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Le Figaro - 02 10 2018

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mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 059 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
Charles Aznavour (1924-2018)
For me, formidable...
ÉDITORIAL par Bertrand de Saint Vincent bdesaintvincent@lefigaro.fr
sons suivront, interprétées sur toutes les scènes de la planète, dans
une dizaine de langues : « Je suis le
chanteur français le plus couronné
dans le monde entier », proclamait
sans fausse modestie la seule vedette nationale à être acclamée au Carnegie Hall de New York.
Ce fabuleux destin, dont il s’enorgueillissait, fut le fruit d’une détermination sans faille, d’une passion
pour les mots et d’une lucidité absolue sur lui-même. « Non, je n’ai rien
oublié », chantait Charles Aznavour.
Il savait d’où il venait et conservera
toute sa vie sa fidélité à sa terre
d’origine, l’Arménie. Il en sera
l’ambassadeur infatigable. Mais il
savait aussi ce qu’il devait à sa terre
d’accueil. La France, que ses parents
avaient choisie et qui le propulsa en
haut de l’affiche, était à jamais gravée dans son cœur. Il en épousa la
langue, l’esprit, le caractère rebelle.
Sur ce sujet, il était intraitable : « J’ai
abandonné une grande partie de mon
arménité pour être français… Il faut le
faire. Ou alors il faut partir. » Et c’est
ainsi que le petit Charles devint un
PAGES 2 À 6
géant. ■
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 € LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
STILLS/GAMMA
my Davis Junior -, il chanta dans le
vide. C’est à Casablanca, alors colonie française, qu’il reçoit pour la
première fois, dans les années 50,
l’ovation du public. Dans la foulée,
il triomphe à l’Alhambra. Poète
chantant, à l’instar de son idole,
Charles Trenet, ses refrains
d’amour triste glissent sur toutes les
lèvres. La Mamma, La Bohème, Hier
encore, Que c’est triste Venise… le
petit Shahnourh Varinag Aznavourian, enfant de la balle, intronisé
Charles Aznavour, entre dans l’histoire de France. Plus de mille chan-
A
M 00108 - 1002 - F: 2,60 E
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O
n avait fini par le croire immortel ; et peutêtre l’est-il. Charles
Aznavour s’est éteint
dans la nuit de dimanche à lundi. Il rentrait d’une tournée au Japon ; devait repartir pour
Bruxelles avant de se produire à
Paris. La scène était son berceau. Il
y était né, dans l’indifférence générale, fils d’immigrés arméniens
réfugiés en France pour fuir les
massacres. Pendant des années,
raillé pour son physique, sa voix de
« cauchemar éveillé » - dixit Sam-
La France au cœur
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mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Pour un gars
qui est sorti
de l’école à dix ans
et demi avec
le certificat d’études
sans mention,
tu as bien réussi
ton coup, ta langue
est belle !
»
CHARLES ANAVOUR
d’enregistrement signé avec Jacques Canetti chez Polydor. La rencontre avec
Piaf leur redonne espoir : elle les invite à
la suivre pendant son long séjour aux
États-Unis. Ils côtoient le « business » à
l’américaine, s’imprègnent de la musique la plus en pointe et, par la même occasion, Piaf convainc Aznavour de se
faire refaire le nez. La chanson swing du
duo ne s’impose pas vraiment en France,
mais ils ont du succès au Canada… et
Pierre Roche finit par s’y marier. Aznavour peut donc voler de ses propres
ailes. Enfin, voler…
Édith Piaf l’embauche : elle a besoin
d’un « secrétaire ». Elle est alors à son
sommet : elle gagne un demi-million par
gala et règne sur une bande d’amis, de
pique-assiette et d’employés aux fonctions mal définies. À la cour de la Môme,
le quotidien d’Aznavour est difficile : elle
l’appelle « le petit génie con » dans ses
bonnes heures, et « petit con » tout court
quand elle est pressée ou de mauvaise
humeur. Il conduit la voiture, répond au
téléphone, s’occupe des éclairages et du
son pendant les tournées, tout en faisant
le « lever de torchon » de ses concerts,
chantant dans l’indifférence générale
une ou deux chansons. De temps à autre,
il lui présente une chanson qu’il a écrite
et se fait rembarrer. Elle qui se vante de
ne s’être jamais trompée, elle lui répète
qu’il ne percera jamais comme chanteur. Il persévère : Gréco, Mistinguett,
Patachou lui prennent des chansons.
Piaf elle-même fait un succès avec Jezebel. Enfin, en 1954, Aznavour est sur la
DISPARITION
Le chanteur
à la fois classique
et inclassable aura
mené une carrière
atypique. Il s’est
éteint dans la nuit
de dimanche à lundi
à l’âge de 94 ans.
D
écembre 1960. À l’Alhambra, le grand
music-hall près de la
place de la République, à Paris, une carrière peut se faire ou
se défaire en une soirée. Avant sa première parisienne, Charles Aznavour a rodé son spectacle en
province. Il a beaucoup investi : son
temps, comme toujours, en répétitions
et en réglages méticuleux, mais aussi
son argent. Car il s’intéresse à la chanson dans son ensemble, de son écriture
et son interprétation jusqu’aux plus infimes détails des coulisses – y compris la
production, à laquelle il a décidé de
participer, ce qui est assez neuf dans le
show-business français.
Le concert se passe bien à Marseille
et à Toulon. Puis c’est le bide. Incompréhensible. Inexplicable. Aznavour
vend beaucoup de disques depuis quelques années, ses chansons sont
connues, mais les salles sont presque
vides. À l’arrivée à Paris, la situation
est claire : c’est un quitte ou double.
Soit il annule l’Alhambra en prétextant
un problème de santé et il peut espérer
s’en sortir financièrement en cas
d’échec ; soit il tente le tout pour le
tout, avec le risque d’être complètement
ratissé.
Alors, le grand soir, le trac est double,
triple ! Et ça se passe mal : applaudissements à peine polis après la première
chanson, après la deuxième, après la
troisième… Six chansons dans un climat
glacial et les proches du chanteur, dans
la salle comme en coulisses, se décomposent. Il attaque sa septième chanson :
« À dix-huit ans j’ai quitté ma province/
Bien décidé à empoigner la vie/Le cœur
léger et le bagage mince/J’étais certain
de conquérir Paris. » Immédiatement,
tout bascule : le chanteur chante le
chanteur, ce qui est une audace nouvelle. Et avec quel feu ! « Je m’voyais déjà
en haut de l’affiche/En dix fois plus gros
que n’importe qui mon nom s’étalait. »
Quand il arrive au dernier couplet,
c’est gagné : « On ne m’a jamais accordé
ma chance/D’autres ont réussi avec un
peu de voix mais beaucoup d’argent/Moi
j’étais trop pur ou trop en avance/Mais un
jour viendra je leur montrerai que j’ai du
talent. »
La volonté inflexible, la folle foi en soi,
tout Aznavour est là, derrière le personnage pathétique et sublime de Je
m’voyais déjà. C’est l’ovation. Un succès
énorme et définitif : dès lors, Aznavour
ne quittera plus le haut de l’affiche. Il a
beau dire, avec un peu de morgue,
« plus que le succès, c’est la reconnaissance que je cherche », cette gloire-là va
nourrir son ego pendant des lustres encore. Ce soir de décembre 1960, à
36 ans, il entre dans la légende.
Déjà, ses premières années étaient un
roman. Ses parents, Misha et Knar Aznavourian, viennent de Salonique, en
Aznavour,
60 ans en haut
de l’affiche
Grèce. Son père est le fils d’un ancien
cuisinier du tsar Nicolas II, sa mère appartient à une famille de commerçants
arméniens de Turquie qui avaient fui le
génocide de 1915. Si Charles Aznavour
– pardon, Varenagh Aznavourian – naît
en France, le 22 mai 1924, c’est parce que
ses parents attendent à Paris un visa
pour les États-Unis. Finalement, ils restent en France et son père mène une
carrière de restaurateur et de patron de
café assez chaotique : il aime plus chanter que tenir la caisse.
Encouragé également par sa mère, actrice, le petit Aznavour joue du violon
dans les rues, entre à 9 ans à l’École du
CHRONO
A
BERTRAND DICALE ET OLIVIER NUC
spectacle, trouve ses premiers cachets
sur scène ou au cinéma. Mais il a le virus
de la chanson, aiguillonné par l’ascension foudroyante de Charles Trenet, qu’il
considère comme son idole et son maître. Il a 17 ans, en pleine guerre, quand il
rencontre un jeune compositeur fou de
jazz, Pierre Roche, avec lequel il commence à courir les cabarets et à écrire à
quatre mains. De cette collaboration
naîtra notamment J’aime Paris au mois
de mai (qui attendra quelques décennies
avant de devenir un classique).
Ce sont les vaches maigres. Roche et
Aznavour profitent à peine de l’euphorie
de la Libération, malgré un contrat
Charles Aznavour, à Paris,
sur la scène de l’Alhambra,
le 13 décembre 1960.
Ce soir-là, sur la scène parisienne,
le chanteur fait un triomphe,
après une tournée provinciale
en demi-teinte. AFP
1924 Naissance à Paris 1941 Monte un duo avec un jeune auteur-compositeur, Pierre Roche
1946 Rencontre Édith Piaf et Charles Trenet. Part pour les États-Unis 1952 Compose pour Mistinguett,
Patachou, Juliette Gréco 1957 Triomphe à l’Olympia puis à l’Alhambra 1960 Tirez sur le pianiste,
de Truffaut 1968 Épouse Ulla Thorsell à Las Vegas 1969 Naissance de sa fille Katia et installation
aux États-Unis 1978 Triomphe à Broadway 1979 Il joue dans Le Tambour, de Volker Schlöndorff
1987 Triomphe plusieurs semaines au Palais des congrès, à Paris 1997 Victoire de la musique du meilleur
chanteur masculin 2014 Sortie d’une intégrale de son œuvre enregistrée (60Cd) 2017 Assiste au
dévoilement de l’étoile qui lui est consacrée sur le Walk of Fame de Hollywood Boulevard, à Los Angeles.
La volonté inflexible,
la folle foi en soi,
tout Aznavour est là,
derrière le personnage
pathétique et sublime
de « Je m’voyais déjà ».
voie du succès : la critique a beau ne pas
croire en lui, s’attaquer à son physique, à
sa petite taille, à son vibrato, à son timbre nasal, le public commence à s’attacher à lui. Sur ma vie, Après l’amour (interdit à la radio), Parce que, Sa jeunesse,
Au creux de mon épaule sont ses premiers
succès de chanteur.
À l’été 1955, il a quelques mois de
contrats devant lui, un engagement à
l’Olympia pour la saison à venir… Et tout
est remis en cause par un camion qui
rate son virage alors qu’il arrive en face,
sur la route de Saint-Tropez. Hôpital,
convalescence : plusieurs mois éloigné
du métier, il doit tout reconstruire.
Mais ce n’est que partie remise : en 1957,
le magazine Music-Hall le place au sommet de son classement des vedettes
masculines de la chanson. Il poursuit
une implacable route de succès, en
France comme à l’étranger – La Bohème,
La Mamma, Sa jeunesse, Toi et moi, Mes
emmerdes, Non je n’ai rien oublié, Désormais, Les Comédiens, Emmenez-moi,
Tu t’laisses aller…
Amoureux de la langue française,
Charles Aznavour apporte une écriture
nouvelle à la chanson. Il devient le maître de l’amour malheureux qu’il est le
premier à aborder de manière crue et directe. Il ne s’interdit aucun sujet, qu’il
sert d’une plume alerte et documentée.
« Beaucoup de sujets que j’ai traités ont
mis trente ans avant d’être abordés dans
la chanson » expliquait-il au Figaro en
2009, avec fierté. Ainsi de l’homosexualité, dont il fait le sujet de son inoubliable
Comme ils disent, modèle absolu en la
matière. En 1972, la chanson a un impact
fracassant. Écrite en 1960, Tu te laisses
aller et son texte cinglant montre une
autre facette, celle du latin lover tendance macho, mais avec un humour
dévastateur. Dernier grand tube de sa
carrière, Les Plaisirs démodés paraît éga-
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LE FIGARO
mardi 2 octobre 2018
L'ÉVÉNEMENT
1967 Le chanteur
se marie pour
la troisième
et dernière fois
avec avec
Ulla Thorsell
(à gauche),
sa compagne
pendant plus
de 50 ans.
Trois enfants
naîtront de cette
union, dont Katia
(à droite), aînée
de la fratrie.
ODILE MONTSERRAT/
SYGMA/CORBIS
3
1951 Édith Piaf
(au milieu)
donne un récital
entre ses deux
compagnons
de l’époque,
l’Américain
Eddie Constantine
et le jeune
Charles Aznavour,
qui lui sert alors
« d’homme
à tout faire »
(secrétaire,
chauffeur
et confident).
KEYSTONE
1989 Le fils d’immigrés arméniens se rend à Erevan après le tremblement de terre
de Spitak, dans le nord du pays, le 7 décembre 1988. Il fonde à cette occasion l’association
Aznavour pour l’Arménie. ASLAN/SIPA
Le roi de la scène
Derrière son
apparente
décontraction,
Charles Aznavour
maîtrisait à la
perfection les codes
du music-hall.
«J
e ne suis pas un chanteur
qui s’est mis à jouer la comédie mais plutôt un comédien qui s’est mis à
chanter », avait coutume
de dire Charles Aznavour
lorsque l’on abordait le
sujet de ses incursions au
cinéma. Comédien né, il
était devenu, à force
d’acharnement, une bête de scène au
charisme incontestable, après avoir
subi les quolibets de la critique pendant
de longues années. Charles Aznavour
n’a jamais été capable de renoncer à la
scène. Il devait terminer l’année 2018
par une poignée de concerts français
qu’il avait dû reporter à la suite de sa
blessure au bras en mai dernier. On
l’attendait ainsi le 8 novembre à
La Seine musicale de Boulogne-Billancourt. Une année auparavant, il aura
remporté un nouveau pari, en se produisant pour la première fois de sa carrière dans l’immensité de Bercy.
Une vivacité exceptionnelle
Charles Aznavour n’était pas homme à
s’embarrasser de fausse pudeur au moment de retrouver son public : le chanteur préfère y aller « cash » et énumérer ses limites dès son arrivée sur les
planches. « Je ne vous vois pas très bien.
À mon âge, la vue baisse. Je n’entends
pas très bien, je n’ai plus de mémoire,
mais je vais chanter quand même. Je ne
suis pas Pavarotti. Ceux qui me connaissent savent que j’ai la voix cassée. Je suis
né enroué », avait-il lancé. Ces dernières années, Charles Aznavour avait décidé de se faire plaisir en interprétant
des chansons moins connues que ses
tubes. À Bercy, l’an passé, il avait ainsi
chanté Les Émigrants, un morceau des
années 1980.
En concert à Berlin,
en mai 2014.
ZUMA/STARFACE
Main dans la poche, décontracté dans
son costume noir, il affichait un détachement très étudié et offrait une sacrée leçon de professionnalisme en ra-
contant la conception de la chanson
Sa jeunesse. « Une chanson, c’est
d’abord un texte. La musique arrive
après. Sur celle-ci, j’ai mis quinze ans à
la trouver ! » C’est dans ces moments
intimistes qu’Aznavour était le plus
bouleversant
Ses tours de chant prenaient volontiers la forme d’anthologies de la
chanson française. Charles Aznavour
maîtrisait à la perfection les codes du
music-hall pour le pratiquer depuis six
décennies. Les poings serrés et la
mâchoire crispée dans les chansons
dramatiques, il esquissait quelques pas
de danse sur Les Deux Guitares, maniait
un pinceau imaginaire pendant
La Bohème…
Costume noir, souliers vernis, chemise col officier, droit comme un I, le
chanteur savait comment régaler le public. Époustouflant de vivacité, il dégageait une autorité impressionnante et
un professionnalisme sans faille. Il faisait mine de tituber sur Je bois.
Ne donnant jamais de rappels, il
s’éclipsait en coulisses immédiatement
après Je m’voyais déjà, chanson de 1961
qui racontait mieux que toute autre son
ambition d’artiste. En loge, le grand
homme distribuait accolades et poignées de mains dans un climat respectueux. Sur scène comme ailleurs, il était
le « Patron ». ■
O. N.
« Je voulais être honoré en tant qu’auteur »
JE SUIS un auteur de chansons. Je puis
aller plus loin et dire que je suis un écrivain de chansons. » Cette confidence
que nous fit un jour Charles Aznavour résume bien sa quête, sa passion,
son plaisir : « C’est parce que je suis vicieux que j’écris : l’écriture, ça va audelà du plaisir, c’est une jouissance. Et
écrire en vers est encore plus une jouissance. Mais quand j’écris vingt chansons, j’en jette dix-neuf. »
Car l’auteur Aznavour est diablement méthodique. Longtemps, il s’est
imposé un rite : le lendemain de chaque rentrée parisienne (en général à
l’Olympia), il commençait à écrire les
chansons de son prochain disque.
« Comme ça, je ne suis pas pressé par le
temps », expliquait-il. Et il n’est pas
exclusif : il écrit le plus souvent seul,
mais aime aussi les collaborations,
comme avec son beau-frère, Georges
Garvarentz, ou notamment Florence
Véran, Gilbert Bécaud, Robert Gall (le
père de France Gall), Bernard Dimey,
Françoise Dorin, Jacques Plante…
« La chance d’avoir
des complexes »
Cela lui assure aussi une production
régulière et de qualité soutenue : La
Bohème, La Mamma, Au creux de mon
épaule, Sa jeunesse, Toi et Moi, Mes
emmerdes, Non je n’ai rien oublié, Désormais, Les Comédiens, Emmenezmoi, Tu t’laisses aller, Que c’est triste
Venise, Hier encore, Les Plaisirs démodés… D’ailleurs, il écrit aussi pour
d’autres, avec parcimonie mais efficacité : Retiens la nuit pour Johnny
Hallyday, La plus belle pour aller danser pour Sylvie Vartan…
« Le seul effort que j’ai fait, c’est de
bien écrire. J’ai beaucoup lu et j’ai la
chance d’avoir des complexes »,
disait-il encore, avouant n’avoir
qu’une seule frustration professionnelle : « Je voulais être honoré en tant
qu’auteur, c’est la seule chose qui
m’intéressait. Et je ne l’ai pas été, sauf à
l’étranger. Je suis au Hall of Fame aux
États-Unis comme auteur, j’ai gagné le
prix de la meilleure chanson country à
Nashville, mais j’ai toujours l’impression qu’on ne m’a jamais lu. On m’a
écouté. Quand un jeune artiste
m’apporte un disque, je dis toujours
“Apportez-moi aussi les paroles, que je
les lise.” En France, il y a les paroliers,
les auteurs-interprètes et je voudrais
qu’on ait une catégorie qui soit celle des
écrivains de la chanson. Je n’ai pas
peur de le dire : mon ego à moi, c’est de
me regarder dans la glace le matin et
de me dire : “Pour un gars qui est sorti
de l’école à dix ans et demi avec le
certificat d’études sans mention, tu as
bien réussi ton coup, ta langue est
belle ! ”. » ■
B. D.
Une fidélité sans faille à l’Arménie
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
MA FAMILLE maternelle a été massacrée
en Arménie », rappelait souvent Charles
Aznavour, né Shahnourh Varinag Aznavourian. Sa vie entière, le fils de Knar
Baghdassarian, originaire d’Ada-Bazar
(Izmit) et de Micha Aznavourian, Arménien né en Géorgie, exilés en France,
aura gardé un lien fort avec l’Arménie et
se sera battu pour que le génocide soit
reconnu.
En 2015, le chanteur s’était félicité que
le pape François ait employé ce mot-là
pour qualifier les massacres des Arméniens qui s’étaient déroulés entre 1915 et
1923. « C’est un geste très fort », avait
observé celui qui en était devenu
l’ambassadeur. « Un peu de mon cœur est
à l’Arménie. Mon âme est française. Je
suis un Parisien, et ça, c’est définitif »,
avait-il dit en 1996 lors d’un séjour dans
son pays d’origine.
Considéré comme une idole dans sa
terre natale, Charles Aznavour s’y rendait dès qu’il le pouvait. Depuis 1995, il
en était le représentant permanent
auprès de l’Unesco, avant de le devenir
pour l’ONU.
100 000 spectateurs à Erevan
À l’occasion de l’ouverture de l’Année de
l’Arménie en France en 2006, il avait
chanté devant 100 000 spectateurs à
Erevan en présence de Jacques Chirac et
de son homologue arménien Robert
Kotcharian. Deux ans plus tard, le président de la République d’Arménie, Serge
Sarkissian, confère à l’artiste français la
citoyenneté arménienne. En 2009, celui-ci accepte sa nomination au poste
d’ambassadeur d’Arménie, en Suisse, où
il résidait.
En 2015, Charles Aznavour est à Erevan, la capitale de l’Arménie, avec la délégation menée par François Hollande
pour célébrer le centenaire du génocide
qui fit 1,5 million de victimes. S’il refusait
de culpabiliser le peuple turc, ce « fils
d’immigrants arméniens, arrivés par hasard à Paris dans les années 1920 » a toujours espéré que ce dernier reconnaîtrait
« un jour ou l’autre » les massacres (il le
demandait encore dans son livre Retiens
la vie sorti en 2017). « C’est une tache trop
lourde, la tache du sang, disait-il. Ça doit
changer, ça va changer, parce que la jeunesse va un jour se révolter, parce que la
jeunesse ne va pas vouloir avoir une tache
de sang sur son front. »
« Rencontrer le peuple turc »
Le chanteur de La Bohème assurait qu’il
« rêvait » de se rendre en Turquie et de
« rencontrer le peuple turc ». En
décembre 1988, au lendemain du tremblement de terre qui frappe Spitak, dans
le nord de l’Arménie, il avait fondé l’association Aznavour pour l’Arménie,
destinée à recueillir nourriture et vêtements pour les rescapés.
Meurtri, dans la foulée, il écrit Pour toi
Arménie sur une musique de Georges
Garvarentz. Des dizaines d’artistes, dont
Gilbert Bécaud, Vanessa Paradis ou Jane
Birkin, interprètent : « Tes printemps
fleuriront encore / Tes beaux jours renaîtront encore / Après l´hiver / Après l’enfer
/ Poussera l´arbre de vie / Pour toi Arménie. » Les fonds récoltés financent une
fondation de solidarité.
Alors qu’il se produit à l’Olympia en
2011, l’artiste donne une représentation
au profit d’Aznavour pour l’Arménie. La
même année, il fait part dans une lettre
adressée à Nicolas Sarkozy de ses « sentiments de fierté, de reconnaissance et de
justice rendue » après l’adoption de la loi
sur la pénalisation de la négation des génocides, dont celui des Arméniens.
En 2017, Charles Aznavour et son fils
Nicolas avaient lancé la Fondation
Aznavour pour, notamment, ouvrir un
musée qui porterait le nom du chanteur à
Erevan. ■
A
lement en 1972 au générique d’un album
intitulé Idiote je t’aime. Après des débuts
au sein des disques Decca puis de la marque Ducretet-Thompson, il fait les belles
heures du catalogue Barclay entre 1960
et 1983. Par la suite, il rejoindra la maison Trema pendant une dizaine d’années. En 1994, devenu propriétaire de
ses enregistrements, il négocie un
contrat directement avec la maison
mère du label EMI. Avant de retrouver
Barclay à la faveur du rachat d’une partie de la multinationale EMI par Universal Music. C’est là qu’il sort son dernier
album en date, Encores, en 2015. Il était
en discussion avec le label pour réaliser
un nouveau disque studio en 2019.
Ce maître de la chanson n’a pas d’héritier direct : à la fois classique et inclassable, il est une référence pour tous mais
un modèle pour personne, tant sa carrière est atypique. Quand, en 1989, il fait
appel aux artistes français pour venir au
secours de l’Arménie qui vient d’être ravagée par un tremblement de terre, ils
sont quatre-vingt-dix chanteurs et comédiens à se presser derrière le micro
pour chanter Pour toi Arménie – le single
sera vendu à un million d’exemplaires.
Quand, en 1996, il sort sa première intégrale, on mesure au sens propre le
poids de son œuvre : l’imposant coffret
en forme de colonne Morris, avec ses
33 CD, pèse huit kilos ! Aznavour éprouve régulièrement la fidélité de son public, notamment au Palais des congrès,
devenu son port d’attache à Paris. Pendant des semaines, à guichets fermés, il
y annonce ses adieux en 2000 (on n’y
croyait pas, de toute façon), y fête ses
80 ans, en 2004, ou y annonce sa « dernière rentrée » en 2007.
Devenu une institution, il n’a de cesse
de défendre la chanson d’expression
française. Il consacre le plus clair des dix
dernières années de sa vie à sillonner le
monde sans relâche, de New York à Tokyo, en passant par les capitales européennes, savourant son statut de chanteur français le plus célébré à l’étranger.
« Je n’ai jamais affirmé que je faisais mes
adieux, j’ai dit que je ne ferai plus de tournées, c’est différent » lâche alors sans
convaincre cet amoureux des planches.
Infatigable, doté d’un vigoureux appétit
de vie et de musique, il continue inlassablement d’enregistrer de nouveaux albums. Sur Duos, double album sorti en
2009, il partage le micro avec des interprètes prestigieux (Elton John, Liza Minnelli, Paul Anka, Bryan Ferry) et ce dans
cinq langues, sur les huit dans lesquelles
il a chanté au long de sa carrière. Les années suivantes sont marquées par la
rupture avec son agent historique, Levon Sayan. Charles Aznavour ne commentera jamais cette décision, confiant
par la suite les intérêts de sa carrière au
plus jeune de ses fils, Nicolas.
Entre A voix basse en 2009 et Retiens
la vie en 2017, Charles Aznavour publie
régulièrement des livres, réflexions et
souvenirs. Il fait confiance à une jeune
maison d’édition, Don Quichotte, acceptant même de contribuer à son lancement par amitié pour sa fondatrice,
Stéphanie Chevrier. Le 24 août 2017, il
est à Los Angeles où il assiste à la pose
d’une étoile à son nom sur le Walk of
Fame de Hollywood Boulevard. Homme
de tous les records et de tous les défis, il
annonçait crânement espérer chanter
encore à l’âge de 100 ans. Une nouvelle
intégrale riche de 60 CD, dix-huit ans
après la première, permettait de mesurer la créativité ininterrompue de ce fou
de travail, qui avait arrêté en mai dernier sa tournée après s’être cassé un
bras. Il avait repris en septembre ses
tours de chants au Japon. Il s’est éteint
dans la nuit de lundi à mardi dans sa
maison des Alpilles. Une autopsie sera
pratiquée ce matin pour déterminer les
causes exactes de son décès. le chanteur
devrait être inhumé à Montfortl’Amaury (Yvelines) dans le caveau où
reposent ses parents. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
1959 Avec Danny Robin dans le film
de Jean-Pierre Mocky, Les Dragueurs.
1961 Un taxi pour Tobrouk
de Denys de La Patellière.
1979 Le Tambour de Volker Schlöndorff avec Angela Winkler.
Héros ordinaire au cinéma
N
Révélé dans « Tirez sur le pianiste » de Truffaut, Aznavour fut l’interprète de Chabrol, Egoyan et Lelouch.
e lui tirez pas
dessus. Dans ce
bar miteux, le
pianiste tourne
le dos à la salle.
La
serveuse
blonde lui fait les
yeux doux. Il a
de la chance : c’est Marie Dubois.
Dans une vie antérieure, Charlie
Kohler a donné des concerts classiques. Il s’appelait alors Édouard
Saroyan (clin d’œil de Truffaut à
l’auteur de Papa, tu es fou, qui se
prénommait William). La référence signalait au passage les racines
arméniennes de Charles Aznavour. En 1960, Tirez sur le pianiste
lui offre son plus beau rôle. Merci
la Nouvelle Vague. Il était temps
qu’on remarque ses talents d’acteur. Cela ne date pas d’hier.
À 14 ans, le futur chanteur faisait une brève apparition dans Les
Disparus de Saint-Agil (1938). En
1958, il est un des pensionnaires de
l’asile psychiatrique dans La Tête
contre les murs, aux côtés de JeanPierre Mocky. La même année, ce
dernier l’inscrit au générique des
Dragueurs.
1960 François Truffaut,
Charles Aznavour
et Marie Dubois
sur le tournage
de Tirez sur le pianiste.
LES ARCHIVES DU 7ÈME ART
il prendra du thé au petit déjeuner.
Dans Les lions sont lâchés, d’Henri
Verneuil (1961), il joue son propre
rôle au cours d’une réception.
Sensibilité et discrétion semblent les atouts de ce comédien qui
s’illustre dans pas moins de quatre-vingts films et téléfilms.
Sa carrière oscille de nanars
comme Le Temps des loups, de
Sergio Gobbi (1970), où il est un
flic improbable, à des bizarreries
style Candy, de Christian Marquand (1968), avec Marlon Bran-
do. Claude Chabrol l’attire dans
une de ces fumisteries dont il avait
le secret (Folies bourgeoises, 1976)
mais se rattrape en lui confiant les
habits du tailleur arménien dans
Les Fantômes du chapelier (1982)
d’après Simenon.
On le voit dans d’ambitieuses
grosses productions tirées de
chefs-d’œuvre littéraires, La
Montagne magique ou Le Tambour,
palme d’or à Cannes en 1979 (ex
aequo avec Apocalypse Now). Il est
lui-même dans Édith et Marcel
(1983), de Claude Lelouch, qui
l’engage aussitôt après dans Viva
la vie. Cela n’empêche pas Aznavour de signer le scénario de
Yiddish Connection de Paul Boujenah (1986).
La télévision n’allait pas laisser
échapper cette silhouette reconnaissable entre toutes. Il fut un
Père Goriot d’anthologie, adapté
par Jean-Claude Carrière (1984). Il
participa à des séries, Le Paria, Le
Chinois, Les Baldi. Le cinéma était
plus rare. Il ne pouvait pas refuser
Sensibilité et discrétion
À l’écran, la timidité d’Aznavour
fait mouche. S’il incarne M. Toutle-Monde, il a un petit quelque
chose en plus, des silences, une fêlure. Souvent, ce héros ordinaire
se confronte à des circonstances
extraordinaires. Dans Le Passage
du Rhin, d’André Cayatte (1960), il
est un prisonnier de guerre. Dans
Un taxi pour Tobrouk, de Denys de
La Patellière (1961), il porte l’uniforme dans le désert de Libye et a
cette réplique culte : « J’ai pas appris l’allemand dans un garage. »
L’Audiard devient sa langue naturelle. Dans La Métamorphose des
cloportes, de Pierre Granier-Deferre (1965), il est un truand surnommé « le Naïf ». Le personnage
de Paris au mois d’août, de Pierre
Granier-Deferre (1965), petit vendeur dans un grand magasin dont
la famille est en vacances, a une
idylle avec une charmante touriste anglaise. Quand son épouse revient, il l’informe que désormais,
Le plus américain des « Frenchies »
A
JEAN-LUC WACHTHAUSEN
FOU d’Amérique et des néons de
Broadway, Charles Aznavour est
chez lui à New York. L’histoire ne
date pas d’aujourd’hui, puisqu’il a
commencé à chanter au Québec et
aux États-Unis en 1946, avec Édith
Piaf. Et en anglais dans le texte.
Plus tard, au début des années
1970, il viendra s’y installer avec sa
femme, Ulla, et travaillera longtemps à Broadway. Et si, à ses débuts, il est reconnu par la communauté française, il ne tarde pas à
devenir « Mister Charles » pour des
millions d’Américains qui fredonneront un jour La Mamma, popularisé il est vrai par Ray Charles.
En 1998, il est à l’affiche du Marquis Theatre de Times Square où il
prolonge deux semaines avant de
s’envoler pour Los Angeles. Ses tubes ? The Old Fashionned Way
(Les Plaisirs démodés) ou Yesterday
When I Was Young (Hier encore),
dont les mélodies sont so romantic.
Un écrivain de
chansons capable de
traverser les barrières
de la langue
Retour en Amérique du Nord en
2006, où Aznavour, 82 ans, entame
son « Farewell Tour », qu’il commence à Montréal et poursuit au célèbre Radio City Music Hall à New
York. Liza Minnelli, l’amie fidèle,
n’est pas loin et vient le rejoindre sur
scène en « guest star ». Le New York
Times consacre « le talent d’un homme, d’un écrivain de chansons capa-
ble de traverser les barrières de la
langue et d’imposer cette French
touch, cette sensibilité à fleur de
peau ». Dans un anglais fluide à l’accent parigot, il réussit à faire passer
l’émotion, la sincérité, et ne manque
pas d’humour pour présenter au public quelques classiques reconnaissables dès les premières notes :
It Will Be My Day (Je me voyais déjà),
What Makes a Man (Comme ils disent), I Could Never Forget (Non, je
n’ai rien oublié) ou Take Me Along
(Emmenez-moi).
Le charme opère, le courant passe
dès qu’il dédie Un mort vivant au
journaliste américain Daniel Pearl,
mort au Pakistan, ou choisit en baisser de rideau sa chanson emblématique, La Bohème.
C’est une « vraie-fausse tournée
d’adieux » puisque, trois ans plus
tard, Charles Aznavour, revient à
New York, sur la scène du City Center, avec un récital entièrement en
français. À ceux qui lui parlent de
« cabotinage », il rétorque en sou1966 Charles
riant qu’il n’a jamais vraiment fait
Aznavour
ses adieux au public de la Grosse
à New York
Pomme. C’est, comme il se doit, un
lors du
triomphe et the place to be. Dans sa
tournage
loge se pressent Harvey Keitel, Bob d’une émission
Dylan, Bono, Robert De Niro et sa
télévisée.
femme, Grace, venus saluer « l’ami ROGER-VIOLLET
américain ».
Quelques mois plus tôt, Charles
Aznavour était en tournée au Canada et a été consacré docteur honoris
causa de l’université de Montréal. Il
a trouvé le temps d’enregistrer un
double CD de duos et de prêter sa
voix au dessin animé de Walt Disney
Là-haut, présenté en ouverture du
Festival de Cannes. Impossible d’arrêter un homme qui marche et dont
la vie se confond avec la scène. ■
Ararat d’Atom Egoyan, en 2002,
sur le génocide arménien. Ceux
qui ont de l’oreille auront reconnu
sa voix dans le dessin animé des
studios Pixar Là-Haut (2009).
Dans Emmenez-moi, d’Edmond
Bensimon (2005), trois paumés rêvent de rencontrer leur idole,
Charles Aznavour. Sa dernière
prestation fut pour Mon colonel,
beau film de Laurent Herbiet
(2006) sur la guerre d’Algérie.
Rompez. Clap de fin. Quelqu’un a
tiré sur le pianiste. ■ ÉRIC NEUHOFF
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LE FIGARO
mardi 2 octobre 2018
L'ÉVÉNEMENT
1983 Édith et Marcel, de Claude Lelouch. Il y joue son propre
rôle : pianiste d’Édith Piaf (interprétée par Evelyne Bouix).
2002 Ararat, avec Bruce Greenwood et Éric Bogosian, un film de Atom Egoyan.
Marc Lambron :
« Aznavour,
c’est une disgrâce
surmontée »
Charles Aznavour
à Paris,
le 5 décembre 2017.
Pour l’écrivain et académicien,
le chanteur fut le premier crooner français.
PROPOS RECUEILLIS PAR
ANNE FULDA £@AnneFulda
L’ACADÉMICIEN, qui s’apprête à
publier un livre sur Michael Jackson (Vie et mort de Michael Jackson, Réunion des musées nationaux,
collection
« Cartels »)
revient sur la carrière du chanteur.
«
C’était
un
artiste,
c’est-à-dire
quelqu’un
qui dépasse
l’incarnation,
qui impose
un rêve plus
grand que
ses origines.
Elles étaient
d’ailleurs
plurielles
»
MARC LAMBRON
LE FIGARO. - La mort
de Charles Aznavour, c’est la fin
d’une époque, la disparition
du dernier « monstre »
de la chanson française ?
Marc LAMBRON. – J’ai appris la
nouvelle avec tristesse. Aznavour,
c’est l’histoire d’une disgrâce surmontée, la vibration sentimentale
de l’homme ordinaire. C’était un
homme du peuple, un immigré,
un enfant de la balle, qui était évidemment attaché à ses racines,
mais c’était surtout - et, selon
moi, c’est ce qui a amplifié le personnage et l’écho qu’il a rencontré
- un artiste, c’est-à-dire quelqu’un qui dépasse l’incarnation,
qui impose un rêve plus grand que
ses
origines.
Elles
étaient
d’ailleurs plurielles. C’était autant
l’Arménie que les quartiers populaires du nord de Paris. C’était
aussi la radio, le microsillon, le
music-hall et le désir qu’il a eu d’y
triompher. Aznavour est par
ailleurs, cela le rendait attachant,
de ces chanteurs qui ont incorporé
dans leur répertoire le récit de
leurs débuts. Je me voyais déjà,
c’est le rêve d’être en haut de
l’affiche, La Bohème aussi.
Il y a cette disgrâce surmontée,
mais, dans le même temps,
Aznavour est parfois dépeint
comme le Sinatra français…
La disgrâce surmontée, c’est sa
voix qui n’est pas très belle,
irrégulière. C’est aussi, dans sa
jeunesse, son physique qui le
rend malheureux (il effectuera
d’ailleurs une rhinoplastie). Mais,
si Aznavour est apparu au début
de sa carrière comme une sorte de
protégé de Piaf, quand l’oisillon a
crevé la coquille, il a été le premier crooner, le premier Sinatra à
la française. D’ailleurs, quand ce
dernier est venu chanter en 1962,
à Paris, c’est Aznavour qui le
présente.
Que retenir de son immense
répertoire ?
D’abord la position de l’humilié et
notamment de l’humilié sentimental. Dans sa vie, Aznavour a
dû être quitté par toutes ses femmes jusqu’à sa rencontre avec celle qui est restée sa femme pérenne. Une chanson comme Que c’est
triste Venise est un lamento sur
l’abandon. Et pourtant, c’est l’anticipation d’une séparation. « Et
pourtant, et pourtant Sans un remords, sans un regret je partirai. »
Il y a aussi chez lui une grande
plasticité, une empathie assez
cosmopolite qui prend en compte
d’autres couleurs musicales ou
culturelles, d’autres traditions. La
Mamma, c’est un chromo sicilien
où l’on chante l’Ave Maria au chevet de la mère mourante. Les Deux
Guitares puisent dans le répertoire
tzigane.
Et puis, il y avait aussi chez lui la
dimension du rêve. La contingence et l’horizon onirique. Le palais
de nos chimères. Pour moi, Aznavour, c’est l’expansion d’une
mansarde. « Emmenez-moi au
bout de la terre, emmenez-moi au
pays des merveilles »…
Il était interprète, mais aussi
auteur-compositeur et acteur.
Oui, c’est lui, à la différence de
Sinatra, qui compose les saynètes
musicales qu’il va ensuite interpréter en se mettant en position
de narrateur. Il y a un récit dans
chacune de ses chansons. Aznavour était une bête de scène. Il
jouait sa présence de manière relativement figée. C’était un
homme droit, statique, dans le
halo du projecteur. Le micro assez bas. Avec, toujours, une forme de minimalisme habité et intense. Cette nature de comédien
a trouvé son extension dans des
films, aussi. Aznavour, comme
Sinatra, a aussi été un acteur de
cinéma dans Tirez sur le pianiste
ou Un taxi pour Tobrouk, il a
même fait quelques incursions à
Hollywood.
Aznavour a su s’adapter
à son temps. Il a d’ailleurs
brisé un tabou en évoquant
l’homosexualité avec
sa chanson « Comme ils disent »,
écrite en 1972…
Au départ, il y a dans ses chansons
quelque chose qui n’est pas loin de
la goualante, du lyrisme ou de la
complainte. Il a su opérer ensuite
une greffe très réussie sur le yéyé. Avec son beau-frère Georges
Garvarentz, il a ainsi cosigné
Retiens la nuit de Johnny Hallyday,
comme La Plus Belle pour aller
danser de Sylvie Vartan, une
chanson assez osée car lorsqu’on
écoute les paroles, elle raconte en
réalité une défloration ou un désir
de l’être. Aznavour a aussi, effectivement, endossé à la première
personne l’identité homosexuelle,
avec Comme ils disent. Cela a
compté dans la normalisation de
ce qui pouvait être considéré comme marginal et qui était à l’époque
encore proscrit. Il y épousait la
thèse dominante à l’époque, dans
les milieux homo, « C’est bien la
nature qui est seule responsable, je
suis homo comme ils disent ».
Dans les années 1970, il apparaît
avec des rouflaquettes. des pattes
d’éléphant mais surtout accompagne, à travers sa propre maturation, les étapes de la vie. Il a été
ainsi un chanteur de la quarantaine déconcertée avec une chanson comme Les Plaisirs démodés
ou À ma fille où il décrit le cœur
serré d’un homme mûr qui va
donner sa fille à un étranger. Là
encore, une pastille qui restitue
des sentiments universels.
Pensez-vous qu’il y aura
une émotion un peu comparable
à celle qui s’est manifestée lors de
la disparition de Johnny Hallyday ?
Aznavour était un trésor national
vivant, comme diraient les Japonais, pas seulement par son talent
mais aussi par sa longévité. Il est
de ces artistes qui ont été un repère mémoriel pendant six ou sept
décennies. Un peu comme Johnny, Aznavour, c’est une histoire
de France. ■
« Il ne doutait pas un seul instant de remonter sur scène »
PAR JACQUES PESSIS
PERSONNE ne peut y croire, à commencer par celles et ceux qui l’ont vu ou
lui ont parlé au téléphone la semaine
dernière. Dimanche, de retour dans sa
maison de Mouriès après quelques jours
en Suisse, il évoquait son voyage futur
en Arménie, et savourait un concert
triomphal de plus au Japon. Cet été, le
privilège d’être son voisin m’avait permis de le rencontrer régulièrement et de
mesurer la réalité d’une énergie hors du
commun. Le bras gauche cassé par une
chute dans son jardin ne lui avait pas
brisé le moral. Certains se demandaient
s’il pourrait remonter sur scène. Il n’en
doutait pas un seul instant. Il avait
même envisagé, si la douleur persistait,
de se servir d’une canne comme accessoire, et de la serrer contre lui, en fredonnant « dansons joue contre joue ».
En juillet et en août, malgré la douleur, il avait travaillé sur de nouvelles
chansons, dont des couplets hommage
à Barbara, destinés à Gérard Depardieu.
Il parlait du passé avec la même passion
en évoquant, avec une incroyable précision, des souvenirs que les moins de
80 ans ne peuvent pas connaître.
En me faisant découvrir une vitrine
dans laquelle il venait de ranger quelques-uns de ses innombrables trophées,
il m’avait glissé à l’oreille son seul regret : en dépit de longues recherches, il
n’avait jamais pu récupérer son seul diplôme officiel : le certificat d’études.
Nous étions ensuite allés faire un tour
dans une bibliothèque où il avait réuni,
sous la forme d’intégrales soigneusement reliées, des classiques de la littérature, que, faute de temps, il avait commencé à dévorer sur le tard. Chaque
soir, il se plongeait avec délice dans les
romans de Balzac ou Céline, mais aussi
dans l’un ou l’autre des dix volumes de
Mémoires de Maurice Chevalier, qui, au
temps des vaches maigres, avait été l’un
des premiers à croire en son talent et en
son avenir. Il était alors le seul, ou presque.
En 1957, Bruno Coquatrix l’avait reçu
dans son bureau de l’Olympia en lui
proposant de se produire en vedette
américaine, à condition toutefois qu’il
ajoute à son répertoire la chanson forte
qui semblait lui manquer. Enfermé
pendant trois jours dans la petite chambre où il vivait à Montmartre, il avait
écrit et composé Sur ma vie, devenu son
premier classique. Nous avons également évoqué ce souvenir, pendant
l’été, au cours d’un déjeuner avec
Patricia Coquatrix, la fille du créateur
du dernier grand music-hall parisien.
Fidèle dans ses amitiés comme dans ses
inimitiés, il n’avait pas oublié non plus
Paulette, la femme de Bruno. Elle
n’était plus aux affaires, mais cela ne l’a
pas empêché de prendre régulièrement
de ses nouvelles jusqu’à sa disparition,
voici quelques mois à peine. Comme
lui, cette famille n’a jamais cessé de défendre la chanson française. « Chanson
française, c’est un pléonasme », assurait-il en faisant preuve d’un optimisme sincère sur son avenir.
Il écoutait les albums de la nouvelle
génération, et ne manquait jamais,
quand il en croisait un représentant, de
lui donner les conseils d’un très ancien.
Il avait également prévu d’évoquer le
sujet avec Emmanuel Macron et attendait un rendez-vous qui, hélas, n’aura
jamais lieu. Il voulait défendre une idée
chère à son cœur : l’ouverture à Paris
d’un théâtre consacré à l’opérette. Il
considérait en effet ce genre beaucoup
moins dépassé que certains ne l’affirment aujourd’hui.
Le sentiment d’être
sur la pente descendante
La lecture de l’actualité quotidienne, à
travers celle du Figaro, faisait partie de
sa nourriture intellectuelle quotidienne. Il complétait son information en regardant chaque soir « C à vous », où il a
fait son ultime apparition, et les journaux télévisés. Sur l’écran géant de son
bureau-salon défilaient ensuite les
images de l’un ou l’autre des centaines
de films qu’il collectionnait avec soin.
Dans sa DVDthèque figurent, entre
autres, les chefs-d’œuvre de réalisateurs français qu’il a presque tous
connus, mais aussi des comédies musicales américaines qu’il connaissait par
cœur, ou presque. Il voulait en découvrir d’autres, lors d’un prochain séjour
aux États-Unis. Il l’avait programmé
dans sa tête, ainsi que d’autres concerts
lui permettant de se livrer à deux autres
de ses passions : la visite des musées,
avec un appareil photo autour du cou,
et le shopping.
Au milieu du mois d’août, il avait demandé à Mo, son fidèle secrétairechauffeur, de le conduire à Nîmes pour
faire quelques achats. Il était rentré le
coffre plein. Cela avait rassuré ses proches. Quelques jours plus tôt, souffrant,
sans le dire, de son bras cassé, il avait
confié avoir le sentiment d’être pour la
première fois, sur la pente descendante.
« Ça m’emmerde », avait-il ajouté. Sur
scène, il était heureux. Il l’a définitivement quittée. C’est nous qui sommes
malheureux. ■
A
Les Fantômes du chapelier de Claude Chabrol.
ROGER-VIOLLET, LES ARCHIVES DU 7E ART, ALLIANCE ATLANTIS/TMN/ARP SELECTION, FIZET/RUE DES ARCHIVES, JF PAGA/GRASSET, JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
1982 Avec Michel Serrault dans
5
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mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
6
L'ÉVÉNEMENT
1997 et 1981
Charles Aznavour
avec Alain
Delon lors de
l’enregistrement
d’un show télévisé
de Noël, et avec
Mireille Mathieu
au casino d’Enghien.
BESTIMAGE,
RUE DES ARCHIVES/AGIP
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Aimé des Français
parce qu’il aimait la France
I
Le monde des arts
salue un maître
Les hommages se sont multipliés lundi à l’annonce
de la disparition du chanteur.
« UN AS », « un maître », « un monument », « une légende », de nombreux
artistes ont salué la mémoire du chanteur et acteur Charles Aznavour, mort
à l’âge de 94 ans, soulignant pour la
plupart la pugnacité et le talent du
« saltimbanque ».
Bardot
uBrigitte
L’actrice a salué en Charles Azna-
vour « notre As des ambassadeurs du
talent dans le monde », dans un texte
transmis lundi à l’AFP depuis SaintTropez. « Il était notre As immortel.
Notre As des poètes. Notre As de la
chanson française. Notre As de la popularité. Notre As des ambassadeurs du
talent dans le monde. Il restera notre
“As… navour” à jamais. »
Delon
uAlain
« Je suis fracassé. Je suis complète-
ment bouleversé. Je prends son décès en
pleine gueule. J’aime cet homme. Je le
connais depuis mes débuts. On a débuté
pratiquement ensemble. Charles était le
seul grand de la chanson française. De
mon époque, tout le monde est mort :
Aznavour, Bécaud et Trenet. Ils ont tout
fait… Charles Aznavour est resté au
sommet tellement longtemps. Il est mort
dans son sommeil, sans souffrance.
C’est la seule chose qui me réconforte un
peu. »
uAlain Souchon
« Une grande plume française nous
quitte… Un immense compositeur-interprète nous laisse des chansons souvent avant-gardistes en souvenir de lui.
Un grand explorateur de la jungle des
sentiments s’en va. Mon cher Charles, je
vous admirais tellement » (sur Twitter).
uMireille Mathieu
« Charles restera le monument et la
légende à jamais de la chanson française
dans le monde. Ses chansons sont intemporelles et resteront gravées dans
nos mémoires. Nous avons partagé tant
de fois les scènes du monde et interprété
de nombreux duos ensemble, dont Une
Vie d’amour. La chanson était son credo. La première chanson qui m’a fait
connaître était Jezebel que j’ai chantée
au “Jeu de la chance”, à la télévision, en
novembre 1965. »
u Maxime Le Forestier
« C’est une page qui se tourne… Il
avait introduit dans la chanson française le corps, la sensualité. C’était important pour lui de rester saltimbanque. »
(sur RTL).
uMichel Leeb
L’humoriste, qui avait passé une
partie de l’après-midi de dimanche
avec lui, a évoqué leurs derniers mo-
ments ensemble : « Il était en pleine
forme, avec évidemment une douleur
au bras puisqu’il était tombé cet été, il
s’était fracturé l’humérus, mais sinon
il était debout ! Il était droit, il marchait droit. […] On a ri, beaucoup ri.
[…] Je suis monté dans ma voiture, je
lui ai dit deux-trois choses drôles et il
était littéralement plié de rire. J’ai remonté ma vitre en lui disant “À très
vite”. Il a levé la main. En gros plan
dans ma mémoire définitivement : un
large rire de Charles. »
Chamfort
uAlain
« Il représente pour tout le monde un
exemple de pugnacité. [C’est] quelqu’un
qui a dû faire face à l’adversité, il n’a
pas été reconnu très facilement. Il a dû
vraiment faire ses preuves, il a dû combattre tout le temps et c’est peut-être ça
qui lui a donné cette espèce de hargne et
cette volonté d’exigence, aussi bien
dans son écriture que sur scène. »
Solaar
uMC
« Charles Aznavour parle à toutes les
générations […] Je retiens que c’est un
formidable conteur, qui se met dans la
peau des autres. Les sentiments transparaissent, il voulait faire vibrer l’être
humain. On est au-delà de la chanson. Il
nous parle à l’oreille. Il s’intéressait à la
société et fréquentait des jeunes. » ■
l n’y a décidément que
les artistes pour réconcilier
les politiques. Moins d’un an
après Johnny Hallyday, Charles
Aznavour est salué avec la même
unanimité et la même sincérité
par tous ceux qui ont été un jour ou
qui se voient déjà en haut de l’affiche.
Engagé, il l’était, mais
à sa manière. Loin de l’engagement
militant d’un Jean Ferrat ou d’un
Léo Ferré, ses contemporains
disparus avant lui. Par son histoire
personnelle sans doute et celle
du peuple arménien qui subit
le génocide, il se méfiait de ces
idéologies aux mots généreux
mais aux effets mortifères. Aznavour
refusait le prêt-à-penser. Ce scrutin
est loin, mais il fallait une sacrée dose
de courage en 1974 pour aller chanter
dans un meeting de Valéry Giscard
d’Estaing quand tout le show-biz
et les artistes soutenaient François
Mitterrand d’un seul élan. De droite,
alors, l’interprète de La Bohême ?
Pas plus. Il avait voté Nicolas Sarkozy
en 2012, mais c’est à François
Hollande qu’il en avait fait la
confidence, soulagé que le président
socialiste l’ait « bien pris ».
Le meilleur président est « celui
que les Français ont voulu avoir »,
disait-il, soucieux avant tout de
ne pas confondre le rôle de l’artiste
et celui du politique. Invité du « Petit
Journal » de Canal + à commenter
des images de Marine Le Pen
fredonnant l’un de ses titres, il avait
répondu « Ça me fait plaisir » à un
animateur qui espérait visiblement
une prise de distance plus nette.
C’est aussi en cela que Charles
Aznavour peut réunir un consensus
autour de lui. Dans ses (rares)
prises de position à caractère
politique, il gardait cette distance,
ne se censurant pas mais n’excluant
jamais. La largeur de son regard
sur la société et sur l’humanité
a permis à chacun d’avoir quelque
chose en lui de l’autre grand Charles.
Les homos sont touchés par
Comme ils disent, traitant dès 1971
de l’homosexualité, et les cathos
émus par son Ave Maria, qui invite
les hommes qui souffrent à se tourner
vers leur mère du ciel. Les uns feront
de Emmenez-moi le plus beau
des hymnes contre la misère, les
autres garderont le souvenir de son
combat inlassable pour l’Arménie.
L’Arménie dont il n’a jamais cessé
d’être le fils tout en étant totalement
et passionnément Français.
Et, par-delà son talent, sa voix
ou sa longévité - une carrière de sept
décennies ! -, c’est ce qui fait de la vie
de Charles Aznavour une grande
et belle histoire française, un bel
exemple d’une identité assumée.
Il meurt en pleine polémique sur la
portée de prénoms « français » pour
qui le devient, lui qui avait troqué
son Shahnourh Varinag pour un
Charles plus « gaulois ». Il n’avait pas
besoin de renier ses origines pour se
proclamer « Français d’abord, dans
ma tête, dans mon cœur, dans ma
manière d’être, dans ma langue ». Et
c’est ce qui fait que, comme Johnny,
il a su fédérer tous les âges, toutes les
sensibilités, toutes les origines. Il était
aimé des Français parce qu’il aimait
la France. En rendant hommage à
Aznavour, c’est cette unité nationale,
qu’eux ne parviennent pas à établir,
que saluent les politiques. ■
La largeur
de son regard
sur la société
et sur
l’humanité
a permis à
chacun d’avoir
quelque chose
en lui de
l’autre grand
Charles
»
Macron s’incline devant « l’une des voix les plus émouvantes de la chanson »
A
LORIS BOICHOT £@lboichot
SA SILHOUETTE gracile devait s’envoler dans quelques jours pour Erevan, en
Arménie. À 94 ans, Charles Aznavour
devait accompagner le président de la
République au sommet de la francophonie, les 11 et 12 octobre. Il devait
chanter, chanter encore. « Nous partagerons avec le peuple arménien le deuil
du peuple français », a promis Emmanuel Macron après la disparition de
l’artiste.
Une façon de s’incliner devant
« l’une des plus belles plumes et l’une des
voix les plus émouvantes de la chanson
française ». « Auteur éloquent et élégant », « mélodiste hors pair », « exé-
gète des grands sentiments » mais aussi
« grand comédien », Charles Aznavour
« chantait si bien les élans du cœur, les
joies et les peines du quotidien, il posait
des mots si justes et si forts sur ce que
nous sommes, et depuis tant de temps,
que même les moins de 20 ans ne peuvent
pas ne pas être endeuillés », estime le
chef de l’État.
Les mots sont choisis et l’hommage
de la classe politique, unanime. « Le
grand Charles est parti », regrette Nicolas Sarkozy, « surpris et bouleversé »
par la disparition du chanteur. « Il nous
laisse ses mots, ses mélodies, sa voix :
ceux d’un génie absolu, d’un poète de la
chanson française », estime l’ancien
chef de l’État, rejoint par François Hollande : « Charles Aznavour vient de faire
ses adieux, mais pour nous, il sera toujours sur scène. »
« Il restera pour nous tous “for me, for
me, for me, formidable” », selon Laurent Wauquiez. Le président des Répu-
“
Charles Aznavour
a rejoint la bohème
éternelle. On ne va pas
lui manquer
”
JEAN-LUC MÉLENCHON
blicains salue « un immense artiste »,
l’ancien premier ministre Manuel Valls
« l’une des plus grandes voix de la chanson française », Marine Le Pen « un
poète incomparable ». Pour la présiden-
te du Rassemblement national, « tous
les Français sont en deuil de son talent ».
« Charles Aznavour a rejoint la bohème éternelle. On ne va pas lui manquer », estime le chef de file de La
France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Il était « un Parisien devenu une
véritable icône de la chanson française et
un ambassadeur passionné de l’Arménie », selon Anne Hidalgo. La maire de
Paris proposera aux élus parisiens
qu’un lieu de la capitale prenne le nom
du chanteur, pour saluer sa mémoire.
« La France doit lui rendre un grand
hommage », juge la ministre de la
Culture, Françoise Nyssen. « Un hommage national », renchérissent des
parlementaires, à l’origine d’un appel
en ce sens. Les députés ont déjà honoré
la mémoire du chanteur, lundi. Debout, dans l’hémicycle de l’Assemblée
nationale, ils ont applaudi l’hommage
rendu à l’artiste par leur président.
Pour Richard Ferrand, Charles Aznavour « incarnait talentueusement l’appartenance à plusieurs cultures, pour le
plus grand bénéfice de l’humanité tout
entière ».
« Chapeau l’artiste ! », a écrit le premier ministre Édouard Philippe. Pendant que son ministre Gérald Darmanin
a dit « au revoir » au chanteur, sur les
réseaux sociaux, en rappelant, comme
un clin d’œil au destin, les premières
paroles de son titre Bon anniversaire :
« J’ai mis mon complet neuf, mes souliers qui me serrent, et je suis prêt déjà,
depuis pas mal de temps. » ■
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mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Boris Johnson,
le « requin blanc »
qui veut la peau
de Theresa May
L’ancien ministre défie la chef du gouvernement
au congrès conservateur à Birmingham. Il
réclame l’abandon de son projet pour le Brexit.
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
ENVOYÉ SPÉCIAL À BIRMINGHAM
ROYAUME-UNI Quand Boris Johnson a
claqué la porte du gouvernement de
Theresa May le 9 juillet, il s’est retrouvé sans domicile. Sa maison du quartier bobo d’Islington (nord de Londres)
étant louée, il a dû « squatter » la prestigieuse résidence du ministère des Affaires étrangères de Carlton House
Terrace trois semaines de plus. Le jour
du déménagement, personne n’a remarqué deux camions partir dans des
directions opposées. Boris a trouvé refuge dans sa maison de campagne de
l’Oxfordshire, tandis que sa femme,
Marina, s’installait à une nouvelle
adresse londonienne. La nouvelle n’a
été officialisée qu’à la rentrée : le couple divorce, après des infidélités en série du mari.
Après avoir rompu à la fois avec la
première ministre et avec sa femme,
comment allait-il rebondir ? Depuis la
rentrée, l’intéressé affecte un profil
studieux. Est-il occupé à peaufiner son
plan de conquête du pouvoir ? Officiellement, il écrit une biographie de
Shakespeare, mise de côté à son arrivée au gouvernement après la victoire
du Brexit en 2016, pour laquelle il a un
contrat d’un demi-million de livres
sterling (550 000 euros) avec un éditeur. Il a aussi repris sa chronique dans
les colonnes du Telegraph, d’où il décoche des flèches hebdomadaires
contre Theresa May et sa gestion « désastreuse » du Brexit. Comme si ça ne
suffisait pas, le quotidien conservateur
lui a offert vendredi sa une et deux
pleines pages intérieures pour exposer
son propre plan pour un « meilleur
Brexit ». Surenchère dimanche, dans
le Sunday Times, avec une attaque au
vitriol contre les idées « dérangées » de
Theresa May. « Contrairement à la première ministre, j’ai fait campagne pour
le Brexit, cogne Boris Johnson.
Contrairement à la première ministre, je
me suis battu pour ça, j’y crois, et je
pense que c’est la bonne chose pour notre pays. »
La guerre est déclarée. Ce mardi, au
congrès du Parti conservateur à Birmingham, l’ancien ministre de 54 ans
va griller la politesse à son ex-chef de
gouvernement, à la veille de son traditionnel discours de clôture de leader.
Un millier de personnes sont attendues pour sa conférence destinée à
torpiller le plan dit « de Chequers » de
May, un partenariat douanier avec
l’Union européenne. Celui-là même
qui a poussé Boris à la démission. « Il
ne pouvait plus lutter de l’intérieur du
“
Contrairement
à la première ministre,
j’ai fait campagne pour
le Brexit. Contrairement
à la première ministre,
je me suis battu pour ça,
j’y crois, et je pense que
c’est la bonne chose
pour notre pays
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”
gouvernement, justifie son allié Jonathan Marland, membre conservateur
de la Chambre des lords. Il faut chercher des alternatives à l’extérieur. »
Danger ! Des dizaines d’élus tory
pro-Brexit ont juré de faire la peau de
ce projet et, au besoin, de Theresa May
avec. Dans une course au leadership,
Boris Johnson aurait toutes ses chances. Il reste le favori des militants
conservateurs, comme chez les bookmakers. Sa popularité a certes fait les
frais des déchirements nationaux sur
le Brexit, mais il continue à séduire
au-delà des tories. Une marque de fa-
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Boris Johnson
reste le favori
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conservateurs
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bookmakers.
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brique : c’est le seul politicien du pays
identifiable par son seul prénom ou sa
tignasse. « Seul Boris peut sauver le
Brexit. Il veut le faire avant qu’il ne soit
trop tard. Et il est le seul à pouvoir rassembler le pays au bord de la guerre civile », loue un politicien de gauche qui
a soutenu à ses côtés la sortie de
l’Union européenne.
L’offensive se prépare. Boris Johnson s’est entretenu avec Steve Bannon,
ex-éminence grise de Donald Trump
dans sa conquête de la Maison-Blanche. Il a sollicité le stratège électoral
australien Lynton Crosby, qui l’a aidé
par deux fois à se faire élire à la mairie
de Londres. En sous-main, l’association Change Britain, héritière de l’organisme de campagne du référendum
Vote Leave, peaufine la stratégie,
mène de discrètes études d’opinion. Il
s’agit de reprendre l’avantage face à
d’autres figures du camp du « hard
Brexit », comme Jacob Rees-Mogg, à
la tête d’une phalange de 60 à 80 députés conservateurs frondeurs. « Boris
n’est pas en compétition avec lui, réfute
Jonathan Marland. Ils sont tous les
deux excellents communicants. Ils travaillent ensemble. Tous ceux qui sont
contre Chequers doivent s’aligner sur
une même vision. »
Selon cet ami de Boris, il ne serait
pas sur le point de lancer un putsch
contre Theresa May - « c’est un processus compliqué, il ne faut pas rater
son moment ». Principal obstacle à
franchir : la majorité des élus tory ont
pour leur collègue une estime pour le
moins mesurée. Sarah Wollaston, députée du Devon, raille un « grand
charlatan ». Or, en cas de renversement de la première ministre, ce serait
à ces parlementaires de désigner les
deux candidats soumis à un vote des
adhérents.
Les alliés de Boris aux Communes se
comptent sur les doigts d’une main.
Une douzaine de conservateurs menacent même de quitter le parti s’il en
devenait le leader. Son ancien collègue, le secrétaire d’État aux Affaires
étrangères Alan Duncan a promis sur
Twitter de veiller personnellement à
mettre fin à la carrière de Johnson. On
n’a pas besoin d’un « Trump britannique », juge-t-il.
Ses provocations n’ont rien arrangé.
Sa chronique où il comparait les musulmanes en niqab à des « boîtes aux
lettres » et des « braqueurs de banque »
a été peu au goût d’une classe politique
acquise au multiculturalisme. Lui-même se présentait encore, il n’y a pas si
longtemps, comme un « internationaliste » pro-immigration affichant haut
et fort ses origines en partie turques.
Un pas supplémentaire a été franchi
quand il a comparé le plan de Chequers
à une « ceinture d’explosifs autour de la
Constitution » britannique, dont le détonateur aurait été confié à Bruxelles.
Des outrances calculées pour séduire
les ex-électeurs de l’Ukip (United
Kingdom Independence Party), le parti europhobe et de plus en plus anti-islam fondé par Nigel Farage.
« Sa priorité est de rester dans la lumière, qu’on parle de lui », analyse sa
biographe, Sonia Purnell (Just Boris. A
Tale of Blond Ambition). Elle doute qu’il
“
Boris Johnson a toujours
été plus intéressé
par le pouvoir que par
ce qu’il pourrait en faire
”
RACHEL SYLVESTER, CHRONIQUEUSE AU « TIMES »
ait un plan de bataille tout prêt dans sa
manche pour prendre le pouvoir. Elle
le voit plutôt comme « un requin blanc
qui flotte en attendant son heure, une
menace permanente mais pas très sérieuse ». Un tacticien sans stratégie.
« Il a toujours été plus intéressé par le
pouvoir que par ce qu’il pourrait en faire », persifle Rachel Sylvester, chroniqueuse au Times. Son grand destin
rêvé sur les bancs d’Eton, le pensionnat des élites, n’était-il pas de devenir
« roi du monde » ? Le style et le charisme l’emportent sur le fond. En cela,
l’ancien journaliste est un personnage
de notre temps, populiste virtuose à la
Trump.
Sous les ors du Foreign Office, il n’a
guère brillé. Dilettante, gaffeur, il a
multiplié les incidents diplomatiques.
La ressortissante irano-britannique
Nazanin Zaghari-Ratcliffe en sait quelque chose. Elle croupit toujours dans
une geôle iranienne depuis deux ans et
demi, accusée de comploter contre le
régime. Au lieu de chercher à négocier
sa libération, Boris Johnson a aggravé
son cas en affirmant, par méconnaissance du dossier, qu’elle s’était rendue
en Iran pour faire du journalisme alors
qu’elle y était en voyage privé dans sa
famille.
Son premier poste ministériel a été
une occasion manquée de se tailler un
costume d’homme d’État. C’est aussi
ce que lui reprochent certains partisans du Brexit depuis qu’il a tourné casaque au lendemain du référendum,
faute d’avoir réussi à réunir suffisamment de soutiens derrière lui. Des
doutes subsistent sur la sincérité de ses
convictions. Il a lui-même avoué avoir
hésité jusqu’au dernier moment à endosser le camp du Brexit plutôt que
l’inverse.
Et puis, il y a sa vie privée. Si les
mentalités anglaises se sont assouplies,
cela reste son talon d’Achille. Infidélités
en série, maîtresses plus ou moins officielles, rumeurs d’enfant illégitime défrayent la chronique de Westminster.
Cet été, les révélations d’une liaison
avec une jeune femme de 30 ans, qu’il
aurait tenté de faire embaucher comme
collaboratrice, ont eu raison de son second mariage, avec Marina Wheeler,
mère de ses quatre enfants. Les alliés de
Boris dénoncent une campagne orchestrée par Downing Street, dossier
compromettant à l’appui.
L’annonce du divorce visait à désamorcer la bombe à retardement avant
une éventuelle campagne pour prendre la tête du parti et du pays. Cela
n’en reste pas moins un drame personnel. Avocate renommée, sa femme
était un roc de stabilité dans sa vie.
« La véritable eurosceptique, c’était
elle », confie un proche. « Même Marina ne croit plus en lui, c’est une allégorie de son rapport au pays », cingle Sonia Purnell.
Son fils Milo, qui a étudié l’arabe et
séjourné en Égypte, lui en a voulu de
l’attaque contre les femmes voilées.
Pour se réconcilier avec lui, Boris l’a
emmené voir un match de cricket en
septembre. Quand son visage est apparu en gros plan sur les écrans du stade d’Oval, dans le sud de Londres, le
public l’a hué. Le clown sympa, à
l’image savamment construite en deux
mandats à la mairie de la ville, ne fait
plus rire tout le monde. ■
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LE FIGARO
mardi 2 octobre 2018
INTERNATIONAL
9
La campagne des élections législatives
a été dominée par le déclin de la langue
française et les débats liés à l’immigration.
LUDOVIC HIRTZMANN
lhirtzmann@hotmail.com
MONTRÉAL
CANADA Saint-Colomban, petite bourgade de 16 000 habitants des Laurentides, est devenue le temps d’un discours
le Hénin-Beaumont du Québec. À l’aube
de la campagne électorale, début septembre, François Legault, chef de la très
populiste Coalition Avenir Québec
(CAQ), y a prononcé une allocution remarquée sur les conséquences de l’immigration. « Il y a un risque que nos petits-enfants ne parlent plus français. Je ne
voudrais pas avoir à me reprocher ça. Le
Québec […], entouré de centaines de millions d’anglophones, sera toujours dans
une position vulnérable », a-t-il déclaré,
dans cette ville qui n’accueille pourtant
qu’un petit nombre de migrants.
« C’est la responsabilité du premier
ministre du Québec de protéger la nation,
de protéger le français au Québec », a
ajouté ce millionnaire, fondateur de la
compagnie aérienne Air Transat. Le ton
de la campagne était donné.
Le déclin de la langue française, de
l’identité québécoise et le contrôle de
l’immigration sont devenus les thèmes
majeurs de ces élections. Objectif : séduire l’électorat des campagnes. À un
degré divers, les trois autres candidats
se sont focalisés sur les thématiques migratoires et identitaires. Le chef du Parti
québécois, Jean-François Lisée, a promis de réduire les quotas d’immigration
et de n’accueillir que des immigrants
qui parlent français. Québec solidaire
(extrême gauche) a plaidé pour plus
d’intégration des immigrants.
Ghettos ethnolinguistiques
Si l’actuel chef du gouvernement libéral, Philippe Couillard, veut renforcer
les cours de francisation à destination
des nouveaux arrivants, le patron de la
CAQ a, lui, promis d’instaurer des tests
de français pour ces derniers et de les
expulser s’ils échouent aux examens. La
proposition du chef populiste de 61 ans,
dont Philippe Couillard a situé le mouvement « à l’extrême droite », a toutefois été retoquée. L’expulsion d’immigrants relève du gouvernement fédéral.
Si les immigrants effraient les campagnes, rien de tel à Montréal où les ghettos ethnolinguistiques se multiplient. La
métropole québécoise accueille 74 % de
CHRIS WATTIE/REUTERS
Le Québec
hanté par
ses craintes
identitaires
François Legault, le chef de la très populiste Coalition Avenir Québec (CAQ), en train de voter à L’Assomption, lundi au Québec.
l’immigration de la Belle Province. Selon le recensement de 2016, sur les
1,68 million d’habitants recensés par
Statistique Canada, 170 000 ne parlent
qu’anglais et 41 000 autres ne parlent ni
anglais ni français. De quoi alimenter la
peur de l’étranger chez les « pure laine », comme les Québécois appellent
leurs habitants de souche.
Depuis 2015, le Québec a accueilli
chaque année environ 50 000 immigrants et réfugiés, qu’il sélectionne pour
près des deux tiers en vertu d’un accord
avec le gouvernement fédéral canadien.
Or le pourcentage des immigrants économiques connaissant le français à leur
arrivée au Québec est passé de 56 % en
2015 à seulement 42 % en 2017, selon
une étude récente de l’Institut du Québec. Et certains mettent en cause « le
manque de volonté politique » du gouvernement en la matière.
Près de 40 % des habitants du Québec estiment qu’il y a trop d’immigrants et que cela « menace la pureté du
pays », selon un sondage mené par
l’institut Crop. Cette peur de l’immigration peut surprendre dans un
contexte où la pénurie de maind’œuvre s’accentue, avec un taux de
chômage de 5,6 %, mais elle est bien
présente. Le week-end dernier, le
groupe d’extrême droite « la Meute » a
défilé devant l’Assemblée nationale du
Québec aux slogans de « Non à la burqa
et au niqab ».
Si les Québécois jugent menacée une
identité qu’ils n’ont jamais su vraiment
définir, le français est surtout en danger
au Canada anglais, où la réalité du bilinguisme n’a jamais été aussi faible.
Seuls 9,8 % des habitants parlent la
langue de Molière.
À l’heure du bilan, au coude-à-coude
avec Philippe Couillard, François Legault devait savoir dans la nuit de lundi
à mardi si sa stratégie ultranationaliste
a porté ses fruits pour devenir le 32e
premier ministre du Québec. ■
+
» Lire aussi PAGE 24
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
Le Groenland
excite les convoitises
Les visées chinoises sur l’île inquiètent les autorités
de Copenhague et leur allié américain.
COPENHAGUE
ARCTIQUE Le gouvernement local du
Groenland, province autonome du Danemark dans l’Arctique, est en crise depuis
le 10 septembre. Il a perdu sa majorité au
Parlement après la défection d’un parti
indépendantiste protestant contre les interférences de la métropole danoise. Celle-ci s’inquiète des visées de la Chine sur
cette île stratégique qui abrite la base
américaine de Thulé, un des maillons du
bouclier antimissile de Washington.
À l’origine de cette crise, une visite lors
de laquelle le premier ministre danois,
Lars Loekke Rasmussen, a promis
1,6 milliard de couronnes (215 millions
d’euros) d’investissements, prêts et garanties pour le plus grand projet d’infrastructures aéroportuaires de ce territoire.
Ce cadeau n’a pas été apprécié par une
frange des insulaires, notamment les
sympathisants de Partii Naleraq (PN).
Ceux-ci lui ont réservé un accueil agressif
dans les rues de Nuuk, la capitale, lui demandant de « retourner chez lui » et traitant le Danemark de « régime colonial ».
« Nouvelle route polaire »
Le président du PN, Hans Enoksen, père
du statut d’autonomie élargie obtenu par
le Groenland en 2009, s’insurge contre
« l’État danois qui se mêle directement de
la politique intérieure de l’île et remet en
question les capacités des Groenlandais à
gérer eux-mêmes leurs affaires ». Le chef
du gouvernement local, Kim Kielsen, du
parti historique Siumut, qui accompagnait son hôte, a été traité de « vendu » et
menacé d’être « lynché ».
Selon Jon Rahbek-Clemmensen, lecteur à l’Académie de défense, « la généreuse contribution de Copenhague est
destinée à écarter le mastodonte China
Communications Construction Company
(CCCC) », préqualifié en mars dernier
avec cinq entreprises occidentales dans
un appel d’offres pour l’extension des
aéroports internationaux de Nuuk et Ilulissat (ouest), ainsi que pour la construction d’une nouvelle aérogare à Qaqortoq
(sud).
Certes, M. Rasmussen a affirmé qu’il
« n’avait aucun problème avec l’engagement chinois ». Mais l’investissement annoncé par le Danemark va lui permettre
d’être copropriétaire de Kalaallit Airport
ainsi que de détenir une minorité de blocage pour éliminer CCCC du marché.
Copenhague considère que le secteur vital des infrastructures aéroportuaires de
l’ancienne colonie relève de sa sécurité.
Le Danemark et son allié américain
sont préoccupés par la stratégie de la
Chine, qui aspire à faire du Groenland
une tête de pont pour développer sa
« nouvelle route polaire ». Washington
redoute que cet attrait pour le secteur
stratégique des aéroports n’ouvre à terme
la voie à une implantation militaire. Le
numéro 3 du ministère américain de la
Défense, John Rood, en visite le 16 septembre à Thulé, a signé une « déclaration
d’intention » visant à « développer les capacités aéroportuaires des États-Unis et
de l’Otan dans l’Atlantique Nord ». « Les
Américains, analyse Jon Rahbek-Clemmensen, veulent renforcer la défense du
Groenland, et particulièrement la base de
Thulé contre une attaque de la Russie, dont
les sous-marins opèrent fréquemment au
sud de l’île. Ils veulent aussi accroître leur
capacité à opérer dans l’Arctique et empêcher une grande présence chinoise dans
l’île », déjà visible dans le secteur minier
(uranium, terres rares, zinc, fer).
«Les États-Unis démontrent qu’ils n’entendent pas laisser dériver le Groenland
hors de leur giron d’influence, complète
Damien Degeorges, consultant international à Reykjavik. Il s’agit d’un signal fort
envoyé à Pékin et, sans doute, aux indépendantistes groenlandais qui pourraient
penser qu’en devenant un jour un État, ils
auraient les mains libres pour décider qui
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SLIM ALLAGUI allagui.slim@yahoo.dk
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mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
10
INTERNATIONAL
En Tunisie, la crise gouvernementale
vire au bras de fer institutionnel
Le président veut régler au Parlement, qui reprend ses travaux, son affrontement avec son premier ministre.
MARYLINE DUMAS £@Maryline_Dumas
TUNIS
MAGHREB Un président qui s’oppose au
chef de gouvernement qu’il a lui-même
nommé il y a deux ans ; une alliance avec
Ennahda, le parti conservateur-religieux, rompue par le premier mais voulue par le second ; et un parti présidentiel
qui se désagrège : voilà à Tunis le paysage
qu’offre la dernière rentrée parlementaire de la mandature ce mardi.
Le 24 septembre, lors d’une interview
télévisée, le président Béji Caïd Essebsi
(BCE) a répété, pour la deuxième fois en
moins de trois mois, son désir de voir le
premier ministre demander un vote de
confiance à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) : « N’étant pas élu,
il ne tire sa légitimité que, partant de ma
proposition, de l’Assemblée des représentants du peuple. Il doit régulariser sa situation. Contesté par nombre d’acteurs significatifs, et soutenu uniquement par
Ennahda (proche des Frères musulmans,
NDLR), il lui appartient d’aller conquérir
sa légitimité auprès du Parlement. » Dans
son bureau des Berges du Lac, le directeur
exécutif de Nidaa Tounes – et par ailleurs
fils du président -, Hafedh Caïd Essebsi,
insiste : « Youssef Chahed doit exposer son
gouvernement. Depuis deux ans qu’il est
chef du gouvernement, les choses n’ont pas
fonctionné comme il se doit. Tous les
voyants sont au rouge (voir ci-dessous). Je
ne suis pas le seul à le dire, c’est le cas de
l’UGTT (puissante centrale syndicale,
NDLR), du patronat, des organisations
agricoles et de différents partis politiques…
Parce que nous avons proposé Youssef
Chahed à Béji Caïd Essebsi, nous nous retrouvons à assumer un bilan économique
difficile alors que notre programme n’est
pas appliqué. »
Jusqu’ici, Youssef Chahed – dont l’adhésion au parti présidentiel a été gelée le
14 septembre - a toujours refusé de répondre à cette demande. L’ancien poulain de Béji Caïd Essebsi, dit BCE, pourrait
pourtant se le permettre : en quelques semaines cet été, ses soutiens ont réussi à
constituer un nouveau groupe parlementaire, la Coalition nationale, qui devrait
prendre la deuxième place au Parlement
avec 47 députés déclarés vendredi dernier. « Nous attendons encore des arrivées. Nous allons essayer de nous rapprocher au maximum d’Ennahda (première
force avec 68 députés, NDLR) », explique
la députée Zohra Driss qui a rejoint ce
nouveau bloc après avoir quitté celui de
Nidaa Tounes.
À la Coalition nationale vient s’ajouter
Ennahda, qui se revendique musulman
démocrate et qui soutient depuis des mois
Youssef Chahed, arguant de la nécessité
d’une « stabilité gouvernementale ». Le
24 septembre, le président BCE a
d’ailleurs annoncé la fin de son alliance,
conclue au lendemain de son élection en
2014, avec le parti islamiste. Si Ennahda a
immédiatement nié cette rupture, il semble évident que l’alliance se soit détournée de Carthage – le palais présidentiel vers la Kasbah – le siège du premier ministre. « Plus personne n’avait intérêt à
maintenir cette alliance Nidaa Tounes-Ennahda, estime Selim Kharrat, politologue
à l’ONG al-Bawsala. La coalition était difficile à assumer vu son faible rendement.
Mais Ennahda en sort gagnant : le consensus ne va pas disparaître, il prend juste une
autre forme avec un nouveau cheval,
Youssef Chahed. »
Hafedh Caïd Essebsi, dit HCE, se retrouve, avec son parti, dans une position
particulière : « Nous ne sommes pas encore dans l’opposition. Je ne peux pas prendre
de décision unilatéralement et on ne peut
pas l’être totalement puisque nous sommes
le parti du président. Une chose est sûre :
tout le monde pense que c’est un gouvernement Nidaa Tounes, mais non, c’est un
gouvernement d’union nationale où
Ennahda est autant représenté que Nidaa. » D’ailleurs, un bureau politique du
parti doit se réunir dans les prochains
jours. Parmi les décisions à prendre : le
devenir des ministres Nidaa Tounes. Personnellement, HCE penche pour une démission : « Nos ministres doivent s’évaluer
et dire où ils veulent être, au parti ou au
gouvernement. »
Élan d’indépendance
Quoi qu’il en soit, le parti présidentiel subit de plein fouet l’élan d’indépendance
qu’a pris le premier ministre. Et ce, à
presque un an des élections présidentielle
et législatives. Son groupe parlementaire
devrait se voir rétrograder de la 2e à la
3e force du Parlement. Alors que 86 dé-
Le président,
Béji Caïd Essebsi
(à gauche), et le
premier ministre,
Youssef Chahed,
le 25 juin dernier
à La Goulette.
FETHI BELAID/AFP
Des réformes à l’arrêt, alors que l’économie se dégrade
L’ÉCONOMIE
TUNISIENNE
EN CHIFFRES
7,5%
d’inflation au mois d’août
15%
de chômage, selon
les statistiques officielles
« LE FONDS monétaire international est bien plus inquiet aujourd’hui
qu’il ne l’était en juillet, concède
un diplomate en poste à Tunis.
Les réserves en devises (75 jours
d’importations, alors que le seuil
conseillé minimum est de
90 jours, NDLR), les tensions sociales, l’instabilité en Libye, qui est
un partenaire historique… Tout
cela ne peut qu’être redouté. »
Alors que le Parlement doit
s’atteler dans les prochains jours
au vote de la loi de finances 2019,
les divisions politiques pourraient approfondir les tensions et
ralentir un peu plus – une centaine de projets de loi sont actuelle-
ment en attente à l’ARP - les réformes. Celles-ci « nécessitent un
large consensus, et l’absence de
compromis pourrait entraîner des
protestations de masse, surtout
celles des puissants syndicats qui
rejettent en bloc les réformes proposées », estime l’analyste Nizar
Makni, cité par l’agence Reuters.
D’ailleurs, la puissante centrale
syndicale UGTT annonce déjà
une grève générale pour le
24 octobre prochain.
La population, qui souffre d’une
forte inflation, 7,5 % en août, et
d’un taux de chômage qui stagne
autour de 15 %, ne sent pas la légère reprise de croissance mise en
avant par les soutiens du premier
ministre, Youssef Chahed. Depuis
deux ans qu’il est au pouvoir, celui-ci a introduit des mesures
d’austérité, avec notamment la
baisse des subventions relatives
aux carburants et de nouvelles
taxes sur les produits jugés de
luxe. Il s’est ainsi assuré le soutien
des bailleurs étrangers. Mais il a
également déclenché de grosses
manifestations en début d’année.
Et celles-ci pourraient reprendre
facilement.
« Le pays part à vau-l’eau, et
nous, nous regardons nos politiciens s’entre-déchirer entre eux
sans même penser à évoquer les
Une mystérieuse série d’assassinats
de femmes libres en Irak
Les milices chiites sont notamment soupçonnées de la mort du mannequin Tara Fares, abattue jeudi.
THIERRY OBERLÉ £@ThierryOberle
A
CORRESPONDANT AU MOYEN-ORIENT
MOYEN-ORIENT Son histoire a fait le
tour du monde. Jeudi 27 septembre,
deux hommes en scooter ouvrent le feu
dans le quartier de Karrada, dans le
centre de Bagdad, sur la top model et
« influenceuse » Tara Fares avant de
prendre la fuite. Trois balles dans la
peau, dont deux dans la tête. La jeune
femme qui roule au volant de sa Porsche blanche succombe à ses blessures à
l’hôpital. Elle avait 22 ans. C’était une
femme libre.
La « Princesse des réseaux sociaux »
comptait 2,7 millions d’abonnés sur Instagram. Égérie de marques de beauté,
elle incarnait une féminité provocante.
Durant le mois sacré du ramadan, elle
avait posté des photos dénudées, ses
seins cachés par ses mains. Dans ses
posts, cette fille d’un couple irako-libanais parlait d’elle, de son ex-petit ami
tué dans un attentat à Istanbul, ville où
elle se repliait lorsqu’elle n’était pas à Er-
putés avaient été élus sous l’étiquette Nidaa Tounes en 2014, ils ne devraient être
aujourd’hui plus que 46. Parallèlement, le
parti fondé par Béji Caïd Essebsi en 2012
doit aussi faire face aux démissions de
certains bureaux locaux. « C’est inquiétant pour eux, car c’est leur base, estime
Selim Kharrat. Ce sont ces bureaux qui
sont au plus près des électeurs. C’est l’armée de chaque parti. »
Hafedh Caïd Essebsi relativise « Nous
déplorons ces démissions qui, selon moi,
ont été faites sous la menace. Il y a eu beaucoup de pression, mais je n’en dirai pas
plus, je ne suis pas juge d’instruction… » ■
bil, au Kurdistan irakien, pour échapper
aux contraintes de la célébrité et au puritanisme de la capitale irakienne. Elle
s’affichait blonde, rousse ou brune. Ses
postures se voulaient féministes. Elle dénonçait, comme beaucoup d’Irakiens, la
corruption ainsi que, ce qui est plus rare,
la tyrannie de l’ordre moral imposé par
les milices islamistes chiites. Des critiques qui valent en général à leurs
auteurs - dans le pays le plus violent de la
planète avec le Mexique - au mieux des
menaces de mort, au pire une exécution.
« Elles influençaient
une partie de la jeunesse »
Filmée par une caméra de surveillance,
la mort de l’ex-Miss Irak a suscité
l’émotion, mais aussi mis en lumière
une série de meurtres impunis commis
au cours des derniers mois contre des
femmes à l’indépendance affirmée.
Deux jours avant Tara Fares, Souad alAli, une femme d’affaires engagée dans
le combat pour les droits de l’homme
était assassinée à Bassora dans des circonstances analogues. Elle a été abattue
alors qu’elle montait dans sa voiture
dans une rue de la grande métropole du
Sud secouée depuis de longues semaines par des manifestations contre la
corruption qui ont fait plus de vingt
morts. Souad al-Ali participait au mouvement de contestation. La police a privilégié la thèse d’un crime passionnel,
mais la piste d’un attentat ciblé visant
une personnalité de la société civile figurant sur une liste noire circule.
« Ces assassinats constituent une escalade organisée par les partis islamistes
et leurs milices qui craignent de perdre
leur emprise sur la société. Tara Fares et
Souad al-Ali influençaient une partie de
la jeunesse. On a voulu faire passer un
message à ceux qui ont l’intention d’exprimer leur désaccord : ils auront la
même fin, une liquidation », commente
le journaliste d’investigation Bilal Safa.
Spécialisée dans les enquêtes criminelles, son émission « Ligne rouge » est
particulièrement suivie en Irak.
Avant elles, deux directrices de centres d’esthétique avaient perdu la vie en
août à Bagdad. Rafif al-Yassiri était
connue du grand public pour ses participations en qualité de consultante en
chirurgie plastique à des shows télévisés. Elle a été découverte morte à son
domicile. Surnommée « Barbie », elle
aurait succombé, selon la version officielle, à une overdose de médicaments.
Tout comme Racha al-Hassan, la patronne du Viola Beauty Center, un salon
de beauté réputé. Ces décès mystérieux
ont attisé les rumeurs.
Soucieuses de rassurer le public, les
forces de sécurité ont affirmé que les
points communs entre les diverses affaires n’étaient que pure coïncidence.
Mais vendredi soir, un communiqué du
premier ministre Haïdar al-Abadi a
semé le trouble. « Des éléments laissent
penser qu’il y a un plan décidé par des
parties organisées pour perturber la sécurité, sous prétexte de lutter contre la
dépravation », a-t-il affirmé en ordonnant aux unités d’élite du renseignement de se saisir des enquêtes. Il est
toutefois peu probable que, quelles que
soient les origines de cette série noire,
la vérité voie le jour. ■
véritables enjeux », s’inquiète une
Tunisienne dans un café.
Aucun des deux partis de l’alliance au pouvoir depuis 2014 n’a
pu inverser la tendance économique. D’un côté, le parti présidentiel Nidaa Tounes « ne discute
pas de fond, ne porte pas de projet », juge le politologue Selim
Kharrat. De l’autre, Ennahda, le
parti islamiste qui tient presque
tous les portefeuilles économiques depuis la révolution de 2011,
ne brille pas par ses actions :
« Est-ce que les nahdaouis ne sont
vraiment pas bons en économie, ou
est-ce un agenda ? » s’interroge le
diplomate. ■
M. D. (À TUNIS)
EN BREF
Séisme en Indonésie :
près de 200 000 personnes
en situation d’urgence
Après le séisme suivi d’un tsunami
qui a dévasté l’ouest des Célèbes,
en Indonésie, 191 000 personnes,
dont 46 000 enfants
et 14 000 personnes âgées,
ont besoin d’aide humanitaire
urgente, selon l’ONU.
Assassinat du journaliste
slovaque Jan Kuciak :
la commanditaire identifiée
Un procureur a identifié lundi
une femme, Alena Zs., comme
commanditaire de l’assassinat du
journaliste slovaque Jan Kuciak,
payé 70 000 euros, en février.
Il enquêtait sur les liens entre la
mafia calabraise et des politiques.
Son assassinat et celui de sa
fiancée avaient entraîné des
manifestations et la démission du
premier ministre Robert Fico.
Accès à la mer :
la Bolivie déboutée
La Cour internationale de justice
(CIJ) a estimé dans un arrêt
rendu lundi que le Chili
ne pouvait pas être tenu
de négocier avec son voisin
bolivien qui cherche à retrouver
un accès à l’océan Pacifique.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SOCIÉTÉ
mardi 2 octobre 2018
11
Le libre accès aux décisions de justice fragilisé
Un site Internet aurait piraté des milliers de décisions juridiques en usurpant des identités. Le barreau de Paris porte plainte.
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
“
L’accès aux données
judiciaires est un sujet trop
sensible pour le laisser
entre des mains privées
CHRISTIANE FÉRAL-SCHUHL, PRÉSIDENTE
DU CONSEIL NATIONAL DES BARREAUX
”
du CNB Christiane Féral-Schuhl rappelle
que « l’accès aux données judiciaires est
un sujet trop sensible pour le laisser entre
des mains privées ». Elle propose qu’« un
consortium des acteurs du droit et du chiffre établissent un premier tri avant de le
confier aux opérateurs privés pour anonymisation des données ».
L’un des dirigeants fondateurs de Doctrine.fr Nicolas Bustamante se défend en
affirmant que « la frustration engendrée
par les refus successifs des juridictions à
transmettre les décisions de justice a
conduit à ce type de comportement. Mais
ce ne sont que quelques dizaines de mails
envoyés pendant seulement 10 jours. Nous
n’avons pas siphonné des milliers de décisions », jure-t-il, ajoutant « Nous avons
maintenant un code de bonne conduite et
un service juridique ». Dans le monde de
la data, le nerf de la guerre est la collecte
de données et sa volumétrie. Pour devenir leader sur ce marché juteux Doctrine.fr affirme avoir constitué une base de
7 millions de décisions de justice. Une
performance qu’aucun de ses concurrents n’a pu réaliser et dont beaucoup
doutent. Comme ses concurrents elle a eu
accès à un stock et un flux de 2,5 millions
de décisions issues des fonds Légifrance
ainsi qu’Ariane et Jurica, les fonds de
concours du Conseil d’État et de la Cour
de cassation. Cette dernière a signé une
convention de recherche avec Doctrine.fr et se fait discrète.
La persuasion des dirigeants lui a aussi
permis de monter un partenariat avec Infogreffe pour la numérisation et l’anonymisation de plus de 2,5 millions de décisions commerciales. « Par principe de
précaution et par solidarité avec les professions du droit qui ont été impactées par
les pratiques de Doctrine.fr, - c’est-à-dire
les avocats et les greffiers des autres juridictions - nous avons d’abord suspendu
En route pour Marseille, l’« Aquarius »
s’inquiète pour son avenir
Pétition, campagne numérique et manifestations sont prévues pour soutenir le navire
humanitaire. La France étudie les dossiers des 18 migrants qu’elle s’est engagée à accueillir.
STÉPHANE KOVACS £@KovacsSt
IMMIGRATION Le sauvetage de 58 migrants sera-t-il la dernière opération de
l’Aquarius ? Alors que les personnes sauvées au large de la Libye par le navire
humanitaire Aquarius ont débarqué dimanche à Malte, l’avenir du navire humanitaire, privé de pavillon, reste incertain. Pétition, campagne numérique,
manifestations, rassemblements dans
toute l’Europe le 6 octobre… les deux
ONG qui affrètent l’Aquarius, SOS Méditerranée et MSF, appellent à « une mobilisation citoyenne urgente ». Plus de
72 000 Européens avaient signé, lundi
soir, la pétition en ligne « Sauvons
l’Aquarius et le sauvetage en mer ».
La France, l’Espagne, le Portugal et
l’Allemagne se sont engagés à les accueillir : ces 58 rescapés, dont 17 femmes
et 18 mineurs, originaires pour la plupart
de Libye, devraient rester quelques jours
à La Valette, avant d’être transférés vers
les pays qui les attendent. La France en
accueillera 18, 15 iront en Espagne,
15 autres en Allemagne et 10 au Portugal.
Une équipe de quatre personnes de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides), chargée d’identifier
ces 18 réfugiés, devait arriver lundi soir à
“
D’après les Conventions
des Nations unies sur le
droit de la mer, on ne peut
pas dépavillonner un navire
qui se trouve en mer
”
FRÉDÉRIC PENARD, DIRECTEUR
DES OPÉRATIONS DE SOS MÉDITERRANÉE
Malte : une mission « qui devrait être rapide », a affirmé à l’AFP Pascal Brice, le
directeur général de l’Ofpra. Il s’agit de
« s’assurer au cas par cas que les demandeurs correspondent aux critères du droit
d’asile », a-t-il précisé.
Quant à l’Aquarius, il se trouvait lundi
soir entre la Sicile et la Sardaigne, mettant le cap vers Marseille, son port d’attache, où il devait arriver « dans deux ou
trois jours », selon Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS Méditerranée. Après s’être vu retirer son pavillon
deux fois en un mois, d’abord par Gibraltar, puis par le Panama, il avait choisi de
rester dans les eaux internationales pour
ne pas prendre le risque de se retrouver
dans une situation d’illégalité une fois
dans les eaux maltaises, avec la possibilité
d’être saisi.
Une fois à Marseille, « la priorité sera de
repavillonner le navire, estime Frédéric
Penard. D’abord faire en sorte que le Pana-
puis résilié le partenariat avec Doctrine.fr.
Nous réfléchissons désormais à une licence
dont pourraient bénéficier tous les éditeurs », dit-on du côté des greffiers des
tribunaux de commerce. Reste près de
deux millions de décisions revendiquées
mais il est difficile d’en attester la véracité
et d’en connaître les sources d’approvisionnement. Doctrine.fr met en avant la
Cour des comptes, qui communiquerait
librement ses décisions. « L’affaire a surtout refermé la porte des juridictions à tout
le secteur », regrette Fabien Girard-Barroz, de Lexbase, qui a patiemment
construit son réseau de confiance avec les
juridictions depuis vingt ans et accompagne son outil d’analyses de doctrine par
les plus grands spécialistes du droit. Depuis 2016, les éditeurs attendent la mise
en place d’un décret d’application sur
l’open data fixant les modalités de la loi
Lemaire. Cela prendra du temps car la
Chancellerie a durci les conditions
d’exercice de l’open data dans le prochain texte de loi justice : « les tiers peuvent se faire délivrer copie des décisions,
sous réserve des demandes abusives, en
particulier par leur nombre ou par leur caractère répétitif ou systématique », affirme le texte. De son côté le Sénat entend
durcir les règles d’anonymisation. ■
ZOOM
Un policier saoudien
soupçonné d’agression
sexuelle à Saint-Malo
Un officier de police saoudien
a été placé samedi dernier
en garde à vue à Saint-Malo
(Ille-et-Vilaine) pour une
agression sexuelle présumée
sur une employée d’un hôtel
de la ville, a confirmé
la procureure de la République
de Saint-Malo. Ce policier
- qui serait âgé de 40 ans, aurait
le grade de lieutenant-colonel
et travaillerait pour le ministère
saoudien de l’Intérieur - résidait
dans un hôtel huppé de SaintMalo avant d’intégrer
une formation à l’École nationale
de police (ENP) de la ville.
EN BREF
Yvelines : 32 jeunes en
garde à vue après une rixe
Les 58 migrants sauvés au large de la Libye par l’Aquarius arrivent dans le port de La Valette, dimanche, à Malte, après presque
une semaine d’attente au large de la petite île méditerranéenne. DARRIN ZAMMIT LUPI/REUTERS
ma reconsidère sa décision : d’après les
Conventions des Nations unies sur le droit
de la mer, on ne peut pas dépavillonner un
navire qui se trouve en mer. Le risque deviendra réel seulement à Marseille. Notre
objectif est de repartir au plus tôt en Méditerranée centrale ». SOS Méditerranée et
Médecins sans Frontières, qui affrètent le
navire depuis 2016, ont demandé - pour
l’instant en vain - à la France ou à « tout
autre pays » de leur accorder un pavillon.
La ministre française des Affaires européennes leur a recommandé de se tourner
vers l’armateur du navire afin de régler
cette « situation juridique compliquée ».
En attendant, « d’autres vies seront
perdues aux portes de l’Europe, en silence, alors que l’Europe ferme les yeux, fustige le texte de la pétition. Ces derniers
mois, la mission de recherche et sauvetage
de l’Aquarius a été l’objet de manœuvres
politiques délibérées visant à y mettre fin.
Les marins et sauveteurs des navires de
sauvetage civils ont été témoins de développements politiques en Méditerranée
centrale incompatibles avec le droit international et maritime. Les navires de sauvetage civils sont empêchés dans leur
mission ; l’obligation de porter assistance
en mer n’est plus respectée ». Le Panama
a annoncé la semaine dernière qu’il allait
retirer son pavillon au navire, déjà privé
d’immatriculation par Gibraltar, pour
« non-respect » des « procédures juridiques internationales » concernant le
sauvetage de migrants en mer. Un retrait jugé « très inquiétant » par l’agence
des Nations unies pour les réfugiés
(HCR), qui déplore « une diminution dramatique des capacités de recherche et de
sauvetage au moment précis où elles devraient être renforcées ». Depuis le début
de l’année, au moins 1 260 personnes
sont mortes en essayant de traverser la
Méditerranée. ■
En quête de pavillon, le navire fait de l’œil au Vatican
L’Aquarius battant pavillon du Vatican ?
Et si le navire prenait le Pape au mot,
lui qui abonde de messages sur le devoir
d’accueil et de solidarité avec les
migrants ? Alors que le bateau devrait
se voir retirer son pavillon panaméen
dès son arrivée à Marseille, d’ici deux
ou trois jours, voilà une solution qui
serait « bien accueillie » par les ONG
qui affrètent le navire humanitaire.
Cette éventualité « était juste
une question lors d’une conférence
de presse à Rome, comme une boutade,
explique Frédéric Penard, directeur
des opérations de SOS Méditerranée.
Avec Médecins sans frontières (MSF),
nous avons lancé un appel
aux gouvernements du monde entier
pour que l’Aquarius obtienne un pavillon.
Tout particulièrement aux États de l’UE
qui ont à cœur de mettre en phase
les valeurs qu’ils affichent et leurs actes
concrets. Alors le Vatican, pourquoi
pas… Nous accepterions volontiers
une proposition. » Même si les deux
ONG n’ont « pas directement contacté
le Vatican », poursuit Frédéric Penard,
« il existe un registre d’immatriculation
maritime au Vatican qui, selon moi,
n’a pas été utilisé depuis plus
d’un siècle ». Interrogé, le porte-parole
du Saint-Siège, Greg Burke, a répondu
ne pas avoir de commentaire « dans
l’immédiat ». Selon les conventions
internationales régissant le droit
de la mer, « tout État, qu’il soit côtier ou
sans littoral (comme le Vatican, NDLR),
a le droit de faire naviguer en haute mer
des navires battant son pavillon ». S. K.
Trente-deux hommes âgés
de 13 à 27 ans ont été placés
en garde à vue dimanche soir
à Mantes-la-Ville (Yvelines)
après une rixe qui a opposé
deux groupes sans faire
de blessé. La bagarre entre
bandes de deux quartiers
voisins, les Merisiers et le
Domaine de la Vallée, a
commencé vers 19 h 30 dans
le second, à coups de bâtons, de
barres de fer et de clubs de golf
pour certains des protagonistes.
Ain : une mère de famille
poignardée
par son compagnon
Une mère de famille a été tuée
lundi à Oyonnax (Ain) par son
compagnon, venu la poignarder
à son domicile où se trouvait
également leur enfant de 3 ans.
L’homme, âgé de 46 ans,
« s’est constitué prisonnier
quelques minutes plus tard
au commissariat » de la ville
et a été placé en garde à vue.
Alexia Daval : une demande
de remise en liberté va être
déposée pour son mari
Une demande de remise
en liberté va être déposée
prochainement pour Jonathann
Daval, principal suspect
du meurtre de son épouse,
Alexia, il y a un an
et emprisonné depuis fin janvier.
Amende pour le préfet
qui faisait payer ses PV
par l’administration
Le préfet Jean-Jacques Debacq,
qui faisait payer certaines
de ses contraventions par son
administration lorsqu’il était
à la tête de l’Agence nationale
du traitement automatisé
des infractions (Antai),
a été condamné en appel lundi
à 1 000 euros d’amende.
A
« Nous sommes favorables à l’open data
et au numérique dans l’entier respect
du droit », déclare Marie-Aimée Peyron,
batônnière de Paris.
JUSTICE Elle voulait gagner la course de
vitesse de l’open data juridique, elle a jeté
le discrédit sur l’ensemble des éditeurs
juridiques et des legal-tech. Depuis la loi
Lemaire de 2016, le libre accès aux décisions de justice est prévu. Doctrine.fr la
plateforme numérique à la trajectoire supersonique s’était saisie de cette opportunité mais aurait, depuis 2017, aspiré
auprès des greffes des tribunaux français
des milliers de décisions en pratiquant, le
« typosquatting ». Autrement dit, un piratage informatique utilisant des adresses
mail inventées mais ressemblant à celles
d’acteurs patentés du droit, en l’occurrence des avocats connus, des universités, l’École du barreau de Paris, mais aussi ses concurrents comme Predictice, qui
se réserve le droit d’une action en justice.
D’autant que par le biais de l’association
française pour le nommage Internet en
coopération (AFNIC), Predictice a obtenu
la certitude que c’est au nom de l’un des
fondateurs qu’aurait été commis le délit.
Le barreau de Paris porte plainte pour
« usurpation du titre d’avocat, usurpation
d’identité, escroquerie, vol et maintien
frauduleux dans un système informatique
et recel ». Le Conseil national des barreaux (CNB) s’apprête à épauler le barreau de Paris dans son action. « Nous
sommes favorables à l’open data et au numérique dans l’entier respect du droit »,
affirme Marie-Aimée Peyron, la bâtonnière de Paris. De son côté la présidente
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
12
SOCIÉTÉ
Paris perd désormais des écoliers,
comme les départements ruraux
Chute de la natalité et coût élevé
des logements se conjuguent.
Entre 2010 et 2020, la capitale
aura perdu 19 000 élèves.
MARIE-ESTELLE PECH
£@MariEstellPech
ÉDUCATION Paris se vide de ses jeunes élèves. « Il s’agit de la seule académie, avec les zones rurales, où le
nombre d’écoliers chute depuis plusieurs années », précise Gilles Pécout,
le recteur de Paris. Pour vivre dans le
quartier proche du prisé square Gardette (XIe arrondissement), « il faut
désormais débourser 10 000 €/m2»,
s’exclame une enseignante d’école
maternelle publique dont les effectifs
sont toujours plus faibles d’année en
année. « Les enfants d’architectes et
de médecins y côtoient ceux des logements sociaux. La classe moyenne,
elle, a disparu… », observe-t-elle.
Quand, dans la plupart des grandes
villes de France, les parents se plaignent de classes chargées oscillant
entre 25 et 30 élèves dès la maternelle, la capitale fait figure d’exception.
Avec souvent une petite vingtaine
d’élèves par classe, l’enseignement y
est, par contraste, plutôt confortable
dans le public. On compte 2 500 élèves de moins en cette rentrée scolaire, mais la baisse est constante depuis
2010 dans les écoles maternelles et
primaires publiques qui scolarisent
“
Les enfants
d’architectes et de
médecins y côtoient ceux
des logements sociaux.
La classe moyenne,
elle, a disparu
”
UNE ENSEIGNANTE
D’ÉCOLE MATERNELLE PUBLIQUE
A
76 % des petits Parisiens. Entre 2010
et 2017, elles ont perdu 8 % de leurs
effectifs, soit 10 000 élèves. Le ministère prévoit encore une chute de
-7 % d’ici à 2020. À l’horizon 2020, la
baisse sera de -19 000 écoliers en dix
ans ! Elle se répercutera « d’ici à deux
ans » dans les collèges… aujourd’hui
pleins comme des œufs.
Paris, c’est désormais une commune où l’on ferme des classes voire
des écoles, faute d’effectifs, comme
l’école élémentaire Ramponneau
(XXe) en 2017 ou l’école maternelle
Brantôme (IIIe) en septembre 2018.
« Il est parfois préférable de fermer ou
de fusionner des écoles lorsque les effectifs deviennent trop faibles. En dessous d’un seuil de trois classes, c’est la
dynamique pédagogique qui cale, la
mixité scolaire qui en pâtit, et le risque
qui grandit de devoir fonctionner avec
des classes à double voire triple niveau,
ce qui à Paris n’est pas accepté par les
familles », précise-t-on au rectorat.
Une dizaine d’écoles parisiennes sont
aujourd’hui en sursis, en raison de
leurs faibles effectifs.
Ce phénomène concerne tous les
arrondissements, même si le centre
est particulièrement touché. On ob-
serve les plus fortes
baisses dans les Ier,
IIIe, VIe, VIIe et VIIIe
arrondissements.
L’enseignement
catholique a-t-il
bénéficié a contraen moins à Paris
rio d’une attracà la rentrée
tivité renouvelée ?
scolaire 2018
Aucune fuite n’a été observée vers le privé, affirme
le rectorat. Reste que l’enseignement catholique résiste. Ses effectifs
se maintiennent depuis 2010 autour
de 28 000 écoliers (soit 17 % des effectifs parisiens), même s’il compte
cette année une cinquantaine d’élèves de moins par rapport à 2017.
« Nos listes d’attente sont globalement
toujours importantes », raconte JeanFrançois Canteneur, le directeur diocésain. Ses classes parisiennes, tradiL’école primaire Gustave Rouanet, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Une dizaine d’écoles parisiennes sont aujourd’hui en sursis,
en raison de leurs faibles effectifs. LUC NOBOUT/IP3 PRESS/MAXPPP
tionnellement très chargées, sont
2élèves
500
7 % d'élèves en moins en 7 ans
Effectifs des élèves du premier degré dans
l'enseignement public (maternelle, primaire)
en milliers d'élèves
140
138
136
137,3
135,8
134
132
130
128
127,3
126
124
cette année encore composées en
moyenne de 28 élèves… Cette bonne
santé s’expliquerait en partie grâce
aux élèves de proche banlieue dont
les parents préfèrent une inscription
dans la capitale, selon le recteur. Une
affirmation nuancée par Jean-François Canteneur pour qui il s’agit d’un
épiphénomène: «La grande majorité
de nos élèves sont parisiens, surtout
dans les petites classes. Les banlieusards arrivent surtout à partir du collège. » Lui aussi « commence à être
touché » par la baisse démographique, fait-il par ailleurs observer : les
écoles privées du Ve arrondissement
se sont dépeuplées. Et certaines interrogations jaillissent dans l’Ouest
parisien « où nous avons de grosses
capacités d’accueil ».
En cause, la baisse des naissances,
plus forte à Paris que dans le reste de
la France. Le phénomène des Parisiennes plus diplômées que la
moyenne qui ont des enfants de plus
en plus tard joue aussi. Et les familles
s’éloignent pour avoir des loyers
moins élevés et gagner des mètres
carrés alors que les prix ne cessent de
flamber. « Auparavant les jeunes couples partaient à l’arrivée du deuxième
enfant. Ils fuient désormais dès l’arrivée du premier », observe Gilles Pécout. Ils déménagent dans les grandes métropoles de province comme
Lyon (lire ci-dessous) ou en banlieue
proche. Les villes de la petite couronne ouvrent des écoles : « Cette baisse
est purement parisienne. En SeineSaint-Denis, la population est jeune et
dynamique », constate le rectorat de
Créteil. Les logements sociaux ne
permettent pas de compenser la baisse démographique car « leurs habitants, vieillissants, ont moins d’enfants
en bas âge », selon le rectorat.
Paris va-t-il se transformer en
musée sans vie ? L’impact d’une fermeture d’école y est évidemment
bien moindre que dans un village. Le
réseau scolaire reste dense et les parents ont toujours une école à cinq
minutes à pied de leur logement…
Après tout, fait observer un fonctionnaire du ministère, « c’est le retour du
balancier. Des classes avaient été
ouvertes après le baby-boom des années 2000 qui engorge aujourd’hui les
universités. On en ferme quelquesunes, c’est logique ». ■
122
120
118
116
2000
119,3
prévisions
2005
2010
2015 2017
2020
Évolution du nombre de naissances en France
L’attractivité de Lyon pousse la ville
à ouvrir de nouvelles classes
Une démographie scolaire vigoureuse, qui conduit la municipalité à réévaluer ses budgets et à
110
faire sortir de terre à la hâte des
SÉDUITS par le dynamisme de la
écoles. Depuis 2001, 12 nouveaux
ville et encouragés par une ambiétablissements scolaires dédiés à
tieuse politique de construction de
105
l’enseignement du premier degré
logements, 5 800 nouvelles personont ainsi été construits. Trois
nes, dont de nombreux Parisiens,
100,9 posent chaque année leurs valises à autres verront le jour à l’horizon
100
2020, et deux supplémentaires
Lyon, et, avec eux, leurs jeunes endans les années qui suivront.
fants ou leurs enfants à naître. À
D’ici là, on use de solutions prol’inverse de la capitale, en cette ren95
visoires, et notamment de « clastrée
scolaire
2018,
les
écoles
mater94
ses modulaires » (comprendre :
nelles et primaires de Lyon intrapréfabriqués). « On n’est pas
muros comptabilisent à elles seules
90
contre le fait de recourir à des préprès de 5 000 élèves de plus qu’il y a
fabriqués pour créer des salles de
six ans. « Cela fait environ 560 élèves
85,8
85
classe, explique Benjamin Grandede plus par an, souligne Guy
ner, cosecrétaire du syndicat
Corazzol, adjoint au maire
FSUipp du Rhône. Aujour(LaREM) en charge de
80
d’hui, ces bâtiments ont
l’éducation,
soit
2000
2005
2010
2015
2017
beaucoup évolué, il y a
19 classes à ouvrir
Sources : DEPP / Éducation nationale, Insee
le chauffage, la clim,
chaque année. »
Infographie
du double vitrage,
des baies vitrées, on
y est presque mieux
que
dans certaines
du premier degré ont
classes en dur. Ce qui
été construits à Lyon
nous
pose
problème, en
depuis 2001
revanche, c’est que la Ville de Lyon attend toujours la
dernière minute. Des permis de
construire pour des logements ont
été signés à la chaîne ces dernières
années dans certains secteurs, alors
que les constructions d’écoles, elles,
ont démarré bien après. Et le problème ne va pas s’arrêter là : dès
que les nouveaux groupes scolaires
seront ouverts, ils seront déjà pleins,
alors que la démographie va poursuivre sa croissance. » L’adjoint au
maire, lui, reste confiant. « Les
constructions de groupes scolaires
tiennent compte de l’évolution démographique à venir », assure-t-il.
Sauf que… actuellement, pour
inscrire tous ces nouveaux élèves,
les préfabriqués ne suffisent plus,
Rentrée des classes à l’école élémentaire Louis-Pasteur, le 3 septembre, dans le VIIIe arrondissement de Lyon. PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP
et il faut parfois pousser un peu les
en milliers de naissances
France métropolitaine
Île-de-France
Paris
CERISE ROCHET £@CeriseRoc_T
12
établissements
scolaires
murs. « Aujourd’hui, on compte
25 élèves en moyenne par classe
dans le premier degré, poursuit
Benjamin Grandener. Ce qui signifie que, dans les secteurs géographiques à forte densité de population, comme le VIIIe, le IXe, le IIIe et
le VIIe arrondissement, on se retrouve parfois avec des classes de
maternelle de 30 ou 32 élèves. Le
seuil est fixé par l’Académie. Si
l’Académie dit 31 élèves, la mairie
va inscrire 30 élèves, et va envoyer
le 31e à l’école d’à côté. »
Les écoles maternelles
et primaires de Lyon
comptent près de 5 000
élèves de plus qu’en 2012
Dans le second degré, le constat
est le même. En septembre, plus de
2 500 élèves supplémentaires ont
fait leur rentrée dans les collèges et
lycées du département du Rhône.
Au collège, malgré les gros chantiers entamés et les recours aux espaces modulaires, on compte
25,9 élèves par classe en moyenne.
Un chiffre qui cache là aussi de
grandes disparités : « Dans les collèges, gérés par le département, on
observe des situations bien différentes, détaille Christophe Guilloteau,
président du conseil départemental
(LR). En périphérie de Lyon, les classes sont très chargées, tandis qu’en
zones rurales c’est tout le contraire.
Du coup, nous envisageons d’envoyer des élèves qui dépendent des
collèges de l’Est lyonnais dans le Piémont rhodanien, en faisant en sorte
que cela n’occasionne pas de gros
problèmes de transports dès la prochaine rentrée. » Un potentiel trajet
quotidien qui pourrait néanmoins
atteindre 80 kilomètres aller-retour pour les élèves. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SPORT
mardi 2 octobre 2018
13
Ryder Cup
2018, un cru
exceptionnel
Jamais la France n’avait autant vibré pour
un événement de golf. Et si c’était le début
d’une grande histoire?
LIONEL VELLA £@lionel_vella
GOLF La 42e édition de la Ryder Cup
aura été un grand succès sportif et populaire. Bilan.
impressionnant
uUn
engouement populaire
Il n’y avait qu’à se poster en face de la
tribune géante du tee no 1 (6 700 places) pour prendre la mesure de cette
ferveur populaire inédite en France
quand il est question de golf. Une Marseillaise reprise à l’unisson, des chants
en anglais à vous donner la chair de
poule, des clap grandioses lancés parfois par les joueurs eux-mêmes, des
supporteurs américains gentiment
chahutés… Mais aussi un parcours noir
de monde baigné par un généreux soleil et pouvant accueillir chaque jour
55 000 spectateurs… La magie de la
Ryder Cup a opéré toute la semaine
dernière au Golf National, et plus particulièrement lors des trois tours de la
compétition, où environ 280 000 personnes (40 % de Français, 60 %
d’étrangers parmi lesquels 15 %
d’Américains) ont été recensées sur le
site. Sans compter les 10 000 personnes, à savoir les volontaires, la sécurité
privée, la sécurité de l’État, le personnel des espaces d’hospitalité réquisitionnés pour faire fonctionner cette
belle machine… De mémoire de fan de
golf habitué à suivre l’Open de France
dans une certaine intimité, on n’avait
jamais vu ça. « Citez-moi un événement
sportif où vous faites la queue à partir de
5 h 30 du matin pour repartir le soir
après 20 heures, interroge Pascal Grizot, le président de Ryder Cup France.
J’espère que cet événement va nous permettre de changer les mentalités dans
notre pays. Une chose est sûre, cette
compétition unique en son genre n’a pas
véhiculé l’image d’un sport élitiste, ni
celle d’un sport réservé aux riches comme certains le prétendent… »
succès sportif
uUn
et des records à foison
En l’emportant 17,5 points à 10,5, l’Europe du capitaine Thomas Björn a infligé une des plus lourdes défaites de
l’histoire aux États-Unis, incapables de
s’imposer sur le Vieux Continent depuis maintenant vingt-cinq ans. Cette
42e Ryder Cup a été également le témoin de nombreux coups d’éclat,
comme les quatre points sur quatre pris
par la paire Tommy Fleetwood-Francesco Molinari, une première pour les
Européens, ou le cinq sur cinq de ce
même Francesco Molinari, l’Italien devenant ainsi le premier golfeur à rejoindre l’Américain Larry Nelson, seul
auteur en 1979 de ce véritable exploit.
L’Espagnol Sergio Garcia est de son
côté entré dans l’histoire en battant le
record de points (25,5 contre 25) détenu par l’Anglais Sir Nick Faldo. Phil
Mickelson, le gaucher de San Diego,
s’est offert pour sa part le plus grand
nombre de matchs joués (47 contre 46
pour Faldo). On n’oublie pas, enfin, le
triste zéro pointé de Tiger Woods, battu
L’Anglais Tommy Fleetwood partage son triomphe avec le public, dimanche. Avec environ 55 000 spectateurs chaque jour,
la Ryder Cup a battu son record de fréquentation au Golf National de Saint-Quentin-en-Yvelines. ARL RECINE/REUTERS
quatre fois en quatre matchs. Le Tigre,
si fringant il y a huit jours après sa victoire au Tour Championship, est apparu totalement absent, pour ne pas dire
complètement indifférent à la déroute
de son équipe. « C’est un joueur extraordinaire, ajoute encore Pascal Grizot,
mais humainement, ce n’est pas quelqu’un qui me fait rêver. Woods, ce n’est
pas Mr Arnold Palmer, ni Jack Nicklaus
ou Gary Player. Il a gagné peut-être plus
de tournois que ces trois-là mais ce n’est
pas la classe, ni le sens du partage avec
le public… Je pense que l’équipe US est
plus forte sans lui… »
impact
uUn
pour le golf en France
«Je ne pense pas qu’on puisse imaginer
un meilleur public, un meilleur parcours
et un meilleur lieu pour une Ryder Cup en
Europe !» Ce très bel hommage de Jim
Furyk, le capitaine américain, prouve
que la France a réussi son pari. Il faut
désormais transformer l’essai. « En plus
de l’éclairage populaire, cela va inciter
les gens à aller dans les clubs de golf,
souligne Olivier Denis-Massé, le directeur délégué de la FFG en charge du
marketing et de la communication.
Cela permettra aussi à la Fédération de
toucher de nouveaux partenaires qui
aideront à la construction de nouvelles
structures tout en mettant en avant les
bienfaits du golf. » La FFG espère ainsi
voir gonfler le nombre de ses licenciés
(400 000 en 2018) tout en attendant les
retombées économiques de cette Ryder
Cup pas comme les autres. L’activité
économique à Gleneagles en 2014,
quand la Ryder Cup s’était arrêtée pour
la dernière fois en Europe, avait été estimée à 25 millions d’euros. « Cela sera
dépassé, car Paris est bien plus attractif
que le nord de l’Écosse », reprend Denis-Massé. « La création de richesse,
c’est-à-dire l’écart entre une année avec
ou sans Ryder Cup, sera très vraisemblablement de 220 à 250 M€ pour l’État
français, ajoute Christophe Muniesa, le
directeur technique national. La France
du golf vient de taper un grand coup à
l’échelle mondiale. Elle n’était pas
connue pour ses golfs. Maintenant, on
associera Paris, Versailles, Saint-Quentin-en-Yvelines, à l’accueil de la plus
grande compétition qui soit. Une des plus
belles, si ce n’est la plus belle des Ryder
Cup… » Et il n’y a qu’à consulter les
audiences du groupe Canal + qui a réuni
2,2 millions de téléspectateurs entre
vendredi et dimanche pour se persuader que le golf a désormais de l’avenir
en France… ■
EN BREF
Football : Montpellier déjà
lourdement sanctionné
Suite aux débordements qui ont
émaillé la rencontre MontpellierNîmes dimanche (3-0),
la commission de discipline
de la Ligue a annoncé qu’à titre
conservatoire deux tribunes
du stade de la Mosson allaient être
fermées, tandis qu’une interdiction
de déplacement a été prononcée
contre les supporteurs du MHSC.
Le maillot de Zidane 1998
à vendre aux enchères
Le maillot avec lequel Zinédine
Zidane a inscrit ses deux buts en
finale du Mondial 1998 sera mis aux
enchères le 13 octobre à l’Hôtel
Drouot. Estimation : 40 000 euros.
Rugby : les finales 2020
à Marseille
Les finales des Coupes d’Europe
2020 se joueront au StadeVélodrome les 22 et 23 mai.
Marseille sera la quatrième ville
française à les accueillir après
Bordeaux, Paris et Lyon.
Lyon, le roi des
montagnes russes
FOOTBALL Quel Lyon ce mardi soir face
au Shakhtar Donetsk (21 heures sur RMC
Sport 1) à l’occasion de la 2e journée de la
Ligue des champions ? Celui conquérant et
mordant aperçu contre Manchester City
avec un succès inattendu en Angleterre
(1-2), face à Marseille lors de l’Olympico
(4-2) et à Dijon dans la foulée (0-3) ? Ou
celui en dilettante et suffisant déploré à
Caen (2-2) – avant l’exploit face aux Citizens – et face à Nantes samedi dernier
(1-1) ? Avec cet OL-là, difficile voire impossible de se prononcer tant l’ascenseur
émotionnel est permanent et perturbant.
Une équipe capable du meilleur comme du
pire. « Je ne sais pas pourquoi les choses ont
changé par rapport aux derniers matchs, a
pesté sur OLTV Houssem Aouar après le
nul face aux Canaris. Je suis très déçu. Des
mauvaises habitudes sont revenues. »
“
Des mauvaises
habitudes sont
revenues
”
LE JOUEUR LYONNAIS
HOUSSEM AOUAR
« Nous n’avons pas fait ce qu’il fallait, at-il ajouté. C’était flagrant, avec un manque d’investissement et d’intention dans
certaines phases défensives. » Pourtant,
Nantes avait tout de la proie idéale. Au
fond du trou avec une piteuse 19e place
avant cette journée et perturbée par les
rumeurs d’un limogeage de l’entraîneur
Miguel Cardoso. Une victime presque
trop facile, en fait, pour un Lyon qui ne
cesse de tout faire pour être catalogué fort
avec les forts et faible avec les faibles.
Les statistiques sont parfois cruelles :
2E JOURNÉE
GR. F HOFFENHEIM
GR. H
JUVENTUS
GR. E AEK ATHÈNES
BAYERN MUNICH
GR. F
LYON
GR. G
AS ROME
CSKA MOSCOU
GR. H MAN. UNITED
mardi
18h55
21h
-
MAN. CITY
YOUNG BOYS
BENFICA
AJAX AMSTERDAM
SH. DONETSK
PLZEN
REAL MADRID
VALENCIA
Tous les matchs sur RMC Sport
après seulement huit journées cette saison, les Rhodaniens ont déjà perdu dix
points face à des équipes de la deuxième
partie de tableau quand l’an passé ils en
avaient laissé traîner vingt en route face à
des adversaires classés après la 8e place !
« Ce n’est pas qu’on a trop de confiance…
De la suffisance ? Oui, le mot est plus juste,
a reconnu Rafael samedi dans les coursives du Groupama Stadium. Cela fait trois
ans que je suis là et c’est un peu comme ça
tout le temps. Sur les matchs avant la Coupe d’Europe, on fait moins d’appels, on fait
moins que d’habitude. »
« À un moment, il faut savoir apprendre
de ses erreurs, a fulminé l’entraîneur
lyonnais Bruno Genesio. Quand on veut
jouer la Ligue des champions, il faut finir
dans les trois premiers et pour cela il faut
gagner ce type de match et non pas penser à
la Ligue des champions qui arrive deux
jours après. Je n’en veux pas aux joueurs
mais je suis très en colère, car ce sont des
choses rabâchées mais on a les mêmes causes et conséquences. Je suis énervé, oui. »
La petite musique de la Ligue des champions saura-t-elle réveiller l’instinct animal de Lyon ? Face à un adversaire habitué des soirées européennes mais loin
d’être clinquant, qui plus est dans un stade
vide en raison du huis clos infligé par
l’UEFA après les incidents en Ligue Europa la saison passée, le doute est permis… ■
A
VINCENT DUCHESNE £@VinceSport24
PROGRAMME
Toujours aussi inconstant et déroutant,
l’Olympique Lyonnais accueille le Shakhtar
Donetsk ce mardi en Ligue des champions.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
14
SCIENCES
Le Nobel de médecine pour la découverte
de l’immunothérapie des cancers
L’Américain James Allison (70 ans) et le Japonais Tasuku Honjo (76 ans) sont les lauréats 2018.
Le principe posé
par l’immunothérapie
fait désormais l’objet
de centaines d’essais, seul
ou en association, dans à
peu près tous les cancers
La protéine CTLA-4 ressemble à une
muselière qui apparaît sur les lymphocytes T, ces cellules immunitaires dressées pour détruire les cellules étrangères
à l’organisme. En 1995, alors que la plupart des immunologistes s’intéressent à
CTLA-4 pour traiter des maladies autoimmunes (dans lesquelles l’organisme
s’attaque lui-même), Allison se tourne
vers le cancer. « J’ai fait scandale, dirat-il, en déclarant que lorsque les cancers
grossissaient, les lymphocytes T étaient
activés mais se mettaient en sommeil au
lieu d’attaquer les cellules tumorales. »
Alors que d’autres tentent de stimuler
les lymphocytes T, Allison pense qu’il
faut d’abord lever leurs freins. Il veut
enlever leur muselière, et c’est exactement ce qu’il va faire en bloquant la protéine CTLA-4, grâce à un anticorps antiCTLA-4 (voir infographie).
Allison passe les fêtes de noël 1994 sur
un nuage. Les résultats des expériences
qu’il vient de faire et refaire chez des
souris cancéreuses « sont spectaculaires ». L’article qu’il publie le 22 mars
1996 dans la revue Science avec deux
collègues de Berkeley montre effectivement des régressions complètes des
cancers chez des souris. « Chez des sou-
James Allison et Tasuku Honjo apparaissent sur un écran lors de l’annonce des lauréats par Thomas Perlmann, secrétaire général du Comité Nobel, lundi à Stockholm.
ris », c’est bien là qu’est le problème. Il
faut maintenant passer à l’homme, et
Allison tente en vain de convaincre les
géants de l’industrie pharmaceutique de
se lancer dans un essai clinique. Mais les
complications, parfois sévères, font réfléchir les poids lourds du médicament.
Lâcher la bride au système immunitaire
n’est pas sans risques.
En 1998, Allison finit par convaincre
Alan Korman, un immunologiste d’une
biotech du Colorado (Nexstar Pharmaceuticals, puis Medarex) de lancer un essai clinique chez des patients atteints de
cancer de la prostate résistant au traitement habituel, et de patients atteints de
mélanomes métastatiques. Dans le mélanome, 2 patients sur 17 voient leur
cancer régresser durablement, alors que
la survie à deux ans était alors aux environ de 12 %. « C’était la première fois
dans l’histoire des traitements du mélanome que l’on montrait une amélioration de
la survie », rappelle Allison, sur le site du
réputé MD Anderson Cancer Center
(Texas), où il travaille désormais. « Mais
la chose vraiment enthousiasmante est
que 20 à 25 % des patients étaient vivants
après deux ans, trois ans, quatre ans, et
maintenant beaucoup plus. »
Le principe posé par l’immunothérapie fait désormais l’objet de centaines
d’essais, seul ou en association, dans à
peu près tous les cancers. Et pas seulement avec l’ipilimumab, désormais propriété de Bristol-Meyers Squibb (BMS),
qui a racheté Medarex en 2009, mais
aussi avec d’autres anticorps, notamment ceux qui visent un autre frein des
lymphocytes T, la protéine PD1. Celui
qu’a découvert en 1992 l’autre lauréat,
Tasuku Honjo, professeur d’immunologie à l’université de Kyoto (Japon). Cette
voie semble encore plus efficace, avec
des résultats allant du cancer du poumon au mélanome en passant par le
cancer du rein et les lymphomes.
La course est aujourd’hui bien lancée,
avec, à ce jour, des résultats spectaculaires dans le cancer du poumon et du rein.
Pendant que Medarex développait un
anti-PD1, le nivolumab, le géant Merck
avalait le laboratoire Schering Plough,
qui avait racheté Organon et son antiPD1, le pembrolizumab. D’autres immunothérapies sont en développement.
Mais c’est une autre histoire, qui commence seulement à s’écrire. ■
+
» Lire aussi PAGE 16
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
Les informés de franceinfo
A
Une émission de Jean-François Achilli
du lundi au vendredi de 20h à 21h
chaque mardi avec
Comment le système immunitaire est réactivé pour éliminer les tumeurs
Principe des travaux des Prix Nobel de médecine James Allison et Tasuku Honjo
1 En cas de cancer, l’action des lymphocytes T, les cellules
2 Lorsque l’on injecte l’anticorps anti-CTLA-4,
du système immunitaire, est freinée par la protéine CTLA-4.
Les cellules cancéreuses prolifèrent
les lymphocytes T agissent de nouveau et attaquent
les cellules cancéreuses.
CTLA-4
Anti-CTLA-4
Lymphocytes T
Cellules
cancéreuses
Lymphocytes T
Note : Le principe est le même pour la protéine PD-1 et l’anticorps anti-PD-1.
Infographie
« Cette approche nouvelle
se développe à toute vitesse »
étrangers, comme les bactéries et les virus, et fait aussi le ménage en se débarrassant des cellules anormales. Mais dans
bien des tumeurs, la cellule cancéreuse se
fait passer pour une cellule normale, ce
qui lui évite d’être visée par le système
immunitaire. Les deux lauréats du prix
Nobel, Allison et Honjo, ont découvert
qu’on pouvait bloquer cette tolérance et
réactiver les lymphocytes T pour qu’ils
aillent s’attaquer aux cellules cancéreuses. Et pour certains malades, même avec
des cancers métastasés, les résultats peuvent être spectaculaires. Après cinq années sans rechutes, on peut même commencer à parler de guérison dans certains
cas. Autre avantage, ces traitements sont
mieux tolérés, avec moins d’effets secondaires que les chimiothérapies.
PROPOS RECUEILLIS PAR
CYRILLE VANLERBERGHE £@cyrillevan
LE DR AURÉLIEN MARABELLE, cancérologue et directeur clinique du programme d’immunothérapie à Gustave-Roussy
(Villejuif), nous explique comment ces
thérapies qui ciblent le système immunitaire ont révolutionné la lutte contre le
cancer.
LE FIGARO. - En quoi l’immunothérapie
change la donne dans la lutte
contre le cancer ?
Aurélien MARABELLE. - Ce prix Nobel
vient couronner une véritable révolution
thérapeutique. C’est même un changement complet de paradigme. Depuis la
Seconde Guerre mondiale, on voyait le
cancer comme des cellules malades qu’il
fallait détruire, avec des médicaments
toxiques pour ce type de cellules (la
chimiothérapie), par des rayons, ou en
retirant les tumeurs par la chirurgie. La
nouveauté, ce sont ces thérapies qui ciblent le système immunitaire et lui permettent d’attaquer directement les cellules cancéreuses. On aide ainsi les patients
à se soigner eux-mêmes. Cette approche
nouvelle se développe à toute vitesse,
avec des traitements qui sont déjà efficaces pour une trentaine de cancers différents, des lymphomes, des mélanomes et
des tumeurs solides.
Comment agissent
ces immunothérapies ?
Le système immunitaire est le gendarme
dans notre organisme. Il élimine les corps
COLLECTION PERSONNELLE
SANTÉ Lorsqu’il fut reçu à l’Académie
française en 1997, François Jacob, le prix
Nobel de médecine et de physiologie
1965, déclarait : « Je suis conscient de
n’être qu’un maillon dans une longue
chaîne de chercheurs. » C’est aussi ce que
pourraient dire l’Américain James Allison et le Japonais Tasuku Honjo, lorsqu’ils recevront conjointement le
10 septembre à Stockholm le prix Nobel
de médecine et physiologie 2018 qui leur
a été attribué ce 1er octobre.
Car s’ils ont joué un rôle décisif dans
l’arrivée des immunothérapies au chevet des malades atteints de cancer, les
deux chercheurs n’en sont pas moins
des maillons d’une longue chaîne.
D’ailleurs, si le regard de l’assemblée
Nobel s’était porté un peu plus loin dans
le passé, il aurait pu s’arrêter sur un
Français, Pierre Golstein. C’est dans son
laboratoire du Centre d’immunologie
Inserm-CNRS de Marseille-Lumigny,
en 1987, qu’a été découvert « un nouveau membre de la superfamille des immunoglobulines : CTLA-4 », selon le titre
des auteurs dans une lettre de recherche
publiée par la revue Nature.
CTLA-4, un acronyme barbare pour
une molécule qui va devenir la pierre
angulaire de l’immunothérapie. Cette
protéine va en effet retenir l’attention
de James Allison. Un Texan, nommé en
1985 professeur d’immunologie à Berkeley (université de Californie).
Le père de James Allison était médecin, mais lui opte rapidement pour la
science fondamentale. « Quand vous
êtes médecins vous devez avoir raison la
plupart du temps, parce que si vous vous
trompez, c’est le malade qui en pâtit »,
dira-t-il en recevant en 2015 un autre
prix, le prix Lasker, avant d’ajouter
avec humour : « J’ai décidé d’être chercheur parce que quand vous êtes chercheur vous pouvez vous tromper souvent.
Il suffit d’avoir raison de temps en
temps. » Et justement, s’agissant de
CTLA-4, Allison est convaincu d’avoir
raison. Il ne va pas lâcher l’affaire. Le
Texan est têtu.
JONATHAN NACKSTRAND/AFP
DAMIEN MASCRET £@dmascret
tains facteurs, comme la présence ou non
de marqueurs biologiques qui influent sur
l’efficacité de l’immunothérapie, mais
rien qui soit prédictif à 100 % au niveau
individuel. En fait, il faut être honnête, on
ne comprend pas tout sur le fonctionnement du système immunitaire, et la réalité est sans aucun doute plus complexe
que ce que nous imaginons aujourd’hui.
Comment pourrait-on rendre
l’immunothérapie efficace pour un plus
grand nombre de malades ?
La recherche tente de trouver des marqueurs biologiques qui vont permettre de
dire quelle thérapie va pouvoir être efficace pour un patient donné. Pour les autres,
si la monothérapie ne fonctionne pas, nous
recherchons des combinaisons de traitements qui pourraient être
intéressantes, au prix
La cancérologie est d’effets secondaires podevenue une priorité tentiellement plus lourds.
est possible de combiner
pour les industriels, Ildeux
immunothérapies
plus que les maladies
entre elles, ou même de
combiner
une immunocardiovasculaires
thérapie avec une chimioDR AURÉLIEN MARABELLE
thérapie. En parallèle, de
nouveaux traitements, qui
ciblent d’autres mécanismes du système
Malheureusement, ces immunothérapies
immunitaire, sont développés par les lane sont efficaces que pour une partie
boratoires pharmaceutiques. La cancérodes malades…
logie est devenue une priorité pour les inC’est vrai, et c’est l’un des grands enjeux
dustriels, plus que les maladies
de la recherche dans ce domaine. On
cardiovasculaires, et les montants des inn’est pas encore capable de savoir à
vestissements pour développer de nouvell’avance pour un patient précis s’il va réles immunothérapies, particulièrement
pondre positivement ou non à une imaux États-Unis, sont colossaux. C’est un
munothérapie. Les études sur de grands
domaine qui progresse très rapidement. ■
nombres de malades ont identifié cer-
«
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 2 octobre 2018
LE CARNET DU JOUR
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deuils
Patrick Déchin et Saïd Kribi,
Vincent et Patricia Déchin,
Bénédicte e t Olivier Curie,
Emmanuel et Stéphanie
Déchin,
ses enfants,
Aymeric, Sybil
et Paul-Henry Déchin,
Augustin et Constance
Boniface,
Alexandre e t Fabiola
Castelnau,
Eléonore e t Augustin Déchin,
Hortense Curie e t son fiancé
Alexandre Michel,
Pierre-Olivier et Camille
d'Audiffret,
Priscille e t Stanislas Curie,
Inès et Tatiana Déchin,
ses petits-enfants,
Ferdinand Boniface,
son arrière-petit-fils,
Pierrette
de Léopoldine Tchaptchet,
les familles Déchin, Boisdon,
Flicoteaux, Moufle
et Gautrelet
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de
Mme Jacques DÉCHIN
Nancy. Paris. Genève.
Aix-en-Provence.
Anne David et Isabelle Beau,
ses sœurs,
Xavier, Benoît et Catherine,
Laurent et Laure,
ses frères et belles-sœurs,
ses neveux et nièces
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Etienne COUSIN
survenu le 28 septembre 2018,
à l'âge de 63 ans.
M. Cousin repose à la chambre
mortuaire de l'hôpital Central,
à Nancy.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 4 octobre, à 14 h 30,
en l'église Saint-Léon-IX,
à Nancy.
La famille rappelle
à votre souvenir son frère,
Jérôme
Le vicomte
Michel de Kervénoaël,
son époux,
le baron et la baronne
Antoine-Henry d'Oiron,
leurs enfants et petits-enfants,
le vicomte e t la vicomtesse
Ronan de Kervénoaël,
leurs enfants et petits-enfants,
M. et Mme
Patrick Prud'Homme
et leurs enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de la
vicomtesse Michel
de KERVÉNOAËL
née Roselyne
de Girard de Charnacé,
à l'âge de 87 ans, munie
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 4 octobre 2018,
à 15 heures, en l'église de
Chambellay (Maine-et-Loire).
Maud, sa fille,
Hugo, son petit-fils,
Monique, sa compagne,
Michèle, sa sœur,
ses belles-sœurs
et beaux-frères,
toute sa famille e t ses amis
Les familles Ve rzaux, Ruelle
et alliées,
ses amis,
ses anciens collaborateurs
du groupe CTI
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès du
ont la douleur
de faire part du décès de
docteur Serge PRIER
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 5 octobre 2018,
à 14 h 30,
en l'église Sainte-Madeleine,
à Bagnoles-de-l'Orne.
Le président,
le bureau
et les membres de
l'Académie de marine
ont la tristesse
de vous faire part du décès
de leur confrère, le
commissaire général
de 1re classe
Michel RENVOISÉ
décédé en 2007.
survenu le 27 septembre 2018.
Mme Germaine Gaillard,
son épouse,
On nous prie de faire part
du rappel à Dieu de la
comtesse Bernard
de L'ESTANG du RUSQUEC
née Thérèse
de Ghaisne de Bourmont,
Marie-Laure e t Claire,
ses filles,
Guillaume et Jacques,
ses beaux-fils,
le 30 septembre 2018, à Nantes.
Antoine, Thomas,
Alix, François, Arthur,
Augustin et Anouk,
ses petits-enfants,
ont la douleur
de faire part du décès de
M. André GAILLARD
expert agréé honoraire
par la Cour de cassation,
président d'honneur
de la Compagnie nationale des
experts-comptables de justice
(CNECJ),
membre d'honneur
de la Compagnie
des experts agréés
par la Cour de cassation
(CEACC),
chevalier
de la Légion d'honneur,
survenu le 27 septembre 2018,
à l'âge de 85 ans, à Meudon.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Benoît,
à Issy-les-Moulineaux
(Hauts-de-Seine),
ce mardi 2 octobre, à 10 heures.
L'inhumation aura lieu
dans l'intimité,
le mercredi 3 octobre,
au cimetière de Verteillac
(Dordogne).
La cérémonie religieuse
sera célébrée e n l'église
de Port-Saint-Père
(Loire-Atlantique),
le vendredi 5 octobre 2018,
à 14 h 30.
Isabelle Michon,
Caroline e t Bertrand
de Nicolay,
Elielle Michon,
ses filles, son gendre
et sa belle-fille,
Tanguy et Pierre de Nicolay,
Edwige, Gatien, Grégoire
et Gonzague Michon,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Bruno MICHON
née Geneviève Batereau,
le 27 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-Grâcede-Passy,
10, rue de l'Annonciation,
Paris (16e), le jeudi 4 octobre,
à 14 h 30.
Le président
et les membres du conseil de
l'Association Nationale des
Commissaires de la Marine
(ANCM)
ont la tristesse
de faire part du décès de
Michel RENVOISÉ
commissaire général
de la marine (2S),
président d'honneur
de l'ANCM,
membre
de l'Académie de marine,
survenu le 27 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Pierre,
à Neuilly-sur-Seine,
le jeudi 4 octobre, à 11 heures.
Reims. Saint-Castin
(Pyrénées-Atlantiques).
Olivier Rosenzweig,
son époux,
Bruno et Marie-Noëlle
Tisserand,
ses parents,
Mélanie, sa sœur,
Alain et Annie Rosenzweig,
ses beaux-parents,
François et Kathleen,
son beau-frère e t sa belle-sœur,
et toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Ni fleurs ni couronnes.
Isabelle ROSENZWEIG
née Tisserand,
née Edith Boisdon,
le 29 septembre 2018,
à son domicile,
dans sa 87e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi 4 octobre,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
Paris (7e).
Une bénédiction aura lieu
le vendredi 5 octobre,
à 11 heures,
en l'église Saint-Martin
de Nocé (Orne),
suivie de l'inhumation
dans l'intimité familiale,
au cimetière de Nocé.
Augers-en-Brie
(Seine-et-Marne).
Mme Marie Pradon Serrand,
M. et Mme Eric Pradon,
M. et Mme Henri Daniel,
M. et Mme Tristan Parisot,
ses enfants,
Michel Jeunemaître,
son époux,
Caroline e t Jean-Louis Fortuit,
Eric et Claude Jeunemaître,
Nathalie e t Jean-Louis Hari,
ses enfants,
Alexandre e t Eraka,
Juliette e t Marc,
Charlotte e t Jack-Arthur,
Lucie, Nicolas,
Charles, Hélène, Mathieu,
ses petits-enfants,
Noa, Oscar,
ses arrière-petits-enfants,
Nicole, son épouse,
Olivier Jessel,
son beau-fils,
et sa fille Victoire,
Nello, son frère,
ses enfants et petits-enfants,
Bernard et Martine Kuperfis,
son beau-frère e t sa belle-sœur,
Sébastien et Anne Kuperfis
et toute la famille
ont la douleur
de faire part du décès de
survenu le 26 septembre 2018,
dans sa 87e année.
M. Jean-David FRANCO
docteur en médecine,
survenu le 3 septembre 2018,
à l'âge de 94 ans.
L'inhumation a eu lieu
dans la plus stricte intimité
familiale, au cimetière parisien
de Bagneux.
Charlotte e t Mathieu,
Camille e t Laurent,
Chloé, Louis et Lola,
Benjamin, Alexandre
et Cassandre,
Emilie, Matthieu, Jean,
Théophane et Pauline,
Cyriac, Matthis, Inès et Thaïs,
ses petits-enfants,
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Philippe PRADON
née Marie Thérèse Vogt,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Yolande JEUNEMAÎTRE
née Bouché,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 3 octobre
à 15 heures, en l'église
d'Augers-en-Brie,
où l'on se réunira.
L'inhumation aura lieu
dans l'intimité familiale,
au cimetière d'Augers-en-Brie.
survenu le 27 septembre 2018,
à Paris.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce mardi 2 octobre, à 14 h 30,
en l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
place de l'Église-d'Auteuil,
Paris (16e).
L'inhumation aura lieu
dans l'intimité familiale,
au cimetière de
Collonge-Bellerive (Suisse).
Cet avis tient lieu de faire-part.
11, rue François-Millet,
75016 Paris.
survenu le 27 septembre 2018,
à l'âge de 36 ans.
La cérémonie civile aura lieu
au crématorium de Reims,
ce mardi 2 octobre,
à 15 heures.
Paris (11e).
M. Christian VERZAUX
Claude et Anne-Marie Tissier,
Jean-Louis et Anny Tissier,
Emmanuelle et Philippe
Homolle,
ses frères et sœur
et leurs conjoints,
ses neveux, ses nièces
et leurs enfants
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
Micheline TISSIER
« Mickye »,
survenu le 29 septembre 2018,
à Lyon.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 4 octobre, à 14 h 30,
en l'église Saint-Joseph
de Tassin-la-Demi-Lune.
L'inhumation aura lieu
dans l'intimité familiale,
au cimetière
de Fontenay-Trésigny
(Seine-et-Marne).
Conférences - Signatures - Thèses - Vernissages
s’annoncent toujours dans le carnet du jour
Tél. 01 56 52 27 27 Fax. 01 56 52 20 90
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disparition
Antoine Sfeir,
« un passeur entre Orient
et Occident »
survenu le 15 septembre 2018,
à l'âge de 57 ans, à Chelles.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Ambroise, à Paris (11e),
le mercredi 3 octobre 2018,
à 10 h 30,
suivie de la crémation
au crématorium du cimetière
du Père-Lachaise, où Christian
rejoindra son bien-aimé
grand frère,
Jean
décédé au même âge, en 2009.
Christine Vezinet-Crombecque,
sa fille,
Alexandre Vigneron
et Helena Crombecque-Vezinet,
ses petits-enfants,
et toute sa famille
ont la tristesse
de faire part du décès de
Geneviève VEZINET
née Brison,
survenu le 27 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre-de-Montmartre,
à Paris (18e), le mercredi
3 octobre 2018, à 10 h 30.
L'inhumation aura lieu
à 14 heures, au cimetière
d'Enencourt-Léage (Oise).
remerciements
Mme Catherine Dulmet-Ameil,
ses enfants et petits-enfants
et toute sa famille
ont été très touchés
des marques de sympathie
que vous leur avez témoignées
lors du décès de
Mme Jacqueline BOURDEL
née Bouleau.
Ils vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
Mme Joseph Exbrayat,
née Geneviève Tessier,
son épouse,
ainsi que toute la famille,
très touchées
par les nombreuses marques
d'affection et de sympathie
qui leur ont été témoignées
lors du décès du
professeur
Joseph EXBRAYAT
prient toutes les personnes,
qui se sont associées
à leur peine, de trouver, ici,
l'expression de leurs très
sincères remerciements.
Fleurs naturelles uniquement.
Cet avis tient lieu de faire-part.
15
Ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
très touchés des marques
de sympathie qui leur ont été
témoignées lors du décès de
Mme Guy TERISSE
née Anne Villemin,
vous prient de trouver ici,
leurs sincères remerciements.
messes
A l'initiative de ses camarades
de la promotion
Maréchal Bugeaud,
Saint-Cyr 58-60,
une messe sera célébrée
par Mgr Michel Dubost,
ancien évêque aux armées,
en la chapelle Saint-Louis
de l'École militaire, Paris (7e),
le vendredi 5 octobre 2018,
à 11 heures, à la mémoire du
général de division
Philippe RONDOT
grand officier
de la Légion d'honneur,
décédé le 26 décembre 2017.
Le spécialiste du monde arabe et musulman est décédé
à l’âge de 70 ans dans la nuit de dimanche à lundi.
SANDRINE ROUDEIX/LE FIGARO MAGAZINE
GEORGES MALBRUNOT
£@Malbrunot
Jusqu’au bout de son calvaire, Antoine Sfeir a tenu à
ne rien changer à ses habitudes, continuant de fumer
ses Gitanes et de déguster
les pâtisseries de son Liban
natal. Le spécialiste du
monde arabe et musulman
est décédé à l’âge de 70 ans
dans la nuit de dimanche à
lundi d’un cancer qui le minait depuis de longues années. « Maa salama ya Antoine ! » (Au revoir cher
Antoine). À l’annonce de
son décès, ses amis du Liban
ou de France ont rendu
hommage à sa chaleur et
son humanité.
« Dès le début de sa maladie, il y a quelques années,
Antoine l’avait acceptée avec
beaucoup de philosophie, se
souvient la chercheuse Bérénice Murgue-Khattar, qui
le connaissait bien. En tant
que croyant, la mort, disaitil, fait partie de la vie. »
« Antoine Sfeir était un
passeur entre deux mondes,
l’Orient et l’Occident », a
réagi son ami François Bayrou, le président du MoDem, qui l’invitait à l’université d’été de son
mouvement. Et il fallait le
voir, déjà rongé par la maladie, se tenir debout sur
scène, déambulant tel un
comédien micro à la main,
avide de convaincre son
public.
Antoine Sfeir avait des
qualités de conteur et de
vulgarisateur, servi par un
accent libanais qui faisait le
délice des radios qui le sollicitaient. « Il disait souvent :
quand tu expliques cette région complexe, il faut que le
gars au comptoir du café
d’en face puisse comprendre
ce que tu dis », rappelle
Mme Murgue-Khattar.
Né à Beyrouth, maronite
de confession, Antoine Sfeir
avait commencé sa carrière
comme journaliste au quotidien
francophone
L’Orient-Le Jour. Après
avoir été enlevé en 1976 en
pleine guerre du Liban par
des milices palestiniennes
qui l’avaient torturé pendant une semaine, il arrive
en France où il travaille, à
partir du milieu des années
1980, au journal La Croix
puis à l’hebdomadaire Le
Pèlerin. Mais de son Liban
natal, Antoine avait gardé le
goût de l’entreprise : à Paris, il crée la revue trimestrielle Les Cahiers de
l’Orient. Bien introduit dans
le monde politique, prodiguant ses conseils à des capitaines d’industrie, Antoine Sfeir était le parrain du
député Boris Vallaud,
l’époux de l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Najet Vallaud-Belkacem, que le hasard fit naître
à Beyrouth. « C’est Antoine
qui conduisit sa mère à la
maternité de l’Hôtel-Dieu où
le bébé Vallaud naquit », se
remémore un ami libanais.
Prix Livre et droits
de l’homme
Jusqu’au printemps, Antoine Sfeir accompagnait des
touristes français en Iran où
ses conférences leur permettaient de comprendre la
complexité de l’ancienne
Perse. Mais, après être
beaucoup intervenu dans
les médias, « Antoine avait
pris le parti de se mettre en
recul par rapport à l’information et de ne pas la commenter à chaud », explique
Bérénice Murgue-Khattar.
Le politologue se montrait, en revanche, volontiers critique de l’analyse
officielle française sur le
Moyen-Orient. Il dénonçait
notamment les erreurs de
diagnostic de la diplomatie
française en Syrie. « Il
considérait que des lignes de
force ne peuvent être négligées au Moyen-Orient,
comme la relation conflictuelle entre chiites et sunnites, et il insistait sur le fait
que le Moyen-Orient reste
une mosaïque ethnique et
confessionnelle », décrypte
la chercheuse.
Auteur d’une vingtaine
d’ouvrages, il sera accusé
de complaisance envers le
régime de Ben Ali, avec le
livre Tunisie terre de paradoxes, publié en 2006 et exhumé au moment du printemps arabe, en 2011.
Avec son dernier opus,
L’Islam contre l’islam : l’interminable guerre des sunnites et des chiites (2012), il
remporta le prix Livre et
droits de l’homme de Nancy. En 2005, il avait lancé,
avec Jean-Michel Quillardet, ancien grand maître du
Grand Orient de France,
l’Observatoire de la laïcité,
qui se voulait « un groupe
d’étude et de prospective afin
de renforcer le principe de
laïcité comme constitutif de
la République et de la démocratie ». Le Figaro présente
ses condoléances à sa fille
Marie-Joëlle, qui a repris le
flambeau des Cahiers de
l’Orient, à ses sœurs, ainsi
qu’au reste de la famille. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
JESSICA GOW/EPA/MAXPPP
16
Tous les 10 décembre à Stockholm, date de l’anniversaire de la mort d’Alfred Nobel, le créateur des prestigieuses récompenses, a lieu la cérémonie de remise des prix Nobel de l’année, en présence de la famille royale (ici, en 2016).
La Suède, patrie contestée des Nobel
Ébranlée
par la non-attribution
du Nobel de littérature
cette année
après « l’affaire »
Jean-Claude Arnault,
l’institution suédoise,
qui a commencé
à délivrer ses prix lundi,
veut rester le symbole
de l’excellence.
Mais des voix s’élèvent
pour réclamer une
meilleure transparence
dans l’attribution
des récompenses.
Frédéric Faux
L
À Stockholm
e rituel est parfaitement réglé. Ce lundi, les représentants de l’Institut
Karolinska, qui décerne le Nobel de
médecine, ont annoncé en suédois,
puis en anglais, que le prix 2018 était
décerné à l’Américain James P. Allison
et au Japonais Tasuku Honjo pour leurs
travaux sur le système immunitaire et son utilisation
dans le traitement du cancer. Ils sont ensuite revenus
en détail sur cette avancée médicale, censée être « la
plus importante » de l’année écoulée, avant de répondre aux questions des journalistes du monde entier. Le prix Nobel de physique sera attribué ce mardi
selon le même protocole, celui de chimie mercredi,
alors que le souvent controversé Nobel de la paix sera
révélé vendredi. Le prix Nobel d’économie, institué
en 1968 par la Banque de Suède, devra attendre le
lundi 9 octobre. C’est le début de ce que les Suédois
appellent pompeusement « la saison Nobel », et qui
se poursuivra par des conférences ouvertes au public, données par les nouveaux lauréats. Elle finira en
apothéose par le dîner de gala, le 10 décembre, retransmis en direct à la télévision, au cours duquel le
roi remet en personne les prix aux impétrants, qui
pour beaucoup mettront alors une queue-de-pie
pour la première fois de leur vie.
Cette cérémonie suivie par des millions de téléspectateurs, équivalent suédois de la montée des
marches du Festival de Cannes, est l’une des rares
occasions où la famille royale apparaît au grand
complet, en tenue d’apparat. Elle montre aussi tout
l’attachement de la Suède au prix Nobel, l’une des
rares manifestations - avec l’Eurovision, diront les
cyniques - qui permet au royaume nordique de
briller au niveau international.
A
Les Suédois aiment se rappeler qu’Alfred Nobel, inventeur et industriel suédois qui a fait fortune grâce à
l’invention de la dynamite, était avant l’heure un citoyen du monde, éduqué en Russie et aux ÉtatsUnis, sautant de train en paquebot, entretenant une
correspondance fournie avec Victor Hugo ou se passionnant pour la poésie de Byron. Mais ici, dans la
capitale suédoise, on met aussi un point d’honneur à
rappeler les liens qui l’unissent à son pays de naissance. On peut y voir des photos de son laboratoire
de Stockholm, dans lequel mourut son frère Emil
après une terrible explosion. Une copie de son testament - contesté avec acharnement par la famille - où
il lègue sa fortune à une fondation chargée de récompenser les meilleurs d’entre nous, ceux qui font
« avancer l’humanité ». Ainsi que des souvenirs laissés par les différents lauréats Nobel, qui viennent
tous à Stockholm chercher leur prix : une lettre
d’Einstein, la machine à écrire de Joseph Brodsky, ou
un livre de prières du dalaï-lama. Une mécanique
bien huilée, donc, mais sur laquelle plane cette année
un doute, une question longtemps taboue : pourquoi
la Suède, petit pays de 10 millions d’habitants, perdu
au nord de l’Europe, a-t-elle le privilège d’attribuer
cette récompense devenue universelle ?
JOHAN JEPPSSON
Démissions en cascade
Ce débat est devenu d’actualité avec « l’affaire »
Jean-Claude Arnault, du nom de ce Français de
72 ans qui a plongé l’Académie suédoise - chargée de
décerner le Nobel de littérature - dans la tourmente.
Marié à une académicienne, accusé, dans le sillage du
phénomène #MeToo, d’agressions sur au moins dixhuit femmes, il a été condamné ce lundi à deux ans
de prison pour un viol commis en 2011. Reste maintenant à éclairer les liens troubles qui unissent JeanClaude Arnault à l’Académie depuis des décennies.
Certains de ses membres auraient couvert les agissements d’Arnault, alors que d’autres comptent leur
femme ou leur fille parmi les victimes. Le Forum,
club artistique très sélect qu’il dirigeait, était par
ailleurs généreusement subventionné par l’institution. Le Français aurait même ébruité avant l’heure
le nom de certains Nobel, quand il ne se vantait pas
d’être à l’origine de leur nomination.
Ces révélations ont entraîné des démissions en
cascade chez les « Immortels » et ont abouti à l’impensable : le nom du lauréat du prix Nobel de
littérature 2018 ne sera dévoilé que dans un an, avec
le récipiendaire du prix 2019. En termes moins
diplomatiques : il n’y a pas de Nobel de littérature
cette année, une première depuis la Seconde Guerre
mondiale ! Pour Lars Heikensten, dirigeant de la Fondation Nobel, qui finance les différents prix, le réveil
fut brutal : « Je suis arrivé ici après une longue expérience à la tête de la Banque centrale suédoise, puis
dans des institutions européennes. Je pensais que le job
serait plus tranquille… Je me suis trompé, avoue-t-il
en souriant. Je savais qu’il y avait des défaillances dans
l’organisation, mais jamais je n’aurais imaginé ça ! »
Dès son arrivée, celui qui tient les cordons de la bourse a dû suivre le lourd dossier du nouveau centre Nobel, un édifice ultramoderne que la Fondation veut
bâtir dans le centre historique de Stockholm et contre
lequel les riverains multiplient les recours. Mais ce
hara-kiri de l’Académie suédoise, créée en 1786 par
le roi Gustave III sur le modèle de son aînée française,
a des conséquences beaucoup plus insidieuses.
En Suède, des voix commencent à s’élever pour réclamer une meilleure transparence dans l’attribution
des prix, voire un changement des règles. La culture,
comme la nature, ayant horreur du vide, un groupe
d’intellectuels a même créé une Nouvelle Académie,
dont le prix littéraire - qui fait participer lecteurs et
bibliothécaires - sera décerné le 12 octobre. Pour ses
promoteurs, il s’agit de se positionner aux antipodes
d’un vieux monde gangrené par les « privilèges, les
conflits d’intérêts, l’arrogance et le sexisme », mais
aussi de se mettre dans la filiation de Nobel en proposant une dotation importante - 100 000 euros pour le
lauréat - et en piochant ses nominés sur tous les
continents. Parmi les finalistes figurent notamment la
Française Maryse Condé, et Haruki Murakami, maître des lettres japonaises. Est-ce parce que ce dernier
est pressenti depuis des années pour le Nobel et qu’il
veut garder toutes ses chances ? Il s’est en tout cas
Ce qui s’est passé à l’Académie suédoise
est inacceptable, et nous sommes très clairs
sur le fait qu’elle devra balayer devant
sa porte avant d’attribuer un prochain prix
LARS HEIKENSTEN, DIRIGEANT DE LA FONDATION NOBEL
»
fendu d’une lettre pour remercier ceux qui lui avaient
rendu un si « grand honneur », mais pour demander
aussi d’être retiré de la liste des finalistes afin de « se
concentrer » sur son travail d’écriture, « loin de l’attention médiatique ».
Cette réaction résume à elle seule les enjeux qui gravitent autour du Nobel de littérature : graal des romanciers, poètes et dramaturges, il a célébré certaines
des plus belles plumes du siècle, d’Albert Camus à Samuel Beckett, de Boris Pasternak à Ernest Hemingway. Il représente toujours cette ultime marche avant
la postérité… Mais il n’est plus irremplaçable. « Ce qui
s’est passé à l’Académie suédoise est inacceptable, et
nous sommes très clairs sur le fait qu’elle devra balayer
devant sa porte avant d’attribuer un prochain prix, admet aujourd’hui Lars Heikensten. Mais il faut aussi tenir compte du testament d’Alfred Nobel, qui précise que
les différents prix sont décernés par des institutions suédoises, nommées explicitement : l’Institut Karolinska de
Stockholm pour la médecine, l’Académie des sciences
pour la physique et la chimie, l’Académie suédoise pour
la littérature. La seule exception est le Nobel de la paix,
décerné par le Parlement norvégien. »
La « marque Nobel » menacée
Avec le montant conséquent des prix – près de
900 000 euros pour chaque lauréat - le sérieux de ces
institutions est la principale raison de la crédibilité
accordée au Nobel. D’où la crise ouverte qui oppose
aujourd’hui la Fondation Nobel à l’Académie suédoise. Tentant de s’amender après ce scandale Arnault,
elle a annoncé le 14 septembre une modification de
ses statuts, qui permettrait notamment une élection
plus facile de nouveaux membres. Un premier pas,
certes, mais qui restera en tout cas insuffisant pour
corriger l’image poussiéreuse de ce cénacle, avec ces
dix-huit « Immortels », élus à vie, tous suédois, reclus dans les salons dorés du vieux Stockholm.
Car la « marque Nobel » est bien menacée. Voulant
mettre un terme à cet annus horribilis, la Fondation
Nobel souligne le fait que l’Académie suédoise fait figure d’exception et que les autres comités de sélection ont des règles de fonctionnement beaucoup plus
ouvertes. « À l’Académie de sciences, un an avant la
décision, nous envoyons plus de 3 000 lettres à nos
correspondants à travers le monde pour qu’ils nous
fassent des suggestions, explique par exemple OlgaBotner, qui préside le comité chargé de décerner le
Nobel de physique. Ces noms sont examinés par nos
635 membres, dont 175 sont étrangers, sans compter
l’aide que nous apportent de nombreux experts étrangers. »
Un exemple à suivre ? Vendredi, Lars Heinkensten
a dévoilé l’épée de Damoclès suspendue aujourd’hui
au-dessus de la tête des académiciens : « Si les choses
continuent comme ça, et s’ils ne réussissent pas à retrouver une légitimité, nous allons être forcés de prendre des mesures radicales, a-t-il menacé. Une de ces
mesures pourrait être de demander la permission de
transférer la responsabilité du prix à d’autres organisations. » Car l’Académie suédoise, minée par les divisions, n’a pas encore commencé le processus de
sélection du prochain prix de littérature, censé débuter en septembre. Si les choses restent en l’état, il
serait donc possible que ce Nobel n’ait encore aucun
lauréat… en 2019. ■
+
» Lire aussi PAGE 14
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
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mardi 2 octobre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
ÉCONOMIE
17
Les routes sont-elles sûres en France ?
L’effondrement
du pont Morandi
de Gênes est dans
toutes les têtes.
Le risque d’un
drame ne peut pas
être totalement
éliminé car l’État
et les collectivités
n’investissent pas
assez pour réparer
les ponts
et les chaussées.
Jean-Yves Guérin
£@jyguerin@lefigaro.fr
INFRASTRUCTURES L’incrédulité et
1 Les routes de France
(1,1 million de km) valent
2 000 milliards d'euros
C6
D 60
N7
673 000 km
de routes communales
377 000 km
de routes départementales
12 000 km
de routes nationales
ou autoroutes gratuites
(A86, A20...)
9 000 km
d'autoroutes payantes
200 000
ponts
942
tunnels
l’horreur. Avant l’effondrement du pont
Morandi de Gênes, qui a fait 43 victimes le
14 août, personne n’imaginait qu’une telle
catastrophe pouvait arriver en Europe occidentale. Depuis, une question revient en
boucle : un accident de ce genre peut-il
survenir en France ? Les routes hexagonales sont-elles sûres ? Une interrogation légitime à laquelle les experts répondent
avec précaution. « Sur la route, le risque
zéro n’existe pas, affirme David Zambon,
directeur général de l’Idrrim (Institut des
routes, des rues et des infrastructures pour
la mobilité). On peut seulement réduire
l’aléa au maximum. »
C’est que l’histoire nous a appris à rester
humbles dans ce domaine. Quelques
grandes catastrophes sont encore dans les
mémoires : l’incendie dans le tunnel du
Mont-Blanc qui a provoqué 39 décès en
mars 1999 ou l’effondrement du tunnel de
Vierzy (Ain) en 1972 qui s’est soldé par
108 morts et 111 blessés. Et des alertes récentes montrent qu’on n’est pas à l’abri
d’une catastrophe. En mai, un mur qui
soutient le pont de Gennevilliers, en région parisienne, sur l’A15 s’est affaissé.
Mi-septembre, un des 72 câbles du pont de
l’île de Ré a cédé. À chaque fois, le drame a
été évité. Mais il n’est pas sûr qu’il en sera
toujours ainsi car certaines infrastructures
routières sont dans un tel état de délabrement en France qu’elles en deviennent
dangereuses.
Publié en juillet dernier, le rapport qui
analyse le réseau routier national non
concédé, soit principalement les nationales et les autoroutes gratuites, tire la sonnette d’alarme. Sur ces 12 000 km de routes, 17 % des chaussées nécessitent des
réparations structurelles et 7 % des ponts,
soit 840, présentent à terme un risque
d’effondrement.
❙ LE POINT NOIR DES PONTS
Si la dégradation du réseau routier dans
son ensemble est très préoccupante, elle
n’entraîne pas les mêmes conséquences
suivant l’infrastructure concernée. « Une
chaussée constellée de nids-de-poule présente peu de risques de provoquer une catastrophe avec des dizaines de morts. En revanche, des tunnels et des ponts en piteux
état peuvent causer des drames avec beaucoup de vies humaines perdues », affirme
Georges Tempez, directeur technique infrastructures de transport au Cerema
(Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et
l’aménagement). De fait, les accidents très
meurtriers qui arrivent sur la chaussée
sont le plus souvent causés par une erreur
de conduite des automobilistes.
57 %
51 %
47 %
2007
2012
2016
❙ UN RISQUE MAL CONNU
Le rapport sur l’état du réseau routier
national non concédé qui a sorti des données alarmantes sur les routes et les ponts
en juillet l’aurait presque fait oublier. À
part sur les 9 000 km d’autoroutes à péages et les 12 000 km de voies principales
gérées par l’État, la France n’a pas de visibilité sur le vieillissement de ces infrastructures routières et les risques qu’elles
peuvent générer. « On ne sait pas quel est
l’état des routes et des ponts sur les routes
départementales et communales », résume
David Zambon. Tout simplement parce
que les collectivités locales n’ont aucune
obligation d’indiquer à l’État comment elles suivent l’état de ce patrimoine.
Plus grave, on suppose que beaucoup
d’entre elles, notamment des départements ruraux et des petites communes,
ont très peu, voire pas de diagnostic de
leur réseau routier. « Beaucoup de ces
ponts sont des bombes à retardement car ils
n’ont jamais été visités », estime Christian
Tridon, président du Strres (Syndicat national des entrepreneurs spécialistes de
travaux de réparation et de renforcement
des structures). Or ces routes secondaires
concentrent tout de même deux tiers du
trafic routier.
La situation n’a pas toujours été aussi dégradée. Jusqu’au milieu des années 2000,
les DDE (directions départementales de
l’équipement) aidaient gratuitement les
collectivités locales à diagnostiquer l’état
de leur réseau routier. Mais, avec la fusion
des DDE au sein de directions plus larges
au milieu des années 2000 et la réduction
des effectifs de fonctionnaires, cette mission a disparu. « L’Etat s’est désengagé de
ce terrain-là, résume le sénateur Hervé
Maurey. Or les collectivités locales n’ont pas
les compétences pour avoir un suivi régulier
de leurs ouvrages d’art. » Cela tombe mal
car la période est critique pour les ponts :
beaucoup d’entre eux, construits dans les
années 1950 et 1960, sont à bout de souffle.
Avec des problèmes qu’on n’avait pas anticipés : « Dans ces décennies, on a
construit nos ouvrages d’art avec une alliance béton-acier, raconte Christian Tridon. Or, à la longue, l’acier se corrode et
peut faire éclater le béton. »
UN SOUSINVESTISSEMENT
❙CHRONIQUE
Même quand les routes et les ponts à problèmes sont identifiés, les travaux ne
sont pas toujours lancés. Selon le rapport
sur l’état du réseau routier national non
concédé, un pont n’est réparé en moyenne que vingt-deux ans après l’apparition
des premières dégradations. Un calcul
qui, économiquement aussi, est dévastateur. « Quand on ne met pas un euro en
entretien une année, c’est dix euros qu’il
faudra débourser quelques années plus
tard car l’ouvrage se sera dégradé à vitesse accélérée », soupire Hervé Maurey.
Si la maintenance est globalement insuffisante sur le réseau routier, c’est parce
que, sur le long terme, les investissements n’ont pas été à la hauteur.
« Depuis une décennie, l’État a consacré à
l’entretien de son réseau routier près de
670 millions d’euros alors qu’il aurait fallu
tourner autour de 800 millions annuels
pour le garder à un bon niveau », juge un
expert.
Conscient du problème, le gouvernement commence à inverser la tendance :
en 2019, il prévoit de consacrer 815 millions d’euros au réseau routier, puis
850 millions par an entre 2020 et 2022 et
930 millions de 2023-2027. Mais rien ne
peut garantir que ces engagements de
long terme seront tenus.
Du côté des départements, la courbe des
dépenses d’investissement dans le domaine routier qui comprennent la réparation
des routes est éloquente : ce poste ne représentait plus que 3,2 milliards d’euros en
2016 contre 4,7 milliards en 2008. « En fait,
pour l’État comme pour les départements,
l’entretien des routes est devenu une variable
d’ajustement budgétaire, déplore-t-on
chez Routes de France, qui fédère les professionnels chargés de construire et
d’entretenir les routes. Quand il faut couper une dépense, c’est souvent ce poste qui
est sacrifié. »
Le recul est particulièrement marqué pour
les conseils départementaux car ils sont
confrontés à une situation intenable : d’un
côté, les dotations de l’État chutent ; de
l’autre, les dépenses sociales (notamment
le versement du RSA) qui sont à sa charge
explosent. « En plus, depuis le Grenelle de
l’environnement, ce n’est pas populaire de
défendre la route », résume Gilles Savary,
ex-député PS, spécialiste des transports. À
cela, il faut ajouter qu’il est plus gratifiant
pour un élu d’inaugurer un nouvel équipement que de réparer l’existant.
DES NOUVELLES
TECHNOLOGIES
❙ L’APPORT
Mal entretenus car trop chers… C’est la
rengaine qu’on entend concernant la
maintenance des routes et des ponts en
France. Or, à moyen terme, les nouvelles
technologies pourraient changer la donne.
Simplement parce qu’elles rendront moins
onéreux le diagnostic des infrastructures
et leur réparation. Ainsi, depuis quatre ou
cinq ans, de plus en plus d’inspections de
ponts se font par drone. « Cela permet d’aller voir s’il n’y a pas de fissures sous le dessous des ouvrages ou de vérifier les haubans
des ponts, illustre David Zambon. C’est
moins compliqué que de le faire avec des
cordistes dans une nacelle. »
Autre piste d’avenir : les capteurs qui permettent de suivre en direct la vie d’un
pont, de voir s’il n’y a pas de mouvements
suspects causés par une fissure ou la défaillance d’une partie de l’ouvrage. Compte tenu du coût de ces équipements, pour
l’instant, seuls les très grands ponts comme le viaduc de Millau en disposent. Mais
on peut espérer qu’au fil du temps ces
technologies se diffusent plus largement.
De même des radars électroniques commencent à permettre de détecter des anomalies - pas visibles à l’œil nu - dans le
ferraillage des ouvrages d’art. La
construction d’ouvrages avec la technologie BIM (Building Information Model), où
l’on consigne toutes les opérations sur une
maquette numérique actualisée en temps
réel, pourra aussi réduire les coûts de
maintenance. Cela permettra, par exemple, à tous ceux qui entretiennent un pont
de savoir tout de suite où l’acier a été inséré dans le béton.
Dernier point, le ministère des Transports
vient de faire une opération transparence
en communiquant via son site Internet
l’état des 166 plus grands ponts français.
On y apprend que 23 d’entre eux ont besoin de travaux lourds plus ou moins importants. Rien de très high-tech si ce n’est
que cette approche utilise le Web pour
transformer les automobilistes en usagers
responsables et exigeants. C’est peut-être
cet accès en open data qui fera bouger les
choses, obligeant les pouvoirs publics à
réparer tel ou tel ouvrage d’art sous la
pression des citoyens. ■
3 L'état des ponts : point noir de la sécurité routière
2 Le réseau routier se dégrade
PART DES CHAUSSÉES JUGÉES
« EN BON ÉTAT » EN FRANCE*
Ainsi, le drame de Puisseguin (Gironde)
qui a fait 43 morts et 8 blessés en octobre
2015 a été provoqué par un camion qui
s’est déporté sur la gauche dans un tournant et a percuté un autobus qui venait en
face. En fait, plutôt que de coûter des vies
humaines, une chaussée mal entretenue
pénalise l’économie : elle allonge les temps
de transport et du coup renchérit les coûts
logistiques.
En revanche, sur les ponts et dans les
tunnels, une maintenance inexistante ou
insuffisante peut très vite virer au drame.
Aujourd’hui, le risque numéro un se situe
sur les ponts. D’abord parce qu’il y en a
beaucoup plus (200 000) que de tunnels
(942). Mais aussi parce que le problème a
été pris à bras-le-corps sur les tunnels.
« La catastrophe du tunnel du Mont-Blanc
a provoqué une prise de conscience sur le
fait qu’il fallait énormément renforcer la
protection sur ces infrastructures contre le
risque principal, l’incendie, souligne
Michel Deffayet, directeur du Cetu (Centre d’études des tunnels). Depuis 2000,
trois milliards d’euros ont été investis pour
remettre les tunnels à niveau. Et ils n’ont
pas été victimes de coupes budgétaires. »
Les ponts, eux, n’ont pas bénéficié d’un tel
traitement. Le drame de Gênes commence
tout doucement à faire bouger les esprits.
Par exemple, le ministère des Transports
doit, dans les prochaines semaines, publier
une circulaire rappelant comment effectuer la visite annuelle (uniquement visuelle) de chaque pont et l’inspection triennale
beaucoup plus poussée. Préoccupé par cette situation, Hervé Maurey, président de la
commission de l’aménagement du territoire et du développement durable au Sénat, a demandé la création d’une commission d’enquête sur les ponts en France.
TOP 10 DES PAYS LES MIEUX CLASSÉS
POUR LA QUALITÉ DE LEURS ROUTES
2011-2012
2017-2018
FRANCE
EAU**
EAU**
Singapour
SINGAPOUR
Suisse
PORTUGAL
Hongkong
OMAN
Pays-Bas
SUISSE
JAPON
AUTRICHE
France
HONGKONG
Portugal
FINLANDE
Autriche
ALLEMAGNE
États-Unis
** Émirats arabes unis
RÉPARTITION DE LA GESTION
DES PONTS EN FRANCE
PART DES PONTS JUGÉS « EN BON ÉTAT »
85 000
15 000
55,2 %
Départements
Concessionnaires
privés
15 000
État
52 %
200 000
ponts
85 000
2007
Communes
2015
4 Des investissements insuffisants
INVESTISSEMENT SUR LES ROUTES
FRANÇAISES*, en % de la valeur des ouvrages
Recommandation de l’OCDE
1,5%
LA FRANCE INVESTIT MOINS QUE SES
VOISINS D’EUROPE CENTRALE ET DU NORD
LES DÉPARTEMENTS INVESTISSENT
DE MOINS EN MOINS
Espagne
Dépenses d'investissement des départements
dans le domaine routier,
en milliards d'euros
En milliers d’euros
par an et par km
Italie
4,7
Autriche
* Réseau routier national non concédé
(nationales et autoroutes gratuites)
3,6
3,5 3,4 3,3
Pays-Bas
0,14 %
0,18 %
0,16 %
2011
2012
2013
0,18 %
2014
0,2 %
0,22 %
2015 2016
Suisse
50
A
Sources : Audit Nibuxs/ IMDM sur l'état du réseau routier
national non concédé (avril 2018), Rapport Maurey
(Sénat 2017), Idrrim, Strres, World Economic Forum
4,6
3,9
France*
100
150
200
250
2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
« Ton père, c’est la technique,
et ton parrain, c’est l’État »
U
n point de style : le
rapport du Comité
national consultatif
d’éthique, en tout cas
dans la partie
qui concerne la
procréation médicalement assistée
(PMA), est une sorte de synthèse
crispée, écrite dans un style clinique
d’énarque qui aurait enfilé une tenue
stérile et des gants d’examen
anatomiques pour traiter des
problèmes de procréation. Synthèse,
car la méthode consistait à faire
remonter de plusieurs collèges
les opinions ayant cours sur le sujet.
Crispée, car on sent bien que les
débats entre par exemple les
associations qui poussent à la PMA
pour les couples de femmes
homosexuelles et les courants
religieux furent tendus. Au fond,
ce sujet porte sur la vie, les enfants,
les familles et la République, toutes
choses enthousiasmantes, mais il
est évident que l’auteur du rapport
serait plus à l’aise, et au chaud, pour
traiter de l’efficacité des politiques
publiques en matière de fiscalité
de l’immobilier d’entreprise.
Ce hiatus stylistique n’est pas
dépourvu de portée, car ce comité
éclaire le législateur et le public,
lesquels vont lire le produit
du meilleur de l’esprit d’État :
un mélange de froide technicité
de juge d’instruction, de synthèse
pointue de conseiller d’État et de
neutralité formelle de directeur
de cabinet organisant une
consultation de partenaires sociaux.
Le tout, il faut le dire net, d’un ennui
mortel. Cet ennui me rend méfiant,
sur un sujet aussi noble et brûlant
que la possibilité
pour des couples
homosexuels
d’avoir accès
à la PMA.
L’écrivain et critique littéraire* a lu l’avis du CCNE
Je n’ai pas envie
sur l’extension de la PMA aux couples de femmes. d’être anesthésié
Il a été frappé par le caractère technocratique
par un énarque
du texte et, surtout, par l’absence du père,
sur un enjeu
pareil.
pourtant au centre des enjeux.
MARIN DE VIRY
couple où il faudra parler à son
Et au fond, il y a quelque chose
enfant, les yeux dans les yeux. Un
d’imparable là-dedans, car même
couple de femmes homosexuelles
si nous prenons le point de vue de
ayant eu accès à la PMA aura le
la nature, le père perd, si j’ose dire.
choix entre une fiction héroïque –
Nous sommes en effet tous bien
« Tu es né de notre désir d’enfant,
d’accord : dans la nature, la mère
de notre projet de famille, et peu
fait tout et le père pas grand-chose,
importe l’identité du fournisseur de
dans le processus qui va de la
semence mâle dans l’affaire » -, soit
procréation aux premiers mois de
d’assumer l’exclusion du père du
l’enfant. Le rôle du père est certes
champ des vivants – « Un homme
bien répertorié dans la procréation,
n’a rien à faire dans notre couple,
mais il est nul dans la gestation,
sa contribution à ton existence est
et il se transforme carrément en
accidentelle, sa vie ne te concerne
nuisance périphérique pendant
pas, le sperme médicalisé qui t’a
les premières semaines de la vie
conçu n’est pas une personne ».
d’un enfant.
Très bien. Pour éliminer le père,
Qu’en effet
Un jour viendra dans la vie
il faut en passer par la technique. Le
ce terzo
débat
n’est donc pas entre la nature
incomodo,
d’un couple où il faudra parler
et la culture, débat complètement
ce bémol
à son enfant, les yeux dans les yeux
vaseux, mais entre la vie et la
dans l’extase
technique, ce qui est beaucoup plus
relationnelle
précis : la vie, c’est ce qui est, la
maman-bébé, ce parasite de la
L’absence du père est frappante
technique, c’est ce qui modifie ce
fusion, ce figurant poussif du
dans ce texte. Il n’est évoqué qu’à
qui est au profit d’une intention.
premier acte, ce modeste semeur
travers les propos des associations
Au bout de l’aventure technique de
en fond de tableau, revendique
qui estiment que l’enfant a le droit
la PMA pour les couples de femmes
un rôle beaucoup plus important
à « un papa et une maman » - c’est
homosexuelles, il n’y aura plus trace
que son mérite dans l’affaire ne le
l’angle « nature » -, auxquels
d’aucune personne humaine du côté
justifie, ne voilà-t-il pas une preuve
d’autres associations répliquent
mâle, le sperme sera complètement
surabondante de l’insatiable appétit
que les jeux de « rôle » permettent
détaché d’un corps réel. C’est à
de pouvoir du patriarcat ?
de recréer un « papa » au sein
ce moment-là
d’un couple de femmes
qu’à la
homosexuelles – c’est l’angle
Au bout de l’aventure technique
question :
« culture ». Notre plume énarque
« Qui est mon
a un peu de mal à faire la synthèse
de la PMA pour les couples
père ? » la mère
entre la nature et la culture…
de femmes homosexuelles,
pourra enfin
On le sent au bord d’écrire :
répondre :
« Le législateur tranchera. »
il n’y aura plus trace d’aucune personne
« Ton père,
Quand même, on sent bien que
humaine
du
côté
mâle
c’est la
dans ce rapport, implicitement, c’est
technique, et
la « culture » qui gagne, c’est-à-dire
ton parrain, c’est l’État. » On peut
D’une certaine façon, éjecter le père
l’idée que l’homme concret peut
penser calmement - c’est mon cas de la famille est une preuve de
laisser sa place à l’homme joué,
que dans cette phrase il y a le
soumission plus grande à l’ordre
au sein d’un « projet de famille » qui
renoncement à l’honneur de vivre.
naturel que de le mettre au centre
est présupposé supérieur en dignité
C’est ce qui finit par arriver quand
du jeu. Car la nature envoie
à la famille biologique. Et il lui est
on laisse le royaume de l’abstraction
un message très clair : l’homme,
supérieur en dignité car il fait régner
énarchique se faire envahir
c’est trente secondes ; la femme,
le principe d’égalité du droit
par l’empire de la technique.
neuf mois. Les couples de femmes
à l’enfant entre les couples
* Marin de Viry collabore à la « Revue
homosexuelles réclamant
homosexuels et hétérosexuels. Grâce
des deux mondes ». Dernier roman
l’ouverture à la PMA en ont tiré les
au principe d’égalité et au primat
publié : « Un roi immédiatement »
conclusions. Comme disent les
de la « culture » sur la « nature »,
(Éditions Pierre-Guillaume de Roux,
Anglais : « The winner takes it all. »
la logique veut que le père biologique
2017, 144 p., 18,50 €).
Un jour viendra dans la vie d’un
perde l’exclusivité du rôle de père.
Certes, ce rapport, en bon
rapport de pseudo-« haut niveau »,
se donne un cadre problématique
de philosophie politique, en posant
la question (un rien scolaire) :
« Quelle société voulons-nous pour
demain ? » Il me semble toutefois
que la vraie question est plutôt :
que voulons-nous, demain, dire
à nos enfants de leur origine ?
Posée ainsi, c’est-à-dire réellement
et non pas théoriquement,
particulièrement et non pas
généralement, on peut moins noyer
le poisson.
«
»
«
»
La Bible, une invitation à la Liberté
D
DESISINS CLAIREFOND
ans un monde qui va
globalement mieux,
comme l’ont
brillamment démontré
Steven Pinker (La Part
d’ange en nous, Les
Arènes) ou Johan Norberg (Non ce
n’était pas mieux avant, Plon),
la sensation d’insécurité, d’injustice
et d’inconfort s’accroît. Elle gagne
toutes les strates des opinions
occidentales et se mesure au succès
croissant des offres populistes.
Sans céder à la panique, sans non
plus hurler avec les loups, nous ne
pouvons ni demeurer sourds à ces cris,
ni regarder la démocratie s’éteindre en
feignant de croire qu’elle est éternelle.
L’heure est venue de se réarmer,
de dire non à l’illibéralisme,
à la négation de nos droits les plus
essentiels, à l’extinction de la liberté.
Il faut, pour cela, retrouver ce qui a fait
le succès de notre monde. Reconquérir
les cœurs perdus, illusionnés par les
promesses que les extrémistes de tous
temps resservent en boucle au banquet
de l’Histoire.
Aujourd’hui, poursuivant notre
réflexion engagée sur cette vérité par le
mensonge que constitue la littérature,
il nous a paru vertueux de rouvrir
un grand texte : la Bible. La pensée
de liberté, loin d’être cet économisme
auquel on entend la réduire, défend
la plus petite des
minorités qu’est
l’être humain,
la personne
humaine, qu’il
À LIVRE OUVERT
s’agit notamment
de protéger
Alors que souffle un vent d’« illibéralisme »
sur les démocraties occidentales, notre chroniqueur* de l’arbitraire.
Contrairement
invite à retrouver dans les sources bibliques
au socialisme,
les racines libérales de notre civilisation.
au communisme,
Selon lui, christianisme et libéralisme ne sont pas
au nazisme,
incompatibles, bien au contraire.
au fascisme,
A
MATHIEU LAINE
et la femme sont donc des créateurs eux
aussi. L’adresse « Soyez féconds et
multipliez-vous » à Adam et Eve va bien
au-delà de la procréation. D’ailleurs,
avant le même péché originel, l’homme
et la femme doivent cultiver le jardin
d’Eden. Ce rapport à l’émancipation de
la personne par le travail est également
au cœur d’une approche libérale
du monde.
Libéralisme et christianisme ont aussi
en partage une même modestie devant
le processus d’organisation sociale qui
passe par une défiance commune vis-àvis du pouvoir et une égalité similaire de
traitement entre
Le libéralisme, comme le christianisme, les hommes. Le
libéral considère
n’ambitionne pas de changer
que la liberté et le
l’homme mais de le respecter
pluralisme sont
au cœur d’un
véritable ordre social. On trouve des
que librement. Être libre, comme
traces de cet ordre dit spontané, par
le disait Jean-Paul II, « c’est pouvoir
opposition à l’ordre naturel (physis) et à
et vouloir choisir, c’est vivre selon
l’ordre artificiel (nomos), chez saint
sa conscience ». On retrouve là autant
Thomas d’Aquin, saint Augustin, saint
de piliers de la civilisation libérale :
Bernardin de Sienne, puis plus encore
la liberté individuelle, la volonté
chez les scolastiques espagnols au
de choisir son destin, le sens du devoir,
XVIe siècle (Luis de Molina, Domingo
qui est le produit de notre conscience,
de notre raison.
de Soto, Juan de Mariana).
Le Livre des Proverbes développe
Le Dieu des chrétiens n’est pas le
par ailleurs l’idée que le succès de
Jupiter de l’ordre naturel nous lançant
la société dépend du comportement
des éclairs sur la tête. Et le Christ ne dit
des personnes : dans leur famille,
jamais ce qu’il attend précisément de
leur travail, leurs relations avec autrui.
nous. Il nous fait confiance. Dieu n’est
Il opère, au temps des grands empires –
par ailleurs pas enclin à laisser quelques
l’Égypte, l’Assyrie, la Perse, Babylone,
puissants décider à notre place. Il se
plus tard l’Empire romain – une
méfie des gens de pouvoir. Dans le
véritable révolution de la personne
psaume 146, il est écrit « Ne placez pas
agissante.
votre confiance dans les princes ».
Le libéralisme, comme la religion
L’Écclésiaste affirme que toutes les
chrétienne, valorise également
ambitions du pouvoir ne sont que
le travail et l’innovation. Au moment
« vanité et poursuite du vent » et le
de la Création, au sixième jour, Dieu
prophète Élie condamne le roi Achab qui
modèle l’humanité « avec la poussière
a tué le vigneron Naboth pour s’emparer
tirée du sol » et insuffle dans les narines
de sa vigne. Dans la Bible comme chez
du genre humain « le souffle de vie ».
Tocqueville, le plus humble des hommes
Créés « à l’image de Dieu », l’homme
est par ailleurs égal en dignité aux
à l’islamisme ou au transhumanisme,
le libéralisme, comme le christianisme,
n’ambitionne pas de changer l’homme
mais de le respecter.
Chez les chrétiens, l’homme est
toujours présenté avec exigence mais
aussi avec miséricorde, dans toute sa
complexité, avec ses forces, ses talents
à faire fructifier, et ses faiblesses. Le
vrai libéral le perçoit également ainsi,
sans s’illusionner sur ce qu’il est ou
devrait être. Chez les chrétiens comme
chez les libéraux, l’homme est libre
et responsable de ses actes. L’amour,
au cœur du christianisme, ne se conçoit
«
»
dirigeants politiques et sociaux, quels
qu’ils soient. La veuve, l’orphelin,
l’étranger, l’esclave – tous ont des droits
précis, qui sont détaillés dans le livre du
Deutéronome et rappelés, treize siècles
plus tard, par Jésus.
Quand on est chrétien, on aspire
toutefois à une société plus juste et
on est souvent attiré par les discours
de facilité portés par les alternatives
au libéralisme. Le pape François
s’inscrit en partie dans cette tradition :
entre les pontificats de Léon XII et
de Jean-Paul II, la doctrine sociale
de l’Église est apparue de moins en
moins compatible avec la pensée de
liberté. Économiquement, le socialisme
et ses dérivés sont pourtant myopes aux
effets pervers de l’interventionnisme
comme à la violence morale faite
aux droits fondamentaux des
personnes, notamment au droit naturel
de propriété. Le monde fondé sur
l’idée selon laquelle « la propriété c’est
le vol » (Proudhon) n’a historiquement
produit que misère, abus de pouvoir
et destructions massives.
Un prêtre libéral vient de publier un
essai revigorant sur ce sujet : Catholique
et libéral (Salvator), traduit par Solène
Tadié. L’auteur, le père Robert Sirico,
y démontre, dans le prolongement de
l’encyclique Centesimus Annus de JeanPaul II, en quoi une économie libre est
toujours préférable à une économie de
la contrainte et pourquoi c’est la seule
qui soit compatible avec les Évangiles.
L’idée ici n’est pas de considérer qu’une
religion, plus qu’une autre, invite au
libéralisme mais de contribuer, alors
que nos ennemis s’allient, à réconcilier
les chrétiens avec le primat de la liberté
pour œuvrer ensemble, comme le
suggère le lumineux pasteur James
Woody dans un essai à lire urgemment,
à faire Vivre la liberté (Cerf).
*Auteur du « Dictionnaire amoureux
de la liberté » (Plon).
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mardi 2 octobre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
OPINIONS
CHRONIQUE
Renaud Girard
rgirard@lefigaro.fr
Islam et nationalisme turcs en Allemagne
P
ourquoi la visite du président
turc en Allemagne,
les 28 et 29 septembre 2018,
nous a-t-elle laissé un diffus
sentiment de malaise ?
Il n’y a rien d’anormal
à ce que le chef tout-puissant
de la première économie
du Moyen-Orient se concerte avec
la chancelière, qui préside aux destinées
de la première économie d’Europe.
Les deux pays entretiennent de très
anciennes relations, dont l’apogée fut
l’alliance secrète germano-ottomane
du 2 août 1914, passée entre
le gouvernement des Jeunes Turcs
et celui du Kaiser Guillaume II.
Après sa rencontre le vendredi
28 septembre avec Recep Tayyip Erdogan,
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
Frère musulman prêchant
le néo-ottomanisme, Angela Merkel n’a
pas caché les divergences de fond existant
entre les deux pays – l’Allemagne est un
État de droit démocratique, la Turquie
ne l’est pas. Mais la chancelière a insisté,
à raison, sur les rôles positifs que la Turquie
pouvait jouer dans la stabilisation
du Levant et dans la gestion des flux
migratoires. Il est évident qu’aucune
solution politique ne sera trouvée en Syrie
sans la participation de la Turquie, qui fut
le principal sanctuaire et pourvoyeur
d’armes des rebelles, en grande majorité
islamistes, qui combattirent le régime
baasiste de 2012 à nos jours, et dont
la défaite semble à présent irrémédiable.
Il est également évident que l’Union
européenne et la Turquie, liées par
ENTRE GUILLEMETS
2 octobre 1369 : Du Guesclin reçoit l’épée de connétable
des mains de Charles V
JEAN FOUQUET/RUE DES ARCHIVES/TALLANDIER
Devise attribuée
au chevalier Du Guesclin
Le courage donne
ce que la beauté refuse »
ANALYSE
Jean-Marie Guénois
£@jmguenois
l’accord d’union douanière
du 31 décembre 1995, ont tout intérêt
à coordonner leurs efforts pour stabiliser
ensemble l’est de la Méditerranée.
En Europe, nous ne goûtons ni les
régimes ni les idéologies qui prévalent
dans les quatre plus grandes puissances
du Moyen-Orient, que sont la Turquie,
l’Égypte, l’Iran et l’Arabie saoudite.
Elles s’entendent mal entre elles mais elles
ont toutes une importance historique,
démographique, économique,
géopolitique, qui justifie que l’Allemagne
poursuive avec chacune d’entre elles
une diplomatie propre. Bref, il est normal
et sain que les leaders allemand et turc
se voient régulièrement, ne serait-ce que
pour lever les malentendus qui pourraient
exister entre les administrations
des deux pays.
En revanche, on a ressenti un malaise
certain le lendemain, samedi
29 septembre, lorsque le président turc,
dans un déploiement sécuritaire sans
précédent, est allé inaugurer la nouvelle
mosquée de Cologne. Cet immense
bâtiment d’architecture contemporaine
de béton et de verre, censé représenter
l’épanouissement d’une fleur, a été
construit en plein centre-ville par le Ditib,
pour y abriter son siège. Cette organisation
musulmane turque, qui contrôle plus
de 900 lieux de culte en Allemagne, reçoit
ses ordres directement de la Diyanet,
l’office religieux du gouvernement
d’Ankara. Le procureur fédéral
d’Allemagne a lancé plusieurs enquêtes
pour vérifier si la Turquie n’a pas utilisé
le Ditib au cours des deux dernières années
pour espionner des opposants à Erdogan
réfugiés en Allemagne, qu’ils soient
gülenistes (adeptes d’une secte
musulmane, qui fut d’abord l’alliée,
puis la concurrente et enfin l’ennemi
du mouvement islamiste d’Erdogan),
L’Église a-t-elle encore son mot à
dire dans les débats de société ?
C
ela faisait longtemps qu’un
prélat français ne s’était
pas exprimé avec une telle
netteté. Mgr Michel Aupetit,
archevêque de Paris depuis
le 7 décembre 2017, a
accordé à nos confrères du Parisien une
interview sans concession, ni illusion
sur les intentions du gouvernement
en matière de bioéthique.
Tout y passe. La consultation sur la
PMA ? « On se demande pourquoi on a
fait des États généraux. Ils n’ont aucun
impact sur la décision finale. » La PMA ?
« On décrète légalement qu’un enfant
n’a pas besoin de père. » Le statut de
l’embryon ? Un « vide juridique » qui
réduit l’embryon à « un cobaye ». La
PMA mais « jamais la GPA » ? « Je n’y
crois pas une seconde. Lorsqu’il y a eu le
mariage pour tous on nous avait promis
qu’il n’y aurait pas de PMA. »
L’euthanasie ? « Il y a des risques réels »
pour qu’elle soit légalisée.
L’avortement ? « Je soutiens » le
président des gynécologues qui a
récemment comparé l’acte à un
« homicide ». Abolir la clause de
conscience médicale ? « C’est terrible,
cela signifie que l’on entre dans une
forme de dictature. » Les prêtres
pédophiles ? « C’est un abcès qui doit
être vidé. » Le mariage des prêtres ?
« La pédophilie n’est pas liée au
célibat. »
Un langage, clair et net, qui tranche
avec l’onctuosité ecclésiastique
habituelle. Un discours libre qui rompt
avec la pensée cléricale française plutôt
à l’aise à gauche mais souvent
paralysée de peur d’être récupérée à
droite. On peut ne pas être d’accord
avec Mgr Aupetit, mais il est impossible
de classer cette interview choc, à droite
ou à gauche. Car cet ancien médecin
généraliste – il a exercé une dizaine
d’années avant d’entrer au séminaire sait tout simplement de quoi il parle.
Il a d’ailleurs été sélectionné en raison
de cette compétence spécifique.
Le Pape et ses conseillers ont jugé
qu’un ancien médecin serait mieux
adapté pour occuper l’archevêché de
Paris dans un contexte où les avancées
médicales déterminent de profondes
évolutions de société.
Mgr Aupetit vient surtout de
démontrer que l’Église n’est pas près de
se taire quand une vision fondamentale
mais le scandaleux péché de quelques
membres de l’Église ne l’empêchera
pas de proclamer, à temps
et à contretemps, ce qu’il estime
être la vérité de l’homme exprimée
par l’Église.
Curieusement il donne toutefois
son blanc-seing à l’idée d’une
commission parlementaire d’enquête
sur la pédophilie dans l’Église.
En Irlande, aux États-Unis, en
Australie, en Allemagne, ces opérations
ont établi une comptabilité passée
de toutes les affaires de pédophilie,
ce qui a ruiné définitivement
toute crédibilité morale de l’Église
catholique.
Mgr Aupetit a un langage, clair et net, Ces statistiques
historiques
qui tranche avec l’onctuosité
et massives ont
ecclésiastique habituelle
démontré utilement
l’omerta structurelle
de la hiérarchie catholique pendant
de la personne humaine lui paraîtrait
des décennies mais elles ignorent les
en danger. Peu soucieux de son image
progrès de la lutte de l’Église contre
médiatique il a fait preuve d’un vrai
ce phénomène depuis quinze ans.
courage intellectuel qui va stimuler
Un prêtre pédophile est toujours
le débat national. Il a cette phrase très
un cas de trop, mais ce sont des
significative : «Une parole, si elle est
minorités de prêtres. Un exemple ?
juste, traverse l’histoire et finit par
Le chiffre de 4 % de prêtres pédophiles
triompher. Elle fera son chemin de
en Pennsylvanie – 301 prêtres - sur
conscience en conscience. »
les soixante-dix dernières années,
Sauf que – et les réseaux sociaux
décrié dans l’enquête publiée en août
s’en sont donné à cœur joie contre
est un scandale redoutable,
lui – beaucoup estiment que l’Église
mais il est dépassé. En 2017, la même
est totalement discréditée par les
Église de Pennsylvanie a connu…
affaires de pédophilie. Comment
2 affaires de pédophilie pour un total
oserait-elle faire la morale à la société,
de 2 499 prêtres actifs, soit 0,08 %.
alors que l’on sait le comportement
Quand l’immense majorité de
immoral de certains membres du
prêtres sérieux réussira-t-elle
clergé ? Mgr Aupetit ne répond pas
à redonner de la crédibilité
à cette objection mais le ton et le fond
à l’image d’une Église collectivement
de cette interview sont sa réponse :
entachée ?
il est intraitable sur la pédophilie,
«
»
ou nationalistes kurdes. Des milliers
de partisans du nouveau sultan, agitant
le drapeau turc, rouge et blanc – étoile
et croissant de lune de l’islam -,
ont convergé vers la mosquée, aux cris
de « Qui est la plus grande ? La Turquie ! »
On peut trouver surprenants
les rassemblements nationalistes
d’immenses foules turques à Istanbul
ou à Ankara, qui viennent communier
avec les provocations anti-occidentales
de Recep Erdogan. Mais cela se passe
en Turquie. En revanche, quand cette
ferveur islamo-nationaliste s’exprime
dans la ville natale du grand leader
chrétien-démocrate Konrad Adenauer,
on est pris de vertige.
On s’aperçoit que la jeunesse turque
– dont la présence en Allemagne remonte
aux années 1960 – a fait le chemin inverse
de celui de la jeunesse allemande. Après
la défaite de 1945, c’est le christianisme qui
a su redonner sa dignité à une Allemagne
qui avait été si profondément souillée par le
nazisme. Ce sont les chrétiens-démocrates
allemands, italiens, néerlandais et français
qui ont bâti l’Europe de la paix,
des échanges, de la prospérité. Mais avec
la montée de l’individualisme consumériste
à la fin des années 1960, les Allemands
se sont progressivement déchristianisés et
ont cessé de faire des enfants. Dans l’autre
sens, une grande partie de la jeunesse
turque d’Allemagne est passée du laïcisme
hérité d’Atatürk à l’islamisme d’Erdogan,
tout en adoptant le nationalisme propre
aux deux. Bien qu’élevée dans les écoles
allemandes, sa loyauté va à la Turquie
avant d’aller à l’Allemagne. Elle n’a pas
peur de faire des enfants.
Il y a un schisme qui se creuse entre
la jeunesse allemande et la jeunesse
immigrée d’origine musulmane.
On n’a pas l’impression qu’Angela Merkel
en ait vraiment pris la mesure.
VOX
…
CHRONIQUE
Face au racisme
anti-Blancs, le « déni
aveugle » des médias,
par Gilles-William
Goldnadel, avocat
et essayiste
…
INTERNATIONAL
« Déficit : l’Europe
a peu de chances
de mettre l’Italie
à genoux », l’analyse
de Steve Ohana,
professeur de finance
à l’ESCP Europe
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
FRANÇOIS-XAVIER
BELLAMY
le jeudi 18 octobre
2018, 20 heures
Salle Gaveau.
Réservations :
01 70 37 31 70 ou
www.lefigaro.fr/
rencontres
“Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais
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14, boulevard Haussmann
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Cahier 2 Économie
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Cahier 3 Le Figaro
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Cahier 4 Figaro Plus
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mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 059 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
HAIER
LE GÉANT CHINOIS
DE L’ÉLECTROMÉNAGER
CROQUE CANDY HOOVER
PAGE 26
SANTÉ
AGNÈS BUZIN LANCE
LE CHANTIER DE LA
DÉPENDANCE PAGE 23
économie
Grand ménage
à la tête
de General Electric
Trump impose
au Canada un
nouvel accord
commercial
Le président américain menaçait de
« déchirer » l’Alena, le traité nord-américain.
Il obtient des concessions de ses voisins.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA; FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Mettre la pression maximale sur ses interlocuteurs pour leur arracher des
concessions. C’est ce que, une fois encore, Donald Trump a fait dans le cadre des
négociations pour réviser l’Alena, le
traité de libre-échange conclu il y a un
quart de siècle entre les États-Unis, le
Canada et le Mexique. Après avoir
conclu un accord séparé avec le Mexique
l’été dernier, Washington a signé un
compromis avec Ottawa, dans la nuit de
dimanche à lundi. Le président américain en est convaincu : il n’aurait pas fait
plier ses partenaires s’il n’avait pas commencé par leur imposer des surtaxes
douanières sur l’acier et l’aluminium. Le
« deal maker » de la Maison-Blanche n’a
finalement pas déchiré l’Alena, comme
il menaçait de le faire, mais a obtenu des
concessions, en particulier pour l’industrie automobile, qui pourraient en fait
compliquer la vie des Chinois.
èDONALD TRUMP IMPOSE UN NOUVEL ACCORD AU CANADA
èLE COMPROMIS AVEC WASHINGTON FRAGILISE JUSTIN TRUDEAU AU QUÉBEC PAGE 24
Un an après, les entreprises se
saisissent peu à peu de la loi travail
Exit John Flannery. Le PDG du conglomérat industriel
n’aura tenu que quatorze mois. Il est remplacé
par Lawrence Culp, premier patron à ne pas être issu
du groupe. Ce changement intervient alors que
General Electric devrait annoncer des mauvais résultats
trimestriels, plombés par l’activité énergie. PAGE 25
PRESSE
Condé Nast
International en pleine
transformation
PAGE 28
LA SÉANCE
DU LUNDI 01 OCTOBRE 2018
CAC 40
5506,82 +0,24%
DOW JONES (18h)
26718,51 +0,98%
ONCE D’OR
1189,35 (1187,25)
PÉTROLE (lond)
84,430 (82,790)
EUROSTOXX 50
3415,41 +0,48%
FOOTSIE
7495,67 -0,19%
NASDAQ (18h)
7681,41 +0,70%
NIKKEI
24245,76 +0,52%
ciement sans cause réelle et sérieuse a
joué sur le comportement des employeurs et salariés dès septembre 2017.
Les entreprises commencent aussi à
s’emparer des nouvelles règles du dialogue social : près de 1 000 accords ont
été conclus avec les élus dans celles de
moins de 50 salariés, en l’absence de
syndicat. PAGES 22 ET 23
En attendant des opérations plus significatives de privatisation, l’État
fait entrer par des recettes classiques un peu d’argent dans les caisses de son fonds destiné à financer
l’innovation de rupture.
Bercy a annoncé lundi soir le lancement d’une opération de cession
auprès d’investisseurs institutionnels de 2,35 % du capital de Safran,
ce qui représente, au cours actuel,
quelque 1,25 milliard d’euros.
L’Agence des participations de l’État
aurait tort de se priver : l’action du
groupe aéronautique a signé ces
derniers mois un joli parcours boursier, avec une hausse de 40 % depuis le début de l’année.
Bercy souligne qu’après cette vente
l’État restera le premier actionnaire
de Safran, avec 10,8 % du capital et
17,7 % des droits de vote. Il a allégé
son poids par séquences, après la
cession de 2,6 % en 2016 et de 1,4 %
en 2015.
De fait, l’État actionnaire n’a que peu
d’autres lignes de participation qui
lui permettent de procéder, selon
l’expression consacrée, à une
« gestion active » de son portefeuille puisqu’il rechigne à vendre les
titres mal valorisés ou au capital
d’entreprises jugées stratégiques.
La loi Pacte, dont le volet privatisation arrive justement à l’examen de
l’Assemblée nationale dans les prochaines heures, lui redonnera des
marges de manœuvre.
Le texte prévoit en particulier la privatisation d’Aéroports de Paris,
dont l’État détient 50 % des parts,
valorisés 9,5 milliards d’euros, et de
La Française des jeux. Il autorisera
également le gouvernement à passer sous la barre des 30 % de droits
de vote au capital d’Engie. L’APE retrouvera ainsi de l’espace pour céder le cas échéant des actions du
groupe énergétique, dont il possède
24 % du capital.
Le produit des opérations de privatisation doit alimenter le fonds dont
les revenus financeront l’innovation
de rupture. Ce fonds est provisoirement constitué notamment d’actions EDF qui retrouveront ensuite
le chemin du portefeuille de l’APE.
B. B.
L'HISTOIRE
La Californie impose de féminiser
(un peu) les conseils d’administration
L
a Silicon Valley a beau abriter de
nombreuses sociétés qui façonnent
le monde de demain, elle n’est pas
en avance sur tous les sujets.
Alors qu’en France, la loi CopéZimmermann impose depuis janvier 2017 la
présence de 40 % de femmes aux entreprises
de plus de 500 salariés, la Californie est
le premier État américain
à légiférer sur la question.
Son gouverneur, Jerry
Brown (photo), a signé
le texte obligeant
les sociétés cotées dont
le siège social est basé
en Californie à nommer
au moins une femme
dans leur conseil
d’administration d’ici à la fin
2019, et deux - ou trois
selon la taille de leur conseil
- d’ici à la fin 2021.
Les contrevenantes
s’exposent à des amendes
de 100 000 à 300 000
euros. Malgré de multiples
études démontrant
les bénéfices financiers
d’une mixité et plusieurs résolutions non
contraignantes, près de 20 % des compagnies
basées dans cet État ont toujours un board
exclusivement masculin, dont de grands noms
comme la marque de baskets Skechers
ou le service de télévision à la demande TiVo.
La plateforme Airbnb a nommé sa première
administratrice en août dernier. Emmenés
par la chambre de commerce
de Californie, les lobbys
d’affaires ont férocement
bataillé contre cette loi,
« contraire à la Constitution,
violant la loi californienne sur
les droits civils et la doctrine
des affaires intérieures
des sociétés cotées ».
Leur argument phare ?
En se focalisant sur le genre,
cette loi réduira la diversité sur
d’autres critères comme
l’origine ethnique… En 2016,
seuls 13 % des administrateurs
masculins étaient issus
d’une minorité, selon une
étude Deloitte menée sur
les 500 premières entreprises
I. V.
américaines. ■
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A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
Les ordonnances travail ont un an. Et
s’il n’est pas encore possible de dresser
le bilan de mesures qui se mettent progressivement en place, l’exécutif se félicite de « signaux encourageants » dans
les mentalités. D’ores et déjà, il constate
que le plafonnement des dommages et
intérêts que les salariés peuvent réclamer aux prud’hommes en cas de licen-
L’ÉTAT
CÈDE 2,35 %
DU CAPITAL
DE SAFRAN
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mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Les effets progressifs des ordonnances
Les entreprises commencent à s’approprier les ordonnances réformant le Code du travail, un an après leur
PRUD’HOMMES
Depuis fin septembre 2017,
les dommages et intérêts
que peuvent réclamer les salariés
en cas de licenciement abusif
devant le conseil de prud’hommes
sont plafonnés en fonction
de l’ancienneté. L’objectif
est de diminuer le nombre
de contentieux, favoriser
la négociation entre salariés
et employeurs et apporter de la
sécurité juridique aux entreprises
en vue de les inciter à embaucher.
Entre 2016 et 2017, le nombre
d’affaires enregistrées aux conseils
de prud’hommes a diminué
de 15 % en moyenne. Si cette baisse
des contentieux a commencé
il y a plusieurs années déjà, nul
doute que les plafonds – applicables
les trois derniers mois de l’année
2017 - ont eu un impact.
lion de petites entreprises. Mais
« on ne change pas si facilement les
mentalités, explique Marion Ayadi, avocat associé chez Raphaël
avocats. Les petites entreprises
concluent des accords seulement
lorsqu’elles en ont besoin ».
Mais du côté des entreprises, tout
le monde n’y trouve pas toujours
RUPTURE
CONVENTIONNELLE
COLLECTIVE
La rupture conventionnelle collective
(RCC) permet aux chefs d’entreprise
de négocier avec les syndicats
des plans de départs volontaires
sans avoir à justifier de difficultés
économiques - ce qu’ils doivent
faire pour les plans sociaux. Outre
le chèque de départ, la négociation
porte sur l’accompagnement
des salariés au départ comme, par
exemple, les actions de formation.
Les chefs d’entreprise n’ont pas
attendu longtemps pour s’emparer
du dispositif. Entre janvier
et juillet 2018, 66 projets d’accords
de RCC ont été lancés. Le ministère
du Travail a homologué 37 accords.
Il en a rejeté 4 dont 3 ont été
renégociés et finalement validés.
son compte. C’est le cas pour les
plus grandes d’entre elles. « Cette
réforme ouvre un champ du possible
extraordinaire. Mais les conditions
de négociation rendent la tâche bien
plus difficile qu’avant pour des entreprises comme la nôtre où les syndicats sont nombreux », confie Sébastien Tranchant, DRH de l’usine
HERRENECK/STOCK.ADOBE.COM
M. KASTELIC/KASTOSTOCK.ADOBE.COM
MARTINE ARCHAMBAULT/LE FIGARO
LES PRINCIPALES ÉVOLUTIONS
SOCIAL C’est la première réforme
sociale d’envergure du gouvernement Philippe, bouclée en moins
de quatre mois après 300 heures de
concertation avec les partenaires
sociaux. Les cinq ordonnances travail sont entrées en vigueur il y a
tout juste un an, le 23 septembre
2017. L’exécutif sait pertinemment
qu’il ne peut dresser, dès aujourd’hui, un premier bilan de cette
réforme structurelle qui offre plus
de souplesse aux entreprises. « Le
pari de cette réforme est avant tout
culturel et on ne peut pas mesurer
les résultats sur une ou deux années », insiste-t-on dans l’entourage de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. Tout dépendra aussi
des entreprises, qui s’approprient
petit à petit les différentes mesures
de cette réforme d’envergure. Mais
« les premiers signaux sont encourageants », a récemment fait savoir l’hôte de l’hôtel du Chatelet.
Il y a d’abord ce qui fonctionne.
Le plafonnement des dommages et
intérêts que les salariés peuvent
réclamer aux prud’hommes en cas
de licenciement sans cause réelle
et sérieuse a eu un effet immédiat
sur le comportement des employeurs. « Les ordonnances Macron ont incontestablement limité et
réduit le contentieux aux conseils de
prud’hommes et ce en pacifiant les
relations de travail », constate Malik Douaoui, avocat associé du cabinet Taj. « Les plafonds facilitent
et simplifient la négociation en
amont avec le salarié. Car lorsqu’il y
a un départ, on connaît grosso modo
l’enveloppe financière à disposition », explique de son côté JeanPaul Charlez, DRH du Groupe
Etam et président de l’Association
nationale des DRH. Aujourd’hui,
plus de 80 % des patrons déclarent
de 50 salariés, qui peuvent désormais conclure des accords sur de
nombreux sujets avec les élus en
l’absence de syndicat. Près de
1 000 accords ont déjà été signés,
principalement sur les salaires et
la durée du travail. Certes, ce résultat reste marginal, sachant que
la France compte plus d’un milOLIVIER LE MOAL/STOCK.ADOBE.COM
connaître cette mesure, selon un
sondage sur le niveau de connaissance des ordonnances réalisé par
CSA Research, en juin 2018.
Les entreprises ne sont pas non
plus restées insensibles au renforcement du dialogue social, l’autre
aspect clé des ordonnances. Notamment les entreprises de moins
MANON MALHÈRE £@ManonMalhere
NÉGOCIATION
COLLECTIVE
COMITÉ SOCIAL
ET ÉCONOMIQUE
13e mois, prime d’ancienneté…
Les représentants de salariés
et les employeurs peuvent
désormais négocier des accords
d’entreprise sur tous les sujets
qui ne relèvent pas explicitement
de la branche (réunissant des
entreprises d’un même secteur).
Et, grande nouveauté, dans les
entreprises de moins de 50 salariés,
ils peuvent être conclus même
en l’absence de syndicats. L’objectif
est de favoriser la négociation
d’accords adaptés aux besoins de
l’entreprise. De janvier à juillet 2018,
364 accords ont été signés dans les
entreprises de moins de 20 salariés
par référendum et 582 accords
ont été conclus dans les entreprises
de 20 à 50 salariés par des élus
non mandatés par les syndicats.
D’ici au 31 décembre 2019, toutes
les entreprises de plus de 11 salariés
devront avoir mis sur pied un comité
social et économique (CSE).
Ce CSE fusionne trois instances
représentatives existantes :
les délégués du personnel (DP),
le comité d’entreprise et le comité
d’hygiène de sécurité et des
conditions de travail (CHSCT).
L’objectif est de rationaliser le
dialogue social au sein de l’entreprise.
Et ce, en diminuant le nombre de
réunions et en réduisant le nombre
de représentants élus de salariés.
Près de 9 000 ont déjà vu le jour 8 814 exactement -, dont 4 848
dans les entreprises de moins
de 50 salariés. Le nombre de sièges
d’élus à pourvoir a diminué
d’un tiers dans les CSE créés.
Pascal Pavageau :
« Les prud’hommes
vont à terme disparaître »
Pascal Pavageau est le nouveau
secrétaire général de Force ouvrière
depuis avril 2018.
LE FIGARO. - Le gouvernement
se dit satisfait des ordonnances
un an après leur entrée en vigueur.
Y êtes-vous toujours opposé ?
Pascal PAVAGEAU. - Oui et je pense
que la ministre du Travail, Muriel
Pénicaud, ne s’est pas beaucoup déplacée dans les entreprises pour
aborder ce sujet. Selon nous, un tiers
des entreprises ont reporté de 2018 à
2019 les élections et l’instauration de
leur comité social et économique
(CSE). Preuve que ce n’est pas simple. La mise en place des CSE réduit
le nombre de représentants syndicaux. Dans une société où ils étaient
181 par exemple, ils risquent de passer à 35 mandats ! On est en train
d’éloigner les salariés des syndicats,
ce qui est mauvais pour la défense de
leurs droits et leur représentation.
A
La ministre du Travail se félicite
de la baisse de 15 % en un an
des recours aux prud’hommes…
C’était un mouvement déjà entamé
avant les ordonnances. Mais ces
dernières, avec le plafonnement
des dommages et intérêts que les
salariés peuvent réclamer en cas de
licenciement abusif, ont accéléré le
processus. Il n’y a pas de quoi se réjouir. Désormais, le salarié négocie
son départ avec l’employeur en
amont avec un pistolet sur la tempe.
Et l’institution des prud’hommes va
à terme disparaître. Mais quelle
modernité y a-t-il donc dans ce
nouveau monde où on se félicite de
déprotéger, détruire et de renvoyer
chacun à ses responsabilités ?
Le dialogue social avec le patronat
semble s’améliorer, non ?
Le dialogue est très bon entre les
syndicats et le patronat, ce qui
n’était pas le cas avant. Nous nous
appelons et nous voyons souvent ;
nos rapports sont francs. C’est une
vraie force. Je n’ai qu’un regret
aujourd’hui : nous n’avons pas
réussi à faire front commun pour
lancer la négociation sur l’assurance-chômage avant que l’exécutif
nous présente ses orientations le
21 septembre.
Je suis persuadé que le Medef a
compris qu’il n’a pas intérêt à tuer
le dialogue social pour seulement
faire du lobbying auprès de l’exécutif. Si vous tuez le dialogue au niveau national, vous tuez également
le dialogue social au niveau local. La
conséquence ? Au lieu d’avoir des
syndicats comme interlocuteurs,
vous ouvrez la voie au radicalisme,
au prosélytisme et aux mouvements extrêmes. Il faut faire très attention. Je l’ai dit à l’université
d’été du Medef et cela a eu visiblement un certain écho dans la salle.
Vos relations restent-elles
conflictuelles avec
le gouvernement ?
Pas du tout. J’ai de très bonnes relations avec le gouvernement, le premier ministre est quelqu’un de très
réactif. Le problème, c’est que très
peu de concret sur le plan social en
découle. Être entendu n’est pas être
écouté ! Quant au chef de l’État,
nous sommes sous la Ve République
et nous n’avons pas à avoir de relations régulières avec lui. Le président de la République actuel semble
toujours mépriser les contrepoids.
Son discours reste très directif, très
jupitérien. Il a une vision - que nous
condamnons - qui est celle de l’individualisation et de la « déprotection ». Une vision, sans valeur.
Mais, la France n’est pas la « startup nation ». Si Emmanuel Macron
Pascal Pavageau,
secrétaire général
de Force ouvrière.
F. BOUCHON/LE FIGARO
« deLe président
la
République
actuel semble
toujours
mépriser les
contrepoids […]
La France n’est
pas la « startup nation ».
Si Emmanuel
Macron
veut diriger
une entreprise,
qu’il parte
dans le privé
PASCAL PAVAGEAU,
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
DE FO
»
veut diriger une entreprise, qu’il
parte dans le privé.
Venons-en à la mobilisation
du 9 octobre. Ne craignez-vous pas
que ce soit un échec ?
La question du nombre de manifestants n’importe pas pour moi ; cette
journée sera réussie. Nous y allons
pour revendiquer et protester contre
la destruction de notre modèle social, et éveiller les consciences face à
la vision qu’on nous impose. Nous
sommes en résistance. Peut-être
que le mouvement prendra notamment sur la question des retraites qui
est un dossier extrêmement sensible. Peut-être que ce sera tout de
suite, peut-être plus tard. Quoi qu’il
se passe, cette mobilisation aura été
utile. Nous prenons date.
Quelle est la position de FO sur
la réforme des retraites à venir ?
Le 10 octobre, nous participerons à
la réunion prévue avec Jean-Paul
Delevoye, le haut-commissaire à la
réforme des retraites et les autres
interlocuteurs sociaux. La concertation de ces derniers mois a été
loyale. Mais cette fois, nous demanderons du concret. Nous voulons
que le gouvernement sorte du bois,
qu’il explique clairement ce qu’il
prépare et qu’il nous fournisse des
simulations, avec des cas détaillés.
Si Madame ou Monsieur X peut espérer aujourd’hui percevoir tel
montant de pension à la retraite,
qu’en sera-t-il dans le nouveau régime ? Nous voulons une consultation sur la base du texte proposé : si
le projet de loi est pour l’été 2019, ils
en ont déjà une idée précise. De
plus, il est hors de question d’une
uniformisation des régimes existants ayant pour objectif de niveler
tout par le bas.
FO a accepté d’entrer
en négociation sur la réforme
de l’assurance-chômage.
Quelle est votre stratégie ?
Nous y allons… Mais sur nos bases.
La lettre de cadrage du gouvernement ne change rien. Si nous entrons en négociation, c’est parce
qu’on le souhaite, pas parce que le
gouvernement nous le demande.
Nous ne sommes pas des sous-traitants ! Et si l’exécutif pense toujours
que nous allons nous faire hara-kiri
pour détruire l’assurance-chômage, il se trompe complètement. Je
rappelle que l’Unedic, le régime
d’assurance-chômage est en excédent, hors charges annexes imposées par l’État. Nous voulons
construire de nouveaux droits et
non pas les détruire. Il n’est pas
question de négocier la dégressivité
des allocations ou toute baisse de
l’indemnisation. L’esprit de FO ne
sera jamais de dire que le chômeur
est un profiteur. Le chômage est lié
à un manque de travail, pas à un
manque d’envie de travailler. Ensuite, nous avons des revendications comme le bonus-malus sur les
cotisations patronales en vue de limiter le recours aux contrats
courts. Nous sommes prêts à regarder le cas de la « permittence » (alternance entre périodes travaillées
et périodes de chômage). Si les positions divergent trop, nous arrêterons. Le gouvernement prendra ses
responsabilités. De toute façon, FO
est preneur d’une concertation à
froid sur la gouvernance des organismes sociaux avec l’État. Cela
concerne
l’assurance-chômage
mais aussi l’assurance-maladie et
d’autres régimes. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR
CÉCILE CROUZEL ET M. M.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ÉCONOMIE
travail
1
ordonnance
adoption.
pneumatique japonaise Bridgestone, située à Béthune, et qui compte
environ 1 000 salariés. De fait, les
accords doivent désormais être validés par les syndicats représentant
50 % des suffrages exprimés et non
plus 30 % comme auparavant. Aussi, « la négociation est parfois impossible », poursuit le DRH.
Le CSE : une priorité
Enfin, la mise en place du comité
social et économique (CSE) - qui
regroupe les instances représentatives existantes - est devenue la
priorité des entreprises. Et pour
cause, la date butoir est le 31 décembre 2019. « Au départ, avec le
CSE, les chefs d’entreprise ont surtout cherché à réduire les coûts,
avec la diminution du nombre
d’élus et de réunions », explique
Romain Raquillet, directeur chez
Altedia Lee Hecht Harrison, entreprise spécialisée en conseil en
ressources humaines. « Maintenant, ils y voient une opportunité
pour aller plus loin et réorganiser le
dialogue social en interne », poursuit l’expert.
En revanche, deux entreprises
seulement ont décidé d’aller plus
loin en créant un conseil d’entreprise (CE), doté d’une véritable
capacité de négociation. C’est le
fameux modèle de la cogestion à
l’allemande. Ces CE doivent inclure les membres du CSE et les
syndicats, qui perdent donc leur
monopole de négociation. Laurent
Crief, le directeur général de la
Société nouvelle d’installations
électriques, l’une des entreprises a
avoir franchi le cap, y voit pourtant un intérêt de taille. « Les syndicats agissent souvent sur le mode
de la contestation et ne sont pas
dans une logique de construction.
Le CE permet de construire ensemble, car il est plus représentatif de
l’entreprise », confie-t-il. ■
supprime le compte pénibilité
qui suscitait l’ire du patronat.
Elle le transforme
en un dispositif plus simple
et moins contraignant,
le C2P, compte professionnel
de prévention
UN RAPPEL
À LA LOI
La mésaventure est
arrivée il y a moins
d’un mois à un important
dirigeant du patronat.
Voulant bien faire après
la constitution du comité
social et économique
(CSE) de son entreprise,
ce patron de PME
de province a envoyé
à la toute fin août
à l’inspection du travail
le calendrier des réunions
programmées de la
structure, ainsi que celles
consacrées aux questions
de santé et sécurité
(ex-CHSCT). Il n’aurait
pas dû donner tant
de détails… « J’ai reçu
une semaine plus tard
un courrier officiel
de rappel à la loi pour
m’indiquer les règles
de convocation des
réunions et l’information
à l’agent de contrôle
de l’inspection du travail,
explique ce dirigeant
de PME de 130 personnes.
Ça ne vous incite pas
vraiment à jouer le jeu
et être exemplaire. » M. L.
mardi 2 octobre 2018
L'ÉVÉNEMENT 2323
Personnes âgées : Agnès Buzyn lance
le chantier de la dépendance
La ministre de la Santé a lancé lundi la concertation sur la perte
d’autonomie liée à l’âge. Avec l’objectif de faire voter une loi en 2019.
MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault
SOCIAL Après les plans santé et
pauvreté, Agnès Buzyn a lancé
lundi le chantier de la dépendance.
Objectif : mieux prendre en charge
la perte d’autonomie liée à l’âge,
alors que les établissements
d’hébergement pour personnes
âgées dépendantes (Ehpad) se sont
mis en grève en début d’année
pour dénoncer un manque de
moyens et de personnel. Une
situation qui a pu parfois aboutir à
une forme de maltraitance. « Notre
système laisse perdurer des situations indignes de la France », a
reconnu la ministre.
Depuis des années, les gouvernements successifs ont repoussé à
plus tard le sujet de la dépendance.
Mais, avec le vieillissement de la
population - il y aura 2,45 millions
de personnes en perte d’autonomie en 2060, contre 1,6 million en
2030 -, le sujet est devenu une
bombe à retardement, avec un besoin de financement annuel évalué
à 30 milliards d’euros.
Emmanuel Macron a promis de
s’y atteler et a annoncé une « grande loi » début 2019. Une plateforme
citoyenne est déjà ouverte (sur le
site Internet grande-consultationaines.make.org) pour recueillir les
propositions des Français. Et surtout, l’exécutif a confié à Dominique Libault, conseiller d’État, le
soin de mener la concertation avec
les acteurs du secteur.
Les discussions - qui déboucheront sur des propositions fin janvier - visent notamment à « rénover les aides pour les rendre plus
lisibles, plus équitables, en maîtrisant les charges financières pour les
familles », a indiqué le ministère.
De fait, l’hébergement en maison
de retraite coûte en moyenne
2 000 euros par mois aux personnes les plus dépendantes, après
déduction des aides existantes,
d’après une étude de la Mutualité
française. Une somme qui, dans la
moitié des cas, dépasse les ressources du résident.
La piste du 5e risque
Mais le sujet va bien au-delà des
Ehpad, qui n’accueillent que 10 %
des plus de 75 ans. L’exécutif veut
aussi favoriser l’autonomie des
personnes âgées afin qu’elles restent chez elles le plus longtemps
possible, grâce à un aménagement
du domicile, une offre de services
adaptés et un soutien aux aidants
familiaux. Reste, là aussi, à trouver
les solutions de financement, pour
renforcer l’aide déjà apportée par
les départements via l’allocation
personnalisée d’autonomie (APA).
Parmi les pistes évoquées, le chef
de l’État a mentionné la création
d’une cinquième branche de sécurité sociale, tandis que la ministre a
envisagé la création d’une deuxième journée de solidarité, après
celle qu’a créée Jean-Pierre Raffarin à la suite de la canicule de 2003.
Des économistes proposent de
créer une assurance privée dépendance obligatoire, tandis que le
président de la Mutualité française, Thierry Beaudet, suggère de
mettre en place une cotisation dépendance dans les contrats des
complémentaires santé.
« L’objectif est de parvenir à financer le coût de la dépendance
sans augmenter les prélèvements
obligatoires. C’est possible », affirme un proche du dossier. De fait, la
Sécu va dégager des excédents dès
l’an prochain. Et une fois débarrassée de sa dette, en 2024, elle
pourra utiliser les ressources (CSG
et CRDS) de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades). ■
Agnès Buzyn,
ministre des Solidarités
et de la Santé.
F. BOUCHON/LE FIGARO
+@
» Comme
Macron,
Sarkozy et Hollande
avaient promis
de régler la facture
de la dépendance
www.lefigaro.fr/
economie/le-scan-eco
NOUVELLES PERSPECTIVES
NOUVELLES PERCEPT IONS
A
MONDIAL PARIS MOTOR SHOW 2018
4 – 14 OCT
PARIS EXPO PORTE DE VERSAILLES
PAVILLON 5.2 530
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
24
ENTREPRISES
Trump impose un nouvel accord au Canada
À l’issue de treize mois de négociations parfois très tendues, les États-Unis ont réussi à modifier l’Alena,
le traité de libre-échange nord-américain, sans le « déchirer » comme menaçait l’hôte de la Maison-Blanche.
PIERRE-YVES DUGUA £@PDugua
CORRESPONDANT À WASHINGTON
EN MILLIARDS DE DOLLARS, EN 2017
COMMERCE Donald Trump avait
promis de « déchirer l’accord de libre-échange nord américain ». Au
grand soulagement des milieux
d’affaires des trois pays de la zone,
États-Unis, Canada et Mexique, il
s’en est bien gardé. Ce qui ne l’a pas
empêché de présenter lundi le nouveau texte, conclu à l’arraché avec
le Canada la nuit précédente, baptisé Accord États-Unis Mexique Canada (AEUMC), comme « l’accord
commercial le plus important, le plus
avancé et le plus moderne que nous
ayons négocié, avec de nouvelles dispositions protégeant l’environnement, les droits du travail et les brevets ». Le président assure que sans
les surtaxes douanières imposées à
ses voisins, il ne serait pas parvenu à
obtenir des concessions, en treize
mois. D’ailleurs, la négociation n’a
pas levé les droits de douane américains récemment imposés sur
l’acier et l’aluminium canadien.
“
Nous allons
construire beaucoup
plus de voitures
aux États-Unis
DONALD TRUMP
Les États-Unis en déficit avec leurs voisins
”
Usant d’une rhétorique souvent
agressive, Donald Trump a largement laissé son représentant,
Robert Lighthizer, un vieux professionnel des négociations commerciales, marchander âprement la
modernisation de l’Alena, vieux de
24 ans. Jared Kushner, gendre de
Donald Trump, a aussi joué un rôle
important dans le succès de la négociation, en maintenant les canaux de communication ouverts
dans les moments difficiles.
L’AEUMC rend plus homogène
une zone économique de 450 millions d’habitants couvrant 1 200
milliards de dollars d’échanges
commerciaux. Il crée des incitations aux industriels américains
pour limiter leurs délocalisations
d’activités riches en main-d’œuvre
vers le Mexique.
Robert Lighthizer a écouté les
entreprises dont les usines et fournisseurs sont à cheval sur les trois
pays. L’AEUMC ne va pas rendre
obsolète leurs investissements. En
revanche, il limite la capacité de la
Chine à utiliser le Mexique comme
plateforme d’assemblage pour
inonder le marché automobile des
États-Unis et du Canada. C’est le
sens de l’augmentation de 62,5 % à
75 % de la part de contenu nordaméricain minimum nécessaire
pour qu’un véhicule entre sans
droit de douane dans un des trois
pays de la zone. De plus, afin de réduire l’avantage compétitif du
Exportations des États-Unis
Déficit commercial
des États-Unis
Soit 51 %
des importations
du Canada
Importations des États-Unis
CANADA
235
Soit 71 %
des exportations
du Canada
65
300
ÉTATS-UNIS
314
Soit 46 %
des importations
du Mexique
108
Soit 72 %
des exportations
du Mexique
206
MEXIQUE
Source : Bloomberg
Mexique, dont la main-d’œuvre est
bon marché, 40 % du contenu des
véhicules devra provenir d’usines
employant des ouvriers rémunérés
au moins à 16 dollars de l’heure, soit
quatre fois plus que le salaire
moyen. Si on ajoute à cela la protection désormais explicite du droit de
grève et des prérogatives de représentation syndicale au Mexique,
l’AEUMC surprend agréablement
les syndicats américains. C’est
pourquoi la Maison-Blanche pense
que nombre de démocrates au
Congrès voteront avec les républicains pour valider le nouvel accord
Infographie
l’année prochaine. « Nous allons
construire beaucoup plus de voitures
aux États-Unis », promet Donald
Trump.
Pour rassurer les Canadiens et les
constructeurs automobiles américains très implantés dans l’Ontario,
les États-Unis accordent des contingents d’importations qui seront toujours exemptés d’éventuels droits de
douane imposés pour des raisons de
« sécurité nationale ». Le volume de
ces contingents dépasse très largement le niveau actuel d’importations de véhicules canadiens et de
pièces détachées mexicaines.
Washington n’a pas pu arracher
au Canada l’abandon du chapitre 19
de l’Alena, pourtant consenti par le
Mexique. Ce chapitre donne la possibilité de contester devant des juridictions spéciales les mesures antidumping d’un pays. Ottawa tenait à
garder cette arme, pour défendre sa
filière bois, en particulier.
Les géants américains du commerce en ligne, qui n’existait pas à
l’époque de l’Alena, ont obtenu un
relèvement important du montant
des achats qu’un consommateur
canadien ou mexicain peut réaliser
sans payer de droits de douane.
C’est sur la question de la protection du marché canadien du lait que
la négociation entre Ottawa et
Washington a failli échouer. Finalement, le Canada ouvre 5 % de son
marché du lait aux Américains,
comme il l’a déjà fait à l’égard de
l’Union européenne.
Fort de cet accord, en évoquant
d’autres fronts, Donald Trump n’a
pas pu s’empêcher de proférer une
menace : « Si les Européens ne lâchent rien, on taxera leurs Mercedes », avant d’ajouter : « Je pense
que les négociations avec l’UE vont
bien se passer.» ■
Donald Trump
a présenté, lundi,
à la Maison-Blanche,
à Washington,
l’AEUMC, le nouvel
accord commercial
conclu, la nuit
précédente, entre
les États-Unis,
le Mexique
et le Canada.
LEAH MILLIS/REUTERS
Le compromis avec Washington fragilise Justin Trudeau au Québec
Nous ne
« voyons
pas
comment cet
accord peut
être bon pour
les 220 000
familles
canadiennes
qui dépendent
de l’industrie
laitière
pour gagner
leur vie !
»
PIERRE LAMPRON.,
PRÉSIDENT DES
PRODUCTEURS LAITIERS
DU CANADA
LUDOVIC HIRTZMANN
MONTRÉAL
« C’est une bonne journée pour le Canada », a déclaré le premier ministre Justin Trudeau dans la nuit de
dimanche à lundi à Ottawa. Quelques heures plus tard, le nouvel accord de libre-échange conclu avec
les États-Unis et le Mexique - baptisé AEUMC - a déclenché la colère
des producteurs laitiers du Québec.
En vertu de l’AEUMC, le Canada
ouvrira 3,59 % de son marché laitier, jusqu’ici protégé, aux producteurs des États-Unis. Le secteur
emploie 220 000 personnes, dont
110 000 au Québec et il pèse 16 milliards de dollars à l’échelle nationale. « Nous ne voyons pas comment
cet accord peut être bon pour les
220 000 familles canadiennes qui dé-
pendent de l’industrie laitière pour
gagner leur vie ! », s’est exclamé le
président des Producteurs laitiers
du Canada, Pierre Lampron. La colère de ces derniers est d’autant plus
forte qu’ils ont déjà dû ouvrir leurs
marchés aux Européens en 2016.
L’acier toujours surtaxé
Il faudra du temps pour étudier
l’AEUMC dans les détails, mais le
Canada a su limiter la casse grâce au
talent de négociatrice de sa ministre des Affaires étrangères, Chrystia
Freeland, en première ligne dans ce
dossier. Ottawa a sauvé son industrie automobile et pourra exporter
jusqu’à 2,6 millions de voitures par
an vers les États-Unis. Ces exportations s’élèvent à 56 milliards de
dollars annuellement. Les Canadiens ont aussi réussi à conserver le
principe de l’exemption culturelle
et le chapitre 19, celui du règlement
des différends commerciaux.
Enfin, Ottawa a réussi à imposer
un chapitre sur l’environnement
assez peu contraignant toutefois :
« Les parties reconnaissent le droit
souverain de chaque partie d’établir
ses propres niveaux de protection
environnementale », précise l’AEUMC, qui pourra être renégocié dans
son intégralité tous les six ans. Le
Canada s’y est opposé sans succès.
Contre toute attente, Ottawa n’a
pas réussi à lever les droits de
douane de 25 % sur l’acier et de
10 % pour l’aluminium que l’Administration Trump lui impose depuis le printemps.
À 24 heures des élections législatives du Québec, l’AEUMC ne pouvait pas tomber plus mal. Le chef du
Parti québécois, Jean-François Lisée, a sonné la charge tant contre le
gouvernement fédéral que contre
celui du libéral Philippe Couillard
qui avait promis de protéger les
agriculteurs québécois. « C’est pire
que ce que tout le monde imaginait »,
a dit le chef souverainiste. Le lâchage des producteurs laitiers du Québec, qui se sentent sacrifiés au profit de l’industrie automobile de
l’anglophone Ontario, pourrait
mener les Québécois à un vote
sanction l’an prochain contre Justin Trudeau. Ottawa avait pourtant
préparé le terrain depuis plusieurs
semaines, laissant entendre malicieusement qu’un accord était improbable pour mieux faire passer la
pilule de l’AEUMC. ■
+
» Lire aussi PAGE 9
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
Diesel : l’heure de payer la facture est arrivée en Allemagne
La chancelière a réuni lundi les leaders de sa majorité pour décider des mesures à imposer aux constructeurs.
NICOLAS BAROTTE
nbarotte@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À BERLIN
AUTOMOBILE Après plusieurs jours
de discussions, le gouvernement allemand devait prendre sa décision
lundi soir sur l’avenir des véhicules
diesels. La chancelière a réuni les
leaders de sa majorité CDU-CSU–
SPD pour s’entendre sur le paquet
LE 5/7
MATHILDE
MUNOS
A
Retrouvez le mercredi à 6h48
Histoires Économiques
avec Jacques-Olivier Martin
du quotidien
À SUIVRE SUR TWITTER
#LE57INTER
de mesures à imposer aux
constructeurs afin de rendre ces
voitures moins polluantes.
Depuis la révélation du scandale
des moteurs truqués, en 2015, l’industrie du diesel est en crise. L’affaire a d’abord touché Volkswagen,
puis Daimler et l’équipementier
Bosch ont été accusés de tricheries.
Les ventes de voitures diesels se
sont effondrées, passant de 48 % du
marché en 2015 à 39 % en 2017. Les
conducteurs allemands, après avoir
cru pendant des années aux vertus
du diesel vantées par les constructeurs, se détournent d’une technologie qu’ils jugent sans avenir ou
dont ils redoutent les frais. « C’est
l’industrie automobile qui a généré ce
problème et c’est à elle de payer », a
déclaré lundi la ministre de l’Environnement, Svenja Schulze, pour
les rassurer. Les conservateurs de la
CSU refusent que les conducteurs
soient pénalisés.
Les autorités sont sous pression :
plusieurs villes pourraient être obligées de mettre en place des interdictions de circulation pour les véhicules les plus polluants afin de
diminuer les émissions de gaz. La
justice allemande a en effet donné
raison aux organisations de défense
de l’environnement. À Hambourg,
deux rues sont déjà concernées. Le
gouvernement veut éviter ces mesures impopulaires d’interdiction.
Plusieurs pistes techniques
étaient étudiées : le remplacement
des équipements des véhicules pour
limiter les émissions d’oxyde
d’azote (NOx), une prime à
l’échange pour les plus vieux diesels, la mise à jour des logiciels de
mesure d’émission de gaz qui
avaient été manipulés par les
constructeurs. Mais l’industrie
automobile, qui représente 800 000
emplois sur le territoire et a tissé ses
réseaux dans la sphère politique, ne
se laisse pas facilement imposer des
choix.
Crainte de procès
« Nous avons un engagement de
Volkswagen pour le rééquipement
des véhicules, a déclaré le ministre
des Transports CSU Andreas
Scheuer avant le début des discussions, lundi. Le coût estimé est
d’environ 3 000 euros. Volkswagen
veut couvrir 2 400 euros. Nous
avons maintenant à discuter dans la
coalition sur comment couvrir
l’écart de 600 euros. » La solution
de rééquiper les véhicules était critiquée par les constructeurs qui
pointaient un désavantage par
rapport à leurs rivaux étrangers.
Les constructeurs s’étaient cependant entendus auparavant sur le
principe d’une prime à l’échange
pour les diesels aux normes Euro 4
ou Euro 5. BMW a promis 6 000 euros
de rabais en moyenne sur l’achat
d’un nouveau véhicule, Daimler de
5 000 à 8 000 euros, Volkswagen en
moyenne 5 000 euros.
Les constructeurs craignent que
la justice ne s’en mêle, bientôt saisie par des plaintes de consommateurs. Aux États-Unis, le scandale a
déjà coûté à Volkswagen 27 milliards d’euros en rappel de véhicules et frais de justice. Au pied du
mur, ils sont forcés de s’adapter. Le
patron de Porsche a annoncé il y a
une semaine que la marque ne produirait plus de diesel à l’avenir. En
Allemagne, pays de l’automobile, il
s’agit d’un tournant symbolique
majeur. ■
800 000
emplois
sont pourvus
par l’industrie
automobile
en Allemagne.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 2 octobre 2018
ENTREPRISES 25
Nouvel électrochoc
à la tête de GE
Lawrence Culp,
PDG de General Electric.
HANDOUT/REUTERS
Flannery. Ce pur produit de la culture GE avait, lui, fait le pari risqué de
le recentrer sur ses racines industrielles, dans les activités énergétiques aujourd’hui sous pression.
Lawrence Culp, ancien PDG de Danaher,
remplace John Flannery, alors que la situation
du groupe américain s’annonce pire que prévu.
baisse de la valeur
du titre General Electric
à Wall Street depuis
début 2017
INDUSTRIE Son mandat à la tête de
General Electric aura été le plus bref
de l’histoire de la compagnie. John
Flannery, appelé à la rescousse il y a
quatorze mois pour tenter de remettre sur les rails un groupe en
pleine déconfiture, vient d’être
poussé vers la sortie. Cet homme du
sérail, qui avait fait une longue carrière dans le conglomérat, au pôle
financier ou dans la division santé,
avait pourtant engagé des plans
d’économies draconiens, annoncé
vouloir supprimer 25 % des effectifs
du groupe et céder pour 20 milliards de dollars d’actifs.
Fin juin, il avait lancé un plan de
restructuration pour se concentrer
sur l’aéronautique, l’électrique et
les énergies renouvelables, et rendre indépendante la division santé.
Mais ce n’était pas suffisant pour
arrêter la chute du titre en Bourse.
Surtout, les résultats pour le troisième trimestre, que l’entreprise
doit dévoiler le 25 octobre, s’an-
noncent déjà calamiteux. Pénalisé
par sa division énergie, qui produit
essentiellement des turbines à gaz
(et qui comprend une grande partie
de l’ancien fleuron français Alstom
racheté au prix fort en 2014), GE a
déjà annoncé qu’il devait réviser à
la baisse ses prévisions de profits. Il
va même passer une charge exceptionnelle qui pourrait atteindre
23 milliards de dollars.
Exclu du Dow Jones
Ce n’est pas la première fois qu’au
lieu des bonnes surprises espérées,
le groupe est obligé de faire état de
pertes et de difficultés supplémentaires, minant la confiance des
marchés. Au deuxième trimestre, il
avait déjà dévoilé une chute de son
bénéfice de près de 30 %.
À Wall Street, le titre a perdu
environ un tiers de sa valeur depuis le début de l’année et plus de
60 % depuis début 2017. Cet ancien fleuron américain ne pèse
plus qu’un cinquième de ce qu’il
valait à son apogée. En juin, il
avait été mis à la porte de l’indice
Dow Jones, dont il avait été l’une
des valeurs emblématique pendant plus d’un siècle.
Pour la première fois en 126 ans
d’existence, le groupe est donc allé
chercher son sauveur à l’extérieur.
Cet homme providentiel est
Lawrence Culp, 55 ans, devenu au
printemps dernier administrateur
indépendant du groupe. Ancien
PDG, entre 2000 et 2014, de Dana-
her, sa mission est de récidiver à la
tête de GE ce qu’il a accompli dans
cet autre conglomérat américain. Il
avait su transformer ce groupe à
l’origine essentiellement industriel,
en « une société leader en science et
technologie », rappelle le communiqué publié par GE.
C’est l’inverse de ce qu’avait fait
Jeff Immelt, patron de GE de 2001 à
2017 avant de céder la place à John
EN BREF
Air France : le front syndical se fissure
Les deux dirigeants en première ligne avec les organisations syndicales sont sur le départ.
Benjamin Smith, le nouveau directeur général du groupe, veut sortir de la crise.
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
C’était
« une
réunion
de contact.
Il n’est là
que depuis
quinze jours,
il faut quand
même être
raisonnable
JOËL LE JEANNIC,
SUD-AÉRIEN
»
TRANSPORT Benjamin Smith, le
nouveau directeur général d’Air
France-KLM, compte aller vite.
Arrivé il y a deux semaines à la
tête du groupe, le dirigeant vient
de rencontrer les représentants
des syndicats d’Air France,
regroupés en intersyndicale depuis février. Sa priorité ? Mettre
fin à huit mois de crise, ouverte
puis mise en sourdine après le départ de Jean-Marc Janaillac en
mai dernier.
Lundi, accompagné d’un autre
ancien dirigeant d’Air Canada,
Oltion Carkaxhija, vice-président
corporate planning d’Air FranceKLM, Benjamin Smith s’est entretenu, en français, avec les syndicats. Les discussions ont été
« franches et directes ». D’autres
rencontres devraient être programmées.
L’intersyndicale
maintient sa revendication d’une
augmentation générale des salaires de 5,1 %.
Si les revendications n’ont pas
changé, un jeu de chaises musica-
les a été orchestré du côté de la
direction. Après la démission du
directeur général d’Air France,
Franck Terner, la fonction sera
remplie
provisoirement
par
Benjamin Smith lui-même.
Le DRH contraint
à la démission
L’autre interlocuteur des syndicats, Gilles Gateau, DRH d’Air
France, est aussi sur le départ. Selon nos informations, Ben Smith
l’aurait prié de quitter le groupe.
L’ancien conseiller social au cabinet de Manuel Valls n’a pas réussi
à sortir de l’enlisement du conflit
ces derniers mois. Les propositions de hausse générale de salaires, d’abord de 1 % (0,6 % en avril
puis 0,4 % en octobre) puis de
2 %, puis de 2 % en 2018 et 5 % les
trois années suivantes ont mis le
feu aux poudres chez Air France.
Fallait-il attendre que la grève se
durcisse pour faire des propositions acceptables ? La direction
des ressources humaines n’a visiblement pas su prendre la mesure
du climat de défiance chez Air
France qui a conduit le PDG du
groupe à partir après l’échec de la
consultation.
Benjamin Smith propose de
confier les prochaines négociations à Oltion Carkaxhija, l’un des
anciens d’Air Canada venus travailler à ses côtés. Ce dirigeant ne
remplacera pas Gilles Gateau.
C’est Patrice Tizon, l’actuel directeur des relations sociales d’Air
France, qui doit lui succéder de
façon temporaire. Oltion Carkaxhija, lui, dépend du secrétariat
général du groupe Air FranceKLM. Mais il s’appuiera sur les
équipes de la direction des ressources humaines d’Air France.
Du côté syndical, les protagonistes n’ont pas changé mais les
postures de certains ont beaucoup
évolué. Ainsi, le président du
SNPL, Philippe Evain, en première ligne lorsque l’intersyndicale
s’est formée, est devenu beaucoup
plus discret. À l’origine, il affichait une revendication égalitaire : 5,1 % d’augmentation pour
tous, clamée haut et fort. Mais il
demandait par ailleurs 10 % de
hausse pour les pilotes. Ce double
langage a fini par agacer les orga-
Cette division énergie, qui a affiché
l’an dernier une perte de dix milliards de dollars, ne parvient pas en
effet à se remettre de la chute des
prix de l’électricité de gros et de
l’effondrement des commandes de
turbines. Dernier coup du sort, le
groupe américain a dû révéler jeudi
dernier que quatre de ses nouvelles
turbines de génération d’électricité
avaient été mises à l’arrêt aux
États-Unis en raison d’un « problème d’oxydation ». Un souci susceptible d’affecter 51 autres exemplaires déjà livrés à des clients. Or GE a
énormément investi dans cette
nouvelle génération de turbines,
plus efficaces.
« Nous allons agir avec urgence […]
Nous avons beaucoup de travail pour
libérer la valeur de GE » a indiqué
Lawrence Culp. Pour transformer
Danaher, il n’avait pas hésité à mener
une active politique d’acquisition. En
aura-t-il aussi les moyens à la tête de
GE ? Il sera en tout cas épaulé par un
autre spécialiste, lui aussi étranger à
GE, en la personne de Thomas Horton, l’ancien président d’American
Airlines. Wall Street, elle, a bien accueilli le changement de casting à la
tête du groupe. Malgré l’inquiétude
sur les résultats, le titre GE a bondi en
séance de 15 %. ■
nisations syndicales. Le ton a aussi
changé à l’égard du nouveau directeur général du groupe aussi. À
l’arrivée de Benjamin Smith, le
pilote accusait quasiment le dirigeant canadien de « rouler » pour
une compagnie « concurrente »,
Delta (actionnaire d’Air FranceKLM). Désormais, Philippe Evain
parle de « confiance »… Certains y
verront peut-être le piège tendu
par le serpent Kaa dans Le Livre de
la jungle. Une chose est sûre : le
SNPL n’est plus le fer de lance de
l’intersyndicale.
Ce lundi à la sortie de la rencontre entre Benjamin Smith et les
syndicats, Philippe Evain rasait
les murs au lieu de répondre aux
micros tendus. Le pilote songe désormais aux élections professionnelles. Or un grand nombre de pilotes d’Air France ne se
reconnaissaient pas dans ce combat trop politique. Philippe Evain
essayera peut-être, ces prochaines semaines, de s’attribuer comme un trophée la démission de
Gilles Gateau. Parmi les pilotes,
celui-ci avait fait l’unanimité
contre lui. ■
CASINO CÈDE LES MURS
DE 55 MONOPRIX
£ Engagé dans un plan de
cession d’actifs de 1,5 milliard
d’euros, le distributeur a signé
une promesse de vente avec
un investisseur institutionnel
pour la cession des murs de
55 Monoprix, pour 565 millions
d’euros. Il devrait régler un loyer
annuel de 27 millions d’euros au
nouveau propriétaire. Casino a
par ailleurs démenti des articles
de la presse brésilienne au sujet
de la mise en vente de ses filiales
brésilienne et colombienne.
LAVAZZA RACHÈTE
LES CAFÉS DE MARS
£ Le spécialiste italien du café
rachète Mars Frinks, une filiale
du groupe Mars spécialisée
dans la distribution de café
et de boissons chaudes.
Après le rachat de Carte Noire
en 2016, le torréfacteur familial
se renforce dans le café
hors domicile, avec ce pôle
regroupant des offres de café
en entreprise (machines Flavia)
et de distribution automatique
(marque Klix). L’acquisition
réalise un chiffre d’affaires
de 300 millions d’euros,
comparés aux plus de 2 milliards
d’euros de Lavazza.
Avec le soutien du :
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60 %
ANNE BODESCOT abodescot@lefigaro.fr
Les pertes de la division
énergie minent la confiance
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
26 ENTREPRISES
Candy, Hoover et Rosières sous pavillon chinois
Le géant de l’électroménager Haier rachète le groupe familial italien Candy Hoover pour 475 millions d’euros.
grâce à sa position en Chine. Haier
est en effet la plus grande marque
au monde de gros électroménager
en termes de ventes mondiales,
devant l’américain Whirlpool, Ldt
ou encore Electrolux.
CLÉMENTINE MALIGORNE
cmaligorne@lefigaro.fr
ÉLECTROMÉNAGER Machines à
laver et sèche-linge Candy passent sous pavillon chinois. Le
géant de l’électroménager Haier
s’offre le groupe familial italien
d’électroménager Candy Hoover
(marques Candy, Hoover, Rosières…) pour 475 millions d’euros.
En reprenant l’entreprise propriété de la famille Fumagalli depuis sa création en 1945, Haier va
accélérer sur le Vieux Continent,
où les consommateurs sont bien
équipés en téléviseurs, lave-linge
et réfrigérateurs.
Candy Hoover a réalisé en 2017
un chiffre d’affaires d’1,6 milliard
d’euros, emploie près de 5 000
personnes réparties sur sept usines en Europe, en Turquie et en
Chine. Il possède 45 filiales et bureaux commerciaux dans le monde entier. Haier compte transférer
son siège européen près de Milan
en Italie, à Brugherio (nordouest), où est installé l’actuel siège
de Candy, l’usine centrale et le
centre de recherche et le développement. La nouvelle entité verra
officiellement le jour début 2019,
une fois les formalités administratives et légales réglées.
Pour le géant chinois de l’électroménager, cette acquisition
Savoir-faire technique
Le fabricant de machines à laver et de sèche-linge Candy est racheté par Haier, la plus grande marque de gros
électroménager en termes de ventes mondiales. CANDY
permet d’asseoir sa place en Europe en bénéficiant d’une image de
marque et d’un savoir-faire. « En
s’associant à l’équipe de direction
de Candy, Haier veut étendre son
leadership en Europe sur le secteur
des appareils ménagers intelligents
à l’heure de l’Internet des objets
connectés, fournir des produits et
un service de haute qualité aux
clients européens et mondiaux, indique le groupe chinois dans un
communiqué. Cet investissement
constitue une étape importante
dans la stratégie de développement
mondiale de Haier. » En effet, avec
moins de 3 % de part de marché
en Europe selon Euromonitor,
l’institut mondial d’études de
marché, le chinois est loin derrière Samsung, Whirlpool, Electrolux ou BSH, bien que numéro un
du secteur au niveau mondial avec
près de 10 % de parts de marché
Cette acquisition, qui intervient
peu de temps après le rachat du
slovène Gorenje pour 293 millions
d’euros par un autre groupe
chinois, Hisense, s’inscrit dans
« un mouvement d’internationalisation des entreprises chinoises qui
cherchent à s’appuyer sur un savoir-faire technologique et des entreprises
locales »,
explique
Claude Meyer, économiste à l’Ifri
et spécialiste de la Chine. « On assiste aussi à un mouvement de
concentration des acteurs du secteur, complète Yves Marin,
consultant associé au cabinet
Bartle. Les marques vont chercher
à s’associer et à se vendre dans un
contexte de bonne santé du marché
de l’électroménager qui repart depuis deux ans, parallèlement à celui
de l’immobilier. L’Asie devient le
centre économique du monde. Pour
Candy, il s’agit donc prendre le dynamisme industriel là où il est et
pour le chinois Haier, de sécuriser
sa position sur les produits d’entrée
de gamme et couvrir une ère géographique et de produits encore
plus large. » ■
Bonduelle profite de la montée en gamme de ses marques
L’abandon d’une partie de son activité MDD permet au géant des légumes d’améliorer ses marges.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
Guillaume Debrosse,
le nouveau directeur
général. VINCENT ISORE/
IP3 PRESS/MAXPPP
AGROALIMENTAIRE Dans un environnement de consommation
morose, le géant français des légumes frais, surgelés et en
conserve tire les fruits de son internationalisation et de la premiumisation de ses marques
(Bonduelle, Cassegrain, Globus,
Artic Gardens). Sur l’exercice clos
fin juin, le groupe familial Bonduelle a vu son chiffre d’affaires
bondir de 21,4 %, à 2,77 milliards
d’euros, et son résultat opérationnel courant de 14,2 %, à
123,6 millions d’euros.
Une performance historique
réalisée grâce au rachat mi-2017
de l’américain Ready Pac Foods,
spécialiste des salades individuelles. Si l’intégration de cette acquisition pèse sur la marge opérationnelle courante, passée de
4,7 % à 4,5 %, le groupe nordiste
a amélioré sa rentabilité sur ses
métiers historiques en multipliant les innovations sur ses
marques propres. Hors Ready Pac
Foods, la marge opérationnelle
courante atteint 5,5 % (+ 0,6
point en un an).
Après l’arrêt de l’activité marques de distributeurs sur la
conserve il y a deux ans, les marques propres représentent 51 % de
l’activité de Bonduelle. Légumes
au four, pâtes sans gluten à base
de légumes, soupes fraîches,
LES DÉCIDEURS
â ALBERT BOURLA
Laboratoire Pfizer
Ian Read, le patron du laboratoire pharmaceutique américain, passe la main après huit ans
d’exercice. Avec une prise de fonction en 2019,
c’est son directeur des opérations, Albert Bourla, 56 ans, qui prendra la relève. Un changement dans la continuité puisque Ian Read gardera un œil comme président exécutif au sein
du conseil d’administration.
â PIERRE HARDOUIN
Engie Axima
La filiale d’Engie dédiée à la réfrigération ou au
génie climatique recrute son DG chez les ascensoristes. Supelec et HEC, Pierre Hardouin était
vice-président services et transformations
EMEA d’Otis après avoir dirigé la France.
A
â MARIE-ANGE FOLACCI
CEA
Elle devient directeur de la communication et porte-parole pour le CEA,
après avoir occupé une fonction similaire chez Météo-France. Marie-Ange
Folacci a aussi enchaîné les expériences à l’Ademe, en cabinet ministériel ou encore
à l’ANR.
smoothies, kits salades, conserves
de légumes oubliés… le groupe
joue la carte de la montée en gamme. Et compte bien poursuivre sur
cette voie.
Multiplier les innovations
En Amérique du Nord (50 % des
ventes), la croissance est bridée
par l’arrivée à saturation des usines de la zone. La direction,
bicéphale depuis la séparation en
avril des fonctions de président et
de directeur général, réfléchit à y
faire de nouveaux investissements. « Nous y privilégions la logique de valorisation », explique
Guillaume Debrosse, le nouveau
directeur général. Comme ces
conserves de légumes secs lancés
au Canada sous la marque Bonduelle ou les produits à tremper
(« dips ») sous marque Artic Gardens. Au Brésil, touché par la crise
économique, le fabricant nordiste
a noué un partenariat de soustraitance avec Unilever pour sa
marque Knorr ; l’accord lui permet de profiter de la force de frappe commerciale du géant anglonéerlandais pour sa marque
Bonduelle.
Au global, ses marques ont tiré
la faible croissance organique du
groupe (+ 0,3 %). Celles-ci ont
progressé de 1,7 %, là ou les MDD
ont cédé 1 % sur la période. À miparcours de son ambition d’être
« le référent mondial du bien vivre
par l’alimentation végétale » d’ici
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Frédéric Poux, un pro de la franchise
pour sortir Sport 2000 de la crise
Il veut être l’homme de la
situation. Celui qui sortira
l’enseigne de produits
sportifs de la crise. « Un cas
d’école » auquel ce pro des
réseaux de franchises, passionné de sport, se
frotte depuis son arrivée cet été à la présidence de Sport 2000 France, structure détenant
les actifs du groupe. Vu comme un « agent
d’Activa », fonds majoritaire au capital, à
hauteur de 53 %, sa nomination a d’abord été
rejetée par les dirigeants de la coopérative,
qui cherchent à reprendre le contrôle du
groupe, sans succès. « Je ne suis pourtant pas
là en commissaire-priseur pour faire monter les
enchères », assure Frédéric Poux, chargé de
trouver un arrangement entre Activa Capital
et la coopérative pour sortir Sport 2000 de
cette crise vieille de deux ans.
Ex-dauphin d’Afflelou
Homme de la « dernière chance » face à
« l’enlisement » du groupe, le quadragénaire
connu pour ses succès chez le lunettier Afflelou a su déjà démontrer sa légitimité et tendre
la main pour faire valoir son rôle de médiateur. Dès le mois d’octobre une offre « professionnalisée » par ses soins sera faite à Activa
par les administrateurs de la coopérative. Une
première étape dans les objectifs que s’est
fixés l’ex-PDG d’Afflelou. Une fois sorti de
l’ornière, avec un actionnariat unifié, le
groupe devrait enfin pouvoir retrouver une
direction stratégique que le nouveau président compte bien orienter en tandem avec
Stéphane Solinski, DG depuis 2012, lui aussi
passé par les lunettes, chez Atol et Optic 2000.
Digitalisation ou encore rapprochement avec
d’autres enseignes, l’ex-dauphin d’Alain
Afflelou et fils de franchisé de la griffe opticienne ne manque pas d’idées pour développer l’entreprise et réaffirmer sa présence en
France, où le réseau de 650 magasins ne
détient que 5 % de parts de marché, derrière
Decathlon, Intersport et Go Sport, ses principaux concurrents.
« Je veux être reconnu comme un spécialiste des
cas de crise », explique ce pur soldat d’Afflelou. À sa tête, le lunettier s’était implanté dans
dix pays supplémentaires, dont la Chine, avec
un bond de 500 magasins en plus. Il avait également développé la marque propre, tout en
la faisant monter en gamme, avec une diversification dans l’audio. Seule ombre au
tableau, une entrée en Bourse manquée, qui
devait achever une série de quatre LBO successives, portant la dette à plus de 400 millions d’euros. Mais la fusion de Luxottica et
d’Essilor avait bousculé son projet et entraîné
son départ.
A. B.
2025, le groupe familial va poursuivre son rythme soutenu d’innovations. Cette année, la sécheresse dans l’hémisphère Nord
pèsera toutefois sur ses performances opérationnelles à hauteur
de 7 ou 8 millions d’euros. Hors
effet météo, sa rentabilité opérationnelle courante devrait progresser de 11 % en 2018-2019. Notamment grâce aux efforts de
compétitivité chez Ready Pac
Foods. S’ils ont mis plus de temps
que prévu à se concrétiser, ces
derniers ont fait remonter la marge opérationnelle récurrente de
cette division, rebaptisée Bonduelle Fresh Americas, de 2,8 à
4,4 % entre le premier et le second
semestre 2018. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â GITA GOPINATH
FMI
Christine Lagarde féminise le poste de
chef économiste du Fonds monétaire
international. Pour succéder à Maurice Obstfeld, 66 ans, qui prend sa retraite, elle a
décidé de nommer cette Américaine d’origine
indienne, officiant actuellement comme professeur d’économie à l’université de Harvard.
« Gita est l’une des économistes remarquables
dans le monde, avec un parcours académique impeccable […] et une expérience internationale très
importante », pointe la DG du FMI, estimant que
l’universitaire est « exceptionnellement bien placée » pour diriger le département de recherches
de l’institution de Washington. Gita Gopinath
est coéditrice de la Revue économique américaine et codirectrice du Programme de macroéconomie et de finance internationales au Bureau
de recherches économiques.
â FABIENNE VIALA
Chambre de commerce
de Londres
La patronne de Bouygues UK et de ses
filiales au Royaume-Uni prend la présidence de l’institution de Holborn, créée en 1883
et chargée notamment d’aider les entreprises
françaises à s’implanter à Londres. ESTP entrée
chez Bouygues Construction en 1987, Fabienne
Viala est chairman de Bouygues UK depuis 2016.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
TECH
mardi 2 octobre 2018
27
STMicro profite
du boom de la voiture
électrique autonome
Le groupe franco-italien a opéré
un net redressement grâce
à l’automobile et l’Internet des objets.
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
Mark Zuckerberg
lors d’une
conférence à Viva
Technology, en mai
à Paris. MARLENE
AWAAD/BLOOMBERG
2018, année de tous
les problèmes pour Facebook
Le réseau social a dévoilé une faille de sécurité massive, touchant
au moins 50 millions de comptes. Il fait déjà l’objet de plusieurs enquêtes.
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
INTERNET Début 2018, on parlait
de « semaines compliquées » pour
Facebook, puis de « plusieurs mois
difficiles ». Désormais, il est clair que
c’est l’année entière qui s’est transformée en terrain miné pour le réseau social. Vendredi, l’entreprise
de Mark Zuckerberg a dévoilé, pour
la première fois de son histoire, avoir
subi une attaque informatique de
grande ampleur. Au total, 50 millions de comptes seraient touchés
par ce piratage, à l’origine encore
inconnue. Les conséquences, pour
les utilisateurs, comme pour le réseau social, restent elles aussi à déterminer.
Au total, trois bugs ont été exploités par les pirates. Cette faille ouverte en juillet 2017 et comblée
seulement la semaine dernière - a
permis aux pirates de récupérer un
« token d’accès ». Il s’agit d’un petit
bout de code qui permet d’identifier
un utilisateur. Facebook a précisé,
quelques heures après sa première
annonce, que le « Facebook login »
était aussi potentiellement touché par
cette faille. Cet outil permet aux internautes de se connecter sur d’autres
applications grâce à leur compte Facebook. « Nous devons encore déterminer si les comptes touchés ont été
utilisés à des fins malveillantes ou si
leurs informations ont été exploitées,
expliquait Facebook vendredi soir.
Même si les conséquences sont
pour le moment floues, ce piratage,
un événement très rare pour Facebook, inquiète déjà. L’autorité irlandaise de régulation des données
personnelles - la DPC, qui est l’institution de référence pour Facebook
en Europe - a été prévenue de la
faille dès jeudi. Elle a demandé au
réseau social davantage d’informations sur l’étendue du piratage et les
risques concrets pour les utilisateurs. L’autorité anglaise, l’ICO, a
fait de même.
Un contexte tendu
Depuis le mois de mai, Facebook est
soumis, pour ses activités en Europe, au RGPD, le règlement européen de protection des données
personnelles. Ce dernier exige que
« le responsable du traitement et le
sous-traitant mettent en œuvre les
mesures techniques et organisationnelles appropriées afin de garantir un
niveau de sécurité [des données personnelles] adapté au risque ». S’il
était décidé que Facebook n’a pas
pris des mesures suffisantes pour
assurer la sécurité des données de
ses utilisateurs, il pourrait être puni
d’une amende allant jusqu’à 4 % de
ses revenus mondiaux, soit 1,6 milliard de dollars, selon son chiffre
d’affaires en 2017. Aux États-Unis,
le sénateur démocrate Mark Warner, vice-président du comité sur le
renseignement du Sénat américain,
a réclamé une enquête. « L’ère du
far west pour les réseaux sociaux est
terminée », a-t-il promis sur son
compte Twitter. Rohit Chopra,
commissaire à la Federal Trade
Commission (FTC, le gendarme
américain des consommateurs), a
aussi réclamé « des réponses ». La
procureuse générale de l’État de
New York, Barbara Underwood, a
enfin ouvert une enquête. Pour le
moment, Facebook collabore avec
le FBI, le département de la Sécurité
intérieure des États-Unis et le
Congrès. Il risque, au minimum,
des actions collectives en justice.
Deux citoyens américains ont déjà
porté plainte ce week-end.
Ce piratage tombe très mal pour
Facebook, englué dans de nombreuses polémiques depuis le début
de l’année. On lui a reproché son
manque de vigilance face aux tentatives étrangères de manipulation de
l’opinion dans le cadre de l’élection
présidentielle de 2016. L’entreprise
a été convoquée à plusieurs reprises
devant le Sénat américain pour se
défendre ; elle a promis qu’elle ferait
mieux lors de l’élection de mi-mandat, qui doit se tenir en novembre.
En mars, Facebook a aussi dû gérer
les conséquences de l’affaire Cambridge Analytica, du nom d’une société britannique accusée d’avoir
détourné les informations personnelles de 87 millions d’utilisateurs.
Enfin, pour compliquer le tout, Facebook doit aussi composer avec des
tumultes internes. Une dizaine de
ses dirigeants a pris la porte depuis
le début de l’année. C’est notamment le cas d’Alex Stamos, ancien
directeur de la sécurité informatique
pour le réseau social. Ce dernier n’a
toujours pas été remplacé. ■
LA SÉANCE DU LUNDI 1ER OCTOBRE
LE CAC
JOUR
ACCOR .............................................. 44,3
♣
AIR LIQUIDE ..................................
113,65
AIRBUS ..............................................107,4
ARCELORMITTAL SA ..................................
26,605
ATOS .............................................. 104,5
AXA .............................................. 23,06
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
51,99
BOUYGUES ..............................................
37,18
CAPGEMINI ..............................................
111,95
CARREFOUR ..............................................
16,56
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,138
DANONE ..............................................68,11
DASSAULT SYSTEMES ..................................
129,45
ENGIE .............................................. 12,635
ESSILOR INTL. ..................................128,75
HERMES INTL ..................................571
KERING ..............................................468,4
L'OREAL ..............................................
208,3
LEGRAND ..............................................63
LVMH .............................................. 306,9
%VAR.
+0,18
+0,31
-0,72
-0,73
+1,95
-0,39
-1,37
-0,13
+3,27
+0,36
-2
+2,11
+0,54
-0,24
+1,02
+0,07
+1,45
+0,29
+0,35
+0,76
+HAUTJOUR
44,31
114
108,74
26,975
104,55
23,285
52,66
37,52
112,2
16,73
12,418
68,28
129,5
12,74
129,55
574,2
469,5
208,6
63,24
307,95
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
44
113,1
107,1
26,5
101,9
22,985
51,66
37,04
108,5
16,44
12,026
66,61
128,5
12,595
127,5
564,8
462
206,6
62,68
303,6
0,225
0,199
0,107
0,151
0,252
0,216
0,371
0,175
0,352
0,34
0,411
0,339
0,089
0,239
0,33
0,053
0,159
0,057
0,133
0,079
+3,02
+8,19
+29,4
-1,88
-13,89
-6,77
-16,48
-14,15
+13,21
-8,2
-12,04
-2,63
+46,12
-11,86
+12,01
+27,96
+28,23
+12,63
-1,85
+25,06
JOUR
%VAR.
♣
MICHELIN ..............................................
103,55 +0,58
ORANGE ..............................................13,62 -0,84
PERNOD RICARD ..................................
141,3
0
PEUGEOT ..............................................
22,81
-1,81
♣ 52,34
PUBLICIS GROUPE SA .............................
+1,67
RENAULT ..............................................
74,32 -0,24
SAFRAN ..............................................
120,4
-0,25
SAINT GOBAIN ..................................
36,475 -1,8
SANOFI ..............................................77,54 +1,28
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
68,98 -0,46
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
36,595 -1,01
SODEXO ..............................................91,62 +0,31
STMICROELECTRONICS .............................
16,02 +2,23
TECHNIPFMC ..................................26,85 -0,92
TOTAL .............................................. 56,37 +0,95
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
172,78 -0,25
VALEO .............................................. 36,75
-1,74
VEOLIA ENVIRON. ..................................
17,245 +0,32
♣
VINCI .............................................. 82
-0,02
VIVENDI ..............................................22,15 -0,09
+HAUTJOUR +BAS JOUR
104,55
13,775
142,2
23,23
52,64
75,04
121,15
37,135
77,98
69,58
37,11
91,82
16,14
27,72
56,48
174,26
37,62
17,35
82,52
22,41
102,35
13,59
140,75
22,64
51,22
73,59
119,9
36,33
76,5
68,86
36,375
91,04
15,72
26,73
56
172,78
36,59
17,16
81,82
22,14
%CAP.ECH
0,367
0,197
0,169
0,4
0,293
0,254
0,119
0,409
0,19
0,161
0,44
0,201
0,24
0
0,194
0,235
1,997
0,332
0,115
0,144
31/12
-13,38
-5,91
+7,09
+34,53
-7,61
-11,43
+40,15
-20,67
+7,92
-2,65
-14,99
-18,23
-12
+3,87
+22,42
-40,98
-18,94
-3,7
-1,2
« duL’èrefar west
pour
les réseaux
sociaux
est terminée
MARK WARNER,
VICE-PRÉSIDENT
DU COMITÉ SUR
LE RENSEIGNEMENT
DU SÉNAT AMÉRICAIN
ÉLECTRONIQUE Dans les travées
du Mondial de l’automobile, les
deux tendances majeures du secteur sont la voiture électrique et
l’automobile autonome. Deux révolutions qui ont des conséquences
importantes pour les fournisseurs,
et notamment pour les fabricants de
semiconducteurs. Une voiture
électrique a un besoin accru de
composants électroniques pour gérer la consommation de la batterie.
« Et pour faire fonctionner un véhicule autonome, le constructeur va
devoir multiplier par deux ou trois le
nombre de capteurs embarqués », a
souligné Luc Bourgeois, expert leader systems control du groupe Renault, lors du sommet européen des
mems (microsystèmes électromécaniques) et des capteurs, qui s’est
tenu le 20 septembre à Grenoble.
Lors de ce sommet, Éric Mounier,
analyste au cabinet Yole, a expliqué
que les capteurs, qui ne représentent aujourd’hui que 2 % de la valeur d’une voiture en représenteront 20 % d’ici à 2030. Enfin, le
cabinet Roland Berger a estimé que
le marché mondial des mems et
capteurs pourrait croître de 45 % à
187 milliards de dollars d’ici à 2023.
Ce marché sera tiré principalement
par l’automobile (34 milliards de
dollars d’ici à 2023), l’électronique
grand public et l’Internet des objets.
Des champions européens
»
LES DEVISES
Jean-Marc Chery, le nouveau PDG
du groupe franco-italien STMicroelectronics, a profité de ce sommet
qui se tenait dans le fief de son
groupe pour lancer un appel.
« L’Europe a perdu la chance d’être
un acteur majeur sur le marché des
smartphones et des PC, elle est absente du marché des réseaux sociaux… mais elle doit se battre pour
rester leader sur le marché des semiconducteurs de connexion. Le développement de l’automobile connectée
et de l’Internet des objets nécessitera
de connecter entre eux 50 à 60 milliards d’objets. L’Europe dispose de
champions dans ce domaine. » Effectivement, les deux champions
du secteur sont européens avec
Boch et STMicroelectronics.
À Crolles, dans la banlieue de
Grenoble, STMicroelectronics dispose d’un ensemble de production
avec deux usines pour les plaques
de semi-conducteurs de la génération 200 millimètres et une usine
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
SICAV ET FCP
1 EURO=
1,607
1,4867
0,8908
9,0848
132,25
1,1414
1,1606
3,2657
11,103
6,908
21,1134
7,972
84,6215
138,3056
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
pour la nouvelle génération de
300 millimètres. « Ces trois usines
tournent pratiquement à 100 % de
leur capacité », souligne Éric Gerondeau, le directeur du site. En effet, le groupe franco-italien surfe
sur la vague des capteurs et
connecteurs. Au premier semestre
de l’année 2018, son chiffre d’affaires a augmenté de 20 %, à
4,5 milliards de dollars, et le groupe
attend une poursuite de cette tendance pour le trimestre en cours. Le
secteur automobile pèse environ un
tiers de ses revenus et le groupe est
présent dans de nombreux autres
domaines comme l’industrie et les
smartphones. Ce dernier secteur est
très volatil et les révolutions peuvent arriver en quelques mois.
L’histoire de STMicroelectronics est
marquée par ces retournements.
Dans les années 2010, le groupe a
été durement touché par l’effondrement de son principal client,
Nokia, qui régnait en maître sur le
marché des mobiles avant l’arrivée
de l’iPhone d’Apple. Le choc a été
brutal. Aujourd’hui, ironie de l’histoire, STMicro est un partenaire
privilégié d’Apple car il a mis au
point pour lui le système de reconnaissance faciale Face ID. STMicro
profite aussi du fait que les smartphones des autres fabricants comptent de plus en plus de capteurs. En
quelques années, le groupe a réussi
à lisser les effets des cycles de l’industrie des semi-conducteurs en
diversifiant ses produits, ses clients
et ses débouchés géographiques. ■
STMicro a mis au point pour Apple
le système de reconnaissance
faciale Face ID. T. PETER/REUTERS
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
32330
32870
-6,96
NAPOLEON ..................................................... 198,4
198
-4,11
PIECE 10 DOL USA .....................................................
566
566
-3,74
PIECE 10 FLORINS .....................................................
204,5
204,5
-3,9
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1120
1130
-4,11
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
193
193
-5,39
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
289,5
289,5
-5,08
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1248,75
1245,75
-4,68
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
102,5
110
-6,65
PIECE SUISSE 20F .....................................................
191,4
191,4
-5,57
PIECE LATINE 20F .....................................................
193
193
-4,88
SOUVERAIN ..................................................... 247,7
247,8
-4,99
KRUGERRAND .....................................................
1095
1095
-2,12
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
288,29 27/09/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
49,27 27/09/18
BELLATRIX C ................................................
336,22 27/09/18
SIRIUS ................................................56,33 27/09/18
RETROUVEZ
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WWW.WANSQUARE.COM
ou encore Air France-KLM (- 3,99 %).
Ryanair a abaissé son objectif de bénéfice annuel de 12 % en raison des
« grèves menées par son personnel navigant dans différents pays ». Pour son
exercice 2018-2019, qui sera clos le
31 mars prochain, Ryanair anticipe désormais un résultat compris entre 1,1 et
1,2 milliard d’euros contre 1,25 à 1,35 mil-
liard auparavant. Et selon la direction, cet
objectif pourrait encore être revu à la
baisse en cas de nouvelles grèves.
Ces difficultés tombent à un très
mauvais moment pour Ryanair, qui est
confronté, comme les autres compagnies, à la flambée des prix du carburant. Le groupe, qui a reconnu en décembre dernier des syndicats de pilotes
pour la première fois de son histoire, fait
face à la grogne de ses personnels navigants, qui réclament des hausses de
salaires et l’amélioration de ses conditions de travail.
« Les deux récentes grèves coordonnées des personnels navigants et
des pilotes dans cinq pays de l’Union
européenne ont pesé sur le nombre de
passagers, les réservations et les rendements, et sur les prix des billets au
troisième trimestre, a lancé le directeur
général, Michael O’Leary. La confiance
des clients, les réservations à l’avance
et les prix du troisième trimestre ont
été affectés, notamment sur la période
des vacances scolaires de la mi-octobre et à Noël. » ■
A
LES COMPAGNIES AÉRIENNES EUROPÉENNES À LA PEINE APRÈS L’AVERTISSEMENT SUR RÉSULTATS DE RYANAIR
Air France n’a pas le monopole des grèves dans le ciel européen. Le secteur
des compagnies aériennes a beaucoup
souffert lundi en Bourse, après l’avertissement sur résultats lancé par Ryanair. Le titre du transporteur irlandais à
bas coûts a plongé de près de 13 %,
emportant dans son sillage EasyJet
(- 7 %), mais aussi Lufthansa (- 2,15 %)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Condé Nast
International veut
s’armer pour le futur
« Avec Vogue, nous détenons
le plus puissant réseau d’experts
de la mode dans le monde »,
explique Wolfgang Blau, président
de Condé Nast International.
GABRIELLA KARNEY PHOTOGRAPHY
En France, le groupe va s’atteler à la relance
de « Vanity Fair » dont les ventes ont reculé
de 25 % en quatre ans.
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
PRESSE Alors que sa société sœur
américaine accumule les difficultés
(pertes financières, vente de titres,
arrêt du papier pour certains magazines…), Condé Nast International
veut afficher un visage optimiste.
L’organe « très rentable » ayant
permis l’expansion dans le monde
des marques Vogue, GQ ou Vanity
Fair dans près de 30 pays est en
pleine transformation. « Nous sommes en train de pivoter vers un modèle mettant au centre nos marques
médias », explique Wolfgang Blau,
président de Condé Nast International. Objectif, mieux faire travailler entre elles les différentes entités du groupe. « Avec Vogue, nous
détenons le plus puissant réseau
d’experts de la mode dans le monde », souligne-t-il.
C’est ainsi qu’un « hub » dédié
aux sites des éditions internationales de Vogue a été bâti l’an passé à
Londres. Sa mission : les nourrir en
photos et en vidéos en provenant
de plus de 900 défilés dans le monde. « Auparavant, vous voyiez les
mêmes photos des mêmes défilés
traitées par vingt équipes différen-
tes. En centralisant ce pôle image,
nous dégageons du temps aux équipes locales pour qu’elles puissent explorer d’autres angles », souligne le
président. « Il n’est toutefois pas
question de centraliser l’intégralité
des contenus des sites de Vogue »,
insiste-t-il. « Chaque édition doit
garder son regard, car seules les
équipes locales peuvent savoir ce
qu’attendent leurs lecteurs. Pour la
Fashion Week parisienne, des équipes de Vogue du monde entier
étaient présentes. » Il ne s’agit pas
non plus d’alléger la masse salariale. « Bien au contraire, nous avons
largement embauché ! », sourit
Wolfgang Blau.
Un « club » pour GQ
Ce pôle est un premier pas vers une
migration de l’ensemble des sites
de Condé Nast International vers
un outil de publication commun actuellement, le groupe utilise une
vingtaine de logiciels différents.
L’édition française de GQ inaugurera cette semaine ce back office
unique, suivi par Vogue France.
« C’est le fruit de deux ans de travail. L’objectif est d’avoir des sites
mieux optimisés pour le mobile et la
vitesse de chargement des pages, qui
« etGoogle
Facebook
aspirent
le marché
publicitaire.
Mais nos
annonceurs,
surtout pour
Vogue, sont
prudents visà-vis d’eux.
Ils veulent
s’associer à
des marques
puissantes et
prestigieuses,
en lien avec
leurs clients
»
WOLFGANG BLAU,
PRÉSIDENT DE CONDÉ
NAST INTERNATIONAL
sont devenus des critères cruciaux
pour le référencement sur Google. La
bataille entre les médias sur Internet
est en train de se jouer à ce niveau »,
souligne-t-il. Condé Nast International se sent moins concerné par le
conflit opposant médias et Gafa sur
le partage du marché publicitaire.
« Oui, Google et Facebook aspirent
ce marché. Mais nos annonceurs,
surtout pour Vogue, sont prudents
vis-à-vis d’eux. Ils veulent s’associer à des marques puissantes et
prestigieuses, en lien avec leurs
clients », explique-t-il.
Le féminin Glamour, qui attire
des annonceurs venant des cosmétiques, est lui plus chahuté.
« Aujourd’hui, vous pouvez lancer
une marque de maquillage grâce à
Instagram. Nous devons nous ajuster
à cette réalité. »
Mais il n’est pas question de mettre en place des paywalls sur les sites
de Condé Nast. D’autres pistes sont
explorées. GQ France, qui se recentre sur la mode et le style, va ainsi
lancer un « club » payant, permettant à ses membres de bénéficier de
divers avantages. Autre stratégie, la
diversification des marques, qui
donne lieu à des conférences et festivals, du consulting pour les entreprises, et même, pour Vogue Royaume-Uni,
à
des
formations
diplômantes dans les métiers de la
mode. Coût pour l’étudiant : jusqu’à
60 000 euros l’année.
Le papier reste, lui, central.
« Nous venons de lancer des éditions
print de Vogue au Moyen-Orient, en
République tchèque et Pologne et
nous allons revenir en Grèce », rappelle Wolfgang Blau. Mais certains
marchés sont en difficulté.
En France, les ventes des magazines de Condé Nast sont en net recul
au premier semestre. « Nous allons
nous focaliser dans un premier temps
sur Vogue et GQ, qui vient de sortir
une nouvelle formule », explique
Yves Bougon, nouveau président de
Condé Nast France, qui n’est pas
« fataliste » quant au recul du print.
Le relancement de Glamour, opéré
avant son arrivée, donnerait des résultats satisfaisants. Yves Bougon
s’attellera ensuite à Vanity Fair,
dont les ventes ont chuté de 25 % en
quatre ans, à 76 000 exemplaires en
moyenne. « Quand il y a un problème, on le règle », affirme-t-il. ■
Tencent se réorganise face à la pression de Pékin
Sa branche jeux vidéo, la plus lucrative, est touchée par un gel de la mise sur le marché des nouveautés en Chine.
SÉBASTIEN FALLETTI£@Fallettiseb
SHANGHAÏ
NUMÉRIQUE L’ère de la folle
croissance est terminée pour le
mastodonte de l’Internet chinois
Tencent. Après avoir enregistré
une perte de 20 % à la Bourse de
Hongkong depuis le début de l’année, le tandem dirigeant de Tencent tente de rassurer des investisseurs inquiets en déclenchant la
plus grande restructuration du
groupe depuis six ans. Il s’agit
« d’un nouveau départ pour les
vingt prochaines années », affirme
Pony Ma, le visionnaire fondateur,
surnommé « Petit cheval ». Avec
son acolyte le président Martin
Lau, ancien de Goldman Sachs,
l’ingénieur de Shenzhen tire les leçons amères de la nouvelle donne
politique et économique régissant
le premier marché en ligne du
monde. Les réglementations brutales des jeux vidéo décrétées par
Pékin plombent les perspectives
de sa branche gaming, véritable
vache à lait du groupe, obligeant
Tencent à chercher des revenus
dans d’autres secteurs.
Depuis le printemps, les autorités ont pris des mesures drastiques
pour limiter l’exposition des jeunes Chinois aux jeux vidéo, en gelant la mise sur le marché des nouveautés. Un coup dur pour
Tencent, qui voit depuis fondre les
revenus de cette branche. Fin
août, le ministère de l’Éducation a
proposé de limiter drastiquement
le nombre de nouveaux jeux vidéo
afin de lutter contre la myopie
chez les étudiants, bouchant encore l’horizon du secteur.
Ce virage s’inscrit dans une politique volontariste du gouvernement central, à l’orée du second
Fondateur de Tencent,
Pony Ma (ici, à Shanghaï,
le 17 septembre)
restructure l’activité
de son groupe,
bridé dans le jeu vidéo,
vers l’IA et la gestion
de la data. AFP
mandat du président Xi Jinping,
marqué par une reprise en main
idéologique du Parti communiste
sur la société. Elle coïncide avec
l’entrée en action de nouvelles
autorités de régulation, plus étroitement contrôlé par la Propagande, et qui viennent d’interdire, par
exemple, tous les contenus étrangers en prime time à la télévision.
À tous les étages de la deuxième
économie mondiale, de nouvelles
réglementations décrétées au
sommet s’imposent, limitant le
potentiel de croissance des groupes technologiques comme Tencent qui ont façonné à leur guise la
nouvelle économie pendant des
années. Une remise en ordre bureaucratique qui ne serait pas
étranger à la « retraite » annoncée
de Jack Ma, le fondateur du géant
du e-commerce Alibaba, et grand
rival de Tencent.
Virage vers le cloud
Sous pression, le groupe de Shenzhen doit aussi s’adapter à l’évolution technologique de la Chine,
mettant l’accent sur l’intelligence
artificielle et la gestion de la data. Il
veut mettre les bouchées doubles
EN BREF
Audience : France 2, TF1 et M6 en forme
En septembre, la chaîne du service public signe la plus forte progression du PAF.
3 Durée
h 18
A
d’écoute
de la télévision
en septembre.
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
TÉLÉVISION L’an dernier, TF1 et
M6 avaient raté leur rentrée. Cette
fois, elles ont évité la casse. Comparé au mois de septembre 2017, la
Une affiche une hausse de 0,1 point
à 20,3 % d’audience tandis que M6
a stabilisé la situation, à 9,9 %
d’audience. TF1 a pu capitaliser sur
le succès de sa nouvelle série américaine The Good Doctor, qui a rassemblé en moyenne 7 millions de
téléspectateurs, soit 30 % du public
et même 45 % des ménagères de
moins de 50 ans. La bonne tenue de
ses JT a également joué. Malgré
l’absence de Jean-Pierre Pernaut
depuis une semaine, le « 13 heures » a enregistré son meilleur mois
de l’année en attirant 41 % du public. Et le « 20 heures » demeure
très puissant, suivi en moyenne par
5,2 millions de Français et 26 % de
l’audience. Quant au feuilleton
quotidien Demain nous appartient
en access, il progresse et séduit
21 % du public. Bref, tous les
voyants sont au vert pour le leader
du marché.
Durant la période du Mondial de
football, diffusé en clair par TF1 de
la mi-juin à la mi-juillet, M6 avait
fait profil bas en décalant la diffusion de ses programmes phares au
second semestre, afin de ne pas les
affaiblir. La manœuvre a parfaitement fonctionné et permis à la
chaîne amirale du groupe M6 de ne
pas tanguer. Pour sa 13e saison,
L’amour est dans le pré rassemble
toujours 4,3 millions de téléspectateurs, soit 21 % de l’audience et
31 % de ménagères. « Le meilleur
pâtissier » séduit 16 % du public,
tout comme « Capital », désormais
présenté par Julien Courbet. En access, Scènes de ménages continue de
faire un carton après dix ans d’existence, fédérant 3,8 millions de personnes en moyenne chaque soir.
TMC devant C8
Finalement, c’est le service public
qui coiffe tout le monde au poteau.
Avec une part d’audience de
14,1 %, France 2 n’est certes pas
leader mais décroche le titre de la
plus forte progression du PAF en
septembre (+ 0,9 point). Un score
d’autant plus remarquable que la
chaîne avait déjà signé la hausse la
dans le cloud, où il détient 10 % du
marché local, pour rattraper son
rival Alibaba, loin devant avec
45 % des parts. Sur le front du ecommerce, son allié JD.com est
aussi dans la tourmente, suite à
une affaire de harcèlement sexuel
visant son PDG, Richard Liu.
Pour générer des revenus, Tencent peut s’appuyer sur un atout
majeur dans sa manche, la messagerie Wechat, qui compte plus
d’un milliard d’utilisateurs et
rythme le quotidien des habitants
de l’empire du Milieu. « Pour compenser les pertes sur les jeux, ils
vont tenter de monétiser Wechat,
par de la publicité, mais au risque
d’amoindrir sa popularité », juge
une source du secteur. Le développement des services de l’appli,
qui sert autant de porte-monnaie
que de réseaux sociaux, offre également un potentiel prometteur. ■
plus importante de la télévision l’an
dernier à la même époque (+ 0,7
point). L’arrivée du feuilleton quotidien Un si grand soleil, additionnée à une spectaculaire remontée
des après-midi de la Deux, expliquent pour beaucoup cette performance. Seule ombre au tableau,
France 3 accuse une petite baisse de
régime, de 0,2 point à 8,9 %
d’audience, et signe son pire mois
de l’année. Résultat, M6 est repassée devant France 3, ce qui n’était
pas arrivé depuis sept mois.
Du côté de la TNT, TMC (groupe
TF1) occupe la place de leader en
cumulant 3,2 % de l’audience, son
meilleur mois de l’année (+ 0,1
point). Elle devance C8 (groupe Canal +), qui perd 0,3 point à 2,9 %
d’audience. ■
LINKFLUENCE
LÈVE 18 MILLIONS
ET RACHÈTE SCOOP.IT
£ Spécialiste du « social
listening » (écoute du Web
social), la société française vient
de boucler une levée de fonds
de 18 millions d’euros. L’argent
frais apporté permet de financer
l’acquisition de Scoop.it,
une plateforme de gestion
de contenus basée
à San Francisco, ce qui permettra
à Linkfluence de vendre
son offre aux États-Unis.
NOUVEAU PRÉSIDENT
POUR 20 MINUTES
£ Selon Mind, Olivier Bonsart
va quitter la tête de 20 Minutes. Il
sera remplacé en novembre par
Frédéric Daruty, actuel directeur
exécutif du groupe digital Cerise
(OhMyMag, Gentside), détenu
par Prisma Média depuis 2016.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 059 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
ÉDITORIAL
PARIS, LILLE ET
GRENOBLE ENVISAGENT
DE LES ENCADRER
PAGE 42
IMPÔTS
DANS CERTAINS CAS, IL EST
POSSIBLE D’ÉCHAPPER À LA TAXE
FONCIÈRE. CE QU’IL FAUT SAVOIR
PAGE 43
LOGEMENT
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO ; MAXIPHOTO/GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO
Ces innovations qui
simplifient la vie
Visite virtuelle, immersion 3D, signature électronique… Les nouvelles technologies
ont transformé la façon de s’informer, de vendre et d’acheter. PAGES 38 ET 39
A
lors que tous
les secteurs
de l’économie
se renouvellent à grande
vitesse, l’immobilier
est-il condamné à rester
ce village gaulois résistant
à l’innovation ?
Certainement pas, et la mise
en mouvement de la pierre
est une excellente nouvelle.
Comme le montre notre
dossier (pages 40 et 41), Internet est devenu la porte
d’entrée incontournable
de tout projet immobilier
et il n’a jamais été aussi facile
de s’informer depuis
son fauteuil, de tester
des aménagements en ligne,
voire d’effectuer ses formalités en quelques clics. Emmanuel Macron lui-même soutient ces initiatives puisque
le salon RENT, consacré
aux nouvelles technologies
dans l’immobilier, qui
s’ouvre demain à Paris,
est placé sous le patronage
du chef de l’État.
Dommage qu’il s’acharne
en même temps à vouloir
faire coexister ces technologies de pointe avec de vieilles
recettes issues de l’ancien
monde. C’est ainsi que
l’encadrement des loyers,
un modèle qui a déjà prouvé
son inefficacité par le passé,
refait son grand retour par
l’intermédiaire de la loi Élan,
qui devrait être promulguée
prochainement(voir page 42).
Même chose pour l’Impôt
sur la fortune immobilière,
qui vise désormais exclusivement la pierre. Ce prélèvement n’avait vocation qu’à
libérer l’investissement mobilier sans peser plus lourdement sur la pierre et pourtant, ses recettes évaluées
par l’État à 850 millions
d’euros pour 2019 devraient
finalement quasiment
doubler pour s’envoler
à 1,53 milliard d’euros, selon
les dernières prévisions.
Une fois encore, la pierre
s’avère le meilleur allié
du percepteur : elle a beau
se montrer de plus en plus
mobile, elle reste toujours
l’élément le plus visible
et le plus facile à taxer.
JEAN-BERNARD LITZLER
➜
Le prochain numéro
du Figaro immobilier
paraîtra le 4 décembre
A
LOYERS
Nouvelles
technologies
et vieilles
recettes
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
DOSSIER
40
37 % Ces technologies
C’est la proportion
des Français
qui consultent
au moins une marque
d’immobilier sur
Internet chaque mois.
Source : Médiamétrie
Profil des internautes
visiteurs de la catégorie
« immobilier »
Femme
52 %
PAR GENRE
48 %
Homme
PAR CLASSE D'ÂGE
15-24 ans
qui mettent
l’immobilier
en mouvement
Le secteur immobilier porte
de plus en plus mal son nom. Visite,
aménagement, paiement… découvrez
ces innovations qui transforment
votre rapport au logement.
8%
25-35 ans
JEAN-BERNARD LITZLER £@JBLitzler
19 %
35-49 ans
31 %
50-64 ans
65 ans et plus
25 %
16 %
SUR LE TERRITOIRE
Ile-de-France
18 %
82 %
Province
PAR CATÉGORIES
SOCIO-PROFESSIONNELLES
CSP +
35 %
CSP-
31 %
Autre inactif
28 %
Etudiant, élève
6%
Source : Mediametrie
Faites
émerger
des nouveaux
modèles
et les services
de demain
en cassant
les verrous
»
JULIEN DENORMANDIE,
SECRÉTAIRE D’ÉTAT
À LA COHÉSION
DES TERRITOIRES,
S’ADRESSANT
AUX REPRÉSENTANTS
DES START-UP
DE L’IMMOBILIER
REUTERS
95 %
A
des projets
immobiliers débutent
par une visite
sur internet.
INNOVATION Faire bouger l’immobilier, serait-ce une mission aussi délicate
que celle d’un ministre de l’Éducation
nationale qui rêvait jadis de dégraisser
le mammouth ? Visiblement non, si
l’on en croit la multitude de start-up
qui ne cessent de se créer autour de
l’univers du logement et de la construction tandis que les acteurs historiques
du secteur multiplient les initiatives
autour de l’innovation. C’est ainsi que
Bouygues dispose de son e-Lab, quand
Vinci peut compter sur Leonard, sa
« structure transverse dédiée à l’innovation et à la prospective » sans oublier le
Nexity Lab ou encore le Maison des
start-up chez Icade. Les réseaux
d’agents immobiliers eux aussi s’y sont
mis : après le partenariat signé par Orpi
avec l’incubateur de la Silicon Valley
Plug and Play, c’est la Fnaim qui vient
de lancer son Fnaim Lab.
Restait à trouver un nom à ce secteur
en effervescence. Après les Cleantech,
Fintech, Medtech, Biotech… nous avons
droit aux Proptech, à moins que l’on
préfère parler de Real Estech (contraction de Real Estate et Tech) comme le
font Robin Rivaton et Vincent Pavanello
dans un ouvrage consacré à cette tendance et dans une association qui porte
le même nom et œuvre à rassembler les
acteurs de l’immobilier autour des
questions d’innovation. Si la tendance
est incontestable, pourquoi le secteur
immobilier est-il touché aussi tardivement par la digitalisation ? « Il faut reconnaître qu’il y a un certain conservatisme des acteurs traditionnels de ce marché
lié notamment au fait que l’activité se
porte plutôt bien depuis des années, estime Robin Rivaton. Par ailleurs, ce marché reste très fragmenté et manque encore d’une véritable logique industrielle.
Enfin, les entrepreneurs et autres fonds
d’investissement ne s’y intéressaient pas
trop jusque-là, mais maintenant qu’Internet a déjà tout dévoré ils y viennent. »
Doit-on s’attendre alors à une révolution numérique qui va tout bousculer
tel Amazon rebattant les cartes de la
distribution ou Airbnb celles de la location touristique ? La disruption, expression en vogue dans les nouvelles
technologies, ne semble pas de mise
dans l’immobilier. Si près de 400 startup sont en train de bouleverser les façons de concevoir et consommer l’immobilier à coups de visites à distance
(immersion en 3D, modélisation, etc.),
de signature électronique, d’utilisation
des données publiques et d’intelligence
artificielle (voir ci-dessous et ci-contre),
elles le font en association ou en séduisant des professionnels établis plutôt
qu’en espérant les remplacer. Et malgré
les levées de fonds qui se multiplient,
les budgets restent limités. « L’immobilier investit finalement peu dans les technologies par rapport à d’autres secteurs,
souligne Cyril Aulagnon, fondateur du
cabinet de conseil spécialisé Stonup. Il
n’y a pas de foncière qui investit plus de
0,25 % de son chiffre d’affaires dans les
nouvelles technologies. »
Autre idée reçue à balayer : l’irruption de ces nouvelles technologies ne
devrait pas menacer l’existence des
professions « traditionnelles » du sec-
HERO IMAGES/GETTY IMAGES
S’informer
Revisiter
depuis chez soi la déco en ligne
“
Le parcours immobilier
en ligne, loin de réduire
la part de marché
des professionnels,
l’a finalement accrue
”
HERVÉ PARENT, FONDATEUR DU SALON RENT
teur. « Nous nous sommes tous trompés
et moi le premier en pensant que le parcours en ligne réduirait la part de marché
des professionnels, admet Hervé Parent,
fondateur du salon RENT et administrateur de la Fédération française de l’Internet immobilier. C’est le contraire qui
s’est passé et d’ailleurs bon nombre de
start-up françaises à succès proposent
leurs services aux professionnels comme
Habiteo, pour la modélisation 3D et la
personnalisation des logements neufs, ou
Meero, pour la photographie immobilière. »
Une révolution tranquille qui a déjà
modifié profondément la façon de
concevoir et gérer des bureaux (coworking) ainsi que les petites annonces immobilières mais qui mettra sans doute
plus longtemps à faire évoluer sensiblement les modes de financement, les
techniques de construction ou de gestion immobilière. ■
Pour faire le tour des innovations
immobilières en 2 jours
Pour sa sixième édition,
le salon professionnel RENT
(Real Estate & New Technologies,
immobilier et nouvelles technologies)
rassemblera à nouveau ce qui se fait
de mieux en matière de nouvelles
technologies destinées à l’immobilier.
Les 3 et 4 octobre, pas moins
de 200 exposants
et 5 000 participants devraient
se retrouver sous la verrière
de la Grande Halle de la Villette.
Placé sous le haut patronage
du président de la République,
Emmanuel Macron, le salon 2018 fera
la part belle aux visites virtuelles,
à la 3D, aux nouveaux services
en ligne et aux manières innovantes
d’acheter et de vendre de la pierre.
Un programme riche d’une trentaine
de conférences permettra également
aux visiteurs d’approfondir leurs
connaissances des contours actuels
Avec la réalité augmentée,
des logiciels d’architecture
d’intérieur 3D suggèrent
des idées décos, proposent
de créer des plans, de dessiner
et d’aménager sa future maison.
d’un secteur en mutation.
Il y sera notamment question
des nouvelles pratiques des agents
immobiliers américains
ou de la signature électronique pour
l’immobilier, mais on pourra aussi
tenter de savoir si les Gafa vont
disrupter l’immobilier ou encore
identifier les data à connaître pour
commercialiser efficacement
des logements en ligne.
Ces deux jours d’exposition seront
également l’occasion de remettre
trois prix : le Trophée de l’innovation
de la FF2i, le prix de la start-up Rent
Orpi et un prix académique Rent
destiné aux meilleurs mémoires
étudiants.
RENT 2018, les 3 et 4 octobre
à la Grande Halle de la Villette,
211, avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris
de 9 h 30 à 19 h 30.
■ Dans l’immobilier, les maîtres mots
sont la confiance et la transparence
des données. « Aujourd’hui,
nous sommes capables d’avoir
de nombreuses informations sur
les biens immobiliers. Nous pouvons
prendre nos décisions plus facilement
sans avoir forcément à se déplacer »,
souligne Vincent Lecamus, fondateur
de Immobilier 2.0.
L’accès aux prix des logements
se démocratise. Les résultats
des actes authentiques des notaires
sont désormais consultables
en ligne et permettent de comparer
les dernières ventes dans un quartier
ou une ville. Les sites comme
Meilleursagents ou Lacoteimmo
fournissent des estimations et des prix
en temps réel. Les critères de
recherche sont affinés, le nombre et la
qualité de photos associés à un bien
évolue (en moyenne 6 à 8 photos par
annonce). L’utilisation des drones
prolifère pour inspecter les moindres
recoins d’un bien. La géolocalisation
devient déterminante : en saisissant
une adresse, à l’échelle d’une rue,
le service Google Street View permet
de contextualiser l’environnement
immédiat (transports, écoles,
commerces…) d’une maison
convoitée. Le site Cityscan valorise les
points forts et les points faibles
de l’emplacement d’un bien
à travers des dizaines de critères
(accès, emploi, urbanisme, pollution
de l’air, présence de crèche…)
permettant de mieux connaître
un quartier avant d’acheter.
Dans le neuf, la visite à distance
en 3 D permet de se projeter dans
son futur chez soi. Les promoteurs
l’ont bien compris et proposent
des services d’immersion complète
dans son prochain lieu de vie
avec un casque à réalité virtuelle ou
un smartphone. Chacun peut visiter
les différentes pièces, découvrir les
ameublements et suivre l’évolution de
son projet. ■
O. M.
■« Avec les nouvelles technologies,
le home staging remporte
un vif succès, la visite immersive
en 3 D à distance se fait
de plus en plus aisément
par le biais de nouveaux appareils
peu chers. Le travail sur l’image
est essentiel et les professionnels
de l’immobilier l’ont bien compris »,
indique Hervé Parent,
organisateur du salon RENT
(Real Estate & New Tech).
Le home staging virtuel
permet de visualiser le bien,
de voir le rendu d’éventuels
travaux ou du mobilier
que l’on compte y installer.
C’est là aussi une façon
de se projeter plus facilement
et de vérifier qu’un logement
correspond à ses attentes
sans perte de temps.
Ceux qui veulent faire
construire leur maison peuvent
aussi, via Home by me,
dessiner les plans et aménager
l’intérieur à partir d’un catalogue
de meubles et d’objets.
Ce logiciel d’architecture
d’intérieur 3D gratuit
suggère des idées décos, propose
de créer de plans, de dessiner
et d’aménager sa future maison.
De son côté, Plan 3D.Immo
offre un service clés en main
de transformation d’un plan
ou d’un simple croquis
à de l’animation 3D.
Rhinov, qui travaille avec
des architectes, met en scène
un aménagement personnalisable
de meubles jusqu’à la vente
de ceux-ci. Le succès
des émissions de Stéphane Plaza
« Maison à vendre » a démocratisé
le concept de home staging,
avec la mise en valeur
du logement d’un particulier
afin d’accélérer la vente
de manière efficace. ■
O. M.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 2 octobre 2018
DOSSIER
41
Internet, porte d’entrée incontournable
OLIVIER MARIN £@OlivierMarin1
Depuis l’apparition d’Internet
dans les années 1990, l’immobilier
est au cœur de la révolution numérique. Avec l’émergence des
mobiles et tablettes qui s’activent
au doigt et à l’œil, nos habitudes
ont radicalement changé. Les offres en images, les bases de données, les moteurs de recherche, la
géolocalisation, les partages en
réseaux, la 3D influencent chaque
jour nos comportements pour visiter, estimer, comparer, réserver, voyager et nos décisions pour
acheter, louer, investir ou mettre
en location.
Aujourd’hui, selon l’enquête
réalisée par Médiamétrie/NetRatings, à l’occasion du Forum de la
FF2I (Fédération française de
l’Internet immobilier) en juin
dernier, 23,2 millions de Français
consultent des sites ou des applications immobilières chaque
mois. Cela représente en moyenne plus d’un Français sur trois
(37 %) qui se connecte à des annonces ou des informations relatives à l’immobilier, et ce, quel
que soit le mode de consultation
(ordinateur, mobile, tablette…).
Les visites sur les sites immobiliers ont encore progressé de 13 %
en l’espace d’un an. Qui consulte ? Tous ceux qui ont un projet
immobilier précis, bien sûr, mais
aussi de nombreux Français en
Acheter
autrement
■ Parapher une vente immobilière
depuis un ordinateur, une tablette
ou un smartphone est désormais
possible grâce à la signature
électronique, peu à peu intégrée par
l’ensemble des réseaux. Spécialisée
dans cette technologie, Yousign
s’est associé avec la start-up Modelo
pour diffuser ce système auprès
d’agences immobilières.
Comme par exemple Foncia (leader
européen des services immobiliers
résidentiels) qui souhaite faciliter
la vie de ses clients avec la signature
électronique pour les mandats
et les compromis de vente. Le mot
d’ordre : simplifier les démarches.
Pour faciliter la constitution
d’un dossier en quelques clics,
une société comme MyNotary est
capable de suivre toutes les étapes
pour avancer en temps réel jusqu’à la
signature de l’acte notarié d’un bien.
Avec sa plateforme sécurisée, elle
a déjà séduit des notaires (Notalis),
des agences (Efficity), des promoteurs
(3 F) et le groupe Pierre & Vacances.
Dans le neuf, LegaLife a mis en place
une solution qui digitalise l’ensemble
du processus de vente, des plans
de l’appartement jusqu’au contrat.
Pour les copropriétés, MeilleureCopro
est une start-up qui accompagne
les copropriétaires et leurs syndics
dans leurs formalités et propose
des services en ligne afin de réduire
les charges. Dans la même lignée,
ChouetteCopro est une application
très prisée pour la gestion d’un
immeuble. Côté location, le bail
numérique doit être intégré dans la loi
Élan, validant ainsi officiellement
le contrat de location dématérialisé
et signé électroniquement. Reste la
blockchain, outil de dématérialisation
encore balbutiant. « Promis à un bel
avenir, c’est le grand registre
de l’immobilier qui doit permettre
de fluidifier l’échange de documents
liés à une transaction », estime
Vincent Lecamus. ■
O. M.
■ Les habitudes d’achat et les modes
de commercialisation évoluent. Côté
emprunteur, en plus de s’appuyer
sur les expertises en ligne des acteurs
majeurs du courtage (Vousfinancer,
Meilleurtaux, Empruntis, Cafpi…),
de nouveaux services apparaissent
à l’image de Monemprunt qui lance
la première « conciergerie du crédit
immobilier », une boîte à outils
(hotline, tutoriels, coaching,
simulateur d’emprunt, préaccord de
faisabilité, retours d’expérience…)
destinée à faciliter le parcours
de l’emprunteur. Côté acheteur,
grâce à la collecte des données
et aux critères prédictifs, c’est
l’agent immobilier qui contacte
directement un client potentiel
et lui propose des biens adaptés
à ses besoins. À l’échelle mondiale,
de nouveaux modèles apparaissent
à l’image de la start-up américaine
Opendoor qui a levé 325 millions de
dollars et ambitionne de réinventer
la vente immobilière. Présente
dans 9 villes, la société réalise
plus de 130 transactions par mois.
Elle achète des biens, effectue
de petits travaux puis les revend.
Opendoor s’appuie sur un
algorithme de manière à établir
un prix rapidement, sans la visite
d’un professionnel. L’affaire peut
être conclue en 48 heures.
Imaginable en France ? « Dans
l’Hexagone, le modèle commence tout
juste à se développer, sous l’impulsion
de Homeloop et du groupe Digit Re,
qui propose l’outil Dili », confie
Hervé Parent. « Les acheteurs
de demain sont nés dans l’univers des
nouvelles technologies et maîtrisent
les réseaux sociaux. Ils ne vivent pas
l’immobilier comme leurs parents.
Ils consomment l’immobilier
autrement : le crowdfunding,
le coliving, le coworking, la colocation
illustrent cette révolution à laquelle les
professionnels doivent s’adapter »,
souligne Vincent Lecamus. ■
O. M.
À CLICHY
Intelligence artificielle
Les portails de petites annonces
sont plébiscités avec un accès de
plus en plus mobile. Ce mode de
diffusion est le plus utilisé le matin
entre 6 heures et 9 heures dans la
catégorie immobilier et le soir entre 18 heures et 21 heures, alors
que l’ordinateur revient en tête le
reste du temps. Une autre tendance réside dans la prolifération des
locations saisonnières de logements de particuliers pour de
courtes durées via des plateformes
numériques dédiées. Destination
majeure du tourisme mondial, la
France est au cœur de cette dynamique, avec plus de 400 000 logements concernés (étude Asterès
2017). Sept millions de Français
ont utilisé Airbnb l’été dernier,
soit 2 millions et demi de plus que
l’été précédent.
Omniprésents, les outils du
numérique continuent à se diffuser, à l’image du développement
des « smart cities », villes intelligentes, avec l’analyse de données
pour réguler les services urbains.
C’est le cas, par exemple, de la
métropole de Dijon qui, en 2019,
depuis un poste de pilotage unique de services publics connectés, pourra gérer en temps réel
l’éclairage, l’eau, les transports,
les feux de circulation, les bornes
d’accès, les caméras de vidéosurveillance… C’est le cas dans le
bâtiment, où la maquette numérique 3D partagée sur une plateforme commune permet à tous
les acteurs d’un projet de collaborer, d’améliorer la qualité tout
en réduisant les coûts de
construction et d’exploitation.
C’est le cas depuis son smartphone, où commander les fonctions
énergétiques de son appartement
permet par exemple d’optimiser
sa consommation de manière très
précise.
Demain, les progrès de l’intelligence artificielle vont s’affiner.
Des algorithmes extrêmement
précis vont opérer le rapprochement le plus pertinent entre l’offre et la demande. En attendant,
le règne de la data occupe une
place prépondérante. Car c’est en
toile de fond l’enjeu majeur dont
se sont accaparés les géants de
l’Internet, les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) : la collecte de nos données personnelles.
Opportunité, monnaie d’échange
ou abus de pouvoir ? Dans l’immobilier comme ailleurs, le numérique s’inscrit dans notre vie
quotidienne. ■
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par la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Paris Île-de-France - Identifiant CE TVA FR 61 429 16 7075. Vente en état futur d’achèvement, Faculté de rétractation de 10 jours qui court à compter du lendemain de la présentation de la lettre notifiant le contrat de
réservation aux réservataires (L. 271-1 du Code de la Construction et de l’Habitation). Illustration non contractuelle due à la libre interprétation de l’artiste . Appartements et terrasses vendus non meublés. Document non contractuel. Conception : OSWALDORB. 09/2018.
A
Simplifier
les formalités
veille ou qui désirent simplement
rêver. Car l’immobilier fait rêver
et fait acheter. Pour preuve : le
record de 968 000 transactions
réalisées dans l’ancien en 2017
(950 000 selon les projections
pour 2018). Lorsque l’on sait que
95 % des projets immobiliers débutent par une visite sur Internet,
les enjeux sont considérables.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
42 IMMOBILIER
L’encadrement des loyers
fait son retour
La loi Élan qui devrait être promulguée cet automne autorise
les grandes agglomérations à tester ce dispositif pendant cinq ans.
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
LÉGISLATION L’encadrement des
loyers, le retour. Après l’annulation du dispositif à Paris et à Lille
par la justice administrative, beaucoup pensaient que cette mesure,
introduite par la loi Alur en 2014,
serait enterrée définitivement lors
de ce quinquennat. D’autant plus
qu’Emmanuel Macron n’avait pas
caché son scepticisme sur l’efficacité de cette approche. Mais le gouvernement a choisi une autre voie.
La loi Élan, qui devrait être promulguée dans les prochaines semaines, autorise les grandes agglomérations à tester l’encadrement
des loyers pendant cinq ans.
Un choix qu’a expliqué récemment au Figaro le ministre de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard : « Si on avait supprimé
l’encadrement des loyers, on nous
aurait accusé d’idéologie. » En fait,
le gouvernement qui est en train de
réformer en profondeur le monde
HLM ne se voyait pas s’en prendre à
une mesure de gauche au fort pouvoir symbolique. Des considérations qui désolent les professionnels. « C’est un mauvais signal
envoyé aux propriétaires, estime
Jean-Marc Torollion, président de
la Fnaim. Un de plus dans cette loi
avec celui qui consiste à sanctionner
plus fortement les propriétaires qui
pratiquent de façon importante la location saisonnière sur des plateformes comme Airbnb. »
Les Villes de Lille
et Grenoble intéressées
Sans attendre le vote définitif de la
loi, la capitale compte bien réintroduire ce dispositif très vite. « La
Ville de Paris a l’intention de remettre en place l’encadrement des loyers
dès la fin de l’année 2018 », expliquait fin août Ian Brossat, l’adjoint
PC au maire de Paris, en charge du
logement. « Notre observatoire des
loyers sera validé fin 2018-début
Crédit : des
conditions très
favorables pour
les emprunteurs
Les taux sont proches de leurs plus
bas historiques de fin 2016. Mais la
hausse des prix fragilise la demande.
GUILLAUME ERRARD
£@GuillaumeErrard
2019 et nous mettrons en œuvre
l’encadrement des loyers d’ici fin
2019 à Grenoble », affirme au Figaro Éric Piolle, maire EELV de
Grenoble. À Lille, la maire PS, Martine Aubry, a envie de se lancer
dans ce processus. Mais elle ne veut
pas se faire retoquer à nouveau par
le tribunal administratif. « Pour
faire l’encadrement des loyers, la loi
Élan exige un faible taux de
construction de logements, souligne
Estelle Rodes, adjointe à la maire de
Lille, en charge du logement. Nous
allons demander au gouvernement
ce qu’il entend par faible taux. »
À court terme, aucune autre ville
ne semble sur les rangs pour adopter ce dispositif : beaucoup de maires ne croient pas que cette approche peut faire baisser les prix de
l’immobilier. De plus, très peu de
collectivités remplissent les conditions pour se lancer dans cette expérimentation, notamment disposer d’un observatoire des loyers
agréé. En revanche, ce sera très
difficile de faire annuler l’encadrement des loyers, une fois mis en
place. À la différence de la loi Alur,
la loi Élan précise que ce dispositif
peut être mis en place à l’échelle
d’une ville et pas forcément de
l’agglomération qui comprend
aussi la périphérie.
Concrètement, à Paris et dans les
villes concernées par l’encadrement des loyers, les propriétaires
seront soumis à un régime strict :
lors d’une première location d’un
bien et au changement de locataire,
ils ne pourront pas fixer le loyer
comme bon leur semble. Il devra
être compris dans une fourchette
allant de – 20 % à + 20 % par rapport
au loyer médian enregistré dans le
secteur par l’Observatoire des
loyers. Seule dérogation possible, si
le bien présente des caractéristiques
exceptionnelles (vue, balcon…), le
propriétaire pourra fixer une majoration de loyer. ■
À Paris, la mairie
compte réintroduire
très vite le dispositif
d’encadrement
des loyers.
F. BOUCHON/LE FIGARO
CRÉDIT Avec le retour de l’inflation, est-ce le moment d’emprunter ? « L’accélération de l’inflation rend l’emprunt immobilier
plus intéressant que jamais », répond Benoît Catel, directeur général du Crédit foncier. Si elle entraîne une hausse des salaires,
l’inflation augmentera le pouvoir
d’achat des emprunteurs qui
rembourseront plus facilement
leurs mensualités.
Combien peut-on emprunter
aujourd’hui ? Un couple gagnant
6 500 euros nets par mois (avec
5 000 euros d’apport) peut espérer, pour un emprunt de 200 000
euros sur 20 ans, obtenir un taux
de 1,1 %, avec une mensualité de
928,70 euros par mois. Un couple
gagnant 3 000 euros par mois,
sans apport, n’obtiendra, lui,
qu’un taux de 1,95 %, avec une
mensualité de 1 007 euros, selon
une simulation réalisée par Vousfinancer. Actuellement, les taux
de crédit immobilier, toutes durées confondues, s’élèvent à
1,43 % (hors assurance), selon le
dernier observatoire Crédit logement/CSA. « Les taux sont quasiment revenus au niveau du plus bas
historique enregistré fin octobre
2016 », explique Sandrine Allonier, du courtier Vousfinancer.
Selon elle, ce sont les emprunts
sur 25 ans et 30 ans qui ont enregistré les plus fortes baisses de
taux.
Depuis deux ans, la hausse des
prix immobiliers a pourtant rogné
le pouvoir d’achat des ménages.
Les prix ont grimpé, en France, en
moyenne, de 1,1 %, sur un an selon MeilleursAgents. À Paris,
l’augmentation est plus marquée
qu’au niveau national, elle atteint
4,6 % depuis début janvier selon
le site. La solvabilité de certains
emprunteurs pose question.
Les ménages modestes ont plus
de mal qu’avant à devenir propriétaires du fait de la réduction
des aides publiques à l’accession
(rabotage du PTZ ou suppression
de l’APL accession pour le marché
du neuf). « De plus en plus de ménages modestes revoient leur projet
“
Les banques ont
de l’argent à prêter.
Pour rendre les projets
solvables, elles
ne peuvent plus agir
que sur les durées
d’emprunt
”
BENOÎT CATEL, DIRECTEUR GÉNÉRAL
DU CRÉDIT FONCIER
à la baisse voire l’abandonnent
parce qu’ils n’obtiennent pas la
surface qu’ils souhaitent », souligne Cécile Roquelaure, du courtier Empruntis.
Conscientes qu’elles ont besoin
encore d’attirer de nouveaux
clients et notamment des jeunes
primo-accédants, les banques
proposent des prêts sur des durées
plus longues, au-delà de 25 ans.
L’allongement de la durée du prêt
augmente certes le montant des
intérêts à verser, mais permet
d’acheter un logement plus
grand. « Les banques ont de l’argent à prêter, assure Benoît Catel.
Pour rendre les projets solvables,
elles ne peuvent plus agir que sur
les durées d’emprunt. Les taux sont
déjà suffisamment bas. » ■
Frais d’agences immobilières : quel montant pour quel service ?
S’ils dépassent 5 % en moyenne, les honoraires ont baissé ces dernières années.
MARIE PELLEFIGUE
A
BUDGET À en croire la start-up de
gestion immobilière en ligne Homepilot, les honoraires des agents
immobiliers relevés dans sept
grandes villes s’établissent en
moyenne à 5,4 % pour une vente
de 450 000 euros. Avec des variations, puisque pour ce montant,
les agences facturaient en moyenne 5,8 % à Nice, contre 4,8 % à
Lyon. Même s’ils peuvent sembler
élevés, ces honoraires d’agence
ont diminué ces dernières années.
« Les nouveaux outils numériques ont permis d’intégrer davantage de services à moindre coût,
aujourd’hui les honoraires tournent
autour de 5 % contre 8 % il y a vingt
ans », affirme Henry Buzy-Cazaux, directeur de l’IMSI (Institut
du management des services im-
mobiliers). Si vous comptez vendre, ou acheter, un logement, vous
pouvez passer par plusieurs types
de professionnels. Un agent immobilier facture des honoraires,
librement fixés selon un barème
dégressif par tranches de prix. Ils
doivent légalement être affichés
en vitrine et sur le site, et indiqués
sur le mandat signé par le client.
Un conseil : avant de mettre en
vente, faites jouer la concurrence
en comparant le coût, mais aussi le
service offert.
« Depuis la loi Alur, les mandats
exclusifs doivent lister l’ensemble
des services inclus dans nos honoraires », précise Philippe Descampiaux, directeur des agences Descampiaux-Dudicourt à Lille. À
titre d’exemple, un agent peut
fournir une estimation écrite et
détaillée, gérer la rédaction et la
mise en ligne de l’annonce (sites,
réseaux sociaux…), monter le dossier technique (urbanisme, certificats…) et surtout relancer son fichier d’acquéreurs pour accélérer
la vente. Les mandataires, autres
professionnels immobiliers, sont
des commerciaux travaillant pour
un réseau sans agence (Capifrance,
Safti…). Ils perçoivent également
des honoraires, d’un montant
quasi équivalent à ceux des agents,
pour le même niveau de services.
Certains réseaux facturent moins
cher, mais les services proposés
sont alors moindres.
Enfin, les notaires font aussi de
la transaction et sont très bien implantés dans certaines régions
comme les Hauts-de-France, la
Normandie ou la Bretagne. Autrefois contraints de respecter un barème fixe, ils peuvent désormais
facturer librement des honoraires.
« Depuis la loi Macron, chaque étu-
de applique ses tarifs de négociations, mais elle doit les afficher »,
confie Grégoire Mitry, porte-parole des notaires de Bretagne.
En version low-cost
Pour éviter de régler des honoraires qu’ils estiment trop lourds,
près de la moitié des particuliers
vendent eux-mêmes leur bien.
Certes, il ne vous coûtera que
quelques dizaines d’euros pour
passer une petite annonce, mais
vous devrez alors monter seul votre dossier, effectuer les visites
sans aide et faire face seul aux acquéreurs. Autre solution : passer
par une agence en ligne (Immofixe, Proprioo…), qui facture quelques milliers d’euros pour vous assister. Elle gère pour votre compte
la mise en ligne de l’annonce, la
prise de rendez-vous, mais c’est à
vous de finaliser les visites et la né-
gociation avec son appui.
Les honoraires peuvent être réglés par le vendeur ou l’acquéreur,
la seule obligation est que l’identité du payeur soit précisée dans le
mandat. « Si les honoraires sont à la
charge du vendeur, les droits de
mutation sont prélevés sur l’intégralité du prix de cession, y compris
la commission », souligne Nathalie
Couzigou-Suhas, notaire à Paris
Ve. A contrario, des honoraires à
régler par l’acquéreur sortent du
prix de vente, les droits de mutation ne s’exercent alors pas dessus.
Pour minorer le coût global de
votre opération, négociez avec le
professionnel et le propriétaire qui
l’a mandaté. Demandez-leur de
signer un nouveau mandat, qui
met à votre charge le paiement des
honoraires. À la clef : une économie de 7 à 8 % sur des honoraires
de plusieurs milliers d’euros. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 2 octobre 2018
IMMOBILIER 43
Gagner en lumière avec
des cloisons, c’est possible
NOS CHOIX
JUSQU’AU 27 JANVIER
Pour faire le point
sur l’agriculture urbaine
Avec son exposition
« Capital agricole, chantiers
pour une ville cultivée »,
le Pavillon de l’Arsenal
propose une approche
historique et architecturale
de l’agriculture urbaine.
L’occasion de faire le point
sur les liens entre production
agricole et production urbaine,
le cultivé et l’habité, la ville
et le sol.
Pavillon de l’Arsenal,
21, boulevard Morland, 75004
Paris. Entrée libre, du mardi
au dimanche de 11 h à 19 h.
PAVILLON DE L’ARSENAL
Au terme
d’une rénovation
complète,
ce grand studio
parisien
se dote d’une
chambre séparée
et d’une cuisine
ouverte.
JEAN-BERNARD LITZLER
£@JBLitzler
TRAVAUX Après quinze ans
sans travaux, cet appartement
locatif du VIIIe arrondissement
de Paris avait bien besoin d’un
coup de frais pour se remettre
au goût du jour. La propriétaire
a choisi pour cela de s’attacher
les services de la jeune agence
d’architecture d’intérieur June.
Et comme le dit Julia Schmit,
l’une des deux associées de
June, « elle a choisi de ne pas lésiner ».
Salle de bains et cuisine
interverties
Résultat, un budget des plus
confortables : 50 000 euros pour
rénover 37 m². Une aisance qui a
permis de ne pas transiger sur
les matériaux : parquet massif
plutôt que flottant, verrière en
aluminium, carrelage design…
« La cliente voulait surtout retrouver le maximum de luminosité
tout en disposant de toilettes sé-
9 OCTOBRE
Avant
La chambre séparée par
une verrière gagne
en intimité et la cuisine
ouverte est
plus fonctionnelle
que la précédente.
AGENCE JUNE
Après
parées et d’une chambre séparée
alors qu’elle n’avait qu’une grande pièce », explique Julia Schmit.
Les deux architectes ont donc
dû faire preuve d’imagination
pour concilier ces impératifs
contradictoires. Pour apporter
plus de lumière, elles ont supprimé les faux plafonds qui ont
été repeints d’un blanc plus pur
que celui des murs, accentuant
la clarté des lieux. Elles ont en-
suite opté pour une verrière assez inhabituelle pour cloisonner
une chambre et cette fois-ci,
c’est le noir des montants qui
apporte un effet de contraste et
de lumière. Et pour réellement
transformer les lieux et les rendre plus agréables, la salle de
bains et la cuisine ont été interverties. La nouvelle salle d’eau
gagne au passage une grande fenêtre particulièrement bienve-
nue dans ce type de pièce, tandis
que la cuisine prend ses lettres
de noblesse par rapport au cagibi qu’elle occupait et s’intègre
de façon très contemporaine
dans la pièce de vie.
Le travail sur les couleurs, les
miroirs qui répondent à la verrière et les carrelages graphiques contribuent de leur côté à
donner du caractère à cet appartement revisité. ■
Une aide précieuse
pour les copropriétaires
Pas moins de 300 réponses
aux questions pratiques,
techniques, juridiques ou
comptables qui se posent
dans la gestion d’une
copropriété. La dernière
édition de cet ouvrage
apportera les informations à
jour notamment sur la gestion
intelligente des charges
et le contrôle des comptes
de la copropriété ou
sur la bonne application
du règlement de copropriété.
« La Copropriété pratique
en 300 questions », Vuibert,
390 pages, 19 €.
QUESTIONS
REPÉRÉ DANS
D’IMMOBILIER AVEC
EMILE GARCIN
Taxe foncière : comment ne pas la payer ?
Dans les murs
du chanteur de Mexico
S’il était particulièrement attaché au Pays basque, le ténor Luis Mariano a
également été un amoureux de l’Ouest parisien au point d’y acquérir cette
villa au Vésinet au début des années 1950. Un hôtel particulier de style Renaissance, transformé et agrandi par le chanteur qui a rebaptisé les lieux
« Magreluma » et les a occupés près de vingt ans pour des séjours entre
deux tournées. Façade majestueuse, grand hall d’entrée classique et atmosphère luxueuse au programme. Avec ses 7 chambres, ses 4 salles de
bains, sa piscine chauffée et son garage pour quatre voitures, ce bien est
proposé à la vente par le réseau Émile Garcin moyennant 4,95 millions
d’euros. ■
IMPÔTS Le paiement de la taxe foncière
est une des figures obligées de la rentrée.
Si vous étiez propriétaire au 1er janvier,
vous avez jusqu’au 15 octobre pour vous
en acquitter ou jusqu’au 20 si vous payez
en ligne. Cette ponction, qui représente
en moyenne près de deux mois de loyers,
continue d’augmenter d’année en année.
Sur cinq ans, de 2012 à 2017, la hausse dépasserait encore les 10 %, selon l’Union
nationale de la propriété immobilière
(Unpi) qui s’apprête à publier son observatoire le 15 octobre.
Cette tendance n’est pas près de s’inverser avec la disparition annoncée de la
taxe d’habitation. Heureusement, il existe certaines dispositions qui permettent
d’en être exempté. Nous les avons listées.
Et en cas d’erreur du fisc ou d’omission
sur votre situation personnelle, sachez
que des rectifications peuvent être faites
jusqu’au 31 décembre de l’année prochaine.
1
Votre logement est vide
Votre studio reste vide malgré vos
efforts pour le relouer ? Le fisc peut
vous accorder, sur demande, un
dégrèvement de taxe foncière. À trois
conditions : vous devrez prouver que cette vacance locative est involontaire et que
vous avez effectué toutes les démarches
pour y mettre fin (copie d’annonces,
mandat de gestion, preuve de baisse de
loyer…). Ensuite, l’absence de locataire
doit être supérieure à trois mois. Enfin,
celle-ci doit affecter la totalité du logement (en cas de colocation par exemple).
Sachez également que les locations saisonnières ou meublées à l’année ne sont
pas concernées par cette détaxe. Le calcul
de la réduction d’impôt est pris en compte au premier jour du mois suivant la vacance jusqu’au dernier jour du mois où
elle prend fin.
2
Vous avez acheté un logement
neuf ou fait construire
Vous avez investi en Pinel, acheté sur plan pour habiter ou fait
construire une extension à votre maison ?
Vous pouvez profiter d’une exonération
de taxe foncière dans les deux années suivant l’achèvement des travaux. Sont
concernées par ce cadeau fiscal les nouvelles constructions mais aussi les restructurations et additions à l’existant
(garage, piscine…).
Attention pour bénéficier de cet avantage, il faut déposer une déclaration au
centre des finances publiques concerné
au plus tard 90 jours après la déclaration
d’achèvement (ou date d’achat s’il s’agit
d’une queue de programme). Cette déta-
xe s’applique de plein droit à la part départementale de la taxe foncière, mais
pas forcément à la part communale. La
commune ou le groupement de communes où se situe le logement peut avoir décidé de supprimer cette exonération pour
la part de d’impôt lui revenant.
3
Vous êtes âgés de plus
de 75 ans ou êtes en situation
de handicap
Vous êtes âgé de 75 ans ou plus au
1er janvier de cette année. Vous pouvez,
sous condition de revenus, être entièrement exonéré de taxe foncière. Pour cela,
votre revenu fiscal ne doit pas dépasser
10 815 euros annuels (+ 2 888 euros par
demi-part).
Bonne nouvelle, cette détaxe s’applique
désormais également à votre résidence
secondaire. Vous êtes âgé de 65 ans à
75 ans et respectez ces mêmes conditions
de revenu ? Le fisc vous octroie dès lors
un abattement de 100 euros sur le montant global de cet impôt. Enfin, les bénéficiaires de l’allocation supplémentaire
d’invalidité (ASI), de l’allocation adulte
handicapé (AAH) ou de l’allocation de
solidarité aux personnes âgées (Aspa) bénéficient aussi d’une exemption totale
sous conditions. ■
JORGE CARASSO
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mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 059 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
ART
AU MUSÉE MAILLOL,
LES ŒUVRES DE GIACOMETTI
DIALOGUENT AVEC CELLES
DE SES AÎNÉS PAGE 31
COLLECTIONS
LES DESIGNERS DÉLAISSENT
L’ESPRIT SPORT
POUR UN ÉTÉ HABILLÉ
PAGE 33
La voiture électrifiée
PEUGEOT
débarque en force à Paris
Peugeot 3008 hybrid 4.
Au Mondial de l’automobile, qui ouvre ses portes ce jeudi, la majorité
des nouveautés joue la carte de l’électrique. Passage en revue. PAGE 30
Valentino
Natalie Seroussi tourne une page de sa vie
EXCLUSIF Le 20 octobre, pendant la Fiac, cette grande marchande parisienne vend, chez Sotheby’s, 37 pièces issues
de sa collection et de sa galerie. Le montant de la vente, estimée entre 6 et 9 millions d’euros, servira à financer un nouveau projet.
Q
ui, du monde de l’art, ne
connaît pas Natalie Seroussi,
reconnaissable à sa crinière
frisée rousse ? Impossible de
ne pas la croiser à Art Basel ou à la Fiac,
foires auxquelles elle participe depuis
leurs débuts, ou presque, dans la section XXe siècle.
Loin des modes et des folies spéculatives, cette esthète au goût délicat, toutefois bien rodée au commerce du second
marché, nous étonnera une fois de plus
au Grand Palais, dès le 18 octobre, avec
un accrochage d’œuvres en noir et
blanc signées Morellet, Baldessari, Tinguely, Park Seo-Bo, Chung Sang Hwa,
dans un décor jouant le contraste des
deux teintes. Et c’est justement pendant
la Fiac qu’elle a choisi de se séparer
d’une partie de sa collection et de son
stock (les deux sont souvent liés), chez
Sotheby’s, Galerie Charpentier, dont les
nouveaux espaces de salles d’exposition-vente et salons privés (1 000 m2 en
plus) sont à découvrir.
« Je me sépare d’œuvres majeures. La
décision n’a pas été facile à prendre, mais il
me faut financer mon nouveau projet de
résidence à Meudon, explique cette figure
incontournable de la rue de Seine, où elle
s’est installée en 1983, après avoir quitté
son espace de 20 m2 de la rue Quincampoix ouvert en 1977. Ma motivation est
venue avec l’arrivée de mon fils Julien,
41 ans, sociologue et juriste à la cour de
La Haye, qui a rejoint la galerie il y a un an.
Il fallait redonner du sens neuf à notre activité », explique cette diplômée de l’École
du Louvre, qui au départ voulait être
psychanalyste. Un « métier pas loin de celui que j’exerce chaque jour avec mes collectionneurs », précise Natalie Seroussi.
Bloc, qui a créé la revue L’Architecture
d’aujourd’hui et a fait les “habitacles”
autour de ma maison de Meudon où je suis
installée depuis trente ans, ajoute-t-elle.
Ce n’est pas pour faire du plus contemporain, car je ne suis pas une énorme galerie
commerciale, mais pour financer une rési-
dence d’artistes, écrivains, musiciens,
scientifiques, architectes qui pourront
converser entre eux. De là naîtront des
œuvres qui feront l’objet de photos, publications ou vidéos. »
Parce qu’elle est une collectionneuse
dans l’âme et s’est toujours donné la li-
« Voir l’art autrement »
« Après quarante ans dans ce métier,
j’avais envie de voir l’art autrement, le
penser différemment, un constat né du fait
que les collectionneurs ne viennent plus
comme avant dans les galeries », confie
cette marchande toujours épaulée par
son mari Léon, « Lulu » pour les intimes.
« J’ai 60 ans, et il n’est pas trop tard pour
se lancer dans l’aventure, comme l’a fait au
même âge l’ingénieur centralien André
À Propos de New York en peinturama (1965), Martial Raysse, estimée
entre 1 et 1,5 million d’euros.
SUCCESSION ALBERTO GIACOMETTI (FONDATION GIACOMETTI, PARIS + ADAGP, PARIS) 2018 ; FILIPPO FIOR/IMAXTREE ; SOTHEBY’S/ART DIGITAL STUDIO/ADAGP, PARIS 2018
berté de faire ce qu’elle aime, Natalie Seroussi continuera à faire des expositions
aussi brillantes que celles sur Jean Arp, le
sculpteur surréaliste et inventeur de forme, Bernard Heidsieck, le merveilleux
poète sonore, ou Martial Raysse, le créateur d’images dont elle vend la toile À
propos de New York en peinturama
(1965), où le roi du pop art français apparaît aux côtés de Jean Tinguely (estimation 1 à 1,5 million d’euros).
Parmi les 37 œuvres mises en vente
pour un total de 6 à 9 millions d’euros, il
faut retenir le petit stabile de Calder, vu
jadis à la Fiac, Baby C, de 1946 (120 000 à
180 000 euros), le tir en forme de cœur de
Niki de Saint Phalle de 1963 (60 000 à
80 000 euros), l’huile de Masson de
1941-1942 Le Couple (400 000 à
600 000 euros) ou le Francis Picabia
Danseuse de french cancan de 1942-1943
(300 000 à 500 000 euros), qui prête son
nom à la vente, pour combattre, dans la
joie, les regrets de Natalie Seroussi de
tourner une page de sa vie. ■
Vente le samedi 20 octobre, exposition
du 13 au 19 octobre. Galerie Charpentier
Sotheby’s, 76, rue du Faubourg-Saint-Honoré
(Paris VIIIe), www.sotheby’s.com
A
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
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mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
La technologie du SUV DS7 Crossback e-Tense
repose sur l’association du 4-cylindres 1,6 turbo
essence de 200 ch et de deux moteurs électriques
de 80 kW (110 ch), un par essieu.
Au Mondial, le véhicule
électrifié prend la route
AUTOMOBILE La promesse d’une nouvelle génération de modèles moins
polluants se concrétise enfin au salon de Paris. Avec le plaisir à la clé.
L’
«
SYLVAIN REISSER
sreisser@lefigaro.fr
industrie automobile
est en train de vivre une révolution comme elle n’en avait pas connu depuis sa
naissance, il y a plus de cent ans », prévient Jean-Philippe Imparato. Le directeur général de Peugeot dit vrai même
si pour beaucoup d’entre nous, cette
période qui s’ouvre ressemble à une
plongée dans l’inconnu. Chacun, en
fonction de son caractère et de son degré d’inclination pour l’insolite, la jugera fascinante ou anxiogène.
La première des interrogations
concerne la motorisation de demain.
Allons-nous négocier un virage radical
vers le tout-électrique comme le suggère la décision des pouvoirs publics
d’interdire la commercialisation des
voitures à moteur thermique d’ici à
2040, et même avant pour les diesels,
ou tous les acteurs vont-ils trancher en
faveur d’une solution raisonnable reposant sur un bouquet de technologies.
Quoi qu’il advienne, il faut se préparer
à vivre des changements profonds.
L’avenir de l’automobile à court et
moyen terme passe par une accélération de l’électrification partielle ou totale des véhicules. D’ici aux prochains
mois, il faut s’attendre à voir déferler
plus d’une centaine de véhicules électrifiés. Le salon parisien, qui ouvre ses
portes ce matin aux professionnels et
jeudi au public, restera dans les annales
le point de départ de cette accélération.
À vrai dire, les constructeurs n’avaient
pas vraiment le choix pour répondre au
télescopage d’une foule de défis. Le désamour du diesel, l’un des effets du dieselgate, et l’entrée en vigueur de la
nouvelle norme WLTP rendent un peu
plus compliqué le respect de la réglementation européenne qui fixe à 95 g/
km la moyenne des émissions de CO2 de
leurs gammes à l’horizon 2021. Dans
cette course à la réduction de l’empreinte carbone, plusieurs technologies
vont se superposer, de l’hybride léger à
l’électrique, en passant par l’hybride
complet et l’hybride rechargeable.
essence de 200 ch et de deux moteurs
électriques de 80 kW (110 ch), un par
essieu. De fait, ces SUV se transforment
dans certaines conditions en 4 roues
motrices. Au-delà d’émissions de CO2
inférieures à 49 g/km, le principal atout
de ces SUV hybrides rechargeables sera
de ne pas dépenser une seule goutte
d’essence la semaine, à condition de
rester dans la limite des 50 km de trajet
quotidien et d’être jamais loin d’une
prise de recharge. PSA annonce moins
de 1 heure 45 pour recharger la batterie
de 13,2 kWh sur une wallbox de 6,6 kW
(32 A). Pour ses Peugeot 508 (berline et
SW) et sa Citroën C5 Aircross, PSA met
au point une version moins onéreuse de
225 ch s’appuyant sur le 1,6 l de 180 ch
combiné à un seul moteur électrique de
110 ch placé à l’avant. Le groupe français réserve le full electric à ses citadines. Dévoilé au salon, le SUV DS3 Crossback e-Tense sera propulsé par un
moteur électrique de 100 kW (136 ch). Il
Avec ses 408 ch, la Mercedes EQC annonce 450 km d’autonomie.
A
luxe allemand s’électrise
uLe
Comme Tesla, les ténors allemands
du luxe (Audi, BMW et Mercedes) veulent convertir les familles à l’électrique.
Après la Jaguar i-Pace, c’est au tour de
l’Audi e-Tron et de la Mercedes EQC
d’entrer en scène. Ces deux crossovers
sont proches en termes de style, de
prestations et de tarif (environ
80 000 €). Dépassant de 14 cm (4,90 m)
sa rivale, la familiale aux anneaux arrive
à la fin de l’année avec, en première
mondiale, des caméras en option à la
place des rétroviseurs extérieurs. La
puissance combinée varie de 360 à
408 ch (overboost) grâce à la combinaison de deux moteurs, 170 ch à l’avant et
190 ch à l’arrière. Au printemps prochain, l’EQC investira les routes avec les
408 ch de ses deux modules. L’e-Tron et
l’EQC annoncent respectivement 400 et
450 km d’autonomie. Pour recharger
leurs batteries d’une capacité utile de
respectivement de 90 kWh et 80 kWh, il
faudra s’armer de patience ou espérer
un déploiement rapide du réseau européen haut débit Ionity. Chez BMW, on
donne rendez-vous aux familles en
2020. Pour les faire patienter, le concept
iX3 a fait le déplacement à Paris. Ses caractéristiques ne sont pas figées mais ce
véhicule revendique une puissance de
270 ch et une autonomie de 400 km
grâce à sa batterie de 70 kWh.
LES INVITÉS
SURPRISES
TESLA MODEL 3
Le constructeur californien
de voitures électriques présente
sa petite berline (4,69 m).
Disponible en 2 ou 4 roues
motrices, la Model 3 annonce
une autonomie comprise entre
346 et 499 km selon la taille
de la batterie.
La commercialisation en Europe
débutera dans le courant de
l’année 2019. Aux États-Unis, son
tarif commence à 35 000 dollars.
BMW IX3 CONCEPT
Pionnier de la citadine électrique
premium, le constructeur
munichois peaufine la mise au
point d’une nouvelle plateforme
avant de plonger dans le grand
bain des familiales. La variante
électrique du X3 est attendue en
2020. L’année suivante, ce sera
au tour d’une berline i4 de voir le
jour.
9 033
véhicules
hybrides
rechargeables
vendus en France
(8 mois 2018), soit
une hausse de 73,41 %
par rapport à 2017.
(Source Avere)
35
%
des Français
déclarent leur intention
d’acheter un véhicule
électrique (Source :
Baromètre Ipsos,
septembre 2018)
selon les Japonais
uL’hybride
S’ils tardent à proposer des véhicules
L’Audi e-Tron propose en option des caméras à la place des rétroviseurs extérieurs.
SUV français de 300 ch
uDes
Miracle de la fée électricité, le groupe
PSA est désormais en mesure de combler son handicap de puissance avec les
marques allemandes. Présentés à Paris
et lancés à quelques mois d’intervalle
dans un an, les SUV DS7 Crossback eTense et Peugeot 3008 Hybrid4 délivreront 300 chevaux, un niveau jamais
atteint même du temps de la splendeur
du V6 PRV. Leur technologie repose sur
l’association du 4-cylindres 1,6 turbo
sera alimenté par une batterie de
50 kWh placée sous le plancher et offrant une autonomie supérieure à
300 km selon la norme WLTP.
LAURENT NIVALLE, GLOBAL COMMUNICATIONS MERCEDES-BENZ CARS/DAIMLER AG, , AUDI AG, TOYOTA, TESLA, BMW, PSA
30
Le Toyota Rav4 Hybrid est disponible en deux roues ou quatre roues motrices.
électriques, Honda et Toyota commercialisent déjà des véhicules à hydrogène,
dans certaines régions du monde. Chez
nous, ils se focalisent sur la voiture hybride. Le nouveau CR-V sera disponible
début 2019 en version essence-électricité de 184 ch, homologuée avec une
consommation de 5,3 l/100 km et des
émissions de CO2 de 120 g/km. La variante à transmission intégrale affichera
des émissions supérieures de 6 g. Son
concurrent de Toyota, le Rav4 passe à la
cinquième génération. Développé sur la
plateforme TNGA et lancé en janvier
prochain, le SUV phare du numéro un
mondial est proposé en version 2 roues
motrices (218 ch) ou 4 roues motrices
(222 ch) à partir du nouveau 4-cylindres
2,5 litres à double injection de 177 ch. Les
émissions de CO2 de la traction ne dépassent pas 102 g/km. Toujours en Asie
mais en Corée, Kia décline son crossover
compact Niro en électrique. Deux versions sont proposées : 136 ch et batterie
de 39 kWh ou 204 ch et batterie de
64 kWh. Dans ce cas, le e-Niro revendique une autonomie de 485 km. ■
Il faut bien
comprendre
que la mobilité
propre, comme
la nourriture bio,
c’est plus cher.
La dimension
sociétale de cette
question nous
préoccupe
»
CARLOS TAVARES, PRÉSIDENT
DE PSA, À NOTRE CONFRÈRE
« LE MONDE »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SUCCESSION GIACOMETTI (FONDATION GIACOMETTI, PARIS+ADAGP, PARIS) 2018 ; FONDATION D. VIERNY-MUSÉE MAILLOL, PARIS © J.-A. BRUNELLE ; MUSÉE D’ART MODERNE DE FONTEVRAUD, COLL. M. ET L. CLIGMAN © ADAGP, PARIS, 2018. B. MICHAU
CULTURE
mardi 2 octobre 2018
Giacometti,
ARTS Par une
confrontation
d’œuvres
subtilement choisies
et magnifiquement
installées,
le Musée Maillol
met en évidence
ce que le sculpteur a
retenu de ses aînés.
Femme
de Venise III
(1956), Alberto
Giacometti.
Trois Nymphes
de la prairie
(1930-1937),
Aristide
Maillol.
31
retour vers le futur
M
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre
@lefigaro.fr
oderne, d’où vienstu ? À Paris, Catherine Grenier interroge
le rapport de Giacometti à ses maîtres,
aînés et pairs. Directrice de la fondation
et du nouvel institut sis au 5, rue Victor-Schœlcher (Paris XIVe) dédiés au
sculpteur,
biographe
rigoureuse
(352 pages chez Flammarion en 2017),
elle se félicite de pouvoir investir cet
autre lieu de l’art moderne qu’est le
Musée Maillol. Cela noue d’emblée un
dialogue entre le père de tant d’allégories féminines bien en chair et synthétiques et celui qui, au moment du retour
des déportés survivants, aboutit en 1947
au corps efflanqué
mais
résolu
de
L’Homme qui marche.
Dans les vitrines ou
à l’air libre posés sur
des podiums, dans
une
scénographie
épurée qui alterne alignements de cubes de
verre et plateaux de
toutes
dimensions,
baignant dans une lumière franche et des
fonds de différents
blancs cassés, plus de
cinquante pièces de
Giacometti, grandes
ou petites mais toujours monumentales,
alternent avec près de
vingt-cinq
autres.
Elles sont signées Rodin, Bourdelle, Despiau, et aussi Brancusi, Laurens, Lipchitz,
Zadkine, Csaky ou
encore Richier.
D’emblée, la production de jeunesse
d’Alberto Giacometti
(1901-1966) se révèle
empreinte de l’enseignement acquis
chez Bourdelle à Montparnasse. La leçon d’après nature a porté, bien sûr,
confirmant ce caractère déjà profondément attaché à la représentation humaine (voir le plâtre Tête de Diego, enfant daté des années 1914-1915). Mais
aussi le Grison doit à Bourdelle l’approche du volume par facettes géométriques.
À partir de 1925, celle-ci se trouvant
systématisée par les cubistes et
aiguillonnée par la plastique des arts
dits alors primitifs, Giacometti se met à
regarder attentivement ses plus proches
aînés. Les Zadkine et autres Lipchitz.
Sur une étagère commune, bien qu’elles
aient une décennie d’écart, l’angulaire
Baigneuse III de ce dernier s’accorde
tout à fait avec Figure (dite cubiste) I,
tandis que Composition (dite cubiste) II
pourrait être un détail tiré de l’Accordéoniste de Zadkine.
Dans ces mêmes années 1920, à l’instar d’un Laurens ou d’un Brancusi, Giacometti entretient des rapports variables et complexes avec le surréalisme.
Il observe également de près ces deux
avant-gardistes. Lorsqu’il expose à
côté d’eux, il en est fier. Il l’écrit à son
père et dessine même dans un de ses calepins, à côté de ses créations,
L’Oiseau et Le Baiser, chefsd’œuvre de Brancusi.
Ainsi, cette évocation des
rapports oscillants avec les éco-
Dans un film,
on le voit modelant
sans relâche
les et les artistes apparaît
d’une richesse telle qu’elle
court sans mal sur les deux niveaux du musée. Cela donne
notamment une splendide salle de variations de bustes et de
têtes. La présentation sérielle
- avec Bourdelle et Maillol au
centre, Giacometti aux deux
ailes - dessine un parallèle entre
l’atticisme des premiers qui bat
son plein dans la décennie 1900 et le
retour à un certain classicisme effectué
parfois par Giacometti. Ce qui est certain, c’est qu’après 1935 l’artiste ne sera
plus que figuratif et ne travaillera plus
que d’après modèle dans sa caverneatelier du 46, rue Hippolyte-Maindron
(XIVe). L’endroit est évoqué aux murs
par une série de ses dessins, des photographies faites par Brassaï, Denise Colomb, Sabine Weiss et Herbert Matter,
et enfin par un film émouvant où le
Suisse se prête sincèrement au jeu
de l’interview. On le voit
même modelant sans relâche, creusant une arcade sourcilière pour
atteindre
enfin,
après mille gestes
des doigts ou de la
pointe, à la vérité
profonde d’un regard humain.
Plus loin, dans
un espace moins symétrique et où les
volumes varient, de belles figures de
groupes ont été installées pour un propos identique. Les Trois Nymphes de la
prairie du Maillol des années 1930 semblent par exemple les grandes sœurs
heureuses des silhouettes décharnées de
La Forêt, bronze du Giacometti des années 1950. Et si le pathétisme de cette
composition venait moins des désastres
de la guerre que des Bourgeois de Calais
disposés à proximité ? À vrai dire,
cela n’aurait rien d’étonnant. Un
cahier de croquis atteste que Giacometti a longuement étudié les
travaux du père de La Porte de
l’Enfer. Surtout, le voisinage de
L’Homme qui marche II (1960) avec
le Saint-Jean-Baptiste de 1880 est
éloquent.
Auparavant, la Femme
qui marche (plâtre de 1932)
était plus surréaliste que
réaliste. Mais même elle
se référait largement aux
formes anciennes. En
particulier les plus archaïques, comme celles
des reines égyptiennes
ou celles des déesses cycladiques de la fertilité.
Le passé était déjà gros
de l’avenir. L’intéressé, qui un jour confia
en guise d’explication
de son œuvre :
« Tout l’art du passé,
de toutes les époques, de toutes les
civilisations, surgit devant
moi » le savait parfaitement. ■
« Giacometti »,
jusqu’au 20 janvier 2019
au Musée Maillol
(Paris VIIe). Catalogue
Fonds Mercator, 192 p.,
30 €. Tél. : 01 42 22 57 25.
www.museemaillol.com.
Signalons également
que du 16 octobre au
13 janvier 2019 l’Institut
Giacometti (Paris XIVe)
donnera carte blanche à la
sculptrice
Annette Messager.
Tél. : 01 44 54 52 4
4. www.fondationgiacometti.fr
La Feuille
(1948),
Germaine
Richier.
L’abbaye de Vaucelles dévoile ses trésors
MARIE TRANCHANT
À LES RUES-DES-VIGNES
A
«
u début, on jouait ici, au
milieu d’un vieux tas de
pierres sur un site de sept
hectares. » Anne Lagoutte, 55 ans aujourd’hui, n’est qu’une petite fille lorsque
ses parents, âgés d’une trentaine d’années, rachètent l’abbaye de Vaucelles,
édifice à l’abandon, dont la restauration
devient leur travail à temps plein, en
famille, avec les Amis de l’abbaye et des
salariés. Le bâtiment n’est « pas cher »,
le couple Lagoutte l’achète comme on
investirait dans une maison à restaurer.
Sauf que le site est historique, le terrain
immense et le tout dans un état déplorable. « À un moment, c’est de la folie »,
sourit Anne Lagoutte, qui ajoute immédiatement : « On aime le lieu. »
Il aura fallu de l’amour, mais aussi
une « énergie incroyable » pour débroussailler, nettoyer, rénover un lieu
qui avait perdu de sa superbe. « Je suis
admiratif devant la ténacité et le courage
qu’il a fallu pour sauver Vaucelles »,
commente Jean-René Lecerf, président
du département du Nord. Car en 1971,
quand les Lagoutte acquièrent le site,
tout est à refaire. Près de cinquante années plus tard, le couple a vieilli et a
souhaité passer la main. En décembre
2017, le département a racheté le lieu et
prépare un nouvel épisode de son histoire déjà très riche.
« L’abbaye a été majestueuse, mais
beaucoup d’inconnues demeurent », indique encore Jean-René Lecerf. Son
histoire commence en 1132 : fondée par
saint Bernard, elle est construite près
de Cambrai (Nord), à 80 kilomètres de
Lille. C’est l’une des plus importantes
abbayes du monde cistercien et ses dimensions témoignent du rayonnement
qu’elle a pu avoir aux XIIe et XIIe siècles.
« Il y a eu des périodes florissantes et des
périodes plus difficiles », explique JeanMarie Duhamel, conseiller au cabinet
de Jean-René Lecerf. Plusieurs centaines de religieux y vivent alors, de nombreux moines s’adonnant à la tâche de
l’écriture au sein du scriptorium dans
l’une des nefs de la salle des moines.
aux dimensions phénoménales, elle, a
été détruite. « On dit que la nef était plus
longue que celle de Notre-Dame de
Paris », ajoute Jean-Marie Duhamel.
Aujourd’hui, des colonnes indiquent
son emplacement, et le département
espère lancer dans quelques années des
fouilles pour en découvrir plus. Le site
comptait aussi deux cloîtres, un cimetière, deux prisons, l’ensemble étant
clos par une enceinte de 9 kilomètres de
long dont il reste quelques vestiges
comme une échauguette (tour de guet).
Au milieu du XVIIIe siècle, l’abbé
Pierre Ruffin se fait construire un palais
abbatial comprenant une bibliothèque
de quelque 40 000 ouvrages. « Aujourd’hui, la juxtaposition des deux architectures des XIIe et XVIIIe siècles représente
un des intérêts majeurs de l’abbaye »,
estime Jean-Marie Duhamel. De l’extérieur, on distingue ces murs de pierre
blanche du bâtiment tout en briques
rouges et fenêtres à croisillons. La Ré-
La plus grande salle capitulaire
cistercienne d’Europe
L’abbaye compte aussi la plus grande
salle capitulaire cistercienne d’Europe.
Grandiose et élégante, elle demeure
l’un des joyaux de Vaucelles avec ses
voûtes nervées. Les fenêtres y ont été
rénovées, le sol également. Mais
contrairement à cette salle, d’autres
bâtiments n’ont pas eu la chance d’être
préservés. Bâtie à partir de 1190, l’église
La collectivité souhaite profiter de la beauté du site de l’abbaye de Vaucelles
pour développer davantage les visites et les événements culturels. PHILIPPE HOUZE
volution française puis la Première
Guerre mondiale passent ensuite par là
et, de destructions en incendies, l’abbaye perd une partie de ses attributs. En
1920, elle est classée monument historique.
Près d’un siècle plus tard, une nouvelle signalétique a été installée, avec la
volonté de mieux faire connaître au public ce bijou historique ainsi que son
jardin. Le lieu accueille des visites et des
événements réguliers : exposition internationale d’orchidées (près de
10 000 visiteurs en quatre jours), la
Saint-Hubert (le 28 octobre) et le Lille
Piano(s) Festival depuis cette année.
L’objectif sera, pour le département, de
poursuivre ces activités (l’abbaye sert
également de salle de réception), mais
de développer aussi une nouvelle programmation artistique et culturelle.
« L’histoire de Vaucelles continue », se
réjouit Jean-René Lecerf. L’ouverture à
tous les publics et la qualité des rendezvous proposés sont la préoccupation de
la collectivité. « Ce n’est pas seulement
un joyau à préserver mais aussi un outil
de développement du territoire, estime
encore Jean-Marie Duhamel. On veut
faire connaître l’abbaye. » Le département a déjà en tête les 900 ans du lieu à
célébrer en 2032. ■
Abbaye de Vaucelles, Les Rues-des-Vignes
(59). www.abbayedevaucelles.com
A
PATRIMOINE Sauvé de la ruine par un couple de particuliers en 1971, ce joyau cistercien à 80 km de Lille vient d’être racheté
par le département du Nord, qui compte bien en faire un phare culturel dans le Cambrésis.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
32 CULTURE
Des rentrées qui donnent le ton
CHRONIQUE Une « Madame Butterfly » intelligemment revisitée à Rouen et une « Traviata » plus conventionnelle à Toulouse
ouvrent les premières saisons de Loïc Lachenal et Christophe Ghristi.
LE CLASSIQUE
Christian Merlin
P
oint commun aux premières de
Madame Butterfly au Théâtre
des arts de Rouen et de La Traviata au Capitole de Toulouse,
vues la semaine dernière : il
s’agit non seulement de deux tubes du
répertoire, mais surtout de la première
ouverture de saison de nouveaux directeurs tout juste entrés en fonction, Christophe Ghristi à Toulouse et Loïc Lachenal
à Rouen. Enjeu important, susceptible de
donner d’emblée une certaine température, même si un mandat se construit sur
la durée. Christophe Ghristi est un amoureux des voix, pour qui le niveau musical
d’une représentation est prioritaire. Et
sur le plan vocal, on a été servi, en particulier par la Violetta étonnante de la Roumaine Anita Hartig : la voix a de la chair,
de l’éclat et de l’énergie, et si elle a bien
raison de ne pas faire le contre mi-bémol
facultatif de la fin de l’acte I, elle domine
le rôle avec une puissance et une expressivité extrêmement prenantes. Seule la
mezza voce pourrait être plus impalpable. Prestation de premier ordre, auprès
de laquelle la voix claire, légère, juvénile
d’Airam Hernandez crée un très pertinent contrepoint. En retrait, le Germont
de Nicola Alaimo met tout un acte à
ouvrir une voix jusqu’ici trop serrée. Pas
de relecture radicale pour la production
scénique, confiée à Pierre Rambert, un
ancien du Lido qui a le sens du spectacle
et de la fête. Les décors d’Antoine Fontaine et les costumes recherchés de Franck
Sorbier sont transposés au XXe siècle,
mais la mise en scène proprement dite
s’en tient à une direction d’acteurs et à
une mise en place conventionnelles.
Un chef à contre-emploi
Le maillon faible, c’est la direction musicale de George Petrou, habile chef baroque ici à contre-emploi, sa baguette
éteinte et sans relief arrivant à faire sonner plat et terne l’un des meilleurs orchestres français et à brider le souffle et
l’élan verdiens.
Que le chef soit en dernier ressort le
maître d’œuvre d’un spectacle lyrique, on
en avait eu confirmation la veille à Rouen,
avec la belle direction de Pierre Dumoussaud, claire et moderne mais aussi éloquente et animée. Quitte à gesticuler un
peu trop… ce dont on s’aperçoit surtout au
deuxième acte, puisque l’orchestre se retrouve sur scène après avoir été en fosse
au premier ! Car à Rouen, on a fait le pari
d’une mise en scène audacieuse, avec le
spectacle de Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil créé à Limoges il y a six
mois. Proposition plastiquement virtuose
et stimulante pour l’esprit, où une boîte
perchée en hauteur accueille les personnages, environnés de projection vidéos
filmées à Rouen avec les chanteurs : l’occasion de superposer le récit traditionnel
de Madame Butterfly et la vie d’une jeune
femme d’aujourd’hui qui finit par s’iden-
tifier à l’héroïne de Puccini, attirée par
une culture orientale complètement fantasmée à travers les mangas. L’occasion
de découvrir la jeune soprano française
Camille Schnoor, actuellement en troupe
en Allemagne : voix ferme et saine, dotée
d’un riche potentiel lyrique. Dépareillée
par la méforme du ténor Georgy Vasiliev,
la distribution met en avant de jeunes
chanteurs, notamment français (la Suzuki
humaine à défaut d’opulence vocale de
Marion Lebègue), bien dans l’esprit de la
mission qui incombe à des théâtres où se
profilent les stars de demain. ■
» Retrouvez Christian Merlin
tous les dimanches
de 9 heures à 11 heures.
Prochaine émission :
« Le timbalier »
KOEN VAN WEEL/AFP FORUM
Dix-huit mois
pour
authentifier
un Rembrandt
ARTS Galeriste hollandais, Jan Six raconte
dans un livre son travail d’attribution
pour un portrait dont on ne savait rien.
Un passionnant cas d’école.
L’
«
ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE
ebietryrivierre@lefigaro.fr
une des plus remarquables découvertes récentes dans
le monde des études sur le maître flamand. » Le plus grand spécialiste de
Rembrandt, Ernst Van de Wetering,
donne son imprimatur en préface
d’un livre écrit par Jan Six et qui sort
ces jours-ci en français. Ce marchand
d’art amstellodamois y raconte ses
dix-huit mois d’enquête pour percer
le mystère de Portrait d’un jeune homme, une toile non signée et représentant un inconnu (1).
Jamais cataloguée, l’œuvre devrait
prochainement rejoindre le corpus de
l’auteur de La Ronde de nuit (Rijksmuseum), de la Bethsabée au bain (Louvre) ou des effigies, très proches stylistiquement, des époux Soolmans.
Signalons que ces deux portraits en
pied, achetés en 2016 à la famille
Rothschild 160 millions d’euros
conjointement par la France et les
Pays-Bas, sont à nouveau visibles au
Louvre.
Fraîchement restaurés en Hollande,
ils seront durant quatre mois accro-
chés dans la salle 844 du deuxième
étage de l’aile Richelieu.
Élégant quadra, Jan Six est devenu
marchand d’art indépendant après
avoir fait ses classes chez Sotheby’s
comme spécialiste de la peinture nordique du XVIIe siècle. Publié le 15 mai
dernier dans son pays, son récit a dépassé les 25 000 exemplaires vendus,
une performance dans le genre. Des
producteurs de cinéma songeraient à
tirer un film de l’histoire de cette
160e huile donnée de manière certaine
au maître, la première depuis quarante-quatre ans. « À l’automne 2016, je
feuillette un catalogue de Christie’s
Londres, raconte le galeriste. Un tableau présenté comme “de l’entourage
de Rembrandt”, estimé entre 17 000 et
23 000 euros, me saute aux yeux. La
facture mais aussi le modèle me semblent très familiers. Je ne connaissais
pas l’œuvre, mais c’était comme si je
l’avais déjà vue. »
Confirmer une intuition
Cette impression s’explique par le fait
que Jan Six a usé ses fonds de culotte au
pied de trésors du Siècle d’or. Onzième
du nom, il connaît comme sa poche la
maison de ses ancêtres, tous amstellodamois. Cette demeure seigneuriale
Jan Six, découvreur et propriétaire du tableau, prend un selfie devant le Portrait d’un jeune homme, attribué à Rembrandt.
est, depuis 1915, musée privé. La municipalité couvre une partie des coûts
en échange de la garantie que l’ensemble soit conservé comme tel et que le
public puisse être accueilli sur réservation (2).
Depuis la rivière Amstel, qui traverse le quartier chic du centre ancien, le
passant aperçoit cet intérieur magnifiquement meublé et aux murs couverts
d’huiles anciennes. Parmi elles, nettement visible par une fenêtre, le portrait de Jan Six Ier par… Rembrandt !
C’est la seule toile du maître restée
chez son commanditaire. Ce Six Ier
était maire d’Amsterdam, écrivain,
collectionneur et ami de l’artiste.
Grâce à l’appui d’un investisseur,
son descendant direct obtient le Portrait d’un jeune homme pour
153 500 euros. Il s’agit désormais de
confirmer l’intuition. Suivent une
plongée dans les archives ainsi que des
analyses stylistiques et techniques
poussées. Les documents ne donnent
rien : aucune trace avant 1804. Les
prélèvements, rayons X, infrarouges et
autres scanners indiquent une compatibilité avec les produits et pratiques
dans l’atelier de Rembrandt, mais ce
n’est pas suffisant pour justifier d’un
caractère 100 % autographe. Reste le
modèle. Qui est ce personnage en buste, de 20 à 25 ans, chevelure à frange
dont le roux tire sur le brun, yeux
marron et qui porte la cape et le costume noir à la mode jusque dans les années 1635 ? « Il est possible que ce soit
quelqu’un comme Cornelis de Graeff,
membre de la jeunesse dorée amstellodamoise, mais ce n’est qu’une hypothèse. Je n’ai dépouillé que quelques registres de mariages parmi les milliers
relatifs à ces décennies 1620-1630
conservés dans les bibliothèques des anciennes Provinces-Unies », avoue son
propriétaire.
Une attribution vendeuse
Une fois la toile nettoyée et ses vernis
jaunis ôtés, elle seule « parle ». « Regardez le grand col, cette dentelle au
fuseau n’est pas régulière. Ce n’est pas
une reproduction imitative et minutieuse mais une “impression” de dentelle
produite par le seul jeu chaotique de
coups de pinceau sur un fond uni. Cette
manière qui part d’une grande zone
blanche sur laquelle se sont posées des
touches de noir contraste volontairement avec le traitement plus précis du
visage. » La marque de Rembrandt selon Jan Six, confirmée par Ernst Van
de Wetering.
Reste que cette autorité est fragilisée. Pilote depuis plus de quarante ans
de la rédaction du catalogue raisonné
(six volumes, incluant 161 œuvres
douteuses ou rejetées car dues probablement à des assistants, élèves ou
émules), cet universitaire, fondateur
du Rembrandt Research Project (RRP)
- une instance composée de spécialistes internationaux - est aujourd’hui, à
80 ans, à la retraite.
De son côté le RRP a mis fin à ses
activités en 2011, faute de subventions… La thèse de Jan Six a toutefois
recueilli l’adhésion de 17 autres
conservateurs et historiens aux PaysBas et à l’étranger (Oxford, Washington, Los Angeles mais ni le Louvre ni
la Fondation Custodia spécialisée à
Paris dans les arts du Siècle d’or hollandais). Évidemment, avec une telle
attribution, le Portrait d’un jeune
homme se trouve à nouveau à vendre.
Deux privés et deux institutions seraient en lice. Pour quel prix ? Où en
sont les négociations ? Jan Six n’en
souffle mot. ■
(1) Le Portrait d’un jeune homme
de Rembrandt, Payot, 160 p., 20 €.
(2) http://en.collectiesix.nl. Seulement
5 000 entrées par an. Aucun créneau
n’est disponible avant 2019.
Des lendemains qui dansent
CONCOURS Organisé conjointement à Lyon, Liège et Londres, le « Dansathon » a mis face à face
chorégraphes et scientifiques. Ensemble ils ont donné naissance à des projets innovants.
ARIANE BAVELIER £@arianebavelier
ENVOYÉE SPÉCIALE À LONDRES
A
I
ls sont 30 et ne se sont jamais rencontrés. Ils se sont enfermés au
Plexal,
bâtiment
high-tech
construit au nord-est de Londres
dans le Queen Elizabeth Park pour
les Jeux olympiques. Arrivés sur place
jeudi soir, ils se sont constitués en cinq
équipes. Chacune compte un danseur, un
chorégraphe, un développeur de technologies, un designer, un technicien de scène et un communicant. Leur mission ?
Inventer ! Un objet, un mécanisme, un
spectacle, une application… qui organise
un pas de deux inédit entre danse et technologie. Ce premier Dansathon, mené
par la Maison de la danse de Lyon, le
Théâtre de Liège, le Sadler’s Wells de
Londres et la Fondation BNP-Paribas,
mécène de la danse et du cirque, s’est déroulé simultanément dans les trois villes.
Et afin d’échanger à horaires fixes, elles
se sont calées sur un nouveau fuseau horaire, le « Dansatime ».
Interpréter le bruit du cœur
Les nuits ont été courtes et les journées,
folles. Le jeudi soir, les candidats, 30 élus
dans chaque ville parmi 300, ont fait
connaissance. Le vendredi matin, les
équipes se formaient ; le dimanche aprèsmidi, elles présentaient leur projet. Une
équipe par ville était sacrée vainqueur,
avec un prix de 10 000 euros, et la possibilité pour les lauréats de faire aboutir
leur projet grâce à l’appui du théâtre et de
la fondation.
« Et s’il ne nous restait qu’une dernière
danse avant la fin ? » « Comment évoluer
d’un Internet des objets à un Internet des
émotions ? » « Comment la danse et la chorégraphie pourraient-elles s’insinuer dans
nos routines quotidiennes ? » « Comment
les données de la data pourraient être inspirantes pour la danse ? » « Comment les
technologies pourraient-elles inviter tout le
monde à danser, même les personnes les
plus vulnérables ? » « Comment les enfants
pourraient-ils danser avec leurs grandsparents qui sont à l’autre bout du monde ? » L’imagination pour inventer des
thèmes n’a pas fait défaut.
À Londres, une équipe signait une application capable de rendre compte de sa
journée à travers des danses, employées
comme des émoticones. Une autre présentait Double You, un mur destiné à animer les allées des parcs : le promeneur y
voit son reflet… qui se met à danser. Le
jury a couronné un projet plus sensible :
Digital Umbilical, un système de capteurs
qui permet aux danseurs d’entendre le
cœur des spectateurs et à ceux-ci d’entendre le souffle des danseurs. À Lyon,
Vibes a raflé la mise : « Le “Tinder” de la
chorégraphie, une application de rencontres chorégraphiques et sonores, à la fois
créative et ludique », dit Éric Minh, un de
ses concepteurs. À Liège, Cloud Dancing
s’est distingué : un spectacle immersif et
interactif qui croise danse et réalité virtuelle et permet de suivre le spectacle
chez soi et d’influer sur son cours. ■
Dans l’épreuve lyonnaise du Dansathon,
le jury a récompensé Vibes,
une application de rencontres
chorégraphiques et sonores. ROMAIN TISSOT
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
STYLE
mardi 2 octobre 2018
FILIPPO FIOR, ALESSANDRO LUCIONI/IMAXTREE
PrintempsÉté 2019
33
Giambattista Valli
Givenchy
Valentino
Stella McCartney
Après le sport
COLLECTIONS Alors que le règne du sportswear semble toucher à sa fin, à Paris, les designers intègrent l’idée
de confort dans l’esprit tailleur et du grand soir.
l y a bien une paire de baskets
multicolores à semelle épaisse pour répondre aux attentes des commerciaux,
dans les boutiques Givenchy et sur
l’e-shop de la marque. Mais sur le podium printemps-été 2019 (homme et
femme) de Clare Waight Keller, les
souliers sont de retour. Pointus, argentés, qui claquent sur le catwalk pour
madame, version bottines lustrées
pour monsieur. Ne cherchez pas non
plus de survêtement, de hoodie. Fautil y voir une nouvelle preuve de lassitude des clients du luxe pour le
sportswear ? La Britannique, depuis
qu’elle est aux commandes de la maison parisienne (propriété de LVMH),
ne cache pas son goût pour la couture
et ses ateliers - la robe de mariée
qu’elle a dessinée pour Meghan Markle
lui a, en plus, donné une légitimité
dans ce domaine. Son plaisir, elle le
prend auprès des premières d’atelier, à
étriquer les carrures (la preuve avec
une série de néoboléros à enfiler sur
des robes du soir), à affûter ses vestes
de satin en aiguisant les épaules. Les
pantalons, inspirés du treillis militaire,
sont sanglés haut sur la taille et vampent la silhouette. Les chemises d’officier se portent bijoutées, de nuit. « N’y
voyez pas une armure, explique Clare
Waight Keller, en coulisses. Mais les
femmes doivent pouvoir faire tout ce
dont elles ont envie, porter des vêtements d’homme en restant, ou non, hyperféminines. » Les femmes Givenchy,
justement, s’approprient le vestiaire
masculin comme le faisait, il y a près
d’un siècle, l’écrivaine et photographe
suisse Annemarie Schwarzenbach
(1908-1942). Avec ses cheveux courts
et son visage (ravissant) de garçon,
l’artiste a servi de modèle pour le casting des mannequins. Et cette collection printanière est la plus séduisante
des trois collections de prêt-à-porter
de Mme Waight Keller.
Changement de scénographie chez
Giambattista Valli, qui choisit l’architecture seventies du Palais des congrès
pour présenter son printemps-été
2019. Ce décor de béton et de fenêtres
bandeaux ancre ses princesses dans la
ville, et dans un quotidien qui leur va
bien : costumes trois pièces de crêpe
craie, pantalons à sequins brodés de
bouches à la Man Ray, gilet de rockeur
tigré ou blouses fleuries. Le plus Parisien des designers italiens (il vit dans la
capitale depuis plus de vingt ans) propose un vestiaire large, du très long
comme du très court, du grand soir
comme du casual, des minisacs en cuir
matelassé rose Malabar et des mules
plates cloutées, mais pas de
sportswear, lui non plus.
Le contraste est saisissant chez
Galliano : au premier rang, une brochette de filles maquillées à outrance,
réchauffées, assistent au défilé… de
jeunes femmes sérieuses, en robes
victoriennes, dentelles pâles et soies
légères, coiffées de rubans et lunettes
sur le bout du nez. À tout choisir, restons dans le camp du podium ! Bill
Gaytten s’inspire du Pique-Nique à
Hanging Rock de Joan Lindsay et de ses
écolières en mal d’aventure disparues
En direct du backstage
Nous avons demandé à Tata Harper,
la fondatrice éponyme de la ligne de
cosmétiques green, de nous inviter en
coulisses du défilé Stella McCartney,
dont elle assurait la mise en beauté
(avec Pat McGrath au maquillage), et
de nous raconter l’inspiration derrière
ce look. « Mes équipes travaillaient
déjà sur les shows de Stella, nous
avons pas mal de points en commun
- notamment d’avoir osé, chacune
dans notre domaine, faire du business
de façon éthique - mais c’était
la première fois que je venais,
en personne, superviser la cabine.
Elle voulait une peau très fraîche,
comme humectée et mate à la fois :
bref, un antagonisme ! J’ai proposé une
routine de soins capable de fabriquer
le glow dont rêvent les femmes
qui vivent en ville, comme mon
Resurfacing Mask, un peeling naturel
qui fait respirer le teint - mon astuce
quand je voyage. Pat McGrath n’avait
ensuite qu’à poser des touches de
make-up par-ci, par-là. Nous avions
toutes les trois le même objectif :
rester dans la vie. » ÉMILIE VEYRETOUT
SAMANTHA DEITCH/BFA.COM
I
ÉMILIE FAURE
efaure@lefigaro.fr
dans l’antre d’un rocher, au début du
siècle dernier, en Australie. L’esprit
(John) Galliano vient hanter les silhouettes - l’imprimé papier journal
maison « Gazette » en jupon, pantalons exagérément grands retenus par
des bretelles et déshabillés de soie à
porter le jour.
Au jeu de « qui pour remplacer Phoebe
Philo dans le cœur des femmes », Stella
McCartney se pose là. Amusant quand
on sait que l’ex-directrice artistique de
Celine, tant regrettée, était l’assistante
de la fille du la fille de Beatles à l’époque
chez Chloé. Le tailoring de Stella, ample
et réconfortant, arrive pour l’été 2019
dans une palette douce de beige et de
poudre. Les robes en soie et dentelles se
portent le jour avec des chaussons
plats. Les denims baggys tie & dye et les
robes de patineuse sous acide injectent
le fun cher à la marque. Aucun vêtement ne vient contraindre la femme qui
le porte - bienveillant, comme on dit.
La Britannique a repris les pleins pouvoirs en rachetant les parts de sa marque à Kering, après dix-sept ans de
partenariat, son engagement en faveur
d’une mode écoresponsable (dont elle
est la pionnière) est plus fort que jamais
- aux cotons recyclés s’ajoutent le
Nylon Econyl, la viscose et même le cachemire fait de fibres récupérées. Elle
vient de sortir la première Stan Smith
en cuir vegan avec Adidas. L’avenir lui
sourit. ■
La possibilité d’un « dress code»
Qui porte des robes de soirée ? Combien de Françaises ont dans leur placard un fourreau ? Un bustier ? Quand
les Américaines, les Anglaises, les Italiennes s’habillent pour une occasion
spéciale (un spectacle, un dîner…), nos
compatriotes n’ont qu’une crainte :
paraître endimanchées. À leur décharge, rares sont les marques à proposer la
possibilité de se sentir belle en restant
relax, d’être soi-même en mieux, de
sortir le grand jeu sans paraître overdressed. C’est la réflexion que l’on se
faisait pendant le défilé de Valentino,
se surprenant à avoir terriblement envie de la robe parachute de taffetas
noir portée en ouverture par Kristen
McMenamy, le mannequin des années
1990. En un passage, Pierpaolo Piccioli,
le directeur artistique, ajoute du grun-
ge et de la force à son univers d’opéra,
lui qui chérit les « dramas », la musique emphatique dressant les poils sur
les bras (vous reprendrez bien un peu
de The Cold Song par Klaus Nomi ?) et
les traînes balayant la poussière… littéralement. La suite est à l’avenant, avec
une série de looks noirs ultra-efficaces
(blouse et jupe droite sans excès en
cuir allégé), puis du blanc, du blanc et
du noir, du noir et du blanc, du rouge
(Valentino, certo !), du rose, un soupçon de rouille, brique, citrouille. Et
puis des sacs (beaucoup), des paniers,
des cabas, des modèles à rabat et soufflet, et même un genre de baise-enville à fermoir V. Reste encore les sublimes imprimés « papier peint » aux
couleurs vibrantes tapissant des robes
plissées (réinterprétation méditerranéenne de la création japonaise des
années 1980), des bains de soleil, des
combinaisons d’une légèreté à se damner. Le stylisme trouve le ton juste en-
tre la flamboyance et la vraie vie grâce
à un pardessus beige trop grand dépouillé de boutons, aux formes chemise et cols tee-shirt des tenues du soir,
à l’attitude de ces femmes coiffées de
chapeau de paille couture marchant les
mains dans les poches. Alors que le
marché prend soudain la mesure du
vide laissé par Phoebe Philo, Piccioli a
une carte à jouer s’il continue de regarder vers une clientèle de femmes
urbaines (presque) ordinaires (des Parisiennes, quoi) et moins vers la jet-set
moderne du Moyen-Orient.
était parmi les premières à injecter les
codes du sport dans un vestiaire féminin. Aujourd’hui que le sportswear est
largement galvaudé, elle introduit
d’autres
territoires,
comme
le
workwear (gilets multipoches) et l’uniforme marin (les œillets des vareuses
posés sur l’épaule d’une blouse). La
réelle nouveauté vient des imprimés
fleuris comme des taches de peinture
inspirés par le travail du designer
textile Henri Kvasnevski. Ils contaminent avec singularité le coton enduit, la
toile militaire et la mousseline.
Chitose Abe, comme tous les Japonais,
n’est pas du genre à changer sa ligne de
conduite au gré du vent. Depuis ses
premières présentations Sacai à Paris
en 2010, elle déroule son univers de vêtements hybrides, torpillant les archétypes bourgeois et plutôt masculins (le
trench, le polo, le cardigan) par des éléments perturbants. Il y a huit ans, elle
Dimanche, Yiqing Yin présentait sa
deuxième saison depuis le réveil de la
maison Poiret, qui a donc perdu son
Paul pour mieux se réactualiser. Au fil
de ce printemps-été 2019, le travail de
coloriste est indéniable - la demoiselle
a même collaboré avec Bernard Frize
pour les tissus rayés empruntant aux
tableaux Elu, Der et Navia leurs paral-
lèles chromatiques. Mais la même interrogation subsiste face à cette collection péchant par des drapés
compliqués, des superpositions inutiles d’organza (qui s’habille en organza
transparent ?), des plissés sans nervosité, des asymétries qui marchent de
face mais sont fort peu seyantes de dos
et des souliers franchement ratés. À
qui s’adresse la marque ? Les médias
américains, en boucle sur le dossier
Slimane, voient dans cette féminité
évanescente, un rempart aux comportements sexistes qui occupent l’actualité outre-Atlantique. Du côté français,
c’est plutôt ce manque de chair, de
tension et d’intention qu’on pourrait
lui reprocher. ■
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HÉLÈNE GUILLAUME
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mardi 2 octobre 2018
34
Le bel haussmannien en grand modèle
Chaque semaine, quatre professionnels de l’immobilier s’expriment sur un marché et présentent une sélection de biens.
Aujourd’hui, un marché qui retrouve confiance et dynamisme : le grand et bel haussmannien.
Par Nelly Chevais
Moulures et cheminées
« font
rêver »
VALÉRIE SÉLIGNAN,
DANIEL FÉAU VICTOR HUGO :
Dès le lendemain de la mise sur le
marché de cet appartement, nous
avons reçu au moins dix visites et deux offres au prix.
Il est vrai que nous avons utilisé la « force de frappe »
de Féau en contactant 560 clients potentiels. Ceci
étant, ce type d’offre suscite un grand enthousiasme.
Le marché des grands appartements a fortement
rebondi alors qu’il était presque atone il y a deux à
trois ans. De la volumétrie à l’ornementation et
jusqu’aux parties communes, il subsiste une part de
rêve dans l’haussmannien.
Un marché à nouveau
« vigoureux
»
Sur les avenues, les
« beaux
immeubles »
PIERRE BERAUD-SUDREAU,
CBRE :
Pour répondre au cahier des
charges du baron Haussmann, les
proportions des immeubles devaient correspondre à
la largeur de leurs voies. Aux petites rues, les immeubles simples, souvent de rapport. Aux larges avenues,
les plus grands immeubles bourgeois. Cet appartement est un pur haussmannien dans la tradition de
ces beaux immeubles : seul sur le palier, grandes
réceptions, ornementation luxueuse, anciennes
écuries dans la cour… Typique du 5ème étage, le balcon
filant avec vue sur l’Etoile et Montmartre.
LOCALISATION :
Henri Martin/
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SURFACE :
198 m2, 3ème étage,
studio 15 m2
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2 235 000 €
CONTACT :
01 45 53 25 25
BENOIT MICHEL,
ENGEL & VÖLKERS :
Les acquéreurs se mobilisent à
nouveau pour les grands appartements de 250 à 300 m2. Les valeurs ne baissent plus,
voire se renforcent. L’architecture haussmannienne
reste une valeur sûre, dont on retrouve ici les grandes
lignes : triple réception, boiseries ouvragées, cour de
l’immeuble ornée de deux statues de Rodin… Avenue
d’Eylau, où l’offre est rarissime, un bien rénové peut
s’approcher des 20 000 €/m2. En 48 heures, nous
venons de vendre dans cet immeuble un grand
appartement à rénover à 3 555 000 €.
LOCALISATION :
Av. de Friedland
(8ème)
SURFACE :
260 m2, 5ème étage,
3 ch. de service
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2 750 000 €
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immobiliers répondent directement
chaque semaine dans le Figaro.
Le retour du marbre
« en
décoration »
FRÉDÉRIQUE VERRIER-PYTEL,
BARNES :
Dans la tradition haussmannienne, le 2ème étage était celui des
« maîtres ». Les appartements reflétaient un luxe
élégant en s’accordant de volumineuses réceptions
et des matériaux nobles. La rénovation contemporaine de cet appartement garde ce principe : triple
réception de 130 m2, bel effet du marbre puisé
dans les collections des Marbreries de la Seine
(noir Saint-Laurent, blanc immaculé Thassos)… Le
maître d’œuvre de cette rénovation haute couture
est le propriétaire, styliste dans la mode.
LOCALISATION :
Av. d’Eylau (16ème)
SURFACE :
254 m2, 1er étage
surélevé,
3 à 4 chambres
PRIX :
3 700 000 €
CONTACT :
01 45 64 30 31
LOCALISATION :
Place Victor Hugo
(16ème)
SURFACE :
300 m2, 2ème étage,
balcon filant
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5 400 000 €
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« appartements » sont réputées être des lots de copropriétés, sauf mention contraire. Ces biens faisant partie d’une copropriété, le vendeur doit vous informer du nombre de lots de la copropriété, des charges annuelles du bien proposé à la vente et de l’existence ou non d’un recours à l’encontre de la copropriété à la date de la parution de l’annonce.
Les honoraires de l’agence immobilière et les commissions de chaque bien sont consultables sur le site de l’annonceur. Légende des sigles utilisés dans nos annonces : ◆ membre F.N.A.I.M (Fédération nationale de l’immobilier) * membre S.N.P.I (Syndicat national des professionnels immobiliers) ■ Notaires ● Ventes aux enchères M.A.P : mise à prix.
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LE FIGARO
TÉLÉVISION
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
Chiens d’assaut utilisés par le GIGN et le Raid, mais aussi rats détecteurs de mines et même aigles
dressés à intercepter des drones, les animaux luttent contre les attentats. Une enquête fascinante.
France Inter | 10 heures | Lundi
F
aisons un petit tour dans
les bras de Morphée.
« À quoi sert le sommeil ? »,
ce pilier central de notre santé,
tel était le thème de « Grand bien
vous fasse ! », l’émission jamais
décevante d’Ali Rebeihi. Alors
nous avons levé nos lourdes
paupières. Parmi les invités :
Marc Aderghal, coréalisateur
du documentaire Troubles
du sommeil : la fin du cauchemar ?
(diffusé ce mardi sur France 5,
à 20 h 50), le psychiatre Patrick
Lemoine, auteur de Dormez !
Le programme complet pour en finir
avec l’insomnie (Hachette), Arnaud
Rabat, coauteur de Bien dormir
pour les nuls (First éditions). Les
présentations étant faites, nous
avons appris que les trois grandes
causes de nos consultations chez
le toubib seraient : la fatigue,
l’insomnie et la douleur. Le
Pr Patrick Lemoine nous a rappelé
que « l’espèce humaine est la seule à
avoir divorcé trois fois du soleil, alors
que c’est lui qui nous synchronise. La
première fois, c’est l’invention du
feu ; la deuxième, l’invention de
l’ampoule électrique, et la troisième,
la découverte de l’écran. De fait,
nous nous sommes désynchronisés.
On ne dort pas moins qu’avant, mais
on dort moins bien. Quand on
regarde un écran le soir, on bloque
la mélatonine… » Et puis nous avons
apporté dans la chambre à coucher
- ou à tomber - des éléments
perturbateurs - télé, téléphones,
enfants, animaux -, alors que le lit,
« c’est fait pour s’aimer (triomphes
ou fiascos sexuels, qu’importe !,
NDLR) et dormir, rien d’autre ».
Ah ! le lit. Ce doux retour
au berceau, souvenir de la tiédeur
du sein maternel. Étrangement,
la littérature ne s’est guère
intéressée au sommeil. Nous
reviennent Lewis Carroll,
Alice au pays des merveilles,
ou encore James Joyce, Finnegans
Wake, dont toute l’action
se déroule dans l’esprit endormi
du héros, un aubergiste épuisé
par sa journée. Paradoxalement,
le sommeil est une saine activité.
Allez, tous au pucier !
BLAISE DE CHABALIER £@decha
L
«
es chiens sont impliqués
sur toutes les interventions
[…]. Tout particulièrement
quand on parle de terrorisme », confie Éric Heip,
chef adjoint du Raid, l’un des intervenants qui s’expriment dans Les Animaux
face au terrorisme, documentaire d’Alfred de Montesquiou diffusé ce soir sur
France 2. Un film fascinant qui permet de
mesurer le rôle souvent décisif des
chiens - notamment ceux du Raid et du
GIGN - dans la lutte contre les attentats,
mais aussi, beaucoup plus inattendu, celui des rats et même des aigles !
Au sein de l’unité cynophile du Raid,
en région parisienne, une quinzaine de
chiens sont dressés soit pour les assauts,
soit pour la recherche d’explosif. La
symbiose entre le maître et son animal
apparaît bien. Et quand un chien meurt
en opération, comme ce fut le cas de Diesel, lors de l’action menée par le Raid le
18 novembre 2015 à
Saint-Denis, contre le
coordonnateur présumé
des attentats du 13 no○○○¡
vembre, la perte de l’animal est durement ressentie. « Pour nous, ce sont presque des
collègues à part entière », dit Éric Heip.
Des rats à l’entraînement
En Afrique, les chiens sont également à
l’œuvre. Le colonel Arnaud Cervera,
commandant de l’opération « Barkhane », confie : « L’utilisation des équipes
cynophiles que nous avons au sein de l’armée de terre joue un rôle absolument capital […] dans la détection de l’armement et
des explosifs. » On suit notamment le
sergent Maxence, chef de l’unité cynophile de Gao, associé depuis deux ans et
demi à un malinois de 5 ans. Il analyse sa
relation avec son adjoint à quatre pattes :
« C’est un rapport que je qualifierais de
23.00
© PROD
« Grand bien vous fasse ! »
Au cœur de l’opération « Barkhane », le sergent Maxence et son malinois masqué, expert en détection d’explosifs.
grand frère-petit frère. Ici, sur le territoire
malien, on vit ensemble […], on fait tout
ensemble. Par contre, c’est moi qui suis là
pour fixer les règles. » Pour protéger les
yeux de son animal, sensible au sable
tourbillonnant lors des mouvements
d’hélicoptères, le sergent Maxence a
même équipé son chien d’un masque
(voir photo).
Si la gent canine reste l’allié numéro
un face au terrorisme, les rats sont également très utiles. C’est ce que prouve
l’ONG belge Apopo, qui entraîne des
rongeurs africains. Une fois dressés depuis leur naissance, ces rats sont utilisés
pour détecter des mines dans des zones
de guerre civile en Afrique. On les voit à
l’entraînement, tenus au bout d’une longue laisse par un dresseur, renifler de
vastes surfaces de terrain. Ces petites bêtes, apprend-on, possède un odorat plus
développé que celui des chiens. Seuls les
éléphants - inenvisageables pour détecter des mines ! - disposent d’un nez plus
fin. Incroyablement efficaces, ces rats
ont déjà déminé plus de 21 millions de
mètres carrés au Mozambique et en Angola depuis 2003. Leur secret ? Ils travaillent dix fois plus vite que les démineurs humains.
Enfin, en France, des aigles royaux
sont dressés par l’armée depuis un an.
« On sait que les terroristes ont déjà utilisé […] des mini-drones. C’est une tech-
nologie facile d’accès et le seul moyen
d’intercepter ces engins, ce sont les
aigles », dit le colonel Cédric Gaudillère, commandant de la base militaire
aérienne de Mont-de-Marsan. Au
cœur du programme, le fauconnier expert Gérald dispose de sept aigles
royaux. Depuis leur naissance, ils ont
toujours été nourris sur des drones,
qu’ils considèrent comme leurs proies.
Les images de ces oiseaux majestueux
fondant sur les petites machines volantes sont impressionnantes. Ces aigles
pourraient bientôt être systématiquement utilisés pour la protection des aérodromes militaires voire de nos centrales nucléaires. ■
Sandrine Bonnaire, avocate de choc
Dans « La loi de Marion », elle donne avec brio la réplique à Samuel Labarthe.
ÉMILIE GEFFRAY £@emiliegeffray
D
LE BUZZ TV
Invités : Anaïs Bouton
et Éric Naulleau
interviewés par Nicolas Vollaire
et Damien Canivez aujourd’hui sur :
Sandrine Bonnaire, endosse brillamment
la robe dans une intrigue au dénouement
surprenant. PIERRE PLANCHENEAU
eux ans après son lancement,
le succès de La Loi de ne se dément pas. Forte de l’engouement des téléspectateurs
pour sa collection de téléfilms, France 3 programme ce soir La Loi
de Marion - Insécurité rapprochée. Après
Josiane Balasko, Gérard Jugnot, Daniel
Prévost, Richard Anconina, Zabou Breitman, Victoria Abril, Jean-Pierre Darroussin et Charlotte de Turckheim, c’est
au tour de Sandrine Bonnaire de revêtir
avec brio la robe d’avocat. Un rôle à sa
mesure.
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
VERTICALEMENT
1. Légère faille. - 2. Repousse
souvent. Le plus grand oiseau
coureur et l’homme l’a mis
hors course. - 3. Triste à mourir.
Changer de registre. - 4. Parti
pompidolien. Gourmande récolteuse de cotisations. - 5. Lieu
des airs. Sa vallée fut le théâtre
d’un carnage en 1914. Mesure
superficielle. - 6. Collectionneuses
de bouquins. Pratiquer l’usure. - 7.
Advient par conséquence. Grande
aunée. - 8. Voleurs de voiliers.
1
1
2
3
4
5
6
7
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4845
HORIZONTALEMENT 1. Battages. - 2. Insipide. - 3. Défriser. - 4. Oa.
Édens. - 5. Unité. - 6. Ite. Béa. - 7. Linottes. - 8. Leiris. - 9. Essor. Ru.
- 10. Sn. Ram. - 11. Réétudie. - 12. Scieuses.
VERTICALEMENT 1. Bidouilleurs. - 2. Anéanties. Ec. - 3. TSF. Ienisseï.
- 4. Tiret. Oronte. - 5. Apidé. Tir. Uu. - 6. Gise. BTS. Rds. - 7. Édentée.
Raie. - 8. Sers. Assumes.
9
10
11
12
2
3
4
5
6
7
8
Après avoir longtemps travaillé pour
Olivier Queyras (Samuel Labarthe), son
mari despotique pendant vingt ans et ténor du barreau, Marion Veyron (Sandrine Bonnaire) est aujourd’hui divorcée,
enfin libre à la tête de son cabinet.
Dialogue lent
Habituée à défendre des petites causes,
l’avocate accepte de représenter aux assises la fille de la victime d’un meurtre, se
sentant responsable de sa mort pour lui
avoir conseillé la veille
de quitter son mari.
Coupable tout désigné,
Laurent, le beau-père de
○○¡¡
la jeune fille, est, quant à
BRIDGE
PROBLÈME N° 2927 :
Contre un bon joueur…
D 10 9 6
RV6
R92
R63
O
N
S
E
ARV72
A73
A 10 3
A2
Contrat : Sud joue 6 Piques.
Entame : Valet de pour votre
As (le 8 en Est). Les atouts sont
2-2 et les 4-4 (car Ouest
gardera son 10 et Est sa Dame).
Découvrez deux lignes dignes
de ce nom.
lui, défendu par Me Queyras, véritablement décidé à réparer l’affront de son divorce et ainsi laver son honneur bafoué.
Bien que porté admirablement par
Sandrine Bonnaire, rare sur le petit
écran, et Samuel Labarthe, impayable
commissaire Laurence dans Les Petits
Meurtres d’Agatha Christie, le téléfilm a
du mal à démarrer. Les dialogues sont
lents et l’intrigue manque parfois cruellement de rythme.
Néanmoins, ce 13e volet de La Loi de
vaut le détour car le dénouement, surprenant,
est à la hauteur du scénario mêlant vengeance
et manipulation.■
21.00
Mardi 2 octobre
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2926 :
Et l’As... Hélas ?
Contrat : Sud joue 6 Piques.
Entame : 3 de pour l’As du mort (le 2 en Est).
Comment jouez-vous en match par quatre et en tournoi
par paires ?
En match par quatre, vous devez essayer d’assurer
votre contrat. Jouez le 2 de pour le 7 d’Est… et votre 8,
jeu de sécurité contre les quatre atouts à droite. Bien
entendu, si Est défausse au premier tour, mettez l’As et
rejouez vers le Valet.
En tournoi par paires, cette sécurité, dite onéreuse
car elle peut vous coûter une levée « si tout va bien »,
n’est pas de mise. Jouez le 2 de pour le 7 et l’As. Hélas,
Ouest défausse. Hélas ? Vous n’avez pas encore perdu,
loin s’en faut. Encaissez trois tours de (car Est doit en
avoir au moins trois). En l’occurrence il en a quatre, alors
coupez votre dernier , poursuivez par Roi et Dame
de en défaussant un (vous pourriez même couper
votre Dame !) puis As-Roi
V6432
de . Il est maintenant
962
temps de donner un
A9
coup à blanc à , obliARD
D 10 9 7
geant Est à vous livrer N
10 5
V873
sa Dame d’atout.
O E
V76543
10 8 7 6 3
S
AR85
ARD4
R82
V9
D 10
542
A
Dormance
HORIZONTALEMENT
1. Coiffes dans les universités.
- 2. Élève au niveau supérieur.
- 3. Jeanne Duval chez Baudelaire.
- 4. A poussé avec vigueur.
Pronom. - 5. Pleinement suffisant.
Tel quel. - 6. Chariot ferroviaire.
Fragment d’atome. - 7. Partout,
y’a de la joie ! - 8. Bout d’innée.
Assura une succession. - 9. Le
fleuve de Saint-Laurent. - 10. A
des vapeurs, une fois retourné.
Point sensible. - 11. Fluctua puis
sombra. Appelle le bahut. - 12.
Peuples turco-mongols.
35
Bêtes de combat antiterroriste
BIEN VU
PROBLÈME N° 4846
mardi 2 octobre 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mardi 2 octobre 2018 LE FIGARO
36 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Léger
Soleil : Lever 07h52 - Coucher 19h27 - Lune décroissante
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 C’est Canteloup
18.45 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton.
21.00
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
Série. Drame
21.00
Série documentaire. Historique
18.30 10 couples parfaits. Jeu 19.20
Nos chers voisins. Série.
Film. Aventures. EU. 2009. Réal. :
L. Leterrier. 1h50. Avec Sam Worthington. Persée est volontaire pour
conduire une mission dangereuse et
porter un coup fatal au dieu Hadès.
Série. Policière
MATIN
21.00 Le choc des Titans
8
50
10
9
12
7
EU. Saison 1. Avec Freddie Highmore,
Paige Spara, Nicholas Gonzalez, Antonia Thomas. 2 épisodes. Inédits.
Shaun a trouvé refuge chez sa voisine, Lea. Cette dernière lui propose
de partir en voyage.
22.50 Grey’s Anatomy : Station 19 Série. 2 épisodes. Inédits
0.30 New York, unité spéciale. Série.
Histoires d’une nation
Fra. 2018. Réal. : Yann Coquart. 1h00.
La gloire de nos pères. Inédit. Retour
sur la période des Trente Glorieuses
et de la décolonisation, de la déchirure algérienne à l’espoir de l’ascenseur social par l’école.
22.00 Histoires d’une nation Série documentaire. Inédit 23.00 Les
animaux face au terrorisme.
Fra. Avec Sandrine Bonnaire, Samuel
Labarthe, Stéphane Metzger, Maïra
Schmitt. La peur. Inédit. Une avocate
qui se sent responsable du meurtre
d’une femme qu’elle conseillait
représente la fille de la victime.
20.50 Enquête de santé
22.35 La loi de Simon Série. Des
21.55 Débat 22.30 C dans l’air 23.40
C à vous 0.35 C à vous, la suite
hommes en noir 0.20 Soir/3 0.55
On refait les grands duos d’humour
18.30 L’info du vrai (C) 19.50 L’info
du vrai, le mag (C) 20.50 Le JT pressé
(C) 20.55 Catherine et Liliane (C)
19.00 Les couleurs du Maroc. Série
documentaire. Blanc 19.45 Arte
journal 20.05 28 minutes. Mag.
18.30 La meilleure boulangerie de
France. Jeu 19.45 Le 19.45 20.25
Scènes de ménages. Série.
21.00
20.50
21.00
Film. Comédie
Doc. Science et technique
Magazine. Vie pratique
Mag. Santé. Prés. : M. Cymes, M.
Carrère d’Encausse. 1h05. Troubles
du sommeil : la fin du cauchemar ?
Inédit. En direct. Ce rendez-vous est
consacré à une thématique précise.
18.05 Les vacances des Anges 3 : viva
España ! 19.55 The Big Bang Theory
22.50 Tchi tcha Magazine 23.40
D’après une histoire vraie. Film.
Drame 1.20 La neuvième porte. Film.
All. 2018. Réal. : M. Hielscher et M.
Heeder. 1h30. Inédit. Des programmes informatiques sont aujourd’hui
capables d’anticiper des actes criminels. Une aide pour la justice ou
bien un risque réel pour nos libertés ?
22.20 Le temps, c’est de l’argent
Film. Documentaire 23.50 Les
musulmans d’Europe. Série doc.
Maison à vendre
Prés. : Stéphane Plaza. 2h05. Sylvie
et Alain/Manuela et Hervé. Inédit.
Sylvie et Alain habitent Levens, à
une trentaine de kilomètres de Nice
- Manuela et Hervé vivent à Sucyen-Brie dans le Val-de-Marne.
23.05 Maison à vendre Magazine. Vie pratique. Présentation :
Stéphane Plaza.
12
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec François Levantal.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 90’ enquêtes
21.00 M6 Music : 20 ans Le concert anniversaire
21.00 Les aventures
extraordinaires…
Mag. Société. Prés. : Tatiana Silva.
1h20. PV, fourrière, stationnement :
quand l’automobile devient un cauchemar. Inédit. Se garer en centreville est devenu quasi-impossible !
22.20 90’ enquêtes. Pourquoi nos
routes sont-elles de plus en plus…
Concert. Pop/Rock. Prés. : Jérôme
Anthony, Érika Moulet. 2h40.
Inédit. Des artistes se sont réunis
pour célébrer 20 ans de M6 Music.
23.40 Les 20 chansons préférées
des Français. Documentaire.
SU DO KU
14
18
50
17
17
18
19
GRILLE 2681 FACILE
2 3
7
9 4
1
9
4 2 1 9
3
1
2
1 7 8
8
6
8
6
1
9 7 5
6
5
4
4 1 3
9
5
8
6
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
C
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SAGE
MESURE
PARLAI
FORT
19
20
23
20
22.30 Égypte, les plus grandes
découvertes. Documentaire.
22
21
70
22
24
<-10 à 0
Film. Comédie. Fra. 2009. Réal. : G.
Nakache, H. Mimran. 1h50. Avec Leïla
Bekhti. Lila et Ely vivent à Puteaux,
de l’autre côté du pont à dix minutes
des beaux quartiers de Paris.
20/23
13/23
3/13
9/12
10/19
22/31
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
13/20
22.55 Trop jeune pour elle. Film 0.40
Les rois de la piscine. Téléréalité.
VENDREDI
10/21
7/19
10/22
9/22
12/24
10/24
18/24
7/12
11/16
20/33
5/13
20/25
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
9/19
10/21
10/16
11/23
11/15
12/19
7/15
14/15
14/25
18/25
JEUDI
13/18
12/21
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
MERCREDI
21.00 Tout ce qui brille
8/21
10/25
13/27
15/25
17/25
lachainemeteo.com
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SOIGNE
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24
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COMPLÈTE
SCIENTIFIQUE
PROCHE
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SOUVENT
DU BLÉ
ASTRE
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O
N
présente
Volume
18
JOUEUR
DE RUGBY
BÂTON À
BRÛLER
RAMASSÉ
SUR
LUI-MÊME
UN APPEL
DIVISION
DE TEXTE
LE
PRÉFÉRÉ
DÉRANGER
EMBOUCHURE
DEVANT
PATRES
PAYS DU
NORD
PERSONNEL
RÉFLÉCHI
GIRON
EN BOUT
DE LAISSE
PLACÉE
ON Y
SUSPEND
DE LA
VIANDE
ELLE
NOIRCIT
UN TUYAU
NOTÉ
DANS L’HYPOTHÈSE
INEPTE
PRÉNOM
BIEN À TOI
Édition Collector
EST EN
NAGE
GAI
PARTICIPE
ELLE
EST INDÉSIRABLE
VIRTUOSE
PRIS PAR
LES ALLUVIONS
18
16
19
ELLE FAIT
SON MIEL
SURANNÉE
S’EXCLAMA (S’)
CONNAISSANCE
EXACTE
SPÉCIALISTE DU
GRAND
ÉCART
16
T (en °c)
Documentaire. Découverte. 2009.
Réal. : Liz McLeod. 1h40. Des égyptologues enquêtent sur les funérailles du pharaon Toutankhamon.
ÇA NE VA
PAS SI ON
LE GARDE
14
16
17
20
15
15
FORCE 2
CORNET
D’ÉTÉ
BANDES
DE TISSU
PAYS
HUMIDE
ET VERT
PIQUANT
13
17
19
20
20.50 Les derniers secrets
de Toutankhamon
23.10 Podium. Film. Comédie. Avec
Benoît Poelvoorde.
13
13
16
18
18
MOTS FLÉCHÉS N°2090
Chaque jour un peu plus difficile
6
7 5
… d’Adèle Blanc-Sec
Film. Aventures. Fra. 2010. Réal. : Luc
Besson. 1h45. Avec Louise Bourgoin,
Mathieu Amalric, Jean-Paul Rouve.
15
100
APRÈS-MIDI
20.55 Les Incorruptibles
20.10 Rénovation impossible. Téléréalité. Un oiseau rare.
19.20 Quotidien, première partie
19.40 Quotidien. Talk-show.
14
10
19.55 Les maîtres de l’auto. Série
doc. Transformation extrême.
Prédire les crimes
10
10
6
21
Fra. 2017. Réal. : David et Stéphane
Foenkinos. 1h42. Inédit. Avec Karin
Viard, Anne Dorval. Une professeur
de lettres passe du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse
maladive.
6
2
10
23.10 3 Days to Kill. Film. Thriller 1.20
Countdown. Film TV. Action.
Jalouse
6
6
8
19
Film. Policier. EU. 1987. Réal. : Brian
De Palma. 1h55. Avec Kevin Costner,
Sean Connery. Durant la prohibition,
à Chicago, des flics incorruptibles
luttent contre la pègre locale.
4
4
19.00 C à vous. Magazine 20.00 C à
vous, la suite 20.20 Entrée libre
La loi de Marion
2
6
4
20
3
3
5
6
6
3
3
9
9
23.00 Chroniques criminelles. Magazine. Présentation : Magali Lunel.
Good Doctor
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GLISSE
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TRANQUILLITÉS
03/09/2018 11:32
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mardi 2 octobre 2018
37
Paul Georgelet,
le conteur et ses chèvres
DARRI
SUCCÈS Cet éleveur des Deux-Sèvres, aujourd’hui installé à l’île de Ré,
s’est fait un nom avec ses fromages de chèvre aux noms poétiques
qui sont vendus dans les meilleures fromageries et jusqu’au Japon.
Alyette Debray-Mauduy
adebray@lefigaro.fr
S
es bacchantes à la Brassens donnent
immédiatement une idée du personnage… Haut en couleur, authentique, exalté et sensible. Qui reconnaît volontiers « faire le spectacle »
quand il vend ses fromages. « Ma
moustache, j’y tiens, ajoute-t-il. Je
l’ai toujours eue et je l’entretiens, à
l’image du sillon de ma vie. Je m’étais donné une
direction au départ et je n’en ai jamais dévié. » Son
chemin, Paul Georgelet l’a tracé il y a plus de
quarante ans dans le fromage de chèvre, où il
s’est fait un nom. Son Mothais sur feuille, son
Rond de Lusignan, sa Tricorne de Marans sont
vendus dans les meilleures fromageries parisiennes mais aussi au Japon, au Canada et sur les
marchés de l’île de Ré.
Cet été, à Ars, aux Portes ou à La Couarde, la
longue file d’attente devant son étal témoignait de
son succès. On y venait autant pour ses petits
chèvres frais que pour croiser cette grande gueule, attachante et intarissable quand il s’agit d’évoquer son savoir-faire. « Paul Georgelet est un
conteur de rue et un savant de sa profession », assure une habituée des lieux. À Ré, ses clients se
nomment Lionel Jospin, Nicole Garcia, JeanClaude Casadesus… Mais il n’en a pas pour autant
pris la grosse tête. « Je ne regarde pas la télé, je ne
vais pas au cinéma et je lis très peu. À part Lionel
Jospin, je ne savais pas que je vendais mes fromages
à des célébrités, raconte-t-il,amusé. Jusqu’au jour
où j’ai vu un article sur Jean-Claude Casadesus
dans Le Point. J’ai cru un moment que je ne pourrais plus lui parler comme avant et j’ai fini par me
dire, reste comme tu es. »
Perpétuer la tradition
Toujours à l’île de Ré, ce fromager a
repris il y a un an la ferme de Loix,
une institution rhétaise réputée pour
sa tomme et ses fromages frais. C’est
ici qu’il perpétue la tradition, qu’il
innove, qu’il teste de nouvelles expériences - telle sa glace au lait de
chèvre. Des moteurs pour cet autodidacte qui a de quoi être fier de son
parcours. La ferme, c’est toute sa
vie. Il est né dans celle de ses parents, à Villemain, dans les DeuxSèvres, et ne l’a jamais quittée. Sous
ses airs un peu bourrus et son teint
rougeaud, ce caractère bien trempé
cache une grande sensibilité. Évoquer avec nous son enfance, ses parents, leur travail à la ferme suffit à
lui mettre la larme à l’œil.
« Très jeune, j’ai compris combien
les conditions de vie de ma famille
étaient difficiles. J’ai encore en tête
l’image de cette petite maison, sans
eau courante où j’ai vécu petit – jusqu’en 1965 - avant que nous puissions
nous offrir une “vraie” maison, où ont
cohabité jusqu’à quatre générations de Georgelet
[ses grands-parents, ses parents, lui, sa femme et
ses deux enfants]. C’était difficile à gérer mais extraordinaire. » Paul n’a jamais cessé de travailler à
la ferme – « À 9 ans, je conduisais déjà le tracteur
avec des cales sous les pédales » - mais n’a pas pour
autant arrêté ses études… Tout du moins jusqu’en
terminale, où une pleurésie l’éloigne plusieurs
mois du lycée. Il fait une croix sur
son baccalauréat, préférant soutenir ses parents, endettés jusqu’au
cou. « Pour améliorer la rentabilité
de la ferme, j’ai tout de suite eu l’idée
de faire du fromage. Je n’y connais1953
sais rien, j’ai pris conseil auprès des
Naissance à Villemain
grand-mères du village et fabriqué
(Deux-Sèvres).
mes premiers chèvres frais dans la
1973
cuisine, avec de la présure achetée à
Fabrique ses premiers
la pharmacie et du lactosérum. » Sur
chèvres frais dans la
les marchés de la région, ces derferme de ses parents.
niers s’écoulent comme des petits
1982
pains.
Lance le Mothais
sur feuille qui fera
Médaillé du Concours
son succès.
général agricole
1986
Son commerce grandit vite, il
S’installe sur les marchés
achète une centaine de chèvres
de l’île de Ré,
supplémentaires, crée une vraie
à La Couarde puis à Ars.
fromagerie et monte à Paris ren2008
contrer Auguste Royer, un fromaEst élu maire
ger de Levallois-Perret chez qui il
de Villemain.
est recommandé. « Cet Auvergnat
2017
sera mon mentor. Il a eu un coup de
Rachète la Ferme
cœur pour mes produits et m’a tout
de Loix (île de Ré).
appris : les camions frigorifiques et
Bio
EXPRESS
les caissettes pour distribuer mes fromages, les prix
de vente “parisiens”… Et il m’a ouvert les portes des
grandes maisons. »
Sur les conseils de Pierre Androuët - qui lui
glisse à l’oreille qu’il ne faut pas faire les mêmes
fromages que tout le monde -, Paul Georgelet
crée le Mothais sur feuille, qui sera plusieurs fois
médaillé au Concours général agricole. Son affaire est lancée. Il cumule les casquettes : éleveur,
chef d’entreprise, organisateur du Concours national des fromages de chèvre et, en 2008, maire
de Villemain, son village de 150 habitants dans les
Deux-Sèvres. « C’était trop, reconnaît-il. Trop de
travail, trop de pression. Comme je ne sais pas dire
non, je me suis totalement dévoué aux habitants de
Villemain. Je me suis laissé envahir et j’ai fait un
burn-out. » Aujourd’hui, il a retrouvé son équilibre. En s’installant dans sa ferme, à Loix, près de
ses chèvres. « Ma thérapie a duré trois ans et m’a
appris à savoir dire stop. Tous les jours, quoi qu’il
arrive, je prends quinze minutes de mon temps pour
marcher au bord de l’Atlantique. J’écoute les
oiseaux, le silence… Ce sont des moments merveilleux. » À 65 ans, et alors que ses deux enfants
ont pris des chemins différents - son fils est batteur, sa fille nutritionniste -, il a fait de la transmission son nouvel idéal de vie. À Loix, sa ferme
se visite en famille, on y assiste à la traite des
chèvres, on y découvre la fabrication des fromages que l’on déguste ensuite. « C’est magnifique
de communiquer avec les enfants. Avec les tablettes et Internet, ils n’ont plus beaucoup d’occasions
de voir du vivant, de l’authentique. J’ai tout appris
des anciens et j’ai maintenant le devoir de transmettre mon savoir-faire. » ■
UN DERNIER MOT
edemontety@lefigaro.fr
Par Étienne de Montety
Bohème [bo-ê-m’] n. m.
Air soudain triste.
C
harles Aznavour, l’interprète de La Bohème, vient de mourir.
Le mot vient du latin médiéval Bohemus, qui désigne un habitant de la Bohème.
À partir du XVIIe siècle, il a désigné la vie d’artiste. Si le Bohémien véhicule
avec sa roulotte bien des préjugés contre lui, la bohème en revanche est très bien
portée. Depuis les personnages d’Henri Murger jusqu’au moderne bobo :
celui-là aime les châteaux, mais en bohème.
La bohème dans sa version romantique, Aznavour l’avait résumée d’un couplet : « Ça
voulait dire on est heureux », mais aussi : « Nous ne mangions qu’un jour sur deux ».
Travail acharné, obsession de la perfection, scène jusqu’au bout, la vie d’Aznavour
n’avait rien d’une bohème. Ce qu’il avait gardé de ce mot, peut-être le cristal
de sa voix : toujours près de se briser.
Pourquoi, à propos de lui, songe-t-on à la fameuse définition de mots croisés :
« petit anarchiste tchèque » dont la réponse est naturellement « amour » :
parce qu’il est enfant de bohème et n’a jamais, jamais, connu de loi.
Voilà pourquoi Charles Aznavour l’a si bien chanté. ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
SIEM REAP • ANGKOR • PHNOM PENH • HÔ CHI MINH-VILLE
DES TEMPLES D’ANGKOR AU DELTA DU MÉKONG
Embarquez pour une croisière sur le plus légendaire des fleuves d’Asie.
Vous serez émerveillés par le site des temples d’Angkor, un des plus beaux
patrimoines du monde. De Kampong Chhnang, un port de pêche sur le lac Tonlé,
aux fermes flottantes de Chau Doc en passant par les ateliers de Koh Chen, vous
ferez connaissance avec le quotidien des artisans locaux, avant d’approcher Phnom
Penh, la capitale royale du pays.
Au Vietnam, vous découvrirez Sa Déc, le jardin de la Cochinchine ; les pépinières de
Caï Be ; les vergers de My Tho... Au terme d’un parcours enchanteur, vous rejoindrez
Hô Chi Minh-Ville et la frénésie d’une grande capitale !
ANGKOR
CAMBODGE
SIEM REAP
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TONLÉ
MÉKONG
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13 JOURS / 10 NUITS
À bord du RV Indochine II
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© Shutterstock - Alexandre Sattler.
w w w. c r o i s i e u r o p e . c o m
Kanye West fait la promo
de Trump chez SNL
François Hollande
décoré en Ukraine
Invité samedi soir de l’émission
« Saturday Night Live » sur NBC,
célèbre pour ses parodies
de Donald Trump et de son
entourage, le rappeur Kanye West,
nouvel ami du président et visiteur
du soir à la Maison-Blanche,
a coiffé une casquette rouge
marquée du logo MAGA (Make
America Great Again) pour
ses apparitions à l’écran, avant
de se lancer dans un plaidoyer
pro-Trump dont seul le public
du plateau a pu bénéficier :
le direct était déjà terminé…
L’ancien président s’est rendu
lundi à Kiev, où le président
ukrainien, Petro Porochenko,
lui a remis la décoration de l’ordre
de la Liberté, la plus importante
distinction officielle de l’État
ukrainien, pour sa « contribution
personnelle à la défense
de la souveraineté, de l’intégrité
territoriale et de l’indépendance
de l’Ukraine ». Le chef de l’État
ukrainien a promis à son ancien
homologue français que son livre
Les leçons du pouvoir serait bientôt
traduit en ukrainien.
A
CROISIÈRE AU FIL DU MÉKONG
À la mort de l’éditeur Bernard de Fallois, en janvier 2018,
ses amis ont retrouvé dans ses papiers tous les travaux
inédits de celui qui fut l’un des pionniers des recherches
sur Proust. Dans les années 1950, il fut l’éditeur
de Jean Santeuil et du Contre Sainte-Beuve. Vient
de paraître, signée de lui, une remarquable Introduction
à la Recherche du temps perdu, et un autre volume
sur Proust est à venir en janvier. Suivra, toujours
aux Éditions de Fallois un recueil de ses chroniques
de cinéma : Fallois fut aussi un remarquable critique
à Arts, sous le pseudonyme de René Cortade.
LOUIS MONIER/RUE DES ARCHIVES
Les écrits de Bernard de Fallois
- AR7162
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