros chacune ont
également été remises pour aider de
jeunes chercheurs dans les domaines
de l’ethnologie, de l’histoire extraeuropéenne et de l’histoire des arts.
SILICON VALLEY
Elon Musk, PDG de Tesla et fondateur
de SpaceX, compte envoyer en 2023
son premier passager dans l’espace :
il s’agit du milliardaire japonais
Yusaku Maezawa. Objectif : la Lune.
Le milliardaire américain Marc
Benioff, PDG de Salesforce, est prêt à
débourser 190 millions de dollars
pour maintenir Time Magazine à flot.
COLLÈGE DE FRANCE
Premier cinéaste nommé à la chaire
de création artistique du Collège de
France, le réalisateur israélien Amos
Gitai donnera neuf conférences au
cours de son mandat, en 2018-2019.
Amos Gitai, professeur
au Collège de France.
Paul McCartney, de nouveau « number one ».
HÔTELLERIE
Associé au groupe portugais Pestana,
Cristiano Ronaldo ouvrira en 2021 son
premier hôtel parisien mais le sixième
de sa chaîne, CR7.
NUMÉRO UN
Grâce à « Egypt Station », son 17e album
solo, Paul McCartney arrive en tête
du Billboard américain, classement
des meilleures ventes d’albums. Après
« Tug of War » en 1982, c’est la seconde
fois que l’ex-Beatles, 76 ans, décroche
la première place outre-Atlantique.
PAGE DIRIGÉE PAR MARIE-CHRISTINE MOROSI
32 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
Rachid Taha
59 ans. Chanteur algérien.
Cet artiste à la voix rauque
était une personnalité originale de la scène musicale.
Né près d’Oran, il a 10 ans et
ne parle que l’arabe lorsque
sa famille s’installe en Alsace.
Séduit par le rock et le punk,
il devient en 1981 le leader du
groupe Carte de séjour et,
cinq ans plus tard, son interprétation de « Douce
France », de Charles Trenet,
détonne et connaît le succès.
Bercé aux rythmes du rai et
du chaâbi, il en imprégnera
chacun de ses albums. Il
devait donner cette semaine
un concert à l’Opéra de Lyon
pour les 20 ans de l’album
« Diwan ». Sur ce disque figurait sa reprise de « Ya rayah »,
qu’il chanta la même année
en trio avec Faudel et Khaled
lors du concert « 1, 2, 3 soleils » à Paris-Bercy.
Couronné d’une victoire
d’honneur en 2015, il préparait la sortie d’un album.
Paul Virilio
86 ans.
Urbaniste,
architecte et
philosophe.
Né à Paris mais
ayant vécu les
bombardements de Nantes
en 1943, lui qui avait fait
l’expérience de ce qu’il
appelait « l’esthétique de la
disparition » a été un
philosophe de la
désintégration des territoires.
Ancien directeur de l’Ecole
spéciale d’architecture de
1972 à 1975, il fonda au début
des années 1960 le groupe
Architecture Principe avec
Claude Parent. Son manifeste
sur l’architecture oblique
a fait date.
Kirin Kiki
75 ans. Figure du cinéma
japonais. Epouse du chanteur Yuya Uchida, elle était
l’actrice fétiche du cinéaste
Hirokazu Kore-eda. Elle figurait une fois encore au générique de son film « Une
affaire de famille », palme
d’or cette année à Cannes.
Jean Laplace
84 ans. Dessinateur de
presse. Il était l’auteur du
« Jeu des huit erreurs », qu’il
avait créé en 1966 et dont il
avait fait sa spécialité. En
cinquante ans de dessins, ses
casse-tête humoristiques ont
été publiés dans les journaux
du monde entier.
Jean-Pierre Picon
86 ans. Fondateur en 1971 de
l’agence de voyages Explorator, dévolue aux expéditions,
qu’il a dirigée jusqu’en 1992.
Djamel Allam
71 ans. Chanteur, grand nom
de la culture kabyle.
BALTEL/SIPA – AFP – CHRIS CARLSON/AP/SIPA – STEVE PARSONS/AP/SIPA – MARIA LAURA ANTONELLI/AGF/SIPA – BRUNO LEVY/CHALLENGES-REA – ULF ANDERSEN/AURIMAGES
Kevin Mayer, recordman
et athlète des athlètes.
DÉCÉDÉS
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LE POINT DE LA SEMAINEVOTRE ARGENT
LAURENT DENIZE
Oddo BHF Asset Management
Faut-il rester investi ?
Oui, car la dynamique positive américaine demeure.
La croissance est forte (4,1 %),
le taux de chômage est à 3,8 %
et sera demain à 3,5 %, les
capacités bénéficiaires sont
élevées (+ 25 % contre + 10 %
en Europe) et le marché américain est moins cher qu’en
2017. Mais, dans le même
temps, il faut être prudent.
La montée des risques (protectionnisme, ralentissement
de la Chine, détérioration
de la situation financière
des pays émergents)
engendre de la volatilité.
Sur quels secteurs
se positionner ?
Les valeurs de croissance ont
fait beaucoup mieux que les
values. Mais il n’est pas encore
temps de se repositionner
sur ces dernières. Nous privilégions les moyennes valeurs,
moins sensibles que les
grandes à la guerre commerciale. En revanche, les petites
valeurs, qui ont bien grimpé,
souffriront, en cas de crise,
de liquidité. Côté secteurs, la
technologie a bien performé
et devrait continuer à le faire.
Même chose pour la santé.
En revanche, l’automobile
a déçu. Nous ne recommandons le secteur qu’aux
investisseurs prêts à attendre
quelques mois. Nous revenons aussi sur les obligations
convertibles §
PAGE DIRIGÉE PAR LAURENCE ALLARD
Des livrets bancaires de moins en moins bien rémunérés
Avec le retour de l’inflation (1,7 % attendu
Taux hors
Banques
Nom du livret
promotion
cette année), mieux vaut laisser le moins
possible d’argent dormir, car il perd en pouvoir PSA Banque
Distingo
1 %
d’achat. Ces dernières années, avec une
RCI Bank
Zesto
1 %
and Services
stagnation des prix autour de 0 %, la perte
Orange Bank
Livret
1 %
était insignifiante et il pouvait être rassurant
de détenir des liquidités dans un environne- 0,4 %
pour un montant
ment difficile. Ce n’est plus vrai aujourd’hui !
inférieur à 10 000 €
Perte de pouvoir d’achat. L’écart entre infla- 0,6 %
si le montant
Hello bank !
Hello !
tion et rémunération des livrets s’est creusé.
est compris entre
« Il est négatif d’au moins 1,5 point », constate
10 000 et 50 000 €
Philippe Crevel, président du Cercle de
- 1 % pour plus
de 100 000 € placés
l’épargne. Le taux des super-livrets a même
Livret +
0,30 %
baissé en juillet. Il n’est plus en moyenne que Fortuneo
CIC
Bienvenue
0,30 %
de 0,26 %. Avec des écarts importants entre
les banques. La palme du meilleur taux hors
BforBank
BforBank
0,20 %
promotions revient aux établissements dépen- Monabanq
Monabanq
0,20 %
dant des constructeurs automobile (PSA, RCI…). Boursorama Banque Compte sur livret 0,10 %
Les livrets Distingo et Zesto servent encore du
ING Direct
Orange
0,05 %
1 %, tout comme Orange Bank, quand BforLa Banque postale
Compte sur livret 0,10 %
Bank est à 0,20 %, Hello bank à 0,40 % et ING
0,10 %
Direct avec son livret Orange à 0,05 % (tableau).
+ une prime de
Même les promotions sont moins
fidélité de 0,70 %
alléchantes. La durée du taux boosté pour
annuel, à partir
du 7e mois, sur tous
l’ouverture d’un compte est plus courte : deux Société générale
Epargne Plus
les versements
mois chez BforBank ou ING Direct, si bien que
qui sont restés
ces offres délivrent moins que le livret Dissur le livret
tingo sans promotion dès lors qu’on laisse ses
pendant au moins
6 mois consécutifs
liquidités quelques mois. Ainsi, pour 50 000 €
placés pendant neuf mois, PSA Banque vous
Les promotions pour toute ouverture d’un livret
servira 375,46 € d’intérêts, BforBank 225,16,
ING Direct 181,29 (d’après le simulateur de
Nom du livret Promotions
Banques
comparaison de cBanque). Avec son offre de
2 % pendant 2 mois
bienvenue, seul le CIC fait mieux (450,37 €),
jusqu’à 75 000 €
pour toute ouverture
mais elle est réservée aux clients CIC qui ont
BforBank
BforBank
avant le 16 octobre 2018 ;
une ancienneté d’au moins six mois.
+ 50 € si l’encours du livret
Peu d’alternatives. Mieux vaut se tourner
dépasse 20 000 €
vers le plan d’épargne logement qui sert
en décembre 2018
un taux supérieur : 2,5 % si vous l’avez ouvert
2,5 % pendant 4 mois
Fortuneo
Livret +
jusqu’à 100 000 €
avant le 31/1/15, 2 % entre le 1/2/15 et le
31/1/16. Mais, si vous n’en avez pas, en ouvrir
3 % pendant 3 mois
CIC
Bienvenue
pour les clients CIC
un ne vous rapportera que 1 %. Rémunéré
2 % pendant 2 mois
à 0,75 %, le livret A, défiscalisé, ne tient pas
ING Direct
Orange
jusqu’à 20 000 €
non plus la route. Mieux vaut donc limiter
2 % pendant 6 mois
son épargne de précaution au minimum et
Société générale Jeune actif
pour les 18-29 ans,
se tourner vers des placements un peu moins
dans la limite de 5 000 €
liquides mais qui peuvent le devenir
Hello bank
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80 € de bienvenue
rapidement comme l’assurance-vie § L. A.
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New York
Dow Jones
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Paris
CAC 40
+ 1,50 %
Zone euro
Shanghai
+ 1,11 %
- 0,66 %
Euro Stoxx 50
SSEC
Tokyo
Nikkei 225
+ 3,23 %
Prêts à la consommation Taux le plus fréquemment accordé
Sur 24 mois : 1,50 %
Source : Empruntis.com.
34 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
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SP
BOURSE : L’AVIS DE…
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Tout investissement comporte des risques. Chaque investisseur doit analyser son risque en recueillant l’avis de tous les conseils spécialisés afin de
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Surveillance au capital de 83.075.820 euros, RCS 572 037 026, dont le siège social est situé 47 rue du Faubourg Saint-Honoré 75008 PARIS.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE POINT DE LA SEMAINEURBANISME/IMMOBILIER
Derrière les moucharabiehs et les murs
ornés de portraits signés de l’artiste
Alun Be, l’université Cheikh-Anta-Diop
hébergera plus de 10 000 étudiants.
Peau neuve pour l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar.
Conçu à la fin des années 1950 en vue d’accueillir 30 000 étudiants, cet établissement réputé d’Afrique de l’Ouest compte
désormais pas moins de 90 000 élèves. « Nous allons multiplier
par quatre sa capacité d’hébergement en livrant dès l’an prochain
27 bâtiments où logeront 10 700 étudiants. Réussir à densifier ce site
de 120 000 mètres carrés, tout en conservant un poumon vert de la
capitale sénégalaise, tel est le défi majeur de notre projet », explique
l’agence d’architecture française Hardel Le Bihan.
Chaque résidence universitaire s’inscrit dans une approche
bioclimatique vertueuse, plus écologique et moins gourmande
en énergie : une attention particulière est portée au confort
thermique et à la qualité de vie des espaces intérieurs, noyés
dans la verdure, protégés du soleil, éclairés et ventilés naturellement. L’autre spécificité ? Ces façades ornées de moucharabiehs et dont les murs pignons sont décorés par l’artiste
sénégalais Alun Be, qui signe ainsi l’identité propre à chaque
bâtiment § BRUNO MONIER-VINARD
Au cœur de chaque bâtiment,
patios et passerelles créent
un espace de respiration.
Dans les chambres,
les matériaux naturels
ont été privilégiés.
36 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
VIRGIN LEMON - HARDEL LE BIHAN – MACIEJ GRELEWICZ - HARDEL LE BIHAN (X2) (VUES D’ARTISTE)
Le campus de Dakar relève le défi bioclimatique
Photo : Jean–François Robert
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Association
de bienfaiteurs
@beaupassageparis • #beaupassage • beaupassage.fr
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FRANCE
Anne Hidalgo contreExclusif. La maire de Paris publie
« Respirer » (L’Observatoire),
dans lequel elle défend son bilan.
Ses adversaires lui répondent.
PAR LAURELINE DUPONT
I
l ne fait pas bon être maire de Paris par les temps qui
courent… Entre la démission de son premier adjoint à la
culture, Bruno Julliard, et les critiques toujours plus virulentes de l’opposition, Anne Hidalgo doit faire face, à un an
et demi des élections municipales, à un front disparate idéologiquement mais uni pour empêcher sa réélection. Sa riposte ? Elle se trouve dans ce livre, « Respirer », dont Le Point
publie des extraits. Construit comme un plaidoyer écologiste dans lequel la maire de Paris revendique son indépendance et revient sur tous les sujets qui fâchent, de l’arrêt
d’Autolib’ à la fermeture des voies sur berge en passant par
l’échec de Vélib’, l’ouvrage renferme aussi un aveu, celui de sa
solitude. « Parfois, je me sens seule », écrit Hidalgo. Mais pas de
quoi baisser les bras pour autant. Point par point, elle se défend, explique et souvent accuse : l’Etat, les gestionnaires, la
région. La présidente du C40, qui regroupe les mégalopoles
mondiales, repasse à l’offensive. Tournant ou méthode Coué ? §
210 millions d’euros
Montant exigé par Vincent
Bolloré en dédommagement
des pertes d’Autolib’.
EXTRAITS
80 %
Chute du nombre de trajets
Vélib’ depuis que Smovengo a
repris l’exploitation du service.
« Respirer », d’Anne Hidalgo,
en collaboration avec Antoine
Leiris (Editions de l’Observatoire/
Humensis, 96 p., 8 €). Parution
le 26 septembre.
38 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
REPORTAGE PHOTO : ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT »
« L’homme ne peut échapper à la culpabilité »
« La crise qui nous frappe est à la fois économique, sociale, écologique et peut-être surtout morale. L’homme se rend compte
de ce qu’il a fait et ne peut échapper à la culpabilité. Face à ce
sentiment qui nous habite tous, certains se renient. (…)
J’ai choisi de faire face. D’accepter cette culpabilité, mais de
refuser qu’elle m’aveugle ou me paralyse. J’ai choisi d’en faire
un moteur de mon action. Si nous sommes coupables d’aujourd’hui, alors nous sommes responsables de demain. Je ne
peux pas réparer ce que l’on a déjà fait, mais je peux faire ce
qu’on ne fait pas encore. Je peux faire. Je fais.
Et le premier des grands défis de la Ville de Paris, celui qui
conditionne tous les autres, c’est le défi climatique. …
30 millions d’euros
de pertes pour la mairie
de Paris après l’interdiction
de la publicité lumineuse.
11 %
Droite dans
ses ballerines. La maire
de Paris, Anne Hidalgo,
sur le quai de l’Hôtelde-ville lors de la
Journée sans voitures
à Paris, le 16 septembre.
de baisse du budget consacré
à la propreté, selon l’opposition (149 à 133 millions d’euros
en 2016). La mairie de Paris
avance la somme globale
de 500 millions d’euros.
Sources : Le Parisien, L’Opinion,
Les Républicains.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
-attaque
« Je me dois d’être
indépendante.
Qu’en serait-il si je devais
rendre des comptes
au pouvoir central ? »
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 39
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
FRANCE
Guide. Anne Hidalgo
montre son bureau de maire
à de jeunes visiteurs lors
des Journées du patrimoine,
le 16 septembre.
Nous avons perdu beaucoup de temps en controverses.
Nous avons pris du retard. Maintenant, il y a urgence. Pourtant, les Etats européens et la Commission européenne ont
choisi d’attendre. De laisser le temps au diesel de nous empoisonner. De brader notre santé pour préserver des intérêts. Alors
non, je ne renoncerai pas. »
« Les partis semblent dépassés
par ce mouvement citoyen »
« La démocratie a besoin de bien davantage qu’un bulletin de
vote introduit dans l’urne à intervalles réguliers. Elle a besoin
d’un engagement personnel quotidien des citoyens autant
que des responsables politiques. Il est pour cela indispensable
de permettre plutôt que de prescrire. Ma gauche, c’est cela :
une force politique qui n’a peur ni du réel ni du rêve et qui
prend chaque jour le risque des idées nouvelles. Les partis
semblent dépassés par ce mouvement citoyen qui prend son
avenir en mains. Pourtant, ils ont un rôle fondamental à jouer
s’ils acceptent de se nourrir de cette ambition politique qui se
traduit chaque jour en actes. C’est dans cet esprit que j’ai créé
le mouvement Paris en commun qui tourne le dos à un ancien
monde au sein duquel les représentants élus étaient les “sachants”. Mon expérience m’a fait comprendre que nous étions
avant tout des “apprenants” à l’écoute de ce laboratoire d’invention permanente qu’est Paris. (…) En pensant et en vivant
les partis politiques comme des expressions nécessaires à la
formulation d’une volonté citoyenne, nous les remettons à
leur juste place qui est de servir et non de diriger le peuple. »
« Autolib’ était peut-être trop en avance »
« Je n’ai pas renoncé lorsque la crise d’Autolib’ nous a placés
devant un dilemme : le groupe Bolloré demandait aux communes dans lesquelles Autolib’ est implanté de payer près de
40 millions d’euros par an jusqu’en 2023. A quoi correspondent
ces 40 millions d’euros ?
Lorsque nous avons signé le contrat pour le service Autolib’
en 2011, une clause particulière y était insérée ; si le service
Autolib’ devait être déficitaire, ce déficit serait pris en charge
par le groupe Bolloré à hauteur de 60 millions d’euros, le reste
devant être réglé par les communes.
…
40 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
Mais ce contrat supposait une exécution normale de leurs
obligations par les deux parties. Les utilisateurs d’Autolib’ le
savent mieux que les autres – bornes de recharge en maintenance, véhicules sales, réservations annulées au dernier
moment, stations pleines ou stations vides –, le service s’est
peu à peu dégradé. Autolib’ était peut-être trop en avance. La
révolution numérique et les nouveaux usages qui l’accompagnent obligeaient à repenser totalement un modèle dont
la structure était devenue trop lourde, inadaptée, obsolète. »
« Le retour des voitures sur les berges
serait une folie »
« Si les berges de Seine sont devenues un champ de bataille,
ce n’est pas parce que nous leur avons rendu leur visage de
toujours ; c’est parce que certains s’attachent à défendre un
demi-siècle de monopole automobile qu’ils assimilent à une
ère de liberté. (…) Le retour des voitures sur les berges serait
une folie. Il occulterait notre passé et insulterait notre avenir. Ce n’est pas parce que les voitures n’y sont plus et n’y seront plus jamais que les voies sur berge ne restent pas des
axes de circulation. Elles sont même devenues le moyen le
plus rapide de traverser Paris. A pied, à vélo, à rollers, à trottinette ou tout autre moyen de circulation doux et non polluant, c’est une véritable autoroute ! »
Vélib’ : « Le mieux est parfois l’ennemi du bien »
« Le groupe JC Decaux (…) est choisi comme prestataire. Ce
groupe gère tout le dispositif dans le cadre d’un marché public. Dans un premier temps, c’est la publicité qui paie l’installation et la gestion de toute l’opération. Déjà, à l’époque,
nous avons dû surmonter de nombreuses difficultés : marché
annulé puis relancé, vélos vandalisés, contrat renégocié...
Par la suite, les lois qui régissent le service public exigeant
une mise en concurrence des gestionnaires, nous n’avions
pas le choix, il fallait lancer un nouvel appel d’offres pour la
gestion de Vélib’. Nous respectons la loi. Mais le mieux est
parfois l’ennemi du bien. Alors que Vélib’ fonctionnait bien,
le mode de désignation du gestionnaire du nouveau Vélib’
nous a obligés à choisir le mieux, notamment l’offre la plus
avantageuse sur le plan économique. A l’issue d’une …
REPORTAGE PHOTO : ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT »
« Ma gauche, c’est
une force politique
qui n’a peur ni
du réel ni du rêve
et qui prend chaque
jour le risque des
idées nouvelles. »
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FRANCE
procédure de sélection des candidats imposée par le
droit des marchés publics, c’est le consortium Smovengo qui
a proposé le mieux et gagné l’exploitation du marché des vélos publics.
Smovengo n’était pas prêt. (…) L’entreprise n’a pas respecté
le calendrier sur lequel elle s’était engagée pour fabriquer vélos et bornes, fiabiliser les systèmes techniques et informatiques, recruter et former les différentes équipes, développer
les travaux… »
« Je veux rendre la mobilité pour tous plus facile »
« Lorsqu’on est laissé aux portes de Paris parce que sa voiture
est trop polluante alors même que d’autres y circulent librement dans des véhicules de luxe inutilement puissants (…) je
comprends qu’on trouve cela injuste. Paris appartient à tous
et certains se sentent exclus de fait parce que leur véhicule est
trop ancien et qu’ils n’ont pas les moyens de le changer.
C’est pour ceux-là que, sur les 380 millions d’euros par an venant des contributions des Parisiens et attribués aux transports en commun, plus de 100 millions vont aux réseaux
franciliens. C’est dans un souci d’équité entre ceux qui gagnent
beaucoup et ceux qui gagnent moins, entre ceux qui sont
proches et ceux qui sont loin que j’ai demandé que soit étudiée la possibilité de rendre les transports en commun gratuits. Je ne veux pas rendre la vie des automobilistes plus
difficile et plus chère, je veux rendre la mobilité pour tous
plus facile et plus économique. »
Migrants : « L’Etat nous a abandonnés »
« La vérité se trouve dans les campements que nous essayons
tant bien que mal de contenir et d’organiser. La vérité se trouve
au cœur de ces familles dont on veut nier la dignité.
Nous faisons cela parce que l’Etat nous a abandonné cette responsabilité. Une responsabilité qui est la sienne. Une responsabilité de droit. Nous vivons en démocratie, une démocratie
régie par des lois, au sommet de ces lois se trouve la Constitution, dont la Déclaration des droits de l’homme est le préambule. En tant que maire de Paris, je n’ai pas de pouvoir sur la
politique migratoire de la France. »
« L’histoire indocile de Paris »
« Depuis la Commune, ce soulèvement des Parisiens contre
…
42 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
un pouvoir central absolu, Paris n’avait plus de maire, la ville
était administrée par un préfet nommé directement par l’Etat.
C’est en 1977 que Valéry Giscard d’Estaing décide de rendre à
la capitale son maire. Un maire qui ne devra pas faire d’ombre
au pouvoir central, un maire contrôlable, aux pouvoirs limités ;
on ne lâche pas comme ça les rênes de la plus belle ville du
monde. VGE voyait Michel d’Ornano gagner dans un fauteuil.
C’était sans compter sur l’ambition de Jacques Chirac. Rappelant l’histoire indocile de Paris, il ravit la mairie et donne à la
fonction l’indépendance qui est la marque du peuple parisien.
Comme Bertrand Delanoë, je me situe dans cette ligne, dans
cet héritage, dans cette idée que Paris se doit d’être différent
pour ouvrir de nouvelles voies. Mais les pouvoirs du maire de
Paris sont limités en ce qui concerne les transports en commun. C’est peut-être la plus grande frustration que je ressens
dans cette fonction. Les transports en commun sont gérés par
Ile-de-France Mobilités, donc par la région. Au-delà de la région, ils sont financés en grande partie par l’Etat et les huit départements qui composent l’Ile-de-France.
C’est en cela que le rôle de maire de Paris est si particulier. Il
doit dialoguer d’égal à égal avec le président de la région, le
Premier ministre ou le président de la République sur des décisions qui concernent directement les Parisiens.
Pour cela, je me dois d’être indépendante des pouvoirs en place,
du fonctionnement des partis, des luttes d’influence afin de
défendre au mieux la mobilité et, au-delà de la mobilité, le quotidien des Parisiens. Qu’en serait-il si je devais rendre des
comptes au pouvoir central ? »
« Un geste qui m’invite à continuer »
« Parfois, je me sens seule. Lorsque je lis le déferlement de violence gratuite et anonyme qui accompagne certains de mes
tweets. Cela pourrait me faire douter. Mais j’aime cette fonction de maire. Je me le rappelle chaque fois que je croise des
Parisiens de chair et d’os, dans le métro, dans la rue, lors d’une
inauguration ou dans le cadre d’une association de quartier.
L’enjeu pour un maire de Paris, mon enjeu en tant que maire
de Paris, je le vois dans le regard des Parisiens, je le lis sur leur
sourire, je le comprends d’un geste qui m’invite à continuer.
C’est parmi eux que je vais me ressourcer. » §
REPORTAGE PHOTO : ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT »
A bicyclette. Anne Hidalgo
sortant de chez Marek Halter,
dans le Marais, dimanche
16 septembre.
« Les Etats
européens et la
Commission européenne ont choisi
de laisser le temps
au diesel de nous
empoisonner. Je ne renoncerai pas. »
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FRANCE
Valérie Pécresse : « Les décisions prises de manière
égoïste ne sont jamais des solutions »
Le Point : Trouvez-vous qu’on respire bien
à Paris ?
Valérie Pécresse : La lutte contre la pollution est la
La maire de Paris dit réfléchir à la gratuité
des transports pour le Grand Paris. Cela vous
semble-t-il envisageable ?
priorité de santé publique, non seulement à Paris
mais aussi en Ile-de-France. Pour que les Parisiens
respirent mieux, il faut permettre aux habitants de
Paris mais aussi à ceux de la banlieue de prendre des
transports en commun réguliers et confortables. Ce
qui est bon pour la région est bon pour Paris.
Ce problème de pollution ne peut pas se régler de
façon unilatérale et non concertée, par des décisions
brutales prises pour le centre de Paris et ayant des
répercussions dommageables sur le quotidien des
Franciliens. Nos destins sont liés et les décisions
prises de manière égoïste ne sont jamais des solutions.
Les Français sont lucides, les transports gratuits, ça
n’existe pas ! Il y a forcément quelqu’un qui paie. Si
ce n’est pas le voyageur, ce sera le contribuable. Je
rappelle que nous avons le Pass Navigo parmi les
moins chers d’Europe.
Donc la gratuité des transports pour le Grand
Paris n’est pas pour tout de suite…
Aujourd’hui, quel bilan faites-vous
de la piétonnisation des voies sur berge ?
La pollution s’est déplacée, elle est moins dans le
centre de Paris et plus sur les itinéraires de délestage,
comme le périphérique et l’A86. Ma responsabilité
est d’assurer la cohésion sociale du territoire et
l’égalité de traitement pour tous les habitants de la
région.
C’est pour cette raison que je me bats pour que la
mairie finance les lignes de transport qui sortent de
Paris il faut instaurer une solidarité des territoires.
A la suite du recours contre la piétonnisation des
voies sur berge, nous avons obtenu que la ville de Paris débloque 1 000 places à demi-tarif aux portes de
Paris pour les abonnés Navigo.
Valérie
Pécresse
Présidente
(LR) du
Conseil
régional d’Ilede-France.
Les Franciliens veulent des transports confortables et
qui arrivent à l’heure. En 2018, le coût de fonctionnement des transports, c’est 10 milliards d’euros, dont
5,7 payés par les entreprises, 3 par les voyageurs et
1,5 par les collectivités. Les entreprises paient déjà
plus que partout ailleurs. Je crois à des tarifs intelligents, un tarif social pour les personnes défavorisées
et un tarif en fonction des horaires. Nos trains sont à
moitié vides pendant une grande partie de la journée,
nous sommes en train de travailler à une tarification
plus juste pour désaturer les lignes. Car c’est le vrai
sujet. La gratuité n’est pas la solution. Mais le lissage
des heures de pointe, le télétravail, oui. Les transports,
ce ne sont pas des idées simplistes, ce sont des modes
de vie. J’ai instauré le télétravail à la région, je travaille
avec les DRH d’Ile-de-France : si on organise le télétravail, on pourrait faire baisser de 10 % le nombre de
voyageurs. Idem sur les routes : avec 10 % d’automobilistes en moins, on réduirait les embouteillages et
donc la pollution § PROPOS RECUEILLIS PAR L. D.
Le Point : Anne Hidalgo a fait de la lutte contre
la pollution sa priorité. A-t-elle raison ?
Benjamin Griveaux : La question de l’environne-
ment est centrale, au regard de l’urgence climatique
et des enjeux de santé publique. Elle nous concerne
tous, dépasse les vieux clivages et n’appartient à personne. A Paris, il y a 83 % d’hospitalisations en plus
par rapport à la moyenne nationale pour des maladies respiratoires chez les moins de 15 ans ! Est-ce le
seul enjeu ? Non, le logement, la sécurité, la question de l’attractivité de Paris sont aussi essentiels.
Autant de domaines qui sont à mes yeux délaissés.
Il est insupportable que 90 % des femmes déclarent
avoir été agressées dans les transports en Ile-deFrance. La ville de Paris doit réagir. Il faudra une police municipale, qu’elle puisse descendre dans le
44 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
métro et que la ville travaille plus et mieux avec
la RATP.
La maire de Paris évoque très rarement
les habitants issus des classes moyennes
qui quittent la capitale…
C’est pourtant un sujet majeur pour Paris pour les
vingt ans qui viennent. Comment fait-on pour que
les classes moyennes puissent y vivre, y rester, et surtout y revenir ?
Mais vous comprenez qu’on ait envie de quitter
Paris ?
Ce qui me désole, c’est que des gens soient obligés
de quitter Paris parce qu’ils n’ont plus les moyens
de payer leur loyer. Des familles s’en vont, dans ma
circonscription des classes ferment. Les petits commerçants mettent la clé sous la porte. Les commerces
JACQUES WITT /SIPA – ÉLODIE GRÉGOIRE POUR «LE POINT»
Benjamin Griveaux : « Anne Hidalgo rejette
toujours la faute sur les autres »
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de bouche sont pourtant des lieux de rencontre où
se noue la vie de ces villages parisiens. Empêcher
Paris de perdre ses habitants est le combat absolu
des années à venir.
dans les têtes qu’il faut faire tomber le périphérique.
Quand la maire de Paris décide de construire une
maison de retraite ou des logements étudiants, at-elle systématiquement le réflexe d’aller voir le maire
au-delà du périphérique pour se demander ce qu’il
est possible de faire en résonance ?
Jugez-vous faisable la gratuité des transports
en commun pour tous les Franciliens ?
En période électorale, c’est un succès d’estrade garanti ! Mais la gratuité généralisée, c’est en fait la politique la plus injuste qui soit. La gratuité, c’est le
même tarif pour tout le monde, même pour celui
qui gagne 10 000 euros. Donc celui qui gagne le smic
va, par ses impôts, payer un peu du Pass Navigo de
celui qui gagne cinq fois plus.
En revanche, je pense que l’on peut réfléchir à la gratuité pour les écoliers et les collégiens [les lycées dépendant de la région, NDLR]. Ce pourrait être une
manière d’habituer les prochaines générations.
Mais, concernant les transports, la priorité, c’est surtout d’investir dans le réseau.
Anne Hidalgo avance aussi l’idée de « faire
tomber cette dernière barrière qu’est
le périphérique ».
Evidemment, le périphérique est une barrière qu’il
faut faire tomber. Mais pour cela, il faut supprimer
les trois départements limitrophes. Aujourd’hui, il
y a trop d’échelons, on a organisé l’irresponsabilité
générale. Dans une ville-monde comme Paris, il faut
que nous puissions parler de logements, de transports et de politique sociale avec nos voisins. C’est
Vous semblez penser qu’Anne Hidalgo décide
de façon trop solitaire.
Benjamin
Griveaux
Porte-parole
du gouvernement et
potentiel
candidat
à la mairie
de Paris.
Ce qui me frappe, c’est qu’elle rejette toujours la faute
sur les autres, qu’il s’agisse d’Autolib’, de Vélib’ ou
même du Grand Paris. On ne peut pas se construire
seul contre tout le monde. Quand on est maire de Paris, on ne fait pas de politique nationale, on s’occupe
d’une ville et on défend tous les Parisiens. Pour cela,
on travaille avec tous les maires d’arrondissement,
quelle que soit leur sensibilité politique.
Le premier adjoint à la Culture, Bruno Julliard,
a démissionné le 17 septembre en insistant sur
l’inefficacité de la maire de Paris.
Ses mots sont très dignes. Bruno Julliard dit qu’il est
en désaccord sur le fond et sur la méthode. Ses convictions passent avant un poste, c’est tout à son honneur. Il y a dix ou quinze ans, les responsables
politiques restaient, même quand ils étaient en
désaccord. Nous sommes une génération politique
qui ne s’accommode plus de petits renoncements.
Quand on veut exercer des responsabilités, ce n’est
pas l’étiquette qui compte, c’est le projet §
PROPOS RECUEILLIS PAR L. D.
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FRANCE
Hugues Renson : « La propreté s’est dégradée partout »
Sur la sécurité, il y a d’un côté du déni et de l’autre
des dogmes. Il est temps d’en sortir, de faire travailler tout le monde ensemble. Mettons fin aux conflits
de structure ou de territoire ! Pour ma part, je suis favorable à l’instauration d’une police municipale. Il
faudra aussi réfléchir à l’extension de la police de sécurité du quotidien, expérimentée à partir de
2019 dans le quartier de la Chapelle.
Le Point : Dans une tribune publiée début
septembre, vous écriviez qu’il faut « remettre
la propreté et la sécurité au cœur des priorités ».
Trouvez-vous que Paris soit sale ?
Hugues Renson : Moi qui ai toujours vécu à Paris, je
peux en témoigner ! Oui, la propreté s’est dégradée, et
partout. Cela nuit à la qualité de vie des Parisiens et
donne une image altérée de notre ville à ceux qui la
visitent. Le paradoxe, c’est que ce sont souvent les
aménagements les plus récents qui paraissent les plus
dégradés. Voyez la place de la République !
Il faudra évidemment consacrer de nouveaux
moyens à la propreté. Mais je le dis clairement : la
propreté, c’est aussi l’affaire de tous. Le World Clean
Up Day, qui s’est déroulé le week-end dernier, a été
un bel exemple de la contribution de chacun.
Anne Hidalgo rejette la faute du fiasco de Vélib’
et de l’échec d’Autolib’ sur les gestionnaires.
Quelle réaction cela vous inspire ?
Gouverner, c’est assumer. Vélib’ et Autolib’ étaient
des solutions innovantes de mobilité propre et partagée. Les Parisiens les ont très vite adoptées. Et leur
succès a fait la fierté de Paris. Le fiasco auquel nous
assistons est donc tout simplement incompréhensible. Et on ne peut pas balayer cela d’un revers de la
main, en se défaussant.
Les Parisiens qui pâtissent de mauvais choix de gestion se moquent de savoir dans quels bureaux se
trouvent les responsables de ces dysfonctionnements.
Ils veulent que cela marche, et c’est au politique de
le garantir. L’urgence, c’est désormais de trouver des
solutions satisfaisantes pour remplacer Autolib’ et
pour rendre Vélib’ à nouveau pleinement opérationnel.
C’est ce que les Parisiens attendent.
Pourquoi, selon vous, tant de gens ont-ils envie
de quitter Paris aujourd’hui ?
Paris, c’est une promesse : celle de vivre en grand,
mais aussi de vivre bien. Mais quand le coût de la vie
devient démesuré et que la qualité de vie se dégrade,
quand gérer les difficultés du quotidien ne permet
plus de profiter de la vie parisienne, alors cet équilibre qui fait l’identité de Paris est rompu et les gens
s’en vont. Ce sera l’un des défis majeurs à relever.
Hugues
Renson
Député
(LREM) dans
la treizième
circonscription de Paris,
vice-président de
l’Assemblée
nationale.
Comment lutter contre l’insécurité à Paris ?
Benjamin Griveaux avance vers sa candidature.
Comment celui ou celle qui portera les couleurs
de LREM sera-t-il désigné ? Y aura-t-il
une primaire ?
Je l’ai dit, je le répète et je le répéterai inlassablement :
le temps de la campagne municipale n’est pas venu !
Se positionner aujourd’hui sur cette question, ce serait enjamber l’échéance des européennes, alors
qu’elle est décisive. Et ce serait mettre de côté la question du projet, alors que c’est la seule qui compte :
qu’avons-nous à proposer aux Parisiens pour faire
différemment, plus et mieux que l’actuelle majorité ? Quant au mode de désignation de celle ou de
celui qui incarnera ce combat, le mouvement fixera
le moment venu les règles, nécessairement transparentes. Mais chacun en conviendra : la mécanique
des primaires n’est pas toujours une garantie de
succès § PROPOS RECUEILLIS PAR L. D.
Le Point : Anne Hidalgo sort un livre, « Respirer ».
Vous allez le lire ?
Aurélien Bellanger : J’avais lu le livre de Delanoë,
alors pourquoi pas ? Dans l’absolu, elle n’est pas si
mal placée pour les prochaines municipales… Il y a
six mois, on pensait qu’elle était carbonisée, donc
elle ne peut qu’aller mieux.
Quel regard portez-vous sur sa politique ?
Elle s’est mangé le scandale du Vélib’, voilà un truc
qui est super et que tout le monde aime ! C’est tellement délirant, cette histoire, que le coup politique est
majeur. D’autre part, je ne veux pas faire le vieux ronchon, mais il y a un problème de propreté des trottoirs signalé par tout le monde. Les élections vont
quasiment se jouer là-dessus.
46 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
Aurélien
Bellanger
Ecrivain.
Auteur
du « Grand
Paris » (Gallimard, 2017).
Si j’étais Anne Hidalgo, je garderais Paris sale six mois,
puis je demanderais à mes agents de faire des heures
sup pour nettoyer et ça irait sans problème.
Ce qui explique la saleté, selon moi, c’est la dégradation des espaces publics, il y a de moins en moins de
bancs, donc il n’est pas anormal que les gens jettent
leurs bières par terre, il n’y a pas beaucoup de convivialité spatiale. C’est pour cette raison que j’aime le
jardin des Halles, ce grand truc un peu moche, un peu
mou, mais où on peut s’asseoir.
Quelle est la différence entre un Parisien et
un banlieusard ?
Il y a une petite idée d’artifice derrière le Parisien.
Un Parisien, sans tomber dans le dandysme extrême,
c’est quand même quelque chose de fabriqué.
EREZ LICHTFELD/SIPA – BALKAR/FREGE MARC/SIPA
Aurélien Bellanger : « Elle n’est pas si mal placée… » РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Vous avez grandi en banlieue. Paris était-il
un horizon facilement accessible ?
Etrangement pas. C’était une lueur rougeoyante que
je voyais au loin le soir de ma chambre, et c’était évidemment là où je voulais habiter. Paris était un objet prégnant, massif et invisibilisé. J’adore les moments
où l’A6, avant de rebiquer vers Paris, s’ouvre et se
donne. Mais le moment où l’A6a et l’A6b se séparent…
C’est très laid, anxiogène. Entre ma banlieue pavillonnaire coquette et triste et Paris, il y avait 20 kilomètres sacrifiés. J’ai mis du temps à connecter cette
image à celle que j’avais de Paris, les vitrines de la Samaritaine à Noël.
Vous croyez au Grand Paris ?
Je trouve ça symptomatique de la façon dont la pensée politique et le rapport des Français à l’Etat sont encore dépendants de la technocratie. Le Grand Paris est
le parachèvement de cette espèce de colbertisme intellectuel où, identifiant le problème social, on apporte des solutions de grands projets d’aménagement.
Quand on est dans le métro parisien, il n’y a aucun
problème ou presque. Quand on est dans une gare
RER, c’est une autre affaire. Ce sont deux parcs superposés qui ne se chevauchent pas, deux France qui
ne communiquent pas. Le Grand Paris est une sorte
d’opération magique par laquelle on va réussir à
rendre communicables deux systèmes sociaux symboliques et étanches. Il y a quelque chose de surrationnel, de surcartésien dans cette affaire. Et c’est ce
qui fait son charme romanesque.
L’ancien banlieusard que vous êtes est-il
favorable à la fermeture aux automobilistes des
voies sur berge ?
La façon dont le débat a été idéologisé est délirante, la
fabrication par la droite d’un peuple de petits artisans
méritants qui ne peut pas rentrer dans Paris en fourgonnette pour que les bobos puissent promener leur
chien en rollers me semble abracadabrante. La totalité des gens est d’accord pour dire que la pollution
est un problème. Dès qu’on parle de trottinette en
libre-service, on dit que ça prend de la place sur les
trottoirs. Le point d’idéologie est tel que, quand on
dit qu’on va enlever les voitures, on se demande ce
qu’on va mettre à la place § PROPOS RECUEILLIS PAR L. D.
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La métropole parisienne est extrêmement peu intégrée. J’ai écrit « Le Grand Paris » pour décrire mon expérience : j’avais passé énormément de temps dans
Paris intra-muros et dans la grande couronne. J’en suis
arrivé à la conclusion qu’il y a plus de distance entre
un Parisien et un habitant de la grande couronne
qu’entre un Parisien et un habitant de Poitiers.
Il y a une sorte de construction plus récente, identitaire, du banlieusard en tant que banlieusard. Pendant
très longtemps, ce dernier disait qu’il habitait Paris –
c’est un mensonge qui ne pouvait pas tenir en local.
Aujourd’hui, de plus en plus de gens se revendiquent
d’un petit bout de territoire. Est-ce qu’un habitus de
« Grand-Parisien » ne pourrait pas se développer ? Le
fait qu’il y ait 2 millions de Parisiens sur 12 millions
d’habitants d’Ile-de-France est une anomalie.
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MONDE
Crimée, sur le pont
Symbole. Vladimir
Poutine le 15 mai 2018,
lors de l’inauguration
du pont entre la Russie
et la Crimée, quatre ans
après son annexion.
« Le miracle a eu lieu », lance
Poutine. Oubliés, les échecs passés,
ceux de Nicolas II et de Staline.
48 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
de Poutine
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL MARC NEXON
I
l est 4 heures du matin et la mer est plate
comme un lac. Alexandre Ossoukine,
58 ans, monte dans sa barque, démarre
le moteur et avance vers ses filets. Tout
près, ça cisaille, ça cogne, ça soude et les
grues hissent des blocs de pierre dans le
vacarme des poulies. Face à lui, un immense serpent de béton file jusqu’à l’horizon. Alexandre a la tête ailleurs. Il regarde
ses crevettes et ses rougets remonter à la
surface. Le plus fastidieux, c’est de rejeter
les innombrables et énormes méduses. Il
plonge les mains parmi ses poissons qui
frétillent : « Ça fait 5 kilos », dit-il. Pas de
quoi pavoiser. Il n’aime pas se plaindre,
mais le pont lui cause des soucis. Depuis
le début des travaux, il a dû céder 80 % du
territoire de son élevage de moules. Soit
une trentaine d’hectares désormais occupés par de gigantesques piliers. Les auto-
rités locales lui ont promis une indemnité
de 55 millions de roubles (753 000 euros),
mais l’affaire traîne. « Mes lettres au Kremlin
ne servent à rien. Les fonctionnaires locaux
veulent se mettre l’argent dans la poche », soupire-t-il en décortiquant une poignée de
crustacés en guise de petit déjeuner. Pourtant, Alexandre est plein d’espoir. Ce pont,
il y croit. « On verra réapparaître des moules,
elles adorent les poteaux métalliques. Peut-être
y aura-t-il moyen de négocier un contrat d’exploitation… » Un autre y croit, c’est Vladimir Poutine.
Le pont, le plus long d’Europe, est son
œuvre. Une construction de 19 kilomètres
destinée à arrimer la Crimée à la Russie.
Une promesse faite au lendemain de son
annexion, en février 2014. Une façon aussi
d’arracher une seconde fois la péninsule à
l’Ukraine. Bref, un chantier colossal digne
de l’époque soviétique, mobilisant
10 000 ouvriers, et accompli en un …
EPA
Colosse. Avec cet ouvrage pharaonique, la
Russie arrache encore un peu plus la péninsule
à l’Ukraine. Mais les habitants ont été sacrifiés.
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 49
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MONDE
Crimée
Kertch
RUSSIE
5 km
Kiev
6,1 km
UKRAINE
Ile de Touzla
19 km
Mer d’Azov
Simferopol
Sébastopol
Crimée
Mer Noire
Yalta
Pont de Crimée
RUSSIE
Détroit
de Kertch
Territoire annexé par la Russie
temps record, moins de trois
ans. « Le miracle a eu lieu », lance
Poutine le 15 mai, jour de l’ouverture du pont aux voitures. Oubliés,
les échecs passés, celui du tsar Nicolas II, qui s’était lancé dans un
projet interrompu par la Première
Guerre mondiale, et celui de Staline, dont la réalisation en bois a
été emportée par les glaces. « La
Russie peut encore étonner le monde »,
s’enthousiasme le présentateur de
la première chaîne de télévision
russe. « Allons-y », lance Poutine en
reprenant le mot du cosmonaute
Iouri Gagarine, premier homme à
avoir voyagé dans l’espace. Et le
voilà, vêtu d’un jean, qui s’installe
au volant d’un camion Kamaz à la
tête d’une colonne de 32 poids
lourds, les premiers à franchir le
détroit de Kertch.
Sauf que tout n’est pas achevé.
Une voie ferrée doit également voir
le jour fin 2019, posée sur un pont
parallèle. « Mais ils vont vite, souffle
le pêcheur Alexandre, assis à l’arrière de son embarcation. Parfois,
j’arrive à l’aube et je découvre une nouvelle plateforme. » Le maître d’ouvrage, il est vrai, a tout pour plaire.
C’est le copain d’adolescence de
Poutine et son ex-partenaire de
judo : Arkadi Rotenberg, 66 ans, à
la tête de l’entreprise de gazoducs
Stroygazmontazh, surnommé par
Forbes « le roi des commandes
d’Etat » après avoir encaissé 9 milliards de dollars de contrats en 2015.
Un fidèle dévoué et taiseux. « Je voulais un projet pour les générations fu-
1,4 km
Taman
Mer Noire
Ponts
Routes
RUSSIE
…
tures », a-t-il déclaré. Des accents
patriotiques pas forcément sincères, car beaucoup de compagnies
ont décliné l’offre face à l’ampleur
de la tâche. Il n’a rien pu refuser au
tsar, auquel il doit sa fortune. D’autant que les deux font la paire. Il
suffit de voir Poutine, au milieu
d’une délégation, surprendre son
ami par derrière et le décoiffer en
retenant un fou rire. Un geste qu’il
ne se permet avec aucun autre. Nikolaï Vachiline, un ancien du KGB
et lui-même ancien judoka, se souvient du tandem lorsqu’il devait
surveiller les jeunes du club de
Saint-Pétersbourg. « Ils s’étaient baptisés les “mauvais garçons”, raconte-t-il. A la cantine, ils chipaient
Enfer géologique.
Prenant appui sur
l’île de Touzla, le pont
le plus long d’Europe,
avec ses 19 kilomètres,
a été érigé sur des
fonds marins instables,
estime Iouri Medovar,
de l’Académie des
sciences de Moscou.
Le maître d’ouvrage a tout
pour plaire. C’est le copain
d’adolescence de Poutine,
son ex-partenaire de judo.
50 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
les boulettes de viande et les glaces de
leurs camarades. Ils avaient aussi
pour habitude de péter sur le tatami
en faisant croire qu’il s’agissait des
autres. » Plus tard, lorsque Poutine
officie au KGB, affecté dans l’exAllemagne de l’Est, la rumeur prétend qu’il collecte des vêtements
en provenance de Tchécoslovaquie.
Une marchandise que Rotenberg
se charge d’écouler pour arrondir
leurs fins de mois. Les deux compères ne se quitteront plus.
Le pont de Crimée scelle une
nouvelle fois leur alliance. « On travaille toutes les nuits, les week-ends,
les jours fériés et par des vents de force
10 », confie-t-on dans l’entourage
de Rotenberg. Les ouvriers euxmêmes avouent débarquer sur un
site hors normes. « Dès qu’on voit
une fissure, on arrête tout et on recommence, raconte Alexeï, venu de
Pskov. J’ai jamais vu ça ailleurs »,
poursuit-il en quittant son dortoir
pour rejoindre le bus et prendre
son service de nuit de 19 heures à
7 heures du matin. Face aux caméras, Rotenberg l’assure : « Le pont est
là pour au moins cent ans. » Cent ans ?
Des experts en doutent. « Il a été
érigé dans un enfer géologique », avertit Iouri Medovar, de l’Académie
des sciences de Moscou.
Le camp Artek. Mouvements
sismiques, fonds marins instables
et limoneux… Conscient des
risques, le ministère russe des
Transports a fait plancher ses ingénieurs sur 72 projets. Sans
convaincre. « Ils se sont passés de
notre feu vert, je n’exclus pas un affaissement des piliers », tranche Medovar.
Même scepticisme chez le spécialiste Gueorgui Rosnovski. L’homme
a construit des ponts en URSS pendant cinquante ans. Il a même étudié à deux reprises la faisabilité de
celui de Crimée, en 1993 et en 2010,
lorsque l’Ukraine et la Russie entretenaient de bons rapports. Il
peine à comprendre le tracé choisi.
« Ils font reposer la structure sur un
îlot qui a toutes les chances d’être englouti », explique-t-il. Des interrogations balayées par les autorités.
« Il faut changer d’experts », ironise Sergueï Borozdine, le maire
de Kertch, ravi d’accueillir
TASS/ABACA
100 km
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
MARC NEXON (X2) – TASS/ABACA
placement pour mesurer l’avancée des travaux. Et sonder les
ambitions de sa jeunesse. « Que
veux-tu faire plus tard ? » demande-t-il à une adolescente. « Journaliste », répond celle-ci. « Alors, le
plus important est de ne pas offenser
les gens dans les reportages », recommande-t-il.
40 000 voitures par jour en provenance de la « Grande Terre » et de
ne plus seulement compter sur le
ferry. Après le rattachement, l’édile
a choisi de rester dans le giron de
la Russie. Et s’en félicite. « La moitié de mes amis partis en Ukraine souhaitent revenir, affirme-t-il. Ils voient
que Moscou développe la Crimée
comme Kiev ne l’a jamais fait. »
Certes, les deux arches blanches
et les quatre voies du pont impressionnent. Il en va de même du nouvel aéroport de Simferopol, avec
55 comptoirs d’enregistrement et
28 ascenseurs. Un aéroport de
« classe internationale », qui ne
gère pourtant que des vols locaux…
Il y a aussi l’autoroute Tauride, en
construction, destinée à relier
Kertch, Simferopol et Sébastopol.
Et enfin un dernier symbole : le
camp Artek, situé près de Yalta, jadis fierté des jeunes pionniers soviétiques. Un camp d’été capable
d’accueillir 4 500 enfants au bord
de la mer Noire, à l’ombre des cyprès. Poutine a donné une seule
instruction : en faire un lieu aussi
renommé que le Bolchoï ou la galerie Tretiakov. 180 millions d’euros sont investis dans sa rénovation.
Et c’est le copain Rotenberg qui y
dépêche ses bétonneuses. « Dans
le mot Russie il y a la force et le feu ! »
entonnent cet après-midi-là les
jeunes pensionnaires rassemblés
sur le quai, drapeau national à la
Conquis. Sergueï
Borozdine, le maire de
Kertch. Le pont amène
40 000 véhicules par
jour dans sa ville.
Touché. Eleveur de
moules, Alexandre
Ossoukine a dû céder
30 hectares de son
périmètre pour laisser
place aux piliers.
Mais il est persuadé
que les moules vont
adorer le pont métallique et réapparaître.
main. Une discipline qui séduit.
Des délégations prorusses y envoient maintenant les bambins
venus de soixante pays, parmi lesquels une centaine de Français. La
fille et les deux fils du dictateur syrien Bachar el-Assad y ont également séjourné en 2017. « Les
Ukrainiens voulaient la détruire mais
on ne leur en a pas laissé le temps »,
lance Iouri Malachev, l’un des
guides, en pointant la statue de Lénine qui domine la baie. L’an passé,
le maître du Kremlin a fait le dé-
Panne géante. Voilà pour le
vernis déposé sur la Crimée. Le
reste ? Une ambiance de plomb renforcée par les sanctions européennes et américaines, décrétées
après l’annexion. Car la Crimée demeure coupée du monde. Les cartes
de crédit étrangères et les opérateurs téléphoniques non russes
sont hors service. Quant aux investisseurs occidentaux, ils sont absents. Ou presque. Le pont suscite
désormais leur convoitise. « Il suffit qu’ils s’enregistrent en Russie et personne ne verra qu’ils opèrent ici »,
glisse Maxime Kabanov, le directeur d’une entreprise de médicaments à base de produits de la mer,
à la recherche d’un partenaire européen. De fait, les grands groupes
hôteliers, y compris français, sont
à l’affût. « On étudie s’il est possible
de les adosser à des Turcs », concèdet-on à la mairie de Kertch. A Simferopol, des enseignes pointent
également le nez, comme Ikea, rebaptisé Ikea Market, un petit magasin situé à la périphérie de la
ville. « On vous fournit n’importe quel
article du catalogue en une semaine,
promet le gérant. Bien sûr que la
maison mère est au courant ! » Auchan, de son côté, n’a jamais quitté
la Crimée, l’hypermarché de 200 salariés se dresse face à un parking
bondé. « Nous respectons scrupuleusement les textes sur l’embargo et nous
continuons aussi à nous développer en
Ukraine », insiste-t-on au siège du
groupe. Discutable ? Sans doute au
regard de l’éthique des sanctions.
Seule certitude : à force de se
concentrer sur ses ouvrages de
prestige, Moscou en oublie le quotidien en Crimée. « Nous avons résolu nos problèmes grâce à une
nouvelle centrale électrique », fanfaronne Nikolaï Saprounov, statisticien de 32 ans fraîchement
débarqué pour s’occuper …
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 51
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
MONDE
des investissements à
Simferopol. Pas de chance. A peine
a-t-il fini de parler qu’une panne
géante éteint les feux tricolores régulant la circulation et plonge la
péninsule dans la pénombre. Un
échec également enregistré dans
le domaine de l’eau. Depuis l’installation d’une digue par l’Ukraine
sur le fleuve Dniepr, la Crimée a
soif. Surtout ses villages. « Je remplis 150 litres de jerricans quand le
camion passe, une fois par semaine,
raconte Tabit, un habitant de Fontan, à 20 kilomètres de Kertch. Ça
fait pourtant trois ans qu’on nous promet de l’eau. » Autre mauvaise nouvelle : les prix. Ils s’envolent et
avoisinent désormais ceux de Moscou. « La Turquie, c’est deux fois moins
cher, mais il m’est interdit de partir
en vacances à l’étranger », déplore
Anton, un militaire d’Arkhangelsk,
qui déguste une glace sur le quai
de Yalta. Dans la banlieue de Simferopol, les familles modestes en pâtissent aussi. Près de leurs garages,
les hommes jouent au backgammon ou démontent des moteurs
de voiture. « En voyant les Russes,
on se disait qu’on allait vivre comme
des rois, confie Denis, employé dans
le bâtiment. Mais les salaires ne
suivent pas. Les anniversaires des
amis, on s’y rend maintenant une année sur deux à cause des cadeaux à
acheter. » Un voisin sort de son garage, les bras noirs de cambouis.
Denis l’interpelle : « Dis que tu conti…
Enlèvements. Lila Alieva n’a plus de nouvelles de son fils activiste
depuis deux ans, malgré ses nombreux courriers aux autorités.
nues à payer les fonctionnaires pour
garder ton garage. » « Qu’est-ce que
tu racontes ? » répond l’autre, qui
tourne aussitôt les talons. « Avant
et après, rien ne change », lance un
troisième en désignant la roue qu’il
dévisse.
Purge. Rien ne change, sauf au
sommet du pouvoir régional, où
règne un credo : s’enrichir. « J’ai
l’impression de me retrouver dans les
années 1990, explique l’avocat
Alexeï Ladine, spécialisé dans les
dossiers politiques. La propriété des
terres les rend fous. » Parmi les mieux
servis, le chef de la République de
Crimée, Sergueï Aksionov. A 45 ans,
ce petit autocrate a été adoubé par
Poutine. L’homme, d’origine moldave, jadis membre d’un gang appelé Les Grecs, sait y faire. « Sa clique
a récupéré sur la côte des terrains d’une
valeur de 1 milliard de dollars », affirme l’un de ses anciens conseillers. En République de Crimée, les
têtes valsent au gré des luttes de
clans. En trois ans, 200 fonctionnaires ont été arrêtés, parmi lesquels 9 ministres ou vice-Premiers
Parmi les mieux servis,
le chef de la République de
Crimée, Sergueï Aksionov,
jadis membre d’un gang.
52 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
ministres. Une purge qui n’effraie
pas les candidats. « Ma famille s’inquiète pour moi, mais, si tu as peur
des loups, tu ne vas pas dans la forêt »,
dit Nikolaï Saprounov.
Pour l’heure, Moscou préserve
Aksionov. L’intéressé dispose, il est
vrai, d’une qualité : il se montre intraitable avec la communauté des
260 000 Tatars, accusée de comploter avec l’ennemi ukrainien. Les arrestations et les kidnappings se
multiplient en Crimée. Comme celui du petit entrepreneur Assan
Iguizov, 30 ans, survenu à Simferopol le 23 mai, en début d’après-midi.
« Deux policiers m’ont arrêté à un
contrôle, un bus a surgi et je me suis retrouvé allongé avec un sac sur la tête,
raconte-t-il. Ils téléphonaient beaucoup. “Ne t’inquiète pas, pour l’instant,
on ne va pas te tuer”, m’a dit l’un d’eux.
Nous avons roulé trois heures pour arriver finalement dans une forêt. Ils
m’ont plaqué au sol et demandé de
compter jusqu’à 200. Puis ils sont partis. » Assan en a réchappé. Pas Ervin Ibraguimov. Cet activiste d’à
peine 30 ans a été enlevé il y a deux
ans à proximité du domicile de ses
parents, alors qu’il revenait de chez
sa copine. « On a écrit 130 lettres aux
autorités, mais rien », indique sa
mère, Lila Alieva. Elle pointe un
parking recouvert de graviers au
bord de la route. « Ça s’est passé là »,
dit-elle. Alors, le soir, elle s’assoit
sur le banc d’en face et prie. Loin
du pont et de ses fastes §
MARC NEXON – TASS/ABACA
A l’abordage. Le 12 juin 2018, le jour de la fête nationale russe, des motards se rendent
en Crimée par le nouveau pont, drapeau russe claquant au vent.
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européen et du Conseil du 4 novembre 2003, telle que modifiée (la « Directive Prospectus »).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
MONDE
Expert. Syrie, Afghanistan… Ex-directeur de la DGSE et diplomate, Bernard
Bajolet raconte ses missions de l’ombre.
PAR ROMAIN GUBERT
N
on, il ne dira rien des opérations secrètes que lui a confiées
François Hollande lorsqu’il dirigeait la DGSE. Non, il ne dira rien
des missions « officieuses » qu’il effectue encore pour le compte de
l’Etat. Non, il ne dira rien des prochains épisodes de la série « Le bureau des légendes ». Bernard Bajolet
sait garder un secret. Surtout lorsqu’il s’agit d’un secret d’Etat. Dans
le livre qu’il vient de publier aux
éditions Plon, et dont Le Point publie les extraits en avant-première,
l’ex-espion en chef raconte pour-
tant des dizaines d’anecdotes et emmène son lecteur dans les coulisses
de la diplomatie française. Car,
avant d’être un homme de l’ombre,
Bajolet a été pendant trois décennies le représentant de la France
sur des terrains minés : en Afghanistan, en Irak, en Syrie. Et ce qu’il
raconte ne ressemble pas aux « réceptions de monsieur l’ambassadeur ». Le talent de conteur de
Bajolet est au service d’un brillant
essai de géopolitique dans lequel
le lecteur comprend tout des rivalités sunnites-chiites, de la vraie
nature du régime syrien, du chaos
afghan. C’est lumineux §
54 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
EXTRAITS
« Le soleil ne se
lève plus à l’est »,
de Bernard Bajolet
(Plon, 464 p., 21,90 €).
UN CANAL SECRET
AVEC LES ASSAD
Bassel, le fils aîné de Hafez el-Assad, était programmé pour lui succéder. (…) Il avait 25 ans et portait
le grade de capitaine. Nous nous
étions rencontrés au club d’équitation de Sahnaya, à une quinzaine
de kilomètres au sud-ouest de Damas, sur la route de Deraa, où nous
pratiquions le saut d’obstacles. Bassel faisait venir de l’étranger, en particulier des Pays-Bas, des chevaux
exceptionnels. De mon côté, j’avais
acheté un bel étalon gris pommelé,
âgé de 6 ans. Il s’était d’abord illustré sur le champ de courses de Beyrouth et j’en avais fait, non sans
mal, un cheval d’obstacles. (…) Ce
cheval fou était mon meilleur
fixeur, comme diraient les journalistes. Lorsque Bassel décida de créer
son propre club, appelé Rimaya,
KHANH RENAUD POUR « LE POINT »
Confessions d’un ancien maî
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Renseignement.
Diplomate pendant
trois décennies,
Bernard Bajolet,
ici dans le bureau de
son château à Ouge,
a dirigé la Direction
générale de la sécurité
extérieure (DGSE)
de 2013 à 2017.
Spécialiste du
monde arabe
tre espion
près de Dimas, à une vingtaine de
kilomètres à l’ouest de la capitale,
sur l’ancienne route de Beyrouth,
dans une emprise militaire, il m’invita à l’y rejoindre aussi souvent
que je le voudrais. Parfois, il passait me prendre chez moi dans une
de ses voitures de sport, et nous y
allions ensemble (…). Bassel considérait que, pour des raisons d’image,
il ne pouvait qu’être le premier cavalier du pays. Un jour où, rentrant
de vacances, je lui demandais (naïvement) qui avait gagné un
concours auquel je n’avais pu participer, il m’avait répondu : « De-
vine ? » Car, s’il avait un vrai talent
équestre, il n’était pas le meilleur
cavalier de Syrie. Il était surpassé
par un de nos camarades syriens.
Son challenger, qui refusait de tricher, a dû fuir le pays, en dépit de
mes tentatives de médiation. Pour
faire pression sur lui, Bassel fit arrêter son frère, lui aussi cavalier et
que nous connaissions bien tous
les deux. Je laissai passer quelques
semaines puis tentai d’intercéder
en faveur de l’intéressé. « Ça ne te
regarde pas, m’avait sèchement répondu Bassel. Si tu m’en reparles
une seule fois, tu ne remets plus les
1949 Naissance à
Dombasle-surMeurthe
1975 Diplômé de
l’Ena
1975-1978 Premier
secrétaire à l’ambassade de France en
Algérie
1985 Année « sabbatique » à Harvard.
Il se spécialise dans
les questions de
défense
1986-1991 En poste
à l’ambassade de
France en Syrie
1994-1998 Ambassadeur de France en
Jordanie
1999-2003 Ambassadeur en Bosnie
2003-2006 Ambassadeur en Irak
2006-2008 Ambassadeur en Algérie
2008-2011 Nicolas
Sarkozy le nomme
coordinateur
national du
Renseignement
2011-2013 Ambassadeur en Afghanistan
2013-2017 François
Hollande le nomme
directeur général de
la DGSE
« J’organisai une rencontre entre Gérard de
Villiers et le chef du Hamas. L’auteur de “SAS”
posa les questions dont j’avais dressé la liste. »
pieds ici. » (…) Vingt ans de prison,
avec la mort à l’issue, pour l’assouvissement d’une petite vengeance
de feu l’héritier du trône (…). Au départ, la politique était bannie de
mes conversations avec Bassel elAssad. C’était une règle implicite,
mais évidente pour moi, et cela a
duré deux ans. Puis tout d’un coup,
alors que le général Michel Aoun,
chef du gouvernement de Beyrouth-est, venait de lancer, le
14 mars 1989, sa « guerre de libération contre l’armée syrienne », Bassel m’interpella : « Tu as vu ? Aoun
est complètement fou, qu’est-ce
que tu en penses ? » Clairement,
cela voulait dire que Hafez el-Assad, évidemment au courant de
notre relation, avait demandé à son
fils d’ouvrir avec moi un canal de
discussion sur le Liban. Par cette
voie, nous pourrions peut-être faire
passer des messages de façon informelle, mais presque directe, au plus
haut niveau. Nous avons donc continué à échanger sur ce sujet, et seulement sur celui-là.
LES PETITS SECRETS
DE GÉRARD DE VILLIERS
Attiré par les histoires sulfureuses
comme le requin l’est par le sang,
Gérard de Villiers se rendit à Amman et me demanda de le mettre
en contact avec Mechaal [le « chef
spirituel » du Hamas, NDLR].
Celui-ci, on s’en doute, ne faisait
pas partie du cercle de mes interlocuteurs. Mais j’avais la possibilité
d’organiser une rencontre, et je le
fis, à une condition : je remettrais
à l’auteur des SAS une liste de questions à soumettre au chef islamiste
palestinien et il m’en rapporterait
les réponses. Gérard de Villiers,
comme dans ses romans, fut pris
en charge par des hommes cagoulés et en armes, qui lui bandèrent
les yeux, puis, après force détours
et changements de véhicule, se
trouva face au miraculé. Comme
promis, il posa les questions dont
j’avais dressé la liste et me transmis
les réponses. Celles-ci étaient fort
intéressantes. Elles l’étaient même
tellement que Gérard de Villiers
eut l’idée de vendre l’interview à
un hebdomadaire à sensation.
Aussitôt informé par nos …
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 55
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MONDE
services, je l’en dissuadai.
On imagine le scandale qu’une telle
publication aurait suscité, surtout
si l’on avait appris l’identité de l’auteur des questions…
…
BALLADUR ET ARAFAT
Le Premier ministre Balladur se
montrait méfiant, voire carrément
hostile, à l’égard d’Arafat, au point
de vouloir éviter toute situation
dans laquelle il aurait été contraint
de lui serrer la main. Ainsi, dans le
courant de l’été 1993, une rumeur
parvint à ses oreilles selon laquelle
Arafat avait été invité à la cérémonie marquant l’inscription de la cathédrale Saint-Etienne de Bourges
sur la liste du patrimoine mondial
de l’Unesco, cérémonie prévue pour
le 4 septembre 1993. Or Edouard
Balladur avait lui-même l’intention de s’y rendre. Pour éviter une
promiscuité aussi fâcheuse, Matignon nous demanda de veiller à ce
que la visite à Bourges du chef palestinien se limitât au 3 septembre.
Finalement, un conseiller souffla
au Premier ministre que Yasser Arafat était bien capable de rester à
Bourges jusqu’au 4. Edouard Balladur préféra alors rester à Paris. En
fait, comme l’entourage d’Arafat
Ambassadeur. Bernard Bajolet (à dr.) à Bagdad, en juillet 2005.
me le confirmerait par la suite,
celui-ci n’avait jamais eu l’intention d’aller à Bourges. (…) Tandis
qu’on servait le thé dans des tasses
en porcelaine de Sèvres, j’observais
les deux interlocuteurs qui se faisaient face, dont l’un, un mois et
demi plus tôt, refusait d’envisager
de serrer la main de l’autre. On ne
pouvait imaginer personnages plus
dissemblables : d’un côté, l’homme
politique aux airs gourmés que les
dessinateurs croquaient avec une
perruque poudrée et, de l’autre, l’ancien chef de guerre rusé à la barbe
de trois jours, avec son keffieh disposé en forme de Palestine : « Alors,
monsieur Arafat, demanda le Premier ministre, à quel montant estimez-vous votre budget de
fonctionnement pour la première
année ? – 50 millions de dollars, répondit le chef de l’OLP, comme s’il
venait de jeter une mise sur une
table de poker. – Ah, c’est très raisonnable, commenta Edouard Balladur de sa voix ouatée. – Mais il
faut ajouter 500 millions pour la
police, précisa Arafat, 600 pour les
écoles, les universités et les hôpitaux, plus 400 millions pour les
grands projets d’investissement :
ports, aéroports, assainissement,
« Balladur, hostile à l’égard d’Arafat, voulait
éviter toute situation dans laquelle il aurait
été contraint de lui serrer la main. »
56 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
télécommunications, électricité et
eau. Donc, au total, il faut compter
entre 1,5 et 1,7 milliard de dollars.
– Nous ne pourrons pas tout faire,
recula le Premier ministre, mais
nous souhaitons vous aider, accompagner vos efforts dans cette période difficile pour que les choses
aillent jusqu’au bout. La bonne formule, c’est de prendre contact avec
les ministres compétents. Mes collaborateurs verront avec les vôtres
pour savoir avec qui parler et de
quoi. » (…) Nous descendîmes dans
le vestibule. Balladur raccompagna
Arafat à sa voiture. Puis il revint
vers nous et nous déclara, en soignant les liaisons : « Au moment
où je le reconduisais à son véhicule,
M. Arafat m’a glissé à l’oreille le
nom d’un intermédiaire avec lequel il faudrait que je me mette en
relation si je voulais faire des affaires avec lui. Comme il ne prononce pas très bien le français, je
ne suis pas sûr d’avoir compris.
C’est un nom comme … Voyez-vous
de qui il s’agit ? – Ce ne doit pas être
quelqu’un de bien important, commenta Jean de Gliniasty [alors
consul de France à Jérusalem,
NDLR], car ce nom ne me dit rien.
– Monsieur le consul général, vous
ne connaissez pas nécessairement
tous les gens importants. – Evidemment, monsieur le Premier ministre, si vous allez le chercher dans
un gourbi… » A ce mot Balladur sursauta. « Euh, tu crois que j’ai fait
une gaffe ? » me souffla …
SABAH ARAR/REX/SIPA – PHILIPPE WOJAZER/AP/SIPA
Présence. En 2011, Nicolas Sarkozy rend visite aux soldats français déployés en Afghanistan.
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MONDE
« Le terrorisme n’a pas remis en cause la cohésion de nos sociétés »
Le Point : Quels sont les nouveaux risques qui menacent
la stabilité du monde ?
Bernard Bajolet : Ils sont multiformes. Le risque climatique
est majeur : il va durablement bouleverser nos économies et
exacerber les phénomènes migratoires, déjà problématiques : en 2050, la Terre comptera 2 milliards d’habitants
supplémentaires. Ces deux risques ont une caractéristique
commune : il y aura moins de ressources. Cela s’ajoute à des
situations géopolitiques spécifiques. Je citerai plusieurs
zones instables où une étincelle peut provoquer un séisme :
le Proche et le Moyen-Orient, ainsi que l’Iran, si la question
nucléaire ne trouve pas une solution ; la zone indo-pakistanaise, avec un arsenal nucléaire comportant des armes miniaturisées aux dispositifs de sécurité incertains, et ce dans
un contexte de radicalisation de certaines unités militaires
au Pakistan et de tensions communautaires en Inde ; je citerai encore la Chine, plus sûre d’elle-même, voire agressive à
l’extérieur, et qui peut aussi connaître des tensions intérieures : si la croissance ralentit, la pression sociale sera insupportable ; si la croissance se maintient, le pouvoir du
parti unique sera tôt ou tard contesté.
risme, c’est, à l’intérieur, le maintien de la cohésion de notre
société, plus encore que l’action des services de renseignement, et, à l’extérieur, le développement économique et la
solution politique des crises.
La France a-t-elle encore son mot à dire ?
Grâce à ses valeurs (la justice, le droit) et à son histoire, la
France a beaucoup plus d’importance dans le monde que
son poids économique réel pourrait le suggérer. Elle a toute
sa place dans certains dossiers. La Palestine, dont personne
ne semble plus se soucier. Les Balkans, où nous avons tort de
laisser d’autres prendre pied. Dans le pourtour méditerranéen, au Sahel ou en Afrique subsaharienne, la France reste
incontournable. Dans les régions du Kurdistan syrien et irakien aussi, nous avons des choses à dire. C’est avec la France
que les Kurdes ont libéré Kobané bien plus qu’avec l’aide des
Américains. Mais ailleurs, et sans parler de modèle, la France
représente un espoir, une générosité. Grâce à son réseau diplomatique (le deuxième au monde) et aux instituts français, elle diffuse sa voix. Dans certains régimes autoritaires,
ces lieux sont parfois les seuls où il est possible de lire certains livres, voir certains films ou débattre librement. Mais,
malgré ses atouts, la France ne peut agir seule. Avec la monVous ne parlez pas du risque terroriste…
tée des égoïsmes nationaux aux Etats-Unis, en Russie, en
Outre le terrorisme, la cybercriminalité et la criminalité organisée sont aussi des menaces. Il existe des armes pour lut- Chine, et l’affaiblissement des dispositifs de régulation inter contre elles, à la condition qu’existe une volonté
ternationale, notre pays doit impérativement agir dans un
politique. Les actions terroristes sont spectaculaires, mais,
cadre européen. Mais il faut restaurer l’adhésion des peuples
jusqu’à présent, elles n’ont pu remettre en cause la cohésion à l’idée européenne ; les politiques doivent les convaincre
de nos sociétés. Je ressens évidemment une certaine respon- que l’Europe les protège et qu’elle n’est pas seulement un
sabilité pour l’attentat du Bataclan – la DGSE suivait les acti- vaste espace commercial anxiogène. Il faut aussi favoriser
davantage les coopérations industrielles européennes, novités de certains de ses acteurs en Syrie mais n’a pas vu le
commando en sortir. Les services intérieur et extérieur ont
tamment dans le domaine des industries de défense. Un
discrètement déjoué des dizaines d’autres attentats et ont dé- exemple : nous avons les capacités techniques de produire
des drones européens performants. Mais il n’y a pas eu d’amsormais les moyens de lutter efficacement contre ce risque,
sans prétendre à l’infaillibilité. Depuis ses défaites en Syrie
bition. L’Europe ne peut plus se permettre d’être dépendante
et en Irak, Daech s’organise clandestinement. Il y aura
des Etats-Unis quand ceux-ci se replient sur eux-mêmes et
d’autres attentats. Mais la meilleure défense contre le terroque leur parole a perdu en crédibilité § PROPOS RECUEILLIS PAR R. G.
Gliniasty. Renseignement
pris dès mon retour à mon bureau,
je pus rapprocher le nom rapporté
par le Premier ministre d’un individu en chair et en os. C’était un
personnage trouble, qui avait ses
entrées à l’Elysée. Arafat était en
train de faire la paix. Mais il n’avait
pas renoncé à ses pratiques douteuses, bien éloignées des règles de
la bonne gouvernance.
…
SARKOZY ET HAMID
KARZAI
Dès notre arrivée, nous apprîmes
que le demi-frère de Hamid Karzai, Ahmad Wali, venait d’être assassiné à Kandahar, sans doute à
propos d’un différend de nature
mafieuse. Je demandai au chef du
protocole de s’assurer que le président Karzai souhaitait maintenir l’entretien et le déjeuner. Mon
interlocuteur revint quelques minutes plus tard. Le président Karzai avait décidé de ne rien changer
au programme. « Je suis au service
de mon pays et dois mettre ma
peine de côté », nous rapporta son
collaborateur. Puis Karzai arriva,
digne et maître de son émotion.
Nous nous installâmes dans un
salon pour la séquence photos.
Nicolas Sarkozy présenta ses
condoléances. « Quand est-ce arrivé ? demanda-t-il. – Ce matin, répondit Karzai. – Il n’avait pas de
gardes du corps ? » Si, justement,
58 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
pensai-je : c’était son propre chef
de la sécurité qui lui avait tiré deux
balles à bout portant, une dans la
tête, l’autre dans la poitrine, alors
qu’il sortait de sa salle de bains. Du
moins était-ce ce que je venais d’apprendre. « On ne sait pas encore
très bien comment ça s’est passé »,
éluda Karzai. Puis on se mit à table
(…). Hamid Karzai reconduisit son
invité à sa voiture. J’étais resté à
son côté, devant monter dans un
autre véhicule. Quand la portière
se referma sur Nicolas Sarkozy, je
m’aperçus que le président afghan,
qui avait tenu jusque-là de façon
presque héroïque, était pâle, au
bord des larmes, sur le point de
s’effondrer §
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EN COUVERTURE
Le penseur le plus im
12 millions
d’exemplaires
de « Sapiens »
et « Homo deus »
ont été écoulés à
travers le monde
dans
45
traductions
580 000
exemplaires de
« Sapiens » et
Repères
1976 Naissance à Haïfa.
2002 Doctorat à Oxford en histoire moderne. A son
retour en Israël, il rencontre son futur mari, Itzik.
2003 Rejoint l’Université hébraïque de Jérusalem.
2008 Publie « The Ultimate Experience ».
2014 D’abord refusé par plusieurs maisons d’édition,
« Sapiens » devient un phénomène mondial. Barack
Obama encense « cette histoire de l’humanité vue du ciel ».
2017 Publication en France d’« Homo deus ».
60 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
280 000
exemplaires de
« Homo deus »
ont été vendus
en France.
Cerveau. Yuval Noah
Harari chez lui à Karmei
Yosef, entre Tel-Aviv
et Jérusalem, en 2017.
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portant du monde
Lumières. Après « Sapiens » et
« Homo deus », l’historien Yuval Noah
Harari nous dispense « 21 leçons
pour le XXIe siècle ». En question :
les vrais défis de notre époque.
PAR THOMAS MAHLER, ENVOYÉ SPÉCIAL À TEL-AVIV
TAL SHAHAR/REA
E
n atterrissant en ce caniculaire samedi du mois d’août à
Tel-Aviv, impossible de ne pas songer au nouveau livre de
l’homme pour qui on est venu en Israël. La majorité des
transports publics ne fonctionnent pas durant le shabbat ?
Un symbole, selon lui, des sacrifices que sont encore prêts à
faire les humains pour les « récits religieux » : « En vérité, les humains ont toujours vécu à l’âge de la postvérité. Homo sapiens est
une espèce postvérité, dont le pouvoir suppose qu’on crée des fictions
et qu’on y croie », écrit Yuval Noah Harari dans « 21 leçons pour
le XXIe siècle » (Albin Michel), qui sera publié en France le
26 septembre et dont Le Point publie les bonnes feuilles en exclusivité. Ce même jour, des milliers de personnes manifestent
contre la récente loi définissant Israël comme un « Etat-nation
du peuple juif », perçue comme étant une nouvelle attaque
contre la démocratie libérale. « A la fin du XXe siècle, il semblait
que les grandes batailles idéologiques entre fascisme, communisme
et libéralisme se fussent soldées par la victoire écrasante de ce dernier. La démocratie politique, les droits de l’homme et le capitalisme
de marché paraissaient voués à conquérir le monde. Comme d’habitude, l’Histoire a pris un tournant inattendu. Après l’effondrement du fascisme et du communisme, au tour du libéralisme d’être
en mauvaise posture. Où allons-nous ? »
Pour savoir vers où l’humanité se dirige, nous retrouvons
le lendemain celui que The Economist qualifie de premier vrai
« intellectuel global du XXIe siècle ». Rendez-vous a été pris dans
le quartier Bauhaus de Dizengoff, en haut d’un immeuble arborant le drapeau arc-en-ciel gay. Yuval Noah Harari n’a toujours pas de smartphone, mais est désormais entouré d’une
équipe de cinq personnes à temps plein. Chaque fois, on est
frappé par la silhouette frêle et juvénile du quadragénaire.
Oui, c’est bien cet homme-là qui a vendu 12 millions d’exemplaires dans le monde, qui est reçu tel une pythie à Davos et
qui est consulté par Emmanuel Macron ou Angela Merkel.
Quand le New York Times chronique son nouveau livre, le pi-
giste se nomme Bill Gates. En France, « Sapiens » (2015) et
« Homo deus » (2017), tourbillons d’histoire, de philosophie
et de science, figurent toujours dans les meilleures ventes. Le
premier va bientôt être adapté au cinéma par Ridley Scott. Diplômé d’Oxford, historien à l’Université hébraïque de Jérusalem spécialisé dans l’histoire militaire, Yuval Noah Harari est
devenu une rock star intellectuelle en racontant comment
un modeste primate a conquis la planète par le biais des fictions (« Sapiens »), avant peut-être de se transformer en dieu
grâce aux biotechnologies (« Homo deus »).
Mythes. Après le passé et le futur, il ne manquait donc que
le présent. « 21 leçons pour le XXIe siècle » aborde en 21 chapitres les grandes problématiques contemporaines : crise du
libéralisme, immigration, religions, terrorisme, guerres, intelligence artificielle, postvérité, éducation, information (« si
vous voulez une information fiable, payez-là », ce que nous ne
contredirons pas au Point)… Pour Harari, grand adepte de la
méditation Vipassana – il va faire une nouvelle retraite d’un
mois en fin d’année –, l’actualité comme les débats politiques
sont autant de distractions qui nous empêchent de voir « avec
clarté » quels sont les vrais défis de ce siècle. Selon lui, les nations comme les religions ont été une fiction utile pour sortir du chaos tribal et créer des communautés humaines plus
larges que les clans. Mais, aujourd’hui, l’Etat-nation ne serait
plus la structure idoine pour faire face au réchauffement climatique et à une technologie qui risque de changer radicalement l’humanité, entre biotechnologies et intelligence
artificielle. Quant aux monothéismes, ils n’auraient tout simplement plus rien à nous apprendre sur nos vies modernes.
On peut reprocher à Harari de sous-estimer les questions actuelles comme l’immigration et de surestimer les fantasmes
prométhéens de la Silicon Valley. On peut aussi noter que cet
essai est plus une compilation d’idées qu’une narration fluide
à la « Sapiens ». Mais, jusque dans ses provocations, l’historien reste un conteur fascinant et stimulant.
Dans quelques jours, les « 21 leçons » deHarari vont rejoindre le « Destin français » d’Eric Zemmour en tête des ventes.
Alors qu’ils partagent pourtant un même éditeur, Albin Michel, on n’ose imaginer ouvrages plus dissemblables. D’un
côté, un incurable nostalgique du récit national pestant contre
« l’universalisme mondialisateur ». De l’autre, un intellectuel
cosmopolite qui avertit que « chaque nation a ses mythes », mais
que ces mythes sont impuissants face aux menaces globalisées de l’avenir §
Quand le « New York Times » chronique son nouveau
livre, le pigiste se nomme Bill Gates.
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 61
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EN COUVERTURE
Yuval Noah Harari :
« La stupidité humaine est
une force très puissante »
Prospective. Libéralisme, intelligence artificielle, guerres,
immigration, religion, méditation… L’historien décrypte
les grands enjeux actuels et les dangers qui nous menacent.
PROPOS RECUEILLIS, À TEL-AVIV, PAR THOMAS MAHLER
Le Point : Votre livre s’ouvre sur un constat pessimiste :
le libéralisme est menacé par la montée de régimes
autoritaires et la « crise de foi » dans nos propres pays
occidentaux. Est-ce grave, docteur ?
Yuval Noah Harari : Jusqu’à présent, ce n’est pas une crise aussi
grave que ce que nous avons connu au XXe siècle. La première
ère de la mondialisation s’est terminée dans un bain de sang
avec la Grande Guerre. Dans les années 1930, « le moment Hitler », puis à nouveau dans les années 1950 et 1960 avec « le moment Che Guevara », la démocratie libérale était bien plus
menacée. Le phénix libéral a triomphé de l’impérialisme, du
fascisme et du communisme. Les gens oublient, et ils ont toujours tendance à penser que leur époque est plus importante
et plus dangereuse que tout ce qui s’est passé auparavant.
Comme nous savons que les fascistes ont perdu, on se dit après
coup que ce n’était pas si grave. Il n’en reste pas moins que
l’actuelle crise du libéralisme est sérieuse. La nouveauté, c’est
que le libéralisme n’est plus confronté à un adversaire idéologique cohérent. Ce que j’appelle « le moment Trump » est
bien plus nihiliste.
En Israël aussi, la démocratie libérale semble remise
en question. Il y a chez vous un virulent débat autour de
la nouvelle loi qui définit Israël comme un « Etat-nation
du peuple juif »…
Il n’y a pas que cette loi. La tendance, en Israël comme ailleurs,
se détache de plus en plus des valeurs fondamentales de la démocratie libérale. Des pays qui étaient de vraies démocraties
libérales – ou étaient en train de le devenir – ne le sont plus,
à l’image de la Turquie, de la Hongrie ou de la Russie. Ce sont
désormais des démocraties illibérales, voire des dictatures.
Les gens oublient trop souvent que la démocratie libérale ne
repose pas seulement sur le fait d’avoir des élections démocratiques. Ce n’est qu’un ingrédient ! Des élections, même to62 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
talement libres, peuvent aboutir à une dictature de la majorité.
Il faut donc aussi une séparation des pouvoirs, la protection
des minorités et des individus.
Vous avez récemment décliné une invitation au consulat
israélien de Los Angeles. Pourquoi ?
J’ai expliqué au consulat que j’étais très heureux de représenter l’Etat d’Israël et ses habitants à travers mon travail et mes
livres, qui sont présents dans bien des pays où il n’y a pas de
consulat israélien. J’ai été traduit dans des pays musulmans
comme l’Iran, la Turquie ou l’Indonésie. Mais je ne veux pas
être un représentant officiel du gouvernement d’Israël, car
j’ai un problème avec sa politique actuelle. Mon travail en
tant que scientifique est fondé sur la liberté de pensée et d’expression. Or le gouvernement de Netanyahou est en train de
saper ces libertés. Il est devenu un proche allié d’Orban, avec
les mêmes vues nationalistes et autoritaires. Je ne peux pas
représenter ce type d’organisation.
Faut-il tout rejeter dans le nationalisme ?
Non, surtout pas ! Le nationalisme a spectaculairement
agrandi le cercle de personnes pour lesquelles nous ressentons de l’empathie. On pense souvent que le nationalisme
est naturel. C’est n’importe quoi ! Les gènes me poussent à
être loyal envers ma famille ou mes voisins. Pendant des centaines de milliers d’années, Homo sapiens et les hominidés
ont ainsi vécu en petites communautés. Les collectivités nationales se sont construites dans la douleur pour répondre
à des défis qu’aucune tribu isolée ne pouvait relever. En
France, le nationalisme vous fait vous soucier de 60 millions
de personnes qui sont de parfaits étrangers pour vous. Vous
payez des impôts pour des familles pauvres que vous n’avez
jamais rencontrées. Tant que le nationalisme consiste à vous
sentir connecté à vos concitoyens, c’est formidable. Les ennuis commencent quand on se concentre sur la haine envers d’autres groupes. C’est d’autant plus dangereux
qu’aujourd’hui les principaux problèmes sont de nature
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globale et que vous ne pouvez y faire face sans coopération
internationale. Le nationalisme n’a aucune solution à apporter à la guerre nucléaire, au réchauffement climatique
ou à la technologie disruptive. La France peut réduire les
émissions de gaz à effet de serre à zéro, cela ne servira à rien
si elle ne coopère pas avec les Allemands, les Etats-Unis et
les Chinois. La plus grande menace pour l’humanité vient
probablement de l’intelligence artificielle et de la biotechnologie. Nous devons les réguler, et l’Etat-nation n’est pas le
bon cadre pour s’attaquer au problème. Imaginons que seule
l’Union européenne interdise la biotechnologie pour des raisons éthiques. Cela ne servirait à rien, car elle ne pourrait
pas longtemps résister à la compétition internationale si les
autres pays se lançaient dans la fabrique d’une nouvelle caste
biologique de super-humains.
La science est globale, il n’y a pas
de science nationale. L’actuel essor des nationalismes et de l’isolationnisme rend de plus en plus
probable une nouvelle course
aux armements en matière d’intelligence artificielle et le recours à la biotechnologie. C’est
le pire des scénarios.
Poutine est populaire chez les partis de droite, qui voient en
lui un homme fort, comme le Front national chez vous. Mais
si vous regardez l’état réel de son pays, peu d’électeurs de Marine Le Pen voudraient réellement s’installer en Russie, où il
n’y a pas de presse libre ni de vraie séparation des pouvoirs,
où presque toute la fortune est concentrée aux mains d’une
oligarchie. Au cours de mes voyages à travers le monde, j’ai
croisé des gens qui désiraient émigrer aux Etats-Unis, en Allemagne ou en Chine, jamais un seul souhaitant s’installer
en Russie. Et sur le plan économique, qui voudrait prendre
comme modèle la Russie, surtout si on ne dispose pas de ressources pétrolières ? La Russie se considère comme une rivale
de l’ordre libéral mondial, mais n’a aucune vision globale susceptible de séduire des Brésiliens mécontents ou les étudiants
sur les campus occidentaux.
En revanche, l’islamisme
n’est-il pas un modèle
concurrent pour le
libéralisme ?
L’islamisme n’a quasiment aucun attrait pour les non-musulmans ! Prenez le communisme :
dans les années 1960, beaucoup
d’étudiants occidentaux vénéraient Che Guevara et Mao ZeVous soulignez un paradoxe :
les électeurs de Trump ou les
dong. L’islam, lui, n’a pas une
pro-Brexit veulent préserver le
influence globalisée. Et, même
libéralisme, mais à l’intérieur
dans le monde musulman, l’isde leurs frontières. A l’inverse,
lam radical ne s’adresse qu’à une
la Chine est, elle, championne
minorité. Pour chaque musuldu libéralisme dans le
man radicalisé qui en France voudomaine international…
lait rejoindre la Syrie, vous avez
des centaines de jeunes musulJusqu’à très récemment, c’est
l’Occident qui a le plus bénéfimans en Syrie, en Irak ou au Macié d’un monde ouvert. Dans ce
Influence. Yuval Noah Harari a présenté à Angela Merkel son
ghreb qui rêvent de rejoindre la
contexte, il était facile d’être
France. Non parce qu’ils veulent
dernier ouvrage, « 21 leçons pour le XXIe siècle », le 27 juin.
pour la mondialisation. Mais,
transformer votre pays en calimaintenant que nous connaissons un déclin relatif, c’est la
fat, mais parce qu’ils préfèrent vivre dans une démocratie liChine qui est la grande gagnante, et Xi Jinping semble être
bérale plutôt que dans une dictature corrompue. Bien sûr,
le vrai successeur d’Obama sur le plan international. Les
l’islamisme séduit, mais il ne faut pas le surestimer. Si vous
électeurs de Trump et les partisans du Brexit n’ont pas rejeté
regardez les flux migratoires, il est très clair que les démocrale package libéral dans sa totalité. Ils croient toujours dans
ties libérales représentent les endroits les plus convoités de
la démocratie ou le marché mais veulent que ça s’arrête à la
la planète.
frontière. Ce qui est le plus grave, à mon sens, c’est que les
L’immigration est aujourd’hui la préoccupation majeure
gens ne réalisent pas quels sont les grands enjeux de notre
en Europe. Quelles solutions préconisez-vous ?
époque. Si vous regardez les débats autour du Brexit ou de
Derrière les débats sur l’immigration, il y a une question fonTrump, les vraies problématiques ne sont jamais mentiondamentale : les cultures sont-elles égales ou estimons-nous
que certaines sont supérieures à d’autres ? Le « culturisme »
nées. En 2016, pendant la campagne américaine, la seule alest bien plus complexe que le racisme. Pour les racistes tradilusion aux dangers de la technologie a concerné les e-mails
de Hillary Clinton (rires). Personne n’a parlé de l’IA ou de la
tionnels, des gens d’une certaine origine sont biologiquement
révolution de l’automation !
inférieurs. Si vous affirmez que les musulmans sont moins
intelligents que les chrétiens, c’est évidemment absurde d’un
David Brooks, éditorialiste du New York Times, présente
point de vue scientifique. Mais les revendications …
Poutine comme le leader le plus influent de notre temps…
« Pour chaque musulman radicalisé qui en France voulait
rejoindre la Syrie, vous avez des centaines de musulmans en
Syrie, en Irak ou au Maghreb qui rêvent de rejoindre la France. »
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 63
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culturelles sont, elles, parfois correctes. Dire que certaines cultures sont plus tolérantes que d’autres, c’est souvent
vrai. Le problème majeur à propos de l’immigration est que
le débat s’est radicalisé. Des deux côtés, on n’arrive plus à écouter les arguments adverses. Les pro-immigration estiment que
toute personne qui veut freiner ce mouvement est un fasciste
et un raciste. Ceux qui y sont opposés pensent que toute personne en faveur de la libre circulation est un naïf qui détruit
son pays et sa culture. La question de l’immigration est complexe, mais ce n’est pas une bataille tranchée entre le bien et
le mal. Le processus démocratique est normalement conçu
pour arriver à gérer ce genre de
problème. Toute politique migratoire issue d’un débat raisonnable me convient.
tives que seuls les hommes possédaient : apprentissage, analyse, communication… Aujourd’hui, pour la première fois
dans l’Histoire, les machines viennent nous concurrencer
dans ces secteurs, y compris dans la compréhension des émotions humaines. On peut se dire qu’après les tâches physiques
et intellectuelles, les humains investiront dans un autre domaine, mais nous ne connaissons pas cet hypothétique troisième domaine d’activité. D’autre part, oui, il y aura de nouveaux
emplois. Prenez le remplacement de pilotes humains par des
drones : cela élimine des emplois mais en crée de nouveaux
en matière d’analyse de données
et de cybersécurité. Le grand problème, c’est de se réinventer sans
cesse. Lors de la révolution industrielle et au XXe siècle, les nouveaux emplois nécessitaient une
Mais la question de
main-d’œuvre peu qualifiée en
1920. Vous étiez un ouvrier agril’immigration est en train
de miner le projet européen
cole licencié pour cause de méen alimentant l’essor des
canisation ? Vous pouviez vous
populismes…
installer en ville et travailler dans
L’Europe a bénéficié de sa plus
une usine fabriquant des tracteurs. Ce n’était pas une transilongue période de paix et de prostion facile, mais c’était possible.
périté, en grande partie grâce à
l’Union européenne. Pensez à
Actuellement, la plupart des nouquoi ressemblait le continent il
veaux emplois requièrent de
y a un siècle, en 1918… En tant
hautes compétences. Si vous êtes
qu’historien, je suis toujours stuun chauffeur de taxi de 50 ans et
qu’à cause des voitures autopéfié par l’absence de reconnaissance des gens. Si vous pouviez
nomes vous perdez votre boulot,
présenter à vos arrière-grands-pail y aura bien sûr des débouchés
dans le codage, mais un stage de
rents votre situation actuelle, ils
reconversion ne suffira pas. On
diraient que vous vivez au paradis : « De quoi te plains-tu ? » Repeut ainsi imaginer l’essor d’une
venir sur les acquis de l’Union
nouvelle classe « inutile », qui ne
européenne, retourner à des nadevra plus lutter contre son extions ne se souciant que d’ellesploitation mais contre son insiFan. Yuval Noah Harari est reçu par Emmanuel Macron à l’Elysée
mêmes est extrêmement
gnifiance. Pis, il n’y aura pas une
le 13 septembre 2017 à l’occasion de la sortie de « Homo deus ».
seule révolution automatique
dangereux pour vous, Européens.
mais une cascade de révolutions. Si vous arrivez à vous reconMais, à un niveau global, c’est un signal terrible. Si l’expérience la plus réussie en matière de coopération transnatiovertir dans l’informatique, dans dix ans, il faudra à nouveau
nale échoue, alors quelles seront les chances que l’humanité
vous mettre à jour, car l’intelligence artificielle est encore loin
dans son ensemble s’accorde sur des politiques communes ?
d’utiliser tout son potentiel. Aucun emploi n’échappera à la
Parlons de ce que vous nommez les vrais problèmes de
menace d’une automation. Or se réinventer trois, quatre, cinq
notre temps. Pourquoi devrait-on s’inquiéter de l’impact
fois dans sa vie est très difficile, et cela a un coût tant psychode la révolution numérique sur les emplois ? Les
logique qu’économique.
…
Deux choses devraient nous inquiéter. Jusqu’à présent, les
machines étaient en concurrence avec les humains dans des
secteurs manuels. Dans l’agriculture et l’industrie, elles ont
ainsi peu à peu monopolisé les tâches physiques, tandis que
les nouveaux emplois étaient liés à des compétences cogni-
Pourquoi écrivez-vous que les films de science-fiction
nous induisent en erreur sur ce qu’est vraiment
l’intelligence artificielle ?
La science-fiction est aujourd’hui le plus important des genres
artistiques. Les gens ont peur que les machines deviennent
conscientes, fassent une révolution et tuent les humains. Ce
sont de purs fantasmes, alimentés par des films comme …
« On peut imaginer l’essor d’une nouvelle classe “inutile”,
qui ne devra plus lutter contre son exploitation
mais contre son insignifiance. »
64 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
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révolutions agricole ou industrielle ont détruit des
activités, mais de nouveaux emplois sont apparus…
La Poste – SA au capital de 3 800 000 000 € – 356 000 000 RCS Paris – Siège social : 9, rue du Colonel Pierre Avia 75015 Paris –
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À Perpignan,
je distribue
aussi les lettres
du Père Noël,
je suis postière.
Elyse est factrice. Tous les jours, elle parcourt plusieurs kilomètres
pour distribuer vos courriers en provenance des quatre coins du monde.
Avec près de 8 000 recrutements en CDI en 2017, La Poste ne cesse
d’évoluer et de repenser ses métiers. Rendez-vous sur groupelaposte.com
Chiffres RH tirés du Rapport Social 2017 — Le Groupe La Poste. Plus d’informations sur le site groupelaposte.com
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Les cinq livres conseillés par Harari pour comprendre notre monde
« Le meilleur
des mondes »,
d’Aldous Huxley
(1931).
« Le livre le plus prophétique de tout le XXe siècle.
Dans “1984”, Orwell a
amplifié ce qu’il a vu du
nazisme et du communisme. Mais le génie de
Huxley est d’aller bien
plus loin que le contexte politique des années 1930. Il
imagine notre monde
consumériste dont la valeur suprême est le bonheur et où le contrôle
politique réside non pas
dans une police secrète ou
des camps de concentration, mais dans le déchiffrement et la manipulation
des mécanismes internes
du corps humain. »
« La politique
du chimpanzé »,
de Frans de Waal
(1982).
Après avoir passé six ans
dans une colonie de
chimpanzés au zoo
d’Arnhem, le primatologue et éthologue néerlandais Frans de Waal
décrit les luttes pour le
pouvoir, les alliances et
les manipulations chez
les singes. Il montre que
les racines de la politique sont plus anciennes que l’humanité.
« C’est le livre qui a complètement changé ma façon de comprendre les
chimpanzés, mais aussi les
humains. Une lecture indispensable pour les politiciens de toutes les
espèces ! »
« De l’inégalité
parmi
les sociétés »,
de Jared Diamond
(1997).
Lauréat du prix Pulitzer,
le géographe et biologiste évolutionniste
américain montre que
c’est la géographie, et
non pas la biologie, qui
explique la domination
de l’Eurasie dans l’Histoire. « Cet ouvrage a représenté une sorte
d’épiphanie dans ma carrière universitaire, me faisant passer d’historien de
la guerre médiévale à étudiant de l’humanité. »
« Ex machina » ou des séries comme « Westworld », qui
confondent intelligence et conscience. Plutôt qu’une guerre
entre humains et robots, nous devrions bien plus craindre les
algorithmes. Examinons par exemple les conséquences d’un
remplacement des chauffeurs routiers par des véhicules autonomes, ce qui arrivera dans un futur proche. Si vous n’avez
plus de conducteurs de camion, vous n’aurez plus besoin de
motels car la machine n’a pas besoin de sommeil. Vous n’aurez plus non plus de moniteurs d’auto-école, de policiers sur
les autoroutes… Ne vous inquiétez donc pas de ce que vous
voyez au cinéma ! Il faut plutôt se soucier des ouvriers du textile au Bangladesh qui vont perdre leur emploi du fait des robots. C’est bien plus réaliste.
…
On peut sourire de cette nouvelle religion que vous
appelez « dataïsme », mais les algorithmes sont déjà de
nouvelles divinités. En tant que journalistes, nous devons
par exemple satisfaire Google News ou Apple News…
-« The Attention
Merchants »,
de Tim Wu
(2016).
Pas encore traduit.
Ce juriste à la Columbia
Law School est à l’origine de l’expression
« neutralité du Web ».
Dans cet ouvrage, il
évoque « l’industrialisation de la capture de l’attention humaine » qui
nous a éloignés des
livres. « C’est une enquête
perspicace sur l’histoire de
la technologie de l’information moderne et ses implications politiques, de l’ère
de l’imprimerie et de la radio à Google et Facebook.
Tim Wu explique bien le
contexte de l’actuelle bataille pour contrôler l’attention humaine. »
-« Enlightenment
Now »,
de Steven Pinker
(2018). Sera traduit en
novembre aux Arènes.
Ce professeur de psychologie à Harvard défend l’héritage des
Lumières et souligne
que la santé, la richesse,
la paix et le bonheur ne
cessent de croître dans
le monde grâce à la raison, à la science et à l’humanisme. « Pinker fait
partie d’une minorité qui
ose continuer de rappeler
que nous vivons dans la
meilleure époque de l’humanité. C’est un livre sur
lequel il y a beaucoup de
choses à discuter, mais c’est
ce qui le rend si intéressant. » Le Point vous en
reparle très vite…
Quand je publie un livre, je dois rédiger un texte de promotion. Chez mon éditeur, un expert me précise quel mot choisir afin de satisfaire l’algorithme de Google. De même, les
pages Web ne sont plus conçues en fonction des goûts des humains, mais des préférences du moteur de recherche. Les préférences des algorithmes façonnent déjà notre monde.
Vous imaginez Anna Karénine interrogeant Facebook
pour savoir si elle doit rester avec son mari ou s’enfuir
avec le comte Vronski ?
Parce que les algorithmes feraient un bien meilleur choix
qu’Anna Karénine ! C’est pour ça que, dans bien des domaines,
on délègue l’autorité aux algorithmes. Leur laisser prendre
de plus en plus de décisions implique de repenser complètement le sens d’une vie humaine. Le danger est que les algorithmes servent une petite minorité, que ce soit le
gouvernement ou des organisations privées. On peut bien sûr
imaginer que les gens gardent la liberté de faire confiance …
« Désormais, la ressource la plus importante est le savoir. (…)
Envoyer une armée pour conquérir la Silicon Valley ne vous
servira à rien, car il n’y a pas de mines de silice en Californie. »
66 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
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À Grenoble,
j’analyse
des datas
pour votre
entreprise,
je suis postière.
Leslie est data analyst chez ProbaYes, filiale de La Poste. Elle utilise
l’intelligence artificielle pour optimiser le transport et les délais de livraison
des colis. Avec 28 000 parcours qualifiants suivis en 2017, les postiers
ne cessent d’évoluer et de repenser leur métier.
Rendez-vous sur groupelaposte.com
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aux algorithmes ou non. Mais, dans bien des cas, vous
n’aurez pas le choix, même dans les pays démocratiques. Si
vous refusez de suivre les conseils de santé d’un algorithme,
votre assurance augmentera. On vous dira que vous avez un
risque de cancer du poumon et qu’il faut arrêter de fumer. Si
vous continuez, pourquoi devrait-on payer pour votre stupidité ? Aujourd’hui, certaines communautés sont toujours l’objet de discriminations. Mais, à l’avenir, on se fichera de savoir
si vous êtes noir, gay ou autre. L’algorithme se fondera sur
votre Facebook, votre Twitter, votre bilan de santé ou ce que
vous avez fait depuis le bac à sable. Toutes les données à disposition serviront à mesurer avec précision si vous êtes paresseux ou digne de confiance. Le pire étant qu’on ne pourra
pas savoir pourquoi on vous dira oui ou non. Même la banque
à qui vous demandez un prêt ou l’entreprise qui vous embauche ne comprendront plus l’algorithme, bien trop complexe pour un être humain. Les entreprises sauront juste que
suivre les recommandations de l’algorithme leur est bénéfique, car il élimine l’erreur humaine.
…
Faut-il craindre de nouvelles guerres ?
Les guerres traditionnelles sont en déclin. Alors que, dans
les premières sociétés agricoles, la violence humaine causait jusqu’à 15 % des morts, elle n’en a provoqué que 5 % au
XXe siècle et 1 % aujourd’hui. Les guerres sont d’abord bien
plus coûteuses. Avec les armes nucléaires et les nouvelles
technologies, un conflit majeur entre la Russie et les EtatsUnis causerait des dommages si importants que personne
n’en tirerait bénéfice, même s’il y avait un vainqueur. Par
ailleurs, les principaux actifs en économie étaient de nature
matérielle. Vous pouviez conquérir des territoires et des matières premières. Désormais, la ressource la plus importante
est le savoir. Cet été, Apple est la première entreprise privée
à avoir dépassé les 1000 milliards en Bourse. Ils n’ont ni territoires, ni mines d’or, ni gisements de pétrole. Envoyer une
armée pour conquérir la Silicon Valley ne vous servira à rien,
car il n’y a pas de mines de silice en Californie. La guerre,
même victorieuse, fait ainsi de moins en moins sens. Ces
dernières années, la Russie a fait la conquête de la Crimée,
est intervenue au Donbass, est victorieuse en Syrie et a mené
un cyberconflit en Estonie. Que de réussites militaires ! La
Chine, elle, a mené zéro guerre depuis vingt ans. Mais elle a
connu ce qui est sans doute le plus grand miracle économique de l’Histoire, tandis que la Russie n’a rien gagné de
ses conquêtes. Pour rappel, la Russie compte 150 millions
d’habitants pour un PIB de 4 000 milliards de dollars. Alors
que les Etats-Unis, c’est 325 millions d’habitants et 19 000 milliards de dollars, et l’Union 500 millions d’habitants et
21 000 milliards de dollars. Cela dit, même si les guerres sont
devenues une affaire peu rentable, il ne faut jamais sous-estimer l’irrationalité humaine…
Dans le chapitre intitulé « Humilité », vous ironisez sur
le fait que la plupart des peuples ont tendance à croire
qu’ils sont le centre du monde. Vous êtes notamment
très provocateur envers vos concitoyens, en expliquant
que « le judaïsme n’a joué qu’un rôle modeste dans les
annales de notre espèce »…
Quand j’ai publié « Sapiens » en hébreu en 2011, la question
la plus fréquente des lecteurs israéliens était de savoir pourquoi j’avais à peine mentionné le judaïsme. La vérité, c’est que
l’impact du judaïsme dans l’histoire humaine est minime. Sa
principale influence est d’avoir donné naissance au christianisme. Par ailleurs, la majorité des idées dans la bible juive
n’étaient nullement originales mais provenaient de Mésopotamie ou d’Egypte, comme le Déluge ou les commandements
« Tu ne tueras pas » ou « Tu ne voleras pas ». Mais même l’impact du christianisme, en bien comme en mal, ne devrait pas
être exagéré. On parle beaucoup en ce moment de civilisation
judéo-chrétienne, comme si cette civilisation avait offert la
moralité au monde. C’est absurde ! La moralité existait avant
les monothéismes. Les chasseurs-cueilleurs avaient des codes
moraux des dizaines de milliers d’années avant Abraham. Les
Aborigènes d’Australie avaient une conception éthique élaborée en ignorant tout de Moïse et de Jésus. On sait aujourd’hui
que les fondements de la morale sont apparus des millions
d’années avant l’humanité. Les chimpanzés ont des codes
éthiques que l’évolution a adaptés pour favoriser la coopération au sein du groupe. Alors que les polythéistes jugeaient
d’autres croyances acceptables, le christianisme a d’ailleurs
été la religion la plus intolérante et la plus violente du monde,
ravageant l’Europe au cours de conflits religieux sanglants.
Je dis simplement que les hommes de toute confession feraient mieux de prendre au sérieux l’humilité professée par
les religions.
Les experts n’arrêtent pas de nous assurer que notre ère
est celle de la « postvérité ». Qu’en pensez-vous ?
C’était bien pire avant ! Si vous pensez que Facebook a inventé
les fake news, il faut se souvenir de ce que pouvait être une
ville médiévale. En 1255, à Lincoln, le corps d’un petit Anglais
a été retrouvé dans un puits. Quelqu’un lança l’idée que cet
enfant chrétien avait été la victime d’un meurtre rituel commis par les juifs. Très vite, la ville entière crut en ce récit fantasmé, et dix-neuf juifs furent exécutés. Ce fut la même chose
avec les chasses aux sorcières. En matière de désinformation
étatique, il suffit de comparer Staline et Poutine pour voir que
le premier est allé bien plus loin, tuant des millions de gens
sans qu’on en sache rien. Ce qui est nouveau, en revanche,
c’est qu’on peut faire du sur-mesure. A l’époque de Staline,
vous aviez une ligne officielle, un gros mensonge pour tout
le monde. Maintenant, vous avez des trolls et hackers russes
qui veulent perturber le processus démocratique dans un pays
comme la France. Ils vont cibler les personnes qui sont déjà
méfiantes sur un sujet comme l’immigration et vont leur
montrer une fausse histoire d’immigrant violant une femme
française. Une autre personne, pro-immigration, sera, elle, alimentée par de fausses histoires de néonazis tuant des immigrés. Ces fake news se nourrissent de nos préjugés. …
« La Chine a mené zéro guerre depuis vingt ans. Mais elle a connu
ce qui est sans doute le plus grand miracle économique de
l’Histoire, tandis que la Russie n’a rien gagné de ses conquêtes. »
68 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
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À Mer, je trie
150 000 colis
par jour,
je suis postier.
Thierry est chef d’équipe colis à La Poste. Il travaille sur une plateforme
de tri de colis pour vous assurer une livraison rapide et précise dans la région
Centre-Val de Loire et ses six départements. Avec près de 8 000 recrutements
en CDI en 2017, La Poste ne cesse d’évoluer et de repenser ses métiers.
Rendez-vous sur groupelaposte.com
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L’antidote est de faire prendre conscience aux gens qu’ils
ont tous des biais cognitifs.
…
Vous avez été reçu par Emmanuel Macron comme
par Angela Merkel. Votre impression ?
Ce n’est pas parce que je les ai rencontrés pendant quelques
minutes que je suis un expert politique ! (Rires.) Je peux juste
vous faire part de mon impression personnelle. Ce qui m’a
frappé chez les deux, c’est qu’ils étaient prêts à écouter, alors
que beaucoup de dirigeants assènent leurs certitudes. Macron
et Merkel étaient vraiment intéressés par des sujets comme
l’intelligence artificielle, la capacité à créer une coopération
internationale et les dangers qui menacent l’humanité. Ils
sont, je pense, sincèrement ouverts d’esprit.
Votre dernière leçon aborde la méditation. Est-ce donc
cela, le remède miracle qui sauvera l’humanité ?
Je ne dis pas que la méditation va résoudre tous les problèmes.
C’est une conclusion personnelle. La méditation ne fonctionne
pas pour tout le monde, mais pour moi c’est efficace. En revanche, de façon générale, je pense que les gens ont intérêt à
mieux se connaître. C’est encore bien plus important que du
temps de Socrate ou Lao-tseu, car il y a un tas de systèmes qui
tentent de vous pirater. Ils ne s’attaquent pas uniquement à
votre ordinateur, mais à vous-même. Si vous n’avez pas envie
d’être manipulé par Amazon ou un gouvernement, connaissez-vous ! Car eux vous connaissent déjà très bien. A titre personnel, je pratique la méthode Vipassana, mais il y a des
centaines de techniques de méditation. Pour d’autres personnes, la psychothérapie, le sport, la marche dans les bois
fonctionneront mieux. Mais, quelle que soit la méthode,
faites-le vite, car nous disputons une course. Bientôt, ce seront peut-être les algorithmes qui décideront qui nous sommes
et ce que nous devons savoir sur nous-mêmes.
Steven Pinker et vous êtes sans doute aujourd’hui
les deux intellectuels les plus influents du monde.
On vous convie à Davos, Bill Gates fait votre éloge
et les décideurs ne jurent que par vous. Mais Pinker
est très optimiste sur les Lumières et le libéralisme,
tandis que vous êtes plus pessimiste…
Oui, sans doute parce que je suis historien alors que lui a une
formation de psychologue cognitif. En lisant toutes les choses
terribles commises par les humains durant l’Histoire, vous
tendez à être méfiant. Mais je partage entièrement les observations de Pinker quand il explique, statistiques à l’appui, que
nous vivons la meilleure époque de l’Histoire. C’est un fait :
il y a moins de violences, de maladies, de famines. Cependant,
je pense que la stupidité humaine est une force très puissante.
Concernant les inégalités, Pinker explique que, même si la
classe moyenne occidentale a moins bénéficié d’une hausse
des revenus que l’élite, nous possédons tous bien plus de
choses, à l’image du smartphone. Le problème, c’est que la nature humaine est ainsi faite que nous ne nous comparons pas
au mode de vie de nos grands-parents, mais à celui de nos voisins. Enfin, Pinker sous-estime parfois le prix payé par l’hu-
manité pour ce progrès scientifique immense. Il refuse de
reconnaître les terribles crimes commis au nom de la science,
du progrès et de la démocratie au cours des derniers siècles.
Même la science et la démocratie ont leurs zones d’ombre.
C’est très important de montrer ce côté obscur.
Vous confiez avoir été un enfant en quête de sens
et « captivé » par le récit nationaliste israélien. Qu’est-ce
qui vous a fait réaliser que ce n’était qu’une fiction
comme les autres ?
En commençant à lire des livres d’histoire, j’ai réalisé que
non seulement beaucoup de détails de ce récit nationaliste
étaient faux, mais que l’humanité et le monde étaient bien
plus vastes que n’importe quel récit nationaliste. On nous
dit que « Jérusalem est la capitale éternelle du peuple juif »,
alors qu’elle remonte à cinq mille ans seulement et que le
peuple juif a tout au plus trois mille ans d’existence. Ce n’est
rien ! L’humanité existe depuis deux millions d’années, et
nombre des grandes mutations – la révolution agricole, la
naissance des villes, l’invention de l’écriture – ont préexisté
aux premiers Juifs, Chinois ou Gaulois. La plupart des idées,
des outils et des institutions ne sont pas le produit d’une
seule nation. Si je devais seulement m’appuyer sur les idées
et les inventions des Juifs, je serais sans doute mort depuis
longtemps.
S’il fallait résumer votre pensée, on pourrait dire
que tout est fiction, même le libéralisme…
La fiction n’est pas une mauvaise chose en soi. Nous avons
conquis le monde grâce à notre capacité à créer des fictions et
à y croire. Tout dépend de ce que vous en faites. Les règles du
football sont une pure fiction. Si vous êtes un hooligan et que
vous dérouillez des supporteurs après une défaite de votre
équipe, c’est pas terrible. Mais si vous profitez simplement
du jeu, c’est merveilleux ! Le libéralisme est ainsi une très
bonne histoire. Il nous a invités à rechercher la liberté d’expression et à réaliser notre moi, supposé authentique. La source
de l’autorité est passée des divinités célestes aux individus de
chair et de sang. Mais cela n’en reste pas moins une histoire !
La science nous a appris qu’il n’y a rien de tel que le libre arbitre. Les droits de l’homme sont une fiction créée par les humains, car il n’y a bien sûr pas de droits naturels pour Homo
sapiens. Je pense que la principale réalité dans ce monde est la
souffrance. C’est ce qu’il y a de plus tangible. Le libéralisme a
été une fiction très performante qui, plus que tout autre récit
politique, a contribué à réduire concrètement la souffrance
humaine. Mais on ne devrait pas oublier que tout cela n’est
que fiction, surtout avec les nouvelles technologies. Le libéralisme n’est pas prêt à faire face aux grands enjeux du
XXIe siècle, l’effondrement écologique et la disruption technologique. Nous sommes entrés dans une ère où il est possible de pirater, manipuler, reconstruire les humains. Si vous
voulez réguler ces technologies et que vous partez du principe que nos choix sont le reflet de notre libre arbitre, vous ne
comprenez pas ce à quoi vous faites face §
« Je pense que les gens ont intérêt à mieux se connaître. C’est
encore plus important que du temps de Socrate ou Lao-tseu,
car il y a un tas de systèmes qui tentent de vous pirater. »
70 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
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À Levallois,
je rends
votre site
plus net,
je suis postier.
Benjamin est web project manager chez Ametix, filiale de La Poste.
Il crée et optimise des sites web dans le but de les rendre plus ergonomiques
et plus performants. Avec 28 000 parcours qualifiants suivis en 2017,
les postiers ne cessent d’évoluer et de repenser leur métier.
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Restez calme et ne vous lais
Exclusif. Relativiser la violence du monde, réinventer l’école,
s’émanciper de l’emprise des religions… Voici trois des « 21 leçons
pour le XXIe siècle », de Yuval Noah Harari.
Le terrorisme tue moins
que le sucre
– Quelle chance de mourir si jeune d’un accident
avec tous les risques d’attentat qu’il y a.
72 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
ILLUSTRATIONS : TARTRAIS POUR « LE POINT »
L
es terroristes sont maîtres dans l’art de manipuler
les esprits. Ils tuent très peu, mais n’en réussissent
pas moins à terrifier des milliards de gens et font
trembler d’immenses appareils politiques tels que
l’Union européenne ou les Etats-Unis. Depuis le 11 septembre 2001, les terroristes ont tué chaque année une
cinquantaine de personnes dans l’Union européenne,
une dizaine aux Etats-Unis et 7 en Chine, pour un total de 25 000 dans le monde (pour la plupart en Irak,
en Afghanistan, au Pakistan, au Nigeria et en Syrie).
En revanche, les accidents de la circulation tuent autour de 80 000 Européens, 40 000 Américains,
270 000 Chinois – au total 1,25 million de gens. Le diabète et le niveau élevé de sucre tuent jusqu’à 3,5 millions de gens chaque année, la pollution de l’air autour
de 7 millions. Dès lors, pourquoi craindre le terrorisme plus que le sucre ? Pourquoi des gouvernements
perdent-ils les élections à la suite d’attentats sporadiques
mais pas à cause de la pollution chronique de l’air ?
Comme l’indique le sens littéral du mot, le terrorisme est une stratégie militaire qui espère changer
la situation politique en propageant la peur plutôt
qu’en causant des dommages matériels. Cette stratégie est presque toujours le fait de groupes très faibles
qui ne peuvent infliger de gros dommages matériels
à leurs ennemis. Bien entendu, toute action militaire
inspire la peur. Dans la guerre classique, la peur est
toujours un sous-produit des pertes matérielles et elle
est habituellement proportionnelle à la force qui inflige les pertes. Dans le terrorisme, la peur devient l’essentiel, et il existe une disproportion flagrante entre
la force effective des terroristes et la peur qu’ils parviennent à inspirer.
Il n’est pas toujours facile de changer la situation
politique par la violence. Au premier jour de la bataille de la Somme, le 1er juillet 1916, les troupes britanniques déplorèrent 19 000 morts et 40 000 blessés.
En novembre, à la fin de la bataille, les deux camps
comptaient plus de 1 million de victimes, dont
300 000 morts. Pourtant, ce carnage horrifique ne
changea guère le rapport de forces politique en Europe. Il fallut encore deux années et demie de pertes
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sez pas embobiner
supplémentaires pour que quelque
chose finisse par craquer.
En comparaison de l’offensive de
la Somme, le terrorisme est dérisoire.
En novembre 2015, les attentats de Paris ont tué quelque 130 personnes ;
ceux de Bruxelles, en mars 2016, 32 ;
et celui du Manchester Arena, en mai
2017, 22. En 2002, au faîte de la campagne de terreur palestinienne contre
Israël, alors que bus et restaurants
étaient bombardés chaque jour, le bilan annuel s’éleva à 451 morts parmi
les Israéliens. La même année, 542 Israéliens trouvaient la mort dans des
accidents de la route. Quelques attentats, comme la bombe qui fit exploser
le vol 103 de la Pan Am au-dessus de
Lockerbie, en 1988, font des centaines
de victimes. Les attentats du 11 Septembre établirent un nouveau record
– Rappelle-toi, il n’y a rien dans tes leçons de grammaire allemande
avec près de 3 000 personnes. Malgré
qui pourrait nous servir aujourd’hui ?
tout, le bilan semble minuscule en
comparaison de celui de la guerre classique. Si l’on ajoute tous les morts et blessés par des
gage C++, identifier les éléments chimiques d’une
attentats terroristes en Europe depuis 1945 – y coméprouvette ou converser en chinois. Or, puisque nous
pris les victimes de groupes nationalistes, religieux,
ne savons absolument pas à quoi ressembleront le
d’extrême droite ou d’extrême gauche –, le total reste
monde et le marché du travail en 2050, nous ne savons pas vraiment de quelles compétences les gens
très en deçà des victimes de toute une série d’obscures
auront besoin. Nous pourrions consentir de gros
batailles de la Première Guerre mondiale, comme la
efforts pour apprendre aux enfants à écrire en C++
troisième bataille de l’Aisne (250 000 victimes) ou la
ou à parler chinois, à seule fin de découvrir qu’en
dixième bataille de l’Isonzo (225 000). (…)
2050 l’IA pourra coder un logiciel bien mieux que
Les terroristes ressemblent donc à une mouche qui
des humains et qu’une nouvelle application « transessaie de détruire un magasin de porcelaine. Elle est
si faible qu’elle ne peut pas même déplacer une tasse
late.google » nous permettra de poursuivre une
de thé. Alors comment fait-elle ? Elle trouve un tauconversation dans un mandarin, un cantonais ou
un hakka presque parfaits alors même que nous sareau, se glisse dans son oreille et se met à vrombir. Le
taureau panique, s’énerve et détruit le magasin. C’est
vons seulement dire ni hao.
ce qui est arrivé après le 11 Septembre, quand les fonQue devrions-nous donc enseigner ? De nombreux
damentalistes islamiques ont incité le taureau améspécialistes de pédagogie affirment que les écoles
devraient passer à l’enseignement des « quatre C » :
ricain à détruire le magasin de porcelaine du «21 leçons pour
pensée critique, communication, collaboration et
Moyen-Orient. Ils prospèrent désormais dans les dé- le XXIe siècle »,
créativité. Plus généralement, les écoles devraient
combres. Il ne manque pas de taureaux colériques de Yuval Noah Harari.
dans le monde.
minimiser l’importance des compétences techniques
(Albin Michel, 420 p.,
pour privilégier les compétences générales néces23 €). Parution
saires dans la vie courante. La plus importante de
le 26 septembre.
toutes sera la capacité d’affronter le changement,
e
d’apprendre des choses nouvelles et de préserver
notre équilibre mental dans des situations peu
familières. Pour être à la hauteur du monde de 2050,
La plupart des écoles attachent trop d’importance à
il faudra non seulement inventer des idées et des
pourvoir les élèves d’un ensemble de compétences
produits, mais d’abord et avant tout se réinventer
prédéterminées : savoir résoudre des équations
sans cesse.
différentielles, écrire un code informatique en lan…
EXTRAITS
Que faut-il apprendre
au XXI siècle ?
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 73
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MAGAZINE
SUJET
EN COUVERTURE
J’ai bien conscience d’en choquer
plus d’un en assimilant la religion aux
fake news, mais il s’agit exactement de
cela. Quand 1 millier de gens croient
une histoire inventée un mois durant,
ce sont des fake news. Quand 1 milliard
de gens y croient un millénaire, c’est
une religion, et on nous somme de ne
pas parler de fake news pour ne pas
froisser les fidèles (ou encourir leur
courroux). Observez cependant que
je ne nie pas l’efficacité ni la bienfaisance potentielles de la religion. Au
contraire. Pour le meilleur ou pour le
pire, la fiction compte parmi les instruments les plus efficaces de la boîte
à outils de l’humanité. En rassemblant,
les credo rendent possible la coopération humaine sur une grande échelle.
Ils poussent les gens à construire des
hôpitaux, des écoles et des ponts en
plus des armées et des prisons. Adam
et Eve n’ont jamais existé, mais la ca– J’y crois pas ! Tu savais que Marie-Madeleine avait eu une liaison
thédrale de Chartres reste belle. La
avec Donald Trump ?
Bible tient largement de la fiction,
mais elle peut encore procurer de la joie à des milliards de gens et encourager les humains à la compas… En effet, avec l’accélération du changement,
l’économie mais aussi le sens même de l’« être husion, au courage et à la créativité – à l’instar d’autres
grandes œuvres de fiction comme « Don Quichotte »,
main » sont susceptibles de se transformer. Dans le
« Guerre et Paix » et « Harry Potter ».
« Manifeste du parti communiste » de 1848, Marx et
Encore une fois, ma comparaison de la Bible avec
Engels déclaraient déjà que « tout ce qui est solide se
« Harry Potter » peut choquer. Si vous êtes un chrévolatilise ». Mais ils pensaient surtout aux structures
tien d’esprit scientifique, vous pourriez expliquer les
sociales et économiques. En 2048, les structures phyerreurs et les mythes de la Bible en plaidant que le
siques et cognitives se volatiliseront elles aussi dans
livre saint n’a jamais été destiné à être lu comme un
l’air ou dans un cloud de bits de données.
récit factuel et qu’il faut l’aborder tel un récit métaphorique qui recèle une sagesse profonde. Mais n’est-ce
pas également vrai de « Harry Potter » ?
Si vous êtes un chrétien fondamentaliste, probablement protesterez-vous que chaque mot de la Bible
Si vous reprochez à Facebook, Trump ou Poutine
est littéralement vrai. Supposons un instant que vous
d’inaugurer une nouvelle ère effrayante de la postayez raison et que la Bible soit bel et bien la parole invérité, rappelez-vous que, il y a des siècles de cela,
faillible de l’unique vrai Dieu. Mais alors que faire du
des millions de chrétiens se sont enfermés dans une
Coran, du Talmud, du Livre de Mormon, des Veda, de
bulle mythologique qui a tendance à se renforcer
l’Avesta et du Livre des morts des anciens Egyptiens ?
d’elle-même, sans jamais oser contester la véracité
N’êtes-vous pas tenté de dire que ces textes sont des
factuelle de la Bible, tandis que des millions de mufictions élaborées créées par des hommes de chair et
de sang (voire par des démons) ? Et comment voyezsulmans ont accordé une foi aveugle au Coran. Des
millénaires durant, ce qui passait pour des « nouvous la divinité d’empereurs romains comme Auguste
velles » et des « faits » dans les réseaux sociaux huet Claude ? Le Sénat romain revendiquait le pouvoir
d’élever des hommes au rang de dieux, puis attendait
mains étaient des histoires de miracles, d’anges, de
des sujets de l’Empire qu’ils vénèrent ces dieux.
démons et de sorcières, avec des journalistes audaN’était-ce pas une fiction ? De fait, nous avons dans
cieux qui faisaient des reportages en direct du fin
l’Histoire au moins un exemple de faux dieu qui a refond des enfers. Nous n’avons aucune preuve scientifique qu’Eve ait été tentée par le Serpent, que les
connu la fiction de sa propre bouche. Le militarisme
âmes des infidèles brûlent en enfer après la mort ou
japonais des années 1930 et du début des années 1940,
qu’il déplaise au Créateur qu’un brahmane épouse
on l’a vu, reposait sur une croyance fanatique en la diune intouchable : des millénaires durant, des milvinité de l’empereur Hirohito. Après la défaite de son
liards de gens ont pourtant cru à ces histoires. Cerpays, celui-ci proclama publiquement que ce n’était
pas vrai, que tout compte fait il n’était pas un dieu §
taines fake news ne meurent jamais.
74 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
ILLUSTRATION : TARTRAIS POUR « LE POINT »
Les religions,
ces « fake news » millénaires
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EN COUVERTURE
Ce qu’ils pensent de lui
Comité de lecture. Nous avons demandé à un chercheur,
à un politique et à un dirigeant d’entreprise leur point de vue
sur les ouvrages de Yuval Noah Harari. Les avis sont partagés.
Lisez Jules Verne et Harari !
PAR IDRISS ABERKANE
E
Harari, c’est le Tintin de l’essai sur le futur :
ligne claire, narration pure, suspense de bas de page…
Ce n’est pas un best-seller pour rien.
76 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
SP ABERKANE
n 1848, la bulle du rail emporte en Europe les
Aux Français il rappellera Laurent Alexandre,
banques et les princes. Bientôt, la ruée vers l’or
Gaspard Kœnig, Aurélie Jean, Stéphane Mallard
de Californie nourrira d’autres souverains de liou Alain Bensoussan, cinq docteurs en alacrité qui
donnent le la de l’intellection hexagonale. Le ciquidités fraîches. Cette année-là, Edgar Poe publie
« Eurêka », où il anticipe les trous noirs, l’expantoyen du monde ajoutera Nassim Nicholas Taleb,
sion de l’Univers, la finitude de la vitesse de la luPeter Diamandis et, surtout, feu Zbigniew Brzemière et même le big bang… Certes, Poe était fou,
zinski, qui fut conseiller de Jimmy Carter puis fort
parce que c’était un génie. En 1838, ce friand de
influent auprès de Clinton et d’Obama. Or, à mesoufisme romança l’échouage de quatre hommes
sure que Brzezinski mûrira, on verra de moins en
au large de Nantucket qui finissaient par dévorer
moins de données chez lui et de plus en plus d’inle plus jeune marin, du nom fictif de Richard Partuition. Comme disait Talleyrand, « quand on a raiIdriss Aberkane
ker. En 1874, un naufrage se produit, et le plus
son, on n’écrit pas quarante pages », et même si
Chercheur et
jeune marin, du vrai nom de Richard Parker, est
l’édition française du dernier Harari en pèse 384,
enseignant, auteur
dévoré par les trois autres survivants du yacht
elle a la justesse de s’ouvrir sur le péremptoire :
de « L’âge de la
échoué, la « Mignonnette ». Alors prédire l’ave« Dans un monde inondé d’informations sans pertinence,
connaissance »
nir, n’est-ce qu’un truc de fou ?
le pouvoir appartient à la clarté. » Pan sur le bec de
(Robert Laffont)
Le futurologue français André-Yves Portnoff
l’académisme obscur, qui a sans cesse minimisé
aime rappeler que, « dans cent ans, il y aura encore
les mérites du professeur d’histoire. Harari, c’est le
des futurologues ». Si gouverner c’est prévoir, même l’ombre du
Tintin de l’essai sur le futur : ligne claire, narration pure, susfutur vaut très cher en politique. La Pythie de Delphes se shoopense de bas de page… Ce n’est pas un best-seller pour rien.
Il est dans la nature de ces colonnes de faire le point sur le
tait aux champignons, comme les chamans touraniens ; aujourd’hui, on se drogue aux données, auxquelles on érige des
cours du monde ; en cela, Harari est d’une grande justesse. Nous
monolithes votifs appelés data centers. Pas étonnant dès lors
ne saurions trop recommander son ouvrage, qui parle de l’inque Yuval Noah Harari, futurologue de son état, prêche comme
telligence artificielle comme Brzezinski parlait de l’« ère technéune de ses « 21 leçons pour le XXIe siècle » (Albin Michel) : « Le
tronique » en observant la Silicon Valley. Sur la durée, vaudra-t-il
futur appartient à qui possède les data. »
Jules Verne ? Je ne le crois pas, parce que, comme l’écrit Hugo,
Ce n’est pas vrai – autrement, Google serait le maître des
« il n’y a rien de mieux qu’un rêve pour créer le futur ». Or de rêve,
Bourses mondiales –, mais c’est dans l’air du temps, et c’est pour
dans Harari, point. Alors que Verne, en 1860, sans l’ombre d’une
cela que le travail de Harari est excellent. Dans son nouvel oudonnée, rêvait Paris au XXe siècle, aux gratte-ciel de verre, aux
sous-marins, à la conquête de la Lune, au féminisme et à la
vrage, l’historien israélien, que recommandent les grossistes en
contraception… Refusé pour excès de fantaisie, ce manuscrit
données Mark Zuckerberg et Bill Gates, annonce honnêtement
ne sera publié qu’en 1994. Mais voilà, Verne est mort. Alors, lison ambition : après avoir parlé du passé dans « Sapiens » et du
sez Harari. Ce n’est pas parce qu’il y a du vin de garde qu’il faut
futur dans « Homo deus », il s’attaque au présent, aux megatrends,
snober le gouleyant de l’année §
comme on dit de nos jours. Et cela, Harari le fait très bien.
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J’ai été déçu par « Homo deus »
PAR BRUNO RETAILLEAU
S
lois de la nature et dans quels délais mais plutôt
i j’avais apprécié « Sapiens », j’ai été déçu par
« Homo deus ». Non pas que l’ouvrage manque
celle-ci : pourquoi le ferions-nous ? Car les chaînes
d’informations : à partir de nombreux exemples,
que font peser sur nous notre nature humaine
Yuval Noah Harari décrit très bien cette grande
sont aussi ces liens qui dessinent une commune
convergence des technologies (biologie, nanohumanité ; cette humanité capable de solidarité
parce que partageant une même infirmité, celle
technologies, informatique, sciences cognitives)
que nous imposent nos limites. L’on peut regretqui, à terme, pourrait permettre à des algorithmes
ter que Harari n’ait pas analysé toutes les implide pirater le logiciel humain pour le transférer
sur des supports inaltérables. Mais le problème,
cations du « no limit », qu’il n’ait pas montré que
c’est qu’il en reste à la description justement : les
ce programme d’immortalité sur lequel travaillent
faits occultent le sens, le prospectif écrase le réouvertement les apprentis sorciers de la Silicon
Bruno
Retailleau
Valley signifierait paradoxalement un terrible
flexif. Paradoxalement, les nombreuses illustraPrésident du
vieillissement du monde, comme l’a très justetions fouillées maintiennent le lecteur à la surface
groupe Les Répument souligné la philosophe Chantal Delsol. Car
des choses, car l’auteur ne rentre pas assez dans
blicains au Sénat
il éteindrait ce regard neuf posé sur les choses qui
la profondeur anthropologique du sujet. Que siest le privilège de chaque enfant, nouveau-venu
gnifierait en termes de liberté et de dignité l’avèau monde. Je crois que, sur ces sujets, l’excès de technophilie
nement de l’Homo deus ? Quels sont les ressorts idéologiques
est aussi dangereux qu’une certaine technophobie : dans un
du transhumanisme ? En quoi ce dernier remet-il en question
cette éthique des limites sans laquelle il ne peut y avoir de socas comme dans l’autre, on se focalise sur la technique au risque
ciété humaine ? Autant de questionnements auxquels Yuval
d’évacuer le questionnement éthique. Renouer avec ce quesNoah Harari ne répond pas vraiment, et qui sont pourtant les
tionnement, c’est reconnaître à la suite d’Hannah Arendt que
plus importants. Au fond, la véritable interrogation n’est pas
progrès et catastrophe peuvent être « l’avers et le revers d’une
de savoir si la technoscience parviendra à briser les tables des
même médaille » §
Ses livres changent notre vision du monde
PAR FRANÇOIS RIAHI
ELODIE GREGOIRE POUR « LE POINT » – BPCE
J
pour pouvoir s’extraire à ce point de notre condi’ai lu « Sapiens » et « Homo deus » d’un trait,
l’année dernière, et, en refermant « Homo deus »,
tion humaine.
Ce qui frappe enfin, c’est le style. Simple, clair,
j’ai eu ce sentiment étrange et un peu désagréable
que je ne lirais plus, très probablement, de textes
moderne. L’extrême érudition n’est jamais cuistre.
d’une telle importance. Ce sont sans doute les
L’abondance de savoir est toujours démonstralivres qui m’ont le plus marqué dans ma vie. Je
tive. En synthétisant de nombreuses disciplines
n’ai pas le souvenir d’avoir rien lu d’aussi fort et
– histoire, philosophie, anthropologie, économie,
marquant depuis la découverte des philosophes
neurosciences –, Harari m’a paru l’égal des plus
des Lumières lorsque j’étais étudiant.
grands penseurs qui ont, chacun à leur époque,
Ce qui frappe d’abord, c’est l’ambition. Yuval
pu se nourrir des connaissances accumulées pour
François Riahi
Noah Harari écrit deux livres, le premier sur l’hiséclairer leurs contemporains sur le changement
Directeur général
des temps.
toire de l’humanité, l’autre sur l’avenir de l’hude Natixis
Je ne crois pas avoir croisé une seule personne
manité. Excusez du peu. Ces livres comptent parmi
depuis mes lectures de Harari sans lui en avoir
ceux qui contribuent tout simplement à changer
parlé, sans l’avoir invitée à lire ces ouvrages. Et en tant que divotre vision du monde.
rigeant d’entreprise, ce que j’ai tiré de « Sapiens » et d’« Homo
Ce qui frappe ensuite, c’est la méthode. Homo sapiens est disdeus », c’est cette idée que le propre de l’homme est d’invenséqué à la façon d’une souris de laboratoire, sans aucun affect
particulier. Harari s’extrait lui-même de notre sort commun
ter des histoires. Une entreprise n’échappe pas à ce destin.
pour le surplomber et asséner avec une distance et une froiParce qu’elle est d’abord une collectivité humaine, il lui revient d’être porteuse d’un récit pour ses salariés, ses actiondeur dont il s’excuse à peine des vérités aussi crues que dérannaires, ses clients et toutes les parties prenantes. Cette façon
geantes sur tout ce qu’on tient de sûr et de certain au sujet de
de voir les choses m’a éclairé et continue d’inspirer ma pral’homme depuis des siècles. Harari parle de nous. Il parle de
lui aussi. Il y a assurément du génie et du surhumain chez lui
tique de dirigeant §
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 77
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ÉCONOMIE
Oui, il y a des jobs au
Impasse. Le 1er septembre,
David Celayetta, Déborah
Bauduin et Jérôme Martrès
(en haut, à g.), les trois gérants
de l’hôtel-restaurant La Table
d’Auberjon, à La Pomarède,
dans l’Aude, ont été contraints
de fermer l’établissement,
faute de trouver un cuisinier
et un serveur supplémentaires.
78 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
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bout de la rue !
Reportage. Un peu partout en France,
des entreprises souffrent d’un manque
de personnel. Dans l’Aude, un hôtelrestaurant a dû se résoudre au pire.
PAR BEATRICE PARRINO
LYDIE LECARPENTIER/RÉA POUR « LE POINT » (X4)
A
La Pomarède, dans l’Aude, il y
a un château et, évidemment,
une légende de fantôme qui y
est associée. Sous le drap de l’imagination locale se cacherait le
spectre d’un membre de la famille
d’Auberjon, qui fut propriétaire
jusqu’en 1950 de l’édifice cathare
du XIe siècle, posé sur une colline
du Lauragais. Mais il pourrait aussi
bien s’agir de l’esprit du pape Jean
XXII, l’un des illustres visiteurs du
lieu. Qui sait… En 2018, à La Pomarède, village situé à équidistance de
Toulouse et de Carcassonne, les habitants – 158 au dernier recensement – auraient presque envie de
croire à ce conte à dormir debout.
Le fantôme ne serait-il pas responsable de la malédiction qui pèse sur
ce château féodal ? Cela permettrait
de trouver une explication à la triste
fin qu’a connue, le 1er septembre,
une belle histoire : l’hôtel-restaurant que le château abritait a fermé
pour cause de… pénurie de personnel. Oui, La Table d’Auberjon, hôtel-restaurant réputé, avait besoin
d’embaucher deux salariés supplémentaires – un en salle et l’autre
en cuisine – pour continuer son activité, mais il lui a été impossible
d’attirer des candidats. Le pire dans
cette affaire, c’est que, pendant des
semaines, tout le monde s’est démené pour éviter cette issue fatale
– les dirigeants de l’établissement,
évidemment, mais également les
services de Pôle emploi. Il y a donc
de quoi être effrayé… D’autant que
l’Hexagone compte plus de 3,5 mil-
lions de personnes inscrites à Pôle
emploi en catégorie A, celle qui inclut les Français sans poste, même
à temps partiel. Et dans cette zone
rurale, le chômage n’est pas une
vue de l’esprit, avec 8,7 % de demandeurs d’emploi tout de même, un
taux très légèrement au-dessous de
la moyenne nationale.
Comment a-t-on pu en arriver
là ? Cette question taraude toujours
Jérôme Martrès, l’un des trois ex-gérants de La Table d’Auberjon, qui
nous guide dans les couloirs de l’établissement dans lequel il avait investi 50 000 euros l’an dernier. Tout
brille, la cuisine, les sept chambres…
« J’ai appris le métier de cuisinier, plus
précisément de chef de partie, en 2013.
J’avais plus de 40 ans, il s’agissait d’une
reconversion. Avant, je travaillais à
l’aéroport de Berlin, où je gérais 150 employés dans les services destinés à la
clientèle business. Mais je n’ai jamais
eu autant de difficultés qu’en ouvrant
mon restaurant à La Pomarède. Cela
a tout de suite été compliqué, j’avais
l’impression d’être directeur des ressources humaines de 200 personnes
alors que je ne gérais que 7 salariés. »
Cette année, son restaurant a démarré la saison 2018, en mars, avec
une équipe au complet, donc composée de 7 personnes. (« On a trouvé,
mais on n’a pas eu le choix sur les profils. ») Des collaborateurs embauchés pour un salaire oscillant entre
1 300 et 1 500 euros net par mois,
nourris et logés, pour certains, dans
un appartement commun au dernier étage du château. Et cela pour
39 heures de travail par semaine,
avec des semaines parfois allégées
Les 10 métiers
les plus recherchés (hors
saisonniers)
en 2018
- Agents d’entretien
de locaux
- Aides à domicile
et aides ménagères
- Aides, apprentis,
employés
polyvalents de
cuisine
- Aides-soignants
- Ingénieurs, cadres
et responsables en
informatique
- Employés de
libre-service
- Serveurs de café
et de restaurant
- Secrétaires en bureautique et assimilés
- Ouvriers non qualifiés pour le secteur
de l’emballage, manutentionnaires
- Professionnels des
arts et du spectacle
Source : Pôle emploi.
et deux jours de repos consécutifs
garantis, conformément à ce qui se
pratique dans le métier. Mais, à La
Table d’Auberjon, dès la fin de la période d’essai des salariés, c’est-à-dire
au bout de quinze jours, cela commence à sentir le roussi. « On a noté
des problèmes de comportement, et
même de consommation de drogue par
les salariés », souffle Jérôme Martrès. Deux employés – un cuistot
et un serveur – quittent rapidement
l’aventure. Tout naturellement, les
dirigeants se tournent vers Pôle emploi pour recruter des remplaçants
avant le début de l’été.
Enfer. La Pomarède dépend de
l’agence de Castelnaudary. « Toutes
les entreprises de ce secteur peuvent
être déstabilisées, ponctuellement, par
des soucis de recrutement. Mais c’est
la première fois qu’un tel cas de figure
se produit », nous explique aujourd’hui un agent. Cette agence
se plonge dans les fichiers de l’Aude
mais aussi dans ceux des départements limitrophes, la Haute-Garonne, l’Ariège, le Tarn. Il y a tout
de même 44 profils de cuisinier indexés, dont 50 % auraient exprimé
leur intention de se reconvertir
dans un autre métier ; 99 autres
personnes sont référencées comme
serveurs ; il y a également des vendeurs, travaillant dans le commerce de proximité, qui pourraient
revêtir une tenue de serveur. Espoir… vite déçu. Les trois associés
de La Table compensent le manque
d’effectifs en se décarcassant
jusqu’à dix-neuf heures par jour
dans l’attente de nouvelles recrues ;
les journées sont longues, car ils
possèdent un second restaurant,
à Montferrand, qui tourne bien.
Mais l’enfer se prolonge, car, alors
que personne ne postule, un salarié leur communique mi-août son
intention d’anticiper son …
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 79
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ÉCONOMIE
départ qui était prévu à la
mi-septembre. Il travaille lui aussi
derrière les fourneaux. Cauchemar à venir en cuisine… Celle-ci
ne pourra plus tourner avec une
personne en moins, ce qui implique obligatoirement la fermeture de l’établissement. Pôle
emploi est relancé une nouvelle
fois, les annonces sont largement
diffusées sur les 100 sites partenaires. La Table d’Auberjon poste
également des annonces sur le site
Le Bon Coin et les réseaux sociaux.
Mais rien ne se passe, toujours rien.
Il y a bien eu deux personnes qui
se sont déclarées intéressées par les
postes auprès de Pôle emploi. Jérôme Martrès les a contactées, leur
a laissé un message. Pas de rappel…
« L’agence ne pouvait pas les sanctionner car ces deux personnes avaient le
droit de refuser. L’offre ne correspondait pas aux souhaits qu’elles avaient
déclarés pour leur projet professionnel », indique un responsable. En
attendant, La Table d’Auberjon a
mis la clé sous la porte. « Le 24 août,
sur ma page Facebook, j’ai annoncé à
mes clients que je fermais l’établissement. Cela a eu un fort retentissement
médiatique, un peu malgré nous. Et
avec tout ce buzz, savez-vous combien
de CV j’ai reçus ? Vingt. Vingt, pour
toute la France. Et encore, il y avait des
retraités qui proposaient leur aide bé-
…
névolement. Mais moi, je veux payer
des salariés », raconte Jérôme Martrès. De toute façon, il était trop
tard, lui et ses associés avaient pris
la décision de fermer. « Les jeunes
s’engagent dans un métier mais sans
en accepter les contraintes. Ils nous répondent parfois mal, soufflent et
s’agacent ostensiblement, sont capables
de vous dire “Ne faites pas chier” devant un client, affirment nos restaurateurs, dépités. Il y a un problème
de mentalité. Il n’y a aucune solution
pour changer cela. »
Serge Sanchez, l’un de leurs voisins à Montferrand, n’en pense pas
moins. Garagiste de son état, il a
mis quatre mois pour trouver un
mécanicien (et encore, « ce n’était
pas vraiment le profil que je recherchais »). « Notre métier a beaucoup
changé, il est devenu plus technique,
moins salissant, moins fatigant. Pourtant, il n’attire toujours pas. Le salaire ?
1 500 euros pour trente-neuf heures
par semaine. » A 57 ans, il s’interroge. Propriétaire de deux établissements, il aimerait bien partir à la
retraite dès ses 60 ans et donner les
clés à son fils. « Mais je ne veux pas
lui laisser un trop gros fardeau. » Aujourd’hui, c’est ensemble qu’ils pallient les absences et les coups de
bourre dans les deux garages. Au
total, Serge Sanchez emploie 12 salariés. « Nous pourrions être 15. Cela
D’ici à 2022…
308 000 postes
seront à
pourvoir dans
le secteur de
l’hôtellerie et de
la restauration :
171 000 départs
à la retraite +
137 000 emplois
supplémentaires créés.
(Source Pôle emploi).
« J’adorais former les jeunes, prendre des
apprentis, comme on l’a fait avec moi. Mais là,
les jeunes n’ont plus de respect. » Serge Sanchez
80 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
permettrait d’allonger nos horaires
d’ouverture et surtout de réduire les
délais d’attente pour une réparation. »
Car le voilà, l’autre problème, qui
dépasse les difficultés de recrutement immédiat. C’est l’impossibilité de se développer. Manquant
d’employés, de nombreux patrons
de très petites entreprises (TPE)
doivent remiser au placard leurs
projets d’expansion. Une sacrée
anomalie qui, faute de candidats
en France, a conduit en 2017, selon
les estimations de Pôle emploi, à
abandonner 150 000 projets de recrutement. Les secteurs du bâtiment et de la construction sont les
premiers concernés, mais les filières
de l’alimentaire, du service à la personne ou encore du commerce ne
sont pas épargnées. Dans le même
esprit, la Commission européenne
souligne que, l’année dernière, 10 %
des industriels de l’Hexagone et
20 % des entreprises de services ont
dû limiter la production en raison
d’une insuffisance de personnel.
Mentalité. « J’adorais former les
jeunes, prendre des apprentis, comme
on l’a fait dans le temps avec moi.
Mais là, les jeunes n’ont plus de respect », affirme Serge Sanchez alors
qu’il s’apprête à aller assister dans
la Ville rose au match de rugby
Stade Toulousain-Racing 92. En
chemin, il n’hésite pas à nous adresser par SMS des photos d’enseignes,
entre Montferrand et Toulouse, affichant en grosses lettres sur leur
devanture leurs besoins de recrutement. Plombier, zingueur, garagiste… « Même à Toulouse », dit
Sanchez. Même à Paris, pourrait
ajouter Emmanuel Macron. Car,
au même moment, le 15 septembre, le chef de l’Etat était interpellé dans les jardins de l’Elysée,
ouverts au public, par un jeune se
présentant comme chômeur au
RSA, horticulteur de formation.
La réponse fut cinglante : « Dans
l’hôtellerie, la restauration, les cafés,
le bâtiment, y a pas un endroit où je
vais où ils me disent pas qu’ils recherchent des gens. Pas un. Il y a des
métiers qui nécessitent des compétences particulières. Quand les gens
ne les ont pas, on les forme, c’est pourquoi on investit. Mais y a des …
LYDIE LECARPENTIER/REA POUR « LE POINT »
Motivée. Corinne Paut,
propriétaire d’un salon
d’esthétique à Revel
(Aude), déplore le
manque d’implication
des esthéticiennes
qui postulent : « J’ai
l’impression que leur
but dans la vie, c’est
d’en faire le moins
possible. »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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ÉCONOMIE
métiers, il faut y aller maintenant. Je traverse la rue, je vous en
trouve, ils veulent simplement des
gens qui sont prêts à travailler avec
les contraintes du métier. » Le jeune
homme remercie le président, qui
vient de lui conseiller une reconversion professionnelle – un chemin qu’auraient emprunté un tiers
des anciens chômeurs ayant décroché un emploi.
Retour dans l’Aude, qui compte
un centre de formation et d’apprentissage, où 1 000 élèves, dès 15 ans,
se forment chaque année aux métiers de la mécanique, de l’esthétique, de la boulangerie. Son
président, Pierre Vera, également
à la tête de la chambre des métiers
et de l’artisanat, est fier de son établissement, désigné pôle d’excellence régionale automobile. Mais,
en dépit de ce prestigieux label, ces
métiers ont bien du mal à attirer
des élèves. A Lézignan, un psychologue reçoit les apprentis « paumés » pour certains loin de leur
famille, mais aussi pour limiter les
ruptures de contrat. « Nous avons
deux problèmes majeurs. Le premier,
c’est le recrutement. Les bons élèves ne
sont jamais orientés vers l’apprentis-
…
sage. Le suivant, c’est que certains
jeunes, une fois en apprentissage, se
rendent compte que cela ne correspond
pas à l’idée qu’ils se faisaient du métier choisi. Ils sont bloqués au moins
un an dans le système, car il est impossible de les réorienter en cours d’année.
Une évolution législative devrait faciliter leur réorientation », explique-t-il.
Beaucoup d’élèves sont convaincus à leur arrivée qu’ils seront le
prochain Cyril Lignac, le cuistot
star de la télé, ou la future Cristina
Cordula, la « reine du shopping »
de M6, voire le chef mécano de l’écurie formule 1 de Ferrari. Ces adolescents ont une vision biaisée des
métiers. Pierre Vera prône des stages
en entreprise dès le collège pour limiter la casse. « J’entends dire : “Les
jeunes, les jeunes…”, mais, si on leur
tend la main, ils savent la prendre et
ils réussissent. Oui, il y a un changement de mentalité, ils veulent un certain confort. Mais peut-être ont-ils
raison, nous, c’était le travail et rien
que le travail, défend-il. Dans beaucoup de nos métiers, la base, c’est : “On
travaille quand les autres s’amusent”,
et cela, les jeunes ne l’acceptent plus.
Comment faire ? Dans le bâtiment et
la mécanique, on a un peu limité les dé-
De père en fils. Serge
Sanchez (à dr.) et son
fils Damien, garagistes
à Montferrand (Aude).
Malgré la demande,
Serge Sanchez ne peut
agrandir son entreprise
compte tenu de la difficulté à recruter : il a mis
quatre mois à trouver
un mécanicien.
Mobilité
géographique
Selon un rapport
2016 de l’IGF et de
l’Igas, le problème
de la mobilité
géographique
pèserait entre
1 et 2,5 points dans
le taux de chômage.
Reste à imaginer des
mesures
satisfaisantes pour
contrer ce spatial
mismatch, c’est-à-dire
l’inadéquation
géographique entre
offres et demandes
d’emploi.
Bien des élèves sont convaincus qu’ils seront le prochain Cyril Lignac, cuistot star de la télé, ou la future
Cristina Cordula, « reine du shopping » de M6.
82 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
Tabou. A Revel, toujours dans
l’Aude, Corinne Paut tient un centre
d’esthétique, après une première
longue expérience de visiteuse médicale. Elle se marre, mais jaune.
« Les jeunes filles ne veulent pas travailler le samedi et souhaitent finir
avant 19 heures. » En dix ans d’exercice, elle en a vu passer, des adolescentes en formation, des jeunes
femmes en début de carrière. « Plus
personne ne veut exercer de métier par
passion. J’ai l’impression que leur but
dans la vie, c’est d’en faire le moins possible. Il y a une sorte de tabou autour
de ce phénomène. On ne peut pas en
parler, car, rapidement, les gens deviennent agressifs, prétendent qu’on
tient ce genre de propos parce qu’on est
patron, qu’on est de droite, qu’on est
procapital. Mais nous, on les côtoie. »
Le pire, ce sont les parents, paraît-il. Ceux qui se vexent lorsqu’on
leur signale que leur fille prend des
selfies au travail, annule le rendez-vous d’une cliente pour se faire
une manucure… L’un d’eux assume
sa « faute » : « Nos parents ont été très
durs avec nous, alors nous sommes
peut-être trop coulants avec nos enfants. » Mais les exceptions existent.
Nous avons croisé une « jeune » prénommée Anne-Laure, qui a accepté
de travailler à mi-temps au salon
de beauté de Corinne Paut, tout en
habitant Mazamet, à presque une
heure de route. « Pendant plusieurs
mois, je ne trouvais pas d’emploi dans
mon métier d’esthéticienne. Du coup,
j’ai travaillé dans une boulangerie, car
je ne voulais pas rester à la maison à
tourner en rond. Puis cette offre s’est
présentée ici. J’ai sauté dessus, car,
quand une place se libère, il faut se positionner rapidement. Si on se bouge,
on peut trouver. » A bon entendeur §
LYDIE LECARPENTIER/RÉA POUR « LE POINT »
gâts en améliorant les conditions de
travail et en augmentant les salaires.
Mais le sujet du moment, ce sont les horaires de travail, notamment dans la
restauration. » En clair, ils veulent
des horaires de bureau. Combien
de fois Jérôme Martrès s’est-il vu réclamer de ne pas travailler le soir
et le week-end ! « A les entendre, j’aurais dû doubler les équipes : une pour
le service du soir, l’autre pour le midi.
Mais notre chiffre d’affaires, lui, ne
doublerait pas. »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
JULIEN MILLET (X11)
Etat-major Boursorama
Aurore
Gaspar
Alex
Buffet
Bertrand
Le Bras
Isabelle
Pla
Nicole
Viviand
Jean-Philippe
Lavenir
Xavier
Prin
Guillaume
Mézard
Sophie
Dupeux
Pierre Villeroy
de Galhau
Avec près de 1,5 milConsulting, du Crédit
lion de clients fin
agricole et de la Société
juin 2018, Boursogénérale, est directrice
rama (qui emploie
de l’exploitation.
800 collaborateurs),
Xavier Prin (47 ans,
master en finances à
filiale de la Société générale, est le leader de
l’université Paris Daula banque en ligne en
phine), qui a débuté sa
Benoît Grisoni
France et vise un obcarrière chez Exane
jectif de plus de 2 millions de BNP Paribas Equities comme
clients à l’horizon de 2020. Le analyste financier, a la responportail boursorama.com, créé sabilité du marketing et du
il y a vingt ans, site d’informa- portail de Boursorama. Sophie
tions économiques et finan- Dupeux (48 ans, maîtrise en
cières, attire plus de 30 millions banque et finance à l’univerde visiteurs par mois. Benoît sité de Nantes), ancienne du
Grisoni (44 ans, ESLSCA Paris, Crédit agricole et de CaixaBank,
MBA trading-finance du mar- est directrice des risques et de
ché) est directeur général de- la conformité. Bertrand
puis la fin 2017. Il a débuté sa Le Bras (59 ans, maîtrise incarrière chez BNP Paribas As- formatique UPMC), ancien de
set Management comme ges- la Société générale, s’occupe
tionnaire middle-office, puis des systèmes d’information,
a intégré ensuite l’entité Fi- Isabelle Pla (56 ans, ICN), des
matex-Boursorama. Aurore ressources humaines, et
Gaspar (39 ans, EM Lyon), an- Jean-Philippe Lavenir
cienne de la Société générale (43 ans, Ecam IAE Lyon), des
qui a notamment travaillé finances. Guillaume Mézard
pour la filiale américaine de (46 ans, Inseec Paris), qui avait
la « business unit » Société gé- intégré Boursorama à la fin de
nérale Equipment Finance, est ses études comme chef de
directrice générale adjointe. produit marketing, est
Alex Buffet (61 ans, IEP Pa- aujourd’hui directeur clients.
ris), ancien directeur deriva- Enfin, P i e r re Vi l l e roy
tive and middle-office services de Galhau (44 ans, HEC),
de la SG Securities Services et qui a cofondé Fiduceo, start-up
ex-directeur général de Self- pionnière dans le domaine des
trade en 2013, assume la fonc- Fintechs, rachetée en 2015
tion de secrétaire général. par Boursorama, est directeur
Nicole Viviand (52 ans, HEC), de la stratégie et de l’innovaancienne de la société Deloitte tion § M. B.
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 83
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
SCIENCES
Ces intelligences aty
Christophe Morin
Elle­même autiste Asperger, elle a créé HipipIn, une société
qui sensibilise les entreprises à l’intégration des profils
atypiques en leur sein : « Tout le monde a à y gagner. »
Plaidoyer. Certains troubles cognitifs
seraient une forme de pensée parmi d’au­
tres. « Eloge des intelligences atypiques »*
(Odile Jacob) développe cette thèse.
PAR MARION COCQUET
«A
25 ans, raconte Justine,
je faisais des sourires de
quinze minutes. J’ai fini
par comprendre que c’était trop long. »
La jeune femme a un sourire (bref)
et même un début de rire, mais
triture son casque antibruit en par­
lant. « J’ai passé des heures devant la
glace, à tenter de reproduire les mimi­
ques faciales des autres. Joie, chagrin,
stupeur, colère. » En janvier 2018, à
30 ans, Justine était diagnostiquée
Asperger, ou « autiste de haut ni­
veau » – une forme de l’autisme
sans déficience intellectuelle,
souvent associée à des capacités
supérieures à la moyenne et carac­
térisée par une hypersensorialité,
une extrême attention aux détails,
des intérêts dits « restreints » ou
« spécifiques », l’incapacité à
comprendre le langage non verbal
et les discours implicites.
Justine dit qu’elle a pleuré « des
années de tristesse » après le diagnos­
tic et revu toute sa vie. A 3 ans, ses
fugues de l’école maternelle, les
récréations passées à observer les
autres enfants sans pouvoir se mê­
ler à leurs jeux. A 6 ans, l’obsession
du dessin qui lui faisait reproduire
de tête les tableaux des musées –
elle est devenue à 15 ans la plus
jeune recrue d’un atelier de
restauration, avant de passer deux
licences : économie et droit. Elle
84 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
C’est lors d’une conférence sur Asperger que le res­
ponsable de la mission handicap d’Orange, 50 ans,
a su qu’il était atteint : « J’apprends à me connaître. »
a appris que sa façon d’agiter les
doigts quand elle était joyeuse, ce
qu’elle prenait pour une extrava­
gance, a un nom médical : le flap­
ping. Qu’on appelait shutdown cette
déconnexion du cerveau, involon­
taire, incontrôlée, qu’elle vivait
lorsque la lumière, le bruit ou les
sollicitations sociales devenaient
trop intenses. Après les larmes,
elle a déménagé et changé de tra­
vail : « J’ai arrêté de me faire violence.
J’ai compris que j’étais normale pour
une Asperger. »
« Normal pour un Asperger », ce
pourrait être un slogan. Le psy­
chiatre David Gourion et la psycho­
logue Séverine Leduc lui préfèrent
« Pas comme les autres, plus que
les autres ! », sous­titre de leur
« Eloge des intelligences atypiques »
(Odile Jacob). Un plaidoyer pour la
reconnaissance de ces formes dif­
férentes de cognition, mal connues,
parfois invisibles et pourtant
sources de souffrance : le syndrome
JULIEN FAURE/LEEXTRA POUR « LE POINT » – JULIEN FAURE POUR « LE POINT »
Liliya Reshetnyak
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
piques
d’Asperger, mais aussi le HPI (haut
potentiel intellectuel), les dys- en
tout genre (-praxie, -lexie, -calculie…) ou les troubles avec déficit de
l’attention. Un plaidoyer, en
somme, pour la « neurodiversité ».
Le mot, dont on attribue l’invention il y a vingt ans à l’Australienne
Judy Singer, mère d’une enfant autiste, désigne aujourd’hui un mouvement militant. Le site neurodiversite.com en résume ainsi le
principe : « La norme n’existe pas. La
pathologie n’existe pas. Il n’y a que des
divergences par rapport au fonctionnement neurologique majoritaire » –
appelé neurotypie dans le jargon.
Face à l’exclusion. La neurodiversité est désormais installée
dans les pays anglo-saxons : elle
a sa journée mondiale, ses associations et même un Institut pour
l’étude de la neurotypie, qui, avec
humour, décrit celle-ci comme une
« pathologie marquée par des préoccupations sociales fortes, un délire de
supériorité et une obsession de la
conformité ». En France, en revanche, le mouvement commence
tout juste à s’imposer. Parmi ses
hérauts, plusieurs autistes de haut
niveau : Josef Schovanec, docteur
en philosophie et polyglotte, qui
fut « non verbal » jusqu’à l’âge de
6 ans. Julie Dachez, auteur remarquée de « Dans ta bulle » et de « La
différence invisible ». Le comédien
Hugo Horiot, selon qui « l’autisme
est l’intelligence de demain ». Il existe
des initiatives plus discrètes. Le
jeune Collectif atypique, par
exemple, réseau d’entraide per-
Des cerveaux différents
Haut potentiel intellectuel
Le HPI est défini par un QI égal
ou supérieur à 130.
Syndrome d’Asperger
Troubles dys (-lexie, -praxie, etc.)
Troubles spécifiques du langage
et de l’apprentissage qui peuvent affecter
une ou plusieurs fonctions cognitives :
le langage oral ou écrit, le calcul,
les fonctions gestuelles…
Le terme, disparu de la classification internationale des
pathologies, a été remplacé
par celui d’autisme de haut niveau. Il s’agit d’un trouble du spectre
autistique, affectant notamment la réciprocité émotionnelle.
Hypersensibles
Caractère (il ne s’agit pas d’une
pathologie) marqué notamment
par une forte acuité perceptive
et une intense émotivité.
Troubles bipolaires*
Troubles avec déficit de l’attention
Maladie psychiatrique chronique,
marquée par l’alternance d’états
maniaques et d’épisodes dépressifs.
Les TDA avec ou sans hyperactivité
sont définis par l’association
des symptômes suivants : impulsivité,
défaut d’attention et hyperactivité motrice.
Selon le comédien Hugo
Horiot, « l’autisme est
l’intelligence de demain ».
*
Le classement de cette catégorie de
troubles est encore sujet à polémique.
sonnelle et professionnelle qui, selon son fondateur, Simon Marie,
se veut une « forme de dissidence »,
de « système alternatif » à une société
excluante. Ou la société HipipIn,
qui organise des formations sur la
diversité et le handicap, et aide à
l’inclusion en entreprise des « neuroatypiques ». « Tout le monde a à y
gagner, plaide Liliya Reshetnyak,
qui l’a créée après avoir elle-même
été diagnostiquée Asperger sur le
tard. L’autisme est une lampe braquée sur les dysfonctionnements d’une
organisation. Ce qui est insupportable
pour un autiste sera souvent aussi une
cause de malaise pour un neurotypique : trop de bruit, des interruptions
permanentes, des consignes confuses,
le manque de justice ou de justesse. »
Christophe Morin, responsable
de la mission handicap d’Orange,
a rencontré Liliya Reshetnyak lors
d’une conférence sur le syndrome
d’Asperger, à laquelle il assistait à
titre professionnel. « Je me suis reconnu dans tout ce qu’elle a décrit. Le
diagnostic m’a été confirmé l’an
dernier, j’avais 50 ans. » Depuis, il
travaille avec une éthologue spécialisée, Anne Montgermont. « J’apprends à me connaître, explique-t-il.
J’ai maintenant des trucs pour éviter
les sorties de route, les colères immodérées qu’il m’arrivait de piquer en
réunion. Avant les rendez-vous importants, par exemple, je m’isole et je
fais des bulles de savon : cela peut paraître ridicule, mais, si j’arrive à en
faire une grosse, cela veut dire que je
peux expirer lentement, et donc que
je ne suis pas trop stressé. » Pour lui
aussi, le diagnostic a été un « soulagement », le « début d’une seconde vie ».
L’émergence du mouvement en
France ne va pas sans heurts, cependant. L’universalisme français, la
résistance aux mouvements …
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 85
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
SCIENCES
communautaires expli­
quent que la neurodiversité y soit
encore discrète. « Elle prend cepen­
dant de l’ampleur, rendant de moins
en moins visibles les problèmes posés
par les cas d’autisme sévère », estime
la neurobiologiste et sociologue
Brigitte Chamak. D’autant que la
définition même de l’autisme, su­
jette à débat, est rendue plus com­
plexe encore par la présence
fréquente de troubles associés,
comme l’anxiété ou la dépression.
Et que les professionnels sont sou­
vent mal formés au diagnostic.
« J’ai rencontré un homme de 75 ans,
autiste Asperger, qui avait été toute sa
vie considéré comme schizophrène et
placé sous neuroleptiques », témoigne
Gourion, qui résume : « La question
de savoir si l’autisme est une maladie
ou un fonctionnement neurologique
différent est ouverte. On parle plus pré­
…
1
2
3
4
5
6
7
8
A l’écran
Keir Gilchrist.
Il incarne un jeune
autiste de 18 ans dans
la série « Atypical ».
Freddie Highmore.
Il joue le rôle d’un
chirurgien surdoué
atteint du syndrome
d’Asperger dans
« The Good Doctor ».
EXTRAITS
Détails sensoriels
Notre cerveau [a]
une faculté surpre­
nante : la capacité
à ne pas voir ce qui
ne l’intéresse pas, ce
que les chercheurs
appellent la cécité cognitive. Plutôt
que de manipuler toute l’information
disponible, ce qui nécessiterait une
puissance de calcul qu’il n’a pas, notre
cerveau gomme les informations qu’il
juge non pertinentes dans un contexte
donné et focalise notre attention sur
ce qui lui semble important. (…) D’une
certaine façon, le cerveau autistique
86 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
cisément de troubles du spectre autis­
tique : il faut se représenter un conti­
nuum, qui va de l’autisme sévère à la
neurotypie, en incluant des syndromes
d’Asperger peu marqués… et jusqu’à
de simples “zestes” autistiques. »
Où placer le curseur, alors ?
Faut­il abandonner le mot de
« trouble » pour lui préférer celui
de « différence », comme certains
le réclament ? Et les profils, certes
fascinants, de certains autistes de
haut niveau ne risquent­ils pas, en
effet, de faire oublier l’état des per­
sonnes les plus atteintes ? Josef
Schovanec et sa maîtrise de treize
langues, dont le sanskrit et l’ara­
méen. Daniel Tammet, capable de
réciter les 22 514 premières déci­
males du nombre Pi. Ou Shaun
Murphy, le héros de la série « The
Good Doctor », qui, depuis le dé­
but de sa diffusion, agite le milieu.
échappe à la cécité cognitive : tous les
détails sensoriels sont intégrés et pré­
sentés simultanément à la conscience
et mémorisés de façon extrêmement
précise et durable. L’avantage est
la puissance d’observation, mais le prix
à payer est la fatigue cognitive,
notamment lorsque l’environnement
est saturé de stimuli visuels et sociaux.
Neurones hyperconnectés
Une question passionnante que se posent
de plus en plus de chercheurs est de
comprendre pourquoi il y a tant de traits
communs entre enfants à haut potentiel
intellectuel et enfants du trouble du
spectre autistique. (…) De toute évidence,
ces deux entités ne sont pas mutuelle­
ment exclusives. En effet, si seulement
« De nouveau je m’entends dire qu’il
est “formidable” que mon fils soit au­
tiste, qu’il est un “génie” ! s’indigne
Danièle Langloys, présidente d’Au­
tisme France. Que des personnes au­
tonomes et peu touchées fassent valoir
leur différence et réclament le droit de
vivre sans être soumises à une sorte
de rééducation sociale, c’est normal.
Mais il s’agit là d’une frange extrême­
ment mince de l’autisme, qui ne relève
parfois plus du champ du handicap et
n’a rien à voir avec ce que nous vivons.
Lorsqu’on nous dit que nous n’y com­
prenons rien et que nous ne respectons
pas nos enfants, c’est insupportable.
Allez expliquer à une mère dont le fils,
à 12 ans, couvre toute la journée les
murs d’excréments qu’il a simplement
une intelligence différente ! »
Liliya Reshetnyak plaide,
comme d’autres, pour une neuro­
diversité non communautaire,
pacifiée et qui ne prétende juste­
ment pas donner de leçons. « La
France a quarante ans de retard sur
ce sujet, cela n’aurait aucun sens de
se tirer dans les pattes. » Sur ce point,
au moins, tout le monde sera d’ac­
cord. Le secrétariat d’Etat chargé
du Handicap indique lui­même
que, sur les 700 000 personnes tou­
chées en France par l’autisme, la
moitié ont connu des « ruptures de
parcours », dont la déscolarisation
et le défaut de prise en charge §
Solution : 6. Les intelligences autistiques,
plus visuélospatiales que verbales, résolvent
en un temps record les matrices de Raven.
1,5 % de la population présente des
traits autistiques plus ou moins légers,
la proportion de traits autistiques chez
ceux qui ont un haut potentiel intellec­
tuel est bien plus élevée (10­40 % selon
les études). (…) Des recherches utilisant
l’imagerie cérébrale ont montré qu’il y
a des points communs entre le cerveau
des personnes ayant un trouble du
spectre autistique et celui des personnes
à haut potentiel sans trouble autistique.
En particulier, dans certaines régions
de la matière grise, il y a une bien
plus grande densité de neurones avec
beaucoup plus de connexions que
dans le cerveau des neurotypiques §
*
« Eloge des intelligences atypiques »,
du Dr David Gourion et Séverine Leduc
(Odile Jacob, 304 p., 21,90 €).
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Star. C’est la surprise
de cette Ryder Cup,
la présence
de l’Américain Tiger
Woods, de retour
en grande forme.
88 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
STEW MILNE/AP/SIPA
SPORT
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Les meilleurs
golfeurs du monde
sont à Paris
Ryder Cup. La France accueille l’un des plus
grands événements sportifs de la planète.
Les Européens reprendront-ils la coupe ?
PAR CHRISTOPHE GAILLARD
D
ix ans après avoir envisagé de
poser sa candidature à l’organisation de la Ryder Cup, la Fédération française de golf (FFGolf)
accueille les meilleurs golfeurs de
la planète sur le Golf national à
Saint-Quentin-en-Yvelines (78).
Du 28 au 30 septembre, les plus
grands Américains vont remettre
leur titre en jeu face aux meilleurs
Européens. Dans un sport largement dominé par les Anglo-Saxons,
qui plus est, loin d’être populaire
chez nous, tenter le pari d’organiser en France le plus gros événement du monde du golf tenait de
la gageure. D’ailleurs, il n’est pas
faux de dire que la France était très
loin d’être favorite. « A l’époque,
sur six nations candidates, la France
était classée 5e par les bookmakers
anglais », rappelle Christophe
Muniesa, directeur exécutif et
directeur technique national de la
FFGolf. Le premier rendez-vous de
l’équipe candidate auprès de l’European Tour, détenteur des droits de
la Ryder Cup, restera dans les esprits de ceux qui y étaient présents.
En tout cas, l’histoire mérite d’être
contée. « Après avoir obtenu le feu
vert des élus de la fédération, nous
sommes allés à Wentworth [siège de
l’European Tour, NDLR], en Angleterre, annoncer notre candidature, raconte Pascal Grizot, alors capitaine
des équipes de France amateur et
aujourd’hui président de la commission Ryder Cup France 2018.
J’ai eu beaucoup de mal à attirer l’attention des décideurs : l’un envoyait
des SMS, l’autre lisait le journal, personne ne m’écoutait. En sortant je me
suis dis que nous partions de très loin…
J’ai alors demandé à George O’Grady
[directeur à l’époque de l’European
Tour] si la candidature de la France
était légitime et sa réponse a …
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 89
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
SPORT
Comprendre le déroulement des matchs
été : “Oui bien sûr, mais ne
dépensez pas trop d’argent”… »
En 2007, la situation de la FFGolf
est au beau fixe. La barre des
400 000 licenciés est toute proche,
soutenue par une croissance de
3 % par an. Il est grand temps que
la France accueille un grand événement golfique pour soutenir
cette croissance sur le long terme
et populariser le golf. Impossible
de penser à un tournoi majeur
comme Roland-Garros pour le tennis, les 4 tournois majeurs étant
historiquement figés aux EtatsUnis pour trois d’entre eux et en
Angleterre pour le quatrième. Mais
il restait mieux, peut-être le tournoi le plus important après les
majeurs, la Ryder Cup. Bataille
bisannuelle entre les Anglais et les
Américains, initiée dans les années 1920 par un riche Anglais,
Samuel Ryder, puis entre l’Europe
et les Etats-Unis à partir de 1979,
la Ryder Cup est devenue au fil des
années l’un des plus grands événements sportifs du monde. « En
termes de notoriété, la Ryder Cup,
c’est, sur trois jours, 185 pays qui diffusent les images de la compétition et
plus de 375 millions de foyers touchés.
On attend sur le parcours plus de
60 000 personnes par jour. Ça fait
…
7
C’est le nombre
de victoires,
sur 10 rencontres,
remportées
par les équipes
européennes.
Capitaines. Jim Furyk
(à gauche), pour les
Etats-Unis, et Thomas
Bjorn, pour l’Europe.
90 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
Fairway. La compétition se tiendra sur les greens du Golf national,
à Saint-Quentin-en-Yvelines.
clairement parti des plus grands événements sportifs qu’aura reçus la
France », précise Pascal Grizot.
Au-delà de l’événement, les
enjeux pour la fédération sont importants, avec une croissance du
nombre de licenciés en stagnation
ces derniers temps, et un âge
moyen des golfeurs de 51 ans, assez élevé. Autour du projet Ryder
Cup, et pour pérenniser son impact
sur le long terme, un programme
de construction de 100 petits golfs
a été lancé. L’idée est d’offrir un
lieu accessible, proche des centresvilles où il soit possible de jouer
et de découvrir le golf rapidement
et à moindre coût. Déjà 89 sont
construits et 9 autres sont en cours.
Pour tenter d’attirer plus de jeunes
vers le golf – seulement 10 % des
licenciés ont moins de 18 ans –, un
programme éducatif, Mon carnet
de golf, a été lancé en 2015 à SaintQuentin-en-Yvelines, puis en 2016
à travers toute la France. …
ICON SPORT – PA PHOTOS/ABACA
L’affrontement se déroule sur trois jours avec différents formats
de match. Les points se comptent toujours de la même manière :
sur chaque trou, celui qui tape le moins de coups remporte
le trou, en cas d’égalité, il est partagé. A l’issue des 18 trous,
celui qui a gagné le plus de trous apporte 1 point à son équipe.
En cas d’égalité, chaque équipe reçoit 1/2 point. Au total,
ce sont 28 points qui sont distribués en 28 matchs. La première
équipe qui atteint 14,5 points remporte la Ryder Cup.
En cas d’égalité, 14-14, c’est l’équipe qui détient la Ryder Cup
qui conserve son titre, en l’occurrence les Etats-Unis.
Le vendredi, ce sont des matchs dits en « quatre balles ».
Deux équipes de deux, chaque joueur jouant
sa propre balle, il y a donc quatre balles sur le parcours.
C’est le meilleur score par équipe qui est retenu.
Le samedi, match dit en « foursomes ». Le jeu se passe
toujours en équipes de deux mais avec une seule balle,
chaque joueur jouant alternativement.
Le dimanche, match en simples dit en « match play ».
Les joueurs s’affrontent à un contre un. C’est la journée la plus
folle qui peut faire basculer la compétition d’un côté ou de
l’autre puisque 12 points sont distribués à travers 12 matchs §
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
SPORT
Vieux Monde contre Nouveau Monde
L’équipe américaine
Sergio Garcia (Espagne).
Justin Rose (Grande-Bretagne).
Dustin Johnson.
Capitaine : Thomas Bjorn (DK).
Vice-capitaines : Luke Donald (GB) – Padraig
Harrington (IR) – Robert Karlsson (SUE) – Graeme
McDowell (Irlande du Nord) – Lee Westwood (GB).
Joueurs : Paul Casey (GB) – Tommy Fleetwood (GB) –
Sergio Garcia (ES) – Tyrrell Hatton (GB) – Rory McIlroy
(Irlande du Nord) – Francesco Molinari (IT) – Alex
Noren (SUE) – Thorbjorn Olesen (DK) – Ian Poulter (GB) –
Jon Rahm (ES) – Justin Rose (GB) – Henrik Stenson (SUE).
Des journées de sensibilisation au golf ont été introduites
avec du prêt de matériel, une formation des professeurs. A ce jour,
1 300 classes, ce qui représente plus
de 32 000 élèves, ont pu profiter de
ce programme.
Dernière pierre à l’édifice, le
tourisme. Alors que la France est
une des premières destinations de
vacances dans le monde, le tourisme golfique dans l’Hexagone
est balbutiant, alors que le territoire compte plus de 700 parcours,
dont une vingtaine régulièrement
classés parmi les 1 000 parcours
les plus beaux au monde, et que le
golf est le premier sport dans l’industrie touristique mondiale.
…
Capitaine : Jim Furyk.
Vice-Capitaines : David Duval – Zach Johnson
– Matt Kuchar – Davis Love III – Steve Stricker.
Joueurs : Bryson Dechambeau – Tony Finau – Rickie
Fowler – Dustin Johnson – Brooks Koepka – Phil
Mickelson – Patrick Reed – Webb Simpson – Jordan
Spieth – Justin Thomas – Bubba Watson – Tiger Woods.
Derrière tout ça restait aussi
pour la fédération la perspective
d’augmenter sensiblement le
nombre de licenciés. L’objectif visé
de 50 000 nouvelles licences à l’horizon de 2018 ne sera pas atteint,
le nombre de licenciés n’ayant évolué que de 1 % depuis 2009. Une
contre-performance à remettre en
perspective avec la baisse générale
au niveau mondial du nombre de
licenciés ces dernières années.
« C’est l’événement dont le rapport
coûts/retombées économiques est le
meilleur que la France ait jamais
organisé », estime Pascal Grizot. Le
budget d’organisation de cette édition 2018 de la Ryder Cup s’élève
à 41,7 millions d’euros (voir enca-
« En termes de notoriété, la Ryder
Cup, c’est 185 pays qui diffusent
les images et plus de 375 millions
de foyers touchés. »
Pascal Grizot,
président de la commission Ryder Cup France 2018
92 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
Patrick Reed.
dré p. 94). Une enveloppe votée en
2009 qui n’aura pas – ce qui est
rare – été dépassée. Les retombées
économiques directes sont estimées à 150 millions d’euros et indirectes à 225 millions d’euros,
selon une étude réalisée par le ministère des Sports. Le financement,
au-delà des sociétés partenaires et
des différentes subventions de
l’Etat et des collectivités, a été
sécurisé d’une manière originale,
en tout cas moderne, comparable
à une opération de financement
participatif. Les licenciés y ont
contribué à travers une augmentation de la licence de 3 euros pendant douze ans.
Sélection. Côté sportif, c’est la
soupe à la grimace. Aucun joueur
français ne sera présent dans
l’équipe européenne. La sélection
s’est faite en deux temps. D’abord
ont été qualifiés les 8 meilleurs
joueurs de la saison à la fois au
classement mondial et au classement européen fin août. Ensuite
le capitaine de chaque équipe
dispose de 4 invitations …
JACOB KUPFERMAN/CSM/REX/SIPA – ERIC CANHA/CSM/REX/SIPA – PRESSE SPORTS – JEFF ROBERSON/AP/SIPA
L’équipe européenne
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Pari économique
16 000 entreprises
innovantes au cœur
d’un pôle d’envergure
mondiale
Pari nature 60% d’espaces verts
pour des activités
plein air et sportives Pari sportif La Ryder Cup, les JO,
et bien plus encore !
Saint-Quentin-en-Yvelines, pari gagnant !
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
SPORT
qu’il distribue sur des critères qui lui sont propres et qui
prennent en compte le niveau de
jeu du moment, l’expérience dans
des éditions précédentes ou encore la symbiose avec le reste de
l’équipe. Aucun joueur français
n’a coché les cases. Seul Alexander Lévy, le numéro un français,
était en début d’année sur la liste.
Le dernier Français à avoir joué
une Ryder Cup, Victor Dubuisson
en 2014, sur lequel reposaient
quelques espoirs, s’est blessé en
début d’année. Quant aux autres
Français, ils flirtent avec la
100e place mondiale et au-delà,
bien trop loin pour espérer attirer l’attention du capitaine de
l’équipe européenne.
…
Bataille. Malheureusement pour
Alexander Lévy, après un début de
saison sur les chapeaux de roue
qui l’a vu évoluer parmi les 50 meilleurs joueurs du monde et a soulevé beaucoup d’espoirs, il s’est
peu à peu délité, ratant les grands
rendez-vous. « C’est une des leçons
que nous, à la fédération, devons tirer
de cet échec, explique Christophe
Muniesa. Nous n’avons pas assez de
joueurs en France capables d’être sélectionnés pour une compétition
comme la Ryder Cup. Alexander est
le premier à reconnaître que quelque
chose n’a pas fonctionné, mais ça n’enlève rien à la fois à sa motivation et à
son impressionnant palmarès – champion du monde amateur, meilleur
joueur français et déjà vainqueur de
5 tournois sur le tour européen. »
Sur le terrain du Golf national,
la bataille promet d’être âpre. Tenants du titre après avoir subi une
longue série de défaites, les Américains viennent en France le couteau entre les dents, bien décidés
à conserver la coupe. Leur capitaine, Jim Furyk, a su composer
une équipe impressionnante, mêlant jeunes joueurs aux palmarès
déjà bien fournis comme Jordan
Spieth et ses 3 victoires en majeur,
et des joueurs d’expérience, et le
mot est faible quand on parle de
Phil Mickelson et de Tiger Woods.
Ce dernier, star planétaire et particulièrement en forme depuis son
retour avant l’été, sera le centre
d’attraction de la semaine pour ce
qui sera très vraisemblablement
sa seule apparition en compétition sur le sol français. Côté européen, la confiance règne avec
Grosse déception.
Les Français Victor
Dubuisson (en haut),
blessé, et Alexander
Lévy (ci-dessus),
en perte de vitesse,
n’ont pas pu se qualifier.
En forme. Rory McIlroy (Irlande du Nord) sera l’un des atouts
de l’équipe européenne.
94 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
41,7 millions
d’euros
Le coût total de l’organisation est de 41,7 millions
d’euros. 17 millions
viennent du soutien
des licenciés de la FFGolf,
qui ont participé à hauteur
de 3 euros par licence pendant douze ans. Les partenaires privés ont apporté
11 millions et les subventions, aides de l’Etat et des
collectivités, se sont montées à 13,7 millions d’euros.
Pour les dépenses, la plus
large partie, 18 millions,
va à l’European Tour,
détenteur des droits.
Les frais d’organisation,
les ressources engloutissent
10,5 millions, la communication et la promotion
de l’événement pendant
huit ans, 4 millions. Reste
les contreparties aux partenaires, 2,3 millions, les
contributions aux tournois
professionnels, 900 000 euros et les aménagements
du Golf national, 6 millions. Des dépenses de mise
à niveau du parcours qui
auraient dû être engagées
même sans la Ryder Cup §
Justin Rose. Le tout récent numéro
un mondial (depuis le 10 septembre) devient de fait le leader
de l’équipe. Derrière lui, que des
joueurs de premier plan, pensionnaires plus ou moins réguliers du
circuit américain, en tout cas
habitués à côtoyer et à battre les
meilleurs Américains. Comme
pour l’équipe américaine, le capitaine européen, Thomas Bjorn, a
fait appel à quelques anciens, vétérans des campagnes Ryder Cup
précédentes, comme Ian Poulter,
redoutable joueur de match play,
ou Sergio Garcia, qui n’aura loupé
aucune Ryder Cup depuis sa première sélection, en 1999. Résultat
sur les fairways du Golf national
le 30 septembre §
UPI/ABACA – PHILIPPE LECOEUR/IP3 – MARK NEWCOMBE/SHUTTERST/SIPA – GLYN KIRK
Brillant. Justin Thomas,
l’un des rares Américains à avoir déjà joué
en compétition (pour
l’Open de France 2018)
sur le Golf national.
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CULTUREART
La passion
Caravage
Judith, la vengeresse dans
la lumière, plonge son glaive
dans la gorge d’Holopherne et
Holopherne, bouche bée, l’ombre
dessinant l’effort pour rester
en vie, crève sous nos yeux.
96 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
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Le « bad boy » n’en finit
pas de fasciner. Le musée Jacquemart-André
expose son épopée
romaine, entre crimes
et chefs-d’œuvre.
PAR BRIGITTE HERNANDEZ
Capital. « Judith décapitant
Holopherne » (détail, 1598),
provenant du palais Barberini,
à Rome.
DI MAURO/GALLERIE NAZIONALI DI ARTE AN CA DI ROMA. PALAZZO BARBERINI DI MAURO COEN
U
ne exposition du Caravage, et le monde
est en émoi. Plus de quatre siècles après
sa mort, le peintre lombard continue
de susciter passions et recherches. Cette année, au Palazzo Reale de Milan, la prodigieuse
exposition « Dentro Caravaggio » balayait
l’idée arrêtée que le Caravage peignait sans
dessin préalable. Grâce aux radiographies
furent mis en évidence ses incisions, esquisses et repentirs. Mais le Caravage échappe
toujours. Qu’a-t-il fait ? La révolution.
Blackboulée la tradition, réinventés l’utilisation des thèmes, le travail des couleurs, la
mise en scène, redéfinie la peinture « naturelle ». Lui peint d’après modèle vivant. Lui
plonge le spectateur dans un maelström
d’émotions. « Il a inventé, explique Olivier
Wickers dans son essai “Perdre le jour, Caravage en cinq actes” (Exils), le gros plan
comme au cinéma, l’action en temps réel. » L’expert Roberto Longhi, « la » référence concernant le Caravage, qui a fait redécouvrir son
œuvre dans les années 1930, disait de la manière de peindre de Michelangelo Merisi, le
vrai nom du peintre : « La seule façon d’être le
témoin de la réalité d’un fait est d’assister en personne à l’apogée d’un événement et de ne pas détourner les yeux. » Etre et être encore plus. Ici
et maintenant. Ici avec Judith. Judith, la vengeresse dans la lumière, plonge son glaive
dans la gorge d’Holopherne et Holopherne,
bouche bée, l’ombre dessinant l’effort pour
rester en vie, crève sous nos yeux. C’est cela,
le Caravage : un espace qui enjambe le temps.
Ce chef-d’œuvre du Palazzo Barberini de
Rome ouvre l’exposition de JacquemartAndré illustrant le thème du « théâtre des
têtes coupées ». La commissaire Francesca
Cappelletti a réuni, autour du Caravage,
d’autres peintres, amis et ennemis, Orazio
Gentileschi, Carlo Saraceni, Giovanni
Baglione… du temps où tous vivaient à Rome.
« J’ai préféré ceux qui ont connu le Caravage
plutôt que de présenter les suiveurs qui …
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 97
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CULTUREART
Le vif du sujet.
Ci-dessus, « Saint
Jérôme » (détail, 16051606), galerie Borghèse,
Rome. Ci-contre, « Le
jeune saint Jean-Baptiste au bélier » (détail,
1602), musées du
Capitole, Rome.
Trouvée en 2014
dans un grenier à
Toulouse, une « Judith » peinte en
1608, période napolitaine du Caravage.
L’expert Eric Turquin pense que c’est
un authentique, de
même que la spécialiste Rossella Vodret,
qui a radiographié la
toile. Mina Gregori,
« héritière » de
Roberto Longhi,
estime que cette
« Judith » est du
peintre Finson.
Le Louvre a classé
l’œuvre Trésor
national, mais ne
dispose pas des
100 millions d’euros,
montant de
l’estimation.
98 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
MINISTERO DEI BENI E DELLE A VITA CULTURALI E DEL TURISMO- GALLERIA BORGHESE
– MUSEI CAPITOLINI ROMA, SOVRINTENDENZA CAPITOLINA AI BENI CULTURALI
Que devient
la « Judith »
de Toulouse ?
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ne l’ont pas rencontré. C’est son séjour lice aussi. Il se bat comme il peint. A Rome,
dans cette ville qui a déclenché son style et l’a on tue pour une commande volée, des infait devenir exceptionnel. Cette éclosion a pu sultes. Le Caravage se targuera d’avoir le
se produire parce que Rome et son milieu ar- droit de porter l’épée comme un chevatistique bouillonnant ont stimulé son génie. En lier. On ne compte plus ses arrestations.
Le clair-obscur, qui existait avant lui,
cette fin du XVIe siècle, c’est là que tout se joue. »
Rome, unique objet… Le jeune Merisi il le réinvente en en faisant sa marque :
y arrive en 1592, après avoir quitté sa Lom- pas le temps de remplir la grande surface
bardie natale, fini son apprentissage au- de ses toiles, un mélange de bruns lui sert
près de Simone Peterzano à Milan et, de fond, dont il choisit d’éclairer certaines
peut-être, passé un temps à Venise, terre zones et d’en laisser d’autres dans l’ombre.
du Tintoret, dont certains critiques ont En 1599, dans « La vocation de saint Matvoulu voir l’influence dans son œuvre. thieu », sont mis en lumière le visage de
Rome est un chantier, en préparation du Levi, le poignet du Christ : « Le clair-obscur,
jubilé de 1600, dont le Caravage devien- par un effet de coupure de l’image, rend sendra l’un des plus fameux protagonistes. sible un “avant” et un “après”, dit Olivier
Les églises en ruine font place à des basi- Wickers. Levi deviendra Matthieu. » Là enliques, comme Saint-Louis-des-Français, core, il s’oppose à la tradition. Pas de
où quelques années plus tard le génie du fresques, mais le choix de l’huile sur toile,
Caravage s’exposera à tous, grâce aux chefs- une technique qui déchire, des images qui
d’œuvre de l’artiste accrochés
heurtent, rien du « consensuel »
dans la chapelle Contarelli : « La Les experts
prôné par le concile de Trente.
conversion » et « Le martyre de le repèrent.
La foule admire, le représentant
Matthieu ». Il arrive du nord,
de l’Académie de Saint-Luc tord
certainement par la Porta Fla- Les forces de
le nez. Merisi devient la star Caminia que Michel-Ange vient police aussi.
ravaggio, nom emprunté à un
de restaurer, découvre l’église Il se bat comme
village de sa Lombardie.
Santa Maria del Popolo, là il peint. A Rome,
même où sa « Crucifixion de
« Fatwa ». Rome lui apporte
saint Pierre » et sa « Conversion on tue pour une
la gloire, l’argent dont il se fiche,
de saint Paul » attireront les vi- commande volée, une vie tourmentée comme son
siteurs quelque temps après.
caractère. Il continue à peindre
des insultes.
Il se dirige vers le Vatican, on
seul. Lui, faire école ? Et poury trouve du travail. Il n’a pas d’argent et ne tant, comme il sera copié ! Les caraconnaît personne. Mais chaque « boutique » vagesques, certains plutôt bons, n’auront
engage des peintres pour faire des copies de cesse de reproduire ce fameux clair-obsdes maîtres et les peintres en vue croulent cur. Seul un garzone, qui lui sert de mosous les commandes de la cour pontificale. dèle et de valet, vit avec lui. Le 28 mai
L’un des plus célèbres, le Cavalier d’Arpin, 1606, il tue Rannuccio Tomassoni. Il est
a fait construire un théâtre dans son ate- condamné au bannissement capital : n’imlier. Le XVIIe siècle et son baroque sont porte qui peut exécuter la sentence n’impresque là. Merisi entre au service du Ca- porte où ! Rome le chasse. Commence
valier, payé à la pièce, quasi rien, il loge ici l’errance entre le Latium, Naples, Malte,
et là mais bientôt choisira son quartier, au- la Sicile, Naples encore. Partout où il passe,
tour du Campo Marzio, là où l’on se bat. il peint vite et toujours des chefs-d’œuvre.
Au numéro 19 de la Via del Divine Amore, Ses amis ont intercédé auprès du pape
un cartel spécifie : « Ici, le Caravage a vécu. » Paul V. Il rentre. En felouque, à pied, à traIl y peindra en 1604 « La Madone des pèle- vers des régions infestées par la malaria.
Dans l’Argentario, au sud de la Toscane,
rins » et « La Madone des palefreniers ».
Merisi veut la gloire. A son « Jeune il s’écroule à Porto Ercole.
La mort, à 39 ans. Les XVIIIe et XIXe
Bacchus malade », l’un de ses premiers
chefs-d’œuvre, il a donné ses traits et un siècles l’enterrent. Trop dérangeant. Nos
teint verdâtre. Le tableau échappe à toute siècles en tumulte lui ont redonné sa
classification : ni une simple nature morte, place. Seul au milieu des autres. Obscumême si raisins et pêches sont présents, rément lumineux §
ni un simple portrait, ni un saint, ni une
allégorie. Le raisin symbolise la passion « Caravage à Rome, amis et ennemis », musée
Paris, du 21 septembre au
amoureuse et sexuelle, mais rappelle aussi Jacquemart-André,
28 janvier 2019. Catalogue sous la direction de
le vin servi à Jésus lors de la Cène. Alors ? Francesca Cappelletti et Pierre Curie (Fonds MercaLes experts le repèrent. Les forces de po- tor, 192 p., 39,95 €, à paraître le 26 septembre).
…
franceculture.fr/
@Franceculture
LES
MATINS.
7H
Guillaume
Erner
et la
rédaction
© Radio France /Ch. Abramowitz
en partenariat
avec
L’esprit
d’ouverture.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
CULTUREMUSIQUE
Rescapé de la britpop des
années 1990, le groupe sort
« The Blue Hour », inspiré
de cauchemars d’enfant.
Rencontre autour d’un… thé.
PAR ANNE-SOPHIE JAHN
Maturité. Vingt-six ans
après le sulfureux premier album de Suede,
le leader du groupe,
Brett Anderson (ici
à Paris, le 29 août), a
troqué ses déhanchements suggestifs pour
une allure plus sage.
Mais, à 50 ans, il assure
être « encore meilleur
sur scène »…
D
ans le rock anglais des années 1990, il y avait le
groupe Blur, du beau gosse Damon Albarn – des
gamins sautillants plutôt middle class très bien
élevés –, il y avait Oasis, des frères Gallagher – cultivant une fierté ouvrière à qui on ne la fait pas et une
légende forgée dans les pubs et les stades de foot de
Manchester –, et il y avait Suede, de Brett Anderson.
Suede, qui s’appela d’abord Suave and Elegant, c’était
la Brit pop qui rencontrait Oscar Wilde, l’énergie
électrique trempant dans le vénéneux, le dandysme
et le sexe, le lugubre et le chatoyant. Dans « Animal
Nitrate », il était question d’une fille qui se faisait
« sauter » dans un logement social puis taper dessus ;
dans « Trash », il se rangeait du côté des prolos ; et,
100 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
avec « The Beautiful Ones », il donnait aux coups
d’un soir une dimension romantique inégalée. Alors,
quand on rencontre aujourd’hui Brett Anderson et
Mat Osman, bassiste de Suede, forcément on se dit
que le temps aura fait des ravages. Or, svelte dans
un élégant costume sombre, les jambes croisées,
Brett Anderson relève vers nous son visage émacié
toujours aussi pâle et son regard troublant. La longue
mèche qui lui barrait le front est encore là, mais
teinte en brun.
A la manière de Dante s’enfonçant avec Virgile
dans les différents cercles de l’enfer, le quintette a
traversé les abysses du rock – la drogue, l’alcool, les
bagarres et les filles – avant de remonter à la surface
de la terre. « Avant Suede, on était pauvres, on avait des
jobs merdiques. Alors quand, tout à coup, on s’est retrouvés à Bangkok et que tout était gratuit, on en a profité.
N’importe qui aurait fait pareil ! » se souvient Mat Osman. Brett Anderson hoche la tête : « Nous étions de
jeunes garçons adorés par des filles qui hurlaient notre
nom… Il fallait vraiment être très mûr pour résister. »
En cet après-midi de fin d’été, les rock stars de
50 ans sirotent sagement une tasse de thé. « Tous les
groupes ont le même cycle de carrière : difficultés, succès,
excès, désintégration et, s’ils ont de la chance, illumination.
ROMAIN GAILLARD/REA POUR « LE POINT » – ©DALLE APRF
Suede, période bleue
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Nous, on s’approche de l’illumination, poursuit-il. En
1993, on avait une certaine vitalité mais nos concerts
n’étaient que la prolongation du carnaval de folie qu’était
la vie du groupe : une fête qui ne finissait jamais. Finalement, en vieillissant, on est beaucoup plus en forme physiquement. Nous sommes même meilleurs sur scène. »
Avec cette «Heure bleue» où le soleil laisse la nuit
prendre sa place, le groupe entre donc dans une nouvelle phase. Il sort aujourd’hui un 21e opus sombre et
bouleversant aux orchestrations mélodramatiques
soulignées par la voix délicieusement nasillarde de
Brett Anderson et influencées par les compositions
inquiétantes de Krzysztof Penderecki, Crass, Björk et
Bat for Lashes. Conçus comme la partie finale du triptyque d’albums entamé depuis la reformation du
groupe en 2010, les 14morceaux de «The Blue Hour»
forment une pièce continue, avec des chœurs, des
cordes et une narration particulièrement soignée, inspirée par les cauchemars du fils de 5 ans du chanteur.
Tchernobyl. Le résultat est terrifiant, mais magistral. « Nous voulions créer une ambiance cinématographique qui retienne l’attention, explique Mat Osman,
placer ces chansons dans un paysage hivernal, austère,
reculé, comme l’espace entre deux autoroutes de “L’île de
béton”, le roman de J.G. Ballard.» «Notre intention n’était
pas de faire un disque facile à écouter, appuie Anderson.
Mes albums préférés, “Unknown Pleasures”, de Joy Division, et “Nevermind the Bollocks”, des Sex Pistols, sont
très sombres. “The Blue Hour” vous emmène peut-être
dans un endroit froid et humide, mais, au moins, il vous
emmène quelque part ! En plus, il a des nuances, des moments lumineux comme “Life is Golden”, une de nos meilleures chansons pop à mon avis. » Dont le clip a été
tourné à… Tchernobyl. « C’est vrai, ce n’est pas très réjouissant ! admet en riant Mat Osman. Mais c’est magnifique : la nature reprend ses droits sur le lieu, l’herbe
traverse le béton, la vie reprend le dessus.» Un peu comme
dans la scène finale de « La planète des singes », où
l’on voit la statue de la Liberté engloutie par la plage,
une image qui fascine Brett Anderson : « La folie de
l’homme est éphémère. A l’échelle de l’espace et du vaste
infini, nous sommes insignifiants, nos échecs et nos réussites aussi. »
Est-ce pour cela que Brett Anderson n’écrit jamais
de chansons engagées ? « Les meilleures chansons sont
des chansons d’amour. Même dans la littérature, “1984”,
de George Orwell, fonctionne parce que c’est une histoire
d’amour avant tout. En tant qu’auteur, j’essayais d’écrire
ces chansons dans le cadre d’un monde cassé, vous pouvez l’interpréter comme vous le voulez, c’est le travail du
politique et du journaliste d’avoir des réponses, pas de
l’artiste… » Le chanteur admet cependant avoir été
affligé par le Brexit. Quand on évoque avec lui l’idée
de Ian McEwan (son romancier favori), qui souhaiterait que les Normands envahissent à nouveau l’Angleterre (ils l’avaient fait en 1066) pour les en sauver,
il s’illumine : « Venez, mais avec vos boucliers et vos
casques ! Suede est un groupe européen. Nous avons toujours fait des tournées en Europe alors que nos contemporains ne jouaient que pour le public anglais. » Mat
Osman en est sûr : « Dans dix ans, ceux qui ont voté
pour le Brexit seront morts. S’ils refont un référendum,
nous reviendrons. » §
Vénéneux. Tube
provocateur, « Animal
Nitrate », et look
androgyne pour Brett
Anderson : Suede en
concert en 1992.
«“The Blue Hour”
vous emmène
peut-être dans
un endroit froid
et humide,
mais, au moins,
il vous emmène
quelque part. »
Brett Anderson
« The Blue Hour », de Suede (WEA/Warner). En concert
le 3 octobre à La Cigale (Paris).
Samedi 29 septembre
14h
PSYCHOTHÉRAPIE DE DIEU
Boris Cyrulnik • Éric-Emmanuel Schmitt • animé par Étienne Gernelle
Samedi 13 octobre
14h30 OÙ EN SOMMES-NOUS ? SOCIÉTÉ, RELIGION, CIVILISATION
Alain Finkielkraut • animé par Nicolas Galup
29 sept.
13 et 20 oct.
Palais
de l’Europe
Conférences-débats • Entrée libre
Samedi 20 octobre
14h30 OÙ EN SOMMES-NOUS ? ÉVOLUTION DE L’HOMME,
RETOUR DU SPIRITUEL, MUTATION DES SOCIÉTÉS
Jean-François Colosimo • Pascal Picq • animé par Olivier Biscaye
16h30 LA DERNIÈRE FOIS QUE J’AI RENCONTRÉ DIEU
Franz-Olivier Giesbert • animé par Olivier Biscaye
04 92 41 76 76 • www.menton.fr/colloques
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CULTURECINÉMA
Mélenchon
va adorer !
Legende
A
Dujardin chez Emmaüs
I
maginez Jean Dujardin en peignoir et chaussons
blancs déambulant comme un cinglé sur l’autoroute. Où va-t-il ? Chez sa sœur (Yolande Moreau,
plus vraie que nature) qui dirige le Village Emmaüs
de Lescar-Pau. Tête de cette dernière quand elle voit
débarquer ce bon à rien mythomane qui n’a qu’une
obsession : monter une société de chirurgie à bas
coût en Bulgarie.
Toujours aussi Groland, le tandem anar Benoît Delépine-Gustave Kervern (« Mammuth » et « Le grand
soir ») a encore frappé fort avec ce « I feel good » dopé
102 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
1789. Laurent Lafitte
campe Louis XVI dans
« Un peuple et son roi »,
de Pierre Schoeller.
Face au peuple,
il y a le roi.
C’est un échec
vivant, Jupiter
qui s’effondre.
sur une rue obscure du Paris des artisans. Lorsque
les femmes marchent sur Versailles (5-6 octobre
1789), c’est de façon spontanée, dans la fraîcheur
d’un premier geste politique. Rien n’est montré de
la dimension organisée des événements, sans
doute par crainte, et c’est dommage, d’amoindrir
notre admiration pour les personnages.
Face au peuple, il y a le roi. Louis XVI (Laurent Lafitte) est ici une figure hiératique, quasi muette, qui
semble ne comprendre que par fragments ce qui se
passe autour de lui, tourmenté la nuit par les spectres
des rois du temps jadis, qui avaient su dompter les
aspirations de leurs sujets. C’est un échec vivant, Jupiter qui s’effondre. Lorsque arrive le 21 janvier 1793,
il ne fait aucun doute que l’exécution du roi est nécessaire : le sang qui éclabousse le visage des spectateurs a quelque chose de régénérateur. Le film s’arrête
là : de la Terreur il ne sera pas question. A propos du
« Danton » (1982) d’Andrzej Wajda, dont il était le
coscénariste, Jean-Claude Carrière expliquait à
l’époque : « Il n’y a pas de film historique. Cette expression n’a aucun sens. Un film est toujours d’aujourd’hui,
qu’on le veuille ou non. » Tout est dit § FLORENCE COLOMBANI
En salles le 26 septembre.
aux lendemains qui pourraient chanter de nouveau.
On rit, on s’émeut avec ces deux gaillards qui
signent une comédie loufoque et sensible sur les
illusions perdues du communisme et les bienfaits de
l’utopie inventée par l’abbé Pierre. La faucille contre
le goupillon. Ou presque. Tour à tour drôle et pathétique, Dujardin est bluffant. Tout comme le reste de
la bande : de Jo, l’ancien de la Mano Negra, à Xavier
Mathieu, ex-délégué syndical de Continental converti
en « gagnant » macronien § JEAN-LUC WACHTHAUSEN
En salles le 26 septembre.
« Very good ! » Jean Dujardin alias Jacques, loser en route
vers la fortune… mais en passant par la voie de la solidarité.
JÉRÔME PRÉBOIS - PATRICE TERRAZ
la sortie, en 2001, de « L’Anglaise et le duc », le
film d’Eric Rohmer sur une aristocrate anglaise
dont la douce vie parisienne est bouleversée par
les événements de 1789, Angelo Rinaldi s’indignait
dans Le Nouvel Obs de l’empathie coupable du cinéaste
pour son héroïne. « C’est la Révolution selon l’UDF »,
résumait-il. La formule paraît aujourd’hui délicieusement surannée. N’empêche que, dix-sept ans plus
tard, il est vengé : dans « Un peuple et son roi », Pierre
Schoeller fait la part belle à une France insoumise…
C’est la particularité des films sur 1789 que d’en
dire davantage sur l’époque de leur fabrication que
sur la Révolution elle-même. Ainsi, « La Marseillaise »
(1930), de Jean Renoir, vibrait de l’espérance ouvrière
des années 1930, tandis que « La Révolution française » (1989), signé Robert Enrico et Richard Heffron, réévaluait la période en termes moraux : d’abord
« Les années lumière », puis « Les années terribles ».
Après le succès de « L’exercice de l’Etat » (2011), portrait d’un ministre, Schoeller aurait pu s’atteler à
n’importe quel sujet. Il a choisi le plus imposant, le
plus complexe aussi : « Alors que je finissais le montage
de “L’exercice de l’Etat”, les révolutions arabes éclataient.
Mon intuition a été qu’une révolution s’empare d’une société, d’un peuple, quand les événements entraînent des
inconnu(e)s à un héroïsme ordinaire, anonyme. »
Voici donc Basile (Gaspard Ulliel), constamment
humilié et offensé jusqu’à ce qu’il se trouve sur le
chemin de Varennes et rejoigne les sans-culottes ;
Françoise (Adèle Haenel), la belle lavandière qui voudrait faire entendre la voix des femmes ; l’oncle (Olivier Gourmet), maître verrier amoureux de son
ouvrage, et tant d’autres. Ils sont intelligents, courageux, irréprochables. Dans une scène dont la portée
métaphorique ne peut guère passer inaperçue, la
chute de la Bastille permet enfin au soleil de briller
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NAJAT VALLAUD-BELKACEM - LÉA SALAMÉ
PROGRAMME ET
Opéra Bastille - Palais Garnier
INSCRIPTION SUR
Théâtre des Bouffes du Nord
LeMonde.fr/festival
Cinéma Gaumont Opéra
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CULTURELIVRES
Avec « 1994 », le journaliste
et romancier Adlène Meddi
signe la grande fresque des années de terrorisme islamiste.
PAR JULIE MALAURE
L
e roman s’ouvre dans un cimetière où l’on enterre
le souvenir d’une sale guerre. Il se poursuit dans
un hôpital psychiatrique où l’esprit tourmenté
d’un jeune homme ne parvient pas à se délester du
passé. Comme dans le prologue de l’« Antigone »
d’Anouilh, le destin est déjà accompli. Et comme
dans Anouilh, Adlène Meddi va nous faire revivre la
tragédie.
Elle débute dans le parfum des orangers d’une
cour de lycée d’El-Harrach, à la périphérie d’Alger.
Au cœur de l’amitié qui unit Mehdi, Kahina, Salim,
mais surtout Amin et Sidali. Plus que des amis, ces
deux-là sont des frères. Insouciants, chahutant, heureux comme on peut l’être à 17 ans. Deux frères que
la vie va séparer. En toile de fond, le bras de fer entre
deux « seigneurs de la guerre » de la génération postindépendance et Boumediene, Zoubir Sellami, le
père d’un des deux garçons, et le glacial Ayback. Les
enfants vont hériter d’un conflit qui n’est pas le leur.
Et, dans l’impossibilité d’envisager le futur, décider
de le poursuivre, en prenant les armes, à leur manière, nihiliste, pour répondre à la guerre de leurs
pères, et à un pays, nous dit le journaliste, collaborateur du Point et de Middle East Eye, qui a choisi le
« naufrage national » de la guerre civile. C’étaient les
années 1990. La « décennie noire ».
Adlène Meddi avait 19 ans en 1994. Il était au lycée, comme Amin et Sidali. « L’idée du basculement de
jeunes civils en groupes armés était à l’époque une chose
dans l’air. Une possibilité », reconnaît-il. La participation active aux conflits était une « question qui faisait
débat, même parmi les jeunes ». Le titre du roman,
« 1994 », fait justement référence à l’année où les civils décident de prendre eux-mêmes les armes pour
se défendre. Cette année-là, on estime en effet qu’entre
40 000 et 50 000 islamistes armés occupent le maquis et les centres urbains. « La police était décimée,
explique Adlène Meddi, et l’armée n’était ni prête ni
formée pour une telle guérilla. » Avec l’armement des
civils, la guerre bascule dans une nouvelle configuration. Ce ne sont, dès lors, non plus deux camps qui
s’affrontent, mais trois. « On a armé les villageois, les
journalistes, les juges, les avocats, les hommes d’affaires… »
104 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
« Les jeunes
qui ont lu “1994”
sont allés poser
des questions
à leurs pères.
Et cette réappropriation de
l’Histoire m’a
beaucoup ému. »
Férocité. Débarrassé de toute idéologie ou procès
d’intention ; débarrassé, aussi, de la vision « simpliste » largement véhiculée par une certaine gauche
française, qui veut que les militaires aient massacré
le peuple algérien victimisé, Meddi a pu revenir à la
vérité : une guerre extrêmement compliquée, laide,
« abominable ». Une guerre qui, dans le roman
– comme dans la vie – contribue, par sa férocité et sa
hargne, à détruire ce qui est beau, à « massacrer même
l’idée du lien entre les individus, et c’est ce qui est terrible,
au-delà des pertes humaines. Ne plus parvenir à reconstruire le lien social, affectif, amoureux… », plaide l’auteur de « 1994 ».
Avec cette fiction très inspirée, Adlène Meddi a
réussi à affronter ses propres fantômes. Elle a eu
d’autres effets, plus imprévus, qui l’ont surpris lors
de la sortie du roman en Algérie, il y a un an, aux éditions Barzakh. La jeune génération, celle née après
les années 1990, a découvert sa véritable histoire, à
vif, loin de la version lissée du discours officiel et des
familles pour lesquelles le sujet est encore trop douloureux. « Ces jeunes-là ont fait de mon roman l’objet
d’une revendication personnelle, explique le romancier.
Pourquoi leur oncle était-il mort et dans quelles circonstances ? Ils sont allés poser des questions à leurs pères. Et
cette réappropriation de l’Histoire m’a beaucoup ému.
Parce qu’ils ont pris conscience que le passé agit sur le présent et que l’ignorance conduit à l’horizon dangereux de
la répétition des erreurs. » Gageons alors, comme Adlène
Meddi, que l’échange entre les Algériens se fasse désormais « par la parole et non par les balles » §
« 1994 », d’Adlène Meddi (Rivages, 348 p., 20 €).
SIDALI DJENIDI/RÉA POUR « LE POINT »
Adlène Meddi, le roman
noir de l’Algérie
sa voix, au téléphone, se perd dans l’énumération.
En 2008 survient l’événement qui a déclenché
l’écriture du livre. On demande au journaliste de se
rendre à Had Chekala, dans l’Ouest algérien. Ici, dix
ans plus tôt, en 1998, a eu lieu l’un des plus importants massacres de la « décennie noire ». En une nuit,
on comptera dans le hameau presque autant de morts
(1 000) qu’il y avait d’habitants. Le journaliste appréhende. Il pense à un village fantôme, un « lieu maudit » : « Je pensais que personne n’avait survécu. » Or il
rencontre des gens qui ont échappé au massacre. Et
leurs enfants ; des jeunes, des adolescents. Adlène
Meddi se sent appartenir à cette famille. Il cherche
à aider, ne sait pas comment faire. Bientôt, après ce
passage chez les « spectres », une porte s’ouvre. Alors
qu’il avait éludé jusque-là la question de revenir sur
les événements des années 1990, sur ce qu’il a vu,
vécu, aimé, sur ses « engagements », ses « lâchetés »,
tout ce qu’il a glissé sous le tapis, pour « pouvoir avancer », le journaliste, spécialisé dans le terrorisme,
mène l’enquête, dans ses souvenirs, dans la mémoire
des autres, puisque tous, sans exception, ont baigné
de près ou de loin dans cette guerre fratricide. Algérien contre Algérien, sans monstre « absolu », mais
où chacun a construit ses propres raisons ou justifications. Cette guerre, entre distance et intimité, le
romancier peut alors la raconter à « hauteur d’homme ».
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Voix d’Alger.
Le journaliste et
écrivain Adlène Meddi
à Alger, en octobre 2017,
lors de la parution de
« 1994 », aux éditions
Barzakh.
EXTRAIT
DE « 1994 »
« Il avait fallu qu’il
disparaisse, qu’il se
taise à jamais, son père,
il avait fallu que ce ciel
hargneux disparaisse
au-dessus de lui, il avait
fallu que son silence
colérique cesse à jamais
pour qu’Amin se mette
à chercher dans cet
espace interdit, cette
chambre fermée à clé
avec la complicité de
Hassniya, la mère aimante mais complice,
il avait fallu qu’il crève,
le général Zoubir
Sellami, pour qu’Amin
retrouve son sang, son
corps, son cadavre, ses
disparus, sa dernière
excuse auprès de ceux
qui sont partis, exilés
ou ensevelis sous les
débris de la mémoire.
Il avait fallu qu’il crève
pour que le fils aille
chercher dans le cimetière sa tombe et qu’il
lise l’épitaphe qu’il
poursuivait maintenant dans les plis anodins du deuil, le deuil
de ce magnifique seigneur de guerre. Amin
se mit à chercher le
flingue discret, un petit
7.65 docile et efficace
comme un dragon apprivoisé. »
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 105
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CULTURELIVRES
Les malheurs de Sophie
Entre une fille « envolée » et
une mère assassinée, Sophie
Daull se reconstruit par la fiction. Une femme puissante.
PAR VALÉRIE MARIN LA MESLÉE
« Quand je me
suis retrouvée
sans ascendant
ni descendant,
il a fallu suturer,
offrir à mes deux
mortes un roman
pour qu’elles,
grand-mère et
petite-fille,
y fassent
connaissance. »
C
hignon roux, boucles d’oreilles, par ses phrases
de romancière – elle écrit d’elle « visage pointu » –
on l’identifie au premier coup d’œil sur la terrasse
des Parigots, où elle donne rendez-vous pour la sortie en librairie de son troisième roman, « Au grand lavoir ». Elle finit sa cigarette, on entre dans le café, ni
trop banal – quoiqu’elle affectionne le genre tabac-PMU – ni trop branché. Il lui va bien, Sophie Daull
est une femme de cafés, ses lecteurs le savent. Après
son premier roman, « Camille, mon envolée », écrit
juste après la mort, en 2013, de sa fille unique à l’âge
de 16 ans, en quatre jours, d’une fièvre fulgurante, elle
ouvrait « La suture », son deuxième, au Montana, le
café de Coulommiers tenu par sa grand-mère. « La suture » faisait le lien entre sa fille et Nicole, sa mère, assassinée quand Sophie avait 19 ans, un jour de février
1985. Un événement sur lequel elle revient aujourd’hui
dans « Au grand lavoir », dans lequel elle met en scène
le meurtrier de sa mère à travers la fiction.
106 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
Dès le premier abord, Sophie Daull apparaît auréolée par ses mots, ses phrases courtes, toniques, sa
distance salvatrice avec le malheur. Elle trimballe autour d’elle du « plus grand » qu’elle, c’est comme ça
qu’elle tient, et elle vous l’explique avec grâce, de ses
yeux clairs de chat, de son buste de danseuse, de ses
mains qui rythment la voix. Montreuil, où elle vit,
Coulommiers ou Belfort, les villes d’attaches familiales, Nogent-le-Rotrou, là où elle a imaginé que le
meurtrier de sa mère avait trouvé un emploi de jardinier municipal à sa sortie de prison… la prose de
Sophie Daull s’ancre dans un terroir, même citadin,
on l’y sent les pieds sur ces terres, à la façon de
Marie-Hélène Lafon, voire de Pierre Bergounioux. Elle
donne vie aux petites gens des petits lieux, et ces écrivains qu’on cite, ça lui fait vraiment plaisir : « Je n’ai
pas de modèle, mais ce sont des écritures qui me font trembler, dans ce rapport au monde qui passe par l’incrustation dans un lieu, une science de l’observation, ce que Perec
appelait l’infra-ordinaire, tout ce qui fait apparaître quelque
chose de plus grand que nous, que nos vies, c’est un contact
méticuleux, charnel, profond, pas anecdotique, ni utilitaire
ni communicatif, avec le vivant, avec tout ce qui habite le
monde. Un petit fonctionnaire de mairie, j’ai besoin de le
considérer absolument, dans la même contemplation qu’un
face-à-face avec une biche dans la nature. C’est une nécessité plastique, c’est cela qui m’a constituée et qui est devenu,
après la mort de Camille, un refuge et une armure. Parce
WILLIAM BEAUCARDET/REA POUR « LE POINT »
Unique.
Sophie Daull au café
Les Parigots, à Paris,
le 6 septembre.
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que, après, soit on essaie de rechercher du plus grand, avec
un regard qui a besoin de profondeur, de sincérité, d’épaisseur, et que tout fasse sens, soit tout est réduit à une seule
dimension, tout est écrasé, devient mécanique, mimé, utilitaire, et ce n’est pas acceptable, ce n’est plus possible. »
Survivre à la mort de son enfant, ça a commencé
par les mots, tout de suite, ce n’était pas son premier
contact avec l’écrit, loin de là. Sophie Daull, comédienne, tient un journal depuis l’âge de 10 ans : « Les
carnets doivent bien faire 2mètres linéaires.» Elle a interrompu l’exercice pour écrire son premier roman, « Camille, mon envolée » (2015). Alors, on ose lui
demander si sa fille ne lui a pas fait ce cadeau de lui
permettre de devenir écrivaine ? « Oui, c’est un cadeau
qu’elle m’a fait. » Puis « La suture » (2016) est venue tout
de suite, « quand je me suis retrouvée sans ascendant ni
descendant, il a fallu suturer, offrir à mes deux mortes un
roman pour qu’elles, grand-mère et petite-fille, y fassent
connaissance ». Elle y inventait l’enfance de sa mère,
qui n’en avait rien dit, mais n’allait pas au-delà d’allusions à sa fin atroce : « Ma mère, dans les années 1950
à Contrexéville, je la voyais toute jeune, il ne fallait pas
aborder le crime, la crasse, le sang dans “La suture”, mais
je me devais d’aller au bout de quelque chose. »
« C’était compli-
Reprise romanesque. Comment
faire ? Reprendre la main, cette fois, c’est qué de prendre le
la « reprise », aller plus loin dans la fiction, “je” de l’assassin.
jusqu’à se mettre dans la peau de cet assas- J’ai beaucoup
sin, qu’elle connaissait, qu’elle a vu inter- réfléchi, mais
rogé « en héros » dans la série « L’amour en
France », de Daniel Karlin et Tony Lainé, c’était comme ça.
sur le crime passionnel, acceptant d’y té- C’est lui qui devait
moigner elle aussi, de son côté. « Je devais parler. »
aborder des questions extrêmement difficiles
en littérature – le pardon, la rédemption, la faute, la punition –, il fallait que je trouve une forme rigoureuse, qui m’architecture moi-même, pour ne pas me laisser dériver, une
armure, comme en musique. » La composition se déroule à deux voix, la sienne et celle de l’assassin. « C’était
compliqué de prendre le “je” de l’assassin. Une amie m’a
dit : “Ethiquement, ce n’est pas recevable que tu prennes la
parole du bourreau, interroge-toi là-dessus.” Mais, en littérature, on peut faire ce qu’on veut ! J’ai beaucoup réfléchi,
mais c’était comme ça. C’est lui qui devait parler. »
C’est tout l’enjeu de son nouveau livre, « Au grand
lavoir ». Au meurtrier, elle invente une vie à sa sortie
de prison. Un emploi de jardinier, à Nogent-le-Rotrou.
« En le banalisant, j’ai voulu le sortir de cette flamboyance
que les projecteurs du documentaire lui avaient donnée, je
voulais le réduire à une petite vie, je n’ai aucun mépris
pour les employés des espaces verts, mais je voulais lui
donner une existence sans originalité, sans panache. C’était
sa peine : le disqualifier du jeu “star un jour, star toujours”. »
Mais ne lui fait-elle pas un cadeau en lui donnant
ce beau métier de jardinier ? « C’est ce que j’écris, oui !
C’est un cadeau, d’abord, d’être le personnage principal
d’un roman. Il est suturé, lui aussi, avec ma mère vivante.
Mais je ne le magnifie pas non plus en déposant la grâce
du pardon sur ses nobles épaules ! » Cette ironie …
GAËLLE
NOHANT
ITINÉRAIRE
D’UN HOMME
LIBRE
8,90 €
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CULTURELIVRES
qu’elle a, parfois, comme dans ses livres. Revigorante.
Aujourd’hui, Sophie Daull a bouclé cette trilogie
d’exploration du malheur, « quasi orphéique », dit
cette élève de grec ancien, passionnée de mythologie, qui évoque Oreste dans « Au grand lavoir » : « Une
descente aux Enfers, une catabase, je me suis empoignée
avec cela, j’ai plongé dans le cambouis plutôt que d’opter
pour le déni ou la camisole chimique – je n’ai jamais vu
un psy de ma vie. Quand de tels drames vous accablent,
il faut en comprendre la teneur pour remonter à la surface, pour supporter l’air, sinon tout ce qu’on respire est
empoisonné, tout fait peur, tout est dangereux. »
Seulement, au bout du « conte », a-t-elle pris la mesure de son imagination en écrivant que l’homme
voit un jour, à la télévision, une romancière qui
semble réincarner sa victime tant elle ressemble à
sa mère, Nicole Daull, parler de son premier livre ?
…
Et il se rend dans la librairie de Nogent-le-Rotrou où
elle vient signer son roman. Qui sait si le vrai coupable ne va pas se présenter après avoir vu Sophie
Daull promouvoir ces jours-ci « Au grand lavoir » ?
La fiction anticipant la réalité ?
« C’est maintenant que je m’en rends compte. C’est
sans doute irresponsable, mais dans un geste poétique et
de liberté j’ai fixé une réalité qui devient la mienne. La fiction fait office de vérité, même si ce n’est pas ainsi que cela
s’est passé. Et, quoi qu’il advienne, ce que j’ai écrit, malgré les zones d’ombre, est irréfutable. Et que voulez-vous
qu’il m’arrive ? On ne s’est pas vus depuis trente-cinq ans,
mais on se connaît. J’ai davantage peur d’interventions
médiatiques qui vont vers le sensationnalisme que d’une
quelconque confrontation. » §
« Au grand lavoir », de Sophie Daull (Philippe Rey, 160 p., 16 €).
LIRE L’INTÉGRALITÉ DE LA RENCONTRE SUR lepoint.fr
Revival.
Après « Le roi disait que
j’étais diable », Clara
Dupont-Monod
(ci-dessus) revient
sur la reine légendaire
du XIIe siècle.
Ci-contre, Aliénor
vue par le peintre préraphaélite britannique
Frederick Sandys,
en 1858 (détail).
Aliénor racontée par son fils
Richard Cœur de Lion.
PAR MARINE DE TILLY
«N
’aime jamais. Admire, dévore, enchante, mais
n’aime jamais ou tu seras dépouillé. » Aliénor
n’était pas une femme, Aliénor était un rapace, une sorcière, une guerrière, une créature vivante
née pour finir dans des romans. A 13 ans, elle avait
épousé le roi de France (Louis VII), mais, avec lui, elle
s’était ennuyée ferme. Elle aimait la littérature et lui,
les Evangiles ; elle rêvait de fêtes, de conquêtes et de
guerres, il voulait la paix et le dialogue ; il croyait en
108 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
Dieu, elle croyait au pouvoir. De ce mariage arrangé
et complètement raté Clara Dupont-Monod avait fait
un roman ardent, « Le roi disait que j’étais diable »
(Grasset, 2014). Dans « La révolte », l’auteure achève
son portrait de l’indomptable d’Aquitaine, qui voulait être roi et fut deux fois reine.
Car Aliénor fit annuler son union avec Louis – aucune femme avant elle n’avait osé – , le quitta et épousa
un autre roi, celui d’Angleterre. « Autoritaire, despotique, gourmand », infidèle, aussi, et assez peu regardant sur les principes, Henri II traita l’Aquitaine comme
un royaume conquis, ses fils comme de vulgaires bidasses et la reine comme un ventre, gros le plus souvent (huit fois exactement). En quelques années, il
redessina le monde – et son lit – tout à sa gloire. Mais
sans doute avait-il omis que ce monde comptait encore Aliénor. « On peut menacer Aliénor, écrit DupontMonod. On peut la défier et même se battre contre elle.
Mais la trahir, jamais. » Enflée d’orgueil et de rancune,
humiliée, elle devint alors une offensive vivante, « un
corps tendu tout entier concentré vers l’assaut ». Jusqu’à
cette nuit solennelle où, « d’une voix douce et pleine de
menaces », elle ordonne à ses fils d’aller renverser leur
père. Richard a 14 ans. C’est le moment. Avec ses frères
Henri et Geoffroy, ils auront la peau du Plantagenêt.
Une coalition fraternelle de fils ignorés, le désir de
vengeance d’une duchesse dépossédée, cocue et bientôt emprisonnée, des vassaux farouchement opposés
à un pouvoir royal étranger et un odieux despote à
détrôner : il faut dire que l’Histoire est généreuse. Chorégraphiée par Dupont-Monot, elle devient un ballet,
une épopée débridée où un fils fou de sa mère doit
tuer son père. C’est Œdipe et Shakespeare au palais
de Poitiers, « Game of Thrones » en Aquitaine §
« La révolte », de Clara Dupont-Monod (Stock, 240 p., 18,50 €).
OLIVIER ROLLER/EDITIONS STOCK – HERITAGE IMAGES/LEEMAGE
« Game of Thrones » en Aquitaine
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Paradis
perdu
Diane Mazloum
fait revivre un Liban
électrique.
Catherine MEURISSE
« Les flles, la
campagne sera
votre chance » ont
dit les parents. Alors
Catherine Meurisse a
grandi à la campagne.
Avec l’humour qu’on
lui connaît, elle
raconte les lieux de
son enfance et l’imaginaire qui s’y déploie.
Les Grands Espaces,
comme La Légèreté,
son précédent album,
l’atteste : la nature
et l’art - tout ce qui
pousse, tout ce qui vit
envers et contre tout,
seront une chance.
« L’âge d’or », de Diane Mazloum (JC Lattès, 416 p., 19 €).
Julie BIRMANT
et Clément OUBRERIE
La jeune et célèbre
romancière Renée
Stone se rend en
1930 au couronnement de l’Empereur d’Éthiopie à
Addis-Abeba.
Elle y fait la
connaissance de
John Malowan,
un étrange jeune
homme, et se
retrouve bientôt
mêlée avec lui à
une sombre affaire
qui les entraînera
aux confns du
Moyen-Orient…
Au rayon bande dessinée
Pierre-Henry GOMONT
Thomas GILBERT
APPOLLO et TEHEM
Coureur, menteur,
buveur, noceur…
Gabriel Lesaffre a
toutes les qualités.
Un jour, il tombe
amoureux. Coup
de foudre, mariage,
trois enfants…
Gabriel s’ennuie
vite. Il plaque tout,
disparaît durant
cinq ans. De
retour, il emmène
avec lui ses deux
aînés en Afrique
équatoriale. Pour
eux, une nouvelle
vie bigarrée et
frivole commence…
Elle s’appelle
Abigail Hobbs
et elle a 17 ans.
Elle habite Salem.
Demain elle sera
morte, pendue
avec 20 autres
jeunes femmes de
sa ville pour sorcellerie. Une plongée
passionnante et
terrifante dans
l’univers étriqué
et oppressant de
cette tristement
célèbre colonie
de NouvelleAngleterre, au
XVIIe siècle.
1941, île de La
Réunion. Au lycée
Leconte de Lisle
que fréquente
la bourgeoisie
coloniale, une
grande amitié naît
entre Charles et
Lucien, un nouvel élève. En une
année scolaire,
les deux copains
se laissent
emporter par
les fulgurances
de l’adolescence
et les soubresauts
de l’histoire
en marche.
www.dargaud.com
© Gomont - Dargaud Benelux 2018
E
n ce temps-là, les Libanais vivaient insouciants
dans la « nonchalance d’un présent heureux ». Ils
avaient pris le meilleur de l’Occident et le meilleur de l’Orient, tout était « beau, doux et possible ».
C’était l’âge d’or. Il a pris fin le 6 juin 1967. Ce jour-là
éclatait la guerre des Six-Jours et l’aviation libanaise
abattait un avion israélien. Le très pacifique Liban
entrait dans une nouvelle ère, celle du « grand gâchis ».
Pourquoi, comment ce pays où il faisait si bon
vivre a-t-il basculé dans le chaos ? Ces questions
hantent le livre de la Libanaise Diane Mazloum. En
2014, on avait remarqué son premier roman, intitulé
Vers l’abîme.
Diane Mazloum a écrit
une grande fresque
romanesque sur le pays
du Cèdre, entre 1967
et 1979.
© Dargaud - Dargaud Benelux 2018
NORMAND/LEEXTRA VIA LEEMAGE
PAR MARIE-FRANÇOISE LECLÈRE
« Beyrouth, la nuit ». Elle y mettait en
scène six « bébés de la guerre », des
jeunes de sa génération qui n’ont pas
vécu le conflit mais qui en portent les
cicatrices, à jamais blessés.
Aujourd’hui, elle raconte les gens
d’avant, ceux de la génération de ses
parents, en treize chapitres correspondant chacun à une date capitale, la
marche vers l’abîme de quelques personnages réels ou fictifs. Chrétiens ou
musulmans, ils vont, viennent, s’aiment, se déprennent, commentent les
événements, tentent de les ignorer, y
participent parfois et de la plus sinistre manière.
Il y a là Georgina, 14 ans, la reine du bal qui finira
Miss Univers, la première Libanaise à atteindre un
tel sommet. Au même moment, Ali Hassan, un Palestinien exilé au Koweït, décide de rejoindre le Fatah.
Il deviendra le Prince rouge, le bras droit de Yasser
Arafat, et… épousera Georgina. Autour d’eux, les familles, les voisins, les copains, et surtout Micky, 5 ans,
futur « spécialiste du Liban », le double de l’auteure.
Septembre noir, la bataille des grands hôtels, les
bombes et les nuits fauves, la baise et les attentats…
tout est là, captivant. « L’âge d’or » est une fresque,
un formidable précis de décomposition. A lire, vite §
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CULTURELIVRES
Cléopâtre, le Grand Condé…
Les perdants de l’Histoire
ont enfin leur livre.
PAR FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN
O
Le manque de
sens politique est
le talon d’Achille
des vaincus,
demi-habiles
selon la hiérarchie
pascalienne.
Jeanne d’Arc
(1412-1431). Lâchée
par Charles VII,
vendue aux Anglais,
condamnée au bûcher.
n devine que les auteurs, Jean-Christophe Buisson et Emmanuel Hecht, ont eu l’embarras du
choix. Sur la ligne d’arrivée de l’Histoire, on
compte en effet plus de battus que de vainqueurs. Encore faut-il distinguer dans ce grand réservoir, entre
les cornards de la gloire et ceux qui furent défaits sur
le terrain, comme Hannibal ou Tchang Kaï-chek.
Quand les deux font la paire, nous tenons le perdant intégral. Montezuma II fut de ceux-là, fossoyeur
de son peuple face à des envahisseurs espagnols que
son Empire aztèque surclassait pourtant. A sa reddition, la postérité ajouta donc une seconde peine.
Comme en sport, il y a aussi les perdants magnifiques.
Dans ce registre, le Vendéen Charette décroche la timbale, qui fonça droit vers la défaite, comme un taureau vers le chiffon rouge. Ultime général rescapé des
guerres de Vendée, il continue le combat malgré la
trahison de son chef moral, le futur Charles X, qui refuse de débarquer à La Tranche-sur-Mer en octobre
1795. Qu’importe, lui fait-il répondre, « mon choix est
fait : je périrai les armes à la main ». On ne peut dénier à
certains la palme du panache, de l’honneur, qu’on retrouve chez le Che, qui ne dévia jamais de sa ligne, envoyant paître les compromis politiques.
Si Freud s’était intéressé à la question, sans doute
eût-il diagnostiqué que les vaincus éludent le principe
de la réalité, autrement dit la politique. Le Che laissa
ce terrain à l’habile Castro. Trotski, dominateur sur
le plan intellectuel et organisationnel, eut le tort de
négliger le jeu des combines où excella son rival Staline. De même Jeanne d’Arc, obnubilée par la mission
Louis II
de Bourbon
(1621-1686), dit le
Grand Condé, à la
tête de la Fronde.
Francois-Athanase
Charette de la Contrie
(1763-1796). L’un des
plus célèbres Vendéens, fusillé à Nantes.
de rétablir le bien dans le royaume de France, fut-elle
dans sa mystique à des années-lumière des finasseries
de son « gentil Dauphin », le futur Charles VII, qui ne
leva pas le petit doigt pour la secourir. Cette « case »
politique qui leur fait défaut saute aux yeux chez les
grands militaires : Hannibal ne sut jamais recevoir
le soutien de sa propre cité, Carthage, qui le priva de
renforts, ni prévoir les trahisons multiples. Eminent
tacticien sur le champ de bataille, le Grand Condé devenait piètre stratège dès qu’il fallait argumenter en
chambre avec le Conseil du roi. « Il est extrêmement difficile de vivre quinze jours en bonne intelligence avec lui »,
se plaignait Mazarin. Général redoutable, Tchang Kaïchek s’aliéna les faveurs des paysans et des ouvriers,
qui rejoignirent les rangs communistes de Mao.
Faut-il en déduire que ces vaincus, demi-habiles
selon la hiérarchie pascalienne, avaient abusé du
principe de plaisir ? Si ce principe rime avec l’orgueil,
l’hubris, notion que les auteurs soulignent avec raison dans leur préface, la réponse est oui. Témoin Henri
de Guise, ivre de son triomphe après la journée des Barricades, à Paris, qui refuse la main tendue par Catherine de Médicis et parachève l’humiliation d’Henri III,
qui ne lui pardonnera jamais cet ultime affront.
Preuve que le manque de sens politique est le talon
d’Achille des vaincus, le dernier chapitre est consacré
à Nixon, dont les auteurs réhabilitent l’œuvre sociale
– qui anticipe celle d’Obama – et diplomatique. Par
caractère, cet introverti paranoïaque n’avait rien
compris de la nouvelle ère qui s’ouvrait, celle de la
communication. Il resterait, après cet excellent premier volume, à consacrer un second aux grands vaincus de la… politique. Là aussi, nos auteurs auraient
l’embarras du choix : Necker, Danton, Barras, Guizot, Cavaignac, Gambetta, Caillaux, Blum, Reynaud,
Barre, Delors, Rocard, Jospin… §
« Les grands vaincus de l’Histoire », de Jean-Christophe Buisson
et Emmanuel Hecht (Perrin, 400 p., 21 €).
Montezuma II
(1466-1520).
L’empereur aztèque
défait par Hernán
Cortés.
Tchang Kaï-chek
(1887-1975).
Président battu par
les communistes de
Mao Zedong en 1949.
Richard Nixon
(1913-1994). En 1974,
contraint de renoncer à son mandat
présidentiel.
SUPERSTOCK/LEEMAGE – PHOTO JOSSE/LEEMAGE – LUISA RICCIARINI/LEEMAGE – RUE DES ARCHIVES
Honneur aux vaincus
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Les meilleures ventes de la Fnac
Fnac/Le Point du 10 au 13 septembre 2018
Rang
Nombre de semaines de présence continue
Classement précédent
Titre
Auteur
Editeur
1
R
Les prénoms épicènes
Amélie Nothomb
Albin Michel
1
2
E
Destin français
Eric Zemmour
Albin Michel
-
1
3
R
La vraie vie
Adeline Dieudonné
Ed. Iconoclaste
9
2
4
4
E
Sissy Strong Fitness Body Guide
Sissy
Solar
-
1
5
E
Journal d’un observateur
Alain Duhamel
Ed. de l’Observatoire
26
2
6
E
La comédie (in)humaine
Nicolas Bouzou /
Julia de Funès
Ed. de l’Observatoire
11
2
7
R
Chien-loup
Serge Joncour
Flammarion
16
3
8
R
A son image
Jérôme Ferrari
Actes Sud
2
4
9
E
Le deuil de la mélancolie
Michel Onfray
Robert Laffont
-
1
E
Sapiens. Une brève histoire
de l’humanité
Yuval Noah Harari
Albin Michel
5
93
10
11
R
Khalil
Yasmina Khadra
Julliard
8
4
12
R
La disparition de Stephanie Mailer
Joël Dicker
Ed. de Fallois
7
28
13
R
L’unité Alphabet
Jussi Adler-Olsen
Albin Michel
3
3
14
R
Un monde à portée de main
Maylis de Kerangal
Verticales
6
4
2
15
E
Il faut dire que les temps ont changé
Daniel Cohen
Albin Michel
4
16
R
Les disparus de la lagune
Donna Leon
Calmann-Lévy
-
1
17
R
La maison golden
Salman Rushdie
Actes Sud
-
1
18
E
Le peuple contre la démocratie
Yascha Mounk
Ed. de l’Observatoire
-
1
4
19
R
Avec toutes mes sympathies
Olivia de Lamberterie
Stock
15
20
E
Bullshit Jobs
David Graeber
Les Liens qui libèrent
-
1
21
R
La jeune fille et la nuit
Guillaume Musso
Calmann-Lévy
12
21
2
22
E
Apprendre !
Stanislas Dehaene
Odile Jacob
18
23
R
Gran Paradiso
Françoise Bourdin
Belfond
-
1
24
E
Un été avec Homère
Sylvain Tesson
Ed. des Equateurs
13
17
25
R
Le train d’Erlingen ou
la métamorphose de Dieu
Boualem Sansal
Gallimard
10
2
R : Romans et nouvelles
E : Essais et documents
© DR
Genre
Entrée ou retour dans la liste
La minute antique
VIVE L’HUBRIS ! Il y a des mots nouveaux qui entrent dans le
dictionnaire, et on est content. Et puis il y a des mots anciens
qui y sont depuis longtemps mais qui ont l’air nouveaux, et on
est encore plus content. Ainsi du mot hubris – du grec ὕβρις –,
prononcé par Gérard Collomb au sujet de l’attitude perçue
comme arrogante du gouvernement Macron. Un bel acte d’autocritique, l’hubris qualifiant, selon le Larousse, « tout ce qui, dans
la conduite de l’homme, est considéré par les dieux comme démesure,
orgueil, et appelle leur vengeance ». Tremble, Jupiter ? Non, persévère, au contraire ! Car quand on regarde la liste des coupables
d’hubris, on trouve plein de gens bien : Icare, brûlé par le soleil ?
Le premier aviateur ! Arachné, punie par Athéna pour avoir tissé
un ouvrage montrant Zeus en prédateur sexuel ? La première
femme #metoo ! Et l’on ne parle pas du titan Prométhée, enchaîné pour avoir offert le feu, donc le progrès, aux hommes…
Alors, par l’Olympe, encore un peu d’hubris, Jupiter-Macron,
pour vraiment réformer la France ! § CHRISTOPHE ONO-DIT-BIOT
LA RENCONTRE DE
DEUX FRATERNITÉS
Le roman passionnant
d’un huis clos inattendu entre
l’un des plus grands acteurs français,
incarcéré et torturé par les nazis,
et un aumônier allemand.
L’INTÉGRALITÉ DE CETTE « MINUTE ANTIQUE » SUR lepoint.fr
DISPONIBLE EN LIBRAIRIE ET EN NUMÉRIQUE
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RENTRÉE LITTÉRAIRE - PLON
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CULTURE
Un manuel pour l’école
Essai. D’un côté, 3,37 millions de collé-
LAVILLIERS DANS LE TEXTE
/ J’écris /Il est cinq heures et je précède / La
nuit / Mon feutre noir sur le papier / Va vite
/ Pendant que ma lucidité / Me quitte. » Le
premier vers de cette chanson sublime,
« Le clan mongol », qui figure sur l’album
« Etat d’urgence » (1983), donne en partie son titre au recueil de cent des plus
beaux textes de Bernard Lavilliers. Notre
compagnonnage avec l’artiste ne date
pas d’hier : voilà précisément quarante ans, à sa dernière à l’Olympia, en
1978, nous allions découvrir ce fils de
Ferré, ce petit-fils de Cendrars, ce descendant de Baudelaire et Villon. Un fauve à
la poésie hallucinée qui nous permettrait
de supporter les années 1980. Depuis ses
débuts, Lavilliers n’a pas changé. Il est
resté droit dans ses santiags. A l’époque,
il n’avait pas la carte et il a fallu le succès
et la consécration pour que les bobocrates
daignent enfin tendre l’oreille et ouvrir
les yeux. Oui, Lavilliers est bien un artiste immense et unique. Oui, ses textes
peuvent figurer sans peine dans n’importe quelle bonne anthologie de poésie
contemporaine. Procurez-vous cet objet
magnifique où mots et photos s’entrechoquent dans une mise en page digne
de Mondrian § ALBERT SEBAG
« Je n’ai pas une minute à perdre, je vis », de
Bernard Lavilliers (Le Cherche Midi, 288 p., 25 €).
Ce livre qui fait de vous un rebelle
Pierre de Panafieu, directeur de l’Ecole alsacienne,
à Paris, partage sa vision de l’enseignement.
Poche. Longtemps, on a
pris « 1984 », « Le meilleur
des mondes » ou « La servante écarlate » pour des
« utopies détraquées », selon
le terme du journaliste et
romancier Paul Vacca.
Orwell, Huxley et Atwood l’avaient annoncé, entre autres réjouissances : les
livres disparaîtraient. Un demi-siècle
plus tard, à l’heure du tout-numérique,
la maison-livre brûle-t-elle vraiment ?
« Même si on voit encore quelques autodafés, les dictateurs actuels semblent plus
prompts à couper l’accès à Internet et aux
réseaux sociaux, ou à y distiller leur propagande, qu’à censurer les livres. » Pour Paul
Vacca, c’est au tour des lecteurs de « s’en-
et conçu comme un logiciel libre mis à
disposition, une source d’inspiration.
Epanouissement (plutôt que sélection)
pour les élèves, autonomie et décentralisation pour l’établissement, implication des familles : voilà les trois priorités
sur le podium de leurs propositions, argumentées et analysées par le menu, et
répétées comme un mantra par celui qui
fut le premier directeur de l’institution,
Frédéric Rieder : « Il n’y a qu’une manière
de réussir dans le monde, c’est d’y apporter
sa part d’originalité. » Parler de l’école aujourd’hui relève du lieu commun. Mais
tant qu’elle ne sera pas redevenue un
bien commun, ce genre de livre sera indispensable § M. D. T.
112 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
flammer » et de contrer « par le feu de la
lecture » ces pyromanes d’algorithmes.
Aux « utopies détraquées » il oppose une
« utopie réparée ». Le livre comme un
baume, la dernière manifestation de
notre libre arbitre. Pourquoi ? Récapitulons.L’« objet »fonctionnesansconnexion,
bénéficie d’une autonomie illimitée, n’a
jamais besoin d’être rechargé ou réinitialisé. Il est nomade, il capte partout. Il
offre un meilleur sommeil et vous rend
bien plus efficace que vos camarades qui
ont « binge-watché » Netflix toute la nuit.
Enfin avec lui, pas de mouchard. Bref, la
liberté, la vraie. Le lecteur, c’est le punk
de demain § MARINE DE TILLY
« Délivrez-vous ! », de Paul Vacca (Editions
de l’Observatoire, 112 p., 10 €).
« Cas d’écoles », de Pierre de Panafieu,
avec Eric Chol (Fayard, 304 p., 20,90 €).
CHERCHE MIDI (X2) – SP – CHAMUSSY/SIPA
Florilège. « Je n’ai pas une minute à perdre
giens, 2,28 millions de lycéens scolarisés dans les 11 400 collèges et lycées de
France avec, à leur fronton, cette devise :
« Liberté, égalité, fraternité » – ce vœu pieu.
De l’autre, le niveau scolaire qui ne cesse
de baisser ; la mondialisation, la révolution technologique ; les réformes et les
contre-réformes ; les ados par milliers
qui défilent sous des banderoles. Et, au
milieu, votre enfant avec ses talents, ses
manies, ses dons, ses peurs, ses ruses, ses
embrouilles, ses inspirations merveilleuses. Trouve-t-il sa place dans le ventre
du « mammouth » ? Pierre de Panafieu,
directeur de l’Ecole alsacienne, à Paris,
et Eric Chol, rédacteur en chef de Courrier international, ont usé les bancs de
« l’Alsacienne » pendant leur scolarité
et, au lieu de garder pour eux les recettes
pédagogiques de leur école, ils les rassemblent dans un livre accessible à tous
– politiques, enseignants, élèves, parents –
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Liens de sang
A l’Est, rien de nouveau
PYRAMIDE FILMS – SP – THE PUSHKIN STATE MUSEUM OF FINE ARTS, MOSCOU/SUCCESSION PICASSO 2018 – ILLUSTRATION CHARLES BERBERIAN
« Donbass », une drôle de guerre, un film halluciné.
Cinéma. Le Donbass se trouve
dans l’est de l’Ukraine, là où
l’armée ukrainienne et les séparatistes prorusses n’ont jamais cessé de s’affronter depuis
la révolution de 2014. Venu du
documentaire, le réalisateur
Sergei Loznitsa tresse une douzaine d’histoires inspirées de
faits réels pour raconter cette
guerre civile et son triste cortège de déchirements et d’injustices. Le résultat, c’est
« Donbass », une fresque hallucinée d’une puissance peu
commune, prix de la mise en
scène de la sélection Un certain
regard au dernier Festival de
Cannes. Avec un prodigieux
sens du romanesque et de la
mise en scène, Loznitsa peint
le désastre humain, dénonce
le déchaînement de la violence
et la corruption rampante.
Son indignation nourrit la
flamme d’un film parfois excessif dans sa misanthropie…
C’est qu’il faut sans doute cela
pour ramener l’attention collective sur ce conflit largement oublié du monde §
en mémoire l’ombre portée des ormes, l’odeur des châtaignes
grillées qu’on épluche en se brûlant les doigts. Elle s’attendait à passer un doux moment auprès de sa sœur, installée
à la campagne. Mais le corps du chien, pendu, flotte dans les
escaliers. Celui de sa sœur, recroquevillé après
la lutte, baigne dans son sang. Police, enquête,
retour vers un passé et des secrets qui l’abasourdissent, elle découvre son ignorance à
mesure que le mystère s’épaissit autour de
cette sœur, déjà agressée quinze ans auparavant. Dans la veine de « Fille du train » et autres
morceaux de choix du genre « domestic noir »,
ce thriller psychologique, récompensé aux Etats-Unis par
l’Edgar du premier roman, file droit vers son but : nous faire
quitter de force la réconfortante zone de sécurité qu’est le
cocon familial pour nous jeter dans l’inconnu le plus terrifiant : le passé qui nous aurait échappé § JULIE MALAURE
Traduit de l’anglais (américain) par Valérie Malfoy (Presses de la Cité,
272 p., 20,90 €).
FLORENCE COLOMBANI
« Donbass », en salles
le 26 septembre.
Manosque, 20 ans et toutes ses lettres
Festival. Depuis vingt ans,
dans la ville de Giono, Les Correspondances font monter les
mots sur scène. Cette année
on y entendra les lettres de
Jacques Higelin soldat en Algérie, lues par Mathieu
Amalric, en hommage à celui
qui marqua le théâtre Jean-leBleu de sa présence. Seront
aussi présentées les lettres de
Nelson Algren et de Simone
« L’assassin de ma sœur », de
Flynn Berry. Son cœur avait gardé
de Beauvoir, et que l’on ne
s’étonne pas de « voir » cette
dernière converser avec Sartre
place de l’Hôtel-de-Ville, où,
chaque jour, dialogueront des
figures de l’histoire littéraire
ressuscitées par des comédiens.
On lira en musique des classiques (« Le fusil de chasse »,
de Yasushi Inoué), on écoutera
Bastien Lallemant et Babx lors
de siestes littéraires, et on croisera les auteurs de la rentrée
littéraire, comme Catherine
Poulain, qui, après « Le grand
marin », présentera son second
livre, « Le cœur blanc ». Le festival se poursuivra dans les
rues d’une ville qui a ses fidèles,
comme Jacques Gamblin, qui
ouvrira l’édition des 20 ans
avec un « Manosque en toutes
lettres » : on ne peut mieux
dire § VALÉRIE MARIN LA MESLÉE
Les Correspondances, du 26 au
30 septembre, à Manosque. www.
correspondances-manosque.org.
Les choix du « Point »
\ Art
« Picasso. Bleu et rose ».
L’exposition événement
montre la métamorphose
du génie. Immanquable ! On
court tous au musée d’Orsay. Et on fait également un
tour au Musée national Picasso-Paris avec une autre
expo inratable : « Picasso.
Chefs-d’œuvre ! ».
\ Série
« Killing Eve ». L’histoire
d’un bras de fer entre deux
femmes : Eve, flic virée de la
police pour ses théories
ubuesques sur une mystérieuse tueuse, et la tueuse,
folle à lier, au visage d’ange.
Chacune la cible de l’autre…
La chasse à la femme est
ouverte. Sur Canal +.
\ Cinéma
« Climax ». Gaspar Noé nous
fait entrer dans une danse
infernale, un bal des fous
qu’il dirige avec une
maestria étourdissante.
« Première année ». Thomas
Lilti, le réalisateur d’« Hippocrate », réussit une
« Acrobate à la boule », de Picasso.
critique magistrale sur l’absurdité du concours de première année de médecine.
Avec Vincent Lacoste et
William Lebghil.
\ Musique
Barbara Hannigan. On
retrouve cette soprano et
cheffe d’orchestre surdouée
dans « Bérénice » à l’Opéra
Garnier, du 26 septembre au
17 octobre, et dans le CD
« Vienna. Fin de siècle ».
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 113
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SPÉCIALMODE HOMMES
En mode beau gosse
L’acteur Vincent Lacoste met en scène, en exclusivité
pour Le Point, une mode hivernale à la fois sobre et luxueuse,
ponctuée de détails raffinés.
PHOTOS : ARNO LAM
RÉALISATION : FABRICE LÉONARD
EN COLLABORATION AVEC JÉRÉMIE GIRARD
COIFFURE ET MISE EN BEAUTÉ :
RICHARD BLANDEL@BAGENCY
114 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
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Manteau en laine motif pied-depoule Gucci. Pull en laine Balibaris.
Jean en coton, ligne Red Tab, Levi’s.
Derbys en veau velours à semelle
en crêpe Tod’s.
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 115
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SPÉCIALMODE HOMMES
Blouson en Nylon tissé à surpiqûres
métalliques Bottega Veneta.
Chemise en popeline de coton
Dolce & Gabbana. Pantalon surteint
en laine à carreaux Prada.
116 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
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Manteau croisé en fausse fourrure
bouclée et chemise en satin à
détails en velours, les deux Saint
Laurent par Anthony Vaccarello.
Jean en coton Officine générale.
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 117
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SPÉCIALMODE HOMMES
Blouson en laine à détails en cuir
et pantalon en serge de laine,
les deux Hermès. Pull à col roulé
en laine Officine générale.
118 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
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Bomber en satin Louis Vuitton.
Chemise de base-ball en veau
velours Boss. Chemise en coton bio
Stella McCartney. Pantalon en
flanelle de laine Officine générale.
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 119
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Manteau en laine Paul Smith.
Tee-shirt en popeline de coton et
pull en maille fine, les deux Lanvin.
Pantalon en tissu technique et
bandes en satin Valentino. Derbys
à bout fleuri J. M. Weston.
120 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
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SPÉCIALMODE HOMMES
Manteau croisé en laine
vierge 3D thermomoulé
Balenciaga. Pull à col roulé
en coton CK Jeans.
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 121
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SPÉCIALMODE HOMMES
PAR CHRISTOPHE ONO-DIT-BIOT
C
Blouson en cuir
Berluti. Pull en
cachemire Valentino.
Pantalon en mohair
Cerruti 1881.
’est pour nous l’une des
plus grandes énigmes du
cinéma français contemporain : comment le héros
des « Beaux gosses », collégien masturbateur au rire
nasal, a-t-il pu se métamorphoser en celui de « Première
année », sérieux, taiseux, travailleur acharné et si beau
dans la souffrance ? Acteurs et
papillons, même combat ? Intuition confirmée en arrivant
au shooting : sur le toit du studio, Vincent Lacoste, lunettes
noires dans les derniers feux
du soleil d’été, a même désormais un faux air de Bob Dylan
jeune… On lui dit qu’on le verrait bien, au cinéma, dans le
manteau du poète folk. La réponse fuse, avec ce ton pincesans-rire devenu sa marque de
fabrique : « Faudrait que je travaille mon accent. » Chenille
devenue papillon : dans « Première année », de Thomas Lilti, Lacoste ne ricane plus, il
bouleverse. Celui que sa mère prenait la main dans le sac
– pour dire les choses élégamment – dans une scène culte
du premier film de son découvreur Riad Sattouf y incarne
un jeune bachoteur de Paces (première année commune aux
études de santé), concentré sur une cible trop mouvante et
lesté d’une gravité qui lui va très bien. On savait que Vincent
Lacoste, 25 ans seulement – vu depuis dans « Eden », où il
jouait le Daft Punk Thomas Bangalter, ou en interne malmené dans « Hippocrate », du même Thomas Lilti –, avait
du talent. Là, il est carrément au zénith.
A la cantine. L’idée de lui proposer ce shooting mode n’a
rien à voir avec son nom de famille. Et puis, on a dû insister. « Parce que, pour être tout à fait honnête, c’est assez éloigné
de ce que je porte d’habitude », commente-t-il en se changeant.
N’empêche, ça lui va aussi sacrément bien, ce nouveau rôle.
On pense encore une fois au jeune Dylan, ou à un truc du
genre, poétique, tragique. Vraiment, ça pourrait être une
piste sérieuse. Le magazine américain Variety, l’une des voix
qui comptent dans le mundillo du cinéma, vient d’ailleurs de
lui consacrer un article dithyrambique pour son rôle dans
« Amanda », que les Français verront en novembre : « Façonné
par la malice et l’inquiétude, comme un Belmondo reflété sur la surface d’un lac agité », écrit un certain Guy Lodge. Pas mal. Dans
« Amanda », il sera, nous annonce-t-il, « un jeune mec qui, à la
mort brutale de sa sœur, doit s’occuper de sa nièce de 7 ans. Un film
124 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
qui s’interroge sur la manière de
guérir quand on perd quelqu’un ».
Il en deviendrait presque mélancolique, celui qui déclarait
au Point, au dernier Festival de
Cannes : « L’acteur français beau
n’a aucun intérêt, non ? » C’était
juste après « Plaire, aimer et
courir vite », de Christophe
Honoré, qui avait transformé
Lacoste en gay breton désirable autant que désiré. Loin,
« Les beaux gosses »… Il n’avait
que 14 ans quand Riad Sattouf
repéra au collège Mallarmé, à
Paris, ce fils d’un juriste et d’une
secrétaire médicale. « J’étais en
train de manger à la cantine », se
souvient l’acteur. Si Sattouf a
« changé [s]a vie », il ajoute que
ce n’était pas gagné d’avance :
« J’avais beaucoup aimé le titre,
“Les beaux gosses”, mais j’ai compris sur le tournage, avec cette
coupe à la Coluche et ce pull tacheté
de marron, que je n’étais pas exactement en train de jouer dans le
prochain “James Bond”… Je me
suis dit : “Je ne vais jamais avoir de meuf de ma vie.” » En grand
frère, Riad Sattouf s’est voulu rassurant (« T’inquiète pas, toutes
les filles vont vouloir savoir comment tu es en vrai »)… avant de
lui faire jouer, le sadique, un homme voilé dans un pays imaginaire où ce sont les femmes qui commandent. « Attendez,
objecte Lacoste, dans “Jacky au royaume des filles”, je jouais
quand même le plus beau garçon du village ! » « Certes, mais vous
portiez une sorte de tchador. » « Vous voulez parler de ma “voilerie” ? C’est comme ça qu’on l’appelle dans le film. Qu’est-ce qu’on
s’est fait allumer ! » Il rit, de ce rire d’adolescent qu’il ne peut
« pas contrôler » et qui surgit, analyse-t-il, quand il « trouve les
choses amusantes, ou quand [il est] gêné ». Aujourd’hui, il l’est de
moins en moins. Même de tourner nu chez Honoré ? « Disons
que c’est tellement gênant que ça en devient amusant ! » Bien joué.
« Bon, reprend-il, ce n’est naturel pour personne de se retrouver à
poil devant une caméra, et faire semblant de baiser n’est pas le truc
le plus confortable. Mais ce n’est pas QUE un calvaire si c’est bien
chorégraphié ! Et puis j’aime voir les scènes de sexe au cinéma. »
Et de citer « Ne vous retournez pas », un film d’horreur de
1973 avec Donald Sutherland et Julie Christie. Nous, plus on
l’écoute, plus on se dit qu’on a vraiment envie de suivre ce
papillon qu’on ne sent pas trop du genre à se brûler les ailes.
Heureux de voler, plutôt, dans le large paysage qu’a offert le
cinéma à ce curieux garçon aux boucles brunes qui semble
pouvoir tout jouer. Alors, pourquoi se contenter de Dylan ? §
« Première année », de Thomas Lilti (en salles).
« Amanda », de Mikhaël Hers (sortie le 21 novembre).
ARNO LAM POUR « LE POINT »
Lacoste, la cote
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SPÉCIALMODE HOMMES
Le grand
Chaises musicales.
Les maisons
de luxe font appel
à des superstars
ou à de jeunes talents
pour dessiner une
nouvelle esthétique.
PAR MARINE DE LA HORIE ET FABRICE LÉONARD
Daniel Lee
126 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
C’est un créateur au profil bas qui
succède à Tomas Maier en tant que
directeur de la création de Bottega
Veneta. Relativement inconnu du
grand public, Daniel Lee a pris ses
fonctions le 1er juillet. Le Britannique
âgé de 32 ans était auparavant
directeur du design prêt-à-porter chez
Céline. Diplômé du Central Saint
Martins College of Art and Design, il a
déjà un riche parcours : Daniel Lee a
notamment fait ses classes chez
Maison Margiela, Balenciaga et Donna
Karan avant d’entrer chez Céline en
2012. « La singularité de sa vision,
inspirée d’un univers créatif très
personnel, m’a convaincu qu’il était le
mieux à même d’ouvrir un nouveau
chapitre dans l’histoire de la maison. Son
travail se caractérise par une grande
rigueur, une maîtrise du savoir-faire
atelier, une passion pour les matières et
une énergie que j’ai hâte de voir se traduire
chez Bottega Veneta », a déclaré
François-Henri Pinault, PDG de
Kering. Son prédécesseur, l’Allemand
Tomas Maier – dix-sept ans de bons et
loyaux services –, avait fait bondir les
ventes de la maison. On peut donc
imaginer une certaine pression sur les
épaules de Daniel Lee qui présentera
sa première collection en février 2019,
à Milan.
SP
Daniel Lee
chez Bottega Veneta
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mercato des créateurs
Virgil Abloh
chez Louis Vuitton
Kris Van Assche
chez Berluti
Virgil Abloh, créateur de la marque
Off-White et ex-directeur artistique de
Kanye West, succède à Kim Jones à la
tête de la création masculine chez Louis
Vuitton. Il a présenté une première
collection très remarquée et
particulièrement métissée, en juin, à
Paris. On a retenu des maillots de sport
transparents sous des vestes en
fourrure qui façonnent des dégaines
de rappeur, mâtinées de touches
ultracolorées. Sans oublier le logo LV,
revisité en version XXL. « Ayant suivi
avec grand intérêt l’ascension de Virgil
depuis qu’il a travaillé avec moi chez Fendi
en 2006, je suis ravi de voir à quel point
sa créativité innée et son approche avant-
A peine a-t-il quitté, au bout de
onze ans, la direction artistique de Dior
Homme (où lui succède le designer britannique Kim Jones) que Kris Van
Assche est nommé directeur artistique
de Berluti. Il remplace Haider Ackermann, qui n’a signé que trois collections pour la marque. Une annonce qui
créa autant la surprise que sa nomination en avril 2007 après le départ d’Hedi
Slimane. Diplômé de l’Académie royale
des beaux-arts d’Anvers, Kris Van
Assche a été le bras droit de ce dernier
chez Saint Laurent (de 1998 à 2000)
avant de rejoindre Dior Homme. En
2004, il quitte la maison de l’avenue
Montaigne pour lancer sa propre
marque de mode masculine. Lorsqu’il
revient au printemps 2007 pour assurer
la direction artistique de Dior Homme,
il conserve une double activité jusqu’en
2015. Cherchant à se distinguer de son
prédécesseur, le designer s’attache à développer un univers sportswear qui
sera un formidable relais de croissance
pour la marque, jusqu’alors cantonnée
aux silhouettes et costumes étriqués.
Sa première collection imaginée pour
Berluti sera dévoilée en janvier 2019.
PAOLO ROVERSI – JACKIE NICKERSON/SP – MARK VASSALLO/SP
Virgil Abloh
gardiste l’ont rendu incontournable,
non seulement dans la mode mais aussi
dans la culture populaire. Sa sensibilité
pour le luxe et le savoir-faire sera
déterminante pour imaginer les nouvelles
collections », a indiqué Michael Burke,
président-directeur général
de Louis Vuitton.
Né en 1980 aux Etats-Unis, dans
I’Illinois, Virgil Abloh est tout à la fois
un artiste, un architecte, un ingénieur,
un directeur créatif et un designer.
Diplômé en génie civil, il acquiert une
maîtrise en architecture à l’institut de
technologie de l’Illinois. C’est le
premier créateur afro-américain à
prendre les rênes d’une maison de luxe.
Kim Jones
Kim Jones
chez Dior
Après avoir dessiné le prêt-à-porter masculin de Louis Vuitton pendant sept
ans, en combinant ultraluxe et sens du
cool moderne, le créateur britannique
office désormais chez Dior. En juin, il
efface, pour son premier défilé de la
maison, la mention « Homme » pour la
remplacer par « Men », ainsi que le noir,
couleur fétiche de Dior. Il leur substitue
des panoplies joyeuses et colorées telle
une veste claire comme portée à l’envers, des imprimés toile de Jouy, des
motifs floraux – en hommage aux
fleurs qu’affectionnait monsieur Dior –
et des trenchs parés du motif cannage.
En banane, en besace ou en bandoulière, l’intemporel sac féminin Saddle
est présenté sous toutes ses coutures et
devient un accessoire purement masculin. L’abeille, autre symbole fort de
monsieur Dior, est également réinterprétée. Dessinée par l’artiste Kaws, elle
butine pantalons, chemises et accessoires pour une touche pop et colorée.
Pari réussi donc pour Kim Jones, qui
entame un nouveau chapitre pour
la maison Dior tout en respectant
son riche patrimoine.
Kris Van Assche
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SPÉCIALMODE HOMMES
Hedi Slimane
chez Celine
Il est l’un des créateurs de mode les plus
influents du XXIe siècle. Réputé autant
pour ses qualités artistiques que pour
ses capacités à faire exploser les chiffres
d’affaires des marques qui l’emploient,
il bouscule leur modèle en réinventant
leur esthétique. Le designer fit parler de
lui lorsqu’il fut appelé par Pierre Bergé
pour dessiner les collections masculines d’Yves Saint Laurent, maison qu’il
retrouvera plus tard au poste de directeur artistique et dont il fit le succès de
2012 à 2016. Avant cela, il officia chez
Dior, dont il redéfinit l’univers masculin, du logo aux codes couleurs en passant par les boutiques et, bien sûr, les
collections. De 2000 à 2007, il inventa
une silhouette longiligne sous
influence rock, fondatrice du style
masculin moderne. L’annonce de sa
nomination chez Celine fit l’effet d’une
bombe. Depuis le 1er février, Hedi
Slimane officie comme directeur de la
création artistique et de l’image de
Celine, succédant à Phoebe Philo. Il dirige l’ensemble des collections féminines de la marque, qu’il étendra à la
mode masculine, à la couture et aux
parfums, trois territoires jamais explorés par la griffe depuis sa fondation en
1945. Le designer obtient ce qui lui a
toujours tenu à cœur : la gestion globale
d’une maison et de toutes ses divisions
pour mieux harmoniser son image et
ses contenus. Il a déjà revu et corrigé le
logo de la marque, lui faisant perdre son
accent aigu. Passé maître dans l’art de la
communication, il distille au compte-
gouttes des indices et des explications
de son travail sur le compte Instagram
de la griffe. Il a posté une image de
Lady Gaga, photographiée devant
« La Joconde » au musée du Louvre
portant le premier sac qu’il a imaginé
pour Celine. De quoi faire exploser
le buzzomètre jusqu’au 28 septembre,
jour de son premier défilé pour la
maison.
Riccardo Tisci
Hedi Slimane
128 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
Le designer italien, qui compte plus de
2 millions d’abonnés à son compte
Instagram, révolutionna la très sage
maison Givenchy en imaginant, pendant douze ans, des collections qui
étaient un mélange ombrageux de
culture italienne ascendant Caravage,
d’esprit néogothique et de streetwear.
Une vraie signature qui popularisa
Givenchy auprès d’un public jeune et
conquit les stars de la musique, les
idoles des réseaux sociaux et les fashionistas du monde entier. Il a désormais
la tâche excitante et complexe de
rendre Burberry à nouveau ultradésirable sur le marché de la mode et d’inventer le style de demain de cette
institution britannique, en restant fidèle à ses racines anglaises. Riccardo
Tisci n’est pas étranger à Londres ni à sa
culture : il y a vécu et fait ses études
dans la grande école de mode locale,
Central Saint Martins, dont il a été diplômé en 1999. Son premier défilé pour
la griffe britannique ce mois-ci est un
des plus attendus de la saison §
DANKO STEINER/SP – PHOTOSHOT/ABACA
Riccardo Tisci
chez Burberry
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SPÉCIALMODE HOMMES
Zegna : le complet de A
Dans les coulisses
du défilé
de la collection
automne-hiver
2018-2019, à Milan.
PAR FABRICE LÉONARD
S
i Ermenegildo Zegna est devenu le
leader de l’habillement masculin
haut de gamme, c’est grâce à sa structure de production entièrement verticalisée, maîtrisant toutes les étapes, de la
filature à la confection. L’entreprise, familiale depuis sa création en 1910, est
l’une des dernières griffes à imaginer et
produire, au cœur de son usine de Trivero, dans la région de Biella, en Italie,
des tissus à partir de matières premières
d’excellence (laine, mérinos, cachemire,
vigogne…) en provenance d’Australie, du
130 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
Pérou, d’Afrique du Sud ou encore de Mongolie. Une particularité qui fait que, dès
le début de son activité, la manufacture
devient une référence pour les tailleurs
du monde entier qui lui commandent
leurs tissus raffinés.
Autre particularité, Zegna n’hésite pas
à produire son propre prêt-à-porter dès
1968. Filateur et tisseur, l’établissement
du Piémont est alors dirigé par Angelo et
Aldo, les deux fils du fondateur, qui
constatent que les tailleurs commandent
moins de belles draperies. Raison de cette
désaffection : l’émergence d’une nouvelle
offre venue des Etats-Unis, le ready to wear,
permettant de porter les dernières tendances instantanément. Plus besoin de
faire appel à une couturière ou à un tailleur et d’attendre des semaines, voire des
mois, la confection à la main d’une tenue.
Précurseur, Zegna sera rapidement suivi
par d’autres lainiers transalpins confrontés à cette évolution du marché.
Lifestyle. Forte de cette double expertise de filateur et de tailleur, la griffe, qui
compte aujourd’hui 6 500 employés et plus
de 500 boutiques dans le monde, est devenue une référence de l’art de vivre pour
hommes made in Italy. Costumes confectionnés sur mesure ou en version prêt-àporter, lignes plus sportswear, accessoires
précieux, dont des lignes de souliers et de
maroquinerie, parfums et haute horlo-
SP
Savoir-faire. Depuis 1968, la famille Zegna
réinvente le costume à Trivero, en Italie.
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àZ
Angelo et Aldo Zegna
à l’ouverture de leur
première boutique
à Paris, en 1980.
Clichés d’archives,
tissus anciens et vêtements d’époque sont
rassemblés à la Casa
Zegna, à Trivero.
Etui à lunettes en cuir
texturé de la ligne
Zegna Toyz.
SP (X5) – ANDREA PISAPIA/SPAZIOORTI14.IT
Au cœur des ateliers
de confection du
prêt-à-porter Zegna,
dans les années 1970.
gerie développée en collaboration avec
Girard-Perregaux, esquissent l’allure signée Zegna.
L’exposition « Uomini All’Italia 1968.
Zegna Ready-to-Wear : from the Tailor to
Industry », à la Casa Zegna, mitoyenne des
ateliers historiques de Trivero, revient sur
la première décennie fondatrice de cette
aventure, durant laquelle les bases du
prêt-à-porter Ermenegildo Zegna ont été
jetées. Le parcours est jalonné de photos
d’archives, de costumes, de chemises et
de cravates anciennes. On découvre par
exemple que Zegna produisit la première
collection hommes d’Emilio Pucci en 1968.
Entre autres livres et objets typiques de
cette décennie, Top, magazine interne, devint, dès ses débuts, une véritable publication lifestyle mêlant articles et séries photo,
préfigurant ce qu’allait être le magazine
de mode masculine qu’on connaît de nos
jours. A l’occasion de cette exposition et
des 50 ans de prêt-à-porter Ermenegildo
Zegna, son directeur artistique, Alessandro Sartori, a imaginé une nouvelle collection d’objets Zegna Toyz (ballons de sport,
platine disques, casque audio, corde à sauter…) en Pelle Tessuta, un cuir texturé dont
le motif façon chevrons fut imaginé par la
griffe pour une draperie en 1968 §
Jusqu’au 28 octobre à la Casa Zegna,
via Marconi, 23. Trivero (Biella), Italie.
www.fondazionezegna.org.
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 131
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SPÉCIALMODE HOMMES
Le couturier vient
de célébrer ses 50 ans
de mode à New York,
lors de la Fashion Week.
Hiver 2001, c’est l’apogée du style preppy
dans la collection Polo.
Les collections Polo automne 1980
(à g.), avec bretelles, et automne
2018 (ci-dessus), avec teddy.
Et cravate rayée, toujours.
Icône. Pour les 50 ans
de sa griffe, retour sur
le style preppy qui fit
le succès du couturier
américain.
PAR FABRICE LÉONARD
F
asciné par le vestiaire de la jeunesse
dorée américaine, le créateur s’inspire
depuis toujours du style des étudiants
Ivy League, sorte de cartel des meilleures
universités, popularisant ainsi le look
preppy. Un mélange de pièces classiques
et d’éléments sportswear cher à ces jeunes
riches américains blancs de la côte Est.
Etudiant, Ralph Lauren aimait déjà ce
look qui mêle décontraction et tradition.
« Lorsque j’ai commencé à dessiner mes collections masculines, j’ai exploré les éléments
132 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
intemporels de ce style classique. Mon inspiration est venue des albums de fin d’année et
des images de collégiens des universités de
Princetown, Harvard et Yale », précise le
couturier. L’aspect patiné des tenues, le
symbole d’appartenance quasi familiale
des blazers bleu marine, les écussons
d’école, les cravates à rayures, la flanelle
et les saddle shoes (des derbys à semelle
couleur brique en nubuck blanc, dont la
selle, une sorte de gaine qui maintient le
pied lors des parties de tennis ou de golf,
est d’une teinte différente) le séduisent.
Tout comme les références aux gentlemen sportifs, qu’ils soient athlètes, joueurs
de tennis et de polo ou rameurs.
Le style preppy est à son apogée avec
la collection Polo hiver 2001. Ralph Lauren associe alors un blazer coupe droite
à boutons dorés, une chemise en popeline de coton à rayures et une cravate en
soie à motifs écusson, en référence aux
blasons des universités. Le pantalon en
velours milleraies de couleur vive est
porté avec une ceinture à boucle sanglée
en gros-grain à fines bandes contrastées,
assortie au bracelet de la montre. Sans oublier le pull en cachemire dit « cable » noué
à la taille, un des vêtements fétiches du
créateur.
Pour la collection Polo automne 2018,
Ralph Lauren mêle vêtements formels et
pièces décontractées. La pratique du sport
dans les universités américaines étant importante, le style preppy intègre aussi des
pièces comme le polo, les chaussures bateau et le teddy. Ce blouson aux couleurs
de la faculté est ici porté avec pantalon et
gilet de costume assortis en laine à motifs chevrons, une chemise à rayures à col
rond contrasté tenu par une épingle à
nourrice passée sous une cravate en
tricotine de laine rayée, importée d’une
tradition anglo-saxonne où chaque collège
possède un code couleur permettant de
le distinguer des autres. Tout un monde §
BRUCE WEBER COURTESY OF RALPH LAUREN - DR
La leçon de style de Ralph Lauren
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SPÉCIALMODE HOMMES
A Tokyo, un bottier à l’anglaise
Le maître-bottier
dans son atelier.
« Sous influence
british, mais avec
un twist nippon. »
Une fine feuille de cuir
est cousue entre deux
épaisseurs pour mieux
isoler la chaussure.
Certains modèles nécessitent
200 étapes de fabrication.
Pointure. Chihiro
Yamaguchi a été formé
en Grande-Bretagne.
Visite de son atelier.
PAR MARINE DE LA HORIE
D
ans son école-usine du quartier animé
d’Asakusa, à Tokyo, on entendrait une
mouche voler. Gravitant autour du
maître bottier, occupé à faire la démonstration d’un point de couture, des étudiants contemplent la scène, interdits.
Seules fusent quelques onomatopées
admiratives. Chihiro Yamaguchi est un
artisan d’exception, vénéré au Japon
pour ses modèles architecturés, parfois
décalés, dont certains nécessitent plus de
200 étapes de fabrication. Sa philosophie,
il la définit ainsi : « Sous influence British,
mais avec un twist nippon. »
Pourtant, rien ne prédestinait ce fils de
sculpteur à devenir bottier. Alors qu’il travaillait dans une usine, lassé par la tournure répétitive que prenait son métier, il
décide de tout quitter pour aller en Angleterre et apprendre le métier de bottier au
Cordwainers College. Au début, ne parlant
pas un mot d’anglais, il se sent un peu « lost
134 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
in translation » au sein de cette prestigieuse
école qui forme les élites britanniques.
Mais, après quatre ans en GrandeBretagne, il maîtrise parfaitement les
codes de la botterie anglaise et décide de
rentrer au Japon.
A Tokyo, il monte sa marque, Guild
of Crafts. Ses modèles s’inspirent de la
nature, comme ces détails figurant des
découpes en feuille de houx, des profils
de chien de chasse ou des attributs de
sorcière… Mais aussi de ses voyages ou
des automobiles, comme les Aston Martin
aux ailes profilées qu’il affectionne tant.
Après avoir ouvert une boutique dans
le quartier chic de Ginza, il inaugure une
école pour former les jeunes vocations,
car il n’existe pas vraiment de tradition
bottière au pays du Soleil-Levant.
ChihiroYamaguchi a érigé son perfectionnisme en art de vivre. Chaque paire
nécessite de 60 à 200 étapes et entre deux
et six mois de fabrication. Après un rendez-vous approfondi avec son client,
le bottier dessine un plan du pied qu’il
annote de signes cabalistiques – que lui
seul peut déchiffrer – et truffe d’indications orthopédiques. Un moule en plâtre
est ensuite réalisé pour obtenir l’exacte
morphologie du pied en trois dimensions.
Il comprend plus de 50 relevés de mesure
par pied. Le bottier peut même intégrer à
sa confection des points d’acupuncture.
ChihiroYamaguchi utilise les plus
beaux cuirs de veau, de crocodile, d’autruche, de lézard, de daim d’Ecosse vintage… Les coutures de la semelle sont faites
à la main. Le bottier nippon pratique une
technique qui consiste à coudre une très
fine feuille de cuir entre deux épaisseurs
pour optimiser la solidité et l’étanchéité
de ses modèles. La durabilité est aussi au
cœur de l’équation. « On passe un tiers de
sa vie à marcher. Les chaussures sont un outil
très important. Et, quand je crée une chose, je
veux qu’elle dure toute une vie », explique-t-il,
cintré dans son tablier de cuir.
Son atelier emploie une quinzaine de
bottiers, forme une cinquantaine d’élèves
et produit environ 300 paires par an. ChihiroYamaguchi y enseigne même comment
façonner ses incroyables embauchoirs
ultralight et articulés. Des œuvres d’art
taillées dans du cuir moulé. Quand on
vous parlait de perfectionnisme… §
KO SASAKI/SINOPIX-RÉA (X3)
Chihiro Yamaguchi
forme chaque année
une cinquantaine d’élèves.
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SPÉCIALMODE HOMMES
Les indispensables
de la saison
P
LEIN HIVER
A twister avec des pièces
plus urbaines ou franchement sportswear, la célèbre
veste en laine shetland
fabriquée en Autriche
par l’enseigne parisienne
Mettez.
N
M
ASCULIN
Le blouson d’aviateur en cuir
à col en mouton retourné
opère un grand come-back
dans le vestiaire masculin.
Toutes les marques l’ont
revu et corrigé, comme ici
chez Izac, porté avec un col
roulé camel et un pantalon
à carreaux.
L
E BON MIX
Cet hiver, il est question de
mélanges. Des pièces
sportswear associées à des
vêtements plus citadins dans
un esprit tailleur, comme
chez De Fursac, qui associe
136 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
une veste trois boutons en
tweed à motif pied-de-poule
avec un pull col cycliste
à fines côtes de coton.
D
ÉTAILS
La double – voire triple –
boucle sur des mocassins
ou des boots revient en force
dans les collections hivernales des chausseurs, comme
ici chez Fratelli Rossetti.
PAOLO MARCHESI (FRATELLI ROSSETTI) - SP
Mode, accessoires, nouveaux créateurs… Tout ce qu’il
faut savoir pour être au sommet du style. PAR FABRICE LÉONARD
OUVEAU
Figaret se lance dans les
accessoires avec une ligne
de sneakers et une collection
complète d’accessoires
comprenant portefeuilles,
porte-cartes, sacs 24 heures
et pochettes. Délicatement
signée du logo argenté embossé, elle est façonnée dans
un cuir décliné en version
grainée, lisse et façon peau
…
exotique.
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JULIEN SELLIER
RTL PETIT MATIN 4 H 30-7 H
© William BEAUCARDET/RTL
ON A TELLEMENT
DE CHOSES À SE DIRE
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SPÉCIALMODE HOMMES
d’un duffle bag. Un charm’s
en cuir assorti à l’effigie de
l’abeille Dior peut se clipper.
griffe, que le chanteur
portait sur la pochette de
l’album, sera également
réédité en édition limitée.
Disponibles à partir de la
mi-novembre.
C
E
XCLUSIF
La collection de maroquinerie frappée du logo Christian
Dior Atelier s’élargit avec
une nouvelle palette de
couleurs, de l’orange au bleu
électrique en passant par le
bordeaux, le gris et le noir.
Ce logo s’inscrit sur le cuir
grainé souple d’un sac à dos,
d’une pochette ou encore
OLLABORATION
Pour sa deuxième collection
imaginée pour Burberry, le
créateur Gosha Rubchinskiy
a imaginé une ligne de
13 pièces en édition limitée,
célébrant le tartan et les
pièces iconiques de la maison comme le duffle-coat
oversized, des chemises en
flanelle fusionnant deux
tailles de tartan et un trenchcoat retravaillé avec une
ceinture à double boucle
inspirée des archives du style
militaire. Sans oublier des
écharpes en cachemire en
check contrasté sur chaque
côté, des bobs en flanelle
à carreaux et des mocassins
en cuir.
E
I
NCUBATEUR
Herno, spécialiste du vêtement d’outwear, dévoile la
seconde édition de sa ligne
Untitled 02. La collection
capsule composée de
8 pièces est imaginée par le
gagnant du Herno’s Award
for Who Is On Next, qui se
nomme M140, un label
fondé par Stefano Ghidotti
et Michele Canziani.
SPRIT COLLÈGE
Lanvin s’est toqué de
blousons en peau retournée
gansés de cuir, de chemises
western à boutons-pression
portées sur des tee-shirts en
jersey et des pantalons rayés,
de vestes canadiennes en
laine tartan doublées de
mouton, de larges parkas
confortables brodées
M
USICAL
En partenariat avec l’Estate
de Michael Jackson et pour
célébrer les 60 ans qu’aurait
eus en août le roi de la pop,
Hugo Boss éditera trois tee-
d’écussons griffés…
Capuches amovibles
et écharpes superposées,
costumes et cabans, petits
et grands carreaux, couleurs
et motifs : tout cohabite
naturellement. L’héritage
britannique épouse l’esprit
français, comme un
patchwork de styles.
138 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
P
OINTURES
Entre bottine classique et
basket futuriste, Geox
imagine un modèle de
boots en veau velours
à semelle architecturée.
SP
shirts exclusifs avec les silhouettes les plus célèbres de
l’artiste et la couverture
de l’album « Thriller »
revisitée par l’artiste
Graham Dolphin.
Le costume iconique
blanc signé par la
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Un Style ... Une Référence
Depuis 1847
01 42 65 33 76
12, boulevard Malesherbes
Paris 8e
www.mettez.com
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TENDANCESÉVASION
Hôtel. Audacieuse, conceptuelle et signée
Philippe Starck, voici « la » nouveauté parisienne de la rentrée. Visite en avant-première.
PAR MARION TOURS
Q
uel est le point commun entre Marcel Cerdan, Colette Besson, Louison
Bobet, Suzanne Lenglen et Alfred
Nakache ? Tous sont d’illustres sportifs,
figures de la boxe, de l’athlétisme, du cyclisme, du tennis et de la natation. Mais
surtout, tous ont inspiré l’esprit des suites
140 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
de l’hôtel Brach, qui ouvrira ses portes
le 25 septembre dans le 16e arrondissement de Paris. Et pour cause, Brach n’est
pas qu’un 5-étoiles, c’est aussi un club de
sport, façon salle de boxe des années 1930
avec piscine, espace de fitness, cours collectifs et cabines de massage. Mais pas que.
Brach, c’est également un bar, un restaurant (confié à Adam Bentalha, ancien du
Prince de Galles), une boutique pâtisserie
(sous la houlette de Yann Brys, Meilleur
Ouvrier de France), un coin épicerie, un
potager et, pour les clients VIP (suites et
événements particuliers), une terrasse
sur le toit.
Ce lieu hybride imaginé en lieu et place
d’un centre de tri postal, à deux pas des
métros La Muette et Rue-de-la-Pompe, on
le doit au groupe Evok et au designerarchitecte Philippe Starck. Si le second
n’a plus besoin d’être présenté, le premier,
en revanche, est moins connu du grand
public. A sa tête, le très discret investisseur et homme d’affaires Pierre Bastid,
GUILLAUME DE LAUBIER
Follement Brach !
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KHANH RENAUD – GUILLAUME DE LAUBIER - DR
Réservée aux clients de la suite
Suzanne, l’une des terrasses
de l’hôtel construit à l’emplacement
d’un ancien centre de tri postal,
dans l’Ouest parisien.
qui, après avoir fait fortune sur le marché
des générateurs et des moteurs électriques,
s’est lancé, il y a quatre ans, dans l’hôtellerie et la restauration avec des établissements haut de gamme conçus comme de
véritables lieux de vie par des pointures
du design (Jean-Louis Deniot, Tristan
Auer…), intégrés dans leur environnement et accessibles à la clientèle extérieure. « Chacun de nos hôtels est singulier,
avec un parti pris. Ils sont le reflet des styles
de vie de nos clients, riverains et voyageurs,
explique son directeur général, Emmanuel Sauvage. L’idée est de rester en phase
avec le quartier, mais aussi de le réveiller un
peu. Bref, de faire bouger les choses ! »
Après un premier restaurant – celui
du Palais-Royal – repris en 2015, dans les
jardins du même nom à Paris, et récompensé depuis d’une étoile au Guide Miche-
Luxe décontracté
avec le style Starck,
qui signe une décoration
inspirée du courant
moderniste des années 1930.
lin, Evok prend de l’altitude et débarque
six mois plus tard à Courchevel avec le
Hameau de la Volière, un ensemble de
chalets exclusif. Avant de revenir dans
la Ville lumière en juillet 2016 avec le
Nolinski, un 5-étoiles au style haussmannien réinventé par Jean-Louis Deniot. Cela tout en peaufinant le concept
du Brach, pour lequel 70 millions d’euros
ont été investis et dont nous avons …
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 141
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TENDANCESÉVASION
parcouru la structure de verre et
d’acier en avant-première.
Nous n’avons pas été déçus. Avec son
immense espace incluant bar, restaurant, terrasse, grandes tablées, cuisines
ouvertes, pâtisserie et cave à fromages,
l’adresse donne immédiatement le ton.
Brach jouera la carte du luxe, mais décontracté, avec un personnel au diapason,
habillé par Le Coq sportif (le sport, toujours le sport) et au contact des clients.
« Ici, les équipes sont dans le partage et l’interaction », insiste Emmanuel Sauvage.
…
Watsu et barbier. Une sensation de
convivialité renforcée par la décoration
de Philippe Starck, largement inspirée
du courant moderniste des années 1930
où prédominent matériaux bruts, couleurs chaudes, influences ethniques et
petits détails qui confèrent au lieu une
atmosphère « comme à la maison ». Tels
ces panneaux de palissandre ornant les
murs et les plafonds, ces fauteuils en
peaux de bêtes, ces rideaux en lin tressé,
ces canapés et têtes de lit en cuir camel,
ces tabourets en perle « très africains »,
ces marbres blancs polis ou structurés, ces
moquettes tachetées comme la peau des
animaux, ces empilements de livres (sélection renouvelée à chaque rentrée littéraire), ces objets dispersés sur les étagères
et ces fresques spectaculaires signées Ara
Trois lignes d’eau
pour enchaîner
les longueurs
dans le club de sport
à l’ambiance rétro.
Starck, la fille du designer. Sans oublier
les immenses baies vitrées qui, du rez-dechaussée aux étages, captent la lumière
pour ne plus la lâcher. Excepté dans le
club de sport, tout en lumières tamisées
et tonalités terracotta insufflant plus encore un esprit d’exclusivité au lieu réservé
aux clients de l’hôtel ou aux abonnés, à
raison de 2 220 euros par an.
A ce prix-là et dans une ambiance rétro
– cordes, anneaux et sacs de frappe à
l’appui –, les hôtes privilégiés pourront
nager dans la piscine de 22 mètres,
barboter dans un bain à 35 degrés, suivre
un cours de watsu, se faire tailler la moustache chez le barbier, s’offrir un massage,
une séance avec un ostéopathe ou encore
les conseils d’un diététicien.
L’hôtel Brach n’en est qu’à ses balbutiements. L’équipe travaille entre autres
à la mise en place d’ateliers sur le thème
du potager (installé sur le toit) et de la cuisine. Tout est encore à faire, à imaginer.
Cela n’empêche pas Emmanuel Sauvage
d’avancer sur d’autres projets. A savoir les
hôtels Sinner et Cour des Vosges qui ouvriront également à Paris en 2019. Evok
n’a donc pas fini de réveiller l’hôtellerie §
Brach, 1-7, rue Jean-Richepin, Paris (16e).
A partir de 450 € la nuit, accès au club
de sport inclus. 01.44.30.10.00,
www.brachparis.com.
NOLINSKI
Où ? Dans le quartier de l’Opéra.
Remise des clés. Juillet 2016.
Design. Jean-Louis Deniot.
Concept. Haussmannien réinventé,
façon « maison particulière »
des années 1930-1950.
142 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
SINNER
Où ? Dans le Marais.
Remise des clés. Juillet 2019.
Design. Tristan Auer.
Concept. On y annonce une
atmosphère un brin transgressive,
très 1970, très Yves Saint Laurent…
COUR DES VOSGES
Où ? Place des Vosges.
Remise des clés. Septembre 2019.
Design. Lecoadic Scotto.
Concept. Douze appartements
exclusifs dans une demeure classée
du XVIIe siècle.
GUILLAUME DE LAUBIER (X2) – SP (X2)
Les autres adresses parisiennes du groupe Evok
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Crédit photo : CM Photography
Crédit photo : Camille Moirenc
Crédit photo : Philippe Giraud
* Prix indicatifs susceptibles de variation en fonction de la saison, de la période et de la disponibilité de les établissements concernès.
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représente l’expression pure de ce terroir unique. Ce terroir aux propriétés exceptionnelles, bénéfcie
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TENDANCESAUTO
ESSAI
Le Q8 présente un profil
élancé grâce à une lunette
arrière très inclinée.
La calandre est travaillée en relief, les écrans tactiles vibrent sous les doigts et le coffre est assez grand pour jouer les déménageurs.
Athlétique. Dernier-né de la marque aux
anneaux, le nouveau Q8 est le pendant
dynamique du volumineux Q7, SUV
familial XXL pouvant accueillir jusqu’à
7 occupants. Raccourci de 7 centimètres,
élargi de 3 et abaissé de 4 (grâce, notamment, à l’adoption de portes sans encadrement), le Q8 n’offre plus que 5 places
mais affiche un style moins imposant,
plus athlétique, souligné par une calandre
octogonale de couleur contrastée qui
sera déclinée sur d’autres Audi.
Roue libre. Pour résister à Porsche, Maserati et Jaguar, Audi s’impose une progression technique continue. Les débuts se
feront avec le moteur V6 diesel de 286 chevaux sur la 50 TDI, en attendant, l’an prochain, un V6 essence de 340 chevaux et,
sans doute, un V8 de 435 chevaux. Il est
doté d’un alterno-démarreur capable
d’aider aux démarrages et lors des reprises
144 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
qui autorise, en outre, une fonction roue
libre au-dessous de 22 kilomètres/heure
pour économiser du carburant. Comme
il se doit pour un modèle Audi haut de
gamme, le Q8 est doté de la transmission
intégrale maison Quattro. Il dispose en
outre d’un amortissement piloté et d’une
boîte automatique à 8 rapports.
Haptique. Luxe et volupté : l’habitacle,
inspiré des A6 et Q7, reprend le splendide
Virtual Cockpit, dont on paramétrera à
Audi Q8 50 TDI
A partir de 85 200 euros (S-Line)
Moteur : V6 3 l turbo diesel de 286 ch
Transmission : aux 4 roues
L x l x h (m) : 4,99 x 2 x 1,71 – Coffre : 605 à 1 755 l
0 à 100 km/h et Vmax : 6,3 s et 245 km/h
Consommation : 6,6 l aux 100 km
C02 : 172 g/km (malus : 6 350 €)
l’envi l’affichage des instruments. Avec
un grand écran central tactile dont une
vibration haptique sous le doigt confirme
la commande, avec la reconnaissance
vocale, les bois vernis, l’aluminium satiné
et les quatre confortables sièges coulissants, on est dans un salon roulant. Seul
le cinquième passager sera moins bien
loti. On peut tabler sur un hayon et un
cache-bagages à ouverture électrique.
Agile. Confortable et capable de sortir
des sentiers battus grâce à sa suspension
pneumatique à hauteur de caisse variable,
le Q8 joue aussi la carte du dynamisme
avec ses 4 roues directrices qui lui
garantissent une belle agilité en dépit
de son imposant gabarit. La microhybridation soulage le moteur sans que le
conducteur s’en aperçoive. Roulez, elle
fait le reste, mais au prix fort §
JACQUES CHEVALIER
AUDI/SP (x4)
Audi Q8, une certaine hauteur de vue
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TENDANCESGASTRONOMIE
À LA CARTE par Thibaut Danancher
ASPIC MODERNE DE TOMATES
Le secret de Guillaume Sanchez
On rince les tomates jaunes et cœurs de
pigeon sous l’eau froide. On les équeute.
On stérilise des bocaux (de préférence
des Le Parfait). On les remplit de tomates.
On verse à hauteur une saumure à base
d’eau minérale (98 %) et de sel fin (2 %).
On ferme les bocaux hermétiquement.
On les laisse reposer à température ambiante dans une cave. Lorsqu’on souhaite
consommer les tomates, on les émonde
et on les trempe dans un bain de calcium.
On les poêle à feu vif avec du beurre,
de l’huile d’olive, du thym et une gousse
d’ail écrasée. On les déglace au vin rouge.
Avec NE/SO, Guillaume
Sanchez livre enfin
son véritable visage.
0
n l’a connu rebelle dans « Top chef »
sur M6. On l’a retrouvé sale gosse
chez Nomos, sa table du 18e arrondissement de Paris, fermée en mars. On le redécouvre apaisé depuis avril à la tête de
NE/SO – Nord-Est/Sud-Ouest –, à l’extrême
pointe du 9e arrondissement. Guillaume
Sanchez avait besoin de faire sa mue pour
éclore au grand jour rue Papillon. Voilà
le Bordelais pur jus, millésime 1990, en
mode cru d’exception dans son nouveau
cocon. Un repaire futuriste mêlant les
contrastes de matières – bois, cuivre, cuir,
briques… – où le trublion culinaire, pâtissier de formation, présente en personne
ses assiettes version jardin à la française.
A l’image de cet aspic moderne de tomates
multicolores – confites, fermentées, extraction d’eau en gelée – dorloté par une
pointe de crème double, flanquée d’une
vinaigrette de shizo pourpre et ciboulette.
La suite est renversante. La langoustine crue et cuite, coiffée d’une rosace de
chou-rave et de gelée de livèche, en pince
pour le caviar. Le rouget serti d’une souplesse de ratatouille frétille face à une
crème de foie de rouget. L’émincée à cru
de montbéliarde maturée deux cents
jours pactise avec des œufs de poisson,
du garum et un vinaigre de clou de girofle. Pour le final, une bluffante douceur
autour de la Chartreuse – glace, gel –,
cristaline de verveine, opaline d’herbes et
citron jaune, siphon yaourt et crumble §
NE/SO, 6, rue Papillon, Paris 9e.
01.48.24.04.13. Menus : 55 € (déjeuner),
90, 120 € (dîner).
LA BONNE PIOCHE
Une grande Fine gueule
C’est une équipe de joyeux lurons qui fait souffler un vent
de jeunesse sur le Vieux-Nice avec sa Fine Gueule. Un temple
bistronomique avec son sol en béton ciré, ses murs façonnés
de mosaïques et de pierres apparentes et sa délicieuse
terrasse. Entouré de sa ruche, Géraud Gary-Bobo (photo)
fourmille de savantes idées depuis sa cuisine vitrée. Le garçon
au CV en or massif – Alain Dutournier, Guy Lassausaie, Joël
Robuchon… – sort de ses casseroles de canailles morceaux
de bravoure : thon brûlé, mousseline de patate douce, poivre
Timut ; selle d’agneau, aubergine confite, fine semoule,
pois chiches, raisins blonds, crème de sésame, jus aux épices ;
tarte au chocolat lacté, praliné noisette, coulis Passion §
Fine gueule, 2, rue de l’Hôtel-de-Ville, Nice (Alpes-Maritimes).
04.93.80.21.64. Menu : 16 € (déjeuner). Carte : de 22 à 52 €.
146 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
IAN HANNING/RÉA POUR « LE POINT » – ROMAIN GAILLARD/RÉA POUR « LE POINT »
Renversant Sanchez РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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© Free-Photos - pixabay
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TENDANCESMARCHÉ DE L’ART
ENCHÈRES ET GALERIES par Judith Benhamou-Huet
Peinture de femmes
Dans la peinture du XVIIIe siècle,
Elisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842) est
l’une des rares femmes à avoir percé. A
son époque, elle devint même un des
peintres mondains les plus demandés
par l’aristocratie européenne pour ses
portraits. Dans la rétrospective qui lui
fut consacrée en 2015 au Grand Palais, et
qui voyagea au Metropolitan Museum
de New York, figurait cette huile représentant la souriante marquise de Grollier, elle-même peintre, réalisée en 1788.
Jusqu’au 19 octobre, cette peinture que
le ministère de la Culture a classée trésor national est exposée dans la galerie
parisienne de tableaux anciens Canesso.
Elle a été vendue, pour une somme non
précisée, à un collectionneur français qui
tient à rester discret. A titre indicatif, en
2017, un autoportrait d’Elisabeth VigéeLebrun avait été adjugé à un prix record
pour l’artiste : 1,2 million d’euros §
Jusqu’au 19 octobre, Paris,
www.canesso.art.
Le chaud Paris
Une photo d’artistes
au début du XXe,
réunis autour de la
chanteuse, danseuse
de cabaret et modèle
Kiki de Montparnasse,
avec Cendrars, Breton,
Eluard… Estimation :
50 euros.
Le 21 septembre,
Hôtel Drouot,
www.debaecque.fr.
Frank Dunphy, qui fut
le manager de Damien Hirst
entre 1995 et 2010, vend
sa collection comprenant
principalement… des
Damien Hirst, estimée
au total à près de 6 millions
de livres. Comment
le marché va-t-il répondre ?
Le 20 septembre, Londres,
www.sothebys.com.
La collection Cordier
Dessin symboliste
Carlos Schwabe (1866-1926)
s’est fait connaître dans les
cercles parisiens d’avantgarde par ses illustrations
symbolistes, comme cette
petite aquarelle estimée
à 6 000 euros.
Le 25 septembre, Paris,
www.artcurial.com.
148 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
Daniel Cordier (né en 1920),
connu pour son rôle dans
la Résistance, mais aussi pour
ses donations au Centre
Pompidou, a été initié à l’art
par Jean Moulin. Les 300 lots
de sa collection devraient
rapporter 1 million d’euros
au moins. Cette remarquable
photo de 1980 de l’Américain
Robert Mapplethorpe (1946-1989) est estimée à 3 000 euros.
Le 27 septembre, Paris, www.sothebys.com.
GALERIE CANESSO – ARTCURIAL – SOTHEBY’S (x2) – DE BAECQUE & ASSOCIÉS
Du manager
de Damien Hirst
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Commode : photo Romain Quéré / Adobe Stock. Jouets : Bonne nuit les petits créé par Claude Laydu
Casimir créé par Yves Brunier et Christophe Izard – Goldorak créé par Gö Nagai / Photos Christophe Mourthé.
MARCHÉ DE L’ART
28 SEPT. / 7 OCT. 2018
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MOTS CROISÉS PAR ALBERT D’AUNAC
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HORIZONTALEMENT I. La cigarière Carmen et ses copines…
II. Va ajouter un peu de piquant. III. Pas bien sûrs. IV. Pour l’égalité avec
de l’eau. Fleuve allemand. V. Il suit son chemin tout tracé. Mont en
Thessalie. VI. Réveillai. VII. Il sait bien faire son trou. VIII. On le double
et c’est le même. Tomba, peut-être. IX. Placées à l’envers.
VERTICALEMENT 1. Evêque métropolitain. 2. Ne voudra pas
qu’on l’oublie. Adverbe. 3. Anéantissement pour le brahmane. 4. On
en fait un théâtre. Ecrivain britannique. 5. Peut-on faire confiance à
ses habitants ? Village belge flamand. 6. Demi-ville aux Philippines.
Du vert dans du jaune. 7. Forme de remonte-pente. 8. Pieds-de-veau.
Un accent la rend plus forte. 9. On s’en sert en ébénisterie et en cuisine.
Solution de la grille
du numéro 2403
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BRIDGE PAR MICHEL LEBEL
LE PROBLÈME DE LA SEMAINE
II. Jeu de la carte
Vous jouez 3 SA en Sud.
Ouest entame du 5 de •
pour le 4 du mort et le 10 d’Est.
Voici les jeux de Nord-Sud :
¿ AR5
• 874
\8
± A10 8 6 5 2
N
O
E
S
¿ 10 9 4
• RV3
\ AR96
±R74
I. Enchères
Sud donneur.
Faites les enchères de Nord-Sud,
qui se déroulent dans le silence
adverse.
Réponse
La bonne séquence :
Sud
1\
2 SA
Ouest Nord
1•
2±
passe
3 SA
Est
passe
(fin)
Quelques commentaires :
1 \ : ouvrez de votre mineure
la plus longue avec un jeu régulier
de 14 points H.
2 ± : changement de couleur
2 sur 1 – forcing.
2 SA : avec un arrêt à •.
3 SA : une conclusion logique avec
11 points H et une mineure sixième.
LE TEST D’ENCHÈRES
Réponse
Vous prenez le 10 de • du Valet. Après
l’intervention à 1 • – et l’entame –, vous
savez que vous devez affranchir votre
couleur principale – ± – en essayant de
ne pas rendre la main à Est. Avec un total
de cinq levées, en dehors des ± vous
n’avez besoin que de quatre levées à ±.
Le maniement classique de la couleur
consiste à encaisser d’abord le Roi
et à jouer ± vers le mort. Sur cette donne,
votre priorité est d’empêcher
– si possible – Est de prendre la main.
Voyez-vous comment ? Voici la bonne
ligne de jeu : au lieu d’encaisser le Roi,
jouez le 4 de ± ! En effet, si Ouest fournit
la Dame, vous n’aurez plus qu’à le laisser
en main. Grâce à cette manœuvre – un
coup à blanc un peu particulier, appelé
le « baiser à la Reine » –, vous réaliserez
dix levées sans qu’Est prenne la main.
Voici les quatre jeux :
¿ AR5
• 874
\8
± A 10 8 6 5 2
¿ D83
¿ V762
N
• A D 10 5 2
• 10 6
O
E
\ D 10 4 3
\ V752
S
±D
±V93
¿ 10 9 4
• RV3
\ AR96
±R74
LE POINT
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Dépôt légal : à parution - n° ISSN 0242 - 6005 - n° de commission paritaire : 0620 C 79739
150 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
Le test d’enchères du Point
est fondé sur « La Majeure cinquième,
édition spéciale », de Michel Lebel.
Réponses
Le début des enchères a été :
Sud
1•
?
Ouest Nord
passe
1 SA
Est
passe
Vous êtes en Sud.
Quelle doit être votre deuxième enchère
avec chacun des cinq jeux suivants ?
¿
A AD87
B ADV8
C AD
D ADV7
E A V 10
•
\
±
RV873
A V 10 7 6
AV9873
A R 10 9 7 3
A V 10 7 6
4
98
R974
R8
94
R74
AR
9
6
AD9
Infos bridge
Le Festival de Paris
Le 4e Festival international de bridge
de Paris – et de la région parisienne –
se déroulera du 24 au 31 octobre
au Paris Country Club. Il débutera, le 24,
par la coupe Epsilon – au profit
du Téléthon –, un tournoi associant
un jeune et un plus de 30 ans.
Signalons la nouvelle formule du tournoi
par paires open avec trois séances
en deux jours : deux séances de 18 donnes,
le samedi 27 à 14 h 30 et à 17 heures,
et une de 30 donnes, le dimanche 28
à 14 h 30.
Renseignements au 01.47.71.39.22.
Impression : Maury Imprimeur SA (45330 Malesherbes).
A passe = 20 ; 2 ± = 10 ; 2 • = 5.
Vous devez passer avec un jeu faible
– 13 points H – quand vous ne pouvez pas
annoncer un bicolore économique.
Rappel : la réponse de 1 SA dénie quatre
cartes à ¿.
B 3 SA = 20 ; 2 ¿ = 15 ; 2 SA = 10.
Demandez directement la manche à 3 SA
avec une distribution 5-4-2-2 et 19 points H.
Inutile de renseigner vos adversaires
en nommant votre deuxième couleur.
C 2 \ = 20 ; 3 • = 15 ; 2 • = 10.
Avec une distribution 6-4, annoncez
votre deuxième couleur : 2 \
– bicolore économique – et attendez
la suite des enchères.
D 2 ¿ = 20 ; 3 • = 15 ; 4 • = 10.
Vous êtes assez fort pour nommer votre
deuxième couleur – 2 ¿, bicolore cher –,
forcing pour un tour.
E 2 ± = 20 ; 2 SA = 15 ; passe = 5.
La manche est possible si votre partenaire
est maximum. Nommez une nouvelle
couleur mineure – 2 ± – avec trois cartes
quand vous n’êtes pas assez fort
pour annoncer 2 SA.
Jeu de Nord :
¿ 93
• D5
\ A D 10 5 2
± 10 8 3 2
VOTRE RÉSULTAT : De 90 à 100 : un excellent
résultat. De 70 à 85 : un bon résultat.
De 50 à 65 : assez bien, travaillez davantage
vos enchères. Moins de 50 : lisez « La Majeure
cinquième, édition spéciale ».
Diffusion : MLP.
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Le nouveau nom d’Eco-Emballages et Ecofolio
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Le bloc-notes
de Bernard-Henri Lévy
Il reste une synagogue à Mossoul : il faut la sauver !
L
orsque je me suis embarqué, en novembre 2016, dans le
tournage de « La bataille de Mossoul », j’avais un objectif :
quels que soient les risques, les embûches ou les péripéties d’une guerre dont nul ne savait ni quand ni comment elle
finirait, arriver jusqu’au tombeau de Jonas, sur le Tigre, à l’exact
milieu de la ville.
Ce fut fait.
La dernière demeure, réduite à l’état de cendres et de gravats,
de celui que je tiens pour le plus énigmatique et, au fond, le plus
stimulant des prophètes de la Bible fut le lieu d’une des dernières
séquences du film.
Et quand nous décidâmes, avec mes compagnons d’équipée,
que mission était accomplie, ce fut avec cette double satisfaction : avoir suivi, jusqu’au bout, la première moitié de cette
guerre de libération ; mais avoir également retrouvé ce que nous
pensions être la dernière trace attestant que la capitale du califat avait aussi été, à l’époque où elle s’appelait Ninive, un haut
lieu du récit biblique et, par voie de conséquence, de l’histoire
juive.
Mais voilà.
Coup de théâtre.
C’est, la semaine dernière, un appel téléphonique de mon
vieil ami Hugues Dewavrin, vice-président de la Guilde du Raid,
qui me l’apprend.
Il y a, à Mossoul, un nommé Omar Mohammed qui est l’auteur du blog « Mosul Eye » et qui n’a jamais cessé, pendant toute
la durée du règne de Daech, de tenir la chronique de la ville dévastée.
Il y a là un « historien citoyen » de grand talent, amoureux
fou de sa ville, et dont tous les journalistes de la région guettaient les billets, à l’époque non signés, car ils savaient y trouver les informations les plus fiables sur la vie quotidienne des
Mossouliotes.
Eh bien, Omar Mohammed a posté, fin juin, de stupéfiantes
photos : au cœur de la vieille ville, là même où les djihadistes
s’étaient retranchés pour y livrer leur baroud d’honneur, une
synagogue surgie du néant et dont nul ne semblait connaître
l’existence.
« Hi everybody », écrit-il alors, sur Twitter !
Appel à témoins, j’ai besoin d’aide !
Car j’ai trouvé, gravées dans des pierres bleues, d’étranges
inscriptions en hébreu – et il me faut des volontaires pour les
transcrire et les traduire…
Le miracle d’Internet, à partir de là, opère.
Carlos C. Huerta, rabbin aux armées de l’époque, en 2003, de
l’invasion américaine de l’Irak, répond que cela lui dit quelque
chose.
Frida Ghitis, journaliste à CNN, et ancienne des guerres d’Irak,
mais aussi du Kosovo et de Gaza, déchiffre une bénédiction tirée
du Deutéronome.
Un archéologue israélien répond qu’il voit – mais parle-t-il
bien de la même stèle ? – un verset du Livre des Rois et un
152 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
hommage à Yahya Ben Meir et Meir David Halevi.
Pour un autre, basé à Londres et spécialiste de la double
histoire, juive et arabe, de la pierre de Jérusalem, c’est plutôt le
Livre des Proverbes.
Pour un autre, basé à la Brookings Institution de Washington, c’est un passage du Livre des Nombres.
Un autre encore, ancien diplomate israélien, poste des photos d’il y a un siècle montrant, dans une rue de même allure, des
cordonniers juifs en train de réparer les chaussures de leurs
voisins arabes.
Bref, il suffit de quelques heures d’une conversation joyeuse
et inspirée sur les réseaux sociaux pour lever les derniers doutes
et s’entendre, au moins, sur ce point : Daech, dans son abyssale
stupidité et ignorance théologique, ne l’avait apparemment pas
compris – mais il y avait là, transformée en dépôt de munitions
et d’obus, une synagogue de la qualité de celles que l’on peut
trouver dans la partie kurde de l’Irak (mais, là, au Kurdistan,
reconnues et honorées comme telles !).
Cette découverte confirme ce que l’on savait de la présence,
à Mossoul, jusqu’à son évacuation au début des années 1950,
d’une communauté juive forte de plusieurs dizaines de milliers
d’âmes.
Et elle rappelle qu’il en va des lieux comme des cœurs et qu’il
leur arrive aussi, pour survivre, d’avoir à se cacher, s’enterrer,
prendre une identité d’emprunt, donner le change – elle rappelle, oui, qu’il se pourrait bien qu’existe un marranisme des
formes urbanistiques faisant qu’à l’arrivée, après quelques décennies d’occultation, les mêmes djihadistes qui détruisent méthodiquement les temples yézidis, les églises chrétiennes,
l’ancienne mosquée Nuri, ainsi que, bien sûr, le moindre vestige visible de l’ancienne histoire juive, passent à côté d’un lieu
saint où l’on continue, mais en secret, de dire la louange de
l’Eternel.
Mais, surtout, l’appel de « Mosul Eye » nous fait obligation.
Voulons-nous vraiment sauver ce qui peut l’être de l’une des
plus anciennes villes du monde ?
L’Unesco pense-t-elle ce qu’elle dit quand elle baptise son programme de reconstruction urbaine et politique « l’esprit de
Mossoul » ?
Et saurons-nous refaire de cette ville défigurée le carrefour
des peuples, des religions et des civilisations qu’elle a été pendant des siècles et que son âme impérissable aspire à redevenir ?
Si oui, il faut écouter cet érudit musulman qui, dans l’œil du
cyclone, au cœur immobile de ce qui fut l’épicentre du djihadisme mondial, appelle à réhabiliter la dernière synagogue encore debout dans la ville du prophète Jonas.
Sinon, si nous nous révélons incapables de relever ce défi
magnifique et sacré, si nous ne parvenons pas à nous hisser
à la hauteur de cet enfant du Coran qui veut se souvenir
qu’il est aussi l’héritier de Moïse, alors adieu Fraternité, adieu
Paix – et en avant pour le long supplice de la guerre des religions et des cultures §
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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en plein festival de musique. Le site est évacué. La grande
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de la police s’organise. Dans l’esprit de Walker, une seule
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Ces « faibles » qui nous
aveuglent sur l’islamisme
Après « Un silence religieux », le journaliste et essayiste Jean Birnbaum publie « La religion des faibles »
(Seuil), où il analyse pourquoi le terrorisme islamiste nous oblige à repenser ce qui constitue notre
« nous ». Et constate la faillite des valeurs universalistes d’une certaine gauche. Entretien.
U
n miroir. Voici ce que nous tend Jean Birnbaum, après
avoir dénoncé, en 2016, dans « Un silence religieux »
(Seuil), l’incapacité de la gauche à comprendre le phénomène djihadiste. Son sujet, aujourd’hui, c’est nous, ce
« nous » à la définition incertaine. Quelles sont ses croyances,
ses certitudes ? Dans cet essai érudit, le journaliste du
Monde décortique méthodiquement ces convictions qui
« nous désarment », soit un mélange d’universalisme et
d’ethnocentrisme, précisément ce qui a rendu la gauche
aveugle aux identités. Combien de questionnements
refoulés par crainte des anathèmes ou par volonté de « ne
pas faire le jeu de l’extrême droite » ? Combien de maux passés sous silence au nom de la lutte contre « notre » impérialisme ? Egarée dans un monde d’identités en mouvement,
la gauche se cherche et se perd parfois dans d’étonnantes
théories postcoloniales. Ces croyances qui se …
Penser contre soi-même
PAR SÉBASTIEN LE FOL
« Nulles propositions m’étonnent, nulle
créance me blesse, quelque contrariété
qu’elle ait à la mienne, écrivait Montaigne.
Les contradictions des jugements ne
m’offensent ni m’altèrent ; elles m’éveillent
seulement et m’exercent. » La directrice
du Média, l’organe mélenchoniste,
n’est visiblement pas une disciple de
l’auteur des « Essais ».
Il y a quelques jours, sur son compte
Twitter, en guise d’annonce de
programme, elle publiait les photos de
quatre personnalités (Daniel Cohn-Bendit,
la députée Aurore Bergé, le professeur
de philosophie Raphaël Enthoven et le
journaliste Jean-Michel Aphatie).
Un commentaire accompagnait cette galerie de portraits : « Vous aurez le plaisir de
ne pas les voir à nos côtés demain soir… »
Un smiley hilare ponctuait la phrase.
Sectaire et ravie de l’être.
Discuter, c’est prendre le risque de penser
autrement après qu’avant. Cela suppose,
au préalable, de respecter son interlocuteur. Dans un nombre grandissant de
chapelles idéologiques, on ne s’en soucie
plus. Détenteurs d’une certitude absolue,
ils célèbrent l’entre-soi. On révise les
automobiles, on met à jour nos smartphones, mais on soumet rarement
nos convictions à la révision. L’exercice
serait pourtant salutaire. On n’est pas
obligé de suivre les conseils de Pyrrhon,
qui enseignait à ses disciples la suspension
du jugement. Mais pratiquer
régulièrement le doute, comme on ferait
sa musculation matinale, ne serait pas
superflu.
Saluons donc celles et ceux qui osent
encore soumettre leurs idées et celles
de leurs « camps » à un examen critique.
Le nouveau livre du journaliste Jean
Birnbaum, « La religion des faibles », offre
un bel exemple de cette démarche
modeste. L’essayiste interpelle sa famille
d’esprit, la gauche, et l’exhorte à ouvrir
les yeux face à l’islamisme. The Economist,
le grand journal libéral anglo-saxon, mérite
aussi un salut. Dans son dernier numéro,
pour son 175e anniversaire, il publie
un grand manifeste pour revigorer le
libéralisme. Et incite les libéraux du monde
entier à sortir de leur confort intellectuel.
Penser contre soi-même reste le plus
solide rempart contre les incendies de
l’esprit. Ce n’est pas le doute qui conduit
à la folie, mais les certitudes §
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 155
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
SOCIÉTÉ
Le Point : Avec votre précédent ouvrage, « Un silence
religieux » (2016), vous avez tendu à la gauche un miroir
terrible, celui d’un camp incapable d’affronter la réalité
religieuse. Les choses ont-elles changé en deux ans ?
Jean Birnbaum : Malgré la persistance du déni, je dirais que
les choses ont un peu bougé. Le facteur religieux recommence
à être pris au sérieux. Il faut dire que le carnage du Bataclan,
en visant tout le monde et n’importe qui, a exercé sur les
consciences un effet de cisaille. Je l’ai
constaté lors des discussions qui ont
L’AUTEUR
suivi la parution de ce précédent livre,
et qui m’ont poussé à publier le nouveau. Dans des milieux divers, j’ai rencontré des femmes, des hommes qui
se posaient à peu près les mêmes questions : ces gens qui s’acharnent sur nos
corps, est-il bien vrai que leur violence
relève seulement de la frustration sociale ou du délire psychiatrique, comme
l’affirment tant d’intellectuels ? Quand
ces tueurs [djihadistes] répètent qu’ils
nous haïssent pour ce que nous
Jean Birnbaum
Journaliste
sommes, non pour ce que nous faisons,
et essayiste, directeur
faut-il entendre le contraire ? Eux qui
du Monde des livres.
aimantent tant de jeunes à travers le
monde, eux qui imposent à nos vies
leur agenda sanglant, est-il si sûr qu’ils
représentent les « dominés » ? Ces questions en ont bientôt
imposé d’autres, celles qui m’intéressent à présent. Car plus
le discours djihadiste manifeste sa puissance, plus il nous renvoie à notre vulnérabilité. « Nous sommes fragiles, nous
sommes rincés », soupirait tel syndicaliste étudiant. « J’ai peur
de faire le jeu de l’extrême droite en abordant ce sujet, mais,
en même temps, je sais bien ce que les islamistes font des gens
comme moi », soupirait un militant ouvrier, conscient que
son désarroi ne provenait plus seulement de la confrontation
avec le capitalisme néolibéral. Ce douloureux constat frappe,
bien au-delà de la gauche, la culture universaliste de la vieille
Europe : au miroir du djihadisme, cette croyance conquérante,
l’espérance socialiste, féministe ou simplement démocratique
apparaît désormais comme la foi des vulnérables, ce que mon
nouveau livre nomme « la religion des faibles ». Hier, quand
les djihadistes invoquaient le ciel, nous tombions des nues ;
aujourd’hui, nous sentons la terre s’ouvrir sous nos pieds.
Comment expliquer la jonction entre anticapitalisme et
islamisme ?
En France, ce qui reste de la gauche instituée répugne globalement à cette alliance. Mais là où elle existe, cette jonction
se fonde sur un credo d’autant plus délirant qu’il est à l’agonie : celui d’une gauche révolutionnaire faisant du monde
marchand la seule cible envisageable, et donc prête à nouer,
contre cet « ennemi principal », des alliances contre nature.
A la fin des années 1970, une partie de l’extrême gauche a
ainsi soutenu les ayatollahs iraniens. Encore au milieu des
années 1990, une influente brochure, signée par une figure
du marxisme britannique, théorisait
ce compagnonnage dans « Le prophète
LE LIVRE
et le prolétariat ». Mais tout cela appartient à un monde fini, où l’idée que
le socialisme était l’avenir de l’humanité pouvait encore passer pour une
vérité scientifique. Selon cette croyance
progressiste, la foi religieuse était un
archaïsme voué à disparaître. Alors,
les opprimés pouvaient bien emprunter tel ou tel « détour » religieux pour
se révolter, ils finiraient tôt ou tard par
se rallier aux Lumières. Depuis lors, le
rapport de forces s’est compliqué. Non
« La religion des
faibles. Ce que le
seulement la perspective du socialisme
djihadisme dit
s’est éloignée, mais l’islamisme, parde nous »
tout où il a pris ses aises, a noyé dans
(Seuil, 288 p., 19 €).
le sang le mouvement ouvrier, féministe, démocratique… Surtout, il y a eu
le tournant du 11 Septembre, plus traumatisant pour la
gauche que l’effondrement du mur de Berlin. Selon la vision
altermondialiste de l’époque, le capitalisme exerçait une hégémonie planétaire, et il suffisait donc qu’« autre chose » advienne pour que l’émancipation avance. Or, le 11 septembre
2001, « autre chose » avait bel et bien surgi, et c’était le cauchemar. L’événement était créé par une « internationale djihadiste » visant non un autre monde, plus juste, mais une
alterhégémonie, plus féroce. Et l’islamisme lui-même ne
pouvait plus passer pour une flambée temporaire qui nourrirait, « en dernière instance », le feu de l’émancipation
« Quand ces tueurs [djihadistes] répètent qu’ils nous haïssent
pour ce que nous sommes, non pour ce que nous faisons,
faut-il entendre le contraire ? »
156 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
HANNAH ASSOULINE/OPALE/LEEMAGE
retournent aujourd’hui contre l’Occident et rendent
inopérant notre universalisme. « L’espérance socialiste, féministe ou simplement démocratique apparaît désormais comme la
foi des vulnérables, ce que mon nouveau livre nomme “la religion
des faibles” », explique Birnbaum. Face à la barbarie et au totalitarisme, il est nécessaire de donner corps à ce nous et de
réfléchir aux identités, sans pour autant chercher
l’affrontement belliqueux § C. P.
…
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Réflexions de « faibles »
Une des caractéristiques des « faibles », selon Jean Birnbaum, est d’analyser chaque phénomène social,
idéologique ou religieux en le relativisant.
Alain Badiou
« Les tueurs d’aujourd’hui sont
en un certain sens de typiques
produits du désir d’Occident
frustré. » (« Notre mal vient de
plus loin. Penser les tueries du
13 novembre », Fayard, 2016.)
Emmanuel Todd
« Des millions de Français se sont précipités dans les rues [le 11 janvier
2015] pour définir comme besoin
prioritaire de leur société le besoin de
cracher sur la religion des faibles. »
(« Qui est Charlie ? », Seuil, 2015.)
universelle : alimenté par des puissances pétrolières pas spécialement misérables, cet incendie fanatique a réduit nos
vieux repères en cendres. « Le monde va changer de base,
nous ne sommes rien, soyons tout ! » ont chanté des générations de militants reprenant « L’Internationale ». Cette fois,
nous y sommes, mais la gauche n’a plus que ses œillères pour
pleurer : en arabe, « la base » se dit Al-Qaeda…
SIPA (X2) – BASSO CANNARSA/OPALE/LEEMAGE – NORMAND/LEEXTRA VIA LEEMAGE
Comment expliquer le succès des théories post­
coloniales défendues par une gauche dite indigéniste ?
Il faut bien distinguer, d’un côté, les études postcoloniales
telles qu’elles sont nées dans le monde anglo-saxon au début
des années 1980, et, de l’autre, le gauchisme indigéniste, autrement dit ce que ces études sont parfois devenues, en France,
sous la plume d’universitaires et de militants dont l’influence
dépasse largement le courant que vous évoquez, et qui barbotent dans les eaux enivrantes de la mauvaise conscience.
Alors que les études postcoloniales visent à penser l’après du
colonialisme, le gauchisme indigéniste en fait un présent perpétuel : il ne s’agit plus de souligner le poids du passé colonial au sein de nos sociétés, mais d’expliquer chaque injustice
à l’aune de ce passé. De même, tandis que les études postcoloniales prétendent en finir avec la centralité de l’Occident,
le gauchisme indigéniste lui assigne la place de l’éternel dominant. Au cœur de cette croyance, on trouve une nostalgie
honteuse de l’époque coloniale, c’est-à-dire d’un temps où le
destin du monde semblait se réduire à un face-à-face entre
l’Occident oppresseur et l’Orient opprimé. On comprend que
ce postcolonialisme vulgaire soit repris à leur compte par les
despotes des Etats anciennement colonisés : critiquer le régime algérien, un demi-siècle après l’indépendance, ce serait
encore et toujours « absoudre les crimes de l’Occident »… Voilà
l’un des articles de foi de « La religion des faibles » : tout commence avec la colonisation et tout y revient ; l’Occident est le
seul acteur historique, l’unique cause de tout. D’où ce résul-
Christophe Castaner
« S’est-on posé la question, il y a
quelques années, quand toutes les
femmes catholiques portaient un voile ?
Je ne crois pas. » (Interrogé en avril 2018
sur la portée symbolique du voile
islamique).
Benoît Hamon
« Historiquement, dans les
cafés ouvriers, il n’y avait
pas de femmes. » (Questionné en 2016 sur le fait
qu’il y aurait des cafés
interdits aux femmes.)
« C’est au moment où la
gauche traverse elle-même
une cruelle crise d’identité
qu’elle doit affronter loyalement cet enjeu de l’identité. »
tat paradoxal : au nom de la lutte contre la domination occidentale, le postcolonialisme vulgaire réduit l’Orient à néant !
D’où, surtout, l’aveuglement durable à l’égard de l’islamisme.
Car sa puissance conquérante s’inscrit dans un élan bien antérieur à la colonisation, et le reconnaître nous obligerait à
admettre ceci : l’universalisme européen n’a jamais été sans
rival, la suprématie occidentale n’aura été qu’un épisode parmi
d’autres dans l’histoire longue, et plurielle, des empires…
Quels sont les vecteurs de cette pensée indigéniste ?
Le gauchisme indigéniste prospère sur les ruines du mouvement ouvrier traditionnel. C’est ce qui reste de la gauche
quand elle a tout oublié. Pour le comprendre, il suffit de revenir à la « base », encore une fois, autrement dit à Marx. Pour
lui, la critique de l’hégémonie occidentale n’avait de sens
qu’à l’horizon d’un projet d’émancipation universelle qu’il
appelait socialisme. Or, à ses yeux, cela ne faisait aucun doute,
le socialisme était un projet spécifiquement européen, inséparable des idéaux de liberté nés sur le Vieux Continent : le
socialisme, c’était la société bourgeoise étendue au monde
entier, débarrassée de ses limites politiques et de ses inégalités sociales. Afin de définir tout ce qui relevait du monde
ancien, tout ce qui empêchait la modernité capitaliste d’émerger, et donc de préparer le socialisme à venir, Marx …
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 157
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SOCIÉTÉ
avait d’ailleurs forgé une notion qui faisait figure
d’épouvantail : il parlait du « despotisme oriental ». Il nommait ainsi l’ensemble des régressions qui menaçaient la modernité occidentale. Il faut noter que c’est Staline qui a enterré
cette notion clé, au milieu des années 1920, afin de légitimer
son fantasme de bâtir le communisme dans un seul pays,
qui plus est aussi sous-développé que la Russie. En abandonnant la notion marxiste de despotisme oriental, Staline mettait le monde à l’envers : désormais, dans l’esprit des militants
communistes puis tiers-mondistes, l’Orient rebelle faisait
face au despotisme européen… idée indissociable de ce que
le philosophe Alain Badiou, relativisant la barbarie djihadiste, appelle maintenant notre infamie « plus essentielle »…
Ainsi les faibles en général, dans leurs variantes postcommunistes ou postcoloniales, sont-ils des staliniens qui
s’ignorent. Alors que Marx fondait sa critique de l’Ouest sur
la promesse du socialisme à venir, eux réduisent leur espérance à la pure exécration de l’Occident.Alors que l’auteur
du « Capital » assumait son parti pris européen, les faibles
demeurent obsédés par la toute-puissance maléfique de l’Europe, même quand les valeurs de ce Vieux Continent déchu,
à l’échelle du monde, paraissent de plus en plus marginales.
…
Se taire pour « ne pas stigmatiser » et « ne pas faire le
jeu du fascisme » explique de nombreux silences de la
gauche française sur l’identité. Comment la gauche
peut-elle survivre sans résoudre ce dilemme ?
C’est au moment où la gauche traverse elle-même une cruelle
crise d’identité qu’elle doit affronter loyalement cet enjeu.
« Notre question, c’est toujours l’identité », disait le philosophe Jacques Derrida, l’un des penseurs de gauche qui cri-
tiquait l’Europe, et l’eurocentrisme, tout en n’hésitant pas à
dire « nous, Européens ». Or si elle ne veut pas l’abandonner
à un tribalisme racial, la gauche doit être capable de la poser, cette question du « nous ». C’est ce que les djihadistes
nous obligent à faire : en disant « nous aimons la mort comme
vous chérissez la vie », ils exhibent un « nous » que nous
sommes réticents à assumer, parce qu’immédiatement plane
le danger de l’exclusion. Tout mon effort, dans ce livre, est
de redonner chair à ce « nous », un « nous » complexe, de diverses origines, toujours en mouvement, mais un « nous »
quand même, qui s’enracine moins dans une appartenance
figée que dans une histoire partagée, des pratiques quotidiennes, un ensemble de libertés démocratiques, sociales,
sexuelles... dont nous avons appris à fustiger les limites ou
l’hypocrisie, mais dont nous sentons aussi, au milieu des périls, qu’elles sont indissociables d’un mode de vie auquel
nous tenons. En 1936, quand l’écrivain anarchiste Victor
Serge est sorti des geôles staliniennes, grâce à Romain Rolland et André Gide, il a retrouvé, à Bruxelles, les libertés
propres à ce qu’il a alors appelé « notre vieil Occident de chrétiens, de socialistes, de révolutionnaires, de démocrates,
d’hommes de bonne volonté ». Bien sûr, ce « nous »-là a été
défiguré par les violences du passé, et d’abord par les crimes
coloniaux. Mais aujourd’hui, dans un monde où elle apparaît comme une tradition menacée, propre à quelque culture
locale, cette fragile identité, dont la gauche fut naguère la
pointe avancée, peut à nouveau faire valoir sa différence. Et
cette différence, qui suscite tant de haine, il est urgent de lui
faire droit, si l’on veut éviter que notre « nous » se referme
comme une ligne de barbelés § PROPOS RECUEILLIS PAR CLÉMENT PÉTREAULT
Quand la laïcité française
dérange l’Amérique
S
Dans « La religion de la laïcité » (Climats), l’universitaire et féministe américaine Joan W. Scott
estime que la laïcité à la française n’est pas synonyme d’égalité entre les sexes.
elon l’universitaire Joan Wallach Scott, féministe et
spécialiste du mouvement ouvrier, si les champions de
la laïcité défendent l’égalité hommes-femmes, c’est
davantage par opportunisme que par cohérence historique.
Reprenant les méthodes de déconstruction de la French Theory,
l’historienne attaque les tenants de « la fable de la laïcité », qui
ne se seraient préoccupés d’égalité des sexes que dans le but
de « justifier les prétentions raciales et religieuses des Blancs, de
l’Occident et du christianisme ». Pour Joan W. Scott, l’inégalité
de genre serait constitutive des nations occidentales modernes
et la laïcité chercherait à nous le faire oublier § CLÉMENT PÉTREAULT
158 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
EXTRAITS
Sur la « rhétorique » de l’égalité
Selon la représentation occidentale la plus courante, les
femmes musulmanes sont sexuellement réprimées, à la différence de leurs homologues occidentales, sexuellement libérées […]. L’accent est mis sur les femmes, incarnations de
la libération occidentale d’un côté, victimes de l’oppression
islamique de l’autre. Autrefois appelées génériquement « le
sexe » et exclues de la citoyenneté précisément pour cette
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PHILIPPE MATSAS/FLAMMARION
raison, les femmes fournissent le critère d’inclusion, la
mesure de la sexualité libérée et, ironiquement, de l’égalité
de genre. Dans la rhétorique des politiciens, l’« égalité » définit tant le rapport des femmes immigrées avec les femmes
allemandes ou néerlandaises que celui des femmes avec les
hommes. « Et agissons pour que les droits de la femme française s’appliquent aussi aux femmes de l’immigration », dit
en 2005 Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. De
son point de vue, ces droits incluaient non seulement la possibilité d’avorter ou de divorcer, mais aussi celle qui consiste
à porter des vêtements sexy et à coucher avec d’autres hommes
que l’époux. En revanche, et de manière significative, ils
n’incluent pas l’accès à l’emploi
et aux droits sociaux pour les
femmes de toutes les classes. La
L’AUTEUR
focalisation sur une sexualité libérée (hétéro- ou homosexuelle)
fait écho à l’idée du désir de
consommation comme moteur
du marché et détourne l’attention
L’AUTEUR
des désavantages économiques et
sociaux qui découlent de la discrimination et des formes structurelles d’inégalité.
Sur la tolérance à l’égard
des homosexuels
Dans le cas des musulmans, les
Joan W. Scott
Historienne et figure du
hommes sont à la fois l’incarnaféminisme américain.
tion de l’excès sexuel (polygamie,
Professeure à Princeton.
viols en réunion des filles et des
sœurs indisciplinées) et les vecteurs de la répression sexuelle des femmes et des homosexuels (lapidations, meurtres d’honneur, imposition du
port du voile et de la burqa, emprisonnements et meurtres
de gays et de lesbiennes). Ces représentations négatives
offrent un contraste « non naturel » par rapport à ce qui passe
pour « naturel » et n’a donc pas à être interrogé. Et aux PaysBas, où le mariage gay est légal depuis 2001, le commentaire
de Pim Fortuyn disant aimer « baiser » de jeunes garçons marocains à l’abri des interférences d’imams arriérés se veut
un appel à la tolérance (de l’homosexualité), normalisant
au passage la formulation de cette exigence de disponibilité
des corps bruns dans le langage de l’orientalisme colonial.
De manière similaire, en Israël, une campagne de relations
publiques destinée à promouvoir Tel-Aviv en tant que destination touristique gay – ce que l’on appelle parfois, pour
le critiquer, « pinkwashing » – vise à montrer Israël comme
un pays moderne (occidental) et tolérant (en évitant toute
mention des violences quotidiennement commises à l’égard
des Palestiniens, ainsi que la condamnation de l’homosexualité par les instances rabbiniques orthodoxes), par contraste
avec le reste du Moyen-Orient, décrit par Benjamin Netanyahou devant le Congrès américain comme « une région
où les femmes sont lapidées, les homosexuels sont pendus
et les chrétiens sont persécutés ». Norton commente en disant que la tolérance de l’homosexualité devient « une autorisation d’intolérance envers
les musulmans ».
LE LIVRE
Sur Michelet et les femmes
Comment restituer les femmes
à leurs époux ? Comment les
hommes laïques auxquels
s’adresse Michelet peuvent-ils
détourner leurs épouses des séductions de l’Eglise ? Les raisons
de leur inaction sont claires :
« L’homme moderne, victime de
la division du travail, condamné
souvent à une spécialité étroite
où il perd le sentiment de la vie
générale et où il s’atrophie lui«La religion
de la laïcité»
même », devient étranger à sa
(Climats,
femme et à leurs enfants, laissant
320 p., 23,90 €).
le terrain affectif aux jésuites. Cependant, il lui faut impérativement prendre garde : « Laïques, tous tant que nous sommes,
magistrats, hommes politiques, écrivains, penseurs solitaires, nous devons aujourd’hui, tout autrement que nous
n’avons fait, prendre en main la cause des femmes. » Ici, la
« cause des femmes » n’est pas leur émancipation en termes
politiques. Elle a plutôt à voir avec le fait d’acquérir une
connaissance intime, de type scientifique. Or cette connaissance révèle que la femme est faible : « Elle est une personne malade […], une personne blessée chaque mois, qui
souffre presque constamment et de la blessure et de la cicatrisation. » Castrée de manière effective et répétée, elle
est victime d’une biologie cyclique qui est épargnée aux
hommes §
« La focalisation sur une sexualité libérée (hétéroou homosexuelle) fait écho à l’idée du désir de
consommation comme moteur du marché et détourne
l’attention des désavantages économiques et sociaux. »
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 159
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ENSEIGNEMENT
Jean Druel : « Etudier l’arabe
est un exercice fascinant »
Pour ce religieux, directeur de l’Institut dominicain des études orientales, au Caire, et lui-même
enseignant, l’idée de « développer » l’apprentissage de l’arabe dans les écoles françaises est « géniale ».
Il rappelle ici l’histoire d’une langue qui « porte une civilisation », comme le chinois ou le français.
grande civilisation, et il n’y en a pas beaucoup dans le monde.
Le tagalog aux Philippines ou le croate, exemples parmi de
nombreux autres, sont de belles langues, mais elles n’ont
qu’un rôle régional. Elles ne disposent pas de la même influence que le français, l’espagnol, le portugais, l’anglais, le
chinois, le russe ou encore l’arabe, qui sont des langues civilisationnelles, comme le sanskrit, le syriaque, le grec ou le latin, pour citer des langues anciennes. Peu de langues dans le
monde, en effet, ont eu une influence qui s’étende au-delà de
leur territoire d’origine. Ce rayonnement, l’arabe le doit sans
nul doute à son poids religieux très fort, comme c’est le cas
du sanskrit ou de l’hébreu. Il est lié au Coran, ce qui lui confère
un statut particulier, théologique, unique : personne n’a jamais pensé que Dieu parlait grec ou latin !
L’arabe du Coran est-il le même que celui qui est
enseigné à l’école ?
Plus personne dans la communauté scientifique ne croit aujourd’hui au mythe d’une langue arabe unique qui aurait été
la langue maternelle parlée spontanément par les Bédouins
de la péninsule Arabique au VIIe siècle. Mais l’idée reste ancrée dans nombre d’esprits. Selon la vision mythologique de
l’histoire de l’arabe, Dieu a donc choisi la langue des Bédouins,
une langue pure et parfaite, pour révéler le Coran. Et l’histoire de l’arabe serait celle de sa dégradation progressive par des locuteurs de moins en moins bien éduqués.
Les linguistes ne croient plus du tout à ce mythe.
L’arabe est bien plus que cela.
Comment cette langue s’est-elle propagée dans
le monde ?
En quelques décennies, la civilisation arabo-musulmane conquiert l’Afrique du Nord et l’Asie
centrale. Cette civilisation naissante a besoin d’une langue d’empire pour gouverner des peuples aux religions et aux
cultures extrêmement variées, développer une administration, une armée, un gouvernement. Il a fallu
160 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
adapter la koinè poético-coranique pour qu’elle devienne
une réelle langue d’empire. Ce travail colossal a été effectué
entre le VIIe et le Xe siècle par des grammairiens et des lexicographes, principalement persans et arabes, qui ont codifié la langue et son vocabulaire. L’arabe s’est ainsi énormément
développé durant les quatre premiers siècles de l’hégire.
Mais c’est toujours une langue écrite. Il semblerait que personne ne se soit jamais mis à parler cette koinè dans la vie
de tous les jours, contrairement à une idée encore très répandue dans le monde arabe. En parallèle de l’histoire de
cette version écrite de l’arabe, qui s’origine dans le Coran,
les Arabes et les peuples arabisés ont continué (ou commencé !) à parler des dialectes arabes multiples, parfois influencés par leurs langues locales : berbère, copte, syriaque…
Faut-il développer l’enseignement de l’arabe dans
les écoles françaises ?
Mais c’est une idée géniale ! Plus on enseigne les langues,
mieux c’est. Il faut faire entrer les gens dans l’histoire fascinante de cette langue, qui est également incroyable par ses
qualités intrinsèques, et pas seulement par son histoire.
L’arabe a un vocabulaire extrêmement riche puisque, pendant plus de mille ans, il a servi à gouverner un empire immense et multiculturel, qu’il a dû s’adapter à des contextes
géographiques et humains très divers, des déserts du Sahara
aux îles tropicales de l’océan Indien, des plaines fertiles de
l’Andalousie aux contreforts enneigés de l’Himalaya.
Richesse de vocabulaire, donc, mais aussi production
d’une littérature immense. Enfin, d’un point de vue
morphologique, les différentes versions de l’arabe
écrit ont une structure interne très spécifique, très
régulière. Quand on est linguiste, on a un peu
l’impression d’être dans « Jurassic Park » et de
voir se promener sous ses yeux des dinosaures
vivants ! Les racines du VIIe siècle sont encore totalement visibles aujourd’hui dans
les mots écrits. L’étymologie est largement transparente en arabe, ce qui
est très loin d’être le cas en français,
par exemple. Etudier l’arabe est un
exercice fascinant §
PROPOS RECUEILLIS PAR JÉRÔME CORDELIER
ILLUSTRATION : IXÈNE
Le Point : Le ministre de l’Education nationale,
Jean-Michel Blanquer, veut redonner du « prestige »
à la langue arabe, qu’en pensez-vous ?
Jean Druel : L’arabe est l’une de ces langues qui portent une
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TRIBUNE
Le droit au scandale
PAR ÉMILIE FRÈCHE
PHILIPPE MATSAS/LEEMAGE
D
Critiquée par Eric Naulleau dans « Le Point » du 13 septembre, l’auteure de « Vivre ensemble » (Stock)
défend sa démarche littéraire.
ans un article intitulé « Ma rentrée littéraire » (Le Point, « Je pourrais écrire un article pour vous défendre, mais il faudrait
13 septembre 2018), Eric Naulleau fustige mon roman que je puisse venir chez vous, que je parle avec cet enfant, que je liste
« Vivre ensemble », au motif que je porterais atteinte à la ce qui le différencie de votre personnage et qu’on illustre mon papier
vie privée de Salomon, le fils de Jérôme Guedj et de Séverine d’une belle photo de famille. » Ce besoin malsain de voir l’enfant
Servat de Rugy. Salomon, pourtant, n’existe pas. L’enfant de en vrai, et d’accorder tout crédit à la parole de la mère comme
mon compagnon s’appelle Joseph. Naulleau écrit que je si on ne savait pas de quoi les gens, par vengeance, étaient ca« m’acharne sur ce môme de 10 ans » dont j’ai la garde une se- pables dans les séparations, me semble d’autant plus chomaine sur deux, puis que je fais « mon fiel des épisodes les plus quant que le père a dit, haut et fort, que son fils n’était pas
sordides » qui lui sont arrivés, choisissant par cette assertion Salomon. Personne n’a voulu l’entendre. Sa parole a pesé le
poids d’une plume face aux mots terribles de
d’abolir toute frontière entre la réalité et la ficla mère et, par ricochet, il s’est retrouvé accusé
tion, et pire, de faire de la fiction la réalité.
d’un certaine forme de maltraitance, celle de
Naulleau affirme enfin que la justice m’a
laisser son fils au contact d’une affreuse bellecondamnée à l’insertion d’un encart pour atmère. L’explication de cette inégalité homme/
teinte à la vie privée alors qu’il n’en est rien, Séfemme, Arnaud Viviant me l’a fournie en me
verine Servat de Rugy ayant renoncé au référé
rapportant les mots qu’il avait vus griffonnés
demandant l’interdiction de mon livre. Cet encart, je l’ai accepté librement dans le seul but
dans l’ascenseur en allant lui-même chez le JAF :
d’épargner à mon beau-fils un procès que sa
« Les mères merdent, et les pères perdent. »
J’avais bien conscience, en écrivant ce livre,
mère voulait me faire en son nom, et qui l’aurait
de m’attaquer à un sujet tabou. Mais c’était préplacé dans un insupportable conflit de loyauté.
cisément parce que j’avais noté à quel point il
Mais, malheureusement, il n’y échappera pas,
Emilie Frèche
était impossible, dans la vie, de dire quoi que ce
l’épouse du ministre de l’Ecologie envisageant Romancière. Son dernier livre,
« Vivre ensemble », est paru
soit sur un enfant qu’il me semblait possible,
de m’assigner pour obtenir de l’argent…
chez Stock.
Parce que je crois l’indignation d’Eric
et même souhaitable, de le faire dans un roman.
Naulleau sincère et que la violence de sa réacCar quel est le rôle du roman, sinon de donner
tion est à l’image du scandale qui accompagne la sortie de à voir le secret de nos âmes dans ce qu’elles ont de plus grand,
mon livre, elle m’amène à la conclusion que la polémique ré- mais aussi de plus petit et de plus noir ? Tous les enfants ne
sulte de quatre ingrédients explosifs : la puissance de l’effet sont pas aimables. Certains sont même si durs et si violents
de réel produit par le roman ; le procès en morale que les gens qu’ils vous pourrissent la vie au point que vous avez envie de
sont toujours prompts à faire aux écrivains ; la parole sacrali- les étrangler et, même si ce n’est pas audible socialement, c’est
sée de la mère face à celle, inaudible, du père ; et enfin, le grand une réalité à laquelle la littérature doit pouvoir s’attaquer.
Parce que la littérature n’est pas le lieu de la morale. Mon livre
tabou que représente l’enfant dans notre société.
On me reproche avec violence de m’être inspirée de la choque, dérange, met mal à l’aise, ai-je pu lire ici ou là – et
réalité et, pour m’en défendre, il faudrait, situation kafkaïenne, alors ? Je revendique le droit au scandale. La seule limite moque je porte atteinte à ma vie privée et à celle de mes proches rale que je me suis fixée, c’est de ne jamais blesser les gens que
en produisant les «preuves » que l’enfant de mon compagnon j’aime. Ni mon compagnon ni son fils ne l’ont été par « Vivre
n’est pas l’enfant de mon livre. Un journaliste me l’a proposé : ensemble », et c’est cela seul qui m’importe §
Quel est le rôle du roman, sinon de donner à voir
le secret de nos âmes dans ce qu’elles ont de plus grand,
mais aussi de plus petit et de plus noir ?
Le Point 2403 | 20 septembre 2018 | 161
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CHRONIQUE
La langue arabe fera-t-elle école ?
PAR KAMEL DAOUD
«F
aut-il enseigner l’arabe dans les écoles ? » est une
fascinante polémique française, mais pas seulement. Ceux qui sont contre ont, pour parler crûment, peur du « remplacement » culturel, de la
consécration des communautarismes religieux, de l’officialisation de l’invasion. L’arabe à l’école, c’est l’école des
Arabes. Impensé religieux, trauma lointain des croisades,
angoisse liée à la mémoire coloniale, méconnaissance ou
appréhension légitime : la France est surtout sa langue et
consacrer une langue « seconde » à cause d’une communauté démographiquement forte, c’est, pour certains,
concéder presque un territoire. Pourquoi
ne traite-t-on pas pareillement l’allemand
ou le chinois ? Parce que la question n’est
pas surchargée par une immigration importante, un différend confessionnel lié
à une histoire tumultueuse, une réactivation de la peur de la violence au nom
de la peur et de la violence d’autrefois.
Mais enseigner l’arabe, c’est aussi,
dit-on, récupérer du territoire français,
déposséder les radicaux et les communautaristes de l’instrument qui permet
d’élever des murailles et de nourrir des
différences : on dira qu’on est français si
on le dit aussi en arabe. Cela permettra
d’assécher la matrice de recrutement islamiste et de poser les bases d’une intégration par partage. Là aussi l’argument se tient. Selon ceux qui sont contre, enseigner
l’arabe n’a pas guéri les pays dits arabes de la montée de
l’islamisme. Ceux qui sont pour expliquent que, justement, ne pas l’enseigner, c’est le consacrer comme langue
et outil d’exclusion, d’agression et de malentendus féroces. On se perd alors à faire l’inventaire des vices et vertus de cet enseignement dans les écoles françaises. C’est
encore plus complexe lorsqu’on est algérien, tunisien ou
égyptien et qu’on sait que la langue arabe n’est pas parlée dans la vie de tous les jours mais enseignée pour consacrer, souvent – pas toujours –, la domination d’une caste
et d’un clergé, même s’il faut y saluer les signatures d’immenses noms de la culture et des savoirs. Mais là c’est un
autre débat : une langue change de locuteurs et se retrouve
à changer de but. Chez nous l’arabisation ou son culte
ont servi à nous enterrer dans les fosses de l’identitaire ;
en Europe, cela peut servir à comprendre l’autre ou à s’inquiéter de ses frontières.
La solution ? Difficile à dégager tant les peurs sont
grandes, les identités meurtrières et les calculs malsains.
L’enseignement de l’arabe, dans les hautes écoles, pour
former des clergés contrôlables, s’ouvrir à l’autre au-delà
des actualités ténébreuses, est essentiel.
On ne peut pas se permettre de laisser
ce pont à l’usage de ceux qui viennent
nous tuer ou nous séparer. Il faut rouvrir des chaires de théologie, démonopoliser le discours sur l’islam, qui n’est
la propriété de personne et encore moins
celle des avocats autodésignés d’une
communauté. Il faut que l’intérêt pour
l’autre surmonte la peur de l’autre. Mais
il faut aussi comprendre les résistances
et reconnaître les limites d’une entreprise qui peut dériver vers la consécration de l’exclusion, la dissolution du lien
déjà fragile et l’officialisation paradoxale
d’une rupture par une erreur d’appréciation sur les résistances et les possibilités de récupération. On ne peut pas
s’en sortir avec une gestion qui considère l’islam comme
exogène, ni en déclassant une langue au prétexte de préserver une identité inquiète. L’école devra rester une institution d’intégration, pas de concessions, mais la
promotion de la curiosité vers l’autre devra valoriser
l’arabe comme instrument, culture.
« Pourquoi apprendre une autre langue ? » interrogea l’enfant du chroniqueur. « Les langues sont des fenêtres. Plus une
maison en a, mieux elle est éclairée. » Des fenêtres, pas des
portes ni des murs. Conviction d’un chroniqueur bilingue.
Orientaliste et occidentaliste §
Pour certains, l’arabe à l’école, c’est l’école des Arabes. Impensé
religieux, trauma lointain des croisades, mémoire coloniale…
162 | 20 septembre 2018 | Le Point 2403
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
L’écrivain, qui se dit « orientaliste et occidentaliste », fait l’inventaire des vices et vertus de l’enseignement
de l’arabe en France, après la polémique suscitée par la proposition de l’Institut Montaigne.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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