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Le Figaro - 05 10 2018

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vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 062 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
REPORTAGE
À MUNICH, LA FÊTE DE LA
BIÈRE, MIROIR DE LA FIERTÉ
BAVAROISE PAGE 17
EXÉCUTIF
Cecilia Bartoli : « Il est
temps pour moi de
rendre ce que j’ai reçu »
Le président,
le Général et les
retraités... PAGE 6
EUROPÉENNES
Le RN prospère
toujours dans
ses bastions des
Hauts-de-France
PAGE 8
DÉFENSE
L’Otan réagit
aux cyberattaques
russes PAGE 9
MOYEN-ORIENT
L’Arabie saoudite
fait souffler le vent
de la répression
par-delà ses
frontières PAGE 9
Banijay lorgne
le producteur
EndemolShine
CHAMPS LIBRES
PAGE 28
L’entretien
avec Raphaël
Enthoven
La tribune de
Bérénice Levet
Le bloc-notes
d’Ivan Rioufol
La tribune
de JeanDominique
Giuliani
n
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de jeudi :
Le départ de Gérard
Collomb affaiblit-il la
présidence d’Emmanuel
Macron ?
OUI
73 %
NON
27 %
TOTAL DE VOTANTS : 68 923
Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Sexisme : le mouvement
#MeToo a-t-il eu des
effets positifs sur la
société ?
3’:HIKKLA=]UW[U^:?b@k@a@f@k";
M 00108 - 1005 - F: 2,60 E
Pour fêter ses 30 ans de carrière discographique, la célèbre
cantatrice lance un label avec lequel elle entend aider de
jeunes chanteurs à enregistrer dans les meilleures conditions.
Elle retrouve aussi Vivaldi avec un nouvel album,vingt ans
après avoir connu un énorme succès grâce à ce compositeur,
qu’elle avait contribué à faire redécouvrir. PAGE 30
MATTHIAS SCHRADER/AP - JASON
LEE/REUTERS - JEAN-CHRISTOPHE
MARMARA/LE FIGARO
S’OPPOSE À LA RÉVOLUTION
FÉMINISTE
è ÉBRANLÉ, LE MONDE DE LA
CULTURE ESQUISSE DE PETITS
CHANGEMENTS
è #METOO AU BUREAU : UNE
ANNÉE D’INTROSPECTION
PAGES 2 À 4, 18 ET L’ÉDITORIAL
Alors que le gouvernement a
annoncé un retour dans le
vert des comptes de la Sécurité sociale l’an prochain,
l’institution estime que ce
redressement est fragile, car
il doit beaucoup à l’amélioration de la conjoncture.
Pour renflouer l’assurancemaladie, toujours déficitaire,
la Cour des comptes préconise de relever les taxes sur
les sodas et les alcools, ainsi
que de réorganiser la filière
des soins visuels.
PAGE 22
ÉDITORIAL par Laurence de Charette ldecharette@lefigaro.fr
n
PAGES 18 ET 19
è AUX ÉTATS-UNIS, TRUMP
Sécurité sociale :
la prescription choc
de la Cour des comptes
n
n
tes motivées par de tels faits
sont, en France, en nette augmentation : + 21,57 %, soit
132 agressions par jour. Les associations de soutien aux victimes restent cependant prudentes sur les avancées de ce
mouvement.
I
#MeToo, et après
l y a un an, un torrent de témoignages
dénonçant les violences sexuelles
s’abattait sur les réseaux sociaux. Des
flots tempétueux ont charrié sans discontinuité et sans distinction crimes
avérés et dénonciations en tous genres, profondes blessures et mésaventures, harcèlement caractérisé et regards appuyés. L’irruption de #MeToo, mouvement inédit par son
ampleur et incontestablement révélateur
d’un malaise sociétal, a-t-il fait progresser le
sort des femmes ?
À travers le monde, quelques authentiques
criminels ont été démasqués ; mais il semble
bien que les révélations de stars agressées aient
produit plus d’effet que les appels au secours
des habitantes de La Chapelle-Pajol à Paris.
En France, on notera que l’égalité « femmehomme » a été érigée grande cause du quinquennat, ce qui a semblé autoriser les croisés
anti-« domination masculine » à monopoliser l’espace médiatique. Le vote laborieux
d’une loi inaboutie sur les violences sexuelles
a permis, il y a quelques jours, la condamnation d’un malotru aviné prompt à passer ses
nerfs sur sa voisine de bus. Maigre butin pour
une si grande « révolution »…
Que s’est-il passé ? La parole qu’il est convenu d’appeler « libérée » a été accaparée par
un féminisme victimaire décidé à combattre
les violences sexuelles en faisant la peau des
hommes et à défendre l’« égalité femmehomme » en niant la différence des sexes, et
avec elle l’altérité au cœur même du don et de
l’amour. L’idée que la féminité serait une
construction sociale et la masculinité un danger pour autrui a trouvé, sinon de nouveaux
adeptes, en tout cas de
bruyants porte-voix.
Ceux qui hier voulaient déréguler les désirs
tentent aujourd’hui de les criminaliser. Ceux
qui crient leur indignation en balançant
abondance de « porcs » sur la Toile ne s’offusquent pas d’y côtoyer un déferlement
pornographique de corps déshumanisés. Et
ceux qui prônent la libération du corps des
femmes militent en même temps pour l’avènement de techniques qui participent à son
asservissement…
Si le mouvement #MeToo a indéniablement
permis de mettre en lumière de terribles
comportements, il n’a manifestement pas
suffi à éclairer toutes les consciences.
Féminisme
victimaire
AND : 2,80 € - BEL : 2,60 € - CH : 4,00 FS - CAN : 5,40 $C - D : 3,20 € - A : 3,50 € - ESP : 2,90 € - Canaries : 3,00 € - GB : 2,50 £ - GR : 3,20 € - DOM : 3,00 € - ITA : 3,00 €
LUX : 2,60 € - NL : 3,20 € - PORT.CONT : 3,00 € - MAR : 22 DH - TUN : 4,20 DT - ZONE CFA : 2.300 CFA
ISSN 0182.5852
A
AUDIOVISUEL
FABRICE DEMESSENCE/LE FIGARO MAGAZINE
Attentat
de Marseille : les
familles attaquent
l’État PAGE 12
Un an après
Weinstein,
ce qui a changé
entre les hommes
et les femmes
Depuis un an et le lancement
des hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc, en réaction à
l’affaire Weinstein, la parole
des femmes victimes de violences sexuelles s’est libérée.
Au-delà des témoignages sur
les réseaux sociaux, les plain-
Les Français
affichent leur
défiance envers
le gouvernement
TERRORISME
QUAND LE PARTI COMMUNISTE
FAIT LA CHASSE AUX
ÉTUDIANTS MARXISTES PAGE 10
Monde politique, milieux culturels, univers de
l’entreprise… Les révélations sur le magnat de
Hollywood ont déclenché une onde de choc planétaire.
SÉCURITÉ
PAGE 11
CHINE
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vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO
2
L'ÉVÉNEMENT
DES
ACCUSATRICES
ACCUSÉES
LUDOVIC MARIN/AFP
Un retour de bâton.
Cet été, deux figures
féministes, l’actrice italienne
Asia Argento et la philosophe
américaine Avital Ronell,
ont été mises en cause
dans des affaires à caractère
sexuel. Asia Argento
est soupçonnée d’avoir
abusé sexuellement, en 2013,
de l’acteur et musicien
Jimmy Bennett, alors
qu’il avait 17 ans, et d’avoir
tenté d’étouffer l’affaire
en lui versant quelque
380 000 dollars. Après avoir
vivement démenti, elle a
finalement reconnu,
dimanche dernier, une
relation sexuelle avec le jeune
homme, assurant qu’il lui
avait « littéralement
sauté dessus ».
En août, Avital Ronell, elle,
une intellectuelle réputée,
professeure de littérature
comparée à l’université
de New York, a été suspendue
un an par sa faculté pour
avoir harcelé sexuellement,
en 2012, un de ses anciens
étudiants. Ce qu’elle dément.
Des féministes ont volé
à son secours, provoquant
de nombreuses critiques.
Même
si la force
de #MeToo est
incontestable, cela
n’a pas bouleversé
la donne parce
qu’on ne peut
pas changer
en un an des
comportements
qui sont ancrés
depuis des
générations.
Le président
de la République
l’avait dit
lui-même en
lançant la grande
cause de son
quinquennat pour
l’égalité femmeshommes : toute
notre société
est malade
du sexisme,
ça va demander
beaucoup de
travail, ensemble,
pour faire
en sorte de guérir
de cette maladie
A
»
MARLÈNE SCHIAPPA,
SECRÉTAIRE D’ÉTAT CHARGÉE
DE L’ÉGALITÉ ENTRE LES FEMMES
ET LES HOMMES
SUR RTL, LE 30 SEPTEMBRE
Ce que #MeToo a changé
Un an après le scandale Weinstein, la hausse des plaintes et la « libération de la parole »
associations et les forces de l’ordre. Une majorité de Français reste cependant sceptique
CHRISTOPHE CORNEVIN, PAULE GONZALÈS
ET AGNÈS LECLAIR
C’EST UN PHÉNOMÈNE mondial né il y a
tout juste un an. Le 5 octobre 2017, le New
York Times révèle une série d’accusations
de harcèlement et de violences sexuelles
à l’encontre du magnat de Hollywood
Harvey Weinstein. Bien au-delà des
États-Unis et du seul milieu du cinéma,
cette affaire a entraîné une vague inédite
de libération de la parole des femmes victimes de violences sexuelles. Portés par
les hashtags #MeToo mais aussi #BalanceTonPorc en France, les témoignages
ont déferlé sur des réseaux sociaux,
transformés en arme de dénonciation
massive. Dans les mois qui ont suivi, de
nombreuses voix se sont élevées pour saluer la fin d’une omerta. « La honte a
changé de camp », se sont réjouies les féministes qui ont appelé à une révolution
des rapports hommes-femmes.
Cette révolution a-t-elle vraiment eu
lieu dans les mentalités ? Les réseaux sociaux, parfois qualifiés de « tribunal populaire », ont-ils réussi à changer la donne sur le terrain ? Pour les femmes
victimes, #MeToo a indéniablement joué
un rôle de déclencheur. Selon un sondage
de la Fondation des femmes réalisé en
septembre sur un échantillon de
1 169 femmes victimes de violences, 71 %
d’entre elles ont décidé de témoigner
d’agressions subies lors de cette campagne. La quasi-totalité (95,7 %) saluent un
mouvement qui a joué un rôle bénéfique
dans leur vie. Un constat que ne partagent pas forcément tous les Français, selon un sondage effectué sur une population moins ciblée. Un sur deux (53 %)
estime en effet que ce phénomène n’a eu
de conséquences ni positives ni négatives, indique un sondage Harris Interactive réalisé pour RTL Girls sur un échantillon de 1 862 Français.
En outre, seuls 8 % des sondés disent
avoir changé de comportement dans l’espace public. Ce pourcentage s’avère cependant plus élevé dans la jeune généra-
tion puisqu’un homme de moins de 35 ans
sur quatre déclare avoir aujourd’hui une
autre perception du harcèlement sexuel.
Nouveau délit d’outrage sexiste
Sur le terrain, dans les commissariats et
les brigades de gendarmerie, l’effet #MeToo est tangible, comment en témoigne
l’augmentation du nombre des violences
sexuelles enregistré par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure
en un an. Il a bondi de 21,57 %, pour atteindre les 48 233 faits entre septembre
2017 et août 2018. Soit 132 agressions par
jour ! Les viols ont augmenté quant à eux
de 18,13 %, avec 19 283 agressions recensées dans la même période. Les harcèlements frisent la barre des 29 000 plaintes
en douze mois, marquant une poussée
inédite de 23,97 %. Gendarmes et policiers imputent cette flambée à la fameuse
« libération de la parole ». À l’occasion
d’un bilan de « sécurité publique » dressé
le 6 septembre, Gérard Collomb avait insisté sur les moyens déployés au sein de
son administration pour prendre en
compte ce type de criminalité. Le ministère de l’Intérieur a ainsi formé spécifiquement ses effectifs au recueil des plaintes et installé des espaces dédiés animés
par 74 psychologues et 261 intervenants
sociaux. Sur les 225 000 femmes victimes
de violences en 2016, moins d’une sur
cinq avait déposé plainte.
Pour les associations de soutien aux
victimes de violences sexuelles, la répon-
se du gouvernement à ce phénomène n’a
cependant pas été à la hauteur. « La libération de la parole est bénéfique pour les
victimes qui ne demandent pas à aller plus
loin. Mais pour celles qui nous saisissent,
c’est extrêmement violent d’avoir franchi
ce pas et de constater qu’il ne se passe rien
derrière. À la fois parce que nous n’avons
pas les moyens de répondre à toutes les demandes et parce que les pratiques de classement sans suite restent incroyablement
stables. Nous sommes toujours confrontés
à des procédures qui ne démarrent pas »,
dénonce Marilyn Baldeck, déléguée générale de l’AVFT (Association contre les
violences faites aux femmes au travail).
En janvier, l’association a en effet dû fermer provisoirement son standard, faute
Hausse du nombre de plaintes en France depuis l’affaire Weinstein
Nombre de violences sexuelles enregistrées
par les forces de l’ordre
Les dispositifs d’aides aujourd’hui
1 200 policiers des brigades de protection de la famille
261 intervenants sociaux dans les brigades
Harcèlements
Viols
+ 21,57 %
et les commissariats
48 233
74 psychologues dans 123 commissariats
28 950
et 230 gendarmeries
39 676
214 correspondants départementaux aides aux victimes
411 correspondants locaux
23 323 + 23,97 %
Femmes victimes au sein du couple, en 2016
225 000 femmes cibles de violences physiques par leur conjoint
ou ex-conjoint
16 323 + 18,13 %
123 femmes ont été tuées par leur partenaire
75 % ont subi des faits répétés
80 % ont été soumises à des atteintes psychologiques
19 283
ou verbales
Sept. 2016 à août 2017
20 % ont déposé plainte
Sept. 2017 à août 2018
Sources : Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, ministère de la Justice, police nationale
Infographie
Une manifestation de femmes pour dénoncer les violences sexistes et les agressions sexuelles, le 29 septembre, à Paris..
BENOIT TESSIER/REUTERS
Le monde politique semble connaître une évolution des
EMMANUEL GALIERO £@EGaliero
ET PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
LES PARTIS NE SONT épargnés par les
affaires de harcèlement sexuel. Au-delà
de l’affaire Strauss-Kahn (PS), Georges
Tron (LR), Denis Baupin (ex-EELV) et
Thierry Marchal-Beck, l’ancien patron
du Mouvement des jeunes socialistes, la
liste des personnalités politiques mises
en cause sur des faits avérés ou non s’allonge sans cesse. Deux ministres du gouvernement, Nicolas Hulot et Gérald Darmanin, ont même fait l’objet d’une
plainte avant d’être blanchis. Fait notable, ils n’ont pas été contraints de démissionner à la différence de ce qui est devenu l’usage dans les pays anglo-saxons.
Les formations politiques n’ont pas
mis en place de nouvelles règles pour
lutter spécifiquement contre le harcèlement sexuel, mais elles ne sont pas restées insensibles aux scandales provoqués par ces affaires, comme à la
résonance du mouvement #MeToo.
Au sein des Républicains, il y a eu une
volonté d’anticiper les risques. La première étape a consisté à identifier
d’éventuelles situations pour s’éviter
des dégâts potentiels. Lydia Guirous,
porte-parole du mouvement LR, s’est
impliquée dans cette démarche, soutenue par la présidence. Après avoir
échangé avec des militants et des élus,
elle affirme n’avoir identifié aucun cas
jusqu’à présent. « Avec Laurent Wauquiez, les choses sont très claires. Chacun
sait qu’il ne tolérerait pas de tels agissements. Il serait d’une totale intransigeance », souligne-t-elle.
Lydia Guirous ne soutient pas l’idée de
jeter en pâture des noms sur les réseaux
“
Malheureusement,
la misogynie reste
symptomatique
chez certains
”
YAËL BRAUN-PIVET, DÉPUTÉE LAREM
sociaux, mais elle estime que le mouvement #MeToo a néanmoins permis de
« réveiller certaines consciences » face à
la banalisation de mots ou de gestes
inappropriés. Les mentalités ont « évo-
lué » et les femmes « ne se laissent plus
faire », juge-t-elle, alors qu’elle publie
Le Suicide féministe le mois prochain.
Elle se dit autant opposée à l’infantilisation des responsables politiques qu’à la
victimisation des femmes. « Les députés
sont des législateurs », insiste-t-elle.
Autrement dit, ils sont parmi les mieux
placés pour comprendre les ripostes judiciaires auxquelles ils s’exposent en cas
de délit ou de crime.
À l’Assemblée justement, le mouvement #MeToo aurait permis de mettre
fin à certaines vieilles habitudes qui
avaient la peau dure. « Il y a eu un vrai
changement. Avant, on retrouvait régulièrement des jeunes collaboratrices en
pleurs dans les toilettes parce qu’elles
étaient harcelées. Aujourd’hui, elles ont le
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 5 octobre 2018
L'ÉVÉNEMENT
3
Aux États-Unis, Trump s’oppose à la révolution féministe
PHILIPPE GÉLIE £@geliefig
sont réelles, selon les
sur cette « révolution ».
de moyens pour faire face à l’afflux de
demande d’accompagnement. L’AVFT
estime cependant qu’il y a une « prise de
conscience » des problèmes de harcèlement sexuel. « Mais tout reste à faire,
pointe Anne-Cécile Mailfert, présidente
de la Fondation des Femmes. 2018 était
une année décisive pour apporter une réponse au phénomène mais les pouvoirs
publics n’ont pas été à la hauteur de #MeToo. La question des moyens se pose
aujourd’hui. » Cette dernière déplore
également les efforts de formation au
recueil de plaintes « largement insuffisants » : « Dans les 12 derniers mois, plus
de la moitié de victimes qui sont allées voir
la police n’étaient pas satisfaites de
l’accueil. »
Présentée comme un grand texte, la
loi Schiappa sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles a aussi fait
des déçus. Le 25 septembre, ses effets se
sont cependant fait sentir avec la première condamnation pour le nouveau
délit d’outrage sexiste par le parquet
d’Évry. Mais cette réponse-là n’était
pas forcément celle attendue. Malgré
des avancées saluées, les associations
sont nombreuses à parler d’une « occasion manquée » et à dénoncer de « simples ajustements ».
Côté judiciaire, les magistrats sont
encore bien en peine d’analyser statistiquement les conséquences du mouvement. « Si la hausse des plaintes pour
violences sexuelles ne se répercutait pas
sur les condamnations, ce serait problématique », note Valence Borgia, avocate, en charge des questions de harcèlement au sein du barreau de Paris. En
janvier 2018, ce dernier avait lancé une
plateforme « harcèlement discrimination ». « Chez nous, c’est tolérance zéro,
affirme Valence Borgia. La semaine dernière, l’ordre a prononcé sa première
condamnation. Quelques dizaines de
plaintes sont en cours d’instruction », affirme-t-elle. ■
+
» Lire aussi PAGE 18
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
COMME S’IL EN MANQUAIT, Donald
Trump vient officiellement de se désigner un nouvel ennemi. Non content
de moquer devant ses partisans la victime la plus médiatique du moment,
Christine Blasey Ford, qui accuse
d’agression sexuelle son candidat à la
Cour suprême Brett Kavanaugh, il s’en
est pris au mouvement #MeToo dans
son ensemble, estimant qu’il crée « une
situation très dangereuse » dans laquelle « des innocents sont présumés
coupables ».
« C’est une époque très effrayante
pour les jeunes hommes en Amérique »,
a estimé le président. Et pour les femmes ? « Les femmes s’en sortent très
bien. » Il néglige un détail : en un an
après son lancement sur les réseaux sociaux, le hashtag « Moi aussi » a été
utilisé quinze millions de fois. Time’s
Up, qui a mis sur pied un fonds de
21 millions de dollars, a reçu 350 000
demandes de soutien juridique. Fin
septembre, les auditions au Sénat de
Ford et Kavanaugh ont battu des records d’audience télévisée en pleine
journée (20 % en moyenne pendant
neuf heures, selon Nielsen). Au même
moment, les sites d’aide aux victimes
ont vu leur trafic exploser. De nouveaux hashtags sont apparus : #BelieveWomen (Croyez les femmes), #BelieveSurvivors,
#WhyIDidntReport
(pourquoi je n’ai rien dit)…
Une nouvelle « Marche
des femmes » en préparation
EVAN VUCCI/AP
CORRESPONDANT À WASHINGTON
Lors d’un meeting, mardi, à Southaven (Mississipi), Donald Trump a pourfendu les revendications du mouvement #MeToo et raillé
Christine Blasey Ford, qui accuse Brett Kavanaugh, son candidat à la Cour suprême, de l’avoir agressée sexuellement en 1982.
livre : « Il faut nier, nier, nier et repousser
ces femmes. Si tu admets quoi que ce soit,
la moindre culpabilité, tu es mort.
N’avoue jamais. »
Sa défense agressive de Brett Kavanaugh se conjugue avec la campagne des législatives de mi-mandat, dans cinq semaines, pour donner au sujet une charge
explosive. Jennifer Lawless, qui enseigne
à l’université de Virginie, fait valoir que
« si ce juge est confirmé à la Cour suprême,
cela signifiera que deux des trois branches
du pouvoir traitent par le mépris les accusations de mauvais traitements envers les
femmes. » À la Cour suprême siège déjà
Clarence Thomas, confirmé en 1991 par le
Sénat en dépit d’allégations circonstanciées de harcèlement. Sa victime, la pro-
fesseur de droit Anita Hill, préside
aujourd’hui la commission contre les
violences sexuelles à Hollywood.
Un pronostic court les allées du
Congrès : « Le parti qui gagnera le bras
de fer sur Kavanaugh perdra les législatives. » Une nouvelle « Marche des femmes » est en préparation. « L’électorat
féminin est traversé par une grande colère, observe Molly O’Rourke, professeur
de Sciences politiques à l’American University. L’enjeu de la Cour suprême pourrait cristalliser un courant électoral. »
Emily’s List, une organisation vouée à
l’engagement des femmes en politique, a
été contactée par 42 000 candidates potentielles depuis l’élection de Donald
Trump (contre 920 en 2016). Le Parti dé-
mocrate présente plus de 200 prétendantes à la Chambre et compte sur une
mobilisation accrue de la majorité féminine. En 2016, Trump enregistrait un déficit de douze points auprès de cet électorat ; depuis, le fossé aurait doublé,
selon les sondages.
#MeToo représente « la force la plus
puissante pour l’égalité des femmes depuis la bataille du droit de vote », estime
The Economist dans un dossier consacré
au mouvement. « Tant que nous ne prendrons pas le pouvoir dans les législatures,
les cours de justice et les conseils d’administration, tant que nous n’exigerons pas
notre part, rien ne changera, tranche
Nancy Smith. Ils ne vont rien nous donner, nous devons le prendre. » ■
Si #MeToo avait besoin d’un catalyseur
pour se transformer en force politique,
Donald Trump le lui a fourni. « On dirait que les hommes cherchent à renverser la situation en se présentant comme
des victimes », s’offusque l’avocate
Nancy Smith, qui représente plusieurs
plaignantes. L’acteur Bill Cosby a été
condamné à de la prison, Harvey
Weinstein doit être jugé en novembre,
mais les véritables changements se font
attendre. À Los Angeles, les plaintes
pour viols et agressions sexuelles ont
augmenté de 83 % en un an sans qu’un
seul dossier ait encore été déféré à la
justice. Après des scandales ayant forcé
neuf élus à démissionner, le Congrès
n’a toujours pas accouché de sa loi
#MeToo.
Ce qui avait commencé comme le
déboulonnage de puissants persuadés
d’être intouchables est devenu une
forme de « résistance » politique à la
domination masculine, « un référendum sur le pouvoir des femmes », selon
l’écrivaine Meghan O’Rourke. « Le
mouvement #MeToo a révélé l’étendue
des violences sexuelles infligées aux
femmes, explique la professeur Leigh
Gilmore, qui enseigne sur la condition
féminine et les rapports entre les sexes
au Wellesley College. À lui seul, il ne
peut pas transformer une culture enracinée dans la loi, la politique, la religion,
les entreprises. Mais il a créé de nouvelles attentes, en particulier celles que les
plaintes soient traitées avec équité et que
les agresseurs paient pour leurs actes. »
Donald Trump a été élu en 2016 malgré un défilé d’accusatrices et un enregistrement dans lequel il se vante d’attouchements inappropriés. Dès janvier
2017, avant la déferlante #MeToo, la
« Marche des femmes » organisée
dans tout le pays fut la plus grande manifestation de l’histoire américaine.
Depuis, le président a pris systématiquement parti pour les accusés contre
les victimes, du candidat au Sénat Roy
Moore à son ex-secrétaire Rob Porter.
Bob Woodward le cite dans son dernier
sourire quand elles viennent travailler »,
veut croire une attachée parlementaire
qui a « connu l’ancien monde ».
Un progrès que la majorité comme
l’opposition explique aussi par le renouvellement de la classe politique aux dernières législatives. « Le mouvement
#MeToo et la féminisation de l’Assemblée
ont forcément provoqué un changement
de comportement chez certains », se félicite la députée de LaREM Yaël BraunPivet. Présidente de la commission des
lois, elle a dénoncé les « propos sexistes » du député LR Robin Reda en janvier dernier, lorsqu’il a estimé qu’elle
pouvait être sa « mère ». Le parlementaire s’est excusé. « Malheureusement, la
misogynie reste symptomatique chez certains », regrette-t-elle. Face aux mau-
vaises expériences des partis adverses,
le jeune mouvement de La République
en marche a créé en décembre 2017 une
« cellule contre le harcèlement ». Marqué
par les affaires au sein du Mouvement
des jeunes socialistes, le PS avait voulu
mettre en place un même type de « réseau d’alerte ». « Cela comportait des
formations pour expliquer comment réagir lorsqu’on a été victime ou témoin de
quelque chose », explique Rachid Temal,
à l’époque coordinateur national du
parti. L’idée est cependant toujours au
point mort. Un temps effective, la prise
de parole alternée lors du bureau national a elle aussi été mise de côté. Enfin, La
France insoumise a organisé des formations et créé des cellules d’écoute ouvertes aux victimes comme aux témoins. ■
A
comportements
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
Ébranlé, le monde de la culture
esquisse de petits changements
Depuis Weinstein, des têtes d’affiche sont tombées et les comportements ont un peu évolué.
ARIANE BAVELIER, £@arianebavelier
THIERRY HILLÉRITEAU £@thilleriteau
ET ÉTIENNE SORIN esorin@lefigaro.fr
INCULPÉ pour viol et agression sexuelle
le 25 mai dernier, le producteur américain Harvey Weinstein a plaidé non coupable. Relâché sous caution d’un million
de dollars, il attend son procès, dont on
ne connaît pas la date. Libre, il doit porter
un bracelet électronique. Un an après sa
chute, un constat s’impose : la parole des
victimes s’est libérée. Dans le cinéma, les
actrices Gwyneth Paltrow, Rose McGowan, Angelina Jolie ou Asia Argento - elle-même plus tard accusée d’agression
sexuelle - dénoncent ses agissements.
Comme les Françaises Léa Seydoux, Florence Darel et Emma de Caunes. Très
vite, d’autres prédateurs sexuels tombent : l’humoriste Louis C. K., John Lasseter, le patron de Pixar, ou encore le comédien Kevin Spacey qui est effacé de
Tout l’argent du monde.
En France, la vague #MeToo est contenue. On entend surtout Catherine Deneuve, signataire d’une tribune polémique sur la « liberté d’importuner ». Luc
Besson, accusé d’agressions sexuelles par
Le monde du ballet a aussi été ébranlé.
Après quarante ans au New York City Ballet, son directeur Peter Martins a dû démissionner le 2 janvier. Des danseurs ont
ressorti des faits vieux de plus de dix ans,
qu’il a niés et dont il a été lavé. À l’American Ballet Theater, le danseur brésilien
Marcelo Gomes a été remercié pour
« comportement sexuel inapproprié ». Au
printemps, Kenneth Greve, directeur du
Ballet de l’Opéra national de Finlande, a
été remercié pour conduite inappropriée
quelques mois avant la fin de son mandat,
et a été aussitôt remplacé par une femme.
À New York, une pétition signée par plus
d’une dizaine de milliers de personnes réclame la nomination de la « première directrice femme à la tête du New York City
Ballet ». Un succès, d’autant qu’une danseuse de 19 ans a assigné la compagnie en
septembre pour « harcèlement sexuel par
les danseurs masculins ». L’Opéra de Paris
n’est pas en reste, visé lui aussi par des accusations de harcèlement.
Nommer une femme ne règle pas tou-
jours les problèmes. Tamara Rojo, directrice de l’English National Ballet, a été accusée de harcèlement. Dans un milieu où
l’on touche souvent l’autre pour mieux
montrer, le ressenti de harcèlement est
fort. Ici et là, les professeurs signalent que
l’ambiance a changé. « Je ne donne plus de
conseils à un danseur en tête-à-tête, surtout si c’est une danseuse. Je m’arrange
pour qu’il y ait toujours des témoins »,
confie un professeur américain.
La musique classique n’échappe pas à ce
problème. Fin 2017, le chef James Levine
est écarté de la direction musicale du Metropolitan Opera (qui l’a depuis assigné en
justice) après des accusations d’abus
sexuels sur des hommes mineurs par le
passé. Le Suisse Charles Dutoit, soupçonné
d’agressions sexuelles qu’il a récusées, a
été lui aussi démis de ses fonctions au
Royal Philharmonic de Londres, et ses collaborations aux États-Unis ont été annulées. Malgré cela, le directeur du Festival
de Montreux l’a fait venir cet été. Et l’Orchestre philharmonique de Saint-Péters-
bourg l’a nommé premier chef invité dès
cette saison… Après ces affaires, de nombreux acteurs du classique ont dénoncé un
monde où le culte du génie, la déification
des chefs et les spécificités d’un apprentissage, qui passe souvent par du mentorat
privé, favorise des comportements à risque. En France, on s’intéresse aux conservatoires, épinglés dans un rapport de
l’Inspection générale de la Ville de Paris en
2016, qui recommandait de limiter les
cours individuels. Enfin, la parité a été accélérée. Les orchestres programment plus
souvent des compositrices.
Si la vague Weinstein a provoqué le
départ de nombreux grands talents, une
seule condamnation a pour l’instant été
prononcée. Le 1er octobre, le Français
Jean-Claude Arnault, à l’origine du
scandale qui a empêché la tenue du
Nobel de littérature en Suède, a été
condamné à deux ans de prison ferme et
à 10 000 euros de dommages et intérêts
pour la victime qui le poursuivait. Le
premier d’une longue liste? ■
53
%
de Français
estiment que
le mouvement #MeToo
n’a eu de conséquences
ni positives ni négatives,
selon un sondage
Harris Interactive
publié le 1er octobre
7
femmes
sur 10 qui sont victimes
de violences sexistes
ou sexuelles affirment
que le mouvement
#MeToo a libéré
leur parole
Reese Witherspoon, Eva Longoria,
Salma Hayek et Ashley Judd
(de gauche à droite), toutes vêtues
de noir pour protester contre le
harcèlement sexuel à Hollywood,
en janvier, à Los Angeles, lors des
Golden Globes. FRAZER HARRISON/AFP
“
Je ne donne plus
de conseils à un danseur
en tête-à-tête, surtout
si c’est une danseuse. Je
m’arrange pour qu’il y ait
toujours des témoins
UN PROFESSEUR AMÉRICAIN
”
plusieurs femmes, a été entendu mardi
par la police en audition libre dans le cadre de la plainte d’une jeune comédienne.
Pourtant, les choses bougent. Françoise
Nyssen a annoncé le 20 septembre, lors
des Assises de l’égalité femmes-hommes
dans le cinéma, la mise en place en 2019
d’un bonus financier pour les équipes de
film paritaires. Quatre postes, dans le domaine de la réalisation et les fonctions de
chef opérateur et d’ingénieur du son, devront échoir à des femmes pour qu’une
production touche une aide du CNC augmentée de 15 %. « Le secteur culturel a un
devoir d’avant-garde », a justifié la ministre.
#MeToo au bureau : une année d’introspection
A
1
QUENTIN PERINEL £@quentinperinel
QUE RESTE-T-IL de #MeToo, un an après
le tumulte médiatique ? Qu’a engendré le
scandale Harvey Weinstein dans nos
quotidiens ? Peut-on réellement parler
d’une ère « post #MeToo » dans les entreprises ? Ni oui, ni non, semblent répondre les Français. Un sondage Harris
Interactive révélait en ce début de semaine qu’un peu plus d’un Français sur deux
estime que le mouvement n’a eu de
conséquences ni négatives ni positives.
En juin dernier, une enquête OpinionWay sondait les Français spécifiquement sur les effets perceptibles de
#MeToo sur le lieu de travail. Le résultat
est unanime : oui, il était légitime de
donner de l’importance au mouvement
#MeToo. Oui, il était tout aussi essentiel
de débattre des rapports hommes-femmes sur le lieu de travail. Mais le mouvement a-t-il réellement métamorphosé
la vie de bureau ? A-t-il fait cesser totalement les « blagues », tantôt maladroites, tantôt lourdes que l’on entend parfois dans l’open space ? #MeToo a-t-il
fait disparaître la drague ou le flirt au
bureau ? Créé des clans avec les femmes
d’un côté, et les hommes de l’autre ?
Non, évidemment.
En revanche, il a donné du grain à
moudre. Il a ouvert une grande période
de réflexion, d’introspection et de remise en question du « moi » par rapport à
cette écœurante affaire. Ai-je toujours
été correct avec mes collègues ? Suis-je
exempt de tout reproche vis-à-vis
d’eux ? Dois-je changer mon comportement pour telle ou telle raison ? Là encore, la réponse est aussi positive que
négative. Selon le même sondage OpinionWay, 38 % des hommes admettent
avoir remis en question leur comportement vis-à-vis de leurs collègues… mais
61 % expliquent qu’ils n’ont rien changé
du tout.
« Gender fatigue »
De leur côté, les entreprises ont mis en
place plusieurs solutions RH qui prônent
l’écoute : plateformes internes pour signaler des potentiels cas problématiques,
formations de « sensibilisation » au
sexisme pour déceler et étudier des cas
pratiques, fiches de synthèse sur le har-
cèlement sexuel jointes à la fiche de paie…
Au bureau, d’autres sentiments se sont
également manifestés, chez les femmes
comme chez les hommes : la fatigue et
l’agacement. Voire le ras-le-bol. « La
crainte, précisait au début de l’été le sociologue Raphaël Liogier au “Parisien”,
c’est de ne plus pouvoir faire de l’humour,
être tactile ou même dire ce que l’on pense.
L’entreprise va devenir froide, formelle. »
Un sentiment que les Américains nomment la « gender fatigue », qui s’assimile
à un petit burn out dû à l’attention méti-
culeuse de respecter la parité, et de rester
sans cesse le plus lisse et neutre possible.
Aux États-Unis, justement, la vie de bureau s’est fragmentée bien avant #MeToo.
Certains hommes refusent purement et
simplement le contact avec leurs collègues
féminines. Un phénomène que Kim Elsesser - auteur en 2015 du livre Sex and the
Office – appelle la « barrière invisible »
qui place les hommes d’un côté et les femmes de l’autre. La vision clanique de l’entreprise suscitée n’est pas très loin… Une
attitude, qui, elle aussi, fait réfléchir. ■
« Pourquoi je n’ai pas porté plainte », la
nouvelle chaîne de témoignages sur le Web
AGNÈS LECLAIR £@AgnesLeclair
C’EST LE DERNIER-NÉ de la vague
#MeToo. Lancé le 21 septembre par
l’actrice américaine Alyssa Milano, le
hashtag #WhyIDidntReport, que l’on
peut traduire par « pourquoi je n’ai
pas porté plainte », s’est créé en réaction à Donald Trump. En mettant en
doute le témoignage d’une femme
accusant d’agression sexuelle son
candidat à la Cour suprême, Brett Kavanaugh, le président américain a déclenché une tempête de réactions sur
Twitter : plus d’un million de messages ont été échangés.
En France, même loin de la mêlée
politique américaine, le hashtag a
aussi suscité un vif intérêt, attirant de
nombreux témoignages. Le mouvement se caractérise surtout par la
grande part de messages racontant
des violences sexuelles commises sur
des mineurs.
« J’avais 6 ans la première fois. J’étais
bien trop jeune pour comprendre. En
plus, c’était un membre de ma famille,
quelqu’un en qui j’avais confiance. Ça
c’est passé durant quatre ans de façon
régulière. J’ai 22 ans et personne de mon
entourage ne le sait… », a par exemple
raconté un utilisateur du réseau social
le 30 septembre.
« On m’a dit de me taire »
« Je devais avoir 7 ou 8 ans quand un
membre de ma famille a eu des gestes
sexuels plus que déplacés envers moi. Je
n’en ai parlé que quand j’ai eu 14 ans.
On m’a crue. Je n’étais pas sa première
victime. On m’a dit de me taire. Comme
les autres », a rapporté une jeune femme le 22 septembre.
Le phénomène n’a pas échappé à
l’Association internationale des victimes de l’inceste (AIVI). « La majorité
de ces témoignages sont des cas d’inceste
ou de pédocriminalité », a-t-elle relevé.
« Avec #MeToo, tout le monde a cru que
seules des femmes adultes étaient
concernées, commente Isabelle Aubry,
la présidente de l’association. Les enfants ont encore été les grands oubliés de
ce phénomène, car l’inceste reste tabou.
Or ces victimes sont celles qui ont le plus
de mal à porter plainte. Tout d’abord
parce qu’elles peuvent être dans le déni
pendant longtemps, parce qu’elles se
heurtent au délai de prescription, mais
aussi parce qu’elles ont peur d’affronter
un procès et de briser leur famille. »
Ainsi, sur les 120 000 messages environ
échangés sur le forum d’entraide privé
de l’association, à peine 5 % concernent
la question de la plainte. ■
#WhyIDidnt
Report parce
que c’est ma parole
contre la sienne
et que l’idée
de devoir me
justifier devant
des inconnus
est insupportable,
parce que
je culpabilise
encore, parce
que je préférerais
oublier. J’y pense
chaque jour
depuis 6 ans.
Chaque. Jour
»
UNE INTERNAUTE SUR TWITTER,
LE 22 SEPTEMBRE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO
6
POLITIQUE
Le président, le Général
et les retraités…
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
De l’utilité, sous la Ve,
du premier ministre
En visite à Colombey-les-Deux-Églises, où il a honoré la mémoire
gaulliste, Emmanuel Macron a été interpellé par plusieurs retraités.
ENVOYÉ SPÉCIAL À COLOMBEY-LES-DEUX-ÉGLISES
EXÉCUTIF Lors de l’enterrement du général de Gaulle, en 1970, Pascal Babouot
suivait le cercueil de l’ancien président. Il
était enfant de cœur. Il est aujourd’hui
maire de Colombey. Des personnalités, il
en a vu défiler dans ce lieu de pèlerinage
qui domine les forêts de la Haute-Marne.
Mais la visite d’Emmanuel Macron revêt
pour lui un parfum particulier. « C’est la
première fois qu’un chef de l’État nous
consacre autant de temps, témoigne-t-il.
Cinq heures, rendez-vous compte. Il a discuté avec tous les élus, les enfants, a pris le
temps d’écouter. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi disponible. »
En ce jour anniversaire des 60 ans de la
Constitution, tel un fervent admirateur,
Emmanuel Macron a fait la visite complète : la résidence de la Boisserie, la tombe du
Général, l’imposante croix de Lorraine de
44 mètres et le Mémorial, où le président a
pu s’extasier devant la Citroën DS noire du
général, rescapée de l’attentat du PetitClamart, avec ses impacts de balle bien visibles. Sous un soleil resplendissant, le chef
de l’État voulait s’offrir une bouffée d’oxygène mémorielle en pleine crise gouvernementale, après le départ de son ministre
de l’Intérieur Gérard Collomb. L’hommage à la Ve République tombait à point pour
glorifier un régime, qui concentre de
nombreux leviers de pouvoirs dans les
mains du président. La Constitution « permet d’éviter la tyrannie de l’immédiateté,
qui est une absurdité contemporaine, a salué
le chef de l’État en remontant l’artère
principale de la bourgade de 400 habitants. Ce ne sont pas les péripéties du quotidien qui doivent décider pour une Nation. Si
on regarde tous les jours les péripéties du
quotidien, tout ce qui se passe, les sondages, etc., on n’avance plus, on ne fait plus
rien », a-t-il ajouté, en minimisant les turbulences politiques.
S’adressant à une partie de la gauche, il
a fustigé ceux qui aimeraient réécrire le
texte fondamental. « Je crois que ceux qui
vont dans ce sens et, comme dirait le Général, sautent comme des cabris sur leur chaise pour vouloir une VIe République, n’aiment
tout simplement pas l’État et n’aiment pas
qu’on décide. Aucun pays n’avance si on ne
décide pas », a-t-il conclu.
À la rentrée, Emmanuel Macron avait
fait rajouter la croix de Lorraine, symbole
de la France libre, dans le blason officiel de
l’Élysée, un signe d’« unité » et de « continuité », a expliqué le président, après
s’être recueilli devant le gigantesque monument qui depuis 1972 s’élève dans le ciel
de la bourgade. « La Constitution a résisté à
8 présidents, 23 premiers ministres et
1 400 ministres, cela montre son efficacité »,
vantait l’ancien président du Conseil
constitutionnel Jean-Louis Debré, présent
aux cérémonies.
“
Aucun pays n’avance
si on ne décide pas
EMMANUEL MACRON
”
Le temps des célébrations ne prémunit
toutefois pas contre les critiques. Macron
a pu en faire le constat. Dans les rues, les
habitants s’étaient massés sur le trajet du
président. De nombreux retraités, qui formaient l’essentiel des personnes ayant fait
le déplacement, en ont profité, entre deux
selfies, et quelques encouragements, pour
U
interpeller le président. « Et ma retraite ? », a lancé un badaud. « Continuez,
mais c’est parfois douloureux pour nous »,
a enchaîné un autre. En tout, une quinzaine de questions sur les retraites lui ont été
posées, notamment sur les retraites des
agriculteurs. Inlassablement, le président
a réexpliqué qu’il avait le choix de valoriser le travail et que les seniors, qui n’ont
pas connu le chômage de masse, étaient
appelés à faire des efforts. « On doit regarder devant, c’était beaucoup plus dur en
1958, on ne se rend pas compte de la chance
qu’on a », a enchaîné Emmanuel Macron.
« Le petit-fils du Général m’a dit, en me faisant visiter la Boisserie : “On pouvait parler
(avec lui) très librement (mais) la seule
chose qu’on n’avait pas le droit de faire,
c’était de se plaindre.” Eh bien je trouve
que c’était une bonne pratique qu’avait le
Général… Le pays se tiendrait autrement si
on était comme ça. » Un parler vrai cher à
Emmanuel Macron, qui risque de crisper à
nouveau ses détracteurs et d’alimenter le
procès en arrogance du chef de l’État. ■
VINCENT KESSLER/AFP
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
l’exécutif (chef de l’État-chef de
gouvernement), leur pratique repose
sur la prééminence présidentielle.
Une prééminence donnée
par l’élection au suffrage universel,
qui confère une légitimité sans
concurrence, et renforcée par le
quinquennat. De plus, une majorité
de présidents (Pompidou, Giscard,
Sarkozy, Macron) ont eu une
conception extensive de la fonction :
non pas « en charge de l’essentiel »,
mais décidant de tout. Dès lors,
la suppression du premier ministre
pourrait sembler mettre fin à une
hypocrisie. D’autant que l’histoire des
relations entre les deux têtes de
l’exécutif regorge de conflits,
trahisons, émancipations ou
humiliations.
Mais si Matignon résiste aux coups
de boutoir, c’est que la fonction
remplit un rôle inassimilable. Et pas
uniquement parce que, malgré tout,
un seul homme ne peut pas tout faire.
Le premier ministre est souvent
présenté comme le « fusible » du
président de la République. Cela ne
suffit évidemment pas – tous en ont
fait l’amère expérience – à préserver
ce dernier de l’impopularité. Mais ça
lui garantit une garantie d’action,
notamment en cas de forte secousse.
De Gaulle a pu changer de premier
ministre après Mai 68, Mitterrand
après le fiasco du PS aux régionales,
Chirac après l’échec du référendum
européen, Hollande après la déroute
des municipales. S’il était seul
en première ligne, il pourrait se
retrouver empêché, privé de capacité
d’initiative, voire contraint à un
départ anticipé. L’histoire de la
Ve République montre depuis 1958
qu’un premier ministre, qu’il soit
tout-puissant ou simple
« collaborateur », n’est pas qu’un
accessoire facultatif mais une
condition nécessaire à la stabilité
politique. Quoi qu’il en dise, François
Hollande l’a vérifié à son profit.
Et dans la turbulence actuelle,
Macron, avec Édouard Philippe, le
mesure plus que jamais. ■
n véritable marquage
à la culotte. À chaque fois
qu’Emmanuel Macron
s’exprime – petites phrases
ou longs discours –, François
Hollande parle aussi. Toujours pour
critiquer, implicitement, ou prendre
le contre-pied, explicitement, de son
successeur. Ainsi, cette fois, sur les
questions institutionnelles. Macron
fait-il l’éloge d’une Constitution qui
permet de résister à « la tyrannie de
l’immédiateté » ? Hollande propose en
écho un big bang avec la suppression
de la fonction de premier ministre.
Pour être radicale, l’idée relancée par
le septième président de la Ve n’en
est pas pour autant originale. Elle a
des allures de serpents de mer qui
reviennent régulièrement. Même
le gaulliste François Fillon s’était
interrogé sur une telle suppression…
avant d’être nommé à Matignon.
Le débat est légitime. Il ne manque
pas d’arguments pour justifier
l’unicité au sommet de l’État. Si
la lettre des Institutions instaure un
équilibre à la fois entre les pouvoirs
(exécutif-Parlement) et à la tête de
Emmanuel Macron se recueille devant l’imposante croix de Lorraine, symbole de la France libre, jeudi, à Colombey-les-Deux-Eglises.
Emmanuel Macron relance sa réforme
constitutionnelle et promet de garder le cap
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APRÈS la version bravache, la version
feutrée. « Je ne changerai pas de politique », avait clamé Emmanuel Macron
dimanche dernier à la une du JDD.
« Qu’on ne prétende pas gouverner la
France si l’on n’est pas prêt aux déferlantes ou aux vents contraires », a-t-il
murmuré jeudi devant le Conseil
constitutionnel, à l’occasion du soixantième anniversaire du texte de 1958.
« Il faut tout ignorer de notre pays pour
espérer une mer d’huile, a-t-il ajouté.
L’important est ici de conserver le cap, et
nos institutions nous le permettent, c’est
leur grande force, car il en va de l’avenir
de la France. »
Deux tons, un seul message : Emmanuel Macron est à la tête de l’État jusqu’au terme de son mandat, il appliquera son programme jusqu’au bout. Et
peu importent les « péripéties » rencontrées en chemin, selon le mot employé pour décrire l’épisode de la démission de Gérard Collomb.
Dans son discours, Emmanuel
Macron avait d’ailleurs glissé plusieurs
allusions à la période compliquée qu’il
traverse, d’affaire Benalla en démission
de Nicolas Hulot ou de son ministre de
l’Intérieur. « Je sais les tempêtes et les
avanies que notre époque réserve à ses
dirigeants politiques et particulièrement
au premier d’entre eux, a relevé
Emmanuel Macron. L’impatience et
l’exigence, la tyrannie de l’immédiat, le
règne de l’image et le goût pour l’écume
des jours n’aide pas forcément à mener
une action sereine pour qui céderait à
cette tyrannie. »
Fustigeant donc les attaques à répétition qu’il subit, Emmanuel Macron a
souligné qu’avant lui « aucun président
de la République n’en a été préservé, jusqu’au général de Gaulle lui-même ». Et
c’est d’ailleurs sur « les épaules » de ce
géant qu’il s’est hissé pour rendre
“
La société est vécue
comme bloquée,
les Français attendent
des droits
”
EMMANUEL MACRON
hommage à la Constitution de la Ve République, dressant un parallèle entre
les défis que la France avait à relever en
1958 et ceux qu’elle affronte aujourd’hui.
« Qui ne voit la proximité extrême entre les conditions d’émergence de ce texte
et les temps que nous vivons ? » s’est-il
interrogé en évoquant notamment
l’émergence de nouvelles puissances régionales et l’essor des nouvelles technologies. Bref, comme en 1958, « le grand
basculement du monde est en cours. La
défiance à l’égard des institutions et de la
politique est tout aussi présente ».
Une des réponses qu’il souhaite apporter à ces changements est constitutionnelle. C’est la réforme qu’il propose
et dont l’examen a été interrompu en
juillet dernier à cause de l’affaire
Benalla. Les députés reprendront leurs
travaux en janvier. Il s’agit pour Emmanuel Macron de relever trois défis.
Le premier relève de la « légitimité »
du pouvoir. Avec son texte, le président de la République veut s’attaquer
au « doute profond de nos concitoyens à
l’égard de la classe politique ». C’est
dans ce cadre qu’il propose d’instaurer
une dose de 15 % de proportionnelle
pour les élections législatives.
Le deuxième défi est lié à l’« efficacité » des politiques et vise à tarir l’impatience « des citoyens à voir produire des
résultats ». « Soyons lucides : le temps
s’accélère, a expliqué Emmanuel Macron. Une mécanique constitutionnelle
qui demande plus de douze mois pour
faire une loi ne permet plus au gouvernement de travailler pour obtenir les résultats que les Français attendent. » C’est
dans ce cadre que s’inscrit l’accélération de la procédure parlementaire
qu’il propose.
Troisième et dernier défi enfin, celui
de « la justice dans un monde vécu comme inégalitaire ». Selon le chef de
l’État, « la société est vécue comme
bloquée, les Français attendent des
droits ». Mais sur ce dernier point, la
réforme constitutionnelle est moins
présente. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO
8
POLITIQUE
Dans le Pas-de-Calais, un sentiment
d’injustice sociale amplifié par l’immigration
consolide le parti de Le Pen.
CHARLES SAPIN £@csapin
ENVOYÉ SPÉCIAL DANS LES HAUTS-DE-FRANCE
ÉLECTIONS Le mois d’octobre est à peine
arrivé que la brume a déjà repris ici ses
quartiers. Se faufilant entre les bâtisses
de briques rouges, la nébuleuse donne au
centre de Liévin des airs de ville endormie. Un cliché quasi figé de ce qu’il reste
du bassin minier. Que ne perturbent ni
voiture, ni flâneur. Tout juste un couple
d’ouvriers, occupé à paver la chaussée.
Mais derrière ces devantures fermées,
ces commerces à céder, il est une colère,
elle, bien éveillée : « On est à bout.
Qu’est-ce que vous voulez que je vous
dise ? Tout le monde est fatigué, ici », lâche derrière son comptoir Nico, qui porte sa quarantaine les traits tirés. Voilà
deux ans et demi qu’il a racheté ce zinc,
le Jockey, « la plus grosse connerie de ma
vie », souffle-t-il, déplorant « une perte
d’activité de 50 % à 60 % » depuis que le
maire a lancé il y a un an et demi d’impressionnants travaux dans la rue principale pour l’installation d’une voie de
« bus à haut niveau de service ».
Une nouvelle ligne censée faciliter
l’accès au centre commercial monumental de Noyelles-Godault, qui avec ses
100 hectares, ses 76 boutiques et ses
quelque 7 000 places de parking, est rendue responsable de la fermeture des
échoppes du centre-ville. Guillaume
Vandericken, 62 ans, dont douze ans
passés à Liévin, l’a dit à l’édile de la ville,
Laurent Duporge : « La dernière fois que je
l’ai vu, ça a bardé cinq minutes, rigole
l’homme aux cheveux blancs, engoncé
dans son sweat-shirt du Racing Club de
Lens. Je lui ai dit de se préparer à pointer à
Pôle emploi. Ici, c’est le Front national qui
va tout rafler. »
Une menace que le maire socialiste ne
peut pas prendre à la légère. Arrivée en
tête dans la ville avec près de 42 % des
voix au premier tour de la présidentielle,
Marine Le Pen a transformé l’essai aux
législatives en y faisant élire, contre lui,
son ancien conseiller spécial, Bruno Bilde. « J’ai voté pour lui. Et aux européennes, je voterai pareil. L’Europe, il fallait la
faire, mais fallait pas bazarder les frontières », appuie le retraité sans décoller ses
yeux bleus de sa pinte de Goudale.
Au pays de Raphaël Varane et Benjamin Pavard, rien ne semble ternir l’insolente prospérité du parti à la flamme, à
huit mois du scrutin européen. Les ennuis judiciaires qui s’amoncellent autour
du parti de Marine Le Pen ? « Franchement quel parti politique n’a pas fait des
magouilles ? C’est obligatoire. Sans ça,
CYRIL BITTON
Européennes :
le RN prospère
toujours dans
ses bastions des
Hauts-de-France
Dans les rues de Liévin (Pas-de-Calais) lors des élections régionales de 2015, où Marine Le Pen était arrivée en tête au premier tour.
l’État ne tiendrait pas, veut croire Anthony, chauffeur routier au chômage de
25 ans. On a tout testé et ça a foiré, sauf Le
Pen. C’est pour ça que je suis pour, depuis
des années. Regardez, pour l’éviter, les
gens ont voté pour un guignol qui pose
avec des mecs torse nu et qui font des
doigts d’honneur. »
« Ça sert à rien »
L’ombre du débat présidentiel raté et
tant moqué, est également balayé : « Bah,
elle est comme ça, Marine ! C’est une impulsive. Faut pas la chauffer. Et puis ce débat, il n’était pas si mal. Des deux, c’est
elle qui a dit le plus de vérités. Ce n’est pas
Macron qui va nous expliquer pourquoi on
laisse crever les Français dans la rue, alors
que les migrants qui viennent par bateaux
entiers, eux, on les soigne, on les dorlote,
on leur donne des milliards », invective
Claude, artisan d’une cinquantaine d’années. S’il n’ira pas voter en mai prochain
- parce que « ça sert à rien » -, beaucoup
partagent son sentiment d’injustice.
De la tête, Nico désigne deux jeunes
hommes, de l’autre côté de la rue. Des
migrants, selon lui, logés dans des résidences gérées par France terre d’asile et
La Vie active : « Vous voyez leurs baskets ? Leurs écouteurs à la mode ? Je ne
peux même pas les payer à ma fille. Notre
erreur à nous, c’est de travailler. Aujourd’hui, il vaut mieux être au chômage, toucher des aides et faire des petits boulots
non déclarés. C’est le monde à l’envers »,
conclut-il.
Une affliction, que le collaborateur en
circonscription de Bruno Bilde, Laurent
Dassonville, s’emploie à convertir en
bulletin RN. Depuis sa permanence, dans
la rue principale de Liévin, il reçoit toute
la semaine et rend, ici ou là, quelques
services : « Il y a des belles choses à faire
ici. Les gens se sentent abandonnés. On est
les seuls à progresser, parce qu’on est les
seuls à les écouter. » À croire que le RN
n’a même plus besoin de leur parler. ■
Dupont-Aignan cherche à capter les déçus de Le Pen
J’ai un
« conseil
amical
pour Nicolas
DupontAignan :
la meilleure
façon d’avoir
des élus, c’est
de les faire
élire
»
MARINE LE PEN
S’IL NIE être à l’origine de tout
« débauchage » dans les rangs du
Rassemblement national, Nicolas
Dupont-Aignan affiche depuis
l’officialisation de sa candidature,
en tête de liste, pour les prochaines européennes, une flopée de
soutiens qui pourrait donner la
furieuse impression contraire.
Dans une lettre datée du 3 octobre, que Le Figaro s’est procurée, 19 conseillers régionaux des
Hauts-de-France, du Grand Est,
d’Occitanie ou de Provence-Alpes-Côte d’Azur, tous élus sur
des listes Front national-Rassemblement bleu Marine en
2015, s’engagent ainsi « aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan »
et appellent « les leaders qui
aiment la France, en particulier
Marine Le Pen, à entendre la volonté d’union qui vient de la base
et la légitimité des Amoureux de la
France [la liste lancée par Dupont-Aignan, NDLR] à l’incar-
ner. Seule cette candidature de
rassemblement peut nous faire
gagner ».
Après avoir refusé, en mai dernier, la main tendue de Marine Le
Pen, qu’il avait pourtant soutenue
au second tour de la présidentielle, le député de l’Essonne s’est
décidé à partir seul. Ou plutôt à la
tête de sa propre liste de rassemblement. Y figurent le Parti chrétien-démocrate de Jean-Frédéric
Poisson, le CNIP de Bruno North
comme quelques transfuges issus
de LR ou du parti lepéniste. Les
deux anciens alliés de la présidentielle se lancent, depuis lors,
dans une course à qui réunira le
« rassemblement » le plus large.
En témoigne le fugace soutien
apporté par deux eurodéputés
RN, Philippe Loiseau et Sylvie
Goddyn, hier, au chef de file de
Debout la France. Si dans un
courrier, analogue à celui des
élus régionaux, les deux députés
européens RN dépeignaient l’ancien maire de Yerres comme « le
plus crédible et le plus légitime à
conduire cette grande liste
d’union » en mai prochain, le
premier
signataire
a
été
contraint de se corriger, à la suite
de remontrances de son parti.
Assurant par communiqué qu’il
soutiendrait « sans réserve la liste
que le Rassemblement national
présentera aux élections européennes »…
Prise de distance
Peu de risque que l’histoire se répète et que ces 19 conseillers régionaux reviennent sur leur soutien, la plupart ayant d’ores et
déjà pris leurs distances avec le
parti lepéniste. « Ce sont des types
au chômage. Ils traversent la rue.
Ce sont peut-être les seuls Français qu’Emmanuel Macron a réussi
à convaincre, plaisante Marine Le
Pen auprès du Figaro, minimisant
ces pertes. J’ai un conseil amical
pour Nicolas Dupont-Aignan : la
meilleure façon d’avoir des élus,
c’est de les faire élire… »
Outre l’ancienne conseillère
RN d’Ile-de-France, Yasmine
Benzelmat, dans les rangs des
Amoureux de la France depuis
près de six mois, l’élu de Bourgogne-Franche-Comté Lilian Noirot avait d’ores et déjà quitté le
FN pour Les Patriotes de Florian
Philippot. Quant aux cinq élus des
Hauts-de-France, conduits par
Éric Dillies, tous étaient en instance de divorce avec le RN, au
point d’en avoir quitté le groupe
au conseil régional ces dernières
semaines.
La présence parmi les signataires de Valérie Laupies, élue de
Paca, de Marie-Dominique Bagur,
d’Occitanie, ou de Grégory Stich,
du Grand Est, reste une surprise.
Et huit mois nous séparent encore
des européennes. ■
C. S.
Julien Dray veut rassembler le PS en mai prochain
Le conseiller régional d’Île-de-France réaffirme qu’il veut être tête de liste du PS lors des élections
européennes alors que le commissaire européen Pierre Moscovici renonce à se présenter.
TRISTAN QUINAULT-MAUPOIL
£@TristanQM
JULIEN DRAY, vendredi, dans le studio
du Figaro. SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
GAUCHE Julien Dray espère toujours
être tête de liste du Parti socialiste aux
élections européennes. « Il y a besoin
d’une gauche réformiste », a-t-il dit
jeudi au « Talk-Le Figaro » avant de
lister les sujets qu’il veut porter : une
dotation universelle pour les jeunes
Européens grâce à une taxe sur les Gafa
(Google, Apple, Facebook, Amazon),
un plan de reconversion industrielle et
une campagne sur le droit à l’IVG sur
l’ensemble du continent. Ce « ne sera
pas une tâche facile »,remarquant que
« ça ne se bouscule pas au portillon »
pour tenter de relever le drapeau socialiste en mai 2019.
En effet, le commissaire européen
Pierre Moscovici a renoncé jeudi à porter cette liste. « Je ne serai pas candidat à
la tête de liste aux élections européennes
pour le PS », a-t-il annoncé sur son blog.
L’ancien ministre de François Hollande
explique avoir des « désaccords » avec la
manière dont le PS et le PSE abordent ce
scrutin. Par ailleurs, peu de cadres de
Solferino étaient enthousiastes à l’idée
d’être représentés par un membre de la
commission Juncker.
Une hypothèse rendue encore plus
compliquée par l’adoption, mardi, d’un
texte européen par le Bureau national
du PS, qui donne des gages à l’aile gau-
A
FRANÇOIS
DE RUGY
Ministre d’Etat - Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire
BENJAMIN SPORTOUCH - RTL
ALEXIS BREZET - LE FIGARO / CHRISTOPHE JAKUBYSZYN - TF1-LCI
Dimanche 7 Octobre 2018 I 12H-13H
che du parti au détriment de Pierre
Moscovici.
À l’inverse, Julien Dray veut rassembler la gauche autour de son nom. Le
conseiller régional d’Île-de-France
veut « être en capacité de parler à un
électorat de gauche en rupture avec Emmanuel Macron » mais également « par-
“
La Ve est un régime qui
rend fou (…). La VIe doit être
un régime parlementaire
JULIEN DRAY
”
ler à l’électorat de Jean-Luc Mélenchon
qui se réfugie parfois dans la radicalité et
être capable de faire cette synthèse ». « Il
n’y a pas des centaines de personnes qui
ont ce profil politique. Mon histoire me
permet d’être au carrefour de ça »,
avance Julien Dray, qui a tantôt navigué
avec l’aile gauche du PS et tantôt
conseillé Emmanuel Macron quand il
était ministre de l’Économie.
À l’égard du chef de l’État, il se fait
critique : « Quand on regarde le nombre
de démissions (au gouvernement) en un
an et demi - trois ministres d’État qui
s’en vont -, quand on regarde la dégrin-
golade dans les sondages entre mi-juillet
et maintenant… Il y a quelque chose qui
ne va pas. » « Il y a une sorte de rêve qui
s’est déchiré, évanoui », abonde Julien
Dray. Le socialiste, cofondateur de SOS
Racisme, s’étonne notamment de la démission de Gérard Collomb. « C’est une
crise politique » d’autant plus grave
qu’elle a lieu au « début du quinquennat ». « Je pense que la construction (du
macronisme) était un peu artificielle lors
de cette victoire de la présidentielle. Le
président n’a pas réussi à la stabiliser,
elle s’est détricotée très vite », ajoute Julien Dray pour expliquer la rentrée difficile du chef de l’État.
Interrogé sur le 60e anniversaire de
la Ve République, Julien Dray a rappelé
qu’il était favorable à une nouvelle
Constitution. « La Ve est un régime qui
rend fou » le personnel politique qui est
« obsédé par la course à la magistrature
suprême ». « La VIe doit être un régime
parlementaire », argue-t-il. « Il n’y a
pas d’instabilité en Angleterre, en Allemagne, en Italie ou au Portugal », ajoute-t-il pour appuyer son propos. L’élu
pense que la revendication d’un tel
changement constitutionnel serait
« un élément de reconstruction de la
gauche ». ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
INTERNATIONAL
vendredi 5 octobre 2018
9
L’Otan réagit aux cyberattaques russes
Plusieurs pays, dont les États-Unis et les Pays-Bas, ont inculpé ou expulsé des agents russes accusés de piratage.
Dans une déclaration commune, la
première ministre britannique, Theresa
May, et son homologue néerlandais,
Mark Rutte, ont dénoncé « cette tentative
d’accéder au système de sécurité d’une
organisation internationale œuvrant à débarrasser le monde des armes chimiques ». Le gouvernement néerlandais a
annoncé avoir convoqué l’ambassadeur
russe à La Haye. Présent à Bruxelles, le
secrétaire américain à la Défense, James
Mattis, a précisé que les États-Unis allaient mettre à la disposition de l’Otan
leurs capacités de cyberdéfense pour
aider à parer aux attaques informatiques
russes.
ALAIN BARLUET £@abarluet
“
La Russie doit cesser
son comportement
irresponsable, incluant
l’usage de la force
contre ses voisins
Les Pays-Bas ont indiqué, jeudi, avoir expulsé quatre agents russes accusés d’avoir tenté de pirater le siège de l’Organisation
pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) à La Haye. BART MAAT/AFP
à Moscou, qui a toujours nié toute implication. Les autorités néerlandaises
n’ont pas pu établir de lien formel entre
la tentative de piratage et ces deux investigations de l’OIAC. Néanmoins, « le
gouvernement néerlandais juge extrêmement inquiétante l’implication de ces
agents de renseignement », a déploré la
ministre néerlandaise de la Défense,
Ank Bijleveld, jeudi, dans une conférence de presse. La Haye a révélé comment les agents russes avaient position-
né un véhicule truffé d’équipements
électroniques sur le parking d’un hôtel
proche du siège de l’OIAC dans le but de
pirater son système informatique, grâce à une interception du réseau Wi-Fi.
Les services secrets néerlandais, assistés par leurs homologues britanniques,
ont trouvé dans la voiture des agents
russes un ordinateur portable et une facture de taxi pour une course du siège du
GRU à l’aéroport de Moscou, a précisé
Mme Bijleveld. Signe de l’envergure du
réseau, l’ordinateur portable retrouvé
était relié au Brésil, à la Suisse et à la Malaisie, et, pour ce dernier pays, en liaison
avec l’enquête sur la destruction en 2014
du vol MH17 au-dessus de l’Ukraine.
Les quatre agents - identifiés comme
Alexeï Morenets, Evgueni Serebriakov,
Oleg Sotknikov et Alexeï Minine -, ont
atterri à l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol le 10 avril avec des passeports diplomatiques russes. Ils ont loué une Citroën C3 pour reconnaître les lieux.
Kavanaugh : les sénateurs
ont reçu le rapport du FBI
Fort de l’appui de Donald Trump, le prince héritier Mohammed Ben Salman
n’hésite pas à retenir à Istanbul un célèbre journaliste critique de son pouvoir.
MOYEN-ORIENT Un vent mauvais souffle
sur l’Arabie saoudite et au-delà de ses
frontières. La très probable rétention au
consulat saoudien d’Istanbul de Jamal
Khashoggi, journaliste autrefois proche
de la famille régnante mais désormais
critique de la monarchie, montre que la
vague de répression de toute opposition
ne s’arrête pas aux limites du royaume.
« C’est nouveau », constate avec étonnement un ancien maître espion français.
Cet épisode brouille, après d’autres,
l’image du jeune prince héritier Mohammed Ben Salman, 33 ans, l’homme fort à
Riyad. Celui que l’on surnomme MBS
est-il un libéral qui compte faire entrer
dans la modernité un pays longtemps figé
par le rigorisme ? Ou, plus classiquement, un monarque absolu un tantinet
plus éclairé que ses prédécesseurs ?
Ces derniers mois, de nombreux dissidents ont été mis sous les verrous. Des
personnalités libérales et des figures religieuses, comme Salman al-Awdah,
contre lequel la justice a requis la peine de
mort. Mais aussi des militantes de la cause féminine - celles-là mêmes que MBS a
favorisées en leur accordant, enfin, le
droit de conduire une voiture. Souvent
accusées de « trahison » - c’est-à-dire
de contacts supposés avec le nouvel ennemi du Qatar -, plus d’une dizaine de
militantes des droits des femmes ont ainsi été emprisonnées fin juin.
Six mois plus tôt, le prince héritier
avait déjà embastillé au Ritz Carlton de
Riyad des dizaines de princes et d’hommes d’affaires accusés de s’être indûment
enrichis. Depuis, la plupart ont été relâchés après avoir signé une reconnaissance de dette envers l’État saoudien, qui récupéra ainsi quelque 100 milliards de
dollars. Une manne utile pour financer
les réformes économiques contenues
dans la Vision 2030 de MBS.
Mais d’autres restent aux arrêts dans la
prison d’al-Haïr, au sud de Riyad. Et depuis, d’autres encore ont été emprisonnés, tel le prince Bandar Ben Abdallah,
arrêté en janvier pour avoir critiqué son
cousin Mohammed Ben Salman et sa
main de fer sur la famille régnante. Libéré
quatre mois plus tard mais interdit de
quitter le pays, il est depuis en résidence
surveillée à Riyad, et est « accompagné »
dans ses déplacements à l’intérieur du
royaume.
Figure connue pour ses investissements hors de l’Arabie, le prince Walid
Ben Talal ne peut pas, lui non plus, quitter le royaume, et l’État lui aurait confisqué une grande partie de ses biens. Sans
parler des princes, princesses et autres
hommes d’affaires qui ont juste eu le
temps de se replier à Londres, Paris ou en
Californie, et qui ne veulent surtout pas
rentrer en Arabie.
«À tous, décrypte un observateur joint
au téléphone à Riyad, MBS a dit : “maintenant en Arabie, il y a un gouvernement
qui travaille, ceux qui n’en font pas partie
doivent se taire”. Il ne veut plus de pouvoir
au sein du pouvoir. » Fini les princes, détenteurs de « fromages » en partenariat
avec des industriels étrangers. MBS ne
veut plus qu’une seule filière, la sienne,
autour d’un instrument financier qu’il a
créé : le PIF (Public Investment Fund).
“
MBS a la situation bien
en main. Il fait le pari d’un
baril de pétrole qui remonte.
Il a Trump avec lui. Et il a le
sentiment que son ennemi,
l’Iran, est vaincu
”
UN INDUSTRIEL FAMILIER DE L’ARABIE SAOUDITE
Mais ce big bang n’a pas seulement fait
fuir une partie des capitaux. Il a également provoqué des tensions au sein
d’une famille régnante habituée à une
prise de décision par consensus. À tel
point que le père de MBS, le roi Salman,
qui géra pendant longtemps les différends au sein de la famille Saoud, a mis
son veto à deux projets phare de son fils
préféré. D’abord, l’introduction en Bourse d’une fraction du capital de l’Aramco,
mastodonte pétrolier et véritable vache à
lait du pays. Salman trancha « après
avoir consulté des membres de la famille
royale, du gouvernement et des banques
pendant le ramadan », peut-on lire dans
une récente note du Trésor. Cette privatisation partielle impliquait une transparence des comptes de l’Aramco que la famille royale n’était pas prête à assumer
dans la mesure où chacun de ses mem-
bres – et ils sont nombreux – perçoit un
montant des exportations de pétrole, un
secret jalousement gardé en Arabie. Ce
fut un coup dur pour MBS, qui avait fait
de cette privatisation l’un des pivots de la
modernisation d’une économie appelée à
ne plus miser uniquement sur le pétrole.
L’autre revers que lui infligea son père
concerne le soutien apporté par MBS à
l’improbable plan de paix américain entre Israéliens et Palestiniens. Ami du gendre de Donald Trump, Jared Kushner, à
l’origine de ce plan, MBS semblait prêt à
céder, y compris sur Jérusalem, que se
disputent Israéliens et Palestiniens. Pas
question, lui a rappelé publiquement le
roi, conscient de l’impact que cette question religieuse revêtait dans un royaume
gardien des lieux saints de l’islam.
L’impulsivité, doublée d’une inexpérience au plan international, pourraientelles être fatale à MBS ? Aussi longtemps
que Salman est en vie, le jeune prince
n’est pas menacé. Son père reste sa
meilleure caution. Et malgré les nombreux grognards tapis au sein de la famille, MBS jouit pratiquement de tous les
pouvoirs (y compris au sein de la puissante garde nationale, même s’il en a
évincé sans ménagement son chef, le
prince Mitaeb, fils de l’ancien roi Abdallah). Mais si jamais Salman, âgé de 83 ans,
venait à disparaître avant que MBS n’ait
vraiment assis son autorité ? Liquidation,
prise du pouvoir par la garde nationale :
tous les scénarios sont envisagés, comme
le montre une note du Quai d’Orsay rédigée dans cette hypothèse.
En attendant, « MBS a la situation bien
en main. Il fait le pari d’un baril de pétrole
qui remonte. Il a Trump avec lui. Et il a le
sentiment que son ennemi, l’Iran, est vaincu », estime un industriel, familier de
l’Arabie. Face aux pays qui le critiquent,
le prince héritier n’hésite pas jouer au
chantage sur les contrats. Et l’audace
fonctionne ! Après avoir critiqué Riyad,
l’Allemagne a dû rentrer dans le rang, de
même que l’Espagne, où des contrats de
2 milliards de dollars étaient menacés. Et
le nouvel homme fort du Golfe a étendu
cette règle à ses alliés des Émirats arabes
unis et de Bahreïn. Cécile Longet, l’ambassadrice de France à Bahreïn, en sait
quelque chose. Après ses tweets critiquant cet été les atteintes aux droits de
l’homme dans le royaume, Manama me-
De son côté, Moscou a ironisé sur
l’« espionnite aiguë » qui se serait emparée des Occidentaux. « Ils ont tout mélangé dans un seul flacon. Peut-être estce un flacon de parfum Nina Ricci ? » a
plaisanté la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, en faisant
une comparaison douteuse avec le flacon de Novitchok, utilisé dans l’affaire
Skripal. « Le GRU, les cyberespions, les
“hackers du Kremlin”, l’Agence mondiale
antidopage. C’est un sacré mélange, pour
un parfum », a-t-elle ironisé. ■
ZOOM
L’Arabie fait souffler le vent de la
répression par-delà ses frontières
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
”
JENS STOLTENBERG,
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’OTAN
Le journaliste Jamal Khashoggi,
en 2011, au World Economic Forum
de Davos, en Suisse. VIRGINIA MAYO/AP
naça de l’expulser. Cet été encore, le Quai
d’Orsay resta muet quand Riyad expulsa
l’ambassadeur du Canada qui avait critiqué la répression saoudienne. « On ne
peut rien faire », reconnaît un autre diplomate.
Alors MBS, révolutionnaire ou despote
éclairé ? Un autre familier de l’Arabie décrypte le personnage : « En verrouillant le
champ politique et religieux, MBS s’affirme
dans le rapport de forces intérieur. Il se légitime par la répression. Il ne se laisse dicter ses actes ni par les démocrates ni par les
religieux et a fortiori pas par les puissances
étrangères. Il veut montrer qu’il est le maître des horloges, c’est lui seul qui fixe le
rythme des réformes. Il ne revendique pas
d’être un démocrate. En recevant un dirigeant étranger en 2017, il lui avait dit : “Ne
venez pas m’emmerder avec les droits de
l’homme, ce n’est pas mon problème.” » ■
La commission judiciaire du Sénat
américain a reçu jeudi le rapport
du FBI sur les accusations
d’inconduite sexuelle contre
Brett Kavanaugh, candidat de
Donald Trump à la Cour suprême.
La sénatrice démocrate
Dianne Feinstein a jugé que
ce rapport était « le produit d’une
enquête incomplète », notant
que Kavanaugh, son accusatrice
Christine Blasey Ford et plusieurs
témoins n’avaient pas été
entendus par les enquêteurs.
La sénatrice républicaine
Susan Collins, elle, a parlé d’une
enquête « très approfondie ».
L’Administration Trump, qui
a aussi reçu ce rapport, a « très bon
espoir » que le Sénat confirme
Kavanaugh, selon un porte-parole
de la Maison-Blanche.
Sans attendre ces conclusions,
Trump et les élus de son camp
se sont démenés pour rassembler
assez de voix pour que le Sénat
puisse confirmer la nomination
du juge conservateur à l’instance
judiciaire la plus élevée du pays.
Le président américain a affirmé
jeudi sur Twitter, après l’enquête
du FBI, que les accusations visant
son protégé n’étaient « pas du tout
corroborées ». À l’en croire,
Kavanaugh a été victime d’un
« traitement sévère et injuste ».
Le chef de la majorité républicaine
au Sénat, Mitch McConnell,
a annoncé mercredi un vote
de procédure vendredi, avant
la nomination de Kavanaugh.
A
DÉFENSE Un vent de guerre froide a
soufflé sur la réunion ministérielle de
l’Otan jeudi à Bruxelles. Alors que se
tenait ce rendez-vous de l’Alliance atlantique, plusieurs pays membres, les
États-Unis, le Royaume-Uni, les PaysBas, le Canada - mais aussi l’Australie,
qui n’appartient pas à l’Otan, et l’Union
européenne -, ont accusé le renseignement militaire russe (GRU) d’avoir mené
les principales cyberattaques mondiales
de ces dernières années. « La Russie doit
cesser son comportement irresponsable,
incluant l’usage de la force contre ses voisins, des tentatives d’immixtion dans des
processus électoraux et des campagnes
massives de désinformation », a affirmé
pour sa part le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Jens Stoltenberg, jeudi
dans un communiqué.
Le même jour, la justice américaine a
annoncé l’inculpation de sept agents du
renseignement militaire russe pour une
campagne de cyberattaques contre des
instances sportives, une agence internationale et une société américaine spécialisée dans l’énergie nucléaire. Quelques
heures plus tôt, les Pays-Bas indiquaient
avoir expulsé quatre agents russes accusés d’avoir tenté de pirater le siège de
l’Organisation pour l’interdiction des
armes chimiques (OIAC) à La Haye.
L’affaire se serait déroulée en avril
dernier, alors que l’OIAC enquêtait sur
l’empoisonnement de l’ex-espion russe
Sergueï Skripal en Angleterre et sur une
attaque chimique présumée à Douma
en Syrie, attribuée par les Occidentaux
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO
10
INTERNATIONAL
Pékin sévit contre les étudiants marxistes
Le régime communiste n’apprécie guère leur dénonciation des inégalités sociales qui sévissent en Chine.
CYRILLE PLUYETTE £@CyrillePluyette
CORRESPONDANT À PÉKIN
ASIE La Chine n’en est pas à une contradiction près. S’exprimant à l’occasion du
200e anniversaire de la naissance de Karl
Marx, en mai dernier, le président
chinois, Xi Jinping, n’avait pas tari d’éloges sur le philosophe allemand qui reste,
selon lui, « le tuteur révolutionnaire du
prolétariat et des travailleurs ». À cette
occasion, « l’Empereur rouge » avait
également encouragé la prestigieuse
Université de Pékin à promouvoir la
pensée marxiste lors d’une visite sur place. Mais le régime communiste n’a pas
du tout apprécié que des étudiants ou des
diplômés engagés cherchent à passer de
la théorie à la pratique, après des années
de cours idéologiques obligatoires. Des
dizaines de jeunes marxistes et maoïstes
ont en effet convergé cet été vers le sudest du pays pour soutenir les revendications d’ouvriers qui exigeaient la création de leur propre syndicat dans leur
usine de Jasic Technology (équipements
industriels), à Shenzhen. Les jeunes, qui
portaient des T-shirts avec le slogan
« l’union fait la force », ont manifesté
aux côtés des travailleurs. « Créer des
syndicats n’est pas un crime », proclamaient des banderoles.
dizaines fin juillet. Se plaignant d’être
traités comme des « esclaves », ces
derniers voulaient s’émanciper du seul
syndicat officiel, la Fédération nationale des syndicats de Chine. Inféodé au
PCC, celui-ci est jugé par les travailleurs inapte à défendre leurs droits,
selon les experts. Mais pas question
pour le pouvoir, qui combat toute remise en cause de son autorité, d’abandonner ce monopole. « Le vrai danger
pour le régime est l’utilisation du
marxisme pour soutenir la création d’un
syndicat libre, sa véritable bête noire depuis la formation, au début des années
1980, de Solidarnosc », l’organisation
ayant joué un rôle déterminant dans la
chute du régime communiste en
Pologne, décrypte Jean-Pierre Cabestan, sinologue à l’université baptiste de
Hongkong.
Parmi les étudiants arrêtés, certains
faisaient partie de l’association marxiste de l’Université de Pékin. Celle-ci a
également lancé des enquêtes sur les
conditions de travail des catégories de
personnel les moins bien payées de
l’établissement. Selon ses membres,
cette association a récemment fait face
à de grandes difficultés pour s’enregis-
trer auprès des autorités scolaires pour
cette nouvelle année et fait l’objet
d’une forte « répression ». Le même
phénomène a été dénoncé dans
d’autres établissements.
Arrivé au pouvoir fin 2012, le numéro
un chinois n’a cessé de resserrer l’étau
sur les universités. Mais une nouvelle
étape a été franchie l’année dernière :
beaucoup d’entre elles ont mis en place
des instituts de recherche sur la « pensée de Xi Jinping », désormais inscrite
dans la charte du Parti et la Constitution chinoise. Le pouvoir chinois surveille de près les universités depuis le
mouvement étudiant prodémocratie de
la place Tiananmen, en 1989.
« Le PCC craint par-dessus tout une
union des étudiants et des intellectuels
avec les ouvriers », complète Chloé
Froissart, sinologue à l’université de
Rennes-II. Le Parti, qui a lui-même
pris le pouvoir à la faveur d’une telle
alliance, sait mieux que personne quelle menace elle représente. Pour l’heure, cette mouvance étudiante marxiste
paraît minoritaire. Mais, malgré la répression, la création de syndicats indépendants pourrait constituer un projet
fédérateur. ■
“
Le PCC craint
par-dessus tout une union
des étudiants
et des intellectuels
avec les ouvriers
”
CHLOÉ FROISSART,
SINOLOGUE À L’UNIVERSITÉ DE RENNES-II
Le gouvernement, a rapidement
cherché à neutraliser le mouvement. Le
24 août, à l’aube, la police en tenue antiémeute a fait irruption dans un appartement de Huizhou (non loin de Shenzhen) où étaient rassemblés une
quarantaine de ces jeunes marxistes acquis à la cause des travailleurs et les ont
arrêtés, alors qu’ils chantaient L’Internationale. Plusieurs d’entre eux sont
encore en détention, selon une ONG de
défense des droits des salariés.
Contrairement aux leaders étudiants
du mouvement prodémocratie de la place Tiananmen, en 1989, ces militants disent ne pas vouloir renverser le régime.
Leur obsession : s’attaquer aux criantes
inégalités sociales du pays. « Nous
n’avons pas de revendications politiques », a assuré Yue Xin, une marxiste
récemment diplômée de l’Université de
Pékin, dans une lettre ouverte au président Xi Jinping, avant son arrestation.
« Nous voulons juste être certains que les
ouvriers de l’usine de Jasic seront traités
avec justice. »
Beaucoup de ces jeunes militent pour
combler un vide de sens dans une société jugée trop individualiste. « Les
étudiants des universités d’élite ne devraient-ils que manger, boire » et faire
la fête ?, s’est interrogé Zhang Shengye, un autre diplômé de l’Université
de Pékin. « Devrions-nous éviter de discuter des affaires de la nation, et rester
aveuglément serviles ? », a-t-il ajouté.
Lui aussi a embrassé le combat des
ouvriers de Jasic, qui ont été arrêtés par
Le président Xi Jinping en compagnie de paysans dans une ferme d’État du Heilongjiang. La ressemblance avec la propagande de l’époque de Mao est saisissante.
XIE HUANCHI/AP
Tel Mao en son temps, Xi Jinping prend la clé des champs
PUBLIÉE par les journaux d’État, une
photo récente met en scène le président chinois Xi Jinping marchant sereinement dans un champ sous un beau
ciel, entouré de paysans conquis. Mises
à part les moissonneuses-batteuses à
l’arrière-plan, la ressemblance avec
des affiches de propagande de l’époque
de Mao Tsé-toung est saisissante.
Alors que la guerre commerciale déclenchée par le président américain
Donald Trump suscite des inquiétudes
en Chine, « l’Empereur rouge » a profité la semaine dernière d’une visite
dans une ferme d’État de la province
du Heilongjiang (nord-est) pour soigner son image de dirigeant proche du
peuple et paternaliste. À la manière du
Grand Timonier, dont il s’est par plusieurs aspects inspiré depuis son arrivée au pouvoir fin 2012. Et ce, même si
des voix critiques s’alarment d’un
culte de la personnalité grandissant.
Au-delà de cette imagerie, les références à Mao, le fondateur du régime,
visent à prouver que, face à l’isolationnisme américain, l’empire du Milieu ne
sera pas ébranlé s’il peut compter sur
ses propres forces. Lors de ce même
déplacement de trois jours, le numéro
un chinois a insisté, dans une usine
d’industrie lourde, sur la nécessité
pour la Chine de devenir plus « autosuffisante » (« zili gengsheng », en
chinois), dans les domaines alimentaires, industriels ou technologiques.
Rhétorique maoïste
« C’était l’un des slogans préférés de
Mao. Il l’a notamment utilisé quand, en
1960, au moment de la rupture avec
l’URSS, des centaines d’ingénieurs et de
scientifiques soviétiques se sont retirés
de Chine », explique Willy Lam, politologue à l’université chinoise de Hongkong. Ils avaient pour mission d’aider
les Chinois à créer des usines modernes
dans le Nord-Est, poursuit cet expert.
«Le grand renouveau de la nation
chinoise dépend de notre compétitivi-
té », a martelé le numéro un chinois. Si
elle parvient à la renforcer, « alors
seulement, la Chine pourra être invincible pour toujours », a-t-il affirmé.
Les déclarations de Xi Jinping interviennent à un moment où le plan
« Made in China 2025 », visant à faire
du géant asiatique un leader mondial
dans les hautes technologies, préoccupe particulièrement les États-Unis, qui
craignent que leur hégémonie ne soit
remise en cause. Ces prises de position
ne font toutefois pas l’unanimité au
sein du Parti communiste chinois
(PCC), selon certains observateurs.
« L’autarcie économique est un sujet
politique controversé en Chine : les réformistes, comme le premier ministre Li
Keqiang, y étant opposés », note JeanPierre Cabestan, sinologue à l’université baptiste de Hongkong.
Cette rhétorique maoïste peut
d’autant plus inquiéter que l’ancien dirigeant fut un stratège désastreux sur
le plan économique. Lancé à la fin des
années 1950, le « Grand Bond en
avant », qui fixa des objectifs délirants
de production d’acier et réquisitionna
à cette fin la main-d’œuvre paysanne,
déstabilisa complètement l’économie
rurale. La Grande Famine (1958-1961)
qu’il occasionna fit des dizaines de
millions de morts.
Lors de son déplacement, Xi Jinping a
aussi mis l’accent sur l’importance des
entreprises d’État, qui doivent selon lui
continuer à se renforcer et à croître. Ces
énormes conglomérats, souvent surendettés et pénalisés par des surcapacités
de production, sont accusés par la communauté internationale de bénéficier de
subventions publiques. Le président
chinois a certes parallèlement défendu
le secteur privé, « mais l’insistance de Xi
Jinping sur le rôle des entreprises publiques constitue un autre sujet de division
au sein du PCC », souligne Jean-Pierre
Cabestan. Reste à savoir si le président
chinois pourra durablement imposer
cette ligne. ■
C. P. (À PÉKIN)
A
Un jeu télévisé à la gloire de l’« Empereur rouge » pour rallier la jeunesse
MUSIQUE grandiloquente, lumières balayant la salle, applaudissements du public : programmé à une heure de grande
écoute, ce jeu télévisé chinois commence
comme un divertissement classique.
Mais sa thématique est pour le moins originale : les participants doivent en effet
être incollables sur la vie et l’œuvre… du
président Xi Jinping, dont la « pensée » a
fait son entrée dans la charte du Parti
communiste chinois (PCC) il y a un an.
« Écoutons les discours du président Xi
et imprégnons-nous de sa pensée », lance
avec enthousiasme l’animateur de
l’émission, baptisée : « Étudier Xi dans la
Nouvelle Ére ». Ce show, diffusé depuis
dimanche sur Hunan TV, l’une des chaînes publiques les plus populaires du pays,
vise clairement à soigner la popularité du
maître de Pékin auprès de jeunes Chinois
généralement peu intéressés par la politique. Et à les maintenir sous contrôle.
Outre des rappels théoriques, l’émission comporte deux séquences de questions à choix multiples, axées en grande
pond sans hésiter un jeune diplômé.
L’émission montre aussi des extraits de
discours ou d’interviews, sur lesquels les
candidats sont interrogés, ou qu’ils doivent terminer. Le président a dit que le
« marxisme est très profond, mais qu’il
peut être résumé en une phrase… », commence le présentateur. « Lutter pour la
libération de l’humanité », complète un
participant, dont le zèle ne s’explique pas
par l’appât du gain, puisque l’émission
ne semble pas prévoir de prix pour les
gagnants.
Commentaires railleurs
Le plateau de Hunan TV, qui diffuse un divertissement sur la vie de Xi Jinping.
partie sur Xi Jinping. L’une d’elles revient sur l’un des épisodes qui a permis à
« l’Empereur rouge » de bâtir sa légende
d’homme proche du peuple. Quand il a
été envoyé dans un village rural du
HUNAN TV
Shaanxi à l’âge de 15 ans, Xi Jinping, qui
était « avide de connaissances », a marché 15 kilomètres pour emprunter un livre. « Quel était son titre ? », demande le
présentateur. « Le Faust de Goethe », ré-
Centré sur Xi Jinping, ce show fait suite à
une autre émission idéologique destinée
au jeune public – « Marx avait raison » qui était passée au printemps dernier sur
les écrans chinois. Elle s’inscrivait dans
le projet du numéro un chinois de
convaincre la jeunesse du pays que le socle idéologique du PCC est toujours pertinent, et de contrer les influences étrangères.
Pas sûr toutefois que ce type d’exercices millimétrés parviennent à faire mouche auprès du public ciblé, estiment certains experts. L’émission s’est d’ailleurs
attiré des commentaires railleurs sur les
réseaux sociaux. « Toute personne répondant mal devrait être rééduquée pour répondre aux exigences de la Nouvelle Ère »,
a plaisanté un internaute sur Weibo, le
Twitter chinois.
Alors que Xi Jinping ne cesse d’accroître son emprise sur la société, des voix
chinoises se sont inquiétées cet été du
culte de la personnalité grandissant dont
il fait l’objet, et qui fait écho aux dérives
de l’ère Mao. Le président, qui a obtenu
le droit de rester au pouvoir aussi longtemps qu’il le voudra, est omniprésent
dans les médias d’État et sur les affiches
de propagande. Partout, dans les écoles,
les universités ou les administrations, les
Chinois sont incités à étudier la « pensée
de Xi ». L’émission, qui compte cinq épisodes, ne semble pas indiquer de changement de cap… ■
C. P. (À PÉKIN)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SOCIÉTÉ
vendredi 5 octobre 2018
11
Sécurité : les Français
affichent leur défiance
envers le gouvernement
Le dernier baromètre Fiducial-Odoxa révèle que seuls 21 %
des personnes sondées font confiance à l’exécutif pour assurer
leur protection. C’est le plus bas niveau enregistré depuis Hollande.
Globalement, les Français sont « déannées 2000. Avec la vidéoprotection, un
sabusés », observe le document, qui rénouveau pas est franchi, et, pour les
vèle que près des deux tiers (64 %)
Français, cela n’apparaît pas comme un
d’entre eux se sentent en insécurité. Là
problème. » En revanche, nos compaSONDAGE Alors que Beauvau vient
encore, la cote d’alerte est atteinte,
triotes affichent un relatif scepticisme
d’essuyer un vilain coup de tabac avec
puisque, note le baromètre, « le niveau
sur le renforcement policier lancé dele départ de Gérard Collomb, la cote du
d’insécurité ressenti par les Français est
puis le mois dernier dans les « quartiers
gouvernement dévisse sur le front de la
de 6 points supérieur à celui que nous ende reconquête républicaine ».
sécurité. Le dernier baromètre Fiduregistrions en juin dernier et s’approche
Visant à lutter contre les trafics de
cial-Odoxa, que dévoile Le Figaro, rédu record recensé dans notre baromètre
drogue qui gangrènent les zones de
vèle en effet que tous les voyants ont
en décembre 2017 (66 %) ».
non-droits, cette stratégie va mobiliser
viré à l’écarlate. Désormais, seuls 21 %
Dès son arrivée place
1 300 hommes sur 60 sites d’ici fin 2020.
des Français font confiance à
Beauvau, l’ex-ministre de
« Les Français sont pessimistes quant à
l’exécutif pour assurer leur
l’Intérieur Gérard Colla réussite de cet objectif, décrypte le
protection. Soit juste une
lomb s’était employé à
baromètre. Pour 62 % d’entre eux, le
personne sur cinq. « C’est le
mettre en œuvre la police
gouvernement ne parviendra pas à replus bas niveau jamais enrede sécurité du quotidien.
conquérir ces quartiers. Le doute est un
gistré, notent les analystes. Le
Promesse de campagne
peu moins marqué dans l’agglomération
précédent record, remontant à
d’Emmanuel
Macron,
ce
parisienne : 44 % de ses habitants anticidécembre 2016 pendant le
se sentent
train de mesures censées
pent une réussite du gouvernement,
quinquennat de François Holen insécurité
remettre les effectifs sur le
contre 38 % chez l’ensemble de la populande, était de 24 %. La cote de
terrain rencontre l’adhélation. »
confiance dans le gouvernesion massive (88 %) des Français. Ces
En annonçant sa volonté de lâcher
ment en matière de sécurité quotidienne
derniers plébiscitent dans les mêmes
son habit de premier flic de France préa même été divisée par deux depuis l’arproportions (85 %) le « plan de redécisément le jour du lancement de cette
rivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée. »
ploiement de smartphones et de caméréforme, Gérard Collomb, en préférant
Pour mémoire, en juin 2017, alors que
ras-piétons » pour « filmer le quotidien
suivre son équation personnelle, a
l’Élysée se targuait d’un pouvoir jupitédes policiers et leurs rapports à la popucontribué à semer le doute dans les esrien, 40 % des Français lui accordaient
lation ». Les experts en sont maintenant
prits. Charge à son successeur d’inverleur confiance sur le sujet.
persuadés : « La réticence à la vidéosurser la défiance généralisée qui s’est
« Ce n’est pas le risque terroriste qui
Une patrouille de policiers dans le quartier de la place de la Chapelle, à Paris, en mai 2017.
veillance a fortement décliné au cours des
cristallisée dans l’opinion publique. ■
explique la hausse du sentiment d’insécurité ressenti par les Français, observent les auteurs du baromètre. Ils sont
même légèrement moins défiants qu’en
juin dernier sur la capacité du gouvernement à lutter contre le terrorisme. » En
effet, 43 % de nos compatriotes lui acté (84 %), à la sanction des outracordent aujourd’hui leur confiance,
rapport Thourot-Fauvergue, repratiquement pas débat dans la
FACE à la menace, la population
ges et agressions envers des agents
contre 41 % il y a trois mois. « Mais,
mis début septembre au gouverpopulation », soulignent les anaen appelle à l’« union sacrée ». Le
de sécurité (83 %) et à rendre obliajoutent aussi les experts, les Français
nement, sur le fameux « contilystes, qui citent ainsi les « 92 %
baromètre Fiducial/Odoxa sur la
62 %
le port d’un uniforme idense montrent en revanche extrêmement
nuum
de
sécurité
»,
censé
de
Français
favorables
à
la
création
sécurité
des
Français
en
témoides Français gne : pas moins de 60 % d’entre permettre de recentrer les servi- d’une école nationale des polices gatoire
tique à toute la profession (82 %) ».
sévères sur la capacité du gouvernement
sont d’accord eux réclament une meilleure coo- ces de l’État sur le régalien.
Bien conscients que la police et la
à assurer leur sécurité quotidienne,
municipales », les 89 % qui « sougendarmerie ne peuvent plus tout
c’est-à-dire à lutter contre la délinquantiennent le renforcement de la mupour que les pération entre les forces de sécuPropositions
faire, nos compatriotes se disent
ce, les cambriolages ou les agressions. »
tualisation de la vidéoprotection
publiques et privées « en foncvigiles soient rité
« décapantes »
« partisans d’une extension des
Les résultats du baromètre sont édientre les municipalités et l’État » et
tion de leur compétence et de leur
équipés
compétences et prérogatives des
fiants : sur le territoire national, pas
les 87 % qui « souhaitent que l’on
disponibilité ». Gardant en méCertaines propositions, jugées
agents de sécurité privée ».
moins de 43 % des Français âgé de
encourage le développement des
moire la « grogne » des policiers
« décapantes » Place Beauvau,
de Taser
Ils sont 73 % à soutenir ainsi la
18 ans et plus déclarent avoir été victipolices
intercommunales
».
confrontés
à
la
pression
terroriste
frisent
le
plébiscite.
C’est
notamSELON LE BAROMÈTRE
possibilité pour les agents d’inmes d’un harcèlement ou d’une atteinSur le front de la sécurité priet à une violence de plus en plus
ment le cas de deux mesures desFIDUCIAL/ODOXA
tervenir sur la voie publique aux
te verbale dans la rue ou un lieu public.
SUR LA SÉCURITÉ
vée, les lignes ont elles aussi évoenkystée dans les pores de la sotinées à renforcer les polices muDES FRANÇAIS
abords immédiats des espaces
Ils sont 26 % à avoir déjà déploré un
lué de façon considérable. Les
ciété, la moitié des sondés (52 %)
nicipales. Le baromètre révèle
qu’ils sécurisent. 64 % « approucambriolage et près du quart (23 %) à
Français approuvent « une forme
jugent désormais que les missions
ainsi que 76 % de nos concitoyens
vent l’idée d’autoriser les agents à
avoir été victimes d’une agression phyd’institutionnalisation du secsont « mal réparties » entre la posoutiennent l’autorisation d’acintervenir sur des petits délits
sique. Viennent enfin les vols à l’arrateur », relève le baromètre en
lice, la gendarmerie et la sécurité
céder à certains fichiers de police
d’un
montant
inférieur
à
ché et les pickpockets (15 %) ainsi que
précisant qu’« ils sont ainsi la quaprivée.
pour des policiers municipaux, et
200 euros » et 62 % sont d’accord
les attaques sexuelles (8 %). L’idée d’un
si-totalité à se montrer favorables
C’est donc en toute logique
72 % sont favorables à l’armepour que les vigiles soient équi« ensauvagement » de la société a gaà l’idée de la création d’une filière
qu’ils accueillent avec bienment de tous les policiers municipés de Taser. ■
gné les esprits.
spécifique aux métiers de la sécuriveillance les préconisations du
paux. Trois autres idées « ne font
C. C.
64%
des Français
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
CHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
Plébiscite pour armer les vigiles et les agents municipaux
«
»
À Paris, Hidalgo lance son plan de vidéo-verbalisation
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
CIRCULATION Choisir le jour de
l’ouverture du Mondial de l’automobile
pour annoncer que Paris va désormais
verbaliser les automobilistes a posteriori
grâce aux enregistrements des caméras
de rue de la ville, voilà qui sonne comme
une déclaration de guerre. Ce jeudi,
Anne Hidalgo a lancé avec le préfet de
police de Paris, Michel Delpuech, son
grand plan de vidéo-verbalisation. Un
système qui exploite les 900 caméras de
la « PP ». Car, sans l’aval du préfet et
donc de l’État, rien ne serait possible.
Ce sont des agents municipaux qui
pourront ainsi « verbaliser à distance les
conducteurs de deux et quatre-roues motorisés, en consultant les 900 caméras de
la préfecture de police de Paris situées sur
la voirie », explique l’édile. Ils « pourront
sanctionner les véhicules qui empruntent
illégalement les pistes cyclables et les voies
de bus, ou stationnent sur celles-ci »,
ajoute Anne Hidalgo.
Dans son esprit, il s’agit de « remédier
à ces incivilités ». « Encombrements routiers pour les bus et les taxis, danger pour
les cyclistes : les infractions commises par
certains conducteurs dans les voies de bus
et les pistes cyclables perturbent chaque
jour la vie et les déplacements de
nombreux Parisiens et Franciliens », assure-t-elle.
« C’est quand même un comble qu’Anne
Hidalgo ose accuser les autres d’être à
l’origine des embouteillages, alors que
Paris pullule de vrais faux travaux pour
entraver la circulation ! On la savait déjà
idéologue et brutale dans sa gouvernance.
On la découvre de surcroît de parfaite
mauvaise foi ! » réagit Geoffroy Didier,
vice-président LR de la région Île-deFrance.
Nice a ouvert la voie en 2010
De son côté, Pierre Charon, sénateur LR
de Paris, déclare : « Mais c’est la maire de
Paris elle-même qui organise l’incivilité,
en encourageant, par exemple, toutes ces
trottinettes louées par la ville, qui roulent
sans plaque ni assurance et qui déboulent
de toute part à 30 km/h ! »
Quoi qu’il en soit, rien n’arrêtera la
vidéo-verbalisation. La « salle de commandement » de ce Big Brother numérique a été inaugurée ce jeudi, caserne
Napoléon (IVe arrondissement). Elle
accueille une petite armée de vidéo-
Une fonctionnaire de police oriente des caméras de vidéosurveillance sur un motocycliste
dans les locaux de la Direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC), en 2017, à Paris.
verbalisateurs spécialement formés à
cette mission, qui s’ajouteront aux
3 200 agents municipaux en charge de la
lutte contre les incivilités.
Ce qui sera puni sur la foi des seules
images ? Le refus de priorité à un piéton
sur un passage clouté, par exemple, infraction sanctionnée depuis septembre
d’un retrait de 6 points sur le permis de
conduire et de 135 euros d’amende. Se
garer, même avec les warnings, sur un
couloir de bus ou une piste cyclable coûtera aussi 135 euros. Les conducteurs de
scooters et motos qui emprunteront ces
mêmes voies s’exposeront également à
une amende de ce montant. Ce n’est pas
tout. Parmi les autres infractions qui
peuvent être verbalisées à distance, on
peut citer l’arrêt sur un sas à vélo ou encore le fait d’obstruer un carrefour après
s’être engagé à une intersection déjà encombrée.
Paris n’invente rien. Nice avait ouvert
la voie dès 2010. Elle compte désormais
deux fois plus de caméras que la capitale : 2 200 appareils qui épient sans relâche l’espace public. Tout avait commencé par la chasse au stationnement en
double file dans des secteurs définis. Puis
la vidéo-verbalisation a été généralisée
dans la ville. En 2017, à la suite de décrets
pris par le ministre de l’Intérieur, il a été
possible d’étendre la verbalisation par
vidéo à d’autres infractions : en 2017, les
stops grillés, le téléphone au volant, le
non-port de la ceinture ; en 2018, le port
d’oreillette Bluetooth, la circulation en
sens interdit, le franchissement de ligne
blanche, l’obstruction de carrefour, la
circulation sur voie piétonne ou réservée
et le non-respect du passage clouté. Nice
a dressé 7 000 PV par vidéo en 2013… et
41 000 en 2017. Paris table sur 400 PV par
jour. Soit plus de 140 000 sur une année.
De quoi dégoûter les Franciliens de
prendre leur voiture. ■
A
Selon la maire PS de la capitale, ce dispositif va permettre de dresser à distance jusqu’à 400 PV par jour. L’opposition LR fulmine.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO
12
SOCIÉTÉ
L’assaillant aurait dû se trouver en centre
de rétention ce jour-là.
ESTHER PAOLINI £@paoliniesther
TERRORISME « Ils ont soif de justice »,
confie au Figaro maître Alice Cabrera.
Elle représente, avec sa consœur
Me Béatrice Dubreuil, les familles Harel
et Paumier. Le 1er octobre 2017, Mauranne Harel, 21 ans, et Laura Paumier,
20 ans, ont été tuées lors d’une attaque
au couteau sur le parvis de la gare
Saint-Charles à Marseille, revendiquée
par Daech. Le suspect était en situation
irrégulière mais circulait librement
dans la Cité phocéenne. Une situation
traduisant une faute commise par l’administration, selon les proches des victimes qui ont décidé d’attaquer l’État
en justice.
En ce début d’après-midi d’octobre,
lorsque Ahmed Hannachi tue les deux
étudiantes, ce Tunisien de 29 ans est
loin d’être un inconnu pour les autorités. Il a été arrêté sept fois entre 2005 et
2017 tout en déclinant, à chaque fois,
une identité différente. Si son nom n’est
pas enregistré dans les fichiers des services antiterroristes, il a, en revanche,
été interpellé à Lyon, quelques jours
avant l’attaque, pour un vol à l’étalage.
Placé en garde à vue, Ahmed Hannachi
a finalement été remis en liberté. En situation irrégulière, il aurait dû être placé en centre de rétention administrative, avant une expulsion du territoire.
À la suite de l’attaque, une enquête
administrative de l’Inspection générale
de l’administration (IGA) a mis en lumière « des dysfonctionnements graves
du dispositif d’éloignement » des étran-
PAUL-LOUIS LEGER/AFP
Attentat
de Marseille :
les familles
attaquent l’État
Les militaires et les policiers présents à la gare Saint-Charles interviennent pour neutraliser le suspect après l’attaque du 1er octobre 2017.
gers en situation irrégulière. L’agent à
la permanence préfectorale n’aurait pas
contacté le centre de rétention administrative (CRA) de Lyon Saint-Exupéry pour savoir si une place s’était libérée afin d’y placer le suspect. Aucune
mesure d’éloignement n’aurait donc
été prise.
« Minimiser
sa responsabilité »
Un an après le drame, les familles « très
soudées », selon Me Cabrera, ont envoyé
conjointement un recours pour « faute » à l’encontre de l’État devant le tribunal administratif de Lyon.
Officiellement déposé le 28 septembre dernier, il fait suite à une première
tentative de recours préalable en indemnisation faite en mars. Elle devait
amorcer une conciliation entre les parents des victimes et les représentants
de l’État. Mais « il n’y a pas eu de retour
positif », regrette le conseil du père de
Mauranne. « Les premiers mois ont été le
temps du deuil. Maintenant, les parents
exigent de mettre l’État devant ses responsabilités. Cela va être long, mais ils
sont prêts à subir le temps de la justice »,
a-t-elle fait savoir.
« Nous avons l’impression que l’État
cherche à minimiser sa responsabilité en
ne parlant que de dysfonctionnements
graves du dispositif d’éloignement. Pour
nous, il s’agit d’une faute avérée », ont
également affirmé les parents devant
les caméras de M6.
Côté pénal, l’enquête de la section
antiterroriste du parquet de Paris pour
« assassinats en relation avec une entreprise terroriste » est toujours en
cours.
La seconde avocate des familles, Béatrice Dubreuil, précise que l’enquête
cherche à déterminer le rôle exact du
frère de l’assaillant, Anis Hannachi. Interpellé en Italie en novembre 2017, il a
depuis été transféré en France et est
maintenu en détention provisoire. « Il a
sans doute été aux commandes et son
frère était le bras armé », avance-t-elle.
À l’époque du drame, le préfet en
poste, Henri-Michel Comet, avait dû
quitter ses fonctions. Son successeur,
Olivier de Mazières, a déclaré à France
Bleu lundi que « toutes les personnes radicalisées et violentes sont sous surveillance » dans les Bouches-du-Rhône.
Le préfet en comptabilise près de 560.
Par conséquent, « la menace est toujours
au maximum ». ■
EN BREF
L’« Aquarius », dont
l’activité est en sursis,
est arrivé à Marseille
L’Aquarius de SOS Méditerranée,
navire humanitaire qui
parcourait la Méditerranée
pour secourir des migrants, est
arrivé jeudi matin dans le port
de Marseille, sous la menace du
retrait de son pavillon panaméen.
Redoine Faïd « reste
combatif » selon son avocat
Redoine Faïd, arrêté mercredi
après trois mois de cavale
et incarcéré à la prison ultrasécurisée de Vendin-le-Vieil
(Pas-de-Calais), est « conscient
de la situation » et « reste
combatif », a déclaré jeudi à l’AFP
son avocat, Raphaël Chiche.
Faïd sera soumis à des « mesures
particulières », « il sera menotté
et accompagné de plusieurs
personnes dans tous ses
déplacements », a expliqué
Wilfrid Szala, secrétaire local FO.
Six mois ferme contre
un homme qui avait giflé
une femme à Paris
Un an de prison ferme et six mois
avec sursis ont été requis jeudi
à Paris contre un homme qui
a giflé une jeune femme dans
une rue de la capitale fin juillet,
un incident dont les images
avaient soulevé l’indignation.
Budget : l’enseignement
catholique amer
En perdant 550 postes de professeurs l’an prochain,
il va devoir innover pour compenser.
A
MARIE-ESTELLE PECH £@MariestellPech
ÉDUCATION Quelques petits coups de
griffes l’air de rien. Si le soutien de l’enseignement catholique aux réformes
scolaires de François Hollande était très
affirmé, il est plus tempéré à l’égard de
la politique menée par Jean-Michel
Blanquer, l’actuel ministre de l’Éducation nationale. Les suppressions de postes de professeurs annoncées pour 2019
n’y sont pas pour rien. L’enseignement
catholique en perdra 550 en 2019, sur
140 000. Une « perte sèche » qui « nous
contraindra à des redéploiements d’envergure », observe Pascal Balmand, le
secrétaire général de l’enseignement
catholique. D’autant plus que cette politique de suppression de postes est appelée à se poursuivre jusqu’à la fin du
quinquennat. En primaire, le nombre de
classes à « double niveau » déjà existantes, mêlant par exemple un CE1 et un
CE2, devrait augmenter. Une dizaine de
collèges catholiques ruraux aux effectifs
faibles ont également décidé de mixer
leurs classes pour économiser des postes
d’enseignant. Une nouveauté pédagogique qui, à entendre Pascal Balmand,
« est bien acceptée par les parents ».
Cette année, l’enseignement catholique sous contrat enregistre une progression de 2 576 élèves (+0,1 %), une
croissance bien moins soutenue que celle de ces quatre dernières années, en dépit d’une demande des familles toujours
élevée. Les chefs d’établissement ont en
effet préparé la rentrée 2018 sans bénéficier de la moindre création de postes :
« Notre capacité à répondre à l’aspiration
des familles s’en est trouvée fortement réduite, au point que, en de nombreux lieux,
nos chefs d’établissement ont dû refuser
une part croissante des demandes. »
Le secrétaire général a détaillé ce qu’il
pensait de l’esprit général des réformes
menées par le gouvernement. Ces dernières correspondent « à une logique de
libéralisme tempéré, reposant sur une
conception individualiste de l’existence et
sur une compréhension concurrentielle de
la société », estime-t-il. Plus d’individualisation des parcours des élèves, plus
d’autonomie pour les établissements
scolaires, plus de concurrence entre les
lycéens pour accéder à l’université, plus
de compétition entre les lycées.
« Pensée sociale de l’Église »
Autant d’exemples qui nourrissent une
réforme de culture « libérale ». Mais un
libéralisme « tempéré » par des mesures
plus sociales, comme le dédoublement
des classes dans les écoles de zones
d’éducation prioritaire ou l’accompagnement à l’orientation. Et Balmand
d’invoquer la « pensée sociale de l’Église » qui « n’est pas libérale », en ce sens
qu’elle pense en termes de « personne
reliée » et non en termes « d’individu ». Il
ne s’agirait pas qu’à l’avenir un lycée
catholique offre toutes les options possibles à ses lycéens quand celui d’à côté en
propose moitié moins… « A nous de
trouver un équilibre pour que les établissements travaillent dans un esprit de réseau et de concertation », insiste-t-il.
Sera-t-il suivi par les proviseurs des lycées catholiques élitistes qui, dans les
grandes villes, se revendiquent comme
tels ? Rien n’est moins sûr. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 5 octobre 2018
SOCIÉTÉ
13
Les pays du nord et de l’est de l’Europe
champions de la justice informatisée
Ces États ont massivement investi pour proposer aux justiciables
des procédures plus pratiques et davantage d’informations.
PAULE GONZALÈS pgonzales@lefigaro.fr
JUSTICE Ils sont les champions toute
catégorie de la numérisation et de l’informatisation de la justice en Europe. La
Commission européenne pour l’efficacité de la justice (Cepej) - cet outil de
veille statistique et stratégique européen
qui propose un état des lieux bisannuel
de la justice et auquel collaborent les
47 États membres du Conseil de l’Europe - révèle qu’au cours de ces quatre
dernières années ce sont les jeunes démocraties de l’Est et les pays du nord de
l’Europe qui ont le plus joué la carte de la
dématérialisation.
Ils ont massivement investi le champ
du numérique pour sortir leur système
judiciaire de l’opacité et pour proposer
aux justiciables une information continue
sur l’évolution de leur dossier. L’Estonie a
ainsi été le premier pays, en Europe, à
mettre en place « E-File, support non seulement des actes de gestion des tribunaux,
mais aussi de leur dématérialisation com-
plète ». En Norvège, « Lovisa, pour sa
part, a contribué à alimenter des bases
statistiques et des modèles mathématiques
pour évaluer la charge de travail des juridictions et la distribution des moyens, tant
financiers qu’humains ». Pour les rédacteurs de la Cepej, cette transparence et
cette information sont l’un des facteurs
clés de « la perception de l’efficacité des
systèmes judiciaires ». De quoi mener ensuite les justiciables « à une meilleure coopération avec les autorités judiciaires, à
une meilleure acceptation des décisions judiciaires en général ».
Préplaintes en ligne
La Lettonie mais aussi Israël sont des pays
qui « utilisent un dispositif avancé de gestion des affaires permettant d’obtenir des
informations détaillées sur l’état d’avancement des procédures, qui peuvent être communiquées aux usagers des tribunaux de
manière automatique par le système ou sur
demande », rappelle la Cepej. En France se
met progressivement en place, tribunal
par tribunal, le service d’accueil unique
du justiciable permettant d’obtenir des
informations sur les procédures en général et bientôt d’accéder aux informations
d’une affaire le concernant en particulier.
Beaucoup d’États ont des sites Internet
permettant de télécharger des formulaires types et des documents que les usagers peuvent télécharger. « Les types de
demandes, note la Cepej, peuvent varier,
allant de l’aide judiciaire, comme en Finlande et en Suède, aux formulaires de demande, de plainte ou d’appel, comme en
Serbie, en Espagne ou en Suisse. » La France est encore loin de ce type de service,
même si le projet de loi de Nicole Belloubet prévoit la mise en place de préplaintes
en ligne. Mieux encore, une quinzaine de
pays s’obligent à fournir des informations
sur les délais de procédure. Certains ont
même « introduit des échéances dans la loi
pour certaines procédures ou étapes dans
la procédure », comme la Norvège ou la
Roumanie. La Lettonie a également mis
en place des outils pour pouvoir suivre la
procédure en ligne. Un « must » dont la
France rêve. ■
« QUAND ON PROPOSE un nouvel outil
informatique, les magistrats pessimistes
disent que cela ne marchera jamais et les
optimistes demandent ce qu’ils devront
faire quand il tombera en rideau. » Sabine Orcel, présidente du TGI de Laval et
spécialiste des questions informatiques
pour l’Union syndicale des magistrats
(USM), témoigne ainsi du traumatisme
des juridictions maltraitées au quotidien par des outils de travail indigents.
Effet post-traumatique, si aucun professionnel ne nie les efforts récents de la
Chancellerie, personne ne croit à une
standardisation efficace de l’outil
informatique judiciaire.
Les 80 juges d’instruction parisiens
sont aux cent coups : fin 2018,
Winstru, leur logiciel fétiche, sera désinstallé. Du jour au lendemain,
4 000 dossiers - parmi les plus sensibles - basculeront dans Cassiopée, le
logiciel de la chaîne pénale que les magistrats ont toujours eu du mal à maîtriser. Un logiciel qui, dix ans après sa
mise en fonction, n’est toujours pas
installé dans la plupart des grandes
cours d’appel, ni dans les tribunaux de
police. De quoi donner des sueurs froides aux magistrats instructeurs.
« Cassiopée a été conçu au moment où
l’on voulait faire disparaître le juge
d’instruction. Il n’est pas conçu pour
nous », estime Pascal Gastineau, le
président de l’Association française
des magistrats instructeurs (AFMI).
« On nous demande de rentrer dans le
moule de Cassiopée alors que se profile
une loi qui réduit notre rôle. Winstru a
été conçu par des greffiers et des juges
d’instruction. Il est le logiciel mémoire
de chaque cabinet. Et il enregistre chacun de nos actes en toute confidentialité, ce qui est quasi impossible avec Cassiopée. Beaucoup vont donc créer leur
propre système autonome et artisanal et
chacun partira avec ses modèles. »
“
Faute de débit, nous
scindons les procédures
en plusieurs mails, puis
il faut les reconstituer
”
RÉMI COUTIN, PROCUREUR DE CHARTRES
Ce goût pour le bricolage numérique
est la grande spécialité de la magistrature française. Cela permet de coller
aux spécificités des juridictions, et surtout d’éviter, en cas de problème, d’attendre pendant des jours l’intervention
de services informatiques trop centralisés pour être efficaces en temps réel.
Les logiciels maison s’implantent au gré
de la mobilité des magistrats qui les inventent. Celui qui gère la permanence
en temps réel de Créteil s’est imposé à
Bobigny. Les parquets de Chartres et
d’Amiens ont aussi chacun le leur, grâce à leurs « geeks » locaux. Dans un
élan collaboratif louable, la Direction
des services judiciaires a tenté l’année
dernière de généraliser Pilot, un logiciel
d’organisation des juridictions inventé
à Metz. « La centrale est très à l’écoute,
mais nous en sommes à la troisième version à cause des normes imposées », regrette Sabine Orcel. Dans les tribunaux
d’instance, les « trames » de décision
sont tellement bourrées d’erreurs et de
fautes d’orthographe que chaque juge
invente les siennes. « Les greffiers doivent ensuite fusionner les deux modèles,
c’est fastidieux. Mais au moins, nous
n’avons pas de problème de réseau »,
souligne ce magistrat de Bobigny.
La litanie des déboires informatiques
des magistrats oscille entre le supplice
chinois et celui de Tantale. Il y a ces logiciels de traitement de texte préhistoriques ou sur le point de le devenir et
qu’aucun interlocuteur ne peut ouvrir :
Wordperfect, Open Office, Windows 7.
Cent cinquante ordinateurs portables
livrés à la cour d’appel de Paris ont été
renvoyés cet été. Ils étaient dotés d’un
système Windows 10, alors qu’une
majorité de juridictions fonctionne encore en Windows 7. À cela s’ajoutent
les sessions qui mettent 10 minutes à
s’ouvrir, la « roue » qui tourne indéfi-
MAHLUM
Le blues numérique des magistrats français
Le tribunal d’Oslo, en Norvège, un pays qui fournit des informations sur les délais
de procédure et a même introduit des échéances dans la loi pour certaines procédures.
niment, les procédures qui disparaissent subrepticement en cours de saisie
et « Outlook qui se met en croix tout un
après-midi. Je reçois 150 mails par jour
dont la moitié urgente avec une vraie
utilité », souligne Rémi Coutin, procureur de Chartres et membre de l’USM.
Comme bien des magistrats, il regrette
de ne toujours pas avoir accès au fichier des antécédents judiciaires. Ce
qui oblige à faire des demandes écrites
aux policiers.
« Nous avons aussi un problème de
tuyaux. Ce que nous avons à faire passer excède largement en taille ce qu’ils
peuvent supporter, continue Sabine
Orcel. Nous avons bien la plateforme
d’échange Pline, mais elle n’accepte que
quatre mégaoctets. Or la moyenne d’un
dossier d’instruction est de 27 Mo/s. De
plus, elle ne permet d’échanger qu’avec
la protection judiciaire de la jeunesse et
la Direction de l’administration pénitentiaire. Quant à Plex, qui nous permettrait d’échanger avec les avocats, il
n’existe pas encore. » « Faute de débit,
nous scindons les procédures en plusieurs mails, puis il faut ensuite les reconstituer », souligne le procureur de
Chartres. Aussi, au lieu de dématérialiser, la justice matérialise ses dossiers.
Sous forme de CD-ROM envoyé par la
poste, par exemple. Lors de la dernière
rencontre entre la garde des Sceaux et
les procureurs généraux, ces derniers
auraient insisté sur la faiblesse du haut
débit, soulignant que multiplier 4 Mo
par trois pour toute une juridiction ne
correspondait toujours pas aux 100 Mo
dont dispose tout particulier. De quoi
laisser Nicole Belloubet brièvement
interdite. ■
P. G.
La Chancellerie promet 530 millions pour remplacer les outils obsolètes
530 millions d’euros sur cinq ans. C’est le
budget que le ministère de la Justice a
promis de consacrer à la numérisation de
ses services sur le quinquennat. Un plan à
marche forcée qui laisse rêveurs les professionnels tant les infrastructures sont
encore obsolètes et les outils disparates.
Chancellerie et le ministère de l’Intérieur
l’ont promis. Aujourd’hui, à chaque étape,
magistrats et avocats passent par une impression papier. Les greffiers sont obligés
de saisir informatiquement le même dossier plusieurs fois, avec les risques d’erreurs que cela comporte. De plus, les magistrats ne disposent toujours pas de
signature électronique pour les actes d’enquête. Il leur faut donc remplir des formulaires, les imprimer, les signer à la main,
les scanner puis les renvoyer aux services
d’enquête. La Chancellerie n’a toujours
pas fixé de date de création de cette signature électronique, même si elle en comprend la nécessité. Elle évoque cependant
un budget non négociable de 169 millions
d’euros dont 54 % à sa charge.
l’Internet à haut débit
u Offrir
aux juridictions
u
Des centres d’appels
et des téléphones sécurisés
la procédure civile
u Dématérialiser
Le projet Portalis a été entamé il y a
Nicole Belloubet, ministre de la Justice, dans son bureau à la Chancellerie.
Sans eux, aucun magistrat du parquet digne de ce nom ne peut travailler. Quinze
centres d’appels ont été déployés pour
moderniser les permanences des parquets
entre 2013 et 2017. Le but est de limiter les
délais d’attente pour les services d’enquête qui souhaitent par exemple prolonger une garde à vue. D’ici à la fin 2019,
trente et un centres auront été installés
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
dans les parquets les plus sensibles dont
Bobigny et Créteil. Le ministère avoue
disposer d’un parc modeste d’outils de
mobilité, soit 700 smartphones sécurisés
et 3 000 ordinateurs ultraportables.
« D’ici à la fin 2019, 2 000 ultraportables et
5 000 smartphones sécurisés seront déployés », promet la Chancellerie. Actuellement, 1 650 terminaux de visioconfé-
rence sont installés. « D’ici à la fin 2019,
220 terminaux supplémentaires sont prévus, dont 100 déjà pour 2018 », affirme la
Chancellerie.
la procédure pénale
u Dématérialiser
Les parquets en rêvent. Dématérialiser
une procédure « depuis l’acte d’enquête
initial jusqu’à l’exécution de la peine ». La
plus d’un quinquennat. Son déploiement
ne devrait pas aboutir avant 2020. Le service d’accueil unique du justiciable lui
permettra de s’informer sur les procédures en cours dans tous les tribunaux. Mais
c’est la mise en place d’un portail Internet, avec un espace personnel pour le justiciable, qui est très attendue, de même
que la saisine en ligne des plaintes au civil
et au pénal. Les premières expérimentations démarreront en juin 2019. ■
P. G.
A
Le ministère de la Justice n’évite pas le
constat : « Certaines juridictions accueillant jusqu’à 150 utilisateurs n’offrent
que 2 Mb/s ». Il promet « le passage d’ici
à fin 2019 à l’Internet haut débit, grâce à
un plan fibre optique pour 890 sites - sur
les 1 600 ». D’ici à la fin 2019, 250 sites
auront bénéficié d’une augmentation
importante du débit Internet. Mais les
juridictions partent de loin. Pour l’instant, c’est le TGI de Grenoble qui est le
mieux loti. Au cours de l’année 2018, il
est passé de 10 à 80Mb/s. Par ailleurs, la
Chancellerie promet de doper le débit
des deux plateformes d’échanges sécurisés de documents entre la Justice et les
autres services de l’État mais aussi vers
les avocats qui peinent encore à communiquer par voie dématérialisée avec
les juridictions.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO
SCIENCES
14
Elle a été transportée par hélicoptère
dans le Béarn. Une autre femelle
devrait la rejoindre prochainement.
25 km
LANDES
GERS
Bayonne
PYRÉNÉESATLANTIQUES Pau
Oloron-Sainte-Marie
Accous
Laruns
HAUTESPYRÉNÉES
ESPAGNE
LES 20 COMMUNES
DE LA VALLÉE D'ASPE CONCERNÉES
Présence régulière de l’ours
Présence occasionnelle de l’ours
Infographie
VINCENT BORDENAVE £@bordenavev
NATURE Une ourse slovène a été relâchée
ce jeudi 4 octobre à 9 heures du matin
quelque part dans le Béarn, à l’aide d’un
hélicoptère. L’information a été confirmée
par le ministère de la Transition écologique, qui se refuse à tout autre commentaire. Tout juste sait-on qu’un deuxième
lâcher devrait être effectué dans les jours à
venir et que la localisation est conforme à
la carte des communes potentiellement
concernées par le plan ours. « Notre unique
priorité est la sécurité des deux femelles »,
martèle-t-on du côté du ministère.
Cette réintroduction est loin d’être
évidente, tant les opposants se sont montrés virulents. Environ 150 éleveurs occupaient depuis mercredi des routes dans
les vallées béarnaises d’Aspe, d’Ossau et
de Barétous, avec fouilles systématiques
des véhicules utilitaires afin d’intercepter
tout transport de plantigrade. Pour
contourner l’obstacle, les autorités ont
procédé à l’installation de l’ourse sur les
IROZ GAIZKA/AFP
Une ourse
slovène a été
lâchée dans
les Pyrénées
« Guerre déclarée », pouvait-on lire mercredi sur une route de la vallée d’Aspe, bloquée par des éleveurs opposés aux lâchers d’ours.
hauteurs de la vallée d’Aspe par un hélicoptère de la gendarmerie transportant
une cage suspendue à des filins.
Plus tôt dans la matinée sur les ondes
de Franceinfo, le nouveau ministre de la
Transition écologique, François de Rugy,
avait jugé « inacceptable » que des personnes « se croient autorisées à faire des
barrages sur les routes ». Ajoutant que les
réintroductions se feraient « de la
meilleure façon qui soit, pour que cela
puisse être fait tranquillement et qu’on ne
cède pas à des pressions, à des menaces ».
« Une population
toujours trop faible »
Du côté des opposants, on accuse le coup,
mais on ne désarme pas. « On va vite rebondir et on les fera partir. On va les faire
fuir, les effaroucher », a expliqué Olivier
Maurin, chef de file des éleveurs béarnais
anti-ours et porte-parole des Jeunes
Agriculteurs.
Annoncé en mars 2018 par Nicolas Hulot lors de la présentation du plan ours, ce
lâcher vise à renforcer une population sur
le déclin dans l’ouest du massif. La tension
était montée d’un cran à la fin du mois
d’août dans le village d’Etsaut, près d’Oloron-Sainte-Marie
(Pyrénées-Atlantiques), où les anti-ours avaient jeté des sacs
de sang et déposé des cadavres de brebis
devant la mairie, favorable à la réintroduction des plantigrades. À peine entré en
fonction au ministère de l’Écologie, François de Rugy avait confirmé la réintroduction de deux femelles slovènes. « Il faut saluer la fermeté du ministre sur la question »,
s’est réjouie de son côté Sabine Matraire,
vice-présidente et coordinatrice ours de
Ferus, association nationale pour la défense et la sauvegarde des grands prédateurs.
Sur les 43 ours qui peuplent le massif
français, 41 vivent dans les Pyrénées centrales, contre seulement deux dans les
Pyrénées occidentales. Depuis 1996, huit
lâchers ont eu lieu en Haute-Garonne et
un en Catalogne, dans les Pyrénées espagnoles. Des lâchers particulièrement efficaces, qui ont permis à la population des
Pyrénées centrales et orientales, réduite à
un individu en 1995, d’augmenter de ma-
nière importante de ce côté-ci du massif.
« La population reste cependant toujours
trop faible pour assurer sa viabilité a
moyen terme », précise Sabine Matraire.
Une viabilité fixée à un seuil de 50 individus reproducteurs par le plan ours.
Avant ce matin, aucune réintroduction
n’avait eu lieu du côté occidental. La population était alors réduite à deux ours, des
mâles, dont l’un est arrivé des Pyrénées
centrales il y a près de dix-huit ans. L’autre
y est né en 2014 et n’a jamais bougé. « Il y
avait un troisième ours il y a encore deux
ans, Cannellito, explique Sabine Matraire,
mais il s’est déplacé vers l’est en 2016. » Les
mâles sont beaucoup plus mobiles que les
femelles, sans doute en raison de batailles
de territoires. En vingt-deux ans, les mâles
ont été observés sur de nouvelles zones
année après année, à la différence des femelles, plus casanières. « D’où la nécessité
de renforcer le côté occidental du massif
avec des femelles, ajoute Sabine Matraire.
L’ours n’a jamais disparu des Pyrénées occidentales. Mais avec seulement deux mâles,
la situation était devenue intenable. » ■
ZOOM
Des anomalies congénitales inexpliquées
en Bretagne et Loire-Atlantique
Deux sanctions
après des accusations
de fraude au CNRS
Abaissement d’échelon et blâme :
le CNRS sanctionne deux de ses
directeurs de recherche, Olivier
Voinnet et Patrice Dunoyer, pour
« des manquements qui relèvent
de la méconduite scientifique »,
annonce l’organisme
de recherche français.
« Patrice Dunoyer a été
sanctionné d’un abaissement
d’échelon et Olivier Voinnet
d’un blâme », précise le CNRS
dans un communiqué. Ils avaient
déjà fait l’objet d’une procédure
disciplinaire en 2015 et Olivier
Voinnet avait été sanctionné
pour des « manipulations
délibérées » dans certains de ses
articles scientifiques en biologie
moléculaire. Le CNRS l’avait
suspendu pour deux ans.
Suite aux manquements
alors identifiés, les auteurs
avaient publié des correctifs.
C’est sur ces correctifs,
ainsi que de nouvelles
publications, que le CNRS
a de nouveau enquêté en 2018.
Or plusieurs de ces correctifs
étaient incomplets : des images
précédemment manipulées
n’avaient pas été corrigées
et ils contenaient au moins une
nouvelle manipulation d’image.
L’agence Santé publique France a dévoilé jeudi trois rapports sur des cas groupés de naissances d’enfants
sans mains ou sans bras. Ces enquêtes n’ont pas permis d’identifier les causes de ces malformations.
DELPHINE CHAYET dchayet@lefigaro.fr
SANTÉ PUBLIQUE L’agence Santé publique France a reconnu jeudi l’existence de
deux foyers, l’un en Bretagne, l’autre en
Loire-Atlantique, de naissances en nombre inhabituellement élevé d’enfants nés
sans mains, bras ou avant-bras. Ces malformations congénitales graves - appelées « agénésie transverse des membres
supérieurs » - ne sont probablement pas
« dues au hasard », a indiqué l’Agence.
Dans les deux cas, les recherches menées
pour identifier une éventuelle cause
commune n’ont cependant pas abouti, et
l’enquête s’est arrêtée là.
« Nous avons maintenu une surveillance
étroite des naissances dans ces secteurs »,
a précisé le directeur général de l’Agence,
François Bourdillon, lors d’une conférence de presse organisée en vue d’apaiser l’inquiétude autant que d’éteindre
une polémique naissante. Repris par la
presse, un reportage de France Télévisions relatant la naissance de sept bébés
malformés dans l’Ain, avait mis en lu-
mière la semaine dernière le peu d’empressement des autorités à informer le
grand public sur ces enquêtes sanitaires.
Dans ce département, les nourrissons
atteints de malformations ont été mis au
monde entre 2009 et 2014, et vivaient
dans un rayon de 17 km. L’alerte avait été
lancée dès 2011 par le registre local de
surveillance Remera, qui collecte, analyse et saisit les données de naissances en
Rhône-Alpes depuis 1973. Après analyse
statistique, Santé publique France n’a pas
conclu, ici, à un excès de cas.
Comme en Bretagne (4 cas entre 2001
et 2013) et en Loire-Atlantique (3 cas
en 2007 et 2008), une enquête a toutefois
été lancée pour tenter d’identifier l’origine des anomalies. Elle a fini dans l’impasse. « Nous avons interrogé les mères sur
leur histoire, leurs habitudes de vie, leur
métier, leurs consommations pendant la
grossesse , détaille Emmanuelle Amar, directrice de Remera. Les expositions des
pères ont aussi été passées au crible. Le fait
que les familles vivent en milieu rural est le
seul point commun qui s’est dégagé. » Les
services vétérinaires ont été approchés
pour détecter d’éventuelles malformations chez des animaux, mais aucun enseignement n’a pu en être tiré. Aucun
événement industriel n’a été signalé dans
les zones concernées. En Bretagne, les
épandages de pesticides ont été contrôlés.
“
On sait que cela
ne sert à rien de lancer
des études en l’absence
d’hypothèse
”
DR BERTRAND GAGNIÈRE, ÉPIDÉMIOLOGISTE
L’agénésie transverse des membres
supérieurs concerne 150 naissances chaque année en France. C’est une malformation très spécifique qui survient pendant le développement de l’embryon,
entre le 24e et le 56e jour après la conception. Elle a plusieurs causes connues : des
origines génétique, médicamenteuse
(prise de thalidomide par la mère par
exemple) ou mécanique in utero. « La
question du rôle de l’environnement et des
interactions entre les facteurs de risques
doit encore être explorée », complète le
Dr Anne Gallay, à l’Agence, soulignant
aussi un impact probable de susceptibilités individuelles.
Selon Emmanuelle Amar, « une fois les
causes connues éliminées, il aurait fallu
continuer à creuser, en mettant les mères
autour d’une table et en lançant une étude
bibliographique sur tous les produits susceptibles d’être responsables. » Mais l’enquête s’est arrêtée là. Le Dr Bertrand Gagnière, épidémiologiste, a justifié ce
choix hier : « On sait que cela ne sert à rien
de lancer des études en l’absence d’hypothèse. La littérature scientifique montre
que leur capacité à dégager une cause est
inférieure à 1 %. »
L’affaire met aussi en lumière les lacunes du système de surveillance des naissances en France. Il n’existe pas de registre national, mais six registres locaux
souvent tenus à bout de bras par des
structures adossées à des hôpitaux et financièrement fragiles. Ils couvrent seulement 19 % du territoire. Santé publique
France a précisé hier qu’elle développait
des outils complémentaires. ■
EN BREF
Deux astronautes américains et un russe
sont revenus sur Terre jeudi, dans les
steppes du Kazakhstan, après presque six
mois passés en orbite à bord de la Station
spatiale internationale (ISS). Le vaisseau
Soyouz MS-08 qui transportait Drew
Feustel et Ricky Arnold de la Nasa, et
Oleg Artemiev de l’agence spatiale russe
Roskosmos, a touché terre à 11 h 45 GMT.
Ils étaient partis le 21 mars.
C’est le premier retour sur Terre d’un
vaisseau Soyouz depuis la polémique
ayant suivi la découverte d’un minuscule
trou dans une autre capsule Soyouz, le
MS-09, amarré à l’ISS, qui avait provoqué
une dépressurisation de la station orbitale.
Le directeur de Roskosmos a écarté la pis-
te du défaut de fabrication et évoqué l’hypothèse d’un sabotage : un possible « acte
prémédité » sur Terre ou dans l’espace.
L’hypothèse a été démentie depuis par
plusieurs responsables spatiaux russes.
C’est désormais l’astronaute allemand
Alexander Gerst qui prend le commandement de l’ISS, devenant ainsi le second
Européen à la diriger. Il n’y a plus que
trois scientifiques à bord de l’ISS :
Alexander Gerst, l’Américaine Serena
Aunon-Chancellor et le Russe Sergueï
Prokopiev. Ils seront rejoints dans une
semaine par Nick Hague de la Nasa et
Alexeï Ovchinine de Roskosmos, dont le
décollage est prévu le 11 octobre. ■
AVEC AFP
Oléron : mise en place d’un
récif artificiel dans l’océan
POOL NEW/REUTERS
A
Retour de trois astronautes
après six mois dans l’ISS
Un récif artificiel immergé,
destiné à étudier la vie marine
et à fixer les poissons,
les crustacés et la flore, est
en cours d’installation au large
de l’île d’Oléron, en CharenteMaritime. Quelque 24 blocs
de béton de différentes formes
devraient être immergés.
Ce récif à poissons, d’une hauteur
maximale de 2,60 mètres,
est construit à sept milles
(environ 13 km) au large de l’île,
par 30 mètres de fond sur une
zone de sable de 50 m2.
Tous les modules sont percés
afin d’assurer une colonisation
intérieure et extérieure et créer
des courants marins appréciés
de certaines espèces.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
SPORT
vendredi 5 octobre 2018
15
Jean-Michel Aulas :
« Je suis un entrepreneur, pas un jaloux »
Avant de défier le leader, dimanche, le président de l’OL évoque ses relations avec le PSG et ses ambitions.
modèle économique au service du
sport, tout en ayant bien préparé en
amont notre centre de formation,
qui est un des trois meilleurs d’Europe, premier de France depuis six ans.
Sans oublier notre modèle sur le foot
féminin avec une équipe sur le toit de
l’Europe. C’est un modèle pérenne et
durable, car il est rentable.
BAPTISTE DESPREZ £@batdesprez
FOOTBALL Malgré un planning très
serré, Jean-Michel Aulas a pris le
temps pour répondre à nos questions avant l’affiche de gala entre
son club et le PSG dimanche au Parc
des Princes en clôture de la 9e journée de Ligue 1. Au menu, son sentiment sur le début de saison de ses
troupes, sa bataille envers le PSG, la
création d’un championnat du
monde des clubs, ses critiques
contre la Ligue ou encore ses ambitions pour l’OL. Tout en maîtrise,
parfois avec humour, « JMA » ne
cache pas avoir changé sa façon
d’appréhender la rivalité avec Paris. Sur la forme, le discours est plus
rond, moins frontal, mais ses intentions restent les mêmes : retrouver
les sommets français et européens.
LE FIGARO. - Quel sentiment
domine après le début de saison
lyonnais ?
Jean-Michel AULAS. - Satisfaction
et déception. En C1, on est premier
d’un groupe avec Manchester City,
il ne faut pas bouder notre plaisir.
En L1 (5e à 10 points du PSG et
2 unités de Lille, 2e), le sentiment est
plus mitigé, avec de bonnes performances et d’autres plus délicates. Je
suis un peu déçu par le nombre de
points au compteur, mais rassuré
par le potentiel de notre équipe qui
a démontré une grande marge de
progression.
N’avez-vous pas été tenté
de bousculer vos joueurs ?
Ici réside tout l’art du management.
Ce qui serait grave, c’est si on
n’avait pas de potentiel. Là, il faudrait changer de joueurs et cela
voudrait dire que notre mercato a
été raté. Aujourd’hui, il faut que
moi, le staff et nos conseillers, Bernard Lacombe et Gérard Houllier,
nous aidions à améliorer l’équipe,
même s’il n’y a aucun traumatisme.
L’ambition est là, la frustration aussi. À nous de la gommer.
9E JOURNÉE LIGUE 1
TOULOUSE (7)
LILLE (2)
AMIENS (17)
ANGERS (11)
GUINGAMP (20)
NÎMES (14)
BORDEAUX (9)
MARSEILLE (6)
MONACO (18)
PARIS SG (1)
vendredi
20h45
samedi
17h C+
20h
dimanche
15h beIN
17h beIN
21h C+
NICE (13)
ST-ÉTIENNE (4)
DIJON (12)
STRASBOURG (8)
MONTPELLIER (3)
REIMS (15)
NANTES (19)
CAEN (10)
RENNES (16)
LYON (5)
Dans nos colonnes en janvier, vous
assuriez que l’équité en L1 passait
par une régulation. Et vous avanciez
les idées d’un salary cap, un effectif
à 25 joueurs, 10-15 éléments formés
au club ? Avez-vous l’impression
d’être entendu ?
Sur le plan français, je n’ai pas été
suivi. Je ne suis pas suivi par la Ligue, ni par la FFF, et c’est dommage. On est en train d’abîmer le
championnat français pour le futur
dans la mesure où la L1 a besoin de
quatre ou cinq grands clubs à égalité
de chance pour valoriser son produit. Je continue de travailler, mais
la LFP ne fait pas ce qu’elle devrait
faire en termes de régulation.
En Europe, le fair-play financier
ne lâche pas le Paris SG…
Ce n’est pas sain, les dirigeants parisiens ne peuvent pas gérer de manière prévisionnelle leurs investissements, car ils sont sous la coupe
de décisions remises en cause. Ils
ont réussi à convaincre l’instance
de leur bonne foi et ils se font reprendre par une commission d’appel qui renvoie au premier stade.
J’ai pu mettre l’accent sur nos différences de stratégie, mais là, je suis
solidaire de leur combat.
Avez-vous l’impression
de parfois prêcher dans le désert ?
La Ligue se donne des idées de renaissance mais ne fait pas ce qu’il
faut. Le fair-play financier (FPF) n’a
Jean-Michel Aulas, ici
à Lyon en septembre :
« Je suis un peu déçu par
le nombre de points au
compteur, mais rassuré
par le potentiel de notre
équipe qui a démontré
une grande marge
de progression. »
DAVE WINTER/ICON SPORT
pas les mêmes règles que la DNCG
(le gendarme financier du foot professionnel en France, NDLR), et ce
n’est bon pour personne. Ce n’est
pas bon pour l’OL, l’OM ou Bordeaux, qui seront à 30 points du
PSG… Et le FPF vient enquiquiner le
PSG, alors qu’on pourrait penser
que, s’il est droit dans ses bottes
dans le championnat français, il
l’est aussi en C1. L’objectif final de
Nasser al-Khelaïfi et du Paris SG, il
me semble, c’est d’aller gagner la
Ligue des champions. Je suis dans
une phase beaucoup plus stratégique de consolidation - mais pas
d’opportunisme - du développement des clubs pour que l’on puisse
être solidaire en France et qu’on rivalise sur le continent. L’argent est
en Europe et bientôt dans le monde,
car la Fifa va créer sa compétition
avec les meilleurs clubs mondiaux,
et on évoque des dotations de
2 milliards de dollars. C’est de l’argent que les clubs français peuvent
aller chercher, en particulier le
PSG. Ça donne à mon discours une
crédibilité qui n’existait pas avant,
car on me taxait de jalousie vis-àvis de Paris. Je suis un économiste et
un entrepreneur, pas un jaloux.
Quel est le prochain chantier
qui vous tient à cœur ?
Atteindre le top 10 européen dans un
avenir proche. On est ambitieux
avec OL City, le quartier autour du
Groupama Stadium. On a ouvert un
hôtel proche du stade, un établissement de médecine se construit, on
va ouvrir des immeubles de bureau
qui sont en fin de construction, un
musée est attendu… C’est un vrai
Quand Lyon « s’offre » le jardinier du PSG
Signe des relations plus que
cordiales entre les deux clubs,
l’OL a contacté son
homologue pour… demander
conseil au sujet de la pelouse
du Groupama Stadium,
jugée peu satisfaisante
par Jean-Michel Aulas.
Et Jonathan Calderwood,
le jardinier britannique du PSG,
a fait le chemin dans la cité
des Gones. Une anecdote
savoureuse racontée
par « JMA ». « J’ai demandé à
Jean-Claude Blanc et Nasser
s’ils pouvaient nous déléguer
leur green-keeper pour nous
aider à résoudre nos
problèmes de pelouse. Ils l’ont
fait de manière ouverte et en
gentlemen. Chapeau à eux. Il
est venu à Lyon dernièrement
nous faire un audit. Sur
la pelouse du stade, qui a été
changée et est repartie dans
de bonnes conditions, mais
aussi sur tous les terrains
du camp d’entraînement.
Il nous a donné des tuyaux
après une analyse pertinente.
Je ne vais pas le débaucher
du PSG, on n’a pas les moyens
de se l’offrir… »
B. D.
Paris 2024 : la carte des sites se précise
Tony Estanguet, le patron du Cojo, a présenté, jeudi à Buenos Aires, une version affinée des JO de 2024.
JEAN-JULIEN EZVAN £@JeanJulienEzvan
concept optimisé
u Un
« On avait annoncé la fin de l’année
comme point de repère. On est allé un peu
plus vite. Cela a été piloté par Jean-Philippe Gatien, notre directeur des sports. Cela
nous permet de présenter le concept optimisé de Paris 2024 », résume Michaël
Aloïsio, directeur de cabinet du président de Paris 2024, Tony Estanguet, en
regardant une carte des sites portant
quelques modifications. Au Bourget, le
volley-ball se déroulera dans un site
temporaire, plus proche des transports.
Le badminton (initialement prévu au
Bourget) s’installera, lui, dans la nouvelle Arena 2 (installée en 2023 porte de la
Chapelle, à 3 km seulement du Stade de
France, ce qui renforce le lien entre Paris
et la Seine-Saint-Denis). Paris 2024 profitera ensuite du projet de Grand Palais
éphémère (13 500 m2, 9 000 places) qui
se posera sur le Champ-de-Mars, durant
les travaux dans le Grand Palais (jusqu’en 2023) programmés indépendamment de l’organisation des Jeux. Le judo
et la lutte y prendront place. Une opportunité qui renforce le côté spectaculaire
et la compacité des JO avec un nombre
impressionnant d’épreuves sur un petit
périmètre autour de lieux iconiques : la
tour Eiffel (athlétisme, triathlon, natation en eau libre), les Champs-Élysées
(cyclisme sur route), le Grand Palais (escrime et taekwondo), l’esplanade des
Invalides (tir à l’arc), le Champ-de-Mars
(beach-volley). Le basket se déroulant,
lui, dans une seule salle, l’AccorHotels
Arena.
centre nautique
u Le
Posé à côté du Stade de France, il sera
composé de cinq bassins (deux pérennes
et trois temporaires qui seront redistribués à la Seine-Saint-Denis) : un bassin
temporaire de 50 m pour les épreuves de
natation et les finales du water-polo
(15 000 places) ; un bassin de 50 m, couplé à un de 25 m (structures pérennes),
pouvant accueillir 5 000 personnes en
compétition, qui recevra les épreuves de
plongeon, de natation synchronisée ;
deux bassins temporaires d’échauffement de 50 m. Dans le projet olympique,
neuf bassins sont construits ou rénovés
avec les centres d’entraînement (Marville, Noisy-le-Sec, Aubervilliers, Aulnay). Sur les dix dernières années, deux
bassins avaient été construits dans le 93.
Les Villages
u Il n’y a pas de changement particulier
en ce qui concerne le Village des athlètes. Le Village des médias est, lui, réduit
MICHAËL ALOISIO
DIRECTEUR DE CABINET DU PRÉSIDENT DE PARIS 2024
«
La construction du Village des médias permet
de répondre à un besoin en logements des populations.
Les Jeux constituent en l’occurrence un élan utile
aux collectivités
»
très légèrement. « Ce ne sont pas les Jeux
qui justifient ces constructions, avec la capacité hôtelière qu’a Paris. La construction du Village des médias permet de répondre à un besoin en logements des
populations. Les Jeux constituent en l’occurrence un élan utile aux collectivités »,
explique Michaël Aloisio.
olympique
u L’équipe
La commission des athlètes de Paris
2024 (présidée par Martin Fourcade) a
partagé une nouvelle réunion cette semaine et le Comité d’éthique planche, lui,
sur une charte éthique. Au niveau du Comité d’organisation des Jeux (Cojo), les
derniers directeurs (une vingtaine maintenant) sont arrivés fin août. « On était
une vingtaine, on est soixante-dix aujourd’hui, on sera une centaine en fin d’année.
Chaque jour, il y a de nouvelles têtes. La volonté de Tony est que les profils des directeurs marient l’expérience des Jeux. Il y a
des gens qui en ont livré, c’est un gain de
temps, c’est rassurant et des gens qui ont
un regard complètement neuf, pour ne pas
juste reproduire. C’est cette alchimie qui est
intéressante », détaille Michaël Aloïsio. ■
L’OL pourra-t-il détrôner Paris ?
C’est difficile, car ils ont une telle
avance… La qualité des dirigeants
du PSG ne m’aide pas non plus. Si je
critique le système, je ne critique
pas les hommes. Que ce soit Nasser,
Jean-Claude Blanc ou Thomas Tuchel, ils ont ce qu’il se fait de mieux.
Je ne sais pas combien le Qatar a investi dans le PSG, mais ça dépasse le
milliard, et je suis peut-être en dessous de la réalité, ça fait rêver.
Nous, en fonds propres, on a investi
200 M€. Sans régulation, tous ces
points rendent difficiles notre
croissance. Il faudra regarder ce
qu’il se passe après la Coupe du
monde au Qatar en 2022, peut-être
que l’investissement sera moins
conséquent et les règles différentes.
On espère bien, avec plus de créativité et d’expérience, s’en rapprocher avant. On doit avoir six clubs
forts en France, ce serait indispensable pour tout le monde.
Vous affrontez le PSG dimanche.
Est-ce que cette équipe
est plus forte que l’an passé ?
Oui, car elle a plus d’expérience.
Nasser et ses équipes ont appris des
échecs passés en C1. Individuellement, Paris a les meilleurs joueurs
du championnat français et doit gagner la Ligue des champions cette
saison. Il ne faut pas qu’il y ait beaucoup d’écart pour permettre à Paris
de gagner la C1. Je suis très optimiste pour eux, ils ont bien travaillé.
On vous a connu plus incisif
sur le Paris SG…
Vous avez raison. Les relations sont
apaisées. Ce n’était pas les hommes
qui étaient mis en cause, j’ai toujours eu du respect et de l’admiration pour ce que fait, dans son système, Nasser, qui est un gentleman.
Notre relation est bonne. Dimanche,
pour nous, ce n’est pas le résultat qui
compte le plus, mais le contenu.
Donner une bonne image du club,
face à la meilleure équipe de France.
De quoi rêvez-vous cette saison ?
De nous qualifier pour les 8es de finale
de la Ligue des champions et y retourner l’an prochain. Ce n’est pas
vital, mais nécessaire pour rattraper
le PSG dans les cinq années à venir. ■
EN BREF
Football : Deschamps lance
Ndombele et rappelle Sakho
Pour les matchs contre l’Islande
(14 octobre à Guingamp) et
l’Allemagne (16 octobre au Stade
de France), Didier Deschamps
a retenu un petit nouveau qui
honorera sa première sélection,
Tanguy Ndombele, le milieu de
terrain de l’OL. Mamadou Sakho,
Lucas Digne et Kurt Zouma sont
également annoncés de retour.
Le sélectionneur a indiqué
qu’il était « beaucoup trop tôt »
pour rappeler Adrien Rabiot.
Ligue Europa : Rennes
s’incline sèchement
Déjà au plus mal en L1, le Stade
Rennais a confirmé ses difficultés
actuelles en s’inclinant sur
la pelouse d’Astana (2-0), jeudi,
en Ligue Europa, sans quasiment
se créer d’occasions de but.
Tennis : pas de Masters
pour Garcia
Vainqueur l’an dernier du Tournoi
de Pékin, Caroline Garcia a perdu
son titre en s’inclinant dès le
3e tour contre la Biélorusse Aryna
Sabalenka 5-7, 7-6, 6-0. Une
défaite qui la prive de Masters.
A
PROPOS RECUEILLIS PAR
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 5 octobre 2018
16
LE CARNET DU JOUR
Les annonces sont reçues
Evelyne Dagnaud,
son épouse,
deuils
avec justification d’identité
du lundi au vendredi
de 9 h à 13 h
et de 14 h à 18 h
les dimanches et jours fériés
de 9 h à 13 h
(excepté les 1er janvier, 1er mai,
15 août, 25 décembre)
Elles doivent
nous parvenir avant
16 h 30 pour toutes
Mme Georges d'Alençon,
ses enfants et petits-enfants
ont l'immense tristesse
de faire part du décès de
M. Georges d'ALENÇON
chevalier
de la Légion d'honneur,
survenu le 30 septembre 2018,
à Paris, dans sa 91e année.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mardi 9 octobre,
à 14 heures, en l'église
Notre-Dame du-Val-de-Grâce,
à Paris (5e),
suivie de l'inhumation
au cimetière de Montmartre.
nos éditions du lendemain,
avant 13 h les dimanches
et jours fériés.
par téléphone
01 56 52 27 27
par télécopie
01 56 52 20 90
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carnetdujour@media.figaro.fr
sur notre site :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
Tarif de la ligne € TTC :
Du lundi au jeudi
Michael, Katharine, Anthony,
Annie et Elizabeth,
ses enfants, et leurs conjoints,
Sophie, Benedict, Louise,
Elizabeth, George, Rebecca,
Victoria, Anthony et Matthew,
ses petits-enfants,
et leurs conjoints
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Patricia BURKARD
Vendredi ou samedi
28 € jusqu'à 25 lignes
26 € à partir de 26 lignes
Réduction à nos abonnés :
nous consulter
Les lignes comportant des
caractères gras sont facturées
sur la base de deux lignes ;
les effets de composition
sont payants ;
chaque texte doit comporter
un minimum de 10 lignes.
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
Annie Leibovici,
sa belle-mère,
parents et amis
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Jean-Bernard DAGNAUD
le mardi 2 octobre 2018.
La cérémonie aura lieu
au cimetière parisien
de Bagneux,
45, avenue Marx-Dormoy,
le lundi 8 octobre, à 11 heures.
Mme Catherine Estienne,
M. et Mme Thierry Verdickt,
Ariane et Thibaud,
M. et Mme Rémy Estienne,
Gonzague, Mahaut, Agathe
et Aliénor,
ses enfants et petits-enfants,
Mme André Combalat,
M. et Mme Philippe Jousset,
M. et Mme Michel Jousset,
ses beaux-frères
et belles-sœurs,
ont la douleur
de vous faire part du décès de
née Gilpin,
Mme Patrick JOUSSET
survenu le 30 septembre 2018.
Une commémoration
religieuse sera célébrée
le samedi 6 octobre,
à 15 heures, en l'église
anglicane Holy Trinity,
à Maisons-Laffitte (Yvelines).
Ils rappellent la mémoire
de son époux,
Urs Burkard
(1922-2009).
25 € jusqu'à 25 lignes
23 € à partir de 26 lignes
Antony et Amandine,
son fils et sa belle-fille,
ses petits-enfants,
chevalier
de l'ordre national du Mérite,
médaille de vermeil
de la Ville de Paris,
médaille d'argent de l'ordre
de la Couronne de Belgique,
ancien chef du protocole
de la Maison Henri de Borniol,
survenu à Paris,
le 25 septembre 2018,
à l'âge de 87 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 9 octobre, à 14 h 30,
en l'église
Saint-Lambert-de-Vaugirard,
Paris (15e), suivie de l'inhumation
au cimetière de la Villette,
à Paris.
le 1er octobre 2018,
à l'âge de 83 ans.
La cérémonie religieuse
aura lieu le mardi 9 octobre,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Martin de Radon (Orne).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Résidence Marbotin, Apt 59,
11, rue Marbotin,
33700 Mérignac.
Ses anciens élèves
du lycée Louis-le-Grand,
nombreux à être restés
en contact amical avec lui
pour évoquer politique,
musique et pédagogie
ou pour bénéficier des conseils
personnels de leur « maître »
ont la tristesse de faire part
du décès brutal,
à l'âge de 78 ans, de
M. Philippe LADUGUIE
agrégé
d'histoire et géographie,
professeur
d'histoire et de géographie au
lycée Louis-le-Grand, à Paris
de 1980 à 2004,
chevalier
de la Légion d'honneur,
survenu à Paris,
le 30 septembre 2018.
Ni fleurs ni couronnes.
De la part de :
M. et Mme Charles Delaurent.
Vincent Fraysse Commissaire Priseur Judiciaire
PARIS - HÔTEL DROUOT - 9 rue Drouot - 75009 Paris
Jeudi 11 Octobre 2018 - Salle 15
À 14h15
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Agt n° 2002-035
Guide des Obsèques
Marion et Vincent (†) Wilbois,
Antoine et Dorothée de Moras,
Jean de Moras,
Gilles de Moras,
Claire et Xavier Leroy,
ses enfants et beaux-enfants,
ses quatorze petits-enfants,
son arrière-petite-fille
font part du rappel à Dieu de
le 2 octobre 2018,
à l'âge de 88 ans, à Trouville.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Sainte-Catherine,
à Honfleur (Calvados),
ce vendredi 5 octobre,
à 15 heures.
570, chemin du Chalet,
14600 Pennedepie.
Paris (16e).
Ses fils,
François, Eric et Bertrand,
ses petits-enfants,
Laure, Florence, Nicolas,
Christophe, Olivier, Marie,
Carla,
ont la douleur
de faire part du décès de
Marguerite-Marie PECQUERIE
née Chambre,
veuve de
Bernard Pecquerie
survenu le 30 septembre 2018,
à l'âge de 91 ans, à Paris.
Le Carnet du Jour • Le Figaro
14 boulevard Haussmann • 75009 Paris
Par courriel : obseques@media.figaro.fr
marquis
de QUINSONAS-OUDINOT
endormi dans
la Paix du Seigneur,
le 29 septembre 2018,
dans sa 98e année.
La cérémonie religieuse
a été célébrée
le jeudi 4 octobre,
en l'église du Touvet (Isère),
suivie de l'inhumation
au cimetière du Touvet.
Une messe à sa mémoire
aura lieu ultérieurement
à Paris et à
Saint-Laurent-de-Chamousset
(Rhône).
Allée du Château,
38660 Le Touvet.
Le président
et les membres du conseil de
l'Association française
pour la protection
des archives privées (AFPAP)
ont la tristesse de faire part
du décès de leur fondateur
et président d'honneur, le
marquis
de QUINSONAS-OUDINOT
survenu le 29 septembre 2018.
Ses quatre enfants
et douze petits-enfants,
ainsi que leurs conjoints,
ses sept arrière-petits-enfants
ont la tristesse
d'annoncer le décès, à Paris,
le 2 octobre 2018,
dans sa 95e année, de
Françoise REY
née Clément.
Retrouvons-nous
le lundi 8 octobre, à 10 h 30,
en l'église de Motz (Savoie).
André de Semlyen
et Delphine Cachin,
Nicolas et Véronique
de Semlyen,
Corine et Jean-Marie Vialard,
ses enfants,
Matthias, Robin, Chloé, Emma,
Émilie, Charlotte, Alice
et Valentine,
ses petits-enfants,
Coline et Timothé,
ses arrière-petits-enfants,
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
Florence de SEMLYEN
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-de-l'Assomption,
90, rue de l'Assomption,
à Paris (16e),
le samedi 6 octobre 2018,
à 10 heures.
Ses filles,
Marie-José, Clara et Anna,
avec leurs mères,
Gabrielle et Véronique,
sa compagne Christine,
ses petites-filles,
Alexandra et Elena,
ses sœurs,
Viviane et Claude-Michèle,
ses cousines et cousins,
nièces et neveux
ont la douleur
de vous faire part du décès de
Antoine SFEIR
officier de la Légion d'honneur,
officier
de l'ordre national du Mérite,
survenu le 1er octobre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce vendredi 5 octobre,
à 13 heures, en la cathédrale
Notre-Dame-du-Liban,
17, rue d'Ulm, Paris (5e).
Ni fleurs ni couronnes,
des dons à la Ligue
contre le cancer ou à
la Fondation Jeanne Garnier.
Toute sa famille
a la tristesse
de vous faire part du décès de
M. André VERGEZ
ingénieur des Arts et Métiers,
Aix 1949-1952,
survenu le 29 septembre 2018,
à l'âge de 88 ans.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Le président,
le vice-président,
le secrétaire perpétuel
et les membres de
l'Académie des sciences
morales et politiques
ont la tristesse de faire part
de la disparition
de leur confrère,
Prosper WEIL
membre de l'Institut,
survenu
le mercredi 3 octobre 2018.
Les obsèques ont eu lieu
le 4 octobre 2018,
dans la plus stricte intimité.
messes
et anniversaires
Une messe sera célébrée
le samedi 13 octobre 2018,
à 11 heures, en l'église
Saint-Germain-l'Auxerrois,
Paris (1er), à la mémoire de
Me Yves SALATS
notaire honoraire,
décédé le 3 septembre 2017.
née de Mercier de Caladon,
le 1er octobre 2018, à Paris.
La cérémonie religieuse
aura lieu le samedi 6 octobre,
à 10 heures, en l'église
Saint-Honoré-d'Eylau,
Paris (16e).
Cet avis tient lieu de faire-part.
souvenirs
Il y a dix ans,
le 5 octobre 2008,
Christine GÉLINET
nous quittait.
M. Jean-Luc de MORAS
Prévoir, organiser, accompagner.
Demandez-le par courrier :
ont la tristesse de faire part
du rappel à Dieu du
née Anne Audouard,
On nous prie d'annoncer
le décès de
Pierre CHADENIER
M. et Mme
Philippe de Yturbe,
le comte et la comtesse
de Quinsonas-Oudinot,
le comte et la comtesse Henry
de Quinsonas-Oudinot,
leurs enfants et petits-enfants
Que tous ceux qui l'ont aimée
aient une pensée pour elle.
En union avec
Marie-Aline de Talhouët (†),
née Nattes, son épouse,
Yves et Sophie de Talhouët,
Emmanuel et Diane
de Talhouët,
Patrice et Violette de Talhouët,
ses enfants et leurs conjoints,
Louis, Julien, Mahaut,
Raphaël et Marine,
Alexis et Elena, Laetitia,
Cédric, Maylis, Lorraine,
Antoine, Capucine, Théophile,
ses petits-enfants
et leurs conjoints,
Aliénor et Côme,
ses arrière-petits-enfants,
services religieux
Une cérémonie aura lieu
le dimanche 7 octobre 2018,
à 19 heures,
en la synagogue Elie-Dray,
218-220, rue du
Faubourg-Saint-Honoré,
Paris (8e), à la mémoire de
M. Claude Yechoua DRAY
disparu il y a sept ans.
vous font part
de la naissance au Ciel du
comte
Guy-René de TALHOUËT
rappelé à Dieu
le 3 octobre 2018, à Paris.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le samedi 6 octobre,
à 10 heures, en l'église
Saint-Charles-de-Monceau,
Paris (17e), suivie
de l'inhumation au cimetière
de Cirey-sur-Vezouze
(Meurthe-et-Moselle),
dans la stricte intimité
familiale.
8, rue de Phalsbourg,
75017 Paris.
offices religieux
La Fondation
Shmouel et Bassie Azimov
vous informe que
l'allumage des bougies
de Chabbat avec bénédiction
deux bougies pour
les femmes mariées, une bougie
pour les jeunes filles, se fera
ce vendredi 5 octobre 2018,
avant 19 h 04,
(horaire pour l'Ile-de-France).
Le respect des lumières
de Chabbat conduira
aux lumières de la Rédemption.
Renseignements
Beth Loubavitch : 01 45 26 87 60.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 5 octobre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
17
PHOTOS : CHRISTOF STACHE/AFP, MATTHIAS BALK/PICTURE-ALLIANCE/DPA/AP IMAGES
REPORTAGE
Depuis 200 ans, la Fête de la bière se déroule sur la Theresienwiese, un immense terrain de 42 hectares accueillant 14 tentes (ici, la Hobräuzeit) au cœur de Munich.
L’Oktoberfest,
miroir de la fierté bavaroise
I
Envoyé spécial à Munich
ls sont des milliers debout sur leurs bancs,
parce que se hisser sur les tables est interdit,
chantant, dansant, titubant. La foule est jeune
mais pas seulement. Les hommes portent dans
leur grande majorité une chemise à carreaux
et un Lederhose, cette culotte de peau qui
s’arrête au genou. La plupart des femmes sont
venues en Dirndl, la robe-tablier traditionnelle, dont
la longueur varie. Ils montrent leurs mollets, elles mettent en valeur leur poitrine dans leur corset. Bienvenue
en 2018, un soir d’Oktoberfest, au cœur de l’identité
bavaroise. La fête bat son plein au rythme de la Kapelle, l’orchestre juché sur le kiosque au milieu de la tente.
Les musiciens enchaînent les classiques du rock et de la
variété germanophone : Hulapalu du Volksrock’n roller
Andreas Gabalier, une star autrichienne. Ou bien Tage
wie diese, « des jours comme celui-ci », des Toten Hosen, un groupe phare du punk rock allemand. La
Schützen-Festzelt est connue pour son ambiance
joyeuse les soirs venus. Elle compte 5 100 places. Lorsque la salle est pleine, les portes se ferment et l’on ne
rentre plus qu’au compte-gouttes. Mieux vaut alors
avoir l’air bavarois pour obtenir le sésame.
Michael, entouré de sa bande d’amis de 20 ans, se
prête au jeu du costume. « Cela m’arrive souvent de
porter un Lederhose. C’est élégant. Et puis c’est bavarois », souffle-t-il avec fierté. Régulièrement, l’orchestre interrompt sa playlist pour entonner le « refrain » de la fête : « Ein Prosit der Gemütlichkeit. Eins
zwei drei. Gsuffa », « Tchin à la convivialité. Un, deux,
trois, on boit ». L’atmosphère pousse à communier.
L’Oktoberfest réunit tous les clichés : la « Mass » de
bière qui se boit par chope d’un litre, les bretzels qu’on
engouffre pour atténuer l’ivresse, les costumes traditionnels, la fête et l’ordre. Il y a quatorze tentes comme
la Schützen-Festzelt sur la Theresienwiese, l’immense
terrain de 42 hectares au cœur de Munich où se déroule
depuis plus de 200 ans la Fête de la bière. Elles ouvrent
leurs portes dès 10 heures du matin pour fermer vers
minuit. La plus grande, la Winzerer Fähndl, compte
8 450 places à l’intérieur et 2 450 à l’extérieur. Elles
sont toutes tenues par les brasseurs munichois, les
seuls autorisés à vendre de la bière. Dehors, c’est une
immense fête foraine pour les familles et les touristes.
Véritable symbole
de la Bavière prospère
et accueillante, la Fête
de la bière réunit chaque
année plus de 6 millions
de personnes, en culotte
de peau ou en robetablier traditionnelle. Mais
l’événement traduit aussi
l’évolution de la sociologie
bavaroise et sert de
terrain de jeu politique,
à l’approche des élections
régionales du 14 octobre.
Un passage obligé en politique
Depuis 1872, la fête commence en septembre pour
profiter d’un climat plus clément. La 185e édition
– l’histoire ayant empêché certaines éditions de se
tenir – s’est ouverte le 22 septembre et s’achèvera
dimanche. Les organisateurs espèrent battre encore
des records : plus de 6 millions de personnes chaque
année. Seul le carnaval de Rio peut faire mieux. Mais
l’Oktoberfest ne compte que 20 % de visiteurs étrangers en moyenne. La fête a aussi ses contempteurs.
Pour les Munichois, la fête est synonyme d’embouteillages et de foule bruyante. Ils pestent contre le
prix de la Mass en constante augmentation :
11,50 euros en 2018. Cette année, #MeToo s’est aussi
invité dans les têtes : les organisateurs ont distribué
des flyers pour aider les femmes qui se sentiraient en
insécurité. Chaque année, certaines se font agresser.
À l’entrée du terrain, un monument rappelle aussi
l’attentat de 1980, le plus sanglant de l’histoire allemande, commis par un militant d’extrême droite :
13 morts et 200 blessés. Mais ces ombres ne parviennent pas à briser l’ambiance. Même si elle est raillée
par ceux qui jugent ringard l’éloge d’un folklore
kitsch ou qui s’agacent d’une commercialisation à
outrance, l’Oktoberfest demeure un symbole pour la
Bavière prospère et accueillante. Son nom est connu
dans le monde entier. Les journaux lui consacrent
des pages entières, les télévisions retransmettent en
direct son coup d’envoi : depuis 1950, le maire de
Munich, marteau en main, doit ouvrir le premier
tonneau avec le moins de coups possibles. « O’zapft
is », lance-t-il une fois qu’il y est parvenu. Intraduisible, la formule signifie que le coup a été donné.
Cette année, le ministre-président CSU de Bavière
Markus Söder, en poste depuis sept mois, a saisi en
souriant la pinte que lui a tendue le maire SPD Dieter
Reiter. Sur la Wiesn, comme est surnommé le terrain
de la fête, la convivialité doit l’emporter sur la
confrontation politique. L’Oktoberfest n’appartient
à aucun camp et gare à celui qui déroge au principe
de neutralité. Mais c’est un passage obligé pour tout
responsable qui entend représenter la région.
Markus Söder est fier de sa fête. « Tout le monde a envie d’y aller et d’y porter le Tracht (le costume traditionnel) pour se sentir, pendant une heure au moins,
bavarois », a-t-il lancé cette semaine en meeting. Le
conservateur est en campagne pour sa réélection le
14 octobre. La CSU est en difficulté : elle risque de
perdre sa majorité absolue. « Pendant très longtemps,
la CSU a réussi à lier le thème de la Heimat et des traditions populaires bavaroises à elle-même. Mais elle
n’a plus ce monopole maintenant », explique l’historienne Simone Egger, de l’université de Klagenfurt.
Pour un parti comme l’AfD, qui a fait des questions
identitaires un slogan, la fête est un terrain de jeu évident. L’an dernier, avant les élections fédérales, l’AfD
avait scandalisé en publiant des photos des allées
« vides » de l’Oktoberfest. « Depuis 2015, l’organisation est devenue difficile en raison des menaces sur la
sécurité dues à la politique d’asile de la chancelière »,
avaient accusé les populistes en déplorant une baisse
de la fréquentation. En réalité, celle-ci était avant
tout due aux conditions climatiques… Cette année, le
parti n’a pas réitéré la provocation. « L’Oktoberfest,
c’est une fête qui unit les Bavarois », explique plus posément Rainer Gross, candidat de l’AfD à Munich.
La tradition n’est pas l’apanage des seuls conservateurs. « Bien sûr que j’y vais », répond, surprise par la
question, la Verte Katharina Schulze, tête de liste des
écologistes en Bavière. À en croire les sondages, son
parti pourrait s’installer comme deuxième force de la
région et, pourquoi pas, former une coalition avec la
CSU ! C’est une révolution culturelle. « Mais je ne fais
pas campagne sur la Wiesn, j’y vais entre amis », précise-t-elle. En l’occurrence, comme en attestent les pho-
Pendant très longtemps, la CSU a réussi
à lier le thème de la « Heimat » et des
traditions populaires bavaroises à elle-même.
Mais elle n’a plus ce monopole maintenant
SIMONE EGGER,
HISTORIENNE À L’UNIVERSITÉ DE KLAGENFURT
»
tos parues dans la presse, il s’agissait de l’état-major du
parti. Tous portaient l’habit traditionnel. « Mais chacun
peut faire comme il l’entend, poursuit Katharina Schulze. En Bavière, on dit qu’il faut “vivre et laisser vivre”. »
Ce n’est pas si évident. Sur la Wiesn, on s’observe.
Les fautes de goût sont relevées sans aucune pitié :
comme ces baskets portées avec un Lederhose par
Christian Lindner, le patron du parti libéral FDP !
Parfois, l’affaire devient grave. En 2008, l’épouse du
ministre-président Günther Beckstein, Marga
Beckstein, s’est présentée sans Dirndl à la fête. Elle a
été huée… Sans lien de cause à effet, la CSU perdait
pour la première fois sa majorité absolue. L’historienne Simone Egger met toutefois en garde contre
les analyses rapides du « Dirndlgate » : « Marga
Beckstein avait au contraire compris que la CSU devait
se diversifier et élargir son électorat. » Elle n’avait
seulement pas choisi le bon endroit pour le faire. Depuis des années, la sociologie bavaroise a changé et le
miroir de l’Oktoberfest peut tromper ceux qui
confondent la fête avec une ode au conservatisme.
L’alcool comme vecteur de lien social
Si on n’y fait pas de politique ouvertement, la Wiesn
est un lieu de vie. Les familles, les amis ou les entreprises y réservent des tables en journée ou le soir
pour s’y retrouver. L’alcool sert de lien. « On y est allés entre collègues, raconte Sarah, qui travaille dans
une start-up d’aide aux réfugiés. Il y avait Mohamed,
qui est musulman. Il a pris une bière sans alcool. Il ne
connaissait pas les habitudes bavaroises. Mais j’ai eu le
sentiment qu’il avait quand même aimé le “Gaudi”. »
Pour ceux qui ne parlent pas bavarois : Gaudi, c’est la
fête tout simplement. On croise toutefois peu de réfugiés sur la Wiesn. La semaine dernière, trois Indiens ont été poursuivis par des militants d’extrême
droite éméchés aux cris de « sales étrangers ».
L’Oktoberfest est intimement liée à la Bavière.
« C’est un lieu d’intégration », décrypte Marita
Krauss, professeur d’histoire régionale à l’université
d’Augsburg. À l’origine, la Fête de la bière était éminemment politique. « Elle a été fondée avec une intention précise : après la création du royaume de Bavière, il
fallait faire exister la nouvelle identité, souligne la spécialiste. On avait besoin de lier les gens. Le mariage du
prince héritier, le futur roi Louis Ier, avec la princesse
Thérèse de Saxe-Hildburghausen le 12 octobre 1810 en
a donné l’occasion. » L’événement avait tellement plu
qu’il avait été reconduit. Un siècle plus tard, le régime nazi s’en est aussi emparé pour exalter son nationalisme. Les croix gammées avaient alors remplacé le
drapeau bavarois en damier bleu et blanc. Après la
guerre, le folklore s’est lesté d’un a priori suspect.
Cette époque est révolue. Débarrassées de cette
défiance, portées par la vitalité économique de la Bavière, où l’on compte en 2018 moins de 3 % de chômage, les nouvelles générations ont redonné de la
vitalité à la fête et réinventé des traditions qu’elles
ont combinées aux ordinateurs portables et aux
start-up. La mondialisation a nourri un besoin d’enracinement. Avant les années 2000, presque personne n’aurait porté de Lederhose ou de Dirndl sur la
Wiesn. Ils servent aujourd’hui de symbole pour une
fierté régionale qui se veut festive et sans danger.
« Ces vêtements expriment une volonté d’appartenir à
un groupe, répondent à un besoin d’identité », résume
Simone Egger. En dialecte, les Bavarois disent : « Mia
san mia », « Nous sommes nous ». Où être ensemble
est aussi important qu’être bavarois. ■
A
Nicolas Barotte
nbarotte@lefigaro.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO
18
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
AFFAIRE WEINSTEIN, UN AN APRÈS
■ À partir du 5 octobre 2017, la presse américaine dévoila le témoignage de femmes - de
plus en plus nombreuses au fil des semaines - accusant le producteur hollywoodien
Harvey Weinstein d’agressions sexuelles. Des milliers
d’autres affluèrent sur les
réseaux sociaux sous le motdièse #MeToo, et, en France,
#BalanceTonPorc. Un an
plus tard, comment juger
cette déferlante ? La libération de la parole a-t-elle
créé une révolution des
Des dispositions législatives
mœurs ? Assiste-t-on au
PROPOS RECUEILLIS PAR
(loi Schiappa), des normes
EUGÉNIE BASTIÉ £@EugenieBastie
contraire à l’émergence
dans les entreprises ou les campus
d’un nouveau puritanisme ?
ont vu le jour. En ce domaine,
la loi doit-elle précéder les mœurs ?
LE
FIGARO.
Un
an
après
l’affaire
Deux philosophes, Raphaël
Elle ne les précède pas. Elle les corriWeinstein, quel regard portez-vous
Enthoven et Bérénice Levet,
ge, par la contrainte. Dans un monde
sur le mouvement mondial
nous livrent leur analyse de
où une personne peut user de son
de libération de la parole qui a suivi ?
ce phénomène planétaire.
autorité pour obtenir des faveurs, et
Raphaël ENTHOVEN. - Un regard
Raphaël Enthoven : « Une éternité de
mauvaises habitudes est à l’origine de ce cri »
amoureux. C’est-à-dire critique.
Quand on admire un phénomène, on
ne l’idéalise pas. Imaginez un abcès
qui purule depuis des siècles et que
soudain, par la grâce d’un seul tweet,
l’humanité choisit d’inciser. L’écoulement est douloureux. Une éternité
de mauvaises habitudes est à l’origine
de ce cri. Celles qui l’ont poussé avant
l’affaire Weinstein et #MeToo
n’avaient pas les mêmes outils. Mais
les outils sont ambivalents. Que Twitter fasse résonner ce cri dans le monde
entier, et glace le sang des porcs, c’est
justice. Qu’en retour, le réseau se
prenne pour un tribunal, c’est glaçant. Comme dans tout processus révolutionnaire, la libération court le
risque de devenir un enfermement.
Or, c’est ce qu’espèrent tous les adversaires d’un tel slogan. Pour empêcher le dévoiement de #BalanceTonPorc en ressentiment, il faut critiquer
ce slogan, rappeler inlassablement
que tous les porcs ne se
valent pas et que, comme dit Voltaire, dans un
monde de libertés, « il
Le philosophe*, qui revendique un féminisme
vaut mieux hasarder de
universaliste, défend le mouvement #MeToo
sauver un coupable que
et y voit l’occasion de crever un abcès,
de condamner un innocent ».
malgré les dangers qui lui sont indissociables.
ENTRETIEN
où un collègue peut impunément en
harceler un (ou une) autre, l’immixtion de la loi est une question de liberté. Des habitudes trop collantes et trop
vieilles exigent le burin du droit.
Quand une société ne parvient pas à
changer toute seule, il est bon que la
loi l’y aide. Si la peine de mort n’avait
pas été abolie, les Français y seraient
encore majoritairement attachés.
Reste qu’il est illusoire de croire qu’on
abolira les incivilités en les punissant
davantage, comme il est illusoire de
penser qu’il existe des critères objectifs permettant, à coup sûr, de distinguer la maladroite tentative de séduction du harcèlement, et il est vrai aussi
qu’en matière de drague, la peur est
mauvaise conseillère. Bref, la loi est
une nécessité, mais pas une solution.
Car il n’y a pas de solution. Juste un
problème permanent qu’il faut combattre et résoudre en permanence.
« Les mots tuent », entend-on souvent
de la part de ceux qui établissent
un continuum entre lourdeur salace
et véritables agressions sexuelles.
En dénonçant une « culture du viol »
aux contours aussi larges que flous,
ne prend-on pas le risque
de tout mélanger ?
La culture du viol, c’est le constat que les
petites violences forgent un terreau favorable aux plus grandes. Ce qui ne signifie pas que toutes les violences se valent, et qu’on puisse mettre Haziza et
Weinstein dans le même panier. La
culture du viol n’est pas un nivellement
des offenses. Juste l’évidence qu’un
contexte où les femmes sont traitées
comme des objets est un terreau propice
au sentiment qu’on peut les harceler ou
les brutaliser.
Avec #BalanceTonPorc, on a pu avoir
la tentation de contourner un système
judiciaire jugé inefficace par le lynchage
sur la place publique. Pensez-vous
qu’une frange du féminisme
mette en péril l’État de droit ?
Non, les féministes dont vous parlez ne
mettent pas en péril l’État de droit. Elles ne sont pas aux portes du palais avec
des fourches et des piques. Mais elles
mettent en péril l’intelligence. Et, surtout, le féminisme lui-même. Tout féministe cohérent doit lutter contre ces
Érinyes qui livrent n’importe qui à la
vindicte, avancent des chiffres délirants, censurent des événements
contradictoires, interdisent qu’un
homme leur adresse des critiques, et
(ce qui est le plus grave) n’écoutent que
les gens qui sont du même avis ! Cela
dit, en l’état, le système judiciaire est
inefficace : 10 % des victimes portent
plainte, et un dixième obtient condamnation. Trop souvent (et on peut le
comprendre), les forces de l’ordre ne
sont pas formées correctement pour
recueillir des témoignages de cette nature. Combien de fois une victime en-
tend-elle « Comment étiez-vous habillée ? » ou bien « Quelle idée, de se
promener seule le soir ! » ou encore
l’inénarrable « Madame, vous rendezvous compte de ce que vous dites ? ». La
brutale sottise de certaines féministes
est-elle soluble dans un accueil moins
brutal des victimes ? Ce serait bien.
Les femmes sont-elles la moitié
de l’humanité ou une minorité
comme les autres ?
Si elles étaient une minorité, ce serait
une minorité majoritaire ! Et si elles
étaient la moitié de l’humanité, ça voudrait dire que l’humanité se divise. Les
femmes ne sont la moitié de rien du
tout. Elles portent indifféremment le
fardeau d’être humains. Le féminisme
et le combat pour l’égalité des droits
auront un sens tant que le fait d’être
une femme (ou d’avoir la peau foncée)
sera un handicap. Ce combat-là n’est
pas dicté par la rancœur, ni la haine,
mais par l’amour du bien commun.
Dans L’Homme révolté, Camus explique
longuement que, pour ne pas s’abîmer
en vengeance et, finalement, en esclavage renouvelé, la révolte ne doit jamais oublier d’être un amour, avant
d’être une haine. On se révolte pour,
avant (éventuellement) de se révolter
contre. L’enjeu est exactement le
même pour la libération de la parole
des femmes. Si l’homme révolté, selon
Camus, doit « apprendre à dire oui,
avant de dire non », la femme révoltée
le doit également. Sans cela, le féminisme sera vaincu par sa propre victoire. ■
* Dernier livre paru : « Morales provisoires » (Éd. de l’Observatoire, 2018).
#MeToo a permis à un féminisme identitaire
et séparatiste de s’imposer en France
L
DESSINS CLAIREFOND
e mouvement #MeToo et
l’écho inédit que les médias
lui ont donné ont conféré
au discours féministe et à ses
« combats », une audience et
une légitimité sans précédent.
Il est de bon aloi de se féliciter de cette
prétendue libération de la parole. En
réalité, la thématique des violences faites
aux femmes, des agressions sexuelles
dont elles seraient victimes, occupent
le devant de la scène depuis des années :
les premières lois contre le harcèlement
sexuel datent de 1992. C’est d’ailleurs
dans ce contexte que Philippe Muray
forgea l’expression d’« envie du pénal ».
Et c’est en 2003 qu’Élisabeth Badinter
publia Fausse route, excédée qu’elle était
par l’omniprésence de cette rhétorique
sur les violences masculines et la diffusion
dans l’opinion de chiffres affolants censés
l’appuyer. Je ne communie donc pas
dans la quasi universelle approbation
du mouvement #MeToo.
Cette campagne a permis
à un féminisme identitaire et séparatiste,
d’inspiration anglo-saxonne,
et spécialement américaine, qui conçoit
les femmes comme une communauté
séparée, cimentée par cette appartenance
à un sexe, de s’imposer en France.
Depuis, il n’est pas une journée sans
que la question des femmes ne soit
évoquée. Cette présence obsessionnelle,
cette exaltation des femmes en tant
que femmes devraient nous être odieuses,
rien n’est plus étranger à l’esprit français.
La passion du monde commun, l’art de
la mixité font le génie de notre nation. Il
nous faut résister.
« Nation française vous
n’êtes pas faite pour
recevoir l’exemple, mais
Pour la philosophe et essayiste*, la « libération pour le donner », disait
Rabaut Saint-Étienne.
de la parole » n’a rien d’inédit. Elle appelle
donc que
à refuser un féminisme qui enferme les femmes dePlutôt
me féliciter de cette
dans un statut de victimes et qui appréhende
parole dite libérée,
les rapports hommes-femmes en termes
je voudrais dire mon
impatience, mais aussi ma
de « domination ».
A
BÉRÉNICE LEVET
le dogme féminisme aura eu raison
de toutes les nuances, les ambiguïtés
des relations entre les hommes
et les femmes ? Les œuvres du passé et du
présent sont toutes relues, revues à l’aune
d’un seul critère : le traitement réservé
aux femmes. Les élèves des collèges
et des lycées sont transformés en tribunal
des flagrants délits, traquant le sexisme,
la misogynie de Ronsard, Racine, Balzac,
Jules Verne. Les musées revoient
l’accrochage de leurs salles d’exposition,
explorant fiévreusement leurs réserves
en quête de tableaux peints par des
femmes. Quant aux œuvres à venir, elles
doivent être composées selon les articles
de foi du féminisme,
sinon les budgets
Si les relations entre les deux sexes
seront coupés,
s’ensauvagent, la faute n’en incombe les « sensitivity
», les
pas à une éducation machiste – voilà plus readers
« détecteurs de faux
de quarante ans que les garçons ne sont pas littéraires »,
plus élevés selon les codes de la virilité – comme on traduit
parfois,
mais au contraire au défaut d’éducation vous renverront
votre copie.
Si les relations entre les deux sexes
une femme et tente de la séduire, ce qui le
s’ensauvagent, la faute n’en incombe pas
meut, cherche-t-on à nous convaincre,
à une éducation machiste – voilà plus
ce ne serait pas la recherche du plaisir,
de quarante ans que les garçons ne sont
le goût et le sens du jeu, de la volupté,
plus élevés selon les codes de la virilité –
de la beauté, la promesse de bonheur
mais au contraire au défaut d’éducation,
que la femme incarne à ses yeux, mais la
qui les livre pieds et poings au seul modèle
possession, la domination, l’humiliation,
disponible sur le marché, celui des
tout ce qui tend à l’anéantissement
« caïds » de banlieues et des rappeurs,
de l’autre sexe. Chez ces gens-là, on ne
lesquels incarnent une sauvagerie fière
badine pas, on ne folâtre pas, on n’aime
d’elle-même, réellement prédatrice
pas : on domine, on écrase, on piétine.
à l’égard des femmes. Je milite pour
Or, ce n’est pas une concession que
une éducation sentimentale. Nos enfants
les femmes font aux hommes que de
doivent posséder les mots pour mettre
vivre, de travailler, de converser, de faire
en forme et dire leur désir. L’esprit
l’amour avec eux. Les femmes, françaises
viendra davantage aux jeunes filles
en tout cas, ne souhaitent nullement
et aux jeunes gens en lisant Molière,
et n’ont jamais souhaité vivre entre elles,
Marivaux, Stendhal, Balzac, Philip Roth
loin des hommes, séparées d’eux.
qu’en écoutant la liturgie féministe.
Qu’adviendra-t-il de notre héritage
S’il nous faut nous libérer
civilisationnel, de notre patrimoine
du féminisme, c’est aussi qu’être
littéraire, pictural, cinématographique
féministe aujourd’hui, c’est fermer
dont procède notre intelligence de ce qui
les yeux sur les agressions sexuelles
se joue entre ces deux êtres, quand
colère et mon inquiétude et inviter
à nous libérer de cette idéologie qui nous
condamne à vivre dans un monde fictif,
abstrait, analysant les relations entre
hommes et femmes comme des relations
de pouvoir et frappant d’obsolescence
notre modèle de civilisation. Il nous faut
retrouver la saveur de la partition
que la France a composée sur ce donné
universel de la différence des sexes.
Se libérer du féminisme, c’est d’abord
se libérer d’un récit indigent et d’une
accablante monotonie afin de rendre
ses droits au réel, à la variété, à la richesse
des relations entre les hommes
et les femmes. Quand un homme désire
«
»
et les viols lorsqu’ils ne sont pas commis
par des mâles blancs occidentaux.
Les féministes accusent la France
de demeurer une société patriarcale, mais
si patriarcat il y a encore dans notre pays,
c’est seulement là où elles refusent
de le voir, dans les territoires dont les clés
ont été remises aux islamistes et placés
sous leur juridiction. Il s’agit d’un
patriarcat d’importation. Épisode
tout à fait significatif : cinq mois avant
le déclenchement de l’affaire Weinstein,
des femmes du quartier La Chapelle-Pajol
à Paris publiaient une lettre ouverte
au président Macron et à son
gouvernement : « Les femmes, une espèce
en voie de disparition au cœur de Paris. »
Lorsqu’il sort sur les écrans, en 1973,
L’homme qui aimait les femmes, François
Truffaut parlait d’ « une atmosphère
servilement féministe », cela semble plus
vrai encore aujourd’hui. Car alors,
dans ces mêmes années, Jean Anouilh
crée La Culotte, pièce jubilatoire
sur les outrances du féminisme qu’il faut
absolument relire ! Le rire était alors
encore possible et c’est peut-être ce qui
nous avait, jusqu’ici, toujours sauvés des
excès du féminisme. Hélas, nul Molière,
nul Anouilh, plus de Philippe Muray.
Et pourtant, ne faudrait-il pas un grand
écrivain pour dépeindre #MeToo ?
Souvenons-nous des paroles de Tom
Wolfe au sujet précisément de l’affaire
Weinstein dans l’ultime entretien
accordé au Figaro en décembre 2017 :
« Je suis partagé entre l’effroi, en tant
que citoyen, et l’amusement en tant
que romancier, pour cette merveilleuse
comédie humaine. Si cela continue,
concluait-il, cela peut devenir la plus
grande farce du XXIe siècle. »
* Docteur en philosophie et enseignante,
Bérénice Levet vient de publier « Libéronsnous du féminisme ! Nation française,
galante et libertine, ne te renie pas ! »
(Éd. de L’Observatoire, 224 p., 18 €).
+
» Lire aussi PAGES 2 À 4
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 5 octobre 2018
CHAMPS LIBRES
LE FIGARO
OPINIONS
LE BLOC-NOTES
Ivan Rioufol
irioufol@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/rioufol
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
Emmanuel Macron : le masque tombe
R
écapitulons : Donald Trump
est la vulgarité incarnée.
Viktor Orban menace
la démocratie. Le premier
entache les États-Unis
de ses comportements
grossiers. Le second viole, en Hongrie,
l’indépendance de la justice et la liberté
de la presse. Ce tableau est brossé,
en France, par la Macronie et ses médias.
Pourtant, c’est le chef de l’État qui
a longtemps fait obstacle à la nomination
du nouveau procureur de Paris :
trois candidats à la succession de François
Molins, proposés par la Chancellerie, ont
d’abord été retoqués par l’Élysée en dépit
des usages. Le Parquet national financier,
qui a sonné l’hallali contre François Fillon
en 2017, a toujours ses liens
avec l’exécutif. Quant à la ministre
ENTRE GUILLEMETS
5 octobre 1713 :
naissance
du philosophe
Denis Diderot.
Sainte-Beuve
BRIDGEMAN IMAGES/RDA
Diderot fut
cet homme,
moule vaste
et bouillonnant
où tout se fond,
où tout se broie,
où tout fermente ;
capacité la plus
encyclopédique
qui fût alors
»
de la Culture, Françoise Nyssen,
elle a assigné à l’audiovisuel public
la mission de « changer les mentalités
sur le terrain » et de « devenir le miroir
de nos différences ». France Culture vient
d’ailleurs de remercier l’impertinent
Michel Onfray. Le gouvernement
rêve aussi de mettre l’Internet,
refuge des dissidents, sous surveillance…
Bref, Emmanuel Macron reproche
à Orban ce qu’il pratique. La pensée
dominante en rajoute dans l’obligation
de bêler en chœur, lorsqu’elle dénonce
les récalcitrants comme des ennemis
du Bien. Quant à ceux qui accablent
Trump, ils ne voient rien de la
métamorphose de Macron. Il a été salué
pour avoir su se glisser, avec talent
et élégance, dans les habits de président.
Or, depuis, un Dorian Gray s’ébauche
derrière le personnage fiévreux
et transgressif. « Alexandre Benalla n’est
pas mon amant », croit utile de préciser,
en juillet, le chef de l’État pour démentir
un ragot sur son garde du corps.
Imaginer le général de Gaulle se prêter à
une telle confidence donne la mesure de
l’effondrement de la politique. Pour avoir
abandonné sa posture « jupitérienne »,
voilà le président prêt à tout pour faire
peuple. À côté, Nicolas Sarkozy et
François Hollande incarneraient presque
la sophistication. Et c’est Trump qui,
par contraste, se montre respectable.
Le pouvoir ressemble au Titanic,
dont le ministre de l’Intérieur vient
de s’échapper mardi. Le naufrage
sera difficile à éviter. Les premiers effets
du revirement dans la communication
élyséenne viennent d’ailleurs de
produire une image désastreuse, samedi,
à Saint-Martin, aux Antilles. Une photo,
prise dans la moiteur d’une HLM, montre
le président en bras de chemise entouré,
amusé, de deux jeunes Antillais. Celui
qui est à sa droite, contre qui le président
colle son épaule, est torse nu. Son
pantalon largement baissé laisse voir
son caleçon. Le petit voyou fait un doigt
d’honneur. Celui qui est à sa gauche,
casquette à l’envers, vêtu d’un débardeur
blanc, s’est présenté comme braqueur
tout juste sorti de prison. Tout
est vulgaire : la désinvolture des deux
cousins, la complicité ambiguë
du président. L’image en rappelle
une autre, prise à l’Élysée, en juin, lors de
la Fête de la musique : le couple Macron
pose, entouré du groupe techno Kiddy
Smile. Les artistes se revendiquent « fils
d’immigrés, noirs et pédés ». Ils portent
des shorts et des maillots en résille.
La Macronie perd pied, en voulant
voir du racisme dans les critiques portées
contre ces attitudes présidentielles.
Lundi, la secrétaire d’État, Marlène
Schiappa, a qualifié Marine Le Pen
de « leader d’un grand parti raciste,
d’extrême droite » au prétexte que
la présidente du RN avait jugé la photo
antillaise « impardonnable ». Le député
LaREM, Aurélien Taché, estime que
« tous ceux qui polémiquent ne supportent
tout simplement pas que la France, à tous
les niveaux, change de visage ». En fait, le
racolage ethnique auquel se prête le chef
de l’État ressemble à une ode au grand
remplacement racialiste. Il est loisible
de voir un deux poids deux mesures dans
la réaction de Macron quand, le 18 juin
dernier à Paris, il rabroue un Gavroche
qui venait de l’appeler « Manu » : « Tu
te comportes comme il faut. Il faut que
tu m’appelles Monsieur le président de
la République, ou Monsieur, d’accord ? »
Faut-il comprendre que le Noir serait
dispensé des codes exigés du Blanc ?
Le sommet de l’État ne tourne plus rond.
Collomb n’y croit plus
L’insistance que Gérard Collomb
a dû mettre pour imposer sa démission,
refusée lundi par le président,
n’est pas la moindre des rébellions contre
la Macronie. Sa fuite est celle d’un vieux
grognard qui a partagé l’intimité du clan.
C’est le ministre de l’Intérieur qui avait
déjà mis en garde contre le manque
d’humilité du président et son repli
sur lui-même. Le départ de Collomb
fait comprendre qu’il ne croit plus en son
protégé. L’alerte s’ajoute à celle lancée
par Nicolas Hulot, exaspéré par
la lourdeur technocratique. Toutefois,
c’est le général Pierre de Villiers qui,
le premier, avait pressenti les dérives
L’Europe, trésor inestimable
Q
DESSIN CLAIREFOND
u’arrive-t-il à l’Union
européenne ? Les mêmes
maux qu’à toutes les
démocraties libérales :
repli national, colère
des citoyens envers
leurs dirigeants, accusés
d’inefficacité, et succès
des démagogues qui récupèrent
leurs craintes légitimes et accèdent
aux affaires ou pèsent de plus en plus
sur les débats.
Gouverner n’a jamais été aussi
compliqué du fait de l’interdépendance
entre les nations et entre les sujets
à traiter. L’immigration est ainsi
devenue partout le cri de ralliement
des nouveaux nationalistes alors qu’un
pays seul ne saurait inverser la tendance
à la mobilité des personnes. Il en va
de même pour les politiques conomiques
ou en matière d’environnement.
Les Européens doutent. Les régimes
non démocratiques en profitent
pour expliquer que leurs modèles
autocratiques sont bien plus
performants : le très rapide rattrapage
de la Chine attesterait ainsi l’efficacité
d’un régime où la liberté passe après bien
d’autres priorités. « L’efficacité plutôt
que les libertés »,
voilà comment
on conteste
l’universalité
des valeurs dites
Les Européens ont toutes les raisons
occidentales
d’être fiers de l’Union européenne, plaide
et que l’on prédit
le président de la Fondation Robert Schuman.
leur déclin. Or ces
JEAN-DOMINIQUE GIULIANI
valeurs, celles des Lumières, ont fait
de la liberté individuelle
et de l’épanouissement de la personne
la priorité de toute organisation
politique. L’Europe en est la mère.
Elle a donc bien des ennemis.
Plus vulnérable que d’autres,
édifice audacieux et inachevé, l’Union
européenne s’est construite par le droit,
pour les droits individuels et collectifs
mais aussi pour le droit dans les rapports
entre États. Or les relations
internationales, relativement régulées
depuis la fin du second conflit mondial,
sont bousculées par le retour
des rapports de force et du fait accompli,
de la Crimée à la mer de Chine jusqu’aux
brutaux dérapages américains.
La force a plus d’adeptes que le droit.
Le modèle choisi par les Européens
n’est pas celui-là. Il organise le
rapprochement progressif et volontaire
des peuples du continent par l’économie
et le croisement des intérêts en vue de
l’addition de leurs forces. S’ils se divisent
souvent et ne sont pas épargnés par un
violent retour des nationalismes – qu’il
ne suffit pas d’appeler populismes –,
les Européens semblent attachés à ces
avancées qui ont pacifié le continent.
Poussés par la France et son président,
les débats européens portent désormais
sur l’autonomie nécessaire de l’Europe,
c’est-à-dire sa souveraineté collective
et sa place dans la course à l’hégémonie
que se livrent les États-Unis et la Chine.
Son objectif doit être de rester dans
le trio de tête. Elle en a les moyens.
Il est vrai que les opinions sont
impatientes. L’Union européenne
est lente et lointaine. Les Européens
souhaitent une Europe plus efficace et
leurs dirigeants pourraient faire montre
de davantage d’audace en mettant plus
résolument en commun leurs moyens
pour maîtriser les flux migratoires et
mieux garantir la sécurité du continent.
Les Européens, cependant, ont toutes
les raisons d’éprouver de la fierté envers
cet ensemble politique inédit qu’ils ont
pris le risque de construire. Il pourrait
rester la seule véritable incarnation d’un
modèle de société bâti pour l’individu,
sa protection et son épanouissement
dans des solidarités librement acceptées.
Un monde sans l’Union européenne
serait encore plus incertain, instable
et dangereux. Cette certitude est
partagée sur bien des continents. Elle
pourrait l’être aussi en Europe. Le débat
sur l’Europe doit sortir du seul cadre
de la diplomatie pour entrer
de plain-pied sur le terrain politique,
car il s’agit bien d’un choix de société.
Au mercantilisme cynique, au culte
de la prétendue efficacité, au recul des
libertés, aux rapports de force brutaux
et au fait accompli, à une communauté
internationale qui régresse, aux régimes
autoritaires et aux dictatures, l’Europe
oppose un contre-exemple. Cela ne plaît
pas à tout le monde et nous vaut bien
des ennemis, à l’intérieur comme
à l’extérieur. Mais c’est bien ainsi
qu’il faut désormais poser les débats
sur la construction européenne.
du macronisme en démissionnant
de ses fonctions de chef d’état-major
des armées en juillet 2017. Peu avant,
le militaire s’était fait rabrouer
par le jeune élu : « Je suis votre chef. »
Cet autoritarisme allait avec la panoplie
de président vertical. Toutefois,
ce déguisement est devenu incongru
au vu des dérapages d’un chef d’État
s’abandonnant à une proximité
irréfléchie.
Du prophète exalté qui disait incarner
le nouveau monde, il ne reste qu’un
masque tombé à terre. Le contraste
est saisissant entre la machine de guerre
savamment élaborée par Macron et les
siens pour accéder au pouvoir, et l’état
d’impréparation que révèle la démission
de Collomb. Le vide est tel, au cœur du
pouvoir, que l’intérim a dû être confié
au premier ministre. Il est vrai que
les dossiers de l’Intérieur - immigration,
islam, violence, terrorisme - ont été
de ceux que le macronisme a abandonnés
aux populistes, pour leur plus grand
profit. Mercredi, lors de la passation
de pouvoir avec Édouard Philippe,
Collomb a évoqué la situation « très
dégradée » des quartiers difficiles : « On
vit côte à côte, je crains que demain on ne
vive face à face. » Mais cela fait longtemps
que l’affrontement s’enracine entre deux
France, deux peuples, deux civilisations
que tout sépare. Le braqueur Redoine
Faïd, interpellé mercredi à Creil (Oise),
passait inaperçu sous une burqa, en dépit
de la loi interdisant ce voile intégral ;
il est devenu banal dans les cités.
Macron perpétue la démission de l’État.
Le message détourné d’Aznavour
Shahnourh Varinag Aznavourian
s’était fait appeler Charles Aznavour, en
hommage à la France qui avait accueilli
ses parents arméniens. « J’ai abandonné
une grande partie de mon arménité
pour être français. Il faut le faire, ou il faut
partir », avait-il expliqué en 2013.
La mort du chanteur, lundi, devrait être
un hommage à l’assimilation. Mais c’est
l’homme « qui incarnait talentueusement
plusieurs cultures » (Richard Ferrand)
que le pouvoir aimerait honorer…
VOX
… SÉCURITÉ
« Reconquête
républicaine » : quand
Gérard Collomb
brise le silence, la tribune
de Barbara Lefebvre,
contributrice à l’ouvrage
collectif Les Territoires
perdus de la République et
auteur de Génération“J’ai le
droit” (Albin Michel, 2018)
Les rencontres
du
FIGARO
RENCONTRE AVEC
FRANÇOIS-XAVIER
BELLAMY
le jeudi 18 octobre
2018, 20 heures
Salle Gaveau.
Réservations :
01 70 37 31 70 ou
www.lefigaro.fr/
rencontres
“Sans la liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur” Beaumarchais
Dassault Médias
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A
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vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 062 - Cahier N° 2 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
> FOCUS
lefigaro.fr/economie
FABRICE BRÉGIER
BANIJAY
LES AMBITIONS DE L’ANCIEN
PATRON D’AIRBUS
POUR PALANTIR PAGE 25
LE PRODUCTEUR TÉLÉVISION
POURRAIT RACHETER
ENDEMOL SHINE PAGE 28
économie
Si les magistrats financiers
constatent bien un retour
à l’équilibre des comptes sociaux,
ils le jugent fragile et proposent
notamment d’appliquer
au secteur viticole ce qui
a été fait sur le tabac. PAGE 22
La centrale de Fessenheim fermera d’ici à 2022
La programmation pluriannuelle de
l’énergie (PPE), feuille de route des
pouvoirs publics pour 2018-2028,
en dira plus, d’ici à quelques semaines, sur le calendrier de fermeture
des centrales nucléaires françaises.
En attendant, le site de Fessenheim
(Haut-Rhin) cristallise les attentions : jeudi, François de Rugy, ministre de la Transition écologique, a
averti que la doyenne des centrales
françaises fermerait d’ici à 2022.
Jusqu’à présent, il semblait acquis
que l’arrêt de Fessenheim serait lié à
le PLUS du
FIGARO ÉCO
LOI PACTE
La France se met
aux fondations
d’entreprise
PAGE 23
LA SÉANCE
DU JEUDI 04 OCTOBRE 2018
CAC 40
5410,85
-1,47%
DOW JONES (18h)
26581,45 -0,92%
ONCE D’OR
1203,45 (1201,20)
PÉTROLE
85,450 (85,210)
EUROSTOXX 50
3375,82 -0,87%
(lond)
FOOTSIE
7418,34 -1,22%
NASDAQ (18h)
7497,37 -1,83%
NIKKEI
23975,62 -0,56%
la mise en service de Flamanville 3,
le réacteur de nouvelle génération
en construction dans la Manche.
Les deux dossiers ne sont plus liés, a
averti François de Rugy, tirant les
conclusions de l’incapacité d’EDF à
donner une date précise pour le
raccordement de son EPR. D’autant
que le gouvernement, dans le cadre
de l’élaboration de la PPE, réfléchit
à un nouveau calendrier pour le
plafonnement de la production
d’électricité d’origine nucléaire.
L’EPR, dont la facture initiale a déjà
triplé, à plus de 10 milliards
d’euros, accuse aujourd’hui six ans
de retard. Il aurait dû entrer en production en 2012 avant qu’une série
d’incidents, liés notamment à la
qualité des soudures, entravent sa
progression. Cette semaine, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASM) a
pointé « une défaillance de la surveillance » de l’électricien sur son
chantier. Interrogée par Le Figaro,
l’entreprise répond qu’elle a engagé
« une surveillance encore plus accrue
à Flamanville dès la détection des
écarts de qualité sur certaines soudures et qu’elle va travailler avec l’ASN
pour étendre la revue de la qualité de
certains matériels ».
À défaut de connaître le calendrier
de Flamanville, le gouvernement
tente d’établir celui de Fessenheim :
l’État va débloquer 10 millions
d’euros dès le 1er janvier 2019 pour
aider à la reconversion économique
de la zone autour de la centrale actuelle, a dit de son côté Sébastien
Lecornu, le secrétaire d’État à la
F. M.
Transition écologique.
L'HISTOIRE
La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a condamné jeudi la
France dans le dossier dit du
« précompte » qui court depuis
2006. « La France a manqué aux
obligations qui lui incombent en
vertu du droit européen », considère la CJUE, qui ouvre donc la
voie, selon le calcul de la députée
PS Christine Pires Beaune, à un
risque financier de… 5 milliards
d’euros pour l’État. Jusqu’en 2005,
les entreprises devaient en effet
verser un précompte à l’État sur
les dividendes qui n’avaient pas
été soumis à l’impôt sur les sociétés. À l’inverse, elles pouvaient bénéficier d’une réduction d’impôt au
titre des dividendes reçus de la
part de filiales qui avaient déjà été
imposées. Toutefois, les dividendes reçus de filiales européennes
ne donnaient pas droit à un avoir
fiscal. Un double dispositif supprimé en 2005.
Des entreprises ont alors lancé des
recours pour obtenir un remboursement au titre des dividendes reçus de leurs filiales étrangères, du
temps du précompte. À cette occasion, la CJUE avait été saisie une
première fois. En septembre 2011,
elle avait donné raison aux entreprises. Mais, en décembre 2012, le
Conseil d’État a traduit l’arrêt de la
cour de façon très favorable à
l’État. Insatisfaites, les entreprises
ont alors saisi la Commission européenne, qui s’est tournée, en juillet
2017, vers… la CJUE, qui a, ce jeudi,
donné partiellement raison aux entreprises. Selon elle, la France
aurait dû prendre en compte l’imposition subie dans leurs pays par
les filiales européennes.
La Cour européenne en profite au
passage pour adresser une claque
juridique inédite au Conseil d’État,
en critiquant sa décision de décembre 2012. « Pour la première
fois », écrit-elle, la Cour constate
qu’une « juridiction suprême » - le
Conseil d’État donc - « aurait dû
l’interroger afin d’écarter le risque
d’une interprétation erronée du
droit de l’Union européenne ». G. G.
PUBLICITÉ
Brune Poirson laisse planer la menace
d’une taxe sur les mégots de cigarettes
F
umer tue, et les mégots polluent.
Tout engagé dans son combat
sur les méfaits du tabac,
le gouvernement ne mégote pas
sur les moyens employés.
L’an passé, il a engagé un plan
d’augmentation du prix du paquet
de cigarettes, pour le porter
à 10 euros en 2020. Si cette hausse
fera chuter le nombre de fumeurs,
elle n’entraînera pas la fin du
tabagisme et de ses dommages
collatéraux. Parmi eux,
les mégots abandonnés.
« Cette pollution constitue
un enjeu majeur pour
l’environnement de nos viles,
de nos campagnes et de nos
océans », rappelle Brune
Poirson (photo), secrétaire
d’État auprès du ministre
de la Transition écologique
et solidaire. Celle-ci reçoit
ce vendredi après-midi
les industriels du tabac,
auxquels elle a demandé
avant l’été « des
propositions d’engagement
pour lutter contre les déchets de leurs
produits ». Les cigarettiers sont prêts à financer
des campagnes d’éducation des fumeurs,
la distribution de cendriers de poche dans
les zones dépourvues d’équipement
de collecte (plages, stations de ski, parcs
naturels…). Mais leurs propositions
« renoncent à tout engagement chiffré
en matière de financement, d’objectif de
réduction et de meilleure écoconception
tonne la ministre. Le compte n’y
est pas. » Brune Poirson menace
de faire figurer dans la future loi
Économie circulaire la création
d’une filière à responsabilité
élargie des producteurs, comme
il en existe pour les emballages,
les pneus, le textile ou les piles.
Il s’agit d’une filière chargée
de la collecte et du recyclage,
financée par une écocontribution des industriels.
Bref, une taxe sur les mégots.
De quoi faire tousser les
cigarettiers, qui pourraient
avoir du mal à la répercuter
sur le prix du paquet… ■
IVAN LETESSIER
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Sécu : la Cour
des comptes
veut plus
taxer l’alcool
UN NOUVEAU
CONTENTIEUX
FISCAL
À 5 MILLIARDS
POUR LA FRANCE
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vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO
22
L'ÉVÉNEMENT
Sécu : si le retour à l’équilibre
des comptes est réel, il reste fragile
Didier Migaud,
premier président
de la Cour
des comptes.
VERNIER/JBV NEWS
La Cour des comptes recommande notamment un encadrement des soins de ville.
brant les relations entre la Sécu et
l’État au profit de ce dernier. Or, là
encore, la réalisation simultanée de
ces trois objectifs « est très tributaire
de l’évolution de la conjoncture économique », met en garde la Cour. Bref,
au moindre avis de tempête, le navire risque de tanguer très fort.
SOCIAL C’était la bonne nouvelle de
la rentrée : la fin du « trou de la
Sécu », qui dégagera selon la prévision du gouvernement un excédent
de 700 millions d’euros en 2019 après
dix-sept ans d’affilée dans le rouge.
Mais la Cour des comptes, qui a publié ce jeudi matin son rapport annuel sur les comptes de la Sécurité
sociale, est venue doucher ce bel enthousiasme. Certes, Didier Migaud,
son premier président, reconnaît
que « la France revient de loin », après
avoir accumulé plus de 280 milliards
d’euros de déficits depuis les années
1990. Mais le retour à l’équilibre ne
suffit pas. Encore faut-il qu’il dure,
explique-t-il en substance, relevant
au passage quelques points qui permettent d’en douter.
D’une part, cette bonne santé retrouvée est très dépendante de la
croissance. Ainsi, l’amélioration de
2,7 milliards constatée en 2017 était
entièrement conjoncturelle. Mais le
déficit structurel - indépendant de la
croissance sur le niveau de recettes reste « très important », entre 3 et
4 milliards en 2017, rappelle la Cour.
De même, la prévision de déficit 2018
ramenée à 1 milliard « se fonderait
sur l’hypothèse d’une masse salariale
aussi dynamique qu’en 2017 (+ 3,5 %),
malgré le ralentissement de la croissance ».
Pour 2019 et les années suivantes,
le gouvernement affirme pouvoir
maintenir l’équilibre, tout en éteignant la dette sociale et en rééquili-
Réserve prudentielle
D’autre part, la Cour s’inquiète toujours de l’état de l’assurance-maladie, qu’elle n’avait pas hésité à
qualifier d’« homme malade » de la
Sécu en 2016. Toutes les branches
(vieillesse, famille, accidents du travail) ont vu leur solde s’améliorer, à
l’exception de celle de la santé, qui
concentre la quasi-totalité du déficit
(900 millions en 2018 et 500 millions
en 2019). Et si les dépenses sont
globalement maîtrisées - l’objectif
national des dépenses d’assurance
maladie (Ondam) a été tenu pour la
huitième année consécutive -, la
Cour estime que ce n’est qu’au prix
d’un artifice grossier. Le respect global de l’Ondam cache en réalité un
important dépassement de l’enveloppe prévisionnelle des soins de ville, compensé par un ralentissement
de l’activité hospitalière (ayant entraîné un quasi-doublement du déficit des hôpitaux en 2017).
Les magistrats financiers recommandent donc un encadrement des
dépenses de soins de ville : médicaments, transports sanitaires, soins
infirmiers et de kinésithérapie, actes
des médecins, etc. Ils vont même
jusqu’à prôner d’instaurer une réserve prudentielle, c’est-à-dire une
Un déficit qui se réduit
Déficit tous régimes de sécurité sociale confondus et fonds de solidarité vieillesse,
en milliards d'euros
0
2008
2009
2019
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
-8,9
0,7
-12,8
-22,6
-24,6
-19,2
-10,2
-4,8
-16
Prévisions
du gouvernement
-29,6
Source : Cour des comptes
Infographie
2
21
déclarations
sociales
millions
En Guadeloupe, Guyane
et Martinique, les erreurs sont
fréquentes dans les prestations
versées : une pension de retraite
sur trois est erronée en Guadeloupe.
Le recouvrement des prélèvements
sociaux est défaillant : alors que
ces 3 caisses représentent 0,9 %
des prélèvements exigibles, elles
concentrent 11,3 % des impayés.
2018
-1
-7
5 LEVIERS D’ACTIONS POUR AMÉLIORER LE SYSTÈME
OUTRE-MER
2017
enveloppe de réserve obligatoire qui
serait utilisée en cas de dépassement
de l’objectif fixé. Une recommandation qui a immédiatement fait
réagir les médecins libéraux.
« La Cour a-t-elle oublié que les
tarifs de l’acte médical en France sont les plus bas d’Europe et
que les revenus des médecins
dans d’autres pays, comme
l’Allemagne et la GrandeBretagne, sont 1,5 voire
2 fois supérieurs à ceux
des médecins français ? »
interroge
Jean-Paul
Ortiz, président de la
CSMF, le premier
syndicat de médecins libéraux.
Et de dénoncer,
comme
chaque
année, « un rapport partial qui n’a
toujours pas posé
les vrais problèmes du système
de santé : celui
de son recentrage sur les soins
de ville avec les
moyens nécessaires,
tant organisationnels que financiers ».
Mais la Cour n’en démord pas.
Pour elle, il existe encore de
nombreux leviers permettant
d’améliorer l’efficience du système
de santé, en se félicitant qu’une
partie d’entre eux ont été repris
dans le plan « Ma santé 2022 »
présenté par Emmanuel Macron le
18 septembre. Reste à passer de la
parole aux actes… ■
de taux
de cotisations
d’accidents
du travail et
de maladies
professionnelles
sont calculés
chaque année.
Un système trop
lourd et pas assez
incitatif
SOINS VISUELS
Alors que la densité moyenne
d’ophtalmologistes va encore
baisser de 20 % entre 2017 et 2030,
la difficulté d’accès aux soins va
s’accentuer et les délais d’attente
s’allonger. La Cour préconise de
réorganiser la filière, en autorisant
les orthoptistes à effectuer des
consultations de premier recours et
les opticiens à prescrire des lunettes.
sont remplacées
par une seule avec
la déclaration sociale
nominative (DSN).
Déployée dans les
entreprises privées
entre 2015 et 2017,
la DSN a pris du retard
dans la fonction
publique, où l’État s’est
donné jusqu’à 2022.
Problème, c’est par ce
canal que doivent être
diffusés en janvier les
taux de prélèvement
à la source
des fonctionnaires
VIRAGE AMBULATOIRE
Gage d’une meilleure récupération
pour les patients et source
d’économies pour la Sécu,
l’ambulatoire (hospitalisation sans
nuit sur place) a fortement augmenté
en chirurgie, sans se développer
en médecine à l’hôpital. La Cour
recommande de mettre en place une
tarification incitative et de réduire
le nombre de lits en conséquence.
La Cour des comptes préconise une hausse des taxes sur l’alcool
Les Français restent
de gros consommateurs
d’alcool, avec 11,74 litres
par habitant en 2016.
A
KAR TR/STOCK.ADOBE.COM
« Arrêtez d’emmerder les Français ! » avait déclaré Emmanuel
Macron en février, interrogé en
marge du Salon de l’agriculture sur
un possible durcissement de la loi
Évin, qui restreint la publicité sur
les boissons alcoolisées. Le chef de
l’État avait alors confié boire luimême du vin « midi et soir ». La
Cour des comptes, qui a publié ce
jeudi son rapport annuel sur la Sécurité sociale, n’a pas cette indulgence et recommande, au contraire, d’augmenter la fiscalité sur
l’alcool. « Après avoir programmé
une forte hausse des prix du tabac, il
faut agir avec la même détermination sur les autres habitudes de vie et
relever les impôts sur l’alcool et les
boissons sucrées », a ainsi déclaré
Didier Migaud, le premier président de l’institution.
Alors que le relèvement de la
« taxe soda », dans le budget de la
Sécu 2018, a bien eu quelques effets
sur les boissons contenant des
sucres ajoutés, « l’instrument fiscal
reste insuffisamment mobilisé », remarque la Cour. Et sur l’alcool,
dont les Français sont de gros
consommateurs (avec 11,74 litres
par habitant en 2016), elle critique
même « une réticence manifeste »
des pouvoirs publics à mobiliser
l’outil fiscal.
Un coût de 16,7 milliards
Avec cette sortie, les sages de la rue
Cambon entendent apporter leur
soutien à Agnès Buzyn, qui a fait de
la prévention l’axe majeur de sa politique. Et qui a réussi à imposer une
hausse progressive du prix du paquet de cigarettes, jusqu’à dix euros
en 2020, ce qu’aucun autre ministre de la Santé avant elle n’avait obtenu. Une politique qui porte ses
fruits puisque l’effet dissuasif a été
immédiat : en février, après une
première hausse de 35 centimes, les
ventes de tabac avaient chuté de
4,4 % pour les cigarettes et de
18,6 % pour le tabac à rouler.
Ce faisant, la Cour ne cherche pas
à « emmerder les Français », comme
le dit le président, mais à lutter
contre les maladies cardio-neurovasculaires, devenues la deuxième
cause de mortalité dans l’Hexagone, avec en particulier une hausse
des AVC chez les femmes jeunes.
Ces pathologies causées principalement par le tabac, l’alcool et la malbouffe, concernent 4,5 millions de
patients et représentent un coût de
16,7 milliards d’euros pour la Sécu.
« Cette situation n’a rien d’inéluctable, puisqu’il est possible d’agir sur
les déterminants », affirme Didier
Migaud, rappelant que « la prévention constitue un levier d’efficience
de notre système de santé ». ■
M.-C. R.
Il n’est pas
souhaitable
de continuer
à tolérer des
dépassements
importants
de l’enveloppe
des soins
de ville en
se contentant
de les gager
sur les secteurs
hospitaliers
et médicosociaux.
Il convient
d’instaurer
une réserve
prudentielle
pour les
dépenses de
soins de ville
DIDIER MIGAUD
»
NYUL, WOLF971, SANTIAGO NUNEZ/SANTYPAN/STOCK.ADOBE.COM,
MARIE-CÉCILE RENAULT £@Firenault
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LE FIGARO
ÉCONOMIE
23
Les fondations d’entreprise
à la française vont voir le jour
EN BREF
LA LOI ANTI-FRAUDE
FISCALE ADOPTÉE
£ La commission mixte
paritaire, réunissant sénateurs
et députés, a trouvé un accord
jeudi sur le projet de loi contre
la fraude fiscale, achevant ainsi
le parcours législatif du texte.
Principale mesure du projet
de loi porté par le ministre
de l’Action et des Comptes
publics, Gérald Darmanin,
la transmission automatique
des plus gros dossiers de fraude
fiscale à la justice.
La loi Pacte veut poser les jalons d’une nouvelle forme de capitalisme de long terme
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
L’INSEE RÉVISE
LA CROISSANCE À 1,6 %
£ Dans sa note de conjoncture
publiée ce jeudi, l’Insee a revu
sa prévision de croissance
française à 1,6 %. Le
gouvernement table toujours
sur 1,7 %. Il estime par ailleurs
que le taux de chômage devrait
diminuer d’ici fin 2018 à 8,9 %.
MATINES BANNIT
LES ŒUFS EN CAGE
Des parlementaires
LaRem, qui ont
planché sur le projet
de loi Pacte, lors
de la présentation
de leurs travaux
à Bruno Le Maire,
en décembre 2017.
THOMAS PADILLA//
MAXPPP
REM des Français d’Amérique du
Nord, et rapporteur du projet de loi.
Ce label, dont l’obtention ne sera
bien sûr pas dénuée d’intérêt commercial, n’offre pas de souplesse
fiscale particulière. Parmi les premiers volontaires pour l’obtenir figure le groupe coopératif agricole
InVivo, au chiffre d’affaires de
5,5 milliards d’euros.
Stabiliser l’actionnariat
Sans la même perspective d’allonger l’horizon des entrepreneurs, le
projet de loi va également acter la
création de fondations d’entreprise
à la française. « L’objectif est d’assurer la transmission et la pérennité
de nos entreprises, en particulier des
entreprises familiales, a expliqué
Bruno Le Maire, en commission
spéciale. C’est un des sujets sur les-
Trois privatisations et un nouveau pôle public
L’Assemblée a validé mercredi
et jeudi les articles de la loi
Pacte permettant
la privatisation d’Aéroports
de Paris (ADP)
et de La Française des jeux
(FDJ), et la réduction des parts
de l’État chez Engie.
Les débats ont été nourris
sur la cession au privé
d’une infrastructure comme
ADP, et sur la régulation des
jeux d’argent qui encadrera
à l’avenir l’activité de la FDJ.
Les députés, au-delà des bancs
de la majorité, ont aussi
soutenu la création d’un
« grand pôle financier public »
avec la prise de contrôle par
la Caisse des dépôts (CDC)
de la Poste. L’opération sera
réalisée par l’apport par la CDC
à la Poste de l’assureur CNP,
ce qui permettra, a souligné
la secrétaire d’État
Delphine Gény-Stephann,
un « renforcement massif
et indispensable des fonds
propres de la Poste ».
B. B.
Un système plébiscité en Allemagne
NICOLAS BAROTTE
nbarotte@lefigaro.fr
CORRESPONDANT À BERLIN
Bosch, Bertelsmann, ThyssenKrupp, Carl Zeiss… Ces champions allemands ont tous un
point commun : leur actionnaire
principal est constitué par une
fondation, souvent du même
nom. Les fondations font partie
de la culture allemande ; le pays
en compte 20 000. Le capitalisme
familial y fait référence et un
millier de sociétés ont eu recours
à cette architecture, qui permet
de scinder en deux la gestion de
l’entreprise et la possession du
capital. Certaines sont très anciennes. La fondation Carl Zeiss,
entreprise leader dans le domaine de l’optique, a par exemple été créée en 1891.
À son origine, la fondation
d’entreprise a pour mission de
délivrer l’entreprise d’une obsession de court terme en fixant
d’autres perspectives que le profit. Elles peuvent ainsi utiliser
leurs fonds pour des missions non
lucratives.
La fondation actionnaire est
parfois mise sur pied pour pérenniser l’héritage des fondateurs,
comme ce fut le cas pour Bertels-
mann, ThyssenKrupp ou Bosch.
La fondation Robert Bosch détient ainsi 92 % du capital de
l’équipementier. Non cotée, l’entreprise peut difficilement augmenter son capital. Mais la quasiintégralité des profits peut être
réinvestie dans l’entreprise. Et
cela la protège d’OPA hostiles.
Pression
des investisseurs
Il existe néanmoins des situations
où les fondations finissent quand
même par céder les parts du capital qui leur appartiennent. En
1993, par exemple, la fondation
Hertie a cédé les magasins du
même nom à Karstadt.
En outre, la fondation d’entreprise ne préserve pas toujours de
l’influence des autres actionnaires. Récemment, la fondation
ThyssenKrupp, actionnaire principal de l’entreprise à hauteur de
21 %, a été convaincue, sous la
pression de ses investisseurs
étrangers, que l’entreprise centenaire devait être scindée en
deux entités, afin de distinguer
ses activités les plus rentables.
Les salariés ont protesté, critiquant le choix de la présidente de
la Fondation, Ursula Gather, accusée de « ne pas défendre l’héritage » d’Alfred Krupp. ■
1 000
fondations
sont propriétaires
d’entreprises
en Allemagne
quels la France accuse le plus grand
retard par rapport à ses partenaires
européens. » Un fonds de pérennisation - selon l’expression recommandée par les députés pour parler
d’une fondation d’entreprise - sera
« constitué par l’apport gratuit et irrévocable des titres de capital ou de
parts sociales d’une ou de plusieurs
sociétés exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale ou
agricole, réalisé par un ou plusieurs
fondateurs », détaille l’amendement qui ouvre le débat.
Ces fondations, à l’image de ce
qui se fait à l’étranger, devraient
stabiliser l’actionnariat des entreprises familiales. Les entrepreneurs
disposent aujourd’hui d’un outil :
les fondations reconnues d’utilité
publique (Frup) actionnaires. C’est
à une Frup de ce type que Pierre Fabre, le fondateur des laboratoires
pharmaceutiques éponyme a cédé
ses titres en 2008. « L’idée, avec les
fonds de pérennisation, est de propo-
£ Après de nombreux grands
distributeurs et industriels, le
leader de l’œuf coquille en
France Matines (groupe Avril)
s’est engagé à ne plus proposer
d’ici 2025 que des œufs issus
d’élevages « alternatifs » (bio,
plein air, au sol…). L’an
dernier, il en produisait encore
70 % dans des élevages en cage.
Ce projet engage 370 éleveurs.
ser un dispositif beaucoup plus souple
que les Frup, dont la création doit
par exemple être validées en Conseil
d’État, détaille Stanislas Guerini,
député LaREM de Paris. En revanche, le régime fiscal sera différent. La
donation de parts à un fonds ne sera
pas exonérée d’impôts mais bénéficiera d’un régime allégé, proche du
pacte Dutreil. »
Le député a en outre déposé un
amendement qui propose d’assouplir les règles de calcul de la réserve
héréditaire (la portion de la succession réservée aux héritiers protégés : conjoint, enfants) afin de
permettre à un entrepreneur
d’avantager une fondation. « C’est
un sujet très complexe qui mérite une
vraie concertation car il touche à des
points aussi sensibles que la possibilité de déshériter ses enfants », prévient-on toutefois dans l’entourage
de Bruno Le Maire. Une mission
parlementaire devrait s’emparer du
sujet. ■
PESTE PORCINE :
DES INDUSTRIELS FACE
À LA « PSYCHOSE »
£ Les industriels français de la
viande porcine, déjà aux prises
avec une conjoncture difficile,
ont réclamé jeudi à l’État des
mesures pour préserver
l’exportation et endiguer la
« psychose » engendrée par
l’épizootie de peste porcine
africaine.
+@
» Logements : le bonusmalus va-t-il finalement
ressortir du placard ?
» La Chine aurait infiltré des
serveurs d’Apple et Amazon avec
des puces espionnes
www.lefigaro.fr/economie
COMMUNIQUÉ
Le patron du Mouvement Desjardins invite
les entrepreneurs à opter pour une prospérité partagée
Invité de la Chambre de commerce France-Canada le 1er octobre dernier à Paris, Guy Cormier,
président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, a précisé sa vision d’une société plus
juste grâce notamment à un meilleur équilibre entre les pouvoirs publics et les entrepreneurs.
«N
ous pouvons aujourd’hui
poursuivre une politique
de libre-échange et travailler à
bâtir de nouveaux ponts entre
les nations sans pour autant être
aveugles aux dommages collatéraux causés par le capitalisme tel
qu’il s’est développé au cours des
dernières décennies. » C’est avec
ce message fort que Guy Cormier,
président et chef de la direction du
Mouvement Desjardins, le plus important groupe financier coopératif
au Canada, a tenu à fixer les enjeux
sociaux et économique futurs.
Selon Guy Cormier, les pouvoirs
publics n’ont pas à porter seuls la
responsabilité de la réduction des
inégalités via des programmes sociaux ambitieux et une fiscalité plus
progressive. Les entreprises doivent
elles aussi contribuer à l’effort global. Non seulement en créant de la
richesse, mais en s’engageant dans
les communautés où elles opèrent,
en appuyant la réussite scolaire et
en contribuant à la mise en oeuvre
de l’Accord de Paris sur la lutte
contre les changements climatiques.
A défaut, le financier canadien
craint qu’un nombre sans cesse plus
important d’individus soient laissés
pour compte. Une situation qui a
pour effet, selon lui, de stimuler la
recherche de bouc-émissaires, la
montée des extrémismes et la perte
de confiance envers les institutions.
les jeunes à se montrer ambitieux
et à acquérir des compétences leur
permettant de jouer un rôle actif
dans la société. »
En matière de transition énergétique, le Mouvement Desjardins
estime incarner cette vision sociétale, en proposant notamment la
gamme de fonds en investissements
responsables la plus large au Cana-
« Une société plus juste ravive
la confiance envers les institutions. »
Guy Cormier, président et chef de la direction du Mouvement Desjardins depuis 2016.
Il cite Paul Wellstone, ex-sénateur
américain : « Nous réussissons mieux
lorsque nous réussissons tous ».
Et de remarquer : « Depuis 1980,
le pourcent des personnes les plus
riches de la planète a profité deux
fois plus de la croissance économique que les 50 % d’individus les
plus pauvres. »
Le patron du Mouvement Desjardins estime que la réduction des
inégalités profite à tous : « Une
société plus juste ravive la confiance
envers les institutions, renforce le
sentiment de sécurité, suscite l’engagement citoyen. Elle encourage
da, en ayant diminué ses émissions
de gaz à effet de serre de 20 % au
cours des dix dernières années et en
investissant 65 millions d’euros dans
quinze parcs éoliens en France.
Avec un actif de 190 millions d’euros, le Mouvement Desjardins est
partenaire de longue date du Crédit
Mutuel et du groupe Siparex. Il
gère avec ce dernier le Fonds Transatlantique doté d’une enveloppe
de 75 millions d’euros destiné à
appuyer la croissance outre-Atlantique des PME et ETI françaises et
québécoises, affichant des revenus
dépassant les dix millions d’euros.
POUR CONTACTER DESJARDINS EN EUROPE
Tél : +33 (0)1.53.48.79.64 / Email : paris@desjardins.com / Web : desjardins.com/europe
A
POLITIQUE ÉCONOMIQUE Technique et vaste, le projet de loi Pacte
sur la croissance des entreprises défendu par Bruno Le Maire mobilise
peu au-delà des privatisations. Son
chapitre trois, examiné à l’Assemblée à partir de jeudi soir, est pourtant éminemment politique. Avec
un intitulé, « Des entreprises plus
justes », qui résonne comme un
manifeste, il ambitionne de poser
les jalons d’une nouvelle forme de
capitalisme de long terme, qui
brouillerait les frontières entre profit et intérêt général.
La première pierre de cet édifice
- la modification de la définition de
la société au sein du Code civil - vise
à élargir l’horizon du chef d’entreprise au-delà du strict intérêt des
actionnaires. Le nouveau Code dira
ainsi que « la société est gérée dans
son intérêt social, en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité ». La
loi proposera ensuite aux patrons
qui le souhaitent de se doter d’une
« raison d’être », qui aura une reconnaissance juridique.
Enfin, pour les entrepreneurs les
plus motivés, les députés ont décidé, en commission spéciale, de
créer le nouveau statut de l’entreprise à mission, comme le préconisait le rapport Notat-Senard de
mars dernier. Pour obtenir ce statut, une entreprise devra se doter
d’un comité ah hoc « chargé de suivre l’évolution de la mission ». Un
tiers contrôlera que la gouvernance
et les objectifs de la mission sont
respectés.
« Nous n’avons pas voulu figer davantage les statuts de l’entreprise à
mission afin de pouvoir converger à
terme vers un modèle européen », indique Roland Lescure, député La-
vendredi 5 octobre 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO
24 ÉCONOMIE
Pepy veut amender le statut de cheminot
Le patron de la SNCF préserve ses « garanties fondamentales » mais veut des carrières « selon les compétences ».
TRANSPORT Ni match de foot, ni
concert de rock… Au Stade de France à Saint-Denis, 650 « managers »
du groupe SNCF se sont pressés
mercredi et jeudi pour leur séminaire annuel. Cette année, l’objectif des
dirigeants du groupe était de ressouder les équipes après des semaines de grèves et de redonner du sens
au chantier que la réforme a ouvert.
Entre ces deux journées, Guillaume Pepy, le président du directoire
de la SNCF, a donné, à sa façon, la
feuille de route dans les colonnes
des Échos. Sans prendre de gants,
comme il aime le faire pour provoquer des ondes de choc. Sur un total
de 270 000 salariés dans le groupe,
140 000 bénéficient du statut de
cheminots, qui offre des conditions
d’emploi proche de celle fonctionnaires. Ceux-là avaient déjà mal
vécu la suppression, programmée
pour 2020 par la réforme ferroviaire, des embauches au statut. Ils
n’ont pas été déçus par la nouvelle
sortie du patron.
Guillaume Pepy leur promet des
lendemains difficiles : « Les cheminots veulent des réponses sur leur
avenir, déclare-t-il. Sur ce point, le
sujet des compétences est crucial :
d’ici à 2026, de 10 à 15 % des
140 000 postes actuels vont disparaître du fait de la digitalisation. Et
35 % des postes vont voir leur contenu changer radicalement. Pour une
entreprise industrielle, c’est un choc
JEAN-PIERRE AMET/DIVERGENCE
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
Les propos
« provocateurs »
de Guillaume Pepy
(suppressions de postes,
réductions des coûts
de productivité...)
ont été dénoncés
par les organisations
syndicales alors
que des négociations
sociales sont en cours.
sans précédent. » Après cette note
anxiogène, le dirigeant aborde les
efforts de productivité à venir :
« Nous devons réduire tous les coûts
du ferroviaire. Dans les quatre ans
qui viennent, nous devons réduire
des deux tiers l’écart qui nous sépare
de nos futurs concurrents. Mais les
gains de productivité passeront
également par la construction d’un
nouveau pacte social, la remise à
plat de l’organisation du travail au
niveau local, une polyvalence ac-
crue… Au total, les gains de productivité doivent passer de 2,2 % par an
en moyenne à près de 3 %. »
Aider « les employés qui
ont un projet individuel »
Le dirigeant ne se contente pas de
décrire la réalité de demain. Il explique comment le groupe va s’y
adapter : un programme de développement des compétences de un
milliard d’euros sera lancé en 2019
pour trois ans. L’entreprise va aussi
encourager la mobilité « géographique et professionnelle, à l’intérieur
mais aussi à l’extérieur du groupe,
pour ceux qui voudront poursuivre un
autre projet ».
Il ne s’agit pas d’un plan de départs volontaires, mais l’idée n’en
est pas très éloignée. « Il existe
déjà dans l’entreprise une structure, SNCF Développement, qui aide
les employés qui ont un projet individuel », souligne-t-on en interne. Guillaume Pepy a aussi ravivé
le débat sur l’évolution des carrières et des rémunérations pour
les cheminots « au statut » alors
que le feu avait été éteint cet été
en leur promettant des garanties :
« Il ne peut y avoir de SNCF à deux
vitesses, avec les statutaires d’un
côté, et les nouveaux salariés, de
l’autre. L’automaticité de la progression professionnelle ne disparaîtra pas, mais elle devra être renégociée avec les partenaires
sociaux, afin que les salariés
d’aujourd’hui comme ceux de demain soient traités avec équité. » Il
ajoute que les « garanties fondamentales du statut » (l’emploi, le
droit syndical ou encore le régime
de retraite), seront préservées
« même si la véritable garantie de
l’emploi des cheminots repose sur
les compétences ». Bref les cheminots au statut verront leur carrière et leur rémunération progresser au mérite alors qu’elles
avançaient de manière automatique au fil des années.
Des propos « provocateurs », ont
dénoncé toutes les organisations
syndicales alors que des négociations sociales sont en cours au sein
de la branche. « Laissons le travail se
faire au lieu de mettre de l’huile sur le
feu ! » s’exclame Roger Dillenseger
de l’Unsa. Dans un mois et demi, les
élections professionnelles dessineront un nouveau paysage syndical à
la SNCF. Les réformistes regrettent
que Pepy ait donné du grain à moudre aux contestataires avec ces déclarations tapageuses. ■
Quand la France envoie ses contrôleurs du fisc en Afrique
Les « inspecteurs sans frontières », initiés par l’OCDE et les Nations unies, ont récolté 414 millions de dollars.
44
Programmes
lancés, dont dix
menés à terme
ANNE CHEYVIALLE £@AnneCheyvialle
FISCALITÉ Franck Quilichini s’apprête à retrouver ses collèges fiscaux à Yaoundé. Le 21 octobre,
l’« inspecteur sans frontières », qui
travaille à Chambéry à la direction
interrégionale de contrôle fiscal,
effectuera sa sixième et avant-dernière mission au Cameroun. Depuis
un an et demi, à raison d’une petite
semaine sur place à chaque déplacement, il appuie les vérificateurs
de la direction générale des grandes entreprises. « Je travaille sur
trois dossiers concrets de sociétés
camerounaises, filiales de groupes
étrangers dans les secteurs de l’industrie et des nouvelles technolo-
gies », explique l’expert français.
Sa mission s’inscrit dans le projet
inspecteurs des impôts sans frontières (IISF), lancé en juillet 2015
par le Pnud (programme des Nations unies pour le développement)
et l’Organisation pour la coopération et le développement économique, qui publient leur rapport annuel. En pointe dans la lutte contre
l’évasion fiscale, l’OCDE cible les
pratiques d’optimisation des multinationales, les jeux de passe-passe entre filiales notamment via les
prix de transfert, pour réduire le
montant des impôts payés.
Les pays en développement sont
encore insuffisamment armés.
L’enjeu de cette initiative est
d’aider les États qui en font la de-
mande à mobiliser plus de recettes
internes en améliorant les vérifications fiscales. C’est un défi majeur
en Afrique, où les taux de prélèvements obligatoires sont très faibles.
« Des résultats
enthousiasmants »
À ce jour, détaille le rapport,
10 programmes ont été menés à
leur terme, 34 autres sont en cours
d’exécution et 20 nouveaux sont en
projet. Avec des premiers résultats
sonnants et trébuchants. Les inspecteurs sans frontières venus de
onze pays ont permis de récolter
414 millions de dollars. C’est cent
fois plus que le coût initial, se félicite l’OCDE. « Si l’impact immédiat
sur les recettes est significatif, les
promesses de résultats positifs à
long terme sont encore plus enthousiasmantes», note James Karanja,
qui dirige le secrétariat IISF.
Pour Franck Quilichini, il est encore un peu tôt pour chiffrer les retombées. Un premier bilan sera fait
en fin d’année. « Il y aura un rendement financier, assure le Français.
Mais le plus important, ce sont les
changements structurels, et la possibilité de les aider par le transfert de
compétences à acquérir une méthodologie dans le contrôle des grandes
entreprises et les problématiques de
fiscalité internationale. »
Au Cameroun, détaille-t-il, ce
n’est pas un problème de compétences car « le personnel est globalement bien formé ». Les carences
viennent plus des aspects juridiques, « d’une législation inadaptée ».
L’inspecteur tricolore pointe aussi
un manque d’accès à l’information,
aux données des entreprises utilisées pour les contrôles. « Les procédures ne sont pas assez contraignantes, ne passent pas suffisamment par
la voie écrite », précise-t-il.
Son rôle est aussi d’aider le
Cameroun à adresser plus de demandes de renseignements à
d’autres États pour recouper et
compléter les informations sur les
multinationales. Yaoundé a signé la
convention
multilatérale
de
l’OCDE sur l’assistance administrative, un outil qui doit permettre
de lutter plus efficacement contre
l’évasion fiscale. ■
La chimie va devenir le premier utilisateur de pétrole
Son poids dans la consommation énergétique mondiale et son impact sur l’environnement sont sous-évalués.
ARMELLE BOHINEUST £@armelella
ÉNERGIE L’Agence internationale
de l’énergie (AIE) lance un cri
d’alarme. « Les pouvoirs publics ne
se préoccupent pas assez du poids
de la pétrochimie dans l’économie
mondiale et de son impact sur les
ressources énergétiques et l’environnement », souligne Fatih Birol,
directeur général de l’AIE.
Les efforts pour réduire la
consommation d’hydrocarbures
et les émissions de CO2 visent
essentiellement l’automobile ou le
transport. Or la chimie, un passage obligé pour la majorité des produits, des vêtements aux médicaments en passant par les panneaux
solaires, les téléphones, les emballages ou encore les engrais, est un
gros consommateur de pétrole et
de gaz.
La pétrochimie absorbe aujourd’hui 13 millions de barils de pétrole par jour, soit 14 % de la
consommation mondiale. Et elle
représente 8 % des besoins de gaz.
C’est aussi le secteur qui affiche la
plus forte croissance. La demande
de plastique a ainsi doublé depuis
2000. Entre la croissance économique des pays émergents, les innovations technologiques et l’explosion
démographique,
la
chimie, déjà grande utilisatrice de
pétrole, va continuer à tirer vers le
haut la consommation d’hydrocarbures. Elle deviendra le secteur
le plus consommateur de pétrole
et générera un tiers des nouveaux
besoins, évalués à 10 millions de
barils par jour d’ici à 2030 (soit
environ 10 % de la consommation
COTATIONS HEBDOMADAIRES
Nom du Fonds
Aviva Investors France
14 Rue Roquépine 75008 Paris
Tél. : 01 76 62 90 00 / 01 76 62 91 01
Valeur a la
Valeur
Valeur
création précédente liquidative
03/10/2018
AFER ACTIONS EURO
AFER-SFER
AFER PATRIMOINE
A. DIVERSIFIE DURABLE
AFER ACTIONS MONDE
A
1
Date de valorisation :
Vocation
ACTIONS ZONE EURO
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIÉ
DIVERSIFIE
ACTIONSINTERNATIONALES
76,00
15,00
500,00
500,00
500,00
138,33
63,02
604,64
747,19
974,37
138,91
63,26
604,80
748,44
974,50
PROCHAINE PARUTION : 12/10/2018
(1) Dédoublé 2 fois. (2) divisée par 2. (3) divisée par 8. (4) divisée par 30. (5) divisée par 100. (6) divisée par 10. (7) divisée par 5. (8) divisée par 6.
*Ou dernier cours connu.
actuelle). Sur le plan économique,
ce ne seront pas les pays matures
qui en profiteront. À moyen terme, l’Asie et le Moyen-Orient devraient augmenter de 10 % leur
part de marché dans les produits
chimiques à forte valeur ajoutée,
au détriment de l’Union européenne et des États-Unis.
Substitution difficile
Cette croissance aura évidemment
des conséquences écologiques
majeures. La chimie répand
aujourd’hui moins de CO2 dans
l’atmosphère
que
beaucoup
d’autres secteurs. Mais, ses émissions vont augmenter de 30 %
d’ici à 2050, pronostique l’Agence.
D’autant que, contrairement à
d’autres activités, « il est difficile
de remplacer les substances issues
de la pétrochimie par des produits
verts », pointe Fatih Birol. Et le recyclage du plastique, peu développé aujourd’hui en dehors de
l’Union européenne, du Japon et
de la Corée du Sud, restera marginal, inférieur à 6 %, malgré toutes
les mesures envisagées.
« Le poids grandissant de la pétrochimie est totalement ignoré dans
le débat global sur l’énergie », résume le patron de l’AIE. Il est pourtant essentiel que « les entreprises,
les investisseurs et les autorités
prennent des mesures écologiques et
incitent l’industrie à préserver l’eau
et l’énergie et à émettre moins de
CO2 », ajoute-t-il.
Pour cela, il faut inciter les investisseurs privés à investir dans
la chimie verte, assure le rapport
de l’AIE. Toutefois, les start-up
qui travaillent sur des substituts
écologiques aux matières premières pétrolières ont du mal à attirer
les financements, notamment en
capital-risque. Depuis 2011, les
fonds reçus sont en recul d’environ 25 %. Sans doute parce que
« les innovations technologiques
tardent à se manifester », déplore
l’agence. En attendant, celle-ci
propose une palette de recommandations concrètes telles que
la mise en place de consignes
pour les contenants en plastique
et une meilleure éducation des
consommateurs. ■
« laDans
chimie,
les entreprises,
les investisseurs et
les autorités
devraient agir
en faveur
de l’écologie
FATIH BIROL
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
ENTREPRISES
25
Fabrice Brégier :
« Palantir veut être
un acteur majeur de
la tech française »
« Nous voulons investir
durablement en France
et dans son écosystème
high-tech. », explique
Fabrice Brégier.
SEBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
technologies d’avant-garde afin de
réussir sa transformation numérique et développer un écosystème
d’acteurs français high-tech tel que
le souhaite le président de la République, Emmanuel Macron.
Il reste la question de la sécurité et
de l’intégrité des données confiées
à une entreprise américaine.
Quelles sont les garanties ?
C’est en effet à Palantir d’apporter
ces garanties. Nos clients - gouvernements ou entreprises - choisissent l’architecture et le lieu de stockage de leurs données et prennent
le contrôle de leur exploitation.
Contrairement aux Gafam (Google,
Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), Palantir ne stocke ni n’exploite commercialement les données de ses clients. Et les logiciels de
Palantir respectent la réglementation sur la protection des données
personnelles (RGPD).
L’ancien patron d’Airbus dévoile les ambitions
en France du spécialiste américain du big data.
PROPOS RECUEILLIS PAR
GAËTAN DE CAPÈLE £@gdecapele
ET VÉRONIQUE GUILLERMARD
£@vguillermard
«
Je suis
convaincu
que la France
peut s’appuyer
sur les
technologies
d’avant-garde
de Palantir
afin de réussir
sa
transformation
numérique
»
FABRICE BRÉGIER,
PRÉSIDENT
DE PALANTIR FRANCE
TECHNOLOGIE Dans son premier
entretien avec la presse, depuis son
entrée en fonction le 1er octobre, à la
tête de Palantir France, l’ancien patron d’Airbus explique pourquoi il
change de métier et quels sont ses
objectifs.
LE FIGARO. – Fin février 2018, vous
avez quitté Airbus, dont vous étiez
le numéro deux. On vous
pressentait à la tête d’un grand
groupe, vous créez la surprise
en intégrant Palantir, une société
américaine. Pourquoi ?
Fabrice BRÉGIER. – J’ai dirigé avec
passion de grandes entreprises
stratégiques françaises et européennes, du missilier MBDA à Airbus, pendant vingt ans. J’avais la
possibilité de prendre les rênes d’un
grand groupe. J’ai fait un choix personnel qui peut étonner. La présidence de Palantir France me redonne beaucoup de liberté par rapport à
celle d’une grande structure, et
m’amène, par la technologie, au
cœur des grandes problématiques
d’aujourd’hui. C’est un choix radi-
vendredi 5 octobre 2018
cal car le « job » est très différent de
tout ce que j’ai fait auparavant. Palantir m’offre la possibilité de me
lancer dans une aventure plus entrepreneuriale.
Palantir n’est pas très connue en
France. Quelles sont ses activités ?
Palantir est une société née en 2003
dans la Silicon Valley. Elle emploie
2 000 ingénieurs et experts à travers
15 bureaux dans le monde. Elle a investi plusieurs milliards de dollars
pour développer deux grandes plateformes d’intégration et d’analyse
de données. Très puissantes, ces
plateformes sont capables de faire
converger des données éparses, de
les nettoyer, de les réorganiser afin
de créer des corrélations qui génèrent des solutions, apportent de
la valeur ajoutée pour le client qui
les exploite. Palantir est le leader
mondial du big data.
Pouvez-vous nous donner
un exemple concret ?
Chez Airbus, qui a noué un partenariat stratégique avec Palantir, les
données d’un programme sont dispersées dans plusieurs fonctions :
l’ingénierie, la production, les
achats… Avec les logiciels de Palantir, Airbus a rassemblé toutes les in-
formations du programme A350,
les a nettoyées pour ensuite créer
des corrélations. Ce travail a contribué à la réussite de la montée en cadence de l’A350, à la réduction des
problèmes de non-qualité et à des
économies très importantes.
Palantir travaille pour plusieurs
services secrets, dont la DGSI en
France. Elle a la réputation d’être le
bras armé de la CIA. N’est-ce pas
gênant pour l’ancien haut dirigeant
d’Airbus que vous êtes ?
Je suis conscient que Palantir souffre d’un vrai déficit d’image. Il est
vrai qu’à ses débuts, en tant que
start-up, il a été financé par plusieurs fonds d’investissement, dont
un lié à la CIA. Mais aujourd’hui, il
ne détient plus qu’une participation
infime du capital. Palantir appartient à des actionnaires privés. Sur
le fond, Palantir propose une technologie de rupture et offre des solutions éprouvées de maîtrise des data
qui menacent les grands groupes
établis. La société a dû faire un procès au gouvernement américain qui
l’avait exclue d’un appel d’offres,
alors qu’elle proposait une solution
pour une fraction du coût. Elle l’a
gagné ainsi que le marché. Les attaques qu’elle subit aussi en France
ont une explication : la maîtrise des
données est considérée, à juste titre, par les grands acteurs et les
États, comme stratégique. J’ai rejoint Palantir car je suis convaincu
que la France peut s’appuyer sur ses
Quelle est votre feuille de route ?
J’ai pour mission de faire de Palantir
France un acteur français qui participe au développement de l’écosystème de start-up françaises en finançant des jeunes pousses et en
nouant des partenariats avec des
écoles, des universités, etc. En 2019,
nous ouvrirons un grand bureau
dans le Marais, à Paris. Nous prévoyons de recruter 300 ingénieurs
de très haut niveau dans les trois ans
à venir, afin de constituer une équipe d’experts capable de participer au
développement des futurs produits
de Palantir. Je ne suis pas là pour faire de la figuration mais pour développer Palantir France, conquérir de
nouveaux clients industriels et gouvernementaux. Nous voulons investir durablement en France et dans
son écosystème high-tech. Je veux
faire de Palantir un acteur majeur de
la tech française. ■
Les chocolatiers à la peine dans le cacao durable
Les programmes de soutien à une filière de production plus durable touchent leurs limites.
AGROALIMENTAIRE « Le prix final
du chocolat est indécent. On doit
payer le cacao plus cher. Si on continue comme ça, on risque de ne plus
pouvoir en manger dans vingt ans. »
Pour Patrick Poirrier, PDG du chocolatier Cémoi, il reste encore beaucoup à faire pour assurer la pérennité de la filière cacao, indispensable à
la fabrication des chocolats qui garniront les tables de fin d’année. Malgré les efforts des industriels depuis
quinze ans, les cacaoculteurs de Côte
d’Ivoire (40 % de la production
mondiale) ne perçoivent que 35 %
d’un revenu jugé décent. Au Pérou,
c’est 55 %. Pourtant, de Nestlé à
Juste prix
Chez Cémoi, 22 000 planteurs ont
par exemple été formés depuis le début de son programme Transparence Cacao il y a trois ans, et des primes
(aux bonnes pratiques, à la traçabilité…) sont accordées notamment sur
ses gammes préférence et excellence
(30 % de ses volumes). Le groupe
promeut aussi l’agroforesterie pour
diversifier les revenus des planteurs.
Mondelez (Milka, Côte d’Or…) a engagé 400 millions d’euros sur le terrain depuis 2012 pour faire évoluer
les communautés et les producteurs.
Ces efforts n’ont pas stoppé les effets négatifs de la culture du cacao, et
certains industriels ont du mal à tenir leurs objectifs. Chez Mars, premier acheteur mondial qui visait
100 % de cacao certifié d’ici à 2020,
on est à peine à 50 % fin 2018. « Les
résultats sont mitigés, on ne doit pas
se contenter de l’unique certification,
mais aller plus loin sur les questions
essentielles que sont le travail des enfants, la déforestation ou l’amélioration du revenus des producteurs »,
explique Alex Assanvo, directeur des
affaires publiques cacao chez Mars.
Le géant américain va y consacrer
1 milliard de dollars d’ici à 2025, via
son nouveau programme Cacao for
Generations qui veut se concentrer
sur les planteurs. Il vise désormais
100 % de cacao durable d’ici à 2025.
Outre des coopérations gouvernementales variables selon les pays,
les industriels se heurtent au caractère très morcelé des exploitations
dans les pays producteurs. Rien
qu’en Côte d’Ivoire, ils sont plus
d’un million de tout petits cultivateurs, et cinq millions dans le monde. Une masse énorme à convaincre
d’adopter des pratiques souvent plus
coûteuses. « On ne s’en sortira
qu’avec un travail collectif avec les
gouvernements et les ONG. Même si
on est gros et qu’on a l’impression de
faire beaucoup, on ne peut travailler
seul dans notre coin, explique JeanManuel Bluet responsable du programme Cocoa Plan chez Nestlé, qui
achète 10 % du cacao mondial. Il faut
aussi faire connaître ce que l’on fait,
pour que le chocolat durable ne soit
pas considéré comme du chocolat
normal. C’est un vrai sujet dans les
relations commerciales. »
Sur ce point, les choses commencent à bouger en bout de chaîne,
avec des consommateurs mieux
avertis au sort de l’amont. Ce moisci, Cémoi va ainsi produire deux tablettes sous la marque C’est qui le
Patron ?, où les consommateurs
fixent les caractéristiques du chocolat qu’ils veulent manger, et le juste
prix qui en découle pour le producteur. ■
1
du cacao utilisé
par Mars issu
de sources certifiées
en 2018
(contre 100 % visés
en 2020)
Mars en passant par Mars, Mondelez, Cémoi, tous ont des programmes de cacao durable, censés lutter
contre le travail des enfants, la déforestation ou les revenus trop faibles
des planteurs. Et donc assurer leurs
approvisionnements pour les années
à venir.
A
50 %
OLIVIA DÉTROYAT £@Oliviader
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO
26 ENTREPRISES
Les assurances coûteront plus cher en 2019
Les assurances auto et habitation devraient augmenter de 1 à 2 % en moyenne. Mais les disparités demeurent.
ASSURANCE
DOMMAGES
DANIÈLE GUINOT £@danieleguinot
20,97
ASSURANCE Une nouvelle fois,
les tarifs des assurances auto et habitation devraient augmenter l’an
prochain. Concernant l’automobile, la hausse devrait être un peu
moins marquée qu’en 2018 (augmentation de 2 % et 3 % en moyenne), et atteindre 1 % à 2 %, selon le
cabinet Facts & Figures, soit un peu
moins que l’inflation (2,2 % en septembre sur un an). Le secteur est
rentable et la sinistralité devrait
continuer à diminuer (limitation
de vitesse à 80 km/h, moins d’accidents mortels, nouveaux radars…). « Ces augmentations ne devraient pas couvrir l’inflation du
coût des pièces détachées (2,5 %),
grandement liée aux composantes
électroniques très présentes dans les
voitures », relève Cyrille ChartierKastler, fondateur de Facts & Figures. Mais la concurrence exacerbée que se livre le secteur rend peu
réaliste la possibilité de faire passer
des hausses importantes. »
De fait, depuis l’entrée en vigueur en 2016 de la loi Hamon, qui
facilite le changement d’assureur,
les Français n’hésitent plus à faire
jouer la concurrence. Pour compenser la perte de clients et en attirer de nouveaux, les compagnies
(mutuelles, assureurs traditionnels, banques…) multiplient les
CHIFFRES CLÉS 2017
milliards d’euros
de chiffre d’affaires
en assurance auto pour
12 principaux assureurs
11,56
milliards d’euros
de chiffre d’affaires
en assurance habitation
pour les 12 premiers
assureurs
20,8%
de parts de marché
pour les bancassureurs
en assurance habitation
teur de Facts & Figures. Du côté de
l’assurance habitation, l’heure est
aussi à une relative modération tarifaire, avec des primes qui devraient encore grimper de 1 % à
2 % en moyenne en 2019. Toutefois, les disparités d’une compagnie et d’un contrat à l’autre seront
importantes et certains assurés
pourraient avoir de mauvaises surprises. « Nous anticipons des politiques de hausse quasiment sur mesure, comprises entre 0 % et 5 % »,
estime Facts & Figures.
Des contrats sur mesure
Avec les limitations de vitesse et la baisse des accidents mortels, la hausse des tarifs d’assurances automobile
en 2019 devrait être un peu moins marquée qu’en 2018. PAOLESE - STOCK.ADOBE.COM
promotions. Au détriment parfois
des clients fidèles, qui chez plusieurs assureurs pourraient voir le
tarif de leur assurance auto augmenter de 2 % à 2,5 % l’an prochain. « Il s’agit d’un jeu très dangereux,
qui
encourage
les
résiliations de contrats », estime
Cyrille Chartier-Kastler. Tous les
assureurs ne sont toutefois pas logés à la même enseigne. Les mu-
tuelles, comme la Macif, la Maif ou
GMF (8 % de rotation) et la Maaf
(12 %), sont celles qui parviennent
le mieux à conserver leurs clients.
« Ces mutuelles défendent leurs positions avec des marges limitées »,
justifie Cyrille Chartier-Kastler.
Elles sont suivies par les assureurs
traditionnels (14 % de rotation
chez Allianz). A contrario, les bancassureurs, qui pourtant gagnent
beaucoup de terrain en assurance
auto (13,2 % de parts de marché en
2017, contre 10,4 % en 2012), ne
parviennent pas à conserver durablement leurs clients (18 % à 25 %
de turnover). Idem, désormais,
pour les agents généraux d’assurances. « Leurs tarifs sont trop élevés et pas compétitifs. Pour la première fois, leur chiffre d’affaires a
baissé en 2017 », constate le fonda-
Malgré la multiplication des catastrophes naturelles (Irma dans les
Antilles en 2017), cette activité est
elle aussi rentable. « Les fortes
hausses de tarifs passées depuis une
dizaine d’années permettent aux
assureurs d’absorber les dérives climatiques », estime Cyrille Chartier-Kastler. De plus, les sinistres
(vols, incendies, dégâts des eaux…)
ont aussi tendance à diminuer.
Dans ce secteur, les cartes ont
été rebattues. Les bancassureurs
pèsent désormais près d’un quart
du marché de l’assurance habitation, qu’ils proposent notamment
lors de la souscription d’un crédit
immobilier. Crédit agricole est le
quatrième assureur, derrière le
leader Covéa (MMA, GMF et Maaf),
Axa et Groupama. Le Crédit mutuel
arrive en septième position. ■
Marriott vient chasser sur les terres d’Airbnb à Paris
Après Londres, le premier hôtelier mondial propose des appartements en location saisonnière dans la capitale.
MATHILDE VISSEYRIAS £MVisseyrias
340
appartements
sélectionnés par
Marriott, dont 230 à
Londres et 25 à Paris
HÔTELLERIE Marriott ne se
contente plus de 6 700 hôtels dans
le monde. L’américain, numéro un
mondial de l’hôtellerie, chasse désormais sur les terres d’Airbnb.
Ces cinq derniers mois, ses équipes
ont mené une expérimentation de
location saisonnière d’appartements à Londres. Ils viennent de
l’étendre à Paris, Rome et Lisbonne. « Nos études consommateurs
nous ont convaincus de la nécessité
de proposer une offre nouvelle, en
particulier pour nos clients qui
voyagent en famille ou en groupe,
déclare Adam Malamut, responsable de l’expérience client chez
Marriott International. Nous sommes toujours en phase d’apprentissage. Pour l’instant, nous nous concentrons sur l’Europe. »
Pour ces débuts, Marriott s’est
associé à la start-up Hostmaker,
qui gère à l’année 2 000 appartements pour le compte de propriétaires privés et institutionnels dans
une vingtaine de villes. Marriott en
a sélectionné 340, où les séjours
sont crédités de points de fidélité.
« Nous avons choisi des appartements correspondant à nos standards de qualité, de design et d’emplacement, poursuit le dirigeant.
La décision n’est pas encore prise
d’élargir la location saisonnière aux
États-Unis. Nous n’excluons pas de
le faire avec des partenaires. »
LES DÉCIDEURS
â CAROLE REMOND
NRJ
Appelée en 2016 par la société de services en
ingénierie Segula pour développer les ressources humaines, elle va désormais mettre ses
compétences au service du groupe NRJ, dont
elle devient DRH. Cette ex-avocate s’était
convertie aux RH chez Club Med avant
d’œuvrer notamment chez Ipsen.
â JÉRÔME LAFFON
Voyages SNCF
À 46 ans, il prend la direction marketing de
Voyages SNCF, le site de vente en ligne. Homme
du groupe et diplômé de HEC, il était depuis
2016 directeur commercial, marketing et services de l’axe Atlantique.
A
â BÉATRICE LEBOUC
Syntec
Le syndicat professionnel des entreprises de services du numérique, des
éditeurs de logiciels et des sociétés de
conseil en technologie accueille une nouvelle
déléguée générale. En tandem avec le président
du conseil d’administration, Godefroy de
Bentzmann, l’ex-DG de la DFCG œuvrera pour
les quelque 2 000 entreprises adhérentes.
Bien avant Marriott, AccorHotels et Hyatt sont sortis de leur pré
carré pour proposer des appartements et des villas haut de gamme.
La formule est en plein boom. Elle
attire des familles qui descendent
rarement à l’hôtel. Elle plaît aussi
aux habitués des Sofitel et des Ibis.
Modèle économique fragile
Sous la houlette de son patron, Sébastien Bazin, AccorHotels a racheté plusieurs start-up (Onefinestay, Travel Keys, Squarebrake
à 49 %). Le groupe possède la
conciergerie John Paul. En 2016,
AccorHotels avait acquis 30 %
d’Oasis Break, qu’il a revendu à
Hyatt.
Leurs ambitions sont grandes.
Avec sa marque Onefinestay, AccorHotels veut créer une plateforme référençant 22 000 offres d’ici
à 2021. Pour faire la différence, la
sélection est haut de gamme et des
services hôteliers sont proposés.
Le chemin est difficile. Fin juin,
AccorHotels a enregistré une provision pour dépréciation d’actifs
de 246 millions d’euros, surtout
liée à Onefinestay et John Paul. Au
deuxième semestre, le résultat net
de Hyatt a chuté de 24,6 %, après
22 millions de dollars de dépréciations liées aux performances décevantes d’Oasis.
Mais les hôteliers, qui disposent
d’une clientèle d’affaires fidèle,
ont besoin de séduire les voyageurs en vacances. Ils n’ont jamais
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
Ramon Laguarta, un Européen à la
tête de la major américaine PepsiCo
« Être PDG nécessite d’avoir
de bonnes jambes, et j’ai
l’impression d’avoir couru
deux étapes d’une course de
relais et je veux quelqu’un
d’autre avec des jambes solides et un œil aiguisé pour venir prendre ma suite et diriger
l’entreprise. » C’est en ces mots que Indra
Nooyi, l’emblématique patronne de PepsiCo
depuis douze ans, avait annoncé en août son
départ pour passer le relais à son numéro
deux, Ramon Laguarta. C’est désormais chose faite depuis ce 3 octobre où le Catalan de
54 ans, né à Barcelone et arrivé en 1996 au
sein de la major américaine, a pris officiellement sa casquette de big boss. À noter
qu’après les départs des dirigeantes de Mondelez et de Campbell, le club des patronnes de
multinationales américaines aura fondu en
quelques mois de 12 à 9 membres…
Pas de rupture toutefois chez PepsiCo où
Indra Nooyi, qui est âgée de 62 ans, avait
demandé il y a un an déjà au conseil d’administration de réfléchir à sa succession. Née en
Inde, cette femme aux origines modestes qui
avait quitté son pays à 23 ans pour étudier à
Yale aura eu une longévité exceptionnelle à la
tête du groupe qu’elle avait rallié en 1994
après avoir fait ses gammes chez Johnson
& Johnson et au Boston Consulting Group.
Elle aura été de bon conseil à la barre du géant
américain de l’agroalimentaire puisque sous
sa direction ses revenus ont bondi de 81 % à
63,5 milliards de dollars, en 2017, et le cours
de Bourse de 149 % ; un peu moins toutefois
que Coca-Cola et l’ensemble du S&P. Combler davantage les actionnaires devrait être
l’une des priorités du nouveau patron, alors
que l’ex-pédégère s’était opposée au projet de
scission des trois activités sodas, embouteillage et snacks qui fut un temps envisagé.
Ramon Laguarta aux commandes, doit-on
s’attendre à de futures manœuvres au capital ? Sixième président du groupe et premier
Européen à en prendre la tête, le dirigeant au
regard vif et au menton volontaire loue pour
l’heure le travail de transformation accompli
par sa « mentor et amie ». Formé à l’Esade
Business School à Barcelone, puis aux ÉtatsUnis, cet homme marié, père de trois fils et
qui parle six langues, a déjà fortement marqué
de son empreinte le 2e groupe agroalimentaire mondial (Pepsi, 7Up, Tropicana, Bénenuts…). L’ancien de Chupa Chups a supervisé
l’Europe et joué un rôle clé dans l’expansion
du portefeuille, avec notamment le lancement de Pepsi Max, une emplette stratégique
en Russie et dernièrement le rachat de l’israélien Sodastream. Devenu n° 2 en 2017, il
s’était alors installé aux États-Unis.
C. B.
été aussi nombreux dans le monde
entier. Leurs séjours sont bien plus
longs.
Grâce à Hostmaker, Marriott
s’assure que « tous les appartements satisfont les réglementations
locales en vigueur ». La start-up
emploie 400 personnes (femmes
de ménage, agents d’accueil…).
« Nous sommes là pour maximiser
les revenus des propriétaires. Nous
louons leurs appartements en courte, moyenne ou longue durée (un
an) », explique Renaud Barnoin,
directeur général de Hostmaker en
France.
La société a l’exclusivité de ces
logements, qu’elle loue sur différentes plateformes (Airbnb, Booking.com, HomeAway…). ■
www.lefigaro.fr/decideurs
â THIERRY LEPERCQ
Engie
Le géant énergétique réorganise son
pôle de recherche, technologie et innovation. Après avoir dirigé ce pôle
pendant deux ans, l’HEC Thierry Lepercq quitte
le groupe pour rejoindre l’association indépendante Terrawatt Initiative, présidée par Isabelle
Kocher. C’est le directeur général adjoint Shankar Krishnamoorthy qui récupère sa casquette
en plus du « business development oversight »,
des cinq métiers du groupe, de Tractebel et
d’Engie Solar. Quant à Michael Webber, 47 ans,
docteur en génie mécanique, il rejoint le groupe
sous la houlette de Shankar Krishnamoorthy
pour piloter la branche scientifique et technologique. Ce scientifique reconnu siège au comité
consultatif de la revue Scientific American, il est
aussi l’auteur de 400 publications et détient
quatre brevets.
â ANTOINE TROESCH
Caisse des dépôts
À 41 ans, ce Sciences Po et centralien
rallie Olivier Sichel, le directeur général de la Banque des territoires, lancée
en mars par la Caisse des dépôts, comme directeur de l’investissement. D’abord analyste financier chez Morgan Stanley, il était ensuite entré
chez Orano (ex-Areva) en 2005 dont il dirigeait
l’activité chimie-enrichissement depuis 2015.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
TECH
vendredi 5 octobre 2018
27
La guerre larvée
entre Tim Cook
et Mark Zuckerberg
Les dirigeants d’Apple et de Facebook
s’opposent au sujet de la vie privée.
LUCIE RONFAUT £@LucieRonfaut
TECHNOLOGIE Tim Cook persiste et
signe. Dans une interview accordée à
Vice News, le PDG d’Apple s’en est de
nouveau pris à Facebook, quelques
jours à peine après que le réseau social a été victime d’un grave piratage.
« Ce genre de failles n’arrivera pas à
Apple, car notre but n’est pas de
construire des profils détaillés sur chacun de nos utilisateurs, a commenté
Tim Cook. Des entreprises veulent
vous faire croire que vos données sont
nécessaires pour que leur service soit
meilleur. Ne les croyez pas. Peu importe la personne qui vous dit ça : ce sont
des foutaises. » Ce n’est pas la première fois que le PDG d’Apple s’en
prend à Facebook et à son dirigeant
Mark Zuckerberg. En avril, en plein
scandale Cambridge Analytica qui a
abusé des données de 87 millions
d’utilisateurs Facebook, les deux
hommes avaient déjà échangé des
amabilités. « Nous pourrions nous faire beaucoup d’argent si nous monétisions nos clients, s’ils étaient notre
produit », avait dit Tim Cook au micro de la chaîne MSNBC. Réponse de
Mark Zuckerberg : « Si l’on veut
construire un service qui n’est pas seulement utilisé par les riches, il faut le
rendre abordable. »
Aux États-Unis, la vie privée est
devenue un sujet hautement politique, sur lequel Apple se positionne
depuis plusieurs années. Déjà en
2016, l’entreprise s’est opposée publiquement au FBI, en refusant de
casser le chiffrage d’un iPhone appartenant à Syed Rizwan Farook,
auteur de la tuerie de San Bernardino. À l’époque, elle avait été très
critiquée par les autorités, se
voyant même accusée de complicité envers le terrorisme. Entretemps, plusieurs affaires ont poussé
les politiques américains à s’intéresser aux questions de vie privée
avec un peu plus de subtilité. Des
géants de la Silicon Valley ont été
accusés d’avoir facilité la manipulation de l’opinion américaine dans
le cadre de l’élection présidentielle
de 2016. Début 2018, l’affaire Cambridge Analytica a révélé qu’une
société d’analyse de données avait
exploité les données de 87 millions
d’utilisateurs Facebook à des fins
frauduleuses. Enfin, début octobre,
le réseau social a révélé avoir été
victime d’un grave piratage, impliquant 50 millions de comptes dans
le monde.
Apple, pendant ce temps, a musclé son discours autour de la vie privée. Alors que le Sénat américain
discute d’une loi sur les données
personnelles, inspiré du RGPD
européen, Apple a déclaré que la vie
privée était un « droit fondamental ». « Pour moi, la vie privée est
centrale à notre liberté, a insisté Tim
Cook auprès de Vice News. Je ne
veux pas qu’elle disparaisse. Car en
un sens, cela serait une partie de nous
qui disparaîtrait. Je ne veux pas dire
Apple, mais nous, en tant qu’Améri-
“
Pour moi, la vie
privée est centrale à
notre liberté. Je ne veux
pas qu’elle disparaisse
TIM COOK AUPRÈS DE VICE NEWS
Présentation de la voiture autonome de GM Cruise, mercredi à San Francisco.
Les alliances se multiplient
dans la voiture autonome
Constructeurs, équipementiers et géants de la tech n’hésitent plus
à nouer des partenariats pour financer la mobilité du futur.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
”
cains. » Un discours qu’il tiendra à
la conférence internationale annuelle des commissaires à la protection des données et de la vie privée,
qui se déroulera fin octobre à
Bruxelles. Tim Cook y est l’un des
invités stars. Il prononcera son discours au Parlement européen en
ouverture de l’événement. Mark
Zuckerberg, lui, devra se contenter
d’un message vidéo.
Ce positionnement en faveur de la
vie privée, qu’il soit sincère ou non
de la part de Tim Cook, est une bonne idée marketing. Le modèle économique de l’entreprise ne repose
pas sur l’exploitation de la publicité
en ligne, ni sur le ciblage des internautes. Elle réalise ses revenus grâce
à la vente de produits et de services.
Et Apple profite aussi de la richesse
de ses concurrents moins regardants sur la vie privée. L’entreprise
de Tim Cook devrait recevoir jusqu’à 9 milliards de dollars de la part
de Google en 2018, afin d’être le
moteur de recherche par défaut sur
Safari, d’après les prévisions de la
banque Goldman Sachs. ■
NOUVELAGE/REUTERS
Il apparaît
« difficile
à un seul
acteur
de contrôler
l’intégralité
de la chaîne
de valeur
de la mobilité
du futur
»
GUILLAUME CRUNELLE,
ASSOCIÉ EN CHARGE
DE L’AUTOMOBILE
CHEZ DELOITTE
AUTOMOBILE
General Motors
semble bien parti pour réussir son
coup. Honda va investir 2,75 milliards de dollars dans GM Cruise, son
entité dédiée à la conduite autonome. Le constructeur japonais va
prendre 5,7 % du capital pour
750 millions de dollars, et s’engage à
investir 2 milliards supplémentaires
d’ici à douze mois. GM Cruise est née
en mars 2016 du rachat par le géant
américain de la start-up Cruise
Automation, pour une somme estimée à 1 milliard de dollars. En mai,
GM a réussi un joli coup en faisant
entrer le japonais Softbank dans le
capital de GM Cruise. Le japonais
avait pris 19,6 % du capital de la société contre 2,25 milliards de dollars.
Cette annonce est symbolique du
mouvement de concentration dans
le domaine de la conduite autonome. Il est logique. « Les investissements sont astronomiques », dans ce
domaine, estime Guillaume Crunelle, associé en charge du secteur
automobile chez Deloitte. De plus,
« il apparaît difficile à un seul acteur
de contrôler l’intégralité de la chaîne
de valeur de la mobilité du futur »,
poursuit l’expert. Enfin, le retour
sur investissement est incertain. La
conduite autonome n’est pas encore
une réalité, même si les aides à la
conduite amènent de plus en plus
d’autonomie. De plus, personne ne
sait ce que les acheteurs de voiture,
particuliers, entreprises ou transporteurs, seront disposés à payer
pour accéder à une telle fonction.
Une dernière incertitude porte sur
la manière dont les divers acteurs –
marque, fabricant de la carrosserie,
concepteur du « conducteur autonome »… - se répartiront la valeur
ajoutée. Pour toutes ces raisons, « il
est utile de mutualiser les investissements et de partager les risques »,
justifie Guillaume Crunelle.
Toyota allié à Uber
Conséquence : les alliances se multiplient. Mercredi 3 octobre, lors
de la conférence de presse commune, au Mondial de Paris, Carlos
Ghosn, président de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, et Dieter
Zetsche, président du directoire de
Daimler, ont reconnu envisager
des collaborations futures dans la
conduite autonome. Depuis janvier 2017, BMW, Intel et Mobileye,
une start-up rachetée depuis cette
date par… Intel, travaillent ensemble. Et ils ont été rejoints par Fiat
Chrysler Automobiles et les équipementiers Continental, Delphi et
Magna.
Toyota, pourtant longtemps rétif
à toute forme d’alliance ou de partenariat, vient d’annoncer la création
d’une coentreprise avec Softbank.
La conduite autonome est évoquée,
mais les sommes investies, 30 millions de dollars, laissent penser qu’il
s’agit plutôt de travailler sur les
nouvelles mobilités, c’est-à-dire
des services qui nécessitent moins
d’argent. Le constructeur japonais a
surtout marqué les esprits en investissant 500 millions d’euros dans
Uber afin de travailler dans le domaine de la voiture autonome.
Cet accord montre que l’opposition, longtemps mise en avant, entre constructeurs et géants de la
tech n’existe plus forcément. « Les
acteurs de l’écosystème automobile
“classique” et les acteurs nouveaux
ont appris à travailler ensemble »,
estime Guillaume Crunelle. À ce
titre, l’accord entre Renault-Nissan
et Google, annoncé la semaine dernière, a valeur de symbole. Les industriels de l’automobile n’ont, il est
vrai, guère le choix, car, pour le
consultant, « une telle transformation n’a jamais eu lieu dans l’histoire
automobile ». ■
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-3,12 557,8
-5,36 459,4
-3,56 206,7
-0,7
62,48
JOUR
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
42,48
112,65
104,56
26,765
101,65
23,155
52,01
36,69
112
16,175
12,43
66,16
126,8
12,495
NC
124,35
536,4
432
199,65
62,06
0,546 -1,05
0,26 +7,66
0,185 +26,82
0,148 -0,98
0,34 -15,2
0,412 -4,29
0,387 -15,98
0,215 -14,73
0,377 +14,62
0,488 -10,09
0,409 -8,19
0,336 -5,29
0,124 +44,09
0,294 -11,37
NC +12,01
0,328
0,106 +21,01
0,391 +19,85
0,13 +8,46
0,207 -3,29
VALEO EN FORTE BAISSE
L’action Valeo a perdu plus de 14 % au
cours des cinq dernières séances. À
32,50 euros, en clôture ce jeudi, le titre
est revenu à ses niveaux de fin 2014. Lors
du Mondial de l’auto, Jacques Aschenbroich, le PDG de Valeo, a renouvelé le
message de prudence envoyé lors de la
publication des résultats semestriels fin
juillet. Il a indiqué que les mois d’été ont
%VAR.
LVMH ..............................................287,95 -4,89
♣
MICHELIN ..............................................
102,6
-2,01
ORANGE ..............................................13,73 -0,15
PERNOD RICARD ..................................
138,05 -2,64
PEUGEOT ..............................................
22,05 -1,17
♣ 52,52 +0,69
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
72,96 -1,06
SAFRAN ..............................................116,05 -2,48
SAINT GOBAIN ..................................
36,095 -1,3
SANOFI ..............................................76,35 -1,28
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
67,5
-0,71
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
37
+0,67
SODEXO ..............................................88,12
-1,76
STMICROELECTRONICS .............................
15,98 -2,53
TECHNIPFMC ..................................27,05 +1,01
TOTAL .............................................. 56,07 -0,41
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
164,18 -3,77
-6,56
VALEO .............................................. 32,5
VEOLIA ENVIRON. ..................................
17,115 -0,98
VINCI♣.............................................. 80,96 -0,66
+HAUTJOUR +BAS JOUR
300,4
104,55
13,785
141,55
22,48
52,52
73,64
119,55
36,655
77,37
67,92
37,455
89,84
16,455
27,25
56,82
169,28
34,5
17,21
81,64
286,2
102,05
13,65
137,9
22,05
51,92
72,28
116,05
36,07
76
67,18
36,755
88,04
15,89
26,52
56,07
164,18
32,16
16,915
80,9
%CAP.ECH
0,245
0,402
0,162
0,196
0,337
0,295
0,469
0,287
0,371
0,195
0,223
0,661
0,272
0,303
0
0,217
0,515
6,392
0,429
0,167
31/12
+17,34
-14,18
-5,15
+4,62
+30,05
-7,29
-13,05
+35,08
-21,5
+6,26
-4,74
-14,05
-21,36
-12,22
+4,64
+21,77
-47,81
-19,55
-4,92
LES DEVISES
MONNAIE
1 EURO=
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
1,6234
VIVENDI................................................................................
..............................................21,95DOLLAR
-0,41CANADIEN
22,05
21,89 1,48
0,18
CANADA
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
0,8858
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
9,0114
JAPON ................................................................................
YEN
131,31
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
1,1409
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
1,1502
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
3,2457
MAROC ................................................................................
DIHRAM
11,103
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
7,0525
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
20,6834
CHINE ................................................................................
YUAN
7,9006
INDE ................................................................................
ROUPIE
84,628
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
136,7256
SICAV ET FCP
AUD
-2,1
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
34200
33500
-1,58
NAPOLEON ..................................................... 197
199,4
-4,78
PIECE 10 DOL USA .....................................................
569
570
-3,23
PIECE 10 FLORINS .....................................................
204,5
204,5
-3,9
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1130
1130
-3,25
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
195
195
-4,41
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
289,5
289,5
-5,08
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1255,25
1255
-4,18
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
112
112
+2
PIECE SUISSE 20F .....................................................
197
196,4
-2,81
PIECE LATINE 20F .....................................................
195
195
-3,89
SOUVERAIN ..................................................... 246
249,2
-5,64
KRUGERRAND .....................................................1097,5
1096
-1,9
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
284,51 02/10/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
48,69 02/10/18
BELLATRIX C ................................................
334,16 02/10/18
SIRIUS ................................................55,89 02/10/18
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WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
été marqués par un ralentissement des
ventes en Europe, en raison de désorganisations survenues dans la production
avec l’entrée en vigueur du nouveau
cycle d’homologation des normes WLTP.
Sur le marché chinois, une légère baisse
des ventes a été constatée. En Amérique
du Nord, l’activité reste en revanche bien
orientée.
Dans ces conditions, les investisseurs
attendent avec une certaine inquiétude la
publication du chiffre d’affaires du troisième trimestre prévue pour le 25 octobre.
Les analystes s’attendent en outre à une
forte augmentation des dépenses d’investissement pour préparer la transition
vers les véhicules électriques et anticipent déjà pour 2018 un bénéfice net en
stagnation. Pour ne rien arranger, le broker Exane BNP Paribas a revu sa recommandation sur Valeo à « neutre » contre
« surperformance » avec un objectif de
cours abaissé de 25 %, à 41 euros. Depuis
vingt-cinq ans, les résultats opérationnels
des constructeurs et des équipementiers
automobiles évoluent de façon identique,
avec une corrélation de 94 %, selon Exane.
Il est dès lors difficile de comprendre
pourquoi le consensus table sur une croissance du résultat opérationnel de 22 %
pour les équipementiers en 2018-2020 et
sur seulement 5 % pour les constructeurs
sur la même période. La prime de valorisation dont bénéficient les équipementiers par rapport aux constructeurs apparaît injustifiée aux yeux de l’intermédiaire.
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 42,55
♣
AIR LIQUIDE ..................................
113,1
AIRBUS ..............................................105,26
ARCELORMITTAL SA ..................................
26,85
ATOS .............................................. 102,9
AXA .............................................. 23,675
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
52,3
BOUYGUES ..............................................
36,93
CAPGEMINI ..............................................
113,35
CARREFOUR ..............................................
16,22
CREDIT AGRICOLE ..................................
12,67
DANONE ..............................................66,25
DASSAULT SYSTEMES ..................................
127,65
ENGIE .............................................. 12,705
ESSILOR INTL. ..................................128,75
ESSILORLUXOTTICA ..................................
124,55
HERMES INTL ..................................540
KERING ..............................................437,8
L'OREAL ..............................................
200,6
LEGRAND ..............................................62,08
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO
28
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Banijay lorgne le producteur EndemolShine
CYRILLE GEORGE JERUSALMI/C8, GILLES GUSTINE
Le groupe français, numéro trois mondial de la production, veut racheter le numéro un.
CAROLINE SALLÉ £@Carolinesalle
AUDIOVISUEL Un joli cadeau
d’anniversaire ? Alors qu’il s’apprête à célébrer ses 10 ans, le
groupe français de télévision Banijay serait en discussions avancées afin d’acquérir le géant de la
production néerlandaise EndemolShine, assure le magazine Variety.
Cela fait plusieurs mois que les
spéculations vont bon train sur
un possible rachat de l’un des tout
premiers producteurs au monde
de contenus télévisuels. Fondée
par le pape de la téléréalité John
de Mol, Endemol, entreprise à
l’origine néerlandaise, est notamment connue pour avoir produit
des divertissements tels que « Big
Brother » ou encore « MasterChef ». Elle avait fusionné avec
Shine, propriété de Fox, en 2014,
afin de donner naissance à un
mastodonte de la production télévisuelle.
Cet été, Apollo Global Management et 21st Century Fox, les
deux actionnaires d’EndemolShine, auraient chargé la Deutsche
Bank et LionTree de vendre l’ensemble. D’après Reuters, les vendeurs avaient estimé entre 2,5 et
3 milliards d’euros la valeur du
producteur. À l’époque, de nombreuses sociétés s’étaient montrées intéressées. Lionsgate,
Sony, ITV ou encore RTL ont regardé le dossier. Liberty Global
aurait également convoité le
géant de la production. Mais la
liste des prétendants s’est peu à
peu réduite. Mercredi, le diffuseur anglais ITV a finalement jeté
l’éponge. « ITV confirme qu’il n’a
pas actuellement l’intention de faire une offre pour EndemolShine »,
a indiqué le groupe dans un bref
communiqué publié à la Bourse
de Londres. Fin août, RTL avait
également assuré ne plus être intéressé par ce rachat.
Course au gigantisme
La somme réclamée a-t-elle découragé les prétendants ? Sans
doute en partie. Beaucoup d’acteurs du secteur estiment que le
prix est trop élevé. Cet été, plusieurs analystes pariaient que les
offres ne dépasseraient pas les 2 à
2,5 milliards d’euros. En cause :
une moindre attractivité du numéro un de la production. D’une
part, certains de ces formats sont
vieillissants. Et, d’autre part, de
plus en plus d’acteurs, à l’instar
de Netflix, débauchent directe-
ment les talents au lieu de s’intéresser aux mégastructures. Ce qui
les démonétise de facto.
Si Banijay ne fait pour l’heure
aucun commentaire, la société ne
dément pas non plus être intéressée par un rachat. Détenu par
l’homme d’affaires Stéphane
Courbit, Vivendi et DEA Communications du groupe Agostini, Banijay ne semblait pas forcément le
mieux placé pour acquérir EndemolShine. Le numéro trois mondial de la production essaie en effet de mettre la main sur le
numéro un mondial. Ce qui doit
rendre la transaction éminemment complexe.
Ces discussions avancées entre
Banijay et EndemolShine ne sont
toutefois pas illogiques. Elles interviennent dans un contexte de
profonds bouleversements du
secteur de la production audiovisuelle. Tous les acteurs sont engagés dans une course effrénée à la
taille afin de peser face aux ogres
numériques comme Netflix,
Amazon, Facebook…
Les récentes unions entre
Time Warner et AT&T, entre
Disney et la 21st Century Fox le
prouvent : impossible de peser
sans avoir atteint une taille critique. Le constat est encore plus
vrai pour la filière de la production, où le mouvement de
concentration s’est accéléré ces
dernières années. Pour survivre,
il faut penser global, c’est-à-dire à l’échelle mondiale. Avoir
des capacités d’investissements
« Touche pas à mon
poste ! », animé par
Cyril Hanouna et produit
par Banijay, et la série
Insoupçonnable, avec
Emmanuelle Seigner, une
production EndemolShine.
La future loi audiovisuelle
ne sera pas examinée
avant mi-2019
Aurore Bergé et Pierre-Yves Bournazel
sont en désaccord au sujet de la publicité
sur France Télévisions.
ENGUÉRAND RENAULT £@erenault
AUDIOVISUEL Françoise Nyssen,
la ministre de la Culture et de la
Communication, a ouvert, jeudi à
l’Assemblée nationale, la journée
d’échange sur la mission d’information sur une nouvelle régulation
de la communication audiovisuelle
à l’ère du numérique, objet du rapport d’Aurore Bergé (députée LaREM) et de Pierre-Yves Bournazel
(député Agir-Les Constructifs). La
ministre a précisé le calendrier de la
future loi audiovisuelle. « Je souhaite que le texte de loi soit finalisé fin
2018 pour entamer les consultations
obligatoires, en premier lieu le CSA,
dès le mois de janvier, afin de présenter un texte en Conseil des ministres à
la fin du mois de mars. »
Le calendrier de la discussion
parlementaire reste à fixer avec les
deux Assemblées. Mais déjà certains
députés estiment que le texte ne
pourra être discuté et voté au mieux
qu’à la mi-2019, au pire à la fin de
cette même année. La loi audiovisuelle prend donc encore du retard
sur le calendrier initial fixé à mi,
puis à fin 2018.
Redevance universelle
A
importantes et un vaste réseau
de distribution. Banijay, en fusionnant avec Zodiak il y a deux
ans, avait déjà franchi un cap. En
mettant la main sur EndemolShine, il pourrait passer à la
vitesse supérieure. ■
Il faudra encore du temps pour harmoniser les positions du gouvernement et celles du rapport. Et ce sur
plusieurs points. Le plus litigieux est
celui de la réforme de la redevance.
Aurore Bergé préconise de maintenir le prix de la redevance à
139 euros, mais de l’étendre à tous
les foyers (sauf cas d’exonération)
indépendamment de la détention
d’un téléviseur. Une idée avancée
dès 2014 par François Hollande
mais jamais réalisée. Le 14 septembre dernier, Françoise Nyssen
s’était prononcée en faveur de cette
réforme, mais elle avait été immédiatement recadrée par le ministre
des Comptes publics Gérald Darmanin, qui avait martelé qu’il n’y
aurait pas d’augmentation des impôts. Or, la proposition numéro 14
du rapport Bergé entraînera une
augmentation du produit de la redevance de 100 à 150 millions
d’euros. Aurore Bergé estime que ce
surplus devrait être affecté à
l’audiovisuel public pour financer la
création et commencer à supprimer
la publicité sur les antennes de Radio France et sur France 5. Mais elle
conserverait la publicité sur France 2 et France 3.
Dans ce même rapport, PierreYves Bournazel, président de la
mission d’information, a fait entendre sa voix personnelle. Dans
l’avant-propos du rapport, le député préconise « une mesure transitoire
consistant à rétablir la publicité sur
France Télévisions entre 20 heures et
21 heures » et ainsi « permettre de
dégager 60 millions d’euros de recettes qui pourraient être affectées à la
création de contenus sans peser sur
les finances de l’État ». Pierre-Yves
Bournazel, président de la mission,
et Aurore Bergé, rapporteure de
cette même mission, ont donc deux
visions contradictoires au sujet de la
publicité sur France Télévisions. Et
chacun défendra son point de vue
lors du futur débat parlementaire.
Entre-temps, le gouvernement devra prendre une position claire dans
la rédaction du projet de loi.
En revanche, un large consensus
se dégage sur la grande ambition de
la future loi : garantir le système de
l’exception culturelle et le financement de la création en luttant efficacement contre le piratage des
contenus et en faisant davantage
contribuer les Gafa au financement
des œuvres. Aujourd’hui, les salles
de cinéma (150 millions), les télévisions gratuites et payantes (plus de
600 millions d’euros) et les opérateurs télécoms (270 millions) participent chacun au financement des
œuvres cinématographiques et
audiovisuelles. Depuis un an, Netflix et YouTube s’acquittent d’une
taxe de 2 % qui rapporte seulement
entre 2 et 5 millions d’euros. « Pour
rééquilibrer la participation de chacun, il va falloir augmenter le taux de
la taxe sur les Gafa et élargir l’assiette à tous leurs abonnés y compris
tous ceux d’Amazon Prime », a déclaré Aurore Bergé. En contrepartie, la contribution des télévisions et
des télécoms pourrait baisser.
Par ailleurs, le rapport Bergé s’est
montré très prudent sur l’assouplissement des règles publicitaires
au grand soulagement des radios et
de la presse mais au grand dam des
groupes de télévision privés. ■
Je souhaite
« que
le texte
de loi soit
finalisé fin
2018 pour
entamer les
consultations
obligatoires,
en premier
lieu le CSA,
dès le mois
de janvier,
afin de
présenter
un texte
en Conseil
des ministres
à la fin
du mois
de mars
»
FRANÇOISE NYSSEN,
MINISTRE
DE LA CULTURE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO - N° 23 062 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
COSMÉTIQUE
MINIMALISTES ET RAFFINÉS,
LES RITUELS JAPONAIS SIGNENT
LEUR RETOUR EN BEAUTÉ PAGE 33
Shiseido
JARDIN
AUX CONFINS DE LA CORRÈZE,
SOTHYS A TRANSFORMÉ
UNE FRICHE EN PARCOURS
BOTANIQUE PAGE 34
Cecilia Bartoli
La belle
saison
Création d’un
label, nouveau
disque Vivaldi,
coffret Rossini…
Pour fêter
ses 30 ans
de carrière
discographique,
la célèbre
cantatrice sort
le grand jeu.
DECCA/ULI WEBER
PAGE 30
Jacques Tardi débarque à Falaise
EXPOSITION Quatre lieux de la ville normande mettent en scène l’univers
La Légende
éclectique du dessinateur de Nestor Burma et de la Grande Guerre.
MORCEAU CHOISI
Aurélia Vertaldi
avertaldi@lefigaro.fr
D’
un côté un esprit libertaire, de l’autre une ville paisible. Falaise, la
commune normande,
n’a pourtant pas hésité
à mettre ses institutions culturelles à disposition de Jacques Tardi, dessinateur à
l’univers singulier. Un univers éclectique
qui conjugue le Paris nostalgique de
Nestor Burma ou d’Adèle Blanc-Sec avec
l’enfer des tranchées ou celui d’un camp
de prisonniers de la Seconde Guerre
mondiale.
En quatre expositions, Falaise rappelle
que Jacques Tardi, surtout connu pour
son travail sur la Grande Guerre, n’est pas
l’homme d’une seule œuvre. Au Musée
des automates, les superbes planches tirées de sa série Nestor Burma, le détective
désabusé créé par Léo Malet, montrent
Affiche de l’exposition, mêlant plusieurs
héros de Tardi, dont Nestor Burma
et Adèle Blanc-Sec.
comment un écrivain et un dessinateur
parviennent à se trouver pour magnifier
par les images un texte littéraire, la capitale des années 1950 et sa gouaille si jubilatoire. À la médiathèque, la libre et té-
méraire Adèle Blanc-Sec égaye les murs
du lieu, qui diffuse également les images
du film d’animation Avril et le monde truqué, tiré de l’univers graphique de Tardi.
Ville de garnison meurtrie pendant la
guerre, Falaise a choisi son château, ancien hôpital entre 1914 et 1916, pour exposer son travail titanesque de mémoire
autour de la Première Guerre mondiale.
Des œuvres mordantes réalisées à partir
des souvenirs de son grand-père et une
riche documentation. Gueules cassées,
membres déchiquetés, monceaux de cadavres, arrogance des chefs qui mène à la
mort… Tout est bon pour décrire les atrocités de la guerre. Deux décennies plus
tard, c’est le père de Tardi qui lui donnera
matière à raconter l’Histoire. Celle d’un
prisonnier de guerre du stalag IIB, dont
les planches sont présentées au Mémorial
des civils. Deux histoires différentes, mais
toujours la même souffrance. La même
absurdité, aussi. ■
« Tardi pose ses planches à Falaise »,
dans quatre lieux de Falaise (14),
jusqu’au 11 novembre.
L’ART DE CULTIVER L’EXCELLENCE
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vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO
30
L'ÉVÉNEMENT
Cecilia Bartoli : « Je suis née
avec le CD et lui survivrai ! »
ENTRETIEN « Mariée »
depuis trente ans avec Decca, la mezzo-soprano multiplie
les projets. Rencontre avec une femme soucieuse de léguer ce qu’elle a reçu.
D
des Quatre Saisons. Le succès du disque nous a tous pris de court. Mais
après, la machine Vivaldi s’est emballée. Le label Opus 111 a lancé son projet
d’intégrale, repris depuis par Naïve.
On a redécouvert beaucoup de ses
opéras et de sa musique vocale. Des
airs parfois très dramatiques, d’une
profondeur à couper le souffle. Ou
pleins de mystère et de grâce. C’est de
ce côté que nous avons cherché pour
ce second opus, enrichi de vingt ans
d’expérience du baroque.
PROPOS RECUEILLIS PAR
THIERRY HILLÉRITEAU
£@thilleriteau
e passage dans la capitale, la diva romaine nous a reçus dans
la suite d’un célèbre palace parisien.
L’occasion d’évoquer, avec la volubilité
et la séduction qui la caractérisent, ses
30 ans de « mariage » avec le prestigieux label Decca et les actualités qui en
découlent. Mais aussi de nous faire part
de ses réflexions sur l’avenir du disque
et de l’opéra.
En vingt ans, votre approche du chant
a-t-elle changé ?
Oui. Grâce à ma pratique du baroque.
Au fond, le disque Vivaldi de 1999 était
presque mon premier enregistrement
dans ce domaine. J’ai compris depuis,
grâce aux instruments d’époque, que le
chant n’était pas une performance,
mais un dialogue. Être chanteur d’opéra, ce n’est pas monter sur scène comme on monte sur le ring. C’est cultiver
le sens du partage. Avec les autres
chanteurs. Le public. Mais aussi chaque
instrument de l’orchestre. Il y a dans ce
nouveau disque plusieurs airs avec instrument obligato, en duo avec la voix,
qui sont d’incroyables moments de
grâce. Comme cet air avec la flûte,
Quell’augellin che canta felice, extrait de
La Silvia.
Présentez-nous l’heureux élu
qui ouvre la collection…
Bien sûr. Il s’agit du ténor mexicain
Javier Camarena, avec qui j’ai eu la
chance de chanter à plusieurs reprises,
notamment Rossini. Il a une voix magnifique. Solaire. Il a aussi un remarquable sens du texte. Pour moi, c’est
l’un des meilleurs de sa génération. Je
trouve injuste qu’un chanteur de cette
qualité n’ait pas encore pu enregistrer
un disque. J’ai parfois l’impression que,
ces dernières années, certains producteurs se concentrent davantage sur le
potentiel plastique, physique des musiciens classiques, que sur le talent. Cela
vaut autant pour les instrumentistes
que les chanteurs. Or l’objet d’un disque, ce n’est pas sa pochette. C’est le
son. L’immatériel.
Ce sous-label est-il un simple acte
de mécénat, ou de mentorat ?
De mentorat. Il s’agit pour moi de rendre ce que j’ai reçu jeune. Parce que
j’ai eu le privilège que ma mère, ellemême chanteuse, devienne une guide
musicale à part entière. Dévouée. Disponible. Capable d’orienter mes choix
de carrière, mes prises de rôle. De
Cecilia Bartoli
lance aujourd’hui
son propre label
Mentored by
Bartoli.
développé une véritable fascination. Et
à laquelle j’ai dédié l’un de mes albums
les plus plébiscités : Maria. Le dernier
disque produit par Raeburn.
Malibran, qui n’est autre que la fille
du ténor Manuel Garcia. N’est-ce pas
à lui qu’est dédié le disque de Javier
Camarena, Contrabandista ?
Je ne pouvais rêver plus beau clin d’œil
pour inaugurer cette nouvelle aventure. D’ailleurs, c’est aussi avec Maria
Malibran
que
nous avions lanÊtre chanteur d’opéra,
cé la première
ce n’est pas monter sur scène
action publique
de la fondation,
comme on monte sur le ring.
il y a dix ans. Par
C’est cultiver le sens du partage
une exposition
CECILIA BARTOLI
itinérante qui lui
était consacrée.
Aussi fou que cela puisse paraître, il
m’aider à mieux cerner ma voix. C’est
semble qu’il n’y ait jamais eu de disque
quelque chose que j’ai retrouvé par la
consacré à Manuel Garcia. Il a pourtant
suite en signant chez Decca, il y a
créé le rôle d’Almaviva dans Le Barbier
trente ans. Je me souviens de producde Séville de Rossini ! Sur son album,
teurs qui n’étaient pas là pour dénicher
Camarena reprend donc ses grands
un physique, mais connaissaient les
rôles rossiniens. Mais aussi des compovoix parfaitement. Et pouvaient être
sitions de Garcia, dont trois airs inédits.
de merveilleux conseillers pour les
Le tout avec la participation des Musichanteurs.
ciens du Prince, orchestre que j’ai créé
il y a deux ans à Monaco.
Vous pensez à Christopher Raeburn ?
C’est lui qui m’a fait venir chez Decca,
alors que je n’avais que 22 ans. C’était
Ne manque plus qu’un disque consacré
une institution dans le monde de l’opéà Pauline Viardot, son autre fille, pour
ra. Il avait été sur le premier enregistrecompléter ce tableau familial. Le sujet
ment studio du Ring de Wagner. Avait
du prochain « mentored by Bartoli » ?
côtoyé les plus grands chanteurs. C’est
Qui sait (rires) ? C’est un personnage
lui qui m’a fait connaître l’histoire de la
tout à fait passionnant. Qui avait des
diva Maria Malibran, pour laquelle j’ai
liens très forts avec de nombreux artis-
«
A
»
tes et intellectuels de toute l’Europe. Et
même avec la Russie, puisqu’elle était
très proche de Tourgueniev… Pour en
revenir aux albums de la collection,
nous aimerions en sortir entre un et
deux chaque année.
En plus de vos projets personnels,
comme ceux qui accompagnent
ces trente ans de carrière chez Decca ?
Oui. Il se trouve que mes 30 ans d’exclusivité chez Decca, « trente ans de
mariage », coïncident avec les 150 ans
de la disparition de Rossini. Vous
connaissez mon attachement à ce compositeur que je place à un niveau de génie égal avec Mozart. Nous avons voulu
marquer le coup par un beau coffret qui
rassemblerait l’intégralité de mes enregistrements audio et vidéo consacrés à
Rossini. Avec, naturellement, quelques
raretés et inédits.
Il y a aussi ce nouveau disque Vivaldi,
annoncé pour le mois prochain.
Vingt ans tout juste après celui
qui vous a révélée au grand public.
Nostalgie ?
Au contraire. Il s’agissait, pour moi
comme pour Jean-Christophe Spinosi
et l’ensemble Matheus, avec qui je l’ai
enregistré, de montrer un autre
Vivaldi. Il y a vingt ans, ce compositeur que l’on redécouvrait était encore
vu à travers le prisme de la virtuosité
extrême. C’est cette couleur qui ressortait du premier Vivaldi Album. Et ça
a plu parce qu’à l’époque cette virtuosité quasi instrumentale correspondait
à ce que les gens attendaient du père
FABRICE DEMESSENCE/LE FIGARO MAGAZINE ; DECCA
LE FIGARO. – Après avoir pris
la direction du Festival de Pentecôte
de Salzbourg, créé votre orchestre
à Monaco, vous lancez, aujourd’hui
même, votre propre label, Mentored
by Bartoli. Aviez-vous peur de l’ennui ?
Cecilia BARTOLI. - Pas vraiment (rires) ! Cette collection est le fruit d’une
association entre la Cecilia Bartoli
Music Foundation et le label Decca. Elle
doit permettre à de jeunes chanteurs
qui n’ont pas encore eu l’opportunité
d’enregistrer de le faire. Et dans les
meilleures conditions. Pas en trois
jours, comme c’est souvent le cas. Que
peut-on faire en si peu de temps pour
un premier disque ? Le studio ne doit
pas être vécu comme quelque chose
d’oppressant, parce qu’on est dans
l’urgence, la frustration et l’angoisse de
bâcler. Ça doit être un environnement
épanouissant, où l’on peut s’étendre,
prendre le temps artistiquement nécessaire. C’est dans ces conditions que se
sont écrites les grandes pages de l’histoire du disque. Et parfois de la musique. Ce sont ces conditions que nous
voulons offrir à ces jeunes chanteurs.
Ne compare-t-on pas pourtant
les chanteurs d’opéra à des athlètes ?
Il y a une dimension physique dans le
chant, c’est indéniable. Quand bien
même on y verrait un aspect sportif,
dans quel sport joue-t-on à un contre
cent ? Ce n’est plus du sport, ce sont
les jeux du cirque. Parfois, avec les orchestres modernes, on a l’impression
que les chanteurs d’opéra doivent
projeter toujours plus. Avoir une voix
toujours plus large. Chanter toujours
plus fort. On a perdu ce dialogue qui
faisait l’essence même de l’opéra.
Qu’est-ce que l’opéra, sinon le mariage du théâtre et de la musique ?
D’ailleurs, quand on regarde le dessin
de la Scala de Milan avant sa restauration, on voit que la fosse était beaucoup plus petite, et la scène beaucoup
plus proche des spectateurs. Même à
Bayreuth, la fosse est couverte, afin de
maintenir le meilleur équilibre entre
les voix et l’orchestre.
N’est-ce pas là le sens du progrès ?
Pour savoir où aller, il faut savoir d’où
l’on vient. Les orchestres ont évolué.
Jusque dans les années 1920, la plupart, y compris les grands, comme le
Berliner Philharmoniker, avaient encore des cordes en boyau. Ce n’est plus
le cas. Mais la voix humaine reste la
voix humaine. Ce n’est pas un hasard
si les carrières ne durent souvent,
aujourd’hui, pas plus de dix ans. La
pratique des instruments d’époque
nous a permis de nous rappeler ce que
pouvait être le rapport naturel de la
voix aux instruments et au public. Je
regrette que si peu de jeunes chanteurs
d’opéra soient familiers du baroque,
après un demi-siècle de redécouvertes
et de révolutions. Au conservatoire, on
commence encore trop souvent par le
bel canto.
En parlant de révolutions, qu’attendezvous encore du disque ?
Ma carrière discographique est née
avec le CD. Je lui survivrai. Le futur qui
se dessine, celui du streaming, pose
des questions. Notamment la répartition des revenus. Pour éviter que les
artistes « têtes de gondole », dont je
fais partie, tirent toute la couverture.
Et permettre au modèle de l’enregistrement studio de subsister. Mais la
musique survivra quoi qu’il advienne.
Et, au final, c’est toujours le live qui
l’emportera. Un disque, c’est une photographie. Les photos, c’est important
pour la postérité. Pour écrire l’histoire.
Avec les portables, on a un peu oublié
la valeur des photos et leur pouvoir
émotionnel. Mais la vie sera toujours
plus forte. Et le live, comme son nom
l’indique, n’est pas que du direct : c’est
la vie. ■
NOCES DE
PERLE EN
TROIS TEMPS
« CECILIA BARTOLI : ROSSINI
ÉDITION ». Sorti le 21 septembre
en édition limitée, ce coffret de
15 CD et 6 DVD constitue l’écrin
idéal pour
retrouver,
au fil
de ses
trente
années de
carrière, ce
qui a fait
de la mezzo l’une des divas
rossiniennes les plus acclamées
de notre temps. Parmi
les raretés, un inédit
de la cantate Jeanne d’Arc
orchestrée par le compositeur
Salvatore Sciarrino, sous la
baguette de Riccardo Chailly.
« JAVIER CAMARENA :
CONTRABANDISTA ». Premier
album de la collection Mentored
by Bartoli . Et du ténor mexicain,
dont la voix est familière des
amateurs de Bartoli,
à qui il
donnait
la réplique
sur Le
Comte Ory.
Un
hommage
au
légendaire Manuel Garcia, qui
permet aussi de le découvrir
sous son jour de compositeur,
dans des airs surprenants de
vitalité. L’agilité de Camarena
y fait merveille. En prime, le duo
Amor, possente nome, extrait
d’Armida, avec Bartoli.
Sortie le 5 octobre.
« CECILIA BARTOLI : ANTONIO
VIVALDI ». Pour ce second opus
dédié au Prêtre roux, Bartoli
retrouve Jean-Christophe
Spinosi, son complice depuis
plusieurs années. Ce bouquet
d’airs d’une grande variété
d’atmosphères se fait l’écho
magnifiquement contrasté
des redécouvertes de ces vingt
dernières années. Puisant
dans des opéras qui,
à l’exception d’Il Giustino,
ne figuraient pas sur le Vivaldi
album de 1999 : d’Orlando
furioso à La verita in cimento,
en passant par La Silvia.
Sortie le 23 novembre.
T. H.
30
ans
DE SUCCÈS
« Rossini Arias » (1989)
Le premier album solo
de la chanteuse chez Decca,
déjà consacré à son compositeur
fétiche.
« Cecilia Bartoli, a Portrait »
(1995)
De Mozart à Schubert,
en passant par Rossini, un aperçu
de la jeune carrière de la mezzo.
« The Vivaldi Album » (1999)
Enregistré avec Giovanni Antonini,
ce coup d’essai dans le baroque
s’avère un coup de maître.
Avec 700 000 exemplaires
vendus, il est l’un des plus gros
succès discographique en
classique des vingt dernières
années.
« Opera proibita » (2005)
Avec cet album au titre et
à la pochette provocateurs,
la Bartoli s’affirme dans ce
qu’elle a de meilleur : le goût
de la redécouverte et l’art de
raconter une histoire par le disque.
En l’occurrence celle des
chanteuses interdites d’opéra
dans la Rome du XVIIIe. Un art
qu’elle continuera de mettre
au service de ses futurs grands
succès : de Maria (2007)
à St. Petersburg (2014),
en passant par Sacrificium (2009)
et Mission (2012) : deux disques
dont les pochettes firent, elles
aussi, couler beaucoup d’encre !
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
CULTURE
vendredi 5 octobre 2018
31
Restitutions d’œuvres d’art : le casse-tête
PATRIMOINE Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, chargés d’une réflexion sur ce sujet, devraient rendre
leur rapport en novembre. Ce document est très attendu tant la question soulève de multiples interrogations.
usqu’à quand pourra-t-on admirer au Quai Branly cette grande statue africaine figurant un homme au
torse et à la tête de requin ? Pillée par le
général Dodds, qui a conquis le Dahomey (l’ancien Bénin) entre 1892 et 1894,
l’œuvre est emblématique du sourd
combat qui se tient actuellement autour
des restitutions d’œuvres au continent
noir. Annoncés par Emmanuel Macron
en décembre dernier, à Ouagadougou,
afin de renouer une relation de
confiance avec l’Afrique, ces retours
« définitifs ou temporaires » de statues,
masques ou armes donnent du fil à retordre aux conservateurs. Et affolent les
marchands d’art.
Bénédicte Savoy et Felwine Sarr,
l’historienne et l’économiste choisis
par le président de la République pour
réfléchir à une méthode, sont en train
de rédiger leur rapport, attendu en novembre. En toute logique, le texte devrait être ébouriffant. Car les consultations organisées par les deux experts,
en France et en Afrique, ont montré la
complexité du sujet, mais aussi leur détermination. L’une n’ayant pas attaqué
l’autre.
À tous les spécialistes en droit réunis
au Collège de France, qui ont fait remarquer que les collections publiques
françaises étaient inaliénables, et qu’il
faudrait changer la loi en cas de restitutions, le tandem a répondu : « Le droit
suivra. » Aux musées rassemblés en
juillet, qui ont indiqué que tout objet
africain de leur collection n’a pas forcément été pillé, mais a parfois été acheté
ou donné, y compris par des Africains,
les deux ont parlé d’« asymétrie systématique dans les relations d’échange »,
du moins pendant la période coloniale.
À Dakar, plusieurs musées africains ont
soulevé un « hiatus »
entre le monde des
conservateurs, très allant
sur les restitutions de
patrimoine, et leur gouvernement, qui a parfois d’autres chats à
fouetter. « La population malienne s’est mobilisée pour sauver les
manuscrits de Tombouctou, en 2012. Un retour
d’objets permettrait aux Maliens
de s’approprier encore plus leur
culture. Mais notre État a du mal
à se mobiliser sur cette question », affirme ainsi Salia Malé,
directeur adjoint du Musée national du Mali.
che, la collection principale est un legs
en 1934 du docteur Jules Lhomme, lequel n’avait jamais mis les pieds en
Afrique.
Il y a, au Quai Branly, au Musée de
l’armée et dans des musées comme
ceux d’Angoulême, de Lyon ou de Marseille, des dizaines de milliers d’objets
africains, dont l’immense majorité est
arrivée à partir du XIXe siècle et jusque
dans les années 1960. Ils ont permis de
sensibiliser le public à un art longtemps
simplement considéré comme ethnographique. Et ont forgé le goût et une
partie de l’esthétique européenne, notamment de Picasso et des cubistes.
Au Musée de l’armée s’étalent trophées, prises de guerre et butins, objets symboliques dans l’histoire militaire, et porteurs d’une idée de
confrontation. À Angoulême, en revan-
Un même mouvement
P. GRIES/MUSÉE DU QUAI-BRANLY-JACQUES-CHIRAC. RMN-GRAND PALAIS ; JI-ELLE/WIKIMEDIA COMMONS
J
Deux œuvres du royaume
du Dahomey (actuel
Bénin) se trouvent au
Musée du quai branly :
la statue anthropozoomorphe de son
dernier roi Béhanzin
(vers 1890), et le trône
du roi Ghézo.
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
Demande du Bénin
Pour l’instant, seul le Bénin a
formulé, en 2016, une demande
pour le retour de plusieurs
œuvres, conservées au Quai
Branly, dont d’anciennes portes
du palais royal d’Abomey.
Qu’importe : Savoy et Sarr se disent prêts à organiser des « restitutions proactives » faites en
dehors de toute démarche officielle. C’est une autre question
dans la question : à qui
devra-t-on rendre le patrimoine ? Aux États ? Aux communautés ?
Quelle que soit la manière dont tout cela
est arrivé, force est de constater que
« les enfants béninois doivent aller en
France s’ils veulent voir leur patrimoine », souligne Marie-Cécile Zinsou, présidente de la Fondation Zinsou. Plus de
95 % des collections du continent sont
en Occident. En 2006, la fondation avait
exposé, à Cotonou, le trône du roi Béhanzin, un regalia acquis par sa famille
Zinsou. « En trois mois, 250 000 personnes se sont déplacées pour le voir, y compris des classes qui avaient parcouru
18 kilomètres à pied », se rappelle MarieCécile Zinsou. Le trône fut exposé dans
une fondation privée, et pas au Musée
national d’Abomey. Depuis, Stéphane
Martin, président du Quai Branly, a été
chargé par Macron d’accompagner le
pays dans sa démarche de mise aux
normes et de construction de musées
modernes. Au Sénégal, au Burkina Faso
ou au Gabon, un même mouvement
s’opère. Partout, des pays sont en train
de bâtir un récit national dans lequel le
patrimoine mais aussi l’art contemporain tiennent une place de choix.
Promesse présidentielle, ces restitutions se feront, selon une échelle qui reste à définir. Mais ce qui n’est pas encore
tranché, c’est la philosophie qui les
sous-tendra. Tandis que Louis-Georges
Tin, président de Conseil représentatif
du Cran, estime que « c’est la réparation
qui permettra d’accéder à la réconciliation », Stéphane Martin lance : « On ne
rend pas des objets juste pour panser des
plaies. » Le président de la République
« veut surtout inciter l’Europe et l’Afrique
à se regarder autrement », explique-t-on
à l’Élysée. Si le passé colonial ne se rattrapera sans doute pas, l’avenir culturel
du continent peut, lui, se construire. ■
Quand les Flamands
s’envolent
CHRONIQUE Sans un mot, les comédiens des
collectifs tg Stan, de Koe et Maatschappij Discordia
nous font entrer avec émotion dans leur « Atelier ».
Armelle Héliot
aheliot@lefigaro.fr
blog.lefigaro.fr/theatre
I
ls sont sérieux comme des papes.
Ou plutôt comme des enfants,
concentrés sur des tâches dont le
sens échappe aux adultes, mais
qui les occupent aussi intensément que si leur vie en dépendait. Ils
sont trois. On les connaît. Ils ont la maturité d’une vie sur les planches qui les
a régulièrement conduits à Paris, le plus
souvent pour notre plus grand plaisir.
Ils sont trois et chacun appartient à
un collectif original, belge ou néerlandais de nationalité, mais flamand de
culture et d’imagination. Matthias de
Koning, physique tout en nerfs, lunettes sur le nez, regard perçant, est le cofondateur, dès 1981, de Maatschappij
Discordia (Entreprise et/ou société Discorde !). La philosophie du groupe tient
au travail intense à la table et à peu de
répétitions. Ils ont été pionniers dans
l’art de démolir le quatrième mur. Et
parfois le reste… Damiaan De Schrijver,
lui, opulent et barbu, œil qui frise, malicieux, a cofondé tg Stan (pour, rappelons-le, « Stop Thinking about Names ») en 1989. Quant à Peter Van den
Eede, mince, visage aigu, il fut, avec
Bas Tekken, lui aussi issu du conservatoire d’Anvers, créateur de De Koe (la
Vache), en 1989, avec au cœur la taraudante question : « Pourquoi faisonsnous du théâtre ? »
C’est un peu celle de cet Atelier où le
public est invité à s’installer. Dans la
grande salle complètement transformée, une vaste table de régie, deux volées de gradins se font face de part et
d’autre d’un espace rectangulaire assez
encombré. Au fond, un meuble avec
des accessoires qui serviront au fur et à
mesure du déroulement du « spectacle ». Mais, en fait, les objets surgissent
de tous côtés.
Nos Flamands s’interrogent sur
l’exercice de leur art. Pas seulement le
« pourquoi », mais aussi le « comment ». Et ici, c’est bien simple, ils jettent des planches sur des caisses renversées. Ils construisent leur scène. Ce
« plancher divin » cher à Mallarmé
n’est bientôt plus que le pont d’un bateau ivre sur lequel les trois amis tanguent dangereusement.
Citations picturales
Pas de texte : ici, le mot, c’est le geste, et
ils s’y entendent. Le fatras qu’ils accumulent renvoie à des citations picturales, musicales, littéraires, philosophiques, mais rien qui interdise le rire, le
sourire, l’émotion, que l’on repère ou
non ces allusions. C’est qu’ils sont diablement cultivés, ces enfants de collectifs. Diderot guide leurs pas, et on
n’oublie pas l’extraordinaire Du serment de l’écrivain, du roi et de Diderot
que tg Stan présenta ici même, à la Bastille, en 2001.
Le plus mystérieux dans cette cérémonie étrange qui a des airs de récréation foutraque mais où la précision
d’orfèvre est essentielle, c’est que le
temps passe à toute allure. Sans un mot.
Sans que l’on comprenne tout. Sans que
l’on soit toujours convaincu. Sans
qu’eux-mêmes donnent le sentiment
de savoir où ils vont ! C’est le génie flamand au meilleur de son intelligence. ■
Atelier, Théâtre de la Bastille (Paris XIe),
dans le cadre du Festival d’automne,
jusqu’au 12 octobre. Du lundi au samedi
à 20 heures, dimanche 17 heures.
Relâche mardi 9 octobre. Durée : 1 h 40.
Tél. : 01 43 57 42 14.
Grand Prix Littéraire
CHÂTEAU
LA TOUR CARNET
Grand Cru Classé en 1855 - Haut-Médoc
le 10 octobre 2018
Franz-Olivier Giesbert
Secrétaire général
patrick poivre d’arvor
président du jury
édition 2018
les membres du jury
Franz-Olivier Giesbert - Patrick Poivre d’Arvor - Patrick Besson - Alexis Brézet
Isabelle Bunisset - Françoise Chandernagor - Teresa Crimisi - Xavier Darcos
Jean-Paul Enthoven - Anne Fulda - Marie-Dominique Lelièvre - Etienne de Montety
L’ abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
A
LE THÉÂTRE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO
François
Bourgeon
à l’abordage
de Montmartre
BD Après huit ans de silence, les héroïnes
Avec sa maquette du
Montmartre du XIXe siècle,
François Bourgeon a
« arpenté le quartier ».
Une case du nouvel album
(ci-dessous).
de la célèbre saga maritime « Les Passagers
du vent » lèvent l’ancre pour une nouvelle
aventure dans le Paris du XIXe siècle.
D
OLIVIER DELCROIX
£@Delcroixx
ENVOYÉ SPÉCIAL À QUIMPER
epuis près de quarante ans,
la saga maritime de François Bourgeon
Les Passagers du vent écume les sommets
des ventes de l’édition et la mémoire collective des passionnés de bande dessinée.
Vendue à plus de 5 millions d’exemplaires, cette fresque historique a mis en scène des héroïnes inoubliables, Isa, Zabo,
belles aventurières libres, libérées, rebelles affrontant l’univers âpre d’un monde
violent, à cheval entre le XVIIIe siècle et la
fin du XIXe siècle.
Bourgeon a toujours eu la volonté de
faire œuvre d’historien dans ses bandes
dessinées. Lui, le fils de l’un des cofondateurs de l’AFP, né à Paris en juillet 1945,
s’est établi près de Quimper depuis des
décennies. Breton de cœur, taiseux et
discret, l’homme a passé les 70 printemps
mais dessine toujours avec l’énergie d’un
jeune flibustier. C’est dans son atelier
qu’il convenait de rencontrer l’auteur des
Compagnons du crépuscule, tant cette
tanière résume l’homme. Construit dans
l’un des bâtiments attenants à un corps
de ferme dont François Bourgeon et sa
femme ont fait l’acquisition dans les an-
nées 1980, ce studio graphique a des allures de caverne d’Ali Baba. Une fois passée
la porte bleue, on a l’impression de se retrouver à bord d’un navire. Toute
l’œuvre de l’auteur y est regroupée. On
découvre surtout un nombre impressionnant de livres, de bandes dessinées,
d’ouvrages historiques. Des mannequins
vêtus comme Isa ou Mariotte vous toisent
avec un sourire entendu. On découvre le
vitrail de fin d’études - il est maître verrier - que François Bourgeon a pris soin
d’exposer à côté du heaume au museau
pointu de son héros chevalier des Compagnons du crépuscule.
Nombreuses aussi sont les maquettes
(d’une grande précision et d’une grande
beauté) qui sont placées en fonction de la
lumière, ou même présentées sous verre
avec un éclairage, comme celle du château du Sortilège du bois des brumes.
Près d’un paquetage militaire, souvenir de son service national, on avise une
photographie en noir et blanc du jeune
Bourgeon sur une moto, barbe fournie,
lunettes, casque sur le visage, et barda ficelé sur l’arrière de l’engin, prêt à partir à
l’aventure sur son fier destrier mécanique… Finalement, n’est-ce pas ce que
l’auteur de La Source et la sonde aura passé sa vie à faire ? « Oui, bien sûr, répond-il
avec flegme. Mais je le fais d’ici. Mon
atelier, c’est mon port d’attache. » Après
huit ans de silence, François Bourgeon
revient avec un nouveau tome de ses
Passagers du vent. Intitulé Le Sang des cerises (Delcourt), ce huitième album emmène cette fois le lecteur dans un quartier
de Montmartre, en 1885. Perfectionniste,
Bourgeon a pris le temps de concevoir
une intrigue située quelques années après
la Commune de Paris. L’histoire met en
MIS E EN SCÈN E
PETER
PIERRE
ARDITI
STEIN
ISABELLE
GELINAS
JACQUES
WEBER
scène une petite Bretonne nommée Klervi, âgée de 14 ans, qui débarque à Paris
pour se faire embaucher comme bonne à
tout faire. Elle arrive le jour même de
l’enterrement de Jules Vallès. Elle rencontrera Zabo, l’héroïne de La Petite Fille
Bois-Caïman, qui l’aidera à s’en sortir
dans ce Paris dur et violent. Pour mieux
se plonger dans la réalité historique de
l’époque, François Bourgeon a eu besoin
de recréer une maquette complète d’un
quartier de Montmartre. « Il m’a fallu près
d’un mois et demi pour réaliser cette maquette, précise-t-il. Le plus dur n’est pas
la fabrication, ce serait plutôt le travail de
préparation. J’ai confronté des plans
d’époque. Je me suis aidé de vues satellites,
de photos et de peintures de l’époque, notamment pour repérer les bâtiments qui
sont toujours là, comme la maison d’Aristide Bruant, ou ceux qui ont été remplacés.
Ce fut un véritable jeu de détective. J’ai retrouvé les courbes de niveau. J’ai reconstitué le cimetière Saint-Vincent et son entrée
en demi-lune. Pour moi, ce travail est essentiel car il me permet de rendre les choses
plus vivantes. Cette maquette de quartier
rend mon monde crédible. Ainsi, je crois à
mon histoire. J’arpente le quartier et je
peux mettre en scène l’action comme un
metteur en scène de cinéma. Vous savez, la
bande dessinée entretient quelques points
communs avec le 7e art. »
Avec ce type de reconstitution minutieuse, on comprend vite pourquoi
François Bourgeon se prend au piège de
ses propres histoires. Au début de cette
nouvelle aventure, on fait d’abord
connaissance avec Klervi, qui débarque
de Quimper en costume de Bigoudène, à
la gare d’Austerlitz. On comprend alors
qu’il y aura peu de bateaux dans cette
aventure. « Mon but, ce n’est pas de faire
une série où je passe mon temps à dessiner
des bateaux, des bateaux, et des bateaux,
s’agace Bourgeon. C’est très bien, les
bateaux, mais ce sont les gens qui
m’intéressent ! »
Ce qui a passionné Bourgeon cette fois,
c’est de raconter l’odyssée montmartroise de deux héroïnes déracinées. La
petite Klervi (qui a de faux airs de son
épouse), pointe d’embruns bretons au
cœur de Montmartre, et Clara/Zabo, son
héroïne aventurière désormais âgée
d’une quarantaine d’années. « C’est une
femme d’expérience, raconte Bourgeon.
Elle a passé 40 ans, et c’est aussi bien comme cela. Il faut accepter que le temps passe,
même en BD ! Clara/Zabo a suivi son homme et a débarqué à Paris à la veille de la
Commune, à la fin du second Empire. J’ai
été très frappé par le fait qu’on n’enseigne
“
Cette maquette
de quartier rend
mon monde crédible.
Ainsi, je crois
à mon histoire
FRANÇOIS BOURGEON
”
plus vraiment cette période d’histoire à
l’école. Aujourd’hui, on chante volontiers
Le Temps des cerises, mais on ignore qu’il
y a eu la “Semaine sanglante”. En dessinant cette aventure, j’ai pris conscience
que notre République est née les deux pieds
dans le sang… » L’autre chose qui a fasciné Bourgeon, ce sont les chansons de
l’époque, et la musique qui traverse tout
l’album. « Moi, quand j’étais môme, se
souvient le dessinateur, je chantais les
chansons d’Aristide Bruant dans le car qui
m’emmenait en colonie de vacances. C’est
pour cela qu’on trouve des instruments de
musique dans l’album… »
Du violon volé au piano sur lequel Zabo
donne ses leçons, en passant par l’accordéon, ou l’envoûtante voix de sirène de
Klervi, la musique imprègne ce tome 8
des Passagers du vent. « Je possède
d’ailleurs un accordéon à la maison, et
j’aime en jouer », confie l’auteur. À n’en
pas douter, quand Bourgeon joue de cet
instrument à vent, il doit embarquer avec
lui un certain nombre de passagers ! ■
Les durs embruns de Paris
DE
CATHERINE
FERRAN
BERNARD
GABAY
MALARTRE
MALENFANT
MOBIHAN
TREMBLAIS
FÉLICIEN
JUTTNER
JEAN-BAPTISTE
MARION
LOÏC
LUC
DÉCORS
FER DINAN D
WOEGER
BAUER
WO
EGE RBAU
ER
C O ST U M E S
ANNA MAR IA
HEI NR EIC H
LU M I È R E S
A
FRA NÇ OIS
ME NO U
• THÉÂTRE DE LA PORTE ST-MARTIN : LICENCES N° 1 100 30 93 - 2 100 30 94 - 3 100 30 95
MANON
COMBES
Sur la couverture du tome 8 des Passagers du vent, Le Sang des cerises, nouvel
album de François Bourgeon, on découvre une femme déterminée, les « yeux
coriaces », le sourire crispé, tenant à bout
de bras un Derringer, plutôt menaçant.
Autour d’elle, le cimetière montmartrois
Saint-Vincent… La séquence se passe de
nuit, et l’on distingue assez clairement la
neige sur les tombes et autres caveaux de
famille. Derrière elle,
une façade illuminée,
celle du célèbre établissement Le Lapin agile,
qui portait un autre nom
à l’époque (celui d’À ma
campagne).
D’emblée, on retrouve
tout le perfectionnisme
du créateur de l’une des
plus grandes sagas maritimes du 9e art. Bourgeon remet en scène
Zabo, son héroïne de La
Petite Fille Bois-Caïman.
Celle-ci a quitté la Louisiane et s’est établie à
Paris à la veille de la
Commune. Bourgeon lui adjoint une
nouvelle venue, la petite Bretonne Klervi. Devenues amies, les deux femmes
vont tenter de survivre dans un Paris
dur, encore marqué par les soubresauts
insurrectionnels qui ont suivi les
20 000 morts de la « Semaine sanglante ». Seul îlot d’insouciance, la présence
d’un sémillant médecin breton ayant des
allures de Gabriel Byrne et l’Exposition
universelle de 1889, qui
nous vaut de très beaux
plans de la tour Eiffel.
Avec un souci de reconstitution historique affûté,
Bourgeon plonge son lecteur
dans l’atmosphère musicale, picturale et chansonnière
du Montmartre de la Butte.
Cette fois encore, les dessins
sont expressifs, puissants,
colorés, parfois violents,
mais toujours dignes des
beaux vitraux… ■
O. D.
Les Passagers du vent, t. 8, Le Sang
des cerises, de François Bourgeon,
82 pages, aux Éditions Delcourt.
17,95 €.
PAUL SATIS, ÉDITIONS DELCOURT
32 CULTURE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
STYLE
33
L’offensive
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T
ÉMILIE VEYRETOUT
eveyretout@lefigaro.fr
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sa gamme de maquillage, cet automne,
en grande pompe, dans les parfumeries
françaises. Deux, le groupe de soins
nippon Kosé, très populaire en Asie
mais encore inconnu en France, ouvre
sa première boutique à Paris (rue Marbeuf, VIIIe). Trois, de plus en plus de
marques cosmétiques confidentielles
venues de l’Archipel débarquent sur les
étagères de nos grands magasins. La
beauté japonaise est-elle (de nouveau)
à la mode ? Car rappelons-le, elle importait déjà son zen et sa sophistication
dans nos salles de bains à la fin des années 1990. « Ce n’est pas une tendance
mais une vague de fond ! affirme Lindsay
Azpitarte, vice-présidente Europe de
Shiseido. Dans les rituels nippons, il est
question de minimalisme, de douceur, de
respect de la peau et de l’environnement :
des valeurs contemporaines et pérennes.
De plus, le mélange d’ultratechnologie et
d’ingrédients issus de la nature, et la notion de beauté intérieure parlent énormément aux millennials. Dans une société
captivée par la prévention et le bien-être,
la vision holistique au cœur de la culture
japonaise depuis des siècles revient naturellement sur le devant de la scène. »
Antioxydants d’Okinawa
Un alignement des planètes, doublé
d’un autre phénomène. Vous n’avez pu
échapper, ces dernières années, à la folie des BB Creams, masques et autres
gadgets cosmétiques importés de Corée
du Sud. Selon une étude de The NPD
Group (juillet 2018), cette popularité,
en Europe et en Amérique, a boosté la
croissance des soins visage en général…
et ouvert la voie aux labels japonais.
« La montée de la K-Beauté (cosmétique
coréenne, NDLR) a permis d’élargir les
routines et de populariser des galéniques
venues d’Asie, analyse Mathilde Lion,
experte Europe du cabinet NPD. Avec
plus de simplicité et de naturalité, la
J-Beauté s’inscrit parfaitement dans les
nouvelles attentes des consommateurs. »
Les Coréens sont de formidables
« marketers », mais les Japonais excellent dans la formulation et la technologie. « Après le plaisir de la découverte,
les clientes se lassent vite des packagings
mignons et ludiques, elles réclament
alors un gage de sérieux, décrypte
vendredi 5 octobre 2018
Estampe de 1918,
Jeune Femme
se poudrant,
de Hashiguchi Goyo
(Lacma,
Los Angeles).
DOMAINE PUBLIC
DÉCRYPTAGE
Alors que la France
a inauguré, cet été,
une année
culturelle
du Japon,
les marques
de beauté du pays
du Soleil-Levant
et leur message
de respect
de la peau et de
l’environnement
reviennent
en force.
Keiko Suyama, consultante dans ce
secteur (www.dessigns.fr). Aux antipodes de “l’effet immédiat” promis par les
gammes coréennes, la plupart des marques fabriquées au Japon tracent leurs
ingrédients, multiplient les tests cutanés.
Ce qui explique d’ailleurs qu’elles se font
doubler par des concurrents moins scrupuleux. La preuve : le meilleur de la
K-Beauté provient à l’origine du
Japon ! » Les petites éponges au konjac,
déclinées dans toutes les couleurs, existent depuis 120 ans pour le bain des
nourrissons ; l’huile démaquillante a été
inventée par Shu Uemura dans les années 1960 et popularisée par DHC ; les
masques prédécoupés en tissu ont fait la
renommée de SK-II, Sensai ou Kanebo.
« Quand ils ont investi le marché occidental, les pionniers se sont positionnés
hyperluxe, reprend Keiko Suyama. La
nouvelle génération de labels est plus accessible, ses routines sont raccourcies et
ses ingrédients, plus simples, afin de toucher davantage de profils. »
C’est le cas au Bon Marché des compositions Makanai à base d’actifs traditionnels (yuzu, camélia, thé vert, cerisier, mûrier blanc) emballées dans du
joli papier imprimé, de la ligne anti-âge
bio Ruhaku originaire d’Okinawa (la
célèbre île des centenaires) et, en parfumeries, de la gamme Waso développée par Shiseido, l’an dernier, pour les
trentenaires et inspirée de l’art culinaire du washoku (bon, beau, bien) autour
de la carotte, du champignon et du soja.
À la différence de leurs ancêtres souvent confidentiels, ces jeunes pousses
ont compris l’importance de la communication et des réseaux sociaux. De
plus en plus d’articles cosmétiques bien
spécifiques, comme les rouleaux de
massage et les appareils connectés, font
le buzz sur Instagram et YouTube.
Un état d’esprit
La beauté japonaise, c’est surtout un
état d’esprit. Les grandes enseignes de
mode et d’art de vivre, tels Uniqlo et
Muji, ont déjà introduit les concepts de
base auprès des consommateurs de
l’Ouest. « Qu’il s’agisse de grands
groupes ou de minuscules labels, il existe
toujours dans ces rituels un onirisme naturel, un sens du raffinement qui plaît aux
Françaises, souligne
Axelle Royere, directrice du département
beauté du Bon Marché
Rive Gauche. Les
Moyen-Orientales
viennent chez Sensai,
Ruhaku ou Makanai
pour leur efficacité,
tandis que les Parisiennes, elles, cherchent de la poésie, des
histoires d’huile de camélia et de soie impériale. Culture, savoirfaire…, il y a des
accointances très fortes entre la France et le
Japon. Les femmes de
ces deux régions du
monde étant souvent
citées en référence
dans la beauté. »
Preuves
supplémentaires, le compte
Instagram
@guccibeauty, lancé il y a
quelques semaines, avec en premiers
posts, des portraits célèbres de femmes
dont l’estampe de 1918, Jeune Femme se
poudrant, de Hashiguchi Goyo (Lacma,
Los Angeles). Mais aussi le succès des
manifestations du festival d’art et de
culture japonais « Japonismes 2018 : les
âmes en résonance » démarré cet été (et
jusqu’en février 2019), célébrant un
exercice d’admiration réciproque entre
la France et le Japon. ■
Le make-up, une forme de politesse
A
CRÉDIT PHOTO © PASCAL CHANTIER ET MOBY DICK FILMS.
CRÉATION
et dorées censées modifier les reliefs
du visage sous la lumière naturelle,
poudres, encres et gels (les rouges
à lèvres offrent un glissant bluffant)
étonneront autant les virtuoses
des tutoriaux que les trentenaires en
manque d’éclat et les business women
pressées. Design, technologie et
formules respectueuses
de la peau, tout y est, plus
une direction artistique
confiée
à James Boehmer, l’ex-bras
droit de François Nars. É. V.
De 25 à 45 €
chez Sephora.
SHISEIDO
Bien avant le « no make-up makeup », cette tendance qui consiste
à superposer les fards pour sublimer
la peau sans effet de textures,
il y avait… le maquillage à la japonaise,
loin des clichés courants sur le sujet
(geisha, kabuki et autres kawaii girls).
« Là-bas, aucune femme ne sort
de sa maison sans avoir appliqué une
série de soins
mais surtout des
fards divers,
et pourtant on
dirait qu’elles ont
le visage nu. Le
but premier n’est
pas d’embellir,
c’est un signe
de courtoisie envers
les autres, une forme
de politesse. Et cela
touche toutes
les générations »,
raconte Miyabi
Kumagai, responsable
marketing de Shiseido
Europe. Le groupe vient
de repenser la totalité
de son maquillage avec
18 produits et presque
120 teintes répartis
en quatre textures,
combinables les unes
aux autres. « Dews », des
microperles roses, argent
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vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO
34
JARDIN
CHRONIQUE
MARC
MENNESSIER
£@MarcMennessier
Que du bleu !
I
Parcours tout en beauté
1
VISITE Au cœur de la Xaintrie, aux confins de la Corrèze et du Cantal, les 4 hectares
aménagés par Sothys viennent d’obtenir le label « Jardin remarquable » couronnant
la démarche originale de la célèbre marque de cosmétique.
J
PHILIPPE VIGUIÉ-DESPLACES
pviguiédesplaces@lefigaro.fr
acques Chirac, en tournée
électorale dans les lointains villages de
la haute Corrèze, avait coutume de
lancer à ses hôtes un goguenard « c’est
beau mais c’est loin ». La première
question que l’on se pose, après avoir
avalé kilomètres et virages dans les
paysages sublimes de la Xaintrie, far
west corrézien entre Tulle et Aurillac,
c’est : pourquoi être venu créer un jardin à Auriac, petit bourg désœuvré en
granit et en lauzes ? Bernard Mas,
concepteur du lieu et artisan de la success story Sothys, balaie l’interrogation d’un revers de la main : « Je voulais
faire quelque chose pour la terre de mes
ancêtres, dans le village où ils se sont
installés en 1714. » Et aux grincheux qui
doutaient, l’octogénaire affiche son résultat : 10 000 visiteurs ont parcouru
l’année dernière les 4 hectares de ce
jardin pas comme les autres. Les débuts
sont méritoires. « Personne ne voulait
venir ici, et j’ai eu un mal fou pour trouver un paysagiste intéressé par ces prés
couverts de ronces et de genêts que je
parcourais enfant et que mon père
m’avait laissés en héritage », explique
Bernard Mas. « Au début, ajoute, non
sans humour, Marie-Ange Mas en
charge des visites, il fallait beaucoup
parler pour occuper les premiers visiteurs, car il n’y avait pas grand-chose à
voir. » Mais, depuis 2007, date de son
ouverture au public, les choses ont
bien changé. Aujourd’hui, le lieu, qui
occupe une topographie accidentée,
2
cerné de futaies, est un parcours en
quinze étapes qui a atteint sa pleine
maturité. La beauté en est le fil
conducteur, on soigne l’apparence,
lien discret avec la marque de cosmétique qui porte, financièrement, le lieu.
Élégant pavillon d’accueil
Après avoir franchi un élégant pavillon
d’accueil qui sert de boutique, on est
accueilli par une boule de granit posée
sur un socle empli d’eau qu’un ingénieux et invisible système hydraulique
fait tourner, mappemonde d’une terre
promise. À droite, un jardin japonais et,
en face, un jardin à la française. Une allée en pente toute en retenue, le
« mixed-border » luxuriant, conduit
au-delà d’un mur de pierres sèches à
une kyrielle d’espaces que séparent des
frontières de verdure. Le plus spectaculaire est celui consacré à la peau où
l’écorce est fêtée. Un Acer griseum
(érable cannelle) s’exfolie au passage de
la main, et l’on caresse l’heptacodium
comme le pelage d’un chamois dont il a
emprunté la couleur et la texture. Dans
l’espace suivant, autrement appelé escapade hydratante, on se déchausse
pour marcher sur des galets massants
entourés de plantes tropicales, rafraîchi
de brumisateurs qui enchantent les jeunes visiteurs. On atteint une sorte de
perfection esthétique avec le jardin
égyptien, dédiée à la déesse Sothys, enclos fermé par une grille et agrémenté
d’un long miroir d’eau bordé de palmiers. Une curiosité à 700 mètres d’altitude ! Pour autant, « nous ne sommes
pas un jardin publicitaire, insiste Chris-
tian Mas, directeur général de la marque. L’œuvre de mon père ne se veut pas
non plus pédagogique ou scientifique, on
doit la vivre comme une promenade, un
plaisir de la vie. » Bancs et chaises invitent le visiteur à des pauses dans ce
paysage que le début de l’automne magnifie de tons ocre et rouges. Avec pour
précieux compagnon… le silence.
Comme tout est atypique dans ce jardin, les paysagistes se devaient de l’être
aussi. Couple breton installé sur les Côtes-d’Armor, Pascal et Cécile Collarec
sont ici à la manœuvre, aidés par six
jardiniers permanents. Un restaurant
aménagé dans une ancienne grange,
ouverte sur une pièce d’eau, sert les
produits d’un potager dédié, et un gîte
de luxe accueille à proximité toute l’année les vacanciers. Chaque été, l’Orchestre Pasdeloup tient festival. Aussi,
sur la petite route où jadis les paysans
poussaient à pas lents les vaches rousses
des hauts plateaux, autocars et voitures
venus de toute l’Europe assurent désormais l’animation. « Tout ici a du sens »,
conclut Bernard Mas, pas peu fier
d’avoir donné au Limousin et à
l’Auvergne un de ses plus beaux jardins
et à Auriac, en Corrèze, un avenir… ■
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l est des régions où les
hortensias bleuissent sans
coup férir et d’autres où leurs
opulentes boules de fleurs restent
obstinément roses. La grande
coupable, si l’on peut dire, n’est
autre que la géologie. En Bretagne,
en Normandie, dans le Limousin,
le Pays basque, la Savoie et partout
où le sous-sol est favorable,
Hydrangea macrophylla illumine
les jardins de ses somptueux
camaïeux de bleu, de mauve
ou de violet. Des scènes
malheureusement difficiles
- mais pas impossibles, comme
on va le voir - à reproduire,
dans les terrains calcaires
du Bassin parisien, de la Touraine
ou de la Bourgogne, sans parler
des causses du Massif central.
« En fait, c’est le sulfate
d’aluminium ou alumine,
présent dans les sols issus
de roches schisteuses, qui fait bleuir
les pétales, explique Ronan Garin,
de la pépinière des Hortensias
du Haut Bois, dans le Morbihan.
Mais il faut que la terre
soit également exempte de calcaire,
donc acide avec un pH inférieur à 6,
car le calcium empêche l’absorption
de l’alumine. »
Dans les régions citées plus haut,
les deux conditions
sont naturellement réunies.
Mais ailleurs, le jardinier devra
créer un environnement favorable
s’il veut que ses hortensias
bleuissent ou « mauvissent »
à sa guise. Deux cas de figure
se présentent.
Si le sol n’est pas calcaire mais
que les hortensias restent roses,
c’est qu’il manque d’alumine.
Dans ce cas, il faut les planter
(ou les transplanter), comme
c’est de saison, dans un trou de
60 cm de diamètre pour autant de
profondeur. Le tout rempli d’un
tiers de terre de jardin, d’un tiers
de terreau de plantation et d’un
tiers de tourbe blonde dans lequel
on incorpore 200 g d’alumine.
Selon Ronan Garin, la tourbe
blonde est préférable à la terre
de bruyère, trop fine et ne
retenant pas suffisamment l’eau.
Ensuite, il suffit d’apporter 100 g
d’alumine chaque année, entre
mai et juin, quand les premiers
boutons floraux apparaissent.
Si le sol est vraiment calcaire,
agrandissez le trou de plantation
(80 cm en tous sens) et remplacez
la terre par un mélange constitué
pour moitié de terreau
et de tourbe blonde, toujours
additionné de 400 g d’alumine.
Si vous pouvez vous procurer
de la terre de jardin acide,
faites un mélange en trois tiers,
comme indiqué plus haut.
Votre terrain étant calcaire, il y a
de fortes chances pour que l’eau
de votre robinet le soit aussi. Dans
ce cas, arrosez avec de l’eau
de pluie, éventuellement
additionnée de chélate de fer pour
éviter l’apparition de chlorose.
Une autre solution consiste
à planter vos hortensias dans des
grands pots de 40 cm de hauteur.
Cela permet de contrôler
le substrat et les apports d’alumine
et de les cultiver même quand
on n’a pas de jardin. Mais il faut
en contrepartie les arroser
régulièrement, car ces petits
arbustes ont très vite soif
dès qu’il fait un peu chaud.
Agenda
5, 6 et 7 octobre
12e Festival international
des orchidées, abbaye
de Fontfroide,
Narbonne (Aude).
13-14 octobre
A
3
4
1. le Jardin égyptien, à l’abri de ses obélisques. 2. La bruine bienfaisante de l’Escapade hydratante où l’on marche pieds nus sur des galets chauds.
3. Portes ouvertes sur la Prairie humide. 4. L’architecture contemporaine de l’Espace velours. BRIGITTE ET PHILIPPE PERDEREAU ; DAN COURTICE/PENN GRAPHICS
9e fête Vieilles pierres, Jeunes
plantes, château de SaintMarcel-de-Félines (Loire).
19, 20 et 21 octobre
Journées des plantes
d’automne de Chantilly (Oise).
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U 2018
A
E RE
V VEMB
U
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N
–
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B
TO
OC
N
Guerre juste ou guerre sainte ?? Les croisades au-delà du mythe
De 1095 à 1291, elles ont été la réponse inlassable des rois,
des grands et des humbles à l’appel des papes pour libérer
Jérusalem et secourir les chrétiens d’Orient. Le Figaro Histoire
consacre un numéro exceptionnel à l’épopée des croisades,
qui façonna à jamais la conscience occidentale. De la prise de
Jérusalem par Godefroy de Bouillon à la chute de Saint-Jeand’Acre, ce dossier spécial revient sur deux siècles qui ont marqué
l’histoire. Les meilleurs spécialistes font la part de la vérité et
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TÉLÉVISION
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apalou@lefigaro.fr
Vingt ans après « La Femme défendue », le cinéaste Philippe Harel retrouve Isabelle Carré au cœur
d’un nouveau triangle amoureux dans « Un adultère ». Un téléfilm délicat sur le mystère des sentiments.
Chabadabada
« Les Grandes Gueules »
CONSTANCE JAMET£@constancejamet
L
e ne commets pas d’adultère, s’excuse presque Philippe Harel, Mais je suis
fasciné par ce questionnement universel et simple sur
les mystères de l’état amoureux. Les
sentiments sont des éléments perturbateurs que nous essayons de maîtriser.
Toutefois, ils finissent toujours par parasiter nos plans, même les plus élaborés. » Vingt ans après La Femme
défendue, le réalisateur des Heures
souterraines retrouve Isabelle Carré et
aborde à nouveau, pour Arte, avec la
lumineuse comédienne, le triangle
amoureux, dans Un adultère. Un
portrait à la Claude Sautet de cœurs
qui se découvrent des raisons que la
raison ne connaît point. Cette fois,
Isabelle Carré n’est plus maîtresse,
mais épouse bafouée.
Couple heureux et uni, Julien et Marie
ont un fils adolescent, Mathias. Agent
immobilier, Julien (Xavier Lemaître) traite le
dossier d’Alice, qui
cherche à fuir une colo○○○¡
cation
étouffante.
Contradictoire et peu
sûre d’elle, la jeune graphiste visite des
dizaines d’appartements sans trouver la
perle rare. À force de se côtoyer, Julien
et Alice cèdent à une attirance mutuelle, dont ils sont les premiers surpris. Par
un étrange quiproquo, Alice finit serveuse dans le salon de thé de Marie.
J
RMC Story | 9 heures | Jeudi
interviewé par Sarah Lecœuvre
et Damien Canivez aujourd’hui
sur :
« La douleur est inévitable »
Délicat et élégant comme un marivaudage du XVIIIe siècle ou une nouvelle de
Jane Austen, Un adultère n’est que
bienveillance envers ses protagonistes.
Ni crises de larmes ou de jalousie, ni reproches. Chacun éprouve des sentiments sincères et aime. « Julien n’est
JÉRÔME PRÉBOIS/SCARLETT PRODUCTION ARTE FRANCE
20.55
Julien (Xavier Lemaître) et Marie (Isabelle Carré) formaient un couple uni avant qu’Alice ne fasse irruption dans leur vie.
pas un Don Juan, il est tiraillé entre ces
deux femmes. Alice n’est pas non plus
une croqueuse d’hommes. Personne ne
veut faire souffrir l’autre, même si au final la douleur est inévitable », pointe
Philippe Harel, qui a voulu traiter Marie
et Alice sur un pied d’égalité.
Leurs points de vue se succèdent au
fil de la fiction. À la manière de The Affair, mais sans la composante criminelle
et judiciaire, Philippe Harel s’amuse, la
narration passe d’une femme à l’autre.
« Il y a un aspect ludique. Le public en
sait bien plus que les héros », estime le
réalisateur. Accentuant le fascinant effet de miroir au cœur du téléfilm se
trouve la ressemblance physique entre
Isabelle Carré et Roxane Arnal, l’interprète d’Alice. Voix, chevelure, coiffure… Le mimétisme est presque parfait.
Pour un peu, on aurait l’impression que
Roxane Arnal joue le personnage de
Marie dans des flash-back de jeunesse.
« Si Alice trouble autant Julien que
Marie, c’est que Marie se revoit en elle.
Quant à Julien, il a presque l’impression,
en étant dans ses bras, de revivre les
moments forts qu’il a vécus avec son
épouse », analyse Philippe Harel. Les
deux femmes sont animées de la même
force de caractère et d’une douceur
identique.
Le réalisateur est empli de gratitude
vis-à-vis d’Isabelle Carré. L’actrice et
romancière a tenu, lors du casting, à
donner la réplique aux comédiens auditionnés pour qu’ils puissent donner le
meilleur d’eux-mêmes : « C’est un stradivarius. Elle ne triche à aucune prise,
elle se donne sans réserve avec la même
énergie, la même fraîcheur. »
Philippe Harel espère bien travailler
encore avec elle. Mais hors de question
désormais d’attendre vingt ans ! Le téléspectateur n’aura, lui, pas à trépigner.
L’actrice sera la Juliette Drouet du
biopic consacré à Victor Hugo à venir
sur France 2. Encore une amoureuse. ■
« Élite », la lutte des classes
Cette série lycéenne a les qualités pour devenir le nouveau carton de Netflix.
C’
«
L’arrivée de trois élèves boursiers au
lycée huppé Las Encinas va bouleverser
le quotiden de leurs camarades.
est la série que
j’aurais aimé voir
ado. Elle aborde les
enjeux de société
auxquels la jeunesse
est confrontée », confie Jaime Lorente.
Le comédien, une des révélations de la
série La Casa de Papel dans la peau de
Denver, poursuit son hold-up cathodique avec Élite, la nouvelle création espagnole de Netflix. Mélange addictif à
mi-chemin entre Les Liaisons dangereuses et Gossip Girl, ces huit épisodes se
déroulent dans Las Encinas, un lycée où
sont scolarisés les enfants de l’élite locale. La fermeture d’une école voisine force l’établissement huppé à accepter
trois élèves boursiers.
MOTS CROISÉS
Par Vincent Labbé
VERTICALEMENT
1. Un maillon de la chaîne entre
le maquettiste et l’imprimeur.
- 2. Un fleuron de la côte de Nuits.
- 3. S’utilisent pour se débarrasser des gourmands. En pièce. - 4.
Quartier de Soweto. Un grand rival
pour les Mousquetaires. Il fut à
son apogée durant l’Ancien
Empire. - 5. Parente, côté mâle.
Vieux mamelon. - 6. Ville à l’est
d’Anvers. Canonisée dans un
monastère. S’entend très souvent
dans les marches militaires. - 7.
Traitement du feu par le feu. Faire
mécaniquement le tour de la
pièce. - 8. Les cerfs s’y font
sécher. Ne fit pas la part belle.
1
1
2
3
4
5
6
7
8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4848
HORIZONTALEMENT 1. Biscotte. - 2. Antichar. - 3. RFA. reuP.
- 4. Rebues. - 5. Iris. Est. - 6. Silex. To. - 7. Soie. Bol. - 8. Ers. Typo.
- 9. Miasme. - 10. ESNO. BRI. - 11. Nettoyée. - 12. Tressées.
VERTICALEMENT 1. Barrissement. - 2. Inférioriser. - 3. Stabilisante.
- 4. Ci. Usée. Sots. - 5. Ocre. Tm. OS. - 6. Thèse. Bye-bye. - 7. Tau. Stop.
Rée. - 8. Erpétologies.
9
10
11
12
2
3
4
5
6
7
8
mine de rien, évoquer aussi avec une gravité inattendue les inégalités économiques, la maladie, la corruption, le polyamour, l’homosexualité, le poids de la
religion. Les ados d’Élite se cherchent face
à des adultes, parents ou professeurs, à
mille lieues de leur fureur de vivre.
Vision fantasmée des puissants, cette
série n’échappe pas aux clichés du genre.
Mais ses jeunes acteurs y infusent une
irrésistible énergie. Outre Jaime Lorente,
qui joue le grand frère de Samuel, plusieurs anciens de La Casa de Papel ont
répondu présents, dont Maria
Pedraza. Fille d’un promoteur
immobilier prospère, sa Marina va
faire tourner bien des têtes ! ■
○○○○
C. J.
Samuel est ridiculisé, car il travaille
comme serveur dans un restaurant fréquenté par ses camarades. Nadia est moquée pour sa foi et son hijab. Christian
vend du cannabis. Les nouveaux venus
bousculent les codes, les amitiés et la hiérarchie de classes de Las Encinas. Non
sans conséquences : le premier épisode
s’achève sur la découverte d’un cadavre.
L’enquête offre des allers-retours temporels qui dévoilent le passé plein de surprises des personnages.
Énergie irrésistible
Riche en trahisons et en paris de
séduction qui échappent à leurs
initiateurs, Élite est romanesque
et affriolante. Le feuilleton sait,
BRIDGE
PROBLÈME N° 2930 :
La carte juste
A43
R642
AR
ARDV
O
N
S
E
R V 10 9 5
D3
3
86542
Contrat : Sud joue 6 Piques
contré par Ouest, après une
ouverture de 4 en Est.
Entame : 9 de pour l’As du
mort (la Dame en Est). Indice :
comment gagner avec l’As
de et la Dame d’atout
quatrième en Ouest ?
Vendredi 5 octobre
Par Philippe Cronier www.lebridgeur.com
SOLUTION DU PROBLÈME N° 2929 :
Jeu de masques
Contrat : Sud joue 6 Trèfles.
Entame : Valet de .
Commencez par fournir la Dame de . Est couvre sans
surprise du Roi et votre As fait la levée. Montez au mort en
ne donnant qu’un tour d’atout (sur le second, Est, muni d’un
singleton, pourrait donner sa parité à ou appeler férocement à ) et jouez pour la Dame (laisser filer le 8 de montrerait non seulement que votre couleur est bien
plus étoffée mais surtout permettrait à Ouest de savoir
combien son partenaire détient de ).
Ouest prend du Roi et se trouve maintenant devant un
dilemme cornélien : encaisser le 10 de (avant que les du
mort disparaissent sur les affranchis) ou jouer (avant
que les du mort disparaissent sur les affranchis). Le
premier choix sera le bon si Sud n’a pas de ou l’As de (quand Ouest ne le détient pas !). Le second choix sera gagnant si la main de Sud est telle que celle présentée dans le
diagramme.
83
En tout état de cause,
V54
votre jeu de masques (à
D76
AD843
en fournissant habile754
ment la Dame, à en ne R 6
N
D98762
A 10 3
donnant qu’un tour et à
O E R85432
V 10 9
S
en cachant à la fois 6 5
7
votre distribution et
A D V 10 9 2
votre force) donnera à
R
A
Ouest le maximum de
R V 10 9 2
chances de se tromper…
A
LE BUZZ TV
Invité : Alex Goude
«
MANUEL FERNANDEZ-VALDES/NETFLIX
e romancier Alexandre
Jardin a toujours été, bille
en tête, un consommateur
d’amour. Il croit au « sexe
déplafonné ». Son côté Claude
Lelouch, chabadabada. Jardin
est rigolo, naïf et sympa,
optimiste, il est - ainsi que
le présente Alain Marschall,
un des présentateurs des
« Grandes Gueules », un « exalté,
un romantique ». L’écrivain vient
de publier Double-Cœur (Grasset).
Cela doit faire bien trente ans qu’il
se fait le « faiseur » des sentiments
chaque jour réinventés. Invité,
donc, des « GG », Alexandre
Jardin déroule l’argumentaire
de son dernier ouvrage, vademecum, méthode pour vivre
enfin l’amour absolu, la passion.
« L’amour - c’est son vieux thème,
son fonds de commerce, son gasoil
– doit être une création
permanente. Dans l’expression
“une histoire d’amour”, le mot
important est le mot “histoire”,
il faut fabriquer du récit. » Ouais,
ouais. « La base de la société,
ajoute-t-il, ce sont les rapports
homme-femme, un art de vivre
ensemble qui repose sur quelque
chose de somptueux, inventif
ou pas. » Il rêve que ses lecteurs
puissent vivre comme dans son
livre, veut « réinjecter de la poésie
dans la vie des gens ». Nous invite
à réinventer la passion, ambition
bien louable. Qu’est-ce qu’un
« double-cœur » ? Eh bien, un
« double-cœur » doit provoquer
des situations. Alexandre Jardin
veut envoyer des personnes
géolocalisées à Venise ou à New
York, désire que des fleurs soient
déposées chaque matin sur
le paillasson de l’aimé(e).
Pense que l’amour est un rond
carré, veut le scénariser, rêve
d’un « peuple de l’amour fou »,
sous-titre de son roman. C’est
lui donner beaucoup de prix, à
l’amour, « cette chose si ennuyeuse
qu’on se met à plusieurs pour en
venir à bout » (Morand). Citons
enfin ce cher Lacan : « L’amour,
c’est donner ce que l’on n’a pas
à quelqu’un qui n’en veut pas. »
HORIZONTALEMENT
1. Annoncer la venue. - 2. Satisfait
le goût de l’uniforme. - 3. Liquide
ou poudre à laver. Bâtiments
anciens avec de hauts châteaux.
- 4. Apportent-ils les bébés africains ? - 5. French cancan. Filet
à écrevisses. - 6. Cellules grises.
- 7. Philosophe écossais qui avait
le sens commun. Non dévoilés.
- 8. Elles nous prennent à la gorge.
- 9. Commune collée à la première
partie du 2 vertical. Pronom. - 10.
Ouvre et clôt l’entretien. Cinq
francs mis en pièce. - 11. Ont
franchi le même col. - 12. Va éclater
comme une gourde.
37
Vertiges de l’amour
BIEN VU
PROBLÈME N° 4849
vendredi 5 octobre 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vendredi 5 octobre 2018 LE FIGARO
38 TÉLÉVISION
MÉTÉO
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Fleur
Soleil : Lever 07h56 - Coucher 19h21 - Dernier croissant de Lune
19.20 Demain nous appartient. Feuilleton 20.00 Le 20h 20.35 Le 20h le
mag. 20.50 C’est Canteloup
18.45 N’oubliez pas les paroles ! Jeu.
Prés. : Nagui 20.00 20 heures 20.40
Un si grand soleil. Feuilleton
21.00
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.20 Plus belle la vie. Feuilleton
20.45 Tout le sport. Magazine.
21.00
Divertissement
21.00
Série. Policière
18.55 10 couples parfaits. Jeu 19.20
Nos chers voisins. Série.
1h50. Cendra vs Béatrice. Pendant
une semaine, deux mamans que
tout oppose vont échanger leur
famille, en Corse et dans l’Hérault.
Divertissement
MATIN
21.00 On a échangé
nos mamans
8
20
9
9
12
Prés. : D. Brogniart, C. Beaugrand, I.
Mittenaere. 2h20. La finale. Inédit. Ils
étaient 250 candidats au départ. À
présent ils ne sont plus que 25 pour
s’affronter en finale !
23.20 Ninja Warrior, dans les
coulisses du parcours 0.40 Vendredi, tout est permis avec Arthur
18.30 L’info du vrai (C) 20.00 L’info
du vrai, le mag (C) 20.45 Le JT pressé
(C) 20.55 La boîte à questions (C)
Les petits meurtres
d’Agatha Christie
Fra. Saison 2. Avec Élodie Frenck,
Anne Consigny. Le miroir se brisa.
La célèbre actrice Blanche Dulac
échappe à une tentative de meurtre
sur le tournage de son dernier film.
22.45 Les petits meurtres d’Agatha Christie Série 2.05 Shades of
Blue : une flic entre deux feux
19.00 Les couleurs du Maroc. Série
doc. 19.45 Arte journal 20.05 28
minutes 20.52 50 nuances de Grecs
21.00
Symphonique Kids
jouent pour + de Vie
Prés. : W. Bouchard, M. Vignes. 2h15.
Inédit. Invitée, notamment : Zazie. À
l’occasion de la nouvelle édition de +
de Vie, France 3 propose une toute
nouvelle émission musicale.
23.15 Le divan de Marc-Olivier
Fogiel Mag. Invitée : Anny Duperey
0.35 Soir/3 1.10 Libre court
19.45 Le 19.45. Présentation :
Nathalie Renoux 20.25 Scènes de
ménages. Série. Avec Claire Chust.
20.55
Film. Comédie
21.00
Film TV. Drame
Série. Policière
Mag. Société. Prés. : S. Thebaut.
1h30. Dordogne - Bergerac. Inédit.
Au sommaire, notamment : «Made
in France» ; «Les petits chauffages
d’appoint» ; «Les guéridons».
22.20 Silence, ça pousse ! Magazine
23.15 C dans l’air 0.20 C à vous
19.55 The Big Bang Theory. Série.
Avec Jim Parsons. 2 épisodes.
8
12
19.00 C à vous 20.00 C à vous, la
suite. Magazine 20.20 Entrée libre
11
11
13
20.50 La maison France 5
9
9
11
30
8
6
6
8
9
11
6
7
10
10
22.50 On a échangé nos mamans.
Divertissement.
Ninja Warrior Le parcours des héros
7
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12
13
13
14
16
18
18
15
17
50
18
APRÈS-MIDI
21
10
22
19
24
24
25
Série. Policière. Fra. 2008. Saison 17.
Avec V. Genest. Julie à Paris. Divorcée, mutée à Paris dans une grosse
DPJ, Julie se retrouve à la tête d’un
groupe d’enquêteurs criminels.
23
25
30
22.50 Julie Lescaut. Série. Avec
Véronique Genest. Une nouvelle vie.
29
23
26
26
28
22
26
26
25
27
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23
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25
26
20.55 Julie Lescaut
22
21
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23
25
24
21
40
24
19.05 Rocky Mountain Express.
Téléréalité. Le barrage - Père et fils.
Epouse-moi mon pote
Fra. 2017. Réal. : Tarek Boudali.
1h32. Avec Tarek Boudali, Philippe
Lacheau, Charlotte Gabris, Andy
Rowski. Pour obtenir son visa français, un étudiant marocain conclut un
mariage blanc avec son meilleur ami.
22.35 Thor : Ragnarok Film. Fan-
tastique 0.40 The Shanghai Job S.M.A.R.T. Chase. Film 2.10 Surprises
Un adultère
Fra. 2018. Réal. : Philippe Harel. 1h35.
Inédit. Avec Isabelle Carré, Xavier
Lemaître, Roxane Arnal. Alice rencontre Julien, un agent immobilier
marié à Marie. Les deux femmes se
lient bientôt d’amitié.
22.35 The Beatles : le monde est
à eux Doc. 0.25 Tracks 1.10 Jamiro-
quai à l’AccorHotels Arena. Concert.
24
T (en °c)
20.50 Paris fait de la résistance
Bull
EU. Saison 2. Avec Michael Weatherly, Freddy Rodriguez, Geneva
Carr, Stephanie Kurtzuba. 2 épisodes. Inédits. Bull défend une veuve
que tout le monde croit coupable
d’avoir fait assassiner son riche mari.
22.50 Bull Série. Policière. EU. 2017.
Saison 1. La mante religieuse 23.30
NCIS. Série. 3 épisodes.
Doc. Historique. 2018. Réal. : Bastien Gennatiempo. 1h00. Inédit. Ce
documentaire explore un épisode
méconnu de l’histoire de la capitale
française : celui de la Résistance.
21.50 Paris : les lieux secrets de
l’Occupation. Documentaire.
<-10 à 0
19.20 Rénovation impossible. Téléréalité. Cuisine et dépendance.
19.20 Quotidien, première partie.
Talk-show 19.40 Quotidien
20.55 La petite histoire de France.
Série. Avec David Salles.
19.05 TPMP People : première partie.
Divertissement 20.10 TPMP People
21.00 Mentalist
21.00 France/Australie
21.00 TPMP refait la semaine !
Série. Policière. EU. 2011. Saison 4.
Avec Simon Baker, Robin Tunney.
2 épisodes. Un professeur d’anglais
très populaire est retrouvé mort sur
la pelouse de son lycée.
22.40 Mentalist. Série 0.20 Londres,
police judiciaire. Série.
Football. Match amical féminin.
En direct du stade Geoffroy-Guichard, à Saint-Étienne. Prés. : Carine
Galli. Commentaires : Denis Balbir,
Camille Abily.
23.10 Enquête d’action. Magazine.
Présentation : Marie-Ange Casalta.
SU DO KU
Divertissement. Prés. : Jean-Luc
Lemoine. 2h10. En direct. Jean-Luc
Lemoine revient sur les grands évènements de la semaine et décrypte
l’actualité média à sa manière.
GRILLE 2684 DIFFICILE
8
5 7 2 6
9
5 6
7
9
8
2 3
9 8 1
A
SOLUTION DU N° 2683
FIGARO_sem-40.indd 5
16/24
IL FAIT DE
JOLIS
FEUX
À L’ŒIL
DÉBIT DE
VIANDE
IMPERTINENTE
2
4
7
1
8
3
6
5
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3
7
2
EN MÊME
TEMPS
HOMME DE
MÉTIER
UNE
DIRECTION
MATIÈRES
À ZESTES
COEFFICIENT
par téléphone :
2,99 €/appel
PARDON ?
GRATIN
PROVENÇAL
REMPLACE
CES MESSIEURS
SEUIL
ÉVOLUTIONS
FILLE DE
LA REVUE
4 8
3
7
9
INDIGNAIT
COMPÈRE
DE
PORTHOS
IL ARROSE
SAINTOMER
COMPATIT
UN
SYNDICAT
PETITE
TRANCHÉE
SANDWICH
GREC
PETITS
POIDS
1
5
3
9
2
7
4
8
6
UN
REPÈRE
POUR LE
GOLFEUR
POUR LE
PRÊTRE
A RÉAGI
AU GAG
SA PART
EST LA
PLUS
GROSSE
APPELA
BRUYAMMENT SA
BICHE
LAVEUR
À POILS
BIEN À TOI
ON LUI
FAIT DE LA
PUB AU
PUB
A FONDU
COUPER
DU BOIS
SIMILI
UN TIERS
POUR UNE
MOITIÉ
NOTE
ALLONGE
UNE BRETONNE DU
TON
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SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
QUI A FAIT
SON APM
P
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PARITION R A B A T T U S
P A R F U M S
PARTIE DE
L’INTESTIN
GRÊLE
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L’UTILISE
POUR
MONTRER
12/22
11/21
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17/23
17/23
lachainemeteo.com
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
FORCE 2
NE RESTES PAS
INACTIF
BRANCHÉ
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LUNDI
14/22
22.40 Les Simpson. Série. Animation. 8 épisodes.
23.10 Balance ton post ! Divertissement. Présentation : Cyril Hanouna.
JEU DE
CARTES
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ATHÈNES
BERLIN
BUDAPEST
LISBONNE
PRAGUE
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FIN ET
DRÔLE
PRÉTENTIEUX
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5 6 8 2
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9
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Série. Animation. EU. 1997. Saison 9.
4 épisodes. Après avoir «menti» dans
sa déclaration d’impôt, Homer est entendu par le FBI. Craignant la prison, il
accepte d’espionner ses concitoyens.
11/21
10/22
10/22
7/10
17/26
18/26
DIMANCHE
11/22
21.00 Les Simpson
10 à 20 20 à 30 30 à >40
AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
SAMEDI
MOTS FLÉCHÉS N°2093
Chaque jour un peu plus difficile
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10/23
23/33
ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
0 à 10
C
F E
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S E S A M E
P
C I
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03/09/2018 11:33
LIVE 24/24 SUR
et sur
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
vendredi 5 octobre 2018
39
Bernie Bonvoisin
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
le rocker-reporter en colère
SUCCÈS Le chanteur du groupe Trust est aussi cinéaste
et écrivain. Il vient de publier un nouveau livre émouvant
sur les enfants syriens réfugiés au Liban.
Albert Zennou
azennou@lefigaro.fr
C
olère. Rage, Révolte. Généralement, quand on évoque Bernie
Bonvoisin, ce sont toujours les adjectifs qui lui sont accolés. Il faut
dire que le chanteur de Trust a tout
fait pour mériter ces qualificatifs.
L’auteur d’Antisocial, le grand tube
du groupe, résume à lui seul toute
l’énergie contenue à combattre le système, voire à
le détruire. Mais Bernie Bonvoisin, 61 ans, mais qui
en paraît dix de moins, est avant tout un écorché vif,
à la sensibilité à fleur de peau. « Être en colère, c’est
avant tout être vigilant, assure-t-il. On est beaucoup
moins surpris quand les choses arrivent. Essayer de
comprendre est toujours une démarche intéressante,
surtout quand ce qui était blanc un jour devient noir le
lendemain. »
Le cliché du rocker dont « le cœur-bat-sous-leblouson-de-cuir-noir », c’est aussi lui. Mais comme toujours, le personnage est bien plus complexe.
Car Bernie Bonvoisin n’est pas seulement un chanteur. Il est aussi un cinéaste, -auteur de trois (remarquables) films -, scénariste et écrivain. Un vrai
écrivain, avec un style et une écriture bien à lui. Son
dernier livre, La Danse du chagrin, est un long reportage subjectif qu’il a effectué au Liban, à la rencontre des enfants syriens parqués dans les camps
de réfugiés de Beyrouth et de ses environs. Ce livre
poignant fait suite au très beau documentaire qu’il
avait réalisé pour « Envoyé spécial » sur France 2 en
2016. Il était parti y recueillir les paroles des enfants
déplacés. « Dans ma vie, il y a un avant et un après
Liban. Depuis que j’y suis allé, je ne suis pas revenu le
même. On ne soupçonne pas les conditions de vie de
ces enfants comme des adultes. C’est inimaginable.
J’étais parti avec la certitude que j’allais voir des choses atroces. Eh bien, c’était pire que je l’imaginais. J’ai
rencontré la détresse non pas seulement d’un peuple
mais d’êtres humains. C’est révoltant. » Il englobe
dans sa révolte le sort des « déplacés » mais aussi le
mode de fonctionnement des ONG censées les
aider. Certaines ayant « un fonctionnement de fonctionnaires, aidant les réfugiés de 9 heures à 17 heures,
mais pas le week-end ». Comme si la souffrance des
enfants ou de leurs parents s’arrêtait le samedi et le
dimanche…
Une thérapie personnelle
Deux après son reportage, Bernie Bonvoisin n’a rien
oublié. Et quand il évoque le sujet, on sent l’émotion
l’étreindre. C’est pour cette raison que le livre s’est
imposé à lui. Comme une thérapie personnelle. Ce
long témoignage permet de redonner une apparence humaine aux réfugiés, à leur donner un nom,
un visage, un espoir mais aussi une douleur. Comme
ce petit garçon à qui Bernie demande ce qui lui
Bio
EXPRESS
1956
Naissance à Nanterre
(Hauts-de-Seine).
1977
Fonde le groupe Trust.
1980
Album Répression où
figure le tube Antisocial.
1997
Réalise Les Démons
de Jésus.
2003
Publie Vous êtes faite
de peines étranges
(Flammarion).
2018
Sortie de l’album de Trust
Dans le même sang.
Parution de La Danse
du chagrin (Éditions
Don Quichotte).
manque de la Syrie abandonnée et qui lui répond :
« Mon père », ou plus précisément la tombe de son
père tué pendant le conflit. « Pendant le tournage du
documentaire, plus d’une fois j’ai dû m’éloigner pour
pleurer. C’était plus fort que moi ça me touchait
trop », avoue-t-il . Ce qui a fait dire à Antoine de
Caunes, il y a déjà quelques années, que le chanteur
de Trust avait une « sensibilité de jeune fille ». Cela
fait sourire Bernie Bonvoisin, qui ne dément pas…
Là où bon nombre de ses confrères rockers se
contentent de limiter leur révolte à leur adolescence, Bernie Bonvoisin continue de s’indigner.
« J’ai toujours voulu comprendre le monde qui m’entoure. Le discernement est l’antidote à la haine. » Des
paroles qui tranchent dans la bouche d’un chanteur
de hard-rock dont les chansons sont autant de cris
de révolte, parfois brutaux. L’homme est pourtant
cultivé. À la fois sensible dans ses écrits, doté d’une
véritable plume, et drôle et plein de gouaille dans
ses trois films, avec une écriture cinématographique singulière. « Le rock a besoin d’énergie. Écrire
une chanson n’est pas comme écrire un livre. Une
chanson réclame de l’instantané. Il y a quelque chose
d’extrêmement frontal. On est sans filet », expliquet-il. Et de l’énergie, Bonvoisin en a à revendre. Le
dernier disque de Trust, sorti avant l’été, a été enregistré en seulement trois jours. « Pour la première
fois, nous avons réussi à capter l’énergie pure que l’on
trouve dans nos concerts, grâce à Mike Fraser, le dieu
vivant du son. » Et effectivement, le dernier album
est dans l’énergie pure. Une force pour ce groupe,
plusieurs fois reformé mais jamais complètement
abandonné.
L’an passé, sans publicité ni aide des radios et télévisions, Trust s’est produit un peu partout dans
l’Hexagone avec une centaine de concerts. Une
prouesse que peu d’artistes adulés des médias
seraient capables de réaliser. Le dernier opus du
groupe est aussi arrivé quatrième des ventes d’albums sans qu’il ait été sur les plates-formes d’écoute
comme Deezer ou Spotify, dit-il. Ayant voté pour
Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle (il s’est abstenu au second), le chanteur
n’est pas tendre avec Macron qui selon lui « a un
manque total de vision et de courage politique ». Et de
claquer en guise de conclusion : « L’hypocrisie des
puissants est le crime le plus antisocial. » Du Bernie
Bonvoisin tout craché. ■
UN DERNIER MOT
edemontety@lefigaro.fr
Par Étienne de Montety
Constitution [kon-sti-tu-sion] n. f.
Offre à un pays un régime de croisière.
L
e 4 octobre est la date anniversaire de la Constitution de la Ve République.
Le mot vient du verbe latin constituere, fonder, établir. Une Constitution
établit des institutions, et surtout conditionne la vie politique d’un pays,
lui donne un visage : elle en est pour ainsi dire un trait constitutif.
Après avoir été voulue, conçue et appliquée par un militaire, la charte de 1958
est devenue une constitution de partisPaul Satis civils.
Comme la qualifier ? Elle a le mérite d’avoir doté le pays de solides institutions et,
à cet égard, ce texte doit être vu comme la constitution d’une rente dont ont bénéficié
tous les présidents. Elle a des défauts mais, grâce à elle, la France est depuis soixante
ans de bonne constitution : elle a résisté à ces chocs que furent pour elle
la cohabitation ou le quinquennat. C’est pour cette raison que le président Emmanuel
Macron a célébré hier son anniversaire en lui rendant hommage, mais franchement
il devait avoir la tête ailleurs : il s’occupait d’une autre constitution, moins simple,
celle du prochain gouvernement. ■
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Jeu organisé du 27/08/2018 au 28/06/2019. Tirage au sort après inscription. Dotations : (i) soit une enveloppe d’un montant cash compris entre 50€ et 5 000€ (ii)
soit d’autres gains : téléphone, tablettes numériques, voyage etc... Règlement complet disponible sur www.cherie.fr
La romancière et réalisatrice, Prix Renaudot et Goncourt des lycéens en 2015,
présidera la 37e Foire du livre de Brive-la-Gaillarde (Corrèze), qui se déroulera
du 9 au 11 novembre. Après Laurent Gaudé, Daniel Pennac, Alain Mabanckou,
Danièle Sallenave et d’autres écrivains, l’auteur de Rien ne s’oppose à la nuit
va s’investir dans la programmation de la manifestation et proposer
ses découvertes au public. La Foire du livre de Brive est l’une des plus
importantes manifestations littéraires françaises.
Emmanuel Macron reporte un déjeuner avec les élus
de Nouvelle-Aquitaine
Vendredi à 13 heures, plus de 80 élus locaux et parlementaires de la région
Nouvelle-Aquitaine étaient invités à l’Élysée, pour un déjeuner avec le président.
Ce rendez-vous, qui devait servir à « faire remonter des problématiques précises liées
au territoire » et à « préparer les élections municipales », a été reporté en raison de
l’hommage à Charles Aznavour. Le remaniement attendu bouscule aussi l’agenda
de Macron. « C’est une journée de fortes consultations en vue du prochain casting »,
souffle un invité. Le maire de Pau, François Bayrou devait y participer, comme le
délégué général de La République en marche, Christophe Castaner. Un déplacement
du chef de l’État en Gironde est en préparation « avant la fin de l’année ».
A
© Jean Luc Pariente / JLPPA
Delphine de Vigan présidera la Foire du livre
de Brive-la-Gaillarde
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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