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Le Figaro - 01 10 2018

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lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 058 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
JACQUES JULLIARD
CARAVAGE
SEPT TOILES INÉDITES
EN FRANCE AU MUSÉE
JACQUEMART-ANDRÉ PAGE 34
Les indépendantistes
catalans dans l’impasse
Ces maladies
de peau
qui gâchent
le quotidien
NOTRE CAHIER
SPÉCIAL
Un an après le référendum d’autodétermination interdit et la proclamation d’une éphémère
République, le camp séparatiste apparaît plus désuni que jamais et sans stratégie définie.
EXÉCUTIF
Macron en quête
d’un second
souffle PAGE 4
Douze mois jour pour jour
après le référendum d’autodétermination interdit par Madrid et organisé envers et
contre tout, l’hétérogène bloc
indépendantiste est en crise.
En proie à de sérieuses divi-
DROITE
Jean Leonetti :
« Le politique
ne doit ni freiner
ni subir les
évolutions » PAGE 5
sions, il est en mal de stratégie.
Deux tendances s’opposent,
les pragmatiques et les jusqu’au-boutistes, ces derniers
étant regroupés autour de
Carles Puigdemont, qui a fui
en Belgique.
Arrivé au pouvoir en juin,
après le renversement surprise
du conservateur Mariano Rajoy, le nouveau chef du gouvernement espagnol, Pedro
Sanchez, veut rouvrir le dialogue. En excluant toutefois tout
nouveau référendum.
C’est dans ce contexte que
Manuel Valls brigue la mairie
de Barcelone, se présentant
comme le chef de file du camp
unioniste et tournant le dos à
la politique française.
Ryder Cup : les golfeurs européens
dominent les États-Unis
sur le sol français
INDONÉSIE
Plus de 800 morts
après un séisme
dans les Célèbes
PAGE 6
JUSTICE
Les Éris, ces
gardiens de la paix
en prison
PAGE 9
CHAMPS LIBRES
PAGE 10
@
L’archange et
le parachutiste
Où Erdogan
mène-t-il
la Turquie ?
La chronique
de Nicolas
Baverez
La tribune
de Jean Charest
et Jean-Pierre
Raffarin
n
n
n
PAGES 20 À 23
Réponses à la question
de samedi :
Êtes-vous favorable
à la dégressivité
des allocations chômage
pour les hauts salaires ?
OUI
68 %
NON
32 %
TOTAL DE VOTANTS : 38 960
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Êtes-vous favorable à une
commission d’enquête
parlementaire sur les abus
sexuels dans l’Église ?
3’:HIKKLA=]UW[U^:?l@a@a@l@a";
ÉDITORIAL par Arnaud de La Grange adelagrange@lefigaro.fr
n
FIGARO OUI
FIGARO NON
M 00108 - 1001 - F: 2,60 E
L’Europe a remis la main sur la Ryder Cup dimanche à Saint-Quentin-en-Yvelines, en infligeant aux Américains
l’une de leurs plus cinglantes défaites. Avec aucun point récolté, Tiger Woods a déçu. PAGE 14
FABIEN CLAIREFOND- MINISTERO DEI
BENI E DELLE ATTIVITÀ CULTURALI E
DEL TURISMO/GALLERIA BORGHESE
I
De Barcelone à Waterloo
l y a un an, l’Europe frissonnait sous un
vent de fronde venu du Sud. Le dogme
des États-nations était en danger, l’intangibilité des frontières menacée. Les
indépendantistes catalans organisaient
un référendum - illégal - que toute l’UE
condamnait. « Vérité en deçà des Pyrénées,
erreur au-delà », répondaient en substance
les séparatistes, avec des accents pascaliens.
À les entendre, leur situation était particulière intenable. Barcelone ployait sous l’oppression d’une dictature crypto-franquiste.
Douze mois plus tard, donc, l’affaire a fait pschitt. L’indépendance proclamée n’avait été
reconnue par personne et Madrid avait pu
destituer le « président » Puigdemont, dissoudre le Parlement et embastiller quelques leaders. D’autres, prudents, s’étaient enfuis en
Belgique. L’épisode avait montré un décalage
stupéfiant entre la gravité du sujet et l’impréparation des leaders indépendantistes.
Aujourd’hui, Carles Puigdemont est réfugié à
Waterloo… Depuis une villa cossue des environs de Bruxelles, sobrement baptisée « Maison de la République », il entend continuer la
lutte. Mais la cause indépendantiste n’a pas
avancé d’un pied. Le camp séparatiste appa-
raît plus désuni que jamais, en mal de boussole. Les pragmatiques veulent s’inscrire dans le
temps long, reconnaissant que l’affaire n’était
pas mûre. Les radicaux - dont l’entourage de
Puigdemont - veulent jouer l’affrontement
permanent. Tiraillés en tous sens, ils font du
sur-place.
Madrid ne doit pas se contenter de se frotter
les mains. Cette panne stratégique des indépendantistes doit
être mise à profit
pour désamorcer les
tensions. Le gouvernement central avait
longtemps laissé la
situation
pourrir.
Sans rien lâcher sur
le principe de l’unité espagnole, des gestes
peuvent être faits.
Pour l’heure, l’affaire se solde par un dégât
d’image pour la Catalogne et pour l’Espagne. Que de temps et d’énergie perdus !
Qu’il s’agisse de la crise migratoire, du terrorisme islamiste ou de la pression unilatéraliste américaine, l’Europe a bien des défis
à relever. Elle pourrait s’épargner ce genre
de déchirements. ■
è MANUEL VALLS, PORTEVOIX DU CAMP UNIONISTE
PAGES 2, 3 ET L’ÉDITORIAL
Mondial
de l’auto :
le retour
en grâce des
constructeurs
français
Le Mondial de l’auto qui
s’ouvre à Paris cette semaine
sera l’occasion pour les
constructeurs français de
montrer leur bonne santé.
Dans son ensemble, l’industrie automobile est en pleine
forme mais doit faire face à
plusieurs défis. Celui de la
voiture
électrique,
qui
concerne désormais tous les
constructeurs ou presque.
Mais aussi l’arrivée des véhicules autonomes et des nouvelles formes de mobilités. Le
tout dans un contexte d’incertitudes sur l’avenir du libre-échange. PAGES 26 ET 27
HUGO BOSS FRANCE SAS Téléphone + 33 1 44 17 16 70
L’Église auditionnée
par le Parlement ?
PAUL CHILDS/REUTERS
PÉDOPHILIE
è DEPUIS SA RETRAITE
DE WATERLOO, CARLES
PUIGDEMONT CHERCHE
À REBONDIR
Des
séparatistes
désunis,
en mal de
boussole
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ISSN 0182.5852
BOSS.COM
A
FIGAROSANTÉ
« POUR SAUVER
L’EUROPE, OSONS
LA FRANÇALLEMAGNE ! » PAGE 22
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lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
Les indépendantistes cata
BURAK AKBULUT/ANADOLU AGENCY
2
Un an après le référendum d’autodétermination interdit, le camp séparatiste appa
MATHIEU DE TAILLAC £@mdetaillac
MADRID
Le 1er octobre
a été un malheur
pour tous parce
que l’image
de l’Espagne
en a beaucoup
souffert
»
JOSEP BORRELL
MINISTRE ESPAGNOL
DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Catalogne
E S PAG N E
Madrid
Barcelone
DOUZE MOIS, jour pour jour, après le référendum d’autodétermination interdit
par Madrid et organisé envers et contre
tout, deux images résument les dynamiques qui traversent l’indépendantisme
catalan. Côté institutions, un Hémicycle
vide : depuis le 17 juillet dernier, le Parlement autonome n’a tenu aucune session
plénière. La majorité indépendantiste a
retardé la rentrée parlementaire jusqu’à
ce qu’elle se mette d’accord sur la formule à utiliser pour répondre à la suspension
par le juge de six de ses députés sans avoir
l’air pour autant de capituler en rase
campagne. Côté rue, les photos d’affrontements musclés, samedi, entre les autoproclamés Comités de défense de la
République (CDR, un mouvement indépendantiste autogéré, à la marge des partis traditionnels) et la police régionale, les
Mossos d’Esquadra. Venus faire face à
une manifestation unioniste, les CDR ont
fini par exiger la démission du président
du gouvernement autonome, l’indépendantiste Quim Torra, et de son conseller - ministre régional - à l’Intérieur,
Miquel Buch, qualifiés de « traîtres ».
Ces deux images traduisent les difficultés de l’hétérogène bloc indépendantiste
à faire atterrir le mouvement au premier
anniversaire d’un référendum reconnu
par aucune capitale et d’une déclaration
de sécession traduite en aucune réalité
tangible. Toujours majoritaires au Parlement, après les élections régionales
convoquées exceptionnellement par Madrid le 21 décembre 2017, les dirigeants
politiques « ont formulé trois promesses
intenables, juge Miquel Iceta, premier secrétaire du Partit dels socialistes de Catalunya (PSC), hostile à la sécession : le retour à Barcelone du président destitué
Carles Puigdemont (installé en Belgique
pour éviter l’action de la justice espagnole, NDLR), la mise en place de la République et la libération des indépendantistes
placés en prison préventive ».
Député Esquerra republicana de Catalunya (ERC, centre gauche indépendantiste)
au Parlement espagnol, Gabriel Rufián
nuance : « Notre capacité de mobilisation
reste la même. Mais avec nos principaux
leaders en prison préventive ou en exil, nous
sortons d’un état de choc et nous sommes
aujourd’hui à un moment de réflexion ».
Depuis un an, ERC s’est distinguée par des
prises de position pragmatiques tandis que
Puigdemont et ses fidèles, héritiers de la
tradition nationaliste de centre droit longtemps incarnée par Convergencia democratica de Catalunya (CDC, remplacée
aujourd’hui par la coalition Junts per Catalunya), affichaient des arguments jus-
qu’au-boutistes. Rufián, par exemple, a
suscité un certain émoi lorsqu’il a appelé à
« crever la bulle de l’indépendantisme magique ». Une référence « aux militants de
bonne foi, qui pensent qu’il suffit de participer aux manifestations pour obtenir l’indépendance, explique-t-il aujourd’hui. Eh
bien non, il a été démontré que c’est beau-
Depuis sa retraite de Waterloo, Carles Puigdemont cherche à rebondir
JEAN COMTE £@JeanComte
A
BRUXELLES
EST-CE UN HASARD ? En arrivant à Waterloo, le défenseur du
droit à l’autodétermination catalane s’est installé avenue de
l’Avocat. C’est de là que l’ex-président catalan Carles Puigdemont,
libre tant qu’il reste loin de l’Espagne, maintient son activité diplomatique et médiatique.
Ses soutiens l’assurent : il ne
s’ennuie pas. « On me demande
souvent de l’inviter, et je réponds
qu’il n’a pas le temps », lâche l’un
d’eux. Il n’y a qu’à regarder son
agenda de la dernière semaine. Le
19 septembre, il assurait une
conférence aux étudiants de droit
de l’université flamande PXL. Le
25, il présentait un livre à la presse
le matin, avant d’aller rejoindre un
groupe d’ONG manifestant devant
la Commission européenne. Un
jour plus tard, il était en Bavière,
où il rencontrait Markus Rinderspacher, qui dirige le groupe SPD au
Parlement régional. Le 28, de retour au plat pays, il défendait sa
cause au micro de La Première une chaîne de radio belge. En parallèle, il maintient une relation
constante avec la scène politique
catalane, et notamment avec son
successeur, Quim Torra.
« S’il avait été emprisonné en Espagne, il serait devenu inaudible,
explique l’eurodéputé catalan Josep-Maria Terricabras (écologiste). Là, il peut continuer à se faire
entendre. » « Il est devenu un symbole, juge Paul Bekaert, son avocat. Et surtout, il est beaucoup plus
connu que les autres membres en
exil de son gouvernement. »
C’est surtout la parution de son
livre, La Crise catalane. Une opportunité pour l’Europe, qui l’a fait
récemment resurgir dans les médias. L’ouvrage, coécrit avec le
journaliste belge Olivier Mouton,
relate sa carrière de journaliste et
son entrée tardive en politique
(premier mandat après 40 ans),
avant de revenir sur la question
catalane. Il s’agissait d’une commande de Lannoo, un éditeur flamand. « Cette histoire d’un homme
politique catalan réfugié en Flandre
à la suite d’un référendum, puis emprisonné en Allemagne, était trop
extraordinaire pour ne pas en faire
un livre », explique Olivier Mouton, qui travaille pour l’hebdomadaire belge Le Vif/L’Express.
L’ouvrage a été publié en français, en néerlandais et en catalan.
Mais le sujet est trop sensible en
Espagne pour être diffusé dans la
langue de Cervantès, et le lectorat
potentiel en allemand et en anglais apparaît pour l’instant trop
réduit pour une traduction dans
ces langues.
Pourtant, l’ex-président ne le
cache pas : son cœur reste en Catalogne, où il aspire à rentrer dès
que possible. « Chaque matin
quand je me réveille, je me dis que
c’est le dernier jour que je passe en
exil », résumait-il sur les ondes de
La Première. « Je ne tiens pas à
avoir un rôle à l’avenir, je veux
avant tout retourner à ma norma-
Carles Puigdemont
lors d’un discours
délivré derrière
des barreaux de prison
symboliques, mardi
dernier à Bruxelles.
JOHN THYS/AFP
lité », précise dans son livre celui
qui se définit comme un « type aux
cheveux longs, qui aime le
rock’n’roll, qui ne s’habille pas en
politicien » (sa frange lui sert en
fait à dissimuler une cicatrice causée par un accident de voiture).
« On le sent un peu résigné »,
décrypte pour Le Figaro un visiteur estival. « Il s’est retrouvé,
presque malgré lui, la figure de
proue d’une cause qui lui est chère
et qui risque de pâtir s’il arrête ses
activités ». « Ce n’est pas un homme politique pur jus, loin de là », rajoute Olivier Mouton, qui évoque
plutôt un passionné de littérature
et de guitare « prisonnier de cette
fuite en avant indépendantiste ».
Au-delà de ses sentiments personnels, Puigdemont va devoir
trouver un moyen de conserver sa
légitimité dans les prochains mois.
Certes, il reste populaire en Catalogne, mais il n’a plus aucune
fonction officielle et ses appels répétés aux institutions européennes
sont restés vains. Il a récemment
demandé au président du Conseil
européen, Donald Tusk, de mettre
en place une médiation. Mais l’en-
tourage de ce dernier a répondu
que « la solution devait être trouvée
en Espagne, et dans le respect de la
Constitution de ce pays ».
Même son de cloche du côté de
la Commission européenne, qui a
fait bien attention à rester loin du
conflit. Et du côté des 28 États
membres, la seule conséquence
concrète des sollicitations de Puigdemont fut de rendre Madrid
encore moins enclin à reconnaître le Kosovo, selon une source
diplomatique.
“
Ce n’est pas
un homme politique
pur jus, loin de là.
Il est prisonnier
de cette fuite en avant
indépendantiste
”
OLIVIER MOUTON, JOURNALISTE BELGE
QUI A COÉCRIT UN OUVRAGE AVEC LUI
« Le gouvernement espagnol de
Pedro Sanchez (qui a remplacé Rajoy début juin, NDLR) a relancé les
négociations bilatérales avec la Catalogne et se montre plus ouvert à
envisager un compromis, souligne
Alvaro Oleart, chercheur affilié à
l’Institut d’études européennes de
l’Université libre de Bruxelles.
Cette position plus ouverte au dialogue laisse Puigdemont hors jeu,
étant donné que sa crédibilité dépend du conflit de souveraineté entre la Catalogne et le gouvernement
central espagnol. »
D’où le besoin de renforcer ses
efforts depuis son repaire belge.
Selon une source catalane, il
devrait annoncer en octobre la
création d’un « Conseil pour la
République » à Waterloo - une
plateforme dédiée à la promotion
du projet indépendantiste et à la
défense de ses supporteurs. Dans
son livre, il évoque aussi la création d’un think-tank dédié au
droit à l’autodétermination et à la
démocratie. Enfin, il devrait
continuer à voyager, pour s’assu-
rer une base de soutien populaire
au-delà de la Catalogne et de la
Flandre.
Sa présence dans le nord de la
Belgique ne doit en effet rien au
hasard : outre la proximité des
institutions européennes, Puigdemont y bénéficie du soutien des
nationalistes de la Nouvelle Alliance flamande (NVA) - actuellement
parti de gouvernement outreQuiévrain. « Nous luttons tous les
deux pour l’autodétermination,
donc nous avons des contacts depuis longtemps, approuve l’eurodéputé NVA Mark Demesmaeker.
Même si nos stratégies sont différentes, ainsi que le contexte dans
lequel nous opérons. »
Cette amitié ressemble quelquefois à un cadeau empoisonné pour
les Catalans : la NVA s’est taillé une
image conservatrice, à l’opposé de
la réputation progressiste de la Catalogne. Sans compter l’inimitié
que certains Belges entretiennent
vis-à-vis de la NVA. « Puigdemont
est populaire en Flandre. Ce qui, par
ricochet, nuit à son image en Wallonie », résume un proche du leader
catalan.
La presse belge francophone
s’est ainsi empressée, en janvier
dernier, d’ironiser sur « la chère
villa belge » de Puigdemont : une
bâtisse de 900 000 euros située au
milieu d’un parc de 2,5 hectares
qu’il louait à… l’oncle du président de la NVA. L’exilé a bien
compris la leçon : en déménageant à Waterloo, il a flouté les
images de sa (grande mais pas
luxueuse) maison.
La presse flamande a annoncé
début août que la NVA envisageait
d’intégrer Puigdemont dans sa liste de candidats pour les élections
européennes de mai 2019. La piste,
qui semble maintenant abandonnée, aurait permis de faire revenir
l’ex-leader dans le jeu institutionnel européen. Et peut-être même,
soulignent certains, de le faire bénéficier de l’immunité accordée
aux eurodéputés. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
lans déboussolés
“
Avec nos principaux
leaders en prison
préventive ou en exil, nous
sortons d’un état de choc
et sommes aujourd’hui à
un moment de réflexion
”
GABRIEL RUFIÁN, DÉPUTÉ ERC (CENTRE GAUCHE
INDÉPENDANTISTE) AU PARLEMENT ESPAGNOL
Puigdemont lui-même a appelé à la patience. Et, comme pour donner des gages
de fermeté, rappelle à chaque réponse les
violences policières lors du référendum
et la réplique judiciaire contre l’indépendantisme, qu’il qualifie de « réponse sauvage d’un État qui souffre d’énormes carences démocratiques ».
À Madrid, le nouveau gouvernement
socialiste de Pedro Sanchez veut convaincre de sa disposition au dialogue, tout en
excluant par principe tout référendum
d’autodétermination. Le responsable catalan de l’Économie vient de signer un accord avec la ministre espagnole des Finances en vertu duquel Madrid débloquera en
quatre ans 1,46 milliard d’euros correspondant à des engagements historiques de
l’État en Catalogne. « Ils entrent dans une
logique de coopération et de respect des règles du jeu tout en conservant une rhétorique belligérante, note un interlocuteur au
Palais de la Moncloa, le siège du gouvernement. Certains dirigeants indépendantistes craignent qu’en abandonnant ce discours ils passent pour des traîtres. Nous
croyons au contraire que celui qui changera
de discours sera récompensé par les électeurs, car la société catalane commence à
changer de regard sur le processus indépendantiste ». Le socialiste Miquel Iceta,
qui partage cet espoir, reconnaît en même
temps un doute : « Il est possible aussi
qu’ils cherchent simplement à gagner du
temps. Mais le devoir du gouvernement est
de désenflammer la situation. » ■
FACE AUX indépendantistes, un Français est fer de lance du camp unioniste.
Manuel Valls, qui vient de se déclarer
candidat à la mairie de Barcelone - les
élections se tiendront en mai prochain -, multiplie depuis un an les initiatives en faveur du maintien de la Catalogne en Espagne. Au plus fort de la
crise, il n’était pas rare que l’ancien
premier ministre natif de cette ville
s’invite sur les ondes outre-Pyrénées.
En décembre, à la veille des élections
régionales, il avait participé à un meeting de Ciudadanos aux côtés d’Albert
Rivera, le président de ce mouvement
de centre droit en pointe contre l’indépendance, et d’Ines Arrimadas, qui le
représente en Catalogne. En mars, il
avait pris la parole devant une foule
réunie en plein air par la « Société civile
catalane », une plateforme qui rassemble les opposants à l’indépendance.
Lors de la fuite de Carles Puigdemont
en Belgique, Manuel Valls avait regretté
que la justice belge « n’ait pas fini par livrer » l’ancien président de la Catalogne à la justice espagnole. Des interventions régulières qui ont fait de lui un
personnage à part entière de la scène
politique catalane, où les unionistes
sont minoritaires.
Récemment publié, Anatomía del
procés (Edition Debate) évoque la crise
catalane. Manuel Valls y signe la préface
et charge ardemment les indépendantistes, qu’il accuse de vouloir « extirper » à la Catalogne « sa part espagnole
mais aussi européenne ». « Cette fuite en
avant n’obéit pas à un projet positif mais
plutôt à un plan d’éradication », écrit-il.
Dans le même texte, Manuel Valls fait
mine de s’interroger. Le projet des indépendantistes, « serait-ce un projet
culturel ? Mais l’utilisation du catalan est
en place depuis un certain temps en Catalogne. Serait-ce un projet économique ? Mais cela fait longtemps - et encore
aujourd’hui - que la Catalogne est une
région économiquement dominante, avec
l’un des revenus par habitant les plus éle-
vés d’Espagne. Serait-ce un projet politique ? Mais l’autonomie catalane (dont
profite déjà la région, NDLR) a organisé
un transfert de compétences extrême, y
compris dans le domaine budgétaire ;
même s’il peut toujours y avoir des clarifications et des avancées. » Et d’en
conclure que le projet des indépendantistes est « négatif ».
Ce positionnement a pu irriter une
partie de sa famille. En octobre dernier,
alors que Manuel Valls appuyait Madrid
pour l’activation de l’article 155 de la
Constitution - permettant d’écarter le
gouvernement régional de Catalogne -,
Giovanna Valls avait interpellé son frère sur Twitter : « Pour l’amour de Dieu,
pour grand-père Magi ! Ce n’est pas démocratique […] Depuis quand a-t-on vu
un truc aussi brutal que de réprimer les
libertés ? » Giovanna Valls faisait ainsi
référence à l’engagement catalaniste
de sa famille. « Grand-père Magi » fut
journaliste pour El Mati, une publication catalaniste. Chez les Valls, « nous
avons toujours parlé catalan », admet
l’ancien premier ministre. À l’âge de
15 ans, il était même avec sa mère dans
les rues de Barcelone, le 11 septembre
1977, pour revendiquer l’autonomie de
la région.
Visage consensuel
Mais Manuel Valls tient à faire la différence entre revendications régionalistes et déclaration unilatérale d’indépendance. « Je me suis toujours senti fier
d’être né à Barcelone, d’être catalan, espagnol, français et européen », dit-il
souvent. Un « kaléidoscope » qui résume sa définition de Barcelone : « une
ville ouverte ».
La semaine dernière, lors de sa déclaration de candidature à la mairie de
Barcelone, Manuel Valls a présenté aux
Barcelonais un visage plus consensuel.
Devant sa sœur qui avait fait le déplacement, il a confié : « La première fois que
j’ai dit “Je t’aime”, c’était en catalan. »
Une manière de rappeler, que s’il est
contre l’indépendance, Manuel Valls
croit en l’identité catalane. Un « en
même temps » nécessaire pour l’emporter en mai. ■
A
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
Pour Jordi Amat, écrivain et analyste
politique, « ERC et CDC ont occupé tour à
tour les rôles du pragmatique et du jusqu’au-boutiste pour tenter de s’imposer
comme la force hégémonique de l’indépendantisme. C’est cette compétition interne
qui a accéléré le défi lancé à l’État espagnol
au lieu de le freiner, et c’est cette compétition qui doit être résolue pour que le processus indépendantiste tel qu’on le connaît
se termine ».
coup plus compliqué, qu’il nous faut agglutiner plus de forces et élargir notre base ».
Une reconnaissance, à demi-mot, que
les 48 % jamais dépassés par les indépendantistes lors d’un scrutin officiel ne sont
pas suffisants pour forcer la sécession. Le
député réfute pourtant qu’il existe une
division sur la stratégie et souligne que
3
Manuel Valls, porte-voix
du camp unioniste
raît plus divisé que jamais et en mal de stratégie.
Des affrontements musclés
ont opposé les autoproclamés
Comités de défense de la République
(un mouvement indépendantiste
autogéré) et la police régionale,
les Mossos d’Esquadra, samedi
à Barcelone. JON NAZCA/REUTERS
lundi 1er octobre 2018
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lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
4
POLITIQUE
Macron en quête d’un second souffle
À l’écoute des habitants, le chef de l’État
est retourné sur le terrain pour corriger
son image de président coupé des réalités.
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
ENVOYÉ SPÉCIAL AUX ANTILLES
EXÉCUTIF Derrière le coup d’éclat,
comme un aveu d’impuissance. Emmanuel Macron peut bien s’offrir un
bain de foule dantesque à Saint-Martin
pour constater la lenteur de la reconstruction dans les quartiers pauvres de
l’île, si la logistique ne suit pas derrière,
forcément ça coince.
Au terme de son voyage aux Antilles,
le président de la République l’a reconnu
en creux. « Si cela ne va pas assez vite,
c’est que nous avons une économie trop
endogame, explique-t-il. Des gens prennent tous les contrats et le font à leur rythme. Il faut qu’on encourage beaucoup plus
les petites entreprises. » Pas de sa faute
donc si ça traîne. Samedi soir, il a
d’ailleurs retrouvé dans un café de
Saint-Martin la femme qui l’avait interpellé l’année dernière après le passage
d’Irma. Le rendez-vous était programmé. Sinistrée de l’ouragan, elle l’avait
alors appelé « Monsieur Macron » et
promis de ne l’appeler « Monsieur le président » qu’à son retour sur l’île et seulement si la reconstruction était bel et bien
engagée. « Vous ne pouvez pas donner de
l’argent à une collectivité qui n’est pas capable, déplore la femme auprès d’Emmanuel Macron. L’État français doit
prendre cette île sous tutelle. On a besoin
de la France pour la reconstruction. La
collectivité ne peut pas gérer ». « Je ne
peux pas me substituer à la collectivité, lui
répond le chef de l’État. On va renforcer
les contrôles, les moyens d’ingénierie. On
a trop tardé sur les marchés publics. On va
ensemble changer le système. » Au terme
de l’échange, la femme lui serre la main
et lui donne du « Monsieur le président ».
Ces difficultés à répercuter ses décisions sur le terrain, Emmanuel Macron
les avaient déjà touchées du doigt en
Martinique et en Guadeloupe. Retard
dans la rénovation de l’hôpital à Fortde-France, persistance des problèmes
de distribution d’eau autour de Pointe-
à-Pitre, difficultés dans les deux îles à
lutter contre la pollution à la chlordécone ou aux sargasses… Emmanuel Macron
peut bien déployer toute sa détermination auprès des habitants, il lui faut du
temps pour obtenir et afficher les résultats qu’il espère. Dans l’intervalle, le
terrain est fertile pour les polémiques et
les attaques politiques. Elles se sont multipliées depuis la rentrée, dans le prolongement de l’affaire Benalla. Alors aux
Antilles, il a demandé du temps aux habitants des quatre îles qu’il a visitées et,
par-delà eux, aux Français. « La politique que je mène, elle ne peut pas être seulement conduite pour la fin du mois […]
Les effets de beaucoup de réformes prennent du temps », explique le président de
la République dans le JDD. « Les grandes
transformations ne s’opèrent pas d’en
haut. Nous les impulsons, il faut ensuite
que les acteurs s’en saisissent pour les
mettre en œuvre. »
Avant de s’envoler pour SaintBarthélemy, dernière étape de son périple, Emmanuel Macron file à demi-mot
la métaphore entre l’île de Saint-Martin,
dévastée par Irma et à reconstruire, et la
France qu’il juge abîmée par les trente
“
Ce qu’on a envie
de faire, c’est construire
un nouveau modèle
exemplaire
”
EMMANUEL MACRON
dernières années et qu’il a promis de relancer. « Il faut réparer des décennies
perdues, explique-t-il. Ce qu’on a envie
de faire, c’est construire un nouveau modèle exemplaire dans tous les sens. » Le
message passait pendant la campagne
présidentielle et les mois suivant, il est
devenu inaudible en cette rentrée sur
fond de chute de sa popularité. Alors
comme s’il voulait retrouver le souffle de
sa campagne, le chef de l’État est retourné au terrain.
Quatre jours durant, Emmanuel
Macron n’a pas ménagé sa peine, mul-
Emmanuel Macron,
dimanche sur l’île
de Saint-Martin.
THOMAS SAMSON/AFP
tipliant à l’envi les rencontres avec les
acteurs de terrain pour les mettre sous
pression et les bains de foule avec les
habitants pour faire la pédagogie de son
action. Jusqu’à ce climax de SaintMartin au quartier d’Orléans. Un président de la République qui, au mépris de
toute consigne de sécurité, s’invite
dans l’appartement d’une HLM délabrée, y trouve un ancien braqueur, lui
fait la morale devant sa mère et lui demande de s’impliquer dans la reconstruction de l’île, ce n’est pas si courant.
Il s’agissait de corriger une image.
Celle dépeinte depuis des mois par ses
opposants, mais aussi par des proches
comme Gérard Collomb, d’un président hautain, distant et arrogant. D’essayer de retirer aussi ce costume de
« président des riches » qui lui colle à la
peau depuis son élection.
Au contact du peuple donc, n’hésitant pas à vanter sa décision de baisser
l’abattement fiscal dont bénéficient les
Ultramarins pour les 4 % les plus
riches. Comme pour enfiler un nouveau
costume, celui de « président du
peuple ». Il reste encore beaucoup de
retouches… ■
Européennes : le chef de l’État veut la liste
« la plus large possible »
PIERRE LEPELLETIER £@Pierre Lepelletier
REDONNER le ton. Dans un entretien au
Journal du dimanche, le chef de l’État a
voulu rappeler le cap de sa politique. L’occasion aussi de lancer la campagne des
élections européennes prévues au printemps prochain. Scrutin crucial pour la
majorité : une défaite du camp présidentiel mettrait de l’eau au moulin de l’opposition, qui estime que les Français n’ont
plus confiance en Emmanuel Macron.
Même si le chef de l’État assure que le résultat « n’aura aucun impact sur la politique
que le gouvernement doit mener », il entend
tout de même s’impliquer dans la campagne. « Je ferai tout pour que les progressistes, les démocrates et ceux dont je porte la
voix - je l’espère incarnée par une liste la
plus large possible en France - se fassent
entendre », explique-t-il. « Je m’implique
en permanence autour de la table du Conseil
européen. Et je m’impliquerai, car je crois à
une campagne pour une Europe de l’ambition et de l’avenir, des démocrates et des
progressistes. C’est un combat de civilisation, un combat historique, et je ne céderai
rien aux extrêmes », précise-t-il, reprenant, presque au mot près, ses discours de
candidat à la présidentielle. Emmanuel
Macron a aussi voulu faire taire les critiques de l’opposition qui le taxent d’« ultralibéral » ou de « mondialiste ». « Je suis
pour tourner la page d’une Europe libérale,
mais aussi pour éviter la page d’une Europe
des nationalismes. L’Europe, c’est notre
bonne protection. Encore faut-il la repenser
et la rebâtir », soutient-il.
CRÉDIT PHOTO // MATIAS ANTONIASSI
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Sur le plan national, Emmanuel Macron
promet d’aller davantage « au contact des
gens ». Fini les bains de foule - trop « superficiels », selon lui -, le chef de l’État veut
désormais « plus de séquences de dialogues
avec les populations ». « En cette rentrée,
j’ai une volonté de retourner à un terrain qui
peut être difficile mais qui ne tolère aucune
dérobade. Il faut aller au contact des gens.
Cela veut aussi dire accepter leur colère, leur
impatience, leur détresse », souligne-t-il.
Malgré ses bonnes résolutions, Emmanuel
Macron doit porter le fardeau des polémiques et des imprévus qui se sont succédé
ces dernières semaines.
Des déconvenues que le chef de l’État
assume et tient à minimiser : « C’est inévitable qu’il y ait des erreurs, des accroches. Le
bon côté de cela, c’est que la solution dépend
entièrement de nous. Surtout, cela ne doit
cacher aux yeux de personne que les choses
avancent dans le bon sens », martèle-t-il.
« Je ne suis pas parfait, personne n’est parfait, appuie-t-il. Qu’il y ait des choses qui ne
soient pas bien faites, c’est donc normal. Il
faut les corriger. Mais il faut aussi éviter de
perdre du temps à parler de sujets qui sont
accessoires », glisse le chef de l’État, dans
une allusion à peine voilée à la portée médiatique de l’affaire Benalla. Ainsi, Emmanuel Macron prévient : « En aucun cas, je ne
changerai de politique. […] Notre priorité
n’est pas de durer, mais de faire. » ■
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Entendre l’impatience
pour mieux garder le cap
A
vec La Fontaine,
Emmanuel Macron
aimerait convaincre les
Français que « patience et
longueur de temps font plus que force
ni que rage ». Tel le lion de la fable,
le chef de l’État semble pris dans
les filets de plus en plus serrés d’une
opinion impatiente. Les sondages
qui s’enchaînent à la baisse sont
autant de mailles qui se resserrent.
Face à cette situation qui se répète
à chaque présidence, Macron
voudrait se démarquer de ses
prédécesseurs. Il les a observés
se débattre dans l’adversité, au prix
de l’immobilisme ou du revirement.
Lui cherche au contraire à échapper
au couperet infernal du calendrier.
Les confidences qu’il a faites au
JDD dévoilent en effet une stratégie
visant à se donner du temps afin de
ne pas avoir à changer le cap de son
action. Même si, corollaire de cette
constance revendiquée, il consent
à une inflexion de style et de ton.
Le président prévient : « Le scrutin
européen n’aura aucun impact sur
la politique que le gouvernement doit
mener. » C’est dit. C’est une réponse
anticipée à tous ceux qui, à l’instar
de Jean-Luc Mélenchon, veulent
faire des européennes un
référendum anti-Macron.
Et à la tradition française d’inviter
l’exécutif à « tirer les leçons » de
toute élection, quelle qu’en soit la
nature. Macron s’attribue d’emblée
à lui-même un horizon plus lointain.
Le temps d’engranger les premiers
résultats des réformes structurelles
lancées au début du quinquennat.
Le pari du chef de l’État est donc
qu’il vaut mieux enjamber une
élection dans l’espoir de fruits
à moyen ou long terme que de
chercher à tout prix à envoyer
des signaux faciles et coûteux
qui ne retourneraient pas forcément
l’opinion mais qui ruineraient
assurément l’efficacité de la
« transformation » qu’il prétend
opérer dans le pays. La popularité
peut s’acquérir en distribuant
de l’argent - c’est ce qu’il a dit la
semaine dernière, maladroitement,
à New York ; l’efficacité ne peut
se vérifier que dans la durée.
Le message de fond d’Emmanuel
Macron en cette rentrée par bien des
aspects cauchemardesques pour lui,
c’est donc qu’« après des décennies
de recul et d’immobilisme »,
l’impératif est de « ne pas changer
de cap ». Une chose est de la dire,
une autre de le prouver. La liste
est longue des réformes promises
pour les douze mois qui viennent :
assurance-chômage, fonction
publique, retraites, organisation
de l’islam… Et pour l’instant il n’en
est qu’aux assurances verbales.
Or, s’il fustige la soumission
à la fatalité de ses prédécesseurs, la
promesse de ne pas ralentir l’action
est aussi une des vieilles ficelles
de la communication présidentielle
pour les temps d’adversité…
Toujours est-il que l’ambition de
Macron de ne pas reculer sur le fond
l’oblige à une inflexion dans le ton.
Sa situation dans l’opinion ne lui
permet pas d’être cru sur parole.
Il n’a plus l’aura du guide de haute
montagne capable d’entraîner
derrière lui toute la cordée, des
premiers aux derniers. Comme il les
a déçus, c’est à lui de faire le premier
pas pour renouer le fil. Et moins il
voudra changer de cap, plus il devra
donner des preuves tangibles de
compréhension de « l’impatience »
des Français. Paradoxe : pour
obtenir d’eux la patience, il doit
faire sienne leur impatience.
Dans l’espoir d’un marché avec eux :
je comprends votre exigence ;
comprenez qu’il me faut aller au
bout de ma démonstration. D’où ces
marques d’empathie, de proximité,
de désir de contact et d’écoute, pour
corriger le sentiment de distance
et d’arrogance qui s’est installé.
Mais ce n’est là qu’un préalable. ■
Ce long moment où le président a disparu
« On a perdu le président dans
le quartier », s’inquiète Annick Girardin.
Il y a de quoi. Emmanuel Macron
a disparu. À Saint-Martin, en plein bain
de foule et à la faveur d’une averse
tropicale virulente, le chef de l’État
a faussé compagnie à son service
de sécurité. Il est parti en courant au
milieu des habitants et des carcasses
de voitures pour s’engouffrer entre
les immeubles de la cité HLM.
Les gendarmes courent partout, la
foule aussi, les journalistes pareil. C’est
le chaos. Le président de la République
fait ce qu’il veut. Au mépris des forces
de l’ordre, pendant presque trois
heures, il discute, prend dans ses bras
un enfant qui pleure pour le réconforter,
accorde des selfies à tour de bras,
avance au hasard entre les carcasses
de voitures, les flaques de boue
et les caméras de télévision.
F.-X. B.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 1er octobre 2018
POLITIQUE
Leonetti : « Le
politique ne doit
ni freiner ni subir
les évolutions »
monde allait plus vite que la pensée. Le
monde a toujours évolué, mais les changements se sont accélérés. Soit on juge
cette situation inéluctable et nous la subissons, soit nous croyons que les progrès humains doivent être à la hauteur
des progrès techniques et nous décidons
de les maîtriser. Cela impose une intransigeance à l’égard de tout ce qui peut altérer l’humain. Le politique ne doit ni
freiner ni subir ces évolutions. Il doit favoriser le progrès et l’apprivoiser.
Pour le premier vice-président
des Républicains, « l’humanisme est une
référence pour la droite républicaine ».
DROITE Le premier vice-président des
Républicains réactivera, courant octobre,
l’association République et humanisme. Il
juge indispensable d’appuyer le projet
politique du parti présidé par Laurent
Wauquiez sur des « valeurs humanistes ».
LE FIGARO. - Pourquoi souhaitez-vous
réactiver l’association République
et humanisme sept ans après
son lancement au sein de l’UMP ?
Jean LEONETTI. - L’humanisme est une
référence pour la droite républicaine.
Dès l’origine de l’UMP, nous avions jugé
nécessaire de mener une réflexion sur
nos racines et nos valeurs. Il nous paraît
indispensable, aujourd’hui, de faire renaître cette réflexion. Les Républicains
disposent d’un conseil des sensibilités
voulu par Laurent Wauquiez. Nous proposons qu’il se penche une nouvelle fois
sur le sujet du socle de nos valeurs pour
porter un projet politique dans une époque marquée par une quête de sens.
Quels éléments motivent votre décision ?
L’humanisme, né au cœur de l’Europe, a
été un ferment très profond de notre
construction politique. La démocratie et
l’égalité nous viennent de la sagesse
grecque, la fraternité est issue de la chrétienté et le siècle des Lumières nous a légué la liberté de pensée. Au moment où
l’Europe est menacée de dislocation, il est
légitime de retrouver ce ciment humaniste. Les Républicains doivent construire leur projet sur deux piliers : l’autorité
et l’humanité. L’humanisme moderne est
la réponse aux besoins du monde actuel.
Les inégalités se creusent, l’autorité est
contestée, les flux migratoires s’accélèrent, le terrorisme menace la planète. Il y
a un combat essentiel à mener.
Un combat contre qui, contre quoi ?
Pour la dignité humaine et contre tout ce
qui peut fragiliser notre démocratie,
comme le fanatisme religieux. La loi du
plus fort s’applique sur notre territoire :
les classes moyennes subissent de plein
fouet l’augmentation des prélèvements,
et les plus fragiles dans les banlieues subissent la loi des voyous. Il existe aussi
une inquiétude européenne et nationale
face aux flux migratoires. Entre un laxisme prônant l’accueil de toute la misère
du monde au risque d’être complice des
passeurs, et un renoncement à nos droits
fondamentaux comme le droit d’asile, il
y a un chemin européen conciliant ouverture au monde et fermeté.
RTL/FREDERIC BUKAJLO/SIPA PRESS
HALTE au piège. Invitée du « Grand Jury
RTL-LCI-Le Figaro » dimanche, Valérie
Pécresse a demandé à ses collègues des
Républicains de ne pas céder à Emmanuel
Macron et à sa liste « la plus large possible » pour les européennes (voir page 3).
« La stratégie d’Emmanuel Macron est
d’enserrer la droite républicaine, donc
l’opposition républicaine, dans un étau
avec une opposition entre progressistes et
nationalistes. Je veux briser cet étau, et,
pour cela, il faut une liste proeuropéenne de
droite », a estimé la présidente de la région Île-de-France à la tête de Libres !, le
mouvement, associé aux Républicains,
qui joue le rôle d’opposant interne à
Laurent Wauquiez. « Nous ne pouvons pas
laisser le monopole de l’engagement européen à Emmanuel Macron. Nous avons besoin de réaffirmer un projet pour l’Europe », a-t-elle poursuivi, en renouvelant
l’idée du nom de Michel Barnier comme
tête de liste.
Valérie Pécresse, dimanche,
au « Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro ».
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/
LE FIGARO
thique. Nous devons favoriser les progrès
au profit de l’homme, pas à son détriment.
Intelligence artificielle, diffusion du génome, aide à la procréation… ces avancées
peuvent remettre en question la dignité
humaine. Le combat à mener est celui de
la mesure, de l’idéal humain et de la protection des plus vulnérables.
Les politiques ne sont-ils
pas dépassés par ces évolutions ?
Après la guerre, Camus disait déjà que le
Prendre la tête de liste LR
aux européennes vous tente-t-il ?
Ce n’est pas un sujet d’actualité. Pour
moi, la priorité, c’est le projet et le rassemblement autour du projet. ■
Comment articuler un tel projet face
aux actuelles questions sur la bioéthique ?
La révolution numérique, technique et
scientifique est un moteur de progrès. Plus
que jamais, l’homme doit s’interroger face
à ces révolutions en matière de santé. Il
constate que tout ce qui est techniquement et scientifiquement possible, n’est
pas toujours humainement souhaitable.
C’est pour cela qu’existent les lois de bioé-
Pécresse favorable à une
« majorité pénale à 16 ans »
PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
« Les Républicains
doivent construire leur
projet sur deux piliers :
l’autorité et l’humanité »,
estime Jean Leonetti.
La présidente de la région Île-deFrance a indiqué être « pour le doublement
des peines pour les crimes commis dans les
quartiers les plus criminogènes ». Elle reconnaît que sa proposition « n’est pas
constitutionnelle », mais « c’est ce qu’ils
font au Danemark », enchaîne-t-elle,
avant d’ajouter : « Je peux vous dire que ça
permet de contenir la montée de l’extrême
droite. On peut le faire de manière à ce que
ce soit constitutionnel en disant qu’il y a une
circonstance aggravante dans le fait de
commettre un crime dans certains quartiers. » À son sens, il n’y aurait pas de risque de stigmatisation. « C’est quand même
dingue que, dans certains départements de
France, il y ait beaucoup plus de crimes, et
beaucoup moins de sanctions. […] Un acte
véniel à Guéret sera autant puni qu’un acte
grave à Bobigny », poursuit-elle.
Autre sujet de préoccupation : la violence dans les lycées. « J’ai eu depuis le
début de l’année dix intrusions avec des
armes à feu, des couteaux et des marteaux.
C’est grâce à l’héroïsme d’un agent de la
région qu’un jeune lycéen n’a pas été tué
dans le cadre d’un règlement de comptes
entre des bandes. C’est la guerre des bandes, c’est la guerre des gangs. » Pour elle,
« il y a aujourd’hui des territoires interdits
dans la République. Il faut mettre fin à
l’aveuglement coupable du gouvernement.
Il faut prôner une tolérance zéro. Ces violences sont le fait de jeunes de plus en plus
jeunes. […] Je demande que la majorité pénale soit fixée à 16 ans pour les crimes violents et […] que nous ayons une police municipale armée dans toutes les grandes
villes. » La présidente de la région milite
aussi pour la mise en place de brigades
mobiles d’urgence. « Les agents qui dépendent de la région ne sont pas armés,
parce que ce ne sont pas des policiers. »
Elles seront constituées de « 15 personnes
mobiles qui iront là où il y a des urgences ».
Elle demande aussi « 15 000 places de prison pour les primo-délinquants ». ■
de la rentrée
littéraire.
A
EMANUEL GALIERO £@egaliero
Vous incarnez le centre droit
au sein des Républicains.
Comment voyez-vous les autres
initiatives sur ce créneau ?
La place du centre droit est historiquement au sein de notre famille politique.
L’UMP résulte de la fusion de l’UDF et du
RPR. L’humanisme moderne n’est pas
une contemplation passive de notre
impuissance. Elle ne peut se limiter à
l’indignation culpabilisante et se réfugier dans le confort d’un « camp du
bien ». L’humanisme et la modernité
touchent toutes les sensibilités. Lorsque
de Gaulle institue la Sécurité sociale et
restaure l’État de droit, il fait preuve
d’autorité et d’humanité. Protéger les
plus faibles dans les territoires défavorisés passe surtout par un retour de l’autorité. La droite française a toujours été
une droite sociale. Je suis aux côtés de
Laurent Wauquiez qui ne renie pas la
ligne politique sur laquelle il a été élu,
mais a souhaité l’ouvrir à la diversité de
nos sensibilités.
Photo auteur : Géraldine Aresteanu
PROPOS RECUEILLIS PAR
5
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
INTERNATIONAL
6
La Bolivie rêve de se tailler un accès au Pacifique
La Cour internationale de justice se prononce lundi sur le contentieux qui oppose les autorités de La Paz au Chili voisin.
300 km
Territoires occupés par le Chili après
la guerre du Pacifique (1879-1884)
La Paz
PÉROU
BOLIVIE
CHILI
24° parallèle
Antofagasta
ARG.
OCÉAN
PACIFIQUE
Source : Reuters
Infographie
PAULINE FRÉOUR £@p_freour
LA PAZ
AMÉRIQUE LATINE Lundi à 15 heures, la
Bolivie sera suspendue à l’arrêt que doit
rendre la Cour internationale de justice
(CIJ) de La Haye. Pour ce pays enclavé
d’Amérique du Sud, l’enjeu est immense :
récupérer un accès souverain à la mer,
139 ans après avoir perdu ses 400 km de
côtes à l’issue de la guerre du Pacifique
opposant le Chili à la Bolivie et au Pérou.
La blessure, qui reste vive dans les esprits
boliviens - en témoigne la célébration
nationale de la Journée de la mer chaque
23 mars -, n’est pas que symbolique.
L’absence de débouché maritime pèse sur
le développement économique du pays et
lui aurait coûté 2 points de croissance ces
10 dernières années, selon le vice-président bolivien Alvaro Garcia Linera.
L’arrêt attendu est l’aboutissement
d’une procédure de 5 ans initiée par le
président bolivien Evo Morales. La stratégie adoptée par La Paz est originale.
Plutôt que de remettre en cause le tracé
des frontières fixé par traité en 1904, le
pays andin soutient que le Chili a montré
de façon répétée, tout au long du XXe siècle, la volonté de négocier un débouché
maritime avec la Bolivie. « Le Chili a laissé entendre à plusieurs reprises dans des
déclarations officielles et dans sa correspondance diplomatique qu’il était disposé à
négocier, résume Nicolas Boeglin, professeur de droit international public à la
Universidad de Costa Rica. Or on ne peut
pas promettre quelque chose à son voisin et
puis ignorer la portée d’un principe fondamental comme celui de la bonne foi en droit
international public. »
« Un conflit centenaire »
La défense chilienne repose sur deux
axes. D’une part, les frontières actuelles
ont été ratifiées par les deux pays et ne
sont donc pas discutables. De l’autre, les
négociations menées avec les Boliviens
n’ont pas abouti parce que ceux-ci ont
refusé d’offrir un territoire en échange
d’un accès à la mer.
Bien qu’il soit impossible de prédire
dans quel sens vont trancher les juges,
certains analystes se disent confiants
dans les chances de La Paz d’obtenir gain
de cause. Ne serait-ce que parce que le
Chili a tenté d’entrée de jeu d’invalider le
recours. « Essayer d’éviter (que les juges
ne se prononcent, NDLR) sur le fond peut
laisser entrevoir que l’on n’est pas vraiment sûr de ses arguments », analyse Nicolas Boeglin.
Même si les juges de La Haye donnent
raison à la Bolivie, cette étape ne doit pas
faire espérer une résolution rapide du litige. La formulation de l’arrêt des juges
de la CIJ sera, à ce titre, déterminante.
La Paz souhaite qu’il exige une négociation « de bonne foi », dans un délai « raisonnable », débouchant sur une réalité
« effective ». Mais la décision pourrait
être moins tranchée, laissant aux deux
pays le soin de s’accorder sans impératif
de résultat. Soit une probable nouvelle
impasse.
Tout en affirmant son attachement au
respect du droit international, le prési-
dent chilien, Sebastian Piñera, a fait savoir qu’il n’entendait céder aucun territoire et que « personne ne changerait de
nationalité ». Santiago ne cesse de dénoncer la difficulté de discuter avec Evo
Morales. Le chef d’État bolivien a fortement irrité son voisin en promettant que
le drapeau tricolore bolivien flotterait
bientôt sur la côte pacifique. Avant
d’adopter un ton plus conciliant mercredi au Conseil de sécurité de l’ONU (la Bolivie est actuellement membre non permanent), en se disant désireux de
chercher « une solution durable, viable et
satisfaisante pour les deux parties, au
conflit centenaire qui oppose deux pays
voisins ».
Le jugement sera-t-il favorable à Evo
Morales, qui se présentera en octobre 2019 à un 4e mandat controversé ?
Selon Andrés Guzman Escobari, diplomate bolivien, auteur d’Un mar de promesas incumplidas (Un océan de promesses non tenues), « il existe un dicton
bolivien qui dit : “le président qui obtiendra
la mer restera vingt ans de plus”. » ■
Plus de
800 morts
après un séisme
dans les Célèbes
Des vagues de six mètres ont déferlé
sur la ville de Palu, où, dimanche,
trois Français demeuraient portés disparus.
CYRILLE PLUYETTE £@CyrillePluyette
CORRESPONDANT À PÉKIN
INDONÉSIE Le bilan du tremblement de
terre et du tsunami qui ont frappé l’île indonésienne des Célèbes (Sulawesi) devrait
encore s’alourdir. Évalué officiellement à
832 morts dimanche, il pourrait atteindre
« un ou plusieurs milliers » de victimes a
dit craindre le vice-président indonésien,
Jusuf Kalla. Face à cette nouvelle catastrophe, les autorités ont prévu de commencer
le jour même « les enterrements de masse
pour éviter la propagation des maladies ».
La plupart des décès ont été enregistrés
dans la ville de Palu – une agglomération
de 350 000 habitants, sur la côte ouest –,
qui a été secouée vendredi par un séisme
de magnitude 7,5, et où des vagues de près
de six mètres de haut ont déferlé, selon
l’agence Reuters. Sur place, les équipes de
recherches avaient encore espoir de retrouver des survivants parmi les gravats.
Des dizaines de personnes restaient prisonnières dans les décombres de deux
hôtels et d’un centre commercial. Mais le
gouvernement était également très préoccupé par la situation de zones isolées,
dont il était sans nouvelles, et auxquelles
les secours n’avaient pas encore pu accéder. Il s’agit en particulier de la région de
Donggala au nord de Palu, privée de communications et d’électricité.
Afflux constant de victimes
Au moment du séisme, 71 étrangers séjournaient à Palu. La plupart étaient en
cours d’évacuation dimanche, mais les
autorités cherchaient encore à localiser
trois Français, ainsi qu’un Sud-Coréen et
un Malaisien. Voitures retournées, bâti-
Des habitants portent le corps d’un proche dans les jardins du centre hospitalier de la police, dimanche à Palu.
ments effondrés, poteaux électriques à
terre : ce décor de désolation témoigne de
l’ampleur du déchaînement de la nature.
« J’ai été emporté par une vague sur environ 50 mètres. Je ne pouvais me tenir à
rien », a raconté Adi, un survivant. Il a
ensuite grimpé sur un magasin, « puis une
deuxième vague est arrivée, encore plus
haute », et il s’est « retrouvé sur un toit ».
Les hôpitaux, dont certains ont subi des
dégâts, font face à un afflux constant de
victimes. Beaucoup de blessés doivent
être soignés en plein air. Des centaines
d’habitants cherchent leurs proches.
Le président indonésien, Joko Widodo,
est arrivé à Palu dimanche pour suivre les
opérations de secours. Le gouvernement
tente d’organiser des distributions de
nourriture, mais, par endroits, la population, privée de vivres, d’eau et de carburant, a commencé à piller des supermar-
chés et des stations-service. Les autorités
ont annoncé qu’elles ne séviraient pas, et
rembourseraient les propriétaires des magasins.
Ce récent séisme s’est avéré plus puissant que les tremblements de terre qu’a
subis l’Indonésie en août, et qui avaient
fait plus de 500 morts et environ 1 500
blessés sur l’île de Lombok, près de Bali.
L’Indonésie, se trouve sur la ceinture de
feu du Pacifique, une zone de forte activité
sismique. Le 26 décembre 2004, elle avait
été endeuillée par une série de séismes,
dont l’un de magnitude 9,1 sur l’île de Sumatra. Un tsunami avait fait 220 000 morts
dans la région, dont 168 000 en Indonésie.
De nombreuses voix critiques estiment
que, malgré ces terribles précédents, le
système d’alerte national s’est montré défaillant vendredi. Nul doute que la population va demander des explications. ■
BAY ISMOYO/AFP
1 000 km
VIETNAM
MALAISIE
Épicentre
du séisme
INDONÉSIE
Sumatra
PHILIPPINES
Bornéo
Jakarta
Java
Palu
Sulawesi
(Célèbes)
Bali
OCÉAN INDIEN
TIMORO.
AUSTRALIE
Infographie
Les Bédouins de Khan al-Ahmar font de la résistance
Défiant la justice israélienne, ils s’opposent à la destruction de leur campement situé entre Jérusalem et la mer Morte.
THIERRY OBERLÉ £@ThierryOBERLE
ENVOYÉ SPÉCIAL À KHAN AL-AHMAR
PROCHE-ORIENT À Khan al-Ahmar, les
Bédouins font de la résistance. Ils n’ont
pas détruit, comme l’exige l’administration civile israélienne, leur camp de tôles
et de tentes ancré en bordure de l’autoroute qui relie Jérusalem à la mer Morte.
Les familles de ce hameau d’un peu moins
de 200 habitants, niché entre deux collines pelées, avaient jusqu’à ce lundi pour
se conformer à l’avis de démolition. Dé-
LE 5/7
MATHILDE
MUNOS
A
Retrouvez le mardi à 6h44
Histoires Politiques avec Marcelo Wesfreid
du quotidien
À SUIVRE SUR TWITTER
#LE57INTER
but septembre, la Haute Cour de justice
avait rejeté leur ultime recours et donné
son feu vert à l’évacuation. Une décision
qui a mis un point final à cette bataille juridique mais pas à leur détermination.
L’apparence modeste du site pourrait
réduire le combat de ces anciens nomades
à une simple question humanitaire. Les
tentes maintenues par des planches de bois
et des cabanes en tôle ondulée recouvertes
de sable sont agrippées à un terrain rocailleux parcouru par des ânes et des moutons. Certains résidents travaillent dans
des usines voisines appartenant à des colons israéliens. D’autres gardent des chèvres. L’unique structure en dur est l’école
construite avec des fonds de l’Union européenne. Khan al-Ahmar est pourtant devenu un symbole qui attire des diplomates
de haut rang. Dès juillet, la France, la
Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie et
l’Espagne ont déposé une protestation demandant à Israël le gel des démolitions. Et
ce jeudi, c’est au tour de Ralph Tarraf, le
chef de la mission de l’UE à Jérusalem
d’être reçu par les représentants de la
communauté sous une grande tente verte.
« Nous sommes venus ici pour vous témoigner d’un soutien visible. Vous avez le
droit de rester chez vous, dans votre pays.
Nous avons demandé au gouvernement israélien de reconsidérer sa décision », dit
Ralph Tarraf. « J’espère que vous reviendrez dans un an pour visiter à nouveau
l’école que vous avez financée et que nous
aurons peut-être une clinique », lui répond Eid Abou Khamis, le porte-parole
des Bédouins. L’invitation tient du vœu
pieux. Les préparatifs israéliens pour une
intervention de bulldozers sont achevés
dans ce secteur déclaré zone militaire et
vendredi, au lendemain du passage de la
délégation, l’armée a fermé la route d’accès au campement.
Décharge publique
Pour les diplomates européens, les enjeux
dépassent largement le cas de ce vallon. Ils
estiment, à l’instar des mouvements hostiles à l’occupation israélienne en Cisjordanie, qu’il pourrait préfigurer d’autres
transferts de population. Une cinquantaine de groupements bédouins du centre de
la Cisjordanie ne disposant pas de titre de
propriété sont menacés. En l’absence de
processus de paix, les pays européens ont
entrepris depuis une dizaine d’années de
les soutenir. Les autorités israéliennes, qui
administrent la zone en s’appuyant sur les
accords d’Oslo, voient dans cette politique
une interférence caractérisée. Elles reprochent à la communauté internationale
d’applaudir lorsque la justice israélienne
ordonne l’expulsion de colons installés sur
des sites sauvages mais de la condamner
lorsqu’elle fait appliquer le droit pour une
autre communauté qui a construit sans
permis. Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman dénonce, lui, sans
ambages les « attaques hypocrites orchestrées par les pays européens ».
Selon les défenseurs des Bédouins, représentants des Palestiniens en tête, la
disparition du site permettrait d’étendre
et de relier entre eux de larges blocs de
colonies. Le processus achèverait de boucler Jérusalem et restreindrait l’accès des
Palestiniens de Cisjordanie à la partie
orientale de la ville que ces derniers revendiquent comme leur future capitale.
Khan al-Ahmar est de fait surplombé
par l’implantation israélienne de Kfar
Adumim. Verdoyante, la petite colonie où
l’on cultive des olives et des figues de barbarie pourrait, après le « nettoyage » du
campement, être facilement reliée à la colonie de Maale Adumim, l’une des plus
grandes de Cisjordanie, véritable ville de
quelque 40 000 habitants que la droite religieuse cherche à rattacher à Israël. « Si
nous disparaissons, le nord de la Cisjordanie
sera coupé de son sud et les autres communautés bédouines disparaîtront », s’emporte Eid Abou Khamis. Issu de la tribu Jahalin, originaire du Néguev, expulsé vers la
Cisjordanie dans les années 1950, il s’est
installé sur le lieu après la guerre des SixJours de 1967. « L’État aurait pu légaliser
rétroactivement les constructions comme il
l’a fait pour les avant-postes juifs dans la région, mais tel n’a pas été son choix », dit-il.
Le gouvernement israélien n’a pas encore fait savoir où les habitants seront relogés. Il avait envisagé dans un premier
temps de les fixer à Abou Dis, dans la
banlieue de Jérusalem, entre une station
d’épuration et une décharge publique.
Un projet abandonné. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Merkel s’offre
une escapade
bavaroise aux
côtés de la CSU
À l’approche des élections régionales,
la chancelière veut arrondir les angles
avec l’aile conservatrice de sa majorité.
NICOLAS BAROTTE £@NicolasBarotte
ENVOYÉ SPÉCIAL À OTTOBEUREN
ALLEMAGNE En Bavière, Angela Merkel
semblait ne pas être la bienvenue. Sa
personnalité attise les opposants et sa
politique divise la CSU, le parti qui dirige
seul, ou presque, le Land depuis des décennies. Les élections régionales du
14 octobre s’annoncent catastrophiques
pour le parti conservateur. Mais, finalement, un « rendez-vous » a été pris avec
la chancelière, comme l’a souligné avec
une pointe de malice le ministre-président du Land, Markus Söder, candidat à
sa réélection.
L’une et l’autre se sont retrouvés dimanche à Ottobeuren, dans l’ouest de la
Bavière, pour parler d’Europe. Sans faire
campagne explicitement pour la CSU et
en service minimum, la chancelière a
La chancelière Angela Merkel, entourée de Markus Ferber (à gauche), membre du Parlement européen, et de Theo Waigel (à droite),
ancien ministre des Finances, dimanche à Ottobeuren, dans l’ouest de la Bavière. KARL-JOSEF HILDENBRAND/AFP
comme voulu donner des gages à l’électorat bavarois sur sa ligne politique.
À l’intérieur de l’abbaye bénédictine qui
accueille le « symposium », au sein de la
somptueuse Kaisersaal, un petit panel
d’invités écoute, entre des intermèdes de
musique baroque, les discours d’Angela
Merkel, de Markus Söder ou de Theo
Waigel, l’ancien ministre des Finances.
Merkel et Söder ne cherchent pas à mettre
exagérément en scène une réconciliation
factice. S’il a changé de ton, l’homme fort
de la CSU poussait en juin dernier au bras
de fer contre Angela Merkel sur la question
migratoire. Peu de publicité a été faite de
leur tribune commune.
Des électeurs tentés
par le repli national
« Nous vivons un moment paradoxal »,
souligne-t-il. « Normalement, la politique,
dans la région, est dominée par une ques-
tion : est-ce que cela va bien économiquement ? Aujourd’hui, bien que cela aille comme jamais, la société est divisée, le climat
est agressif », poursuit-il. Au pied de l’abbaye, le parti de droite radicale AfD a rassemblé quelques dizaines de personnes
pour dénoncer « la ruine » ou « l’islamisation » de l’Allemagne. Dans un monde en
bouleversement, « il faut savoir ce qui reste stable : l’Europe », poursuit Markus
Söder en cherchant à réancrer la CSU
dans l’UE. « L’Allemagne et la Bavière ne
peuvent rien seules », ajoute-t-il. Le ton de
la CSU, qui dénonçait il y a peu le « tourisme social » en Europe, s’est adouci. Après
avoir viré à droite, la CSU tente de se recentrer, pour éviter de perdre des voix
auprès de son électorat le plus libéral.
Après Markus Söder, Angela Merkel
s’approche du pupitre. Malicieusement,
elle rappelle la ligne historiquement
proeuropéenne de la CSU. Aux électeurs
Bavarois tentés par le repli national, voire
régional, pour préserver leur riche économie, elle vante les mérites de l’Europe :
« En Allemagne, nous ne sommes pas toujours ceux qui donnent aux Grecs, aux Portugais… L’Europe nous aide aussi. Sans
l’Europe, notre économie serait moins stable », argumente-t-elle. Elle évoque aussi
la question de l’immigration et celle de
l’islam. Le sujet est épineux tant la Bavière
est catholique. Critiquée pour avoir dit que
« l’islam appartient à l’Allemagne », la
chancelière réplique à mots couverts en
défendant ses propres convictions religieuses : « Ce n’est pas interdit en Allemagne de se revendiquer chrétien », dit-elle,
en assurant les Bavarois qu’ils peuvent être
fiers de leur identité. C’était sans doute le
message essentiel pour être entendu. ■
EN BREF
Au Brésil, Jair Bolsonaro
quitte l’hôpital
Le candidat d’extrême droite
à la présidentielle brésilienne,
Jair Bolsonaro, a quitté samedi
l’hôpital où il avait été admis
début septembre après avoir été
poignardé lors d’un bain
de foule. Un sondage réalisé
vendredi le crédite de 28 % des
intentions de vote au premier
tour du scrutin du 7 octobre,
largement devant le candidat de
gauche Fernando Haddad (22 %).
Trump se dit « amoureux »
de Kim Jong-un
Le président américain,
Donald Trump, a assuré samedi,
lors d’un meeting en VirginieOccidentale, que Kim Jong-un
et lui sont « tombés amoureux »,
saluant les « magnifiques
lettres » que lui a écrites
son homologue nord-coréen.
Israël libère un avocat
franco-palestinien
L’avocat franco-palestinien
Salah Hamouri a été libéré de
prison dimanche après plus d’un
an de détention administrative
en Israël et a rejoint le domicile
familial à Jérusalem-Est.
Les accusations portées contre
lui sont restées confidentielles,
comme c’est généralement
le cas pour les détentions
administratives.
A
Deux ans de prison pour
une militante égyptienne
Les autorités égyptiennes ont
condamné samedi à deux ans de
prison une militante des droits
de l’homme qui avait posté
une vidéo sur les réseaux sociaux
où elle dénonçait le harcèlement
sexuel dans son pays.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SOCIÉTÉ
lundi 1er octobre 2018
9
Les Éris, ces gardiens de la paix en prison
Mutineries, extractions sensibles, mais aussi négociation, le rôle de ce corps d’élite a évolué, 15 ans après sa création.
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
Plus de 2 000 missions
JUSTICE Frédéric est adossé au mur de la
coursive de la maison d’arrêt flambant
neuve d’Aix-Luynes. Il suit, les bras croisés et les lunettes de soleil remontées sur
le front, la démonstration qui sera bientôt
présentée à Stéphane Bredin, le directeur
de l’Administration pénitentiaire. Ce
dernier a fait le déplacement de Paris
pour célébrer le quinzième anniversaire
de la création des Éris (équipes régionales
d’intervention et de sécurité), ces gardiens d’élite des prisons. Elles ont été
créées en 2003 par le garde des Sceaux
Dominique Perben, après les graves
émeutes de détenus dans les maisons
centrales de Moulins et Clervaux et la
spectaculaire évasion d’Antonio Ferrara,
alors ennemi public numéro 1.
Pour la centaine d’Éris présentes - soit
le quart des effectifs nationaux de ce corps
armé, c’est une consécration. « À notre
création, à part la mission de maintien de
l’ordre en détention, nous n’avions aucune
idée de ce que nous pourrions inventer. Nous
avons développé notre expertise en marchant », se souvient un gradé issu de la
deuxième promotion historique des Éris.
Dans le fond de la pièce, la colonne
d’assaut se met en place sous l’œil gris et
froid du commandant Éric Mourereau,
grand patron de la section ProvenceAlpes-Côte d’Azur qui intervient sur huit
départements avec ses 42 hommes. « Enfin, en ce moment, il nous en manque une
dizaine », nuance-t-il.
Formées initialement par le GIGN, empruntant les techniques de combat des
légions romaines et des hoplites grecs comme le rappelle Jean-Marie, ce « franchisseur » de Lille, spécialiste des interventions depuis les toits et les murs d’enceinte -, les Éris ont créé au fil des ans et
des situations leur propre doctrine :
« Agir et non réagir » en milieu confiné.
« Il n’y a pas que des gros bras chez
nous », rappelle Frédéric. « Il faut aussi
des hommes capables de penser, d’antici-
Transfèrements et extractions sensibles
ENVOYÉE SPÉCIALE À AIX-EN-PROVENCE
LES ERIS EN 2017
864
Formations dispensées
372
Fouilles
216
Formations reçues
141
Soutien aux établissements
93
Mutineries, évacuations
75
Sécurisation de travaux sensibles
DICOM-MJ
45
50 % des effectifs des Éris (ci-dessus, lors d’un exercice au centre pénitentiaire d’AixLuynes dans les Bouches-du-Rhône) sont des anciens militaires, pompiers ou gendarmes.
per, de négocier ou de monter et de descendre en rappel les murs d’une prison comme
celle des anciennes Baumettes », hauts de
25 mètres. Passés maîtres dans l’art de
réduire les mutineries carcérales, les refus, en cours de promenade, de réintégrer les cellules, les prises d’otage de gardiens ou de détenus et de neutraliser les
forcenés, ils ont peu à peu gagné une stature dans le petit monde des surveillants,
mais aussi des détenus qui les redoutent.
Si bien que les préfets doublent de moins
en moins leurs interventions avec celles
du Raid et du GIGN.
est aujourd’hui possible seulement après
trois années de poste en détention. »
En quinze ans, leur fonction a évolué.
De l’intervention virile, les Éris ont dû affiner et développer de nouvelles techniques, comme la négociation et la persuasion, nécessaires en temps de surpopulation carcérale et de sous-effectifs.
Exercices
58
Autres missions
245
Source : ministère de la Justice
Infographie
Avec la féminisation du métier de surveillant, il leur faut désormais aussi anticiper l’après-crise. « Après notre intervention, il y aura peut-être une petite
“pépette” qui se retrouvera seule sur une
coursive de 80 détenus. Pas question
qu’elle subisse des représailles », souligne
encore Frédéric. L’afflux d’un millier de
détenus radicalisés change également la
donne. « Face à ce type de public, notre
stratégie est de gagner du temps, car on
sait qu’ils n’ont rien à perdre et que certains n’ont pas peur de mourir. » Les missions elles-mêmes ont évolué. En 2017,
les transfèrements et extractions sensibles ont représenté pas moins de 864 interventions des Éris sur un total de 2 020,
soit 40,9 %. Un équilibre que le directeur
de l’Administration pénitentiaire veut
faire évoluer (lire interview ci-dessous).
De même, les fouilles sectorielles ont
été multipliées par quatre. Stéphane,
l’adjoint des Éris à la direction interrégionale de Paris, qui a la coursive chevillée
au corps malgré son grade de lieutenant,
estime que ses équipes interviennent une
à deux fois par semaine à ce titre dans les
grandes maisons d’arrêt parisiennes.
« L’une des plus spectaculaires cette année
était après l’agression d’un surveillant à
l’arme blanche à Fleury, se souvient-il.
Nous avons commencé à 19 heures et fini à
4 heures du matin. À chaque fois, il faut
sortir les détenus, les contenir en salle d’attente, fouiller les hommes et les cellules,
éventuellement faire passer les chiens. »
L’absence de fouilles aux parloirs et les
projections ont transformé les prisons en
passoire. L’inquiétude majeure de ces
hommes rompus aux techniques de combat est de voir une arme à feu projetée à
l’intérieur d’un établissement. « Nous
travaillons à ce scénario », conclut Stéphane d’une voix grave. ■
Anticiper l’après-crise
De quoi créer des vocations. 50 % des
effectifs sont des anciens militaires, pompiers ou gendarmes. « Désormais, beaucoup entrent dans la Pénitentiaire pour rejoindre ce corps, souligne ce haut cadre de
l’administration. Nous envisageons de réduire le délai pour passer la sélection, qui
Une hausse « tendancielle
des détenus dangereux »
LE FIGARO. - Vous recrutez cette année
le double d’Éris par rapport aux années
précédentes. Pourquoi ?
Stéphane BREDIN. - Il ne s’agit pas exactement de doubler les recrutements, mais
de remplacer les départs naturels - mutations ou retraites - et de poursuivre le
comblement des postes vacants. C’est là
une volonté politique forte de tenir les effectifs sur nos missions prioritaires au
sein d’une Administration pénitentiaire
où elles se sont multipliées au cours des
dernières années. Par exemple avec la reprise des extractions judiciaires. Nous
“
Les risques
sécuritaires
en détention n’ont
cessé d’évoluer
ces dernières années
STÉPHANE BREDIN
”
voulons recentrer ces unités d’élite sur
leur cœur de métier : les missions les plus
sensibles, c’est-à-dire le maintien de
l’ordre, les prises d’otage ou les mutineries, la maîtrise des détenus les plus dangereux, notamment les détenus terroristes, ainsi que la transmission des bonnes
pratiques auprès des autres métiers de la
Pénitentiaire. Nous renforçons les Éris
pour qu’elles se consacrent pleinement à
leur mission et qu’elles aient du temps
pour se former, comme le font toutes les
unités d’élite.
N’est-ce pas aussi pour répondre
à une détention réputée
de plus en plus violente ?
Nous faisons face à une augmentation
tendancielle des détenus violents et dangereux. Les risques sécuritaires en détention n’ont cessé d’évoluer ces dernières
années. Ainsi, depuis mon arrivée il y a
un an à la tête de l’Administration pénitentiaire, nous avons connu cinq prises
d’otage. Cela nous amène à repenser notre doctrine d’emploi, en envisageant
trois niveaux de sécurité : le premier,
bien sûr, est assuré par les surveillants
eux-mêmes en détention. Dans les établissements les plus sensibles, nous mettons en place des équipes locales de sécurité pénitentiaire (ELSP), composées
d’une dizaine d’agents spécialement formés et équipés. Elles seront déployées ou
renforcées dans les maisons d’arrêt les
plus difficiles, comme celles de région
parisienne, ou dans des maisons centrales. Elles interviendront en soutien immédiat à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur des établissements. Dans certaines
de leurs missions, les agents de ces ELSP
seront armés. Sur les projections par
exemple, l’intervention de ces équipes
sera sans doute plus dissuasive que les filets existants. Sur les extractions, comme
l’a annoncé la garde des Sceaux, cela permettra d’unifier le cadre d’intervention
de nos agents : ils seront désormais armés
sur les extractions judiciaires comme sur
les extractions médicales, ce qui est nouveau. Cela nous permettra d’adapter
l’encadrement à la dangerosité réelle des
détenus. Les Éris interviendront dans les
cas les plus graves.
En quinze ans, les Éris sont devenues
incontournables dans le monde
pénitentiaire. Quels sont
les prochains défis ?
Les Éris ont gagné leur légitimité en
détention et progressivement aussi auprès des autres forces spéciales et des
préfets. Ce succès se mesure notamment
au fait que l’intervention de la police et de
la gendarmerie nationales est devenue
résiduelle dans le fonctionnement habituel des prisons, en dehors des graves
crises pénitentiaires comme en janvier
dernier. Tout comme le renseignement
pénitentiaire est en train de le faire dans
le monde du renseignement, il nous faut
approfondir cette complémentarité et
cette solidarité entre les trois forces de
sécurité intérieure. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR P. G.
7h-9h
Deux heures d’info
avec Nikos Aliagas
Avec Audrey Crespo-Mara, Nicolas Canteloup, Jean-Michel Aphatie
et toute la rédaction.
Du lundi au vendredi
A
STÉPHANE BREDIN, le directeur de l’Administration pénitentiaire, veut recentrer les Éris sur leur cœur de métier, les
missions sensibles, pour faire face à
l’augmentation des risques sécuritaires
en détention.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
L’Église auditionnée par le Parlement ?
Treize personnalités demandent une commission d’enquête pour faire la lumière sur les abus sexuels dans le clergé.
JEAN-MARIE GUÉNOIS jmguenois@lefigaro.fr
ment Anuncio, à l’origine du congrès,
explique : « À cause de quelques-uns, la
plupart des prêtres qui n’ont rien à se reprocher sont blessés. Nous avons donc
pris le temps de prier pour eux pour les
soutenir. Mais l’Église est entachée… S’il
n’est pas question d’entraver la justice, il
nous faut continuer à annoncer le Christ.
De ce point de vue, ce congrès aura été un
lieu de grande espérance pour l’Église.
« Le retour de la crédibilité »
Cette même « lucidité » sur les affaires
de pédophilie dans le clergé est portée
par la revue Témoignage chrétien. Absent des kiosques à journaux depuis dix
ans après des problèmes financiers, ce
titre a eu l’idée, pour faire parler du retour à la vente de son édition papier,
vendredi dernier, de frapper un grand
coup médiatique par la publication
d’une pétition demandant la création
d’une « commission d’enquête parlementaire » sur la pédophilie dans l’Église de France.
Christine Pedotti, directrice de la rédaction, ne cache pas l’objectif d’une
« relance » du titre mais sans « chercher
le scandale » car « nous pensons qu’une
commission émanant de l’État, neutre,
pas du tout malveillant, aidera à voir
clair ». La pétition « exige la communication des archives diocésaines » parce
que l’Église « doit rendre des comptes »
sur « ces crimes et leur dissimulation »
qui « constituent une atteinte grave à
l’ordre public ». Avec cette conclusion :
« Il nous importe non pas de faire éclater
des scandales, mais d’en faire cesser un,
immense, celui du silence assourdissant
de la hiérarchie catholique devant des
souffrances qu’elle a, pour l’essentiel,
sciemment ignorées ou même cachées
pendant trop longtemps. Le retour de la
crédibilité est à ce prix. »
Le principe d’une enquête parlementaire soulève toutefois deux écueils juridiques. Sur le plan civil, ce type de travail est réservé au contrôle de l’activité
du gouvernement. Sur le plan canonique, l’Église, sauf requête judiciaire,
n’est pas tenue d’ouvrir ses dossiers.
Interrogé dimanche par Le Parisien, le
nouvel archevêque de Paris, Mgr Michel
Aupetit, ne s’est toutefois pas opposé à
cette perspective : « Pourquoi pas ? Bien
sûr ! […] C’est vraiment une question de
justice. Si la société juge que c’est important pour davantage de clarté, si la situation montre qu’on a besoin d’une intervention extérieure à l’Église pour aller au
bout des choses, je ne vois pas d’entorse à
la laïcité. » ■
GILLES BASSIGNAC/LE FIGARO MAGAZINE
PÉDOPHILIE L’actualité de l’Église est
contrastée. Deux appels, très contradictoires mais très significatifs de la communauté catholique, ont été lancés ce
week-end à Paris. L’un fait beaucoup de
bruit : il exige une commission d’enquête parlementaire sur la pédophilie
dans l’Église. L’autre passe inaperçu,
puisqu’il relance l’appel du pape François à évangéliser pour « la France » une
« terre de mission ». Le premier émane
de la revue Témoignage chrétien, qui revendique son ancrage à gauche, le second de la 4e édition du congrès « Mission », qui a réuni, au cœur de Paris, les
mouvements les plus en pointe dans
l’évangélisation directe. L’un a été lancé
par treize personnalités, dont Jean-
Pierre Mignard, avocat, proche de
François Hollande, François Devaux,
fondateur de l’association La Parole libérée, mais aussi l’ancien ministre Roselyne Bachelot-Narquin. L’autre était
proclamé, non loin de Saint-Germaindes-Prés, par 3 500 jeunes militants
chrétiens parfaitement inconnus mais
venus de toutes les paroisses de France.
Des jeunes qui revendiquent, eux
aussi, la « lucidité » sur les scandales
des abus sexuels au sein de l’Église. L’un
des débats les plus poignants s’est tenu
samedi après-midi à l’Institut catholique de Paris, partenaire de l’événement.
Il s’intitulait « Quand l’Église est défigurée par les abus du clergé, les témoins
sont-ils disqualifiés ? L’Église est-elle
encore crédible en pleine tempête pédophile ? ». Raphaël Cornu-Thenard,
42 ans, architecte, président du mouve-
Une démarche qui se heurte
à des limites constitutionnelles
EMMANUEL GALIERO
egaliero@lefigaro.fr
BONNE IDÉE ou vrai casse-tête
constitutionnel ? L’appel lancé
par plusieurs personnalités
pour réclamer la mise en place
d’une commission d’enquête
parlementaire sur les affaires
de pédophilie au sein de l’Église
se heurte à des questions et
suscite déjà des approches contrastées.
Jean-Pierre Sueur, sénateur PS
du Loiret et corapporteur de la
commission d’enquête sénatoriale liée à l’affaire Benalla, reçoit positivement l’appel. « Je
vais signer cette pétition, a-t-il
indiqué au Figaro dimanche,
c’est une bonne initiative de JeanPierre Mignard (avocat, ami intime de François Hollande et premier signataire de cette pétition,
NDLR). Par rapport à une telle
question de société, il est bon qu’il
puisse y avoir des enquêtes menées par des parlementaires de
tous bords, dans la déontologie
qui est la nôtre. »
Pour le parlementaire, les législateurs du Sénat sont parfaitement fondés à « étudier les
faits », à faire une « analyse
objective » et à tirer un certain
nombre de « conclusions qui
pourraient être utiles ». Et
d’ajouter, en soulignant la soumission à la loi et aux pouvoirs
publics de l’institution religieuse
catholique : « Il n’est pas souhaitable que cette affaire reste
une affaire interne à l’Église car
les actes pédophiles sont des crimes. Il y a eu une sorte de loi du
silence, des victimes souffrent. Et
tout cela est resté longtemps dans
le non-dit. »
Secret de la confession
Pourtant, il existe une restriction
de taille avant l’éventuelle
ouverture d’un travail parlementaire sur le sujet. Le sénateur
Sueur ne manque pas de la mentionner. « Comme dans l’affaire
Benalla, sur laquelle nous avons
été hyper scrupuleux depuis le début, si cette commission d’enquête
existe, elle ne devra pas empiéter
sur les affaires judiciaires en
cours », souligne-t-il.
Or c’est précisément un obstacle qui suscite de grandes réserves chez les spécialistes du
droit constitutionnel. « La vraie
question est celle du périmètre de
ces enquêtes, et je ne vois pas bien
quelle peut être la marge de
manœuvre des parlementaires au
regard des enquêtes judiciaires en
cours », fait remarquer le constitutionnaliste Dominique Chagnollaud, sans écarter d’autres
difficultés liées au secret de la
confession. Si l’essentiel du
dossier est de nature judiciaire,
il se demande comment les
sénateurs et les députés pourraient aller au-delà de simples
questions posées aux responsables religieux. Ils pourraient
peut-être interpeller le clergé
sur son manque de discernement face aux actes mentionnés, mais ils ne pourront pas les
interroger
sur
des
faits
prescrits, des affaires en cours
ou des procédures déclenchées
par l’Église.
Quand les signataires de l’appel prétendent que « seule une
commission parlementaire a le
pouvoir de faire la lumière sur le
passé pour éviter qu’il ne se
reproduise », Dominique Chagnollaud, lui, préfère rester
beaucoup plus prudent sur
l’efficacité des moyens juridiques sur lesquels les parlementaires pourraient s’appuyer.
« Je ne dis pas que cela est
impossible mais la voie est très
mince. Et cela reste un véritable
casse-tête juridique », prévient
le professeur avec une immense
circonspection. ■
MICHEL GROSSIORD
REÇOIT
STÉPHANE
TRAVERT
A
MINISTRE DE L'AGRICULTURE
ET DE L'ALIMENTATION
La revue Témoignage
chrétien, relayée
par un groupe
de personnalités
représenté
entre autres par
l’avocat Jean-Pierre
Mignard, estime
qu’« une commission
émanant de l’État,
neutre, pas du tout
malveillant, aidera
à voir clair ».
«
La vraie
question
est celle du
périmètre de
ces enquêtes,
et je ne vois
pas bien quelle
peut être
la marge de
manœuvre des
parlementaires
au regard
des enquêtes
judiciaires
en cours
»
DOMINIQUE
CHAGNOLLAUD,
CONSTITUTIONNALISTE
L’appel à la prière
du Pape « pour protéger
l’Église du Diable »
CHAQUE MOIS, l’Église catholique
publie des « intentions de prière » du
Pape et demande aux fidèles de participer à cette prière commune.
Pour ce mois d’octobre - traditionnellement dédié, dans la spiritualité
catholique, à la Vierge Marie -, le
pape François a tout spécialement
demandé, samedi dernier, aux fidèles du monde entier, de prier « le
saint rosaire tous les jours », autrement dit la prière du chapelet, avec
cette intention : « S’unir en communion et en pénitence, comme peuple de
Dieu » pour « demander à la Sainte
Mère de Dieu et à saint Michel archange de protéger l’Église du Diable,
qui tente toujours de nous séparer de
Dieu et de nous diviser entre nous. »
En évoquant les affaires de pédophilie au sein de l’Église, qualifiées
samedi de « grandes turbulences
spirituelles » par François, le Pape a
demandé d’ajouter - fait exceptionnel - deux prières très anciennes de
l’Église catholique. Le Sub tuum
praesidium, qui dit notamment
« Sainte Mère de Dieu, ne méprise pas
nos prières quand nous sommes dans
l’épreuve ». Et une prière à saint Michel archange, composée par le
pape Léon XIII (1878-1903), qui était
dite à chaque messe avant le concile
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LCP-ASSEMBLÉE NATIONALE ET LEFIGARO.FR
ET EN REPLAY SUR LEURS SITES RESPECTIFS
Vatican II : « Saint Michel archange,
défends-nous dans le combat, sois
notre secours contre la malice et les
embûches du démon, nous le demandons en suppliant : que Dieu lui impose Son pouvoir ; et toi, Prince de la
milice céleste, par la puissance divine,
repousse en enfer Satan et les autres
esprits mauvais qui rôdent dans le
monde pour la perte des âmes. »
Dans cet appel, le pape François
insiste sur cette seconde prière
« parce qu’elle nous protège et nous
aide dans la lutte contre le Mal », et
précise que « l’arme du Grand
Accusateur » (l’une des dénominations du Diable, NDLR) est
« d’accuser », mais « seule la prière
peut le vaincre ».
Il conclut : « Les mystiques russes
et les grands saints de toutes les
traditions conseillaient, dans les
moments de grandes turbulences spirituelles, de se protéger sous le manteau de la Sainte Mère de Dieu » pour
« la préserver des attaques du
Malin ». Mais aussi pour « la rendre
plus consciente des fautes, des
erreurs, des abus actuellement
commis et dans le passé » et pour
qu’elle « s’engage à combattre sans
aucune hésitation pour que le Mal
n’ait pas le dessus ». ■
J.-M. G.
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lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
14
SPORT
Le triomphe de l’Europe au Golf National
En infligeant aux Américains l’une de leurs plus cinglantes défaites, l’équipe européenne a récupéré la Ryder Cup.
GOLF Pas franchement favoris avant cette
42e Ryder Cup, les Européens ont déjoué
tous les pronostics face à une équipe américaine présentée comme la plus forte de
toute l’histoire de la compétition. Du
moins, sur le papier.
Bien mal embarqués après un lourd 3-1
en faveur des États-Unis à l’issue des fourballs de vendredi matin, les hommes de
Thomas Björn ont toutefois su redresser
une situation compliquée, alignant entre
les foursomes de vendredi après-midi et
les fourballs de samedi matin 7 points sur 8
possibles. Avec un score de 10 points à 6
après un 2-2 en foursomes samedi aprèsmidi, il n’y avait plus qu’à finir le travail
dimanche lors des 12 matchs de simples.
Le spectre de Brookline (Massachusetts)
en 1999 planait cependant sur les épaules
des Européens au moment de s’élancer
dans ces fameux duels où les Américains
avaient par le passé pris souvent le
meilleur. Il y a dix-neuf ans, les ÉtatsUnis, là aussi menés 10 points à 6, étaient
ainsi parvenus à inverser la tendance dans
un climat délétère, avant de l’emporter
d’un tout petit point, 14,5 points à 13,5.
Comme un fait exprès, la défaite 1 down
de Rory McIlroy aux alentours de 15 h 45
sur le green du 18 face à un énorme Justin
Thomas (4 points en 5 matchs) laissait présager ce scénario catastrophe, un miracle
de Medinah (Illinois) dans l’autre sens,
quand l’Europe, elle aussi menée 6-10 en
2012, avait réussi l’exploit insensé de gagner 14,5 points à 13,5. Malgré le bon
match nul ramené par l’Anglais Paul Casey
(face à Brooks Koepka) quelques minutes
après cette mauvaise surprise du fer de
lance européen, les États-Unis alignaient
deux autres succès pas vraiment prévus
sur le plan de marche du capitaine Thomas
Björn : Simpson (3 & 2, soit 3 points
d’avance pour deux trous à jouer) sur Rose
et Finau (6 & 4) sur Fleetwood. À 15 h 59,
les États-Unis avaient presque rattrapé
leur retard puisqu’ils n’étaient plus menés
que 10,5 points à 9,5. Un point seulement.
5 sur 5 pour Molinari
Heureusement pour l’Europe, cet écart
n’allait jamais être comblé. Contre toute
attente, le Danois Thorbjorn Olesen, l’un
des cinq rookies qui avait perdu son seul
match en fourballs le vendredi, ne faisait
qu’une bouchée de Jordan Spieth, sèchement battu 5 & 4. 11,5 points à 9,5 au leaderboard, puis 12,5 à 9,5 grâce au succès
2 & 1 de Jon Rahm au trou no 17 sur le fantomatique Tiger Woods, quatre fois battu
au Golf National en quatre matches (lire cidessous). À 16 h 55, Ian Poulter, alias
Mr Ryder Cup, apportait un point de plus à
son équipe (13,5) en battant 2 up Dustin Johnson sur le green du 18. Cinquième succès
en simple en six Ryder Cup pour l’Anglais.
Qui allait apporter le dernier point synonyme de victoire aux Européens ? Sergio
Garcia ? Henrik Stenson ? Francesco Molinari ? Comme un symbole, c’est ce dernier
qui parachevait sur les coups de 17 heures le
triomphe en terre française en laminant
Phil Mickelson 4 & 2 après que celui-ci eut
envoyé sa balle dans l’obstacle d’eau du 16.
L’Italien en profitait pour entrer dans l’histoire de la Ryder Cup en réalisant le carton
plein : 5 points en 5 matchs. Jamais depuis
1979 et l’arrivée des joueurs continentaux
dans l’équipe européenne un tel exploit
n’avait été réalisé. L’autre moment d’histoire arrivait quelques minutes plus tard à
17 h 09, juste après l’énorme 5 & 4 de Henrik
Stenson sur Bubba Watson, quand Sergio
Garcia battait (2 & 1) Rickie Fowler et s’offrait ses 25,5 points personnels en Ryder
Cup (lire ci-dessous), effaçant du même
coup des tablettes sir Nick Faldo (25 points).
Totalement sonnés, les Américains sauvaient l’honneur par Patrick Reed, bien
meilleur en simple qu’en double avec Tiger
Woods, vainqueur 3 & 2 de Tyrrell Hatton,
avant que le Suédois Alex Noren n’offre un
ultime point à son équipe grâce à un putt
sublime de 15 mètres sur le green du 18.
La joie des joueurs européens (de gauche à droite, Jon Rahm, Francesco Molinari et Tommy Fleetwood), après leur victoire, dimanche, contre l’équipe américaine.
Pilier de l’équipe européenne, Garcia entre dans l’histoire
Sergio
« possède
un lien
fantastique
avec les
joueurs dans
le vestiaire.
Il fait partie
intégrante
de ce que
nous
sommes,
de notre
identité
»
THOMAS BJÖRN,
CAPITAINE DE L’ÉQUIPE
EUROPÉENNE
ROMAIN SCHNEIDER
rschneider@lefigaro.fr
« ÇA FAIT un moment qu’il est le
cœur battant de notre équipe. C’est
un point fixe pour nous. » Le NordIrlandais Rory McIlroy ne tarit pas
d’éloges quand il évoque le
« grand frère » de la team Europe.
Avec le Britannique Ian Poulter,
Sergio Garcia nourrit l’âme de
l’équipe. Et depuis dimanche, à
l’occasion de sa 9e participation,
l’Ibère est entré dans l’histoire en
devenant le joueur européen ayant
apporté le plus de points en Ryder
Cup. Avec 25,5 points, il devance
désormais Sir Nick Faldo (25), grâce à son succès sur Rickie Fowler
(2&1, soit deux points d’avance et
un trou à jouer), alors que Francesco Molinari avait apporté le
point de la victoire pour l’Europe
quelques minutes plus tôt. « Ça a
été une année compliquée, a-t-il
déclaré au bord des larmes. Je remercie Thomas (Bjorn) d’avoir cru
en moi. Ce record, c’est un bonus. Je
ne l’avais jamais envisagé. »
L’Espagnol, invaincu dans un
simple depuis… dix ans dans cette
épreuve, a clos les polémiques cette semaine. Avec 8 cuts ratés en 15
tournois en 2018 sur le PGA Tour,
l’Ibère, retombé à la 28e place
mondiale, a roulé à l’ordinaire sur
le circuit. Il n’avait ainsi pas les
points nécessaires pour se qualifier
directement. Le capitaine européen Thomas Björn n’a pourtant
pas hésité à faire appel à lui quand
il a distribué les quatre wild cards.
« Sergio possède un lien fantastique
avec les joueurs dans le vestiaire. Je
sais ce que représente Sergio, et je
sais ce qu’il apporte à cette équipe,
je n’ai pas arrêté de le dire. Il fait
partie intégrante de ce que nous
sommes, de notre identité. Sa pré-
sence, son état d’esprit, des atouts
dont le joueur a parfaitement
conscience », a rappelé le Danois.
Tueur de match-play
Après des semaines délicates,
Garcia avait emmagasiné un peu
de confiance en terminant la semaine dernière 7e à l’Open du
Portugal. La magie de la Ryder
Cup a encore opéré à Paris pour
l’Espagnol, qui a récolté 3 points
sur 4. Malgré ses derniers résultats médiocres, l’Espagnol a pu
compter sur son expérience et
son amour de la compétition.
« C’est probablement l’une des
raisons pour lesquelles les vicecapitaines et le capitaine ont décidé de m’inclure dans l’équipe. Pas
seulement pour ce que je peux apporter sur le terrain, mais aussi
pour ce que je peux apporter en
dehors. » Pas retenu pour disputer vendredi matin les Fourballs,
Woods a vécu en France la pire Ryder Cup de sa carrière
A
LAURENT LOUËT £@laurentlouet
BATTU par l’Espagnol Jon Rahm au Golf
National dimanche, Tiger Woods
(42 ans) a conclu de la pire des manières
la Ryder Cup 2018, laquelle est peutêtre la dernière de sa carrière comme
joueur. Outre la victoire de l’équipe
européenne, son ultime revers en simple s’ajoute aux trois doubles perdus les
jours précédents : deux échecs en fourballs associé à Patrick Reed (3 & 1 puis 4
& 3 contre Molinari-Fleetwood), une
défaite en foursome en compagnie du
rookie Bryson DeChambeau (5 & 4
contre Molinari-Fleetwood), avant,
donc, celle enregistrée contre Rahm (2
& 1). Quatre matchs et aucun point
marqué. Le bilan personnel de Tiger
Woods, légende vivante du golf mondial, est un terrible fiasco.
Arrivé en France auréolé de son succès sur le Tour Championship dimanche dernier à Atlanta (Géorgie) et porté
par une ferveur que lui seul peut déclencher, Tiger Woods a basculé dans
une autre réalité lors de la Ryder Cup.
Au fil des matchs, son jeu ne s’est jamais mis en place (putting déficient,
deuxièmes coups imprécis) malgré un
« driving » correct. En même temps
que les scores s’alourdissaient, les défaites s’enchaînaient… Au petit jeu des
17,5 points à 10,5 pour l’Europe. Il fallait
remonter à 2004 puis à 2006 pour voir les
États-Unis aussi lourdement humiliés
(18,5 points à 9,5). « Ce que nous venons
d’accomplir est tout simplement incroyable.
Mes douze joueurs ont été géniaux »,
concluait le capitaine comblé, Thomas
Björn. ■
FRANCK FIFE/AFP
LIONEL VELLA lvella@lefigaro.fr
res sur le PGA Tour, 14 succès en tourcomparaisons statistiques, cette 42e
nois majeurs), la Ryder Cup 2018 a bel
édition de la Ryder Cup ternit le palmaet bien confirmé ses statistiques déplorès de l’actuel 13e joueur mondial puisrables avec l’équipe américaine : 13 vicque Tiger Woods y a vécu la deuxième
toires, 21 défaites et 3 nuls en 37
défaite en simple de sa carrière. La prematchs. En double, les chiffres sont
mière datait de 1997, lorsqu’il avait été
d’autant plus accablants avec seulebattu par l’Italien Costantino Rocca à
ment 9 victoires pour 19 défaites et 1
Valderrama, en Espagne (succès de
nul. Une épine dans le pied pour cet
l’Europe).
immense champion, auquel
« Je suis un des facteurs
il manquera toujours une dide la défaite des États-Unis
mension collective sous le
et ce n’est pas très agréamaillot US lorsqu’il sera
ble », a déclaré Woods ditemps pour lui de se retirer.
manche. Pire, c’est la pre« Il s’est montré détestable
mière fois que celui que
à l’hôtel Trianon Palace avec
l’on surnomme « Le Tile
personnel
et a joué les divas,
gre » termine l’épreuve
en quatre matchs
fidèle à sa réputation d’indivisans le moindre point. Cela
par l’Américain
dualiste
»,
nous
a soufflé disne lui était jamais arrivé en
lors des trois jours
crètement un membre de
sept participations. Lors de
de la Ryder Cup
l’organisation, samedi. Au
ses plus mauvaises années,
cœur du Team USA, les relail avait engrangé à chaque
tions n’auraient pas été idéales durant
fois au moins un demi-point : en fourla semaine française.
some avec Justin Leonard en 1997 et en
À ce sujet, Woods était prévu comme
simple contre Francesco Molinari, à
vice-capitaine au Golf National, deux
Medinah en 2012 (victoire de l’Europe).
ans après avoir occupé ce rôle à HazelAujourd’hui, sa dernière victoire en
tine, en 2016. Avec succès. Le reverrasimple date de huit ans. Elle remonte
t-on un jour sur les fairways de la
désormais au Celtic Manor, contre ce
Ryder Cup comme joueur ? Rien n’est
même Francesco Molinari, en 2010
moins sûr. Au lendemain de l’édition
(victoire de l’Europe).
française, Tiger Woods n’a remporté
Si le brio du palmarès individuel de
qu’un seul trophée (1999) en huit particelui qui est resté 683 semaines numéro
cipations… ■
un mondial est indiscutable (80 victoi-
O
point marqué
« Je suis un des facteurs de la défaite
des États-Unis et ce n’est pas très
agréable », a déclaré Tiger Woods,
dimanche, à Saint-Quentin-en
Yvelines. FRANCK FIFE/AFP
Sergio Garcia, associé au Suédois
Alexander Noren, a remporté son
Foursome de l’après-midi en dominant Mickelson-DeChambeau,
avec 7 birdies lors des 9 premiers
trous pour finir leur partie au
trou 14, avec cinq coups d’avance. Avec Rory McIlroy, il a ensuite dompté le duo Finau-Koepka
(2&1). Garcia crucifiant ses adversaires grâce un putt gagnant
de 7 mètres pour le birdie sur le 17
qui avait apporté à l’Europe le
premier point de la journée de
samedi. Poings rageurs, El Nino
confirme sa réputation de tueur
de match-play. Longtemps étiqueté, « looser magnifique »,
l’Espagnol Sergio Garcia était entré dans la cour des grands en
s’adjugeant le 81e Masters, il y a
deux ans. Son premier Majeur, à
38 ans, après 73 tentatives infructueuses. Il compte désormais
six Ryder Cup à son palmarès. ■
EN BREF
8E JOURNÉE LIGUE 1
ST-ÉTIENNE (3)
NICE (13)
LYON (4)
REIMS (15)
ANGERS (11)
CAEN (10)
STRASBOURG (8)
RENNES (16)
MONTPELLIER (2)
LILLE (6)
2-0
0-3
1-1
0-0
0-1
1-0
3-0
1-1
3-0
dim.
MONACO (18)
PARIS SG (1)
NANTES (19)
BORDEAUX (9)
GUINGAMP (20)
AMIENS (17)
DIJON (12)
TOULOUSE (7)
NÎMES (14)
MARSEILLE (5)
Mondiaux de cyclisme : Bardet
deuxième derrière Valverde
Romain Bardet s’est classé 2e de
l’épreuve sur route des Mondiaux
derrière l’Espagnol Alejandro
Valverde, sacré pour la première
fois à Innsbruck après six
médailles mondiales. Le Canadien
Woods a complété le podium.
F1 : Hamilton vainqueur
Vainqueur en Russie devant Bottas
et Vettel, l’Anglais a remporté
le 70e Grand Prix de sa carrière.
6E JOURNÉE TOP 14
TOULOUSE (8) 22-26 CASTRES (4)
AGEN (12) 25-28 PAU (10)
LYON (5) 34-6 GRENOBLE (13)
BORDEAUX B. (7) 34-22 LA ROCHELLE (9)
PERPIGNAN (14) 20-23 MONTPELLIER (6)
CLERMONT (1) 28-8 TOULON (11)
ST. FRANÇAIS (2) 16-17 RACING 92 (3)
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LE FIGARO
lundi 1er octobre 2018
SANTÉ
15
lefigaro.fr/santé
DOSSIER
« Tous concernés »,
le slogan
d’Octobre Rose
CES MALADIES
QUI METTENT LE FEU
À LA PEAU PAGE 16
PSYCHOTRAUMATISME :
DE NOUVELLES VOIES
DE GUÉRISON PAGE 18
santé
Vers un dépistage sur mesure
du cancer du sein
Une étude invite
20 000 femmes
à tester une autre
approche, alors
que la participation
au dépistage
organisé s’effrite.
DELPHINE CHAYET
£@DelChayet
SANTÉ PUBLIQUE « Face aux questions que se posent les femmes, il faut
avancer dans une autre voie. » Oncologue
à l’Institut Gustave-Roussy, le Dr Suzette Delaloge est la coordinatrice d’une
étude européenne qui pourrait transformer dans les années à venir le dépistage
du cancer du sein. Son idée : remplacer
le dépistage uniformisé actuel - qui prévoit pour toute femme âgée de 50 à
74 ans une mammographie tous les deux
ans – par une surveillance personnalisée
tenant compte du risque individuel.
L’étude MyPeBS sera lancée le 1er décembre dans cinq pays et concernera
85 000 femmes, dont 20 000 en France.
Réparties en deux groupes, elles se verront proposer de suivre soit le dépistage
classique (rien entre 40 et 50 ans, puis
un contrôle radio tous les deux ans),
soit la stratégie du « sur-mesure » imaginée par les chercheurs. Celle-ci repose sur un calcul du risque combinant un
test génétique salivaire et des informations personnelles : âge, poids et taille,
âge à la naissance du premier enfant,
densité mammaire, histoire familiale, etc. « En tenant compte de tous ces
paramètres, nous sommes maintenant
capables de prédire avec une relative fiabilité le risque de survenue d’un cancer
du sein dans les cinq ans qui suivent »,
souligne le Dr Delaloge.
Quatre niveaux de risque
Le résultat du test sera communiqué, et
expliqué, par un médecin généraliste,
radiologue ou gynécologue participant à
l’étude. Quatre niveaux de prise en
charge ont été définis. Les femmes à risque « bas » (moins de 1 % de risque de
survenue d’un cancer à cinq ans) ne seront contrôlées qu’au bout de quatre
ans. Un risque « moyen » déclenchera
une mammographie tous les deux ans.
Les risques « haut » et « très haut » entraîneront une surveillance radio très
18 octobre 2018
9 h - 17 h 30
Paris, Maison de la Chine
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La stratégie du « sur-mesure » imaginée par les chercheurs repose sur un calcul du risque combinant un test génétique
salivaire et des informations personnelles. JUICE IMAGES/BSIP
stricte, éventuellement complétée par
des IRM et des échographies.
En resserrant le filet autour de ces
femmes, les chercheurs espèrent détecter plus de cancers potentiellement graves, qui peuvent se déclarer entre deux
mammographies aujourd’hui, et ainsi
« sauver plus de vies ». « Tel qu’il est
conçu, le dépistage “rate” 15 % des cancers et un nombre trop important de tumeurs sont repérées à un stade déjà avancé », souligne Suzette Delaloge. À l’opposé, pour les femmes qui ont peu de
risques d’avoir un cancer, l’objectif est
la réduction des faux positifs, inutilement stressants pour les patientes, et du
surdiagnostic. La proportion de tumeurs
qui n’auraient pas ou peu évolué si elles
étaient restées cachées est controversée.
Une chose est sûre, ces cancers non
évolutifs que la médecine ne sait pas encore reconnaître donnent lieu à des traitements inutiles. Et ils sont nombreux.
À l’Institut national du cancer (Inca),
le Dr Jérôme Viguier remet ces limites en
perspective : « Le dépistage organisé réduit de 20 % le risque de mourir d’un cancer du sein. » Pourtant, après avoir bien
progressé dans les années 2000, la participation au dispositif ne cesse de s’effriter, sauf chez les plus de 70 ans. En 2017,
seules 49,9 % des femmes ont répondu à
l’invitation à se faire contrôler, un taux
largement inférieur aux 70 % visés par
les autorités sanitaires.
Enfin, les données sur le nombre de
mammographies prescrites hors du
programme par des gynécologues, que
l’Assurance-maladie doit prochainement dévoiler, confirment cette tendance à la baisse. « La crainte de recevoir
une mauvaise nouvelle, la peur du cancer,
l’appréhension de l’examen peuvent expliquer la réticence des Françaises »,
commente le Dr Viguier.
Alors que commence aujourd’hui la
campagne annuelle de sensibilisation
Octobre rose, les spécialistes de la prévention pointent, eux, « une méfiance
générale envers les politiques de prévention ». « Les réseaux sociaux se font davantage l’écho des arguments des
anti », déplore le Dr Brigitte Séradour,
une radiologue qui a contribué à l’implantation du dépistage en France.
Rappelant que les résultats de MyPeBS
ne seront pas connus avant huit ans et
que le cancer du sein tue 12 000 personnes par an, elle invite les femmes à
rester mobilisées. ■
CANCER DU SEIN C’est désormais installé dans le paysage de la rentrée. Le 1er octobre marque le début d’un mois de manifestations portées par l’association
« Cancer du sein parlons-en ». La première
campagne d’« Octobre Rose » est née aux
États-Unis en 1993. La France s’engageait
un an plus tard. « Nous avons commencé
par des campagnes de sensibilisation et
d’information », rappelle Sandrine Planchon,
qui dirige l’association, avec un message :
« Faites-vous dépister ». Dix ans plus tard,
l’association lançait les six prix « ruban
rose » pour la recherche qui sont décernés
chaque année.
Le grand prix soutient la recherche fondamentale ou clinique. Il s’accompagne de
trois prix d’avenir pour encourager l’innovation et, enfin, deux prix pour des projets sur
la qualité de vie des malades. 450 000 euros
seront distribués en 2018, soit une hausse
de 30 % en un an (125 000 euros pour le
grand prix). À cela s’ajoute tous les trois ans
une bourse pour l’un des lauréats du grand
prix qui souhaite poursuivre ses travaux.
Elle est décernée cette année pour un montant de 150 000 euros.
Au-delà des deux membres fondateurs
que sont Estée Lauder et le magazine Marie
Claire, de très nombreux partenaires soutiennent le combat de l’association : soutien
financier bien sûr, mais aussi de notoriété
(liste sur www.cancerdusein.org). Depuis
2004, 2,2 millions d’euros ont ainsi été reversés à la recherche. Et cette année, Sandrine Planchon ainsi que deux représentantes d’Estée Lauder et de Marie Claire seront
au cœur de l’action en participant au Trek
Rose Trip (Desertours). Un trek 100 % féminin qui se déroule au Maroc fin octobre.
Sensibiliser toujours et encore. Nous
sommes « tous concernés », dit le slogan
2018. Le cancer du sein reste la première
cause de décès par cancer des femmes.
M. C.
COMMUNIQUÉ
Prostate
et troubles urinaires,
que faire ?
Vos trajets en voiture sont systématiquement
entrecoupés de « pauses techniques »,
vous vous relevez plusieurs fois la nuit,
votre vessie ne vous semble jamais
tout à fait vide…
Quelque chose appuie
sur votre vessie
La prostate est une petite glande située sous la vessie, qui entoure le conduit de sortie de l’urine appelé
urètre. A partir de 50 ans, le volume de la prostate
augmente, et peut passer en quelques années de la
taille d’une noix à celle d’un abricot. Cette croissance
est un processus normal lié au vieillissement, mais
elle entraîne souvent des conséquences désagréables
lorsque la prostate appuie sur la vessie ou l’urètre.
Les conséquences sont alors les mêmes que lorsque
l’on marche sur un tuyau
d’arrosage : le débit est réduit
mais la pression à l’intérieur
augmente. Il en résulte des
difficultés à uriner, l’apparition d’envies fréquentes ou
encore une sensation de vidange incomplète de la vessie.
La découverte d’un spécialiste américain
En 1997, le Dr. Ronald Wheeler, médecin et
chirurgien urologue, dépose un brevet concernant l’élaboration d’une formule naturelle à base
d’extraits végétaux concentrés (Pygeum africanum, Courge, Serenoa repens), de vitamines, de
minéraux et d’acides aminés capables d’agir sur
le gonflement de la prostate et de réguler l’activité
hormonale : ProstaSécurA. Il soumet ensuite
sa formule à des études afin de confirmer son efficacité. Les résultats sont excellents*, notamment
sur le soulagement des troubles urinaires (grâce à
l’extrait de Pygeum africanum). ProstaSécurA
agit sur l’ensemble des causes du gonflement de
la prostate, pour une efficacité sans comparaison.
Il est conseillé depuis plus de 20 ans à travers le
monde avec beaucoup de succès.
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En cas de troubles persistants il est conseillé de consulter un médecin.
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lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
16
DOSSIER SANTÉ
6 000
Ces pathologies qui mettent
le feu à la peau
Les maladies de Grover, Darier
ou Hailey-Hailey affectant l’épiderme
peuvent être très gênantes.
maladies de peau
recensées en France,
dont une cinquantaine
implique des démangeaisons
Une dislocation des cellules de la couche moyenne de l’épiderme
LA MALADIE DE GROVER
Poil
PEAU
Épiderme
l’autre. La photothérapie, par exemple,
soulage certains patients mais peut aggraver la situation chez d’autres.
« Dans les cas les plus extrêmes, quand
DERMATOLOGIE « Ce sont les démanles démangeaisons sont irrépressibles et
geaisons, parfois féroces, qui poussent les
Derme
que la maladie s’installe trop longtemps,
patients à nous consulter », souligne le
r
il arrive que des corticoïdes par voie orale
P Jean-Luc Schmutz, responsable du
soient prescrits, à condition que le patient
service de dermatologie du CHU de
accepte leurs nombreux effets secondaiNancy. « En fait, nous ne voyons pas la
res », indique le Pr Schmutz.
majorité des patients atteints de cette pathologie tout à fait bénigne. »
Les causes de l’acantholyse, qui ne
Hypoderme
La maladie de Grover, décrite autour
touche jamais le visage, sont encore
de 1970, est une dermatose acantholytiparfaitement mystérieuses : l’épiderme
que transitoire – les cellules d’une parmoyen perd sa cohésion localement car
tie de l’épiderme se désolidarisent - qui
les cellules se détachent les unes des
touche essentiellement les hommes de
autres sans que les spécialistes ne complus de 45 ans. Elle se traduit par une
prennent pourquoi. Des facteurs génééruption de petits boutons rouges, détiques ont été identifiés mais ne suffipassant plus ou moins de la surface de la
sent pas à repérer des « profils types »
Apport
peau, qui apparaît essentiellement sur le
de patients qui seraient plus concernés,
artériel
torse et le plus souvent après une pousmême si certaines familles y sont plus
sée de sueur liée à de fortes chaleurs,
sujettes que d’autres.
une séance de sport intense ou un stress
Dans de très rares cas, la maladie de
important. Ces boutons disparaissent
Grover s’installe plusieurs décennies,
spontanément en quelques jours ou en
avec des poussées plus fortes en été ou
quelques semaines mais peuvent persislorsque la peau s’échauffe trop. La chater plusieurs mois chez certains paleur, la sueur, une peau trop sèche semtients, parfois sans provoquer aucun
blent être des facteurs en commun pour
autre symptôme.
la majorité des patients mais leur rôle
est encore indéterminé. Aucun
Des facteurs génétiques
facteur immuno« LE DIAGNOSTIC différentiel visera
logique n’est imsurtout à faire la différence entre les made la maladie de Grover ont été
pliqué, ce qui perladies de Darier et Grover, qui peuvent
identifiés mais ne suffisent pas à
met d’ailleurs de
initialement avoir des présentations semdifférencier cette
blables », indique le Pr Jean-Luc Schrepérer des « profils types » de patients
pathologie du pemmutz, responsable du service de dermaqui seraient plus concernés, même
phigus bénin fatologie du CHU de Nancy. La maladie de
si certaines familles y sont plus sujettes
milial, qui lui resDarier est une maladie héréditaire qui,
semble parfois (licomme la maladie de Hailey-Hailey, a
que d’autres
re ci-dessous). En
50 % de risques d’être transmise à l’un
cas de doute, une
de ses enfants mais qui, comme elle, est
biopsie sera pratiquée pour confirmer
« C’est donc une maladie largement
extrêmement rare. Elle est due à une
l’acantholyse et éliminer toute hyposous-diagnostiquée, sans gravité mais
mutation qui affecte le fonctionnement
thèse immunitaire. Une biopsie sera
qui peut se révéler très pénible pour les
d’une pompe à calcium du réticulum
également utile lorsque la pathologie
patients », rappelle le Pr Marie-Aleth
endoplasmique. Elle se retrouve donc
s’installe vraiment et que le médecin
souvent chez d’autres membres de la
Richard, dermatologue à l’hôpital de la
soupçonne une autre pathologie : la
famille, ce qui sera révélé à l’interrogaTimone à Marseille (APHM) et présimaladie de Darier, qui elle est génétique
toire. Elle apparaît en général plus tôt
dente de la Société française de dermaet constitutionnelle (lire ci-contre).
que la maladie de Grover, le plus soutologie (SFD). Ces petits boutons peuLa maladie de Grover est parfaitevent à l’adolescence.
vent en effet provoquer des démanment bénigne, elle n’a pas de répercusLes lésions, en relief, sont rarement
geaisons intenses et, si le patient n’y
sions sur d’autres organes que la peau et
rouges et souvent couvertes d’un voile
résiste pas, conduire à une détérioration
n’est pas associée à d’autres pathologrisâtre. Cette présentation plutôt sèche
des lésions par grattage. C’est d’ailleurs
gies. Malgré la gêne qu’elle peut provopermet de la différencier de la maladie
essentiellement ce prurit qui sera la ciquer chez certains patients, elle ne doit
de Hailey. Si la dislocation des cellules
ble de la prise en charge puisqu’il
donc pas inquiéter, d’autant que non
de l’épiderme (acantholyse) est bien
n’existe pas de traitement spécifique de
seulement elle est transitoire mais que,
présente, la maladie de Darier se caracla maladie de Grover.
pour la plupart de ceux qui l’ont subie,
térise, elle, par la présence de kératose
Divers types de traitements locaux,
elle ne se produit qu’une seule fois… ■
qui, très visible à la biopsie, permet de
dont le seul objectif est de lutter contre
les démangeaisons, peuvent être essayés. Pas toujours très efficaces, ils
permettent surtout d’attendre que le
problème se résolve tout seul. « Des
bains avec des produits hydratants et/ou
des crèmes contenant des corticoïdes
pourront être proposés », indique le
Pr Richard. Pendant toute la durée de la
poussée, les patients peuvent également
éviter les sources de stress, de chaleur
excessive et de transpiration comme
l’exposition au soleil trop intense. Il est
important d’éviter de se gratter pour ne
pas aggraver les lésions existantes. Se
gratter pourrait également entretenir
l’inflammation et intensifier l’acantholyse par un effet direct sur les desmosomes – qui lient les cellules entre elles.
Si les topiques ne suffisent pas, les
dermatologues ont un arsenal de possibilités pour apaiser les démangeaisons,
qui peuvent toutes être essayées mais
La maladie de Grover se traduit par une éruption de petits boutons rouges apparaissant
essentiellement sur le torse et le plus souvent après une poussée de sueur.
dont les effets varient d’un patient à
Les cellules d’une partie de l’épiderme
se détachent les unes des autres,
provoquant une éruption cutanée,
essentiellement localisée sur le thorax
l’abdomen ou le dos
PAULINE LÉNA
Glande
sébacée
Drainage
veineux
Glande
sudoripare
Maladie de Darier :
une distinction histologique
«
confirmer le diagnostic. Les lésions
peuvent couvrir des zones assez larges,
formant des nappes parfois épaisses qui
peuvent devenir très douloureuses lorsqu’elles forment des fentes dans la peau.
Elles favorisent l’installation d’infections et les lésions peuvent devenir malodorantes. Elles se retrouvent plutôt
dans les zones séborrhéiques et dans les
plis de la peau mais atteignent fréquemment le tronc – d’où la confusion initiale
avec Grover – ou le cuir chevelu. Des
petites dépressions et une kératose discrètes sur la paume des pieds et des
mains ajoutent au tableau évocateur de
Darier. Les ongles sont fins, striés de
rouge en lien avec la kératose sousjacente.
MYRKU/GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO
Gravité variable
L’exposition au soleil, aux UVB artificiels, la friction, la chaleur, la sudation
sont des facteurs aggravants, que les patients apprennent vite à éviter mais qui
ajoutent encore à leur inconfort.
La gravité varie beaucoup d’un patient à l’autre, y compris au sein d’une
même famille. Le traitement reposera
beaucoup sur la prévention des facteurs déclenchants et aggravants : pas
de soleil, pas d’échauffement, pas de
frottement sur toutes les zones où les
lésions apparaissent. Lorsque les lésions sont limitées, des crèmes émollientes à base d’urée peuvent apporter
un certain soulagement. Les dérivés de
la vitamine A sont les traitements les
plus efficaces, le premier d’entre eux
restant l’acide rétinoïque par voie orale, dont les effets secondaires doivent
être surveillés.
À l’inconfort physique de la maladie
de Darier s’ajoute souvent un inconfort
psychologique : les lésions sont visibles
et d’un aspect parfois gênant pour le patient. À l’adolescence, mais aussi au
cours des années qui s’écoulent, il est
important d’apporter un soutien psychologique aux patients pour les aider à
vivre avec une pathologie qui peut facilement les conduire à éviter les interactions sociales. ■
P. L.
A
Pemphigus bénin familial : pas de réelle confusion
LES BOUTONS qui apparaissent lors de
la maladie de Grover prennent parfois
une apparence de petites vésicules qui
peuvent évoquer, au moment du diagnostic, un pemphigus bénin familial,
ou maladie de Hailey-Hailey. Dans cette pathologie beaucoup plus rare que la
maladie de Grover, les boutons apparaissent plutôt dans les zones où la sueur
s’accompagne de frottements, comme
l’aine, le pli du genou, le périnée ou les
aisselles. Elle affecte autant les hommes
que les femmes, plutôt après 30 ans.
À la différence des lésions de la mala-
die de Grover, les vésicules de Hailey
sont douloureuses, peuvent se fendre et
rendre la peau vulnérable aux infections. De nouvelles ampoules peuvent
ensuite se former exactement sur le
même site, créant toute une zone douloureuse et inflammatoire. Il existe par
ailleurs un très faible risque de carcinome épidermoïde sur ces sites qui devront être régulièrement surveillés.
Comme dans la maladie de Grover,
les cellules de l’épiderme se désolidarisent les unes des autres (acantholyse).
L’interrogatoire révèle souvent que
d’autres membres de la famille sont affectés de ce pemphigus bénin. La biopsie confirme alors le diagnostic : l’acantholyse est profonde, le long de fentes
qui donnent à l’épiderme une apparence de mur de briques effondré. L’origine
de la maladie de Hailey-Hailey est
connue : une mutation provoque un défaut de fabrication d’une protéine essentielle à l’adhésion des kératinocytes
de l’épiderme entre eux.
Le traitement doit d’abord permettre
d’éliminer les lésions et d’assécher la
peau pour lui permettre de cicatriser en
formant des cellules saines. Il faut atténuer les démangeaisons pour éviter
d’aggraver les lésions par grattage et
également les protéger des frottements.
Ce sont principalement des traitements
locaux à base de corticoïdes qui sont
utilisés, presque toujours associés à
d’autres traitements destinés à assécher
la peau mais surtout à éviter les surinfections bactériennes, virales ou fongiques. Dans les formes les plus sévères, le
laser à CO2 semble utile comme d’autres
techniques physiques (dermabrasion,
excision-greffe). ■
P. L.
Infographie
Dans les cas
les plus
extrêmes, quand
les démangeaisons
sont irrépressibles
et que la maladie de
Grover s’installe trop
longtemps, il arrive
que des corticoïdes
par voie orale
soient prescrits
PR JEAN-LUC SCHMUTZ
»
RESPONSABLE DU SERVICE
DE DERMATOLOGIE DU CHU DE NANCY
POURQUOI SE
GRATTE-T-ON ?
La peau est l’organe le plus
imposant du corps et
6 000 maladies de peau sont
recensées en France. D’une
surface moyenne de 1,5 m²,
elle pèse entre trois et quatre
kilos. Elle est composée de
quelque 2 000 milliards de
cellules de beaucoup de types
différents et a une épaisseur de
1 à 4 mm. C’est une enveloppe
qui protège des agressions
extérieures, qui respire et qui
renseigne le cerveau sur tout
ce qu’il se passe à l’extérieur,
comme la température, la
pression, la lumière, etc. Dans
sa mission de renseignement,
la peau est équipée d’une
formidable batterie de capteurs.
À raison de 50 récepteurs par
cm² en moyenne. Soit quelque
5 milliards de capteurs sur
l’ensemble du corps. Ils
détectent les pressions faibles
et fortes, les vibrations de
haute et de basse fréquence,
les étirements, et aussi
la température, la pression,
les intrusions extérieures ou
l’altération de la peau, les
mouvements des poils et les…
démangeaisons. On sait qu’il
y a des neurones chargés de
signaler la douleur et d’autres
la démangeaison. Et que se
gratter fait baisser
temporairement la sensation
de démangeaison. Il existe une
cinquantaine de pathologies
impliquant des démangeaisons
chroniques.
J.-L. N.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 1er octobre 2018
QUESTIONS-RÉPONSES SANTÉ
L’euthanasie
va-t-elle à l’encontre
de la culture
palliative ?
Tous les médecins
d’Unité et d’Équipe mobile
de soins palliatifs
du département du Nord
T
out commence par notre interrogation sur l’importance
médiatique donnée à ceux qui
défendent corps et âme la possibilité d’une dépénalisation
(ou légalisation) de l’euthanasie.
Révoltés par l’omniprésence d’un
seul langage, qui fait appel à la projection
et aux peurs, légitimes, que nous pouvons tous avoir quant à notre fin de vie,
nous avons voulu faire part de notre témoignage de professionnels de santé habitués à l’accompagnement palliatif.
C’est pour cela que TOUS les médecins d’Unité et d’Équipe mobile de soins
palliatifs du département du Nord ont
signé une déclaration stipulant, entre
autres, que « l’euthanasie va à l’encontre
de notre culture palliative. »
Nous sommes des palliatologues, dont
le métier consiste à soulager les symptômes d’inconfort et à faire « vivre le temps
qu’il reste à vivre » aux patients et à leur
famille, dans les meilleures conditions
possible.
Mais c’est quoi, les soins palliatifs ? Le
docteur Thérèse Vanier, pionnière de
notre spécialité dans les années 1970, les
17
sédation pour que celui-ci ne soit plus
conscient de la situation qui lui cause un
inconfort… Cela reste exceptionnel.
L’intentionnalité de nos soins n’est
jamais d’abréger la vie mais de soulager
les symptômes. Ce ne sont pas les thérapeutiques initiées ou arrêtées, mais
l’évolution de la maladie sous-jacente
qui cause le décès ; celui-ci étant inéluctable à plus ou moins court terme.
Puisque son intention est d’entraîner,
de façon directe et intentionnelle, la
mort d’un patient, l’euthanasie va donc à l’encontre
De par notre expérience, nous
de notre culture palliative,
savons que l’accompagnement
de nos pratiques.
palliatif permet un travail de deuil, De par notre expérience, nous savons que l’acdes échanges, des moments de joie compagnement palliatif
et de partage, qui n’auraient pas été permet un travail de deuil,
des échanges, des mopossibles autrement
ments de joie et de partage,
qui n’auraient pas été possibles autrement. Les soins palliatifs,
l’on décide après concertation collégiale
contrairement à ce que vous pouvez
d’arrêter une hydratation ou une alipenser, sont remplis de vie.
mentation artificielle afin de ne pas proQu’ils soient à domicile ou à l’hôpital,
voquer d’inconforts inutiles (encombrec’est une réponse pluridisciplinaire moments, œdèmes locaux, risques de
derne, adaptée à l’accompagnement en
pneumopathies d’inhalation…).
fin de vie dans notre société qui a peur de
L’objectif est de ne pas maintenir de
la vieillesse, de la maladie, de la perte
façon artificielle la vie, lorsque seul le
d’autonomie et de la mort. Les soins palconfort du patient nous importe.
liatifs respectent la vie et considèrent la
Les patients, dans ces situations, ne
mort comme un processus naturel. La
souffrent pas de faim ni de soif, ce sont
singularité du vécu des patients dans
des sensations qui dispacette situation et leurs souhaits y sont
raissent ou que nous saprofondément respectés.
vons apaiser.
Z
E
V
Ce n’est pas la question de l’euthanaEn
dernier
recours,
si
U
O
RETR OS AVIS nous n’avons pas réussi sie qui devrait être actuellement débattue mais celle du droit des patients à la
à soulager le patient
TOUS N RTS
non-obstination déraisonnable, au soupar des moyens habiD’ EXPE
lagement des symptômes d’inconfort et
tuels, nous pouvons
à l’accès aux soins palliatifs. ■
mettre en place une
SUR
R
décrivait ainsi : « C’est tout ce qu’il reste
à faire lorsqu’il n’y a plus rien à faire. »
Dans l’imaginaire collectif, les soins palliatifs sont abusivement associés à la
phase terminale de la maladie. En réalité, il n’existe aucune opposition entre
soins curatifs (qui ont la visée de guérir)
et soins palliatifs, mais au contraire une
continuité, une complémentarité entre
ces deux types de prise en charge.
Les soins palliatifs sont présents dès le
début de la maladie incurable, dès l’annonce du diagnostic (même si ceux-ci
sont présentés autrement), et prennent
une place croissante dans la démarche
globale de soins, au fur et à mesure de
l’évolution de la maladie, s’adaptant
constamment à l’état du patient, à ses
désirs, à ses besoins.
L’objectif des soins palliatifs est d’obtenir un confort optimal pour des patients qui souffrent de pathologies graves évolutives et/ou terminales.
Pour soulager les souffrances dites réfractaires, la loi Claeys-Leonetti de 2016
permet d’utiliser des thérapeutiques
pouvant avoir un « double effet ».
Le « double effet », c’est utiliser tous
les moyens possibles pour soulager un
symptôme même s’ils peuvent avoir
comme effet secondaire d’abréger la vie
(cet effet secondaire étant imprévisible
et inconstant).
Si nous décidons de prescrire des
opioïdes (la morphine par exemple) ou
des anxiolytiques, c’est qu’il existe des
symptômes d’inconfort (douleurs, anxiété…). Ces thérapeutiques ne provoquent pas le décès, d’autant plus que
nous essayons toujours de rechercher la
posologie minimale efficace, celle qui
permet le soulagement des symptômes
et, si possible, de préserver la conscience
du patient.
De même, il est possible, en situation
palliative terminale et dans le cadre d’un
refus d’obstination déraisonnable, que
«
»
RO.F
LEFIGA
figaro.fr
sante.le
@
traitements innovants.
• L’obligation d’adapter la formation
initiale et continue : mieux former les
professionnels de santé de proximité
pour mieux répondre aux besoins de la
population française.
La SFD note que certaines des mesures annoncées récemment par le président de la République dans le plan « Ma
santé 2022 » vont dans le sens des propositions faites dans le livre blanc.
Rappelons juste un chiffre alarmant
sur les maladies de la peau : 33 % des
Français ont été ou seront touchés par
une ou plusieurs problèmes ou maladies
de peau (6 000 dénombrées en France)
avec des conséquences psychologiques
et socio-économiques parfois sévères
qui peuvent impacter directement la
productivité et l’emploi, fragiliser le lien
social, provoquer des discriminations et
induire des états dépressifs.
Comment
améliorer la prise
en charge des
maladies de peau ?
10 % de dermatologues
en moins en dix ans
Or la démographie actuelle de cette spécialité, parmi les plus concernées par les
départs à la retraite, ne permet plus de
répondre aux besoins des patients atteints de maladies de peau. La France a
perdu 10 % de ses dermatologues en dix
ans ! Ce constat est particulièrement
alarmant pour les cancers cutanés, ainsi
que les maladies cutanées rares, qui font
l’objet d’une analyse spécifique dans ce
livre blanc.
La pénurie de dermatologues impacte
directement les délais de rendez-vous
qui sont généralement de deux mois pour
une consultation mais peuvent aller de
quatre à six mois dans certaines régions.
PROFESSEUR PROFESSEUR
MARIE ALETH
RICHARD
PASCAL
JOLY
Ancienne présidente Président
de la Société française de la Société française
de dermatologie
de dermatologie
Voici quelques propositions du livre
blanc :
• Augmenter le nombre d’internes en
dermatologie. La suppression du numerus clausus peut effectivement permettre à un plus grand nombre d’étudiants
d’accéder à la spécialité, mais le nombre
d’internes adéquat en dermatologie doit
être relevé.
• Renforcer le nombre de postes d’assistants médecins partagés afin d’aider à
combler les besoins en périphérie des
CHU. La SFD propose de renforcer le
nombre de postes d’assistants médecins
partagés entre les CHU et les services de
dermatologie des établissements hospitaliers périphériques avec le soutien des
ARS.
• Ouvrir un guichet unique pour l’installation des dermatologues libéraux.
Afin de contribuer à la lutte contre la diminution des dermatologues en ville,
l’installation des dermatologues libéraux
pourrait aussi être facilitée par un guichet unique au niveau national doté d’un
interlocuteur dédié avec le soutien et
l’aide logistique du Conseil national de
l’ordre des médecins.
• Développer le concept de « dermatologue mobile ». La SFD soutient également le concept de « dermatologue mobile » ou de « consultations avancées en
dermatologie » avec des dermatologues
disponibles pour consulter dans des
structures spécifiques dans d’autres villes ou régions dans des hôpitaux de
proximité ou maisons de santé.
• Créer des plateformes de développement. Pour diminuer les délais d’attente des patients pour accéder à une
consultation de dermatologie, la SFD
propose de développer des plateformes
de rendez-vous avec un adressage médical pour sélectionner les patients qui
nécessitent vraiment une consultation
avec un dermatologue.
• Organiser des transferts de compétences vers les professionnels de santé
de proximité. La SFD propose aussi de
préparer les futurs médecins inscrits en
diplôme d’études supérieures de médecine générale et les futurs auxiliaires de
santé et infirmiers diplômés d’État (IDE)
à des formations spécifiques et orientées
de 1er niveau de diagnostic et de prise en
charge des maladies de peau courantes.
• Intégrer la télédermatologie dans la
pratique quotidienne. Enfin, la dermatologie est une des spécialités plutôt disposées à la mise en œuvre de la télémédecine. La SFD propose de faciliter la
télédermatologie en validant des référentiels et des règles de bonnes pratiques
pour la profession. ■
* http://www.sfdermato.org/actualites/
le-livre-blanc.html
A
L
a Société française de dermatologie (SFD) a mené une réflexion collective pour sensibiliser l’ensemble des acteurs
du système de santé aux difficultés spécifiques associées à la prise en
charge des problèmes et maladies de
peau en France (lire page 16). Cette réflexion a abouti à la rédaction d’un livre blanc, Les Défis de la dermatologie
en France. Ce livre*, réalisé par un
groupe d’experts aux compétences
multidisciplinaires, a pour objectif de
proposer des solutions afin d’adapter
les pratiques professionnelles et de faire des propositions concrètes pour
améliorer la prise en charge des maladies de la peau et le parcours de soins
des patients. Après avoir réalisé un état
des lieux complet de l’environnement
en dermatologie, quatre défis majeurs
auxquels la dermatologie doit faire face
aujourd’hui ont été identifiés :
• La nécessité de porter un nouveau
regard sur les maladies cutanées : mieux
faire prendre conscience à l’ensemble
des acteurs et institutions de la forte
prévalence des maladies de la peau, de
leur poids socio-économique dans la société et également du vécu souvent douloureux des malades.
• L’urgence d’améliorer les accès aux
soins et de revoir l’organisation de la
prise en charge des maladies de peau :
diminuer les délais d’attente pour les
patients et mieux les orienter.
• L’importance de développer la recherche et de faciliter l’accès à l’innovation en dermatologie en simplifiant les
démarches administratives et en faisant
évoluer le modèle de financement des
FABRICE PICARD/AGENCE VU, AMELIE-BENOIST/BSIP
+
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
18
SANTÉ PSYCHOLOGIE
Psychotraumatisme :
de nouvelles voies
de guérison
Étudié assez tardivement, il est de mieux en mieux compris
et appelle à de nouvelles prises en charge.
PASCALE SENK
VIOLENCES Qu’y a-t-il de commun entre ce soldat revenu d’Irak, l’enfant qui a
été abusé sexuellement par un proche et
l’ambulancier de service une nuit d’attentats à Paris ? La confrontation à la violence ? Certainement, mais pas seulement. Dans des circonstances très
différentes, tous trois ont été amenés à
éprouver un extrême sentiment d’impuissance. Face à l’horreur et l’ignoble,
ils ne pouvaient fuir et ont été immobilisés durant quelques séquences par ce que
la clinique nomme le « figement », une
sidération, une « dissociation » entre le
cerveau émotionnel et le cortex frontal
qui les a engourdis. Paradoxalement,
cette « anesthésie » naturelle censée
protéger la personne de la folie ou de
l’effondrement est particulièrement dévastatrice.
L’autre point commun entre ces victimes : tous trois souffriront sans doute de
troubles de stress post-traumatique
(TSPT). Flash-back, cauchemars, évitement des situations rappelant ou symbolisant l’événement traumatique, irritabilité, froideur ou crises de colère
inexplicables, dépression… À chacun son
syndrome, se manifestant parfois des années après les événements.
«
Trop souvent,
la victime dirige
sa colère « contre »
la police, la justice, les
proches, les soignants…
Il faut au contraire
la mobiliser vers
la reconstruction et non
contre soi-même
»
DR GÉRARD LOPEZ,
PRÉSIDENT DE L’INSTITUT DE VICTIMOLOGIE
« visent à exposer le psychotraumatisé à ce
qu’il redoute pour s’en dégager progressivement et à changer le regard sur le monde
qu’il pose » ; l’EMDR, qui permet de revivre en imagination et accompagné la
scène traumatique afin de la délester de
sa charge émotionnelle ; enfin, dans un
même esprit, l’hypnose. « Mais celle-ci,
parce qu’elle est particulièrement suggestive, est fortement déconseillée auprès
des victimes d’abus sexuels », précise le
Dr Gérard Lopez.
Le Dr Daniel Dufour, pour l’avoir expé-
régulière de l’horreur n’amoindrit pas la
colère face à celle-ci, au contraire.
Le Dr Gérard Lopez confirme que cette
prise en compte de la colère est capitale :
« Trop souvent, la victime la dirige
“contre” la police, la justice, les proches,
les soignants… Il faut au contraire la mobiliser vers la reconstruction et non contre
soi-même. » Autant dire que c’est une réparation corps et esprit qui s’impose. ■
« Réactiver l’autorégulation du corps »
Des traitements à repenser
À l’heure où, sur demande gouvernementale, une dizaine de nouvelles unités
spécialisées dans ces troubles, des « centres de soins et de résilience du psychotraumatisme », vont ouvrir sur notre territoire, on en sait chaque jour un peu plus
sur celui-ci, finalement repéré assez récemment auprès des GI’s revenus du
Vietnam. Au niveau international, le
champ d’étude du psychotrauma n’a cessé de s’étendre et de s’approfondir, pour
de mauvaises raisons malheureusement :
en se multipliant, les victimes de violences sexuelles, de guerres et d’attentats ne
cessent de motiver la recherche. De plus,
on peut réellement voir, grâce à la neuroimagerie, les impacts altérant leur activité cérébrale. Bessel van der Kolk, l’un des
plus grands spécialistes du psychotraumatisme, en décrit les multiples effets
dans son ouvrage enfin traduit en français (lire ci-contre). Le trauma affecte les
zones de gestion de la menace, de
conscience du corps, de la perception de
soi, de l’écoulement du temps…
Face à de tels bouleversements, les
traitements doivent être repensés. « Malheureusement, nous manquons encore
cruellement de personnels formés à cette
prise en charge spécifique du psychotraumatisme », regrette le Dr Gérard Lopez,
président de l’Institut de victimologie.
L’idée qu’« en parler » lors d’un accompagnement psychologique suffirait
semble désormais caduque. Pour l’heure,
trois types de thérapies ayant été évaluées sont recommandées : les thérapies
comportementales et cognitives, qui
rimenté dans sa chair, insiste pour sa part
sur la nécessité de réhabiliter la colère des
victimes, trop souvent passée sous silence. « À l’origine du trauma, il y a cette
énergie bloquée, une intense rage refoulée », explique cet ancien médecin de
guerre, auteur de Le Bout du tunnel, guérir
du stress post-traumatique (Éd. de
L’Homme). C’est elle, véritable bombe à
retardement, qui affecte le système immunitaire, provoque des somatisations.
Pour la débloquer, il faut pouvoir, en
étant très encadré, retourner mentalement dans la situation traumatisante. Or,
trop souvent dans les cellules de crise, les
victimes entendent des consignes telles
qu’« Apaisez-vous ! », se voient prescrire
des médicaments et retournent même
leur colère contre eux en affirmant, par
exemple : « Je n’aurais pas dû aller là » ou
« je n’ai pas su dire non ».
Dans le cas des militaires, pompiers et
soignants, ce refoulement est encore plus
destructeur. Ces professionnels, s’ils ont
toute une série de gestes et procédures à
accomplir pour réagir aux situations extrêmes, doivent passer sous silence leurs
émotions. Et chez eux, le psychotraumatisme s’inscrit avec la chronicité des situations traumatisantes : la fréquentation
BESSEL
VAN DER KOLK
Professeur
de psychiatrie
Bessel van der Kolk, professeur de
psychiatrie à la Boston University,
fondateur du Trauma Center de
Boston, vient de publier Le corps
n’oublie rien. Le cerveau, l’esprit et
le corps dans la guérison du traumatisme (Éd. Albin Michel).
LE FIGARO. - Quels signes doivent
amener à diagnostiquer
un psychotraumatisme ?
Bessel VAN DER KOLK. - Les plus
évidents apparaissent rapidement
après que la personne a été exposée à un événement horrible bouleversant ses mécanismes adaptatifs. Cela entraîne de l’agitation,
des insomnies, des cauchemars,
d’intenses réactions à la surprise,
de la détresse et une incapacité à
gérer des relations complexes. De
nombreuses personnes montrent
aussi un engourdissement psychique et une inhibition des émotions alternant avec les souvenirs
intrusifs et envahissants.
Ces symptômes sont-ils durables ?
Tous ces symptômes peuvent persister pendant des années et, avec
le temps, semblent dissociés de
l’événement traumatique d’origine, car les troubles se manifestent au quotidien. Les proches, les
collègues et souvent les médecins
eux-mêmes estiment alors que la
personne est « grincheuse », difficile à approcher, une antisociale
chroniquement en colère et anxieuse. À ce stade, la psychiatrie
dispose de nombreuses étiquettes
pour qualifier la pathologie rencontrée, mais toutes passent à côté
“
Le traumatisme
perturbe le système
immunitaire
et les individus
régulièrement
exposés ont une
espérance de vie
inférieure à dix ans
de celle d’individus
non exposés
”
du fait que ces comportements et
émotions sont les résidus d’un
choc provoqué par d’anciennes
expériences qui continuent à colorer la vie présente.
Le sentiment d’impuissance
éprouvé lors de l’événement
traumatisant est-il
particulièrement destructeur ?
Oui, sur un plan psychologique, la
détresse est l’élément central du
processus traumatisant. Mais ce-
lui-ci affecte de nombreuses aires
du cerveau dédiées à la régulation
corporelle, à l’attention et à
l’autorégulation. Une des nombreuses manifestations de ces effets neurobiologiques est le déséquilibre chronique au niveau physique : les personnes traumatisées
ont un taux supérieur de maladies
gastriques et cardiaques. Le traumatisme perturbe le système immunitaire, et les individus régulièrement exposés ont une espérance
de vie inférieure de dix ans à celle
d’individus non exposés.
physique et le toucher. Nous
avons découvert par exemple que
le yoga, vénérable tradition ancestrale qui apprend à réguler ses
fonctions corporelles, est plus efficace que la plupart des médications prescrites dans le traitement
du stress post-traumatique. Et en
général, certaines techniques telles que les arts martiaux, le tango
ou le qi gong se révèlent très efficaces dans le traitement du stress
post-traumatique pour restaurer
un sentiment de pouvoir, de force
et d’efficacité physiques.
Comment combattre
de tels effets ?
Le terme de « combattre » sonne
bizarrement dans un tel contexte.
Quand le cerveau, le corps et l’esprit sont bouleversés par l’horreur
d’être agressés et terrorisés, la
meilleure protection des êtres
vient d’un environnement soutenant, conscient de la réalité de ce
qui leur est arrivé et qui les protège
activement. Heureusement, parmi les découvertes innombrables
que nous avons faites concernant
le rétablissement d’un psychotraumatisme, il y a ce fait que le
corps possède ses propres mécanismes d’autorégulation, qu’on
peut réactiver grâce à la respiration, le mouvement, l’activité
Qu’en est-il de la pratique
de la méditation ?
C’est une merveilleuse méthode
qui permet de devenir conscient
et de gagner en maîtrise sur des
processus internes envahissants.
Diverses études ont montré que la
partie observatrice du cerveau – le
cortex préfrontal médian - est directement connectée à la zone cérébrale qui reste en état d’alarme
par rapport à sa survie. Les limites
concernant la méditation, c’est
que se tenir tranquille, en observant ce qu’on vit dans le silence,
peut être une expérience extrêmement terrifiante pour ceux qui
ont subi un traumatisme. ■
PROPOS RECUEILLIS
ET TRADUITS PAR P. S.
Deux guides pour les parents avides de conseils (très) pratiques
Voilà deux livres qui allient la clarté
du propos à la justesse scientifique.
Des aides précieuses pour tous ceux
qui entrent dans la grande aventure
de la parentalité.
A
Papa en pratique
« Évidemment, aucun homme n’est
préparé à ça », explique d’emblée
Benjamin Muller, le journaliste de
« La maison des maternelles »,
émission quotidienne de France 5
destinée aux parents. « Ça »,
c’est la paternité.
Et pour guider les lecteurs dans leurs
premiers pas de papa, Benjamin ne
lésine pas sur les conseils pratiques.
Dès l’accouchement ! Du plus trivial
(« n’oubliez pas de la monnaie pour le
petit café dans la machine au bout
du couloir »), au plus prudent (« des
vêtements de naissance en taille 50 cm
et en taille 52 cm », car il vaut mieux
voir trop grand). À ne pas voir en
revanche, le placenta : « Vous pensiez
que la délivrance était un moyen peu
romantique de nommer la sortie de
votre enfant ? Pas du tout ! » Plus
prosaïquement, le livre est bourré
de conseils précieux qui trahissent
le « journaliste des Maternelles » :
le nom des deux meilleures marques
de couche, version 60 millions de
consommateurs, comparatif 2017 ;
la surprise des rythmes de sommeil
de bébé ; l’énigme des pleurs à ne pas
négliger : « Votre job est donc de
comprendre pourquoi votre enfant
LE PLAISIR
DES LIVRES
PAR DAMIEN MASCRET
dmascret@lefigaro.fr
pleure. » Et aussi de jouer, laver,
négocier, vacciner, etc. Un livre à
acheter les yeux fermés. Les dessins
de Nathalie Jomard sont savoureux !
L’abécédaire malin
des parents
Le Dr Brigitte Blond, généraliste
pendant vingt-cinq ans, mère de cinq
enfants et grand-mère d’un « à ce
jour ! », est désormais le médecin de
la crèche de la résidence maternelle
de l’Armée du salut à Paris. Une vaste
expérience qui explique en partie
pourquoi les 150 thèmes abordés
dans le livre, « de Acné à Zizi », sont
empreints de générosité, de sagesse
et de réalisme. Mais le Dr Blond est
aussi une lectrice assidue de la presse
scientifique et les pédiatres, sagesfemmes, infirmières (ou journalistes
santé !) pourront aussi actualiser
leurs connaissances avec bonheur.
Car la simplicité du langage ne
sacrifie en rien à la pertinence des
informations. « Attention, une fois sur
deux, une infestation par les poux est
“silencieuse” et ne démange pas »,
remarque-t-elle. Un fin duvet de
poils à la naissance ? « Il disparaîtra
en quelques jours. » Bébé pleure ?
« Pas de panique, il a beaucoup de
bonnes raisons (même pas graves !)
de pleurer ; c’est de fait son seul moyen
d’attirer l’attention et de signaler
qu’il lui faut… une tétée, un câlin, un
dodo ou les trois ! Exceptionnellement,
qu’il est malade. »
« LE CAHIER JEUNE PAPA »
Benjamin Muller, First éditions,
96 pages, 7,95 €
« DÉCODER
BÉBÉ, UN JEU
D’ENFANT ! »
Dr Brigitte Blond,
Leduc.s éditions,
224 pages, 15 €
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lundi 1er octobre 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues avec justification d’identité
par téléphone
01 56 52 27 27
par télécopie
01 56 52 20 90
M. et Mme
Ronan Fournier-Christol,
Mme Astrid Bottausci
et ses enfants
Dominique et Jean Feton,
Marion Meunier,
Gilles et Valérie Meunier,
ses enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès,
le 27 septembre 2018,
à l'âge de 79 ans, à Paris, de
Guillaume, Laure,
Anne-Charlotte,
Paul-Emmanuel Feton,
Marie, Cédric, Sophie
Meunier,
ses petits-enfants,
Nathalie, Sébastien, Louise,
Fanny,
leurs conjoints,
Grant, Fabrice,
Claudie FOURNIER-CHRISTOL
par courriel : carnetdujour@media.figaro.fr
en nos bureaux : 14 boulevard Haussmann, 75009 Paris,
sur notre site : www.carnetdujour.lefigaro.fr
Les obsèques auront lieu
au cimetière parisien
de Bagneux, le mercredi
3 octobre, à 15 heures.
Tarifs :
du lundi au jeudi : 25 € TTC la ligne, jusqu’à 25 lignes
23 € TTC la ligne, à partir de 26 lignes
vendredi ou samedi : 28 € TTC la ligne, jusqu’à 25 lignes
26 € TTC la ligne, à partir de 26 lignes
M. Bernard Frot,
son époux,
Bertrand et Béatrice,
ses enfants,
Les lignes comportant des caractères gras sont
facturées sur la base de deux lignes ; les effets
de composition sont payants ; chaque texte
doit comporter un minimum de 10 lignes.
Louis, Arnaud, Laure,
Roméo et Lorenzo,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de faire part du décès,
le 27 septembre 2018, de
Mme Maria-Pia FROT
Retrouvez nos annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
née Freddo.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Jean-Baptiste,
à Neuilly-sur-Seine,
le jeudi 4 octobre, à 10 h 30.
Tél Abonnements :
01 70 37 31 70
conférences
Dans le cadre
de la vente aux enchères
Arts d'Asie
du jeudi 4 octobre 2018,
TAJAN
organise une conférence,
T'ang HAYWENN
« Éclats d'encre »,
le mardi 2 octobre 2018,
à 18 h 30,
en présence de :
Aude de Kerros,
graveur, peintre et essayiste,
Yingjian Liu,
secrétaire général
de l'Académie franco-chinoise
d'art et de culture,
Emmanuel Lincot, professeur
à la Faculté des lettres de
l'Institut catholique de Paris,
Leszek Kanczugowski,
historien d'art,
suivie d'un concert à 19 h 30
de luth pipa, par
Wang WEIPING
Espace Tajan,
37, rue des Mathurins,
à Paris (8e). Entrée libre.
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la grande tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
colonel Guy COULON
officier de la Légion d'honneur,
le 28 septembre 2018,
à l'âge de 87 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 2 octobre, à 14 h 15,
en l'église Stella-Matutina,
à Saint-Cloud.
Une pensée pour son épouse,
et ses fils,
Nancy
Frédéric et Gilles
Eliane Meunier,
sa sœur,
Marie Albaret
et André Haond,
sa belle-sœur et son beau-frère,
et toute la famille
vous font part avec tristesse
du décès de
Catherine (†) et Kenneth Cleary,
Laurence et Donald (†)
Grégoire,
Claire et Dominique d'Arjuzon,
Pierre et Christine Huc,
Sophie et Bruno Draber,
ses enfants et beaux-enfants,
Mme Camille Juglar,
née Jacqueline Breuil,
Mlle Geneviève Breuil (†),
M. et Mme
Jean-Claude Breuil,
ses frère, sœurs et belle-sœur,
Caroline et Olivier Martin,
Jeremy et Céline Cleary,
Charlotte et Johan Bourgeois,
Andrew et Katy Cleary,
Matthieu et Faustine Grégoire,
Arthur Grégoire,
Pauline et Cédric Doumier,
Mathilde et Grégoire
Tassin de Montaigu,
Alix et Martin Brabant,
Arnaud et Sonia d'Arjuzon,
Olivia et Lionel-Alban
Sarvonat,
Guillaume et Charlotte Huc,
Antoine Huc,
Emilie et François-Xavier
Fleury,
Julien et Julie Draber,
Camille et Thibaud Lemaître,
ses petits-enfants,
M. et Mme
Jean-Paul Guilhamon,
Mme Anne Landier-Juglar,
M. et Mme Philippe Juglar,
M. et Mme Olivier Guilhamon,
M. et Mme Alain Tachot,
ses neveux et nièces,
leurs enfants et petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mlle Monique BREUIL
chevalier
de la Légion d'honneur,
le 27 septembre 2018,
au Pecq (Yvelines),
dans sa 97e année.
ses 25 arrière-petits-enfants,
La cérémonie religieuse
aura lieu le mardi 2 octobre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Wandrille, 1, avenue
du Pavillon-Sully, Le Pecq.
Maryse et Jacques Fourmentin,
sa sœur et son beau-frère,
Cet avis tient lieu de faire-part.
ont le chagrin de vous
faire part du rappel à Dieu,
le 28 septembre 2018, de
Jacqueline HUC
ingénieur général
de l'aviation civile,
ingénieur général
des Ponts et Chaussées,
officier de la Légion d'honneur,
médaille de l'Aéronautique,
survenu le 27 septembre 2018,
à l'âge de 95 ans.
En union avec son épouse,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 3 octobre,
à 15 heures, en l'église
Saint-Pierre-de-Montrouge,
82, avenue du Général-Leclerc,
à Paris (14e).
L'inhumation aura lieu
le même jour, au cimetière
parisien de Bagneux.
2, rue
Georges-de-Porto-Riche,
75014 Paris.
M. Paul DEFOURNEAUX
chevalier
de l'ordre national du Mérite.
53, allée des Chèvrefeuilles,
62520 Le Touquet.
Isabelle Michon,
Caroline et Bertrand
de Nicolay,
Elielle Michon,
ses filles, son gendre
et sa belle-fille,
Tanguy et Pierre de Nicolay,
Edwige, Gatien, Grégoire
et Gonzague Michon,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Bruno MICHON
née Geneviève Batereau,
Le vicomte
Michel de Kervénoaël,
son époux,
Le colonel
Jean-Paul DUTRIEZ
ancien enfant de Troupe,
ancien élève
du Prytanée militaire,
Saint-Cyrien, promotion
Rome et Strasbourg,
chevalier
de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
croix de guerre des TOE,
nous a quittés
le 23 septembre 2018,
à La Baule, à l'âge de 94 ans.
le baron et la baronne
Antoine-Henry d'Oiron,
leurs enfants et petits-enfants,
le vicomte et la vicomtesse
Ronan de Kervénoaël,
leurs enfants et petits-enfants,
M. et Mme
Patrick Prud'Homme
et leurs enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
vicomtesse Michel
de KERVÉNOAËL
née Roselyne
de Girard de Charnacé,
à l'âge de 87 ans, munie
des sacrements de l'Église.
Souvenirs, Messes...
Partagez le souvenir d’un être cher dans le carnet du jour
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 4 octobre 2018,
à 15 heures, en l'église de
Chambellay (Maine-et-Loire).
Saint-Didier-au-Mont-d'Or
(Rhône).
Bruno Legoux
et Odile, née Brosset-Heckel,
Antoine et Véronique Legoux,
Camille et Pierre,
Julien Legoux,
Lilian et Caroline Lacoste,
Alban et Victor
© Gettyimages
ont la douleur
de faire part du décès de
Tél. 01 56 52 27 27 • Fax. 01 56 52 20 90
carnetdujour@media.figaro.fr
Vous pouvez également saisir votre annonce sur notre site
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le 27 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy,
10, rue de l'Annonciation,
Paris (16e), le jeudi 4 octobre,
à 14 h 30.
Ni fleurs ni couronnes.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le mardi 2 octobre 2018,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Sulpice, Paris (6e).
Emmanuelle LEGOUX
survenu le 27 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre-aux-Liens,
à La Giettaz (Savoie),
ce lundi 1er octobre, à 10 h 30.
L'inhumation au cimetière
de Loyasse, à Lyon, aura lieu
le mercredi 3 octobre, à 16 h 15.
Recevez
Le FigaRo
chaque jouR
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Dominique RIGOLOT
chez vous
survenu le 28 septembre 2018,
à l'âge de 89 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Dominique,
20, rue de la Tombe-Issoire,
à Paris (14e), le jeudi 4 octobre,
à 14 h 30.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Paris (11e).
Les familles Verzaux, Ruelle
et alliées,
ses amis,
ses anciens collaborateurs
du groupe CTI
ont la douleur
de faire part du décès de
M. Christian VERZAUX
survenu le 15 septembre 2018,
à l'âge de 57 ans, à Chelles.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Ambroise, à Paris (11e),
le mercredi 3 octobre 2018,
à 10 h 30,
suivie de la crémation
au crématorium du cimetière
du Père-Lachaise, où Christian
rejoindra son bien-aimé
grand frère,
Recevez Le Figaro
du lundi au samedi,
accompagné des suppléments
et des magazines du week-end.
Jean
décédé au même âge, en 2009.
née Doctobre.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Sainte-Jeanne-d'Arc
du Touquet,
le mercredi 3 octobre, à 10 h 30.
Paris (14e).
Mme Dominique Rigolot,
son épouse,
Mme Véronique Frick,
M. et Mme Nicolas Rigolot,
M. Jérôme Rigolot,
Mme Laurence Bioteau,
ses enfants,
ses 8 petits-enfants
et son arrière-petite-fille
Clément Pascal MEUNIER
Madeleine
vous font part du décès de
Véronique et Jacques Bazaille,
Bernard Coulon,
ses enfants,
Lino, Emma, Sven, Anaëlle,
Bartholomée,
ses arrière-petits-enfants,
née Dasse-Hartaut,
décédée le 2 août 2000.
Mme Paul Defourneaux,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
deuils
19
Soissons.
M. Gilles Pamart,
M. Cyrille Pamart,
M. et Mme Benoit Philipon,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu de
Mme Monique PAMART
née Leclère,
le 29 septembre 2018,
à l'âge de 82 ans,
à Soissons, munie
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 3 octobre, à 14 h 30,
en l'église Saint-Crépin
de Soissons, suivie
de l'inhumation au cimetière
de Saint-Christophe-à-Berry
(Aisne).
Valérie (†), Marie-Christine,
ses filles,
Virginie, Mélanie,
ses petites-filles,
Manon,
son arrière-petite-fille,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Christine Vezinet-Crombecque,
sa fille,
Alexandre Vigneron
et Helena Crombecque-Vezinet,
ses petits-enfants,
et toute sa famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
6 mois
209s
au lieu de 473,20E
Geneviève VEZINET
née Brison,
survenu le 27 septembre 2018.
55% de réduction
sur le prix de vente
en kiosque.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre-de-Montmartre,
à Paris (18e), le mercredi
3 octobre 2018, à 10 h 30.
L'inhumation aura lieu
à 14 heures, au cimetière
d'Enencourt-Léage (Oise).
remerciements
René-Marie Rampelberg,
son époux,
ses beaux-frères et belle-sœur,
ses cousins et toute la famille,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Marianne RAMPELBERG
née Parfenoff,
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
messes
et anniversaires
Il y a vingt ans,
le 29 septembre 1998,
Raoul LIMOUSIN de NEUVIC
s'endormait
dans la Paix du Seigneur.
Que ceux qui l'ont connu
et aimé s'unissent par la prière
à la messe qui sera célébrée
pour le repos de son âme,
le mardi 2 octobre 2018,
à 18 h 45,
en la chapelle de la Vierge de
l'église Saint-François-Xavier,
12, place du
Président-Mithouard, Paris (7e).
De la part de
Bernadette Limousin de Neuvic,
Astrid, Alexandre et Philippe
Stanfield-Pinel.
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au FigaRo
À renvoyer dans une enveloppe affranchie à :
LE FIGARO ABONNEMENT
4 rue de Mouchy – 60438 NOAILLES Cedex
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Tél. :
E-mail :
Je joins mon règlement par :
@
en majuscules
Date e t signature :
Chèque bancaire ou postal
à l’ordre du Figaro
CB N°
Expire fin :
FAP18002
Mme Antoinette PHILIPPART
survenu le 28 septembre 2018,
à Rueil-Malmaison,
dans sa 90e année.
souvenirs
La cérémonie aura lieu
le mercredi 3 octobre,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
Paris (16e).
Le 1er octobre 2000,
Ni fleurs ni couronnes,
mais des dons aux associations
de lutte contre le cancer.
Avec ceux que nous aimons,
nous avons cessé de parler
et ce n'est pas le silence.
Cet avis tient lieu de faire-part.
De la part de Gérard Lavergne.
Odette et Pierre LAVERGNE
nous ont quittés.
Offre France métropolitaine réservée aux nouveaux abonnés valable
jusqu’au 31/12/2018. Les informations recueillies sur ce bulletin
sont destinées au Figaro, ses partenaires commerciaux et ses soustraitants, pour la gestion de votre abonnement et à vous adresser des
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Relation Client, 14 boulevard Haussmann 75009 Paris. Si vous ne
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lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
20
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
L’archange et le parachutiste
Comme chaque année,
les troupes aéroportées de
la 11e brigade parachutiste
ont célébré samedi leur
saint patron, l’archange
Michel. Ces forces
témoignent d’une histoire,
d’un état d’esprit et de
capacités dont seule la
France dispose en Europe.
Mais, à l’avenir, dans
un contexte stratégique
plus dur, les « paras »
vont devoir s’adapter.
La double capacité « d’assaut et d’urgence » de
la 11e BP, c’est-à-dire la possibilité de « faire masse », de s’engager en premier, dans la durée, et en
même temps d’être projeté, au loin, avec réactivité et souplesse, est unique en Europe. Seuls les
États-Unis disposent d’un tel atout avec les 19 000
hommes de leur fameuse 82e division aéroportée
(82nd Airborne), celle qui sauta sur les plages du
Débarquement. « Tous les pays ont des parachutistes, mais beaucoup ont mis l’accent sur les forces
spéciales », souligne le général Collet.
Le parachutisme militaire remonte à la première guerre mondiale. En 1937, une « infanterie de
l’air » se forme auprès des Soviétiques, en pointe
dans ce domaine. Mais les parachutistes d’aujourd’hui s’enracinent surtout dans le creuset de la
Seconde Guerre mondiale, sous la double influence américaine, en Afrique du Nord, et britannique, en Angleterre - où se forme le French Squadron, de la Special Air Service Brigade (SAS
Brigade). Après l’Indochine et l’Algérie, on
constate un certain repli des opérations aéroportées (hormis le Tchad, en 1969). Mais Kolwezi,
avec l’opération « Bonite », réalisée par le 2e REP,
il y a quarante ans tout juste, marque le grand retour des « paras ». Dans les années 2000, la 11e BP
se déploie en Afghanistan, où elle a perdu 26 de
ses hommes.
Depuis 2015, les « bérets rouges » ne sont pas
rares dans les patrouilles de l’opération « Sentinelle », présentes dans le métro et dans les rues.
En pointe dans la lutte contre le terrorisme, ils
sont revenus dans la cité. Même si, de temps en
temps et à leur grand dam, les pages sombres des
guerres de décolonisation leur sont rappelées.
Alain Barluet
£@abarluet
S
A
Opération à forte visibilité
Sur le Champ-de-Mars, samedi, l’adjudant
Krzysztof, du 2e régiment étranger de parachutistes (2e REP), arbore la croix de la valeur militaire
qui vient de lui être remise. Il y a un an tout juste,
le 8 septembre 2017, il était blessé par balle au
Mali, ce qui ne l’a pas empêché de repartir au
combat trois semaines plus tard (lire nos éditions
du 20 juillet 2018). Le légionnaire parachutiste retrouve l’adjudant Pierre, lui aussi commando au
17e régiment de génie parachutiste (17e RGP). Au
moment de l’attaque, ils étaient à 2,50 mètres l’un
de l’autre. « Cela a été lui, ça aurait pu être moi »,
lâche-t-il. Des destins liés : le 8 mai 2014, les deux
hommes étaient ensemble, au Mali déjà, tout près
du légionnaire parachutiste Marcel Kalafut, lorsque celui-ci a été tué par une mine.
C’est au Nord-Mali encore que jeudi dernier, à
l’avant-veille de la Saint-Michel, 120 parachutistes ont été largués entre Ménaka et la frontière
nigérienne. Une opération à forte visibilité, destinée à surprendre les groupes armés terroristes et
à rassurer la population en montrant la rapidité
avec laquelle la force « Barkhane » peut se déployer. Voilà tout l’intérêt des forces aéroportées : « mener une action par les airs qui permet de
s’affranchir de l’espace, des délais d’un déploiement terrestre et de créer la surprise chez l’adversaire », résume le général Patrick Collet. Des spécificités que le chef d’état-major de l’armée de
terre (Cemat), le général Jean-Pierre Bosser, a
rappelées dans son « ordre du jour » de la SaintMichel : « C’est l’autonomie et l’endurance, l’astuce et la fougue, l’audace et l’initiative. C’est la sou-
Stratégies d’évitement
plesse de l’approche, le sens du terrain, le flair du
danger, le goût de la manœuvre et l’intelligence du
combat. »
Depuis 2013, plus de vingt opérations aéroportées ont été menées par la 11e BP, forte actuellement de 10 000 hommes (dont 1 500 réservistes).
Brigade parachutiste interarmes, c’est-à-dire polyvalente (infanterie, cavalerie, artillerie, génie…), elle peut engager plusieurs centaines
d’hommes (ce qui la distingue des forces spéciales), avec leurs matériels, et dans l’urgence. La
11e BP est en effet la seule des six brigades de l’armée de terre à entretenir une alerte permanente,
appelée « Guépard ».
En moins de 48 heures, un groupement aéroporté d’urgence de 800 hommes peut ainsi être
projeté n’importe où dans le monde, sur décision
du président de la République. Pour plus d’efficacité, une plateforme centralisée, le pôle national
des opérations aéroportées (Pnoap), a été mise en
place sur l’aéroport de Toulouse-Francazal, en
coordination avec l’armée de l’air. C’est sur ce site
que sont conditionnées 160 tonnes de charges
(véhicules, armements, munitions, vivres…) à
transporter et à larguer si « Guépard » est actionné. Le développement du Pnoap accompagne la
montée en puissance de l’A400M. Pas toujours
évidente, une bonne synergie avec l’armée de l’air
apparaît néanmoins cruciale.
Depuis 2013, le dispositif « Guépard » a été activé huit fois. Outre l’opération « Serval » au Mali,
les paras ont été déployés quatre fois sur le territoire national après les attentats terroristes de
2015 et à la suite de l’ouragan Irma aux Antilles en
2017, et trois fois en Afrique (RCA, Gabon, Côte
d’Ivoire).
Vendredi, des « paras »
de la 11e brigade parachutiste
ont sauté au-dessus de la baie
du Mont-Saint-Michel.
ALAIN NOTA/SIRPA TERRE
11EBP
amedi, le Champ-de-Mars, à Paris,
Jacques Grisolet, 90 ans, n’a pas flanché. Béret amarante sur la tête, décorations pendantes sur la poitrine, il
s’est tenu debout, parmi ses camarades jeunes et anciens, durant toute
l’heure qu’a duré la prise d’armes. En
1948, le caporal Grisolet, du 1er régiment de chasseurs parachutistes (1er RCP), était à Hanoï, l’année où saint Michel, institué saint patron des parachutistes à l’initiative de trois de leurs
aumôniers, était célébré pour la première fois lors
d’une messe dans l’austère cathédrale de la capitale du Tonkin. Saint Michel, le premier combattant du ciel, l’un des trois archanges de la Bible,
descendu sur la terre des hommes pour soutenir
leur lutte contre le démon et ses alliés…
On était alors en pleine guerre d’Indochine,
temps fort de la geste des parachutistes : 250 opérations aéroportées y ont été menées en neuf ans
de guerre. Jacques Grisolet y fera deux séjours et
sera blessé. Soixante-dix ans plus tard, le vieux
soldat toujours alerte n’a pas cessé d’être fidèle à
la « grande famille », à la cohorte de ceux qui ont
« franchi la porte ». La porte de l’avion, bien sûr.
« Passer la porte d’un avion et sauter dans l’inconnu
génère un état d’esprit qui est celui de braver les
difficultés et d’aller éventuellement au-devant des
difficultés », explique le général Patrick Collet, qui
commande la 11e brigade parachutiste (11e BP).
« Dans l’esprit parachutiste, il y a aussi cette notion
de cohésion très forte entre les individus, qui ne
remplace pas la hiérarchie et la discipline, mais qui
les complète », poursuit-il. « Lorsqu’on saute, que
l’on soit général ou jeune parachutiste, nous sommes égaux et identiques dans la difficulté », dit le
général Collet. Vendredi, avec plusieurs centaines
de paras de la 11e BP, le « chef » a sauté sur le
Mont-Saint-Michel, une tradition bien ancrée. La
médaille à l’effigie de l’archange était glissée dans
son béret…
Les forces aéroportées seront-elles toujours pertinentes à l’horizon 2030 ? À cette échéance, l’évolution des menaces viendra modifier en profondeur la conduite des opérations aéroterrestres. Le
déni d’accès de plus en plus fréquemment opposé
par les puissances risque de contraindre fortement les actions aéroportées. De même que le développement et la modernisation des défenses
sol-air. « Par exemple, la vente de S-400 à la Biélorussie offre la possibilité d’interdire la quasi-totalité
de l’espace aérien polonais », explique un spécialiste. La prolifération d’une artillerie longue distance menaçant les zones de largage et les aérodromes devra être prise en compte, de même que
la menace air-air.
La 11e BP a mené une réflexion prospective approfondie. Elle estime que les opérations aéroportées ou héliportées conserveront toutes leur utilité
sur les théâtres où les forces françaises sont le plus
susceptibles d’intervenir. Ainsi, le déni d’accès
restera l’apanage des grandes puissances. Malgré
le développement des systèmes sol-air moyenne
portée terrestre (SAMP/T), il sera possible de
trouver des stratégies d’évitement ou de destruction, affirme une source militaire.
« Les opportunités d’engagement par les airs ne
seront pas remises en cause, elles pourraient même
avoir tendance à se multiplier compte tenu du morcellement géostratégique auquel on assiste aujourd’hui », souligne le général Patrick Collet. Selon
lui, la multiplication des intervenants, une dissémination de la menace qui ne sera pas linéaire et
comparable sur tous les théâtres d’opération, offrira des opportunités pour pénétrer des « dispositifs lacunaires ». En clair, « il y aura des trous
dans lesquels on pourra passer », résume le général Collet, en insistant sur la nécessité de préserver l’ADN de sa brigade interarmes « d’assaut et
d’urgence ».
Une redéfinition opérationnelle va toutefois
être nécessaire. « Le renouvellement complet de ses
équipements et de ses vecteurs aériens va faire de la
11e BP un outil de très haute technologie », plaide
Patrick Collet. Les capacités d’interconnexion,
une connaissance instantanée du théâtre d’opérations, permises par le programme de modernisation « Scorpion » de l’armée de terre, vont contribuer à changer la donne. « Nous garderons la
capacité à aller très vite, très loin, avec des risques
de détection inférieurs à ceux d’aujourd’hui en dépit
de la menace sol-air », dit le « patron » de la 11e BP.
« Demain comme hier, il va falloir trouver les parades, les intervalles pour agir », estime pour sa
part le général Jean-Pierre Bosser, le « Cemat ».
« C’est là que l’on retrouve l’esprit parachutiste,
l’esprit guerrier de souplesse, d’innovation, la capacité à inverser un rapport de force initialement
défavorable », ajoute le « Cemat ».
Samedi, comme chaque année à la Saint-Michel, les « paras » ont écouté la lecture de leur
prière, rédigée en 1938 par l’aspirant André Zirnheld, qui sera tué dans le désert de Libye en 1942.
« Je ne vous demande pas le repos/ Ni la tranquillité […]/ Donnez-moi ce que l’on vous refuse/ Je
veux l’insécurité et l’inquiétude/ Je veux la tourmente et la bagarre » : un beau texte, incroyable
d’exigence à l’aune contemporaine et que sans
doute bien peu, dans les rangs de la « BP », songeraient à renier. ■
Lorsqu’on saute, que l’on soit général
ou jeune parachutiste, nous sommes égaux
et identiques dans la difficulté
»
GÉNÉRAL PATRICK COLLET, COMMANDANT LA 11E BRIGADE PARACHUTISTE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 1er octobre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
INTERNATIONAL
21
Où Erdogan mène-t-il la Turquie ?
Delphine Minoui
£@DelphineMinoui
CORRESPONDANTE À ISTANBUL
DIPLOMATIE Tour à tour pragmati-
que et provocateur, le chef de l’État
turc, à la fois avide de reconnaissance
internationale et soucieux de relancer
l’économie de son pays tout en ménageant sa base électorale, s’est rendu en Allemagne après un passage à
l’Assemblée générale des Nations
unies.
TURQUIE TEND-ELLE
DE NOUVEAU LA MAIN
❙ÀLA
L’EUROPE ?
La visite d’Erdogan en Allemagne, les
28 et 29 septembre, revêt un caractère hautement symbolique pour le
président islamo-nationaliste turc. Il
s’agit d’un premier signe d’apaisement entre les deux pays, après des
années de crispations diplomatiques,
qui remontent au putsch raté de 2016.
« C’est aussi, du point de vue d’Erdogan, la première consécration par
l’Union européenne de son statut de
président réélu, en juin 2018 », observe l’économiste et politologue turc
Ahmet Insel, auteur de La Nouvelle
Turquie d’Erdogan (La découverte).
Une « reconnaissance » de son nouveau rôle d’hyperprésident, en vertu
de la nouvelle Constitution, sur laquelle il entend évidemment capitaliser à l’heure des tensions avec les
États-Unis. En retour, l’Allemagne
espérait obtenir la libération de ses
ressortissants emprisonnés en Turquie. En pleine crise financière turque
– la devise nationale a dévissé de
40 % en moins d’un an -, cette tentative de normalisation répond également à des considérations d’ordre
économique. « Il s’agit de rassurer les
entreprises et les investisseurs allemands », rappelle Ahmet Insel. Avec
quelque 7 500 entreprises allemandes
présentes en Turquie, l’Allemagne est
le premier partenaire commercial
d’Ankara. « La Turquie et l’Europe ont
aussi d’autres intérêts communs comme la question des migrants, la lutte
contre le djihadisme, la résolution du
conflit syrien », estime Didier Billion,
directeur adjoint de l’Iris et spécialiste de la Turquie. Mais ce rapprochement de circonstance ne signifie pas
pour autant une relance du processus
d’adhésion à l’Union européenne. Le
président français, Emmanuel Macron, l’a ouvertement signifié lors de
la Conférence des ambassadeurs : le
projet du président Erdogan serait, at-il déclaré, « panislamique et va à
l’encontre de nos valeurs européennes ». « Tout le monde est
conscient que le rapprochement
avec l’Europe est mis en veilleuse. Cependant, à défaut d’adhésion, il y a toujours cet espoir de réactualiser l’Union
douanière », précise Ahmet Insel.
❙
LA CRISE
TURCOAMÉRICAINE
EST-ELLE
PARTIE
POUR DURER ?
U 
Berlin
Bruxelles
A
Paris

Grèce
T
M
1 L’environnement
I
A
Palestiniens
Libye
UN PAYS À CHEVAL
SUR PLUSIEURS MONDES
1
L’ancien Empire ottoman (avant 1878)
Aux portes de l’Union européenne depuis 1963
Conflits, guerres
civiles en cours
Autres conflits gelés
et non résolus
Ennemis héréditaires
J.
Idlib
Lattaquié
Litiges frontaliers avec ses voisins
Provinces turques touchées par la reprise des combats
depuis juillet 2015 entre l’armée turque et les membres du PKK
60 km
Doha
É.A.U.
Yémen
Al-Bab
S
S
Territoire contrôlé
par l’armée turque
Postes d’observation turcs en
territoire
rebelle
Hama
DE LA TURQUIE ?
La dérive autoritaire de la Turquie, sur
fond de répression et de musellement
renforcé de la presse, l’éloigne chaque
jour un peu plus de l’Europe. Fini le
temps des concessions sur la question
des droits de l’homme et des minorités.
Pendant ce temps, le président Erdogan
noue des liens stratégiques avec certains pays du monde arabo-musulman : il accepte l’aide économique du
Qatar, il exprime sa solidarité envers
l’Iran, également victime des sanctions
américaines. Soucieux de soigner son
image de « sauveur des musulmans opprimés », il s’érige en défenseur de la
cause palestinienne. « Mais il n’a aucune politique moyen-orientale concrète »,
tempère Ahmet Insel. « S’il s’allie avec
le Qatar, il demeure en bisbille avec
l’Arabie saoudite. S’il s’identifie aux
souffrances du peuple iranien, il reste
opposé à la politique iranienne en Syrie.
En fait, il n’a pas vraiment de prise sur
cette région. Ses positions diffèrent au
cas par cas. Il n’est plus l’étoile montante
de 2011, lorsque les révolutionnaires du
printemps arabe prenaient en exemple le
“modèle turc” », note Ahmet Insel.
LA PORTE
DE LA DÉMOCRATIE
❙TURQUE
EST-ELLE
FERMÉE
À DOUBLE TOUR ?
ENTRE PRAGMATISME...
Retenir les réfugiés syriens pour garder
un moyen de pression sur les Européens
S’allier avec les Kurdes irakiens
LES OPÉRATIONS TURQUES EN SYRIE
pour contrer les Kurdes du PKK
1. « Bouclier de l’Euphrate »
Se rapprocher de l’ancien ennemi russe
( 24 août 2016 – 29 mars 2017)
pour contenir l’avancée du régime syrien
et faire pression sur l’Occident
2. « Rameau d’olivier »
( 20 janvier – 18 mars 2018)
Continuer à discuter et commercer avec Téhéran
malgré des différends sur le conflit syrien
O
Manbij
Alep
SE DIRIGE-T-ON
UNE « MOYEN❙ORIENTALISATION
»
Les réponses 2
d’Erdogan
Q
S
Djarabulus
Afrine
2
Dans le giron américain
depuis son adhésion à l’Otan en 1952
... ET EN INTERNE
Ces dernières années, Ankara s’est
imposé comme un acteur à part entière de la résolution du conflit syrien.
La Turquie, qui partage 900 kilomètres de frontière avec la Syrie – et qui
accueille 3,5 millions de réfugiés syriens sur son territoire – avait tout intérêt à prévenir un bain de sang à ses
portes et à éviter une nouvelle catastrophe humanitaire. La création
d’une zone « démilitarisée », en vertu
du nouvel accord turco-russe va dans
ce sens. Mais si le pire a été évité, la
trêve demeure fragile. Rien ne garantit, en effet, que les groupes djihadistes se laissent si facilement déloger.
« C’est une victoire à la Pyrrhus et c’est
surtout un cadeau empoisonné pour
Ankara. En signant cet accord, la Turquie devient responsable du désarmement et de la neutralisation des djihadistes. En a-t-elle les moyens ?
Comment va-t-elle procéder ? Envisage-t-elle de créer des zones de sécurité
pour parquer ces djihadistes ? De plus,
si l’offensive russo-syrienne reprend,
où vont se réfugier ces djihadistes ? Il y
a là un risque sécuritaire pour la Turquie. Cela peut se retourner contre
elle », relève Ahmet Insel.
Quant aux populations civiles et aux
opposants modérés, pris en étau entre
les menaces de Damas et la pression
de certaines factions extrémistes, ils
craignent de faire les frais de cet accord
particulièrement
fragile.
« L’État syrien rétablira sa souveraineté sur la province d’Idlib, dernière
grande zone rebelle dans le nord-ouest
du pays, que ce soit par des moyens
pacifiques ou non », a prévenu ce
mardi le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Faysal Moqdad.
« Une fois de plus, la Russie cherche à
gagner du temps en créant l’illusion
d’une trêve. Au final, les Turcs se feront avoir et les populations syriennes
en paieront le prix fort », se désole un
opposant syrien.
A

T
Un modèle pour le monde arabo-sunnite après le printemps arabe
DE LA SYRIE,
RECEP TAYYIP ERDOGAN
A-T-IL SAUVÉ IDLIB ?
É
géopolitique de
la Turquie
Le leader du monde turcophone après la chute de l’URSS
EN EMPÊCHANT
UNE OFFENSIVE
❙SYRO-RUSSE
AU NORD
Depuis sa réélection, celui que ses détracteurs surnomment le « Sultan »
concentre quasiment tous les pouvoirs.
Il cumule les fonctions de chef d’État et
de gouvernement, mais aussi de président de son parti, l’AKP. Habilité à
nommer les ministres sans l’aval du
Parlement, il s’est entouré d’hommes de
confiance, tel que son gendre, Berat Albayrak, au portefeuille de l’Économie.
Quant à la justice, son indépendance est
de plus en plus limitée, le président pouvant nommer six des treize membres du
Conseil supérieur des juges et procureurs. « Aujourd’hui, il dispose de la capacité de nommer tout le monde, des préfets au directeur du fonds souverain »,
observe Ahmet Insel. La société civile,
qui refuse de baisser les bras, place
aujourd’hui ses derniers espoirs dans les
élections municipales de mars prochain.
« Mais là encore, la démocratie est en péril. Selon un décret présidentiel datant du
9 août 2018, l’argent des mairies est placé
sur un compte du Trésor qui peut être bloqué à tout moment. Cette centralisation
peut être aisément utilisée pour sanctionner certaines municipalités qui ne sont
R
pas de la même couleur politique que le
gouvernement », ajoute le politologue
Moscou
turc. En face, les forces de l’opposiTatars
tion peinent à relever la tête. Stigmatisées par le pouvoir, elles ne
Bachkirs
sont pas parvenues à donner suite à la nouvelle Alliance créée
lors de la campagne électorale.
« L’opposition anti-Erdogan
U
n’est malheureusement pas
Donbass
K
parvenue à produire de propoCrimée
sition alternative. Chaque
Abkhazie
parti est embourbé dans des
querelles d’ego et des dissenOssétie du Sud
sions internes. Tant que les
.

.
opposants ne seront pas
Arménie
parvenus à reconstituer un
.
Ouïgours
socle de reconquête du pouHaut-Karabakh .
.
Ankara
voir,
Erdogan n’a pas trop
Azéris
C
de soucis à se faire », obserTéhéran
ve
Didier
Billion, le direcIdlib
Syrie et Irak
Chypre
Afghanistan
teur adjoint de l’Iris. ■
I
Tel-Aviv
Washington
Recep Tayyip Erdogan et
Donald Trump ont eu un
bref échange, le 25 sep-
DES CONFLITS
À SES PORTES...
En froid avec
les États-Unis
et l’UE, mais
rabiboché
avec la Russie,
le président turc
affronte une grave
crise économique.
... PROVOCATIONS ET AUTORITARISME
Surjouer les tensions verbales avec les Occidentaux et les Israéliens
Intervenir en Irak ou en Syrie pour contrer les Kurdes et sauver ses alliés rebelles
Jouer la carte qatarienne pour « punir » les Saoudiens de leur activisme anti-Frères musulmans
Infographie
Éliminer les gülénistes (suite au coup d’État de juillet 2016) et instaurer un régime présidentiel autoritaire
A
tembre, en marge de la 73e session de
l’Assemblée générale des Nations unies.
Une première depuis le bras de fer commencé cet été entre les deux hommes.
Mais la crise qui oppose les deux pays est
toujours à l’ordre du jour, Ankara refusant de céder aux sanctions américaines
et de libérer un pasteur américain détenu en Turquie. Il y a encore quelques
jours, le président Erdogan dénonçait
lors d’une allocution « l’attaque odieuse
visant l’économie turque ». En fait, relève Ahmet Insel, le chef de l’État turc est
piégé par ses propres discours. « Si les
sanctions américaines sont douloureuses
pour le pays et qu’elles ont précipité la
chute de la livre turque, elles ne l’ont pas
déclenchée. Or le président turc s’est enfermé dans un discours victimaire où il
accuse les officines étrangères d’être responsables de la crise, au lieu de reconnaître sa part de responsabilité », dit-il.
Difficile, dans ces conditions, d’imaginer une possible détente avec Washington. D’autant plus, ajoute l’expert turc,
« qu’en vertu de ses nouvelles alliances
politiques avec l’extrême droite turque (le
parti ultranationaliste MHP, NDLR), il se
retrouve prisonnier d’un nouveau jeu de
rôle qui le pousse à prendre une posture
anti-américaine et anti-impérialiste ».
Mais le chef de l’État turc n’en demeure
pas moins un animal politique pragmatique, capable de retourner sa veste si
nécessaire. Exemple, ce dégel progressif
turco-russe opéré depuis la crise qui
opposa, en 2015, les deux pays à l’issue
de la destruction d’un jet militaire russe
au-dessus de la frontière turco-syrienne. « Ce n’est pas la première fois qu’un
contentieux oppose la Turquie aux ÉtatsUnis. À chaque reprise, un compromis a
finalement été trouvé, comme ce fut le cas
pour le cas des villes de Manbij ou encore
d’Afrine en Syrie. Cette fois-ci encore, je
ne pense pas qu’il puisse y avoir de rupture fondamentale entre Washington et
Ankara. La Turquie ne quittera pas
l’Otan, dont elle demeure un partenaire
stratégique. Si Erdogan se montre redoutable en politique intérieure, il fait preuve
de plus de souplesse en matière internationale. Il sait ménager plusieurs paramètres auprès de plusieurs interlocuteurs. Il ne ferme aucune porte. Il joue sur
différents tableaux », observe pour sa
part Didier Billion.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
22
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Pour sauver l’Europe,
osons la Françallemagne !
FABIEN CLAIREFOND
VERS
LA FRANÇALLEMAGNE
Le
Carnet
DE JACQUES
JULLIARD
À rebours de ceux qui
voudraient faire
de l’Union européenne
le bouc émissaire de tous
les maux, l’essayiste
et historien* plaide
pour un véritable
gouvernement
de l’Europe. Tirons
les enseignements
du Brexit et de l’élection
de Donald Trump,
argumente-t-il : c’est
grâce au couple francoallemand, plutôt que par
une illusoire union à 27,
que le Vieux Continent
retrouvera force
et influence dans
la conjoncture actuelle.
C’est une affaire entendue : l’Europe
est le bouc émissaire idéal de tous
les démagogues, le faire-valoir de tous
les tartuffes, le punching-ball
de tous les forts en gueule. C’est vrai
qu’elle est morose, l’Europe,
si désespérément conformiste
et convenable, si maladroite
dans la contre-attaque, qu’elle suscite
l’exaspération et devient
le souffre-douleur de tous les pervers.
Au dictionnaire des idées reçues,
c’est une entrée inépuisable ;
au chapitre de sa fameuse
« construction », un long mur des
lamentations. À peine son nom est-il
prononcé qu’une chape d’ennui vous
tombe sur les épaules et qu’il suscite
une réaction de rejet de la part
du lecteur de livres ou d’articles.
Préparons-nous donc, à la veille
de la campagne électorale en vue
des élections européennes,
à en entendre sur son compte
de toutes sortes et de toutes farines.
Au commencement, elle était
accusée d’être vaticane. Un peu plus
tard, d’être américaine. Aujourd’hui,
d’être allemande. Son Hymne à la joie,
nous rappelait récemment
Michel Onfray, a été composé
par Schiller et Beethoven. « Deux
Allemands », ajoutait-il. Autrement
dit deux boches.
L’EUROPE
AUX OUTRAGES
Pourtant, qu’elle soit accusée
de mille maux imaginaires ne suffira
pas à l’exonérer de tous ses maux
réels. Dans une tribune récente
(Le Monde, 25 septembre 2018),
un certain nombre d’universitaires
issus des divers pays de l’Union,
parmi lesquels le Français Alain Supiot
et le Belge Paul Magnette, dressaient
le réquisitoire suivant, que
je retranscris tel quel :
« Désaveux électoraux répétés,
fracture économique entre pays
de la zone euro, renflouement
par le contribuable de banques
irresponsables, descente de la Grèce
aux enfers, incapacité à trouver
une réponse commune aux flux
migratoires, Brexit, impuissance face
aux diktats américains… montée
de la pauvreté, des inégalités,
des nationalismes et de la xénophobie,
et pour couronner le tout, incapacité
à ouvrir le débat démocratique
sur la crise profonde qu’elle traverse
et les moyens de la surmonter. »
On pourrait discuter. Se demander,
par exemple, où en seraient les pays
européens sans l’aide massive aux
banques décidée en 2008 ; ou même
la Grèce, sans l’aide qu’elle a reçue,
en contrepartie de réformes
férocement libérales. Mais
ne discutons pas. Les institutions
européennes sont trop indulgentes
pour les banquiers et trop rigoureuses
pour les peuples, cela est
incontestable.
Et d’appeler à un grand débat
démocratique sur l’insuffisance
de la démocratie dans les institutions
européennes et sur la « trahison
des valeurs » dont elles se sont
rendues coupables.
NOUS VOULONS
QUE L’EUROPE SOIT
UN GOUVERNEMENT !
Seulement voilà : la question posée
aujourd’hui est de savoir si les
réponses proposées, c’est-à-dire
la réaffirmation dans les faits des
On dira que
la période est
mal choisie, tant
l’Allemagne
est déstabilisée.
Mais en histoire,
on ne choisit pas
sa période
»
principes de dignité humaine,
de liberté, d’égalité, de solidarité
sur lesquelles elle est fondée, au lieu
d’une soumission aveugle aux « forces
impersonnelles du marché », si ces
réponses, dis-je, sont à la hauteur
des défis auxquels l’Europe
est soumise.
Je réponds clairement non. Parce
que, si en termes de morale
individuelle, l’intention de l’acteur
est la pierre de touche de sa moralité,
il n’en va pas de même en politique,
où la pierre de touche de la morale,
c’est son efficacité.
Nul doute qu’une Europe plus
conforme aux nobles principes qui ont
été énumérés gagnerait en adhésion
populaire, et par là même en force.
Cela méritait bien d’être rappelé. Mais
la faiblesse de l’Europe dans un monde
actuel en pleine recomposition,
c’est avant tout son incapacité à agir
comme acteur unique, doué
de volonté et doté des moyens
d’action adéquats. Kissinger regrettait
jadis que quand il s’agissait d’agir,
l’Europe n’avait pas de numéro
de téléphone. Bien avant lui, parlant
de la France, Jules Ferry avait
demandé que la République fût enfin
un gouvernement (et pas seulement
un système et des principes). Eh bien
aujourd’hui, que m’importe
le fédéralisme, le confédéralisme,
le souverainisme, ou même la formule
la meilleure, celle de Jacques Delors :
une fédération d’États Nations.
Dans la conjoncture actuelle, face
aux États-Unis de Trump, à la Russie
de Poutine et à la Chine de Xi,
ce que je veux, c’est que l’Europe
soit enfin un gouvernement.
UNE FENÊTRE
S’EST OUVERTE EN 2016
Deux événements intervenus au cours
de l’année 2016 ont profondément
modifié la donne pour l’Europe :
le premier, le 23 juin 2016, c’est
la décision par 51,9 % des voix des
Britanniques de quitter l’Union
européenne ; le second, l’élection
le 9 novembre de la même année
de Donald Trump à la présidence
des États-Unis d’Amérique. Deux
événements qui placent les Européens
dans une situation inédite.
Le Brexit est, au chapitre
psychologique, une mauvaise nouvelle
pour l’Europe. Elle suggère qu’elle est
moins indispensable que dans le passé,
lorsque les Britanniques, contraints
et forcés, décidèrent de la rallier
(1972, adhésion entrée en vigueur début
1973 et confirmée par référendum
en 1975, NDLR).
Mais c’est aussi une occasion unique
pour les plus convaincus de faire
évoluer l’Europe dans le sens que
l’on vient de rappeler, c’est-à-dire
dans un sens gouvernemental.
Les Britanniques n’ont jamais
eu d’autre préoccupation que
de l’en empêcher. Autrement dit,
si le départ des Britanniques fut
un malheur, leur retour serait une
catastrophe.
Quant à l’avènement de Trump,
qui n’a cessé de dénigrer l’Europe,
mais aussi l’Otan, et s’est réjoui
bruyamment de la décision des
Britanniques, quitte à les laisser
tomber ensuite, il oblige l’Europe
à des actes de souveraineté,
à commencer par la réalisation
de son indépendance militaire.
Jusqu’à Trump, souverainistes
et fédéralistes avaient un point
commun : sans toujours l’avouer,
ils considéraient les États-Unis et leur
puissance militaire comme les garants
en dernière analyse de leur sécurité.
Eh bien, souverainistes et fédéralistes
sont à nouveau logés à la même
enseigne, sauf que celle-ci a changé
de nom. Elle se nomme désormais
indépendance militaire vis-à-vis
des États-Unis.
Comme le dit Hölderlin, là où est
le danger, là est aussi ce qui nous
sauve.
MONSIEUR VICTOR HUGO
NOUS ÉCRIT
En 1840, en plein règne de LouisPhilippe, l’Europe parut à la veille
d’une nouvelle guerre à propos
de la question d’Orient. L’Angleterre
soutenait la Turquie et le sultan,
la France appuyait Mehemet Ali,
l’ambitieux et remuant Pacha
d’Égypte qui menaçait
Constantinople. L’Anglais Palmerston
réussit alors à reconstituer
contre la France la coalition
de 1815 avec l’Autriche, la Prusse
et la Russie.
La France allait-elle répliquer ?
Sagement, le roi Louis-Philippe calma
les ardeurs belliqueuses de son
ministre Thiers. Entre-temps,
les poètes avaient déclenché les
hostilités littéraires, l’Allemand
Becker (« Vous ne l’aurez pas, le libre
Rhin allemand… ») défiait la France,
qui répliqua par la plume d’Alfred
de Musset (« Nous l’avons eu votre
Rhin allemand / Il a tenu dans notre
verre. ») En grand politique et noble
cœur qu’il était, Lamartine éleva
le débat avec sa magnifique
« Marseillaise de la paix » qui appelait
à la fraternité européenne.
Quant à Victor Hugo, il attendit
1842 pour publier un gros volume,
Le Rhin, récit sous forme
de lettres de voyages effectués
depuis 1839 sur le fleuve et sa région.
Mais c’est sa conclusion qui
nous importe. C’était une grande
fresque, terriblement hugolienne,
de l’histoire européenne,
où l’Angleterre, fort maltraitée,
était tenue, avec la Russie, comme
l’une des deux puissances
qui menaçaient la tranquillité
européenne. Il dénonçait « l’esprit
punique » des Anglais, cet esprit
carthaginois presque tout entier
dirigé contre la France :
« L’esprit punique, c’est l’esprit
de marchandise, l’esprit d’aventure,
l’esprit de navigation, l’esprit de lucre,
l’esprit d’égoïsme. »
Contre la double menace,
russe et anglaise, l’Europe
devait se défendre. Et voici
sa conclusion, qui ne manque pas
d’actualité :
FRANÇOIS-XAVIER BELLAMY
A
JEUDI 18 OCTOBRE 2018 - 20H00
SALLE GAVEAU 45-47 rue La Boétie, 75008 Paris
« L’alliance de la France et
de l’Allemagne, c’est la constitution
de l’Europe. L’Allemagne adossée
à la France arrête la Russie. La France
amicalement adossée à l’Allemagne
arrête l’Angleterre. La désunion
de la France et de l’Allemagne, c’est
la dislocation de l’Europe. »
Victor Hugo n’est pas seulement
un grand poète, dont le registre
va du familier au fantastique. Il avait
des vues perçantes et singulières sur
les hommes et les choses. C’est un des
pères spirituels de l’Europe.
POUR UNE EUROPE
À DEUX
Le lecteur perspicace a déjà compris
où je veux en venir. Si l’Europe
à 28 avec le Royaume-Uni n’a jamais
pu s’affirmer comme puissance,
à la différence des États-Unis
ou de la Chine, l’Europe
à 27 d’aujourd’hui, en tant que
concept politique, n’est guère plus
viable. Il y a trop de différences entre
les anciens pays de l’Est, les pays
scandinaves, sans parler de l’Italie
et de l’Espagne, en pleins doutes
sur leur identité politique, pour tisser
entre eux d’autres liens que ceux
du libéralisme économique
et de la philosophie de l’échange
marchand.
Ce n’est déjà pas rien, et il faut
maintenir ce lien, quitte à l’adapter
à un monde en train d’entrer dans une
phase protectionniste. Mais surtout un
monde où se constituent de puissantes
identités régionales, dotées de tous
les attributs de la puissance politique.
Si l’Europe ne veut pas se résigner
à devenir un espace touristique,
humanitaire et culturel riche surtout
de son passé, il n’y a pas d’autre voie
que celle d’une alliance spéciale au
sein de l’Union et en marge de l’Union
entre l’Allemagne et la France.
En matière géostratégique,
diplomatique et militaire, la puissance
est inversement proportionnelle
au nombre des parties prenantes.
Une Europe à deux serait
politiquement beaucoup plus
puissante qu’une Europe à vingt-sept.
On dira que la période est mal choisie,
tant l’Allemagne est déstabilisée
par la politique d’Angela Merkel
en matière de migrations. Mais
en histoire, on ne choisit pas
sa période. Cette alliance spéciale,
chacun des deux partenaires y a songé
à tour de rôle. Le malheur est que
ce ne fut jamais en même temps. Mais
tôt ou tard, l’évidence s’imposera.
France et Allemagne doivent édifier
une alliance politique sui generis
à frais nouveaux et à ambitions
nouvelles, ou alors l’Europe ne sera
plus qu’un « agrégat inconstitué de
peuples désunis » (Mirabeau),
qu’un « concept géographique »
(Metternich). L’Allemagne
ne renoncera pas à sa puissance
économique, ni la France à son
armement nucléaire, non plus qu’à
son siège au Conseil de sécurité.
mais chacune des deux parties peut
accepter de mettre les atouts qui lui
sont propres au service de la puissance
commune, qui serait d’abord
diplomatique et militaire.
Bien entendu, une telle alliance
demeurerait ouverte aux autres pays
d’Europe qui en accepteraient les
clauses, sans aucune restriction. C’est
« l’Europe à la carte » qui a donné
le signal du déclin de l’idée
européenne. On sait qu’en 1950,
la proposition de Robert Schuman
d’un pool charbon-acier s’adressait
d’abord à l’Allemagne, pour s’élargir
ensuite à l’Italie et au Benelux.
Ou bien l’Europe se résigne à devenir
le Club Med du reste du monde
et se condamne à sortir de l’Histoire,
ou bien elle se décidera enfin
à devenir ce qui est sa vocation
propre : une volonté au service
d’une civilisation. ■
*Éditorialiste de l’hebdomadaire
« Marianne ».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 1er octobre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
OPINIONS
CHRONIQUE
Nicolas Baverez
£@NicolasBaverez
Europe : l’élection de tous les dangers
C
ent ans après la fin
de la Grande Guerre,
l’Union européenne
affronte une crise
existentielle. Le principe
de l’intégration européenne
est remis en question par la destruction
de l’ordre international de 1945.
L’élection de Donald Trump annihile
la réassurance économique et stratégique
du continent par les États-Unis, tandis
que le Brexit le coupe du Royaume-Uni.
La coalition antisystème au pouvoir en
Italie risque de relancer la crise de l’euro.
D’un côté, les mouvements populistes
exacerbent les passions nationalistes
et la détestation de l’Union. De l’autre,
le modèle de la démocratie illibérale
promu par Viktor Orban ne cesse
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
de gagner en influence, y compris
dans l’ouest du continent, en posant
les régimes autocratiques en alternative
à l’État de droit.
Les élections européennes de mai 2019
n’ont ainsi pas de précédent par
leur enjeu, puisqu’elles pourraient
déboucher sur la désintégration
de l’Union en cas de majorité des partis
populistes au Parlement, comme par
la dynamique politique qui les sous-tend.
Pour les Vingt-Sept, elles se présentent
comme un référendum sur l’Union
autour de la question de l’immigration.
Pour la France, elles se présentent
comme un référendum sur Emmanuel
Macron, qui a lié son destin et son projet
à la refondation de l’Europe lors
de l’élection présidentielle de 2017.
ENTRE GUILLEMETS
1er octobre 1684 : mort du grand dramaturge
Pierre Corneille. RUE DES ARCHIVES/PVDE
Le Cid
Jamais nous ne goûtons
de parfaite allégresse :
Nos plus heureux succès
sont mêlés de tristesse»
Or, ce scrutin décisif s’engage sur
la base d’une opposition à la fois
artificielle et suicidaire entre
progressistes et nationalistes. La notion
de progressiste renvoie aux compagnons
de route de l’URSS stalinienne dans
les années 1950, qui n’offrent ni un
modèle de lucidité politique, ni un
remède à la crise de la démocratie, ni une
solution aux dysfonctionnements actuels
de l’Union. A contrario, il ne fait guère de
doute que les électeurs entendront sous
le nationalisme la défense des nations,
de leur identité et de leurs frontières,
soit précisément la réponse à leurs
attentes. Forcer les citoyens à choisir
entre l’Europe et les nations, c’est dresser
l’acte de décès de l’Union. La démarche
s’inscrit dans la litanie des manœuvres
cherchant à instrumentaliser l’Europe
à des fins de politique intérieure qui se
sont systématiquement retournées
contre leurs promoteurs. L’objectif
consiste à diviser et affaiblir ce qui reste
de droite de gouvernement en France.
Le résultat sera de renforcer la vague
populiste en Europe tout en soulignant
l’isolement d’Emmanuel Macron dans
notre pays comme en Europe.
Vouloir rejouer la présidentielle
de 2017, c’est se tromper à la fois
de scrutin et d’époque. Un an après le
discours de la Sorbonne du 26 septembre
2017 qui entendait fixer le cadre
de la refondation de l’Europe, la situation
est radicalement différente. Emmanuel
Macron a perdu de son aura en renonçant
à transformer le modèle économique
et social français. Sa principale alliée,
Angela Merkel, est réduite au statut
de chancelière zombie qui ne maîtrise
plus ni son gouvernement ni son parti.
Les projets de reconfiguration de la zone
euro mobilisent contre eux un front uni
de l’Allemagne et de l’Europe du Nord.
La France doit ratifier le Ceta
C’
CLAIREFOND
est dans un contexte
géopolitique inédit
que la France
et le Canada
célèbrent depuis
quelques jours
le premier anniversaire de la mise
en œuvre de l’Accord économique
et commercial global entre l’Union
européenne et le Canada (mieux connu
en France sous son acronyme anglais
« Ceta »). Alors que le protectionnisme
et la volonté du repli gagnent du terrain
tant en Europe qu’en Amérique du Nord,
l’Accord jette un pont entre ces deux
continents. Un an après son entrée en
application, il montre déjà ses bienfaits.
L’Accord (Ceta) était au point
de départ une volonté commune
du Québec et de la France autour
de laquelle le reste du Canada et
de l’Union européenne a adhéré.
Il n’aurait jamais vu le jour sans
l’appui indéfectible de la France
et de ses présidents Jacques Chirac
en 2007, Nicolas Sarkozy en 2008
et Francois Hollande à partir
de 2012. Il va de soi que l’Accord (Ceta)
est une ambition de rapprochement
commercial entre le Canada et l’Union
européenne, mais il est aussi
la construction d’un pont
transatlantique entre le Québec
et la France en particulier.
Nous partageons une histoire
et une langue que nous célébrons
et reconnaissons mutuellement.
Cette relation,
nous l’entretenons
par nos échanges
culturels,
économiques
et humains,
L’accord commercial conclu voilà un an entre
qu’il s’agisse
le Canada et l’Union européenne, et qui suscita
de 23 000 étudiants
à l’époque de vives critiques, porte ses fruits,
français chaque
argumentent l’ancien premier ministre français
année au Canada ;
et l’ancien vice-premier ministre * du Canada.
de 900 filiales
JEAN-PIERRE RAFFARIN
ET JEAN CHAREST
impose aux produits européens importés
sur son territoire.
Et les premiers résultats sont probants.
Sur le plan commercial, d’abord.
Les investissements canadiens en France
ont crû de 27 % en 2017. Les importations
canadiennes de produits français ont crû
en moyenne de 10 % durant les neuf
premiers mois de l’Accord (et de 8 %
dans le domaine agroalimentaire).
Les producteurs français de vin
et de fromage, les PME du textile
et de la cosmétique, les ETI
de l’aéronautique, les multinationales
du BTP sont toutes gagnantes
avec l’Accord (Ceta).
Les résultats sont tout
Les normes sanitaires
aussi probants au plan
européennes restent pleinement du renforcement
de la coopération
applicables aux produits canadiens
politique. Considérons par
exemple le partenariat
franco-canadien sur le climat et
tels que les produits agricoles
l’environnement, signé en avril
transformés, les vins et spiritueux,
par les ministres de l’Environnement
les cosmétiques, l’industrie
McKenna et Hulot, qui vise à concrétiser
pharmaceutique ou encore le textile,
les engagements pris par les deux pays
l’habillement et l’aéronautique.
à la fois lors de l’accord de Paris
La mobilité de la main-d’œuvre,
(décembre 2015) et dans le cadre du Ceta.
les échanges de services professionnels
Pour le dire tout net, à l’anarchique
ou de transport, les contrats publics
guerre commerciale de M. Trump,
sont à la fois libéralisés et sécurisés.
le Ceta oppose une libéralisation et
Pour autant, un tel accord
une régulation du commerce adaptées
de commerce entre pays amis n’est
à notre siècle. Même en matière
pas la dérégulation que certains
commerciale le mot « guerre »
craignent. L’Accord (Ceta) promeut
est détestable. Il est maintenant
le respect des normes internationales
important de ne pas rester au milieu
du travail et engage le Canada et l’Union
du gué : la France doit ratifier
européenne à coopérer pour
rapidement l’Accord (Ceta) pour
leur développement durable. De fait,
entraîner en Europe une dynamique
les normes sanitaires européennes sont
d’achèvement accéléré de la ratification
et restent pleinement applicables
par les pays de l’Union européenne.
aux produits canadiens, incluant
Bien plus que de commerce, il est
l’interdiction des hormones
question, avec l’Accord (Ceta),
de croissance et d’autres additifs
d’un meilleur avenir possible grâce
alimentaires pour les animaux
à des relations internationales basées
ou la réglementation concernant
sur le droit et la démocratie.
les OGM. Rien dans l’Accord (Ceta)
* Président de l’ONG
n’affaiblit ces normes européennes,
« Leaders pour la Paix »
ni d’ailleurs les normes que le Canada
d’entreprises françaises représentant
95 000 emplois et plus de 100 000
Français établis au Canada.
Avec l’Accord (Ceta), la France
et le Canada ont voulu profiter des liens
qui les unissent pour devenir les portes
d’entrée pour leurs continents respectifs,
qui, ensemble, représentent 975 millions
de personnes et plus de 45 % du PIB
mondial. Depuis le 21 septembre 2017,
99 % des droits de douane ont donc été
éliminés sur la presque totalité
des exportations, ce qui bénéficie
à des secteurs importants de l’économie
française et de l’économie canadienne,
«
»
La création foisonnante de nouvelles
taxes sur les transactions financières,
l’environnement ou le numérique
est (heureusement) bloquée par
le Luxembourg et l’Irlande. La confusion
entretenue autour de la gestion des
migrants fait le jeu des gouvernements
populistes, de l’Italie à la Hongrie.
Surtout, l’environnement s’est
durci tant sur le plan économique,
avec le retournement de l’activité
et la généralisation de la guerre
commerciale, technologique
et monétaire lancée par Donald Trump,
que sur le plan stratégique, avec
la montée des risques de conflits majeurs
notamment en Asie et au Moyen-Orient.
Les Vingt-Sept sont certes restés
unis dans les négociations du Brexit.
Des sanctions ont été tardivement
décidées contre les violations répétées
de l’État de droit en Pologne et
en Hongrie. Mais l’Union reste divisée
et impuissante tant face à l’affrontement
entre les États-Unis et la Chine dont
elle devient la variable d’ajustement
que face à la crise des migrants. Or sa
gestion constitue une priorité absolue
car elle est devenue le symbole
de la paralysie et des échecs de l’Union
pour une majorité de ses citoyens.
Il ne faut pas condamner moralement
les populistes ; il faut lutter politiquement
contre les causes du populisme. Il ne faut
pas diviser les partisans de l’Europe
en l’opposant aux nations mais
rassembler les citoyens autour
de leur protection contre les risques
du XXIe siècle, de la souveraineté
et de la sécurité articulées au plan
des États et de l’Union. À défaut, ce n’est
pas Emmanuel Macron qui refermera
la parenthèse populiste en refondant
l’Europe mais les populistes qui
enterreront le macronisme avec l’Union.
VOX
…
PROCRÉATION
« L’autoconservation
des ovocytes aggraverait
la dépendance
des femmes
à la technique », entretien
avec Marianne Durano,
ancienne élève de l’École
normale supérieure,
agrégée de philosophie
et auteur de « Mon Corps
ne vous appartient pas.
Contre la dictature
de la médecine
sur les femmes »
(Albin Michel, 2018)
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
FRANÇOIS-XAVIER
BELLAMY
le jeudi 18 octobre
2018, 20 heures
Salle Gaveau.
Réservations :
01 70 37 31 70 ou
www.lefigaro.fr/
rencontres
“Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
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Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
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sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 24 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
A
@
23
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lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 058 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
ENTREPRISE
BUZZ MÉDIA
L’ACTIONNARIAT SALARIÉ
SÉDUIT DE PLUS EN PLUS DANS
LES SOCIÉTÉS NON COTÉES PAGE 28
THIERRY CAMMAS, PRÉSIDENT
GÉRANT DE VIACOM
NETWORKS FRANCE PAGE 32
économie
Le Mondial de l’auto
ouvre ses portes
cette semaine à Paris
dans un contexte
de bonne santé
de l’industrie
automobile.
Mais entre
l’électrique
et la voiture
autonome,
l’avenir du secteur est
plein d’incertitudes.
PAGES 26 ET 27
Le SUV C5 Aircross Hybrid de Citroën
sera présenté au Mondial.
Pécresse exclut la gratuité des transports à Paris
Encore un sujet sur lequel Anne Hidalgo et Valérie Pécresse ne sont
pas d’accord. En mars, la maire PS
de Paris avait lancé l’idée de la gratuité des transports en commun
pour les Parisiens. Une équipe de
chercheurs lui rendra une étude à
ce sujet d’ici à la fin de l’année. La
présidente LR de la région Île-deFrance, elle, s’est déjà fait son avis
sur la question. Elle est opposée à
cette mesure comme elle l’a expliqué dimanche lors du « Grand Jury
RTL-Le Figaro-LCI » : « S’il n’y a
le PLUS du
FIGARO ÉCO
BLOC-NOTES
L’autocar
de Lavoisier
PAR JACQUES-OLIVIER MARTIN
PAGE 30
LIBRES
ÉCHANGES
La philosophie fiscale
de Macron
est de taxer
tout ce qui est
immobile
PAR JEAN-PIERRE ROBIN
PAGE 30
LIVRES & IDÉES
L’Estonie,
un modèle
numérique
pour l’Europe
PAR ALEXANDRE DEBOUTÉ
PAGE 30
pas les voyageurs qui paient, il faudra
que quelqu’un d’autre paie » pour
compenser la gratuité, ce qui occasionnerait « 500 euros d’augmentation des impôts par ménage l’année
prochaine en Île-de-France. » Autre
inconvénient : « Si vous faites de la
gratuité, vous augmentez la saturation », argumente-t-elle. Ce rapport devrait permettre d’enterrer le
sujet de la gratuité des transports
car c’est Valérie Pécresse, et non
Anne Hidalgo, qui a la compétence
sur les transports.
Si la présidente de l’Île-de-France
est si affirmative, c’est qu’elle vient
de recevoir un rapport sur le sujet.
Selon le JDD qui l’a consulté, ses
auteurs rejettent l’idée de gratuité
des transports en Île-de-France
pour trois raisons. D’abord, économiquement, ce pari n’est pas jouable. Cela reviendrait à se priver de
3,3 milliards d’euros de recettes par
an. Et les économies générées par la
suppression des contrôles et des
tourniquets destinés à limiter la
fraude (250 millions d’euros an-
nuels) seraient loin de compenser
ce manque à gagner.
Par ailleurs, la gratuité aurait pour
conséquence de saturer des lignes
de train, de métro ou de bus déjà
chargées. Enfin, la priorité est
d’améliorer la qualité du service. Or
ce chantier qui nécessite de coûteux
investissements ne peut pas être
mené en instaurant la gratuité des
transports. Les auteurs du rapport
recommandent même à Valérie Pécresse d’augmenter le prix du Pass
J.-Y. G.
Navigo jusqu’à 5 % par an.
L’attaque qui a abouti dans la nuit de
jeudi à vendredi dernier au piratage
de 50 millions de comptes Facebook
ne s’est pas arrêtée à nos frontières.
« Des comptes français sont concernés », a assuré dimanche Mounir
Mahjoubi, le secrétaire d’État chargé
du Numérique. Lui-même a vu son
propre compte être « déconnecté en
urgence » dans la journée de vendredi par Facebook, comme 90 millions
d’autres, a-t-il expliqué dans un entretien à Radio J.
Après avoir découvert l’ampleur du
piratage « en même temps que tout
le monde », l’édile a immédiatement
tenté de se rapprocher de Facebook
afin de savoir si des Français avaient
été concernés par ce pillage de données. « Aujourd’hui, ils me disent
qu’ils ne sont pas capables de répondre », a-t-il déploré, ajoutant qu’il ne
pouvait se satisfaire de ce manque
d’explication. En attendant, Mounir
Mahjoubi estime que son expérience
personnelle constitue « la preuve »
que des utilisateurs français du réseau social ont bien été touchés par
l’attaque informatique.
Durant le week-end, le secrétaire
d’État en a profité pour inciter les
Français à davantage de vigilance.
« Cette faille apporte la démonstration que ces plateformes ne sont pas
des coffres-forts, a-t-il indiqué au
site de franceinfo. On a trop souvent
cru de façon naïve que tout ce qui se
passait sur Internet était sans danger, mais on se rend bien compte
aujourd’hui qu’il est urgent d’avoir la
maîtrise de ses données. » Mounir
Mahjoubi a donc recommandé à tous
les Français, peu importe la plateforme utilisée, de « passer en revue
l’ensemble de leurs données personnelles et de supprimer tout ce qu’ils
n’aimeraient pas voir tomber dans le
domaine public ». Pour le secrétaire
d’État, il est en effet « raisonnable
d’envisager qu’un jour toutes nos
données postées sur ce type de plateformes puissent fuiter. À nos concitoyens de s’assurer qu’ils n’y laissent
pas de choses qui pourraient être
sensibles. C’est à chacun de maîtriser
ce qu’il met à disposition de ces services », a-t-il encore insisté.
C. S.
L'HISTOIRE
Et maintenant un Guide du routard…
de l’apprentissage en Europe
U
ne initiative qui tombe à pic
pour le gouvernement qui veut
promouvoir l’apprentissage
auprès des jeunes ! Les
Éditions Hachette et Opcalia,
organisme en charge de collecter
le financement de la formation, lancent
ce lundi un Guide du routard de la mobilité
européenne des jeunes
en alternance, qui sera
tiré à 20 000
exemplaires. « L’objectif
est de populariser
l’Erasmus pour
les apprentis », qui n’a
pas la cote, explique Aude
Léger, la directrice de la
communication d’Opcalia.
Les chiffres, il est vrai,
parlent d’eux-mêmes.
6 800 jeunes apprentis
sont partis en Erasmus
en 2017, contre 44 000
étudiants qui ont suivi
un cursus universitaire
via ce biais. L’objectif
du gouvernement est
clair : doubler le nombre
de départs d’ici à 2022. Le guide de l’Erasmus
de l’apprentissage fournit une série de
conseils pratiques pour permettre aux jeunes
d’organiser leur départ. Notamment
des informations pour faciliter
la recherche de stage dans une entreprise,
trouver des aides régionales à la mobilité
ou se doter d’une carte européenne
d’assurance-maladie
afin d’être couvert
en cas de problème.
« Bien souvent, ce sont des
jeunes qui sont peu habitués
à la mobilité », explique
Aude Léger. Le guide
fournit par ailleurs
des renseignements concrets
sur la culture d’entreprise,
les conditions de travail
ou le coût de la vie au
quotidien dans les 28 pays
européens d’accueil
(ainsi que la Turquie).
Enfin, des conseils sont
donnés aux jeunes pour
valoriser leur expérience
une fois revenus en France. ■
MANON MALHÈRE
RETROUVEZ
LE SOMMEIL,
CHANGEZ DE JO
JOB,
DEMISSIONNEZ.
AYEZ
L’AMBITION
D’ÊTRE
HEUREUX.
A
CITROEN, HACHETTE-OPCALIA, SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
Automobile : le grand défi
de l’électrique
PIRATAGE
DE FACEBOOK :
DES COMPTES
FRANÇAIS
TOUCHÉS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
26
ÉVOLUTION DES VENTES DE VÉHICULES LÉGERS DANS LE MONDE,
82
66
2005
68
2006
75
72
2007
68
2008
66
2009
2010
86
88
90
94
97
99
72
2011
2012
«
101
Aujourd’hui,
personne n’imagine
l’industrie automobile
sans véhicule électrique
Source : Euler Hermes
MARMARA, BOUCHON/LE FIGARO
en millions d’unités
2013
2014
2015
2016
2017
2018
»
CARLOS GHOSN, PRÉSIDENT
DE L’ALLIANCE RENAULT-NISSAN-MITSUBISHI
2019
estimations
L’industrie automobile est en pleine forme
Les constructeurs doivent mener
de front deux révolutions difficiles :
celle du véhicule électrique
et celle de la voiture autonome.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
AUTOMOBILE La DS 3 Crossback
sera l’une des vedettes du Mondial
de l’auto, qui ouvrira ses portes au
public, à Paris, le 4 octobre. En version thermique, elle sera lancée en
mars 2019, puis en version 100 %
électrique à partir de la fin de l’année prochaine. Ce sera la première
voiture électrique du groupe PSA
utilisant une technologie propriétaire. Audi montrera pour sa part
son SUV e-tron, également électrique : il sera disponible à la fin de
2018. BMW commercialise déjà des
véhicules électriques, mais en prévoit d’autres comme la iX3, pour
2020, et montrera son concept
iNext. Mercedes a déjà dévoilé son
EQC, qui arrivera dans les concessions à l’été 2019. Chez les
constructeurs généralistes, Hyundai commercialise déjà sa Kona
électrique. Ce mondial sera donc
électrique.
“
Le cap symbolique
des 100 millions
de véhicules vendus
dans le monde sera
franchi en 2019
”
A
MAXIME LEMERLE, EULER HERMES
La tendance est amorcée depuis
plusieurs années mais, jusqu’à présent, les voitures commercialisées
étaient celles de quelques précurseurs : Renault, Nissan, BMW et
Tesla. Tout change désormais : tous
les constructeurs ou presque s’y
mettent. « En 2018, 16 nouveaux
modèles 100 % électriques ou hybrides rechargeables seront lancés dans
le monde, dénombre Marc Boilard,
associé au sein du cabinet Oliver
Wyman. Il y en aura 35 en 2019 et 26
en 2020. »
Cette arrivée massive de la voiture électrique se déroule dans un
environnement très favorable pour
le monde automobile. « L’année
2017 a été la huitième année de hausse consécutive pour les ventes de véhicules neufs dans le monde, analyse
Maxime Lemerle, expert de l’industrie automobile chez Euler Hermes. Et la croissance devrait encore
atteindre 3 % cette année, avant de
passer le cap symbolique des
100 millions de véhicules en 2019. »
La croissance proviendra des pays
émergents, Chine et Inde en tête,
mais le marché ne décrochera pas
dans les pays matures, avec une
stabilité attendue selon les prévisions d’Euler Hermes. Cette bonne
santé se retrouve dans les résultats
des constructeurs comme des équipementiers. En 2017, la marge opérationnelle des constructeurs a atteint un point haut à 5 % et celle
des équipementiers également, à
7,2 %. La situation est toutefois hétérogène, depuis les équipementiers japonais ou nord-américains
(marge de plus de 8 %), jusqu’aux
constructeurs américains (un peu
plus de 4 %) ou chinois (3 %).
Il vaut mieux que la situation soit
bonne, car la voiture électrique
aura un impact négatif sur les
comptes. Le développement de ces
nombreux modèles mobilise des
capitaux considérables. Le groupe
Volkswagen avait prévu d’investir
20 milliards d’euros sur le véhicule
électrique d’ici à 2030. Début sep-
tembre, Herbert Diess, son dirigeant, a prévenu que la somme serait finalement plus importante
encore. En début d’année, Harald
Kruger, le président du directoire
de BMW, avait reconnu que les
marges des véhicules électriques
étaient plus faibles que pour les
équivalents thermiques. Ce qui est
logique. La technologie est naissante et il y a une courbe d’apprentissage. De plus, des éléments importants, notamment la batterie,
ne seront plus fabriqués chez les
constructeurs mais chez des fournisseurs nouveaux qui s’approprieront une partie de la marge. « Il y a
une forte montée des incertitudes à
court terme, qui vont peser sur la
marge des constructeurs », souligne
Maxime Lemerle.
Le véhicule électrique n’est pas le
seul risque. Les incertitudes sur
l’avenir du libre-échange en sont
un autre. Maxime Lemerle pointe le
Brexit, qui pourrait avoir des
conséquences importantes pour les
acteurs présents en Europe, mais
également la politique douanière de
l’Administration Trump. La hausse
des taxes sur l’acier et l’aluminium
a déjà surenchéri le prix des voitures aux États-Unis de 250 dollars en
moyenne. Le conflit commercial ne
semble pas en voie d’apaisement.
Compte tenu de ces incertitudes,
l’économiste d’Euler Hermes ne
peut pas chiffrer l’impact sur les
performances des industriels de
l’auto. Mais il sera important. BMW
a lancé, mardi 25 septembre, un
avertissement sur ses résultats de
l’année. Le groupe de Munich ne
table plus que sur une marge opérationnelle de 7 %, contre une prévision précédente de 8 à 10 %. En
cause, des investissements supplémentaires dans les nouvelles mobilités, les conséquences de l
nouvelle norme européenne WLTP
sur les émissions de CO2 (nos éditions du 21 août) et les tensions
commerciales.
Constructeurs et équipementiers
sont dans une situation d’autant
plus compliquée qu’ils ne peuvent
pas se contenter de miser sur
l’électrique. Ils doivent faire face à
toutes les mutations de demain, es-
“
Les sociétés
de technologies ont
effectué 96 opérations
dans la conduite
autonome, le véhicule
électrique, connecté et
la mobilité sur les cinq
dernières années
RÉMI CORNUBERT, ADVANCY
”
sentiellement le véhicule autonome et les nouvelles mobilités. Le
premier point risque de bouleverser la manière dont on « consomme » la voiture, ce qui va radicalement changer la manière dont on la
conçoit. Les nouvelles mobilités
risquent, elles, de modifier la mise
en relation avec le client, et donc le
mode de commercialisation de ces
« objets de mobilité ». Avec le risque, pour les constructeurs, d’être
« ubérisés ». Car ils ne sont plus
seuls dans ce domaine. Ils doivent
faire face aux ambitions des sociétés de technologie - Google, Apple,
Baidu, Nvidia… - et aux nouveaux
acteurs, comme Tesla ou Uber. Les
uns et les autres n’ont pas à gérer le
Le retour en grâce
des constructeurs français
La DS 3 Cross Back,
recul progressif du moteur thermil’une des vedettes
que et disposent de moyens impordu Mondial de l’auto. Elle
tants soit grâce à leurs marges élesera présentée à la fin
vées, soit grâce à leur capacité à
de l’année prochaine en
lever des capitaux. La lutte n’est
version 100% électrique.
pas forcément égale. L’activisme
de ces géants de la tech en matière
d’acquisitions le montre bien. « Les
Le Mondial de Paris, qui se tient
sociétés de technologies ont effectué
une année sur deux en alternance
96 opérations dans les domaines de
avec Francfort, sera l’occasion de
la conduite autonome, le véhicule
montrer la bonne santé des acélectrique, connecté et la mobilité
teurs locaux. Les industriels
Hybride 1,5
sur les cinq dernières années,
français de l’automobile sont
Électrique 1
explique Rémi Cornubert,
en pleine forme. En 2016, le
Hybride 0,5
partenaire chez Advancy.
« dieselgate » battait son
rechargeable
C’est plus du tiers de touplein. Deux ans plus tôt,
Essence
tes les opérations menées
le marasme du marché
sur la période. »
européen et la santé fiLES DIFFÉRENTES
La plus emblématinancière très délicate
MOTORISATIONS
que est le rachat en
de PSA pesaient sur la
EN EUROPE
2017 par Intel pour
manifestation. Plus rien
Diesel
EN 2017
15 milliards de dollars
de cela aujourd’hui.
de la société israélienne
L’Alliance
Renault
Mobileye. Celle-ci est la
Nissan Mitsubishi, dirigée
grande spécialiste des
par Carlos Ghosn, a atteint
« lidars », équipement inle premier rang mondial des
dispensable pour la conduite
constructeurs de véhicules léautonome. Une telle opération
gers l’an dernier, en écoulant
était hors de portée financière d’un
plus de 10 millions de véhicules.
constructeur ou d’un équipemenDans ce trio, Renault fait figure de
tier automobile traditionnel. Pour
bon élève : ses ventes ont progresaffronter ces contraintes, ils
sé de 8,5 % et sa marge opéra9
%
doivent s’adapter. Et procétionnelle est de 6,6 %. Jamais
Hybride
der à des arbitrages. Le plus
la marque au losange n’avait
rechargeable
facile est de s’associer à
atteint un tel niveau.
12 %
ces géants de la tech.
De son côté, le groupe
C’est ainsi que l’alliance
PSA s’est redressé de
Électrique
Essence
Renault Nissan Mitsumanière spectaculaire,
bishi a conclu un acsous l’égide de Carlos
EN 2025
cord avec Google,
Tavares, qui a pris le
12 %
estimations
pourtant
considéré
volant en 2014. Mieux,
Hybride
Source :
comme le diable en
le
constructeur sochaAlixpartners
personne jusqu’à il y a
lien a pris le contrôle
peu. Le groupe PSA, lui,
d’Opel en août 2017. En
multiplie les coentrepriadministrant un traiteses, notamment dans le
ment de choc, à base de moDiesel
moteur électrique, avec le jadération salariale, de départs
ponais Nidec, ou dans les boîtes
volontaires et de chasse aux
de vitesses pour véhicule hybride,
coûts à tous les niveaux, le patron
avec le belge Punch Powertrain.
de PSA a réussi l’impossible : sur
Les constructeurs allemands se diles six premiers mois de l’année
rigent également vers ce type de
2018, les comptes d’Opel sont restratégie. Mais ils privilégient,
passés dans le vert. Le construcquand c’est possible, des partenateur allemand a traversé seize anriats entre constructeurs. C’est
nées de pertes quand il était dans
ainsi que BMW, Daimler et Audi se
le giron de l’américain General
sont alliés pour acheter la société
Motors.
de cartographie Here. Que BMW et
Pour l’instant, aucun nuage à
Daimler ont décidé de marier leurs
l’horizon. PSA profite à plein de
activités dans les « nouvelles mosa montée en gamme et du retour
bilités ». Ce n’est toutefois pas
à meilleure fortune d’Opel. Retoujours possible. Dans la conduite
nault bénéficie de ses positions
autonome, BMW a créé un consorfortes dans les pays émergents,
tium avec Intel afin de mutualiser
portées par sa gamme low-cost
les coûts et d’aller plus vite. Mais
qu’aucun concurrent n’a été
elle a un prix : accepter de partager
capable d’imiter. Les construcune partie de la marge avec ces
teurs ne sont pas les seuls à être
partenaires. ■
en bonne santé. Les équipemen-
53 %
44 %
52 %
15 %
tiers, avec Valeo, Faurecia ou
Plastic Omnium, affichent d’excellents résultats, même s’ils sont
plus touchés par les incertitudes
actuelles.
Le site France profite à plein de
cette bonne santé des industriels.
PSA a engagé une profonde rénovation de tous ses sites industriels
dans l’Hexagone. Mulhouse,
Valenciennes ou Rennes ont été
modernisés. Les travaux ont commencé à la plus grande usine du
groupe – et de France - à Sochaux.
Plus de 800 millions d’euros d’investissement sont prévus. Renault
fera de même avec un milliard
d’euros d’investissement, annoncé en début d’année, pour ses usines françaises.
Cercle vertueux
La France semble bien entrée dans
un cercle vertueux : les deux
constructeurs étrangers disposant
d’usines de voitures en France ont
aussi décidé de leur donner une
nouvelle jeunesse. À la clé, Toyota
dépensera 300 millions d’euros à
Valenciennes et Daimler 500 millions à Hambach.
L’attrait de la France ne concerne pas seulement le secteur des
usines, mais également celui de la
R&D. Tous les acteurs français
disposent fort logiquement de
centres de recherche dans l’Hexagone. Mais ils ne sont pas les seuls.
Toyota a installé un centre de
design à Sophia-Antipolis. L’allemand Continental dispose d’un
centre de R&D sur la mobilité du
futur à Toulouse. Samsung compte
mettre en place un centre d’intelligence artificielle qui sera consacré à la conduite autonome.
Pour soutenir ces activités, les
pouvoirs publics ont décidé d’agir.
La loi Pacte, actuellement en discussion, permettra la réalisation
d’essais de véhicules autonomes
sur routes ouvertes à grande
échelle. La Plateforme automobile
(PFA), représentant de la filière
auto en France, a constitué un
consortium rassemblant industriels, acteurs du transport public
et collectivités, pour lancer un
vaste programme d’expérimentations. Un engagement à 200 millions d’euros. ■
E. E.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
La voiture
électrique,
c’est comme le bio :
c’est plus cher
»
CARLOS TAVARES, PRÉSIDENT
DU DIRECTOIRE DU GROUPE PSA
1
million
de visiteurs sont
attendus pour
l’édition 2018
du Mondial
de Paris
lundi 1er octobre 2018
L'ÉVÉNEMENT
27
Mondial,
MODE D’EMPLOI
Où et quand
À Paris, Parc des expositions, porte de Versailles,
du 4 au 14 octobre, de 10 h à 20 h. Jusqu’à 22 h les 4, 5, 6, 10, 11
et 12 octobre. Pour en savoir plus : www.mondial-paris.com
Quoi
Cette année, le Mondial se décline autour de quatre thématiques :
l’automobile, la moto, la mobilité et les nouvelles technologies.
WILLIAM CROZES, AUDI AG
mais elle n’a jamais été aussi fragile
En 2012, 72% des
véhicules neufs en
France étaient équipés
de moteur Diesel
contre 40 % au premier
semestre 2018.
beaucoup plus sévères, ce qui a
renchéri le prix des véhicules diesels qu’il a fallu équiper de systèmes antipollution plus nombreux
et coûteux. Des villes, notamment
en Allemagne, ont décidé de bannir les véhicules diesels les plus
âgés. Et, dans la plupart des pays,
la fiscalité du diesel et celle de l’essence ont été alignées. Tout cela a
provoqué une chute brutale des
ventes, essentiellement au profit
de l’essence. En 2012, 72 % des véhicules neufs immatriculés en
France étaient équipés de moteur
Diesel. Sur les six premiers mois de
l’année 2018, cette proportion dépasse à peine 40 %. La tendance
est similaire partout en Europe.
Même les entreprises s’en détournent, certes plus lentement. Les
constructeurs disposant des plus
grandes parts de marché en Europe, avec en tête les français et les
allemands, continuent pourtant
de défendre la technologie. Elle
reste pertinente pour les gros rouleurs et les véhicules utilitaires
transportant de lourdes charges.
D’autant que des normes plus rigoureuses garantissent désormais
que leurs performances environnementales sont bien meilleures.
En annonçant l’abandon du diesel,
Oliver Blume, directeur général de
Porsche, a précisé qu’il considérait
que « les moteurs Diesel modernes
restent attractifs » et qu’ils auront
« à l’avenir encore une grande importance pour l’industrie automobile ». Porsche fait, il est vrai, parti
du groupe Volkswagen, qui est
encore très dépendant de cette
technologie.
Ces constructeurs n’ont, en réalité, guère le choix. D’abord, les
normes européennes en matière
d’émission de CO2 les placent dans
une situation très complexe. En
2021, les véhicules vendus par chaque constructeur ne devront pas
émettre, en moyenne, plus de
95 grammes de CO2 par kilomètre
parcouru. Pour y parvenir, l’industrie automobile comptait sur le diesel qui émet en moyenne 20 % de
CO2 en moins que l’essence pour un
véhicule équivalent. Le changement de l’équilibre entre diesel et
essence rend le défi plus difficile
aujourd’hui. Les gros producteurs
de diesel doivent absolument ralentir sa chute. Et accélérer la transition vers le véhicule électrique.
Ce changement va confronter
les industriels à un sérieux problème social. Tout un tissu industriel
s’est développé autour du diesel,
longtemps poussé par les pouvoirs
publics. Il faut préparer la transition. Renault comme PSA ont déjà
localisé la fabrication de leurs moteurs électriques dans leurs usines
françaises. Cela ne sera sans doute
pas suffisant. Mais ces grands
groupes disposent d’une taille suffisante pour gérer un tel problème.
C’est beaucoup moins vrai pour les
petits sous-traitants spécialistes
du diesel. La Plateforme automobile (PFA), qui représente la filière
automobile en France, travaille
depuis plusieurs mois à identifier
ces entreprises à risque. Et tente
de les aider pour éviter de nouveaux GM&S. ■
E. E.
Les salons
« sont
en
mutation
comme
l’automobile
est en
mutation.
Le seul
moyen de
rester en vie,
c’est de
changer.
Avec cette
édition 2018,
le Mondial
évolue
et s’adapte
Quinze marques automobiles seront absentes du Mondial de Paris
cette année. Et pas des moindres :
Volkswagen (4e marque en France
l’an dernier), Ford (7e), Opel (8e),
Nissan (9e) et Fiat (10e). D’autres de
moindre envergure mais à l’image
forte feront également faux bond :
Volvo, Jeep, Alfa Romeo… Cette
désaffection n’est pas récente. Les
français Citroën ou DS avaient
boudé le dernier salon de Francfort. Ford avait manqué le précédent Mondial de Paris. Le mouvement n’avait pourtant jamais
atteint une telle ampleur.
Les raisons de cette désaffection
sont connues : la manière de vendre des voitures est en plein bouleversement et les constructeurs
doivent s’y adapter. Auparavant, le
salon automobile était le seul
moyen pour l’automobiliste de découvrir toute l’offre de voitures et
les nouveautés. Le développement
d’Internet a changé cela. Il suffit de
consulter le site Web des constructeurs pour connaître leur offre disponible. Et même pouvoir configurer son propre véhicule. « L’époque
où on montait à Paris pour acheter
sa voiture est révolue », analyse Luc
Chatel, président de la Plateforme
automobile (PFA), qui chapeaute
l’organisation du Mondial de Paris.
Pour les constructeurs, cette
évolution n’est pas sans conséquences. Leurs budgets marketing
et communication ne sont pas extensibles. Ils sont contraints à des
arbitrages et les salons automobiles
en pâtissent. Aujourd’hui, une
marque participe à un salon car sa
part du marché national est si importante qu’elle ne peut pas faire
l’impasse. C’est le cas des
constructeurs français en France
ou allemands en Allemagne. Une
participation se justifie aussi pour
lancer un nouveau modèle. Le
dynamisme « produits » des premiums allemands explique ainsi
leur présence permanente. Du
moins pour l’instant.
Start-up liées à la mobilité
Face à cette situation, les organisateurs de salon doivent réagir s’ils
ne veulent pas disparaître. « Les
salons sont en mutation comme
l’automobile est en mutation, explique Luc Chatel. Le seul moyen de
rester en vie, c’est de changer. Avec
cette édition 2018, le Mondial évolue
“
et s’adapte. » La première mesure
prise doit soulager le portefeuille
des exposants : la durée du salon a
été réduite passant de 16 à 11 jours.
Les stands étant loués à la journée,
cette mesure, réclamée depuis
longtemps, permet aux exposants
de moduler leur investissement. À
l’inverse, la réduction de la durée
du salon conduira à une baisse du
nombre de visiteurs, jusqu’à présent toujours supérieur à 1 million.
Ce qui en faisait le premier salon
auto de la planète.
Mais les changements sont aussi
structurels. Cette année, ce n’est
pas un salon qui est organisé mais
quatre. Le salon automobile traditionnel revendique 200 nouveautés. Ensuite, le salon de la moto est
désormais organisé simultanément. Un salon de la mobilité présente toutes les nouveautés dans ce
domaine. Les constructeurs y sont
présents aux côtés de société de
transport public comme Transdev
ou Keolis, et même des énergéticiens. Enfin, un Mondial Tech présente une soixantaine de start-up
liées à la mobilité. Elles ont été
sélectionnées parmi plus de
300 candidats. ■
E. E.
ENVIE DE RÉALISER UN NOUVEAU
PROJET PROFESSIONNEL ?
»
LUC CHATEL,
PRÉSIDENT
DE LA PLATEFORME
AUTOMOBILE (PFA)
”
DU 8 AU 21 OCTOBRE 2018,
C’EST LE MOMENT DE VOUS
RENSEIGNER SUR LA FRANCHISE !
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A
Ce sera le grand absent de l’édition
2018 du Mondial de Paris. Le diesel
est un peu devenu le cousin honteux de la famille automobile.
Souvent présent à l’esprit mais
dont on ne parle plus trop. Ou seulement pour annoncer son départ
définitif. Dernier en date : Porsche, qui a annoncé le 24 septembre
faire une croix sur le diesel pour
tous ses véhicules. La marque
sportive rejoint ainsi Volvo, Toyota ou Nissan qui cessent de commercialiser ce type de moteur au
fur et à mesure du renouvellement
de leurs modèles.
Cette technologie était attaquée
depuis plusieurs années par les
écologistes à cause de ses émissions
de particules nocives pour la santé.
Mais c’est le « dieselgate » qui lui a
porté un coup fatal. En 2015, Volkswagen a reconnu avoir triché en
installant un logiciel truquant les
émissions polluantes de 11 millions
de ses véhicules dans le monde. Ce
scandale a mis à mal la crédibilité
des constructeurs qui mettaient en
avant les progrès - pourtant bien
réels – du diesel moderne.
Les normes sont alors devenues
Délaissés par de nombreuses marques,
les salons de l’auto se réinventent
Audi présentera
son SUV e-tron
100% électrique.
Il sera disponible
à la fin de l’année.
Cré
édit ph
hotto : Gettty Images - Cré
éattion : ...//en Personne 360 - RCS B 408 684 389
Un Mondial sans diesel
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
28
ÉCONOMIE
L’actionnariat salarié gagne du terrain
dans les sociétés non cotées
La part des entreprises qui recourt à cette forme d’épargne participative connaît une progression importante.
sées, l’Île-de-France (30 %), mais
aussi l’Ouest (27 %) et, dans une
moindre mesure, le Sud-Est
(18 %) et le Nord (15 %).
CORINNE CAILLAUD
£@corinnecaillaud
ENTREPRISE L’actionnariat salarié a le vent en poupe. Si quelque
3,5 millions d’actionnaires salariés dans les entreprises françaises
se partagent 47,2 milliards d’euros
d’encours (gérés notamment dans
le cadre d’un plan épargne entreprise), le potentiel de développement de cette forme d’épargne
collective dans les sociétés non
cotées est énorme. On estime, en
effet, à 145 000 seulement le
nombre de salariés, employés
dans 160 sociétés non cotées environ, qui détiennent pour 1,4 milliard d’euros d’actions de leur entreprise… Une bagatelle donc mais
en progression constante, à en
croire les résultats du baromètre
2018 de l’actionnariat salarié dans
les sociétés non cotées, publié par
la société de gestion Equalis Capital et que Le Figaro publie en exclusivité.
Lancé en 2015, son indice de capitalisation des sociétés non cotées à actionnariat salarié, qui reflète la valeur du portefeuille
détenu par l’ensemble des salariés
actionnaires d’un échantillon
Une moyenne
de 2 588 euros
composé de 33 entreprises réalisant un chiffre d’affaires cumulé
de 9 milliards d’euros, connaît en
effet un essor exponentiel. Sur les
36 800 salariés que ces sociétés
emploient en France, 16 300 sont
salariés actionnaires, soit 44,3 %.
Dans les entreprises
françaises, 3,5 millions
d’actionnaires salariés
se partagent
47,2 milliards d’euros
d’encours. PUHHHA STOCK.ADOBE.COM
En progression continue depuis
sa création, l’indice Equalis enregistre cette année une accélération… de 23 %, pour se fixer à
2138. Si cette hausse est moins
spectaculaire qu’en 2017 (+ 40%),
il n’en reste pas moins que l’indice
Equalis a… doublé en trois ans.
Dans le détail, c’est dans le secteur
de l’industrie (36 %) que l’actionnariat salarié est le plus développé, suivi par les services BtoB
(21 %) et le conseil ingénierie
(18 %). Les régions les plus pri-
Par ailleurs, ce sont les familles
(36 %) qui composent la part la
plus importante de ces actionnaires, devant le management
(33 %). En moyenne et sur trois
ans, l’investissement d’un salarié
actionnaire s’élève à 2 588 euros.
Si un tiers des salariés n’épargnent pas, probablement faute de
moyens, ceux qui le font veillent à
diversifier leurs investissements.
Le projet de loi Pacte, dont
l’examen doit reprendre ce mardi
en séance à l’Assemblée, contient
différentes dispositions pour doper l’actionnariat salarié dans les
entreprises qui devrait donc
connaître, dans les années à venir,
une nouvelle progression. « La
prochaine frontière est la transmission d’entreprise. C’est en effet à
cette occasion que l’actionnariat
salarié dans les PME et les ETI peut
se développer avec le plus fort impact », pointe Jean-Philippe Debas, le président d’Equalis Capital. ■
L’Oréal vise un nouveau sommet avec Saint-Gervais Mont Blanc
Le groupe relance cette marque de soins de la peau, acquise en 2016. Il cible notamment la clientèle chinoise.
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
SAINT-GERVAIS-LES-BAINS (HAUTE-SAVOIE)
COSMÉTIQUES 6 500 ans. C’est le
temps que mettent les eaux de pluie
tombant sur le mont Blanc à descendre jusqu’à - 3 000 mètres dans
les entrailles de la Terre avant de
remonter et jaillir, gavées de minéraux, à Saint-Gervais. Découverte
en 1806, c’est une des neuf sources
thermales de France reconnues par
l’Académie de médecine pour ses
vertus dermatologiques, notamment sur les grands brûlés.
Déjà propriétaire de Vichy et La
Roche Posay, deux des plus grandes
marques de soins de la peau à base
d’eau thermale avec Avène et Uriage, L’Oréal a acquis Saint-Gervais
Mont Blanc mi-2016. D’une gamme
confidentielle (3 millions de chiffre
d’affaires) créée en 2012 et surtout
vendue dans les pharmacies de la
région, le roi des cosmétiques veut
faire un acteur d’envergure mondiale. Il a aussi repris les thermes,
qui accueillent chaque année 3 000
curistes et 60 000 visiteurs au spa
des Bains du Mont Blanc. « Je peux
vous promettre que vous allez bientôt
accueillir beaucoup plus de visiteurs », a prévenu ce samedi JeanPaul Agon, le PDG de L’Oréal, lors
de l’inauguration des Thermes,
rouverts après 5 millions d’euros de
travaux. Le groupe, habitué à acheter des marques bénéficiant déjà
d’une position forte sur un marché,
a innové en reprenant d’une part
une marque embryonnaire, d’autre
part un écosystème complet. Même
si la cure et le spa sont essentiels à
l’image, c’est avec sa gamme de 35
produits de soin que Saint-Gervais
part à la conquête du monde.
« La marque répond aux attentes
émergentes des consommateurs de
soins de la peau, assure Jean-Paul
Agon. Ils cherchent la pureté, la naturalité et l’origine contrôlée. Mieux,
le mont Blanc est l’un de ces lieux qui
ont une histoire, dont le monde entier
rêve. » La division grand public
(L’Oréal Paris, Garnier, Maybelline), en charge de la marque, se passe de visiteurs médicaux démarchant les dermatologues, à l’inverse
de Vichy et La Roche Posay.
L’Oréal a investi pour
moderniser les thermes
de Saint-Gervais
Mont-Blanc. DR
« L’objectif est de faire de SaintGervais une marque plus démocratique et accessible et de miser sur le
côté naturel plutôt que sur la prescription médicale », confie Sophie
Velut, directrice générale de la
marque. 10 % moins cher de La Roche Posay, elle est distribuée dans
une sélection de parapharmacies en
France depuis l’été. Son autre marché prioritaire est la Chine. Les formules ont été certifiées pour être
exportées dans le pays, où la mar-
que a été rebaptisée « La source sacrée du Mont Blanc ». L’Oréal la
lancera en mars sur Internet, circuit
où sa division grand public réalise
près de la moitié de ses ventes.
Jean-Paul Agon veille à ce qu’il y ait
assez d’espaces « instagramables »
dans les Bains du Mont Blanc, afin
qu’influenceurs et clients venus de
Chine évangélisent leurs compatriotes via les réseaux sociaux.
Faire venir des touristes
Le PDG rêve de rééditer les performances de La Roche Posay. Depuis le
rachat de cette marque, en 1989,
L’Oréal en a fait passer les ventes de
18 millions d’euros à un milliard.
Faudra-t-il trente ans pour que
Saint-Gervais atteigne ce niveau ?
« Ce sera avant, car nous sommes
beaucoup plus rapides désormais »,
sourit Jean-Paul Agon, précisant
qu’il prendra le temps de « développer la marque à son rythme, de façon
qualitative ». « Contrairement au
maquillage, il n’y a pas d’effet de mode
fulgurant avec nouvelles marques de
soins de la peau », explique Hervé
Navellou, patron de L’Oréal France.
Saint-Gervais a donné des idées à
L’Oréal, qui négocie le rachat des
thermes de La Roche Posay afin
d’offrir un lieu d’expériences. « Les
consommateurs voyagent et veulent
voir l’origine de la marque », note
Jean-Paul Agon. Preuve que le
boom du tourisme et des réseaux
sociaux incite les géants des cosmétiques à adapter leur stratégie.
Pour Jean-Marc Peillex, maire de
Saint-Gervais, ce partenariat est
doublement bénéfique. D’une part,
L’Oréal a investi pour moderniser
les thermes, alors que le précédent
exploitant n’en avait pas les
moyens ; d’autre part, l’édile espère
que le géant des cosmétiques
contribuera à faire connaître sa ville
en Chine. « Mon ambition est d’attirer des touristes qui séjournent dans
la ville plutôt que ceux qui se contentent d’une excursion », confie JeanMarc Peillex, qui vient d’obtenir la
limitation de l’accès au mont Blanc.
L’office de tourisme a déjà des
contacts à Shanghaï et Pékin et le
maire se réjouit de l’ouverture prochaine d’un hôtel M Gallery et d’un
5-étoiles dans sa ville. ■
Sanofi revient en force dans l’oncologie
Le laboratoire a reçu l’aval de la FDA pour un anticancéreux, Libtayo, son premier en sept ans.
Nous avons
« une
meilleure
compréhension
de la façon dont
on peut aider
le système
immunitaire
à combattre
le cancer,
et donc rendre
les patients
plus résistants
à la maladie
»
A
JOANNE LAGER, SANOFI
KEREN LENTSCHNER £@Klentschner
SANTÉ Une nouvelle ère s’ouvre
pour Sanofi. Le laboratoire français
a obtenu vendredi l’aval de la FDA
(Food & Drug Administration),
l’autorité réglementaire américaine, au lancement de Libtayo, un
médicament contre le carcinome
épidermoïde cutané (CEC), le
deuxième cancer de la peau le plus
fréquent. Cette maladie est responsable de 7 000 décès par an aux
États-Unis.
Il s’agit du premier produit d’immuno-oncologie de Sanofi et de sa
première homologation de médicament en oncologie en sept ans. Le
dernier en date était le Zaltrap, indiqué dans le cancer colorectal métastatique, qui a généré un chiffre
d’affaires de 75 millions d’euros l’an
passé. « Libtayo marque un tournant
pour Sanofi, il doit nous permettre de
contribuer à l’oncologie de l’époque
moderne, se réjouit Olivier Brandicourt, directeur général de Sanofi. Il
a le potentiel de faire une différence
dans la vie des patients des ÉtatsUnis atteints d’un CEC au stade
avancé, car il contribue à combler un
important vide thérapeutique. »
Sanofi a fait de l’oncologie l’une de
ses priorités stratégiques. Il s’agit du
marché le plus important (100 milliards de dollars, selon Thomson
Reuters) mais aussi le plus profitable
du secteur de la santé. Le laboratoire
comptait parmi les leaders dans les
années 1990 avec des médicaments
comme le Taxotere et l’Eloxatin.
Mais il s’était laissé distancer ces
dernières années par les poids lourds
en oncologie (Roche, Merck-MSD,
Bristol-Myers Squibb…), préférant
miser sur les maladies cardiovasculaires, le diabète ou l’immunologie.
L’oncologie ne représente plus que
4,5 % de son chiffre d’affaires
(35 milliards d’euros en 2017).
« En sept ans, l’oncologie a beaucoup évolué, explique Joanne Lager,
responsable du développement de
l’oncologie chez Sanofi. Nous avons
une meilleure compréhension de la façon dont on peut aider le système immunitaire à combattre le cancer, et
donc rendre les patients plus résistants à la maladie. » La percée de
l’immunothérapie contribue à tirer
le marché de l’oncologie. Ce segment, qui pèse autour de 6 milliards
de dollars, pourrait quadrupler d’ici
à cinq ans.
Pour rattraper son retard, Sanofi
a intensifié en 2015 son partenariat
avec l’américain Regeneron en
s’engageant à investir 2,17 milliards
de dollars en immuno-oncologie.
Ensemble, ils ont développé le Libtayo, en cours d’évaluation par les
autorités sanitaires européennes.
« C’est le premier médicament d’une
longue série, se réjouit Joanne Lager. Quatre autres devraient suivre.
Nous aurons développé 12 médicaments d’ici à la fin de l’année, dont
cinq en interne. Nous sommes bien
placés en oncologie avec un tel portefeuille. »
Marché compétitif
Au total, Sanofi dispose actuellement de 23 programmes actifs pour
des produits de recherche sur une
ou plusieurs indications. Ce qui en
fait le plus grand pipeline du laboratoire français. Parmi ces produits,
figure l’Isatuximab, destiné à traiter
le myélome multiple, une forme
rare de cancer du sang, dont le dos-
sier sera soumis en début d’année
prochaine aux autorités réglementaires.
Sanofi devra toutefois composer
avec un marché devenu très compétitif. Le Libtayo sera notamment
en concurrence directe avec le
blockbuster de Merck-MSD (Keytruda). Le laboratoire vise le peloton de tête du marché. Le prix a été
fixé à 9 100 dollars par cycle de traitement de trois semaines, comparable à celui de ses rivaux. Et le laboratoire français ne compte pas
s’arrêter là. « Au-delà de cette première indication pour Libtayo, nous
menons des essais cliniques dans
d’autres cancers, notamment cervicaux, et nous espérons pouvoir l’utiliser en combinaison avec d’autres
molécules », conclut Joanne Lager.
La bataille promet de s’intensifier. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ENTREPRISES
29
Elon Musk paye
une amende mais
reste patron de Tesla
Le dirigeant accepte le compromis avec l’autorité
des marchés et échappe ainsi à un procès civil.
Montant de l’amende
que devra payer
Elon Musk
CORRESPONDANT À WASHINGTON
AUTOMOBILE Elon Musk a changé
d’avis. Deux jours après avoir refusé le compromis négocié entre ses
avocats et l’autorité des marchés
boursiers, il renonce pour trois ans
au poste de président du conseil
d’administration de Tesla. Sans admettre avoir commis de délit, il accepte de payer personnellement
une amende de 20 millions de dollars. En échange, il conserve le poste de numéro un opérationnel du
constructeur automobile, celui de
« Chief executive officer » (CEO). Il
échappe ainsi à un procès civil.
Le revirement n’a pas été facile
pour le charismatique mais caractériel patron de Tesla, âgé de 47 ans.
Regarder le cours de sa société plon-
ger vendredi de 14 % non plus. Être
accusé par la Securities & Exchange
Commission (SEC) de mentir à ses actionnaires pour manipuler le cours de
sa société, encore moins. La perspective d’avoir à s’expliquer devant un
tribunal civil face aux enquêteurs de
la SEC était particulièrement ennuyeuse. Cette épée de Damoclès risquait, pendant des mois, voire définitivement, de l’empêcher de lever des
fonds supplémentaires à Wall Street
pour financer le développement de
Tesla et de ses autres sociétés.
20 millions de dollars
Elon Musk risquait en outre au terme de ce procès qui n’aurait commencé que l’hiver prochain, non
seulement d’être démis de ses
fonctions de CEO, mais aussi de ne
plus avoir le droit de diriger une
autre entreprise cotée. Alors qu’il
BOBBY YIP/REUTERS
20
millions
de dollars
PIERRE-YVES DUGUA £@Pdugua
lundi 1er octobre 2018
Accusé par l’autorité des marchés boursiers de mentir à ses actionnaires, Elon
Musk a bien manœuvré pour sauver sa responsabilité de patron de Tesla.
est déjà à la tête de Space Exploration Technologies, dans le transport spatial, et The Boring Corp,
société innovante dans le forage de
tunnels.
Pour toutes ces raisons, ses sacrifices tardivement consentis sont
rationnels. En plus des 20 millions
de dollars que le patron de Tesla devra verser aux actionnaires victi-
mes de l’effondrement du cours
qu’il a indirectement provoqué, la
société va également verser une
amende de 20 millions de plus. Mais
surtout, Tesla accepte de combler
de sérieuses carences de gouvernance. La SEC, comme beaucoup
d’autres, juge que depuis trop longtemps le conseil d’administration
du constructeur est totalement sous
la coupe d’Elon Musk.
Afin de corriger ces dysfonctionnements, deux postes d’administrateurs indépendants sont créés, dont
l’un présidera le conseil d’administration. Un nouveau comité d’administrateurs sera également établi,
ainsi que de nouvelles procédures de
contrôle de communication des informations aux actionnaires. La SEC
ne veut plus qu’Elon Musk, sans en
parler à personne au sein de la direction, puisse annoncer comme il
l’avait fait le 7 août à ses 22 millions
de fans sur Twitter avoir « bouclé »
le financement nécessaire au rachat
de Tesla. Non seulement il n’avait jamais été bouclé, et en plus le prix élevé de rachat de l’action annoncé
alors par Elon Musk était approximatif et manifestement destiné à ruiner
les spéculateurs qui misaient sur la
chute du cours depuis des semaines.
Elon Musk au bord du gouffre a
finalement bien manœuvré pour
sauver sa responsabilité de patron
de Tesla. Il peut désormais se
concentrer sur deux priorités encore plus délicates : faire gagner de
l’argent au constructeur et tenir ses
promesses de production de masse
de véhicules de haute qualité. ■
La Brasserie Goudale redouble d’ambition
Le nordiste investit 45 millions d’euros pour plus que doubler sa production, sur le marché de la bière de spécialité.
AGROALIMENTAIRE La Goudale
poursuit sa success story. La brasserie nordiste du même nom,
aujourd’hui l’un des plus importants brasseurs indépendants de
France, s’est vite trouvée à l’étroit
dans sa nouvelle usine d’Arques
(Pas-de-Calais) construite en 2016.
Après avoir investi 80 millions
d’euros sur ce site flambant neuf
près de Saint-Omer, le propriétaire
et illustre nom de la bière dans le
Nord, André Pecqueur a lancé fin
2017 un nouvel investissement de
45 millions d’euros.
Le but : plus que doubler la capacité d’1 million d’hectolitres de bière
par an, pour la porter à 2,5 millions
et suivre l’explosion des ventes de la
Goudale, marque phare de la brasserie. « Comme beaucoup de bières
de spécialités, nos marques et particulièrement la Goudale marchent très
fort », explique André Pecqueur
qui, après le rachat de la brasserie en
2010 (à l’époque Brasserie de Gayant
à Douai), a embauché 22 commerciaux pour doper cette marque locale créée il y a vingt-cinq ans.
Avec succès. Après une hausse de
42 % en 2017, les ventes de la Goudale ont bondi de 38 % depuis janvier. Cette bière de fermentation
haute, qui tire à 7,2 % d’alcool, est
composée de plusieurs variétés de
malt, céréales et houblon et de notes d’épices (coriandre, oranges
amères). Elle s’est fait un nom dans
sa région d’origine, avant de s’imposer dans tous les rayons de France. La marque représente 40 % des
ventes du site arquois qui produit
une vingtaine d’autres bières dites
« spéciales » (la Belzebuth, la Triple
Secret des Moines, la Démon…).
Avec 90 millions d’euros de chiffre
d’affaires (contre 20 millions lors de
son rachat en 2010) et 1 million
d’hectolitres, la brasserie est sortie
du statut de brasseur artisanal. Mais
elle revendique sa spécificité. Ses
locaux accueillent une microbrasserie de 8 hectolitres, qui travaille
sur de nouvelles saveurs, comme
cette bière à la menthe poivrée qui
s’apprête à arriver en rayons. « Notre métier, c’est d’inventer des bières
sans arrêt, explique le dirigeant. Si
on veut rester dans la course, il faut
investir et innover. »
Mutualiser les coûts
La Goudale représente
40% des ventes
de la Brasserie
de Saint-Omer,
qui produit
une vingtaine
d’autres bières
dites « spéciales ».
K-MEPA PRODUCTIONS/
CAPTURE YOUTUBE
Véritable entrepreneur brassicole,
le roi de la bière n’officie pas que
dans les brassins artisanaux, qui,
avec des croissances à deux chiffres, tirent la croissance du marché
français de la bière. En 2008,
l’homme d’affaires avait racheté au
géant Heineken une autre brasserie, celle de Saint-Omer, spécialisée dans les marques de distributeur (MDD). Un site de 170
personnes à l’époque, loin de lui
être inconnu puisqu’il appartenait
à sa famille avant d’intégrer le giron du brasseur néerlandais en
1996.
Avec 200 salariés et 240 millions
de chiffre d’affaires, la brasserie de
Saint-Omer brasse 3,3 millions
d’hectolitres par an pour la grande
distribution, au rythme impressionnant de 140 000 bouteilles par
heure, 24 h/24. « On essaye avec
ces deux sites d’être un brasseur
complet, avec nos marques mais
aussi des solutions pour les distributeurs qui savent qu’ils peuvent nous
demander à peu près n’importe
quoi », résume le dirigeant qui, à 76
ans, a déjà organisé les passages de
témoin opérationnel et financier.
EN BREF
CHINE : L’INDUSTRIE
MARQUE LE PAS
£ L’activité manufacturière
s’est essoufflée en Chine
en septembre, a annoncé
le gouvernement, dans
le contexte de guerre
commerciale avec Washington.
Une tendance confirmée par
l’indice des directeurs d’achat
(PMI) manufacturier publié
par le Bureau national
des statistiques, qui s’est établi
à 50,8, contre 51,3 en août.
Les Hauts-de-France
titillent la suprématie
des brasseurs alsaciens
La brasserie Saint-Omer n’est pas la
seule à surfer sur un marché en pleine effervescence. Tous les brasseurs
nordistes comptent bien avoir leur
part du gâteau et ont investi fortement ces dernières années pour ne
manquer aucune opportunité. De
quoi se rapprocher de l’Alsace, fief
historique de la bière en France. Certes, avec 7,3 millions d’hectolitres
produits par an (un tiers de la production nationale), les Hauts-deFrance restent un cran derrière le
Grand Est, qui assure près de 60 % de
la production. Et même la seule Alsace (43 % de la production). Mais la
région revendique quelque 120 brasseries et au moins 1 500 marques.
Début 2018, le géant Heineken
annonçait ainsi deux investissements successifs de 7,3 et 5,5 millions d’euros sur son site de Monsen-Barœul, à quelques kilomètres
de Lille. Une enveloppe de près de
14 millions d’euros pour renforcer
ses capacités, notamment sur la
production de fûts de 8 litres. En
tout, le géant néerlandais aura in-
vesti près de 60 millions depuis
2010 sur son site nordiste. Plus modestement : la Brasserie du Pays
Flamand qui brasse notamment
l’Anosteké. Cette dernière a investi
cette année 3,2 millions d’euros
dans un nouveau site à Merville.
Objectif : quadrupler sa production,
à 40 000 hectolitres par an.
Positionnement premium
De son côté, la brasserie familiale
Duyck, détenue par la famille du
même nom et située dans la commune qui a donné son nom à sa bière Jenlain (Nord), a fait sa révolution
interne en 2016 pour mieux coller
aux attentes du marché : nouvelle
gamme, hausse de prix pour retrouver la rentabilité, positionnement
plus premium… Malgré une transition douloureuse, la brasserie aux
15 millions d’euros de chiffre d’affaires gagne à nouveau de l’argent.
Les brasseurs alsaciens ne sont pas
en reste, le géant danois Carlsberg
venant d’annoncer un énorme investissement de 100 millions d’euros
Avec deux petits-fils et un gendre
dans l’entreprise, la relève est assurée.
En attendant, il veut mettre l’accent sur les cafés, hôtels et restaurants, un marché du hors domicile
qui pèse pour 20 % de son activité.
Si les deux brasseries de SaintOmer et Goudale gardent leur indépendance, leur regroupement
dans le même périmètre géographique permet de mutualiser des
coûts notamment logistiques. Le
groupe possède sa propre flotte de
250 camions, TSA, qui emploie 400
personnes. Et André Pecqueur affirme rester à l’écoute de potentielles acquisitions de taille moyenne.
À 76 ans, sa soif n’est apparemment
pas encore étanchée. ■
sur son site Kronenbourg d’Obernai
(Bas-Rhin). Mais les réussites de ce
type dans le nord du pays, grande
région houblonnière, sont légion.
« Comme Jenlain, beaucoup de brasseries de la région se sont structurées
pour s’adapter à la demande, explique Maxime Costilhes, délégué général de Brasseurs de France. Si ce
rythme se poursuit, il n’est pas impossible que le Nord devienne la première
région brassicole de France. »
D’autant que ses brassins sont de
plus en plus reconnus. Parmi les 20
brasseries tricolores récompensées
aux derniers World Beer Awards
tenu à Londres, cinq venaient du
nord de la France, contre trois de la
région Grand Est. « Nous avons la
chance d’avoir une région qui a une
multitude de petites brasseries transmises de père en fils. La génération qui
est arrivée aux commandes ces dernières années bouge beaucoup, avec
des trentenaires qui connaissent très
bien ce qu’ils font et vont voir ce qu’il
se passe, notamment à l’étranger »,
explique Vincent Bogaert, président
des Brasseurs des Hauts-de-France.
Contrairement aux bières pils
(blondes à basse fermentation) qui
ont fait la renommée de l’Alsace, la
tendance est aujourd’hui plutôt
aux bières très typées, dont se sont
fait une spécialité les brasseries de
la région, notamment artisanales.
« Les cinq départements des
Hauts-de-France sont au cœur de
ces bières de spécialités, confirme
Vincent Bogaert. Par contre, il faut
enrichir et entretenir cette demande
pour éviter l’effet de mode. » Outre
les dizaines de marques qui se
créent chaque année, les brasseurs
de la région multiplient ainsi les
démarches originales. Comme la
toute nouvelle Brasserie de Mai à
Carvin qui propose autour d’une
table des accords mets-bières d’un
nouveau genre. ■
O. D.
CARREFOUR : DIX
DRIVE PIÉTONS À PARIS
£ Carrefour a présenté
un projet de transformation
de dix magasins de proximité
parisiens en « drives piétons »,
dont neuf magasins ex-Dia
fermés en juillet, selon un
document présenté vendredi
aux instances du personnel,
rendu public par la CGT.
TRAVAIL LE DIMANCHE,
RENNES SE MOBILISE
£ Salariés, élus de Rennes
Métropole et syndicats se sont
rassemblés dimanche devant
le supermarché Carrefour
de Chartres-de-Bretagne
(Ille-et-Vilaine) pour réclamer
le respect du travail dominical
encadré, en cours depuis
vingt ans, après l’annulation
d’un arrêté préfectoral.
A
OLIVIA DÉTROYAT £@Olivader
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
30
CHRONIQUES
BLOC NOTES
La philosophie fiscale de Macron
est de taxer tout ce qui est immobile
L’autocar de Lavoisier
Sus aux inactifs et à l’immobilier, il faut bouger, échanger, se démener.
JACQUES-OLIVIER MARTIN
C’est bien connu : rien ne se
perd et tout se transforme. Ce
qui est vrai pour la chimie et la
physique l’est aussi dans les
transports. C’est du moins l’une
des interprétations que l’on peut
faire à la lecture de l’évolution
du trafic des cars Macron en
pleine grève de la SNCF. Le
nombre de clients a progressé de
plus de 40 % au printemps dernier, tandis que ceux qui prennent le train diminuaient avec
les annulations en série. Ce
transfert est aussi l’illustration
des bienfaits de la déréglementation des marchés encadrés. La
libéralisation des trajets en autocar a non seulement permis le
développement d’un nouveau
mode de transport et la création
d’emplois, mais elle a également
limité les nuisances provoquées
par un mouvement social qui a
handicapé des millions de
clients.
Affirmer pour autant que les cars
Macron ont aussi le pouvoir de
transformer le ras-le-bol des
usagers en apaisement serait
exagéré. La conservation des
masses, si chère à Lavoisier, ne
vaut pas pour les sentiments. La
colère liée aux annulations de
TGV pèse bien plus lourd que la
satisfaction procurée par un
voyage en autocar !
LES MAUX
DU COMMERCE
On ne pourra pas dire que les
économistes ne nous avaient pas
alertés. Dès les premières menaces de barrières douanières instaurées par Trump, ils furent
presque unanimes à prédire
qu’une guerre commerciale ne
ferait que des perdants. Et cela se
confirme tous les jours un peu
plus. Sur le front de l’acier et de
l’aluminium, surtaxés depuis
quelques mois, les exportateurs
chinois souffrent, même s’ils ne
le claironnent pas. Les entreprises américaines sont beaucoup
moins réservées. Le patron de
Ford a annoncé la semaine dernière que les taxes sur l’acier lui
avaient déjà coûté 1 milliard de
dollars, alors même que le
constructeur achète ses tôles et
son aluminium aux États-Unis.
Un chiffre identique avait été
avancé par General Motors au
début de l’été.
Les barrières douanières sont
perverses. Elles renchérissent
les biens importés. Mais elles
contribuent aussi à une hausse
des prix de ces mêmes produits
fabriqués dans le pays qui les érige. Protégés, les industriels locaux profitent du renchérisse-
JOMARTIN@LEFIGARO.FR
ment des biens importés pour
augmenter leurs prix et reconstituer leurs marges.
Les hausses des droits de douane
empêchent le bon fonctionnement des échanges commerciaux et une saine concurrence,
mais il est un autre mal encore
plus nocif : les subventions publiques. Avant même Donald
Trump, le Canada et l’Europe
ont fustigé le soutien financier
de Pékin à des groupes sidérurgiques endettés et mal gérés qui
exportent leurs surcapacités sur
le marché mondial au grand dam
des producteurs étrangers. La
Chine a consenti quelques efforts
mais avec beaucoup de lenteur.
Trop aux yeux du président
américain, qui a donc choisi la
loi du plus fort dénoncée par
Emmanuel Macron à la tribune
des Nations unies. Les barrières
douanières stopperont-elles la
pratique des subventions publiques ? Si c’est le cas, le multilatéralisme aura du mal à s’en remettre.
EN ROUTE
POUR WALL STREET
La part des investisseurs étrangers au capital des 40 plus grandes sociétés françaises cotées est
en fort recul. Elle représente à
peine plus de 40 % du capital du
CAC 40, soit 5 points de moins en
une décennie. Il y a peu, une telle nouvelle aurait ravi les plus
ardents défenseurs d’un capitalisme français puissant et indépendant. Le nombre de petits
porteurs est certes reparti à la
hausse après des années d’hémorragie, et une part plus importante de l’argent de l’assurance-vie se dirige vers les
entreprises cotées.
Il est pourtant bon de rester prudent. Ce n’est pas tant le flux des
investissements nationaux qui
modifie les répartitions du capital des grandes entreprises cotées que le départ des non-résidents. S’ils apprécient plutôt
Macron, les investisseurs étrangers jouent sans hésiter Trump.
Le rapatriement de capitaux détenus à l’étranger par les entreprises américaines et la baisse de
la fiscalité gonflent les profits des
sociétés et poussent à des rachats
d’actions. Cette politique est une
aubaine pour les investisseurs.
Un autre phénomène accentue
cette tendance : la recherche
d’investissements dans les entreprises technologiques. Or, il
faut reconnaître qu’en ce domaine la France, et plus largement l’Europe, a bien peu à
proposer. ■
L
e gouvernement a décidé
cette année de célébrer
Noël avec trois mois
d’avance sur le calendrier. Le budget 2019,
dévoilé le 24 septembre,
a monté en épingle « les cadeaux
fiscaux », comme on dit vulgairement, « les 6 milliards de baisse
d’impôts » selon la formule et le
chiffrage qui émanent directement
de l’Élysée. « La plus grande baisse
d’impôts pour les ménages depuis la
loi Tepa de 2008 », a commenté en
écho Gérald Darmanin, le ministre
des Comptes publics. L’opposition a
certes mis en regard les charges qui
pénaliseront certains Français, telle
la non-indexation des retraites et
des aides au logement, entre autres.
Au total, selon l’OFCE, institut de
conjoncture indépendant, le gain
net de pouvoir d’achat lié aux mesures budgétaires 2019, plus ou
moins agréables, ne serait pour les
ménages que de 3,5 milliards
d’euros (au lieu de 6).
Ces polémiques sont classiques.
Chacun sait que le mensonge par
omission est la principale figure de
style des lois de finances : les gouvernements se targuent toujours
bruyamment de la générosité de
leurs décisions, occultant les autres
sous des artifices techniques plus ou
moins cousus de fil blanc.
L’énumération des baisses et des
hausses d’impôts mises en œuvre
depuis l’élection d’Emmanuel Macron à l’Élysée en mai 2017 n’en est
pas moins révélatrice. D’un côté, la
suppression de l’ISF sur la fortune
financière, essentiellement les valeurs mobilières, de l’autre, la création de l’IFI, l’impôt sur la fortune
immobilière. D’un côté, la disparition des cotisations chômage pour
les salariés, les actifs, de l’autre, le
relèvement de la CSG pour les retraités, les inactifs. D’un côté, l’abolition de la taxe d’habitation pour
80 % des foyers, locataires ou pas,
de l’autre, un alourdissement de
facto de la taxe foncière, comme la
plupart des propriétaires peuvent le
constater à la lecture de leur avis de
taxe foncière pour 2018.
De même, l’exécutif a annoncé
l’exemption de cotisations sociales
sur les heures supplémentaires, la
fin de l’« exit tax » sur le patrimoine
des personnes quittant le territoire.
À l’inverse, on note le maintien de la
taxe d’habitation sur les résidences
secondaires, ou encore la hausse de
la taxe sur les contrats d’assurance
liés aux emprunts immobiliers.
Dans cette liste à la Prévert, qui ne
prétend pas à l’exhaustivité, une
chatte n’y retrouverait pas ses petits. Pourtant, nul besoin d’avoir un
œil de lynx pour discerner le fil rouge qui se dessine. La fiscalité
s’alourdit pour les gens au repos et
les biens immobiles : les retraités,
LIVRES
LIBRES
ÉCHANGES
JEAN-PIERRE ROBIN
les maisons, et particulièrement les
résidences secondaires (ah ! ces
propriétaires immobiliers à la puissance deux qui veulent séjourner
dans leurs pierres même en vacances !).
À l’inverse, les impôts s’allègent
au profit des nomades, ceux qui ont
choisi la mobilité : les capitaux en
actions qui vont de place en place financière, les travailleurs qui sortent
de chez eux tôt le matin, avec une
prime spéciale pour les travaux
temporaires (les heures supplémentaires exonérées de cotisations), etc.
Symboles de l’immobilisme
Il faut savoir gré à Emmanuel Macron de ne pas nous prendre en traître. Il n’a de cesse d’exposer sa philosophie en termes simples et
directs. « Je traverse la rue et je vous
trouve un emploi », a-t-il conseillé à
ce jeune chômeur ayant une formation d’horticulteur et venu admirer
le Palais de l’Élysée lors des Journées
du patrimoine. Les plantes qui s’enracinent et les palais nationaux défiant le temps, voilà bien deux symboles de l’immobilisme… Ce n’est
pas pour rien que le candidat Macron a nommé son mouvement politique En marche !, un parti destiné
à ne rassembler que des godillots
(les solides chaussures que portent
ses fidèles en marche).
Le président de la République est
aux antipodes de son prédécesseur
dont on se souvient qu’il a créé
27 nouveaux impôts en deux ans
(2012-2013) selon la recension du
cabinet EY (Ernst & Young). François Hollande fut l’incarnation de
ces gouvernements pseudo-socialistes que le président américain Ronald Reagan brocardait par cette
formule : « Tout ce qui bouge, on le
de l’État entend favoriser
« ceLequichefmarche,
ce qui s’échange
sur un marché ou une plateforme,
les « marketplaces »
du commerce en ligne
»
taxe ; ce qui bouge encore, on le réglemente ; quand ça s’arrête de bouger, on le subventionne. »
Pour sa part, Emmanuel Macron
entend favoriser ce qui marche, ce
qui s’échange sur un marché ou une
plateforme, les « marketplaces » du
commerce en ligne. L’hôte de l’Élysée, jeune quadra, est de la génération qui préfère la location à la propriété, l’usage à la détention, le
service au produit, que ce soit pour
la musique (« streaming ») ou
l’automobile (location de longue
durée). Et quand on est encore propriétaire de son logement, de sa voiture ou de sa tondeuse à gazon, il est
devenu habile d’en partager l’usufruit, moyennant argent s’entend,
car « l’économie de partage » ne
rime pas avec « altruisme ». Selon
la dernière enquête (2017) du Credoc, « 65 % des Français sont prêts à
prêter leurs biens ».
Paradoxalement, en voulant faire
supporter l’impôt sur ce qui reste
immobile, Emmanuel Macron nous
ramène au XIXe siècle. Les « quatre
vieilles » instaurées au lendemain
de la Révolution française (contribution foncière, contribution mobilière et personnelle, patente, portes
et fenêtres) portaient sur des éléments stables et visibles. Ces taxes
fournissaient 75 % des recettes de
l’État, les droits de douane et d’enregistrement apportant le reste.
Sauf qu’en 1900 les prélèvements
obligatoires représentaient à peine
10 % de la production nationale, et
non pas 46 % du PIB, comme
aujourd’hui.
La question de l’assiette fiscale a
de tout temps été un casse-tête.
Dans son conte, L’Homme aux quarante écus, Voltaire imagine un esprit malin proposant au ministre des
Finances de mettre un impôt sur
l’esprit, avec cet argument, « Tout le
monde s’empressera de payer, personne ne voulant passer pour un
sot ». À quoi le grand argentier répondit au conseiller que sa proposition « le ferait classer dans les personnes exemptes de taxe ». Les
proprios seraient-ils des sots ?
L’hôte de l’Élysée, jeune quadra, est de la génération qui préfère la location à la propriété, l’usage
à la détention, le service au produit. FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
IDÉES
Alexandre Debouté £@axel_deb
A
L’Estonie, un modèle numérique pour l’Europe
tre vie le même papier. Elle doit se
débrouiller pour le retrouver. De
même, toutes les démarches administratives mais aussi les votes peuvent être réalisés en ligne grâce à une
CENT MILLE MILLIARDS
NUMÉRIQUE C’est lors d’un voyage
d’étude que Violaine Champetier de
Ribes et Jean Spiri ont découvert le
modèle numérique estonien et
eurent l’idée de cosigner Demain,
tous Estoniens ? L’Estonie, une réponse aux Gafa* . En juin 2017, pour
son premier voyage à l’étranger, le
premier ministre, Édouard Philippe, s’était lui aussi rendu dans le
pays Balte, juste avant qu’il prenne
pour six mois la présidence tournante de l’Union européenne.
Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État
chargé du Numérique, y est également allé au printemps dernier.
Tout comme Gérald Darmanin, le
ministre de l’Action et des Comptes
publics, en juillet.
L’Estonie, nouvelle destination à
la mode ? « C’est une sorte de paradis administratif, explique Jean Spiri. L’administration n’a pas le droit
de vous demander deux fois dans vo-
V. CHAMPETIER DE RIBES ET J. SPIRI
DEMAIN, TOUS ESTONIENS
Éditions Cent Mille Milliards
carte d’identification unique - à l’exception d’un mariage, d’un divorce
ou d’un achat immobilier. »
Le pays, aussi grand que les PaysBas mais nettement moins peuplé
(1,3 million d’habitants), a fait un
choix déterminant au moment de la
dislocation de l’URSS et de son indépendance au début des années
1990 : en l’absence d’administration, il a décidé de tout redémarrer
de zéro. Le vivier d’ingénieurs présents en Estonie et la volonté politique ont permis au pays de mettre en
place un système d’e-gouvernance,
modèle de simplicité, de bonne gestion et de transparence qui peut effectivement faire rêver et être exporté. « Le système a perduré car la
volonté politique n’a pas bougé et
s’est traduite en actes, poursuit Jean
Spiri. L’État estonien a lancé un programme de formation au Web dans
les écoles et les bibliothèques dès
1996, et l’accès à Internet est un droit
fondamental inscrit dans la Constitution depuis 2000. »
Quatre licornes
La réussite ne serait pas aujourd’hui
au rendez-vous sans une autre
condition
indispensable :
la
confiance construite dans le système
administratif a permis de créer des
ponts solides avec le secteur privé et
notamment l’écosystème des startup. Résultat, l’Estonie a été le berceau de quatre licornes (Skype,
Playtech, Transfertwise et Taxify) et
peut se targuer d’avoir fait dans le
même temps de son État un « organisateur et un facilitateur », et non le
seul et quasi unique moteur de l’action civique.
Car la question derrière l’éclairant
livre de Violaine Champetier de Ribes
et Jean Spiri est celle de la souveraineté numérique. « Rien ne nous empêche
de faire aussi cette révolution en France », estiment les auteurs, qui prônent la fin de l’organisation en silos de
l’administration et son recentrage sur
les citoyens. La bureaucratie française a des progrès à faire, comme mettre en place une vraie interconnexion
entre services publics. Cela permettrait peut-être aux administrés français de reprendre confiance dans leur
système démocratique et d’enclencher un cycle vertueux.
L’enjeu, énorme pour la France et
l’Europe, n’est rien d’autre que la
défense de cette souveraineté, menacée par les puissances américaines que constituent les Gafa. Si les
États européens ne font rien, ce sont
des pans entiers de nos cohésions
nationales, comme la santé ou
l’éducation, qui risquent de passer
sous contrôle privé. ■
* Éditions Cent Mille Milliards,
236 pages, 20 euros.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 1er octobre 2018
DÉCIDEURS
AVEC
PROPOS RECUEILLIS PAR
Sylvain
YANN LE GALÈS £@YannLeGales
INTERVIEW Sylvain Duranton, le
directeur monde de BCG Gamma, la
division intelligence artificielle du
BCG qui emploie 500 data scientists, explique comment « mobiliser
les bonnes personnes » pour réussir
la révolution de l’intelligence artificielle.
Duranton
« L’intelligence
artificielle est un
enjeu managérial »
LE FIGARO.- L’intelligence
artificielle arrive-t-elle
dans les entreprises ?
Sylvain DURANTON.- L’intelligence artificielle (IA) est entrée dans
l’ère industrielle. Elle a connu des
faux départs dans les années 1960 et
80. Aujourd’hui, les puissances de
calcul et de stockage sont disponibles pour traiter les milliards de
données qui existent. Les entreprises vont investir 200 milliards
d’euros par an dans les prochaines
années dans des projets d’intelligence artificielle.
Est-elle uniquement un défi
technologique ?
L’intelligence artificielle est un enjeu managérial avant tout. La
construction de l’algorithme ne représente que 10 % d’un projet d’intelligence artificielle, sa connexion
au système informatique existant
20 %. L’intégration de l’IA dans les
modes de travail des salariés compte pour 70 %.
Les membres du comité exécutif
sont-ils sensibilisés à ces enjeux ?
Les membres d’un comité exécutif
se disent souvent qu’ils doivent faire quelque chose. Mais cela ne suffit
pas pour bâtir une stratégie.
Quelle est la meilleure méthode
pour échouer ?
La meilleure recette est de recruter
une star académique en lui demandant de sélectionner des « petits
génies » pour construire un lab
éloigné du business et du reste de
l’entreprise. Cette équipe réalisera
des expérimentations mais son travail ne débouchera sur rien de
concret car elle ne compte pas de
personnes connaissant les métiers
et les marchés.
Les dirigeants ont-ils un rôle
à jouer ?
Leur rôle est moteur, c’est ce que
montre notre dernière étude avec le
Le directeur monde de BCG Gamma
analyse pourquoi les dirigeants
jouent un rôle moteur dans la réussite
des projets en intelligence artificielle.
MIT. Ce qui différencie les entreprises pionnières en IA des autres est
souvent un dirigeant qui pousse les
équipes à réussir la révolution de
l’intelligence artificielle.
Le comité exécutif doit-il suivre
le projet dès son démarrage ?
Un ou deux membres du comité
exécutif doivent être convaincus
qu’il faut lancer des projets importants. Ils devront les sponsoriser
fortement, il faut beaucoup d’énergie, casser de nombreux silos pour
réussir.
« Le DRH doit
convaincre les
managers de détacher
5 ou 10 personnes de
talent pour mener
à bien les initiatives
stratégiques en IA »,
estime Sylvain
Duranton.
LOUISE OLIGNY POUR LE
POINT
équipe. Il est également nécessaire
de prévoir que cette équipe soit
maintenue dans la durée pour améliorer l’efficacité de l’algorithme et
du nouveau processus de travail
une fois qu’ils ont été testés.
Est-ce rentable d’investir
dans l’IA ?
L’entreprise gagne de l’argent
CONFIDENCE
Et le DRH ?
Le DRH joue un rôle essentiel. Il
participe à la mobilisation des équipes avec les autres dirigeants.
Pourquoi le DRH ?
Réussir un projet exige de mobiliser
les bonnes personnes. Mais un responsable préfère garder ses
meilleurs éléments. Le DRH doit
convaincre les managers de détacher 5 ou 10 personnes de talent
pour mener à bien les initiatives
stratégiques en IA.
Comment constituer une équipe
pour construire des algorithmes ?
Les algorithmes exigent de faire appel à des équipes pluridisciplinaires
comprenant des spécialistes des
technologies de l’information, des
data scientists, des représentants
des métiers. Le responsable du métier concerné doit piloter cette
QUELLES SONT LES PERSONNALITÉS
QUI VOUS INSPIRENT ?
Deux auteurs ont fortement influencé ma vie
professionnelle. Tout d’abord, le sociologue
Michel Crozier m’a permis de cerner les enjeux
du changement des comportements, au-delà des
seules organisations. Je l’ai beaucoup lu lorsque,
jeune étudiant à l’X, je fréquentais le Centre
de sociologie de l’innovation.
Mais pour ce qui est du management, Fiodor
Dostoïevski est l’auteur le plus inspirant.
Son ultime ouvrage, Les Frères Karamazov,
est une véritable bible managériale !
On y apprend la bienveillance radicale dans un
monde de brutes avec le personnage d’Aliocha. On
comprend aussi l’importance de savoir contempler
le monde avec les yeux des autres dans les pages
dédiées au procès. Si on ne comprend pas
ce que les autres voient, le monde nous échappe.
quand elle concentre ses efforts sur
un ou deux sujets à fort potentiel.
C’est pourquoi nous invitons les entreprises à identifier des « licornes » en interne, là où l’intelligence
artificielle leur permet de faire une
importante différence en étant rentable. Ces licornes peuvent représenter des gains d’efficacité ou de
marge de 100, 200 ou 500 millions
d’euros par an.
nons l’exemple des banques.
Aujourd’hui, elles sont organisées
par direction produit. L’automatisation des conseils et des services
qu’un établissement peut vendre
aux consommateurs va obligatoirement percuter les silos en place
puisque l’algorithme sera nécessairement transverse et échappera au
périmètre de chacun des responsables produits.
Quel est l’argument pour
convaincre un comité exécutif ?
Il est convaincu quand il comprend
que l’IA permet de créer de la valeur
et que les enjeux se comptent,
quand on choisit bien ses sujets, en
dizaines ou en centaines de millions
d’euros. Il mobilise alors les ressources financières et humaines
nécessaires.
Les managers sont-ils capables
de changer leur méthode de travail ?
L’entreprise doit faire preuve de
créativité managériale pour décloisonner les divisions. Des managers
doivent travailler ensemble. Un
projet peut réunir le directeur de la
supply chain et le directeur des
ventes.
Pourquoi les enjeux doivent-ils être
de plusieurs dizaines ou centaines
de millions d’euros ?
Il s’agit de focaliser l’effort sur ce
qui va vraiment rapporter. La facilité pousse parfois les dirigeants à
multiplier les initiatives pour
convaincre leur conseil d’administration qu’ils avancent : ils acquièrent des start-up ; ils créent un data
lab ou coopèrent avec un prestataire extérieur sans s’attaquer aux
vrais enjeux business.
Un projet remet-il en cause
les équilibres de l’entreprise ?
Il bouscule les organisations. Pre-
TOP
MANAGEMENT PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
FRA,CE GALOP
Olivier
Delloye
Édouard
de Rothschild
â LES
Henri
Pouret
Bernhard
Opitz
www.decideurs.lefigaro.fr
Fabrice
Favetto Bon
DÉCIDEURS du groupe France Galop
Dernière ligne droite pour France Galop
avant l’organisation le week-end prochain
de la course phare de l’année, le célèbre
Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Un événement d’autant plus attendu que le grand
1987
rendez-vous hippique, délocalisé depuis
Débute chez
deux ans à Chantilly, retrouve cette année
Wertheim & Co
l’hippodrome mythique de ParisLon1993
champ, inauguré en mars par Édouard de
Associé gérant
Rothschild. Un écrin flambant neuf et un
chez Rothschild
& Cie
lieu de vie conçu par l’architecte Domini2004 - 2011 que Perrault qui devrait amplifier encore la
Succède à Jean-Luc résonance de cet événement planétaire.
Lagardère
Réussir le lancement du nouveau Longà France Galop
champ a été pour le président de France
2006
Galop, ancien banquier d’affaires de
Prend le contrôle
Rothschild & Cie et ancien actionnaire de
de Libération
Libération, l’une de ses priorités depuis son
2015
retour fin 2015 à la tête de la société mère
Retrouve
des courses de galop, exploitant aussi les six
la présidence
grands hippodromes parisiens. Toute
de France Galop
DATES
CLÉS
Christian
Maigret
Facebook qui gagne de l’argent
en utilisant les données
des consommateurs est au cœur
de plusieurs scandales. D’autres
affaires vont-elles éclater ?
Facebook est révélateur d’un mouvement qui va se développer. Il y
aura d’autres explosions quand les
consommateurs et les salariés se
rendront compte de l’utilisation de
leurs données par les entreprises.
Les mouvements activistes devraient se développer. Voilà pourquoi les entreprises doivent jouer la
transparence et mieux informer
leurs salariés et leurs clients. Celles
qui le feront seront gagnantes dans
la durée. ■
l’équipe de France Galop, son directeur
général en tête, Olivier Delloye, recruté en
2016, s’est mobilisée. « Il ne s’agissait pas
seulement de rouvrir Longchamp, mais aussi
d’imaginer un projet d’exploitation, différent
et plus moderne, en organisant, au-delà des
35 courses, des événements », explique cet
HEC et proctérien, ancien de PPR, qui,
comme chez Arqana pendant dix ans, a su
booster et déployer le no 2 des ventes aux
enchères de chevaux. Au-delà du gros
chantier de BTP, la réouverture de Lonchamp, dont la société Noctis s’est vu
confier le pôle événementiel, a nécessité un
gros travail de marketing et de communication.
Autre grande priorité et « mère de toutes les
batailles » pour la direction de France
Galop : «Retrouver une vraie dynamique de
croissance sur les paris. » Renouvellement
du management, partenariat resserré avec
le PMU, notamment, évolution du calendrier des courses, doivent permettre de
créer « un électrochoc ». Plus globalement,
le grand projet de la direction de France
Galop est de transformer l’organisation
« fonctionnant historiquement en administration, en une entreprise plus agile, centrée
sur le client ». Un nouveau défi que le président et le directeur général mènent avec un
état-major resserré et notamment deux
DGA. Henri Pouret, fidèle de la maison
depuis quinze ans, pilote depuis 2009 la
direction opérationnelle des courses. « Un
vrai métier d’expert », dit le DG de ce juriste
de formation, siégeant aussi dans plusieurs
instances du sérail. DGA aussi, Christian
Maigret dirige, lui, les finances et l’organisation. Il a joué un rôle clé auprès d’Olivier
Delloye dans le redressement de France
Galop, qui perdait 45 millions d’euros en
2015 et qui devrait être à l’équilibre cette
année. C’est après des débuts dans la presse
que cet ESC Reims a été recruté en 1998 par
le président Jean-Luc Lagardère. Toutes les
fonctions supports, qu’il a modernisées, lui
sont rattachées, hormis la DRH. Cette dernière fonction est depuis avril 2016 aux
mains de Bernhard Opitz. Ce diplômé
d’école de commerce, qui œuvra à la
Défense et aux Affaires étrangères, a été
durant huit ans DRH adjoint du PMU avant
de rallier le groupe SoLocal (Pages Jaunes).
C’est un fin connaisseur des problématiques de réformes sociales et de transformation digitale. Enfin, dernier casting, Fabrice Favetto Bon, 49 ans, ESCP, rompu aux
domaines du sport et du divertissement à la
tête de TeamStadia, a été recruté il y a dixhuit mois comme directeur marketing. Sa
première mission fut de « mettre le projet de
ParisLongchamp sur orbite ». Pari réussi
aujourd’hui.
C. B.
A
L’intelligence artificielle est-elle
une potion magique ?
Elle n’a rien à voir avec la magie
contrairement à ce que font croire
certains acteurs. C’est une technologie de traitement de l’information
qui a une spécificité dans le monde
de l’entreprise : elle impacte absolument tout le monde.
31
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
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MÉDIAS et PUBLICITÉ
La chaîne américaine Comedy Central
débarque en France
Thierry Cammas, président gérant de Viacom Networks France, est l’invité du « Buzz Média Le Figaro ».
PROPOS RECUEILLIS PAR
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
AUDIOVISUEL Les séries américaines, « The Daily Show » de
Trevor Noah…, le groupe américain Viacom lance en France sa
chaîne d’humour et de divertissement. Elle sera disponible sur toutes les box des opérateurs télécoms.
Pickle TV d’Orange avec, en exclusivité, une intégration innovante et poussée entre la télévision
en direct, le replay et la SVOD.
La chaîne est en concurrence
directe avec Comédie + de Canal +.
Serez-vous distribué par Canal + ?
Nous sommes en discussion avec
Canal +, bien évidemment. Comedy Central a un positionnement
complémentaire de celui de Comédie +. Elle est très axée sur le divertissement, les séries sitcom,
LE FIGARO.- Le 4 octobre, vous
l’animation adulte, les talk-shows
lancez en France Comedy Central,
avec « The Daily Show » de Trevor
chaîne de divertissement
Noah une journée après sa diffupour jeunes et adultes. Elle fait
sion aux États-Unis et les sketch
un carton aux États-Unis mais le
shows. Il y a de la place pour deux
public français sera-t-il réceptif ?
chaînes. Avec Comedy Central,
Thierry CAMMAS.- Comedy Cennous répondons à
une demande des
Comedy Central
opérateurs qui veua un positionnement
lent plus de contenu
comédie et humour
complémentaire de celui
pour les jeunes et les
de Comédie + de Canal +
adultes de 18 à 49 ans.
C’est une cible qui a
THIERRY CAMMAS
une forte valeur
commerciale et qui, pour nous,
tral est un réseau mondial de télépermet d’avoir un modèle dual
vision Viacom qui s’est développé
combinant une rémunération des
avec beaucoup succès dans
distributeurs et une autre via la
150 pays différents et touche dépublicité.
sormais 300 millions de foyers à
travers le monde. Elle possède l’un
des plus gros catalogues de conteViacom a des personnages connus
nus au monde sur la thématique de
comme Bob l’éponge, Dora ou
l’humour et du divertissement. Il
le chien Marcus, qui sont exploités
est normal qu’à un moment cette
sur de très nombreux supports.
chaîne arrive en France. La coméQuel est ce modèle économique ?
die et l’humour sont des genres
C’est un modèle qui correspond à
majeurs de la télévision thématinotre logique de production intéque dans notre pays. Il y avait une
grée et d’expertise. Viacom est
demande de la part des opérateurs
producteur de contenus premium
pour avoir ce type de chaîne, audepuis très longtemps. Cela nous
delà des logiques d’exclusivité, sur
donne la possibilité de distribuer
la base de l’excellence des catalonos contenus de manière très élargues et de la classe mondiale de la
gie y compris sur le numérique.
marque.
Prenons l’exemple du chien Marcus de La Pat’Patrouille : il est en
exclusivité payante sur NickeloComment et où pourra-t-on
deon, notre chaîne payante, et sur
voir cette chaîne ?
TF1 en gratuit. Il est aussi en téléComedy Central sera disponible à
chargement sur iTunes, sur Google
partir du 4 octobre sur tous les réPlay, en Svod sur TFou Max, Caseaux des opérateurs télécoms. Elle
nalPlay, mais aussi sur SFR Play,
sera aussi en autodistribution OTT
Amazon Prime et Netflix. Et on le
via une application payante. Et enretrouve en produits dérivés sous
fin, ce sera la première expérience
forme de produits textiles, de jeu
de chaîne hybridée puisqu’elle sera
vidéo, de magazines, de livres avec
distribuée sur le service millennial
«
»
Hachette, de produits de maison,
de décoration et enfin sous forme
de jouets. Bref, c’est cette distribution très holistique qui permet de
construire un modèle complet.
L’inverse de la logique de simple
diffuseur.
THIERRY CAMMAS
dans le studio
du Figaro.
SÉBASTIEN SORIANO
/LE FIGARO
@
Le Buzz
MEDIA
en vidéo sur
www.lefigaro.fr/medias
Vous avez créé Viacom Digital
Studio France. Pour faire quoi ?
C’est la première duplication à
l’international du Viacom Digital
Studio que vient de lancer le groupe aux États-Unis. Ce studio produit des formats courts vidéo à
l’adresse de toutes les plateformes
sociales comme Facebook, Instagram, Twitter et Snapchat. En
France, nous avons une bonne expertise sur le sujet. Sur YouTube,
Nickelodeon Junior est la première
chaîne jeunesse avec plus de
20 millions de vidéos vues chaque
mois. Sur Discover de Snapchat, la
chaîne MTV attire 1 million de visiteurs uniques par jour. Ce succès
vient de notre expertise interne sur
tous les formats digitaux. Aujourd’hui, nous lançons Viacom Digital
Studio dont la fonction sera de
produire, au-delà de nos propres
RÉALITÉS AUGMENTÉES
contenus, des formats pour les annonceurs, leurs marques et les
agences médias.
Aux États-Unis, une course
au gigantisme est engagée avec
le rachat de Sky par Comcast, de
Fox par Disney et de Time Warner
par AT&T. Désormais, faut-il être
gros pour réussir dans les médias ?
Il ne fait aucun doute que la course
à la taille est une opportunité et un
enjeu stratégique. Mais au-delà de
cela, il faut être capable d’attirer
des talents et développer des interfaces qui s’adressent à des publics
plus larges. Pour réussir aujourd’hui, il faut combiner trois niveaux d’excellence. Une excellence en termes d’exclusivité de
contenus, une en termes d’exécution technique et, enfin, une en
termes d’expérience d’utilisateurs.
Lorsqu’on est capable de combiner
ces trois domaines, on peut alors
distribuer et monétiser des contenus premium d’un nouveau genre
comme par exemple en My MTV
ou Mon Nickelodeon Junior, dans
le monde entier et vers tous les
publics. ■
EN BREF
BERNARD POIRETTE
ATTAQUE RTL
AUX PRUD’HOMMES
£ Bernard Poirette a attaqué
RTL aux prud’hommes. Passé
chez Europe 1, le journaliste
estime dans le JDD que
la rupture cet été avec son
ancienne station s’est déroulée
« dans des conditions,
notamment financières,
que j’estime inacceptables ».
« PHILOSOPHIE
MAGAZINE » LANCE
PHILONOMIST
£ Le mensuel Philosophie
Magazine lance mardi le site
Philonomist, un média en ligne
accessible sur abonnement
qui veut « parler différemment
du monde du travail
et de l’entreprise », selon
son équipe. Philonomist vise 2 à
3 000 abonnés d’ici à deux ans.
PAR BENJAMIN FERRAN
Rien de personnel, vraiment ?
C’est l’une de ces vérités toutes
faites de la technologie qui paraissait jusqu’alors incontestable. Les
sites Web les plus efficaces sont
ceux qui proposent une expérience personnalisée, taillée sur mesure pour leurs internautes. Ceux
qui sélectionnent des musiques,
des films, de l’information répondant exactement aux attentes les
plus secrètes de leurs utilisateurs.
Que vient de dire Google ? Après
avoir cherché des années durant à
adapter ses résultats en fonction
de l’historique de navigation, des
goûts et des habitudes de ses utilisateurs, le moteur de recherche
fait voler en éclats cette idée reçue. Deux visiteurs qui chercheront la même chose se verront dorénavant présenter des résultats
book. Twitter est parvenu aux
mêmes conclusions. Depuis une
semaine, il permet à nouveau de
lire les tweets selon un classement
antéchronologique, et non plus
ordonnés par des algorithmes qui
n’en sélectionnent qu’une poignée, jugés plus intéressants. Peu
avant l’été, Instagram et Snapchat
sont aussi revenus sur leurs pas.
Même un Netflix, chantre de la
personnalisation, se réserve des
espaces dans son application pour
promouvoir ses grandes productions.
INTÉRÊT PUBLICITAIRE
Ces réserves méritent d’être observées de près par les médias.
Subjugués par les géants de la
tech, des éditeurs tentent d’adap-
ter leur offre pour augmenter
l’engagement de leurs visiteurs.
La personnalisation peut s’avérer
utile pour s’adresser différemment à des visiteurs occasionnels
et à des abonnés, ou pour faire
ressortir des contenus qui
n’auraient pas été aussi bien exposés autrement. Elle ne saurait
pas être cependant une réponse à
tout. La mission d’un média d’information est-elle de donner à lire
ou à voir ce qui plaît à ses visiteurs, ou de les informer avec la
plus grande variété possible ? De
les enfermer parmi des articles interchangeables, ou de leur faire
découvrir un assortiment d’informations politiques, sociétales,
économiques, culturelles ?
La remise en cause de la person-
nalisation chez les géants du Web
est toutefois très partielle. Amasser de la donnée, l’analyser avec
plus ou moins de respect pour la
vie privée, reste au cœur de leur
modèle. Google, le premier, déploie des trésors d’inventivité
pour récolter tant et plus d’informations sur ses visiteurs. Cela lui
permet par exemple de leur proposer des services innovants,
comme la nouvelle section « Découverte » dans son application
mobile, qui montre des contenus
sélectionnés selon les goûts de ses
utilisateurs, avant même le lancement d’une recherche. Ce profilage lui permet surtout de leur
adresser de la personnalité ciblée,
dont il vit grassement. Et là, il n’a
jamais été question d’y renoncer.
SANTÉ À DOMICILE
3ème édition du Big Bang Santé :
la transformation au cœur de la santé
NANOMÉDECINE
JEUDI 18 OCTOBRE 2018
INTELLIGENCE
ARTIFICIELLE
A
identiques, a annoncé Pandu
Nayak, responsable du référencement, à CNBC. Seules des données
liées à la localisation ou à la recherche précédente pourront être
prises en compte. L’information a
été recoupée par le site The
Conversation, qui a mené une
batterie de tests.
Pour Google, la personnalisation
des résultats de recherche soulève
davantage de problèmes qu’elle
en résout. Elle n’améliore pas le
taux de clic et fait courir le risque
d’enfermer les visiteurs dans des
« bulles de filtre », où ils se retrouvent limités à quelques sites
conformes à leurs goûts. Aux
États-Unis, le débat est explosif,
après les élections de 2016 et les
accusations portées contre Face-
HOMME
NUMÉRIQUE
Google,
le premier,
déploie
des trésors
d’inventivité
pour récolter
tant et plus
d’informations
sur ses
visiteurs
»
Maison de la Chimie - Paris - de 8h30 à 17h30
INSCRIVEZ-VOUS
bigbang.lefigaro.fr
+33 1 43 12 85 55
@BigBangFigaro
Événement organisé par
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 058 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
HIGH-TECH
L’ASSISTANTE VOCALE
ALEXA D’AMAZON JOUE
LES FÉES DU LOGIS
PAGE 38
COLLECTIONS
LE DÉFILÉ CELINE,
LE PLUS ATTENDU
DE LA FASHION WEEK,
FAIT DÉBAT PAGES 36 ET 37
Caravage
Noir désir
COLLECTION PARTICULIÈRE
Madeleine
en extase dite
« Madeleine
Klain », vers
1606.
À Paris, le Musée Jacquemart-André réunit dix toiles du maître datant
de sa période romaine. Un ensemble d’œuvres exceptionnel mis en regard
avec des tableaux de ses contemporains, tantôt amis, tantôt rivaux. PAGE 34
La dolce vita selon Dinard
CINÉMA La présidente du jury, Monica Bellucci, a électrisé la 29e édition du Dinard Film Festival clôturé ce dimanche.
Et a donné tous les prix à « Jellyfish », film social à la Ken Loach du débutant James Gardner.
S
ENVOYÉ SPÉCIAL À DINARD
oyez modernes. Ne dites plus le
Festival du Film Britannique de
Dinard. Dites le Dinard Film
Festival. Génie de la langue anglaise. Compacte, sans fioritures, straight forward. La star, fin septembre, c’est Dinard, son été indien et ses
films britishs. Quand Monica Bellucci est
en ville, l’actrice italienne lui vole la vedette. La présidente du jury attire tous les
regards et les téléphones portables. Telle
une reine suivie d’une nuée de courtisans (attachée de presse, agent, assistants…), elle n’est jamais seule et jamais
tranquille. On ne sait pas si la gloire est le
deuil éclatant du bonheur (Madame de
Staël), mais elle est de toute évidence la
fin de la solitude et de l’anonymat.
Le palmarès délivré par Monica Bellucci et son jury soulève des questions.
Deux hypothèses. Ou le jury n’a vu
qu’un seul long-métrage et a passé le
reste du temps à la plage. Ou il a voulu
marquer le coup et pousser un énorme
cri du cœur pour un film à qui il a donné
toutes les récompenses. Vu la pâleur du
jury à l’arrivée, on penche pour la seconde hypothèse, qui n’est pas moins
injuste pour le reste de la compétition.
Jellyfish, le premier film de James
Gardner, a donc tout raflé : le Hitchcock
d’or, le grand prix du jury, celui du
meilleur scénario et le prix d’interprétation à Liv Hill. Le jury presse lui a aussi
décerné le Hitchcock de la critique. On
ne prête qu’aux pauvres.
Sarah lui suggère d’écrire un one-woman-show. Elle noircit alors des cahiers
mais ne montera sur scène qu’à la fin,
après bien des déboires. On ne la voit
pas répéter ni s’entraîner à transcender
par l’humour une existence digne de
Dickens. Frustrant. Jellyfish est un peu
un film de boxe dont on ne verrait que le
combat final.
Étrangement, Funny Cow, d’Adrian
Shergold, aussi en compétition, raconte
la même histoire. Il commence par la fin.
Son héroïne est déjà une star du standup. On la découvre sur scène, racontant
Une existence digne de Dickens
Plus qu’à Hitchcock, c’est à Ken Loach
que fait penser Jellyfish. Sarah (Liv Hill,
joues rondes, regard dur, la future Kate
Winslet, ou pas), 16 ans, n’a pas la vie facile entre une mère dépressive et un petit boulot dans une salle d’arcades qui lui
permet surtout de racoler des vieux libidineux. Elle les masturbe contre un
billet au fond d’une ruelle. De quoi payer
des chips à ses petits frère et sœur. De ce
quotidien sordide, le prof de théâtre de
Monica Bellucci, dimanche, au Dinard Film Festival, avec Alex Lutz et Sabrina Ouazani.
AMAZON ; DANIELE OBERRAUCH/IMAXTREE.COM ; PATRICK CHEVALIER DINARD/PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/MAXPPP
des blagues : « À la bibliothèque, un usager
se plaint qu’il n’y ait aucun livre au rayon
suicide. La bibliothécaire lui répond : “Ils ne
les ramènent jamais, ces cons-là.” » C’est
la plus douce. Le reste est bien plus noir et
bien plus cru. À côté de Funny Cow, Blanche Gardin est une sainte-nitouche. Sa
vie est racontée en flash-back. Ce n’est
pas rose, mais pas misérabiliste. Maxine
Peake, actrice de télévision, est formidable. Elle n’aurait pas volé le prix d’interprétation. Rupert Everett non plus. Il est
derrière et devant la caméra dans The
Happy Prince. Il campe l’Oscar Wilde de
la fin, après la prison, en exil à Naples et
Paris. Un portrait sans fard du dandy
homo, drama queen et roi déchu. Plus léger, Old Boys, de Toby MacDonald, a reçu
le Hitchcock du public. L’histoire d’un
élève de pension maladroit, amoureux de
la fille de son professeur de français. Il n’y
a qu’un Anglais pour imaginer Denis Ménochet (le mari violent de Jusqu’à la garde) en écrivain et professeur de littérature. Tant mieux. On peut avoir des épaules
de déménageur et aimer les lettres. ■
A
ÉTIENNE SORIN esorin@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
Caravage,
seul parmi
les autres
COUPS
DE LOUPE
ARTS Au Musée Jacquemart-André,
le maître du clair-obscur
rivalise avec ses pairs romains.
S
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
ont-ce ses traits, lèvres
pulpeuses, joues charnues, yeux de
biche, androgynie platonicienne
revendiquée, dans son Joueur de
luth ? Est-ce encore son visage,
mais vieilli, barbu et désabusé, qui,
en Ponce Pilate, nous introduit au
Christ outragé dans son Ecce Homo,
prêt du palazzo Bianco de Gênes ?
Ou bien la vérité de Caravage se cache-t-elle dans le Lucifer grimaçant de Amour sacré et Amour profane, œuvre de Giovanni Baglione ;
un peintre qui compta parmi ses
principaux ennemis ?
Ange ou démon, Caravage ? On
s’interroge depuis des siècles. Au
Musée Jacquemart-André, Francesca Cappelletti estime que toutes
ces facettes sont justes. Cette historienne à l’université de Ferrare les
évoque en se concentrant sur les années romaines du Lombard. Quand,
le jour, Caravage s’imposait comme
nouveau grand serviteur de la Contre-Réforme. Et quand, la nuit, il allait de coupe-gorge en débauches
jusqu’à ce que lors d’une énième bagarre, en 1606, il tue un homme.
Dix rares trésors
De Michelangelo Merisi (1571-1610),
prodige né à Milan mais originaire
de Caravaggio, qui, très vite, a subjugué artistes et mécènes dans la
Ville éternelle avant d’influencer la
majeure partie de la peinture occidentale, la commissaire réunit dix
toiles. Dix rares trésors dont sept
n’avaient encore jamais été présentés en France. À lui seul cet exploit
justifie la visite.
Mais, en plus, Francesca Cappelletti fait dialoguer l’ensemble avec
une vingtaine d’huiles d’exacts
contemporains également actifs à
Rome, tels Annibal Carrache, Orazio Gentileschi, Bartolomeo Manfredi ou encore le meilleur suiveur
Jusepe de Ribera. Cela lui permet de
rendre compte de l’effervescence
artistique qui régnait alors sur ces
bords du Tibre, dans les ateliers et
les chantiers comme dans les salons
des prélats et des banquiers. Cela lui
permet également de préciser en
quoi Merisi a innové.
Le parcours s’ouvre par un festival de décapitations bibliques. Aux
cimaises, le sang des tyrans Goliath
et Holopherne gicle par cinq fois. En
particulier dans le Judith et Holopherne, joyau du palazzo Barberini.
C’est le premier chef-d’œuvre de la
période ; celle qui, après quelques
mois passés dans l’atelier du Cavalier d’Arpin, est ponctuée de commandes religieuses qui font grand
bruit et s’épanouit dans des toiles
particulièrement prisées par les
meilleurs collectionneurs du temps.
En 1606, le couperet tombe. Fuite
à Naples et condamnation à mort.
Caravage restera célèbre et son art
recherché, mais désormais il devra
expier. Dans Judith et Holopherne,
daté vers 1600, il peint encore avec
la manière porcelainée de ses débuts. On remarque aussi qu’il utilise
déjà pleinement le clair-obscur
pour un effet dramatique inédit.
S’il n’est sans doute pas le seul inventeur du procédé, il surpasse
avec lui ses pairs encore trop cantonnés dans les coloris sucrés du
maniérisme. Rapidement de nombreux artistes adoptent cette lumière qui focalise sur l’acte et l’instant.
Le Cavalier d’Arpin avait confié à
son cadet la réalisation de compositions florales. Une tâche subalterne
alors, mais que Caravage a eu tôt fait
de porter à la plus haute considération. Son rendu illusionniste des
bouquets est à l’origine de sa première réputation. On le constate
dans la deuxième salle où sont rassemblées, autour de la nature morte
occupant la partie gauche de son
Joueur de luth, quelques autres en
découlant. Ainsi l’exquise Corbeille
de fruits de Cavarozzi, redécouverte
en 2017. Le Joueur de luth est également source de plusieurs adolescents ou adolescentes, joueurs ou
chanteurs tous serviteurs parfaits
des musiques célestes. Les saintes
Cécile des années 1615-1620 de
Gramatica ou d’Artemisia Gentileschi en sont de beaux exemples.
Plus loin, coup de projecteur sur
le modèle vivant, Caravage ne travaillant que devant des corps et non
LE JOUEUR
DE LUTH
Venu de l’Ermitage
de Saint-Pétersbourg,
cet hymne à la vie vient
d’être restauré. Au premier
plan, la carafe avec son
reflet, les fleurs et les fruits
élèvent la nature morte
au rang de grand genre.
« SAINT JÉRÔME
ÉCRIVANT »
Le Jeune Saint Jean-Baptiste au bélier (1602), Michelangelo Merisi dit Caravage.
ROMA, SOVRINTENDENZA CAPITOLINA AI BENI CULTURALI
« LE FIGARO »
HORS-SÉRIE
Le récit des journées
les plus décisives
de Caravage est
complété d’essais
portant sur les amitiés
et les rivalités, analysant
le style et son évolution,
décryptant les tableaux
profanes comme
religieux. Riches
illustrations et entretien
avec Francesca
Cappelletti, commissaire
de l’exposition.
106 p., 8,90 €.
des plâtres ou des antiques comme
ses prédécesseurs. Il mêle ainsi
étroitement idéal et réalité, sacré et
profane. Comme dans son Jeune
Saint Jean-Baptiste au bélier rapproché ici d’un autre du Louvre,
très comparable, la malice en
moins. Il a récemment été attribué à
Manfredi. De leur côté, deux saints
François et le saint Jérôme de la
Galleria Borghese associent le thème de la méditation à une réflexion
sur la vieillesse. Comment ne pas
s’incliner devant ces robes de bure
ou cette barbe blanche, êtres totalement à leur foi en dépit de ce
monde matériel qui se corrompt irrémédiablement ? Il serait simple
de penser qu’avec son Jérôme, le
Caravage miséricordieux triomphe
du dyonisyaque, mais une forte
sensualité émane toujours des
œuvres suivantes, toutes relatives
au Nouveau Testament.
Trois sujets bibliques,
trois clairs-obscurs
énigmatiques
Judith et Holopherne »
u «Caravage
répliquait-il ses com-
positions à succès ? La présentation
à Paris de la toile conservée au palais Barberini de Rome ravive les
questions au sujet d’une autre, similaire, découverte en 2014 dans la
soupente d’une maison des environs de Toulouse. Ce Judith et Holopherne a été classé trésor national
en 2016 par le ministère de la
Culture, ce qui ne laisse plus à l’État
re 100 % autographe de cette huile
dont la vente a été confiée au cabinet Turquin - pourrait valoir dans
les 120 millions d’euros.
u « Madeleine en extase »
que quelques jours pour décider s’il
s’en porte acquéreur et à quel prix.
Problème : pour l’heure, malgré
des analyses techniques poussées,
la comparaison effectuée à Milan
avec la « Judith Barberini » ainsi
qu’avec une copie d’époque attribuée au Flamand Louis Finson
(propriété d’une banque napolitaine), la communauté des experts internationaux demeure partagée. Le
suspense est donc intense, voire
LES MATINS.
Guillaume Erner et la rédaction
© Radio France/Ch. Abramowitz
A
du lundi au vendredi > 7H
en partenariat
avec
Copie
de Nativité
avec saint
François
et saint
Laurent
(1600), volé
en 1969
à Palerme.
DOMAINE PUBLIC
Retrouvez Eugénie Bastié ou
Alexandre Devecchio demain à 8H57.
franceculture.fr
@Franceculture
Est par exemple évoqué un
concours de peinture lancé par un
membre du haut clergé qui, en
1605, aurait opposé le Merisi à
Cigoli et Passignano dans la réalisation d’un Ecce Homo. Cigoli
aurait gagné grâce au grand format
montré au Musée Jacquemart-André. Pourtant, à proximité, la composition de Caravage émeut plus.
Pas d’effets insistants sur le torse
flagellé, pas de martinet ni de traces de sang au premier plan. Priorité au doux et faible visage du
Rédempeur.
Dans la dernière salle irradie la
seconde version des Pèlerins d’Emmaüs (celle de Milan, l’autre est à
Londres). C’est déjà une œuvre de
l’exil. Voilà un naturalisme ténébriste totalement maîtrisé car plus
humble. Moins de détails, moins
d’accessoires. La touche est plus
enlevée, moins minutieuse. Elle va
à l’essentiel comme cette lumière
de soupirail qui rend les hommes
égaux. C’est bien sûr celle de Dieu.
Mais aussi, désormais autant, celle
des peintres. ■
Jusqu’au 28 janvier au Musée
Jacquemart-André (Paris VIIIe).
Catalogue Culturespaces/Fonds
Mercator, 192 p., 32 €.
Tél. : 01 45 62 11 59
www.musee-jacquemart-andre.com
L’esprit
d’ouverture.
palpable, au Musée JacquemartAndré, parmi les groupes qui se
massent devant la « Judith Barberini » pour en scruter ici la courbe
d’une oreille, là le sillon d’une ride
ou les plis d’un drapé, jusqu’au niveau de brillance ou de saleté des
ongles des protagonistes.
Alors, la Judith de Toulouse, original ou copie ? Un Caravage authentique ou bien du cercle du maître ?
Ou bien encore un travail à plusieurs mains ? Entérinée, la première hypothèse - celle du caractè-
La composition en plan serré et
à lumière latérale tombante, invention de Caravage, a inspiré
quantité de saintes en transe, du
Bernin à Delacroix. Deux de ces
Madeleine à tête renversée, yeux
mi-clos larmoyants et mains en
prière, presque identiques, toutes
deux issues de collections particulières, sont accrochées côte à côte
au Musée Jacquemart-André. Celle
de gauche a été découverte au milieu du XXe siècle par Roberto Longhi, le grand œil qui, dans les années 1950, a défini le corpus de
Caravage. Ce serait donc l’œuvre
mère. Celle de droite, très usée, a
été mise au jour en 2015 par Mina
Gregori, la principale élève de Longhi. Cette autorité estime avec
d’autres spécialistes qu’elle est
également
autographe.
Jusqu’alors, elle n’avait été exposée
qu’une seule fois. C’était à Tokyo,
en 2016, et elle n’était pas rapprochée de la première. La comparaison s’avère passionnante. Laquelle
conserve le moment le plus créatif
La lumière révèle les rides
des chairs et l’usure du drap
cardinalice. Entre le front
dégarni du propagateur
de la Bible et le crâne
symbole de finitude, la main
qui écrit plonge sa plume
dans l’encrier. Seul ce pieux
labeur compte. Tout le reste
n’est que vanité.
« LE SOUPER
À EMMAÜS »
Pas d’anges ni de décors
antiques pour une intensité
maximale. Les cinq
personnages semblent isolés
dans les ténèbres que seul
un rai de jour éclaire. Il tombe
précisément sur
la bénédiction du pain :
le moment où les disciples
reconnaissent le Christ,
l’instant de la Révélation.
du maître ? On pencherait bien
pour celle de gauche. Mais on se
perd en conjectures quand on sait
qu’au moins six autres Madeleine
de ce type existent dans le monde.
On peut d’ailleurs en voir une,
peut-être de Louis Finson, l’assistant du maître lorsqu’il séjournait à
Naples, au Louvre-Lens. Ce prêt du
Musée de Senlis est présenté au sein
d’une nouvelle exposition baptisée
« Amour » et consacrée aux différentes manières d’aimer.
avec saint François
u «etNativité
saint Laurent »
Volé en 1969 dans l’oratoire San
Lorenzo de Palerme - sans doute
par la Mafia -, ce grand chefd’œuvre de Caravage manque toujours à l’appel. Sur place, on n’admire qu’une copie réalisée après les
faits sur la base de photographies.
Cela n’empêche pas les historiens
de continuer à s’interroger sur le
contexte de sa création. En 2017, le
site spécialisé dans la peinture italienne Finestre sull’Arte a rassemblé les éléments laissant à penser
que le tableau a été conçu et exécuté non pas lors du séjour de Caravage en Sicile (entre 1608 et 1609)
mais bien plus tôt, à Rome…
É. B.-R.
THE STATE HERMITAGE MUSEUM/PAVEL DEMIDOV ; PINACOTECA DI BRERA ; MINISTERO DEI BENI E DELLE ATTIVITÀ CULTURALI E DEL TURISMO-GALLERIA BORGHESE
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LE FIGARO
CULTURE
lundi 1er octobre 2018
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A
près Balzac avec Trompe-la-mort, de Luca Francesconi, et en
attendant en 2021 Claudel avec Le Soulier
de satin, de Marc-André Dalbavie, Stéphane Lissner poursuit sa politique de
commandes de nouveaux opéras au livret tiré de grands auteurs français. Cette fois, c’est Racine que Michael Jarrell a
mis en musique pour Bérénice, créé au
Palais Garnier. De cette tragédie sans action, le compositeur suisse a tiré une
succession de dialogues psychologiques
où Titus et Bérénice sont secondés ou
contredits par un acolyte, Paulin pour le
premier, Phénice pour la seconde, le
triangle amoureux étant complété par
l’amant éconduit Antiochus et son confident Arsace.
Une heure et demie sans entracte d’un
huis clos qui n’atteint malheureusement
force poétique et impact émotionnel que
dans la dernière séquence, lorsque le
compositeur ose enfin parler son propre
langage fait de raffinement des couleurs
et de beauté des sonorités. Jusque-là, il
s’est laissé prendre au piège d’un texte
envahissant quoique fortement concentré, déclamé de manière constamment
surtendue et hystérique au point de devenir lassant. « J’ai un rapport complexe
à la langue française quand elle est chantée », déclare Jarrell. On craint que ce ne
soit pas cette fois qu’il en a trouvé la clé.
L’écriture vocale est d’autant plus prévisible qu’elle est faite sur mesure pour les
interprètes, sollicitant sans surprise le
suraigu stratosphérique de la soprano
Barbara Hannigan et le cri plaintif du baryton Bo Skovhus. À l’orchestre, on retrouve ces à-plats de cordes et coups de
boutoir de percussions qui sont aussi devenus des conventions de l’époque, installant une monotonie contraire au principe de contraste qui régit un opéra
réussi. Le rapport du compositeur à la
forme dramatique nous avait paru autrement libre dans Cassandre ou Galilée, les
Triste « Bérénice »
OPÉRA
Le compositeur
suisse Michael Jarrell
adapte la tragédie
de Racine.
Une œuvre trop
impersonnelle et
statique pour séduire.
plus marquantes de ses précédentes tentatives.
Résultat : on peine à retrouver la signature si singulière de l’écriture de Michael Jarrell. À l’aveugle, on aurait presque pu le confondre avec Dusapin ou
Saariaho, comme si l’opéra avait un effet
nivelant sur des musiciens à l’univers
pourtant très spécifique.
Une impression de répétitivité
C’est encore dans les interludes, dans les
interventions enregistrées du chœur et
de l’électronique et dans les quelques incursions dans le parlé-chanté que Jarrell
est le moins impersonnel. Cette impression générale de répétitivité est en partie
La mise en scène raffinée
de Claus Guth s’inscrit
dans un intérieur
bourgeois divisé
en trois pièces.
compensée par le spectacle extrêmement
raffiné réalisé par le metteur en scène
Claus Guth, le décorateur Christian Schmidt et l’éclairagiste Fabrice Kebour.
Dans un intérieur bourgeois divisé en
trois pièces, Titus et Bérénice se retrouvent dans celle du milieu pour s’attirer et
se repousser, selon une direction d’acteurs chargée d’une grande intensité
corporelle. Quelques projections vidéo
constituent une échappée hors de ce
monde fermé. Une fois de plus à l’Opéra
de Paris, le plus grand soin a été accordé
à la création, avec pour la première fois la
présence dans la fosse du directeur musical Philippe Jordan pour défendre un
opéra contemporain : geste fort. Le chef
MONIKA RITTERSHAUS/OPÉRA NATIONAL DE PARIS
CHRISTIAN MERLIN
cmerlin@lefigaro.fr
s’est mis au service de la partition avec
beaucoup de concentration et d’humilité, soucieux de laisser s’exprimer des
chanteurs mis à l’épreuve par une écriture hérissée. Barbara Hannigan et Bo Skovhus sont ces fascinantes bêtes de scène
qui donnent à leur tâche vocale parfois
ingrate une intensité dramatique maximale, tandis que le baryton Ivan Ludlow,
le ténor Julien Behr, la basse Alastair Miles et la comédienne Rina Schenfeld,
avec ses belles interventions parlées en
hébreu, complètent un ensemble formidablement travaillé, au service d’une
œuvre malheureusement bien statique. ■
Palais Garnier, jusqu’au 17 octobre
(www.operadeparis.fr)
Honneur à Chauveau-Lagarde, l’avocat de Marie-Antoinette
LES ARTS
Adrien Goetz
C
e n’est plus guère qu’un
nom de rue. Qui se souvient de l’avocat Claude
François Chauveau-Lagarde (1756-1841) ? Lui
rendre hommage à la Chapelle expiatoire, square Louis-XVI, à
l’emplacement du cimetière où
furent jetés les cadavres de six
cents guillotinés, c’est rappeler
son souvenir au-dessus des restes
de plusieurs personnalités qu’il a
défendues : Charlotte Corday,
Manon Roland, Jeanne du Barry…
Commis d’office lors du procès de
Marie-Antoinette devant le Tribunal révolutionnaire, le 14 octobre 1793, il la rencontre la veille de
la comparution, rédige une plaidoirie dans la nuit. Elle monte à
l’échafaud le 16. L’année dernière,
gravures, manuscrits très émouvants témoignent d’une carrière
qui se confond avec la période la
plus tourmentée de l’histoire de
France. La Chapelle expiatoire,
étrange monument qui ressemble
à une villa de Palladio un peu tardive égarée à côté de la gare SaintLazare, a longtemps été un lieu sépulcral et abandonné. Cette
construction poétique, si mystérieuse, fit l’objet de 22 projets ou
tentatives de destruction, notamment à l’époque de la Commune.
Elle résiste à tout - peut-être simplement, parce que l’édifice dessiné par Léonard Fontaine est d’une
grande beauté. Son actuel administrateur, Aymeric Peniguet de
Stoutz, a prouvé qu’on pouvait y
organiser des conférences à succès et la faire vivre. Il a invité
Évelyne Lever et Jean-Clément
Martin pour faire entendre toutes
les voix des historiens de la période révolutionnaire. Il y montrera
lors de la nuit blanche du 6 octobre un artiste contemporain venu
le conservateur du Musée du barreau de Paris, Me Emmanuel Pierrat, a acquis en vente publique le
seul portrait connu de cet avocat
de légende, dû à Césarine DavinMirvault. Ce fut l’occasion d’une
recherche d’archives qui permit
de faire quelques découvertes :
spécialiste des causes souverainement désespérées, Chauveau eut
ainsi à s’occuper des intérêts de
l’impératrice Joséphine lors de
son divorce d’avec Napoléon
– elle s’en sortit au mieux. Incarnation du grand défenseur moderne attaché aux droits des accusés, cet homme de belle prestance
présida l’ordre des avocats sous la
Restauration. Son dernier coup
d’éclat politique fut de plaider
pour Bissette, Fabien fils et Volny,
condamnés aux galères à perpétuité pour s’être élevés contre
l’esclavage en Martinique, en
1826. Cet homme d’honneur n’a
pas laissé de Mémoires, malgré
quelques notes encore inédites rédigées dans ce but. Documents,
Portrait de Claude François
Chauveau-Lagarde (non daté),
Césarine Davin-Mirvault.
MUSÉE DU BARREAU DE PARIS
DANSE « Gravité », créé à la Biennale de Lyon, propose une étude de style rondement menée.
ARIANE BAVELIER £@arianebavelier
ENVOYÉE SPÉCIALE À LYON
I
l attaque. Angelin Preljocaj chorégraphie comme d’autres bûcheronnent. Avec une énergie et
une détermination qui sont devenues sa signature. Il cherche.
À côté des grandes pièces narratives,
il signe des pièces d’expérimentation.
Qui dérangent, qui peuvent sembler
bancales, mais qui testent la résistance des danseurs comme celle des
spectateurs.
Gravité est entre les deux. Elle se
présente comme une recherche abstraite, mais c’est une œuvre grand public. « Depuis des années, les questions
de poids, d’espace, de vitesse et de mas-
Précis et inspiré
Et de dresser plusieurs champs musicaux qui courent de Xenakis à Daft
Punk, Bach ou Chostakovitch. Et de
demander à Éric Soyer de dessiner
des espaces de lumière, formes géométriques aussi nettes que des
champs opératoires où le chorégraphe place les danseurs. Et de travailler sur une gestuelle qui
manœuvre les corps comme des
contrepoids et en détaille le fonctionnement si besoin dans des ralentis.
L’étude est précise et inspirée. Un
corps possède en lui-même ses propres contrepoids. Il les démultiplie
dans l’interaction avec ses partenaires.
Homme ou femme, en tournant ou en
ligne, en duo ou en ensembles, l’effet
n’est pas le même. Les corps n’ont pas
toujours besoin de se toucher pour détailler la gravité. Elle se propage comme une onde, taillant les silhouettes
selon une fantaisie qui ne doit rien au
hasard. La vitesse ajoute à l’élévation
et à la dérive. Avec sa science et son
goût de l’écriture dans l’espace, Angelin Preljocaj change de modèle et dessine des chorégraphies spectaculaires.
Les musiques accusent le trait. Les
corps se plient, rebondissent, se
vrillent, se coulent contre elles. Les
culottes et bodys blancs - et parfois
Cet homme d’honneur
n’a pas laissé
de Mémoires
pas été simple d’en trouver. À la
fin du panneau de remerciements,
on relève parmi les courageuses
marques qui ont financé « Chauveau-Lagarde » la vodka Veuve
Capet. Distillée à Reims, ville des
sacres, cette boisson française
semble désignée d’office pour un
dernier verre – celui qu’on n’envisage qu’avec une certaine modération. ■
Chapelle expiatoire (Paris VIIIe),
exposition dossier « ChauveauLagarde, avocat de Marie-Antoinette.
Un défenseur au tribunal
révolutionnaire », 0
jusqu’au 16 octobre.
EN BREF
Angelin Preljocaj, maître de l’espace
se ont traversé de façon intuitive ma recherche chorégraphique », dit celui qui
a travaillé à la manière de Lifar signant
Suite en blanc ou Harald Lander, Études, ballets manifestes qui font le tour
d’un vocabulaire.
du street art, le Diamantaire, qui
projettera des formes géométriques inspirées par les pavements
de marbre. Le dossier consacré à
Chauveau-Lagarde prouve qu’il
est possible d’y faire aussi des expositions intéressantes. Il faut
pour cela des mécènes. Sur un sujet si méconnu, il n’a sans doute
noirs - d’Igor Chapurin cisèlent la démonstration qui ouvre sur le Boléro de
Ravel. Ce ballet cent fois écrit clôt la
pièce d’une manière inédite. Bras qui
battent, corps qui se dressent et se
couchent, rythmant un mouvement
circulaire. La gravité se transmet,
comme on se passe un témoin, en se
touchant simplement la main.
La pièce, écrite pour treize danseurs,
est belle. Presque un peu trop parfaite
et sage. Une démonstration. Passent
deux filles casquées à la Daft Punk,
portées par leur partenaire. L’embardée n’est pas loin. Preljocaj y résiste.
Dommage : le plus poétique, chez ce
chorégraphe, sont ses coups de folie. ■
À Aix-en-Provence (13) du 3 au 6 octobre,
Mâcon (71) le 16 octobre, Théâtre de
Chaillot (Paris XVIe) du 7 au 22 février, etc.
La 17e Fête du cinéma
d’animation
Dès aujourd’hui et jusqu’au
31 octobre, 1 000 événements
(projections, rencontres,
expositions…) sont proposés
en France et dans le monde
pour célébrer la 17e édition
de la Fête du cinéma
d’animation. (www.fetecinema-animation.fr).
« Les Oiseaux de passage »
primé au festival de Biarritz
Présenté à la Quinzaine
des réalisateurs, à Cannes,
Pájaros de verano (Les Oiseaux
de passage) de Cristina Gallego
et Ciro Guerra a reçu hier
l’Abrazo du meilleur longmétrage au 27e festival Biarritz
Amérique latine. Il est
doté de 7 000 euros pour
la distribution du film en France.
A
CHRONIQUE Une petite exposition
révèle la personnalité du défenseur
de la reine et des causes perdues.
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lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
STYLE
PrintempsÉté 2019
36
Elie Saab
Balenciaga
Celine
Altuzarra
Ça balance pas mal à Paris
COLLECTIONS Présenté vendredi soir, le nouveau Celine d’Hedi Slimane a nourri le débat pendant les shows comme
tout le week-end, également marqué par les défilés mémorables de Balenciaga et d’Hermès. Cent pour cent français !
T
A
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
out le week-end, dans la
queue des défilés, aux terrasses des cafés de n’importe quel quartier, Paris ne
semble parler que de Celine. Ça débat
entre fans et détracteurs, ça dépasse la
simple affirmation de « j’aime » ou « je
n’aime pas », comme si ce show bipolarisait toute une industrie sommée de
choisir entre « Hedi » et « Phoebe ».
Pour ceux qui auraient manqué le début, il faut revenir à vendredi soir, place
des Invalides, dans un genre d’immense
pavillon japonais (qu’aucun Parisien n’a
pu rater !) voulu par Hedi Slimane pour
révéler la nouvelle ère Celine. « Pourquoi renoncerais-je à ce qui me définit ?
Devenir quelqu’un d’autre au prétexte
que ce que j’ai fait par le passé a été digéré, ou imité ? » disait-il au Figaro le
25 septembre dernier, lors de la seule
interview qu’il ait donnée depuis son
arrivée à la tête de la griffe de LVMH. Il
suffit de décrire les deux premiers
mannequins pour répondre à cette interrogation : une demoiselle à la moue
adolescente, bibi à voilette sur la tête,
en robe courte de taffetas noir à pois
blancs dont les volumes cocon indiquent une signature couture ; un garçon, à la coupe au bol et au corps filiforme, en costume alluré à la précision
tailleur, chemise rayée et cravate slim à
la Jacno. Clairement, le designer, aussi
brillant que clivant, a repris le fil où il
l’avait laissé, cultivant ses obsessions
- la jeunesse et la musique. Sauf que la
dernière fois, ces silhouettes slimanesques foulaient le podium d’une autre
marque, Saint Laurent. C’est là, la première matière à débat. A-t-il le droit de
reprendre cette même esthétique, voire
ces mêmes looks, pour les rapatrier
chez Celine ? Cependant peut-on reprocher à un créateur de rester fidèle à
son style ? Certains regrettent que
Slimane fasse du Slimane plutôt que se
mettre au service de Celine, ou plutôt
de Céline sous l’ère Phoebe Philo
(2008-2017). Mais à l’époque a-t-on reproché à Philo de balayer le Céline qui
lui avait préexisté, cette bourgeoise à la
peau bronzée et à la ceinture en métal
doré ? Quelques voix pensent trouver la
solution en expliquant que LVMH aurait
dû créer une nouvelle marque pour sa
star. Mais franchement, imagine-t-on
Hedi Slimane dans le rôle du « jeune
créateur » ? À 50 ans, on ne joue plus
dans un garage avec son groupe de
rock, on dirige la maison de disques !
N’empêche que la question restant en
suspens est de savoir si Hedi peut encore galvaniser la rue et la jeunesse comme il l’a fait dans les années 2000 chez
Dior Homme, puis plus récemment
chez Saint Laurent (2012-2016) ? Sachant que, depuis deux ans, la rue s’est
convertie aux lignes molles du
streetwear, cet homme Celine en remettant le costume, comme l’église, au
milieu du village, ouvre-t-il une nouvelle page ? Avec, en ligne de mire, un
pantalon droit, moins « slim »
qu’autrefois, parfaitement coupé, à
pinces, en flanelle rayures banquier.
Colonne vertébrale de son homme, ce
pantalon deale avec tous les archétypes
(et plus encore) du vestiaire : la veste, le
trench, le blouson damassé lamé, le
teddy de sequins disco, le manteau
panthère, le perf à emmanchures aileron, le ciré entièrement couvert de
paillettes goudron… Dans leur dos sont
brodées des onomatopées de comics,
des « Zzhaa », des « Klak », des « Kabloosh » de la littérature pour ados, qui
sont en fait le travail de l’artiste suisseaméricain Christian Marclay. Deux
heures après le show, la maison communiquait sur le fait que tous ces vête-
ments seraient également proposés à la
vente pour les femmes. Ceux qui pensaient que Slimane s’était contenté
d’offrir, à la gent féminine, des « robes
à danser » avec leurs bustiers, leurs volants, leurs encolures échancrées et
leurs broderies à la main (les premiers
modèles haute couture réalisés dans les
ateliers Celine !), en sont pour leurs
frais. La femme Celine est un homme
comme les autres, rappelant le temps
béni où les clientes s’achetaient les vestes Dior Homme en petite taille… À la
fin, ce sont les ventes des collections qui
diront si le public adhère. Il est aussi
possible que, pour sa deuxième saison,
en février 2019, il change perceptiblement de style comme il l’avait fait entre
ses deux premiers shows chez Saint
Laurent. On ne serait en tout cas pas
étonné que ces spéculations, ces retournements de vestes et ces échanges
animés amusent fortement l’intéressé.
Reste que derrière ce débat se révèle
un autre phénomène qui n’a rien à voir
avec Slimane : le vide immense laissé
par Phoebe Philo depuis son départ. Sur
les défilés, des dizaines et des dizaines
de femmes, journalistes, clientes, acheteuses ont sorti leurs tenues et leurs accessoires « Céline ». On se rue dans les
boutiques de la marque, où demeurent
encore quelques pièces de la dernière
collection de Phoebe. La rumeur circule
que les chiffres de vente n’auraient jamais été aussi élevés. On ne sait où la
Britannique est actuellement et quels
sont ses projets, mais elle n’ignore certainement pas la ferveur qu’elle suscite
durant cette Fashion Week.
Chez Comme des Garçons, la voix abrasive de Tom Waits parle de « quelque
part où il y a un endroit pour nous, un endroit de paix, de calme, à l’air libre »
(Somewhere). Un parterre trié sur le volet se serre dans la boîte minuscule installée dans l’immensité des Beaux-Arts.
Les mannequins aux cheveux blancs, au
regard triste ou exalté, au ventre proéminent, avancent lentement dans leurs
manteaux jacquard lacérés comme une
métaphore de la césarienne. Des excroissances s’échappent des pans d’un
sublime manteau tuxedo, de robes en
laine torsadée comme des tenugui,
d’une veste en patchwork de princede-galles gratté… Évoquant les paniers
des robes à la française et les faux-culs
du XVIIIe siècle, ces protubérances sont
imprimées de tatouages ou de coupures
de presse - revient sans cesse le titre
d’un article d’une reporter de guerre
des années 1930, « Only the shells
whine » (« Seules les carapaces pleurent »). Des bagnards camouflent leurs
chaînes sous le voile d’une combinaison. On retrouve le travail sur le corps
et le vêtement de la saison culte de Rei
Kawakubo en 1997, « Lumps &
Bumps ». Mais il y a aussi, ici, une idée
de gestation, d’enfermement, d’aliénation. Dans un mail envoyé aux invités
par Adrian Joffe, le partenaire de la
créatrice, celle-ci revient sur sa façon
de penser les défilés de ces dix dernières
saisons : « Je sentais que cette approche
n’était plus nouvelle et je cherchais ce
qu’il y avait à faire ensuite. Mais je n’ai
pas trouvé. Puis j’ai fini par penser à une
approche profondément interne (…) de ce
qui se trouve au fond de moi. » Plus
qu’une thérapie, c’est un don de soi. Un
moment suspendu dans ce week-end
hystérique.
C’est la deuxième fois, cette semaine,
que la caravane de la mode pousse jusqu’à l’Hippodrome de Longchamp rouvert le printemps dernier aux turfistes
après deux ans de travaux. Quand Dior
y posait, en ouverture de la Fashion
Week, sa structure sans lien avec les
Créateurs purs et durs
FRÉDÉRIC MARTIN-BERNARD
fmartinbernard@lefigaro.fr
Vendredi soir, juste avant le premier
défilé tant attendu d’Hedi Slimane pour
Celine, Yohji Yamamoto présente sa
collection. Un challenge pas facile pour
un des deux stylistes historiques de la
Fashion Week parisienne (avec sa compatriote Rei Kawakubo, il s’y produit en
nom propre depuis 1982). Mais le Japonais s’en accommode en suivant sa passion, créer toujours et encore. Inventer,
c’est sa raison d’être, le but de son métier, avec des hauts et des bas, des saisons surprenantes et d’autres plus calmes. L’été prochain est intitulé Love
Song. Yohji Yamamoto est un grand séducteur, éternel coureur de jupons.
Cette collection laisse voir la peau. Les
revers de vestes oversized sont creusés à
l’infini. Des drapés dégagent une épaule, dévoilent le creux des reins, s’enroulent à la taille. Après ces looks d’une infinie sensualité, le designer recourt à des
grands zips, évidements et autres fentes
instaurant une tension plus crue, avant
qu’une poignée de tee-shirts blancs
drapés, aussi simples que parfaits, viennent en guise de finale.
Olivier Theyskens a une assistance
acquise à son style. De là à ressasser
des succès, ce n’est pas le genre des
Belges. Son esprit boudoir, ses références à la corseterie s’entrechoquent
aujourd’hui avec des cuirs à l’aspect
vinyle, de grandes photos des poupées
de Hans Bellmer reproduites en transfert all over, des satins noirs imprimés
de marguerites et des velours ombrés
dans un esprit tye & die. La silhouette
est étirée, délicate et dure à la fois,
contrariée par des accidents, des
fronces, des coulisses, des nœuds qui
renforcent son propos ultraféminin.
Choc des générations, des cultures, des
classes, la collection Lutz Huelle mixe
des grands classiques bourgeois – le
trench, la jupe plissée, la robe de cocktail… - avec des vêtements plus communs comme le bomber ou le sweat-
shirt en molleton. La ligne des blousons
en denim est chamboulée par une insertion de dentelle à la taille. Des têtes
de manche forme gigot viennent se
greffer sur des coupes plus strictes. Le
propos n’est pas nouveau, mais l’exercice demeure abouti. Au finale, l’Allemand basé à Paris se présente avec un
tee-shirt à message « First and Last
and Always » que l’on pourrait traduire par « toujours et encore », résumant
bien sa passion pour son métier.
Il y a cette même idée de rencontres
improbables de style dans l’opus de
Junya Watanabe. Une aisance financière en plus – ce designer est adossé à la
maison Comme des Garçons -, il fusionne l’univers du jean avec celui de la
danse, sans aller jusqu’à éditer des pièces parfaitement commerciales. Des
pantalons à cinq poches de seconde
main, délavés, leurs détails arrachés,
sont assemblés pour former des demirobes gonflées par des jupons de tulle
proches de la sculpture vivante. L’exercice est décliné dans des toiles plus ou
moins usées, travaillées en patchwork
sur des formes fourreau surprenantes
chez ce Nippon.
Le label Noir Kei Ninomiya fait également partie des protégés de Comme
des Garçons. Les débuts de cet autre
poulain sont plus récents mais, déjà, il
collabore avec Moncler sur le projet
Genius pour cet automne-hiver. Selon
lui, tout part des tissus, généralement
synthétiques, qu’il débite en lamelles,
en carrés ou en disques, avant de
maintenir tous ces petits morceaux par
des fils afin de former des volumes ondoyants. À ses silhouettes poétiques et
spectaculaires – jusqu’aux coiffures
comme des aigrettes de pissenlit -, il
ajoute des pièces plus sobres et plus
portables – perfecto, pantalon, chemise -, qui reflètent tout autant son talent
pour la coupe.
Stoppé dans son élan chez Berluti,
Haider Ackermann revient à 100 % dans
la maison qui porte son nom et signe une
collection mixte d’une classe folle. La
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
lundi 1er octobre 2018
STYLE
37
La rue est à Sonia
ALESSANDRO LUCIONI ; FILIPPO FIOR, DANIELE OBERRAUCH/IMAXTREE.COM
S
Hermès
Cédric Charlier
amedi soir, Paris rive gauche.
En lieu et place du marché bio
du boulevard Raspail, une foule
de Parisiens se presse derrière
les barrières dressées pour l’occasion.
Anne Hidalgo et Nathalie Rykiel
s’apprêtent à lever le voile sur la plaque
« allée Sonia-Rykiel » baptisant ainsi le
terre-plein central. « C’est une première
mondiale ! s’enthousiasme Jean-Marc
Loubier, PDG. Jamais aucun créateur
n’a eu une rue à son nom. » Pas même
Coco Chanel ou Christian Dior. Très
émue, la fille de la rousse incendiaire,
disparue en 2016, lui rend hommage :
« En 1968, tu feras tout ce que tu
voudras et ça plaira, ça marchera.
Tu décides d’enlever les ourlets,
de mettre les coutures à l’envers,
de plébisciter les jupes-culottes, les sacs
en bandoulière, les mains dans les
poches, pour que les femmes se sentent
libres, d’exister, de courir, de partir […] ce
qui coïncide avec la vie qu’elles veulent
vivre désormais. Tu deviens l’époque. »
Pour l’occasion, la directrice artistique,
Julie de Libran - Germanopratine, elle
aussi -, dévoile son printemps-été 2019
aux yeux des passants. Une collection
100 % Rykiel, avec ses robes marcel
en maille, ses larges rayures bayadères,
ses trench-coats trop grands comme
on aime et ses vestes à la carrure
généreuse. En prime, les bâches
des stands, sous lesquelles sont installés
les invités, du marché seront taillées
en cabas !
É. F.
Haider Ackermann
Merci pour ces moments
main s’est allégée. Les volumes, les superpositions ont été simplifiés. À la lumière du jour, les premières silhouettes
apparaissent nettes dans un halo de fumigènes comme sorties de la brume. Des
décorations perforées au laser soulignent
un ourlet, une manche. Quelques motifs
soleil en jacquard doré viennent rythmer
ce vestiaire cousu de vestes, de pantalons
et de chemises sobres, chics et impeccables.
Français de New York, Joseph Altuzarra
défile pour la troisième saison à Paris,
un exercice qui lui réussit. Sa collection
griffée Altuzarra conserve une humeur
solaire, légère, ultraféminine, tout en
gagnant en diversité. Des imprimés
fleurs et des madras dans des coloris
fruités, du nubuck travaillé en patchwork ou des mailles crochetées s’enchaînent dans ce dressing constitué de
pièces à superposer les unes, les autres,
à l’aide de liens formant des petits
nœuds. Sa signature, gimmick de ses
débuts dont il se détache à mesure que
son style gagne en maturité. ■
« Fashion moment » justement chez
Balenciaga. Pour la deuxième saison,
Demna Gvasalia a mené le ballet des
Mercedes noires, dimanche matin, à
Saint-Denis, cette fois dans un entrepôt
de la Cité du cinéma. L’assistance pénètre dans un tunnel de LED plongé dans
le noir. Avant que le défilé ne commence, les écrans projettent des couleurs
comme de la lave, des formes digitales
qui mettent le spectateur en immersion.
La sensation est extraordinaire. Quand
les premiers mannequins s’avancent, la
vidéo intitulée The Ride Never Ends de
l’artiste Jon Rafman évolue, suit ou devance, et donne une nouvelle dimension au vêtement. « Je voulais que le public vive l’expérience d’être dans la
pensée digitale de quelqu’un, expliquait
M. Gvasalia à l’issue du show. J’ai rencontré Jon cette année, et nous avons décidé de ce projet fou et inédit. Désormais,
je connais tout sur les courbes et les LED
(rires). Si on ne touche pas les gens, je ne
vois pas l’intérêt de faire un défilé. La
technologie est tellement présente
aujourd’hui, que j’avais envie de transporter le spectateur dans une autre réalité et que ce voyage demeure imprégné
dans sa pensée. » La collection n’est pas
en reste, reprenant des éléments des
saisons passées, en ne cessant de les
améliorer - « Ma définition de la signature Balenciaga : faire évoluer des idées
permanentes de son vestiaire ». Il pousse
sa silhouette plus loin, par des épaules
carrées et rigides pastichant les années
1980 avant de totalement les effacer, de
supprimer même le « haut » avec des
vestes intégrant la chemise. « Singulariser la confection et inclure l’idée de
confort, c’est le secret pour habiller les
nouvelles générations », avance le directeur artistique qui ne cesse d’influencer la rue et le marché. Le geste
tailleur se double d’un procédé d’impression 3D déjà éprouvé sur l’hiver ; le
geste couture est réactualisé par des
matières inattendues, des velours, des
tissus techniques aux accents (et aux
imprimés) vintage. Des jupes à quilles
en taffetas, des qipaos à motifs foulard,
des chemises de soie drapées traduisent
son idée du glamour et de l’élégance en
2018 : « Si ces mots paraissent tabous
aujourd’hui, je crois qu’il faut se les
réapproprier avec les codes du monde
actuel pour les rendre accessibles. » ■
La magie opère tout autant au garage
Amelot, où des skateurs en robe chemise et mules, des haltérophiles
chaussés de boots disco perchés sur
des trottinettes et des étudiants en
arts appliqués peuplent le décor du
show d’Andreas Kronthaler pour
Vivienne Westwood. L’Anglaise a
une longueur d’avance, rappelons
qu’avant l’emballement de la mode
pour les causes écologiques, elle armait ses mannequins de pancartes
activistes et militait contre le gaspillage de la fast fashion. Rappelons
également que les Pirate Boots (vues
chez Loewe, il y a quelques jours)
sont sa création. Que les garçons trop
maquillés, en robe mais poils aux
jambes qui s’invitent sur les podiums
féminins, c’est elle aussi. Les robes
bénitiers de courtisane et les Dirndls
tyroliens délacés, les corsets au cordeau et les faux culs, les tee-shirts à
messages politiques : encore elle.
Ajoutez à ça une capsule cosignée
avec Riccardo Tisci pour Burberry en
vente en décembre… Jamais lady
Westwood n’aura autant fait l’actualité. Great !
Chez Elie Saab, l’imprimé est roi
- zoomé, étiré, démultiplié et, surtout, porté en all over. Les femmes en
léopard emboîtent le pas des femmes
en fleurs, de la pointe des cuissardes
au foulard. Le couturier ne lésine pas
non plus sur les accessoires : ceintures de cuir, lunettes dorées, sacs
cloutés, bijoux précieux, rien n’est
trop beau pour faire rayonner ses
modèles. Les hôtes d’accueil, visiblement impressionnés, n’en perdent pas une miette et, dans l’assem-
Rendez-vous est donné dimanche, à
10 heures, pour le défilé Paul & Joe. Si
l’équipe ne cache pas sa déception de
ne plus clore la Fashion Week (habituellement après Louis Vuitton, le
mardi soir), ce nouveau créneau matinal convient bien à la mode légère
de Sophie Mechaly. Les mannequins
traversent le jardin et entrent par la
grande porte de la Maison de la
chimie, dans des robes tee-shirts de
satin rose poudre, des cotonnades de
plein été, des sweat-shirts sous acide
imprimés d’une tête de chaton (la
marque de fabrique de la griffe) et
des parkas hyperlégères.
Les filles de Zadig & Voltaire sortent
à la nuit tombée. Revenue de New
York où elle avait pris ses habitudes,
la directrice artistique Cecilia Bönström défile hors calendrier. Les vêtements qui ont fait les beaux jours
de la marque sont là : pull tunisien en
cachemire fin, shorts en jean frangé,
jogging en cuir seconde peau et un
super blouson eighties en denim.
Leur succès en boutique ne fait
aucun doute. Mais dans l’exercice du
show, les mannequins à la peau huilée surjouent la carte du sexy dans
leurs baskets à talons.
Des nains de jardin en jupe à bretelles (apparus, il y a quelques mois, sur
son défilé homme), des cabines de
plage en bois peint, des seaux en
plastique remplis de fleurs coupées et
des palmiers semblables à de gigantesques pinatas plantés dans du sable
blanc - voilà pour la scénographie du
show de Thom Browne. Et aussi
California Dreamin’ en bande-son.
L’Américain, dont les présentations
s’apparentent plus à des spectacles
fous qu’à de traditionnels défilés,
travaille pour ce printemps-été le
lexique de l’océan, avec ses crabes
(peints sur des bottines de Mary
Poppins), ses baleines (brodées sur
des blazers couture), ses pinces de
homard (des gants), ses bateaux, ses
étoiles de mer… Il y a même une sirène en tailleur jupe de paillettes dorées dégoulinant sur plusieurs épaisseurs de tulle, et des vestes de clown,
extra. Un moment de mode. ■
+ @ SUR LE WEB
» Retrouvez tous les défilés en images
www.lefigaro.fr/madame
FILIPPO FIOR/IMAXTREE.COM
voir un Hermès qui, certes, cultive sa
différence, mais joue le jeu des shows,
puisant dans cette énergie autorégénérante. Dans Slow Fashion, il y a
Fashion.
Cédric Charlier est (enfin !) de retour
chez nous après quelques saisons à
New York et à Milan. « C’est ici que
les choses se passent, en tout cas pour
moi, confie-t-il backstage. Cela fait
du bien de revenir à Paris. » Invité
par l’ambassadeur de Belgique, le
Wallon défile en plein air, dans la
cour carrée de sa résidence, à la
Madeleine. Le moment est charmant, et la collection fraîche et délicate. Tombé en amour pour le Musée
d’archéologie de Naples et ses sculptures, le designer redonne vie aux
éphèbes et aux odalisques alanguies
au dos de chemisettes liquides, travaille les jacquards opulents en pantalons bien balancés, réinterprète les
volumes blousants des corsages de
coton de la Renaissance. Le tailoring
est divin, avec ces costumes masculins rabattus façon pantalon
thaïlandais.
blée, les clientes ont les yeux qui
brillent quand déboulent les fourreaux du soir, entièrement cousus de
sequins. Un spectacle en soi !
En direct
du backstage
Nous avons demandé à Val Garland,
la célèbre maquilleuse anglaise
nommée directrice artistique
de L’Oréal Paris l’an dernier, de nous
inviter en coulisses du défilé
événement organisé par la marque
de beauté, dimanche sur une péniche.
Quelle était son inspiration ? « Une
seule chose m’inspire : les visages
que je vais avoir entre les mains !
Vous savez, chez L’Oréal Paris
particulièrement, chaque fille mérite
son propre style, sa mise en beauté
sur mesure. Je ne réalise donc jamais
le même maquillage. Certaines
porteront de l’eye-liner, d’autres une
bouche rouge - toujours, des looks
naturels, que les femmes peuvent
s’approprier et que l’on peut trouver
dans la rue. » MARIE-GABRIELLE GRAFFIN
A
courses hippiques, Hermès installe ses
invités sur les incroyables tribunes
conçues par Dominique Perrault. Qui
dit Hermès, dit chevaux ? Ce serait trop
simple ! La marque dresse, sur le champ
de courses, une installation land art de
miroirs ; au pied des tribunes, une piste
de sable ratissée qu’empruntent « des
grandes navigatrices, des exploratrices,
explique Nadège Vanhee-Cybulski au
sujet de ses femmes du printemps-été
2019, qui poussent les frontières, explorent de nouveaux territoires. » Si la directrice artistique n’est, elle, pas en terra incognita avec cette collection où le
sellier rencontre le « sailor », le tablier
de palefrenier, les mousquetons de
moussaillons, elle expérimente une
main nouvelle, plus naturelle pour « ce
cuir à la fois robuste, simplifié et léger ».
Sa vareuse transformée en robe, son
ciré en cuir noir surpiqué, sa jupe en
nappa crème et débardeur zippé de
plongée, son blouson en Barenia, sans
céder gratuitement à la tendance, embrassent pour la première fois le
Zeitgeist. Une belle surprise. Alors que
paradoxalement
Vanhee-Cybulski
évoque l’horizon, le large, elle arrime sa
femme dans une réalité, celle de la
mode notamment. Ça fait du bien de
ÉMILIE FAURE efaure@lefigaro.fr
MARIE-GABRIELLE GRAFFIN
sur les réseaux sociaux durant
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lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
38
HIGH-TECH
Alexa à tous
les étages
D
DIDIER SANZ
£@sanzdidier
ENVOYÉ SPÉCIAL À SEATTLE
ans la cuisine, en voiture, dans le jardin ou au salon… l’assistant personnel, qui répond aux
questions qu’on lui pose oralement et
qui exécute des commandes vocales,
est bien parti pour investir toutes les
pièces de la maison. Il suffit d’énumérer les nouveaux produits équipés de
l’assistant Alexa annoncés récemment
par Amazon : une horloge murale, un
four à micro-ondes, une caméra de
surveillance, un adaptateur pour chaîne stéréo, une tablette tactile familiale, une petite enceinte nomade, un
boîtier pour la voiture, un autre pour
le téléviseur…
« Les clients veulent interagir avec
Alexa partout, dans la cuisine, au salon
ou dans leur voiture, explique Tom
Taylor, vice-président d’Amazon
chargé d’Alexa. Certains disent qu’ils
n’ont pas besoin d’enceintes connectées
mais seulement d’Alexa. Nous leur répondons en élargissant notre offre avec
différents appareils domestiques. » Pour
une majorité d’utilisateurs, la reconnaissance vocale présente de nombreux avantages : l’interaction est plus
rapide qu’avec un clavier ou un écran
tactile et ne demande aucune compétence particulière. En prime, on garde
les mains libres et on peut se livrer à
d’autres tâches pendant qu’on interroge l’assistant (cuisine, rangement, ménage, conduite, etc.).
Déjà plus de 20 000 produits du
commerce peuvent être contrôlés à
l’aide de l’assistant vocal d’Amazon :
ampoules, thermostats, verrous de
porte, prises électriques, caméras de
surveillance, etc. Mais jusqu’ici, il fallait obligatoirement s’équiper d’une
enceinte connectée pour communiquer avec l’assistant vocal : la borne
Echo d’Amazon (une centaine
d’euros), sa version miniaturisée Echo
Dot (une cinquantaine d’euros) ou
celle avec un petit écran Echo Spot
(129 euros), ou encore des modèles
d’autres marques comme Sonos ou
Lenovo. Puis l’assistant est apparu sur
des montres connectées, des écouteurs
audio, des smartphones et même des
téléviseurs. La prochaine étape sera
donc son intégration à un plus grand
nombre d’objets du quotidien. Une
étude réalisée par Business Insider
Intelligence indique que le taux
d’échec des assistants vocaux se situe
entre 5 % et 10 %. Or, estiment les
chercheurs, d’ici à 2020, avec un taux
de réussite de 95 %, la voix va s’imposer auprès du grand public.
Le soir, elle répond
« en susurrant »
Lancée en 2014 sur l’enceinte connectée Echo, Alexa a bien évolué depuis.
Cet assistant vocal comprend de plus
en plus d’instructions et s’adapte encore mieux à son utilisateur. « S’il est
tard et que les enfants sont couchés,
vous pouvez chuchoter pour lui donner
des instructions, et elle répondra en susurrant », explique Dave Limp, vice-
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À la cuisine, le four connecté (ci-dessus).
À l’extérieur, la Cloud Camera
(ci-dessous). En voiture, le boîtier
Alexa Auto (en bas).
pareil transmettre l’instruction. On
peut aussi lui demander : « Trouve-moi
une voiture pour aller à l’aéroport », et
Alexa va chercher s’il existe un abonnement à Uber puis commander directement la course.
L’assistant peut même croiser plusieurs types d’informations de façon à
améliorer ses connaissances et à répondre de manière plus pertinente. « Nous
profitons des milliards d’interactions effectuées chaque mois par des centaines de
milliers de clients, souligne Rohit Prasad,
responsable de l’intelligence artificielle
pour Alexa. Toutes les commandes mal
interprétées et corrigées par les clients
sont alors analysées et mémorisées pour
fournir les réponses les mieux adaptées. »
D’ailleurs, Alexa n’est pas toujours
obligée de faire interpréter les commandes par un serveur sur Internet. En
exécutant la reconnaissance vocale en
local, elle n’a plus besoin de transmettre
les enregistrements audio dans le cloud
et d’attendre le résultat, ce qui accélère
les instructions destinées aux objets domestiques. Une initiative qui serait appréciable si elle se développait, puisqu’elle permet accessoirement de
pouvoir utiliser les équipements même
en cas de panne de réseau. Et d’éviter
les piratages... ■
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Légende des sigles utilisés dans nos annonces : ◆ membre
F.N.A.I.M (Fédération nationale de l’immobilier) membre
S.N.P.I (Syndicat national des professionnels immobiliers)
■ Notaires ● Ventes aux enchères M.A.P : mise à prix.
d'entreprise
président d’Amazon chargé des produits et services. Elle tient compte du
contexte quand on enchaîne une série
de questions. Après lui avoir demandé :
« Va-t-il pleuvoir aujourd’hui ? », il
est possible de poursuivre en prononçant : « Et demain ? ». Alexa sait de
quoi on parle en reliant les deux phrases et répond en conséquence.
Elle peut même déduire des informations ou suggérer des idées pendant une
conversation. « Si on lui dit : “Alexa,
bonne nuit”, elle peut rétorquer : “Vous
avez laissé ouverte la porte du garage,
voulez-vous que je la ferme ? ”, explique
Dave Limp. Pourtant, dans le scénario
correspondant à cette commande, il lui
est demandé seulement d’éteindre les lumières et de verrouiller la porte d’entrée.
Mais comme elle peut surveiller tous les
équipements connectés, elle détecte que
le garage n’est pas fermé. »
Pour élargir ses capacités, Amazon
sait désormais déléguer ses fonctions.
Plus besoin de lui dire : « Alexa, demande à Roomba (le nom d’un aspirateur robot de la société iRobot) de passer l’aspirateur dans le salon », il suffit de lui
indiquer : « Alexa, passe l’aspirateur
dans le salon. » En examinant la liste
des objets connectés à sa disposition,
elle saura automatiquement à quel ap-
Décoration
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commerciaux sont des annonces émanant d’agents immobiliers
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Toutes les annonces des rubriques « appartements » sont réputées
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faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du
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LE FIGARO
TÉLÉVISION
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
De la
relativité
« Les Masterclasses »
France Culture | 20 heures | Samedi
L
U
ne longue standing-ovation
a salué, mi-septembre, la
projection au Festival de la
fiction de La Rochelle de
Jacqueline Sauvage : c’était
lui ou moi. Nul doute que le téléfilm provoquera lundi le même électrochoc sur
les spectateurs de TF1. Habitée, méconnaissable, Muriel Robin retrace le calvaire et le parcours judiciaire semé d’embûches de cette mère de famille du Loiret
qui a abattu, en septembre 2012, son
mari violent de trois balles dans le dos.
Ceci après 47 ans d’une union marquée
par les coups et les menaces. Une vie au
côté d’un tyran domestique comme il en
existe tant. Condamnée à dix ans de réclusion, alors que ses avocats plaidaient
la légitime défense, Jacqueline Sauvage
avait été graciée en décembre 2016 par le
président de la République, François
Hollande, après une immense vague de
soutien populaire.
« Ce téléfilm est une fiction militante et
citoyenne. Nous avions le devoir de réussir
au nom de toutes ces femmes battues et
des 150 qui en meurent chaque année »,
soulignait Muriel Robin à La Rochelle.
Réalisé par Yves Renier, la star du Commissaire Moulin, le téléfilm met des images fortes sur les mots « violences
conjugales », encore trop abstraits pour
ceux qui ne les subissent
pas. Dans la peau du
mari, Olivier Marchal sidère en brute épaisse,
possessive et alcoolique.
○○○¡
« On ne sort pas indemne
d’un tel tournage », pointe Muriel Robin.
« Ces scènes de violence, même si elles
sont pour la caméra, il fallait y aller. Les
genoux râpent vraiment la moquette.
Cela nous a pris dix jours pour filmer les
séquences d’abus. Lors du week-end de
pause entre les deux, on a très mal dormi », confiait la comédienne qui a rencontré Jacqueline Sauvage.
« Un récit sur le courage »
Le téléfilm rend bien l’incompréhension
et les préjugés patriarcaux des juges et
du premier avocat de Jacqueline Sauvage. Même sa codétenue ne comprend
pas, du moins au départ, son geste. « Il
faut porter cette parole. La diffusion va
peut-être pousser certains à aider des
femmes en difficulté, à comprendre qu’il
faut agir. Ce film est un récit sur le courage », appuyait d’ailleurs Alix Poisson qui
« On ne sort pas indemne d’un tel tournage. Ces scènes de violence, même si elles sont
pour la caméra, il fallait y aller », confie la comédienne qui a rencontré Jacqueline Sauvage.
joue une des deux avocates de Jacqueline
Sauvage. Basé sur l’ouvrage écrit par les
défenseurs de Jacqueline Sauvage, la fiction s’attarde aussi sur les filles du couple, violées par leur père dès l’adolescence. « Jacqueline me l’a dit. Elle ne
pouvait envisager que l’homme qu’elle
aime commette de tels actes. Cela ajoutait
à la honte », se souvient Muriel Robin.
Manifeste dans le JDD, une de Paris
Match… La comédienne profite de la diffusion de la fiction pour multiplier les
prises de parole et lever le tabou des violences conjugales. Elle appelle le gouvernement à prendre des mesures concrètes, à revoir notamment la notion de
légitime défense dans de tels cas. Porté
par la performance intense de Muriel
Robin, Jacqueline Sauvage : c’était lui ou
moi pâtit cependant de ses partis pris de
mise en scène convenus, tel ce flashback façon mièvre sur l’adolescence du
couple Marot-Sauvage. Des amoureux
au bord de l’eau, en pleine partie de pêche. Pour mieux saisir l’emprise d’un
homme tyrannique et les éléments d’un
dossier clôt il y a deux ans seulement, il
faudra poursuivre la soirée avec l’enquête qui interroge les filles de Jacqueline
Sauvage, ainsi que François Hollande.
Un documentaire qui a pour titre : Jacqueline Sauvage, victime ou coupable ? ■
Pour « Stupéfiant », le comédien a reçu Léa Salamé chez lui, en Provence.
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
P
«
our une surprise, c’en fut
une. À travers la brume,
c’était tellement étonnant
ce qu’on découvrait soudain […]. Figurez-vous
qu’elle était debout leur ville, absolument
droite. New York, c’est une ville debout. » Loin de la métropole américaine, dans le jardin de sa maison provençale, Fabrice Luchini s’est soudain saisi
de ces quelques mots de Céline dans
Voyage au bout de la nuit. Et d’emblée,
on était de l’autre côté de l’Atlantique !
C’est tout l’art du comédien, interviewé par Léa Salamé dans le magazine
MOTS CROISÉS
HORIZONTALEMENT
1. Si bien des fléaux se sont abattus durant des siècles dans nos
campagnes, ils en sont responsables. - 2. Manque de goût. - 3.
En finir avec les anglaises. - 4.
Bleu noir rimbaldien. Destinations
paradisiaques. - 5. État sans
division. - 6. Renvoi. Resta coite.
- 7. On n’en finit pas de se payer
leur tête. - 8. Camarade de Bataille. - 9. Croissance soutenue.
Filet mignon. - 10. Dans l’Aisne.
Mémoire de puce. - 11. Revoit le
sujet. - 12. Machines à haut débit.
21.00
Fabrice Luchini, le fin mot de l’histoire
Fabrice Luchini ou l’art de l’éloquence.
PROBLÈME N° 4845
PHILIPPE WARRIN/UGC/TF1
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
Par Vincent Labbé
VERTICALEMENT
1. Spécialistes de la restauration
artisanale. - 2. Abattues pour rien.
Éclat d’éclat. - 3. Poste supprimé.
Passe à Krasnoïarsk. - 4. Trait
de conversation. Un fleuve cher
à Barrès. - 5. D’une famille en
colonies. Casse-pipes. Voyelle
double. - 6. Dorme au sous-sol.
Diplôme technique. Branche
d’épinards. - 7. Ne parle pas la
bouche pleine. Elle fait onduler sa
cape sous la mer. - 8. Passe à
table. Prends à ton compte.
1
1
2
3
4
5
6
7
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4844
HORIZONTALEMENT 1. Pitchoun. - 2. Analyste. - 3. Stresser. - 4.
Sot. Turf. - 5. Exilé. Us. - 6. RI. Arcs. - 7. Icarie. - 8. Farde. Dé. - 9. Ôtée.
Reg. - 10. Rio. Lame. - 11. Molleton. - 12. Énervant.
VERTICALEMENT 1. Passériforme. - 2. Intoxication. - 3. Tarti. Aréole.
- 4. Clé. Lardé. Lr. - 5. Hystérie. Lev. - 6. Ossu. CE. Rata. - 7. Utérus.
Démon. - 8. Nerfs. Régent.
9
10
11
12
2
3
4
5
6
7
8
« Stupéfiant », qui jaillit alors à l’écran.
L’art de l’éloquence est justement le
thème de ce premier numéro de la troisième saison de l’émission culturelle.
Rentrée des clashs
« Mon métier, c’est de faire croire que la
parole, par exemple celle de Péguy, c’est
ma parole. C’est essayer de restituer l’état
dans lequel Péguy était (…) », explique le
comédien qui reprend, à partir du 15 octobre aux Bouffes parisiens, son spectacle intitulé Des écrivains parlent d’argent. Tout est complet
depuis longtemps.
Mais si l’éloquence se
met au service de la lit○○○¡
térature, elle peut aussi
BRIDGE
PROBLÈME N° 2926 :
Et l’As... Hélas ?
V6432
962
A9
ARD
O
N
S
E
AR85
ARD4
R 8 2
V9
Contrat : Sud joue 6 Piques.
Entame : 3 de pour l’As
du mort (le 2 en Est). Comment jouez-vous en match
par quatre et en tournoi par
paires ?
nourrir de douteuses rivalités entre artistes. Ainsi le triste exemple de Booba
et Kaaris est-il évoqué par Léa Salamé,
un sujet sur lequel Fabrice Luchini n’a
pas grand-chose à dire… Quant au reportage qui, en partant de la bagarre à
Orly entre les deux rappeurs revient
sur les querelles entre Rimbaud et Verlaine ou encore entre Camus et Sartre,
il ne convainc guère. Comparaison
n’est pas raison.
Ce numéro de « Stupéfiant » vaut surtout par la présence de Fabrice Luchini.
Lui qui glisse, pour
conclure, cette citation
de Nietzsche : « Nous
avons l’art afin de ne pas
mourir de la vérité. » ■
22.40
Lundi 1 octobre
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2925 :
Deux petits obstacles
Contrat : Sud joue 6 Sans-Atout.
Entame : 10 de pour votre As (le 4 en Est).
Cette donne ne comprend que deux petits obstacles que
vous allez franchir sans difficulté ! Le premier est d’éviter
l’impasse à sur Est. Sans intermédiaire, vous devez lui
préférer, dans ce contexte, l’impasse indirecte sur Ouest. Dit
autrement : si Ouest a le Roi de , votre contrat est gagné en
réussissant l’impasse indirecte ; si Est a le Roi de , votre
contrat n’est pas gagné en réussissant l’impasse directe.
Donc, vous jouez pour le Valet (sans tirer l’As, renonçant
donc à la sécurité contre le Roi sec en Est), descendez en
main à et rejouez vers la Dame (toujours sans tirer l’As).
Pourquoi cette insistance ? Admettons que vous vous tiriez
l’As de , avant de jouer pour le Valet qui tient. Vous
retournez en main pour jouer et Ouest défausse ! Est avait
R10xx à , il va faire deux levées. Une de chute. Dommage,
la Dame de était bien placée…
Ne pas tirer l’As vous permet
ARD
DV62
de garder le contrôle de la
RV2
couleur quand Est a le Roi.
652
D’ailleurs, dans ce cas, vous
10 5 2
V976
gagnerez encore si les sont 8 5
N
R 10 9 7
3-3. Et si Ouest a quatre D 10 4 3 O E 9 8 5
S
petits , il vous restera la 10 9 8 7
43
843
chance qu’il possède la Dame
A43
de (oublions le squeeze de
A
7
6
découverte…)
ARDV
A
interviewée par Nicolas Vollaire et
Damien Canivez aujourd’hui sur :
Métamorphosée, l’actrice incarne avec intensité
cette femme battue qui a fini par tuer son mari.
Un téléfilm qui espère créer une forte mobilisation
autour des victimes de violences conjugales.
RICHARD DUMAS/AGENCE VU
LE BUZZ TV
Invitée : Hélène Mannarino
39
Muriel Robin,
au nom de toutes
les « Jacqueline
Sauvage »
BIEN VU
aurent Baffie, impayable,
tel qu’en lui-même, maître
de la punchline. Il attaque
comme ça, direct, lorsqu’il
rejoint sa place sur le plateau
des « Terriens du samedi »,
cette émission qu’on ne goûte pas
forcément. Il est 19 h 30 : « Énorme
buzz la semaine dernière. Énorme !
quand Yann Moix a chié sur les flics,
on a pris 200 000 auditeurs,
mais on n’est pas encore au million.
Donc, je vais essayer, cher Thierry,
de te donner un petit coup de main
dans le même esprit que Yann.
Alors je dirai que les profs sont
tous des fainéants qui ne pensent
qu’aux vacances, c’est scandaleux ;
les infirmières ne sont jamais là
lorsqu’on les appelle ; les employés
de mairie sont des branleurs, oui,
des vrais branleurs qui peuvent
passer trente ans sans rien foutre,
et enfin, je dirai que les éboueurs
sont des ordures… Si on fait pas
le million avec ça !… » Ardisson
sans Baffie, ça serait, comme
disait Audiard, « une paella sans
coquillages, un gigot sans ail, un
escroc sans rosette : quelque chose
qui déplaît à Dieu ! »…
Pris à la volée, sur France Culture,
samedi soir, « Les Masterclasses »
de Nicolas Martin en compagnie
du physicien et philosophe Étienne
Klein. Il était question d’Albert
Einstein. On résume : il paraît que
ce qui se passait dans son esprit
était complètement indépendant
de l’endroit où se trouvait
son encéphale. Il aurait trouvé
la théorie de la relativité
« grâce à » son retard mental.
Klein : « Albert Einstein
se posait des questions d’enfant,
et ce retard mental lui aurait permis
de les résoudre avec un cerveau
d’adulte. » Quand il avait 15 ans,
il s’est demandé la chose suivante :
« Qu’est-ce que je serais si j’étais
à cheval sur un rayon lumineux ? »
On imagine la tête de sa mère.
Les questions simples demeurent
les plus compliquées. Allez donc
comprendre le génie, toutes ces
fusées d’angoisses, ces trous noirs !
lundi 1er octobre 2018
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lundi 1er octobre 2018 LE FIGARO
40 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Thérèse
Soleil : Lever 07h50 - Coucher 19h29 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 C’est Canteloup
18.45 N’oubliez pas les paroles ! Jeu.
Prés. : Nagui 20.00 20 heures 20.40
Un si grand soleil. Feuilleton
21.00
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.10 20.20 Plus belle la vie. Feuilleton 20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
Film TV. Drame
21.00
Série. Comédie
18.55 10 couples parfaits. Jeu 19.55
Nos chers voisins. Série.
MATIN
21.00 Appels d’urgence
10
50
Société. Prés. : H. Mannarino. 0h55.
Interventions à hauts risques pour le
Samu du Nord. Inédit. Les 27 médecins des urgences et du SMUR de
Valenciennes sont sur la brèche.
Film. Western
9
10
11
Fra. 2018. Réalisation : Yves Rénier.
2h00. (1 et 2/2). Inédit. Avec Muriel
Robin. Le lundi 10 septembre 2012,
Jacqueline Sauvage tue son mari de
trois balles dans le dos.
23.00 Jacqueline Sauvage, victime ou coupable ? Documentaire
0.20 New York, unité spéciale. Série.
19.50 L’info du vrai, le mag (C). Magazine 20.50 Le JT pressé (C) 20.55
Catherine et Liliane (C).
Take Two,
enquêtes en duo
EU. Saison 1. Avec Rachel Bilson,
Eddie Cibrian. 2 épisodes. Inédits.
Dylan, l’ex de Sam, s’est fait voler un
ordinateur qui contient une sex-tape
embarrassante pour eux.
22.40 Stupéfiant ! Magazine. Invité :
Fabrice Luchini 0.05 Shades of Blue :
une flic entre deux feux. Série.
19.00 Les couleurs du Maroc 19.45
Arte journal 20.05 28 minutes
20.45 50 nuances de Grecs
21.00
EU. 1976. Réal. : Clint Eastwood. 2h17.
Avec Clint Eastwood, Sandra Locke.
Pendant la guerre de Sécession, un
fermier rejoint des rebelles sudistes
afin de venger sa famille.
23.20 Soir/3 0.05 Qui sommesnous ? Doc. Société. France. 2018
1.50 Midi en France. Magazine.
18.30 La meilleure boulangerie de
France. Jeu 19.45 Le 19.45 20.25
Scènes de ménages. Série.
20.50
Série. Drame
21.00
Film. Comédie
9
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
Josey Wales
hors-la-loi
Téléréalité
10
11
8
14
Film. Comédie dramatique. EU. 1982.
Réal. : Taylor Hackford. 2h00. Avec
Richard Gere. Afin de fuir une vie
ingrate, Zack Mayo s’engage dans la
marine pour y devenir officier pilote.
10
10
11
20.55 Officier et gentleman
7
11
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40
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9
9
10
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10
9
9
10
10
21.55 Appels d’urgence. Alerte
rouge pour les pompiers du Rhône.
Jacqueline Sauvage,
c’était lui ou moi
8
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17
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50
18
APRÈS-MIDI
22.55 C dans l’air. Magazine 0.00
Avis de sorties 0.10 C à vous
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40
13
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14
16
17
Magazine. Société. 1h55. Inédit. Au
programme notamment : «Le violeur
des beaux quartiers». Le 7 juin 2003,
Sophie, 8 ans, croise le chemin d’un
violeur en série.
14
14
22.50 Crimes dans les villages lorrains
0.40 Crimes. Magazine.
16
14
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18
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14
14
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16
20.55 Crimes à Paris
14
12
13
13
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Jim Parsons. 2 épisodes.
15
16
19
21
16
22
19
23
80
20
19.05 Les maîtres de l’auto. Série
doc. Une très mauvaise affaire.
Guyane
Fra. Saison 2. Avec Olivier Rabourdin,
Mathieu Spinosi, Issaka Sawadogo,
Anne Suarez. 2 épisodes. Inédits.
Vincent négocie avec Viviane Muller et les Quinteiro afin d’exploiter
illégalement la mine.
23.00 Rendez-vous avec Kevin Razy.
Divertissement 23.25 Le fidèle Film
1.30 Gomorra. Série.
M.A.S.H.
EU. 1970. Réal. : Robert Altman. 1h50.
Avec Donald Sutherland, Elliott
Gould, Tom Skerritt, Robert Duvall.
Trois chirurgiens militaires font bloc
contre l’absurdité de la guerre et de
ses règlements.
22.45 Fool for Love Film. Comédie
dramatique 0.30 Sud. Film 1.40 Les
héritiers. Série.
L’amour est dans le pré
Prés. : Karine Le Marchand. 1h10.
Inédit. Partout en France et à La
Réunion, Raoul, Guy, Ricou, Aude
et Samuel ont mis les petits plats
dans les grands pour accueillir leurs
prétendant(e)s.
22.10 L’amour est dans le pré Téléréalité. Prés. : Karine Le Marchand
23.30 La robe de ma vie
23
T (en °c)
20.50 Wheeler Dealers France
<-10 à 0
Série doc. Découverte. Fra. 2016.
Réal. : A. Fleury et S. Magne. 1h00.
Jaguar Type E. Inédit. Gerry se lance
à la recherche d’une légende de l’industrie automobile anglaise.
19.20 Rénovation impossible. Être
rond comme… - Mi-figue mi-raisin.
19.20 Quotidien, première partie
19.40 Quotidien. Talk-show.
20.55 La petite histoire de France.
Série.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Expendables 2 :
unité spéciale
21.00 Rambo 2 : la mission
21.00 Hunger Games L’embrasement
Film. Action. EU. 2012. Réal. : Simon
West. 1h42. Avec S. Stallone. Les
Expendables font équipe pour tenter
de déjouer une menace explosive.
Film. Guerre. EU. 1985. Réal. : George
Pan Cosmatos. 1h32. Avec S. Stallone.
Un ancien soldat accepte de retourner
au Vietnam à la recherche d’Américains retenus prisonniers.
22.50 Expendables : unité spéciale.
Film 0.55 90’ enquêtes. Magazine.
22.45 Rambo. Film. Action. Avec
Sylvester Stallone.
Film. Action. EU. 2013. Réal. : Francis
Lawrence. 2h26. Avec J. Lawrence.
Katniss et Peeta sont obligés de
partir faire la Tournée de la victoire.
MOTS FLÉCHÉS N°2089
MI-BAS
SUPPORT
DE BÛCHE
DIRECTION
REPAS
À EMPORTER
MARDI
Série. Comédie. Fra. 2005. Saison 1.
Avec Alexandre Astier. Ve siècle, en
Bretagne. Le royaume de Kaamelott
s’organise autour du roi Arthur à la
recherche du saint Graal.
4/17
POISSON
ROUGE
DÉBALLÉ
RETIRÉES
DES
FILETS
RÉSERVES
D’ÉNERGIE
BON
ESPRIT
BRUIT DE
LIQUIDE
VIN
PÉTILLANT
ITALIEN
PRONOM
U
EA
V
U
O
FIXANT
AU SOL
TRÈS
LÉGERS
ÉVANGÉLISTE
COURBURE DU
SOURCIL
PÉNURIE
PRÉSENT
CANARD
SAUVAGE
POURSUIVRE AU
TRIBUNAL
MONTAGNES
RUSSES
FOYERS
DE CHEMINÉES
CACHA
DENSIMÈTRE POUR
LE CRU
JAMAIS
SANS LA
CAPE
OUTIL
POUR
FENDRE
LE BOIS
IL A
REMPLACÉ
LE MICROSILLON
A
BERCEAU
DE PAUL
VALÉRY
FIGARO_sem-40.indd 1
LIVE 24/24 SUR
et sur
présente
Volume
18
ACTINIUM
POUR LE
CHIMISTE
ENCLIN À
LA SENSUALITÉ
INDIQUE
UN LIEU
PRÉCIS
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
O P
A
B
A H E
P
I S S U E S
E N C H A S S E R
T E I N T E R
C E R A S T E
S E N S E U R
A E R O P O R T
N
S E C U R I S E
E R I E
O S S A
E D E N S
C R E P U
I N N E
I
E O L E
R E R
O B
T U T T I
I I I
L A
R U
G I R O N
C E R U L E E N
E N S
03/09/2018 11:32
6/18
10/24
14/23
CONFER
EN PETIT
POÈTE DE
LA GRÈCE
ANTIQUE
C’EST
BIEN FAIT
COURTS
COURS
9/20
ÇA FILTRE
SOUS LA
PORTE
PARCOURUS
TENTATIVE
8/20
7/21
2,99 €/appel
ÉPANOUISSEMENT
AFFAIBLIE
8/18
9/17
par téléphone :
N
FRAGILES
JEUDI
12/19
10/21
17/23
9/15
10/20
19/32
6/14
22/29
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12/18
2/17
22.30 Kaamelott. Série. Avec
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9/12
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LE FIGARO
lundi 1er octobre 2018
41
René
Pétillon
René Pétillon en train
de dessiner Jack Palmer,
son détective génialement
comique, en 2013, chez lui
à Névez (Finistère).
trait très drôle
DISPARITION Le dessinateur, auteur
de « L’Enquête corse » et collaborateur
du « Canard enchaîné », s’est éteint à 72 ans.
I
l avait pris sa retraite du Canard
quasiment au moment où on lui
avait diagnostiqué un cancer du
poumon, en juin 2017.
Depuis lors, le dessinateur
René Pétillon, créateur du calamiteux et génialement comique
détective Jack Palmer, auteur de
L’Enquête corse, se sera battu comme un
lion contre son « crabe ». Il aura même
bénéficié d’une courte période de rémission. Las, une rechute aura eu raison
de son courage alors même qu’il s’était
remis en tête de dessiner une nouvelle
aventure de Jack Palmer.
Il n’est pas exagéré de dire que le
monde de la bande dessinée est en deuil.
Dans un communiqué, les Éditions Dargaud ont fait part de « la tristesse et la
douleur de voir disparaître un ami cher.
Ce qui ne nous fait pas oublier le talent
hors du commun de ce dessinateur à l’humour irrésistible et à l’élégance rare ».
René Pétillon, grand prix d’Angoulême
en 1989, était un dessinateur apprécié de
tous, et son œuvre généreuse, vibrionnante d’intelligence et d’humour va
nous manquer cruellement. Silhouette
gracile, regard malicieux et sourire en
coin, René Pétillon n’avait de prime
abord rien d’un va-t-en-guerre.
Pourtant, ce fin portraitiste de la société française, ayant fait ses premières
armes dans le journal Pilote, aux côtés
d’Enki Bilal, Florence Cestac, Martin
Veyron, Pierre Christin, Marcel Gotlib
ou Philippe Druillet, s’était progressivement fait une spécialité : celle de tremper son crayon dans l’encre éruptive de
l’actualité. Voilà pourquoi en 2000, les
aventures corses de son détective à gros
nez, Jack Palmer, ont rapidement passionné les lecteurs qui ont réservé à l’album L’Enquête corse un triomphe d’édition, sans oublier l’adaptation au cinéma
d’Alain Berberian, avec Jean Reno et
Christian Clavier, sortie en 2004.
L’œuvre de Pétillon pétille d’humour et
pétillera encore longtemps. L’auteur
s’est toujours amusé à décrypter les différents milieux socioculturels qu’il traversait au fil des années. Son héros fétiche, le détective Palmer, était pour lui le
véhicule idéal d’un humour réjouissant.
Détective désastreux, Jack Palmer incarne depuis 1974 l’incompétence pure.
« Palmer est un personnage parodique
qui rendait hommage aux grands détectives des années 1940-1950, du type Sam
Spade ou Philip Marlowe, avait-il confié
au Figaro il y a quelques années. Il est
inefficace partout! Mais c’est un type de
bonne volonté, pas un pisse-froid. »
Fils de boulanger, né en 1945 à Lesneven, au nord de Brest (Finistère), Pétillon était issu d’une famille catholique
FRED TANNEAU/AFP
PAR OLIVIER DELCROIX £@Delcroixx
traditionnelle. Dans l’album Super catho
(2004), conçu avec sa complice de longue date Florence Cestac, il a évoqué son
enfance bretonne à l’eau bénite dans les
années 1950, la messe tous les dimanches, les scouts, le pèlerinage à Lourdes
en « deudeuche », ou encore l’école des
frères et les prières en colo. Pétillon avait
vécu tout cela, et s’en était souvenu avec
une bienveillance et une précision rappelant parfois les films d’Yves Robert, et
notamment La Guerre des boutons.
Éclectisme graphique
et littéraire
Cet humour pince-sans-rire, ce trait
acéré et cette propension naturelle à la
parodie, Pétillon en était pétri. Il n’y avait
que lui capable de croquer les « particularismes de l’île de Beauté » sans que les
Corses lui en veuillent le moins du monde. Preuve en est, non seulement L’Enquête corse a été vendu à 300 000 exemplaires, mais a également obtenu le prix
de l’humour corse. Que ce soit dans
L’Enquête corse ou L’Affaire du voile (paru
en 2006), Pétillon a toujours eu ce désir
de justesse. « Je me soucie avant tout du
ton de mes albums, analysait-il. J’ai
constamment le souci de ne pas faire
d’amalgame. » Dans le salon de son appartement parisien, sa bibliothèque mélange allègrement Sempé et Rembrandt,
Gus Bofa et Doisneau, Saki ou Bretécher.
Une diversité de bon aloi, qui ne va pas
sans un regard perçant, et une ironie
burlesque qu’il savait jeter sur le monde.
Dans le fond, ce qui aura fait la force
de l’œuvre de Pétillon, c’est son éclectisme graphique et littéraire. Dans ses
albums de BD, cocktails d’humour et de
pertinence, comme dans ses dessins
pour Le Canard enchaîné, le satiriste Pétillon possédait cette capacité à observer
les turpitudes de l’actualité. Il aura affûté
ce talent toute sa vie. C’est ce qui rend sa
mort d’autant plus cruelle, à une époque
où la puissance des réseaux sociaux
manque singulièrement de recul et d’un
rien d’humour… ■
CHRONO
1945 Naissance à Lesneven.
1972 Fait ses débuts dans Pilote
avec Voir Naples et mourir.
1976 Création de Jack Palmer.
1982 Parution des Disparus
d’Apostrophe.
1989 Grand prix
du Festival d’Angoulême.
1993 Entre au Canard enchaîné.
2000 Parution
de L’Enquête corse.
2006 Parution
de L’Affaire du voile.
2013 Parution
de Palmer en Bretagne .
UN DERNIER MOT
U 18
EA BRE 20
edemontety@lefigaro.fr
UV VEM
NO E – NO
Par Étienne de Montety
Macédoine [ma-sé-doi-n’]
Refuse d’être étiquetée « label hellène ».
L
BR
TO
OC
es habitants de la République de Macédoine votaient dimanche pour savoir
si celle-ci changeait ou pas de nom, condition à son entrée dans l’Otan et l’Union
européenne. Le mot vient (peut-être) du grec makednos, qui signifie « de haute
taille ». Il est incontestable que le plus célèbre des Macédoniens, Alexandre, fut un
grand homme. Mais depuis vingt-sept ans, les Grecs contestent le nom de Macédoine
à cet état issu de l’éclatement de la Yougoslavie. D’où une animosité réciproque.
Macédoine contre Grèce, c’est beau comme l’antique.
Derrière cette querelle se dissimulent des contentieux qui macèrent depuis
des siècles. La Macédoine est sertie dans une région complexe et constituée
d’innombrables peuples - c’est peu dire qu’il y a du monde aux Balkans.
Longtemps, elle s’est appelée Arym, acronyme d’« ancienne république yougoslave
de Macédoine ». Avec le nom de République de Macédoine du Nord, elle y gagnerait
en précision géographique et surtout en poésie.
Qui l’ignore, ce pays a donné son nom à une salade ; après tant d’années d’aigre
et de vinaigre, il serait temps d’y mettre un peu d’huile. ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
De 1095 à 1291, elles ont été la réponse inlassable
des rois, des grands et des humbles à l’appel des
papes pour libérer Jérusalem et secourir les chrétiens
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qui ont marqué l’histoire. Les meilleurs spécialistes font
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Le Figaro Histoire,
tout reste à découvrir
Paris : la droite y croit
plus que jamais
La droite parisienne croit
à ses chances pour les prochaines
municipales dans la capitale. « Il y a
bien sûr les fiascos en cascade d’Anne
Hidalgo et le ras-le-bol des Parisiens
qui vont nous servir, mais il faut
savoir aussi qu’à Paris les Marcheurs
se détestent. Il y a déjà de telles tensions
entre eux qu’elles sont annonciatrices
d’une défaite électorale pour LaREM.
Tous les coups sont permis entre
les équipes de Griveaux et de Mahjoubi,
et nous sommes à deux ans du scrutin »,
ironise un élu centriste.
Jack Lang
et les coulisses
de l’Opéra Bastille
Le Roman de l’Opéra,
c’est le titre du prochain livre
de Jack Lang. À l’occasion
des 30 ans de son inauguration,
l’ancien ministre la Culture
(et de l’Éducation nationale)
dévoile les coulisses
de l’Opéra Bastille,
sa jeune histoire,
de l’élaboration du projet
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À paraître chez Flammarion,
le 28 novembre.
A
Guerre juste ou guerre sainte ? Les croisades au-delà du mythe
La place Jacqueline-de-Romilly sera inaugurée mardi
à 11 h 30 dans le Ve arrondissement de Paris, à la jonction
de la rue Descartes et de la rue de la Montagne-SainteGeneviève, sur un site emblématique du Quartier latin.
Lors de cette cérémonie, les Secrétaires perpétuels
de l’Académie française et de l’Académie des inscriptions
et belles-lettres prendront la parole à la suite de Florence
Berthout, maire du Ve arrondissement, à l’initiative
de cet hommage à la grande helléniste.
L. MONIER/RUE DES ARCHIVES
Une place Jacqueline-de-Romilly
dans le Ve
B O U T I Q U E E N LI G N E D I O R .C O M
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