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Le Figaro - 04 10 2018

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jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 061 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
PROCÈS PASTOR
L’INCROYABLE CONFESSION
DU GENDRE DE LA MILLIARDAIRE
ASSASSINÉE PAGE 16
LE FIGARO LITTÉRAIRE
QUAND LES ROMANCIERS
PARTENT EN GUERRE CONTRE
« L’EMPIRE DU BIEN » NOTRE SUPPLÉMENT
La Ve République fête ses
60 ans sur fond de doute
ROYAUME-UNI
Theresa May
veut réenchanter
le Brexit PAGE 8
ESPAGNE
Le dangereux
ultimatum lancé
par Barcelone
à Madrid PAGE 9
Les Français ne plébiscitent plus le régime instauré en 1958 par de Gaulle. Ils ne sont que 44 %,
selon un sondage Odoxa pour « Le Figaro » et France Info, à se dire attachés à la Ve République.
POLICE
Fin de cavale
pour le braqueur
Redoine Faïd PAGE 11
Le 4 octobre 1958, la Constitution proposée par le général
de Gaulle était adoptée par
plus de 80 % des Français.
Soixante ans plus tard, la
Ve République ne provoque
FOOTBALL
Le PSG en fanfare
face à l’Étoile rouge
de Belgrade
plus autant d’enthousiasme
chez les Français, selon le sondage Odoxa Dentsu Consulting
pour Le Figaro et France Info.
En effet, seules 44 % des personnes interrogées se disent
attachées au régime fondé par
Charles de Gaulle. Les Français
ne sont en outre que 53 % à affirmer leur attachement à
l’élection du président au suffrage universel direct.
Emmanuel Macron profitera
de cet anniversaire pour se recueillir ce jeudi sur la tombe
du Général à Colombey-lesDeux-Églises avant de s’exprimer dans l’après-midi de-
vant les membres du Conseil
constitutionnel. Il devrait notamment annoncer le retour
de l’examen de sa réforme institutionnelle en janvier prochain à l’Assemblée.
è UN MACRON AFFAIBLI À L’OMBRE DU GÉNÉRAL è UNE RÉVISION ACTUELLE DE LA CONSTITUTION MAL ENGAGÉE è LA VIE RÉPUBLIQUE EST ENTRÉE DANS
LE DÉBAT PUBLIC è UNE STABILITÉ QUI PROTÈGE LE PRÉSIDENT è SEPTEMBRE 1958 : LE MOIS OÙ LES FRANÇAIS ONT DIT « OUI » À DE GAULLE PAGES 2 À 4, 18, 19 ET L’ÉDITORIAL
PAGE 14
BRÉSIL
Après
le départ
de Collomb,
l’exécutif
cherche
une réponse
politique
À trois jours
de la présidentielle,
les marchés misent
sur le populiste
Bolsonaro PAGE 24
TOURISME
Le gouvernement
se penche sur
le risque de
surfréquentation
en France
La vie gouvernementale
a repris son cours, cahincaha, en attendant un
remaniement qui pourrait
aller au-delà du simple
remplacement de Gérard
Collomb au ministère
de l’Intérieur. PAGES 6 ET 7
n
n
n
n
PAGES 17 À 19
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de mercredi :
Êtes-vous favorable
à un hommage national
pour Charles Aznavour ?
OUI
44 %
NON
56 %
TOTAL DE VOTANTS : 51 620
M 00108 - 1004 - F: 2,60 E
3’:HIKKLA=]UW[U^:?b@a@k@e@k";
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Le départ de Gérard
Collomb affaiblit-il
la présidence d’Emmanuel
Macron ?
ERIC DULIERE/PHOTOPQR/NICE MATIN
Les livres de Marc-Olivier
Fogiel et d’Éliette Abécassis
sur les mères porteuses sortent cette semaine, à l’approche de la révision des lois de
bioéthique. Pèseront-ils dans
le débat ? Selon un sondage
Ifop de janvier dernier, seuls
18 % des Français se disent
favorables à la GPA « dans
tous les cas ». Les politiques,
eux, semblent bien plus réservés sur ce sujet qu’il y a
quelques années. Emmanuel
Macron, lui, s’est toujours
déclaré opposé à la pratique
des mères porteuses. PAGE 12
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
E
Défiance
n quelques jours, le nouveau
monde, chanté par Emmanuel
Macron, a pris un sérieux coup de
vieux. La démission, dans une
mise en scène digne d’un vaudeville, de Gérard Collomb, après celle de Nicolas Hulot fin août, rappelle le temps jadis. Celui de la IVe République, quand
l’instabilité gouvernementale était chronique. Voir le premier ministre assumer le
maroquin de l’Intérieur en même temps
que la charge de Matignon renvoie encore
plus loin. Jusqu’à la IIIe République, lorsque Georges Clemenceau remplissait les
deux fonctions de concert.
Pour célébrer les soixante ans de la Ve République, ce jeudi, le chef de l’État aurait
sans doute préféré que l’actualité lui épargne ces clins d’œil désagréables de l’histoire. C’est vexant pour quelqu’un qui voulait
changer les « usages et les visages ». Et qui
doit même une fière chandelle au régime
constitutionnel mis en place par le général
de Gaulle en 1958. En d’autres temps, de
l’affaire Benalla au départ de Gérard Collomb, l’été aurait fait vaciller le pouvoir
exécutif.
Il faut se féliciter de la stabilité qu’apporte
la Ve République. En dépit des prérogatives
quasi monarchiques qu’elle réserve au chef
de l’État, elle rassure d’ailleurs la plupart
des responsables politiques qui louent ses
qualités et en épousent l’esprit. Sans doute
se disent-ils, sans l’avouer, qu’ils pourraient eux-mêmes en profiter s’ils arrivaient un jour sur la plus haute marche…
Mais c’est bien là
précisément que le
bât blesse pour
beaucoup
de
Français. Le sondage publié par
Le Figaro montre
qu’une majorité
est lassée par cette course à l’Élysée qui
tourne la tête aux prétendants à la magistrature suprême. Pour nombre d’entre eux,
notre système politique est moins efficace
que celui des autres grandes démocraties
européennes. Mais leur regard très critique
reflète sans doute moins le jugement qu’ils
portent sur les institutions que leur défiance grandissante à l’égard de ceux qui les
mettent en œuvre. ■
Une majorité
de Français
est lassée
par la course
à l’Élysée
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
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ISSN 0182.5852
A
La chronique
d’Éric Zemmour
Le tête à tête
de Charles Jaigu
Ve République :
la tribune
de Jean-Éric
Schoettl
et l’analyse
de Guillaume
Perrault
La chronique
de Luc Ferry
STEPHANE LEMOUTON / BESTIMAGE
CHAMPS LIBRES
PAGE 25
La GPA
s’invite dans
le débat
sur la
bioéthique
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jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
DENIS DUPOUY/LE FIGARO
Soixante ans après, les Français
sur la Ve République
Selon notre sondage, seuls 44 % des Français expriment un attachement au régime
Notre
Constitution a
démontré sa solidité,
elle est une chance
pour notre pays.
Préserver les pouvoirs
du Parlement,
c’est préserver
les fondements
de la démocratie
représentative
LORIS BOICHOT £@lboichot
EN SOIXANTE ANS d’existence, la
Ve République a pris du plomb dans
l’aile. Adoptée par huit Français sur dix
en 1958 (lire page 4), elle ne provoque
plus de transports d’enthousiasme dans
le cœur des Français. Seuls 44 % d’entre
eux se disent attachés au régime fondé
par le général de Gaulle, selon le sondage
Odoxa Dentsu Consulting pour Le Figaro
et France Info. Une désaffection déjà notée dans un sondage Odoxa de 2014 :
62 % des Français se disaient favorables
au passage à une VIe République. Les
sympathisants Les Républicains (LR),
»
GÉRARD LARCHER
PRÉSIDENT LR DU SÉNAT
QUESTION : La Ve République célèbre ses 60 ans. Diriez-vous que vous êtes très
attaché, assez attaché, peu attaché ou pas attaché du tout à la Ve République ?
Très attaché
Assez attaché
QUESTION : L’élection du président de la
République au suffrage universel
est-elle…
Pas attaché du tout
Peu attaché
Non
Oui
Détail par sympathisant
33
7
20 % 11 %
34
Sympathisant Parti socialiste
13
43
71
NSP 2 %
Un moment démocratique
particulièrement fort
32
10
Sympathisant La République en marche
36 %
33 %
18
48
29
41
32
23
11
Un système auquel
3
44
33
63
38
26
22
13 1
Le Sénat
4
15
Les critiques contre un pouvoir trop vertical datent des débuts du régime, cette
« synthèse entre la monarchie et la République » voulue par de Gaulle, mais elles
sont toujours présentes dans l’esprit des
Français. 62 % d’entre eux estiment que
notre régime est plus susceptible de favoriser les dérives d’un pouvoir trop
personnel, par rapport à un régime parlementaire, comme en Italie, Allemagne
Opposé
NSP
84
31
34
19 1
QUESTION : Quel a été selon vous le
meilleur président de ces quarante
dernières années ?
François Mitterrand
31
Jacques Chirac
26
Nicolas Sarkozy
15 1
Limiter à 3 le nombre de mandats
consécutifs pour un élu
Le Premier ministre
53
Un pouvoir trop personnel
Réduire d'un tiers le nombre
de parlementaires
38
28
3
35
l’élection présidentielle », selon 71 % d’entre eux. Les partisans de Jean-Luc Mélenchon, convaincu que les Français ont été
« intoxiqués, infestés de mentalité césarienne », sont 75 % à le penser.
QUESTION : Emmanuel Macron et le
gouvernement préparent une réforme
institutionnelle pour cet hiver. Pour
chacune des mesures suivantes,
dites-nous si vous y êtes favorable ou
opposé ?
Favorable
L'assemblée nationale
62
20
48
24 8 Un système politique moins bon
que les autres car il empêche
Sympathisant Rassemblement national (ex-FN) les gouvernements d’union nationale
6 21
Assez utile
Pas utile du tout
Très utile
Peu utile
3
26
5 vous vous êtes attaché
Sympathisant Les Républicains
TOTAL ATTACHÉ 44 %
NSP
26
pour « redonner la parole au peuple », elle
n’a jamais proposé de changement de régime. Outre leur opinion mitigée sur la Ve,
les Français ne sont que 53 % à se dire attachés à l’élection du président par tous
les Français. Une disposition pourtant
largement adoptée en 1962, par 62,25 %
des électeurs. « Si cette procédure enchante ceux à qui ce mode de scrutin a permis de
gouverner (PS, LR, LaREM), elle désole
profondément les autres (LFI, RN) », note
le président d’Odoxa, Gaël Sliman.
Organisée tous les cinq ans depuis
2002, cette élection reste tout de même
« un moment démocratique particulièrement fort » pour 62 % des Français, mais
« rend un peu fous les politiques briguant
QUESTION : Pour chacun des acteurs
suivants de la Ve République, dites-nous
si vous pensez que son rôle est…
Un système qui rend un peu fous
les politiques briguant l’élection présidentielle
Sympathisant France insoumise
TOTAL PAS ATTACHÉ 56 %
parti fils du gaullisme, sont les plus fidèles au régime actuel (68 %), devant les
proches de La République en marche
(LaREM, 66 %). Les socialistes, héritiers
d’un président, François Mitterrand,
longtemps hostile à la Ve, se sont convertis : ils sont une majorité (56 %) à exprimer leur affection vis-à-vis de la Constitution. Loin devant les sympathisants de
Jean-Luc Mélenchon (40 %), partisan
d’une VIe République.
Les moins attachés (27 %) à la Ve République sont les sympathisants du Rassemblement national (RN, ex-FN). Une hostilité surprenante : même si Marine Le Pen
propose une République référendaire
avec des consultations plus fréquentes
14
Valéry Giscard d'Estaing
13
Emmanuel Macron
10
François Hollande
Inclure 15% de députés élus à
4
la proportionnelle aux élections législatives
Ne se prononce pas
2
1
65
34
84
15 1
Enquête réalisée par Odoxa avec Dentsu Consulting pour Le Figaro et France Info, les 2 et 3 octobre 2018 sur un échantillon de 996 Français représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas appliqués aux variables
suivantes : sexe, âge, niveau de diplôme et profession de l’interviewé après stratification par région et catégorie d’agglomération
PHOTOPQR/L’EST REPUBLICAIN/MAXPPP
Un Macron affaibli
à l’ombre du Général
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD
£@fxbourmaud
Colombeyles-Deux-Églises
est un lieu de
recueillement,
protégé, presque
sanctuarisé, donc
peu propice à une
forte affluence
PASCAL BABOUOT
»
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
MAIRE SANS ÉTIQUETTE
DE COLOMBEY-LES-DEUX-ÉGLISES
Moins
Emmanuel
Macron incarne
le gaullisme,
plus il va en parler.
Et là, ça relève d’une
sorte d’imposture
NICOLAS DUPONT-AIGNAN
A
PRÉSIDENT DE DEBOUT LA FRANCE
»
DRÔLE D’ANNIVERSAIRE pour la Ve République. Soixante ans après son instauration par le général de Gaulle, la Constitution qui avait consacré le rôle
prépondérant du président de la République au cœur de la vie politique française
se trouve confrontée à un chef de l’État
affaibli comme rarement. Emmanuel Macron en l’occurrence, défié par son ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, qui a
réussi à lui imposer sa démission contre sa
volonté. Il y a à peine un mois, le ministre
de la Transition écologique, Nicolas Hulot,
avait lui aussi sapé l’autorité du chef de
l’État en annonçant sa démission en direct sur France Inter, sans avoir prévenu
qui que ce soit auparavant. Pas de quoi
émouvoir Emmanuel Macron, selon qui
« rien de ce qui se passe depuis 48 heures ne
s’apparente à une crise politique ».
Le président n’a pas tort tant la Constitution le protège. Elle a d’ailleurs résisté
au quinquennat de François Hollande
pourtant marqué par une succession invraisemblable de crises tant politiques
que morales et même personnelles. François Mitterrand ne s’y était d’ailleurs pas
trompé. Plus ardent contempteur de la
Constitution du général de Gaulle, qu’il
avait dénoncée dans son livre Le Coup
d’État permanent, le chef des socialistes
s’était ensuite lové quatorze ans durant
dans le costume finalement pas si dictatorial de président de la République, usant
et abusant des prérogatives accordées au
chef de l’État.
Quant à Jacques Chirac, malgré sa dissolution ratée de 1997 et sa cohabitation
de cinq ans avec le socialiste Lionel Jospin, il avait réussi à se maintenir au pouvoir jusqu’en 2007. Au cours de la Ve République, seuls deux présidents n’ont pas
été au bout de leur mandat. Le général de
Gaulle, pour cause de démission sur fond
de référendum perdu sur la réforme du
Sénat, et Georges Pompidou, décédé en
cours de mandat.
Emmanuel Macron a donc raison lorsqu’il assure que la crise qu’il traverse n’est
pas politique en ce sens qu’elle ne le menace pas, pas plus qu’elle ne met en cause le
fonctionnement des institutions. « L’État
fonctionne (…), le gouvernement est parfaitement à sa tâche », a-t-il d’ailleurs assuré
mercredi en Conseil des ministres. Quelle
que soit l’intensité des crises qu’il affronte,
la Constitution le protège jusqu’au terme
de son mandat. Le président de la République peut-être affaibli, contesté, attaqué,
vilipendé, mis en cause, dénoncé… il reste
malgré tout président de la République,
celui qui incarne la nation aux yeux de la
France et du monde.
Et c’est donc à cette Constitution
qu’Emmanuel Macron s’apprête à rendre
hommage et, à travers elle, au général de
Gaulle dont il aimerait tant réussir à marcher dans les pas. Pour l’heure, il n’en
reste qu’au niveau du symbole. Ce sont les
Mémoires de guerre du général de Gaulle
qu’il fait figurer sur sa photo officielle.
C’est la croix de Lorraine qu’il installe sur
“
L’État fonctionne (…),
le gouvernement est
parfaitement à sa tâche
EMMANUEL MACRON,
MERCREDI EN CONSEIL DES MINISTRES
”
le logo de l’Élysée. Et jeudi, à l’invitation
de la famille, il se rendra pour la première
fois à Colombey-les-Deux-Églises.
D’abord une visite de la Boisserie, la demeure du Général. Ensuite une visite à la
mairie pour y signer le livre d’or. Enfin,
un moment de recueillement sur la tombe
du Général et une visite au Mémorial.
En fin d’après-midi, Emmanuel Macron prononcera un discours au Conseil
constitutionnel à l’occasion de l’anniversaire de la Ve République. Le président y
redonnera sa vision des institutions et
tentera de relancer sa réforme constitutionnelle dont l’examen à l’Assemblée
nationale a été interrompu cet été par
l’affaire Benalla. Ce ne seront pas les seuls
hommages à Charles de Gaulle qu’il aura
l’occasion de rendre durant son mandat.
Hasard du calendrier, le quinquennat
d’Emmanuel Macron sera aussi marqué
par le quatre-vingtième anniversaire de
l’appel du 18 Juin et les cinquante ans de la
mort du Général. De quoi marcher dans
ses pas donc, pas vraiment encore de quoi
le rattraper. Le général de Gaulle avait
taillé un costume, Emmanuel Macron n’a
enfilé qu’un costard. ■
Emmanuel Macron commémore cette année au mont Valérien (Suresnes) l’appel
du 18 juin 1940 lancé depuis Londres par le général de Gaulle. A. FACELLY/DIVERGENCE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 4 octobre 2018
L'ÉVÉNEMENT
mitigés
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Une stabilité qui protège le président
fondé par de Gaulle.
ou Espagne. Sans pour autant y gagner
en stabilité : 59 % des sondés considèrent
que notre système est moins efficace
qu’un régime parlementaire. « Il faut lire
dans ces résultats une injonction forte à
revoir notre système pour le “parlementariser” davantage », décrypte Gaël Sliman. De fait, 66 % des Français considèrent que l’Assemblée est un acteur
« utile » de la Ve République. Ne partagent cette opinion que 42 % des sympathisants de Marine Le Pen, sous-représentés parmi les députés en raison du
scrutin majoritaire.
Pour « que toutes les sensibilités soient
justement représentées » à l’Assemblée,
Emmanuel Macron propose l’élection de
15 % des députés à la proportionnelle.
Une mesure approuvée par une imposante majorité des sondés (65 %), tout
comme la réduction d’un tiers du nombre
de parlementaires (84 %) et la limitation à
trois du nombre de mandats consécutifs
pour un élu (84 %).
Enfin, aux yeux des Français, François
Mitterrand et Jacques Chirac représentent les meilleurs présidents de ces quarante dernières années. Une prime à
l’ancienneté ? Pas tout à fait. Valéry Giscard d’Estaing figure à la quatrième place. Derrière Nicolas Sarkozy. ■
» Lire aussi la tribune
de Jean-Éric Schoettl et l’analyse
de Guillaume Perrault PAGES 18 ET 19
+
Une révision actuelle de
la Constitution mal engagée
EMMANUEL GALIERO egaliero@lefigaro.fr
LA RÉVISION constitutionnelle d’Emmanuel Macron sera-t-elle examinée par le
Parlement ? Reporté en juillet pour cause
d’affaire Benalla, l’examen de ce projet de
loi du président de la République reprendra en janvier à l’Assemblée nationale. Le
président de la République devrait l’annoncer ce jeudi devant le Conseil constitutionnel dans son discours pour les
soixante ans de la Constitution. Devant
quelque 200 personnalités nationales et
internationales - professionnels du droit
et élus notamment - Emmanuel Macron a
prévu de faire la pédagogie de sa réforme
pour la relancer.
Cette 25e révision constitutionnelle se
fait fort d’améliorer le travail législatif, en
prévoyant une réduction d’un tiers du
nombre de parlementaires et l’instauration d’une dose de proportionnelle. Adopté en Conseil des ministres le 9 mai 2018, le
projet de loi compte 18 articles à l’origine.
C’est sur cette base que la discussion parlementaire s’était engagée durant l’été
avant l’affaire Benalla. Parmi les évolutions défendues figurent, par exemple, la
mise en place d’un service national universel, la suppression du mot « race » dans
l’article 1er de la Constitution, la suppression de la Cour de justice de la République,
l’instauration d’un droit à la différenciation pour les collectivités territoriales…
Après son adoption par l’Assemblée, le
texte devrait encore être transmis au Sénat dans un délai de six semaines.
La question du calendrier est importante, car, constitutionnellement, le gouvernement est contraint d’examiner certains
textes prioritaires, tels ceux du budget ou
3
du financement de la sécurité sociale. Le
Sénat devra encore l’adopter dans les mêmes termes que l’Assemblée. À défaut,
une navette entre les deux Chambres doit
aboutir à un accord sur un même texte.
C’est à ce moment que Macron peut
choisir la voie du référendum plutôt que
de soumettre la révision constitutionnelle
à l’adoption par trois cinquièmes des parlementaires réunis en Congrès. Aussi, il
n’est pas nécessaire que la diminution du
nombre de parlementaires passe par la révision de la Constitution. Elle peut être
prévue dans une loi organique, mais ce
traitement implique un accord préalable
du Sénat pour valider une baisse du nombre de sénateurs. Or, le Sénat n’a absolument pas envie de soutenir cette révision.
Il la voit comme un affaiblissement historique du Parlement, une atteinte à la représentativité politique des territoires et
un renforcement du pouvoir exécutif.
É
loge de la stabilité en période
de turbulence. En célébrant
le soixantième anniversaire
de la Ve République, ce jeudi,
Emmanuel Macron pourra
se réjouir d’exercer sa mission
protégé par des institutions qui lui
garantissent la durée. Imaginons
la séquence actuelle, de l’affaire
Benalla à la démission désinvolte
du ministre de l’Intérieur, sous la IVe.
Ce fut la crise politique assurée.
Le « cabinet » eût sans doute été
renversé par une « Chambre »
où les alliances à géométrie variable
se seraient nouées.
Dans une société politique
plus fragmentée que jamais,
la Constitution de 1958 est l’un
des derniers objets de consensus.
Parfois certains encore - Arnaud
Montebourg hier, Jean-Luc
Mélenchon aujourd’hui - réclament
une VIe République. Mais de la gauche
de gouvernement au Rassemblement
national, tous voient dans
les institutions voulues par le général
de Gaulle un patrimoine à défendre.
Certes en les adaptant - ce qu’elles
n’ont cessé de faire au fil
des décennies - mais en préservant
leur logique reposant sur deux piliers :
le fait présidentiel et le fait
majoritaire. Quel retournement
en soixante ans. En 1958,
80 % des Français plébiscitaient
un texte rejeté par une proportion
équivalente d’élus et de partis
(lire page 4). Aujourd’hui,
notre sondage Odoxa le montre,
ce sont les électeurs qui se mettent
à douter d’un cadre politique
que leurs représentants défendent.
Mais ce sont plus les pratiques
politiques qu’ils veulent voir changer
plus que la lettre des institutions
qu’ils remettent en cause. D’ailleurs,
les réformes promises en la matière
par Emmanuel Macron
et qu’ils plébiscitent - la diminution
du nombre de parlementaires, la dose
de proportionnelle à l’Assemblée
et la limitation des mandats
dans la durée - ne concernent
qu’à la marge la Constitution
et n’en modifient pas l’équilibre.
C’est cela la force de la
Ve République : avoir su conserver
un cadre constant tout en s’adaptant
aux imprévus de la vie politique.
La Constitution a en effet résisté à la
démission et à la mort d’un président
de la République (de Gaulle en 1969,
Pompidou en 1974). Elle a résisté à
trois cohabitations, à huit alternances,
à commencer par celle de 1981,
et à cinq dissolutions. Elle a résisté
aux rivalités, guerres ou ruptures
entre le président de la République
et le premier ministre. Elle a résisté au
passage à la proportionnelle intégrale
(1986). Elle a évité au pays d’être
emporté par la guerre (en Algérie),
les révoltes (Mai 68), les crises
économiques ou le terrorisme (2015).
L’élection du chef de l’État
au suffrage universel, le passage au
quinquennat ou le droit d’expression
devant le Congrès, ont renforcé au fil
des ans la nature présidentielle du
régime. Mais les droits du Parlement
ont été parallèlement renforcés et,
par l’extension de sa saisine, le Conseil
constitutionnel a presque acquis un
rôle de Cour suprême. C’est de toute
cette histoire qu’Emmanuel Macron
est l’héritier. Et c’est parce que,
bien avant lui, la Ve a toujours été « en
marche » qu’il peut aujourd’hui tenir
dans la bourrasque. En attendant,
s’il parvient à relancer sa réforme,
d’apporter aussi sa pierre à l’édifice. ■
« Il ne restera rien »
Certains constitutionnalistes ne voient pas
cette réforme aboutir. Pour Paul Cassia,
professeur de droit public à l’université
Paris-I Panthéon-Sorbonne, « il ne restera
rien » du projet initial. « Cette révision a été
conçue au moment le plus jupitérien du
quinquennat Macron, mais aujourd’hui son
isolement condamne le projet, car sans dispositions consensuelles, il n’obtiendra jamais le soutien des deux tiers des parlementaires nécessaire pour l’adopter », souligne
le contributeur au livre Les 60 ans de la
Constitution (Éditions Dalloz). Quant à
l’hypothèse du référendum, l’auteur rappelle que cette option devrait impérativement s’appuyer sur un texte adopté par
l’Assemblée et le Sénat, à la majorité simple. Ce qui semble improbable. ■
La VIe République est entrée
dans le débat public
LORS de la dernière présidentielle, plusieurs sondages ont interrogé les Français
sur l’instauration d’une VIe République. À
chaque fois, la réponse a été assez largement favorable. Dans notre sondage
Odoxa (voir ci-contre), ils sont d’ailleurs
56 % à n’être « pas attachés » à la Ve. « Le
débat est devenu légitime, aujourd’hui plus
que jamais », note Paul Alliès, professeur
émérite à l’université de Montpellier et
président de la Convention pour la 6e République. « Il faut pourtant se souvenir des
ricanements publics lorsque Arnaud Montebourg, jeune parlementaire, a mis ce sujet sur la table en 2001. » Paul Alliès était
alors auprès de lui. « Personne ne nous
prenait au sérieux et surtout pas au PS, le
parti de Montebourg. »
En 2007, François Bayrou se dit favorable à la VIe République, avec un renforcement des pouvoirs du président mais aussi
du Parlement. Alors même qu’à gauche les
défenseurs de la VIe République sont plutôt favorables à l’effacement du rôle du
président, au profit du premier ministre et
du Parlement. « Le régime primo-ministé-
riel mettrait fin aux pouvoirs envahissants
d’un chef de l’État sur qui tout repose », défend Alliès. « Ce serait aussi s’aligner sur le
mode de fonctionnement des autres pays
européens, sans forcément se priver d’une
élection du président de la République au
suffrage universel. »
« Monarchie présidentielle »
En France aujourd’hui, un mouvement
incarne cette volonté de VIe République,
celui de Jean-Luc Mélenchon. Depuis
dix ans, ce dernier ne cesse de dénoncer la
« monarchie présidentielle » et réclame la
convocation d’une assemblée constituante. Il propose une seule chambre, avec un
gouvernement responsable devant elle, et
vante la possibilité de révoquer les élus
durant leurs mandats. Au sein du PS,
l’eurodéputé Emmanuel Maurel est un
autre défenseur de la VIe. Il prône « une
révolution institutionnelle » pour en finir
avec un président « aux prérogatives immenses mais irresponsable politiquement »
et un Parlement « systématiquement rabaissé ». « Vu la façon dont la situation politique se délite, il ne faut pas exclure une
crise de régime avant la fin du quinquennat… », pointe-t-il. ■
A
SOPHIE DE RAVINEL £@S2RVNL
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
Un immense « V », haut
de quarante mètres, dressé
sur la place de la République
pour le discours historique
du général de Gaulle,
le 4 septembre 1958.
B. LIPNITZKI/ROGER-VIOLLET
Septembre 1958 : le mois où les
Français ont dit « oui » à de Gaulle
Loris Boichot
£@lboichot
A
C
heveux courts et
visage
juvénile,
Serge Gainsbourg
fait des trous dans
les billets, en cette
rentrée 1958. « Des
trous, des p’tits
trous, encore des p’tits trous. » Le
poinçonneur des Lilas pleure sa
routine, mais il en sera vite tiré.
Surpris de voir monter dans les rames autant de Parisiens endimanchés pour un jeudi. Embarquement
dans la ligne 11, trajet direct jusqu’à
République. Ce 4 septembre, le général y prononce un discours historique.
À la sortie du métro, les yeux
s’écarquillent devant l’immense
« V », haut de quarante mètres,
dressé sur la place. À la fois chiffre
romain annonciateur du nouveau
régime et symbole de la victoire, la
lettre a été parée de sombres oriflammes. André Malraux, le grand
ordonnateur des liturgies publiques, n’a rien laissé au hasard : on
n’annonce pas aux Français une
Constitution tous les dix ans. La
date choisie, 88 ans jour pour jour
après la proclamation de la IIIe République, doit traduire la continuité
du régime. Et la mise en scène soignée frapper les esprits. « Une fois
de plus, Français, au rendez-vous de
la République et au rendez-vous de
l’histoire, vous allez entendre le général de Gaulle ! », lance au micro
Malraux, de sa voix rauque, devant
un auditoire trié sur le volet.
Le signal est donné, la campagne
a commencé. Un grand rideau se
lève sur la DS noire du Général, ornée de son fanion tricolore. Le véhicule s’arrête au pied la tribune,
devant la colossale Marianne de
bronze. « De Gaulle ! De Gaulle ! »,
scande la foule. Le Général en civil,
vêtu d’un costume gris foncé,
monte en majesté les marches du
podium drapé de pourpre. « Au
milieu de la place, le prince », se
gaussera Jean-Paul Sartre. « Le
prince » s’en moque. Le voici devant ses « Françaises » et ses
« Français », ce sauveur aux pleins
pouvoirs, tiré de sa retraite par le
président Coty pour sortir le pays
de la crise ouverte le 13 mai, sur
Le 4 octobre 1958 naît
la Ve République, au terme d’une
campagne éclair et triomphante
pour de Gaulle. En un mois,
le général a enterré la IVe
et terrassé ses opposants.
Sans s’investir outre mesure
dans le combat électoral.
fond de guerre d’Algérie. Enhardi
par les hourras, il répond à son public d’un geste ample, si familier :
les bras en forme de « V ».
« Monarque »
Que tous les
républicains,
communistes,
socialistes,
radicaux,
catholiques,
s’unissent
dans les villes
et les
campagnes,
et le “non”
l’emportera
»
JACQUES DUCLOS (PCF)
DANS UN DISCOURS
À LYON
RUE DES ARCHIVES/AGIP
« C’est en un temps où il lui fallait se
réformer ou se briser que notre peuple, pour la première fois, recourut à
la République », commence le Général. Dans sa bouche, l’alternative
de 1958 fait écho à celle de 1792 : « Se
réformer ou se briser. » Le 28 septembre, les Français devront trancher. Soit « rendre la République
forte et efficace », avec un président
« arbitre national », un gouvernement « fait pour gouverner » et un
Parlement attaché à ne pas « sortir
de son rôle ». Soit s’enfermer dans
les « errements » de la IVe République – « inconsistance », « instabilité », « paralysie de l’État ». Le choix
tient en deux mots de trois lettres
chacun : « oui » ou « non ».
« De tout mon cœur, au nom de la
France, je vous demande de répondre “ oui ” ! », clame de Gaulle d’un
ton impérieux. « Oui ! », répond la
foule en écho. Au loin résonnent les
« Non à la dictature ! », « Le fascisme ne passera pas ! » des contremanifestants communistes. Furieux de voir « leur » place de la
République récupérée par un nouveau César.
Pire, par un chef qui regroupe les
travers « de Louis-Philippe et LouisNapoléon Bonaparte », raille Mitterrand. Par un « véritable monarque non héréditaire », s’insurge dès
le lendemain Pierre Mendès France.
Un chef presque capable, avec son
article 16 sur les pleins pouvoirs en
cas de crise grave, d’« instituer léga-
lement une dictature ». « Ce pauvre
Mendès ! Son pire ennemi, c’est luimême », soupire de Gaulle, exaspéré. « Pourquoi voulez-vous qu’à
67 ans je commence une carrière de
dictateur ? ! », s’est emporté le Général le 19 mai, en levant les bras,
devant les journalistes. La réplique
ne convainc pas ses opposants.
Hormis Mitterrand, Mendès et le
PCF, de Gaulle voit sa nouvelle République contestée par l’ancien ministre radical Daladier, mais aussi
par la Ligue des droits de l’homme,
L’Humanité, Libération et L’Express.
Loin des joutes politiques
« Que tous les républicains, communistes, socialistes, radicaux, catholiques, s’unissent dans les villes et les
campagnes, et le “non” l’emportera », prédit dans un discours à
Lyon le leader communiste Jacques
Duclos, de son accent rocailleux
des Hautes-Pyrénées. C’est sans
compter le « non » des fidèles de
Pétain, du défenseur des commerçants Pierre Poujade, et des catholiques intégristes, outrés à l’idée
d’imaginer la laïcité inscrite dans la
loi fondamentale. Chaque soir, à
l’heure du souper, les Français découvrent les anti-De Gaulle à la radio-télévision d’État, la RTF, épicentre de la campagne officielle.
Il en faut plus pour troubler le
« grand Charles ». Imperturbable,
sûr de sa Constitution malgré les
oppositions. L’homme de la radio
de Londres a lu Les Déracinés de
Barrès et, au détour d’une phrase,
cette promesse : « Qu’est-ce qu’une
vérité qui contredit le sentiment de
tout le monde ? Ce ne peut être
qu’une vérité du lendemain. » Pourtant, bientôt septuagénaire, le général ne peut pas attendre les lendemains. À la fin du mois d’août, il
s’est confié à des parlementaires
socialistes : « Si le pays répond
“non”, je rentrerai chez moi. » Il
renchérit auprès de l’ancien ministre Jules Moch : « Je retournerai
dans mon village. »
Colombey et ses deux clochers,
là où il retrouve ses livres et rompt
avec la politique, à l’abri de la rumeur. « J’y restaure ma sérénité »,
dit-il. À deux semaines du référendum, il y reçoit pour la première
fois un chef de gouvernement
étranger, le chancelier Adenauer,
dans sa résidence privée de
La Boisserie. La réconciliation
franco-allemande, treize ans après
la fin de la guerre, vaut bien un
tour dans le parc boisé et un dîner
autour de quatorze couverts. Loin
des joutes politiques.
Pourquoi se priver de la campagne colombéenne, quand la campagne électorale se poursuit sous
les meilleurs auspices ? Une fois
passé les quolibets des Mitterrand
et Mendès, de Gaulle découvre
chaque jour dans les journaux de
nouveaux ralliements au « oui ». La
droite se rassemble derrière lui à la
quasi-unanimité, tout comme les
chrétiens-démocrates du MRP, les
radicaux, et une majorité des socialistes de la SFIO emmenés par
Gaston Defferre, dans l’espoir que
le Général résolve en urgence la
question algérienne. Des partisans
de l’Algérie française, rassurés par
son « je vous ai compris », se rangent aussi derrière lui. Parmi eux,
un certain Jean-Marie Le Pen…
Même le comte de Paris, Henri
d’Orléans, choisit la nouvelle République. « Venant de vous, un tel
témoignage me vaut bien plus que
des suffrages », lui répond
de Gaulle dans une lettre.
Flot de soutiens
Le Général devait défendre le « oui »
dans une vingtaine de villes. Il n’en
visite que quatre – Rennes, Bordeaux, Strasbourg et Lille, sa ville
natale –, dans un charivari de drapeaux, banderoles, bouquets de
fleurs tricolores et « oui » répétés
par la foule. Nul besoin de s’investir
davantage dans le combat électoral.
Des affiches, des tracts et des millions d’exemplaires de la revue
France-Référendum, rédigée pour la
circonstance, déversent dans
l’Hexagone et dans les colonies leurs
appels à adopter le nouveau régime.
Dans leur boîte aux lettres, les
Français reçoivent une enveloppe
d’un bleu très clair, deux bulletins
de vote « oui » et « non », le texte
de la Constitution… ainsi que le
discours sans équivoque du 4 septembre. Jean-Paul Sartre dénonce
une campagne inégale. « Tout dans
ce référendum est agencé pour violer
les consciences et pour dévaloriser le
vote des opposants », écrit-il dans
L’Express. La saillie de Nikita
Khrouchtchev contre ce « plébiscite », dans La Pravda et L’Humanité, n’y changera rien.
Le Monde et Le Figaro approuvent la Constitution, les préfets
pronostiquent 67 % de « oui ». Le
Général serait-il rasséréné par ce
flot de soutiens ? Tout juste a-t-il
appelé une dernière fois « à répondre “oui” et à le faire en masse », à
la télévision, le 26 septembre, qu’il
apparaît le lendemain en une de
Paris Match. Tout de noir vêtu, il lit
dans son bureau, dos à la fenêtre,
pendant qu’Yvonne s’adonne au
tricot. Un instantané de quiétude
diffusé à près de deux millions
d’exemplaires.
Le 28 septembre, un défilé
d’hommes et de femmes remplit
les bureaux de vote. 47 millions
d’électeurs sont appelés aux urnes.
« Dans les cours d’école de la rue
Jean-Mermoz, une longue file d’attente serpente tandis que la rue est
embouteillée par les voitures », décrit le correspondant du Figaro à
Marseille. « Jamais vu ça », lâche
un habitant. Le soir, regroupés devant un grand écran lumineux installé sur les Champs-Élysées, les
Parisiens découvrent des résultats
sans précédent. 80,6 % des Français ont voté. Parmi eux, 82,6 %
ont choisi la nouvelle République.
Aucune Constitution n’a jamais
obtenu pareille consécration. À
Colombey-les-Deux-Églises, seul
un « non » s’est perdu parmi les
196 voix. Pourtant, depuis l’hôtel
Matignon, ni discours radiotélévisé
du Général ni triomphalisme.
De Gaulle, dernier président du
Conseil de la IVe République, traverse les salons et retrouve ses
proches collaborateurs autour d’un
simple buffet.
Le lendemain, France Soir barre
sa une d’un « Oui massif ». « Vive la
Ve République ! », titre en français le
New York Herald Tribune, avec un
peu d’avance : le texte n’entrera en
vigueur que le 4 octobre. Les communistes n’ont pas réussi à désavouer le « monarque ». Dans son
fief de Louviers, dans l’Eure, Mendès France est défait. Dans les colonies, seule la Guinée a voté
contre la Constitution et obtient
son
indépendance.
Partout
ailleurs, les Français ont largement
choisi la nouvelle République. Aussi bien le professeur que l’ouvrier,
le cadre que l’étudiant, les classes
moyennes que les classes populaires. De quoi donner raison à
Malraux : « Le parti gaulliste, c’est
le métro à six heures du soir. » Dans
sa course, le wagon du référendum
a tout emporté. Même le poinçonneur des Lilas. ■
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jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Confronté à une nouvelle crise,
Passation de pouvoirs, Conseil des ministres : la vie gouvernementale se remet en route, cahin-caha,
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
GOUVERNEMENT Tout commence par un
courriel envoyé à six heures du matin. Le
message est destiné aux cadres de la Place
Beauvau. Il les invite à se rendre disponibles pour la passation de pouvoirs entre
Gérard Collomb, le démissionnaire, et
Édouard Philippe, le premier ministre,
propulsé « premier flic de France ». L’événement est programmé à 9 h 15. Au début,
la presse n’y est pas conviée. D’où cette
scène inédite, qui vient ajouter au caractère déjà inouï de la semaine : les caméras se
pressent devant les grilles de la Place Beau-
vau, sans pouvoir entrer. Quand, enfin, la
consigne est donnée de leur ouvrir les portes, les reporters s’engouffrent dans la
cour, sans même avoir été fouillés ni
contrôlés. Il flotte comme une atmosphère
d’improvisation. Voire de flottement.
Une fois n’est pas coutume, Gérard
Collomb est à l’heure. Il se tient debout
devant les micros, en tapotant sa montre,
offerte récemment par son service d’ordre. Il patiente 20 minutes, dans le froid,
en attendant Édouard Philippe. Arrive
enfin le locataire de Matignon, qui peine à
dissimuler sa mauvaise humeur. Ses
phrases sont aussi polies qu’ambiguës :
« Monsieur le ministre d’État, soyez re-
mercié. Le premier ministre ayant vocation
à aller partout sur le territoire national, il
pourra arriver qu’il se rende à Lyon et il en
sera particulièrement heureux…» Ou encore : « J’ai pu apprécier le caractère direct
de [votre] expression. »
Gérard Collomb insiste, lui, dans son
allocution sur « la loi du plus fort » des
narcotrafiquants et des islamistes, qui
quadrillent certains quartiers. Le ton est
alarmiste. « On vit côte à côte, je crains
que demain on ne vive face à face, nous
sommes en face de problèmes immenses »,
prévient-il. La poignée de main entre les
deux hommes est glaciale. Dans le public,
le préfet de police Michel Delpuech, qui
craignait de servir de fusible dans l’affaire
Benalla, salue chaleureusement son ancien supérieur. Puis, Gérard Collomb
quitte les lieux sous de modestes applaudissements.
Opération banalisation
Dans la foulée se tient à l’Élysée le premier
Conseil des ministres en l’absence de Gérard Collomb. Le message du président est
limpide : « Rien de ce qui se passe depuis 48
heures ne s’apparente à une crise politique,
explique-t-il à ses troupes, selon des propos rapportés par le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. L’État
fonctionne […], le gouvernement est parfai-
tement à sa tâche. » Opération banalisation. Dans la pratique, toutefois, les agendas sont bousculés par ces turbulences.
Selon nos informations, le Conseil de défense, réunion se tenant chaque mercredi
matin autour du chef de l’État pour coordonner la sécurité et la défense, est annulé. La sortie du Conseil des ministres est
soigneusement orchestrée.
À 13 h 25, Édouard Philippe sort le premier. Il est accompagné du directeur général de la police nationale (DGPN), Éric
Morvan, en grand uniforme. Ils s’engouffrent dans une voiture, direction Nanterre, pour aller saluer les policiers ayant
participé à l’arrestation du braqueur Re-
Larrivé : « Si Macron ne change rien à son
ego-présidence sautillante, il se fracassera »
PROPOS RECUEILLIS PAR
CHARLES SAPIN £@csapin
LE DÉPUTÉ de l’Yonne et secrétaire général délégué du parti Les Républicains
dénonce la vacuité qui règne selon lui depuis des mois à la tête du ministère de
l’Intérieur, révélateur des écueils du
« macronisme ».
LE FIGARO. – Que vous inspire
la démission de Gérard Collomb ?
Guillaume LARRIVÉ. – On assiste à une
hécatombe des ministres d’État. Après la
démission dépressive de M. Hulot, la désertion compulsive de M. Collomb démontre que le système Macron s’effrite. En
vérité, cela fait 16 mois qu’il n’y avait plus
de patron Place Beauvau. Depuis qu’il est
président de la République, Emmanuel
Macron n’a pas nommé un vrai ministre à
l’Intérieur. Ce curieux M. Collomb n’était
qu’un intérimaire, aussi madré qu’inapte à
assumer la charge de la sécurité nationale.
Guillaume Larrivé : « Après la démission
dépressive de M. Hulot, la désertion
compulsive de M. Collomb démontre que
le système Macron s’effrite. » LE FIGARO
Que dit ce départ de l’exercice du pouvoir
par Emmanuel Macron ?
Face à l’affaire Collomb, la légèreté d’Emmanuel Macron ferait presque passer
pour un modèle de professionnalisme la
façon dont François Hollande avait géré
l’affaire Leonarda. Le voile du pseudo
« nouveau monde » s’est déchiré. Le pouvoir macronien reproduit, en réalité, le
pire des anciens mondes politiciens : les
excellences ministérielles oublient l’intérêt de l’État et privilégient leurs petits
parcours personnels. Ainsi, M. Collomb,
qui ne venait à Beauvau qu’à temps partiel, s’enfuit retrouver sa cuisine lyonnaise. Quant au chef de l’État, il confond visiblement l’autorité politique, dont il est
dépourvu, avec l’autoritarisme égocentrique, dont il est repu. Les numéros deux
et trois de son gouvernement l’ont publiquement piétiné en abandonnant leurs
missions. Si Emmanuel Macron ne change rien à son ego-présidence sautillante, il
se fracassera définitivement. L’enjeu, me
semble-t-il, est de retrouver l’esprit originel des institutions de 1958 : un président qui préside et un gouvernement qui
gouverne sous le contrôle d’un Parlement
solide. Pas une addition hasardeuse de
politiciens carriéristes et de technocrates
conformistes ! La France a besoin de vrais
ministres au service de l’intérêt général.
La question est de savoir si la « macronie »
est capable d’en trouver. J’en doute.
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Comment qualifieriez-vous
le bilan de Gérard Collomb
au ministère de l’Intérieur ?
Au fil des mois, M. Collomb n’aura été
que le triste commentateur de son inaction. Avec plus de 1 000 agressions par
jour, la délinquance s’est enkystée. Avec
un demi-million de clandestins toujours
présents sur le sol national, l’immigration massive a été tolérée. Sans parler des
dizaines de mosquées salafistes toujours
en activité, qui démontrent hélas que
l’islamisme ne fait que prospérer. À cet
égard, le macronisme n’est que la continuité des années socialistes. Bien sûr, la
centaine de préfets, les 150 000 policiers
et 100 000 gendarmes font sérieusement
leur travail quotidien. Je salue d’ailleurs
l’arrestation, hier, de Redoine Faïd. Mais
au-delà des affaires courantes, aucun
cap stratégique ne leur a été fixé pour
rompre avec les années Hollande-Taubira. Les propositions de rupture que nous
avons présentées, avec Laurent Wauquiez et Éric Ciotti, ont toutes été rejetées
par l’Élysée.
Que voudriez-vous dire
au prochain ministre de l’Intérieur ?
Il y a une urgence absolue : mettre hors
d’état de nuire les individus qui veulent
nous détruire. Je rappelle, en particulier, que parmi les 506 individus qui
étaient détenus cet été pour des actes
de terrorisme, et les 1 109 autres détenus identifiés comme islamistes radicalisés, 450 seront libérés d’ici à la fin de
l’année 2019. Ce sont des bombes humaines qu’il faut neutraliser. J’appelle
le futur ministre à nous recevoir, Place
Beauvau, pour entendre les propositions des Républicains, dans l’intérêt
national. ■
Wauquiez appelle
le chef de l’État
« à se ressaisir »
En déplacement en Eure-et-Loir,
Laurent Wauquiez est revenu sur
la démission de Gérard Collomb.
« Ce à quoi on assiste, épisode après
épisode, c’est un lent affaiblissement
au sommet de l’État : l’affaire Benalla,
Nicolas Hulot, les selfies, Gérard
Collomb, les ambitions maintenant
des uns et des autres pour
les municipales », a listé le président
de LR au milieu des camions
de pompiers dans une entreprise
qu’il visitait. « Sauf que pendant ce
temps-là, les problèmes des Français
perdurent : les questions d’insécurité,
les questions de pouvoir d’achat,
les taxes, les charges sur l’essence,
la préoccupation des retraites,
la question de l’immigration… »
Quelques heures après la passation
de pouvoirs entre Gérard Collomb
et Édouard Philippe, Laurent
Wauquiez a « appelé le président
de la République et l’ensemble
des membres du gouvernement
à se ressaisir, à retrouver à la fois
de la dignité et le sens des
responsabilités ». « Si je peux leur
donner un conseil », a-t-il poursuivi
au milieu des employés de l’usine,
« qu’ils s’occupent un peu moins
d’eux et un peu plus des Français ».
MARION MOURGUE
(ENVOYÉE SPÉCIALE EN EURE-ET-LOIR)
Fesneau : « C’est seulement
le départ d’un homme »
MATHILDE SIRAUD £@Mathilde_Sd
MERCREDI, au lendemain de la démission fracassante de l’ex-ministre de
l’Intérieur, Gérard Collomb, dans nos
colonnes, le même message était martelé en boucle du côté de l’exécutif et
de la majorité : « Il n’y a pas de crise. »
Marc Fesneau, président du groupe
MoDem à l’Assemblée, n’a pas dérogé
à la règle. Invité du « Talk Le Figaro »,
le député centriste a minimisé cette
nouvelle défection.
« C’est seulement le départ d’un homme », a-t-il fait savoir. « Ce n’est pas
une crise politique, c’est un événement
politique qui arrive dans la Ve République. » Gérard Collomb « a voulu par
œuvre de transparence dire qu’il s’intéressait à la vie lyonnaise, a expliqué Fesneau. Mais mani-
MARC FESNEAU ,
mercredi, dans le studio du Figaro.
SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
festement, la transparence a ses limites,
puisque à partir de ce moment-là s’est
mise en route une machine classique qui
l’a mis dans une situation de difficulté. »
Le chef de file des députés MoDem a
dit « regretter » le départ de Gérard
Collomb et a salué son « action positive » à Beauvau. Interrogé sur le profil
du successeur du ministre de l’Intérieur, l’élu du Loir-et-Cher a plaidé
pour « quelqu’un qui puisse assurer la
continuité », citant « les enjeux de sécurité, de lutte contre le terrorisme, des
quartiers ». Le remaniement peut-il
être plus large que prévu ? « Non », a
d’abord répondu Fesneau, avant de
laisser entendre l’inverse. « Il faut regarder s’il y a besoin de redonner une
architecture… On voit bien que ces deux
départs consécutifs (Hulot et Collomb,
NDLR) peuvent nécessiter qu’il y ait un
besoin d’architecture plus global mais il
peut y avoir aussi du poste pour poste »,
a-t-il fait savoir.
Après que des députés MoDem ont
exprimé un manque de considération
par La République en marche, Marc
Fesneau a souligné que les « conditions
de dialogue » étaient « bonnes ». « On
a besoin que la majorité marche sur ses
deux piliers et c’est tout à fait entendu de
la part de l’exécutif », s’est-il félicité.
Comme François Bayrou, Marc
Fesneau plaide pour que le « sens » des
réformes soit réaffirmé. « Il y a besoin
de donner le cap », a argué l’élu du
Loir-et-Cher. « Il y a sans doute un besoin de reclarifier les choses et de faire
en sorte que nous réaffirmions le pacte
majoritaire, mais la majorité est au travail. » Début septembre, Marc Fesneau
avait créé la surprise en obtenant 86
voix lors de l’élection du président de
l’Assemblée. Son groupe MoDem ne
compte que 47 élus. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 4 octobre 2018
POLITIQUE
l’exécutif minimise
en attendant un remaniement.
douane Faïd, en cavale depuis trois mois.
Puis, les autres ministres font leur apparition. Une journaliste hèle Christophe Castaner : « Serez-vous ministre de l’Intérieur ? » Le patron de LaREM esquive : « Je
ne vous entends pas. » De son côté, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, prend
en photo les photographes, avec son
smartphone. Puis, Agnès Buzyn s’approche et détaille sa campagne de sensibilisation du dépistage du cancer du sein.
Dans l’après-midi, Emmanuel Macron
se rend, comme si de rien n’était, au
Mondial de l’auto. « Je vous rassure. Il y a
un cap, des institutions, un gouvernement
au travail, au service du pays et du peuple
français. C’est ce qui compte. Le reste, ce
sont des péripéties », glisse-t-il devant la
meute des caméras. Mais, dans certains
cabinets ministériels, la fébrilité est palpable, à l’approche d’un remaniement
dont le périmètre fait l’objet de tous les
pronostics. Notamment, Rue de Valois,
où Françoise Nyssen est régulièrement
donnée partante.
Un jalon
Les mauvaises langues notent, de leur
côté, que Gérald Darmanin, dont le nom
est souvent cité par les commentateurs
pour aller à Beauvau, multiplie ces derniers jours les communiqués félicitant les
À Lyon, le retour de l’ancien
maire attise les spéculations
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
douanes pour des saisies records de tabac
de contrebande. Quant aux conseillers de
Gérard Collomb, Place Beauvau, ils sont
invités à suivre leurs dossiers jusqu’à la
nomination d’un nouveau patron. Les voilà donc qui traitent les affaires courantes,
sans chef. Libéré de ses fonctions ministérielles, Gérard Collomb n’a pas tardé à retourner dans son fief de la capitale rhodanienne. Son départ, assure-t-il, marque
un jalon, voire un tournant : « Le président
et le premier ministre vont me remplacer,
déclare-t-il. Peut-être éventuellement
choisir une nouvelle équipe, entamer une
nouvelle phase du quinquennat. Et là d’où je
suis, je continuerai à les aider. » ■
Édouard Philippe et
Gérard Collomb, mercredi,
pendant la cérémonie de passation
de pouvoirs Place Beauvau. AFP
7
ENVOYÉ SPÉCIAL A LYON
LE SCRUTIN a beau se tenir dans dixhuit mois, le microcosme lyonnais ne
bruisse déjà que de ça… Les élections
municipales sont dans toutes les têtes
de ces notables discrets, habitués depuis 2001 au règne sans partage de
Gérard Collomb. L’annonce du retour
du ministre de l’Intérieur a attisé les
spéculations. « Il est perçu comme un
bon maire et aucune autre tête n’émerge », reconnaît un de ses opposants.
Lyon a une identité profondément
centriste qui sied au parti majoritaire.
Mais quid de l’âge de l’intéressé
- 71 ans - et de l’usure du pouvoir après
trois mandats de maire ? Enfin, l’articulation entre la métropole et l’hôtel de
ville promet des surprises alors que le
cumul des deux fonctions ne sera plus
possible à compter de 2020.
Sans difficulté, Gérard Collomb retrouvera prochainement le fauteuil de
maire qu’il a confié en juillet 2017 à son
ex-premier adjoint, Georges Képénékian. « Il s’assoira dans ce fauteuil pour
reprendre le pouls de sa ville », confiait
l’édile au Figaro la veille de la démission du ministre.
Mais le vrai pouvoir n’est plus place
de la Comédie, où est installé l’hôtel de
ville. Tout se joue rue du Lac. « La métropole, c’est son bébé et c’est elle qui tient
les cordons de la Bourse », observe Romain Blachier, l’adjoint au maire du VIIe
arrondissement, proche de Gérard Collomb. La logique voudrait que l’ex-ministre retrouve dès maintenant la présidence, qu’il occupait précédemment, et
qu’il la conserve en 2020. Libérant ainsi
le siège de maire pour son épouse, Caroline Collomb, comme l’évoque la presse
locale avec insistance.
Or, un psychodrame brouille les
cartes. Contrairement à Georges Képénékian, David Kimelfeld – le successeur de Collomb à la métropole n’a guère envie de rendre son tablier
(lire interview ci-dessous). Des velléités appuyées par les opposants de Gérard Collomb, à l’instar de Jean-Paul
Bret, le maire PS de Villeurbanne :
« David Kimelfeld a une pratique du
pouvoir plus apaisée », dit-il pour justifier son refus de voir Collomb revenir
aux manettes.
Dans le même temps, un petit grou-
pe de maires divers droite du Val de
Saône et du Mont d’Or, rassemblés
sous l’étiquette Synergies, se fait entendre. En 2014, ils avaient voté Collomb à la présidence de la métropole
contre la promesse que la réforme de la
métropole - qui entrera en application
en 2020 - leur garantisse une forte représentation. Ce qui ne sera finalement pas le cas. « Il les a roulés dans la
farine. Ils ne veulent plus discuter avec
lui », observe Alexandre Vincendet,
qui s’apprête à devenir président de la
fédération LR du Rhône.
« Gérard Collomb a perdu un certain
nombre de soutiens. Tandis qu’avec David Kimelfeld on peut encore discuter
même s’il n’est plus dans la même boutique (ex-PS parti vers LaREM) », juge
Yann Crombecque, le premier fédéral
PS du Rhône. « Gérard Collomb prendrait un risque énorme à vouloir retrouver son poste à la métropole », estime
Pascal Blache, le maire divers droite (et
“
Gérard Collomb
prendrait un risque
énorme à vouloir
retrouver son poste
à la métropole
”
PASCAL BLACHE, MAIRE DIVERS DROITE
DU VIE ARRONDISSEMENT DE LYON
Collomb-compatible) du VIe arrondissement. Tandis que la maire du
Ier arrondissement, Nathalie PerrinGilbert (divers gauche, opposante au
maire), juge que « si Gérard Collomb
doit renoncer à son bébé, il sera dans une
telle colère qu’il déclenchera une guerre
nucléaire » contre son ex-dauphin.
Reste à savoir si David Kimelfeld est
en capacité de gagner son bras de fer.
S’il peut faire du forcing pour se maintenir à la tête de la métropole jusqu’en
2020, difficile de l’imaginer défier Gérard Collomb au-delà. Peu connu des
Lyonnais, l’homme de 57 ans n’a pas
les mains libres. Son cabinet est composé de proches de Gérard Collomb
qui rapportent chacun de ses faits et
gestes à leur patron de cœur. « David
ne tuera pas le père », veut croire
Georges Képénékian. Qui temporise
les divergences entre les deux hommes : « Quand on joue du Mozart, on
peut le jouer plus vite ou plus lentement.
Mais à la fin, ça reste du Mozart. » ■
David Kimelfeld : « Je ne suis pas un intermittent ou un intérimaire »
DAVID KIMELFELD est le président de
la métropole de Lyon depuis juillet
2017.
LE FIGARO. - Avez-vous été surpris
par la démission de Gérard Collomb ?
David KIMELFELD. - Son retour à
Lyon était attendu, mais son accélération est une surprise. Je n’étais pas informé et je ne sais pas l’expliquer.
Cette métropole fonctionne, elle est
managée, elle est gouvernée.
Le maire de Lyon,
Georges Képénékian, a annoncé
qu’il quittait son siège au profit de
Gérard Collomb. Allez-vous lui rendre
la présidence de la métropole,
qu’il occupait avant sa nomination
au gouvernement ?
Je suis à mon poste, au travail et je
garde un cap. Depuis mon arrivée, je
prends le taureau par les cornes pour
mener à bien les dossiers que j’ai à
traiter. Pour l’instant, Gérard Collomb
n’a pas évoqué un éventuel retour à la
métropole. J’ai toujours dit que si demain il souhaitait revenir à la tête de la
métropole je lui laisserais la place
comme je m’y étais engagé. Mais je ne
crois pas que ce soit son intention.
Vous développez un projet « métropole
2030 », c’est bien la preuve que vous
vous inscrivez dans la durée…
Tout en étant loyal, je répète que je ne
suis pas un intermittent ou un intérimaire, je ne suis pas un président de
“
Je suis à mon
poste, au travail et
je garde un cap
DAVID KIMELFELD,
PRÉSIDENT DE LA MÉTROPOLE DE LYON
”
métropole passif qui attend que quelqu’un revienne, ou pas. J’ai pris les
dossiers à bras-le-corps. J’ai la volonté de continuer à avancer et de dresser
des perspectives. On verra ensuite qui
portera quoi.
Êtes-vous plus rassembleur
que Gérard Collomb,
comme l’affirment
certains élus métropolitains ?
À la différence de Gérard Collomb, qui
connaissait les dossiers métropolitains
sur le bout des doigts, je n’avais pas
cette prétention-là en arrivant, en
juillet 2017. Par nécessité, j’ai donc eu
un management beaucoup plus collectif et participatif. Et par goût, je viens
du monde de l’entreprise, j’ai été infirmier… : j’y ai appris à travailler en
équipe. Pour moi, c’est instinctif.
Vous voulez jouer un rôle en 2020 ?
Oui, j’ai envie de jouer un rôle. Ce
n’est faire insulte à personne de le
dire. J’ai un certain nombre d’idées
sur ce que peut être le futur de la métropole.
Vos relations avec Gérard Collomb
sont-elles dégradées ?
Ce sont des spéculations portées par
ceux qui pensent que réclamer un
nouveau souffle est une forme d’agression. Je pense que le meilleur allié est
celui qui est en capacité d’exprimer ce
qu’il ressent. Il faut des différences
pour réussir un rassemblement. ■
PROPOS RECUEILLIS PAR T. Q.-M.
« Une charge contre les nouveaux bigots
et la religion de notre temps :
la tyrannie des minorités. »
A
Alexandre Devecchio, Le Figaro Magazine
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
8
INTERNATIONAL
Theresa May veut réenchanter le Brexit
La première ministre britannique est allée jusqu’à esquisser quelques pas de danse pour tenter de rassembler
son parti derrière elle, en clôture du congrès conservateur, mercredi, à Birmingham.
FLORENTIN COLLOMP £@fcollomp
CORRESPONDANT À LONDRES
ROYAUME-UNI On imagine les réunions préparatoires avec les conseillers.
La première ministre Theresa May est
entrée sur la scène du palais des congrès
de Birmingham en se déhanchant au son
du tube Dancing Queen d’Abba, mercredi, en clôture de la grand-messe annuelle des conservateurs. Un clin d’œil
tout en autodénigrement très british à
une vidéo virale où on la voyait esquisser quelques raides pas de danse, cet été,
lors d’une réception traditionnelle au
Kenya.
Le stratagème a pris tout le monde de
court et aussitôt mis l’auditoire dans sa
poche. Une façon humoristique, pour
celle que l’on surnomme « Maybot », de
reprendre l’initiative face à ses nombreux détracteurs, à l’heure des petites
phrases et des réseaux sociaux. Cette
entrée en matière peu conformiste lui a
permis de dérouler sa vision d’un Brexit
résolument optimiste, sans en masquer
les périls.
Attendu au tournant, ce discours était
l’occasion de répliquer aux attaques de
son grand rival Boris Johnson, la veille,
perçues comme une offre de service aux
militants tories pour prendre la place de
la première ministre. Chantre d’un
Brexit idyllique, l’ancien ministre ne
cesse de l’accuser de torpiller ce
« rêve », à force de capitulations face à
l’Union européenne.
pays sur ces déchirements incessants.
Les conservateurs sont devenus « le
parti du Brexit », comme un « signal radio brouillé » aux yeux des jeunes, reconnaît le ministre de l’Éducation, Sam
Gyimah. Le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a réussi lors de
son congrès annuel la semaine dernière
à calmer ses propres divisions dans ses
rangs sur la question et à offrir une alternative aux Britanniques désenchantés en n’écartant pas l’idée d’un nouveau référendum.
Theresa May veut incarner une voie
médiane entre la négation du vote de
juin 2016 d’un côté et le zèle europhobe
des « hard brexiters » de l’autre. Reste à
sortir les négociations de l’impasse où
elles sont coincées, à quinze jours d’un
sommet européen décisif. Un dialogue
discret reprend entre Londres et
Bruxelles dans cette optique.
Au-delà du sujet qui absorbe toute
l’énergie politique, la « dancing queen »
du Brexit devra trouver de nouveaux
ressorts pour survivre à la tête de son
parti et de son pays. Elle a annoncé la fin
en vue de l’austérité budgétaire, un
nouveau plan pour rattraper le retard
britannique sur le dépistage du cancer,
ainsi qu’un gel des taxes sur les carburants. ■
Theresa May
fait son entrée
sur la scène
du palais
des congrès
de Birmingham
en se déhanchant
au son du tube
Dancing Queen
d’Abba, mercredi,
en clôture de la
grand-messe
annuelle des
conservateurs.
OLI SCARFF/AFP
“
Si nous partons tous
dans des directions
différentes à la poursuite
de différentes versions
d’un Brexit parfait,
nous risquons de finir
sans Brexit du tout
”
A
THERESA MAY, LORS DU CONGRÈS DES TORIES
« Si nous partons tous dans des directions différentes à la poursuite de différentes versions d’un Brexit parfait, nous
risquons de finir sans Brexit du tout », a
mis en garde Theresa May. Elle a aussi
appelé à soutenir les entreprises (« back
business »), réplique au peu élégant
« fuck business ! » lâché par Boris Johnson devant les craintes des patrons sur
les risques d’un Brexit dur.
La première ministre a cherché à
donner une image de dirigeante responsable, œuvrant à « l’intérêt national ».
Elle revendique le « patriotisme » plutôt
que le « nationalisme », une voie modérée et raisonnable et dénonce ceux qui
veulent faire de « compromis » un gros
mot. Une manière de préparer le terrain
à de nouvelles concessions en direction
des Européens.
En réponse à un autre de ses plus virulents détracteurs, Jacob Rees-Mogg, elle
a rappelé qu’« un Brexit qui améliorera
notre vie dans cinquante ans n’est pas bon
s’il rend notre vie plus difficile maintenant ». Ce promoteur d’une rupture sèche des liens avec l’UE avait annoncé
que les bénéfices ne s’en feraient peutêtre ressentir que d’ici plusieurs décennies. Pour autant, May n’hésite pas à
promettre « un meilleur avenir pour le
Royaume-Uni », sans exclure une
« bonne relation commerciale » avec le
reste de l’Europe. Elle annonce un grand
« festival » pour célébrer la GrandeBretagne et l’Irlande du Nord à la manière d’une exposition universelle pour
2022.
« La Grande-Bretagne n’a pas peur de
partir (de l’UE) sans accord », lance-telle, pour rassurer les nombreux partisans conservateurs d’une rupture brutale le 29 mars 2019. Mais elle ne cache
pas que « cela serait un mauvais résultat
pour le Royaume-Uni ».
Si souvent annoncée en bout de course, la chef du gouvernement britannique
a trouvé le ton juste pour défendre sa
position, décriée de toutes parts. Elle a
bouclé ce congrès tory à hauts risques,
sans faire taire les divisions, mais en regagnant une part de son autorité perdue.
La défiance d’un député tory qui appelait, moins d’une heure avant son discours, à renverser la première ministre,
a fait « pschitt ». Les autres frondeurs
pourront en tirer la leçon et se tenir à
carreau quelque temps.
En cherchant à se replacer au centre,
May espère répondre à la lassitude du
Nathalie Loiseau : « Les risques d’un “no deal”
sont là et on ne peut pas les écarter »
PROPOS RECUEILLIS PAR
ANNE ROVAN £@AnneRovan
CORRESPONDANTE À BRUXELLES
LA MINISTRE chargée des Affaires européennes, Nathalie
Loiseau, a présenté mercredi
en Conseil des ministres le projet de loi relatif au Brexit. L’objectif de ce texte est, assure-telle, « de faire en sorte qu’une
absence d’accord pèse le moins
possible sur les citoyens et les
entreprises ».
Mon
objectif
est de faire
en sorte
qu’une
absence
d’accord
pèse
le moins
possible
sur les
citoyens
et les
entreprises
NATHALIE LOISEAU,
MINISTRE CHARGÉE
DES AFFAIRES
EUROPÉENNES
»
LE FIGARO. - Quel est
l’objectif du projet de loi
sur le Brexit présenté
mercredi en Conseil
des ministres ?
Nathalie LOISEAU. - Comme
tous les autres États membres
et comme le Royaume-Uni, la
France se prépare au Brexit. Le
texte est un projet de loi d’habilitation à légiférer par ordonnances. Il donne au gouvernement la possibilité de prendre
les mesures nécessaires pour
qu’au 30 mars 2019, quel que
soit le scénario, la France soit
prête. Dans l’hypothèse d’un
accord, nous devrons ainsi
mettre progressivement en
place des infrastructures pour
le contrôle à l’arrivée en France des marchandises venant du
Royaume-Uni, en fonction du
niveau de contrôles qui sera
fixé dans l’accord organisant
notre partenariat économique.
S’il devait ne pas y avoir d’accord, de nombreuses autres
questions se poseraient, auxquelles nous apporterons des
réponses. Le texte présenté ce
mercredi en Conseil des ministres vise à nous donner tous les
outils nécessaires pour faire
face à ce scénario. Nous ne
souhaitons pas un tel scénario,
mais c’est la responsabilité du
gouvernement et du Parlement
de s’y préparer.
Quels sont les domaines dans
lesquels un « no deal » serait le
plus dommageable et comment
allez-vous y remédier ?
Mon objectif est de faire en sorte
qu’une absence d’accord pèse le
moins possible sur les citoyens
et les entreprises. Un Français
ayant vécu au Royaume-Uni
peut avoir obtenu son diplôme
là-bas, travaillé et cotisé là-bas
pour la retraite et le chômage.
En cas d’absence d’accord, et si
on ne fait rien pour se préparer,
son diplôme ne serait pas reconnu et ses années de cotisation ne pourraient être prises en
compte en France. Il faut donc
légiférer pour que la France
puisse effectivement prendre en
compte les années passées au
Royaume-Uni. De même, les
Britanniques qui sont actuellement sur le territoire français se
retrouveraient en situation irrégulière au 30 mars 2019. Nous
devons faire en sorte que ces
Britanniques puissent rester en
France. Notre volonté est de
bien les traiter, avec, bien sûr, le
souci de la réciprocité au bénéfice de nos ressortissants installés au Royaume-Uni. Le gouvernement britannique nous a
donné des assurances, promettant un statut favorable aux ressortissants européens.
Les négociations sur le Brexit
patinent. La probabilité d’un
« no deal » est-elle réellement
plus importante qu’avant l’été ?
L’heure tourne. Il ne reste que
176 jours avant le retrait du
Royaume-Uni. Les risques de
« no deal » sont là et on ne peut
pas les écarter. Michel Barnier
travaille activement à la conclusion d’un accord de retrait et
c’est évidemment ce que tous
les États membres souhaitent.
Nous attendons des Britanniques une nouvelle proposition
sur la frontière irlandaise puis-
qu’ils ont rejeté celle des VingtSept. Comme Theresa May le disait, nous préférons une absence
d’accord à un mauvais accord
qui se ferait au détriment des
intérêts de l’Union européenne.
La Commission aussi se prépare
à ce scénario.
Elle se prépare à tous les scénarios. Le transport aérien est une
compétence européenne. En cas
de non-accord, ce serait par
exemple à la Commission de rendre possible l’atterrissage d’un
avion britannique sur le sol européen. Je peux vous garantir qu’il
n’y aura pas de chaos dans le ciel
européen le 30 mars 2019 ! Nous
ne sommes pas dans le concours
de celui qui prendra la mesure la
plus idiote ! Plus largement, la
Commission va nous transmettre
la cartographie précise des domaines sur lesquels elle travaille,
de manière que les États membres puissent s’ajuster. C’est indispensable. Il y a toujours des
domaines à la frontière des compétences européennes et nationales, et il ne faut, si j’ose dire,
aucun trou dans la raquette. Un
travail de coordination entre les
27 États membres appuyés par la
Commission est également nécessaire.
Les dirigeants européens
ne cessent de vanter l’unité
des Vingt-Sept sur le Brexit.
Faut-il redouter l’apparition
de tensions si les négociations
venaient à se durcir davantage
avec le Royaume-Uni ?
Ceux qui, en septembre, faisaient le pari de tensions au
sommet informel de Salzbourg
se sont trompés. Cette unité,
derrière notre négociateur Michel Barnier, n’est pas théologique ou idéologique. Cette unité repose sur une lecture
commune des intérêts et de la
préservation même de l’UE. ■
ZOOM
Accusations d’évasion fiscale
contre Trump
Le service des impôts de l’État
de New York a ouvert mardi
une enquête après la publication
par le New York Times
d’informations selon lesquelles
Donald Trump aurait reçu plus
de 400 millions de dollars
de ses parents, en partie grâce
à des manœuvres d’évasion fiscale.
Ces informations ont été démenties
par un avocat du président et par la
Maison-Blanche. D’après l’article,
l’ex-magnat de l’immobilier
est loin de s’être fait tout seul,
comme il le raconte volontiers
à ses supporteurs ou dans ses livres,
comme son best-seller L’Art de la
négociation.
EN BREF
Skripal, « un traître et une
ordure », selon Poutine
L’ex-agent double Sergueï Skripal,
empoisonné en mars dans le sud de
l’Angleterre, « était juste un espion,
un traître à la patrie […]. Il s’agit
tout bonnement d’une ordure, un
point c’est tout », a déclaré
mercredi Vladimir Poutine.
Des hackers nord-coréens
volent des millions
Un groupe de hackers d’élite
nord-coréens est à l’origine d’une
vague de cyberattaques contre des
banques qui ont permis de récolter
« des centaines de millions » de
dollars pour le régime de
Pyongyang, affirment des experts
en sécurité informatique
mercredi.
Vietnam : le chef du Parti
communiste sera président
Le secrétaire général du Parti
communiste vietnamien Nguyen
Phu Trong est le seul candidat
pour le poste de chef de l’État
et devrait devenir le premier
à cumuler ces deux postes
depuis Ho Chi Minh, le père
de l’indépendance du Vietnam.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 4 octobre 2018
INTERNATIONAL
9
Riace, modèle d’intégration des migrants, mis en cause
L’élu, dont le village de Calabre revivait grâce à l’accueil de nombreux étrangers, a été inculpé pour incitation illicite à l’immigration.
ROME
ITALIE Le modèle Riace traverse un trou
d’air. Cette forme exemplaire d’intégration des migrants dans une communauté
urbaine a donné jusqu’à présent d’excellents résultats. Sur les quelque 2 000 habitants de cette petite localité de la Locride
calabraise, sur la mer Ionienne, plus de
600 sont des ressortissants étrangers :
Kurdes, Afghans, Syriens, Nigérians et
tant d’autres, échoués au fil de débarquements sur la côte. L’expérience commence en 1988, avec l’arrivée de trois cents
Kurdes irakiens. La population locale se
met en quatre pour les secourir, les accueillir, leur trouver un toit parmi les dizaines de maisons que la désertification du
plateau calabrais a rendues inoccupées.
Un maire particulièrement actif, militant
communiste, Domenico Lucano (60 ans),
surnommé « Mimmo le Kurde », organise
une communauté d’accueil, « Citta Futura ». Des ateliers de tissage, de couture, de
confection essaiment. Et ça marche. Riace, connue pour ses deux magnifiques
bronzes de l’Antiquité, devient un centre
apprécié des touristes. Une école et des
bars ont ouvert. En 2016, le magazine
américain Fortune classe son maire, Domenico Lucano, parmi les 50 hommes et
femmes les plus influents au monde.
Cette réussite suscite des jalousies. La
RAI bloque la diffusion d’un documentaire sur la communauté, au motif qu’il fait
la part trop belle au maire. Cet été, Domenico Lucano fait une grève de la faim
pour protester contre la raréfaction des
subventions. Mardi dernier, le parquet de
Locri l’inculpe d’incitation illicite à l’immigration et l’assigne à résidence. Il
aurait multiplié des impairs, comme l’organisation de trois mariages blancs entre
de jeunes Africaines (Nigérianes,
Érythréennes) et des Calabrais, pour leur
faire obtenir un permis de séjour. Il aurait
aussi commis des irrégularités dans le ramassage des ordures ménagères. Le préfet de Locri a suspendu mercredi le maire
de ses fonctions. « L’État ne peut tolérerdes illicites», a-t-il dit. En revanche,
aucun détournement de fonds n’a été
constaté. Stupeur à Riace : « Des peccadilles inspirées par la générosité. La solidarité est-elle un délit ? », s’indigne Don
Ciotti, un religieux charismatique qui a
fondé l’association antimafieuse Libera.
Régime autoritaire
« Son arrestation est le premier acte d’un
glissement vers un régime autoritaire. Il y a
une volonté délibérée d’étouffer le modèle
Riace, qui contredit la politique xénophobe
du gouvernement », lance l’écrivain antimafia Roberto Saviano, auteur du livre à
succès Gomorra.
Matteo Salvini, lui, jubile. Son décretloi sur l’immigration, adopté le 24 septembre, se donne pour objectif de combattre toutes les formes d’intégration de
migrants en rendant plus difficile leur
condition de séjour en Italie. « Et maintenant, que vont dire ceux qui veulent remplir
la Locride d’émigrés ? », a-t-il tweeté.
Quant à la néofasciste Giorgia Meloni, elle
raille Roberto Saviano : « Il disait Riace
modèle gagnant. Maintenant il pourra apporter des oranges à son ami le maire arrêté pour avoir favorisé l’immigration clandestine. » Rassemblements, pétitions,
manifestations : la communauté de Riace
se mobilise pour défendre son modèle
d’intégration unique en Italie. ■
Le président catalan menace l’exécutif
de lui retirer son soutien s’il n’ouvre pas
la voie à un processus d’autodétermination.
MATHIEU DE TAILLAC £@mdetaillac
MADRID
ESPAGNE Personne ne s’attendait à cet
ultimatum. Si, d’ici un mois, le gouvernement espagnol n’accepte pas de discuter des modalités d’un référendum
d’autodétermination en Catalogne,
alors, a prévenu le président catalan, le
sécessionniste Quim Torra, « l’indépendantisme ne pourra garantir aucun type
de stabilité au Parlement espagnol ».
Autrement dit, les huit députés PDeCAT
(incarnant le centre droit indépendantiste, le PDeCAT participe à la coalition
Junts per Catalunya dont est issu Torra)
et les neuf députés ERC (centre gauche
indépendantiste) pourraient retirer leur
soutien au gouvernement socialiste.
La menace est sérieuse pour le cabinet de Pedro Sánchez, arrivé au pouvoir par une motion de censure contre
Mariano Rajoy (PP, droite) et qui ne
peut compter sur l’appui inconditionnel que des 84 députés du Parti socialiste (PSOE), sur un total de 350 sièges.
Elle intervient en plus à quelques semaines de la présentation du budget,
dont la négociation s’annonce très difficile. Toutefois, l’avertissement a été
balayé d’un revers de main par la porte-parole de l’exécutif, Isabel Celaá,
lors d’une allocution convoquée mardi
soir : « Ce gouvernement n’accepte pas
d’ultimatum. »
PAU BARRENA/AFP
Le dangereux
ultimatum lancé
par Barcelone
à Madrid
Le président catalan Quim Torra au pupitre du Parlement régional lors de son discours de rentrée, mardi à Barcelone.
À Madrid, le député Esquerra Republicana de Catalunya (ERC, centre gauche indépendantiste) Gabriel Rufián reconnaît ne pas avoir été prévenu du
message de Torra. Il rappelle : « La position du groupe parlementaire d’ERC à
Madrid est fixée par le groupe parlementaire d’ERC à Madrid. » Son groupe votera-t-il contre le budget de Sánchez si
ce dernier ne propose aucune avancée
sur le terrain de l’autodétermination,
comme le prétend Torra ? Rufián délie
les deux questions : « Nous avons dit il y
a deux semaines que notre soutien au
budget dépendra de l’attitude de Sánchez
et du parquet, précise-t-il au téléphone.
Avec nos représentants politiques en prison, cela semble très compliqué », dit-il,
en référence aux dirigeants indépendantistes placés en détention préventive depuis près d’un an, dans l’attente de
leur procès pour sédition et rébellion.
D’autres députés ERC et PDeCAT ont
également pris leurs distances avec l’ultimatum de Torra, si bien que certains
s’interrogent sur sa capacité à exécuter
sa menace. « Cet ultimatum est un aveu
de faiblesse, analyse Pablo Simón, professeur de science politique à l’université Carlos III. La fragmentation du bloc
indépendantiste est de plus en plus évidente, entre les indépendantistes purs et
durs d’une part et ceux qui veulent renforcer leur position pour négocier avec
Madrid d’autre part. »
Car c’est quand il est en difficulté à
Arménie : le premier ministre bataille
pour obtenir des législatives anticipées
Le réformateur Pachinian a appelé le peuple à le soutenir face aux manœuvres des parlementaires.
RÉGIS GENTÉ £@regisgente
TBILISSI
Une composante russe
KAREN MINASYAN/AFP
CAUCASE Alors, le premier ministre
Nikol Pachinian a remis sa casquette de
révolutionnaire qui l’a rendu si populaire au printemps… Mardi soir, le Parlement contrôlé par le Parti républicain
d’Arménie, toujours aussi honni mais
encore majoritaire malgré la « révolution de velours » qui lui a fait perdre
l’exécutif en avril, a tenté un coup de
force. À l’occasion d’une session non
annoncée, les députés ont modifié les
règles de fonctionnement de leur assemblée pour conserver leurs sièges,
alors que le gouvernement veut des législatives anticipées d’ici à la fin de
dans un conflit de légitimités », résume
M. Giragossian, entre celle que donne
le peuple à Pachinian et celle que la
Constitution confère au Parlement
(dans un régime désormais parlementaire). Et cela même si cette assemblée
a été élue sur fond d’innombrables
fraudes en 2017.
l’année. Pris dans une impasse constitutionnelle, il ne restait plus à M. Pachinian qu’à demander une fois encore
au peuple de se rassembler devant le
Parlement pour faire pression sur les
députés.
Des milliers d’Arméniens ont répondu à son appel. « Pachinian jouit toujours du soutien populaire. C’est ce qu’a
prouvé la victoire avec 81 % des voix de
son candidat lors de l’élection municipale à Erevan, le 23 septembre. Cela a été
un choc pour l’ancienne équipe dirigeante et n’a fait qu’encourager le gouvernement à pousser pour qu’on sorte de
la crise politique en organisant des législatives au plus vite », explique Richard
Giragossian, directeur du Regional
Studies Center. « Le problème réside
À l’aide d’un mégaphone, le premier ministre arménien Nikol Pachinian s’adresse
à ses partisans lors d’un rassemblement devant le Parlement, mardi à Erevan.
Si la crise actuelle est arméno-arménienne, elle n’en a pas moins une composante russe. Fin avril, Moscou, qui
fournit une sécurité « existentielle » à
cette petite république caucasienne
coincée entre ses ennemis turc et azerbaïdjanais, avait insisté pour que la
Constitution soit respectée à la lettre et
que le nouveau gouvernement travaille
avec le Parlement en place. « Les Russes ont compris leurs erreurs en Ukraine
et n’ont pas voulu afficher leur répugnance à l’égard de notre révolution.
Mais au fond, ils n’aiment pas Pachinian
et l’obligent à cohabiter avec ce Parlement pourri en espérant qu’il ne pourra
pas réformer et perdra à terme le soutien
du peuple », déplore un proche de M.
Pachinian.
Mardi soir, tandis que la foule grondait sur l’avenue Baghramian, M. Pachinian pénétrait dans le Parlement
pour plus de deux heures de discussions. Il a ensuite rendu compte au
peuple comme aux plus belles heures
de la révolution d’avril-mai. La
Constitution, taillée sur mesure pour
l’ex-président Serge Sarkissian, lui
laisse peu de marge de manœuvre… sinon de démissionner en obtenant du
Parlement qu’il ne nomme pas un autre
chef de gouvernement, ce qui conduirait automatiquement à de nouvelles
législatives. La proposition est risquée
et son issue incertaine, tant elle revient
à demander aux députés de se suicider
politiquement. « Du jour de ma démission, l’observation des développements
politiques futurs sera sous votre supervision », a lancé M. Pachinian. ■
Barcelone que Torra interpelle Madrid.
Au premier anniversaire du référendum
organisé le 1er octobre 2017 malgré l’interdiction de la justice, une partie des
indépendantistes lui reproche son incapacité à mettre en œuvre la « République catalane » proclamée l’an dernier et
qui apparaît dans chacun de ses discours. Au terme d’une grande manifestation sécessionniste organisée lundi à
Barcelone, une minorité radicale a tenté
de forcer les portes du Parlement catalan, et la police régionale a dû charger.
“
Cet ultimatum est
un aveu de faiblesse.
La fragmentation du bloc
indépendantiste est
de plus en plus évidente
PABLO SIMÓN, PROFESSEUR DE SCIENCE
POLITIQUE À L’UNIVERSITÉ CARLOS III
”
Madrid croit donc que Torra revient à la
tactique éprouvée de désigner un ennemi extérieur pour ressouder ses troupes.
Mais si Sánchez était finalement lâché, pourrait-il rester au pouvoir sans
le soutien des députés indépendantistes ? « Sans budget, il peut reconduire
celui de 2018, élaboré par la droite, mais
il ne pourra pas tenir très longtemps,
prédit Simón. S’il parvient à attendre
quelques mois, il peut convoquer des législatives anticipées le 26 mai 2019, en
même temps que les municipales, les régionales et les européennes. Il aurait
alors l’air de contrôler le calendrier. »
Pour Vallespín, « une telle situation ne
lui serait pas défavorable. Il répondrait
ainsi aux critiques qui lui reprochent de
dépendre des indépendantistes et mettrait en scène sa fermeté ». ■
A
RICHARD HEUZÉ
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
10
INTERNATIONAL
Irak : les défis
d’Abdel Mahdi,
le nouveau
premier ministre
vivent toujours à Saint-Étienne, mais
lui a toujours refusé de détenir un passeport français. « C’est un expert en relations publiques, insiste son ami. Il lui
suffisait de voir un secrétaire d’État
américain une fois pour lui prendre le
bras ensuite. Il est chaleureux. » Sauf
avec les diplomates français, après la
chute de Saddam Hussein. « Il leur en
voulait de l’opposition de Paris à la guerre en Irak, se souvient son compagnon
de route. À partir de 2003, l’ambassadeur de France, Bernard Bajolet, devait
lui courir après dans les couloirs du palais des congrès de Bagdad où se réunissait la nouvelle élite politique. Adel gardait des souvenirs désagréables des
fouilles de la DST à l’aéroport de Paris
qui épluchait son agenda, mais, maintenant, ses relations sont apaisées avec la
France. »
L’ancien opposant exilé en France devra
contrer l’Iran, garder les États-Unis
à distance et répondre aux attentes sociales.
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
MOYEN-ORIENT La troïka du pouvoir
est enfin en place. Après plus de quatre
mois de tractations entre les formations
politiques, vainqueurs des élections législatives de mai, l’Irak s’est doté d’un
nouveau président de la République
(kurde), qui a nommé un premier ministre (chiite), après que le Parlement a
élu son président (sunnite).
Détenteur des principaux pouvoirs,
en vertu de la Constitution adoptée
après la chute de Saddam Hussein en
2003, Adel Abdel Mahdi est le nouveau
premier ministre, en lieu et place
d’Haidar al-Abadi, l’homme qui vainquit Daech, grâce aux forces de la coalition internationale, mais fut incapable
de répondre à la crise sociale et politique dont souffre l’Irak-post Saddam
Hussein. Sitôt élu président de la République, Bahram Saleh a chargé mardi
soir Abdel Mahdi de former, sous 30
jours, un gouvernement. La tâche est
ardue dans un paysage politique fragmenté, mais Abdel Mahdi a quelques
atouts.
À 76 ans, ce vétéran de la politique
irakienne fait figure d’indépendant. « Il
doit sa nomination à un consensus entre
Recoller les morceaux
les deux coalitions, ayant remporté les
législatives de mai », se félicite Jaber alJabéri, ex-député sunnite de Ramadi,
joint au téléphone à Bagdad. « Il n’appartient à aucun parti politique, c’est une
très bonne chose, il ne va pas travailler
pour les intérêts d’une faction, mais pour
tout l’Irak », veut croire Jaber al-Jabéri. Selon ce dernier, le nouveau premier
ministre « doit concentrer ses efforts sur
l’économie, le retour des investisseurs
étrangers ainsi que sur l’amélioration
des services à la population », comme
les manifestations dans le Sud l’ont
montré cet été.
Comparé à un caméléon
« Abdel Mahdi a de bonnes relations
avec de nombreux Kurdes, dit de lui un
de ses amis, les sunnites peuvent l’accepter, car il est ouvert, et en tant que
chiite, il n’est pas inféodé à l’Iran »,
même s’il a été longtemps un haut dirigeant d’un parti proche de Téhéran.
Ceux qui l’ont bien connu – notamment
pendant son exil français de 1969 jusqu’à 2003 – l’ont longtemps comparé à
un caméléon. Adel Abdel Mahdi a été
successivement baassiste, communiste,
maoïste, puis islamiste. « Quand je lui
disais, il y a dix ans, qu’il avait changé
d’opinions, il me répondait, se rappelle
Adel Abdel Mahdi en 2015 à Vienne (Autriche), lors d’une réunion des pays exportateurs
de pétrole (Opec), alors qu’il était ministre du pétrole. HEINZ-PETER BADER/REUTERS
de cette stratégie marginalisant les
autres composantes de la mosaïque irakienne, l’homme, depuis, a profondément changé.
Adel Abdel Mahdi a de la branche :
son père, membre respecté du clergé
chiite, fut ministre sous la monarchie,
renversée en 1958. Son épouse et sa fille
son ami, non j’ai changé d’habits. »
C’était l’époque où dans les arcanes du
nouveau pouvoir à Bagdad, cet équilibriste de la politique au physique massif
était surnommé « Monsieur 50+1 »,
pour illustrer le fait que les chiites, majoritaires en Irak, devaient dominer la
scène politique. Instruit par les échecs
Malgré ses accusations d’aide au terrorisme,
la France ne veut pas rompre avec l’Iran
A
DIPLOMATIE « Pression mais négociation. » Colère française, mais sans volonté de rompre avec l’Iran : Paris suit un
véritable chemin de crête dans sa relation
tumultueuse avec Téhéran que l’attentat
manqué contre un rassemblement d’opposants au régime iranien en banlieue
parisienne a singulièrement alourdie.
Mardi, la France a accusé « sans aucune ambiguïté » le ministère iranien du
Renseignement d’avoir fomenté ce projet
d’attentat qui devait viser, le 2 juillet à
Villepinte, les Moudjahidins du peuple.
Cette secte islamo-marxiste, sans grande
représentativité en Iran, est toujours
abritée par la France, ce qui rend furieuse
la république islamique.
Quelques heures plus tôt, mardi, le
gouvernement avait annoncé le gel des
avoirs en France de la Direction de la sécurité intérieure de l’Etala’at, le ministère
du Renseignement, ainsi que de deux citoyens iraniens, soupçonnés d’être derrière ce projet d’attentat à l’explosif. Trois
personnes, dont un diplomate iranien,
avaient été arrêtées cet été dans le cadre
de l’enquête qui s’étend en Belgique, en
Allemagne et en France. Les deux hommes ciblés par les gels sont Assadollah Assadi, le diplomate arrêté en Allemagne, et
Saeid Hashemi Moghadam, vice-président chargé des opérations de l’Etala’at.
Depuis la révélation de cette affaire début juillet, Paris est irrité. C’est « un inacceptable retour en arrière », confiait peu
après un diplomate, allusion aux années
1980 lorsque l’Iran réglait ses comptes
avec la France - qui soutenait la guerre que
son ennemi Saddam Hussein lui avait déclarée - en téléguidant des attentats à Paris. Mais immédiatement, on insistait sur
un point : « Ceux qui étaient indirectement
visés par cet attentat manqué étaient le président modéré Hassan Rohani et son ministre des Affaires étrangères, Javad Zarif. »
L’attentat devait en effet coïncider
avec l’arrivée en Suisse de Rohani, le
2 juillet. « Un coup supertordu », selon un
spécialiste de l’Iran. « Dans le système
IRANIAN PRESIDENCY - HANDOUT/ANADOLU AGENCY
Paris accuse le ministère du Renseignement d’être derrière un attentat manqué contre des opposants.
L’attentat manqué de Villepinte contre les Moudjahidins du peuple, ressemble à une
tentative de déstabilisation d’Hassan Rohani, le président iranien, en visite à Berne.
opaque de pouvoir, ajoute-t-il, le ministère du Renseignement est rattaché au président de la République, mais Hassan Rohani
ne le contrôle qu’à moitié et le ministre lui a
été imposé » par l’entourage du guide suprême, Ali Khamenei, hostile, lui, à une
ouverture sur l’Occident.
Prosélytisme chiite
Pour marquer son mécontentement, Paris décida - comme le révéla cet été Le Figaro - de suspendre la nomination d’un
ambassadeur, pour succéder à François
Sénémaud, rentré en France s’occuper
du dossier syrien. Mais dans le même
temps, l’Élysée rappelait que le fil du dialogue avec l’Iran n’était pas rompu, comme en témoigne l’appel téléphonique fin
août entre Emmanuel Macron et Hassan
Rohani, et un mois plus tard leur entretien à New York lors de l’Assemblée générale de l’ONU.
Côté français, on s’attendait alors à ce
que Téhéran livre des explications. Mais
que sait Hassan Rohani des basses
œuvres d’un ministère du Renseignement qui lui échappe en partie ? Aujourd’hui, la France souhaite poursuivre avec
Téhéran un dialogue « fait à la fois de
pression et de négociation », estime-t-on
au Quai d’Orsay. Cela pour consolider
l’accord sur le nucléaire dénoncé par les
États-Unis et amener Téhéran à négocier
ses missiles balistiques qui constituent
une menace pour les alliés saoudiens et
émiriens de la France dans le Golfe. Ce
n’est pas un hasard si mardi également,
la ministre des Armées, Florence Parly,
estimait que « le programme balistique »
iranien était « une menace » pour le
Moyen-Orient. Et même si l’on s’en défend à Paris, l’opération de police qui a
visé mardi à l’aube une association chiite
dans le nord de la France, proche d’intérêts iraniens, était tout aussi peu fortuite.
Ces affaires - attentat contre les Moudjahidins, prosélytisme iranien sur le sol
français - constituent autant de cartes
que Paris compte exploiter dans ses négociations délicates avec l’Iran. Mais à
Téhéran non plus, on ne souhaite pas jeter de l’huile sur le feu. Le porte-parole
du ministère des Affaires étrangères, qui
devrait être le prochain ambassadeur
d’Iran en France, a évoqué « un malentendu […] à propos d’une chose qui n’existe
pas, qu’il s’agisse d’une conspiration ourdie par d’autres ou d’une erreur, nous
pouvons nous asseoir et en parler », a déclaré Bahram Ghassemi à l’AFP. Depuis le
début, Téhéran accuse le Mossad israélien d’être derrière l’attentat manqué.
« Via les services allemands, les Israéliens
ont aidé à prévenir l’attentat », rectifie le
spécialiste de l’Iran.■
G. M.
Sa méfiance à l’égard du voisin iranien,
dont l’influence est grande parmi les
politiques irakiens, le rend acceptable
pour les États-Unis de Donald Trump,
en guerre contre Téhéran. Ses bonnes
relations avec des dirigeants kurdes
l’aideront également dans la tâche délicate de recoller les morceaux entre le
pouvoir central à Bagdad et les Kurdes,
un an après l’échec de leur référendum
sur l’indépendance.
Mais après quinze ans de « chienlit »,
ponctués de violences, les Irakiens réclament du neuf, en termes de dirigeants et de gouvernance. Aura-t-il les
moyens de ses ambitions ? Pour composer son gouvernement, il devra faire
appel à d’anciens « éléphants » discrédités auprès de l’opinion. Il devra notamment composer avec des figures représentées au Parlement, comme Hadi
al-Ameri, le chef de la très puissante
organisation Badr, mouvement armé
proche de l’Iran, aujourd’hui chef de la
liste de l’Alliance de la conquête, arrivée deuxième aux législatives. Il devra
aussi faire face à l’ancien premier ministre Nouri al-Maliki, ainsi qu’à Moqtada Sadr, turbulent leader chiite qui
n’a cessé de conclure et de rompre des
alliances gouvernementales depuis le
scrutin de mai qu’il a remporté. Bref,
Adel Abdel Mahdi aura besoin de ses
« multiples vies » pour sortir l’Irak de
l’ornière. ■
ZOOM
Un journaliste saoudien,
critique de Riyad, retenu au
consulat d’Arabie à Istanbul
Le journaliste saoudien Jamal
Khashoggi, qui s’est exilé aux
États-Unis il y a un an craignant
que ses opinions ne lui valent des
représailles, se trouve depuis plus
de 24 heures au consulat d’Arabie
à Istanbul, indiquait mercredi
le porte-parole de la présidence
turque. Selon lui, les autorités
turques sont en contact avec
des responsables saoudiens
et espèrent que l’affaire se règle.
La fiancée turque et l’un des
proches du journaliste, contacté
par Reuters, ont déclaré que
Jamal Khashoggi n’était pas
reparu après y être entré mardi
pour obtenir des documents
nécessaires à son divorce et à son
remariage. Les informations selon
lesquelles le journaliste est retenu
au consulat « sont fausses », diton en revanche à l’ambassade
saoudienne de Washington.
Il s’est rendu au consulat « pour
demander des documents relatifs
à son statut marital et en est sorti
peu après », a-t-on ajouté avant
les déclarations du porte-parole
d’Erdogan. Ancien rédacteur
en chef d’Al Watan, Khashoggi
a quitté l’Arabie saoudite
en septembre 2017 quand
les autorités l’ont sommé de
cesser de s’exprimer sur Twitter.
La CIJ donne raison à Téhéran sur les sanctions américaines
La Cour internationale de justice (CIJ),
organe judiciaire des Nations unies,
a ordonné mercredi à Washington de
s’assurer que ses sanctions contre
Téhéran n’affectent pas la situation
humanitaire du pays et ne mettent pas
en péril son aviation civile. Les juges de
la CIJ ont octroyé une victoire à l’Iran, qui
faisait valoir que le rétablissement des
sanctions, à la suite du retrait américain
de l’accord de 2015 sur le programme
nucléaire iranien, violait un texte peu
connu signé en 1955 entre les deux pays,
le « traité d’amitié, de commerce
et de droits consulaires ». La diplomatie
iranienne a salué cette décision,
qui « prouve une fois de plus que
la République islamique a raison et que
les sanctions américaines contre le
peuple et les citoyens de notre pays sont
illégales et cruelles ». « Les États-Unis
doivent respecter leurs engagements
internationaux et lever les obstacles au
commerce iranien », a ajouté le ministère
iranien. Le chef de la diplomatie
américaine Mike Pompeo a en revanche
jugé que cette décision était « une
défaite pour l’Iran ». Il a aussi annoncé
que les États-Unis mettaient fin au
« traité d’amitié » de 1955 invoqué par la
CIJ pour justifier son jugement. Cette
décision devrait cependant n’avoir qu’un
impact limité sur la mise en œuvre des
sanctions américaines, dont la prochaine
étape, prévue le 4 novembre, concernera
les produits pétroliers. Les décisions de
la Cour sont contraignantes mais elle n’a
pas le pouvoir de les faire appliquer.
(REUTERS ET AFP)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 4 octobre 2018
SOCIÉTÉ
11
Fin de cavale pour Redoine Faïd
Le braqueur a été arrêté mercredi dans son
fief de l’Oise, d’où il n’avait pas bougé. Pour
se déplacer, il se dissimulait sous une burqa.
DELPHINE DE MALLEVOÜE
ddemallevoue@lefigaro.fr
POLICE La cavale est toujours une liberté
en sursis. Celle du braqueur récidiviste
Redoine Faïd, évadé par hélicoptère du
centre pénitentiaire de Réau, en Seineet-Marne, le 1er juillet dernier, a pris fin
dans la nuit de mardi à mercredi. L’homme le plus recherché de France a été interpellé vers 4 heures à Creil, dans l’Oise,
dans un appartement du quartier du
Moulin, ville où il est né et où il a grandi.
L’opération a été menée par 120 policiers
de la Brigade de recherches et d’intervention (BRI) nationale, avec le soutien
de la BRI de Lille, Versailles et Creil, ainsi
que de l’Office central de lutte contre le
crime organisé (OCLCO). Outre Redoine
Faïd, les policiers ont arrêté trois hommes et une femme, considérée comme le
« taxi » et la « logeuse » de l’équipe durant la cavale. Parmi eux : son frère aîné,
Rachid Faïd, et deux de ses neveux, qui
constituaient pour partie le commando
ayant permis son évasion de prison.
Deux autres complices ont également été
interpellés à leur domicile, dans l’Oise.
L’opération s’est déroulée dans le calme,
sans échange de tirs et sans résistance.
Sur place, deux armes ont été retrouvées : un revolver chargé, « placé à portée de main de Redoine Faïd », a indiqué le
procureur de la République de Paris,
François Molins, et un pistolet-mitrailleur de type Uzi. Visés par des mandats d’arrêt, Redoine Faïd et trois des
personnes interpellées ont été placés en
rétention : ils seront donc présentés di-
rectement à un juge d’instruction sans
être entendus par les policiers.
Les autres suspects ont été placés en
garde à vue à Nanterre dans les locaux de
l’OCLCO, où ils sont entendus par les enquêteurs. Le premier ministre, qui assure
depuis mercredi matin l’intérim du ministre de l’Intérieur démissionnaire, Gérard Collomb, s’y est rendu mercredi en
début d’après-midi. De quoi faire passer
le message : même dans cette période de
latence, sans pilote attitré, la Place Beauvau reste dirigée et la maison fonctionne.
« L’interpellation de Redoine Faïd montre,
encore une fois, le professionnalisme de la
police nationale », n’a-t-il d’ailleurs pas
tardé à communiquer sur Twitter.
C’est en voulant mettre
sur pied de nouveaux
plans pour « monter
au braquage », afin
de financer sa cavale,
que Redoine Faïd a été pris
au piège des enquêteurs
Selon nos informations, c’est en voulant mettre sur pied de nouveaux plans
pour « monter au braquage », afin de financer sa cavale, que Redoine Faïd a été
pris au piège des enquêteurs. La traque,
qui piétinait depuis trois mois, s’est décantée il y a deux semaines grâce à la
coopération de plusieurs services de police judiciaire. Depuis ce moment, grâce
à un important travail d’échanges et de
recoupements d’informations, d’écoutes
Les policiers ont interpellé l’homme le plus recherché de France, vers 4 heures du matin, dans un appartement de Creil.
téléphoniques et de filatures, les enquêteurs ont enfin pu localiser des bruissements dans l’entourage du braqueur,
dans son fief de Creil, où le fugitif s’était
réfugié depuis le début de son évasion, et
ainsi le « talonner ». Outre l’Oise, ils interceptent aussi des liens avec le Benelux.
Sans jamais obtenir de « traces directes »
de Redoine Faïd ou de « conversations
claires », les policiers réussissent, en
« remontant des téléphones » dans son
environnement, à obtenir des signaux significatifs, faisant apparaître des « ordres
donnés », quoique « brefs » et « peu fréquents », par des « décideurs », selon
une source proche du dossier. Des messages qui donnaient « des instructions » et
attestaient d’une « recherche d’argent »,
a confirmé François Molins. Une fois
parvenus à pénétrer cette « bulle » de la
garde rapprochée du fugitif, les enquêteurs remontent jusqu’à la logeuse. « Une
jeune de cité », selon nos informations,
qui, outre son rôle d’hébergeuse, « déplaçait », à bord de sa Citroën C2, Redoine Faïd et les hommes du clan dans les
rues de Creil pour leurs divers besoins.
Lesquels, à tour de rôle et indistinctement, étaient « dissimulés sous une burqa », indique une source. Deux burqas
ont d’ailleurs été retrouvées lors de la
perquisition, mercredi, ainsi que des
perruques. Sans savoir précisément qui
de Redoine Faïd, de son frère ou de l’un
de ses neveux – également objets d’un
mandat d’arrêt – se cachait sous la burqa,
les policiers ont acquis la conviction,
mardi soir, en voyant deux silhouettes
« à l’allure d’hommes » revêtus de ce vêtement et sortant de la Citroën de la jeune
STF/AFP
femme pour rejoindre son logement,
qu’il fallait agir en accélérant les interpellations. En réaction à ce coup de filet,
la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, qui
avait essuyé de nombreuses critiques lors
de l’évasion spectaculaire de Redoine
Faïd avant de reconnaître « une série de
dysfonctionnements » à la prison de Réau,
a prévenu mercredi matin que le fugitif
multirécidiviste ferait « l’objet d’une surveillance extrêmement étroite » et qu’il
serait placé dans « un établissement hautement sécurisé ».
Redoine Faïd a été condamné à 25 ans
de réclusion criminelle pour son implication dans la tentative de braquage raté
qui avait coûté la vie à la policière municipale de 26 ans Aurélie Fouquet, en
mai 2010 à Villiers-sur-Marne, dans le
Val-de-Marne. ■
Rémy Heitz, candidat légitime au parquet de Paris
Si la Chancellerie a arrêté son choix sur lui, il reste au magistrat à passer l’épreuve du Conseil supérieur de la magistrature.
JUSTICE Il est le choix du ministère de
la Justice. Rémy Heitz, le directeur des
affaires criminelles et des grâces, devrait
en toute logique être le prochain procureur de Paris, le successeur de François
Molins. Il sera entendu très rapidement
par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Et il est peu probable que, après
la crise ouverte la semaine dernière par
l’immixtion de l’exécutif dans cette nomination sensible (voir nos éditions du
30 septembre), l’autorité indépendante
décide de donner un avis négatif à cette
nomination. Le CSM aura à cœur de calmer le jeu, plutôt que de donner une
nouvelle fois en spectacle la Justice.
D’autant que rien n’annonçait une telle
nomination.
Parcours impeccable
Arrivé à la direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) il y a seulement un an, Rémy Heitz n’a pas été un
candidat spontané du premier tour.
Même si ses détracteurs lui font en coulisses un mauvais procès, en lui reprochant une trop grande mobilité, sa can-
didature a permis de dénouer une
situation bien inconfortable pour le gouvernement. Car le candidat de la Chancellerie a pour avantage d’afficher un
parcours
impeccable
dans
la
magistrature, au point qu’aucun de ses
pairs ne conteste sa légitimité : successivement procureur de la République de
Saint-Malo (1999-2001) puis vice-procureur de la République au tribunal de
grande instance de Paris, il rejoint en
2002 le cabinet de Jean-Pierre Raffarin,
comme conseiller technique chargé de la
justice pour Matignon.
Il sera ensuite délégué interministériel
à la sécurité routière, de 2003 à 2006,
puis président du difficile TGI de Bobigny, avant de devenir premier président
de la cour d’appel de Colmar et, enfin,
directeur des affaires criminelles et des
grâces. L’homme connaît autant les
chicanes et les codes des grandes administrations de l’État que la vie des juridictions, hautement dosée en adrénaline.
Un homme du sérail
D’un tempérament calme plutôt que
froid, d’une courtoisie à toute épreuve,
Rémy Heitz est très attaché aux fondamentaux de la fonction de magistrat. Une
Un synode sur la jeunesse dans un climat pesant
Le Pape a ouvert au Vatican une assemblée
d’évêques, pour débattre des jeunes, de la foi
et du « discernement vocationnel », alors que
l’Église est ébranlée par les affaires d’abus sexuels.
JEAN-MARIE GUÉNOIS £@jmguenois
RELIGION Le pape François a ouvert,
mercredi au Vatican, les travaux d’un
synode consacré à la jeunesse. Il s’intitule : « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Pendant 25 jours,
267 « pères synodaux » – des évêques
pour la plupart – issus du monde entier,
assistés de 49 auditeurs et de 23 experts,
vont évaluer la situation de la jeunesse
dans l’Église catholique. Le Pape
convoque des « synodes » pour répondre à des questions sensibles, comme
celle de la famille en 2015. Cette nouvelle édition se déroule toutefois dans le
contexte troublé du scandale de la pédophilie qui a des effets perceptibles sur
les entrées dans les séminaires…
Dans son homélie d’ouverture, le
Pape ne s’est pas arrêté à cette actualité.
Il a décentré le sujet en exprimant une
« chaleureuse bienvenue » à deux évêques de Chine continentale participant
pour « la première fois » à un synode romain. Il a surtout demandé aux participants d’élever le débat en renouvelant
leur « ardeur évangélique » pour « réveiller et renouveler la capacité de rêver
et d’espérer ». Sans « se laisser étouffer »
par « des prophètes de calamités et de
malheur, ni par nos limites, erreurs et péchés », seule référence de son sermon à
l’actualité de la pédophilie.
Le célibat sacerdotal en débat
Comme il l’avait fait lors des sessions
2014 et 2015 du synode sur la famille, il
a surtout encouragé les membres du
synode à ne pas hésiter à « transformer
ces structures qui paralysent » l’Église
et qui « éloignent des jeunes, les laissant
exposés aux intempéries et orphelins
d’une communauté de foi qui les soutienne, d’un horizon de sens et de vie ».
Du rêve donc mais aussi de l’audace :
le Pape attend de ce synode qu’il
« rompe avec le conformisme du “on a
toujours fait ainsi” » pour « regarder directement le visage des jeunes » et leurs
situations très concrètes.
Parmi les sujets possibles – déjà polémiques –, beaucoup évoquent le célibat sacerdotal. Le numéro deux du
Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin,
François, mercredi au Vatican.
SOLARO/AFP
a reconnu, le 2 octobre, dans la perspective de ces débats que ce sujet n’est
« pas un dogme » mais seulement « une
tradition ecclésiastique » sur laquelle
« on peut s’interroger » mais sans attendre « un changement drastique »,
plutôt un « approfondissement graduel ». D’autres ont noté – une première dans le document synodal préparatoire, voulue par le Pape – l’invitation à
mieux accueillir les jeunes personnes
homosexuelles dans l’Église. Le mouvement international Equal Future
– un regroupement de 100 mouvements LGBT dont des associations ca-
tholiques – a déjà saisi la balle au bond.
Il encourage à écrire par e-mail aux
membres du synode, via une plateforme numérique, pour que « l’Église, un
des grands leaders de la planète, puisse
puissamment mettre un terme aux dommages subis par la communauté gay
dans les sociétés », explique l’un de ses
responsables, Tiernan Brady.
Beaucoup d’autres sujets moins sensibles seront abordés lors des sessions
plénières et des travaux en groupes linguistiques. Il s’agit, a prévenu le chef de
l’Église catholique, « de travailler pour
renverser les situations de précarité,
d’exclusion et de violence » auxquels les
jeunes sont exposés afin « de ne pas les
laisser seuls aux mains de tant de marchands de mort qui oppriment leur vie et
obscurcissent leur vision ».
Le texte final du synode sera voté le
28 octobre prochain. Le Pape est
revenu dans sa conclusion sur la
« capacité de rêver ensemble » avec cette méthode synodale : « être à l’écoute
les uns des autres », « sans préjugés »
pour « discerner ensemble ce que le
Seigneur demande à son Église ». Ce qui
« exige », a-t-il prévenu, de laisser à la
porte des réunions « la logique de
l’auto-préservation et de l’auto-référentialité » qui « rend important ce qui
est secondaire et secondaire ce qui est
important ». Et de repousser au loin « la
tentation de tomber dans une position
moralisante ou élitiste ». ■
conception sans ambiguïté qui, à son arrivée, a sans doute évité à la garde des
Sceaux, Nicole Belloubet, de se laisser
emporter sur quelques pentes bien glissantes lors de l’écriture de son projet de
loi sur la justice. Qu’il s’agisse de la procédure pénale, du rôle du parquet ou de
la création d’un parquet national antiterroriste.
En revanche, il n’est pas certain que
soit assouvie la fougue de l’exécutif qui
souhaitait renverser la table en nommant
un génie méconnu de la magistrature.
Rémy Heitz est bien du sérail. Comme il
se doit. ■
ZOOM
Première condamnation
de l’État français
pour l’accueil « indigne »
des harkis
Le Conseil d’État, la plus haute
juridiction administrative
française, a pour la première fois
condamné l’État à indemniser
un fils de harki pour les
conditions de vie « indignes »
réservées aux supplétifs de
l’armée française en Algérie
à leur arrivée en France, selon
une décision publiée mercredi.
Vous écrivez ?
Les
recherchent de
nouveaux
auteurs
Envoyez vos manuscrits :
Éditions Amalthée
2 rue Crucy, 44005 Nantes cedex 1
Tél.
02 40 75 60 78
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A
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
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jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
12
SOCIÉTÉ
La GPA revient au cœur des débats
Les livres de Fogiel et d’Abécassis sur les mères porteuses sortent à l’approche de la révision des lois de bioéthique.
AGNÈS LECLAIR £@AgnesLeclair
FAMILLE Jamais une personnalité publique n’avait pris la parole de manière aussi
personnelle et engagée que Marc-Olivier
Fogiel pour défendre une nouvelle réflexion sur la gestation pour autrui (GPA),
actuellement prohibée en France. Son témoignage, publié mardi (lire ci-dessous),
pèsera-t-il dans le débat et l’opinion à
l’approche de la révision des lois de bioéthique ? C’est en tout cas le souhait de
l’animateur.
Selon un sondage Ifop de janvier dernier, publié par La Croix, 18 % des Français se disent favorables à la GPA « dans
tous les cas » et 46 % « pour des raisons
médicales seulement ». Les politiques,
eux, semblent bien plus réservés sur ce
sujet qu’il y a quelques années. En 2010,
deux propositions de loi sénatoriales
Une reconnaissance
complète des effets d’une
pratique toujours interdite
par le droit français
pourrait-elle faire sauter
une digue ?
avaient été déposées pour ouvrir la GPA
aux couples hétérosexuels, pour des raisons médicales limitées. Depuis, les critiques sur la « marchandisation du corps de
la femme » se sont multipliées et les défenseurs de la maternité de substitution
se font plus rares. Au gouvernement, le
nouveau ministre de l’Écologie, François
de Rugy, est le seul à avoir défendu cette
position. Emmanuel Macron, lui, s’est
toujours déclaré opposé à la pratique des
mères porteuses. Il est cependant favorable à la reconnaissance par l’état civil
français de la filiation des enfants nés de
GPA à l’étranger.
C’est justement par l’intermédiaire de
ce sujet de la filiation que le débat sur la
GPA pourrait ressurgir à l’Assemblée na-
Partisans et opposants à la GPA devant le Comité consultatif national d’éthique à Paris, le 25 septembre.
Le rapport « ultralibéral » qui propose de légaliser la GPA
Fin septembre, le think tank Génération
libre, emmené par le très libéral Gaspard
Koenig, a publié un rapport en faveur
de la légalisation de la gestation
pour autrui. Dans sa préface, le juriste
Daniel Borrillo, à rebours de la critique
sur la « marchandisation du corps
des femmes », propose de considérer la
GPA comme « la forme la plus féministe
de reproduction non seulement parce
qu’elle affirme le droit des femmes de
A
« Ma famille », l’argument
de Marc-Olivier Fogiel
QU’EST-CE qu’elle a ma famille ?, interpelle le titre, un peu bravache, à la manière de Johnny clamant « Quoi ma gueule ? »
Cette famille, c’est celle de Marc-Olivier
Fogiel, composée de son mari, François,
et de leurs deux filles, Mila et Lily, nées en
2011 et 2013 d’une mère porteuse aux
États-Unis. Le journaliste, homme de télévision et de radio connu de tous les
Français, a décidé de raconter sa paternité
dans un livre sorti mercredi. Un témoignage événement, écrit avec émotion,
pour aborder un sujet hautement polémique, celui de la gestation pour autrui. Mêlant habilement ses doutes et ses joies, son
récit se veut aussi une entreprise de dédiabolisation de cette méthode de procréation interdite en France.
Tout commence par le choix de la femme qui donne ses gamètes pour faire l’enfant. Marc-Olivier Fogiel n’élude rien. « Il
fallait la sélectionner dans un listing qui en
présentait des dizaines, avec une variété
étourdissante de critères, allant du physique - couleur des cheveux, des yeux, de la
peau, taille - au mental - curriculum vitae,
parcours scolaire, lettre d’explication de sa
démarche, en passant par la génétique,
avec l’historique de toutes les maladies dans
l’environnement familial, en remontant jusqu’aux grands-parents », raconte-t-il.
N’est-ce pas « triturer la nature ? » se demande-t-il, avant de dédramatiser : « On
ne fait que choisir un ovocyte et la vie fait le
reste. »
Se pose ensuite la question de la mère
porteuse, celle qui va donner la vie, rebaptisée « femme porteuse » dans le livre.
Ce sera Michelle, une Américaine de
28 ans, déjà maman. « Aussi incroyable
que cela puisse paraître, même pour moi à
l’époque, le but de Michelle était uniquement d’aider d’autres familles », soulignet-il. Son « dédommagement » - d’environ
20 000 dollars sur une somme totale d’un
peu plus de 100 000 pour l’ensemble du
processus (frais d’avocats, frais médicaux, assurance…) - n’est pas un « salaire » et encore moins « le prix de l’enfant »,
insiste l’animateur, qui a noué une relation amicale avec la jeune femme. Quid de
la séparation après l’accouchement, de la
rupture du lien qui se tisse pendant neuf
mois entre le fœtus et la mère porteuse ?
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
« Elle n’avait pas l’impression de se défaire
d’un lien particulier. Elle n’avait jamais
laissé ce lien se créer », désamorce MarcOlivier Fogiel. Il décrit aussi ses fillettes,
« joyeuses, indépendantes, équilibrées » et
qui savent parfaitement « qu’elles ne sont
pas nées comme tout le monde ». « Tu n’es
pas triste de ne pas avoir de maman ? » interroge parfois l’animateur. Et de rapporter, aux anges, la réponse enfantine :
« Ben non ! J’ai deux papas, c’est pareil. »
Le journaliste aurait pu en rester à ce
tableau idyllique, qui fera sans conteste le
plus de bruit dans les médias. Mais il a
choisi de consacrer la deuxième partie de
son livre à des histoires différentes, parfois moins lisses. Des histoires de GPA à
plus bas coût, en Inde. Des histoires de
mères d’intention qui supportent mal la
mère porteuse. Des histoires de parents
qui se heurtent aux services de l’état civil
français. « Il n’existe certes pas de GPA
parfaite : même dans les pays où les standards éthiques sont les plus hauts, la GPA
ne va pas sans inconvénients », admet-il.
Mais l’image du bonheur familial n’efface-t-il pas tous ces « inconvénients » ? « Le
mode de conception ne retire rien au bonheur et à l’amour partagé », martèle MarcOlivier Fogiel. C’est la force de son récit,
celui d’un indéniable amour paternel qui
couvre d’un voile des interrogations éthiques pourtant tout aussi indéniables sur la
maternité pour autrui.
A. L.
« Qu’est-ce qu’elle a ma famille ? »,
sorti le 3 octobre, Éditions Grasset.
disposer d’elles-mêmes mais aussi parce
qu’elle permet de tarifer un travail
effectué gratuitement ». Gaspard Koenig
invite à reprendre le slogan féministe
« mon Corps m’appartient » en faveur
de la légalisation de la GPA.
Le rapport propose de « définir
les contours d’une loi introduisant
un encadrement juste et efficace de la
GPA en France ». La « femme porteuse »
bénéficierait d’une rémunération pour
200
couples de Français
auraient eu recours
à la GPA chaque
année depuis 2015
2 500
enfants nés
de GPA depuis
les années 1990
vivraient en France
source chiffres :
association Clara
Si Marc-Olivier Fogiel considère que
« le mode de conception ne retire rien
au bonheur et à l’amour partagé »,
Éliette Abécassis dénonce « la forme
la plus extrême et la plus barbare
du capitalisme sauvage ».
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA
ET SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
cette « prestation de service ».
Le montant de la somme serait établi
librement entre les parties dans le contrat
de GPA. Les parents et la mère porteuse
seraient mis en relation et « formés »
par une « agence de la GPA ». Le contrat
serait ensuite rédigé par des avocats
et visé par un juge. Ce dernier donnerait
le feu vert à un transfert d’embryon.
Seuls les parents d’intention figureraient
sur l’acte de naissance de l’enfant.
A. L.
tionale. En juillet, le député LaREM
Guillaume Chiche proposait que le parent
d’intention soit directement reconnu
comme second parent pour les enfants
nés d’une mère porteuse à l’étranger.
Une solution qui viendrait bousculer le
droit français pour qui la mère est toujours la femme qui accouche. Vendredi,
ce sera à la Cour de cassation de se prononcer sur cette épineuse question de la
reconnaissance de la « mère d’intention », dans le cadre du réexamen de
l’emblématique affaire Mennesson. Ce
couple hétérosexuel, qui a eu recours à
une mère porteuse américaine, demande
depuis dix-huit ans de voir établir ce lien
de filiation à l’état civil.
Une reconnaissance complète des effets
d’une pratique toujours interdite par le
droit français pourrait-elle faire sauter
une digue ? C’est en tout cas la crainte
d’une partie des anti-GPA. Les opposants
à l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires dénoncent pour leur part un risque de
basculement vers la légalisation de la GPA
d’ici quelques années, au nom de l’égalité
et du « désir d’enfant ».
Reste que, dans le processus de révision
des lois de bioéthique, les rapports critiques sur la pratique des mères porteuses se
sont accumulés. Le CCNE, dans son avis
rendu en septembre, a rappelé son attachement aux principes qui justifient la
prohibition de la GPA : « respect de la personne humaine, refus de l’exploitation de la
femme, refus de la réification de l’enfant, indisponibilité du corps humain et de la personne humaine ». Il a en outre estimé qu’il
ne pouvait y avoir de GPA éthique et plaidé
pour le renforcement de sa prohibition en
France. Début juillet, c’est le Conseil d’État
qui a jugé la pratique des mères porteuses
contraire aux principes d’indisponibilité
du corps et de l’état des personnes. Si ces
principes ne sont pas constitutionnels, selon les sages, ils sont néanmoins indissociables du principe de dignité défendu
dans le modèle bioéthique français. ■
Éliette Abécassis contre une
pratique « hypercapitaliste »
IL N’Y A PAS de parents attendris dans le
livre d’Éliette Abécassis. Dans son
ouvrage, la romancière et philosophe,
membre du CoRP, un collectif qui milite
pour l’abolition de la maternité de substitution, dresse un portrait glaçant des
pratiques de GPA à travers le monde. À
l’inverse du récit de Marc-Olivier Fogiel, vu du côté des parents d’intention,
son essai se situe résolument du côté des
mères porteuses dont une grande partie
habitent dans les pays émergents comme le Laos, la Malaisie ou l’Ukraine.
Ce plaidoyer féministe, ce cri d’alarme contre « la forme la plus extrême et la
plus barbare du capitalisme sauvage »
s’appuie sur de nombreux exemples,
plonge dans les détails des contrats proposés par les agences spécialisées dans la
maternité pour autrui, retrace des faits
divers. Comme cette affaire arrivée devant la Cour supérieure de Pennsylvanie, aux États-Unis, en 2015. Les juges
ont dû statuer sur le sort d’un bébé né
par GPA dont les parents « commanditaires » avaient divorcé avant la naissance. La mère refusait de s’occuper de
cet enfant avec qui elle n’avait pas de
lien génétique. Le père, lui, ne voulait
pas l’élever seul. « Comme souvent dans
ces cas, c’est la mère dite “porteuse” qui a
demandé et obtenu la garde de l’enfant »,
rapporte Éliette Abécassis. Si toutes les
histoires de GPA ne tournent pas aussi
mal, ces contentieux « mettent en lumière la complexité de tels processus, qui po-
sent des problèmes insolubles et gravissimes dès lors que les choses ne se passent
pas comme prévu », avertit l’auteur. La
question de l’argent ne saurait être éludée, prévient aussi la philosophe, qui
émaille son texte de chiffres. En Inde, la
perte d’utérus pour une mère porteuse
au cours d’une GPA était indemnisée
« 1 100 euros dans le meilleur des cas »,
décrit-elle. Et en cas de fausse couche
lors du début de la grossesse, elle ne touchait que « 600 dollars voire moins ».
Ces histoires ne plaident-elles pas en
faveur d’une régulation mondiale de la
GPA ? D’une loi qui garantisse des pratiques plus éthiques ? « Une femme ne peut
être utilisée comme moyen procréatif, son
corps n’est pas disponible pour un tel
ouvrage, tranche Éliette Abécassis. Qu’il
soit fait à titre gratuit ou non, l’aliénation
de la personne est la même. » Quant à
l’enfant, c’est un être humain qui « ne
saurait être cédé, ni vendu ni échangé
contre quoi que ce soit. A fortiori dans le
cadre d’un contrat », poursuit-elle. Le
Royaume-Uni, pourtant, a légiféré pour
encadrer la GPA. Les « gestatrices » ne
peuvent pas y toucher une somme d’argent supérieure au remboursement des
frais de grossesse. « L’offre d’une gestation pour autrui encadrée est en réalité si
complexe que de nombreux couples anglais préfèrent le faire à l’étranger, car il
est finalement plus simple d’acheter un
enfant ailleurs », rétorque Éliette Abécassis. Cet enfant, si désiré, est devenu
« une nécessité, un point de fixation social
dans notre société » et « un sujet essentiel
sans lequel il semble impossible de réussir
totalement sa vie », note-t-elle également. Dans ce contexte où « tout le monde doit pouvoir avoir un enfant, s’il le désire », « acheter un enfant devient alors
aussi un droit », met-elle en garde.
Enfin, cette bataille passe aussi par le
langage, souligne cet essai qui dénonce
une nouvelle forme de novlangue dans la
disparition du mot « mère » chez les
partisans de la GPA et le remplacement
de celui de « grossesse » par « gestation ». ■
A. L.
«Bébés à vendre. un essai percutant
sur la gestation pour autrui»,
sorti le 4 octobre, Éditions Robert Laffont.
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LE FIGARO
Le robot a atterri après 20 minutes de chute et de rebonds incontrôlés
SCIENCES
Atterrissage de Mascot sur l’astéroïde Ryugu le 3 octobre 2018 à 325 millions de km de la Terre
La sonde japonaise Hayabusa-2 a largué
un robot scientifique franco-allemand.
1
Largage de Mascot
au-dessus
de l’astéroïde.
2
Robot franco-allemand
30 cm x 30 cm X 30 cm
Masse : 10 kg
Antenne, caméra,
microscope infrarouge,
magnétomètre
Chute d’une dizaine
de minutes due
à la faible gravité.
3
60 m
Mascot
Rebonds non contrôlés
durant dix autres
minutes.
4
So u
rce s
: G ra
phic
N ews
, AF P
Astéroïde Ryugu
Infographie
relativement inertes. La sonde Hayabusa-2 a ainsi pu s’approcher à 60 mètres
seulement de sa cible, actuellement située à 325 millions de kilomètres de la
Terre, pour se séparer de son passager.
Mascot est alors tombé au ralenti sur
l’astéroïde en raison de la faible gravité exercée par ce « petit » caillou de
900 mètres de diamètre. Rendez-vous
compte : sa chute aura duré dix minutes ! Comme un dé lancé sur un plateau
de jeu, le petit robot a ensuite effectué
quelques rebonds - on ne sait pas exactement combien - pendant une dizaine
de minutes supplémentaires avant de
s’immobiliser.
Quatre instruments
Mascot venait alors de réussir la première partie de sa mission, la plus périlleuse
peut-être, devenant l’un des premiers
engins au monde à se poser sur un astéroïde. Le petit robot s’est simplement fait
griller la politesse par deux « rovers » japonais, encore plus minuscules, déposés
en septembre par la même sonde et selon
la même technique. Ces derniers, qui ont
pris quelques clichés saisissants, ne rouleront pas à la surface mais pourront tenter de faire quelques sauts de puce.
Les premiers rebonds de Mascot fournissent quant à eux déjà quelques informations sur la surface de l’astéroïde. « Il
a très peu rebondi par rapport à ce qui
était attendu », analyse Patrick Michel,
astronome à l’Observatoire de la Côte
Le Nobel de chimie
à l’évolution in vitro
Une fois stabilisé, Mascot
se retourne grâce à un levier interne.
Transmission des données
sur la composition du sol de
l’astéroïde vers Hayabusa-2.
Durée de vie : au moins 12 heures.
Échelle non
respectée
HANDOUT/AFP
ESPACE À l’heure où vous lirez ces lignes, le petit robot franco-allemand
Mascot ne sera vraisemblablement plus
de ce monde. Largué sur l’astéroïde
Ryugu dans la nuit de mardi à mercredi
par la sonde japonaise Hayabusa-2, l’engin de la taille d’une boîte à chaussures et
d’une masse de 10 kg, ne disposait que
d’une batterie d’une douzaine d’heures
pour effectuer ses mesures. Sans panneaux solaires, le petit explorateur de
métal avait toujours été condamné à une
existence éphémère. Et s’il jouait encore
vaillamment les prolongations en fin
d’après-midi ce mercredi, l’issue de cette course contre la montre ne faisait malheureusement aucun doute.
Si cette aventure vous en rappelle une
autre, c’est normal : Mascot est en quelque sorte le petit frère de Philae, ce petit
robot, lui aussi franco-allemand, qui
avait fait la une des journaux en novembre 2014 en devenant le premier objet à
se poser sur une comète. De la taille
d’une machine à laver, il avait été lâché à
20 kilomètres d’altitude par la sonde
européenne Rosetta et avait connu un
atterrissage mouvementé, finissant en
équilibre au pied d’une falaise.
La partie était un peu plus facile cette
fois-ci. Contrairement aux comètes qui
se vaporisent quand elles se rapprochent
du Soleil, les astéroïdes sont des objets
13
Hayabusa-2
Mascot, le petit
frère de Philae,
s’est posé
sur un astéroïde
TRISTAN VEY £@veytristan
jeudi 4 octobre 2018
Dans le cercle, l’ombre de la sonde Hayabusa-2 lors de son approche de Ryugu.
d’Azur et membre des équipes scientifiques de la mission Hayabusa-2. « Les
images de la surface donnaient l’impression d’un matériau assez rigide, mais cela
ne semble pas être le cas. J’attends avec
impatience de voir l’image de l’empreinte
qu’il a laissée à la surface, cela devrait être
très intéressant. » Verdict attendu vendredi au plus tard.
Les quatre instruments emportés par
Mascot semblent avoir tous fonctionné
correctement. Il a ainsi pu prendre quelques images au contact du sol ou pres-
présente
que, et effectuer des mesures de l’inertie
thermique de l’astéroïde (les chercheurs
ont regardé comment le sol se refroidissait après le coucher du Soleil) ainsi que
de son champ magnétique (plus vraisemblablement son absence de champ
magnétique). L’instrument principal
Microméga, conçu par l’Institut d’astrophysique spatiale (IAS), à Orsay, a lui
aussi récolté de précieuses informations.
Ce microscope hyperspectral qui représentait les deux tiers de la charge utile de
Mascot devrait permettre de déterminer
la composition chimique et moléculaire
du sol, un paramètre fondamental pour
notre compréhension du Système solaire
primitif. Pour fonctionner correctement,
il fallait néanmoins qu’il soit orienté vers
le sol. « Ce n’était pas le cas au moment de
l’atterrissage », nous expliquait mercredi avant midi le responsable de l’instrument, Jean-Pierre Bibring, astrophysicien à l’IAS. Les chercheurs ont donc fait
bouger la masse interne, ce qui a permis
au robot de se retourner et de présenter
la bonne face vers la surface. Les données
prises par l’instrument doivent maintenant être analysées.
Initialement, les ingénieurs du Cnes et
du DLR, les agences spatiales française et
allemande, pensaient effectuer quelques
bonds à l’aide de ce « moteur » interne,
pour étudier différents endroits. En fin
d’après-midi, il semblait que le choix
s’orientait plutôt vers une simple translation de quelques centimètres afin d’obtenir un cliché en stéréo de la surface,
tout en étudiant une zone très légèrement différente avec Microméga. Si la
manœuvre réussissait, il n’était pas tout
à fait exclu de tenter un dernier saut,
mais la manœuvre consommerait très
vraisemblablement les dernières réserves d’énergie sans laisser le temps au robot d’effectuer et de transmettre ses dernières analyses. À cette distance, elles
mettraient quoi qu’il arrive 18 minutes à
nous parvenir. Un dernier souffle à retardement en somme. ■
11 octobre 2018
28ème
Centre d’Affaires
Paris Trocadéro
édition
Deux Américains et un Britannique ont utilisé la
génétique pour produire des molécules nouvelles.
Un procédé utile à la mise
au point de plastiques
moins polluants ainsi
que de biocarburants
enzymes, et l’autre moitié est partagée
par les deux autres lauréats, George
Smith (77 ans), de l’université du Missouri, et sir Gregory Winter (67 ans), du laboratoire MRC de biologie moléculaire à
Cambridge.
Frances Arnold est la cinquième femme à recevoir un Nobel de chimie. Elle a
mis au point une technique qui produit
des millions de mutations génétiques, de
façon aléatoire, de manière à produire de
nouvelles enzymes, des protéines capables d’accélérer une réaction chimique.
Un concept qui peut paraître intrigant,
mais dont le principe est plus simple qu’il
n’y paraît.
En biologie, une protéine est une mo-
2019 : INNOVATIONS, CONFRONTATIONS ET DÉFLAGRATIONS
5 THÉMATIQUES AU COEUR DES DÉBATS
Podcasts, Webradio : Feu de paille ou retour en force du son ?
Assistants Vocaux : Les nouveaux musts de l’accès aux programmes ?
La Blockchain : Révoluion pour la publicité et soluion contre le piratage ?
Réforme Audiovisuelle : Quelle spécificité pour la radio ?
Réforme Audiovisuelle : Editeurs, distributeurs, opérateurs : qu’atendre de la réforme audiovisuelle
PARMI LES INTERVENANTS
Guillaume Astruc (Directeur, RTL), Aurore Bergé (Députée des Yvelines, LREM), Stéphane Bodier (Vice-Président Exécuif, ACPM),
Stéphanie Boissin (Directrice de l’innovaion, TF1 Groupe), Jean-Luc Chetrit (Directeur Général, UDA), Delphine Ernote (Présidente,
France Télévisions), Benjamin Eymere (Directeur Général, Jalou Groupe), Vincent Fleury (Directeur des Environnements Numériques, France Médias Monde), Benjamin Grange (Président, Dentsu Consuling et porte-parole de l’associaion Crypto Asset France),
Laurent Guimier (Vice-Président Directeur Général, Europe 1), David Kessler (Directeur, Orange Content), Geoffrey La Rocca (Directeur Général, Teads France et Belgique), Jean-Pierre Leleux (Sénateur Alpes-Mariimes, LR), Arnaud Lucaussy (Secrétaire général, TDF),
Encarna
Marquez
(Chief
Digital
Officer,
France
Télévisions),
Françoise
Notrelet
(Fondatrice,
House
of
Podcasts),
Gilles
Pélisson
(Président
Directeur
Général,
TF1),
Denis
Rapone
(Président,
Hadopi),
Philippe Rodriguez (Co-fondateur, Avolta Partners), Hervé Rony (Directeur Général, SCAM), Maxime Saada (Président du Directoire, CANAL+), Maryam Salehi (Directrice Déléguée à la Direcion Générale, NRJ Group), Laurent Samama (Directeur EMEA Partnerships, Google), Olivier Schrameck (Président du CSA), Laurent Solly (Directeur Europe du Sud, Facebook), Sébasien Soriano
(Président, ARCEP), Thomas Valenin (Vice-Président, M6 Group), Alain Weill (Président Directeur Général, Alice France/SFR).
www.colloque-npa.fr
contact:
mbardil@npaconseil.com
relation presse :
jgiraud@npaconseil.com
1
RÉCOMPENSE Le prix Nobel de chimie
2018 a été décerné aux Américains Frances Arnold et George Smith et au Britannique Gregory Winter, pour leurs travaux sur l’utilisation en laboratoire des
processus de l’évolution. « Les lauréats
du Nobel de cette année ont été inspirés par
la puissance de l’évolution, et ont utilisé les
mêmes principes, les modifications et la
sélection de la génétique, pour mettre au
point des protéines qui résolvent les problèmes de l’humanité en chimie », a déclaré
l’Académie royale des sciences de Suède.
La moitié du prix de 9 millions de
couronnes suédoises, soit plus de
400 000 euros, a été décernée à l’Américaine Frances Arnold, biochimiste de
62 ans à Caltech, pour son travail sur les
lécule chimique qui agit comme un
ouvrier spécialisé dans une cellule. Sa
composition est dictée par un gène. Et
quand une mutation intervient dans un
gène, cela change la composition de la
protéine, pouvant la rendre plus efficace,
ou moins. Au cours de l’évolution, des
mutations aléatoires peuvent ainsi optimiser l’efficacité d’une protéine, et c’est
ce qu’a réussi à faire Frances Arnold, en
laboratoire.
Dans les années 1990, elle a travaillé
sur une bactérie qui produit une enzyme, la subtilisine, qui peut briser la caséine, une protéine du lait. En introduisant des mutations aléatoires dans une
bactérie, elle a réussi en trois générations successives à produire une subtilisine 256 fois plus active que celle qu’elle
avait au départ !
Frances Arnold a depuis très largement
utilisé ce procédé pour produire une
grande variété d’enzymes, utiles pour
produire des médicaments, mettre au
point des plastiques moins polluants ainsi
que des biocarburants.
Les deux autres lauréats ont utilisé une
approche très similaire pour améliorer la
production de médicaments. Ils n’ont pas
travaillé avec des bactéries, mais avec des
bactériophages, ou phages, des virus qui
s’attaquent à ces micro-organismes.
L’idée de départ revient à George Smith,
avec une preuve de principe obtenue en
1985. Quelques années plus tard, le Britannique Greg Winter réussit à utiliser
cette technique pour produire des anticorps à but thérapeutique.
Il a notamment mis au point un anticorps capable de s’attaquer avec succès à
certaines cellules cancéreuses, et un
autre, efficace contre certaines maladies
auto-immunes, comme la polyarthrite
rhumatoïde ou des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, dont la
plus connue est la maladie de Crohn. ■
A
CYRILLE VANLERBERGHE £@cyrillevan
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jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
14
SPORT
La démonstration de force du Paris SG
Un triplé de Neymar et des buts de Cavani, Mbappé et Di Maria ont fait éclater la défense de Belgrade (6-1).
CHRISTOPHE REMISE
£@CRemise77
FOOTBALL Tous les voyants au vert pour
le PSG. L’Etoile rouge de Belgrade arrivait
au Parc des Princes avec une série de 34
matchs sans défaite toutes compétitions
confondues. Elle en est repartie avec une
correction (6-1). Grâce à un triplé de
Neymar et des buts signés Cavani, Di Maria et Mbappé, les Parisiens ouvrent leur
compteur en Ligue des champions avec la
manière, quinze jours après leur défaite à
Liverpool (3-2).
Belgrade, en Ligue des champions. Du
mouvement, de l’implication, un bloc
compact… Tout ce que Thomas Tuchel
aime. Certes, ce n’était « que » l’Étoile
rouge en face, mais l’attitude des Parisiens, Neymar en tête, est très satisfaisante.
l’ambiance malgré tout
u De
Entre l’interdiction de déplacement in-
fligée aux supporteurs de l’Étoile rouge (envahissement de terrain à Salzbourg) et le
huis clos partiel imposé au PSG (fumigènes
contre le Real), avec la tribune Auteuil fermée, on pouvait craindre une ambiance très
fraîche… Sauf que plusieurs centaines de
supporteurs serbes avaient pris place dans
l’enceinte parisienne, dont la plupart dans
le secteur K de la tribune Borelli. Le tout
alors que 800 abonnés d’Auteuil avaient été
recasés… juste à côté, dans le secteur J. Effet
pervers de ces punitions, la proximité entre
les deux camps n’a finalement accouché
d’aucun souci. D’ailleurs, les fans du club
serbe ont brillé par leur discrétion, tandis
que les recasés d’Auteuil, eux, ont mis l’ambiance. Moins nombreux, mais toujours
aussi chauds. Tout est bien qui finit bien,
mais que c’est triste une tribune vide… ■
ouvre le bal,
u Neymar
le PSG jamais inquiété
S’ils ont accroché Naples au « Marakana » lors de la première journée (0-0), les
champions de Serbie n’ont jamais espéré
face au PSG. C’est un attaque-défense qui
se mettait rapidement en place et les occasions ont vite commencé à pleuvoir sur
le but du pauvre Borjan. Lequel ne pouvait rien sur cette merveille de coup franc
direct signé Neymar (1-0, 20e). Pas plus
que lorsque le Brésilien reprenait de près
un centre de Mbappé (2-0, 22e). Pas de
répit ensuite… Peu recherché par ses partenaires de l’attaque, Cavani se servait
tout seul comme un grand avec un joli
but en solo (3-0, 37e) et Meunier trouvait
Di Maria pour alourdir l’addition (4-0,
41e). Un dernier festival de « Ney » dans
la surface et c’était la mi-temps.
Deux changements serbes à la reprise
(entrées de Pavkov et Babic), mais toujours la même domination parisienne.
Areola aura passé une soirée très tranquille… Jusqu’au coup de canon à bout
portant de Marin (75e), pour sauver
l’honneur. Dans l’ensemble maladroit
(15e, 39e, 48e, 53e, 56e, 71e), Mbappé avait
préalablement poussé le ballon au fond
(5-0, 70e). Le PSG pouvait gérer tranquillement, Tuchel pianotant sur son banc
(entrées de Kehrer, Choupo-Moting).
Neymar nettoyait encore la lucarne sur
coup franc (6-1, 81e) avant de sortir et de
s’offrir une standing-ovation. Méritée
(6-1 score final). Prochains rendez-vous
pour le PSG ? La réception de Lyon, dimanche (21 heures). En C1, c’est Naples
qui viendra au Parc le 24 octobre.
La joie de Neymar
après le deuxième
de ses trois buts
contre les Serbes
de l’Étoile rouge
de Belgrade,
mercredi soir
au Parc des Princes.
FRANCK FIFE/AFP
Très remonté, Aulas juge le huis clos « une ineptie »
u Paris, c’est sérieux
RÉSULTATS
Malgré les déclarations surréalistes
des Parisiens et de leur entraîneur à Anfield il y a deux semaines, tous très contents d’eux-mêmes, il semblait bien
que la défaite à Liverpool (3-2) avait eu
des effets positifs. Avec un PSG bien
plus sérieux, appliqué, agressif lors de
ses trois dernières sorties en Ligue 1
(Rennes, Saint-Étienne, Nice). Impression confirmée contre l’Étoile rouge de
GR. E
2E JOURNÉE
AEK ATHÈNES
BAYERN MUNICH
LYON
HOFFENHEIM
GR. G CSKA MOSCOU
AS ROME
GR. H
JUVENTUS
MANCHESTER UNITED
GR. F
2-3
1-1
2-2
1-2
1-0
5-0
3-0
0-0
BENFICA
AJAX AMSTERDAM
SH. DONETSK
MANCHESTER CITY
REAL MADRID
PLZEN
YOUNG BOYS
VALENCE
Il faut
« supprimer
la participation
des gens
qui sont
dangereux
et non
la totalité
du public
»
JEAN-MICHEL AULAS
« IMAGINEZ une pièce de théâtre
sans spectateur, c’est une ineptie. » Bougon et déçu, Jean-Michel Aulas n’a pas mâché ses
mots après la triste ambiance vécue mardi soir dans l’enceinte du
Groupama Stadium garnie de
seulement 1000 spectateurs (VIP
de l’UEFA, journalistes, délégation des deux clubs, prestataires). Pour une atmosphère indigne d’une rencontre de Ligue des
champions. Et pourtant, cette
séquence a bien eu lieu entre
Lyon et le Shakhtar Donetsk lors
de la 2e journée de la C1, suite à
une punition délivrée par l’UEFA
à l’encontre du club rhodanien
après des débordements de quelques supporteurs pas très inspirés lors du match contre le CSKA
Moscou, en mars dernier, en Ligue Europa (troubles dans le stade, comportements racistes, déclenchements de feux d’artifice).
Si cet argument n’excuse pas
totalement l’heure de jeu bien ter-
ne de ses protégés, qui, menés
0-2, se sont réveillés pour décrocher un match nul important
(2-2) dans la course aux 8es de finale, « JMA » n’a pas manqué de
monter au créneau pour se faire
entendre. Afin que cette situation
ne se répète pas, pointant du doigt
sans les nommer clairement, les
supporteurs fautifs, mais aussi
l’instance européenne, trop stricte selon lui. Joint au téléphone au
lendemain du match de l’OL, le
président, malgré tout heureux de
la réaction de ses troupes et de la
première place après deux journées dans un groupe relevé, a livré
le fond de sa pensée. Sans ambages et avec une idée bien précise à
l’esprit. « Les huis clos ne sont pas
la bonne solution, avance le dirigeant de 69 ans. Pour l’UEFA, c’est
une fête qui n’en est pas une dans
une Ligue des champions qui est la
plus belle des compétitions sportives de club. Un match de foot de ce
niveau-là, sans public, c’est un film
à huis clos, il n’y a aucun intérêt.
C’est une ineptie. On a l’impression
d’être dans un jeu vidéo et malheureusement le football ne se résume
pas à ça. L’UEFA doit changer sa
stratégie. »
Entre trois et quatre
millions d’euros de perte
Invité à aller plus loin dans son
argumentation, avec des propositions concrètes à livrer à l’instance en question, il soumet
quelques pistes de réflexion
après une perte financière estimée entre « trois et quatre millions d’euros » suite à un tel scénario. Ce qui reste un sacré
manque à gagner. « Il faut supprimer la participation des gens
qui sont dangereux et non la totalité du public, suggère-t-il. Il n’y
a rien d’équitable dans une telle
décision. Mardi, on aurait pu faire
rentrer au moins 25 000 personnes. Entre un match sans public et
avec 25 000 spectateurs, la donne
Deschamps contraint d’ouvrir son groupe
Des nouveaux sont attendus dans la liste dévoilée ce jeudi pour les matchs face à l’Islande et l’Allemagne.
A
BAPTISTE DESPREZ £@Batdesprez
CETTE FOIS, IMPOSSIBLE d’y couper.
L’automne pointe le bout de son nez et
l’équipe de France présentera forcément un visage quelque peu différent de
celui entrevu en plein de cœur de l’épopée russe cet été, ainsi qu’à la rentrée de
septembre où seul Benoît Costil et Benjamin Lecomte avaient pointé le bout de
leur nez dans le groupe des champions
du monde en raison des forfaits sur blessure de Hugo Lloris et Steve Mandanda.
Pour ce rassemblement d’octobre, la
donne a changé. Saison post-Coupe du
monde oblige, Didier Deschamps se voit
contraint et forcé d’apporter des changements entre les pépins physiques des
uns (Tolisso, Rami, Umtiti, Mendy) ou
les méformes des autres. Une situation
qu’attendait logiquement le sélectionneur ces dernières semaines.
« Mes choix seront toujours difficiles et
si les 23 ont vécu quelque chose de grand,
d’autres sont là aussi pour bousculer les
choses. » Attention tout de même, si des
nouveaux sont attendus dans la liste dévoilée ce jeudi (14 heures) au siège de la
Fédération française de football à Paris
pour les rencontres face à l’Islande
(11 octobre à Guingamp) et l’Allemagne
(16 octobre à Saint-Denis), inutile d’imaginer une quelconque révolution. Loin de
là. Le noyau dur des champions du monde restera le même. En toute logique.
Pour ce qui est des nouveautés, dans un
groupe qui comptera les cadres que sont
Lloris, Varane, Pogba, Kanté, Matuidi ou
encore Griezmann, Mbappé et Giroud, le
secteur de la défense et du milieu de terrain sont ciblés.
Touché au genou gauche avec Barcelone, Samuel Umtiti ne sera pas présent
à Clairefontaine lundi prochain pour le
rassemblement, ce qui devrait permettre au Parisien Presnel Kimpembe de se
montrer en défense centrale. Pour remplacer l’unique buteur de la demi-finale
du Mondial contre la Belgique (1-0),
ainsi qu’Adil Rami, également touché,
« DD » possède plusieurs solutions. Se-
lon nos informations, les noms de Zouma (Everton, 23 ans, 2 sélections), Laporte (Manchester City, 24 ans,
0 sélection) et Sakho (Crystal Palace, 28
ans, 28 sélections) reviennent au centre
des débats.
“
Mes choix seront
toujours difficiles
et si les 23 ont vécu
quelque chose
de grand, d’autres sont
là aussi pour bousculer
les choses
”
DIDIER DESCHAMPS
Sur le flanc gauche, derrière l’indéboulonnable Lucas Hernandez, Benjamin Mendy n’est pas dans sa forme optimale avec Manchester City et pourrait
laisser sa place à Lucas Digne (25 ans,
21 sélections), qui a retrouvé du temps
de jeu à Everton en Premier League, à
moins que le jeune Lyonnais Ferland
Mendy (23 ans, 0 sélection) lui soit préféré.
Au milieu de terrain, la grave blessure
de Corentin Tolisso – rupture des ligaments croisés – oblige Deschamps à revoir sa copie. Pour remplacer le Munichois, les noms des Lyonnais Tanguy
Ndombélé (21 ans, 0 sélection) et Houssem Aouar (20 ans, 0 sélection), tous
deux en Espoirs, séduisants et percutants
depuis le début de saison, reviennent
avec insistance. À moins que le jeune
d’Arsenal Mattéo Guendouzi (19 ans,
0 sélection), transféré de Lorient chez les
Gunners cet été et titulaire avec Unai
Emery, ne crée la surprise. Toujours estil qu’un retour d’Adrien Rabiot, qui sera
convoqué à la FFF par Noël Le Graët pour
son refus de figurer sur la liste des suppléants en mai dernier, ne figure pas à
l’ordre du jour. Très attaché au « bien vivre ensemble » et aux règles essentielles
de la vie de groupe, Didier Deschamps ne
compte pas sur le Parisien. Aux autres
d’en profiter. ■
n’est plus la même. Dans notre
cas, on est victime d’une injustice,
car la principale raison du huis
clos se situe pour des faits reprochés en dehors du périmètre du
stade. En France, la responsabilité
à l’extérieur du stade est l’affaire
de la police, les clubs paient pour
que la police assume cette responsabilité. On avait d’ailleurs transmis un document du préfet de police qui convergeait avec notre
version… On n’a pas été entendu.
Il faut laisser les gens qui ne sont
pas responsables, à savoir une
large majorité, entrer dans un
stade. » Et Aulas de conclure :
« Dans le cas de la France, on a
un rendez-vous jeudi avec l’UEFA
pour expliquer notre théorie et on
compte se faire entendre. »
Le sujet se retrouve sur la table
des discussions, avec, en toile de
fond, la gestion de certains supporteurs qui pénalisent toujours
autant certains clubs. Lyon le
sait mieux que personne. ■ B. D.
EN BREF
Football : Rennes,
Bordeaux et Marseille
pour rebondir
En difficulté en championnat,
les trois clubs français engagés
en Ligue Europa misent sur la scène
européenne pour reprendre
confiance. Rennes ouvre la
2e journée, ce jeudi à 16 h 50 sur
la pelouse d’Astana (Kazakhstan),
Bordeaux lui succède à 18 h 55 contre
Copenhague (Danemark)
et Marseille clôt la trilogie à 21 heures
à Limassol (Chypre). Les trois
matchs en direct sur RMC Sport.
Tennis : Vilotte remonte
au filet de la FFT
Jean-François Vilotte a été
nommé directeur général
de la Fédération française, des
fonctions qu’il a occupées une
première fois entre 2007 et 2009.
L’ex-directeur de cabinet de JeanFrançois Lamour au ministère
des Sports « mettra son expérience
au profit du projet sportif Agir et
gagner 2020, qui a pour vocation
de redynamiser tous les segments
du tennis français », a affirmé
la FFT dans un communiqué.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 4 octobre 2018
LE CARNET DU JOUR
signatures
La librairie Le Parchemin
vous invite
à une rencontre avec
Agnès VERDIER-MOLINIÉ
pour son livre,
En marche vers l'immobilisme
le samedi 6 octobre 2018
de 11 heures à 13 heures,
176, rue de Grenelle, Paris (7e).
Monique Couteaux,
son épouse,
Jacques et Marie-Edith
Bonneterre,
Yann et Chantal Bouchard,
Philippe et Gwenaëlle
Couteaux,
ses enfants,
Capucine, Mathilde, Tiphaine,
Aude et Marie,
ses petites-filles,
et toute la famille
ont la tristesse
de vous annoncer le décès de
Etienne COUTEAUX
survenu dans sa 87e année.
deuils
Aude de Bertier de Sauvigny,
son épouse,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants,
ses sœurs
ont la tristesse de vous
faire part du rappel à Dieu de
Edmond
de BERTIER de SAUVIGNY
le 1er octobre 2018,
à Compiègne, à l'âge de 83 ans.
La messe d'enterrement
sera célébrée
le samedi 6 octobre,
à 15 heures, en l'église
de Croutoy (Oise).
La cérémonie religieuse
sera célébrée en sa paroisse
Saint-Honoré-d'Eylau,
66 bis, avenue
Raymond-Poincaré,
Paris (16e), le vendredi
5 octobre 2018, à 10 h 30,
suivie de l'inhumation,
dans l'intimité, au cimetière de
Nanteuil-en-Vallée (Charente).
110, avenue Kléber, 75116 Paris.
M. et Mme Louis Heckly,
son fils et sa belle-fille,
Malouen, Annie,
ses petites-filles,
en union avec
Annie Heckly (†),
M. et Mme Charles Guiton,
ses neveux et nièces
Ciboure
(Pyrénées-Atlantiques).
Ses enfants, petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants,
ses arrière-arrièrepetits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
M. Paul BOURRIÈRES
officier
de la Légion d'honneur,
commandeur
de l'ordre national du Mérite,
survenu à l'âge de 104 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi
8 octobre 2018, à 16 h 30, en
l'église Saint-François-Xavier
de Socoa.
Michael, Katharine, Anthony,
Annie et Elizabeth,
ses enfants, et leurs conjoints,
Sophie, Benedict, Louise,
Elizabeth, George, Rebecca,
Victoria, Anthony et Matthew,
ses petits-enfants,
et leurs conjoints
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Patricia BURKARD
née Gilpin,
survenu le 30 septembre 2018.
Une commémoration
religieuse sera célébrée
le samedi 6 octobre,
à 15 heures, en l'église
anglicane Holy Trinity,
à Maisons-Laffitte (Yvelines).
Ils rappellent la mémoire
de son époux,
Urs Burkard
(1922-2009).
Catherine de Prémonville,
Elisabeth (†) et Roman Kamir,
Jean-Baptiste et Dominique
Corre,
Marie-Virginie et Jean-Marie
Dru,
ses enfants,
Marion, Maximilien, Johanna,
Félicie, Adrien, Noémie, Iris,
Clémence et Matthieu,
ses petits-enfants,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Pierre-Paul HECKLY
« Pierre-Paul Ier,
maharajah du Djeezupuhr »,
chevalier
de la Légion d'honneur,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
commandeur
du Mérite agricole,
officier du Mérite maritime,
président honoraire
du Yacht Club de France,
survenu le 2 octobre 2018,
à l'âge de 85 ans,
à Saint-Germain-en-Laye.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 11 octobre, à 14 h 30,
en l'église Saint-Germain,
à Saint-Germain-en-Laye.
L'inhumation aura lieu
à l'ancien cimetière
de Saint-Germain-en-Laye.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Famille Heckly,
22, rue Jeanne-d'Arc,
78100 Saint-Germain-en-Laye.
Philippe Héral,
président,
le conseil d'administration
et tous les membres du
Yacht Club de France
ont la tristesse
de vous faire part du décès
de son ancien président
de 1996 à 2008,
Pierre-Paul HECKLY
chevalier
de la Légion d'honneur,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
commandeur
du Mérite agricole,
officier du Mérite maritime,
médaille de bronze
de la Jeunesse et des Sports,
survenu le 2 octobre 2018,
à Saint-Germain-en-Laye.
François Henry,
son époux,
ainsi que
ses arrière-petits-enfants
et toute sa famille
Stéphanie et Patrick Teissier,
Nicolas et Claire Henry,
ses enfants,
Alice, Eléonore, Marius,
Pierre, Augustin,
ses petits-enfants,
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Josette CORRE
épouse de
Max Corre (†)
survenu le 2 octobre 2018,
à Paris, dans sa 99e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le lundi 8 octobre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Ferdinand-des-Ternes,
27, rue d'Armaillé, Paris (17e).
6, rue de Seine, 75006 Paris.
On nous prie d'annoncer
le retour à Dieu,
à l'âge de 88 ans, du
RP dom André GOZIER o.s.b.
moine de l'abbaye bénédictine
Sainte-Marie de Paris.
Il a rejoint sa sœur,
Jacqueline Cambournac,
décédée le 31 juillet 2018.
De la part de
Yves Cambournac,
son beau-frère,
ses neveux et nièces,
ses cousins et cousines.
La cérémonie des funérailles
aura lieu en l'abbaye
Sainte-Marie de Paris,
5, rue de la Source, Paris (16e),
le vendredi 5 octobre 2018,
à 10 heures.
Catherine HENRY
née Soufflet,
« Katie »,
survenu le 2 octobre 2018.
La cérémonie religieuse sera
célébrée le vendredi 5 octobre,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame de Versailles.
Le comte
Philippe d'HUMIÈRES
est entré
dans la Paix du Seigneur,
le 2 octobre 2018.
De la part de
la comtesse
Philippe d'Humières,
son épouse,
Diane d'Humières,
Pierre et Marie Makinsky,
Louis d'Humières,
ses enfants,
Clémence, Charlotte,
Alexandre, Augustin,
ses petits-enfants,
Xavier, Agnès, Bruno,
Jacqueline (†), Olivier,
Eric, Richard,
ses frères et sœurs,
et toute sa famille.
La messe d'enterrement sera
célébrée le samedi 6 octobre,
à 15 heures, en l'église
de Saint-Didier-de-la-Tour
(Isère).
Ursula Jouanjan,
son épouse,
ses enfants, petits-enfants
et toute sa famille en Bretagne
ont la profonde tristesse
de faire part du décès de
François JOUANJAN
capitaine au long cours.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le mardi 9 octobre 2018,
à 15 heures, en l'église
Notre-Dame de Bougival.
85, rue du Maréchal-Joffre,
78380 Bougival.
En union avec
Marie Claude Lasfargues (†),
née Sanières, son épouse,
15
Marion et Vincent (†) Wilbois,
Antoine et Dorothée de Moras,
Jean de Moras,
Gilles de Moras,
Claire et Xavier Leroy,
ses enfants et beaux-enfants,
ses quatorze petits-enfants,
son arrière-petite-fille
font part du rappel à Dieu de
M. Jean-Luc de MORAS
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Sainte-Catherine,
à Honfleur (Calvados),
le vendredi 5 octobre,
à 15 heures.
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
570, chemin du Chalet,
14600 Pennedepie.
Sylène, Guillaume, Coline, Léa,
Alix, Chloé, Line, Anaïs, Emilie,
Lucie et Ysé,
ses petits-enfants,
le 1er octobre 2018.
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu du
professeur
Géraud LASFARGUES
président honoraire
de l'Académie nationale
de médecine,
officier de la Légion d'honneur,
le 1er octobre 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu en l'église
Saint-Barthélémy,
à Crandelles (Cantal),
dans l'intimité familiale, le
samedi 6 octobre, à 15 heures,
suivie de l'inhumation.
Une messe sera célébrée
en l'église
Saint-François-Xavier,
à Paris (7e),
le samedi 13 octobre,
à 17 heures,
et non à 10 h 30, comme
indiqué dans notre édition
du mercredi 3 octobre 2018.
Le président
et le secrétaire perpétuel,
les membres de
l'Académie nationale
de médecine
ont la tristesse
de vous faire part du décès
de leur très estimé confrère, le
professeur
Géraud LASFARGUES
président honoraire
de l'Académie nationale
de médecine,
officier de la Légion d'honneur,
survenu à Paris,
le 1er octobre 2018,
à l'âge de 88 ans.
Une messe sera célébrée
le samedi 13 octobre,
à 17 heures, en l'église
Saint-François-Xavier,
à Paris (7e).
M. Patrice Lavisse,
son époux,
Louis-Adrien, Alexandre
et Côme,
ses trois fils,
toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Anne LAVISSE
née Clère,
survenu le 30 septembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Thibaut
de Marly-le-Roi, 58 bis, avenue
du Président-Kennedy,
Le Pecq (Yvelines),
le vendredi 5 octobre 2018,
à 15 heures.
9, chemin de la Procession,
78160 Marly-le-Roi.
Isabelle et Benoît Béjannin,
sa fille et son fils,
Patrick Béjannin, leur père,
Marine, Nicolas, Eva et Mila,
ses petits-enfants,
Colette Monsat,
sa sœur,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Monique MONSAT
le 27 septembre 2018,
à l'âge de 72 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 5 octobre,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame-de-Lorette,
Paris (9e), suivie
de l'inhumation au cimetière
parisien de Saint-Ouen
(Seine-Saint-Denis).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mathilde, Maud, Clémence,
Armand, Margot, Bosco
et Emile,
ses petits-enfants,
Laïla,
son arrière-petite-fille,
Ses enfants et petits-enfants
vous font part du décès de
ses nièces et neveux,
sa famille,
ses amis
Jérôme et Corinne Thonnat,
Laurence et Bruno
Thune Thonnat,
Fabrice Thonnat,
ses enfants,
le 2 octobre 2018,
à l'âge de 88 ans, à Trouville.
Isabelle et Pascal Cochard,
Pierre-Jean Lasfargues
et Elodie Crouzillas,
Géraldine Lasfargues,
France Lasfargues,
ses enfants et leurs conjoints,
Chantal et Gilbert Galtier,
Catherine et Jérôme Chevalier,
Pierre et Heidi Lasfargues,
Maud Lasfargues,
Florence Lasfargues,
ses sœurs, frère, belles-sœurs
et beaux-frères,
Nicole Thonnat Perpillou,
son épouse,
Marie-Thérèse PERRAUD
née Mélinand,
La messe de funérailles sera
célébrée le vendredi 5 octobre,
à 15 heures, en l'église
de Tramayes (Saône-et-Loire).
Ses filles,
Marie-José, Clara et Anna,
avec leurs mères,
Gabrielle et Véronique,
sa compagne Christine,
ses petites-filles,
Alexandra et Elena,
ses sœurs,
Viviane et Claude-Michèle,
ses cousines et cousins,
nièces et neveux
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Antoine SFEIR
officier de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
En vente
vendredi 5
et samedi 6 octobre
avec votre Figaro
Jean-Luc THONNAT
chevalier
de la Légion d'honneur,
survenu à Neuilly-sur-Seine,
le 1er octobre 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu le lundi 8 octobre,
à 14 h 30, en la chapelle de l'Est
du cimetière du Père-Lachaise,
Paris (20e),
suivie de l'inhumation
dans le caveau familial,
chemin d'Ornano.
25, rue Edmond-Bloud,
92200 Neuilly-sur-Seine.
Odette Kruger,
ses enfants et petits-enfants,
Dominique et Elisabeth Virally,
leurs enfants et petits-enfants,
Françoise et Jean Legros,
leurs enfants
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu de
Danielle VIRALLY
née Eggly,
le 1er octobre 2018,
à l'âge de 97 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu
en la chapelle de l'église
Saint-François-Xavier,
place du Président-Mithouard,
Paris (7e),
le vendredi 5 octobre, à 10 h 30.
survenu le 1er octobre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le vendredi 5 octobre,
à 13 heures, en la cathédrale
Notre-Dame-du-Liban,
17, rue d'Ulm, Paris (5e).
Ni fleurs ni couronnes,
des dons à la Ligue
contre le cancer ou à
la Fondation Jeanne Garnier.
L'Ileri
l'Institut libre d'étude
des relations internationales
Henry Buzy-Cazaux,
son administrateur
délégué général,
Claire Bourgeois,
sa directrice,
son corps professoral,
ses étudiants,
ses équipes
ont la grande tristesse
d'annoncer le décès de
Antoine SFEIR
fondateur des
Cahiers de l'Orient,
président de l'Ileri,
survenu le 1er octobre 2018,
à Paris.
Jean-Pierre Thierry (†),
son mari,
Armelle (†), Thomas, Nicolas,
ses enfants,
remerciements
La Société Protectrice
des Animaux (SPA)
à l'occasion de la journée
mondiale des animaux
témoigne sa reconnaissance
à ses bienfaiteurs disparus
qui, par leur legs, donation
et assurance-vie permettent
à l'association de recueillir
des milliers d'animaux
abandonnés et de lutter contre
leur mauvais traitement.
La SPA,
39, boulevard Berthier,
75847 Paris Cedex 17.
Téléphone :01 43 80 72 83
v.lazzarin@la-spa.fr
messes
et anniversaires
Il y a trente ans,
le 4 octobre 1988,
Mme Jacques RENARD
née Christine Mouton,
nous quittait.
Une messe sera célébrée
ce jeudi 4 octobre 2018,
à 18 heures, en la chapelle de
l'aumônerie du lycée Molière,
69, rue de l'Assomption,
Paris (16e).
Priez pour elle !
et toute la famille
font part du décès de
Marie-Françoise THIERRY
née Thomas,
survenu le 2 octobre 2018,
à l'âge de 75 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le lundi 8 octobre,
à 14 h 30, en l'église
Notre-Dame de Versailles,
suivie de l'inhumation
dans la sépulture familiale,
au cimetière Notre-Dame
de Versailles.
Caly Colin Tsaropoulos,
Alexandra Dollé Tsaropoulos,
ses filles,
Alain Dollé,
son gendre,
ses petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ainsi que tous ses proches
sont infiniment tristes
de vous annoncer que
Solange TSAROPOULOS
souvenirs
Blanche Buffet
rappelle qu'il y a dix-neuf ans,
le 4 octobre 1999,
Bernard BUFFET
se donnait la mort.
Les éditions du Figaro
Elle associe à ce souvenir,
Pierre Bergé
Simone et Claude Buffet
services religieux
Une cérémonie aura lieu
le dimanche 7 octobre 2018,
à 19 heures,
en la synagogue Elie-Dray,
218-220, rue du
Faubourg-Saint-Honoré,
Paris (8e), à la mémoire de
M. Claude Yechoua DRAY
disparu il y a sept ans.
« Malo »,
s'est éteinte
le 28 septembre 2018, à Paris.
La cérémonie religieuse
aura lieu le vendredi 5 octobre,
à 10 h 45, en l'église
Notre-Dame-des-Champs,
91, boulevard du Montparnasse,
Paris (6e).
La crémation suivra dans
la stricte intimité, à 13 heures,
au crématorium du cimetière
du Père-Lachaise,
71, rue du Rondeau, Paris (20e).
le carnet
du jour
par téléphone
01 56 52 27 27
ou par courriel
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jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
16
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
Sylvia Ratkowski-Pastor
et son mari Wojciech
Janowski, alors consul
honoraire de Pologne,
lors d’une réception
à Monaco, le 2 décembre
2005. DARE / BESTIMAGE
La vidéo qui accable le gendre
d’Hélène Pastor
Stéphane Durand-Souffland
sdurandsouffland@lefigaro.fr
ENVOYÉ SPÉCIAL À AIX-EN-PROVENCE
l y a quatre ans, Wojciech Janowski en faisait
douze de moins. Ses cheveux étaient à peine
poivre et sel, son visage était plus plein, et son
teint, plus fleuri. Bien qu’en garde à vue,
c’était encore le consul général honoraire de
Pologne à Monaco, une prospère pièce rapportée de la richissime famille Pastor.
M. Janowski est aujourd’hui un vieil accusé de 69
ans. L’image périmée du notable qu’il fut apparaît sur
les écrans de la cour d’assises des Bouches-du-Rhône,
où il comparaît depuis trois semaines, accusé d’avoir
fait assassiner Hélène Pastor, sa belle-mère, et le
chauffeur de celle-ci, Mohamed Darwich, le 6 mai
2014 à Nice. Nous sommes le 26 juin suivant, dans les
locaux de la PJ. La garde à vue, qui a commencé trois
jours auparavant, est filmée de bout en bout. Lors de
sa sixième audition, le sort du suspect bascule. La diffusion des images de ce bouleversement, saisissantes,
fait basculer son procès.
Le Wojciech Janowski de juin 2014 porte un veston
de bonne coupe et une chemise bleue sans sa cravate,
qui lui a été retirée. Il semble détendu et maîtrise parfaitement le français en dépit d’un fort accent polonais. On est loin du tableau apocalyptique qu’il a luimême brossé de ces quatre jours d’interrogatoires :
« À part m’arracher les ongles, on m’a tout fait », a-t-il
lancé aux jurés d’Aix-en-Provence. Il ignorait que
cette vidéo serait projetée publiquement. La caméra
tourne. Avant de répondre aux questions, il demande
du Sopalin. Il sait qu’il va bientôt pleurer. On ne voit
jamais le commandant de police Catherine Messineo,
qui l’interroge, mais on reconnaît sa voix – elle est venue témoigner à la barre. On entend aussi le crépitement du clavier de l’ordinateur, au fur et à mesure que
le procès-verbal se remplit. La policière sent que son
interlocuteur est mûr. Elle passe à l’attaque mais sur
un ton suave qui masque la dureté de son propos :
« Vous êtes un homme d’affaires, un bon mari, consul de
Pologne, membre de la famille Pastor. Pensez-vous une
seule seconde qu’on vous aurait placé en garde à vue si
nous n’avions pas fait la démonstration, de A à Z, que
vous êtes le commanditaire du crime ? » D’autres suspects, eux aussi gardés à vue, ont parlé. Assemblées,
leurs dépositions désignent, de manière implacable,
Wojciech Janowski. Ce dernier tergiverse, tente de
diriger le redoutable faisceau sur Pascal Dauriac, son
coach sportif, qui aurait tout manigancé. Mais il serre
dans son poing une feuille de papier absorbant. La policière, très calme, très courtoise, resserre l’étau :
« Avez-vous commandité le meurtre, oui ou non ? »
M. Janowski : « Un jour, finalement, j’ai cédé [aux
propositions de M. Dauriac].
- (Polie, mais ferme) C’est oui ou c’est non ?
- C’est oui, Madame. Je lui ai demandé s’il pouvait
résoudre le problème avec ma belle-mère.
-Le ou les problèmes ?
-Le, au singulier. Ce n’était pas facile de dire “tuer ma
belle-mère” mais je suis sûr qu’il l’a compris comme ça. »
Est-ce ainsi que les hommes craquent ? À présent
le futur accusé pleure. Ou plutôt, il lutte pour ne pas
pleurer. Le mouchoir en papier essuie tour à tour les
A
I
Quelques jours
après l’assassinat
de sa richissime bellemère, Wojciech Janowski
était placé en garde à vue
et avouait avoir
commandité le meurtre.
L’audition était filmée.
La séquence, saisissante,
a été diffusée mercredi
devant la cour d’assises
des Bouches-du-Rhône.
yeux, le contour de la bouche, la sueur du front. Il
expose son mobile : « Ma femme était maltraitée jour
après jour par sa mère, qui était malade psychologiquement. Cette maltraitance dure depuis le jour où je
l’ai rencontrée, le 25 juillet 1986. J’ai ramassé Sylvia à
la petite cuiller. Sa mère et son frère Gildo étaient des
vipères, ils voulaient la détruire. » Le frère et la sœur
sont assis sur le banc de la partie civile. Ils ne s’adressent jamais la parole. La cour, dans un silence absolu,
suit ces aveux, rétractés depuis, qu’elle semblait attendre depuis l’ouverture des débats parce qu’ils
portent les habits, parfois trompeurs, de la vraisemblance. À l’écran, l’homme à la chemise bleue accuse
sa belle-mère d’être responsable du cancer de Sylvia, à cause du « stress » permanent qu’elle entretenait. Puis, tout de go : « Je peux avoir un Coca ? » On
lui apporte le soda. Il se mouche. L’interrogatoire reprend sur une déclaration à l’intention de Sylvia,
dont il est impossible de dire qu’elle n’est pas sincère : « Chaque jour, elle m’apportait quelque chose de
nouveau. Je suis devenu un homme mature à côté
d’elle. Je me dévoile complètement devant vous. Un
jour, je sortirai et je vous remercierai. » Les jurés sont
stupéfaits.
La policière : « Quand avez-vous pris votre décision ? »
Le gardé à vue : « C’est très difficile de répondre, il
n’y a pas une date fixe. Ça grandissait en moi avec la
souffrance de ma femme… Tous les jours, je me demandais quelle idée bizarre auraient sa mère et son
frère pour la détruire. Il y a un proverbe, vous savez (il
cherche les mots exacts en français) : l’opportunité
fait un voleur. » Donc, à l’en croire, l’occasion Dauriac a fait le larron Janowski : « Sa proposition a déclenché cette idée. »
La policière : « Vous lui avez dit : aidez-moi à régler
le problème de ma belle-mère ? »
Lui : « Tout à fait.
-Vous avez bien employé le verbe “régler” ?
-Tout à fait. Je sais qu’il a compris ce que je voulais
dire, parce qu’il a répondu : “Aucun problème, on s’en
occupe”. »
Et c’est ainsi que le meurtre de Mme Pastor aurait
été orchestré, entre deux étirements et un massage.
« Vous n’aimez pas le mot “contrat” », note le commandant Messineo. « Je n’ai rien signé », répond,
cartésien, M. Janowski. Le professeur de gymnastique exige 200 000 € qui lui sont remis « en une fois,
entre la mi-février et la fin mars 2014. Il y avait des
coupures de 200, 100 et 50 €. Je n’ai pas négocié ».
L’argent versé, la machine à tuer a reçu son plein de
carburant : « La sensation de culpabilité a commencé
à s’installer. Je refusais ce que j’étais pourtant en train
de faire », analyse le gardé à vue. Le clavier crépite
toujours à un rythme soutenu.
La policière, qui n’est pas là pour assurer un soutien
psychologique : « Vous lancez le truc et après vous regardez ailleurs… »
Wojciech Janowski : « Comme je ne connaissais pas
La sensation de culpabilité a commencé
à s’installer. Je refusais ce que j’étais
pourtant en train de faire
WOJCIECH JANOWSKI , LE 26 JUIN 2014
»
les détails, ça me permettait de ne pas prendre la décision d’arrêter. »
Car selon lui, il n’a jamais expliqué à M. Dauriac,
son « seul interlocuteur » parmi les neuf autres accusés au procès, que sa belle-mère se rendait chaque
soir au chevet de Gildo Pastor, hospitalisé à Nice, et
qu’il fallait agir au plus tard le 6 mai car le patient reviendrait le 7 à Monaco. Il ignorait, prétend-il, où,
quand et comment serait « réglé » le « problème ». À
l’écran, le mot est lâché : « J’étais en train de préparer… un… un crime avec l’aide de Pascal Dauriac. Il y a
toujours eu un sous-entendu de violence dans son approche. »
Le commandant Messineo n’est pas dupe : « Vous
lui filez 200 000 €, vous savez que votre belle-mère va
être tuée, allons droit au but ! » L’autre tient bon : « Je
n’ai pas demandé l’assassinat d’Hélène Pastor, je ne
pensais pas qu’il y aurait un acte violent. » Un temps.
« Je me suis tué moi-même en faisant ça. Ma seule motivation, c’est mon amour pour ma femme. » L’audition a débuté il y a environ deux heures. Le gardé à
vue se dit en proie à une « bataille intérieure » :
« J’étais un homme de 65 ans qui faisait tuer deux personnes, je ne comprends pas ma démarche. » Pour la
première fois, le sort de Mohamed Darwich est ainsi
évoqué. La phrase pourrait indiquer qu’il faisait partie du contrat criminel – « c’était une victime collatérale », corrige plus tard Wojciech Janowski –, dont
le commanditaire présumé parle comme d’un
contrat d’affaires : « Il y a les décisionnaires et ceux
qui exécutent les décisions. Il faut savoir déléguer.
Quand vous déléguez, vous attendez les résultats. Pascal Dauriac était là, il a proposé ses services, je n’ai
cherché personne, je ne savais pas où j’aurais pu trouver des gens. En Pologne, ce sont des Tchétchènes qui
font ça pour une bouteille de vodka. » La force des
images, la détermination du gendre d’Hélène Pastor,
son émotion à certains moments donnent à la séquence une force d’une brutalité inouïe. Les aveux
provisoires de 2014 effacent les palinodies de l’homme vieilli qui, du fond de son box, tente de détourner
les questions embarrassantes au mépris, souvent, de
toute vraisemblance. L’impression qu’il dit vrai
quand il parle de sa passion pour Sylvia Pastor est
forte. « Je l’aime encore », glisse-t-il devant la caméra. D’après lui, il a tout avoué pour hâter la sortie
de garde à vue de Sylvia. Mauvaise pioche : elle avait
été remise en liberté depuis longtemps.
Le visionnage de mercredi rebat les cartes au procès Pastor. Il complique la tâche de la défense de Wojciech Janowski, tant les aveux accablent leur
auteur. Mais il éclaire d’un jour différent le rôle de
Pascal Dauriac, qui assume son rôle, s’en repent, et
désigne son coaccusé comme le cerveau du crime. À
trois semaines du verdict, l’audience démontre à
quel point l’élaboration d’un homicide peut obéir à
des mécanismes complexes. « L’argent, je m’en
fous », déclare M. Janowski en garde à vue, affirmant qu’il a agi pour protéger sa femme – l’expérience des assises montre qu’il existe des crimes à
mobiles multiples. Dans le box, Wojciech Janowski
nie toute responsabilité. Il n’est peut-être pas fait
d’un seul bloc. Quand le commandant Messineo lui
avait demandé son sentiment sur le coup de filet policier, ne lui avait-il pas répondu, de manière hallucinante, comme s’il habitait à côté de lui-même :
« Je suis content que vous ayez arrêté les meurtriers de
ma belle-mère » ? ■
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LE FIGARO
jeudi 4 octobre 2018
CHAMPS
IDÉES
LIBRES
17
Voyage au bout de la mort
Une brève méditation
de Régis Debray
sur la mort
et l’affrontement
entre ceux
qui croient encore
au ciel et ceux
qui n’y croient plus.
Le vainqueur
est incertain.
L’ANGLE MORT,
Régis Debray,
Éditions du Cerf,
82 p., 9 €.
CHRONIQUE
Éric Zemmour
ezemmour@lefigaro.fr
I
l y a deux manières de lire le
dernier opus de Régis Debray :
s’arrêter à ce qu’il écrit, ou
comprendre - voire deviner - ce
qu’il dit à demi-mot. Il y a aussi
deux livres dans ce texte : une
analyse fine de la confrontation des djihadistes et de nos sociétés occidentales
à travers le rapport - antagoniste - de
chaque camp à la mort ; et une réflexion sur la capacité d’une civilisation
- la nôtre - de survivre alors qu’elle ne
croit plus à la vie après la mort.
Et tout cela en 80 pages ! Au choix,
on dira que Debray réalise un exploit
ou se moque du monde ; qu’il fait montre d’une grande subtilité ou d’une extrême désinvolture ; d’une rare audace
ou d’une coupable pusillanimité.
Mais avançons. Au contraire de la
plupart des commentateurs, Regis Debray est trop fin - et trop lettré - pour
tomber dans les panneaux habituels :
non, les djihadistes ne sont pas des nihilistes - nihil, en latin, veut dire
« rien » ; aucun rapport avec Les Possédés de Dostoïevski, pour qui « si Dieu
est mort, tout est permis ». Ils prônent,
eux, « Dieu, l’ordre et les Maîtres ». Les
nihilistes, c’est nous. Nous qui ne
croyons en rien, ni dans le paradis ni
dans l’enfer. Debray le dit avec son
style habituel, à la fois sec et fleuri, mélange séduisant de prose savante et de
langage populaire : « Où nous mettons
du vide, ils mettent du plein […]. Dès lors
qu’on avait rompu avec l’origine, on ne
pouvait que perdre la fin […]. Pour qu’il y
meure plus de la peste et qu’on mange
à sa faim dans nos contrées, l’important était ce qui arrivait : « Qui peut
encore douter que la postmodernité est
et sera de plus en plus archaïsante ? […]
L’archaïque, ce n’est pas ce qui est périmé, c’est l’enfoui qui remonte à la surface en cas de crise générale, car le plus
résistant, chez un individu comme dans
un collectif, est ce qu’il a de plus ancien. »
Regis Debray, qui écrivit naguère un
remarquable Dieu, un itinéraire, distingue entre deux types de religion : celles
avec clergé et celles sans. Les premières, comme le catholicisme, canalisent
par l’intervention d’une Église et de ses
clercs l’interprétation des textes sacrés. Les autres, essentiellement le
protestantisme de Luther et l’islam
sunnite de Mahomet,
sans clergé, laissent
D’un côté, ceux qui ne croient en rien,
chacun des fidèles se
faire sa propre lectuni en Dieu ni en l’au-delà ; de l’autre,
re et sa propre idée.
ceux qui croient en leur dieu et à sa
Alors, comme dit
promesse de rédemption dans la vie
Debray, c’est « le feu
à la plaine ». L’inaprès la mort. Eux et nous
vention de l’imprimerie donna à chaC’est ce qui fait la différence entre
que protestant l’occasion de se faire sa
Debray et ses pairs intellectuels propropre idée de l’Apocalypse des évangressistes, et leurs épigones journalistigélistes et du récit des origines de l’Anques qui, revenus de leurs espérances
cien Testament. Ce fondamentalisme
millénaristes, se sont repliés sur le méprotestant n’est pas pour rien dans le
diocre compromis libéral qui fait de
déclenchement de guerres de religion
l’économisme et du matérialisme l’hoqui ensanglantèrent le XVIe et le
rizon unique de leur pensée étriquée.
XVIIe siècle. De même aujourd’hui, le
Ils se contentent de répéter en boucle
fondamentalisme islamique profite
ce qu’écrivent pour eux des folliculaid’Internet pour se répandre et mettre
res occidentaux qui scandent comme
« le feu à la plaine » en Afrique, au
un mantra : «Non, ce n’était pas mieux
Moyen-Orient et en Europe. À chaque
avant.»
fois, comme par hasard, un phénomèDebray, lui, a compris que peu imne d’urbanisation massive et brutale
porte le mieux, peu importe qu’on ne
provoque le déracinement de populaait un paradis promis, il faut qu’il y ait
un paradis perdu. »
Debray est un progressiste contrarié,
comme il y a des gauchers contrariés. Il
a cru dans les lendemains qui chantent,
ces 1789 et ces 1917, toutes ces nouvelles aubes de l’humanité qui nous préparaient des avenirs radieux, toutes ces
versions laïcisées du messianisme judéo-chrétien. L’expérience et l’Histoire l’ont quelque peu dégrisé. « Progressisme, scientisme, socialisme. La perte
du Dieu futur a fait du futur notre Dieu.
Ces trois espèces de salle d’attente ont
fait plus et mieux que nous faire passer le
temps, mais le progrès a produit, en plus
de la pénicilline, le glyphosate et le trou
d’ozone, la Science, en plus de la Lune,
Hiroshima, et la Justice, en plus de la
Sécu, la Kolyma. »
«
»
tions nombreuses qui s’accrochent au
texte sacré pour conserver un ancrage
identitaire.
Régis Debray s’est toujours gaussé
des esprits assez crédules pour croire
en la guerre des civilisations annoncée
par Samuel Huntington. Sans le dire
explicitement, il semble avoir évolué.
« Nous avons la morale pour nous. Il
n’est pas exclu que le moral soit de
l’autre côté », reconnaît-il. D’un côté,
ceux qui ne croient en rien, ni en Dieu
ni en l’au-delà ; de l’autre, ceux qui
croient en leur dieu et à sa promesse de
rédemption dans la vie après la mort.
Eux et nous.
Pour comprendre ce que Debray se
refuse à dire clairement, il faut compléter sa réflexion par d’autres. Ainsi
Malraux, qui disait : « Une civilisation,
c’est tout ce qui s’agrège autour d’une
religion. » Ou encore René Girard, qui,
à la fin de son dernier livre, paru avant
sa mort, Achever Clausewitz, prophétisait : « Il nous faut entrer dans une pensée du temps où Charles Martel et les
croisades seront plus proches de nous
que la Révolution française et l’industrialisation du second Empire. » Régis
Debray est un homme du temps où la
Révolution française et l’industrialisation du second Empire étaient la raison
d’être, de vivre, de lutter. Ce temps-là
est révolu. L’esprit de Debray le sait,
mais le cœur de Régis ne veut pas l’admettre. L’archaïque a changé d’époque. Régis Debray le voit, le comprend,
mais se refuse à l’assumer. Il ne franchira pas le Rubicon. Comme Cincinnatus remisa son épée pour sa charrue,
le combattant glorieux des guerres révolutionnaires passées renonce à plonger dans les guerres qui viennent. Il
laisse obligeamment sa place à
d’autres. ■
Le moment Giscard
Charles Jaigu
cjaigu@lefigaro.fr
I
l y a quarante-quatre ans, la
Ve République échappait aux héritiers du gaullisme, au profit
d’un prétendant très prometteur. Valéry Giscard d’Estaing,
troisième président de cette jeune Constitution, est le sujet d’une biographie d’Éric Roussel qui paraîtra dans
quelques jours. Après Pompidou, Monnet, de Gaulle, Mitterrand et Sarkozy,
l’historien biographe se penche donc
sur Giscard et restitue avec précision les
cohérences et les contradictions d’un
homme. En fin psychologue, en portraitiste équilibré, il ne néglige pas pour
autant l’histoire économique et la chronique diplomatique. Les témoignages
nouveaux, ici, sont nombreux. Notamment de la part de l’intéressé lui-même
- qui pourtant a déjà écrit ses Mémoires
en trois tomes. Il en résulte le portrait
avantageux d’un Européen libéral, plus
homme d’État qu’homme politique. Sa
vision de long terme, très articulée dès
ses commencements dans la vie politique - c’est frappant -, en fait tout le
contraire d’un pragmatique aux
convictions changeantes comme le furent la plupart des présidents de la Ve.
Le moment Giscard mérite qu’on s’y
attarde pour mieux comprendre la dif-
férence entre les deux droites de gouvernement. De la fin de la IVe République à la période gaullienne, et jusqu’à
aujourd’hui, le livre de Roussel éclaire
très bien les complexités de la longue
querelle entre les orléanistes et les bonapartistes. « VGE » est à leur point de
rencontre. Son précipité politique personnel est plus mélangé qu’on pourrait
le croire - Giscard n’est pas un orléaniste chimiquement pur. Il se distingue de
la droite démocrate-chrétienne, incarnée un temps par Jean Lecanuet. Il n’est
pas un Européen supranationaliste
comme on a voulu l’affirmer par raccourci. Il n’est pas antigaulliste, tant sa
mère, bonapartiste et gaulliste passionnée, lui a transmis une admiration
spontanée pour l’homme du 18 juin.
Giscard s’est donc trouvé assez à l’aise
avec de Gaulle, même s’il désapprouve
la sortie brutale du bourbier algérien.
En retour, de Gaulle n’était pas insensible à la vision libérale de son grand argentier, comme le montre ce livre en
divulguant leur correspondance.
C’est de Gaulle qui a voulu la
confluence entre les deux droites. N’at-il pas décidé, au commencement de
cette nouvelle République, de rouvrir la
France sur la concurrence internationale et de lui redonner par l’économie
les marges de manœuvre qu’elle perdait
avec les colonies ? Son refus de revenir
sur la signature du traité de Rome, qu’il
avait d’abord contesté, signifiait qu’il
prenait acte que tout se jouait désormais
en Europe. Valéry Giscard d’Estaing,
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
fin psychologue,
« Enen portraitiste
équilibré,
Éric Roussel ne
néglige pas l’histoire
économique,
et la chronique
diplomatique.
Les témoignages
nouveaux, ici,
sont nombreux
»
avec une constance que cette biographie met en lumière, ne s’est pas efforcé
à autre chose, y compris en développant
l’Europe intergouvernementale par la
création du Conseil européen. Enfin,
son libéralisme politique était gaullien
par son soutien aux nouvelles institutions, qui ne s’est jamais démenti.
En 1960, de Gaulle veut moderniser
contre les syndicats et les patrons. Éric
Roussel nous apprend le peu d’estime
de Giscard pour les milieux patronaux
français, toujours quémandeurs de protectionnisme. Tout est bon pour éviter
la concurrence et la loi du marché. Il
explique aussi par le menu ses désaccords avec le dogme étatiste et planificateur qui règne partout dans les élites.
Sur le fond, Giscard apparaît finalement
comme le plus juste continuateur de
cette synthèse des droites voulue par le
fondateur de la Ve.
Pourtant, quand il devient président,
tout se gâte très vite. Et la droite libérale
qu’il incarne est soudain combattue par
le nouveau RPR. Dans une chronique au
Figaro d’octobre 1976, que cite Roussel,
Raymond Aron en prend acte et il rappelle que le courant libéral a été dans
l’histoire de France « maudit et minoritaire ». C’est le moins que l’on puisse
dire. Il faut aller chercher Raymond
Poincaré pour trouver un exemple accompli de libéral aux affaires. Éric
Roussel, qui partage cette analyse, exhume un texte d’Alexandre Sanguinetti,
le sicaire de l’UDR puis du RPR, paru
dans Témoignage chrétien en 1975 qui
décrit parfaitement l’abîme doctrinal
qui sépare les deux droites quand elles
ont décidé de faire mauvais ménage.
« Le système giscardien repose sur une
erreur dramatique nommée libéralisme,
celle-là même qui causa la perte de la
monarchie de Juillet », explique Sanguinetti. « Le libéralisme est nationalement
haïssable parce que, s’il peut convenir à
un vieux tempérament scandinave,
anglo-saxon ou germanique, il ne “colle
pas” avec un vieux pays catholique et latin comme la France. » On se souvient
de Jacques Chirac, affirmant que « le libéralisme a fait plus de morts que le communisme », rapporté par Le Figaro en
2001. Cette thèse demeure aujourd’hui
toujours aussi forte, du côté de la droite
souverainiste. Le combat antilibéral
d’une partie de la droite n’a pas changé
de nature, quarante ans plus tard.
À la fin de son septennat, Giscard
avait pourtant joliment gagné les élec-
tions législatives et européennes. Il
n’était pas en position de faiblesse. Mais
les coups ne sont pas venus de la gauche. Ce sont les chiraquiens, Charles
Pasqua en tête, qui ont déclenché l’affaire - fictive - des diamants de Bokassa. À cela s’est ajouté le cynisme de Jacques Chirac qui fait l’élection de
François Mitterrand. Reste le tempérament de VGE, son grand mépris de ce
qu’il nommait lui-même « la politique
politicienne », son goût pour les parties
de chasses urbi et orbi, et sa délégation
des basses œuvres à son double Michel
Poniatowski, cause de bien des maladresses.
Roussel insiste sur le rêve giscardien
de mettre un terme à « la guerre civile
froide » entre la droite et la gauche. Giscard n’aime pas la politique car elle crée
« des chocs inutiles ». Il n’y est pas parvenu. Le « groupe central » qu’il appelait de ses vœux a finalement émergé
quarante ans plus tard, avec Emmanuel
Macron. La France libérale n’est plus
minoritaire, mais elle est fragile. Et pour
éviter sa déconfiture, il faudra plus de
passion au service de la raison. La France n’est pas une salle de classe. Au fond,
la vraie différence entre le gaullisme et
le giscardisme tient à cela : le premier
dramatise pour mobiliser, le second explique pour sécuriser. Le premier a le
verbe haut, le goût du peuple, de la nation magnifiée - y compris dans un cadre européen. C’est Corneille et c’est
Hugo. Il y a du grandiose. Giscard n’a
pas ce goût. Son brio est laconique et logique. C’est La Bruyère et c’est Maupassant. La France des clubs et des grandes
écoles. « Pour sa propre cohérence, la
France a besoin d’une dramatisation artificielle des enjeux », dit Éric Roussel en
citant Pierre Chaunu. C’est ce qui a
manqué à VGE, bien qu’il fût resté fidèle, sur le fond, au gaullisme des origines. ■
VALÉRY GISCARD
D’ESTAING
Éric Roussel,
Ed. de l’Observatoire,
540 p, 24,90 €.
1
TÊTE À TÊTE
A
Éric Roussel publie
« LA bio » de Giscard.
La synthèse
d’un gaullisme libéral
et européen n’a pas
tenu face à la guerre
des droites. Retour
très instructif sur
les hauts et les bas
d’un vrai
réformateur.
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jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
60e anniversaire de la Ve République,
ou la mélancolie constitutionnelle
É
convient seulement d’attendre qu’elles
en 2000, suivie de l’inversion
assurent les fonctionnalités requises.
des scrutins présidentiel et législatif
N’est-il pas légitime, au demeurant,
(le second se déroulant désormais
que la première demande citoyenne
un mois après le premier),
à l’égard d’un régime institutionnel
la synchronisation des élections
Secrétaire général
soit non de lui voir prendre un tour
présidentielle et législatives affaiblit
présidentiel ou un profil parlementaire,
le couple exécutif en laissant le chef
du Conseil constitutionnel
mais
de
permettre
aux
pouvoirs
publics
de l’État seul sur la scène publique,
de 1997 à 2007,
de conduire des politiques répondant
car seul détenteur de l’autorité politique
l’auteur* porte un regard
efficacement aux préoccupations
originelle (toutes les autres autorités,
inquiet sur nos institutions,
quotidiennes des gens ordinaires
y compris la majorité parlementaire,
alors que la Ve République
(chômage, désindustrialisation,
procédant de lui), prisonnier de son
souffle ses 60 bougies.
sécurité, immigration,
programme de candidat et condamné
environnement)
?
Comment
blâmer
à répondre de tout et à descendre
L’édifice gaullien
nos
concitoyens
de
trouver
lointaine
dans l’arène du gouvernement
a rendu de grands services
et non prioritaire (même si elle est
quotidien (on le voit bien, malgré
et mériterait plus
en réalité importante du point de vue
sa volonté de camper une hauteur
de gratitude, juge
de la qualité du travail législatif)
jupitérienne, dans le cas du président
Jean-Éric Schoettl.
la question de savoir si le texte
actuel).
d’un projet de loi discuté en première
La loi constitutionnelle du 1er mars
Plus grave encore,
lecture,
devant
la
première
assemblée
2005 (relative à la Charte de
les révisions
saisie, doit être celui du gouvernement
l’environnement) soumet les pouvoirs
constitutionnelles
ou bien celui amendé par
publics à de fortes exigences,
successives depuis
la commission
de fond comme de forme, en matière
trente ans ont transformé
e
compétente
de décisions relatives à
La Constitution de la V République
la Constitution
(comme c’est
l’environnement. Ces contraintes
a
perdu
de
sa
majesté
et
le cas depuis la
sont en outre de portée imprécise
en « réceptacle
de
sa
crédibilité
à
force
d’être
triturée
révision
et leurs conséquences n’avaient guère
de démissions
constitutionnelle
été anticipées. Ainsi, le contenu
démocratiques »,
de 2008 sauf cas particuliers, NDLR) ?
une remarquable période
normatif du « principe de précaution »
s’alarme-t-il.
Une troisième explication est que,
de dynamisme économique,
n’est pas encore véritablement fixé
depuis le début des années 1990,
de mieux-être social et de tranquillité
et cette indétermination même,
la Constitution de la Ve République
civile. La promesse originelle
par l’insécurité juridique qu’elle
de stabilité gouvernementale a été
génère, hypothèque bien des initiatives.
a perdu de sa majesté et de sa crédibilité
tenue jusqu’ici. Soixante ans (bientôt
La Charte de l’environnement a
à force d’être triturée.
un record) et pas de contestation
également malmené une des options
La Constitution de la Ve République
majeure : ce petit miracle consensuel
premières de la Constitution de 1958
a déjà été remaniée 24 fois depuis 1958,
au pays des Gaulois réfractaires
(à savoir la séparation entre le domaine
dont 19 fois depuis 1990, c’est-à-dire
appellerait un minimum de dévotion.
de compétence du Parlement, qui adopte
de plus en plus fréquemment. Et de plus
D’où vient alors la froideur
des lois, et le domaine de compétence
en plus substantiellement. La révision
envers la Constitution ?
de l’administration, qui édicte des décrets
de 2008 représente à ce jour un record,
Une première explication est que,
et des arrêtés, NDLR) en faisant
sur le plan quantitatif, mais aussi
contrairement à l’Allemagne,
remonter au niveau de la loi les
du point de vue qualitatif. Le record
la France n’a pas un besoin vital
modalités selon lesquelles le public
est en passe d’être battu avec le cru
de patriotisme constitutionnel,
participe à toutes les décisions ayant
2018. Une norme suprême versatile
parce qu’elle conserve une forme
une incidence sur l’environnement.
peut-elle être ressentie comme
traditionnelle de patriotisme.
Avec l’institution de la « question
suprême ? Plus encore que la loi,
Un patriotisme certes
prioritaire de constitutionnalité » par
la Constitution ne doit être touchée
un peu groggy à force
la révision constitutionnelle de 2008
que d’« une main tremblante ». Le pli
de mondialisation
(cette innovation permet à tout justiciable
semblait avoir été pris aux débuts
et de repentance,
d’invoquer, lors d’un procès,
de la Ve République, puisque la
mais qui se réveille
la non-conformité à la Constitution
Constitution ne fut modifiée, dans les
au lendemain
d’une loi qu’on entend lui appliquer.
trente premières années de son histoire,
d’un attentat,
Le Conseil d’État ou la Cour de cassation,
qu’à une poignée d’occasions, toujours
de la disparition d’une
s’ils estiment l’argument sérieux,
capitales (élection du président
grande figure
transmettent
de la République au suffrage universel
nationale ou d’une
la question litigieuse au Conseil
direct en 1962), à chaque fois
victoire sportive.
constitutionnel, qui statue et peut annuler
ponctuellement. Ce temps est révolu.
La deuxième
la loi contestée,
explication est que
NDLR), la loi
Le résultat global des révisions
« Constitution » rime
promulguée
avec « institutions ».
devient
constitutionnelles depuis trente ans
Or, les mécanismes
un énoncé
a
été
d’affaiblir
les
pouvoirs
issus
institutionnels
précaire et
ne passionnent pas
révocable, grevé
de l’élection, exécutif et Parlement,
l’opinion, même s’ils
de la double
au
profit
d’organes
non
élus
sont l’horloge interne
hypothèque du
de
droit européen et
la démocratie.
du droit constitutionnel. Elle n’exprime
Au cours des trente dernières années,
La plupart
plus une volonté générale durable, mais
la Constitution se boursoufle, de
de nos concitoyens
une règle du jeu provisoire,
révision en révision.
entretiennent avec
perpétuellement discutable,
Un quatrième élément d’explication
ces mécanismes
continuellement à la merci d’une
est que le résultat global de ces révisions
le même type de
habileté contentieuse placée
a été d’affaiblir les pouvoirs issus
rapport qu’avec les
au service d’intérêts ou de passions
de l’élection, exécutif et Parlement,
puces électroniques
privés. Présentée comme un droit
souvent au profit d’organes non élus,
de leurs
nouveau des citoyens, la question
qu’ils soient supranationaux,
smartphones : ils y
prioritaire de constitutionnalité
juridictionnels ou administratifs,
voient des « boîtes
ne sert au mieux que l’infime minorité
si bien que le représentant se trouve
noires » dont il
de ceux qui iront au bout
de plus en plus entravé pour répondre
de la procédure. Pour nous tous,
diligemment aux aspirations du peuple
elle se paie au prix fort de l’instabilité
souverain.
législative. Les censures, fréquentes,
Les modifications apportées
touchent tant des dispositions
à la Constitution depuis trente ans
anciennes que des textes récents,
ont notamment ratifié des transferts
parfois très récents, conduisant
(totaux ou partiels) de compétences
le législateur soit à repenser
régaliennes aux organes de l’Union
une législation déjà entrée dans
européenne (monnaie, négociation
les mœurs, soit à revoir sa récente
d’accords commerciaux
copie.
internationaux, questions migratoires,
Si la Constitution de 1958 a servi
justice, discipline budgétaire). Elles ont
pendant longtemps la souveraineté
privé l’État national de ses prérogatives
populaire, particulièrement en
traditionnelles dans des matières
restaurant l’autorité de l’État,
intéressant les conditions essentielles
elle est devenue trop souvent, depuis
d’exercice de la souveraineté nationale.
trente ans, le réceptacle de démissions
Elles ont consacré la primauté du droit
démocratiques. Toujours porteuse
européen – y compris celui issu
de notre ADN républicain, elle risque,
du droit européen dérivé (directives
à ce train, de muter en OGM.
et règlements) – sur la loi nationale,
Comment nos concitoyens
laquelle est dès lors vouée à n’être
ne le ressentiraient-ils pas ?
qu’une mesure d’application de la
* Conseiller d’État honoraire.
directive ou du règlement européens.
4–14 OCTOBRE 2018 • PARIS EXPO PORTE DE VERSAILLES
Jean-Éric Schoettl a signé un article
Ces abandons de souveraineté
dans le numéro de la Revue politique
se heurtent, lorsqu’ils sont consultés,
10H À 20H - NOCTURNES LES 4, 5, 6, 10, 11 ET 12 OCTOBRE JUSQU’À 22H
et parlementaire consacré
à une réticence croissante de
#MONDIALPARIS
à « La Ve République face aux révisions :
nos concitoyens. Le traité de Maastricht
n’est approuvé que de justesse lors
mutations et permanences »
WWW.MONDIAL-PARIS.COM
du référendum de septembre 1992.
(n° 1085-1086, 200 pages, 25 euros),
Le traité « établissant une Constitution
paru en mai dernier.
pour l’Europe » est rejeté lors
du référendum de mai 2005.
» Lire aussi PAGES 2 À 4 ET 19
Avec l’instauration du quinquennat
JEAN-ÉRIC
SCHOETTL
prouve-t-on en France
cet amour de la Constitution
qu’on rencontre
aux États-Unis
(où elle est une référence
vénérée) ou en Allemagne
(où, pour les raisons historiques que
l’on sait, le seul patriotisme qui vaille
est le « patriotisme constitutionnel ») ?
On n’oserait l’affirmer. Preuve
en est que, dans un pays pourtant porté
aux commémorations, le soixantième
anniversaire de la Constitution
de la Ve République (il en fut de même
du quarantième et du cinquantième)
est en passe de se dérouler sans faste
particulier.
Pourtant, la Constitution
de la Ve République, patrimoine
commun de la Nation, mériterait
de notre part quelques égards et un peu
de gratitude, au moins rétrospectifs.
Approuvée par près de 80 %
des Français il y a soixante ans,
elle a tiré la France d’une période
de troubles qui menaçaient
de s’aggraver dramatiquement.
Férocement combattue au départ
par une partie de la classe politique,
elle a réussi à se rallier (à très peu
de chose près) l’ensemble de celle-ci
après que la gauche, ayant pris les
manettes de l’État en 1981, s’est trouvée
fort à son aise avec ses institutions.
Faisant preuve d’une souplesse
et d’une solidité inattendues à l’origine
et sans précédent depuis la fin
de l’Ancien Régime, la Constitution
de 1958, amendée par l’élection
du chef de l’État au suffrage universel
en 1962, a surmonté tous les « crash
tests » auxquels l’a soumise l’histoire
contemporaine (décolonisation,
Mai 68, alternances, cohabitations,
crises financières). Sous son ombre
protectrice, notre pays a connu
jusqu’à la crise pétrolière de 1973
«
»
«
A
DESSIN CLAIREFOND
»
+
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 4 octobre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Luc Ferry
luc.ferry@yahoo.fr
www.lucferry.fr
« Happycratie », l’industrie du bonheur
ans un livre pionnier,
L’Euphorie perpétuelle,
Pascal Bruckner
dénonçait déjà la
« tyrannie du bonheur »,
l’obligation qui nous était
faite d’afficher en toutes circonstances
un optimisme béat. Tout récemment,
Nicolas Bouzou et Julia de Funès, dans
un excellent livre dont je ne saurais trop
conseiller la lecture, La Comédie
(in)humaine (Éditions de
l’Observatoire), déconstruisaient
les niaiseries de la « bonheurisation »
de l’entreprise. Deux universitaires,
Edgar Cabanas et Eva Illouz,
leur emboîtent le pas et tordent le cou
à un certain nombre de balivernes
que la psychologie positive, les théories
D
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
du développement personnel
et la mode du coaching s’efforcent
désespérément de nous fourguer.
Dans leur ouvrage (Happycratie.
Comment l’industrie du bonheur
a pris le contrôle de nos vies), ces deux
chercheurs montrent comment
le bonheur est devenu une formidable
marchandise qui génère chaque année
des milliards de dollars via livres
à succès, séminaires d’entreprise,
financements de centres de recherches
et, last but not least, un nombre croissant
d’applications payantes
qui accompagnent les promesses
mirifiques de félicité en quinze leçons.
Les marchands de bonheur s’appuient
volontiers sur trois thèmes :
le « self-help » (« auto-management
ENTRE GUILLEMETS
PETER BARRITT/SUPERSTOCK/RUE DES ARCHIVES
4 octobre 1669 : mort de Rembrandt.
Signature du maître sur ses œuvres
Rembrandt fecit
(Rembrandt l’a fait)»
ANALYSE
Guillaume Perrault
£@GuilPerrault
La faiblesse de l’exécutif, un
mauvais souvenir grâce à la Ve ?
out le monde dit “le régime
court à la ruine”. On affirme
que Poincaré lui-même
(ancien président de la
République, alors président
du Conseil, NDLR) l’a dit
en levant les bras d’un air désespéré ;
ce qui est certain, c’est qu’il n’y a plus ni
autorité, ni justice, et qu’on est à la merci
d’une secousse […]. » Ces lignes ont été
écrites le 9 juillet 1927 par une attachante
personnalité de la droite de l’entredeux-guerres, Jean Le CourGrandmaison, député catholique
de Loire-Inférieure (aujourd’hui LoireAtlantique) de 1919 à 1940. Il traduit
la conviction, alors répandue,
que l’infirmité du régime d’assemblée
de la IIIe République ne permettait pas
à la France d’affronter les immenses
bouleversements nés des suites de
la Grande Guerre. Dans une autre lettre
à sa femme, le député lui raconte que,
aux toilettes de la Chambre, endroit
propice aux confidences, un collègue
radical-socialiste désabusé lui a confié :
« Ce régime fout le camp. »
Alors que la Ve République atteint
aujourd’hui l’âge de la maturité,
il ne faut pas mésestimer son acquis
le plus précieux : la force et la stabilité
du pouvoir exécutif, qui tranchent avec
notre histoire constitutionnelle. En 1789,
les constituants étaient étrangers à
l’idée libérale que la souveraineté doit
se partager. La Constitution de 1791
ravale le roi au rang d’un agent public
dont les prérogatives sont chichement
mesurées, et contestées par les activistes
parisiens aussitôt qu’il en use. La défiance
envers l’exécutif et l’administration
placée sous son autorité, soupçonnés
de toujours trahir la volonté populaire,
T
«
+
» Lire aussi PAGES 2 À 4 ET 18
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
Président-directeur général
Charles Edelstenne
Administrateurs
Olivier Dassault, Thierry
Dassault, Jean-Pierre
Bechter, Olivier Costa
de Beauregard, Benoît
Habert, Bernard Monassier,
Rudi Roussillon
émotionnel » ou « écologie du moi »),
la quête de l’authenticité et
l’épanouissement de soi, le tout enrobé
d’un discours pseudo-scientifique
qui prétend non seulement mesurer,
mais bel et bien engendrer le bonheur.
Pour élargir son public, la psychologie
positive a eu l’habileté de s’adresser
non seulement à ceux qui souffrent
de troubles psychiques, comme le faisait
la psychologie traditionnelle, mais à tout
le monde, malade ou non. De là les
recettes préemballées qu’elle distille
sous forme d’exercices pratiques dont
la banalité, pour ne pas dire l’insondable
niaiserie, ne semble pas décourager
les adeptes : réfléchir à ses souhaits
les plus profonds, identifier ses forces
et ses faiblesses, accomplir trois bonnes
actions par jour et les noter dans
un carnet, faire de son corps un violon
(sic !), laisser un billet de banque
sur un banc public, s’endormir avec
des clichés de ses vacances, s’aimer
soi-même comme un ami, voire comme
un de ses enfants (re-sic !), apprendre
à savourer l’instant présent (même sous
un bombardement en Syrie ?), viser
le plaisir plus que l’excellence (sûr que
c’est plus facile…), pourchasser
les pensées négatives, faire
de sa personne une « marque »
(« personnal branding ») et, pour y
parvenir, apparaître toujours « au top »,
souriant, bronzé, en forme et,
quoi qu’il arrive, d’humeur enjouée.
Pour enrober le tout, les commerçants
du bien-être universel ajoutent
un chouïa de bouddhisme et de taoïsme
ici ou là, une pincée de stoïcisme, deux
cuillerées à soupe de spinozisme et le tour
est joué : le premier coach autoproclamé
venu se transforme en gourou digne
d’un ashrâm tibétain. Face
à ces mignardises, un peu de bon sens
SOCIÉTÉ DU FIGARO SAS Directeur des rédactions
14, boulevard Haussmann Alexis Brézet
75009 Paris
Directeurs adjoints de la rédaction
Président
Gaëtan de Capèle (Économie),
Charles Edelstenne
Laurence de Charette (directeur
de la rédaction du Figaro.fr),
Directeur général,
Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
est à son comble sous la Terreur et sert
de justification à la toute-puissance
du Comité de salut public et du Comité
de sûreté générale. « Le peuple n’a
qu’un ennemi dangereux : c’est son
gouvernement, s’exclame Saint-Just
à la Convention le 10 octobre 1793. Vous
devez vous garantir de l’indépendance des
administrations […] Vous devez resserrer
tous les nœuds de la responsabilité. »
Sous le Directoire, afin de prévenir
l’avènement d’un nouveau Robespierre,
voilà le pouvoir exécutif morcelé
et confié à cinq titulaires. Après le choix
résolument contraire d’un exécutif toutpuissant sous le Consulat et l’Empire puis
un régime protoparlementaire sous
la Restauration, on comprend le mot
d’un garde des Sceaux, Joseph Portalis,
en 1819 : le peuple français « depuis
trente ans, fait sur lui-même un cours
de politique expérimentale », comme
d’autres se livrent à une expérience
de chimie dans un laboratoire.
Le sentiment de la précarité
des régimes politiques et de la fragilité
de l’État qui les incarne court tout au long
du XIXe siècle. Sous la IIe République,
le 6 octobre 1848, Lamartine, à la tribune
de l’Assemblée, répond à ses
contradicteurs hostiles à l’élection
du président au suffrage universel
de peur de voir naître un nouveau César :
« Nous parlons de l’excès de force
du pouvoir exécutif sur les ruines
et dans la poussière d’un trône et d’un
gouvernement à peine écroulés sous
nos pas ! », allusion à la révolution de
Février qui, huit mois plus tôt, avait
vu Louis-Philippe abdiquer.
À la veille de la Grande Guerre,
l’émiettement des partis, le tabou qui
frappe l’usage de la dissolution et
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
Pierre Bayle
Rédacteur en chef
Frédéric Picard
(Édition Web)
Directeur délégué
du pôle news
Bertrand Gié
Éditeurs
Robert Mergui
Anne Pican
l’instabilité gouvernementale qui
en résulte inspirent ces mots amers au
directeur du quotidien Le Gaulois, Arthur
Meyer : « Ce que nos yeux ont vu de plus
invraisemblable, depuis 1870, ce n’est pas
le téléphone, l’automobile, le radium,
le télégraphe sans fil, ni même l’aéroplane ;
ce qu’il y a de plus invraisemblable,
c’est que la République ait pu durer. »
De Gaulle a enfin pu, en 1958, raffermir
l’exécutif, prouesse qu’avaient échoué
à accomplir plusieurs personnes de
qualité (Millerand, Doumergue, Tardieu).
Le président est la clé de voûte des
institutions. Le gouvernement dispose
d’armes nouvelles face aux députés.
A-t-on été trop loin ? Des esprits
distingués en jugent ainsi. Le péril qui
guette, cependant, nous paraît tout au
contraire l’empressement des présidents
successifs à abdiquer une partie de leurs
prérogatives sous couvert de nouvel
équilibre des pouvoirs, et le sentiment
d’impuissance qui en résulte. Raymond
Aron, dans ses Mémoires (1983), dépeint
ainsi son état d’esprit dans les années
1930 : « Pendant ces années de décadence,
nous avons eu mal à la France […]
Quel gouvernement pouvait sortir
de la compétition entre des partis
qui se perdaient dans des intrigues
parlementaires et qui refusaient d’ouvrir
les yeux ? Baisse de la natalité, baisse
de la production, effondrement
de la volonté nationale : il m’est arrivé
par instants de penser, peut-être de dire
tout haut : s’il faut un régime autoritaire
pour sauver la France, soit, acceptons-le,
tout en le détestant. » Seule la force
retrouvée de l’État gaullien nous
préserverait de l’attrait exercé
aujourd’hui par ce que l’on appelle
désormais « la démocratie illibérale ».
FIGAROMEDIAS
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Président-directeur général
Aurore Domont
Direction, administration, rédaction
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direction.redaction@lefigaro.fr
devrait suffire. Il peut toutefois s’avérer
utile de développer en appui quelques
objections de fond. On notera d’abord
que les pseudosciences du bonheur
se gardent bien d’évaluer leurs résultats.
Ceux qui ont tenté de le faire
sérieusement aboutissent hélas
à la conclusion que les individus en quête
frénétique de joies infinies sont en
général les plus malheureux, l’idéal qu’ils
se fixent étant utopique et d’autant plus
culpabilisant qu’il tend à faire du malheur
une maladie, voire une faute morale,
seul l’optimisme ayant droit de cité
selon les critères archi-normatifs
de la psychologie positive : si le bonheur
ne dépend que de nous, pas du réel
qui peut être atroce, mais seulement
du regard que nous jetons sur lui,
alors être malheureux est un signe
pathologique, voire le symptôme
d’un caractère mal embouché qui
ne mérite guère de place dans la cité,
encore moins dans l’entreprise.
Pourtant, il n’est pas besoin
d’être grand clerc pour comprendre
que le malheur fait partie de nos vies
et que s’il est aisé à définir, le bonheur,
lui, est par nature indéfinissable
de manière précise et durable.
La vérité, c’est que les moments de joie
et de sérénité que nous connaissons
parfois sont fragiles, éphémères,
car à l’encontre de ce qu’affirment
les marchands de bonheur,
ils dépendent infiniment plus d’autrui
et de la chance que d’une fascination
narcissique pour notre nombril.
La vraie sagesse consisterait
à comprendre que l’optimisme
et le pessimisme sont des catégories
de la bêtise humaine, le salut
ne pouvant venir, comme philosophie
et psychologie des profondeurs
y invitent, que de la lucidité.
VOX
… MÉDECINE
« La clause de conscience
est une liberté
constitutionnelle »,
par Jérôme Roux,
agrégé de droit public
et professeur à l’université
de Montpellier
… IDÉES
« La fraternité est un
concept dangereux »,
par André Versaille,
éditeur et auteur
Les rencontres
du
FIGARO
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FRANÇOIS-XAVIER
BELLAMY
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2018, 20 heures
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Commission paritaire n° 0421 C 83022
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sous le numéro FI/37/01. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/tonne de papier.
Ce journal
se compose de :
Édition nationale
1er cahier 20 pages
Cahier 2 Économie
8 pages
Cahier 3 Le Figaro
et vous 10 pages
Cahier 4 Littéraire
8 pages
Promo Portage
Pen Paris : diffusion
sur une partie
du territoire national
A
CHRONIQUE
19
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 061 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
DÉMARRAGE
POUSSIF POUR
ASTON MARTIN
lefigaro.fr/economie
DES PARLEMENTAIRES DE LA
MAJORITÉ ENRÔLÉS POUR DÉFENDRE
LA FUTURE RÉFORME PAGE 23
Le Brésil en crise
suspendu
à la présidentielle
NEOEN
LE SPÉCIALISTE DE L’ÉOLIEN
ET DU SOLAIRE AUX PORTES
DE LA BOURSE PAGE 26
Jacques
Veyrat
Le gouvernement
se mobilise
face à la menace
du surtourisme
BRUNO LEVY/DIVERGENCE, ANDRE COELHO/BLOOMBERG, JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Le Quai d’Orsay planche sur des mesures
pour varier les destinations des étrangers.
Première destination touristique mondiale, avec 90 millions de visiteurs attendus cette année, la France amorce
un virage stratégique majeur. Le gouvernement souhaite consolider sa place
de leader, mais il se fixe un nouvel objectif : le « tourisme durable ». Il a pris
conscience de la menace du phénomène
du surtourisme, qui entraîne déjà un rejet des visiteurs de la part des habitants
à Venise, Barcelone et Santorin.
Dans l’Hexagone, certains sites sont
déjà à saturation. « Le surtourisme va
arriver en France, nous voulons l’anticiper, prévient Jean-Baptiste Lemoyne,
secrétaire d’État au Quai d’Orsay. Il
faut se retrousser les manches. Un travail de fond est à conduire pour inciter
les touristes à ne pas aller seulement vers
les sites les plus visibles et les plus
connus. »
Détourner les étrangers des destinations favorites des touristes est un véritable casse-tête, et des professionnels
du secteur dénoncent l’absence d’un
plan d’aménagement du territoire.
èDÉTOURNER LES VISITEURS DES LIEUX STARS, UN CASSE-TÊTE
èLES FRANÇAIS REPRENNENT LE CHEMIN DE LA TUNISIE POUR LEURS VACANCES PAGE 25
ADP, FDJ, Engie : les privatisations
font débat à l’Assemblée
À trois jours du premier tour de l’élection présidentielle
brésilienne, Jair Bolsonaro (photo), le candidat populiste
d’extrême droite, est en tête de certains sondages. Face
à l’héritier du travailliste Lula, dans un pays qui peine
à se relever de deux ans d’une sévère récession,
Bolsonaro est le préféré des milieux d’affaires. PAGE 24
le PLUS du
FIGARO ÉCO
AUDIOVISUEL
Le retour
de la publicité sur
France Télévisions
est étudié PAGE 28
LA SÉANCE
DU MERCREDI 03 OCTOBRE 2018
CAC 40
5491,40
+0,43%
DOW JONES (18h)
26926,30 +0,57%
ONCE D’OR
1201,20 (1204,70)
PÉTROLE (lond)
85,210 (85,140)
EUROSTOXX 50
3407,01 +0,53%
FOOTSIE
7510,28 +0,48%
NASDAQ (18h)
7664,44 +0,47%
NIKKEI
24110,96 -0,66%
Les députés ont attaqué mercredi
l’examen du volet privatisations de la
loi Pacte. Bruno Le Maire doit défendre
des opérations qui font polémique. À
l’Assemblée, le désengagement de
l’État du capital d’Aéroports de Paris
(ADP), un actif dit stratégique, est fortement contesté sur les bancs de l’opposition. La privatisation de La Française des jeux (FDJ) est également
sensible. Dans les deux cas, le gouvernement a promis de mettre en place, au
préalable, une régulation robuste plus
efficace pour l’action publique que la
présence au capital. Le gouvernement,
qui veut aussi pouvoir réduire sa participation chez Engie, prévoit d’utiliser
le produit des privatisations pour alimenter un fonds destiné à financer
l’innovation de rupture. PAGE 22
L'HISTOIRE
Retenue à la source : un simulateur
pour éviter les (mauvaises) surprises
S
urtout, éviter que les contribuables
découvrent, fin janvier, la version
allégée de leur salaire après
ponction du prélèvement
à la source et se mettent en colère.
C’est l’objectif du ministère de l’Action
et des Comptes publics, qui
pilote la réforme au
1er janvier de la collecte
de l’impôt sur le revenu.
Il a donc mis en ligne
un simulateur sur le site
impots.gouv.fr/portail/
simulateurs. « En indiquant
votre salaire net mensuel
imposable et votre taux de
prélèvement à la source,
vous obtiendrez le
montant qui sera prélevé
chaque mois sur votre
bulletin de paie », indique
Bercy. Encore faut-il
avoir en tête son salaire
imposable.
Pour ceux qui ne l’ont pas
en mémoire, un autre
simulateur, celui disponible
sur le site du Figaro,
permet d’avoir une idée précise de la ponction
à venir. Certains contribuables, ceux dont
l’employeur participe à la « phase
de préfiguration » engagée depuis septembre,
savent de toute façon déjà à quoi s’en tenir.
Concrètement, les « collecteurs »
– dénomination attribuée
par Bercy aux entreprises
à qui elle va sous-traiter
la perception de l’impôt –
affichent à blanc, sur le
bulletin de paie, la somme
prélevée au titre du
prélèvement à la source.
Le gouvernement comme les
observateurs s’interrogent
sur l’impact psychologique
de la mise en place du
prélèvement à la source.
La petite moitié de ménages
soumis à l’impôt sur le
revenu consommeront-ils
autant en janvier
qu’auparavant, ou se
sentiront-ils plus pauvres à
cause de la retenue d’impôt ?
Réponse dans quatre mois. ■
GUILLAUME GUICHARD
Le coup de démarreur boursier n’a
pas eu l’effet escompté pour Aston
Martin, à la Bourse de Londres.
L’envolée annoncée pour la première cotation de l’action de la marque
préférée de James Bond s’est traduite par une déception. Le titre a
chuté mercredi de 4,74 %, à 18,10 livres à la clôture. Soit une capitalisation boursière équivalant à 4,61 milliards d’euros, alors que la City lui
avait accordé une valorisation supérieure à 4,82 milliards d’euros. Un
prix d’introduction jugé visiblement
trop élevé, compte tenu des performances financières du groupe.
Le marché ne s’est pas enthousiasmé pour la mise en Bourse de cette
marque anglaise mythique qui présente pourtant au Mondial de l’auto
de Paris deux modèles, les DBS
Vantage et Superleggera.
Concrètement, le redressement de
ce petit constructeur doit encore se
confirmer, notent les analystes.
Quoi qu’il en soit, Aston Martin se
porte mieux que jamais. Il est même
revenu dans le vert en 2017, pour la
première fois depuis 2010. L’an dernier, plus de 5 000 voitures ont été
vendues, un record depuis 2008.
Cette année, entre 6 200 et
6 400 ventes sont espérées, au prix
moyen de 187 000 euros, au premier semestre. Le seuil des
10 000 unités est visé dès 2020.
Cette cotation considérée de l’autre
côté du Channel comme l’événement boursier de l’année fera peutêtre grincer des dents, mais la valeur obtenue doit être mise en
perspective avec le milliard de dollars obtenu par Bill Ford, lorsqu’il se
sépara de ce joyau de la Couronne
britannique, fondé en 1913 par deux
artisans londoniens, Aston et
Martin.
Le constructeur, qui a placé 25 % de
son capital sur le marché, peut espérer une intégration au sein de l’indice vedette de la Bourse de Londres, le FTSE-100, à condition que
son action ne s’enfonce pas davantage. Les titres vendus sont détenus par le fonds italien Investindustrial, les koweïtiens d’Adeem
Investments et de Primewagon. En
revanche, le groupe allemand
Daimler reste au capital à hauteur
de 4,9 %.
CH. G.
Les contentieux fiscaux
coûteront 1,3 milliard
à l’État en 2019
Les contentieux fiscaux dits
« de masse », concernant un
grand nombre de contribuables, coûteront 1,3 milliard
d’euros à l’État en 2019, prévoit
le gouvernement dans un document annexé au projet de loi
de finances pour 2019. C’est
beaucoup moins qu’en 2018,
année où l’État a dû rembourser 5,6 milliards d’euros d’impôts et de taxes aux ménages et
entreprises après une décision
de justice défavorable.
La forte chute du coût des
contentieux entre 2018 et 2019
s’explique par la fin des remboursements historiques accordés aux entreprises à la suite
de la censure de la taxe à 3 %
sur les dividendes par le Conseil
constitutionnel, en octobre 2017. L’État a dû rembourser aux plaignants 5,25 milliards en 2017, puis 4,2 milliards
en 2018. Il devra toutefois encore reverser 500 millions
d’euros en 2019 au titre de la
même affaire. Au minimum.
Les entreprises portent en effet
maintenant des réclamations
au titre de la taxe à 3 % acquittée dès 2012 et 2013, ce qui, si
elles gagnent, pourrait alourdir
encore la facture pour l’État.
En 2019, les « contentieux fiscaux
de série », non détaillés dans le
document, pèseront 600 millions d’euros dans le budget.
L’affaire Messer, elle, pèsera
100 millions. Dans ce dernier
dossier, la Cour de justice de
l’Union européenne (CJUE) a
invalidé partiellement la contribution au service public de
l’électricité (CSPE) le 25 juillet.
La CJUE a estimé que les
contribuables
concernés
« peuvent prétendre à un remboursement partiel (de la
CSPE) », à proportion des recettes de la taxe affectée à autre
chose que le financement du
service public de l’électricité,
qu’elle est censée financer.
Toutefois, le Conseil d’État doit
encore formellement confirmer cette décision européenne
dans les mois qui viennent.
G. G.
A
RETRAITE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Le gouvernement défend
son programme de privatisations
Le volet de la loi Pacte consacré à ADP, à la FDJ et à Engie crée le débat à l’Assemblée.
POLITIQUE ÉCONOMIQUE Aux prises avec une loi Pacte en forme de
patchwork assemblant des mesures
très diverses, l’opposition a choisi
de cogner sur son volet le plus emblématique : celui des privatisations. Le texte porté par le ministre
de l’Économie, Bruno Le Maire,
prévoit en effet d’autoriser le gouvernement à privatiser Aéroports
de Paris (ADP), La Française des
jeux (FDJ) et à réduire encore la
participation de l’État chez Engie
(24 % et 30 % des droits de vote).
Les députés, qui débattent du
projet de loi depuis une semaine, ont
attaqué mercredi l’examen des articles consacrés à ces opérations, dans
une ambiance surchauffée par le climat créé par la démission de Gérard
Collomb. Au PS, c’est l’ancien collaborateur d’Arnaud Montebourg
puis de François Hollande, Boris
Vallaud, qui monte au front. « Renoncez à ces privatisations ! », a-t-il
lancé au ministre, affirmant qu’elles
seront à la fois « une aberration économique et une erreur stratégique ».
Bruno Le Maire a renvoyé au député
le bilan de sa famille politique :
« Vous parlez en expert, c’est un
gouvernement socialiste (celui de
Lionel Jospin, NDLR) qui a le plus
privatisé ! » Les formules sont des
classiques du genre parlementaire,
mais l’échange témoigne de ce que,
même en défendant un texte de privatisation, on ne veut pas dans la
classe politique française en général
et chez ce gouvernement en particulier, s’afficher comme celui qui
aura le plus vendu… Le précédent
des autoroutes, rappelé par Éric
Woerth (LR), reste dans les esprits.
Face à l’opposition qui l’accuse
sans surprise de « brader les bijoux
de famille », Bruno Le Maire répond que c’est pour une bonne
cause : désendetter l’État, et alimenter le fonds pour l’innovation
de rupture qui était au programme
d’Emmanuel Macron. L’opportunité de créer celui-ci - pour
10 milliards d’euros - fait moins
débat que la façon de l’abonder.
Pour Boris Vallaud, il est inutile de
faites
« leVous
choix du
court terme
et vous
appauvrissez
les Français
en bradant
leur
patrimoine
BORIS VALLAUD,
DÉPUTÉ PS
»
lâcher des participations qui rapportent des dividendes quand on
peut comme l’État s’endetter à
taux très bas. Réponse de Le Maire,
qui revendique de « redéfinir les
rôles respectifs de l’État et des entreprises » : « Le rôle de l’État n’est
pas d’encaisser des dividendes », ni
d’exposer le fonds à leur volatilité.
Patience requise
Les opérations envisagées chez
ADP, la FDJ et Engie peuvent au total rapporter en théorie près d’une
vingtaine de milliards d’euros à
l’État. En Bourse, ses 50 % d’ADP
valent 9,5 milliards et ses 24 %
d’Engie 7,8 milliards. La FDJ n’est
pas cotée, mais pourrait être valorisée autour de 3 milliards d’euros.
Tout ne sera pas vendu. Le gouvernement a prévu de conserver une
minorité de blocage à la FDJ. Il se
garde la possibilité de rester symboliquement au capital d’ADP, dont
le caractère « stratégique » a été
souligné par de nombreux députés,
même si cela paraît peu probable
tant Bruno Le Maire a insisté sur le
fait qu’une bonne régulation valait
mieux qu’une participation pour
que l’État joue son rôle dans le secteur aéroportuaire. Guillaume Kasbarian (LaREM) a insisté : « Réguler, ce n’est pas posséder. Protéger,
ce n’est pas détenir. »
S’agissant d’Engie, rien n’est
programmé. « Le niveau de participation de l’État n’a pas encore été
arbitré […] Nous nous donnons (de
la) flexibilité », avait expliqué le ministre pendant les débats en commission, ajoutant, sibyllin : « Essayons de poser le vrai problème : […]
Quel est l’avenir d’Engie ? L’entreprise sera-t-elle seule ou adossée à
d’autres partenaires ? »
Il faudra de la patience pour que
les privatisations d’ADP et de la
FDJ aient lieu. Le calendrier parlementaire laisse envisager une
adoption de la loi Pacte au printemps 2019. Et les deux opérations
s’annoncent complexes. Concernant la FDJ, pour laquelle Bruno
Le Maire rêve de réaliser une opération d’actionnariat populaire, le
gouvernement doit d’abord mettre en place une nouvelle autorité
de régulation (lire ci-dessous).
Pour ADP aussi, plusieurs préalables sont nécessaires. L’entreprise,
pleinement propriétaire de ses installations et terrains, sera transformée en modèle concessif dont les
actifs reviendront à l’État dans …
70 ans. Il faut donc indemniser la
société de cette expropriation à terme, ce qui promet de sacrés calculs.
Les modalités de la privatisation
ne sont pas encore connues, même
si le gouvernement a accepté
d’ouvrir la possibilité d’une participation des collectivités franciliennes. Le futur cahier des charges
fixera les critères - prix et projet de l’opération, et déterminera ainsi
s’il y a ou non prise de contrôle du
groupe ADP, et par quel type d’acteur, financier ou industriel, seul
ou en consortium. Chacun s’inquiète que l’opération ouvre la
porte à, comme l’a dit Éric Woerth,
« l’actionnaire non souhaitable »
pour ne pas dire chinois. On sait en
tout cas le groupe français Vinci,
déjà actionnaire d’ADP, très motivé pour une opération qui lui permettrait de consolider massivement sa position. ■
en pourcentage
et en millions d'euros
EDF
35 183 83,66 %
Airbus
9 026
11,06 %
Thales
6 487
25,76 %
6 432
13,16 %
Safran
Orange
4 930
13,39 %
Renault
3 212
15,01 %
Air France-KLM
Bruno Le Maire,
ministre de l’Économie
et des Finances,
lors d’une séance
de questions
au gouvernement,
mercredi à l’Assemblée
nationale à Paris.
518
14,29 %
Eramet
484
25,57 %
CNP Assurances
152
1,11 %
Dexia
1
5,73 %
* Outre ADP, FDJ et Engie
Infographie
23,64 %
Participation
de l’État
chez ADP
50,63 %
Participation
de l’État
chez FDJ
ADP
ADP, qui possède les aéroports de
Roissy et d’Orly et d’autres à l’international, vaut près de 19 milliards d’euros.
Participation
de l’État
chez Engie
FRANÇAISE DES JEUX
72 %
L’ex-loto national, qui a le monopole des
jeux de tirage et de grattage, encaisse
15,1 milliards d’euros de mises par an.
ENGIE
Né de la fusion de Suez et Gaz de France,
le groupe énergétique est en phase de
transformation profonde de son activité.
La future autorité de régulation des jeux d’argent pèse sur l’avenir de la FDJ
« deSi l’Autorité
régulation
des jeux
n’est pas
indépendante
et dépend
de Bercy,
cela créera
un conflit
d’intérêts
»
A
EMMANUEL DE ROHANCHABOT, PDG DE ZEBET
JEAN-YVES GUÉRIN £@jyguerin
Une fois privatisée, La Française des
jeux ne sera-t-elle pas avantagée
par rapport à ses concurrents
(PMU, casinos, opérateur de paris
sportifs et de poker en ligne) ? Le
gouvernement ne sera-t-il pas tenté d’accorder à l’opérateur national
de loterie de nouveaux droits pour
vendre au plus cher les actions de la
FDJ qu’il mettra sur le marché ?
Alors que l’article 51 de la loi Pacte déterminant les conditions de la
privatisation devait être examiné
mercredi soir, la question reste posée. « Il y a encore quelques sujets à
éclaircir », selon Marie Lebec, une
des rapporteuses (LaRem) du texte.
Premier problème, la régulation
des jeux d’argent. Initialement, le
gouvernement prévoyait qu’il y
aurait une autorité unique et indépendante chargée de jouer les arbitres entre tous les acteurs de jeux.
Aujourd’hui, ce n’est plus aussi
clair. Grâce à un lobbying intense,
le ministère de l’Intérieur semble
parti pour garder la main sur les casinos. « Ce serait absurde, car nous
avons tous les mêmes clients », soupire Jean-François Cot, président
du syndicat des casinos de France.
Il n’est plus si sûr, non plus, que
cette autorité soit indépendante.
« Si l’Autorité de régulation n’est pas
indépendante et dépend de Bercy,
cela créera un conflit d’intérêts, prévient Emmanuel de Rohan-Chabot,
PDG de l’opérateur de paris sportifs
Zebet. Bercy aura toujours intérêt à
avantager la FDJ, car c’est le plus
gros collecteur d’impôts du secteur. »
Sans compter que l’État continuera
à toucher des dividendes à hauteur
de la part qu’il conservera dans le
capital de l’ex-Loterie nationale.
Délimiter le périmètre
d’activité, un casse-tête
L’inquiétude est grande sur ces sujets-là : in fine, ils seront tranchés
par ordonnance, c’est-à-dire par le
gouvernement seul. « J’ai obtenu
d’être associée à l’écriture de ces ordonnances », affirme Olga Givernet,
députée LaRem, qui défend le principe d’une autorité unique et indépendante. En revanche, personne
ne sait si cette autorité de régulation
sera créée ex nihilo ou résultera
d’un élargissement de l’Arjel
(Autorité de régulation des jeux en
ligne) qui a donné satisfaction depuis sa création en 2010. Ces problèmes ne sont pas anecdotiques
car le gouvernement s’est engagé à
ne pas lancer la privatisation tant
que la nouvelle régulation des jeux
d’argent ne serait pas fixée.
Deuxième sujet compliqué : la
délimitation du périmètre d’activité
de la FDJ. Dans un premier temps,
le gouvernement était tenté d’accorder à l’entreprise le monopole
sur les jeux de loterie. Or, avec une
formulation aussi large, l’opérateur
du Loto pourrait se lancer dans les
casinos en ligne, une activité inter-
dite en France. Ce n’est pas mineur :
ce marché représente déjà plus de
800 millions d’euros de PBJ (produit brut des jeux) par an, car pas
mal de Français se connectent sur
des sites avec des noms de domaines en .com qui proposent ces jeux.
« Les jeux de loterie ne sont pas des
jeux de casino, proteste-t-on à la
FDJ. Et ce n’est pas dans notre modèle de proposer du casino en ligne. »
N’empêche, Olga Givernet a obtenu des garanties pour éviter
d’ouvrir la boîte de Pandore que représenteraient les casinos en ligne.
« Avec Bercy et Matignon, nous sommes tombés d’accord pour que les catégories de jeux autorisés pour la FDJ
soient indiquées précisément dans
l’ordonnance », assure-t-elle. ■
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO, BRUNO LEVESQUE/IP3 PRESS/MAXPPP, VINCENT ISORE/IP3 PRESS/MAXPPP ET THOMAS SAMSON/AFP
BERTILLE BAYART £@BertilleBayart
Parts et valorisation
des principales
participations
de l'État au
4 sept. 2018,
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 4 octobre 2018
ÉCONOMIE
23
Retraite : l’équipe de députés
qui va porter la réforme
La majorité a désigné 38 « ambassadeurs » pour expliquer et relayer
sur le terrain le projet de l’exécutif. Et aussi préparer la riposte politique.
MARIE-CÉCILE RENAULT
£@Firenault
SOCIAL Ce sont les nouveaux
missi dominici du gouvernement :
35 députés LaREM et MoDem,
ainsi que 3 sénateurs, nommés
« ambassadeurs retraite » en
septembre. Leur mission ? Expliquer la réforme des retraites en
préparation, être à l’écoute de la
population et relayer localement
l’action de Jean-Paul Delevoye, le
haut-commissaire en charge du
dossier. Car le terrain est miné. La
réforme des retraites arrive en effet dans un contexte de tension
avec les retraités, après la hausse
de la CSG et la sous-indexation
des pensions. Pour convaincre, le
gouvernement sait donc qu’il va
devoir faire preuve de pédagogie.
«On est là pour expliquer, prendre le pouls de la population, écouter, y compris les angoisses »,
confie Brigitte Bourguignon, la
présidente LaREM de la commission des affaires sociales, qui fait
partie des députés retenus et s’est
immergée dans son rôle en assistant, le 20 septembre à Arras, à
l’un des ateliers citoyens animés
par Jean-Paul Delevoye. Une formule qui devrait être déclinée par
les autres ambassadeurs…
« Je vais organiser des ateliers
sur le même modèle à Lille et Armentières », s’enthousiasme Laurent Pietraszewski, lui aussi élu
LaREM du Nord et nouveau
« whip » (coordinateur) de la
commission des affaires sociales,
qui aura la charge d’animer ce
groupe des ambassadeurs retraite. « Nous allons faire de la péda-
Les retraités manifestent encore contre l’exécutif
Quelques retraités - quelques
centaines tout au plus se sont réunis ce mercredi
place de la République et
devant l’Assemblée nationale
à l’appel de 9 centrales
syndicales. Il s’agissait de la
1re mobilisation (avant celles
des 9 et 18 octobre) d’une
série de trois journées d’action
ce mois-ci, et la quatrième
depuis l’élection d’Emmanuel
Macron en mai 2017.
Les manifestants entendaient
protester contre l’érosion de
leur pouvoir d’achat, après
la hausse non compensée
pour 60 % d’entre eux
de 1,7 point de la CSG
au 1er janvier 2018 et avant
la moindre revalorisation
- à hauteur de 0,3 %, soit
nettement au-dessous du
niveau de l’inflation - de leur
pension de retraite en 2019
et 2020. « Le gouvernement
a fait un choix inique, celui
d’appauvrir l’ensemble
des retraités, et de façon
conséquente », dénoncent les
centrales syndicales, pour
qui « jamais le divorce des
retraités n’a été aussi fort »
avec un exécutif en place. Les
sondages témoignent en effet
d’une montée importante des
mécontentements. Si 67 %
des retraités approuvaient
l’action d’Emmanuel Macron
en mai 2017, ils ne sont plus
que 31 %, soit une baisse de
36 points, selon le baromètre
de popularité Ifop-Le JDD, un
an et demi plus tard à soutenir
l’action du chef de l’État. M. L.
gogie mais aussi écouter car c’est
une réforme qu’on co-construit.
Nous sommes là pour assurer la
remontée du terrain », assure-t-il.
« Nous devons rassurer sur le fait
que le projet n’est pas de faire des
coupes budgétaires », ajoute Carole Grandjean, députée LaREM
de Meurthe-et-Moselle.
Rien n’est laissé au hasard, car
le sujet est ardu. Les 38 ambassadeurs ont ainsi eu le droit à une
formation accélérée, à raison de 3
demi-journées le jeudi matin
avec les équipes du haut-commissaire et du Conseil d’orientation des retraites (COR). « C’est
un sujet technique. Certains néodéputés partent de zéro et ont
ouvert des yeux ronds quand le
président du COR leur a sorti ses
graphiques. Il faudra sans doute
une séance de révision », sourit un
participant. Les « 38 » devraient
ensuite se réunir une fois par
mois, pour échanger sur les questions que leur posent les Français,
les points de tension rencontrés
en circonscription, les réponses à
apporter.
Une task force politique
Après une première phase d’appropriation du sujet, un noyau
dur devrait se spécialiser sur des
points précis, comme Olivier Damaisin (LaREM, Lot-et-Garonne)
sur les régimes spéciaux. Et une
« task force » aura vocation à organiser la riposte politique. Car
l’objectif est aussi de constituer
un groupe de parlementaires solides sur ces sujets complexes, à
même de ferrailler dans l’Hémicycle quand le projet de loi, qui
Brigitte Bourguignon.
Laurent Pietraszewski.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
VINCENT ISORE/IP3
Corinne Vignon.
Carole Grandjean.
PASCAL PAVANI/AFP
PHOTOPQR/L’EST REPUBLICAIN/MAXPPP
doit être dévoilé en 2019, arrivera
en séance. « Nous sommes en train
de nous approprier la technicité du
sujet. Il est essentiel de constituer
un groupe parlementaire sensibilisé très en amont sur ces questions », indique Carole Grandjean. À l’image de Corinne
Vignon, députée LaREM de Haute-Garonne qui accompagne déjà
depuis des mois Jean-Paul Delevoye dans ses voyages d’études
sur les réformes mises en place en
Suède, Allemagne, Italie…
Les « ambassadeurs » ont été
choisis dans toutes les commissions : affaires sociales bien sûr,
mais aussi finances, défense,
culture… « La retraite fait souvent
partie d’un contrat social global, il
est important de bien comprendre
le contexte qui explique les différences », explique Laurent Pietraszewski. L’objectif est aussi
que les « 38 » puissent essaimer
et aller dans les circonscriptions
des « collègues »… Y compris
d’autres couleurs politiques. ■
A
Źŷ
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jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
24 ÉCONOMIE
Brésil : à trois jours de la présidentielle,
les marchés misent sur le populiste Bolsonaro
AMÉRIQUE LATINE Dans les salles
de marché de Sao Paulo, le champagne est prêt. Mais la fête devra
peut-être attendre. Tout va dépendre de l’élection présidentielle, dont le premier tour se joue
dimanche, après une campagne à
rebondissements dont ont émergé
deux candidats que tout oppose,
Fernando Haddad, l’héritier de
Lula, et Jair Bolsonaro, un populiste d’extrême droite.
Après une période de turbulence et de grande nervosité sur le
marché des changes et à la Bourse
dues en grande partie à l’incertitude électorale, le calme est revenu ces derniers jours sur la place
de Sao Paulo, la capitale économique de la première puissance
d’Amérique latine. Le dollar flirte
toujours avec de plus hauts historiques face au real, mais la monnaie brésilienne a arrêté sa chute.
« Le principal défi du prochain
président sera de créer les conditions pour retrouver la croissance
et pour améliorer la situation budgétaire », estime Joelson Sampaio,
professeur à l’École d’économie
de Sao Paulo FGV. Car, après deux
années de forte récession, la
croissance n’a progressé que de
1 % à peine en 2017 et ne devrait
pas dépasser 1,3 % cette année,
selon la Banque centrale. Pour
2019, celle-ci prévoit un mieux à
2,5 %. Mais il faudra attendre 2022
ou 2023 pour retrouver le niveau
d’avant la crise. Autrement dit, le
Brésil aura connu une nouvelle
« décennie perdue » après celle
des années 90. Cette faible croissance a contribué à l’envolée des
déficits publics et de la dette et à
des coupes brutales dans tous les
investissements. Mais le scénario
n’est pas tout noir : l’inflation est
maîtrisée à 4,5 %, les taux sont à
un plus bas historique (6,5 %) et le
Brésil est protégé de la spéculation
par un confortable matelas de réserves de change.
La Bourse de Sao Paulo
euphorique
Geraldo Alckmin, un ex-gouverneur de l’État de Sao Paulo, garant
de la poursuite des réformes, était
le préféré de l’establishment financier, mais il n’a jamais décollé
dans la campagne. Face au « risque » d’un retour au pouvoir du
Parti des travailleurs de Lula, les
marchés se sont tournés en masse
vers l’ex-capitaine Bolsonaro, en
dépit de ses tentations autoritaires, de son passé de nationaliste
étatiste et de son ignorance revendiquée de l’économie. Les
derniers sondages le donnent gagnant au deuxième tour. La Bourse de Sao Paulo enchaîne depuis
deux jours des séances eupho-
NELSON ALMEIDA/AFP
Face au dauphin du travailliste Lula, le programme libéral du candidat d’extrême droite séduit les investisseurs.
Nous allons
débureaucratiser,
faciliter la vie
de ceux
qui veulent
entreprendre
»
JAIR BOLSONARO
riques, avec une hausse de 3,6 %
mercredi en début de journée.
« Cette bande [le PT] ne respecte
pas les institutions et elle sera aux
commandes si Haddad gagne. Tout
le monde est contre le PT », affirme
Adeodato Volpi, chef stratégiste au
cabinet de conseil Eleven Financial. Lors d’une conférence devant
le gratin du patronat de Sao Paulo,
le candidat d’extrême droite avait
reçu une longue ovation. « Le
marché voit favorablement sa ligne
de libéralisme économique », souligne Karel Luketic, chef analyste
de la banque d’investissement XP
Investimentos. Car il a un atout
maître : son économiste Paulo
Guedes, un ancien de l’université
de Chicago, donné comme son
prochain ministre de l’Économie.
Le programme du candidat porte
la marque de cet ultralibéral : il
veut privatiser des dizaines d’entreprises publiques pour réduire
de 20 % la dette publique, introduire un régime de retraite par capitalisation, éliminer le déficit
budgétaire dès la première année
et baisser fortement les impôts.
« Le marché aime surtout l’idée
d’une réduction de la taille de
l’État », affirme Adeodato Volpi.
Toutefois, le mariage Bolsonaro-Guedes pourrait vite tourner
au divorce. Jair Bolsonaro, qui fut
député pendant vingt-sept ans, a
voté contre le « plan real » qui a
mis fin à l’hyperinflation en 1994,
contre les privatisations et la réforme des retraites. « Le grand risque est leur différence de vision.
Aujourd’hui, il suit Paulo Guedes,
mais on ne sait pas si c’est seulement pour gagner l’élection ou s’il a
réellement changé d’opinion », re-
lève l’économiste Joelson Sampaio. Un premier accroc public
entre les deux a déjà eu lieu à propos des impôts.
Le programme du Parti des travailleurs, endossé par Fernando
Haddad, veut refaire de l’État le
moteur de la croissance par des investissements dans les infrastructures, la relance des programmes sociaux et l’exonération
d’impôts pour les plus modestes.
« Cette augmentation des dépenses
va à contre-courant d’une politique
budgétaire responsable », estime
Joelson Sampaio. L’ex-maire de
Sao Paulo, considéré comme un
modéré au sein du PT, a toutefois
déjà lancé des signaux au marché.
« Haddad pourrait contrarier le PT.
Ce serait une surprise, mais cela
peut se produire », juge l’économiste. ■
M. L. (À RIO DE JANEIRO)
Dans les rues de Rio,
les « quentinhas », nouveau
symptôme de la crise
REPORTAGE
MICHEL LECLERCQ £@mgmleclercq
A
RIO DE JANEIRO
Ils sont devenus incontournables
dans le paysage de Rio de Janeiro.
Le coffre de la voiture grand
ouvert, stationnés dans la rue,
devant les immeubles de bureaux, aux carrefours commerçants, on les voit partout. Ce sont
les vendeurs de « quentinhas »
(du mot « quente », chaud, en
portugais), des plats préparés à la
maison et vendus dans la rue. Ils
sont les nouveaux visages de la
crise qui accable les Brésiliens
depuis cinq ans.
« Avant, on était deux vendeurs,
maintenant, on est huit », raconte
Luiz Rocha, stationné à proximité
de l’immeuble de la télévision
Globo, dans le quartier du Jardin
botanique, en montrant les autres
véhicules autour de lui. Les chiffres confirment l’explosion du
phénomène : au deuxième trimestre de 2016, les vendeurs de
quentinhas étaient 8 000 dans la
cité. Un an plus tard, ils étaient
37 000, selon l’institut de statistiques IBGE.
Le succès est dû à une recette
simple : il suffit d’un véhicule,
d’une cuisine et d’une famille
soudée. « Normalement, la quentinha est une entreprise familiale,
l’un aide l’autre », explique cet
homme de 50 ans qui a touché à
tout : chauffeur, portier, mototaxi… Lui-même fait équipe avec
sa sœur, son frère et sa fille, une
élève infirmière au chômage. Les
caisses isothermes s’entassent
dans le coffre ouvert de sa vieille
Volkswagen, à l’ombre d’un arbre. Ses plats sont au goût des
Brésiliens, comme le filet de poulet à la parmigiana avec purée ou
viande rôtie avec spaghettis. Une
cuisine familiale à un prix abordable : 12 reals (2,50 euros) avec
un soda, c’est deux fois moins
cher qu’au restaurant. Mais avec
la concurrence accrue, les affaires
de Luiz sont plus difficiles. « La
clientèle est divisée par huit, ça ne
paie plus comme avant. Selon les
jours, je vends 30 plats, d’autres
70 », assure-t-il. Mais il ne se
plaint pas, car il assure l’essentiel : « Je fais vivre ma famille. »
Il faut aussi de la détermination
et le sens de la débrouille. Comme
nombre de Brésiliens, Marlène
Ferrari n’en manque pas. Dans sa
cuisine ouverte, nichée dans la favela de Vidigal, elle a une vue imprenable sur la mer. Deux gazinières imposantes, des grands
congélateurs occupent l’espace.
Petite femme pétulante de 59 ans,
cette petite-fille d’Italiens immigrés ne cesse d’entreprendre. Elle
a commencé à travailler à 14 ans
comme cuisinière dans une riche
famille de Rio.
Une Brésilienne vend dans la rue des « quentinhas », des plats chauds qu’elle a préparés à la maison.
Cours du real
brésilien,
en dollar
0,32
- 13,8 %
0,30
Menus sur WhatsApp
Plus tard, elle a même possédé un
studio de photos. « Il y a huit ans,
je n’avais plus d’argent. Mais j’ai
des mains de fée », assure-t-elle.
Alors, elle est allée au marché et a
préparé cinq quentinhas. Elle a fait
la même chose le lendemain et les
jours suivants. Aujourd’hui, elle
poste ses menus sur WhatsApp,
paie une employée et vend près de
150 plats par jour.
0,28
0,26
0,253
0,24
0,22
1er janv. 2018
3 oct. 2018
Source : Bloomberg
Infographie
Ces « fast-foods » à la mode
brésilienne ne font pas que des
heureux. « Je n’ai vu dans aucune
autre ville du Brésil une offre tellement exagérée de quentinhas. Rio
est devenu une vraie pagaille »,
s’insurge le président des restaurateurs, Alexandre Sampaio. En
riposte, nombre de petits restaurants se sont aussi mis à proposer
leurs plats dans la rue.
À la différence des vendeurs
ambulants traditionnels, ces nouveaux commerçants étaient pour
la plupart étudiants, employés,
chauffeurs de taxi, petits entrepreneurs, femmes au foyer… Ils
n’ont pas trouvé d’emploi ou l’ont
perdu, victimes de la récession la
plus sévère depuis un demi-siècle
PHOTO12/EYEUBIQUITOUS
qui a frappé le pays en 2015 et
2016. Selon une étude de la Fondation Getulio Vargas, la misère a
augmenté de 33 % au cours des
quatre dernières années. Le chômage a certes reculé en juillet à
12,3 %, après un pic en 2017. Mais
le tiers des emplois créés l’a été
dans le secteur informel.
Le salut dans les truffes
Jeune femme volontaire de 25 ans,
Monica Lucas Mauricio est à l’image de ces jeunes Brésiliens, parfois
diplômés, qui se lancent sur ce
marché. Elle a fait des études
d’anglais grâce à une bourse et
l’aide de son père, un portier
d’immeuble. Elle a envoyé des dizaines de CV. En vain. « Il y a tant
de gens qui cherchent », soupiret-elle. Sauf pour un emploi de réceptionniste bilingue payé au salaire minimum (240 euros). « Cela
ne permettait pas de survivre, de
payer le loyer, les médicaments, les
courses… Donc, qu’est-ce que j’ai
fait ? Je me suis mise à faire des truffes au chocolat et à des saveurs exotiques, j’ai pris un petit sac isotherme et j’ai fait du porte-à-porte »
dans les boutiques du quartier chic
de Leblon. Une truffe pour 3 réais,
quatre pour 10. Elle gagne ainsi
jusqu’à 3 000 reals (640 euros) par
mois, beaucoup plus qu’avec un
travail déclaré. Aujourd’hui, Monica pense développer son affaire
et n’envisage plus du tout de chercher un emploi salarié. ■
Sur les privatisations, deux visions diamétralement opposées
Nous
« espérons
que le prochain
gouvernement
comprendra
le rôle
de l’industrie
[pétrolière]
et qu’il
maintiendra
des règles
claires et
prévisibles
»
ANDRÉ ARAUJO, PRÉSIDENT
DE SHELL BRÉSIL
À une semaine du premier tour
du scrutin présidentiel, les dernières enchères pétrolières du
gouvernement de Michel Temer
furent un succès, signe du redressement du secteur pétrolier
au Brésil et de son principal acteur, le géant Petrobras. L’État a
déjà empoché 1,45 milliard
d’euros à la signature et mise sur
un pactole de 51 milliards d’euros
en royalties lors des 35 prochaines années. Les majors telles que
Exxon Mobil, BP, Chevron ou
Shell ont acquis des permis d’exploration dans les gisements prometteurs dans l’océan Atlantique.
Mais le géant pétrolier brésilien
Petrobras, comme les grands
énergéticiens et des dizaines d’en-
treprises publiques, est aujourd’hui dans l’incertitude, avec la
perspective d’un changement des
règles du jeu après l’élection d’un
nouveau président. Les deux candidats favoris pour le deuxième
tour, Jair Bolsonaro, populiste
d’extrême droite, et Fernando
Haddad, candidat du Parti des
travailleurs (PT) de l’ex-président
Lula, ont des propositions diamétralement opposées sur le rôle de
l’État dans l’économie.
Casser le monopole
de Petrobras
Le programme de Jair Bolsonaro
prévoit de « privatiser de manière
accélérée » la quasi-totalité des
141 entreprises publiques pour ré-
colter 150 milliards d’euros. Il entend casser le monopole de Petrobras dans le gaz naturel et de
vendre une « part substantielle »
de ses capacités de raffinage. Son
de cloche sur un tout autre ton
dans le programme de Fernando
Haddad. Celui-ci veut suspendre
la vente d’actifs de Petrobras et
renoncer à la privatisation du distributeur énergétique numéro un
du Brésil, Eletrobras. Le PT veut
également revenir sur l’acquisition du constructeur aéronautique Embraer par Boeing.
Une incertitude dont se serait
bien passé Petrobras, qui a retrouvé sa crédibilité – et des
moyens de financement – sur les
marchés après avoir été au cœur
du plus grand scandale de corruption de l’histoire du Brésil.
Pour cela, le géant public brésilien s’est séparé d’actifs pour réduire une dette de plus de
100 milliards de dollars et le gouvernement a assoupli les règles
pour attirer les majors, en particulier celle qui les contraignait à
faire appel aux entreprises locales. « Nous avons déjà vécu des périodes de grande volatilité au Brésil. Nous espérons que le prochain
gouvernement comprendra le rôle
de l’industrie [pétrolière] et qu’il
maintiendra des règles claires et
prévisibles », a dit le président de
Shell Brésil, André Araujo, en
écho aux préoccupations du
secteur. ■ M. L. (À RIO DE JANEIRO)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 4 octobre 2018
ENTREPRISES
25
Le gouvernement se
penche sur le risque
d’un trop-plein de
touristes en France
TOURISME La menace est enfin
prise au sérieux. Éviter la surfréquentation touristique est désormais inscrit à l’agenda du gouvernement. Jean-Baptiste Lemoyne,
secrétaire d’État en charge du
Tourisme au Quai d’Orsay, en a
fait sa nouvelle priorité. « À ce
stade, il n’y a pas d’exemple de
surtourisme, comme à Barcelone ou
Venise, mais ça va arriver,
confie-t-il. Nous voulons l’anticiper. J’ai fixé un nouvel objectif de
soutenabilité et tourisme durable
pour la France. »
Le phénomène a longtemps été
pris à la légère. Les économies du
monde entier voulant augmenter
leurs recettes touristiques, elles
ont longtemps cherché à attirer
toujours plus de visiteurs. La
France, première destination touristique mondiale avec 87 millions
de visiteurs étrangers l’an dernier,
n’échappe pas à la règle. L’enjeu
est évident : le tourisme pèse plus
de 7 % du PNB. À l’horizon fin
2020, l’objectif n’a d’ailleurs pas
changé : accueillir 100 millions de
visiteurs étrangers et récolter
60 milliards de recettes. Ne seraitce que cette année, le cap des
90 millions sera dépassé.
« Nous pensions en début d’année tangenter les 90 millions. Les
bons résultats de la saison d’été
vont permettre d’aller au-delà,
confie Jean-Baptiste Lemoyne.
Nous confirmons les objectifs quantitatifs de 2020 : ils sont là pour
faire avancer. Nous verrons bien où
nous en sommes dans deux ans.
Mais nous ne voulons pas faire du
chiffre pour du chiffre »
Le tourisme de masse a montré
ses limites. Longtemps cantonné à
quelques cas (Venise, Santorin,
Barcelone), il n’épargne plus la
France. Ses effets sont tangibles
sur les sites les plus prisés. La tour
Eiffel atteint ses limites de fréquentation. Elle doit se résoudre à
fixer un seuil de visiteurs maximum à l’année. Le Musée du Louvre ne peut plus répondre à la demande pour certaines expositions.
En août, la visite du Mont-SaintMichel est devenue un pensum. Le
SOURCE : QUAI D’ORSAY.
HUIT PREMIERS MOIS DE 2018
148
millions de nuitées,
dont 57 millions
pour les non-résidents
+6,3%
Progression
de la fréquentation
touristique étrangère
+13,4%
Progression
de la fréquentation
étrangère en Île-de-France,
en juillet et août
phénomène est préoccupant à
plusieurs titres. D’abord, il menace l’attractivité des sites les plus
visités. Ensuite, il bouleverse la
vie des locaux (hausse des loyers,
fermetures de commerces de bouche…). À Paris, l’île Saint-Louis
s’est vidée de ses habitants à cause
d’Airbnb.
Plus de liaisons aériennes
« Il faut se retrousser les manches,
concède Jean-Baptiste Lemoyne.
Un travail de fond est à conduire,
pour inciter les touristes à ne pas
aller seulement vers les sites les plus
visibles et les plus connus. »
L’exercice est compliqué. Depuis des années, les gouvernements se succèdent pour mettre
davantage en avant les régions
La tour Eiffel a atteint ses limites de fréquentation et doit se résoudre à fixer un seuil de visiteurs maximum à l’année.
françaises. Les succès sont limités
(lire ci-dessous).
Pour le gouvernement, la clé de
la réussite est intimement liée à la
connectivité aérienne. C’est bien
connu, le tourisme est une économie d’offre : ouvrez une liaison
Marseille-Madrid, et vous créez
un marché qui n’existait pas. « Il
faut que davantage de métropoles
françaises soient directement
reliées à des métropoles étrangères.
Bordeaux, Toulouse et Nantes le
souhaitent. Il manque des liaisons
vers des villes secondaires chinoises, par exemple. Marseille aimerait une liaison vers Saint-Pétersbourg », poursuit le secrétaire
d’État.
Pour donner plus de poids aux
régions, quatre d’entre elles
(Occitanie,
Auvergne-RhôneAlpes, Centre-Val de Loire, Normandie) siègent désormais au
conseil d’administration d’Atout
France, le bras armé de l’État pour
la promotion de la France à
l’étranger. Au cours des huit pre-
Détourner les visiteurs des lieux stars, un casse-tête
un
« Fixer
objectif
de nombre
de touristes
et revenus
à atteindre
est une
stratégie.
Mais il
manque
encore
et toujours
des moyens
financiers
»
MICHEL DURRIEU,
DIRECTEUR GÉNÉRAL
DU CRT DE LA
NOUVELLE-AQUITAINE
Les bonnes intentions ne suffisent
pas. En matière de tourisme, la
volonté affichée depuis des années de davantage orienter les
flux de touristes dans les régions
françaises prend (beaucoup) du
temps.
« Depuis Laurent Fabius, ancien
ministre des Affaires étrangères
mais aussi ministre engagé du
Tourisme, l’exécutif prend en
considération les enjeux du secteur, reconnaît Gérard Brémond,
président fondateur du Groupe
Pierre & Vacances Center Parcs.
Le premier ministre pilote deux fois
par an un conseil interministériel
du tourisme, ce qui permet une
coordination efficace entre les 21
ministères qui interviennent sur le
sujet. »
Pourtant, selon lui, 80 % des
flux touristiques se concentrent
toujours sur 20 % du territoire.
« Il manque un plan d’aménagement global du territoire, un “business plan” prenant en compte les
différentes composantes du tourisme (formation, transport, numérique...), poursuit l’entrepreneur.
La majorité des pays (Espagne,
Maroc, Mexique…) élaborent des
plans pluriannuels. Ils prennent des
mesures d’accompagnement pour
investir à des taux compétitifs. Ce
n’est pas encore le cas en France. »
En 2015, Laurent Fabius avait,
pour la première fois, fixé un cap.
Atteindre 100 millions de touristes en 2020 en accélérant la
délivrance de visas ; accélérer
l’investissement d’hôtels et d’infrastructures grâce à un fonds
d’un milliard d’euros piloté par la
Caisse des dépôts ; davantage
mettre en avant les régions grâce
à des contrats de destinations
simplifiant leur promotion à
l’étranger.
« Les choses bougent »
Michel Durrieu, ancien directeur
du tourisme de Laurent Fabius,
devenu directeur général du CRT
de la Nouvelle-Aquitaine, constate des avancées. « C’est difficile de
faire venir les clientèles lointaines
en région, beaucoup moins pour les
clientèles européennes », insistet-il. La Nouvelle-Aquitaine dispose de neuf aéroports internationaux (Biarritz, Pau…). Ces deux
dernières années, en augmentant
de 118 % la capacité arienne - en
sièges - avec l’Allemagne, la région a vu les arrivées de touristes
allemands repartir à la hausse.
« Historiquement, les Allemands
venaient en voiture, et ils allaient
au camping. Aujourd’hui, il y a qui
viennent aussi en avion et descendent à l’hôtel », souligne le professionnel. Pour lui, l’action de Laurent Fabius a également créé une
dynamique
d’investissement
hôtelier qui n’existait pas. À Bordeaux, la capacité en hôtels 4 et
5 étoiles doit augmenter de 20 à
30 %, au cours des deux prochaines années. À Cognac, le Chais
Monnet (un hôtel 5 étoilé de
120 chambres, avec chef étoilé)
vient d’être inauguré. Un investissement de 62 millions d’euros
financé par des fonds étrangers.
Pour Michel Durrieu, il est urgent de faire savoir que l’offre
française évolue (campings haut
de gamme, pistes vélo, croisières
fluviales). « Les choses bougent,
insiste-il. Mais il faut du temps. Un
projet d’hôtel prend entre trois et
six ans. On répète en boucle qu’il
manque à la France une politique
du tourisme. Je ne le crois pas.
Fixer un objectif de nombre de touristes et revenus à atteindre est une
stratégie. Mais il manque encore et
toujours des moyens financiers. »
Sur ce dernier point, les professionnels du tourisme ont tendance
à tous être d’accord. ■
M. V.
Les Français reprennent le chemin de la Tunisie pour leurs vacances
8 millions pour 2018 est tout à fait
accessible », indique le bureau parisien de l’ONTT. Le contingent européen de 1,58 million de touristes
entrés depuis le début de l’année
s’est accru de moitié.
CHARLES GAUTIER £@CHGAUTIER
Après les années noires, endeuillées par les attentats de Tunis
et de Sousse, le tourisme tunisien
reprend des couleurs. Cet été, les
touristes sont revenus en force.
Parmi les Européens, les Français
sont toujours les plus nombreux :
569 000 ressortissants arrivés aux
frontières depuis le début de l’année (+ 36,5%). Lors des trois mois
estivaux, quelque 287 500 touristes contre 211 600 un an plus tôt.
Les Francais sont au troisième
rang du classement des plus assidus, derrière les Algériens et
Libyens, ressortissants de pays
limitrophes.
« L’été a été excellent, certains
tour-opérateurs ont même connu des
croissances à trois chiffres, alors
qu’août n’était pas encore comptabilisé, se réjouit René-Marc Chikli,
président du Syndicat des entreprises du tour-operating (Seto), les
prix sont très attractifs. La Tunisie
reste une destination moins onéreuse
Efforts sur la sécurité
Lors des trois mois
estivaux, quelque
287 500 touristes contre
211 600 un an plus tôt
sont entrés dans
le pays. ZOUBEIR
SOUISSI/REUTERS
que le Maroc qui s’est également bien
comporté. »
Les statistiques de l’Office national du tourisme tunisien (ONTT)
révèlent que 5,7 millions de touristes (+17,5%) sont entrés dans le
pays (Tunisiens compris) entre le
1er janvier et le 10 septembre 2018.
« Dans ces conditions, nous estimons
que l’objectif fixé en début d’année de
Ce retour en grâce de la Tunisie
s’explique bien entendu par les efforts effectués en matière de sécurité. Ainsi la Grande-Bretagne, dont
30 ressortissants ont été tués lors de
l’attentat de Sousse, a assoupli ses
recommandations, incitant ainsi les
Britanniques à traverser la Méditerranée en nombre. 71 700 contre
16 600 un an plus tôt, mais toujours
très loin des 274 000 voyageurs
comptabilisés en 2014.
Ce retour dans le jeu de la Tunisie
risque de modifier la donne du tourisme hexagonal. Les vacances de
milieu de gamme devront de nouveau composer avec ce concurrent.
« Après le printemps arabe, le tourisme était tombé très bas ! Le tourisme européen était en quelque sorte
orphelin de la Tunisie, la clientèle
s’était recentrée sur l’hôtellerie de
plein air en France. Celle-ci risque de
pâtir du retour de la Tunisie », assure Didier Arino, directeur du cabinet Protourisme, spécialisé en études et conseils dans ce secteur.
La diversification de la clientèle
et des produits proposés sont certes
des éléments importants, mais cela
ne suffit pas. « La sécurité reste la
pierre angulaire de la réussite du
tourisme tunisien. » Ainsi la fréquentation internationale devrait
être même supérieure à celle de
2010, dernière année avant la révolution de Jasmin qui éclata en décembre de cette année-là.
L’objectif de 10 millions de touristes en 2020 paraît très ambitieux.
Et il ne faudrait pas que l’attentat
meurtrier de juillet dernier à la
frontière algérienne, loin des zones
touristiques de la côte, ne vienne
ruiner les efforts de séduction de
l’ex-destination favorite des Français. « Les gens font désormais la
différence entre la montagne et la
côte, assure le président du Seto, et
Djerba reste une région favorite. » ■
miers mois de l’année, les arrivées
de touristes internationaux ont
progressé de 6,3 %. La hausse est
de 4,9 % pour les trois prochains
mois. « La dynamique est très forte. Elle est de 25 % pour les Japonais, 20 % pour les Italiens, et elle
dépasse 10 % pour les arrivées
d’Indiens, de Chinois et de Brésiliens », se félicite Jean-Baptiste
Lemoyne. La plupart d’entre eux
ne sont jamais venus en France. Ils
iront d’emblée voir les incontournables parisiens… ■
EN BREF
AXA ET LES
HAUTS-DE-FRANCE
EXPÉRIMENTENT
LA TÉLÉMÉDECINE
£ AXA et la région des
Hauts-de-France lancent un
programme de téléconsultation
médicale dans un territoire
frappé par les déserts
médicaux. À Marconne
(Pas-de-Calais), un espace de
télémédecine permettra à un
patient de bénéficier d’un tel
programme. AXA et la région
ont aussi un partenariat
pour développer les emplois
numériques (100 ingénieurs
recrutés en trois ans)
et sensibiliser les entreprises
à la cybersécurité.
ASSURANCE D’UN
CRÉDIT : LES BANQUES
MISES EN GARDE
£ Le superviseur bancaire
français, l’ACPR, a mis en garde
les établissements de crédit
contre certaines pratiques
commerciales empêchant
les clients de choisir librement
leur assurance emprunteur.
L’autorité a identifié un
établissement (dont le nom n’a
pas été dévoilé) qui augmente
le taux d’intérêt ou les frais
de dossier d’emprunteurs
désirant souscrire
une assurance extérieure.
TESCO DÉÇOIT
SUR SA RENTABILITÉ
£ Malgré une hausse soutenue
de ses ventes au premier
semestre (+ 2,2 % à périmètre
comparable), à 31,7 milliards
de livres, le poids lourd
de la distribution britannique
Tesco a cédé 8,6 % en Bourse
mercredi. En cause,
des déceptions sur sa marge
opérationnelle qui a certes
progressé mais reste
en deçà des 3 %. Le patron
de l’enseigne Dave Lewis,
qui œuvre depuis quatre ans
à son redressement, a toutefois
confirmé l’objectif
d’une marge opérationnelle
entre 3,5 % et 4 % d’ici 18 mois.
+@
» Goodyear : 800 ex-salariés
au Zénith d’Amiens
pour un procès hors norme
» Tarifs réglementés :
un fournisseur d’énergie
en appelle au ministre
www.lefigaro.fr/economie
A
LE TOURISME EN FRANCE
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
L’exécutif planche sur des mesures visant à mieux
orienter les flux de visiteurs étrangers en région.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
26 ENTREPRISES
Neoen va lever
450 millions en Bourse
pour se développer
Neoen a mis en service
en 2015 le parc solaire le plus
important en Europe avec
340 MW, à Cestas (Gironde).
mis en service en 2015 le parc solaire
le plus important en Europe avec
340 MW, à Cestas (Gironde).
Ticket d’entrée accessible
FRÉDÉRIC DE MONICAULT
fdemonicault@lefigaro.fr
Nous
« sentions
dès le départ
qu’il y avait
un potentiel
énorme, mais
nous étions
loin
d’imaginer
que le solaire
deviendrait
aussi vite
compétitif
»
JACQUES VEYRAT,
ACTIONNAIRE
MAJORITAIRE DE NEOEN
INDUSTRIE Dix ans après sa création à l’automne 2008, Neoen, le
premier producteur français indépendant d’énergies renouvelables,
franchit une étape majeure de son
développement. Après l’enregistrement en septembre de son document de base auprès de l’Autorité
des marchés financiers, il dévoile
jeudi les modalités de son introduction en Bourse. La fourchette indicative du prix de l’offre a été fixée
entre 16 et 19 euros, avec une période de souscription courant jusqu’au 16 octobre.
Cette opération s’effectue dans le
cadre d’une augmentation de capital
de 450 millions d’euros, dont
132,5 millions sont déjà sécurisés par
l’engagement de plusieurs fonds.
« Cette marge de manœuvre supplémentaire sera entièrement dédiée à
notre essor industriel, souligne
d’emblée Xavier Barbaro, le président de Neoen, nos actifs éoliens et
solaires s’élèvent aujourd’hui à 2 gigawatts (GW), plus 1 GW de projets
déjà sécurisés et un objectif de 5 GW à
l’horizon de 2021. »
D’ici à la fin de l’année, un tiers
environ du capital de l’entreprise
sera flottant. En revanche, son actionnaire majoritaire reste le même :
l’homme d’affaires Jacques Veyrat
s’est taillé une solide réputation
dans le paysage énergétique. Au début de l’année, il a fait l’actualité
avec la cession à Total du fournisseur de gaz et d’électricité Direct
Énergie, dont il détenait 33 %. Numéro trois du secteur derrière EDF
et Engie, cette marque, qui fédère
2,6 millions de clients, est désormais
parfaitement identifiée des Français. « Avec Neoen, nous sentions dès
le départ qu’il y avait un potentiel
énorme, expose Jacques Veyrat,
mais nous étions loin aussi d’imaginer
que le solaire deviendrait si vite compétitif, avec des prix qui ont dégringolé en l’espace d’une décennie de
500 à 50 euros le mégawattheure
(MWh). »
Le portefeuille de l’entreprise est
LARTIGUE STEPHANE/PHOTOPQR/SUD OUEST
Le producteur d’énergies renouvelables contrôlé
par Jacques Veyrat investit dans l’éolien et le solaire.
constitué aujourd’hui pour deux
tiers de solaire et un tiers d’éolien. Il
s’est développé peu à peu, passant
de moins de 500 mégawatts (MW)
fin 2014 à 1 GW en janvier 2017 puis
2 GW en août 2018. « Cette politique
des petits pas était indispensable,
dans un secteur en pleine mutation où
les contraintes réglementaires sont
légion, reprend Jacques Veyrat,
d’ailleurs, il y a eu de nombreux soubresauts, comme en France en 2011
avec un moratoire du gouvernement
gelant les prix de rachat de l’énergie
photovoltaïque. Avec le recul, ce coup
d’arrêt a été une chance. Il nous a encouragés à nous développer à l’international. »
Les trois piliers géographiques de
Neoen - l’Europe, l’Australie et
l’Amérique latine – pèsent le même
poids, avec environ 1 GW installé ou
sécurisé sur chacune de ces trois zones. « Mais, d’une région à l’autre, la
capacité d’acceptation de notre industrie n’est pas la même, commente
Xavier Barbaro, ce qui explique
aujourd’hui que chez Neoen l’Australie dépasse la France. » Même si c’est
dans l’Hexagone que l’entreprise a
En 2017, Neoen a réalisé 139 millions
d’euros de chiffre d’affaires, contre
81 l’année précédente. Il vise 220 à
230 cette année après que ses nouveaux projets sont mis en opération.
Une trajectoire qui séduit les analystes financiers : plusieurs études proposent une valorisation avant augmentation de capital autour du
milliard d’euros.
Entré dans l’énergie il y a plus de
dix ans, Jacques Veyrat a ciblé aussi
le renouvelable «parce que le ticket
d’entrée dans le solaire ou l’éolien est
plus accessible que dans d’autres infrastructures de production». Chez
Neoen, il a investi environ 130 millions d’euros depuis le début de
l’aventure et s’apprête à mettre au
moins 150 millions supplémentaires, pour rester majoritaire après
l’augmentation de capital.
« Contrairement à Direct Énergie,
où je n’étais pas majoritaire, le but
n’est certainement pas de vendre
Neoen à moyen terme, assure l’entrepreneur. En revanche, le modèle
pourrait peut-être évoluer dans certains pays, avec un statut plus proche
de celui d’un électricien, impliquant
une activité de distribution. » La
Bourse n’est donc pas un aboutissement pour un acteur qui joue maintenant dans la cour des grands. ■
123 IM s’allie à David Douillet pour un fonds dédié au sport
La société de gestion veut récolter 30 millions d’euros pour investir dans une douzaine de sociétés du secteur.
1,3
milliard
d’euros
d’actifs gérés
par 123 IM
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
FINANCE Rien de tel qu’un double
champion olympique pour mener
une équipe. La société de gestion
123 IM a recruté David Douillet
pour piloter le comité stratégique
de son nouveau fonds d’investissement, baptisé LinkSport. Aux côtés
d’une dizaine d’entrepreneurs et
d’experts du sport, dont Hubert
Patricot (ex-PDG de Coca-Cola
France, actuel président du Stade
Français), Christophe Chenut (expatron de Lacoste), Thierry Falque-Pierrotin (banquier d’affaires,
ancien DG de Darty) ou encore du
champion de tennis Julien Bennetteau, l’ex-empereur des tatamis
coachera l’équipe de gestion de
LinkSport. Objectif : identifier et
évaluer les meilleures opportunités
d’investissement dans l’univers du
sport-santé-bien-être où 123 IM
« compte transposer son savoir-faire d’acteur du financement et d’accompagnement des PME en France », comme l’indique Xavier
Anthonioz, président du directoire
de la société de gestion.
Spécialisé dans le capital-développement, la dette privée et l’immobilier, 123 IM gère 1,3 milliard
d’euros d’actifs. Il dispose d’un
portefeuille de 108 participations,
LES DÉCIDEURS
â FRÉDÉRIC COLLARDEAU
Carrefour
Président de Market Pay Tech, filiale de paiement de Carrefour, il prend de nouvelles responsabilités dans la maison mère. Nommé à la
tête de Carrefour Banque & Assurance,
l’Edhec de 49 ans, passé par La Poste et
Natixis, avait intégré le géant français de la
distribution alimentaire en 2017 où il occupe
son troisième poste.
â KEVIN ROBERTS
Cricket Australia
Le principal organe de cricket du pays se dote
d’un nouveau PDG. Kevin Roberts remplacera James Sutherland, en place depuis 2001.
A
â CATHERINE CHAVANIER
Radio France
Après plus de vingt ans chez Air
France, la quinqua bascule chez
Radio France. Un tournant dans sa
carrière qui la hisse à la direction des
ressources humaines du groupe audiovisuel
détenu par l’État. Catherine Chavanier était
depuis 2016 DRH d’Air France Cargo, la
division fret du groupe aéronautique
français.
dont le Théâtre Édouard VII, à Paris, l’opérateur hôtelier Algonquin
et Philogeris Résidences (Ehpad).
La société est déjà présente dans
l’univers du sport au travers de
participations dans le parc de loisirs de Chamonix Les Planards,
Alltricks (site de vente en ligne
d’articles de vélos et de course à
pied), des salles de sport Genae et
d’un adhérent Intersports.
Investisseurs individuels
123 IM accélère en créant un fonds
dédié aux investissements dans cet
univers, comme il l’a fait il y a dix
ans pour ceux de l’hôtellerie, des
Ehpad et des pharmacies. « C’est
vertueux d’être spécialiste d’un secteur, assure Xavier Anthonioz. La
clé du succès des investissements est
plus que jamais le smart money. »
LinkSport vise une levée de
fonds de 30 millions d’euros afin de
constituer un portefeuille de 8 à
12 sociétés. « Nous visons une participation minoritaire en capital dans
des PME déjà rentables, avec une
place au board et un droit de veto sur
les décisions importantes, précise
Johan Devaux, directeur associé et
gérant du fonds LinkSport. LinkSport se positionne comme un accélérateur de croissance. Nous avons
identifié des opportunités de création
de valeur dans des niches en crois-
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Guillaume Charlin fourbit ses armes
au Boston Consulting Group à Paris
C’est l’une des places fortes
du grand cabinet international de conseil en management
et
stratégie
d’entreprise. Le bureau
parisien du Boston Consulting Group, souvent
considéré comme « un laboratoire d’expertise » pour le groupe, accueille un nouveau
patron et avec lui aussi une nouvelle dream
team. La transformation est un des axes du
conseil en stratégie et le BCG l’applique en
permanence aussi au sein de ses rangs. Alors
que le big boss Monde, Rich Lesser, vient de
rempiler jusqu’en 2021 et que l’Allemand Hubi
Meinecke dirige désormais l’Europe, après
deux mandats de trois ans François Dalens,
directeur associé senior, abandonne la direction générale du BCG France pour piloter au
niveau européen le développement des carrières des directeurs associés.
C’est un autre directeur associé senior,
Guillaume Charlin, 48 ans, qui lui succède. Cet
ingénieur des Ponts formé à l’Insead est un fin
spécialiste de la grande consommation et du
luxe et, s’il ne faisait pas partie du comité exécutif, dirigeait précédemment le centre
d’expertise Consumer du BCG pour l’Europe,
l’Afrique et l’Amérique latine. Une vision
internationale forgée aussi tout au long de sa
carrière, conjuguée à vingt années de présen-
ce au bureau de Paris, qui faisait de lui l’homme idoine pour diriger la France. Le BCG
conseille bon nombre de groupes du CAC 40
ou du « CAC 60 » (les grandes entreprises non
cotées) dans leur stratégie de croissance et de
transformation sur les grands marchés internationaux.
Parallèlement à sa nouvelle casquette,
Guillaume Charlin continuera, conformément à la philosophie du groupe, de conseiller
ses grands clients. Pour le Lyonnais, « il est
important de garder un pied sur le terrain ».
Très sollicité, dans un monde qui change
vite… « La transformation digitale et l’évolution des technologies constituent à la fois une
énorme opportunité et une menace. Il faut à la
fois être offensif et défensif. »
Pour les accompagner, Guillaume Charlin va
désormais mettre à disposition des clients un
Centre d’immersion digitale. Et sans conteste
il faut se préparer à la prochaine vague, celle
de l’intelligence artificielle. « Seules 20 % des
entreprises s’en sont emparées. » Il recrutera
cette année une centaine de talents très pointus et, pour piloter cet ensemble de 600 salariés, a rajeuni son équipe : Joël Hazan dirige
les RH ; Gwenhaël Le Boulay, le marketing et
les partenariats ; Vanessa Lyon, le digital et le
business et Yann Sénant, les finances et les
fonctions internes.
C. B.
sance à deux chiffres. » LinkSport a
déjà deux dossiers dans les salles
d’escalade et le marketing sportif.
Ses cibles pourront intervenir dans
d’autres domaines du sport, secteur très atomisé : infrastructure,
nutrition, événementiel, e-sport…
123 IM espère lever une partie de
30 millions visés pour constituer
LinkSport «auprès d’investisseurs
individuels prêts à miser de quelques
dizaines à plusieurs millions d’euros
dans un fonds patrimonial, confie
Xavier Anthonioz. Notre objectif est
de leur permettre d’investir comme
des professionnels du private equity. » Et un célèbre judoka poids
lourds comme caution. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â ALEXANDRE BOISSY
Air France-KLM
Entré à Air France en 1999, cet ingénieur des Ponts de 45 ans qui dirigeait
précédemment depuis 2015 le cabinet
du PDG, est nommé secrétaire général adjoint
d’Air France et d’Air France-KLM, ainsi que
directeur de la communication du groupe. Il
reporte à la secrétaire générale Anne-Sophie
Le Lay. Alexandre Boissy assure aussi en complément l’intérim de la direction de la communication d’Air France.
â FRANÇOIS AUQUE
Airbus Ventures
Le général partner et président du comité d’investissement du fonds de capital-risque prend
sa retraite. L’énarque, administrateur du groupe Dassault, met fin à une belle carrière principalement consacrée à l’aérospatial.
â MARIE LEGRAND
Audio 2000
L’enseigne d’audioprothésistes indépendants, filiale d’Optic 2000, se coiffe
d’une nouvelle directrice du réseau.
Un retour aux origines pour cette transfuge de
Kalivia qui avait quitté le groupe en 2014.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 4 octobre 2018
TECH
27
L’opérateur télécoms Free casse sa tirelire pour la 5G en Italie
L’État italien a vendu les fréquences pour 6,5 milliards d’euros. Free va payer 1,2 milliard.
ELSA BEMBARON £@ElsaBembaron
TÉLÉCOMS L’Italie est un des tout
premiers européens à avoir lancé
un processus d’enchères pour les
fréquences destinées à la 5G, la
prochaine génération de téléphonie mobile. Au final, l’État récoltera 6,5 milliards d’euros, une sorte
de jackpot pour le gouvernement
italien qui a présenté la semaine
dernière un budget déficitaire.
Pour Iliad, la maison mère de Free,
la facture s’élèvera à 1,193 milliard
d’euros.
Au vu des montants déboursés,
Iliad tente de rassurer les investisseurs en détaillant l’échéancier des
paiements. Le versement le plus
important, 993 millions d’euros,
est prévu pour 2022. À cette date,
la 5G aura théoriquement commencé à générer ses premiers revenus car la commercialisation devrait commencer en 2020 en
Europe. Le règlement des 201 millions d’euros restants se fera de
2018 à 2021.
Inquiétudes en France
Cette répartition permet au groupe
de « maintenir une structure financière sur la période », rassure-t-il
dans un communiqué, misant aussi
sur ses activités françaises pour assurer le financement de son développement en Italie. Chahuté, le titre Iliad évolue dans la zone des
106 euros. Sur un an, il a perdu
52 % de sa valeur, sans parvenir à
redresser la barre. De son côté, Vo-
dafone, le leader sur le marché italien de la téléphonie mobile, a déboursé 2,4 milliards d’euros pour
obtenir des fréquences pour la 5G,
tout comme l’opérateur historique
La fibre d’Altice intéresse les fonds
Hier, le titre Altice a bondi sur
fond de rumeurs concernant
la cession d’une partie de ses
actifs dans la fibre en France.
Celle-ci s’inscrit dans
le cadre de sa politique
de désendettement du groupe.
Des fonds d’investissement,
dont KKR, Macquarie, le fonds
de pension de l’Ontario
ou encore le fonds d’Allianz,
auraient, selon Bloomberg,
manifesté leur intérêt pour
cet actif valorisé entre 1,5
et 2,5 milliards d’euros. Mais
dans un communiqué, Altice
a dit n’avoir encore pris aucune
décision impliquant son
infrastructure dans la fibre.
E. B.
Telecom Italia. Wind Tre, dont la
fusion a permis à Free de faire son
entrée en Italie, a mis lui 516,5 millions d’euros sur la table.
En France, les montants annoncés par les Italiens donnent des
sueurs froides. Les opérateurs télécoms nationaux redoutent désormais un scénario similaire. Pourtant, après avoir obtenu des
conditions financières favorables
dans le cadre du renouvellement
de leurs fréquences 4G, en échange
d’une meilleure couverture du territoire (le New Deal télécoms), les
opérateurs français pouvaient espérer réitérer l’opération pour la
5G. Désormais, ils craignent la
double peine : des enchères pour la
5G qui s’envolent avec en plus des
obligations fortes en matière de
couverture du territoire et la nécessité de réaliser des investissements importants. « Le niveau des
enchères atteint en Italie paraît très
déraisonnable, c’est autant d’argent
qui n’ira pas dans les déploiements
et qui dégradera la situation de tous
les opérateurs italiens », tranche
Didier Casas, président de la Fédération française des télécoms.
Le montant s’explique par la façon dont l’Italie a organisé ces enchères, car le régulateur italien a
choisi « d’organiser la rareté ». La
Finlande a opté pour une tout autre
stratégie. Ses trois opérateurs n’ont
eu à débourser que 78 millions
d’euros au total pour obtenir des
fréquences. Le pays espère ainsi les
inciter à couvrir le plus rapidement
ce vaste territoire très peu peuplé. ■
Tanium,
la discrète start-up
de cybersécurité qui
valait 6,5 milliards
La licorne américaine vient de lever 200 millions
de dollars. Et annonce ouvrir un bureau à Paris.
ELISA BRAUN £@ElisaBraun
On sait
« aujourd’hui
que tout
le monde
se fera
un jour
hacker. (...)
C’est un
changement
de paradigme
à prendre
en compte
ORION HINDAWI,
PDG DE TANIUM
»
INTERNET L’affaire de famille
s’est transformée en véritable
empire. Fondée par un père et
son fils, Tanium est aujourd’hui
l’une des start-up les plus valorisées au monde dans la cybersécurité. Après une nouvelle levée de
fonds de 200 millions de dollars
annoncée mardi, elle vaut désormais 6,5 milliards de dollars après
cinq ans d’exercice. Et envisage
sereinement l’introduction en
Bourse. De passage à Paris, le PDG
Orion Hindawi se montre toutefois prudent. « Nous voulons être
prêts car la réalité d’une entreprise
et le monde de la finance sont deux
choses très différentes ! »
Fondée en 2007, Tanium s’est
fait un nom en proposant aux entreprises et aux gouvernements
de les aider à gérer et sécuriser
leur infrastructure informatique
en temps réel. L’enjeu est de taille
alors que les objets connectés,
portables, smartphones, tablettes
et multiples serveurs des entreprises augmentent les surfaces
d’attaques plus ou moins imprévisibles. Un casino de Las Vegas
avait ainsi été paralysé en 2017
par la cyberattaque d’un thermomètre d’aquarium connecté. L’un
des clients de Tanium, l’US Air
Force, gère des infrastructures
autrement plus critiques, avec un
parc de 620 000 machines
connectées, supervisées via la
plateforme de Tanium.
La start-up vend également ses
services aux départements du
renseignement et à l’armée américaine, ainsi qu’à la moitié des
entreprises de Fortune 500 et à de
nombreuses banques. « Outre ce
volet technique, nous travaillons
aussi en partenariat avec des
grands cabinets de conseil, comme
PwC, Accenture ou encore Ernst &
Young pour accompagner nos
clients sur un volet organisationnel : la résilience de leur entreprise, c’est-à-dire la capacité à ab-
Fondateurs de Tanium en 2007, Orion (à gauche) et David Hindawi proposent aux entreprises
et aux gouvernements de les aider à gérer et sécuriser leur infrastructure informatique en temps réel.
sorber le choc pendant et après une
attaque », explique Orion Hindawi. « C’est un changement de
paradigme à prendre en compte,
car on sait aujourd’hui que tout le
monde se fera un jour hacker. »
Engouement
pour le secteur
Avec un chiffre d’affaires de plus
de 200 millions de dollars en
croissance de 70 %, Tanium profite d’un « momentum » dans le
secteur de la cybersécurité. 2017
a marqué un pic dans les investissements, déjà en croissance depuis dix ans. 7,7 milliards de dollars ont ainsi été levés par
environ 550 start-up du secteur,
selon CB Insight. Soit le double
des investissements déjà conséquents de l’année précédente
(3,3 milliards). Les investisseurs
se reposent sur des prévisions
particulièrement encourageantes : les entreprises dépenseront
cette année environ 81,7 milliards
de dollars au niveau mondial
pour le matériel, les logiciels et
les services de sécurité, selon le
cabinet IDC. L’analyste s’attend à
ce que le marché continue de
croître de près de 9 % par an jusqu’en 2020.
Les géants de la sécurité ont
réagi tardivement à l’évolution de
leur marché, secoué par des
start-up agiles, rapides et ambitieuses. Des licornes comme Tanium, Okta ou Cylance se sont
montrées capables de créer une
nouvelle offre. Pour faire face, les
acteurs traditionnels misent sur
l’acquisition de rivaux plus petits.
TANIUM
Microsoft
aurait
déboursé
100 millions de dollars pour la
start-up de sécurité Hexadite.
Symantec s’est offert trois startup, Skycure, Fireglass et Watchful Surface, et Cisco a racheté
Observable Networks.
En France, Tanium espère grignoter un peu plus la part des sociétés traditionnelles. Le climat
du pays y est, selon le PDG, favorable. « Le Brexit nous force à reconsidérer la présence de notre
siège européen à Londres, comme
beaucoup d’entreprises, note
Orion Hindawi. Il y a aussi beaucoup de talents ici, et nous envisageons de recruter. » Tanium vise
en France les grandes entreprises
du luxe et de l’industrie. Une dizaine de grands comptes auraient
déjà été sécurisés. ■
LA SÉANCE DU MERCREDI 3 OCTOBRE
JOUR
%VAR.
+HAUTJOUR
-0,64 44
+0,83 115,25
+1,31 107,34
+1,46 27,145
-1,48 105,65
+0,5
23,355
+0,31
52,66
+0,65 37,6
+0,9
112,8
+0,58
16,67
+1,51
12,474
+0,13
68,4
-0,43 129,9
+0,2
12,865
NC
NC
-0,9
128,35
-1,21 566,2
+0,59 465,6
+0,24 208,1
+0,32 62,78
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
43,32
114,05
105,84
26,64
103,2
23,145
51,99
36,83
111,7
16,47
12,332
67,51
128,6
12,705
NC
126,45
555,2
457,9
206,3
62,4
0,382 +1,42
0,227 +9,61
0,151 +28,99
0,097 -0,24
0,297 -14,96
0,183 -6,06
0,357 -16,24
0,19 -14,52
0,236 +13,76
0,352 -8,15
0,303 -10,16
0,198 -3,19
0,086 +45,45
0,194 -10,74
NC +12,01
0,327
0,04 +24,91
0,136 +26,64
0,051 +12,46
0,12
-2,6
JOUR
%VAR.
LVMH ..............................................302,75 +0,8
♣
MICHELIN ..............................................
104,7
+2,45
ORANGE ..............................................13,75
+1,03
PERNOD RICARD ..................................
141,8
+1,11
PEUGEOT ..............................................
22,31 +0,22
♣ 52,16
PUBLICIS GROUPE SA .............................
-0,19
RENAULT ..............................................
73,74 -0,61
SAFRAN ..............................................119
+0,42
SAINT GOBAIN ..................................
36,57 +0,84
SANOFI ..............................................77,34 +0,53
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
67,98 +0,41
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
36,755 +0,59
SODEXO ..............................................89,7
-1,21
STMICROELECTRONICS .............................
16,395 +0,52
TECHNIPFMC ..................................26,78 -0,41
TOTAL .............................................. 56,3
+0,18
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
170,62 +0,58
VALEO .............................................. 34,78 -2,6
VEOLIA ENVIRON. ..................................
17,285 -0,92
VINCI♣.............................................. 81,5
+0,32
+HAUTJOUR +BAS JOUR
303,35
105,6
13,81
142,25
22,51
52,54
74,69
119,4
36,83
77,78
68,34
37,045
90,7
16,61
27
56,5
171,54
36,05
17,51
82,06
299,25
103,95
13,625
139,9
22,2
51,9
73,74
118,5
36,33
76,59
67,72
36,57
88,7
16,305
26,59
56
169,8
34,78
17,265
81,22
ALTRAN PARVIENT À RASSURER LES ANALYSTES
Le cours du spécialiste français des services d’ingénierie et de recherche a bondi mercredi de 9,13 % à 8,12 euros. L’action Altran amorce ainsi une lente
remontée après avoir été lourdement
affectée par la découverte, en juillet
dernier, d’une falsification de bons de
commande chez Aricent avant le rachat
du groupe américain. La valeur profite
aujourd’hui du relèvement de recommandation de Kepler Cheuvreux qui
passe de « conserver » à « acheter ».
Le broker estime que les prochaines publications d’Altran, dont la présentation
du chiffre d’affaires trimestriel le 26 octobre, ne devraient pas réserver de déceptions et pointent la faiblesse de la
valorisation du titre.
%CAP.ECH
0,082
0,316
0,174
0,118
0,223
0,161
0,244
0,151
0,288
0,137
0,185
0,426
0,27
0,276
0
0,192
0,197
2,951
0,296
0,153
31/12
+23,37
-12,42
-5,01
+7,46
+31,58
-7,93
-12,12
+38,52
-20,47
+7,64
-4,06
-14,62
-19,95
-9,94
+3,6
+22,27
-44,15
-18,75
-4,29
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,6146
1,482
0,889
9,0498
131,47
1,1412
1,1548
3,2457
11,103
7,058
20,6834
7,9321
84,717
136,7256
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
33500
33470
-3,6
NAPOLEON ..................................................... 199,4
198,4
-3,62
PIECE 10 DOL USA .....................................................
570
570
-3,06
PIECE 10 FLORINS .....................................................
204,5
204,5
-3,9
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1130
1130
-3,25
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
195
193
-4,41
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
289,5
289,5
-5,08
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1255
1246
-4,2
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
112
106
+2
PIECE SUISSE 20F .....................................................
196,4
193
-3,11
PIECE LATINE 20F .....................................................
195
194
-3,89
SOUVERAIN ..................................................... 249,2
245,5
-4,41
KRUGERRAND .....................................................
1096
1095
-2,03
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
286,31
01/10/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
48,86
01/10/18
BELLATRIX C ................................................
334,90
01/10/18
SIRIUS ................................................56,04
01/10/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
Les analystes qui suivent la valeur paraissent désormais plus rassurés sur les
perspectives de résultats d’Altran et semblent de nouveau adhérer à l’idée que l’acquisition d’Aricent aura, comme prévu, un
impact positif sur les comptes du groupe.
Les résultats semestriels avaient été affectés par des charges exceptionnelles
liées à la falsification de certains, mais la di-
rection avait confirmé qu’il s’agissait d’un
« incident isolé ». Un plan d’action a été
mis en place dès juillet pour rétablir les
marges d’Aricent, ses effets devraient se
faire sentir avant la fin de l’année. Cet incident mis à part, le résultat opérationnel semestriel annoncé début septembre est
ressorti en hausse de 29 %, reflétant à la
fois la croissance des résultats du groupe
et la contribution positive de l’intégration
d’Aricent. Les dirigeants d’Altran avaient
alors réitéré leurs objectifs annuels portant
sur une augmentation de près de 3,7 points
de la marge opérationnelle entre 2017 et
2022. Dominique Cerutti, le PDG d’Altran, a
aussi annoncé avoir renforcé sa participation du capital de la société en ayant acquis
27 750 actions au prix de 7,18 euros.
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 43,61
♣
AIR LIQUIDE ..................................
115,15
AIRBUS ..............................................107,06
ARCELORMITTAL SA ..................................
27,05
ATOS .............................................. 103,2
AXA .............................................. 23,235
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
52,14
BOUYGUES ..............................................
37,02
CAPGEMINI ..............................................
112,5
CARREFOUR ..............................................
16,57
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,398
DANONE ..............................................67,72
DASSAULT SYSTEMES ..................................
128,85
ENGIE .............................................. 12,795
ESSILOR INTL. ..................................128,75
ESSILORLUXOTTICA ..................................
126,85
HERMES INTL ..................................557,4
KERING ..............................................462,6
L'OREAL ..............................................
208
LEGRAND ..............................................62,52
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Rapport Bergé : plus de pub sur France 2, zéro sur Radio France
Un retour de la publicité sur France Télévisions après 20 heures pour une durée transitoire de 5 ans est étudié.
CAROLINE SALLÉ £@carolinesalle
ET ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
Aurore Bergé, députée
LaREM, a dévoilé
mercredi un rapport
plaidant pour une
réforme de l’écosystème
de l’audiovisuel.
JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
AUDIOVISUEL À l’ère du numérique, la réglementation audiovisuelle est devenue obsolète. Fort de ce
constat, le rapport que s’apprêtent
à dévoiler ce mercredi les députés
Aurore Bergé et Pierre-Yves Bournazel devrait plaider pour une réforme rapide de tout l’écosystème.
La transformation de l’audiovisuel public est au cœur du rapport.
Si l’idée de créer une holding chapeautant les différentes entités du
service public ne semble pas d’actualité, les parlementaires plaident
pour une simplification de son organisation et de son pilotage.
Concernant la gouvernance, le do-
cument préconiserait une nomination des présidents de France Télévisions et de Radio France par les
conseils d’administration, ainsi
qu’une extension de la durée de
leur mandat. L’unification des régies publicitaires de France Télévisions et de Radio France ou encore
la mutualisation de certains services (ressources humaines, communication) constitueraient un vivier
d’économies pour atteindre les
190 millions d’euros demandés par
l’État.
Redevance universelle
La modernisation du financement
de l’audiovisuel public est également cruciale. La mise en place
d’une redevance universelle, payée
par tous les foyers, constituerait la
meilleure des solutions pour lui assurer un financement pérenne.
Voire d’accroître ses ressources de
100 à 150 millions d’euros. Cette
nouvelle manne pourrait servir à
financer la suppression de la publicité sur les antennes et le site de Radio France (un peu plus de 40 millions aujourd’hui).
Mais plus suprenant, le rapport
préconiserait le rétablissement de
la publicité entre 20 heures et
21 heures sur France Télévisions
pour une durée transitoire de cinq
ans. Cette mesure rapporterait
60 millions d’euros de recettes qui
pourraient être affectés à la création, alors que l’État a demandé à
France Télévisions de sanctuariser
480 millions d’euros dans ce domaine. Une initiative qui risque de
faire grincer des dents du côté des
chaînes privées.
En contrepartie, les diffuseurs
privés verraient l’étau de la réglementation se desserrer à leur profit.
Alors que le marché publicitaire
télé est désormais dépassé par celui
du numérique, il s’agit de redonner
un peu d’air aux diffuseurs. Ils
pourraient à l’avenir diffuser de la
publicité pour le cinéma, ce qui leur
est actuellement interdit. Malgré
tout, les recettes attendues seront
faibles, autour de 30 millions
d’euros. Une expérimentation sur
le sujet pourrait être menée durant
dix-huit mois. Une autre, d’une
durée égale, concernerait cette fois
l’usage de la publicité segmentée et
géolocalisée. Les gains espérés
s’élèveraient à 200 millions d’euros
en plus d’ici à 2022. En revanche,
les parlementaires ne sont pas favorables à la levée de l’interdiction
sur la promotion dans le secteur de
la distribution, qui impacterait largement radios et journaux locaux.
Le secteur de la radio n’est pas
oublié : un allégement des quotas de
chansons francophones est envisagé, tandis que les plateformes numériques se verraient contraintes
de mieux exposer les œuvres francophones.
Enfin, le document propose de
fusionner le CSA avec la Hadopi afin
de mieux réguler les contenus
audiovisuels. Les rapporteurs souhaiteraient que le CSA travaille plus
étroitement avec l’Arcep (régulateur des télécoms) sans parler de
fusion. ■
Bruxelles veut savoir si Amazon,
après Google, abuse d’une position dominante
La commissaire à la Concurrence, Margrethe Vestager, pourrait ne pas rester à Bruxelles après 2019.
INGRID VERGARA £@Vergara_i
INTERNET De passage en France,
Margrethe Vestager, commissaire
européenne à la Concurrence depuis 2014, prend le temps de la réflexion pour répondre à la question
qui vient de lui être posée : pour une
entreprise européenne, est-il plus
facile aujourd’hui qu’il y a quatre
ans d’être en compétition avec Google, Apple, Facebook ou Amazon ?
« Les parts de marché sont plus ou
moins les mêmes, admet-elle. Mais je
pense que le consommateur a plus de
choix et que l’écosystème entrepreneurial européen est plus dynamique
qu’il y a une dizaine d’années. »
Connue pour sa politique très
stricte à l’égard des géants du Net,
et après avoir réussi à leur imposer
quelques amendes records pour
des pratiques anticoncurrentielles,
Margrethe Vestager reconnaît que
le chemin vers plus de transparence de la part des plateformes et leur
juste taxation est encore long.
« Nous ne voulons pas nous ingérer
dans les affaires des entreprises. Mais
si nous les soupçonnons de ne pas
jouer un jeu loyal sur le marché européen, nous agissons. Ces plateformes
ont la responsabilité particulière de ne
pas utiliser leur taille pour rendre les
choses plus difficiles pour les plus petits acteurs », explique-t-elle.
Après Apple et Google – qui a déjà
écopé de deux amendes records
pour abus de position dominante de
son comparateur de prix et de son
système d’exploitation mobile Android –, c’est au tour des pratiques
d’Amazon – déjà épinglé pour un sujet fiscal en 2017 – d’être sous la loupe des services de la commissaire.
L’enjeu des données
À ce stade, il ne s’agit que d’une
enquête préliminaire, sans certitude qu’elle débouchera sur une procédure formelle. « C’est une priori-
« Nous ne voulons
pas nous ingérer
dans les affaires
des entreprises. Mais
si nous les soupçonnons
de ne pas jouer un jeu
loyal sur le marché
européen, nous
agissons », affirme
Margrethe Vestager,
commissaire
européenne
à la Concurrence.
F. SECO/AP
té, mais nous n’avons pas encore de
date limite », précise-t-elle. Alertée par plusieurs petits acteurs
pendant ses travaux sur l’e-commerce, la commissaire cherche à
comprendre comment Amazon
utilise les données des petits commerçants qui vendent leurs produits via sa plateforme et s’il les
utilise à son profit, en utilisant par
exemple des informations sur les
produits les plus vendus ou en favorisant ses propres produits.
La question des données est devenue un sujet central d’attention
de ses services aussi bien dans le
cadre d’enquêtes sur la concurrence que dans l’examen de fusions.
Elle ne concerne plus seulement le
cercle des entreprises purement
digitales puisque demain, par
exemple, l’industrie automobile
vendra presque autant des services
que des véhicules.
Face à ces évolutions profondes
et rapides, Vestager admet volon-
tiers que le temps européen est
trop lent. Les sept ans d’enquête
qui ont débouché sur l’amende de
2,4 milliards d’euros infligée en
2017 à Google pour son comparateur de prix Shopping lui ont laissé
le temps de laminer tous les éventuels concurrents européens.
« Nous prenons très à cœur la critique du “trop doucement, trop
tard”. »
Pour tenter d’y remédier, ses
services ont eux-mêmes besoin de
se doter des outils numériques capables de digérer les centaines de
milliers de fichiers examinés dans
le cadre de ces enquêtes. Les outils
de contrôle et la politique de la
concurrence doivent eux aussi être
mis à jour des nouvelles réalités
technologiques. Trois conseillers
spéciaux doivent lui remettre des
propositions sur ce sujet le 31 mars
2019. Pourra-t-elle les mettre en
œuvre ?
Margrethe Vestager n’a jamais
fait mystère de sa volonté de poursuivre un second mandat alors que
la Commission doit être renouvelée en 2019. « Mon État membre
d’origine (le Danemark) ne semble
pas très enthousiaste à l’idée de me
confier un autre mandat. Et c’est un
euphémisme. » Or, l’accord du
gouvernement conservateur actuellement au pouvoir est nécessaire à l’ancienne présidente du
Parti social-libéral danois pour
poursuivre sa tâche. ■
EN BREF
La 5G broadcast divise le monde de la radio
Toujours diffusée en FM, la radio pourrait profiter de la 5G pour se numériser.
2021
Année
A
du déploiement
du DAB+,
selon le CSA
AUDIOVISUEL Une nouvelle technologie concurrence l’autre. Le radio diffuseur Towercast, filiale du
groupe NRJ, lance à Paris une expérimentation de diffusion de
contenus vidéo et audio en 5G
broadcast. « D’ici à 2025, les contenus vidéo représenteront environ
70 % du trafic mobile », explique
Hugues Martinet. « Il faudra donc
désengorger les réseaux des télécoms pour diffuser ces contenus sur
des réseaux de type média. Grâce à
la 5G broadcast, il suffira de 1 600
sites de diffusion pour couvrir 90 à
95 % de la population, comme un
réseau de TNT », ajoute-t-il.
Cette annonce vient relancer le
débat sur la numérisation de la radio qui déchire le secteur depuis
une dizaine d’années. Aujourd’hui,
95 % de la diffusion de la radio est
encore assurée par les fréquences
analogiques en FM. Le reste de
l’écoute de la radio se fait directe-
ment sur les smartphones. Avec
constance, le CSA pousse pour
l’adoption de la radio numérique
terrestre (RNT) sur la norme
DAB +. Mais il se heurte à l’opposition des grands acteurs nationaux
de la radio qui ne veulent pas en
entendre parler. Pour eux, le DAB +
cumule les inconvénients : il faut
payer un deuxième réseau de diffusion sans gagner un centime de
publicité en plus. Pire, il faut que
les Français rachètent de nouveaux
postes de radio DAB+ à la maison
ou dans leur voiture.
Le monde des télécoms
En face, les radios plus petites, qui
ne disposent pas de nombreuses
fréquences FM, y voient là une formidable opportunité d’acquérir
une audience nationale et donc de
concurrencer leurs grandes sœurs.
« Nous militons pour que nos radios soient diffusées le plus large-
ment et simplement possible auprès
des auditeurs. Nous voulons donc
une diffusion hybride avec la FM, le
DAB+ et même la 5G broadcast »
explique Jean-Éric Valli, président
du groupement des Indés Radios
qui rassemble 131 radios indépendantes. Il encourage le CSA à poursuivre ses efforts pour déployer le
DAB +.
Après de nombreuses tentatives
infructueuses, le CSA a relancé le
processus d’appel d’offres de fréquences DAB + à Nantes, Strasbourg et Lyon. Selon le plan de
marche du régulateur, le DAB + devrait être déployé en France vers
2021. Soit, peu ou prou, en même
temps que le déploiement des réseaux de 5G mobiles qui équiperont les futurs smartphones et voitures connectées.
« Les Français pourront donc
écouter la radio dans tous les foyers
et sur tous les axes routiers sans
rupture », anticipe un supporteur
de la 5G broadcast.
Mais ce débat sur les avantages
comparés des différentes technologies n’est pas neutre. « Si les radios et les télés adoptent la 5G broadcast, ils vont basculer dans le
monde de télécoms et des plateformes Internet américaines. Ce monde
n’est pas régulé par le CSA, et les
médias risquent de dépendre de la
bonne volonté de Google ou de Facebook pour être référencés », analyse
Jean- Éric Valli.
« C’est un faux débat. Aujourd’hui, plus de 60 % des Français reçoivent la télévision via les box Internet des opérateurs télécoms et
personne ne s’en plaint », réplique
un patron de radio.
Le radiodiffuseur TDF, qui travaille à la fois pour des médias et
des opérateurs télécoms, est très
prudent sur la question et ne veut
pas prendre parti. ■
E. R.
LES SALARIÉS DE
MONDADORI ÉCRIVENT
À LEUR ACTIONNAIRE
£ L’intersyndicale du groupe
de presse, en passe d’être
revendu à Reworld Media,
a publié une lettre ouverte
à destination de ses
actionnaires italiens, Marina
Berlusconi et Ernesto Mauri.
« Les salariés ressentent une
totale incompréhension face
à cet abandon », peut-on lire.
La lettre alerte sur « des dégâts
sociaux catastrophiques »
si la cession devait se faire
auprès d’un groupe
« à la réputation exécrable ».
AFP : FRIES SE VEUT
RASSURANT
£ La vente du siège de l’AFP ne
se fera que si le déménagement
« permet de dégager une plusvalue suffisante », a déclaré
son PDG, Fabrice Fries,
au Sénat. Une décision sera
prise à la fin de l’année.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 061 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
MUSIQUE
COLLECTIONS
PAGE 31
PAGE 33
LE RETOUR DES 3 M
DE LA CHANSON FRANÇAISE :
MANSET, MIOSSEC ET MURAT
LA FASHION WEEK DE PARIS
S’ACHÈVE SUR DES DÉFILÉS
À LA FÉMINITÉ AFFIRMÉE
Horlogerie classique contre montres connectées
Une confrontation
historique
Rolex
Apple
Si l’Apple Watch se vend à des millions d’exemplaires, les manufactures
traditionnelles gardent la main sur les mécanismes de luxe et organisent
la riposte pour séduire les jeunes. Notre enquête. PAGE 30
Louis Vuitton
Yves Gastou, le coureur de bagues d’homme
PORTRAIT Le marchand parisien qui les porte et les collectionne depuis l’enfance expose pour la première fois
son fabuleux trésor. Un beau livre lui est également consacré.
Béatrice de Rochebouët
bderochebouët@lefigaro.fr
ne collection est souvent
un autoportrait. Celle
d’Yves Gastou nous révèle
la face cachée de cette personnalité attachante et un
peu canaille de Saint-Germain-desPrés, quartier où il vit et exerce depuis
plus de trente ans. Avec son accent
chantant du Sud-Ouest, l’homme
– crinière blanche, costume noir, chemise blanche – ne se lasse pas de raconter son épopée de découvreur d’époques – de l’Art nouveau aux années
1970 – et de talents - Gallé, Majorelle,
Lalique, Molino, Ponti, Prouvé, Perriand, Royère… Il les a exposés avant
tous dans sa boutique de Toulouse, son
stand aux Puces de Saint-Ouen puis sa
galerie de la rue Bonaparte collée à
l’École des beaux-arts. Dessinée par
Ettore Sottsass au début des années
1980, sa façade en terrazzo défia la
chronique. La lutte avec l’administration dura cinq ans. Jack Lang y mit fin
d’un coup de téléphone.
Pour ce qui est de sa collection de
U
Objet de pouvoir
Yves Gastou porte trois bagues à chaque doigt et en change souvent.
bagues d’homme, ce chineur hyperactif, disert et curieux a longtemps gardé
son histoire secrète. Il en porte trois à
chaque doigt et en change souvent. Elle
fut sa psychanalyse. « J’ai grandi à
Limoux, petite ville de 10 000 habitants
proche de Carcassonne, berceau médiéval des preux chevaliers et des guerriers
insoumis qui a construit mon imaginaire.
Dans les années 1960, à la fin de la messe
à l’église Saint-Martin, je suis allé baiser
la main de l’évêque, comme le voulait la
tradition. Ma mère m’a surpris à y revenir trois fois, tellement j’étais fasciné par
sa bague, dans cette ambiance d’orgue
et d’encens à vous donner des frissons »,
confesse ce fils d’un huissier de justice
et commissaire-priseur, trop souvent
absent et distant.
« Ma mère Odette a toujours été ma
complice. À 7 ou 8 ans, elle m’a acheté
ma première bague en argent à Figueras, en Espagne, où nous allions en
vacances, puis ma première chevalière
ARNAUD MEYER/LEEXTRA VIA LEEMAGE ; JEAN-DANIEL MEYER-ROLEX ; IFIXIT ; ALESSANDRO LUCIONI/IMAXTREE.COM
Le mauvais élève devient l’un des
meilleurs marchands de sa génération.
À son arrivée à la capitale, il prend
contact avec Mellerio, rue de la Paix, le
fournisseur officiel du haut clergé et de
l’aristocratie et rachète le stock de bagues épiscopales qu’il range précieusement dans des boîtes. « En 2004, juste
après mon divorce, je hantais les cimetières, ceux du Père-Lachaise et de
Montmartre, pour acheter des bagues de
biker, à cause de leur tête de mort », explique celui qui, à l’époque, ne portait
que des vanités et n’écoutait que des
requiem, même s’il « ne croit pas en
Dieu », précise-t-il…
Depuis, Yves Gastou n’a cessé d’écumer, dans tous les pays, les stocks
oubliés de magasins de bondieuseries et
les fonds de tiroirs de vendeurs, jusqu’au Maroc, à Casablanca, où il racheta 90 bagues ethniques, pour quelques
dizaines d’euros. « Je ne cherche pas des
diamants, je m’en fiche totalement »,
explique cet autodidacte qui a comblé
ses blessures et ses angoisses par la passion des objets insolites.
Excessive dans son accumulation
– près de 200 pièces avec des pierres
semi-précieuses –, sa fantastique collection de bagues de doges de Venise
XVIIe, de bikers américains des années
1970, d’émaux du XVIIIe ou d’artistes
contemporains est présentée pour la
première fois à l’École des arts joailliers
fondée en 2012 avec le soutien de Van
Cleef & Arpels. Un épais livre en plus de
250 tableaux photographiés par
Benjamin Chelly (avec de beaux textes
de Delphine Antoine et Harold Mollet)
en révèle toutes les beautés. « Objet de
pouvoir, la bague est aussi un objet
sensuel, érotique, sexuel », avoue ce
collectionneur boulimique qui aime les
toucher et les caresser avant tout. ■
« Bagues d’homme. Collection
Yves Gastou », à l’École des arts joailliers,
31, rue Danielle Casanova, Paris Ier,
du 5 octobre au 30 novembre.
Et chez Albin Michel, 304 p., 49 €.
A
avec mes initiales gravées », renchérit
cet amoureux de Jeanne d’Arc qui incarne l’androgynie, comme ses idoles,
Mick Jagger ou David Bowie.
Peu tourné vers les études, le foot ou
le rugby avec les copains, Yves Gastou
quitte très vite l’école pour entrer en
stage chez Monsieur Thomas qui lui
ouvre les portes des propriétés et des
châteaux où il déniche des pépites.
Dans les successions, il achète ses
premières bagues à 15 ans.
MORCEAU CHOISI
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
La guerre du temps
aura-t-elle lieu ?
HUMEUR
Fabienne Reybaud
freybaud@lefigaro.fr
Trois ans après la sortie de l’Apple Watch, la société
de Tim Cook est devenue le premier vendeur de montres au monde.
Mais l’horlogerie de luxe helvétique résiste. Et prépare la contre-attaque.
DÉCRYPTAGE
’
C
gère, des matériaux nobles. Cette Tambour
Horizon a été créée comme une montre
mécanique avec des fonctions particulières
à Louis Vuitton liées aux voyages. » Bien
que le malletier ne communique pas sur
les performances de son opus, il affirme
avoir largement dépassé ses objectifs.
« En valeur, c’est la première montre de
luxe intelligente du marché, revendique
Michael Burke. Aujourd’hui, nous vendons
davantage de pièces classiques que de
connectées, mais ces dernières nous ont
permis de quasiment doubler le chiffre
d’affaires de cette division. »
FABIENNE REYBAUD
freybaud@lefigaro.fr
ET DIDIER SANZ
£@sanzdidier
est un fait : il se vend déHermès
sormais plus de montres connectées dans
le monde que de montres suisses. Dans le
rôle de la reine des tocantes, dites intelligentes, règne l’Apple Watch, dont
18,4 millions d’exemplaires ont été expédiés l’an dernier, selon le cabinet IDC.
Pendant la même période, l’industrie
horlogère helvétique a exporté 24,3 millions de montres, indique la Fédération
Le concept du « wearable »
de l’industrie horlogère suisse. Soit quelque six millions de modèles de plus mais
Les tocantes numériques des grands noms
toutes marques confondues. « Pourquoi
non issus du sérail ont-elles pour vocation
comparer deux choses qui ne sont pas
de concurrencer celles proposées par les
comparables ? s’agace François-Henry
spécialistes de l’ordinateur ? Non, sans
Bennahmias, PDG d’Audemars Piguet,
aucun doute. Les premiers se contentent
qui fabrique 40 000 garde-temps par an.
d’ajouter quelques fonctions personnaliCe n’est pas la montre connectée “ou” la
sées au logiciel Wear OS - une version
montre mécanique, mais “et”. C’est comd’Android pour les objets connectés
me si vous disiez que McDonald’s avait tué
équipant nombre de montres de LG,
les 3-étoiles Michelin. Les deux peuvent
Samsung, Motorola, Sony, etc. -, tandis
coexister. Je pense que le plus grand défi de
que les seconds demeurent les mieux plal’horlogerie de luxe suisse est d’apparaître
cés pour imaginer de nouveaux usages à
moins fermée et moins austère, plus sexy,
ces objets de poignet - coach sportif, ascar le potentiel de ce secteur est énorme.
sistant médical, communicateur voNotamment auprès des jeunes. »
cal, etc. Bien qu’aucune marque de luxe
En attendant que les Suisses planchent
ne figure dans la liste des plus gros vensur la désidérabilité de leurs produits
deurs du secteur, le numérique leur ap- un point clé du succès du califorporterait un supplément d’image et parnien -, ce dernier devrait continuer
viendrait même à faire vendre les
Apple
de caracoler en tête des ventes en
modèles mécaniques.
2018 : près de 9 millions d’Apple
« D’un point de vue technologique
Watch ont été achetées depuis le
et en termes de coolness, TAG
début de l’année. Sans compter
Heuer, dont l’acronyme signifie
Patek Philippe
que son nouveau modèle,
“technique d’avant-garde”, a
Series 4, à 429 euros, lancé le
beaucoup gagné, constate
12 septembre, est bien parti pour
l’inventeur de la Monaco.
enregistrer un carton mondial.
Certains clients, entrés chez
Outre un écran plus ouvert, cette
nous par la smartwatch, s’intésmartwatch bénéficie des évoluressent désormais à nos chronotions successives des précédents
graphes automatiques. »
modèles et offre d’autres spécificiDans le même temps, les fabrités : boîtier étanche sous la douche
cants d’électronique ne cachent
ou à la piscine, intégration d’une carplus leur envie de pénétrer les codes
te SIM pour pouvoir communiquer et
du luxe. Apple recrute chez
se connecter à Internet sans l’interBurberry et Saint Laurent, ajoute à
médiaire d’un smartphone. En outre,
ses ambassadeurs des personnalités
ses fonctions visent particulièrement
TAG Heuer comme Anna Wintour et Karl Lagerla tranche des 40-60 ans et les seniors Cartier
feld. Et signe des partenariats avec d’il(détecteur de chute associé à une alerte,
lustres maisons comme Hermès avec, à la
possibilité d’effectuer un électrocardioclé, une montre hybride à 1 450 euros : la
gramme à la demande, etc.). Une étape
tête conçue par la pomme californienne,
significative pour l’entreprise américailes jambes, un bracelet de cuir signé du
ne, qui entend ainsi élargir son spectre de
sellier parisien.
Louis Vuitton
Audemars Piguet
consommateurs. « C’est formidable
Difficile cependant d’imaginer que ces
qu’Apple ait envie de jouer au docteur !
entités 2.0 supplanteront définitivement
ironise un fin connaisseur du marché. Je
les rouages mécaniques inventés par la
vendu 100 000 montres électroniques avec
Outre Tissot (Swatch Group), Alpina et
parie que les enfants vont être les premiers
main de l’homme, il a plusieurs centaines
une seule référence, confie-t-on chez TAG
Frédérique Constant (Citizen), Montà offrir la Series 4 à leurs parents mais il ne
d’années. Premièrement, parce que
Heuer. C’est une goutte d’eau par rapport
blanc (Richemont) ou encore Fossil, qui
faudra pas s’étonner que toutes ces donmême la société de Cupertino ne perçoit
aux ventes d’Apple mais c’est beaucoup
fabrique les modèles connectés de Diesel,
nées médicales finissent aussi chez les aspas l’Apple Watch comme une alternative
pour une marque horlogère de luxe. Je pense
Emporio Armani et Michael Kors, Louis
sureurs des personnes âgées… Big data,
aux montres traditionnelles. Pour son
que c’est dû au design et au look de notre
Vuitton a également cédé aux sirènes du
Big Brother. »
PDG, Tim Cook, elle est surtout le fer de
modèle, qui fait écho à celui de nos gardenumérique avec la Tambour Horizon,
lance d’une nouvelle évolution des techtemps classiques. Lorsque l’on veut créer
sortie l’an dernier et vendue 2 500 euros.
« Une entité chargée d’affect »
nologies, qui doivent se porter comme des
une smartwatch, la difficulté est de donner
« La raison d’être de Louis Vuitton est le
accessoires de mode ou des vêtements.
de l’émotionnel à un objet rationnel. Pour
voyage, déclare Michael Burke, PDG de
De fait, en moins d’une décennie, les
C’est le concept du wearable. Il s’applique
une montre mécanique, c’est le contraire : il
l’entreprise. Être connecté, c’est dans nos
montres connectées ont évolué extrêmeaussi bien aux garde-temps qu’aux écoufaut apporter de la fonctionnalité à un mégènes, l’innovation aussi. Contrairement à
ment vite. Au début des années 2010, les
teurs, lunettes connectées, bracelets et
canisme et à une entité par essence chargés
90 % des smartwatches du marché, nous
premières versions signées de grandes
autres objets numériques miniaturisés. Ce
d’affect. »
avons voulu apporter une esthétique horlomarques comme Sony, LG et Samsung ou
secteur, explique Tim Cook, « est le
de start-up comme Pebble et Omate se
deuxième plus gros levier de notre croissancontentaient de mesurer les pas, les disce après l’iPhone, seulement après trois ans
tances parcourues et les calories brûlées.
de démarrage de cette activité ». DeuxièSeule une poignée pouvait afficher des nomement, parce que l’industrie horlogère
tifications provenant du smartphone asrestera maîtresse des garde-temps de
socié. Aujourd’hui, les plus sophistiquées,
haute voltige, reflet d’un style, d’un saéquipées d’un GPS et d’un capteur de frévoir-faire technique et esthétique.
quence cardiaque, sont capables de rece« Apple vend une promesse d’obsolescenvoir et d’envoyer des SMS, de mesurer la
mêmes sensations au poignet
Après avoir lancé, l’an dernier,
ce, un modèle chassant l’autre, analyse
qualité du sommeil ou de lire de la musiqu’une montre mécanique
sa première smartwatch,
Cyrille Vigneron, PDG de Cartier, dont la
que. Peu à peu, ces produits, vendus quelde notre collection 1858.
le spécialiste de l’écriture
division horlogère enregistrerait une
ques centaines d’euros, ont grignoté les
Elle bénéficie de la dernière
présentera le 15 octobre
croissance à deux chiffres depuis deux
parts de marché des montres traditiontechnologie Snapdragon Wear
prochain la Summit 2.
ans. Il ne faut pas confondre le mythe du
nelles positionnées sur le même segment
3100 de Qualcomm et de
Cette montre, au boîtier de
progrès et la faculté de se réinventer. Nous
de prix. Un choix effectué d’abord par un
Wear OS de Google, d’une
42 mm, a vocation d’être
sommes connus pour le design de nos monpublic jeune bercé par l’univers du numéautonomie renforcée et
unisexe. « Nous sommes
tres qui ne vieillit pas : la Santos a 100 ans,
rique, habitué au smartphone et aux
de fonctions liées
les premiers à avoir misé
la Panthère, 30 ans, etc. Nous promettons la
achats en ligne, en Asie, puis en Amérique
au voyage, comme
sur un habillage 100 %
durabilité dans le temps. Nos modèles sont
et en Europe.
cette application
horloger, avec un boîtier
connectés à notre histoire, à nos émotions. »
Sceptique au départ, l’industrie horlodéveloppée pour les
en acier brossé, un verre
Même point de vue chez Patek Phillipe, où
gère a commencé à s’interroger sur le suastronautes permettant
saphir bombé, revendique
Thierry Stern, PDG de l’auguste manufacjet. Fin 2014, sachant qu’Apple allait sortir
de minimiser le jet-lag. »
Nicolas Baretzki, PDG
ture qui fabrique 60 000 montres par an,
une montre, Jean-Claude Biver, alors à la
À 970 euros, cette Summit 2
de cette entreprise de
nous confiait : « Mon chronographe à
tête de la division horlogère de LVMH, dédevrait, selon Montblanc,
Richemont. Cette version plus
quantième perpétuel a déjà enterré une decida que TAG Heuer allait développer avec
se vendre à plusieurs dizaines
compacte, avec un bracelet
mi-douzaine de générations d’iPhone, et ce
Intel un modèle connecté. Il a été lancé en
de milliers d’unités.
F. R.
interchangeable, offre les
n’est pas fini… » ■
novembre 2015. « En trois ans, nous avons
A
Exclusif : Montblanc se connecte
aux codes de l’horlogerie
De battre
son cœur
ne s’est pas
arrêté
P
eu avant l’été, le
dirigeant d’une fameuse
marque horlogère
helvétique entreprit de faire
visiter sa manufacture
de montres mécaniques à sa fille
de 20 ans. Biberonnée à la
Silicon Valley et vivant à L.A.,
cette dernière arriva dans
le Jura en traînant des pieds.
À l’issue de la visite des ateliers,
un miracle suisse se produisit.
La millennial s’écria : « C’est
dingue, Papa ! C’est la première
fois que je vois un truc qui
dure… » Serait-ce de la
génération qui jette tout que
viendrait ce retour de flamme
pour ces étranges et mystérieux
rouages inventés par grandpapa, il y a un milliard
d’années ? Peut-être. Si tant est
que les horlogers parviennent
à parler aux 18-25 ans. Ou, plus
justement, à transmettre le bon
message, celui que l’époque
veut entendre. Au XXIe siècle,
pour se vendre, un produit de
luxe doit être « cool », véhiculer
des valeurs louables, témoigner
d’une singularité universelle
- le fameux oxymoron :
« l’exclusif qui inclut » -,
être « respectueux » de tout :
populations, religions,
environnement, animaux…
Dans un monde digitalisé
où règnent les batteries,
le rechargeable, le jetable, ce
minuscule moteur mécanique
qui tourne 24 heures sur 24
est d’abord naturellement,
intrinsèquement durable.
Symboliquement, le gardetemps est un marqueur positif
de la réussite, il donne l’heure
des grands événements
d’une vie, il la rythme. Planqué
sous une manche de chemise,
il ne nuit à personne.
Cadrans et rouages témoignent
d’un artisanat propre à éveiller
l’attention sans risque
d’abrutissement oculaire ni
mental. In fine, si la technologie
naît du carré, la beauté vient
du cercle. Dans l’horlogerie,
tous les espoirs sont donc
permis.
24,3
millions
Nombre de montres
exportées par la Suisse
en 2017
18,4
millions
Nombre d’Apple Watch
expédiées en 2017
1 siècle
Durée de vie moyenne
estimée d’un
mouvement mécanique
de montre
APPLE INC. ; CARTIER ; DIODE SA-DENIS HAYOUN ; PRESSE
30
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LE FIGARO
CULTURE
jeudi 4 octobre 2018
31
Cat Power, sur la route
CHRONIQUE Avec l’album « Wanderer », l’Américaine revient en beauté mais rompt avec son label historique.
LA MUSIQUE
Olivier Nuc
onuc@lefigaro.fr
anderer est le premier
disque de l’Américaine Cat Power depuis
2012. Le temps a paru
bien long à tous les
amateurs de cette chanteuse extraordinaire, révélée il y a une vingtaine d’années avec des chansons sidérantes. On
était un peu inquiet au sujet de la quadragénaire, que l’on sait sensible et
vulnérable au possible. Malgré ses années de parcours, Chan Marshall a su
conserver son authenticité et son charme, bien plus que d’autres musiciens.
W
du début du siècle dernier : bluesmen,
chanteurs folk et country. « Je devais un
album à Matador, mon label historique »,
explique-t-elle. Après avoir découvert
qu’elle attend un enfant, elle trouve une
maison à Miami, en convertit une partie
en studio d’enregistrement, gravant
patiemment les perles qui constituent
ce nouveau disque.
On l’avait laissée avec l’album Sun, qui
marquait sa première incursion dans
l’univers des synthétiseurs et des programmations. « Ma maison de disques
avait exigé un album à succès », se souvient-elle. Mixé à Paris par Philippe
Zdar, Sun avait su se faire une belle place. « Je ne sais pas ce que c’est un album
à succès, mais j’ai essayé de faire en sorte qu’il me convienne avant tout », ditelle au sujet de cet essai réussi.
Pourtant, après la tournée afférente,
la chanteuse devra se mettre en retrait
pour soigner une déficience de son système immunitaire. « Une fois rétablie,
j’ai décidé de partir sur les routes américaines, une année entière. » Le titre
Wanderer (« Vagabonde », en français)
est une évocation de cette vie de hobo à
l’ancienne, qui inscrit Cat Power dans la
lignée des grands musiciens américains
Vulgaires commerçants
Nous sommes en août 2015, et le premier
morceau sur lequel elle travaille est
Woman. Se produisant elle-même, elle
vient au terme de la réalisation du disque avant de faire appel à Rob Schnapf
pour le mixer. « Rob est un des rares
types bien que j’ai croisés dans l’industrie
de la musique », dit-elle. Pendant ses
séances de travail, l’homme est harcelé
par la maison de disques de Cat Power,
qui réclame des tubes. Une incongruité
pour Matador, qui a longtemps défendu
la liberté artistique de ses signatures.
Crise oblige, même les tenants de l’indépendance deviennent de vulgaires commerçants. « Ils exigeaient de voir la
pochette aussi », ajoute-t-elle. Sur celleci, la chanteuse pose dans une robe à
fleurs, le visage caché mais avec une
guitare à la main et son fils devant elle.
Une image apaisée et douce à la manière
de ce beau disque. « Quand je leur ai envoyé la photo, Matador l’a rejetée. Ce
jour-là, j’ai pris une grande leçon de vie.
Ce label qui m’a défendu pendant plus de
vingt ans me considérait désormais comme un vulgaire produit. »
Par bonheur, le disque tombe dans les
oreilles des cadres du label Domino, qui
s’empressent de faire une proposition à
Cat Power. « J’avais fini par penser que je
ne valais plus le coup, que j’étais has
been », explique la jeune femme qui a
longtemps rêvé de devenir peintre
avant d’embrasser une carrière musicale. Emplies de force et d’amour, les
chansons de Wanderer sont parmi les
plus belles à porter au crédit de l’artiste,
qui a trouvé un appui en la personne de
Lana Del Rey. « Elle m’a citée publiquement dans une déclaration avant de
m’appeler pour me proposer une tournée
en sa compagnie. Sa reconnaissance a été
importante pour moi. » Sur l’album, les
deux chanteuses partagent le micro sur
Woman. « Lana m’a rappelé que mon
travail avait été important pour d’autres
personnes. Cela m’a donné de la force. Je
suis heureuse qu’elle soit entrée dans ma
vie alors que je me sentais isolée. »
Wanderer (Domino). En concert
le 25 octobre au Trianon (Paris XVIIIe).
Les 3 M de la chanson française
D
MUSIQUE Gérard Manset,
OLIVIER NUC
£@oliviernuc
ans la hiérarchie de la
grande chanson française, Barbara,
Brassens et Brel trônent au firmament. Ils sont parfois dénommés les
« 3 B » de la chanson française. Leur
influence – immense –, la pérennité
de leur répertoire et l’empreinte
que leur œuvre a laissée au cœur de
la culture française sont indéniables. Depuis leur disparition, de
nombreux artistes français exercent une influence importante. Le
hasard du calendrier veut que Manset, Murat et Miossec publient tous
les trois de nouveaux albums en
cette rentrée. Ces « 3 M » incarnent
une approche singulière de la chanson. S’ils ont chacun leur particularité individuelle, ils représentent
une écriture exigeante et
soignée, et une manière de
faire sonner la musique qui
doit davantage aux musiciens
anglo-saxons qu’aux monstres sacrés du patrimoine hexagonal.
Jean-Louis Murat et Christophe
Miossec publient des albums
très réussis. Et livrent les clés
de leur longévité.
sa production jusqu’au moindre
détail. Ces dernières années, la
cadence de ses réalisations s’est accélérée. « J’ai gardé beaucoup de
morceaux très longtemps. Avec
l’âge, je vois les choses plus posément. » Roman autobiographique,
recueil de photos, intégrale : Manset
a été très productif depuis 2012.
« J’ai conservé un côté enfantin,
admiratif de quelque chose.
Quand je suis au travail, je ne
vois pas le temps passer, je
suis chez moi, je fais ce que
je veux, quand je veux. »
Héritier du précédent, Murat est une
autre belle anomalie
dans notre paysage
musical. Très populaire à la fin des
années 1980, il
construit une
discographie
Singularité majuscule
Révélé en plein Mai 68 avec le titre
Animal on est mal, Manset est une
figure très importante de cette scène. L’homme si discret – il ne s’est
jamais produit sur scène et accepte
très rarement d’être pris en photo –
bâtit depuis un demi-siècle une
œuvre conséquente. Fraîchement
paru, l’album À bord du Blossom affirme en beauté sa singularité majuscule. À l’heure où les enregistrements sont régis par une économie
de plus en plus drastique, Manset
propose un album foisonnant en
forme de superproduction. « Les
artistes auteurs dotés d’une grande
ambition d’écriture et de production
sont devenus rares », explique-t-il.
« Il n’y a plus que du rap, et moi j’arrive avec mon orchestre à cordes, des
choristes et une ribambelle de guitaristes », s’amuse-t-il. Ce perfectionniste maniaque conserve depuis ses débuts la maîtrise totale de
impeccable à une échelle désormais considérablement plus réduite. Après le radical Travaux sur la
N89, l’Auvergnat sort aujourd’hui
Il Francese, un disque plus accessible. « Il fallait absolument que je
passe par la case départ afin de repartir de plus belle. Après Morituri,
je ne savais pas où j’allais. Si je
n’avais pas chassé les mélodies et
tout ce qui ressemblait à une habitude, j’aurais arrêté définitivement »,
explique-t-il. Conçu avec Denis
Clavaizolle, complice depuis plus
de trente ans, Il Francese est un excellent cru d’un artiste très prolifique. « Je suis parti du principe que
j’allais composer au piano plutôt
qu’à la guitare. Enfant, je voulais
prendre des cours avec la dame qui
tenait l’harmonium à l’église, mais
mon père, qui me destinait à devenir
plombier zingueur, n’a jamais vou-
Jean-Louis Murat
lu », se souvient-il. Cet autodidacte
ultrasensible dédie ce nouveau
recueil à Christophe Pie, complice
de longue date disparu pendant
l’enregistrement de l’album. « Il a
passé toute son agonie avec nous, en
studio », confie-t-il.
Résistance au numérique
Travailleur acharné, il s’apprête à
repartir en tournée, dans des
conditions assez rudimentaires,
avec deux musiciens et deux techniciens seulement. La désaffection
des programmateurs de festivals et
l’émergence de productions plus
rentables ont rendu la chanson plus
fragile que jamais. « Il n’y a pas de
truc intermédiaire entre nous et Maître Gims », dit-il.
Plus jeune des trois, Miossec fait
peu ou prou le même constat.
Vingt-trois ans après Boire, premier
Miossec,
l’art du naturel
Sur ce onzième album studio,
Miossec se réinvente une
nouvelle fois avec subtilité.
Jamais le chanteur n’avait signé
un disque aussi lumineux
et accueillant. Les mélodies
sont mises en valeur par
une réalisation aussi originale
que dépouillée : Miossec
a volontairement restreint
l’instrumentarium et conservé
des parties musicales jouées et
non programméessur ordinateur.
Le résultat, d’une grande
fraîcheur, permet de le
redécouvrir. Et, déjà d’installer
ces Rescapés auprès des
meilleurs disques de son
auteur, Boire et 1964.
Les Rescapés (Columbia/
Sony Music) O. N.
album fracassant qui avait révélé
son écriture sèche et sa voix sans afféterie, le Brestois sort un de ses
meilleurs albums, Les Rescapés. « À
chaque disque, j’ai le sentiment de repartir à zéro, c’est agréable »,
avoue-t-il. Bourré de mélodies simples et directes, bénéficiant d’une
réalisation intemporelle, l’album est
celui sur lequel son auteur s’est le
plus impliqué. Dans l’intervalle, il
aura souvent délégué les décisions
artistiques faute d’assurance : « Je ne
fais pas assez confiance à mes goûts,
alors je laissais des gens plus professionnels prendre le pas. Avec le risque
de banaliser le propos. » Depuis trois
albums, Miossec s’est réapproprié
son outil de travail, en enregistrant
chez lui et en prenant en charge les
parties de guitare : « L’idée, c’est de
définir une aire de jeu délimitée et de
construire dessus ensuite. » À la manière du dogme de Lars von Trier, le
chanteur s’est volontairement limité à un nombre d’instruments restreint cette fois. « Toutes les parties
sont jouées, aucune source ne provient d’un ordinateur », dit-il fièrement. À sa manière douce, Miossec
incarne lui aussi une forme de résistance au diktat du tout-numérique
qui prévaut sur bon nombre de disques aujourd’hui. « C’est plutôt pas
mal si les vieux se réveillent », dit-il
en souriant, conscient du risque insidieux d’autocensure. « Tant qu’on
peut me laisser travailler comme je
veux, ça va. D’autant que je ne
représente pas un enjeu pour la grande maison de disques à laquelle j’appartiens. Et je suis content d’être toujours là. » ■
Manset, puissant
et original
Gérard Manset
Intemporel et singulier que ce
nouveau Manset, cinquante ans
après le premier. À bord du
Blossom confirme l’extravagante
créativité du septuagénaire.
Véritable péplum sonore, ce
disque très écrit, très arrangé
et très bien interprété confirme
qu’il est un auteur-compositeur
résolument à part. Foisonnant,
habité, exalté souvent, ce recueil
ravira les exégètes de l’artiste, cet
exigeant iconoclaste qui continue
de faire cohabiter des guitares
électriques très rock (Manilla Bay)
avec une écriture puissamment
littéraire. À bord du Blossom
(Parlophone/Warner Music) O. N.
Christophe
Miossec
A
Après la déconstruction
à l’œuvre sur le déstabilisant
Travaux sur la N89, Murat
renoue avec le format des
chansons. On ne l’avait pas
entendu aussi inspiré depuis
Babel, gravé avec le Delano
Orchestra. C’est auprès de son
collaborateur historique Denis
Clavaizolle qu’il a assemblé ces
pièces réglées avec minutie.
Concis, ramassé et précis,
l’album est dédié à Christophe
Pie, son vieux complice.
Le timbre de Morgane Imbeaud
habille en beauté le délicieux
Hold Up. Sweet Lorraine est
un bel hommage à la soul music
dont continue de s’abreuver le
chanteur. Il Francese (PIAS) O. N.
FRANCK LORIOU/PIAS, WARNER MUSIC, YANN ORHAN, COLUMBIA
Murat,
reconstruction
en vue
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jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
32 CULTURE
Pissarro, des pois et une mesure
PATRIMOINE La justice a ordonné la restitution d’un tableau, volé en 1943, à la famille Bauer.
La toile a été vendue en 1995 à un couple d’Américains, qui va se pourvoir en cassation.
O
n va nous le rendre ! » JeanJacques Bauer, 89 ans, a appris la nouvelle,
mardi après-midi, avec le sentiment
d’avoir remporté une « victoire sur la barbarie » : soixante-quinze ans après le pillage de la collection de son grand-père, Simon Bauer, la justice française a confirmé
la restitution d’un Pissarro, La Cueillette
des pois, un des clous de la collection. Acquis par un couple américain, les Toll, en
1995, le tableau faisait l’objet d’un litige
depuis un an et demi. L’avocat des Toll,
Ron Soffer, a annoncé qu’ils se pourvoiraient en cassation.
L’affaire du Pissarro oppose les Bauer et
les Toll, deux familles juives de part et
d’autre de l’Atlantique. La première,
d’origine alsacienne, est descendante du
collectionneur spolié. Elle est représentée
par Jean-Jacques Bauer, le petit-fils de
Simon, un homme tenace, qui a passé
cinquante ans de sa vie à réparer l’outrage
fait à son grand-père. En face se tiennent
les époux Toll, collectionneurs américains ayant fait fortune dans l’immobilier
et résidant en Floride. Détenteurs d’une
belle collection d’impressionnistes, ces
derniers ont acquis La Cueillette des pois à
New York, en 1995, lors d’une vente aux
enchères (pour 882 500 dollars). Ils sont
considérés par la cour d’appel de Paris
comme étant de « bonne foi ». Si les maisons de vente se doivent aujourd’hui de
faire des recherches poussées sur la provenance des œuvres, ce n’était pas automatiquement le cas en 1995. « Mes clients
n’avaient aucune idée du passé du tableau,
affirme Ron Soffer, l’avocat des Toll.
Décrochée à Marmottan
WIKIMEDIA COMMONS
«
Mais La Cueillette n’est pas retrouvée, et
le collectionneur meurt en 1947, sans
avoir obtenu réparation.
Le tableau réapparaît une première fois
en 1965, à New York. Alertés, les descendants de Simon ne réussissent pas à le rapatrier. Bien plus tard, ils seront
d’ailleurs indemnisés par l’État français
et récupéreront 109 000 euros – une
somme qu’ils vont devoir rembourser.
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
Les Toll avaient acquis La Cueillette des pois (1887) de Pissarro lors d’une vente aux enchères à New York pour 882 500 dollars.
Aujourd’hui, on leur demande de payer
pour les crimes de Vichy. »
Pour motiver sa décision, la cour d’appel de Paris s’appuie sur un texte d’exception, datant de 1945. Édité dans la foulée de la Libération, et alors que les Juifs
de France ont été intégralement spoliés, il
pose le principe de « la nullité des actes de
spoliation accomplis par l’ennemi ou sous
son contrôle », pendant l’Occupation. La
bonne foi des époux Toll, estime la Cour,
n’est donc pas un motif valable. Et ce,
même si La Cueillette des pois a été revendue plusieurs fois depuis son vol.
Peint en 1887, le tableau est cédé par le
marchand Théo Van Gogh à Simon Bauer,
la même année. Il fera partie d’une collection de 93 tableaux, constituée par cet ancien industriel de la chaussure. Mais le
1er octobre 1943, Bauer voit ses biens en-
tièrement saisis à son domicile. Un administrateur provisoire véreux, désigné par
le Commissariat aux questions juives de
Vichy, fait main basse sur ses chefsd’œuvre, qu’il s’empresse de revendre,
sous le manteau. On sait que le Pissarro
est cédé 250 000 francs à une certaine
Madame Louviot.
De retour du camp de Drancy, en
1944, Simon Bauer va déposer plainte.
La famille n’est pas au courant de la nouvelle vente organisée par Christie’s, en
1995, au profit des Toll. Pour les Bauer, le
tableau ne refait surface qu’en février 2017,
à l’exposition « Pissarro, premier des impressionnistes » au Musée Marmottan, à
Paris. La Cueillette, assurée pour 1,75 million de dollars, a été prêtée par les époux
Toll et figure en bonne place dans l’exposition. Après avoir reconnu le tableau qui
trônait autrefois dans la salle manger familiale, Jean-Jacques Bauer va le faire placer
sous séquestre. Et engager une procédure.
« Ce n’est pas une question d’argent, c’est
une question de principe », expliquait-il au
Figaro, en mai dernier.
Dans la longue histoire de la réparation
des spoliations juives, c’est la seconde
fois qu’un tribunal s’appuie sur l’ordonnance de 1945 pour ordonner une restitution. « La justice a réaffirmé qu’il ne
pouvait pas y avoir de prescription pour les
crimes contre l’humanité », décrypte
l’avocat Corinne Hershkovitch. Près de
100 000 œuvres d’art ont été volées par le
régime nazi, en France, principalement à
des Juifs. 65 000 ont été rapatriées d’Allemagne. Si 2 000 restent encore en dépôt
dans les musées français, en attente de
leurs propriétaires, on ignore combien
sont encore entre des mains privées. ■
AGATHE POUPENEY/OPÉRA NATIONAL DE PARIS
« Les Huguenots »,
une résurrection convenue
LYRIQUE Remontée pour les 350 ans de l’Opéra de Paris, cette œuvre
de Meyerbeer ne donne pas idée de sa démesure originelle.
CHRISTIAN MERLIN
oué 1 118 fois entre sa création, en
1836, et sa dernière, le 28 novembre
1936, Les Huguenots de Meyerbeer
fut le plus grand succès de l’Opéra de
Paris après le Faust de Gounod. Et
puis plus rien. L’œuvre avait quitté l’affiche depuis quatre-vingt-deux ans. On a
régulièrement assisté à des tentatives de
réhabilitation du compositeur dont Wagner admira les triomphes avant de les jalouser. La plupart du temps, des coups sans
lendemain. Le retour des Huguenots au répertoire de l’Opéra de Paris allait-il marquer la renaissance attendue ? Pas sûr.
Question de fond, d’abord : le genre du
Grand Opéra historique, qui fut le Hollywood du XIXe siècle bourgeois, parle-til encore au public d’aujourd’hui ? Indéniablement, le métier de Meyerbeer fait
mouche, il sait trousser une action en cinq
actes, passant du bel canto orné aux fres-
J
ques chorales en traversant tous les styles.
On ne s’ennuie pas, mais on voit les ficelles, comme si l’on cochait un cahier des
charges avec ses codes et passages obligés.
Peut-être faudrait-il programmer ses opéras plus souvent pour se les réapproprier ?
Reste la réalisation, déterminante tant
la production d’Olivier Py à la Monnaie de
Bruxelles avait réussi à nous captiver. On
n’en dira pas autant du spectacle parisien,
typique de la soirée honorable mais pas
mémorable : insuffisant pour défendre un
répertoire marqué par la démesure.
Le défi de la distribution
La mise en scène lisible d’Andreas
Kriegenburg mise sur une sobriété intemporelle, dans un décor blanc coulissant et
des costumes stylisés, entre fraises Renaissance et lignes futuristes. Avantage : éviter
le kitsch et le mauvais goût. Inconvénient :
figer l’action dans une froide neutralité,
reposant sur une direction d’acteurs sommaire qui fait tomber à plat la scène de la
Saint-Barthélémy. Production du « nini », entre convention et relecture.
Distribuer ce répertoire est un défi,
tant il exige des chanteurs des prouesses
de puissance, de style et de technique. Là
encore, le plateau ne démérite ni ne fascine. Au ténor coréen Yosep Kang, on ne
peut en vouloir de ne pas avoir les épaules
de Raoul de Nangis : il a été appelé en
dernière minute et l’on ne peut que le remercier d’avoir sauvé la représentation
(mais était-il prudent de ne pas avoir
prévu de doublure ?). L’autre remplacement de ce plateau frappé de malchance
est pour le meilleur, grâce au chic et à
l’agilité irréprochables de la Marguerite
de Valois de Lisette Oropesa. Ermonela
Jaho a sa sincérité et sa magnifique expressivité à offrir au rôle de Valentine,
dont elle ne possède malheureusement
pas la tessiture de Falcon. On n’en remarque que plus la prestation éblouissante de Karine Deshayes dans le rôle
trop court du page Urbain. Du côté des
La soprano albanaise Ermonela Jaho et le ténor coréen Yosep Kang dans Les Huguenots.
voix graves, le Nevers de Florian Sempey
a tendance à forcer son émission, tandis
que Paul Gay est un peu éprouvé par la
tessiture inconfortable de Saint-Bris, les
émotions les plus authentiques provenant du Marcel de Nicolas Testé, aussi attentif à la ligne qu’à la langue. Bonne galerie de seconds rôles, emmenés par le
toujours parfait Cyrille Dubois.
La direction de Michele Mariotti, qui a
cautionné des coupures vraiment trop
drastiques dans la partition, manque
autant de folie que le plateau, concourant
à atténuer le souffle épique de ces tableaux grandioses. Mais on y gagne une
Caroline Vigneaux : femmes, je vous aime
SPECTACLE Dans « Croque la pomme », l’humoriste conte la « légende » d’Adam et Eve. Brillant et hilarant.
NATHALIE SIMON nsimon@lefigaro.fr
n tailleur-pantalon rouge,
perchée sur des talons à
semelles écarlates, Caroline
Vigneaux entre en scène sans
tambour ni trompette, posant
sans complexes mains sur les hanches
telle une Kate Moss au sommet. Puis,
sans attendre, l’ancienne avocate se lâche. Pour le plus grand bonheur des
dames. Après avoir « quitté la robe »
dans son précédent spectacle, elle
« croque la pomme » en racontant à sa
façon débridée la « légende des deux
culs nus » : Adam et Eve.
Caroline Vigneaux plaide la cause du
sexe dit faible, redore son blason avec
une culture, une énergie et un franc-
A
E
parler qui forcent l’admiration du public même masculin. Grâce à la jolie et
intelligente blonde, la voie des hommes ne sera plus jamais impénétrable.
Tête bien faite et bien pleine, elle
s’appuie sur la définition du féminisme
puisée dans l’histoire et le Code civil
français pour parler de « l’espèce
dominée par les hommes depuis plus de
deux mille ans ». Évoque son modèle,
l’avocate Gisèle Halimi, « pas connue
parce que toujours vivante », contrairement à Simone de Beauvoir et Simone
Veil, autres militantes féministes
auxquelles elle voue une admiration
sans bornes.
« Les femmes ont obtenu le droit de
vote en 1938 en… Turquie. En France, il
a fallu attendre 1944 et même 1945 pour
qu’elles votent enfin », rappelle Caroli-
ne Vigneaux. La quadragénaire au
langage châtié aborde des sujets graves
et fait, mine de rien, réfléchir avec une
légèreté non feinte. Il y avait longtemps qu’on n’avait pas autant ri. Et
appris.
L’expérience du barreau
Les auteurs des lois, souvent des hommes, sont épinglés avec pertinence et
impertinence, mais sans jugement
définitif. La première partie de spectacle « interactif » est une ode à la liberté
et à l’égalité. La seconde balaie
d’autres préoccupations chères à Caroline : le viol - d’abord « simple délit »
avant d’être considéré comme un crime -, le célibat, la garde alternée, la
quête de sa moitié « idéale » sur les sites de rencontres ou encore les pro-
priétaires de chiens qui omettent de
ramasser les déjections de leurs compagnons à quatre pattes.
Jusqu’à un final en apothéose dans
lequel Caroline Vigneaux lève avec
maestria tous les tabous (à voir absolument pour le croire). « J’ai perdu les
hommes, là ! » Les adeptes des onewoman-shows n’oublieront plus son
sketch sur le GPS pour trouver le
point G.
Son expérience du barreau complète
son jeu de comédienne. C’est peu dire
que Caroline Vigneaux occupe l’espace. Et les esprits longtemps après le
spectacle. ■
« Caroline Vigneaux croque la pomme »,
Palais des Glaces (Paris Xe),
www.palaisdesglaces.com
ou tél. : 01 42 02 27 17.
élégance et un fini instrumental qui mettent admirablement en valeur l’art d’orchestrateur de Meyerbeer. L’Orchestre
de l’Opéra y trouve une occasion idéale
de faire valoir la grande classe de ses solistes, à commencer par Pierre Lénert,
qui dame le pion au ténor dans le grand
solo d’alto de l’air Plus blanche que la
blanche hermine. Personnage principal de
l’opéra, le Chœur est magnifique de bout
en bout. ■
À l’Opéra Bastille (Paris XIIe)
jusqu’au 24 octobre. Retransmis
dans les cinémas UGC le 4 octobre
et sur France Musique le 21 octobre.
ZOOM
Fin de partie musicale pour
la maison de Pierre Henry
Malgré les pétitions, la maisoninstrument du compositeur à Paris
ne sera pas sauvée. Les siens
quitteront les lieux le 31 octobre.
Les 14 000 bandes partiront à la BNF,
le studio Son/Ré sera reconstitué
au Musée de la musique, et le fonds
iconographique et les archives
seront déposés dans un local
3, passage Hennel (XIIe). Ce grand
mouvement s’opérera en musique
avec deux concerts. À l’Athénée
le 15 octobre, avec L’Apocalypse
de 1968, et à la Gaîté lyrique le
31 octobre, avec Le Voile d’Orphée,
Variations pour une porte et un
soupir, etc. Pour ces deux concerts,
Nicolas Vérin pour L’Apocalypse
et Thierry Balasse à la Gaîté lyrique
joueront sur l’orchestre de hautparleurs de Pierre Henry, décuplant
la puissance de ses œuvres.
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LE FIGARO
jeudi 4 octobre 2018
STYLE
33
Que la force soit avec elles
Les métiers d’art
français récompensés
COLLECTIONS
Sous l’ère Obama, la rumeur courait
qu’Anna Wintour aspirait à devenir
ambassadrice des États-Unis.
Si elle n’a pas décroché le poste,
sa présence, mardi au Quai d’Orsay,
a causé son petit effet. La rédactrice
en chef de Vogue US assistait
à la remise du Prix du rayonnement
économique à Bruno Pavlovsky,
président des activités mode
de Chanel, pour son engagement
auprès des métiers d’art français.
En prélude, la sénatrice et membre
du jury Catherine Dumas expliquait
que « ces métiers concernent environ
38 000 sociétés qui emploient près
de 60 000 salariés […]. Près de 99 %
d’entre elles sont des PME. Ces
structures sont fragiles, précieuses
car détentrices d’un savoir-faire rare.
Elles doivent être protégées. »
Une réflexion menée par Chanel,
dès 1985, qui lance alors un plan
d’acquisitions sous le label Paraffection
comptant désormais 26 maisons.
Bruno Pavlovsky rappelait, à son tour,
les relations que Gabrielle Chanel
entretenait avec le plumassier
Lemarié, le bottier Massaro,
l’orfèvre Goossens… et aujourd’hui
la contribution de Karl Lagerfeld
au rayonnement de ce patrimoine
artisanal. « Sans le talent et le courage
de ces métiers, la mode française ne
serait pas tout à fait la mode française,
ici et au-delà de nos frontières »,
concluait M. Pavlovsky.
H. G.
La féminité version Miuccia Prada déroute, elle aussi. Depuis 1988 chez
Prada (avec du Nylon sur les podiums,
des robes épurées à l’extrême et des
sacs à dos en guise de sac à main), depuis 1993 avec Miu Miu (ses strass gros
comme des cailloux collés sur des serre-tête de gamines pas sages, ses souliers œuvres d’art, sa palette acide),
l’Italienne se délecte de casser les codes
du bon goût. Pensée, à l’origine, comme la ligne « petite sœur », Miu Miu
s’est affranchie, au fil du temps, de son
Hors podium
Delvaux
Louis Vuitton
statut de benjamine - c’est une marque
en soi. Quelques heures avant la clôture
de la Fashion Week au Louvre par Louis
Vuitton, la signora Prada investit comme à son habitude le Palais d’Iéna. Elle
raconte l’histoire d’une bande de filles
aux longs cheveux hirsutes et à la frange mal coupée, en robes du soir de taffetas froissé, effiloché, qui sortent en
fond de jupe transparent, leurs cannes
de serin dans des chaussures trop grandes. Les jupes à godets sont taillées dans
du denim proprement sali, les cardigans noués dans un esprit couture. Une
série de vestes de bureau en toile de laine grise, à simple ou double boutonna-
Miu Miu
ge portées sur… rien, démontre qu’une
belle pièce fait la silhouette. Pour parfaire le tableau, la musique. Les Miu Miu
girls serpentent dans l’assemblée au
son du piano - les titres 17 Days et Purple Rain de l’album posthume de Prince, Piano & A Microphone 1983 sorti il y
a une dizaine de jours. Un bijou !
Chez Leonard, Christine Phung articule
son printemps-été 2019 de la façon suivante : les premiers looks « tailleur »
sont architecturés, épaulés, cousus de
poche pour se déconstruire au fil des
passages, se débarrasser des détails, jusqu’à devenir de simples carrés de jersey
de soie imprimés à nouer. Inspirée par
la réserve du Masaï Mara au Kenya, la
styliste a sélectionné parmi les riches
archives de la maison des imprimés savane, des fleurs sauvages, dont elle délave les teintes pour leur donner l’aspect
d’une nature brûlée par le soleil. En parallèle, la griffe célèbre ses soixante ans
avec une collection capsule en jersey de
soie signature. Six silhouettes (combinaison, robe d’hôtesse, pantalon ample)
imprimées d’orchidées aux couleurs
poudrées, de lotus sur fond de fuchsia et
de noir, revues et corrigées par la directrice artistique, disponibles en boutique
en novembre.
É. F.
Le dernier-né du maroquinier
de la couronne belge est une pure
merveille. Imaginé par le créateur
français Jean Colonna (devenu
rare), le XXL est un détournement
du Brillant, le sac emblématique
de Delvaux. Extra grand,
extra moelleux (taillé dans un cuir
de veau transparent d’un luxe fou,
noir ou brun), extra réussi, extra
cher (8 500 euros), ce modèle édité
à 80 exemplaires arrive en boutique
en avril prochain - nous aurons
l’occasion d’en reparler. Pour
le reste, la collection printanière
met à l’honneur le raphia et des
cuirs naturels surpiqués de corde
(le Cool Box, notre photo), des
camaïeux de couleurs brandy pour
le Tempête, une bandoulière en
chaîne pour le Madame et un cuir
grainé, souple, pour le Brillant Fly.
Paris est un podium
VALÉRIE GUÉDON vguedon@lefigaro.fr
La semaine dernière, si vous vous baladiez à Paris, il vous est peut-être arrivé de tomber nez à nez avec un mannequin en plein défilé. Sur la passerelle
des jardins d’Éole, mardi matin, où
présentait Marine Serre. Sur le parvis
du
Parti
communiste
d’Oscar
Niemeyer, où se tenait le finale du label Koché, un peu plus tard dans la
journée. Ou le soir même, au Trocadéro, lieu d’élection de la griffe Saint
Laurent. Mercredi, c’était le trottoir de
la rue François-Ier, pour la collection
Courrèges devant la boutique historique. Jeudi ? L’esplanade du Palais de
Tokyo « enflammée » par la performance de Rick Owens. Et dimanche,
sur les quais de Seine, où mouillait la
péniche des égéries L’Oréal.
« La mode est la rue ! »
Climax de ces présentations ouvertes
aux Parisiens, samedi soir, Sonia
Rykiel sur le boulevard Raspail ou,
plus exactement, dans l’allée qui porte
son nom, inaugurée, en prélude au
show, par Anne Hidalgo. « Voilà, la
mode est la rue ! s’exclame Jean-Marc
Loubier, son PDG. Les gens, qui sont
venus nombreux ici ce soir, et pas seulement les médias et les acheteurs, ont envie de se retrouver et de partager. Quoi
de mieux qu’un petit marché parisien
dans le VIe arrondissement pour cela ? »
Même sentiment pour Nathalie Rykiel,
la fille de la créatrice germanopratine,
qui, dans son discours, imaginait ce
Germanier
Défilé Marine Serre sur la passerelle des jardins d’Éole (Paris XIXe).
bout d’artère parisienne en un « podium […] pour que toutes les femmes
puissent défiler, se poser, se marrer,
exister. Les mannequins, les passantes,
les amis, les combattantes ».
Qu’il paraît loin le temps où, pour
pénétrer le lieu d’un défilé, il fallait
montrer patte blanche et se cacher au
regard de la population locale ! Le plan
Vigipirate en 2015 avait exacerbé cette
mode loin de la rue. Aujourd’hui, les
règles drastiques de sécurité sont toujours là mais se font plus discrètes pour
ne pas gâcher la fête. « Du point de vue
de la sûreté, nous travaillons très étroitement avec la Préfecture de police,
tient à rappeler Pascal Morand, le président exécutif de la Fédération de la
haute couture et de la mode. Nous voulons laisser les créateurs affirmer leur
MARINE SERRE
style en s’inscrivant dans l’aura et la diversité de Paris. »
Marine Serre a choisi de défiler, rue
Riquet, à la vue des habitants amusés
de ce coin populaire du XIXe arrondissement. « Un lieu symbolique, explique
la jeune créatrice. J’habite à côté, je
passe souvent sur ce pont avec cette vue
imprenable et inhabituelle sur la capitale,
entre les lignes de RER et le Sacré-Cœur,
façon carte postale. Même si cela n’a pas
été une mince affaire, je tenais à défiler
dans cet endroit, que le public s’assoie et
regarde les filles passer, comme on observe les gens marcher dans la rue. Un
peu plus tard après le show, j’étais attablée dans un café pas loin et plusieurs riverains sont venus me remercier et me
féliciter, ravis de cette occasion de donner une autre image de leur quartier. » ■
Kevin Germanier présentait
en showroom sa deuxième
collection. Le Suisse de 26 ans
a fait ses classes à la Central
Saint Martins, à Londres, où, par
débrouille, il a utilisé des stocks
d’invendus comme matière
première de ses prototypes. Un
geste éthique, dans l’air du temps
(cf. Ronald van der Kemp, Marine
Serre…), devenu le pilier fondateur
de Germanier. Il ne s’en vante pas,
mais cela ajoute un supplément
d’âme à sa marque du soir,
qu’il décrit comme « la plus
glamour, sexy, colorée possible, à
base d’upcycling ». En exclusivité
sur Matchesfashion.com
É. F.
A
a démonstration du pouvoir est l’une des marques de fabrique de
Louis Vuitton. Qui d’autre que le fleuron
de LVMH pour défiler au Musée du Louvre, symbole de la grandeur française,
dans les pas d’Emmanuel Macron ? Qui
d’autre pour habiller la première dame ?
Qui d’autre pour réunir, sur le même
banc, Isabelle Huppert, Léa Seydoux,
Alicia Vikander et Cate Blanchett habillées régulièrement par Nicolas
Ghesquière, le directeur artistique du
malletier ? « Depuis mes débuts - il y a de
longues années ! -, on dit de mes vêtements qu’ils donnent du pouvoir aux femmes, rapportait ce dernier à l’issue du
défilé après avoir embrassé un bataillon
de célébrités comme vu nulle part
ailleurs. J’ai voulu creuser ce thème récurrent de mon travail et, pour une fois,
ne pas prétendre raconter une histoire.
Chacune des pièces de ce printemps-été
répond à un seul critère : tenter de procurer la force et la confiance en soi. » L’absence de fil narratif explique en partie
l’impression très perturbante de ce défilé sis dans un tunnel en Plexi transparent, encadrant la fontaine historique de
la cour Carrée du Louvre. C’est bien du
Ghesquière mais explosé dans ses obsessions. Parfois extrêmement efficace - les
vestes à basques sont d’une perfection
rare, comme celles en double gomme
soudée aux lignes épurées, très proches
de son style époque Balenciaga. Parfois
déconcertant, à l’instar des combinaisons à épaules cercle entre Star Trek et
Cardin. L’architecture, fondement de la
silhouette du Français, est une réponse
assez évidente à la question de l’empowerment. Mais le designer propose
aussi des robes tee-shirts aux lignes
molles, des blouses cocon en matière
technique gaufrée, des tops aux manches bouffantes dix-neuviémistes, des
jeans roses motifs Kuramata et des robes
bustiers aux imprimés Memphis… Il envoie soudain trois mannequins aux forts
airs de garçon, un troisième genre, en
tailleur-pantalon. Le podium est-il un
territoire de revendication ? C’est ce que
pensent les médias anglo-saxons, qui
n’ont cessé, durant cette Fashion Week,
d’interpréter les longueurs d’ourlet et
les carrures des vestes à l’aune des scandales trumpiens. Le point de vue français est, nous semble-t-il, plus subtil.
« Si Chanel a donné la liberté aux femmes,
disait Pierre Bergé, Saint Laurent leur a
donné le pouvoir. » Marguerite Duras
écrivait au même sujet : « Les femmes de
Saint Laurent sont sorties des harems, des
châteaux et même des banlieues, elles
courent les rues, les métros, les Prisunic,
la Bourse. » Et cinquante ans après, la
mode court toujours après « elles »…
Cette collection LV n’est pas la plus simple à aimer, elle déroute à dessein,
Ghesquière estimant que, si sa mode est
puissante, c’est parce que sa radicalité
exige de la personne qui la porte de l’assumer, de faire des choix.
H. G.
FILIPPO FIOR/IMAXTREE.COM, ALESSANDRO LUCIONI, PRESSE
L
HÉLÈNE GUILLAUME
hguillaume@lefigaro.fr
ET ÉMILIE FAURE
efaure@lefigaro.fr
PrintempsÉté 2019
La Fashion Week
de Paris s’est
achevée mardi sur
deux défilés Louis
Vuitton et Miu Miu
au message puissant
sur la féminité et
le pouvoir, à travers
une esthétique
radicale pas vue
depuis longtemps.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 4 octobre 2018
34
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Hervé Parent, fondateur, organisateur du salon RENT (immobilier et nouvelles technologies)
« 2018, l’année des start-up dans l’immobilier »
A l’occasion du Salon RENT qui se tient les 3 et 4 octobre à la Grande Halle de la Villette à Paris, son organisateur
fait le point sur les principales innovations et les tendances du secteur.
Par Olivier Marin @OlivierMarin1
Quelles sont les principales innovations ?
Tout d’abord, des innovations d’usage, comme
par exemple une caution locative souscrite sur
HERVÉ PARENT : Effectivement, on assite à l’explosion Internet pour les personnes qui gagnent bien
de la Proptech. Proptech, c’est le nom anglo-saxon leur vie, mais qui ont des revenus atypiques,
donné aux start-up de l’immobilier. Depuis comme les professions libérales, ou les expatriés
peu, c’est l’émergence d’innovations dans ce de retour en France. Des visites virtuelles, qui
secteur avec tout ce qui gravite autour : les inves- sont de plus en plus réalistes, et qui permettent
tisseurs, les incubateurs, les salons spécialisés, les maintenant de se projeter vraiment dans le bien
et de tester plusieurs types d’améconférences, les publications…
nagements avant de se décider
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vont transformer l’immobilier
applications de la Blockchain pour
qui est, à leurs yeux, une industrie encore ancrée dans la vieille économie. l’immobilier, comme des assemblées de coproCette conviction les pousse à investir massivement priétés virtuelles qui évitent aux propriétaires
dans les secteurs innovants. Et du coup, de se déplacer.
le monde entier et bien sûr la France, suit ce
mouvement de fond. Les start-up sont en train Va-t-on vers la disruption du secteur ?
d’inventer l’immobilier de demain. Et d’ailleurs, Ce qui n’a pas changé, c’est le rôle joué par les
les Français considèrent que le numérique est professionnels. On pensait que les plateformes
le mieux à même de répondre à leurs attentes Internet mettraient les acheteurs et les vendeurs
comme en témoigne le sondage Ifop présenté en relation directe et que les intermédiaires
à l’occasion du salon.
étaient amenés à disparaitre. Cette rupture-là
«
»
n’a pas eu lieu. Ni en France où les professionnels représentent 70% du marché, ni ailleurs
dans le monde. De leur côté, les agents immobiliers américains ont réalisé 95% des
transactions, chiffre record au pays des innovations de rupture. Mais il y a aussi de vrais
changements en perspective. Par exemple aux
Etats-Unis, la société Opendoor propose aux
vendeurs d’acheter leur maison sur Internet en
48 heures. Cette société annonce qu’elle réalise
déjà 10% des transactions dans les villes où elle
est implantée. L’exemple est suivi partout dans
le monde et commence à émerger en France avec
notamment Dili ou encore Homeloop.
Quels sont les points forts de l’édition 2018 de
RENT ?
Nous avons 250 exposants et un village dédié aux
plus jeunes start-up. Avec une nouveauté, nous
organisons des rencontres entre 15 investisseurs
spécialisés dans l’immobilier et tous les innovateurs présents. Et côté prix et concours, Orpi
parraine le challenge LA Start-up RENT avec à la
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En vidéo sur Figaro Immo sur Lefigaro.fr
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LE FIGARO
jeudi 4 octobre 2018
TÉLÉVISION
En attendant
que les poules
aient des dents
BIEN VU
Anthony Palou
apalou@lefigaro.fr
C’est fou !
« Le tour de la question »
Europe 1 | 9 heures | Mercredi
U
« Complément d’enquête » part à la rencontre
de militants antispécistes prêts à l’action
commando, en volant par exemple des volailles
au sein même des abattoirs.
ÉRIC DE LA CHESNAIS £@plumedeschamps
Q
ui sont les militants antispécistes, ces radicaux prêts à se
mettre hors la loi pour défendre la cause animale ?
« Complément d’enquête »
tente ce soir de répondre à
cette question. Ne leur dites pas qu’ils
sont vegan (contre la consommation de
produits d’origine animale), cela leur
donne la chair de poule. Ils sont avant
tout des « antispécistes », c’est-à-dire
pour l’égalité des droits entre les animaux
et les humains. Pour eux veaux, vaches,
cochons et poulets sont des êtres sensibles dont la vie doit être respectée.
«Notre lutte est politique, celle des vegan
est alimentaire », insiste Tiphaine Lagarde,
tout de noir vêtue, arborant un sweatshirt sur lequel est inscrit le nom de l’association qu’elle copréside :
« 269 Life LA » (qui reprend le matricule d’un
veau sauvé de l’abattoir
suivi de « libération ani○○○¡
male »). « Avant, on pensait que les hommes de couleur n’avaient pas
d’âme et étaient des biens, ajoute de façon
abrupte la jeune militante. Aujourd’hui, on
pense que les animaux sont des biens. Peutêtre que demain cela changera. On l’espère.
Il faut des gens qui défrichent ces sujets-là,
donc il faut de l’action directe. » En clair, Ti-
Vol en réunion
Avant qu’elle ne débute, on retrouve six
militants en train de déguster des
spaghettis bolognaise où le hachis est végétal. Dr. Martens au pied, non pas en
cuir mais en matière synthétique imitant
la peau animale, ils se
préparent à aller « libérer » quatre-vingts poulets. On les accompagne
dans leur camionnette.
Ils retrouvent une dizaine d’autres activistes dans un bois. Tout a
été bien préparé. Une caméra infrarouge
permet d’assister aux dernières consignes. « Vos plaques d’immatriculation
sont bien cachées ? », demande Seylan,
qui dirige l’association avec Tiphaine.
« Alors c’est bon, on peut y aller », lance-
23.55
t-il. Puis ils arrivent sur le parking d’un
abattoir situé de l’autre côté de la frontière, apparemment en Belgique. Tout va
alors très vite. En moins de cinq minutes.
Chacun a un rôle précis. À l’intérieur de
l’abattoir, les membres du commando
mettent les poulets dans des cartons, puis
les chargent dans leurs véhicules.
« Ce n’est pas du vol, on sauve des animaux ! », souligne Tiphaine. En théorie,
les activistes encourent jusqu’à dix ans de
prison pour vol en réunion et dégradation
de lieux. Pour éviter d’être pris par la police, le commando s’enfuit à vive allure. À
nouveau en France, le convoi s’arrête sur
le parking d’une station-service. Objectif : offrir une vie tranquille aux poulets.
Ils seront répartis dans différents refuges
de l’Hexagone où ils pourront vivre à l’air
libre et mourir de leur belle mort. ■
« Sorry For Your Loss », avec Elizabeth Olsen, aborde avec délicatesse la résilience.
CONSTANCE JAMET £@constancejamet
t si vous profitiez de Facebook, non pour admirer les
photos des bambins et des
chatons de vos amis, mais
pour regarder une bonne série ? Un réflexe qu’il va falloir développer avec Facebook Watch. La plateforme gratuite du réseau social est
accessible depuis mi-septembre en
France avec, dans son escarcelle, une
belle pépite : Sorry For Your Loss.
Ces dix épisodes de trente minutes
que l’on trouve en tapant le titre du
feuilleton dans la barre de recherche de
Facebook chroniquent, entre rires et
E
FACEBOOK
Invité : Bruce Toussaint
Jamais mélodramatique, Sorry For Your
Loss, avec Elizabeth Olsen, évoque
le quotidien d’une jeune veuve.
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4848
HORIZONTALEMENT
1. Prend de la confiture au petitdéjeuner. - 2. Peut transpercer
une épaisse cuirasse. - 3. Pays du
passé dans l’imparfait. Propager
l’infection, en un sens. - 4. Remises dans le cornet. - 5. Dans
la terre ou sur le globe. Point de
départ d’une ascension lumineuse.
- 6. Son éclat est tranchant.
Demi-héros de blague. - 7. Fil
doux ou poil dur. Récipient d’air.
- 8. Entrent dans la composition
d’une dragée. Il travaillait à la casse.
- 9. Émanation putride. - 10.
Quatre vents. La plus ancienne
institution financière internationale.
- 11. N’a plus un sou en poche.
- 12. Obtenues par croisements.
Des militants de l’association 269 Life LA (« libération animale ») lors d’une opération
nocturne de libération de volailles dans un abattoir belge. FTV
Facebook réussit son entrée en séries
LE BUZZ TV
interviewé par Sarah Lecœuvre
et Damien Canivez aujourd’hui sur :
phaine comme les quelques autres militants de 269 Life LA veulent défendre leur
cause par tous les moyens quitte à enfreindre la loi. Certains militants ont déjà été
condamnés par la justice française, comme
cette adhérente qui doit payer 3 000 euros
d’amende et 1 000 euros de dommages et
intérêts pour préjudice d’image vis-à-vis
d’un abattoir qu’elle a réussi à bloquer.
Aussi, pour contourner la loi française,
l’association cible-t-elle désormais des
abattoirs frontaliers, situés à l’étranger.
Ce soir, les téléspectateurs de France 2
vont d’ailleurs suivre la dix-septième
opération nocturne de 269 Life LA.
VERTICALEMENT
1. Appel des tenants de la défense.
- 2. Descendre en mode mineur.
- 3. Soigne les déséquilibrés.
- 4. Ceci en plus court. A presque
fini son service. Lourds ballots.
- 5 . Te r re é tra ngè re . Da n s
l’atmosphère. Change rarement
de chaîne. - 6. Proposition à
défendre. Au revoir, messieurs
les Anglais. - 7. Cousin massif
de l’électron. Impose de retenir
les chevaux. S’exprime en rallant.
- 8. Elles s’intéressent éventuellement au basilic mais jamais au
romarin.
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4847
HORIZONTALEMENT 1. Glabelle. - 2. Régulier. - 3. Initiale. - 4. PTT.
Étoc. - 5. Piété. Ut. - 6. Écru. Ace. - 7. Mu. Fichu. - 8. Île. RP. - 9. Narre.
- 10. Aigu. Oxo. - 11. Urodèles. - 12. Détestée.
VERTICALEMENT 1. Grippeminaud. - 2. Lenticulaire. - 3. Agiter.
Ergot. - 4. But. Tuf. Rude. - 5. Éliée. Ire. Es. - 6. Liât. ACP. Olt. - 7. Lelouch.
Axée. - 8. Érecteur. Osé.
2
3
4
5
6
7
8
Leigh, qui a les traits d’Elizabeth Olsen, la sous-utilisée Sorcière rouge de
Marvel, est dans un état constant
d’anesthésie ou de colère. Elle peut débiter les pires vacheries à sa sœur (Kelly
Marie Tran, Star Wars) qui sort de déAu temps du bonheur
sintox ou à son beau-frère honni. Des
étincelles qu’attise parfois sans le vouDans la lignée de This Is Us, Sorry For
loir leur mère (Janet McTeer, Ozark).
Your Loss reflète le quotidien dans ses
petits riens : Leigh doit vider le placard
Délicate réflexion sur la résilience et,
de son époux ou essayer de sourire à un
in fine, la chance d’être vivant, Sorry For
ami qui lui annonce ses fiançailles. Le
Your Loss n’est jamais mélodramatique
moindre objet - un carnet de dessin, un
ou mièvre. En s’interrogeant sur la diffigalet - la plonge dans ses souculté de communiquer, de se
venirs. Le spectateur la découconformer aux vues de la société
vre, alors, avec ses proches au
sur le deuil, le feuilleton de Kit
temps du bonheur. Parfois tuSteinkellner semble parfaitement
○○○¡
multueux. Jamais idéalisé.
calibré pour son diffuseur. ■
larmes, la vie en vrac de Leigh. Instructrice dans le club de gym de sa mère, la
jeune femme a perdu son mari, il y a
trois mois, et a bien du mal à donner un
sens à son chagrin.
BRIDGE
PROBLÈME N° 2929 :
Jeu de masques
1
2
3
83
V54
D76
AD843
N
O
4
5
6
E
Contrat : Sud joue 6 Trèfles.
8
Entame : Valet de .
10
11
12
SOLUTION DU PROBLÈME DE DÉFENSE
N° 2928 : Pas de mauvais cas
Contrat : Sud joue 5 Carreaux.
La séquence (Tous vuln.) : Sud ouvre de 3 et Nord saute
à 5.
Entame : As de , coupé. Sud joue pour votre As (Ouest
défausse un ) et vous insistez à , coupé derechef.
Le déclarant joue maintenant pour son 9 que vous prenez
de la Dame. Et maintenant ?
S
A D V 10 9 2
R
A
R V 10 9 2
7
9
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
Sud possède sept et aucun . En rejouant , vous lui
permettez de faire trois levées dans la couleur, ce qui porte
son total à dix plis (trois , six et un ). Donc, quel que
soit le nombre de détenus par le déclarant, ce retour ne
livre jamais le contrat ou, autrement dit, il vous assure
de faire chuter à coup sûr. Il suffit de compter jusqu’à dix…
De peur (irraisonnée) de vous jeter dans la fourchette à ,
vous avez retourné en espérant la Dame chez le partenaire ? Catastrophe ! Sud est 0-4-7-2 avec la Dame de .
Il réalise cet honneur et ne perd plus ensuite aucune levée…
D5
A5
R 10 4 3 2
A V 10 9
AR943
V 10 8 7 6 2
N
10 8 7 3
RV9
O E A
S
8743
RD6
D642
DV98765
52
A
n sujet assez intéressant
chez Wendy Bouchard.
De quoi s’agissait-il ?
D’un anniversaire. Eh bien voilà :
« Le 1er octobre 1968, cinq publicités
en noir et blanc sont diffusées pour
la première fois sur l’ORTF juste
avant la grand-messe du journal
télévisé. » Cinquante ans.
Votre serviteur, né en 1965,
ne se souvient pas vraiment
de ce premier spot qui vantait
le Boursin. Un comédien répétait,
tel un « boursioman » en manque,
dix-huit fois le nom de ce fromage
en moins de trente secondes.
À l’époque, ces pubs, on
les appelait des « réclames ».
On repense à notre jeunesse,
on pense soudain à notre vieillesse.
Invités, Franck Tapiro, PDG de
l’agence Hémisphère Droit, Denis
Chauchat, concepteur-rédacteur
publicitaire, auteur des Bons Mots
de la pub (Éd. Hoëbecke),
et Karl Zéro, détourneur de pub,
se souviennent. Ils se remémorent
surtout ces slogans efficaces
dans les années 1980 qui ont
dépoussiéré le genre. « Si Juvabien,
c’est Juvamine », « Quand c’est bon,
c’est Bonduelle », « Oasis, Oasis,
mais qu’est-ce tu bois, doudou,
dis donc ! » - une pensée pour
Carlos –, « Quand c’est trop, c’est
Tropico », « Ba-ba-ba Babybel »…
On passera sur la saucisse Herta,
sur Belle des champs (musique
composée par Richard Gotainer),
sur Findus, sur l’ami Ricoré, etc.,
ces simplettes mélodies entêtantes
que l’on sifflotait en allant aux
toilettes. Car on ne se lève pas
uniquement « pour Danette, pour
Danette » : les Français se rendent
également, pendant la pub, dans
une autre pièce, ou en profitent
pour changer de chaîne, à moins
qu’ils n’éteignent leur poste.
Nous avons aussi appris que Michel
Berger avait composé quelques
notes pour « Orangina, secouezmoi, secouez-moi », que Dave avait
vanté un fromage hollandais et que
le fécond et rusé Charles Aznavour
avait prêté sa voix pour Wizard,
un désodorisant, sur la musique
de « For me, formidable »…
3
5
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jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
36 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE St-François
Soleil : Lever 07h55 - Coucher 19h23 - Dernier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. 20.00
Le 20h 20.35 Le 20h le mag. Magazine 20.50 C’est Canteloup
18.45 N’oubliez pas les paroles ! Jeu
20.00 20 heures 20.40 Un si grand
soleil. Feuilleton.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Série. Policière
Magazine. Reportage
Film. Drame
19.20 Nos chers voisins. Série. Avec
Martin Lamotte, Isabelle Vitari.
MATIN
21.00 Kick-Ass 2
12
Film. Comédie. EU. 2013. Réal. : Jeff
Wadlow. 1h39. Avec Aaron TaylorJohnso. Dave décide, avec l’aide de
Mindy, de lancer la première association de super-héros de l’histoire.
10
11
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7
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12
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8
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22.55 Chroniques criminelles. Magazine. Présentation : Magali Lunel.
9
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6
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8
9
40
Insoupçonnable
Envoyé spécial
Fra. Saison 1. Avec Emmanuelle Seigner, Melvil Poupaud, Patrick Chesnais, Claire Keim. 2 épisodes. Inédits.
Florence a disparu. Les équipes de
police s’activent pour la retrouver
avant qu’il ne soit trop tard.
Prés. : Élise Lucet. 1h55. Inédit. Au
sommaire notamment (susceptible
d’évoluer en fonction de l’actualité) : «Jambon de Parme, une vie de
cochon !» - «Quand nos animaux
disparaissent...».
23.00 New York, section criminelle Série. Policière. EU. Avec Vin-
22.55 Complément d’enquête
22.55 Soir/3 23.35 BNP-Paribas,
Magazine. 0.05 Une nuit pour les animaux 0.10 SOS pangolins en danger
dans les eaux troubles de la plus
grande banque européenne Doc.
cent D’Onofrio. 4 épisodes.
24 jours, la vérité
sur l’affaire Ilan Halimi
Fra. 2013. Réal. : A. Arcady. 1h50. Inédit. Avec Z. Breitman. Le 20 janvier
2006, Ilan Halimi, 23 ans, a rendezvous avec une jeune femme rencontrée dans la boutique où il travaille.
10
10
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19.00 C à vous. 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
9
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13
20.50 Le mystère
des géants disparus
15
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10
Doc. Découverte. Fra. 2018. Réal. : E.
Ellena et P.-Aurélien Combre. 1h35.
Inédit. La Terre a été peuplée par
d’étonnants animaux.
22.25 C dans l’air. Magazine 23.30 C
à vous 0.25 C à vous, la suite. Mag.
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APRÈS-MIDI
20
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19.50 L’info du vrai, le mag (C). Magazine 20.50 Le JT pressé (C) 20.55
Catherine et Liliane (C).
19.00 Les couleurs du Maroc
19.45 Arte journal 20.05 28 minutes
20.50 50 nuances de Grecs. Série.
19.45 Le 19.45. Présentation : Xavier de Moulins 20.25 Scènes de
ménages. Série. Avec M. Game.
21.00
20.55
21.00
Série. Drame
Série. Drame
Film. Action
20
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19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Jim Parsons. (2 épisodes).
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20
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23
21
21
22
19
23
20.55 Héritages
Magazine. Société. Prés. : Jean-Marc
Morandini. 1h50. Inédit. Jean-Marc
Morandini relate le déchirement
de familles autour d’héritages aux
quatre coins de l’Hexagone.
23
24
22
24
24
22
30
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26
22.45 Héritages. Magazine 0.35
Crimes. Magazine.
23
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26
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24
27
25
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50
25
19.55 Les maîtres de l’auto. Série
documentaire. Le prix de la rareté.
Killing Eve
EU. Saison 1. Avec Sandra Oh, Jodie
Comer, Fiona Shaw, Kim Bodnia,
Sean Delaney. 2 épisodes. Inédits.
Les tensions internes s’amplifient à
Moscou, au point qu’Eve n’accorde
sa confiance à personne.
22.30 Rolling Stone Magazine :
Stories From the Edge Série 23.15
La fille dans le brouillard. Film.
Les héritiers
Dan. Saison 2. Avec Karla Løkk,
Carsten Bjørnlund. Saison 2. Inédit.
Un an s’est écoulé depuis la mort de
l’artiste Veronika Gronnegaard, qui
a laissé en héritage son majestueux
domaine à sa fille cachée, Signe.
22.50 Les héritiers Série. Drame
0.40 Les hommes, ça ne pleure pas.
Film TV. Drame 2.15 Arte journal
EU. 2014. Réal. : Babak Najafi. 2h00.
Inédit. Avec Gerard Butler. Au Pakistan, le trafiquant d’armes Aamir
Barkawi célèbre le mariage de sa fille
lorsqu’un drone américain cible un
missile qui s’abat sur sa résidence.
19.05 TPMP : première partie. 20.10
Touche pas à mon poste !
21.00 Taxi 4
21.00 Esprits criminels :
unité sans frontières
21.00 Enquête sous haute
tension
Série. Policière. Avec Gary Sinise.
2 épisodes. Après le meurtre d’un
Américain d’origine cubaine, les
autorités des deux pays coopèrent.
Magazine. Société. Prés. : Carole
Rousseau. 2h00. Police, pompiers,
Samu : un été chaud sur la Côte
d’Azur. Inédit.
22.30 Esprits criminels : unité sans
frontières. Série. 4 épisodes.
23.00 Enquête sous haute tension.
Magazine. Prés. : Carole Rousseau.
SU DO KU
GRILLE 2683 CONFIRMÉ
SOLUTION DU N° 2682
8
2 3
2 7 3
1
5
2 6
3
4 1
6 5
8
4
2 1
5 4
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5 2
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21.50 Mercedes-benz 540K, la voiture de légende. Documentaire.
21/24
19/24
7/19
10/14
13/18
23/33
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
20.10 Rénovation impossible. Téléréalité. Faire table rase.
VENDREDI
21.00 Just Married (ou presque)
8/23
Film. Comédie sentimentale. EU.
1999. Réalisation : Garry Marshall.
1h55. Avec Julia Roberts. Un journaliste new-yorkais rédige un article
sur une femme.
2
4
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3
9
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5
7
9
6
5
9
4
7
2
6
3
8
1
DÉCOCTION
RAMENÉS
DE FORCE
IL VA À
L’ÉGLISE
LOUP
DE MER
et sur
PARTIE
DU COU
CARTES À
CLASSER
ÇA VAUT
DE
L’ARGENT
BOUGEA
SIGNE
PARTICULIER
SANS PITIÉ
SIGNATURES
CODÉES
TEST PAR
SCARIFICATION
PLACÉ
EN HAUT
FAIRE
DES VERS
UNE
LETTRE
POUR UN
DÉTAIL
IL SE
MESURE
SUR LA
RÈGLE
COMPLÈTEMENT
DANS LA
PURÉE
REFUSAI
DE
RECONNAÎTRE
REGARDE
DE FAÇON
DISCRÈTE
PRENDRE
LA PORTE
JEUNE
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TEXTO !
ON
L’UTILISE
POUR
MONTRER
TRAVAUX
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TROP
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TRÈS PEU
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9/14
9/18
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DIMANCHE
11/23
par téléphone :
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BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
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TUNIS
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NOTE
À CLÉ
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ABRÉGER
GALETTE
DE MAÏS
14/16
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23.10 Rénovation impossible. Téléréalité. Couper la poire en deux.
10 à 20 20 à 30 30 à >40
SAMEDI
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0 à 10
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
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MOTS FLÉCHÉS N°2092
Chaque jour un peu plus difficile
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<-10 à 0
Doc. Science et technique. 1h00.
Inédit. Ce documentaire suit la
conception de la voiture la plus
chère de Rolls-Royce, la Celestial.
22.55 La chute de la Maison
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec David Salles.
22.40 Taxi 3. Film. Action. Avec Frédéric Diefenthal, Samy Naceri.
20.50 Les coulisses
de la Rolls-Royce Celestial
Blanche Film. Action. Avec Gerard
Butler, Morgan Freeman.
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien.
Film. Policier. Fra. 2006. Réal. : Gérard
Krawczyk. 1h27. Avec Samy Naceri.
Daniel et Émilien font à nouveau
équipe pour traquer un dangereux
braqueur surnommé «le Belge».
A
La chute de Londres
24
T (en °c)
SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
O
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A B O L I E
A G G L OM E R
T R A D I T I O N A L I S T
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LE FIGARO
jeudi 4 octobre 2018
37
Pierre Rambert,
du Lido au Capitole
Thierry Hillériteau
£@thilleriteau
’
opéra ? « Je suis tombé dedans tout
gamin », explique Pierre Rambert
de sa voix traînante. Jusque-là, ce
danseur et chorégraphe était surtout connu des amateurs de musichall. Vingt années durant, c’est en
effet lui qui veilla sur l’âme et la
destinée du Lido. De 1994 à 2014, il
en fut le directeur artistique. Perpétuant l’esprit de
troupe qui avait été insufflé par Margaret Kelly
Leibovici, alias Miss Bluebell : la fondatrice des fameuses Bluebell Girls du Lido. Véritable institution
des nuits parisiennes, c’est elle qui avait embauché
Rambert. D’abord comme simple danseur.
« C’était dans les années 1970. J’avais eu quelques
années auparavant une première expérience inoubliable dans le music-hall, au Casino de Paris avec
Roland Petit, et hésitais encore avec une carrière
dans le ballet classique », se souvient-il, avec un
pincement au cœur.
Entré simple « garçon du Lido », élevé trois années plus tard au rang de premier danseur par l’incontournable chorégraphe Donn Arden, il officia à
ce poste pendant huit ans de sa vie. « À l’époque
nous n’avions pas de jours de repos. C’était intense
artistiquement et humainement. C’est à ce moment
que j’ai compris ce que compagnie voulait dire. Mais
aussi que j’ai pris conscience de la lassitude qui guette, si l’on n’y prend pas garde, celui à qui l’on deman-
L
JULIE GUILLOUZO
SUCCÈS Le chorégraphe, ancien directeur artistique
du célèbre cabaret parisien, signe à Toulouse, jusqu’au 7 octobre,
sa première mise en scène d’opéra avec « La Traviata » de Verdi.
de de danser douze soirs de suite en gardant toujours
Né à Vichy, de parents enseignants et dans une
la même place. Tant sur le plan moral que physique.
fratrie de trois garçons, Pierre Rambert a de fait
Vous savez, il y a des soirs où le maquillage ne prend
toujours nourri une égale passion pour la musimême plus sur la peau tellement le corps se sent
que, la danse classique et la littérature. « J’ai un
usé », raconte-t-il. Une expérience qui lui fut esgrand privilège : celui d’avoir eu des parents très
sentielle pour succéder à Miss Bluebell à la tête du
ouverts sur la culture, et qui m’ont toujours encouballet, puis comme directeur artistique. « J’ai passé
ragé dans mes découvertes artistiques », reconbeaucoup de temps à faire mon autocritique, pour
naît-il. Par conviction. Mais aussi par atavisme.
trouver comment apporter du sang neuf
« Ma mère avait elle-même fait pas
et de l’air à ce que je considérais, tant
mal de piano dans son enfance.
que j’en étais le directeur, comme une
Quant à mon grand-père paternel,
véritable compagnie. Au même titre et
il était gérant du grand magasin La
au même niveau que pouvaient l’être
Place Clichy, à Paris. C’était une
celles du Radio City Music Hall ou de
institution, surtout connue pour ses
Las Vegas », argue-t-il. Non sans un
tapis, fréquentée par nombre d’ar1951
fond de nostalgie dans la voix.
Naissance à Vichy (Allier). tistes et de vedettes. Tant et si bien
qu’ils étaient constamment invités
Cette idylle avec le music-hall a
1972
au spectacle. »
pris fin il y a quatre ans. Sur fond de
Participe à sa première
« désaccord artistique avec les actionrevue, Zizi je t’aime
Rencontre choc
naires », commente-t-il laconiqueau Casino de Paris.
ment. Une séparation douloureuse.
Son baptême d’opéra ? Il s’en sou1977
Jusqu’à ce coup de fil, il y a un an, de
vient comme si c’était hier.
Premier danseur du Lido.
Christophe Ghristi. Le directeur artis« C’était avec la Carmen mise en
1994
tique, tout juste nommé, du Théâtre
scène par Raymond Rouleau. J’étais
Directeur artistique
du Capitole à Toulouse, veut ouvrir sa
tout gosse mais n’ai jamais pu
du Lido, jusqu’en 2015.
saison 2018-2019 avec La Traviata,
oublier cette atmosphère foisonnan2003
mais cherche à donner un appel d’air
te. » La production, créée en 1959
Création de la revue
en faisant appel à un metteur en scène
au Palais Garnier, reprise dans de
Bonheur, qu’il écrit
venu d’ailleurs. « Il en parle alors à un
nombreuses salles, a marqué des
et met en scène.
journaliste qui m’avait interviewé il y a
générations de spectateurs. Pour la
2010
longtemps, mais s’est souvenu que je lui
première fois, l’Opéra de Paris faiSortie du documentaire
avais alors fait part de ma passion pour
sait appel à un homme de théâtre et
Les Garçons du Lido.
l’opéra, et de ma relation personnelle
de cinéma pour mettre en scène un
2018
étroite avec la musique classique depuis
ouvrage lyrique. Un « homme venu
Signe sa première mise
l’enfance », explique l’intéressé, d’un
d’ailleurs », comme Pierre Ramen scène d’opéra
ton toujours incrédule.
bert. Une rencontre choc avec le
au Capitole de Toulouse.
Bio
EXPRESS
monde lyrique, qui imprima sa marque sur son
imaginaire. « Il y avait dans ce côté féerique de
l’opéra quelque chose qui coïncidait avec ma vie rêvée de petit garçon. Celle que je m’étais fabriquée
dans un coin de grenier, au milieu des piles de livres
qui peuplaient la maison de mes parents. »
C’est à l’âge de 9 ans que Pierre commence son
apprentissage artistique, s’initiant aussi bien à la
musique qu’à la danse. « J’avais vu Le Lac des
cygnes et avais été très impressionné. Déjà à
l’époque, je ne voulais pas choisir. » À peine un an
plus tard, il fait officiellement ses débuts à l’Opéra de Vichy. « L’opéra montait Les Noces de Figaro de Mozart. Ils cherchaient pour le spectacle
un couple d’enfants capable de danser le menuet
devant la Comtesse. L’équipe en charge des castings a écumé toutes les écoles de danse de la région et j’ai été choisi. Ce fut l’une de mes premières
grandes émotions artistiques. J’ai encore les images de mon essayage de costume. Je me souviens,
du haut de mon jeune âge, avoir été frappé par la
sensualité de ce moment. »
Il attendra d’avoir fini sa khâgne, au lycée Pascal, à Paris, pour se consacrer pleinement à ces
deux passions. Il entre au Conservatoire de Paris.
Fait la rencontre de danseurs de l’Opéra de Paris.
Puis auditionne pour Roland Petit… Tout au long
de sa carrière dans le music-hall, son amour pour
la littérature ne l’a jamais quitté. « J’aime les mots,
la complexité des personnages. Cette complexité que
je m’attache à retrouver dans La Traviata, qui pour
moi est tout sauf une œuvre binaire. » Une complexité qu’il rêverait à présent de traquer chez
Mozart et Tchaïkovski, dont les fantômes l’attendent toujours dans un petit coin de grenier de la
maison familiale. ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Interpellation [in-tèr-pe-lla-sion] n. f.
Effectuée par une bande d’arrêt d’urgence.
Au cœur de la Rome pontificale, son existence est
digne d’un roman de cape et d’épée. Il y a écumé
les tavernes, fréquenté les mauvais garçons, mais
aussi l’élite cultivée. À l’aube du XVIIe siècle, il fit
descendre la peinture du ciel idéal o
ù l’avaient
élevée Raphaël et Michel-Ange, pour révéler la
part d’ombre et les passions ardentes de cette vie.
À l’occasion de la sublime exposition du musée
Jacquemart-André « Caravage à Rome, amis et
ennemis », Le Figaro Hors-Série explore la légende
de ce génie, peintre et assassin, virtuose du clairobscur, et lui consacre un numéro exceptionnel,
magnifiquement illustré.
Le Figaro Hors-Série : Caravage, une vie en clair-obscur.
104 pages.
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Les aînés de LR choisissent Aurane
Reihanian pour la présidence des jeunes
Dans le cadre des élections à la présidence des jeunes LR,
les aînés ont décidé de prendre parti en faveur d’Aurane
Reihanian. Outre le vice-président de LR, Damien Abad,
les secrétaires généraux adjoints, Virginie Duby-Muller,
Fabien di Filippo, ou les membres de la direction, (Éric Ciotti,
Valérie Boyer, Daniel Fasquelle), ce sont aussi les députés
Julien Dive, Pierre Cordier, Émilie Bonnivard et Thierry
Bazin qui font connaître leur préférence pour ce scrutin.
Paris : Dati au chevet
du patrimoine religieux
du VIIe arrondissement
!
NOUVEAU
Septembre
Octobre
2018
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Retrouvez Le Figaro Hors-Série sur Twitter et Facebook
Depuis 2008, la maire
du VIIe arrondissement de Paris
se mobilise en faveur d’une
restauration constante du patrimoine
religieux, en faisant appel
à des mécènes ou à des dons pour
permettre, notamment, de faciliter
l’accès au public des églises ou des
temples, d’embellir par des éclairages
les façades, de refaire les parvis
ou encore de restaurer les portes
anciennes. Elle a obtenu, au budget
participatif, 585 000 euros pour
rénover la basilique Sainte-Clotilde et
l’église Saint-Pierre-du-Gros-Caillou.
FRÉDÉRIC REGLAIN/DIVERGENCE
LA VIE ARDENTE DE CARAVAGE
a police a procédé hier matin à l’interpellation de Redoine Faïd.
Le mot vient du latin interpellare, qui stricto sensu signifie interrompre
quelqu’un qui parle. On imagine que Faïd, recherché par toutes les polices
du pays, se tenait coi, justement pour éviter d’attirer l’attention sur lui.
Auparavant, il y avait eu dans cette affaire d’autres interpellations :
Son évasion spectaculaire avait fait grand bruit. Tant d’audace et de maestria
avait à l’époque interpellé - quelque part : en réalité le pays tout entier.
Puis c’est la ministre de la Justice qui avait été interpellée : pas par les forces de l’ordre
naturellement, mais par les députés de l’opposition : ceux-ci l’avaient sommée
de s’expliquer sur cette nouvelle évasion qui révélait des interstices - des failles,
si l’on préfère - dans le système pénitentiaire. Les parlementaires jugeaient
que ces évasions à la pelle valaient interpellation.
Enfin, c’est Faïd lui-même qui a été interpellé. Une arrestation qui plus simplement
coupe court à sa cavale. Interpellation, interrogation, internement,
voilà où l’a conduit son refus des interdits. ■
L
Christian Jacob en
tournée européenne
Au moment où LaREM et le RN
cherchent des partenaires sur la
scène européenne, le président du
groupe LR à l’Assemblée multiplie
les échanges avec ses homologues
européens. Au compteur, une
vingtaine de rencontres bilatérales
depuis le début de la législature.
C’est dans ce cadre qu’Alexander
Dobrindt, président du groupe CSU
au Bundestag, l’a invité à intervenir
à Munich, ce jeudi, pour évoquer
les convergences politiques
des partis de droite et de centre
droit des 27 pays de l’Union.
Avant de se rendre ensemble…
à la Fête de la bière le soir même.
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jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 061 - Cahier N° 4 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
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HISTOIRE
PÉREZ-REVERTE
JEAN MOULIN
EN 25 JOURS
L’ÉCRIVAIN ESPAGNOL
DONNE NAISSSANCE
À UN NOUVEAU HÉROS PAGE 7
PAGE 6
Bienvenue
dans le meilleur
des mondes
COLLECTION CHRISTOPHE L., MIRCO TONIOLO/AGF/SIPA, , COLLECTION ESCOFFIER-DUBOIS
Portmeirion, au nord
du pays de Galles, le village
parfait de la série britannique
Le Prisonnier (1967).
DOSSIER Des écrivains s’insurgent contre la tyrannie du bien. Benoît Duteurtre et François Bégaudeau
offrent une satire sans pitié de notre société. PAGES 2 ET 3
opposé un verbe sobre et précis. Le biologiste
parlait de la mort vaincue, avec une assurance un peu vertigineuse, appuyée sur la loi de
Gabor qui dispose que « tout ce qui est techniquement faisable, possible, sera fait un jour, tôt
ou tard ». Saint Thomas, l’ingénu préservé de
tout ricanement voltairien, a répondu, fort
d’une sagesse séculaire largement héritée
LA CHRONIQUE
d’Étienne
de Montety
d’Aristote : le désir d’immortalité est vieux
comme l’homme et Dieu y a répondu. Non
par un corps rafistolé, augmenté, mais en
conférant à sa créature une âme. Objection
des invités et autres doctes experts : l’Église
diabolise la chair, le plaisir, la femme… Ces
assertions approximatives quoique très bien
portées, l’Aquinate les a réfutées, précisées,
célébrant la nature de l’homme fait d’un
corps et d’une âme, et tout tendu vers une fin
enviable : l’éternité.
De cette émission, avec ses invités et leurs
propos qu’on croirait bien avoir entendu
maintes fois le samedi soir, Lapaque, lecteur
de Philippe Muray et de Benoît Duteurtre, fait
une relation goguenarde. Il donne aux prota-
gonistes de l’émission des noms comme
aurait fait La Bruyère : Ménalque, Acis,Titus,
pour mieux montrer le rôle qu’ils tiennent :
celui-ci incarne la sottise, celui-là la vanité,
celui-là encore le cynisme. Il ressort de leur
confrontation avec la lumière thomiste un
effet comique très réussi.
Mais la satire n’est pas l’objet premier de Lapaque. Son propos est surtout de réfléchir à
cet être « borné dans sa nature et infini dans ses
vœux » qu’est l’homme. Au long de ce commerce avec l’Aquinate, il tente de résoudre
cette énigme : comment accorder les débordements inévitables du corps, ceux de la vie,
avec les exigences de l’âme vouée à l’éternité ? Plusieurs questions soulevées par l’écrivain ont d’ailleurs quelque chose de touchant
par leur caractère personnel. Pascal aurait dit :
« On s’attendait de voir un auteur et on trouve un
homme. » Celui-ci exprime des inquiétudes
qui sont les siennes et devraient être celles de
notre temps. Par ce petit livre riche et précieux, il contribue à nous enseigner et à apaiser les nôtres. ■
SERMON DE SAINT
THOMAS D’AQUIN
AUX ENFANTS
ET AUX ROBOTS
De Sébastien Lapaque,
Stock, 145 p., 15,50 €
RENTRÉE
LITTÉRAIRE
DAVID
DIOP
« Une langue obsédante, chantante,
gorgée de métaphores et d’allégories. »
Jérôme Garcin, L’Obs
A
AINT THOMAS D’AQUIN, le nom
impressionne, évoque le Moyen
Âge, une imposante Somme théologique que l’Église catholique a canonisée au même titre que son auteur.
C’est avec ce géant de la pensée que Sébastien
Lapaque nous convie. Son livre serait-il un
savant quoique court essai sur le thomisme,
inspiré par Maritain ou Jean-Miguel Garrigues ? Pas tout à fait : il s’ouvre par une fiction : une émission de télévision intitulée
« On aura tout vu », avec un plateau composé
d’écrivains en promotion, de polémistes professionnels et de comiques engagés.
Ce soir-là, l’invité vedette est un biologiste
télégénique, bronzé, sûr de soi, ambassadeur
de la modernité souriante. Il prône le transhumanisme et vend sa thèse dans un ouvrage
au titre méphistophélique : Vous serez comme
des dieux.
Tout serait pour le mieux dans le monde de
l’audimat et de la consommation si saint
Thomas ne faisait son apparition sur le
plateau. Oui,vous avez bien lu, le docteur
angélique, napolitain, colossal et placide :
bos motus. Pas si muet, d’ailleurs, car le
bœuf de Dieu va prendre la parole, et de
quelle manière !
Cette scène irréelle, mais à bien des égards
réaliste, le narrateur la rapporte et la commente. À la comédie narcissique qu’est une
émission de télévision, le grand dominicain a
© H. Triay
S
Saint Thomas l’ingénu
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jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
NICOLAS LIPONNE/NURPHOTO
littéraire
Manifestation pour la fermeture des abattoirs, à Paris, le 23 juin 2018.
On vit une époque formidable !
DOSSIER Comme Benoît Duteurtre dans une fable contre-utopique, plusieurs romanciers
brocardent le monde parfait que la modernité veut imposer.
EN MARCHE !
De Benoît Duteurtre,
Gallimard,
215 p., 18,50 €.
A
BIENVENUE
À VEGANLAND
D’Olivier
Darrioumerle,
Sable polaire,
268 p., 18 €.
I
SÉBASTIEN LAPAQUE
slapaque@lefigaro.fr
L Y A TOUJOURS eu du je-nesais-quoi en tout Benoît Duteurtre. Il aura bientôt
soixante ans, et l’on se demande si quelqu’un a remarqué qu’il était l’un des plus grands
écrivains de sa date, un intellectuel
et un artiste qui a construit une
œuvre sans se soucier des modes.
S’il est permis de se féliciter de la
reconnaissance commerciale dont
jouissent aujourd’hui Michel Houellebecq et Emmanuel Carrère, devenus des têtes de gondole comme des
cerfs au milieu d’un troupeau de vaches, on peut aussi se demander par
quel effet diabolique du marketing
les noms de quelques magnifiques
romanciers de langue française ne
sont jamais arrivés aux oreilles du
grand public : Jean-Luc Coatalem,
François Taillandier, Jérôme Leroy,
Alain Monnier. Et Benoît Duteurtre.
À l’instar de Paul Valéry, l’ancien
musicien du groupe Paris Latino,
animateur de l’émission « Étonnezmoi Benoît » sur France Musique,
bête noire de la gauche culturelle
« rien-pensante » et mauvaise
conscience de la droite académi-
cienne mondaine que son érudition
et sa liberté angoissent pourrait dire :
« J’ai beau faire, tout m’intéresse. »
Le prouve En marche !, « conte philosophique » où se concentrent la
plupart des thèmes qui hantent son
œuvre depuis L’Amoureux malgré
lui, son premier livre, publié
par Philippe Sollers à « L’Infini »
en 1989.
Benoît Duteurtre n’aime pas les
poussettes où crient des enfants baveux, les lecteurs de ses livres s’en
souviennent. Thomas, la créature
imaginaire d’En marche !, finit luimême par les détester. Les chiens
ne font pas les chats. Thomas, ce
n’est pas tout à fait Benoît, mais
c’est un peu Benoît. Jeune député du
parti En Avant !, centriste et écoresponsable, il porte sur le monde le
regard naïf du Candide de Voltaire.
C’est ainsi que Thomas s’est intéressé à la Rugénie, meilleur des
mondes libéral-libertaire établi à
l’est de la vieille Europe. En 200 pages hilarantes, Benoît Duteurtre raconte le « voyage d’étude » du député à la bonne conscience bronzée au
pays du bonheur parfait.
Il y a un côté « Thomas chez les
Rugènes » dans En marche !. La référence évidente à Voltaire n’occulte
pas celle à la ligne claire, à la bande
dessinée de grand style. Duteurtre
est un aquarelliste, dans son genre.
Même pour décrire la catastrophe, il
n’oublie pas les bleus avec lesquels
Eugène Boudin a peint le ciel audessus du Havre, cette ville selon
son cœur – même si ce gaulliste vit
aujourd’hui dans les Vosges, près de
la France des abandonnées dont
parle le géographe Christophe Guilluy dans ses travaux.
Voyage en Rugénie
En bon lecteur de Blaise Pascal,
l’auteur de Gaieté parisienne a pu
observer le péril bestial qui menaçait les esprits purs qui voulaient
faire l’ange ; en vrai lecteur de Jean
Baudrillard, il n’a pas oublié ceci :
« Nous croyons naïvement que le
progrès du Bien, sa montée en puissance dans tous les domaines (sciences, techniques, démocratie, droits
de l’homme), correspond à une défaite du Mal. Personne ne semble avoir
compris que le Bien et le Mal montent
en puissance en même temps, et selon
le même mouvement. Le triomphe de
l’un n’entraîne pas l’effacement de
l’autre, bien au contraire. »
La Rugénie n’existe pas. Comme
la Syldavie pour Hergé, elle n’est
En moraliste, Benoît Duteurtre nous
rappelle que « qui fait l’ange fait
la bête ». F. MANTOVANI/GALLIMARD
pour Benoît Duteurtre qu’un motif
musical. Mais ce qui se passe en Rugénie existe bel et bien, tous les
jours, partout dans le monde. Tout a
changé, depuis l’époque où Aragon
écrivait Traité du style. À l’époque,
c’était le fait de regarder de travers
dans la rue « n’importe quel officier
ou sous-officier, n’importe quel crétin payé pour marcher au pas », qui
risquait de vous envoyer au violon.
Aujourd’hui, c’est de sourire à une
dame. Le pauvre Thomas en fait la
cruelle expérience, au premier jour
de son voyage en Rugénie.
Et il n’est qu’au début de ses
épreuves. En marche ! Ce sont les
douze travaux d’un éco-citoyen au
pays de la rencontre entre la bonne
conscience de gauche et l’« efficience » de droite devenue enfin bien
réelle et bien palpable. Autant dire
un catalogue d’horreurs. À suivre
l’imaginaire du romancier, il semble que les dirigeants de cette démocratie si parfaite sont un peu
sourds à la question sociale. Ainsi
parle un Rugène : « Le chômage est
très élevé en Rugénie. Les usines ont
fermé. La plupart des produits et des
aliments sont fabriqués à l’étranger.
Le commerce en ligne a détruit les
services. Les divertissements sont
américains. L’école et l’université ne
conduisent qu’au chômage… à moins
de vouloir travailler dans un centre
d’appels pour une société chinoise ou
allemande. »
Bienvenue chez vous. ■
La chasse aux carnivores est ouverte
L
ORSQU’ON a décidé de
faire rire, il ne faut pas
hésiter à insister sur le
« côté farce » dont parle
Lino Ventura à la fin du
film Ne nous fâchons pas.
Olivier Darrioumerle s’en est
souvenu en composant la peinture
satirique d’un brave new world
cool, végétarien et transparent.
Hommage assumé aux œuvres
d’Eugène
Zamiatine,
Aldous
Huxley et George Orwell, maîtres
de la dystopie, Bienvenue à Veganland raconte le quotidien des « écocitoyens » d’Océania, un paradis
vert où les carnivores sont impitoyablement pourchassés par une
police de l’assiette d’un genre très
spécial : l’« homéostasie ».
Héros du livre, le « contrôleur
diététique » Bazarov est un ancien
carnivore qui expie ses crimes alimentaires passés en travaillant
dans un jardin potager collectivisé
et en diffusant « l’idéologie de la
Grande Famille » – celle qui a fermé
l’histoire en rendant le bonheur
obligatoire. À ses côtés apparaît le
jeune et virevoltant Green, vegan
depuis sa petite enfance, mais rongé par la faute héréditaire de ses
parents, qui ne l’étaient pas.
Contrairement aux « sangs verts »,
vegan de souche, Green est un
« sang rouge », descendant de carnivores, un « éco-citoyen » de seconde zone.
Il y a aussi la vieille Merete, militante du bonheur et de l’hygiène
mentale, « convaincue par le destin
glorieux de la Grande Famille ».
Merete a connu les jours d’avant, le
monde ancien, avant le « grand
nettoyage » et la « libération animale ». Elle se souvient avec nostalgie de ses années militantes,
quand ses amis et elle harcelaient
les carnivores en les culpabilisant.
Dans le meilleur des mondes né de
ces luttes, aucune ségrégation ne
distingue plus le règne humain de
l’animal. « On parle d’ailleurs d’humanimalité commune, regroupant
les animaux et les humains. On ne
les différencie plus dans la nouvelle
langue. Les animaux, comme les vegan de souche, ont : logement, emploi, nourriture, santé, protection. »
Paradis vert
Olivier Darrioumerle livre
une désopilante dystopie.
EMILE DROUINAUD/SABLE POLAIRE
À l’heure où les ligues antispécistes
s’en prennent à coups de pierres à
la noble confrérie des bouchers de
Paris, on rit vert en lisant cette fable qui devine peut-être le monde
si parfait que la coalition de la gentillesse, de l’hygiène, du narcissisme et de la bonne conscience
nous prépare. Car le paradis vert
mis en scène dans Bienvenue à
Veganland a son envers infernal.
« Contrôlé positif à la protéine animale », Bazarov va durement
payer sa faute. « Il y a très longtemps, l’homme cherchait à être
bon. Maintenant, il veut se sentir
bien » : Olivier Darrioumerle a le
sens de la formule et de l’image
qui fait mouche.
Dans son roman désopilant, il
exagère avec jubilation. Mais Philippe Muray exagérait lui aussi
dans sa peinture de l’Empire du
bien qu’il publiait mois après mois
dans la Revue des deux mondes il y a
vingt ans. Et toutes les folies sorties
de sa pétillante cervelle sont advenues. Ainsi se pourrait-il bien que
l’histoire se joue deux fois, mais
dans le sens inverse de celui imaginé par Karl Marx dans Le 18 brumaire de Louis Bonaparte : la première fois comme farce et la
seconde fois comme tragédie. ■
S. L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
jeudi 4 octobre 2018
3
«
LE CONTEXTE
Ô nouveau monde
admirable !
répéta-t-il, ô nouveau monde
admirable, qui contient
des gens pareils !
En cette rentrée littéraire, plusieurs romanciers dont
Benoît Duteurtre, avec En marche !, et François Bégaudeau,
avec En guerre, pointent du doigt les dérives d’une société
qui, au nom de notre bien-être, tend à nous imposer des normes
et à réduire notre liberté. Ils le font en utilisant des armes
sans danger mais efficaces comme la farce, la satire féroce
et ce faisant, ils rendent hommage à certains de leurs aînés comme
Voltaire et, plus près de nous, à George Orwell et Aldous Huxley.
»
L'ÉVÉNEMENT
littéraire
ALDOUS HUXLEY, « LE MEILLEUR DES MONDES »
RUE DES ARCHIVES/RDA
François Bégaudeau : le bobo, la beurette et Jésus-Christ
EN GUERRE
De François
Bégaudeau,
Verticales,
300 p., 20 €.
ASTRID DE LARMINAT
adelarminat@lefigaro.fr
L
E
VIVRE-ENSEMBLE ?
Allons bon. D’entrée de
jeu, Bégaudeau attaque les
poncifs où se complaît
notre société, en les mettant à l’épreuve des faits. Eh non, les
classes populaires et les classes
néobourgeoises, autrement dénommées bobos, ne vivent pas ensemble.
Ainsi dans la ville moyenne proche
de Paris qui est le théâtre de son
nouveau roman, En guerre, satire
décapante de nos modes de vie aseptisées et de nos valeurs sans corps ni
âme, les trajectoires des personnages principaux n’avaient a priori
aucune chance de se croiser.
Romain Praisse et Louisa Maklhoufi ont le même âge, trentecinq ans, habitent la même ville mais
pas les mêmes lieux. Romain, célibataire, réside dans le vieux centre à
signalétique marron près de la
cathédrale. Salarié du bureau régional des affaires culturelles, il est justement chargé du « décloisonnement » et de la « péri-culture ». Mais
il ne met jamais les pieds à la péri-
phérie, là où Louisa travaille, dans
un entrepôt d’Amazon, non loin de
la zone pavillonnaire où elle a acheté
à crédit la maison de ses rêves avec
son compagnon, le bien nommé
Christiano. Comme toute sa sympathique coterie bobo, Romain aime et
défend le peuple mais ne le connaît
pas et, le connaîtrait-il, il serait
troublé de constater qu’il ne pense
pas comme lui, qu’il ne pense pas
« bien ». Il va bientôt en faire l’expérience quand il rencontrera puis
fréquentera Louisa, la jolie Kabyle.
François Bégaudeau, homme de
gauche, familier du microcosme
bobo, ne manie pas l’anathème. Il
n’a pas écrit un pamphlet mais un
roman, une tragi-comédie de
mœurs qui lui permet, en frottant
les uns aux autres des personnages
appartenant à des milieux sociaux
hermétiques, de questionner les
croyances des jeunes urbains éduqués mais aussi le fonctionnement
d’un certain capitalisme qui drape
sa brutalité dans des slogans mielleux. Bégaudeau traque toute forme
de bonne conscience, la mentalité
pharisienne, qu’elle soit de droite
ou de gauche.
Quoi qu’il en soit, Christiano est licencié et, malgré l’énergie de Louisa qui l’encourage, s’insurge contre
la tentation fataliste ou victimaire
qui le guette, il sombre. Pour lui,
travailler, c’est faire quelque chose
de ses mains. Pas être agent de sécurité. Il ne supporte pas d’être
payé à ne rien faire. Louisa se désespère de voir son homme s’étioler, prend l’habitude de sortir
seule… Ça va mal finir.
Le drame éclate lors d’une soirée
culturelle organisée par Romain.
Nous sommes en 2016. Les attentats
sont dans toutes les têtes. Un écrivain a été invité à expliquer « comment la culture peut aider les crimi-
nels à ne pas le devenir ». Contre
toute attente, il retourne la question :
« Et ces criminels, qu’ont-ils à nous
apprendre ? Qu’ont-ils que nous
n’avons pas ? Et si la violence était une
force, pas une faiblesse ? » Bégaudeau
va loin. Une société qui n’affronte
pas les conflits, les noie dans des discours vertueux, bien assise dans un
canapés ou des cafés, ne serait-elle
pas dégénérée ? Christiano est dans
l’assistance. Lui n’a pas peur du
corps à corps. Il aime sa femme et se
battra pour la retrouver.
Le troisième acte du roman prend
une tournure mystique. Certes l’ordre social reprendra ses droits,
Louisa et Romain repartiront chacun de leur côté. Mais comme dans
un Fioretti de saint François d’Assise, un vrai miracle a eu lieu, une libération radicale qui fait écho à ce
passage des Evangiles, cité à deux
reprises au cours du roman : « Ne
vous souciez pas pour votre vie, de ce
que vous mangerez. Regardez les
oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne
moissonnent, n’amassent rien dans
des greniers ; et votre Père céleste les
nourrit. » Un beau roman qui vomit
la tiédeur. ■
centre et l’écrivain rejoint Philippe
Muray (cité dans l’épilogue) quand il
évoque « le sentiment de vivre dans un
canular géant, un monde absurde et
surtout inversé, où le vrai était si ahurissant que le parodique devenait
plausible ».
Au-delà de son style et de sa drôlerie, en dépit de longueurs et de redites, L’Ivraie nous touche aussi par
sa mélancolie. En regrettant la disparition du « monde d’avant », n’est-ce
pas d’abord sa propre jeunesse, l’âge
de la fraîcheur et de l’insouciance
que Jean Lafargue pleure ? ■
Bruno Lafourcade assume
mauvais esprit, humour noir
et rage. ED. LÉO SCHEER
blocage. La bataille s’achève par
une scène grandiose dans le bureau
de la DRH. Femme rompue aux
techniques de communication non
violentes, elle accueille les délégués
syndicaux avec le sourire. Mais on
n’attrape pas des ouvriers avec du
thé vert et des formules dignes de
régimes totalitaires sur « les licenciements d’aujourd’hui » qui « sont
les emplois de demain ».
Affronter les conflits
François Bégaudeau traque toutes
les formes de bonne conscience.
FRANCESCA MANTOVANI/GALLIMARD
Le roman commence par le récit
des semaines qui préludent à la fermeture de l’usine où Christiano
travaillait depuis dix-huit ans
comme ouvrier spécialisé. Le site
est délocalisé en Slovaquie,
283 personnes seront licenciées. La
direction du groupe se protège derrière des communiqués. Grève,
Professeur au bord de la crise de nerfs
R
IEN DE TEL qu’un poste
de professeur – dans un
collège de ZEP comme
dans une grande école –
pour saisir les ravages
perpétrés par l’enseignement de
l’ignorance. C’est depuis un lycée
professionnel de la banlieue de Bordeaux que Jean Lafargue, écrivain à
insuccès, découvre l’ampleur du désastre : « Ils ne sont même pas incultes,
c’est pire : ils ont l’air de naître, de
n’avoir jamais rien appris. » Ce n’est
pas seulement pour sa dimension
sociologique que le roman de Bruno
Lafourcade (dont la quatrième de
couverture nous dit qu’il est inspiré
de sa propre expérience dans l’enseignement) mérite d’être lu, mais pour
des humeurs assez rares dans la production littéraire contemporaine :
colère, mauvais esprit, humour noir,
rage… Le héros plonge dans le chaudron du négatif et en assume sa part :
« J’ai des préjugés évidemment néga-
tifs pour tout ce qui est différent de
moi : les pédés, les femmes, les Noirs,
les Arabes, les Juifs, les touristes, les
végétariens, les journalistes, Aymeric,
les militants et les enfants… »
Un canular géant
Notre homme étouffe face à la féminisation de la langue, aux injonctions
hygiénistes, aux luttes contre les discriminations, à la volonté de réécrire
l’histoire à la lumière du présent :
« Les écrivains du passé n’avaient pas
tous eu la présence d’esprit d’écrire
une belle page sur le respect de l’Autre
et des ortolans ; et, décidément impossibles, avaient l’air de se contre-cogner de ces couillonnades : Montaigne
aimait la guerre, Rousseau sa bonne et
Molière sa fille. Il s’agissait donc de les
juger : n’y a-t-il pas de la Shoah dans
Shylock, dans Fagin, dans Gobseck ?
Bossuet se serait-il opposé à la gestation pour autrui ? Pourquoi Mauriac
n’a-t-il pas fait son coming-out ? »
Si le héros de L’Ivraie affirme voter
pour le FN, on comprend par ses
diatribes contre l’immigration ou
l’islam que Marine Le Pen doit avoir
à ses yeux des pudeurs de socialedémocrate. Les amalgames ne lui
font pas peur, le vivre-ensemble lui
inspire un ricanement.
À travers ce personnage qui tient
autant du Ignatius J. Reilly de La
Conjuration des imbéciles que de Bardamu, Bruno Lafourcade peint avec
force une société gagnée par l’acculturation, le complotisme, l’irrationnel. Sa description du nouvel humain
– « vide, hagard et pianoteur » – façonné par les écrans vise en plein
Nicolas Mathieu
La Feuille d’or de Nancy, prix des Médias France Bleu-France 3-L’Est Républicain
Prix Blù/Jean-Marc Roberts
Sélections : prix Goncourt, prix Médicis, prix de Flore,
prix du roman des étudiants France Culture - Télérama
L’enfance contre Big Brother
A
était un petit garçon solitaire,
U CHEVET du lit où
Dickens, Swift notamment.
George Orwell passa ses
derniers jours, il y avait
Papillons et crapauds
une canne à pêche. « Le
petit garçon vivait encoC’est à cette époque-là, en puisant
re dans l’homme d’âge mûr, tout comdans ses sensations anciennes, qu’il
me les paysages de campagne dans
trouve la manière d’écrire ce qu’il a
lesquels il s’était promené, tout comme
compris du mensonge totalitaire, un
les ruisseaux dans lesquels il avait pêart à la fois poétique et politique, exché », dira l’un de ses amis venu le viplique François Bordes, qui relit atsiter. Orwell est mort en
tentivement les textes
1950, un an après la parud’Orwell consacrés à ses
tion de 1984, roman qui
jeunes années. Il y a le ron’est à première vue
man Un peu d’air frais et
ni bucolique ni enfantin.
deux longs articles, PourPourtant, François Bordes,
quoi j’écris et Tels, tels
historien et poète, spéciaétaient nos plaisirs, qui raliste de la littérature anticonte ses années de pentotalitaire, a eu l’intuition
sionnat, une expérience
que la fascinante clairqui lui fit « comprendre les
voyance d’Orwell avait sa
mécanismes menant l’opsource dans son enfance. Il François Bordes.
primé à accepter la loi de
vérifie son hypothèse dans ALICE DALLAVALLE/
l’oppresseur ». L’essai se
EDITIONS
CORLEVOUR
ce petit essai rêveur et
conclut par une fine exéérudit, frais comme un
gèse de 1984, où l’on comruisseau d’été, qui se tient loin des
prend que, pour résister aux sirènes
« excitations idéologiques » que susde l’hydre totalitaire, il faut présercite le créateur de Big Brother.
ver l’enfant qui demeure présent en
En 1937, à son retour d’Espagne où
tout adulte. Orwell : « C’est en
il avait été blessé par les franquistes
conservant notre amour enfantin pour
avant d’être traqué par les staliniens,
les arbres, les poissons, les papillons,
Orwell replonge dans ses souvenirs.
les crapauds que l’on rend plus probaIl est en convalescence, dort, marble la possibilité d’un avenir paisible et
che, pêche, rêve et relit les auteurs
décent. » Et en protégeant l’enfance
qui lui tenaient compagnie lorsqu’il
des enfants. ■
A. L.
“Un diamant brut.”
Eric Libiot, L’Express
“Un grand roman.”
Didier Hassoux, Le Canard enchaîné
“Sensible et juste.
Splendide chronique.”
Macha Séry, Le Monde des Livres
“Un talent hors du commun.”
Michel Abescat, Télérama
“Un livre magistral.”
Alain Léauthier, Marianne
*également disponible en livre numérique
LA CANNE À PÊCHE
DE GEORGE
ORWELL
De François Bordes,
Éditions de
Corlevour/Nunc,
110 p., 16 €.
“Un roman d’une étonnante profondeur.
Depuis combien de temps n’avions-nous
pas lu quelque chose d’aussi juste ?”
Elise Lépine, Transfuge
“Un livre important.”
Alexandra Schwartzbrod, Libération
A
CHRISTIAN AUTHIER
L’IVRAIE
De Bruno Lafourcade,
Éditions Léo Scheer,
320 p., 21 €.
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jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
4
confidences
VINCENT MULLER/OPALE/LEEMAGE
CRITIQUE
EN TOUTES
pour la lecture et la littérature dans Pour
l’amour des livres, un récit confession à
paraître chez Grasset le 31 octobre.
Un livre, selon l’auteur de Kong, écrit
« comme un acte de remerciement » et comme une célébration de
la « puissance de libération des livres, par la grâce d’une rencontre
miraculeuse avec un instituteur engagé, sensible, qui m’ouvrit sans retenue
sa bibliothèque ».
Michel Le Bris
et l’amour de la littérature
Romancier, essayiste passionné de flibuste
et de Stevenson, fondateur du festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo, Michel Le Bris,
soixante-quatorze ans, nous dit tout son amour
littéraire
La tempête ou le soleil
MIDI
De Cloé Korman,
Seuil,
224 p., 18 €.
Maritain, Mauriac, Claudel et Bernanos
Le 19 octobre paraîtra au Cerf une correspondance pleine de fureur et de ferveur entre quatre frères pas toujours amis : la correspondance
de Jacques Maritain avec François Mauriac, Paul
Claudel et Georges Bernanos, établie et introduite par Henri Quantin, auteur de De verbe et de
chair. Dans ces lettres à cœur ouvert, les quatre
hommes livrent leurs divergences intellectuelles
et politiques, leurs tiraillements spirituels au
milieu du champ de bataille que fut leur siècle.
CLOÉ KORMAN Une femme médecin se souvient de sa jeunesse et d’un cas de violence qu’elle n’a pas su affronter.
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
C’
EST LÀ, au milieu
de la scène, au vu
et au su de tous. Et,
pourtant, personne ne voit ni n’entend. Ou ne veut voir ou entendre.
Le nouveau roman de Cloé Korman pourrait se résumer ainsi,
même s’il est bien plus que cela.
Le récit tient sur cinq semaines,
mais il embrasse une longue période par le jeu des allers-retours
entre les souvenirs d’un été passé
sous le soleil du Midi, à Marseille,
et quinze années plus tard, dans
l’hiver parisien.
Juillet 2000, Claire, étudiante en
médecine, entreprend un stage
dans un théâtre associatif, avec sa
copine Manu. Elles rencontrent
Dom, Dominique Muller, vingt-huit
ans, charismatique, plein de charme, il dirige ce Théâtre d’Été. Leur
mission est de monter une pièce
avec les enfants du IIe arrondissement marseillais, dix filles et dix
garçons âgés de neuf à douze ans. Ils
joueront une représentation unique
de La Tempête.
Hiver 2015, à Paris. Claire est devenue médecin : « Dans le service de
médecine interne où je travaille, des
fois je sauve, des fois je ne peux pas. »
Un nouveau patient a demandé à la
voir, Dominique Muller… Une hé-
patite C au dernier degré. L’arrivée
de Dom dans son hôpital fait ressurgir le passé. Elle se souvient de cette
pièce de théâtre, de certains noms
d’enfants, de leurs comportements.
Et elle se remémore les caresses de
Dom, la douceur et le soleil, l’amour
d’un été. Cette plongée dans sa jeunesse, en même temps que la maladie de son ancien amant, la ramène
à un cas de conscience. Parmi ces
enfants, une petite fille fragile, « mal
attifée et légère comme une plume »,
est visiblement l’objet de violences.
On la dit timide, elle souffre. Elle a
une dent cassée, un coquard. On
s’interroge. Elle répond « C’est rien.
Je suis tombée. » Mais Claire et Dom
sont tout entier tournés vers leur
désir. Le soleil comme l’amour
aveugle. Faut-il se coltiner la brutale réalité ? C’est de tout cela dont
se souvient la femme médecin et qui
voit, impuissante, l’homme qu’elle
a aimé en train de mourir, cet homme qui savait donner du courage et
de la confiance aux enfants.
Le silence des victimes
Cloé Korman a l’art du portrait intérieur. Le tableau qu’elle brosse des
enfants, comme ses personnages
principaux, est une réussite : ils sont
faits de chair et de sang et de
conscience. Les passages avec les
gamins qui adaptent Shakespeare
sont fantastiques. « La répétition reprend, l’après-midi. La scène repré-
sente l’île, dont la végétation est une
jungle de balais-brosses. » Et le plus
fort, c’est ce que l’on ne voit pas, ce
sont ces confessions, cette interrogation : pourquoi n’avoir rien dit,
rien fait ? Cloé Korman est une romancière des marges, une exploratrice de notre société. L’écrivain
fait, ici, le portrait de la violence
sourde et muette. Et sans tirer artificiellement son roman vers l’actualité, on peut bien comprendre
pourquoi cette violence paralyse
ceux qui la voient et pourquoi les
victimes ne disent rien tant elle les
écrase physiquement et moralement. Comme à la fin d’une représentation, on salue ce beau texte et
son auteur. ■
Les brûlures d’un été
CATHERINE POULAIN Après « Le Grand Marin »
consacré aux tâcherons de la mer en Alaska,
l’auteur raconte, avec la même sauvagerie, l’errance
désespérée des saisonniers en Haute-Provence.
ISABELLE SPAAK
LE CŒUR BLANC
De Catherine Poulain,
L’Olivier,
256 p., 18,50 €.
LOUP
ET LES HOMMES
D’Emmanuelle
Pirotte,
Le Cherche Midi,
608 p., 20 €.
P
EUT-ÊTRE est-ce trop ?
Trop de violence, de
phrases hachées. Trop
de « pue-des-pieds, de
boit-sans-soif, de crèvela-faim ». Une « horde » comme
l’écrit Catherine Poulain qui signe
avec cette errance en Provence
dans l’univers précaire des ouvriers
agricoles, le deuxième volet romanesque de ses aventures extrêmes
après Le Grand Marin.
Publié en 2016, ce roman d’apprentissage maritime fut reçu comme un uppercut. Rarement une
femme avait raconté avec un tel
souffle la rudesse de la vie des pêcheurs en Alaska, un bout du bout
du monde où elle se révélait un marin aussi dur au mal et au travail que
chacun des membres d’un équipage
de « gros durs » engagé lors de ces
campagnes de pêche au flétan où il
s’agit de se battre avec les éléments,
le froid, la tempête, le bateau, les
poissons à égorger au couteau mais
aussi avec soi-même, sa solitude,
son besoin d’échapper au danger de
la vie même.
Vendu à 230 000 exemplaires,
traduit en 12 langues, en cours
d’adaptation au cinéma, salué
par neuf récompenses, dont le Prix
du roman Ouest-France-Étonnants
Voyageurs, Le Grand Marin débutait
par une fuite. Sac à l’épaule, une
nuit de février, l’héroïne quittait
« Manosque-les-Plateaux, Manosque-les-Couteaux » pour le plus loin
GEOFFROY MATHIEU/
OPALE/LEEMAGE
possible. On pressentait le drame
à ses trousses comme pour la plupart de ses compagnons de chaos
qui tous échouaient dans le grand
vide du Grand Nord pour échapper
à ce qu’ils avaient abandonné
derrière eux.
Avec son lot d’âmes perdues et de
périls, Le Cœur blanc pourrait avoir
été le point de départ de la Lili du
Grand Marin. Les deux héroïnes des
romans se ressemblent. Miroir de
leur auteur. Fluettes presque fragiles mais dotées d’une force et d’une
détermination hors du commun.
Toujours prêtes à s’échapper quand
on veut les posséder, prêtes à tuer si
on veut les blesser mais qui succombent à la douceur d’une peau,
d’une caresse, d’une main.
messe, se disputent la place, s’usent
le corps, les reins, les doigts aux
brûlures d’un soleil de plomb ou
dans le froid de la bise pour une
paye de misère qui ne sert qu’à
s’écrouler, le soir venu, dans le bar
d’En Haut, boire des bières devant
un match du Benfica jusqu’à n’en
plus pouvoir ou se payer sa dope.
La bestialité
des hommes
Le Cœur blanc est un livre plein de
rage et de colère. La brutalité de ces
existences abandonnées à la marge,
la bestialité des hommes envers les
âmes pures qui leur échappent. Rosalinde, la « rousse qui a tous les
mecs au cul », et son amie Mounia
qui rêve de douceur. Deux Lilith
trop libres pourchassées dans un
texte qui nous perd. Car si la romancière se révèle une virtuose des
paysages de montagne et des bords
de l’Aygues à la façon d’un Giono à
la plume damnée, si elle campe magnifiquement sa galerie de personnages, le Parisien « tout petit silencieux qui sent la sueur », le Gitan
« au corps de faune ou de chat sauvage » ou les très longs cils d’Acacio, « son odeur de tabac et de fruit
rouge », il y en a trop. Trop aussi de
« désir brûlant », « besoin déchirant » et « saveur suave ». Trop de
« vomi » qui gâche la belle langue
abrupte d’une romancière qui tourne en rond avec sa faune de déclassés entre sida, saouleries, seringues,
hardes puantes et tabassages dans
le tourbillon sans fin d’un été. ■
Un monde
sans repères
Plus radicale encore que dans Le
Grand Marin, Catherine Poulain a
choisi de se débarrasser des transitions, des guillemets et de toute
construction linéaire pour que son
propos s’assortisse au monde dénué
de repères des vendangeurs et
autres tâcherons de la cueillette.
Une société de déclassés venus de
partout, une frange de hors la norme tels ces abricots mal calibrés
tout juste bon à être jetés au rebut.
Melons, tilleul, lavande, cerises,
olives et, tout ce qui se cueille, les
journaliers les ramassent. Dans le
camion dès 4 heures du matin pour
monter aux champs, hommes et
femmes sans avenir, ni abri, ni pro-
Sur la piste sauvage
EMMANUELLE PIROTTE Un roman d’aventures palpitant qui mêle la petite histoire à la grande
dans les décors du Nouveau Monde.
ALICE DEVELEY
adeveley@lefigaro.fr
L
A
Catherine Poulain,
une écriture radicale
pour peindre un monde
« hors la norme ».
A TENTATION est grande, lorsque l’on devient
écrivain, de s’enfermer
dans un genre qui a déjà
fait ses preuves. Le succès est quasi assuré. On entre alors
dans ces livres comme dans des
fauteuils. Avec ce petit goût douillet
des choses familières. Mais il y a des
auteurs qui refusent le statut de
pantouflard et se métamorphosent
au fil de leurs romans. Emmanuelle
Pirotte est l’un de ces caméléons.
On la quittait aux mains d’un nazi
dans Today we live, survivant à
l’apocalypse dans De profundis. On
la retrouve au XVIIe siècle, marchant sur les traces d’une fratrie
entre la France et le Nouveau Monde dans Loup et les Hommes.
L’auteur brouille les cartes. Plein
cap sur le roman d’aventures.
Hiver 1663. Armand, marquis de
Canilhac, croit reconnaître le saphir
de sa mère autour du cou d’une certaine Brune, métisse indienne. Mais
c’est impossible. Son frère Loup,
condamné aux galères vingt plus
tôt, en a hérité. Cela voudrait-il dire
qu’il est encore en vie ? Les légendes
le disent mort de la peste, en duel,
parti se battre chez les Turcs, explorer l’Arabie ou les Indes. Peut-être
la belle Brune sait-elle quelque chose ? Mais trop tard. La voici partie
pour le Nouveau Monde. Armand
n’a pas le choix. Lui, le casanier,
rondelet, qui connaît à peine les limites de son village, doit partir pour
savoir ce qu’il est arrivé à Loup.
Quête initiatique
Dès les premières pages, Emmanuelle Pirotte habille ses personnages d’un voile de mystère. Les pré-
sentations se font au prisme de
rumeurs ou des pensées des protagonistes. D’avance, le lecteur sait
que leur caractère est biaisé. Mais
les réminiscences d’Armand et les
questions de son valet construisent
les portraits de chacun en filigrane.
Le regret du marquis dissimule une
culpabilité et la trop grande bravoure de Loup, un manque de légitimité. Qui sont-ils vraiment ?
Comme sur les eaux du Styx et du
fleuve Mnémosyne, la traversée de
l’océan devient alors une façon
d’accoucher du passé et, ainsi, de
passer d’un monde à un autre : le
Nouveau Monde. En résonance avec
la grande histoire, où viennent se
confondre les différences de culture
et les ambitions des colonialistes sur
la civilisation amérindienne, la recherche de Loup se transforme en
quête initiatique. Chaque aventure
- et torture - devient pour les personnages un moyen de s’accomplir.
Roman historique, Loup et les Hommes se lit aussi comme le récit d’une
épiphanie. Pari réussi donc pour
Emmanuelle Pirotte, qui d’une
plume habile nous invite par des
chemins de traverse à voyager,
enquêter et nous introspecter. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
&
LE FIGARO
ÇÀ
LÀ
explique, en relisant Spinoza, ce
en quoi il croit, un Dieu panthéiste, libéré des religions, mais un
Dieu malgré tout, qui l’aime et
qu’il aime…
Trappe. Dans La Stricte Observance, le philosophe s’interroge
sur la vie monastique, sur son
athéisme et sur la foi de l’abbé
de Rancé.
Les confessions de FOG
Onfray à la Trappe
Franz-Olivier Giesbert publie sa
profession de foi, le 25 octobre,
chez Gallimard. Dans La dernière
fois que j’ai rencontré Dieu, il
Le 11 octobre paraîtra chez Gallimard un récit très personnel de
Michel Onfray qui raconte un
séjour qu’il a fait à l’abbaye de la
À l’Académie,
dire c’est faire
Élue en mai dernier à l’Académie
française, Barbara Cassin, philologue et spécialiste de philoso-
saire et conteur, ont livré de
multiples textes inédits, lettres,
articles, nouvelles, qui composent une sorte de testament
spirituel. Ces écrits intimes où il
est question d’amitié, de l’art de
vivre et de croire en Dieu librement, mais aussi de ses aventures périlleuses, seront publiés le
7 novembre sous le titre : Vivre
libre (Grasset).
phie grecque, publie Quand dire
c’est vraiment faire (Fayard), un
essai sur la puissance du langage qui très souvent « fait ce qu’il
dit », dans l’Antiquité et de nos
jours. En librairie le 5 novembre.
Le testament spirituel
d’Henry de Monfreid
Les archives d’Henry de Monfreid, écrivain aventurier, cor-
jeudi 4 octobre 2018
5
CRITIQUE
littéraire
L’important
c’est d’aimer
JON KALMAN STEFANSSON En Islande,
le parcours amoureux accidenté d’une femme
abandonnée à sa naissance par sa mère.
Les années passant, Asta est restée une femme constituée de différents registres, naviguant sans
ES AMPLES romans de
cesse entre passion, tristesse et
Jon Kalman Stefansson
curiosité. Une amoureuse enmarquent au cœur. L’Isvoyant des lettres éperdues à un
landais est un athlète
homme parti chercher ailleurs la
complet doté d’autant
sérénité. Une féministe intranside souffle que de force et de finesgeante inquiète de la taille de son
se. Ses livres habités sont tous por« popotin ».
tés par une prose lyrique et poétiLe magnifique opus de Jon Kalque que son traducteur français,
man Stefansson oscille entre le
Éric Boury, parvient à restituer à
passé et le présent. En rappelant au
merveille. Après une trilogie ropassage que « sans
manesque de haute voerreurs, il n’y a pas de
lée et le sublime
vie ». Que « la meilD’ailleurs, les poissons
ASTA
leure manière de
n’ont pas de pieds (GalDe Jon Kalman
contrer la mort, c’est
limard 2015, repris en
Stefansson,
traduit de l’islandais
de se constituer des
Folio), le revoici avec
par Éric Boury,
souvenirs qui, plus
le vibrant Asta.
Grasset,
tard, auront le pouCette nouvelle pièce
491 p., 23 €.
voir de caresser doumaîtresse d’une œuvre
cement et d’apaiser
de premier plan offre
les blessures ». Que
un parfait concentré de
« peu de choses sur
son talent. On traverterre sont plus belles
sera ici les époques afin
que la discrétion,
de recomposer le parquand elle s’accomcours sinueux d’Asta
pagne de douceur et
Sigvaldottir. Un pernon de soumission ».
sonnage inoubliable,
Asta est un imné de la rencontre du
mense roman au
peintre en bâtiment Silong cours, avec ses
gvaldi et de la plus beltempêtes et ses illule fille de Reykjavik,
minations. On y
Helga. Le premier
écoute Nina Simone,
n’avait jamais aimé
Leonard Cohen, Nick Cave ou
personne « aussi intensément,
Chet Baker. On y boit et fume
aussi fougueusement, parfois aussi
trop. On y savoure les poèmes
désespérément », ni haï personne
mélancoliques de Cavafy aidant à
« aussi violemment » que la seconrendre l’existence plus précieuse.
de. Une Helga qui abandonne Asta,
On s’y demande comment survialors qu’elle a à peine sept mois,
vre sans avoir l’océan pour horidans un berceau installé sous un
zon. La réponse est simple : en
portrait d’Elizabeth Taylor dans
lisant Jon Kalman Stefansson. ■
Une place au soleil.
L
Une évocation
des luttes étudiantes
des années 1960
(ici, l’occupation de
l’université de Columbia,
à New York, en 1968).
Une jeunesse américaine
JOHN BURNSIDE Aux États-Unis, l’histoire d’une belle amitié entre
une étudiante en cinéma et une femme âgée qui lui raconte son passé.
CHRISTOPHE MERCIER
LE BRUIT
DU DÉGEL
De John Burnside,
traduit de l’anglais
par C. Richard-Maas,
Métailié,
360 p., 22 €.
L
E ROMAN se passe à
Scarsville, USA, et, au
détour d’une phrase, à la
fin du livre, on apprend
qu’on est en 1999. Mais
Scarsville existe-t-elle ? Wikipédia
n’en fait pas mention. On imagine
cependant qu’on est en NouvelleAngleterre et la neige qui enveloppe
les dernières scènes semble le
confirmer. Pour l’Écossais John
Burnside, peu importe : l’essentiel
est de créer une ambiance, et
d’écrire, une fois de plus, un roman
de poète, à la fois détaché de tout
naturalisme et ancré dans un réel
intime, loin de l’éphémère. C’est
ainsi qu’Une vie nulle part évoquait
un film de Ken Loach qui aurait largué les amarres du cinéma-vérité et
que Un mensonge sur mon père quittait l’Écosse industrielle pour se
perdre dans les couleurs automnales
de villages américains intemporels à
la saison de Halloween.
La narratrice, étudiante en cinéma à Scarsville, vit avec Laurits, qui
se dit letton, mais dont elle ne sait
rien, sinon qu’il réalise des films
d’avant-garde. Ils passent la plus
grande partie de leurs journées à
boire, à fumer de l’herbe et à discuter avec d’autres intellectuels dans le
seul bar « branché » du village. C’est
justement pour donner matière à
l’inspiration de son amant que Kate
part sur les routes, afin de faire parler des gens de tous les jours. Elle
rencontre ainsi une vieille dame, qui
vit seule dans une maison isolée, et
médite en cultivant ses plantes et en
faisant des conserves. La vieille
dame - Jean Culver - se prend pour
Kate d’une soudaine et inexplicable
sympathie et lui promet que si elle
cesse de boire et de se droguer, elle
lui racontera chaque jour une histoire, telle une vieille Schéhérazade en
jupe à carreaux.
Moderne Schéhérazade
Les histoires de Jean concernent sa
famille : la mort de son père, assassiné sous les yeux de son jeune frère ;
la disparition de son neveu et de sa
nièce ; celle de sa compagne. La vie
de Jean est faite de deuils et son histoire est une histoire pleine de trous.
Au fil des rencontres, les deux
femmes deviennent proches, puis
véritablement amies, complices, et
Kate glisse peu à peu de l’Amérique
brutale de Laurits à une autre Amérique, celle des années soixante, qui
se dévoile peu à peu.
C’est un pays oublié qui se dessine
dans les mots de Jean. Les années 60
n’étaient pas uniquement celles du
flower power et des manifestations
contre la guerre du Vietnam. C’était
aussi un pays profondément marqué
par la Seconde Guerre mondiale et Hiroshima, un massacre ignoble et inutile, alors que le Japon était déjà KO.
L’Amérique des années 60, c’est
aussi celle de la lutte clandestine, du
FBI à la poursuite des « gauchistes »
et des déserteurs, des fusillades
d’étudiants, du massacre de My Lay,
qui n’était pas une exception dans
une guerre lointaine et dépourvue
de sens, et dont la mise en lumière
autorisée par l’État permettait de
dissimuler tout ce qui se passait,
quotidiennement, au-delà des mers.
Le Bruit du dégel trace peu à peu
une histoire parallèle de l’Amérique,
loin des chromos et du manichéisme
de la lutte du « monde libre » contre
l’obscurantisme du bloc de l’Est.
John Burnside dégage les contours
d’une Amérique enterrée : il effectue
avec la délicatesse d’un archéologue
un reportage sur l’Amérique réelle
enfouie derrière un trop-plein
d’images, et d’images manipulées.
À la fin du livre, on comprend
pourquoi Jean et Kate se sont
aimées : elles sont comme le reflet
l’une de l’autre. La plus jeune a permis à l’aînée de se débarrasser du
poids de souvenirs trop longtemps
tus et, en retour, elle-même a découvert la réalité secrète d’un pays,
et son âme éternelle.
Burnside a écrit à la fois un roman
impalpable, comme rêvé, fait de
longs glissements, et un roman politique. Il fait, une fois de plus, la
preuve de sa fidélité, par-delà la diversité des décors et des formes, à un
univers extrêmement personnel. ■
Apaiser les blessures
Après une entrée en matière mouvementée, Asta a été élevée par
une nourrice lui recommandant de
ne jamais oublier que « la bonté et
la joie sont les trésors les plus précieux qu’un être humain puisse détenir ». Elle s’est transformée en
une adolescente revêche puis en
une jeune femme avançant comme
elle pouvait sur un chemin plein de
cahots. Avec ses deux mains gauche et la multitude de questions se
bousculant dans sa tête. Ses trois
diplômes universitaires « ès doutes
et incertitudes ». Ses amoureux pas
toujours solides, tel ce sombre
crétin de Joi à qui elle casse le nez.
Ou Josef qui a tenté en vain de lui
expliquer pourquoi il ne voulait
pas qu’elle lui fasse confiance.
Jon Kalman Stefansson,
athlète complet de l’écriture.
EINAR FALUR INGÓLFSSON/GRASSET
AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Par Éric Neuhoff eneuhoff@lefigaro.fr
Dans la peau d’une fille nommée Jacaranda
L FAUT qu’elle bouge.
Jacaranda est incapable
de rester chez elle. C’est
un pur produit de Los
Angeles. L’océan est
sous ses fenêtres. Elle gagne sa
vie en peignant des planches
de surf. Le reste du temps, elle
sort. Cette jolie blonde ne
craint pas les excès. La nuit est
une cour de récréation. Un
soir, Jacaranda siffle quatorze
White Lady. Cela fait beaucoup. Le matin, elle ne se souvient plus de rien.
Dans un bar, Janet, qui est
I
agent littéraire à New York, lui
donne sa carte. Cela permet à
l’héroïne de signer des articles
dans des magazines. Et un livre, quand est-ce qu’elle écrit
un livre ?
Jacaranda entasse les pages.
Janet lui trouve un éditeur.
« Elle avait vingt-huit ans.
L’heure était venue pour elle de
faire une overdose, pas d’être
publiée. »
Il est temps de fuir ses riches
amis. Elle saute dans un avion
pour la côte Est, arrête de boire, descend à l’Essex House,
dîne chez Elaine’s. Elle se sent
un peu perdue. La ville l’effraie, avec ses taxis, ses femmes qui ont l’air de tout savoir.
Jacaranda grandit. Elle est bien
obligée. Le livre date de 1979.
On dirait qu’il date d’hier.
Eve Babitz fut une égérie des
années soixante. Sur une photo, elle joue aux échecs nue
avec Marcel Duchamp (le cliché est évoqué dans un paragraphe). Elle n’a pas sa langue
dans sa poche. C’est comme si
l’Eloïse du Plaza avait vécu en
Californie.
C’est snob et amusant (les
deux choses ne vont pas souvent ensemble). Cela ne traîne
pas. Il y a des formules. « La
vérité, c’est comme une bouteille de vieux brandy ; on ne
devrait la sortir que tard dans
la nuit, entre amis intimes »,
« Elle avait entendu parler
d’Adam et Eve, à la façon dont
un universitaire spécialiste de
l’âge classique, plongé dans
L’Éthique d’Aristote, aurait
eu vent du fait que Liz et Dick
retardaient la production de
Cléopâtre. »
Cette fille a tellement de charme qu’aucune actrice ne réussirait à l’incarner. Aucun lecteur ne résistera à l’envie
d’embrasser cette cousine de
Holly Golightly.
SEX & RAGE
D’Eve Babitz,
traduit de l’anglais
(États-Unis)
par Jakuta Alikavazovic,
Seuil,
240 p., 20 €.
«
La vérité,
c’est comme
une bouteille
de vieux brandy ;
on ne devrait
la sortir que tard
dans la nuit, entre
amis intimes
EVE BABITZ
»
A
BETTMANN ARCHIVE
ALEXANDRE FILLON
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
6
parle
ON EN
SAMEDI À DIJON, DANS LE CADRE
DU FESTIVAL « LES ÉCRANS
DE L’AVENTURE », SERA DÉCERNÉE
LA TOISON D’OR DU LIVRE
DE L’AVENTURE VÉCUE 2018.
HISTOIRE
À qui la toison d’or du livre d’aventure 2018 ?
Voyage. Comme chaque année
depuis un quart de siècle, le
Festival des « Écrans de l’aventure » de Dijon présentera du 4
au 7 octobre une sélection de
films et décernera samedi son
prix littéraire, la Toison d’or du
livre de l’aventure vécue 2018.
Après Jean-Christophe Rufin,
Sylvain Tesson, Jean-Paul
Kauffmann,
Jean-Christophe
Buisson et l’an dernier JeanLouis Gouraud, Bruno Corty du
Figaro littéraire présidera le jury,
secondé par l’écrivain et voyageur Vladimir de Gmeline, la cri-
littéraire
Les bras armés de la Collaboration
POLICES
DES TEMPS NOIRS.
FRANCE 1939-1945
De Jean-Marc
Berlière,
Perrin,
1 360 p., 35 €.
tique littéraire du Point Marine
de Tilly, l’éditeur et auteur JeanLouis Gouraud et Katia Fondecave de la Bibliothèque municipale de Dijon.
Cinq livres sont en compétition : Dans les pas d’Alexandra
David-Néel d’Éric Faye et Chris-
tian Garcin (Stock), À mon allure
de William Kriegel (Actes Sud),
Samouraïs dans la brousse de
Guillaume Jan (Paulsen), Voyage
en France buissonnière de Louis
Meunier (Kéro) et À pied dans le
Caucase de Nathalie Courtet
(GéOrama).
F. L.
DICTIONNAIRE Un travail novateur sur les responsabilités des uns et des autres sous Vichy.
JACQUES DE SAINT VICTOR
V
OILÀ une véritable
somme sur les institutions répressives qui
ont participé à la politique de collaboration
en France entre 1939 et 1945, des
services de police officiels aux services allemands ou italiens et les
officines privées, telles la « Gestapo
française » ou la brigade nord-africaine (dite « SS Mohammed »). Ce
dictionnaire suit toute la chaîne répressive. Parmi tant d’entrées passionnantes, qui rappellent à chaque
page les excès et même les aberrations de certains fanatiques de la
collaboration (on découvre qu’un
certain Labat, chef du service de
police des sociétés secrètes le PSS,
pousse le zèle jusqu’à traquer les
membres du Rotary, regardé comme une société d’espionnage au
profit des Anglo-Saxons !), il faut
lire les pages décisives consacrées
au rôle de la police française dans la
répression raciale.
Dans des pages fort balancées,
Berlière revient sur ce qu’on appelle depuis les travaux du chercheur
suisse Maxime Steinberg, au début
des années 1990, le « paradoxe
français ». Vichy fut probablement
le régime le plus engagé dans la politique de collaboration avec les nazis (80 % à 90 % des Juifs arrêtés en
France le furent par des Français).
Et, pourtant, c’est en France que
les Juifs ont été les moins touchés
par la déportation (25 % des Juifs
vivant en France furent déportés,
ce qui signifie que 75 % des Juifs de
France – et 90 % des Juifs français –
n’ont pas été déportés, précise Berlière, contre 75 % aux Pays-Bas,
sans parler de la quasi-totalité des
Juifs des États baltes, de Pologne ou
d’Ukraine).
Machine administrative
Comment expliquer ce paradoxe de
la part d’un régime antisémite qui
fit adopter le statut des Juifs ? Selon
Berlière, pour comprendre la complexité de Vichy, il faut prendre
garde à l’émotion véhiculée de
façon bien compréhensible par des
« historiens autoproclamés, des fils
de victime, des avocats, des journalistes […] qui ont souvent accumulé
les contresens » (l’auteur en donne
un exemple éloquent concernant
l’usage administratif dans les documents internes de police des expressions « le Juif X », « la Juive Y »
qui n’expriment pas, comme l’ont
cru certains, des marques d’antisémitisme mais le respect de consignes ordonnant alors de ne pas
employer « Monsieur » ou « Madame » pour désigner un Juif. Bref,
d’authentiques résistants pouvaient recourir à cette rhétorique
administrative sans adhérer nullement à la politique antisémite).
Cette plongée dans les arcanes de
l’horreur permet de bien mieux
comprendre la part de responsabilité des uns et des autres. Vichy
a négocié âprement avec les nazis
jusqu’à l’automne 1943 pour
garantir aux Juifs français le statut
d’individus « non déportables ».
Même si les motivations des acteurs
ne sont pas claires, l’auteur évoque
la « multiplicité des accrochages entre l’administration française d’un
côté et les responsables locaux du SD
(allemand) de l’autre ». Un travail
important, savant, innovateur, dépassant, comme on le voit, le simple objet de la police, et qui avoue
qu’il reste encore des zones d’ombre dans ce domaine. ■
Comment devient-on Jean Moulin ?
BIOGRAPHIE Bénédicte
Vergez-Chaignon retrace vingtcinq jours clés qui ont façonné
le destin de ce héros français.
JEAN-MARC BASTIÈRE
JEAN MOULIN
L’AFFRANCHI
De Bénédicte
Vergez-Chaignon,
Flammarion,
416 p., 24 €.
COMPRENDRE
LE NAZISME
De Johann
Chapoutot, Tallandier,
426 p., 21,90 €.
Q
UI est vraiment Jean
Moulin, haute figure
de la Résistance entré
au Panthéon dans la
nuit glaciale du 19 décembre 1964, qui a
donné son nom à plusieurs milliers
de rues et à plus d’une centaine
d’établissements scolaires ? Une
évidence lumineuse, dont « la
grandeur allait de soi » (André Malraux) mais aussi le mystère d’une
figure iconique qui se perd dans
l’azur bleuté de la postérité. Jusqu’aux nom et prénom très communs, passe-partout, qui étaient
les siens. Ce qui n’a pas empêché les
polémiques de faire rage à son encontre. À partir des années 1950, on
l’a dépeint tour à tour en cryptocommuniste, en agent soviétique
ou en espion américain.
Aujourd’hui, c’est son identité
sexuelle qu’on examine. Parce que
ses premières fiançailles et son mariage éclair furent des échecs cuisants, certains soupçonnent qu’il
pourrait avoir été homosexuel. À
cause des dessins satiriques de Romanin (son pseudonyme d’artiste),
on l’accuse de sexisme, de misogynie mais aussi de xénophobie, lui
qui a incarné dans sa plus haute acception l’idéal patriotique.
Pour parler de lui, Bénédicte
Vergez-Chaignon, spécialiste de
Pétain, de Vichy et de la Résistance,
a choisi de raconter vingt-cinq
jours clés qui ont façonné le destin
de ce héros français. Une vie qui
s’achèvera cruellement à quarantequatre ans entre les griffes de la
Gestapo. Sciemment, l’historienne
ne cherche pas à réfuter, à redémontrer ou à lever un nouveau
scoop. Pendant dix ans, elle baigna
dans la familiarité de son sujet en
collaborant à une biographie. Elle
effectua, en effet, un travail de
fourmi pour Daniel Cordier, qui fut
secrétaire de Jean Moulin dans la
Résistance de juillet 1942 à juin
1943. Un personnage historique,
dit-elle avec justesse, connaît des
« vicissitudes » liées au regard que
l’on porte sur lui à un moment donné. Chaque époque projette ses
propres obsessions. C’est pourquoi
elle revient à Jean Moulin, fascinée
par l’idée qu’il vivait jour après
jour, sans imaginer que sa vie serait
décortiquée dans ses moindres détails.
Événement fondateur
Ces « journées » évoquées depuis
l’enfance restituent par petites
touches son quotidien et son tempérament. Elles relèvent de l’intimité comme de l’action publique
ou de la clandestinité. Elles le placent face aux événements nationaux ou internationaux, sans taire
ses engagements (à gauche) ou ses
passions privées. Ces jours et ces
nuits passent presque inaperçus
pour lui. Il ne sait pas qu’en se levant le matin son existence peut
basculer. Pour tout dire, il ne vit
pas avec l’idée qu’il sera un jour un
héros. Peu à peu, pourtant, une
impression se dessine. Comme celle d’un inachèvement existentiel.
Il conduit une Amilcar modèle
Grand Sport. Il aime le ski et fréquente les milieux bohèmes. Peutêtre aurait-il « voulu être un artiste ». Mais il s’est contenté d’être
un bon fils, un haut fonctionnaire
efficace à la carrière préfectorale.
Pour quelqu’un d’un autre bord
politique, le « préfet du Front populaire » a pu paraître sectaire, arriviste et coureur. Mais on change de
façon souterraine. Dans ses dessins, il passe de la caricature
convenue à la représentation compassionnelle des êtres souffrants.
C’est ainsi qu’on voit émerger le
mystère d’un homme que l’événement va révéler.
L’épisode fondateur, et dérangeant, a lieu en 1940. Comme préfet, il subit de la part des Allemands
un passage à tabac pour avoir refusé
de « constater » que les tirailleurs
sénégalais ont violé et assassiné des
femmes et des enfants. Il tente de se
suicider mais ne meurt pas des suites de ses blessures. À partir de là,
son devoir s’impose avec évidence.
Il deviendra un héros, en cessant de
s’appartenir. Et accédera à une
autre dimension. Il a survécu pour
devenir l’unificateur de la Résistance et, plus tard, son symbole même.
C’est sous l’identité de Joseph Mercier qu’il arrivera en Angleterre en
octobre 1941. La rencontre avec le
général de Gaulle sera décisive. Il
sera aussi « Monsieur X », « Max »…
Et tout simplement, Jean Moulin. ■
Aux racines du IIIe Reich
JOHANN CHAPOUTOT Un essai décrit l’influence du darwinisme anglo-saxon sur l’idéologie nazie.
PAUL-FRANÇOIS PAOLI
L
A
Jean Moulin au volant de son Amilcar modèle Grand Sport (rouge), en 1926. COLLECTION ESCOFFIER-DUBOIS
ES CHEFS nazis n’étaient,
pour la plupart, ni des
fous ni des idiots. Pour
comprendre le nazisme, il
ne faut pas seulement le
prendre au tragique au vu de l’ampleur inédite des crimes commis
mais aussi le prendre au sérieux sur
le plan de la pensée. Fondée notamment sur une étude scrupuleuse des
textes et des documents produits
par les nazis eux-mêmes, qu’ils fussent dirigeants en vue ou idéologues
de seconde main, la démarche que
poursuit depuis des années le chercheur et historien Johann Chapoutot
tranche avec les discours convenus
sur ce « Mal radical » qu’a été le nazisme, comme si celui-ci était d’origine mystérieuse.
Selon l’auteur de La Révolution
culturelle nazie (Gallimard), les Allemands n’ont pas suivi Hitler par
veulerie ou lâcheté, même si ces
tendances ont existé, mais parce que
le projet nazi leur est apparu rationnel. Et ce d’autant plus qu’il synthétisait des idées qui étaient dans l’air
depuis la fin du XIXe siècle dans toute l’Europe et que les nazis ont « extrémisées » et systématisées. Ainsi
du darwinisme social qui prône
l’élimination des « improductifs » et
de l’eugénisme qui fut pratiqué dans
certains États américains ou pays
nordiques. Si on ajoute à ces tendances une vision biologique et raciale de l’histoire et un ethno-nationalisme violemment antisémite, on
obtient cet amalgame virulent de
haine et de cruauté que fut le nazisme, et que Chapoutot distingue évidemment du fascisme italien.
Platon, « penseur aryen »
Un des mérites de ce livre composé
d’un mélange de textes, de conférences et d’interviews est de rappe-
ler la passion qu’Hitler éprouvait
pour un monde gréco-romain qu’il
considérait comme d’essence germanique puisqu’à ses yeux les Germains seuls étaient capables d’engendrer de grandes cultures. Pour
Hitler, Platon l’antidémocrate était
un penseur aryen et la guerre des
Grecs contre les Perses ne fut qu’un
épisode du combat titanesque
contre les Sémites. Une vision qu’il
n’avait pas inventée car elle était répandue dans certains milieux nationalistes allemands. Au passage,
Chapoutot fait un sort à Hannah
Arendt, à qui il reproche d’avoir
déresponsabilisé Eichmann en le
faisant passer pour un complet minus. Un livre qui nourrit intelligemment le débat même s’il pâtit des
prises de position de son auteur sur
des questions contemporaines qui
n’ont guère de rapport avec le sujet.
Était-il nécessaire de juger les hommes de notre époque, de Macron à
Zemmour, à l’aune de rapprochements plus que discutables avec ces
années sombres ? Ou de comparer la
Manif pour tous avec le djihadisme
qui auraient en commun la « peur
de la liberté » ? Ce genre d’amalgames est indigne d’un historien, ce
qui est dommage au vu du travail
accompli. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
Je suis présent depuis
trente-trois ans
et je pense que ce qui
donne à quelqu’un ce genre
de pertinence, c’est d’être
un peu détesté
»
BRET EASTON ELLIS DANS « ROLLING STONE »
Retrouvez sur Internet,
chaque mardi,
la chronique
« Livres pour
la jeunesse ».
@
SUR
WWW.LEFIGARO.FR/
LIVRES
LEONARDO CENDAMO/LEEMAGE/AFP FORUM
jeudi 4 octobre 2018
7
LE CHIFFRE DE LA SEMAINE
1 124
C’est le nombre
de pages du livre Les Enfants de Paris 1939-1945
(Gallimard) de Philippe Apeloig. L’artiste rend hommage
aux victimes de la guerre en photographiant
les plaques commémoratives de la capitale.
EN VUE
littéraire
Pour qui sonne le glas
ARTURO PÉREZ-REVERTE Premier volet d’une série de romans
d’espionnage avec un héros cynique dans l’Espagne franquiste.
BRUNO CORTY
bcorty@lefigaro.fr
À
SOIXANTE-SEPT ANS,
et après trente ans de
carrière,
l’Espagnol
Arturo Pérez-Reverte
compte dans sa bibliographie quelque 30 livres dont
23 romans qui ont été, pour la plupart, des best-sellers en Espagne, en
Amérique latine et un peu partout
dans le monde.
Digne héritier des auteurs de romans-feuilletons du XIXe siècle, ce
membre de l’Académie Royale espagnole (depuis 2003), s’amuse à
écrire des romans à suspense (La
Neuvième Porte), d’aventure (La
Reine du Sud), de cape et d’épées
(la série du Capitaine Alatriste) et
aujourd’hui une nouvelle série
d’espionnage dont le héros récurrent, Lorenzo Falco, est un mercenaire sans foi ni loi.
De passage à Paris, l’ancien grand
reporter de guerre est doublement
en tournée promotionnelle puisqu’il
va donner une conférence de presse
devant vingt journalistes venus
d’Espagne pour la sortie de Sabotage, le troisième volet d’une série débutée en 2016. Entre-temps, PérezReverte a publié en Espagne Los
perros duros no bailan (en français,
Les Chiens durs ne dansent pas, réfé-
rence aux Vrais durs ne dansent pas
de Norman Mailer), une fable déjantée dont les personnages sont
deux chiens qui mènent l’enquête
pour retrouver l’un des leurs.
« Je publie beaucoup parce que j’ai
beaucoup d’histoires dans la tête »,
se défend le romancier espagnol.
Navigation
en eaux troubles
Avec Falco, Pérez-Reverte a choisi
pour toile de fond de sa série l’un
des épisodes les plus dramatiques de
l’histoire espagnole, la guerre civile
(1936-1939). Dans le premier volume, on découvre Lorenzo Falco,
trafiquant d’armes, offrir ses services à un groupe d’espions et de
tueurs placés sous les ordres du chef
des renseignements franquistes. Lequel a eu par le passé moult occasions de l’éliminer mais a su détecter en lui un homme fiable et sans
scrupule. Le client idéal en somme
pour la mission qu’il lui confie à
présent : se rendre à la prison d’Alicante et libérer par la force José Antonio Primo de Rivera, le fondateur
de la Phalange. Pour réussir, il lui
adjoint une troupe expérimentée
qui débarquera par la mer sur un
navire de l’allié allemand et un trio
d’espions composé d’un frère et
d’une sœur et d’une mystérieuse
femme à cheveux courts nommée
Eva. Bien sûr, comme dans tout bon
roman d’espionnage qui se respecte, les choses ne vont pas se dérouler
normalement. Les dissensions, les
complots au sein même du camp
franquiste dirigé par les frères Franco vont modifier la donne et faire
couler le sang.
En fin connaisseur de la période
Pérez-Reverte navigue en eaux
troubles avec une maestria impressionnante. Il ne prend jamais parti
pour l’un des deux camps privilégiant le suspense et l’action. Au passage, il nous dépeint son mercenaire
sous toutes ses facettes, en tombeur
(une scène avec une Allemande vaut
le détour), en soldat insolent et en
tueur de sang-froid.
Falco a remporté un gros succès
en Espagne et partout où il est déjà
sorti (États-Unis, Grande-Bretagne,
Italie). Eva, le deuxième volume, le
mènera à Tanger où il retrouvera la
troublante et dangereuse Eva. Et,
dans le troisième, Sabotage, il sera à
Paris avec une mission double : détruire le Guernica de Picasso et la
réputation d’Hemingway en le faisant passer pour un agent double.
Au passage il aura une idylle avec
Marlene Dietrich (au grand dam de
Papa, avec il se battra) et se moquera d’un autre soldat de papier
qui ressemblera à s’y méprendre à
Malraux ! On en salive déjà. ■
FALCO
D’Arturo
Pérez-Reverte,
traduit de l’espagnol
par Gabriel Iaculli,
Seuil,
297 p., 19,50 €.
Arturo Pérez-Reverte :
« J’ai beaucoup
d’histoires
dans la tête. »
MIRCO TONIOLO/AGF/SIPA
La papesse et le jeune loup de mer
YANN QUEFFÉLEC L’écrivain rend hommage à Françoise Verny, l’éditrice qui l’a lancé.
MOHAMMED AÏSSAOUI
maissaoui@lefigaro.fr
C
ETTE femme est décidément un personnage de
roman : forte – mentalement comme physiquement –, volubile, complexe, du flair comme personne,
Françoise Verny avait été souvent,
elle, la croyante, baptisée « la papesse de l’édition ». Disparue en
2004 à l’âge de soixante-seize ans,
cette éditrice hors norme avait fait
les beaux jours de Grasset (près de
vingt années) et marqué Gallimard
(elle n’y est pourtant restée que
BD
n’avait que trente-six ans. Avec ce
livre, Queffélec signe un portrait affectif, une histoire d’amitié indéfectible, une reconnaissance de dette.
« Drôle d’oiseau »
En mai 1978, Yann Queffélec est un
marin passionné, ce Breton a vingtsept ans. Il accoste à Belle-Île-enMer après une croisière mouvementée. Sans qu’il comprenne
pourquoi, Françoise Verny l’attend
sur le quai - elle avait dû se renseigner. Scène surréaliste. Elle le
convainc qu’il est fait pour être
prince dans la république des lettres. Et lui dit cette fameuse phrase
POLAR
Le chevalier est une femme
Le roi est mort des suites
d’une maladie mystérieuse,
et sa fille aînée, Tilda, soutenue
par le peuple, est sur le point
d’être couronnée. Mais la jeune
princesse est victime d’un
complot ourdi par des seigneurs
cruels qui mettent son frère sur
le trône avec la bénédiction
de la reine mère. La farouche
Tilda, protégée par un seigneur
bienveillant et un jeune page,
s’échappe et cherche à rejoindre
la demeure d’un ami de son père
qui lui a fait savoir qu’il a un
secret à lui confier. En chemin,
elle rencontre de multiples
embûches. Le royaume est
à feu et à sang.
Les féodaux
multiplient les
exactions contre
le peuple
exsangue tandis
qu’une confrérie
fomente une
révolution pour
instaurer une
société égalitaire
quatre ans, de 1982 à 1986). Un personnage de roman, parce que Daniel
Pennac en avait fait sa Reine Zabo
dans La Fée carabine et feu Claude
Durand, autre éditeur hors norme,
s’en était inspiré.
Aujourd’hui, c’est Yann Queffélec
qui en fait son héroïne dans Naissance d’un Goncourt. Un récit dans
lequel il raconte comment il a rencontré « LA » Françoise Verny dans
des circonstances pour le moins
étonnantes et comment elle a changé sa vie en le soutenant jusqu’à ce
qu’il obtienne, en 1985, le prix Goncourt pour son deuxième roman,
Les Noces barbares (Gallimard). Il
et fraternelle, un nouvel âge
d’or. Cette histoire se passe
dans un Moyen Âge fantasmé,
une société féodale vidée
de références religieuses,
un monde chatoyant d’heroic
fantasy. Dans ce premier
volume de L’Âge d’or, Roxanne
Moreil raconte avec brio une
quête chevaleresque dont
le héros est une femme. Le sens
de la quête et le message
politique sont un peu nébuleux,
mais le récit est très bien mené
et enchanté par le graphisme
de Cyril Pedrosa qui modernise
avec un talent fou l’art de
l’enluminure et de la tapisserie.
ASTRID DE LARMINAT
L’ÂGE D’OR
De Roxanne Moreil
et Cyril Pedrosa,
Aire Libre,
232 p., 32 €.
symbole du Nouveau Roman, reçoit
le prix Nobel de littérature. Queffélec ne le fait pas souvent, mais, après
quelques digressions sur le Concorde – deux chapitres tout de même –
et la récitation de La Cigale et la
Fourmi (dès qu’il sent un danger, il
s’y met), l’écrivain explique sa cuisine littéraire : « Je veux (que le roman) s’abreuve aux trois mamelles
de mes énergies préférées en art : la
violence, la drôlerie, la tendresse.
Comment rater son coup lorsqu’on est
un romancier drôle, tendre, violent. »
Dans ce récit, l’auteur rend surtout
hommage à celle qui l’a fait devenir
écrivain, mais, aussi, homme. ■
DICTIONNAIRE
Pour les nuls mais pas que…
Une fois qu’on a compris que
cet objet jaune, blanc et noir
(clin d’œil involontaire
à la « Série noire ») n’était pas
un dictionnaire du polar mais bien
le regard de deux passionnées
(le tandem Aubert-Beunat,
éditrices qualifiées) sur un genre
littéraire qu’elles pratiquent
depuis toujours, on peut
s’embarquer sans trop de crainte
en leur compagnie. Cet ouvrage
est destiné aux néophytes mais
pas seulement. L’histoire du
polar des origines à nos jours, les
grands noms du genre, c’est le
b.a.-ba, les bases, indispensables.
Les nouveaux noms à découvrir,
le polar au
cinéma et dans
les séries télé,
c’est l’actualité
du moment
et on ne fera pas
non plus l’impasse
sur ces chapitres.
On saluera
également l’aspect
ludique de l’ouvrage.
qui a toujours résonné dans l’esprit
de Queffélec et, sans doute donné la
confiance nécessaire pour aller au
bout de son ambition : « Toi, chéri, tu
as une gueule d’écrivain ! » Elle attend aussi un manuscrit de lui.
Après quelques lapins posés, le jeune auteur publie, en 1983, chez Gallimard un premier roman remarqué, Le Charme noir. En 1985, il rend
Les Noces barbares. « C’est un drôle
d’oiseau, Les Noces barbares. Il marque le retour de la narration dans le
roman français qui s’en croyait
émancipé », raconte-t-il. Il faut dire
que cette même année, Claude
Simon, auteur des éditions Minuit,
Harry Potter, un ancêtre latin
Des icônes indiquent au lecteur
les pistes à creuser, les
adaptations ciné, les coups de
cœur de ces dames. Lesquelles
ajoutent à leur propos des tests
de connaissance et dressent
des listes à ne pas manquer :
les 10 polars incontournables,
les films noirs incontournables,
les 10 séries télé
incontournables… Dans la mesure
où un roman vendu sur quatre
est un polar, cet ouvrage a
sa place dans toute bibliothèque
digne de ce nom avec les œuvres
de Conan Doyle, d’Agatha
Christie, de Raymond Chandler,
de Dashiell Hammett, de James
Ellroy et de Philip Kerr.
B. C.
LE POLAR
POUR LES NULS
De Marie-Caroline
Aubert et Natalie
Beunat,
First Éditions,
376 p., 22,95 €.
Blandine Le Callet est tombée
dans le chaudron de potion
magique en 2000. Pas celui
de Panoramix, non, mais
celui de Harry Potter. Depuis,
l’auteur, professeur de latin,
est passionnée de magie.
Elle publie une encyclopédie
du monde fantastique de J.K.
Rowling. Un ouvrage ludique
et pédagogique, enluminé
avec talent par sa fille
Valentine Le Callet, qui redonne
vie à la civilisation et
aux mythes gréco-latins.
Quelle meilleure autre façon
que d’initier des étudiants
à Homère, Virgile, Ovide
ou Tite-Live ?
La maman de
Harry Potter
ne s’est pas
contentée
de sortir de
son imagination
des histoires de
sorciers. Et cet
« extraordinaire
travail de
référence à l’Antiquité »
n’a pas échappé à Blandine
Le Callet. Le personnage
de McGonagall Minerva par
exemple fait écho à Minerve
(Athéna chez les Grecs),
Hermione, à la fille du roi de
Sparte Ménélas, et le célèbre
professeur Albus Dumbledore à
un vieux mot anglais signifiant…
« le bourdon » ! De quoi
surprendre tous les apprentis
sorciers. On commence par
picorer ici et là des mots latins,
déguster des formules issues
de la mythologie et on finit
par dévorer tout le livre.
Les 500 pages s’avalent comme
des chocogrenouilles.
Absolument magique !
ALICE DEVELEY
LE MONDE ANTIQUE
DE HARRY POTTER
De Blandine Le Callet,
illustré par Valentine
Le Callet,
Stock, 544 p., 25 €.
A
NAISSANCE
D’UN GONCOURT
De Yann Queffélec,
Calmann-Lévy,
214 p., 17,50 €.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
jeudi 4 octobre 2018 LE FIGARO
8
Prix Goncourt : Pauline à la page
L’HISTOIRE
semaine
de la
EN MARGE
littéraire
PAULINE DELABROY-ALLARD, AUTEUR
DE « ÇA RACONTE SARAH », PREMIER
ROMAN TRÈS REMARQUÉ (MINUIT),
EST LA DERNIÈRE FEMME
EN COURSE POUR LE GONCOURT.
Sélection. La deuxième sélection du prix Goncourt vient d’être
communiquée. Elle contient huit
noms. Une femme et sept hommes ! Pauline Delabroy-Allard,
auteur de l’excellent premier roman Ça raconte Sarah (Minuit),
est, à trente ans, une des révéla-
tions de la rentrée. Avec elle,
trois autres « débutants » prometteurs publient leur deuxième
roman : Paul Greveillac, trentesept ans (Maîtres et esclaves,
Gallimard), Nicolas Mathieu, quarante ans (Leurs enfants après
eux, Actes Sud), et David Diop,
Quignard : « Nous sommes
des fragments de désir »
cinquante-deux ans, autre révélation de la rentrée avec Frère
d’âme (Seuil). Face à eux, quatre
auteurs confirmés : Thomas B.
Reverdy (L’Hiver du mécontentement, Flammarion), François
Vallejo (Hôtel Waldheim, Viviane
Hamy), Daniel Picouly (Quatre-
vingt-dix secondes, Albin Michel)
et Tobie Nathan (L’Évangile selon Youri, Stock). Pour les deux
derniers cités, qui fêteront leurs
soixante-dix ans dans quelques
jours, le Goncourt serait le plus
joli des cadeaux ! Verdict le 7 novembre.
BRUNO CORTY
Pascal Quignard
explore
la fascination
et le plaisir
du faux.
ENTRETIEN L’auteur de « Tous les matins du monde » poursuit
son cycle du « Dernier Royaume » et achève son triptyque inauguré
par « Le Sexe et l’Effroi ». Rencontre.
ANGOISSE
ET BEAUTÉ
De Pascal Quignard,
illustrations de
François de Coninck,
Seuil,
120 p., 49 €.
En librairie
le 11 octobre.
Bio
EXPRESS
1948
Naissance
à Verneuil-sur-Avre.
1986
Le Salon
du Wurtemberg.
1991
Tous les matins
du monde.
Adapté au cinéma
par Alain Corneau.
1994
Le Sexe et l’Effroi.
2002
Les Ombres errantes,
prix Goncourt.
2006
Villa Amalia.
Adapté au cinéma
par Benoît Jacquot.
THIERRY CLERMONT
tclermont@lefigaro.fr
LE FIGARO. – Avec L’Enfant
d’Ingolstadt, vous venez de composer
le dixième volume de votre série,
« Dernier royaume », entamée
en 2002 avec Les Ombres errantes .
Comment envisagez-vous ce projet
à long terme ?
Pascal QUIGNARD. – Au départ, il n’y
avait pas de projet précis, en tout cas
pas dans ce sens. Je suis plutôt à l’aise
dans l’écriture fragmentaire, qui permet une grande liberté et la plus
grande des fantaisies, presque en terme musical. Comme le temps passe,
en vieillissant ! Et avec l’âge, on se
voit vivre. Vivre pour écrire plus
longtemps. Et ne pas avoir d’œuvre à
finir, à achever : c’est bien aussi. Ça
laisse de la liberté, de la marge.
C’est Maurice Blanchot qui parlait
à ce propos de « l’exigence
fragmentaire », de cette « exigence
extrême », comme forme de risque
dans l’écriture…
Sans doute. Ce que j’ai voulu faire,
avec ce nouveau volume, c’est rendre
compte de l’attrait, et je pèse mes
mots, voire la fascination, que nous
avons pour tout ce qui est faux dans
l’art, et j’ajouterai : dans le rêve. Le
rêve qui est une sorte de qui-vive plus
vif que la pensée même. Et l’onirique
n’est jamais faux. J’ajouterai ceci : il
n’y a pas de vérité à proprement parler. Il n’y a que de la réalisation, de
l’accomplissement, du désir au sens
large. Une crue du rêve dans le réel.
Nous ne sommes que des fragments
de désir, et rien d’autre. Pas même
des fragments de vie. Et comme je
viens de le dire, la vérité n’existe pas,
elle n’est qu’une défalsification, un
état qui serait hors de l’illusion ou du
désir. Car nous sommes pétris de
désirs. Et c’est en mourant que nous
devenons vivants…
Vous affirmez que l’opposé du faux
n’est pas le réel, l’imprévisible,
le sauvage, mais le vrai,
en ce qu’il a de vraisemblable,
de construit, de narré.
Bien sûr. Il faut distinguer le réel du
vrai. Et voir dans la vérité une notion
particulièrement violente, une forme
de dénégation panique.
Marina Tsvetaïeva disait
qu’il n’y a pas de mensonge définitif,
pour la simple et bonne raison que
chacun d’entre eux émet au moins
un rayon en direction de la vérité.
C’est très justement dit. Et elle était
particulièrement bien placée pour en
parler.
Pourrait-on déterminer un point
commun à tous vos livres,
depuis un demi-siècle de création ?
Je dirais que ce serait, à la fois dans
mes récits, romans et essais, illustrer
le fait que rien n’est indigne de la
beauté, que ce soient les figues d’Herculanum, les asperges de Manet ou
encore les souliers de Van Gogh. Rien
n’est illégitime en la matière. Mais ce
qui ne cesse de me fasciner, depuis
toujours, c’est le mystère de l’incomplétude charnelle.
Est-ce ce qui vous a amené
à clore votre triptyque
avec « Angoisse et beauté » ?
Oui, certainement. Au départ, il y a
eu Le Sexe et l’Effroi, en 1994. Je pensais avoir tout dit, puis il y eut La Nuit
sexuelle. J’ai eu besoin de me repencher sur ce mystère de l’effusion sensuelle, qui paradoxalement est quelque chose qui fait obstacle, et qui
empêche la fusion. Et, même, peut
déboucher sur l’effroi, la honte et la
gêne. C’est sans doute pourquoi nous
sommes comme offensés par cette
origine. Je reste sidéré par cela, par
cette nuit au cours de laquelle nous
avons été conçus. J’ai toujours détesté, à ce propos, toute idée de sublimation. Je suis dans une quête, une recherche perpétuelle, un « mind
wandering », comme disent les Américains. Ce qu’il y a de fascinant avec
les illustrations de François de Coninck, c’est qu’elles sont proches de
l’effacement, de la disparition, comme émergées d’un brouillard indéfinissable. Je ne peux que répéter ce
que j’ai écrit, à savoir : « Les fantasmes déterminent les jours, les rencontres, les heures, les gestes. Ils les
contraignent. Ils présagent en silence.
Ils s’imposent à nos mains, à nos voix
tout à coup. Les nuits s’imposent à
nos jours. »
Votre éditeur ajoute : « Ainsi
s’achève un cheminement dans les
visions, rêveries, divagations, images
que suscite en l’humanité le mystère
impénétrable de son origine, origine
répétée à chaque procréation
et multipliée infiniment au-delà
dans chaque jouissance. »
Il y a là du vrai (rires).
Estimez-vous qu’il y a
une différenciation des sexes ?
Bien sûr, et n’y voyez-là aucun jugement moral. Il se trouve qu’il en est
ainsi. Prétendre le contraire serait un
mensonge.
Le mensonge serait-il parfois
nécessaire ?
Oui. Regardez les enfants. Ils ont besoin de mentir pour la simple et bonne raison qu’ils ont besoin de nourrir
un secret par rapport aux autres, de se
protéger. Et cela fonctionne chez eux
comme une poche interne. C’est aussi
atteindre la possibilité d’être seul, de
vivre seul, à l’abri, comme l’a très
bien démontré Donald Winnicott.
Depuis le succès de Tous
les matins du monde, on vous
rattache au répertoire baroque,
notamment français, celui de Lulli
ou du gambiste Marin Marais.
Cela vous gêne-t-il ?
Pas du tout ! Même si j’ai peu ou prou
abandonné la pratique du violon et du
violoncelle. Ce que l’on sait moins,
c’est mon attachement à la musique
contemporaine. J’ai à ce propos un
nouveau projet d’opéra avec Suzanne
Giraud, et je poursuis ma collaboration avec Michèle Reverdy. On
connaît le mot d’Emil Cioran, dans
ses Syllogismes de l’amertume : « S’il y
a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est
bien Dieu. » On pourrait ajouter : c’est
le compositeur et pianiste Olivier
Messiaen qui a fait chanter Dieu, à
travers ses Oiseaux.
Par ailleurs, au milieu
de votre ouvrage, vous tenez
des propos assez durs, sur le roman
comme genre littéraire…
Durs et justes. Je les maintiens. Le
mot de roman n’est en rien un
concept, et il ne désigne que vaguement un genre lui-même vague dans
l’histoire de l’écrit. Mais il s’agit d’un
signal. Ce mot veut dire : ce qui suit
est faux. C’est comme une sorte
d’adresse, comme je l’écris, qui signifie : le plaisir que vous êtes en droit
d’attendre de ce livre est le plaisir
du faux. ■
A
20 HÉROS
D’UNE SAGA
EXTRAORDINAIRE
À retrouver chez votre libraire
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
PROPOS RECUEILLIS PAR
L’ENFANT
D’INGOLSTADT
De Pascal Quignard,
Grasset,
272 p., 20 €.
â NOTRE AVIS
La Rome ancienne et les lettrés
chinois, Rembrandt et Chardin,
Shakespeare, Pétrarque, Descartes, Ulysse, sainte Thérèse d’Avila, Mme de La Fayette, le peintre
Jean Rustin, le roi Dagobert… Références, illustrations, réflexions,
les familiers de Pascal Quignard
retrouveront dans ce dixième volume de Dernier royaume l’univers qu’il a créé et développé depuis une quinzaine d’années, à
travers ses vagabondages littéraires et artistiques, au sens large.
Si le tempo est sans doute moins
fluide que dans les ouvrages précédents, l’écriture réussit à affirmer sa plénitude et ses audaces,
à travers ses fragments totalement assumés, ses instantanés.
L’auteur de Villa Amalia nous offre toute une palette de sensibilités aux tonalités parfois surprenantes. L’art du maître, comme
21€
on disait avant. Au lecteur de
piocher, picorer, s’attarder.
Le deuil, le plaisir, le remords, la
quête des origines, la « beauté imprévisible », la vérité comme illusion, le souci étymologique, son attention aux animaux domestiques,
la figuration sexuelle reviennent
dans ces pages articulées en une
quarantaine de chapitres et aux
« bifurcations imprévisibles ». Le
« Je » y a une bonne part, qu’émaillent des souvenirs personnels et
intimes. Ainsi : « J’aime l’orage qui
précède la vie même dans le ciel –,
qui fracture la matière. J’aime cette
musique primaire, bouleversante. »
Inlassablement, Quignard revient
sur le roman et la fiction, affirmant, à propos de cette dernière :
« C’est ce qui ne peut être démenti »,
et ajoutant : « Le faux, rien ne le falsifie dans son essence. » À méditer,
par ces temps de post-vérité. ■
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