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Le Figaro - 03 10 2018

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mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 060 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
REPORTAGE
DANS LES COULISSES DE LA
RÉNOVATION DU PORTE-AVIONS
« CHARLES-DE-GAULLE » PAGE 14
Basquiat et Schiele :
Bernard Arnault expose
deux artistes rebelles à la
Fondation Louis Vuitton
MONDIAL PARIS
MOTOR SHOW
Les
es concept cars
stars du salon
NOTRE CAHIER SPÉCIAL
DEUIL
Macron cherche
le bon hommage
pour Aznavour PAGE 5
ROYAUME-UNI
À Birmingham,
Boris, Jeremy,
Sajid, Jacob
et les autres PAGE 6
Heures
supplémentaires :
la majorité accélère
la mise en place
de l’exonération
n
PAGES 15 À 17
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mardi :
Quelle est votre chanson
préférée de Charles
Aznavour ?
26 % Emmenez-moi
21 % La Bohème
12 % Hier encore
10 % La Mamma
8 % Je m’voyais déjà
7 % Comme ils disent
5 % Mes emmerdes
4 % Que c’est triste, Venise
4 % Les comédiens
3 % For me… formidable
TOTAL DE VOTANTS : 41 726
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Êtes-vous favorable à un
hommage national pour
Charles Aznavour ?
NAVAL GROUP - PHILIPPE LOPEZ/AFP SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
qui avait commencé deux jours
plus tôt dans nos colonnes
avec l’annonce de sa démission refusée par le président de
la République. Mardi, Gérard
Collomb a réitéré sa demande
dans une interview exclusive
au figaro.fr. Quelques minutes
avant la publication de l’entretien, Édouard Philippe avait
répliqué aux piques de l’opposition sur un ministre de l’Intérieur « déjà à l’extérieur du
gouvernement », en balayant
une « petite polémique ». Dès
lors, le président a pris acte de
cette démission et a annoncé
qu’il recevrait rapidement les
propositions du premier
ministre.
« Il faut une clarté vis-à-vis
de nos concitoyens »
L’un, Egon Schiele, vécut à Vienne au début du XXe siècle.
L’autre, Jean-Michel Basquiat, dans le New York
des années 1970. Tous deux sont morts à 28 ans.
Le président du groupe LVMH se confie sur ces enfants
terribles de l’art réunis pour une exposition majeure au sein
du bâtiment iconique de Frank Gehry. PAGES 28 À 30
Dans un entretien exclusif, le
ministre de l’Intérieur, qui a
reçu Le Figaro Place Beauvau
en présence du maire de
Lyon, Georges Képénékian,
confie les raisons de sa démission. Il a vu le président lundi,
lui a fait part de sa volonté
de quitter son poste. « Pour
une raison simple, dit-il. Je
ne veux pas que des
échéances locales puissent
venir troubler la vie politique nationale. »
è MACRON VEUT ALLER VITE POUR REMPLACER COLLOMB
è PRIS DE COURT, LE MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR RÊVE D’UN
« VRAI CHEF » POUR INCARNER L’ORDRE è UNE SITUATION
DEVENUE INTENABLE SELON L’OPPOSITION PAGES 2 À 4 ET L’ÉDITORIAL
ÉDITORIAL par Vincent Trémolet de Villers vtremolet@lefigaro.fr
A
Surréaliste
ndré Breton n’en croirait pas ses
yeux. En quelques jours, Gérard
Collomb et Emmanuel Macron
ont pulvérisé les plus belles performances surréalistes. Dans ce
théâtre de l’absurde, on démissionne, mais
pas tout de suite, on s’affaiblit pour renforcer
sa légitimité, on supplie, comme le ferait un
captif, de pouvoir enfin quitter son ministère.
Plus personne n’y comprend rien : à l’Assemblée, lors des questions au gouvernement,
l’inébranlable Édouard Philippe semblait,
lui-même, désemparé.
Déjà Nicolas Hulot avait innové en décidant
au petit matin de jeter son portefeuille ministériel. Nous en sommes désormais au deuxième ministre d’État qui, sans se soucier du
président de la République, choisit de quitter
le gouvernement. Journalistes et politiques
vont se plonger dans cette fascinante (et désolante) tragi-comédie, pour y relever tous
les détails, comprendre les causes profondes
et les éléments déclencheurs, donner une rationalité à cette vertigineuse abstraction. La
course à la succession ajoutera un peu plus à
la confusion et renforcera, hélas, l’impression
de délitement d’un pouvoir qui semblait inal-
térable. Ce charivari, c’est la politique. Mais il
y a aussi, il y a surtout, la réalité de la société
française. Elle n’est pas drôle du tout. Rappelons que notre pays reste à un niveau très élevé de menace terroriste, que chaque jour
ajoute de nouvelles victimes à l’effrayant registre de la violence gratuite, que certains départements sont « submergés », selon les
mots de Gérard Collomb, par les demandes
d’asile. Que de Grenoble à Trappes, de
Marseille à Gargeslès-Gonesse, l’État
recule, chaque jour,
un peu plus face à la
loi des bandes, des
barbus et des bandits.
Martine Aubry, elle-même, s’inquiète de la
prolifération de ces territoires perdus. Restaurer l’ordre républicain, assurer aux citoyens ce droit de l’homme qu’est la sécurité
devrait être une priorité absolue. Pour mener
à bien cette tâche herculéenne, Emmanuel
Macron doit choisir, et vite, un ministre de
l’Intérieur à l’autorité incontestable. C’est le
seul dénouement qui puisse faire oublier cette
mauvaise farce.
IWC PORTUGIESER.
L A LÉGENDE
PARMI LES ICÔNES.
Restaurer
l’ordre
républicain :
une priorité
absolue
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Portugieser Chronographe. Réf. 3714
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n
CYRILLE GEORGE JERUSALMI POUR LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
n
La démission
de Collomb
plonge l’exécutif
dans la crise
Le ministre de l’Intérieur quittera donc la Place Beauvau
comme il le souhaite depuis
plusieurs semaines. Le président de la République a « trouvé regrettable que Gérard Collomb se soit mis dans la situation
le conduisant à devoir démissionner ». Une façon de clore
un feuilleton rocambolesque
PAGE 22
n
LE PHYSICIEN FRANÇAIS GÉRARD
MOUROU COURONNÉ POUR
SES TRAVAUX SUR LE LASER PAGE 11
Les fortes tensions qui couvaient depuis
des semaines entre Emmanuel Macron et son ministre
ont éclaté ces deux derniers jours.
SOCIAL
Quelle est la
géographie
électorale
du vignoble
français ?
Les bonnes
feuilles du
livre d’Olivier
Rey
La chronique
de Bertille
Bayart
La tribune
du général
d’armée
Didier Castres
et du général
Mamadou Sow
PRIX NOBEL
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mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
Le départ de Gérard Collomb
Le ministre de l’Intérieur annonce au « Figaro » sa démission et son retour anticipé
Il est
regrettable que
Gérard Collomb
se soit mis
dans la situation
le conduisant
à devoir
démissionner
»
EMMANUEL MACRON,
CITÉ PAR SON ENTOURAGE
Mardi, Gérard Collomb a convié
son successeur à la mairie
de Lyon, Georges Képénékian,
à son cabinet, place Beauvau.
Ils ont reçu ensemble Le Figaro
pour annoncer la démission
du ministre et la mise en retrait
du maire par intérim.
SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
SERVICE POLITIQUE
GÉRARD COLLOMB ne sera jamais monté à bord de l’avion de 18 h 50 pour Conakry. Le ministre de l’Intérieur devait
décoller, ce 1er octobre, en direction de
la Guinée, pour y représenter Emmanuel
Macron aux 60 ans de l’indépendance du
pays, en compagnie de nombreux chefs
d’État africains. Seulement, l’imprévisible « premier flic de France » en a décidé
autrement, plongeant l’exécutif dans un
nouveau maelström.
Inquiet de la situation politique locale
à Lyon, où il brigue un quatrième mandat, et critique ces dernières semaines
sur les décisions du président, Gérard
Collomb demande à voir d’urgence le
chef de l’État. Il traverse la rue du Faubourg-Saint-Honoré pour rejoindre
l’Élysée, où il s’était déjà rendu plus tôt
dans l’après-midi pour une réunion sur
l’avenir des métropoles. Comme l’a révélé hier Le Figaro, l’ex-maire de Lyon
présente alors sa démission. Celle-ci est
refusée par Emmanuel Macron. Dans la
foulée, l’Élysée tente de circonscrire
l’incendie. « Face aux attaques dont le
ministre fait l’objet depuis qu’il a confirmé
qu’il serait candidat, le moment venu, à la
mairie de Lyon, le président de la Républi-
que lui a renouvelé sa confiance et lui a demandé de rester pleinement mobilisé pour
sa mission pour la sécurité des Français »,
indique alors la présidence.
Entre les deux hommes, la relation est
aussi affective que complexe. Gérard
Collomb a cru en ce ministre de l’Économie trentenaire de François Hollande,
quand personne ne misait sur lui. Ensemble, ils ont lancé l’assaut sur l’Élysée.
Ensemble, ils ont gagné. Leurs divergences ne semblent pas alors insurmontables. « Ce ne sont pas quelques mots
dans des articles qui vont gommer deux
ans ensemble à se voir 24 heures sur 24
pour remporter la présidentielle et gouverner le pays », note un proche.
Le 2 octobre, vers minuit, c’est le secrétaire d’État auprès du ministre des
Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, qui est finalement dépêché en
Guinée. Il s’apprêtait à partir à Genève
pour un forum sur l’OMC et doit changer
ses plans in extremis. Mardi matin, la
détermination du ministre de l’Intérieur
est toujours palpable. Alors qu’Emmanuel Macron et Édouard Philippe déjeunent au palais, l’ex-maire de Lyon
convie son successeur dans la capitale
des Gaules à deux cents mètres de là,
Place Beauvau : Georges Képénékian.
Entre les deux hommes, le contrat est
clair depuis le début. L’ex-premier adjoint de Gérard Collomb assure l’intérim
pendant que son mentor est en poste à
Paris. C’est un fidèle à la loyauté totale,
sans velléité de prendre la place de Gérard Collomb, contrairement à David
Kimelfeld, qui a pris la tête de la métropole lyonnaise et qui rechigne à apparaître comme un intérimaire. « Il y a le feu à
Lyon », résume un grand élu.
“
Finalement,
la peur de perdre sa ville
est plus grande
que la raison d’État
”
UN DÉPUTÉ LAREM
Pour l’actuel maire de Lyon, Georges
Képénékian, l’heure de rendre les clés à
Gérard Collomb est arrivée. « Ce départ
de Collomb, qui peut être vu comme une
faute au plan national, est en fait guidé
par des enjeux locaux », décrypte un fin
connaisseur de Lyon. Dans la foulée, les
deux élus reçoivent Le Figaro pour annoncer la démission du locataire de
Beauvau et la mise en retrait du maire
par intérim. En amont, Gérard Collomb
avait prévenu Emmanuel Macron par
téléphone.
Vers 16 heures, la nouvelle s’ébruite
en pleine séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, que
Gérard Collomb a séchée. Le premier
ministre, interpellé par un député, annonce qu’il proposera au chef de l’État
« les décisions qui s’imposent » à propos
du ministre de l’Intérieur. Édouard
Philippe, d’ordinaire rond et pincesans-rire, a l’air furieux. À l’Élysée, les
conseillers laissent éclater leur colère.
Emmanuel Macron « attend désormais
les propositions du premier ministre »,
est-il indiqué par la présidence, en milieu d’après-midi. Les ministres et les
parlementaires n’en reviennent pas.
« C’est une trahison, c’est irresponsable,
s’emporte un proche du chef de l’État.
C’est au moment du remaniement qu’il
aurait dû partir. » Les macronistes
avaient pourtant soutenu jusqu’au bout
Gérard Collomb, malgré des désaccords
sur la loi asile et immigration. Désormais, ils lâchent leurs coups. « Il ne s’est
pas remis de l’affaire Benalla, grince un
député La République en marche (LaREM). Finalement, la peur de perdre sa
ville est plus grande que la raison d’État. »
À l’Élysée, on accuse le coup. Dès
l’annonce du maintien de sa démission
publiée sur le site Internet du Figaro, les
conseillers du président et le président
«
Je ne veux pas que
des échéances
locales puissent
venir troubler la vie
politique nationale
GÉRARD COLLOMB
»
« Il faut une clarté vis-à-vis de nos concitoyens et des Lyonnais »
PROPOS RECUEILLIS PAR
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
ET MARCELO WESFREID £@mwesfreid
A
DANS LE BUREAU mythique de la
place Beauvau, qui accueillit Pierre
Joxe, Charles Pasqua ou Nicolas
Sarkozy, Gérard Collomb reçoit Le Figaro. Mais pas seul. Il est accompagné
de Georges Képénékian, l’actuel maire de Lyon, qui répond parfois aux
questions en même temps que Gérard
Collomb. Georges Képénékian a pris
les rênes de la cité après l’entrée de
Gérard Collomb au gouvernement. Et
s’apprête à les lui rendre. Le ministre
de l’Intérieur considère que son
« contrat est rempli » et qu’il peut
désormais se consacrer à Lyon pleinement. Interview.
LE FIGARO. - Le refus par Emmanuel
Macron d’accepter votre démission,
lundi soir, n’a-t-elle pas créé
un psychodrame au sein de l’exécutif ?
Gérard COLLOMB. - Pas du tout. Le fait
que je vous réponde ce mardi en compagnie du maire de Lyon, assis à mes
côtés dans mon bureau, montre bien
une volonté commune de préparer les
futures échéances. Aujourd’hui, comme vous le savez, une polémique s’est
élevée car je me suis exprimé sur ce que
je ferai dans un an et demi. Je pense
préférable toujours d’annoncer les cho-
ses de manière transparente. Et nous le
faisons ici conjointement.
Georges KÉPÉNÉKIAN.- Nous avions
un contrat moral, un engagement entre
nous pour mener campagne. Gérard
Collomb a fait ce travail très important
de métamorphose de la ville, il a acquis
une expérience. Il est bon que tous ensemble nous puissions imaginer le projet suivant, qu’on puisse préparer les
futures échéances.
Gérard COLLOMB.- Nous avons convenu depuis longtemps que je reviendrai à la tête de la mairie pour préparer
les échéances futures.
Vous aviez annoncé, Gérard Collomb,
un premier calendrier pour quitter
le gouvernement. C’était après
les européennes. Pourquoi accélérer?
J’ai vu le président lundi. Je lui ai fait
part de ma volonté de lui donner ma
démission pour une raison simple : je
ne veux pas que des échéances locales
puissent venir troubler la vie politique
nationale. Je souhaite servir le président de la République et notre pays. Et
je veux faire en sorte que ce ministère
soit toujours le ministère le plus performant possible. Nous sommes à un
tournant. J’ai impulsé beaucoup de réformes, mais aujourd’hui, compte
tenu des rumeurs et de la pression qu’il
peut y avoir, je ne veux pas qu’une
candidature demain puisse troubler la
marche du ministère de l’Intérieur. Il
faut une clarté vis-à-vis de nos concitoyens et une clarté vis-à-vis des
Lyonnais. Je maintiens donc ma proposition de démission.
Donc vous démissionnez malgré
le refus du président de la République ?
Nous avons parlé longuement avec le
président et je veux continuer à l’aider.
Au poste que j’occupe, je peux être demain une gêne pour lui et le premier
ministre. Et ce n’est pas ce que je souhaite.
Comment jugez-vous votre bilan ?
J’ai d’abord fait en sorte que la police
et la gendarmerie puissent avoir des
crédits en forte augmentation. Et
c’est grâce à la confiance du président
de la République. Alors que le budget
de l’État observera une croissance de
0,8%, le budget du ministère de l’Intérieur progressera de 3,4%. C’est la
concrétisation de l’engagement présidentiel de faire de la sécurité de nos
concitoyens une priorité. Cela va
nous permettre d’accroître nos forces
dans tous les domaines.
Ne partez-vous pas trop précocement
par rapport à votre cahier
des charges ?
Un cap est désormais fixé dans tous les
domaines pour tout le quinquennat.
Sur les collectivités locales, par exemple, je pense que nous pouvons porter
un discours de confiance : si on regarde par rapport aux années antérieures,
elles bénéficient de plus de marges de
manœuvre et peuvent accroître leurs
investissements. Leurs dotations sont
stabilisées là où elles baissaient, d’année en année.
Au niveau européen, nous avons lancé
beaucoup d’initiatives, de coopérations entre les différentes forces, et
notamment en matière de sécurité civile. J’ai en particulier indiqué la voie à
suivre pour que demain nous ayons
encore plus de sapeurs-pompiers vo-
des orientations sont fixées. D’autres
pourront ouvrir de nouvelles pages.
Où en est votre relation avec Macron ?
C’est une relation qui sera toujours de
confiance. Là où je serai, je serai un
soutien actif pour lui comme pour le
premier ministre. Je soutiendrai leur
politique que je trouve adaptée aux enjeux qui sont ceux de la France.
Vous aviez pointé le manque
« d’humilité » du pouvoir.
Vos critiques ont-elles été entendues ?
Ce que j’ai constaté, c’est que, lors de son
séjour aux Antilles, Emmanuel Macron a
montré quelle empathie il pouvait avoir avec nos concitoyens.
J’ai eu énormément de plaisir Sur les retraites, il a lui-même
annoncé qu’il fallait veiller aux
et de fierté à être à la tête
retraités les plus modestes. Sur
de ce ministère
les collectivités locales, il a touGÉRARD COLLOMB
jours pensé que leur action était
complémentaire de celle de
lontaires. S’agissant du cadre législatif
l’État. Et sur ce sujet, s’il y a eu des innational, nous avons fait adopter des
compréhensions, je pense qu’il les dissilois essentielles : la loi sécurité intépera dans les prochains temps.
rieure et lutte contre le terrorisme, la
loi Warsmann sur le dispositif « DuConcrètement, que va-t-il se passer
blin », la loi asile, immigration et intéà compter de maintenant, pour vous,
gration. Je tiens à remercier tous les
pour le ministère ?
parlementaires pour la qualité des déComme vous avez pu le constater, je
bats que nous avons eus. Nous avons
continue à remplir mes fonctions de
par ailleurs avancé sur la question des
ministre de l’Intérieur. Et je le ferai
grandes métropoles européennes. Le
autant que le président et le premier
contrat pour moi est rempli, les granministre le jugeront nécessaire.
«
»
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LE FIGARO
déstabilise l’exécutif
à Lyon, un an et demi avant les municipales.
Surtout s’il se passe quelque chose…
Comme vous le savez, au ministère de
l’Intérieur perdure une continuité de
l’action. Ce mardi matin, nos forces de
l’ordre ont mené une opération importante à Grande-Synthe. Nous avions ce
mardi une réunion de tous les grands
directeurs du Renseignement territorial, de ceux de la Police aux frontières.
Il y a toujours une permanence de
l’État. La maison continue à fonctionner et je la ferai fonctionner jusqu’au
bout, comptez sur moi.
À votre avis, quel est le profil pour être
un bon ministre de l’Intérieur ?
Il peut être de ceux qui ont contribué au
projet d’Emmanuel Macron en matière
de sécurité. Il doit avoir la confiance du
président. Je sais que le chef de l’État et
le premier ministre feront le choix le
plus pertinent.
Certains ont-ils commencé
à manœuvrer, sans attendre
votre décision ?
Il a pu y avoir un certain nombre de
difficultés. Peu importe ma personne,
ce qui compte c’est l’institution. Je
n’ai qu’une préoccupation : le service
de la cérémonie d’hommage, prévue
jeudi devant l’Hôtel de ville, le ministre de l’Intérieur doit lui remettre la
Légion d’honneur à titre posthume.
Autre engagement, mais beaucoup
plus lointain celui-là, le « G6 police »
des ministres de l’Intérieur organisé
les 8 et 9 octobre pour échanger sur
« la lutte contre le terrorisme et la question des flux migratoires ». Cela tombe
bien : ce sera à Lyon. ■
3
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
L’affront fait à Jupiter
J
upiter peut-il être foudroyé ?
Emmanuel Macron peut-il
se remettre de l’humiliation
que lui inflige le premier des
macronistes ? Car le départ
de Gérard Collomb en est une. Pas
tant à cause de sa démission en tant
que telle - un ministre qui s’en va ou
qui est renvoyé, ça arrive. Mais parce
que le chef de l’État apparaît ballotté
par un enchaînement d’événements
qui lui échappent. Dans la
Ve République, dont il va célébrer
jeudi le soixantième anniversaire,
le président de la République se doit
d’être l’auteur de la partition
de l’exécutif ; le voilà relégué au rang
de spectateur hébété des caprices ou
des calculs personnels de ceux qu’il
a nommés. Il y a un mois, il subissait
la colère désabusée d’un Nicolas Hulot
qui ne prenait même pas la peine
de le prévenir. Il subit aujourd’hui le
repli empressé sur Lyon d’un Gérard
Collomb qui ne cherche même pas à
faire semblant d’obéir à son injonction
de rester au gouvernement.
Cet effet du rasoir à deux lames
est terrible pour Emmanuel Macron.
Coup sur coup, deux ministres d’État,
les numéros deux et trois du
gouvernement, lui disent : « Ce n’est
pas toi qui décides, c’est nous. » Qui
le disent devant tous les Français.
Et dans une mise en scène de comédie
de boulevard. Le chef de l’État n’a pu
ni les dissuader, ni les retenir, ni
anticiper les conditions de leur sortie,
ni organiser leurs conséquences.
L’autorité présidentielle est à la fois
bafouée et ridiculisée. Sans parler
de celle du premier ministre qui fait
la leçon à l’opposition sur la réalité
de l’engagement de son ministre
de l’Intérieur à l’instant même
où celui-ci confirme sa démission.
Le chef de l’État n’est plus le maître
des horloges, il en est le balancier.
Le pire - si l’on ose dire -, c’est que
l’intention première de Gérard
Collomb n’était pas de porter le coup
de grâce à un Macron déjà dans la
tempête. Sa motivation, c’est Lyon.
Sa seule préoccupation, c’est de ne pas
perdre sa ville. Mais faut-il que
l’aventure macroniste soit devenue
quantité négligeable à ses yeux pour
qu’il préfère affaiblir gravement et
sciemment le président plutôt que de
mettre en péril son édifice municipal.
Parce qu’il fut le premier à croire en
Macron, le ministre démissionnaire
prouve ainsi qu’il n’y croit plus.
Les larmes de Collomb qui
inauguraient à l’Élysée le quinquennat
ont cédé la place à la lame de Collomb
qui coupe la dernière amarre.
Plus rageant encore pour Macron :
voilà des semaines que l’Élysée laissait
entendre qu’il y avait un « problème
Collomb », que le ministre de
l’Intérieur n’était pas assez allant,
notamment sur la question de l’islam.
Or, par deux fois il rate le coche d’un
acte d’autorité. Il aurait pu prendre
l’initiative d’une reprise en main de
Beauvau, c’est l’occupant des lieux qui
tire le premier en programmant dans
L’Express son retour à Lyon. Le chef
de l’État aurait pu alors exiger une
clarification immédiate, il a préféré le
maintenir à son poste ; et sans même
obtenir le respect de cette décision.
Au moment où il doit impérativement
retrouver la main et reprendre de la
hauteur, voilà Emmanuel Macron
empêtré dans une crise interne qui
prolonge pour lui le trop long
cauchemar d’une rentrée gâchée. ■
de l’État. Je veux qu’il fonctionne et
qu’il assure le maximum de protection
aux Français. Lundi, j’étais à Marseille. Je participais à la cérémonie
d’hommage en mémoire de Laura et
de Mauranne, victimes de l’attentat
du 1er octobre 2017 sur le parvis de la
gare Saint-Charles. Croyez-moi, ce
sont des moments graves où, oui, vous
avez conscience que vos responsabilités sont immenses. Et qu’elles vous
obligent.
Est-ce que dans votre décision
intervient aussi le fait qu’on a essayé
de vous faire porter le chapeau
dans l’affaire Benalla ?
Pour moi, c’est une affaire ancienne. Je
ne veux pas revenir sur ce fait.
D’ailleurs, le président de la République
l’a redit lui-même : il n’y a jamais eu
une intention de mettre en cause quiconque au ministère de l’Intérieur.
Vous l’avez évidemment informé
de votre décision ultime de partir.
Que vous a dit le président ?
Je n’ai pas pour habitude de revenir sur
les conversations privées que j’ai avec
le président.
Mais vous ne partez pas un peu
le cœur serré, quand même ?
Ce ministère, on ne peut que le quitter
avec regret, parce que c’est un beau
ministère où travaillent des gens extraordinaires : policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers, tous les fonctionnaires de l’État, civils ou militaires,
quels que soient leur grade ou leur
fonction.
J’ai vu dans l’ensemble de nos terri-
toires l’engagement total et exemplaire de nos préfets, leur indéfectible
sens de l’État. J’ai eu énormément de
plaisir et de fierté à être à la tête de ce
ministère. J’en connais désormais tous
les rouages et j’ai partout côtoyé des
hommes et des femmes admirables,
totalement consacrés à la protection et
au service des Français. Je veux remercier chacune et chacun d’entre
eux. Je suis certain qu’ils continueront
à œuvrer avec le même enthousiasme
et le même dynamisme que celui que je
leur connais aujourd’hui et qu’ils
continueront à s’impliquer pleinement demain dans les réformes que
j’ai pu impulser.
Est-ce que vous avez des regrets ?
Je ne suis pas un homme de regrets, je
regarde toujours l’avenir. Je sais aussi
que construire l’avenir, c’est la première ambition du président et du gouvernement. On peut penser toujours
que, sur tel ou tel point, on aurait peutêtre pu mieux faire. Mais je suis
convaincu que les mesures prises par le
gouvernement vont porter leurs fruits
demain.
Avez-vous le sentiment que votre rôle
de ministre a nui à votre image
au plan local ?
Non. J’ai le sentiment que beaucoup de
Lyonnais sont satisfaits de l’action que
j’ai pu porter et de ce que nous avons
accompli avec le gouvernement.
Georges KÉPÉNÉKIAN. - Je pense qu’à
Lyon, en tout cas, clairement, c’est
plutôt une fierté d’avoir eu un ministre
numéro deux du gouvernement. ■
A
Mais vous avez conscience que votre
décision crée la nécessité, vu l’urgence
des dossiers, qu’un remplaçant
arrive vite ?
J’ai une conscience aiguë des enjeux.
la ville. Il a paniqué », raconte un cadre
local. La défiance vis-à-vis de sa femme,
Caroline Collomb, également référente
LaREM à Lyon, n’arrange rien.
Avant de faire ses cartons, Gérard
Collomb souhaitait toutefois pouvoir
honorer deux ultimes engagements.
Assister d’abord aux obsèques de Pascal Filoé, le chef de la police municipale de Rodez tué à coups de couteau
par un marginal dans la rue. Au cours
L'ÉVÉNEMENT
Tel. 01.55.35.20.20
lui-même se ruent sur leur messagerie
cryptée Telegram pour organiser la riposte et coordonner les réactions officielles. Celle d’Emmanuel Macron donne le ton. Le chef de l’État regrette
d’abord que Gérard Collomb se soit « mis
dans la situation le conduisant à devoir
démissionner ». Le départ du ministre de
l’Intérieur est donc acté. D’ailleurs, Emmanuel Macron « recevra rapidement les
propositions du premier ministre », indique le Palais. Le remplacement du premier flic de France est en cours. Le président de la République veut aller vite.
Les observateurs les plus perspicaces
avaient déjà perçu des signes avantcoureurs de cette accélération, samedi,
quand le ministre démissionnaire a participé à la rentrée locale de La République en marche, à Lyon, avec la secrétaire d’État en charge de l’Égalité femmeshommes Marlène Schiappa. Devant
plusieurs centaines de militants, Collomb avait vanté son bilan à Beauvau,
comme s’il était déjà parti. Selon plusieurs participants, « l’ambiance fin de
règne » a cristallisé sa décision de retourner tout de suite à la reconquête de
la capitale des Gaules. « La salle était
froide, il s’est rendu compte qu’il n’avait
plus grand monde autour de lui, que les
militants étaient réservés sur sa gestion de
mercredi 3 octobre 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
Macron veut aller vite
pour remplacer Collomb
UN BILAN TERNI
PAR L’AFFAIRE
BENALLA
QUATRE NOMS POUR UN FAUTEUIL
“
Lundi, le président
n’a pas vraiment refusé
la démission de Gérard
Collomb, il a surtout cherché
à gagner du temps…
”
UN PROCHE D’EMMANUEL MACRON
Toujours au sein de l’équipe gouvernementale, le nom de Gérald Darmanin, actuellement ministre de l’Action et des
Comptes publics, est régulièrement cité.
Ce proche de Nicolas Sarkozy a le soutien
du premier ministre Édouard Philippe.
« Sauf que l’épisode du prélèvement à la
source a montré que Darmanin avait privilégié son intérêt personnel plutôt que la défense du président », lâche un proche du
chef de l’État. Actuellement ministre des
Affaires étrangères, fin connaisseur des
questions régaliennes, Jean-Yves Le Drian
pourrait lui aussi être le candidat idéal
pour Beauvau. Du côté des « experts », le
nom de l’ex-patron de la police nationale,
Frédéric Péchenard (LR), revient souvent
depuis le début du quinquennat. L’intéressé ne dit pas non. « J’y réfléchirais », a-t-il
Frédéric Péchenard, ancien directeur
général de la police nationale.
déclaré au Journal du dimanche. D’autres
poussent le nom de François Molins, procureur de Paris et visage de l’antiterrorisme français, en partance pour le poste de
procureur général près la Cour de cassation. « Cela montre une chose : nos ressources humaines ne sont malheureusement pas
extensibles… », lâche un compagnon historique d’Emmanuel Macron. ■
Pris de court, le ministère de l’Intérieur
rêve d’un « vrai chef » pour incarner l’ordre
A
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
MÊME SI LA DÉMISSION de Gérard Collomb a pris de court son administration,
le ministère de l’Intérieur pouvait-il ainsi
courir à la manière d’un poulet sans tête ?
Assurément non. Depuis la tonitruante
annonce, il y a dix jours, du départ programmé avant les européennes de Gérard
Collomb, puis celle de sa démission refusée lundi soir par Emmanuel Macron, la
question de sa succession était sur toutes
les lèvres. Ceux qui avaient les yeux de
Chimène ou à tout le moins un a priori favorable, pour l’ex-(futur ?) maire de
Lyon avaient perdu leurs repères. Azimutés et amers.
Après seize mois passés dans la
« broyeuse » de Beauvau, le « démissionnaire récidiviste » va rendre son costume
de premier flic de France. Madré, il sait
qu’il ne pouvait plus tenir le manche et
que son image s’était écornée auprès des
troupes. « Sur le terrain, les forces de l’ordre veulent un cap clair, le retour d’un vrai
chef qui, comme Pasqua, Sarkozy ou Cazeneuve pendant les attentats, incarne
l’autorité, et dans lequel ils peuvent s’identifier au nom du rétablissement de l’ordre,
affirme un fonctionnaire de haut rang. Si
le ministre n’est plus pris au sérieux, la
base baisse les bras… » Certains choix récents ont plongé son entourage dans des
abîmes de perplexité : « Personne n’a encore compris pourquoi Gérard Collomb a
choisi précisément le jour du lancement
opérationnel des quartiers de reconquête
républicaine, fer de lance de la police de sécurité du quotidien, pour annoncer sa volonté de partir pour Lyon », grogne ainsi
un responsable policier. Une source gouvernementale observe quant à elle que
« le ministère avait perdu sa boussole avec
le départ du très influent chef de cabinet
Jean-Marie Girier ».
Autrefois appelée en interne, avec un
goût consommé de l’ironie, le « ministère
des bonnes nouvelles », tant elle attire la
foudre et son lot quotidien de contrariétés, la Place Beauvau est aujourd’hui dans
l’expectative d’un nouveau locataire. Et
la complexe machinerie de son administration, forte de 250 000 femmes et hommes, se grippe alors que de lourdes
échéances sont attendues. Les nominations de directeurs centraux de la police,
la périlleuse réforme des cycles horaires
ou encore le redéploiement de la seconde
phase de la police de sécurité du quotidien à partir de 2019 sont autant de dossiers brûlants que va devoir gérer le successeur de Gérard Collomb.
“
Nous pensions que
Gérard Collomb était sorti
lundi soir renforcé après
le refus de sa démission
par Emmanuel Macron
YVES LEFEBVRE, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
DU SYNDICAT GÉNÉRAL DE LA POLICE
”
Surchauffés à l’approche des élections
professionnelles fin novembre, les syndicats décochent leurs flèches. « Sa démission a le mérite d’éclaircir les choses et de
sortir de l’atermoiement où les dossiers
sont en sursis, lance Patrice Ribeiro, patron du syndicat Synergie-Officiers.
Maintenant, nous avons besoin d’une situation stable, où l’on attend la venue de
quelqu’un de fort qui a le pouvoir de s’imposer lors des arbitrages, en particulier
face à la garde des Sceaux, Nicole Bellou-
Gérald Darmanin, ministre de l’Action
et des Comptes publics.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Christophe Castaner, secrétaire d’État
chargé des Relations avec le Parlement.
bet, dans le cadre de la réforme pénitentiaire. Si personne ne monte au créneau,
nous aurons à subir une dérive à la Taubira
et un ensauvagement de la société. »
« Nous pensions que Gérard Collomb était
sorti lundi soir renforcé après le refus de sa
démission par Emmanuel Macron, renchérit Yves Lefebvre, secrétaire général
du Syndicat général de la police (SGP).
Dès lors qu’il persiste et signe, il faut qu’il
parte, car on ne peut contraindre personne
à être le patron des forces régaliennes du
pays. Pour tenir un tel poste, il faut avoir la
niaque. La démission de Gérard Collomb
est d’autant plus regrettable qu’il venait
d’arracher une augmentation du budget
pour 2019. »
Habitués à la valse des ministres, les
fonctionnaires de Beauvau savent qu’ils
viennent de rentrer dans une période un
peu curieuse : « Nous allons gérer les affaires courantes, être dans l’expectative et attendre un successeur avec sa feuille de route, note un policier. Paradoxalement, il
nous faudra aussi retravailler comme des
fous pour briefer le nouveau “premier flic”
sur les dossiers en cours et lui préparer des
sorties sur le terrain. » En coulisses, certaines grandes voix s’élèvent, sous couvert
d’anonymat, pour que le ministère de
l’Intérieur reprenne la main sur certains
thèmes choisis, comme la lutte antiterroriste, placée sous la haute responsabilité
du coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme
(CNRLT). Ou encore la prise en compte
d’une quinzaine de quartiers en proie au
communautarisme, qui font désormais
l’objet de réunions régulières à Matignon.
Place Beauvau, certains rêvent déjà d’un
grand « taulier » ayant l’étoffe de reprendre le fauteuil de Clemenceau. Mais cet
oiseau rare existe-t-il en Macronie ? ■
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
« EMMANUEL MACRON ? C’est un champion des prises de judo ! Mettez-le dans une
position inconfortable, et vous verrez, il
saura toujours retourner la situation. »
Malgré le départ précipité de Gérard Collomb mardi (lire pages 2 et 3), les proches
du chef de l’État essayent de se montrer
optimistes. À les écouter, le président de
la République n’aurait « pas été surpris »
par la défection de son ministre de l’Intérieur. « Lundi, il n’a pas vraiment refusé sa
démission, il a surtout cherché à gagner du
temps… », croit savoir un membre du
premier cercle, qui table sur 24 à 48 heures avant que le nom de son successeur ne
soit connu. « Le calendrier idéal serait
mercredi soir. Cela nous permettrait d’arriver juste après le Conseil des ministres de
mercredi midi et juste avant le déplacement
à Colombey-les-Deux-Églises et le discours pour le 60e anniversaire de la Constitution, qui auront lieu jeudi », confie-t-on.
Reste que remplacer le locataire de la
Place Beauvau n’est pas chose aisée pour
l’exécutif. Et ce pour plusieurs raisons.
D’abord sur le plan de la sécurité, tant la
menace terroriste reste élevée sur le territoire. Mais aussi sur le plan politique,
tant il n’y a pas droit à l’erreur sur le profil de celui qui héritera de ce maroquin
très stratégique. « Si on regarde les trente
dernières années, il n’y a que trois types de
ministres de l’Intérieur, décrypte un proche conseiller d’Emmanuel Macron. Celui
qui utilise Beauvau comme un tremplin
vers Matignon ou l’Élysée : cela a été le cas
de Manuel Valls, Nicolas Sarkozy ou Charles Pasqua. Celui qui est un élu historiquement proche du chef de l’État, avec qui il
travaille en confiance : cela a été le cas de
Daniel Vaillant avec Lionel Jospin, de Brice
Hortefeux avec Nicolas Sarkozy et de
Bruno Le Roux avec François Hollande. Et
il y a enfin le ministre de l’Intérieur qui est
un technocrate : cela a été le cas de Claude
Guéant. » Selon cette source, qui procède
par élimination, « Emmanuel Macron n’a
donc le choix qu’entre deux options :
l’homme de confiance ou le “techno” ».
Parmi les noms qui circulent dans les
couloirs du Palais, celui de Christophe
Castaner revient avec insistance. « Seuls le
président et le premier ministre savent, il ne
faut jamais croire ceux qui parlent d’un remaniement », balaie l’intéressé. En plus
d’être très proche d’Emmanuel Macron, le
secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement était le « monsieur régalien » pendant la campagne présidentielle. Sa nomination poserait cependant la question de
son maintien à la tête du mouvement présidentiel. Car cumuler les fonctions de chef
de parti et de premier flic de France semble
intenable. « Le président a-t-il envie de se
créer une difficulté supplémentaire avec un
effet de rebond sur le mouvement ? Je n’en
suis pas sûr », glisse un ami.
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
ARTHUR BERDAH £@arthurberdah
ET MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
NICOLAS LIPONNE/NURPHOTO
Le départ précipité du ministre
de l’Intérieur place le chef de l’État
dans une position inconfortable. Il affine
actuellement le profil de son successeur.
Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe
et des Affaires étrangères.
Gérard Collomb affiche
un bilan contrasté place
Beauvau. Sur la forme, le
ministre de l’Intérieur a été
moqué pour son verbe parfois
brouillon et son attachement
tenace à sa ville de cœur,
Lyon. Sur le fond, il a mis
en place des réformes
contestées, comme la loi
sur la sécurité intérieure
et la lutte contre le terrorisme
(Silt), qui a intégré
dans le droit commun
des dispositions de l’état
d’urgence. La loi asile
et immigration, créée pour
réduire le traitement des
demandes d’asile et faciliter
l’expulsion des déboutés,
a pour sa part été jugée trop
« répressive » à gauche, trop
« laxiste » à droite, et n’a pas
fait l’unanimité au sein
de la majorité. Souvent sur
le terrain, le « premier flic
de France » a été confronté à
des dossiers brûlants comme
l’évacuation de Notre-Damedes-Landes, qu’il a menée
à bien, les blocages
universitaires, ou les divers
mouvements sociaux, en
proie à des débordements.
Longtemps resté populaire
auprès de l’opinion publique,
le ministre de l’Intérieur a été
pris cet été dans la tourmente
de l’affaire Benalla. Devant
la commission d’enquête,
il n’avait pas hésité à rejeter
la faute sur l’Élysée et la
préfecture de police de Paris,
provoquant la frustration
des sénateurs.
E. J.
Une situation devenue
intenable selon l’opposition
EMMANUEL GALIERO £@EGaliero,
SOPHIE DE RAVINEL£@S2RVNL,
PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
MARDI APRÈS-MIDI à l’Assemblée nationale, les yeux d’Olivier Faure sont
restés rivés à son téléphone portable
lorsqu’une alerte du Figaro a annoncé la
volonté de Gérard Collomb de maintenir sa démission. « Hallucinant et totalement inédit. » Le ton du patron des socialistes est troublé par la surprise. Il
cherche ses mots face à l’ampleur de la
crise politique. « C’est inédit ! répète-til. La maison France n’est plus tenue ! »
« Cela tient du grand guignol et de la débandade avec cette troisième démission
en un mois. » « Et pas n’importe quelle
démission », tient à rappeler le député de
Seine-et-Marne. « Gérard Collomb,
c’est celui qui a accompagné Emmanuel
Macron dès le début, qui l’a suivi dans ses
premiers pas, le premier des disciples ! »
Dans ce départ, Faure voit la preuve
« qu’il se passe quelque chose au sommet
de l’État. L’autorité du chef de l’État
comme celle du premier ministre sont
clairement remises en cause ».
Au même moment au Sénat, le président du groupe socialiste et ancien ministre de la Ville Patrick Kanner, est tout
aussi sonné. « Les portes claquent à
Beauvau… Un vaudeville mais dramatique puisqu’il se déroule au ministère de
l’Intérieur, là où la sécurité des Français
est assurée ! »
« Le feuilleton de la démission de Collomb n’a que trop duré », s’est agacé de
son côté Pierre Laurent, le secrétaire
national du PCF, faisant part, lui aussi,
de ses inquiétudes. « La sécurité du pays
mérite mieux que ce spectacle de déconfiture gouvernementale. » « Le premier
ministre ne sert à rien, il n’est informé de
rien », s’est exclamé de son côté Éric
Coquerel, député LFI de Seine-SaintDenis. Devant les députés et en réponse
à une question sur le départ de Gérard
Collomb, Édouard Philippe, quelque
peu bousculé lui aussi, a assuré que « la
sécurité de nos compatriotes était au
cœur de l’action du gouvernement ».
À droite, la démission de Collomb a
suscité une vague de critiques dirigées
contre l’exécutif. Pour Gérard Larcher,
président LR du Sénat, les hésitations et
l’instabilité de la situation fragilisent le
chef de l’État. « Annonce de démission,
refus de démission, confirmation de démission… La question de l’autorité du président de la République est posée », a-t-il
confié au Figaro, alors que Bruno Retailleau, président des sénateurs LR,
considérait l’issue inéluctable, autant
pour Gérard Collomb que pour Emmanuel Macron. « La situation devenait intenable pour l’un et pour l’autre. Le talon
d’Achille de la présidence Macron est bien
l’exercice solitaire du pouvoir. C’est le
deuxième ministre d’État qui démissionne
en un mois, ce qui souligne l’état de capilotade du gouvernement. » Le sénateur LR
de la Vendée n’a pas hésité à dénoncer le
« mauvais bilan » du ministre de l’Intérieur en comparant sa démission à « un
dépôt de bilan ».
Un ministre sans « oxygène »
À l’Assemblée nationale, Éric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimes, a interpellé Édouard Philippe sur le vif : « Monsieur le premier ministre, y a-t-il encore
un pilote dans l’avion place Beauvau ?
Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur,
est déjà à l’extérieur du gouvernement.
Face à l’insécurité, à la menace terroriste
et à la crise migratoire, sa démission anticipée n’est pas acceptable. »
Fabien Di Filippo, député de Moselle, a
ensuite rebondi sur le silence d’Édouard
Philippe, comme un signe de fragilité du
pouvoir. « Nous avons posé la question au
premier ministre pour savoir s’il y avait
toujours un ministre de l’Intérieur. Il n’a
pas su nous répondre, c’est grave », a
condamné le parlementaire. Peu avant
ces échanges houleux, Christian Jacob,
président du groupe LR, avait senti un
ministre sans « oxygène ». « Ça ne tiendra pas longtemps », avait-il pronostiqué.
Enfin, Marine Le Pen, présidente du
Rassemblement national, a posé une
question grave et ironique sur Twitter,
illustrée par un clown et une allusion au
Cirque Pinder : « Ça va durer longtemps,
ce sketch ? Au moment où l’insécurité
gangrène notre pays et où nos forces de
l’ordre ont plus que jamais besoin d’une
direction ! » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
POLITIQUE
mercredi 3 octobre 2018
5
Macron
cherche le bon
hommage
pour Aznavour
DEUIL Le rideau tombe sur la scène du
XXe siècle. Après Jean d’Ormesson ou
encore Johnny Hallyday, Charles Aznavour a rejoint lundi une partie de
ceux avec qui il avait partagé le haut de
l’affiche durant plusieurs décennies. Le
chanteur franco-arménien, qui s’est
brutalement éteint à l’âge de 94 ans, a
immédiatement reçu un hommage
unanime dans le pays. Qu’il s’agisse de
citoyens, de personnalités artistiques
ou de responsables politiques, toute la
France a parlé d’une seule et même
voix pour saluer sa mémoire. Y compris
à l’Élysée, où Emmanuel Macron s’est
fendu d’un communiqué pour dire
adieu à « l’une des plus belles plumes et
l’une des voix les plus émouvantes de la
chanson française ». « Je l’avais convié à
mon déplacement à Erevan pour le som-
met de la francophonie, où il devait
chanter. Nous partagerons avec le peuple arménien le deuil du peuple français », a poursuivi le chef de l’État dans
un message publié sur son compte
Twitter.
“
Nous partagerons avec
le peuple arménien le deuil
du peuple français
EMMANUEL MACRON
”
Très vite, la question de l’hommage à
rendre à l’artiste s’est imposée dans le
débat public. Dès lundi, la ministre de la
Culture, Françoise Nyssen, a plaidé pour
que « la France [rende] un grand hommage » au chanteur. Idem pour l’ancien
chef de l’État François Hollande, qui a
jugé qu’un tel événement serait « souhaitable ». « Si la famille le souhaite,
j’imagine que le président de la République aura à cœur d’organiser cette cérémonie », a-t-il ajouté, n’excluant pas
l’organisation d’une « cérémonie internationale ». En parallèle, plusieurs parlementaires sont également intervenus
dans différents médias pour réclamer la
tenue d’un hommage national dans les
prochains jours.
Toutefois, selon les informations de
RTL, la famille de Charles Aznavour serait hostile à l’organisation d’un hommage - qu’il soit national ou populaire.
Un élément qui complique la donne
pour Emmanuel Macron et ses proches.
Car si l’Élysée tient à saluer la mémoire
de Charles Aznavour, le président ne
veut surtout pas commettre d’impair en
matière de commémoration… D’autant
qu’il attache une importance toute particulière à ce genre d’exercice depuis
qu’il a été élu.
Résultat, Emmanuel Macron a chargé
son conseiller « communication, discours et mémoire », Sylvain Fort, de
plancher sur le cérémonial qui convient.
L’idée étant de saluer la mémoire de l’artiste, tout en veillant à ne pas heurter ses
proches. D’après Europe 1, le président a
décidé de profiter du sommet de la francophonie qui se tiendra en Arménie dans
une dizaine de jours, pour organiser un
hommage. Localement, plusieurs centaines de personnes se sont spontanément rassemblées dès lundi pour déposer des bougies et des fleurs tout en
MICHEL EULER/AP
écoutant ses chansons sur la place qui
porte son nom, à Erevan.
À Paris, la maire (PS) de la capitale,
Anne Hidalgo, a quant à elle d’ores et déjà
annoncé son intention de donner le nom
de l’artiste à un « lieu » de la ville. Impossible de savoir, pour l’heure, le quartier
dont il s’agira. Et pour cause, cette décision doit faire l’objet d’une concertation
avec la famille de Charles Aznavour,
d’abord, et ensuite avec les élus qui seraient concernés par ce changement.
Lundi soir, déjà, Anne Hidalgo avait décidé d’illuminer la tour Eiffel en couleur or.
Des écrans géants et des enceintes
avaient également été disposés au pied de
la dame de fer pour diffuser des portraits
et des chansons de Charles Aznavour. ■
1
2015 EU Industrial R&D Investment scoreboard - 2Direction générale des douanes - Classement Le Kiosque : chiffres du commerce extérieur 2016
Direction Communication France 7000022505-09/2018
Standing ovation
pour Manuel Valls
à l’Assemblée
Candidat à Barcelone, l’ancien premier ministre
a salué une dernière fois ses collègues députés.
PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
PARLEMENT La tournée d’adieu se
poursuit. Après avoir enchaîné les médias pour « remercier » et dire « au revoir
aux Français », Manuel Valls, en partance pour Barcelone où il brigue la mairie,
a salué ses collègues députés mardi à
l’Assemblée lors de la séance des questions au gouvernement.
Avant de s’adresser au premier ministre - officiellement pour poser une question sur « l’Europe » -, Manuel Valls a
reçu un hommage appuyé de Richard
Ferrand. « Ce que la France perd, l’Europe le gagne », l’a salué depuis son perchoir le président de l’Assemblée nationale, avant une longue standing ovation
de l’ensemble de l’Hémicycle. Seuls les
“
La pire
des choses quand
on a été dirigeant
d’un gouvernement
serait de susciter
l’indifférence
ÉDOUARD PHILIPPE
”
députés des groupes communistes et Insoumis n’ont pas participé à l’hommage.
Les troupes de Jean-Luc Mélenchon se
sont certes bien levées, mais pour ériger
des pancartes avec écrit « bon débarras »
- rapidement confisqués par les huissiers. « Ces hommages sont indécents ! se
justifiera un peu plus tard Jean-Luc
Mélenchon à la sortie de l’hémicycle,
Manuel Valls n’est pas mort, à ce que je
sache. Je lui souhaite une défaite nette,
rude et claire à Barcelone. »
Sans un regard pour ses adversaires de
toujours, l’ancien premier ministre
prend la parole. « Je veux exprimer ma
reconnaissance, d’abord à mon pays, à la
France, un pays unique qui donne la possibilité à quelqu’un qui est né à l’étranger,
qui a décidé d’être français à 20 ans,
d’avoir un parcours politique, d’être maire, député, ministre et premier ministre de
la République », a-t-il souligné, certi-
fiant que « le Barcelonais, le Français, le
républicain et l’Européen est reconnaissant aux Français et qu’il ne [les] oubliera
jamais, jamais ». Nouvelle ovation de
l’Hémicycle.
« La pire des choses quand on a été dirigeant d’un gouvernement serait de susciter l’indifférence. Compte tenu de la chaleur des réactions, soit très dures, soit très
élogieuses, soit très respectueuses qui se
sont exprimées lorsque votre nom a été
évoqué, je crois pouvoir dire que vous
n’avez jamais suscité l’indifférence », l’a
congratulé en retour Édouard Philippe.
Le premier ministre a notamment rappelé le discours dans ce même hémicycle
de Manuel Valls au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo en 2015. « À des
moments où la France avait été menacée,
vous aviez eu des mots justes et une position solide. La France vous en sera toujours reconnaissante », lui a-t-il assuré.
Un peu plus tôt dans la journée,
Manuel Valls s’était déjà exprimé devant
le groupe des députés de La République
en marche. « C’était compliqué au début,
car j’étais un ovni politique », a-t-il reconnu, expliquant la « difficulté d’être un
ancien premier ministre à l’Assemblée ».
« Mais j’ai trouvé de la fraternité. Je suis
reconnaissant. Je souhaite le succès de
cette majorité », a-t-il déclaré, avec une
salutation particulière à Richard
Ferrand, qui l’avait accueilli en tant que
président de groupe.
Dans sa nouvelle vie dans les rangs
macronistes, l’ancien premier ministre
avait malgré tout été épinglé pour son
absentéisme répété dans l’hémicycle.
« Il est venu à l’Assemblée autant que nécessaire. On ne peut pas lui reprocher son
manque d’implication, le défend aujourd’hui la députée de Paris et porte-parole
du mouvement LaREM Lætitia Avia, au
point de proposer une révision « des méthodes de statistiques qui comptent les
présences ».
Pour son dernier jour à l’Assemblée,
Manuel Valls aura fait un détour à l’exposition consacrée à Georges Clemenceau au Palais Bourbon. Manuel Valls n’a
jamais caché son admiration pour
« le Tigre ». Comme un ultime adieu à la
politique française. ■
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La cathédrale arménienne Saint-Jean-Baptiste, rue Jean-Goujon à Paris, salue la mémoire du chanteur disparu.
@ Geber86
Le chef de l’État, qui se rendra en Arménie
dans une dizaine de jours, discute
actuellement avec la famille de l’artiste.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
6
INTERNATIONAL
Le congrès du Parti conservateur
britannique a tourné à un concours de
beauté pour la succession de Theresa May.
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
ENVOYÉ SPÉCIAL À BIRMINGHAM
ROYAUME-UNI Quelque 1 500 militants
conservateurs ont fait la queue, deux
heures pour certains, mardi, à Birmingham, pour entendre Boris Johnson les
appeler à « soutenir Theresa May de la
meilleure façon possible ». À savoir, en la
poussant à abandonner ses propositions
si décriées de « Chequers » pour le
Brexit, un partenariat douanier rapproché avec l’UE. Un soutien, certes, plus
qu’ambigu du ministre qui a claqué la
porte du gouvernement en protestation
contre ce projet. Mais ce n’était ni l’appel à la renverser, ni le plan de bataille
concret espéré par certains.
La première ministre et ses conseillers
ont pu pousser un « ouf ! » de soulagement, tant ce discours de défiance était
redouté, à la veille de sa propre adresse
de clôture du congrès annuel de son
parti, ce mercredi. Les enjeux sont immenses. Il y a un an, on ne donnait pas
cher de sa peau. Parti rongé par les divisions, manque de vision sur le Brexit,
discours catastrophique perturbé par un
manifestant, les lettres d’un slogan s’effondrant une à une derrière elle et une
quinte de toux persistante… les déboires
s’accumulaient.
Un an plus tard, Theresa May est toujours là. Et même « pour le long terme »,
défie-t-elle ses détracteurs. Elle a survécu à tous les coups bas et menaces de
putsch. Les comploteurs ne la voient
plus partir avant le printemps, une fois
le Brexit entré en vigueur. C’était donc,
peut-être cette fois, son dernier congrès
annuel, qui a du coup pris des allures de
concours de beauté parmi les prétendants à sa succession.
Boris Johnson est en haut du podium.
Il a bien livré devant ses partisans un
discours de premier ministre en puissance. Accession à la propriété, foi dans
l’économie de marché, baisses d’impôts, il a balayé les grands sujets avant
de condamner le projet de Chequers sur
le Brexit de « dangereux », « antidémocratique », « tricherie », « atrocité »,
« trahison ». On aura compris. Mais, at-il plaisanté, la prédiction du ministre
de l’Économie, Philip Hammond, selon
lequel Boris Johnson ne deviendrait jamais premier ministre « est peut-être la
seule prévision du Trésor depuis longtemps à avoir un parfum de vérité ».
Dans le hall voisin, le ministre de l’In-
PAUL ELLIS-BEN STANSALL/AFP, JEFF J MITCHELL/GETTY IMAGES/AFP,
À Birmingham,
Boris, Jeremy,
Sajid, Jacob
et les autres
Boris Johnson, Sajid Javid, Jeremy Hunt et Jacob Rees-Moog, lors du congrès du Parti conservateur à Birmingham.
térieur, Sajid Javid, s’adressait à une
salle à moitié vide, pour cause de
concurrence irrésistible de l’ex-maire
de Londres.
La « prison soviétique » de l’UE
Âgé de 48 ans, ce premier fils d’immigrés pakistanais à accéder à de telles
fonctions est pourtant l’un des compétiteurs les plus sérieux pour la tête du
Parti conservateur. Lui qui a voté contre
le Brexit par devoir, mais s’y est rallié
depuis, a présenté une politique d’immigration, sans régime de faveur pour
les Européens, dégagée des « contraintes
de l’UE ». La veille, le ministre des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, avait livré
une attaque en règle contre la « prison
soviétique » que serait l’UE. Accusé de
démagogie pour séduire les militants
tories de façon fort peu diplomatique, il
a provoqué un tollé en Europe, notamment dans les ex-républiques soviétiques, et s’est fait déjuger par May.
Parmi les prétendants à Downing
Street, on cite aussi l’archibrexiter Jacob Rees-Mogg, 49 ans. Pour l’heure, il
jure, comme Johnson, soutenir la première ministre… à condition qu’elle
abandonne Chequers. Ou Dominic
Raab, 44 ans, nouveau ministre du
Brexit, membre lui aussi de cette génération de tories qui rêvent d’un grand
avenir. Comme le dit un ministre anonyme cité dans le Times, « l’histoire retiendra que des hommes ont passé leur
temps à se mesurer pour faire avancer
leurs ambitions pendant qu’une femme
travaillait à obtenir un accord dans l’intérêt national ». Les électeurs conservateurs semblent partager cette analyse. Selon les sondages, une majorité
d’entre eux préfère, même du bout des
lèvres, Theresa May à tous ses rivaux
potentiels. ■
Chez les conservateurs, cinquante nuances de Brexit
À BRUXELLES, les dirigeants
européens ont les yeux rivés vers
Birmingham, où les conservateurs britanniques sont réunis
depuis dimanche pour leur
grand-messe annuelle. Objectif :
tenter d’y voir plus clair dans
leurs intentions sur le Brexit. Ils
ne devraient guère être plus
avancés. De la rupture sans accord le 29 mars, « de plus en plus
probable », selon le député Bernard Jenkin, pour s’affranchir
des « menaces imposées par une
puissance étrangère », aux espoirs d’un nouveau référendum,
toutes les nuances s’expriment
dans les rangs du parti au pouvoir en Grande-Bretagne, à
moins de six mois de la sortie
prévue de l’UE.
En grande majorité, les adhérents ont voté pour le Brexit et
s’impatientent. Au Novotel de
Birmingham, lundi soir, Jacob
« lesRebattre
cartes en
permanence
n’aide pas
la première
ministre
à avancer
face aux
Vingt-Sept
»
VICKY FORD,
EURODÉPUTÉE DU
PARTI CONSERVATEUR
Rees-Mogg est acclamé comme
une star par environ 400 d’entre
eux – et autant piétinent à l’extérieur, faute de place - pour un
meeting « Leave means leave ».
Et c’est comme ça plusieurs fois
par jour. « No deal no problem »,
proclame une bannière derrière
lui. Il veut forcer Theresa May à
abandonner son projet « pourri »
de Chequers, une association
douanière avec l’Europe pour les
marchandises, qui réduirait le
Royaume-Uni à la « vassalité ».
Derrière la galvanisation de
supporteurs acquis à la cause, on
sent toutefois la panique monter
chez ces eurosceptiques, qui
craignent de plus en plus une
trahison du vote de 2016. « Nous
pensions que nous avions gagné le
référendum et qu’après cet exercice démocratique historique nous
n’aurions plus besoin de faire
campagne, lance le très distingué
député du Somerset. Mais les
perdants, eux, ont considéré que
c’était le début et ont commencé à
se plaindre. » Les intéressés - la
frange proeuropéenne du parti cherchent à couvrir son discours
en diffusant de la musique à plein
tube depuis l’extérieur de la salle.
Canada ou Norvège ?
Dans le même hôtel, le matin
même, ils avaient, eux aussi, fait
salle comble lors d’une réunion
pour vanter un people’s vote, un
nouveau référendum sur la sortie
de l’UE. Leur campagne n’a pas
droit de cité dans l’enceinte officielle du congrès mais n’a aucun
mal à se faire entendre tout
autour, drapeaux étoilés à l’appui. Plusieurs députés conservateurs s’y sont ralliés et, selon
l’ex-ministre Philip Lee, trois
membres du gouvernement la
soutiendraient en secret.
Entre ces deux positions extrêmes, le gouvernement continue de défendre sans passion son
projet de Chequers, le « seul sur
la table » selon May, décrié de
toutes parts, y compris à Bruxelles. Ses critiques, tendance
eurosceptique, comme Boris Johnson, font pression pour réclamer à la place un traité de libreéchange classique sur le modèle
du Ceta avec le Canada. D’autres
plaident pour la solution à la
norvégienne d’une adhésion à
l’Espace économique européen,
pour atténuer les perturbations
économiques. « Rebattre les cartes en permanence n’aide pas la
première ministre à avancer face
aux
Vingt-Sept »,
soupire
l’eurodéputée tory Vicky Ford.
Un sentiment sans nul doute
partagé dans les capitales du
continent. ■
F. C. (À BIRMINGHAM)
La grande peur des Serbes au sud du Kosovo
Les minorités, slaves et roms, s’inquiètent d’un éventuel redécoupage des frontières du Kosovo qui ne profiterait qu’aux seuls Albanais.
MILICA CUBRILO
30 km
A
KOSOVO
BALKANS Bojan Stamenkovic est fier de
montrer l’école primaire de Kamenica,
dans l’est du Kosovo, la seule du pays où
les enfants serbes et albanais partagent
la même cour de récréation. Ouvert au
dialogue, le seul maire adjoint serbe participant à l’exécutif d’une commune à
90 % albanaise n’en rejette pas moins
l’hypothèse, soutenue par les États-Unis
et la Commission européenne, d’une redéfinition des frontières entre le Kosovo
et la Serbie. « L’échange de territoires sur
des principes ethniques, dit-il, est une
idée contraire à toutes les valeurs démocratiques pour lesquelles nous nous battons contre vents et marées. L’exode des
populations qui se retrouveraient du mauvais côté de la frontière et la guerre seraient inévitables. »
À 35 ans, Bojan était sur le point d’immigrer en Allemagne lorsqu’il a rejoint
la liste de Qëndron Kastrati, du parti de
la gauche souverainiste albanaise élue au
printemps dernier. « Qëndron m’a donné
les moyens de convaincre les Serbes qu’un
retour est possible. En quelques mois, plus
de quarante familles se sont décidées à revenir. La reconstruction de leurs maisons,
financée par l’UE, est presque terminée »,
assure-t-il. Ce résultat est un petit miracle, alors que, vingt ans après l’intervention de l’Otan, moins de la moitié des
250 000 non-Albanais qui ont fui le Kosovo y sont revenus. « Pour que notre
exemple se multiplie, on a besoin de la
Belgrade
Principaux
monastères
serbes au
Kosovo
SERBIE
Mitrovica
MONT.
Pristina
Pec
Decani
Novo Brdo
Gracanica
Kamenica
KOSOVO
Prizren
ALBANIE
MACÉDOINE
LES SERBES AU KOSOVO, en %
50
Source : OSCE 2005
Presevo
Strpce
30
15
5
Infographie
présence de la communauté internationale pour apprendre à nous réconcilier et à
vivre ensemble, et non pas de précipitation
pour régler la question du statut et des
frontières », considère Bojan, qui a inscrit ses enfants à des cours privés d’albanais pour qu’ils s’intègrent mieux.
Le président serbe, Aleksandar Vucic,
sait que du règlement de la question du
Kosovo dépend le rythme de l’accession
de son pays à l’UE. Les Européens font
également pression sur le président du
Kosovo, Hashim Thaçi, qui veut se montrer comme un « faiseur de paix », alors
qu’il est menacé d’être inculpé à La Haye
comme ancien chef de la guérilla albanaise de l’UÇK. L’un et l’autre discutent
d’un échange territorial le long de la rivière Ibar, qui donnerait à Belgrade le
nord du Kosovo où vit une population
majoritairement serbe, et à Pristina la
vallée de Presevo, au sud-est de la Serbie,
peuplée d’un grand nombre d’Albanais.
Cet échange laisserait les Serbes au
sud de l’Ibar plus nombreux qu’au nord,
et leur patrimoine culturel concentré
dans le Sud à la merci d’un Kosovo indépendant que la communauté internationale et la Kfor quitteraient à plus ou
moins long terme. À Prizren, ville de
près de 100 000 habitants située au sudest du Kosovo, l’inquiétude est palpable.
« Le calme est revenu mais il est fragile »,
prévient le père Isidor, recteur adjoint
de la Faculté de théologie orthodoxe, qui
compte aujourd’hui 49 élèves. Elle a été
reconstruite par l’UE après avoir été
brûlée en 2004, comme tout le quartier
de Potkalaja, le quartier serbe en
contrebas de la citadelle. Après la guerre, 8 000 Serbes ont fui Prizren, une
trentaine seulement sont revenus.
« Nettoyage ethnique
en douceur»
« C’est du chômage qu’il faut s’occuper, il
dépasse les 50 %, et de l’application des
lois adoptées sous l’égide de l’ONU qui
protègent les communautés minoritaires », déplore Denis Skenderi, qui travaille au service du Parlement du Kosovo
chargé des minorités. Denis est un Goran,
un de ces Slaves musulmans vivant dans
principes ethniques », s’insurge le père
les montagnes du sud du Kosovo qui se
Sava, higoumène du monastère de Visotrouvent en fâcheuse position, « coinki Decani, l’un des plus prestigieux de
cés » entre les nationalistes albanais et
l’orthodoxie serbe, classé au patrimoine
serbes. Depuis des années, sa femme sermondial par l’Unesco, à l’ouest du Kosobe n’arrive pas à faire valider son diplôme
vo, au pied des « Montagnes maudites ».
d’aide-soignante obtenu à Belgrade. Les
Très suivi par les médias sociaux, « le cyGorani ne seraient plus que 6 000 à vivre
bermoine » jouit d’une grande autorité
au Kosovo, contre 30 000 avant 1999.
morale pour avoir dénoncé à la fois les
« La violence des Albanais n’est plus
crimes du régime de Milosevic et ceux de
ouverte, assure Besnik Avdosiji, qui
la guérilla albanaise, et abrité Albanais et
coordonne une ONG rom travaillant à
Serbes fuyant les exactions. « Nous
l’éducation des enfants. Mais le nettoyaavons le sentiment que les
ge ethnique se fait en douautorités à Belgrade considèceur. » « Du temps de la Yourent que les 70 000 à 80 000
goslavie, il y avait des élites
Serbes au sud de l’Ibar vont
roms, des médecins, des juinévitablement disparaître »,
ges, notre langue était enseiestime-t-il, en ajoutant :
gnée. Aujourd’hui, on arrive
« Ils sont prêts à provoquer
à peine à trouver un emploi de
ont fui le Kosovo
des incidents afin de créer une
balayeur », dit-il. Attablé au
en 1999 après
même café que Besnik et l’intervention de l’Otan ; situation de fait accompli et à
sacrifier les lieux saints où les
Denis, Fedzat, Bosniaque
moins de la moitié
Serbes puisent une partie de
(Slave musulman) qui tray sont revenus.
leur identité culturelle et leurs
vaille dans une organisation
valeurs spirituelles. » Pour
internationale, partage le
lui, comme pour beaucoup de citoyens
même sentiment : « Depuis 1999, plus de
du Kosovo, la priorité n’est pas un chan60 000 Bosniaques ont fui la violence et la
gement de statut du pays mais l’améliovolonté d’assimilation de la part des Albaration de l’économie et la lutte un systènais », dit-il, ajoutant qu’à l’université
me gangrené par les réseaux
de Pristina tous les cours sont donnés en
criminalisés. « Aujourd’hui, dit le père
albanais. « Si Belgrade et Pristina se metSava, je plaide pour que le dialogue soit
tent d’accord sur un échange de territoirelancé, sans précipitation, mais avec des
res, assure-t-il, il n’y aura plus aucune
lignes rouges nettes : il ne peut y avoir de
obligation d’appliquer les lois car ce sera
paix durable sans que les conditions soient
un blanc-seing donné à la création d’États
remplies pour que tous puissent vivre là où
mono-ethniques, un scénario déjà vu et
leurs ancêtres ont vécu, dans la paix, la
mis en œuvre par Milosevic et Tudjman. »
dignité et le respect des principes fonda« Ce projet négocié entre Thaçi et Vucic
mentaux des droits humains. » ■
est monstrueux, parce que fondé sur des
250 000
non-albanais
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 3 octobre 2018
INTERNATIONAL
7
Le populiste Legault dynamite le système
politique québécois
Le tombeur de Philippe Couillard promet de réduire le nombre d’immigrants de 50 000 à 40 000 par an.
le premier ministre sortant, Philippe
Couillard, il assène à ce dernier :
« Vous êtes docteur, je suis comptable,
je pense que je connais mieux les chiffres
que vous. » Malgré un gouvernement
majoritaire, la CAQ devra compter
avec l’opposition active du parti d’extrême gauche Québec solidaire. Ce qui
a fait dire à l’ancien ministre du PQ,
Joseph Facal, dans Le Journal de Montréal : « L’amour rend aveugle. Les
partisans de QS et de Donald Trump ont
au moins cela en commun. »
LUDOVIC HIRTZMANN
lhirtzmann@hotmail.com
MONTRÉAL
CANADA « Aujourd’hui, on a marqué
l’histoire », a clamé au soir de sa victoire François Legault, le nouveau premier ministre du Québec. « La troisième
fois, c’est la bonne », disait-on autour
de lui. Il jubilait ce lundi soir, François
Legault. Avec sa femme, Isabelle Brais,
au bord des larmes, et ses deux grands
enfants autour de lui, ce dinosaure de la
politique a réussi, à 61 ans, un véritable
tour de force. Il a mis les libéraux du
premier ministre sortant Philippe
Couillard au tapis et pulvérisé les souverainistes du Parti québécois, son ancien mouvement politique.
Résultat des courses, la Coalition
avenir Québec (CAQ) obtient 74 députés sur les 125 que compte l’Assemblée
nationale du Québec, contre 22 lors de
la précédente législature en 2014. Le
Parti libéral du Québec (PLQ) ne compte plus que 32 députés et le Parti québécois (PQ), qui formait jusqu’ici le principal parti d’opposition, s’effondre
avec 9 députés. La montée d’un petit
parti d’extrême gauche, Québec solidaire (QS), qui obtient 10 députés,
constitue une surprise.
Le Québec, longtemps épargné par le
populisme, a changé de voie après des
décennies de bipartisme. La belle province vote depuis des décennies au gré
des élections pour le PLQ (droite), à ne
pas confondre avec le Parti libéral du
Canada (celui de Justin Trudeau) ou le
PQ (souverainiste). Les deux mouvements, usés par des années de pouvoir
et une absence de projets porteurs, ont
été laminés. Le chroniqueur politique
Antoine Robitaille a analysé cette victoire mardi dans Le Journal de Montréal : « Fonder un parti, déloger le Parti
“
Vous êtes docteur,
je suis comptable, je pense
que je connais mieux
les chiffres que vous
”
FRANÇOIS LEGAULT, À SON ADVERSAIRE
PHILIPPE COUILLARD, PREMIER MINISTRE
SORTANT, LORS D’UN DÉBAT
François Legault (au centre) entouré de sa femme et de ses deux enfants, lundi à Québec à l’annonce de la victoire de son parti.
québécois, la formation de l’alternance
naturelle depuis les années 1970 et désactiver le clivage fondamental entre
souverainistes et fédéralistes… C’est le
type d’exploit que peu de chefs politiques
ont réussi à réaliser dans notre histoire. »
Au-delà du tour de force politique, le
nouveau chef du gouvernement promet d’investir des milliards de dollars
dans l’éducation et d’accorder une
« allocation familiale » de 1 200 dollars
pour le deuxième et le troisième enfant. Outre la construction de « maisons des aînés », celui qui fut un éphé-
Mattis redoute
la résistance de Daech
Le secrétaire américain à la Défense a été reçu
mardi par Emmanuel Macron et Florence Parly.
sur l’excellence de ses relations personnelles avec son homologue américain, qui
était reçu pour la première fois à l’Hôtel
de Brienne. Certains sujets de frictions
ont été mis sur la table, comme la régulation américaine Itar, qui bloque des exportations militaires françaises intégrant
des composants américains en Égypte et
au Qatar. Devant la presse, Mme Parly a
plutôt mis l’accent sur le feu vert de
Washington à l’armement, l’an prochain,
des drones Reaper produits au États-Unis
et déployés par la France au Sahel.
Dans cette région, l’aide américaine à
la lutte menée par l’armée française
contre les groupes terroristes au Mali
continuera, a assuré mardi James Mattis.
nombre d’immigrants de 50 000 à
40 000 chaque année. Il a été entendu
dans les campagnes, où ces derniers
sont pourtant peu présents. Les milieux d’affaires se sont montrés sceptiques sur les bienfaits de telles mesures,
alors que le Québec fait face à une pénurie de main-d’œuvre. François Legault, cofondateur d’Air Transat, a
étonné le patronat. Car l’ex-businessman calcule tout.
De ses années d’expert-comptable,
cet homme issu d’un milieu modeste a
gardé une manie des chiffres presque
maladive. Lors d’un récent débat avec
nouveau
numéro spécial :
tout ce qu’il faut savoir
sur la franchise
“
Ne vous trompez
pas, à leur manière,
les forces de Daech
se sont renforcées
”
JAMES MATTIS, SECRÉTAIRE D’ÉTAT AMÉRICAIN
À LA DÉFENSE
« Nous allons maintenir notre soutien en
matière de renseignement, de logistique, et
nous soutenons complètement » l’opération « Barkhane », dit le chef du Pentagone. Le dispositif militaire français au Sahel bénéficie d’un appui américain
conséquent, en matière de renseignement, de transport logistique et de ravitaillement aérien.
James Mattis « m’a assuré que, quelles
que soient les évolutions du dispositif américain, celui-ci n’aurait pas d’impact sur le
soutien dont bénéficie la France », a déclaré
Mme Parly. La ministre a indiqué avoir reçu
de son homologue l’assurance que « l’aide
que les États-Unis ont l’intention d’apporter
à la force conjointe G5 Sahel serait très significativement augmentée par rapport à ce
qui avait été initialement prévu ». ■
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A
DÉFENSE La coalition prépare l’aprèsDaech au Levant mais reste prudente sur
la fin des hostilités contre le groupe État
islamique (EI). Certes, ses forces ne
contrôlent plus actuellement que 2 % des
territoires qu’elles occupaient précédemment, a rappelé James Mattis, le secrétaire d’État américain à la Défense, en
visite mardi à Paris. Mais « ne vous trompez pas, à leur manière, les forces de Daech
se sont renforcées », a souligné le patron
du Pentagone, lors d’une conférence de
presse avec son homologue Florence Parly à l’Hôtel de Brienne. Pour M. Mattis,
qui a également été reçu à l’Élysée par
Emmanuel Macron, le combat contre l’EI
« sera remporté, mais cela va prendre encore un peu de temps ». Prenant à son tour
la parole, Florence Parly a elle aussi estimé qu’en Syrie « le travail n’est pas tout à
fait terminé ».
En Syrie, l’offensive se poursuit contre
les dernières poches de résistance de
Daech dans la vallée de l’Euphrate, avec
notamment l’appui de l’artillerie française déployée du côté irakien de la frontière.
En Irak, Daech continue d’agir de façon
semi-clandestine et conduit des attentats
ponctuels. Cette résurgence terroriste de
l’EI et sa dispersion inquiètent la coalition
anti-Daech et constituent, à ce stade, une
priorité. « Nous sommes toujours engagés
dans un combat difficile », a dit James Mattis. « Dans les mois qui vont suivre la défaite
finale de l’EI, nous continuerons à créer les
conditions de sécurité qui l’empêcheront de
se réinstaller », a-t-il assuré, en insistant
sur la nécessité de former les forces de sécurité locales.
Les États-Unis et l’Otan s’y emploieront, « malgré les efforts de la Russie », a
affirmé le secrétaire à la Défense. Dans
l’entourage de Florence Parly, on insiste
WOJAZER/REUTERS
ALAIN BARLUET £@abarluet
mère ministre de la Santé sous le
gouvernement souverainiste de Bernard Landry en 2002 a assuré comme
ses prédécesseurs depuis vingt ans qu’il
améliorerait un système de santé québécois en lambeaux.
La victoire de la CAQ marque la fin
d’une époque, celle des vieux partis,
mais aussi une nouvelle tendance du
Québec au repli sur soi. Longtemps
épargnés par le populisme, les Québécois, en faisant le choix de la CAQ, ont
choisi de porter au pouvoir un parti de
petits Blancs anti-immigration. François Legault a promis de réduire le
Ces élections ont également marqué
la débandade du PQ, qui a réalisé là son
plus mauvais score depuis 1970. Critiqué de toutes parts dans son propre
mouvement depuis quelques mois, le
chef souverainiste Jean-François Lisée,
battu dans son comté, a démissionné.
Les indépendantistes devront mener une vaste réflexion pour espérer
revenir au pouvoir un jour et regagner
le vote des jeunes. François Legault,
lui, devra garder les pieds sur terre et
se rappeler que seuls les deux tiers des
électeurs québécois se sont déplacés
pour aller voter. Le nouveau premier
ministre, qui a plusieurs fois tourné
casaque politiquement, s’est voulu
rassurant auprès de ses soutiens fédéralistes. L’ex-ministre indépendantiste a plaidé « pour un Québec fort à
l’intérieur du Canada », tout en laissant toutes les options ouvertes pour
le futur. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
INTERNATIONAL
Irak : querelles
kurdes pour
la présidence
de la République
les Kurdes, les résultats, qui devraient
être connus ce mercredi, révéleront le
nouveau rapport de forces au Kurdistan.
Mais dimanche, de Erbil à Souleimaniya, l’heure n’était plus à la liesse.
Le rêve d’un État kurde s’est envolé, et
de nombreux Kurdes dénoncent toujours les mêmes maux dont souffre leur
administration : corruption, népotisme
entre clans Barzani et Talabani, le tout
dans un contexte de marasme économique et social aggravé.
Après le référendum de l’an dernier,
les Kurdes, sanctionnés par le gouvernement central, ont perdu Kirkouk et
son pétrole, les zones disputées avec
Bagdad, et beaucoup d’argent. Depuis
les Kurdes sont contraints de renégocier avec un gouvernement central,
dont ils voulaient se séparer l’an der-
Les deux clans historiques du Kurdistan
irakien se sont bagarrés plusieurs jours
au Parlement de Bagdad pour la désignation
de leur candidat au poste de chef de l’État.
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
MOYEN-ORIENT La guerre pour la présidence de la République d’Irak bat son
plein. Pour la première fois, elle a lieu
au sein de la « maison kurde », à laquelle
échoie ce poste dans la Constitution. Les
deux grands partis kurdes présentent
chacun leur candidat pour occuper ce
poste, largement honorifique dans la
structure du pouvoir irakien, depuis le
renversement de Saddam Hussein en
2003 par les États-Unis. Une double
candidature, reflet des luttes interkurdes, comme en témoigne leur incapacité à présenter lundi au Parlement un
front uni au poste de raïs pour ratification devant les députés. Le Majlis devait
de nouveau se réunir mardi.
D’un côté, Fouad Hussein pour le
Parti démocratique du Kurdistan
(PDK). De l’autre, Barham Saleh, pour
son rival historique, l’Union patriotique
du Kurdistan (UPK). Âgé de 72 ans, le
visage rond, Fouad Hussein est l’ancien
directeur de cabinet de Massoud
Barzani, l’inoxydable chef du PDK.
Un an après avoir conduit sa région à la
catastrophe en maintenant, contre
l’avis de tous, un référendum sur l’in-
dépendance du Kurdistan, Barzani retrouve à travers son protégé une façon
de peser de tout son poids à Bagdad.
« Fouad Hussein, président de la République, commente un analyste irakien,
c’est comme si Barzani devenait président dans l’ombre, c’est un choix presque
insultant pour ceux qui croient encore en
un Irak uni ». « Je me souviens de Fouad
Hussein se moquant de moi en me disant :
tu es nommé ambassadeur d’un pays qui
n’existe plus », renchérit un diplomate
irakien en poste en Europe.
Face à lui, Barham Saleh, 58 ans, est
une personnalité modérée, à l’intelligence vive, qui occupa le poste de vice-premier ministre à Bagdad. Mais il
n’a pas l’appui entier de l’UPK ou de
ses figures tutélaires. « Rasoul Kosrat,
le vice-secrétaire général, est avec lui,
les enfants du défunt président de la
République Jalal Talabani aussi, mais
pas sa veuve encore puissante », rappelle l’analyste.
Depuis 2003, les factions kurdes s’accordaient pour envoyer à Bagdad un
président UPK, tandis que le PDK et le
clan Barzani conservaient la présidence
des régions autonomes du Kurdistan,
dans le nord de l’Irak. Mais cette année,
ce dernier poste a été gelé, après le dé-
Fouad Hussein
est l’ancien
directeur
de cabinet de
Massoud Barzani,
l’inoxydable chef
du PDK.
Barham Saleh candidat de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) et rival de Fouad
Hussein représentant du PDK. HAYDAR KARAALP/ANADOLU AGENCY
part de M. Barzani à l’issue de son mandat, et ses prérogatives ont été réparties
entre les autres institutions locales.
Fort de plusieurs atouts, Fouad
Hussein est favori pour succéder à
Fouad Massoum. Contrairement à la
plupart des Kurdes, sunnites, il est
chiite, ce qui peut lui valoir un plus
grand soutien des dirigeants à Bagdad,
majoritairement chiites. En plus, relève
l’analyste, « Massoud Barzani s’est rap-
proché des sunnites, et les Iraniens,
autres faiseurs de rois à Bagdad, se sont
également rapprochés de Barzani, tout
en maintenant leur alliance historique
avec l’UPK ».
Ces divisions interviennent au moment où la population kurde a largement
boudé les urnes dimanche lors des élections législatives pour désigner un Parlement local. Un an après le fiasco d’un
référendum qui a profondément divisé
Hongkong : le cardinal Zen
entend résister jusqu’au bout à Pékin
L’ancien évêque de cette région semi-autonome, défenseur des libertés,
s’élève contre l’accord en vue entre le Vatican et le régime communiste.
tuelle ». Avant d’ajouter : « Désormais
leur souffrance ne vient plus du Parti
communiste, mais de l’accord. »
Les 12 millions de fidèles chinois
sont divisés depuis 70 ans. L’Association catholique patriotique représente
une Église officielle, reconnue par
l’État. Ses évêques ne sont pas toujours
reconnus par Rome. En parallèle, le
Vatican dessine sa propre hiérarchie
au sein d’une « Église souterraine »,
condamnée à la clandestinité.
Pour le natif de Shanghaï qui a rejoint Hongkong en 1948 pour fuir le
régime communiste en passe de s’imposer, faire allégeance à Pékin est impossible. Et l’accord conduirait peu ou
prou à cela, assure-t-il. Pourtant, le
MATTHIEU VERRIER £@MattVerrier
A
1
ASIE Un homme courbé avance dans
le centre d’études salésiennes de
Hongkong. Ce cardinal de 86 ans marche lentement, place sa main derrière
l’oreille droite lorsqu’un visiteur
s’adresse à lui. Il écoute. Puis, calmement il explique sa position. Le ton
monte, il devient véhément. Les gestes
se joignent à la parole. Les mots sont
scandés. Mgr Joseph Zen Ze-kiun entend bien être le grain de sable dans le
mécanisme menant à un accord entre
le Vatican et Pékin.
Pour ramener Rome à sa raison, il
emploie tous les moyens. Il écrit
d’abord sur son blog tout le mal qu’il
pense de ce rapprochement. Puis il
parle aux journalistes. Il vient aussi de
publier un livre en Italie intitulé Pour
l’amour de mon peuple, je ne me tairai
pas. « J’espère le publier bientôt en anglais et en chinois, mais la priorité était
qu’il soit lu là-bas », confie-t-il pointant le doigt en l’air, désignant sa hiérarchie. Pour atteindre les esprits du
Saint-Siège, Mgr Zen compte enfin sur
ses fidèles qui « prient beaucoup plus
que moi ».
L’octogénaire ne dirige plus le diocèse de Hongkong depuis neuf ans. Il
reste toutefois une voix écoutée dans
cette région semi-autonome. Alors
qu’il a occupé ses premières hautes
fonctions quelques mois après la rétrocession à la Chine en 1997, il s’est
bâti une solide réputation de défenseur des droits civiques. Il a été de
tous les combats contre les atteintes
aux libertés, allant jusqu’à défendre
le mouvement Falun Gong. En 2014,
« les manifestants de la “révolution
des parapluies” » ont vu sans surprise accourir celui qui est souvent pré-
GIANCARLO GIULIANI/CPP/CIRIC
HONGKONG
« On leur demande de rejoindre des
traîtres, c’est une souffrance spirituelle »,
affirme Mgr Joseph Zen Ze-kiun.
senté comme la « nouvelle conscience
de Hongkong ».
Aujourd’hui, le duel oppose Mgr Zen
au pape François et à ses conseillers. Le
Souverain Pontife appelle à la prière
pour « ceux qui ne comprennent pas ».
Le salésien, lui, prie pour Mgr Parolin,
secrétaire d’État du Vatican, avec qui le
ton est monté. Lorsque le Pape admet
qu’il y aura des souffrances, le cardinal
s’emporte. « L’Église souterraine souffre depuis des décennies, mais maintenant, ils vont souffrir dans leur foi, accuse-t-il. On leur demande de rejoindre
des traîtres, c’est une souffrance spiri-
“
Le gouvernement
ne comprend pas ce qu’est
un bon évêque
MGR JOSEPH ZEN ZE-KIUN
”
Pape assure qu’il aura le dernier mot
dans la nomination des évêques.
« Quel dernier mot ? » Encore une fois,
le poing frêle tombe sur la table, les
yeux se froncent derrière les lunettes
finement cerclées et on imagine le
corps se tendre dans la large chemise.
« Le gouvernement choisira les candidats. Un candidat choisi par le gouvernement ne peut pas être un bon choix.
Le gouvernement choisit seulement des
personnes pour la confiance qu’il peut
avoir en elles, il ne comprend pas ce
qu’est un bon évêque. »
Là n’est pas la plus grande offense.
Mgr Joseph Zen évoque les sept évêques nommés par Pékin en janvier
sans l’aval de Rome. François vient
d’annoncer leur validation par l’Église
catholique, malgré l’excommunication
dans le passé de trois d’entre eux.
« Comment pouvez-vous dire : ce sont
des pasteurs, vous devez obéir à ces
personnes ? », interroge le cardinal,
qui s’inquiète aussi pour les actuels
trente évêques clandestins. Devrontils rejoindre l’organisation officielle ?
« Suivre le Saint-Père et trahir sa foi ?
Conserver sa foi et combattre le SaintPère ? Je dirais : vous n’avez pas besoin
de rejoindre l’Association catholique,
mais ne combattez pas le Saint-Père »,
conseille le cardinal.
Le grain de sable hongkongais ne
viendra sans doute pas perturber la
conclusion d’un accord. Aucune illusion ne berce la tranquille mission salésienne sur les hauteurs de l’île. L’accord en préparation n’est que la
dernière étape d’un rapprochement
entamé depuis plusieurs années entre
le Vatican, meurtri par la division de
ses fidèles, et Pékin. Mgr Zen se rappelle une anecdote avec amertume : les
autorités communistes ont demandé à
être présentes aux funérailles de JeanPaul II, mais le président taïwanais,
avec qui le Saint-Siège entretient des
relations diplomatiques, était déjà présent ; alors, pour l’installation de
Benoît XVI, il a été demandé au président taïwanais de ne pas venir. Finalement, Pékin n’a envoyé personne. La
machine est lancée et le cardinal blogueur ne pourra pas l’arrêter.
« Quand j’étais jeune, j’appréciais de
mener des combats, plus maintenant,
aujourd’hui je préfère me reposer, mais
j’élève la voix parce que j’ai une position spéciale qui me permet de connaître l’Église de Chine », explique le toujours véhément défenseur des droits
humains. Depuis sa retraite salésienne, il ne peut que voir le monde avancer vers ce qu’il a toujours combattu :
un régime communiste qui étend son
influence dans sa ville et dans son
Église. ■
nier. Si grâce à l’entremise américaine,
Bagdad a consenti à reverser aux provinces kurdes 12 % des recettes budgétaires – contre 17 % avant - de nombreux fonctionnaires ont vu leurs
salaires réduits. Or au Kurdistan, comme à Bagdad, l’administration est pléthorique. Les mécontents sont donc légion. D’où le fort taux d’abstention
dimanche. « C’est la première fois que je
ne suis pas allé voter, confie au téléphone un habitant de Erbil, nos partis
nous volent et n’ont rien fait pour nous. »
Les résultats de dimanche devraient
peser sur le choix du président de
l’Irak. En position de faiblesse, l’UPK
menace de ne pas reconnaître le verdict des urnes, tandis que chaque camp
a dépêché à Bagdad des émissaires pour
négocier l’appui des factions politiques
sunnites et chiites. C’est le président de
la République, durant les 15 jours qui
suivront son élection, qui devra charger le candidat désigné par la plus large
coalition au Parlement de former un
gouvernement. ■
ZOOM
Le bilan monte à 1 234 morts
sur l’île des Célèbes
Le bilan du violent séisme suivi
d’un tsunami a été revu à la hausse
mardi, avec au moins 1 234 morts
aux Célèbes, où la police s’efforce
de mettre fin aux pillages.
La catastrophe qui a frappé
vendredi la localité de Palu,
sur la côte occidentale des Célèbes,
où vivent 350 000 habitants, a aussi
fait 61 867 déplacés. Alors que les
autorités avaient toléré ces derniers
jours que la population se serve dans
les magasins, la police a arrêté
mardi 35 personnes pour des vols.
Même si l’aide humanitaire
commence à arriver, les survivants
doivent toujours affronter la faim et
la soif. Les hôpitaux sont submergés
par le nombre de blessés.
EN BREF
En Suède, le centre droit
va former un gouvernement
Le président du Parlement de
Suède a demandé à Ulf Kristersson,
chef de file de la formation
de centre droit l’Alliance,
de constituer un nouveau
gouvernement après les législatives
du 9 septembre.
La Fondation Nobel
tance Aung San Suu Kyi
Le directeur général
de la Fondation Nobel a jugé
« regrettables » certaines décisions
de la dirigeante birmane Aung San
Suu Kyi, en particulier sa discrétion
sur la répression menée contre les
Rohingyas, mais elle conservera le
prix Nobel de la paix reçu en 1991.
Turquie : des centaines
de personnes arrêtées
Plus de 200 personnes ont été
arrêtées mardi en Turquie
sur la base de 417 mandats d’arrêt
délivrés dans le cadre
d’une enquête sur des transferts
illicites d’argent vers des comptes
aux États-Unis appartenant
pour la plupart à des Iraniens.
K. DAWOOD/XINHUA/MAXPPP
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LE FIGARO
SOCIÉTÉ
mercredi 3 octobre 2018
9
Un coup de filet
antiterroriste
au fort parfum
diplomatique
Une association chiite a fait l’objet, mardi,
d’une opération de police administrative
à Grande-Synthe, dans le Nord.
JEAN CHICHIZOLA
SÉCURITÉ En apparence, une simple action de police administrative dans le cadre de la prévention antiterroriste, comme il y en a régulièrement un peu partout
dans le pays. En réalité, une opération
aux airs de coup de semonce dans une ténébreuse partie diplomatique et sécuritaire où Paris a visiblement voulu faire
comprendre à Téhéran qu’il ne pouvait
agir comme elle l’entendait sur le sol
français. Mardi matin, la préfecture du
Nord indiquait, par voie de communiqué,
que, dans le cadre de la prévention du
terrorisme, douze visites domiciliaires,
mobilisant quelque 200 policiers dont des
membres du Raid et de la BRI, étaient
menées « dans la commune de GrandeSynthe, au siège de l’association Centre
Zahra France ainsi qu’aux domiciles de ses
principaux dirigeants ». « Les activités de
l’association », précisait la préfecture,
sont « particulièrement suivies en raison
du soutien marqué par ses dirigeants à
plusieurs organisations terroristes et en
faveur de mouvements prônant des idées
contraires aux valeurs de la République ».
Une visite domiciliaire somme toute assez classique réalisée en vertu de la loi
renforçant la sécurité intérieure et la lutte
contre le terrorisme (SILT) du 30 octobre
2017 qui a accompagné la sortie de l’état
d’urgence et son lot de perquisitions administratives. Comme le prévoit la loi, les
visites domiciliaires de Grande-Synthe
ont été demandées par le préfet du Nord
puis autorisées par le juge des libertés et
de la détention du tribunal de grande instance de Paris après avis du procureur de
la République de Paris et du procureur de
la République de Dunkerque.
L’opération de Grande-Synthe présentait toutefois une dimension originale. En règle générale, et dans un contexte
d’alerte antiterroriste maintenue, ces visites domiciliaires concernent essentiel-
Des policiers se tiennent aux abords de l’association Centre Zahra France, mardi à Grande-Synthe.
lement des partisans supposés de Daech.
Mais le Centre Zahra France est lui de
sensibilité chiite. Avec un but affiché :
« Faire connaître le message de l’islam à
travers le regard du Prophète et de sa famille, de les faire connaître, de traduire
leurs pensées et de témoigner de leurs
œuvres ». Et un passé passablement agité. Son créateur et patron depuis 2005,
Yahia Gouasmi, sexagénaire né en Algérie, s’est également distingué au sein de
la Fédération chiite de France et du Parti
antisioniste (PAS), qui a présenté une liste aux européennes de 2009 avec Dieudonné et Alain Soral. Yahia Gouasmi
prédisait à l’époque que « le veau d’or
sioniste tombera ». Après les attentats de
janvier 2015, le PAS n’avait pas hésité à
dénoncer une collusion entre les « sio-
nistes » d’un côté et les « takfiris » d’alQaida et de Daech… Dans le même état
d’esprit, cette mouvance avait qualifié en
2016 l’État islamique de « projet nazi
socialo-sioniste »…
Des avoirs gelés
Dans ce contexte, on devine aisément
quelles sont les « organisations terroristes » (le Hamas palestinien ou le
Hezbollah libanais, tous deux alliés du
pouvoir chiite de Téhéran) ou les « mouvements prônant des idées contraires aux
valeurs de la République » évoqués dans le
communiqué de presse de la préfecture du
Nord. Quant aux visites domiciliaires, leur
résultat est pour l’heure assez modeste.
Trois personnes ont été placées en garde à
vue, dont deux ont été relâchées dès mar-
PHILIPPE HUGUEN/AFP
di soir, l’autre devant passer en comparution immédiate ce mercredi. Les avoirs du
Centre Zahra France ont été gelés.
Le même jour, les autorités ont lancé
une offensive contre des intérêts iraniens
en bloquant les comptes de deux Iraniens
et d’une entité du ministère Iranien du
Renseignement, qu’elles accusent d’être
derrière un projet d’attentat déjoué contre
les Moudjahidins du peuple, ennemis de
Téhéran installés en France depuis des décennies. Mardi, une source diplomatique
affirmait à l’AFP que la direction des opérations du ministère du Renseignement
iranien avait « commandité » ce projet.
Une accusation démentie par Téhéran, qui
a demandé la libération « immédiate » du
diplomate qui aurait été impliqué dans ce
projet d’attentat. ■
La fermeture des voies sur berge devant les juges
Le tribunal administratif doit étudier mercredi un deuxième arrêté de la Mairie de Paris interdisant les voitures le long de la Seine.
qui défend notamment les associations
Commerçants et riverains du cœur de
Paris ou encore Patrimoine environnement, cette nouvelle mouture juridique
ne tient pas davantage. Parmi de nombreux arguments qu’il compte soumettre aux juges, ce dernier estime qu’il
s’agit d’un détournement de procédure.
« Marche forcée »
Au-delà de ces arguments juridiques, les
opposants à cette piétonnisation veulent, à l’occasion de cette audience, de
nouveau faire entendre leur voix. Sur le
fond, personne, parmi eux, ne conteste
les objectifs de la Ville, qui veut améliorer la qualité de l’air. « Mais le compte
n’y est pas. Avec des voitures à l’arrêt
prises dans les embouteillages quai haut,
où la circulation s’est reportée, la pollu-
tion s’est aggravée », souligne JeanFrançois Legaret, en rappelant aussi
qu’à certaines heures les bus, coincés
dans le trafic, renoncent à leur parcours
habituel. Pour la Fédération française
des automobilistes citoyens, ces conséquences illustrent l’impréparation de la
mesure. « La Ville avance à marche forcée sans réfléchir aux conséquences des
décisions qu’elle prend », selon son avocat, Me Julien Costantini.
Or, du côté des commerçants, ces
conséquences sont désastreuses, assure
Mathieu Guyon, qui préside Commerçants et riverains du cœur de Paris.
« Depuis cette fermeture, la clientèle de
l’ouest de Paris ne vient plus dans le centre de la capitale et déserte l’île SaintLouis. Après le départ du Palais de justice
du cœur de ville et des services de police,
EN BREF
Sophie Cluzel veut plus de salariés
handicapés en entreprise
Abus sexuels dans l’Église :
les députés PS demandent
une commission d’enquête
Les députés socialistes, par la voix
de leur présidente, Valérie
Rabault, ont demandé mardi
au président de l’Assemblée,
Richard Ferrand (LaREM),
de créer lui-même une
commission d’enquête
parlementaire sur les abus sexuels
dans l’Église. Une réponse
à l’appel lancé ce week-end
par 13 personnalités.
Invitée du « Talk », la secrétaire d’État loue aussi « l’école inclusive », mise en place
dans certains pays d’Europe du Nord qui ont fait leur « révolution culturelle ».
MARIE VISOT £@MarieVisot
SOCIAL Le handicap fait partie des priorités du gouvernement. Pour preuve, le
budget de la secrétaire d’État chargée du
sujet, Sophie Cluzel, augmentera de
500 millions d’euros l’an prochain. Parmi
les mesures qui le montrent, la revalorisation de l’allocation adulte handicapé, à
900 euros en 2019 - une promesse de
campagne d’Emmanuel Macron - ou
celle du complément de libre choix du
mode de garde pour les parents d’enfants
handicapés. Mais aussi l’obligation
d’équiper les immeubles neufs de trois
étages (contre quatre aujourd’hui) d’un
ascenseur. « C’est possible et c’est souhaitable !, assure Sophie Cluzel, invitée ce
mardi du “Talk Le Figaro”, annonçant un
décret en ce sens d’ici à la fin de l’année.
Nous étions l’un des trois derniers pays en
Europe, avec la Tchéquie et la Hongrie, à
avoir cette réglementation. »
La préoccupation de Sophie Cluzel est
plus largement l’enjeu de la vie quoti-
dienne. « Ce que nous voulons, c’est que
les familles vivent le plus normalement
possible », dit-elle. Et de citer les difficultés qui persistent dans les transports : si le
réseau de bus parisien est accessible aux
handicapés, c’est le cas de seulement 3 %
des stations de métro. Difficultés aussi
pour se rendre chez les commerçants : il
« faut accompagner » ces derniers, « pour
trouver des solutions innovantes, comme
des rampes amovibles qu’on se prête d’un
commerce à l’autre, par exemple ».
“
Nous voulons que
les familles vivent le plus
normalement possible
”
SOPHIE CLUZEL, SECRÉTAIRE D’ÉTAT
CHARGÉE DES PERSONNES HANDICAPÉES
Cette complexité au quotidien s’est illustrée avec la colère de trois mères d’enfants handicapés qui, mercredi dernier,
ont grimpé au sommet d’une grue pour
réclamer plus de moyens. « Nous les
avons reçues », confie Sophie Cluzel. Elle-
même maman d’une enfant trisomique,
elle dit comprendre leur impatience. Et
rappelle notamment que les crèches qui
accueillent plus d’enfants handicapés reçoivent un bonus. « Bien sûr, ça ne va pas
assez vite, mais il y a des améliorations :
aujourd’hui 6 % d’enfants handicapés vont
à l’école, ce qui représente 340 000 élèves », assure-t-elle. Certains pays arrivent pourtant à aller plus loin : Danemark, Suède, Canada… « L’école inclusive
y existe depuis longtemps, car ils ont fait
leur révolution culturelle », note la secrétaire d’État qui est allée là-bas pour s’inspirer de leurs bonnes pratiques.
Sophie Cluzel tient aussi à mettre l’accent sur les 80 % de « handicaps invisibles » que l’on ne soupçonne pas toujours, comme la surdité, la sclérose en
plaques, les troubles de l’apprentissage…
« Il faut qu’on l’explique », a-t-elle insisté
en annonçant que la prochaine édition du
Duoday, journée au cours de laquelle une
personne handicapée est accueillie par un
salarié volontaire dans une entreprise,
aura lieu le 16 mai 2019.
cette mesure porte le coup de grâce », se
désole-t-il.
Soutenue par deux associations présentes ce mercredi et représentées par le
cabinet Huglo Lepage, la Ville, qui souhaite obtenir gain de cause, espère aussi
convaincre les mêmes juges le 8 octobre
prochain. Ce jour-là, l’audience portera
sur l’appel qu’elle avait formé contre le
premier arrêté annulé. S’agissant d’une
même affaire, les magistrats devraient
rendre leurs deux jugements le même
jour. « Si le deuxième arrêté aujourd’hui
en vigueur est validé, on laissera tomber le
premier qui a été annulé », fait-on savoir à
l’Hôtel de Ville. En jonglant ainsi avec les
textes et malgré les attaques, Anne Hidalgo aura alors réussi à ne pas suspendre
l’interdiction de la voiture sur les berges,
une mesure phare de son mandat. ■
SOPHIE CLUZEL, mardi, dans le studio
du Figaro. S. SORIANO/LE FIGARO
Il y a urgence. Aujourd’hui, le chômage des actifs handicapés atteint 19 %, soit
le double des personnes valides. En théorie, les entreprises ont l’obligation de
compter 6 % de travailleurs handicapés
dans leurs effectifs ; en pratique, ils ne
sont que 3,5 %, car les sociétés préfèrent
payer une contribution plutôt que de
respecter le quota. « La loi date de 1987 et
je ne vais pas de nouveau attendre trente
ans qu’on atteigne les 6 % ! », assure Sophie Cluzel. La loi avenir professionnel,
qui facilite, pour les entreprises, l’embauche et la déclaration des personnes
handicapées, pourrait faire avancer les
choses. ■
Adama Traoré : l’expertise
exonère les gendarmes
L’expertise médicale de synthèse
réalisée pour déterminer les causes
de la mort d’Adama Traoré, un
jeune homme noir de 24 ans décédé
en 2016 lors d’une interpellation,
écarte la responsabilité des
gendarmes dans son décès.
13 Novembre : prison ferme
requise contre une fausse
victime des attentats
Après trois ans de mensonge,
Alexandra D. a reconnu mardi
qu’elle n’était pas à la terrasse du
Carillon visée par un commando
djihadiste le 13 novembre 2015
à Paris. Pointant sa « cupidité »,
le parquet a requis 18 mois
de prison ferme à son encontre.
1
PARIS Alors que la fermeture aux voitures des voies sur berge rive droite est
maintenue, le sort de cette mesure très
contestée, adoptée en 2016, se joue devant les tribunaux. Mercredi, le deuxième arrêté pris par la Ville, en remplacement d’un premier qui avait été annulé
par la justice, va être étudié par les magistrats du tribunal administratif de Paris.
Cette audience fait suite à une pluie de
recours contre ce texte, introduits par
des commerçants, des particuliers, des
associations, mais aussi un politique parisien, Jean-François Legaret, maire LR
du Ier arrondissement. À 13 h 30, la plupart seront là pour tenter, une fois de
plus, de pulvériser ce nouveau texte que
la Ville de Paris a voulu inattaquable en
tenant compte d’un premier revers. Le
21 février dernier, arguant notamment
d’inexactitudes dans l’étude d’impacts,
ce même tribunal avait, en effet, annulé
le premier arrêté.
Retoilettée, cette deuxième version
s’appuie cette fois sur des considérations
touristiques et historiques en rappelant
notamment que ces berges sont classées
au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1991. Cette nouvelle assise juridique
a d’ailleurs déjà recueilli l’assentiment
du rapporteur public. Représentant
l’État dans cette procédure, ce dernier a
déjà fait savoir qu’il validait ce deuxième
arrêté de piétonnisation. De quoi soulager l’entourage d’Anne Hidalgo, qui dit
aborder l’audience « sereinement ».
Or, pour Me Jacques Delacharlerie,
A
ANGÉLIQUE NÉGRONI anegroni@lefigaro.fr
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mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
10
SOCIÉTÉ
Les écoles de commerce postbac sont
encore réticentes à intégrer Parcoursup
Si certaines y entrent dès janvier, d’autres ont obtenu une dérogation d’une année, le temps de s’y préparer.
WALLY BORDAS £@wallybordas
ORIENTATION C’est l’un des changements majeurs prévus par la loi Orientation et réussite des étudiants (ORE).
Désormais, outre les écoles publiques,
la totalité des formations postbac reconnues par le ministère de l’Enseignement supérieur sont obligées de recruter leurs étudiants via le site
Internet Parcoursup.
Une nouveauté qui ne réjouit pas
tout le monde. Depuis quelques mois,
plusieurs importants acteurs de l’enseignement supérieur ont déclaré leurs
réserves quant à cette nouvelle règle.
Parmi les plus récalcitrants : les écoles
de commerce postbac. Depuis plusieurs années, une grande majorité de
ces établissements avaient cessé de recruter via la procédure Admission
postbac (APB), l’ancêtre de Parcoursup. Principal défaut pointé par ces ac-
teurs : la trop grande rigidité du calendrier du site ministériel.
Aujourd’hui, malgré la nouvelle plateforme d’orientation mise en place
par le gouvernement, le problème reste entier. « Le calendrier de Parcoursup
n’est pas corrélé avec le nôtre. D’habitude, nous fournissons à nos équipes pédagogiques la liste des futurs étudiants
fin juin alors que, sur Parcoursup, la
procédure normale a duré cette année
jusqu’en septembre. C’est pénalisant
pour nous, notre rentrée académique se
déroulant fin août », témoigne Céline
Verdriere, responsable du service recrutement à l’Iéseg, qui recrute pour
son programme grande école via la
banque d’épreuves commune Accès,
avec l’Essca et l’Esdes.
Il y a quelques jours, la ministre de
l’Enseignement supérieur, Frédérique
Vidal, s’est montrée rassurante, annonçant notamment un raccourcissement des délais de réponse et fixant le
terme de la procédure normale à fin
juillet. Mais cette annonce ne suffit pas
à rassurer les écoles de commerce. La
plupart d’entre elles ont d’ailleurs demandé et obtenu une dérogation pour
ne pas intégrer Parcoursup en janvier 2019, mais l’année d’après.
Un logiciel clés en main
Le concours Sésame, qui regroupe plusieurs écoles postbac dont l’EM Normandie, l’ESCE ou l’Ipag, va bénéficier
de cette dérogation. « Nous avons souhaité obtenir un délai supplémentaire
avant d’entrer sur Parcoursup. Nous devons régler quelques détails concernant
l’organisation de nos épreuves », détaille Thomas Lagathu, directeur du
concours Sésame. Les deux épreuves
d’anglais vont par exemple fusionner,
afin de faire gagner du temps aux correcteurs. « Nous allons également donner la possibilité aux élèves qui ne peuvent pas se déplacer de passer les
Ces parents qui font appel
à des coachs pour étudier à l’étranger
A
CAMILLE LECUIT £@CamilleLecuit1
UNE FOIS son bac en poche, Louis
a poursuivi en bachelor de mathématiques à l’université Emory
d’Atlanta aux États-Unis. Un rêve
pour lequel il a travaillé d’arrache-pied dès la classe de première. Selon l’Unesco, 80 000 Français sont, comme lui, partis étudier à l’étranger en 2015. Un
chiffre qui a augmenté de 40 %
entre 2010 et 2015.
Après la Belgique, c’est dans
l’ordre le Royaume-Uni, le Canada, la Suisse, l’Allemagne et les
États-Unis qui attirent le plus les
étudiants français. Mais les admissions dans ces universités
sont complexes, surtout aux
États-Unis. Et certaines familles
préfèrent se tourner vers des
coachs spécialisés pour les aider à
constituer leur dossier de candidature.
« Je ne vois pas comment on
aurait pu s’en sortir sans coach »,
confie la mère de Louis. « La procédure est si dense qu’à côté Parcoursup m’a paru un long fleuve
tranquille », ajoute-t-elle.
Choisir les universités est déjà
une étape difficile, tant l’offre est
immense : la Grande-Bretagne
compte plus de 180 universités et
les États-Unis, 4 000. « Il est difficile de savoir si sa candidature est
réaliste. Sans coach, j’aurais fait
des choix très différents. Résultat :
j’ai été admis dans six universités
sur dix », témoigne Louis.
« Le choix de l’établissement doit
répondre au projet et au profil de
l’élève », explique Maxime Legrand, fondateur de la société de
coaching Educa. En plus des bulletins scolaires, dont il faut parfois une traduction assermentée,
une lettre de motivation est exigée ainsi que des lettres de recommandation d’enseignants, de
chefs d’entreprise ou d’associations. Mais c’est surtout les rédactions ou « essays » qui demandent le plus de travail. « Le risque
est de tomber dans la naïveté, de ne
pas suffisamment relier la description de ses qualités à son projet
d’orientation », alerte Michel
Azaria, fondateur de Sup in USA.
Jusqu’à 10 000 euros...
La plupart des universités étrangères demandent aussi des tests
d’anglais, comme le TOEFL ou
l’IELTS. Les universités américaines requièrent de passer l’ACT
(American College Testing) ou le
SAT (Scholastic Aptitude Test),
des épreuves en anglais de réflexion et de mathématiques, et
parfois des oraux.
« La préparation des dossiers
entraîne beaucoup d’anxiété pour
l’élève, mais aussi pour les parents », constate Natalie La Balme, de l’École Jeannine-Manuel.
Dans ce lycée bilingue parisien,
plus de 75 % des élèves partent à
l’étranger après le bac.
Cet accompagnement n’est pas
gratuit. Il faut compter en moyenne 2 000 euros le bilan d’orienta-
tion et 500 euros par université
présentée. Mais la facture peut
grimper jusqu’à 10 000 euros.
« Une goutte d’eau, comparée au
coût de la scolarité dans certains
pays comme les États-Unis, qui est
de 70 000 dollars par an en moyenne », nuance Michel Azaria.
Même si cela demande plus de
travail, certains choisissent de
s’en passer. Le centre éducation
de la Commission franco-américaine organise des séances d’information. « Pour rendre service », l’Américain Scott Ivins
donne ses conseils bénévolement
à quinze étudiants par an qui
viennent par le bouche-à-oreille.
Matthieu, étudiant à l’université
McGill de Montréal après un bac
passé à Paris, a choisi de se débrouiller seul, sans coach. Pour
Lucile, sa mère, « il était hors de
question de rentrer dans cette spirale délirante ». ■
entretiens à distance. » Un travail que la
banque d’épreuves entend mener dès
cette année afin de ne pas être pris au
dépourvu en 2020, lors de son arrivée
sur la plateforme d’orientation.
À l’inverse, d’autres écoles de commerce ont pris la décision d’aller sur
Parcoursup dès janvier 2019. « Cela
nous paraît être une évidence, argue
Benoît Herbert, directeur de l’Istec. Les
modalités de Parcoursup faciliteront la
vie des jeunes, qui auront toutes les formations reconnues au même endroit, et
avec les mêmes dates d’admission. »
En outre, grâce au site Internet, les
écoles vont bénéficier d’un logiciel clés
en main pour classer les élèves de terminale et les bacheliers en fonction de
leurs notes et de leur dossier scolaire.
Une perspective qui ravit Benoît Herbert, qui a pris la décision de supprimer les épreuves écrites et de sélectionner sur dossier les jeunes admis
pour les oraux. « C’est beaucoup moins
Les jeunes
et les parents pourront
poser des questions
lors des Rencontres
de l’orientation
du Figaro Étudiant,
qui auront lieu cette
année au Carrousel
du Louvre, à Paris.
Cet événement
a été conçu pour aider
les lycéens à préparer
l’après-bac.
NORA H.
Les lycéens font
de plus en plus appel
à des coachs : ici avec
les conseillers Mental’O
aux Rencontres
de l’orientation
du Figaro Étudiant.
NORA H.
discriminant », juge-t-il. Le constat est
le même pour l’Idrac, qui a également
choisi d’entrer sur Parcoursup dès
janvier 2019. « Nous avons déjà l’habitude de travailler avec cette plateforme,
puisque notre programme en trois ans
est disponible sur le portail depuis plusieurs années. Je ne vois donc pas l’intérêt de reculer l’échéance », explique
Laurent Espine, directeur du réseau
Idrac. Toutefois, l’Idrac va également
devoir s’adapter. « Nous recrutions au
fil de l’eau avec plusieurs concours dans
l’année, cela ne sera plus le cas. Nous
allons également digitaliser un certain
nombre d’épreuves écrites pour coller au
calendrier », prévient-il. Mais peu importe les inconvénients, ces écoles
n’ont pas envie de rater le virage Parcoursup. « Le logiciel va nous apporter
une visibilité et une légitimité naturelles », se réjouit Laurent Espine. Ce qui
devrait augmenter sensiblement le
nombre de candidatures. ■
Le Carrousel du Louvre
accueille les lycéens
SOPHIE DE TARLÉ £@sophiedetarle
L’ANNÉE étudiante a été bien agitée avec la mise en place de Parcoursup, le nouveau site d’admission dans l’enseignement supérieur,
destiné aux bacheliers. Blocages
dans les universités, violences :
l’admission dans le supérieur a suscité beaucoup d’interrogations,
voire d’angoisses dans les familles.
Pour les aider dans leurs recherches, et répondre à toutes leurs
questions, Le Figaro Étudiant organise, ce samedi 6 octobre, la troisième édition des Rencontres de
l’orientation qui auront lieu cette
année au Carrousel du Louvre à Paris. Des universités, des écoles,
mais aussi des BTS, des DUT et des
classes préparatoires seront là pour
renseigner les lycéens. Cette année, l’invité d’honneur est le Canada, avec une quinzaine d’universités présentes. L’occasion unique de
poser des questions en direct aux
directeurs, aux enseignants, mais
aussi aux étudiants.
Des sujets sensibles
En outre, des conférences animées
par des journalistes du Figaro Étudiant permettront de débattre de
toutes les questions portant sur les
sujets les plus sensibles, notamment l’admission en Paces, pour les
futurs médecins. Un sujet sensible
avec la réforme du numerus
clausus en cours. Seront également
abordés les critères de sélection en
classe préparatoire, ainsi que la
préparation aux concours d’accès
aux grandes écoles d’ingénieurs et
de commerce.
Autre moment fort : la présence
de coachs de la société Mental’O
qui feront passer des tests aux jeunes, inscrits au préalable sur le site
Internet du Figaro Étudiant. « Je
n’ai pas de baguette magique mais,
grâce à des outils et une discussion
avec le jeune, nous parvenons à faire
plusieurs propositions. Il commence
par passer nos tests, qui permettent
de faire un tour d’horizon complet de
sa personnalité et de son fonctionnement intellectuel, et qui permettent
ainsi de mieux cibler ses goûts », explique Armelle Riou, sa fondatrice.
Et d’ajouter : « Ce type de test identifie non pas ce que la personne sait
faire mais ce qu’elle aime faire. Ce
qui permet de faire émerger le projet
professionnel, en tenant compte
d’autres critères que le bulletin scolaire. Cela rend très heureux les parents que quelqu’un décrive leur enfant autrement que par le prisme de
ses notes. » Autre changement de
taille : sur Parcoursup, les lycéens
doivent, parfois pour la première
fois de leur vie, enrichir leur dossier
scolaire d’une lettre de motivation
et d’un CV. Sur ce salon, les experts
de Cadremploi et Viadeo seront à
leurs côtés pour les conseiller lors
d’un atelier pratique. ■
Que faire après le bac ? Samedi 6 octobre, de 10 heures à 18 heures. Carrousel du Louvre, 99, rue de Rivoli,
75001 Paris. Métro Palais RoyalMusée du Louvre. Invitation à télécharger sur le site etudiant.lefigaro.fr
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LE FIGARO
SCIENCES
mercredi 3 octobre 2018
11
Un Nobel de
physique pour
Gérard Mourou
et ses travaux
sur les lasers
TRISTAN VEY £@veytristan
RÉCOMPENSE Le prix Nobel de physique qui vient d’être décerné mardi est
spécial à plus d’un titre. Tout d’abord
parce que figure parmi les trois lauréats
2018 un physicien français, Gérard
Mourou, 74 ans, pionnier des lasers à
impulsion courte de haute puissance.
C’est la quatorzième fois que la France
décroche la plus prestigieuse récompense dans ce domaine et la première
fois depuis Serge Haroche en 2012 (notre pays a également obtenu 13 prix Nobel en médecine et 9 en chimie).
Mais ce n’est pas la seule surprise.
Une fois n’est pas coutume en physique, le professeur émérite à l’École
polytechnique partage avec une femme, son étudiante qui plus est, le prix
tant convoité. La Canadienne Donna
Strickland, 59 ans, est seulement la
troisième femme à inscrire son nom au
palmarès du Nobel de physique après
Marie Curie en 1903 et Maria GoeppertMayer en 1963 (voir ci-dessous). Il est
par ailleurs extrêmement rare, pour ne
pas dire inédit, qu’un professeur soit
récompensé avec son élève. « Ce n’est
pas l’usage, mais je trouve ça très bien »,
a souligné Gérard Mourou lors d’une
conférence de presse à l’École polytechnique, institution dans laquelle il
est revenu en 2005 après trente années
passées aux États-Unis, dans les universités de Rochester et du Michigan.
La dernière surprise de ce cru 2018 est
un peu plus subtile. Ce n’est pas l’âge
vénérable de son troisième récipiendaire, l’Américain Arthur Ashkin, 96 ans,
qui est tellement surprenant - le Nobel
étant souvent décerné à des physiciens
retraités -, mais le fait que son sujet
d’étude est très différent de celui des
deux autres lauréats. Cela concerne certes aussi les lasers, mais c’est à peu près
le seul point commun… Le chercheur de
l’université de Cornell a réussi à utiliser
la pression très légère exercée par les
photons pour déplacer et maintenir immobiles de minuscules objets physiques
afin de les étudier en détail. Son système
de « pinces lumineuses » a notamment
permis de « capturer » une première
bactérie en 1987. Il est depuis très large-
Gérard Mourou savait qu’il faisait chaque année partie de la petite centaine de physiciens « nobélisables ».
ment utilisé à travers le monde pour
étudier des systèmes biologiques.
Le physicien américain récolte pour
lui seul la moitié du prix de 9 millions
de couronnes, ce qui représente
400 000 euros environ. Gérard Mourou
et Donna Strickland se partagent quant
à eux l’autre moitié du prix, soit
200 000 euros chacun tout de même.
Ces deux scientifiques travaillent dans
“
Gérard Mourou est
quelqu’un d’extrêmement
sympathique
qui fourmille d’idées
et de nouveaux projets
”
JEAN-LUC MIQUEL, CHEF DE PROJET
DU LASER À IMPULSION COURTE PETAL AU CEA
un tout autre domaine : la production
d’impulsions laser ultrabrèves mais de
très haute intensité. L’étude de la matière dans des conditions extrêmes,
l’accélération de particules ou la découpe de haute précision (voir ci-dessous) font partie des nombreuses ap-
Comment sont générées les impulsions lasers
La technique inventée par Gérard Mourou et Donna Strickland, prix Nobel de physique, pour amplifier la puissance d’un laser
1
Emission
d’une impulsion
par un laser.
2
L’impulsion
est étirée,
sa puissance
est réduite...
3
... puis amplifiée...
4
... et enfin compressée.
La puissance augmente
fortement.
plications rendues possibles par leurs
travaux. Le principe, détaillé et démontré dans une publication scientifique de 1985, consiste à « étirer » une
impulsion laser pour en diminuer l’intensité tout en conservant son énergie.
Elle peut alors être amplifiée sans détruire le dispositif qu’elle traverse.
L’impulsion est alors compressée à
nouveau pour retrouver sa durée initiale. Mais, comme son énergie a augmenté entre-temps, elle est désormais
beaucoup plus intense qu’au début.
Elle peut être de 100 à 1 000 fois plus
puissante. Les scientifiques parviennent ainsi à produire des impulsions
dont la puissance est de 1 000 fois supérieure à la production électrique
mondiale, mais sur des durées si courtes que leur énergie n’excède pas celle
contenue dans une simple amande.
« Nous étions arrivés aux limites des
matériaux et ce nouveau concept révolutionnaire a offert un nouvel élan à toute la
communauté », raconte Jean-Luc Miquel, chef de projet du laser à impulsion
courte Petal au CEA. « C’est un prix Nobel d’autant plus mérité que Gérard Mou-
Amplificateur
Compresseur du signal
Infographie
Corriger la myopie et sonder la matière
CYRILLE VANLERBERGHE £@cyrillevan
GÉRARD MOUROU et Donna Strickland ont inventé une nouvelle catégorie de lasers, des instruments
émettant des impulsions ultracourtes,
avec des puissances instantanées gigantesques. Le procédé, appelé « amplification par dérive de fréquence »,
CPA en anglais, permet notamment
de produire les lasers les plus puissants au monde, avec des crêtes atteignant plusieurs millions de milliards
de watts (petawatts).
Mais l’application la plus courante,
la chirurgie de l’œil, n’a pas du tout
besoin de puissances aussi élevées.
Des millions de personnes myopes
dans le monde ont néanmoins eu leur
vue corrigée grâce à ces lasers hyperprécis. Avec de très courtes impulsions, ils peuvent sculpter très précisément la cornée de manière à
redonner la bonne forme optique à
cette loupe naturelle. Le procédé inventé par les deux Nobel permet
d’avoir un laser compact, facilement
utilisable dans un bloc opératoire et
fournissant des milliers de pulsations
par seconde.
En montant en puissance, il devient aussi possible de graver, ou
même découper, des matériaux bien
plus durs que les tissus vivants, comme des métaux. Un procédé très cou-
ramment utilisé dans l’industrie.
« Avec des impulsions très courtes, on
obtient une découpe parfaitement propre, avec des bords très nets. Car la
matière est directement vaporisée, et
n’a pas le temps de chauffer autour, ce
qui peut créer des dépôts », précise
Philippe Martin, spécialiste des lasers
intenses et directeur du Laboratoire
interactions, dynamiques et lasers au
CEA à Saclay.
Technologie CPA
Au-delà des applications industrielles, les lasers de très haute puissance
sont aussi de formidables outils de
recherche fondamentale pour sonder
la matière. La technologie CPA apporte aux chercheurs deux atouts
pour leurs travaux. Certains profitent des impulsions ultracourtes
pour étudier des processus hyperrapides, comme le déplacement des
électrons lors de réactions chimiques. D’autres profitent des puissances extrêmes, qui permettent de vaporiser la matière et de la mettre
dans des états très exotiques.
En 1999, l’Égyptien Ahmed Zewail
avait obtenu le Nobel de chimie pour
avoir observé des réactions chimiques
avec des lasers ultrarapides ; des impulsions de quelques dizaines de femtosecondes (10-15 s, soit un millionième
de milliardième de seconde). Aujourd’hui, les instruments ont encore pro-
gressé, et les impulsions sont désormais plus de mille fois plus courtes, de
l’ordre de l’attoseconde (10-18 s, soit un
milliardième de milliardième de seconde). « Avec ce type de laser, il devient possible d’observer le déplacement
d’un électron autour du noyau d’un atome », explique Philippe Martin.
« Dans le domaine des lasers, que ce
soient pour les impulsions ultracourtes
avec les lasers inventés par Gérard
Mourou, ou les lasers à haute densité
d’énergie, qui cherchent à chauffer la
matière avec de fortes puissances,
comme Mégajoule près de Bordeaux, la
France est très bien placée, poursuit le
chercheur français. Notre pays a une
communauté scientifique et industrielle
à la pointe mondiale. »
Et la recherche française est très
active pour repousser les limites de
performances des lasers et chercher
de nouvelles applications possibles.
Des laboratoires travaillent ainsi sur
des lasers qui pourront peut-être permettre de construire des accélérateurs
de particules plus performants et plus
compacts que l’actuel LHC du Cern.
Gérard Mourou évoque aussi la
possibilité d’utiliser les lasers pour
détruire les débris en orbite autour de
la Terre, une pollution qui menace astronautes et satellites. Il travaille également sur des procédés pour transformer les déchets les plus radioactifs
et rendre leur gestion plus facile. ■
rou n’est pas simplement visionnaire.
C’est aussi quelqu’un d’extrêmement
sympathique qui fourmille d’idées et de
nouveaux projets. » Le physicien est notamment à l’origine de la construction
des trois lasers ELI (Extreme Light Infrastructure) de très haute puissance qui
sont en cours de construction en République tchèque, en Hongrie et en Roumanie. Le laser Apollon, qui s’apprête à
entrer en service sur le plateau de Saclay et pourrait devenir le plus puissant
au monde, lui doit aussi beaucoup.
Si Gérard Mourou savait qu’il faisait
chaque année partie de la petite centaine de physiciens « nobélisables »,
l’annonce fut tout de même un choc.
« Je pensais être préparé, mais ce fut
quand même une surprise, raconte-t-il.
Comme je n’avais pas eu de coup de fil
une heure avant l’annonce, je pensais
que ce n’était pas pour cette fois. Je suis
même arrivé dans le bureau de ma secrétaire en lui disant que le Nobel
n’était pas encore pour cette année
mais que tout n’allait pas si mal parce
que je venais de recevoir ma nouvelle
carte de piscine ! » ■
Donna Strickland,
troisième femme lauréate
en plus d’un siècle
SOLINE ROY £@so_sroy
Élargisseur du signal
JEREMY BARANDE/AP
ELLE EST la troisième femme qui, dans
toute l’histoire des Nobel, s’est vu décerner un prix de physique. Après Marie Curie en 1903, et Maria GoeppertMayer en 1963, Donna Strickland
rejoint donc une bien courte liste. Dans
les autres catégories scientifiques, la
situation n’est guère plus brillante :
18 femmes (dont Marie Curie à deux
reprises) ont reçu des Nobel scientifiques, soit… 3 % à peine des lauréats.
« Nous devons célébrer les femmes
physiciennes, parce que nous sommes
là, et espérons qu’avec le temps les choses s’accéléreront. Je suis honorée
d’être l’une de ces femmes », a déclaré
la physicienne professeure associée à
l’université de Waterloo (Canada).
Elle était l’étudiante de Gérard Mou-
“
Nous devons
célébrer
les femmes
physiciennes
DONNA STRICKLAND
”
rou lorsque ont été menés les travaux
qui leur valent aujourd’hui le Nobel.
« Espérons que cet exemple pourra
ouvrir des horizons à des jeunes femmes
qui hésitent ou n’ont même pas pensé à
la possibilité d’une carrière scientifique… », commente Nadine Halberstadt, physicienne à l’université de
Toulouse et présidente de l’association
Femmes & Sciences.
Force est de constater que depuis
leur création les Nobel ne célèbrent pas
la diversité et récompensent essentiellement des hommes américains ou
européens. De quotas, de genre ou
d’origine ethnique, il n’est pas question : « Je souhaite expressément que
lors de l’attribution des prix, aucune
considération ne soit accordée à la nationalité », précise le testament d’Alfred Nobel. Mais, pour la première fois
de son histoire, indiquait la semaine
dernière la revue Nature, le comité Nobel demandera aux milliers de scientifiques invités à proposer des noms de
lauréats potentiels pour la fournée 2019
d’être plus attentifs à la diversité des
sexes et des origines géographiques.
Trop peu de femmes sont actuellement
nominées, explique à la revue américaine Göran Hansson, secrétaire général de l’Académie royale des sciences
suédoise. « Nous avons besoin de la
communauté scientifique pour voir les
femmes scientifiques et pour nommer
celles qui ont apporté une contribution
exceptionnelle. » Car trop souvent, note
Nadine Halberstadt, « on a attribué à
des hommes des découvertes faites par
des femmes. L’histoire a été réécrite. Il y
a notamment eu toute une période où les
sciences étaient le domaine des gens
d’Église », peu réputés pour leur féminisme exacerbé…
Le problème ne peut évidemment
pas se résumer à une supposée misogynie des responsables du Nobel. Moins
de 30 % des chercheurs dans le monde
sont des femmes, selon l’Unesco. Et la
proportion est encore plus faible en
physique. « Les jeunes femmes baignent
dans des stéréotypes selon lesquels la
physique, ce ne serait pas pour elles, regrette Nadine Halberstadt. Or elles sont
souvent surdiplômées par rapport aux
hommes, car plus qu’avec les hommes,
on a écrémé et sélectionné seulement les
plus fortes et les plus motivées. »
En France, la Mission pour la place
des femmes créée au sein du CNRS recense 42,6 % de femmes parmi son
personnel permanent, mais seulement
32,9 % parmi ses chercheurs. Et le
constat dressé dans le « Rapport de situation comparée 2016 » est assez désespérant : « Au rythme d’amélioration
moyen de 1999 à 2016, la parité sera atteinte en 2088. » ■
A
Le Français partage la récompense 2018
avec la Canadienne Donna Strickland
et l’Américain Arthur Ashkin.
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mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
12
SPORT
PSG : les débuts prometteurs de Tuchel
Trois mois après
sa prise
de fonction
effective, premier
bilan, positif
pour le technicien
allemand.
CHRISTOPHE REMISE £@CRemise77
FOOTBALL Jusqu’ici, tout va bien.
Sur le fond comme sur la forme, le
PSG de Thomas Tuchel avance dans
le bon sens en dépit des vicissitudes
classiques d’une année post-Coupe
du monde. Le coach allemand, qui
a dirigé son premier entraînement
le 4 juillet, a déjà posé sa patte, et,
malgré l’accroc de Liverpool, le bilan est positif. Surtout prometteur.
Tant mieux, ce n’est que le début.
« Là où il veut aller, il y a encore la
possibilité de faire beaucoup
mieux », promet le consultant beIN
Sports Patrick Guillou, fin connaisseur du foot allemand.
:
u Communication
un mot d’ordre, la séduction
Dès sa première prise de parole, le
ton était donné et l’opération séduction, lancée. Tuchel, 44 ans, a tout
compris en matière de communication. Toujours juste et en prenant
soin de dire ce qu’il faut quand il faut
pour ne froisser personne, tout en
faisant passer des messages forts.
Sur le fond et le jeu. Mais aussi pour
dire quand il n’est pas content du
recrutement. Et ce même s’il manie
parfois la langue de bois, comme
après Liverpool (« Les propos que
l’on tient en public ne sont pas ceux
qu’on a dans le secret du vestiaire »).
Toujours est-il que là où Unai Emery
s’empêtrait dans des explications
fumeuses sur les tireurs de penalty,
l’alternance des gardiens ou simplement le football, l’ex-chef d’orchestre de Dortmund s’en sort très bien.
Souriant et ouvert face aux médias,
il s’exprime déjà dans un très bon
français. Mais, contrairement à son
prédécesseur, il n’hésite pas à basculer vers l’anglais ou l’allemand,
privilégiant la clarté du message.
:
u Management
la chaleur latine au service
de la rigueur à l’allemande
Si le technicien allemand séduit les
observateurs, c’est encore plus le
cas des joueurs. Subjugués par leur
nouvel entraîneur, ses méthodes,
sa personnalité, son style. Sa proximité avec eux est réelle, au sens figuré mais aussi physiquement.
Cela ne l’empêche pas d’avoir le
respect de ses ouailles, et de les engueuler franchement lorsque c’est
2E JOURNÉE
GR. C
PARIS SG
GR. D LOKOMOTIV M.
GR. A DORTMUND
ATLÉTICO MADRID
GR. B EINDHOVEN
TOTTENHAM
GR. C
NAPLES
GR. D
FC PORTO
mer.
18 h 55
21 h
-
E. R. BELGRADE
SCHALKE 04
MONACO
BRUGES
INTER MILAN
FC BARCELONE
LIVERPOOL
GALATASARAY
Tous les matchs en direct sur RMC Sport
nécessaire. « Il est extrêmement intelligent et, avec une prise de fonction très tôt, il a fait tout un travail en
amont, apprécie Guillou. Il fait
confiance à son instinct, dans un
premier temps, mais il anticipe
énormément. Il a une grande
connaissance du football, mais il
comprend aussi comment fonctionnent les gens, leur personnalité. Il est
conscient de tout. Je ne dirais pas
que c’est un charmeur, ça aurait une
connotation négative, mais disons
“
Le révélateur
sera la Ligue
des champions.
C’est dans
la difficulté que
le caractère se révèle
au grand jour
”
PATRICK GUILLOU, CONSULTANT
que tout est millimétré. Il a une force
de persuasion importante. » Du
coup, il peut demander à une superstar comme Neymar de passer
de l’aile à l’axe, à Marquinhos de
dépanner au milieu ou à Angel
Di Maria de jouer… piston gauche.
« Les joueurs se sentent considérés », ajoute le consultant beIN
Sports. Même les jeunes, régulièrement sollicités en Ligue 1.
et jeu :
u Tactique
le laboratoire est ouvert
Cette opération séduction permet à
Tuchel des libertés qu’Emery n’a jamais eu. 3-5-2, 3-4-2-1, 4-4-2, 43-3, 4-2-3-1… Le schéma change de
match en match, voire plusieurs fois
au cours d’une même partie. De
nouvelles perspectives pour un PSG
qui ronronnait en 4-3-3. Surtout,
Paris semble décidé à jouer plus
haut, plus fort, plus agressif. Intensif, dirait Tuchel. « Au plus haut niveau, et notamment en Ligue des
champions, si les individualités vous
permettent de décanter certains
matchs, c’est le collectif qui vous fait
avancer. Il le sait », glisse au Figaro
Patrick Guillou, ne manquant pas de
souligner que Paris se cherche encore en termes d’« équilibre défensif ».
Et d’ajouter : « Il y a un bloc plus haut.
Ce sont de petites choses, mais c’est
important. Je vois des joueurs très
réactifs dans les contre-efforts. Ça
offre plus de solutions en transition. »
Thomas Tuchel
souriant au milieu
de ses joueurs lors
d’un entraînement
au Camp des Loges, à
Saint-Germain-en-Laye,
le 11 août dernier.
J.E.E/SIPA
GUILLAUME LOISY £@guiloisy
:
u Résultats
tout bon, à une exception
notable près…
Dix matchs officiels toutes compétitions confondues, neuf victoires,
une défaite. Jusqu’ici, c’est un
sans-faute sur la scène nationale.
Les records tombent, comme à
Gravelotte, et la Ligue 1 semble déjà
pliée. « C’est très bien qu’on gagne
dès le début de la saison, on montre
une bonne mentalité, jugeait récemment Tuchel, invité à dresser un
premier bilan. Maintenant, c’est le
moment d’améliorer les détails, notre jeu. » Le tout en gagnant en
Ligue des champions, le juge de
paix, le seul qui compte. C’est ce
que le PSG s’évertue de faire depuis
sa défaite à Liverpool (3-2). « Le révélateur sera la Ligue des champions, comment il gérera la pression,
le contexte, conclut Guillou. Son
expérience à Dortmund lui servira.
C’est dans la difficulté que le caractère se révèle au grand jour. » Nouveau test ce mercredi face à l’Étoile
rouge de Belgrade (18 h 55). ■
Retour à Dortmund
pour un Monaco malade
SÉRIE NOIRE
4
Le PSG reste sur 4 défaites
en Ligue des champions
(Bayern, le Real Madrid
2 fois, Liverpool).
Une première
dans l’histoire européenne
du club parisien.
1
seul titre pour Thomas
Tuchel depuis ses débuts,
en 2009, sur le banc
de Mayence : la coupe
d’Allemagne conquise
en 2017 avec le Borussia
Dortmund.
« J’ESSAIE de chasser ces pensées.
Mais il y a toujours des moments où je
me rappelle à quel point nous avons eu
de la chance. » À l’image de Marcel
Schmelzer, le traumatisme est encore vif chez les joueurs de Dortmund,
18 mois après. Le défenseur allemand
était dans le bus du Borussia, ce
11 avril 2017, quand trois bombes explosèrent à proximité du véhicule
menant l’équipe au Signal Iduna
Park pour y affronter Monaco en
quarts de finale de la Ligue des
champions. Si le pire a été évité (un
joueur, le défenseur Marc Bartra, et
un policier blessés), l’épisode avait
bouleversé la vie du club.
La décision de l’UEFA de jouer le
match dès le lendemain de l’attentat
précipita le divorce entre Thomas
Tuchel et ses dirigeants, le premier
reprochant aux seconds un manque
de soutien. « Nous nous sommes sentis ignorés. On ne nous a pas demandé
notre avis. C’est comme si on avait
lancé une canette de bière contre notre
car », avait fustigé le futur entraîneur du PSG après la défaite (2-3) de
ses joueurs, victimes des premiers
Un dispositif de sécurité renforcé au Parc
Les bouillants supporteurs
de l’Étoile rouge de Belgrade
sont privés de déplacement
au Parc des Princes pour avoir
fêté la qualification des
champions de Serbie pour la
phase de poules en envahissant
le terrain du Red Bull Salzbourg,
fin août. Problème : cette
interdiction de déplacement
officiel ne signifie pas que
les supporteurs serbes seront
totalement absents. Mais bien
difficile de prévoir combien
seront au Parc, ni où. Un match
pour lequel le PSG est
sanctionné, avec un huis clos
partiel et la fermeture de la
tribune Auteuil après le festival
de fumigènes contre le Real
Madrid. Le club de la capitale
a préféré prendre des
précautions et mis en place un
dispositif de sécurité important,
avec, selon nos informations,
1 000 à 1 200 stadiers et des
zones vides dans les tribunes.
Lesquelles doivent permettre
de recaser des spectateurs
en danger le cas échéant. C. R.
FC Nantes : Cardoso débarqué, Halilhodzic arrive
A
ARNAUD COUDRY £@ArnaudCoudry
LA SITUATION était devenue intenable
après la défaite contre Nice à la Beaujoire
(1-2), le 25 septembre. Alea jacta est… Le
match nul arraché samedi à Lyon (1-1)
n’aura pas inversé la tendance. La sentence est tombée mardi. L’entraîneur
portugais Miguel Cardoso a été démis de
ses fonctions à la tête du FC Nantes et il
sera remplacé par le Franco-Bosnien Vahid Halilhodzic (66 ans), qui a signé un
contrat de deux ans. Un accord financier
aurait été trouvé pour une séparation
amiable dans la matinée avec le technicien portugais, qui a communiqué sur
Twitter. « Au milieu de l’hiver j’ai découvert en moi un invincible été », a-t-il écrit,
citant Albert Camus, ajoutant « merci au
Vahid Halilhodzic a été meilleur buteur du
Championnat de France avec les Canaris,
lors des saisons 1982-1983 et 19841985). JÖRG SCHÜLER/GETTY IMAGES/AFP
FC Nantes, merci à cette ville qui m’a accueilli, merci à tous les supporteurs. Mes
joueurs, je les prends dans mon cœur ».
Arrivé cet été, Miguel Cardoso - passé,
en tant qu’adjoint, par Braga, le Deportivo La Corogne ou le Chakhtar Donetsk laisse le FCNA à une piteuse 19e place en
Ligue 1 avec seulement 6 points et une
victoire au compteur en 8 journées.
Halilhodzic, buteur des Canaris lors de
leur âge d’or des années 1980, mais également ancien entraîneur (entre autres)
de Lille, du Paris SG, de Rennes, puis sélectionneur de l’Algérie, avait été écarté
du poste de sélectionneur du Japon seulement deux mois avant la dernière Coupe du monde à cause de conflits récurrents avec la Fédération nippone. « Ils
m’ont traité comme de la merde, ils m’ont
jeté à la poubelle », avait-il pesté. De re-
tour dans le club qui l’a révélé en France,
« Coach Vahid » est arrivé dès mardi, en
début d’après-midi, à la Jonelière.
Il s’agit d’un choix fort du président
Waldemar Kita qui avait déjà envisagé sa
nomination cet été, après le refus de Jocelyn Gourvennec, avant de préférer finalement le Portugais. Devenu rapidement perplexe devant le jeu très offensif
mais déséquilibré prôné par Cardoso et
lui reprochant de ne pas assez faire jouer
les recrues de l’été, le président nantais
avait décidé d’en finir après le revers à
domicile contre Nice. Le choix de Halilhodzic, coach à poigne et réputé pour
prôner un jeu peu spectaculaire, laisse
augurer une reprise en main stricte du
club qui visait l’Europe en début de saison. Un objectif déjà envolé. Et un maintien désormais à assurer ■ (Avec AFP)
dégâts continentaux d’une tornade
grossissante nommée Mbappé.
Alors que le verdict du procès de
l’auteur de l’attentat - Sergej W, un
déséquilibré ayant agi dans le but de
s’enrichir en spéculant sur le cours
de l’action du Borussia -, est attendu
fin octobre-début novembre, les
deux clubs se retrouvent à nouveau
dans la Ruhr ce mercredi. Dans des
états de forme aux antipodes. Leaders invaincus de Bundesliga après
deux victoires spectaculaires (7-0
contre Nuremberg, 4-2 à Leverkusen après avoir été menés 0-2), les
joueurs de Lucien Favre reçoivent
une ASM malade, larguée en Ligue 1
(18e, une seule victoire en 8 journées), et déjà dos au mur en C1 après
sa défaite inaugurale contre l’Atlético Madrid (1-2). Vadim Vasilyev est
donc monté au front. « C’est le moment de serrer les dents et se serrer les
coudes. Je pense que ça va tourner »,
annonce le vice-président monégasque par ailleurs « à 100 % » derrière
Leonardo Jardim.
Magicien portugais
Capable de reconstruire chaque année une équipe compétitive malgré
l’exode massif de cadres, intrinsèque
au modèle économique du club, le
magicien portugais pourrait voir son
crédit entamé en cas de nouveau
couac sur les terres de ses exploits
passés. « Plusieurs joueurs sont partis,
Mbappé en 2017, puis Moutinho, Lemar, Fabinho, Mendy. Parfois un seul
joueur fait la différence dans une équipe. Ils n’ont pas très bien commencé la
saison mais ça tient à des détails. J’ai
vu leurs derniers matchs, il leur manque très peu de choses », tempère Lucien Favre, vrai connaisseur de l’ASM
de Jardim pour l’avoir côtoyée quand
il entraînait Nice (2016-2018). Mais
que reste-t-il aujourd’hui de l’équipe
qui fit trembler l’Europe ? ■
EN BREF
Foot : Hugo Lloris de retour
face au Barça
Le capitaine et gardien
de Tottenham effectuera son retour
pour le choc contre Barcelone
mercredi, a annoncé son club.
Le capitaine de l’équipe de France
championne du monde a connu
un mois de septembre difficile.
Il s’est blessé à une cuisse au début
du mois avant d’être condamné
pour conduite en état d’ébriété.
Shearer critique Pogba
En conflit avec José Mourinho
à Manchester United, Paul Pogba
a été éreinté par l’ancien buteur
de l’équipe d’Angleterre.
« Il n’est même pas capable de lacer
les chaussures des légendes qui ont
écrit l’histoire à Old Trafford… »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
avec justification d’identité
Florence et Eric,
Didier et Odile,
Olivier et Véronique,
ses enfants,
par téléphone
Nicolas, Johan, Cécile,
Thibaut, Sophie, Antoine,
Matthieu, Clément et Pauline,
ses petits-enfants,
par télécopie
ont la douleur de faire part
du décès, survenu le
samedi 29 septembre 2018, de
01 56 52 27 27
01 56 52 20 90
par courriel
carnetdujour@media.figaro.fr
en nos bureaux
14 boulevard Haussmann,
75009 Paris,
Pascale, son épouse,
Martin, Antoine, Juliette,
ses enfants,
Yves et Brigitte Debost,
ses parents,
ont la douleur
de vous faire part du décès,
le 1er octobre 2018,
à l'âge de 54 ans, de
François DEBOST
X 83.
Pierre CABON
Une messe aura lieu
le jeudi 4 octobre, à 15 h 30,
en l'église de Vertou.
Une bénédiction se déroulera
le vendredi 5 octobre,
à 15 heures, en l'église de Daix,
suivie de l'inhumation
au cimetière.
La cérémonie aura lieu
au crématorium d'Arcueil,
8, rue du Ricardo,
le jeudi 4 octobre, à 16 h 45.
enfants-cabon@cabon.net
sur notre site :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Tarif de la ligne € TTC :
Du lundi au jeudi
25 € jusqu'à 25 lignes
23 € à partir de 26 lignes
Vendredi ou samedi
28 € jusqu'à 25 lignes
26 € à partir de 26 lignes
Réduction à nos abonnés :
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M. Jean-Michel
Carcopino-Tusoli,
Jacques Delort,
son époux,
Peter et Isabelle,
ses enfants,
ses fils et belles-filles,
ses petits-enfants,
ses frères
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès du
docteur Bernadette
CARCOPINO-TUSOLI
née Bouchu,
gynécologue,
présidente de l'association
Saint-Louis Réseau Sein,
membre du conseil
d'administration
de l'association Europa Donna,
survenu le 1er octobre 2018,
à l'âge de 70 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le vendredi 5 octobre, à 14 h 30,
en l'église Saint-Maurice,
à Pringy (Haute-Savoie).
ont la douleur de faire part
du décès de
Mont-de-Marsan (Landes).
Castelnau-Rivière-Basse
(Hautes-Pyrénées).
deuils
Daniel Boublil,
son fils,
Benjamin Boublil,
son petit-fils,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Rina Claudine BONAN
survenu le 31 août 2018,
à Cabourg, à l'âge de 87 ans.
Selon sa volonté, les obsèques
ont eu lieu dans la stricte
intimité familiale.
Catherine DELORT
née Helin,
Jeanne Chaurin,
son épouse,
Patrice et Emmanuelle
Chaurin,
Sylviane et Bernard Dibert,
ses enfants,
Delphine, Chloé, Marine,
Bertille, Titouan,
Louise, Jeanne,
ses petits-enfants,
Monique Carrere,
sa sœur,
survenu subitement
le 25 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu le lundi 8 octobre,
à 14 heures, en la paroisse
Saint-Pierre-de-Montrouge,
à Paris (14e),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Montmartre,
à Paris (18e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jacques CHAURIN
chevalier
de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
chevalier
des Palmes académiques,
Monique Brunois,
son épouse,
Corinne Brunois
et Arnaud Greth,
Florence et Luis Pasina,
Diane et Pierre Besse,
Raphaëlle et Benjamin Sivek,
ses quatre filles et ses gendres,
Camille, Thibault, Oscar
et Grace,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Richard BRUNOIS
ancien secrétaire
de la Conférence,
docteur en droit,
ancien professeur attaché de
cours à l'école HEC
et à l'école Polytechnique,
avocat honoraire,
survenu le 1er octobre 2018,
à l'âge de 80 ans.
Ses obsèques auront lieu
au crématorium du cimetière
du Père-Lachaise,
71, rue des Rondeaux,
Paris (20e),
le vendredi 5 octobre, à 13 h 30.
Richard Brunois a été
président-fondateur
des Clubs Paris-Entreprises,
du Centre d'information
de droit de la distribution,
vice-président-fondateur
des associations
Dhagpo Kagyu Ling et Ethic,
administrateur fondateur
des associations Noé
et France-Danemark,
président des associations
Europe et Perfection initiatique
de la Grande Loge de France.
Jacques (†) et Michèle Helin,
ses parents,
Francis (†) et Marie-Claude
Delort,
ses beaux-parents,
Bruno et Viviane Helin,
Sophie Helin et Daniel,
Philippe Helin et Georges,
Thierry Delort,
Sophie-Charlotte Delort
et Jean-Denis Metay (†),
François Delort et Olivier,
Florence et Thierry
Van Poucke,
Jean-Yves et Anna-Karin
Delort-Brazee,
Chan et Maryse Komar,
ses frères, sa sœur,
ses beaux-frères
et belles-sœurs
et leurs conjoints,
tous ses neveux et nièces,
toute sa famille et ses amis
survenu à l'âge de 90 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le jeudi
4 octobre 2018, à 9 heures,
en l'église de la Madeleine,
à Mont-de-Marsan,
suivie de la crémation
dans l'intimité familiale.
L'inhumation des cendres
se déroulera au cimetière
de Castelnau-Rivière-Basse.
Saint-Quay-Portrieux
(Côtes-d'Armor).
Levallois-Perret.
Mme René-Henri Donnay,
née Marie-Thérèse Tequi,
son épouse,
ses enfants, petits-enfants
et toute la famille
vous font part du décès de
M. René-Henri DONNAY
survenu dans sa 71e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 5 octobre 2018,
à 15 heures, en l'église
de Saint-Quay-Portrieux,
suivie de l'inhumation
dans l'intimité familiale, au
cimetière d'Étables-sur-Mer.
Monique Couteaux,
son épouse,
Jacques et Marie-Edith
Bonneterre,
Yann et Chantal Bouchard,
Philippe et Gwenaëlle
Couteaux,
ses enfants,
Capucine, Mathilde, Tiphaine,
Aude et Marie,
ses petites-filles,
et toute la famille
Condoléances sur registre.
Etienne COUTEAUX
survenu dans sa 87e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en sa paroisse
Saint-Honoré-d'Eylau,
66 bis, avenue
Raymond-Poincaré,
Paris (16e), le vendredi
5 octobre 2018, à 10 h 30,
suivie de l'inhumation,
dans l'intimité, au cimetière de
Nanteuil-en-Vallée (Charente).
110, avenue Kléber, 75116 Paris.
Souvenirs, Messes...
Partagez le souvenir d’un être cher dans le carnet du jour
M. et Mme Louis Heckly,
son fils et sa belle-fille,
Malouen, Annie,
ses petites-filles,
en union avec
Annie Heckly (†),
M. et Mme Charles Guiton,
ses neveux et nièces
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Pierre-Paul HECKLY
« Pierre-Paul Ier,
maharajah du Djeezupuhr »,
chevalier
de la Légion d'honneur,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
commandeur
du Mérite agricole,
officier du Mérite maritime,
président honoraire
du Yacht Club de France,
© Gettyimages
survenu le 2 octobre 2018,
à l'âge de 85 ans,
à Saint-Germain-en-Laye.
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Paris (12e).
Caluire-et-Cuire (Rhône).
Ses enfants et leurs conjoints,
sa compagne,
ses petits-enfants
et ses frères et sœurs
Mme Georges Lepercq,
son épouse,
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. Luc DUBLINEAU
capitaine de la Luciole,
survenu le 28 septembre 2018,
à l'âge de 71 ans, à Paris, muni
des sacrements de l'Église.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Eloi,
place Maurice-de-Fontenay,
à Paris (12e),
le vendredi 5 octobre 2018,
à 10 h 30.
L'inhumation aura lieu
à 16 heures, au cimetière
de Neuilly-sur-Marne.
Claire et Benoit Grimaud,
Françoise et Emmanuel
Contamin,
Pierre et Tatiana
Durand de Bousingen,
ses enfants,
tous ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. André
DURAND de BOUSINGEN
le 30 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 5 octobre,
à 10 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
90, rue de l'Assomption,
à Paris (16e).
20, boulevard Suchet,
75016 Paris.
Mme Georges Laporte Many,
née Yvonne Saint Raymond,
son épouse,
Hugues et Elisabeth
Laporte Many,
Olivier et Christine
Laporte Many,
Yves et Chantal (†)
Laporte Many,
Odile et Jean (†) Courbin,
Claude et Didier Duplan,
ses enfants,
ses 18 petits-enfants,
ses 44 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Georges LAPORTE MANY
le 1er octobre 2018,
à l'âge de 100 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 11 octobre, à 14 h 30,
en l'église Saint-Germain,
à Saint-Germain-en-Laye.
L'inhumation aura lieu
à l'ancien cimetière
de Saint-Germain-en-Laye.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Famille Heckly,
22, rue Jeanne-d'Arc,
78100 Saint-Germain-en-Laye.
Martine et Bernard Toy-Riont,
Xavier et Édith Lepercq,
Brigitte et Bruno Darde,
Gilles et Catherine Lepercq,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants,
ses frères, sœurs,
beaux-frères, belles-sœurs
font part du rappel à Dieu de
M. Georges LEPERCQ
le 30 septembre 2018, à Lyon.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de l'Immaculée Conception,
à Caluire-et-Cuire,
le vendredi 5 octobre, à 10 h 30,
suivie de l'inhumation à 15 h 30,
au cimetière de Romagnieu
(Isère).
Écueillé (Indre).
Angers (Maine-et-Loire).
Le docteur Jean Lhéritier,
son époux,
Mme Agnès Duchêne,
née Lhéritier, sa fille,
Me Christophe Duchêne,
son gendre,
Victoire, Olympe, Ambroise,
Tancrède, Sixte,
ses petits-enfants,
ainsi que toute la famille
vous font part
du rappel à Dieu de
Mme Suzanne LHÉRITIER
née Laurent,
le 28 septembre 2018.
L'inhumation aura lieu
au cimetière de Poitiers,
dans l'intimité familiale.
Mme Thérèse Maresca,
son épouse,
Carine et Emmanuel Brulé,
Sophie et Giorgio Cassanelli,
ses enfants et leurs conjoints,
Charlotte, Julie, Lorenzo
et Louis,
ses petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. André MARESCA
survenu dans sa 91e année,
le dimanche 30 septembre 2018.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le jeudi 4 octobre,
à 10 heures, en l'église
Notre-Dame de Chatou.
Cet avis tient lieu de faire-part.
5, place Maurice-Berteaux,
78400 Chatou.
Ni fleurs ni couronnes.
Isabelle et Benoît Béjannin,
sa fille et son fils,
Patrick Béjannin, leur père,
Marine, Nicolas, Eva et Mila,
ses petits-enfants,
Colette Monsat,
sa sœur,
En union avec
Marie Claude Lasfargues (†),
née Sanières, son épouse,
Isabelle et Pascal Cochard,
Pierre-Jean Lasfargues
et Elodie Crouzillas,
Géraldine Lasfargues,
France Lasfargues,
ses enfants et leurs conjoints,
Sylène, Guillaume, Coline, Léa,
Alix, Chloé, Line, Anaïs, Emilie,
Lucie et Ysé,
ses petits-enfants,
Chantal et Gilbert Galtier,
Catherine et Jérôme Chevalier,
Pierre et Heidi Lasfargues,
Maud Lasfargues,
Florence Lasfargues,
ses sœurs, frère, belles-sœurs
et beaux-frères,
ses nièces et neveux,
sa famille,
ses amis
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
professeur
Géraud LASFARGUES
président honoraire
de l'Académie nationale
de médecine,
officier de la Légion d'honneur,
le 1er octobre 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu en l'église
Saint-Barthélémy,
à Crandelles (Cantal),
dans l'intimité familiale, le
samedi 6 octobre, à 15 heures,
suivie de l'inhumation.
Une messe sera célébrée
le samedi 13 octobre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-François-Xavier,
à Paris (7e).
La comtesse
Jean-Henry d'Orglandes,
son épouse,
ses enfants,
ses petits-enfants
et son arrière-petit-fils,
les familles d'Orglandes
et de Ravignan
font part du rappel à Dieu du
comte
Jean-Henry d'ORGLANDES
dans l'espérance
de la Résurrection,
le 29 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 5 octobre, à 15 h 30,
en l'église de Perquie (Landes).
Versailles. Reims.
Geneva (New York). Bordeaux.
M. et Mme Jean-Michel Varin,
M. et Mme Bruno Paillard,
M. et Mme
Dominique Paillard,
Mme Sophie Paillard-Elkin,
M. et Mme Alain Paillard,
M. Hugues Paillard,
ses enfants,
ses 21 petits-enfants,
ses 29 arrière-petits-enfants
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de
Mme Rémy PAILLARD
née Madeleine Villard,
le 1er octobre 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu le jeudi 4 octobre,
à 14 h 30, en l'église
Saint-André de Reims.
La messe sera célébrée
le jeudi 4 octobre, à 10 h 30,
en l'église
Notre-Dame-du-Rosaire,
Le Bois, à Mérigny (Indre).
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 5 octobre,
à 11 heures,
en l'église Saint-Pierre,
90, avenue du Roule,
à Neuilly-sur-Seine.
Ne recevant pas de
condoléances, la famille
remercie les personnes
qui prendront part à sa peine.
ont la tristesse
de vous annoncer le décès de
Tél. 01 56 52 27 27 • Fax. 01 56 52 20 90
13
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Monique MONSAT
le 27 septembre 2018,
à l'âge de 72 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 5 octobre,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Lorette,
Paris (9e), suivie
de l'inhumation au cimetière
parisien de Saint-Ouen
(Seine-Saint-Denis).
L'Ileri
l'Institut libre d'étude
des relations internationales
Henry Buzy-Cazaux,
son administrateur
délégué général,
Claire Bourgeois,
sa directrice,
son corps professoral,
ses étudiants,
ses équipes
ont la grande tristesse
d'annoncer le décès de
Antoine SFEIR
fondateur des
Cahiers de l'Orient,
président de l'Ileri,
survenu le 1er octobre 2018,
à Paris.
Brigitte et Yves-André,
Isabelle et Denis,
Jérôme et Isabelle,
Laurent et Florence,
ses enfants,
Claire et Pierre-Olivier,
Guillaume, Béatrice et Jérémy,
Julien et Emmanuelle,
Olivia et Philip,
Edouard, Aliénor,
Paul, Alix,
ses petits-enfants,
Louis-Marie, Baudoin,
Cyriaque, Philippine,
Eléonore, Charles, Isaure,
Joachim, Tristan, Rosalie,
Raphaël, Lucas,
ses arrière-petits-enfants,
Françoise et Pierre,
Marie-Chantal et Bernard,
Odile,
ses sœurs et beaux-frères,
les familles Vézinet, Sebaux,
Signoret, Cier, Huten
ont la tristesse
de faire part du décès de
M. et Mme
Philippe de Yturbe,
le comte et la comtesse
de Quinsonas-Oudinot,
le comte et la comtesse Henry
de Quinsonas-Oudinot,
leurs enfants et petits-enfants
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu du
marquis
de QUINSONAS-OUDINOT
endormi dans
la Paix du Seigneur,
le 29 septembre 2018,
dans sa 98e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 4 octobre, à 14 h 30,
en l'église du Touvet (Isère),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Touvet.
Une messe à sa mémoire
aura lieu ultérieurement
à Paris et à
Saint-Laurent-de-Chamousset
(Rhône).
Allée du Château,
38660 Le Touvet.
M. Bernard VÉZINET
membre de l'Académie
nationale de pharmacie,
survenu le 1er octobre 2018,
dans sa 95e année.
La messe de funérailles
aura lieu le samedi 6 octobre,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Clignancourt,
2, place Jules-Joffrin,
à Paris (18e),
suivie de l'inhumation
dans le caveau de famille,
au cimetière Saint-Vincent,
à Paris (18e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
messes
et anniversaires
Il y a trente ans,
le 4 octobre 1988,
Mme Jacques RENARD
née Christine Mouton,
nous quittait.
Fra' Emmanuel Rousseau,
son fils,
et toute sa famille
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Une messe sera célébrée
le jeudi 4 octobre 2018,
à 18 heures, en la chapelle de
l'aumônerie du lycée Molière,
69, rue de l'Assomption,
Paris (16e).
Priez pour elle !
Claude ROUSSEAU
ingénieur
École centrale de Paris 61,
officier dans l'ordre
de Léopold II de Belgique,
survenu dans sa 83e année,
le 1er octobre 2018.
La messe de funérailles
sera célébrée en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
Paris (7e),
le vendredi 5 octobre, à 10 h 30.
souvenirs
Le 3 octobre 2008,
Paule FRASEZ
née Magné,
nous a quittés.
Que ceux qui l'ont connue
aient une prière pour elle
et pour son mari,
Jean Frasez
Cet avis tient lieu de faire-part.
Paris.
Lyon (2e).
Civrieux-en-Dombes (Ain).
Son épouse Isabelle,
née Noizet,
ses enfants,
Thierry Nouvellet,
Anne Nouvellet-Lebayle,
Jacques Nouvellet,
Elisabeth Gaget,
Sophie Dubois-Nouvellet,
Christine Vial,
ses belles-filles et gendres,
Claire, Anne-Marie (†),
Pierre-Yves, André et Eric,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Alain NOUVELLET
Une messe sera célébrée
en la basilique
Saint-Martin-d'Ainay,
Lyon (2e), le vendredi
5 octobre 2018, à 10 h 30, suivie
de l'inhumation au cimetière
de Civrieux-en-Dombes,
à 14 heures.
Condoléances sur registres.
Ses enfants,
Denis et Elisabeth Vaillant,
Thérèse et Christian Pinon,
Laure et Philippe Curnier,
Pierre et Lydwine Vaillant,
Jeanne Vaillant,
ses douze petits-enfants,
ses onze arrière-petits-enfants,
les familles Vaillant, Castanié
et Feron
font part du décès de
Mme René VAILLANT
née Yvonne Castanié,
survenu le 30 septembre 2018,
à l'âge de 94 ans.
La messe d'obsèques
sera célébrée en la chapelle
des sœurs augustines,
29, rue de la Santé, Paris (13e),
le vendredi 5 octobre 2018,
à 11 heures.
55, avenue
de La Motte-Picquet,
75015 Paris.
53, boulevard Victor,
75015 Paris.
Jacqueline Hecht,
née Rousseau, son épouse,
le docteur Olivier Hecht,
son fils,
Marie Huchet,
sa petite-fille,
et toute sa famille
rappellent le souvenir du
docteur Yves HECHT
ancien interne
des Hôpitaux de Paris,
ancien chef de clinique
à la Faculté,
disparu le 10 septembre 2017.
Une pensée est demandée à
ceux qui l'ont connu et estimé.
Le 3 octobre 2005, disparaissait
Martine, Frédérique, Cécile
LEFORT
Que tous ceux qui l'ont connue
et aimée aient en ce jour
une pensée pour elle.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
Le 16 mai 2018 au large
de Toulon, le porte-avions
Charles-de-Gaulle sort
du bassin, aprés plusieurs mois
de travaux de rénovation.
Dans les coulisses de la rénovation
du « Charles-de-Gaulle »
Gilles Boussaingault
£@gboussaingault
Envoyé spécial à Toulon
L
e Charles-de-Gaulle était arrivé à mivie et il était grand temps de le sortir de
l’obsolescence technologique dans laquelle il était tombé. Mis en chantier le
24 novembre 1987, mais opérationnel le
18 mai 2001 seulement pour des raisons
budgétaires, le porte-avions a participé
à cinq grandes missions d’appui, de reconnaissance et
de frappes aériennes dans les conflits où la France
s’était engagée. Cinq missions qui lui ont fait parcourir l’équivalent de vingt-trois tours du monde et ont
nécessité quelque 40 000 catapultages d’avions Super-Étendard et Rafale. Depuis janvier 2015, il avait
navigué plus de 14 mois au cours de trois missions de
lutte contre l’organisation État islamique. « Le Charles-de-Gaulle, c’est 40 000 tonnes de diplomatie française », plaisante un officier à la base navale de Toulon, où le bateau vient d’être remis à flot après 18 mois
de travaux. Seul navire de surface français propulsé
par l’énergie nucléaire, il avait déjà subi, il y a dix ans,
un retour à la base pour changer le combustible de ses
deux réacteurs atomiques - Adyton et Xena -, disposés au milieu et au fond de la coque. En février 2017, il
est entré dans le bassin Vauban de la base pour ce que
la marine nationale appelle une « refonte à mi-vie ».
A
Manœuvres délicates
« C’est à la fois une révision et une rénovation complètes, explique le capitaine de vaisseau Marc-Antoine
Lefèbvre de Saint-Germain, le pacha du navire depuis
le 28 juillet 2017. Il s’agit de maintenir le bateau pour les
20 années suivantes à un niveau technologique qui soit à
la hauteur du contexte dans lequel il va être engagé. »
Ce chantier colossal a été anticipé 5 ans avant même le
début des travaux, car il fallait créer de nouvelles
technologies de combat, de surveillance et de communication puis les tester hors du bateau, ce qui a nécessité des travaux énormes. C’est le cas, par exemple,
du nouveau dispositif d’aide à l’appontage laser, Dalas. « Nous avons commencé sur des plateformes à terre, où nous avons reconstruit à l’échelle 1:1 le Central
opérations complet du Charles-de-Gaulle avec ses 25
consoles, détaille Marie-Laure, qui travaille pour Naval group, entreprise de haute technologie spécialisée
dans la défense navale et principal prestataire sur le
chantier. Nous avons aussi positionné tous les radars les
uns par rapport aux autres et à la même hauteur, tels
qu’ils sont sur le porte-avions pour vérifier si les nouveaux systèmes fonctionnaient correctement. Puis on a
intégré ces équipements nouveaux dans le bateau. Cela
a représenté 200 000 tâches et plus de 2 000 essais à
mener. » Puis le chantier à bord a été lancé, tous les
jours, souvent en trois-huit car, partout, les
manœuvres étaient délicates. Et les pièces détachées,
de taille. Certaines n’avaient jamais été déposées. Notamment une hélice, spécialement fabriquée par
Rolls-Royce, en cuivre et acier. Elle pèse 20 tonnes, et
l’écrou qui la bloque 300 kg. « Sur le porte-avions, il
existe des pièces qui sont uniques, raconte FrançoisXavier, responsable des travaux mécaniques et fluides
Pendant dix-huit mois,
deux mille hommes et
femmes, marins et civils,
ont participé, sur la base
navale de Toulon,
à la délicate modernisation
du porte-avions français
mis en service en mai 2001.
Le bateau vient
de reprendre la mer
pour ses premiers tests,
avant de repartir
en mission courant 2019
s’il est déclaré « apte ».
pour Naval Group. Si on les abîme, on retourne à la case
départ. Rayer une pièce tournante, tel l’arbre des hélices, une vanne ou un safran signifie qu’il faut les faire
refabriquer, parfois au prix d’un an et demi de délai.
Bien sûr on prévoit des rechanges de “grande prévoyance” au cas où… Mais on ne peut pas se permettre ça pour
toutes les pièces. »
Technologiquement, le navire était obsolète. Le
« miroir », deuxième système d’appontage qui transmet des informations optiques aux avions en approche, datait du porte-avions précédent, le Clemenceau,
mis hors-service en 1997. Les écrans installés dans le
Central opérations, étaient encore des modèles à tubes
cathodiques. En fait, une grande partie de la technologie embarquée remontait à l’époque du Minitel ! Il
était urgent d’installer des écrans plats et tactiles en
haute résolution, la 3D, des systèmes digitaux et une
communication adaptée à la 4G. Désormais, le bateau
est efficacement protégé contre les risques de cyberattaques. « Un point essentiel était les 400 km de câbles
qu’on a tirés, reprend le commandant Saint-Germain.
Pour résumer, je dirais qu’on est passé du bon vieux fil
de cuivre à la fibre optique. Or ce n’est pas en 18 mois
qu’on accomplit un tel travail et qu’on s’assure que tout
fonctionne bien. On a donc anticipé, sachant qu’il fallait,
à un moment ou un autre, basculer des systèmes très
sensibles comme ceux qui supervisent les chaufferies
nucléaires. On ne prend pas le risque d’éteindre du jour
au lendemain un tel système et de redémarrer l’autre. »
L’architecture informatique du bateau a aussi totalement changé. Quand il part en mission, le Charles-deGaulle est toujours accompagné de deux ou trois frégates et suivi d’un sous-marin. Chaque navire est
maintenant « abonné » au système de communication du porte-avions. « Nous avons installé des baies
informatiques dans des locaux qui n’étaient pas prévus
pour ça au départ. Toute la puissance de calcul a été
mise dans ces équipements qui créent une espèce de verrue dans le Central opérations. »
Nouveau radar Smart-S de veille aérienne
Quatre autres grands chantiers ont été mis en œuvre
pour refondre le bateau, vérifier les pièces une par une
et les changer le cas échéant. Des sanitaires aux cuisines, de l’hôpital de 600 m² aux systèmes d’armement.
Chacun des deux moteurs Diesel, destinés à fournir de
l’énergie en cas de problème avec les centrales nucléaires, représentait 5 000 pièces à démonter. L’un
des gros œuvres sensibles fut la refonte du système de
combat avec, entre autres, la mise en service du nouveau radar Smart-S de veille aérienne en 3D, ou encore le système de veille infrarouge panoramique Artémis. Des équipements qui créent une bulle de 400 km
de diamètre, où tout ce qui vole ou navigue sous et sur
l’eau est immédiatement détecté. Autre tâche d’envergure, la modernisation de la plateforme, c’est-à-
Il s’agit de maintenir le bateau
pour les 20 années suivantes à un niveau
technologique qui soit à la hauteur
du contexte dans lequel il va être engagé
MARC-ANTOINE LEFÈBVRE DE SAINT-GERMAIN, CAPITAINE DU VAISSEAU
»
dire l’usine électrique, la propulsion et la rénovation
du Satrap (système qui garantit la stabilité du navire
lors de l’appontage des avions). Le Charles-de-Gaulle
est en effet le seul navire au monde à disposer de
« trains cogite ». Ce sont douze wagonnets remplis de
plomb, montés sur des rails et disposés sous le pont
d’envol. Ils se déplacent de bâbord à tribord, et inversement, en fonction de la houle. Cela permet aux
avions de se poser sans problème sur le pont jusqu’à
une mer de force 6, avec des creux de 4 à 6 mètres.
Quatre millions d’heures de travail
Enfin, le dernier chantier portait sur la rénovation des
deux chaufferies nucléaires - Adyton et Xena - qui
développent 83 000 chevaux et une énergie électrique de 16 mégawatts. Elles fabriquent la vapeur indispensable à la propulsion du navire, mais aussi aux
catapultes pour les décollages. De conception américaine (seule technique non française à bord), les béliers des catapultes propulsent les avions le long des
75 m du pont. Grâce à ce système, le Central opérations est capable de faire décoller un appareil toutes
les trente secondes. Un Rafale de 20 tonnes passe de 0
à 250 km/h en une seconde et demie. Rien que ce
mode opératoire, unique aux Français et aux Américains, permet aux avions d’économiser 30 % de carburant. Tout aussi étonnant, l’ingénieux système de
recyclage de l’eau issue de la vapeur des centrales,
réutilisée pour d’autres emplois. C’est ce qu’on appelle « l’eau nucléaire », qui alimente les douches à
bord. « Tout s’imbrique pour qu’à la fin, on ait le bon
pilote, dans le bon avion, doté du bon armement, qui décolle à la minute près », poursuit le pacha.
Pour relever un pareil défi industriel et technologique, deux mille personnes ont travaillé de concert,
dont la moitié était des marins et l’autre des personnels de l’industrie civile. Cette régénération totale
aura représenté quatre millions d’heures de travail.
« Nous avions 160 prestataires issus de l’industrie régionale et nationale. Tous étaient partie prenante avec
l’équipage, confie le pacha. Car ce n’est pas comme
une voiture que l’on porte au garage et que l’on reprend
une fois la révision terminée. En mer, il s’agit de savoir
résoudre tous les problèmes qui surgissent. C’est donc
l’équipe de France qui joue. On dit souvent que les armées coûtent cher, mais l’argent dépensé (un budget
de 1,3 milliard €, NDLR) a été investi dans le savoirfaire français. »
Le 14 septembre dernier, le Charles-de-Gaulle a
quitté son quai pour tester, au large de Toulon, les
nouveaux équipements électroniques, digitaux, radio… Une fois l’opération terminée, vers la fin de
l’année, débutera un entraînement à la mer en plusieurs phases. L’équipage embarquera en premier
afin qu’il se réapproprie le navire et soit capable de le
manœuvrer dans toutes les conditions. Puis viendront les pilotes de l’aéronautique, qui devront se réhabituer à être catapultés et à apponter. Enfin, un entraînement au sein d’un groupe aéronaval, avec tous
les bâtiments d’escorte. Ce travail de requalification,
avec mécaniciens et pilotes, permet à chacun de reprendre sa place et d’être « le quartz » d’une horlogerie. S’il est déclaré apte, courant 2019, le navire
partira en mission… ■
Un documentaire intitulé « “Charles-de-Gaulle” :
le grand check-up » sera diffusé ce jeudi sur la chaîne
RMC Découverte.
SIMON GHESQUIERE
14
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mercredi 3 octobre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
15
POLITIQUE
Quelle est la géographie électorale
du vignoble français ?
Jérôme Fourquet
Directeur du département
études d’opinion de l’Ifop
et Sylvain Manternach
Cartographe-Géographe
ÉLECTIONS Bordeaux, Bourgogne,
Champagne, Beaujolais, Hérault : le vote
des vignobles français n’est pas uniforme. En cette période de vendange, retour
sur le résultat de la présidentielle de 2017.
: UN EFFET
GRAND CRU POUR LR
❙ BOURGOGNE
Dans la prestigieuse côte de Beaune, le
tropisme filloniste du vignoble apparaît
clairement. Le candidat des Républicains
est en tête dans quasiment toutes les
communes de ce terroir. Les scores oscillent autour de 30 % aux extrémités
nord (Aloxe-Corton, Chorey-lès-Beaune) et sud (Santenay), et sont plus élevés
encore dans le cœur de la côte de Beaune :
à Meursault (40,5 %), Chassagne-Montrachet (43,2 %) ou Pommard (45,7 %),
avec un record à Volnay : 56,7 %. Plus au
nord, dans le terroir de la côte de Nuits,
c’est également au cœur de ce périmètre
que François Fillon enregistre ses
meilleurs scores : 50 % à Vosne-Romanée, autour de 30 % à Vougeot, Chambolle-Musigny et Morey-Saint-Denis, communes concentrant l’essentiel des grands
crus. Dans les zones rurales hors de l’influence dijonnaise, Marine Le Pen vire
souvent en tête. On constate aussi que
dans les communes rurales le vote Fillon
est corrélé très positivement à la proportion d’agriculteurs vivant dans la commune. Inversement, Marine Le Pen obtient ses meilleurs scores en rural dans les
communes n’ayant plus aucune activité
agricole.
Plus l’appellation est prestigieuse, plus un
terroir bénéficie de retombées économiques et touristiques ; cela favorise la droite. Dans ces communes domine le sentiment d’être dans le camp des gagnants de
la mondialisation, ce qui contient le vote
frontiste. Le cas de la côte de Nuits illustre
ce phénomène. Le vote Le Pen est assez
contenu dans le périmètre de cette
microrégion, il est déjà plus élevé dans les
hautes côtes de Nuits, appellation moins
prestigieuse. Enfin, quand on s’éloigne de
ces zones viticoles, le vote FN croît dans
des terroirs où l’agriculture est moins
présente ou moins lucrative et où l’isolement, la relégation et le déclassement social sont plus prégnants.
Même phénomène dans la Saône-et-Loire voisine, avec, au sein de campagnes
assez acquises au FN, des enclaves fillonistes correspondant à des appellations
prestigieuses : 35,8 % à Fuissé (23,6 %
pour Marine Le Pen) et 33,4 % à Mercurey
(20,9 pour sa rivale). Le rapport de forces
s’équilibre ou s’inverse dans des appellations un peu moins prestigieuses : 21,7 %
pour les deux candidats à Rully et 24,4 %
pour Le Pen contre 19,5 % pour Fillon à
Saint-Véran.
VOTE FN
EN ALSACE, CHAMPAGNE
❙ETQUEL
BEAUJOLAIS ?
Dans le vignoble alsacien, la majeure partie des communes ont placé Fillon en tête.
Dans quelques communes périurbaines, à
proximité de Sélestat et de Colmar, c’est
Emmanuel Macron qui vient en tête. En
Alsace, l’activité viticole se porte bien.
Les villages de ce terroir offrent un paysage de carte postale inclinant au vote
conservateur. Mais le vote frontiste devient dominant dans d’autres campagnes
alsaciennes bénéficiant moins de la globalisation, qu’il s’agisse de la plaine
d’Alsace ou des contreforts vosgiens.
Dans le Beaujolais, François Fillon se
place souvent en tête, mais avec des
scores nettement moins élevés que dans
d’autres vignobles. Marine Le Pen le talonne dans les appellations les plus réputées (Fleurie, Morgon, Chiroubles,
Chénas…).
En Champagne, l’effet de l’appellation est
moindre. Dans les 16 communes de la
Marne qui bénéficient de l’appellation
grand cru, François Fillon obtient 28 %
contre 29,2 % pour Marine Le Pen. Les
scores sont de 32,6 % pour Fillon contre
26,3 % pour Le Pen dans les 39 communes
classées en premier cru. Au sein des communes classées en premier cru, les rapports de forces sont totalement inversés
entre la montagne de Reims, où François
Fillon domine largement, et les vignobles
de la région d’Épernay, qui préfèrent
Marine Le Pen. Dans les deux zones, le
vote Fillon + Le Pen avoisine les 60 %, ce
qui traduit l’orientation très droitière du
vignoble champenois.
Au sein de ce bloc, l’équilibre se modifie
en fonction de la distance à Reims. Le
vote frontiste gagne en intensité quand
on s’éloigne de l’agglomération. Les
communes de la montagne de Reims
offrent un cadre de vie appréciable et
constituent une ceinture dorée rémoise
protégée par la création du parc naturel
régional. Le prix de l’immobilier est
nettement plus élevé que dans la région
d’Épernay. Le vote Fillon dans la montagne de Reims est dopé par la présence
de cadres et de ménages aisés, moins
nombreux dans les communes viticoles
de la région d’Épernay, où le FN est
dominant.
2 Le Pen devance
Fillon dans
les appellations
les moins cotées
du Beaujolais
DU MIDI « ROUGE »
PEN :
LE MATCH DU BORDELAIS ❙ AU MIDI « BRUN »
❙ FILLON-LE
À l’heure
des vendanges,
une étude de l’Ifop
pour la Fondation
Jean-Jaurès revient
sur les résultats
de la présidentielle
de 2017 dans
les vignobles
français. Les votes
Fillon et Le Pen
y dominent.
Mais à chaque terroir
sa spécificité.
1 Deux terroirs
champenois,
deux stratégies
de vote
VOTE AU 1ER TOUR DE L’ÉLECTION
PRÉSIDENTIELLE DE 2017 DANS
LES COMMUNES DE LA MARNE
CLASSÉES EN 1ER CRU
en % des suffrages exprimés
F. Fillon
en % des suffrages exprimés
F. Fillon
35,7 %
23,5 %
M. Le Pen
24,8 %
28
25,4
Regnié
27,8
27,1
Villié-Morgon
27,5
25
Montagne de Reims
(30 communes)
Région d’Épernay*
(9 communes)
*Vallée de la Marne
ou Côte des Blancs
25,8
25,4
Chiroubles
L’effondrement massif de la consommation de vin - une division par trois du volume par habitant en cinquante ans - a eu
des répercussions majeures dans les zones
de production de masse. Ce fut le cas dans
le Languedoc-Roussillon, principale région viticole française. En quarantecinq ans, ce vignoble a perdu près de 43 %
de sa surface. Et le nombre de caves
coopératives est passé dans les quatre départements viticoles de la région (Gard,
Hérault, Aude et Pyrénées-Orientales) de
550 dans les années 1970 à 200 en 2012.
Or, dans cette région d’habitat groupé, la
coopérative structurait la sociabilité villageoise et était un élément majeur de
l’identité de gauche de ces terroirs du
Midi rouge.
Dans l’Hérault, Jean-Luc Mélenchon et
Marine Le Pen ont obtenu tous deux des
scores élevés en 2017. Le vote frontiste
est d’autant plus puissant que l’altitude
de la commune est faible alors que le vote
Mélenchon gagne en intensité avec l’altitude. Il ne s’agit bien évidemment pas de
succomber à un déterminisme géographique primaire. En effet, depuis une
quarantaine d’années, l’espace de la
plaine littorale a été marqué par un recul
de la viticulture au profit de l’étalement
urbain, avec la construction de zones
commerciales et de lotissements
pavillonnaires. La sociabilité a été chamboulée par l’augmentation de la population et l’arrivée en masse d’habitants
provenant d’autres régions ou de l’autre
côté de la Méditerranée. C’est dans ces
territoires où le chômage, l’immigration,
les inégalités de richesse et la délinquance sont élevés que le vote FN flambe. Les
collines et les Causses de l’arrière-pays,
où la vigne était peu cultivée, sont demeurés fidèles à la gauche, les mutations
socio-économiques ayant été moins profondes. C’est dans les communes où la
vigne a le plus reculé que le vote Le Pen
atteint ses plus hauts niveaux. L’arrachage des vignes vient douloureusement
symboliser
le déclin
d’une région
et nourrir la
nostalgie d’un âge
d’or révolu « où il y
avait du travail et où
le travail de la vigne
Strasbourg
payait ». D’une certaine manière, les
campagnes d’arrachage dans le terroir biterrois produisent le même
effet sur les populations
locales que l’arrêt des
Sélestat hauts-fourneaux en Lorraine. C’est tout un pan de
l’histoire et de la fierté locaColmar les qui est ainsi mis au rebut. ■
* L’intégralité de la note
est disponible sur les sites
www.ifop.com
et https://jean-jaures.org
Saverne
3 Un survote
Fleurie
Fillon sur
la route
des vins
d’Alsace
24,7
22,6
Chénas
Odenas
25,6
26
(Brouilly)
Salles-Arbuissonas
24,5
25,4
(Beaujolais Villages)
Le Perréon
Mulhouse
23,2
(Beaujolais Village)
Vaux
M. Le Pen
35 %
VOTE AU 1 TOUR DE L’ÉLECTION
PRÉSIDENTIELLE DE 2017
ER
La comparaison entre les communes du
Médoc et celles des appellations saintémilion ou montagne-saint-émilion, pomerol… révèle un autre paramètre, celui
de la nature des exploitations. Dans le
Médoc, l’essentiel de la rente est capté par
de grands propriétaires et les groupes
financiers qui ont investi et pris possession des châteaux. La population locale
compte très peu de viticulteurs. Elle ne
bénéficie donc que très peu d’un effet de
ruissellement. À l’inverse, à Saint-Émilion et dans les communes alentour, une
bonne partie des vignes est encore aux
mains de viticulteurs indépendants commercialisant eux-mêmes la production.
Par leur entremise, le chiffre d’affaires
vient irriguer ces communes, qui ont accordé des scores importants à Fillon et ont
été moins sensibles à l’option Le Pen.
En Médoc, la progression du vote FN
n’est pas propre aux communes viticoles. Dans ce territoire qui demeure enclavé, le sentiment d’isolement par rapport à la métropole bordelaise reste
prégnant. Ce terroir, où les chasseurs
sont nombreux, était un fief de CPNT, qui
canalisait un vote protestataire. Aujourd’hui, c’est le FN qui prospère - il a
conquis ce canton lors des départementales de 2015 -, aidé par la montée de la
petite délinquance en milieu rural. À ces
causes générales vient s’ajouter la mutation économique du secteur viticole.
Sous l’effet de l’arrivée de grands groupes et de la concurrence accrue, les châteaux ont progressivement abandonné
un mode de fonctionnement paternaliste. Les ouvriers agricoles, nombreux
dans ces communes, étaient logés dans
des maisons mises à leur disposition avec
potagers et poulaillers. Depuis une vingtaine d’années, les châteaux et les propriétaires se sont séparés de leurs
ouvriers et font appel à des prestataires
qui leur fournissent de la main-d’œuvre
souvent composée de travailleurs détachés d’Europe de l’Est ou d’immigrés
maghrébins ou africains.
Cette rivalité sur le marché du travail avec une
main-d’œuvre étrangère mais également
une dualité croissante
de la société locale et le
sentiment d’être livré à
son sort alors que le territoire sur
lequel on réside génère des fortunes créent un cocktail détonant
propice au vote frontiste.
31
19,3
(Beaujolais Village)
J.-L. Mélenchon
29,6
E. Macron
4 Fillon s’impose à Saint-Émilion
F. Fillon
10 km
quand Le Pen domine dans le Médoc
F. Fillon
R  S-É
F. Fillon
M. Le Pen
M. Le Pen
Vignoble
M. Le Pen
M
St-Étienne-de-Lisse
36,9
21,5
St-Estèphe
17,8
37,3
St-Christophe-des-Bardes
36,6
18,1
Pauillac
15,2
33,4
St-Émilion
35,2
16,6
St-Julien-de-Beychevelle
13
23,6
St-Laurent-des-Combes
31,5
18,2
Margaux
12,9
26,6
Puisseguin
27,4
24,7
Lamarque
10,4
39,5
Montagne
24,8
21,8
Cussac-Fort-Médoc
10,2
36,9
Pomerol
23,9
23,6
Sources : Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach
pour la Fondation Jean Jaurès, Ifop Focus n°183
Lodève
P 
RÉSULTAT NATIONAL AU 1ER TOUR
DE LA PRÉSIDENTIELLE DE 2017, en %
24,01 21,3 20,01 19,58
Macron
Le Pen
Fillon
Montpellier
Pézenas
Mélenchon
5 Dans l’Hérault, le match
Mélenchon-Le Pen
Béziers
Sète
A
VOTE AU 1ER TOUR, en % :
CANDIDAT ARRIVÉ EN TÊTE
AU 1ER TOUR DE L’ÉLECTION
PRÉSIDENTIELLE DE 2017
Infographie
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mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Olivier Rey : « Le transhumanisme est un
fantasme mégalomaniaque et enfantin »
UN DISCOURS
NE SOYONS PAS
CONTRADICTOIRE INTIMIDÉS PAR
L’idéologie transhumaniste fait l’objet
d’une propagande très active dans l’es- CERTAINS
pace public. […] La stratégie déployée
SCIENTIFIQUES
en faveur de la disruption [c’est-à-dire
BONNES FEUILLES
DESSIN CLAIREFOND
A
Voilà un penseur aussi
éminent que discret.
Ancien élève de l’X,
chercheur au CNRS,
d’abord professeur
de mathématiques
à Polytechnique,
puis professeur
de philosophie à Paris I
Panthéon-Sorbonne,
Olivier Rey ne quitte
le silence de son cabinet
de travail que si un
motif d’intérêt supérieur
est en jeu. Convaincu
que la fascination pour
le transhumanisme
nous conduit
au désastre, il offre
aujourd’hui un essai
remarquable,
Leurre et malheur
du transhumanisme
(Desclée de Brouwer).
Olivier Rey réfute ce
courant de pensée qui
proclame «le caractère
hautement désirable
d’une amélioration
fondamentale
de la condition humaine
au moyen des nouvelles
technologies – qui nous
rendraient plus
intelligents, plus forts,
nous feraient vivre
plus heureux et plus
longtemps, voire
indéfiniment ».
Le penseur s’inquiète
de la promotion
de « toutes les
technologies propres
à servir cet objectif ».
Le Figaro publie, en
exclusivité, de larges
extraits de l’ouvrage,
qui fera date
par la hauteur de vue
du philosophe
et l’élégance du style.
qui introduit dans le monde une rupture
par rapport à ce qui précède, NDLR] présente de saisissantes analogies avec
l’histoire du chaudron telle que Freud la
rapporte. Un homme qui a prêté un
chaudron se plaint, après avoir récupéré son bien, d’y découvrir un trou. Pour
sa défense, l’emprunteur prétend premièrement qu’il a rendu le chaudron
intact, deuxièmement que le chaudron
était déjà percé quand il l’a emprunté,
troisièmement qu’il n’a jamais emprunté de chaudron. Chacune de ces
justifications, prise isolément, serait recevable, mais leur empilement, destiné
à mieux convaincre, devient incohérent. Or c’est précisément à semblable
empilement d’arguments que se trouve
confronté quiconque s’interroge sur
l’opportunité d’une diffusion massive
de telle ou telle innovation technologique. En premier lieu, pour convaincre
les populations de donner leur adhésion
pleine et entière à la technologie en
question, ses promoteurs expliquent les
avantages foudroyants que celle-ci va
procurer. Malgré une présentation aussi
avantageuse, des inquiétudes se font
jour : des bouleversements aussi considérables que ceux annoncés doivent
comporter des dangers, il y a certainement des effets néfastes à prendre en
compte. Le discours change alors de tonalité : au lieu de mettre en avant la radicale nouveauté dont il fallait s’enchanter, il s’applique au contraire à
montrer qu’il n’y a rien de nouveau
sous le soleil, que la technologie
concernée s’inscrit dans la continuité
de ce que l’homme et même la nature
font depuis la nuit des temps. Enfin,
pour les opposants qui n’auraient pas
encore déposé les armes, arrive le troisième type d’argument : inutile de discuter, de toute façon cette évolution est
inéluctable.
L’éminence scientifique n’est cependant
pas une garantie de sérieux, surtout
quand les sommités de la science s’aventurent en dehors de leur domaine de
compétence. Étant donné le nombre de
scientifiques de par le monde, il n’est pas
étonnant qu’il s’en trouve parmi eux
pour tenir des propos insensés, avec
d’autant plus d’aplomb que leur supériorité dans un certain secteur leur a fait
perdre le sens de l’humilité, et que leurs
vaticinations peuvent leur procurer un
avantage de notoriété, voire financier si
leur discours sert de caution à des intérêts économiques. […] Pour autant, ne
voir dans le transhumanisme qu’une superstructure au service d’une infrastructure économique serait une erreur.
Est-ce le marché qui en appelle à l’imaginaire et au pulsionnel pour mieux assurer son emprise, ou bien sont-ce
l’imaginaire et le pulsionnel qui en appellent au règne du marché, dans l’espoir de se satisfaire ? Les deux sont vrais,
et les deux se complètent.
DES PROJETS
INSENSÉS
On sait que plus la sphère économique
gonfle, plus la sphère politique se ratatine. La « médecine personnalisée » doit
venir parachever le dispositif, en rendant toutes les insatisfactions justiciables d’une approche thérapeutique.
C’est à cela que sert, entre autres, la
rhétorique de l’« augmentation ». Elle
doit accompagner et dissimuler la terrible soustraction en cours : l’exérèse totale des facultés politiques, pour que
plus rien ne vienne contester ou troubler le règne de l’économie. L’homme
comme vivant politique doit laisser place à l’homme comme animal monitoré
[…]. [L’auteur prend l’exemple d’une
question politique : l’opposition d’une
d’émancipation n’auraient d’autre effet, en réalité, que de rendre ceux-ci
plus adaptés aux contraintes qui pèsent
sur eux.
LA FARCE
DES COMITÉS
D’ÉTHIQUE
Un autre aspect que le transhumanisme
aide à faire passer comme une lettre à la
poste, tant la chose paraît bénigne en
comparaison des bouleversements annoncés, est l’artificialisation de la procréation […] par son maximalisme interventionniste sur le matériau humain, le
transhumanisme permet aux instances
supposées régulatrices d’afficher des airs
modérés, alors qu’elles avalisent à peu
près tout ce qui est technologiquement
réalisable. Car il ne s’agit pas, pour les comités d’éthique institués au cours des
dernières décennies, de faire respecter
quelque limite que ce soit : on pourrait
dire que la « bioéthique » consiste à approuver ce que l’éthique réprouve. Il faut
seulement régler la vitesse de l’évolution
afin de donner à l’opinion l’impression
que tout est mûrement réfléchi et « strictement encadré ». […] En 2005, le CCNE
jugeait hors de question que l’assistance
médicale à la procréation soit détournée
de ses indications médicales – à savoir
pallier l’infertilité d’un couple formé
d’un homme et d’une femme en âge de
procréer. […] En 2017, le comité a donné
son accord à la « PMA pour toutes ». […]
D’un avis à l’autre, le comité ne se déjuge
pas : il est fidèle à sa mission qui est de
tout permettre, en prenant simplement
soin de le faire en temps opportun.
PALLIATIF
POUR DES MAUX
INÉDITS
Le méthylphénidate – commercialisé
sous le nom de Ritalin (Ritaline en français) – se voit massivement utilisé, depuis
les années 1990, pour traiter les troubles
de l’attention chez les enfants. Les transhumanistes, qui prônent
l’usage non thérapeutique
La rhétorique
de médicaments afin
de l’« augmentation »
d’obtenir, grâce à eux,
doit accompagner et dissimuler
une amélioration de nos
capacités, en particulier
la terrible soustraction en cours :
intellectuelles (cognitive
l’ablation totale des facultés
enhancement), estiment
que la Ritaline peut aider
politiques, pour que plus rien
tout un chacun à augne vienne contester ou troubler
menter son attention et sa
le règne de l’économie
concentration. On notera
quand même que le nompartie importante des Européens envers
bre d’enfants sujets à des troubles de l’atl’immigration, NDLR.] Comment vaintention a crû énormément au cours de la
cre leurs réticences ? Des chercheurs
période récente, et qu’au lieu de traquer
s’attellent à la tâche : « Face aux tenles facteurs responsables du fait, on pressions croissantes liées aux différences
crit une substance afin de contrecarrer
ethniques, religieuses et culturelles, il est
ses effets. Tout bien considéré, bon nomurgent de concevoir des stratégies probre des « augmentations » que l’on nous
pres à favoriser l’intégration sociale des
promet ne sont-elles pas de cet ordre ?
refugiés au sein des sociétés caucasienNon pas accès à une condition supérieure,
nes. » En l’occurrence, la stratégie
mais maintien vaille que vaille d’ancienproposée consiste à faire inhaler
nes capacités dégradées par l’environnede l’oxytocine, une hormoment dans lequel nous sommes amenés à
ne qui, d’après l’étude,
vivre. On notera également que l’usage
augmenterait la capacité
non thérapeutique de la Ritaline est coudes gens à s’adapter à
rant sur les campus universitaires amérides « écosystèmes socains. Dans les années 1960, les étudiants
ciaux en évolution rausaient de certaines substances pour plapide ».
On
croit
ner, aujourd’hui ils ont recours à l’Added’abord à un canular,
rall (un psychostimulant) et à la Ritaline
et puis non – l’article
pour améliorer leurs capacités d’apprenest publié dans une
tissage et de mémorisation, obtenir de
revue scientifique
meilleures notes et prendre l’avantage sur
communément
leurs condisciples. Contrairement à leurs
qualifiée de « presprédécesseurs en quête de nouvelles extigieuse ». De telles
périences, les étudiants d’aujourd’hui ne
façons de penser
cherchent qu’à mieux figurer dans la
peuvent
paraître
compétition générale. Ce faisant, ils traindépendantes du
hissent moins leurs aînés libertaires,
transhumanisme –
qu’ils ne subissent ce que ceux-ci ont
et même contraires
préparé pour eux : quand la contestation
à son esprit individes années 1960-1970 a fait voler en éclats
dualiste. À ceci près
ce qui subsistait des anciens cadres, ce qui
que le transhumaen a résulté n’est pas un monde débarrasnisme participe d’un
sé de la compétition, mais une compétimême mouvement de
tion débarrassée de ce qui pouvait encore
dissolution de la politique
la limiter – une extension et une intensifidans la technologie, d’un
cation de la lutte. La décence voudrait
même esprit de contrôle
qu’à tout le moins, on cesse de nous prédes corps par des disposenter le dopage cognitif comme un
sitifs, et que les facultés
moyen d’épanouissement et d’émancipasurhumaines qu’il fait
tion de la personne, quand il ne s’agit que
miroiter aux individus
de mieux répondre aux exigences qu’un
comme autant de moyens
système emballé fait peser sur les indivi-
«
»
dus. […] La question qui se pose n’est pas
de savoir si la modernité est intégralement bonne ou intégralement mauvaise,
mais d’évaluer le rapport entre les avantages et les pertes.
PROGRÈS… DE LA
DÉPENDANCE
La vérité est que jamais les êtres humains réduits à leurs seules forces n’ont
été aussi impuissants, impotents – non
seulement parce que les facultés naturelles, non cultivées, ont décru (que deviennent le sens de l’orientation avec le
GPS, la mémoire avec les « mémoires »
électroniques, etc.), et que les savoirfaire fondamentaux n’ont plus été
transmis, mais aussi parce que l’organisation générale réduit ce que les capacités propres permettent d’accomplir à
presque rien. Lorsqu’un nouveau dispositif technologique apparaît, on se montre sensible aux ressources supplémentaires qu’il offre, sans penser aux
anciennes ressources qu’il aura fait disparaître ou qu’il aura neutralisées, une
fois qu’il se sera répandu. En réalité, les
nouvelles possibilités s’ajoutent moins
aux anciennes qu’elles ne s’y substituent. […] C’est un mouvement général,
qui détruit les moyens qu’ont les êtres
humains de subvenir par eux-mêmes à
leurs besoins et les oblige à en passer par
des objets ou des services qui s’achètent
[…] notre lien presque exclusif à tout ce
dont nous faisons usage est celui de
consommateurs, totalement ignorants
de la façon dont ce que nous consommons est élaboré […] la liberté acquise
vis-à-vis des anciennes communautés a
sa contrepartie dans un assujettissement
complet au système général, dont l’individu devient aussi dépendant que
l’était le nourrisson des adultes qui
veillaient sur lui. Il n’était question que
de son émancipation, et le voilà maintenu en état d’immaturité, amené à passer
toute une vie « au sein » moyennant le
passage des tétons aux connexions.
LE TRAIN FOU VA
DÉRAILLER
Tel est un des échecs majeurs de la modernité : elle devait, en transformant le
monde, rendre celui-ci plus accueillant
aux hommes et, au fur et à mesure que
l’entreprise se poursuit, le décalage ne
fait que s’accroître entre les facultés naturelles des hommes et ce qui est exigé
d’eux. Le monde devait leur être de
mieux en mieux adapté, et voilà que ce
sont eux qui sont sommés de s’adapter à
un monde qu’ils ont de plus en plus de
mal à suivre. […] Jamais nous ne nous
sommes sentis aussi pressés par le temps
qu’aujourd’hui où nous sommes bardés
de dispositifs et d’appareils destinés à
nous en faire gagner. Ce manque de
temps nous dispose à adopter toute innovation qui permet d’aller plus vite, mais,
ces innovations étant adoptées par tout le
monde, le rythme général du monde
s’accélère encore, et chacun éprouve encore plus de difficultés à le suivre. […] Le
problème est que le processus en cours a
pris une ampleur si gigantesque qu’une
énergie elle-même gigantesque serait
nécessaire pour en inverser le cours. Il
faut de plus compter avec la propension
des dirigeants à identifier le bien à la
poursuite d’un mouvement qui leur vaut,
à titre personnel, une position enviée, et
avec les plis que deux siècles de messianisme économico-techno-scientifique
ont fait contracter à la pensée. […] Ce
type de tenaille – entre persévérer sur
une voie sans issue, et s’en extraire à un
coût immédiat énorme – est une situation
générale. Le « développement », en détruisant la nature, les aptitudes et les savoir-faire traditionnels, a en large partie
supprimé les possibilités de vivre sans lui
et rendu de ce fait un changement
d’orientation trop périlleux pour qu’on
s’y résolve. Seule une sortie de route y
pourvoira. ■
EXTRAITS CHOISIS ET PRÉSENTÉS PAR
GUILLAUME PERRAULT
■ Leurre
et malheur du
transhumanisme
Olivier Rey
DESCLÉE DE BROUWER, 194 P.,
16,90€, EN LIBRAIRIE
AUJOURD’HUI
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mercredi 3 octobre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
OPINIONS
CHRONIQUE
Bertille Bayart
£@BertilleBayart
Linky ou la défaite de la raison
A
tterrant… À la tribune de
l’Assemblée nationale, un
leader politique, dont on
a pu redouter il y a moins
de deux ans qu’il soit au
second tour de l’élection
présidentielle et pire, qu’il la gagne,
a affirmé qu’il existait un vaccin contre
le cancer du poumon… à Cuba. Jean-
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
ENTRE GUILLEMETS
JEAN PIERRE LOTH/INA; JEAN ANOUILH AU THÉÂTRE DES MATHURINS EN 1973
3 octobre 1987 : mort
du dramaturge et
écrivain Jean Anouilh.
Michel Bouquet
Il m’a inculqué
le respect
du théâtre
»
Luc Mélenchon, puisqu’il s’agit bien
de lui, s’est ensuite rétracté. Mais le fait
demeure : on peut dans l’Hémicycle
débiter des énormités. On pourrait
en rire, mais c’est à pleurer, parce
qu’on assiste là à une consternante
banalisation de la baliverne.
Nous vivons une époque où toute
opinion est bonne à dire pourvu
qu’on l’exprime, où le débat
est encensé, peu importe la solidité
des arguments qui y sont versés.
On laisse ainsi prospérer d’improbables
controverses, inutiles, et parfois
délétères au sens propre - nuisibles
pour la santé - comme au sens
littéraire - corruptrices pour l’esprit.
Prenons l’exemple du Linky,
le nouveau compteur électrique
dit « intelligent », qui déchaîne
les passions. Combien de bêtises
sont dites, écrites, colportées !
Le boîtier serait nocif du fait des ondes
qu’il émet, attentatoire aux libertés
individuelles du fait des données
qu’il collecte, dangereux car source
de départs d’incendies, liberticide,
car imposé de force, et dispendieux
car économiquement inutile… Résultat :
des Français, en nombre significatif,
refusent d’ouvrir leur porte aux
installateurs du nouveau compteur,
des maires tentent à coups d’arrêtés
toujours jugés illégaux de lui interdire
le territoire de leur commune,
des députés - de La France insoumise,
tiens, tiens… - proposent une loi
pour légitimer le refus du Linky.
La controverse sur les ondes est
exemplaire. D’une part, comme l’a dit
en mars l’Agence de sécurité sanitaire
(Anses) après quatre ans de recherches,
« les connaissances scientifiques
actuelles ne mettent pas en évidence de
lien de cause à effet entre les symptômes
dont souffrent les personnes se déclarant
EHS (électrosensibles) et leur exposition
aux ondes électromagnétiques ».
D’autre part, le fameux Linky n’émet
pas plus d’ondes qu’une box Internet
ou une plaque à induction. Ce fait
a été répété la semaine dernière
par l’Agence de l’environnement
et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).
Mais les avis de ces agences semblent
tomber dans l’oreille de sourds. Ni le
poids de l’expertise, ni l’autorité de ces
instances ne semblent leur donner plus
d’influence que cela dans la formation
de l’opinion des uns et des autres.
C’est une défaite de la science qui
ne fait plus foi, et que l’on disqualifie
souvent en l’accusant d’être l’otage
d’intérêts économiques.
Ce discrédit des sachants peut avoir
des conséquences beaucoup plus
graves que le développement contrarié
d’un compteur électrique. On a ainsi
vu se répandre les thèses antivaccinales
qui auraient dû, au XXIe siècle,
être cantonnées à un cercle très
restreint de quelques illuminés.
Selon le baromètre réalisé par Santé
publique France, un quart des Français
se déclaraient en 2016 pas du tout ou
plutôt pas favorables à la vaccination,
contre 8 % en 2000. Et l’épisode
de la grippe A en 2010 ne suffit pas
à expliquer cette défiance, cultivée par
les réseaux sociaux, radicalisée par des
La sécurité de l’Afrique et celle
de l’Europe indéfectiblement liées
E
x africa semper aliquid novi »,
écrivait Pline l’Ancien
(« D’Afrique surgira toujours
du nouveau », NDLR). Nous,
Européens et Africains,
partageons un même constat
sur les crises qui nous menacent : elles sont
globalisées, prospèrent en profitant des
effets et des vecteurs de la mondialisation,
et sont imbriquées entre elles : trafics en
tout genre (depuis les cigarettes jusqu’au
trafic d’êtres humains), idéologies,
terrorisme, revendications politiques,
irrédentismes. Ces menaces
s’affranchissent des limites géographiques
dans lesquelles nos esprits cartésiens
essaient de les enfermer. Enfin, les
instigateurs funestes de ces violences
recourent à des modes d’actions qui
profitent du « pouvoir égalisateur de
l’asymétrie » pour déstabiliser les États à
moindre coût : une politique de la terreur
conjuguée à une forte médiatisation produit
des effets psychologiques et politiques
supérieurs à ceux d’une force
paramilitaire organisée, équipée
et commandée de façon classique.
Face à la gravité et l’urgence
de la situation, États africains et
États européens ne peuvent plus
continuer à se tourner le dos
ou à limiter leurs relations
à une assistance technique
classique et à de simples
aides financières pour
solde de tout compte.
Les 14,4 kilomètres
qui séparent l’Afrique
de l’Europe ne constituent
pas une douve
infranchissable.
C’est la distance qui
sépare, à Dakar, la
pointe des Almadies
de l’anse Bernard
et la distance qui
Les deux hautes personnalités* expliquent
sépare, à Paris, le
la nécessité, en matière de sécurité internationale,
bois de Boulogne du
de mieux coordonner l’engagement des Européens
bois de Vincennes.
L’indifférence des
avec celui des Africains.
DESINS FABIEN CLAIREFOND
«
GÉNÉRAL D’ARMÉE DIDIER CASTRES
ET GÉNÉRAL MAMADOU SOW
pays européens à ce qui se passe en Afrique
confinerait à de l’inconscience, leur
méconnaissance à de l’incompétence.
Désormais avertis que ni la seule force
militaire, ni l’action d’un seul État ne sont
capables d’apporter des solutions durables
à ces crises d’un nouveau genre,
nous devons entrer de plain-pied
dans des solutions qui privilégient
le pragmatisme et « l’inter » :
l’interservices, l’interministériel,
l’international, l’interorganisations
non gouvernementales.
Trois directions nous semblent devoir
être développées pour accroître l’efficacité
de notre réponse à ces crises.
Il faut d’abord rapprocher les
perceptions des pays africains directement
confrontés à ces crises de celles de tous
les pays européens et de celle de l’Union.
Appréciation sur la réalité et la nature des
menaces, sur leur dangerosité et sur les
conséquences qu’elles vont produire sur
la stabilité et la prospérité internationale ;
enfin sur leur capacité à se propager à
d’autres zones géographiques que celles
qui les ont vues naître. Rien n’est plus
important pour lutter ensemble contre
un même adversaire, quel qu’il soit, que
d’en partager la connaissance précise. Ceci
suppose d’inventer les structures et les
processus où cet échange peut avoir lieu.
Nous devons ensuite prendre acte
de la difficulté qu’ont les organisations
régionales - ou internationales - et les
alliances militaires classiques à faire face à
ces crises, soit qu’elles peinent à montrer
la réactivité nécessaire, soit qu’elles ne
sont pas compétentes géographiquement.
Il importe non seulement d’encourager
mais d’aider puissamment les États
menacés par une même crise à créer
des enceintes politiques et des coalitions
militaires taillées sur mesure. Les
exemples ne manquent pas du sillon que
les pays africains ont déjà creusé : Charte
de Lomé contre l’insécurité maritime
rejointe par 31 États, force conjointe
du G5 Sahel contre les groupes terroristes
sahéliens, force multinationale mixte pour
lutter contre Boko Haram, force mise sur
pied par la Communauté économique des
États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) pour
rétablir l’ordre républicain en Gambie.
S’il faut faciliter et appuyer les
initiatives d’intégration des pays africains
entre eux, nous avons également l’ardente
obligation d’améliorer la coordination du
soutien qu’apportent les pays européens.
Une coordination qui évite les doublons
dans les offres, qui réponde précisément
aux besoins exprimés par les pays
confrontés à la crise, qui envisage si
nécessaire l’envoi de formateurs ou même
de troupes ; le soutien à distance n’est pas
toujours le plus crédible et efficace.
Enfin, et c’est probablement l’étape
la plus complexe, il est important de
s’accorder sur les objectifs visés et sur
la stratégie générale à mettre en œuvre.
Les pays européens ne peuvent
ni ne doivent se substituer à l’expression
des pays directement menacés.
Tous les pays européens prennent
conscience qu’il n’y a plus d’étanchéité
entre les deux continents dans le domaine
de la sécurité. Les pays africains quant
à eux démontrent leurs capacités
à articuler des réponses adaptées aux
crises qui se développent. Le dialogue
et les échanges entre le Nord et le Sud
doivent s’accentuer pour aboutir à cette
culture stratégique commune ; ce qui est
le point de départ d’une réponse collective
et efficace aux crises. Le forum de Dakar
sur la paix et la sécurité en Afrique
présidé par le président Macky Sall,
qui se déroulera les 5 et 6 novembre,
est une de ces enceintes privilégiées.
* Le général d’armée (2S) Didier Castres
a été sous-chef d’état-major« Opérations »
et a dirigé l’ensemble des opérations
militaires de la France de 2011 à 2016.
Il est actuellement conseiller senior
à la Compagnie européenne
d’intelligence stratégique (CEIS).
Le général Mamadou Sow a été
le chef d’état-major général des armées
sénégalaises de 2012 à 2017. Il est aujourd’hui
ambassadeur du Sénégal à Madrid.
gourous, manipulée et exploitée
par certains responsables politiques.
Les légendes urbaines et les croyances
ne datent pas d’hier et on les appelle
aujourd’hui des « fake news ».
Mais les cas du Linky et des vaccins
sont inquiétants parce que la rumeur
vient ici empêcher l’action publique.
Le déploiement du Linky simplifiera
la vie de tout le monde en épargnant
aux clients comme aux prestataires
la corvée des relevés. Mais il est
surtout un élément clef d’une stratégie
énergétique qui vise à mieux piloter
le réseau électrique de plus en plus
alimenté par des sources renouvelables
et à réaliser des économies d’énergie.
Or cela ne marche que si tout le
monde en est. C’est la même chose
pour la vaccination, qui ne permet
l’éradication des maladies infectieuses
que si chaque individu ou presque
en est protégé. La ministre de la Santé,
Agnès Buzyn, a pris le taureau par
les cornes en élargissant le champ
de la vaccination obligatoire.
C’est la loi comme réponse
à la contre-vérité et comme béquille
de l’autorité, scientifique et politique,
dont la parole est déconsidérée.
On ne peut cependant pas construire
la citoyenneté par la seule contrainte.
Il faut retrouver les voies pour
s’adresser à la raison des citoyens
et créer l’adhésion. Le sujet
n’est pas proprement français.
Mais il est permis d’espérer qu’au pays
de Descartes, on arrête de confondre
le doute méthodique et la mise
en doute systématique.
VOX
…
HISTOIRE
« Les croisades : guerre
juste, guerre sainte ? » :
l’éditorial de Michel
De Jaeghere, directeur
du « Figaro Histoire »,
qui consacre son nouveau
numéro aux croisades
… AZNAVOUR
- « Je souhaite d’autres
Aznavour à la France ! »,
par Valérie Toranian,
directrice de la « Revue
des deux mondes »
- « Mon oncle d’Arménie »,
par Jean-Baptiste
Semerdjian, journaliste
au « Figaro ».
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
FRANÇOIS-XAVIER
BELLAMY
le jeudi 18 octobre
2018, 20 heures
Salle Gaveau.
Réservations :
01 70 37 31 70 ou
www.lefigaro.fr/
rencontres
“Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
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de la rédaction du Figaro.fr),
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directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
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Photo, Révision),
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(Politique, Société, Débats Opinions)
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Rédacteur en chef
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Origine du papier : France. Taux de fibres recyclées : 100%. Ce journal
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sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 18 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 14 pages
Cahier 4 Figaro Plus
10 pages
Édition IDF
Cahier 5 Figaroscope
52 pages tabloïd
Promo portage
carnet blanc : diffusion
sur une partie
du territoire national
A
@
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mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 060 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
AUTOMOBILE
SANTÉ
LE « DEAL » DE MACRON
AUX CONSTRUCTEURS SUR
LES ÉMISSIONS DE CO2 PAGE 24
LE SÉNAT S’ALARME
DES PÉNURIES
DE MÉDICAMENTS PAGE 25
économie
Bisbilles sur la loi
alimentation
Heures sup : le
gouvernement
accélère
le tempo
CHRISTOPHE MORIN /IP3 PRESS/MAXPPP, DPA/ABACA, BENJAMINNOLTE - STOCK.ADOBE.COM
L’exonération de cotisations devrait entrer
en vigueur dès le 1er juillet 2019.
Selon nos informations, la désocialisation des heures supplémentaires
promise par le gouvernement au
1er septembre 2019 devrait intervenir
deux mois plus tôt que prévu, soit le
1er juillet 2019. Cette accélération de la
mise en œuvre devrait faire l’objet
d’un amendement des députés de la
majorité, lors du débat à l’Assemblée
sur le projet de loi de financement de
la Sécurité sociale.
Un amendement que « le gouverne-
ment soutiendra », affirme une source
ministérielle. Ce geste politique est
destiné à renforcer le message de la
majorité sur la prise en compte de la
question du pouvoir d’achat des Français. De fait, l’exonération de cotisations salariales sur les heures supplémentaires aura un fort impact : elle
concernera près de 9 millions de salariés et de fonctionnaires et augmentera de 2 milliards d’euros en année
pleine leur pouvoir d’achat. PAGE 22
Croissance, emploi… Bercy chiffre
les effets des mesures fiscales
Définitivement adopté mardi, le texte est censé
permettre de mieux rémunérer les agriculteurs.
Mais industriels et distributeurs cherchent déjà
à retarder sa mise en œuvre. Et beaucoup doutent que
l’augmentation des prix en magasin découlant de la loi
profite effectivement au monde paysan. PAGE 20
TÉLÉCOMS
Le Japon déploiera
la 5G pour les JO
de Tokyo en 2020
PAGE 25
LA SÉANCE
DU MARDI 02 OCTOBRE 2018
CAC 40
5467,89
-0,71%
DOW JONES (18h)
26777,21 +0,47%
ONCE D’OR
1204,70 (1189,35)
PÉTROLE (lond)
85,140 (84,430)
EUROSTOXX 50
3389,25 -0,73%
FOOTSIE
7474,55 -0,28%
NASDAQ (18h)
7680,04 +0,45%
NIKKEI
24270,62 +0,10%
mettra ainsi de créer 100 000 emplois
de plus à court terme, d’ici à 2021. À
un horizon un peu plus lointain, les
baisses d’impôts, comme la suppression de l’ISF et la flat tax sur les revenus financiers, pourraient générer
1,6 point de PIB, avec la création de
260 000 emplois à l’horizon 2025.
Bercy évalue même les conséquences
du dédoublement des classes de CP et
CE1 en zone difficile. PAGE 22
La « capsule » d’Hyperloop Transportation Technologies (HTT), l’un des
trois projets de transport terrestre
supersonique, vient d’être dévoilée
en Espagne. Quintero One, son nom
de baptême, ressemble au fuselage
d’un avion de chasse en plus gros et
dépourvu de verrière. C’est cet engin
qui circulera à 1 000 km/h dans un
tube spécialement adapté à cette
technologie. « Les personnes qui l’ont
vue ont été surprises par sa taille, raconte Dirk Ahlborn, cofondateur et
PDG de HTT. À l’intérieur, la capsule a
à peu près la taille d’un jet régional. »
D’une longueur totale de 32 m pour
une cabine de 15 m de long seulement, Quintero One est construite à
partir de Vibranium (marque déposée), un matériau composite « intelligent » spécialement conçu par HyperloopTT.
La capsule est destinée à accueillir
des voyageurs lorsque les infrastructures seront prêtes et que son modèle économique sera viable. Elle a été
assemblée dans le sud de l’Espagne,
sur le site partenaire d’Hyperloop,
Airtificial. La première capsule de passagers va ensuite rejoindre Toulouse
où HTT dispose d’un centre de R&D,
où 40 millions d’euros seront investis
sur cinq ans, et d’une piste d’essai.
Ces services de transport nécessitent des infrastructures spécifiques.
Les Émirats arabes unis (EAU) se sont
engagés à construire 10 m de pistes
dès 2020 pour relier Dubaï à Abu
Dhabi en douze minutes. La Chine a
aussi décidé de bâtir d’abord 10 km,
puis plus de 100 km en trois ans.
D’autres projets d’Hyperloop sont
menés en parallèle de celui de HTT :
Transpod, une start-up canadienne
qui s’est installée à Droux près de Limoges, et Virgin Hyperloop One, testé sur une piste dans le Nevada à une
vitesse encore modeste : 387 km/h,
alors que l’objectif est d’atteindre
1 000 km/h.
Lorsque l’on interroge Dirk Ahlborn sur
les tarifs auxquels les passagers pourraient voyager dans sa capsule ultrarapide, ce dernier parle de 20 à 30 dollars… « On pourrait même imaginer
que cela soit gratuit si l’on paie des
services à bord qui les financeront. »
VALÉRIE COLLET
Tereos : échec de la
médiation avec les
Primera Air se brûle les ailes après
avoir misé sur le low-cost long-courrier coopérateurs exclus
L'HISTOIRE
P
rimera Air s’est cassé les ailes
sur le low-cost long-courrier,
ces vols de longue distance
à bas coûts qui se multiplient
aux quatre coins de la planète.
Basée à Copenhague, la compagnie
aérienne s’était spécialisée dans les vols
charters vers des destinations ensoleillées
au sud de l’Europe avant de miser
cette année sur les vols transatlantiques
bon marché : 99 euros l’aller simple
pour le lancement de la ligne Paris-New
York. Ses dirigeants ne manquaient pas
d’ambitions : une flotte d’appareils
monocouloirs, utilisés pour les vols moyencourriers jusqu’à ce que les constructeurs
allongent
le rayon
d’action de
leurs appareils.
Primera avait
ainsi choisi les
A321neo pour
ses vols longcourriers et
espérait être
la première
à exploiter
l’A321LR (long range). Ironie cruelle : Airbus
a annoncé l’homologation de son A321LR
le jour même de la faillite de sa compagnie
de lancement. Il y a quelques semaines,
les dirigeants de Primera voyaient loin.
Ils énuméraient les prochaines liaisons
américaines au départ de Madrid et
de Francfort à 149 euros l’aller. « En ce triste
jour, nous vous disons à tous au revoir »,
a affiché la compagnie sur son site Internet
mardi. La compagnie a imputé ses difficultés
aux retards de livraison de ses A321neo.
De nombreux passagers s’étaient plaints
de retards et d’annulations de vols. Dans un
communiqué, Primera a évoqué son incapacité
à trouver un accord financier avec sa banque :
« Nous
n’avons pas
d’autre choix
que de nous
déclarer
en faillite »,
a conclu le
conseil
d’administration. ■
VALÉRIE
COLLET
L’armistice s’éloigne dans la
guerre que se livrent depuis
l’été le géant français du sucre
Tereos et sept ex-membres de
son conseil de surveillance. La
crise interne est devenue publique quand ces derniers ont
envoyé, après leur sortie du
conseil de surveillance, un
courrier aux 170 représentants
élus des 15 000 planteurs de
betteraves de Tereos. Ils y critiquent la stratégie de diversification du groupe hors d’Europe, qui a rapporté selon eux
très peu de profits. Une analyse contestée par le président
du conseil de surveillance et
par le directoire.
La prise de parole dans la presse de trois des ex-membres du
conseil de surveillance leur a
valu d’être exclus de la coopérative en août. Cette mesure
de rétorsion radicale, qui sonne le glas de leur activité betteravière, a été vivement critiquée. Devant l’ampleur du
conflit et son impact sur l’image de l’entreprise, les deux
parties ont accepté une médiation menée par Henri Nallet, président du Haut Conseil
à la coopération agricole. Las.
Cette médiation a échoué. « À
aucun moment nos ex-collègues
du conseil de surveillance n’ont
fait la moindre proposition ni
accepté la moindre avancée. Il
n’y a eu aucune négociation, nos
interlocuteurs ayant refusé tout
dialogue », assurent les sept
anciens dans un communiqué,
alors que Tereos leur attribue
l’échec de la médiation.
Fort d’une pétition ayant réuni
2 400 signatures de coopérateurs, les frondeurs réclament
la convocation d’une assemblée générale de Tereos.
« Nous demandons solennellement aux institutions professionnelles du secteur agricole de
prendre leurs responsabilités
face à l’inacceptable : refuser de
convoquer une AG au mépris des
statuts de notre coopérative,
c’est vouloir faire taire les associés coopérateurs par la force »,
IVAN LETESSIER
assurent-ils.
A
le PLUS du
FIGARO ÉCO
Alors que les Français ont parfois
l’impression que les réformes d’Emmanuel Macron ont peu d’incidence
sur leur quotidien, Bercy s’attache à
chiffrer les résultats des mesures
fiscales.
Selon un document annexé au projet
de loi de finances pour 2019, la transformation du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) en baisse pérenne
de charges pour les entreprises per-
HYPERLOOP
LÈVE
LE VOILE SUR
SA CAPSULE
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mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
À peine votée, la loi alimentation
suscite des controverses
OPÉRATION
DE VASES
COMMUNICANTS
ENTRE
LES QUATRE
ACTEURS
DE LA FILIÈRE
Certains distributeurs et industriels veulent retarder son application, des agriculteurs
doutent de son efficacité. Seule certitude : les consommateurs seront mis à contribution.
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
En s’opposant
à la loi, MichelÉdouard Leclerc
prend les
consommateurs
en otage […]. La
loi veut agir sur
les marges des
distributeurs
pour mieux
rémunérer les
agriculteurs
»
STÉPHANE TRAVERT,
MINISTRE
DE L’AGRICULTURE
ET DE L’ALIMENTATION
Il est trop tôt
pour dresser
le bilan définitif
d’une loi dont
des ordonnances
sont encore
à dévoiler.
Ce qui est sûr,
c’est qu’elle
n’empêchera
pas le rapport
de force de
se poursuivre
»
CHRISTIANE LAMBERT,
PRÉSIDENTE DE LA FNSEA
ALIMENTAIRE « Si on se saisit de ses
outils, la loi aura des effets. » Défendant son projet de loi alimentation
censé sortir le monde agricole de sa
détresse financière, le ministre de
l’Agriculture, Stéphane Travert,
n’hésite pas à recourir à la méthode
Coué.
Très attendue de la filière alimentaire, en particulier de l’amont agricole, la loi a été définitivement adoptée mardi soir à l’Assemblée, au
terme d’un an et demi de discussions
commencées par les États généraux
de l’alimentation (EGA). Son objectif : développer une alimentation
plus saine et recréer de la valeur pour
mieux la répartir entre tous les
maillons de la chaîne alimentaire, du
producteur au distributeur. La loi est
censée stopper la guerre tarifaire en
grandes surfaces afin de redonner du
revenu aux agriculteurs. Or, malgré
des constats largement partagés fin
2017 à la fin des EGA, le doute subsiste sur les effets concrets de cette loi.
Des points cruciaux du texte doivent encore être arbitrés, sur l’encadrement des promotions en grandes
surfaces (34 % en valeur et 25 % en
volumes) et l’augmentation du seuil
de revente à perte de 10 % (SRP)
pour les distributeurs. La filière attend avec anxiété des précisions sur
le projet d’élargir la notion de « prix
de cession abusivement bas ».
Censées mieux rémunérer l’amont
agricole via la théorie du ruissellement (lire ci-dessous), ces mesures
doivent être prises par ordonnances.
Le gouvernement a promis de les publier d’ici à mi-novembre, pour tenir
son engagement de changer le rapport de force de la filière avant le début des négociations tarifaires pour
2019. Celles-ci démarrent dans un
mois, par l’envoi par les fournisseurs
de conditions générales de vente.
La bataille se poursuit en coulisses
pour peser sur la rédaction de ces
textes. Si les grandes lignes sont actées, une marge de manœuvre persiste sur le timing et le périmètre
d’application de ces mesures. Les
agriculteurs de la FNSEA plaident
pour que la limitation des promos et
l’augmentation du SRP soient effectives dès le 1er décembre. Mais distributeurs et industriels ne veulent rien
changer avant janvier, pour ne pas
bousculer leurs promos de Noël…
« Ce serait de toute façon concrètement inapplicable », explique Jacques
Creyssel à la FCD qui regroupe tous
les grands distributeurs hormis Leclerc et Intermarché.
Leclerc en croisade
Très actif dans ces tractations, Michel-Édouard Leclerc veut éviter
d’avoir à vendre au même prix que
Carrefour, Système U ou Auchan.
Conscient de l’impact de ces mesures
sur les prix compétitifs des magasins
de ses adhérents, le président des
centres Leclerc dénonce depuis des
mois l’inefficacité de la mesure. Parlant « d’enfumage », issu d’une coalition entre enseignes et industriels
pour redorer leurs marges sur le dos
des consommateurs, il n’a cessé de
s’opposer à la hausse de ce SRP. Le
ministre de l’Agriculture a qualifié
cette opposition de « prise d’otage
des consommateurs ». « Nous demandons que les distributeurs puissent diminuer leurs marges sur les
produits agricoles, tout simplement
pour mieux rémunérer les agriculteurs », a-t-il précisé dans l’émission « Audition publique » sur LCPPublic Sénat avec AFP et Le Figaro.
La croisade contre le SRP apparemment perdue, Leclerc s’est tourné vers le premier ministre pour demander de desserrer le calendrier.
« Toutes les organisations de consommateurs […] ont dit être opposées à ce
dispositif. Je crois qu’il est autant de
notre intérêt que de notre devoir d’en
tenir compte. Au moins vous inviterais-je avec insistance à ne pas
pénaliser les consommateurs en
instaurant ces mesures avant les fêtes
de Noël », insiste-t-il dans une missive adressée lundi à Édouard Philippe. Une demande sur le calendrier
que le rapporteur de la loi Jean-Baptiste Moreau et Matignon, qui recevaient vendredi les dernières doléances de tous les acteurs, semblent
prêts à entendre.
Les industriels de première ou
deuxième transformation militent
eux pour exclure, dans les ordonnances, les produits à caractère très
saisonnier de la limitation des promos. Toujours pour éviter de se retrouver avec des surplus de chapons
et de champagne en fin d’année, ou
de viande de porc aux périodes de
pics de production. Ces doléances
paraissent plus délicates. De nombreuses denrées alimentaires étant
par nature saisonnières, la portée du
dispositif en serait amoindrie. Le plus
gros doute touche
veut élargir par ordonnance
l’interdiction à tous les produits
alimentaires et hors situation
de crise. Les mauvais élèves
seront sanctionnés comme
pour d’autres abus, telles la
demande préalable d’avantage
à un fournisseur ou l’obtention
d’un avantage tarifaire sans
contrepartie proportionnée.
« Placée au même rang qu’une
pratique commerciale abusive,
cette redéfinition doit
permettre de punir la pratique
de prix à l’évidence trop bas,
t LES
DISTRIBUTEURS
La hausse du seuil
de revente à perte
limite la guerre des
prix et augmente
mécaniquement leurs
marges. La hausse
des étiquettes est aussi
censée les inciter à payer
plus cher leurs fournisseurs
industriels et agriculteurs.
t LES INDUSTRIELS
La limitation des promotions
donne une bouffée d’air
frais aux industriels de
l’agroalimentaire. S’ils
parviennent à vendre
leurs produits plus
chers aux enseignes
de distribution, c’est,
en théorie, pour mieux
rémunérer leurs
fournisseurs du monde
agricole. D’autant que
ces derniers pourront
mettre en avant leurs
coûts de production
pour justifier leurs tarifs.
notamment par
rapport aux coûts
de production »,
détaille Philippe Vanni,
avocat chez Fidal. Une
société encourrait ainsi
une amende civile allant
jusqu’à 5 millions d’euros,
pouvant être portée au triple
des sommes indûment
versées ou à 5 % de son chiffre
d’affaires France. De quoi
dissuader les acheteurs
de ne pas trop tordre le cou
de leurs fournisseurs.
O. D.
La loi crée
une forte
pression
inflationniste.
Personne
ne peut dire
par quel
mécanisme
la hausse
du Coca et du
Nutella allait
ruisseler
vers le monde
paysan
A
»
MICHEL-ÉDOUARD
LECLERC, PRÉSIDENT
DES CENTRES
E.LECLERC
« Nous sommes face à des prix devenus anormalement bas. » Lors de
son discours de Rungis, Emmanuel
Macron posait les jalons de la théorie du ruissellement, censée redorer les revenus agricoles grâce à des
hausses de prix en rayons. Selon les
experts, la loi alimentation aboutira
à une augmentation globale des dépenses de 800 millions à un milliard
d’euros, à la charge des consommateurs. Cela devant bénéficier aux
distributeurs, aux industriels et enfin aux agriculteurs. Décryptage du
mécanisme de redistribution.
de 10 % du
uAugmentation
seuil de revente à perte (SRP)
La mesure doit redonner de l’air
aux distributeurs, en les « contraignant » à augmenter leurs marges
sur les 3 000 à 4 000 produits d’appel sur lesquels ils vendent à marge
quasi nulle. Cette soupape leur
permet, en théorie, de réduire
leurs marges sur les produits agricoles. S’ils jouent le jeu, ils peuvent
ainsi mieux payer les agriculteurs.
des promos
uLimitation
Cette mesure permet aux indus-
triels de l’agroalimentaire, financeurs des promotions en rayons,
d’augmenter leur rentabilité. Ou,
mieux, du point de vue du gouvernement, de payer un peu plus leurs
fournisseurs du monde agricole.
u
Prix de revient et indicateurs
de prix agricoles mieux définis
Tout en haut de la filière, l’incitation faite aux producteurs à se re-
DÉBUT 2017
Le candidat Macron lance
l’idée d’États généraux
de l’alimentation (EGA).
20 JUILLET 2017
Ouverture des EGA.
11 OCTOBRE 2017
Discours d’Emmanuel Macron
a Rungis, qui promet une loi
pour une meilleure
rémunération
des agriculteurs.
14 NOVEMBRE 2017
Signature d’une charte
de bonnes pratiques pour
l’équilibre des relations
commerciales, avant la loi
prévue pour juillet 2018.
21 DÉCEMBRE 2017
Clôture des EGA.
2 OCTOBRE 2018
Avec trois mois de retard
sur le calendrier, vote final
de la loi alimentation.
NOVEMBRE 2018
Début des négociations 2019.
Publication de l’ordonnance
sur le SRP et les promos,
puis celle sur les prix
abusivement bas.
1ER OU
31 DÉCEMBRE 2018
Entrée en vigueur
des mesures,
contraignantes
pour les négociations
en cours.
Doute sur l’efficacité du ruissellement
des consommateurs aux producteurs
«
La hausse du seuil de revente
à perte et la réduction de
promos devraient renchérir
d’environ un milliard d’euros
les dépenses de produits
alimentaires et de grande
consommation, au
bénéfice des acteurs
de la filière
alimentaire.
UN AN ET DEMI
DE DISCUSSIONS
Plus de sanctions contre les prix trop bas
Nouvelle règle du jeu en vue
pour les négociations entre
agriculteurs et industriels
ou celles entre industriels
et distributeurs. La notion de
« prix de cession abusivement
bas » va être élargie. Définie
dans l’article 442-9 du Code
du commerce, elle sanctionne
pour l’instant la pratique de prix
trop bas sur certains produits
agricoles « en situation
de crise conjoncturelle » ou
« quand les cours augmentent
fortement ». Le gouvernement
q LES CONSOMMATEURS
la définition de la notion de prix de
cession abusivement bas (lire encadré). Pour l’instant, aucun détail sur
l’ordonnance qui lui est consacrée
n’a filtré, mais les choses doivent
se préciser d’ici à une dizaine de
jours. S’il veut des outils
efficaces, le gouvernement a intérêt à bien les
affûter ■
grouper en organisations
et la définition par l’interprofession d’indicateurs de
production doivent redonner au
monde paysan du poids dans les
négociations. Et permettre d’inverser la construction du prix. Le
gouvernement refusant de faire
valider ces indicateurs par l’Observatoire des prix et des marges,
la définition de ces indicateurs a
tourné au casse-tête dans de nombreuses filières. Ce qui fragilise
l’équilibre global du dispositif.
doutes persistants
uDes
Le puissant syndicat agricole
FNSEA reconnaît « avoir désormais
tous les outils pour tirer les prix agricoles vers le haut. Mais ne soyons pas
dupes, rien ne se fera de manière
t LES
AGRICULTEURS
C’est avant tout au monde
paysan qu’est censée
bénéficier la loi alimentation.
Beaucoup doutent que les
agriculteurs profitent du
milliard d’euros découlant des
hausses de prix en magasins.
Mais ils ont des armes pour
mieux négocier avec les
industriels et les distributeurs.
automatique, il faudra rester dans le
rapport de force », estime Christiane Lambert. Hormis les distributeurs de la FCD, et dans le même esprit (moins vindicatif) que Leclerc,
le même scepticisme circule chez
les industriels. « Quelle va être la
puissance de feu de cette théorie du
ruissellement, cela reste à déterminer », pointe Richard Girardot,
président de la fédération des industriels de l’agroalimentaire
(Ania). « Et qui garantit qu’un oligo-
pole de quatre grands distributeurs
va faire redescendre l’augmentation
de ses marges vers les agriculteurs ? » renchérit Michel Prugue,
président de Coop de France (40 %
de l’agroalimentaire français). Le
gouvernement répond qu’il est de
la responsabilité de l’aval de respecter l’esprit du texte, en utilisant
ces nouveaux outils. Sans quoi les
« cadeaux » de la hausse du SRP et
des promos pourraient disparaître
d’ici deux ans. ■
O. D.
ROBERT KNESCHKE, CHANIDAPHA ET DEJAN VELJKOVIC/LIKSTUDIO-STOCK.ADOBE.COM, JEAN-CHRISTOPHE MARMARA ET SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO, CHRISTOPHE MORIN /IP3 PRESS/MAXPPP
20
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ÉCONOMIE
mercredi 3 octobre 2018
21
Les taux s’envolent
en Italie sur fond
de propos europhobes
Les déclarations de poids lourds de la coalition
populiste ont alimenté la défiance des marchés.
L’emprunt à dix ans est au plus haut depuis 2013.
RICHARD HEUZÉ rheuze@lefigaro.fr
ROME
ITALIE : TAUX
D'EMPRUNT
D'ÉTAT À 10 ANS,
en %
3,45
3,5
3,0
2,5
2,0
1,5
1er janv. 2018
2 oct. 2018
Source : Bloomberg
Infographie
ZONE EURO Jamais depuis le mois
de mai, dans la bourrasque financière qui avait accompagné la formation du gouvernement de coalition « jaune-vert », les marchés
n’avaient été aussi nerveux. Les
taux auxquels l’État italien emprunte ont de nouveau flambé. Le
« spread », qui mesure le différentiel de taux d’intérêt entre titres
d’État à dix ans allemands et italiens, s’est propulsé mardi matin à
la cote 302. Du jamais vu depuis
plus de cinq ans. Le taux italien à dix
ans a bondi à 3,42 % à 9 h 21 quand,
au même moment, l’Allemagne
pouvait emprunter sur dix ans à
0,40 % et la France à 0,77 %.
Les marchés ont instantanément
réagi à une déclaration du président de la commission du budget de
la Chambre des députés, un des
poids lourds de la Ligue, Claudio
Borghi. Cet europhobe s’est dit
« plus que convaincu que l’Italie,
avec sa propre monnaie, aurait été
en mesure de résoudre grande partie
de ses problèmes (budgétaires). Le
fait d’avoir le contrôle de ses propres
moyens de politique monétaire est
une condition nécessaire pour réaliser notre énorme et ambitieux programme d’assainissement (économique du pays) ».
La déclaration a mis le feu aux
poudres après une série de ratés
pour rassurer l’Europe et les marchés sur la volonté de Rome de rester dans les clous de Maastricht. La
veille, le ministre de l’Économie,
Giovanni Tria, avait abrégé son séjour à Luxembourg où ses homologues de l’Eurogroupe lui avaient demandé des explications sur l’objectif
de déficit budgétaire finalement retenu à 2,4 % du PIB pour les trois
Le vice-président du conseil italien, Matteo Salvini, lors de son déplacement, mardi, à Naples.
prochaines années alors que luimême ne voulait pas dépasser 1,9 %.
À nouveau circulent des rumeurs
sur son éventuelle démission qu’il
dément tandis que le ministre pour
les Affaires européennes, l’europhobe Paolo Savona, que les Cinq
étoiles verraient bien lui succéder,
s’envolait pour Strasbourg afin de
défendre le budget italien au Parlement européen.
Lundi soir, le président de la République, Sergio Mattarella, qui a
répété tout le week-end la nécessité, imposée par la Constitution, de
respecter les équilibres budgétaires
pour préserver l’épargne des Italiens, a convoqué d’urgence le président du Conseil, Giuseppe Conte.
Il a voulu se faire expliquer comment fera le gouvernement pour
rédiger son projet de budget qui doit
être envoyé à Bruxelles. Hier encore, les services techniques du ministère de l’Économie peinaient à
transcrire en données macroéconomiques les nouveaux objectifs
imposés jeudi soir par le Conseil des
ministres.
« Terrorisme médiatique »
Mardi matin, Giuseppe Conte s’est
employé sur Facebook à désamorcer la mèche allumée par Claudio
Borghi en réaffirmant que « l’Italie
est un pays fondateur de l’Europe » et
que l’euro « est une monnaie à laquelle nous ne pouvons renoncer ».
Delphine Gény-Stephann : « Il faut en finir
avec la stigmatisation de l’échec »
Le projet de loi Pacte contient des mesures pour favoriser le rebond des entrepreneurs.
PROPOS RECUEILLIS PAR
CÉCILE CROUZEL £@ccrouzel
ET CORINNE CAILLAUD
£@corinnecaillaud
ENTREPRISES Delphine Gény-Stephann, secrétaire d’État auprès du
ministre de l’Économie, détaille les
dispositifs aidant les chefs d’entreprise à rebondir.
LE FIGARO. – La notation
050 attribuée par la Banque
de France aux dirigeants ayant
connu deux liquidations en moins
de cinq ans est supprimée par
un décret publié ce mercredi au
Journal officiel. Ne se prive-t-on
pas de garde-fous, en mettant
fin à ce fichage ?
Delphine GÉNY-STEPHANN. - Il
est nécessaire de prendre des mesures fortes qui vont frapper les esprits. Nous sommes dans une matière qui est certes économique,
mais aussi culturelle. Les travaux de
la présidente de la commission spéciale sur Pacte, Olivia Grégoire,
nous ont montré que la stigmatisation de l’échec était un frein à la dynamique entrepreneuriale. Nous
voulons nous y attaquer. Lancer un
projet, se heurter à des difficultés ou
même échouer ne doit plus être
vécu comme un traumatisme. La
notation 040, qui était attribuée aux
chefs d’entreprise ayant fait l’objet
d’une liquidation judiciaire au cours
des trois ans, a été supprimée en
2013 : on n’a pas observé d’impacts
négatifs ou de fuite en avant. Vu la
façon dont les acteurs économiques
appréhendaient jusqu’à présent ces
fichages Banque de France, il était
impossible pour un entrepreneur de
relancer ensuite une activité. Ça,
c’était extrêmement dur. Or la notation 050 concerne tout de même
près de 11 000 dirigeants - c’était
140 000 pour le 040. L’information
sur le passé d’un entrepreneur est
facile à trouver sur le Web, c’est un
garde-fou. Et le fichage pour faillite
frauduleuse demeure, avec le
maintien de l’indicateur 060 de la
Banque de France.
La liquidation judiciaire simplifiée
sera étendue aux petites
entreprises jusqu’à cinq salariés.
Que cela va-t-il changer ?
Pour ces petites entreprises, le
temps moyen de procédure sera
divisé par deux, c’est-à-dire qu’il
ne dépassera pas quinze mois.
L’objectif est qu’un entrepreneur
qui a connu un échec puisse se retourner et reprendre une activité.
Le fait de rester enliser pendant
deux à trois ans dans une procédure est sclérosant pour l’esprit d’entreprise.
En cas de redressement judiciaire,
le dirigeant pourra conserver
sa rémunération, sauf décision
contraire. Une révolution ?
Delphine Gény-Stephann, secrétaire d’État auprès du ministre
de l’Économie. CHRISTOPHE ENA/AP
Nous inversons le principe : dorénavant, le maintien de la rémunération du dirigeant est de droit, sa
suppression, l’exception qui devra
être motivée. Jusqu’à présent, la
rémunération était quasi systématiquement revue par le juge. C’était
difficilement compréhensible car
dans de nombreux cas le placement
en redressement judiciaire ne remettait pas en cause la capacité de
l’entreprise à payer son dirigeant.
Les chefs d’entreprise ayant connu
une procédure collective pourront
être éligibles à la fonction
de juge consulaire sous réserve
qu’ils n’aient pas été sanctionnés
personnellement. Est-ce
la fin d’une injustice ?
Cette interdiction d’exercer en
tant que juge au tribunal de commerce simplement pour avoir
connu une faillite dans le passé
nous paraissait disproportionnée.
En la levant, nous permettons que
l’expérience d’un entrepreneur
ayant connu des difficultés puisse
être entendue. Cela devrait favoriser un élargissement des points de
vue au sein du tribunal de commerce. ■
CIRO FUSCO/AP
Mais pour les leaders de la majorité,
pas question de modifier les objectifs
définis jeudi dernier. Et le vice-président du Conseil et leader des Cinq
étoiles, Luigi Di Maio, d’accuser la
presse de « terrorisme médiatique »
sur le fameux spread. Son alter ego
de la Ligue, Matteo Salvini, s’en est
pris vivement au président de la
Commission européenne, JeanClaude Juncker, et « autres bureaucrates européens qui font s’envoler le
spread avec leurs déclarations alarmistes ». Poursuivant dans la délicatesse, il a ajouté, toujours à
l’adresse de Jean-Claude Juncker :
« Je ne parle qu’aux gens sobres. »
Une petite phrase de plus, qui barrait la une du site de La Repubblica. ■
EN BREF
L’UE VEUT AMÉLIORER
LA LUTTE CONTRE
LE BLANCHIMENT
£Le scandale de la banque
danoise Danske Bank,
dont la filiale estonienne
est soupçonnée
de blanchiment d’argent,
laisse des traces. Les 28 pays
de l’Union européenne (UE)
ont promis mardi d’améliorer
les règles européennes
pour lutter contre
le blanchiment. La Commission
européenne a proposé
de renforcer la surveillance
des banques.
LA GRANDE RÉCRÉ
REPRISE PAR SON PDG
ET UN FONDS
£ Le distributeur de jouets
Ludendo (La Grande Récré),
en redressement depuis mars,
est repris au tribunal par
son PDG, Michel Grunberg,
épaulé par la Financière
immobilière bordelaise (FIB).
Ce fonds spécialisé dans
l’immobilier commercial,
qui gère notamment
en franchise 22 Galeries
Lafayette de province
et est aussi candidat au rachat
de Toys’R’US en France,
reprend d’abord 36 % du capital,
puis 95 % avant la fin
de l’année.
Le renouvelable met la pression sur les pouvoirs publics
40 %
d’électricité
renouvelable produite
en 2030, un objectif
martelé par le Syndicat
des énergies
renouvelables.
FRÉDÉRIC DE MONCIAULT
fdemonicault@lefigaro.fr
ÉNERGIE Prévue fin octobre, la
publication de la Programmation
pluriannuelle de l’énergie (PPE)
– la feuille de route des pouvoirs
publics sur la période 2018-2028 –
n’en finit pas de mobiliser les acteurs du secteur. Cette fois, c’est le
Syndicat des énergies renouvelables (SER) qui monte au créneau.
Mardi, à Paris, l’organisme, qui
réunit près de 400 entreprises, a
vigoureusement affirmé qu’il fallait poursuivre la dynamique engagée depuis le vote de la loi sur la
transition énergétique en 2015.
« La ligne rouge sera franchie si
l’objectif de 40 % d’électricité renouvelable à l’horizon de 2030
(contre 22 % actuellement) n’est
pas solidement ancré, commente
Jean-Louis Bal, le président du
SER. d’ailleurs, nous estimons pouvoir monter jusqu’à 50 %, mais
pour cela le gouvernement doit
confirmer un éventail de moyens à
la disposition des professionnels. »
Le cas de l’éolien offshore est le
plus symptomatique des inquiétudes de la filière. Certes, des projets
ont déjà été attribués au large des
rives de la Manche et de l’océan
Atlantique mais aucun des opéra-
teurs, EDF et Engie (ex-GDF Suez)
en tête, n’ont encore pris de décision finale d’investissement. Il est
vrai que les tarifs de rachat de
l’électricité produite par ces (futures) installations ont été renégociés à la baisse au printemps,
passant de plus de 200 euros à
150 euros en moyenne. En attendant, le SER réclame un calendrier
d’appels d’offres supplémentaires
jusqu’en 2024. Interrogé sur l’atonie française alors que les éoliennes se multiplient au large des côtes britanniques et scandinaves,
Jean-Louis Bal répond que « la
France est partie plus tard dans le
développement de cette industrie,
les recours contre les projets sont
plus nombreux et la fiscalité, moins
avantageuse ».
L’ombre du nucléaire
Depuis le début de la rédaction de
la PPE, le SER craint ostensiblement que le débat autour du nucléaire retarde une véritable stratégie d’expansion des énergies
vertes. Une situation jugée
d’autant plus dommageable que
les prix du renouvelable n’ont jamais été aussi compétitifs. Lors de
récents appels d’offres, l’éolien
terrestre revient ainsi 65 euros le
mégawattheure (MWh), 52 euros
pour les centrales solaires et
89 euros pour la petite hydroélectricité. Pour toutes ces filières, les
prix ont été quasiment divisés par
deux en quelques années. « La
baisse des coûts des énergies renouvelables les rend incontournables dans notre futur système énergétique », statue Jean-Louis Bal.
Qui rappelle aussi que le secteur
représente aujourd’hui plus de
100 000 emplois avec un impact
multisectoriel. Sont ainsi mis en
exergue la revitalisation des territoires, la diversification des revenus pour l’agriculture, un relais de
croissance pour l’économie maritime ou encore une forte présence
des PME à l’international. ■
A
La filière des énergies vertes craint d’être l’oubliée de la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
22
ÉCONOMIE
Heures supplémentaires : la majorité
accélère la mise en place de l’exonération
Les cotisations salariales sur les heures sup disparaîtront dès le 1er juillet 2019, et non le 1er septembre 2019.
GUILLAUME GUICHARD
£@GUILLAUME_GUI
ET MARIE-CÉCILE RENAULT
£@Firenault
SOCIAL Selon nos informations,
la désocialisation des heures supplémentaires promise par le gouvernement au 1er septembre 2019
devrait intervenir plus tôt que
prévu. La suppression des cotisations sociales salariales devrait
« prendre effet dès le 1er juillet
2019 », a indiqué une source proche du dossier au Figaro. De quoi
donner un coup de pouce au pouvoir d’achat des salariés avec deux
mois d’avance.
Cette accélération de la mise en
œuvre devrait faire l’objet d’un
amendement des députés de la
majorité, lors du débat à l’Assemblée nationale sur le projet de loi
de financement de la Sécurité sociale. Un amendement que « le
gouvernement soutiendra », affirme une source ministérielle.
« C’est une victoire des députés, il
faut s’en féliciter », insiste-t-on au
sein du groupe LaREM à l’Assemblée. L’idée a été abordée à plusieurs reprises ces dernières semaines par les députés LaREM de
la commission des affaires sociales, dont le responsable du groupe
Laurent Pietraszewski. Le sujet a
même été présenté à Emmanuel
Macron, lors d’une réunion avec
rémunération brute perçue au titre
de chaque heure supplémentaire »,
affirme le gouvernement. Ou encore à 200 euros par an et par salarié. Au total, la mesure augmentera de 2 milliards d’euros en
année pleine le pouvoir d’achat de
ceux qui travaillent. Et coûtera
autant aux comptes publics.
DÉSOCIALISATION
DES HEURES
SUPPLÉMENTAIRES
PROJET DE BUDGET
DE LA SÉCU POUR 2019
9
millions de personnes
potentiellement
concernées
Dispositif moins favorable
que sous Nicolas Sarkozy
2
milliards d’euros :
coût de la mesure
en année pleine
pour les finances
publiques
200
euros par an et par
salarié de gain moyen
de pouvoir d’achat
Pour un salarié du secteur privé, l’exonération de cotisations salariales devrait permettre, en général, un gain
de 200 euros par an et par salarié. ANDREY POPOV/STOCK.ADOBE.COM
quelques parlementaires à l’Élysée, le 21 septembre, en amont de
la présentation des budgets de
l’État et de la Sécurité sociale.
Cette avance de phase de deux
mois pourrait coûter plusieurs
centaines de millions d’euros aux
comptes publics. Le chiffrage
exact est en cours. « Cette mesure
coûte 600 millions d’euros par trimestre, mais le troisième trimestre
est marqué par les congés d’été. Il y
a donc moins d’heures supplémentaires, même en tenant compte de
l’activité des saisonniers », indique
une source proche du dossier.
En avançant la mise en place
d’une mesure très populaire, la
majorité envoie le message qu’elle
se soucie particulièrement du
pouvoir d’achat des Français. Un
geste politique en cette rentrée
compliquée. De fait, la « désocialisation » des heures sup aura un
fort impact : elle concernera l’ensemble des salariés du secteur privé ainsi que les agents des trois
versants de la fonction publique,
qu’ils soient titulaires ou non. Soit
près de 9 millions de personnes,
selon les dernières estimations.
Pour un salarié du secteur privé, cette exonération de cotisations salariales permettra dans le
cas général « un gain de pouvoir
d’achat équivalent à 11,3 % de la
Elle reste toutefois inférieure au
dispositif qui avait été mis en place
sous Nicolas Sarkozy, avec la loi
Tepa de 2007, dispositif qui avait
été supprimé par François Hollande en 2012. Sous la droite, les heures sup bénéficiaient également
d’une réduction de cotisations sociales patronales (qui sont restées
après 2012 pour les entreprises de
moins de 20 salariés). Surtout, elles étaient exonérées d’impôt sur
le revenu. Si bien que la mesure
heures sup version Sarkozy coûtait 5 milliards d’euros par an aux
finances publiques et rapportait
autant aux travailleurs.
Le gouvernement actuel affirme
avoir choisi de ne pas réduire les
cotisations patronales, afin de
protéger l’emploi. La crainte est
toujours la même : que les chefs
d’entreprise recourent aux heures
sup plutôt que d’embaucher. Une
crainte que certains économistes
valident et que d’autres réfutent…
Impôts, éducation : Bercy chiffre les effets des réformes Macron
Le dédoublement des classes de CP et de CE1 générera 120 000 emplois « à long terme ».
FISCALITÉ Le Français est davantage impatient que réfractaire,
semble découvrir l’exécutif. « Nous
avons […] ouvert beaucoup de chantiers, et parfois le quotidien de nos
concitoyens n’a pas encore changé, a
reconnu le chef de l’État dans Le
Journal du dimanche, ce week-end.
Les effets de beaucoup de réformes
prennent du temps. » Le citoyen
voit que, depuis un an et demi, les
réformes lancées par Emmanuel
Macron s’accumulent ; mais il
constate surtout que le chômage
reste très élevé et que le pouvoir
d’achat ne rebondit pas. Dans un
document annexé au projet de loi
de finances - le Rapport économique, social et financier -, Bercy
s’attache donc à démontrer que ses
réformes auront bel et bien un impact positif.
Mesure à l’effet le plus immédiat,
la transformation du crédit d’impôt
compétitivité emploi (CICE) en
baisse pérenne de charges permettra de créer 0,2 point de PIB supplémentaire et entraînera la création
de 100 000 emplois de plus à court
terme, d’ici à 2021. Cette bascule,
qui aura lieu l’an prochain, générera d’abord un gain de trésorerie
temporaire de 20 milliards d’euros
pour les entreprises. Elles toucheront en effet en 2019 leur dernière
année de CICE tout en bénéficiant
dès janvier prochain de la baisse des
charges. Dans un second temps,
s’ajoutent « les gains de long terme
liés à la simplification du dispositif »,
évoque le Trésor sans apporter de
chiffrage, dans ce document révélé
par Le Figaro. À noter que le comité
de suivi du CICE a indiqué mardi
que le dispositif imaginé par François Hollande a permis de créer environ 120 000 emplois durant les
deux années suivant sa mise en
œuvre, en 2014 et 2015.
A
Suppression de l’ISF
À un horizon un peu plus lointain,
les baisses d’impôts d’Emmanuel
Macron, comme la suppression de
l’ISF et la « flat tax » sur les revenus financiers, auront des impacts
économiques concrets. Elles pourraient générer 1,6 point de PIB,
avec la création de « 260 000 em-
plois à l’horizon 2025 ». Et même
« 3,3 points de PIB à long terme,
pour 440 000 emplois créés », via
« une meilleure allocation de l’épargne vers le financement des entreprises et l’encouragement à la prise
de risque ».
Très ambitieux, Bercy a porté son
regard encore plus loin, au-delà de
la décennie à venir. La Direction du
Trésor a chiffré les effets économiques du dédoublement des classes
de CP et de CE1 dans les zones
d’éducation prioritaires. Cette mesure « pourrait rehausser l’activité
de 2,1 points de PIB à long terme,
pour 120 000 emplois créés ». Et ce,
via « une hausse de la productivité et
La trajectoire budgétaire du gouvernement
Déficit public, en % du PIB
2,7
2,6
Déficit public hors mesures exceptionnelles*
2,8
2,4
1,9
1,4
0,7
2017
2018
2019
2020
* Hors double coût du CICE et remboursements liés au contentieux 3% dividendes
Sources : ministière des Finances
2021
Infographie
0,3
2022
de l’employabilité » des élèves
concernés… quand ils arriveront
sur le marché du travail.
Le Trésor n’a pas chiffré
les impacts
Bercy l’admet volontiers, « ces effets mettront du temps à se matérialiser, le temps que les nouvelles générations bénéficiant de la réforme
sortent de formation initiale et intègrent la population active ». C’està-dire dans 10 ans s’ils s’arrêtent au
bac, ou dans 15 ans s’ils poursuivent
leurs études jusqu’au master.
Étrangement, le Trésor ne s’est
risqué à chiffrer ni les impacts attendus de la baisse des cotisations
des salariés mise en place cette année - financée par la hausse de la
CSG -, ni l’exonération de cotisation des heures supplémentaires
(lire ci-dessus). Les effets des ordonnances Pénicaud réformant le
marché du travail n’ont pas non
plus été estimés, pas plus que la
montée en puissance de la fiscalité
écologique. ■
G. G.
+1,7 %
Évolution du pouvoir
d’achat en 2019,
selon l’estimation
du gouvernement
contenue dans
le Rapport
économique, social
et financier
Moins d’ambition
sur le déficit
et la dette
Le gouvernement a revu, depuis
juillet, ses ambitions à la baisse
en termes de redressement des
finances publiques. Il vise désormais
un déficit de 0,3 % du PIB en 2022
quand il espérait encore il y a trois
mois atteindre l’équilibre à cette
date. La trajectoire de la dette suit
une évolution parallèle. L’objectif
de fin de quinquennat est passé de
89,7 % à 92,7 % du PIB. Deux raisons
expliquent cette évolution. D’abord,
le ralentissement économique.
L’exécutif table désormais sur une
croissance économique annuelle
à 1,7 % jusqu’en 2022, quand un
rebond de 2 % en 2018 et 1,9 % en
2019 était encore espéré au début
de l’été. Ensuite, le gouvernement
a dû matérialiser dans les comptes
publics les pertes de la SNCF. A. G.
Les économies sur les dépenses de santé enfin détaillées
2,5 %,
« leÀtaux
de
progression
de l’objectif
national
des dépenses
d’Assurancemaladie est
le plus élevé
depuis
six ans
»
AGNÈS BUZYN,
MINISTRE DE LA SANTÉ
« Nous ne sommes pas des fétichistes du chiffre », avait déclaré Bercy
le 25 septembre dernier, lors de la
présentation du projet de loi de financement de la Sécurité sociale,
alors que, dérogeant à la règle, les
ministères de la Santé et des Finances n’avaient fourni aucun détail chiffré sur les économies attendues.
Une omission que vient combler
le Rapport économique, social et
financier (RESF) annexé au projet
de loi de finances. Ce document
détaille les 3,8 milliards d’euros
d’économies prévues en 2019
(contre 4,1 milliards en 2018) sur
les dépenses d’assurance-maladie. Comme toujours, elles sont
calculées par rapport à la dérive
tendancielle des dépenses. Cet effort permettra donc de contenir
les dépenses de santé à 200,3 milliards, en hausse de 2,5 %, alors
que sans aucune action elles progresseraient naturellement de
4,5 % sous l’effet du vieillissement
de la population et du progrès
technique.
Cinq grands axes sont utilisés.
Les produits de santé (1,36 milliard
d’économies) restent le premier
levier d’action. Ce chiffre englobe
960 millions d’euros d’économies
sur les tarifs des médicaments et
200 millions sur les dispositifs médicaux. En contrepartie, cela doit
permettre de financer l’innovation pharmaceutique et de tenir
compte de l’arrivée sur le marché
de médicaments anticancéreux de
nouvelle génération.
Le deuxième axe porte sur la
structuration de l’offre de soins,
qui doit permettre d’économiser
910 millions d’euros. L’exécutif
compte gagner 700 millions
d’euros grâce à l’amélioration de
la performance interne des établissements de santé et médicosociaux mais également 210 millions via le recours accru à
l’ambulatoire et à la réduction des
hospitalisations évitables.
Lutte contre la fraude
L’accent est aussi mis sur la pertinence et la qualité des actes
(895 millions d’euros à la clé), qui
est au cœur du plan santé présenté
le 18 septembre dernier par le
président de la République. Dans
ce cadre, un effort est demandé
aux laboratoires d’analyses médicales (pour 120 millions d’euros)
et aux radiologues (85 millions).
La prescription de génériques et
biosimilaires continuera à être
encouragée et permettra un gain
de 500 millions d’euros. Nouveauté en 2019, la mention manuscrite « non substituable » dis-
paraît des ordonnances. Le
médecin sera obligé de justifier
pour raison médicale la prescription d’un médicament de marque.
Et à compter de 2020, si les patients exigent le médicament de
marque sans justification, ils ne
seront remboursés que sur le prix
du générique le plus cher.
Le gouvernement va aussi tailler
dans les dépenses de transports
(135 millions) et les prescriptions
d’arrêts de travail (200 millions).
L’exécutif, qui a envisagé cet été
de mettre les entreprises à contribution avant de se raviser, reste
bien décidé à enrayer l’explosion
des arrêts maladie, qui pèsent un
peu plus de 10 milliards d’euros
chaque année, en hausse de 4 %
par an. Enfin, dernier axe, la lutte
contre la fraude devrait permettre
de récupérer, comme l’an passé,
90 millions d’euros. ■
M.-C. R.
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mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
Le « deal » proposé
par Emmanuel
Macron aux géants
de l’automobile
Emmanuel Macron,
alors ministre
de l’Économie,
au salon
de l’Automobile,
en 2016.
Lors d’un dîner, le président a envisagé, sous conditions,
de desserrer l’étau des baisses d’émissions de CO2.
JACQUES-OLIVIER MARTIN £@jocjom
AUTOMOBILE Cela aurait pu être
une soirée de gala pour l’industrie
automobile, ce fut un dîner de travail. Lundi soir, Emmanuel Macron
a convié à l’Élysée les patrons français et internationaux de l’automobile, tous présents à Paris pour le
Mondial de l’auto. De part et d’autre
du chef de l’État, les deux Carlos. À
sa droite, Ghosn, patron de Renault
Nissan. À sa gauche, Tavares, patron
de PSA Opel. En face, Dieter
Zetsche, président de Daimler, et Didier Leroy, le numéro deux de
Toyota. Les patrons de Valeo, de
Faurecia ou encore de Michelin sont
à la table présidentielle, ainsi que
Jean Todt, Luc Chatel, président de
la plateforme de l’automobile, et
même des constructeurs asiatiques.
Ajoutons trois ministres, ce sont une
quarantaine de personnalités de
l’automobile qui se sont rendues à
l’invitation du président de la République.
Au menu des explications, des
échanges à bâtons rompus et des
propositions. Les explications
d’abord. Elles ont consisté pour
Emmanuel Macron, très à l’aise avec
les industriels, à expliquer, en anglais, que les réformes fiscales et sociales adoptées au cours des derniers mois visent à pousser les
entreprises à investir, à innover et à
recruter, le tout dans un cadre
« stable et visible ». Et d’assurer sans
ciller que la France est en train de
changer. « Avant, il était interdit
d’échouer, mais aussi de trop réussir.
Aujourd’hui en France, on peut prendre des risques, échouer, rebondir… »
Face aux dirigeants de multinationales, le chef de l’État a livré aussi
très librement son analyse des sujets
économiques du moment. L’accord
signé par le Canada avec Donald
Trump ? « Un crazy deal ! » La politique commerciale de Trump ? Pas
tenable dans la durée. L’avenir de
250 000
véhicules
devraient être
échangés
en 2018 grâce à la
prime à la conversion
qui permet d’avoir
une voiture moins
polluante
l’Europe et des États-Unis ? Ni
ultralibéralisme, ni nationalisme,
mais une troisième voie, la croissance inclusive. L’occasion pour le
chef de l’État de bousculer les industriels. « Nous avons exigé beaucoup des ouvriers, des employés et
des classes moyennes. Aujourd’hui
beaucoup sont démunis et manquent
de perspectives. Il faut que cela change. C’est bien entendu mon problème,
mais c’est aussi le vôtre. »
Cofinancer la prime
à la conversion
Avec la même franchise, les patrons
de l’auto lui ont fait part des difficultés qu’ils rencontrent. Le coût élevé
des charges sociales, le manque
d’attractivité de la France, l’instabilité européenne. Autre préoccupation, la répartition de la valeur entre
neufs qui seront commercialisés
d’ici à 2030. Une véritable angoisse
pour les constructeurs, qui jugent
qu’une réduction si rapide et de cette ampleur devrait renchérir le prix
des voitures et donc faire tomber les
ventes dès le début de la prochaine
décennie. Ils redoutent aussi une
perte de souveraineté, car les batteries sont presque toutes produites
en Chine, sans parler d’un risque industriel. Les usines européennes
sont configurées pour produire des
voitures à moteur Diesel et essence.
Une chute trop brutale de ces motorisations pourrait avoir des conséquences sociales non négligeables.
Emmanuel Macron leur a donc
proposé de renégocier les futures
normes d’émission de CO2 d’ici à
2030, si les constructeurs réussissent de façon très concrète dans les
deux ans qui viennent à les réduire.
La piste privilégiée, pour ne pas dire
la seule piste, pour y parvenir
consiste à accélérer le retrait des
vieux véhicules en circulation, par
nature les plus polluants. En
d’autres termes, le chef de l’État appelle de façon à peine voilée les
constructeurs à participer au financement de la prime à la conversion
qui rencontre un vrai succès
(250 000 véhicules en 2018).
L’idée est donc de faire plus pour
réduire les émissions globales de
CO2 tout en favorisant aussi le pouvoir d’achat. En changeant de voiture, l’automobiliste citoyen réduit
sa consommation de carburant… La
balle est dans le camp des industriels, qui devraient, dans les prochaines semaines, dire si oui ou non
ils s’engagent dans cette voie. ■
VinFast, un constructeur vietnamien à l’assaut de l’Occident
CHARLES GAUTIER £@CHGAUTIIER
«
Nous
cherchons
à commercialiser
nos produits
en Asie
du Sud-Est
et au-delà
JAMES B. DELUCA,
PDG DE VINFAST
»
Imaginer à Haifong, dans le nord du
Vietnam, une usine automobile
dont les modèles, un SUV de sept
places et une petite berline, seraient capables de conquérir un
jour les marchés occidentaux…
L’ambitieux pari de l’homme le
plus riche du pays, Pham Nhât
Vuong, fondateur de VinGroup JSC
(40 000 employés, 3,43 milliards
d’euros de chiffre d’affaires en
2017), prend forme. Ces deux modèles sont parmi les vedettes du
Mondial de l’auto, qui ouvre ses
portes ce mercredi à Paris.
Pour relever ce défi, le premier
milliardaire vietnamien a employé
les grands moyens : 3 milliards
d’euros d’investissements depuis
2014, dont 1,12 milliard consacré à
cette usine située sur un terrain de
LES DÉCIDEURS
â DENIS MERCIER
Fives
Général d’armée aérienne et ancien chef
d’état-major de l’armée de l’air, il œuvre
désormais pour le groupe d’ingénierie industrielle français. Nommé directeur général
adjoint, un poste créé sur mesure pour lui, il
occupait jusqu’en juin dernier le poste de commandant suprême allié de la transformation
auprès de l’Otan.
â YVES DE SEVIN
Cabinet Fidal
Conformément au principe d’alternance, Yves
de Sevin et Régis Lassabe s’échangent leurs
postes. Le premier prend la présidence du
directoire et le second la direction générale. À la
tête de Fidal depuis 2012, les deux sexagénaires
arrivent à la moitié de leur deuxième mandat,
entamé en 2016.
â THOMAS SAUNIER
Malakoff Médéric
-Humanis
A
les industriels et notamment les
sociétés technologiques qui vont
prendre une place croissante dans
l’automobile. Au cours de ce dîner,
le chef de l’État a pris deux initiatives. En premier lieu, le lancement
de discussions pour aboutir d’ici à
fin février à des propositions qu’il
compte défendre avec l’Allemagne
pour améliorer la compétitivité de
l’automobile européenne, relever le
défi de la voiture autonome et des
nouvelles mobilités. Ensuite et surtout Emmanuel Macron leur a proposé « un deal » sur les émissions de
CO2 qui n’a pas manqué de surprendre les industriels, peu habitués,
tant sur la forme que sur le fond, à ce
genre de pratique.
L’enjeu est important. La France
s’est engagée à réduire de 40 % les
émissions de CO2 des véhicules
Dans le cadre du rapprochement
entre Humanis et Malakoff Médéric,
effectif en 2019, le patron de Malakoff Médéric,
prend aussi la direction générale d’Humanis.
335 hectares à 80 km de Hanoï. Elle
sera capable de produire à terme
250 000 véhicules par an, et ce, aux
standards internationaux.
Pham Nhât Vuong a confié les
clés de sa filiale automobile à James
B. DeLuca, figure emblématique du
secteur, ex-directeur de la production de General Motors. Le groupe a
organisé un appel à projets pour le
design des deux premiers modèles.
Celui de Pininfarina (Ferrari) a
enthousiasmé les 60 000 clients
potentiels chargés de départager les
candidats.
Sur le plan technique, VinFast
bénéficie de sous-traitant de premier plan. Auprès de Bosch ou Siemens, on retrouve Magna Steyr,
situé à Graz (Autriche), spécialisé
dans les transmissions et les groupes propulseurs. Magna Steyr a développé des voitures telles que
l’Audi TT et la BMW Série 5 hybride.
Les premiers modèles thermiques frappés du V de VinFast apparaîtront dès août dans les rues vietnamiennes, avant que n’apparaisse
la première voiture électrique, en
2020. La capacité de production
sera accrue, pour atteindre
500 000 unités par an en 2025.
« Nous cherchons à commercialiser
nos produits en Asie du Sud-Est et
au-delà », explique James B. DeLuca, qui estime que les premiers
modèles arriveront en Europe en
2020 grâce à une tête de pont en
Allemagne.
Marché local trop étroit
Actuellement, la production vietnamienne est symbolique. Mekong
Auto Corporation (créé en 1991),
survivance d’un partenariat avec
Fiat, produit un tout-terrain. L’usine de voitures Thaco-Mazda
(100 000 voitures et 20 000 bus) a
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Vivarte confie la relance du chausseur
San Marina à Laurent Portella
La valse des dirigeants se
poursuit au sein de Vivarte
(Caroll, Minelli, La Halle…),
cela alors même que le
groupe restructuré et réorganisé par le polytechnicien Patrick Puy,
urgentiste-redresseur d’entreprises (Moulinex, Arc, TDF…) appelé à son chevet en 2016,
semblait en ordre de marche. Si, depuis dixhuit mois, le nouveau management avait choisi
de confier le déploiement de l’enseigne San
Marina à la dirigeante maison Axelle Mathéry,
fondatrice de Cosmoparis, la marque de chaussures la plus mode, innovante et audacieuse du
groupe, la greffe ne semble pas avoir pris.
Un ancien de Celio et Bréal
La quadragénaire, ancienne du Printemps et
du Cèdre Rouge, s’en va et, pour la remplacer,
Vivarte a fait le choix d’un casting externe en
recrutant Laurent Portella, un pro de la distribution. Si sa prédécesseure avait un profil
créatif et marketing, ce diplômé de l’École
supérieure des affaires formé aussi en Angleterre peut se prévaloir d’une fibre plus managériale. Le presque quinqua (le 19 octobre) est
aussi un familier des situations complexes dans
des marchés en redressement, comme il l’a
prouvé à la tête de la marque Grain de Malice,
de la famille Mulliez, et dernièrement, depuis
2017, comme directeur général de l’enseigne
Bréal au sein du groupe Beaumanoir.
Voilà un quart de siècle, en fait, que ce manager charismatique, fan d’aviation, de cuisine
et de bons vins, œuvre dans le secteur. Après
des débuts chez l’américain Sara Lee, il fait ses
preuves à des fonctions marketing et commerciales chez Pantashop, puis Orchestra,
avant d’accélérer chez Celio à partir de 2005. Il
en deviendra directeur général international
jusqu’en 2013. Avec l’enseigne San Marina, ce
père de trois enfants, fils d’huissier de justice,
marié une décoratrice, retrouve une casquette
de PDG, prenant en main un ensemble de
111 millions d’euros de chiffre d’affaires et de
270 magasins, dont 25 à l’étranger.
Cela dans un marché de la chaussure en baisse
ces derniers mois de 3,5 % en moyenne, le
marché de centre-ville, où sont situés les
magasins San Marina, étant davantage touchés que la périphérie. Un contexte difficile
donc, où le nouveau patron va devoir s’imprégner des arcanes d’un secteur de la chaussure
qui lui est moins familier. Mais où le groupe
Vivarte lui fixe une feuille de route bien
définie : « relever les enjeux de développement
que sont notamment le repositionnement de la
marque, la rénovation du parc de boutiques et de
concept store ou encore le développement
international ».
C. B.
été inaugurée en début d’année
pour le marché vietnamien. Celuici, encore faible (255 000 unités),
s’est ralenti l’an dernier. En cause,
la suppression des droits de douane
cette année, qui a provoqué des
reports d’achats.
Dans ce pays où fleurissent les
modèles destinés aux primo-accédants, Toyota détient un tiers des
ventes et devance Kia (20,6 %) et
Mazda (19,2 %). Les analystes automobiles estiment que les immatriculations devraient atteindre
530 000 voitures en 2025 et
1,8 million d’unités (au mieux) en
2035. L’émergence d’une classe
moyenne est la clé du succès de
VinFast dans son pays d’origine, où
le taux d’équipement n’est que
d’une voiture pour 145 personnes.
Mais son avenir se jouera en fait
bien loin des frontières du pays des
« Viets du Sud ». ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â YANN GÉRARDIN
BNP Paribas
Relève à la tête de la banque de financement et d’investissement (BFI). Ce
fidèle du groupe bancaire est promu
directeur général adjoint chargé de la BFI, en
remplacement d’Alain Papiasse, qui en prend la
présidence. Yann Gérardin était responsable
depuis quatre ans de ce pôle, où il a démontré
« ses capacités managériales et de leadership »,
selon les mots du directeur général de BNP Paribas, Jean-Laurent Bonnafé. « Cette promotion
vient aussi récompenser son engagement et sa
contribution considérable au succès de BNP Paribas depuis trente-deux ans », a-t-il également
déclaré. Yann Gérardin est entré chez BNP en
1987, où il avait créé l’activité dérivés actions de
la banque française.
â MAUD VIMEUX
La Banque postale
À 48 ans, arrivant de chez Danone, elle rejoint le
comité exécutif de la Banque postale comme
directrice des ressources humaines, des services financiers et du réseau La Poste. Cette diplômée de Dauphine avait été nommée DRH de
Danone France en 2016, en charge du management des talents, des rémunérations, du développement des compétences, de l’administration et de la paie. La Banque Postale employait
en 2017 plus de 2 800 personnes.
BENOIT TESSIER
24 ENTREPRISES
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 3 octobre 2018
ENTREPRISES ET TECH 25
Le Sénat dénonce
la pénurie de vaccins
et de médicaments
Un rapport préconise des aides
pour relocaliser la production.
che pour les labos investissant
dans leur outil de production
dans l’Hexagone.
Si les sénateurs promettent
SANTÉ Jamais une telle pénurie d’être ni « pro » ni « anti »-laboratoires, ils entendent bien les
de médicaments n’avait été obramener dans le droit chemin.
servée en France. L’an passé,
« Nous voulons que l’éthique de la
530 signalements ont été enresanté reprenne le dessus sur les
gistrés par l’Agence nationale de
contraintes de rentabilité », insiste
sécurité du médicament, 30 % de
Yves Daudigny. La mission préplus qu’en 2016 et dix fois plus
conise de rendre public pour
qu’il y a dix ans. Si le phénomène
chaque entreprise l’historique
n’est pas nouveau, son amplifides ruptures de ses médicaments.
cation est « inquiétante », selon
De même que les plans de gestion
une mission d’information du
des pénuries mis en œuvre par les
Sénat présidée par Yves Daudiindustriels et les sanctions adresgny (socialiste et républicain)
sées en cas de manquements. Elle
dans un rapport rendu mardi. Le
reconnaît néanmoins que la baisBrexit pourrait rendre la situase de rentabilité de certains métion plus délicate, 108 médicadicaments anciens pouvant
ments utilisés en France étant
aboutir à leur retrait du marché,
importés du Royaume-Uni.
il pourrait être judicieux d’en
Les ruptures concernent suraugmenter les prix.
tout des antibiotiques, des vacConcernant le rôle des pharcins et des anticancéreux. Elles
maciens, les sénateurs estiment
sont d’une durée moyenne de
qu’ils devraient avoir le droit de
quatorze semaines, jusqu’à six
proposer aux patients une substimois pour les vaccins. Parmi les
tution en cas de rupture sans deruptures les plus médiatiques, on
mander l’avis du métrouve
celle
decin, pas toujours
d’amoxicilline en
joignable.
2014 et 2018, du
Plus polémique, le
vaccin contre l’hérapport préconise la
patite B en 2017 et
création d’un proplus
récemment
gramme public de
d’un médicament
contre la maladie de en rupture l’an dernier, production et de distribution de certains
Parkinson, Sine30% de plus
met, dont la pénurie qu’en 2016 et dix fois médicaments essenpourrait se prolonplus qu’il y a dix ans tiels. Une idée défendue de longue date par
ger jusqu’à mides élus communistes
2019. L’interruption
et de La France insoumise. Pour
des traitements peut engendrer
cela, ils renforceraient les
des risques sanitaires graves,
moyens de deux structures exisvoire la mort de patients. Mais
tantes, l’agence générale des
aussi des dépenses supplémenéquipements et produits de santé
taires pour les hôpitaux et l’Assuet la pharmacie centrale des arrance-maladie, les médicaments
mées. Elles pourraient constituer
de remplacement étant facturés
des réserves stratégiques, reau prix fort.
prendre la production d’un méPour expliquer ce phénomène,
dicament indispensable ou attriles sénateurs pointent du doigt la
buer des mandats de production
délocalisation de la production
à des labos français ou européens
de médicaments. 70 % des prinpour certains produits de niche.
cipes actifs (les molécules à la
Un modèle qui s’inspire notambase des traitements) sont fabriment de la Suisse.
qués aux États-Unis et en Asie,
Les sénateurs entendent bien
essentiellement en Inde et en
profiter du calendrier politique
Chine. « L’enjeu est de réinduspour défendre leurs propositions.
trialiser, martèle le rapporteur,
« Au moment où la ministre doit
Jean-Pierre Decool. L’industrie
porter le plan santé, nous demanpharmaceutique est un énorme vidons que cette dimension de dispovier en matière d’innovation et de
nibilité y soit intégrée », insiste
santé publique. Il faut recréer les
Yves Daudigny. En outre, ce rapconditions d’une indépendance de
port pourrait donner lieu à la réla France dans la production de
daction d’amendements dans le
médicaments. » Pour y parvenir,
cadre de l’examen du projet de
les sénateurs proposent d’expéloi de financement de la Sécurité
rimenter des exonérations fiscasociale. ■
les ainsi que des aides à l’embau-
médicaments
Kazuhiro Yoshizawa, à la tête de NTT Docomo, géant nippon des télécoms, lors du lancement des premiers tests de la 5G, en mai 2017 à Tokyo.
La 5G pour les JO de 2020,
véritable défi pour le Japon
Le pays veut avoir déployé d’ici là cette nouvelle génération de réseaux.
ELSA BEMBARON £@ElsaBembaron
ENVOYÉE SPÉCIALE À TOKYO
5G est
« unLa outil
de
diversification
pour
les opérateurs
télécoms. Ils
vont pouvoir
générer
davantage
de revenus
»
TOMOHIRO USHIYAMA,
DIRECTEUR DES
AFFAIRES ÉCONOMIQUES
INTERNATIONALES
AU MINISTÈRE DES
TÉLÉCOMMUNICATIONS
TÉLÉPHONIE « Depuis 2013 et l’attribution des Jeux olympiques à Tokyo en 2020, cette date est devenue
celle de l’échéance de nombreux projets. Cela concerne aussi bien la réalisation d’infrastructures de transport,
avec l’objectif de recevoir 40 millions
de touristes par an, que le déploiement de la 5G », résume Pierre
Mustière, le directeur de Bouygues
Asia. Le pays tout entier semble se
consacrer au bon déroulement de
l’événement, dans le plus pur respect de la tradition « omotenashi »
(le sens de l’hospitalité à la japonaise), chère au pays. En février 2018,
lors des JO d’hiver, la Corée a déjà
expérimenté cette nouvelle technologie de 5G.
Aujourd’hui, les objectifs du gouvernement japonais sont clairs.
« Nous voulons avoir déployé une infrastructure 5G pour les JO 2020 »,
résume Tomohiro Ushiyama, directeur des affaires économiques
internationales au ministère des Télécoms. Des expérimentations ont
été lancées sur le terrain au Japon
dès 2017. « La 5G est aussi un outil de
diversification pour les opérateurs
télécoms. Ils vont pouvoir générer
davantage de revenus », ajoute Tomohiro Ushiyama. Prudent, il estime que si « 5 % des tests en cours
débouchent sur un modèle économique rentable, ce sera un succès ».
Le fabricant d’électronique grand
public Panasonic et le premier opé-
LA SÉANCE DU MARDI 2 OCTOBRE
LE CAC
JOUR
%VAR.
ACCOR .............................................. 43,89
♣
AIR LIQUIDE ..................................
114,2
AIRBUS ..............................................105,68
ARCELORMITTAL SA ..................................
26,66
ATOS .............................................. 104,75
AXA .............................................. 23,12
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
51,98
BOUYGUES ..............................................
36,78
CAPGEMINI ..............................................
111,5
CARREFOUR ..............................................
16,475
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,214
DANONE ..............................................67,63
DASSAULT SYSTEMES ..................................
129,4
ENGIE .............................................. 12,77
ESSILOR INTL. ..................................128,75
ESSILORLUXOTTICA ..................................
128
HERMES INTL ..................................564,2
KERING ..............................................459,9
L'OREAL ..............................................207,5
LEGRAND ..............................................62,32
+HAUTJOUR
-0,93 44,1
+0,48 114,25
-1,6
106,4
+0,21
26,865
+0,24 104,9
+0,26 23,135
-0,02 52,34
-1,08 37
-0,4
112,3
-0,51
16,57
+0,63
12,288
-0,7
67,83
-0,04 129,45
+1,07
12,855
NC
NC
-0,58 129,5
-1,19 570,2
-1,81 465,4
-0,38 207,6
-1,08 62,8
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,67
112,9
105,4
26,29
103,4
22,79
50,96
36,59
110,65
16,295
11,962
66,98
127,9
12,525
NC
127,45
560,6
458,7
205,1
62,32
0,331 +2,07
0,316 +8,71
0,182 +27,33
0,169 -1,68
0,257 -13,68
0,249 -6,53
0,352 -16,5
0,204 -15,08
0,218 +12,75
0,356 -8,68
0,335 -11,49
0,258 -3,32
0,106 +46,07
0,306 -10,92
NC +12,01
0,248
0,052 +26,43
0,183 +25,9
0,069 +12,19
0,174 -2,91
JOUR
%VAR.
LVMH ..............................................300,35 -2,13
♣
MICHELIN ..............................................
102,2
-1,3
ORANGE ..............................................13,61 -0,07
PERNOD RICARD ..................................
140,25 -0,74
PEUGEOT ..............................................
22,26 -2,41
♣ 52,26 -0,15
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
74,19 -0,17
SAFRAN ..............................................
118,5
-1,58
SAINT GOBAIN ..................................
36,265 -0,58
SANOFI ..............................................76,93 -0,79
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
67,7
-1,86
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
36,54 -0,15
SODEXO ..............................................90,8
-0,9
STMICROELECTRONICS .............................
16,31
+1,81
TECHNIPFMC ..................................26,89 +0,15
TOTAL .............................................. 56,2
-0,3
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
169,64 -1,82
-2,83
VALEO .............................................. 35,71
VEOLIA ENVIRON. ..................................
17,445 +1,16
VINCI♣.............................................. 81,24 -0,93
+HAUTJOUR +BAS JOUR
306,35
103,6
13,68
141,05
22,73
52,58
74,71
119
36,495
77,22
68,54
36,85
91,76
16,465
27,2
56,68
172,26
36,71
17,475
81,74
300,15
101,95
13,505
139,35
22,18
51,78
73,34
117
35,975
76,42
67,48
35,93
90,7
15,42
26,63
55,97
169,46
35,5
17,175
81,06
%CAP.ECH
0,143
0,348
0,219
0,184
0,546
0,27
0,349
0,321
0,293
0,145
0,277
0,361
0,196
0,399
0
0,21
0,329
2,556
0,438
0,148
UBISOFT S’ENVOLE APRÈS UN ACCORD AVEC GOOGLE
L’action du groupe Ubisoft a commencé
la semaine sur une hausse de 3,5 %, à
100 euros. Cette envolée du cours de
Bourse de l’éditeur français des jeux vidéo s’explique par l’annonce de la signature d’un partenariat avec Alphabet, la
maison mère de Google, pour le développement du Projet Stream (Stream Project) consistant à mettre en place une
plateforme de jeux vidéo en ligne. Ce
nouveau mode de diffusion des jeux en
streaming sera testé à l’occasion de la
sortie par l’éditeur français du dernier
opus de sa célèbre saga Assassin’s
Creed. L’objectif est de généraliser la distribution des jeux vidéo sur le même modèle de ce qui se pratique depuis plusieurs
années sur les films et la musique. Les
31/12
+22,39
-14,51
-5,98
+6,29
+31,29
-7,75
-11,58
+37,94
-21,13
+7,07
-4,46
-15,12
-18,96
-10,41
+4,02
+22,05
-42,65
-18
-4,59
LES DEVISES
rateur télécoms du pays, NTT Docomo, sponsors officiels de l’événement, sont aussi en première ligne
pour le développement de la 5G. Ils
bénéficient du soutien financier dont le montant n’a pas été précisé
- du ministère des Télécoms. Les
équipementiers NEC, Mitsubishi
Electronics ou encore Fujitsu, complètent la liste des industriels locaux. Les européens Ericsson et Nokia sont aussi très présents dans le
pays, devançant le chinois Huawei,
souvent écarté pour des raisons
aussi bien politiques que technologiques.
Un quatrième opérateur
Une des premières applications
concerne la transmission des compétitions sportives et, plus particulièrement, les services supplémentaires que la 5G permettra
d’apporter. Quatre sports sont spécifiquement ciblés : le football, la
boxe, le rugby à 7 et le judo. Les
spectateurs auront accès en direct
sur leur smartphone à des informations sur les athlètes, ou des explications sur la discipline, qui viendront s’afficher sur les images de la
compétition en cours retransmises
sur leur smartphone. Ces services
devraient être accessibles aux spectateurs, titulaires de billets. « Nous
ne savons pas encore si nous les proposerons à l’extérieur des stades »,
concède un porte-parole de Panasonic. En effet, le modèle économique de ces services reste à définir,
ils pourraient être inclus dans le
prix des billets, ou facturés en sus.
MONNAIE
1 EURO=
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
VIVENDI................................................................................
..............................................21,8 DOLLAR
-1,58CANADIEN
22
21,61
CANADA
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
SICAV ET FCP
1,6081 AUD
0,283 CAD
-2,77
1,4795
0,8904 GBP
9,0442 HKD
131,46
JPY
1,1354 CHF
1,1543 USD
3,2657 TND
11,103 MAD
6,9419 TRY
21,1134 EGP
7,9287 CNY
84,7
INR
138,3056 DZD
L’OR
Concrètement, la 5G permet
d’afficher ces informations en
temps réel, sans les quelques secondes de latence de la 4G. Ce qui
les rend bien plus pertinentes, notamment dans le cadre d’une compétition sportive. Surtout, la prochaine génération de téléphonie
mobile absorbera le trafic supplémentaire généré par ces nouveaux
types de flux. Une nécessité, alors
que la saturation de la 4G dans les
centres urbains très denses du Japon n’est plus très loin.
Les opérateurs télécoms ont
donc un peu moins de deux ans
pour réussir à installer leurs nouveaux réseaux dans les principaux
centres-villes du pays. Un véritable défi technologique et économique au vu des obstacles restant à
lever. D’une part, toutes les normes de la 5G n’ont pas encore été
définies par l’instance internationale qui planche sur le sujet
(GSMA). D’autre part, les fréquences n’ont pas été attribuées aux
opérateurs japonais. Enfin, une
difficulté supplémentaire les attend : un quatrième opérateur,
Rakuten Mobile, va faire son entrée
sur le marché. Il a déjà annoncé
que ses prix seront inférieurs de
50 % à ceux de ses concurrents.
« Cela fait peser un risque sur l’investissement », souligne Tomohiro
Ushiyama, qui ajoute « nous rencontrons beaucoup les opérateurs
français qui viennent voir ce qui se
passe chez nous ». Après Tokyo, ce
sera Paris 2024, avec, théoriquement, une 5G grandeur réelle. ■
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33470
32330
-3,68
NAPOLEON ..................................................... 198,4
198,4
-4,11
PIECE 10 DOL USA .....................................................
570
566
-3,06
PIECE 10 FLORINS .....................................................
204,5
204,5
-3,9
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1130
1120
-3,25
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
193
193
-5,39
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
289,5
289,5
-5,08
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1246
1248,75
-4,89
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
106
102,5
-3,46
PIECE SUISSE 20F .....................................................
193
191,4
-4,79
PIECE LATINE 20F .....................................................
194
193
-4,39
SOUVERAIN ..................................................... 245,5
247,7
-5,83
KRUGERRAND .....................................................
1095
1095
-2,12
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
285,53 28/09/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
48,81 28/09/18
BELLATRIX C ................................................
334,66 28/09/18
SIRIUS ................................................55,95 28/09/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
analystes financiers qui suivent la valeur
estiment que cette initiative conduira à
moyen terme à un élargissement considérable de l’audience potentielle du secteur du jeu vidéo. La signature de cet accord avec le célèbre moteur de recherche
sur Internet confirme la solidité du modèle de développement du groupe français
et le succès international de sa série As-
sassin’s Creed. Le cours de Bourse d’Ubisoft progresse de 56 % depuis le début
de l’année. Les investisseurs avaient salué dès la mi-juillet les performances du
premier trimestre, clos fin juin, qui s’est
terminé par un chiffre d’affaires en progression de 88,8 % à 381,5 millions
d’euros, à un niveau supérieur aux attentes du marché. Le groupe familial Guille-
mot a aussi informé l’AMF qu’il avait franchi en hausse le 27 septembre dernier le
seuil de 25 % des droits de vote d’Ubisoft.
Il s’agit d’une belle victoire pour les frères
Guillemot qui sont parvenus à obtenir fin
2017 que Vivendi renonce à lancer une
OPA hostile sur le groupe et annonce son
retrait du capital, ce qui a été fait en mars
dernier. ■
A
530
AP
KEREN LENTSCHNER
£@Klentschner
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
26
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Pour attirer les jeunes, les chaînes proposent
des programmes pour seniors
« The Voice Senior » au Pays-Bas ou « Digiclash » en Allemagne ont réussi à séduire cette cible réputée volage.
À gauche :
l’émission diffusée
sur la chaîne jeunesse
allemande Kika,
« Digiclash, le match
des générations ».
Au centre : la fiction
« Philharmonia »
ou les affres
d’une femme
chef d’orchestre,
sur France 2.
À droite :
le docuréalité
« 180 jours en maison
de retraite »
sur la chaîne danoise
DR2. PHIL JANSSEN/
ZDF;JEAN CLAUDE LOTHER MERLIN PRODUCTIONS - FTV;
DR2 TV
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
TÉLÉVISION Au premier semestre
en Europe, le temps passé par les
jeunes adultes à regarder des programmes en direct s’est tassé de
7 minutes pour atteindre 1 h 53 par
jour, selon les derniers chiffres
d’EurodataTV. Toutefois, ils ne seraient pas totalement perdus pour
la cause télévisuelle. « Leur appétit
pour les contenus TV ne se dément
pas », assure Frédéric Vaulpré, le
directeur d’Eurodata TV. Car leur
consommation de programmes à
la demande ou sur les écrans Internet, elle, progresse. « En Grande-Bretagne, le replay représente
plus de 20 % de la consommation TV
des jeunes, détaille le dirigeant. En
France, cette cible passe aussi deux
fois plus de temps que les autres à
visionner des programmes sur les
PC, mobile et tablettes. »
S’ils apprécient toujours les
émissions de télé-réalité et les divertissements misant sur l’humour, les jeunes peuvent aussi
plébisciter d’autres programmes.
« Une série comme The Good Doctor
a permis aux chaînes d’une douzaine de pays d’augmenter de 68 %
leur audience auprès des 1534 ans », indique Frédéric Vaulpré.
Plus étonnant, la vogue des programmes mettant en scène des
personnes âgées ne rebute pas les
jeunes. C’était notamment la promesse de « The Voice Senior », qui
a très bien marché aux Pays-Bas.
Fin août, la première retransmission du show a ainsi attiré 32,1 %
de téléspectateurs ayant entre 20
et 49 ans.
« Old is the new young », résume
Avril Blondelot, directrice Content
Insight chez EurodataTV. En atteste aussi le succès de « Digiclash : le
match des générations ». Diffusé
en Allemagne sur la chaîne jeunesse Kika, créée par ARD et la ZDF, le
programme a permis d’enregistrer
une hausse de 20 % sur le public
3-13 ans par rapport au score habituel de la case. L’idée ? Quatre jeunes geeks défient quatre personnes
âgées « déconnectées ». Durant
8 jours, les premiers évoluent dans
une maison aménagée comme à
l’époque de leurs grands-parents,
tandis que les seconds s’installent
dans une habitation « high-tech ».
À charge pour chacun de survivre
en milieu hostile…
Girl power
Au Danemark également, le docuréalité « 180 jours en maison de retraite » suit de jeunes adultes qui
passent du temps avec des seniors
en échange du gîte et du couvert.
Bonne pioche puisque l’audience
de la case a pratiquement doublé
sur la chaîne DR2. « Il est réjouissant de constater que ces programmes ne détournent pas les jeunes du
petit écran, bien au contraire », explique Avril Blondelot.
Du côté des fictions susceptibles
de plaire aux jeunes adultes, celles
qui font la part belle aux femmes
douées d’un caractère fort ont le
vent en poupe. Diffusée prochainement sur France 2, Philharmonia
suit une chef d’orchestre prodige,
Hélène Barizet, propulsée à la tête
de l’orchestre national, Philharmonia, contre l’avis des musiciens. En Russie, An Ordinary Woman retrace la vie d’une femme, à
la fois fleuriste et tenancière de
maison close. « Depuis l’affaire
Weinstein et l’effet “MeToo”, les
chaînes exposent des figures féminines résistantes, qui gèrent des situations complexes. Ces personnages sont devenus incontournables »,
constate
Avril
Blondelot. ■
Le digital tire toujours la croissance du marché publicitaire
Les dépenses ont crû de 4,2 % au premier semestre, avec une hausse de 15 % rien que pour Internet.
30 %
des dépenses
publicitaires dans
les médias se font
dans la sphère digitale
CHLOÉ WOITIER £@W_Chloe
PUBLICITÉ Le marché publicitaire
français est dans le vert. Selon le
Baromètre unifié du marché publicitaire (BUMP) publié par l’Irep,
France Pub et Kantar Media, les
dépenses des annonceurs dans les
médias ont augmenté de 4,2 % au
premier semestre, à 6,3 milliards
d’euros.
Cette belle dynamique devrait se
poursuivre sur le reste de l’année,
l’étude tablant sur une croissance
de 2,3 % sur l’ensemble du marché
(médias plus marketing direct,
promotions, foires, relations publiques…). Mais, prévient l’étude,
« sans la contribution du numéri-
que, le marché serait quasiment
étale en 2018 ».
Les investissements publicitaires sur Internet sont en effet en
plein boom. Ils englobent 30 % des
dépenses des annonceurs dans les
médias (2,2 milliards d’euros au
premier semestre, + 15,5 %), soit
leur premier poste devant la télévision (1,6 milliard d’euros,
+ 1,6 %) et la presse écrite
(828 millions d’euros, - 6,4 %). Le
display (bannières publicitaires)
est particulièrement en forme,
avec une hausse de près de 30 %
des dépenses. À 875 millions
d’euros, le segment se rapproche
doucement du search (achat de
mots-clés sur les moteurs de recherche), qui, lui, progresse de
8,5 %, à 1 milliard d’euros. Les
autres leviers digitaux (affiliation,
e-mailing, comparateurs…) se
portent aussi bien (+ 6 %), à
366 millions d’euros.
Reprise de la presse
Ce tableau contraste avec celui des
médias traditionnels, qui sont tous
en recul à l’exception du cinéma
(+ 4,2 %, à 42 millions d’euros) et
de la télévision, portée par le parrainage des programmes (+ 33 %, à
128 millions d’euros). La presse
magazine est particulièrement
touchée (9,3 % de dépenses publicitaires en moins en un an), tout
comme les quotidiens nationaux
(- 7 %, plombés par la chute des
petites annonces) et régionaux
(- 4 %). Mais, souligne l’étude, ces
reculs sont bien moins accentués
qu’en 2017. L’an passé, la publicité
dans la presse nationale chutait de
14,5 % ! La presse gratuite est, elle,
passée de - 13,9 % à - 4,8 %. Bref, il
y a un début de reprise dans l’air…
Du côté de l’affichage, les écrans
digitaux qui fleurissent un peu
partout en ville ont le vent en poupe (+ 12 %, à 63 millions d’euros).
Les prospectus restent quant à eux
toujours un média puissant, avec
745 millions d’euros investis au
premier semestre entre les prospectus classiques (317 millions
d’euros, - 0,6 %) et le courrier publicitaire adressé à une personne
(448 millions, - 3,7 %).
Autre illustration de la puis-
L’UE harmonise sa TVA pour la presse et le livre
Comme le fait la France depuis 2012, le taux sera le même pour le papier ou le numérique.
5,5 %
Taux
de TVA
A
appliqué sur les livres,
qu’ils soient au format
papier ou digital
JEAN COMTE £@JeanComte
BRUXELLES
FISCALITÉ L’Europe donne enfin
son feu vert à l’application d’une
TVA réduite sur la presse et le livre
numérique afin de les aligner sur
les taux en vigueur dans le monde
physique. Aujourd’hui, les vingthuit ministres des Finances de l’UE
ont adopté un amendement aux
règles européennes relatives à la
TVA, afin d’autoriser les États à
appliquer le même taux réduit aux
publications papier et à leurs équivalents électroniques.
Cette adaptation était réclamée
depuis longtemps par de nombreux États membres. La France
avait pris la décision d’appliquer
d’elle-même cette harmonisation
entre les taux de TVA appliquées
aux publications physiques et nu-
mériques. Dès 2012, la ministre de
la Culture Aurélie Filippetti avait
décidé de réduire à 5,5 % la TVA
sur le livre numérique. Début
2014, elle avait également imposé
un taux de TVA super réduit de
2,1 % à la presse en ligne pour l’aligner sur celui de la presse papier.
Elle satisfaisait ainsi les éditeurs de
presse et Mediapart. Le pure player
avait mené une croisade en ce sens
et s’était auto-appliqué le taux de
2,1 % dès sa création, en 2007. Il a
dû régler au fisc une ardoise de
4 millions d’euros pour la période
2008-2014, soit avant l’entrée en
vigueur de la nouvelle loi.
Bruxelles avait mal réagi à cette
initiative française et avait mis en
demeure Paris en juillet 2012, puis
avait lancé un avertissement en
mars 2015 pour non-respect du
droit européen. En mars 2015, la
Cour de justice de l’Union européenne avait explicitement précisé
que « la directive TVA exclut toute
possibilité d’appliquer un taux réduit de TVA aux services fournis par
voie électronique». Mais la France
avait tenu bon.
Pression tchèque
Depuis, les positions ont évolué à
Bruxelles. Pierre Moscovici, le
commissaire européen chargé du
dossier, a soutenu la position française. C’est lui qui, fin 2016, a proposé de modifier la directive pour
autoriser les États à réduire les
taux pour les deux types de publication. « Que vous le lisiez sur un
support papier ou bien sur un format électronique, un livre reste un
livre et un journal reste un journal »,
précisait-il alors.
En dévoilant sa proposition,
Pierre Moscovici visait un accord
rapide des vingt-huit ministres
des Finances. Mais c’était sans
compter sur la République tchèque, qui essaie de négocier depuis
plusieurs années une exemption
sur la procédure de collecte de la
TVA - et qui n’hésite pas pour cela
à mettre son veto sur d’autres textes pour faire pression sur le reste
de l’Union. Les taux réduits, victimes de ce chantage, ont donc été
enterrés pendant plus d’un an.
Les travaux, qui ont repris sur
les exigences tchèques, ont toutefois permis de faire des progrès sur
les taux réduits de TVA. Lors d’une
réunion des ambassadeurs européens à Bruxelles, la semaine dernière, Prague a accepté d’inscrire
le point pour « adoption » à l’ordre
de la réunion d’hier. Et le texte a
finalement été adopté. ■
sance d’Internet : ce segment séduit 63 % des annonceurs, « avec
un portefeuille qui croît trois fois
plus vite que l’ensemble des médias », note l’étude. Arrive en
seconde place la presse écrite, où
investissent 42 % des marques.
Côté dépenses, le secteur
automobile appuie sur l’accélérateur (+ 9,7 %, 2e place), tout
comme le tourisme et la restauration (10,9 %, 3e place) et la
bancassurance (+ 7,7 %, 5e place). A contrario, l’édition se serre la ceinture (- 20,5 %), ainsi
que la santé (- 8 %). La grande
distribution demeure le premier
annonceur (16 % du marché) et
ses dépenses sont en progression
de 3 %. ■
EN BREF
PUBLICITÉ : GOOGLE
CHANGE DE DIRECTEUR
£ Après quinze ans passés
dans la division produits
publicitaires dont cinq à la
diriger, Sridhar Ramaswamy
quitte Google pour le fonds
de capital-risque Greylock.
Il est remplacé par Prabhakar
Raghavan, jusque-là viceprésident de l’ingénierie pour
les applications cloud
et spécialiste de la recherche
sur l’intelligence artificielle.
AFP : LES SYNDICATS
CONTRE
LE DÉMÉNAGEMENT
£ L’intersyndicale de l’AFP
s’oppose au projet de vente
du siège parisien de l’agence,
qui pourrait rapporter de 20 à
30 millions d’euros. « Va-t-on
sacrifier le principal actif de
l’agence pour une somme aussi
faible ? », interrogent-ils.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 060 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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EN PÈRE SEUL
FACE AU QUOTIDIEN,
ROMAIN DURIS ILLUMINE
« NOS BATAILLES » PAGE 33
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POUR L’ÉTÉ 2019,
KARL LAGERFELD DONNE
UN AIR MARIN AU TWEED
DE LA RUE CAMBON PAGE 31
La rage de vivre
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La Fondation Louis Vuitton à Paris réunit ces virtuoses aux destins
fulgurants. Deux génies à la force créatrice iconoclaste. PAGES 28 À 30
Chanel
Untitled (détail), Jean-Michel Basquiat, 1982.
Autoportrait au motif de paon (détail), Egon Schiele, 1911.
Prix Goncourt : plus
que huit dans la course
LETTRES Le jury de la plus prestigieuse
des récompenses littéraires a dévoilé les noms
des lauréats potentiels. Une sélection ouverte.
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
I
D’un côté, des auteurs confirmés et
déjà auréolés : Daniel Picouly (Prix
Renaudot en 1999), Tobie Nathan
(Prix Femina essai en 2012), Thomas
Reverdy (Prix des libraires et Prix Joseph-Kessel, entre autres) et François
Vallejo (Prix du Livre Inter en 2007),
souvent présent dans les sélections
des prix d’automne.
Et, de l’autre, des découvertes.
Pauline Delabroy-Allard, 30 ans, et
David Diop, plus âgé, signent leur
premier roman ; Paul Greveillac,
37 ans, a commencé sa carrière d’écrivain il y a deux ans, avec Les Âmes
rouges, et Nicolas Mathieu, 40 ans,
publie son deuxième titre.
Alors, qui a les faveurs du jury ? Difficile de parier aujourd’hui. Tout juste
peut-on dire que certains noms reviennent sur plusieurs listes des
grands prix, notamment Pauline Delabroy-Allard ou David Diop, ce dernier étant en course partout. Mais la
vérité d’octobre est rarement celle de
novembre. À suivre… ■
1
Quatre auteurs confirmés
et quatre découvertes
2018 IOTA PRODUCTION/LFP–LES FILMS PELLÉAS/RTBF/AUVERGNE-RHÔNE-ALPES CINÉMA/HAUT
ET COURT ; CHANEL ; ESTATE OF J.-M. BASQUIAT LICENSED BY ARTESTAR, NEW YORK MENTION
OBLIGATOIRE : PRIVATE COLLECTION ; ERNST PLOIL, VIENNA
A
ls étaient quinze, ils ne sont plus
que huit. Qui succédera à Éric
Vuillard, Prix Goncourt 2017
pour L’Ordre du jour (Actes
Sud) ? Il semble que la course soit
plus ouverte que jamais. Aucun auteur
ne se dégage vraiment. Il n’y a pas de
favori comme pouvait l’être Pierre
Lemaitre en 2013 ou Michel Houellebecq en 2010. Mardi 2 octobre, l’académie Goncourt, réunie chez Drouant
autour de son président, Bernard Pivot, a retenu donc huit romans, après
en avoir éliminé sept, qui restent dans
la course à l’obtention de la plus prestigieuse des récompenses littéraires.
Le 30 octobre, la sélection sera réduite
à quatre noms, et le 7 novembre on
connaîtra le nom de l’heureux lauréat
ou lauréate (une seule femme sur les
huit).
Les auteurs retenus sont Pauline Delabroy-Allard, avec Ça raconte Sarah
(Minuit), David Diop pour Frère d’âme
(Seuil), Paul Greveillac, Maîtres et esclaves (Gallimard), Nicolas Mathieu,
Leurs enfants après eux (Actes Sud),
Tobie Nathan, L’Évangile selon Youri
(Stock), Daniel Picouly, Quatre-vingtdix secondes (Albin Michel), Thomas B.
Reverdy, L’Hiver du mécontentement
(Flammarion), François Vallejo, Hôtel
Waldheim (Viviane Hamy).
Que remarque-t-on ? Parmi les
« éliminés », il y a du beau monde :
Éric Fottorino, Clara Dupond-Monod,
Gilles Martin-Chauffier… Une consolation : ceux qui ne sont plus dans la
course peuvent tout de même viser le
Goncourt des lycéens, devenu en
quelques années l’un des prix les plus
prescripteurs. Parmi ceux qui peuvent encore rêver au Goncourt, une
géographie se dessine.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
28
L'ÉVÉNEMENT
A
ESTATE OF JEAN-MICHEL BASQUIAT LICENSED BY ARTESTAR, NEW YORK / AMA COLLECTION, LEOPOLD MUSEUM, VIENNA/FOTOGRAFIE LEOPOLD MUSEUM, WIEN, ROSE HARTMAN/GETTY IMAGES, IMAGNO/GETTY IMAGES, INSTAGRAM YUSAKU2020, CYRILLE GEORGE JERUSALMI
BASQUIAT
1960
Naissance de Basquiat
à Brooklyn, d’un père haïtien
et d’une mère portoricaine.
1976-1977
Premiers graffitis sous
le pseudonyme SAMO©.
1979
À Soho, Basquiat vend
des cartes postales et des
tee-shirts peints à la main.
1980
Première exposition collective,
le « Times Square Show ».
1983
Exposition collective décisive,
« Champions », de la Tony
Shafrazi Gallery.
1985
Exposition personnelle chez
Bruno Bishofberger à Zurich.
1988
Basquiat meurt en août
d’une overdose.
EGON
SCHIELE
1890
Naissance d’Egon Schiele
en Autriche.
1907
Le jeune Egon rencontre
Gustav Klimt.
1911
Il rencontre Wally Neuzil,
son modèle favori
et sa compagne jusqu’à son
mariage avec Edith Harmes.
1913
Emprisonné 24 jours
pour « diffusion de dessins
immoraux ».
1915
Il est déclaré apte
au service militaire.
1918
Klimt meurt le 6 février d’une
pneumonie. Schiele le dessine
à la morgue. Il meurt de la
grippe espagnole le 31 octobre,
trois jours après sa femme,
enceinte de six mois.
Autoportrait à la lanterne
chinoise (1912), Egon Schiele.
Ci-dessous à droite : Irony
of a Negro Police Man (1981),
Jean-Michel Basquiat.
Bernard Arnault :
« Casser les codes,
le propre des
grands artistes »
ENTRETIEN A priori, ces deux rebelles de l’art,
Schiele et Basquiat, ne lui ressemblent guère.
Retour sur un coup de foudre bien raisonné.
D
PROPOS RECUEILLIS PAR
VALÉRIE
DUPONCHELLE
ET BERTRAND
DE SAINT VINCENT
eux
géants
du
XXe siècle envahissent la Fondation Vuitton de toute leur révolte.
Le président du groupe LVMH explique au Figaro les raisons de cette improbable rencontre.
LE FIGARO. - Pourquoi avoir
réuni deux artistes aussi différents
que Schiele et Basquiat,
en deux expositions parallèles,
à la Fondation Vuitton ?
Bernard ARNAULT. - Je salue cette
idée de Suzanne Pagé (la directrice
artistique de la Fondation, NDLR).
Egon Schiele et Jean-Michel
Basquiat sont morts tous deux à
28 ans, mais ils ont surtout une
force créative iconoclaste : Egon
Schiele a été violemment contesté
et même emprisonné pour son art,
considéré comme infréquentable
pour ses dessins aigus du corps humain jusqu’à ses expositions de
1910 ; Basquiat, lui, commença ses
dessins dans les rues de New York
à la fin des années 1970. C’était un
original de l’underground newyorkais que le monde de l’art et
son marché ont mis du temps à
réellement prendre en compte. Ils
ont tous deux connu le succès très
jeunes, vite interrompu par une
mort précoce. Ils ont en commun
d’avoir cassé les codes, ce qui est le
propre des plus grands artistes.
Picasso en reste le prototype absolu, qui n’a cessé de briser ses propres codes et de se réinventer, période après période, comme l’a
montré notre exposition sur la collection Chtchoukine, comme le
montre aujourd’hui l’exposition
« Picasso, bleu et rose » au Musée
d’Orsay.
Vous êtes de bonne famille,
vous avez fait de brillantes études.
On peut penser qu’a priori les
artistes sont loin de vous… Cette
différence vous stimule-t-elle ?
Je n’ai jamais réfléchi de cette façon, je ne me sens pas si éloigné
des artistes et de leur manière de
répondre à la nécessité de créer. Je
travaille dans un monde créatif, je
suis sensible à ses créateurs et je
partage leurs émotions. Ma fonction consiste, et c’est passionnant,
à les aider à transformer leurs
idées créatives en des réalités économiques, les reconnaître comme
telles et leur assurer un succès planétaire. Schiele et Basquiat me
touchent beaucoup car ils représentent la créativité à l’état pur et
rejoignent, dans la violence personnelle de leur expression, les
préoccupations de notre époque.
Pour être un entrepreneur performant, dans l’univers de la création, il faut, à mon sens, concilier
cerveau droit et cerveau gauche.
D’où aussi la naissance de la Fondation Louis Vuitton, et la suite
d’expositions que nous avons voulu, de temps à autre, consacrer aux
grands collectionneurs, souvent
des hommes d’affaires aguerris,
mus par leur sensibilité.
Schiele
et Basquiat
me touchent
beaucoup
car ils
représentent
la créativité
à l’état
pur
»
Avez-vous eu, vous aussi,
envie de casser les codes ?
De manière différente. Par exemple quand j’ai eu l’idée, dans les
années 1980, de créer le premier
groupe de luxe au monde en réunissant certaines des plus grandes
marques de produits de haute qualité. J’ai, moi aussi, été accueilli
avec du scepticisme et des critiques. Mais, depuis lors, force est de
constater que, parmi les investisseurs du luxe, nous sommes souvent imités !
Ces deux artistes ont en commun
d’avoir été soutenus par une forte
figure paternelle, Gustav Klimt
pour Schiele, Andy Warhol pour
Basquiat. Quelle a été la vôtre ?
Mon père (le centralien Jean Arnault, 1919-2010, qui transforma
une PME de province, Ferret-Savinel, en une entreprise de dimension
nationale et a ouvert le chemin vers
ce qui est aujourd’hui le groupe
LVMH). Il était sans doute un peu
inquiet de mes initiatives, à ma sortie de Polytechnique, mais il m’a
toujours soutenu, m’a fait partager
le fruit de son expérience, tout en
me faisant confiance. J’ai voulu être
entrepreneur depuis l’enfance. Dès
8 ans, j’assistais aux réunions de fin
d’année de l’entreprise familiale. Je
visitais avec lui les sites de
construction, chaque jeudi. On
avait cette proximité innée. Nous
avons travaillé ensemble, puis il
m’a laissé faire. J’avais 25 ans.
Où et quand avez-vous rencontré
l’œuvre de Basquiat ?
J’habitais New York dans les années 1980 au moment où Basquiat
commençait à être exposé dans
une petite galerie de Manhattan. Je
visitais les galeries le week-end,
comme le font les New-Yorkais.
Basquiat était encore un jeune artiste à petits prix. Il l’est resté
d’ailleurs assez longtemps car j’ai
pu continuer de l’acheter sans que
les prix soient excessifs, je dirais
jusqu’en 2000. Je me souviens
d’une exposition des années 1990
dans la galerie Enrico Navarra qui
avait encore soulevé des critiques
mitigées ! Personne n’imaginait
alors, moi non plus, le succès
phénoménal qu’il allait rencontrer. Il m’a aussitôt plu. Quand on
s’arrête devant un de ses tableaux,
c’est l’émotion qui parle. Basquiat
était différent de tout ce que l’on
pouvait voir. J’ai été frappé d’emblée par sa force, par son intense
palette colorée, par l’usage inédit
et original qu’il faisait des matériaux trouvés, parfois étonnants,
comme des portes de paravent.
Larry Gagosian (le galeriste américain qui trône en haut du marché de
l’art) m’a fait remarquer récemment que l’un de ses grands auto-
portraits était peint sur un morceau de palissade du jardin de sa
maison, à Los Angeles, où Basquiat
habitait lorsqu’il exposa dans sa
première galerie.
Bernard Arnault,
le 26 septembre
à la Fondation Vuitton,
devant Grillo (1984),
énorme polyptyque
clouté de Basquiat.
Faites-vous confiance
à vos émotions ?
Oui, l’instinct compte beaucoup,
dans l’art comme dans les affaires.
Quand je suis revenu de New York
en France, j’ai accroché Basquiat
tout en graffiti dans mon entrée.
Mon père ne comprenait pas mon
enthousiasme, préférait mille fois
le Monet, un Pont de Londres que
j’avais acheté à New York aux enchères chez Sotheby’s, quand le
marché de l’art dédaignait encore
ces Monet dits tardifs. Ce tableau
Jean-Michel Basquiat et Egon
L’artiste n’est pas un être inoffensif
dont la seule ambition est une certaine continuité décorative, plaisante et sans conflits. Cent ans
après la mort d’Egon Schiele de la
grippe espagnole en 1918, trente ans
après celle de Jean-Michel Basquiat
d’overdose en 1988, la rage à vif de
ces deux génies, jeunes, fulgurants,
morts dans la fleur de l’âge, est intacte. Elle continue de vous surprendre, puissante et vigoureusement hors du temps, comme le
coup de tonnerre du théâtre classique qui marque la force du destin.
Elle vous attend en guerrière,
pleine de feu, sur son humble support, papiers fins pour le Viennois à
la maigreur de fakir, toile sans
châssis, morceaux de palissades et
objets usuels pour le New-Yorkais
aux tresses sculpturales. Toute la
quadrature du cercle est de rendre
hommage à ces deux virtuoses sans
atténuer leur violence, à leur faire
les honneurs d’un musée sans les
étouffer de respect. Mission réussie. Plus difficile est le passage de
l’un à l’autre, sans autre lien que la
force du trait.
Basquiat frappe fort. Trois énormes têtes de 1981, 1982, 1983, trésors de collectionneurs réunis pour
la première fois à Paris, ouvrent sa
rétrospective comme les dieux
gardiens du temple. Elles ont la
puissance des objets chargés de
l’art africain. L’assurance du peintre si sûr de sa main ose le rose
chair et le turquoise, le rouge sang
et l’émeraude, le bleu dur et le jaune franc. La figure noire y est déclinée sur tous les tons. Basquiat, le
descendant d’esclaves, « luttait
pour dire l’indicible dans un travail
qu’il prenait sur le mode du témoignage. […] Dans son travail, la colonisation du corps et de l’esprit noirs
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LE FIGARO
mercredi 3 octobre 2018
L'ÉVÉNEMENT
Allez-vous voir toutes
les expositions Basquiat ?
J’en ai vu beaucoup, j’essaie
toujours de les voir. Basquiat a une
œuvre prolifique, près de mille
tableaux, même si elle est ramassée sur une courte période. Donc,
chaque exposition est source de
découvertes. Les trois portraits,
trois vanités saisissantes, qui
ouvrent notre exposition à la Fondation Louis Vuitton, sont ainsi
réunis pour la première fois. C’est
une entrée en matière incroyable,
un choc presque sidérant, qui résume bien, pour moi, la force de
Basquiat.
N’avez-vous pas eu envie
de le rencontrer ?
Cela ne s’est pas trouvé. D’après
les témoignages que j’ai entendus
depuis, il était entièrement possédé par son travail et ne se prêtait
que peu aux obligations du marché
de l’art. Je n’étais alors qu’un petit
client (rires), donc les galeristes de
New York n’ont pas fait en sorte de
me le faire rencontrer. J’ai, à l’occasion de l’exposition, rencontré
ses sœurs, qui m’ont dit à quel
point leur frère avait une personnalité attachante.
Aimez-vous rencontrer
les artistes ou préférez-vous
garder une certaine distance ?
Oui, j’aime bien ces rencontres,
d’autant que j’ai l’habitude de travailler avec des créatifs. Je prends
en compte nos différences, l’impulsion émotionnelle ou, parfois,
l’absence de rationalité, de façon à
ce que nos échanges fonctionnent.
Les artistes vous apportent une vision sur leur art, sur le monde, sur
les autres artistes. Je me rappelle
une journée passée avec Balthus à
Rossinière, près de Gstaad. Il était
formidable, extrêmement loquace,
très cultivé, très érudit. J’ai un de
ses tableaux, une jeune fille dans la
pénombre. Quand il me rendait
visite, il fallait prévoir de longues
conversations, il parlait si volontiers. Et un grand cendrier.
dans lequel on peut voir le départ
de l’abstraction m’avait séduit ; et
pourtant j’ai été le seul à enchérir,
je l’ai emporté à bon prix, très
inférieur à celui d’un Basquiat
aujourd’hui. Néanmoins, quand je
vivais à New York, je n’osais pas
montrer à mes amis que j’avais
acheté un Monet, ma situation
modeste à l’époque n’était pas en
rapport avec l’impressionnisme…
je l’ai donc accroché dans ma
chambre. Mon père adorait ce tableau ! Je l’ai toujours, bien sûr. Je
ne revends quasiment jamais, une
qualité ou un défaut, je ne sais pas.
Je suis resté fidèle à ces deux artistes, deux génies si éloignés,
Basquiat et Monet. Et à ce qu’ils
génèrent d’émotion en moi.
L’artiste a-t-il tous les droits ?
Non. Je garde mon jugement personnel et ma raison. Il y a des limites à toutes choses, y compris à la
liberté d’expression d’un artiste
lorsqu’elle porte atteinte à des valeurs fondamentales.
« Les Clefs d’une passion »,
les chefs-d’œuvre du MoMA,
la « Collection Chtchoukine »,
bientôt les icônes de la Courtauld
Gallery. Aimez-vous montrer
des trésors ?
J’aime les expositions qui puisent
dans l’art moderne ce qui éclaire
l’art contemporain. Les artistes
d’aujourd’hui ne surgissent pas de
nulle part. Ni, d’ailleurs, Egon
Schiele ou Jean-Michel Basquiat.
Cette ligne didactique qui essaie de
lier le patrimoine historique, intemporel, et l’extrême modernité,
les racines et le futur, est ce qui ex-
Basquiat, un nom devenu
une idole pour le marché
plique, je crois, le succès de la Fondation Louis Vuitton.
Comment analysez-vous
la multiplication des fondations ?
Les fondations d’entreprise sont
l’émanation d’entreprises qui
réussissent. Elles témoignent d’un
besoin de transmettre un message
en direction du monde qui les entoure, de leurs partenaires, de
leurs clients, de leurs actionnaires,
de l’environnement social. C’est
un mouvement général dans les
pays développés, en particulier
depuis la dernière crise. En France,
ce mouvement a beaucoup été aidé
par la loi sur le mécénat initiée par
Jean-Jacques Aillagon. On reste
toutefois très loin des avantages
existant aux États-Unis. C’est un
pas important, surtout à l’heure où
les budgets des musées sont
contraints. Il est bon pour la France que des musées privés se développent. Nous avons pu présenter
la collection Chtchoukine en France parce que nous sommes une
fondation privée et que nous pouvions prendre le risque économique, substantiel, correspondant.
Et le succès fut incroyable – plus
de 1,3 million de visiteurs ! Cela ne
nous a pas empêchés de continuer
à soutenir, en tant que mécènes,
les musées nationaux.
Comment réagissez-vous
au débat qui met en cause la loi
mécénat, jugée trop profitable
aux entreprises ?
Il peut y avoir un débat à l’Assemblée car l’heure est à la chasse aux
économies, mais les chiffres évoqués sont souvent inexacts et les
mécanismes simplifiés à l’extrême
pour frapper l’opinion. La loi mécénat permet un abattement fiscal
de 60 % dans la limite de cinq pour
mille du chiffre d’affaires. Mais elle
impose de nombreuses contraintes
au mécène. Et en fin de compte la
différence avec le régime de droit
commun (le système classique
d’impôt sur les bénéfices des entreprises) est en réalité de 15 %. On
aurait pu créer la fondation sous
un régime de droit commun, ce qui
lui aurait permis une activité commerciale, l’achat et la revente de
tableaux par exemple. Nous avons
choisi le principe d’une fondation,
totalement au service du public,
qui s’interdit toute démarche
commerciale. Si le législateur veut
changer la loi mécénat, il est important de trouver une formule
juste et efficace qui ne freine pas le
mécénat en France. Sinon, il se réduira comme peau de chagrin.
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
c’est
« leBasquiat,
James Dean
de la peinture,
un génie mort
lui aussi trop
tôt, un mythe
pour les jeunes
comme
les vieux, avec
une très large
popularité
dans tous
les milieux
qui dépasse
le cercle
des amoureux
de l’art
»
JÉRÔME DE NOIRMONT,
GALERISTE
Untitled (1982)
de Basquiat,
vendu 110,5 millions
de dollars,
chez Sotheby’s,
à New York au Japonais
Yusaku Maezawa
en 2017.
Basquiat fait partie du club très
restreint, avec Picasso, Modigliani, Bacon, Giacometti, Munch et
Warhol, à avoir franchi la barre
fatidique et psychologique des
100 millions de dollars. Il est le
seul artiste né après 1945 à avoir
atteint un tel niveau. Et ce sommet, il le doit au tycoon japonais
Yusaku Maezawa, 42 ans, à la tête
d’un patrimoine estimé à plus de
3 milliards de dollars, pour avoir
fait fortune avec son site de vêtements en ligne Zozotown. Celui
qui vient de s’acheter un voyage
sur la Lune par la compagnie spatiale SpaceX, avec des artistes de
son choix « pour qu’ils reviennent
avec des idées plein la tête », a assisté, à la Fondation Louis Vuitton,
à l’accrochage de son trophée, qui
rejoindra ensuite son musée de
Chiba, sa ville natale.
Lors du vernissage privé lundi
soir, il y avait un attroupement
autour de Maezawa, petite silhouette portant une chemise avec
une tête de Basquiat ! Le Japonais a
déboursé, il y a un an, 110,5 millions de dollars, chez Sotheby’s, à
New York, pour une grosse figure
noire rageuse sur un fond bleu de
1982, « un cran en dessous », toutefois, selon les spécialistes, de
celle, sur le mur d’à côté, appartenant au couple américain Eli et
Edythe Broad. La toile de Maezawa (vendue 19 000 dollars en
1984 !) détrônait ainsi une autre
tête de diable sur fond orange et
rouge (également de 1982) que ce
dernier avait acquis pour
57,2 millions de dollars en 2016,
chez Christie’s, à New York. Cet
as des réseaux sociaux n’avait pas
manqué de le faire savoir sur son
compte instagram (#Yusaku2020,
245 000 abonnés ). Mise aux enchères par Adam Lindemann, qui
l’avait acquise en 2004 pour
4,5 millions de dollars (le marchand collectionneur confie
« [son] regret de l’avoir vendu si
tôt ! »), cette toile à 57,2 millions
avait déjà fait 8,4 millions de plus
que celle, Dustheads, vendue en
2013 chez Christie’s.
Cote réelle ou cote artificielle
gonflée à bloc ? Rien ne semble
La culture est présentée
comme une niche fiscale :
qu’en pensez-vous ?
Une niche fiscale est un mécanisme qui permet de diminuer dans
certain cas l’impôt sur le revenu.
Dans le cas du mécénat on parle de
dépenses, cela n’a rien à voir.
Permettez-moi de souligner que,
suite à la convention signée avec la
Ville de Paris, nous faisons à terme
cadeau du bâtiment, signé Frank
Gehry, à Paris et à la France. Malgré les déductions fiscales qui ont
été pensées pour stimuler le mécénat, le groupe fait donc cadeau à la
France d’un fleuron de l’architecture du XXIe siècle, d’une valeur
inestimable, dont le coût net est,
pour nous, considérable. ■
Schiele, deux coups de tonnerre dans le noir de la nuit
est marquée par la peur de l’abandon, de la séparation, du démembrement et de la mort. De la peinture
rouge coule tel du sang sur sa toile
sans titre d’une femme noire, désignée par un cartouche dont les lettres disent “Detail of maid from
‘Olympia’”, analyse Bell Hooks en
1993 dans Altars of Sacrifice: Remembering Basquiat.
Uppercut visuel
Inévitablement, le regard sur
l’œuvre de Basquiat a évolué, prenant en compte le débat postcolonialiste sur l’identité noire et sa
place omise par l’histoire de l’art
« européocentrée », mot désormais
infamant des musées occidentaux.
Dans son essai savant jusqu’à
l’« abstrus » (sic), le commissaire
de la Biennale de Venise et de la
Triennale de Paris, l’AméricanoNigérian Okwui Enwezor insiste,
« dans le travail de Basquiat, sur la
question de la race en Amérique, que
ses bienfaiteurs et galeristes blancs
ignorèrent sciemment, dans l’intention de grossir le butin amassé avec
des toiles données pour être dépourvues de messages, primitivistes, incultes et grossières ». Cette intention mercantile paraît relever de
l’aveuglement, tant la peinture de
Basquiat est un uppercut visuel où
le héros est noir, couronné d’or ou
d’épines, édenté comme les crânes
des vanités, démembré comme
l’esclave sans espace vital, enragé
comme la victime qui se rebiffe et
devient boxeur au short rouge.
L’accrochage du commissaire
Dieter Buchhart, qui mit en scène
Basquiat comme dans un « Hall of
Fame » au Musée d’art moderne de
la Ville de Paris en 2010, et de Suzanne Pagé, commissaire générale,
fait ressortir superbement l’auto-
invention et la maîtrise incroyable
de ce prodige. Il maniait pourtant
« le crayon comme un paralytique »,
raconte son ami Fab 5 Freddy. Tout
est virtuose chez cet artiste qui
s’est forgé seul dans les rues de
New York, en dévorant la leçon
des Anciens au musée et de ses
prédécesseurs bouillonnants d’invention, de Rauschenberg et ses
Combine Paintings, à Cy Twombly
le poète classique, en passant par
Dubuffet et sa « tendresse barbare ». Basquiat envahit tous les niveaux de la Fondation, et, de cette
énergie qui ne le quitte jamais, se
dégage une jeunesse arrogante,
fonceuse, inspirée.
Dans les tréfonds de la Fondation, Egon Schiele est presque le
diable qui sort de sa boîte (Autoportrait, Tête, 1910). Les commissaires
se sont battus pour réunir ces
œuvres si déchirantes, flambées de
vie laissées sur leur papier grège
(Femme debout, peignant ses longs
cheveux roux, vue de dos, 1909),
alors que Vienne célèbre les 100 ans
de la mort d’Egon Schiele en gardant jalousement ses chefsd’œuvre. Les collections privées en
offrent d’autres qui montrent
comment, de ligne en ligne, cet
oiseau de nuit a regardé le corps en
face - beau, presque monstrueux,
jeune, trop jeune - comme on regarde la mort, sans ciller. ■
V. D.
« Jean-Michel Basquiat » et « Egon
Schiele », à la Fondation Vuitton
jusqu’au 14 janvier. Les deux
catalogues collectifs sont sous
la direction de Dieter Buchhart
(Fondation Vuitton/Gallimard, 45 € et
35 €). Taschen sort une monographie
XXL, « Jean-Michel Basquiat » (150 €),
après « Egon Schiele. L’œuvre peint
de 1909 à 1918 » (150 €).
entraver l’irrésistible ascension de
Basquiat, qui n’échappe pas à ces
milliardaires venus d’Asie désireux d’afficher leur réussite fulgurante avec des icônes facilement identifiables. « Avec des
moyens sans limite, Maezawa a
peut-être surpayé son tableau
comme les gens de la finance l’ont
fait il y a vingt ans, avant la crise
des subprimes, constate Enrico
Navarra, l’un des plus fervents
défenseurs de l’artiste, qui publia
en 1995 sa première monographie,
un livre de près de 8 kg. Mais, à
notre époque, il vaut ce prix. Le Japonais a déjà largement rentabilisé
sa mise. Il n’y a pas meilleur outil de
communication que ce Basquiat vu
absolument partout, avec lui, sur
les écrans et les réseaux sociaux. »
« Il incarne
de multiples cultures »
La mort de Basquiat n’a pas fait
exploser sa cote, comme c’est
souvent le cas. Il valait déjà cher
de son vivant. Dans le sillage de
son ami et mentor Warhol, l’artiste a compté très vite dans le
paysage new-yorkais. En 1979, la
manifestation « New York/New
Wave » le conduit à exposer
auprès de ce dernier avec Keith
Haring et Robert Mapplethorpe.
Les succès s’enchaînent pour
l’enfant terrible de Brooklyn qui
intéresse de grands marchands,
comme Annina Nosei. Elle organise sa première exposition en
1981. Un an plus tard, à 21 ans, il
devient le plus jeune invité à la
Documenta 7 de Kassel en Allemagne. Avant d’exposer à la
Biennale du Whitney à New York,
chez Larry Gagosian, puis Bruno
Bischofberger, qui devient son
marchand exclusif en 1982. « En
globalisant tous les arts, la mondialisation a profité à Basquiat.
Sans cela, il serait resté juste un
bon peintre. Or il est devenu une
idole que les nouvelles générations
se sont réappropriée. Les jeunes qui
portent avec fierté les tee-shirts à
son effigie se reconnaissent en lui. Il
incarne de multiples cultures, comme celle du hip-hop », ajoute Enrico Navarra, qui a acheté sa première toile pour 150 000 francs,
en 1989, à New York.
Peut-on parler de phénomène
Basquiat ? S’il a été acheté par les
plus grands collectionneurs et
marchands américains - Tony
Shafrazi, Jose Mugrabi et surtout
Peter Brant avec 15 prêts pour
l’exposition Vuitton (sa nouvelle
fondation new-yorkaise ouvrira
en mars avec un show Basquiat) -,
il est devenu une star ultramédiatisée grâce aux achats des stars du
show-biz, comme Leonardo DiCaprio et Johnny Depp, ou de la
mode, avec Tommy Hilfiger.
« C’est le James Dean de la peinture, un génie mort lui aussi trop tôt,
un mythe pour les jeunes comme les
vieux, avec une très large popularité dans tous les milieux qui dépasse
le cercle des amoureux de l’art, une
bouffée de contemporanéité», observe le galeriste Jérôme de Noirmont, qui l’a exposé pour la première fois en France, en 1998.
C’était juste avant son premier record du monde, à 1 million de dollars, la même année, chez Christie’s, pour un autoportrait de
1982. Le galeriste avait alors vendu un de ses grands dessins, autre
autoportrait, Sans titre (1982),
pour 500 000 francs, soit un peu
plus de 80 000 euros. Il est de
nouveau à vendre, à la mi-novembre, chez Phillips à New York,
pour 4 à 6 millions de dollars.
La percée Basquiat résistera-telle au temps ? Tout porte à le
croire. « Son marché est global, solide et structuré, avec, derrière les
records, différentes strates de prix,
les acheteurs sachant faire la différence entre les bonnes pièces et celles plus exceptionnelles dont l’offre
reste très limitée, analyse Stefano
Moreni, vice-président de Sotheby’s. Basquiat parle au monde entier et il a influencé les générations
postérieures. » C’est peut-être
l’idée d’une prochaine exposition
au Centre Pompidou, a révélé
Bernard Blistène, à quelques intimes, lundi soir, au dîner de la
Fondation Vuitton…
A
Comment vivez-vous
avec ces œuvres ?
Elles font partie de ma vie. J’avais
un de mes Basquiat accrochés chez
moi. Un jour, mon fils avait 5 ans,
je l’ai surpris avec un crayon en
train de dessiner sur la toile. Une
addition qui s’est bien intégrée. Je
l’ai laissée (rires).
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
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L'ÉVÉNEMENT
VALÉRIE SASPORTAS
vsasportas@lefigaro.fr
Q
ue reste-t-il de Jean-Michel
Basquiat à New York ? Une
expression, une posture.
« To be “Basque”, c’est être
jeune, être cool », affirme
Dieter Buchhart, grand explorateur de la Grosse Pomme, et surtout
du peintre américain, dont il est l’un des
plus fins connaisseurs, et commissaire
d’exposition de la rétrospective que lui
consacre la Fondation Louis Vuitton, à
Paris. Basquiat n’était pas si « cool » que
ça, mais jeune, assurément, lui qui est né
à Brooklyn le 22 décembre 1960 et mort
l’année de ses 28 ans dans son loft au
57 Great Jones Greet, dans le petit quartier de Noho, près de Broadway, à Manhattan. Une plaque commémorative honore sa mémoire au pied de son
immeuble. On y lit : « De 1983 à 1988,
l’artiste de renom Jean-Michel Basquiat a
vécu et travaillé ici, dans cette ancienne
écurie appartenant à son ami et mentor
Andy Warhol. Les peintures de Basquiat et
ses autres œuvres ont remis en cause les
notions établies sur l’art, la race, la classe
sociale, en forgeant un langage visionnaire défiant toute étiquette. » Mais il faut
être un flâneur averti pour tomber dessus. Aucune brochure de tourisme, ni
aucun hôtel ne proposent une excursion
thématique dans le dédale de sa vie.
Seul un voyage sur mesure permet
d’appréhender cette étoile filante dont
les quatre lettres qui furent longtemps sa
signature, SAMO, ont été effacées de la
plupart des murs. En outre, les musées
de New York ne disposent que d’une
vingtaine d’œuvres sur les deux mille
réalisées durant sa courte vie. Le musée
de Brooklyn n’a que deux peintures. Dix
dessins et des sérigraphies sont exposés
au MoMA où il aimait tant se balader. Le
Whitney compte six pièces, le Metropolitan Museum deux, et le Guggenheim
une seule. Mais quand l’un de ses tableaux s’arrache sur le marché de l’art,
aussitôt ses fans rêvent de le voir réapparaître là où il est né. C’est arrivé en
2018. Entre janvier et mars, le Brooklyn
Museum a exposé une grande toile Sans
titre de 1,83 m × 1,73 m, représentant
une tête noire sur fond bleu azur. « Les
jeunes seront inspirés par ce héros de leur
quartier, tout comme il a inspiré tant
d’entre nous autour du monde », déclara
alors le collectionneur japonais Yusaku
Maezawa, qui l’avait achetée un an
avant pour la somme astronomique de
110,5 millions de dollars aux enchères.
Rencontre décisive
au restaurant de Mr Chow
Sur mesure donc, nous avons demandé
à trois spécialistes d’imaginer un itinéraire sur les traces de cet artiste aux
peintures jaillissantes de couleurs de
colère contre les injustices de son
temps. Élise Goujon, fondatrice de
l’agence locale New York Off Road, fait
remarquer en préambule de son offre :
« Notre tour phare à New York consacré
au street art passe par Brooklyn, Queens,
le Bronx, et l’on parle de l’héritage de
Basquiat. Mais c’est une évocation. Il y a
peu d’endroits encore ouverts ou visibles
et très peu d’œuvres de lui sont exposées
à New York. » L’itinéraire de cette spécialiste des « visites insolites en fran-
New York
dans les pas de Basquiat
DÉCOUVERTE
Il faut être
un flâneur averti,
ou faire appel
à des spécialistes
du voyage
sur mesure,
pour retrouver
la trace
du peintre roi
de l’underground
new-yorkais
des années 1980.
Itinéraires.
çais » se focalise « sur la partie East Village et SoHo, parce que c’est là qu’a
émergé l’art du graffiti dans les années
1970-80 », et finit « par la fresque de
Kobra à Brooklyn qui rend hommage à
Basquiat, afin de parler de son héritage
aujourd’hui ». La balade passe par la
factory d’Andy Warhol qui a déménagé
trois fois, le Club 57 situé au 57 St Mark’s Place, où les figures marquantes de
la culture underground de l’époque se
réunissaient, ou encore le Mudd Club,
où Basquiat passa beaucoup de temps de
1978 à 1983. « Une plaque commémorative est apposée sur le bâtiment du
77 White Street, qui abrite aujourd’hui
une compagnie de nettoyage de tapis de
Chinatown », précise Élise Goujon, qui
facture 299 euros ce parcours d’une demi-journée (newyorkoffroad.com).
Autre proposition : celle du voyagiste
Les Maisons du voyage (société du groupe Figaro) piste les galeries de New York
où Basquiat a travaillé et exposé (Gagosian, Nosei, et Mary Boone notamment).
Là, le guide local veut révéler « l’histoire
de l’East et du West Village et les lieux où
l’artiste a habité », expliquer « un peu ses
racines et sa vie privée, et l’influence de
son art dans le milieu noir américain ».
Un itinéraire de cinq jours, à partir de
850 euros au départ de Paris avec le vol
A/R en classe économique et trois nuits
d’hôtel (tél. : 01 53 63 13 43 et site maisonsduvoyage.com).
Quant à l’expert du voyage à la carte,
Evaneos, celui-ci a imaginé avec son
agent partenaire à New York prénommé Julie, un itinéraire à travers Brooklyn et Manhattan, qui part de l’hôpital
de sa naissance, dans une famille de la
moyenne bourgeoisie noire, pour
s’achever au cimetière de GreenWood, dont le peintre est le plus célèbre
résident avec le compositeur Leonard
Bernstein, dans la section 176, lot
44603. Ce parcours met un point d’orgue sur le quartier de son enfance et sa
maison de Park Slope, et une option
pour un dîner au restaurant de
Mr Chow, où eut lieu la rencontre décisive entre Basquiat et Warhol. Ce parcours de trois jours et deux nuits en hôtel 3 étoiles est facturé 1 399 € par
personne sur la base de deux participants, avec les transferts depuis l’aéroport (mais le vol n’est pas compris dans
le prix), les petits déjeuners, une carte
de métro illimitée et les excursions guidées au programme (tél. : 01 82 83 36 36
et evaneos.fr/etats-unis).
Dommage enfin qu’on ne puisse
plus louer sur Airbnb le loft de Basquiat. Ce 200 m2 situé sur Crosby
Street, où l’artiste vécut au début des
années 1980, était proposé jusqu’à il y
a peu pour 500 euros la nuit. La vidéo
du lieu est toujours sur Internet. Mais
le site indique que « l’offre n’est plus
disponible ». ■
et les fondations d’artistes. « Basquiat a
été l’un de nos premiers projets. Nous
avons créé nos produits en exclusivité avec
la Fondation Jean-Michel Basquiat : nous
discutons avec elle de chaque objet (assiettes, mugs et bougies Gold Dragon),
nous lui reversons autour de 10 % du produit des ventes. Nous voulons faire des
produits de qualité, donc “made in France”, en porcelaine de Limoges. On y retrouve les motifs qui peuplent l’univers artistique de Basquiat – dragon, couronne,
dents, créatures entre effigies vaudoues et
superhéros des comics américains. C’est
une manière d’inviter l’art chez soi », dit
ce proche du galeriste Thaddaeus Ropac
qui expose chez lui à Pantin et dans sa
nouvelle antenne personnelle au 18, galerie Véro-Dodat. ■
Ceci n’est pas un graffiti
A
VALÉRIE DUPONCHELLE £@Vduponchelle
Il en va des produits dérivés comme de
l’œuvre intense, colorée, agressive, vivante de feu Jean-Michel Basquiat. Leur
succès est exponentiel. Le public se passionne toujours plus pour ce peintre au
parcours éclair qui a révolutionné la
pratique du dessin et le concept même
d’art, transformant les vestiges du jour
en objets de musée. Outre les 135 œuvres
majeures, venues des collections les plus
secrètes, comme Riding With Death,
1988, de la collection Niarchos, il peut
ainsi s’approprier les codes graphiques
de Basquiat et son univers joyeusement
transgressif des rues.
À l’occasion de cette exposition qui se
démultiplie sur quatre niveaux dans les
volumes blancs de Frank Gehry, la Fondation Vuitton a sélectionné pour son
« Museum Shop » une ligne de produits
estampillés Jean-Michel Basquiat. Ils
sont conçus en étroite collaboration avec
l’Estate de l’artiste et commercialisés par
des spécialistes qui ont montré patte
blanche. Parmi les stars, les planches de
skate de The Skateroom, « éditeur d’art
et entrepreneur social », qui marie édition
d’art et œuvre caritative (« The Skateroom collabore avec les plus grands artistes d’art contemporain afin de créer des
éditions d’art à prix démocratiques sur le
médium phare de la contre-culture ») : la
juxtaposition des trois planches recrée
l’œuvre originelle (triptyque In Italian,
d’après l’œuvre de 1983, 550 €). Classique des classiques, les arts sont à table
(mug Gold Dragon, 55 €). Parce que ces
produits s’inspirent directement des
modes de vie, sont apparues les bouteilles isothermes pour marcheurs et cyclistes (bouteille isotherme Crown, 55 €).
Réapparitions aux enchères
En 2010, lors de la rétrospective au Musée d’art moderne de la Ville de Paris,
Pascale Brun d’Arre, fondatrice de
l’Après-Musée, « avait juste discuté avec
la sœur de l’artiste, signé un contrat couvrant le temps de l’exposition et inventé
des assiettes à dessert en série limitée qui
s’inspiraient de Pegasus, 1987, et de ses
lettres animées (300 exemplaires, 70 €
les quatre) ». La série bien vue de cette
designer, réputée pour sa créativité et
son goût de l’objet juste, ni vulgaire ni
criard, fut épuisée en un temps record.
Certains spécimens réapparaissent, plus
chers, aux enchères.
Depuis la fondation de La Ligne Claire
Paris, il y a dix ans, Pierre Pelegry mise,
lui, sur la collaboration avec les artistes
vivants (Ai Weiwei, Baselitz, Robert
Longo, Erwin Wurm, Gilbert & George)
Une fresque en hommage
à Jean-Michel Basquiat
réalisée par l’artiste
brésilien Eduardo Kobra,
dans le quartier de Brooklyn,
à New York. NEW YORK OFF ROAD
UNE PLACE
À SON NOM
À PARIS
Basquiat est venu
à plusieurs occasions à Paris.
« Il voyageait toujours
en Concorde » , rappelle
Enrico Navarra qui a prêté
à la Fondation Louis-Vuitton
Pez dispenser (1982), son
mythique petit dinosaure
couronné. Cet artiste pas
si maudit aimait la capitale,
tout comme son père, Gérard,
décédé en 2013. C’est cette ville
qui lui a rendu hommage,
samedi dernier, en présence
d’Anne Hidalgo, de son adjoint
à la Culture, Christophe Girard,
et de Jérôme Coumet, maire
du XIIIe arrondissement,
avec des musiciens et des
performers hip-hop, clin d’œil
aux déambulations du peintre
dans New York. L’artiste a
désormais sa plaque, au niveau
du 133, avenue de France, juste
à côté de la future Fondation
Agnès B (tout comme l’aura
bientôt Keith Haring, dans
ce quartier du street art).
Toute la famille Basquiat était
présente : Jeanine et Lisane, les
deux sœurs, Nora Fitzpatrick,
l’épouse de Gérard. Pendant
des années, cette dernière
a présidé au comité Basquiat,
finalement dissous en 2012,
ne laissant actif que l’Estate,
seul détenteur du droit moral.
Ce comité a délivré jadis
des certificats d’authenticité
et a donné son avis sur les faux
qui ont secoué notamment
la Fiac en 2003, avec trois
tableaux suspects, chez
Templon, qui avait dit
« s’être fait abuser ».
La monographie
rééditée en 2010
par Enrico Navarra
reste la bible.
On attend toujours le
catalogue raisonné
de l’artiste, qui
a réalisé pas moins
de 1 000 peintures
et 1 500 dessins.
De gauche à droite :
une bougie, des skateboards
et une assiette, produits dérivés
de l’œuvre de Basquiat.
ESTATE OF JEAN-MICHEL BASQUIAT
LICENSED BY ARTESTAR, NEW YORK
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
STYLE
mercredi 3 octobre 2018
31
L
PrintempsÉté 2019
a dernière fois que Karl
Lagerfeld est retourné avec un défilé
sur les lieux de son enfance, c’était le
5 décembre 2017 (à Hambourg), jour
de la disparition de Johnny Hallyday.
Cette fois, pour le printemps-été de
Chanel, KL se souvient de ses vacances
sur l’île de Sylt, et c’est au tour
d’Aznavour… Non qu’on soupçonne
un lien de cause à effet : le couturier
produisant six shows par an, ce hasard
du calendrier n’est pas si étonnant.
Aznavour, Karl lui a tiré le portrait en
2011 pour la couverture d’un album. Il
cite ses chansons aussi parfois, empruntant à Comme ils disent de quoi
définir son métier : « Je suis un peu décorateur, un peu styliste », et faire rire
son interlocuteur : « J’ai un numéro
très spécial qui finit en nu intégral… »
Ce que ces deux icônes populaires ont
surtout en commun est le goût d’un
travail acharné, la résistance aux critiques de la jeunesse pour s’imposer
dans leur métier sur la durée. « Je ne
travaille pas pour le besoin mais pour le
plaisir du travail, confirme Lagerfeld,
la veille du show. Je ne suis pas dans
une tour d’ivoire, je n’aime pas la fainéantise, je m’ouvre sur le monde, je
photographie, je fais des publicités. Et
aucune collection ne ressemble à la
précédente ! »
C’est particulièrement vrai cette saison d’un charme, d’un hédonisme si
français et pourtant absent des podiums
des autres grandes maisons. Découvrant le Grand Palais transformé en
plage de sable blanc (250 tonnes) et mer
transparente (avec ressac), une journaliste pense aux Bahamas. On aurait pu
dire Biarritz, villégiature très Coco
chantée par Sébastien Tellier, présent
au défilé. Ou Malibu, en clin d’œil à
Pamela Anderson, également de la
partie, mardi à Paris. Raté, il s’agit
donc de Sylt, « langue de sable sublime entre le Danemark et l’Allemagne, poursuit le couturier. Et
l’endroit le moins pollué d’Europe,
car aucun bateau n’emprunte
cette zone trop agitée de la mer
du Nord ». À l’origine destination balnéaire des familles
aisées de Hambourg puis rendez-vous de la jet-set à partir
des années 1960 (et le passage
de Gunter Sachs et BB), cette
île renouvelle le vestiaire de
plage de la maison habituellement plutôt ancrée à
Deauville ou vers la côte basque. C’est du pur Chanel par
Lagerfeld ! Copyright rue
Cambon pour ces vestes boxy
en tweed portées avec pantalons de yoga extra ! « Le vestiaire d’une réalité idéalisée produit
dans des matières que personne
d’autre ne peut faire. » Une robe en
crépon de soie imprimé parasols aux
accents années 1980 (comme le tube
de Niagara, L’Amour à la plage, pour
la bande-son), une sous-jupe à volant
dépassant d’une mini en tweed jaune
Chanel
Paris en haut de l’affiche
COLLECTIONS Qui eût cru, il y a trois ans, que la capitale française serait
de nouveau chérie et célébrée par les designers comme par les étrangers ?
Une ferveur, une joie de vivre, une créativité qui donnent des ailes à Chanel.
citron, un débardeur en résille terre
de soleil, un superjean en dentelle,
des cardigans marine près du corps
portés avec des cyclistes et encore une « robe de tricot »,
mixant le coton et le Nylon,
réactivent la machine à fantasmes des 2 C… Les initiales
de Coco Chanel sont
d’ailleurs omniprésentes,
sur les boucles de ceinture,
imprimées sur un tee-shirt
blanc, en version fermoir
du nouveau sac ou plutôt
« double sac » (façon sacoches à vélo) en cuir matelassé. Collector. Prétextant un jeu de mots en
rapport avec son chat
Choupette, KL découpe la
griffe en un CHA / NEL qui
s’affiche sur les visières en
paille, les claquettes en PVC ou
sur un ensemble brassière et minijupe. « Il y a de la fluidité, du
confort, décrypte Karl Lagerfeld.
Chanel, c’est la vie ! » On ne saurait mieux dire.
A.P.C.
D’une île à l’autre… Celle de Sarah
Burton chez Alexander McQueen n’a
rien de la carte postale TripAdvisor.
C’est Avalon, berceau de la légende
arthurienne. Chrétien de Troyes, nous
voilà ! En Britannique pur jus, la directrice de création injecte du souffle, du
romanesque, de la fragilité, de la geste
au sens médiéval du terme. Ce n’est
pas tant un vêtement qu’une émotion
que Burton vous vend, inspirée des rites de passage de la vie d’une femme
– « naissance, sororité, fiançailles, mariage, deuil », indique le texte donné
par la marque. Plus concrètement, la
styliste, obsédée par le vécu des vêtements, est partie de la forme d’une
robe victorienne chinée à Portobello.
Son show en petit comité est d’une
beauté sauvage pour reprendre le nom
de la célèbre exposition consacrée à
Alexander McQueen, l’homme, en
2011. Certes, les délicates chemises
point jour échelle armurées de tablier
de cuir noir ne passent pas inaperçues
dans la rue. Certes, les vestiges de robe
en dentelle macramé argenté, les modèles à paniers de fronces imprimées
de fleurs diluées, les bustiers cuir
beurre frais et les armures de Lancelot
En direct du backstage
et beaucoup de mascara. Leurs lèvres
sont faites, du rose poudré assorti
à certains sacs à main. Elles sont sexy
mais sophistiquées, des femmes
charismatiques comme les aime Karl
Lagerfeld. Pour la photo, j’ai choisi
Vittoria Ceretti, parce qu’elle est notre
égérie et qu’elle incarne parfaitement
cette vibe. Elle est fraîche et forte
à la fois, classique with a twist et…
c’est une Italienne ! » ÉMILIE VEYRETOUT
CHANEL
Nous avons demandé à Lucia Pica,
la créatrice du maquillage Chanel,
de photographier elle-même
un mannequin en coulisses, et de nous
raconter l’inspiration derrière ce look.
« Vous avez vu le décor, le bord de
mer ? J’ai imaginé des filles à la plage,
mais des filles Chanel ! Leur peau n’est
pas bronzée, elle est lumineuse,
presque exagérément. Leur regard est
ouvert, brillant, grâce à un fard argent
CHANEL, ALESSANDRO LUCIONI/IMAXTREE.COM
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
en peau peinte façon tatouage, portés
par des Amazones aux morphologies
variées, ne composent pas le dressing
ad hoc pour se rendre à un comex, un
codir ou un comop. Mais si l’on regarde bien, les tailleurs ceinturés d’œillets et lacets, voire les robes en maille
aux sutures d’agrafes (à dégrafer ou
non selon les circonstances) sont des
armes puissantes pour les Morgane
contemporaines.
Ce n’est pas la plus spectaculaire des
adresses de défilés, mais une des plus
cool, ce Garage Amelot et sa verrière
du XIe arrondissement. Ce nouveau
lieu (qui devrait durer juste une saison
puisque en passe d’être transformé en
logements) a porté chance à ceux qui y
ont présenté leur show cette semaine,
d’Off-White à Westwood et, lundi,
A.P.C. C’est la première fois que la
marque de Jean Touitou défile hors de
ses locaux rive gauche du 39, rue
Madame. Petit à petit, elle se fait à
l’exercice de la Fashion Week, nous
dirions même qu’elle y prend un certain plaisir… Qui aurait cru qu’A.P.C.
la jouerait « fashion » ? Bien sûr, la
collection reste fidèle à ses standards
- denim, chemisette pour lui ; jupe
trapèze, twin-set, petit pull autour du
cou pour elle -, appuyant ses couleurs
(rose, bleu, orange) y compris sur les
accessoires (avec une mention pour
les excellentes slingbacks blanches).
M. Touitou le nihiliste a-t-il lu Le
Mythe de Sisyphe de Camus en lui empruntant le titre de cette collection :
« Il faut nous imaginer heureux » ?
Accepter l’absurdité de la condition
humaine passe, pour le fondateur et
pour sa partenaire et directrice artistique, Judith Touitou, par un optimisme rockabilly -« et attention, pas
rock’n’roll » (comme le précise la note
d’intention) - et son esprit de sérieux
souvent calamiteux. À l’image du pre-
mier look fabuleux, un garçon en chemise et jean surteint en bleu et surpiqué, boots blanches et bandana, genre
d’« Elvis le Pelvis » tout droit sorti d’À
bord du Darjeeling Limited de Wes
Anderson, ami de la maison assis au
premier rang. ■
Alexander
McQueen
Que pensez-vous de la Fashion Week parisienne ?
Telle est la question que nous avons posée,
entre deux shows, à des journalistes, des
designers et des dirigeants venus du
monde entier pour la Fashion Week. Entre clichés de carte postale et embouteillages, Paris est-elle toujours Paris ?
Micro-trottoir.
u
DIEGO DELLA VALLE
PDG du groupe Tod’s
« J’ai depuis longtemps un attachement
particulier à Paris où j’ai une maison. La ville
me fait penser, par certains côtés, à Rome :
magnifique et à taille humaine. Avec le petit
plus qui ne gâche rien : personne ne me
connaît quand je ne suis pas entouré d’Italiens. Je suis libre de prendre un café au
comptoir, tranquillement. »
LEITCH
u LUKE
journaliste à Vogue.com
« Comme les défilés ont lieu un peu partout
dans la ville, les gens de la mode la traversent de long en large. Mais quel spectacle !
Comme si vous preniez place dans un de ces
bus à touristes sauf que, étrangement, vous
êtes en train de travailler. Concernant la
mode, Paris représente la source, les fondations de l’industrie du luxe. Les “métiers”
(en français dans le texte, NDLR) sont installés ici. Toutes les capitales ont une
Fashion Week mais celle-ci est sans comparaison, elle est le berceau de toutes ! C’est
comme organiser les Jeux olympiques à
Athènes deux fois par an ! Quant à son problème de propreté, historiquement, si Paris a
toujours été plus ou moins crasseuse, c’est ce
qui lui donne un supplément d’âme. Les métropoles aseptisées n’ont pas de cœur. »
GORHAM
u BEN
fondateur des parfums Byredo
« Je suis né en Europe mais j’ai grandi
outre-Atlantique. En général, après un mois
à New York, Paris est le seul endroit où j’ai
envie de me rendre. À chaque coin de rue,
des deux côtés de la Seine, on est saisi par la
culture, l’histoire, l’architecture, tous ces
clichés qui n’en sont pas. Elle possède une
beauté à hauteur d’homme. De plus, son
multiculturalisme m’intéresse beaucoup. »
ALESSANDRO DELL’ACQUA
directeur artistique de Rochas
et créateur de N° 21
u
« Pendant la semaine des collections, du
premier au dernier jour, tout est très bien
organisé par la Fédération de la haute couture et de la mode. Hôtels, taxis, restaurants… La ville est au service de la Fashion
Week et tout cela semble si naturel pour les
Parisiens. »
ELISA LIPSKY-KARASZ
rédactrice en chef adjointe
de « Wall Street Journal Magazine »
u
« Qui ne voudrait pas venir à Paris ? Bien
sûr, neuf jours de défilés, c’est long mais je
préfère passer ce temps ici plutôt que n’importe où ailleurs dans le monde. Certes, il y
a souvent des embouteillages et le métro
n’est pas toujours très propre, mais j’habite à New York, alors, chez moi, c’est bien
pire ! Vos transports en commun sont bien
plus pratiques que le subway new-yorkais.
Sur un plan plus professionnel, journalistes, créateurs, marques, acheteurs, tout le
monde est là. Ce qui n’est pas le cas à New
York, à Londres et à Milan. Paris est un
passage obligé pour tous les acteurs de la
mode. Vous pouvez faire un maximum de
rendez-vous et de rencontres. C’est une
semaine très stimulante. » ■
+ @ SUR LE WEB
» Retrouvez tous les défilés en images
www.lefigaro.fr/madame
A
VALÉRIE GUÉDON vguedon@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
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MAN RAY TRUST/ADAGP, PARIS 2018 ; AURÉLIEN ARBET ; PETER ROSA ; JÉRÔME GALLAND ; COURTESY OF LEVI’S ; JEAN-FRANÇOIS JOSÉ ; JON EMMONY; IMAXTREE.COM ; PRESSE
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4
QUOI
DE
NEUF
CETTE
SEMAINE
PAGE RÉALISÉE PAR MADELEINE VOISIN AVEC ÉMILIE FAURE,
VALÉRIE GUÉDON ET ÉMILIE VEYRETOUT
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Tous les mercredis, la rédaction sélectionne pour vous le meilleur des sorties de la semaine : tendances mode,
nouveautés cosmétiques, objets de désir, expositions et lieux originaux.
ADRESSE
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Depuis le relancement de la griffe en
2012, il y avait déjà, chez Schiaparelli (1),
quelques pull-overs, clin d’œil aux premières créations des années 1920 de la
(toute) petite couturière italienne, éternelle rivale de Coco Chanel. Mais pas de
prêt-à-porter. Ça y est ! Story #1, inspiré
par l’œuvre de Man Ray (grâce à une
collaboration avec le Man Ray Trust), est
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Outre le vestiaire complet de tee-shirts
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Tél. : 01 76 21 62 60]
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Le western a le vent en poupe. L’affaire
commençait l’an dernier, quand la série
Godless offrait un dépoussiérage bien
mérité au genre. Cet automne, Jacques
Audiard avec ses Frères Sisters accomplit l’exercice avec panache. Logique-
ment, la mode a aussi dégainé dans ses
collections santiags, vestes frangées et,
surtout, les chemises country à empiècements décorés de Roy Rogers. Comme, ici, chez Hermès (9), qui brode
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qui revisite le vêtement des pionniers en une robe fluide de satin
(5 990 €. Tél. : 01 55 04 03 35). Ou encore chez Louis Vuitton (2) qui le transforme en manteau en cuir et peau retournée de cow-boy jet-set (9 000 €.
Tél. : 09 77 40 40 77).
AGENDA
MULTICASQUETTE
« Art et mode sont indissociables pour
nous. Le fait que l’art ne soit ni lié à un
propos fonctionnel ni à un acte commercial est quelque chose qui nous fascine »,
racontent Aurélien Arbet et Jérémie
Egry, fondateurs du label parisien
Études (3). Et pour cause, celui-ci invite
régulièrement, pour ses collections,
photographes, artistes et musiciens.
Leur dernier ouvrage, édité en collaboration avec Rizzoli, retrace leur parcours
créatif depuis 2012. Soit 256 pages et pas
moins de 200 images (des peintures de
Dike Blair aux clichés d’Ari Marcopoulos), essais et interviews, dont ceux de
Gus Van Sant et Mirwais du cultissime
Taxi Girl (When Études Becomes Form,
85 €. www.etudes-studio.com). Le
concept store Merci (7) a, quant à lui,
l’habitude de transformer son espace de
vente en lieu d’exposition. Jusqu’au
20 octobre, il voit la vie couleur tartan,
tapissé de carreaux du sol au plafond.
Ruez-vous sur la sélection de la saison
(Isabel Marant Étoile, Bsbee, Forte Forte…), et les trenchs et cabans réalisés en
exclusivité avec Loch Karon. De quoi redécouvrir ce tissu écossais chargé d’histoire, qui fut même interdit par les Anglais en 1747 avant d’être réhabilité au
début du XIXe siècle ! (111, boulevard
Beaumarchais, Paris IIIe).
PARFUM
FRANCO-AMÉRICAIN
La semaine dernière, elle était au Crillon
pour présenter sa nouvelle création :
l’héritière de l’empire de cosmétiques
Lauder possède aussi une marque de lifestyle (parfums, bougies, déco…) à son
prénom, Aerin (4). Éclat de Vert s’inspire
de ses vacances sur la Côte d’Azur, où sa
grand-mère Estée avait ses habitudes,
bouquet chiquissime de citron, de galbanum (la fameuse odeur de petit pois), de
chèvrefeuille et de magnolia. C’est frais,
un brin seventies (l’âge d’or de cette famille olfactive), opulent. Le mariage idéal
entre New York et le sud de la France.
[203 € les 50 ml. www.aerin.com]
ACCESSOIRE
EMPLETTES
Une dégaine de sac de courses… Le chic
en plus ! Le Cool Bag signé Gérard
Darel (5), fourre-tout aux lignes minimalistes, a tout de cet esprit fonctionnel,
sans déroger à la règle du style. Ou comment réjouir les baroudeuses urbaines
allergiques aux micropochettes. [Existe
en bordeaux, tabac et chocolat, 325 €.
www.gerarddarel.com]
COLLAB
BORN IN THE USA
Qu’y a-t-il de plus américain qu’un jean
Levi’s (8) ? « La marque incarne le
meilleur des États-Unis - l’optimisme,
l’intégration, le courage, l’authenticité et
la volonté, s’enthousiasme Jennifer Sey,
la directrice marketing. Des valeurs que
l’on retrouve aussi dans l’univers de Justin
Timberlake. Star mondiale, artiste à
l’épreuve du temps, il a su se réinventer
pour rester pertinent dans un marché du
disque capricieux, sans parler de son statut d’icône de mode. » Normal donc que
ces deux héros de l’Amérique se soient
alliés le temps d’une minicollection. Soit
une vingtaine de pièces, de l’iconique
501 retaillé « selon sa manière bien à lui
de le porter » (110 €) à la chemise à carreaux de bûcheron (80 €), en passant par
le sweat-shirt à capuche (70 €) et la fameuse veste Trucker Sherpa (140 €). Un
look de trappeur hipster que l’acteur et
chanteur multirécompensé aux Grammy
Awards a déjà adopté à la ville comme à
la scène et qui devrait séduire le plus
grand nombre. [Levi’s x Justin Timberlake Fresh Leaves, à partir du 4 octobre.
www.levi.com]
MAQUILLAGE
AVATAR
La planète beauté bouge sur Instagram,
avec de plus en plus de comptes qui révolutionnent les conseils pratiques et métamorphosent les images de la cosmétique
- jeter un œil à @guccibeauty qui, en plus
de mettre en avant les looks des défilés et
les nouveautés produits, recense la vision
hétéroclite du directeur artistique de la
griffe, Alessandro Michele. Dernier débarqué, l’ovni mené par la plus pointue (et
déjantée) des make-up artists du moment, Isamaya Ffrench. Déconcertant
– surtout pour les plus de 30 ans @Dazedbeauty (10) décrypte l’avenir du
soin et du maquillage à l’ère des réseaux
sociaux et des nouvelles technologies, et
diffuse son esthétique futuriste, fabriquée
essentiellement à partir de clichés numériques. Il y a quelques jours, cette plateforme communautaire a ainsi présenté ses
collaborateurs récurrents (dont Kate Moss
par l’artiste Jon Emmony, notre photo)
sous forme de portraits digitaux en 3D.
« Scroller » n’a jamais autant fait vieillir.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
CULTURE
mercredi 3 octobre 2018
33
Famille décomposée
CHRONIQUE « Nos batailles » met un père devant ses responsabilités familiales après le départ inexpliqué
de sa femme. Un film moral d’une grande bonté qui montre des gens justes avec précision.
LE CINÉMA
Éric Neuhoff
eneuhoff@lefigaro.fr
IOTA PRODUCTION/LFP – LES FILMS PELLÉAS/RTBF/AUVERGNE-RHÔNE-ALPES CINÉMA/HAUT ET COURT
G
Romain Duris, seul
face à sa progéniture
dans Nos batailles.
midi où elle s’était évanouie dans
la boutique de vêtements où elle
travaillait. La carte bancaire
d’une cliente avait été refusée :
on était à peine le 15 du mois. La
vie patauge. Un de ses équipiers
s’ouvre les veines. Sa fille ne parle plus. Sa mère lui confie le désarroi qui a été le sien, jadis.
Sa sœur, comédienne sans emploi, vient à la rescousse. L’énergique Lætitia Dosch secoue le
foyer, amuse les gamins, remonte
le moral du frangin. Dans une
scène, ils boivent du vin rouge. Ils
sont un peu perdus. Elle lui rentre
dedans. Il se moque d’elle, avec
ses rôles même pas payés. Soudain, ils se mettent à danser sur
Paradis blanc de Michel Berger.
Tout le monde a ses raisons
Romain Duris joue ce brave petit
soldat avec un naturel soufflant,
une sensibilité éperdue. Il conserve une dignité réconfortante, se
cogne contre les vitres, déborde
de tendresse, s’occupe beaucoup
trop des autres. L’espoir renaît
lorsqu’une carte postale atterrit
dans la boîte aux lettres. L’argent
manque. Faut-il aller à Toulouse
où on lui propose un nouveau
job ? On y va, les enfants ? Oui,
mais si maman revenait ? Nos batailles est un film moral par sa
grande bonté. Le talent de
Guillaume Senez (Keeper) réside
dans sa connivence avec les personnages. Comme chez Renoir,
tout le monde a ses raisons. C’est
là le drame. Il filme à la façon de
Romain Duris-Guillaume
Senez : « On a travaillé
sans scénario dialogué »
PROPOS RECUEILLIS PAR
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
Ils se prêtent en plaisantant à
l’exercice de la photographie
avant de revenir sur le tournage de
Nos batailles, présenté à la Semaine de la critique, au Festival de
Cannes, en mai dernier. Sous la direction du Belge Guillaume Senez,
Romain Duris joue Olivier,
contremaître dans une usine de
vente en ligne. Après le départ
soudain de sa femme, il doit s’occuper de leurs deux enfants.
D’après l’acteur, le réalisateur de
Keeper (2015) a une « façon un peu
dingue » de tourner. Explications.
LE FIGARO. – Comment est né
Nos batailles ?
Guillaume SENEZ. – J’écris rarement en pensant aux comédiens.
J’aime me surprendre et me demander qui pourrait incarner tel
ou tel rôle. J’ai très vite pensé à
Romain, il est très créatif et ose des
choix différents.
Romain DURIS. – J’avais trouvé
Keeper très fort et l’histoire m’a
plu. Guillaume nous donne un
« traitement », il n’y a pas de scénario dialogué. Cette méthode,
avancer en terrain inconnu tous
les jours avec les autres comédiens, inventer, proposer des choses, m’a attiré. Elle était cohérente
avec Guillaume.
Les comédiens ont juste
un canevas ?
G. S. – Un peu plus. Ils ont l’histoire, un séquencier, une trentaine
de pages. Le scénario sans les dialogues, mais ils en connaissent
tous les enjeux. Dès que chaque
acteur a trouvé son personnage,
c’est assez simple. On fait une première improvisation, on voit comment ça se passe, on adapte, on
trouve le rythme et petit à petit on
arrive à ce qui est écrit. Souvent,
c’est mieux, parce que chacun
vient avec sa créativité et sa personnalité et on retrouve cette
spontanéité qui me plaît.
R. D. – Ce qui est bien, c’est que
cette façon de travailler met tout le
monde au même niveau, force
l’écoute, l’interaction, l’invention, et à être encore plus le personnage. Parfois, on peut se planquer derrière des textes précis,
l’investissement n’est pas le
même. Là, il faut être à fond.
Le personnage est syndicaliste
et doit jouer son rôle de père.
Le film aurait pu basculer
dans le drame social…
R. D. – Les deux rôles se mélangent. À l’usine, il embarque
forcément l’absence de sa femme
qui a disparu du jour au
lendemain. Il est beaucoup plus
disponible et généreux avec le
syndicat et ses collègues qu’avec
sa famille. C’était beau comme
contradiction.
G. S. – Nos batailles, c’est le cœur
du film. On voit les répercussions
du monde du travail sur le cocon
familial, la femme, les enfants. En
tant que cinéaste, je tends toujours vers l’émotion, j’essaie
d’être dans l’intime, l’empathie.
Si on croit à ce qu’on voit, on
s’identifie plus facilement aux
personnages. L’empathie amène
l’émotion. C’est plus un film de
ressenti qu’un film théorique, militant. Je n’aime pas quand le réalisateur prend le spectateur par la
Cassavetes ces combats dont on
se dit peut-être à tort qu’ils sont
perdus d’avance. Il montre ces
vies si vraies, ces gens si justes,
cet avenir si flou avec une précision qui impressionne. ■
« Nos batailles »
Drame de Guillaume Senez
Avec Romain Duris,
Laure Calamy, Lætitia Dosch
Durée 1 h 38
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
chant, qui évolue. On peut imaginer avant de tourner qu’il est très
taiseux, qu’il a eu des problèmes
de communication. Il se remet en
question au contact des autres,
notamment des femmes, il devient un peu moins con ! (Faussement en colère) De toute façon, je
n’avais pas le choix avec ce processus de travail. Nous étions en
province, ça m’a fait basculer
dans une bulle ! C’était tous les
jours nouveau. Nous avions la pêche tout le temps.
G. S. – On se regardait après des
séquences qu’on redoutait en se
disant : « C’était un beau moment. »
Le réalisateur belge
Guillaume Senez
et Romain Duris.
F. BOUCHON/LE FIGARO
En tant
« que
cinéaste,
je tends
toujours vers
l’émotion,
j’essaie d’être
dans l’intime,
l’empathie.
Si on croit
à ce qu’on voit,
on s’identifie
plus
facilement
aux
personnages
GUILLAUME SENEZ
»
main et lui dit : « Ça, c’est bien, ça
non. » Le spectateur est assez intelligent pour se faire son chemin
lui-même.
gues, ça devient compliqué. Les
enfants, ça joue tout le temps, ça se
projette. Avec cette méthode-là, il
y a une connexion de fait.
Les acteurs participent donc
au scénario…
R. D. – Guillaume Senez n’est jamais dans le jugement. On n’est
pas intimidé de proposer des choses même si on est à côté de la plaque – on ne l’est jamais totalement. La description de la scène
est précise. Il faut un regard qui
nous guide. Bien sûr, il y a des prises moins riches que d’autres.
G. S. – C’est vrai que je leur
demande de travailler sans filet.
C’est rassurant de se dire que moi
je sais où on va car j’ai écrit les
dialogues. Mais on ne sait pas
comment on va y aller. On y va
ensemble avec les acteurs et
l’équipe technique. Deux ou trois
têtes sont toujours plus productives qu’une seule.
R. D. – C’est génial qu’il n’y ait pas
de texte. Les enfants se sont régalés. Il fallait juste les cadrer.
G. S. – Avec deux pages de dialo-
Intervenez-vous pendant
le tournage ?
G. S. – Il m’arrive de dire un mot,
mais le plus gros du travail, c’est
de trouver les personnages. Quand
ils sont là, ils sont justes, on parle
beaucoup entre les prises.
R. D. – Ce sont souvent des interactions entre les personnages. Cela
nous donne l’impression que les
mots ne sont pas forcément
cruciaux. L’échange forme une
situation.
G. S. – On a tourné trente-deux
jours. Pour être confortable, il
aurait fallu un ou deux jours en
plus. Le montage joue un rôle important, il y a des choix difficiles,
mais on sait que ce sera mieux ensuite. Ça reste dense, c’est un petit
film en termes de moyens.
Qui est vraiment Olivier ?
R. D. – C’est quelqu’un de très humain, maladroit et donc atta-
Où s’est déroulé le tournage ?
G. S. – Dans l’Isère, à l’usine
Spartoo, qui fait de la vente en
ligne comme dans Nos batailles.
C’est une jeune entreprise qui
n’est pas encore cotée en Bourse, il n’y a pas cette espèce de
flicage, de rentabilité. C’est
nous qui avons ajouté des portiques pour faire plus Amazon,
2.0. Les ouvriers étaient contents qu’on soit là, ils ont été figurants dans le film. On a travaillé main dans la main.
Vous êtes-vous appuyé
sur des références ?
R. D. – Nous sommes toujours habité par tout ce que nous avons
fait. Il y a Kramer contre Kramer,
très cinématographique, mais
c’est un film moins concret que
Nos batailles.
G. S. – Nous avons beaucoup parlé
du making-of de Kramer contre
Kramer. De Norma Rae, de Martin
Ritt.
R. D. – Je l’avais oublié celui-là…
Cassavetes, Une femme sous
influence.
G. S. – Oui, on a aussi parlé de
Keane, de Lodge Kerrigan, où un
père, Damian Lewis, recherche sa
fille tout au long du film. Pour la
mise en scène, j’aime beaucoup
Arnaud Desplechin, Patrice Chéreau. Ceux qui m’aiment prendront
le train me nourrit énormément. ■
A
rosse tuile. Sa femme
disparaît du jour au
lendemain. Elle aurait
pu prévenir, non ?
Olivier tombe de haut.
Il a les enfants sur le dos. Ce chef
d’équipe dans une entreprise de
vente par Internet (amélie.com :
on aura compris) a tellement de
choses à faire qu’il en avait un peu
oublié sa famille. Laura est partie
comme ça.
Romain Duris, dans un rôle à la
Lindon, ne sait plus où donner de
la tête. À l’usine, il défend ses collègues, même s’il n’ose pas toujours annoncer les mauvaises
nouvelles. À la maison, il doit apprendre quelles sont les céréales
préférées de sa fille. Le fils fait
pipi au lit. Il faut changer les
draps. Les journées n’ont que
vingt-quatre heures. Noël approche. Il faut décorer le sapin. La
DRH, brave fille dans le fond, réclame des heures supplémentaires. Olivier, avec son bonnet vissé
sur le crâne et son blouson au col
en mouton retourné, enseigne
aux nouveaux comment ranger
les paquets sur les étagères métalliques. Avec tout ça, le soir tombe
et les enfants n’ont pas fini leurs
devoirs.
Qu’arrive-t-il à l’homme moderne lorsqu’il se retrouve seul
avec sa progéniture ? Il n’a pas lu
Laurence Pernoud. Il met le linge
sale dans la machine, court partout, achète des pulls en solde. Le
quotidien est un gymkhana, une
course contre la montre. Pourtant, il y avait eu des signes
avant-coureurs. Le héros se rend
chez le médecin que consultait
Laura. Il y a eu aussi cet après-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
34 CULTURE
« La Saveur
des ramen » :
les beaux
fourneaux
« Je rêve de tourner
un film en France
dont le héros serait
un cuisinier japonais.
Je pourrais ainsi
manger français
et japonais ! »,
confie Eric Khoo
(ici en 2017, au
Festival de Cannes).
ALBERTO PIZZOLI/
AFP FORUM
CINÉMA Féru de cuisine, le réalisateur
singapourien Eric Khoo réconcilie
le Japon et son pays natal grâce à un plat
de nouilles. Rencontre avec un homme
jovial et optimiste.
aime voir frire l’ail au fond
du wok. » L’œil d’Eric Khoo pétille. Le
cinéaste singapourien adore cuisiner. Il
adore aussi manger. Khoo a un sacré
coup de baguette. Il a aussi un sacré bagout. Comment fait-il pour ne pas parler la bouche pleine ? Mystère.
Fin septembre, on le rencontre attablé au Ryukishin, rue Richelieu à Paris,
nouveau « spot nippon » salué récemment par l’exigeant critique gastronomique Emmanuel Rubin dans les colonnes du Figaroscope. Khoo est décidé
à goûter un ramen différent toutes les
deux heures. Il est arrivé bien avant
l’heure du déjeuner et attaque son
deuxième bol. Le chef Tatsuji Matsubara lui sert un shoyu ramen (bouillon au
soja) au homard, assaisonné d’une
pointe de citron et de tomate. L’extase.
L’équipe de La Saveur des ramen arrive
du festival de San Sebastian. « Formidable ! On s’est gavé de tapas avec les
distributeurs espagnols. » Khoo ne pense qu’à ça.
Le ramen est une soupe de nouilles
japonaise et c’est beaucoup plus que ça.
Khoo aime à citer l’historien Ben Rogers : «La nourriture est, après la langue, le marqueur le plus fort d’une identité culturelle. » Le ramen ramène le
cinéaste singapourien à son amour du
Japon. Enfant, dans le Singapour de la
fin des années 1960, tout juste indépendant, il ne rate jamais un épisode
d’Ultraman, ces super-héros japonais.
Aujourd’hui, celui qui a consacré un
beau film d’animation au mangaka japonais Yoshihiro Tatsumi aime tout de
ce pays à l’esthétique si raffinée. Les
jardins comme les meubles. « Cette
culture met tous les sens en éveil. »
A
Des secrets de famille déterrés
Dans La Saveur des ramen, il est question d’un autre plat traditionnel, singapourien celui-là : le bak kut teh. Une
soupe à base de porc. Masato, le héros,
est un jeune chef de ramen au Japon. À
la mort de son père, il part à Singapour, le pays de sa mère décédée
quand il n’était qu’un enfant. Il retrouve des oncles et des tantes, une grandmère maternelle revêche et rancunière. Il déterre des secrets de famille. Il
en profite aussi pour transmettre sa recette des ramen et apprend à préparer
le bak kut teh.
Khoo filme la cuisine comme une
chorégraphie, un rituel. Takumi Saito,
l’acteur qui interprète Masato, est luimême fils de chef cuisinier à Kyushu. Il
a l’habitude de cuisiner, mais, devant la
caméra d’Eric Khoo, c’est la première
fois qu’il préparait des ramen. « Il existe
différents types de passoires pour les
nouilles, explique-t-il. J’en ai acheté
plusieurs, et je me suis entraîné comme
pour un art martial. » Si Khoo aime
tourner vite (il a bouclé La Saveur des
ramen en dix-huit jours), il doit parfois
faire plusieurs prises. Une gageure pour
les acteurs attablés de longues heures.
« Au bout d’un moment, ils n’ont plus
faim et ne peuvent plus rien avaler », admet le réalisateur.
À de rares exceptions près (L’Aile ou
la Cuisse, Les Saveurs du Palais), la
France, pays du cinéma et de la gastronomie, n’a jamais excellé dans le film
culinaire. « Vous oubliez La Grande
Bouffe », glisse avec malice Khoo. Le
« séminaire gastronomique » de Marco
Ferreri n’est pas tout à fait l’œuvre d’un
gourmet. Quant à la fine gueule Claude
Chabrol, il aimait bien manger sur les
tournages, mais n’a jamais mis en scène
autre chose que les œufs au plat au paprika de l’inspecteur Lavardin dans
Poulet au vinaigre.
Le genre est au contraire une spécialité du cinéma asiatique. Le Taïwanais
Ang Lee (Sucré salé), le Franco-Vietnamien Tran Anh Hung (L’Odeur de la
papaye verte), les Hong-Kongais Tsui
Hark (Le Festin chinois) et Wong Karwai (Chungking Express), le Coréen
Lee Jeong-hyang (Way Home), les Japonais Juzo Itami (Tampopo, déjà à la
gloire du ramen) et Naomi Kawase (Les
Délices de Tokyo)… Ces cinéastes ont le
palais fin. Sans parler de l’importance
du repas dans le cinéma de Hirokazu
Kore-Eda, rituel qui réunit autour de
la même table la famille, recomposée
ou non (Still Walking, Tel père, tel fils,
Notre petite sœur). La transmission et
toute relation humaine passent par la
nourriture.
Avec La Saveur des ramen, Khoo a
voulu faire un film résolument optimiste. Il réconcilie une grand-mère et son
petit-fils, mais aussi le Japon et Singapour, deux pays dont les relations diplomatiques n’ont pas toujours été au
beau fixe – l’occupation japonaise durant la Seconde Guerre mondiale a été
marqué par des massacres.
Après La Saveur des ramen, Khoo a
réalisé pour HBO Asia l’un des six épisodes de Folklore, une série fantastique
peuplée de fantômes. Il projette d’écrire une nouvelle série, culinaire cette
fois, toujours pour HBO Asia. Une histoire d’amour entre une chef française
et un Singapourien. Il ne compte pas
rendre son tablier de sitôt. « Je rêve
aussi de tourner un film en France dont le
héros serait un cuisinier japonais. Je
pourrais ainsi manger français et japonais ! » En attendant, Khoo ne partira
pas avant d’avoir goûté le saké de
Kyoto offert par le chef de Ryukishin.
Manger et parler, ça donne soif. ■
 LA CRITIQUE
La madeleine de Proust n’a pas toujours la forme d’une madeleine. Elle
peut avoir le goût du ramen, bouillon à
base de nouilles très populaire au Japon. Où la saveur du bak kut teh, soupe
de porc très appréciée des Singapouriens. Masato (Takumi Saitoh, parfait
en jeune homme beau et triste), chef
dans un restaurant de ramen, Japonais
par son père, part à la mort de celui-ci
à Singapour. Il retourne sur les lieux de
son enfance. Sa mère, originaire de
l’île et décédée il y a longtemps, a laissé
un journal dans lequel elle a inscrit ses
recettes. Elle y a couché aussi son chagrin. Sa propre mère n’acceptait pas de
la voir épouser un Japonais. Le traumatisme de l’occupation japonaise durant la Seconde Guerre mondiale est
encore vivace. Eric Khoo filme une réconciliation sans grands discours. Il
met en scène un voyage culinaire, dans
l’espace et dans le temps, avec une délicatesse infinie et une gourmandise
contagieuse. Le pardon est au fond du
bouillon. L’appétit de (re)vivre vient
en mangeant. Depuis la séquence de
préparation des sushis dans L’Île aux
chiens, de Wes Anderson, on n’a jamais
eu aussi faim en sortant d’une salle de
cinéma. ■
É. S.
« La Saveur des ramen »
Drame d’Eric Khoo
Avec Takumi Saitoh,
Jeanette Aw Ee-Ping, Mark Lee
Durée 1 h 30
■
L’avis du Figaro : ○○○¡
Les autres
films
■ « CHRIS THE SWISS »
Drame d’Anja Kofmel, 1 h 25.
La réalisatrice suisse Anja Kofmel
reconstitue le parcours de son
cousin, Christian Wurtenberg,
un journaliste tué en 1992
en Croatie dans des circonstances
mystérieuses. Une enquête
fouillée et haletante mêlant
images d’archives et d’animation.
■
L’avis du Figaro : ○○○¡
N. S.
■ « BLINDSPOTTING »
Drame de Carlos Lopez Estrada,
1 h 35.
Collin a encore trois jours de liberté
conditionnelle à tenir. Il travaille
comme déménageur avec son
meilleur ami dans un Oakland
en pleine mutation. Dans la baie
de San Francisco, les bobos
chassent les habitants historiques.
Collin et Miles ne reconnaissent
plus leur quartier. Une chronique
rageuse et mélancolique
portée par ses deux acteurs
principaux Daveed Diggs (Collin) et
Rafael Casal (Miles), également
auteurs du scénario.
Prix de la critique au Festival
de Deauville.
■
L’avis du Figaro : ○○¡¡
É. S.
METROPOLITAN FILMEXPORT
ÉTIENNE SORIN
esorin@lefigaro.fr
URBAN DISTRIBUTION
J
« ’
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 3 octobre 2018
CULTURE 35
Larmes au point
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
I
l faut tout de suite s’accrocher au
nouveau film de David Oelhoffen,
Frères ennemis, au risque de se
perdre. Manuel (Matthias Schoenaerts) et Driss (Reda Kateb) sont
amis, ils ont grandi dans la même cité
de banlieue. Adultes, tout les oppose. Le
premier dirige un trafic de drogue, le
second est policier à la brigade des stupéfiants. Forcément, ils n’ont pas le
même point de vue sur la vie. D’autant
que leur copain commun, Imrane (Adel
Bencherif), est tué lors d’une fusillade.
Une intrigue qui a un air de déjà-vu.
Une guerre des clans obscure
Pas étonnant que David Oelhoffen soit
reparti bredouille de la 75e édition de
la Mostra de Venise, où son long-métrage était en compétition. Le réalisateur y avait déjà défendu en 2014 le remarqué Loin des hommes, d’après
l’œuvre d’Albert Camus. Pour ce nou-
veau polar noir, il dit s’être inspiré de
Gomorra, de Matteo Garrone (2008),
mais malgré une mise en scène musclée, il ne convainc pas.
Exceptés les deux personnages principaux, les autres sont tout juste esquissés et parfois difficiles à identifier. Sa
guerre des clans reste obscure et les
stratégies des protagonistes sont alambiquées. Ça s’entre-tue à tire-larigot
pour parler de fraternité, de pactes et
d’honneur, mais les scènes de violence
sonnent souvent faux. Quant aux rares
femmes, elles pleurent leurs morts.
En revanche, David Oelhoffen a l’art
de diriger les comédiens. Les deux
pointures sur lesquelles il a jeté son dévolu ont des « gueules ». Que Jacques
Audiard a su exploiter. Matthias Schoenaerts était un boxeur au chômage dans
De rouille et d’os et Reda Kateb – déjà
présent dans Loin des hommes –, le copain de Tahar Rahim dans Un prophète.
Une fois encore, Reda Kateb fait des
étincelles dans la peau d’un flic qui n’a
pas oublié ses origines. Le 10 octobre,
celui qui a reçu le César du meilleur second rôle pour Hippocrate de Thomas
Lilti, en 2015, sera dans L’Amour flou,
une comédie de Romane Bohringer et
de Philippe Rebbot. Matthias Schoenaerts, son partenaire barbu juste ce
qu’il faut, attire la lumière qu’il ait le
DAVID KOSKAS/ONE WORLD FILMS/BAC FILMS
THRILLER Avec « Frères ennemis », David Oelhoffen met face à face
deux anciens amis que tout oppose. Un polar peu convaincant.
Driss (Reda Kateb) est policier
à la brigade des stupéfiants et Manuel
(Matthias Schoenaerts), son ami
d’enfance, dirige un trafic de drogue.
crâne recouvert d’une capuche, dans
un parking souterrain ou entre deux
tours. Révélé par Bullhead, de Michaël
R. Roskam (2011), il jouera prochainement un détenu difficile dans Mustang
de Laure de Clermont-Tonnerre. ■
« Frères ennemis »
Thriller de David Oelhoffen
Avec Matthias Schoenaerts,
Reda Kateb, Sabrina Ouazani
Durée 1 h 51
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
Destins de femmes
ROMANCE Avec « Le Cahier noir »,
Valeria Sarmiento propose un mélodrame
qui manque un peu de rythme. Et la Cinémathèque
française, à Paris, lui consacre une rétrospective.
Lou de Lâage joue le rôle d’une jeune gouvernante amoureuse d’un noble.
MARIE-NOËLLE TRANCHANT
mntranchant@lefigaro.fr
P
■ « UPGRADE » Science-fiction
de Leigh Whannell, 1 h 40.
Dans un monde futuriste, Grey
(Logan Marshall-Green), un mécano
devenu tétraplégique après une
violente agression, recouvre l’usage
de ses membres grâce à un implant
intelligent. Leigh Whannell (Saw
S. DUSCIO/APOLLO FILMS
et Insidious) abandonne l’horreur
pour s’attaquer à une réflexion
sur le mythe de l’homme augmenté.
Malgré une trame assez convenue,
Upgrade reste une « mise à jour »
pertinente sur le transhumanisme,
dans la lignée de l’excellent thriller SF
d’Alex Garland Ex Machina.
■ L’avis
ROBIN CANNONE
du Figaro : ○○¡¡
■ « AMIN »
Drame de Philippe Faucon, 1 h 30.
Immigré en France, Amin (Moustapha
Mbengue) est arrivé du Sénégal
il y a neuf ans. Il effectue des travaux
dans le jardin de Gabrielle (Emmanuelle
Devos). Envoie l’argent au pays
où sa femme accepte cette situation.
Arrive ce qui doit arriver. L’improbable.
■ L’avis
du Figaro : ○¡¡¡
N. S.
■ « LE FANFARON »
Comédie de Dino Risi, 1 h 45.
Le chef-d’œuvre de Dino Risi
ressort en salle. Le charmeur
et bon vivant Vittorio Gassman
embarque le timide étudiant
Jean-Louis Trintignant à bord
de sa Lancia. Une traversée
de l’Italie du début des années 1960
dont la fin tragique n’a rien perdu
de sa force.
■ L’avis
du Figaro : ○○○○
É. S.
oison et poignards, complots et
vengeances, enfant aux origines mystérieuses, servante au
grand cœur, revers de fortune… Les signes ne trompent
pas. Avec Le Cahier noir, Valeria Sarmiento nous entraîne en plein feuilleton
mélodramatique. La réalisatrice chilienne reprend le flambeau de son mari, le
grand cinéaste Raoul Ruiz (mort en 2011),
dont elle fut longtemps la collaboratrice
et la monteuse. Elle puise à la même
source, l’œuvre du romancier portugais
Camilo Castelo Branco, qui avait inspiré à
Ruiz ses fabuleux Mystères de Lisbonne.
Le Cahier noir est axé sur le couple fusionnel formé par le petit Sebastian, orphelin de la noblesse portugaise, et sa
jeune gouvernante, Laura (Lou de Laâge).
Après l’assassinat de son tuteur à
Rome, Sebastian est confié au marquis de
Lusault (Niels Schneider), qui l’emmène
à Paris avec Laura. Follement amoureuse
du marquis qui l’a séduite, Laura tombe
gravement malade lorsqu’il l’éloigne
avec l’enfant pour épouser une femme de
sa condition, Suzanne de Montfort. Tandis que la marquise recueille Sebastian,
Laura est emmenée à Rome par un énigmatique médecin (Stanislas Merhar), en
réalité cardinal, qui a des secrets à révéler
sur la naissance de la jeune fille. Laura ne
songe qu’à retrouver Sebastian, mais la
Révolution française a éclaté, et elle n’est
pas au bout de ses aventures.
Élégance des décors et des costumes,
raffinement des lumières et des compositions de plans, le film séduit par son at-
ALFAMA FILMS
mosphère irréelle, très picturale, son
sens de la matière, étoffes ou feuillages,
qui fait habiter un monde frémissant de
sensations.
« Suspension d’incroyance »
Mais il manque le rythme qui nous emporterait dans les complications de
l’intrigue et le mouvement de l’époque
avec cette « suspension d’incroyance »,
condition du bonheur romanesque. Et
dès qu’apparaissent des personnages historiques, la reine Marie-Antoinette,
Charlotte Corday ou, pour finir, un improbable général Bonaparte joué par
Grégoire Leprince-Ringuet, on n’y croit
plus du tout. En revanche, Valeria Sarmiento cisèle finement les scènes intimistes, les sentiments, les élans et les déceptions, l’ardeur érotique, les rivalités
amoureuses et maternelles. Elle préfère
aux pétitions féministes, dit-elle, s’attacher à peindre des destins féminins.
On peut le voir en suivant son parcours à la Cinémathèque française, qui
lui consacre une rétrospective jusqu’au
7 octobre. De son documentaire El hombre cuando es hombre (1982), sur la
condition féminine en Amérique latine,
à son adaptation de Elle de Mercedes
Pinto (1995), en passant par Amelia Lopes O’Neill (1990) ou L’Inconnu de Strasbourg (1997), une vision audacieuse de la
femme et de l’amour. ■
« Le Cahier noir »
Romance de Valeria Sarmiento
Avec Lou de Laâge, Stanislas Merhar,
Niels Schneider
Durée 1 h 53
■ L’avis du Figaro : ○○¡¡
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
36 CULTURE
« The Seven-Ups »,
au pas de course
DVD Le seul film réalisé par le producteur
de « Bullitt » et de « French Connection »,
Philip D’Antoni, ressort dans un coffret. Un régal.
Bradley Cooper
et Lady Gaga
dans A Star is Born.
ÉRIC NEUHOFF eneuhoff@lefigaro.fr
L
Vedette à tout prix
CINÉMA Porté par l’interprétation magistrale de Lady Gaga, le remake
de « A Star is Born » réalisé par Bradley Cooper est une fable réussie.
A
OLIVIER NUC
£@oliviernuc
Star is Born, quatrième ! Après la version initiale réalisée
par William Wellman en 1937, des cinéastes comme George Cukor (en 1954)
et Frank Pierson (1976) s’y sont essayés
à leur tour. Aujourd’hui, l’acteur quadragénaire Bradley Cooper s’empare
de ce remake pour la première réalisation de sa carrière. Au départ, cette
nouvelle mouture devait être filmée
par Clint Eastwood en personne, avec
la chanteuse Beyoncé dans le rôle de la
star en devenir. Le film ne perd pas au
change, tant s’en faut, grâce à la présence de Lady Gaga. La chanteuse illumine le film du début à la fin grâce à sa
performance empreinte de naturel et
de charisme. Il faut dire que le sujet est
proche de ce qu’elle est, ou plutôt de ce
qu’elle a été : une musicienne aussi
douée qu’anonyme décidée à percer.
Dans le film, elle aurait pu interpréter
Je m’voyais déjà de Charles Aznavour
mais c’est avec un autre standard français, La Vie en rose, qu’elle tape dans
l’œil de celui qui va devenir son mentor et son époux.
Dans le rôle de Jackson Maine, Bradley Cooper lui-même qui a appris à
chanter et à jouer de la guitare. Son personnage, à mi-chemin entre Neil Young,
Bruce Springsteen et John Fogerty, est
un rocker américain adulé, qui propose
une americana authentique et remplit
les stades. En coulisses, c’est une autre
histoire : chapeau éternellement sur la
tête, Jack est un alcoolique drogué à la
recherche d’une rédemption que son
bagage familial rend difficile à atteindre.
Très convaincant dans le rôle, Cooper
s’est entouré du groupe Promise of the
Real, accompagnateurs de Neil Young
depuis 2014, qui donnent aux passages
en concert une réalité probante.
Célébrité 2.0.
Il serait paresseux de résumer la suite du
film à la simple dimension de mélo,
même si les codes du genre sont visibles.
En réalité, A Star is Born est une fable
cruelle et réaliste sur les dessous de la
construction d’une star. Complexée par
son physique, Ally (Lady Gaga) ne peut
compter que sur la force de ses chansons, encouragée par un homme doté
d’une belle sensibilité. Le show-business à l’américaine aura tôt fait de dévorer cette oie blanche et de la soumettre
aux contraintes de la célébrité 2.0. On la
relooke, on passe ses chansons à la moulinette, lui impose des danseurs et des
chorégraphies clinquantes. On pense à
Taylor Swift, mais aussi à Lady Gaga
elle-même qui a sacrifié Stefani Germanotta sur l’autel de la gloire.
Pourtant, Cooper n’utilise jamais le
destin personnel de la chanteuse à ses
dépens dans la construction du personnage. Au contraire, Lady Gaga offre une
candeur qu’on ne lui connaissait pas :
c’est ce qui rend son interprétation si
bouleversante, et pas seulement dans les
scènes musicales. Condamnée par le système à devenir un avatar monstrueux,
elle assiste, impuissante, à la dérive de
l’homme qui l’a portée sans pouvoir véritablement l’aider. La scène de la cérémonie des Grammy Awards, très réussie,
fixe le point de rupture de leur histoire
d’amour. Forcée de sourire à côté d’un
mari qui s’oublie, elle renonce à la possibilité de revenir à la naïveté et à la fraîcheur qui faisaient le charme de leur
rencontre dans un bar de travestis. ■
« A Star is Born »
Musical de Bradley Cooper
Avec Lady Gaga, Bradley Cooper
Durée 2 h 16
■ L’avis du Figaro : ○○○¡
e bonhomme avait la main.
Philip D’Antoni avait produit
Bullitt et French Connection.
C’est dire que les poursuites
de voitures, il connaissait. Il
y en a une dans The Seven-Ups (1973),
le seul film qu’il réalisa. Elle est d’anthologie. Une Pontiac Grand Ville et
une Venture Hatchback taillent la
route en plein New York. Roy Scheider est au volant. Il crispe ses célèbres
mâchoires de requin-marteau. Avec
son équipier Tony Lo Bianco (Les
Tueurs de la lune de miel), ce flic, qui
mâchouille des bonbons, enquête sur
les kidnappings de mafieux. Des petits
malins réclament une rançon.
Manhattan est filmé comme on savait le faire à l’époque, avec des prises
de vues à la sauvette, des passants qui
ne se doutent de rien. L’atmosphère est
poisseuse comme il faut, avec deux
scènes mémorables dans un car-cash et
un méchant au rictus bien vicelard, Richard Lynch. On en a pour son argent.
Ce Philip D’Antoni, disparu en avril
dernier, était une sacrée personnalité.
Carte blanche
Au début, il voulait Spencer Tracy
pour le rôle qu’aura Steve McQueen. Il
comptait tourner à New York ;
McQueen ne voulait pas quitter Los
Angeles. Le maire de San Francisco,
nouvellement élu, mit tout le monde
d’accord en leur donnant carte entièrement blanche. Les Ford Mustang
doivent remercier ce monsieur.
D’Antoni remet ça avec French
Connection qui obtient cinq oscars.
Pour l’anecdote, il avait confondu
Francisco Rabal et Fernando Rey. Il y
a des erreurs qui sont fructueuses. Un
de ses projets fut Cruising, qu’il abandonna après l’avoir proposé à un jeune
homme qui n’avait encore rien fait,
Steven Spielberg. On imagine ce
qu’aurait donné le résultat. ■
The Seven-Ups, Wild Side,
livret de Philippe Garnier.
WILD SIDE
WARNER BROS
Il a commencé sa carrière en distribuant
le courrier chez CBS. Il a tâté de la radio.
Pour la télévision, il réalise des documentaires sur Liz Taylor à Londres, Sophia Loren à Rome, Melina Mercouri en
Grèce. La production l’attire. Cela lui
réussit : il se lance dans Bullitt.
The Seven-Ups contient une poursuite de voitures d’anthologie en plein New York.
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LE FIGARO
TÉLÉVISION
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
France 3 rediffuse ce soir un documentaire émouvant consacré l’année dernière à Aznavour
par le producteur et auteur-compositeur Humbert Ibach, qui fut un ami du monstre sacré disparu lundi.
Une passion
française
BLAISE DE CHABALIER £@dechab
I
l m’avait confié récemment : “Moi,
je veux vivre jusqu’à 130 ans.”
Malheureusement, le destin en a
décidé autrement », confie au Figaro le réalisateur, producteur et
auteur-compositeur Humbert Ibach.
Cet ami de longue date de la star disparue dans la nuit de dimanche à lundi est
l’auteur de Charles Aznavour, l’intégrale, réalisé l’année passé et rediffusé ce
soir sur France 3. C’est d’abord et avant
tout l’histoire d’un fils d’émigrés arméniens né à Paris que rien ne prédisposait
à devenir l’un des plus grands auteurs,
compositeurs et interprètes de la chanson française que raconte ce film de
deux heures. « Ce documentaire est, je
crois, très vivant et complet. On y trouve
les chansons les plus marquantes de sa
carrière illustrées par des interviews qu’il
avait données à différents moments de sa
vie », dit Humbert Ibach.
Cerise sur le gâteau, Aznavour, 92 ans
à l’époque, apparaissait dans sa maison
du sud de la France, à Mouriès. On le
voyait dans son studio
privé, où il ne cessa jamais de composer et
d’écrire. Mais sa belle
○○○○
propriété des Alpilles
était aussi un lieu familial. Entouré de sa femme, Ulla, avec laquelle il vivait depuis un demi-siècle, de
ses enfants et petits-enfants, il affichait
bonheur et sérénité. « On le voit se livrer
de façon très simple. Il travaillait tous les
jours, mais il savait aussi décompresser
en famille », glisse Humbert Ibach.
Le film retrace le chemin long et difficile d’Aznavour. Sa voix lui causa du tracas, elle fut critiquée avec véhémence.
« Il n’était même pas attendu au tournant,
on disait que jamais il n’aborderait la ligne
droite du succès », explique Philippe
Bouvard dans le documentaire. « On dis-
«
Chaînes info | Lundi |
I
l était exactement 14 h 30,
à l’heure du café, lorsque Jack
Lang intervint à l’antenne,
sur LCI, émotion non dissimulée :
« Je suis terriblement touché. Je l’ai
vu la semaine dernière, il était en
pleine forme, sa vigueur intellectuelle
intacte. Il s’apprêtait à aller à Erevan
à la conférence sur la francophonie
avec le président de la République et
entreprendre d’autres tournées […].
Ce n’est pas possible qu’il ne soit
plus là, je ne peux pas le croire […].
C’était un personnage d’exception
qui pouvait résister à tout.
Sa disparition est inimaginable,
je refuse de croire ça. » Il ajoute :
« Excusez-moi, j’ai du mal à parler
car j’ai le souffle coupé. »
L’ex-ministre de la Culture avait
les jambes coupées. Comme les gens
dans la rue, interrogés ici et là :
« Ses chansons nous donnent encore
la chair de poule. Un répertoire
sur le désarroi de l’âme et du corps. »
Charles Aznavour était de son
temps et peut-être de tous les
temps. Il avait sa nécro anthume.
Il a caressé nos sentiments parfois
d’une manière un peu rude.
Et les hommages bruinent partout
en France, et elle frissonne,
la France. Jean Cocteau aurait dit
de lui : « Avec lui, le malheur devient
palpable. » Oui, avec lui, le banal
ne côtoyait pas le vulgaire. Il avait
cette fraîcheur mélancolique, avait
épousé et dépoussiéré l’amour. Ses
refrains sont sur toutes nos lèvres,
ses textes dans nos mémoires,
ses chansons - sortes de scénarios,
courts-métrages –sont descendues
dans la rue. Il nous a emmenés où ?
Eh, bien chez nous. Et peut-être
ailleurs. Son talent est de nous avoir
« aznavourés ». On le fredonne,
bourdon dans l’oreille. N’avait-il
déclaré : « Je ne voulais pas être
célèbre, je voulais être aimé » ?
L’avantage - ou le défaut des chansons, c’est qu’elles fixent
des sentiments. Des souvenirs.
Ça nous chamboule. Et parfois,
ça nous emmerde.
LE BUZZ TV
Charles Aznavour
en 2017.
JOEL SAGET/AFP
21.00
cutait ma voix, qui était
cassée et éraillée, mais en
même temps on admirait celles des Américains qui étaient aussi cassées et
éraillées ! » confiait le chanteur. S’est-il
senti humilié ? « Je ne l’ai pas perçu comme ça. Je l’ai pris pour de la xénophobie. »
Pour s’imposer, « se faire aimer », comme il le disait, il travaillait avec la rage de
celui qui veut conjurer le sort.
« Vous mordez dans les mots »
Cette lutte transparaît de façon omniprésente dans son répertoire. La Bohème, par exemple, où il chante : « Nous ne
mangions qu’un jour sur deux. » Mais
aussi Je m’voyais déjà ou encore, bien
sûr, Mes emmerdes, succès dans lequel il
porte un regard attendri sur ses débuts.
Idem pour Sa jeunesse, quand il chante :
« Il faut boire jusqu’à l’ivresse sa jeunesse […]. Tous les instants de nos vingt ans
nous sont comptés. »
Une jeunesse marquée à tout jamais
par la rencontre avec Édith Piaf, alors
qu’Aznavour formait un duo avec Pierre
Roche. Lors d’une interview de la fin des
années 1960, le chanteur confiait :
« Édith Piaf, c’était un orage d’été, une
femme qui surprenait toujours. Elle
n’aimait pas tellement le jour, elle avait
fait son soleil des projecteurs. » La pre-
mière fois qu’elle l’a entendu, se souvenait-il, elle lui a dit : « J’aime comme
vous chantez parce que vous mordez dans
les mots comme moi. »
Cette agressivité, Aznavour la revendiquait. Elle l’a aidé à afficher ses convictions, comme dans sa chanson Comme ils
disent. « À l’époque, c’est un engagement » contre l’homophobie, disait-il.
Une agressivité qu’il n’a jamais voulu
tourner contre les autres, mais qui lui a
toujours permis d’aller de l’avant. Notons qu’une interview d’Aznavour, qu’il
avait donné en juin dernier pour « Face
camera », sera également rediffusée samedi sur France 3 de 14 h 30 à 15 heures. ■
« Opération finale », la banalité du mal
Ben Kingsley et Oscar Isaac au cœur d’un troublant duel psychologique entre Eichmann et ses victimes.
tionnaire nazi Adolf Eichmann. L’architecte de l’Holocauste supervisa l’acheminement par trains de millions de Juifs
vers les camps et leurs chambres à gaz.
es circonstances de la capture
d’Adolf Eichmann sont si draSorti en salle aux États-Unis fin août,
matiques qu’elles semblent sordistribué ailleurs dans le monde par la platies d’un film. Pourtant, cela
teforme SVOD, Opération finale a clôturé
s’est vraiment prole dernier Festival du cinéma
duit », souligne Chris Weitz.
américain de Deauville. La reAvec Opération finale en ligne ce
constitution s’articule comme des
matin sur Netflix, le réalisateur
poupées russes mêlant suspense
○○○¡
américain, ex-spécialiste des
pur et face-à-face existentialiste
blockbusters pour ados Twilight 2
entre Adolf Eichmann (Ben
et La Boussole d’or, ravive dans les méKingsley) et son kidnappeur l’agent Peter
moires un des épilogues les plus extraorMalkin (Oscar Isaac). L’enlèvement clandinaires de la Seconde Guerre mondiale.
destin en pleine rue d’Eichmann, qui néLa capture en 1960, en Argentine, par les
cessite que l’ex-SS ne puisse pas prononservices secrets israéliens du haut fonccer un mot et donner l’alerte, alimente un
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
L
«
Invitée : Élise Lucet
interviewée par Philippe Larroque
et Damien Canivez aujourd’hui sur :
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
VERTICALEMENT
1. Infâme greffier chez Rabelais,
il fit ensuite la sourde oreille chez
La Fontaine. - 2. Épouse la forme
de vos yeux. - 3. Bien secouer.
Arme de combattant gaulois. - 4.
Marque de coup de pied. Roche de
la Cappadoce. Donne du mal. - 5.
Tirée au clair. Coup de sang passé.
Dans Jules et dans César. - 6.
Établît la connexion. Pays liés à
l’Europe par la convention de
Lomé. Du liquide en Roumanie.
- 7. Il a mis vingt ans pour reformer son couple. Orientée. - 8.
A un effet ithyphallique. Gaulois.
1
1
2
3
4
5
6
7
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4846
HORIZONTALEMENT 1. Faluches. - 2. Étudiant. - 3. Négresse. - 4. Dru.
Leur. - 5. Imbu. Sic. - 6. Lorry. To. - 7. Liesse. - 8. Ée. Séria. - 9. Maroni. - 10.
emuF. Dur. - 11. Noé. Hèle. - 12. Tartares.
VERTICALEMENT 1. Fendillement. - 2. Atermoie. Moa. - 3. Lugubre.
Muer. - 4. UDR. Urssaf. - 5. Ciel. Yser. Ha. - 6. Hases. Éroder. - 7. Ensuit.
Inule. - 8. Stercoraires.
9
10
11
12
2
3
4
5
6
7
8
thriller historique, soigné. Classique mais
mené tambour battant, le film revient sur
l’improbable hasard qui mit le dignitaire
du IIIe Reich, réfugié en Argentine sous
une fausse identité, sur les radars de l’État
hébreu. Son fils, le jeune Klaus Eichmann
sortait avec une jeune femme. Sans savoir
que le père de sa soupirante était un Juif
allemand pour qui le patronyme Eichmann était de sinistre mémoire.
Fin manipulateur
La fiction vibre par le duel psychologique
entre Eichmann et Malkin qui doit obtenir son consentement écrit pour l’extrader et le juger en Israël. Là où ses collègues refusent de parler au monstre, qui a
été le bourreau de leurs proches, et le
BRIDGE
brutalisent, Malkin le nourrit, le rase, lui
adresse la parole. Une relation où pour
obtenir ce qu’il veut, il doit révéler à son
prisonnier ses failles que ce dernier
exploite en fin manipulateur.
« Ce maître de l’horreur s’avère un être
humain ordinaire chétif, tassé sur sa chaise, qui tient à sa famille », note Oscar
Isaac. À ceux qui lui reprocheraient d’humaniser Eichmann, Chris Weitz pointe du
doigt la banalité, comme dirait Hannah
Arendt, des hommes du IIIe Reich. « Des
opportunistes qui ont commis des crimes,
guidés par leur idéologie, et non des psychopathes-nés », pense-t-il. Son film, où
apparaissent aussi Mélanie Laurent et la
star de Fauda, Lior Raz, interroge in fine
sur la possibilité d’obtenir justice. ■
Mercredi 3 octobre
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
PROBLÈME DE DÉFENSE N° 2928 : Pas de mauvais cas
D5
A5
R 10 4 3 2
A V 10 9
O
N
S
E
Contrat : Sud joue 5 Carreaux.
V 10 8 7 6 2
RV9
A
RD6
La séquence (Tous vuln.) :
Sud Ouest Nord
Est
3 passe 5
Entame : As de , coupé. Sud joue pour votre As (Ouest
défausse un ) et vous insistez à , coupé derechef.
Le déclarant joue maintenant pour son 9 que vous
prenez de la Dame. Et maintenant ?
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2927 : Contre un bon joueur…
Contrat : Sud joue 6 Piques.
Entame : Valet de pour votre As (le 8 en Est). Les atouts sont 2-2 et les 4-4 (car Ouest
gardera son 10 et Est sa Dame). Découvrez deux lignes dignes de ce nom.
Première ligne : éliminez les puis les et encaissez As-Roi de (la Dame a environ une
chance sur dix de tomber, ce n’est pas zéro…) puis, si la Dame n’apparaît pas, ressortez du
Valet de . Si le détenteur de la Dame de n’a pas d’honneur à , vous êtes cuit. Il aura plus
souvent un honneur que deux. Et sa meilleure défense va consister à partir d’un honneur,
qu’il en ait un ou deux. Donc, contre un bon joueur, vous devez
D 10 9 6
prendre son honneur et faire l’impasse au deuxième honneur
RV6
sur son partenaire.
R92
Deuxième ligne : purgez les atouts, jouez pour le Roi et pour
R63
85
l’As, puis pour le Roi, coupé et sortez à . Dès qu’Est doit 4 3
N
D 10 8 2
prendre la main (parce qu’il a cinq ou les deux honneurs à 9 5 4
O E V65
ou encore la Dame troisième et qu’il a omis de la fournir - un tel D 8 7 4
S
V 10 9 5
D874
geste n’ayant rien d’évident à la cinquième levée, sauf pour un
ARV72
bon joueur), vous avez gagné. Si c’est Ouest qui prend la main,
A73
il vous reste la chance de la Dame de bien placée.
A 10 3
A2
A
« Mort de Charles
Aznavour »
HORIZONTALEMENT
1. Éminence entre deux arcades.
- 2. Se produit selon un rythme
uniforme. - 3. Première en lettres.
- 4. Vieille boîte aux lettres.
Dangereux récif à proximité de
son envers. - 5. Attachement
fervent. Mis hors de portée. - 6.
N’a pas été blanchi. Point de nonretour. - 7. Poussé à l’action. Carré
d’épaules. - 8. Fragment d’archipel.
Pieuses initiales. - 9. Conte des
faits. - 10. Accent des Pyrénées.
Réaction chimique palindrome.
- 11. Ils ne perdent pas leur queue
à l’état adulte. - 12. Prise en
grippe.
37
L’hommage au grand Charles
BIEN VU
PROBLÈME N° 4847
mercredi 3 octobre 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
38 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-Gérard
Soleil : Lever 07h53 - Coucher 19h25 - Dernier quartier de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag 20.50 C’est Canteloup
18.45 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton.
21.00
21.00
Série. Policière
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
Série. Drame
Documentaire. Musical
18.55 10 couples parfaits. Jeu 19.55
Nos chers voisins. Série.
MATIN
21.00 Joséphine, ange gardien
Série. Comédie. Fra. 2001. Saison 5.
Avec Mimie Mathy, Natalia Dontcheva. Joséphine vient en aide à Brigitte, qui va bientôt sortir de prison
et souhaite retrouver son fils.
13
30
14
14
13
EU. Avec Joe Mantegna, Matthew
Gray Gubler, Kirsten Vangsness,
A.J. Cook, Paget Brewster, Paget
Brewster. 2 épisodes. L’unité d’élite
se rend à Saint-Louis pour enquêter
sur un quadruple homicide.
22.55 Esprits criminels Série.
Policier. La fin d’une histoire 23.40
Blacklist. Série. 3 épisodes.
18.30 L’info du vrai (C) 19.50 L’info
du vrai, le mag (C) 20.50 Le JT pressé
(C) 20.55 Catherine et Liliane (C)
Nina
Fra. Saison 4. Avec Annelise Hesme,
Thomas Jouannet, Julien Boisselier,
Christian Vadim, Nina Melo. 2 épisodes. Inédits. Antoine Auber, le père
de Nina, est victime d’un infarctus
qui le conduit en soins intensifs.
23.00 Nina Série. Le lendemain de
la veille - Deuxième chance 0.45
Meurtres au paradis. Série.
19.00 Les couleurs du Maroc 19.45
Arte journal 20.05 28 minutes 20.50
50 nuances de Grecs. Série.
21.00
Charles Aznavour,
l’intégrale
23.05 Soir/3 23.30 Pièces à
conviction Magazine. Inédit 0.45
Des racines et des ailes. Magazine.
22.20 C dans l’air. Magazine 23.30
C à vous 0.25 C à vous, la suite. Mag.
20.55
Film. Comédie
21.00
Film. Drame
Divertissement
19.00 Les vacances des Anges 3 : viva
España ! 19.55 The Big Bang Theory
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APRÈS-MIDI
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20.55 Témoin à abattre
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22.50 Droid War. Film TV. Action
0.40 Sniper : Special Ops. Film TV.
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Film TV. Action. EU. 2016. Réal. : K.
Waxman. 1h35. Avec S. Seagal. Des
agents d’élite chargés de protéger
un baron de la drogue se retrouvent
au centre d’une embuscade.
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20.50 La grande librairie
Magazine. Littéraire. Prés. : François
Busnel. 1h25. Inédit. François Busnel
reçoit, ce soir, Laurent Gaudé Salina,
Roberto Saviano, Boualem Sansal,
Emmanuel Carrère.
18.30 La meilleure boulangerie de
France. Jeu 19.45 Le 19.45 20.25
Scènes de ménages. Série.
11
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite 20.20 Entrée libre. Magazine.
Réal. : H. Ibach. 2017. 2h. Charles Aznavour était l’artiste français le plus
connu à travers le monde. Ce documentaire retrace la carrière de l’inoubliable interprète de «La Bohème».
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22.50 Joséphine, ange gardien. Série
0.40 Confessions intimes. Mag.
Esprits criminels
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19.05 Les maîtres de l’auto. Série
documentaire.
Les nouvelles
Phœnix
Le meilleur pâtissier
aventures de Cendrillon All. 2014. Réal. : Christian Petzold. Prés. : J. Vignali. 2h25. God Save
Fra. 2017. Réal. : Lionel Steketee.
1h30. Inédit. Avec Marilou Berry, Josiane Balasko. Julie décide de raconter à sa façon l’histoire de Cendrillon
au petit garçon dont elle a la garde.
1h38. Avec Nina Hoss, Ronald Zehrfeld, Kathrin Wehlisch. Juin 1945. Une
chanteuse, seule survivante d’une
famille déportée à Auschwitz, se
met en quête de son mari.
the Cakes. Inédit. Les pâtissiers se
mettent à l’heure anglaise ! Dans
l’épreuve du classique revisité, les
candidats devront réinterpréter le
péché mignon de la reine Elizabeth Ire.
22.35 L’école buissonnière Film.
22.30 Beuys Film. Documentaire
0.15 Pour quelques dinars de plus.
Film TV. Comédie dramatique.
23.25 Le meilleur pâtissier : à
vos fourneaux ! Divertissement.
Comédie dramatique 0.25 Guyane.
Série 2.20 Surprises 2.45 Zapsport
25
T (en °c)
20.50 Retour
à l’instinct primaire
<-10 à 0
Téléréalité. 2h00. Croatie : Pascal et
Lea. Inédit. Pascal et Léa vont tenter
de survivre dans la forêt. - Afrique
du sud : Laurent et Valerie. Inédit.
22.50 Retour à l’instinct primaire.
Téléréalité.
Inédit 0.40 Incroyables gâteaux
19.20 Rénovation impossible.
Perdre la face - Le cœur sur la main.
19.20 Quotidien, première partie
19.40 Quotidien. Talk-show.
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec Karina Marimon.
19.05 TPMP : première partie 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Burger Quiz
21.00 Enquêtes criminelles
21.00 Strike !
Jeu. Présentation : Alain Chabat.
2h45. Des candidats joyeusement
assistés par des personnalités tentent de remporter un maximum
de «Miam».
23.45 90’ enquêtes 0.50 Plongée
dans les coulisses de Marineland
Magazine. Société. Prés. : Nathalie
Renoux. 2h10. Inédit. Au sommaire :
«Affaire Godest : sortie de route»
- «Affaire Dalmasso : mystérieux
meurtre sur la Côte d’Azur».
23.10 Enquêtes criminelles. Mag.
Affaire Daval : un pacte familial ?
SU DO KU
GRILLE 2682 MOYEN
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SOLUTION DU N° 2681
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POÉSIE
URBAINE
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REVENU
VITE PARTI
NOTIONS
JEUNE
FILLE
COUVENT
AU TIBET
par téléphone :
LIVE 24/24 SUR
et sur
2,99 €/appel
OISEAU DE
NOS
JARDINS
MYOPE
FEMMES
DIVINES
JOUR DE
LOISIR
ATTACHÉ
AUX COUTUMES
GROSSIT
ÉTATS DU
GOLFE
PERSIQUE
ORNE
ET LE
RESTE
AUX YEUX
DE TOUS
PHILOSOPHE GREC
BLOC
GLACÉ
REGISTRE
COMMERCIAL
DANSE
AFROCUBAINE
LE 81
TROISIÈME
FOIS
ÊTRE
ÉTENDU
CHAÎNE
DE RADIO
IL
EST PRÉFÉRABLE À
LA FORCE
MISE EN
CUBES
TOUT VA
BIEN !
JURA OU
FIT LE ROI
BOUCHES
D’OISEAUX
MAMELLE
PETITE
TERRE
DEVANT
UN PÈRE
ADVERBE
L’IRIDIUM
CHIFFRES
ROMAINS
SONT DE
BONNE FOI
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BOIS EN
PANNEAU
TOUT
COMPRIS
DIEU SUR
LE NIL
COLORE
UN VIN
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lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
DOUCE
FEMELLE
JEU
CHINOIS
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SAMEDI
8/22
FORCE 2
DISSIMULÉES
ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
TUNIS
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22.05 Storage Wars : enchères surprises. Téléréalité.
23.50 Langue de bois s’abstenir.
Magazine. Prés. : Philippe Labro.
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Téléréalité. 1h05. Relooking extrême. Inédit. - Far West, vintage
et bonnes affaires. Inédit. - Jeunes
chiens fous.
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VENDREDI
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21.00 Storage Wars :
enchères surprises
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
JEUDI
MOTS FLÉCHÉS N°2091
Chaque jour un peu plus difficile
3
Jeu. Prés. : Lagaf’. 2h50. Il y a quelques nouveautés cette saison, dont
une «question cash» avec laquelle
les candidats peuvent gagner en
quelques secondes de l’argent liquide.
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ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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B R A I L L A I
A B E I L L
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T A L O N N E U
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LE FIGARO
mercredi 3 octobre 2018
39
Lola Rykiel, petite fille
JULIEN CELICE/PIXEL GUIDE
de Saint-Germain-des-Prés
SUCCÈS Elle s’est affranchie de l’héritage familial, et notamment
de celui de sa grand-mère, Sonia Rykiel, en partant à New York
où elle a créé une agence de relations publiques.
Marion Galy-Ramounot
mgalyramounot@lefigaro.fr
E
lle a grandi dans un dressing géant
peuplé d’effets et de strass. Pourraitil en être autrement ? Ses grandsmères s’appellent Sonia Rykiel et
Joan Burstein. La première, décédée
en 2016 à 86 ans, a soufflé la libération de la femme sur le vêtement rive
gauche. La seconde, très respectée
fondatrice du grand magasin Browns à Londres, a
- entre autres - découvert John Galliano et Alexander
McQueen. « J’ai été élevée par des femmes dans un univers où tout était visuel », résume Lola Rykiel-Burstein, 32 ans, veste et pantalon Sonia Rykiel, chaussures Prada, léger accent britannique, assise à une
terrasse de la place Saint-Germain-des-Prés.
Elle aurait pu se contenter de la grande vie de « fille
de » Parisienne. Nourrie, logée, vêtue par ses parents,
Nathalie Rykiel et Simon Burstein. Habituée dorée du
Café de Flore et du Montana. Mais elle a « vraiment »
voulu être fleuriste, puis danseuse – un projet qu’elle
abandonne après un cursus américain d’excellence à
la Martha Graham School, estimant qu’elle n’est pas
« assez bonne ». À 25 ans, elle quitte définitivement la
rue des Saints-Pères, fief de la modeuse famille dans le
VIe arrondissement de Paris. L’émancipation passe
par New York, d’abord en tant que directrice de la
communication de Sonia Rykiel, certes. Mais pour y
monter, six ans plus tard, sa propre agence de relations publiques. Ce besoin de faire quelque chose par
elle-même, « à peu près au moment où (sa) grand-mère Sonia est partie ». « J’avais envie de parler d’autre
chose, de bijoux, de fleurs, de lifestyle, d’agrandir mon
horizon artistique ». « J’ai découvert une personne profondément chaleureuse, simple et libre », dit d’elle Garance Doré, blogueuse mode souvent croisée à Manhattan. Là-bas, elle gagne en maturité et en confiance.
« J’ai rencontré des tas de filles pragmatiques qui, sans
être naïves, avancent, et avancent encore, sans tout le
temps se remettre en question, se comparer, se dévaluer ; il y a moins d’états d’âme qu’à Paris. »
À l’époque, sa mère encourage volontiers l’affranchissement. « J’ai voulu que mes trois filles trouvent leur
chemin », précise Nathalie Rykiel. Tatiana, l’aînée, est
professeur de yoga ; Salomé, la cadette, est normalienne et étudie à l’EHESS. « Lola a toujours été créative, intuitive, positive, dans l’air du temps, sachant trouver ce qui est juste pour elle et pour les autres », étaye
l’ex-présidente de Sonia Rykiel aujourd’hui écrivain.
« J’aime bien aller doucement »
Pour l’instant, Lola Burstein-Rykiel n’a que deux
clients dans son agence créée en 2016 et baptisée Le
Chocolat Noir en hommage à la friandise préférée de
sa grand-mère. « J’aime bien aller doucement », justifie-t-elle. Bien sûr, la maison de couture familiale a
été la première à faire appel à ses services pour gérer
son image aux États-Unis, suivie par la marque de bijoux parisienne Marie-Hélène de Taillac. « J’ai choisi
Lola parce qu’elle était bien introduite à New York, bien
Bio
EXPRESS
1986
Naissance à Paris.
2007
Intègre un cursus
de danse à la Martha
Graham School
à New York.
2011-2016
Prend le poste de
directrice des relations
publiques de Sonia Rykiel
à New York.
2016
Fonde sa propre agence
de relations publiques
Le Chocolat Noir.
2017
Mariage à Paris.
sûr, mais aussi parce qu’elle a un vrai œil sur les choses,
qu’elle s’aperçoit de tout », expose la joaillière, se rappelant ce jour où elle est entrée avec sa mère dans la
boutique, « elle devait avoir 18 ans », repérant tout de
suite la plus belle pierre, un saphir rose. Rose, sa couleur de prédilection. Rose comme le haut de soie
qu’elle porte le jour de notre rendez-vous, comme la
fillette « girly à souhait » qu’elle était, qui réclamait
« toujours plus de strass, plus de brillants », et faisait
ses devoirs fourrée dans l’atelier de sa grand-mère.
« Elle adorait qu’on soit là, elle nous demandait souvent
notre avis sur telle ou telle pièce, et selon ce que l’on répondait, son équipe était au bord de l’évanouissement ou
remerciait le ciel », pouffe-t-elle avec ce recul nécessaire à l’enfer de la mode. À l’École alsacienne, pouponnière des enfants du gotha (Paris VIe), elle est la
rare petite fille habillée en noir. « On me disait sans
arrêt que mon pull était à l’envers (les coutures apparentes sont une signature de la maille Rykiel,
NDLR) », se souvient-elle avec amusement, ne
s’étendant pas plus que cela sur son parcours scolaire
(un baccalauréat littéraire, une licence de langues
étrangères). « Je n’avais absolument pas le profil de la
première de la classe, s’excuse-t-elle presque. J’adorais les cours d’art plastique, c’est tout. » À la maison,
« c’était une petite fille pleine de fantaisie et de charisme
qui inventait toutes sortes d’histoires, se souvient Nathalie Rykiel. J’ai des photos d’elle en train de faire des
gâteaux, juchée sur des patins à roulettes ». Elle passe
ses après-midi libres dans l’appartement de sa grandmère. Pas dans son dressing, non, « mamie portait la
même tenue tout le temps, ce qui n’était pas très intéressant pour moi », mais dans sa pièce dédiée aux chaussures, ou dans l’autre, réservée aux sacs à main.
Ses années collège marquent sa rencontre avec Jérémie Kanza, son « meilleur ami » qui devient l’homme de sa vie des années plus tard. Ils se marient à Paris
en 2017, la robe est signée Julie de Libran, directrice
artistique de Sonia Rykiel depuis 2015. Vogue couvre
l’événement. Elle à New York, lui à Paris - où il a monté Balls, le premier restaurant de boulettes de la capitale, dans le XIe -, ils vivent le mariage à distance.
« Paris me manque », avoue Lola Burstein-Rykiel, qui
relocalisera sans doute un jour ses affaires ici. Peutêtre aussi qu’elle se lancera dans la création à son tour,
quand le poids de l’héritage sera encore un peu moins
lourd. La célèbre liqueur Saint-Germain lui a demandé
d’imaginer un bar éphémère dans le IXe arrondissement, les 5 et 6 octobre. Elle voit cette collaboration
comme « un signe assez fort ». Une nouvelle étape
pour se débrouiller de ses peurs. Marie-Hélène de
Taillac prédit quant à elle : « Plus elle va prendre de
l’âge, plus elle va être fascinante à regarder. » ■
UN DERNIER MOT
edemontety@lefigaro.fr
Par Étienne de Montety
Collomb [kô-lon]
S’il possède deux l, c’est pour s’envoler.
11h-12h30
Anne Roumanoff
ça fait du bien !
G
érard Collomb a présenté à Emmanuel Macron sa démission du gouvernement.
Le nom du ministre de l’Intérieur vient du latin colomba, qui désigne la colombe,
oiseau paisible, assez en phase avec le caractère et l’élocution apaisants
de l’intéressé. Son style décalé a bien dû lui valoir parmi les policiers, jamais avares
de sobriquets imagés, le surnom de Collombo.
Évidemment, il évoque aussi le célèbre navigateur qui a découvert l’Amérique.
Notre Collomb national n’a rien découvert, sauf que la place Beauvau n’est pas
un endroit de tout repos et peut même se révéler un columbarium.
Il y a autre chose : bien que numéro deux du gouvernement, mon Collomb
n’aspire pas à être général. Il n’envisage pas d’étendre son influence - de coloniser.
La ville de Lyon semble suffire à son bonheur.
Lui n’a pas eu besoin de caravelle pour comprendre que le Nouveau Monde n’est pas
forcément la Terre promise. ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Virginie Calmels et Frédérique Dumas en Corse,
au Festival du film politique
Virginie Calmels, ex-première vice-présidente des Républicains, devrait
participer au Festival du film politique de Porto-Vecchio en Corse,
du 25 au 28 octobre. La présidente de DroiteLib’, première adjointe d’Alain
Juppé à la mairie de Bordeaux, qui se présente aujourd’hui en tant que « femme
d’entreprise engagée en Nouvelle-Aquitaine », retrouvera d’autres personnalités
politiques sur place. Frédérique Dumas, députée des Hauts-de-Seine,
qui vient de quitter LaREM, et Alexis Corbière, député de La France insoumise
de Seine-Saint-Denis, sont également annoncés.
Du lundi au vendredi
L’exercice du pouvoir aura sa manifestation. Politikos, le premier festival
international du film politique, se déroulera du 1er au 4 novembre, au Couvent
des Jacobins, à Rennes. Cette édition sera consacrée à la Ve République,
à l’occasion de son soixantième anniversaire. Plus de 40 films et documentaires,
célèbres ou inédits, seront diffusés, avec une riche programmation d’invités.
Des politiques, bien sûr, mais aussi des journalistes et des artistes.
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La Ve République racontée par les films
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 060 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément- www.lefigaro.fr
AUTOMOBILE
L’IMAGINATION AU POUVOIR
PAGE 2
LES SUV
LA NOUVELLE NORME
MONDIALE PAGES 6 ET 7
DAIMLER AG
WILLIAM CROZES
CONCEPT CARS
Le concept Peugeot e-Legend.
Du 4 au 14 octobre 2018
CRISE D’ADOLESCENCE
Le salon parisien est le miroir d’une
transformation comme cette industrie
n’ en a pas connu depuis sa naissance,
il y a plus de 100 ans.
L’
automobile est au milieu
d’un gué. Elle ressemble un
peu à ces enfants que l’on
n’a pas vu grandir et qui font leur
crise d’adolescence. Que va-t-il en
sortir ? Ces transformations se
manifestent déjà à la Porte de Versailles par l’absence d’une quinzaine de constructeurs et non des
moindres puisque des acteurs
majeurs du secteur boudent l’événement parisien. Ils reviendront un
jour montrer qu’ils se sont réinventés. À la Porte de Versailles,
s’esquisse déjà, au gré des allées, la
voiture de demain. Elle revêt des
visages multiples. Lequel va émerger?
Personne ne sait encore vraiment
quelle forme va prendre l’automobile dans les prochaines décennies.
On perçoit néanmoins qu’un virage
est en train de se négocier qui va
modifier en profondeur les équilibres hérités de grand-papa. Rassurez-vous : pour longtemps encore
la voiture reposera sur des roues.
Pour le reste, tout est ouvert.
La réduction de l’empreinte carbone et le durcissement des normes
ont imposé un nouveau modèle que
certains voudraient fondé sur
l’électricité. Pour le moment, on n’a
rien trouvé de mieux pour réduire
les émissions de CO2 et d’oxydes
d’azote. Le tout-électrique soulève
pourtant d’autres questions liées à
la production de l’électricité et au
recyclage des batteries en fin de vie.
Nous sommes de ceux qui encouragent une position plus raisonnable
mettant en avant un bouquet de
solutions technologiques. Le client
aura finalement le dernier mot.
L’autre grande question qui agite la
filière automobile concerne l’amélioration de la sécurité sur les routes. Beaucoup de progrès ont déjà
été enregistrés dans ce domaine,
grâce, principalement, aux efforts
des constructeurs dans le domaine
de la qualité des structures et des
aides à la conduite, généralisées.
Pour aller plus loin et éliminer le
facteur humain, responsable de la
plupart des accidents, on projette
désormais de mettre sur la route des
automobiles transformées en véritables automates. Personne ne doit
être dupe de cette révolution qui
s’agite sous nos pieds. Le moment
où l’on lâchera le volant pour faire
une sieste ou visionner un film n’est
pas encore pour demain. Rien
n’empêche d’y réfléchir et d’y travailler mais la filière doit encore
franchir quelques barrières en
matière de fiabilité, de réglementation et de coût avant que la voiture
devienne vraiment autonome. Il
faudra aussi un chef d’orchestre
pour piloter ce programme, c’est un
comble, dépourvu encore à ce jour
S. R.
de véritable pilote.
DOSSIER COORDONNÉ PAR SYLVAIN REISSER
PEUGEOT
MONDIAL
PARIS
MOTOR
SHOW
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
2 MONDIAL DE L’AUTOMOBILE 2018
UN SALON
DE LA MOTO
ET UNE ZONE
DÉDIÉE AUX
NOUVELLES
FORMES DE
MOBILITÉ
À l’occasion de ses 120 ans, le Salon de
l’automobile de Paris, rebaptisé Mondial
Paris Motor Show, se transforme en
grande fête de la mobilité individuelle.
Cet événement regroupe un salon de
l’auto, un salon de la moto et un salon
de la mobilité. Le billet d’entrée donne
accès à ces trois expositions. Grande
nouveauté, le salon de la mobilité
regroupe dans le pavillon 2.2 tous les
acteurs de l’économie de l’autopartage
et les fournisseurs de nouvelles
énergies.
En marge de ces salons se tient,
jusqu’au 6 octobre, dans le pavillon 7.3,
le Mondial.Tech. Réservée aux
professionnels, cette manifestation est
dédiée aux innovations technologiques
et à la mobilité de demain.
L’histoire de l’automobile et de la moto
est à l’honneur avec l’exposition « Les
routes mythiques ». Autour d’une
scénographie recherchée, cette
animation est un passeport pour
l’évasion.
En parallèle, le Mondial Paris Motor
Show a créé un centre d’essais de
véhicules écologiques (hybrides,
électriques, à hydrogène et GNV) place
de la Concorde.
Les prototypes,
prélude à un futur enthousiasmant
À
SYLVAIN REISSER
quoi servent
ces
véhicules qui galvanisent les designers
et pour lesquels le public se pâme ?
Stars des salons, ces pièces uniques
s’exhibant sur des plateaux tournant,
au rythme d’une musique entraînante
et d’un ballet minuté de marionnettes,
ont pour mission d’éveiller le désir,
d’exciter l’envie de l’automobiliste.
Pensés et conçus dans des délais
records, ces prototypes préparent
l’avenir. Leurs carrosseries bodybuildées et campées sur des roues énormes
subliment des formes à venir, lorsqu’elles ne servent pas de tests grandeur nature. Leurs mécaniques gavées
de chevaux entretiennent l’illusion
que l’on pourra bientôt passer le mur
du son. Ces formes, ces galbes fleurant
parfois l’esbroufe et souvent outranciers déflorent des tendances. Ils ont
pour vocation d’habituer le regard à
un style déroutant ou en rupture.
Quant à la technologie embarquée,
elle annonce les progrès à venir.
Contrairement aux voitures de rêve
des années 1950 et 1960, qui étaient le
fruit d’une imagination libérée de toute contrainte mercantile, les concept
cars d’aujourd’hui sont guidés par
l’impérieuse nécessité de flatter l’image des entreprises et de transmettre un
message.
Un objet de plaisir
À l’aune d’une voiture du futur que
beaucoup annoncent électrique et
autonome, les constructeurs affirment,
cette année, leur confiance en l’avenir
et combattent l’idée d’une automobile
ennuyeuse. Ils nous persuadent que les
machines de demain ne ressembleront
pas au minibus dépourvu de volant et
muet que l’on dépeint parfois. Peugeot
montre qu’il est possible de concilier
respect de l’environnement et conduite autonome sans tomber dans la
science-fiction. La meilleure preuve
t LA FLÈCHE
D’ARGENT
DES RECORDS
Récréation
de designers,
cette Flèche
d’argent fuselée
de 5,30 m est une
évocation moderne
de la W125
auréolée de
plusieurs records
de vitesse dans
les années 1930.
CROZES WILLIAM (439)
À l’occasion
de ses 120 ans,
Renault continue
d’explorer
la mobilité de
demain et le thème
du robot-véhicule
avec ce concept
de salon sur quatre
roues d’un luxe
inouï.
privatisé. Ce salon roulant de 5,80 m est
une invitation au voyage en première
classe. Le décor emprunte ses références à la période Art déco et à l’architecture haussmannienne. Les matériaux
employés comme la disposition du
mobilier plongent les occupants dans
une atmosphère chaleureuse. Le mobilier est recouvert de cuir et de velours
vert foncé. Certaines parties latérales
de l’habitacle sont habillées de marbre
de Saint-Laurent des Pyrénées. Sombre
et rehaussé d’un veinage blanc, il offre
un rendu proche du bois. Ce concept
véhicule le luxe à la française que l’on se
désespère de voir arriver un jour sur un
modèle tricolore. Un positionnement
qui commence à être exploré par DS et
où, nous semble-t-il, les marques françaises ont vraiment une carte à jouer.
t DS X E-TENSE,
FIGURE LIBRE
DAIMLER AG/GLOBAL COMMUNICATIONS MERCEDES-BENZ CARS
GLOBAL COMMUNICATIONS MERCEDES-BENZ CARS/DAIMLER AG
RENAULT
t UN SALON
ROULANT ART
DÉCO
est ce concept e-Legend, qui constitue
une enthousiasmante évocation
moderne du coupé 504 de 1969. Plus
pastiche que caricature de son aïeul, le
prototype du Lion entretient l’idée que
l’automobile de demain peut rester un
objet de plaisir. Certes, la colonne de
direction est rétractable, le volant disparaît, mais, à tout moment, avant
d’escalader un col alpin, par exemple,
le conducteur peut reprendre les commandes. Il pourra s’appuyer sur les
462 ch de ses moteurs électriques.
Lorsqu’il ne conduit pas, il peut, au
choix, somnoler, lire ou regarder un
film ou une émission à travers
l’immense écran de 49 pouces.
Chez Renault, le concept EZ-Ultimo
nous projette dans un autre univers.
Celui du robot-véhicule individuel et
NICOLAS ZWICKEL
CONCEPT CARS Ces véhicules, qui jouent les premiers rôles au Mondial de Paris,
nourrissent le rêve automobile et préparent à un avenir radieux.
Selon les designers,
la DS de 2035 pourrait
ressembler à cet engin
à l’esprit side-car
installant le pilote
à l’air libre
et privilégiant
les sensations.
t LA
LILLIPUTIENNE
ÉLECTRISE
LA CITÉ
Pour ses 20 ans,
Smart a créé la
Forease. Inspirée
du roadster
Crossblade de 2001,
cette étude
électrique réaffirme
les valeurs
de la marque.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 3 octobre 2018
MONDIAL DE L’AUTOMOBILE 2018 3
PARKING
MOTOS
7.3
P
H
COMMISSARIAT
MONDIAL.TECH
E
DU
4 SE
D
EM
PT
PAVILLON
E
BR
3
PAVILLON
4
PAVILLON
2.1
2.3
LIMITED
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PAVILLON
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2.2
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PAVILLON
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PAVILLON
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HAME
AU
VIP CLUB
BUS
RUE
DU
CLUB VIP
PRESS CENTER
IRA
ACCUEIL PRESSE
E VA
UG
EXPOSITION HISTORIQUE
“ROUTES MYTHIQUES”
RUE
M
RU
APPLICATION
L’application officielle Mondial
de l’Auto est l’outil idéal pour organiser votre venue au
salon et vous tenir informé de l’actualité de l’événement.
Site Internet : www.mondial-paris.com
MARCE
POR
DE LA
DU SALON
ESPACE
“ANIMATIONS”
G
PAVILLON
L YOL
RUE
AVENUE
D'EMPLOI
BILLETS
Adultes : de 14 à 18 € suivant les jours ; jeunes
(de 11 à 17 ans) : 9 € ; gratuit pour les moins de 11 ans ;
groupes et comités d’entreprise (à partir
de 15 personnes) : 14 € par pers. ; soirée (deux heures
avant la fermeture) : 9 €.
RU
LE MODE
PF
LIEU
Paris Expo Porte de Versailles,
Paris XVe
HORAIRES
Du jeudi 4 octobre au dimanche
14 octobre, de 10 heures
à 20 heures
Nocturnes jusqu’à 22 heures, les
jeudis 4 et 11 octobre, les vendredis
5 et 12 octobre, le samedi 6
octobre, le mercredi 10 octobre.
ACCUEIL GROUPES
ACCRÉDITATION PRESSE
COMMISSARIAT
GÉNÉRAL
GT de prestige et sportives, sensations garanties
PLAISIR De plus en plus, contre vents et marées, quelques constructeurs entretiennent la flamme de la passion.
Ces modèles, qui fascinent le public, constituent une assurance anti-déprime.
Ferrari inaugure
la ligne « Icona »
avec la Monza, une
barquette sur base
812 qui évoque
les années 1950.
Cette série limitée
se décline
en monospace
ou biplace.
t LE RETOUR
DU COUPÉ
SÉRIE 8
FABIAN KIRCHBAUER
FERRARI
t UNE 812
SUPERFAST
SORTIE
DE SA BOÎTE
Présenté en tenue
de course, le
nouveau coupé
sportif japonais
arrive en 2019. Il
partage sa
technique avec le
dernier roadster
BMW Z4.
t SPEEDSTER
911, PARFUM
DE NOSTALGIE
PORSCHE
TOYOTA
t TOYOTA
SUPRA,
UN ACCENT
BAVAROIS
BMW renoue avec
le grand tourisme
sportif avec ce
modèle de grande
classe foisonnant
d’innovations.
Le V8 4,4 litres
biturbo délivre
530 ch.
Porsche referme
le chapitre 991
avec un irrésistible
Speedster produit à
seulement 1948
unités. Le flat-six 4
litres 520 ch
provient de la GT3
RS Evo ; la boîte
manuelle de la R.
Autour de
250 000 €.
PASSEZ PLUS
DE TEMPS
AVEC VOS ENFANTS,
CHANGEZ DE JOB
JOB,
DEMISSIONNEZ.
AYEZ
L’AMBITION
D’ÊTRE
HEUREUX.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
4 MONDIAL DE L’AUTOMOBILE 2018
STRATÉGIE
La silhouette basse
- berline ou break reprend tout
son sens à l’heure
de la traque
au gaspillage
et de la recherche
d’un sCx,
coefficient
de pénétration
dans l’air, le plus
efficient possible.
PEUGEOT
Le souffle retrouvé
de la berline
u UN BREAK 508
D’UNE GRANDE
ÉLÉGANCE
t BMW
SÉRIE 3 EN
RÉFÉRENCE
t MERCEDES
CLASSE B,
PLUS
SPORTIVE
Pavillon surbaissé,
fonctions issues
de la Classe S,
moteurs inédits
et boîte à double
embrayage
à 8 vitesses,
ce Sports Tourer
soigne les familles.
t UNE AUDI
A1 TRÈS
AFFÛTÉE
t LA SKODA
VISION RS MET
LES FORMES
Modèle d’entrée
dans la marque,
l’A1 Sportback
a tout d’une
grande Audi.
Cette citadine
se convertit
aux technologies
high-tech.
Les moteurs
affichent de 95
à 200 ch.
D’une longueur
de 4,35 m, ce
concept dévoile
les lignes de la
remplaçante de
la Rapid Spaceback.
Le moteur hybride
rechargeable
délivre 245 ch
grâce au 1,5 litre TSI
150 ch combiné au
module électrique
de 102 ch.
SKODA
AUDI AG
FABIAN KIRCHBAUER
Lancée le 9 mars,
la cinquième
mouture
du best-seller de
Munich adopte
les technologies
les plus évoluées
du groupe.
Elle s’allonge
(+ 76 mm) et
s’allège de 55 kg.
DAIMLER AG/GLOBAL COMMUNICATIONS MERCEDES-BENZ CARS
Personne ne pourra
lui reprocher quelques
concessions
à la polyvalence.
Le style racé
de la nouvelle
Peugeot 508 SW
emporte l’adhésion.
Jean-Philippe Imparato : « Peugeot va devenir fournisseur de mobilité »
ENTRETIEN Le directeur général de la marque sochalienne livre son éclairage sur les défis qui agitent le secteur.
T
oujours loquace et passionné, le directeur général de
la marque au lion nous a
confié, à la veille du Mondial, ses
réflexions sur les transformations
en cours dans l’automobile.
LE FIGARO. - La ferveur
déclenchée par le concept
e-Legend vous incite-t-elle
à envisager le retour du coupé
dans la gamme Peugeot ?
Jean-Philippe IMPARATO. Nous enregistrons un record historique de retombées avec ce
véhicule. Mais nous sommes face
à des défis à relever qui vont
modifier en profondeur notre
industrie dans les cinq ans à venir.
Et cela suppose que nous soyons
capables d’y répondre de manière
extrêmement rapide. Toutes les
ressources de l’entreprise sont
mobilisées pour proposer au
marché, à la fois, une gamme susceptible d’être électrifiée et un
contenu plaisir suffisant pour que
les automobilistes aient envie de
nos modèles. Si nous négocions
correctement ce virage, Peugeot
pourra alors se permettre ce
véhicule plaisir. Beaucoup dans la
maison ont très envie d’un coupé,
même si les volumes sont faibles.
Quels sont les critères
qui caractérisent une Peugeot
aujourd’hui ?
Dans le monde entier, la marque
est reconnue pour son innovant
i-cockpit (tableau de bord numérique) et la qualité de ses liaisons
au sol. Peugeot va continuer dans
cette voie afin d’être le meilleur
généraliste haut de gamme du
marché.
Pensez-vous que le désamour
pour le diesel soit irréversible ?
Je pense que le diesel va progressivement laisser sa place à
d’autres technologies. Quand le
marché n’a plus la bande passante
pour entendre un message, il est
inutile de se placer dans une
situation où à la fin on n’est plus
audible. Mais tant que le TCO
(Total cost of ownership, coût total
de possession d’un véhicule) des
véhicules dotés de technologies
alternatives ne sera pas inférieur
ou égal au diesel, les gestionnaires
de parc continueront à préconiser
le gazole.
Quel est le programme
d’électrification de Peugeot ?
Notre message est clair : vous
achetez une Peugeot et vous
choisissez votre moteur, en fonc-
«2024,
À l’horizon
nous
avons fixé
10 %
d’électrique
et 20 %
d’hybride
»
JEAN-PHILIPPE
IMPARATO, DIRECTEUR
GÉNÉRAL DE PEUGEOT
tion de vos usages, de vos convictions, de votre budget et de
l’endroit où vous habitez. Cela
commence par l’hybride rechargeable présenté à Paris. Mais nous
aurons aussi du full électrique. Et
la prochaine 208 GTI sera une
hybride performante. À horizon
2024, nous avons fixé 10 %
d’électriques et 20 % d’hybrides
mais nous nous adapterons à la
demande.
À la lumière de l’expérience
de la Peugeot Ion, quels
sont les freins qui empêchent
le développement du véhicule
électrique ?
Ce sont les infrastructures de
recharge des batteries. Il faut préparer les prises. Peu de gens
savent qu’il existe un droit à la
prise dans les copropriétés.
Ne pensez-vous pas que la
voiture électrique est plutôt faite
pour la campagne où l’habitat
individuel facilite la recharge ?
Votre analyse est juste. Les faits
montrent que nous en vendons
plus hors des villes où il est effectivement facile de recharger dans
son pavillon. Il faut maintenant se
saisir des grandes agglomérations.
Il y a une espèce de contradiction
entre l’exigence de zéro émission
dans certaines grandes villes et le
fait que, pour l’instant, les prises
se font encore rares.
Nous nous dirigeons vers des
offres de solutions de mobilité.
C’est, en ce moment, le cœur de
nos sujets de préoccupations.
PROPOS RECUEILLIS
PAR SYLVAIN REISSER
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 3 octobre 2018
MONDIAL DE L’AUTOMOBILE 2018 5
Véhicule électrique : parfait sur le papier
ÉNERGIE Parmi les vedette du Mondial, ce type de modèles suscite encore bien des interrogations.
U
«
PHILIPPE
DOUCET
ne voiture d’avenir à l’avenir incertain », conclut sans
ambages une récente étude menée par
l’Observatoire Cetelem à propos du
véhicule électrique. « Pour les automobilistes, acheter une voiture électrique
c’est payer plus cher pour moins bien en
matière d’autonomie », note ce travail.
« C’est angoissant de se dire : on sort
d’une ville, on fait 300 km, et plus rien.
Si on est dans les petits chemins, on
charge où ? », résume un conducteur.
Pour un autre, le véhicule électrique,
c’est « rouler sans chauffage par – 9 °C,
être limité à 40 km/h parce qu’on met le
chauffage, la ventilation, les lumières,
les essuie-glaces ». Ce discours tranche avec le « politiquement correct »
habituel quand il s’agit de l’électricité.
La majorité (68 %) estime que c’est un
véhicule réservé aux habitants des
grandes villes. Bref, la fée électricité
séduit plus dans les têtes que dans la
réalité. Manque d’information ? Peutêtre. Mais les automobilistes ont fini
par savoir que les points de recharge
rapides, ceux qui permettent de voyager plus vite qu’au XIXe siècle, ne sont
pas légion. Le bilan carbone de la voiture électrique « du puits à la roue »
peut également se révéler désastreux :
elle émet ainsi nettement plus de CO2
qu’un diesel (180 g/km contre 132 g/
km) lorsque son électricité est produite par le charbon, ce qui est le cas à
100 % en Allemagne.
u LA TESLA MODEL 3
À PARIS
La petite californienne (4, 69 m
tout de même) pointe son capot
au Mondial. Cédée à partir de
35 000 dollars aux États-Unis,
elle bénéficie de l’accès
aux infrastructures de recharge rapide
mondialement implantées
par la marque.
p JAGUAR I-PACE, DÉJÀ EN CONCESSIONS
Sorte de berline surélevée, l’anglaise emprunte ses codes stylistiques
aux véhicules phares de la marque. Aussi à l’aise en franchissement que
sur l’asphalte, il est le premier SUV à casser le monopole de Tesla en proposant
une familiale haut de gamme 100 % électrique. À partir de 78 380 €.
p AUDI E-TRON, UN GRAND SUV AU LONG COURS
L’e-tron est un imposant SUV (4, 90 m) disposant théoriquement de 400 km
d’autonomie. Il annonce une offensive d’envergure du constructeur d’Ingolstadt,
qui prévoit de lancer pas moins de 12 modèles électrifiés d’ici à 2025.
p MERCEDES EQC, LA NOUVELLE ÉTOILE ÉLECTRIQUE
Les lignes fluides du EQC sont proches du concept EQ vu au salon de Paris 2016.
Autour d’une longueur de 4,76 m, ses formes classiques le feraient presque
passer pour un dérivé du GLC, auquel il emprunte une grande partie de la
plateforme. Il revendique une puissance de 408 ch et une autonomie de 450 km.
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mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
6 MONDIAL DE L’AUTOMOBILE 2018
Le SUV investit tous les formats du marché
TENDANCE
En moins de dix ans,
l’architecture haute
s’est imposée
comme le standard
universel
de l’automobile.
C’
t DS 3
CROSSBACK, CHIC
ET URBAIN
Deuxième modèle
de la marque
de luxe de PSA, ce petit
SUV ne manque pas
d’atouts. Compact
mais habitable,
il se signale par son
raffinement intérieur.
À partir de 23 500 €
(Pure Tech 100).
PHILIPPE DOUCET
est probablement la
Chine qui a opposé la dernière résistance au SUV, le Sport Utility Vehicle,
littéralement le véhicule utilitaire
sport, qui est d’ailleurs sa dénomination au Québec. Du côté de Pékin ou
Shanghaï, on aimait il y a peu encore
les longues berlines à coffre (surtout
pas avec des hayons). Des véhicules
considérés comme statutaires, donnant peut-être à chacun le sentiment
d’être un dignitaire du Parti. Le SUV a
finalement franchi la Grande
Muraille.
Le SUV est un hybride. Certes, il combine aujourd’hui fréquemment motorisations thermiques et électriques.
Mais c’est avant tout un hybride dans
ses gênes. Il est la résultante du
mélange de trois catégories : la berline, le break et le 4 × 4. De la première,
il tire sa facilité de conduite. Du
deuxième, sa capacité d’emport. Du
troisième, enfin, une certaine capacité de franchissement (à condition
qu’il soit doté d’une transmission
intégrale) et, avouons-le, un look de
pseudo-baroudeur qui séduit hommes et femmes. Si les chromosomes
du break sont dominants, on parlera
alors plutôt de crossover.
Le SUV a réussi à éliminer le monospace, l’icône de la fin des années 1990,
qui s’est discrètement mué en SUV.
Mais la berline n’a pas dit son dernier
mot (voir page 4).
t CITROËN C5 AIRCROSS, PREMIÈRE
EUROPÉENNE
Ce nouveau SUV, déjà vendu en Chine,
arrive en Europe à la fin de l’année. Empruntant
sa plateforme à la 3008, cette familiale surélevée
de 4,50 m hérite des codes Citroën. En plus
des motorisations essence et diesels provenant
de la banque d’organes PSA, le C5 Aircross
se déclinera en hybride rechargeable début 2020.
u SUZUKI JIMNY, PETIT MAIS COSTAUD
Le Jimny se renouvelle après vingt ans de bons
et loyaux services. Long de 3,64 m (avec la roue
de secours), il fait irrésistiblement penser à un mini
Mercedes Classe G. SUV doté de vrais gènes
de baroudeur, il ne brille pas par son originalité
technologique. Mais il sera pour longtemps le fidèle
compagnon de tous les jours et de tous les temps.
Cette prometteuse et mystérieuse voiture autonome
FUTUR Le véhicule automatisé intrigue et fascine. Reste à savoir quand et comment nous allons pouvoir lâcher le
I
l y a quelque chose de mystique dans
la voiture autonome. Des dizaines de
milliers de personnes se penchent
sur elle chaque jour dans le monde
entier, sans savoir quand elle arrivera
sur les routes. Du moins dans sa forme
aboutie, c’est-à-dire celle qui lui permettra de se dispenser de conducteur
(niveau 5).
La voiture autonome titille les esprits,
même si on a parfois le sentiment
qu’elle est un moyen de communication facile pour les constructeurs et les
équipementiers. Les prototypes
actuels, bardés d’une armée de capteurs, réussissent en effet de spectaculaires démonstrations dont les médias
sont friands.
La voiture autonome porte en elle de
nombreuses promesses. Elle devrait
éradiquer la mortalité routière en supprimant toute intervention humaine
sur la conduite. Elle devrait permettre à
chacun d’accéder en permanence à
une mobilité personnelle. Elle devrait
supprimer les embouteillages en participant à la rationalisation du trafic. Elle
devrait, aussi, rendre la planète plus
propre, car elle sera forcément mue par
l’électricité. Ces perspectives enthousiasmantes sont hélas assombries par
une certaine réalité. En mars dernier,
un taxi Uber en mode automatique a
heurté et tué une piétonne aux ÉtatsUnis. Le système ne l’aurait pas détectée. En juillet dernier, la Fondation
MAIF et l’Utac-Ceram ont testé des
véhicules à conduite partiellement
automatisée (niveau 2). Ces voitures
disposaient d’aides qui équipent déjà
les modèles haut de gamme. « Ces systèmes éviteront sans nul doute de nombreux accidents », dit Marc Rigolot, le
directeur général de la Fondation
MAIF. Qui estime cependant qu’elles
présentent « des failles encore trop
nombreuses ». Ces aides peuvent être
notamment perturbées par des conditions extérieures (pluie, brouillard),
elles ont aussi du mal à reconnaître la
signalisation routière ou à réagir face à
d’autres véhicules. Sans parler de
l’excès de confiance en ces assistances,
qui peut créer des situations d’hypovigilance. L’étude préconise « une
méfiance par rapport à la communica-
tion sur les performances annoncées et
surpromesses de ces systèmes (“autopilote”, “systèmes assurant l’autonomie”) ».
Le passage au niveau de conduite supérieur (étape 3), qui correspond au pilotage automatique des avions, va se
révéler autrement exigeant. « À terme,
les problématiques concernant la cyber-
Les 5 étapes vers la conduite autonome
Nécessite un changement de législation
É TA P E 1
É TA P E 2
É TA P E 3
É TAP E 4
Conduite assistée
Les mains restent sur le volant
Conduite partiellement automatisée
Les mains quittent le volant
Conduite automatique sous conditions
Le conducteur peut fermer les yeux
Automatisation étendue de la conduite
L’intervention du conducteur
n’est plus requise sur les grands axes
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
mercredi 3 octobre 2018
MONDIAL DE L’AUTOMOBILE 2018 7
et toutes les catégories
u LE MERCEDES GLE
SOIGNE
SES LIGNES
DR ; DAIMLER AG - GLOBAL COMMUNICATIONS MERCEDES-BENZ CARS ; DIEGO DOMINICI
Ce successeur du ML
nous revient avec
des lignes empruntées
à son frère cadet GLC.
Campé sur des roues
de 22 pouces, il offre
un bon Cx de 0, 29
et un intéressant volume
de coffre de 825 litres.
litres
t TOYOTA RAV 4, LE CINQUIÈME
Lancé il y a déjà près de 25 ans, le RAV 4 adopte
une plateforme inédite (TNGA) et une motorisation hybride
de 222 ch (contre 197 pour l’actuel modèle) en version 4 x 4.
Selon les prévisions de Toyota, l’hybride devrait équiper 90 %
des RAV 4 vendus en Europe de l’Ouest.
u VINFAST, LE SUV QUI VIENT
DES RIZIÈRES
Ce SUV arrive du Vietnam, mais son
esthétique, plutôt élégante, est signée
Pininfarina, sa base se trouve chez BMW, et
l’ingénierie a été confiée à la société
autrichienne Magna Steyr. De quoi être rassuré
sur ses origines. Il devrait rouler un jour
sur nos routes.
volant.
sécurité et les communications V2V
(“véhicule-véhicule”) et V2I (“véhiculeinfrastructure”) seront à résoudre »,
prévient Jérôme Paschal, le chef du
service Comportement des véhicules
Sécurité Active à l’Utac-Ceram. La
redondance complète des systèmes
sera indispensable. Mais ce ne sera pas
suffisant pour accéder aux niveaux
ÉTA PE 5
Le véhicule devient autonome
Le conducteur n’est plus nécessaire
supérieurs, où la conduite sera en voie
d’automatisation, étendue ou totale
(étapes 4 et 5).
Il faudra alors probablement repenser
et reconcevoir les infrastructures. Il
faudra aussi disposer de réseaux de télécommunications haut débit exempts de
« bugs », afin de garantir la qualité et la
fiabilité des informations transmises.
Elles constitueront d’énormes quantités
de données « à manipuler, gérer, filtrer,
analyser, interpréter afin de comprendre
et d’anticiper à la fois le comportement
des acteurs et les causes des événements
singuliers (collision, presque accident) »,
analysent Dominique Gruyer et Olivier
Orfila, directeur et chargé de recherche
à l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (Ifsttar). Il faudra
aussi gérer pendant longtemps un trafic
mixte, car tous les véhicules ne seront
pas immédiatement automatisés.
À ces défis techniques s’ajoutent des
écueils d’ordre juridique. La convention de Vienne de 1968 sur la circulation
routière exige toujours la présence d’un
conducteur à bord. Même si une brèche
a été ouverte dans ce texte en mars 2016
afin de permettre la conduite automatisée sur route, il faudra donner de solides
garanties aux juristes (et aux assureurs)
pour qu’ils acceptent de dispenser les
véhicules de leurs pilotes. La voiture
autonome a encore beaucoup à prouPH. D.
ver.
t L’ÉLÉGANCE FRANÇAISE
AVEC EZ-ULTIMO
Infographie
À travers ce troisième concept
de sa série des robots, Renault montre
que la voiture sans chauffeur peut être
aussi luxueuse et raffinée qu’un salon.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mercredi 3 octobre 2018 LE FIGARO
8 MONDIALDE L’AUTOMOBILE 2018
Le grand retour de la moto à Paris
t INDIAN FTR 1 200,
DE LA PISTE À LA ROUTE
Inspirées par l’histoire de la marque
et de ses nombreux succès en courses
sur pistes (flat track), les FTR 1200
et FTR 1200 S adoptent le design
et le style de la moto de compétition
qui domine le championnat américain
de cette discipline. Elle est dotée
d’un nouveau moteur V-Twin
de 1 203 cm3 de 120 ch.
INDIAN
DEUX-ROUES Les deux-roues réinvestissent la porte de Versailles après une absence de trois ans.
La forte fréquentation de la manifestation parisienne n’a pas laissé insensibles les constructeurs.
PHILIPPE DOUCET ET JULES HUMBERT
t PEUGEOT
E-METROPOLIS,
L’ÉLECTRIQUE
FACILE
L’e-Metropolis,
concept de scooter
électrique à trois roues
de Peugeot, devrait
arriver en 2020.
L’engin revendique une
autonomie de 200 km
et une vitesse de
135 km/h. Le moteur
électrique développe
36 kW (49 ch).
Un chargeur est installé
entre les feux avant.
Le e-Metropolis devrait
se recharger à 80 %
en moins de 4 heures.
t CAN-AM RIKER,
L’EXTRATERRESTRE
Accessible à moins
de 10 000 €
et avec un simple
permis voiture,
le Ryker cible une
clientèle jeune
et féminine.
Disponible
en 2 ou 3 cylindres
(600 ou 900 cm3),
ce trois-roues
au physique
d’extraterrestre
est agile comme
un deux-roues.
CAN-AM
PEUGEOT
t LES PETITES
REINES DE
KAWASAKI
Kawasaki revient sur
le marché des motos
125 cm3 haut de
gamme avec une
sportive, la Ninja 125,
et un roadster,
la Z 125. Avec une
puissance de 15 ch,
le maximum autorisé
sur ce segment,
Kawasaki s’attaque
à la KTM Duke
et à la Yamaha
YZF-R125, les reines
de la catégorie.
KAWASAKI
t HARLEYDAVIDSON
FXDR 114 :
RÉVOLUTION
CULTURELLE
Plus de 300 kg,
un moteur
de 1 868 cm3 de près
de 100 ch, la FXDR 114
(24 790 €) associe
les démesures.
La machine fait figure
d’étendard de la
révolution entreprise
par Harley
afin de renouveler
et rajeunir sa gamme.
HARLEY-DAVIDSON
t HONDA
MONKEY, DE
MICRO À MINI
Le Monkey (4 399 €)
a permis à Honda de
prouver ses talents de
miniaturiste au début
des années 1960.
Cette micromoto
tenait facilement dans
le coffre d’une voiture
ou dans la soute d’un
voilier. Ce petit deuxroues revient avec
un léger embonpoint,
mais il est équipé d’un
moteur de 125 cm3
et non plus de 50 cm3.
HONDA
t BMW R 1250 :
TOUCHÉE
AU CŒUR
La marque munichoise
augmente la cylindrée
de son célèbre
bicylindre (1 254 cm3
contre 1 170)
et améliore
sa distribution
(commande et levée
des soupapes).
La puissance
gagne 11 ch à 136 ch,
sur la R 1250 RT
(19 700 €,) comme
sur le trail R 1250 GS
(17 400 € en photo).
BMW
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
NOUVELLES PERSPECTIVES
NOUVELLES PERCEPT IONS
MONDIAL PARIS MOTOR SHOW 2018
4 – 14 OCT
PARIS EXPO PORTE DE VERSAILLES
PAVILLON 5.2 530
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